l'I III.K. A I KiNs L'ÉCOLE DKS LANGUES UlUKNTALK.S VIVWTKS ^U IV'- SI- un:. — \()i.. w I Li<: LIVRE DE LA CIÎLATIOX ET DK I;|IIST()I!;K ToMi': i'ki;Mii;i{ .0 /5 CIlAl.ON-SUIl SAONE lUPHIMmiR rnANÇAlHK Kl OIUKNTAI,.: I.K L. MAUCKAU, K. DEUTRAND, SUCC LK iniii' iiK L\ (:iir,\ïiii\ I' I DE i;iiist()Ii;k i)'Ai!OL-zi:ii) AiiMi:ii iii;\ s\iii ii.i;\ik l'i lu.n'; i-:t tkmh ir d'nprÙH If MiiMiiMorit .le C •> m n t d ■ > t I it .. i> 1 « paj: M. Ci.. IIUAIIT l.o.NsLI. l)\. I KA.Nt.l. SllCIt I. I A I II I - INTKUI'II^.TK DV U O C V K R ?l R M RK T I'Rufessi:lk a i. i.culk si'^ciai.k dks i.a.xcvi:» onir^tTAi ra tivAivTri TOME PREMIFIR PARIS EH N EST M. KO I \ . I hl ! I I II 28, iu;e noNAi'AUTK, 28 1899 A LA .Ml-:.M()lRi: I>1- iME.MBRE DE l. INSTITUT ADMINISTRATEUR DE l'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES Souvenir de profonde reconnaissance IMtllFACK La hihliolluMiuc do Dàmàil Ibraliiin-paclia, a ConsUinti- nople, se trouve dans le voisinage de la grande moscjuéc de Cliahzàdè: elle fut fondée par le célèbre grand-vi/ir du sultan Ahmed III dans les premières années du X\lll* siècle de notre ère. Le catalogue de cette bibliothèciuo, rédigé en turc par Nédjim-l'-fcndi en l'^iYJ de l'hégire, a été litho- graphie à Constantinople : un nouveau catalogue, imprinif- par les soins du Ministère ottoman de l'instruction j)ubli(jue. a été publié en 1312 de l'hégire'. Le manuscrit du Licre de la Créatioti c( de l'IIiatoirc, d'Abou-Zéîd Ahmed ben Sahl el-Balkhi, est conservé dans cette bibliothèc[ue. Il est inscrit sous 1<; n" '.>1X; il est entièrement paginé et comprend 223 feuillets; il est divise en trois parties, reliées en un seul volume. La première partie s'étend du feuillet 1 au feuillet 74; la seconde, du feuillet 75 au feuillet 154, et la troisième, du feuillet 155 au feuillet 223. Ce manuscrit a pour dimensions ()'"235 X 0'" 165; chaque page contient vingt-six lignes. Le titre est ainsi présenté : ^^ui ^uvi Ajaj.^ oii^ ^Xr\ j^jUij) *^i\ ^y-^ lui .lii; I dAJdi :>U ^yi\ X\ ^^ "^^y <^^> 1. m ^lj;l it'b olk^ j^^- ^'n vol. grand in-8-, 87 pp. VUl > ^ ^ ^ • •• - A__ilj aI^ ôj\jci\ (' Le Licrc de la Crcalion et de niistoire, en son entier et au complet, composé par l'imam très savant, le distingué entre les hommes de mérite, Abou-Zéid el-Balkhî (que Dieu soit satisfait de lui et le satisfasse!), pour la bibliothèque illustre de noire maitre, le prince des grands émirs, l'appui de l'empire, l'ordonnateur du monde, l'organisateur de la terre, l'auxiliaire de la nation et de la religion, qui a rendu puissants l'islamisme et les Musulmans, l'élu du sultan des créatures et son vicaire (que Dieu rende illustres ses vic- toires, exalte son llambeau [le fasse briller] et double ses capacités !) pour Mohammed et sa famille. » Le personnage pour la bibliothèque de qui Abou-Zéid écrivit son ouvrage, et dont le nom ne figure ni dans le titre ni dans le cours du Livre de la Création^ est probablement le premier ministre du prince samanide Mançoùr ben Noùh, (jui avait succédé â son frère 'Abd-el-Mélik en 350'. La copie de la première partie du manuscrit de Constan- tinople a été achevée dans le premier tiers du mois de djoumada I" 603; la seconde partie n'a aucune indication de date ; la troisième partie porte à la fm l'annotation sui- vante : J J^\ f^3 O AJi\ Ji iS^jf'^^\ ^^j^\ cl^J-l 1. Mlrkhond, Rmiçrit tiç-Çafâ, vol. IV, p. Kî; Defrémery, Histoire fl»6 Snmniiidrs, p. 150 Ct suiv. ; T(iril,h MunrdjdjIiH-lK'irhi, t. II, p. 255. IX « Celui (|ui a copié ce livre est h? faible et pauvre esclave qui espère en la miséricorde de son Seif»neur le très doux. Klialil 1)011 cl-Hosôin cI-Kindi rj-Walàchdjirdi ((p, lui pardouue ainsi (pi'a tous les Musulmans!), dans ; rant de l'année ()(y3. Louange à Dieu seul, et Ix-nt-Uu Uon sur Mohammed et sa famille ! » Ce copiste était, ainsi quon le voit, un kurde de Walàchdjird ou « clu\teau de Volo- gèse )), bourgade dépendant du cliàtrau-fort do Kinkiwar, entre Hamadàii et Kirmànchàh '. On sait i)eu de chose d'Abou-Zcid Ahmed ben Sahl el- Balkhî. Dans son ouvrage consacré aux historiens arabes et à leurs ouvrages, F. WiistenfeUP n'a pu qu<' r\i,-v -.n nom d'après le Filirist, la date de sa mort', ci ses ouvrages d'après le polygraphe ture llàdji-khalfa, dont le Kachf ez-Zunoùii ënumère pourtant cncnrc deux autres dont la mention a, i)araît-il, échap|)é aux érudites recherches du savant orientaliste'. M. de Goeje' a réuni à peu près tout 1. Il y a encore trois autres localités du niOtïie nom, l'une sur la frontière du pays de Balkli, l'autre dans la piovincc du KermAn, et la dernière prés d'Aklilàt. Je pense, à cause de la nationaliU^- kurde de noire copiste, que c'est bien celle que j'ai désignée qui est sa patrie d'origine. Cf. Mi'i-àrid rl-IriH. des ennemis tels qu'El-Hoséïn ben 'Ali el-MarwarroûdlU et son frère Ço'louk. de ([ui il avait rcru (|uel(|ue temps un»' pension annuelle, dont le payement fut iuterromi)U i)ar eux à la suite de la publication de son livre sur la Question des interprétations. Il en fut de même du célèbre ministre des Samanides, connu également comme géogi-aphe, AI)ou 'Ali el-Djéihânî; celui-ci était concessionnaire de bénélices dont il versait les revenus à Abou-Zd'id, mais il Ton |»riva l(»rs(|u.' notre philosophe écrivit son Wwo Des Sarri/ires et des Vie finies. Il aurait même été, dans ces occasions, soupronné d'hérésie, mais sans fondement, car. d'a|)rès l'auteur du Filirist, El-Hoséin ben 'Ali était Carmate, et el-l)jéihar)i dualiste, tandis que les doctrines religieuses d'Abou-/éid étaient restées orthodoxes, malgré son penchant a la philo- sophie. Notre auteur s'occupait aussi d'astronomie avec passion, tout en nourrissant une profonde aversion à l'égard de l'astrologie judiciaire {ahhàni en-nodjoùni) '. Comme preuve de sa modestie, on rajiporte l'anecdote suivante : Lorsque Abou-Zéïd lit poui- la pi-emière fois sa cour au prince de Balkli, Ahmed ben S;ihl ben Hâchim el- Marwazi' et que celui-ci lui demanda son nom. il n'-pondit qu'il s'appelait Abou-Zéïd. Le prince en fut élonn*-, car il n'était pas de bon goût de se nommer i)ar l'- vuniMin dii 1. De Goeje, loco laud. 2. Mort en 307 hég. Cf. Ibn el-A(liir, t. VIII. p. Sti et suivant.-s, XII uniquement a la naissance iliin lils, et il tint, à cause de cela, le savant pour un homme peu poli. Par hasard Abou- Zéld laissa tomber son cachet dans la salle. Le prince le ramassa et y lut, à sa grande stupéfaction, ces mots gravés : « Ahmed bon Sahl. » Il comprit alors que ce n'était que par courtoisie qu'Abou-Zéid, en présence du prince, n'avait donné que son surnom, leurs deux noms étant identiques. Quand ce prince lui demanda de devenir son ministre, il refusa ce poste et n'accepta qu'une place de secrétaire^ tandis que son ami Abouri-Qâsim Ahmed ben Mahmoud el-KaM)i était appelé au rang de vizir, qui comportait un traitement mensuel de mille dirhems, au lieu que la place d'Abou-Zéid n'en avait que cinq cents pour émoluments; mais Abou'l-Qàsim ordonna au ministre des finances de remettre à son ami, pour son compte, cent dirhems de plus chaque mois. C'est au même Abou'l-Qâsim que notre auteur dut sa propriété de Chàmistiyàn. lisse trouvaient un jour tous deux chez le prince, lorsque celui-ci leur montra un magnifique collier de perles qu'il venait de recevoir de l'Inde et dont il détacha à deux reprises dix perles dont il fit présent à chacun d'eux. Abou'l-Qàsim pria le prince de l'autoriser à donner les siennes à Abou-Zéïd. « Certes, dit le prince, et même je ne veux pas te le céder en générosité, je lui donne aussi les dix qui me restent; et, ajouta-t-il en se tournant vers Abou-Zéid, ne te fais pas duper par un négo- ciant adroit, car elles m'ont coûté trente milledirhems. » C'est avec le prix de ces perles qu' Abou-Zéid acheta sa propriété. Le prince Samanide du Khorasân, d'après le récit de Moqaddési et de Çafadi, reproduit en abrégé par Hadji- khalfa', invita Abou-Zéid à venir le trouver à Bokhàrà 1. Ur . hiMin.jr. t. IV, p. 112. n" 7804 ; de Goeje, B(MoM . Gcoqr. Ar., III, p. 4. Mil pour entrera son service. Le savant se mit en route, mais arrivé au bord de rOxus. (luaiid il entendit le bruisseaicnt de l'eau et vit la largeur du lleuve, il écrivit au prince : «Tu m'as appelé vers toi, paice (juc tu as appris que je possède une certaine intelligence; mais si je passai fleuve, je n'en aurais aucune. Mon intelligence m''^l . C'est le surnom d un poète, nomoié Yahya XIV réciter des vers arabes sur les preuves de l'existence de Dieu. A Merw. il rc(,'ul une Iradilioii du prophète de la Ijourlio uuMu<» d'AIxl-er-Hal.uuau l)en Al.miod ol-Marwazî; jiOsNvâr'. il entcudil Mohauiined bcn Salil en citer une autre; une troisième lui fut transmise par Hàtim ben es- Sindl. à Tekrit. Dans la i>arti(' cMicore inédite de cet ouvrage, nous voyons successivement notre auteur se rendre à Barra, où un juif lui fournit une explication de la création d'Adam (f'';V^ r"'); à Hilàd-Sàboûr'. i)Our y faire une enquête sur le compte d'un homme dont les doctrines paraissaient con- traires à celles des autres hommes, et (pii prétendait être hit'u lui-même; à Fardjoùt", dans la Haute-Egypte, où il reçoit une tradition d'Abou-Naer el-Harachi. En l'an 325 de l'hégire, il était àChirdjàn ', où il rencontra un tradition- niste connu sous le nom de es-Sidjzî (le Sace), Ahmed ben Mohammed el-Hadjdjàdj. Il visita Bethléem (f° 96 v»); à la Mecque, il entendit Abou 'Abd-er-Rahman el-Andalosî raconter une incursion des Turcs en Espagne; à Soùs, Mohammed ben Khàlawaihi lui cita une tradition d'Ahmed ben Hanbal (f'' ls3 r"j;au Caire, il rencontre Hàroûn ben Kàmil (f" 192 v^); et à Ikhmim', il recueille un portrait du khalife omayyade Walid fils de Yézid (f° 209 v°). Il est \)en Abi-Moùsâ. dont le nom est cité dans le Filtrist, t. I, p. 170 ; est-ce le nii''nie que le nôtre? Sur la forme de l'adjectif ethnique, cf. Soyoùtî, LnU. rl-I,,,!,,;!,. éd. Voth, p. 2GS. 1. Bourgade pn'-s d'Ispahân. la môme que Aswûriya ou Oswâriya; cf. Harbier de Meynard, Dirtionnairr tir In Prrsr, p. 37. 2. Canton dont le chef-lieu est Chahristàn, près de la limite de l'Iriq'Adjéml, cf. Mrrâçid, t. II. p. 1 et p. 13G; Barbier de Meynanl. op. Imul., p. 293 et 358. 3. Cf. S. de Sacy. licloiinu ilr riitr par Alnhillaiif, p. 703; et la carie de l'Kgyple du colonel Lapie, Paris, 1856. 1. I.a niCme que Sirdj&n, ville principale du Kirraân. Barbier de Meynard, "/). Inud., p. .333 et 360. 5. Ville connue de la Haute-Egypte. XV clair, par cette revue rapide, que les voyaf.'es d'Ahou-ZéUl se sont étendus bien au delà des limites étroites où l'on voulait les confiner. D'après Hadji-Klialla. les ouvrau-'- d" aImih-/. ,| ,.]. Balklii seraient au nombre de si.\ : 1° Le Kitàb cl-BccV wùl-Tart/Ji {Lr.r. hihlioijr., t. 11. p.23, n°1693); 2" Un traité de géographie iiilitul»' : Tiujich/i cl-bolihui {ici. opus, t. II, p. 395, n" 3495 ; 3° Un ouvrage dont il est malaisé de délinir le sujet, mais qui parait être une sorte de mélanges de morale et do médecine, intitule : Djonial inaçOiih el-anfos w'êl-abclàn « Somme des matières avantageuses aux âmes et aux coips » {id. op., t. II, p. 623, n" 4193); c'est le même que celui (pii est cité dans le Fihrist ;t. I, p. 138) sous le titre de Kifuh maçàlih, etc., lU siiprà. 4" Un traité de géographie connu sous le nom de Çoœar el-Aqàlini « Formes des climats », souvent cite i)ar l.lain- dullàh Mostaufî dans son Nozhat el-Qoloûb' et par Chems- eddin Mohammed ben Ahmed el-Moqaddési dans son Ahsaii et-Taqâstni (kl. op., t. IV, p. 11:^, n'^7804, . 5° Un traité qui porte le titre de Kitàb el-'Ilni wèt-ta'lîm (( Livre de la science et de l'enseignement n {id. op., t. V, p. 119, n° 10328) ; la composition de cet ouvrage est antérieure à celle du Kitàb el-Bèd\ car il est cité dans ce dernit-r, notamment dans le chapitre P' . 0° Un autre traité de géographie sous le titre de McsàliL- el-Mémalilx « Les routes des provinces », qu'il a de commun. sauf une variante insignifiante, avec tous les traités de géographie de la littérature arabe des premiers siècles [id. op., t. V, p. 5fJ9, n° 118G9). 1. Ms. de notre collection, fb r° etpassim. \VI l'n autre ouvra^'c. intilulô : Ed-iHijàna iccl-Etnana « la religion et le dépôt lidMcmeiil conserve» est signalé l>ai- .\i)Ou-Zéhl lui-même dans les i)remières pages de son Licredela Création, mais il se jxtiinait (jne ce livre n'ait jamais été achevé, ni même écrit. Il y a lieu deremaniuer, sans que nous puissions jusqu'ici en tirer la moindre conclusion, que des sept titres d'ou- vrages mentionnés ci-dessus, il n'y en a(|u"un seul, le troi- sième, qui se retrouve dans la longue liste de (juarante-trois ouvrages cités. \Yi\\'\Q,Filirist. Quant au Kitàb el-nia'cuu et au Kifâb cl-M(idalèli cités passini dans le cours du Livre de lu Création, nous n'avons aucun renseignement à leur égard, en dehors de la citation elle-même. Il jKU'altra bien téméraire d'avoir entrepris la publication d'un texte arabe du IV*' siècle de l'hégire sur un manuscrit unique. Le seul parti à prendre en pareil cas était de repro- duire le plus exactement possible le texte original avec ses iniperfections et même ses fautes de grammaire, en se bor- nant aux corrections les plus évidentes et en indiquant en note la forme donnée par le manuscrit, [a\ correction des épreuves elle-même a été entravée par plus d'un obstacle, dont le principal a été un changement de résidence, d'Orient en France. Nous prions le lecteur de vouloir bien tenir compte des dillicultés au milieu desquelles a été poursuivi un travail (jui exige généralement le silence et la tran(|uillité du cabinet. C'est M. Ch. Schefer qui nous a signalé l'existence du Kitdh cl-BètC dans la bibliothèque de Dàmâd Ibrahim- pacha et en a fait reconnaître l'importance. Depuis lors le destin impitoyable a brisé les jours de notre illustre et vénéré maître; que la dédicace placée en tête de ce volume rappelle son .souv(Miir a tous ceux (pii l'ont connu et aimé! LE LIVRE DE LA CIll-ATlON DE L'HISTOIRE Au nom de Dieu, clément et miséricordieuï; en lui est la force et la puissance. Ceux qui s'écartent de la voie droite se sont agités pour rendre obscures les choses aux esprits faibles, et ceux qui se détournent du chemin de la vérité se sont attachés ;i troubler la croyance des gens obtus en ce qui concerne la méthode à appliquer aux principes de la création, son œuvre, le résultat auquel elle aboutit, et sa fin. Par là ils encouragent Tinattention des insouciants et émoussent la sagacité des intelligents. C'est la une de leurs ruses les plus nuisibles à la religion, et des plus grossières, à cause de la perfection qu'ils ont atteinte dans l'art de contredire les Unitaires. « Mais Dieu ne veut que rendre sa lumière plus parfaitc^ o exalter sa parole et donner la victoire à ses arguments, « dussent les infidèles en concevoir du dépit ». Le plus grand malheur qui soit arrivé au commun de la nation musulmane, c'est que ceux qui en font partie entre- prennent de controverser avec leurs contradicteurs selon ce qui leur passe par l'imagination et ce qui leur vient à L Allusion à un passage du Qoràn, sourate IX, verset 32. 1 l'esprit, sans s'exercer aux ni<'tliodes scientifiques, sans connaître la manière de pos(>r un :i\ine et le siège; sur les porteurs du trône; sur les anges et leurs attributs, et les différentes opinions à cet égard; sur la question de savoir si les anges sont tenus par une obliga- tion, ou contraints, et s'ils sont supérieurs à un honnête homme; des traditions relatives au voile et au buisson de la limite ; du paradis et de l'enfer ; description du fou ; diverses opinions sur le paradis et l'enfer; description des damnés; diverses opinions sur l'éternité ou la temporanéité du paradis et de l'enfer; divergences de sentiment à cet égard ; du pont, de la balance, du bassin, des trompettes, du purgatoire, etc. Chapitre vu. — De la création du ciel et de la terre, comprenant la description des cieux, de la sphère des cons- tellations et de ce qui est au delà, et de ce qui s'y trouve, d'après les traditions ; description des étoiles, des astres, de la forme du soleil, de la lune et des étoiles, et de ce qui est entre eux ; diverses opinions sur leurs corps et leur appa- rence; lever et coucher du soleil et de la lune; des éclipses, des étoiles filantes, et autres phénomènes célestes; des vents, des nuages, de la pluie, du tonnerre, des éclairs et autres phénomènes de l'atmosphère. Du soleil, de la lune, des - 10 - étoiles, des planètes, do l'arc-en-ciel, des trombes, du trem- blement do terre ; de la nuit et du jour ; de la terre et de ce qui s'y trouve; dilïérentes opinions sur les mers, les eaux, les fleuves, le flux et le reflux, les montagnes; différentes opinionsà l'égard de ce qu'il y a sous la terre; sur ce passage du Qor'àn : « 11 créa les cieux, la terre et ce qu'ils con- tiennent, en six jours ; » sur le temps écoulé avant la Créa- tion; durée du monde avant Adam (que le salut soit sur lui!); création des djinns et des démons; de la description que l'on donne du noml)re des mondes. Cmapitrkviii. — Apparition d'Adam et dispersion de ses enfants ; comprenant les diverses opinions des philosophes, des astrologues et autres personnes sur la composition des animaux ; création d'Adam, et diverses opinions sur le lieu qui la vit; de la manière dont l'esprit divin fut insufflé à Adam ; prosternation des anges devant lui ; sur ce passage duQor'an ; n Et il enseigna à Adam les noms ; » son entrée dans le Paradis terrestre et sa sortie de ce lieu ; comment sa postérité sortit de ses reins ; des diverses manières dont on raconte son histoire; son portrait; sa mort. De l'esprit, de l'àme et de la vie ; différentes opinions des anciens et des Gens du livre (juifs et chrétiens) sur ces matières et sur les sens, ainsi que d'après le Qor'àn et la tradition ; disputes sur ce sujet. Chapitre ix.— Des calamités et des événements jusqu'au Jugement dernier, et de l'autre vie; nécessité du caractère précaire du monde, et de sa fin ; opinion de ceux des anciens qui croyaient à ce caractère précaire, ainsi que celle des Gens du livre ; sur la durée du monde ; sur le temps déjà écoulé et sur celui qui reste à parcourir ; histoire du monde depuis Adam jusqu'à nos jours, d'après les annales; sur le temps à venir et sur la durée du peuple de Mohammed d'après les traditionnistes ; sur les conditions de l'heure dernière et les signes i)récurseurs des événements jusqu'à la lin du monde ; apparition des Turcs ; du fracas en rama- — 11 — dan; apparition du Ilachémite qui viendra du KhorasAn avec les drapeaux noirs, du Sofyànide, du Qahtânido, du Mchdi; prise de Constantinople; apparition derAnt«khristct descente de Jésus, fils de Marie ; lever du soleil îi l'Occident ; apparition de la grande Béte ; de la fumée, de Gogot Magog, des Abyssins ; disparition de la Ka'bê ; du vent qui saisira les âmes des adeptes de la vraie foi ; élévation du Qor'ân ; du feu qui sortira des profondeurs d'Adcn et poussera les hommes vers le lieu de réunion ; les trois appels des trom- pettes ; description de ces trompettes ; diverses opinions des Gens du livre sur l'ange de la mort ; de ce qui aura lieu entre deux appels de trompette ; diverses interprétations de ce passage du Qor'àn : « Excepté ce que Dieu voudra ; «) de la pluie qui ressuscitera les corps des défunts ; de la réu- nion, et diverses opinions à cet égard; delà station, du changement de la terre ; du reploiement du ciel ; du jour du Jugement ; de ce qu'on prétend devoir exister ensuite; tra- ditions des anciens sur la ruine du monde ; ce que l'on doit croire sur ce chapitre. Chapitre X. — Des prophètes et des envoyés; durée do leur vie ; leur histoire et celle de leurs peuples, en abrégé et d'une manière très concise. Chapitre XI. ~ Des rois de Perse; leurs faits célèbres, jusqu'à la mission de notre prophète Mohammed. Chapitre XII. — Des religions des habitants de la terre; leurs diverses sectes et croyances, Gens du livre et autres ; notice des athées ; des Indiens, de leurs lois, de leurs .sectes et de leurs coutumes; des Chinois; mention de ce qu'on raconte des loisdes Turcs; lois desHarrànites, des idolâtres, des Mazdéens, des Khorrémites ; des païens (de la péninsule Arabique), des Juifs et des Chrétiens. Chapitre xiii. — Division de la terre, et somme de ses climats; description des sept climats, des mers, vallées et — 12 — neuves connus ; des pays connus^ tels que Tlndc, le Tibet, Ciog et Mîigog. les Turcs, les Grecs, les Berbères, les Abyssins : description des territoires musulmans^ tels que le I.Iidjaz, la Syrie, le Ycmcn, le Maghreb, T'Iràq, la Mésopo- tamie, le Sawad, rAdlierbaUljàn, l'Arménie, le Klioùzistan, •«' Fàrs, le Kirman. le Sidjistan, le Mekran, le Djebel (Iràq- 'Adjémii, le Khorasàn, laTransoxiane; description des lieux d'adoration et des oratoires illustres, tels que la Mecque et T'Iifuj ; des places frontières et des couvents militaires; de ce qu'on raconte des merveilles de la terre et de ses hal)itants ; mention de ce que nous savons au sujet des villes, des bourgades et de leurs fondateurs, ainsi que de la destruc- tion de certaines d'entre elles. Chapitre xiv. — Généalogie des Arabes et leurs combats célèbres. Chapitre xv. — Naissance du Prophète, son éducation et sa mission, jusqu'à l'Hégire. Chapitre wi. — Fuite de Mohammed à Médine ; du nombre de ses expéditions et de ses combats jusqu'au jour de sa mort. Chapitre xvir. — Qualités extérieures et morales du Prophète ; sa biographie, ses particularités, ses coutumes ; durée de sa vie ; ses épouses, ses enfants, ses proches parents ; récit de sa mort; ses miracles. Chapitre xvui. — Notice des plus illustres parmi les compagnons du Prophète, et de ceux d'entre eux qui furent revêtus de l'autorité, tant émigrésqu'auxiliaires; leurs qualités extérieures ; durée de leur vie, date de leur conver- sion ; de leurs enfants ; de ceux parmi eux qui ont laissé des enfants et de ceux qui sont morts sans postérité. Chapitre xix. — \'ariations des IMusulmans ; sectes des Chi'ites, des Kharidjites, des Anthropomorphistes, des — u — Mo'tazélites, des Mourdjiyèh, des Çoùfis; diverses sectes des traditionnistes. Chapitre xx. — Dur»'o du Khalifat des compa;,'non.s du Prophète; victoires et événements de leur rè^'no, jusqu'à l'établissement des Omay vades. — Khalifat d'Abou-Bekr ; apostasies et faux prophètes; victoires et conquêtes. — Khalifat d"Omar; victoires sous son règne. — Khalifat d''Othmàn ; victoires et discordes. — Khalifat d"Ali, (ils d'Abou-Tàlib ; troubles ; batailles du Chameau, deÇilTinetde Nahrawàn ; révolte des Kharédjites; histoire des doux arbitres. — Khalifat de Ilasan. lils d"Ali, jusqu'à la i)rise(l<' possesion de l'Empire par Mo'àwiya. Chapitre xxi. — ■ Gouvernement des Omayyades, en abrégé. Troubles, tels que ceux d'Ibn-Zo])éir et d'El- Mokhtar ben Abi-'Obaïd; histoire de Ziyàd, mort de Moghaïra, d"Amr ben el-'Aç, d'El-Hasan, fils d"Ali; Mo"àwiya fait prêter serment en faveur de Yézid ; gouverne- ment de Yézid, fils de Mo'*a\viya (qu'ils soient maudits!); meurtre d'El-Hoséïn, fds d"Ali ; histoire d"Al)dallah ben cz- Zobéïr, bataille de Harra; mortdeY^ézid, filsde Mo";i\viya : gouvernement de Mo'Viwiya II, fils de Yézid; histoire de la révolte d'Ibn-ez-Zobéïr jusqu'à ce qu'il fut tué par El- lïadjdjàdj, sous le règne d"Abd el-Mélik, fils de Merwàn ; et ainsi de suite jusqu'à la fin du gouvernement des Omayyades. Chapitre xxii. — Nombre des khalifes' Abbassides depuis l'an 132 de l'Hégire jusqu'en l'an 350. Celui qui jettera un regard sur ce livre sera comme quelqu'un qui, de haut, contemplerait le monde, examine- rait ses mouvements et ses actions merveilleuses ; c'est comme s'il l'avait précédé avant sa formation et sa production, et comme s'il devait lui survivre après sa dissolution et son effacement. En le lisant, on marchera dans la voie de la science ; les gens religieux en seront réconfoités, l'étudiant y trouvera un exercice, celui à qui il deviendra familier une récréation, et celui qui réfléchira, une — Il - :;;;;: ::!..c «ins. ,.. cCu, nu-, y .■ega.;aera, e. c« ï onlient et ..enfennc, et nou. demandons a D,e q nouscvcille dusommcildc rindifïcrence et qu ,1 nous con duïrpar sa gr*ce, . la so.ntion juste. . Certes, D,eu entend, et il est omniprésent! » CIlArnUK IMIKMIEH SUR LA DÉMONSTRATION DE LA SPÉCULATION K r LA MANIKKE DE PROCÉDER A UNE CONTROVERSE SAINE Je dis (c'est à Dieu qu'appartient la p^râce, ainsi que ceux qui possèdent rinnocence et la direction vers le bien !) que la connaissance de ce chapitre est une des causes qui aident à comprendre la vérité et à la distinguer des assertions contraires, de sorte qu'il suflise i\ chacun de le lireet d'en pren- dre connaissance ; car personnenepeut se dispenser de connaî- tre la véridicité de soi-même etd'autrui, parce qu'il y a une foule de concepts, d'imaginations, d'idées perverses, de mauvaises pensées qui embrouillent la vérité et viennent apporter victorieusement le doute et le soupçon. Il n'y a que la spéculation qui puisse distinguer entre les pensées, et démontrer la vérité des vraies et l'erreur des fausses ; c'est par elle que l'on distingue une question contingente d'une question nécessaire, une réponse permise d'une réponse juste. Nous en traiterons quelque peu, pour faire entendre ce vers quoi nous tendons; ce sera une préparation pour le lecteur, une arme pour le controversiste, qui pourra appro- fondir (s'il plaît ta Dieu!) la question dans un livre où il la trouvera bien traitée, le Livre de la science et de l'instruc- tion. {C'est de Dieu que viennent Tinnocence et le succès!) Je dis que savoir, c'est croire qu'une chose est telle qu'elle est, par le moyen de la sensation, si elle est sensible, ou par celui de la raison, si elle est rationnelle. En elTet, la sensation et la raison sont les principes d'où découlent toutes les sciences ; ce que ces deux principes concourent à prouver, est prouvé, et ce qu'au contraire ils jugent n'être pas, - IG — n'est pas. :i condition, bien entendu, qu'ils soient tous deux sains, a l'iibri des maladies et des accidents dus à leur imper- fection, dépouillés de l'amour de lacoutume de la société et deletourdissement causé par une ébriété légère. Il ne saurait survenir en i)arcil cas de difïérend, au sujet de ce qu'il sent et comprend, que de la part d'un opposant systématique ou d'un entêté, car ces deux principes sont nécessaires par eux- mêmes ; il est impossible que celui qui sent conçoive un doute sur la forme et l'apparence de l'objet senti ; et celui <|ui est contraint par l'évidence de sa raison ne peut pas ne pas savoir ce qu'il sait et ce dont il est bien certain, ni croire celui (pli pri'tond le contraire. Et si celui-ci pouvait être contraint de reconnaître que sa prétention est fausse, comme il l'est par ses sens, jamais il ne se produirait de contra- dicteur, et l'on n'aurait pas besoin de lui couper la parole et de rechercher les défauts do son discours. Ne voyez-vous pas qu'il est impossible que le sens trouve le feu froid et la nei,ixe brûlante, en tant que sensation extérieure^ de même (|u'il est impossible que telle chose se meuve, tandis qu'on sait qu'elle est immobile^ ou qu'elle soit blanche en soi tandis que la science nous apprend qu'elle est noire? Si l'on admettait cela, toutes les sciences deviendraient totalement vaines, et les croyances seraient corrompues. Toute personne a le droit de prétendre ce qu'elle veut, comme de dire que la vue est l'ouïe et que l'ouïe est la vue, que le vivant est mort et le mort vivant, ce qui est absurde ; car si la science, puisqu'elle est la compréhension d'une chose telle qu'elle est, en tant que définition et réalité, ne comprend pas son essence telle qu'elle est, cette chose ne peut être admise comme connue. De même pour la sensation : si sa nature n'atteint pas celle de ce qui tombe sous son organe, cetobjet n'est pas senti. C'est là un point sur lequel il n'y a absolument pas de divergence entre les gens intelligents, douf's de discernement ; on ne la trouve que chez deux sortes d'hommes : l'un est l'homme du vulgaire, qui n'a pas de rétlcxion, parce qu'il est négligent, prenant pour lui son em- — ir — ploi; et Iors(|uo la vérit(' lui apparaît, il la suit et re- nonce à son opposition, parce que sa doclriiic provenait de suppositions, de conjectures, de oui dire, et de sa fa- cilité à l'iniitalion : mais lorsqu'une parole que son C(imm" conlirnic fi-ai)i)e son oreille, il penche vers elle et l'admet. Le second de ces individus est l'opiniâtre, l'entêté, rpic les anciens appelaient sop/dsfc et dont nous exposerons en son lieu (s'il plaît à Dieu !) les doctrines perverses. Le contraire de la science est l'ignorance ; c'est croire qu'une chose est le contraire de ce qu'elle est en réalit»*. Tous ceux qui ii(3 savent pas ne sont pas pour cela i.irnorants absolument ; mais l'ignorant, en réalité, est celui ipii re- nonce à rechercher la définition d'une chose et sa vraie nature, et qui croit qu'elle est autre que ce qu'elle est; si- non l'ignorant ne mériterait pas de blâme et de reproches pour son ignorance. 1)k la quantitk de?^ sciknce.'^ kt dk leir dkgrl'; d'importance J'affirme que le nom de science s'applique, en général, à la compréhension, â l'imagination, à la pensée, à l'intel- ligence, à la certitude, à l'idée, à la connaissance, â tout ce dont il résulte Taperception d'une chose, extérieure ou inté- rieure, soit par l'intuition do la raison. ])ar la })erception d'un sens, ou l'emploi d'un organe tel que le raisonnement, la réflexion, la discussion, la distinction, l'analogie, la re- cherche approfondie, toutes qualités qui sont en eiïet les instruments pour atteindre à la science et les voies pour y parvenir. Et parmi les points que l'on atteint de ce côté, il y a de certaines branches que l'on peut annexer à la science obtenue par l'emploi simultané de l'évidence et des sen- sations. Ne voyez-vous pas que l'homme raisonnable et doué de discernement a besoin de recourir au témoignage de sa raison et de ses sens, mais n'est pas obligé de recourir — 18 — au raisonnement et à la discussion de ce fait ? Ne jugez- vous pas non plus qu'il n'y a nul moyen de discuter et d'argumenter, i)our cohù (|ui a perdu la raison ou dont les sens ont subi (lueUpie accident ? Le début de la science est la pensée sincère ; et ce début est comme l'évidence, pour ainsi dire, ou i)lutôt il est produit par la force de l'évidence. Sa fin est la certitude, qui est la fixation du vrai et l'éloignement du doute etdel'incertitude. Nous avons posé comme condition de la pensée la sincérité, parce que cette dernière qualité agite l'àme, la passion, la nature et l'habitude au moyen d'une chose qui n'a pas de réalité ; on ne peut donc pas la compter comme fin de la science. La certitude est ce qui embrasse les choses selon leur apparence et qui atteint leur essence. La connaissance est la compréhension du lieu d'une chose et de son individualité. Les uns prétendent qu'elle est nécessaire, les autres, qu'elle est acquise. La diffé- rence entre elle et la science, c'est que la science consiste à embrasser l'individualité d'une chose dans son essence et sa définition, et que la connaissance consiste à at- teindre son individualité et sa fixité, bien qu'on n'en at- teif^ne ni la définition ni la réalité. La science est donc plus générale et pénètre plus loin ; car tout ce qui fait l'objet de la science fait celui de la connaissance, tandis que tout ce que l'on connaît n'est pas forcément l'objet de la science. En effet, n'est-il pas vrai que les Unitaires con- naissent leur Seigneur sans avoir de lui la moindre science, si ce n'est par les preuves, car les catégories de qualité et de quantité, à son égard, sont deux propositions négatives? L'imagination est la croyance à la forme d'une chose sen- sible ou imaginaire, quand bien môme elle n'existerait pas dans le monde extérieur ; car la puissance de l'imagination double en se développant ; c'est pourquoi elle voit ce que les yeux ne voient pas. De même rcï3il, lorsque la puissance de sa vue s'étend et f|uc la distance de l'objet visible aug-- — 10 — mente, voit celui-ci tout autre que ce qu"il est en ivali((' entant que petitesse ou grandeur, forme ou couleurs, (.•( au- tres qualités extérieures. Ce qui est dépourvu de ((ualités extérieures, d'attributs et de définitions, l'imagination ne l'atteint plus, et il ne s'en forme plus d'image dans l'àme. La compréhension est la connaissance: et la force do la pensée est voisine de celle de la raison, si ce n'est que la pensée et la compréhension sont fortement impressionnées parcelle-ci. L'intelligence est voisine, quant au sens, de ce qu'on appelle pensée. Si nous avons été obligés de dire ce qui précède, c'est ce que bien des gens sont avides de dis- puter sur ces noms et en cherchent la dilïérence. Quant aux moyens qui permettent de [)arvenir aux ])arties cachées de la science, ce sont la réflexion qui consiste à rechercher la cause d'une chose, et dont la limite est l'opi- nion et l'examon; la divination qui consiste à arracher ce qui se trouve enveloppé par les objets accessibles à la raison et aux sens; enfin le raisonnement et la recherche appro- fondie. Certaines personnes ont compté rinclinatioiide l'habitude et du naturel, à l'exclusion de l'objet vers lequel ilspenchent ou qui provoque leur répulsion, comme étant la science. Tels sont les principes de la science et ses méthodes. Le résultat peut se classer sous trois rubriques: 1" ce qui est compris par l'évidence; 2° ce qui est nécessairement senti, cur ce qui est atteint par ces deux facultés l'est sans intermé- diaire ni prémisses ;3"ce qui est ol)tenu parle raisonnement et extrait par la discussion et les indices' ; c'est surtout sur ceci que tombent les dissentiments et le trouble de l'esprit, parce qu'il échappe â la sensation et a l'évidence, ainsi que les divergences entre les dilTérentes forces des raisonneurs et des spéculateurs, entre leurs opinions et leurs raisons. Ceci 1. Le texte porte SjUV I ; mais Je crois qu'il faut lire Sj^ii' « prédic- tion ») sens sur lequel on peut consulter Dozy^ Supplran-nt. — 20 — peut comporter des dclinitions nombreuses, et c'est là-des- sus qu'ont ét(!' composés tant de livres et compilés tant de volumes touchant les scicnc.'s de la philosophie et de la reli- gion, dejniis quo \o monde est monde, chose qui ne finira )i;is jus(|u';'i la consoniinalion des siècles et la destruction des jours. Bien des gens n'ont pas voulu doiuicr le nom de science réelle à l'évidence et aux sens, parce que tout le monde est d'accord sur ces deux phénomènes et égal en degré à ce sujet. Ensuite cela n'est point appris ni acquis, mais c'est le naturel précieux et la force du discernement et des dons innés, qui l'amènent forcément. DE LA RAISON ET DU MONDE RATIONNEL Je dis que la raison est une force divine qui discerne entre le vrai et le faux, entre le beau et le laid ; c'est la mère des sciences, la cause des pensées excellentes^ et l'ob- jet de la certitude. On dit qu'on a nommé cette iorce raison, parce que c'est un lien qui empêche l'homme de marcher vers tout ce qui lui vient à la pensée '. Les philosoi)hes ont beaucoup difleré d'opinion en la mentionnant et en la décrivant. Aristotc, dans le Licre de la Démonstration \ dit que la raison est la force par laquelle l'homme est mis en possession de la faculté de discerner ; c'est au moyen d'elle qu'il recueille les premiers principes relatifs aux choses minimes, et dont il compose des analo- gies. 11 dit encore, dans le Licre de V Éthique'^ : « La raison est ce qui seproduitdan.s l'homme, par la voie dcl 'habitude, en tant que diverses vertus, de sorte que cela lui devient une seconde nature et une propriété solidement établie. wMais 1. Jeu de mots sur les expressions '^7/ « raison » et '17»/ « entrave.» 2. Kiti'ili-rl-Iior/i(in, le même que les Anali/fùjurs posfcvipurs. Cf. NVenrich, I)o Versionibiis. p. 161. .3. Kitùb-elAkhlfif/, un des ouvrages traduits par Honain bon Ishaq ; cf. \Venrich, op, cit., p. 136. — -^i — dans \eLiL'rederAme\ ilparle toutdilTcreinment et recon- naît trois espèces de raisons, la raison matérielle, la raison agissante et la raison acquise. Alexandre' l'a cominentr de la façon suivante: La raison matérielle ostco qui se trouve dans la personne de l'homme en fait de disposition à recevoir rim])ros.sion de la raison agissante, et la raison acquise est ce qui est conçu (à la suite de cette impression). La raison matérielle est comme un élément, et la raison agissante est ce qui fait paraître in aclu la raison acqul>o. d.- dilT.-ivnt.s façons. Certains ont prétendu que la raison est la mémo chose que l'âme, tandis que d'autres disent qu'elle n'est pas dilTé- rente du Créateur (soit-il exalté !), joint à de nombreu.ses confusions faites par eux sur ce chapitre. Parmi les apophtegmes hérités de nos prédécesseurs, nous trouvons celui-ci : La raison est innée, et la morale est acquise. L'un d'entre eux l'a appelée du nom de ses actes, maiscela ne gêne en rien l'explication, du moment qu'il donne à cette expression le sens désiré. Ne voyez-vous pas qu'on dit des livres de ceux qui décrivent les récits des temps anciens et des poésies : Ce sont leurs /^a/so/is, c'est-à-dire le résultat de leur raison et de leur intelligence? On dit encore : La pensée de Thomme est un fragment de sa raison : mais tout cela n'est qu'au figuré et par métaphore. Les anciens ne diffèrent pas sur ce point que la raison maté- rielle est laplus pure des es.sences deTàme, que sa sensation 1. l\tz\ 'l'y/jf,^, traduit du syriaque en arabe par Yahya, fils de 'Adi; cf. Wenrich, ici. opus, p. 134; Steinschneider, Z)jV' arabischo L'vbcr- set^itngen ans dein Griechisc/ten, dans la Zcitschr. dcr douisch. Morgenl. Gcscllscliaft, t. L, p. 373. 2. 11 faut rétablir dans le texte arabe la leçon du ms. jJcidVl- L'au- teur a certainement voulu désigner par ce nom Alexandre d'Aphrodi- sias, dont un ouvrage, consacré au Licrc do l'Ame d'Aristote, est cité par Steinschneider, op. laud., p. 375. est supérieure â celle do l'iimo et que son rang est plus élevé queles dilTérentes classes de substanceset inférieure seulement à celui du Créateur (que sa splendeur soit exaltée!) : c'est la chose qui est la i)lus rai)proch(!;e de lui. Les Musulmans ne reconnaissent particulièrement comme raison que celle qui est à l'état de composition dans le corps de l'iiomme, à l'exclusion des autres animaux dans ce bas monde; quant aux autres opinions que l'on rapporte à ce sujet, il est per- mis d'y croire tant que ce n'est contraire ni à la raison ni au livre de la loi. Certaines personnes ont prétendu que l'argument tiré de la nature, en tant que cela rend nécessaire la raison et l'attire, est préférable à celui qui est tiré de la raison ; et elles ont prétendu cela à cause de son impulsion vers ce qui lui convient et lui agrée et de sa répulsion à l'égard de ce qui lui cause du dégoût et lui répugne. Mais Dieu l'a créé ainsi, et il n'est pas admissible qu'il crée quelque chose d'inutile, ou sans sagesse ni utilité. La raison a la faculté de trouver belle une chose; mais il arrive aussi qu'elle la trouve belle d'abord, puis la trouve laide; une autre, elle la trouve juste, et ensuite fausse, tandis que la nature ne juge pas qu'une chose amère soit douce, ni une chose douce qu'elle soit amère, et ne trouve pas qu'un objet soit le contraire de ce qu'il est en réalité. Leurs adversaires leur répondent que la nature ne con- naît que ce qui se sent ou est l'objet d'un contact. Les habi- tudes et les accidents la changent de ses dispositions primi- tives, de sorte qu'à certains moments elle penche vers ce qui lui répugnait, et vice versa, n'ayant pas le pouvoir de dis- cerner le beau du laid par le raisonnement comme le fait la raison. Les sens des bétes sont sûrs et leurs humeurs saines; cependant il ne convient pas d'en parler. L'impossibilité pour la nature d'apprécier le beau et le laid ne lui sert pas d'ornement en fait de sagesse et ne prouve ])as que Dieu ait fait des choses inutiles dans sa Création, de même que les — 23 - choses mortes n'^nt la sensation (J'hikuii accident. Ensuite elle n'est pas ornée de la sagesse, mais c'est sa preuve (à lui Dieu) et ce qu'elle embrasse en fait d"utileet de nuisible, à qui il a réservé son j^a^ire, son utilité et sa sagesse. Or, cela nous indique t[ue le motif de la raison est ce en quoi on .so fie dans l'estimation et le raisonnement, pour se débarrasser de toute contrainte et en examinant les bêtes dont le naturel et les humeurs sont bons. Or, si l'on objecte : A quoi reconnaissez- vous la raison ? on répondra: Par la raison elle-même, parcequ'elleest l'origine et l'évidencCj ainsi que la mère des sciences du raisonne- ment, de même que nous avons reconnu que la sensation est la sensation elle-même^ parce que c'est la nature même ; et si nous avions reconnu la raison au moyen d'une autre raison, cela a])outirait à riulini. Or. puiscpie la raison est la base des sciences et leur début, si l'on dit: lui quoi dis- tingue-t-on entre l'indication de la raison et celle de la passion et de l'habitude, on répondra en renvoyant au principe, parce que le dérivé peut ressembler au primitif, ou ne pas lui ressembler, ou ne pas en être un dérivé. Parmi les preuves qui établissent la nécessité de l'argu- ment tiré de la nature, c'est le respect que tout le monde a pour la raison et les honneurs qu'(»n lui rend, le haut rang accordé aux gens raisonnables, l'éhn-ation donnée à leur valeur, la conhance entière qu'on a dans leurs avis et leurs indications, la façon dont on recherche leurs ditïércnts degrés, le mépris pour celui dont la raison s'est avilie et dont rimbécillité se manifeste, tandis qu'on n'agit pas ainsi à l'égard de ceux qui n'ont qu'une nature en l)on état et un tempérament parfait. Nous saisissons donc qu'il y a là une notion différente de la notion de la nature, et c'est la raison. — 24 Itl-: I.\ SI'NSA'IION F.r lUl MON'DIC SKNSIHI.K Ji> (lis (luo los sons sont (les voies et des orpfanes ai)tes à recevoir des impressions, tels (\\\o Dieu les a iiislitiiôs jxnir cela. Lorsqu'un sens entre en contact avec l'objet sensible, il fait impression sur celui-ci pour auiant qu'il en a l'aptitude et on reroit une impression équivalente à l'impression pro- duil(>. L'àme emporte rapidement cette sensation et la con- duit au co2U\\ où elle se fixe. Ensuite entrent en lutte avec elle lesdilTôrontes espèces de sciences, comme la compréhen- sion, l'imagination, la pensée et la connaissance; la raison la discute et la discerne; or, ce qu'elle trouve vrai devient certain, et ce qu'elle nie est nul et sans valeur. Les cinq sens, tout d'abord, se présentent comme une chose dont l'existence ne peut être constatée parles sens, et qui a besoin^ pour cela, d'un sixième sens. Certaines personnes pré- tendent qu'il n'y en a que quatre et font du goût une espèce de toucher; d'autres en comptent six et considèrent l'action du cœur comme un sixième sens; et cela est facile et commode après qu'on a reconnu la réalité de l'action des sens, car il y a certaines gens qui nient la réalité de cette action dont la situation change, et l'on en donne pour preuve celui qui voit son visage allongé sur une lame de sabre, ou celui qui se regarde dans l'eau dont la profondeur n'est pas en propor- tion de sa taille, et s'y voit renversé; ou celui qui voit le petit grand, et le grand petit; et celui qui croit s'arrêter, tout en continuant de marcher; c'est là l'opinion des entêtés et des trompeurs, car ces aberrations ne se trouvent que dans le sens de la vue, pour des raisons provenant de la distance et de l'épaisseur de Vair. L'erreur se produit alors sous les deux catégories de la qualité et de la quantité, car le sens ne .saisit i)as la forme quand celle-ci est éloignée. Quanta la catégorie de lieu, il ne s'y produit point d'erreur tant que la distance de l'objet n'est pas excessive, car, — 25 — dans ce dernier cas, le sens n'en i)oiiirait plus percevoir la forme extérieure. Quant aux autres sens dont l'aclion s'opère par assem- blage et contact, il n'y a point de discussion sur leur action tant qu'ils restent sains et bien portants. Il est très facile de répliquera celui (pii nie l'existence des sens en eux-mêmes, parce qu'il nie leur action; car je no connais point d'homme raisonnable qui veuille s'occuper de réfuter et de nier une pareille assertion, qui e>t faussi» de toute apparence, et il est honteux d'en jiarler. DF.S DIFFKRENTS DEGRKS DRS SCIKNCKS Toutes les choses, dans la raison, se divisent en trois espèces: nécessaires, négatives, possibles. Le nécessaire, dans la raison, est par la iiiison même et par son raisonne- ment: c'est comme quand nous savons qu'une construction exige un constructeur, et l'écriture un écrivain : que tout art doit avoir forcément un artisan; qu'un et un font deux ; que le vieillard a été jeune homme, et le petit gareon enfant à la mamelle, et autres choses semblables. Le négatif est ce que la raison se refuse à comprendre, l'absurde pour la raison, par la raison en soi et son rai- sonnement; ce serait qu'il existât un livre sans écrivain, une œuvre d'art sans artisan ; c'est là une chose qui ne s'impose pas nécessairement à la raison, que l'imagination ne peut concevoir, que la nature n'admet pas. Le possible, c'est la chose qui peut arriver et qui est ima- ginée par la raison en soi, comme ce qu'on raconte des siècles passés et des pays éloignés^ ou ce qu'on prédit devoir arriver plus tard. Ce sont là des choses pour lesquelles la raison admet qu'elles soient ainsi ou qu'elles ne le soient pas, parce qu'aucune pensée ne guide vers l'admission d'une pareille chose sans qu'une autre pensée ne conduise à n'y pas croire, parce que cette chose rentre dans la délini- — :?r. — lion du contingent et du possible. Lorsque les preuves qu'on ena se valent, elles se restreignent à la délinition de la connaissance; car il n'y a rien ([ui ne soit intelligible et su, connu, imaginaire ou tangible. l)K LA DKl-INITION l'.T DK LA PRKUVE; DK LA RKFLTATION, DE l'analogie, de LA IIKCHERCIIE APPROFONDIE, DE LA SPÉCULATION, ETC. La définition est ce qui indique l'essence de la chose et son but en la limitant par une expression succincte, comme qui dirait les limites d'une maison ou de deux terrains, c|ui servent à distinguer la parcelle de chaque propriétaire de celle de son voisin, de sorte qu'il connaît par là sa maison et son terrain. Ajoutera une définition est une insuffisance, et l'insuOisanceest une augmentation qui anéantit la défini- tion cherchée, comme quand on dit : L'homme est vivant, mortel, raisonnable; telle est sa définition. Si on y ajoute quelque chose ou si on en ôte quelque chose, cette proposi- tion devient contradictoire, car le critérium, c'est que les définitions conservent leur valeur dans l'enchaînement du raisonnement quand les termes en sont renversés; et si les termes n'en peuvent être renversés, elle n'est pas correcte. Voilà ce que je choisis pour exprimer la définition, bien qu'il circule parmi le monde d'autres dires et d'autres opi- nions; car il est des gens qui pensent c^ue la définition d'une chose, c'est de la leur décrire dans sa propre essence, comme on le ferait pour la cause; d'autres pensent que la définition dépend de son essence et du nom qu'on lui donne ; d'autres prennent pour critérium que l'enchainement du rai- sonnement ait lieu des deux côtés, comme nous l'avons dit, tandis que d'autres se bornent à un seul côté lorsque l'enchaî- nement est bon, ce qui n'est vrai qu'en matière de discus- sions juridiques et de conviction, dont les causes détermi- nantes sont inconnues au vulgaire, comme par exemple ceux qui prétendent que la définition do la prière, c e.std'(^tre un devoir d'obéissance, et qui disent ensuite: Cependant toute obéissance n'estpas prière: il est donc préférable, en cocas, d'appeler description cette manière de parlerai non délini- tion, parce que, si c'était une définition, elle diïvrait être correcte en renversant les termes, comme quand on dit : La définition de l'homme, c'est qu'il soit vivant, mortel, rai- sonnable; or, tout être vivant, moiiel. raisonnable, est homme, et tout homme est vivant, mortel, raisonnable. Un a dit aussi : La délinition est un complexe qu'on ne peut analyser en détail. La preuve est ce qui guide vers le but ciierché et éveille l'attention vers ce qu'on a en vue, quel qu'il soit, d'entre les notions auxquelles on a recours pour atteindre ce qui doit être prouvé. La preuve indique le mal-fondé d'une chose tout autant que son bien-fondé. Ce qui conduit à la réalité d'une chose est une preuve de la non-réalité de son con- traire, et de même ce qui prouve la non-réalité d'une chose prouve également la réalité de son contraire. Bien des preuves différentes mènent à l'essence unique, de même que plusieurs chemins menant à un seul lieu. Tout ce qui dirige vers une chose est une preuve qui y aboutit. Le Créateur (qu'il soit exalté!) est le guide de sa Création; le prophète (que le salut soit sur lui !) est le guide de son peuple ; le Livre, la tradition, les traces laissées par les anciens, le mou- vement, la rectitude de jugement et autres choses semblables sont des guides. C'est là ce que je choisis, pour définir la preuve dont les gens qui se livrent à la spéculation se servent comme d'un guide (dans leurs raisonnement.^). Certaines personnes ont prétendu que la preuve était la personne elle-même qui raisonne; mais leurs adversaires les ont réfutées par ce raisonnement que, s'il en était ainsi, il serait loisible â celui qui soutient une proposition, lors- qu'on le met en demeure de faire la preuve de ce (ju'il avance, de répondre : « Mais c'est moi-même qui suis la — 28 — preuve. » C'est là une question facile à résoudre et à diffé- rencier pour celui qui rcllécliit que l'usage courant de la langue ne s'opj)ose pas à ce que le mot delîl soit considéré conini.^ le paiticipe actil' du verbe (pii veut dire indiquer, comme chcrtb « qui boit » et sémîr « qui cause pendant lanuit », et queeesoit en môme temps l'indication elle-mêmeet la chose indiquée, comme les mots rarl' « abattu » et qatîl « tué » (qui peuvent être ])ris pour des participes passifs). Celui qui soutient sa proposition dirait : Je suis la preuve^ s'il lui donnait le sens de « qui va fournir la preuve », sans encourir le reproche de non-sens; mais là où il serait absurde, ce serait de prétendre que parce mot il entend qu'il est lui- même la preuve de ce qu'il réclame. Cependant, en ce qui concerne le Créateur^ c'est lui-même qui est sa propre preuve, si l'on s'en informe, car il n'y a point de chose prouvée qui ne soit la preuve d'une autre chose, quand bien même elle ne servirait point de preuve pour elle-même. Ce qu'on appelle Hlla, c'est la cause déterminante; il y en a de deux espèces^ la cause rationnelle et la cause juri- dique. La cause rationnelle est celle qui est déterminante par elle-même, qui ne devance point ses propres effets, comme le mouvement de celui (jui se meut, et le repos de celui qui est immobile. La cause juridique est celle qui survient à une chose, de sorte que le jugement qu'on en porte estmoditié; cette cause lui est antérieure et est mo- tivée elle-même j^ar une cause antérieure à elle. Pour qu'une cause soit vraie, il fautc[u'elle soit contenue dans les bornes de son effet ; car, lorsqu'elle se refuse à l'enchainement logique du raisonnement, tout cela s'écroule, comme l'existence d'une essence ou d'un jugement pour une cause quelconque, puis l'existence de cette essence et de ce jugement persistant malgré la disparition de la cause, ou bien la disparition des deux premiers^ alors que la cause persiste. La cause et la définition sont justes pour les mêmes rai- — po- sons, a telles enseignes que bien des «;ens appellent la cause hadd (( (l('linition », ce qui n'est pas trop ('•Ininge. étant donné le sens, qui concorde. On a dit encore que la cause peut avoir une seule description, ou deux, ou plusieurs; et on ne peut fornuiler un jugement sain à son endroit qu'en réunissant toutes ses descriptions; comme quand nous disons de riiomme qu'il est vivant, mortel, raisonnable. Si une seule de ces qualités était retranchée, nous n'aurions plus la définition de l'homme, ni sa cause déterminante. La controverse, d'après moi, est la recherche exacte de ce que ton contradicteur veut en attaquant ton opinion aumoj'cn de la sienne. Le sens de moarada « controverse » et de moqàbala « réfutation »> est équivalent. Si la controverse s'applique au contraire de ce que croit votre adversaire, elle est nulle et sans valeur. Des gens ont nié ce chapitre et l'ont considéré comme nul ; ils ont prétendu qu'il sort des limites de la demande et de la réponse; mais leurs adversaires leur répliquent que la controverse est une sorte de question, ou une question aug- mentée, si Ton veut, et ils ont pris pour raisonnement cpie celui qui est contredit est tenu de répondre à moins de reconnaître ses défauts; et s'il était permis que celui qui se voit contredit s'abstint de répondre à ce qui fait l'objet de la dispute, il serait permis également que l'homme interrogé s'abslint de répondre aux questions qui lui sont posées, puisque celui qui demande sollicite une protection que le contradicteur accorde. Celui qui cherche à étal>lir les vraies causes d'une bonne réfutation leur reconnaît quatre degrés, dont trois sont bons et un mauvais; ce sont : 1" la réponse à la question par la question, comme c'est le cas de celui qui, à ces mots : « Que penses-tu de telle chose? » répond : « Et toi, qu'en penses- tu ? » Cette réponse est mauvai.se, car il n'y a dans ces mots rien qui soit la réponse à la demande formulée. 2"" La réfutation de l'assertion par l'assertion elle-même; — :]o — exemple : Vn lioiniiio dit : L<" iiioiide est inerêé; son eontra- dieteur lui dtMnande : (^lellc est donc la différence entre toi et celui qui prétend qu'il est créé? de sorte que le partisan de rétornilé du monde est obligé d'établirses preuves ainsi que la dilTérence des deux i)roi)ositions, et c est seulement lorsqu'il a démontré l'inanité de la création du monde que son hypothèse relative à son éternité est valable, car le bien- fondé d'une chose entrai ik^ le mal-fondé de celle qui lui est opposée. 3" La réfutation de la cause par la cause elle-même; c'est ainsi que l'unitaire dit à l'anthropomorphistc : Du moment que vous prétendez que Dieu a un corps, parce que vous ne concevez pas d'être agissant incorporel, pourquoi ne dites- vous pas tout de suite qu'il est composé de parties diffé- rentes, puisque vous ne voyez que des corps ainsi composés? 4" La réfutation de la preuve par la preuve; c'est quand on dit : Puisque votre argument est tel et tel, quelle dilTé- rence y a-t-il entre vous et celui qui prétend que l'argument est une chose entièrement différente (de celle que vous dites) ? C'estalors que vous répondez : Vous ne pouvez réfuter la cause par une cause; ce que vous réclamez au sujet de la différence, c'est comme si vous réclamiez la vérification de la preuve. L'analogie, d'après moi, consiste à rapporter une chose à son .semblable au moyen delà cause mixte. On dit cependant que l'analogie est la connaissance de l'inconnu par le connu, ou bien que tout ce qui est connu par le raisonnement et non par l'évidence, ni par les sens, est analogie ; ou que l'analogie est l'appréciation, et l'on s'appuie sur ce vers deFérazdaq; « Nous, à la marche accélérée des chamelles qui des- cendent la pente, nous mesurons sur des cailloux un discours avec certitude. » Mais ces interprétations sont voisines les unes des autres ; c'est comme si elles étaient dans une même niche de la mu- raille. — m - Certains analogistes autorisent l'emploi de ranalofîie pour le nom comme pour le sens. L'analogie vraie est celle qui em- brasse l'objet comparé danstoutes ses sigiiilicationsoudaus la ])lu})arl de celles-ci; elle se nomme aussi l'analogie probante, parce qu'elle entre dans le cercle des sciences de la i)o.ssi- bilité. Certains ont nie l'analogie : ils auraient du nier tout ce qui dépassait leurs sens et leur aptitude à saisir l'évi- dence, et avouer que tout est bon^ le vrai ou le faux, quand ils le rencontrent (puisqu'ils ne savent le discerner). Or, la condition essentielle de la raison exige que chacune, de deux choses semblables, n'en forme qu'une avec sa voisine par là où elles se ressemblent, sinon la res.semblancc n'aurait pas de sens. Ne voyez-vous pas qu'il est impossible qu'il existe un feu chaud et un feu froid, parce que tous les feux sont d'une même nature chaude? C'est là le sens exigé j)ar ces deux expressions dans la proposition. Uidjtihâd, d'après moi, c'est l'cITort de la pensée et la recherche approfondie dans la discussion pour découvrir la vérité que l'on n'atteint pas par l'évidence ni par les sens, mais parla recherche et le raisonnement; c'est le premier degré de l'analogie; celle-ci étant un jugement par compa- raison, Vidjtihàd est la recherche de la forme la plus exacte de ce jugement, en se gardant des erreurs possibles, car l'analogie sans recherche approfondie est comme la croyance basée sur des opinions, sans raisonnement. La spéculation est l'acte de celui rpii regarde par le moyen de son cœur pour tâcher de voir ce qui lui est caché. De même que l'œil qui tombe sur un objet ne le distingue qu'après l'avoir regardé et qu'on y a rélléchi, de même le cœur qui conçoit une idée ne l'admet qu'après examen et réflexion. Monàdara est le nom d'action de la III" forme de ce verbe; il s'applique parfois à la comparaison des sem- blables entre eux et signihe alors l'analogie pure. '32 — DK LA PI1-I-1IÎKN( K IlNTIîM LA l'RKlVF, HT LA CAUSE Suivant nous, la jirouvc est ce qui guide vers un objet et l'indique, tandis que la cause est ce qui le rend nécessaire et lui donne l'existence. On arrive à l'objet par sa preuve, non par sa cause, attendu que sa cause est aussi une chose à laquelle on atteint et que l'on connaît par une preuve; car la preuve est ce qui guide versle monde [extérieur]. La preuve peut cesser sans que la substance de l'objet cesse d'exister; tandis que celle-ci disparait dès que la cause cesse. Plusieurs preuves différentes peuventcoexister pour une seule essence, mais non plusieurs causes différentes. L'existence de ce qui passe les sens et l'évidence est impossible sans preuve^ tandis que l'existence de ce qui n'a pas de cause n'est pas impos- sible. DE LA PREUVE Nous disons que parmi les preuves, il y en a qui sont con- formes Il la chose prouvée d'une ou de plusieurs façons, comme quand nous ne voyons qu'une partie d'un corps; or, la partie indique le tout, qu'elle lui soit contiguc ou en soit séparée; et il y en a qui ne sont pas entièrement conformes, d'un cei-tain côté, ni pour un motif quelconque, à la chose prouvée^ comme la voix indique celui qui crie, bien qu'elle ne lui ressemble pas, et comme l'action indique l'agent san> lui ressembler, comme la fumée indique le feu sans lui être pareille. Il est nécessaireà celui qui prétend que la preuve doit absolument être conformeà lachose prouvée qu'elle le soit par un certain côté, bien qu'elle puisse en être totale- ment différente sous la plui)art de ses faces. Or, s'il n'y a aucun rapport entre elles et si la ressemblance disparait, la dépendance disparait également; et si la dépendance de la preuve par rapport à la chose prouvée disparait, elle n'est plus une preuve, à l'exception seulement qu'il n'y a que des — 33 — corps ou des accidents dans le monde métapliysicuie; car on ne voit, dans le monde présent, rien que de créé. Si l'on nie Texistence de ce qu'il y a dans le monde supérieur i)arcc qu'il n'a pas de contraire dans le monde infi'rieur, ce n'est point là une preuve qui l'indique. Si l'on prétend que de même il n y a rien, dans le corps ou l'accident, ou dans le monde créé, sans (|u"il m' soit con- traire à ce qui est dans le monde visible, nous réclamerons qu'on fasse la différence, car l'opposition interrom|)t la dépendance de ces choses les unes par rapport aux autres) et la ressemblance, et qu'on convainque le contradicteur(iui prétend qu'il n'y a rien que de contingent dans le monde métaphysique^ ou rien que de nécessaire dans le monde .sen- sible. DES DÉFINITIONS Je dis que le mot clié'C « être » est un nom général (jui s'applique absolument à la substance, îi l'accident, à ce qui se conçoit par l'évidence, le témoignage des sens et le rai- sonnement en fait de ce qui est passé, présent et futur. La détinition d'une chose est ce qu'il est bon de savoir, de mentionner, de trouver ou d'en être informé. Si c'est là la définition d'un être, il sera constant que le néant est un être, puisqu'il est permis d'en parler. Certaines personnes ont nié que le néant fût un être et ont défini l'être en disant (ju'il devait être constant et existant, car l'existant et le constant embrassent tout ce qui existe, comme le mot « être » lui- même, et n'ont pas de terme contradictoire ; et ils ajoutent : Si la définition d'un être était qu'il fut connu, il serait facile de lui trouver un terme contradictoire : c'est l'inconnu. D'autres ont prétendu que la définition de rétro est le constant, sans plus ; qu'il n'y a point d'être quand il est nié, et que le néant n'est pas constant- D'autres encore se sont 3 — 34 — Appuyés sur le livre de Dieu dans ce passage : « L'homme ne s(^ souvient-il pas que nous l'avons créé auparavant, et qu'il n'i'tail rien'? » pour nier que l'homme existât avant la création, connue dans cet autre passage : « Est-il jamais arrivé à l'homme, en aucun temps, de n'être rien de men- tionné"? » Or. une chose peut être mentionnée avant qu'elle existe. S'il n'y avait d'êtres que ceux qui sont constants et existants, il faudrait que tout ce qu'on raconte du monde et des siècles passés, depuis que la terre existe, fut quelque chose de vain, et de pures divagations. Si Ton objecte: « Mais cela justement a existé une fois, » vous répondrez : « Qui vous fait savoir que les événements futurs n'existeront jamais? » Et si Ton réplique : «Une fois existant, ce sera un être, » vous répondrez : « Donc ce qui n'existe plus est un non-être. » Si l'on dit : « Il est impos- sible que le nom ait précédé la chose nommée, » répondez : Cela n'est vrai que pour des cas particuliers ; mais pour les cas .rrénéraux, ce n'est pas impossible ; car nous disons : Telle affaire, telle cause, tel animal arrivera dans le monde, de sorte que nous disons leurnom avantqueleurpersonneexiste. Abou'l-Hodhéïl ' les fâchait en disant, à propos du néant, que c'est le corps d'un tailleur qui a un long bonnet sur la tête et qui danse. Le contraire de l'existence, c'estle néant, et du constant, c'est le nié. Mais le contraire de l'être n'est pas le non-être, car le nié et le non-existant sont deux êtres dont l'un est nié et l'autre n'existe pas, tandis que le non-être ne peut être décrit par ces qualités d'anéantissement et de négation. Si l'on dit : « Est-ce un corps, un accident, un mouvement 1. Qor., sour. XIX, v. 68. 2. Qor., sour. LXXVI,v. 1. 3. Autrement Ibn Hodhéil el-*AlIàf, célèbre dialecticien, était connu sous CCS deux surnoms. Voyez le FfA/v.s/, t. II. p. 70; Mas'oûdl, Prai- ries d'Or, t. Vil, p. 2;il, et t. VIII, p. 301 ; Dugat, Philosophes, p. 115, note. — 35 — ou un l'epos ?» Répondez : « C'est simpNîment une chose con- nue, que l'on peut apprécier^ et rien autre. » La définition du corps, c'est d'être long, large, prof«"»nd, compose de parties et de parcelles, occupant un certain espace et servant de support aux accidents, sans qu'on l'en trouve absolument dépourvu en tout ou partie. Si l'on s'en vient nier que l'être revêtu de ces qualités soit un cori)s. vous pourrez en convenir et vous montrer conciliants dans l'appellation autant qu'on voudra, et vous demanderez d'établir la différence entre cette définition et celle de l'être qui ne possède pas ces qualités. Hicham bcn el-Hakam ' prétendait, à propos de la délini- tion du corps^ que c'est ce qui se tient par soi-même, parce qu'il disait :« Dieu (soit-il exalté !), de son propre aveu, est un corps. » Le mot djisni, en effet, dans l'usage courant delà langue, signifie ce qui est épais et gros ; de là vient qu'on applique l'adjectif f/Jasim à tout corps gros ; mais ce nom a été appliqué absolument à ce dont le sens est con- forme à la description ci-dessus, de sorte que, si l 'on change le nom, le sens ne change pas. La différence n'apparait c\\iq si l'on explique en détail les noms et les personnes. La définition de l'accident est de ne pas exister par lui- même et de ne se trouver que compris dans le corps. Si on le nie, il n'y a qu'à répliquer ce qu'on a répondu à celui qui niait le corps, et à lui demander la différence qu'il y a entre l'accident et ce qui ne l'est pas ; ensuite on lui parle du sens auquel il a fait allusion. Certaines gens ont prétendu (pie l'accident n'existe pas dans le monde et d'autres que tous les êtres sont des accidents réunis ou séparés. La définition de la substance, c'est une définition en soi ; l.Thèoiogien chiite, ami de Yal.i va le Barm.-ivide et compromis j>ai- la chute de cette famille, mourut au bout de peu de temps, pendant qu'il se cachait, ou sous El-Ma'moiin, d'après une autre version. Il se séparait des Chiites pour sa doctrine sur le ru/-ps et sur l'imamat, dans laquelle il se rapprochait des Qati'iyyés. Cf. Fikrist, t. I, p. 175; Mas=- *oudi. Prairies d'Or, t. V, p. 44.3. - % — caria substance ost un corps, et ce qui sort des limites du corps, de l'accident et de la partie, l'ima^uination ne le con- çoit pas et la pensée, qui est la plus faible des parties de la science, ne se le représente pas. Cela rentre alors dans la catégorie de rimjiossiblc. La substance se nomme encore ///ia (nature), w?^^(/f/« (matière étendue), Ac/^o/VA? (matière), partie, principe, élément. On a dilTéré d'oi)inion au sujet de lindivisibilité des corps. Bien des personnes prétendent que le corps est divi- sible jusqu'à ce qu'il atteigne un degré de petitesse tel qu'il n'est i)lus possible de le diviser, et qu'il ne puisse plus être réduit au tiers^ au quart, à la moitié. On ajoute : Sinon, les corps seraient infinis, et aucun être ne serait ni plus grand, ni plus petit qu'un autre, et il ne serait pas possible de dire que Dieu a le pouvoir d'enlever au corps tout l'assemblage qu'il y a créé, tant est faible le lien entre deux parties. Ibn-Béchar en-Na//âm ^ et Hichâm ben el-Hakam sou- tiennent que les corps se divisent à l'infini ; mais cela n'est pas réalisable en fait, c'est purement une conception imagi- naire. Ils s'appuient sur cette considération que, de même qu'il n'est pas possible que Dieu crée un être plus grand que n'importe quel autre être, de même il n'est pas possible qu'il crée un être qui n'aurait rien de plus petit que lui. On dit encore : «Si les i)artisans de l'indivisibilité des corps avaient raison^ l'atome n'aurait en soi ni longueur^ ni largeur; or, s'il lui survient un second (pareil à lui), les deux réunis auront une certaine longueur ; on ne saurait considérer la longueur comme appartenant à l'un à l'exclu- sion de l'autre, ni aux deux ensemble. Or, du moment qu'il 1. .\boii-Isl_ia Le mouvement, c'est une descente et un transport ; il y en a de plusieurs espèces, le mouvemcMit i)ersonn<,'l, le mouvement de lieu. On dit aussi que le mouvement est un changement et une altération. Le repos, c'est rester et se maintenir ; certains disent (jue le repos n'existe pas. Le genre, c'est ce qui embrasse des choses de forme dilTé- rente, comme l'animal, la plante. On a dit : Le genre est ce qui contient les espèces. L'espèce est la i)articularisation de plusieurs choses pareilles dans le genre, et l'individu est la 1. 'Abdallah ben Mol.iamnied el-Qattàti, tln-olo.ijion chiite qui fut accusé de penciier vers le christianisme parce qu'il ideiitiliail Hicu avec son Verbe. Cf. Fihrist, t. I, p. 180, et t. II, p. TU ; Mmiûl.if, p. 349. — 40 — distinction de la personne dans l'espèce ; l'individu est au-dessous de l'espèce, comme l'espèce au-dessous du genre. Ce que nous venons de dire sur ce sujet est pour que personne n'ait plus besoin d'y réfléchir : de sorte que ce soit comme une matière pour la spéculation et une arme pour la controverse. DES CONTRAIRES Ceux qui prétendent, disons-nous, que la chose ne peut être connue que par son contraire formulent une proposi- tion absurde ; car la connaissance d'un objet a lieu par ses dilTérentes définitions et ses preuves, mieux encore, par sa forme et par son pareil on le connaît plus sûrement que par son contraire et son opposé \ En effet, ce qui indique le genre et l'espèce d'un être peut ne pas indiquer son con- traire. Mais deux contraires ne peuvent se réunir, et si un être est vrai, son contraire ne l'est pas, et le contraire ne se produit qu'entre choses réellement existantes. Il n'est donc pas vrai de dire que le contraire du corps est le non-corps, le contraire de l'accident le non-accident, celui du temps, le non-temps, celui du lieu le non-lieu, celui de l'être le non-être^ car les contraires sont des êtres qui s'excluent l'un l'autre ; et si l'on dit que le non-corps et le non-accident sont des non-êtres dans la réalité, comment peut-on opposer un non-être à un être ? Mais les corps et les accidents sont des êtres opposés l'un à l'autre ; le noir est le contraire du blanc, l'éternel le contraire du contingent ; car l'éternel est une entité qui n'a pas eu de commencement, et le contingent est ce qui existe, après qu'il n'avait pas été. 1. Xndid, comme mdd dans Freytag, Lpx. Ar.. d'après le Kiiâb tl-Adhdâd. — 41 — DE I.A CONTINGENCE DES ACCIDENTS La connaissance de la continr^ence des accidents est l'un des principes des sciences existant dans Tàmc à IT'tat d*«''vi- dence. Celui qui la nie Q^^t au ranpf de coUii (pii nie l'évident et le sensible ; car nous voyons la succession des couleurs contraires sur les corps, comme le noir succédant au blanc et le blanc au noir ; et de m«"'me les odeurs contraires, comme les mauvaises et les bonnes, et autres circonstances dont la substance n'est pas dépour- vue, comme la chaleur, le froid, l'Iuimidité, la séche- resse, la douceur, la dureté, le mouvement, le repos, l'as- semblage, la réunion, la séparation, les goûts plaisants et désagréables, ainsi que les passions que nous éprouv(Mis en nous-mêmes, l'amour, la haine, la volonté, le dégoût, le plaisir, le blâme, la pusillanimité, le courage, la force, la faiblesse, la jeunesse, la vieillesse, le sommeil, l'état de veille, la faim, la réplétion; ce que nous voyons en fait de station debout et assise, proximité, éloignement, la vie, la mort, la joie, la tristesse, la satisfaction, la colère et autres acci- dents qui surviennent aux corps après n'avoir pas existé, et cessent après avoir été. C'est un sujet qui peut embrasser tout ce qui existe dans le monde, si quelqu'un voulait se donner la peine de l'énumérer, car c'est ce qui prouve sa contingence, aijisi que la Création ; or, lemoins indique le plus. Si quelqu'un s'avisait de prétendre que ces accidents sont des corps, on lui répondrait en lui demandant de distinguer le support de l'objet qu'il porte, choses qui doivent être absolument séparées. Ensuite, ce qui indique que l'accident est autre que le corps, c'est qu'il est permis de différer d'avis à son endroit, tandis que le corps lui-même ne change pas, comme, par exemple, la datte verte et non encore mûre [bosra), que l'on voit passer au jaune pendant que s^ — 42 — couleur verte dispamlt. et ensuite du jaune au rouge, bien que 1<^ fruit ne («iiangc pas; et comme celui qui, après s\Mre montré satisfait, se met en colère et dont Tétat change, non l'essence ; le jeune homme grisonne, le vivant nieiirt. Ov, du moment qu'il n'est pas permis de dire do celui qui est chenu, qu'il n'est plus le môme jeune homme, et de celui qui est mort qu'il n'est i)lus le même vivant, malgré qu'il se soit produit une situation et qu'une autre ait disparu, on comprend que l'accident n'est pas le corps ni une partie du corps, car, s'il en était ainsi, le corps se changerait comme changent les accidents continL,'ents. Puisqu'il est établi que les accidents sont diffé- rents des corps, il faut que nous considérions s'ils sont con- tingents ou éternels. Lorsque nous les voyons exister après qu'ils n'étaient pas, ou cesser après avoir existé, cela nous conduit à penser qu'ils sont contingents et créés, de même que nous trouvons des substances séparées après avoir été réunies et réunies après avoir été séparées ; néanmoins, il faut bien qu'elles aient été réunies en soi ou par un assem- blage qui s'y est produit ; or, si elles étaient réunies en soi, elles ne pourraient exister séparées tant qu'elles existe- raient ; nous savons donc qu'elles sont réunies par un assemblage. Ensuite nous considérons si cet assemblage est une substance ou un accident ; cela nous indique que, si c'était une substance, elles seraient réunies par un autre assemblage, et ainsi de suite à l'infini. Du moment c^ue ce que nous venons de dire est mis à néant, nous savons que ce qui est réuni par un assemblage est un accident et non une substance ; il en est de même de la doctrine relative au mouvement et au repos. Si l'on objecte que les accidents étaient à l'état latent dans le corps et qu'ils ont paru ensuite, il faudra se deman- der si cctt(î apparition est contingente ou non, outre qu'il est absurde d'admettre que la réunion, la séparation, le mouvement, le repos soient à l'état latent dans le corps, de — 43 — sorte que le corps serait à la fois et en mémo temps en mouvement et au repos, assemblé ou disjoint. Si nos contra- dicteurs ont recours à la doctrine des niatérialistos, qui professent que la matière est une substance éternelle dans le passé et dans l'avenir, et dépourvue d'accidents, puis que les accidents s'y sont produits, et ensuite ce monde avec tout ce qu'il contient, vous répondrez : « I'!n disant que les accidents s'y sont produits récemment, il faut al)solu- ment, ou qu'ils y fussent à l'état latent et se sont montrés ensuite, ou qu'ils fussent dans une autre substance et s'y sont transportés, ou qu'ils n'existassent pas du toutet qu'ils aient été créés e.v nihilo. Du moment qu'il est impossible que les accidents soient à l'état latent dans la substance que l'on prétend justement vide d'accidents, qu'ils soient pareils aux corps de ce monde, ou plus petits ou plus grands, ou une molécule indivisible, ou de quelque façon que ce soit, la petitesse, la grandeur, la parité sont des accidents auxquels on n'échappera pas, comme on ne peut échapper à la con- tingence ; il s'ensuit qu'ils sont contingents ». Sachez que les jugements contenus dans cette section rentrent dans la catégorie du devoir impératif et de la vérité nécessaire, et particulièrement la connaissance de la contin- gence des accidents et de la substance à laquelle on ne peut échapper, parce qu'elle est le guide évident vers le contin- gent et la Création'. Nous demandons à Dieu son concours; qu'il nous dirige vers le bien, qu'il nous préserve par sa miséricorde, et qu'il augmente notre intelligence pour le servir ! DISCOURS CONTRE LES GENS OPINIATRES ET CEUX QUI REJETTENT LA SPÉCULATION Il y a une secte de gens opiniâtres que les anciens' ont nommés sophistes, ce qui, pour eux, veut dire ceux qui 1. Il manque quelques mots dans le texte, après ua-unna 'l-djauhur. 2. Ce mot manque dans le texte; il est aisé à suppléer. .— 44 — déguisent la vente et pratiquent le mensonge ; c'est ceux qu'Aristote appelle hùrétiques. Ils nient absolument la tota- lité do nos connaissances et prétendent qu'il n'y a aucune réalité ni dans notre science, ni dans son objet. Ils nient ce qui tombe sous les sens, ce qui est compris par l'intuition, ce qui est mis au jour par le raisonnement; ils prétendent que les êtres sont une imagination et une conjecture, et qu'on les voit comme en songe. Bien des gens ont renoncé à disputer avec eux, dispute qui s'est trouvée trop diflicile pour ceux qui se sont occupés de les réfuter, parce que ce qu'ils nient est une nécessité des sens et de l'évidence pour laquelle on na pas besoin de preuve, car c'est la base de la connaissance. Lorsque quelqu'un adopte cette opinion, cela prouve sa sincérité; car il demande qu'on lui prouve ce qui n'a pas besoin de preuves, de sorte que cela le conduit à l'infini. Un contradicteur a détruit leurs arguments en faisant voir au vulgaire le malfondé de leur doctrine; il a dit: « Est-ce la sensation qui vous a fait trouver ce que vous prétendez, ou est-ce la spéculation qui vous a conduits à ce que vous croyez? » S'ils se réclament de la sensation, la vue les condamne, et s'ils en appellent à la réflexion, on leur dira: « Peut-être errez-vous dans la spéculation de votre raison, et peut-être la réflexion émanée de vos adversaires indique-t-elle mieux l'erreur de votre idée? » S'ils l'admet- tent, ils sont tenus de ne plus combattre les opinions de leurs adversaires, de ne plus accuser d'erreur celui qui se trompe, de ne plus louer celui qui agit bien, de ne pas blâmer celui qui fait le mal; mais c'est contraire à leur doctrine, et ce serait une faiblesse dans leur opinion. S'ils prétendent que leur réflexion est préférable, ils prouvent qu'ils se sont servis de la spéculation et détruisent la base sur laquelle ils avaient construit leur doctrine. Deux sortes de gens, parmi les Musulmans, ont adopté cette opinion, l'imitateur de celui qui ne croit pas «^ la ré- — 4.') — flexion et celui qui i)r(jten(l (|u'on ne prouve pas la négation. Or, il convient de les traitrr coiiuno on traite les opiniâtres et de leur dire: « Est-ce au moyen de la spéculation et d'un argument décisif que vous déclarez fausses les spéculations de la raison et les arguments qu'elle admet, ou est-ce sans argu- ment ? » S'ils disent : a C'est par la >péculati(»n. » com- ment peuvent-ils ne pas l'admettre et s'en servir comme de preuve? Et s'ils prétendent que c'est sans la spéculation, la demande et la réponse rentient justement dans la caté- gorie de la spéculation. On n'impute point cette opinion à ceux qui ne sont pas des gens de spéculation. Or, tout dis- cours donné, sans spéculation, est une n(''gation, ou une opiniâtreté, ou une erreur^ ou une confusion, ou uni' «-liose vaine. C'est de la mémo manière que l'on répond à celui (pii prétend qu'il n'y a pas de preuve contre la négation: « Donc vous niez la preuve, bien que vous, avec votre négation, vous ne puissiez nier l'une des deux propositions, dans lo cas où vous, si votre adversaire vous attaque par un dis- cours semblable au vôtre et anéantit votre prétention, et qu'ensuite lorsque vous lui demandez de corriger sa doc- trine, il s'en réfère à la vôtre ; est-ce que c'est autre chose que de prouver les deux propositions ou les détruire (toutes les deux) à la fois? » Les spéculateurs d'entre les Musulmans cl leurs juriscon- sultes ont des arguments nombreux sur ce chapitre, mais il n'entre pas dans le plan de ce livre de les énumérer. Parmi les raisons sur lesquelles on se guide pour dé- montrer la nécessité de la réilexion il y a ceci que, du moment où les étresne sont pas tous existants en réalité, ni tous non existants en réalité, mais bien les uns vrais et les autres faux, et qu'ensuite on trouve un dissentiment à leur sujet répandu parmi les spéculateurs, soit de la part d'un savant récalcitrant, soit de celle d'un ignorant impuissant, qu'on ne peut prendre sur le fait de son dissentiment, d - 46 - convient d'appliquer la spéculation au moyen de laquelle on pourra discerner le vrai du faux. De même tout n'est pas visible, car si tout était visible, on n'ignorerait rien; ni tout n'est pas caché, car s'il en était ainsi, on ne saurait rien. 11 y a donc des choses visibles et évidentes, et d'autres secrètes et cachées; il faut, par conséquent, recourir à la science pour concevoir ce qui est caché, et cela n'a lieu qu'au moyen de la spéculation. DES DEGRÉS ET DES LIMITES DE LA SPÉCULATION Je dis que les .savants qui ont foulé, pour les penseurs, la voie de la réflexion et leur ont aplani la route de la con- troverse, ont institué à ce sujet des bornes applicables à ceux qui les ont dépassées ou c[ui sont restés en deçà, dont les déviations, les erreurs, les hérésies de doctrine et l'insuf- fî.sance des preuves sont devenues évidentes. Ils ont établi l'art de questionner sur quatre parties qui ne craignent ni vérité, ni mensonge; ce sont des demandes d'information: 1" au sujet du quid de la doctrine ; 2° au sujet de la preuve; 3° au sujet de la cause; 4** au sujet de l'examen de la cause; ce qui est le terme des différentes sections de la spéculation et l'établissement de la vérité de la proposition ou de sa fausseté. Ils ont comparé les diverses questions aux diverses réponses correspondantes; ce sont toutes des informations qui supportent d'être vraies ou fausses, parce que la vérité est de parler d'une chose comme elle est, et le mensonge est d'en parler comme elle n'est pas. Mais la question n'est pas une information pour supporter la vérité et le mensonge; il n'y a que deux raisons qui motivent une question, l'igno- rance du sujet, ou bien le désir d'éprouver l'interrogé; et la réponse entraine l'acceptation et l'adhésion, ou la réfu- tation et la négation, par la voie de l'opposition ou en récla- mant la production de preuves; mais celles-ci exigent la cause, et la c^u.se vérifie la réponse; lorsqu'elle en forme — 47 — une suite logique, elle est bonne: et lorsque l'adversairo a terminé et a admis les arguments présentés, cela met fin à tout discours. DES SIGNES DE I.A CONVICTION Se contredire, passer à un autre .-?ujrt, ùtre iini)ui»ant à atteindre le but^ nier la nécessité, repousser le témoi- gnage de la vue, avoir recours à autrui, se taire parce qu'on est incapable, ce sont là des signes qu'on est vaincu. Tout interrogateur est libre dans ses questions, qu'il ait étudié la jurisprudence^ ou qu'il soit rigoriste ; il dit juste ou bien énonce une proposition absurde. Il n'en est point de même pour celui qui doit réi)on(lrc. car il a le devoir de chercher la vérité et de faire connaître à celui qui l'interroge la manière dont sa question est tombée juste ou est absurde ; il n'est point tenu de lui répondre sur une question qui n'est qu'un détail d'ime autre question plus générale, sur laquelle il est d'avis ditïérent, question qu'il admettrait par sa réponse et qui serait prise comme un engagement de sa part de la professer. Un dilîérend en effetj qui repose sur le fond, n'entrainc pas logiquement l'analogie dans le détail. Par exemple, quelqu'un poserait une question sur la prophétie sans croire à l'unité de Dieu ; or, la prophétie n'est vraie que si la croyance en un seul Dieu est vraie, car c'est cette unité qui nécessite la pro- phétie. Toute demande rapporte à celui qui la pose une réponse conforme à ce que pense la personne interrogée; mais cotte réponse ne le convainc pas, parce qu'il a toujours la possi- bilité de discuter. Demander preuve sur preuve, cause sur cause, et ainsi de suite à l'infini, est faux ; car le résultat des choses visibles est le monde sensible, et le produit des idées intérieures, c'est le monde raisonnable. Or, l'inlini n'existe pas, et n'est ni compris ni imaginé. - 45^ - On approuve d'Ibn-HodhoïT ce qu'il a dit, à savoir que la vt-ritè do ce qui est vrai et la réfutation de ce C|ui est faux, dans les matières où l'on ditfèred'oj)inion, sont connues de trois nianirrcs. I.a pioinirro. c'est l'application de la cause à la chose causée; la seconde, la réfutation de la cause |)ar l'intcM-prêtation, et la troisième, la négation de la néces- sité. Quant à l'abandon de l'application de la cause à la chose cau.sée, c'est comme quand quelqu'un dit : « Mon clicval est un bon cheval. » et qu'on lui réplique: « Pour- (juoi dites-vous cela? — Parce que, répond-il, je l'ai fait courir pendant tant de parasanges. — Est-ce que, lui réplique-t-on, tout cheval cpii court en un jour tant de parasanges est un bon cheval ? » S'il dit oui, il a mis à exécution sa cause, et s'il dit non, il l'a réfutée, et il a besoin de chercher une autre cause. Quant à la réfutation de la proposition par l'interpréta- tion, cela s'applique à celui qui dit: « Si la chaleur de l'été est très forte, fort sera le froid de l'hiver qui le suit ; et si le froid de l'hiver est intense, intense sera la chaleur de l'été qui lui succédera ; » et qui dit ensuite : « Or, voilà que l'été a été chaud, mais le froid de l'hiver suivant n'a pas été extrême; » en disant cela, il réfute, par cette interpréta- tion, la proposition qui précédait, car si celle-ci était vraie, le chaud de l'été n'aurait été fort que par l'extrême froid de l'hiver. Et quant à la négation de la nécessité, elle s'applique à l'évidence et aux sens, comme quand nous avons inter- rogé les matérialistes, au sujet d'un vieillard que nous avions vu assis sur un fauteuil, dans .sa forme et sa couleur, s'ils prétendaient qu'il .serait éternellement assis ainsi à sa place dans les mêmes vêtements et couleur ; s'ils avaient ré- pondu oui, ils auraient nié la nécessité témoignée par la raison, ce qui aurait démontré qu'ils étaient dans le faux. 1. Voir ci-dessus, p. 34, note 3. — 49 — Sachez que le silence, nprès que la vôrito a été rlaLlio est plus éloquent que le discours qu'on pnunait faiiv pour en éloigner ; un excès d'explication est un d.'faut. et souv.miI crée une occasion, i)aree que l'excès est en réalité une insumsance : car connaître la force et la faiblesse d'un ar- gument pénètre plus avant que de r..'\pli,picr rlaircnirni, parce que le témoin est téuioin suivant le ci-ur, non sui- vant la langue. Ce n'est pas que toute personne (pii est gênée par la parole de son contradicteur ou qui est impuissante a lui répondre sur-le-champ soit obligée de suivre sa doctrine, mais seulement après une explication claire, un examen des preuves, après avoir .scruté la situation etéti-e retournée aux principes établis solidement et aux signes (pii guident dans la voie droite. Lorsque le voile est tombé de sa face, que le lait s'est purifié de sa crème, et que la vérité éclaire sa voie, il n'est permis alors que d'avouer et de .se laisser conduire. Il n'est pas juste d'imposer à l'adver.sairc de faire voir ce qui est ca(;hé dans son esprit, parce que cela n'est pas possible, comme il est possible de cacher ce qui est visible à son esprit et parce que ce serait faire renoncer une chose à sa véritable apparence. Telles .sont les prémisses que nous avons niisesen avant pour celui qui regarde dans notre livre, conseils pour celui qui use de précaution à l'endroit de sa religion et évite les faux brillants des hérétiques et les faux semblants de ceux qui racontent des histoires invraisemblables, les obsessions des fous et les suggestions des mauvais sujets dont le loisir a troublé les idées et dont l'insuinsancea éteint l'intelligence, dont la raison ne peut atteindre les nuances délicates et dont l'àme vit en proie à une foule de passions, possédés par des futilités, victimes de l'ignorance, absorbés i)ar les vanités, al)andonnés par les idées, aveuglés au j)oint de ne pouvoir réHéchir: ils rusent pour faire tomber ce qui leur est imposé, pour marcher avec fierté dans la lice des pas- 4 — 50 — .sions et se livrer ;uix })lai^irs (lu'ils aiment, en niant la science des })rincipos touchant révidcneo et les sens (Dieu est celui en (iiii il faut elieirlier aide, et (jui est le meilleur appui). Les Musulmans ont des principes tirés du Qor an, de la sonna, du consc/isits et de Tanalogic, qui leur suiTisent comm<> preuv(\^; ils se contentent de leur témoignage et de leur indication ; et de même pour les gens de toute com- munauté, religion et livre, si ce n'est que cela dépend de la vérification des détails de leur religion et des lois de leur communauté; c'est pourquoi nous avons renoncé à les mentionner. CHAPITRE It DÉMONSTRATION DK I.'kXISTKNCE DK DIKU KT DK l'UNITÉ DU CRÉATEUR, l'AR LKS RAISONNEMENTS PROHANTS ET LES ARGUMENTS ENTRAINANT UNE CONCLUSION NÉCESSAIRE Les preuves qui guident vers rexistciicc de Dieu sont innom- brables et inliiiies dans l'esprit des créatures, j)arcc qu'elles sont aussi nomljreuses que les molécules des corps existants, animaux, plantes ou autres, qui restent cacliëes aux regards; car il n'y a pas d'objet, si ténu qu'en soit le corps et si subtil qu'en soit l'individu, (jui ne contienne un grand nombre d'indices énonçant la divinité de l'Être suprême et l'expli- quant clairement, d'une clarté dont la moindre parcelle chasse le doute et fait disparaître toute défectuosité. C'est à cette notion qu'ont pensé certains des traditionnistes. En toute chose il y a un signe qui démontre que Dieu est unique ; et il ne sera pas permis de dire autre chose que ce que nous avons dit, parce que, du moment qu'il est le Créateur de la création, l'auteur de toute chose, l'inventeur des êtres et celui qui les a fait sortir du néant à l'existence, il ne nous manque pas d'indices de sa création et de son invention : ce sont là les preuves qui leur sont jointes inti- mement et qui témoignent de l'existence de leur créateur, de leur producteur. Parmi les preuves de l'existence de Dieu, il y a la dillé- rence existant entre les temps anciens et les temps mo- dernes. La terre a une partie cultivée, habitée et connue, une partie cultivée, habitée et inconnue, et une partie in- culte, inconnue, inhabitée; la partie habitée et connue est grande; c'est là qu'on trouve les Arabes, les Persans, les Grecs, les Indiens, gens policés et moraux entre tous les ".O p.'ui)l«'s (le la terre; ils ont des coutumes, des manières de vivre, des rites, la sagesse, les soins, la rêllexion, les qua- lités louables, les sciences utiles comme la médecine, l'as- trologie, r;iiitliin('ti(|ue, l'écriture, la géométrie^ la pliy- siognomonit\ la divination, les religions, les livres, etc., clioses dont ils se servent dans leurs afTaires et pour leurs sujets d'occupation. Ceux qui sont en dehors d'eux sont misérables et de vile condition, inférieurs en rang à ceux dont nous venons de parler, ayant une part moindre dans la vie que ces derniers, qu'ils soient du rang des brutes pour leur ]^Qu de discernement et d'intelligence, ou de celui des bêtes sauvages quant à leur injustice et à leur grossièreté; tellemerit que parmi eux il y en a qui sautent les uns sur les autres et d'autres (jui s'entre-dévorent, tout cela pour des causes dont les anciens ont parié et qu'il n'y a pas lieu de rappeler ici, étant donné cette parole de Dieu: « Il crée des choses que vous ne connaissez pas. » Ensuite ces peuples dont les mœurs sont louables, malgré la diiïérence de leurs classes, la distance de leurs pays et les ditîérences de leurs opinions au sujet des doctrines dont ils s'honorent et des religions auxquelles ils croient, sont unanimes touchant l'existence des œuvres du Créateur sage dans ce monde et ce qu'ils voient dans ses diverses parties, dans la ditîérence de ses natures, dans la suite ininterrompue de ses accidents. Si donc il est vrai (ju'il y a un Créateur, éternel dans le passé et dans l'avenir, premier et antérieur, en vertu de l'évidence de la raison et du témoignage de l'âme, de la nécessité de la création et de la démiurgie, c'est sur cela qu'est posé leur fondement et sur cela que repose leur composition ; (tous y croient) à moins que ce ne soit un homme d'une ignorance colossale, ou un négateur obstiné, ou un homme d'une intelligence obtuse, car il est incom- préhensible et inimaginable qu'il i)uisse y avoir une œuvre sans auteur, un art sans artisan, un mouvement sans moteur, de même qu'il est de toute nécessité qu'il n'y ait pas délivre — 53 — sans écrivain, de consl rue lion sans constructeur, do figure sans dessinateur. Puisse-t-il rtre exalté Celui (jui n'a pas eu de com!nenceni