■\1 M«R PIERRE BATIFFOL LEÇONS SUR LA MESSE TREIZIÈME MILLE PARIS LIBBAIRIE VICTOR LBOOFFRE J, GABALDA, Éditeur BUE BOKAPABTE, 90 1927 LEÇONS SUR LA MESSE DV MÊME AUTEUR LE CATHOLICISME DES ORIGINES A SAINT LÉON l- 'Is'lîfliis^ ^^ais^nte cit lg> iCatîaeîiiîi^rfte, (iI909.î •Onzième mille. II. La Paix constantinienne. (1914.) Troisième édilion. in. Le Catholicisme de saiut Augustin. (1920.) Troi sième édilion. IV. Le Siège Apostolique (359-451). (1925.) Troisième édition. Typographie Fiimin-Diâot et C*. — Tivrig, — 1927. MCB PIERRE BATIFFOL LEÇONS SUR LA MESSE T-REIZIÈME MILLE PARIS LIBRAIRIE VICTOR LEOOFFRE J. GABALDA, Éditeur RTJB BONAPAETB, 90 1927 (T) ^ X^ '}> a.. f ■&■>*" '%N .l_'.i..oi'i;,.:i,,b.,J.t.-:. ^ (-.;■■ ... \)...:..r 1160814 Le présent livre est la rédaction de dix le- çons données à l'Institut catholique de Paris, de mars à mai 1916, dans la chaire des origines chrétiennes, sur l'invitation et les amicales ins- tances de M^' Baudrillart. On y trouvera une histoire et une explication littérale de la messe romaine. La première messe qui ait été célébrée est la Gène. En tant qu'elle est un repas pascal, la Gène marque la fin de la liturgie lévitique qui se rat- tachait à la Loi et au Temple : elle inaugure la liturgie nouvelle par l'action de grâces que le Sauveur prononce sur le pain et sur le vin, par l'oblation qu'il fait à Dieu de son corps et de son sang immolés, par la communion à ce corps et à ce sang qu'il -distribue aux apôtres; action de grâces, oblation ou sacrifice, com- munion, ces trois actes intègrent la messe et la Gène. De cette donnée divine procède la liturgie ecclésiastique, qui est la création du respect, VI AVANT-PROPOS. de la piété, de l'esprit de règle et de tradition, création lente et complexe, dont l'historien s'at- tache à découvrir les temps et les sources. Au II* siècle, la liturgie est décrite par saint Justin et déjà ses traits traditionnels sont recon- naissables, qui se perpétueront dans les grandes familles liturgique». Le chrétien, n'a pas embrassé la vie chrétienne pour être un isï>lé; il appasrtient à une société visible, organisée, hiérarchique, qui le: eonivoqiue chaque dimanche; à une; assemblée^ pour prier en commuai eié étve: enseigné.. Gette^ assembla de prière et de lecture des saints livres est-elle un emfprunt aux synagogiuesfde la- Bispersion? C'est possible, mais tout de suite se manifeste l' esprit nouveau, qui est l'esprit ecclésiastique : l'as- semblée est une assemblée où Tévêque préside et prêche : on lit l'Ecriture, et l'évêque, lui seul', la commente.. « Puis, dit saint Justin, nous^ nous embraa- sons'fës'uns les autres en suspendant les prier es-. Alors est présenté à celui qui préside- les frères du pain et une coupe d'eau et de vin trempé. H les prend, et il exprime louange et gloire au. Père de l'univers par le nom du Fils et de l'Esprit saint, et il fait une action de grâces abondam- ment pour ce que Dieu nous a daigné donner ces choses*. Et celui qui préside ayant achevé les AVANT-PROPOS. va prières efl raction de g^âce», toutie peuple pré^ sent acclame, en disant : Amen, » La liturgie s'affirme là comme une rédtération de la cène ; elle est d'abord une action de grâces^ une eucharistie, prononcée par FéTêque-, qui, dans cette représentation de la cène, tient le rôle du Christ. Cette action de grâces est^ une prière au Père, par le nom du Fils et de l'Es- prit : nos « préfaces », et aussi Men le « canoa de la messe », ont là leur premier état. Maàa la foi chrétienne est créatrice de rites par te«r- quels elle exprime ce qu'elle sent : le baiser de paix exprimera la charité' fraternelle. Et si Va^ semblée écoute, il convient qu'elle- prenne part à la prière, qu'elle la fasse- sienne : elle acclame Amen. Il n'est point parlé de chant, mais- d'ac- clamation. « Celui qui préside ayant rendu grâces «Il tout le peuple ayant acclamé (^Amen)y ceux qui chez nous sont appelés diacres donnent à ch*cua des assistants une part du pain eucharistie et; du vin... » Ces* la communion au corps et au sang du Christ, car, écrit saint Justin, le pain eti le vin, « eucharisties par un discours de prière qui: vient; de lui, sont la chair et le sang de ce Jésus: fait chair, ainsi nous l'a-t-on enseigné. » Nous saisissons là, dans ses lignes essentiel- les, la liturgie chrétienne^; elle n'est plus à l'étafe VIII AVANT-PROPOS. naissant comme à la Gène, elle fait encore une large part à l'improvisation des formules, mais elle est réglée, comme la foi est réglée, comme tout est réglé dans l'Église. Le sens de la règle éliminera bientôt des formules toute improvisa- tion. Rome créera à son usage une littérature de préfaces et d'oraisons, qu'elle a marquée au sceau de sa latinité, de sa piété, de sa rigueur robuste et sobre. Ce qu'on a appelé « l'art triom- phal », l'art chrétien du ive au vi" siècle, créera le décor des basiliques, toute la magnificence des mosaïques, des orfèvreries, des tissus, dont le vieux monde romain, sensible au prestige de la richesse, a voulu honorer la maison de Dieu, et dont nous nous faisons à peine l'idée. A cet « art triomphal » appartient la « cantilène ro- maine », le chant que nous appelons grégorien, qui se fait sa place alors dans la liturgie, et donne naissance aux graduels, aux alléluias, aux traits, et aux autres parties chantées de la messe. La scola cantorum apparaît. Une basilique cons- tantinienne comme le Latran ou Saint-Pierre, avec son large presbyterium où prennent place sept évêques au moins et quelque vingt-cinq prêtres, avec son autel autour duquel évoluent les sept diacres et les acolytes et les sous-diacres, réclame que les mouvements de tous soient ré- AVANT-PROPOS. ix glés : le cérémonial se forme. Il faut qu'il règle le dernier détail des gestes, il le fait. Langue liturgique, chant liturgique, gestes liturgiques, tout se fixe; à l'époque du pape saint Grégoire, il s'en faut de bien peu que cette œuvre soit achevée qui est la liturgie de la messe pontifi- cale. Les traits sont peu nombreux que Rome a em- pruntés aux usages de Jérusalem ou de Gonstan- tinople, et la liturgie carolingienne et germani- que ne réagira sur la liturgie romaine qu'à partir du IX* siècle. La liturgie romaine est une pure chose romaine. Nous y retrouvons des détails de cérémonial qui perpétuent des usages romains de l'époque impériale. Le costume liturgique est, pour l'aube, la dalmatique, la chasuble, le cos- tume des honestiores ronuùnsdu temps de Gons- tantin et de Théodose. On peut dire de la liturgie romaine du temps de saint Grégoire ce que le tardif historiographe Jean Diacre dit de ce pape si parfaitement romain : « Nullus pontifiei fa- mulantium, a niinimo usque ad maximum, barbarum quodlibet in sermone vel habita praeferebat » (II, 13). La méthode historique a pour programme de retrouver la date de chaque chose, et de demander la signification des choses à leur origine. Elle considère la messe romaine comme une archi- X AVANT-PROPOS. tetîture, et, si Fon veut, comme une basilique remoniant aux origines, et dans laquelle chaque siècle a mis du sien ; iii faut arriver à reconnaître Fœuvre de chaque siècle, pour mieux dégager les lignes perpétuelles. La messe pontificale n'a pas pu se transformer en messe privée, la grand'- messe en messe basse, sans s'appauvrir pour une part, et d'autre part sans se surcharger : il faut signaler les éléments introd^iits et les tasse- ments produits par cette transformation. Cer- tains gestes ne sont plus que des témoins d'u- sages disparus : tel l'enfant de chœur soulevant à F élévation le bas de la chasuble, pu tel le sous-diacre portant pendant l'offertoire et le canon la patène sous un voile. La méthode histo- rique a mission d'expliquer et ces grandes lignes et ces détails. La curiosité y a son profit, l'intel- ligence aussi, cette intelligence dans laquelle la foi s'éclaire et se repose avec plus de respect et de joie^. Cette lumière est celle que l'on voudrait espé- rer que les lecteurs de ces leçons y trouveront. ElTe devra pour eux se compléter par la pratique des théologiens et des mystiques, car il faut dire et ne pas se lasser de dire que l'a lettre et l'his- toire ne sont qu'une introduction au surnaturel qui est Fâme de la liturgie. L'auteur a écarté de son exposé lès inteTpté- AVANT-PROPOS. xi tations symboliques, qui sont si riches de sens et qui abondent dans toutes les explications anciennes et récentes, non qu'il n'en fasse pas de cas, mais parce qu'il s'attache de préférence au sens historique : il veut bien que les deux céroféraires qui accompagnent l'Évangile à r^mbon représentent l'un la Loi, l'autre les Pro- phètes, mais il croit trouver ailleurs l'origine du rite. On trouvera cités, au cours du présent livre, le petit nombre d'auteurs français ou étrangers, d'aujourd'hui ou d'autrefois, qui sont ses com- pagnons de travail. On verra d'ailleurs, à son perpétuel recours aux sources, de quelle méthode il se réclame. P. B. Paris, 8 juin 1918. AYANT-PROPOS. xiii POUR LA NEUVIEME ÉDITION Les lecteurs qui voudront se tenir au courant des publi- cations liturgiques pourront désormais consulter utile- ment le Jahrbuch fur Lilurgiewissenschaft, publié depuis 1921, par Dom Odo Casel, Miinster, Aschendorf éditeur. * * * Dans la Revue biblique, 1916, p. 23-32, sous le titre de « Une prétendue anaphore apostolique >, j'ai exprimé les • raisons qui me persuadaient de rejeter la théorie de Dom Cagin sur la découverte qu'il croyait avoir faite du canon primitif de la messe. J'avais cru pouvoir dater du IV' siècle ce qu3 l'on prétendait être « l'anaphore apos- tolique ». En fait, ce texte se rencontrait dans le recueil canonique que l'on était convenu d'appeler Mgyptische Kirchenordnung ou Constitution apostolique égyptienne, dont l'original grec est perdu, mais que l'on a en latin dans un palimpseste de Vérone du "v^ siècle, et en copte. Depuis lors est venue une excellente étude de Dom Connolly, Theso called Egyptian Church order and deriv- ed documents (1916) ^ qui a proposé de voir dans la Cons- titution apostolique égyptienne une œuvre de saint Hippolyte, l'important auteur ecclésiastique, disciple de saint Irénée, prêtre à Rome, où il résida des environs de l'an 200 cà l'an 235, date de son bannissement et de sa mort 2. La démonstration de Dom Connolly, venant après 1. E. ScHWARTz, Ueber die pseudoacostolischen Kirchenordnungen (1911), était arrivé à la même conclusion. Voyez Theologische Lite- ralurzeilung, 1911, p. 80-81, la recension de H. Lietzmann, et 0. Stjbb- uv,Diechristl. griech. Litleraturl,i9U; du Manuel de W. Christ, p. 988. H. Lietzmann, Messe Und Herrenmahl (1926), p. 14-13. 2. La pensée de Dom Connolly a été exposée en français par Dom Wilmart, « Un règlement ecclésiastique du début du m" siècle », Revue du, clergé français, i. xcvi, 1918, p. 81-116. Vo)ez encore W. H. Frère, The primitive consécration praj/er (1922), en tenant compte des suggestions de J. Armitage Robinson, dans le Guardian, 13 avril 1923. XIV AVANT-PROPOS. celle de Schwartz, est acceptée par A. Harnack, Theolo- gische LUeraturzeitung, 1920, p. 225, qui écrit : « Ici coule la plus riche source que nous possédions pour la connaissance de la conception ecclésiastique romaine de la plus haute époque. « On sait qu'Hippolyte- fit schisme à Rome au temps du pap.e.CaUiste, etqu'il resta dansson schismegusqu'à la fib, à'ia tête: d'une petite^Église. àJaquelle il servait d!éyèiiue; Dom Connolly croit/retrouver le-titre; que, portait l'œuv^re: que nous possédons, elle s'appelait Tradition apostolique, et tout fait croire qu'elle date du temps du schisme d'Hippolyte, 218-235. On y trouve une description de la liturgie baptismale, mais d'abord une description de l'ordination de l'évêque, ordination dans laquelle s'insè- rent la prière eucharistique et la communion. On. pourra voir le texte dans Funk, Didàscalia et Constitutiones Apostolorum (1905), t. ii, p. 98-102. II. faut, pour estimer ce doGument à sa valeur, se- rap- peler que, au temps d'Hippolyte et deGalliate, la prière eucharistique est encore un thème à improvisation, non un canon fixé> immobile, comme il adviendra k Rome au lY*^ siècle : l'évêque prie tout haut sur le pain, et le; vin de l'oblation,. iLprie selon son inspiration. L'anaphore d'Hip- polyte n'est donc pas le canon- de la messe romaine, mais^ un modèle de prière euchswistique composé pour une communautéschismatique romaine par son évêqne. Hip- poiyte n'avait d'ailleurs pas de raison de prier sur l'obla- tion en une autre forme que le pape Calliste dont il était le rival. On peut donc inférer que l'anaphore d'Hippo- lyte, en étant d'Hippolyte pour son contenu, est une ana- phore romaine pour sa forme. , - Donc l'évêque, qui vient de recevoir l'imposition des mains, va célébrer les saint» mystères. Les diacres appor- tent l'oblation. Le célébrant étend la main sur elle et dit : Dominus cum omnibus vobis. Le peuple répond : Cum spiritu tuo. L'évêque : Sursum corda vestra^ Le peuple : Habemus ad Bominum, L'évêque : Gratias^ aga- AVANT-PROPOS. xv mus Domino^ Le peuple : Dignum et iustum. Alors l'é- vêqufret les prêtres qui l'entourent prononcent la prière euchapistique : Tévêque dit, les autres^ suivent, t epi- scopum praeeuntem sequentes >. Nous sommes au régime de la concéiébration. Ici commence la prière eucharistique : Gratias agimus tibi, Domine^ per dilectum fttium tuum lesum Christum... Nous te rendons grâces, Seigneur, par ton cher fils Jésus- Christ, que dans les derniers jours (du monde), tu nous as envoyé pour sam'cur et rédempteur, messager de ton dessein. Il est le verbe, qui est de toi, par lequel ta volonté a tout fait. Du ciel tu l'as envoyé dans le sein d'une vierge. 11 a été fait chair, il a été porté dans ses entrailles. 11 a été manifesté ton fiïs par l'Esprit saint, pour accomplir ta volonté, pour te faire un peuple en étendant ses mains (sur la croix), il a souffert pour délivrer ceux qui souffrent et qui croient en toi. Il s'est livré volontairement à la passion, pour abolir la mort, pour briser les liens de Satan, pour fouler aux pieds l'enfer, pour libérer les justes, pour fonder le statut (nouveau), pour mani- fester la résurrection. •>?■ ■ Et donc prenant le pain il a rendu grâces et dit : Prenez, mangez, ceci est mon corps, qui pour vous est rompu. Et sem- blablement le calice aussi, et il a dit : Ceci est mon sang-, qui pour vous est répandu. Quand vous faites cela, en ma com- mémoraison vous le ferez. Nous rappelant donc sa mort et sa résurrection, nous t'of- frons ce pain et ce calice, te rendant grâces de ce que tu nous a faits, dignes de nous tenir devant toi et de nous acquitter envers toi du sacerdoce. En suppliant, nous te prions d'en- voyer ton Esprit saint sur les oblations de cette Eglise, et d'ac- corder aussi à tous ceux qui y pcennent part (qu'elles servent à) leur saiateté, qa'ils soiant remplis de l'Esprit saint, qu'ils soient, confirmés dans la foi dftku vérité, afin, qu'ils te célèbrent, qu'ils te louent, dans ton fils Jésus-Christ, en qui à toi soit louange et puissance: dans la sainte Église, et maintenant et . toujours et dans les siècles des siècles. Amen. Telle est proprement l'anaphore d'Hippolyte : pas de Sanctus, mais une préface amenant au récit de la Cène ; à la suite, offrande à Dieu de roblation de l'Eglise. On reconnaît là les grandes lignes qui se perpétueront XVI AVANT-PROPOS. dans la prière que forment pour nous la préface et le canon de nota*e messe romaine, abstraction faite des morceaux que nous y avons signalés comihe de seconde venue. L'anaphore d'Hippplyte ne s'en tient pas là. En effet, immédiatement, elle donne une bénédiction de l'huile : « Pour celui qui offre de l'huile au moment de l'eucha- ristie, semblablement on fera (comme on a fait) sur le pain et sur le vin, rendant grâces de même. Quoique l'on n'use pas des mêmes paroles, on rendra grâce selon sa faculté propre, même avec d'autres paroles, et en disant : Sanctifie cette huile (pour) donner la santé à ceux qui en sont oints et la reçoivent, comme tu as oint les prêtres et les prophètes, et comme tu fortifies quiconque goûte (à l'oblation), ainsi sanctifie ceux qui reçoivent cette huile. Le peuple: Comme il était, est et sera, dans les générations des générations et dans les siècles des siècles. Amen. Cette bénédiction de l'huile de l'anaphore d'Hippolyte fait penser à celle que l'évêque célèbre à la messe du jeudi saint, juste avant le Per quem haec omnia, Domine, semper bona créas. Elle confirme l'hypothèse que nous rapportons de W Duchesne fp. 273). On remarquera que l'anaphore d'Hippolyte ne men- tionne pas l'oraison dominicale. Les saints mystères se poursuivent ; L'e'vêque dit : A nouveau, nous supplions le Dieu tout puis- sant père de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, qu'il nous accorde de recevoir en bénédiction ce saint sacrement, qu'il ne fasse d'aucun de nous un coupable, qu'il nous rende tous dignes, (nous) qui prenons et recevons le saint sacrement du corps et du sang du Christ notre Seigneur Dieu tout puissant. Et la prière continue qui est une prière de préparation à la communion, jusqu'àce que l'évêque prononce : Sancta sanctis. Sur quoi, « attnllant hymnum laudis ■», un chant est chanté, «ef intrat populus,remedium animae suae quo peccatum remittitur accipiens ». Suit une prière après la communion, prononcée par l'évêque. Suit une prière encore accompagnée d'une imposition des mains sur le AVANT-PROPOS. xvii peuple. Le peuple dit : Amen. L'évêque : Dominus cum vobis omnibus, Le peuple :Et cum spiritu tuo. Le diacre : A biie in pace. Et notre texte conclut : c Après cela, l'eu- charistie est finie ». Nous avons tenu à mettre cette anaphore d'Hippolyte sous les yeux de nos lecteurs, pour qu'ils n'ignorent pas un texte dont on a beaucoup parlé ces derniers temps, pour les mettre en garde contre l'engouement qui a voulu en faire une composition de l'âge apostolique, pour le bien fixer à sa date qui est la première moitié du iii« siè- cle et à son milieu qui est la petite Église dissidente d'Hippolyte. Dans la mesure où il peut nous instruire sur la prière eucharistique à Rome au temps du pape Calliste, ce texte nous permet d'inférer qu'elle était une prière de concé- lébration de l'évêque et de son presbyterium, qu'elle n'était pas coupée en deux par l'intrusion du Sanctiis, ni complétée par la récitation du Pater^ que le récit de la Cène en était le centre. Nous avons là un spécimen des anaphores romaines du iii^ siècle, entre lesquelles a sur- vécu celle qui nous sert encore. xvm AVANT-PROPOS; *** Page 6. A la publication d'Ebner pour l'Italie, joindre celle de l'abbé V. Leroquais pour la France : Les sacra- mentaires et les missels manuscrits des bibliothèques -publiques de France (Paris 1924). Page 7. Sur l'évolution du sacramentaire au missel, ix°-x® siècle, Leroquais, 1. 1, p. xu-xiii. Page 8, Sur l'édition du sacramentaire, soit de Wilson, soit de Lietzmann, voyez M. Andrieu, « A propos de quelques sacramentaires récemment édités », Revue des sciences religieuses, 1922, p. 190-194. Sur le sacramentaire grégorien antérieur à celui que Charlemagne reçut du pape Hadrien, voyez A.Wilmart, « Un missel grégorien ancien », Hevue bénédictine, 1909, p. 281-300. Il s'agit là d'un sacramentaire de type grégo- rien, ms. palimpseste du Mont-Gassin, plus' complet et plus ancien que V Hadrianum. A. DoLD, Ein vorhadriani&ches Greg:orianisches Palim- psest Sacramentar in Gold-Uncialschrift (1919), a. cru avoir retrouvé dans un ms. du séminaire épiscopai de Mayence, des fragments d'un sacramentaire grégorien du milieu du viii" siècle. On croit plutôt que ces fragments dépendent de V Hadrianum. * * * Pages 9-10. Le sacramentaire grégorien avait pénétré en France un demi-siècle avant d'y être envoyé par le pape Hadrien, et il avait en arrivant en France été com- biné avec le sacramentaire gélasien, lequel avait émi- gré de Rome au moins cent ans plus tôt, donc dans la première moitié du vu* siècle. Ce rajeunissement des vieux gélasiens à l'aide du grégorien créa \m type de transition que l'on désigne sous le nom de « Gélasien du VHP siècle ». On en a publié deux spécimens. Cagin, Le sacramentaire gélasien d'Angoulême (1918). Mohlberg, Das frankische Sacramentarium Gelasianum in alaman- AVANT-PRGPOS. xix nischer tJéberlieferung (1918), d'après un ms. de Saint- Gair. M. Andrieii est d'avis qu'une édition complète des « Gélasiens du "viii" siècle > pourra seule permettre de reconstituer dans ses phases successives l'histoire de la pénétration progressive des sacramentaires romains duns lès- églises et les monastères francs. Andrieu, art. cit., p. 195-199. Le Gélasien du vu' siècle, dont le ms. Reg. 316 est le témoin isolé, nous révèle « ce qu'était devenu en France, à la fin du vu* siècle, la litur- gie romaine prégrégorienne, implantée depuis longtemps dans quelques centres ». Andrieu, p. 210. - Page 10. L'évolution du sacramentaire et de la liturgie romano-carolingienne entre le ix° et le xu^ siècle est l'his- toire de la « transfusion de l'ancien gélasien dans le grégorien », pour aboutir « à un livre dont le noyau primitif était le sacramentaire envoyé par le pape Hadrien à Charlemagne, mais tellement modifié, telle- ment enrichi d'éléments gélasiens et gallicans qu'il ae res.semblait que de fort loin à l'original romain ». Ainsi s'exprime M. Leroquais. Au xin® siècle, ce grégorien évo- lué deviendra l'usage de la cour romaine. M. Andrieu a montré que, dans cette évolution, l'étape intermédiaire est représentée par VOrdo romanus antiquus publié par Hittorp (1568), compilation germanique (Lotharingie ?) du x"^ siècle, qui a bénéficié d'une exceptionnelle autorité en pays germanique et à Rome même, au xi"' et auxu« siècle. M. Andrieu, Immixtio et consecratio (1924), p. 59. * * « Page' 10. Dans la défunte revue La vie et les arts liturgi- ques, 1920 (numéros de janvier et de février), j'ai publié une notice sur une traduction française du missel selon l'usage de Paris, qui a dû être faite sous le roi Charles V (1364-1380). Nous eh connaissons un exemplaire du xv° siècle, Bibliothèque nationale, fonds français, n. 180. J'en ai relevé quatre exemplaires (disparus), signalés XX AVANT-PROPOS. dans V Inventaire des livrés ayant appartenu aux rois Charles V et Charles VI, publié par Dbli sle, Hecherches sur la librairie de Charles V (1907), n. 184-187. Le fait est très remarquable que, sous Charles V, on ait voulu avoir une traduction en français du missel parisien et qu'elle ait été exécutée sous les auspices de la cour. Page 19. Sur la bénédiction du prêtre à la fin de la messe, voyez la rubrique du missel de Saint-Arnoul de Metz, de 1324, décrit par Leroquais, t. II, p. 208 : « Post missam benedicat sacerdos populum tenens corporale in dextera manu, sic dicendo : Adiutorium nostrum... Qui fecit... Sit nomen Domini... Ex hoc nunc... Elevata manu, conversus ad populum, eum signando signo crucis cum corporali dicendo sic : Oremus. Benedicat vos divina maiestas, una deitas, Pater et F. et S. S. et cus- todiat semper. A. Postea inclinet se ante altare et iunctis manibus dicat hanc orationem : Placeat... » Dans un missel de Paris du début du aiv" siècle, Leroquais, t. I, p. 182 : « Finita missa, inclinet se ante altare dicens Placeat... Postea erigat se et cum calice velpatena signet se et benedicat populum dicens : Adiutorium nostrum... Sit nomen Domini... Benedicat nos Deus omnipotens Pater et F. et S. S. A. » * Page 19. Sur la cathedra, insigne de l'autorité épis- copale, voyez SuLP. Sever. Dialog. II, 1 (éd. Halm, p. 180- 181). Même à l'église, raconte le biographe de S. Martin, jamais on ne l'a vu siéger dans une cathedra, « tandis que naguère, et non sans honte, j'ai vu certain évoque juché en l'air sur un siège si élevé qu'on eut dit l'estrade d'un empereur » (sublimi solio et quasi regio tribunali celsa sede residenlem). AVANT-PROPOS. xxi * * * Page 25. De l'oraison Deus qui humanae rapprocher S. Léon. Serm. XXV, 1 : « ... dignatus est humilltatis nostrae particeps fieri. » *** Page 31. Sur le sens premier du mot statio, et à l'appui de notre dire, voyez une inscription grecque de Rome, du II® siècle, mentionnant un marchand de pierre qui a sa station dans les magasins {horrea) d'une certain Pétrone : CTTaxtwva l'ux.'JV èv 6pt'otç neTptoviavots. G. Mercati, Epigraphica, dans les Bendiconti de l'Académie pont, romaine d'archéologie, 1925, p. 192-193. Voyez ibid., p. 123-141, P. Kirsch, Origine e carattere primitivo délie stazioni liturgiche di Roma, *\ Page 37. L'assertion de Socrate, sur l'usage à Rome de ne célébrer la messe que le dimanche, n'est pas confirmée par l'Ambrosiaster (entre 370 et 375), qui écrit : « Omni hebdomada offerendum est, etiam si non cotidie peregrinis, incolis tamen vel bis in hebdo- mada. » Comm. inl Tim. m, 12-13 {P. L. t.xyii, p. 471). II est vrai que ces messes de semaine sont apparem- ment des messes privées. *** Page 42. Sur les messes privées, voyez Harduin. Concil. t. I, p. 3122, le grief fait par Nestorius, pour lors évêque de Constantinople, à un de ses prêtres, Philippe, d'avoir « fait l'oblation dans sa maison » en présence de fidèles assemblés. A quoi le clergé répond : « Chacun de nous suivant l'occasion ou le besoin en fait autant. » Mais Nestorius ne veut rien entendre et excommunie Philippe. XXII AVANT-PROPOS. * * * L'opinion exprimée, p. 48-49, sur les origines de la basilique chrétienne est confirmée par les vues nouvelles sur l'architecture des synagogues de l'époque des Sé- vères, soit des environs de l'an 200. Synagogues et basi- liques chrétiennes sont les adaptations parallèles d'un même type hellénistique. Voyez Hevue biblique, 1920, p. 282-284, et 1922, p. 473, où le P. Vinceut analyse les publications de Watzinger et de Lietzmann. «*« Pages 51^56. Sur l'autel et son histoire, J. Bradn, Der chrislUche Âltar in seinet^ geschichlUchen Entwick- king (1.934.). *** Page 66. Nous avions publié {Hist. duBrév.rom., 1893, p. 328-332, 338-350), des fragments liturgiques dont C. SiLVA Tarouca dans les Misceïlanea !De fiossï (1923), p. 159-219, a complété la série et repris l'étude. Il les rattache à un Ordo romanus monasticus qui serait de la fin du Yn« siècle et qui aurait pour auteur le grand chan- tre de Saint-Pierre nommé Jean, qui fut amené de Rome en Angleterre par Benoit Biscop pour instruire ses moines de Wearmoufh': Giovanni archicantor dt S. Pielro a JRomae l'Ordo romanus da luicx>mpo^to, œnno 680. On a fait à la thèse du P. Silva-Tarouca des objections qui nous semblent graves (Baumstark, dans le Jahrbuch, 1925, p. 153-158). Nous attendons de M. Andrieu, professeur à l'Université ûe Strasbourg, l'-étude crH;ique ^t exhaustive qui nous manque encore sur la littérature des Ordines romani. *\ Page 71. Sur le secrelarium, voyez Sulp. Sever. Dialog.. Il, 1 (éd. Halm, p. 180-181). S. Martin attend dans le secnfitarium. L'archidiacre vient l'ayertir ^ue le peuple attend dans l'église et que le moment est venu de « ad agenda sollemnia procedere ». Page '78. Sur l'orientation dans la liturgie, tire F. J. DoELOER, Sol scihitis, die Ostung in Gebet und Liturgie ^ (1925), p. 320-336. Les liturgies grecques sont très atten- tives à prescrire aux fidèles pendant les saints mystères de se -tourner vers l'orient, ce qui suppose que l'église est elle-même orientée. Doelger avoue qu'il n'a rien trouvé de pareil dans l'Occident latin. Les textes qu'il cite de S. Augustin ne sont pas décisifs. Le texte de Pau- lin de Nt)le auquel j'ai fait allusion est pris à son 'Epistjil. XXXII, 13 (éd. 'Hartel, p. 288) : «'Prospectus basîlicae non, utusitatiormosest, orientera spectat ». Durand de Wende, nationale ^tiv. x)fp,e., V,'^, enseigne que 'le prêtre à î'autél et dans le service divin doit prier tourné vers 1 -Orient « d'après une -ordonnance dupape Vigile ». Cette ordon- nance est inconnue d'aillem-s (Doelger, p. 333). L'usage de se tourner vers l'Orient quand on prie est un usage antique bien connu, Doelger l'a abondamment prouvé. Tex.tuUieja atteste .que les chrétiens s'y conformaient, Aipologet. 16. *** Page 131. Sur la participation du peuple au chant des répons, saint Ambrorise a un beau texte, Hexaem. III, 23 : « In oratione totias plebis tamqitam undis refiuentibus stridett eum responsoriis psalmorum cantus virorum mu- Kerum virginum parvulorum. » Le même Ambroiise dit aiilleurs, in psalm. enarr. 1,9 : « Magnum plane unitatis ^inculum, in nnum <5horum totius numerum plebis coire». *** Page 140. Dans ime lettre, 15 mars 488, du pape F^lix m (Jaffe, 609), la distinction est très marquée XXIV AVANT-PROPOS. , encore de Voraiio fidelium et de Voratio catèchumenorum. Les excommuniés ne peuvent pas prendre part à l'une plus qu'à l'autre. *** Page 143. La prière pour l'empereur et pour l'empire est bien décrite par l'Ambrosiaster, commentaire des épitres paulines composé à Rome entre 370 et 375, donc au temps de Valentinien I^'. Notre exégète commentant / Tim. II, 1-2, écrit : « Haec régula ecclesiastica est... qua utuntur sacerdotes nostri, ut pro omnibus supplicent, deprecantes pro regibus huius saeculi, ut subîectas habeant gentes, ut inpacepositi, in tranquillitate mentis et quiète Deo nostro servire poseimus ; crantes etiam jJro iis quibus sublimis potestas est crédita, ut in iustitia et veritate gubernent rem publicam suppeditante rerum abundantia, ut amota perturbatione seditionis succédât laetitia; ... ut sopitis omnibus quae huic imperio infesta et inimica sunt, in affectu pietatis et castitatis Deo servire possimus » (P, L, t. XVII, p. 466). *** Page 161. L'explication que je propose là du mot sécréta est fondée sur un texte de. saint Ambroise, Epistul. XIII, 3, où il est dit que l'aventurier Maxime a déclaré au concile de Milan avoir été consacré évêque à Constanti- nople, secretum esse. Pour dire consacrer évêque, on disait consecrare, on disait benedicere. Nous aurions dans ce texte d'Ambroise l'indice que l'on disait aussi zecernere, et de là on aurait fait sécréta, substantif de formation analogue à collecta de colligere, à missa de mittere. J'ai développé cette hypothèse dans une note parue dans la Strena Buliciana (1924), p. 373-376. Je suis tout le pre- mier à la tenir pour fragile et ne demande qu'à en voir proposer une meilleure. *** Page 180. La conception que je proposais là de l'essence du sacrifice de la messe, en 1918, s'est trouvée préluder AVANT-PROPOS. xxv de loin à celle du P. M. de la Taille, Mysterium fidei (1921), lequel a bien voulu signaler cette rencontre, op. cit., p. 106. *** Page 188. On est heureux de pouvoir désormais ren- voyer au livre de M. Lepin, L'idée du sacrifice de la messe d'après les théologiens depuis l'origine jusqu'à nos jours (1926), où l'on verra, p. 637-639, comment notre concep- tion de l'essence du sacrifice, placée dans l'oblation que le Christ fait de lui-même, se rattache à la doctrine du P. de Condren et de Bossuet. **« Page 202. Comme spécimen de préfaces latines et sans doute d'Italie du Nord (vers 380). A'oyez Sermonum arianoriim Ifragmenta, 7 (P. L. t. XIII, p. 611-612), G. Mercati, Antiche reliquie lilurgiche (1902). * * * Page 205. On relira avec fruit, sur le Te Deum, la cri- tique de Dom Cagin par Dom Morin, « Le Te deum type anonyme d'anaphore latine préhistorique (?) », Bévue bé- nédictine, 1907, p. 180-223. Sur l'attribution du T. D. à Nicetas, BArdenhevver, Gesch. der altkirchl. Lit. t. III (1912), p. 603-605. * * * Page 210. M. Bréhîer, que j'ai interrogé sur l'âge de l'iconostase, croit que l'iconostase sous sa forme actuelle date du lendemain de la querelle des images, probable- ment du x^ siècle. Sans doute, il y avait eu auparavant des clôtures entre le sanctuaire et la nef (comme celle de Torcello), mais elles n'étaient pas pleines. Dans les *♦ XXVI , AVANT-PEOPGS. plus anciennes églises rupestres, fin du ix^, le P. .de Jetr- phanion ne trouve que des clôtures basses. Dans /celles du x^-xi"^, il y a des iconostases, * Page 212. S. Ambroise déjà sent le besoin de protéger les saints mystères. De offlc. 1,250 : «Non omnes vident alla mysteriorum, quia operiun:ur a levitis, ne vjdeant qui videre non debent et •suxnant qui servare non pos- sunt. •> Page 224. Les Amen manquent encore dans nombre de manuscrits décrits par Leroquais, vin* siècle, ix«, x«, xi«, xii% et encore au xiii®. C'est au xii« siècle qu'ils appa- raissent. *** Page 225. Ce texte 4e Dom «Grerbert fait partie de VOrdo que C. Silva-Tarouca a publié à nouveau et attribué à l'archichantre Jean : « Ad agendas vero raor- tuorum... Ista est traditio secundum ordinem vel consue- tudinem sancte sedis romane ecclesie. .In diebus aut-em s^ptimane, de secunda feria quod estusque in die sabbato, célebrantur missa vel nomina eorum commem.oi*ant, die autem dominica non célebrantur agendas aBaortuorum, nec nomina eorum ad missas recitantur, sed tantum yi- vorum nomina regum vel principum seuetsacerdotum., vel pro omni populo christiano oblationes vel vota red- duntur ». Grâce à l'inventaire descriptif de Leroquais nous savons maintenant que le mémento dès défuiïts manque au canon de nombreux saoramentaires du ix« siècle, «t encore du x® et du ixi«, *** Page 226-229. Je ne vois rien à retenir du travail de A. Baumstark, « Das Communicantes und seine Heiligen- AVANT-PROPOS^ nxvu liste », paru dans le Jahrbuch de Dom Casel, 1921, p. 5-33. Dom Wilmart, « Une exposition de la messe ambrosienne », ihid. 1922, p. 60 et 64, rapproche la liste de saints du canon ambrosien de la liste ducanoa romain, et conjecture qu'une liste commune, primitive, romaine, existait, tant à Rome qu'à Milan. Les diptyques du canon milanais paraissent à Dom W. indiquer une intervfôQtion de L'évêque Laurent (490-512). *** Page* 247. Sur incolnmitas, voyez Cyprian. Epistul. LXVII, 2 : « ... in precibus... quas (sacerdotes) feciunt pro plebis' dominicae incolumitate. » * * Page 251. Le texte Aug. In loa. tract. CXVIII, 5, vaut d'êti^e cité : «. Quid est quod omnes noverunt signum Christi nisi crux Christi? Quod signum nisi adhibeatUr sive frontibiis credentium, sive ipsi aquae ex qua rege- nerantur, sive oleo quo chrismate unguntur, sive sacrir ficio qiio aluntur, nihii horum rite perficitur ». Rapprocher ce Post pridie mozar-abe : « ... hanc hostiam... per signum crucis sanctifiées et benedicas. » Ferotin, Lih. mozaraà. sacrum. (1912), p. 321. * * * Page 260. Je ne puis traiter ici la question de i'épi- clèse. Je ne puis qu'indiquer deux points capitaux. \°- Il n'y a pas d'invocation consécratoire à l'Esprit saint dans le canon romain, et on ne peut pas prouver qu'il y en ait jamais eu. 2° L'épiclèse grecque, c'est-à-dire l'invo- cation au saint Esprit pour que par Lui soit opérée la conséGration du pain et du vin, n'est pas ancienne et on ne peut la faire remonter plus haut q.ue le milieu du IV® siècle. Je suis sar ces deux points en parfait accord avec J. A. Robinson,arf . cit. plus haut (p.XIII) du Guaxdiwi. xxvm AVANT-PROPOS. *** Page 261. Aux textes cités de S. Ambroise, joignez In. ps. XXXV III, enarr. 25 : « Et si nimc Christus non yidetur offerre, tamen ipse olîertur in terris quando Christi corpus offertur, imnio ipse offerre manifestatur in nobis cuius sermo sanctiticat sacriticium quod offertur. » *** Nous avons, p. 261-264, sur l'institution de l'élévation, adopté la théorie du P. Thurston. La critique faite de cette théorie par E. Dumoutet, Le désir devoir l'hostie et les origines de la dévotion au Saint- Sacrement (1926), apporte ici une précieuse correction. Il est acquis, et M. D. le confirme, que l'opinion, qui professait que la consécration du pain et du vin n'était effective qu'après la consécration du vin, était une opinion enseignée à Paris par Pierre le Chantre (f 1197) : M. D. verse (p. 38) au débat un passage de sa Summa de sacra- mentis inédite, qui en apporte la preuve. On sait, grâce à la Gemma ecclesiastica de Girard le Cambrien (-{- 1220) que cette opinion avait été partagée par Pierre le Mangeur 1 1178) etparl'évêque de Paris, Maurice de Sully (f 1196). Elle avait d'autres tenants : M. D. cite une Somme inédite, qui se réclame sur cet article de l'autorité de Pierre le Chantre et parle avec feu de quelques-uns (quidam) qui « presumptuose asserunt et sine omni auctoritate quod una confectio possit esse sine altéra » (p. 40). L'auteur de cette Somme, que l'on croit être Robert de Courçon, fait allusion comme à un événement récent au concile de Paris qui condamna Evrard de Chateauneuf en 1201. L'évêque de Paris, Eudes de Sully (1196-1208) intervient ici par un de ses statuts synodaux. Mais quel est le sens de ce statut? L'évêque de Paris ne veut pas que les prêtres, dès qu'ils commencent le Pridie, tiennent l'hostie élevée de telle sorte qu'elle puisse être vue du peuple, mais qu'ils la tiennent devant leur poitrine jusqu'à ce qu'ils aient dit : AVANT-PROPOS. xxix Ceci est mon corps, « et tune élèvent eam ita quod possit ab omnibus videri >. L'évêque interdit une pratique qui peut prêter à confusion, en laissant supposer que le pain est déjà le corps du Christ quand il ne l'est pas encore, et il en prescrit une autre qui est proprement l'élévation du corps du Christ, M. D. ne veut pas qu'il ait eu dessein de condamner l'opinion de Pierre le Chantre, qui était une pure opinion d'école, et l'opinion seulement de quelques-uns : en fait, il édictait une rubrique qui inter- disait de montrer l'hostie au peuple avant qu'elle fût consacrée, et qui prescrivait de la lui montrer sitôt consacrée. M. D. croit que cette élévation prescrite par Eudes de Sully lui a été inspirée par la dévotion à voir l'hostie qui se répandait alors. On avait foi que le fait de con- templer l'hostie est une faveur, et que les demandes adressées à Dieu à cet instant sont le plus souvent exaucées. De cette dévotion on a un témoin dans la Summa aurea de Guillaume d'Auxerre (f 1232) de peu postérieure à 1215, où on lit : « Multorum petitiones exaudiuntur in ipsa visione corporis Christi », et ailleurs : « Sub utraque specie est totus Christus. Quo facto sacerdos élevât corpus Christi, ut omnes fidèles videant et pétant quod prosit ad salutem. » Dumoutet, p. 18 et 49. Il nous semble que cette dévotion populaire explique adéquatement l'institution d'Eudes de Sully. Sur la génuflexion (p. 264) et son apparition tardive, voyez l'article du P. Kramp, « Von der Kniebeuge vor der Eucharistie », Zeitschrift fur kath. Théologie, 1924, p. 154-160. * * * Page 270, Sur l'ange du sacrifice, et à propos de l'in terprétation par nous maintenue, on pourra consulter M. DE LA Taille et A. d'Alès, « Le sacrifice céleste et l'ange du sacrifice », Recherches de science religieuse , 1^3, p. 218-243, spécialement p. 238, où le P. d'Alès écrit : « Avec quelque bonne volonté on peut inclure éan» cette désignation) vagàe, Angelm: tuus,le Sefgneur des anges. Y somiïïès-nous rêelïeïû'ent invités pailla tra"- ditâ'on Mttéi'alTe: et lâtu-rgique? A mon avis, cela reste d'oitteûx. » — A l'appui de ïïotre interprétation, voyez S'. Gregor-. Merul. XXVI'II, l : « (Scriptura) nunquamPa- trem, nunqaaiû Spîritum' sanetum, et non^ nisî pe» incar- nationis suae praedicatîonem Filiura angeltim? vocat v. Bapproehez la vision d'e l'ange qui se tient « ex altéra partie aWarîs » où révêque- (îe'Ravenne Jtean (f 433^'^ récite ïes « eanonica verba », Agnèll. LiÔ. pmtif. 4i ('éd. EOh- BfiR Egoer, p. 307>i * * * Piage 285. J'avais écrit que VOrd'o romanns IIÏ (rx«-x« siècle) est le premier témoin du rit'e qui consiste à mettre d'ans le calice une partie d'e Volilalio du jour. Ce rite est attesté par VO'rdo romantis de rarchichanl're Jean, remis en honneur par S'il va TarOuca, p. 199': « SacerdEos post orationem dominîcam, oratione subsecuta, accipïens oblationes, et ponitipsas in paténam, et frangitmodicum de ipsa obîatione, et miltit in calîcem ter faciendo cru- cem, et dicit : Fax Domini sit semper vobiscum ». *** Page 290, Sur l'Amen prononcé par le communiant, HiERONVM. Epislul. LXXXII,. 2 : « Si munera nostra absque pace offerre non posàumus,. quanto magis Christi corpus accipere ! Qua conscientia ad eucharistiam Cbris*i respondeboAmen, cumde caritate dubitem porrigeatis? i Soulignez munera offerre, eucharisHam porrigere. * * * Page 292, On consultera G. Constant, Concession à V Allemagne de la communion sous les deux espèces (1923), p. 1-7, pour l'histoire ancienne de l'usage c utraquiste » et sur ses vestiges au xiv* siècle et au xv«. Sur l'utra- AVANT-PROPOS. xxxi quisme hiissite et protestant, ibid., p. 7-35. L'auteur, p. 35 et suiv., relève les progrès de l'utraquisme chez les catholiques allemands au xvi« siècle. En 1551, la ques- tion est portée à Trente au nom de l'empereur, p. 40. Le concile décide de s'en remettre au pape Pie IV, qui concède la communion du calice, 16 avril 1564, aux ger- maniques, p. 521-531. Mais la concession est abolie par la suite, en Bavière en 1571, en Autriche en 1584, en Bohême en 1621. Voir tout le copieux récit de Canstant. *** Page 294. Leroquais, t. I, p. 82, note dans un sacra- mentaire du x« siècle cette rubrique, qui provient d'un Ordo romanus évideminent : < Quando apostolicus duas missas célébrât una die, inter eas non lavât os nisi post officium. ■» *** Page 321. L'usage du cierge de l'élévation est attesté dès la première moitié du xiii« siècle. Il aurait pour raison, de permettre aux fidèles de voir le corps du Christ, au moment où à l'élévation on le leur montre. DUMOUTET, p. 59-60. * * Le présent tirage (1927) diffère des précédents par des retouches ou corrections de détail, p. 7, 8, 10, 14, 17, 30, 45,60, 66,78, 79, 83,86, 95, 101, 105, 118, 124, 128, 129, 135, 137, 139, 141, 150, 161, 170, 173, 190, 192, 193, ?05, 210, 212, 216, 217, 220, 225, 226, 238, 239, 240, 241, 242, 244, 246, 247, 250, 251, 252, 261, 267, 269, 270, 280, 282, 285, 294, 299, 315, 324. LEÇONS SUR LA I L'ORDINAIRE DE LA MESSE DU MISSEL ROMAIN Le Missel Romain, c'est-à-dire le livre qui nous donne le texte des chants, des leçons, des prières, des rubriques de nos messes, a été publié officielle- ment par les soins du Saint-Siège sur la demande du concile de Trente. Le concile, en effet, avait mis dans son programme de réforme de l'Église une révision des livres liturgiques romains, en vue de les ramener à leur tradition la plus sûre, et de préparer ainsi l'unité liturgique par l'attrait d'une liturgie que ses origines faisaient plus vénérable qu'aucune autre, que sa pureté rendrait plus désirable, et que l'auto- rité qui l'éditait saurait défendre. Le concile n'aborda l'affaire du Missel qu'en 1562, en même temps que l'affaire du Bréviaire. L'entreprise était de longue haleine, et le concile touchait à sa fin : il dut renoncer à donner les éditions projetées, qu'il remit à la dili- LEÇONS SUR LA MESSE. 1 %■ LEÇONS SUR LA MESSE. gcnce du Saint-Siège ^. Le pape Pie IV (1559-1565) ne devait pas voir achever le travail, qui n'aboutit que sous Pie V, son successeur. Le Missel Romain révisé fut publié par lui, avec en têtcî la bulle Quo primum qui lui donne sa date his- torique, 14 juillet 1570. Saint Pie V déclare avoir eu pour dessein de restituer le Missel dans sa norme ancienne [ad prisiinam sanctoriim Patrum no?'- mam), et vouloir que ce Missel restauré soit obliga- toiredans toutes lesEglises du monde chrétien (latin). Exception est faite seulement des Églises ou des ordres qui ont une liturgie propre approuvée par le Siège Apostolique ou justifiée par une coutume ininterrompue remontant à plus de deux cents ans. Cette sage exception a sauvé la liturgie d'Églises comme Milan, Lyon, Tolède, Braga, d'ordres commcj les Chartreux et les Dominicains. Le Missel Romain de 1570 est la première édition . donnée par le Saint-Siège : d'autres suivront, sous Clément VIII, sous Urbain VIII. Le Missel Romain n'a pas été retouché depuis, abstraction faite des messes nouvelles qu'on a dû introduire pour des fêtes nouvelles dans le propre des saints. * Le Missel Romain de 1570 n'était pas le premier Missel Romain imprimé, tant s'en faut. L'édition princeps remontait à 1474 et avait été donnée à i.: Concil. Tridentin. sess. XXV, 6 décembre 1663, décret De indice librorum et catechîsmo, breviario et missali. Voyez Pt B. Histoire au Bréviaire Romain (1911), p . 299 L'ORDINAIRE DE LA MESSE DU MISSEL ROMAIN. 3 Milan. Une société anglaise de bibliophiles et de liturgistes, la Henry-Bradshaw-Society bien connue, a eu la bonne pensée de réimprimer cette édition princeps^ et d'y joindre, dans un volume complé- mentaire, une collation du Missel Romain de 1474 avec les quatorze éditions imprimées avant 1570, soit à Venise, soit à Paris, soit à Lyon 2. Le titre complet du missel de 1474 est : Incipit ordo Missalis secundum consuetudinem Romane Curie : nous reparlerons de ce titre historique. L'édition de la Henry-Bradshaw-Society a mis en lumière que, en ce qui concerne l'ordinaire de la messe, le missel de Pie V diffère du missel de 1474 par quelques minimes additions. — L'oraison jacu- latoire Per evangelica dicta deleantur nostra delicta, que le prêtre prononce à voix basse en baisant le saint Évangile, manque au missel de 1474 et aux missels antérieurs à celui de 1570. Elle ne date pas de 1570 pour autant, car on en trouve d'analogues dans des manuscrits de l'ordinaire de la messe au xn^ siècle, au xiii^. — U Orate fratres est fidèle en 1474 à la leçon Orate pro me /ratres, qui se main- tient dans tous les missels antérieurs à 1570 (sauf Venise 1505). — En 1474, la messe se termine par la bénédiction du prêtre, et c'est seulement après avoir donné la bénédiction que le prêtre récite à voix basse la prière Placeat tibi sancta Trinitas, qu'il achève en baisant l'autel. Le missel de Pie V a placé la prière Placeat et le baiseraent de l'autel avant la bénédiction. — La formule de la bénédiction varie 1. Missale Romanum Mediolani 1474, edited by Robcrl Lippe (London 1899). Le volume complémentaire a paru en 1907. 2. Venise 1481, 14SS, 1493, 180S, 1508, 1509, 1543, 1558, 1560, 1561. Paris 1S15, 1530, 1540. Lyon 1516. 4 LEÇONS SUR LA MESSE. dans les missels antérieurs à celui de 1570, qui Ta fixée définitivement. — L'évangile de saint Jean n'est devenu de règle qu'avec le missel de 1570. Ce n'é- tait pas cependant une innovation. L'usage de le réciter une fois la messe finie {finita missa) est si- gnalé par Durand de Mende comme une dévotion (|Ue quelques-uns [quidam) veulent introduire, cela à la fin du xiii* siècle^ En 1502, VOrdo missae pu- blié par Burckard, d'ordre d'Alexandre VI, con- sacre déjà cette dévotion 2. Lé Cérémonial des évê- ques (publié par le pape Clément VIII, en 1600) fait du dernier évangile une prière que l'évêque récite à voix basse en quittant l'autel et en revenant à la Racristie. A ces détails près, l'ordinaire delà messe était très fermement fixé à l'époque où s'imprima le, missel de 1474, du moins l'ordinaire conforme à la coutume de la Cour de Rome, qui est un ordinaire que l'on voit apparaître dans les manuscrits au xiii® siècle. A défaut d'un inventaire intégral des missels manus- crits existant aujourd'hui dans les bibliothèques du monde, on peut consulter le précieux inventaire des- criptif dressé par A. Ebner^, des sacramentaires et 'i. DuiiAND, Ralional. iv, 24, S. Encore Durand suppose-t-il que l'on peut dire soit l'évangile de saini ean, soit quelque autre (euangelium sanctiloannis velaliud). En 1558, dans la congrégation générale qui précède l'élection du successevu' de saint Ignace, les Jésuites émet- tent la résolution suivante : « lie missa etiam et de eius ceremoniis actum est, et constitutum : ui S(' 24 LEÇONS SUR LA MESSE. VOrate est claire : c'est la formule dont le pontife accompagne le geste par lequel il fait sa propre offrande. UOrate se rencontre dans les missels dès le xi** siè- cle, et le plus souvent ainsi libellé (Ebner, p. 301) : Orate fratres (karissimi) pro me peccatore, ut meum ac vestrum sacriflcium acceptabile flat apud Deum patrem om- nipotentem. Le mot sacrificium, comme toujours dans les se- crètes, désigne la matière du sacrifice, le pain et le vin. VOrate est devenu une sorte d'invitatoire annonçant la secrète. Le peuple répond à VOrate par le Suscipiat, qui n'est pas davantage romain de style. On trouve le Suscipiat, avec sa rédaction actuellement reçue, déjà au XI® siècle. On le trouve aussi dans des rédac- tions sensiblement différentes (Ebner, p. 306, 310, 329, 346), du xi® au xin^ siècle. Le Suscipiat reçu s'est répandu grâce aux Mineurs (Ebner, p. 314). Dans l'ordinaire de la messe des Frères Prêcheurs, VOrate n'est accompagné d'aucune réponse. Et, chose curieuse, il en va de même de VOrate à la messe dite des présanctifiés le vendredi saint. Inno- cent m (II, 60), qui mentionne VOrate, ne mentionne pas le Suscipiat. Ces variations sont un indice que le Suscipiat est moins ancien que VOrate. Dès là que la présentation de l'hostie sur la pa- tène s'accompagnait du Suscipe sancte Pater, la sy- métrie voulait que la présentation du calice eût aussi une prière : on eut VOfferimus tibi Domine calicem. Cette formule n'appartient pas à la tradition des sa- L'ORDINAIRE DE LA MESSE DU MISSEL ROMAIN. 25 cramentaires romains. Elle se rencontre dans les missels au xi* siècle, au xii", au xiii*, quelquefois dans une rédaction différente du texte reçu (Ebneb, p. 333). La prière qui accompagne l'infusion du vin et de l'eau dans le calice est de pur style romain : Deus, qui humanae substantiae dignitatem [et] mirabililer condidisti et mirabilius reformasti,da nobis [quaesumus] joer huius aquae et vint mysterium eius divinitatis esse consortea qui humanitatis nostrae fleri dignatus est particeps lesus Chrisius filins tuusDominus noster. Qui lecum^. Elle est prise, en effet, au Sacramentaire Grégo- rien (WiLsoN, p. 13), où elle est au nombre des oraisons de Noël, et elle se retrouve dans le Gélasien et le Léonien. Elle s'est alourdie dans le Missel par l'introduction de jjéj^ huius aquae et vint myste- rium et de lesus Christus filius tuus Dominus no- ster. Elle est d'ailleurs rare dans lés missels, encore qu'on la rencontre dès le xi" siècle. Cette rareté s'ex- plique par le fait que le calice était dans beaucoup d'Églises apporté g'arnisur l'autel, que dans d'autres Eglises on avait pour l'infusion du vin et de l'eau dans le calice une formule ou antienne, qui se ren- contre déjà au xi« siècle (elle est conservée dans le rite de Lyon) : De latere Domini nostri lesu Ghristi exivit sanguis et aqua, etc. Disposer le pain et le vin' sur l'autel, à cela se ré- duisait le rite dans la messe papale du viii* siècle. inl. Nous mettons en italiques les mots que le texte de nos missels a de plus que le texte des sacramentaires, et entre croctiets ceux que nos missels ont omis. 2 26 LEÇONS SUR LA MESSE. La liturgie postcarolingienne, qui a laissé disparaître loffrande des assistants, a insisté dans les prières autour du pain et du vin sur l'idée d'offrande, jusqu'à faire de l'offertoire une sorte d'anticipation du canon, et si bien que des liturgistes considéreront l'offer- toire comme un petit canon [canon minor) ^ . Ecartons toute équivoque verbale, l'offerloire ne traite que la matière de ce qui sera le sacrifice. La pure. liturgie romaine, dans ses secrètes, ne pense qu'au pain et au vin de l'offrande quand elle parle de sacrifice. La prière //î spiritu est une antienne composée de versets de Daniel (m, 39-40). Adopté par la Cour de Rome et les Mineurs au xin^ siècle. Vin spiritu se rencontre dans les missels au xi^ siècle déjà, mais il est rare*^ Ebner (p. 309) en cite une formule pins étoffée prise à un manuscrit duxi^-xii^ siècle : Tune (sacerdos) ordinal oblationem super corporale in modum crucis dicens : In spiritu humilitatis et ia animo con- trito suscipiamur, Domine, a te, etsic fiât sacriflcium no- strum et obsequium servitutis nostre, ut a te suscipiatur et placeat tibi, quia non est confusio confldentibus in te et spe- rantibus de immensitate misericordie tue, Domine. La rubrique qui précède la formule montre que dans ce missel (xi-xii® siècle) Vin spiritu se rattache à l'oblation du pain sur la patène et donc précède l'oblation du calice. Cette même rubrique prescrit au prêtre de disposer l'oblation (du pain) sur le corpoz'al en forme de croix : il y avait apparemment plusieurs pains pour pouvoir former une croix. Quand il n'y eut plus qu'une hostie sur la patène, le geste se conserva, et voilà peut-être pourquoi nous î. TnALUOFER-ElSESIIOFEn, t. II, p. 12S. L'ORDINAIRE DE LA MESSE DU MISSEL ROMAIN. 27 dessinons avec la patène et l'hostie une croix au- dessus du corporal. Dans la coutume de la Cour de Rome, Yln spirîtu est reporté au moment où, le pain et le vin étant disposés sur l'autel, la préparation de la matière du sacrifice est achevée : Vin spiritu en devient l'épi- logue. La prière Veni sanctificator est un épilogue aussi et fait un peu double emploi avec Vin spiritu. L'o- pinion qui fait du Veni sanctificator un emprunt à la liturgie wisigothique est sans fondement. Ber- nold de Constance [Microl. 11) le donne « iuxta gallicanum ordinem ». 11 est de fait que le Veni sanctificator se lit dans le sacramentairc irlandais dit Missel de Stowe (vii^-vino siècle), et sous forme de chant : Veni, Domine sanctificator omnipotens, et benedic hoc sacrificium preparatum tibi. Amen. Ter canitur i. Le texte reçu du Veni sanctificator est celui-ci : Veni, sanctificator omnipotens aeterne Deus, et benedic hoc sacrificium tuo sancto nomini praeparatura. Tel quel, il n'a pas été rédigé pour accompagner un geste de bénédiction du prêtre : la présence du mot benedic a suggéré le geste à faire, comme il arrive chaque fois que l'idée de bénédiction se ren- contre dans un texte liturgique. Le Veni sanctificator s'adresse à Dieu tout-puissant et éternel à qui le sacrifice va être offert. Voir dans le Veni sanctifica- tor une invocation au saint Esprit n'est pas défendu (Ebner, p. 310), mais tel n'est pas le sens premier de 1. Warner, The Stoiue Missal (131i>), p. 7. 28 LEÇONS SUR LA MESSE. notre texte reçu, qui s'adresse à Dieu contemplé dans son unité, comme à Dieu dans son unité étaient offerts les sacrifices des patriarches. Cela est fort bien dit par le texte du Veni sanctificator qui se rencontre au xiii® siècle dans tel missel de la Cour de Rome et des Mineurs (Ebner, p. 314) : Veni, sanctificator omnipotens aeterne Deus, et benedic hoc sacriflcium ab indignis manibus tuo nomini praepara- tum, et descende invisibiliter in hanc hostiam qui visibiliter in patrum hostias descendisti. Moïse et Salomon ont prié le Seigneur et le feu du ciel est descendu qui a consumé l'holocauste {II Mac. u, 10). La messe papale du vin® siècle, celle de VOrdo romanus /et du Sacramentaire Grégorien, a donné à la liturgie de l'Occident carolingien l'ordinaire de la . messe. Dépouillé de la solennité que lui valaient ses assistants, ses ministres, ses parties chantées, cet ordinaire est devenu l'ordinaire de la messe privée, de la messe basse, de la messe soli- taire, où le prêtre n'a qu'un servant avec lui. La dévo- tion privée a sa place dans la messe privée : de là les prières privées introduites dans l'ordinaire de la messe entre le x® siècle et le xiii®, que nous venons d'examiner. Elles sont des surcharges, évidemment, et elles sont dues aux initiatives de l'usage. L'étonnant est que pareilles initiatives n'aient pas engendré de con- fusion. En réalité, ces initiatives n'ont eu de jeu q\ie dans la zone de l'offertoire et dans la zone de la com- munion, jointes à celles de l'arrivée du prêtre à L'ORDINAIRE DE LA MESSE DU MISSEL RpMAlN. 29 l'autel et de la fin de la messe : elles se sont glissées dans des interstices. Si l'on veut bien comparer l'ordinaire de la messe de Paris conservé par les Frères Prêcheurs à celui de la Cour de Rome et des Mineurs, on se rendra compte que Paris et Rome, au XIII® siècle, diffèrent seulement dans les zones que nous venons de dire, encore ces différences sont-elles de pur détail. Des prières introduites ainsi dans la messe privée, les unes ont pour raison d'être d'accompa- gner tel geste qui, dans la messe papale, s'ac- complissait en silence : la liturgie veille ainsi à préserver la piété du célébrant contre l'automatisme et à pénétrer cette piété du sens spirituel de ses gestes. Les autres prières sont destinées à rappeler au célébrant les sentiments qui doivent être les siens quand il monte à l'autel, quand il offre l'oblation, quand il s'apprête à communier, quand il vient de communier : elles sont faites pour inculquer au prêtre les scrupules de conscience que sa fonction lui doit donner, et la foi affectueuse qu'il doit avoir pour le sacrement de l'autel. 2. Il LE CADRE DE LA MESSE ROMAINE ANTIQUE Soyons reconnaissants au Missel Romain d'avoir préservé une indication qui, dans le Sacramentaire Grégorien (soit au temps du pape Hadrien, 772-795), et dans les livres liturgiques romains du vii^ siècle déjà, par exemple l'évangéliaire de Wurzbourg', se lisait en tête des messe^s du propre du temps : l'indication de la basilique de Rome où la messe du |our est célébrée. Cette indication n'avait d'intérêt qu'à Rome, tant il y a que le Sacramentaire Gélasien (qui est un sacramentaire romain adapté à l'usage franc, vii« siècle) la néglige. Précieuse indication cependant, qui n'a pas seulement la vertu d'évoquer à notre pensée les basiliques romaines dont elle met le nom sous nos yeux, mais de perpétuer un souvenir des premiers âges chrétiens. Cette indication figure au Missel en tête des messes des Quatre-Temps, des messes des dimanches i. Dom G. MoRiN, « Liturgie et basiliques de Rome au milieu du vu» siècle d'après lea listes d'évangiles de Wùrzburg », Revue béné- dictine, 1911, p. 206-330. — H. Grisar, Histoire de Rome et des papes au Moyen Age, trad. Lkdos (1906), 1. 1, p. 1S4-167. Du même, Das Mis- sale im Lic'nte rômischer Stadlgcschichte (192i>). M. Armelliki, Le Chiese di Rama dal sccolo IV al XIX (1891) LE CADRE DE LA MESSE ROMALNE ANTIQUE. 31 de l'Avent, de la Septuagésime, de la Sexagésime, de la Quinquagésime, des dimanches et des feries de carême, du saint jour de Pâques et de son octave, des fériés des litanies majeures, de l'Ascen- sion, de la vigile et du jour de la Pentecôte ainsi que de son octave. On y joindra la vigile et le jour de Noël, le jour de la Circoncision et le jour de l'Epiphanie. Je citerai au hasard le troisième diman- che de carême et la semaine qui le suit, en donnant le texte du Sacramentaire Grégorien : Die dominica ad sanctum Laurentium foris murum. Feria II ad sanctum Marcum. Feria III ad sanctam Pudentianam. Feria IV ad sanctum Xystum. Feria V ad sanctos Cosmam et ûamianum. Feria VI ad sanctum Laurentium in Lucinae. Sabbatum ad sanctam Susannam. L'évangéliaire de Wurzbourg (vu® siècle) a la même rédaction que le Sacramentaire Grégorien. Le Missel Romain reproduit ces indications, qu'il complète en y introduisant le mot statio : Feria II Statio ad sanctum Marcum. Dans la langue chrétienne^ , le mot statio désigne avant tout l'assemblée plénière des fidèles d'une Église, l'assemblée présidée par l'évêque entouré 1. Le mot statio (oxaTÎtov en grec) se trouve dans l'ôpigraphîe de l'époque impériale, à Pouzzoles, par exemple, où il désigne l'immeu- ble dans lequel se réunit le collège des marchands Tyrieng. Ditten- BERGER, Orientis graeci inscriptiones seleclae, t. 11(1908), n. «93, et la noie (l'inscription est de 114). On y voit que les Tyriens avaient à Rome aussi une statio. Le mot désignait donc une sorte de club ou cercle d'étrangers. Cf. Sceton. New, 37 et Ptm. Nat. histor. xvi, 236. 32 LEÇONS SUR LA MESSE. de son clergé, pas nécessairement une assemblée liturgique, mais primitivement et essentiellement l'assemblée de toute l'Eglise.^ Saint Cyprien emploie le mot statio avec ce sens dans une lettre qu'il écrit au pape Cornélius et où il lui parle d'une assemblée, statio, quelque peu tumultueuse qu'il a ainsi présidée à Carthage [Epi- stul. XLiv, 2). Le pape Cornélius lui écrit de son côté qu'il a réuni son clergé [presbyteriu/n) et son peuple, et il lui fait part des décisions prises, en dépêchant pour les lui porter un acolyte romain, qui, pour plus de hâte, est allé droit de l'assemblée au bateau, « Niceforum acoluthum descendere ad navigandum festinantem de statione ad vos statim dimisi », afin que l'évêque de Carthage fût ainsi comme en présence de l'assemblée du clergé et du peuple de Rome, « velut praesens in isto clero et in isto populi coetu » [Epistul. xlix, 3). Notez bien : Nicéphore est parti incontinent de statione, de l'assemblée. Tel est le sens ecclésiastique donné au mot statio, à Carthage et à Rome, au milieu du iii^ siècle ^'. Le mot statio, au sens d'assemblée plénière du clergé et de tous les fidèles, s'est conservé dans la langue ecclésiastique de Rome, pour désigner la messe que le pape célèbre à un jour dit dans telle ou telle basilique, et à laquelle assiste tout le clergé romain, de même que tous les fidèles y sont convo- 1. Cet emploi de statio est différent de celui dont témoignent le Pasteur d'Hermas (Sewi. v, -i) et Tertullien {De orat, 19; Ad uxor. n, 4; etc.). pour qui dies stationis est un jour de jeûne. Haunack, Militia Christî (1905), p. 35-36. Dans la langue militaire, statio dési- gne un poste qui veille et garde, et staiionarius est une sentinelle ou un factionnaire. LE CADRE DE LA MESSE ROMAINE ANTIQUE. 33 qués. Ainsi en est-il à Rome au v® siècle, où nous voyons le pape Hilaire (461-468) constituer un ser- vice de vases sacrés [ministeria) d'or et d'argent qui doivent être transportés à la basilique où la station se célèbre : « In urbe Roma constituit ministeria qui cîr cuir eut constîtutas stationes », lisons-nous dans la notice du pape Hilaire ^ . Suit l'inventaire de cette orfèvrerie liturgique. En première ligne, un scyphus stationai'ius d'or^, qui pèse huit livres d'or. Puis vingt-cinq scz/p/^/ d'ar- gent, pesant chacun dix livres. Puis vingt-cinq amae d'argent, pesant chacune dix livres. Puis cin- quante calices minisieriales d'argent, pesant chacun deux livres. Le scyphus stationarius d'or est le calice à anses qui servira au pontife pour la consé- cration. Les amae sont les vases destinés à recevoir le vin offert par les fidèles, chaque fidèle apportant son amula de vin. Les calices minisieriales sont des calices servant à distribuer la communion sous l'es- pèce du. vin. Pourquoi vingt-cinq amae, vingt-cinq scyphiy cinquante calices? La raison en est que le pape célébrait, et que les vingt-cinq paroisses ou tituli que comptait Rome au V* siècle venaient à la basilique de la station accom- pagnées de leurs prêtres ; voilà pourquoi on prévoit vingt-cinq vases d'argent pour recevoir le vin des fidèles présents, et cinquante calices pour leur dis- tribuer la communion (les femmes d'un côté, les 1. Lib. ponlif. t. T, p. 2W. Rapprochez Gros. Adv. pagan. YII, 33 : « ... Pétri apostoli sacra ministeria. » 2. Le scyphus liturgique est le axûçoç de l'antiquité classique grecque et romaine. Voyez, dans le Diclionn, deDAREMUEUG, l'article « Scyphus » de E. Pottior. 34 LEÇONS SUR LA MESSE. hommes de l'autre) : chaque paroisse a un scyphus d'argent à elle destiné, et l'inventaire le dit propre- ment, quand il mentionne les « scyphos argenteos XXVpe?' titulos y> . La messe stationale était, sinon la réalité, du moins là représentation de toute l'Église de Rome avec son presbylerium indivis. * Une grande cité chrétienne comme Rome n'avait- elle donc qu'une messe, celle du pape, et seulement les jours de station ? Ce serait bien invraisemblable ^ Il est rapporté dans la notice du pape Miltiade (311-314), au Liber pontiflcalisj que ce pape aurait institué l'usage d'envoyer aux églises de Rome des oblations consacrées à la messe épiscopale [ut obla- tiones consecratas per ecclesias ex consecratu epi- scopi dirigerentur). Rome au temps du pape Miltiade comptait quarante et quelques basiliques, nous le savons par Optât de Milève (II, 4), et sans doute un prêtre par basilique, car, en 251, une lettre du pape Cornélius révèle que le clergé de Rome comp-- tait quarante-six prêtres, contre sept diacres, sept sous-diacres et quarante-deux acolytes (Euseb, H, E. VI, 43, 11). Miltiade institua donc qu'on enver- rait une portion des espèces consacrées par le pape à chacun des prêtres qui célébraient dans les basi- liques urbaines, pour qu'ils la joignissent chacun à leur propre consécration comme on ferait d'un levain, ferinentum. 1. Voyez S. Léo. Epistul. IX, .2, qui pose d'ailleurs un problème difficile sur la réitération de la messe des sollemniores festivUales. LE CADRE DE LA MESSE ROMAINE ANTIQUE. 35 Le pape Innocent !•' (401-417) décrit cet usage du fermentum dans sa célèbre lettre à Decentius, évêque de Gubbio [Eugubium], et apporte des pré- cisions instructives ^ . Les prêtres des paroisses urbai- nes ou titres ne pouvant, à cause du peuple qui est confié à leur charge, se réunir avec nous le dimanche [nobiscum convenîré), il ne convient pas qu'ils se croient pour autant séparés de nous, surtout à pareil \o\3Lv{maxi?ne illa die). C'est pourquoi ils reçoivent par des acolytes le fermentum par nous consacré [fermentum a nohis confectum). Cependant, ce que nous faisons pour les prêtres des titres qui sont à l'intérieur de Rome, nous ne le faisons pas pour les prêtres per parocMas, c'est-à-dire les prêtres des églises qui sont hors les murs, ni non plus pour les prêtres établis dans les divers cimetières, parce que l'on ne doit pas porter les sacramenta (les saintes espèces) à ces grandes distances, et parce que les prêtres (des églises suburbaines et) des cimetières ont tout pouvoir de célébrer sans nous les saints mystères : culte de saints autres que celui dont elle portait le nom. il suffît ^e jeter les- yeux sur le iplan de l'ancienne basilique ,de Saint- Pierre, dressé au kvi® siècle ^fxar Alfarano, quand la mémoire était fraîche encore du grand édifice •constantinien démoli, pour cocaiprendre comment la basilique s'est peuplée au cours des âges d'autels isolés, et d'oratoires aussi, blottis à l'ombre -de ses murailles. On eut ainsi apu,d sanctum Petrum une petite basilique de ^aint André, un oratoire de l'a- pôtre saint Thomas, autant pour les saints Cassia- jius, Protus, Yacinthus, autantpour saint Apollinaire, autant pour saint Sossius, enfin dans le baptis- ^tère un oratoire de la sainteGroix, puis de saint Jean Baptiste, puis de saint Jeain rEvangéliste(Z//5'./7o/e^«/. t. I, p. 261). Je ne cite, entre bien d'autres, que ces oratoires, parce que ce sont les plus anciens, et •qu'ils sont tous d'un même pape, le pape Symmaque (498-514). A^l'extrême fin du v« siècle, la loiqui vou- lait qu'une basilique n'eût qu'iun autel fléchissait sous la pression delà dévotion aux petits oratoires où l'on installait une « confession », c'est-à-dire un autel en l'honneur d'un martyr et enrichi de ses reliques. Messes stationales du propre du tenxps, messes des fêtes des martyrs, ajoutons-y les messes des an- niversaires de dédicaces d'églises, nous n'avons jus- qu'ici que des messes solennelles. Voici maintenant les messes privées. La dévotion aux memoriae martyrmn vénérées dans les cimetières chrétiens a conduit les fidèles à LE CA':RE de la messe romaine antique. 43 croire qu'il n'était pas de lieu de sépulture plus enviable que les entours d'une tombe ou memorîa de martyr : il semblait que ce voisinage assurât une protection au défunt dans l'autre vie. ÎDatis son petit ivîàXéDe cura pj'o mortuis gerenda, sans encourager ni décourager cette croyance populaire, saint Au- gustin suggère aux fidèles de son temps que l'utii- que secours que nous puissions procurer aux morts 'est celui de nos aumônes, de nos prières, du sacri- 'fice de la messe : recommandons-les au martyr dont nous visitons la memoria en même temps que leurs, tombes, et persuadons-nous que rien ne sert aux dé- funts sinon « quodpro eis sive altarîssive orationum sive eleemosynarum sacrificiis solemniter supplia camus » [De cura^ 22). Augustin témoigne là même que l'usage est d'être enterré auprès des martyrs : a Qwisque apud memorias martyrum sepelitur ». 11 témoigne aussi que, à dates fermes, on vient sup- plier pour les morts, « 'solsmnîUi^ siipplicafrius », et que ces supplications, qu'accompagnent des dis- liributions d'aumônes, ne vont pas sans le sacrifice de l'autel ^ . Lamesse célébrée dans les cimetières sur la tombe i. Voyez Enchiridion, CX. — Ailleurs Augustin reproche (vers 420) à Vlncentius Victor, un laïque d'Afrique, de vouloir que l'on offrele saint 'Sacrifice pour les enfants morts sans baptême. Victor disait : < Sane jiro eis oblationes assidaas et offerenda iugiter sanctorum censeo sacriflciasacerdotum ». Ado. De anima,i, 10. Tertullien avait dit dé}à de la veuve chrétienne : « Pro animti etus(son mari défunt) orat.... et offert annuis dicbus donnitionis eius ». De monogam. 10. — Qui voudra avoir une bonne expression de la doctrine, pourra recourir à cette oraison (prise parmi les oraisons super de/\(nc(o3)âu Sacra- mentaire Léonien : « Deus, cui soli competit medicinam praestare post mortem, praesta quaesumus ut anima famuli lui iluus, terrenis exula contagiis, in tua(e) redemptionis parle numeretur.Per » (feltos, D. 147). 44 LEÇONS SUR LA. MESSE. d'un défunt, à l'anniversaire de sa mort, est le type de la messe privée, par contraste avec la messe sta- tionale. Des messes privées pouvaient être célébrées ailleurs que dans les cimetières et à d'autres inten- tions que les défunts. Le (second) concile de Garthage, que l'on place vers 387-390, a un canon (can. 9) où s'exprime la plainte de voir « en certains lieux des prêtres simplement ignorants ou audacieusement retors, célébrer la messe dans maints domiciles (privés), sans l'avis de l'évêque, ce qui est incompatible avec la discipline ». Nous en conclurons que, avec la permission de l'évêque, des messes peuvent être célébrées par un prêtre à domicile, « in domiciliis » ^ L'évêque d'Hippone raconte, au livre xxii (8, 6) de la Cité de Dieu, qu'un vir tribunitius, un ancien officier de l'armée romaine, nommé Hesperius, avait un domaine nommé Zubedi, dans le territoire de Fussala, lequel était à vingt lieues d'Hippone. Il arriva que les gens et les bêtes de ce domaine fu- rent affligés par les esprits malins : Augustin ne nous dit pas sous quelle forme. Hesperius, qui habitait Hippone, demanda, en l'absence d'Augus- tin, à ses prêtres d'envoyer l'un d'eux à Zubedi pour chasser par des prières les esprits malfai- sants. Un prêtre s'y rendit, en effet, il célébra les saints mystères, il pria tant qu'il put, pour que cette calamité prît fin. Et par la miséricorde de Dieu elle prit fin aussitôt. La suite du récit d'Augustin prouve que, à Zubedi, il n'existait à ce moment pas d'église, car peu de temps après Hesperius profitera du pas- \. Ce canon sera adopté par le concile de Constantinople in Trulîo, en 692, can. 31. Rapprochez Basil. Epislul. cxcix, 17. LE CADRE DE LA MESSE ROMAINE ANTIQUE. 45 sage de l'évêque d'Hippone à proximité de son do- maine pour obtenir qu'il permette d'élever là un orationum locus où les chrétiens de l'endroit puis- sent se réunir et célébrer les exercices du culte, « ad celehranda quae Dei sunt congregari ». Il reste donc que le prêtre qui est venu chasser les mauvais esprits, a célébré la messe sans église, donc sans l'appareil usité dans une église, et nul doute que ce ne soit une messe qu'il a célébrée : « Per- rexit uniis^ optalitibi sacriflcium coi'poris Christi ». Le « lieu de prières » accordé par l'évêque d'Hip- pone à ce propriétaire d'un domaine rural est un exemple d'oratoire domestique, comme on en con- naît à Rome même. L'oratoire de Sainte -Félicité, à côté des thermes de Trajan, est une chapelle encore existante, exiguë, décorée d'une peinture du v^ siècle ou du début du vi^, une chapelle élevée apparem- ment à là suite d'un vœu à la sainte patronne des femmes romaines (c«//;'/:r romanarum] ^ On signale proche des thermes de Dioclétien les restes disper- sés de deux oratoires domestiques analogues, mais plus anciens (iv^ siècle) , dont l'un paraît s'être rat- taché à la famille célèbre du sénateur Pudens. Pau- linus raconte de saint Ambroise que, après avoir été fait évêque, il fit une visite à Rome, et que là il fut invité par une chrétienne du plus haut rang à célébrer la messe dans sa maison : « ... cunzy trans Tiberim apud clarissimam quamdam invitatus, sa- crificium in domo offerret... ^ ». i. Armellini, Chiese di Roma, p. 136-138. Sur ces oratoires, Guisar, Hist. de Rome, t.I, p. i7i-ilS. Cird.K.KUfOLL\, Santa Melania Giuniore (1903), p. 2î6-2r>0, P. Kirsch, • Santuari domestlci », Rendic. Accad.Rom. di Àrcheol. 1924, p. 27-43. 2. Pauun, Viia Ambras. 10. Le Missel de Bobbio (vu« siècle) a une 3. 46 LEÇONS SUR LA MESSE. * Une opinion, longtemps et naguère «ncore classi- que, a fait croire que jusqu'à la paix constantinienne les chrétiens conservèrent l'usage de célébrer les saimts mystères dans des oratoires domestiques ^ On assure au surplus que les chrétiens étaient des humiliores, des pauvres. Or, il est un fait certain, c'est que l'Église a joui dans le monde romain, au 111° siècle notamment, d'une liberté habituelle, in- terrompue seulement par des persécutions meur- trières, mais spasmodiques : cette liberté, qui com- portait le droit de propriété corporative, lui adonné, dès le in° siècle, la faculté de construire les édifices que réclamait sa vie religieuse essentiellement communautaire. Et les communautés chrétiennes, au m* siècle, étaient riches, riches de la richesse de ceux de leurs fidèles qui appartenaient à la haute société, et riches de leur propriété collective. Si, en 303,1a persécution dioclétienne confisqua ou démolit les églises du monde chrétien, c'est donc qu'il existait des églises partout sous le ciel. Peu de temps avant que n'éclatât la persécution, le païen Porphyre écrivait : « Les chrétiens, rivalisant avec les constructions de (nos) temples, édifient des mai- sons très grandes ([jieYfffTouç oi/touç), où ils s'assemblent • Jiissa in domo cuiuslibet » (P. L. LXXII, S44). napprocliez Jaffe, di24, unelettr* de saint Grégoire sur ce sujet, et déjà le canon 19 du concile d'Arles de 314. 1. De Lastevrie, L'architecture religieuse en France à l'époque ro- mane (1912), p. 2-3. LE CADRE DE LA MESSE ROMAINE ANTIQUE. 47 pour prier, bien que personne ne les empêche de faire cela dans leurs demeures (privées), le Seigneur apparemment entendant partout \ » Il a existé des procès-verbaux des saisies faites en 303 des églises de Rome, et un procès-verbal de restitution de ces mêmes églises au pape Miltiade, par ordre de Maxence, en 311 : l'évêque de Rome possédait donc en tant qu'évêque des églises^. Nous savons grâce à un texte d'Optat (cité déjà) que, vers 315, Rome ne comptait pas moins de quarante et quelques basi- liques chrétiennes. Personne n'est plus tenté aujourd'hui de chercher dans l'architecture des temples païens l'inspiration de l'architecture des églises chrétiennes : les temples n'étaient pas destinés à des assemblées de fidèles, ils étaient la maison du dieu, le sacrifice était offert au dieu sur le seuil de sa maison, ses fidèles étaient comme des clients qui saluaient le dieu à sa porte. Le culte ne comportait aucune prédication, aucune prière collective prononcée ou chantée, rien que l'offrande accompagnée parfois d'une formule sacer- dotale ou carmen. Mais que l'on se rappelle le mot de Porphyre : les chrétiens ont des « maisons très grandes ». Ces édi- fices constituent un ensemble désigné, au in^ siècle, par les écrivains chrétiens, sous le nom de domus Ecclesiae. Pareils termes s'ont déjà l'indice que la domus Ecclesiae est une combinaison architec- turale que le christianisme a formée à son usage \. A. Harnack, Mission und AusbreiCung (1906), t. II, p. 69. H. AciiEns, Das Chrislentum in den ersten drei Jahrhimderten (1912), t. II, p. 420-421. 2. P. B. La vaix conslanXinienne (1914), p. m. 48 LEÇONS SUR LA MESSE. d'éléments préexistants et civils. La domus Ecclesiae est constituée par des salles groupées pour des ser- vices subsidiaires autour d'un ensemble principal, qui se compose d'un atrium et d'une basilica. On a trouvé à Porto, près de Rome, les ruines d'une npiaison qui appartint à Pammachius et dont il fit un hôpital : cet édifice qui date de la fin du iv* siècle, avec son atrium, sa basilica à trois nefs et une abside, ses grandes et petites salles annexes ^ pour- rait aussi bien être une domus Ecclesiae. L'atrium s'ouvrant sur la rue est la cour carrée, entourée de portiques à colonnes, qui est le centre des riches demeures de l'époque soit hellénistique, soit romaine. Le nom de basilica est donné à tout grand hall couvert, comme on en trouve dans l'ar- chitecture civile tant hellénistique que romaine^. Les noms populaires, et basilica en est un, sont le plus souvent des noms de fortune, dont le sens étymolo- gique importe peu. Plus techniquement, commen- tant un texte de Vitruve, M. de Lasteyrie a écrit que les basiliques ne doivent leur nom de basilique, ni à leur plan, ni à leur destination, mais à cette dis- position particulière qui permettait de les éclairer d'en haut, en surélevant la partie centrale pour y percer des fenêtres [op. cit. p. 66). Cette disposi- tion n'est pas une création chrétienne. L'abside, qui dans la basilique chrétienne, fait face à l'entrée, n'est pas davantage chrétienne d'origine : on en trouve de semblables dans les salles antiques où la parole pu- blique avait à s'exercer, comme les écoles et les tri- bunaux : une abside pareille termine la basilica d. Grisar, Histoire de Rome, t. I, p. 43. 2. Voyez, au mot t Basilica », le Thésaurus ling. latinae. LE CADRE DE LA MESSE ROMAINS ANTIQUE. 49 bien connue du palais des Flaviens, où l'on croit reconnaître le tribunal de l'empereur. En deux mots, le christianisme s'est installé dans les architectures reçues au temps de ses origines : il se contenta en grandissant de les mettre à sa taille, et de les accorder à son caractère ^. Or, s'il est un principe sur lequel le catholicisme naissant ait insisté, au n* siècle, au m^, c'est le prin- cipe de l'unité de l'Église locale. Le schisme est un péché. Dieu veut l'unité de chaque Église dans l'o- béissance de tous à un pasteur unique, l'évêque, à un presbyterium qui ne fait qu'un lui-même avec l'évêque : hors de cette unité visible, il n'y a plus d'Église. La hasilica chrétienne sera une saisissante expression de cette unité monarchique. Toute la communauté peut s'y assembler. Les fi- dèles sont debout dans la nef. L'évêque préside, assis à sa cathedra au fond de l'abside ; ses prêtres l'entourent, assis sur le siège demi-circulaire qui garnit l'abside à droite et à gauche de la cathedra de l'évêque; les diacres, considérés comme des ser- viteurs, resteront debout et sans place fixe assignée. L'Église est une société inégale; le consessus des prêtres et la cathedra de l'évêque dominent' l'as- semblée de plusieurs degrés. Il faut, écrira saint Augustin, que dans l'assemblée des chrétiens ceux qui sont préposés au peuple siègent plus haut : « Oportet ut in congregatione Christianorum prae- posîti plebis eminentius sedeant » [Civ. Dei, xx, 9). Le parterre de la nef est traité par Augustin de 1. H, Vincent et F. Abel, Jérusalem., t. II (1914), p. 164-166. G. Lk- Boux, L