l'I III.K. A I KiNs
L'ÉCOLE DKS LANGUES UlUKNTALK.S VIVWTKS
^U
IV'- SI- un:. — \()i.. w I
Li<:
LIVRE DE LA CIÃŽLATIOX
ET DK I;|IIST()I!;K
ToMi': i'ki;Mii;i{
.0
/5
CIlAl.ON-SUIl SAONE
lUPHIMmiR rnANÇAlHK Kl OIUKNTAI,.: I.K L. MAUCKAU, K. DEUTRAND, SUCC
LK
iniii' iiK L\ (:iir,\ïiii\
I' I
DE i;iiist()Ii;k
i)'Ai!OL-zi:ii) AiiMi:ii iii;\ s\iii ii.i;\ik
l'i lu.n'; i-:t tkmh ir
d'nprÙH If MiiMiiMorit .le C •> m n t d ■> t I it .. i> 1 «
paj:
M. Ci.. IIUAIIT
l.o.NsLI. l)\. I KA.Nt.l.
SllCIt I. I A I II I - INTKUI'II^.TK DV U O C V K R ?l R M RK T
I'Rufessi:lk a i. i.culk si'^ciai.k dks i.a.xcvi:» onir^tTAi ra tivAivTri
TOME PREMIFIR
PARIS
EH N EST M. KO I \ . I hl ! I I II
28, iu;e noNAi'AUTK, 28
1899
A LA .Ml-:.M()lRi: I>1-
iME.MBRE DE l. INSTITUT
ADMINISTRATEUR DE l'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES
Souvenir de profonde reconnaissance
IMtllFACK
La hihliolluMiuc do Dà mà il Ibraliiin-paclia, a ConsUinti-
nople, se trouve dans le voisinage de la grande moscjuéc
de Cliahzà dè: elle fut fondée par le célèbre grand-vi/ir du
sultan Ahmed III dans les premières années du X\lll* siècle
de notre ère. Le catalogue de cette bibliothèciuo, rédigé en
turc par Nédjim-l'-fcndi en l'^iYJ de l'hégire, a été litho-
graphie à Constantinople : un nouveau catalogue, imprinif-
par les soins du Ministère ottoman de l'instruction j)ubli(jue.
a été publié en 1312 de l'hégire'.
Le manuscrit du Licre de la Créatioti c( de l'IIiatoirc,
d'Abou-Zéîd Ahmed ben Sahl el-Balkhi, est conservé dans
cette bibliothèc[ue. Il est inscrit sous 1<; n" '.>1X; il est
entièrement paginé et comprend 223 feuillets; il est divise
en trois parties, reliées en un seul volume. La première
partie s'étend du feuillet 1 au feuillet 74; la seconde, du
feuillet 75 au feuillet 154, et la troisième, du feuillet 155
au feuillet 223. Ce manuscrit a pour dimensions ()'"235
X 0'" 165; chaque page contient vingt-six lignes. Le titre
est ainsi présenté :
^^ui ^uvi Ajaj.^ oii^ ^Xr\ j^jUij) *^i\ ^y-^
lui .lii; I dAJdi :>U ^yi\ X\ ^^ "^^y <^^>
1. m ^lj;l it'b olk^ j^^- ^'n vol. grand in-8-, 87 pp.
VUl
> ^ ^ ^ • •• -
A__ilj aI^ ôj\jci\
(' Le Licrc de la Crcalion et de niistoire, en son entier
et au complet, composé par l'imam très savant, le distingué
entre les hommes de mérite, Abou-Zéid el-Balkhî (que Dieu
soit satisfait de lui et le satisfasse!), pour la bibliothèque
illustre de noire maitre, le prince des grands émirs, l'appui
de l'empire, l'ordonnateur du monde, l'organisateur de la
terre, l'auxiliaire de la nation et de la religion, qui a rendu
puissants l'islamisme et les Musulmans, l'élu du sultan des
créatures et son vicaire (que Dieu rende illustres ses vic-
toires, exalte son llambeau [le fasse briller] et double ses
capacités !) pour Mohammed et sa famille. »
Le personnage pour la bibliothèque de qui Abou-Zéid
écrivit son ouvrage, et dont le nom ne figure ni dans le titre
ni dans le cours du Livre de la Création^ est probablement
le premier ministre du prince samanide Mançoùr ben Noùh,
(jui avait succédé â son frère 'Abd-el-Mélik en 350'.
La copie de la première partie du manuscrit de Constan-
tinople a été achevée dans le premier tiers du mois de
djoumada I" 603; la seconde partie n'a aucune indication
de date ; la troisième partie porte à la fm l'annotation sui-
vante :
J J^\ f^3 O AJi\ Ji iS^jf'^^\ ^^j^\ cl^J-l
1. Mlrkhond, Rmiçrit tiç-Çafâ, vol. IV, p. Kî; Defrémery, Histoire
fl»6 Snmniiidrs, p. 150 Ct suiv. ; T(iril,h MunrdjdjIiH-lK'irhi, t. II, p. 255.
IX
« Celui (|ui a copié ce livre est h? faible et pauvre esclave
qui espère en la miséricorde de son Seif»neur le très doux.
Klialil 1)011 cl-Hosôin cI-Kindi rj-Walà chdjirdi ((p,
lui pardouue ainsi (pi'a tous les Musulmans!), dans ;
rant de l'année ()(y3. Louange à Dieu seul, et Ix-nt-Uu Uon
sur Mohammed et sa famille ! » Ce copiste était, ainsi quon
le voit, un kurde de Walà chdjird ou « clu\teau de Volo-
gèse )), bourgade dépendant du clià trau-fort do Kinkiwar,
entre Hamadà ii et Kirmà nchà h '.
On sait i)eu de chose d'Abou-Zcid Ahmed ben Sahl el-
Balkhî. Dans son ouvrage consacré aux historiens arabes
et à leurs ouvrages, F. WiistenfeUP n'a pu qu<' r\i,-v -.n
nom d'après le Filirist, la date de sa mort', ci
ses ouvrages d'après le polygraphe ture llà dji-khalfa, dont
le Kachf ez-Zunoùii ënumère pourtant cncnrc deux autres
dont la mention a, i)araît-il, échap|)é aux érudites recherches
du savant orientaliste'. M. de Goeje' a réuni à peu près tout
1. Il y a encore trois autres localités du niOtïie nom, l'une sur la
frontière du pays de Balkli, l'autre dans la piovincc du KermAn, et la
dernière prés d'Aklilà t. Je pense, à cause de la nationaliU^- kurde de noire
copiste, que c'est bien celle que j'ai désignée qui est sa patrie d'origine.
Cf. Mi'i-Ã rid rl-IriH.
des ennemis tels qu'El-Hoséïn ben 'Ali el-MarwarroûdlU
et son frère Ço'louk. de ([ui il avait rcru (|uel(|ue temps un»'
pension annuelle, dont le payement fut iuterromi)U i)ar eux
à la suite de la publication de son livre sur la Question des
interprétations. Il en fut de même du célèbre ministre des
Samanides, connu également comme géogi-aphe, AI)ou 'Ali
el-Djéihânî; celui-ci était concessionnaire de bénélices dont
il versait les revenus à Abou-Zd'id, mais il Ton |»riva l(»rs(|u.'
notre philosophe écrivit son Wwo Des Sarri/ires et des Vie
finies. Il aurait même été, dans ces occasions, soupronné
d'hérésie, mais sans fondement, car. d'a|)rès l'auteur du
Filirist, El-Hoséin ben 'Ali était Carmate, et el-l)jéihar)i
dualiste, tandis que les doctrines religieuses d'Abou-/éid
étaient restées orthodoxes, malgré son penchant a la philo-
sophie. Notre auteur s'occupait aussi d'astronomie avec
passion, tout en nourrissant une profonde aversion à l'égard
de l'astrologie judiciaire {ahhà ni en-nodjoùni) '.
Comme preuve de sa modestie, on rajiporte l'anecdote
suivante : Lorsque Abou-Zéïd lit poui- la pi-emière fois sa
cour au prince de Balkli, Ahmed ben S;ihl ben Hâchim el-
Marwazi' et que celui-ci lui demanda son nom. il n'-pondit
qu'il s'appelait Abou-Zéïd. Le prince en fut élonn*-, car il
n'était pas de bon goût de se nommer i)ar l'- vuniMin dii
1. De Goeje, loco laud.
2. Mort en 307 hég. Cf. Ibn el-A(liir, t. VIII. p. Sti et suivant.-s,
XII
uniquement a la naissance iliin lils, et il tint, Ã cause de
cela, le savant pour un homme peu poli. Par hasard Abou-
Zéld laissa tomber son cachet dans la salle. Le prince le
ramassa et y lut, à sa grande stupéfaction, ces mots gravés :
« Ahmed bon Sahl. » Il comprit alors que ce n'était que
par courtoisie qu'Abou-Zéid, en présence du prince, n'avait
donné que son surnom, leurs deux noms étant identiques.
Quand ce prince lui demanda de devenir son ministre, il
refusa ce poste et n'accepta qu'une place de secrétaire^
tandis que son ami Abouri-Qâsim Ahmed ben Mahmoud
el-KaM)i était appelé au rang de vizir, qui comportait un
traitement mensuel de mille dirhems, au lieu que la place
d'Abou-Zéid n'en avait que cinq cents pour émoluments;
mais Abou'l-QÃ sim ordonna au ministre des finances de
remettre à son ami, pour son compte, cent dirhems de
plus chaque mois. C'est au même Abou'l-Qâsim que notre
auteur dut sa propriété de Chà mistiyà n. lisse trouvaient un
jour tous deux chez le prince, lorsque celui-ci leur montra
un magnifique collier de perles qu'il venait de recevoir de
l'Inde et dont il détacha à deux reprises dix perles dont il
fit présent à chacun d'eux. Abou'l-Qà sim pria le prince de
l'autoriser à donner les siennes à Abou-Zéïd. « Certes, dit
le prince, et même je ne veux pas te le céder en générosité,
je lui donne aussi les dix qui me restent; et, ajouta-t-il en se
tournant vers Abou-Zéid, ne te fais pas duper par un négo-
ciant adroit, car elles m'ont coûté trente milledirhems. » C'est
avec le prix de ces perles qu' Abou-Zéid acheta sa propriété.
Le prince Samanide du Khorasân, d'après le récit de
Moqaddési et de Çafadi, reproduit en abrégé par Hadji-
khalfa', invita Abou-Zéid à venir le trouver à Bokhà rÃ
1. Ur . hiMin.jr. t. IV, p. 112. n" 7804 ; de Goeje, B(MoM . Gcoqr.
Ar., III, p. 4.
Mil
pour entrera son service. Le savant se mit en route, mais
arrivé au bord de rOxus. (luaiid il entendit le bruisseaicnt
de l'eau et vit la largeur du lleuve, il écrivit au prince :
«Tu m'as appelé vers toi, paice (juc tu as appris que je
possède une certaine intelligence; mais si je passai
fleuve, je n'en aurais aucune. Mon intelligence m''^l . C'est le surnom d un poète, nomoié Yahya
XIV
réciter des vers arabes sur les preuves de l'existence de
Dieu. A Merw. il rc(,'ul une Iradilioii du prophète de la
Ijourlio uuMu<» d'AIxl-er-Hal.uuau l)en Al.miod ol-Marwazî;
jiOsNvâr'. il entcudil Mohauiined bcn Salil en citer une
autre; une troisième lui fut transmise par Hà tim ben es-
Sindl. à Tekrit. Dans la i>arti(' cMicore inédite de cet ouvrage,
nous voyons successivement notre auteur se rendre à Barra,
où un juif lui fournit une explication de la création d'Adam
(f'';V^ r"'); à Hilà d-Sà boûr'. i)Our y faire une enquête sur le
compte d'un homme dont les doctrines paraissaient con-
traires à celles des autres hommes, et (pii prétendait être
hit'u lui-même; à Fardjoùt", dans la Haute-Egypte, où il
reçoit une tradition d'Abou-Naer el-Harachi. En l'an 325
de l'hégire, il était à Chirdjà n ', où il rencontra un tradition-
niste connu sous le nom de es-Sidjzî (le Sace), Ahmed ben
Mohammed el-Hadjdjà dj. Il visita Bethléem (f° 96 v»); Ã
la Mecque, il entendit Abou 'Abd-er-Rahman el-Andalosî
raconter une incursion des Turcs en Espagne; à Soùs,
Mohammed ben Khà lawaihi lui cita une tradition d'Ahmed
ben Hanbal (f'' ls3 r"j;au Caire, il rencontre Hà roûn ben
Kà mil (f" 192 v^); et à Ikhmim', il recueille un portrait du
khalife omayyade Walid fils de Yézid (f° 209 v°). Il est
\)en Abi-Moùsâ. dont le nom est cité dans le Filtrist, t. I, p. 170 ; est-ce
le nii''nie que le nôtre? Sur la forme de l'adjectif ethnique, cf. Soyoùtî,
LnU. rl-I,,,!,,;!,. éd. Voth, p. 2GS.
1. Bourgade pn'-s d'Ispahân. la môme que Aswûriya ou Oswâriya;
cf. Harbier de Meynard, Dirtionnairr tir In Prrsr, p. 37.
2. Canton dont le chef-lieu est Chahristà n, près de la limite de
l'Iriq'Adjéml, cf. Mrrâçid, t. II. p. 1 et p. 13G; Barbier de
Meynanl. op. Imul., p. 293 et 358.
3. Cf. S. de Sacy. licloiinu ilr riitr par Alnhillaiif, p. 703; et
la carie de l'Kgyple du colonel Lapie, Paris, 1856.
1. I.a niCme que Sirdj&n, ville principale du Kirraân. Barbier de
Meynard, "/). Inud., p. .333 et 360.
5. Ville connue de la Haute-Egypte.
XV
clair, par cette revue rapide, que les voyaf.'es d'Ahou-ZéUl
se sont étendus bien au delà des limites étroites où l'on
voulait les confiner.
D'après Hadji-Klialla. les ouvrau-'- d" aImih-/. ,| ,.].
Balklii seraient au nombre de si.\ :
1° Le Kità b cl-BccV wùl-Tart/Ji {Lr.r. hihlioijr., t. 11.
p.23, n°1693);
2" Un traité de géographie iiilitul»' : Tiujich/i cl-bolihui
{ici. opus, t. II, p. 395, n" 3495 ;
3° Un ouvrage dont il est malaisé de délinir le sujet,
mais qui parait être une sorte de mélanges de morale et do
médecine, intitule : Djonial inaçOiih el-anfos w'êl-abclà n
« Somme des matières avantageuses aux âmes et aux coips »
{id. op., t. II, p. 623, n" 4193); c'est le même que celui (pii
est cité dans le Fihrist ;t. I, p. 138) sous le titre de Kifuh
maçà lih, etc., lU siiprà .
4" Un traité de géographie connu sous le nom de Çoœar
el-Aqà lini « Formes des climats », souvent cite i)ar l.lain-
dullà h Mostaufî dans son Nozhat el-Qoloûb' et par Chems-
eddin Mohammed ben Ahmed el-Moqaddési dans son
Ahsaii et-Taqâstni (kl. op., t. IV, p. 11:^, n'^7804, .
5° Un traité qui porte le titre de Kità b el-'Ilni wèt-ta'lîm
(( Livre de la science et de l'enseignement n {id. op., t. V,
p. 119, n° 10328) ; la composition de cet ouvrage est antérieure
à celle du Kità b el-Bèd\ car il est cité dans ce dernit-r,
notamment dans le chapitre P' .
0° Un autre traité de géographie sous le titre de Mcsà liL-
el-Mémalilx « Les routes des provinces », qu'il a de commun.
sauf une variante insignifiante, avec tous les traités de
géographie de la littérature arabe des premiers siècles [id.
op., t. V, p. 5fJ9, n° 118G9).
1. Ms. de notre collection, fb r° etpassim.
\VI
l'n autre ouvra^'c. intilulô : Ed-iHijà na iccl-Etnana
« la religion et le dépôt lidMcmeiil conserve» est signalé
l>ai- .\i)Ou-Zéhl lui-même dans les i)remières pages de son
Licredela Création, mais il se jxtiinait (jne ce livre n'ait
jamais été achevé, ni même écrit.
Il y a lieu deremaniuer, sans que nous puissions jusqu'ici
en tirer la moindre conclusion, que des sept titres d'ou-
vrages mentionnés ci-dessus, il n'y en a(|u"un seul, le troi-
sième, qui se retrouve dans la longue liste de (juarante-trois
ouvrages cités. \Yi\\'\Q,Filirist. Quant au Kità b el-nia'cuu et au
Kifâb cl-M(idalèli cités passini dans le cours du Livre de
lu Création, nous n'avons aucun renseignement à leur
égard, en dehors de la citation elle-même.
Il jKU'altra bien téméraire d'avoir entrepris la publication
d'un texte arabe du IV*' siècle de l'hégire sur un manuscrit
unique. Le seul parti à prendre en pareil cas était de repro-
duire le plus exactement possible le texte original avec ses
iniperfections et même ses fautes de grammaire, en se bor-
nant aux corrections les plus évidentes et en indiquant en
note la forme donnée par le manuscrit,
[a\ correction des épreuves elle-même a été entravée par
plus d'un obstacle, dont le principal a été un changement
de résidence, d'Orient en France. Nous prions le lecteur de
vouloir bien tenir compte des dillicultés au milieu desquelles
a été poursuivi un travail (jui exige généralement le silence
et la tran(|uillité du cabinet.
C'est M. Ch. Schefer qui nous a signalé l'existence du
Kitdh cl-BètC dans la bibliothèque de Dà mâd Ibrahim-
pacha et en a fait reconnaître l'importance. Depuis lors le
destin impitoyable a brisé les jours de notre illustre et
vénéré maître; que la dédicace placée en tête de ce volume
rappelle son .souv(Miir a tous ceux (pii l'ont connu et aimé!
LE
LIVRE DE LA CIll-ATlON
DE L'HISTOIRE
Au nom de Dieu, clément et miséricordieuï;
en lui est la force et la puissance.
Ceux qui s'écartent de la voie droite se sont agités pour
rendre obscures les choses aux esprits faibles, et ceux qui
se détournent du chemin de la vérité se sont attachés ;i
troubler la croyance des gens obtus en ce qui concerne la
méthode à appliquer aux principes de la création, son
œuvre, le résultat auquel elle aboutit, et sa fin. Par là ils
encouragent Tinattention des insouciants et émoussent la
sagacité des intelligents. C'est la une de leurs ruses les plus
nuisibles à la religion, et des plus grossières, à cause de la
perfection qu'ils ont atteinte dans l'art de contredire les
Unitaires. « Mais Dieu ne veut que rendre sa lumière plus
parfaitc^ o exalter sa parole et donner la victoire à ses
arguments, « dussent les infidèles en concevoir du dépit ».
Le plus grand malheur qui soit arrivé au commun de la
nation musulmane, c'est que ceux qui en font partie entre-
prennent de controverser avec leurs contradicteurs selon ce
qui leur passe par l'imagination et ce qui leur vient Ã
L Allusion à un passage du Qorà n, sourate IX, verset 32.
1
l'esprit, sans s'exercer aux ni<'tliodes scientifiques, sans
connaître la manière de pos(>r un :i\ine
et le siège; sur les porteurs du trône; sur les anges et leurs
attributs, et les différentes opinions à cet égard; sur la
question de savoir si les anges sont tenus par une obliga-
tion, ou contraints, et s'ils sont supérieurs à un honnête
homme; des traditions relatives au voile et au buisson de
la limite ; du paradis et de l'enfer ; description du fou ;
diverses opinions sur le paradis et l'enfer; description des
damnés; diverses opinions sur l'éternité ou la temporanéité
du paradis et de l'enfer; divergences de sentiment à cet
égard ; du pont, de la balance, du bassin, des trompettes, du
purgatoire, etc.
Chapitre vu. — De la création du ciel et de la terre,
comprenant la description des cieux, de la sphère des cons-
tellations et de ce qui est au delà , et de ce qui s'y trouve,
d'après les traditions ; description des étoiles, des astres, de
la forme du soleil, de la lune et des étoiles, et de ce qui est
entre eux ; diverses opinions sur leurs corps et leur appa-
rence; lever et coucher du soleil et de la lune; des éclipses,
des étoiles filantes, et autres phénomènes célestes; des vents,
des nuages, de la pluie, du tonnerre, des éclairs et autres
phénomènes de l'atmosphère. Du soleil, de la lune, des
- 10 -
étoiles, des planètes, do l'arc-en-ciel, des trombes, du trem-
blement do terre ; de la nuit et du jour ; de la terre et de ce
qui s'y trouve; dilïérentes opinions sur les mers, les eaux,
les fleuves, le flux et le reflux, les montagnes; différentes
opinionsà l'égard de ce qu'il y a sous la terre; sur ce passage
du Qor'à n : « 11 créa les cieux, la terre et ce qu'ils con-
tiennent, en six jours ; » sur le temps écoulé avant la Créa-
tion; durée du monde avant Adam (que le salut soit sur lui!);
création des djinns et des démons; de la description que
l'on donne du noml)re des mondes.
Cmapitrkviii. — Apparition d'Adam et dispersion de ses
enfants ; comprenant les diverses opinions des philosophes,
des astrologues et autres personnes sur la composition des
animaux ; création d'Adam, et diverses opinions sur le
lieu qui la vit; de la manière dont l'esprit divin fut insufflé
à Adam ; prosternation des anges devant lui ; sur ce passage
duQor'an ; n Et il enseigna à Adam les noms ; » son entrée
dans le Paradis terrestre et sa sortie de ce lieu ; comment
sa postérité sortit de ses reins ; des diverses manières dont
on raconte son histoire; son portrait; sa mort. De l'esprit,
de l'à me et de la vie ; différentes opinions des anciens et
des Gens du livre (juifs et chrétiens) sur ces matières
et sur les sens, ainsi que d'après le Qor'à n et la tradition ;
disputes sur ce sujet.
Chapitre ix.— Des calamités et des événements jusqu'au
Jugement dernier, et de l'autre vie; nécessité du caractère
précaire du monde, et de sa fin ; opinion de ceux des anciens
qui croyaient à ce caractère précaire, ainsi que celle des
Gens du livre ; sur la durée du monde ; sur le temps déjÃ
écoulé et sur celui qui reste à parcourir ; histoire du monde
depuis Adam jusqu'à nos jours, d'après les annales; sur le
temps à venir et sur la durée du peuple de Mohammed
d'après les traditionnistes ; sur les conditions de l'heure
dernière et les signes i)récurseurs des événements jusqu'Ã
la lin du monde ; apparition des Turcs ; du fracas en rama-
— 11 —
dan; apparition du Ilachémite qui viendra du KhorasAn
avec les drapeaux noirs, du Sofyà nide, du Qahtânido, du
Mchdi; prise de Constantinople; apparition derAnt«khristct
descente de Jésus, fils de Marie ; lever du soleil îi l'Occident ;
apparition de la grande Béte ; de la fumée, de Gogot Magog,
des Abyssins ; disparition de la Ka'bê ; du vent qui saisira
les âmes des adeptes de la vraie foi ; élévation du Qor'ân ;
du feu qui sortira des profondeurs d'Adcn et poussera les
hommes vers le lieu de réunion ; les trois appels des trom-
pettes ; description de ces trompettes ; diverses opinions des
Gens du livre sur l'ange de la mort ; de ce qui aura lieu
entre deux appels de trompette ; diverses interprétations
de ce passage du Qor'à n : « Excepté ce que Dieu voudra ; «)
de la pluie qui ressuscitera les corps des défunts ; de la réu-
nion, et diverses opinions à cet égard; delà station, du
changement de la terre ; du reploiement du ciel ; du jour du
Jugement ; de ce qu'on prétend devoir exister ensuite; tra-
ditions des anciens sur la ruine du monde ; ce que l'on doit
croire sur ce chapitre.
Chapitre X. — Des prophètes et des envoyés; durée do
leur vie ; leur histoire et celle de leurs peuples, en abrégé et
d'une manière très concise.
Chapitre XI. ~ Des rois de Perse; leurs faits célèbres,
jusqu'à la mission de notre prophète Mohammed.
Chapitre XII. — Des religions des habitants de la terre;
leurs diverses sectes et croyances, Gens du livre et autres ;
notice des athées ; des Indiens, de leurs lois, de leurs .sectes
et de leurs coutumes; des Chinois; mention de ce qu'on
raconte des loisdes Turcs; lois desHarrà nites, des idolâtres,
des Mazdéens, des Khorrémites ; des païens (de la péninsule
Arabique), des Juifs et des Chrétiens.
Chapitre xiii. — Division de la terre, et somme de ses
climats; description des sept climats, des mers, vallées et
— 12 —
neuves connus ; des pays connus^ tels que Tlndc, le Tibet,
Ciog et Mîigog. les Turcs, les Grecs, les Berbères, les
Abyssins : description des territoires musulmans^ tels que le
I.Iidjaz, la Syrie, le Ycmcn, le Maghreb, T'Irà q, la Mésopo-
tamie, le Sawad, rAdlierbaUljà n, l'Arménie, le Klioùzistan,
•«' Fà rs, le Kirman. le Sidjistan, le Mekran, le Djebel (Irà q-
'Adjémii, le Khorasà n, laTransoxiane; description des lieux
d'adoration et des oratoires illustres, tels que la Mecque et
T'Iifuj ; des places frontières et des couvents militaires;
de ce qu'on raconte des merveilles de la terre et de ses
hal)itants ; mention de ce que nous savons au sujet des villes,
des bourgades et de leurs fondateurs, ainsi que de la destruc-
tion de certaines d'entre elles.
Chapitre xiv. — Généalogie des Arabes et leurs combats
célèbres.
Chapitre xv. — Naissance du Prophète, son éducation et
sa mission, jusqu'à l'Hégire.
Chapitre wi. — Fuite de Mohammed à Médine ; du
nombre de ses expéditions et de ses combats jusqu'au jour
de sa mort.
Chapitre xvir. — Qualités extérieures et morales du
Prophète ; sa biographie, ses particularités, ses coutumes ;
durée de sa vie ; ses épouses, ses enfants, ses proches
parents ; récit de sa mort; ses miracles.
Chapitre xvui. — Notice des plus illustres parmi les
compagnons du Prophète, et de ceux d'entre eux qui
furent revêtus de l'autorité, tant émigrésqu'auxiliaires; leurs
qualités extérieures ; durée de leur vie, date de leur conver-
sion ; de leurs enfants ; de ceux parmi eux qui ont laissé des
enfants et de ceux qui sont morts sans postérité.
Chapitre xix. — \'ariations des IMusulmans ; sectes des
Chi'ites, des Kharidjites, des Anthropomorphistes, des
— u —
Mo'tazélites, des Mourdjiyèh, des Çoùfis; diverses sectes
des traditionnistes.
Chapitre xx. — Dur»'o du Khalifat des compa;,'non.s du
Prophète; victoires et événements de leur rè^'no, jusqu'Ã
l'établissement des Omay vades. — Khalifat d'Abou-Bekr ;
apostasies et faux prophètes; victoires et conquêtes. —
Khalifat d"Omar; victoires sous son règne. — Khalifat
d''Othmà n ; victoires et discordes. — Khalifat d"Ali, (ils
d'Abou-Tà lib ; troubles ; batailles du Chameau, deÇilTinetde
Nahrawà n ; révolte des Kharédjites; histoire des doux
arbitres. — Khalifat de Ilasan. lils d"Ali, jusqu'à la i)rise(l<'
possesion de l'Empire par Mo'Ã wiya.
Chapitre xxi. — ■Gouvernement des Omayyades, en
abrégé. Troubles, tels que ceux d'Ibn-Zo])éir et d'El-
Mokhtar ben Abi-'Obaïd; histoire de Ziyà d, mort de
Moghaïra, d"Amr ben el-'Aç, d'El-Hasan, fils d"Ali;
Mo"à wiya fait prêter serment en faveur de Yézid ; gouverne-
ment de Yézid, fils de Mo'*a\viya (qu'ils soient maudits!);
meurtre d'El-Hoséïn, fds d"Ali ; histoire d"Al)dallah ben cz-
Zobéïr, bataille de Harra; mortdeY^ézid, filsde Mo";i\viya :
gouvernement de Mo'Viwiya II, fils de Yézid; histoire de la
révolte d'Ibn-ez-Zobéïr jusqu'à ce qu'il fut tué par El-
lïadjdjà dj, sous le règne d"Abd el-Mélik, fils de Merwà n ; et
ainsi de suite jusqu'Ã la fin du gouvernement des Omayyades.
Chapitre xxii. — Nombre des khalifes' Abbassides depuis
l'an 132 de l'Hégire jusqu'en l'an 350.
Celui qui jettera un regard sur ce livre sera comme
quelqu'un qui, de haut, contemplerait le monde, examine-
rait ses mouvements et ses actions merveilleuses ; c'est
comme s'il l'avait précédé avant sa formation et sa
production, et comme s'il devait lui survivre après sa
dissolution et son effacement. En le lisant, on marchera dans
la voie de la science ; les gens religieux en seront réconfoités,
l'étudiant y trouvera un exercice, celui à qui il deviendra
familier une récréation, et celui qui réfléchira, une
— Il -
:;;;;: ::!..c «ins. ,.. cCu, nu-, y .■ega.;aera, e. c«
ï onlient et ..enfennc, et nou. demandons a D,e q
nouscvcille dusommcildc rindifïcrence et qu ,1 nous con
duïrpar sa gr*ce, . la so.ntion juste. . Certes, D,eu entend,
et il est omniprésent! »
CIlArnUK IMIKMIEH
SUR LA DÉMONSTRATION DE LA SPÉCULATION K r LA MANIKKE
DE PROCÉDER A UNE CONTROVERSE SAINE
Je dis (c'est à Dieu qu'appartient la p^râce, ainsi que ceux
qui possèdent rinnocence et la direction vers le bien !) que
la connaissance de ce chapitre est une des causes qui aident
à comprendre la vérité et à la distinguer des assertions
contraires, de sorte qu'il suflise i\ chacun de le lireet d'en pren-
dre connaissance ; car personnenepeut se dispenser de connaî-
tre la véridicité de soi-même etd'autrui, parce qu'il y a une
foule de concepts, d'imaginations, d'idées perverses, de
mauvaises pensées qui embrouillent la vérité et viennent
apporter victorieusement le doute et le soupçon. Il n'y a
que la spéculation qui puisse distinguer entre les pensées, et
démontrer la vérité des vraies et l'erreur des fausses ; c'est
par elle que l'on distingue une question contingente d'une
question nécessaire, une réponse permise d'une réponse
juste. Nous en traiterons quelque peu, pour faire entendre
ce vers quoi nous tendons; ce sera une préparation pour le
lecteur, une arme pour le controversiste, qui pourra appro-
fondir (s'il plaît ta Dieu!) la question dans un livre où il la
trouvera bien traitée, le Livre de la science et de l'instruc-
tion. {C'est de Dieu que viennent Tinnocence et le succès!)
Je dis que savoir, c'est croire qu'une chose est telle qu'elle
est, par le moyen de la sensation, si elle est sensible, ou par
celui de la raison, si elle est rationnelle. En elTet, la sensation
et la raison sont les principes d'où découlent toutes les
sciences ; ce que ces deux principes concourent à prouver,
est prouvé, et ce qu'au contraire ils jugent n'être pas,
- IG —
n'est pas. :i condition, bien entendu, qu'ils soient tous deux
sains, a l'iibri des maladies et des accidents dus à leur imper-
fection, dépouillés de l'amour de lacoutume de la société et
deletourdissement causé par une ébriété légère. Il ne saurait
survenir en i)arcil cas de difïérend, au sujet de ce qu'il sent
et comprend, que de la part d'un opposant systématique ou
d'un entêté, car ces deux principes sont nécessaires par eux-
mêmes ; il est impossible que celui qui sent conçoive un
doute sur la forme et l'apparence de l'objet senti ; et celui
<|ui est contraint par l'évidence de sa raison ne peut pas ne
pas savoir ce qu'il sait et ce dont il est bien certain, ni croire
celui (pli pri'tond le contraire. Et si celui-ci pouvait être
contraint de reconnaître que sa prétention est fausse, comme
il l'est par ses sens, jamais il ne se produirait de contra-
dicteur, et l'on n'aurait pas besoin de lui couper la parole et
de rechercher les défauts do son discours. Ne voyez-vous
pas qu'il est impossible que le sens trouve le feu froid et la
nei,ixe brûlante, en tant que sensation extérieure^ de même
(|u'il est impossible que telle chose se meuve, tandis qu'on sait
qu'elle est immobile^ ou qu'elle soit blanche en soi tandis que
la science nous apprend qu'elle est noire? Si l'on admettait
cela, toutes les sciences deviendraient totalement vaines,
et les croyances seraient corrompues. Toute personne a le
droit de prétendre ce qu'elle veut, comme de dire que la vue
est l'ouïe et que l'ouïe est la vue, que le vivant est mort et
le mort vivant, ce qui est absurde ; car si la science,
puisqu'elle est la compréhension d'une chose telle qu'elle
est, en tant que définition et réalité, ne comprend pas son
essence telle qu'elle est, cette chose ne peut être admise
comme connue. De même pour la sensation : si sa nature
n'atteint pas celle de ce qui tombe sous son organe, cetobjet
n'est pas senti. C'est là un point sur lequel il n'y a
absolument pas de divergence entre les gens intelligents,
douf's de discernement ; on ne la trouve que chez deux sortes
d'hommes : l'un est l'homme du vulgaire, qui n'a pas de
rétlcxion, parce qu'il est négligent, prenant pour lui son em-
— ir —
ploi; et Iors(|uo la vérit(' lui apparaît, il la suit et re-
nonce à son opposition, parce que sa doclriiic provenait
de suppositions, de conjectures, de oui dire, et de sa fa-
cilité à l'iniitalion : mais lorsqu'une parole que son C(imm"
conlirnic fi-ai)i)e son oreille, il penche vers elle et l'admet.
Le second de ces individus est l'opiniâtre, l'entêté, rpic
les anciens appelaient sop/dsfc et dont nous exposerons
en son lieu (s'il plaît à Dieu !) les doctrines perverses.
Le contraire de la science est l'ignorance ; c'est croire
qu'une chose est le contraire de ce qu'elle est en réalit»*.
Tous ceux qui ii(3 savent pas ne sont pas pour cela i.irnorants
absolument ; mais l'ignorant, en réalité, est celui ipii re-
nonce à rechercher la définition d'une chose et sa vraie
nature, et qui croit qu'elle est autre que ce qu'elle est; si-
non l'ignorant ne mériterait pas de blâme et de reproches
pour son ignorance.
1)k la quantitk de?^ sciknce.'^ kt dk leir dkgrl';
d'importance
J'affirme que le nom de science s'applique, en général,
à la compréhension, â l'imagination, à la pensée, à l'intel-
ligence, à la certitude, à l'idée, à la connaissance, â tout ce
dont il résulte Taperception d'une chose, extérieure ou inté-
rieure, soit par l'intuition do la raison. ])ar la })erception
d'un sens, ou l'emploi d'un organe tel que le raisonnement,
la réflexion, la discussion, la distinction, l'analogie, la re-
cherche approfondie, toutes qualités qui sont en eiïet les
instruments pour atteindre à la science et les voies pour y
parvenir. Et parmi les points que l'on atteint de ce côté, il
y a de certaines branches que l'on peut annexer à la science
obtenue par l'emploi simultané de l'évidence et des sen-
sations. Ne voyez-vous pas que l'homme raisonnable et
doué de discernement a besoin de recourir au témoignage
de sa raison et de ses sens, mais n'est pas obligé de recourir
— 18 —
au raisonnement et à la discussion de ce fait ? Ne jugez-
vous pas non plus qu'il n'y a nul moyen de discuter et
d'argumenter, i)our cohù (|ui a perdu la raison ou dont les
sens ont subi (lueUpie accident ?
Le début de la science est la pensée sincère ; et ce début
est comme l'évidence, pour ainsi dire, ou i)lutôt il est produit
par la force de l'évidence. Sa fin est la certitude, qui est la
fixation du vrai et l'éloignement du doute etdel'incertitude.
Nous avons posé comme condition de la pensée la sincérité,
parce que cette dernière qualité agite l'à me, la passion, la
nature et l'habitude au moyen d'une chose qui n'a pas de
réalité ; on ne peut donc pas la compter comme fin de la
science. La certitude est ce qui embrasse les choses selon
leur apparence et qui atteint leur essence.
La connaissance est la compréhension du lieu d'une
chose et de son individualité. Les uns prétendent qu'elle
est nécessaire, les autres, qu'elle est acquise. La diffé-
rence entre elle et la science, c'est que la science consiste
à embrasser l'individualité d'une chose dans son essence
et sa définition, et que la connaissance consiste à at-
teindre son individualité et sa fixité, bien qu'on n'en at-
teif^ne ni la définition ni la réalité. La science est donc
plus générale et pénètre plus loin ; car tout ce qui fait
l'objet de la science fait celui de la connaissance, tandis
que tout ce que l'on connaît n'est pas forcément l'objet de
la science. En effet, n'est-il pas vrai que les Unitaires con-
naissent leur Seigneur sans avoir de lui la moindre science,
si ce n'est par les preuves, car les catégories de qualité et de
quantité, à son égard, sont deux propositions négatives?
L'imagination est la croyance à la forme d'une chose sen-
sible ou imaginaire, quand bien môme elle n'existerait pas
dans le monde extérieur ; car la puissance de l'imagination
double en se développant ; c'est pourquoi elle voit ce que
les yeux ne voient pas. De même rcï3il, lorsque la puissance
de sa vue s'étend et f|uc la distance de l'objet visible aug--
— 10 —
mente, voit celui-ci tout autre que ce qu"il est en ivali(('
entant que petitesse ou grandeur, forme ou couleurs, (.•( au-
tres qualités extérieures.
Ce qui est dépourvu de ((ualités extérieures, d'attributs
et de définitions, l'imagination ne l'atteint plus, et il ne s'en
forme plus d'image dans l'Ã me.
La compréhension est la connaissance: et la force do la
pensée est voisine de celle de la raison, si ce n'est que la
pensée et la compréhension sont fortement impressionnées
parcelle-ci. L'intelligence est voisine, quant au sens, de ce
qu'on appelle pensée. Si nous avons été obligés de dire ce
qui précède, c'est ce que bien des gens sont avides de dis-
puter sur ces noms et en cherchent la dilïérence.
Quant aux moyens qui permettent de [)arvenir aux ])arties
cachées de la science, ce sont la réflexion qui consiste Ã
rechercher la cause d'une chose, et dont la limite est l'opi-
nion et l'examon; la divination qui consiste à arracher ce
qui se trouve enveloppé par les objets accessibles à la raison
et aux sens; enfin le raisonnement et la recherche appro-
fondie.
Certaines personnes ont compté rinclinatioiide l'habitude
et du naturel, Ã l'exclusion de l'objet vers lequel ilspenchent
ou qui provoque leur répulsion, comme étant la science.
Tels sont les principes de la science et ses méthodes. Le
résultat peut se classer sous trois rubriques: 1" ce qui est
compris par l'évidence; 2° ce qui est nécessairement senti, cur
ce qui est atteint par ces deux facultés l'est sans intermé-
diaire ni prémisses ;3"ce qui est ol)tenu parle raisonnement
et extrait par la discussion et les indices' ; c'est surtout sur
ceci que tombent les dissentiments et le trouble de l'esprit,
parce qu'il échappe â la sensation et a l'évidence, ainsi que
les divergences entre les dilTérentes forces des raisonneurs
et des spéculateurs, entre leurs opinions et leurs raisons. Ceci
1. Le texte porte SjUV I ; mais Je crois qu'il faut lire Sj^ii' « prédic-
tion ») sens sur lequel on peut consulter Dozy^ Supplran-nt.
— 20 —
peut comporter des dclinitions nombreuses, et c'est là -des-
sus qu'ont ét(!' composés tant de livres et compilés tant de
volumes touchant les scicnc.'s de la philosophie et de la reli-
gion, dejniis quo \o monde est monde, chose qui ne finira
)i;is jus(|u';'i la consoniinalion des siècles et la destruction des
jours.
Bien des gens n'ont pas voulu doiuicr le nom de science
réelle à l'évidence et aux sens, parce que tout le monde est
d'accord sur ces deux phénomènes et égal en degré à ce
sujet. Ensuite cela n'est point appris ni acquis, mais c'est le
naturel précieux et la force du discernement et des dons
innés, qui l'amènent forcément.
DE LA RAISON ET DU MONDE RATIONNEL
Je dis que la raison est une force divine qui discerne
entre le vrai et le faux, entre le beau et le laid ; c'est la
mère des sciences, la cause des pensées excellentes^ et l'ob-
jet de la certitude. On dit qu'on a nommé cette iorce raison,
parce que c'est un lien qui empêche l'homme de marcher
vers tout ce qui lui vient à la pensée '.
Les philosoi)hes ont beaucoup difleré d'opinion en la
mentionnant et en la décrivant. Aristotc, dans le Licre de la
Démonstration \ dit que la raison est la force par laquelle
l'homme est mis en possession de la faculté de discerner ;
c'est au moyen d'elle qu'il recueille les premiers principes
relatifs aux choses minimes, et dont il compose des analo-
gies. 11 dit encore, dans le Licre de V Éthique'^ : « La raison
est ce qui seproduitdan.s l'homme, par la voie dcl 'habitude,
en tant que diverses vertus, de sorte que cela lui devient
une seconde nature et une propriété solidement établie. wMais
1. Jeu de mots sur les expressions '^7/ « raison » et '17»/ « entrave.»
2. Kiti'ili-rl-Iior/i(in, le même que les Anali/fùjurs posfcvipurs. Cf.
NVenrich, I)o Versionibiis. p. 161.
.3. Kitùb-elAkhlfif/, un des ouvrages traduits par Honain bon Ishaq ;
cf. \Venrich, op, cit., p. 136.
— -^i —
dans \eLiL'rederAme\ ilparle toutdilTcreinment et recon-
naît trois espèces de raisons, la raison matérielle, la raison
agissante et la raison acquise. Alexandre' l'a cominentr de la
façon suivante: La raison matérielle ostco qui se trouve dans
la personne de l'homme en fait de disposition à recevoir
rim])ros.sion de la raison agissante, et la raison acquise est
ce qui est conçu (à la suite de cette impression). La raison
matérielle est comme un élément, et la raison agissante est
ce qui fait paraître in aclu la raison acqul>o. d.- dilT.-ivnt.s
façons.
Certains ont prétendu que la raison est la mémo chose
que l'âme, tandis que d'autres disent qu'elle n'est pas dilTé-
rente du Créateur (soit-il exalté !), joint à de nombreu.ses
confusions faites par eux sur ce chapitre.
Parmi les apophtegmes hérités de nos prédécesseurs,
nous trouvons celui-ci : La raison est innée, et la morale
est acquise.
L'un d'entre eux l'a appelée du nom de ses actes, maiscela
ne gêne en rien l'explication, du moment qu'il donne à cette
expression le sens désiré. Ne voyez-vous pas qu'on dit des
livres de ceux qui décrivent les récits des temps anciens et
des poésies : Ce sont leurs /^a/so/is, c'est-à -dire le résultat de
leur raison et de leur intelligence? On dit encore : La pensée
de Thomme est un fragment de sa raison : mais tout cela
n'est qu'au figuré et par métaphore.
Les anciens ne diffèrent pas sur ce point que la raison maté-
rielle est laplus pure des es.sences deTÃ me, que sa sensation
1. l\tz\ 'l'y/jf,^, traduit du syriaque en arabe par Yahya, fils de 'Adi;
cf. Wenrich, ici. opus, p. 134; Steinschneider, Z)jV' arabischo L'vbcr-
set^itngen ans dein Griechisc/ten, dans la Zcitschr. dcr douisch.
Morgenl. Gcscllscliaft, t. L, p. 373.
2. 11 faut rétablir dans le texte arabe la leçon du ms. jJcidVl- L'au-
teur a certainement voulu désigner par ce nom Alexandre d'Aphrodi-
sias, dont un ouvrage, consacré au Licrc do l'Ame d'Aristote, est cité
par Steinschneider, op. laud., p. 375.
est supérieure â celle do l'iimo et que son rang est plus élevé
queles dilTérentes classes de substanceset inférieure seulement
à celui du Créateur (que sa splendeur soit exaltée!) : c'est la
chose qui est la i)lus rai)proch(!;e de lui. Les Musulmans ne
reconnaissent particulièrement comme raison que celle qui
est à l'état de composition dans le corps de l'iiomme, Ã
l'exclusion des autres animaux dans ce bas monde; quant
aux autres opinions que l'on rapporte à ce sujet, il est per-
mis d'y croire tant que ce n'est contraire ni à la raison ni
au livre de la loi.
Certaines personnes ont prétendu que l'argument tiré de
la nature, en tant que cela rend nécessaire la raison et
l'attire, est préférable à celui qui est tiré de la raison ; et
elles ont prétendu cela à cause de son impulsion vers ce qui
lui convient et lui agrée et de sa répulsion à l'égard de ce
qui lui cause du dégoût et lui répugne. Mais Dieu l'a créé
ainsi, et il n'est pas admissible qu'il crée quelque chose
d'inutile, ou sans sagesse ni utilité. La raison a la faculté de
trouver belle une chose; mais il arrive aussi qu'elle la trouve
belle d'abord, puis la trouve laide; une autre, elle la trouve
juste, et ensuite fausse, tandis que la nature ne juge pas
qu'une chose amère soit douce, ni une chose douce qu'elle
soit amère, et ne trouve pas qu'un objet soit le contraire de
ce qu'il est en réalité.
Leurs adversaires leur répondent que la nature ne con-
naît que ce qui se sent ou est l'objet d'un contact. Les habi-
tudes et les accidents la changent de ses dispositions primi-
tives, de sorte qu'Ã certains moments elle penche vers ce qui
lui répugnait, et vice versa, n'ayant pas le pouvoir de dis-
cerner le beau du laid par le raisonnement comme le fait la
raison. Les sens des bétes sont sûrs et leurs humeurs saines;
cependant il ne convient pas d'en parler. L'impossibilité
pour la nature d'apprécier le beau et le laid ne lui sert pas
d'ornement en fait de sagesse et ne prouve ])as que Dieu ait
fait des choses inutiles dans sa Création, de même que les
— 23 -
choses mortes n'^nt la sensation (J'hikuii accident. Ensuite
elle n'est pas ornée de la sagesse, mais c'est sa preuve (à lui
Dieu) et ce qu'elle embrasse en fait d"utileet de nuisible, Ã
qui il a réservé son j^a^ire, son utilité et sa sagesse. Or, cela
nous indique t[ue le motif de la raison est ce en quoi on .so
fie dans l'estimation et le raisonnement, pour se débarrasser
de toute contrainte et en examinant les bêtes dont le naturel
et les humeurs sont bons.
Or, si l'on objecte : A quoi reconnaissez- vous la raison ? on
répondra: Par la raison elle-même, parcequ'elleest l'origine
et l'évidencCj ainsi que la mère des sciences du raisonne-
ment, de même que nous avons reconnu que la sensation
est la sensation elle-même^ parce que c'est la nature même ;
et si nous avions reconnu la raison au moyen d'une autre
raison, cela a])outirait à riulini. Or. puiscpie la raison est la
base des sciences et leur début, si l'on dit: lui quoi dis-
tingue-t-on entre l'indication de la raison et celle de la
passion et de l'habitude, on répondra en renvoyant au
principe, parce que le dérivé peut ressembler au primitif,
ou ne pas lui ressembler, ou ne pas en être un dérivé.
Parmi les preuves qui établissent la nécessité de l'argu-
ment tiré de la nature, c'est le respect que tout le monde
a pour la raison et les honneurs qu'(»n lui rend, le haut
rang accordé aux gens raisonnables, l'éhn-ation donnée Ã
leur valeur, la conhance entière qu'on a dans leurs avis et
leurs indications, la façon dont on recherche leurs ditïércnts
degrés, le mépris pour celui dont la raison s'est avilie
et dont rimbécillité se manifeste, tandis qu'on n'agit pas
ainsi à l'égard de ceux qui n'ont qu'une nature en l)on
état et un tempérament parfait. Nous saisissons donc qu'il
y a là une notion différente de la notion de la nature, et
c'est la raison.
— 24
Itl-: I.\ SI'NSA'IION F.r lUl MON'DIC SKNSIHI.K
Ji> (lis (luo los sons sont (les voies et des orpfanes ai)tes Ã
recevoir des impressions, tels (\\\o Dieu les a iiislitiiôs jxnir
cela. Lorsqu'un sens entre en contact avec l'objet sensible, il
fait impression sur celui-ci pour auiant qu'il en a l'aptitude
et on reroit une impression équivalente à l'impression pro-
duil(>. L'Ã me emporte rapidement cette sensation et la con-
duit au co2U\\ où elle se fixe. Ensuite entrent en lutte avec
elle lesdilTôrontes espèces de sciences, comme la compréhen-
sion, l'imagination, la pensée et la connaissance; la raison
la discute et la discerne; or, ce qu'elle trouve vrai devient
certain, et ce qu'elle nie est nul et sans valeur.
Les cinq sens, tout d'abord, se présentent comme une chose
dont l'existence ne peut être constatée parles sens, et qui a
besoin^ pour cela, d'un sixième sens. Certaines personnes pré-
tendent qu'il n'y en a que quatre et font du goût une espèce
de toucher; d'autres en comptent six et considèrent l'action
du cœur comme un sixième sens; et cela est facile et commode
après qu'on a reconnu la réalité de l'action des sens, car il y a
certaines gens qui nient la réalité de cette action dont la
situation change, et l'on en donne pour preuve celui qui
voit son visage allongé sur une lame de sabre, ou celui qui
se regarde dans l'eau dont la profondeur n'est pas en propor-
tion de sa taille, et s'y voit renversé; ou celui qui voit le
petit grand, et le grand petit; et celui qui croit s'arrêter,
tout en continuant de marcher; c'est là l'opinion des entêtés
et des trompeurs, car ces aberrations ne se trouvent que
dans le sens de la vue, pour des raisons provenant de la
distance et de l'épaisseur de Vair. L'erreur se produit alors
sous les deux catégories de la qualité et de la quantité, car
le sens ne .saisit i)as la forme quand celle-ci est éloignée.
Quanta la catégorie de lieu, il ne s'y produit point d'erreur
tant que la distance de l'objet n'est pas excessive, car,
— 25 —
dans ce dernier cas, le sens n'en i)oiiirait plus percevoir la
forme extérieure.
Quant aux autres sens dont l'aclion s'opère par assem-
blage et contact, il n'y a point de discussion sur leur action
tant qu'ils restent sains et bien portants.
Il est très facile de répliquera celui (pii nie l'existence
des sens en eux-mêmes, parce qu'il nie leur action; car je no
connais point d'homme raisonnable qui veuille s'occuper
de réfuter et de nier une pareille assertion, qui e>t faussi»
de toute apparence, et il est honteux d'en jiarler.
DF.S DIFFKRENTS DEGRKS DRS SCIKNCKS
Toutes les choses, dans la raison, se divisent en trois
espèces: nécessaires, négatives, possibles. Le nécessaire,
dans la raison, est par la iiiison même et par son raisonne-
ment: c'est comme quand nous savons qu'une construction
exige un constructeur, et l'écriture un écrivain : que tout
art doit avoir forcément un artisan; qu'un et un font deux ;
que le vieillard a été jeune homme, et le petit gareon
enfant à la mamelle, et autres choses semblables.
Le négatif est ce que la raison se refuse à comprendre,
l'absurde pour la raison, par la raison en soi et son rai-
sonnement; ce serait qu'il existât un livre sans écrivain,
une œuvre d'art sans artisan ; c'est là une chose qui ne
s'impose pas nécessairement à la raison, que l'imagination
ne peut concevoir, que la nature n'admet pas.
Le possible, c'est la chose qui peut arriver et qui est ima-
ginée par la raison en soi, comme ce qu'on raconte des
siècles passés et des pays éloignés^ ou ce qu'on prédit devoir
arriver plus tard. Ce sont là des choses pour lesquelles la
raison admet qu'elles soient ainsi ou qu'elles ne le soient
pas, parce qu'aucune pensée ne guide vers l'admission
d'une pareille chose sans qu'une autre pensée ne conduise Ã
n'y pas croire, parce que cette chose rentre dans la délini-
— :?r. —
lion du contingent et du possible. Lorsque les preuves
qu'on ena se valent, elles se restreignent à la délinition de la
connaissance; car il n'y a rien ([ui ne soit intelligible et su,
connu, imaginaire ou tangible.
l)K LA DKl-INITION l'.T DK LA PRKUVE; DK LA RKFLTATION,
DE l'analogie, de LA IIKCHERCIIE APPROFONDIE, DE LA
SPÉCULATION, ETC.
La définition est ce qui indique l'essence de la chose et
son but en la limitant par une expression succincte, comme
qui dirait les limites d'une maison ou de deux terrains, c|ui
servent à distinguer la parcelle de chaque propriétaire de
celle de son voisin, de sorte qu'il connaît par là sa maison
et son terrain. Ajoutera une définition est une insuffisance,
et l'insuOisanceest une augmentation qui anéantit la défini-
tion cherchée, comme quand on dit : L'homme est vivant,
mortel, raisonnable; telle est sa définition. Si on y ajoute
quelque chose ou si on en ôte quelque chose, cette proposi-
tion devient contradictoire, car le critérium, c'est que les
définitions conservent leur valeur dans l'enchaînement du
raisonnement quand les termes en sont renversés; et si les
termes n'en peuvent être renversés, elle n'est pas correcte.
Voilà ce que je choisis pour exprimer la définition, bien
qu'il circule parmi le monde d'autres dires et d'autres opi-
nions; car il est des gens qui pensent c^ue la définition
d'une chose, c'est de la leur décrire dans sa propre essence,
comme on le ferait pour la cause; d'autres pensent que la
définition dépend de son essence et du nom qu'on lui donne ;
d'autres prennent pour critérium que l'enchainement du rai-
sonnement ait lieu des deux côtés, comme nous l'avons dit,
tandis que d'autres se bornent à un seul côté lorsque l'enchaî-
nement est bon, ce qui n'est vrai qu'en matière de discus-
sions juridiques et de conviction, dont les causes détermi-
nantes sont inconnues au vulgaire, comme par exemple ceux
qui prétendent que la définition do la prière, c e.std'(^tre un
devoir d'obéissance, et qui disent ensuite: Cependant toute
obéissance n'estpas prière: il est donc préférable, en cocas,
d'appeler description cette manière de parlerai non délini-
tion, parce que, si c'était une définition, elle diïvrait être
correcte en renversant les termes, comme quand on dit : La
définition de l'homme, c'est qu'il soit vivant, mortel, rai-
sonnable; or, tout être vivant, moiiel. raisonnable, est
homme, et tout homme est vivant, mortel, raisonnable.
Un a dit aussi : La délinition est un complexe qu'on ne
peut analyser en détail.
La preuve est ce qui guide vers le but ciierché et éveille
l'attention vers ce qu'on a en vue, quel qu'il soit, d'entre les
notions auxquelles on a recours pour atteindre ce qui doit
être prouvé. La preuve indique le mal-fondé d'une chose
tout autant que son bien-fondé. Ce qui conduit à la réalité
d'une chose est une preuve de la non-réalité de son con-
traire, et de même ce qui prouve la non-réalité d'une chose
prouve également la réalité de son contraire. Bien des
preuves différentes mènent à l'essence unique, de même que
plusieurs chemins menant à un seul lieu. Tout ce qui dirige
vers une chose est une preuve qui y aboutit. Le Créateur
(qu'il soit exalté!) est le guide de sa Création; le prophète
(que le salut soit sur lui !) est le guide de son peuple ; le
Livre, la tradition, les traces laissées par les anciens, le mou-
vement, la rectitude de jugement et autres choses semblables
sont des guides. C'est là ce que je choisis, pour définir la
preuve dont les gens qui se livrent à la spéculation se
servent comme d'un guide (dans leurs raisonnement.^).
Certaines personnes ont prétendu que la preuve était la
personne elle-même qui raisonne; mais leurs adversaires
les ont réfutées par ce raisonnement que, s'il en était ainsi,
il serait loisible â celui qui soutient une proposition, lors-
qu'on le met en demeure de faire la preuve de ce (ju'il
avance, de répondre : « Mais c'est moi-même qui suis la
— 28 —
preuve. » C'est là une question facile à résoudre et à diffé-
rencier pour celui qui rcllécliit que l'usage courant de la
langue ne s'opj)ose pas à ce que le mot delîl soit considéré
conini.^ le paiticipe actil' du verbe (pii veut dire indiquer,
comme chcrtb « qui boit » et sémîr « qui cause pendant lanuit »,
et queeesoit en môme temps l'indication elle-mêmeet la chose
indiquée, comme les mots rarl' « abattu » et qatîl « tué »
(qui peuvent être ])ris pour des participes passifs). Celui qui
soutient sa proposition dirait : Je suis la preuve^ s'il lui
donnait le sens de « qui va fournir la preuve », sans encourir
le reproche de non-sens; mais là où il serait absurde, ce
serait de prétendre que parce mot il entend qu'il est lui-
même la preuve de ce qu'il réclame. Cependant, en ce qui
concerne le Créateur^ c'est lui-même qui est sa propre
preuve, si l'on s'en informe, car il n'y a point de chose
prouvée qui ne soit la preuve d'une autre chose, quand bien
même elle ne servirait point de preuve pour elle-même.
Ce qu'on appelle Hlla, c'est la cause déterminante; il y
en a de deux espèces^ la cause rationnelle et la cause juri-
dique. La cause rationnelle est celle qui est déterminante
par elle-même, qui ne devance point ses propres effets,
comme le mouvement de celui (jui se meut, et le repos de
celui qui est immobile. La cause juridique est celle qui
survient à une chose, de sorte que le jugement qu'on en
porte estmoditié; cette cause lui est antérieure et est mo-
tivée elle-même j^ar une cause antérieure à elle.
Pour qu'une cause soit vraie, il fautc[u'elle soit contenue
dans les bornes de son effet ; car, lorsqu'elle se refuse Ã
l'enchainement logique du raisonnement, tout cela s'écroule,
comme l'existence d'une essence ou d'un jugement pour une
cause quelconque, puis l'existence de cette essence et de ce
jugement persistant malgré la disparition de la cause, ou
bien la disparition des deux premiers^ alors que la cause
persiste.
La cause et la définition sont justes pour les mêmes rai-
— po-
sons, a telles enseignes que bien des «;ens appellent la cause
hadd (( (l('linition », ce qui n'est pas trop ('•Ininge. étant
donné le sens, qui concorde. On a dit encore que la cause
peut avoir une seule description, ou deux, ou plusieurs; et
on ne peut fornuiler un jugement sain à son endroit qu'en
réunissant toutes ses descriptions; comme quand nous disons
de riiomme qu'il est vivant, mortel, raisonnable. Si une
seule de ces qualités était retranchée, nous n'aurions plus la
définition de l'homme, ni sa cause déterminante.
La controverse, d'après moi, est la recherche exacte de ce
que ton contradicteur veut en attaquant ton opinion aumoj'cn
de la sienne. Le sens de moarada « controverse » et de
moqà bala « réfutation »> est équivalent. Si la controverse
s'applique au contraire de ce que croit votre adversaire, elle
est nulle et sans valeur.
Des gens ont nié ce chapitre et l'ont considéré comme
nul ; ils ont prétendu qu'il sort des limites de la demande et
de la réponse; mais leurs adversaires leur répliquent que la
controverse est une sorte de question, ou une question aug-
mentée, si Ton veut, et ils ont pris pour raisonnement cpie
celui qui est contredit est tenu de répondre à moins de
reconnaître ses défauts; et s'il était permis que celui qui se
voit contredit s'abstint de répondre à ce qui fait l'objet de la
dispute, il serait permis également que l'homme interrogé
s'abslint de répondre aux questions qui lui sont posées,
puisque celui qui demande sollicite une protection que le
contradicteur accorde.
Celui qui cherche à étal>lir les vraies causes d'une bonne
réfutation leur reconnaît quatre degrés, dont trois sont bons
et un mauvais; ce sont : 1" la réponse à la question par la
question, comme c'est le cas de celui qui, à ces mots : « Que
penses-tu de telle chose? » répond : « Et toi, qu'en penses-
tu ? » Cette réponse est mauvai.se, car il n'y a dans ces mots
rien qui soit la réponse à la demande formulée.
2"" La réfutation de l'assertion par l'assertion elle-même;
— :]o —
exemple : Vn lioiniiio dit : L<" iiioiide est inerêé; son eontra-
dieteur lui dtMnande : (^lellc est donc la différence entre toi
et celui qui prétend qu'il est créé? de sorte que le partisan
de rétornilé du monde est obligé d'établirses preuves ainsi
que la dilTérence des deux i)roi)ositions, et c est seulement
lorsqu'il a démontré l'inanité de la création du monde que
son hypothèse relative à son éternité est valable, car le bien-
fondé d'une chose entrai ik^ le mal-fondé de celle qui lui est
opposée.
3" La réfutation de la cause par la cause elle-même; c'est
ainsi que l'unitaire dit à l'anthropomorphistc : Du moment
que vous prétendez que Dieu a un corps, parce que vous ne
concevez pas d'être agissant incorporel, pourquoi ne dites-
vous pas tout de suite qu'il est composé de parties diffé-
rentes, puisque vous ne voyez que des corps ainsi composés?
4" La réfutation de la preuve par la preuve; c'est quand
on dit : Puisque votre argument est tel et tel, quelle dilTé-
rence y a-t-il entre vous et celui qui prétend que l'argument
est une chose entièrement différente (de celle que vous
dites) ? C'estalors que vous répondez : Vous ne pouvez réfuter
la cause par une cause; ce que vous réclamez au sujet de la
différence, c'est comme si vous réclamiez la vérification de
la preuve.
L'analogie, d'après moi, consiste à rapporter une chose Ã
son .semblable au moyen delà cause mixte. On dit cependant
que l'analogie est la connaissance de l'inconnu par le connu,
ou bien que tout ce qui est connu par le raisonnement et non
par l'évidence, ni par les sens, est analogie ; ou que l'analogie
est l'appréciation, et l'on s'appuie sur ce vers deFérazdaq;
« Nous, à la marche accélérée des chamelles qui des-
cendent la pente, nous mesurons sur des cailloux un
discours avec certitude. »
Mais ces interprétations sont voisines les unes des autres ;
c'est comme si elles étaient dans une même niche de la mu-
raille.
— m -
Certains analogistes autorisent l'emploi de ranalofîie pour
le nom comme pour le sens. L'analogie vraie est celle qui em-
brasse l'objet comparé danstoutes ses sigiiilicationsoudaus la
])lu})arl de celles-ci; elle se nomme aussi l'analogie probante,
parce qu'elle entre dans le cercle des sciences de la i)o.ssi-
bilité. Certains ont nie l'analogie : ils auraient du nier tout
ce qui dépassait leurs sens et leur aptitude à saisir l'évi-
dence, et avouer que tout est bon^ le vrai ou le faux, quand
ils le rencontrent (puisqu'ils ne savent le discerner). Or, la
condition essentielle de la raison exige que chacune, de
deux choses semblables, n'en forme qu'une avec sa voisine
par là où elles se ressemblent, sinon la res.semblancc n'aurait
pas de sens. Ne voyez-vous pas qu'il est impossible qu'il
existe un feu chaud et un feu froid, parce que tous les feux
sont d'une même nature chaude? C'est là le sens exigé j)ar
ces deux expressions dans la proposition.
Uidjtihâd, d'après moi, c'est l'cITort de la pensée et la
recherche approfondie dans la discussion pour découvrir la
vérité que l'on n'atteint pas par l'évidence ni par les sens,
mais parla recherche et le raisonnement; c'est le premier
degré de l'analogie; celle-ci étant un jugement par compa-
raison, Vidjtihà d est la recherche de la forme la plus exacte
de ce jugement, en se gardant des erreurs possibles, car
l'analogie sans recherche approfondie est comme la croyance
basée sur des opinions, sans raisonnement.
La spéculation est l'acte de celui rpii regarde par le moyen
de son cœur pour tâcher de voir ce qui lui est caché. De
même que l'œil qui tombe sur un objet ne le distingue
qu'après l'avoir regardé et qu'on y a rélléchi, de même le
cœur qui conçoit une idée ne l'admet qu'après examen et
réflexion. Monà dara est le nom d'action de la III" forme de
ce verbe; il s'applique parfois à la comparaison des sem-
blables entre eux et signihe alors l'analogie pure.
'32 —
DK LA PI1-I-1IÎKN( K IlNTIîM LA l'RKlVF, HT LA CAUSE
Suivant nous, la jirouvc est ce qui guide vers un objet et
l'indique, tandis que la cause est ce qui le rend nécessaire
et lui donne l'existence. On arrive à l'objet par sa preuve,
non par sa cause, attendu que sa cause est aussi une chose Ã
laquelle on atteint et que l'on connaît par une preuve; car
la preuve est ce qui guide versle monde [extérieur]. La preuve
peut cesser sans que la substance de l'objet cesse d'exister;
tandis que celle-ci disparait dès que la cause cesse. Plusieurs
preuves différentes peuventcoexister pour une seule essence,
mais non plusieurs causes différentes. L'existence de ce qui
passe les sens et l'évidence est impossible sans preuve^ tandis
que l'existence de ce qui n'a pas de cause n'est pas impos-
sible.
DE LA PREUVE
Nous disons que parmi les preuves, il y en a qui sont con-
formes Il la chose prouvée d'une ou de plusieurs façons,
comme quand nous ne voyons qu'une partie d'un corps; or,
la partie indique le tout, qu'elle lui soit contiguc ou en soit
séparée; et il y en a qui ne sont pas entièrement conformes,
d'un cei-tain côté, ni pour un motif quelconque, à la chose
prouvée^ comme la voix indique celui qui crie, bien qu'elle
ne lui ressemble pas, et comme l'action indique l'agent
san> lui ressembler, comme la fumée indique le feu sans lui
être pareille. Il est nécessaireà celui qui prétend que la preuve
doit absolument être conformeà lachose prouvée qu'elle le
soit par un certain côté, bien qu'elle puisse en être totale-
ment différente sous la plui)art de ses faces. Or, s'il n'y a
aucun rapport entre elles et si la ressemblance disparait, la
dépendance disparait également; et si la dépendance de la
preuve par rapport à la chose prouvée disparait, elle n'est
plus une preuve, Ã l'exception seulement qu'il n'y a que des
— 33 —
corps ou des accidents dans le monde métapliysicuie; car on
ne voit, dans le monde présent, rien que de créé. Si l'on nie
Texistence de ce qu'il y a dans le monde supérieur i)arcc
qu'il n'a pas de contraire dans le monde infi'rieur, ce n'est
point là une preuve qui l'indique.
Si l'on prétend que de même il n y a rien, dans le corps
ou l'accident, ou dans le monde créé, sans (|u"il m' soit con-
traire à ce qui est dans le monde visible, nous réclamerons
qu'on fasse la différence, car l'opposition interrom|)t la
dépendance de ces choses les unes par rapport aux autres)
et la ressemblance, et qu'on convainque le contradicteur(iui
prétend qu'il n'y a rien que de contingent dans le monde
métaphysique^ ou rien que de nécessaire dans le monde .sen-
sible.
DES DÉFINITIONS
Je dis que le mot clié'C « être » est un nom général (jui
s'applique absolument à la substance, îi l'accident, à ce qui
se conçoit par l'évidence, le témoignage des sens et le rai-
sonnement en fait de ce qui est passé, présent et futur. La
détinition d'une chose est ce qu'il est bon de savoir, de
mentionner, de trouver ou d'en être informé. Si c'est là la
définition d'un être, il sera constant que le néant est un être,
puisqu'il est permis d'en parler. Certaines personnes ont nié
que le néant fût un être et ont défini l'être en disant (ju'il
devait être constant et existant, car l'existant et le constant
embrassent tout ce qui existe, comme le mot « être » lui-
même, et n'ont pas de terme contradictoire ; et ils
ajoutent : Si la définition d'un être était qu'il fut connu, il
serait facile de lui trouver un terme contradictoire : c'est
l'inconnu.
D'autres ont prétendu que la définition de rétro est le
constant, sans plus ; qu'il n'y a point d'être quand il est nié,
et que le néant n'est pas constant- D'autres encore se sont
3
— 34 —
Appuyés sur le livre de Dieu dans ce passage : « L'homme
ne s(^ souvient-il pas que nous l'avons créé auparavant, et
qu'il n'i'tail rien'? » pour nier que l'homme existât avant la
création, connue dans cet autre passage : « Est-il jamais
arrivé à l'homme, en aucun temps, de n'être rien de men-
tionné"? » Or. une chose peut être mentionnée avant qu'elle
existe. S'il n'y avait d'êtres que ceux qui sont constants et
existants, il faudrait que tout ce qu'on raconte du monde
et des siècles passés, depuis que la terre existe, fut quelque
chose de vain, et de pures divagations.
Si Ton objecte: « Mais cela justement a existé une fois, »
vous répondrez : « Qui vous fait savoir que les événements
futurs n'existeront jamais? » Et si Ton réplique : «Une fois
existant, ce sera un être, » vous répondrez : « Donc ce qui
n'existe plus est un non-être. » Si l'on dit : « Il est impos-
sible que le nom ait précédé la chose nommée, » répondez :
Cela n'est vrai que pour des cas particuliers ; mais pour les
cas .rrénéraux, ce n'est pas impossible ; car nous disons : Telle
affaire, telle cause, tel animal arrivera dans le monde, de
sorte que nous disons leurnom avantqueleurpersonneexiste.
Abou'l-Hodhéïl ' les fâchait en disant, à propos du néant,
que c'est le corps d'un tailleur qui a un long bonnet sur la
tête et qui danse.
Le contraire de l'existence, c'estle néant, et du constant,
c'est le nié. Mais le contraire de l'être n'est pas le non-être,
car le nié et le non-existant sont deux êtres dont l'un est
nié et l'autre n'existe pas, tandis que le non-être ne peut
être décrit par ces qualités d'anéantissement et de négation.
Si l'on dit : « Est-ce un corps, un accident, un mouvement
1. Qor., sour. XIX, v. 68.
2. Qor., sour. LXXVI,v. 1.
3. Autrement Ibn Hodhéil el-*AlIà f, célèbre dialecticien, était connu
sous CCS deux surnoms. Voyez le FfA/v.s/, t. II. p. 70; Mas'oûdl, Prai-
ries d'Or, t. Vil, p. 2;il, et t. VIII, p. 301 ; Dugat, Philosophes, p. 115,
note.
— 35 —
ou un l'epos ?» Répondez : « C'est simpNîment une chose con-
nue, que l'on peut apprécier^ et rien autre. »
La définition du corps, c'est d'être long, large, prof«"»nd,
compose de parties et de parcelles, occupant un certain
espace et servant de support aux accidents, sans qu'on l'en
trouve absolument dépourvu en tout ou partie. Si l'on s'en
vient nier que l'être revêtu de ces qualités soit un cori)s.
vous pourrez en convenir et vous montrer conciliants dans
l'appellation autant qu'on voudra, et vous demanderez
d'établir la différence entre cette définition et celle de l'être
qui ne possède pas ces qualités.
Hicham bcn el-Hakam ' prétendait, à propos de la délini-
tion du corps^ que c'est ce qui se tient par soi-même, parce
qu'il disait :« Dieu (soit-il exalté !), de son propre aveu,
est un corps. » Le mot djisni, en effet, dans l'usage courant
delà langue, signifie ce qui est épais et gros ; de là vient
qu'on applique l'adjectif f/Jasim à tout corps gros ; mais ce
nom a été appliqué absolument à ce dont le sens est con-
forme à la description ci-dessus, de sorte que, si l 'on change le
nom, le sens ne change pas. La différence n'apparait c\\iq
si l'on explique en détail les noms et les personnes.
La définition de l'accident est de ne pas exister par lui-
même et de ne se trouver que compris dans le corps. Si on
le nie, il n'y a qu'à répliquer ce qu'on a répondu à celui qui
niait le corps, et à lui demander la différence qu'il y a entre
l'accident et ce qui ne l'est pas ; ensuite on lui parle du sens
auquel il a fait allusion. Certaines gens ont prétendu (pie
l'accident n'existe pas dans le monde et d'autres que tous les
êtres sont des accidents réunis ou séparés.
La définition de la substance, c'est une définition en soi ;
l.Thèoiogien chiite, ami de Yal.i va le Barm.-ivide et compromis j>ai-
la chute de cette famille, mourut au bout de peu de temps, pendant
qu'il se cachait, ou sous El-Ma'moiin, d'après une autre version. Il se
séparait des Chiites pour sa doctrine sur le ru/-ps et sur l'imamat, dans
laquelle il se rapprochait des Qati'iyyés. Cf. Fikrist, t. I, p. 175; Mas=-
*oudi. Prairies d'Or, t. V, p. 44.3.
- % —
caria substance ost un corps, et ce qui sort des limites du
corps, de l'accident et de la partie, l'ima^uination ne le con-
çoit pas et la pensée, qui est la plus faible des parties de la
science, ne se le représente pas. Cela rentre alors dans la
catégorie de rimjiossiblc. La substance se nomme encore
///ia (nature), w?^^(/f/« (matière étendue), Ac/^o/VA? (matière),
partie, principe, élément.
On a dilTéré d'oi)inion au sujet de lindivisibilité des
corps. Bien des personnes prétendent que le corps est divi-
sible jusqu'à ce qu'il atteigne un degré de petitesse tel qu'il
n'est i)lus possible de le diviser, et qu'il ne puisse plus être
réduit au tiers^ au quart, à la moitié. On ajoute : Sinon, les
corps seraient infinis, et aucun être ne serait ni plus grand, ni
plus petit qu'un autre, et il ne serait pas possible de dire que
Dieu a le pouvoir d'enlever au corps tout l'assemblage qu'il
y a créé, tant est faible le lien entre deux parties.
Ibn-Béchar en-Na//âm ^ et Hichâm ben el-Hakam sou-
tiennent que les corps se divisent à l'infini ; mais cela n'est
pas réalisable en fait, c'est purement une conception imagi-
naire. Ils s'appuient sur cette considération que, de même
qu'il n'est pas possible que Dieu crée un être plus grand que
n'importe quel autre être, de même il n'est pas possible qu'il
crée un être qui n'aurait rien de plus petit que lui.
On dit encore : «Si les i)artisans de l'indivisibilité des
corps avaient raison^ l'atome n'aurait en soi ni longueur^ ni
largeur; or, s'il lui survient un second (pareil à lui), les
deux réunis auront une certaine longueur ; on ne saurait
considérer la longueur comme appartenant à l'un à l'exclu-
sion de l'autre, ni aux deux ensemble. Or, du moment qu'il
1. .\boii-Isl_ia
Le mouvement, c'est une descente et un transport ; il y
en a de plusieurs espèces, le mouvemcMit i)ersonn<,'l, le
mouvement de lieu. On dit aussi que le mouvement est un
changement et une altération.
Le repos, c'est rester et se maintenir ; certains disent (jue
le repos n'existe pas.
Le genre, c'est ce qui embrasse des choses de forme dilTé-
rente, comme l'animal, la plante. On a dit : Le genre est ce
qui contient les espèces. L'espèce est la i)articularisation de
plusieurs choses pareilles dans le genre, et l'individu est la
1. 'Abdallah ben Mol.iamnied el-Qattà ti, tln-olo.ijion chiite qui fut
accusé de penciier vers le christianisme parce qu'il ideiitiliail Hicu
avec son Verbe. Cf. Fihrist, t. I, p. 180, et t. II, p. TU ; Mmiûl.if,
p. 349.
— 40 —
distinction de la personne dans l'espèce ; l'individu est
au-dessous de l'espèce, comme l'espèce au-dessous du
genre.
Ce que nous venons de dire sur ce sujet est pour que
personne n'ait plus besoin d'y réfléchir : de sorte que ce soit
comme une matière pour la spéculation et une arme pour
la controverse.
DES CONTRAIRES
Ceux qui prétendent, disons-nous, que la chose ne peut
être connue que par son contraire formulent une proposi-
tion absurde ; car la connaissance d'un objet a lieu par ses
dilTérentes définitions et ses preuves, mieux encore, par sa
forme et par son pareil on le connaît plus sûrement que par
son contraire et son opposé \ En effet, ce qui indique le
genre et l'espèce d'un être peut ne pas indiquer son con-
traire. Mais deux contraires ne peuvent se réunir, et si un
être est vrai, son contraire ne l'est pas, et le contraire ne se
produit qu'entre choses réellement existantes.
Il n'est donc pas vrai de dire que le contraire du corps
est le non-corps, le contraire de l'accident le non-accident,
celui du temps, le non-temps, celui du lieu le non-lieu, celui
de l'être le non-être^ car les contraires sont des êtres qui
s'excluent l'un l'autre ; et si l'on dit que le non-corps et le
non-accident sont des non-êtres dans la réalité, comment
peut-on opposer un non-être à un être ? Mais les corps et les
accidents sont des êtres opposés l'un à l'autre ; le noir est
le contraire du blanc, l'éternel le contraire du contingent ;
car l'éternel est une entité qui n'a pas eu de commencement,
et le contingent est ce qui existe, après qu'il n'avait pas
été.
1. Xndid, comme mdd dans Freytag, Lpx. Ar.. d'après le Kiiâb
tl-Adhdâd.
— 41 —
DE I.A CONTINGENCE DES ACCIDENTS
La connaissance de la continr^ence des accidents est l'un
des principes des sciences existant dans Tà mc à IT'tat d*«''vi-
dence. Celui qui la nie Q^^t au ranpf de coUii (pii nie
l'évident et le sensible ; car nous voyons la succession
des couleurs contraires sur les corps, comme le noir
succédant au blanc et le blanc au noir ; et de m«"'me
les odeurs contraires, comme les mauvaises et les bonnes,
et autres circonstances dont la substance n'est pas dépour-
vue, comme la chaleur, le froid, l'Iuimidité, la séche-
resse, la douceur, la dureté, le mouvement, le repos, l'as-
semblage, la réunion, la séparation, les goûts plaisants et
désagréables, ainsi que les passions que nous éprouv(Mis
en nous-mêmes, l'amour, la haine, la volonté, le dégoût, le
plaisir, le blâme, la pusillanimité, le courage, la force, la
faiblesse, la jeunesse, la vieillesse, le sommeil, l'état de veille,
la faim, la réplétion; ce que nous voyons en fait de station
debout et assise, proximité, éloignement, la vie, la mort,
la joie, la tristesse, la satisfaction, la colère et autres acci-
dents qui surviennent aux corps après n'avoir pas existé,
et cessent après avoir été. C'est un sujet qui peut embrasser
tout ce qui existe dans le monde, si quelqu'un voulait se
donner la peine de l'énumérer, car c'est ce qui prouve sa
contingence, aijisi que la Création ; or, lemoins indique le
plus.
Si quelqu'un s'avisait de prétendre que ces accidents sont
des corps, on lui répondrait en lui demandant de distinguer
le support de l'objet qu'il porte, choses qui doivent être
absolument séparées. Ensuite, ce qui indique que l'accident
est autre que le corps, c'est qu'il est permis de différer d'avis
à son endroit, tandis que le corps lui-même ne change pas,
comme, par exemple, la datte verte et non encore mûre
[bosra), que l'on voit passer au jaune pendant que s^
— 42 —
couleur verte dispamlt. et ensuite du jaune au rouge, bien
que 1<^ fruit ne («iiangc pas; et comme celui qui, après
s\Mre montré satisfait, se met en colère et dont Tétat
change, non l'essence ; le jeune homme grisonne, le
vivant nieiirt. Ov, du moment qu'il n'est pas permis de
dire do celui qui est chenu, qu'il n'est plus le môme
jeune homme, et de celui qui est mort qu'il n'est i)lus le
même vivant, malgré qu'il se soit produit une situation et
qu'une autre ait disparu, on comprend que l'accident n'est
pas le corps ni une partie du corps, car, s'il en était ainsi,
le corps se changerait comme changent les accidents
continL,'ents. Puisqu'il est établi que les accidents sont diffé-
rents des corps, il faut que nous considérions s'ils sont con-
tingents ou éternels. Lorsque nous les voyons exister après
qu'ils n'étaient pas, ou cesser après avoir existé, cela nous
conduit à penser qu'ils sont contingents et créés, de même
que nous trouvons des substances séparées après avoir été
réunies et réunies après avoir été séparées ; néanmoins, il
faut bien qu'elles aient été réunies en soi ou par un assem-
blage qui s'y est produit ; or, si elles étaient réunies en soi,
elles ne pourraient exister séparées tant qu'elles existe-
raient ; nous savons donc qu'elles sont réunies par un
assemblage. Ensuite nous considérons si cet assemblage est
une substance ou un accident ; cela nous indique que, si
c'était une substance, elles seraient réunies par un autre
assemblage, et ainsi de suite à l'infini. Du moment c^ue ce
que nous venons de dire est mis à néant, nous savons que
ce qui est réuni par un assemblage est un accident et non
une substance ; il en est de même de la doctrine relative
au mouvement et au repos.
Si l'on objecte que les accidents étaient à l'état latent
dans le corps et qu'ils ont paru ensuite, il faudra se deman-
der si cctt(î apparition est contingente ou non, outre qu'il
est absurde d'admettre que la réunion, la séparation, le
mouvement, le repos soient à l'état latent dans le corps, de
— 43 —
sorte que le corps serait à la fois et en mémo temps en
mouvement et au repos, assemblé ou disjoint. Si nos contra-
dicteurs ont recours à la doctrine des niatérialistos, qui
professent que la matière est une substance éternelle dans
le passé et dans l'avenir, et dépourvue d'accidents, puis
que les accidents s'y sont produits, et ensuite ce monde
avec tout ce qu'il contient, vous répondrez : « I'!n disant que
les accidents s'y sont produits récemment, il faut al)solu-
ment, ou qu'ils y fussent à l'état latent et se sont montrés
ensuite, ou qu'ils fussent dans une autre substance et s'y
sont transportés, ou qu'ils n'existassent pas du toutet qu'ils
aient été créés e.v nihilo. Du moment qu'il est impossible que
les accidents soient à l'état latent dans la substance que l'on
prétend justement vide d'accidents, qu'ils soient pareils aux
corps de ce monde, ou plus petits ou plus grands, ou une
molécule indivisible, ou de quelque façon que ce soit, la
petitesse, la grandeur, la parité sont des accidents auxquels
on n'échappera pas, comme on ne peut échapper à la con-
tingence ; il s'ensuit qu'ils sont contingents ».
Sachez que les jugements contenus dans cette section
rentrent dans la catégorie du devoir impératif et de la vérité
nécessaire, et particulièrement la connaissance de la contin-
gence des accidents et de la substance à laquelle on ne peut
échapper, parce qu'elle est le guide évident vers le contin-
gent et la Création'. Nous demandons à Dieu son concours;
qu'il nous dirige vers le bien, qu'il nous préserve par sa
miséricorde, et qu'il augmente notre intelligence pour le
servir !
DISCOURS CONTRE LES GENS OPINIATRES ET CEUX
QUI REJETTENT LA SPÉCULATION
Il y a une secte de gens opiniâtres que les anciens' ont
nommés sophistes, ce qui, pour eux, veut dire ceux qui
1. Il manque quelques mots dans le texte, après ua-unna 'l-djauhur.
2. Ce mot manque dans le texte; il est aisé à suppléer.
.— 44 —
déguisent la vente et pratiquent le mensonge ; c'est ceux
qu'Aristote appelle hùrétiques. Ils nient absolument la tota-
lité do nos connaissances et prétendent qu'il n'y a aucune
réalité ni dans notre science, ni dans son objet. Ils nient ce
qui tombe sous les sens, ce qui est compris par l'intuition,
ce qui est mis au jour par le raisonnement; ils prétendent
que les êtres sont une imagination et une conjecture, et
qu'on les voit comme en songe. Bien des gens ont renoncé
à disputer avec eux, dispute qui s'est trouvée trop diflicile
pour ceux qui se sont occupés de les réfuter, parce que ce
qu'ils nient est une nécessité des sens et de l'évidence pour
laquelle on na pas besoin de preuve, car c'est la base de la
connaissance.
Lorsque quelqu'un adopte cette opinion, cela prouve sa
sincérité; car il demande qu'on lui prouve ce qui n'a pas
besoin de preuves, de sorte que cela le conduit à l'infini.
Un contradicteur a détruit leurs arguments en faisant
voir au vulgaire le malfondé de leur doctrine; il a dit:
« Est-ce la sensation qui vous a fait trouver ce que vous
prétendez, ou est-ce la spéculation qui vous a conduits à ce
que vous croyez? » S'ils se réclament de la sensation, la vue
les condamne, et s'ils en appellent à la réflexion, on leur
dira: « Peut-être errez-vous dans la spéculation de votre
raison, et peut-être la réflexion émanée de vos adversaires
indique-t-elle mieux l'erreur de votre idée? » S'ils l'admet-
tent, ils sont tenus de ne plus combattre les opinions de
leurs adversaires, de ne plus accuser d'erreur celui qui se
trompe, de ne plus louer celui qui agit bien, de ne pas
blâmer celui qui fait le mal; mais c'est contraire à leur
doctrine, et ce serait une faiblesse dans leur opinion. S'ils
prétendent que leur réflexion est préférable, ils prouvent
qu'ils se sont servis de la spéculation et détruisent la base
sur laquelle ils avaient construit leur doctrine.
Deux sortes de gens, parmi les Musulmans, ont adopté
cette opinion, l'imitateur de celui qui ne croit pas «^ la ré-
— 4.') —
flexion et celui qui i)r(jten(l (|u'on ne prouve pas la négation.
Or, il convient de les traitrr coiiuno on traite les opiniâtres
et de leur dire: « Est-ce au moyen de la spéculation et d'un
argument décisif que vous déclarez fausses les spéculations de
la raison et les arguments qu'elle admet, ou est-ce sans argu-
ment ? » S'ils disent : a C'est par la >péculati(»n. » com-
ment peuvent-ils ne pas l'admettre et s'en servir comme
de preuve? Et s'ils prétendent que c'est sans la spéculation,
la demande et la réponse rentient justement dans la caté-
gorie de la spéculation. On n'impute point cette opinion Ã
ceux qui ne sont pas des gens de spéculation. Or, tout dis-
cours donné, sans spéculation, est une n(''gation, ou une
opiniâtreté, ou une erreur^ ou une confusion, ou uni' «-liose
vaine.
C'est de la mémo manière que l'on répond à celui (pii
prétend qu'il n'y a pas de preuve contre la négation: « Donc
vous niez la preuve, bien que vous, avec votre négation,
vous ne puissiez nier l'une des deux propositions, dans lo
cas où vous, si votre adversaire vous attaque par un dis-
cours semblable au vôtre et anéantit votre prétention, et
qu'ensuite lorsque vous lui demandez de corriger sa doc-
trine, il s'en réfère à la vôtre ; est-ce que c'est autre chose
que de prouver les deux propositions ou les détruire (toutes
les deux) à la fois? »
Les spéculateurs d'entre les Musulmans cl leurs juriscon-
sultes ont des arguments nombreux sur ce chapitre, mais
il n'entre pas dans le plan de ce livre de les énumérer.
Parmi les raisons sur lesquelles on se guide pour dé-
montrer la nécessité de la réilexion il y a ceci que, du
moment où les étresne sont pas tous existants en réalité, ni
tous non existants en réalité, mais bien les uns vrais et les
autres faux, et qu'ensuite on trouve un dissentiment à leur
sujet répandu parmi les spéculateurs, soit de la part d'un
savant récalcitrant, soit de celle d'un ignorant impuissant,
qu'on ne peut prendre sur le fait de son dissentiment, d
- 46 -
convient d'appliquer la spéculation au moyen de laquelle
on pourra discerner le vrai du faux. De même tout n'est pas
visible, car si tout était visible, on n'ignorerait rien; ni tout
n'est pas caché, car s'il en était ainsi, on ne saurait rien.
11 y a donc des choses visibles et évidentes, et d'autres
secrètes et cachées; il faut, par conséquent, recourir à la
science pour concevoir ce qui est caché, et cela n'a lieu
qu'au moyen de la spéculation.
DES DEGRÉS ET DES LIMITES DE LA SPÉCULATION
Je dis que les .savants qui ont foulé, pour les penseurs,
la voie de la réflexion et leur ont aplani la route de la con-
troverse, ont institué à ce sujet des bornes applicables Ã
ceux qui les ont dépassées ou c[ui sont restés en deçà , dont
les déviations, les erreurs, les hérésies de doctrine et l'insuf-
fî.sance des preuves sont devenues évidentes. Ils ont établi
l'art de questionner sur quatre parties qui ne craignent ni
vérité, ni mensonge; ce sont des demandes d'information:
1" au sujet du quid de la doctrine ; 2° au sujet de la preuve;
3° au sujet de la cause; 4** au sujet de l'examen de la cause;
ce qui est le terme des différentes sections de la spéculation
et l'établissement de la vérité de la proposition ou de sa
fausseté. Ils ont comparé les diverses questions aux diverses
réponses correspondantes; ce sont toutes des informations
qui supportent d'être vraies ou fausses, parce que la vérité
est de parler d'une chose comme elle est, et le mensonge
est d'en parler comme elle n'est pas. Mais la question n'est
pas une information pour supporter la vérité et le mensonge;
il n'y a que deux raisons qui motivent une question, l'igno-
rance du sujet, ou bien le désir d'éprouver l'interrogé; et
la réponse entraine l'acceptation et l'adhésion, ou la réfu-
tation et la négation, par la voie de l'opposition ou en récla-
mant la production de preuves; mais celles-ci exigent la
cause, et la c^u.se vérifie la réponse; lorsqu'elle en forme
— 47 —
une suite logique, elle est bonne: et lorsque l'adversairo a
terminé et a admis les arguments présentés, cela met fin
à tout discours.
DES SIGNES DE I.A CONVICTION
Se contredire, passer à un autre .-?ujrt, ùtre iini)ui»ant
à atteindre le but^ nier la nécessité, repousser le témoi-
gnage de la vue, avoir recours à autrui, se taire parce
qu'on est incapable, ce sont là des signes qu'on est vaincu.
Tout interrogateur est libre dans ses questions, qu'il ait
étudié la jurisprudence^ ou qu'il soit rigoriste ; il dit
juste ou bien énonce une proposition absurde. Il n'en est
point de même pour celui qui doit réi)on(lrc. car il a le
devoir de chercher la vérité et de faire connaître à celui
qui l'interroge la manière dont sa question est tombée
juste ou est absurde ; il n'est point tenu de lui répondre
sur une question qui n'est qu'un détail d'ime autre question
plus générale, sur laquelle il est d'avis ditïérent, question
qu'il admettrait par sa réponse et qui serait prise comme
un engagement de sa part de la professer. Un dilîérend en
effetj qui repose sur le fond, n'entrainc pas logiquement
l'analogie dans le détail. Par exemple, quelqu'un poserait
une question sur la prophétie sans croire à l'unité de Dieu ;
or, la prophétie n'est vraie que si la croyance en un seul
Dieu est vraie, car c'est cette unité qui nécessite la pro-
phétie.
Toute demande rapporte à celui qui la pose une réponse
conforme à ce que pense la personne interrogée; mais cotte
réponse ne le convainc pas, parce qu'il a toujours la possi-
bilité de discuter. Demander preuve sur preuve, cause sur
cause, et ainsi de suite à l'infini, est faux ; car le résultat des
choses visibles est le monde sensible, et le produit des
idées intérieures, c'est le monde raisonnable. Or, l'inlini
n'existe pas, et n'est ni compris ni imaginé.
- 45^ -
On approuve d'Ibn-HodhoïT ce qu'il a dit, à savoir que
la vt-ritè do ce qui est vrai et la réfutation de ce C|ui est
faux, dans les matières où l'on ditfèred'oj)inion, sont connues
de trois nianirrcs. I.a pioinirro. c'est l'application de la cause
à la chose causée; la seconde, la réfutation de la cause
|)ar l'intcM-prêtation, et la troisième, la négation de la néces-
sité. Quant à l'abandon de l'application de la cause à la
chose cau.sée, c'est comme quand quelqu'un dit : « Mon
clicval est un bon cheval. » et qu'on lui réplique: « Pour-
(juoi dites-vous cela? — Parce que, répond-il, je l'ai
fait courir pendant tant de parasanges. — Est-ce que,
lui réplique-t-on, tout cheval cpii court en un jour tant
de parasanges est un bon cheval ? » S'il dit oui, il a mis
à exécution sa cause, et s'il dit non, il l'a réfutée, et il a
besoin de chercher une autre cause.
Quant à la réfutation de la proposition par l'interpréta-
tion, cela s'applique à celui qui dit: « Si la chaleur de l'été
est très forte, fort sera le froid de l'hiver qui le suit ; et si
le froid de l'hiver est intense, intense sera la chaleur de l'été
qui lui succédera ; » et qui dit ensuite : « Or, voilà que l'été
a été chaud, mais le froid de l'hiver suivant n'a pas été
extrême; » en disant cela, il réfute, par cette interpréta-
tion, la proposition qui précédait, car si celle-ci était vraie,
le chaud de l'été n'aurait été fort que par l'extrême froid de
l'hiver.
Et quant à la négation de la nécessité, elle s'applique
à l'évidence et aux sens, comme quand nous avons inter-
rogé les matérialistes, au sujet d'un vieillard que nous avions
vu assis sur un fauteuil, dans .sa forme et sa couleur, s'ils
prétendaient qu'il .serait éternellement assis ainsi à sa place
dans les mêmes vêtements et couleur ; s'ils avaient ré-
pondu oui, ils auraient nié la nécessité témoignée par la
raison, ce qui aurait démontré qu'ils étaient dans le
faux.
1. Voir ci-dessus, p. 34, note 3.
— 49 —
Sachez que le silence, nprès que la vôrito a été rlaLlio
est plus éloquent que le discours qu'on pnunait faiiv pour
en éloigner ; un excès d'explication est un d.'faut. et souv.miI
crée une occasion, i)aree que l'excès est en réalité une
insumsance : car connaître la force et la faiblesse d'un ar-
gument pénètre plus avant que de r..'\pli,picr rlaircnirni,
parce que le témoin est téuioin suivant le ci-ur, non sui-
vant la langue.
Ce n'est pas que toute personne (pii est gênée par la
parole de son contradicteur ou qui est impuissante a lui
répondre sur-le-champ soit obligée de suivre sa doctrine,
mais seulement après une explication claire, un examen
des preuves, après avoir .scruté la situation etéti-e retournée
aux principes établis solidement et aux signes (pii guident
dans la voie droite. Lorsque le voile est tombé de sa face,
que le lait s'est purifié de sa crème, et que la vérité
éclaire sa voie, il n'est permis alors que d'avouer et de .se
laisser conduire. Il n'est pas juste d'imposer à l'adver.sairc
de faire voir ce qui est ca(;hé dans son esprit, parce que cela
n'est pas possible, comme il est possible de cacher ce qui est
visible à son esprit et parce que ce serait faire renoncer
une chose à sa véritable apparence.
Telles .sont les prémisses que nous avons niisesen avant
pour celui qui regarde dans notre livre, conseils pour celui
qui use de précaution à l'endroit de sa religion et évite les
faux brillants des hérétiques et les faux semblants de ceux
qui racontent des histoires invraisemblables, les obsessions
des fous et les suggestions des mauvais sujets dont le loisir a
troublé les idées et dont l'insuinsancea éteint l'intelligence,
dont la raison ne peut atteindre les nuances délicates et
dont l'à me vit en proie à une foule de passions, possédés
par des futilités, victimes de l'ignorance, absorbés i)ar les
vanités, al)andonnés par les idées, aveuglés au j)oint de ne
pouvoir réHéchir: ils rusent pour faire tomber ce qui leur
est imposé, pour marcher avec fierté dans la lice des pas-
4
— 50 —
.sions et se livrer ;uix })lai^irs (lu'ils aiment, en niant la
science des })rincipos touchant révidcneo et les sens (Dieu
est celui en (iiii il faut elieirlier aide, et (jui est le meilleur
appui).
Les Musulmans ont des principes tirés du Qor an, de la
sonna, du consc/isits et de Tanalogic, qui leur suiTisent
comm<> preuv(\^; ils se contentent de leur témoignage et de
leur indication ; et de même pour les gens de toute com-
munauté, religion et livre, si ce n'est que cela dépend de
la vérification des détails de leur religion et des lois de
leur communauté; c'est pourquoi nous avons renoncé à les
mentionner.
CHAPITRE It
DÉMONSTRATION DK I.'kXISTKNCE DK DIKU KT DK l'UNITÉ DU
CRÉATEUR, l'AR LKS RAISONNEMENTS PROHANTS ET LES
ARGUMENTS ENTRAINANT UNE CONCLUSION NÉCESSAIRE
Les preuves qui guident vers rexistciicc de Dieu sont innom-
brables et inliiiies dans l'esprit des créatures, j)arcc qu'elles
sont aussi nomljreuses que les molécules des corps existants,
animaux, plantes ou autres, qui restent cacliëes aux regards;
car il n'y a pas d'objet, si ténu qu'en soit le corps et si subtil
qu'en soit l'individu, (jui ne contienne un grand nombre
d'indices énonçant la divinité de l'Être suprême et l'expli-
quant clairement, d'une clarté dont la moindre parcelle
chasse le doute et fait disparaître toute défectuosité. C'est
à cette notion qu'ont pensé certains des traditionnistes.
En toute chose il y a un signe qui démontre que Dieu
est unique ; et il ne sera pas permis de dire autre chose que
ce que nous avons dit, parce que, du moment qu'il est le
Créateur de la création, l'auteur de toute chose, l'inventeur
des êtres et celui qui les a fait sortir du néant à l'existence,
il ne nous manque pas d'indices de sa création et de son
invention : ce sont là les preuves qui leur sont jointes inti-
mement et qui témoignent de l'existence de leur créateur,
de leur producteur.
Parmi les preuves de l'existence de Dieu, il y a la dillé-
rence existant entre les temps anciens et les temps mo-
dernes. La terre a une partie cultivée, habitée et connue,
une partie cultivée, habitée et inconnue, et une partie in-
culte, inconnue, inhabitée; la partie habitée et connue est
grande; c'est là qu'on trouve les Arabes, les Persans, les
Grecs, les Indiens, gens policés et moraux entre tous les
".O
p.'ui)l«'s (le la terre; ils ont des coutumes, des manières de
vivre, des rites, la sagesse, les soins, la rêllexion, les qua-
lités louables, les sciences utiles comme la médecine, l'as-
trologie, r;iiitliin('ti(|ue, l'écriture, la géométrie^ la pliy-
siognomonit\ la divination, les religions, les livres, etc.,
clioses dont ils se servent dans leurs afTaires et pour leurs
sujets d'occupation. Ceux qui sont en dehors d'eux sont
misérables et de vile condition, inférieurs en rang à ceux
dont nous venons de parler, ayant une part moindre dans
la vie que ces derniers, qu'ils soient du rang des brutes
pour leur ]^Qu de discernement et d'intelligence, ou de celui
des bêtes sauvages quant à leur injustice et à leur grossièreté;
tellemerit que parmi eux il y en a qui sautent les uns sur
les autres et d'autres (jui s'entre-dévorent, tout cela pour
des causes dont les anciens ont parié et qu'il n'y a pas lieu
de rappeler ici, étant donné cette parole de Dieu: « Il crée
des choses que vous ne connaissez pas. » Ensuite ces peuples
dont les mœurs sont louables, malgré la diiïérence de leurs
classes, la distance de leurs pays et les ditîérences de leurs
opinions au sujet des doctrines dont ils s'honorent et des
religions auxquelles ils croient, sont unanimes touchant
l'existence des œuvres du Créateur sage dans ce monde et
ce qu'ils voient dans ses diverses parties, dans la ditîérence
de ses natures, dans la suite ininterrompue de ses accidents.
Si donc il est vrai (ju'il y a un Créateur, éternel dans le
passé et dans l'avenir, premier et antérieur, en vertu de
l'évidence de la raison et du témoignage de l'âme, de
la nécessité de la création et de la démiurgie, c'est sur
cela qu'est posé leur fondement et sur cela que repose
leur composition ; (tous y croient) Ã moins que ce ne soit un
homme d'une ignorance colossale, ou un négateur obstiné,
ou un homme d'une intelligence obtuse, car il est incom-
préhensible et inimaginable qu'il i)uisse y avoir une œuvre
sans auteur, un art sans artisan, un mouvement sans moteur,
de même qu'il est de toute nécessité qu'il n'y ait pas délivre
— 53 —
sans écrivain, de consl rue lion sans constructeur, do figure
sans dessinateur. Puisse-t-il rtre exalté Celui (jui n'a pas
eu de com!nenceni