lOROHTO
LiBRARY
II
JOURNAL ASIATIQUE
DIXIEME SERIE
TOME XVIII
^
JOURNAL ASIATIQUE
RECUEIL DE MÉMOIRES
ET DE NOTICES
RELATIFS AUX ÉTUDES ORIENTALES
PUBLIÉ PAR LA SOCIETE ASIATIQUE
DIXIÈME SÉRIE
TOME XVIll
i
PARIS
IMPRIMERIE NATIONALE
ERNEST LEROUX, EDITEUR, RUE BONAPARTE, 28
MDGCGGXI
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4
35
SeV. \0
JOURNAL ASIATIQUE.
JUILLET-AOÛT 1911.
— , J? ^ <=
PROLEGOMENES
À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARARES
PAR KHALÎL IBN AIBAK AS-SAFADÎ,
PUBLIÉS ET TRADUITS
d'après les manuscrits de paris et de vienne ,
PAR M. EMILE AMAR.
(suite.)
■"' V. Les deux mots précédents manquent.
SECTION SIXIÈME.
L'orthographe est ia connaissance des formes '-^ de l'écriture
et de la manière de la tracer, des suppressions (de lettres),
'■' Une grande partie des éléments qui composent cette section a été cm-
pnmtée à IIarîrî, Diin-at al-ghawwds. (If. Sacv, AiithoL gram., p. 65 et suiv.
'-^ Dans ce passage ie mot ^jôj «institution, forme primitive» me semble
6 JUILLET-AOUT 1911.
(a) i
L^ jjol J^U L-jl/Ji iosjû il^ Li^ j^ils <îuiî i^^UI »Xj<xi r)y^^^
i\j}\^ U>i3\j, «j^l i yUJi ''' Jî ^Uc^' ^^ L^bS:i\ ^U^\ ''''^^::^'
iL«j_«o»iî» i::^^^\ ^axi\ ij.^i J^^ ïj^^ ^ ïj^ ^b^ «jeyJi
(°) P ^SU>Ij. — C' P ^ys. — (') P. Ce mot manque. — C' V »j^I .
des additions (de lettres), des permutations ainsi que des
formes conventionnelles adoptées par les grammairiens, les
Iraditionnistes et les écrivains. Ce chapitre est, par lui-même,
d'une importance considérable. Rares sont ceux qui le con-
naissent parfaitement. Le traditionniste comme l'historien en a
grandement besoin. Aussi ferai-je mention ici de ce ({ui est le
plus important à connaître de cette matière. Je dis : la plu-
part des règles de l'orthographe ''^ qui ont besoin d'être éclaircies
se rapportent au Uamzn, à Xèlif, au miw et au ijà . Pour ce qui
est du hamzn , il est de deux sortes : le hmnzn (Y inierrufùon et
le hamza de jomiion. Le Itaniza (rnUorruplion, quand il doit
porter le (jmnmn (u^, le f/illj/i ((ij ou le krsrn (/) et qu'il cons-
titue la première lettre d'un nom, d'un verbe ou d'une parti-
cule, s'écrit sous la forme d'un élif, comme dans les mots Aljmad
l'airo o|H)ositi(in à j-iUa-oI ftf'ormcs convcnlionnt'lles'i , (juNni reacoiilrn plus loin.
(jf. GociUYER, La Atfujyah d'Ibn Malilc, Beyrouth, i888, p. 339.
''' Je crois qu'il serait préférable de Jiro AilxSTJl nu iimi de «-jUCI! . (IL
Dozr, Supplcmnnl aux dict. arabes, sous ^ «.«o} .
PROLEGOMENES A L'ETUDE DES HISTORIENS ARARES. 7
IJi^-ÀJ ^ RJSLm C:;^jtj (jU I^mU-^ *'t<V^' OUMj ^jU o»3^J| Ci»^' /w^
u i u ^ ^ J
1^1^ jo»^ ♦ VI .Uj asw^.*jLII <9G^ 4^ux> ^^^.«wk^XU lv^AwX«^! lL.jjcÀ^^t
'"' P Jolj; V ^J. — (>■) P li^j^s- — <'' P a 15"^ en plus. — C) S
(nom d'homme), ' ubhun (^iemWe du palmier sauvage), 'itlimid
(antimoine dont on faille collyre), 'akhadzn (il a pris), 'alznnia
(il a obligé), 'istakhradja^^^ (il a extrait), ^m (si) '(iiuui (que).
Un auteur ajoute que, dans le cas où le hamza doit être afl'ecté
du (jtimma ou du j(ilh(t , le signe du hamza et sa voyelle se
mettent au-dessus de Vélif, tandis que dans le cas où il doit être
affecté du kesra, on les met au-dessous de Vélif. Si le hamza
tombe au milieu du mot, et qu'il soit quiescent dans ce mot
même, on lui donne comme support une lettre de même nature
que la voyelle précédente, comme dans les mots sur (reste),
ra's (tête), bi'r (puits). Mais si [dans ce même cas], le hamza
est muni d'une voyelle, et que la lettre précédente soit quies-
cente, on donne au hamza comme support une lettre de même
nature que sa propre voyelle, comme dans les mots aras (qui
a une grosse tête), ar'af (plus clément), as'ir (laisse un peu).
[Dans ce même cas], si la lettre précédente est voyellée (par
un damma, un fatha, ou un kesra), on distingue :
1" Si cette voyelle précédente est un damma, le hnmza
<') Le mot commence plutôt par un wasla. Peut-être faut-il lire jrr^' •
s JUILLET-AOÎT 11)1 1.
iojJI^ i JX^ ^ «jjyo I4J ' O.XJJ ^ U^Lw l^XîJ» L» ylS'yU liya
devant porter le jatha ou le àamma s'écrira sous la forme d'un
yrvî/r, comme dans les mots djuivaii (petites boîtes recouvertes
de peau pour y conserver les parfums)'" eiduûM-' ( application );
9° Si cette lettre précédente porte le fatlja , on donno
comme support au lumiza une lettre de la même nature que
sa propre voyelle, comme dans les mots : launui (être d'un
caractère vil), sa'ala (demander), saSma (s'ennuyer, être las):
3" Enfin, si la lettre précédente porte le kesra, le ham:a de
ce mot s'écrit sous la forme d'un yâ, comme dans le mot
suila'''-^^ (il a été demandé).
Le linmza se trouvant à la lin d'un mot, si la lettre précé-
dente est quiescente, ne prend pas de support, comme dans
les mots Ihah'"" (chose cachée), (lif'"" (chaleur), (Ijuz"" (por-
tion).
"' Pluriel (le *3j-=w sans hamzri : mais régulièrement ce mol devrai! avoir le
hamza. (if. Muijit al-miiljil sous \J y>a^, et Tddj al-nri'in, sous la môme racine.
(^' CVsl le viaxdar du vcrlie <_j!j. Cf. Tildj.
'^) Il est à remarquer que l'exemple ne répond |)as précisc-mcnl à la règle
énoncée; il s'îigissait, dans celle-ci, d'un mot où le liannn serait précédé d'une
lettre aiïcctée du/.e«m; or dans stt'ila, le hamza est précédé du damma. La
vériti'î est qu'au milieu d'un mot, le hninza aU'eclé du hnsm s'écrit sous la
forme d'un yii , quelle «|ue soit la voyelle de la lettre précédente, qiiipeul être
même qniescente. (if. Sacv, firnin., 1, p. y").
PROLEGOMENES A L'ETUDE DES HISTORIENS ARARES. 9
(jrtfcjçiJ! t^yolj ^^)y^^ ij**-*^^ |r*^ '■-^"b-5 0*^'^' J'T*^ î«X;û_^^' J, LgAo
* ->.
i.\s oolS /jli LaAAàJb ^^LxiUwî^ L^*X^ a^ajdo^ ^)^ i^^y«^ *^>t^
(°) 8*j^. — (>•) S. Ce mot manque. — t^' P Ij^^. — C') F ^^1 . —
Cependant certains auteurs donnent au hfdtnti, situé à la fin
d'un mot en rapport d'annexion, un support de même nature
que la voyelle affectant la lettre précédente, dans des phrases
comme : hâdzamruul-Qnki (celui-ci, c'est Imrui-Qais):
raaitumraal-Qdisi (j'ai vu Imrul-Qais); miirtirtu himriïl-
(^rtm (j'ai passé auprès d'Imru^l-Qais).-
II en est de même lorsque le hamzn final est suivi d'un
pronom atfixe, dans des propositions comme colles-ci : liâdzà
(Ijuz'iihu (ceci est sa part]; raaitu djuz'alni (j'ai vu sa part);
marartu bidjiaihi (j'ai passé auprès de sa part).
Il est des auteurs qui, [dans ces cas], suppriment le hamza,
et se bornent à conserver la voyelle.
Si la première radicale du verbe est un hamza, se rat-
tachant à un discours précédent, on l'écrira sous la forme du
hamza initial. Exemple : qultu lahuti Zaid"" (Je lui dis : Va
trouver Zaid); alladzt'tumina (celui en qui on a eu confiance).
Si le hamza est précédé d'un madda, dans un mot décli-
nable, on l'écrira sous la forme d'un élif, au cas direct. Ainsi
vous (lirez : labistu qaba"" (j'ai revêtu une grande robe à
10 JUILLET-AOUT 19 1 1.
yLi f)yj^^ ^Lm^Xj "^î-*^ i)i^M<5 f îij i*\A a*Nj«É.i^ oiilj OvxaÀii
^ ('■) ■^'^
1
(») V ^îys-i . — '') V s liijb. — ('•) s ^J\LS.
manches); .sV/r^îfw /i/.svr"" (j'ai acheté un vêtement], avec deux
élifs.
Au nominatif, au cas indirect et dans les mots diptotes,
on écrit le limnzd avec un seul éHJ. Ex. : hàdzâ rida"" (ceci est
un manleau); sawda" (une noire); maraflu bikisa'" wii liamra"^
(j'ai passé auprès d'un vêtement et d'une rouge). Si le mot qui
a le mndda est au duel, le linmza s'écrit suivant la prononcia-
tion. Ainsi vous direz : hâd'dni Insà'mu (voici deux vêtements);
ihtnhi h'mYdlni (j'ai acheté deux vêtements).
Si le mot qui aie mndda est suivi d'un pronom aflixe, vous
le mettiez au nominatif [en donnant comme support au lianiza]
un ivthv; à l'accusatif , en lui donnant un rV/T. et au cas indi-
rect en lui donnant un yâ. Ainsi, vous direz : liddzâ %ilauL(t
(ceci est ton cadeau); kammnltu '^atiiaka (j'ai complété ton
cadeau); mais le mieux est de supprimer XiHifii l'accusatif et
de dire : hnnmnl(u%tla"kn. Au cas indirect vous direz: irasaltu
llfVfitaihn (je sms arrivé à ton cadeau).
Quant an lianizd de jonrhon , il a été supprimé à certains
endroits, notamment lorsqu'il précède le nom d'Allàli, mais ce
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 11
(") ■-
,j otX^ ^L*53i jU'^^ (j'^tP' f^^^^ ^^ f*^'^ J^ i <^^-«*^ '«^^
~xj (\,\ /w)l «x4^ <_/«ji;Xjci (Xx/Xî! ws^^S ^j^^SotîUj *aàS^ Ivjo 0.*^»^ o^^
(°) P AMI manque; S jUi; ^1 ,^1. — ("> S ^U^l^. — ''' P tio^. —
(''' P S. Le copiste a omis Vél if dont parle l'auteur.
nom seulement^^^, comme dans les mots hism'iUûhi (au nom
d'Ailàh), à cause de l'emploi fréquent de cette formule dans
le discours. Mais on n'observe pas cette suppression du Itamzn
dans les autres beaux noms d'AUàb, comme dans hi'snii rahhika
(au nom de ton seigneur); hi smir-Rahmân (au nom du Très
Clément). Cependant, Al-Kisa'î autorise la suppression dans
ces cas.
Si le humzd dp jonction est précédé d'une autre lettre que le
h(i, on ne le supprime pas. Ex. : ko'smPillàhi (comme le nom
d'Allah), //Vw/'/7W/// (pour le nom d'Allah).
Le liamza de jonclion est également supprimé dans le mot
ihn (fils), lorsqu'il se rencontre entre deux noms propres. Ainsi
vous écrivez Ahmadu-bnu Muliammad'" (Ahmad, fils de Muham-
mad). Mais si le lunnza est ailleurs qu'entre deux noms propres ,
comme s'il se trouvait entre un nom propre et une hunyn , ou
inversement, ou un autre mot que la Jainya, vous écrirez :
Muhammadu'hnu Abî Bahr'" (Muhammad, fils d'Abû Bakr);
Muhammadu'hnu Djaniaid-dîni (Muhammad, fils de Djamàl ad-
('^ C'est ce que dit Harïrî, dans sa Perle du plongeur, apud Sacy, Anthologie
gram., p. io, partie arabe, et p. 1 1 2 de la traduction. Cf. Baid.Uvî, I, k.
12 JUlLLET-AOÙT 1911.
Din); MM/mmma6?M7;/H/7-V/?«?rî(Muhammad, fils de l'Emir), etc.,
[en maintenant Yéli/ w/isia dans tous ces cas].
Si le mot <7'n tombe au commencement de la ligne, étant
d'ailleurs placé entre deux noms propres, son e/?J [initial] est
maintenu''^
Certains auteurs appliquent ces règles au mot il»>ji (^{\\[q.^ et
disent : Fâliiuatu-lmalu MiiliamiiKid"' (Fâtima, fille de Mul.iam-
mad). Mais je ne suis pas de cet avis, à cause de l'emploi peu
fréquent de ce mot et de l'ambiguïté qui pourrait en résulter.
V('lif esl supprimé dans le moi ijâ, particule interrogalive,
comme dans : tjarasûhi'llàlii (ô apôtre d'Allah!), à cause de
son emploi fréquent dans le discours; mais on ne le supprime
pas dans des mots comme : yâ Muhammndii (ô Muhammad!),
ijà (ijihnhi (ù montagnes!), ijà Hdlnnmm (ô Très Clément).
On a supprimé aussi Yélij MiiliiA du nom propre au vocatif,
comme dans : i/à-hrnlihnu (ô Ibrahim î), //^/-.sMî^M/^f (ô Isma'îll),
ifà-snythi (() Isra'îl!).
On a supprimé également l'rV//" de certains noms propres,
comme Al-ljànlh, klinlul , Jhrnhhn, IsmaU, Islithi, llnrûn.
(0
Cf. S.u;y, (iraiii., 1,71, note 1.
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DKS HISTORIENS ARABES. i;3
AoSVj ij^^ c:^î^l<uJi yA> L£Û^*>ow^ (J^^^ ijW^i u'-Jj*^ U^)^^
«jLs^^3 àUo^m^ iLoLoLJî^ aJL**»«j -S\**JÎj I JoU>^ dibliû^ iiUj
^j-jLjiJî (jLa_) J.J: i)lXj! Lgyxi v_ÀJl j.AX^ ^yb ^3_jJU [j-*^^
("' P. lies 16 mots précédents manquent. — '-^' P I^jjLj^I^Jvj. — '"J P
Marivân, Sulny.nân, 'OtJtman, comme aussi des mots ((s-samâ-
ivâl (les cieux), tluihUIut (trois).
On a supprimé aussi lV//Jinterrogatif dans des mots comme
\imm (au sujet de quoi?), /mi (en quoi?), hattând (jusques
à quand?), et aussi iVA^" de /uira/^'?' (ceux-ci), 'uWiha (ceux-
là), hliha (celui-ci), liÀdznka (celui-là); h.tkadza (ainsi), (is-
sdUm (le salut), mas'ila (une question), (d-qiijhna (la Résur-
rection), nl-maWih(i (les anges), stihluiuihu (gloire à lui!);
hAliumt (ici), huiridz'" (alors), hiiind:'" (dans cette nuit-là),
sadiAidz'" (en ce moment-là).
Vélif est, au contraire, ajouté dans les verbes au parfait ou
à l'imparfait, lorsqu'ils sont suivis de pronoms allixes, comme
dans les mots qâmû (ils se sont levés) et lam yaqûmû (ds ne se
sont pas levés), pour distinguer le pluriel du singulier dans
des phrases comme : huivti yaghzâ, yad'n , yftdjdn (il fait la
guerre, il appelle, il est utile).
J'ai vu cependant un certain nombre d'auteurs qui n'ajoutent
pas cet élij ai qui écrivent : qtdû et lam ytiqnln, sans cl if dans
U JUlLLET-AOÙT 1911.
vji Lo (>^3 ''^J '■•* /*5^ (j-iy^^ *■*-* (>^ '^r* y'-^^j ^^^ '^^^
*^,J-^J S^^.A«.J^ »il)_J_)_J (J**J3'-J3 (J*^^^^ ^3^'-* cl-^ (^-* <-^i»^^ ^[j'J'
t-AoajJI ^ UU i-t-ii.^ Lr*> ^yS Jii^ jj c:> Js?3^ eyî^i^ ci>5AS j^^ Si^^^i'^
(") P LlÛj. — "'J P (^,. — (') P. Ce mot manquo. — '''' V Uy.. —
les deux mots, en se fiant aux indications du contexte. Les
auteurs exacts n'écrivent pas cet éHj. Cependant, il se rencontre
dans le texte du Noble Livre (le Qoran).
On dit mnit"" (cent) et inuilàni (deux cents), pour distin-
guer ces mots de iiimiI""'^^ et m'ihui, pluriels de cent.
Le u'âiv a été supprimé dans des mots comme Dàivûd ( David),
uyûs (paon), iiaûs (caveau sépulcral), tjirûdulm (il l'enterre
vivant), misairliu (ils l'ont oubli(î), hanawhu (^\\s l'ont bâti), <il-
niaw'ûda (la [fille] enterrée vivante); ce dernier mot renferme
trois ivâir.
Le ivàiv est, au contraire, ajouté dans des mots comme
'^Amr (nom propre), au nominatif et au cas indirect, mais
non à l'accusatif, car, dans ce cas, 'Amr ne se distingue pas de
"Omar, vu qu'à l'accusatif il s'écrit avec un élif , tenant lieu de
tanivîn, et il n'y a pas de liimrin dans le njot '^Oiikii-'-K Certains
auteurs écrivent 'Alîijiju-hiiu Ahti Tàlib'" ('Ali, fdsd'Abû Talib),
et le prononcent \l>1 , av(!c le i/à.
C Les grammairiens ne l'ont nulle jxirl mniilion de *1< pluriel de S.jLt . Les
seuls pluriels connus sont «all.«, y^ el ^^^. (iependanl les trois manuscrits
«ont d'accord sur la leçon, i'eul-èlre faut-il lire caLl.<».
(') Cf. le Tddj al-anh, III, '\:>:\, I. (j.
PROLÉGOMÈNES À L^TUDE DES HISTORIENS ARABES. 15
^ ^yl\ lj>l XK4.Ai«J^ ^^^^ ^'^jj JsS^iU^ t-AjcSJ làÀXJS Jl A^ ^j
C) V »^.nJI. — (""J P ^\S\^. — "' P j^^^jJ::-. — 1'') (3ora/(, vu, 58, 6h et
passim. — ■''' Qnran, xiv, 9. — '^' Qoran, 11, 376, 977, 278 el pansim. —
(s) Qnran, ï, 28.
On a ajouté le wniv dans 'ubVlkii (ceux-là), pour distinguer
ce mol de 'IJaika (à toi), de menne qu'on écrit saltU"" (prière),
zakal"" (dîme) et hnijat"" (vie) avec le wâiv, en considération
de l'étymologie. Mais si ces mots sont suivis du pronom affixe,
on les ramène à la prononciation et l'on écrit sàlàtuLa (ta
prière), zakâluha (ta dîme) et luiyMiild (ta vie). Il est. pour-
tant, des auteurs qui maintiennent le aâiv, même dans ce cas.
Dans la graphie du Ooran, on trouve des ivâiv que les 'o?<-
lénid n'écrivent que dans le texte du Ooran seulement, comme
dans les mots al-malâ '^^^ (l'assemblée): 'alnm ijntihum. naba'u'-^
(la nouvelle [c'est-à-dire l'histoire des peuples qui vous ont
précédés] ne vous est-elle point parvenue?), nr-ribà'^' (l'usure j,
(IjaziYii sayiji'/if" ^' (la rétribution d'une mauvaise action j.
'^) Qoraii, VII, 58, Hh et passim.
'^' Qoran . xiv, 9.
^*^ Qoran, u, 276, 277,278 ei passiin.
(4) Qnran, x, 98.
16 JUILLET-AOÛT 1911.
^U]|^ jl jJ! _^ j.5\)î^ oiiiJb UI)tx> ^15"^ !il jpyiUi i oooj-I *LJI
Oïl écrit //^/ uhlunjijd (ô mon cher frère!) avec un ivâw, dans
Je cas où ce mot est à la forme du diminutif'*', pour qu'il ne
soit pas confondu avec yà akin (ô mon frère!) à la forme posi-
tive.
Le yà est maintenu dans le nom dêjectueux, lorsqu'il est
déterminé par l'article al, comme dans les mots ad-dal (l'ap-
pelant), nl-qâfli (le juge). Si le mot est indéterminé ou diptote,
vous supprimerez le yà au nominatif et au cas indirect
(comme dans les mots hàdza (jâd'" et djairàr'" (celui-ci est un
qâdî, et des servantes), et vous le maintiendrez à l'accusatif,
comme dans rtuiilu qâdî"" ivn djmvârui (j'ai vu un juge et des
servantes).
Dans le système de Yunus'-', on écrit tous ces mots avec le
yù , parce que l'écriture suit les mêmes règles que la pause.
Mais le premier système est le meilleur.
Toutes les fois que le yâ se trouve être la dernière lettre
^'^ C'est le diminulil" employé i_.ws^3iJJ . — La conversion de ïélif en wàvo
n'est pas toujours observée; témoin ce vers de la grande yaiyya de 'Omar
r.. AL-K.'vr.ii), éd. Marseille, j). rY , avant-dernière ligne :
«Calme mon cœur en rappelant le nom du ronde de la rivière, et répète-le
près de mon oreille , ô mon clier frère ! t^
'■■'' Sur ce fameux grammairien, t 189 (798), voir Ibn KhallikIn, éd. VVïs-
TKNFKI-D, notice SC);! , cl ]5u()i:KKLMANN , 1, ()().
PROLÉGOMÈNES \ L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARARES. 17
X JS^ J^i)! (^j-^^i)!^ Uiiy^\ çsf^ ;l:?w la^ y^J ,tJL, ^x>y^ ^"%U^
(4,^.1, , . *
(°) P iL;U5'. — C-) V;!;.
dans la rime, le mieux est de le supprimer, comme dans ce
vers du poète :
Arrêtons-nous pour pleurer au souvenir de ma bien-aimée et de sa
demeure '*'. [ Mètre inml. ]
OU dans cet autre vers :
Quant à loi , lu ne fais [)oinl de reproche à ton temps '"^.
[Mètre irrt/?r.]
^') C'est le premier vers de la mo'allaqa d'Imru'i-(Jais. Voir l'édition du
Caire avec le commentaire de Zauzanî. Sîbaiwaihi dit que, lorsque les Arabes
emploient la terminaison d'harmonie ^^'jîJ!,ils ajoutent Vclif, le yd ou le
wdw, que les mots aient ou non le tanvvin : i_iJil! yj_i^ f^'-^ '>*-V ''^' ^'
y^j i) L«5 yjJLj L« ^IjJi^ *'-r;-"^ cy^jjJl 0^ Ij^l^l /a-^i) ; et il cite cet lié-
misliclie d'Imru'l-Qais. Cf. SÎBAWiiai, éd. DEr.hNBOuiic, II, p. SaS, qui
donne Jj-i.« .
(-' On aurait dû avoir, à la rime, (â)^y
18 JUILLET-AOÛT 1911.
[jo^] xlyi^ L^Loî^ Jailli iiâUî>:5\î o.jl^ yl^
(al u"^ u'' ^ '^ m UJ *
Mais si le ijn est pronom affixe, le mieux est de le mainte-
nir, comme dans ce vers du poète :
. . . Sur ma gorge, jusqu'à ce que mes larmes mouillèrent mon bau-
drier''). [Mètre /rttrîV.]
Quant à ce vers du poète^-' :
Fais parvenir à No'màn ma requête, à savoir que mon emprisonne-
menl et mon attente ■'^^ se sont |lrop] prolongés. [Mètre ramai. \
il est des auteurs qui y conservent le yà, tandis que d'autres le
suppriment.
On ('crit iluhiiltiiiui (l'une des deux) avec un i/S'^\ en consi-
'■' Deuxième hémistiche du septième vers de la mo'allaqa dTraru'i-Qais.
Voir Zalzanî , op. cit.
'•■'> Le poète auquel il csl lail allusion ici est 'Adi b. Zaid al-'lbàdi. Cf.
Tddj al-'arùs, VII, p. io3, et surtout Kitcih al-aghàiiî, II, i8-i3.
(•^' On peut lire : <^^lIixj! ou ^Uixi! . Ce vers, de 'Adî I). Zaid, est cité
avec le yâ final dans le Tâdj al-arùx, VU, i(»3, où l'on trouve une inté-
ressante discussion sur le mot JJL«, (pii serait io seul véritahie substantif de
la forme J^uL», d'aj)rès Sibawailii.
(*) Au lieu de L$!>.^! .
PROLEGOMENES A L'ETUDE DES HISTORIENS ARABES. 19
jL^aJij y) /wNM jtf L« *^^ Ai (J'^'jj M* (j***-*? '-** ^'^'-♦-» l^-v^ f*^^^
-» «> * 5
5 ~ J
(°) P U^jar. — C-) S Juo^. — (") P S J^ajL,. — C) P. Manque.
dérant la l'orme de ce mol lorsqu'il est dépourvu de pronom
affixe.
On a parfois besoin de connaître les règles relatives à mîi
(que), man (quiconque), là (non) et le làm, lorsque cette con-
sonne se trouve au commencement d'un mot déterminé par
l'article.
Quant à ma, précédée d'autres mots faisant partie du dis-
cours, il est des cas où il est bon de la rattacher à ce qui pré-
cède, d'autres où il est préférable de l'en séparer, d'autres cas
aussi où il est obligatoire de la rattacher, d'autres enfin où cela
n'est pas élégant.
Si ma est particule, elle se joint dans l'écriture au mot pré-
cédent, comme dans cette proposition : mnamâ Zaid"" (jawi'"'
(certes Zaid est debout); ainamâ takun akun (partout où
tu seras, je serai); kaannamâ Zaid"" 'asnd'"" (comme si [c'est-
à-dire : on dirait que] Zaid est un lion); hiiUmnâ (toutes les fois
que); immâ (soit que).
Si ma est nom relatif avec le sens de alladzl ( ce que ] , elle
s'écrit séparément. Ex. : inna md fa alla hasau'"' (certes ce que
20 JUILLET-AOUT 1911.
W P ^^^_^•. — C') P i)yl; V i)j!. — W QoraH, xx, 91.
lu as fait est bien); «iwa ma waadtanî bihi (^oh est ce que tu
m'as promis?).
iMais si ma est jointe à une préposition, elle ne peut s'écrire
que réunie à cette particule. Ex. : bimà (avec quoi), hmà (pour-
quoi), ///>;</ (clans quoi), mhnmà (de ce que), %(i)uii(i (au sujet
de ce que), immâ (soit que).
Il en est de même de man. Ex. : hîman (avec c[u'i), fiman
(en qui), \iinman (au sujet de qui), mimman (de la part de
qui), liman (pour qui).
Quant à là (ne . . . pas), on l'écrit, avec kai (afin que . . .),
tantôt jointe, tantôt séparée. Ex. : kai là et kailà (afin de ne
pas). Si elle est réunie à an (que . . .) qui régit le verbe
au subjonctif, on en supprime le nûn et on le contracte avec le
lâm de là (ne . . . pas). Ex. : 'uruhi alla laj'ala kad:à (je veux
que tu ne fasses pas cela).
Si c'est an alh'grc, provenant de annà à nùn redoublé, on la
sépare [de /«], dans des pbrases comme ces paroles d'Allab
(qu'il soit exalté!) : ajalà ijaraivna an là yardjvu daihim qaivt"
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 21
i (a '' * —
SÂiJ ]yjù5 ùsiy ^î^jcii" y yj^ Jl-jo ^JyiS'l^X^âi JjilU iixLa^-iJI yl
■^ ^ C'i ^
j ■> M ^ * (cl
LgjLiè o^-s^^ '^j^jiolj l^^ ^ ^ji ocUs^j ijli o-L»ji Lg.«*i„«o f».y^^
pi) l^^l iC^^ jXi M lo\^ p!^! ^ y^JI lySiî^ l^o 4^1 »^.mJIJ ïb
(°) Ooran, xxxiii, 6. — C") P *Jlr. — ''' P p>i^-
(n'ont-ils pas remarqué que [ce veau] ne pouvait leur ré-
pondre?''^).
Mais si là est précédé de Vn (si) conditionneUe , le mieux est
de l'écrire séparément, comme dans ces paroles d'AUàh (qu'il
soit exalté!) : 'in la tnfalû (si vous ne faites pas'^').
On écrit aussi li'aJl/i (pour ne . . . pas) en un seul mot;
alors qu'il en comprend trois : iMe I/jj^yï /y» Aii) )w«^ olJiJî
signé Âl-Bokhari par un khn, Moslim, par m/m, ie Muwailâ
par un i/i, At-Tirmidzî par un ta, An-Nasâ1 par un nûn, Abu
Dawudpar un dâl, Ibn Mâdja par un (jâf. On a choisi [pour ce
dernier] le (jâf comme signe conventionnel, bien qu'il n'entre
pour rien dans la composition de son nom, uniquement parce
que, si on l'avait désigné par \edjhn, ce signe se serait con-
fondu avec le hlià d'Al-Bokhârî; on a alors adopté le qty
comme signe abréviatif, parce qu'Ibn Madja est de Qazwîn.
SECTION SEPTIÈME.
Il est d'usage chez les historiens de ranger leurs ouvrages
soit par années'", ce qui est le meilleur système pour les an-
nales, car les événements et les faits s'y trouvent rangés et
disposés dans un ordre successif; soit d'après l'ordre des
(') C'fisl ainsi r|ii'onl promli' nolanimnnl Taiiari, llm al-\ll)îr, Dzalialiî, ,
Ihn Ta{flirî-I{ar(li\ olr.
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARARES. 29
O;,^ Cil* *:»-l^ i t^^^^ (*^3 *^^' ci-* ^y^ f *^ (***^*^^ *^
jujjj *b j!^ *U^ ^\^*ii (^■^**' ol* ^^^ (j^ Cj^^ "^l^ "^^ UL?^ (*^ r
W V jLs-U. — C") P Liîll. — W V s JJU. — c') P ^ 1^. — (') V
y. — (0 Pl^jo. — (S) Vi).
lettres [de l'alphabet] , ce qui convient surtout aux biogra-
phies^^'. En effet, pour chaque personnage mentionné sous
une lettre de l'alphabet, on indique à la fois tout ce qui lui
est arrivé au cours de nombreuses années, à la place qui lui est
assignée, soit dans un récit d'ensemble, ce qui est le plus
fréquent, soit dans un récit détaillé, ce qui est plus rare.
Le meilleur ordre, quand on suit les lettres, est celui de
l'alphabet oriental. C'est l'alphabet qui commence par élif, hâ,
ta, thâ, djim, ha, kliâ. Tu disposeras ensuite toutes les deux
lettres semblables par la forme ensemble, et tu termineras
par kàf, hhn, mim, nihi, hâ, ivâw , lâm-élif, yâ. Quelques
auteurs mettent le wâw avant le hâ. De ce nombre est Al-
Djauhaiî, dans son Sahâlj. Quant à l'alphabet des Maghribins,
il concorde avec celui des Orientaux depuis le commencement
jusqu'au zâi, ensuite, ils disent: ta, zâ, hâf, lâtn, mim, nàn,
^^^ Comme, par exemple, les Wa/aj/'it d'Ibn Kliallikàn.
30 JUILLET-AOUT 1911.
j^ ^ n, *
*UJI^ skù\^ *WJ^? 1^55^ '^^^ v-JliiJI Sy^\ /o^^ <-.***^35^ (:J'»**^^ iid^UJLî
^^i AJ' L^t v.^^^ i> ^^\*i*^ S^i"^ fS-s^ s^-s^ f'^f^ u^OsJU^ Hi^
«X.;^! tj;^>_::w ^J—C dLJS C'W^ a^.vi .f; ij (_.<mmmjI dUS (jtX> Ajw^Ju
J_ri>î ^jà-*^ ^^ <J^^-^ Z,^ <-^ "^^ *^^ f*4^^**?^ [y**^ IJ*^3
« P AiOi. — C') P l^W. — f) P u.^1. — C^i p. Co mot manque. —
(^> P J^.
sâd, (jàd, '^ain, ghain, (a, qiif, shi, sin, hâ, ivâw, ya. L'ordre
alphabétique des Orientaux est meilleur et plus convenable,
parce qu'ils commencent par Vélif, puis mettent hà, ta, thâ,
trois lettres [de forme semblable], ipuis djhu, hâ, klia, trois
lettres de forme également semblable, puis deux par deux
toutes les lettres qui se ressemblent jusqu'au (jt}/'; ensuite ils
mettent les lettres qui n'ont point de ressemblance de forme,
et cela est plus convenable. Il est des auteurs qui suivent
l'ordre des lettres de Yabadjad^^K mais cela n'est pas bien;
d'autres rangent leurs ouvrages d'après les lieux d'articulation
des lettres. Il en est ainsi de certains lexicographes, comme
l'auteur du Muhkam ^^' et Al-Azharî ^^\
L'exactitude exige (jue lu dises hamza'''*\ lu) , là, thà , car le
''' Alphabet rangé d'après la valeur numérique dos lettres.
(-' 11 s'affit du grand dictionnaire intitule *Jà_ci)l ii-sjsJi^ «X^^'l t^UXJl
du lexicograplie f'spagnol Ibn Sida (t 389= 1007). Uf. Urockklman^, np.cit.,
I, 309.
''' Il s'agit d'Aliù Mansùr Muliammad li. Aluuad al-AzIiari, grammairien
et lexicographe, mort en 870 (980). L'ouvrage auquel il est fait allusion au
texte est probablement le dictionnaire inlitulé JCiJUI i-oj^^:', sur lequel voir
Brockelmann, I, 219.
<'> Au lieu de : élif.
PROLEGOMENES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 31
Ji-fij-xjJiJî <-^>J (j^ ^'^ iCXJS sS^^ ;^i)l _A,fi »r<yi' (jlj *^'
^LjyJU ' 'ÂJLji^\ Juasr iiij ^3y (^ sUiJLî ptxJI^ <^;iy^ ^t^l^' JyM
J^\^ iU^I JIOJI^ iii«yli JljOt^ X«.^i pîiil^ ^<yil XH^ 1^^
(^>iJî^ «xi-jyiî^A^Î^ A^^î c^Mb *^<yi' ^^y^yi^ifr^^-i^^^t^Ui^
iLtwaiSm ptlIiJî^ *JLjyiî pîlLaJî^ iU^! :>L^I^ ^X<yiî iLâJl^ iUaîSii
t=) P S^y. — (''' P jojji.
/irtwza est une lettre différente de ïélif. Celte remarque subtile
est utile à quiconque range les vers par ordre de rimes; il
doit, dans ce cas, mettre d'abord [les vers rimant en] ham:a,
puis ceux rimant en élif. Dans cette dernière classe rentreront
tous les vers qui se terminent par un élifhvei.
De la manière de fixer la 'prononciation des lettres de l'alphabet '^l
On dit : le bâ marqué d'un seul point diacritique; quel-
ques-uns disent aussi: deii.vième lettre de l'alphabet; le ta sur-
monté de deux points diacritiques? quelques-uns disent aussi :
troisième lettre de l alphabet; le thà surmonté de trois points; le
djlm; le hâ sans point diacritique; le khâ avec point diacri-
tique; le dâl sans point; le dzâl a\ec point; le râ; le zâi; il en
est cependant qui disent le râ sans point et le zâi ponctué; le
sîn sans point; le sîn ponctué; le sâd sans point; le dâd avec
^'^ Cbmp., pour lout ce pararjraplie , Sacï, Grammaire arabe, T, p. io-i.3.
32 JUILLET-AOÛT 1911.
^i>J!^ ,t^l^ p>\jl^ olXJ!^ oUJIj ptiJI^ A.^i! ^î^ aJL^JLî ^^x*]|_5
[.^'^\yi ifJ^ yji^tXAi îkXb y)^ J^ yU yLo iiljj l^ î^:>!jî yli
A-^_5 i^LiJl ^'^^ yU -glLl y&^ Ipj i_5*XAi li[ IX LgJ-« j_g-il j^^
^fi^'j\ *X_i Jl_=i ^-iL> vX-Ajuçi ^«Xfi y^^ (Jkft ^lyî *Xj«X,ùo^ -!5AJJ
w P .t^i . — (•>) P ;^l. — w P ^.
point; le ta sans point; le :â avec point; le 'am sans point; le
ghain avec point; leya; le qty) le Aï//; le hîm; le /««; le wair;
le yâ ayant deux points dessous; il en est qui disent : le yâ,
dernière lettre (de l'alphabet).
Observation kinale. — Lorsqu'on désire fixer '^' l'ortho-
fjraphe d'un mot, on en épelle les lettres de la façon susdite.
Si l'on désire v apporter plus de précision, on ajoute : d après
le paradigme de tel mot, et l'on indique un mot construit sur le
même paradigme, mais qui est plus connu que le premier.
Ainsi, pour fixer l'orthographe de faluiviv"", qui signifie un
poulain, on dit : avec un fà ayant la voyelle fatha, un lâm avant
la voyelle damma et un ivâiv redoublé, sur le paradigme de
'aduww"" (ennemi). De cette façon, la situation est claire, et
le doute disparaît.
(') (]'est ce (jn'oii iiiipt'llc II' >>._^_Jù:;. IMiisiours oiivrajjos bio{Traplii(ni('s on
arabe jiortcnt ci; (iln'. On y lixe rorlliojjinplie îles noms pnijtros, «fciii'i'aio-
mcnl c(!iix des Iradilionnisles. Voir par exemple le Taipiid tle IIosain al-Giias-
sAnî (t /198- iio5; cf. Hu(tl:kl•:LMA^N , op. cit., I, 308), qui a élc éliulié par
M. E. n^DioEii , dans Z.D.M.G. , XVII , Gtjâ-Gc)/!.
PROLÉGOMÈNES À L'ETUDE DES HISTORIENS ARABES. 33
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^i^Ji wiLj>-:^Lj i^AJ^ »li^ Juoî J^U L^^î iJiM) <J! V'"^ «U^S'l
l_;ft^_jLjl-w« iLl_fi ci-ïw XaJI ool^ U^ 5Ju (jj_^ (Jx *UJÎ_5 Ailî_5
î } y ^ ^ ^ y (h) .
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-çw>_) ^ L« j_^-^ »j->;_A_i ^LaJI Aij *Li!! Jl«5^ ^1^'^ *^^ fi'^
SECTION HUITIEME.
Le mot wa/fl^" (décès) exige qu'on en connaisse la forme pri-
mitive. Je dis : la forme primitive de wapH"" est ivafaijat"", avec
la motion du wâw, àufâ et du yâ, sur le pardigme de baqaraL""
(vache). Mais le yâ étant une lettre faible, on l'a rendu
quiescent, de sorte que le mot est devenu irofait"" . Mais ieyà,
devenu quiescent, étant précédé d'un fatha, a été converti en
élif, et l'on dit irafàt"". C'est pour cela qu'en formant le plu-
riel , on revient à la racine et l'on dit : wafayâf, avec le fatha
sur le ivàw, le fà et le yà, de même qu'on dit sadjamV et
sadj ar a f (un arbre, des arbres).
En employant le verbe tiré de cette racine on dit : luujfiya
Zaid"" (Zaid est décédé), en donnant la voyelle damma au là et
au wâw, le kesra âujâ et le fatha au yà, à la forme passive'^'.
'•' Littéralement : à la forme [du verbe] dont ie sujet n'est pas exprimé.
XVIII. 3
34 JUILLET-AOÛT 1911.
j
XjuÎÎ ymS^ ij^' ^' 5*X^ Joli \J1JÔ j,yj i) ^jljM^jiJÎ ;ji) aX^L»
>» Q VI * ; (!^i (Ji.s>. «Xij pLÀjl ^\Àj jj^yLjL) Js?)^ iiXj^^m «Xia.t ^\
('I;
(") P 0^!. - '» p. Cp mot manque. — (^) S JU sans _,. — C) V ^i.
En effet, ce n'est pas l'homme qui se fait rendre l'âme à lui-
même. D'après cette explication , c'est Allah qui est al-muia-
nvijfl (c'est-n-dire qui se fait rendre l'âme qu'il a donnée à
l'homme) ou c'est un des anges (le mot nl-mu ta LvajJ'l a le kesra
sous lefâ). Quant à Zaid, il est al-mutaivaffà (celui à qui on a
fait rendre l'âme), avec un falha sur le fà. A ce propos, on
raconte qu'à un enterrement quelqu'un demanda à un homme
cultivé : ^man al-mutawajj'i? •>•> , avec un hesra sous le y^rî (ce
qui signifie : quel est celui qui s'est fait rendre l'âme?). L'autre
lui répondit: «C'est Allah, qu'il soit exalté !w Mais l'homme
ne comprit pas , juscpi'à ce (rue son interlocuteur lui eût ex-
pUqué son erreur et lui eut dit: «Il faut dire : man al-mula-
waffâ, avec un fatim sur lafn. v
Observation miporlanle qu'il est opportun de mentionner ici.
Il n'y a qu'une seule mort''', et pas d'autre. Cependant,
certains savants miisulni;ms, comme AhiVl-Hudzail Al-'Allâf '^',
('> Proprement : le terme de la vie.
'') Ce sa\anl docteur, dont le nom est Muliammad b. Al-lliidzail , est mort
à Surra-man-ra'à en 235, d'après Iun Kiialijkân, Wafaijdt, éd. Wistenfeid,
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. 35
al A ïjJ it-A^i J^-^^ i^ *T-!V-*5 i-ÀV^l^ jUajill i^JCi^ t^^JK^\^
(=)
s ^yji. - (") ^^^i.- (■=' p c^V^. - '"' p j-
le mo'tazilite, et ses adeptes qui ont adopté son opinion, sont
tombés d'accord avec d'autres sur l'opinion qu'il y a la mort
naturelle et la mort par destruction *^l Quant à la mort natu-
relle, elle consiste dans l'épuisement de la chaleur naturelle
(vitale) et la disparition de l'humidité [du corps]. Au contraire
la mort par destruction est celle qui est causée parla submer-
sion, l'incendie, une chute, une solution de continuité produite
par une épée ou autre objet, Fintcrvention d'une cause in-
compatible avec la vie, comme l'empoisonnement, la rupture de
l'équilibre du tempérament, par suite de la prépondérance
de l'un des éléments du mélange, enfin l'asphyxie, par suite de
strangulation ou autrement. Ces auteurs invoquent ces pa-
roles d'Allah (qu'il soit exalté !) : ^Puis il [Allah] a décrété un
terme [à notre vie] ; et un terme fixé d' avance ]^est dans sa puis-
sance^-^]. V Mais la vérité est l'opinion que professent les parti-
notice 617; en 23(3, selon Al-Khatîb al-Bagudâdzî; en 237, selon Mas'ldî.
Ces deux derniers auteurs sont cités par Ibn Khallikuân, loc. cil. D'après Ibn
al-Athîr, Chronicon, VI, 871, il serait mort en 236.
('' Cette' même opinion est exposée tout au long par le Tddj al-arùs, \II,
p. 3o3; voir aussi le Muhk al-muhù, I, p. 10 v".
(■-) Qoiwi, VI, 2. •
3.
36 JUILLET-AOUT 1911.
(o)-
.î^ J^-^:^] i^\ (^ iL^Jî J^l -îsJI c^i U ^S^i^ »*^^
(b)
W Qoran, vi, a. — C'^ «?ora;i, lxxi, i. — (^) v'^^- — '"' S ;>-J! . —
M S 4,i)lj.
sans de la Sunna, à savoir que le terme de la vie est un et
n'est susceptible ni d'augmenter ni de diminuer, comme l'a dit
Allah (qu'il soit exalté !) : « Certes, lorsque le tenue fixé par Allah
arrive, il ne saurait être rctardé^^^ . . .Allah n'accordera point de
délai à une âme lorsque son terme est arrivé ^^K v
De plus, les traditions authentiques relatives à cette
question sont nombreuses.
La réponse au verset [invoqué] est précisément l'argument
dont s'est emparé l'adversaire '^', à savoir que le premier terme
s'entend de la vie de ceux qui ne sont plus, tandis (jue le
deuxième signifie la vie des survivants, qui ne sont pas encore
morts; ou bien le premier terme s'entend de la mort, et le
deuxième du jour ofi l'on ressuscite pour le Jugement dernier;
ou bien encore le premier terme s'applicjue à l'intervalle com-
j)ris entre la création [la naissance] et la mort, tandis que le
(') Qwan, LXXI, li.
'^' Qoran, lxiii , 1 1.
(■'' A savoir (jif il y a dru.r Irniu-H on ilitu.r vies.
PROLÉGOMÈNES À L'ETUDE DES HISTORIENS ARABES. 37
^! <X-A-j LjLx_D j-gJaî c5«>s-îi (^^^^•^-ft^^ /*^ *U«^Ji (j*ySM «J^^^ l-â-*-<
(°) V. Manque. — '» P^;,-,^.
deuxième s'applique à la durée du séjour au Purgatoire; ou
bien le premier s'entend du sommeil et le second de la mort;
ou Lien enfin, le premier est, pour chacun, la partie déjà
écoulée de sa vie, et le deuxième la partie qui lui reste à
vivre '^'.
SECTION NEUVIÈME.
Sur l'utilité de l'histoire.
Un exemple qui montre l'utilité de l'histoire est l'affaire de
Rais ar-Ruasa^-^ avec le Juif qui avait produit un écrit portant
que l'Apôtre d'Allah avait ordonné l'abolition de l'impôt de
capitation au profit de la population [juive] de Khaibar. Cet
<'' Ces puérilités sont exposées tout au long par les divers commentateurs du
Qoran. Voir notamment Baidâwî, éd. Fleischer, p. 283.
(^' Il s'agit ici de Ra'is ar-Ru'asà' 'Ali, fils de Hosain, fils d'Ahmad, fils
de Muhammad, fils de 'Omar, fils d'Al-Muslima , vizir du khalife 'abbàside Al-
Qà'im. Il était arriva au pouvoir en Itsa. Sa biographie est donnée par Ibn at-
Tiqtiqà. Voir ma traduction du Fakhrî, p. 5o8-5io. L'anecdote donnée au
texte est également rapportée par les biographes d'al-Khatib al-Baghdàdzî.
Cf. G. Salmon, L'intvoductuin topographique à l'histoire de Baghdddz, p. k. (Il
faut remplacer dans la trad. de M. Salmon, le mot livre par charte ou écrit.
(_jIx5, en effet, ne signifie pas livre dans ce passage.)
38 JUILLRT-AOÙT 1911.
J> •*> < *-i-fi ^\ cs-*^) fc-JUs jl ^^ J^fi fi~^^ x>[^\ sàLg.^ ***
f - *
/y-j\ /j_^ <îi_î JuUt» j^yo ïiX^ ij\ JLï^ «îXobli i>î»Xxj t-y^liàw -5o j,j
-<ULJÎ j.l-£ jt^-wl _j_St>^ A.Àff ^i ^AÏM «JO^Lit-o Sil^-ii <XAi Jlïs viUi dU
/fO> «Xaw ci^Lci^ ^V)C4 /vJ «Xxm« ii^Lg.Àw (Xx9^ /^'^ ^«>À,w« T-S^^ T.^*^i
1 ». . . ("^l o ^ r- ^ " ." i .. -r- "" (''' . • Mt
<"' P j-*^. — '''^ p. L<' mol manque. — '''' P (j-yU« j;^^; S ^js-i^.
acte contenait le témoignage de compagnons du Prophète,
parmi lesquels figurait 'Alî, fils d'Abû Talib (qu'Allah soit
satisfait de lui!). L'écrit fut présenté à Rah ar-Hu'asa , et les
gens en étaient tout perplexes. Rd'is ar-Binisa soumit l'écrit au
grand traditionniste Abu Bakr ''' Al-Kliatîb al-Baghdàdzî (le pré-
dicateur de Baghdâdz). Celui-ci l'examina et dit : t^Cel écrit est
faux. — Comment cela???, lui demanda-t-on. Il répondit : «Il
contient le témoignage de Mo'âwiya (qu'Allah soit satisfait de
lui!); or, il a embrassé l'islamisme l'année de la prise de la
Mecque (année 8 de l'hégire), tandis que la prise de Khaihar
avait eu lieu en l'année y (de l'hégire). Il contient aussi le
témoignage de Sa'd, fils de _Mu'adz; or Sa'd était mort à la
Journée des Banû Quraiza'-^', deux ans avant khaihar.?) Gela
dissipa alors l'inquiétude de la population.
<■' + l^&'^ (1071). Sur cet auteur, voir Ihn kiMi.i,iK\N, M. Wiistenfeld,
nolire33; YAoriT, Mii'iljnin, 11, ôfiy; WisTKNFian, (irschichtc, î?o8; Tahaqât.
al-IniJJ'nz , AaS; G. Sai.mon, L'inlroduclion toj)Oip-aiilii<iu(i à l'iiixlnirn de Baiih-
ili'ulz (Paris, Bouillon, 190^1). (-f. Biiocmîmuann, 1, 32(). Sur deux manuscrits
(le Paris qui ont (Hé attribués à cet autour, mais qui sont d'ibn an-\adjdjàr,
voir mon mémoire dans le 7. A., mars-avril, 1908, p. '^^^'] et suiv. — Voir
aussi infra, à la section onzième (iUhliojfrapliie), le n" 1.
<-' L'expédition des Hanù Quraiza eut lieu, en ell'cl , dans le mois de
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARARES. 39
yi4X-Jl^ (^ jJU» ^JS. ojLs? J^; U^ yUiâ eAj*>Jl jAl jbli
(») PS o~^.
On raconte aussi qu'Ismâ'îl b. "^Ayyâs^^^ a dit : «J'étais dans
r'Irâq lorsque les traditionnistes vinrent me trouver et me
dirent : rJl y a ici un homme qui rapporte des traditions
«d'après Khâlid b. Ma'dân'-l » Alors, j'allai le trouver et lui
dis : «En quelle année as-tu recueilli par écrit des traditions
«de la bouche de khâlid b. Ma'dân'NIl répondit : «En l'année
« treize w; il voulait dire cent-treize. Je lui dis : «Vous prétendez
«donc avoir entendu Khâlid b. Ma'dân sept ans^^' après sa
«mort, car il était déjà mort en cent-six. ni
Dzû-l-(]a'da de la 5° année de riiégire (février-mars 637 de J.-C). Cf. Gaus-
siN DE Perceval, Ëssai , III, ihk et suiv.; Prince de Teano, Aiinali deW
Islam, t. I, p. 637 et suiv., où l'on trouve une abondante bibliographie. —
Contrairement à ce que dit le texte, Sa'd ne mourut pas ce jour-là, mais peu
après, au siège de Médine. Cf. Prince de Teano, op. cit., I, 635 et les réfé-
rences.
C Ce traditionniste, qui est seulement mentionné par le Tdf}j al-'arm, IV,
p. 828, et par Dzahabî, Mustabih, p. 335, est mort en 181 de l'hégire. Cf. les
Tabaqât. du même auteur, VI, n" 10. Selon Yâqijt, Irsdd, Gibbs Fund, IV, 9,
p. 878, Ibn 'Ayyâs serait mort en 192 ou 190. Cette dernière date est confir-
mée par Ibn al-Athir, Chroaicon, VI, p. i56.
<-' Il s'agit de Khâlid b. Ma'dàn b. Abî Karib al-Kalà'i, traditionniste, mort
on ici H. d'après Ibn al-Athîr, Chronicon, V, p. 88. Voir aussi Hammer-Purg-
stall, Litteraturgeschichte dev Avaher, III, 21 5; cf. Dzahabî, Tabaqdt, III, 19.
(^) D'après ce calcul , Khâlid b. Ma'dàn serait mort en 106 (1 18 — 7 = 106),
au lieu de loA, comme le dit Ibn al-Athir; voir la note précédente. Mais
d'après Dzahabî, loc. cit., le décès de Khâlid b. Ma'dàn eut lieu entre io3 et
108 de l'hégire.
40 JUILLET-AOÛT 191 I.
w "^ (1)1 w
/wj<Xji (wxk-^ iiLaitji /^A=>U wi>3 AÀ^ SyJJ.^ O^Aju AJk^ «Xxj •^«'A^
On rapporte aussi qu'Al-Hâkim'^^ b. 'Abd Allah a dit :
«Lorsque Abu Dja'far Muliammad b. Hâtim al-Kassî (ou al-
Kassî'^^) arriva chez nous et qu'il eût rapporté des traditions
d'après 'Abd b. Huniaid''^, je lui demandai à quelle époque il
était né lui-même. Il me répondit qu'il était néen2Go( = 873).
Je dis alors à nos amis : «Cet individu prétend avoir entendu
c:'Al)d b. Huraaid treize ans après sa mort '^l 5?
<*' Ce grand traditiomiisie , dont le nom est Abu 'Ahd Allàli Muliainmad l).
'A!>d Allàli al-Hâkim an-Nisàbùrî (t 4o8), ne doit pas être confondu avec son
homonyme cgalemenl Al-llàkim an-^isàbùri, dont le nom est Muliaramad b.
Muliammad. Sur les deux, voir Dzaiiaiiî, Tahaq., XII, Sg, et XIII, 3n.
<^' On peut prononcer aussi Al-Kisù, comme ethnique de Kiss, ville de la
Transoxiane. Cependant le vulgaire prononce Al-Kassî. Cf. Soyûtî, Lubb al-lubdb,
édit. Wkuehs-Weth, p. YYf , Bahdieii de Meynard, Diclionn. géoirrapliitiuc hisl.
et lin. de la Perse, etc., p. A48; YÀoûr, Mustarik, p. r^r; OzAiiAiii, Muslabih,
/i47.
''"' Ce traditionnisto est appelé 'Al)d Allàii b. Ifumaid par le ras. S; j'ai sui\i
In leçon des mss. P V, confirmée par SoïTrî, op. cil., p. YVr . Dans le Mmlarilc,
loc. cil., ^ i'upU l'a|)j)((Ile : j>_? «>^>-«-? cj^olII (^iiSJ\ yio-i ^^j Os.^».:^ ^o .x^..^ .x^
Osi^, ''t le f'iiit mourir en 9.l\t) ( S()3). Cf. Dzaiiaiiî , Tabatidl al-lnijfdi, l\,
/i , et Miiilabilt, p. /lA^.
''> D'après ce calcul, 'Alid b. Ilumaid serait mort eu 9/17, et non en a'ig,
comme h; dit ^:K|ril; voir les auti;iirs cili's à ia note précédente.
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. à\
j,l_IL4^ I «î ll—La-â A_g_À_^ *x.ita.î^ Jo ^^)^^ LqjJU\a»(!^ t_>_^Ai]!
C) Cf. Ibn Khallikân, texte arabe, édition Wïstenfeld, 186. — '•^'1 P
J^LiJI. — (^) P J^yi. — C) ^^b. — C') p (i;UI; S jUI. - (^) P
Le grand qâdî Sams ad-Dîn Ahmad ibn KhallikAn''^ a dit :
«J'ai trouvé dans l'ouvrage intitulé aè-mmil fi 'usûl a(l-(]hi''^^
(Le livre qui embrasse tous les principes fondamentaux de la
religion), par Imâm al-Harnmam^^\ — qui a invoqué l'autorité
d'hommes dignes de confiance et bien informés, — que les
trois personnages ci-après s'étaient entendus pour renverser
les gouvernements, travailler à corrompre l'empire et chercher
à gagner et à détourner les cœurs [des citoyens] à leur profit.
Chacun d'eux se choisit alors une contrée; Al-Dj(innàln^''^ partit
vers les confins à'Al-Ahsa, Al-Muqajfa ^^^ s'enfonça dans les
provinces les plus reculées des Turcs, et Al-HaUàdj ^^'^ se choisit
('' Voir Ibn Khallikân, Wafaydt al-a'ydn, éd. Wistenfeld, notice 186. On
trouvera dans les notes suivîtes les variantes importantes de ce texte.
('^' Sur cet ouvrage, voir Ibn Khallikân, notice 186, et Buockelmann, I,
389.
'■'' Sur ce fameux jurisconsulte et théologien Sàfi'ite, voir les références
dans Brockelmann, I, 888 et suiv. — Le manuscrit arabe de Paris, n" ao66,
fol 965 r°, contient la biographie do ce savant. D'après ce ms., son huiab serait
^■^
00 1 *L^.*
(*) Voir plus loin la note relative à ce personnage.
(^) Id.
(«) M.
42 JUILLET-AOÛT 1911.
x-AJL-«iIÎ cil^i i^s. jj^iJI^ ÀSa^b »l>^Lo ajJ.c L$^ iîtXxj ^!5XiI
jULal^ ^^^^-^ l^-*' tX-sfc-l^ 003 ij /jj^_jSj^it aS^^Î ç-l.«^>I |*«XjJ
(°) p. Manque.
Baghdùdz^^\ Les deux amis de ce dernier furent d'avis alors
qu'il périrait sans atteindre le but, à raison de la difficulté
qu'il y a à circonvenir les habitants de l'Iraq. » Ici s'arrêtent
les paroles d'Imàm nl-Haramnni. Puis Ibn Khallikân ajoute :
ttCeci n'est pas admissible pour des historiens, à raison de ce
que les trois individus en question n'ont pas pu se trouver en-
semble à une même époque. Pour Al-IIdllàdj et Al-Djnnnâln,
leur rencontre eut été possible'"-', mais j'ignore s'ils se sont
rencontrés. ^
Ensuite^ fbn Khallikân dit que la mort dWI-Hnllàdj'^''''^ eut
('^ Le texte de Wijstenkki.d a : iljsjo ~Wi le pajifi <le Haj^luliidz.
*-) Le texte de W ïstknkkld a, en outre: j^^l^ y^c ^ Uo L^^JiJ «parce
qu'ils vivaient à une même époque n.
(■' Sur ce mallieureux martyr, voir, en dehors du passage précité d'Ibn
KiiaHikân, les Annales de DzAiiAiii, manuscrit de Paris, n° i58i, fol. 1 v";
l\ v°-8 v"; 87 r". — Voir aussi dans les Mélanges Derenbouvfr (Paris, 1905),
Leroux), p. 3i 1 et suiv., une étude intitulée : La passion d'Al-Ilaltàilj et l'ordre
lies Ijallddjiiiyah , par M. L. Mvssicnon, qui travaille à une monojjrapliie com-
plète sur ce sujet, (lont il a déjà recueilli les matériaux. - M. P. Paquicnon
a publié dans la Hcviic du Monde muxuhnan, n" A\' juin i<)0(), p. /ia8, deux
lettres d'AI-llallàdj , dmit r.uillienticité est encore à discuter.
PROLEGOMENES A L'ETUDE DES HISTORIENS ARABES. 43
-' / w / *"
^ ^a_j i) Ltiî_jl tiUi yt jj tijXi xp «^ (jyw ^LJî Uîj jUtyîi
lieu en 809 (=91 3) et celle d'Al-Djfmnâbî'^^^ en 3oi(=92i).
Il parle ensuite d'I/m U-MuqaJ'a^'^^ en ces termes : wll était
mage, puis se convertit à l'islamisme par l'intermédiaire f^' de
1sâ b. 'Alî, l'oncle paternel d'As-Saffâh et d'Al-MansûrC^). Il de-
vint son secrétaire et lui fut particulièrement attaché. Il fut
tué, dit-on, en cent (pidrantc-cinq (^^^ -j^^y^Kv Puis Ibn Khal-
likân ajoute : «Il se peut c^u Imâm al-Haramnin ait voulu parler
ai Al-Mufjanna (d-K}iuràs<hn^^\ et que le copiste ait altéré ses
paroles. Mais je m'aperçus ensuite que cela non plus n'est
pas admissible, car Al-Mtiqanna al-Khumsàm s'est tué avec du
poison en l'année i63(== 779)'''. Si nous voulons — ajoute
Ibn Khallikân — vérifier l'opinion à'hmm al-Haramnin, l'in-
('' Sur ce personnage, plus connu sous le nom dVM)iî Sa'id al-Djannàhî al-
Qarmati, voir les Annales de Dzahabî, ms. de Paris, i58i, fol. 9 r"; Ii!N ai.-
Athîr, VIII, 34i et suiv.; Ma's'ùdî, Tanbih, partie arabe, 891 et suiv. , trad.
Carra de Vaux, ^197 et suiv.
'^) Voir Brockelmann, I, i5i, et ms. arabe de Paris, n" aofiC), fol. 107 r".
(') Le texte de Wlstenfeld a : t^oo , au lieu de jo.
(*) Letextede WïsTENFELD a enpius: ^;*LjJI ^ *LijU. ^ t^-îî^l tj:y=-M^'-
(^' Ibn KbaHikàn donne encore les dates de i43 (760) et l'ia (759).
'"' Sur cet bérétique, dont le nom serait 'Atà' ou Hakîm, voir Ibn Khalli-
kân, éd. WisTENFELD, Hotice i3i, et, incidemment, la notice 186. Cf. Hammer,
Litteraturgeschichle, III, 209.
('' Voir le récit de sa mort dans ma traduction du Fahln-î, p. 3r)0-3ni.
lia JUlLLET-AOÙT 1911
W il . » ^ ... (>>),. .1.1.: . f ".. ("
^U_x-Ji_5 ,^-Li_:JI i ^^I^U IjbS^ c2,J^Î AiiJ jLjCi^l
(c) ""
(") s aU^wJl: P V jLjOiJ!. — (>>) P s ULc. — M P gUJl^. — C) P
^3»i. !j . — '■■' V. Ce mot manque. — '^' P. Tout ce passage , depuis le mot
oJJu jusqu'au mot *j\^iio, manque.
dividu en question ne peut être qullm as-Salma.o-linm^^\ car
il a été le protagoniste d'une doctrine excessive dans le
^nlistitr'-^ et la métempsycose, et fut brûlé en l'année 822
SECTION DIXIÈME.
Sur les (jiuiJtth refjinscs fin rinstonen.
J'ai copié de l'f'criture même de Vinuhn, le très docte, le
sniUi al-inlàm, le grand qadî Taqî ad-Dîn Abul-IIasan 'Alî
h. 'Abd al-Kâfî as-Subkî as-Sâfi'î^'', ce qui suit : «On exige
(') Voir ie passage cité d'Ilm Kliallikàn. Une intéressante notice sur cet hé-
rétique se trouve dans les Annales de Dzaiiaiù, ms. de Paris i58i, fol. 1 19 v°,
110 r" et io5 r". Son nom était Muliammad h. 'Ali Abu Dja'far h. Abi-l'Azà-
qir (jSljiJl). Voir Ibn al-Atiiiii, Vlll, 916-218 et 379; MAs'iJDi, op. cil.,
p. 5o9-5o3.
(^) Le texte de WCstknkkm) a : ^^^:J\ , ce (|ui est une orrcnr.
t^) Au mois de l)zù-'l-(ja'(la (oct.-nov. 98/1), selon DzAirvni, loc. cil.
C'' t 766 {= 135.')). Voir HnocKKi.MANN, II, 80 et sniv. Une inlén>ssanle notice
sur cet auteur se trouve dans le ms. arabe de Paris, n" 9071, fol. i33 v" à
134 v"; et aussi dans le manuscrit arabe, n" .'iS.'ig, fol. 91 5 r"-239 r" {A'wdn
an-nasv wa-a'yân (d-'mr, par Kiialîi, ibn Aiiiak As-S\FAnî).
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARARES. 45
i-i l Atfi .>i Is-JC-û-j^ *JJLL> l^ro ii*j|;l ^y* **>^ *-»^ JjAÀi^ C5<VkO
i^^yJù^^_ llijLfi il^Ljti! (j->*^ ij^ (ji_5 i*X^ jj;fi l*X^^ cylxcaJI
<") V ^>.a;JI. — ('') P *:^;. — '^J PS Jo^r!. — '''' S P joiJo.
de l'historien la sincérité; lorsqu'il copie, il doit copier textuelle-
ment'^' et ne pas se fier au sens. Il ne faut pas que les paroles
qu'il cite, il les ait recueillies pendant la conversation et qu'il
les ait mises ensuite par écrit. Il doit nommer l'auteur [ou
l'ouvrage] qu'il cite. Voilà quatre conditions relatives aux cita-
tions qu'il fait. On exige aussi de lui, pour les biographies
qu'il compose lui-même, et pour les biographies longues ou
courtes qu'il copie, qu'il soit au courant de la situation du per-
sonnage dont il s'agit dans la biographie, tant au point de
vue de sa science et de ses sentiments religieux que des autres
choses. Celte condition est très difficile à remplir. Il faut qu'il
ait un style élégant, qu'il connaisse la valeur des mots, qu'il
sache bien se représenter les choses, en sorte que, au moment
''^ Ibn Khaidùn reproche précisément aux meilleurs historiens arabes de se
contenter de copier textuellement sans esprit critique : ^y-^ (J—^ «— iâJ>l — ë^^
il 14.^0! J^ Ldiyâjxj y^j L.^^ ^\ lié JiL'l (Prulpgo)nènes , texte arabe, 2" éd.
de Beyrouth, p. g).
46 JUILLET-AOÛT 1911.
<x-Jl_3t' (^„« ^J«^_« ^ cSUL_bi)l »|^ aJ! J-^^^rV* ti;>^' -v^ ^ ^^
<X-^£3 Sj^^Lao-j ^j,>m,?w ^y SmJ^ U-^*^ y' 1^^ t^r^' ^5T*^ *"*0^
iciy^i Ji ^bjsr AjU kxJI ^ (ja^arJî JU. Jlc ^^^i)î 1^4*^ ^^
où il compose la biographie, il se représente exactement toute
la situation de l'individu dont il s'agit et l'exprime en termes
adéquats. Il ne doit pas être dominé par ses passions, en sorte
qu'elles le portent à s'étendre sur l'éloge de celui qu'il aime, et
à être bref pour les autres; il doit être ou exempt de passion,
ce qui est difficile, ou avoir assez d'équité pour vaincre sa
passion et marcher dans la voie de la justice. Voilà encore
quatre conditions dont tu peux faire cinq, parce que, tout en
se représentant bien les choses et en les sachant, l'historien
peut ne pas avoir en même temps la faculté de se les rappeler
au moment de la composition. De sorte que la faculté de se
rappeler les choses au moment opportun se trouve être en
plus de la faculté de se les représenter et de les savoir. Cela
fait donc, en tout, neuf conditions exigées de l'historien. La
plus difficile de toutes est celle qui consiste à connaître la
valeur du personnage [dont il s'agit], au point de vue scien-
tifique. Cela exige qu'on ait des connaissances suffisantes dans
PROLÉGOMÈNES À L'ÉTUDE DES HISTORIENS ARABES. M
(a) £ ■" ^*
8*>*._A ^^i— jL_a_£ /> * •% C>-jK (^-^^ (*€** CJibl blâ (j^jjoJsJLci!
sa branche, et qu'on soit à un degré assez rapproché de lui
pour connaître sa valeur. Je ne dis cela d'ailleurs que par
rapport aux ouvrages historiques des modernes; il est rare, en
effet, d'y trouver réunies toutes ces conditions. Mais pour les
anciens, je me montre déférent à leur égard^^*. 57
A ce propos, je me rappelle, en écrivant ces lignes, une
chose qu'il ne serait pas mauvais de mentionner ici. AhiVl-
Walîd al-Bâgî al-Mâlikî -' raconte, dans son livre intitulé :
Histoire des jîirisconsuhes^^\ que Yahyâ b. Ma'în^*' avait déclaré
^'' J'ai été tenté tout d'aijord de traduire *4Jt-« v-^'-^'' P^i' "j^ m'instruis
dans leur commerce?^, ou ffje fais mon éducation avec eux», mais j'ai trouvé la
même locution dans un ms. de Paris (n° A8o3\ fol. 49 v°, 1. 8), où elle a,
sans aucun doute, le sens que j'ai adopté dans ma traduction. Voici le pas-
sage. L'auteur dit qu'on lui avait apporté une consultation d'un docteur sur la
question de rAntécbrist, puis ajoute (1. ']) : ^j^ [»5AXJ! liv^ ^-î*^ càjsJLouiU
*_à--£l ^ *^ I^xjû ciXïJ *i-» 1^.>G s>>y^ rj'^' u' lA^J^} ^\ >Li^l ^LtJ! !iui
("-) -j- 4^4 (=io8i). Voir Brockelmann, I, Aig et ôig in fine.
(3) Voir plus loin, dans la section onzième ( Bibliographie), le n° 211 et la
note correspondante.
(*' Célèbre traditionniste , mort en 93"3 (=847). Sa biographie est donnée
par Ibn Khallikàn , notice n° 801. Voir aussi Ibn al-Athîr, Chronicon, MI, 27;
Hammer-Plrgstall, Litteratur^eschichle der Avaber, III, 166, et I\\ (j3 ; Dza-
iiABÎ, Tabaqdt , VIII, n° 17.
48 JUILLET-AOÛT 1911.
<J>j*J ^_5 ^UJÎ 0>*j i) yû Jljià J^^Àa»> ^^ «X^î JJi xX>.i ^^LsJ!
(J— fi l^J^'^L) J-î-J (^<XJÎ f»y-^ LsjyiJî S^XiÛ oJi ^5^J!->' J>*:> Lo
•" (a)
<^-ji) dLîi> x^ î^yuiJ :^ <±>i[j~I Jlc l^jb J^ ^^ Ul *^î-a]!
»^l>jiJ! *xX^ _jJa2xJI (j*la^ LàUJilt (oi)y»x<: U^U
(") p ^i>;Ji. — ('•; p V ^i^^ — (^; V ^>.^!.
faibie''' l'autorité d'As-Sâfi'i '-^ ; en apprenant cela, Ahraad ibn
Hanbal^'-^ dit : «Yaliyâ ne sait ni ce qu'était As-Sâti'i ni ce
qu'il dit. »
J'ajoute que les conditions ci-dessus sont nécessaires à celui
qui fait une histoire biographique. Quant à celui qui fait une
histoire des événements, on n'exige point de lui toutes ces
conditions, car il rapporte seulement les événements qui se
produisent. Mais on exige de lui qu'il examine attentivement
les choses, qu'il connaisse la valeur des expressions, qu'il se
représente bien les choses, enfin qu'il ait un bon style.
(i suivre,^
C' Sur ce que l'on entend par vJLj-ô faible, on matière de haiUlh (tradi-
tion), et sur les autres termes tcrlini(|ucs de cette racine ( Ul.Îmx* , JUxj^),
voir le Taqi-ib de NawawI, Irad. \V. Maiums (lirn|jc à jiart du J. A.), p. .'186,
5o5-5o().
^^' Un des (piatrc jjraiuls imàni de l'islam.
QUELQUES
TERMES TECHNIQUES BOUDDHIQUES
ET MAISICHÉENS,
PAR
M. ROBERT GAUTHIOT.
I
Les termes hindous que l'on retrouve en sogdien et qui de
là ont souvent passé à d'autres langues de l'Asie centrale se
partagent d'eux-mêmes en deux catégories : l'une comprend
des mots savants et sanskrits, l'autre des mots populaires, du
moins de façon relative, qui remontent au prakrit. Les pre-
miers ne présentent que peu d'intérêt au point de vue linguis-
tique; les seconds, au contraire, moins faciles à reconnaître,
d'ailleurs beaucoup plus répandus, sont pour la plupnrt
curieux. Ainsi dans le mémoire important que M. F. W.
K. Mûller a publié dans les Silzungsberichte de l'Académie de
Berlin (1907, XXV) sur les termes «persans 55 contenus dans
le Tripitaka chinois et relatifs au calendrier, il a signalé que
K singe 55 se disait en sogdien ÎJCo maharâ et il a rapproché ce
maharà à la fois de skr. mahara <x monstre marin w et de skr.
markata «singe». M. F. W. k. Mûller n'hésite d'ailleurs pas et
conclut {loc. laud., p. y) que malgré la ressemblance formelle
entre LC« et skr. mahava, ce doit être de marhata que provient
le mot sogdien. En fait les choses se présentent comme il suit :
c'est au représentant prakrit makkada de skr. markata que ré-
xviii. h
50 JUILLET-AOUT 191 L
pond sogd. iXo que M. F. W. K. Mûiler transcrit mahnrâ, et
aussi la forme des textes en écriture bouddhique, où l'on a un
double h bien noté dans mkhr, soit sans doute makhara
(par ex. Documents Pelliot, Inventaire n" 3 5 i G ) ; la notation du
groupe -A7.- en sogdien l'indique clairement et la présence de
sogd, -r- en face de pkr. -(/- ne prouve rien à l'encontre.
En effet le -(/- du prakrit est un symbole obscur : on ignore
en réalité ses variations probables et sa valeur exacte. On
trouve bien anciennement ma/.'AWw d'une part (Pischel, Gr. d.
Prakrit-Spr. , $ ofiij) et mahhala de l'autre (/^/f/. . ^ 288); mais
le témoignage des dialectes modernes est bien plus intéres-
sant : la plupart désignent le singe de mots nouveaux et
attribuent au représentant de i'ancien makkada celui d'« arai-
gnée?), de K sautei'elle': ou de «fourmi» et surtout ceux du
Nord-Ouest ont précisément -/•- là où les autres ont -{/-. En
hindi, et araignée t se dit mahdâ et en bengali mâkad; en hindou-
stani au contraire, elle a nom malri, tandis qu'en pendjabi
occidental, c'est la sauterelle ([ui s'appelle makrl, une espèce
particulière de sauterelle makhiir, et une grosse fourmi noire
ma1;ôrà, ou qu'en sindhi mâkati signifie «une nuée de sau-
terelles î^ ou et un groupe de fourmis jj, makora une «fourmi 55 et
entin mahaiu une et sauterelle « f'^.
Or c'est justement le domaine où l'on a -/■- pour -(/- qui
est le point de départ de finlluence de l'Inde sur le sogdien
et du mot populaire et prakrit attesté en sogdien bouddhique
sous la forme *»inldara.
Un autre prakritisme non moins clair et qui a eu une for-
tune plus curieuse en Asie centrale est le mot qui a servi à
désigner le jeûne religieux. L'un des derniers textes où il se
retrouve est le Confilcor manicliécn. Cette pièce, assez parti-
culière, nous est connue aujourd'hui par de nombreux frag-
''' Je dois à M. .i. lUiicli j)r(.'s(juf' lous les exemples ci lés ici.
QUELQUES TERMES TECHiNIQUES BOUDDHIQUES. 51
ments plus ou moins étendus et complets en langue turque,
dont M. von Le Coq donne la liste, la critique, l'édition par-
tielle et la concordance quand il y a lieu dans son Chuastuanifl
(supplément aux ihhandhngcn de l'Académie de Berlin , i (j i o ).
On y lit au début du douzième point que : hijr yylïf 'hjg qivyn
'ryy Synfrc' ^ivsntyy 'ivIiiTSivq fa^yriv bar 'rtyy o o 'ryy bacaij
bacap infrryq "nhvl'syq qrffk 'rtyy'^^^ soit «en un an, pendant
cinquante jours, à la façon des purs religieux, il est prescrit
de célébrer assis un jeûne; il est fixé d'honorer dieu ainsi en jeû-
nant un jeûne purw, M. W. Radloff n'a pas compris le mot qui
apparaît chez lui sous la forme vws'nly et il était d'autant moins
en état d'en retrouver le sens qu'il n'a pas vu que le second
membre de phrase expUque le premier et se rattache à lui par
le mot "ncwVsyq ^ ainsi 55, M. von Le Coq a restitué de façon très
heureuse le sens de zQi"nhvVsy'q (cf. Chuastuanift , p.35), mais
le sens de ^ivsntyy lui est resté malheureusement obscur.
La durée de «cinquante jours 55 est pourtant caractéristique :
elle équivaut en effet, chaque année, au septième de l'existence
des auditores, dHpooLial, myômgân ou as-sammaûn, c'est-
à-dire à la portion de leur vie qui doit être consacrée au jeûne
d'après al-Birûni [Chron. orient. Vôlher, éd. E. Sachau,
p. ^•'^; 1. 3) et' Abu '1-Ma'àli Muhammad (voir Schefer,
Chrest. Pers., vol. I, p. iR; 1. irj-^o). De fait, il s'agit ici à
nouveau d'un emprunt au vocabulaire bouddhique : le vivs'nty
du texte en ouïgour édité par M. Radloff est tout simplement
le jSws'nly des textes sogdiens bouddhiques tel qu'il apparaît,
par exemple, dans le texte Inventaire n° 35 1 G , à un endroit oii
<') Telle est la transcription littérale des lignes 2^4-3^7 du texte en lettres
manichéennes de M. M. A. Stein, publié avec similé et traduit par M. von Le
Coq dans le J.R.A.S., avril 1911, p. 277 et suiv. Le texte en ouïgour, publié
par M. W. Radloff (lignes ii4-ii6) sous le titre de Chuastuanift, est d'accord
exactement. Enfin le mot en question fait défaut précisément dans le passage
correspondant (fragment T. II, Y, 606) du Chuastuanifl de M. von Le Coq.
II.
52 JUILLET-AOUT 1911.
il s'agit (les peines qui attendent celui qui brise ie jeûne; en
sogdien on voit d'ailleurs, ainsi qu'on l'attend, ^ws'nt alterner
avec ^ivs'ntlc qui en est l'élargissement iranien en -/.-. Le mot
sogdien bouddhique lui-même répond évidemment à la forme
prakrite de skr. iipavasathdlj ; cette forme ne nous est pas
connue directement, mais son existence est néanmoins attestée
dsns l'Inde. En efî'et, on y trouve fréquemment (cf. Pischel,
Gr. d. Prakr.-Spi'., p. lo ^yposaha qui est d'ailleurs le terme
jaina; ce posaha suppose une chute assez précoce de Vu initial
pour que la sourde soit conservée comme si elle se trouvait à
l'initiale. Mais cette chute est loin d'être générale : c'est uvaï-
saï qui répond à upaitçall dans le Saptacatakam de Hâla
(cf. PiscuEL, loc. laiid., p. i35). En ardhamâgadhï même, le
passage de p a v dans cette même position est fréquent; or il
suppose que la consonne était intervoc;dique et par conséquent
que la brève initiale s'est maintenue assez longtemps; ainsi
dans vahhamai'<.apahrâninti et autres pareils (voir Pischel,
loc. laud., p. igc), § i/ia). Il faut donc que l'on ait eu,
comme l'on avait çaurasenï uvmiahaen face de ardhamâgadhï
pâhanâo<:up(hi<ili(m, à côté de posaha un mot prakrit ''urosalia.
C'est ce dernier qui est entré en sogdien, avec un autre sullixe
final et qui, ayant perdu la brève initiale, s'est répandu on
Asie centrale sous la forme (Stvs'ni et avec le sens de c^jeûne
rituebî qu'il avait, dès hîs Brahmanas, dans la doctrine
védique, qu'il a conservé dans le bouddhisme et jusque dans
la religion manichéenne telle qu'elle apparaît à l'Orient de la
Perse.
Il
Le terme ^ivsnt n'est pas simplement un emprunt au pra-
krit, c'est aussi un rnul quia subi une altéralion dans sa forme
dans l'Inde même, ou bien en vSogdiane, ou sur la roule du
QUELQUES TERMES TECHNIQUES BOUDDHIQUES. 53
Sud au Nord. Il n'est pas le seul auquel il soit arrivé un acci-
dent de ce genre, et il a eu, en tout cas, le plus illustre des
compagnons d'infortune dans le sogdien /SryV cpii représente
skr. vihâra et qui cumule d'ailleurs, à l'occasion, les sens de
vihâra, stûpa et caitya. On ne retrouve pas en sogdien le
*^{ij)y'r que l'on attend et auquel rien ne s'opposait : c'est vry'r
qu'ont reçu les Turcs qui étaient en contact avec les Sogdiens,
comme le montrent le vry'rd' du fragment T. II, Y, 69 du
Chuastuanift édité, traduit et commenté par M. von Le Coq
et les nombreux exemples que présentent les textes publiés
par M. F. W. K. Mûller dans ses Uigunca U {^Ahhandbingcn de
l'Académie de Berlin, 1910). D'autre part, là où l'on trouve
la forme vihâra, ce n'est pas, à ce qu'il semble, en domaine
sogdien.
On voit encore, dit al-Bïrûnï vers l'an 1000, leurs mo-
numents (il s'agit de ceux des ^^IjLoi samanân ou bouddhistes)
les hahâr de leurs idoles, Xonv?, jnrxâr sur les confins du Xurâ-
sân touchant l'Inde (Chronologie orientalischer Vdlker von Alhê-
rïini, herausgegeben von Ed. Sachau, p. t^-i). Or hahâr et
farxâr ne font qu'un : farxâr répond très exactement à sogd.
^ryr, c'est- à dire * farxâr, avec la même transcription de
l'ancienne spirante sonore /S par <-5 que, par exemple, dans
^^jJti faypûr ^fils de Dieu 71, dont le premier élément y«y- est
l'équivalent du persan hay- dans ii-Xij haydâd, ou que dans les
noms de mois sogdiens ^jI^Ià», dont l'initiale était (3ayâ- et ^y>
qui signifie l2uy- (cf. Silzinigsherichic de l'Académie de Bcrhn,
19 D'y, p. /i6,S). Quant à hahâr, c'est vihâra lui-même avec un b
initial substitué tout naturellement au v- (et non *ir-) de l'origi-
nal inconnu en iranien quand le mot étranger y a pénétré; cha-
cun connaît d'ailleurs le rapprochement populaire, le jeu de mot,
qui, à date plus basse, a nationalisé le mot en persan et lui a
imposé son vocalisme : bahâr fJc monastère 55 s'est confondu
avec hahâr «le printemps", et surtout l'ilhistre N au Bahâr des
54 JUILLET-AOL T 1911.
environs de Baikh, célébré j3ar Hiuen Tsang, décrit par Yâc|fit
et tant d'autres est devenu r. le premier printemps v. Mais Balkh ,
c'est-à-dire Bactres, n'est pas en Sogdiane, et bahâr ne peut pas
être sogdien , parce qu'iî présente un -h- intervocalique con-
servé et que l'un des caractères distinctifs de ce dialecte est,
comme l'a reconnu M. Andréas, le passage à -x- de tout -//-
placé entre voyelles (voir F. W. K. Mûller, Uigurica , p. 3,
note 3) : farxâr ou ^ryr présentent précisément ce passage,
car le y de l'alphabet sogdien est employé aussi bien à rendre
la spirante sonore y que la sourde x (voir .y./4., janv.-fév. 1911,
p. 81 et suiv.). On a d'ailleurs, d'autre part, des renseigne-
ments, un peu tardifs il est vrai, mais néanmoins curieux sur
la distribution géographique de ;U^^ farxâr. Dans la Ta^ki
ratu V-SVrtra «Mémoires sur les Poètes w, de Daulalsali, il
est fait mention dans la première section (éd. Ed. Browne,
pp. ^i-v,j d'un poète de peu d'importance appelé Farxâri : ce
nom, dit Daulatsah, est tiré de celui d'une localité appelée Far-
xâr. Et en effet, nous savons que, dès avant l'époque où écrivait
notre compilateur et qui n'est pas antérieure à l'an 1/1 8 7 de
notre ère, le mot ik couvent bouddhique??, fa/'X'â/' ou hahâr,
n'était plus pour les Persans (ju'un nom de lieu ou même qu'une
localité indéterminée et lointaine; c'est là d'ailleurs un fait qui
s'est produit de façon parallèle dans l'Inde où le mot bahâr
est aussi tombé dans le domaine de la géographie. En outre
le persan avait triomphé entièrement dans les pays, sogdiens
à l'origine, de Boukhara, de Samarqand et au delà : sous les
Gahfes, ces deux grandes villes apparaissent ornées de fau-
bourgs dits A'au Hnhâr à l'instar de celui de Balkh. Mais il
reste que Daulatsah énumère un Farxâr dans le Badaxmn,
région fameuse poiu' ses mines de rubis et dont le nom nous
est encore attesté soit avec la spirante sogdienne BaSaxsân,
soit avec la liquide qui a remplacé dialectalement «5", Ualnxsân
(cf. Andréas, Sitzunfrshmrlilc de l'Acndémin de lierlin, 1 <) 1 ,
QUELQUES TERMES ÏECHMQUES BOUDDHIQUES. 55
p. 3io); un autre dans le Xutlân, sur la rive droite du haut
Oxus, immédiatement au-dessous du Badakliclian; un troi-
sième entre le Ikà. Xata «la Chine du Nord 71 et le pavs de Kàs-
yar; un quatrième entîn dans le Turkestan d'alors. Or ces
quatre Farxàr sont précisément distribués sur le domaine
sogdien, des frontières de la Chine à la mer Caspienne, du
haut Oxus à la Mongolie.
Le point délicat est la formation de (Siy'r, le changement
qu'à subi vihâra. Il est certain que ce dernier aurait dû donner
*(2(ijjy'r en sogdien, et jSry'r ne peut guère être que le résultat
d'une interprétation, analogue sans doute à celle que l'on
retrouve en chinois, et d'une réfection du mot étranger et inin-
teiïigible. Un ancien *l2yy'r offrait d'ailleurs un point de
départ naturel à une pareille interprétation : la seconde partie
du mot , -y'i% recouvre exactement en sogdien , à l'intérieur ou à
la finale, c'est-à-dire avec *-x- (noté -y-) pour -h- a l'intervoca-
lique, le -hâr que l'on retrouve dans le persan zinhâr «protec-
tion, abri, sûretés (cf. Hibschmainn, Pen. Stucl., p. Go) et qui
se rattache au verbe avestique har- r. préserver, surveiller?), au
nom d'agent hardtar- et à l'adjectif gathique hûra-\ il répond
d'une façon précise et qui ne peut être fortuite avec son sens
d'wabriî', aux mots chinois ^ cZ/o -t maison 15 et j^ lu - hutte w
qui, précédés de '^ ising, désignent \q vihâra. Le/Sr-qui forme
le premier terme du composé /SryV est beaucoup moins facile
à expliquer; il ne correspond certainement pas à tsing en tant
que ce dernier est interprété par «x pureté w. Mais ce n'est pas
là le sens propre de ff qui signifie en réalité «essence» et,
par conséquent, «force vitale, force et semence virile, éner-
gie, zèlew : c'est lui qui représente le sens de «zèle, volonté r?
dans ffl j§ tsing tsin qui traduit le sanskrit vTnja «énergie».
Or jSr- doit être sans doute lu *^ar-, et sous cette forme il est
l'équivalent exact de l'ossète har «volonté» dont l'étymologie
est d'ailleurs difficile (cf. Hïbsghma>n, Etym. u. Lautl. d. oss.
56 JUILLET-AOUT 1911.
Spr., p. 27; Miller. Grundr. d. iran. PliiL, l. I, \nhang,
p. 33).
Par la suite, le jU^-vi sogdien est devenu l'un des termes
marquants du vocabulaire erotique des lyriques persans. C'est
un des lieux communs de leur rliétoricjue rafîinée, et
M. Browne a montré dans une note de sa remarquable Lilo-
rary History ofPersin, t. II, p. h ^^, comment Nausfid . laymâ,
Xutnn, Cigil, Farxâr et d'autres y désignent tour à tour et indiffé-
remment la ville célèbre pour la beauté de ses habitants. Dans
un distique d'un nommé jl^ Ar^-Î^à^ Xoja Salman que cite
Daulatsâh à l'endroit indiqué ci-dessus de sa TriSkiial les 00
^Ià.j sont cités à côté des (;j^=^L« ^v lointains et vagues, de
façon toute banale; Mu'izzï, qui est un poète d'une bien autre
valeur, mort vers le milieu du xif siècle, emploie Farxâr de
manière aussi conventionnelle, comme d'ailleurs sa poésie est
avant tout rhétorique : M. Browne en donne un excellent
exemple et une caractéristique précise dans sa Lilerary His-
lory, vol. II, p. 3â(). Mais aux premiers débuts de la poésie
persane il ne devait pas en être de même et ce mot surprenant
devait répondre à un besoin, à des idées ou des images cou-
rantes; et, en fait, rien ne s'explique plus aisément que son in-
troduction dans la terminologie lyrique des Persans. Lorsque le
sens du mot était encore perçu avec netteté , au moment oti les
c:^!jLà^ et les c^î^l^ 00 étaient encore visibles sur les confins
du Khorasan, comme dit Al-Bîruni (cf. ci-dessus p. f).'^), un
J'arxfir représentait, par définition, un lieu de recueillement et
de paix; c'était de plus une oasis véritable et délicieuse, pour-
vue abondamment d'eau et d'ombrage; c'était enfin un endroit
où l'on pouvait admirer des idoles belles ou charmantes.
Jusque vi;rs le milieu du xi' siècle sans doute, les poétesse
sont véritablement représenté \e?, farxâr qu'ils chantaient, et il
n'est pas du tout invraisemblable que, par exemple, le second
disticpje de la seconde cjasida de Minurihri (éd. de Biberstein
QUELQUES TERMES TECHNIQUES BOUDDHIQUES. 57
Kazimirski, p. ^) n'ait une signification plus réelle qu'on ne
ia lui accorde généralement. En tout cas, il gagne de façon
manifeste à être rendu avec précision , car :
devient alors : c^Tu dirais que le jardin est devenu un monastère
du Bouddha; les oiselets y sont des moines, et les fleurettes y
sont des idoles w.
D'ailleurs, ce n'a pas été impunément que la renaissance de
la poésie persane s'est faite dans le Khorasan, dans des pays
qui, du temps même des Sassanides, n'étaient rattachés à la
Perse que d'un lien fort lâche (cf. Marquart, Erânmhr, p. k^
et suiv.), oii la xoti'»?' persane n'avait triomphé de façon décisive
qu'à date relativement récente et qui devaient se montrer plus
longtemps encore rebelles à l'unification religieuse et au joug
arabe qu'à la centralisation morale et culturelle persane. Il
élait impossible d'ailleurs que le contact avec le bouddhisme, le
manichéisme et le zoroastrisme, avec une langue de civilisa-
tion telle que le sogdien, frappée à mort il est vrai, mais vieille
de huit à dix siècles, restât sans influence. Les poètes de Bou-
khara et Samarqand ont été amenés tout naturellement à enri-
chir leur vocabulaire de termes du genre de ^\s^yà farxâr. Si
l'orthodoxie musulmane et la langue des gouvernants ortho-
doxes, le persan, qui s'était substitué à l'arabe, ignoraient de
parti pris le culte des belles formes et images d'hommes ou
de femmes, il n'en était pas de même du sogdien parlé en
grande partie encore par des infidèles; il était tout désigné
pour fournir aux poètes idolâtres des noms de représentations
humaines. Ne sait-on pas que, longtemps après la prise de
Boukhara par les Arabes, la population aisée de la ville élait
encore étrangère à l'islamisme, et que non seulement les
58 JLULLET-AOiT 1911.
chambres et demeures des riches, mais lem's portes mêmes
étaient ornées de sculptures remarquables et d'idoles (voir Ch.
ScHEFER, Chrest. Pers., t. I, p. ôi-Ba)? A défaut d'autres, les
poètes amoureux de Boukhara et de Samarqand avaient à leur
disposition les dieux et les déesses des cultes tolérés, et avant
tout du bouddhisme, les plus beaux, les plus riches, les plus
nombreux et les plus répandus. Aussi est-ce i^i but qui
répond d'abord chez eux à notre « idole ^i : il représente , en
effet, de façon exacte le pwl des textes sogdiens bouddhiques
dont le p- initial n'est qu'une graphie pour h- ainsi qu'on l'a
montré* dans ce journal même (J. 1. . janv.-févr. 1911, p. 90
et suiv.)etdont le -t est le résultat dernier de l'assourdissement
du -d(dh) à la finale en sogdien (cf. Horn, Grundr. d. Iran.
Pliil., t. I, 2, p. 80). C'est, d'autre part, ^ fay, forme sog-
dienne (cf. persan ^ hay wdieu^O qui remonte à un /S7
plus ancien, largement attesté à travers tout le sogdien (cf.
J.R.A.S., avril 1911. p. ^97 et suiv.) et qui représente
sinon notre ^ idole?), du moins notre ^ulivinité?) (cf. Horn,
Grundr. d. iran. PluL, t. I, 2, p. ^(S). C'est enfin, li(''s étroite-
ment à ces emprunts au sogdien , à la langue qui va de Samar-
qand au limes chinois et à la ïartarie et qui est évincée de la
Sogdiane propre par le triomphe du persan et peut-être da-
vantage encore par les mvasions tur(|ues et les massacres
des anciens habitants, la réputation du ïurkestan et de la
(jhine comme pays de la beauté et l'emploi des mots c^turk^:
et rt^nnv dans le langage amoureux. Ni l'un ni l'autre n'y
valent par leur sens propre : ce sont tous deux à l'origine
des désignations extérieures, avant tout géographiques, et plus
tard des termes conventionnels sans aucun substrat concret.
En dernier ressort, étant donné ce que nous savons aujour-
d'hui des origines et de la techiuipie de l'art gn'ro-])oud-
dhique, on se trouve amené à conclure que le vocabulaire
lyrique persan a conservé comme un reflet lointain et aiïai-
QUELQUES TERMES TECHNIQUES BOUDDHIQUES. 59
bli de l'art hellénique dans les quelques mots sogdiens qui
viennent d'être signalés en passant.
III
On sait qu'à son retour de mission, lors de son passage à
Pékin, M. Pelliot a laissé photographier quelques-uns des
documents les plus curieux qu'il rapportait de Touen-houano-
pour un groupe d'érudits chinois. Ces documents ont paru
sous le titre de : Jj: ^ ^ ^ ig ^ Touen-houang che cheyichou,
«livres perdus de la chambre de pierre de Touen-houang)?
(cf. Ghavannes, Comptes rendus de l'Acad. des Inscr., tgio,
p. 2/i5). Parmi eux se trouve un fragment manichéen sans
titre, dont l'écriture est du viii' siècle et qui a été édité par
M. 7^^ Tsiang Fou'i'. C'est un texte des plus intéressants
d'ailleurs, qui confirme l'existence chez les manichéens orien-
taux de temples et donne même sur leur disposition des indi-
cations précises. Ainsi le témoignage des Chinois vient
confirmer celui des Arabes, des anciens Turcs et de l'archéo-
logie. Tandis que les manichéens de l'Occident, les Africains,
les Cathares répudiaient toute église, toute idole, et tout
autel, les fouilles de i\I. von Le Coq lui ont permis de
mettre à jour, dans des édifices religieux manichéens de la
région de Tourfan , des représentations murales et des bannières
illustrées (voir von Le Coq, Chuastuanift , p. 36). Les diverses
rédactions turques du Xivastmvànëft (cf., pour cette forme du
Nord, diVm. xostovan) ou «ConfiteoD? manichéen publiées ré-
cemment parlent toutes d'ailleurs d'un temple qu'elles ap-
pellent cijS'n (et zyS'n). Quant au précieux -jX*Ji cx*»(j-g.i
Filinstu 'l-uhim c^ Catalogue des Sciences -n, il nous apprend
C Tout ce qui dans cette note est chinois repose sur des données fournies
cblijjeamment par M. P. Pelliot.
60 JUILLET-AOUT 1911.
que des temples xjo maiiicliéens se construisaient en ^Irâq
même, dans l'emplacement de l'ancienne Ktesiphon (cf. Flïi-
GEL, Mani, p- 67, 100 et 82/1).
Mais oii le fragment manichéen rapporté par M. P. Pelliot
est d'un intérêt tout particulier, c'est quand il traite des prêtres
attachés au\ temples, de leurs titres et de leurs fonctions. Il en
distingue trois pour chaque temple, dont il donne le nom ori-
(''inal en transcription, et dont il indique le rôle en chinois.
Le premier s'appelle m fj| J|L ^ n-fou-yin-sa : c'est le ç^ chef
des vœu\«; le second, «le chef de la doctrine 5), s'appelle
H- P/S ^ hou-lou-houan; le troisième enfui , que l'ordre des carac-
tères empêche de reconnaître pour « celui qui est de service dans
le mois» et dont il est plus prudent de rendre, provisoirement
au moins, le titre par le niot-à-mot tdune-f direct», a nom
jt^ f^- ^ M'Si M ngo-hounn-hien-sm-po-sai. Les titres des deux
premiers prêtres sont intelhgihles sans trop de difficulté et il
est clair qu'ils sont l'un et l'autre iraniens et plus spécialement
pehlvis : n-fou-ijin-sd est la transcription de 'fwrynsr, ce qui
signifie exactement «chef des vœux» et se compose du pehlvi
.sr, c'est-;i-dire snr, pcrs. >-w «tête, chef» et du substantif
'fiiTi/n, pers. (^ji) «louange, bénédiction :? dont le -/r- est écrit
dans les documents de Tourfan , sinon dans les formes nomi-
nales , du moins dans le verbe 'fivrydn. Quant à hou-Iou-hoiian,
c'est tel quel le pehlvi xrivxivn- du .rnrxiviii/ du fragment
M. 17G, publié par M. F. W. K. Millier dans les Ihindi^rlinf-
Icn-HnlP, II, p. G2; son existence indépendante est établie
de façon certaine parle sogdien xrwhxivn qui figure dans un en-
tête du débris M. 6/1 (cL F. W. K. Millki'., lov. laiitL, p. 92).
(>es deux transcri|)lions sont de la plus grande fidéliti'' : la pro-
nonciation ancienne de a-fou-ijin-sa était *n-phut-m-S(il si l'on
note par ' l'articulation initiale ancienne (aspirée?) de ijin,
c'esl-j\-dire, le -l implosif final répondant à -r, *af"v'uis(ti\ soit
la prononciation réelle de -)D:m^N; de même hon-hn-linuan
QUELQUES TERMES TECHNIQUES BOUDDHIQUES. 61
était articulé hu-lu-hwan et représentait, avec résolution du
groupe initial, ainsi qu'il convient en chinois et qu'elle se fai-
sait sans doute déjà de façon sensible en pehlvi, et avec /-
pour r-, *x^"^rdxwân.
La restitution du titre du troisième prêtre offre plus de dif-
ficultés : il est singulièrement long, et sa valeur exacte ne
nous est pas donnée en chinois ; en revanche l'exactitude des
graphies phonétiques qui précèdent nous assure que la nota-
tion chinoise nous oll're un point de départ solide. Or la pro-
nonciation ancienne restituée de iigo-liouan-liien-sai-po-sai était
sensiblement ^at-yivan-gyan-sak-pa-sak; il n'est pas douteux
qu'un pareil mot soit un composé en iranien et il est des plus
vraisemblables qu'il se termine par *pâscik, le correspondant
rigoureusement exact dans le dialecte du Sud -Ouest, c'est-
à-dire dans le parler du Fars, du ^pâhrak du dialecte septen-
trional ou arsacide qui nous est conservé en arménien sous la
forme pahak (Hlbschmann, Armen. Gr., p. 217); l'un et l'autre
répondent également à un ancien "pûdraka- et signifient r celui
qui surveille , qui garde 55. Comme le -t implosif est pour->-, on
est amené à restituer pour le début du titre *arywangan c'est-
à-dire *arivangan, soit une forme pehlvie *'rii-'ng'n qui est à
rivngn « sermon , lecture sacrée 51 ce que 'rivn k âme r> est à nvn
«âme 55 dans le moyen persan de Tourfan (cf. pour ces mots
Salemann, Manich. St., I, s. vv. ]N::xn, |Nn et |vN'nN). Enlin
la syllabe -sak-, qui reste inexpliquée, ne peut guère avoir
d'autre sens, étant donné ce qui précède, que celui de «réci-
tation à haute voix, débit solennel et sacré, proclamation ?5 :
comme telle elle n'est pas attestée en pehlvi, mais elle répond
bien à un mot *sàh, représentant récent du gathique sôngha-
(noté à l'origine tIjIc; voir Andreas-Wackernagel, Nach-
richten de l'Académie de Goltingen, 1911, fasc. 1, p. iG),
avestique sanha- «récitation, annonce solennelle 55, et permet
de traduire le titre entier par «surveillant de la récitation (ou
62 JUILLET-AOUT 1911.
lecture) du prêche 77. Ainsi la transcription chinoise du troi-
sième titre ne serait pas moins satisfaisante que celle des
deux premiers : sans insister sur les valeurs de l'initiale
*at- et des trois derniers monosyllabes -sak-pa-sak qui n'ap-
pellent pour ainsi dire pas de remarques, il sera permis
de signaler que la transcription de *wan par f^ honan a pour
parallèle celle de -mw-dans nirvana par il houan (voir Julien,
Méthode, p. 112, n" /loi). Quant à j^ hicn, ancien *gyan, il
sert à transcrire (mn- dans Gândliâra (ap. St. Jolien, Méthode,
p. 126, n° 626).
Il ne paraît pas très facile au premier al)ord de se rendre
compte du rôle des trois prêtres dont on vient d'essayer de
rétabhr les noms sous leur forme première, ni de les replacer
dans leur miheu réel. Pour commencer, nous ignorons s'ils
diffèrent purement et simplement au point de vue de leurs
attributions ou s'ils se distinguent au point de vue hiérarchique.
Pourtant le fait qu'ils sont au nonibre-de trois donne à penser
qu'on doit retrouver ici quelque trace de la division de l'éghse
manichéenne en cinq échelons, tell&que les manichéens orien-
taux au moins l'ont connue (cf. Kessler, Forsch. ûber d. Manich.
Piel., p. 366, note 1). La formule d'abjuration de l'église
grecque vise en effet nrant les wpursji ou sKXexTo: ci les àxpoa-
zcci : TOvs. . . StSaaxdXovs nai èTîKJKàirovç kcli 'Hfpsaëvrépovs , et le
Fihristu 'l-ulûm donne de façon rigoureusement parallèle trois
ordres de prêtres superposés aux deux ordres des rtelectiw et
des "i auditores 55 : jt*:i! cLoî ^j_j._,totl! aJ-muaUmiûna 'ahnau 'l-hilm
aies docteurs, iils de la patience w, |oJi pLoI ^jyJ!^X\ (d-
mitsfmim(?yîma 'nhnau l-ihn « ceux du soleil (?) , fils do la science
(doctrine) n, JJUJi tXiJ\ ^j^.*,j<MJtl\ (d-ijdHmmûna 'abnuu 'l~aql r^ les
prêtres, iils de la raison ^\ 11 semble bien que ce soit le dernier
des prêtres nommé dans le document chinois que nous devons
à M. Pelliot (|ui réponde au premier de ceux que citent les textes
QUELQUES TERMES TECHNIQUES BOUDDHIQUES. 63
grecs et arabes. Mais il n'importe que le point de départ de
rénumération diffère pourvu que l'ordre soit le même; d'ail-
leurs il ne faut pas oublier que notre anonyme chinois ne
parle pas des deux divisions ^laïques??, si toutefois on peut
appliquer cette désignation aux «electiî). Il reste que le SiSd-
(jKcCko?, le muallmi et le *' viv ng nsfih pâsak paraissent bien se
correspondre; le rivng'n a dû être en effet un grand moyen
d'enseignement : d'après l'apologue que contient le fragment
M. li-j (F. W. K. MûLLER, Hamhchnflen-Reste , II, p. 85), il
est comme t^ l'ombre d'une maison?) qdg syg, que les auditeurs
font à la foi. C'est un péclié grave de le négliger (fragment
M. 177, Handschriften-Reste , II, p. 88), et on l'accomplit en
présence d'un qyrbqr grand personnage qui a des visions de
l'au-delà, qui est prophète ou missionnaire, comme le souligne
justement M. Salemann (^Manich. St., I, s.v. iz^i^'d) et, qui
sait? peut-être aussi ^'rivngânsâli pâsak.
Le deuxième rang appartient au «chef de la doctrine 55
d'après l'anonyme chinois, à VsTrîaKOTros d'après les Grecs, ce
qui est peu précis, à' des personnages d'emploi difficile à défi-
nir, semble-t-il, d'après le Fihristu l-idmi et le titre restitué
de *xruxwiln. Pourtant il est à peu près certain, on l'a vu, que
ce mot recouvre lettre pour lettre pehi. xnvxwn- et sogd.
xrwhxivn des documents mis à jour à Tourfan par les Alle-
mands et publiés par M. F. W. K. Millier. Il est remarquable
dès lors, que dans le fragment M. 6/i (F. W. K. Mïller,
Handschriftcn-Picsle , II, p. 99) xrirhxwn apparaisse dans l'une
des notes à l'encre rouge qui indiquent par qui et comment
doivent être chantées les différentes parties d'un hymne : un
certain morceau est attribué au xrwhxivn, un second doit être
chanté (?) sur le même air, un troisième enfin donné en
réponse par le chant des amis; d'où il ressort que le xrivhxivn
jouait un rôle propre d'officiant dans certains services rehgieux.
Il est aussi bien probable que dans M. 176 verso (F. W. K.
64 JUILLET-AOLiT 101 1.
MïLLER, loc. Jaud., p. iô ^y les xrivxw'n- dont il est question
après le shry'r r souverain 'i n'étaient pas de simples mortels,
mais des prêtres.
Ce mot xrwxivn- est d'ailleurs remarquable ; son étymologie
est claire et il est évident qu'il s'agit de « celui qui fait retentir
l'appel 55 ; M. Salemann traduit par «der Rufer?: (cf. Mamch,
St., I, s.v. ]Nl'2n5). Or çd'appel:5 joue un rôle considérable
dans le manicbéisme des documents originaires de Tourfan , où il
paraît bien désigner sans plus la bonne doctrine : le prophète
manichéen quitte Babylone, ainsi qu'il le dit lui-même, afin de
w faire retentir l'appel, xrws'n xrivs, à travers le monde 55
(F. W. K. MûLLER, Handschriften-Reste, II, fragment M. Il,
p. Ba, texte et note 2); la religion manichéenne est appelée
« grand appel 55 xrwsg wzrg (F. W. K. Muller, /oc. laud., M. Sa,
p. 62) et le triomphe de la vraie foi au dernier jour est celui
du c: grand appel 51 w:rg xrœh iihid., M. A'yS h, p. 28) ou de
l'çt appel 55 xrivh [ilnd., M. 4 7 2, p. 18). Ainsi qu'il est naturel,
le mot «appel 55 entraîne ceux de c^ réveil 55 et de «réveiller 55
iinjgrs-{ihid., M. k, p. 53; M. 176, p. G2; M. 32, p. G2)
et la distance n'a guère dû être grande, comme on voit, entre
le «maître de la doctrine 55 et celui «qui faisait retentir l'ap-
pel 55. D'après le Fihnstu l-ulûm, ce prêtre serait (jM^fwJtl;
G. Fliigel a longuement discuté cette forme dans son édition
du passage concernant le manichéisme, aux pages 2()/i et sui-
vantes, où il a montré (jue l'on se trouvait en présence d'un
dérivé de (j**«i « soleil?) : il s'y est décidé pour le participe
passif ^J^^<JJ^ mmammas auquel il a attribué le sens d'« illu-
miné par le soleil 5:, parce que, selon lui, la forme active, qui
eut signifié simplement rr prêtre, adorateur du soleil 51, eût pu
convenir à n'importe quel manichéen. Tous, en effet, se tour-
naient d'abord vers le soleil pour prier; vers la lune ou vers le
Nord à son défaut sculemcnl (cf. kEssu;r. , l'orscli. iiher d. Ma-
QUELQUES TERMES TECHNIQUES BOUDDHIQUES. G5
nicli. Rel., p. 2/1 5-2/16). Mais cette dlificulté s'évanouit
si jM^fwJlî est \q xnvxivn- ; car si chaque fidèle manichéen est,
à l'heure de la prière , ^y^^^ù^ mmammis ^ participant au soleil,
adorateur du soleil » , celui qui l'est de fondation , de par son ca-
ractère sacré et son rôle liturgique, c'est avant tout le xrtvxivn-
« celui qui appelle w tourné vers le soleil. S'il en est ainsi, on
pourrait lire (j,f^4^X\ dans le texte du Fihrist et l'on échap-
perait à l'interprétation un peu forcée de Fiiigei, qui était
réduit à introduire dans le manichéisme une illumination, une
inspiration solaire malaisée à admettre.
Le titre du troisième prêtre est à peu près insignifiant en
grec et en arabe; tout ce que l'on peut dire du ^pscrêinepos
grec et du (j**>s*>*^ arabe qui n'est que le syriaque JLa*ax>
^'apsaêvTspQSTi, c'est qu'ils désignent l'un et l'autre des reli-
gieux de rang modeste. L'anonyme chinois, avec sa désigna-
tion de «maître des vœux 57 et la transcription du titre ira-
nien, nous apprend bien davantage; grâce à lui nous savons
que le ^psa^vispos manichéen était spécialement préposé
aux vœux, c'est-à-dire aux prières. Car les prières des
manichéens sont avant tout des bénédictions, des glorifi-
cations et ont tout à fait l'allure d'hymnes ou même, par
endroits, de litanies (cf. Flûgel, Mani, p. 807 et suiv. ; Kkss-
LER, Forsch. ûber d. Manicli. Rel., p. 9 4 3 et suiv.) : aussi le
verbe 'fwnjdn, écrit aussi 'pwnjdn, qui n'apparaît pas moins de
neuf fois dans les documents manichéens pehlvis de Tourfau
publiés jusqu'ici, n'a qu'une seule fois le sens de cr bénir jj en
parlant delà faveur des dieux envers les hommes (F. W. K. Mil-
ler, Handschriften-Reste , II, M. liS , p. 78); dans les huit
autres cas où il est fait usage de [fwrydn, c'est dans le sens de
«louer, exalter» la divinité, seule façon de s'adresser ;\ elle
si l'on excepte les actes de contrition. L'on voit le fidèle
employer côte à côte et presque comme des synonymes
66 JUILLET-AOUT 1911.
nmbrym et 'pivrym rje rends hommage jj et ttje rends
louanges r à la gloire de Mani et à Mani lui-même, à Bar
Simus et à Bar. .?. . (F. W. K. Miller, hc. laud., M. h,
p. 58 et 59; cf. aussi ihid., M. 176, p. Go). D'autres fois
'fivrydn et louer w figure h côtd de nnihnjni «nous rendons hom-
mage î^ et de '"sCijni «nous célébrons 17 (F. W. K, Mïller, loc.
laud., M. 3 9 4, p. 7/1) ou du verbe «célébrerai *''stwdn, seul ou
non (^ibid., M. 555, p. 7/1: Sll:ungsherichte de l'Académie de
Berhn, i()o/i, p. 35oj, mais sa valeur est constante. Le sub-
stantif qui lui répond, yi'ijn, est employé sensildement aussi sou-
vent dans le sens de «bénédiction des dieux v que dans celui de
«louange (prière) aux dieux 77; et il y a de cette dernière signi-
fication quelques exemples décisifs : dans le fragment M. 2
(F. K.W. Mlller, Handsihriflen-liesle, II, p. 3o) Mari Amu
raconte qu'il est resté deux jours en prières devant le soleil :
dw rwcg pd 'pryn . . .pys œmr.rsyd. La communauté des mani-
chéens, qui n'entre en relation avec la (hvinité que par la prière,
dit par ailleurs elle-même (ju'elle lui olTre '/ryn «la louange 55,
ou 'fryn 'ivd "sCwym (ou 'sCwym) «la louange et l'éloge 5:;
ainsi dans M. k, par exemple (F. W. K. Miller, Ihind-
schri/ien- Reste, II, p. 5{)), où il est dit : Uv pdyr y {rm^ dyn
. . . 'vt'yii 'ivd \st'ysn « toi , reçois de la communauté entière . . .
louange et éloge 5\
Si l'interprétation qui vient d'être tentée du curieux témoi-
gnage chinois que la grotte de Touen-houang nous a conservé
sur le manichéisme d'Asie centrale se vérifiait, on retrouve-
rait, en somme, dans chaque temple manichéen du Tur-
kestan cliiiiois les trois rangs de prêtres qui constituent les
trois ranjjs su|)(''ri<'urs de l'Eglise manichéenne; et l'on coimaî-
trait, tout au moins, les titriîs et fonctions du clergé attaché
à chacun des sanctuaires. Malheureusement, malgré la rigueur
(jue l'on s'est eiforcé d'observer dans les équivalences pho-
nétiques et les restitutions linguistiques, ce qui précède ne
QUELQUES TERMES TECHNIQUES BOUDDHIQUES. ()7
peut et ne doit être qu'un essni de reconstruction. Nous ne
sommes pas assez bien informés sur l'ensemble des dialectes
moyens iraniens, sur la transcription chinoise des noms autres
que sanskrits, ni sur les choses d'Asie centrale, pour pouvoir
atteindre ici beaucoup au delà du probable.
LES EMPRUNTS TURCS
DANS
LE GREC VULGAIRE DE ROUMÉLIE
ET SPÉCIALEMENT DANDRINOPLE,
PAR
LE P. LOUIS PiONZEVALLE, S. J.
PROFESSEUR À LA TACULTÉ ORIENTALE,
UNIVERSITÉ SAINT-JOSEPH, REYROUTH (sYRIe).
AVANT-PROPOS.
La présente étude s'adresse spécialement à deux catégories
de lecteurs : premièrement, aux amis du grec moderne vul-
gaire, quel que soit, d'ailleurs, le degré de corruption sous
lequel se présente un de ses dialectes; deuxièmement, aux
amis de la langue populaire turque-ottomane. Les premiers y
prendront plus intimement contact avec un des idiomes grecs
les plus répandus, puisqu'il s'étend sur les deux tiers environ
de la superficie de la Turquie d'Europe. Sans doute , ce n'est
qu'un des aspects du grec de Roumélie et, il faut le dire, son
aspect le moins hellénique, que nous essayons de fixer aujour-
d'hui; mais le fait qu'une foule de mots ottomans se sont
incorporés dans ce parler vulgaire et s'y sont, pour la plu-
part, comme naturalisés en s'afFuhlant du costume grec'^',
C' Un exemple entre mille de cette grécisation d'un mot turc : le verbe
^3.J•i^■) [allamàk ffsautern), est devenu aiXadù , dis, ou ctiXadiiov ^ fut. iaou.
Les terminaisons /^oo , iaorj sont dialectales pour /^w, 'tryco. Nous y revien-
drons plus loin. L'étude de M. St. B. Psaltès, Qp'tutKoi, sur le grec de Qyrq-
Kilisé (Athènes, Sakellarios, igoS, Biljliothèque Marasli), ne comprend pas
les emprunts au turc-osmanli.
70 JUILLKT-AOUT 1911.
suffit, je crois, pour y intéresser ceux qui s'occupent de dialec-
tologie grecque. Les amateurs de turc populaire trouveront
aussi, nous l'espérons, quelque profit à parcourir ces pages.
Et d'abord, la prononciation dialectale de tel mot turc, qu'on
clierclicrait vainement dans les dictionnaires ou dans les gros
suppléments comme celui de Barbier de Mevnard, cette pro-
nonciation, dis-je, est, en plus d'un cas, exactement donnée
par notre transcription grecque du même mot hellénisé. Les
exemples n'en manqueront pas dans If cours de ce travail;
constituant dans leur ensemble un petit supplément phono-
logique pour le turc parlé. Mais il y a plus. Au point de vue
sémantique, les lexiques nous ont paru plus d'une fois in-
complets : bien des nuances, des acceptions courantes, aussi
bien chez les Grecs que chez les Turcs, n'y sont pas mention-
nées ''); nous nous sommes fait un devoir de les signaler en
leur lieu , complétant ainsi sur certains points le vocabulaire
turc.
''' P. ex. i(! mol Jjj' = T£^£;t', pour loqucl los (liclionnalros no donnonl que
ie sons do «rluniier, Ijouso do {jros Ix'-taih^ Or nous avons entendu le mémo
terme employé couramment par toute la poj)ulation tliraco au sens de tr|![ru-
meau, motte do terre^î.
Voici par ordre do date, los prin(i[pau\ dictionnaires turcs que nous avons
pu consulter :
d.LxJj^-u/. Vorabulano italiano turchescha, compilato dal M. R. P. F. Ber-
nando ba Parigi, Predic. capuc. . . h vol.,Ronia, Impr. Propag.. iGCf).
T.-X. BiANCHi, Dict.J'ranç.-turc, 9 vol., i8i3.
T.-X. BiANCiii, Dict. turc-franc., a vol., 18.^)0.
J. W. Rkiiiioiisk, a Lcxicon Euirlish ami Turhish , liOndon , 1861.
N. Mali.ol'f, Dict. turc-franc, avec la pi'niionciat.Jlg,^ -i, \o\., 18'),"}.
M. I^AVET DE Coi;rtkii,lh, Dict. turk-nrienlal , I^aris, 1870.
A.-G. Baiuiikr i)K Mkynm\d, Dict. ttirc-fr., Supplément aux Dict. i)uhlii'.t
jusqu'à ce jour, a vol., Paris, 1881 et i88().
Cil. Samy-Bey FiiAsciiEiiï, Dict. turc-franc. , Conslantinople, 1885.
N. HiLMi. Dict. de poche ottoman-franc., Constantinojjlo, i.S.St.
R. YoussoiJF, /)ic<. Iiirrfranç. , en cavarlrrex lalinn cl turcs, ;> vol., Constan-
linople, 1888.
\\ . WiESKNTinr, , Dict. lie iiiirlir fritnr.-lurc . '?' ('(lit., i8().^)
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 71
On se demandera peut-être, en examinant les fdes de
mots turcs que nous citons comme ayant passé au grec, si
nous n'en avons pas allongé la liste à plaisir. Notre réponse
est que ces mots d'emprunt ne sont pas tous d'un usage éga-
lement étendu parmi les Rouméliotes. Les uns ont le privilège
d'être seuls employés par ces derniers ^^' : nous les avons mar-
qués d'un astérique '-'. On constatera qu'ils sont encore assez
nombreux; parmi eux, les noms abstraits ^^^ et les noms de
profession occupent une place très importante ^'l D'autres
mots turcs sont employés concurremment avec des synonymes
d'origine grecque ou étrangère : nous signalons la plupart de
ces derniers, avec les différences de nuances qui peuvent les
caractériser. Plusieurs termes enfin sont d'un usage plus rare,
plus local (Andrinople ou environs), ou plus exceptionnel,
comme la catégorie de mots et expressions qu'un Grec n'em-
ploie qu'avec une pointe d'ironie, pour imiter ou contrefaire
('^ Quand nous disons Grecs, Thraces ou Rouméliotes, nous entendons aussi
généraiement les Levantins; le lecteur sera averti toutes les fois qu'il y aura
entre eux des divergences notables. Nous faisons cej)endant remarquer, une fois
pour toutes, que le Levantin est plus porté à employer des mots d'origine
turque; carie Grec, à raison di> sa langue liturgi([ue et politique, est tout
naturellement en possession d'un vocabulaire hellénique plus étendu. Autre
circonstance aggravante pour le parler des Levantins : c'est leur grande pro-
pension à gréciser des mots d'origine italienne, française, etc. : d'où il suit
finalement que le grec de Roumélie, très pauvre et très corrompu par lui-
même, l'est encore davantage sur les lèvres d'un Levantin : c'est vraiment un
jargon, dans toute la force du terme.
'-' Parfois l'astérisque n'afifecte qu'une des signilications du mot emprunté.
(^' Souvent le nom alistrait d'origine grecque existe parfaitement et serait
d'un usage commode; le Rouniéliote lui préfère cependant l'abstrait turc
(à désinence turque hellénisée), même quand pour le concret correspondant
il a recours à un terme grec ou d'origine franque; p. ex. : âêo{v)Kâioijs «avo-
cat" aurait pu devenir dëo{v)KOLT£fo «profession d'avocat". Nos Rouméliotes lui
préfèrent àëo[ij)HOLtXjJK'. La désinence turque ^, grécisée en A/«« ou Ai/«< sui-
vant les règles de l'euphonie turque, lui sert admirablement à cette fin.
'*' Les substantifs en gris (5) pour les artisans, marchands, etc. sont légion.
Nous n'avons tenu à citer que ceux dont la première partie est turque : ieKsp-
[jvs ttconfiseur»; aumipguegijs (tmarchand de balais", etc.
72 JUILLET-AOUT 191 1.
les Turcs, par exemple llièfte, S^jxâvfxa, pour dire : «gare!
ne me touche pas, ne t'y frotte pas^^; (3ovp 'tsixrXaa-tjv «frap-
pe, qu'il crève = sus au misérable! pas de quartier! w Enfin
l'emploi du même mot turc variera souvent avec les localités,
selon la prédominance de l'élément turc ou grec : les nuances
se multiplient ici presque à l'infini, et il serait aussi inutile
que fastidieux de vouloir les cataloguer; mais un fait général
qu'on ne saurait assez constater, c'est que le grec d'Andrinople
est incomparablement plus émaillé de mots turcs que celui de
Constantinople, — la capitale cependant du monde ottoman
depuis quatre siècles et demi !
La chose peut paraître de prime abord étrange; mais elle
s'explique facilement par un examen rapide de la situation
géographique et ethnographicjue et des destinées très diverses
de ces deux grandes villes. Andrinople fut, depuis 1862 —
deux ans après avoir été enlevée aux Grecs par Amurat P' —
jusqu'à la prise de Constantinople, la capitale de l'empire otto-
man : ce qui ne put que favoriser l'introduction, dans l'idiome
grec, parlé chez elle, de toute une terminologie adminis-
trative, militaire, financière et, par-dessus tout, pratique, facili-
tant les rapports journaliers de deux grands peuples. Le siège
du sultanat une fois déplacé, on pouvait s'attendre à voir
les Grecs revenir quelque peu à la pureté relative de leur
idiome; il n'en fut rien: l'élan était donné: Andrinople était
et elle resta un grand centre ottoman. Son farouche isolement
au sein d'une plaine extrêmement fertile et giboyeuse, mais
à population très clairsemée, isolement dont les sultans de
Constantinople continuèrent à venir jouir durant de longues
années '' , la longueur et la dilliculté des voies de communi-
''^ En |il('m lii\('i' (II' i(i7n, l(> m;ir(|iiis di' Noinlcl, iimliass;i(l(^iir' de
Louis XIV an|)r(''s do Moliamiiicd IV, doit vonir Iroiivei' le sullaii à Andiiiioplo.
La première renconlre (>iit lion dans un décor rien moins (iiroiriciel. ffNos
voyajjeiirs, dit M. Allieii \andal, virent jiasser deviinl eux, coinnie en un tour-
EMPRUNTS TUjCS DANS LE GREC DE ROUMÉLIE. 73
cation avec Constantinople, la Grèce et l'Europe, la rendirent
pour ainsi dire imperméable aux influences du dehors. Il en
allait tout autrement de son heureuse rivale, dont la situation
unique, au carrefour de l'Europe et de l'Asie, avait déjà fait
depuis des siècles, la ville cosmopolite par excellence. L'arrivée
des Turcs dans ses murs eut beau y introduire de nouvelles
mœurs avec un nouveau langage, la compénétration ne put
s'y faire comme dans les villes de l'intérieur : le cosmopoli-
tisme de Byzance se survivait dans celui de Stamboul : négo-
ciants des républiques italiennes et de toutes les grandes
nations européennes, Grecs des îles ou du continent, voyageurs
à destination de l'Europe orientale ou de l'Asie, enfin ambas-
sadeurs avec leurs suites parfois très nombreuses ''' continuèrent
d'aflluer au Bosphore, empêchant, par ces apports constants
de civilisation européenne, la langue des vainqueurs d'envahir
celle des vaincus au même degré que dans les villes continen-
tales. Ce n'est pas que le grec de Constantinople soit demeuré
bien pur de tout alliage turc -^, le contraire aurait été une
vraie merveille glossologique: mais une comparaison som-
maire, que nous avons plus d'une fois faite sur place, permet
de constater combien plus profondément l'idiome grec de Rou-
mélie, vocabulaire et phonétique, a été atteint parla domina-
tion ottomane.
bilton , une rapide chevauchée : ce n'est rien moins que le sultan Mohammed IV
lui-même en équipage néglifjé, revenant d'une de ses parties de chasse qu'il
menait avec une ardeur infatigable et fiévreuse.'' {Les vdijagea du Marfjuia de
Nnintel [1670-1680], par Albert Vandal, de l'Académie française, 2° édit. ,
p. 57.) La suite du récit montre à quel point Andrinople était restée ville
turque , ville islamique et khalifale.
('' Cf. A. Vandal, ibid., p. 55, 116 et passim.
'"-' Une oreille exercée dislingue assez facilement un Constantinopolitain
d'un Smyrniote, et à l'avantage de ce dernier, au moins pour la grécité des
termes. Mais à côté de l'un et do l'autre, l'Andiinopolitain — s'il n'a pas honte
d'user de son patois hors de chez lui — serait presque pris pour un Turc par-
lant grec.
74 JUIhLET-AOUT 19 y.
Pareille invasion de mots nouveaux n'a pas été, on le pense
bien, sans faire subir de profondes moditications aux phonèmes
grecs eux-mêmes; et cela non seulement pour les termes ainsi
introduits, mais encore pour le répertoire entier, quelles que
soient ses diverses provenances. Rien déplus curieux, en effet,
que d'entendre parler un Rouméliote : le ton général, la moda-
lité de son grec est quelque chose sni generis qui surprend au
plus haut point des personnes même familiarisées avec d'autres
dialectes *^l C'est que les sons les plus étrangers à la langue
grecque s'y succèdent comme b, dj, d, ga, j, <^h, ^cAi kch; u,
eu, ê turc'-'', mêlés aux sons propres au grec : (2, y, S, 0, ^.
A la réflexion on constate que l'alphabet rouméliote s'est en
somme enrichi de toutes les voyelles et consonnes de l'alphabet
turc qui lui manquaient, ni plus ni moins. C'est ce qui nous a
déterminé à suivre, pour notre présente étude, l'ordre de l'al-
phabet turc. Cf. infra, p. 78 et suiv.
Est-ce à dire toutefois que ce soit là l'œuvre exclusive du
commerce avec les Turcs ottomans? 11 serait, je crois, très faux
de l'affirmer. Quand Andrinople fut prise par Amurat P'' en
i36o, bien des mots étrangers d'origine franque, slave, alba-
naise, valaque, etc., devaient y être courants '^^, comme de
<'' J'ai rdiimt une personne ayant lonjjtomps lial)itô Chypre, où cependant
le lanjjajje des paysans est bien curieux aussi, ne pouvant, durant des années,
retenir son liilarité, en entendant parler le pur andrinopolitain.
•■^' Et cepenflant nous n'étonnerons personne en affirmant que les Grecs,
même les |)lus cultivés, s'ils ne s'y sont pas pris assez à temps, ont les plus
(^rosses difficultés à vaincre ])our prononcer facilement et correctement nos
sons vocaliques u et eu, ainsi que les palatales^, dj , et les chuintantes ch, tch,
kch. Rien de plus fréquent que d'entendre un Grec de la haute société dire :
rZé' souis très Ikm'»'' d'in sôsen pour «je suis très heureux d'une chose»; on
liicn en patlanL lurc : ctguétirédzék, ynitmis'î pour ff(i[uétirédjék, ffuitmicli^i.
l/Andrinopolilain , avec la richesse dos sons cpie conqiorle son dialecte, écha|)pe
à ces difficultés.
(■'' Cf. l'intéressant travail de M. A. Triandaplnllidis siu- les mots étrangers
dans le jjrec médiéval : Die Jjcliiiwiirtcr d. mUlpIip-ii'ch. Vuljinrlilrratur, Strass-
hnrjj, K. Tniliner, 1909. Col ouvrage, hicn diiciuncnh' et muni de plusi(>urs
EMPRU^TS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 75
nos jours, ce qui facilitait même singulièrement l'introduction
de la langue ottomane au regard de la prononciation. Mais à
voir la quantité vraiment énorme de mots et de locutions
turques qui défilent dans le parler courant de Roumélie, on
n'hésite pas à attribuer à l'élément osmanli une part très
notable dans la transformation profonde subie par la phoné-
tique grecque dans ces régions.
Un des phénomènes les plus caractéristiques de cette méta-
morphose (mais où le slave peut être aussi bien en cause que le
turc), c'est l'emploi extrêmement fréquent, dans les mots grecs, de
la chuintante ch (s) et de ses composés xs, ts , pour les sifflantes
a-, ^, T(T. A force de prononcer ou d'entendre prononcer autour
de lui des mots turcs en ^ji, ^, et des mots slaves en ui-sa,
ij,-tsa, iu,-stsa, le Rouméliote a fini par transporter ces sons
dans le vocabulaire même de sa langue native; non arbitrai-
rement toutefois, car l'expérience atteste qu'il a suivi en cela
certaines lois de phonétique, difficiles peut-être à analyser, mais
qu'on peut réduire à cette formule : devant les sons e et < , la
sifflante se change ordinairement en chuintante : sv, pour a-û,
r.toiw; Ksevpsts [prononcé couramment «sVp's), pour leupet?,
«tu sais 55; ixt Tsvyii^stjès , pour {xè tss vyis7ss''^\ «bon appétit 75
index ljil)liograpliiques très complets, nous a été un excellent appoint pour
notre étude, spécialement pour la partie étymologique. Le ton très modéré de
l'auteur en ce qui concerne la question si brûlante du grec vulgaire est une
garantie de plus pour la justesse des solutions qu'il propose. Nous lui en vou-
lons seulement d'avoir tellement multiplié les sigles abréviatifs, que la leclure
de son ouvrage devient par moments un véritable casse-téte.
''' D'autres écrivent (lè jais ôyteiais, ou même raïs. 11 nous semble que les
uns et les autres, tout en conservant aux mots un cachet plus grec, n'ont pas
de raison suffisante d'en agir ainsi. Les seconds transportent à l'accusatif fémi-
nin pluriel l'accent circonflexe du datif (car c'est bien l'accusatif que gouverne la
préposition ftè, apocopée de (J-stol); les autres gardent bien l'accent grave de
l'accusatif littéral ràs, mais on ne voit pas pourquoi ils remplacent la voyelle
simple a modifiée en e, par la diphtongue a<. Quant à vyieTss, voir dans
H. Prrnot, Grammaire grecque moderne, Paris, 1897, Introd., p. xxix , une
■xcollontc raison de l'écrire aussi avec un e désinentiel au lieu de at.
76 JUILLET-AOÛT 191 I.
(mot à mol : -ravec les santés ^7; comparez l'arabe vulgaire
Au contraire, devant les sons a, 0, ou, la sifllante persiste :
craKKOvXix « bourse ??; <j(x)vov, pour o-^rw, «linu'w; crovyAci.,
pour crovëXa «broche?).
Ce principe ne concerne que les mots d'orifjine grecque:
car pour les autres, ils ont été adoptés avec leur prononciation
propre, par exemple rsaX), du turc <jU- "buisson épineux,
chardon w ; T<Tapov^', guêtres et semelles grossières des paysans
bulgares, mot d'origine probablement slave ^". C'est la raison
pour laquelle nous n'avons pas fait entrer en ligne de compte
les sons vocaiiques e, eu, ê, qui n'ont rien à voir avec ie grec
proprement dit; cf. p. 7 y, note.
Le même principe vaut pour une autre permutation conso-
nnntique analogue à la précédente, celle de ^ en j français
(j turc) : dbavoj' , pour àêavo^i. r.é!)ène7v, jsvyov, pour ^suyco,
«atteler 55, fut. 6à jé^ov; jéh^ ^ pour ^sa-lri, « chaleur w; Jrjvov-
Ëia pour Tjrjvoëi'a, Zénobie; mais i^apôvov «plisser, froisser 5?;
^rvov -animal 75; ^ol/ttÔ) rt presser, comprimerai, etc., parce
que le K est devant les sons a, 0.
(iCtte double particularité, avec plusieurs autres qu'on a
déjà pu entrevoir dans les exemples précités (ou pour 0, w;
i pour £, etc.) et sur lesquelles nous reviendrons, constituent
la principale originalité du parler andrinopolitain.
On conçoit qu'avec cette multiplicité de sons harhares intro-
duits dans la belle langue des ancêtres, l'alphabet grec soit
grandement insullisant pour une étude comme la nôtre, où
ce que nous cherchons avant tout, c'est la reproduction aussi
exacte que possible d'une portion notable de l'idiome de Rou-
C Nous (lisons f |)roli;ilil(>tn('iili , luircc (jnc la prc'sonrf» du mol liirc
jj.L>. îivcr le mr-ino sons, scmlilc r;ilrc (jiicliiiic (lilTiciiilô.
EMPRUNTS TUJÎCS DANS LE GREC DE ROUMÉLIE. 77
mélie. Force nous a donc été de recourir à des lettres d'em-
prunt et à des caractères de transcription. Nous avons maintenu
les lettres grecques partout où la chose nous a été possible;
mais pour éviter une fois pour toutes des confusions regret-
tables, nous avons renoncé au complexus f/ê si usité dans le
grec moderne pour rendre le son b; nous employons tout sim-
plement la lettre française ci-dessus, laissant toujours aux
caractères f/€ la valeur qu'ils auraient dans un mot d'origine
grecque. Les groupes yy, yji, vk prêtent aussi à la confusion,
puisque le grec actuel les prononce généralement ngu; nous
les avons évités, et nous représentons ce composé par vgu ou
vg, selon la voyelle qui suit; vk se prononcera donc comme
il s'écrit : nh; yx. équivaudra aussi à gk (avec les différences
qui distinguent le y du è.). Même remarque pour les lettres
vT, que les Grecs prononcent nd. Nous leur laissons leur
prononciation originelle, indépendante de leur position res-
pective : êvTap] = entari; et nous employons vd pour l'autre
cas : é(pévdrj$. Quand toutefois un mot turc est très courant
dans tout le grec parlé, comme c'est le cas de ce dernier, nous
indiquons entre parenthèses son orthographe ordinaire : ê(pév-
Tï]s, d(pevTi}i6ç. Pour les autres lettres ou signes, voir le tableau
de la page suivante.
Toutes les articulatipns étrangères admises dans l'idiome
thrace ayant leur représentation graphique dans l'alphabet
turc, c'est l'ordre même de cet alphabet que nous avons suivi
dans notre travail. Après avoir cité le mot turc emprunté, nous
en donnons la transcription en lettres grecques (avec recours
aux lettres françaises et aux sigles, comme il vient d'être
dit) '^'. Si le mot turc est entre crochets [] , c'est signe qu'il n'est
*'' Sans doute les puristes, défenseurs à outrance de la rrKudapevovaav, nous
en voudront d'offrir aux regards un grec écrit si peu à la grecque et présen-
tant un alliage si bizarre de lettres helléniques, françaises et autres. Notre
excuse pour la Jiarbarie des signes est tout ontière dans la barbarie des termes
78 JUILLET-AOUT 1911.
pas employé isolé parles Grecs, mais bien dans une locution;
s'il est entre parenthèses, c'est que nous ne l'avons trouvé
dans aucun des dictionnaires à notre portée , et que son ortho-
graphe est purement hypothétique, basée sur la prononciation
entendue par nous aussi bien chez les Turcs que chez les
Grecs.
Voici l'alphabet turc avec les lettres grecques ou les sigles
correspondants :
I = a ou toute autre voyelle, selon l'accent ou la lettre de
direction turque : 5 , ^1 , ^^i , ! .
c_> = i français.
*_> =^ 7r.
ci> = c7. Le ne se rencontrera que dans les mots grecs que
nous serons amenés à citer, ou dans des mots turcs gré-
cisos dans lesquels se manifestera un phénomène d'assi-
mdation consonanti(jue : tu^S'hovs rdVaisw, pour xa^s-
S'xovs (^TaléS iKOsy
^ = X l Avec des nuances que nous signalerons en leur lieu '^l
• = y < Parfois le ^ ne sert qu'à redoubler la voyelle qui le
( le précède : o»^aa« = fxao-XaaT'.
(ju'ils ropréscnlont : cos termes ont acquis droit do cité dans le jjrec de Rou-
méiie (et d'ailleurs) et cependant ils y ont [jardé une vraie autonomie, l'auto-
nomie Tplionéti([U(M5. Ce serait un vrai non-sens que de vouloir les jeter dans
un moule soi-disant lieih'nifpie d'où ils sortirai(>nt délijjurés, méconnaissables,
et, souvent, {juère plus esthétiques de l'orme : àf^êar^))? rrieutriern, matériel-
lement faux, n'est pas moins laid que dhagiis, etc.
('* Rappelons qu'en |;rec moderne, le y et le ;t sont considérablement plus
j;ntturfuix devant les sons a, o, ov, que deviint £ et ».
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE RUUMÉLIE. 79
i = Ç. Même remarque pour le S que pour le 6.
;=^-
j =y français : jasmin, jupon; très souvent employé au lieu
du t
j- = 0-.
(ji = s; remplace très souvent le a, même dans les mots
d'origine grecque.
(jp=(T (parfois emphatique).
(jb=^ (parfois emphatique); f/ (parfois emphatique).
L, =t (parfois emphatique).
li =^ (parfois emphaticjue).
ç- = a (parfois emphatique). Très souvent ne se prononce pas,
ou bien n'a d'autre effet que d'allonger ou d'assourdir
légèrement la voyelle précédente.
^ = 7. L'identité de son n'est pas parfaite ; mais devant les
voyelles a, 0, ov, la prononciation du y se confond
presque avec celle du gain. — Souvent cette lettre est
très faiblement prononcée, comme ^, f , ^, Nous la re-
présentons parfois par '.
o = (p.
(i = x (parfois emphatique).
d) = X : k français adouci. C'est le kiâfi araln.
dT =gd\iv [g(x, go, gov, gij; guB, gui, gu, gueu) : kià/l fàrisî.
«2) = 1; ou J7 ; -^agy)^ noun ou sagyr kiàf.
d) =< (ou voyelle grecque similaire) : kiâjt turJd.
J = X. En général, deux X dans un mot d'origine turque
doivent se prononcer bien détachés. Devant la vovelle
durey, le X se prononce à la manière anglaise: aJl, mais
80 JUILLET-AOUT 191 1.
plus légèrement. Suivi de la voyelle i atténuée, il se
mouille.
- = a. Même remarque que pour X. i™ partie.
U=^v. Se prononce comme i2i. c'est-à-dire mouillé, quand il
est suivi du son i.
^ = ^ et autres sons vocaliques très variés, suivant l'accent
et la position : o, &)'•', ov, u, ou.
» =rien, ou esprit rude, ou h comme dans \J>.
t5 = consonne: y [y'a, y'o, y'ov, y'x , y'cn: ye. yi, yy); par-
fois ï; voyelle •.i(^r].v,ot,£i,vt, r?)^""'.
Comme on le voit, les deux consonnes grecques ^et 4^ n'ont
pas paru dans ce tableau. Nous nous en servons cependant
pour rendre les groupes consonantiques turcs y**^. jj**5 et ^j*o.
Nous représentons le * Aern^e';, soit par l'apostrophe, soit par
le redoublement de la voyelle qu'il accompagne; parfois aussi
i! disparaît complètement.
N. B. — La plupart des voyelles turques ont eu leur équi-
valent dans le tableau ci-dessus. Nous attirons l'attention sur
l'accent turc appelé èsrè, c'est-à-dire le kasra arabe accompa-
gnant une consonne dure. Gomme nous l'avons dit dans les
Mélatii>cs (le la Faculté orientale, t. 111-, Bibliogr. , p. 88*, rien
ne peut donner de ce son si étrange une juste idée aux Euro-
péens de l'Ouest; nous avons choisi comme signe approchant,
■" Qiiiiicjiic |irali(|ii('iii('iil le jjroc moilcrnc ne fasse aiiciiiK! dint-rence de
prononrialion enlre o et w, nous avons adopté ceLlc dernière lettre là où il nous
a seinl)lé que le son de o était |)lus sourd ou plus {;rave.
^^' Dans le choix de ces voyelles ou diplitoujjnes sendilaMes pour l'ortho-
graphe d'un mot d'ori(;ine turque, nous nous sommes conformé autant que
possihic à i'analojjie avec des mots similaires usités (lé'jà dans je jjrec \ulj;aire:
(^aç.^ =ixp(tt/ii<j;iii, comme -aonqTi)!. (^onnTi)s, etc.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROLMELIE. 81
mais de bien loin, 1'^ avec le son qu'il aurait dans le mot
anglais «happyj;, mais beaucoup plus guttural et assourdi. Les
Rouméliotes prononcent cette lettre aussi facilement que les
Turcs, se distinguant encore en cela des Gonstantinopolitains,
Smyrniotes, etc., qui la transforment en i.
D'autres particularités phonétiques et orthographiques se
présenteront dans le cours de cette élude , car quiconque a
étudié le turc, sait tout ce que l'alphabet arabe a jeté dans
cette belle langue d'indécision et de confusion pour l'écriture '''
et la prononciation.
Voici encore quelques signes conventionnels qui nous ont
aidé à rendre nos transcriptions plus fidèles.
Et d'abord, ^apostrophe. Outre le cas assez rare où elle rend
le hemzé, et son usage ordinaire pour l'élision, la crase et l'a-
phérèse, nous l'employons comme signe purement graphique,
pour signaler la disparition dialectale d'une lettre quelconque,
voyelle ou consonne : ixii^s^ips pour ^u^s^ipr)? «coquin, fri-
pon 11 ; jteupTiéÔ'xovs pour KeiipiréSiKOs ce frais et de belle venue w
(fruit, légume); dpxa(lo['ï]s pour dpHaddsr]?. Nous insisterons
plus loin sur ce phénomène, à propos du mot dpxadoc'rjs; mais
nous faisons remarquer préalablement que, pour la pronon-
ciation, cette apostrophe est comme si elle n'existait pas :
a'r;5 = la diphtongue dtj.
Parfois, une voyelle ne s'évanouit pas complètement, mais
elle s'atténue au point de se laisser plutôt deviner qu'en-
tendre. Le cas est presque général pour le i , désinence neutre
(pour i(^ijov). Les Rouméliotes ont pour ainsi dire horreur de
le prononcer pleinement : ce serait à leurs yeux du dilettan-
''' Certains mots peuvent s'écrire de cinq ou six manières différentes, ce
qui rend parfois extrêmement pénihle la recherche d'un terme , par ailleurs
fort simple. Nous n'avons pu nous résoudre à indiquer chaque fois les \a-
riantes graphiques : aussi hicn, notre travail ne vise-t-il pas directement le
turc.
xviii. 6
82 JUILLET-AOUT 1911.
tisme, ou plutôt du pédantisme. Nous représentons ce son,
ainsi affaibli, par la lettre correspondante, mais petite et
placée en exposant : àhavàf, xsXsTrip'; y'a^p) «petit d'un oi-
seau 55; ^eX^' «il veutw, où le X est mouillé '^^ etc. Les Grecs
emploient souvent dans ce cas le signe i (iota renversé), pure-
ment conventionnel.
Pour certains mots, nous avons constaté des variantes ou
plutôt des nuances dans leur prononciation courante. Sans
répéter le mot lui-même , nous intercalons entre parenthèses
la lettre qui fait l'objet de la variante : xapystJT{6yxov5 ^mè\é,
trouble 55 indique qu'on peut avoir -l'ji'xovs et -yO'xovs; a-axot-
rsvOyjov r.jc blesser se dédouble en a-axarevov et craxaTSvyov.
Une voyelle ainsi entre parenthèses après une autre voyelle
pourrait cependant induire en erreur, à cause de la possibilité
de constituer avec elle une diphtongue 01, si. . . =1, etc. :
nous mettons la nouvelle voyelle entre crochets dans le cas oii
pouvant, de fait, se résoudre en diphtongue, elle doit, dans la
variante, remplacer la voyelle précédente et non se fondre avec
elle : '7S£-)(Xe[i\Qdv'5 « lutteur ^\
Dans les deux autres cas : diphtongue impossible, diph-
tongue possible et réalisée dans la variante, nous laissons la
deuxième voyelle entre parenthèses : TSii^sjvpievès «bohé-
mien » ; TSo(vjbav's « berger v.
Quelle orthographe avons-nous suivie pour l'esprit, l'accent,
les formes désiiientielles (déclinaison et conjugaison), etc.?
Grosses questions en apparence, mais qui, dans le cas présent
et étant donné les éléments sur lesquels porte notre étude, ne
sont, à vrai dire, d'aucune importance.
Les mots dont nous nous occupons étant barbares, ce n'est
''^ Le eus est très fréquent avec A et v, p. ex. fxr^v'txT' hov , dp/ri y^pow^à.
Nous forons observer toutefois que les Rounit'lioles mouillent ces lettres heau-
coup plus f;iilil('iueiit ([u'ù Smyrne el muIouI (huis i-crlaliies îles de rArcliipel.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE 83
tiue par analogie qu'on peut songer à les doter d'un accent ou
d'un esprit. Pour ce dernier, nous avons adopté uniformément
l'esprit doux, sauf le cas oii un mot aurait déjà son esprit de
par l'usage de la xa6o(jitXov(xévïj.
Quant à i'accent, nous aurions voulu user d'un signe qui ne
fût ni l'aigu, ni le grave, ni le circonflexe, et qui indiquât
clairement la seule chose qui nous intéresse, l'élévation tonique
de la voix dans les mots turcs empruntés. Pour nous confor-
mer cependant à l'usage, nous avons eu recours aux accents
ordinaires choisis d'après les règles générales de quantité et
de position; préférant pour la grande majorité des cas douteux
l'accent aigu, et n'usant de la ■aspia-irofjiévrj que par analogie,
ou lorsqu'il nous a semblé distinguer dans la prononciation
locale quelque chose de plus grave ou de plus guttural.
Avec certains auteurs (Legrand, Pernot) nous avons pré-
féré écrire {xa.crovpi, (xaa-ovXt, etc., avec l'accent aigu, malgré
les raisons qui, par ailleurs, exigeraient l'accent circonflexe:
nous faisons comme si la terminaison primitive lov existait,
auquel cas la syllabe longue ou est proprement antépénultième.
On rencontrera aussi tov écrit tantôt toù, tantôt toD : c'est que
la première forme n'est autre que l'article neutre to, nominatif
et accusatif sous sa forme dialectale; son nominatif masculin
dialectal est ov, pour ô (cf. infm). Avec les auteurs susdits,
nous représentons par un iota le son /, qui remplace si sou-
vent le son classique ou vulgaire e, parfois ov : £;)(^'t< , pour
£)C£TS; t)s yvvaîxis, pour tss yvvctÏKSs (litt. toc?) ; sïS'a (e/^aj t)s
dvÔpovTTis, pour tous dvôpcÔTrovs.
Nous indiquons le genre des mots turcs grécisés quand
il peut être douteux. Un mot est généralement neutre quand il
se termine par t, <, ib^ sib (toutes formes dialectales pour lov,
lov, eïovy^ de même, quand le nominatif d'un terme est ov non
accentué, c'est signe qu'il est du genre neutre : fxtjv'dT'Kov
««salaire d'un mois w, pour (j.rjvtdTi}iov.
6.
8li JUILLET-AOUT 1911.
Quelques mots sur la grammaire du dialecte rouméliole
compléteront ces remarques déjà trop longues. Nous avons déjà
signalé au passage quelques particularités phonétiques; en
voici encore quelques-unes :
Et d'abord la chute de quantité de voyelles désinentielles
dans les substantifs et les adjectifs : év^s, ortis, olkïis, ôvtjs,
6Xvs, etc., deviennent év's, or'?, oIk's, év's, 6Vs, et dans ces
cas le V se prononce presque aussi nasal qu'en français et le X
à peu près comme les deux // dans l'anglais hcU, ail. Exemple :
ArjfxovSTév's {Ari[X0(79évi]s^, Sktttot's (^Sso-Ttoms) , AyTHrTTpctK's,
Ksivov(poji''s (Eé£i>o(piyjvr]S ]^ouv Z£vo(piov'^, Attovo-IÔX's {^Attoo-IS-
Xr]s pour A7roa-7oXo?), etc.
(XTtHOs, sTixos, yj{i)'riKOs , dSiHOs , éSixos, tji^ijSiKos , etc.,
deviennent a, s, r/r'xoy?;», é, rfS'xovs, etc.; et, ce changement
une fois efTectué, les dentales t et ^ se transforment souvent
en 6 par assimilation : dXaijad'KOvs , çjniauhsT'tcovs >^', ypiviocp'-
xovs, etc.
Même phénomène de disparition vocalique dans les verbes,
surtout pour et : zsiOalv's [^TseSalvei?^, êy^s i^'éyeis'^, xapL^s (^xdpL-
vsis) : remarquer la chute occasionnelle du v, trop dithcile à
prononcer devant a; svyL(^œv''aa{ii {^(Tvv(pcov)iaa(xev) , etc.
Le son est très exposé à devenir ou. Cela a lieu : i" dans
l'arlicle, au masculin et au neutre : ou (à), lov (to); tovv (tc/i")
[Parfois où lui-même devient v pour le inasculin!]; 2" dans
la désinence des substantifs et des adjectifs, oii os devient
régulièrement ovs (pinml il ncsl pas accentué : âvOpovTrovs, yoi'iSa-
pov5 , Ko^T.sou? (KiWTo-o? pour Y^covalav'ï'ivosy. ytavpov^, SiK^ov?\
au contraire: xoltivo?, d-)(yo5\ xakos . xanos , p^a/ufo?, etc.; 3" à
'■' Les adjoclifs do rctto forme, surtout cjuaiul ils sont crorij'iiie liu'(|uc',
ont, en {{énéral, mie double désinence masculine et féminine :
MASCULIN KIÎMININ NEUTRE
1° {jctvdh £t'ï é^'oa )
'ï' ijavah éi'}io\ii et' nri \ ct'xov.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 85
la première personne du singulier de l'indicatif présent des
verbes non contractes : xdyivov, avvov, Sépvov; mais ^uavS,
'Sfsivôj; à la première personne du pluriel de l'indicatif présent,
même dans les verbes contractes : Kdavovpn {Hdyivoyisv) , yaX-
vovyn , Tseivovyn. . . . ; h° souvent au commencement ou dans le
corps d'un mot : ovyL-npo? (oiijixnpbs'j, ovXov? (oaos)^ avOpov-
7T0V5, Çovvv, yovv'à, etc.
Le son e n'est pas plus consistant et tend à se changer en «,
surtout dans les désinences : t<? yvvoLiKis (ris ywaTass, pour
Tas yvva7}ia.$]; àÏTOs (dsTOs)', Kaitiiiv^ov? (xaTzsTavios :: capi-
tainCTi), Sta-rrÔT's, Six^ovs, iyù) (eyà)], Isv [s(tvj, IxsTvovs (^éfisï-
vos); eï^xi, elsi, sivi, sïfxtSTt, (eî'f/ao-^lT^e), sJsti (ero-^^TJs)-^',
eJvt (shaiy, ^talaivov {^so-latvoj'j, 'aiBatvov (zseSaivù}) , KStpvS
(feprcD), ê(pipvi5 (^ê(pepvss pour £(p£p£?), etc.
7671(5) (TOTeU)) , 7 inov7is (71710765).
D'autres permutations ont lieu'"-', mais les deux précédentes
sont de beaucoup les plus fréquentes.
Les phénomènes de crase et d'aphérèse sont très nombreux;
on en rencontrera des exemples dans la suite.
Pour l'accent tonique, nous signalerons la contravention
courante au fameux principe que l'accent en grec ne va jamais
au delà de l'antépénultième : en rouméliote c'est toujours le
contraire qui a lieu à l'imparfait de l'indicatif : sAwaixi (êXvva-
(isv), £p^ov(xa.a-1civ (ipyoûy-sBa.) , etc., mais très souvent l'aug-
ment syllabique disparaît, l'accent restant quand même à
l'antépénultième : fj.eydXovvafii i ênsyoï.'kovtxfjisv) , SépvQvyLctdlav
(^êSspvovfjisOa , — ovaacrÔey
''' Ei(i!i(7ds, elaôe apparlierment plutôt à la lanfjuc t distinguée " , et nous
les avons souvent entendus, aussi bien à Constantinople qu'à Smyrne ou
Alexandrie.
(-' On a pu remarquer, p. ex., le changement du a de eiiiiaOs en 1 : eiynkxi;
de même Tas devient tU. M. Pernot , dans sa Grammaire grecque moderne
donne ds pour l'accusatif wf/maiVe du féminin pluriel; il nous a semblé en-
tendre plus souvent rés, dans le grec non dialectal.
86 JUILLET-AOUT 191 1.
Voici, pour terminer, la déclinaison de l'article avec un sub-
stantif aux trois genres :
SlNGi;i.lER.
Nom où (fi) âvdpovTTOvs r) ■)vv'xXk'x toxi y/xïhovp^
Gén Tov âvdpovTTOv Trjs yrjvaîxscs rov yotïhovp' (on
jat^ovp'ov)
Dat. , ace tovv a.vdpovTro\){\') Tt){y] yrjvalHo. toù yathovp^
PLURIEL.
Nom oi âvdpovTTOi ol yvi'aîxis rà yathoùptsn
Gén., dat., ace. tIs âvdponiri^ tIs yvvaiKis rà •ya.ïhovpiOL
On voit à quel degré les choses ont été simplifiées, mais
combien aussi corrompues ! L'étude détaillée de la déclinaison
et de la conjugaison rouméliote réserverait bien des surprises à
ceux qui s'intéressent à la dialectologie; mais il est temps d'en
arriver à notre vocabulaire, but premier de ce travail.
N. B. — Nous avertissons le lecteur que les diverses accep-
tions qui suivent la transcription grecque s'appbquent avant
tout au mot tel que les Grecs le conçoivent , avec les nuances
de sens qu'ils y ont attachées, et qui parfois le différencient du
correspondant turc. Ces différences toutefois ne sont guère pro-
fondes; parfois, comme nous l'avons dit, elles constituent
un vrai supplément dialectal au dictionnaire ottoman, quand
le peuple turc de Thrace attache à un terme le même sens que
les (irecs et que ce s(!ns spécial n'est mentionné nulle part. —
Nous avons, en général, laissé de côté les acceptions des mots
turcs non courantes chez les Grecs.
On rencontrera des transcriptions grecques qui s'écarteront
notablement de l'orthographe turque : T£[x?Xk^d-)(^^ et ^ji «sa-
lut 55; (jyA.iud>Ui et sot^visip' : nous avertirons, au cas oijle peuple
turc lui-même prononcerait dialectalement comme les Grecs.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 87
Nous avons apporté un soin spécial à élucider certaines
questions d'étymologie : beaucoup restent encore douteuses:
d'autres sont insinuées sous forme de pure hypothèse; la con-
naissance de l'arabe vulgaire et une longue pratique des prin-
cipaux idiomes usités dans les Echelles du Levant nous ont été
parfois d'un grand secours pour éclaircir des points obscurs
ou faire justice de certaines erreurs courantes. A l'occasion,
nous avons cité un mot ou une expression arabe vulgaire
pour signaler leur analogie avec les locutions turques ou grec-
ques correspondantes.
Gomme ce n'est pas une étude étymologique turque que nous
entreprenons, nous ne nous sommes nullement astreint à indi-
quer à chaque fois la racine turque, arabe, persane ou autre,
des mots ottomans étudiés.
Qu'il nous soit permis, en terminant cet avant- propos,
d'ofl'rir tous nos remerciements à MM. Cl. Huart, consul de
France, et J. Deny, titulaire de la chaire de turc à l'Ecole des
langues orientales vivantes, qui ont bien voulu revoir ce travail
et nous ont grandement aidé de leurs conseils et de leurs pré-
cieuses remarques.
LEXIQUE.
[il *«« ou *£=. Interj. exprimant l'admiration et la joie : *b>b )
s^ babàfi, hé, mon père, mon vieux! = quelle joie! quelle
chance! Parfois, particule postpositive avec sens commi-
natoire : ) (^L- a-a.xijv â«, tiens-toi bien tranquille, gare à
toi ! S'emploie généralement dans les mêmes cas que ''à et
V/. Cf. Là et 4^1^.
k
88 JUILLET-AOÔT ÎOM.
(j-ybî ou ^j^y^i) ^dbav6j', n., ébèiie. Le moi sësvos, emprunté
parles Orientaux, a fait retour à la langue grecque sous
sa forme barbare.
»Nj^ *dbfhs1', ablulion(s); — xd[xvou, faire ses ablutions.
(<^!tXj), cf. (^vAiî t_A^S> .
JiJolj cf. aIÎÎ *Kxi;.
5^1 *abAa, servante âgée et respectable. A Andrinople, on
nomme ainsi certaines femmes arméniennes appelées dans
les familles pour des services extraordinaires, comme la
fabrication de gâteaux et pâtisseries benpsK'a, ou la pré-
paration de certaines provisions de ])ouche pour l'hiver :
xQvcrépSa TO/uoret?, Tpay^avà, yu(pKa. (pour ces deux der-
niers mots, cf. infra, s. r.).
cyî *dT', cheval entier, beau cheval. Le sens générique du mot
a été restreint à ces deux significations.
(^^ï) *âTcSTS^?, chauffeur.
^U>«5\jî *àTXa/u&aT.s' , saute-mouton; m. à iti. action de sauter.
^^-o^AJ) (XTXaf/à), as, sauter, bondir; parf. , diAdrki (ailleurs
qu'en Roumélie, aTXaWjjo-e). Le même phénomène phoné-
tique drjs . . ^ Ts . . se reproduit dans tous les cas similaires.
Il est dû à la chute du son i [v) entre la dentale sonore d
et ia sifflante (resp. chuintante). Cette sonore s'assourdit
alors naturellement en t. Nous le signalons ici une fois
pour toutes. Syn. gr. plus usit*' : dntiSôj ou 'irrjSco, f.
— v^ov.
\^] I »J6^[i ^1 (XTS tiapvi/vd, à jeun. Cette locution entre dans
plusieurs expressions ironicpics, employées dans les mêmes
cas que les phrases turques correspondantes. Elle équivaut
à la loculion arabe vulgaire (>.-^tc. Syn. vtjsItxdp'Hot.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 89
Jjj^S^) (XTS gueulXvs, a\Ti(le, insatiable; w. à m. aux yeux avides
(affamés).
^^^=w) àfjijXtjK', amertume, aigreur, douleur (uniquement nu
sens moral).
[^3J^^) j yiU — àTSijK bct'ïjs, pour hdsins, éveillé, intelligent;
m. à m. à la tête ouverte; jj^ (>:»-t?"^ àTSijxgueû't]? , même
sens; m. à m. à l'œil ouvert. Le correspondant grec dvoi^-
TOV{jiOiT's signifierait plutôt : vigilant, à l'œil.
Is5\àw) *d)(}<otS', poire sauvage; à^XciSià, poirier sauvage. Expr.
usitée pour réprimander celui qui fait gauchement sa
besogne, ou laisse tomber quelque chose : àyXdSia ixalrô-
vovv ou ^ajevi^yjovv rà x^'p'*^ ^' ^ ^^' '' "*• ^^^ mains ra-
massent-elles donc des poires sauvages? Que fais-tu donc
de tes mains?
>^) *àxovp', écurie. Le mot se prononce régulièrement en
turc d^ijp.
jjili) ddd'tis, compagnon. S'emploie le plus souvent conjoin-
tement avec àpKa.(lci'ijs, cf. ji!tXïjt .
pi) àdctyi's, homme. Usité surtout dans les locutions suivantes :
a. bpè àdaiJL^ , 6 homme! p. ex. sois prudent; assez, te dis-
je : (pTavsi, bpè à^aju"; h. àdàix giiib) , en homme, ?'. r.
convenablement, dignement. Dans ce dernier sens, on
emploie parfois : àdd[xgi/(^i)Xaïv, du turc ^U>v:s:i); c.
sô^k^ -:>) , dda^ aévda, allons donc! ah bah ! pas possible!
tu nous en contes ! Syn. Ss ^apiései.
SiT, cf. La et Si .
k>.j:>\ et -i) adyij.', pas.
Aiî^l, cf. &J>fi.
90 JUILLET-AOÛT 191 1.
»iî^L cf. &yKS.
(^\^\ àpa)j'/K', milieu; entrefaites, intervalle. Employé unique-
ment dans l'expression r'apaXyx' : ywB'm h'Ikivov r'dpa-
hJM.', il trouva moyen de s'y glisser aussi. Parfois syn. de
opToXijx' , cf. ^^iÎAJ^^i .
[(^■^^ ] ^^^^*— ^dpci'ign (pvssK' ou Ç>vss^i, fusée qui fde en zig-
zag, comme si elle cherchait (t>>5;J )• Cf. l'arabe -Jui^y^^ fie
jj*^, chercher. Le mot arabe est cependant plus général,
tandis que le mot turco-grec ne s'emploie que pour des
fusées qui Hlent presque à ras de terre.
[ao^î j ^ya»^.-^\ dpTrà crovy'ov. En turc, bière ou décoction
d'orge administrée comme astringent. Le mot grec n'a que
ce dernier sens. Pour la bière, on dit br}pa, jamais ^v6os.
Cf. Ijy.
(^j\ apryK et aprijx'^, donc! enfin! Correspond à ^'à/ (-srX'à),
é'-cr'a'^'! (enchtique).
y!5A*vj) da-'kdvi [sic), lion. Employé seulement dans des descrip-
tions ou récits plus ou moins fantastiques. Le mot XsovTcip'
est plus usité. Se rencontre comme nom de famille (comp.
y5A*wjî, famille d'émirs chez les Druses).
yi;i«>J>;) àpxa.dd'ï]s, compagnon, camarade, associé, et parfois
ami; cf. (jib). Remarquer dans le mot gr. la chute de la
sifflante (à Andrinople chuintante s). A Constantinople on
dit dp}ca(lda-r]5; à Andrinople, on aurait dû dire dpHaddsrjs.
Mais cette désinence était trop classique pour nos Pioumé-
liotes. Le son i (>?) s'est atténué, à son ordinaire, au point
de mettre presque en regard la chuintante .s et la sifflante
('' Dans les villages on ontend le A, ce qui est plus classique. Mais on
revanche le son ; est extrèinenienl atténué o.i n'a |)(Hir ellcL (|ue de uiouiliec
lc>..
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 91
finale. Le complexus s's étant par trop difficile à prononcer,
le s a été tout simplement supprimé''^. Ce phénomène
consonantique est ordinaire dans le parler de Roumélie.
Comme pour le phénomène d'accommodation signalé s. v.
(^"^S , la cause en est dans la disparition ou quasi-dispa-
rition de la voyelle désinentielle. On dirait que le vrai
Rouméliote a réellement horreur de cette voyelle, quelle
qu'elle soit. Quand il ne la supprime pas, il la déforme
de la façon la plus barbare (voir, pour s'en convaincre les
remarques faites dans notre avant-propos, p. 81). C'est
que, s'il s'avisait de la laisser telle quelle et de la pro-
noncer comme presque partout ailleurs , dans les pays de
langue grecque, on le taxerait de prétentieux, propre-
ment à'hellénisfmt; la plaisanterie est courante : éX\vvi-
xovpis xû(pr'5, tu tranches du pur hellène, du lettré, du
classique; m. à m. tu coupes des héllénismes. Remarquer
le mot xojTrIci) (xc^f^roi*), qui répond parfaitement aux
mots trancher, aufschtmdm , L»^ et Isyi^ ar. vulg.
^^Xioo^î âpKaf/asA//x', compagnie, camaraderie , amitié ;
— xclfxvov , faire — .
^y>)) àpfxovT', poire. On emploie aussi ani'S'. ApixovT'à, àmS'à,
poirier.
i^ljjî dpvaovTs , albanais. Nous sommes ici en face d'un cas de
retour analogue à dbavSj'. Les Turcs ont emprunté aux
Grecs le mot Ap{XjbaviTri?, dont ils ont fait ^^ij^\; et le
mot a reparu sous cette dernière forme dans la langue
grecque vulgaire. Le vocable primitif Ap^oLvn's est cepen-
dant tout aussi employé ^-K
ApvaovT'à ou ApêafjT'à, Albanie.
('' Ici, nouveau phénomène, mais tout à fait secondaire : le r? , ne faisant
plus partie d'une désinence 0-7)5, Tr)s, Jti^s, etc., reparaît accidentellement.
(■-' Pour l'étymologie si curieuse et le sens du mot kpbavhvs {= coureur,
92 JUILLET-AOUT 1911.
[)'] c5«^^^ ât(s) xakdif. peu s'en fallut; —'srtjdoiivisxa., encore
un peu, j'y passais. Syn. (^aJKoixa. 'Xîyov.
^3.:s. (')j) à^oLiJix, un petit peu. Syn. zsrjraa. Ne s'emploie
que répété, dans le sens de : petit à petit. Syn. plus usité :
'Xiyov 'Xtyov.
(iJ^j' àC^T/'r'?, colère, méchant, têtu. En turc : rebelle, révolté.
Comme nom abstrait, les Grecs emploient parfois (à l'imi-
tation du peuple turc) le moi olIpi/vtTj, au lieu de (^.Xixi^).
^^i dj(li%ov, àjdilixévovs , être insolent, colère, exas-
péré.
^Luvt dalapi, n., doublure. Syn. (pôdpx. de l'ital. yô^/^m.
jli:») dsad. bas, inférieur; humble ou humilié. Se rencontre
surtout dans cette dernière acception, avec tsovXv : 'csovXv
àsoLÔi Wà, c'est vraiment par trop modeste! t$;l*>j — ,
— yvxapîf, par monts et par vaux , et plus souvent : plus ou
moins, environ. Syn. -waV «aV. Voir s. v. (jiU.
[t5y^^' I (^>xi) ij^g^'t'V àsjjpy. tous les deux jours. Rare.
,^>^\ *à^îx', osselet : eXa. va zscti^oufii âsU'a, viens jouer aux
osselets.
-x*:5AAi) ■)(OL8Xaii5.s [sic^, greffe. Le même mot sijjnifie en turc :
vaccin; dans ce dernier sens, les Rouméliotes emploient
généralement va (péXX'a. Remarquer la transcription du î
en X. Je l'attribue à une confusion avec un autre mot em-
prunté au turc ^x)Mi^Lï»>, bouilli , ragoût. Voir infra.
^if.^'^lLfjii) *-)(jxèXoiyt.(xkiJKi [sic'j, grand verger oii la greffe
est pratiquée sur une grande échelle.
vagabond, comme 1.TpaSto!)Tni , nom sous lequel les Alltauais étaient aussi
connus au moyen àfje), cf. Clivoiiiquc dn Chypre, texte {jrec édité par Millkh et
Satiias, Introd., p. xvi, noli' i.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 93
x«^T *âo-(uas , m., treille.
— iS)^ "o-apy — , sorte de loriot ou de guêpier; mais
jamais sens de : guêpe, comme parfois en turc.
^yj]^ oLTldf , n., satin, moire.
UT*âya?, aglia. Mêmes sens qu'en turc.
UUil ~ &ji xapâ «TS', orme. La transcription exacte serait
xapaaTS'.
»jviT*âx^r/£? {sic), Lcrlingot de sucre fondu, de caramei.
Tj^^Tlf^w^ÎL^-lj, bas àioLJpyaj/ , cassement de tête, importu-
nité, chose agaçante. N'est pas usité au sens premier de
migraine.
^^i^Ta.(pspi(Ji, bravo, très bien! .Jamais a(p£piv. Les Syriens en
adoptant ce mot lui ont fait subir leurs transformations
préférées : ) est devenu ?• , et l'accent tonique s'est trans-
porté sur la pénultième f^;lÀ£. Comparer avec Pacha deve-
nu Bâcha.
ijyj>) â(piô)v', opium, et surtout tabac à priser.
AjojLcâTàxTapjuas, transfert, échange, action de troquer. IN'est
employé qu'à l'accusatif, avec le verbe x.cl[xvov.
[pU»iT] à«saf/, soir. N'est employé que dans quelques locu-
tions, comme: 4^3! — , àxmix ua-lu, vers le soir, sur le
tard; jXmi—, — asÇisp', même sens; ^UoUkïI, àHsdiyLka{y)iv,
même sens. Syn. gr. : /Spa^ù y.ip'è. (pour i^ep'à de (xépos).
U.i)T *âXagaô'xou , i^ouv dXagdSiHO, aâ']J^\ bigarré, tacheté.
AXixfras, subst. , se dit d'une sorte d'indienne striée,
analogue au Lci de Syrie.
C' Pour ia permutation du J en 0, due à ia chute du son t, cf. ce qui a été
dit s. V. ,il.>ôJ.
94 JUILLET-AOUT 1911.
&i^^U(«js.)i)î *àXaxa|3^a, sorte de corneille bigarrée.
\^^\ ] eî^X/""^ *(xvpixX(xvs : colonel.
[u^n u'^.>^"~ '^^°'-^ Tov<pàv, sens dessus dessous. Locution
très usitée, quoique les dictionnaires turcs ne la men-
tionnent guère. L'emploi du mot ,j3\, nom d'agent du v.
j^î, prendre, n'est justifié que par son assonnance avec
Tov<pdv, déluge, cataclysme. L'exemple a cela de curieux
que le mot principal, qui a donné lieu à l'assonnance, ne
vient qu'en second lieu. Celte expression est employée par
les Grecs avec le verbe (pépvou ((pepw), au sens de : mettre
sens dessus dessous.
[oJî j, dessous: inférieur. »«N;jI> oJ) aXr yiavyvdà. Locution
interjeclive qu'on profère (piand on renonce à quelque
chose, surtout à partir pour un endroit déterminé; équi-
valent de : tant pis! cf. Jl, (^l>}.
(^Lij.^) àXrfxysXiJK', n., monnaie de soixante paras, demi-bech-
lik. On emploie aussi : é'va. l^r]VTdp'. En Roumélie on pré-
fère le neutre au féminin, pour les noms de monnaies :
é'va Svclp' , Tpiclp' , ixaTOvaldp' , pour jU'a Svdpa , Tpidpa , etc.
[q^î) j fjJX^ ijy^^^ AXrr/v okyLctf, nom de famille. Au nomi-
natif, Aatijv akixd'ns\ m. à m. or et diamant. Cette appel-
lation n'est pas pour surprendre; les noms Aiafxdvrvs ,
Aia(xoi.vTi]$ , AiafxavTOTTovXos sont encore très répandus
chez les Grecs.
/^ •
bù*J) aXéala, prêt, dispos; del'ital. nU('Sl((re. B. de M., I, loG.
Le mot a pu s'introduire simultanément dans les deux
langues.
[aMîJ. Employé dans quelques expressions très courantes dans
tout l'Orient :
aj^ aMI a/Xi K'£pji[i. Dieu y pourvoira; espérons.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMÉLIE. 95
M] pLi yt i'(v)saXXaA, si Dieu ie veut, s'il plaît à Dieu.
ji*a^^ (ji^î *dXijs jSspia^, commerce, transaction, mouvement
d'affaires. A/jjs jSepitj' Sèv iyf^', pas d'affaires, il y a sta-
gnation.
^jLoî *àiia.v{v). Interj. marquant la souffrance, la demande en
grâce , car le mot turc signifie primitivement : grâce , par-
don, permission, sauf-conduit, et il a aussi ce sens en
grec, comme en arabe, kaiv àfxàv. gare, attention! ô
mon Dieu! Bpè d[xixv, bps ^aixàv, mon Dieu, que faire?
comment en sortir? où sommes-nous tombés? Afxàv i^a^xàv
Skvî-^ei, pas de grâce, de pardon, de délai, d'échappa-
toire; correspond dans ce sens à la locution familière : pas
moyen de moyenner.
[ U) ] Uol^ bUî àvavâi hahavoi, à ton père, à ta mère (ou
vice versa) expression vulgaire, employée par manière de
plaisanterie.
^LcÂ^bt dvax^oip', n. , grosse clef. Le mot turc, dérivé du grec
dvotycû, signifie surtout : une grosse clef'; il a fait retour
au grec, comme on le voit. Son synonvme, plus générique,
tXxXi a aussi été pris au grec jcasIs, vulg. x'ksiSï.
JuJ^jJ^liî *a.vadoAkou$ (en détachant bien les deux X), anatolien.
C'est encore la forme turque qui a prévalu pour un mot
emprunté au grec, kvaioXyi.
^\jJ\ *dvho[p' (mot persan), grenier, magasin, dépôt. Le mot
est employé non seulement pour les douanes, mais aussi
pour tous les réceptacles servant à emmagasiner les provi-
sions : farine, fruits et légumes secs.
''^ Cf. ^IiLLER et Satiias, Chronique de Chypre par ^tacheras, texte grec,
[1. ^08, 2" col., fxvotindpi (n.), ciel' de ia forteresse.
90 JUILLET-AOUT 1911.
(j^o^Lj^î ^dvbepbapîs', n., épine-vinette. Le mot latin est bcrbe-
ris. C'est la forme turque qui a prévalu.
LïAo) dvTixa, antiquité, vieillerie.
ijj^) âvijax, à peine, tout juste si. , . MSXis est tout aussi
employé.
LoT, cf. LiU .
(j_^Aa.*j! et ^j^b), dvicrôv^, anis. Le mot est certainement grec
(^âviaos, anis); nous le citons toutefois, à cause du trans-
fert de l'accent tonique sur l'ultième, comme en turc. Ar.
Vulg. yjjsajlj ou y_j*wjL>.
^jliî^) àvavdx's, sot, crédule. Ce mot a l'air d'être pris à l'armé-
nien.
^^L<ii.^î "avgyAiJx'. état ou métier de chasseur. Le pays étant ex-
trêmement giboyeux dans la plaine d'Andrinople, le bra-
connage s'y exerce en grand. Le mot ^^Axi^^) signifie,
selon les circonstances : métier de chasseur ou de bracon-
nier; parfois aussi : passion de la chasse.
^^jJoUj^t avoxaTlijx', profession d'avocat.
^Lt ''ày^df, serein ou froid d'une nuit à ciel clair et à lune.
[(if\j) ] ^) dy'dx dXry, m. à m. sous le pied. Se dit d'une
chose très rapprochée (sous la main). L'expression, chez
les Turcs, signifie aussi : passage.
(^) dïAijx', salaire d'un mois. MrjVdT'xov est plus usité.
\^j\ ou j) I ij^ySjfj — dyij Bw'à)^, stupide, idiot. Locution semi-
lin'(|U(; et arménienne (^^ol =-= ours ; j«^_^i = Paul) syn. de
o-ap^Xas'*', ■)(d-)(as^'TSaXoiQjç.
(') La ressemblance de ce mot, au point de vue j)lionéli(juc et sémantique,
avec le vocable araméon liais, N'pi?? = Tor (cf. Gl•;sE^.-BlIlL"', p. i<)'i), est
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMÉLIE. 97
wryw^i ^ibpièiçx'. fil de soie tordue. Pers. rt(\*«y' (^t ar. ^jo].
(^jj^\ *</>p/;£', cruche, aiguière.
[eji], viande. Cf. UL», (^)y>, yx?^-
(^:s^XJfl ou 4^^i sxiJieHTsrjs , marchand de pain (boulanger).
i^ov[X(X5 est plus employé.
(^\ dxfjiotpi'ç, sot, stupide. Très usité.
[»^î:>l] (jl>— ù/ape /Xef , avec économie. Le deuxième mot perd
son accent, car c'est une vraie enclitique.
yw*i:>î êdsTTcri'rjs , pour é(l£7r(7i%t]s, malhonnête, impudique.
dUyA**jii édeTTa-ilAiK' . malhonnêteté, etc.
^j!i>l *ê^(xvi, invitation du x^H'^ (muezzin) à la prière.
[ouiî] x«v>t— i^isT £T{xe. allons! ne sois pas trop méchant,
trop exigeant; m. à m. ne fais pas de tort.
kiij^î et j>jj>î, yipix', prune; ytpix'à, prunier. Le 7 est très fai-
blement prononcé; il n'en existe pas moins. Ailleurs, à
Smyrne par exemple, la prononciation est plus turcjue :
éptKt. Cf. Dictionnaire Daviers. Les pruneaux s'appellent
dLj^ls:>jlj (Barbier de Meynard : ^Î^^U, que nous n'avons
jamais entendu ainsi prononcé). *
;iji *djdsp', dragon, serpent fabuleux ^'^ Les Rouméliotes em-
ploient ce mot dans l'expression : 'aàv tov djdép', comme
un . . . ': , sans trop savoir à quoi il correspond exactement.
frappante, mais elle est purement fortuite. Le mot est bien grec moderne : aa-
;^A(3s, i} , ov , avec le sens de rf flasque, humide^'; par analogie, insipide, sol.
En arabe vulgaire de Syrie on dit bien .>^b au sens de «insipide, incpten.
'^^ Cf. BlaIj, Uùei- die gi-iccli.-lilih. MischherdlLrruiiK uni Maritqml , Z.D.M.G.,
1874, p. 582.
i
98 JUILLET-AOUT 1911.
Us ont la vague idée qu'il s'agit de quelque chose de terrible,
peut-être d'un aigle fondant sur sa proie.
,jLa.wI a-itavclKi. et ordinairement criravâiOct. épinards; lat. spi-
naceum (G. Meyer).
(i) ibuwl ovalaç. maître; passé maître, habile dans son art.
[<voj;î|, confiture, purée, ^s^— f»^l^. hctcJsyL s^f/so-), pâte sucrée
faite avec de la purée d'amandes.
JkAAjLiùv! "axoifxhiX', sorte de jeu de cartes.
^^:s^Xam\ *£o-Kiif))ç. savetier, chiffonnier.
Ai^! /.s't£, voici, voilà. On emploie aussi va.
[dUiiJ (\_>jj=^) éséx êpi(p'5, àne, imbécile, animal! S'emploie
souvent sous forme d'interjection insidtante.
^^:s^X«i! "êssKTSïis, ânier. TaiSovpds n'est pas employé.
iu^^\ ""sKefxhès, tripe, ^^s- —, SH£[ihB^rjs, vendeur ou prépara-
teur de tripes.
oUol èG-va.'(p$. artisan, homme de métier, gagne-petit. Le mot
turc fournit un exemple de pluriel arabe, oLu»i ^ otu;?.
employé comn^^e singulier, avec cliangemeiit notable de
signification : le mot générique «espèces, qualités» est
devenu : fabricant d*^ choses diverses, de variétés.
Jj,*s>l où'a-ovX'. méthode, règle, manière adroite de s'i/ prendre.
S'(Mn|)loio surtout dans cette dernière acception : (x'é'va ov-
TOVA' Toiiv T[0aé'>7ç< T<> zsapaSiç àir' lov ^ép' . tout douce-
ment, bien délicatement il lui a soutiré l'argent.
^Uac! îi^Tihdp^ . liumieur. considération, crédit, llarcnient em-
ployé.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 99
y^î ovyovp', bon augure, chance. S'emploie souvent au pluriel
ovyovpia, ainsi que dans les locutions suivantes, toutes
turques : *ovf>(7oî)j'}covç. de mauvais augure, et surtout :
méchant, pervers, cf. infra o-aju^î^; ovpAovS'Kovs, de bon
augure, qui donne de la chance, ou qui en a; oùpovXdp^^^
o'Xaovv, adieu, portez-vous bien !
^.x^l è(pévdn5 [s(pévTr]s) . seigneur, maître, patron. Adj. dÇev-
TiKos, employé dans l'expression : T'àÇievrixé crixs. nom.
t'ixÇ)£vtikix croL?, votre seigneurie, monsieur. Encore un
mot (^avÔévTv?) revenu aux Grecs sous sa forme turque.
Syn. TseXehrjs.
[J!l sjoCS^— êv cFCovovvdà, enfin, en fin de compte!
j\j;amS\ é^U' , moindre, en moins, en défaut. Se dit des choses
mesurées ou pesées, quand elles ne sont pas en quantité
voulue. Syn. 'aapot.K'xi\ Expression très usitée : exo-tx b\-
(Tovv, yj-wJ^t —, je n'en veux pas. je n'y tiens pas du tout,
je m'en passerais volontiers.
(jxSSî. voir (jjAiJi.
A,:s^A5l êyAevffè?, amusement, divertissement; juuet, cause de
raillerie; êyXsvdiZov, s'amuser, se divertir, rire aux dépens
d'autrui; èyXevdipdllov , amuser, récréer quelqu'un.
[ Jij SsXj^J) — £À akvyvdà, sous la main, à portée.
oyJI et <WùJi 'éXhsT et ekhsile ou èXhétls , sans doute , assu-
rément.
'*' On aura remarqué nos trois transcriptions ilifTiirenles du même mot.
C'est qu'en réaiilé le è est prononcé par les Grecs, suivant ios circonslances,
soit comme un y assez adouci, soit comme un ou très allongé, ce que nous
désignons par l'apostrophe renversée, ou bien parfois disparaît presque coni-
plètemenlt. Les mêmes nuances «f rotrouvi'nt, d'ailleurs, sur les lèvres des
Ottomans.
100 JUILLET-AOUT 1911.
[Uil^^ — jj*yèp eXf/a?, m., patate, topinambour: m. à m.
pomme de terre. Mais dans ce sens, les Grecs disent :
-craTaTa, f.
U\ à'f/Fa, mais. Parfois ce mot précrde des menaces : â(jL(^a,
dà rU (pots, gare, tu vas avoir de mes nouvelles; m. à m. tu
les mangeras (recevras — coups). Ar. vulg. l^b.
-Loi ""Ifxdfji's. imam, dans toutes les acceptions du mot turc.
Cf.
(^il«\*êfxavéT' , chose confiée, déposée chez quelqu'un ou au
mont-de-piété.
AjUI *ixa.vè$, m., mélodie turque ou arabe; peut-être ainsi
appelée parce qu'on y répète souvent le mot yL»î àfiàv
afxàv'^'. Le mot s'est tellement généralisé pour les Grecs,
([u'il signifie tout chant turc, arabe ou oriental. Les Turcs
l'emploient aussi , en supprimant comme les Grecs le son
de l'i; mais ils lui préfèrent ^^y iuvh'i, non adopté par
les Grecs.
;LyL«! *iixTi<xji, concession, privilège.
Là^l Itxlài. signature.
K_^i I A.^ji, ovixovp éVjUS. cxpri^ssion très usitée à cette seule
personne, pour dire : ne fais pas d'histoires, pas d'em-
barras; ne sois pas si exigeant, ne lésine p;(s tant.
(^^Lol *£Wapi, habit d'intérieur, ou de dessous, chez les
Orientaux; j)elite rob(; d'indienne généralement striée ou
à lleurs; robe de (•hand)re. Le mot turc doit vraisembla-
blemenl dériver du persjui (j^^J^jl, ^.X3i , diiiis. dediuis;
C' Mais il y a aussi à lonir cornpli' de rcipinion d'après lacjiH'llc XjL«I n'est
(lu'mie m'aplnodf'fi'clueii^i' di- ^J-».^, (pii sijriiilicrail aussi fclianl. air-i (//(. /' m.
rrscnsn).
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROLMELTE. 101
intérieur. Cf. toutefois Dozy, SitppL aux Diclion. arabes,
p. 180.
»jî*X3i évdalès, mesure de longueur, un peu plus courte que
le pic, ^v'x^ ((j>-;0- ^^^^^•
oLaii <Wa(P' , équité , justice ; modération , réflexion ; conscience.
'Xiyov lvcrd(p', bè Kov^bvix, du calme, mon cher! ne vous
emballez pas ainsi. Cf.j-yi?.
<îuiji sv(ptè5, tabac à priser, prise. Ev(pi{ï'jè kovtovo-ov, blague
de priseur. Nous ne doutons pas que la racine du mot ne
soit l'arabe obi, nez; donc : poudre pour le nez.
^UXil *êyxivdpa, artichaut.
^jSjU Ce mot emprunté au persan jj.Cil est rarement employé
en turc où il signifierait : raisin. Faut-il y voir l'origine du
grec dyyovpt ou dy>iovpi, concombre, dont on ne trouve
aucune racine approchante dans le grec classique?
(jjSj\ êvguîv' , tout entier; en parfait état; superbe, magnifique!
Ce mot est lancé par manière d'exclamation quand on
donne ou qu'on reçoit un objet de \aleur et bien conservé.
Les lexiques turcs n'ont rien de précis sur cet emploi
spécial; ils ne donnent que le sens de : vaste, large; pleine
mer; l'acception grecque se rattache d'une façon assez
naturelle à la première de ces significations.
Uîl, celui-là, — ^, Kiiiro, qui est-ce? Employé éventuellement
ou par ironie, comme les Turcs emploient son équivalent
grec : avios zifotbs;
■^\jè\:i^\ ovTavfxd^, mot invariable, pour dire : eftVonté ! im-
pudent ! tu (il) n'as pas honte ! Ovravfxd^ dvdpovnovs [épi(p's ,
cf. o^^), fî'est un impudent, un polisson!
102 JUILLET-AOfT 1911.
[cji^l] *yi^\ fjiyi xovs oTov, millet.
^L.^î *ovgax', foyer, cheminée. Dans ce dernier sens il y a
aussi yovv'd.
j^s^^l oviJovj'kovî, h bon marché, ^tvvo? (pour (pSrjvbs) est
plus employé.
Lf^ia.^! ^otJTSovpfxSts, petit cerf-volant, sans baguettes. Le cerf-
volant à baguettes s'appelle, en Roumélie, bKko{a)yépa.? ,
de èxXa») (_5^!5Aïj|i), verge, baguette, rouleau de pâtissier,
et dyépas, pour àépas, l'air. A Cliypre, on emploie spora-
diquement le mot TcripKiv]] , qui nous semble dérivé du mot
pers. ^y^, roue, cercle, d'autant plus que le mot To-âpxc
est usité, là comme à Andiinople, au sens de : cerceau.
^^i w;^, interj. exprimant la joie, le contentement dans le
repos. Le ;(, est prononcé ici presque aussi guttural que
le ^ arabe, {jy^^^^ —, c'est bien fait, tu ne l'as pas volé.
Syn. : xaXà voi. so) ysvt] , grand bien te fasse!
loji^î] ^:^ —*Mloiivi>r]5, celui qui taille le bois ou qui le
vend.
(i,bj^\ (bpTciK's, associé, compagnon. Syn. svvTpov(pov$.
Aj^j! bpràs, moyen. (J.j^ —, opTahoïAovs, de taille moyenne.
^j^^l - T'(9pTaX//«'. tout, tous: partout. TiSixsi T'èpra-
À//'x', il a tout rempli; ou : loiil est plein. On dirait bien ,
dans ce sens, en arabe vulraire : LoOJî oJlil. D'ailleurs
le mot x6(T(jt.ov5 (l^j-^) est souvent employé aussi exacte-
ment dans le mrme sens que opToch'/x'.
^jl«^^\ *d)pijiàv' , bosquet; grandes surfaces couvertes de mois-
sons, d'arbres, de vfM'dui'f. jL5" — , ^opifàv xeltaln] , sorte
EMPRUNTS T[mCS DANS LE GREC DE ROCMELIE. 103
de rôti à la flamme, sans condiments; m. a m. rôti des
champs. ,j.)ôl«^^\ , pron. àpixavAi/K' , pays boisé, ense-
mence.
j-^^;»;^' ' cf. j^*»:)
T-jj^H t^^jj^î u=^5 ^<^^^ u^Ufxà, sorte de raisin à très petits
grains.
[u^ji'l J^-?^ —ovlovv hoïAovy, grand, de haute taille.
Aj^iljj^i y^j^l , oC^ovv ov^afhè, par le menu, avec force
détails, à n'en plus finir.
»jjî <x=^yj)jj^! OyCo^vg'îJêa, localité de Roumélie orien-
tale; m. à m. plaine assez longue. Les Grecs ont déplacé
l'accent tonique, en fondant les deux mots en un seul.
[o^*«jl I *j^ — Lfib bàè iialuvè, à vos ordres, très bien (ar. Jl^
(^^^)\ *>3 — 0^-^^ ày'àx. iicrluvk, debout, au pied levé, en
liàte.
*A*»)^I, cf. ,:>bcwl.
o^^i *ov8l , interj., sert à chasser les chiens. Insulte pour faire
taire : ovil jt'einrsH', silence, chierl!
«xLa^l ojdas, ovdàs , m., appartement, chambre; xdiixa.pa est
beaucoup plus usuel. OvdolSeï?, paquet de maisons petites
et mal construites. Ùdaijrjs, gardien ou domestique d'un
appartement, d'un bureau.
[ Ji.j!] -3 — (i)yAov[jL, mon enfant! Mot de caresse ou de conso-
lation adressé aux tout petits enfants. Cf. r^^^^jî, (*r!;>>-
.yl^^î ey(7)XaV, ou ovX'av'. garçon (musulman), jeune inconnu
de basse classe; jeune serviteur : l'équivalent du -!^i arabe.
fjjjU.!] dlÀj — ov(pà}i r£(péK', petites choses, et surtout enfants
en bas âge, marmaille. Barbier de Meynard transcrit lufek :
104 Ji:iLLET-AOf:T 1911.
nous n'avons jamais entendu prononcer (jue tèfék: — tii/ek
= fusil.
oliji ^ê(p}io[(p's. directeur des propriétés Ui3^. *E(pxa(P'. n.. tri-
bunal ou administration des j3(xxov(p' oiï^.
(j^)_j^:^^i *ô«Xa>7, rouleau de pâtissier ou d'artisan quel-
conque, et parext. , baguette de cerf-volant, verge taillée.
Cf.U;^,!.
Ai^î ^ovxà. oque, unité de poids en Turquie : i kilogr. 280.
■S^\ ou jj^^l uëéj' ou yn€éj', sorbe, corme, cornouille. Uêsj'à,
sorbier, etc.
[i!!Jj! I - — svA(xdri[x. mon enf;mt. mon petit! Mot tendre adressé
par les mères ou autres grandes personnes aux petits
enfants. Plus fréquent que f•_5.^5' •
»h]^\ */3aJXTa, ligne pour la pêcbe; par ext. , bameçon. Le mot,
(pioique donné comme turc par les dictionnaires, a une
tournure européenne qui donne lieu de douter de son
origuie.
[lAjH ^^^^^ ^^/^à^(»), cela ne se peut : terme de refus ou de
(l('sappr()bation : )Uji )^^^ , oXovp coXfxàl, bon gré mal gré:
^^uo *j^!, "jj/.S. hi/Àp. c'est possible, faisable, je le ferai;
XuTjU^l ^^. y^irs 'i)Àjua( ^)o-a . au moins = tov '"Xd-^ial ov ,
nomin. ou accus.: a^J^I et plus souvent ts*Xj! <5u*]^î. chlcrSï
idi^^K si au moins. Prov. turc très usité en Houmélic pour
'■' La vorbi' idi n'esl pas accentué, parce ([u'ii joue vérilablomeut le rôle
d'enclitique. Tout l'effet tonique porte sur l'ultième de àXaS, qui dans ce cas,
est très énerjjiquemciit frappée, avec une élévation de voix telle que le
meiuliro de |ilirasc au(|iiel elle appartient a l'air pres([ue iVrlre chanté. Même
remarque [wwv cohiov dix. un pou j)lus loin. Nous insistons d'autant plus sur
cette parlicularit('' phonétique que les grammairiens ont l'air de no l'avoir
|tas même soupronnc'e. Kt cependant eette radence.ce dianl tians l'inlnnalinn
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 105
dire : c'est fini, c'est trop tard : œXdov (la bnli. KOv^Xàp (la
ovTsIov, m. (} m. c'est fait et fini, et les oiseaux se sont
envolés.
^^i *à)Xovx', gouttière, chenal.
^iLo^i *ôûv-hasïis, caporal. La deuxième composante du mol
n'a qu'un iiebenton sur la dernière syllabe.
(_s^^^ ovvp-rjs, vendeur de farine, kleypàs est plus usité.
»^! ou s^^i rjj^as. plaine.
[yij^l I : ovÏp'ovvXovxt, sommeil, capacité de sommeil. Le mot a
été forgé par le peuple, par pure analogie avec des formes
similaires, p. ex. (^^Àjt,K état de ce qui convient, con-
venance.
^L:<^^^ r^y'ûw/j'aV, jouet, divertissement, sujet de raillerie.
[^:il dl^ï&i — hsivè, jusqu'au fond.
^Ojji yilha, cave, souterrain humide: du slave yaiha. ija:-
hina, oii il signifie, comme en turc : cabane, chaumière,
hutte; parfois: méchant taudis. On voit que l'acceplion
grecque est dérivée de ce dernier sens (Miklosich. Dm
slaviscJieti Elcmente im li'irh. Sprncliscli(itze , p. i o).
[-x**j!] y-ff^M^j} — hlèp ia1eiiél[i), hon gré mal gré. Syn. Qé\^^ Sk
ÔéX^', indécl.. sauf pour la deuxième personne.
^^tXjX>î *Kivd^, heure de vêpres (qui sépare l'après-midi en
deux parties égales); les vêpres. Mot très employé par les
turque sont un des pliénomènes les plus remarquables et les plus palpables de
rette langue si harmonieuse. Nulle part, peut-être, les membres d'une période
ne sont aussi détachés et la période elle-même n'est aussi balancée qu'en turc
(ôvec moins de variété, peut-être, qu'on italien). C'est là un des charmes, cl
non le moindre, de cette langue si douce.
106 JUILLET-AOLIT 1911.
chrétiens. Les musulmans emploient de préférence ^îii,
en le limitant à l'heure de vêpres, quoique le terme signifie
par lui-même tous les appels du xoi^a (muezzin) à la
prière.
[aJoII (3-^LjI -- ivh. itiWk. sorte de jeu d'enfants, emprunté
aux Turcs ou aux Arméniens, et dans lequel on se lance
une balle en débitant une phrase commençant par ces
mots; m, à m. aiguille, fd.
*.;ù*xL! rAîs^s. interj. employée par les Grecs, quand ils veulent
contrefaire les Turcs : ne (me) touche pas, ne t'y frotte
pas !
yLci ifxdv'. foi, religion. Employé c|uelquefois emphatiquement
au lieu de wi-s?'. Ifjiavcri/'ïjs. sans foi. athée.
[lT"^^] ~" ^ ^^ 'l^^^' i"t<^i"i*-» qu'était-ce? pour dire : zi eht;
qu'est-ce. qu'y a-t-il? Mais le verbe grec s'emploie aussi à
l'imparf. Ti'^Tav; avec le sens du présent t/ er^i,-
<XifLjl ivâvfxa. ne crois pas. Assez usité.
jjLcLoi ivotvixa^, incrédule, ou bien : il ne veut pas
croire.
^(.:^v>' . cl. i-^ .
(.1 fiuirfc.)
OBSERVATIONS
SUR
DEUX MANUSCRITS ORIENTAUX
DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE,
PAR
M. J). MENANT.
Je désirerais présenter quelques observations sur deux ma-
nuscrits du Yen (Vnhd Sade de la Bibliothèque nationale inscrits,
le premier, dans le catalogue de kjoo, p. h (supplément
persan 2 7 ) et dans celui de iC)o5, p. i33, n" 1 '77 ; le second
dans le catalooue de 1900, p. 0-6 (supplément persan 1 079)
et dans celui de 1 9 5 , p. 1 3 3 , n° 175.
Je crois être en mesure d'établir que l'attribution ([ui leur
est donnée n'est pas exacte. Ils ne sont pas de la main du
maître d'Anquetil, le Dastour Darab. Pour le prouver, il n'y
a qu'à consulter, d'une part, la généaloj'ie du Dastour et, de
l'autre, les colophons des manuscrits; nous verrons ainsi com-
ment la confusion a pu se produire.
L'un des manuscrits a été rapporté par Anquetil Duperron
qui l'a décrit dans ses notices; le second a été offert à la Biblio-
thèque nationale, en 1887, par M. Tehmuras Dinshaw Ankle-
saria.
La personnalité du Dastour Darab n'a jamais beaucoup
préoccupé les érudits, sa généalogie les a encore moins intéres-
sés; le nom du maître d'Anquetil est resté entouré d'un certain
prestige, sans tenter la curiosité. On s'est contenté, en général,
de suivre assez exactement les rares détails relatés dans le Dis-
cours prêlimmalre ; toutefois certains savants, même les plus
nutoris(''s, ont commis à ce sujet d'étranges erreurs.
108 JUILLET-AOUT 19] 1.
Ainsi l'un d'eux s'exprime en ces termes :
Le Destour |)ersan Darab, venu dans i'Jnde an commencement du
siècle passe, donna une édition nouvelle du Zend pour làcliei' de faire
disparaître les gloses prolixes et parfois absurdes de l^kliliim (luze-
rate (sic): il ne put faire adopter sa revision (^'.
Ai-je besoin de rappeler rpie le Dastour Darab n'était pas
persan et n'était pas rciiii dans Vhidc, puisque ses ancêtres y
résidaient depuis des siècles; enfin, que n'ayant pas donné
d'édition du Zend, il n'avait besoin de faire ni adopter ni reje-
ter sa révision? La lecture attentive d'Anquetil sulFit pour re-
mettre les cboses au point (cf. Z. /!., l'^part., Disc, pré!.,
p. CCGXXVl).
Haug, le seul des savants européens qui aurait pu donner
des détails sur Darab et être en relation avec ses descendants,
en fut empêché 5 cause des rivalités des sectes des qadiniis
et des rasmis; il se contenta d'enregistrer sa rencontre à
Surate avec un prêtre qui avait entendu parler du séjour de
notre compatriote à Surate et des leçons que lui avait données
Darab (Arcoiint oj a four m Guzaral m tlie cold season iS63-â
et J'.sstii/s. â" éd., p. A 5).
Ouant à Darmesteter, le nom de Darab ne revient qu'inci-
demment sous sa plume; avant son vo\age aux Indes, il avait
SUIVI les données d'Anquetd'-'; il n'y ajouta rien de nouveau
après son retour'^". 11 est évident qu'on se désintéressait (Ui
modeste mobed, sans la complaisance duquel on n'aurait peut-
être jamais obtenu la copie des manuscrits authentiques du
Zend-Avesta.
Lorsque je préparais mon travail sur les comnuinau.h's
zoroasiricnnes de l'Inde, j'inférai, d'ajjrès certains renseigne-
''' IIaiu-kz, Cniilrovpvxos rclalirox au Zi'iid-Avo.ita , ]). 891 (M1 iiolc , ./. A.,
VIT série, l. IX, avril-mai-jiiin 1X77.
'''' Kssais o)-i('iilaiiT, p. S-i."K Paris, A. i>ovy, i8^i3.
'■'' Z. A., \"' patlii', \. \i-\iii (Aiinitlfs (lu Musée Cuiiiirt. I \\l).
OBSERVATIONS SUR DEUX MANUSCRITS ORIENTAUX. 100
meuts consignés dans la Parsee Prakash'^^\ 4^^^ j^ pourrais en
obtenir de plus détaillés, puisque j'y trouvais déjà les laits
suivants :
P. a3-â/i. L'arrivée à Surate de l'Iranien Jamasp et la
mention des disciples qu'il avait formés dans l'Inde, dont
Darab;
P. 36. Les qadimis groupés autour du Dastour Darab;
P. /i2. L'arrivée à Surate d'Anquetil Duperron et ses rap-
ports avec Darab;
P. liij. La mort de Darab, le 1 2 août 1773, à l'âge de
70 ans;
P. DO. Darab figure au nombre de ceux qui envoyèrent en
Perse Kaous Jalal pour se renseigner au sujet de la Kabisali;
P. 07. Mort de kaous, cousin de Darab;
P. 81. Mort du fds de Darab, le Dastour Rustumji, le 5 fé-
vrier 1796.
Je savais pertinemment, d'autre part, que la famille de
Darab et de Kaous existait encore. Je fis donc prendre des ren-
seignements à Surate par les soins de M. J. J. Modi auprès d'une
respectable dame, Dosibai, veuve du septième Dastour qadi-
mi,. Rustum, âgée de 76 ans. Elle me fournit une généalogie
exacte, mais entourée de tant d'obscurités et de légendes, que
je ne me hasardai pas à m'en servir.
C'est pendant mon séjour à Surate (janvier-février 1901)
que je fis la connaissance de la famille de Darab et que j'en
reçus par M. Erachsha Behmanji Dastur Coomana, actuelle-
ment prêtre desservant de Yagyariàe Calcutta, tous les éclair-
cissements que je pouvais désirer ^-l
'■"' B. B. Patell, Parsee Pral.ash, 1" vol., Bombay, 1888.
'-' Cf. lettre en guzarati du 28 mars 1901, traduite en anglais par Miss Guz-
110 JUILLET-AOUT 1911.
La famille de Darab a continué de résider sur l'emplace-
ment de son ancienne demeure située dans le quartier de
Kanpith, qui confine à ceux de Mulla Cliaklo et de Machhli-
pith, prc's des ruines d'un petit temple du feu, le premier de
la secte qadimie, dont Darab fut le premier Dastour. Malheu-
reusement la belle bibliothèque dont Anquetil faisait tant de
cas et beaucoup de papiers importants, sans compter l'argent
et les effets précieux , ont été brûlés lors du grand incendie de
1837. Le Dastour Mobedji Sorabji sauva avec peine sa vie et
celle des siens.
Les documents d'après lesquels la famille aurait pu recon-
stituer sa généalogie, ont donc en partie disparu. Je rappellerai
ici pour mémoire que, chez les Parsis, il y a des cahiers (^nnm
gharaiis) où sont inscrits les noms des défunts (ju'il faut men-
tionner au moment des funérailles; puis un livre (^dlso pnthi'j
où sont indiquées les dates des décès afin de permettre au chef
de famille de donner des ordres au prêtre i^panthahi) pour les
cérémonies qui doivent être célébrées aux anniversaires.
C'est à l'aide de ces pièces qu'on peut dresser les généa-
logies; voici celle de Darab, dûment reconstituée, telle qu'elle
m'a été fournie par M. E. B. D. Coomana; elle comprend
également celle de Kaous, le cousin de Darab, dont les des-
cendants occupent une position honorable dans la conimu-
iiaiité. (Test la même qu(î celle que la v('!nérable Dosibai m'avail
fait parvenir en 1 (Sqb ^'l
dar, prolesseiu'à l'Alexandra School, Boml)ay. ÎMa visite à Suralo et mes rapports
avec la famille du Dastour Darab sont mentionnés dans Tarticle du Jatiil; Jaimlied
d'Ervad Eraclislia B. D. Coomana du 1 2 julilcl itjoB, publié au sujet du
i^y anniversaire de la mort du Dastour Darab Sorabji Coomana.
*'' Ces documents ont été vérifiés par M. J. J'. Modi, en lévrier lyoG. CI.
Coiip'i-cnre xiir AïKinelil Diif)eiT<)ti à Suralc, Annales (h( Miixcr Guiincl, Hthliii-
ihèqne. de vidj^aimilhin, t. XX : (JoiiféritureK , p. 80-1. 3(). Nous prévenons le
leclenr (|ue nous avons respecté' rorlbojjrapbe des noms propres employée par
1rs aiiti'urs cités.
OBSERVATIONS SUR DEUX MANUSCRITS ORIENTAUX. 111
GÉNÉALOGIE FOURNIR PAR M. E. B. D. COOMANA''>.
Franiroz.
I
Behram.
Behman.
iMinochcT. Kaous. Sorab.
Fredun
Destolr Dar.viî. Kuka.
Darab.
Peshotun.
Kaous. Khorshed. Minoclier.
Murzban. Hirji
Fram. Khorshed.
Rusluui. Hormuz. Sorab.
Rustum. Jamshed. Behmaii. Fredun. Ezdiyar.
Murzban. Khorshed. Behram.
Sorab. Hoshang. Hormuz. Jehangir.
INaoroz. Behram.
Firoz.
Mobcd. Jehangiv. Behman.
Rustum.
Khorshed.
Hormuz.
Sorab. Behman. Nasarvan.
Erach. Murzban.
Burjor.
I
Peshotua.
Jamshed. Darab. Ratan.
'■' Les noms en italiques désignent les Dastours.
112 JUILLET- AOUT 11) 11.
Nous voyons que Darab e&tjik de Sorab, fils de Behman, fils
de Behrnm . fh de Framroz; il avait pour frère Kuhn. Son cousin
Kaous était fils de Fredun. frère de son père Soi-ab.
Le Dastour Sorabji Rustum kharshedji (i 8t)0-i() . .), que
j'ai rencontré à Surate, est le septième descendant de Darab
en ligne directe. M. Eracb B.D. ('oomana est son neveu.
Consultons maintenant les colophons.
Le Vendidnd Sade, manuscrit d'une main superbe, figure,
comme nous l'avons dit, dans le catalogue de i(|oo,p. /i-5,
et dans le catalogue de igoB, p. io3, n° 177 (supplément
persan 27). Anquetil en a donné la description [Z. A., t. I,
partie II, p. ii-in, et partie I, p. dxxx). «La notice ([ui est à
la fin de l'ouvrage (p. 5 (30), dit-il, est en persan moderne,
écrit d'abord en caractères Zends, puis en caractères Per-
sans. 55 II en donne ainsi la traduction :
Au Gâh Hàvan, le jour heureux Zemiad du mois ije'ui Mohcr,
l'an io83 d'iezdedjerd, Rois des Rois, Prince puissant (ou, roi des Villes)
[ de Jésus-Christ , 1 7 1 4 ] , à Surate , port béni , la copie de ce livre appelé
Djed (Iciv dad , a été achevée avec des transports de joie, accomjingnc's
(le remerciniens pour l'Etre Suprême, par l'Esclave de la loi. Darab
llcrbcd, habitant de l'Aidée bénie de Nauçari, fils de Roiistoiim, fis de
nieibed Khorschid, fils de rilcibed Roustoum. descendant du Mobed
Ncriosengh , fis de Daval. Que celui qui lira ce livre, ou le fera réciter,
fasse |>otu- moi Al'rin dans ce monde, pour que mon Ame dans l'autre
soil heureuse, selon cette parole : les âmes pures du Reheschl sont
dans la joie.
La même notice, ajoute Anquetil, répétée en Indien moderne du
Ciuzaiate, et en caractères Samskretans (p. 5(>i), est de fan 1770
du Ii-ijah Bekermadjit.
Dans le calalojjne de lyoo, p. ^i-5.il est (l('M'rit d'après
Anquetil avec l'mdication des trois colophons, la transcription
du coloplion pazend, le colopiidn persan en caractères orien-
OBSERVATIONS SUR DEUX MANUSCRITS ORIENTAUX. 113
faux (sans traduction] et la mention du colophon guzarali avec
l'explication suivante :
On voit que le copiste de ce beau manuscrit est le mnîlrc d' AnqnclU ,
Damb,fils de l'horbcd Rou.sinn ,fils de Vkerhed Khourahed , fih de l'herhed
Rouslem, descendant du fameux mobcd Nerijoseng , qui traduisit le com-
mentaire pehlvi de i'Avesta en sanscrit. La date indiquée par les deux
colophons correspond au i^ octobre 171 4.
La .même filiation et la même attribution se retrouvent
dans le catalogue de 1906, p. i33, n" 177 :
Le copiste est le maître d'AnquelU, Darab , fils de l'herhed IlouMem,
fils de l'herbed Kourshid , fils de l'herbcd Rouslem, descendant du célèbre
mobed Nérijoscng <\u[ traduisit eu sanscrit le commentaire |)eblvi de
I'Avesta.
Nous allons consulter les précieuses notices d'Anquetil; nous
y trouverons des indications qui vont confirmer l'exactitude
des documents inédits que nous avons produits. A la page dxxx,
Disc. prél. (Z. A., t. I, partie 1), nous lisons :
Ouvrages de Zoroastre, ou simplement relatifs à ia religion des
Parses. . . là. Recueil en trois parties. La première e'crite par Darab,
fils de Sohrah ,fils de Bahman , fis de Farhnmrou:, contient les Néaescbs
du soleil, de la lune et du feu: VAfergan à Dabman, ceux des rois, des
(labanbars, etc. ,
C'est le recueil du supplément persan 39 qui figure dans
le catalogue de 1900, p. 8, et dans le catalogue de 1906,
p. 134, n" 179. Cette généalogie est d'accord avec nos docu-
ments; nous sommes bien ici en présence du maître d'An^
(jaclîl, le célèbre Ddslonr Darnh (cat. i()0 0,p. 8).
Nous trouvons une autre mention de la généalogie de Da-
rab, supplément persan /(9; le n" 9 (fol. h'] v°), l'Ormazd
Yasht, est indiqué comme ayant deux colophons, l'un pcJilvi et
l'autre persan.
lU JUILLET-AOUT 1911.
L'auteur du catalogue de 1900 (p. 2/1) ajoute :
On voit que le copiste esl le Mobrd Darab, fis du Mohod Sohrah , fils
du Mobed Behmcn,fds du Mobed Bcliram Ferumout".
Le catalogue de 190 5 (p. 1 6()-i5o) donne plus de détails:
L'Ormazd Yasht est suivi d'uue souscription en pelilvi et en pazend,
d'après laquelle cette partie du manuscrit a é\é linie de copier au jour
Aiihrinazd du mois d'Adar, de 1191 de Yezdegerd par Barabdji , jih du
viobcd Sohrab ,fils du mobed Tinliman,fls du mobrd Baliram Fêramourz. . .
Nous pensons avoir démontré que l'Herbed Darab, (ils de
Roustem, de l'Aidée bénie de Nausari, n'a rien de commun
avec le maître d'Anquetil, le premier dastour qadimi. 11 est
regrclta])le que notre éminent compatriote ne nous ait pas mieux
renseigné sur lui; mais son importance historique lui a échappé,
comme cela arrive du reste entre contemporains. La similitude
de noms, en l'absence de documents précis, a évidemment
égaré les savants; pourtant ii y a un léger indice qui aurait
dû les mettre sur la voie. En 17 Go, Darab était déjà un vieil-
lard : cela nous est affirmé par Anquetil (cf. Z. \ . , 1. 1, partie II,
notice V, p. vin, siippL persan Ht)), qui déclare que ttle reste
du volume qui est fort mal écrit, est de la main du vieux
Darab n, ce qui pourrait expliquer, jusqu'à un certain point,
la mauvaise écriture de ce manuscrit. Maintenant, si l'on com-
pare ce manuscrit avec celui de 171/1, d'une main si sure et
si belle, on se refuse à croire à l'ichinlité du copiste, car la
(l('bilité de l'Age ne suffit pas pour expliquer la (hllorence des
écritures; de plus, (pud âge aurait eu ce vieillard en 171/1?
Aurait-il été assez mûr pour qu'on lui confiât un travail aussi
délicat? Or, Darab, mort en 1773 (vo\v siipiv ,p. 109) à l'Age
de 70 ans, avait nette ans en 171/1!
I)ai-ah, fils de Roustem, est donc un simple copiste de Nau-
sari: quanl à sa dcsceiidaiicc de Nervosengli , (ils de Dhaval, il
OBSERVATIONS SUR DEUX MANUSCRITS ORIENTAUX. 115
est douteux qu'on puisse l'établir et que ce Neryosengh soit le
traducteur de l'Avesta en sanscrit. Il est plutôt question ici du
prêtre qui consacra le premier Atash Bahram do llnde (sa date,
pour être plus reculée, est du reste aussi incertaine que celle
du traducteur du Yasna); mais c'est un usage parmi les zo-
roastriens de l'Inde de faire remonter les généalogies des
prêtres jusqu'à lui; par exemple, quand un mobed écrit un
livre, il enregistre son nom^ celui de ses ancêtres et termine
par cette mention : «Descendu de Neryosengh Dhaval » ou
encore «d'Hamjiarw, considérés comme les ancêtres communs
de la classe sacerdotale '^l
Le second manuscrit du lemlidail SmU qui figure dans le
catalogue de 1900, p. 5-6 et dans celui de 1 Ç)o5 , p. 1 33, a
trois colophons en persan , en pazend et en guzarati. Il est repré-
senté comme dû au maître d'Anquetil, Darab; mais si nous
nous reportons aux colophons, nous voyons que nous n'avons
all'aire ni à Darnh,fih de Roiisteni , d'après les catalogues, ni à
Darab, fils de Sorab, si nous suivons la généalogie que nous
avons présentée; cette fois, c'est un Darab, fils du Daslour Pahlan
Vredun, qui serait le maître d'Anquetil.
Or, s'il est assez malaisé d'arriver à définir la personnalité
du copiste Darab, fils de Roustem, celle du Dastour Darab
Pahlan est très connue : c'est un des notables de la classe sa-
cerdotale de Nausari, fils du Dastour Pahlan Fredun, lui-même
savant Dastour. En 1726, l'Anjuman de Nàusari, par un vote
''^ The genealogii of llie Bhagarsatli section oj the Parsee Piiesla, etc., h\
Ervad R. J. D. ^Ieherjirana; Navsari, ia68 de yezd, 1899 de l'ère chré-
tienne (guzarati). Cf. préface {Dihàchu). Voir aussi The genealogy of the Parsi
Priests, par M. J. J. Modi dans ie périodique Asha, déc. 1910 et fév. 1911,
et pour la date de Neryosen}^;h Dliaval le mémoire de M. J. J. Modi publié
dans le Zarthoshti Dinni khôl Karnari Mandli, dans le rapport publié en 1902,
p. 196-200, ses Iraai vishio, hhag Irijo, pana ifji-uo-3, et Glinipue into the
Work of the B.B.R.A.Society, pp. 94-96.
IIG .ILllLLET-AOLT 1011.
unanime, iui donna la seconde place dans toutes les réunions
publiques, et ses héritiers ont continué à l'occuper. En 1690,
il écrivit deux livres : KIwIasselt-i-Din (Essence de la reli-
gion) et le Fnrziijat-nnmi' (le livre de nos devoirs). Il mourut,
d'après la Parscc Prahash , p. 3 1 , le 1 "'' septembre 173/1,3 l'âge
de 67 ans'".
Nous trouvons également le nom du Dastour Darab Pahlan
dans la grande liste des prêtres de Nausari, le Fihrisl, où il
ligure en due place comme fds du Dastour Pahlan Fredun'-'.
A ce sujet, un mot d'explication : dans la communauté zoroas-
trienne, les behdins ou laïques n'ont pas conservé leur généa-
logie, ou du moins un très petit nombre seulement, tandis
que les Athornans ou prêtres l'ont lait soigneusement, surtout
à Nausari depuis leur arrivée dans cette localité, c'est-à-dire au
XH" siècle. Il v a là au fond une question financière; un membre
de la classe sacerdotale ne peut partager les profits du travail
dans les temples tant qu'il n'a pas obtenu les grades de Navar et
de xMartab et que son nom n'est pas enregistré dans le Fili-
rist. Cinq familles (pois) se partagent ces profits : le Dastour
Darali Pahlan appartenait au pol de (Jlianda Fredun.
Si, maintenant, nous cherchons l'origine de celte mention
dans le catalogue, une lettre en anglais, jointe au manuscrit,
l'explique; elle est datée de Bombay, i'' février 1887. et émane
d'un membre de la classe sacerdotale, feu le savant Ervad Teh-
muras D. Anklesaria qui, par les soins de James Darmesteter, lit
C J^e manuscrit étant daté de Tannée 1735 de l'ère chrétienne, il y aurait
une erreur dans la Pamnc Prakash; c'est un savant Ervad, descendant de Darah
Palilan par sa mère, qui avait communii]ué d<' mémoire la date de 173'! à
M. H. B. Patell. 11 se pourrait, du reste, que le travail du Dastour Darah
Pahlan n'eût été achevé qu'à la mort do celui-ci; c'est du moins l'ohservation
que m'a laite M. \lodi, d'après le coloplion persan où le mot : a ccril four-
nirait une explication naturelle et satisfaisante. Le manuscrit avait été copié
à la demande d'un helidin de Surate, Ratimji, pour être offert à un prêtre
Ervad Sorabji.
(■^) ('S. (icmialiijni '1/ llii' llli(ijr(irii(illi Sactinit nf ihc Parai PricxLx , p. 178.
OBSERVATIONS SUR DEUX MANUSCRITS ORIENTAUX. 117
présent à ia Bibliothèque Nationale de ce manuscrit du Veii-
didad Sade, écrit par le Dastour Darab Pahlan «qui, je crois w,
dit lo donateur, «a été le tualtrc d'Amiuclil^^hi. Et ici, pour
nous l'erreur est inexplicable, venant d'un prêtre parsi qui ne
pouvait ignorer que le maître d'Anquetil était le Dastour Darab
de Surate, pas plus que son surnom de Coomana Dada Da-
roo'-^; la notion en était vulgarisée dans la Parsee Pnilîtish. Le
Dastour Darab était connu en eflel sous ce singulier surnom :
Cooma, diminutif de Cooverbai ou Kunverbai, était le nom
d'amitié que les voisins donnaient à sa mère. Quant à Dada-
dnroo, dada est une forme abrégée de Darab; dnroo, la termi-
naison ajoutée souvent aux noms de prêtres, dérivée d'Andharoo
(prêtre). Le nom de Coomana s'est perpétué dans la famille
et est porté par ses représentants.
Cette erreur'^' a été reconnue parles autorités compétentes de
la communauté parsie auxquelles j'en ai fait |)art'^). Pendant mon
séjour à Bombay j'avais souvent rencontré Tehmuras D. Ankle-
saria qui m'avait proposé des manuscrits (jue mes ressources
personnelles ne me permettaient pas d'acquérir. Les beaux
(') La k'itre , datée du i" février 1887, est. collée .î ia fin du volume;
en voici la teneur : «Dear Sir, I liave in my library a ms. of Vendidad Sade
written liy iho liands ol Dastur Darab Pahlan, whom I believe to bave been tbe
teaciicr oi' Anquetil Duperron. As every Ibing connected witli the history of An-
quetil is particiilarly valuable lo Frencli schoiars, 1 bejj to présent Ibe National
Library wilh tbat ms. whicb I send to you tbrough Prof. J. Darmesleter.))
(^) Darmesteter a même connu ce surnom, car il le mentionne en passant
[Annales du Mimée Guimet, t. XXII, p. 11, Z. A., vol. III).
'^' Il est fâcheux que cette notion fautive ail contribué à éijarer les savants,
car nous la retrouvons jusque dans VOEuvre scienti/lquc de J. Darmesteter. Cl.
Annuaire de l'Ecole des Hautes Etudes, p. 3o, 1896 : «Par une loucliaiitr
allenlion de ses hôles parsis, Darmesteter put rapporter à Paris, el déposer
à la Bibliothèque nationale, auprès des manuscrits d'Anquetil, le {jrand Vendi-
dad-Sadé sur lequel celui-ci avait autrefois fait sa traduction. îî
(''' «Il is only wben we sludy a question Ihat \ve détermine ail the facls.
Olherwise Ihe notions are vague. So, please, resl assured Ihal M. Tehmuras
bas commilled a mislake.75 (Lettre de M. J. J. Modi, à M. D. Menant, 18° sep-
tembre 1906.)
118 JUILLET-AOIIT 1911.
manuscrits sont extrêmement coûteux et sont souvent repro-
duits par des procédés modernes, ce qui en rend l'acquisition
moins nécessaire. Mon attention se porta donc modestement
sur les vdhis ou cahiers de jNausari'"; plusieurs de ces docu-
ments ont été publiés postérieurement sur ma demande par
M. J. J Modi.
(^A suivre ^'^K)
''' Dès i89(j, j'avais prié M. Modi d(^ s\'a(|ucrir du contenu dos rnliix do
Nausari.
t^) L'étude paléograplu([U(' cl la triidiictioii des coloplions seront douiiéos
ullérieiu'omenl.
ETUDE
DES DOCUMENTS TOKHARIENS
DE LA MISSION PELLIOT,
PAR
M. SYLVAIN LKYT.
1. LES BILINGUES.
[suite.]
Les feuillets Peliiot 35io. /i6, /17, àH (avec le fragment
35 1 1/ qui se rattache au fouillot /18 ) proviennent manifeste-
ment d'un seul ouvrage. Ils mesurent o m. 089 en hauteur,
m. 3i en largeur (sauf le feuiHet ^8 mutilé); le trou des-
tiné à la ficelle qui les réunissait est percé à m. 08 du ])ord
gauche. La marge est courte et ne porte pas de pagination;
dans la réserve qui entoure le trou, le h(] porte la contre-
marque 3o, et le /17 la contre marque 36. Le /j6 (3o^ con-
tient la fin du vers t)Q en sanscrit, la traduction de ce vers en
tokharien, le 1)3 et le 9 4 dans les deux langues, le commen-
cement du C)5 en sanscrit. Le ^7 {36 ) contient la fin du vers
1 1 3 en sanscrit, hi traduction de ce vers en tokharien, le 1 1 3 ,
le 1 i/i, le 1 15 dans les deux langues, le 1 16 tout entier en
sanscrit et la moitié de la traduction de ce vers en tokharien.
Les mètres employés étant d'une longueur inégale, il est
impossible d'assigner aux pages une mesure uniforme: un
intervalle de 1 7 vers, correspondant à un intervalle de 6 pages,
donne environ 3 versa la feuille, comme c'est le cas justement
du feuillet /i6 {3o). Le troisième feuillet est mutilé sur la
gauche; la bande de papier où se trouvait le (rou a disparu
120 JUILLET-AOUT 1911.
tout entière avec la contremarque de pagination. Il contenait
ies vers ly, 18, 1 1), et se plaçait donc vers le commencement
(le l'ouvrage ou vers le commenc(mient d'une nouvelle section.
Le texte sanscrit n'a pas été traité ici par le traducteui-
lokharien avec la fidélité littérale qu'on avait appliquée au
texte sacro-saint du Dharmapada. Tantôt le tokharien ajoute,
tantôt il abrège ou supprime. On verra pourtant que, dans
l'ensemble, l'interprétation otï're peu de dillicultés graves ou
désespérées. Il semble qu'on se trouve en présence d'un ou-
vrage inconnu jusqu'ici; l'emploi de mètres savants (upajati,
v. 112-11/1; vasantatilakâ, v. 1 1 5 , v. 90 , v. 18-19; Ç^^'^^^^^^"
lavikrïdita, v. q3) rappelle le ms. Bouer plutôt que les traités
de Caraka et de Sucruta. Ouant à la doctrine, je laisse à des
juges plus compétents le soin d'en déterminer la nature et les
alFmités. Le feuillet /l'y définit les trois k humeurs» i^dosa) re-
connues par toute ;la médecine indienne et le traitement général
à leur appliquer; je donne en parallèle (^n)fi-a, p. 1/1 3 et suiv.)
les passages coi'respondants de (iaraka et de Suçruta: la r('-
daction, on le verra, rappelle de très près le texte de (iaraka.
Un autre feuillet, également trouvé à Touen-bouanjj, et
coté 35 10. 07, enseigne lui aussi la même doctrine dans des
leriîK's analogues, et aussi sous une Jorme versifiée. 11 est
exactement du même format (|ue les feuillets /iG, ^7, /i8
(o m, 01 sur o m. o8(); trou à m. 08 du bord gauche:
G lignes à la page); la iiuun seule est dilférente ; fécrilure est
|)lus ('paisse et plus «'crasée. il a pu vraisemblableiiKUil faire
partie de la même collection. Il est rcidigé tout (uitier en san-
scrit, dans le mètre çârdrdavikrîdita, et contient les vers 3 '3 et
33 d'iu) ()iivi-ag(^ à délerinnier. Il prouve, pai- un document de
plus, l'ahondanle Moraison de la littérature médicale dans
l'Asie c(uitrale. il me paraît avantageux d(^ publier dès main-
tenant ce texte (infra, p. 1 /i 1 ) en même temps que les bilingues.
Au point de \iie graphitpie, on ieni;u'(iuera , datis le feuillet
'Il
^.|t
'lui?
< <^ /« S\ w i
I <4.
1 1 o^f S r^
?
p:
n ■
^^
4 ^. I
DOCUMENTS TOKHARIENS DE LA MISSION PELLIOT. 121
sanscrit aussi bien que dans les bilingues, la suppression du
visarga; le sanscrit est, dans l'ensemble, très défectueux.
Les feuillets 46 et 48 appartiennent à la thérapeuticpie.
Les spécialistes sauront sans doute retrouver dans les traités
classiques les recettes correspojidantes. Je réserve pour une
publication ultérieure deux autres feuillets (35 lo. G 5 et G G)
rédigés en tokbarien seulement et ([ui donnent aussi une série
de recettes contre diverses maladies, entre autres la fièvre
tierce et la fièvre quarte.
35io. 46.
1. malhtiijfiffhnaiji 90. â. arirak mpa |)epaksu kasavii * çak (lanlili'_
pis ywârtsa pippâlamtta viralom '^ car mpa liltasle rllialpâH»^
'2 . sa khasle ( liicandasse salype mpa tetriwu nemeekamne po tckanma
niiksenca l ceyak nastukâi^m yamasle *^panidh Ivânkarai mpa ' e
o. so sindhâp paniiih pippâl mpa «^ triwasie melem ne lakle so nuika-
panki) "^ krâfiiwicûkai ne *pokai ne ' âçne e
h. cane ne ' korne klauisai ne ^ sark alâskemane '^ melem no pinasie jxt
ne kartse 90. 2 || tailnin Imiâhmtkanaka
5 . Ihasugnndlutsiddham ijojijdm paijodadhitumloLamd.'^tuciil.l.rai tadcuj
sahficarasaraïujaçatdrnnhhih ^'' l pmtijrkasidilham 11
C). nuvdsmn immghnam 90. 3 || kunciflhas.se salywc bal mpa klyaiiccasi
yamasle ' suganlâ mpese paksalle *" rittasie *^ malkwer (rai
h
wo mpa cukkrik ssn mpa ^ çatâwari mpa * waiptâij paksalle '^ anii-
wasâm yamasle yeite kausonca 190. 3 \\ ril.-tii(lr(llhiijili(ihilr(i)l,(l.
"' Corr. "var'ilduh.
\-2'2 JUILLET-AOUT 191 1.
•2. inrUildlnijulsiinS^^ ca miilibalà^'^ ' mdmsakvàthmjulah suUnlalacano\
ksodrâuiçasa vpirgudak '^' puspâh vûghanahïlvahi
3 . s'iltaplidlini '•''■ hrsnâ vacâ kalhko oasti ^^' ' làmcihamnlra '"' dugdhasa-
liilu râlâinain'bhijo Itilam 90. k \\ kleiika
à. ryo ' inadanaplial "^ tii|)lial ^ gtiruci attapi witsakambai misa pepa-
ksuwa * kuncidhasse ssalywe ' srdyi mi^
5 . p ^ panicjli l peske cautâni l pissau '' piiamâtti ' kassu ^ pippâl
okaio ^ kânci • kewiye miço sa malkwer sa wadli naslukârm
G . iiiryuliain yamasle yeltessana lekanma ne kartse l (lya)wisa yàmam
iiano kartsp 90. ^ \\ iHlsi/iim r/diidii/'it fftidduilg'inrnii râ.
1. (iiirâh. Nom de plante. WA'^ ^ hdniahl -'Terminalia
chebula 75 ; inl'. l\ 8 h ,H .
mpa «avec, 5?, Sociaiif.
pi'jxihsu* « cnit 55. Participe à redoublemeni de W/w/>'
«cuire» et ^ mûrir 77. (If. pepaLsoi-nn'iii rr ayant cnil-ii,
H. /io a 5.
p/ihallr «ciiisanhi, infra A 1; pûl,.yilloN(ili.. j)l:rlnr «dipes-
tion j; (= v/pâl,-/i ] , 111 Ira .") 5 1 . h^j a 1.
hamtjd. Kmprniilé au sanscrit : htmipi i:^d('coction ». Bo.
(■((L* f'dix».
(huilipli'il. KmpruiiLc au sanscrit : dunli-phald rc Iriiil du
danti 55 =^ Baliospennum montanum , Bo.
C (loiT. "yugmah ca? Vdii- liij'i-n.
'^' Gorr. mûlï".
(^' Cori'. I.sdudrâ".
(*' Corr. plialini.
('') Corr. vastih.
'"' Corr. mntra ".
('> Jo rappcllf (|iu! lo si;|n(' II. n'iivoii' ;m nianiiscril AVohor-AIacnrlnpy (('•(].
Iloernlc) ; In si|jlc ho. renvoie au iiiaiiiisirit Hower (éd. Iloernie)- t'ai iialiirel-
lenieiil suivi les idcril iliialion-. de piailles fournies par lo savant éditeiu'.
DOCUMENTS TOKHARIENS DE LA MISSION PELLIOT. l'I'ii
pis* Rcinqw.
ywârtsa.
pippâl amttn . L'alïixe nia sert à former une catégorie de
pluriels. Le mot est emprunté au sanscyit pippalî '.'. l^iper
longumn, Bo.
viralom. Nom de plante. Le mot reparaît .35 i o. /i8 /> 2 , où
il est écrit iviralom et oii il correspond au sanscrit
sadi= Curcuma zedoaria, Bo.
cur. Probablement pour curm devant nipa. (if. riinii
rr poudre 55, cûrnri, infra 3.5 1 0. 6S ^/ 3.
mpa «avec».
rittasie r. à unirv {tjojyay .Même mot, infra 6. Tiré de la
racine K/ritt «unir». On a déjà vu antérieureipent (Bm.
fi Q) rittos =yukta. L'aOïxe "sJp sert à former des géron-
difs: p. ex. infra 2 : yamasle -.en faisant».
flha lpâlie sa khasJe. Cf. la formule mlutnlle sâkliassuin . H.
(i h; 36 a 6 ; k-i h 2 .
hirantlfisse* «de ricin w. Dérivé de Inramja, forme altérée du
sanscrit eraïuja; cf. infra 35 1 o. àS b : liirmidh. Le suffixe
°sse forme des adjectifs de provenance, d'origine. Cf.
infra a G : huncidlume.
salype* « huile ^:. Le mot est aussi écrit salywe, inf. a fi et
3 5 1 . Il'] b ( ) .
mpa «avec».
tetrnvu*. Participe à redoublement de \J Ir'iœ «écraser».
Cf. inf. a 3 : tnwdsle, et aussi H., s. v. triwassalle.
nemcfikamne r. sans aucun doute».
po -^tout», se rapporte au mot suivant.
tekanma* «les maladies». Pluriel du mot tcki «maladie»,
cf. 35io. ^7 è /i. C'est ce sutlixe Vmw qui sert réguliè-
rement à former le pbiriel des mots à thème en °a tirés
directement du sanscrit, p. ex. klfça, hlenuima.
12A JUILLET-AOL'T 191 1.
nahsenca «détruisant^"'. Participe j)résent de ynâk. Cf.
H. 5^/3: tekaliiin po tialsrin «détruisent toutes les ma-
ladies w, et 5 (I -2 : iverc iialisani «il détruit l'odeur w.
Pour la formation, cf. supra Bm. (t i : (meficai.
coyak. Peut-être tiré du démonstratif ce «ce 5; : «avec ces
choses » ?
naslurkârm. La forme alterne dans H. avec maxhikûrm.
Le mot est manifestement emprunté à la pharmaco-
logie sanscrite.
yamasJe «faisant 57. Pour le verbe K/yuni .. cf. supra FM
8 a /; 2 : yâmom, et pour la formation, (*f. su[)ra 1 :
riltdsir.
paindji «miel 11. Voir infra b 5. Le mot semble emprunté
au s;\nscvit j)li('mita «mélasse?).
trtniLarai «gingembre 55. Flexion du mot tvânknro, q.v. inf.
35 1 o. 48 /> 2. Cf. ivitsako, iritsahai , F M 8 a h 2.
mpa «avec?).
3 . ose r. ou bien, soitw (?). Cf. H. 1 5 a 5 : ese pnsne rsc rolmii.
.siii(Jhâi). Transcription du sanscrit saiiidhavn «sel gemme».
pitùiàh pippâl mpa «du miel avec du poivre».
IriwihJe «ayant broyé», (léroiidif de y //v(r; voir supra
2 : tcirnvii.
mrlciii lie «dans le . . . ».
htl:lf «douleur» (SS. 917=^ (litljLluij.
se. Démonstratif et relatif.
mulcnpdiihii. Le mot rappeUe en sansrrit iiiUka «muet» et
juiiipii " paralysé».
^ . Les mots suivants désignent sans doute des parties (bi
corps; mais j'en ignore encore \<i sens.
po ne «en tout».
Jmrtse «salutaire». Voir m lia A (!.
DOCUMENTS TOKHARIENS DE LA MISSION PELLIOÏ. 125
() . huncidhcme. Adjectif de provenance, dérivé au moyen du
suffixe °&se(supra2J du substantif kuncidh= uhi « sé-
same ?n
saJywe r. huile 57. Voir supra 2 : salype.
bal. Transcription de sanscrit halâ « Sida cordifolia 75 , Bo.
mpa «avec?5.
klyauccasi {^= iwathana^ « bouillon ?\
ijaniasU. Absolutif de ijam; «ayant fait 75. Voir supra 2.
sugantii. Transcription du sanscrit sugandha, nom de
plante.
mpese. Dérivé dusociatif wyw; k accompagné de w. (]f. M. 5 00
2 rt /i : pndndkU' çi'âvasli ri spe maskldhav wlavdiii Hamghâ-
râm ne pic kanle nklasiyc mpese « Le Bouddha est près de
la ville de Çrâvasti, dans le sarngharâma du Jetavana.
accompagné de cinq cents disciples j?.
pakmlle ( = siddham^ rr cuit 77. Absolutif (cf. supra) de ypnk;
cf. supra 1 : pepalcsu.
rillaslc ( = yojyani^ «à unir 77. Voir supra 1.
malkivet* {^= payait j calait 77.
traiwo. Correspond à dadlii-tu.wdaka-maslu de l'original :
«petit-lait, eau de gruau, crème aigre 77; c'est donc sans
doute un mot dérivé de Irai «trois 77, et ([ui sert à dési-
gner trois ingrédients généralement rapprochés dans la
pharmacopée. Voir tramasse, infra AS è 5.
b
1 . cukkrik « du gruau sur 77 , altération du sanscrit cukkra.
SSII mpa (= tadvîit) «avec cela 77. ssu i^su^ est un thème de
démonstratif; mpa est le sociatif.
çatâivari «asperge 77. Transcription du sanscrit eatâvan.
mpa «avec 77.
waiptâr (^=pniiyeka°^ «un à un 77.
120 JUILLET-AOUT 191 1.
ptiLsalle {=siddliai)t^ «cuit??. Voir supra ().
amnvdsàm w lavement ■>?. Transcription du sanscrit ainirâ-
s/oifim.
y/inuisle refaisant». Voir supra 2.
ijrltr { = Inmn ) r. vent ».
kamenca (^="gliiunii) «détruisant??. Participe présent en
"/7(y;(cI. supra -j : iH'ikscnca) de^/kam «détruire??.
h. l,h'iil,tiri/() {=---= râfnuiy Aoni de plante : Vanda Roxburghii,
Bo.'
niadanaplial (= râtluty ÎNom de plante : Vangueria spinosa.
Le nom est emprunté au sanscrit : ttiad<iHa=tâlhn.
trphal {^ = pliai air iktl^ «les trois fruits ?? : les trois myrobo-
lans, Bo. Transcription du sanscrit Irphala.
gui-iiri ( = (mnl((Jaln). Nom de plante, transcrit du sanscrit
gii(lûcl= amrin , Tinospora cordilolia , Bo.
attapi* (=ynks{i). Le mol yiiLsa donné par le manuscrit
n'existe pas en sanscrit, et ne fournit pas de sens. Mais
l'exin-ession yiiLsatl ra niullhihl suggère l'idée des deux
btihl : Sida cordilolia et Sida iliombifoha, frt'queînmcul
associées dans la pharmacopée. (Bo.) Le mot nlhiin re-
paraît m. lAq. 5 a ") : titlapi Irtii s/i Lcm IcLvi «d lou-
chait la terre de s(!s deux genoux??. Il signilie donc bien
■• deux en couple ?i. On est assez tenté de rétabhr,au lieu
de ijiihsa. je mot ip<>p»(i «couple??.
ivilsfil.aiiihtij, (= muhhalâ; corr. mft"). Nom de plante. Bol
transcrit le sanscrit hnhl ; nulsakaiii est un d('iiv('' tiré
de ivilstiLo i^-^ nuila^ «racine??, supra lîm. h o.
iinHa' (- niâwsd") r viande??. Le mot est au pluriel, puiscpie
le participe pi'juiLsiiirti . (Uii se coiisliiiit avec lui, est crv-
taiiieiueiil au pluriel.
j)oj)(ilsiiirn [- l.râtlia" j. Le mot sanscrit est un subslantil,
(jiii signilie -bouillon, infusion??. Nous avons en tokba-
DOCUMENTS TOKHARIENS DE LA MISSION PELLIOT. 1-27
rien le participe à redoublement, déjà rencontré supra
a 1 : pepaksu; la tlexion pepakmiva indique le pluriel;
cf. infra 35io. ^y b i : yâmuiva = krtâni.
hificidhasse ssnlyive {=tfnla^ «huile de sésame». Voir supra
a 6 ; ici le mot (sjsah/ive commence par une consonne
redoublée.
sâlyi* (^==hwana^ rrselw.
mip (= sa"). Autre forme du sociatif m^«, soit que le mot
prenne cette forme à la pause, soit que cette forme
marque un pluriel construit avec misa pepak-suiva.
5. panidh (== ksodrâniça; corr. /.-^a?*") k du miel r>. Cf. supra a 2 .
peske { = sarpis) r. beurre clarifié».
cautâm (^ gu(Jfi) r. sucre, mélasse».
pissau [=fmpâhvâ). Nom de plante = Anethum Sowa
Roxb., d'après le Pet. W.; mais le synonyme indiqué,
çatapiif;pâ, désigne le Peucedanum graveolens. Bo.
pilamâlti {=hilva^^ nom de plante : lEgle marmelos, 1)0.
/.YW.sM (=kustha), nom do plante : Saussurea Lappa, Bo.
pippâl (=krsnây]Ln fait, krmn est bien, d'après les b^xiques,
un synonyme de ^;;};^;a/?j Piper longum.
okaro (=mcrt). Nom de plante : Acorus Calamus, Bo.
kâiici (^= kâmcika) «vinaigre de riz», Bo.
kewiye miço* {=)nû(raj f^ urine». Le mot keiviye figure fré-
quemment dans les recettes de H. J'ignore le sens du
mot niiço qui lui est ajouté ici, et qui n'a pas de cor-
respondant dans le texte sanscrit.
sa. Affixe de l'instrumental. Cf. lusâksa, supra FM 8 a a -2.
nialkiver {=dug(lha^ calait». Voir supra a 6. La notation
malkiver {^sn^ au lieu de malkivec prouve que l'allixc sa
est enclitique, puisque la dernière lettre de malkœeç
cesse d'être traitée en finale.
sa. Instrumental , comme ci-dessus.
128 JUILLET- AOUT I '.) 1 1.
wndh "^ou Jnenr, (]f. Bm. a 3.
nastukâtm. Voir supra a 2 .
('). niri/uliani. Transcription du sanscrit «/j'yf(Aa «tl('coction 55.
ijamaslc îdaisant^:. \ oir supra a a.
yettessana {=vâlif^ «de vent '7. Pluriel de l'adjectif v/fZ/mt',
tiré de yeite et vent 55 (supra 1) au moyen de l'allixe .s-se
(cf. kirncidhasse, supra a G).
Ickanma {=(lmaija) «maladie 77, Pluriel du mot Ivhi , iiifra
35 10. k^ h h.
ne. Aflixe du locatif. Cf. came ne, Bm. a 3.
kartsc (^=liiUini'^ « salutaires.
\ly(i)wisa.
yâmuii. Forme de \Jyam (^ faire w.
tiano* «d'autre part, encore?? [=jmnary
hfirtse « salutaire 55.
35io. 67.
1 . haràjjadauvga^nllnjammhlcdavipàhaçolha praltlpaiiiiiiccliâb/iraiiKiin-
lithlidrn haymfnn piUasija vadanli^^^ ladïul 100.10.9 || Isairainc syâ
H. Inc palçalne ' ralraune yoiov^'eretsamnnc waiwalne '^ pkelne ywc-
jiiwcirie \ pitmaiwalne v\raiwalau tutenesalfici filialise solriina
3. weskeni kliaçaiimyi 100.10.9 \\ çi:cl(ilrfinl(ilriif>iii-ii(r/iL-nijda^^'> siic-
hopadehastiiuitutvalepâ ulsedasamghâtacirakvi
h. i/tiçcn kapJiasya harmâni vadanli '■^^ tadhâ 100. 10. 8. || ai-kwifiûc
kroçrafiMo '^ krainarlsamnnn satuesniarno koktsofiii llsn pojH)
f). kaiiilisc ladwalne larkalae '• kraiipalfic Use spj walkc yaiiialric sna
Iccpa Use soli'dna wcnarc kliaraiimyi 100. 10 !>. 1| chui'i liiifnhn
•'' Corr. lajini'ili.
'*' Corr. ImndJidcht)" .
'^) (loiT. lajjnàlj.
DOCUMENTS TOKHARIENS DE LA MISSION PELLIOT. 129
6. ca tatlcrlâni sarvâmayûnâm api rcailcannmâ çcid'-^^ bhavet^ pràpûvi-
çcsain emm samjhàmtaram ycna ca sampraydti loo. lo. 4 || toya so
b
1 . Iruna spa tiittse yâmuwa po tekanmats rano se nemraats l su ksa
rnaskedhar wâki cainats nem te alyek ne sp ce sa yanem loo. lo. li
2. Il (llasijatantri hrday(i''hiçuddhi dompravrUtJiV(dabh(uamOlrai gurû-
daratvârucisuptatâhhir âmânvilam tad vidmo vadanli lOO.
3. 10. 5 II alâsamnne spane aramç ne ma astaramne nakanraats ecce
spârtaine ' kesta ttse ma nesalne*^ kramartsane kasâ Itse a
k. ruci klaltsalne raamaune mpa ritlos teki weskem ' ço-iîe spa loo.
10. 5 I sniklovi(t((ril(davaiiâniblamfidliiirâ>mapânaihl pi
5. ttam tathâ''^^ madhiraliktakasnyaçîtai çlesmarn hatmna^'^^kasâyaruk-
■sair âmam praçântim upayâty apatarpamiç ca loo. lo. 6 ;[ yetteta
6. r kallona sa knncidhassana salywe sa ( salyinsana swaiona rwa-
Isannia yoktsanma sa pidh mandrâkka swarona raskarona kasâytta
1 . Imrçalne = ?
syâlne = ?
2. palçalne* (= . . . /m), probablement dâha '^brûlure».
A. i3 rt 2 : yalsko ttse palçàlne a la brûlure de l'esprit»?;
^96. 3(j rt 6 : snni paiçalne maskctr «il est sans brûlure ».
ratraune* {=râga) t^ rougeur v. L'adjectif correspondant est
mtre{m) ; FM 5 a è 1 : ratretri kampâl ^un kambala rouge ».
La formation est la même que dans le cas de lare
« compagnon » , laraune 'x compagnie ».
ijolowcretmnmhc (^ = tJaiii'gandliya^ «mauvaise odeur 7^. Le
''- Corr. api caikanmnndm kaçcid.
'-' Corr. "tantre hrdaye'.
''' Une syilahe brève de trop.
'*' Il manque une l»rève après mijn".
L
130 JUILLET-AOUT 1911.
mot est composé de deux termes : yoh t^; mauvais 7:, ircrc
ft: odeur 7). Cf. pour le mot ynio, M. 5oo 3'i 3 : krcnce
pi irnt no yolo pi ival yàmo^ «un acte ou bon ou mau-
vais 55. Pour le suffixe d'abstrait °tmmûe (^ayec des va-
riantes graphiques), cf. htsnitsanne, supra FM 8art 1.
iraiimlûn {= sdmldedn^ ?<; moiteur 55.
pkeble (== vipâha^ «digestion, maturation ». Cf. 4 98. /i è 3 :
lisaitmnne maksu '^attsi tso pleine «qu'est-ce que ia
vieillesse? (Test la maturation des skaudbas». Le mot
est tiré, au moyen du suffixe abstrait °lne, de \pnh
« cuire ri ; supra k 6 a 1 : pepaksu.
yiveruwelne {==çotha^ «gonflement 55.
pitmaiwalne {==pralâpa) «bavardage 55.
waiwalau i = mûrcchâ-hhrama^ «étourdissement, vertige 55.
iule {=pita) «jaune».
nesnlhe (=hliâra'j. Formé, au moyen de l'aflixe "Inc, de
y nés «être». Voir supra Bm. a a : wâ nesam.
pitta Use {==piUasya). Le mot est simplement transcrit; Use
est l'affixe du génitif.
solruna{==hamiâni) «marques». Pluriel du moi soU-i, qui
rend le mot sanscrit linga; cf. 1) Aq. 5o è : iviitlavc sa
tchi sa solri sa tranho sa, qui correspond à l'énumération
pâlie : sippena pi âhâdhcna pi hngoia pi (Ipattiyà pi.
3. ivesLeui* {==vaionti) «disent». 3*^ personne du plur. du pré-
sent de l'indicatif de yiven «dire»; cf. supra 13m. a 5 :
ircfvciiu. La 3® pers. du sinîjulier est wcssnin.
kjiarannnji {=-=ta(inà, corr. (ajjnâli^ «les .^avants». Nomi-
natif pluriel d'un adjectif tiré de ylihfie «savoir»; cf.
snpra Uni. I> h : Utar/onoiii ; G : khardlir.
f\. arlavinnc* {= rrelalnij « J)lanclieur ». Snl)slanlif al)strail
tiré de l'adjectif ôrLiri; II. ."! 1 ah : nrhiri nihhâr, équi-
DOCUMENTS TOKHARIENS DE LA MISSION PELLIOT. 131
valant au sanscrit sila-çarkarâ c^ sucre blanc, sucre raf-
finé w.
hroççanm" (^ = dtatva) «froid w. Je n'ai pas retrouvé l'ad-
jectif d'où cet abstrait est tiré.
hramartsamnne* {==gurutva) r. lourdeur». Même mot infra
h 3 (où il est écrit kramartsane). Formation du type
ktsaitsanne, supra FM 8 an i .
saiivesmanle (^=ha)ula, corr. kamjû) r démangeaison».
hektsem Use (=snelia, corr. deha^ c^ corps», j'ai déjà cité la
triade : kektseri reki palsko «corps, parole, pensée» sur
FM 8 a a 2. — "ttse, affixe du génitif.
popokam ttse (^ upadeha) «suppuration, sérosité». —
"lise, affixe du génitif.
5 . laiiwalîie ( = stimitatva-lepa ] « moiteur poisseuse » .
tarka Ine ( = m tseda ) .
kraupalne ttse (^samghâta^ «embonpoint». Abstrait tiré de
Sjkraup «réunir»; cf. kakraupnsam, supra FM 8 a*^/ 3.
Génitif.
sp. Forme réduite de l'enclitique spa rret-\
wcdke* {==cim^ «de longue durée». Cf. supra : walke sta-
moyii « puisse durer longtemps ! » s. v. tâkoycer, FM 8 a /> i .
(jamalfie [=kriya) «acte». Aiîstrait tiré de y >/am «faire».
leçpa ttse [=kaphasya) «du phlegme».
sotruna {=kai^mânï) «marques». Voir supra y.
ivenâre (^=vadanti) «ont dit». 3*" pers. du plur. du passé
de Sjwen «dire». Pour la formation, cf. M 5oo. 2. /» i :
cm ivfittnre samâni . . .sâksâre «cette affaire, les bhiksus
la rapportèrent (à Bbagavat)».
khnçaumyi {==iadnâ, corr. tnjjmhy Voir supra 3.
6. toyà i^^tâni). Nominatif non masculin du démonstratif <«*;
cf. tnsâksa, supra FM 8 a a 2.
9-
132 JUILLET-AOUT 191 1.
h
1. sotruna (^^liiigfniij « marques 55 ; supra a 2.
spa {=co) «etw. Copule enclitique.
tuttse (^=10^) te de cela??. Démonstratif h/ avec l'allixe du
génitif.
yàmuœa (=lirtâni^ «faits??. Nominatif pluriel non-masculin
du participe î/rtmM, de yyam c^ faire??. Le nominatif plu-
riel masculin est yâmosa, supra Fi\I 8 a a 2.
po (=s^/rm) ce tout??,
lehnnma 1^ (==- âmmjnnâm^ «des maladies??. L'allixc Is
marque le génitif pluriel; il existe parallèlement une
forme Iso emphatique ou masculine. L'atlixe est mani-
festement en rapport avec tse, Use, alïixe du génitif
singulier. Tehanmn est le pluriel de tchi; cf. supra
/i6 a 2.
rano {^<'pi) «même??. Voir supra Bm. h 6.
se [=eha^ «un??. SS. 926 n. 1.
nemimUs {^nâmnâm) «des noms??. U, affixe du génitif plu-
riel; ma, allixo du pluriel, sans doute par réduction de
mua après le m final de îicm. — /7m ce nom ?? est en dia-
lecte A nom (SS. 917)-
mihsa [=hnrci() «quel([ue??. Combinaison du démonstratif
su (voir supra Bm.r/5) avec l'allixe de Jbrmation d'in-
défini /.sa (voir supra, iiisâksa FM 8 a a 2 ).
mishedhac {==hhavel) «soit??. 3" pers. d'un mode (sub-
jonctif?) de m<isk «être??, spécialement dans b:; sens de
«se trouver??; il est d'emploi constant dans les forma-
tions du type : pai'iill.le Cràvit,s(i ne mnskitlhar ( FM 5 a u '^ )
«le l}ou(blba est \v^iKlvn^}\ à Çravasti??.
ivàli (^ prâplivur.sain'j r.cbfterence^?.
cfimfijs (^z=rs(ln>) «d'eux ?\ Génitif pluriel en Is du démon-
stralif cr; r[. aiu , supra l)Mi. A /i , et ccfa, infra.
DOCUMENTS TOKHAUIENS DE LA MISSION PELLIOT. \U
nem {==samjna^ ^noxnn.
te «ce». Démonstratif.
alyek* (=antaramj « autre w. La finale, s'unissant avec
l'enclitique ne, substitue le A- au k final de la forme
isolée.
ne (S dans 55. Affixe du locatif.
sp {^=ca). Forme réduite de la copulative enclitique h^xi.
ce sa [=yena) ^par quoi 15, Thème du démonstratif ce, ici
en fonction de relatif, joint à l'affixe d'instrumental sa.
yaneni (^= samprayâti) «vont 55. 3" pers. du pluriel du pré-
sent de l'indicatif de \Jyan, yn « aller». La ?>^ pers. du
singulier est yam. Hl, \k<^. k-j (débris de bilingue) h à :
yâti 'yam.
alâsamme {=àlasya^ <s langueur» semble être une transcrip-
tion du mot sanscrit.
spane [=°lantre^ tt soumis à». L'adjectif est probablement
en rapport avec la copulative spa.
aramç ne (=hrdaye^ ^dans le cœur», ne, afîixe du locatif.
Cf. M 5 00 6-7 è 5 : tarya çpâlmem namnyeUn aranc n enku
K portant dans le cœur les trois bons joyaux».
ma (=«"). Négation qui sert ici à rendre 1'^ privatif du
sanscrit.
astaramne (^^viçuddlnj «pureté». Abstrait en "lune dérivé
de (Istre «pur».
nnhnnmats (:=</o.9a°) «des dosas». °nma est la désinence
du pluriel; ts est l'affixe du génitif pluriel. Le thème
nnk({j est sans aucun doute en rapport avec y ««/»•
«blâmer»; voir supra Bm. « 1 . Le mot dosa de la langue
médicale a donc été rendu par l'équivalent littéral de
dosa «faute».
ecce (^=pra"y Adverbe qui exprime le mouvement en avant.
Il sert à rendre le préverbe « de âgacchanti dans une
\U JUILLET-AOUT 1911.
formule du Vinaya, Hi. i/ig. i3 r/ 2 : cai no çaulasso-
ficâ çtivflra wrattsni aksnssallc pelaïknenta . . . ecce kal-
niaskcm «voici, ô âyusmats ! les quatre prâtideçaniya-
dharmas qui arrivent??.
spârtalfie {=vrt(i) «roulement, développement». Tiré de
y spart « se développer v : D. Aq. 1 3 ^ 6 :po çaise spârtoyâ
çque le monde entier se développe (dans la bonne
loi) ! V
kesta tUe{=hmâlf^ «de la faimw.
ma nesalnc (^=^abhâvay (lî. supra Bm. ^ 2 : ma nesam. Le
mot est formé au moyen de i'affixe abstrait Hne.
Lrnnuirtmfie (^=guru. . . tva^ «lourdeur??. Voir supra rt h.
hnsà Use {==udarn"^ «du ventre??.
nruci (= aruci^ «manque d'appétit ??.
hlnttsnlne (= suptaUl^ « somnolence ??.
mamnune {=àma^ «indigestion??.
mpa. Sociatif.
nttos i^=anvita) «joint??. Voir supra Bm. a 6.
/p/r/ «maladie??. Voir supra 46 a 2 : tohmimn.
weskem{=vndnnti^ «disent??. Voir supra c/ 3.
ço-ne ?
spa. Copulative.
5 . yeltetar {=sn'il;l(i, probablement tikia^ « piquant ??. Le mot est
sans doute en rapport avec yoAlc «vent??.
f). l,-(ill()ii(i {=uma^ «chaud??. Même mot H. 3^ a 2; cf. aussi
kidlccci, supra FM 8 a a 3.
sa. AfBxe de l'instrumental.
lamcÀdlinssana snlipve (== latin) «huile de sésame??. Voir
snj)ra 4 G a G. La finale "nssana est la forme au pluriel
du sulïixe de provenance assc; cf. ycUessaud , suj)ra /iG h G.
sa. Instrumental.
DOCUMENTS TOKHAUIENS DE LA MISSION PELLIOT. 135
snlyinsana {==lavan(i^ k salé ». Adjectif dérivé àesâlyi « sel v ,
supra /t6 b h. Probablement au pluriel, affixe "nna.
sivarona (=madlmra^ et doux».
çwaisanma (^=annn) «nourriture». Pluriel de çwntHi , en
dialecte A, çwâlsi (SS. 920). Infinitif de sJçu, an pai'-
ticipe passé çeçu k mangé», part, futur çwâUe et à
manger».
yoklsanma (^=p(lna'j et boisson». Pluriel àe yoktsi , infinitif
de \/yok «boire»; d'où yokalle {=peya^ «à boire»,
infra 35io./i8 a fi.
sa (^=°aih). Instrumental.
pidh (^=p{ua^ et fiel». Transcription du mot sanscrit.
mnndrâkkn i^=iaihâ^ et ainsi». Corr. mntrâkka, cf. supra
Bm. è 2.
swarona {=mndhura^ et doux». Voir supra.
raskarona (== tikta^ et amer ».
kamynta [==knmya) «décoction». Voir supra h^ a 1 , avec
l'affixe du pluriel, °ntn.
35io./i8 et 35io. y.
a
i, hali l çva . . ie . || peske cautâm '^ klussa witsako '^ midha nipa
lelriwos klusse war sa yokalle ' klaifie leki piçpi
â. satsankau tâkam p *^ bhârk çle tvânkaro l toya sanilkonla
lanâkkai sa tsamsallona ciii'm yamasle [ çwâile ku
1). . _nma ne kartse 10. [7.J j[ Ye^ran(labilvahrhaiidiHiya^^hmluhiù[ia
l pàsftnabhetr'^^'katumûla krla'-'^^ kamija ^ sahsâra
h. hingulavam . . . lanùçra l rroinjanisamedhrahrdayastannriikm
peyam \\ hiraiidh '^ pilamâii ^ vvipraha
f'^ Corrigé en dvaymn, et hca écrit au-dessous du mot d'une encre plus |)Ale.
'--> Corrigé en bhitr par une antre main.
'^•' La prosodie exige une longue au lieu de la brève "la", donc "tah
13G JUILLET-AULT l'Jl 1.
5. l mâ[lu]l[u] ' klyotaissaua wilsakasse kasâya l yawaksâr
aiikwas '^ wiralom ^ hiraudasse sa
G. oni ne ts. ^ indri ne ' aramç ne *^ piçpik ne lakle
wikassani l se cùrm tvànkaracce war sa yokalie yette leçpassana
1 . nma ne (ka)r(ts)e bhanclh takani odh ypiye war sa
ynkalle io.8 || h'ihgugraguudhasadaçunUjajûjïharitald'pu^^ka
â. vmla .r. • . dit. d istam «^ guhnodarâjirnavimcikâsn ||
ankwas okaro ^ wiraiom ^ tvâùkaro '^ a
o. [ari]r k ' ayà çço ^ kassu bbâkondjiar sa \ tanâkkai
^ tanâkkai tsamsalle se cûrm ' tu ne papâlau ' kwarm ne " u
h. (v.)r ne ' acir ne sucikanta nettoya samLkenta raswaslona
car sinlâp salyiye yamaslya curm lykacke ^ kla
5. nalle traiwosse s(in)e kwaram warfiai ersankiïe ne tekannia
ne kai'tse 10.9 || cûriuim samam rucnkahingttmn
6, \o].s(idh('tit(lm sambhavâsit hrtpârevaprsthnjdijin
rârrtsûciliitsil '^^^ pci/inn tnthâ yavarasena
1. peske ^=snrpis\ «beurre clarifie 75. Voir siipra /iG h 5;
cautflm [=.oWa] «sucre, mélasse 55. Voir suj)ra /i() h 5.
klussa . . . Adjectif d'origine^ formé au moyen de ralïixe.wY'.
ivitsnho [=mr//^/| «racine». Voir supra Bm. h 3.
mùlliti.
mpa. Sociatif.
lelriivoH et ayant broyé jj. Part, ii redoublement, an nomi-
natif masculin, de sjlr'iw; voir supra A 6 a y : loiritvu.
klm.se.
''' (iorr. "(irtivisûahiisu.
DOCUMENTS TOKHARIENS DE LA MISSION PELLIOT. i;{7
war°*[=rasa] ç^jus, infusions.
sa. Instrumental.
yokalle \= 'peya\ r. à boire w. Part, futur passif do v/yo/t;
«boire». Voir supra k'j h d : yoktsanma.
Maine.
tehi\==roga^ k maladie 55. Voir supra /17 h h.
fnç'pi\J^*\=stana]^ «seinw. Cf. infra 6.
satmhkau c^ ayant mélangé 55? Participe à redoublement au
nominatif masculin singulier, de yimhh; cf. infra :
tsamsallona.
tâkam [=bhavati]. 3' pers. du présent de l'indicatif de
\Jt(lk; cf. supra FM. 8 a /> 1 .
hhârk [=bhârgi]. Nom de plante emprunté au sanscrit :
Chlorodendron sipîionanthus, Bo.
çle ^=sn°] «avec 55. Voir supra Bm. b G.
tvâhkaro \=^çunthi\ « gingembre w. Voir infra b 1.
toyn ^=iâm] «ces». Norain. plur. neutre du démonstratif
tu; cf. supra /l'y « 6.
sainikenta [=osadhâni] «ingrédients, remèdes». Cf. H. oii
le mot paraît constamment avec des graphies diverses :
satke, samtke, sâtke. Nos textes présentent le même
flottement.
tanàkkai « lentement w? Cf. infra b 3.
sa. Instrumental.
Isnwmllona «à mélanger» ? Participe futur au pluriel en
°sal[ona (singulier .sY/Z/e) de sjlsain ou \Jtsahk. Cf. supra -?..,
et tsamsaUe, infra b 3.
cûrjn [=cMma] «poudre». Cf. supra 46 a 1.
yamasle \=krtvd\ «faisant». Cf. supra /i6 a 2.
çwâlle \=bhojya^ «à manger». Part, futur en "aile de sJçu
«manger». Cf. çwatsanma, supra U^ b 6.
138 JUILLET-AOUT 1911.
o.
ne. Locatif.
knrtse [=liitn\ k salutaire w. Cf. supra 46 a 3.
h. Iiirnndh {=eran(ja) «ricin». Cf. supra /i6 n 9,
pltamâli {^=bilva) « .Ëgle marmelosn. Cf. supra /i G b 5.
wiprnhn [=hrhnU). Synonyme de hrhntl: emprunté au
sanscrit comme l'indique l'emploi du h, qui manque au
tokliarien.
1 . \^teka]Hma ne knrtse. Cf. /i() h 6.
tâknm r. est». Voir supra /j6 n q.
ndh ypiye.
wnrsn. Voir supra a i .
yoknile. Voir supra n i .
2. m'ihtvas (^=ln'np^u). Asafœtida. Voir supra a h.
ohnro i^^u^mgnndhn^. Nom de plante. «Oignon, ou oci-
mum pilosum , ou Michelia champaka ou Myrica sapida »,
P.W. ; mais ici « Acorus calamus », puisque ce mot traduit
vncâ, supra /i6 h .5.
irimlom (^=fi>da^ « Curcuma zedoaria ». Voir supra /i() n i.
Inlhknro {^=^çunthi\ «gingembre». Voir supra a a.
3. nrirâk (^ = hnrHakî) «Terminalia Cliebula». Bo.
kassu [==kustlin\ «Saussurea Lappa», Bo. Voir supra
'/i6 b 5. ""
bitfikondhnr sa.
Innâkk/ii Innâkkni «petit à petit, lentement»? Cf. supra a 9.
t.yujisalle «à mélanger», l^articipe futur au singulier. Cf.
tmmsallonn , supra n y.
sr enrm «celU; poudre». Cf. supra (i (!.
DOCUMENTS TOKHARIENS DE LA MISSION PELLIOÏ. 139
tu ne 'xen cela v. Locatif à affixe ne du démonstratif tu. Voir
supra : tusâksa, FM 8 a a 2.
papâlau (==î;9/a) k vanté». Participe à redoublement, nomin.
maso. Même mot supra Bm. a 3 , où il [vaàmi pracanisitali.
kwarm%e i==gulmaj ren cas [ne] de tumeur abdominale 5:.
/|. ncir ne {=ajlrna) ^ en cas [ne] d'indigestion w. Transcription.
[wilsuakanta ne (= visûcikâsu^ k dans le cboléra v. Transcrip-
tion.
toya Tcesj?. Pluriel neutre de tu; cf. supra /l'y a 6.
samtkenta «remèdes w. Voir supra a 2.
raswaslona car.
sintûp [=samdhava] «sel gemme 55. Transcription du nom
sanscrit.
salyiye «sel 55. Cï. sàlyi , /i6 b h, et snlyinsana «salés»,
47^6.
yamndya « à faire ». Forme fléchie de yamasle, supra h 6^2.
curm «poudre»; supra a 6.
lykaçke «menu » ; cf. 35 1 0. 43 r; 1 : lykackem rnno yolmîie
po prankassem «que je rejette tout péché, même
minime ! »
5. trnnvosse. Adjectif d'origine dérivé de ^mîwo, supra /i G a 6 :
«petit-lait, eau de gruau, crème aigre».
kivaram.
ivârnai «avec». Cf. D. Aq. i3 h .5 : po pi nnohn'i mni-
ireyemtsa ivàrnai panâkte Jkâtfti kall . . . «que tous les
êtres obtiennent de voir, en compagnie de Maitreya, le
Bouddha! »
ersahk ne. tekanma ne kartse. Voir /i G A 6 .
5. tnntulu. . . {=mûtuluhga). Transcription fragmentaire du
mot sanscrit : Citrus medica, Bo.
]dyotais^ana.V\uno\ d'un adjectif de provenance, à suiïixe
\M JUILLET-AOUT 191 1.
°sse {^==pâmmhheAr, corr. "hheltr) aperce-pierre??; nom
déplante : Pleclranthus scutellanoides, on Lycopodium
imbricalum, on Colens amboinicns, d'après le P.W.
witsnhns.se (^^=mûl a) wde racine??. Adjectif de provenance,
en ''sse, tiré de wiisnho t^ racine??; voir supra Bm. h 3.
knsnyn {==kasâyn'j ^infusion??. Voir supra 46 n i.
ynivnhstlr {^= ynimksnra^ et cendres caustitnies de harbes
d'orge verte ?? , Bo. Transcription du sanscrit.
niikwns \==h^ngu^^. Nom de plante : Asafœtida, Bo. Voir
supra h a.
wirnlom [=.sa^/|. Nom de plante : Curcuma zedoaria, Bo.
Cf. supra h^ n i .
Iiirnudnsse sn[lype\ [= ernijfjntailn] cdiude de ricin??. Voir
supra /i6 rt y.
). o/7i (=rfmsa?) cç épaule??, La mutilation du manuscrit rend
la correspondance incertaine, mais probable cepen-
dant.
ne. Locatif.
mr/n (=im//»Yf) c^membr(^ viril??. I^e mot est sans aucun
doute emprunté au sanscrit hulriyn, puisque le son
d n'existe pas en tokbarien.
nrntnç ne {=hr(lnyn^ «dans le cœur??. Cf. supra hq h d.
ve indique le locatif.
piçpili ne (^=stnnn'j c^dans le sciin?. Cf. supra a.
Inicle [=ruj^ ce maladie??. Le mot a le sens de duljkha
«douleur?? en général, SS. (ji-y (en A hJopY Cf. p. ex.
A()8. /i rt 5 : sek Inkle wnrpnlm «perpétuellement dou-
leur, c'est la sensation \^vednnà\^).
wi kasmiji Kclmssev. 3° pers. du sing. du présent de l'ind.
de yivik «chasser??; p. ex. 35 io. h h h 3 : po yolnifie
wilmssm «puissé-je chasser tout mal!??
.se «ce??. Démonstratif.
DOCUMENTS TOKHARIENS DE LA MISSION PELLIOT. IM
cûrm [=ciirnn] «poudrer. Voir supra a.
tmhkaracce [=çu)itJâ) «de gingembres. Adjectif de prove-
nance tiré de trânkaro, supra 2.
ivar sa [=rasa\ «jus, eau??. Voir supra 1; sa marque l'in-
strumental.
ijokalle {=pcyn) «à boire r. Voir supra 1.
yette [=vâla] r^vent?^. Voir supra /i6 b 1.
leçpassana [hapha''^ ^àn phlegme^n Pluriel de l'adjectif de
provenance leçpasse, tiré de leçpa; voir supra k^ ah.
APPENDICE.
Ainsi que je l'ai annoncé, je donne en appendice le feuillet
médical sanscrit SBicSy et les passages de Caraka et de
LSuçrula qui correspondent à ce feuillet et au feuillef bilingue
35 10. kq, publié ci-dessus, p. 128 et suiv. Pour la descrip-
tion du feuillet 35 1 0. 87, voir supra, p. 120.
Feuillet 35 10. 37.
1. daviiâpadâhajananam varnasya bhedas trsâ * prasphotâç ca mukhe
tvacapracurutâ '^^ vinmûtrarâgas tathâ "^ 11
!2. ngair ebbir udâharair bahuvidhai pitlâdhikatvam nrnâm \ nitya'"'
tasya kasâyaçîtamadliurai(s ti)ktai parisrâvi
3. bhih \ drâksoçlrapaiûsaçarkarayulai padmotpalai samyutai ' âle-
pair agadaiç ca candanayutai ksï
U. raprayogai ghrtai "^ mksais câpi virecanai savamanai pittam pra-
çâpisyati '^' j| idam pittadhâtu
5. laksanam || 3o.2 || iksiiksîraghrtais tiiântavikrtai snigdhais tathâ bho-
janai ^ '*' grâmyânupacarodakai
G. sagurubhir vrs(y)aprayogais tathâ [ajvyâyâraatayâ unicâtiraya
nâd âjîrnake eâçaiiam ' jautor indi'i
''' Corr. pracuralâ.
(-) Corr. nityam.
'') Corr. p-açàmisijati.
'■■^ La troisième syllabe doit être longue.
U2 JUILLET-AOUT 1911.
1. yasamvarâcasalaia''' çlesmam [samâdhïyale] l "^âlasya'^' guriigà-
tralâ ca satit ''' svedam ca cranta nauu '*' '' toye '•'"''
2. nanabhinandanam virasalâ mâdhurya'^' âsye rasam nityanca *''
çayanât tathâbhilasanam kantaprabhaddhâpi '*'
o. ca '^ kâsakçuvanajvaras tathâpi ca matam çlesmâdhikatvam nrnâm ''''
j^ iiitya ''°^ tasya kasâyalikta
-'i. kalukai vîrecanai'''^ cchardauai *^ksînosnai lavanai çlesmacamanair''^'
mâdliuprayogais tatliâ "^ vyâyâ
5. niakriyayâs tathâdlivagamaaâd ruksâoanam bhaksanâj janto jângala-
bunjanai salagukai çlesmaiii praçamî
G. syali | |i idam çlesmalakâsanam || 3o.3 || vâtasyosadham usnarmâ
bkdavanam'"' ^ likta''^'katuçlesinaiia '^ pitta
Garaka, Siitrmthâna , 20, i3 et suiv.
13. sai'vcsv api khalv etesu vâtavikàresu . . . vâyor idani âliiiarfipam
aparinâmi karmanaç ca svalaksanara yad upalabhya ladavayavam
va vimuktasamdehâ vâlavikâram evâ(lbya\asyanti kuçalrdi ladya-
l!iâ ranksyam lâghavam vaisadyam çailyaiii galir amiirtatvam ce(i
vâyor âtmarûpâni bbavanti. . .
\h. [ani lani çarïrâvayavam âviçalali sramsalibraniçavyâsa \vnr. I. :
vyâsaiiga] bhedasâdabar.satarsakanipavarlacàlalodavyalhaccsladyas
tathâkbaraparusavisadasuçirârunavarnakasàyavirasamukbaçosaçû-
'') Corr. aatnvnvàc ca aatatam.
'-' Corr. àlasyam.
(■''' Le sens et le mèlrc exigent une corn;cticn.
''■' Corr. lanu{h).
(^' Corr. luijeiià°.
f'*' Corr. inàdhurijam.
<'' Le mèlre incli(jiie râraij°.
"' Texte à corriffcr, niais comment?
'"'' Pâda liyjiermètre.
C*') Corr. nilijam.
(") Corr. kalukair virecaitaiç.
('-' Le texte semble scander çilosma".
''•'' Corr. ttsnam àmla'"'!
'"') Corr. hkUujfi.
DOCUMENTS TOKHARIENS DE LA MISSION PELLIOT. 1/i3
Jasnptisamkucanastarabhanakhaiijalâdïni vâyoh karmâni lair
anvitam vâtavikâram evâdhyavasyet.
15. tam madhiirâmlalavanasnigdhosnair upakramair upakrameta sne-
hasvedâsthâpaiiànuvâsananaslahkarmabliojauâbhyangolsâdannpa-
risekâdibhir vâtabarair mâtrâkâlani ca pramânTkrtya âsthâpauâ-
nuvâsanam lu khalu sarvathopakramebhyo vâte pradhànatamam
manyanle bbisajali
17. sarvesv api kbalvelesupittavikâresu. .... [comme ci-dessus, Id], . .
kuçalâb tadyathâ ausnyam taiksnyam lâghavam auatisneho varnaç.
ca çiiklârunavarjo gandliaç ca visro rasau ca katukâmlau pitta-
syâtmarQpâny evamvidhalvâc ca karmanah svâlaksanyam idam
asya bhavati.
18. tam tam çarîrâvayavam àviçato dàliausnyapâkasvedakiedakotlia-
kançlûsrâvarâgâh yathâsvam ca gandbarasâbhinirvarlanam pitta-
sya karmâni tair anvitam pittavikâram evâdhyavasyet.
19. tam madhuratiktakasâyaçïtair upakramair upakrameta snehavireka-
pradehaparisekâbhyangâdibhili pittaharair mâtram ca kâlam |ira-
manîkrlya virecanam tu sarvopakramebyah pitte pradhànatamam
manyante bhisajah
21. sarvesv api tu khalvetesu clesmavikâresu... [comme ci-dessns , 13] . . .
tadyathâ snehaçaityaçauklyagauravamâdhuryamârtsnyâni çles-
mana âtmarûpâny evamvidhatvâc ca karmanali svâlaksanyam
idam asya bhavati.
22. tam tam çarîrâvayavam âviçatah ovaityai aityakandûsthairyagauravas-
nehastambhasuptLkledopadehabandhamâdhiiryacirakâritvâni çles-
manah karmâni tair anvitam çlesraavikâi'am evâdhyavasyet.
23. tam katukatiktakasâyatiksnosnaruksair upakramair upakrameta sve-
davamanaçirovirecanavyâyâmâdibhih çlesmaharair mâtrâm kâlam
ca pramânîkrlya vamanam tu sarvopakrabmebhyah çlesmani
pradhànatamam manyante bhisajah.
Caraka, Sûtrasthâna , i, vers hh et suiv.
vâyuh piltam kaphaç coktah çârîi'o dosasamgrahah || hka
ruksah çlto highuh sûksmaç calo 'tha viçadah kharah |
viparilagunadravyair mârutali sampraçâmyali î| 46
sasneham usnam tlksnam ca dravam amlam saram katu I
l!ili JUILLET-AOCT 1911.
vipai-ïtagunaili piltam dravyair âçu praçârayali || 4 7
p-nrurïtamrdusnigdliamadhurasthirapiccliilâh |
rlesmanah praçamam yânti viparïtagunair gunâh || h8
svâdvamialavanâ vâyum kasâyasvâdutiktakâh ]
jayanti pittam çlesmânam kasâyakalutiktakâh || 53
SnçRDTA, Sûiraslh(hui , i5.
Taira praspandanodvalianapûianavivekadliâi'analaksano vâyidi pan-
cadliâ pravibliaklaii çaiïrani dliârayati.
râgapaktyojastejomediiosmakrt pittam paiïcadhâ pravibliaklani agni-
karmanânugraliara karoti.
samdlîisamçlesanasnelianaropanapûranabalastliairyaki't clesma pafi-
cadliâ pravibhakta udakai'manânugraham karoti.
tatra vâtavrddbau tvakpânisyam kârçyaiii kârsnyam gâlraspliu-
ranam usnakâmitâ nidrânâço 'Ipabalatvam gâdhavarcastvani ca.
pittavrddhau pîtâvabbâsatâ samlâpaU çïtakâmitvam alpanich-atâ
mûrcchà balahâuir indriyadaurbalyam pitaviiimûtranctratvam ca.
çlesmavrddbau çauklyam çaityam sthairyam gauravam avasâdas lan-
drâ uidrâ samdhyasthiviçlesaç ca.
REMARQUES LINGUISTIQUES,
PAR
M. A. MEILLKT.
Les Diols techniques, très nombreux clans les textes édités
ici, n';ipj)elleril j)as d'ol)senalions relatives à l'étymolejjie. (jiii
est inconnue sauf dans les cas où il s'agit de mots sanskrits
transcrits ou empruntés. On ne reviendra pas sur les mots
déjà expliqués, comme neni c-suom». Il n'y aura donc lieu de
pn'scnter (|imiii IoiiI j)elil n()nd)re d'indicalions linguistitnies.
REMAROLES LIN G L ISTIQ UES. 145
35 10. /i6
1. pepakm v.cmlri. La racine est celle de skr. inkati , v. si.
peka, lat. coquô, etc. — L'emploi de s après h est à noter.
— Les deux sens de «cuirez et de k mûrir» appar-
tiennent à la racine indo-européenne.
çak «dixr: mot déjà signalé chez SS., p. 92.3. On voit
par là qu'une dentale placée devant un ancien e aboutit
à tokh. c. La nasale finale de skr. ddça, lat. decem,
n'est représentée à la finale ni dans le dialecte A '1' ni
dans B, mais se retrouve à l'intérieur du mot dans
l'ordinal A çkanâh, cf. lit. defimtas, v. si. deselû, gr.
JexotTo?, got. taiimndn. L'amuissement de la vovelle de la
syllabe initiale dans çkanS est exactement comparable
à ce que l'on observe dans A clivar , B cliver «quatre»,
en regard de skr. calrâralj, etc. Le mot pkelne w di-
gestion», de la racine pak-, offre un phénomène ana-
logue, et ces amuissements ont joué certainement un
très grand rôle dans la langue.
pis rrcinq», cf. skr. pdnca, gr. tsévie, etc. Le traitement
du groupe en devant s est remarquable : il y a eu fer-
meture de Ye en > et disparition de la nasale; le dia-
lecte A, tout difl'érent, a i)(im. Pour ce traitement?,
on rapprochera le mot misa «viande» du même frag-
ment b, ligne h: cf. skr. mâmsdm, v. si. meso, got.
mims. Le dialecte B et le dialecte A s'accordent à
montrer une palatalisation de la gutturale, qui se tra-
duit en A par la forme n de la nasale, en B par la
!'' Tout ce (}iii esl indiqué sur h dialecte A , ici comme dans l'ai ticle pré-
cédent, provient de la brodiure de MM. Siejf et Sieglinj;, désignée par
Tabrévialion SS.
146 JUILLET-AOUT 1911.
notation toute particulière s du représentant tokharien
de la gutturale ; cf. le c de çtwer.
2. lumndasse. Le sullixe -sse des adjectifs de provenance doit
reposer sur *-.s/,yo-; cf. en particulier arm. -a-çi dans
les mots dérivés tels que hhalahhan c^ citoyen?) (littérale-
ment «de la ville))), Atheiiaçi «athénien)?, himun «fé-
minin)). Sur les suffixes en *-slw-, voir Brugmann,
(irimdr., H-, i, p. 5oi et suiv. Le sullixe -cce de Irâh-
kfiracce cité ci-dessus o5io./i8 h () repose sur quelque
chose comme *-tyo-.
^iihfpe «huile)). Le rapprochinnent avec skr. stirpîlj, v. h. a.
salha, alh. g'atpe, se présente immédiatement à l'es-
prit. Mais le u) du doublet mlipve est à noter; v aurait-il
trace d'une prononcialion sonore après l? Va indique
un ancien c plutôt qu'un ancien o; cf. gr. ëXiros' 'éXaiov ,
aléap chez Hesychius. Le « initial est le traitement de
•s- devant o dans A : sp(i(jji « sept )) , mpdhandh « septième )),
B Hukclk.
Iclriwu «écrasé)); cf. v. si. tïr(f, lat. lerà, etc. L'élargisse-
ment i de la racine i.-e. *l(rd- n'est connu jusqu'ici que
par lat. trl-ul, Irl-tm et sans doute par gr. rpiSco; la
forme tokharienne semble donc éclairer les formes la-
tmes. Il est prudent de s'abstenir provisoirement de
toute hypothèse sur le iv final de Iriiv-.
IckantiKi. Il u'y a jias lieu de rechercher ici l'étymologic
de lelu «maladie)); le nom de la «maladie-- varie, on
le sait, d'une langue indo-européenne à l'autre.
("). iiKill.ircr «liul". Mot embarrassant, parce que les (picsiions
relatives à l'c'tymologie du nom du«lai(, ^5 en indo-euro-
péen sont obscures. 11 faut sans doute écarter le groupe
de got. miluh, propre au seul germanique. On doit être
ICI en pré'scMice de la racnic i.-e. "mvlfr^- «trairo) (gr.
REMARQUES LINGUISTIQUES. 147
àfxekyco, lit. ntéltu. etc.) qui n'est représentée, on le
sait, ni en indo-iranien ni en arménien. L'élément ra-
dical malk- comporte seul une étymologie, et l'on ne
peut rien enseigner sur la formation.
h
II. allapi r^les deuxw. L'élément initial ait- (ou atta-?) est
obscur. Mais -api (^ou-pifj rappelle got. bai, skr. u-bhaii,
V. si. o-ha et lit. ti-hii , gr. âfx-(pco et lat. lun-hô. — On
remarquera en passant que tous les mots qui composent
la petite phrase citée sous ce mot ont une étymo-
logie indo-européenne évidente : hem «genou?;, cf. gr.
yovv , etc.; sa, cf. gr. ctyLct , etc.; hem «terre», cf. gr.
X,a|tza/, lat. humus, et, pour le vocalisme o, gr. y^Bwv^
X^ôvct, etc. ; lehsa «il louchait?), cf. lat. tango, etc.
misa « viande w. Le mot a été expliqué sous pis.
sâlyi «seh^; cf. lat. sâl, etc.; on sait que ce mot se trouve
dans toutes les langues indo-européennes, y compris
l'arménien i^al , althJi^ , à l'exception de l'indo-iranien. —
Devant Xâ indo-européen de * sal-, le tokharien garde
* s ; cf. le traitement ;S' de *s devant V dans salypc, exa-
miné ci-dessus.
5. kcœiye miço «urine??. Ici hciviye signifie «ordure?? en gé-
néral, et miço précise la nature. L'élément radical de
hewiye rappelle v. s\. gonno «ordure??, arm. hu cl ho y
(voir en dernier lieu Pedersen, K. Z. , WXIX, 3(S3),
skr. gûtha-, zd gu9a-, pers. gâh. Quant à mira, l'obser-
vation faite à propos de hjiaçamom dans le Journal,
1911, I, p. -^Bc), autorise à voir dans le ç le repré-
sentant d'une gutturale, et dès lors on rapprochera
skr. méhati, zd maëzaiti «il urine ?^., arm, ml'Z «urine??,
lat. mingô, nieiin, etc.
U8 JUILLET-AOUT 1911.
6. natio «d'autre parlai. Cette sorte d'adverbe doit appartenir
à la famille du démouslratif *//-, qui indicpic l'objet
éloigné.
3 5 1 . /| y
'2. p/ilrah'ie KhnWuvcv. Le r final étant, comme on l'a vu à
propos de hrinyc mirn, le représentant d'une guttu-
rale, cf. gr. (pXéyco. lat. flfiprà, etc.
rolraufic « rougeur )5, dérivé de nitrci^iji) rt rouge 51. On rap-
prochera naturellement gr. ipvOpos, lat. ruher, v. si.
rûdrii. Vu est tombé, comme il arrive souvent en to-
kharien B, et 1'^/ est une voyelle secondaire développée
entre r et /,• cf. Uuia «de toi 55 et la remarque faite dans
le Jouriifil . 1 () 1 1 , I, p. /iG/i , sur la chute de u et l'ad-
dition d'une voyelle entre deux consonnes. On notera
le caractère de r.
ii-rsl.ciji. Le contraste entre ivcs.ynii "il dit^i et ircshnii «ils
disent 11 est frappant. La racine étant nrfi-, le suffixe 1
est *-.s/.e/o-. Le -a-.sv/- du smgulier r(?pose donc sur *-ske- et 1
comporte une palatalisation du /.■ par l'^ suivant : ce -ss-
est dès lors comparable à celui du suflixe -.s-.se étudié ci-
dessus; au contraire le pluriel -.s7.p- repose sur*-5/.'o-; cf.
le contraste slave (\c peèclii «d cuit 55 et de pe ha lu «ils
cuisent ?i. On sait que tokh. B a repose souvent sur
i.-e. '^n, et tokh. B. r sur i.-e. *o. On reiroiiverait donc |
ICI, allest('' à la lois par la forme des jfiillurales et |)ar
(;ell(' des vo\ elles, le conirasie conmi r'/ode gr. (pépsi, ^
(pépovTi (Ç>éfjov(7i^, got. htnri^i, bairaiid , lat. Icgil, l
hiriiiil, etc.
REMARQUES LINGUISTIQUES. U9
k. nrhiviiine t^ blancheur ?■>. L'adjectif iirktvi « blanc w ré-
pond exactement au thème radical de skr. drju-nali
«blanc, lumineux 57 et de gr. apyv-pos, âpyv-Çios.
kroççanfie i^t froid» (abstrait). Seules, les deux consonnes
initiales kr rappellent skr. r/c/raA « froid », arm. .sr/;7<
«glace?), lit. yj//»'/«^/ , V. isl. hiarn.
kramartsninnne « lourdeur v. Ici encore , seules les consonnes
initiales rappellent skr. gurûh, gr. ^apvs, got. kaurus
et sans doute gr. jSpiôcù. — Le doublet kramarlsane fait
penser à ni «mon», de *nini, cf. le Journal, 1911, I,
p. heii.
5. walke «de longue durée». On pense à v. si. veJîji et veliliû
r<; grand», dont Solmsen, Untersnchungen :ur gr. Lnnt-
und VersleJwe, 228, a rapproché gr. FaXis «en quan-
tité». L'élément -ke serait sutîixal.
h
1. alyek «autre», cf. arm. nyl. gr. aXXo?, lat. nlius, got.
aljù. On sait que ce mot n'est attesté ni en indo-ira-
nien ni en balto-slave. — L'élargissement par -ek est à
noter.
3. spârUdne «développement». Ceci rappelle gr. cynslpco dont
le caractère indo-européen n'est pas douteux, mais
dont on n'a pas de correspondants exacts.
35 10. /i S et 35 1 y
a
1. wnr° «jus, eau» (cf. h, 1. 6); cf. skr. vari ^GAnn , v. pruss.
wiirs 5^ marais», v. angl. ivaer «mer».
Vkp\^-i\ ^sein». On songe à lat. peclus, irl. ucht, dont
l'élément radical est "pek->
150 JUILLET-AOUT 1911.
3. kivnrm t tumeur «. Le rapprochement avec jjr. (Sovëcôv et
skr. gamnî a été indiqué dans le Journal. 1911, 1,
p. A 53.
G. 0/7/ ç^ épaule 55. La façon dont est traité le groupe nasal
suivi de s dans misa k viandes rend difficile de rap-
procher skr. (hnsah , got. aias . arm. us rM^'paulew. L'ély-
mologic n'apporte donc aucune confirmation à l'hvpo-
tlièse présentée ci-dessus sur le sens de oni.
COMPTES tiENDUS.
E. MoNTET, professeur à l'Université de Genève. De l'état pjîè'sbat et de
L'AVENJit DE l'Islam, six conférences faites au Collège de France en 1910.
— Paris, Goullmer, 1911: 1 vol. gr. in-S", 1.^7 pages.
La fondation Michonis permet aux auditeurs du Collège de France
d'entendre successivement les maîtres de la science, venant à tour de rôle
lie l'étranger, résumer en quelques conférences l'état des travaux dos
s|)écialisles qui, chacun dans son cabinet ou son laboratoire, clierclient
à ('claircir les points obscurs de nos connaissances. L'année dernière , on
eut l'occasion d'assister aux leçons faites par M, Montet dans ces condi-
tions : le volume qu'il vient de publier nous en donne le texte. Comme
il le dit lui-même, il s'est proposé de présenter en six tableaux ^une vue
d'ensemble de l'Islam actuel, étudié essentiellement au point de vue
religieux"; ceux qui lonl entendu savent qu'il y a réussi: ceux qui
n'i'-taient point présents à ces conférences auront profit à lire ces
quelques pages.
La première conférence traite de l'intérêt que présentent les questions
islamiques, de la statistique de l'Islam et de la propagation de la religion
musulmane. Cet intérêt est évident pour toutes les puissances euro-
j)éennes qui ont à gouverner des musulmans dans leurs possessions;
dans l'énumération de ces puissances, la Russie est exclue sans qu'on
puisse se rendre compte du motif qui fait qu'elle n'est pas nommée une
seule fois : ^La Grande-Bretagne, les Pays-Bas et l'Allemagne (?) sont
les seuls Etats, avec la Piépublique française, qui aient dans leurs colo-
nies des populations se rattachant à l'Islam et se comptant par millions
de sujets, n L'Allemagne figure peut-être ici à raison de ses possessions
de la côte orientale de l'Afrique; mais au point de vue de la politicjue
musulmane, il est autrement important de savoir comment les Piusses
traitent les miliïons de musulmans qu'ils ont comme sujets ou avec
lesquels ils sont en contact (il est vrai que ce ne sont pas des colonies,
mais des territoires), que de connaître la manière dont les Allemands
ont succédé aux'Omanites de Zanzibar.
Les motils de la propagation de la religion musulmane , tant à l'épofjue
des conquêtes qu'en plein xx' siècle, sont fortement mis en lumière
et puissamment résumés. On en apprendra plus qu'en lisant de gros
152 JUILLET-AOUT 191 1.
volumes, sur le développement de Tislamismo en Chine et dans rAI'i-i(f!ie
centrale.
L'oi'lliodoxie musulmane, ses df'formations (schismes, hérésies et
sectes), le culte des saints musulmans, les confréries religieuses musid-
manes (leur mysticisme et leur formalisme, leur action sociale et poli-
tique), les tentatives de réforme de Tlslam (bâinsme et béhaïsme).
l'avenir des peuples musulmans (les tendances libérales et les elfoi-ts vers
l'émancipation), forment la matière des cinq autres conférences. C'est
donc une vue d'ensemble très étendue, et en même temps éclaii'cie
par des exemples lumineux sur des points particuliers, que le lecteur
aura sur l'ensemble de la situation de l'islamisme. Les deux points épi-
neux qui prêtaient le liane aux controverses, la polygamie et l'esclavage,
sont en train de disparaître, le premier pour des motifs économiques, le
second pour des motifs politiques (les |missances européennes occupant
petit à pelit les teirains de chasse et y interdisant la poursuite et le
colportage du bétail humain). L'islamisme tend à se rapprocher du
christianisme: entre eux, d n'y a pas de dilTérences essentielles (p. i /)()).
Je crains que M. Monlet ne soit lro|) optimiste, et que le rapprochement
rêvé ne doive être relégué dans l'Eldorado des siècles futurs, la Jérusalem
nouvelle à laquelle on croit , sans être bien assuré de son existence à venir.
De sa propre autorité [idjiUuW pourrait-on dire), M. Montet change
la classification des devoirs primordiaux du musulman (p. 36), en
s('parant la purification de la prière caiwnique (cahil) et en rejetant le
djihàd (guerre sainte) qui ne sert plus qu'à reproduire des soulèvements
locaux fl sous l'inspiralion de marabouts fanatiques. J'ai ex]diqué. dans
un article sur le Droit do la guerre {R.M.M., II. 1907, p. 33 1) que le
devoir de faiie la guerre sainte est toujours vivace dans la conscience de
n'importe quel musulman.
hddd' est expliqué par (rdécisioni (désision, p. 3o, est une simple
coquille, bien entendu) et I/ndar |)ar «■détermination'" : je préfèi-e la
manière dont Stanislas (niyard a rendu ces deux termes techniques de
la théologie [arrêt et décret). '
Cl. HlJART.
A. FisciiKK. D.is MAniikh.iM.sciiE l{Kiii;(;iisErz uiid dic MaiiiiexiiKdiii'scItf koinessimis-
wkundc. Nacliwois ihrer Unanferlitbarkeit. — Berlin, DeutiKM- clRoichard,
19 10; 1 vol. in-8°, 15/1 pages. Prix : 1 mark .^)0 \A'.
On a beaucoup |>arlé, en ces derniei's temps, à itrojios du Maioc , des
frères iMaiincsiiiaiiii l'I de la (■(iiiccssiun d'cviiloilaliiiM minière <pi ils ont
COMPTES RENDUS. 153
obtenue de S. M. Chérifienne Mouley 'Abd-el-Hafîd. La diplomatie s'en
est mêle'e, i'opinion publique s'en est inquiétée; en Allemagne mrme.
(le violentes polémiques se sont soulevées, et nous avons actuellement
sous les yeux une des pièces du procès, qui est une Nirulente attaque de
M. Fischer contre M. Kampffraever au sujet des brochures publiées par
celui-ci. La discorde est au camp des orientalistes. Le professeur de Leipzig'
a raison contre le professeur du Séminaire des langues orientales de Berlin
quand il fait remarquer les erreurs décidément commises par celui-ci dans
la traduction des pièces annexes : la lecture des documents arabes est une
ontieprise pleine de périls et semée d'embûches; à moins d'une très
grande habitude de la langue , on ne peut être assuié de ne pas broncher
sur un obstacle inattendu. M. Kampffmeyer a eu certainement tort de se
lier à riia])il!ule qu'il peut avoir de la langue parlée couramment au
Mai'oc: cela ne suffit pas pour lire et bien comprendre des documents
écrits , même contemporains.
En revanche il est bien certain que le fameux Règlement des mines a
été traduit en arabe sur un texte allemand : des phrases comme celle-ci
fp. i.Si.l. 18): jj)ouw.j ,joLj l^-^o^Lo (un Arabe aurait écrit : Lj.^.a^Lo ,^i.j
jjsjo>~j yl "Son propriétaii"e peut demander^), décèlent l'origine euro-
péenne du traducteur. D'ailleurs le Zhtp blanc [cité p. hk) reconnaît
lui-même que le projet de règlement avait été préparé par les autoiilés
allemandes. La chancellerie chérifienne se pique d'ailleurs de beau
style et n'aurait jamais laissé passer une construction syntaxique aussi
barbare que celle-là , si le document en question . au lieu de lui être
présenté tout prêt, avait été élaboré dans ses bureaux. La querelle se
borne à ceci : cette traduction a-t-eile été faite en Allemagne, ou à Tan-
ger par des Allemands? L'importance de la question, réduite à ces termes,
est fort minime.
Cl. HUART.
Gotthelf Bebgstraesser. Die A'ec.4T/0jVb.v im KiR'Â\, pin Beitrag zur Imtori-
schen Gvammatik des Arahisclwn (Thèse de doctorat). — Leipzig, A. Plies,
1911; in-8°, 67 pages.
Un élève de M. A. Fischer, qui a comme son maître le goût des
études grammaticales et continue comme lui la tradition de Fleischer,
M. Beigstriisser, professeur au Ucée (Giimnasium) de Dresde, vient, pour
loblention du grnde de docteur on philosophie, de soutenir, par-devant
i Université de Leipzig, une thèse consacrée à l'étude du rôle et de lem-
154 J111LLET-A0U.T 1911.
ploi (les négations dans le (Joran. Ce jeune homme (il a vingt-cinq ans)
s'est proposé, en étudiant ce sujet très spécial, d'apporter une utile con-
lril)utioQ à l'étude du développement historique de la grammaire arabe,
sur lequel nous n'avons encore que peu de données qui ne soient pas
empruntées aux philologues indigènes. On compiond aisément qu'il ait
choisi le texte du Qorân pour y poursuivre des recherches de ce genre,
puis(|ue c'est à peu près le seul qui nous ait conservé intact un mo-
nument de ces anciennes épocpies, puisque les poésies ont été si souvent
retouchées que l'on ne peut guère y reti'ouver le fonds primitif. En outre,
la langue coranique oflVe certaines [)articularités qui la (hlférencient pro-
fondément de ce qui a formé plus tard la noivi] du monde musulman.
L'auteur étudie successivement les particules négatives lam, lammâ
(rpas encore^), /«/t, laisa, làta (sur l(>quol il aurait pu s'étendre au delà
des deux lignes qu'il lui consacie, mais son silence nous a valu, en
revanche, une longue et intéressante note de M. Fischer), gniv, m (si
particulier au style du (}oràn), ma , la (avec un appendice sur le rôle i\c
J(tu-lâ), plus les mêmes précédés de la copule wa. M. Bergstriisser a relevé
tous les passages où ces particules négatives sont employées , et il les in-
dicpie au moyen de la numérotation des chapitres et des versets: sa thèse
est donc comme une table de renvois: néanmoins quelques passages
sont donnés, en note, dans le texte arabe. P. i3, suite de la note 3 de
la ]>age i a , l'auteur semble indiquer, en mettant la traduction ffwollteyi
à la suite du passage où il v a cette phrase (vi, i3i, cf. xxvni, 09) : ^ y!
^lîjl JJ^i J4; (^^ ff c'est que ton Seigneur ne voulait pas détruire les
villes, etc.fl, que l'idée de rouloir est comprise dans la formule lam i/n-
Jcon ; s'il en était ainsi, ce serait une erreur, car l'idée de rniilnir est im-
plicitement contenue dans le j)articipe IV mnlilik, les participes actifs et
passifs, comme on le sait, ne faisant pas en arabe acception de temps et
pouvant indiiïéremment indiquer le passé , le présent ou le futur (ce ((ui
est le casV
M. Ijergstriisser ne s'est pas servi du commentaire de j'abarî, qu'il
send)le ne pas avoir eu enti'e les mains et auquel il consacre deux lignes
à la |)age (): c'est dommage, car ce tafsir est l'un de ceux dans lesquels
(»n ;i II' plus puis(', sans le nonnner bien entendu, et qui nous fournit de
bien cui'ioux renseign(îmenls sur la manière dont les écoles de M('dine,
de Koûfa et de Baçra envisageaient les dillicultés que présentait, au point
de vue de la grammaire classique, l'interprétation d'un texte devenu
bien vite embarrassant, dans ses parties obscures, pour les exégètes.
Cl. 1 II) ART.
COMPTES RENDUS. 155
\.-L.-M. Nicolas, consul de Franct' à Tauris. Essai sun le iihéikhishe.
1. Chéïl.h Ahmed Lahçahi. — Paris, Geuthner, 1910 ; 1 fasc. petit in-8",
xx-79 pages.
Avant le bâhisme, le chéïkbisnie avait agité les esprits en Perse: il
avait préparé les voies au grand mouvemeut de réforme du xix' siècle.
Pour bien comprendre le milieu dans lequel allait s'exercer la prédica-
tion d'Ali-Mobammed. il faut remonter à ses origines, les unes lointaines,
les autres prochaines; c'est ce que se propose de faire M. A.-L.-M.
Nicolas. Déjà les lecteurs de la Revue du monde musulman ont pu se
rendre compte des raisons pour lesquelles le chéikli Ahmed Lahsàî a été
excommunié; la série d'articles publiés sous ce titre doit former la
troisième j)artie de ï lassai sur le rlmkhkinc ; la première, que nous avons
sous les yeux, donne la biographie du fondateur de la secte, la seconde
étudiera la suite de ia persécution du temps du sèyyid Kâzhim de Recht :
la quatrième traitera de la science de Dieu.
Le chéïkh Ahmed naquit à Lahsà, dans la péninsule arabique, en
rédjeb 1166 (mai lyôS), d'une famille arabe. Ce fut un enfant sérieux
et réiléchi. |)rofondément dégoûté de bonne heure par l'étalage des vices
dont il était témoin au village qu'il habitait. En outre, des songes répétés
décidèrent de sa vocation: et comme il lui était impossible, dans la pro-
vince écartée où il vivait, entouré de chi'ïtes ignorants ou de sunnites
qui, pour cause de religion, lui étaient antipathiques, il prit le parti, à
làge de vingt ans , de se rendre à Nédjef et à Kerbélâ , oii il suivit les
coiu's de deux sèyyids, Bàqir et Mehdi. Une épidémie de peste le força à
letourner dans son pays natal, mais il saisit la première occasion de le
quitter, et alla habiter Bacra: ensuite il accomplit le pèlerinage de
Mèchehed.
Feth-'Ali-(^hàh , ayant entendu parler de la renommée que ses leçons
lui avaient acquise, désira voir le chéïkh Ahmed; mais celui-ci refusa de
venir habiter la capitale, préférant fixer son séjour à Yezd, oii il résida
cinq ans. 11 voyagea encore beaucoup dans l'intérieur de la Perse et vers
les villes saintes du chi'ïsme. mais ses doctrines lui avaient attiré l'ini-
mitié des docteurs imamiles. Se sentant en butte à leurs attaques, il
résolut de se rendre encore une fois à la Mecque: mais il avait soixante-
quinze ans. il était allaibii; ses forces le trahirent: il mourut à deux ou
trois stations de Médiue, le ai dhou'l-qa'dè 1261 (28 juin 1826). date
incertaine; la férié est mal indiquée (p. 60); si celle-ci est bonne, les
chiffres sont faux.
L'activité littéraire du chéïkh Ahmerl fut considérable: la liste qui
forme le cint[uième chapitJ-e de ce ])etit ouvrage ne comprend pas moins
156 JUILLET-AOUT 1911.
de quatre-vingt-seize volmiies. Cela n'élounera pas, (piand on se
souviendra avec quelle rajddilé les Persans jettent parfois leurs ("lucu-
brations sur le papier. Aucun des traités dont on nous donne les titres
ne paraît avoir été' imprimé ou lithogra|)hié; il est |irobable, s'ds existent
encore, qu'ils sout conservés en manuscrit chez les adeptes de la secte,
malgré les dangers que pouvait leur faire courir, il y a peu d'années
encore, la détention d'ouvrages considérés comme pervertissant les
esprits: en 1906, la ville entière de Kirman rrfut plongée dans la déso-
lation et la terreur par des massacres de cbéïkhîs coupables de ne ])as
partager les croyances des chi'ïtesn (préface, p. iv); le prince Zbafar
os-Saltanè voulut châtier les coupables, mais il dut s'enl'uir devant une
émeute ])rovo([uée par les orthodoxes.
Ce petit volume est une entrée eu matière. 11 est à souhaiter <pie
M. Nicolas nous donne bientôt la suite de ses intéressantes études. Mieux
placé que personne pour se retrouver au milieu des palinodies des
])er.sonnages qu'il fait revivre, pour se débrouiller des embûches de la
laqiija ^restriction mentales et du kitimhi rrdissimulalion delà penséen,
il sera un excelleut guide en ces matières abstruses, lorsqu'on en viendra
à la discussiou des idées métaphysiques, encore plus que Ihéologiques,
(pii séparent les chéïkhis de leui's adversaires, les Bàld-shis.
Cl. HuART.
'Moliammod Kriin-'Ai.î. vt*-" ^'t^ v'-^ Livnh: nEs MKiivF.ii.iKfi dk i.'Oc-
ciiiKisr. ■ — Damas, im|)rim('ri(' du Motitabas, 1 398-1910; 1 vol. iii-(S",
■?.oh |iafj('s.
\ rcxemjilc du Chéïkli Rifâ'a, d'Ahmed Zéki et de plusieurs autres,
Mobaiumed Kurd-'Ali, ré'dacleiir eu chef du journal El-Moqtdlxts , a rap-
])orté d'Euio|)e un volume d'impressions de voyage qu'il vient de publier
sous le titre de Mcrceillcs de rOccidcnl. Ce fut la feiineture de son impri-
merie, mesure administrative oi'doimée par le gouverneur généi-al de la
province de Syrie, (jui décida le journalisie à entreprendre une tournée
(|u"il rêvait depuis longtemps et à se i'(>ndre compte de risii des raisons
(!<' la prospérité de l'Europe et de ce (pii conslilue sa force et le succès
de ses entreprises. Son itinéraire, poui' };agn(!r la cote par des cbcMnins
détournés, n'<'st pas sans inlZ-rt'l an point de vue de la topnorapliic de
la Syrie. Parti en \oiture de Damas, il visita d'abord cei-(ains villages
])eu connus d<^ laiéjjiou. (jàboùii , l)(îrzé, Hosînia, l)tir-Moii(|ai'rin,
Kofeîr ez-Zéit, Déïr-Uàuoùu, Kafr el-'Avvâmid; remontant toujours le
COMPTES RENDUS. 157
Wâdî-Baradâ ii remarque en passant que les tombeaux sont placés
devant les maisons sans qu'on puisse s'en expliquer le motif: il par-
coiu-ut successivement Soû(j-\\àdî-Baraflà, Aïtà ei-Fakhkhàr où Ton
fabrique des potelées, kàmid el-Làz, Djobb-Djeuin, Làlà, Ba'loùl. dans
la Be'qa , Machghara et son pont ruiné sur le Lîtânî. 11 atteignit le Liban
à Djezzîn: on reconnaît, aux maisons bien décorées, les demeui-es de
ceux qui ont été faire fortune en Amérique. Il n'y a pas, dans toute
cette région, d'autre route carrossable que le vieux chemin des dili-
gences de Beyrouth à Damas, délaissé depuis la construction du chemin
défera crémaillère qui traveise le Liban. 11 arriva enlin à Déïr el-(Jamar.
l'ancienne capitale des Druzes. avec sa vieille mosquée abandonnée du
x' siècle de l'hégire (xvi' siècle), en passant par Tàtir (lire Bâtir), Amàtoûr
et El-Mokhtâra.
Tout en entraînant le lecteur à sa suite, il écrit une histoire abrégée
du Liban où il utilise le Tdrikh Beïroùt de (jàlib ben Yahyà, publié à
Beyrouth en 1902 par les soins du R. P. Chéikho, donne des renseigne-
ments curieux sur l'état des forets, signale l'existence dune forêt de
cèdres, à 1,900 mètres d'altitude, sur les hauteurs de Séïr, dans le ter-
ritoire de Daniyya qui fait partie du Uàdi 'n-Nédjàçç, et indique les
moyens qu'il convient d'adopter pour assurer le reboisement. On trou-
vera des détails sur l'historique de l'émigration libanaise en Amérique,
dont le point de départ a été l'exposition de Philadelphie en 1876, où
des marchands de Bethléem avaient porté leur pacotille d'objets en bois
incrusté de nacre; les excellentes affaires qu'ils y firent décidèrent
nombre de Syriens à suivre leur exemple. Il n'a pas tort de comparer
cette émigration à celle qui appauvrit l'Espagne au xvi' siècle.
11 ne sert malheureusement à rien de montrer qu'il y a , autour du
Liban, de vastes contrées qui ne demandent qu'à accueillir des immi-
grants: les Libanais sont payés pour savoir ce que vaut l'aune de ces
propositions; l'incertitude du régime de la propriété, la mauvaise distii-
bution de la justice et surtout le défaut d'organisation de ces régions
leur feront toujours préférer, ou leurs montagnes, adnainislrativement
indépendantes, ou les pays vraiment civilisés.
Passant eu Egypte, l'auteur constate (|ue les indigènes se portent en
foule vers l'étude du droit et la pratique de la profession d'avocat-défeu-
seur, sLoLsJI ^. à cause de leur éloquence naturelle, dans laquelle ils
dépassent actuellement tous les autres Arabes. Parmi les industries de
Marseille (p. 5/i), il oublie celle du savon, qu'on trouve toutefois men-
tionnée à la page i36. Ce qui le frappe siu'tout en France, c'est le
développement extraordinaire de la presse. Lhistoire de Paris qu'il
158 JUILLET-AOIT 1911.
résume (p. 66) est superficielle et remplie dinexactitudes i il ne compte,
par exemple, que trois expositions universelles au lieu de cinq").
Dans le chapitre 17 (p. (ji), on trouve un bon résumé delà l'énova-
tion de la langue arabe au xix" siècle en Egypte et à Bfeyroulh, où est cité
en particulier Ahmed Fâris ech-Chidyâq (p. loli). Una étude sur le com-
merce (p. 1 56) se termine, d'une manière inaltendue. par l'invitation aux
Ottomans. Egy[)tiens et Syriens , d'apprendre la langue allemande et de
se rapprocher de l'Allemagne; on irait étudier les beaux-arts en Italie:
la part de la Fi"ance ne serait plus que l'agriculture et le droit. Ces con-
clusions paraîtront extravagantes à plus d'un titre. Enfin il constate, ce
qui est vrai, que malgré le régime actuel de liberté, les Turcs se consi-
dèrent conmie l'élément dominateur et ne reclierchent que les emplois
d(> l'Etat: Gonstantinople est, pour ainsi dire, une ville parasite qui vit
aux dépens des provinces : et il termine par cette conclusion pessimiste
(p. 172) : ff Ceux qui feront de vraies réformes ne sont pas encore nés. "^
Il serait trop long de relever les fautes d'impression qui ont échappé
aux correcteurs. Les noms étrangers sont parfois bizarrement défigurés:
als (p- 5o, 1. 18) doit être le port de Vathy: tj^jo«j-w (p. 59, 1. i5)
est Southamplon. sjO'^ '-^^o^XU. ])our désigner la Nouvelle-Calédonie
(p. 5i) indique une singulière confusion avec Chalcédoine. J)->éUi)!
(p. Û9)est la transcription usuelle, en Syrie, pour le turc J^Ui anndol ,
forme vulgaire du nom dcl'Anatolie. y^^^UJl (p. 66) désigne les Gaulois:
L.x^:y et ^.^y équivalent à Lutèce. On trouvera naturellement de nom-
breux néologismes : jCU. iUl Gl^jjuLJI [el-ln sil/à) est la télégraphie sans
lil (]>. iik): iCiLasJI (p. 1 6 1 ) est la presse. Mais pourquoi traduire le
nom de la place Bellecour à Lyon par X^ *UjL]I?
On rencontre, de-ci de-là, de savoureuses expressions dialectales :
ainsi iLi-JI (p. 35) expliqué par ^ijl^t frcocons de ver à soie, Ajjvi'
rr journal, labour d'une journée " (Cuche), que Dozy donne dans le Siip-
plrmoiit , d'après Boqlor. sous la forme JL>o^5^ et avec la signification in-
pxacte d'arpent. AioLx5'(p. aS) ffle catholicisme^ est régulièrement formé
d'après jljVi'J emj)runté au grec; de même iu5lj5i (p. .')5) qui dé-
signe les écoles du clergé, c'est-à-dire les séminaires.
lli^ tji L^zL (p. 1 A, 1. i/i) rriin jugement digne de Qara-([ouch-^ est
enq)iuiit(î au turc, où l'expression est courante, dans la langue judiciaire,
j)onr désigner un jugement (|ui n'a pas le sens connuiui. P. 9.3, I. 8,
j.^ij! J-w^'LS' n'est pas défendable; il faut brc -^xJ! J.^^.«.5^ff comme le tor-
rent d"\rim (de la digue). 1'. 5<), l'expression »^LJ! Lo oxXil ffle
v.ipcui' mil à la voile t'ii nous emmenanli est aussi bizarre en arabe
COMPTES RENDUS. 159
qu'en français, mais d'usage courant: on dit de même en anglais to saii
en parlant d'un navii'e à vapeur.
Le récit des événements de 1860 tient en cinq lignes (p. 97); il est
inexact de dire que c'est la Porte tpi a concédé des privilèges aux Liba-
nais: cette dérogation au droit pidjUc n'a eu lieu cjue sous la pression
des puissances. On remarquera (p. 28) l'exposé des raisons pour les-
quelles les Libanais ont refusé d'élire des délégués h la Chambre des dé-
putés instituée par la Constitution ottomane.
Encore un détail curieux : le voyageur signale en note, p. A -3, l'exis-
tence de la fabrication de cloches d'église à Beït-Ghébâb , dans la inotidi-
riijijé de Qâte «J^UJI (au Liban, dans le Metn); cette industrie, dont le
secret est conservé jalousement par une seule famillo , remonte prolja-
biement aux Croisades.
Cl. HOART.
Ahmad Ibn 'Umar ibn 'Ah' an-Nizâmî al-'Arl'im' as-Samarqandî. Cn.iiiin Maqilà
(The four discourses), eHited. . . by Mi'rzâ .MniiAMMAo ibn 'Ai!Du'L-VVAHn.in ol'
Qazwîn [Gihb Memonal Séries, vol. XI). — Leyde et Londres, Brill et
Luzac, 1910; un voi. iii-8°, xxiv-^S^rJI pages.
En étudiant les sources de Dauiet-Châh, l'attention de M. Edward
G. Bruwne avait été attii'ée par le Tchéhdr Maqnla de JNizhâmi 'Aroùdi
de Samarqand, publié à Téhéran en i3o5 (1887-1888), et il en a
donné une traduction en anglais dans le Journal de la Eoijal Asfatic
Society, qui a fait l'objet d'un tirage à part (iSqq). C'est mainbMiant
le texte même de l'ouvrage qui voit le jonr. On sait l'importance de cet
ancêtre des Teziàré-ï choard, depuis que M. Ethé, dans la Zeitschrifi
der deutschen morgenlàndischm Geseltschaft [t. XLVIII, p. 89) et M. Nôldekc
(^Erdnische Natioualcpos , 1896) ont examiné à nouveau la légende du
poète Firdausi à la lumière des renseignements fournis par ce do-
cument, d'un siècle postérieur à l'achèvement du Cliàh-Nâmè. Cela
forme date dans l'histoire littéraii*e de la Perse, et M. Browne a eu
raison de faire paraître ce vieux texte dans la collection du Gihb Mémo-
rial, en confiant le travail de l'édition à un Persan que nous avons
appris à connaître par ses publications antérieures, Mîrzâ Mohammed
ben 'Abd-oi-Wahhâb de Qazwîn, et en se réservant de collaborer discrè-
tement à ce volume en écrivant une préface qui n'est pas signée, mais
qui n'est pas non plus anonyme, la main du maîti-e s'y décelant à
chaque pas ( iny attention . . . , when I was engagefl , etc. ). Le texte de
i'oiivrage et les notes explicatives ont été imprimés au Caire, la préface
160 JUILLET-AOUT 1911.
persaue, les iudex. {'errata et les variantes à Leyde, avec les caractères
de Beyrouth.
Mirzà .Mohammed établit claii'ement, dans sa préface persane (dont
un résumé est donné par M. Browne, p. xii et suiv.) que le véritable
titre de ce volume est Medjma on-Nawddir rr Collection de curiosités n et
que Tchéhdr Maqdla ffLes quatre discours « nen est que l'appellation
\^dgaii'e; le double emploi ([ue l'on rencontre dans Hadji-Khalla
provient de ce que le bibhographe turc a cité les titres sans voir les
volumes. La date de la com|30sition de l'ouvrage ue peut être inférieure
à 552 (iiSy), date de la mort du sultan sedjouqide Sandjar, repré-
senté comme vivant au cours du texte.
On ue sait pas quand naquit et mourut Nizhâmî Aroùdi; les données
que renferme son ouvrage permettent de fixer la date de sa naissance
avant l'an 5oo (iio6) et celle de sa mort postérieurement à 559, date
kl plus basse donnée pour la composition du Tchéhdr Moqdht. On y voit
(pi'étant encore dans sa ville natale, il s'occupait de réunir des détails
biographi(|ues au sujet du poète Roûdakî : qu'il rencontra 'Omar
khayyâm, à Balkh, en 5o6 (ma); que de Hérat il se rendit, en 5io
(iii6), au camp de Sandjar à Tous, y vit Emir Mo'izzi et y lit un
pèlerinage au tombeau de Firdausî; qu'étant à Nichàpour, en 53o
(ii35), il y visita la tombe d"Omar Khayyâm, qii'il trouva couverte de
pétales de fleucs de poirier et dabi'icotier tombés des arbres (hi jardin
voisin, ce qui lui rappela la prédiction que le mathéinaticien-poèlc hii
avait faite vingt-quatre ans auparavant (p. 63).
L'éditeur a relevé quinze grossières erreurs historiques commises par
l'auteur, qui n'était pas cependant si éloigné des événements aux(|uels
il faisait allusion. Mais il faut ajouter, à la décharge de Nizhàmi 'Aroùdi,
qu'il est en bonne compagnie. C'est ainsi que Mh'khond fait, lui aussi,
d'Alp-Tikin un contemporain du samanide Noûh ben Mançoûr (voir,
sur cette inexactitude, une note de Defrkmeuy, Hislolre des Sdinonides,
p. -iGS, note 107). Seidement, si l'aulenr est de si peu de confiance
au point de vue historique, ne s'esl-on pas trop hâté de préférer sa
version de la légende de Firdausî à celle (jui a eu Ihonneur de figurer
dans la pn'face de Baï-Songhor ? La criliqui; de MM. Elli(>. et Niildeke
pécherait alors par la base.
Des notes très abondantes s'étendent de la ])age ()o à la page ■•Sc):
elles renferment de nombieux renseignements historiques. On pouri-ail
ais(!meiit les coTuplétcr. Ainsi, |». ()■), ]<\ mot --UL*b, donl l'édileiu" dit
(pion ne sait l'érllciiicnt ni sùrcnwMil pas ce (|ue cela (l(!sij;iie, (pie cela
ilnil |irn|),'ili|riii('iil (UiT uii caiiloii nii II lie \ illo (le rcxiri'iiic Turkestau
COMPTES RENDUS. 161
orienlal ou de l'intérieur de la Chine du Nord, est la Chine elle-même,
c;ir c'est le tnbyac des inscriptions de lOrkhon, Tavyi(7l de Tliéophy-
lacte Simocalta; voir les re'fe'reuces dans F. \\ . K. Mï^ller, Uigurica,
p. i3, note 1, résimiée d'après Vilh. Thomsen, Inscriptions de l'Orkhon
déchiffrées, p. 109. Si l'éditeur, au lieu de citer la Géographie d'Abou'l-
Ft'dà d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale (ar. aaSg),
s'élait tout simplement servi de l'édition classique de Reinaud et de
Slane, il y aurait vu : 1° que son point d'inteiTogation après y^'U, qui
n'a en effet pas de sens, était entièrement inutile, puisque le texte
imprimé, p. 365, a ^iujlj". 2° que le manuscrit de Leyde contient un
passage emprunté à Ibn-Sa'id où il est dit positivement que lamghadj
désigne le Cathay (p. 5 06).
P. g6. Le ISaqd och-Chrr ^Critique de la poésie" de Qodàma ben
Dja'far, dont le titre est mal cité, a été imprimé à Conslantinople en
i3o9 hég. — P. 98. On serait bien embarrassé de trouver en Asie
Mineiu-e Bal'am , dont le nom figure dans l'ethnique du célèbre vizir des
Samanides, traducteur en persan de l'histoire de Tabarî, Aboù-Ali
iMoliammed el-Balami; les géographes arabes disent que cette contrée,
dont il n'est d'ailleurs fait mention qu'à ce propos , fait partie du terri-
toire des Grecs (Roûm); en réalité, on ne sait pas ce que c'est.
On trouvera, dans les notes, surtout p. 206 et 208, de copieux
extraits du Kitàh el-tefhim fi çina'at et-tendjim d'Abou-Réïhan El-Biroùnî
(nis. du British Muséum, Add. 7697) relatifs aux expressions hhahj,
damir, héilàdj , keikhodàh.
P, 9 10, note 1 . L'éditeur n'a pas pu se procurer à Paris le diwan
de Khâqâni; je regrette qu'il ne se soit pas adressé à moi, je lui aurais
communiqué l'édition de Luckuowde 1295, où se retrouve le vers cité,
t. I, p. 601. — P. 293. Détads intéressants sur la création à Londres du
'Umar Khaytjâm Club et le développement qu'a pris cette société; on
goûtera l'histoh-e des deux plants de rosier cultivés à Kew Garden et
provenant de graines recueillies à Nichàpour dans l'enclos qui renferme
la tombe d"Omar Khayyâm, transplantés sur celle de son traducteur
anglais, Edward Fitz-Gerald, en 1893. — P. 9/ji. Il me semble fjue la
phrase y^'^ J:^l ;! ^o que donnent tous les manuscrits signifie sim-
plement : rh valoir sur les propriétés miil/c que le khalife El-Mamoûn
avait possédées en propre à Réïn.
De très nombreuses notes biographiques, bibliographiques et histo-
riques illuminent singulièrement les fréquentes obscurités du texte et
les allusions, clauses pour les contemporains, qui ont cessé depuis
longtemps d'être intelligibles. Formé à bonne école, Mîrzâ Mohammed
162 JUILLET-AOÛT 191 1.
Qazwînî vient de rendre un signalé service à la iiltéralure persane, en
j)ul)lianl Inn de ses plus précieux documents, dont l'intérêt reste consi-
de'rable, une fois débarrassé des inexactitudes relevées par l'éditeur.
Cl. Hlart.
FriMliM-ic Peltier. Le livre des ve;^tes du MnvwirTÎ de Mâj.ik bex Axas,
traduction avec éclaircissomonts {PuhUcaliou du Goiivcnioment général de
l'Algérie). — - Aljifcr, Adolphe .lourdan, igti; in-8°, Mi-iâ8 pagps.
M. Peltier s'est déjà fait connaître par des traductions partielles de
chapitres tirés du recueil de traditions musulmanes, le Snhlh de Bo-
kliàri, dont la traduction intégrale a été entreprise par MM. Hondas et
W. Marçais, et continuée à partir du milieu du deuxième volume par
M. Hondas seul. Trois volumes, sur quatre que doit comprendre l'ou-
vrage, sont aujourd'hui parus. Les traductions partielles de M. Peltier
ne sont pas, comme on pourrait le croire, antérieures à la grande publi-
cation de MM. Hondas et Marçais. M. Peltier a repris certains livres du
Sahih pour les commenter au point de vue juridique. C'est ainsi qu'il a
d('j;i donné le Livre des testaments et le Livre des ventes, dont la traduc-
tion ne diffère guère beaucoup de cellede MM. Hondas et Marrais, mais
qui est, en revanche, accompagnée d'utiles éclaircissements.
C'est en préparant la traduction du Livre des ventes de Bokhàrî que
M. Peltier a conçu le projet de traduire et de commenter le livre corres-
pondant du Moiiwatlà de Màlik ibn Anas. On sait déjà que le Momvntlà
contient non setdementdes hndiihs, mais des aperçus juridiques qui sont
comme la conséquence que Mâlik tire des hadllhs qu'il rapporte. Ces
dc'duftions juridiques se rencontrent aussi chez Hokhàrî, mais elles sont
moins explicites et moins dévelo])pées; on les trouve exposées très briè-
vement dans les rubriques (tarddjini f^^y) dont Bokhàri fait précéder
chaque groupe de hndlths. C'est ainsi que les auteurs arabes ont cou-
tume de dire rrquc la doctrine de Bokhâiî est contenue dans ses rubriques-
(*?rly'' i <i;^^i «i») , ce qui est exact.
Ce n'est pas seulement par cet aspect plus juridique (jue le MouivaHd
se sépare du Sahik de Bokhàrî ; il pi'ésenle cet intéivt paiticulier de nous
rcnscijfiKM- sur nond)re d'usagers spi-ciaiix à la ville de Médine, pairie de
liinâm Màlik ibn Anas. M. I. (îold/iluîr ( MnhdnnnednnisrJie Sliidien . Il,
p. 9 1 A) l'a même qualifié de coutumier de Médine (Pi:i,tikh. p. vin,
note i).
COMPTES RENDUS. 163
Le Mouirafid mérite encore d'être étudié de près, parce qu'il repré-
sente un état du droit musulman relativement très ancien , une époque
où le droit, qui ne s'est d'ailleurs jamais dégagé de la religion, était
presque entièrement confondu avec celle-ci et avec la morale.
La traduction de M. Peltier a été i-evue avec soin par M. W. Mar-
çais.
On remarque une certaine hésitation et un peu de flottement dans la
transcription des noms propres arabes. Entre deux noms , le mot ^^\ est
transcrit tantôt lb)i , tantôt lien , qui est la forme la |)lus courante en Algé-
rie(\oirp. 5: 'Abd Allah /6/t 'Omar et 'Omar ie/tEl-Kliatlàb). — P. 8. Abdii
ben 'Otsmân. lire Abdn ol-?! . — P. 17. 'Aoâf, lire 'Aouf on Axrf : le irair,
dans ce mol, n'a pas de voyelle, et n'est pas lettre de pi'olongation {^^).
— P. 2^. Zaid ben Aslom, lire Aslam ((^'). — L'nrticlc délini «/(ou
cl) est tantôt transcrit, tantôt omis devant les noms propres : Sa'îd hen
El-Mosaijijih (p. 26), ben Mosoi/ijib (p. 27 et /i3), etc. Mais ce sont là
de petits détails qui n'enlèvent rien à la valeur du travail.
Emile Amar.
b'ranrois M.utNEir. , docteur en droit. Ess.ii sun li Tiimr.iE de la prelve e^
DROIT MisULMAy. — Paris, Laroso et Tenin, 1910: in-S**, liio payes.
C'est un travail consciencieux et utile que M. Marneur, qui pai'aît être
plus juriste qu'arabisant, nous donne aujourd'hui sur la preuve en droit
musulman, après l'excellente contribution de M. Morand, doyen delà
Faculté de droit d'Alger (Introductlou à l'élude de la pvciioe en droit mu-
sulman, dans Etudes de droit musulman algérien, p. 3i3 à 333) et une
thèse sur le même sujet, soutenue devant la Faculté de droit d'Aix par
M. A. Pfender (De la théorie des preuves du droit musulinaii cl son ai^plica-
lion dans la législation algérienne, Bougie, 1908). Par sa documenta-
tion, par son plan bien ordonné, le travail de M. Marneui' ne fait pas
double emploi avec les pi-écédents. On peut regretter quil ait borné sa
documentation aux traductions des sources juridiques actuellement exis-
tantes; cela s'explique si, comme la lecture de son ouvrage on donne
l'impression, il ne connaît pas assez la langue arabe pour recourir aux
sources originales.
ffLes mœurs et la culture d'un peuple, dit M. Paul Viollet [Les Eta-
blissements de Saint-Louis , I, p. 179) se lisent dans la procédure." Cela
est vrai pour le droit musulman. La procédure naît de la pratique de
tous les jours, et rien ne reflète mieux la vie sociale d'un peuple que les
16Zi JUILLET-AOUT 1911.
règles et les formes procédurales, dont l'étude, envisagée en dehors de
ce point de vue, paraît si aride.
En dehors de l'aveu (ùjrnr), qui n'est pas, à proprement parler, un
moyen do preuve, le droit musulman connaît comme preuves le témoi-
gnage, l'expertise, le serment, la preuve littérale et les présomplions. De
tous ces moyens, les plus importants sont le lémoignngc , comme dans
beaucoup de législations anciennes (témoins passent lettres), et \q scv-
mciil , dont rimportance inusitée est duc ici au caractère profondément
religieux du droit musulman. Le témoignage paraît être la preuve qui
incombe essentiellement au demandeur, tandis que le serment permet au
défendeur, qui le prête, d'échapper aux conséquences de la prétention
de son adversaire. C'est cette règle qu'on est arrivé à formuler dans cet
adage: tAu demandeur les témoins, au défendeur le serment 'i (p. âo).
M. Marneur a eu l'heureuse idée de faire précéder son étude sur la
preuve pioprement dite par un chapitre sur le rôle du magistrat devant
lequel elle est fournie, le cadi. Dans ce chapitre, comme dans tous
les autres, après avoir exposé la théorie du droit musulman orthodoxe,
il ajoute, dans plusieurs appendices, des apeirus sur les rites hérétiques
(cluite,abâditc). Enfin, dans une seconde partie de son ouvrage [ko pages
en tout), il a pris soin d'étudier le droit musulman modei-ne (droit
ottoman, codes égyptiens des tribunaux mixtes, code tunisien des obli-
gations et des contrats, droit algérien).
Nous ne saurions analyser ici tout Touvrage, d'autant plus qu'il ne
constitue point un ensemble de recherches inédites, mais un exposé mé-
thodi(jue et clair de la matière telle qu'on la trouve épar])iilée dans les
ouvrages généraux de droit musulman. Toutefois, nous voudrions attirer
l'attention sur un moyen de preuve dont M. Marneur a relevé des traces
en Algérie et qui, par sa forme et l'explication magique de son origine,
nous intéresse plus particulièi'em(;nt. Il s'agit du laiiilii al-bavddu [^j^,
AOW.JI) ou rr Scrincnl du hnln. Voici comment M. Marneur décrit le céré-
monial de ce serment : "(Jelui qui le prête jure qu'il a le droit poui' lui,
et, pour jurer, il est revêtu d'une barda'a, c'est-à-dire d"nn ])fit. Si le
serment est faux, le plaideur de mauvaise foi est métamorphosé en âne.
Si cette transformation n'a pas lieu sur terre, elle aura lieu dans luie
outre vie. D'autics disent que le plaideui* ne deviendia pas un âne, mais
(ju'il sera allligé de la bêlise de cet animal, f^e cén'monial du serment de
1,1 Ixirdda, varie : d'après les renseignements que nous avons eus, ou
aurait fait sur les yeux et les poignets des jureurs une onction avec de
riiuilc mélangée à un peu de terre prise sur le toud)cau d'ini marabout.
L'Iniile brûlera les yeux iU\ plaideur s'il ment, lui paralysera l(!s mains.
COMPTES RENDUS. 165
Enlin une ])oésie ai-abe qui parle de ce serment porte que ffon fit jurer
l'individu dans la barda a, sur renclume el sur le marteau. n
D'après quelques juristes musulmans algériens, ce genre de serment
aurait été spécial à la région algéroise; mais des i-euseignements recueillis
par M. Marneur à Gonstantine lui permettent frde croire que ce ser-
ment se pratiquait en Algérie d'une façon générale 55. D'autre part, les
fafjîhs algériens attribuent l'origine de ce singulier mode de preuve aux
Juifs, crqui s'en défendent avec chalenm. On prétend aussi que ce ser-
ment était déféré seulement aux israéliles, mais des personnes bien
informées affirment que ce serment était déféré par des musulmans à
des musulmans, notamment à Blida, où le juge de paix français ne crut
pas dévoie accéder au désir des plaideurs.
L'origine franislamiquei de ce serment est hors de doute. Il nous
paraît aussi qu'il y a eu superposition et finalement confusion (Te rites.
Pour le a Serment avec le btitn [Yainin al-barda'a) , l'origine magique ne
saurait être mise en doute. Cette origine magique est probablement ber-
bère. La métamorphose en âne est en effet, comme le remarque
M. Marneur (p. 269), une idée familière à l'Afrique du Nord. VAne
d'or d'Apulée, dont l'origine berbère est connue, en est la meilleure
preuve. D'autre part, l'âne entraîne une certaine idée d'infamie. Au
Maroc, par exemple, la promenade à âne d'un condamné constitue une
forme de note d'infamie. Je me suis laissé dire qu'autrefois, en Tunisie,
le condamné à la peine capitale était promené à travers toute la ville,
monté sur un âne, le visage tourné du côté de l'arrière-train de l'animal.
C'est le taivdf, le même tei-me qui est employé pour désigner les tour-
nées processionnelles autour de la Ka'ba durant le pèlerinage de la
Mecque.
En ce qui concerne l'enclume et le marteau et le rite de l'onction des
paupières et des mains avec de l'huile , nous croyons qu'il s'agit plutôt
(l'un genre d'ordahes [judicia Dei) , comme dans la procédure du désaveu
pour cause d'adultère de la législation mosaïque, où la femme soup-
çonnée doit absorber la cendre sacrée que lui donne le grand prêtre.
Peut-être même s'agissait-il, à l'origine, de véritable ordalie consistant
dans une onction avec de l'huile chaude sur les mains.
Quant à la terre recueillie sur le tombeau d'un marabout, qu'on mé-
lange à l'huile, ce ne peut être qu'un rite récent, introduit avec l'éclo-
sion du maraboutisme musulman.
Emile Amar.
166 JUILLET-AOUT 1911.
K. J. B.vsiiADJUN. Essai svn l'histoire de la LirrÛRATUnE ottomake. —
Constantinople , librairie B. Balonlz , et Paris, chez l'auteur, g, rue Gazan,
1910; in-8°, 3o5 pages.
Le fait pourra paraître invraisemblable, mais il n'en est pas moins
vrai que, jusqu'à ces derniers mois, aucun travail d'ensemble n'avait été
consacré à la littérature ottomane. De Hammer à Gibb , les orientalistes
européens ne se sont occupés que des poètes. En Turquie même, on ne
trouve qu'une petite brocluu-e de 'Abdid-Halim Memdoùh, datant d'une
vingtaine d'années et qui ne saui'ait justifier son titre (VHistoirc de In lil-
térature oitomane, car c'est à peine s'il y est fait mention d'une vingtaine
d'écrivains.
Il fallait attendre la fin de 1910 pourvoir paraître presque simulta-
nément, à Constantinople, deux études d'ensemble: l'une eu langue
tiu'que, Tarekh-i Edèbiyât-i 'Osmdmyè, de Chihâb ud-Dîn Suieïmân, pro-
fesseur à l'Ecole Sultànî, l'autre en langue française, due à notre confrère,
M. K. J. Basmadjian, qui la présente, trop modestement, comme un
rr premier et timide essai n destiné à faire connaître au public européen
les vies et les œuvres des écrivains ottomans.
Destiné aux écoles , le livre de Cbihâb ud-Dîn Suieïmân est surtout un
manuel, et on a reproché à l'auteur une extrême sévérité dans ses juge-
ments. Celui de M. Basmadjian, malgré sa brièveté, pei'met au lecteur
de se faire une idée précise et suflîsamment complète de cette riche lit-
térature. Une introduction montre quelles ont été, au cours des siècles,
les variations des deux écoh^s : l'ancienne créée à l'imitation des littéra-
tures arabe et surtout persane, et la nouvelle qui, vers i85o, aban-
donne les vieux modèles pour se former à l'imitation des littératures
européennes. Puis l'auteur donne, sur chaque écrivain, une notice bio-
gi'aphi(pie, accompagnée d'une appréciation sur ses œuvres.
M. Basmadjian compte reprendre le travail qu'il a fait, pour donner
une histoii-e détaillée et complète de la littérature ottomane. Tous lui en
sauront gré, et nous souliaitons qu'il domio suite à ce j)rojet dans un
avenir peu éloigné; mais en attendant il laut le remercier d'avoir rendu
service à nos études, en comblant une lacune fach(Hise,
Lucien Bouvat.
V. il. Zmii)\iii\n. Monionenl yQli^imiiin/fntpiuiij^ /iHijirapliii's , jxivlrnils, iimiin-
srnls, de. dps kiimmcn ci'li'hros ontiriiiciix , 1 r>i tt-i tfi a , à l'orrnxum du huo''
nnnrve.vMmc de la tiijiojp-dpliia antiviiiaiiiie. — (Jonstantinople 1 909-1 (jii.
I
COMPTES RENDUS. 167
V. et P. Zardarian Frè-res éditeurs; t. I, m-4°, 188 pages; t. II, ia-'r,
189-268 pages et à suivre.
Le premier livre en caractères typographiques arméniens fut imprimé
à Venise en i5i2. L'année prochaine (1912), les Arméniens vont l'èter
le 4oo° anniversaire de l'imprimerie arménienne. V. G. Zardarian a eu
riieureiise idée de pidjlier un trAlonument^ pour commémorer les
hommes célèbres parmi les Arméniens qui ont vécu de 1 5 1 a à 1912.
Ce «Monuments contient la biographie et les pièces justificatives de
78 personnages et de leurs familles, avec plusieurs portraits anciens
tout à fait rares. Le travail est un document précieux et un guide indis-
pensable aux historiens orientaux. L'auteur a fait suivre chaque
l)iographie des citations nécessaires , qui ajoutent à la valeur du livre. Je
félicite l'infatigable auteui- de l'entreprise grandiose : elle mérite d'attirer
l'attention du monde savant et d'être encouragée par ceux qui s'y
intéressent.
L'ouvrage complet comprendra h volumes in-4°; prix 28 francs.
K. J. Basmadjian.
Br.LCHSTÛCKE BUDDHisTiscHEn Dii.iiiEy , lierausgegeben von H. Lèders {hgl.
Preussisclie Titifan-E.rpeditiunen , kleine Sanskrit-Texte, Heft I). — BerHn,
G. Reiraer, 1911 ; 111-8°, 89 pajjes et 6 planches.
Parmi les manuscrits rapportés de Koutcha par M. von Le Coq,
M. Liiders a reconnu un certain nombre de fragments comme a})|)ar-
tenant à un seul manuscrit, originaire de l'Inde; trouvaille deux fois
fortunée, car c'est là le plus ancien manuscrit indien connu, et il conte-
nait les plus anciennes œuvres dramatiques indiennes que l'on possède.
Texte et manuscrit datent du i" siècle de notre ère : M. Liiders
l'avait d'abord déduit de l'analyse paléographique et philologique: de-
puis il a retrouvé sur un autre manuscrit, écrit dans l'Asie centrale et
contenant l'un des drames, le nom de son auteur ; c'est Açvaghosa, le
grand écrivain bouddhique contemporain de Kaniska.
Malgré l'état lamentable des fragments, M. Liiders a su reconnaître
ies principales caractéristiques des drames auxquels ils appartenaient.
Le fait dominant au point de vue de l'histoire littéraire est que la technique
du drame bouddhique du i" siècle est essentiellement la même que celle
du drame classique, de quatre siècles postérieur. Mais, dû même coup,
étant donné que le drame rr sanskrits est écrit en plusieurs dialectes, les
drames bouddhiques apportent des docnuients nouveaux à l'histoire lin-
168 JUILLET-AOUT 1911.
guistique de l'Inde. En ce qui concerne le sanskrit — qui est le sanskrit
classique, avec quelques déviations usuelles dans les textes houddliiqucs
— ils apportent une pi'euve nouvelle de la continuité de l'usage littéraire
de cette langue, niée à tort par R. Otto Francke (voir p. 63). Mais c'est
surtout au sujet des pràkrits que le texte édité par M. Liïders, nialgn'\
son exiguïté et son morcellement, est particulièrement important.
En elTet, si les pràkrits sont employés ici comme dans les drames
postérieurs, ce ne sont pas les mêmes pràkrits. Ils sont tous plus ar-
chaïques, et notés à un stage de leur développement correspondant à
celui du pâli : les consonnes finales sont tomljées, les groupes de con-
sonnes réduits; mais les intervocaliques subsistent' presque partout: de
même la nasale dentale n'est nulle part devenue cérébrale. Sous réserve
de ces traits communs, M. Liïders reconnaît dans son texte trois
pràkrits, qui seraient les Ibrmes anciennes de la mâgadhî, de i'ardha-
magadhl et de la çauraseuï. Hypothèse qui n'a rien en soi que de vrai-
semblable : il est frappant que le Nâtyaçâstra de Blmrata, le plus ancien
traité d'art dramatique indien, mentionne l'usage de rardhamjigadhï au
théâtre, aloi's que ce dialecte n'est jamais attesté à l'époque classique
(p. /12); Bliarat-a devait se référer à des œuvres semblables à celles dont
il s'agit. La répartition de M. Liïders est fondée principalement sur les
traits bien connus de la dialectologie pràkrite : l'opposition de .s- et de ç,
de r et de /, du nominatif masculin singulier en -0 et en -e. En pous-
sant plus avant dans le détail, il trouve à chaque fois des confirmations
curieuses; mais il se heurte aussi à des contradictions gênantes. Com-
ment sortir d'embarras? Sa théorie, croit-il, répond d'avance: «-La plu-
part de ces divergences doivent, presque toutes peuvent s'expliquer
comme des formes anciennes n (p. ^9).
11 est fort exact que aJiaham, s'il s'agit de mâgadhî, doit être réta|)e
intermédiaire entre skr. aliam et la forme plus récente ahake [hakc, liage),
obtenue sous rinlluence de la déclinaison nominale; que dans le même
dialecte làçça (cf. pâli hissa) a dû précéder kîça (p. 87); de même la
conservation du y initial de yadi par exemple n'est pas en contradiction
avec son passage à y à une épo([ue |)lus basse; il n'est pas improbable
que «« soit l'c'tape intermédiaire cnlre skr. 111/ et pki'. iin; ceci explique-
rait que skr. //7 ait égjllement abouti à |)kr. iiii (|). /i()); il est très ad-
missible aussi (jue -âiiia, désinence de 1" |)luri('l du futur, send)labl(^ à
celbî du pâli, est plus ancien (pie -âmo , relait sur le modèle du présent
de l'indicatif (p. 5i). — Mais tous les faits n'ont pas cette clarté ni celte
vi-aisemblance. On s'explique ft»rt bien que dans les dialectes étudiés n
dental ait subsisté, conmie dans le dialecte des inscriptions sur piliers
COMPTES RENDUS. 109
d'Açoka; moins bien, que n devienne n, s'il s'agit d'une diiïérence de
temps uniquement et non aussi d'une répartition géographique (à noter
<|u'à l'époque moderne la nasale cérébrale est occidentale, la dentale ap-
partient à l'Inde du Centre et de l'Est) : du reste à côté de hâlana-ol de
pnlinala-, on trouve bamhhana-. Il est permis de ne pas adopter sans
réserve l'idée que ajj'a (skr. adya) soit la forme ancienne de ayija do la
mâgadhï : il ne s'agit peut-être que de variantes graphiques; on sait
que les textes littéraires ont ajja (j». 87 ); il est remarquable que M. Li'i-
(lers suppose le traitement exactement inversepour la çaurasenï («^^«/(rt,
p. 69). Même doute en ce qui concerne l'opposition de bamhhana et de
Imiiiltam (skr. hrâhmana): du reste s'il ne s'agit pas d'une différence
d'écriture, il est invraisemblable que bamhhana soit la forme la plus an-
cienne. Il est également dillicile de décider jusqu'à quel point l'évolution
supposée en mâgadhï de cch à ce, de Wi (skr. /.'.<?) à ^k et hk, de tih
(skr. ;V/ et .s//() à st est historiquement réelle; même si cch récent, par
exemple dans viaccha (= skr. matsya), a été plus tard écrit ce, et si Ith
issu de rth a été écrit st, n'est-ce pas sous l'influence d'une reconstruc-
tion savante appliquée mal à propos? Enfin il est tout à fait invraisem-
blable qu'en ardhamâgadhï / dental ait succédé à / céi-ébral , lui-même
issu de skr. / (p. 89).
On voit que la formule de M. Liiders ne résout pas toutes les dilli-
cultés. Nul de ceux qui ont touché à la dialectologie de l'Inde ancienne
ne saurait s'en étonner. 11 y a eu toujours trop de pénétration récipicxpie
entre les dialectes, et trop d'insincérité dans les textes, pour que l'étude
aboutisse jamais à des résultats tranchés. Ici même nous en trouvons des
exemples : ahakam, forme de l'rraucienne mâgadhï», est exactement le
pendant de hakam du dialecte d'Açoka, qui serait, selon M. Liiders,
de l'ancienne ardhamâgadhï ; dâni n'est aucunement caractéristique de
la çaurasenî quoi qu'il en dise p. Ag ; Pischel en donne des exemjdes
tirés d'autres prâkrits, et le mot se retrouve encore dans le Paiica-
tantra marathe (du xv-xvi" siècle). M. Liiders est obligé lui-même d'ad-
mettre l'existence de doublets et d'emprunts (p. 87, ko, 61). Non seu-
lement les dialectes ne s'opposent pas dans le texte les uns aux autres
avec la netteté que dit M. Liiders, mais leur valeur interne même n'est
pas à l'abri de tout soupçon : il est frappant qu'à côté desâdhu, hatham,
karotha, megha, on trouve la sonore aspirée ayant perdu son articulation
précisément dans une désinence (inslr. plur. en -dhi p. 88) ^'^ etc. C'est
'') Peut-être faut-il ajouter ici la forme obscure makkalaho , ^éi\. sing. ?
(p. 36).
170 JUILLET-AOLIT 1911.
la seule exception a la ivglo de conservation des intervocaiiques , avec
surada- (= skr. surala-) suspecl d'appartenir à un (pialrième dialecte. Si
la morphologie atteste un état phonéticjue plus bas que le phonétisnie
génëral, ne serait-ce pas que l'orthographe de tout le texte est sanskriti-
sante? (Cf. l'observation p. 36, note 3.)
Si dans l'analyse puj-ement linguistique M. Lûders n'aboutit pas, sans
doute parce qu'il est impossible d'aboutir, à des résultats détinitifs, en
revanche il apporte un élément important à l'histoire générale des prâ-
krits en mettant en lumière la similarité des prâkrits des drames boud-
dhiques avec ceux des inscriptions anciennes. L'ff ancienne ardhamâgadhï »
et le dialecte des inscriptions sur piliers d'Açoka, l'fr ancienne mâgadhï et
l'inscription de Sutanukâ à Ramgarh sont tout voisins (p. ko-ki)\ au
sujet de i'ffancienne çaurasenH , M. Liiders est plus prudent, et s'il laisse
entrevoir qu'il la considère comme identique au substrat prâkrit des
inscriptions de Mathui'â, il réserve la démonstration pour plus tard
(p. 6i). En tout cas il a établi d'une façon définitive la valeur docu-
mentaire des inscriptions, niée sans raison sérieuse par Pischel (p. 64) :
maintenant qu'à leur témoigiiag'e s'ajoute celui des diaraes bouddhiques,
la jiosition de ce savant n'est plus tenable. Son erreur venait de ce qu'il
considérait la langue de la chancellerie comme populaire, à l'encontre de
la langue littéraire, qui aurait été seule artificielle '''. Et chose curieuse, il
invoepiait cet argument pour défendre une idée en soi-même très admis-
sible et qui n'avait pas besoin de cet appui, à savoir l'antiquité probable
de la littérature pràkrite, du moins en ce qui concerne la mâhârâstrï : il
avait raison de rappeler que Tanthologie signée |)ar Hàla entre le nf et
le vu' siècle avait eu en réalité quelque i5o, voire peut-être 384 auteurs
antérieurs à Ilâla, et que cette foule de poètes devait sans doute se n;-
partir sur une longue ])ériode. Il est curieiLx, et regrettal)le , que le
drame bouddhique, ou du moins le peu que nous en avons, ne contienne
aucun passage (pii soil sûrement écrit en ce dialecte : il aurait eu sans
doute un aspect plus moderne (pie les autres; car on sait par le témoi-
gnage du Périple et de i'épigraphie du Dekhan que dans les prîkkrits de
l'Inde occidentale les consonnes intervocaiiques étaient en voie de dispa-
rition dès le i" siècle : ceci, [)oiu' le noter en passant, condrmerait l'idée,
(|ue M. Liiders n'avance (fu'avec hésitation, que la hvmn surada- — ski-.
C Pi)iir(|iii>i M. liiidiTS, fini sait bii'ii et' (jn'il en ost, l'iiil-il à (•clic tlii'oric,
cl à i'aljus des Icrminolojjios arbitraires ou inexactes qu'il coiiilial à juste lilic
rlicz d'aiilros, la concession de parler du dialecte d'Açoka sous le nom d'an-
ricu-iirdliaaiâ|[adliT-a()abliraiii(ii (|i. (>•( , iioli' i)?
COMPTES RENDUS. 171
surata- pourrait être raâhârâstri (p. 5o) : dans ce cas, ici encore le
drame bouddhique s'accorderait avec le témoignage de i'ëpigrapliie.
A propos des tranciennesi mâgadhï et ardhamâgadhï il était difficile à
M. Lûders de ne pas dire un mot du canon jaina et peut-être du canon
pâli des Bouddhistes. Mais ici il semble qu'on trouve quelque confusion :
dire que les Bouddhistes emploient le mot rmiàgadlûn par à peu près et
que leur canon a été primitivement rédigé en ardhamâgadhï , c'est pré-
juger d'une question grave et l'embrouiller inutilement (p. /io-/n ).
Que l'on suive ou non M. Liiders dans ses diverses déductions, il faut
reconnaître la nouveauté et l'intérêt des questions qu'il pose; et lorsqu'on
jette les yeux sur les photographies qui accompagnent sa publication,
on ne peut qu'admirer la patience et l'ingéniosité de celui qui a su ras-
sembler ces débris, les lire et y trouver les éléments de discussions si
importantes.
Jules Bloch.
Neii Gordon Mhnro. PyîEH/STOTîfc Japan. — Yokohama, 1908; in-S", 70.^) pages,
'191 iig. et 1 carie.
M. N. G. Munro a publié en 1906 un petit livre de ai 9 pages inti-
tulé Primitive culture of Japan, dont la substance se retrouve dans le
présent ouvi'age. Cette civilisation primitive n'était que l'une des civili-
sations préhistoriques qu'il nous a décrites maintenant. Ces civilisations
])réhistoriques durent jusqu'à une histoire dont on peut fixer le début entre
le vi" et le vin° siècle de notre ère, suivant la valeur que l'on donne à
la tradition qui nourrit ses débuts. Elles dépassent même la limite de
rhistoirc et la première d'entre elles, avec (juelques-uns de ses traits pri-
mitifs , se survit encore à elle-même au nord du Japon.
Le livre de M. Munro est surtout descriptif. Ses descriptions sont
fondées sur d'amples matériaux. Les fondateurs européens de l'archéologie
japonaise. Morse et Milne, ont fait de dignes élèves. L'exploration
archéologique du Japon a été poussée fort loin, très méthodiquement.
Des catalogues et des cartes ont été dressés , où les sites de découvertes
sont pointés par milhers. Les collections impériales de Nara et de Tokyo,
celles de l'Université de Tokyo font honneur à ceux qui les ont formées
et mises en ordre, M. Munro illustre la description des objets d'aperçus
sur les mœurs hypothétiques des hommes qui les ont employés. Les
traditions chinoises en font les frais pour la meilleure part.
Le Ja|)on compte plusieurs étages de civilisation préhistorique. Il y en
172 JUILLET-AOUT 1911.
a (]eux qui sont (ont |>ai'ticiilièrement imporlants et iiotlemont /listiacis :
civilisation néolitliique dune |)art, qui a laissé dans tout l'archipel ses
débris de cuisine et les traces de ses habitations: d'autre part, civilisation
dite du Yamato , du nom de la province où elle est le mieux représentée,
surtout par les tond^eaux qu'elle y a laissés.
\ eut-il une civilisation paléolithique au Japon? M. Munro n'écarle
pas la question par une fin de non-recevoii-. 11 ne regarde pas connue
])aléolithiques les plus grossiers des instruments trouvés dans les débris
de cuisine. Même, il est tenté de pi'ondi'e en considération les pièces de
silex éclaté trouvées dans les alluvions des rivières (Hayakawa, Sakawa-
gawa, p. 6o; figures, p. /ii). 11 a trouvé, dans les alluvions qui lui ont
fourni ces objele. des restes de mammifères tertiaires. L'homme tertiaire
a-t-il vécu au Japon? M. Munro se garde bien de ralfirmer.
Des élablissements néolithiques restent d'é[)aisses couches de cocpiil-
lages, comparables aux kjokkenmoddinger du Danemark. Mangeurs de
cocpiillages. pêcheurs et chasseurs, suspects d'anthropophagie, les néoli-
thiques ont laissé leurs os avec leurs inslrumeuls dans les débris de cuisine.
Les morts étaient abandoimés dans les habitations que désertaient les
vivants, et leurs os dispersés par les chiens ou autres animaux.
L'habitation des vivants, tout au moins l'habitation d'hiver, était à demi
souterraine. Les parias du Japon, les Eta, ont conservé ce type d'habi-
tation et , dans ces chambres enterrées, se pratiquent encore certains ti-a-
vaux de corroiej'ie. M. Munro ne doute pas que les Aïnos aient vécu, eux
aussi, dans de pareilles maisons qui, à son avis, sont le prototype de
leurs maisons actuelles.
Les Aïnos ne se croient pas issus du peiq)le qui a laissé les fonds de
cabanes et les kjokkenmiiddiuger néolithiques de Yezo. Ils les attribuent
à une race de pygmées qu'ils appellent les Koropoh'-jnni. M. Munro pense
(pie ces pygmées sont mythicpies comme les fées, korrigans el nains de
toutes sortes, dont nos sites préhisloi'iipies sont hantés en Europe. Les
Aïnos ont les mêmes cai-actères anthro[)ologi(pies que les hommes dont
les restes ont été trouvés dans les stations néolithiques. Fait non moins
nolahle, ils ont l(^ m(*nc art décoratif. Les larges volutes, diversement
cniiibinées, (jiii coui-ent sur les champs décorés des étoiles et des boiseries
aïiins, caractérisent j)récis('ment la décoration des polciies néolithiques
japonaises, (jclte céramique compi'eiid des statuettes n^pn-sentant des
personnages humains, honunes et fenunes, sur les corps desqucils s'entre-
lacent les mêmes fignires. Un grand nombre de ces ^tatuettes ont la tête
sui-montée d'ornements dont on ti-ouve les équivalents en pierre, en
corne ou en terre cuite dans les stations (p. i^'y-ifjo). M. Munro ve-
COMPTES RENDUS. 173
marque que les Aïnos eu portent de semblables , qui ont une valeur de
blason (entre autres noms : elcashpa-vmbe crancestral head-geam , p. 1^9).
Bi-ef, il y a quelques chances que les habitants néolithiques du Japon
soient les ancêtres des Aïnos.
Que sont les Aïnos et qu'étaient leurs ancêtres? Palaeasiatiques,
semble répondre M. Munro. Mais ce n'est pas dire grand" chose. On les a
comparés d'une part aux Todas et même aux Australiens, de l'autre aux
moujiks russes (J. Demker, The races of man, p. -371). Tout récemment
M. G. Kossinna faisait remarquer, dans sa revue Mannus (1 , 1 909 , p. ^1),
mais sans y insister outre mesure, lu ressemblance que les harpons des
kjfikkenmôddinger japonais présentent avec ceux de la plus ancienne
civilisation néolithique européenne. A ce rapprochement j'en ajouterai
volontiers d'autres : hameçons, tranchets, couteaux à emmanchure laté-
rale. Hs ne tireraient pas à conséquence, si la Russie et la Sibérie
n'avaient été, dès les temps néolithiques, ce qu'elles ont toujours été, une
immense aire indivise où civilisations et races ne se diiïérencient que par
nuances insensibles. De la Norvège au bassin de l'iénissei tout au moins
une même civilisation a régné, reconnaissable à son outillage de pierres
et d'os, à sa poterie très particulière, constante d'un bout à l'autre.
Cette civiUsation a laissé des gravures sur rochers, a témoigné d'un goût
smgulier pour l'art figuratif et plastique. Les gravures sur rochers se
trouvent plus loin, dans le bassin de l'Amour, avec des traits qui annoncent
(k^à l'art néolithique japonais , et les statuettes japonaises rappellent à
M. Kossinna celles que les riverains de la Baltique ont scidptées dans
l'ambre. Habitation demi-souterraine . abandon des morts dans leur maison ,
voilà d'autres traits de ressemblance que, de part et d'autre, présentent
les civihsations. Il se peut donc qu'une racine de la civilisation néoli-
thique japonaise plonge jusqu'en Europe. Mais il y en a certainement
d'autres.
On signale dans la pojuilation des éléments négritos et malais. On a
déjà remarqué que les haches ou herminettes épaulées, qui constituent
le principal de l'outillage néolithique Indochinois, figurent en petit
nombre dans les collections japonaises (p. 92). Je ne crois pas que l'on
ait jamais signalé la ressemblance ou plutôt l'identité des poteries trou-
vées au Cambodge et de ces poteries néolithiques japonaises à impressions
textiles, aux lai'ges rubans décoratifs capricieusement enroulés, aux rebords
bizarrement accidentés. J'espère mettre bientôt ce fait en bonne lumière
dans le catalogue des collections indochinoises et japonaises du Musée
de Saint-Germain.
M. Muuro pense que les coui-ants ont amené au Japon des gens des
174 JUILLET-AOUT 1911.
Philippines et des Polynésiens. A l'appui de cette hypothèse , des parallèles
ethnographicpies lui auraient fourni de bons arguments. Mais ce sont les
quelques vestiges d'un âge du bronze que présente le Japon qui repré-
sentent pour lui dans l'archéologie japonaise l'apport des Malais. En effet,
parmi les armes de bronze figurent des hallebardes, dont l'Indochine
a fourni des exemplaires. L'argument est, à mon avis, mauvais, car ces
hallebardes , trouve'es également en Chine , dérivent de celles qui ont été
employées en Europe pendant la première période de l'âge du bronze.
C'est en Sibérie que j'en chercherais l'origine. L'âge du bronze au Japon
n'est que l'avant-coureur de l'âge du fer.
La civilisation du Yamato, qui est celle de l'âge du fer, a été apportée
par l'élément prépondérant et organisateur de la population japonaise.
C'est à elle qu'appartiennent les fameux dolmens du Japon, que
MM. Cowland et Raelz ont déjà très bien fait connaître en Europe. Ces
<lolmens sont des chambres funéraires construites en gros blocs de
pierre. Elles étaient recouvertes de tujnulus ; les plus importantes s'éle-
vaient au-dessus d'une plate-forme surélevée. Ce ne sont d'ailleurs pas
les seules sépultures du Yamato. Les chambres funéraires ont été taillées
au liane de falaises ou bien les tumulus recouvrent des sarcophages de
pierre ou de tei-re cuite, figurant approximativement des maisons, ou
même de simples cercueils de bois.
De même que l'aire de la civilisation des Koropok-juru n'a pas été res-
treinte aux iles du Japon et que M. Munro peut nous la montrer fort
largement étalée sur le continent voisin , de même la civilisation du
Yamato a traversé h détroit de Corée. Il faut espérer que le progrès des
l'echerches archéologiques en Chine, auxquelles le goût que les amalcin-s
et les marchands témoignent maintenant pour les terres-cuites les plus
anciennes apporte des encouragements impératifs, en prolongera bien-
tôt l'exlension indéfiniment vers rinlérieui-.
Au Japon, son siège principal était sans doute la j)rovin(e dn Yamato.
La carte dessinée par M. Gowland montre également les tumulus pressés
autour de Tokyo. Ce sont les deux pôles du Japon historique. De là les
tumulus s'éparpillent à la fois vers le Sud et vers le Nord, montrant de
ce C(jt('' les progrès lents accomplis |)ar les concpiérants dans leur lutte
séculaire contre les Aïnos en retraite.
Les livres du Ko-jthi fournissent le meilleur commentaire de l'ar-
chéologie (lu Yamato. Les Japonais d'alors vivaient, connue leurs pré-
décesseurs, dans des maisons demi-souterraines [muro). Ils avaient des
armes de fer, sabres droits dont la poignc'c est souvent terminée par un
anneau , flèches triangulaires, en feuilles de liseron, à tranchant trans-
COMPTES RENDUS. 17b
versai, bifide, etc., lances et hallebardes, armures et casques faits de
lames rivetées. Le bronze est employé dans les ornements. Les tombes
ont livré un grand nombre de miroirs de bronze d'origine chinoise. Elles ont
également donné beaucouj» d'objets de pierre, soit des objets votifs, imi-
tation d'armes de métal , enti-e antres , soit des ornements et des amulettes.
C'est dans les tombes du Yamato que se trouvent les maga-lama , pen-
deloques en forme de virgule ; d'autres, qui simulent en pierre des sections
fie coquilles, sont connus par les collectionneurs japonais sous le nom de
kitsuneno-hiwa , hoyau du renard, du renard-esprit, messager d'Inari,
dieu des céréales. L'art des potiers du Yamato est représenté par des
figures en terre cuite, d'un style barbare, mais dont le costume est
indiqué avec beaucoup de précision, soldats, gardiens, qui montaient
la garde autour des tombes, substituts, dit-on, des victimes humaines
qui , à l'origine , prêtaient leur esprit pour cet ofiice. Les vases sont fort
différents de ceux qu'ont livrés les stations néolithiques et , au premier
abord, sont d'une surprenante singularité. On y trouve des bouteilles,
des jarres, des cratères largement ouverts, des asLoi, des vases dont le
col est encerclé d'une théorie de statuettes, d'autres qui sont juchés
sur des pieds percés de fenêtres; les anciennes céramiques méditerra-
néennes , de la Sicile à Chypre , paraissent seules en présenter les équi-
valents. Il est probable que leur singularité diminuera à mesure qu'on
les comparera aux anciennes céramiques chinoises mieux connues.
Entre cette poterie du Yamato et la poterie néolithique se place ce que
M. Munro appelle intermediate pottery, et les Japonais poterie du style de
Yaijoi, du nom d'un de ses gisements principaux (Hongo, Tokyo). On
sait aujourd'hui qu'elle est répandue du Sud au Nord du Japon. On la
trouve dans des fonds de cabanes et des amas de coquilles. Dans un de
ces amas, à Minamikan, près de Kawaraki, elle s'est rencontrée au-dessus
d'une couche de poterie primitive, et cependant mêlée avec des tessons
de cette poterie , mais mêlée également, dans un dépôt supérieur, avec
des débris de fer. C'est donc bien le témoin d'un âge de transition.
Quant à ses formes , elle est nettement parente de la céramique du
Yamato ; elle présente les pieds de vase perforés , qui caractérisent celle-ci,
l'évasement du col de ses jarres et de ses cratères, et, dans son ornemen-
tation , déjà plus sobre et plus sommaire que celle de la poterie primitive ,
les lignes ondées qui décorent nombre de vieilles poteries chinoises. La
poterie intermédiaire, comme, sans doute, les armes de bronze, témoigne
que l'installation des gens du Yamato s'est faite lentement et que leurs
tribus parentes ont mis peut-être de longs siècles à s'installer au Jajion ,
les unes après les autres , venant par petites bandes , par vagues successives.
176 JUILLET-AOUT 1911.
D'oii venaient-ils? M. jMiinro s'applique à montrer des analogies entre
le mythe d Amateiatsu et celui de Milhra. Je doute qu'elles résistent à
une critique sëvère. Mais on peut faire valoir d'autres raisons de chercher
au cœur de l'Asie et jusque vers l'Iran, le herceau de la race dominante
du Japon. Dans les considérations anthropologiques qui terminent son
livre, M. Munro s'occupe surtout des primitifs, il signale néanmoins le
caractère caucasique ou plutôt iranien de certains types japonais. 11
indique donc, sans la formuler, une hypothèse d'origine. Je ne sache
pas que, à l'appui de cette hypothèse, il fasse appel aux linguistes qui
en ont déjà dit leur mot. Les archéologues pourront y ajouter.
H. HuBEUT.
Antoine Cvisaton. Les Ixdes Néeklandaiseu. ■ — Paris, E. Guilmoto, (s, cl.);
in-8°, VIII -.389 pages.
L'Inde néerlandaise est, parmi les colonies européennes, une des
mieux étudiées et aussi une des moins connues. C'est que l'immense
littérature dont elle a fait l'objet est presque tout entière en hollandais,
ce qui implique la double dilîiculté d'une langue peu répandue et d'un
mode pai'ticuliei' d'exposition qui s'accorde rarement avec nos habitudes
d'esprit. M. Cabaton a donc rendu un véritable service au public français
en condensant dans un manuel sobre, clair et bien au ccnu'ant, les ré-
sultats de la vaste enquête hollandaise. A la vérité ce travail se trouvait
déjà préparé par la magnifique Enci/clopédie de l'Inde néerlandaise, ré-
cenunent terminée: mais là encore il y avait à choisir, à résumer, à
compléter. M. Cabaton s'est acquitté de cette tâche avec liabilelé. H a sag(;-
mcnt agi en renonçant à faire, dans un espace aussi étroitement mesuré.
nn ouvrage encyclopéchquc. En dépit du titre très gé-néral qu'il porte,
son livre n'est qu'une géographie physi(pie, politicpie et économicpie :
mais, dans ces limites, tous les renseignements essentiels sont fournis
d'après les meilleures sources. La forme seule pourrait donner lieu à
quelques réserves : on y rencontre cà et là de ces négligences cpii tra-
hissent une ]'(''daction hâtive (p. i()A : fune jiolilique de réalisation
économicpie par ahsentation adminislraliven ; p. '?.Si : fia perle de
Ifiisulinde qui en est aussi la poule aux (euls d'or" : p. 33o : rriin
royaume réduit en étroit vasselage et à un dérisoire sultann , etc.).
Toutefois ces légères taches, si elles rendent moins agréable la lecture
(il- pages l'orl iiih'i'cssaiites au fond, n'en compromellciil en aucune façon
IcNactiliide. D'ailleurs elles n'ont pas cni|)éché' l'Académie française.
COMPTES RENDUS. 177
gai'flienne de la langue, de couronner l'ouvrage, el il sied fl'accepler ce
jugement, de même que celui de TAcadémie des inscriptions qui, en
décernant au même auteur, pour son Catalogue des manuscrits sansJcrits
cl pâlis de la Bibliothèque Nationale, une des récompenses dont elle dis-
])Ose''' a corrigé la rigueur de ceitaines critiques. Il nous sera cepen-
dant permis d'exprimer le regret que la carte placée à la fin du volume
soit beaucoup trop sommaire et semble être là plutôt pour déférer à une
vieille coutume que pour éclairer le texte qu'elle accompagne. Sans doute
il n'a pas tenu à M. Cabaton qu'elle ne fût plus détaillée : mais l'auteui*
propose et l'éditeur dispose.
Ainsi que nous l'avons dit, cette géographie de l'Insulinde laisse de
côté l'histoire, les langues, l'art, la littérature. Tous ces aspects de la
civilisation pourraient foui-nir la matière d'un autre volume plus inté-
ressant encore que celui-ci. M. Cabaton est mieux à même que personne
de traiter ce beau sujet, et nous espérons que le succès du présent
ouvrage l'y encouragera.
L. FiNOT.
('^ 600 francs sur le prix Bordin (année itjio); deux autres de nos con-
frères ont participé au même prix : M. F. I.acôte pour son Essai sur Gtinâ-
dhija el la Brhalkathâ , et M. L. Delaporte pour sa Chronn^raphie syriaque
d'Elie Bar Sinaya. La chronique du Journal asiatique n'ayant pas mentionné
ces récompenses , nous profitons de l'occasion qui nous est offerte de réparer
celte omission.
CHRONIQUE
ET NOTES BIBLIOGRAPHIQUES.
— M. ie Professeur Eugen Wilhelm, de i'Univei"sité d'Iéna, a fait
lii-er à part ses Cotitnbtitions to the Récent Literaturc of tke Parsers parues
dans Vlndian Spectator (Bombay. 1910, in-S". 17 pages). Dans cette
étude, M. \Mihelm rend compte de deux publications de M. Dhanjishah
Meherjibhai Madan, l'une sur ie rôle de la révélation dans les religions,
et en particulier dansie Zoroastrisme, l'autre sur la littérature iranienne.
Il est curieux de voir un jeune Parsi. attaquant la révélation, chercher
à introduire dans sa religion le rationalisme. Ses recherches sur le culte
mithriaque sont également iutéi'essantes. M. Wilhelm a examiné ces
deux travaux avec son esprit critique et son érudition bien connus.
A citer encore, de lui. un savant compte rendu des Kurdisch-Pcrsische
ForschuHgen, de M. OskarMann, paru dans ïOricntalistischc Literalur-
zeitung (1911, u° 5). L. Bouvnt.
— Les funérailles du roi de Siam ont été l'occasion d'un certain
nombre de publications, principalement de traductions en siamois du
canon pâli, que la Vajirafiàna National Library a gracieusement offertes
à notre bibliothèque. Ce sont :
1. Dukkdnipâta-jâtaka, Parti, translated i)y IMna Bimoldharm( Vima-
ladharma).
2. Pancakanipâta-jâtaka , translated by Hmom Chao Phrom.
3. Ton Panhat, the Primary Duties of Pjiesls, a translation of the
Mahâvibhanga by Hmom Chao Sthâvaraviriyabrat.
h. The Panttam, the officiai veision levised by the Phra Sangharàj
Pussadev.
5. Navakovad, Instructions for Novices, by H. R. H. Krom Phraya
Vajiranâna Yaroros.
6. Çràddha-brata-deçaud , sermon du |)rince \'ajiraiiâna.
180 JUILLET-AOÛT 1911.
— M. Macler a été nommé proCesseui' d'arnidnien. et M. Dautrejier.
professeur de japonais à l'Kcole des langues oiientaies.
PERIODIQUES.
Impérial and Asiatic Quarterly Review, July 1911 :
Sir J. \V iLsox. Indian (luiToncy Policy. — W. B. Oldiiam. Ilace and
Colour Préjudice in Tndia. — G. K. Vvasa Rao. AStntulory Royal Viceroy
for India. — J. Kennkdv. Unrest and Education in India. — J. Begg.
The Architect in India. — X. India revisited after twenly-four years. —
Profpssor Mills. Yasna XLIV. — H. Beveridge. B.lbur's Diwân. —
F. H. Tyrrkll. rhr> Renaissance of islam. — E. II. P\ukhr. Tiie ancien!
(jity and State of Kutcliar.
Indian Antiquary, May 1 9 1 1 :
D. n. Bhandarkar. Jaina Iconography. — K. V. Surrahmanva Aivar.
Koyilolugu. — P. Ram Kariva. Nadol Plates of the Maliarajaputra Kirti-
paia of Vikrama Sanivat 1318. — B. A. Gih'te. The Meds of Makran.
June :
D. R. Bhandarkar. Jaina Iconography | .s«?7c cljin). — S. P. L. Nara-
siMHA Swami. TheKaliyuga, Yudhisthira and Bharalayuddlia Eras. —
W. Grooke. Songs of llie Muliny (.s7<î/c). — K. B. Patiiak. Kuniaragn|)la,
the Patron of Vasubandhu. — P. Sesuachar. Noie on Ihe Dravidian
Cases. — y. R. Gi pte. A short Note on the Coins ofthe Andhra Dynasty.
— D. R. RhaiNdarkak. Some iiiipulilished Inscriptions. — P. V. Kane.
The Chhandovichiti.
Jnly :
1). R. l]iiAM)AiiKAi;. i)i(hu Inscliplion of Siha llaliiod. — K. V. Slr-
lîAivA. A Goniparalive Giviiiimar of Di'avidian ijaiigiiagcs. — Pmsna Lall.
An Encpiiry inlo ihe Birlh and Marria<|(' Gustoms of tlic kliasiyas and
the Bhotiyas of Almora District. — II. A. Rose. Gontrihutions to Panjabi
Lexicography (Hl).
Journal ofthe American Oriental Society, vol. XXXI, fasc. 3 :
T. MiciiELsoN. The iiitei-rcialioii ofthe Dialects of tli(! Koiirteen Edicls
of Asoka. — G. A. Barton. Tlu; Babylonian Galendar in the Reigns of
CHRONIQUE ET NOTES BIBLIOGRAPHIQUES. 181
Lugalanda and Urkagina. — J. A. Montgomerv. Soine Early Amulets
frora Palestine. — C. B. Bradley, Graphie Anaiysis of ihe Tone-accenls
of the Siamese Langnag-e. — J. H. Sreasted. The ^Fieid of Abram'» in
ihe Geographical List of Sheshonk I. — Fr. Edgeuton. The /i^-Sullixes
of Indo-Iranian, Part I : The A-Suffixes in the Veda and Avesta.
Journal of the Royal Asiatic Society of Great Britain and
Ireland, July 1911 :
Ohver Wardrop. Eughsh-Svaneliaii \ocahulary. — H. F. Amedroz.
The Mazâlim Jurisdiclioii in the Ahkâni Sultâniyya of Mâvvardi. —
J. F. Fleet. The Kaliynga Era of B. G. 0102. — W. Perceval Yetts.
Noies on the Disposai of Buddhist Dead in China. — E. Wahsburn
HoPKiNs. The Epie Use of Bhaoavat and Bhakli. — I. Guidi. The Ethiopie
Senkessâr. — L. de la Vallée Poussin. Documents sanskrits de la seconde
collection M. A. Stein. — 0. Codrington. Coins collected by Sir A. Henry
McMahon in Seistan. — Miscellaneous Communications : E. Hultzscii.
Asoka's Fourth Bock-Edict. — J. F. Fleet. The Katapayadi System of
Expressing Numbers. — A. B. Keith. The Planet Brhaspati. — G. A.
Grierson. The Birthplace of Bliakli : — The Language of the Kambôjas; -
The Tâkri Alphabet. — F. E. Pargiter. Suggestions regardingBigvedaX,
86. — L. BicE. Mahishamandala. — J. F. Flket. Bemarks on Mr. Bire's
Note. — T. K. Laddd. ffGenitive-Accusative" in Marâthï. — L. G. Skdg-
wiCK. Tlie Genilive-Accusative Conslruction in Marathi. — E. A. Waddell.
The Dalai Lamas Seal. — Oriental iNumismatics.
Rivista degli Studi Oriental!, vol. IV, fasc. 1 ;
H. Lammens. Ziâd ibn Abïhi, vice-roi de l'Iraq, lieutenant de Mo'âwia I.
— E. Blochet. Etudes sur le Gnosticisnie musulman (suite). — C. Ino-
strancev. Note sur les rapports de Bome et du Califiit Abbaside au com-
mencement du x' siècle. — E. Griffini. Lista dci mss. arabi, nnovo
fondo délia Biblioteca Ambrosiana di Milano (suite). — Bojlettino. I,
AJfrica : Egitto, Abissinia . Langues d'Afrique.
Zeitschrift der Deutschen Morgenlândischen Gesellschaf t ,
vol. LXV. tasc. -2 :
G. Meinuof. Das Fui in seiner Bedeutung fiir die Sprachen der Hami-
len. Semiten und Bantu. — Vincent A. Smith. The Monolithic Pillarsor
Coiumus of Asoka. — F. kRENkow. Tabrlzl's komnientai' zur Burda des
Ka'b ibn Zuhair. — G. F. Seyrold. Lacroziana. — J. Horovitz. Zura
T82 JUILLET-AOUT 1911.
Sindhâd. -— W. Weyh. Zur Gescliichte der Siebenschliiferiegende. —
A. HoFFMANN-KuTscHKE. Zu deii altpersisclien Keilinschriften von Bagistân.
— K. F. Geldiner. Zur Gescliiehte vom Lotusdiebstald. — C. Bernheimer.
Erwiderimg: — H. Jacobi. Schlussbomerkung [conclusion de ia contro-
verse au sujet de la vukrohti]. — J. S. Spevek. Indologische Analekla. —
L. H. Mills. Yasna XLIV, i-io; a sludy prospective toward a new
édition of S. B. E. XXXI. — H. Fitting und E. Littmanm. Arabische
Pflanzennamen ans der Uragegend von Biskra (Algérien).
NÉCROLOGIE.
IMRE CARACSON.
Les études osmanlies viennent de perdre un bon collaborateur en la
personne de l'abbé Imre (Eraeric) Caracson, mort le 9 mai à Constanti-
nople, à moins de cinquante ans, à la suite d'une influenza infectieuse.
Après avoir professé au séminaire de Gyôr, le D' Caracson fut envoyé
en Turquie pour faire des recherches historiques sur les anciennes rela-
tions de la nation hongroise et des Ottomans. Il a été l'un des rares
Européens qui aient pu, g-ràce à l'appui de son ambassade, travailler
d'une façon suivie aux archives de Topqapou-Séraï , le fameux sérail du
Grand Seigneui"'''. Si les portes de cette demeure délaissée furent ou-
vertes parla révolution turque, les étrangers n'étaient pas encore admis
à fouiller dans les liasses à moitié pourries de documents dispaiates où le
défunt me disait avoir trouvé des notes de fournisseurs du liarem voi-
sinant avec des dépêches diplomatiques.
Gomme les Turcs ignoraient eux-mêmes ce qu'elles pouvaient contenir,
on espéra un moment y découvrir de grands trésors documentaires. Il
semble bien cpie la réalité doive réserver quelque désillusion à cet
égard *^'. Bien que les manuscrits n'aient point été encore inventoriés ,
M. Caracson a pu constater que l'intérêt n'en était pas tout primordial.
''^ Ces archives ont été visitées par Sir Edwin Pears et Arthur Evans en 190b ,
par M. Gazeley en 1909. Voir Martin Hartmann, Der hlmnische Orient,
Band III : Unpolitiscke Briefc ans der Tûrl.ei , Leipzijj, Haupt. 1910, p. ']li\
voir, ihid., p. 81 et suiv. , une description résumée des archives du sérail telle
qu'elle a été fournie par l'abhe Caracson à M. Hartmann.
'"'^ On lit dans les rejjistres de notre Académie des inscriptions et belles-lettres,
à la date du 7 janvier 1727, les lignes suivantes : ttM. Freret a communiqué
des lettres qu'il a reçues de Constantinople et par lesquelles on iuy marque
entre autres que le Grand Seijjneur s'est enfm déterminé à y establir une im-
primerie... Cette nouvelle fait beaucoup espérer pour la littérature, y ayant
dans le Levant et en particulier dans le Serrail, nombre de manuscrits qui
n'ont point esti' imprimez, et peut-être des exemplaires entiers d'auteurs que
nous n'avons qu'en partie, comme le Polybe, le Troiriie-Pompée , le Diuilnre de
Sicile, le Tite-Live, le Tacite, etc. n (H. Omont, Documeiilx sw l'imprimerie à
k
184 .lUlLLET-AOliT 1 <) 1 I.
Il est vrai de dire qu'il s'attachait exclusivement à rechercher les
pièces relatives à la Hongrie. L'éminent orientaliste , M. Martin Hartmann ,
qui a connu également M. Garacson, regrettait que celui-ci limitât ainsi
sa tâche et parlait de l'utihtë qu'il y aurait à foimer une mission d'études
pour dépouiller ces archives'*'.
Nous ignorons encore l'importance des documents recueillis par le
D'Caracson et nous ne savons pas si les notes (pi'il a laissées pounonl
prendre la forme d'une publication posthume.
Quoi ([u'il en soit, feu M. Garacson avait déjà fait ses preuves dans ce
domaine en publiant une traduction hongroise annotée de la partie du
fameux voyage d'E\liya Celebi qui a trait à son pays. C'est ainsi (jue l'Aca-
démie de Budapest a publié la traduction du tome VI, le dernier
paru, de cet ouvrage*'', et le défunt préparait le tome VH à l'aide d'un
manuscrit inconq)let que lui avait confié Ahmed Djevdet, le directeur du
jouinal ïlijdrmi, et d'un autre exemplaire conservé à la bibliothè(pie
publique de Gonstantinople ^^K
Couittanliuople nu xviii'^ xiMe, Revue dea Bihlidllièques, juillet 189.^), p. i8(").)
L'autf'ur de cette communication ignorait que, dès 1687, M. Girardin, am-
bassadeur de France, avait pu se faire apporter les 200 mnnuscrils grecs du
sérail et que, sur les conseils du P. Resnicr, il n'en choisit que quinze, qui
sont aujourd'hui à la Bibliothèque nationale. Le très intéressant extrait du
Journal do M. Girardin a été publié en 1810 par d'Ansse de Villoison, Notices
et extraits des inan. de la Bibl. inq).. t. VIII, p. 3 et suiv. , et plus récemment
par M. OsioNT, Missions fr. en Orient. Pour les tentatives du prince Gliika et
du général Sébastian!, voir la bibliographie de Vogel, Litteratur ... euro-
jxïiitchen. . . Bihliotheken, Leipzig, iS'io, p. 628. M. Blocbet, dans sa préface
au Catalojyue de la bibliothèque orientale de Jeu M. Charles Schefer (Paris,
iSgt)), nous apprend que le sultan Abd-ul-Medjid aurait permis à ce dernirr
de puiser à volonté dans la bibliothèque du sérail.
■'' Les négociations (pie nécessiterait une pareille mission seraient sans
doute rendues ])articulièrement laborieuses du lait que l'Institut d'Histoire
ottomane fondé récennnent à Gonstantinople, sous la direction (l'Alidiirrabnian
Efendi et Negib 'Àsim Bey, compte expioiter lui-même cetle mine. L'Inslitiil en
question ( Târi^, Eu^iimeni) a pour organe la Revue historique.
(-' Le l'Jvliya Celebi Siyâhat-Nâmesi a été publié en partie par Ahmed Djevdet.
Constantinople , imprimerie de ï'Iqilâin, i3i3-i3i^i de l'bég. , (i volumes. —
!,es lonies 1 et II ont été traduits en anglais par l'Iiistorien .b)se{)b von IIamsie»,
Narrative oj travels in Europe, Asia und /ifrica in ihc sevenleenlh Cenlury,
London, i8'i6. — Des extraits du même voyage avaient paru, on turc, à
f{oulii(| , n\ 12O1, sous le titre de Munta-^abril-i-Kidiiia Celebi.
Abmed Djevdet consacre à la mort du D' (laracson un article de liMe dans
Vlqdiiin, du '1 mai i () 1 i . iNous ) avens piiisi; (piehiues indications. Il ^ est ra-
NECROLOGIE. 185
La critique du texte n'a fait que confirmer ie bien-fondé de la suspi-
cion où l'on tenait déjà la véracité du voyageui' ottoman.
Voici une liste d'autres écrits laissés par M. Garacson :
A Yi es XII szâzadbeli Mogyaivrsz. Zsinntok , Gyiir, 1888.
///. Kâroly Szabonija a Uirôkkel lySy-g, Budapest, 1899.
Muhainmedaiiizmus es Kereszlénység , Budapest 1892.
Kettiirôli dipJoinata Magijarorszâgrnl a xvui ndradbnn, Budapest, 1 89'».
Szeiit Imre herceg , Gyor, 189/1.
Szent Ldszlô Kirâlij , Gyôr, 1895.
Rakôczi-Emigrdciô Okmdnytâra (Académie de Budapest, sous presse).
Articles de revues :
Hadtôiiénelmi kdzlemények : traduction d'un passage <le lliisloiicn
Naïma sur la guerre de i636 en Transylvanie.
Kalh. Szemlc, 189^ : poème turc sur Mobaes: — 1890 : trad. du
Divan de Sinâsi.
Il s'essaya également à écrire en turc : un article dans Ylqdfnn du
19 septembre 1909, sur la réforme de la langue turque ( r^r^- Umnhnn
lasfiypsi vo înaiiar lisflnî), une courte l)iogrnphio d'Ibrahim Muteforriqa
(premier typographe turc) dans la Reçue hisloruiue de Gonstanlinoph; du
i"/ilx août 1910'''.
L'abbé Garacson était lié avec les repi'ésentants de cette élite qui
cherche à donner de la vitalité aux études historiques en Turquie :
Neglb 'Âsim, Tevhîd Bey (savant numismate), SafvetBey,
11 se réclamait assez volontiers auprès des Turcs de la parenté ollo-
mane-hongroise . qui est à l'ordre du jour dans la presse de Gonslauti-
nople, parenté linguistique, fraternité de race, de race ouralo-altaïque. On
sait que des études d'hier, et même d'avant-hier, ont prouvé que re lien
ethnique n'était rien moins que consistant. Le groupe ougro-finnois, au-
quel appartient le hongrois, s'est trouvé, par un travail d'élimination
méthodique, nettement isolé des langues turco-tartares, mais l'opinion
conté entre autres, comment la censure d'Abdul Hamid fit séquestrer au Vezir-
Kljan et aux frais de l'éditeur les exemplaires non encore vendus du Foi/n^c
d'Evliya Celehi.
(') Article peu substantiel, complété par un autre paru dans la Revue histo-
rique de Constantinople, du i"/i/i décembre 1910, sous la signature de Mjjita
kidisEiendi, qui donne une littérature plus complète, mais tirée uniquement
de sources européennes modernes.
186 JUILLET-AOUT 191 1.
publique de Budapest et celle de Stamboul ne chercheut pas à enter sui-
des bases vraiment scientifiques leur mutuelle sympathie.
Cette cause , plus sentimentale peut-être que politique . l'abbë Garacson
aura fait de son mieux pour la servir par la conGance qu'il sut gagner
à Constantinople.
Les khodjas bibliothécaires de Sainte-Sophie aiment à rappeler que le
ff docteur magyar n avait obtenu de son gouvernement la nomination
d'imams militaires pour servir d'aumAniers aux soldats musulmans , le
nombre de ces derniers se trouvant sensiblement accru depuis l'annexion
de la Bosnie-Herzégovine.
J. Deny.
SOCIÉTÉ ASIATIQUE.
SÉANCE GÉNÉRALE DU 22 JUIN 1911.
La séance est ouverte à 3 heures et demie, dans une des salles fie la
Sociélé d'Encouragement , sous la présidence de M. Senart.
Etalent présents :
MM. Ghavakxes, ficc présicleni ; Allotte de la FlVe, Amah, Barré de
Lancv, Barrigue de Fontaimeu, Barth, Basmadjian, Béxédite, Blanchet.
BouRDAis, Bocvat, A.-M. Boyer, Caraton , Casanova , J.-B. Chabot, Coedès,
CoRDIER, DeCOURDEMANCHE, DeLAPORTE, DeNV. DevÈZE, DiRAND, DtSSAlD,
Farjenel, Fevret, Finot, Fossev, ForciiER, Gaithiot, de Goloi bew ,
GuÉRiNOT. Hackin, Ismaëi Hamet, Hi art, Labourt, Le Ghateuer, Le-
Rocx, s. Lévi, 1. Lévv, Magler, Meillet, Nal . d'Ollone . Paulhan.
J.-B. Périer, Bebv, Revillolt, Roeské, Roix, Scheil, Schwab, Vinson,
Vissière, membres; Thureal-Dangin, secrétaire.
Le procès-verbal de la séance du 1 6 juin 1910 est lu et adopté.
M. le Président rappelle en ces termes le souvenir de M. Rubens
Duval :
Messieurs,
Notre Société a éprouvé tout récemment une perte dont la
pensée présente à tous nos esprits projette sur notre réunion
de ce jour l'ombre d'un deuil vrai.
Le 1 mai dernier, M. Rubens Duvai nous a été enlevé à
l'âge de 7 1 ans. Depuis trop longtemps sa santé était doulou-
reusement atteinte. Nous ne prévoyions pas que l'heure de la
séparation définitive dût sonner si tôt.
Nous n'avons pu le suivre à sa dernière demeure. Du jour
188 JUILLET-AOUT 191 1.
oii il avait senti ses forces lui refuser un travail actif et suivi,
il s'était définitivement confiné dans une retraite où seuls péné-
traient ses plus proches; il n'a pas admis à ses funérailles
l'hommage suprême de la présence de ses confrères. Ce n'était
assurément ni indifférence, ni dédain. Sa modestie intran-
sigeante, sa gravité morale poussaient la susceptibilité et le
scrupule jusqu'à proscrire toute manifestation. Notre respec-
tueux attachement ne saurait pourtant être condamné indéfini-
ment au silence.
Je n'entends ici ni retracer une vie qui s'est si volontiers enve-
loppée et qui connut peu d'événements extérieurs, ni énumérer
des travaux qui sont dans toutes vos mémoires. Commencées
en Allemagne, à l'école d'Ewald, poursuivies avec une appli-
cation exemplaire, gouvernées par un esprit net et pondéré,
ses études avaient fait de lui un éruditde vaste savoir et d'auto-
rité reconnue. Il convient que des confrères plus compétents les
retracent en un tableau détaillé et précis, seul digne du modèle.
Il me sera du moins permis de rappeler que, entouré par les
sémitisants de tous pays d'une estime universelle, lui scid
paraissait oublier le prix de ses recherches. Dans un temps où
la mobilité générale, le goût très vif de la publicité, peut-être
une certaine intempérance des prétentions intellectuelles et
des ambitions scientifiques l'isquent de communiquer jusqu'aux
ateliers naturellement austères de nos études une agitation un
peu fébrile, Rubens Duval faisait revivre, sereine, détachée
de tout ce qui n'(''tait pas l'objet immédiat de son labeur, hostile
à tous les bruits du dehors, une physionomie d'autrefois, forte,
sévère sans pédantisme , simple avec dignité. Tout pénétré d'une
inspiration religieuse discrète mais ferme, il faisait rêver de
(|U('l(|u'un de «ces messieurs de Port Hoyah), revenu à la
linnière, armé de toutes les ressources <le la science la plus
récente, mais un peu froissi' au contact <i\iii mihcii Apre et
pressé.
SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 189
En toutes choses, dans la vie et dans l'étude, il fut une
conscience. C'est, je pense, le mot qui le résume le plus fidè-
lement. Je ne vois guère d'éloge plus enviable. Le souci de ne
jamais enfler la voix, le découragement que lui avait laissé le
spectacle de partis pris injustes, la répugnance h accepter les
honneurs, même les plus mérités, que ses forces physiques ne
paraissaient plus lui laisser l'espoir de justifier par de nou-
veaux services, tous ces scrupules délicats l'ont privé de dis-
tinctions dont sa sagesse dépréciait la valeur, moins encore que
sa modestie n'en exagérait les devoirs. Elles n'auraient rien
pu ajouter à l'opinion très haute qu'inspiraient à qui le connais-
sait son activité et son caractère. Une dignité tempérée de bon-
homie, une bonté plus agissante que démonstrative, un savoir
plus solide que pressé de se faire valoir, en toutes choses un
esprit invariable de justice et de mesure — que de traits esti-
mables et rares prêtaient l'attrait le plus durable à cette probe
et noble figure! Laborieux, pénétrant, aussi étranger aux
coquetteries de la vanité personnelle qu'à toute morgue pé-
dante, volontiers méfiant des systèmes, il laisse à tous ses
confrères en orientalisme le modèle très sain d'une belle vie
de travail, à notre Société que, comme membre de son Conseil,
comme collaborateur et gérant de son Journal, il a longue-
ment et affectueusement servie, il laisse un devoir de recon-
naissance auquel elle ne faillira pas.
Elle s'était estimée très heureuse de déférer à M. Rubens
Duval, avec la qualité de Président d'honneur, le plus haut
témoignage dont elle disposât. Nous n'avons certes pas par là
acquitté notre dette : à cette âme grave et délicate, impression-
nable et contenue, le juste hommage est l'hommage intérieur
et senti d'un souvenir fidèle , d'une piété recueilhe et d'un affec-
tueux respect. Aucun de nous, Messieurs, ne l'oubliera.
M. GoRDiER lit le rapport de la Commission des censeurs. Des reiner-
ciemrnts sont votés à la Commission des fonds.
190 JUILLET-AOUT 1911.
Est reçue membre de ia Société :
Mi-s. BoDE, chargée de cours à l'University Collège (Londres), pre'-
sentée par MM. S. Lévi et Finot.
Les ouvrages suivants sont offerts à la Société :
Par M. Schwab : Manuscrits hébreux de l'Oratoire à la Bibliothèfjue
Nationale, pai' S. Mcnk; — Essai sur l'histoire de la littérature ottomane,
par M. Basmadjian.
Sur la proj)osifion de M. Semart un crédit de 3 5o francs est voté
pour l'achat d'un manuscrit du LoLapralàça.
Il est ensuite procédé au dcpouillemeuL des votes concernant les mem-
bres sortants du Bureau et du Conseil, qui sont tous réélus. Sont en
outre nommés :
lice-président (en remplacement de M. R. Duvai, décédé): M. Ciia-
VA^'^Es ;
Secrétaire (en reniplacement de M. Chavannes) : M. Thireai-Dangin;
Membre du Conseil pour 1911-1916 : M. Pelliot (eu remplacement
du général de Beylié, décédé);
Membre du Conseil pour 1911-1912 : M. Scheil (en remplacement
de M. Thure<nn-Dangin);
Membre du Conseil pour 1911-191,3 : Prince Roland Bonaparte (en
remplacement de M. Mondon-Vidailhet, décédé);
Mend)r(' de la Commission de la Bibliothèque : M. Fevrkt (en rem-
plac<;menl de M. R. Duval, décédé).
Voici le détail du scrutin :
Nombre de voUmts : 54; majorité: a8.
MM.
Prénidanl K. Senart (38); Guicjssc ( i5).
Vicv-Pnixideiits MAsi'ERn(.'')a); Chavannes (98); Sclicil (;!'i);
Bartli (1); do CharonccY (1); Halôvy (1).
Secrélaii-fi TiiiiREHi-DANciN (ÎJa); (-lunnimcs ( 1 ) ï
Meiiiol ( 1 ).
Sccrtilain: ailj<iiii/ I. IIalévy (T)!?): Dussaiid ( 1 ).
SOCIETE ASIATIQUE.
191
Commission des fonds.
Trésorier Marquis dr Vogué ( 5 i ): I. Lévy ( a ) ;
Finot ( 1 ).
Rédacteur «/m Journal Asiatique... L. Finot (3o); Guérinot (22).
Bibliothécaire L. Boivat (54).
Clermont-Gannead (5i); Gauthiot (1);
S. Lévi (1).
Clément Huart ( 53 ) ; Decourdemanclie ( 1 ).
DE Charencet (54).
DussAUD (53): Liber (1).
Finot ( 3 1 ) ; Guérinot (21); Casanova ( 1 ).
Schwab (54).
J. ViNSON (46); Fossey (4): Deiaporte(i);
Gauthiot ( 1 ); Guieysse ( 1 ).
Jtfemiresf/uCoHseîVpour 191 1-1914.^ Giimet (53); Casanova (1).
J.-B. Chabot (5i); Fossev (1); Graf-
fin (1); Nau (1).
Decolrdemanche (02); I. Lévy (9).
Pelliot (3i); Casanova (21); A\mo-
nier ( 1 ) ; Farjenel ( 1 ).
Membre du Conseil pour 1 ^ i 1-1912. Scheil (54).
Membre du Omseï/ pour 1 9 1 i-igi3. Prince Roland Bonaparte (53); J. Bio(ii(i).
HOUDAS (53).
Cordier (3i); Decourdemanclie (aS).
i c a baton (54).
Fevret (53).
Finot(43); Guérinot (2); ChaJjot (1);
Delaporte (1); Gauthiot (i);L Ha-
met ( 1 ) ; Labourt ( 1 ) ; Revillout ( 1 ).
Macler (54).
\ Schwab (54).
Censeurs .
Commission de la Bibliothèque,
La séance s'est terminée dans la grande salle de la Sociétë d'Encou-
ragement, ouverte aux invite's des membres de la Société asiatique.
M. Sarraut, gouverneur général de rindochine, était présent.
I
M. A. FoicHER entretient les membres et les invités de la Société des
travaux de débroussaillement et d'entretien dont les monuments d'Angkor
et en particulier Angkor-\at ont été l'objet, depuis que le dernier traité
franco-siamois du 28 mars 1907 a remis à notre Protectorat le soin de
leur conservation. De nombreuses projections lui servent à donner une
idée exacte de la besogne déjà faite et de la tâche considérable qui reste
à accomplii'. La conférence se termine par la vue des clichés auto-
chromes d'Angkor que nous devons à notre très regretté collègue le gé-
192 JUILLET-AOUT 191 1.
néral de Beylié. Ces photographies en couleur, doimaul l'impi-ession
directe de ces grandioses édifices au milieu de leur pittoresque cadre de
verdure, permettent de mesurer l'attraction considéra])ie qu'ils ne tarde-
ront pas à exercer, à mesure qu'ils seront mieux comms, aussi bien sur
les touristes que sur les archéologues.
M. DE GoLOOBEW fait une communication sur les temples d'Ajanlà
(Dckkan) qu'il a visités en igio-Kjii et d'où il a ra[)porlé environ
Aoo clichés. Il l'ait projeter quelques-uns de ces clichés qui reproduisent
des peintures bouddhiques datant du vi" et du vu" siècle.
M. le Président remercie les conférenciers.
La séance est levée à 5 heures.
SOCIÉTÉ ASIATIQUE.
RAPPORT
DE LA COMMISSION DES CENSEURS
SUR LES COMPTES DE L'ANNEE 101 O.
Messieurs ,
Votre Commission des fonds déploie toujours le plus grand zèle pour
ia bonne gestion de vos finances. La vente des publications de la So-
ciété a pris un accroissement de bon augure pour l'avenir et, grâce à
l'activité dont a fait preuve notre libraire, la rentrée des cotisations a
été plus complète que d'babitude. En même temps que nos recèdes s'ac-
croissaient, nos dépenses restaient limitées aux strictes nécessités de la
marche des divers services sans qu'on puisse signaler ni parcimonie,
ni prodigalité.
Conformément aux statuts il a été fait remploi de la somme de 8,968 fr.
i5, provenant du remboursement de huit obligations, en même temps
que de la réserve statutaire. Le remploi s'est fait par l'achat de titres de
la Rente unifiée d'Egypte, 6 0/0. Mais cet achat n'ayant eu lieu que le
/i janvier 1911 n'a pu figurer dans le relevé des comptes qui vous est
présenté.
Les recettes se sont élevées à 29,778 fr. 78, y compris le montant
des obligations remboursées, soit 8,968 tV. i5; le total des dépenses
ayant été de 20,1 8-2 fr. 60, l'excédent des recettes disponibles se monte
à 5,1 1 4 fr. 69 , déduction faite de la réserve statutaire qui est cette année
de 568 fr. 29.
Gomme vous le voyez , la situation est des plus satisfaisantes et nous
vous demandons de vouloii- bien voter des remerciements à votre Com-
mission des fonds pour les soins qu'elle a apportés à assm-er la prospé-
rité matérielle de la Société.
0. IIoiDAS. Henri Cordieu.
iH
194 JUILLKT-AOUT 1911.
RAPPORT DE M. CL. HUART
AU NOM DK LA COMMISSION DES FONDS
T COMPTES DE L'ANNEE 1910.
MlîSSIIÎIHS,
Les résultais linanciers de l'exercice lyio sont sensiblement supé-
rieurs à ceux (jue nous olFraieni les comptes de Tannée précédente. C'est
ainsi que la vente des publications de la Société s'est élevée à 568 francs,
et que, grâce au zèle déployé par notre libraire, il est rentré 167 coti-
sations sur les 189 prévues à notre budget. Les honoraires versés aux
auteurs , déduction laite des frais de tirages à part , se sont montés à
1,875 fr. 55. Les frais d'impression du Journal ont atteint, pour 1909
(ils sont, comme vous le savez, réglés [lendant le courant de l'année
suivante) le chilfre de 11,1 34 fr. G9, somme dont il faut retrancher le
montant de l'allocation affectée à cet objet pai' l'Imprimerie nationale.
V^ous remarquei'ez le maintien, cette fois encon^ de la rubrique Réfeclion
du catalogue pour une somme de 175 l'r. 5o, (pii a été payée à l'auxi-
liaire pour le l'angement des volumes sur les nouveaux rayons.
Les souscriptions destinées à encourager la publication d'ouviages
d'érudition com|)reiuienl 750 francs atlribués au pi'eiuier fascicule de la
Urhalbilltà de iM. Lacôte, 189 fr. 80 versés à l'éditeur pour l'achat des
fascicules parus de la Patrologic de M. Chabot, et 9 5() francs repiésen-
(anl la modesl(! contribution de la Société au volume d»! Mclaiiji'cs olfert
à M. le Mai([uis de Vogiié.
Six obligations du Cliemin de fer de Lyon, fusion ancienne, nous ont
été remboursées par '.?,957 fr. 90, et deux obligations de la Coaqiagnie
des gaz et eaux de Tunis Tout été par i,oo5 fr. 9 5. Nous avons eu à
faire le riîmploi de celte somme de 8,968 fr. i5, à bupielle sont veiuies
se joindre la réserve statutaire ( 1/10 du revenu net), soit 1,1 /|6 fr. 75,
et les sommes versées pour- h' rachat des cotisations (Statuts, arl. 18,
•?° et 3"), soit 900 francs: en tout 6,009 '''• 9^'- P'^'"' •'•'''' "" J'f^bat de
rente unifiée d'I^gyjjle A 0/0 a é'Ié opéré [)ar les soins de la Société
SOCIETE ASIATIQUE. 195
générale, mais, comme il n'a été efifectué que le k janvier 1911, il figu-
rera sur les comptes de l'exercice prochain.
Nos dépenses se sont élevées à 20,182 fr. 60, et nos recettes, y com-
pris le remboursement des obligations échues, à 29,778 fr. 78. L'en-
caisse, au 3i décembre iqio, était de 23,48i fr. h-2.
196 JUILLET-AOUT 1911.
compte;
DEPENSES.
Honoraires du libr.iire pour le recouvrement des cotisations 588' oo \
Frais d'envoi du Journal asiatique 364 5o I
Port de lettres et de paquets re(;us 21 oo f ^ ^^
Frais de bureau du libraire 6700 /
Impression de lettres de réclamation, bandes, enveloppes 168 3o \
Envoi des lettres de convocation 90 60 |
Honoraires du bibliothécaire 1 '^oo o"
Service et élrennes 060 00
. or / 0,7*'
Chauffage, éclairage, frais de bureau ^97 •'"
Honoraires des auteurs 1,^75 55
Reliure ot achat de livres nouveaux ' .3tJ3 36
Abonnement aux journaux et revues 84 80
Souscription à la Brhatkathâ de M. Lacôte, i'asc. 1 7rio 00
Souscription à la Pulrologie de M. Chabot 189 80
Souscription aux Mélanges Vogiié :!5o 00 ,^ ^ ^^
Impression de planches (Berlhaud C") 1 .5.) yo
Réfection du catalogue 17550
Contribution mobilière et taxes municipales 2 '19 i4
Contribution des portes ot fenêtres ^8 97
Assurance contre l'incendie ^'7 H'^
Frais d'impression du Journal asiatique en 1909
Indemnité au rédacteur
Société générale. Droits de garde , timbres , etc
Total des dépenses de 1 9 1
Avance entre les mains du bibliothécaire, pour dépenses engagées
Espèces en comi)te-courant à la Société générale au 3i décembre 1910
K.NSKMllL!; ''3'"'
SOCIÉTÉ ASIATIQUE.
197
Et NEE 1910.
RECETTES.
cotisations de 1910 4,710' 00
)tisations arriérées 270 00
jtisations à vie 800 00
" )tisation à vie (1" acompte) 100 00
abonnements au Journal asiatique 2,900 00
te des publications de ia Société 668 00
:rêts des fonds placés :
1° Rente sur l'État 3 p. 0/0 1,800 00
Legs Sanguînetti (en rente 3 p. 0/0) 3oo 00
a° 20 obligations de l'Est (3 p. 0/0) 288 00
20 obligations de l'Est nouveau (3 p. 0/0) a66 01
3° 60 obligations d'Orléans ( 3 p. 0/0) 8G4 00
4° 58 obligations Lyon-fusion (3 p. 0/0) ancien (1"' semestre).. 385 81
Sa obligations — — — (a" semestre).. 3i5 80
59 obligations — — nouveau 78^ 98
° 60 obligations de l'Ouest 864 00
16° 55 obligations du Nord 780 72
7° 80 obligations Crédit foncier i883 1^097 90
8° 19 obligations communales 1906 26a 33
ao obligations communales 1891 210 36
9° 3o obligations Est-Algérien ( 3 p. 0/0) [nominales] 433 00
8 obligations — — [au porteur] 106 64
0° 44 obligations Méchéria 586 34
1° 1 obligation des Messageries maritimes i5 70
3° 2 obligations Omnium russe (4 p. 0/0) 4o 00
3° 77 obligations du Crédit foncier égyptien (3 1/2 p. 0/0).. . . 1,347 ^^
k" 2 actions du Crédit foncier hongrois 44 00
5° 16 obligations Gaz et Eaux de Tunis (1" semestre) i38 76
i3 obligations — (2° semestre) 120 a5
6° 20 obligations de la Dette privilégiée égyptienne (3 1/2 p. 0/0). 35a 44
.Têts des fonds disponibles déposés à la Société générale 84 00
scription du Ministère de l'instruction publique 2,000 00 )
dit alloué par l'Imiirimerie nationale (pour 1909) en dégrève- )
Ment des frais d'impression du Jounial asiatique 3, 000 00 )
fiboursement de 6 obligations Lyon fusion ancien
— de a obligations Gaz et Eaux de Tunis
Total des recettes de 1910
fèces en compte-courant à la Société générale au 3i décembre de l'année pré-
édente (1909)
Total égal aux dépenses et à l'encaisse au 3i décembre 1909
9,348' 00
11,467 58
5.000 00
3,967 90
i,oo5 26
29,778 73
13.897 39
43,676 12
198 JUILLET-AOUT 1911.
BUDGET 1
i,3a3'' '--^
DICPF. NSES.
Hoiioraiivs du libraire pour le recouvrement des colisalioiis 6(3/i oo
Frais d'envoi du Journal asiatique 870 00
Piirl de lettres et de paquets reçus 35 ou
Frais de bureau du libraire 11/100
-impression de lettres de réclamation, bandes, enveloppes 100 00
Envoi des lettres de convocation 90 00
Honoraires du bibliothécaire 1 ,5oo 00
Service et étrennes 366 00
Chaullage, éclairage , frais de bureau '. i88 00
Entretien du mobilier « ,5oo 00
Reliure et achat de livres nouveaux i,3ôo 00
f 8,751
Abonnement aux journaux et revues 1 ()o 00 1
Souscriptions et subventions 3, 000 00
(Contribution mobilière et taxes municipales a'ig Go
(i(inlril)ntion des portes et fenêtres - 99 00
Assurance contre l'incendie 79 ^lo
Réserve statutaire 1,1. Mi 00
Frais d'impression du Journal asiatique io,oou 00
Indemnité au rédacteur lioo 00 \ 1 îi,<)!G
Honoraires des auteurs ... 3, 100 00
Société gcncralv, droits de garde, linibi'es, ctc 80 00
Total des dépenses '^.5,000
SOCIETE ASIATIQUE. 19U
IINNÉE 1912.
it K C E T T K S.
8 cotisations à 3o francs 5,6io' oo )
abonnements à 20 francs a,Aoo 00 } 8,54o 00
nte des publications de la Société 5oo 00 \
térêls des fonds placés 1 i,38o 00
téréts des fonds disponibles en compte-courant 80 00
uscription du Ministère de l'instruction publique 2,000 00
édit de l'iniprimerie nationale 3, 000 00
11, '160 00
Total des recettes
Le gcranl :
L. F IN tir
JOURNAL ASIATIQUE.
SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
=>*(*-
LE
COMMENTAIRE DE BHAYAVUAYA
SUR LE NEUVIÈME CHAPITRE
DE L'UTTARÀDHYAYANASÛTRA,
PAR
M. JARL CHARPENTIER.
Dans ma thèse intitulée Studien uber die indische Erzàhlungs-
literatur. I. PaccekabuddfiagescIncJiten, j'ai traité ^^' de la légende
des quatre pi'atyekabuddha's , (|ui nous a été conscu'vée dans
différentes versions par les Bouddhistes et les Jainas'-^ et dont
nous pouvons aussi rassembler des fragments épars dans la
littérature brahmanique. Après avoir reçu mon traité sur ces
sujets, un des plus fameux maîtres jainas de notre siècle,
Vijayadharma Suri, surnommé le Munirâj, à Bénarès, m'a
envoyé — il y a presque une année — quelques feuillets
manuscrits tirés d'un commentaire [viiti) sur i'Uttarâdhyayana-
sùtra par l'écrivain Bhâvavijaya, ouvrage qui m'était aupara-
vant inconnu. Gomme aucun spécimen de cette œuvre n'a été
(») P. 35 et suiv.
'-' Los ^^ou^ces les pins i'm|i(irtai;trs |ioiii- la li'jiende tout entière sont le
Jàtaka ''108 ( Kuinblud-ni-ajàlal.d) et les commenlaires des i'm riv.'.iiis j-',in;is sur
le chapitre i\ de l'I Uaradlnayanasûtra.
202 SEPÏKMBliE-OCTOBr.l': 1 '.) 1 I .
jusqu'ici imprimé ni en Europe ni dans i'Inde. il m'a paru être
d'un certain intérêt de communiquer aux indologues la partie
de ce commentaire qui traite des légendes des quatre praty-
ekabufJdlia's — les râjarsis Karakandu, Dvimuklia. Nami et
Naggati^'^ — c'est-à-dire l'histoire qui explique le ix*" chapitre
du premier mûlnsûlra.
Des nombreux commentaires sur l'Uttarâdhvayanasùtra, qui
nous ont été conservés, les plus anciens sont certainement
celui de Sântyâcârya ou Sântisùri (tsamvat locjg = 10^10
A. D.) — nommé la Brhaàviiti, — et celui de Nemicaiidra on
Devendragani — nonnné la Sukhabodhâ — qui fut composé
sarnvat 1 129 = 1 078 A. D., et dont M. Jacobi nous a donné
des extraits si intéressants dans ses Ausgeivdhlte Erznhlungen in
Mahâvâshtri^'^K Ajitadevasuri, qui a composé sarnvat 1273 =
1 2 1 y A. D. une Yogavidhi , écrivit aussi une avacûn sur l'Ulta-
râdliyâyanasutra''*'; une autre — en 3,6 00 slokas — fut com-
posée sanivat iliki = i385 A. D. par Jnanasagara du Tapa-
gaccha, auteur aussi d'une Avnsyakàvacûri . composé(! sarnvat
i/i/iG=i38/i A. D. , et d'une Oghaniryuktyacaiûvi (sarnvat
1/189= i383 ^- D.)''''. Des vi'Uis sont composées entre
autres par Laksmïvallabha (imprimée dans l'édition de (Cal-
cutta, 1879), P'^^ Kirtivallabhagani de l'Ancalagaccha en
*'i teUe version sanscrite du nom pràcrit Najrjrai est ci'itiMiiciïiciil loiit à
fait inadéfiiiate ; mais elle semble être commune à tous les écrivains jainas.
Dans le Maliâljtiârala nous trouvons Nairnajil. Dans la liltcraluii! rlluolle il
est nommé Nagnacit Gândhàra (voir Webeh, hid. Slud., XUl, p. ^81-289, el
M. Hii.LEiinANDT dans (Irundr. d. Indoar. Phil., 111, ;; , p. liia). Mais cela n'est
certainemi'nt (pi'uii jeu de mois, car ce Nagnacit a donné selon la tradition
des règles sur Vujpiiiiuiana ou "citi.
'-' Voir sur DoM'iidrajjjiiii : M. J.vcoiii, /. c, ]). vu; Petkksov, ^i"' lirjwrt, p. lxi
el suiv.
'■') Voir J'kteiîsdx, /;"' Report, i). i;Jàina Grunlhàvali ,^. 38.
(*' Il était né saiiivat i/iof) =r iSûg et mourut sarnvat i46o= \hoh A. D.
Voir Ki.ATT, /;/(/. \ii(., XI, a.')r): I'kteiison, â"' Report, p. xlvi et suiv; VVedeii,
Cn<o/'»g-K«, Il , s i((.
LK GOMMKNTAIRE DE BHÀVAVIJAV\. 203
samvat 1552 = 1^96 A. D.''' et par Kamal.is.uuyama en
samvat i5/i/i= i/i88 A. D. Mais il serait inutile (rénumérer
ici plusieurs auteurs de ces œuvres certainement sans grand
intérêt, dont nous ne connaissons que les noms et l'année
où elles furent écrites.
Entre tous ces commentateurs, Bhavavijaya semble être le
dernier. D'après les informations qui m'ont été communiquées
par Munirâj, il écrivit son UWirâdhydijaiKisalniriili (en 1/1,2 5 5
slokas d'après la Jâina Granthâvalï, p. .')G) à lloliml (f^ modem
Sirohi, a native stal, near Abu liills in Uajputana''^^?), samvat
iG89=i()33 A. D. Il a aussi composé un ouvrage nommé
Sattriijisajjalpavicâra^''^ en samvat iG'yt) -= i()y3 A. D. à Karpal
Vànijija («modem Kapda Wanja, a town in ibe District Kira,
Bombay Presidency w, Munirâj), et une C<inipaL<u)((l}ill;(tlh(l (en
(joo slokas, Jâina Granthâvalï, p. 2 62) en samvat 1 708=- t Go 2
A. D. (").
Bhavavijaya appartenait au Tapâgaccha. H donne des ren-
seignements sur ses maîtres et sur son ouvrage dans la j/rtisasli
du colophon de sa riili en 2/1 vers que je reprochais ici m
extenso :
anaulakalyananikelanani tam namami .sanikhesvara-l'arsvaualliani |
yasya prabhâvâd varasiddhisâiuUiam adliyâsla nii\ ij;!iiiain .-isâii prava-
[inaliifi li
sriyâ jayanlîin dyiilim aindavliri drag mudrtbliivandesi'iiladevalriin irnii j
prasadam âsâdya yadiyam esâ vrltir maya mandadhiya 'j)i teiic || 9 !j
salklrldaksmîparivardhamânam srï-Vardhamrmaiii jinaiâjam ïde |
punâtilokani surasârthasâlî yadâgamo Gâijiga iva piavâliah !| 3 i|
C' Voir sur lui : I^etkrson, 5"' Hqwi-l, p. \ et suiv. , el rf. //'" Ilt'porl, p. 76 ot
suiv.
'^^ Lettre de Munirâj du 1 1 julHct 1910.
'•'^ D'après Munirâj; la Jâina (iranthàvalT, p. i(i/i, parle d'une Saliiujmtj-
jalitaitinuiiia.
''' Cf. PliTliliSON, Itupoit l8iSj-l<S(JI , p. KJl.
if,.
204 SEPTEMBRK-UCTUBRE 1911.
tacchisyaniukhyali sakaiarddhipâlram srî-Gâiitamo me .sivatàtir astn
ganî Sudharinâ ca satâm sudharmâvaho 'stii vîraprabhudattapattah |
Jambfulvïpe suragirir iva caiidrakulain vibhâti tadvaiiise |
Mei'âu Nandanavanam iva tasmiii nandati Tapâgacchali || 5 ||
tatra manoramasumanorâjivirâjï rarâja miinirâjali |
srî-Anandavimalagurur amaratariu- Nandana ivoccâih [| 6 ||
suddhâm kriyâin dadhâu yah sndbâvralavi-alalim iva marudvrksab ]
kalpatarob sàurabbam iva yasya yaso vyânase visvam || 7 ||
tatpattagaganadinamanir ajauista janestadânadevanianili j
srî-Vijayadânamunimanir ananugunâdbaritaïajauiinanih || 8 ||
srîmân jagadgurur iti prathitas tadïya-
patte sa Hîiavijayâhvayasûrir'^' âsït |
yo 'stâpi siddhiialanâli saraain âliliuiga
tatspardhayeva digibhânis ca yadïyakii'tih || 9 ||
siîmân Akabbaranrpâmbndharo '"' "dhigamya
srïsûrinirjaiapaler iha yasya \âcam |
jantuvrajân abhayadânajalcâir analpâir
aprinayat patabavâdanagarjipûi'vam || 10 ||
tatpattabhûsanamanir ganilaksmikaiitab
surir babbâu Vijayaseiia iti pratïlali |
yo 'kabbarâdbipasabhe dvijapàir yadïya-
gobbir jitâir gurur api dyutimân amâni || 1 1 ||
Vijayatilakah sûrib pallam tadiyam adïdipad
dinakara iva vyomastomam barams tainasam ksanal |
prasrmaramabâli padmoliâsâvaho jadatàpabo
vidalilamabâdosab klptodayali sudinasriyâni || 12 1|
(Ibisanadbisanadcsyàpreksà girali sravasoli sudbâ
adbaritadhaj'ani dbâiryaiii yasya ksamâaukilaksaina |
jagati mabimà Iiemaksonldbarad vayaso yasali
sasijayakaram nâbbût kasyâdldiutâya muuiprabbob || i3 ||
tadïye patte sadgunaganamani^reninidbayab
ksamâpîyûsâmbbonidhaya ucilâcâravidbayah |
svabbaklecchâpûrttitridas'ataravo biiddhigui'avo
jayanti srlmaulo Vijayivijayânandaguravab || 1 i ||
'•' Hiiavijaya est le 58' suri dans lu Tai)aj>(uxh(i[)(i{l(ir(di ; il vcriil saiii\at
i583-i625 = i527-i568. Voir Peterson, !)"" Rvpuri , p. i,x\.\v.
'-' llîravijiiva a romi-rli rf'iii|M'iciii' AlJtar, d'aiMi'^s Klall, clicz I'hikiison,
loc. cit.
LE COMMENTAIRE DE BHiVAVIJAYA. 205
tesam Tapâganapayonklhisîtabhâsâm
visvatrayijanamaQoramakîrtibhâsâra. |
vâgvâibhavâdhaiùtasâdhusudhâsavànâin
râjye ciram vijayiuivrativâsavânâm || i5||
ilasca :
sisyâh srï-Vijayâdidânasuguroh siddliântavârâninideh-
srlkântâh paratïrthikavrajarajali punjâikapâthodharâli |
pûrvam srI-Vinialâdiharsaguravah .srîvàcakâ jajnirc
yâir vâirâgyaratiin vitlrya viratim cakre maniopakrivâ || i (1 ||
vineyâs tesâm ca prasrmai-ayasahpûritadisali '
srutam dattvâ mâdrgjadajanamaiiânugrahakrlah |
mahopâdhyâyasrï-Munivinialapâdâh samabhavan
bhavodancanmajjanjananivahavohitthasadrsah || 17 jj
vâiramgikânâm upakârakânâm
vacasvinâm kîrtimatâm kavïnâm j
adhyâpakânâm sudbiyâm ca madhve
dadhuh sadâ ye prathamatvam eva |! 1 8 |i
tesâm sisyânur imâni Bhàvavijayavàcako 'likbad vrttim |
svaparâvabodbavidhaye svalpadhiyâm api sukhâvagamâm |i 19 ||
nidbivasurasavasudhâ 1689 mitavarse srï-Roliinïmahâpuryâm |
so 'syâh prathamâdarsam svayam eva prâpavat siddbim || 20 l[
gunaganasuratarusiu'agirikalpâis tasyâgrajâili satïithyâisca |
srî-Vijayaharsakrtibhir vidadhe sâhâyyam iha samvak || 91 ||
anusrtya pûrvavrttir likhilâyâra api yad atra drstain syât |
lacchodbyam mayi krtvâ krpâm krtindrâili prakiiisaralâili || 92 ||
srïsainkbesvara-Pârsvaprabhiiprabhâvât prabhfUa.siibhabhâvât |
âcandràrkam nandatu vrttir asâu modayantï jiïân 1| q 3 ||
sâutini tustim pustim sreyah sanlânasâiikbyakanialâsca |
vyâkhyâtrsrotrnâm vrttir asâu disatu mamgalâikagiham j| 2Û ||
Par un de ses contemporains, Vinayavijaya (Ipadhvâya,
Bhàvavijaya est mentionné dans le coloplion du LoLtiprakâsa
(composé en samvat 1780= 1602 A. D., à Jïrnadurgapura,
modem Junagurh in the Bombay Presidency, Munirâj) en ces
termes :
uttarâdhyayanavrtlikârakâili susjbu Bhâvavijayâkhyavâcakâib |
sai^vasastraiiipunâir yaliiâgamani granlba esa mama soilhanndya-
[mâih II 1 5 II
200 SEPTEiMBRE-OCTOBRE 1911.
Et ce même auteur fait mention de Bhavavijaya aussi dans
son commentaire Suhodhil-fi sur le Kalpasûtra *'l D'antres de
ses contemporains ont aussi fait mention de lui en des termes
qui témoignent qu'il leur était une grande autorité en des
matières diverses (ir other contemporary writers of great weiglit
and authority . . . show great respect for Bhavavijaya 5?. Muniraj ).
C'était donc un homme de grande réputation chez ses contem-
porains dans la communauté jaina.
Bhavavijaya a dans son commentaire suivi très fidèlement
ses sources entre lesquelles la tîkâ de Devendra semble avoir
été la plus importante. J'ai donné en quelques endroits des
références aux Ausgewiihlte Erzahhmgen (^Ausg. Erz.^ de
M. Jacobi où on trouve des ressemblances entre les deux textes
qui ne peuvent pas être fortuites. Seulement pour la biographie
de Naggai il me semble tout à fait clair (|ue Bhavavijaya a fait
usase aussi d'une autre source — vraiseniblablement de ia
tlkà sancrite de Laksmivallabha. Car des dix anecdotes que la
belle Kanakamanjari raconte à Madanikâ^-' les trois premières
seules — le dieu caturliasfa, l'arbre sans ombre et le chameau
— existent chez Devendra; la quatrième (Naggai, l, 88-(|/()
est la sixième chez Lak.smivallabha; la cinquième (I, 9'^i-<i;))
est aussi la cinquième chez Laksmivallabha. ressemblance (|iii
doit être d'une certaine importance; quant a la sixième îiis-
toire ( 1 , 1 G 0- 1 o 3 j ^-^^ elle est sans doute la même que la septième
('^ Vinayavijaya , fils de Tejalipïïla cl, de RSjasrI, a composé le déjà noininé
LoL(ipf(il:aéa en i7,(îa 1 vers (voir Ràjendiialâla Mitra, Nolicex, VllI, 64 cl suiv.-,
Wehkh, Catalogue, II, iQOi ; Jaîna Granthâvalî, p. 128) sainval. 1708= i652
A. I)., la Subodhikà en 6,000 slokas samvat 1696= A. D. 16/10, la Hâima-
la^huprakrujàvylli on i,5oo slokas samvat 1787^1681 A. I). (Jâina Gr.,
ji. '?o.S) et encore une SonlaHudliàntaabhàvanâ en 867 slokas (//y/*/., p. 188).
'^) Sur les rapports de celle liisloire avec i'iiisloire de Sclieherezade el Dinar-
zadé dans les 1////^' cl uiw hhiIh, voii' I'avomni, G. S. A.I., Xil, 1 f);) cl suiv.;
.1. .1. \Ii;VKi; , Tir-n livirf-l ilil falcx . p. X cl sniv., el mes }^.:.ii'l,vlni(l<lli(ii>rsrliirlilcii ,
p. lli'l-l')!.
<■'' Dans Ic-i |ii(i(n',i|iiiii's de K.iraLiiinJn . le rliniiilrc 1 , cl d:in'- celle de Nami
LE COMMENTAIRE DE RH WVVIJ AY\. 207
citez LaksmivaHabha, mais Bhâvavijayo a ici traité sa source
avec peu de conscience. Peut-être aussi que les derniers vers
du chapitre ne sont pas de sa main.
La simple prose de Devendra a été naturellement un peu
ornée par Bhâvavijaya; mais il a aussi prestjue toujours
abrégé les passages où Devendra — pour améliorer ses lecteurs
sans doute — abonde en maximes moralisantes. Mais en
somme Bhâvavijaya n'est guère qu'une version sanscrite de son
prédécesseur, dont on peut naturellement çà et là tirer quel-
que avantage quand le texte prâcrit semble un peu incompré-
hensible. Ainsi par exemple dans la biographie de Dviumkha,
v. 34, l'auteur traduit par samksahârakah le mot lehânya de
Devendra, que M. Jacobi a traduit par lehhncârya, mais (|ui doit
sans doute être une forme simplifiée par baplologie du mot
sanscrit lekhâhârnka. Ausg. Erz. , p. 5/j, i3, M. Jacobi lit suru-
gamsahio; mais l'expression de Bhâvavijaya surnradliûyutas
montre que lui au moins a lu avec le ras. A de M. Jacobi
suramfranâsahio . Mais dans un certain endroit Bhâvavijaya
semble avoir été trop fidèle à sa source, car sa traduction ne
donne pas des mots sanscrits : Karak. , 1 , 3 a , et Nami ,1,-71,11
('^crit : sâkârân asanam krtcfi . où Devendra a {^Aiisg. Erz.
p. 35, 1 6 et /i3, C)) : kayam sâfivrnhhallfipaccdl.hli/lnn))! ou .^âffa-
rnm hhattnm pncca1;hhâittà'^K Et, Naggai ,11, 1 /i , d a créé un mot
nouveau, munamumjjate , en traduisant simplement le verbe
prâcrit munnmunai. Mais ce sont là des fautes qu'il n'est pas
didicile de pardonner.
Le texte a été constitué d'après trois manuscrits appartenant
au Munirâj, que j'ai désignés simplement par A. B et C, On
verra ci-dessous qu'ils sont très exactement écrits et (|ue A a en
los chapitres i et 11, semblent avoir selon la meilleure tradition 100 vers;
mais ici je n'ai pas suivi le numérotage des mss. B, C, parce que l'histoire
aurait éiv alors rompue d'une manière tout à fait déraisonnable.
(' Voir AI. Jacobi, Ausg. Erz.. Lexique.
208 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
quelques endroits des fautes qu'ont évitées BetC, ce qui semble
indiquer une certaine parenté de ces derniers manuscrits. Mais
il n'y a point d'intérêt à discuter des manuscrits qui ne peuvent
avoir que quelque deux cents années.
Nous croyons utile de faire précéder le texte d'une analyse
des quatre récits et de leur épilogue.
I. Kârakandu.
ffJe raconterai d'abord la vie du roi Kai'akanflu , qui (^tait un vrai
trésor de sagesse et qui fut éveillé par la vue d'un bœuf i : — a|)rt;s avoir
commencé par ces mots son récit, Bhâvavijaya nous raconte l'Iiisloire
suivante :
Dans la ville de Campa vécut le roi Dadhivâhana ''' avec sa reine
Padmâvatî, fille du roi Getaka. Etant grosse, la reine eut le désir de
monter avec le roi l'éléphant de la couronne pour aller visiter les jardins
royaux. Mais quand l'animal sentit l'odeur de la terre rafraîchie par la
pluie, il se souvint des forêts dans les montagnes de Vindhya et s'enfuit
rapidement sans que la suite du roi le pût retenir. Le roi aperçut de loin
un grand figuier, et quand l'éléphant passa dessous il saisit une branche
et descendit ainsi à terre. Mais la reine ne put le suivre et il ne resta au
roi qu'à retourner en se lamentant amèrement à la ville. La reine fut
transportée par l'éléphant dans une immense forêt et , au moment où il
descendait dans un étang ponr y boire, elle sauta de son dos, comme une
antilope d'une grande montagne, et s'enfuit dans la forêt en implorant le
secours des Jiaas. Le matin suivant, elle continua sa route et aperçut
enfin un ermite ; elle en ressentit la même joie qu'un voyageur trouvant
de l'eau dans le désert. Quand elle lui raconta qu'elle était la lillc du roi
Celaka, il lui répondit qu'il était un ami de ce même roi et la conduisit
jus(ju'au bord de la forêt où était la route pour Dantapura, la ville du
roi Dantavakra. Étant arrivée là, elle se réfugia dans un monastère et fut
reçue religieuse par l'abbesse. Mais elle cacha sa grossesse, et quand elle
eut accouché d'un iils elle reminaillota dans un tissu précieux et le plaça
dans le cimetière. Là, l'enfant fut recueilli par l'inspeclcin- du cimetière,
qui, n'ayant pas lui-même d'enfant, le donna à sa leinnie. Ils le nommè-
rent Avakarnaka et prireut soin de lui. La religieuse. iiilerr()<>('e par les
O (Test sans doute le DadliivaliariJi du .laluka i(S(). Vdir mes Varcchulindillt(i~
geschicklrn , ji. i.')«) et suiv.
LE COMMENTAIRE DE BHÀVAVIJAYA. 209
sœurs sur son accouchement, répondit que l'enfant était mort-né, mais
en secret elle venait chaque jour chez les parents nourriciers pour le
caresser.
Le jeune Avakarnaka avait de naissance une gale insupportable ; en
jouant avec les enfants des voisins il leur ordonnait de le gratter, d'où il
fut nommé par eux Karaknndu. Une fois deux ermites se promenaient
dans le cimetière ; l'un d'eux qui connaissait les présages dit à l'autre ,
en apercevant un certain roseau, que celui qui s'emparerait de ce roseau
deviendrait roi. Le jeune Cândâla (Karakandu) entendit ces mots,
mais malheureusement ils fiu'ent aussi entendus par un certain brah-
mane, qui s'empara immédiatement de cette baguette magique. Mais
Karakandu la lui déroba : cité par lui devant le tribunal, il répondit aux
juges qu'il pensait se faire nommer roi à l'aide de ce roseau, lis lui
dirent en souriant : rQuand tu seras roi, tu flonneras à ce brahmane
un village. « 11 s'y engagea.
Cependant le brahmane conspirait avec ses amis pour tuer Karakandu ;
son père adoptif, ayant eu vent de cette affaire, s'enfuit avec sa femme et
son fiis à Kâiicanapura. Fatigués par le voyage, ils s'endormirent tous les
trois dans un jardin hors de la ville. Le roi de Kâiicanapura venait de
mourir sans laisser de fds , et les ministres avaient envoyé un cheval pour
chercher un autre roi. Le cheval marcha droit au jardin et témoigna son
respect à Karakandu qui le monta et entra dans la ville accompagné par
les cris de triomphe des citoyens. Mais les brahmanes le voulurent em-
pêcher en disant: cr C'est un Cândâla. r? Alors il leur montra sa baguette
qui commença à jeter des flammes ; épouvantés, ils lui firent place.
Quelque temps après le brahmane qui avait été privé de la baguette
magique se présenta au roi Karakandu et lui demanda l'accomplissement
de sa promesse. Inteirogé par le roi sur son désir, il répondit : rr Je de-
meure à Campa, c'est pourquoi il te faut me donner un village dans ce
pays. 7) Alors Karakandu écrivit celle lettre au roi Dadhivâhana: ffLe roi
Karakandu de la noble ville de Kâiicanapura salue Sa Majesté Dadhi-
vâhana, roi de Campa. Donnez à ce brahmane un village tel qu'il le
désirera; je vous donnerai en échange un village ou une ville, comme
vous le voudrez T- , et la remit au brahmane qui se hâta d'aller à Campa
pour la présenter à Dadhivâhana. Mais ce roi orgueilleux fut saisi de rage
et, ayant à peine touché la lettre , il s'écria : r Hé ! ce Cândâla a donc oublié
sa naissance, (ju'il a l'insolence de m'adr.sser une lettre. Rien qu'à
toucher une lettre de sa main, je suis deveiui impur. Tenez, brahmane,
porteur de lellre d'un Cândâla, allez-vous-en, ou vous serez immédiate-
ment dévoré par la llamme de ma colère comme la teigne par le feu !»
210 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
Le biahmanc retourna à K;1ncana[)ura et raconta son aventure à Kara-
kaiuju. Celui-ci, violemment irrilé, donna à son armée Fordrc de se
mettre eu marche pour Campa et commença le sièoe de cette ville.
La religieuse Padmâvatï , ayant appris que la ville de sou mari était
assiégée par son lils. fut désespérée; elle se rendit immédiatement dans
le carap de Karakandu et Ini révéla qu'il était le fds de Dadhiv.diana. Ses
parents adoptifs conlirmèrent qu'ils n'étaient pas en réalité ses parents.
Malgré cette nouvelle, le jeune roi enllé d'orgueil ne voulut pas lever le
siège. Alors Padmâvatï se rendit dans le palais, visita sou mari et lui
révéla la vérité. Accablé de joie, le roi se hâta de visiter le camp de son
lils. Ils lireut la paix, et peu de temps après Dadbivâhana rendit le
royaume à son fils et se lit ermite,
Karakandu s'intéressait à Tëlevage du bétail et possédait beaucoup de
troupeaux. Uujour il visitait une station de bergers, et il voit là un jeune
taureau très vigoureux et bien fait. Il commanda aux bergers de prendre
particulièrement soin de lui. Quelques années a])rès, il vint à la même
place et vit un vieux taureau qui était assailli violemment par des jeunes
bœufs, sans pouvoir se défendre. Eu interrogeant les bergers il fut
averti que c'était le taureau autrefois si vigoiu'eux. Alors le roi Kara-
kandu vit en un moment la vanité de tout ce monde : il se lit moine et
devint un fraUjcJaibuddlm.
II. DviMUKHA.
rr Maintenant je raconterai l'bistoire du roi Dvinuikba — ce praii/-
rkahuddlm qui fut éveillé par la vue d'un indradhvaja.ri Dans la ville de
Kâmpïlya régnait le roi Yava de la lignée de Hari; son épouse diail la
vertueuse Gunamâlâ. Un jour le roi demanda à un ambassadeur (dilia):
rrQuelle est la chose qui se li-ouve dans les royaumes des autres rois
mais non dans le mien?» L'ambassadeur répondit : crSire, il n'y a pas de
galerie de peintures. t» Le roi ordonna aussitôt aux architectes d'en con-
struire une. Le cinquième jour après le commencement du travail on ti'ouva
dans la terre un diadème brillant de pierreries. On (il annonccM- la trou-
vaille au roi qui ])rit immédiatement possession de ce trésor. Peu de
temps après la galerie fut inaugurée et le roi plaça le diadème sur sa
tête. Par le pouvoir magi([ue de cette pai-ure, il etit deux visages: de là
son surnom de Drimiiklia.
Le roi Dvimukha avait sept fils. Par la grâce du dieu Madari,' , la leine
accoucha enfin (Vuik fille (pi'on nomma Madanamafijarï.
(Jucl(jU(' tenij)s après, le roi Canda-Pradyota d'IJjjayinï l'ut twtwù de
LE COMMENTAIRE DE BII AVAYIJ AYA. '211
l'év('iH'riHMil sinjjiiliei' du diadèiiie. Aussitôt il envoya un aiidjassadeur
à Dvinmkha pour demander ce bijou; mais celui-ci répondit qu'il lui
enverrait le diadème si Ganda-Pradyota lui donnait les quatre
objets les plus précieux de son royaume. l']n(lammé de colère, Ganda-
Pradyola se mit aussitôt en route avec une armée nombreuse pour con-
quérir le pays de Dvimukha. Suit une description de l'armée et de la
bataille qu'il livra au roi de Kâmpîlya. L'armée de Pradyota fut complète-
ment défaite; lui-même fut pris et mené à la capitale de Dvimukha. Là
il vit la belle Madanamarijari et aussitôt l'ainoiu' pril possession de lui.
Dvimukha consentit à lui donner la princesse comme épouse et Pradyota
retom'na avec la jeune reine à Ujjayiuï.
Un jour la fête de Sakra fut annoncée dans la ville de Dvimukha et
le roi donna des ordres pour l'érection d'un indradhvaja (littéralement:
étendard d'Indra). Il fut paré de guirlandes, de pierreries, etc., et les
habitants de la ville se livrèrent à des fêtes joyeuses. Les jours de fête
passés, Y indradhvaja fut renversé et personne ne se souciait de lui. En le
voyant, le roi Dvimukha réfléchit sur le destin des choses humaines ; il se
proposa de renoncer à la splendeur royale et de se vouer à la vie d'un
saint cherchant la délivrance finale. Ainsi il hjt un pralyehahuddlia.
IJI. Nami.
ff Maintenant je vais raconter l'histoire de l'excellent Nami, le troi-
sième />m/?/e/OT/<?<fWA«, qui fut éveillé par (le son) d'un bracelet.'- Dans
la ville de Sudarsana vivait le roi Maniratha avec son fi-ère, le prince
royal Vugabâhu. L'épouse de Yugabâhu. la princesse Madanarekhâ, était
d'tnie beauté surhumaine et une fidèle de la religion des Jinas. Ils
avaient un fils, le jeune Gandrayasas. Mais le roi Maniratha était un
homme de violentes passions; oubliant la loi divine et humaine, il avait
conçu une passion criminelle pour sa belle-sœur. Ne pouvant lui per-
suader de céder à son amour, il résolut de tuer son frère et chercha une
occasion de perpétrer ce crime abominaI)le,
Cependant la princesse Madanarekhâ devint enceinte. Un jour, le
prince royal vint avec elle se divertir dans les jardins et le soir venu il se
coucha dans un pavillon pour y passer la nuit. Le roi, jugeant l'instant
propice, se rendit tout de suite dans le jardin. Feignant d'être inquiet
pour la sécurité de son frère, il lui commanda de retourner de suite à la
ville; chemin faisant il lui donna un coup de sabre mortel dans la gorge.
Le prince mourut dans les bras de son épouse après avoir acce])lé la
œligiou des Jinas. 11 fut un dieu dans le cinquième ciel des dcvas.
212 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
Madanarekhâ, craignant que le roi ne la forçât à l'épouser, s'enfuit
dans les forêts. Le jour suivant elle continua sa route. Au milieu de la
nuit, elle éprouva les douleurs de l'eulantement et, au point du jour,
elle accoucha d'un lils. Elle le lavait dans un étang, lorsqu'un monstre ^'^
la saisit et la jeta dans l'air. Mais un jeune vidyndltani , se rendant par
l'air à Nandîsvaradvïpa, la sauva et la mena au mont ^âit^ldlly<^. Elle lui
raconta qu'elle avait abandonné son lils nouveau -né dans la foret et le
conjura de le sauver. Il y consentit, à la condition qu'elle le voulût
épouser; il était fils du roi Manicûda de Gândhara qui s'était fait ermite;
lui-même avait atteint la dignité de roi des ridijddltnras et la voulait
faire sa reine. Du reste il vit par sa connaissance surlunnaine que le roi
Padraaratha de Mithilsi avait trouvé dans la foret l'enfant nouveau-né et
l'avait transporté dans sa capitale.
La reine résolut de convertir le jeune i-'uhjàdhara et lui dit : ^Menez-
moi à Nandïs'vara pour rendre hommage aux .liuas : après cela, j'accom-
plirai votre désir. 51 Exultant de joie, il l'y conduisit; ils rendirent hom-
mage aux saints et à i'ermite Manicûda. Celui-ci inslniisit son fils du
malheiu" éternel qui est le fruit des mauvaises actions ; avant tout il ne
faut pas désirer la femme d'autrui — c'est là le chemin qui mène à
l'enfer. Alors Maniprabha fut éveillé et dit à la princesse : ff'fu seras ma
sd.'ur, dis-moi ce que tu désires.'^ Elle répondit: ffMon fière, en me
montrant ce lieu saint (lîiilia) tu as comblé mes désirs ; mais, raconte-
moi, ô saint, le destin de mon fils cadet. n Alors Manicûda raconta :
ffDans le royaume de Videha'"', dans la ville de Manitorana, vécut le roi
Amitayas'as avec sa reine Puspavatï; ils avaient deux fils, Puspasiklia et
Uatnasiklia. Le roi et la reine avaient régné quatre-vingt-quatre laha
d'années pKrra '*' quand ils prirent la résolution de se faire ermites. Après
avoir pratiqué la sainteté pendant seize lal.m d'années pftmi '', ils rena-
([uircnl dieux dans le ciel Aci/uta où ils vécurent vingt-deux sô{>ara^"\
Puis ils reiiaiiuireut fils du l'oi llarisena et de la reine Saniudradattâ
dans Dhâtakisanda ; l'ainé fut nommé Sâgaradeva , l'autre Sagara(latta(ka).
Devenus des saints, ils furent tués par un coup de foudre et renaquirent
dans le ciel (Mahâ)sukra où ils vécurent dix-sept snij-nm. T()nd)és [cyuin)
('^ Jalrtdvipa, liltiTaleniont «éiéplianl (rcauri.
(^' Proprement Pragrideha => Pûrvavideha.
'•'*' Une année pûrva est éfi[aie à 7,.^)(io millions rl'années communes; voir
M.Jacobi, S.B.E., XLV, p. )(5,n. i. Ainsi leurrèjjno avait dmé (il^, ■'»•.> 'i, non, non
années.
(*) C'csl-à-tlire 19,096,088,000 années.
"' Voir Utlarajjhayana, XXWI, aSf).
LE COMMENTAIRE DE BHÀVAVIJAYA. 213
de là , l'un renaquit comme Padmaratha . roi de Mithilâ , l'autre comme Ion
fils. Et ce roi Padmaratha, égaré dans la forêt, a trouvé ton lils — son
frère — et l'a mené à sa capitale, r,
A la iîn de ce récit, un (leva se présenta et salua le saint et Madana-
rekliâ. C'était Yugabâhu, son propie mari. Par lui elle fut menée à Mithilâ
oii elle se fit rehgieuse sous le nom de Suvratâ.
L'enfant vécut dans le palais de Padmaratha. On le nomma Nami. Il
fut marié à mille et huit jeunes princesses de la maison des Iksvâkuïdes.
Quelque temps après, le roi Padmaratha se fit ermite et céda son
royaume à Nami.
Cependant le roi Maniratha de Sudarsanapura avait été tué par la mor-
sure d'un serpent la même nuit qu'il avait assassiné son frère Yugabâhu.
Son neveu Candraya&'as lui succéda.
Un jour un éléphant blanc, la bête la plus précieuse dans tout le
royaume, brisa ses chaînes et s'enfuit dans la foret <''. Il fut capturé par
les gens de Candrayas'as. Celui-ci refusant de le rendre , Nami se mit en
route avec son armée et assiégea la ville de Candrayas'as. Mais la reli-
gieuse Suvratâ (Madanarekhâ) se rendit vite dans le camp de Nami et lui
raconta que Candrayas'as était son frère. Par orgueil , celui-ci ne voulut
pas se désister de son entreprise. Suvratâ se rendit alors chez Candrayas'as ;
quand il eut écouté le récit de sa mère , il alla aussitôt trouver Nami ; les
deux frères s'embrassèrent et Nami fut conduit dans la capitale de Can-
drayas'as. Celui-ci se fit alors eriTiite et céda son royaume à Nami.
Quelque temps après, une maladie grave attaqua le roi Nami. Un jour,
les reines étaient occupées à râper du santal pour préparer un baume au
roi. Le tintement de leurs bracelets lui fit mal aux oreilles. Quand les
reines le surent , elles ôtèrent tous les bracelets sauf un seul ; alors le roi
dit: rr Certainement les reines ne râpent plus du santal, car je n'entends
pas le tintement de leurs braceletsn, mais un ministre lui répondit: ffSire,
les reines râpent du santal , mais les bracelets ne tintent plus , parce
(^) Une histoire ressemblant à celle-ci est racontée dans l'histoire d'L dâyana.
M. Jacobi a signalé dans ses Ausg. Erz. , p. xix et suiv. , un trait d'un certain
intérêt dans les contes jainas : wEine intéressante Spur sektarischer Uberar-
beitung glauLe ich auch in dem hàufig wiederkehrenden Motiv der Entfulirung
der Hauptperson durch ein Pferd von trumgekehrter Dressur n (yiparîtasiksa)
zu entdecken ; durch sie soiite wahrscheinlich die sonst so beiiebte « Verirrung
auf der Jagdn in einer das religiose Gewissen dor Jaina niclit verletzendcn
Weise ersetzt vverden.'^ Ici je crois, en analogie avec cette remarque de M. Ja-
cobi, voir une réminiscence des histoires l)rahmani([ui's sur la capture du cheval
destiné à Yasvaniedha par un roi rivai.
21/1 SEPTEMBRE-OCTORRE 1911.
(|ii'olles les ont ùlcs. sauf un seul.n Alors le roi pensa: fr(hiai)fl il y avait
noml>re de bracelets, ils tintaient ; quand il n'y en a (ju\ni seul, on
n'entend rien. Tout commerce avec le monde est une cause de malheur,
la solitude seule peut donner le bonheur. Si je guéris , je me ferai ermite. -
Il s'endormit: quand il s'éveilla, la fièvre avait disparu et il avait une mé-
moii-e distincte de ses naissances antérieures. Il se lit moine et devint
quelque temps après un pralyekahuddha.
IV. Naggati.
ff Maintenant je vais raconter l'histoire de Naggati, le (jualrième
pnih/rLahiiddhn, qui iul éveillé par (la vue) d'un manguier. ^i
Dans le pays de Gandhàra, dans la ville de Pànduvardhana' . vivait
le roi Sindiaratha. Certain jour, il reçut comme pi-ésent du pays septen-
trional (uttardpatka) deux excellents chevaux. L'un d'eux était adressé
de travers'^ [vfiLTaiîiksita — viparitnsiksa): le roi, qui l'ignorait, monte
ce cheval, son iils, l'autre. Quand le roi voulut l'arrêter, il tira sur les
rênes, mais le cheval accéléra son allure et pénétra dans la forêt. A\anl
traversé une distance énorme, le roi laissa tomber les rênes : aussitôt le
cheval s'arrêta. Le roi descendit et gravit une montagne où il vit un pa-
lais de sept étages. H entra et fut reçu par une jeune iille qui se trouvait
là toute seule. Quand le roi lui demanda la raison de son isol(Mnent,
elle répondit : rr Epousez-moi d'abord; 'ensuite je vous raconterai mon
histoire. 1 H l'épousa par mariage gandharva et ils passèrent la nuit
ensemble. Le matin suivant, la jeune fille dit : r-Sire, écoutez maintenant
mon histoire : 11 y a ici dans l'Inde une ville nommée Kritipratislhila où
vécut le roi Vijita.satru'^'. Une fois, il fit bâtir une galerie de peintures
et la lit peindre par les artisans delà ville. Parmi eux se trouvait le vieux
poinln; Citranigada, qui avait une fille unique, la belle et ingénieuse
Kanakamanjarï. Elle lui apportait chaque jour son dîner. Un jour, elle fut
|)res(pie renversée dans la rue par un cavalier sur un cheval impétueux.
(Juand fille vint à la galerie, son père s'était absenté. Pour se distraire,
elle peignit sur le panpiet une plume de paon. Un instant après, le roi
survint; en voyant la plume, il la voulut ramasser et se cassa les ongles.
La jeune fille, qui ne savait pas qui il était, sourit et dit : ffUne chaise ne
frpeut se tenir sur trois jambes; — en pensant ainsi, j'ai trouvé en vous
^'' (IIk'7. les ancii-ns rdiiiiiienlati'iirs nous trouvons la lornjo ((irr'i-cti' l'omla-
vaddliaiia = sr. l'nniidi'(H'(iydhaiia.
-' Chez Di!\ei)dra : Jujumllu — Jilasalru.
LE G0MMENTA115E DE BliAVAVIJAW. 1>I5
ffle qnali'ième sot. n Le roi demanda : rrComment cela??! Eil(? r(''|(on(!il :
ffLe premier sol, c'est im certain cavaliei- dans la rue, qui poussait son
ff cheval d'une alim^e désordonnée; ie deuxième est le roi qui a commandé
ffà mon père de faire seul tout ce travail; le troisième est mon père, —
ff car chaque jour, quand je lui apporte son dîner, il sabsente et le laisse
ff refroidir; — vous êtes ie quatrième, ayant cru que cette plume était
«vraiment une plume d'oiseau. Car il n'y a pas ici de paons, et si c'eiit
ffété en réalité une plume, on l'aurait vue trembler au mouvement de
frl'air. fl Le roi pensa: ffComme elle est belle! comme elle est ingc-
frnieuseï, et il fut amoureux d'elle. Rentré au palais, il envoya le mi-
nistre Srîgupta pour la demander en mariage à son père. Celui-ci y
consentit, et elle fut mariée au roi dans uu jour heureux.
ffCe roi avait beaucoup de reines. Chaque nuit l'une d'elles couchait
avec lui. Vint ie tour de Kanakamanjarï. En se rendant à la chambre du
roi, elle dit à la servante qui l'accompagnait: ff Quand ie roi comraen-
ffcera à sommeiller, tu me demanderas de te raconter une histoire, n La
tille fit comme il lui avait été ordonné, et la reine commença à raconlei-
un conte qui ne fut pas terminé cette nuit-là; alors le roi pensa : frSi je
ff l'interroge sur la fin de l'histoire, elle m'appellera un sol; - — je veux
ff plutôt lui ordonne!- devenir ici la nuit prochaine.-^ Par une telle ruse,
la reine vint chaque nuit pendant six mois chez le roi.
Les autres reines, irritées, s'appliquèrent à la calomnier auprès du
roi : elles l'accusèrent d'être une sorcière. Mais le roi, convaincu de sou
innocence, ia fit son épouse principale. Après une vie heureuse, ils se
firent tous les deux religieux.
ff Kanakamaiïjari mourut et renaquit fille du roi ties lidi/àdhairis
Drdhas'akti, nommée Kanakamâdâ. Une fois elle fut emportée par un
jeune vidyâdhara amoureux d'elle qui s'appelait Vâsava. Celui-ci lui fit
bâtir le palais où elle se trouvait. Mais peu de temps après, il fut tué
par Kanakatejas, frère de Kanakamàlâ.
ffJe suis cette Kanakamàlâ, et toi tu es le roi .lilasatru, mon mari dans
une existence antérieure. Un saint m'avait prédit que (u viendrais ici.
C'est pourquoi je t'ai prié immédiatement de m'épouser. '-
En écoutant ce récit étrange, le roi Simhoralha se souvint de ses
existences antérieures. Il vécut avec sa jeune épouse en phîin bonheur, et
lui fit bâtir une vUla sur la montagne. Comme il visilait souvent sa capi-
tale et se rendait cependant à la montagne, le peuple rap])elail Nagifati "'.
''' Dans le texte, nous fisons (II, 6G) : na^e 'smiu gulir asyeli nàmnà
■^anjjuliin ucire «il a sa promenade sur cette monta{[ne; (pensant iiinsi,) ils le
216 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
Un jour qu'il se promenait avec ses courtisans dans les jardins royaux,
il vit un manguier éclatant de fleurs. Il brisa une branche pour la
garder. Aussitôt les courtisans se jetèrent sur l'arbre, brisèrent les bran-
ches, cueillirent les fleurs et les fruits — en un mot, ils laissèrent le
manguier comme un tronc sans verdure. Repassant par là , le roi de-
manda à un ministre : ffOù donc est ce magnifique arbre ?i Le ministre
lui raconta tout. Alors le roi réfléchit sur la fragilité de la beauté et des
richesses humaines; il renonça aux plaisirs et au pouvoir royal et se fit
moine. Ainsi il fut éveillé, il fut le quatrième pratyekabuddha.
V. La rencontre des pratyekabuddha's W.
Dans la ville de Ksitipratisthita, il y avait un certain temple avec une
image d'un dieu. Par hasard, les quatre pvaUjchahuddhas se trouvèrent
à la fois dans la ville et euti'èrent en même temps par les quatre ])ortes
de ce temple. Le dieu, ne sachant de quel côté se tourner, eut quatre
visages comme il voulut en même temps saluer les quatre saints.
Karakandu, qui avait encore la gale, prit une brosse et se gratta
l'oreille. Quand Dvimukha le vit, il lui demanda pourquoi il avait gardé
cette brosse, ayant quitté royaumes et richesses. Une dispute s'engagea
là-dessus; à la fin Karakandu constata qu'un saint ne doit pas blâmer
un autre saint.
Après cela , ils se séparèrent et allèrent chacun son chemin. Quelque
temps après, ils atteignirent tous les quatre la délivrance finale. Ainsi est
racontée l'histoire des quatre pratyekabuddha's.
TEXTE.
1. Karakandu.
T
[A, i; B, i'dh": G, i3o'] tatrâdilu vrsabliaiii viksya pralibuddliasja
Karakandumahïjânes '^^ caritara vacmi tad yathâ || i || [dhlnidheh |
nommèrent Nagyatii. Voir les romanines dans l'introduction à notre texte
(ci-dessus, p. 903, n. 1 ).
'') Cet épisode corriispond an (iandhar(ijalnha(\i\\. ^106), \oir /.D.M. G. , LXV.
'*' C "kandû".
LE COMMENTAIRE DE BHÀVAVIJAYA. 217
atrâiva Bharate Gampânagaryâm '*' guruvikramah |
bhûpo 'bhûd gunaratnâaâm udadhir Dadhivâhanah || a ||
putrï Cetakabhûbhartuh sîlridiguna.sevadhih <"' |
râjnî tasyâbbavat Padmâvalï Padmâ Harer iva || 3 |[
bhunjânâ '^' bhûbbujâ sâkam bbogâJïhogân \ athâsukham |
babhûva sa kramâd antarvatnî palnî niahïpateh | h \\
krtapârthivanepathyâ dhrtacchattrâ dharâbhiiâ |
viharâmy aham ârâme'*' pattebhaskandham '^' âsrità*"^ || 5 |1
ity abhûd dohadas tasyâh kâle garbhânubhâvatali |
tatrâpûrne ca sa kârs'yam krsnapaksenduvad dadhâu || G i| yugmam ||
tatab prlhvïbbi'tâ prstâ mabisi kârsyakâranara ''' |
jagâu tani dobadam râjnali prainodadruraadobadam || y ||
tato bbûpas tayâ sâkam àrubya jayakunjaram |
svayam tadupari cbattrani dadbat pûrnendusundaram || 8 i|
sânandam pâurapâuribbih preksyamâno balânvitab |
prâvrtkâlapravesena raniyam ârâmara âsadat || 9 || yugmam !|
[G iSo*"] tadâ ca navyapâlbodapâtbabsanigamasambbavali |
gandbah prâdurabbûd bbûmeb surabbir [A 2°] nâsikaiiulliayah !i 10 |I
tam ca gandbam samâghrâya '*' dbyàyau Vindbyâcalâlavlm |
vyâlah kâia ivottâlab kàntâiam pratyadbâvata |i 1 1 îj
vyâvarttamâiio vikrântâir bbûyobbir api sa dvipah |
kadâgrabàdiva s'avo gamanân na uyavaiitata || 1 9 li
kurvânâir vividbopâyân skbalyamâno *'' 'pi mânavâili j
na tastbâu sindburab sindbupùrab ""' saravanâir iva !| i3 ji
vibastesu tatas tesu pas'yatsv eva sa bastirât |
pas'yato baravad bbûparâjnyâu bvtvâ vane 'nayat || 1 A ||
latra preksya ksamâpâio dûrâd ekam vatadi-uraam |
devîm ûce gajo by esa gautâmusya taror adbah || 1 5 i|
tatra câsmim '"' gâte sadyah s'âkbâni nyagrodhasâkliiuab |
grhnîyâs tvam grabîsye laccbâkbâm ''"' abam api l>riye !| 16 ||
âvàm tato gamisyâvo gajam hitvâ nijam puram |
anyatbâ tv âvayor bbâvl vane 'smin ko 'py upadi^avah || 17 ||
pralipannâpy ado vâkyam vatasyàdbo gâte gaje ''■*' |
taccbâkbagrabanâyâlani nàbbûd râjnl cirakriyâ || 1 8 H
ksmâpas tu daksas taccbâkbâm àlambyodatai\id '"' vatât |
prânapriyâm apas'yâms' ca vyalâpîd atidubkbilab [j 1 9 ||
(') A °yam. — '-' ABC somper seva". — <•''' A "no. — • <*' B màrâme. —
<=) K'ebhi". — ('*' Gomp. .4usg-. Erzâhl., p. 3^, 27-28. — '"' B hâsija". —
"> G samâghrâya. — '■^'i X skhala". — -'"^ B sindhurapûralj , G sindhuk y»". —
"- A câmni. — ''^'' A °châ8àm. — ''^^ B gatenagaje. — t'^' A "ovalarad.
218 SEPTEMBRE-OCTOBRE l'Jl 1.
ayi kânle kadâ bhâvî sanigaraali piinar âvayoli |
amiinâ ripurùpena karinà vancito smi hà || 20 ||
Ivadviyogodbhavam duhkham ''* dâvâgner api dussaliam |
asodha|nlrvam dayite saliisye 'ham kiyac ciram i| a 1 i|
duhkhani etad ghale 'mbhodhir iva mâti na me In-di |
lat kini kiirve kva gaccbâmi purah kasya bravinii va ij a 2 |j
ityâdi vilapan duhkbabbarabbanguramâuasab |
dantipâdânusârena yayâu Gampâpuiïni urpab || 20 i|
râjnab priyâm tu tâni '"' danti uiuye nirinànusâlavlm''' |
pipâsàviva^as tati'âvisac càikani mahâsarab ji 2 4 ||
vâi-dhâu surebbavat taira krïdati dvirade saiiâib |
ultalâra talo râjfiï kurangîva mabâgireb '*' || 20 ||
saras tirtvà ca bamsïva pulinoddesam àgatâ |
pasyanll [A 26] parilo 'pasyad aranyânim bhayapradâm || 2O j]
yûtbacyutakuraugïva tatali sa 'tyai'tbam âturâ |
niuktakantbam rurodoccâi rodayanti kbagâii api || 27 ||
katbam cid vâiryam àlambya dadbyâu caivain iirpâiigaiia |
(Uiskarmadosato by âpad iyam âpatitâ marna || 28 j|
na câticikkanab karmamalo rodanasambbavâib |
viuetuiji s'akyate nîrâis tad alam rodanena me || 29 |[
kiiji câsmim gabane vyâgbrasiijibàdisvâpadâkule |
upadravo me'^' ko 'pi syat tat pramâdani jabâmy abain i| lîo j|
iti dbyâtvâ krta [G i3i°Jcatussaranâ sa mabâsayâ |
ksamayitvâkhilàn sattvâa niaditvâ duritani nijam i| 3i ||
sâkârân asanam krlvâranyanislarariàvadbi |
smarantï prakalam pancaparamestbinamaskriyâli '"' |1 82 ||
adhvânani nijapuryâs ca digmûdbalvâd ajânatî |
gantuni pravavrtekâmciddisam uddiswi satvaram i| 00 \\ liibliii' \i.scsakaiu||
fbiraiu gâta ca sa preksya latraikani ■'' vanalâpasam |
pipriye 'ntab payah **' P^'Jil'yfï pipâsiu" iva jangale || 36 i|
kritâbbivâdanâiii tâiii ca papraccbeli sa lâpasah |
mâtali kula iliâyâsïs tvani deviva manorama || 35 ||
aliain riCJakaràlpiilrï Dadbivâbanara^vadbûb *'* |
ihanîta dvipeneli svavrttaiji sàpy avocata |1 36 ||
[B 136*] abam Celakabbubbartur bàndbavo snii maliusayc |
lan ma bbâisir ma krlbas ca s'okani nïcajanocilam |i 37 ||
<•> AB dnkham. — <-) A lam. — <') A "vi, C n'ma,". '■''' AB "^irc. -
'•■''' AB /il. — ("^ \ jjaraiiiesli". --■ O B(î Uiira Lraiicutta lapasai/i. — '"'A
'iilitpuijatii. — - t"' AB "rai".
LE COMMENTAIRE DE BHÀVAVIJ A\'A. 219
ily iiklvâ tàpasasresthas tasyâi -'^ vanaphalâny adât [
âtilhyani hy atilheh srinâm aiiusârena jâyate || 38 ||
pare 'rnavani pota iva nitvâ pare vanani ca tâni |
darsayan vasato gràmân ity uvâca taponidhih || 89 ||
sîrakrstâm <^' bhuvam nâivàkraniâmo vayam ^^' ity aliam |
nâyâsyâmi puras tvam tu nirbliayâtah parani vrajeh**' || ho |(
deso Dantapurasyâyaiii Dantavakro tra bliûpatih j
gatvâ pure 'tra Gampâyâm gaccheli sârthena samyutâ \\ hi \\
ity uditvà nyavai'ttista sistâtmâ tàpasâgranlli |
sa pi Dantapure^^^ prâpta sâdhvlnâm antike ya[A 3°jyâu |i hû ||
krtaprajiâmàm '*'' vidbivat tâni ca pârtbivakâminîm |
srâddbe tvam kuta àyâsîr ity aprccbat pravarttini \\ h'è \\
sàpy uvâca iiijâni vâi'ttâm vinâ garbbaiu yaibâstbitàm |
srartâQubbûtaduhkhà ca jajne srukHnnalocanâ \\àà\\
latab pravarttini proce ma kliidyasva mabàsaye |
karmanâm bi parînâmo 'pratikâryab surâir api [i 45 ||
kim ca :
\ àtodbbûtadb vajaprântacaiicaiâisvary asarma ni |
caleslajanasahge 'smin bbave sàukbyani ''' na kimcana Ij 40 (|
ianmarogajarâ.sokamrtyudâubstbyâdyupadravàib |
vyàkiile 'tra bbave dubkbam eva prâyo bbaved visâm || 47 ||
yac ceba syàt sukbara kinicid visayàdyupabbogajam |
ddikliânusafigât tad api dubkba eva nimajjati || 48 ||
yata eva ca samsâro duhkbânâm ekam âspadam |
prapadyaute '*' moksamârgani ata eva vivekiuab "' || 49 i|
iti taddesauâm srutvâ \ iraklâ sàdade \ralam |
prstâpy âcasta no garbbam càritrâdâiiasaakayâ || 5o |i
garbbavrddbâu ca sàdbvîbbib prsUi'^'"' kim idam ity asau j
satyam ûce talas tas tâni sâdbvini guptam araksayan || 5i ||
garbbakâle ca sampûi'ne sayyàtaragibastbità j
asfila sutaratuam sa manini Rohanabbûr iva || 62 ||
taLo grbltvâ tani bâlam gatvît pretavane 'mucat |
laltâtanâmamudrâiikarii ratnakambaiavestitani |! 5o ji
drastuni tadgrâbakam sâtba tani ca trâtum upadravàl |
praccbanuam samslbitâdrâksïd drsà premâmrtârdrayà || 54 ||
[G i3i''] tatrâyâtas ladâ pretavaneso 'patyavarjitab |
<'^ ABC °srnâi. — '-' A sira". — ^^'> Comp. Ausg: Erziihl., p. 35, 3().
(''î A vrajâih. — '■'■''' B add. sàdhvhu. — ''^) A trta°. — "' A smmjant. —
'^' \.°ate. — -^^ Comp. Ausg. Erziihl., p. 3(3, lo-ii. — ''"' C pistâni.
i5
220 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
jagrlie tam nijagrhe nïtvâ patnyài ca datlavân || 55 ||
tasyâvakarnaka iti sânandah so 'bhidhâm vyadhât |
âryâpi tadgrluuu \iksya jagâmopâsrayam nijam [ 56 H
kva garbha iti sâdbvîbliih prstâ cety avadan misa |
mrlab suto maya jâtab sa ca tyaktali kvacit latab || 5 7 |i
sâdbvyo pi [B iSô*"] saralâh sarvâs tat tathâ pralipedi | A 3''J le |
bâlas tu vavrdbe tasya ''' sâudbe panka ivâmbii jam || 58 ||
vatsani gâur iva tam bâiaiii dbyâyaiitî sa lu saiiiyalT |
jagâma pratyaham pretavanapâkisya dhâmani || 59 ||
latpatnyà ca *^' samarn prema cakre sambbâsanâdibbib |
alâlayac ca tani bâlani abo mobo tidurjayab || tJo ||
avâpa yac ca bbiksâyâni s'obbanam modakâdikam |
tad bâlâyârpayat sa 'pi tasyâm l'âgani dadbàu latab || Ci ||
janmatas tasya dehe ca rflksakandûr '*' abhûd bbrsam |
sa ca vrddbim gato bâlâili samam kridann ado '\adat |! 62 ||
abam vo nrpatis tasmâd yûyam datta karam marna |
bâlàh procidi karastbâue brûbi kim te piadiyate jj 63 ||
sa proce candakandfiko mâiii kandiiyadbvam uccakàdi |
karenânena tusto 'smi ki'tam tad aparâih karâih !! 64 ||
tatas tasyâbbidbâm '*' bâlâli Karakandur *^' iti vyadlmb |
gunakriyâdibbù' nâma navînam api jâyate || 65 |!
kim cit prâudbatvam âpannah s'mas'ânam ca raraksa sali |
tad eva bi kule tasmim gîyate kâryam uttâmam || 66 ||
betob kutas'cid âyâtâu smasâne tatia câuyadà |
dvâu munî vanisajâlântar dan dam ekam apasyatâm |i 67 ||
tayor eko yatir dandalaksanajiïo mabâmatiJ; |
tani vamsani darsayann evam avâdid aparani miiiiim || 68 ||
yâvatâ vardhalc catvâi-y anguL^ny aparâny ayam "' |
tâvat pratïksya yo by enaiii adalte sa bbaven nrpah |i 69 ||
tac ca sàdhiivaco vrksanikunjântaravarttinâ |
tena mâtangaputrena dvijenâikena ca srulam ''' || 70 ||
lato vanisasya tasyâdliab kbanitvâ caturaiigulam |
cbittvâ praccbannavi'ttyâ taiii vâçlavo dandam àdade || 7 1 ||
tam ca preksya dvijenâltam Karakandub krudbâ jvalan |
âccbidya jagrbe ko va râjyalaksmiiii na kâidvsali | 7>! j]
tatas tam karai.ic nîtvâ dandaiii deliily a\ak dvijiili |
") AB tasyàh. — (2) A om. (^) C riil.sam". — <*) AB "dha. — (^J A "Landûr.
— f*^) Coiiij). Aitsjr. Erznhl., \). 3;, 2. — "^ Comp. .li/sfy. EvJihl., p. 87.
2-3.
LE COMMENTAIRE DE BHÀVAVIJAYA. 221
sa proce 'sâu smasâne me jâlas tan na dadârai te''' || 78 |i
vipro [A 4°] Vocad anenâiva kâi'yam me varttate tatah |
asya sthâne 'nyam âdàya dandam enam pradehi me || 7/1 ||
tetiety ukto 'pi tam dandam Karakandur anarpayan |
kuto 'mum na dadâsîti prsto kâranikâis ladâ jj 7.5 |
bâio 'bravît surasyeva dandasyâsya prabliâvatah |
bhavisyâ [G 182°] mi nrpo nûnam tad asyâmum dade katliam || 76 |I
lato vihasya tam bâlara evam kâranikâ jaguh |
ràjyâvâptâu '"^' dvijasyâsya grâmam ekam tvam arpayeh jj 77 ||
lat prapadya nijam dhâma Karakandur yayân driitam |
dvijo 'py anyân dvijân evam ûce gatvâ svam âspadam || 78 ||
dandam mamâpi jagrâha balâc cândâlabâiakah |
tatah katham cit tam [B 187°] hatvâ dandam âdadmahe vayam || 79 il
katham apy etad âkarnyâvakarnakapitâ talah |
patnïputrânvito 'nasyat sularaksâkrte ksanât [| 80 ||
gatvâ ca Kàiïcanapm'e te trayo 'pi purâd baliili |
kutrâpi susLipuh srântâli svâpo hi sramabhesajam || 8 1 ||
tadâ ca nagare tatrâputro râjâ vyapadyata |
tato 'dhivâsayâm àsus tur-angam mantripungavah || 89 ||
turango "' 'pi bhramams tesàm suptânâm antike yayâii |
tam ca pradaksinîcakre bâlam devam ivàstikah [j 83 ii
tam ca tejasvinam srestbalaksanam vîksya nâgarâb |
tustâ jayâravam cakrus tiiryanirgbosamisritnm || 8^1 ||
dhvânena tena vidbvastapramilah so 'tha bâlakah |
jrmbbâyamàna uttastbâv âruroba ca tambayam || 80 ||
tûryadhvanipratidhvânâpûrnadyâvâksamàntarali |
pâurâih parîtah paritas târâpatir ivoçlubhib || 86 jj
yuktab pitrbhyâm nagare pravisan sa ca vâdavâib |
arodhi mâtaûga iti mâtaûga iva sûkarâih'*' || 87 I yiigmam ||
tato grbîtvâ tam dandam Karakanduh puro 'karot |
lasya râjyapradâne bi sa eva pratibbôr abbût || (89 '') 88 jj
nirmito jvalanenevâjvalad dandas tadâ ca sah |
tam ca preksya dvijâ bbl[A /lOjtâ nesuli saram iva dvikàli || 89 ||
pure '"' pravisto râjyevâlîbisiklo dhïsakhâdibbib |
so 'tha râjâ sajâtïyân mâtafigân vidadhe dvijân jj 90 ||
uktam ca :
Dadhivâhanaputrena râjnâ ca Karakandunâ |
''' Comp. Ausg. Evzdhl., p. 87, 5-6. — '--'' A "âpto. — '•''' C turafnj. —
'^' BG sûkaràih. — ^^' D'ici le ms. A a un numérotage inexact. — '"' A puru.
222 SEPTEMBRE-OCTOBRE IDIl.
VâtadhâQakavâstavyâs cândâîa brâhmanîkrtâh'') [| 91 ]|
tasyàvakarnaka iti tyaktvâflyam nâma nîrasam |
bâloktam eva tat procnh Karakandur iti prajâh j| 92 || *
prâptarâjyara ca tam s'rutvâ dandacchedï sa vâdavali |
àgatyovâca râjan me delà grâmaip tadoditam }| 9 3 |j
kam grâmam te dadâmïti rajnoktah sa punar jagâii |
Campâyâm me grham Insmât taddes'p grâmam arpaya !' 9^1 ||
tato iekliam lilekhâivani Karakandunaresvarah '' |
Dadhivâhanabhûpâlam pratinispratimo gunâih || 96 1|
tathâ hi :
svasti srî-Kââcanapurât Karakandur mahîpatih |
sambhâsate nrpam Gampâdhipam s'rî-Dadhivâlianam || 96 ||
paramàtmaprabhâvena kalyânam iba vidyate |
srîmadbbir api tad jnâpyam sva[G. i32'']sarîrâdigocarab 1| 97 ||
kim câsniâi In-âbraanâyâiko grâmo deyab samîbitab |
dàsye vo rucitam grâmam nagaram va tadâspade || 98 ||
idam kâryam dhrnvam kâryam nâtra kâryavicâranâ |
mûlyâvâpter vimaiso hi vyartba eveti mangalam Ij 99 [|
lekbam eQaiji samâdâya viprah Gampâpiirïni galah |
âsthânasthasya bhûpasya '^^ pânipadmâtitbim vyadbât || 1 00 [BC ; II, 1 A]
II
[B i37'']tadvâcaiiabavii'homadïptakrodhahutâsanab |
lam ity ûce dharâdhïso bhrakiitïvikatânanah || 1 ||
re mâtangasya kini tasya svajâtir a])i vismrtâ |
aiiâtmajno 'iikhal iekliain '^> yo mamopari dnsladhîh |j 9. ||
leklic-nânena lam nïcam asparsyain sprsjapûrvinri |
aham malinatâm nïto jûânâd va kim '^' na jâyate [| 3 ||
ve vipra yâhi yâhi tvam no ced <°^ mâtangalekhadah |
yâsyasi tvam patangatvam matknpajvalane Mbnnâ || /i ||
tenety ukto[A 5" jdvijo gatvâ tad iice Karakandave |
krodhâdhraâtas tatah so 'pi yâlrâbberîm ^''' avivadat i| 5 !|
calurahgacamficakrâir bbuvam âccbâdayann iva |
jajjrima Ciampânagarlm sarvalas tâm l'urodba ca || 6 ||
virâiulm utsava ivriiinnclndriyo tato 'nvaliam |
j)iirastbayi Itabilislbriusainyayor abbavad ranah " 7 !|
O Devendra; voir Au»(>;. Erz., p. 87, 18-19. — '*> C "kftndû". — '•''' A
"iya, _ ('•) B lehlujnm. — f^' A oni. — ("' A B cet. — C' A "bhàirïm.
LE COMMENTAIRE DE BHÂVAYIJAYA. 223
lârp ca Padmâvjill sâdlivi vârttâm srutvety acintayat |
ajûânena pitâputrâu kurutali samaram mithah ij 8 (|
bhûyasâm prâninâm nâso dâvavahnâv ivâhave |
tayoi' narakado bhâvî tad gatvâ saraayâmi tam !| 9 ||
iti dhyàtvâ miikbyasâdhvïm âprcchya ca mahâsatî |
Karakandusamïpe 'gât so 'py utthâya nanâma tâm l| 1 o |!
sâlha tasmâi rahah procya prâcyam vrttântam âtmanah |
ity âkhyat tava mâtâham pitâ ca Dadhivâhanah ij 1 1 ||
tatrânena saraam yuddham na yuktam te mahr>male |
kuiîQâ hi na lumpanli gumnâm vinayam kvacit || 1 9 ||
tac clirutvâ'^' tena prstâu tâv ûcatuh-*' pitarâv api |
putro aah pâlito 'si tvaip samprâptah pietakânane || 1 3 ||
sâdhvîvâkye tato jâtapratyayo 'pi sa pârthivah |
darpân nâpâsai-aj janyâd râjauyânâm hy ayam bahuh \\ili |]
âryâ yayâu tato madbye puram râjno grhe drutam |
tâm copâlaksayams cetyab pranemus ca sasambhramam || 1 5 ||
distyâ drstâdya matas tvam iyat kâlam kva ca stbitâ |
cirât kim darsauam dattam kim idam svïkrtani vratam || 1 6 ||
ityâdy uccâir \ adaiityas là rurudus' ca muliur muhuh |
istânâm darsane jîrnam ayi dubkbam navâyate |l 17 ||
tani ca koiâliaiam snitvâ tatrâyâto dharàdhipah |
tâm pranamyâsanam datvâ kva garbba iti prstavân || 1 8 |i
[C i33']râjan garbhab sa evâyam yeneyam vestitâ purî |
tathety ukte ca sa prâpânaadam vâcâm agocaram '*' !| 1 9 ||
utkantliotkarsapânîyâpûrnamânasamânasab |
sutena tena samgautum gantum pra[A 56]va\rte nrpab || 90 |!
samâyâtam samâkarnya Karakandunrpo 'pi tam |
abbyâgât pâdacârena pâdayos' câpatat pitub [| 21 ||
pitâpi tam natam dorbbyâm âdâya parisasvaje |
tadangasaûgapïyûsâir '*' nijam nirvâ[B i38°]payan vapnb |j as ||
bhupâbdheb pasyatas tasyâdrstapûrvam'^' sntodupara |
lalangbe iagbu dûkûlam udveiâib pramadodakâih '"^ || û?j \\
tam ''' câbbyasiiicad ankastham nrpab prâk sanimadâsnibhib |
râjyâbbisekanïrâis' ca pas'cât simbâsanastbitam 1| 26 i|
iti càvocad âyiisman râjyam état kramâgatam |
pâlanîyam tatliâ iokâ yathâ nâiva smaranti mâm H 26 ||
niyojye'mâm râjyabbâradhm-am tvayi dbiiramdbare |
'') A B C tat érutvâ. — '*) A ûcutuh. — '■'■'1 A vâcâmamharam. — ''*' A "ai.
— t" A (asija°. — t*^' A °âi.. — <" A tâm.
224 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
dhâsye dharraadhuram yuktam idam hi samaye vidâni || 96 ||
ity uktvâ vratam âdatta nrpah sadgiirusaunidliâu |
Karakandudharâdhïsakrtaniskramanotsavali [| 27 ||
atha pratâpadâvâgaidhvastavâiriyasodruraah |
Karakanduurpo rajyadvayani sanayam anvasat P 28 ||
sa corvïsah svabbâvena blii'sam vallabhagokulah |
svïcakre tâni bbûyâmsi yâdâmsiva payonidbili , 29 ||
sa cânyadâ gatah kvâpi gokulejaladâtyaye |
surabbïh sâurabbeyâms' ca tarnakâms ca vilokayaa || 00 ||
gâuiani Gâurîgurugireh srugâd Gaugâjalâplutrit |
ekam tarnakam adrâksïn ''' mugdbam saigdbalanuccbavim |j 3 1 ||
jâtapremâ tatas tasmim bbûmâu godubam ûcivâii |
elaiimâtub payo 'syâiva deyam dobyâ nu nâiva sa || 82 ||
kini cavrddbini gatasyâsya maccittâuandadâyiuali |
anyâsâm api dhenûnâm pâyanïyain payo 'nvabam |[ 33 \\
gopâlo 'pi mabîpàlavacanam pratipadya tat |
tathâiva vidadhe ko va râjiiâm âjilâm viiumpati || 34 ||
so 'tha vatso vardhamânab spardbamânab .sa.s'itvisâ <"' |
palopacayadurlaksyakikasab prâjyavikramab || 35 ||
sobbamânalî sakùteua kûtenevâvanîdbarab ]
tïksnâgra[A ô'jvarttulottungasrngas târunyam âsadat || 36 || yugmam ||
latbâbhûtani ca tam ksmapo vrsalibâir apaiaili saniam |
krïdayâyodbayat tam lu nâjâisït ko 'pi sâipkarab || 37 ||
kâlântare ca bbûpâlo gato gokulam îksitum |
gbadyamânam pattakâdyâir'"^' dadarsâikain jaradgavani || 38 ||
maboksah sa mahâvli-yah kvety aprccbac ca goduliaiu |
so 'vâdïd deva vrsabhah sa evâyam jarâturab || 89 ||
lan nisamya nrpo 'dhyâsîd adbyâsînab subbâsayain |
abo anityatâ sarvabbàvânâm vâcanâligâ || 60 ||
balino 'pi ba[G i33'']lîvardâ ■'' nesur drptâ api dnitain |
yasya bambliâravcna jyâlaiiikareneva paksinab |j k 1 ,|
caladostbo galaddrstir nastâujâ visramâvasât |
so 'dbunâ pattakaib kjplatii sahate parigliallaiiâiti^'^' j| A 2 |j yugmani ||
yadriipaiii pasyataiii ncncbidarsant^ 'py adbaro 'bbaval |
so 'py adya tanute drsto jugupsâm hi purisavat || /i3 |i
[B 1 38''] lad vikramavayorûpavibbulvavibbavâdikam |
(1) A "il, — (2) ABC "nvisâ. — '^' ABC pattu" (mais comp. Aiisg. Erz
p. 38, 3-9; Desin., 6, 1, et Sukas. (s.), Qf), 6-^)- — <'' AB "rardiln. -
(5) Comp. Amg. Erz. p. 38, 8-9.
LE COMMENTAIRE DE BHAVAVITAYA. 225
veksyate 'dhyaksam evâitat patâkâncalacancalam || ^4 ||
saty apy evam jano mohâa ua jânâti yathâsthitam |
tat tam eva nigrhnâmi grlinâmi janusah phalam || ^5 !|
dhyâtveti krtvâ svayam eva locam
bibliraa muiier vesam amartyadattam |
pralyekabuddliali pratibuddhajivï
bbuvi vyabârslt Karakanduràjah |' liG ||
iti srî^'^-Karakandunrpakatbâ.
IL DviMUKHA.
[A6-; BiSS"; G i33\]
alha pratyekabuddbasya buddhasyendradhvajeksanât |
râjno Dvimukbasamjnasya katbâni vaksyâmi tadyatbâ || i ||
Pâncâiadesatiiake pure Kâmpllyaaâmani |
Yavâbhidho 'bhavad bhûpo Harlvamsâbdhicandramâli || a ||
tasyâsïd g'unamâlâdbyâ Gunaraâlâbvayâ priyâ |
layâ samam nrpo bhogân bhunjânab kâlam atyagât |j 3 ||
anyadâ ca gunâsthânam âslbânastbah '•''' sa pârthivah |
desântarâgatam dûtam iti papraccba kâutukât |i h \\
[A 6'']râjye 'nyesâni \idyamànam madrâjye kim na vidvale |
dûto 'vâdït tava vibho nâsti citrasabbà subhâ || 5 ||
tatah kâi'yavid âkârya nrpatih sthapatïn jagâu |
citrasattrasabbâ '- citrasabbà me kriyatâm iti j| 6 ||
pramânam âdesa iti procyate 'pi subhe ksane |
prârebbire bbuvah khâtam^*' sabhânyâsavidbitsayâ || 7 ||
pancame ca dine tasmâd bhûtalât tejasâ jvalan '■^'' |
màuiib '^' pràdurabbùd ratnamayo ravir ■'' ivàrnavât || 8 1
tatah sthapatayas tustâs tam âcakbyuli ksamâbbrte |
sotsâbab sotsavam so 'pi tatrâgatya tam âdade jj 9 [|
apûjayac ca sthapatiprabhrtïn vasanâdibhili j
te 'pi citrasabbâni '' svalpakâleuâiva vitenire || 1 o ||
bliittinyastâir maniganâir nityâlokâm vimâaavat |
devïbhir ïva màii ikyaputrikâbiiir adbistbitâm || 1 1 ||
mânikyatoranâih sakracâpâir iva virâjitàm [
pancavarnamanivytiharacanâm atakuttimâm |1 1 2 ||
^'' C om. — '-'^^ A "stham. — ''' ABC "sntra". — -'' A khâtram. — <^) Comp.
Ausg. Erz., p. Sg, 8. — ■'*' A inàuli. — ''J A ralir. — (*> A
226 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
sabliâ sudharmâ malto 'pi kim ramyeti samiksiturn '- [
uccâili krtam mâuiim iva sikliaram gura bibhratïm i 1 3 ||
vicitracitraracaaâcitrïyitajagattrayâm (^' |
âhvavantîm ivâmartyrui svapreksfiyrii caladdhvajâili 1! li ||
pravisva tara sabliâin bbûmlvallabbali sobhane dine |
8Li"opaya[G iS^^jn nije màulàu tam divyam mâuiim utsavâih || 1 5 ||
[pancal)bili '^' ktdakam jj
tasya manier mahimnâbhûd râjnas lasyânanadvayam |
Râvanasva yatliâ bâraprabbâvena dasâuanï \\ 1 6 i
tato Dvimuklia ity ûce ''^ lasya nâmâkliilàir janaili |
kramâc ca nrpate[B iSg'js tasya tanayâh sapta jajâire II 17 ||
Gunamâlâ tato dadhyâu sutesv etesu satsv api [
ekâm chekâiu vinâ putiïm manye janraa nirartliakam 1| 1 8 ||
Laksmïr iva sutâpi syâtkvâcit pitrob subhâ[A y'Jvahâ |
tatas tatprâptaye kamcid devam ârâflhayâmy aham || 1 9 ||
dhyâtveti Madanàkhyasya sa yaksasyopayâcitam |
caki^e sutrirtham svalpam hi sarvam g-âiiravam asnute*'' || ^^ Il
tatas tasyâli sutâpy ekâ jajfie sâundaryasevadhib |
mandâramanjariprâptisvapnadarsanasûcita || 21 ||
tato râjnâ mudâ cakre tasyâ janmamalio mahân |
dattam mahâvibhûtyâ ca yaksasyâpy upayâcitam || 29 ||
dattâ*"' Madanayaksena manjainsvapnasûcitâ |
iti tâm avadat tâto nâmnâ Madanamanjarîm || 28 ||
kramâc ca vardbamânâ sa kalpavallïva Nandane |
jaganmanoharani prâpa yâuvanam rflpapâvanam || 2 h \\
âdarsâdisu sarakràntàt tadiyapratibimbitali |
aayatra nâbhavat tasyâ rûpasyânukrtili kvacit || 26 ||
itas cojjayinïbharttus Canda-Pradyotabhnblirtali |
dûlah kenâpi kâryena Kâmpliya<''-nagarani yayâii || 26 ||
sa ca pratyâgato 'vantim iti Pi-adyotam abravît |
svâmin Kâmpîlyauâlliasya jâtam asti mukliadvaynm || 27 ||
râjûâtlia "*' katbam ity iikle sovâdît lasya l)bripat(!b |
mafdii- cko 'sli lasminis câropito'"' syâu mukb;i(l\ ikam || 28 ||
lac cliriitvâ sa nrpo jâlalobliab kotîrahotave |
vAgminaiu prabiiiod dûtam pârs've Dvîmukliabbriblmjab j| 29 |!
talai.i sa galvâ nalvâ*'"* ca Pâncâlâdhisam abravTI |
C' Corrompu dans tous los mss. — (-' A "jagalmijniti. — (^' A "/Wii. —
f*) A Mce. — '•'^' A nivale. — '"' A matta. — ''' A Kàmfdiinm. — C' B "ârn.
— <"' Comp. .4«.ig-. tVr., p. Sg, na. — ''"■ B om.
LE COMMENTMRE DE RHWWIJAYA. 22'
can(ja|tralâ|)ali b'iî-Canfla-Pradyotali te vadaly adali |j 3o ||
mukhadvayakarani mâidiralnam me presayer dnitam |
no ced ranâya pragnno bhûyâli ''' kim bhririljlifisilâih \\ 3i ''' !|
tato vâdïn iirpo dfila yadi Pradyolabhodliavah |
datte me yâcilajn kimeit tadâham api tani dade 1] Sa j|
kim vah prârthyam iti prokte dûtena ksmâdhavo 'bhyadlifil |
radâmsunikaronmisrasmitanicchnritâdbarali i| B3 !|
gandhadvipo [ A y*"] Nalagirir Agnibbâfi ratbottamah ]
râjnî Sivâbbidliâ Lohajanghah samdesa[C i34'']hârakab || 34 j|
svarâjyasârâny etâiii dïyante tena cen marna |
tadà mayâpi inukuto râjyasârali pradîyate ![ 35 ||
gatvâ dûto 'pi tat sarvain Pradyotâya nyavedayat |
tato didïpe tasyoccâih kopo vâyor ivânalali |[ 36 jj
tato bherim prayànârthî pravâdyojjayinîpatili |
cacâla prati Pâiïcâlam calayann acalân balâib || 37 ||
pûrayanto disah sarvâ vrmliitâir gaijitâir iva |
dhâràsârâir iva rasâm siilcanto madavâribhih i| 38 ||
svarnâdibhûsanâir vidyu[B i39'']ddandâir iva virâjitâli •'^' |
iaksadvikam dvipâ rejus tatsâinye stâ ivâmbare || 39 Ij yugmam ||
pancâyiitâni turagâs tvarâdharitavâyavâli |
tatsenâm bhûsanânlvâmbujanetrâin vyabbiisayan j] 4o '[
âyuktavâjino nânâvidhâih praharanâir bhrtâh |
satângâ vimsatisatïmitâs tatra ^^^e:ji^e [| 4 1 i|
ladbalam prabaiam cakriir vikramakramasâlinâm |
krtavàirivipattînâm pattïnâm sapta kotayah \\ Ixù ||
sajjayâ sajjayârthinyâ samyutab senayânayâ |
Pâûcâlasandhim achinnâili prayânâdi sa nrpo yayâu |! A3 ||
tam câyântam carâir ■*' jiiâtvâ Dvimukbo*^' 'pi mabâbalaii |
jayecchurâjaye 'gacchat sïmni desasya sanimukbab j| Ith |j
durbhedam Garudavyûham Canda-PradyotapârtKivali |
svasâinye vidadhe vârdhivyûbam'^' Dvimukbarât punali [| 45 ||
utsâbitesu viresu rananilisvâuanisvanâib j
atha pravavrte yuddham sâinyayor ubhayor mithab |j 46 j|
tadâ ca sastrasaiigotthasphulingakanavarsanâib |
cîiâb ke 'pi divâpy ulka pâtotpâtam adarsayan |! 4 7 ||
laghiibastà bhalâh ke 'pi mimiucur visikhâiyis tadâ |
tadâdânadhanurnyâsâkarsanâdisv alaksitâli || 48 ||
0' ne Ijkareh. — '=' B ai. — (■) A "ta. — W A "rài. — W A >.
^"' Voir Auiig. En., p. 8g, 'i(S : .sâgaravulio [raio) Domuhena.
228 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
nistrimsâir nisitâih [A 8"] ko 'pi kumbhikumbhân ;il)heil;iyon |
tuQgâni sâilasrngâui tadiddandâir ivambudâh \\ à(j\\
kecid bhatottamâ bhinnadehâ apy abhimâdbhili |
gliâtavyathân na vividuli samparâyaparâyanâb || 5o ;
dandâir akhandayan ke 'pi vipaksân ke "pi mudgarâili |
sasalyâms cakrire salyâih kecit kecit. tu saktibhib |î 5i |i
evam rane jâyamâne kâiaràtriniblie visâm |
mâules tasya prabbâvenâjayo 'bhûd Dvimukho urpali |j 5-2 \\
tatsâiuyena tato 'pâstam Piadyotasyâkbilam balam |
vidadrâva drutain bbaundbâmnâ dbâmanidber''' iva j| 53 |
tadâ cojjayinïnâtbam nasyautam Dvimukho drutani |
jagi'âha sasakagrâham kifuincabandham babandba ca 5 A |j
tain grbltvâvisad bhû[G i35'']mâa utpatâkani nijam j)uram |
sânandam bandibliii' iva pâurâili kylajayâravali || 55 ||
nyadhâpayac ca nividain nigadani tatpadâbjayoli.
mahân api jano iobbât kâm kâin uâpadam''^ asuule || 56 ||
pràplo 'pi durdasaii (Udvân ma nrpab khidyatâm ayam |
ili tâm sukhitam cakre bhûpah snâuadanâdinâ || Sy ||
râjno 'bhyarne sabhàsthasya Pradyoto 'py anvaham yayâii |
nyavïvisad visâm Iso 'rdhâsaue ^'^' tani ca gâuravât j| 58 ||
anyadâ ca sutâm râjiïo drstvâ Madanamanjarïm |
Pradyoto jâtagâdhâmirâgo [ B 160"] 'bhûd bâdham âkulah || 59 [|
dhyâyatas tasya tâm srsteli sâram sârangalocanâm |
nâgân nidrâ nisïrsyâluli kâininîvâparâ rateb || 60 j|
sinaronmâdasamudbhutacinlâdâghajvarârditali |
puspatalpe 'pi supto 'sâu svâsthyani nâpa mam'ig api || Oi ||
varsâyilâm '"' ca tâm râtrini katham cid ativâhya sab |
|)iâtali sabhâm yayàu laiii codvignam vîksyâbravïii nrpab || O-^ ||
adya te vidyale ràjan kiiii pldâ kâpi rogajâ |
hemanle 'bja[[A 8'']m iva mlânam âsyain te kalbam anyatbâ \\ 63 ||
|)rsto 'py evani prativacab Pradyoto ua dadâu yadâ |
tadalivyrikulo l)hu})ali ''' sa niritandham ado 'vadat || 6/| ||
l'jijan j)ralivaco debi nivedaya nijaiu vyalbâm |
abru\âne tvayi katbain bhâvinï talpralikriyâ || 65 |!
tatab sa dïrgham nibsvasya jagâu iajjâm vibâya ca |
na vyâdbir bâdhate râjan bâdhate kim nu mâm smarab || 66 ||
tac ced icchasi me ksemam tadâ Madanamanjarïm j
f>) ABC vidhi'r. — '^' A njKtdain. — '■'' A "aianc — ''' A B G "âyatâm.
— '^) G nipah.
LE COMMENTAIRE DE BHAVAVIJAYA. 220
(lehi putrîm nijâm raahyam no ced valmâu visâiny aham *'' || G7 ||
Dvimukho 'pi dadâu tasmâi nijâm putrini mahâniabâili j
tam câvâpya nijam janma so 'pi dhanyam amanyata || 68 ||
vyasijad Dvinuikhas tam cânyadâ dattvâ hayâdikam |
l'radyoto 'pi tato 'yâsït puiim Ujjayinîru mudâ || 69 ||
upasthite Sakramahe "nyadâ ca Dvimukho nrpah |
nagarân adisac Chakradhvajah samsthâpyatâm iti || 70 |i
talah patudhvajapatam kinkinïmâlabhàrinam |
mrdyâlimâlinam ratnamâuktikâvalisrdinam || 7 i ||
vcslitani civaravarâir nandînirghosapûrvakam |
dru tam uttambhayâm âsuh pâurâli pâuramdarain dljvajam || 7-2 ||
[yugmani ||
apûjayan yathâsakli tam ca puspaphalâdibhih |
paras tasya ca gîtàni jagub ke 'pi subhasvarâii |i 78 ||
kecit tu nanrluh *"^' ke cid iiccâir vâdyâny avâdayan 1
arthitâny arthinâm ke 'pi daduh kaipadrumâ iva [| 7 A ||
ka[C 1 35'']rpûramisraghusrnajalâcchotanapûrvakam |
mithah kecit tu cùrnâni surabhîni niciksipuh || 76 i|
evam mahotsavâir âgât piirnimâ saptame dine ||
tadâ câpûjayad <^' bhùri vibhûtyâ bhùdbavo 'pi tam || 76 ||
sanipùrne cotsave vastrabhûsanâdi nijani nijam |
âdâya kâsthasesaip tam pâurâh prthvyâm apâtayan || 77 ||
paredyus tam [A 9"] ca vinmûtraliptam kustbânasamsthitam |
âkramyamânani bâlâdyâir bhiipo 'pasyad bahirgatah jj 78 i|
tatali samvegam âpanno dadbyâv evam dbarâdhipah |
ya evam pûjyamâno 'bhût sarvâir lokrùr gâte 'hani i! 79 ||
sa evâdya raahâketuli prâpnoty etàni vidambanâm |
drs'yate ksanikatvam tat ksanikânâm iva sriyâm || 80 ||
à[B i6o''iyâti yâti ca ksipram yâ sampat sindhupûravat |
pâinsulâyâm iva prâjnas tasyâiii ko nâma rajyate || 81 ||
tyaktvâ vidambanâprâyâm tad enàm râjyasampadani |
s'raye nihsreyasakârïm samasâmrâjyasampadam || 82 ||
dhyâtveti vidhmâtamamatvavahnih
krtvâ svayajii locam upâttadîksah |
pratyekabuddho Dvimukhah supai'va-
vitïrnalimgo vyaharat prthivyâm |i 83 |i
iti srî- Dvimukhaui'pakathâ.
(ï^ Gomp. Ausg. Erz., p. /io, 10-11. — ''^ A nrluh. — '■'' G "pûrayad.
230 SEPTEMBRE-UCTOBUE 19 11.
m. NamI.
I
[A 9"; B iZio^G 135"]
atha pralyekabuddhasya Naniiiiâmno mahâlmanah |
valayât pratibuddhasya ti'llyasya kathâm l)ruve |i i ||
tathâ hy atrâiva Bharate dese Mâlavakâbhidhe |
âsîd dâslkrtasvargain Sudarsanapuram piu-am || a ||
tatrâsïc chatnivitrâsl râjfi Maniratliâbbidhah |
Yugabâbus ladanujo yuvarâjo 'bbavat sudhîh || 3 ||
sâundaryenâtivaryej.ia jayanti "' Jayavâhiuïm |
Jinavânïsudhâpânadhvastâjnâuahalâlialâ || 4 |i
niscalam .sâilarekbâvad '"'' dadhatï sllam uttamam |
Yugabclbos ca Madanarekbâ '^' saïajûâbbavat pi'iyâ H 5 || yuginam ||
tasyâ gunâmrlâpQrnas candrojjvalayasodyutih j
sutas Caudrayasâs candra ivânaudaprado 'bhavat j] 6 ||
bbrâ[i-jayâni ca tâiii drstvâuyadâ Maniratbo nrpali |
ity antas cintayâm âsa vyathito mâiimathâih sai'âib || 7 jl
yadi bhogâu na bhuiije 'bam anayâûganayâ samani |
avakesidruinasyeva tadâ me nispbalani janub || 8 ||
kalbani punar vinâ[A 9^] râgaiii syâd asyâli samgamo mania |
na hy ekapaksayâ piilyâ kâminàiii kâmitani bbavel ; 9 ;
lad asyâh praiiayolpatler upâyân racayâmy aham j
pascâd vijnâya tadbhâvani karisyâmi yathocilam Ij 10 ||
dliyâtveti tasyâi tânibfdapuspabbûsânis'ukâdikam |
prâisïd dâsyâ samaiii kâmavivasanâm aho kudhib Ij 1 1 !
sa tu jyeslhaprasado [G i36°] 'yam iti dhyàlvâ lad adado |
allianyadà nrpo 'vâdïd vijane tâm ili svayam || la |
hadnipaiii [treksya raklam ''' màni pumâmsani svlkarosi cet {
siiiidari Ivaiii lada kurve svâminim ràjyasampadam || 10 i;
sa proce slrltvasandatvahînasya bhavatah svatab |
pmiistvam asly eva tal kasmâti maya na pralipadyale || xU \\
lva(ll)br;ilur yuvarajasya palnya me lâiyasampadali |
svâdhinâ eva sanlîli sûnyain elat (n-alobbanam || i5 ||
kiin ca svikurvale mrlyuni api santo niabâsayâli |
lokadvayaviruddbani '"^ lu na cikhsanli jâlu cil || lO ||
' ■' j\ "li. — ''^' \ "rem". — ''- A °rasd. — ('' A "rnijcuniiichmrahlaiji ., B
'i'il)(il)rKl;scaal,iam. — ''' A "Ivoiih'.
LE COMMENTAIRE DE BHÀVAVIJ AYA. 231
anynccliislàimavac chistâh '^ parâm api paràiigaaâm |
ne:chanti kini punah pulritulyâm bhiâtur lagholi striyam il 17 i|
paranârïriramsâpi Râvanasyeva duhkhadâ |
mahalàm api jâyeta tan maharaja muncatâm 1 8 ||
tac srutvâ [B ikx"] dustadhïkûpo bhû[)o 'ntardliyâtavàn iti j
Yugabàhur ' bhaved yâvat tâvaa necchati niâm asâu !' 19 jl
tad visrambhena '^'' tam hatvà grahisye "hain balâd amûni |
sa bhrâtâpi ripur nûnani yo syâli sauge 'ntaràyakrt I| 20 ||
iti dhyâtvâ sa pâpâtmâ bhrâtus chidrâny amârgayat |
kâmabhûtâturânàni hi sutyajani sneliacivaram i| a 1 ||
Madanâ tu na tâm vàrttâm jagâda Yugabâhave |
nivrtto madgirâ jyestho durbhàvâd iti jânalï ; 22 "
sa cânyadâ vidhuni svapne drstvâ patye nyavedawU |
so 'py ùce caadravad visvânandinani lapsyase siitam ji 20 j|
tatah prainuditasvântâ suta[A 1 o'jgarbham babhara sa |
pârijâtataror bijamiva Meruvasanidharâ || aU l
pûjayàmi Jinâu sâdhûn srriomi Jinasanikathâli |
ity abhûd dohadas tasyâh kâle garbhâiiubhâvatah ij 2 5 jj
tasminis ca dohade pûrne garbhali sa vavrdhe sukham '*' |
alhânyadâ vasantartur^^ âgâd râgijanapriyali j| 26 ||
Malayânilasâilûsaprayogâraljdhanartaaâh ]
dadliad valiînatîr veUatpallavollâsihastakàli j 27 |i
nicikandanianjarïpunjamaûjugunjadaiivi ajam |
kokiladlivauimamtrâstamâniuïmânakugrabam |j 28 Ij
piispitâsokatilakalavangavakulâkidam [
vismerakusumasrastaparâgaklinnabhûtaiara \\ 29 |j
krîdâsaktapriyâyuktavyaktakinnarasevitam |
hrccâiu-agâurapurastrlgïtâaïtaiiirgavrajam j| 3o Ij
vasautasanigamâd rarayam udyàDaiu rantum udyalah |
[iramadàt pramadâyukto ïugabàhur yayâu ladâ J: 01 || pancabbih
dinani ca nânâlîlâbbir ativâbya sa nisy api | [kulakam '*' jj
tatrâivâstbâd alpatan[C iSC'jtro rambbâvesmani câsvaplt |j 82 j|
tadâ Mai.iiratho dadhyâu svalpataiitro mamânujah |
nisâ vyaptatamoghore J)âhyodyâne 'dya tistbati , 33 iJ
tat taira gai va tam halvâ pûrayisyâmi kâmitam |
dhyâtveti khadgam âdâya yayâv udyânam udyatab jj 34 jj
'' A anyecchistântutvac chistâh; Comp. WuitiNeï, Gruiinnay, % i33''. —
- A "bàhu. — '^) G °srambhciia. — '•'*' A °aittur. — •^' A "jnitjah. — "' C
Indaiii.
232 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
yâmikâû iti câprâksid Yugabâhiili kva vidyale |
rambbâgrhe 'tra suplo 'stîty ûcire te 'pi sambhrainat I 35 ||
mâbbûd bbrâtur vanasthasyopadravah kas'cid ily aham |
ihàgâm iti sainjalpan so 'pi raml)hâgrhe 'visât [I 36 ['
sasambhramam saniuttbâya '*' namantam smâha cânujani |
bhrâtar nâtra nis'i stbâtiun yuktam âgaccba tat pure |! 87 ||
ullaûgbyâ nâgrajasyâjnâ tâtasyevâticintayan |
Yugabâhus lato yâvat pure gantuin pracakrame || 38 ||
tâvat pâpâpakîrtyâdi[A io'']bhayam utsrjya dunnatib |
grïvâyàra asinâ bbûpas tam visvastam jagbâna sali | 39 ||
prahâravedanâkrânte tasmims ca patite bbuvi |
a[B i4i'']bo aksatram aksatram pûccakâreti lat|iriyâ || lio \\
tato dadbâvire 'krstamançlalâgrodbbatâ bbatab |
kim etad astîty iicânân ity tice tânis ca bbûpAtib \\ li\ ||
matkarât patitab kbadgah pramâdât tad alaiii bbiyâ '"' |
tenety ukte ca''' te 'jànan sarvani tasya kuceslitam |! h-2 ||
tato Manirathani dûram apasârya baiena te |
Yugabâbob svarûpani tat tatputrâya nyavedayau || 43 ||
so '*^ pi sokâkulo vâidyân samâhtiyâgamad vane |
vranakarrnâni yatnena pitus câkârayat ki*tî |[ hli \\
ksanântare ca niscesto nastavâg inîliteksanali |
Yugabâbur abhûd raktanirgamât pâuduvigrabali || 45 |i
tato jiiâtva tam âsannamrtyuni dbïrâ mrdusvai'am |
proce Madanarekheti <^' tatkarnâbhyarnam âsritâ || 46 ||
dhïra dhîratvam âdrtya cetah svàsthyam urikuru |
kasyâpy upari rosani ca ma kârsis tvani dhijâm nidhe || 47 ||
sahasva vyasanam cedam âgatani nijakarmai.iâ |
aparâdhyati jantor hi nijam karmâiva nâparali \\ 48 |i
uktam ca :
jam jena kayam kammam annabhave ibabbave a satlenam |
tam tena veiyavvam nimittamittaiu '■'^^ jiaro lioi || 4 9 ||
kim cârbatsiddhanirgrantbadbarmânâni saianaiii kuru |
jïvahimsâdîni papasthânâny aslada^ia tyaja \' 5o î|
mahâmate grhâna tvain ])aralokridbvasambalam |
salyavadubkhadân ninda durâcârân purâkriân |i 5i ||
ksamayasvâparâdbaiu ca sarvesâm prâninâm prabbo |
(') Conip. Ausg. Erz., p. /la, 9. — <-' Comp. Ausfr. Erz., p. 4i , 9-10. —
'■'■ A om. — *' A su. ■ — **' A "reseti. — '*> A nimittam; chez Devendra
( Erzukl. , p. /i 2 , a 1 -2 2 ) , nous lisons nimittameUatfi.
LE COMMENTAIRE DE BHÀVAVIJAYA. 233
tatkrtân aparâdbâms ca ksamasva tvam api svayam || h -2 \\
nâsayen nija[C iSy'jm evârtham dvesas tasmcld vimuûca tam | .
suhrdo marna sarve 'pi jîvâ ili vibhâvaya || 53 ||
devam sarvajnam arhantam g-urùmsca gunino munlii |
dharmam jinapranitam ca yavajjïvam nrikuru |I 54 i
jïvahimsànrtasteyâbra[A i l'Jhmacaryciparigrahâu''' j
trividham trividhena tvani pratyâldiâhi mahâmate \\ 55 |i
dbanasvajanamitrâdâv abhisvaûgain ca ma krtbâli |
na bi prânabbrtâm tâui bbaveyuli saranam bbave H 56 |
dharmo dhanaiu suhrd bandbur ili cântar vibhâvaya |
duhkbahrt sukbadâlâ ca yat sa evâtra janminâm || 67 ||
idânîiii munca sâvadyani âhâram ca caturvidbam |
ucchvâse carame debam api vyutsrja dhira be || 58 ||
smrteua yena pàpo 'pi jaiitub syân niyatam surab |
paramestinamaskâramanlrani tam smara mànase || 59 |i
ityâdi fadvacah sarvam svamàuiiracitânjalih'^' |
Yugabàbub pratipede vipede caksanânlare || 60 ||
paiicame suraloke ca sakratuiyah suro 'bbavat |
aho mabïyân mabimâ dbarmasya dyumaner api || 6 1 j;
[B i42°]tatah pravavrte Caudrayasâb krandiium unmanrib |
dadbyâu Madanarekhâ tu dbïradbir iti celasi || 62 jj
dbig dbig lobham ivânartbamiilam rûpam idam marna |
yad vïksya iubdbacittena râjnâ bbrâlâ 'pi mâritali || Go [|
asârasyâsya rûpasya ketoh ksanavinasinali |
dbik krtam tena mûdhena kim akâryam idani baba li 64 ||
atbâyam pâpakrc cbîlâpâyani karttâ balâu marna |
tadartbam evânartbo 'yam anena vibilo 'sli yat |i 65 j|
simhasya kesarâb satyâb sïlam pbanipater manih |
prânesu satsu no bartuni sakyante kini tu kena cit || 66 |i
yatisye paralokârtbam tad gatvâ nïvrdantare |
no cen me putram apy aute banisyati sudustadbïli '''' |[ 67 [j
dbyàtveti sa mabasattvâ '■''' nisîtbe uiragât tatab |
alaksitâ Cantb-ayasomukbyâib sokâmstikâvrtâib j! 68 \\
pûrvâm abbivrajantî ca bbûridubkbabbarâturâ (
pràtab pràpâtavlm ekâm nâikasvâpadasamkulâm || 69 ||
tatrâyântï ca madbyâbne prâpad ekam mabâsarab |
mukbâdi tatra praksâiya prânavrttim vyadbàt pba[A 1 i'']iàib || 70 ||
^'^ ABC carynparlgrahân. — '-- B °nacità". — ''' C om. v. 6'^. • — ■'' A
°tm.
xviu. 1O
234 SEPTKMBRE-OCTOBRE 1911.
sâkârâDasanam krtvâ sâtlia mârgasramâkulâ |
tadvyapohâya ''^ tatrâivâranye rambhâgrhe 'svapît !| 7 1 |i
kramâc ca padimïnâthe râgavaty aparâmgate |
tadduhkhâd iva samkocam âsrite padniinïkide |l y-j ||
l'avikanthïravâbhâvân nissankam bhuvane vane |
viharatsu taraahpunjakunjaresu nirantaram i 70 |j
udusûjjambliamânesu nisâvaHîsumesv iva |
nisâ viyukte cakrângacakre krandati dclrin.iam || 7/j |i
tamo 'bhi\yâptigahanîbhfite[G 1 37'']ca gabanântare |
râtrii- jâtety avahitâ sa babhfiva mahâsalî || 76 || caturbliih kiilalâkam |!
tadâ ca vyâghrasimhâdigufijitâir gbûkaghûtkrlâih |
gbonighonâravâir vyàlaphiitkrtâih j)heriiphelki'fâib''' |! 76 ||
bibhyati sa namaskâramantram sasniâra mànase |
fia hi sarvâsv avasthâsu sahâyo hetumantnrâ || 77 || yugniarn ||
ardharâtre ca tatkuksâv titpede bhilvasî vyatbâ |
bhayainârgasramodbhiilagarbhasanicalanodbhavâ |! 78 ||
susuve sâtha krcchrena *'' siitam laksanalaksilani |
tatsprdhayeva pûrvâpi bâhirkam susuve ladà || 79 |!
layor eva tadâ jajne bâlayor uparaà miUiali |
saccaki'ânandinos tejasvinoli komalapâdayoli || 80 |1
kaudbarâlambitayugabâbunâraâiikamudrikam |
tam bâiam tatra muktvâtha ratnakambalavestitam <*^ |i 8 1 |i
svamanoraksakam iva tatsamîpe viinucya sa |
yayâu sarasi vâsâmsi ksaiayâm âsa tatra ca || 89 || yiigmam |j
majjanâya pravistâni ca tatâke lâm jaladvipali '^' |
dhâvan karena jagrâlia bakolab sa])barîm iva |[ 83 ||
uccâir uliâlayâm âsa tâm sa kandukaldayâ |
àyâti durda[B i/i2'']sâyâm hi svâjanyâd iva durdasâ 1' 8^i ||
patantim and)arât tâm ca nelrakâiravakânmudïm |
vidyâdharo 'grabîn Nandïsvaradvipani vrajan yuvâ || 85 ||
Vâitâdhye tena nitâ ca rudalî sa tam abravîl |
gatarâlrâu iiialiîl[A 1 S!°]bliâga prasûtâsmi sutaiii vane ]! 8() jl
tarii ca rambhâgrhe muktvâ snânârthani sarasîm gatâ |
jaladvipenotksiplâham patantï bhavalâdade |I 87 |f
tat svapadena kenâpi sa halo mârayisyale |
ôliâravirahâd yad va svayam eva marisyati || 88 ||
'•' A "vipohàya, R "vipoliàdluja. --- '"' Coni]). Auxj>. Ivr:., |i. h'A . lo-
11. — (•') A Icrcchvnu. — W Conip. .iMsg-. Krz., ]>. 'i3, i3-/ii. — ^'^ A
"dvipah.
LK COMMENTAIRE DE BHÀVAVIJAYA. 235
tan me putrapradânena prasâdam kuiu sundara'*' |
tara ihânaya tatràs'ii naya mâm \â uayâsraya 89 ||
uvâca khecaras cen mâin ramanam pratipadyase <^' |
tadâ sadâ dâsa ivâdesakârï bhavâmi te *^^ !| 90 i
kim câlra s'âile 'Gândhârades'e Ratnâvahe pure |
srenidvayaprabliur abliûn Manicûdâbliidho nipah || 91 ||
tasya putro 'srai Kanialâvalïkuksisamudbhavah |
nâmnâ Maniprabbo bhûrimabâvidyâbalânvitab || 99 ||
anyadâ matpità sTenïdvayarâjyain piadâya me |
câranasramanopânte virakto vratam âda<le ;; 98 i
kramâc ca vibarann atrâgalali so bbûd gâte 'bani |
câityâni vandilum '"' Nandîsvare câdya gato 'dhunâ || 9^ H
tam ca nantuin vrajanis taira tvâin patantîni vibâyasah |
kaipavallïm ivânandadâyinïm aham âdade (1 96 |
tato yathà raksitâ tvâiii patanopadravàn maya |
madanopadravâd bliadre talhâ tvam api raksa mâm || 96 ||
anyac ca tvatsutaiii vâliâpahrlo Mithilapalili ]
iiirapatyo 'grahït Padmaratbaràt paryataii[C io8']vaue |i 97 i|
ksanân militasâinyas ca gatvà puryàni tam ârpayat |
inahisyâli Puspâmâlâyâ sa pi tam pâti putravat i| 98 ||
Prajiïaptïvidyayâ by etaii mayoktam tac ca nânyatbâ |
tat prasïda sucani munca sapbaiîkuru yâuvauara ii 99 li
mâm vidbâyâdbipani sarvakbecarinâin biiavesvarï |
drsâ vâcâ ca mâm raktam sambbâvaya siUocane 100 i|
II
tadâkarnya salï dadbyâu vipàkah '''''' karmanâm abo |
anyonyavyasanâkrûrapfiradhâtrî bbavâmi yat Ij 1 |j
vibâya putrasânirâjya[jaricchadadhanâdikam |
yat trâ[A 1 •^''jtuni niragâm bbangas tasyebâpy upatistbate 1| a |i
tat prâiiinâm apunyânâni garïyân apy upakramab |
dulikbâyâiva Itbavet kini va pâurusam vimiiklic vidbâu |i 3 |!
yad uktani :
cbittvâ"*' pâsam apâsya kûlaracanâm bbanktvâ balàd Aâgurâm
paryantâgnisikhâkalâpajatilân nirgatya dûraiu vanàt |
vyâdbânâm saragocarâd api javâd utpiutya dbâvan mrgab
'' A nundarani. — '-' B "le. — ■ '^^ Comp. /Iwsg-. Eiz., p. -'i3, yTi-aG. —
'' A Uum. — '"'> A "ham. — ■"' A "Ivà.
iG.
l>3fi SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
kiipâutali patitah karotu vidhure kim va \[[\\ lio'jflhau paiiru-
safy apy evain maya sïlam nâiva tyâjyam kalhaiiicana | [sam''' || U ||
pïçlanavyasano 'pîksur'"'' niâdhuryani kini vimuricali î' 5 |j
ayam ca madanonmâdonmatto vetti na kiincana |
tad upâyena kenâmum durbodham bodliayâmv aham |i 6 ii
asya vyâksepahetor va kâlaksepaip karomy ahani |
sa hi prasasyate prâjnâir asublie saniupasthite i| 7 ||
dhyâtveti sâbhyadhàd daksa nllvâ Nandîsvare 'dya mâm |
devân vandaya tatrâham karisyâmi tava priyam ^^' || 8 ||
tatali sa tâm vimânasthrini hrsto Nandîs'vare 'nayat |
tatra cârhadgrhâli santi dvâpamcâsad anasvarâli 1 9 ||
dîrghesu yojanas'atam tadardhaprtbulesu ca |
câityesu tesu tiuigesii yojanâni dvisaptali |1 10 |1
calurvimsayaiaiii saiiti pratimâli sâsvalârhatàni |
sarvaratnamayrdi pancadhaimlisatasamiicclirayâh || 1 1 |i yiigmam j|
tato vimânâd uttîrya Madanakhecarâu mudâ |
pûjàpfu'vam avandelâm Rsabhadyân Jinoltamân || 1 -2 H
caturjnâaadharantam ca Manicûçlamaliâmunim |
tâv iibhâv api vanditvâ yathâucityani nyasidatâm || i3 ||
tato jnânena vijnâya Madanâcaritam munih |
dharmain Maniprabhâyeti samayârhani u])âdisal || lA ||
brahmacaryain parabrahmanidânam sampadâni padam |
pâlanîyam yathâsakti sarvato des'ato 'thavâ i| 1 5 ||
sarvastrïnâm parityâge sarvato brahma kathyate |
paranârînisedhe tu tad uktam desato Jinâih || 16 ||
[A iS"] tato yah sakalâ nârîr vihâtum na prabhnr bhavel |
teuApi pararâmâ [G iSS*"] tu lyâjyà narakadâyinï 1| 17 ||
narah parastriyâm raktah ksanikam sukham ïksate | ^
na tu tatsamgamotpaunani anantam dubkhaiu asnule || 18 ||
parastrïsevanât sâukhyani abhikânksati yo jadah |
visavallîphaiâsvadât sa hi vânehati jïvitam || 1 9 ||
tat kalafikakulaslhânani klrtivalllkuthârikâ |
heyâ parâuganâvasyani narakridlivaj)radïpikri <''> || âo ||
si'ulvPli kliocaro l))id(lli;ili ksainayitvA salïi)i ja'jrui |
alha Ivam asi jamir lue brùlilstani kiiu karomi le !| 9.1 \\
sâpi prïtâbravîd bhrâtah sarvam istam tvayâ krtam |
f Pane, (le l'ûi iialiliadra , rd. I1i;iih;l, II, v. G7 ; HoiviiTLiNGk , /(((/. Spr.,
•j'Ud (où on lit: alijavenotplutya). — (^) A "ksu. — '''' Ausg. Erz. , p. /i^i, 5.
— ''' A "àdhvajapm".
LE COMMENTAIRE DE BHÂVAVTJWA. 237
idam darsayatâ tirtham vacmi tat kim atah param [j a 2 i|
atha me iaghuputrasya viitântam '^' kathaya prabho |
tayety ukto munih proce s'rnu bhadre samâhitâ || 2 3 ||
iliâiva Jambudvîpe prâg-Videhâvanimandane |
vijaye Puskalâvatyâni pure srI-Maaitorane i| -jA |1
jajne 'mitayasâs cakri tasya PuspavatI priyâ |
tayos câstâm sutâu Puspasiklia-Piatnasikliâbhidhâu (| 26 ' yugmani ||
râjyam catura.sïtim satpfu'valaksâli prapâlya tâu j
prâvrâjistàin bhavodvignâu *'' cài'a[B i43'']i.iasramanântike 1| qG |
câritram pâlayitvâ ca pûrvalaksâni sodasa |
abbûtâm Acyute kaipe Sakrasâmânikâu surâu |j 27 ||
dvâvimsatim sâgarâni tatra jîvitam uttaraam |
divyàih sukhâir navanavâir ativâbya cyutâu ca tâu || 28 [|
Dhâtakïsandabbarate Harisenârdhasakrinab |
Samudradattâdevîjâv abbûtâiii tanayâv iibhâu i| 2 9 ||
âdyali Sâgai-adevâbvo 'parab Sâg^iradatLakab |
DrdbasuvTatasârvânte dàatâu prâvrajatâin ca lâu 1 3o 1|
trtïye câbni sudbyânâu taclitpâteaa màritàu |
jatâu Sukre sui'âu saptadasasâgara.jlvitâu || 3i ||
dvâvimsasyârhato Nemer jnânofpattimabotsavam |
vidhàtum tâu gatàu devâ[A i3'']v iti prabhum aprcchalâni || 02 !|
ito bhavâc cyutàv '"^^ âvâm kutrotpatsyâvahe prabho |
svâmy ûce 'trâiva Bharale Mithilâkbyâsti salpiirl || 33 ||
tatpater '*' yuvayor eko Jayasenasya nandanali |
bhâ\î Sudarsanapure Yugabâholi parali punali jj 34 ||
lattvatas '■"^ tu yuvàm tatra pitâputràu bhavisyalhab '''' |
ity arhadvâkyam âkarnya tâu devâu jagmatur divam || 35 H
tayos câikas cyutah pûrvani Videhâbhadhanïvrti |
JMithiiàyâm mahâpuryàm Jayasenasya bhûpateh j| 36 i|
mahisyà Vanamâlâyâh kuksâu samavatïrnavân |
kramâj jâtam ca tam proce nâmnâ Padmarathain nrpab I| 37 || yugniain'''|l
yâuvanastham ca tam râjâ ràjye nyasyâdade vratani |
tatali Padmaratho râjyam sâ[G i39'']sli s'astaparâkramah ;| 38 ||
dvitïyas tu suras' cyutvâ bhadre tava suLo 'bhavat |
tam ca rambhàgrhe muktvâ yàvat tvam sarasîm gatâ [] 39 i|
tâvat tatrâgatah Padmaratho 's'vâpabrlo bhraman j
tam preksya piâgbhavapremnâ *'*^ pramâdâdvâitam âsadat 1| 4o ||
''^ A "ta. — -' A "vijnâu. — ' '' A bhavâcyutâ. — '*' A B "pâte. — '^' A
tatva". — ^'^J Gomp. Ausg. Erz., p. kk , 36. — ''> A om. — W A "mlâ.
238 SEPTEMBRE-OCTOBRE 191 1.
(luhstho nidliini iva siiehâd yâvad râjâ tam ''' âdade |
tâvat tatsâinyam apy âgât taira vâjipadânugam Ij ht \\
gajâiûdhas tato râjâ puryàm gatvâ tara ârpayat |
mahisyàh Puspamâlâyâs cakre janmotsavam tathâ || 62 ||
punyavâms te suto bhadre sasukliam taira vardliate |
sannidhih sannidhistliâyî punyam hi prâninâm bliave |i li?i \\
evam munâu vadaty eva raanistambhavibhûsitam j
kimkinîjâlamukharam ruci nyancitabliâskaram || h h \\
sobliitam toranâir dvâramukhapattralatopatnâih |
iambamânorumâlâbhamuktâdâmavirâjitam 1 hb ||
uttungasikharam '"' tiiryadhvânâpûrnadigantaram |
ramyam vimânam talrâikani aatariksâd avâtarat !| 46 || Iribbir \is»»sakani jj
tasmâc ca niragâd ''' ekab suro bhâsurabbûsanali |
amarïnikaraproktajayasasto ma[B i^A'jbâmahâh || /17 ||
sa trih pradaksinïkrtya Madanâm âdito 'namat |
muiiim [A i/i°] tu pascâd ânamya yathâsthânam upâvisat \\ àS \\
nirïksyânucitam tac ca dûnacetâ Maniprabbah |
ity uvàcâmaram vâcâ nyâyapâdapakulyayâ || ^9 ||
surâir naravarâis câtra nitayo hi pravarttitâh j
ta eva cfet tâml *"' lumpanti tadânyesâni kim iicyate '■^^ || 5o ||
kalitam sakalâih sâdhugiinâir dosàir vinâ kilam |
muktvâ munim amum deva kim tvayâ prâg nalfuiganâ || 5 1 ||
suro 'bravid idam satyam srnu kim tv iba kâranara |
âsît Sudarsanapure râjâ Alanirathâbliidbah || 69 1|
tena svabhrâtrjâyârthani Yugabâhur uijo nujah ]
siro 'dhâv asinâ jaghne vasante vipine stliilah '"' || 53 ||
sa ca kanthagalaprâno "' 'nayà Madauarekbayâ ''*' |
niryâmitah prâpitas ca jâinadharmaiu vipauuavan || 54 ||
dasârnavâyur devo 'biiiid Brahmaioke Haripral»bah |
sa câham punyanâipunyâra enâni drastum ibâgamam ji 55 ||
yac ca samyaktvamûlaui srîjinadbarmam iyaiii sudbib |
piâjjbbave 'prâpayaa mârii tad dbarinâcâryo liy asau mania*'"'' || 56 ||
yad uktani :
jo jena suddhadhammammi lliâvio *'"' sanijaena gihinâ va |
so ceva tassa jâyai <"' dhammagurû dbammadânâo '''' || 67 |i
(•) B tûtn. — (5) AC ullanira". — (^' B "amâd. — C'^ ABC lâm. — '-'^ Comp.
Ausjr. Erz., [}. l\b, 19-ao. — '-'''' B °làlj. — C Comp. Ausi^. Erz., p. 45, iîH.
— W Chhàyà.— ("! Comp. Ausg. Èrz., p. 45, 3i-39. — ('") AB °n/m,
C "iu. — 0') A iinjai. — C-J Devondra; Amg. Erz., p. 45, 33-3/i.
LE COMMENTAIRE DE BHÂVAVIJAYX. 239
ata eva maya piirvam natâsâu dharmasevadliih |
nisamyeti manasâivam cintayâm asa khecarab '*' || 58 ||
aho snjiiiadharmasya prabhâvo bhuvanâdbhutah [
sâuklivani dadâti nilisanikliyaiii ksanamâtraiii srito 'pi yali || 59 |i
suro 'tlia Mada[G iSq*"]!!;!!!! ûce kiiu kurve 'ham tavebitam |
sâvâdit tattvato 'bbîstam kartum no yûyam ïsvarâh |i 60 !|
yan me janmajarâmrtyurogâdirabitara liilam |
muktisàukbyam priyara '"' tac ca svodyameaâiva sidhyali || 61 ||
tathâpi mâm suraprastba '^^ [A lA""] Mitbilâyâm naya drtitam |
paraiokabitam kurve '^' yathâ vïksya sutâuanam || 6a ||
tato devena sa ninye Mitbilânagarïm ksanât |
janmadîksâkevalânâm sthânam Mîdii-Namïsayob \\ 63 jl
tatra pûrvajinâu natvâ jagmatur Madanàsurâu |
sâdhvînâra sannidbàu tas ca pranamyâgre nyasidatâm i| 64 ||
tatab sâdbvyo 'bbyadbur dbarmani yal labdhvâ raanusani bbavam [
dharmâdbarmavipâkaiji ca jnâtvâ dbarmo vidhiyatâm || 65 |j
vighatante bi jîvâiiâin dbanabbûgbanabaudbavab |
dbarmas tu no vigbatate kadâpi srîjinoditab |1 66 1|
ity âdi desanâprânte Madanâm avadat surab |
ehi yâvo râjagebe drastum sutamukliâmbujam i| 67 il
sâbravîd atba me premiiâ *^' kj'tam duhkbâugbadayinâ |
bbave bi bbrâmyatâni kas ko nabbûd bandbub paro 'tbavâ |j 68 ||
tad grabïsyâmy abani dîksâm tvain lu svâbbistam âcara |
tayety ukte suro natvâ sâdbvïs tâm [B ilik^] ca yayâu divam i| 69 |1
sâdhvïnâm antike tâsâm prâvrâjlt sâpi suddbadiiib |
Suvratety abbidliyâm prâptâ dustapam ca vyadbât tapab '"^ ii 70 |j
itas ca tasya bâbisya prabbâvenâkbilâ dvisab |
nemub Padmaratbam devam mabimneva drumâ Jinam || 7 1 \\
tatas tusto ''' nrpas tasya Namir ity abbidliâiu vyakbyat |
krtvâ mabotsavam tuiyam mabatvasyocifani .sriyâm || 79 ||
sâdbudbarmali samitibbir ivadbâtrïbbir auvabam |
pancabbili saairaksyamânab kramâd vrddbim babbàra sab || 78 ||
kim cid vrddbim ca samprâptas <'^ catulâis calanâis calan |
bruvams ca manmanâlàpâir visvam visvam amodayat |j 7 4 ||
astame vatsare tam ca kalâgrabanabetave |
ninâyopfdcalâcâryam bbûpo bhûyo [A i5"] bhir utsavâih || 76 ||
Z16, 5-6. — (^' A B "prasla. —
°)iil(l. — ("' A ryndhà nrpali. —
C' A °am, — '-' Comp. Ansg. J
''' Comp. Ausg. Erz., p. /16, 7. -
Er:., p,
- (^) A
^'^ A iatah stustu, — t") A "as.
2/iO SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911. '
so 'iha prajnâsiirâcâryali kdâcâi*yântike 'pathan |
ekaso darsitâ eva jagrâha sakalâh kalâh || 76 [j
kramâc ca yâuvanam prâplo iavanyajalavâridliih |
akâmyata sa dpvîbhir api ''' visvamanoharali || 77 ji
yâsâni rûpam prcksyamânâ ^'' jitadevânganâ ganam |
raanye sarve 'pi girvânâ nirnimesadrso 'bhavan [! 78 H
Iksvâkuvamsajâ râjakanyâs câturyasâlinîli |
astottarasahasram tâh ksmâpas tenodavàhayat |j 79 |! yuginain ||
Magliavân iva devîbhih samantâbliih samam sukham |
bhunjâno gamayâm âsa kâlara kamcin nimesavat |j 80 ||
aayadâ ca Namim râjye nyasya Pa[C i4o']dmaratlio nrpali |
vairâgyàd vratam âdâya kramât prâpa param padam || 81 ||
tato Naminrpo râjyani nyâyenâpâlayat tatliâ |
anyâyasasto vyartho 'bhûd vâcyâbhâvâd yathâ bhuvi || 89 ||
itas ca yasyâm dosâyâm nyahan Maniratho 'nujaiu |
tasyâm evâhinà dasto mrtvâ tuiyâm yayâu l)huvam || 83 ||
râjye nyasya tatas Gandrayasasam sacivâdayali |
dvayoh sodarayor délie samam samcaskarus tayoli || 84 ||
talas Gandrayasâ bhflpo nïtivalllpayodhaiali |
pileva pâdayâm âsa prajàb prâjyaparâkramab |j 85 ||
aayadâ ca Name ''' râjno râjyasârah sitadvipali |
unmûlyâlânam unmatto 'calad Vindhyâcalani prati |I 86 ||
Siidarsanapuropânte vrajautam tam ca dantinani |
apasyaips Gandrayaéaso vâhyàllsthasya sevakâli || 87 ||
svetadvipo yayâlïti te nrpâya nyavedayan |
bliûpo 'pi tam cirât khinnam pure prâvïvisa[A i5'']n nije || 88 i|
tatrastham kuiîjai'am tam ca jiiâtvâ caranarâir Namili |
tanmârganàya tatrâikam prâisît samdesaliârakani |! 8y 1
so 'pi gatvâvadac Gandrayasasam dhrtasâusibavali |
vakti tvâm manmukheneti râjan Namimabïpâtili [j ()o H
grbïto 'sli Ivaya svetahaslî yab so 'sti mâmakab |
lad e[B iA5']muii presayeb sadyo nânyadïyaiji bi siislbiiaiii || 91 ||
fice Gaudrayasâ dûta jagâda kim idam Namili \
mârgitâiii lii ralnâni dïyanle <''' na hi kenacit || 9-3 |1
bliavanli na ca kasyaj)! nâmnâ tâny ankitâni blioli |
grâbyâni kim tu balil)bir vïrabbogyâ bi bhfir iyaiii ''' !| 9.3 ||
ta ni Gandrayasaso vâcain dûto gatvâvadan Namcb |
(') A abhi. — f'^' C prehm°. — (■^) R Marne. — <'' A (liijate. — (••' Comi».
Ausg. Erz., p. A7, 12 : hhujjai vasuhâ narindehivfi.
LE COMMENTAIRE DE BHÂVWI.I \Y\. 251
kopâtopât tatah so 'pi yâtrânakam avâdayat i| gi |i
praty-Avantîn pratasthe ca kalitah prabalâir balàili |
pratyanîkanrpânïkamakarâkarakumbhabhfili || 96 |l
tam câyàntam carâir jnâtvâ Candrabhûpo 'py abhivrajan |
viruddhaviliagâir jnânipuriisair iva vâritah 96
tatas tam sacivâli procuh puram pihitagopuram |
krtvâ tistha ''' prabho pascât karisyâmo vathocitam [ 97 ||
Candro 'pi tat tathâ cakre Namis tv agatya lat puram j
balenâvestayad visvag bhogeneva nidhim phanî || 98 |i
tac ca srutvâ janasrutyâ Suvratàrvâ vvacintayat |
imâu jaaaksayam krtvâ ma sma yâtâm adhogaliiii ^"' il 99 \\
tad enâu bodhayâmïti dhyâtvâ prcchya mahaltarruii |
sâdhvîbhih samyutâ sâgât samïpe Namibhûbliujali ' | 100 ||
III
tâm pranamyâsaaara datvâ Namir bhuvi nivistavân |
âryâpi dharraam âkhyâya tam evam avadat su [A 16"] dhïli || 1 ||
râjann asârâ râjasrîr "' bhogâs câyatidârunàh |
gatili [G iho^] pàpakrtâm ca syâa narake duhkhasamkule || 9 ||
tad vimuncâbavam ko hi jyesthabhratrâ sahâvahali |
Namili proce katham ayam syân mama jyesthasoflarali || H \\
tatali sâdhvï jagâu tasmâi svavrttântani vathâsthitam |
Namis tathâpy ahamkârân nâmuiïcad vigraliâgraliam ji h ||
sâtha madhye puram Gandrayasahpârsve yayâu drutam |
so 'pi tâm pratyabhijiïâya nanâmâsrujalâvilah <°' || 5 ||
datvâtha vistaram tasyâi ksitinâtbe ksitâu sthite |
tâm suddhàntajano 'pyetyânamad bâspâyiteksanali || 6 ||
atha Gandrayasâh sâdbvîm ity ûce gadgadâksaram |
angîkrtam t\ayâ mâtah kim idani durdharam vratam || 7 1|
sâdbvyâtha svîyavrttâate tasmâi tasmin nivedite |
sahodarab sa me kvàstlty ■^' aprcehat tâm sa pârlbivah jl 8 ||
âryâ jagâda yena tvam rodhilo 'si ^**' sa te 'nujah |
tad âkarnya mahânandam aviadata mabîdhavali () "
yayâu ca sodaram drastum utsukah so 'tisatvaram |
snehâtirekapâthodasântadarpadavânaiah || 10 j|
(' A tisfa. — • (-1 Comp. ylwsg-. &:., p. Ay, 19-QO. — '"■ A "bhuhhujah.
— (*' Comp. Amg. Erz., p. Z17, 2 A. — '^) A B C "ii/a/*. — ^") Comp. Ausg.
Erz., p. 47, 35.
242 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
tam câvântani uisamyâgàn .Namiràjo 'pi sanuiuikliali |
bhûnyastamastakah pâdêlv agrajasya uanâraa ca || 1 1 ||
tam câaamantam Gandro 'pi dorbliyâm âdâya sâdaram |
parirebhe drdhain saehâd eklknrvaiiu ivâtmana |i 1 2 H
[B iA5''] mahotsavâir inahïyobhis tam ca prâvïvisat pure |
manyamâno nijam jaiima krtârtbam bhiâtrsamgamât || 1 3 |i
tam ca kramâgate râjye nyasya Candrayasâ nrpah |
parivrajyâm urîkrtya vijahâra vasumdbarâm II 1 4 ||
jiâkasâsanavac candasasano 'tha Namir nr[A i6''][)ab |
nyâyàmbujâruno râjyadvayam anvasisac ciram |! 1 5 ||
athânyadâ tasya debe dâlio 'bkfid atidubsabali |
l»hiipo iiapa ratini k\ âpi vyâdbinâ tena bâdbitali || 1 6 ||
cikitsci vividhàs tasya vyâdlies cakrus cikitsakâb |
tas tu tatrâbhavan mûdbe hitasiksâ ivâpbalâh || 17!
tato vâidyâili ''' parityakto 'sâdbyo 'yam iti vâdibbih |
Svarbhânur iva sïtâmsuni sa rogo 'pîdayan nrpam || 18 ||
tadâ ca caudanarasâi râjnab kiiii cid abbût sukbam |
iti tani sakalâ râjnyo uityaiu svayam agharsayan ''* || 19 |i
tadbâluikankanaganaranatkâramabâravali |
râjno rogâturasyâbhût karnâgbâtakaro l)lirsam |i 90 ||
sokârtasya mrdaiigâdinâdavaa mama roginali |
(bdikhâkaro 'tiéasto 'yam iti ràjâ jagâu tatab || 91 ||
lac câkarnya krâmâd râjnyo râjnab sâukbyakiie svayam |
ekâikam ekasesâni kaiikanâuy udatârayan || 99 |
ekàikam tat tu kaiyânahetave dadbire kare |
tadâ ca nâbbaval kolâbalas' candanagbarsane || 98 ||
nrpo 'vâdlt tato yan na srûyate kaûkanadbvanili |
tan manye candanam dcvyo na gbarsanti pramadvarâb || -y.h ||
[G 1/11"] mantrl proce prabbo devyab sarvâ gbarsanti candanam
param ekâkibbâvena sastâyante na kankanâh || 9 5 ||
lad âkari.iya nrpo dadbyâu sAntamoho mabâsayali |
babiinaia samgame^'* dosali syâd ekasya tu na k\acit || 96 ||
valayânâm api mitbo gbarsaiiam bbiiyasam abbnl I
ekâkinâm tu tan nâiva Icsâm sampratijâyate || 97 |ï
saiigas lad akbilo (hilikbakriranain prâninâm bbave |
ekatvam tu mabânaudabetub syâl saiigavarjanat || 98 ||
I A 17°] lac cec cbâmyed ayaiii dabas tadâbam vratam âdade |
dbyâyana iti prasupto drâg nidrâsukbara avâpa sab || 99 ||
''■' A "dyâi. — t-' A "mjal. — •''' A /)alinsnm{fame.
LE COMMENTAIRE DE BHUWIJ \Y\. l'/i3
tasyâm Kârttikarâkâyfim râtrâu tasya mahipateh |
dâhah*'* sânmâsikah sadyo 'sâmyat punyaprabhàvalali ;j oo |!
prabhâte ca taniibhûtalandrah '''' svapae dadarsa sali |
âtmânam Merumâulisthasitebhaskaadham âsritam | oi |1
tûryanâdâili prabuddlio 'tha tusto Namir acintayat |
aho maya pradhâno 'dya drstah svapno mahàphalah || Sa \\
kim càham ïdrsara sâilara drstapûrvïti bhâvayaa |
jâtismaranam âsâdya so jïiâsîd iti suddhadhih || 33 ||
pQrvam narabhave dïksâm âdâya tridivam [B i hù"] galali j
Jinajanmotsave Merum adrâksam aham ïdrsam ji 34 ^
tatali '^' sa vidhvastavimohajalo
vidhâya locam svayam àttadïksah |
pratyekabuddbo vibudhapradatta-
veso vyâhârsïd Namirât prthivyâra j| 35 ||
iti srï-Namirâjarsikathâ.
IV. Naggâti.
I
[A 26"; B i5-2";C i/ty".]
atha Naggalisamjnasya sambu[G 1 47'*]ddliasyâmrapâdapâl j
luryapratyekabuddhasya kathâm vaksyâini tad yatliâ || 1 ||
atrâiva Bharataksetre dese Gandhâi-asanijûake |
sri-Pânduvardhanapure râjâ Simharatbo 'bbavat || a ||
anyadâ tasya bhûbhartur dvâv asvâv '" Uttarâpatbât |
upâyane samâyâtâu '^' «akravâjivijitvarâu || 3 |i
layor madbye babhûvâikas turango vakrasiksitali |
tam ârohan nrpo dâivàd dvitïyani '■"' tu tadangajali 1| h ||
tatali sâinyânvito râjâ nirgatya nagarâd bahib |
vâhakelîm ''^ galo vâhavâbanârtbani pracakrame |'| 5 ''
prakrstâm tadgatim drastuni ka[B io-3'']s'ayâ prâharac ca tam |
tatah sa turagab sindhu" purâd apy acalad drutam || |j
tam raksitum nrpo valgâm âcakarsa yatbâ yatbâ j
tatbâ tathâ hayo jajne javanali pavaaàd api || 7 |j
gacchann evam yojauâni dvâdasàtigato bayah |
(!) A dàha. -^ '^
B C "candrah.
— (^' A B tatas. —
''■'''> A asvav
(*) Gomp. Ausg. Erz
, p. 48. 20.
— ''''' A B dvitïye. —
("' A bâha"
'*î A iindhuh.
Ikh SEPTEMBTIE-OCTOBRE ion.
lam aranye 'nayan nadyâh pûras tarum ivodadliâu jj 8 j|
âki'syâkrsya nirvinno valgâm tatrâmucaa nrpah |
turangamo 'pi tatrâiva tasthâu tatksanam âtmauâ i| 9 ||
tatas tam vâjiiiani jnâtvâ[A ay'jbhfLsakro vakrasiksitam |
baddhva kvâpi drume l)lirâmyaii prânavrttiin vyadhrit phalâil
râtrivâsâya cârûdho girim ekam mahîpatih |
dadarsâikam darsanïyam prâsâdani saptabhûmikam || 1 1 |i
tasya madhye pravislas câdrâksîd ekâni mrgeksanrmi |
rfipalâvanyatârunyatiraskrtaralisriyam || 12 [[
sasambhramam samutthâya pramodabharamedui'a |
dadâu sâpy âsanara tasmâi so 'pi tasminn upâvisat || 1 3 i|
mithas tâv anvarajyetâm ksanjid dûtîkrteksanclu |
anyouyadarsanodbhiitasnehâvesahrtalrapâu || i4 ||
kâsi tvam subhage kim ca tisthasy ekâkinï vaue''' (
atheti bhûbhujâ prstâ sotkantham sâivam abravït |! 1 5 j!
bhavaae 'smiu vedikâyâm pûrvam udvaha mâni prablio |
pascât svaslbamanâh sarvam vaksye vrttântam âlnianali î| 1 G
tat karnâmrlam âkarnya vâkyam tasyâ dharâdhipah |
sarasam bhojanam pi'âpya bubhidisur iva pipriye || 1 7 ||
bhavane tatra sânaiidani pravistas ca jinrdayam |
so 'pasyat tasya tu puro vedikâm sul)havedikrini jj 1 8 ||
tato natvâ Jinam samdhyâsamaye vedikâm gatab ]
gâudbarvena vivâ[G i/18']heuorvIsas tâm iidnvaha sah || 19 |
lato vâsagrhe galvâ vilâsâir vividhâili sukham |
ativâhya nisâni prâtas lâu Jineinh'ani pranemaliib || 20 ||
l'âjfiali simhâsanasthasyopavistâ 'i-dhâsaue mudâ |
sâtha râjnl jagâu râjaii vârttâ me sTûyatâm iti || -^ 1 ||
ati'âiva Bharalaksetre sâlilaksmïvibhûsite |
Ksilipratisthitapure 'bhavad VijitasatrurâÇ '"' || 23 ||
sa cânyadà sabbâm ekâm kârayitvâ manoharâm |
sarvâm citrakarasi'enïm âbûyâivam avocala || 28 ||
yâvanli vo grhâni syur bhâgâis tâvanmitâir iyam |
citranïyâ sabhâ dirais citrâis' cih'âikahetubhib || 9 A ||
pramânam ajnety uktvâtba nâike cilrakrlo 'pi (âni |
arebhiro citrayiluni karas tesâm sa eva hi || 26 |]
latra câiko jarï cilrakaras Citrâfig-adabbidliali |
acitrayal sabbaûi ni| A o.7''jtyam asabâyab sulojjbilab || :^G ||
tasya câikâbhavat putrï nâmnâ Kanakamanjarî |
(1)
Gomp. Ausg. Erz., p. li(j, 2. — ^■'' Devendra : JiyasaUn.
LE COMMENTAIRE DE BHÂVAVIJAYA. 245
rQpayâuvanacâturvakalâsarvasvaseva[B i53°]dhili | -^7 ||
sa pratyaham sabhâsthasya gatvâ bhaktani adàt pituh |
sa tu tasyàm âgatâyâm agân nilyam bahir bhu\i || 28 ||
anycdyur bbaktara âdâya prastbitâ sa janâkule |
râjamârge yayâu yâvat kanï mantharagâminï || 99 ||
lâvat tatra javenâdrivâhinîpûi'ajisnunâ |
vâbayantain hayam bhùpain as'vavâram dadarsa sa jj 3o |i
tato bhïtâ pranastâ sa gâte tatra sabhâm agât j
sabhaktâm àgatâni tâni ca vlksya vrddho babir yayâu || 3 1 Ij
tasya putrî tu tatrastbâ kâutidcat kutlime 'likhat j
vividbâir varnakâir ekam kekipiccbani yatbâstbitam iJ 3^ ||
atrântare sabhâm drastum tatrâyâto mahîpatih |
tat kekipiccbani âdâtuiii ciksepa ''' karam anjasà || 33 ||
tal piccbani tatkare nâgân nakhabbangas tv ajâyata j
pravrttir '■'> hi vinâ tattvajnânam syân nispbalâ '^' mnâm || 34 ||
tato \ilaksam ksmâpâlaiu viksyamânam itas tatah |
savilâsam \ibasyeti proce Kanakamaûjarl [[ 35 |
mancako hi tribhih pâdâili susthito na bhaved iti |
pas'yantyâs turyapâdam me lûryamûrkho 'milad bbavân |i 36 II
ke 'nye 'trayah katham câham tûrya ity avanïbhilâ |
prslâ sa putiar ity ûce tani râjânam ajânatî [j Sy
ahaiii Citrângadâhvasya vrddiiacitrakrtah sutâ |
ibasthasya pitiu- hetor âyâty '*' âdâya bhoja[C ii8'']nam || 38 j|
ramhasâ bhûvasa vàham vàhayantam catuspathe |
adyâikam martyam adrâksain sa niûrkhab prathamo matab i| 39 ||
râjamârgo hi bâlastrïvrddbâdyàih samkulo bbavet |
iti tatra javenâsvân vâhayanti na dhîdhanâb j 4o 1|
nirdayah sa tu tatrâpi ramhasâ vâhayan bayain |
khatvâyâm âdimah pâdah kathyate bâlisâgraulh \\ hi\\
dvitïyas tu mahîpâlo 'vijnâtaparavedanab |
silpinâm vesmatuiyâmsâir yo 'dâc citrayitum [A 28"] sabhâm ||/i2 ||
santi citrakrto 'neke 'nyesu sarvesu ves'masu |
marna tâtas tu nisputro duhstho wddhas ca vidyate n 43 ii
tasyâpy anyâih saba samam bbûpo bbâgam prakaipayan |
dvitïyah procyate miidhas'"' tritïyas tu pitâ marna [1 44 ||
sa hi pûrvârjitam sarvam bubhuje citrayan sabhâm |
vinâijanâm bbujyamâuâm vitlam hi syât kiyac ciram || 45 \\
atha yat kimcid âdâyâgatâyâm mayi bhojanam |
'^^ A vi". — ^'^' A "vrtti. — '■■' A nippli', — (^' A âydnty. — '=' A "ah.
2^6 SEPTEMBRE-OCTOBRE 191 I.
sa yâti dehacintàyâi na tu pûrvaiu karoti lani Ij /i6 j
tatasca sitalïbhûlam tad bhojyam '^'' virasani bliavet |
sadanne 'pi hi sïte syâd vâirasyam kim punah pare || hjW
tâdrsam ca vidhâyânnam bhunjcâno matpilâ nisam |
Irtîyali procyate jàlmas catiirthas tu bbavân niat'ili [j 68 IJ
agamo bi kadâpy atra na saiidjbavati[B i53''] kekinam |
tat syât kâutas kutah pfitas tatpiccbasyeba kutlime \] h[) '
atbâtrâpi tadânïtani syât keuâpiti cet tadâ |
tasya pràg nirnayali kâryas tadromasphuranâdinâ jî 5o ||
(a m \inâ tu ksipan pânim asmims tvam mûdba eva hi |
tato 'vâdïn nrpah satyam aham pâdas turîyakab i| 5 1 |j
dadbyâu ca bhûpatir abo asyâ vacanacâturî |
abo buddbir abo rfipam abo lâvariyam adbbutam || b-i \\
pânâu krtya tad enâm svam karomi sapbalaiii janah j
dbyâyanii iti nijani dhâma yayâu nrpatir utsukab II 53 !i
tàtani prabbojya tasyâni ca galâvâni svagi'lie nr|)ali |
prâisïc Citrângadâbbyarne .sriguptâbbidbadbisakliam '''^' i; oU j'
lonârlbitali pârthivârthani kanïm Kanakamanjarîm ]
Gitrâùgado 'vadad yuktam adab kim tv asmi nirdbanali |i 55 ^'' jj
Uid vivâbotsavaiu râjnah pûjâm ca vidadbe katbani |
(lulistbânâiii by udarâ pûrttir api krccbrena jâyate jj 56 || *
sacivenâtba ladvàkye râ[A 98'']jûab prokte nrpo 'pihi |
dbanadbânya!iii\iriyâdyâis '-'"' tasya gebam apûrayat jj 57 ||
snbbe câbni maliisas tâm upayeme mabâmabâili [
dadâu ca tasyài prâsâdam dâsâdvain ca pariccbadam ji 58 i!
lasya râjno[G lAy'j'bbavan râjiiyo babuJà tâsu càuvabam |
bbûpater vâsasâudbe 'gâd ekâikâ svasvavârake || 59 ||
tasmin dine tu bbûpenadista Kanakamanjarî |
yayâu dâsyâ samaiii râjfio gebam bbûsanabbûsilA jj 60 |i
taIrSgamayamânâ sa nrpain tastbâu tn vistare ]
râjûy agate ca vinayam abbyuttbânâdikam *** vyadhât || 61 ||
bbri|)e 'Iba supte sayyâyâni evani Madanikâbliidliâ |
piirvasaiiikelitâd dâsl jaf;ân Kanakamanjarîm !| (')-i |j
svâmini tvain kalbâiu bnibi kânicit kâutukakârinim |
sa proce râjni nidrâne '"' katbayisyâmi tam abam |i 63 |i
lac cbrutvâ bbiidba\o dadbyâv asyâs càturyapesale |
") A ///ifi/i/rt. ' l)(V('a(li'ii : Siiiritltii/iliiliiiiiimiiiiili. ('" A 5'!, etc.
'''' (îoinp. -Ih«^'. Ei:.. ]>. fjo, o. — '■■' (iimij). I«x/;. iV:. jj. 00, y. — '••''' A
"diâiià.
LE COMMENTAIRE DE BHÂVAVIJAYA. 247
vacane srûyaraâne hi sarkarâ karkarâyate \\ 6k \\
lato 'nayâ vaksyamânam âkhyânam aham apy aho (
srnomîti nrpo dhyâyan susvâpâlïkanidrayâ || 65 |j
athoce Madanfi devi siipto rât*'' kathyatâni katliâ |
sàvadat savadhânâ tvani srnutâin vacmi tadyalhâ || 66 |i
srî-Vasantapiire sresthî Varunâkhyo '"* dvsanmayam |
acîkarad devakuiam ekam ekakarocchrayam ji 67 ||
latra devakule devam caturhastaiii nyadhatte sali |
tadâkarnya jagâu jâtakâulukâ Madaueti tâm [ 68 |!
ekahasle suragrhe caturhastah surah katham |
mâtîti samsayam cbinddhi sa hi khâtkurute hrdi || 69 \\
devî smâhâdhuiiâ yâti nidrâ me tat paredyavi |
idani vaksyâmi te ko hi nidrâsukham upeksate |j 70 ||
evam astv iti jalpanlï tato 'gân Madanâ grham |
atho yathocitasthâne 'svapît Kaiiakamanjarï j; 71 |j
hhûpas tv acintayad iyam vârttâ samgacchate kalham ''"' \
lasyâ rnhasyani prcchânii tad onâni adhiiiutiva lii fi 7 y j!
yad va vaksyaty asàii jâlmam asmin prasiie kric hi mam |
ardhoditâ ca vârttâ syâd vallabhâto 'pi vaHabhâ [| 78 ||
svastane 'pi dine dâsye lad asyâ eva vâi-akam |
yathârdhakatliilâ vâi'ttâ sriiyale svayam eva sa |! 7/1 ||
dhyâtvety adâu nrpas tasyâi dvitiye 'py ahai vârakam j
talhâiva râjiïi supte tâm ado Madanikâvadat |! 76 ||
[A 96°] tâm ardhoklâm kathâin brûhi layety ukte ca sabra vit ]
devas caturbhiijali so 'bliilii na tu tanmânabhûghanab i 76 |l
alhâkhyàlii kalhâm auyâm evaiu Madanayoditâ |
râjnï jagâu vane kvâpi raktâsokadrumo bhavat || 77 \\
sâkhâsatâkulasyâpi tasya.châyâ tu nâbhavat |
jagâda Madanâ lasya châyâ na syât taroh katbara j| 78 il
sâkhyat tandrâknlâsmlli kalye vaksyâmy adas tava |
tatas tasyâi da[G i^9'']dâu bhûpas trtîye 'py ahni vârakam |j 79 |j
prâgvan Madanayâ prslâ sâtlia proce inahrisayâ |
taros tasyâbhavac cliâyâdbaslâd iirdhxaiii lu nâbliaval j| 80 t|
âkliyânam anyad âkhyâhlty uklâ Madanayâ punah |
sâvâdll kvâpy abhiid grâme ko 'pi dâserapâlakah |i 81 |i
lasya câiko mahâkâyo ravano 'ntar vaiiam caran )
ekam bubbûiam adrâksit phalapuspabharâkulam |j 83 ||
''' A ràl (presque illisible). - '-* A "«yo. — ^'' A aiilem Lalliam ad l.rlc in
inaryine.
2A8 SEPTEMBRE-OCTOBRE 191 1.
Uilah''' sa tani druniani ablii grîvâm prâsârayau muliuh |
pattramâlram api pi'âpa na tu tasya mahâlaroli |j So î|
jâtakopas tatas tasya drumasyordhvam kramelakah |
vinraûtre vyasrjat ko va kadaryebhyo na kupyali | 8/1 |i
Madanâkhyan mukhenâpi yam na prâpa mahàdrnmam |
fasyopari s'akrnmûtre sa dâsero vyadhât katham || 85 |i
l'âjfiï jagâv idani kaiye vaksye nidrâini sâmpi'atara (
turye 'py aliai tato râjâ tasyâi vârakam ai'payat || 86 ||
fato dâsyâ tayâ prstâ proce Kanakaniafijaiï |
bubbûlah '^' so hi kûpe 'bhiit tat taiu psâtuni sa nâsakat || 87 ||
prâgvat kathântarani prstâ tayâ sa câivam abravît [
bhûpena kvâpi kenâpi grhïtâu dvâu raalimlucâu li 88 ||
manjûsânihitàu tâu ca nrpo nadyâm avâhayat |
dayârdhacetâ na punar mârayâin âsa tâu svayam || 89 H
yânlïm nadijale vlksya lâni petâni ke 'py akarsayan |
tâin sa[B i5/i'']mudghâtya te câivam aprccbanis tâu vinirgalâii 1] 90 1|
yuvayoh ksiptayor alra ''' jajûire kati vâsarâli |
adya turyadinam iti tayor[A agôjeko 'bravît tadâ |i 91 11
katham turyam ahar jnâtam iti pi'stâ bhujisyayâ |
devy ûce sva idam vaksye nidrâkàio hy apasthitab il 92 |i
pancame 'pi dine ràjnâ kâutukâd dattavârakà |
lathâiva dâsyâ prstâ cety ûce Kanakaraaiijarl || 98 ||
trtîyajvaravân âsïd ity ajnâsît sa tain diiiam |
ity uktvâ sa katham anyâm dâsyâ prstâivam abravil || ijli ||
jajnire bahulâ râjnyo râjnah kasyâpi kutracit |
tâsu càikâbhavat tasya svaprânebhyo 'pi vallabhâ |j 98 ||
râjnïnâm sankayânyâsâin kalâdâir bhûgi'basthitâili |
sa ca tasyâli ki'te channam alanikârân akârayat |j 9O |1
ko hi kâlo 'dimnâstîti kalâdâms tâmsca kâutukât |
ko 'py aprcchat tadâ câiko râtrir astïty abhïsata || 97 ||
tatra râtrih katham jnâtety uktâ râjnl bbiijisyayâ |
proce pramîlâbhyetîli vaksye 'nyedyur idam tava || 98 ||
saste 'py ahni nrpaprattavâraka ''' sâtha tâni jagâii |
bhugrbe 'py nisândhatvât sa[G. 1 5o"]ksa|);iiii inatavan ili || 99 ||
katbântaram ca prslâivaiii sâkliyal kasyâpi bliiipalcli |
pcLàm bhûsanasaiiipurnâm nischidrâm ^'' ko py alaiikayal || 100 ||
'■' ABC tatas. — *^' A B bubbulam. — <•''' Lasmïvaliablia : yuvaijur alra
i.xiplayor { AuHfr. Erz. , p. 5 1 n. 3 ). — ''"' A urpaiti". — ^■''> A °chitrai}i ; B G
LE COMiMENTAIRK DE BHÀVAVIJAYA. 249
lasyâm cânudghâtitâyâm evâpasyan nrpo 'kliilân ||
tanmadhyasthâii alamkârân dâsy âkhyat syâd idaiu kalham [j loi ||
râjnï smâhâ tavedam ''' svo vadisyâmi saye 'dhunâ |'
prâptâ ca vârakam pràgvac cetyâ prstâivam abliyadhât || 102 ||
babhûva petikâ sa hi svacchasphalikanirmitâ'"' ||
lat lasyâm pihitâsyâyâm api bhusâ dadars'a rât || io3 \\
II
[A 29»'; B 15/»"; G i5o\]
âkhyànâir ïdrsâir yâvat sanmâsân sa naresvarani |
vyamobayat ''^' tatab so 'bhût lasyâm evarato bhrsam || 1 || (B C II, 6).
nrpângajâ apy anyâs lu râjûlr nâjal|)ayan nrpali |
latas tâh kupilâ nilyani tasyâs cbidrâny amâi-gayau '''> |i 2 \\
liens câivam ayam bbûpo 'uayâ niinam vasïkrtab ( ,
kuliQâ api nas lyaktvâ yad asyâm eva rajyale | 3 |i
citrakrttanayà '^' sa tu sudhïr [A So"] madhyanidine 'nvaham j
sthilvâ garbhagrhe hitvâ vaslrabbiisâ nrpârpitâh '"' || k \\
âmucya pilrsalkâni vaslrâny âbharanâni ca |
ehâkinï svam âlmânam evam uccâir abodliayal || 5 || yugraam I|
re jïva ma madam kârsïr ma vidhâ rddhigâuravam |
ma vismârsïr nijâm piirvâvasthain prâpto 'pi sampadani \\ 6 ||
alamkârâs trapumayâ jïrnâni vasanâui ca |
nijânîmâni jânîhi sarvam anyat lu bhûpateh 1| 7 ||
la[B i55°]d darpam^'' apahâya tvara âtman sànlamanâ bhava |
yalhâ suciram elâsâm padâip bhavasi sanipadâm '*' || 8 |j
anyalhâ tu narendras tvâm grhitvâ galakandaie |
niskâsayisyali ''' grhât kuthitàngîm sunîm iva || 9 ||
lac ca taccesdtam drstvâ dustâs lustâs chalânvisah |
ily ûcire para râjûyo janesam vijane slbilam i| 10 ||
yady api tvam prabho 'smâsu nihsnebo 'si tathâpibi j
raksâraas tvâm vayam vighnâl slriyo hi patidevatâh ''"' [j 1 1 ||
tvatpriyâ sa hi kurute kârmanam kinicid anvaham |
layâ '"' vasikiias tvam lu na jânâsi lad apy aho || 12 |1
(*' A taveda. — '--> ABC ".iphutila". — '•' Comp. Aiisg. Er:., p. 52, 1
crisahkhdnaehim chammâse jâva vimohio. — '''^ Comp. Au$g. Eiz., p. 09, 3.
— (^' A "kiianayâ. — '^' A "ta. — <'' A tadarppam ; B C taddarppain. —
'*•' Comp. Ausg. Erz., p. 5a, 12-1 3. — (^' AC niskàsayesyali ; B niskâsaycli.
— ("" Comp. iw-^g-. Er:., p. 5^, ii-16. — (^'' B tathà.
250 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
atha râjnâ katbam idam ity uklâs tâli punar jaguh |
yadi pratyesi na tadâ Ivani nirûpaya kenacit''' || lo i|
sa hi sthit\ âpavarake pidhàya dvai-am anvaliara |
krtvâ kuvesam madhyâhne kiniciii muiiamui.iâyate '""' || li |i
tan nisamya urpas latra g-atas tad vïksituni svayam |
prâgval svanindam '^' kurvatyàs tasyâli suérâva lâm giram || 1 5 ||
tatas tuslo nrpo 'dliyâsïd aho asyâh subliâ matili |
[G i5o''] aho vivekacchekatvam aho mânapamânanam |j i() ||
raadonmattâ bhavanty anye svalpâyâm api sarnpadi |
asâu tu sampadutkarsain saiiiprâptapi na mâdyati || 17 ||
tad asyâni santi sarve 'pi gunâ eveti uiwcitani |
rajnyas tv etâ gunam api dosain pasyanti matsarât ''' || 18 ||
nktani ca : ,
jâdyam hrîraati ganyate vratarucâu danibhah sucâu kâitavam |
«lire nirghrnatâ rjâu vinialitâ dâinyani priyrdâpini |
k'jasviny ava[A 3o'']liptairi niukharatâ vaklary asaktih sthirc |
tat ko nâma guno bhavet saguninâm yo durjanâir nânkitah ^^' \\ 19
dhyâtveti bhûpatis tustali pattarâjnïm cakâra tâm |
gui.iâir ''^' mahatvam âpnoli jano na lu kalfldibliih || 20 ||
nrpo Vimalacandrâkhyasupipâr.sv(' sa canyadâ |
saraam Kanakamafijaryâ srâddhadharmam upâdade || 2 1 1|
sâlha citrakrtah putrï kramân nirtvâ divam yayâu |
avirâdhitadbarniànali suresv eva vrajanti hi || 92 ||
Vaitâdhye Toranapure Drdhasaktimahlpateh |
sulâ Kanakamàlâkhyâ jajne svargâc cyuta tu sa || 28 i|
lâni prâptayâuvanâiu preksya rupâdhyâm'"' mohito'nyadâ |
lirtvânâisid iha girâu khecaro Vâsavâbhidhab || 24 ||
vidyayfivihile sadyali prasade 'srain \iiHUcya lâiii |
sa vyadbad vedikam enàra yavàd udvodbuni udyatah || 2 5 i|
tâvad atrâgatas tasyâ agrajas tâni gavesayan |
yoddhiim âhvasta Kanakatcjas lam kbecaiarii kiiidhà || 26 |i yugmar
vidvâbaloijilâu yuddiiaiii kurxanlaii tulya\ikiainau |
tâv aiiyonyaj)rabâreua sadyo 'bhûtâm yamàtitliï li 27 ||
svani tadvinâsaklnâsani nindantî viksya tau mrlâu |
[B i55''J cirani rumda Kanakamala bhranla.sucâkulâ || 28 ||
l') Gomp. Ausg. Erz., p. 53, 20, — (^' Devendra : himpi itiuiiuwunanli. —
f'j A "uindyàm. — '•''1 Comp. Ausjf. Erz., p. 53, 1. — ''' JUiaiiiliari, Nitiml. ,
lili, edd. BoiiLEN et GangAduaiiv (.")/i , éd. Telang); Boeiiti.inok, lud. .Syw., Î2375.
— (6) A frnnai. — '-'> B C riipà<lijam (?). — <"> A B G om.
LE COMMENTAIRE DE BHÀVAVIJAYA. 251
ladâ câtrâgalo Yânamaiilarâkhyah surottaraah |
vatse tvam marna pulnti ■'' premnâ yâvad uvâca tâm || 29 ||
sutâm anvesayaa tâvad Drclliasaktir ihâyayâu |
tatah Kanakamâljim drâk savarupam ''- suro 'karot || 00 1
atha tâa patilâa prthvyâm svaputrïputraAâsavân |
\ ipannàn vïksya samvigno Drdhas'aktir acintayat || 3 1 |i
Vâsavena suto nûnam jaghne lena ca Vâsavah |
sutâ tu Vâsâvenâiva mâi^yamâneaa mârità || 82 ||
tat samsâre 'tra duhkhâdliye krlî ko uâma rajyate |
dhyàtveti prâvrajad vidyâdhararâjas tadâiva sah i| 33 ||
mâyâm hrtvâ tato devali saiiiam Kanakamâlayâ |
nanâraa sramanani so 'pi kim etad ili prslavàn |i 34 i|
atliokle bhrâtrpaûcalvadaate Kanakamala[A 3i'']yâ |
maya savatrayam '■^' [G i5i"] drstam katliam ity avadaii munih || 35 ||
suro 'tliâcikatliau mâyâ mayâsâu tava darsitâ |
munih smâha kuto hetor mâyâ me darsitâ tvayâ [1 36 |1
devo 'vâdït taira hetum Drdliasaktimune srnu |
Ksitipratistlîitapure jajiïe Yijitasatrurât || 87 II
sa ca citrakrtali '*' putrini nâmnâ Kauakamaûjarim |
upayeme 'nyadâ sa ca paramasrâvikâbhavat j| 38 ||
tayà ca pancanamaskârâdinâ niryâmito ^^^ mrtali |
latpità citrakrd VâaamautarâkhyaLi suro 'bhavat 11 89 ||
so 'ham atrâdliunâyâlo 'pasyam sokâkidâm imàm [
utpaunabhûripremà copayogara avadlier adâm \\ ko |i
asâu me prâgbhavasutety ajûâsisam aham latah |
tvâm ca tat ksanam âyâiitaiu niriksyâivam acintayam jj 4i 1
pitrâ sahâsâu gautrïti bliâvï me viraLo 'uayâ |
dhyâtvety adarsayam imâm mâvayâ te savopamâtn '*^ \\ kù \\
tvâm ca pravrajitani preksya mâyâ drâk samhrtâ maya |
tan me duscesfitam idani sodhavyam sumune tvayâ || 43 ji
dliarmahetutayâ me tvara upakartàsi tat kutah |
iltham àttholi tam jalpanu utpapâta munis tatah || 44 Ji
tadâ Kanakamâlâpi srutvâ vrttântam âtmanah |
prâptâ jâtisrarlim sadyo dadarsa prâghhavaiu nijam |j 45 |i
matpitâyam iti prema sure sa taira bibhratî j
tâta ko me varo bhâvîty apràksit tam divâukasam || 46 ||
suro 'thâvadhinâ jhâtvâ proce prâcyas tava priyali |
(i; Comp. Ausg. El-., p. 53, i3-iû. — '-i ABC mùa". — ('> AB saba°, C
saba°. — (^) Acitram". — '^i Comp. Ausg. Evz., p. 53, 27. — ("^ ABC sabo".
17-
252 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
râjâ \ ijitasatruh sa devîbhûya cyuto divah || 67 ||
Drdhasinihamahïneluli sutali Simharathâhayah |
jâto 'sti medinïbliarlâ bhâvî sa le sute varali jj 48 î| yugmam
tatsafigo me katham iha bliâvity nktas tayâ punali |
suro 'vàdld ihâgantâ vàjinâpahrlo hi sah |1 /19 ||
tad udvegani vihâya [B i56°] tvam iha tistha yalhâsukham
ahani Ivadâdesakârï slbâsyâmi tava sannidhâu || 5o ||
ity uklvâ saparîvârab prasâde 'sthâd ihâmarah |
tasthâu Ka[A 3i'']uakamâlâpi tadabhyarne surïvrtâ || 5i ||
svâmin Kanakamâlâin tâm mâm avehi gunodadhe |
sa devas tu yayâu Meriiin câityauatyâi gale 'bani || 5^ ||
laias Ivain aparabiie niatpunyâkrsla iliâgamali |
manmanonayanayâmbhojavibhâsanabhâskarali '"' il 53 ||
maya lûtkanihayâ lâlâgamam yâvat samïksilum |
asaklayà Ivayâ sâkain svayara âlmâ vivrdiitab || 54 ||
esa svâmin svaviilânto maya tubbyani ni[ i5i'']\edilab |
ili tadvâkyam âkarnya jâtim sasmâra pfuHhivah || 55 ||
alrânlare suravadbûyutas lalrâgalab surali |
praneme bbûbbujâ so 'pi tam iiccâir abbyauaudayal |i 5G ||
lato vivâhavrltânte prokle Kanakamàlayâ |
atyarlbani mudito devas cirani bbfipam avârlayat || 57 ||
divyam bhojam ca madbyâbne sabbâi-yo bubbuje nrpali |
ilthain sthilvâ masam ekam so 'nyadety avadat jM-iyam ij 58 |
araksakain bbojyam iva dvikârâjyain mania d\isali |
upadrosyanti tad gantum anumanyasva raâni i)!iye |i 5ij i|
sâvadat Ivatpurc dilre pâdacârena tat kalbam |
ilo yâsyasi taira Ivaiii lato vâtrâgamisyasi [| 60 ||
lai Prajnaplîm niabâ\idyain grbâna Ivani madantikâl j
talo râjâ grbïtvâ lâin vidbipnrvam asâdbayat 1 G 1 |i
agâc ca vyomamài'gena priyâiii prsivâ nijâm puram |
lokâib prstasca sakalam yalbrivHlam aclkatliat |! 62 ||
talab kjtolsavAli pâurâli prociir e\ain savismayâli |
aho bbûmivibhor bbâgyâbliyndayo bhuvanâdbbulah || 63 ||
sampadâm âspade py anye vindanli vipadaiii visab |
asâu lu Ithâgyavân vyâpadâspade vyâpa sann)adam || ()4 ||
bbûpriyas lu priyâin dhyâyan pancame 'bni yayâu nagam |
dinâni kalicil lalra slbitvâyâsîl punali pure || 65 ||
evain muhur miibuli saiie viajanlaiii lain nrpaiii '"' [)i'ajali |
C A B "viljluiLoralj. - '- A inim.
LE COMMENTAIRE DE BHÂVAVIJAYA. 253
nage 'smin gatir asyeti nâmnâ Naggatim îicire jj 66 ||
lani cânyadâ gatani tasminn aclrâv ity avada[ A 3-2° ]t surah |
âdesain svaprabhoh kartum yâsyâmy aham ito 'dhunâ || 67 jj
yady apy enâni vihâyâhain kvâpi no gant uni utsahe |
anullanighyâm prablior âjnâm tatliâpy ullanghaye katham |[ 68 [[
kâlaksepas ca me bbûyân bbavilâ tatra bhùpate |
itab stbânâc ca nânyatra sutà me iapsvate ratim || 69 [|
lad yatbâikàkinï na syâd asâu kâryam talhâ Ivayâ |
madviyoge 'nyatbâ dubkbara asyâ bbûri bbavisyati || 70 |I
ity udîrya gâte deve tasyâdhrtikite nrpab |
akâ[B i56'']rayau nage tatra nagarani navyam uttamam ij 71 I|
pralobhya lokâjiis cânekân pure tatra nyavâsayat |
câityâny âcïkarat tesu jinârcàs ''' ca nyavî visât H 72 |j
gràmân sabasrasas tatrâranye câvâsayan nrpab |
tac ca râjadvayam samyak sasâsodagrasâsanali |i 78 ||
nyâyena pâlayan râjyam kridan Kanakamâlayà |
Jinânis ca piijayan nityam sa trivargam asâdbavat 1 7^ !
so 'tha Kârtikarâkâyâm anyadâ [C 152"] sâinyasamyutab |
narendro nagarâd lâjapâtikâyâi viniryavâu |i75 !|
tadâ ca pallavâtâmramanjai'Ipunjapinjaram |
mâkandam ekam adrâksic cbattrâkâi'am sadâpbalam |i 76 ||
cûtasya tasya kânlasya mangalârtbam iiâpatili |
âdade maiijarïm ekâm sesâni iva sudbâbbujah 77 ||
sâinyalokàs tatali sarve pattrapaHavamanjarïm |
âdâya dârusesam tam sabakârani vitenire || 78 jj
galvârâmaiii nivrtto tba tatràyâtali ksanântai'e |
âmrakâgrah (?) sa kutreti râjâ papraccha mantrinam i 79 ||
mantrinâ ca tarâu tasmin kâsthasese pradarsite |
ïdrso 'sâu katbam abbûd ity aprccbad punar nrpab [j 80 jj
uvâca sacivo vâcam svâminn asya mabâtaroh |
jagrbe manjarî pûrvam ekâ yusmâbbir uttamâ !' 81 ||
ity amum sâinikàh sarve pattrapuspapbaiàdikam |
grbitvâ cakrur asrlkam dbaninam [A Da*"] taskarâ iva || 8a ||
tad âkarnya nrpo dadbyâu caiicalalvam abo sriyâm [
yât tâdrs'o 'py asâu cûtali ksanân nihs'rikatam yayâu |i 83 11
yad eva tustikrt pûrvam syât tad eva ksanântare |
jâyate nîdrsani vântisamaye bbojanani yatbâ li 8^ iJ
yathà bi budbudâtopah samdbyârâgas ca na sthirab |
'' ABC "(vccâL
254 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
sampado 'pi tatliâ sarvâ na sthirà iti niscllam !| 85 ||
yas tu niohena jânâti bâlisah sampadam sthirâm |
sâsvatïni manyale mandah sa lii sâudâmanïm api || 86 ||
tato duskarmalâmisrataraisrâkalyayâaayâ |
apetân duhkliadâyiayâ krtam me râjyasanipadâ || 87 ||
e\ain vimrsyâdrlasâdhudharmah
j)ratyekabuddlias caturas caturtliah |
Gândhârarâd Naggatinâraadheyah
prthvyâm vyahâi'slt suradattavesah || 88 ||
ili Naggatinrpatikathâ.
[A 3a" ;B iSÔ^Giôa"]
tatas ca :
râjyesu nyasya putrâiiis te calvâro 'py âdrtavratâli |
Ksitipratisthitapure a iharanto 'nyadâ yavuh !| 1 j|
taira câbhûc caturdxârain ekam yaksaniketanam |
tasmimsca vyantaro mûrtislhitah purvâmukho 'Iduivat || 9 |
Karakandumunis tatra pfirvadvârâ pravistavâii |
apâclsammukliad\ àrâ ''' Dvimuklias ca maliâmunih || 3 i|
])arânmukliali '"' katham sâdlios tislhrimîti vicintayan |
ladâparani \ yadluid yakso daksi[B. i57"]nabliinuikham mukham jl A Ij
Namis tu pascime dvânl prâvisad yaksamandire |
tato 'pi vadanani prâgvat trtïyam akarot surab |j 5 ii
Naggatis tv avisât -tatrottaradvârâ gunottarah '^^ }
vaksas cakro tato 'py âsyam tatas câbbfxc caturmnkliali ''^ || 6 ||
karakandostu sa raksakandu[G iSa'' |r dehe tadâpy abliût |
talali sa kandûyanakam iàtvâkandûyata srutim || 7 ||
lena samgO[)yamâuaiu ca tad vïksya Dvimukho 'bravît |
tvaktam râjyâdi cet sarvam tadâdah sanicinosi kim'^' || 8 ||
tenety ukto 'pi no kiiiicil Karakandur yadâvadat |
tadâ Dvimukharâjarsini '"' Mamisâdhur [A 33" | ado 'bbyadbât \\ 9 ||
tyaklarâjyàdikâryo '[)i nirgrantbo 'pi bhavân svayam |
karoti kfirvam ced an\adosa])rcksMnalal\saMam |j 10 î|
kim arlliai)! tailii jajyaslbo 'dbikrtrm krtavân bhavân |
parâparâdhavïksayâi kriyante hi niyoginab ''' || 1 1 ||
(') A âpâci°. — <-' A "muLlum. — '■''' A ^uiiollavà. - - '''^ A "miihham. Celle
histoire nous rappcHo l'épisode du P' livre do Maliâlihârata, où Brahinan recul
quatre visa|^es en regardant la belle Tilottainâ (\1B1)., I, 7996 et suiv.). —
(*' Comp. .'Iks/;. Evi., p. T)."), 19. - ('^) A 15 "arxi. (') Coinp. AiiHfr, Erz.,
p. ;')"), îîS-aT),
LE COMMENTAIRE DE BHAVAYIJAYA. 255
idânîm tu niyogatvam nissaûgasyocitaiii na te |
tac clnutvâ Namim ity ûce Naggatir gatadurgatih || 12 ||
yadi sarvani viliâya t\ am moksayodyacchase mune |
tadâkim artliam anyasya nindâm vitanuse vrthâ [| i3 [|
Karakaiidur atbâcakhyâu moksâkâniksisu bhiksusu [
vârayana ahitani sâdliur nindakani ^'^ kathyate katham || li ||
yâ rosât paradosoktih sa ninda khalu kathyate |
sa tu kasyàpi no kàryâ moksamârgânusâribliili \\ i5 |i
hilabuddliyâ tu yâ siksâ sa nindâ nrdjhidhïyate |
ata eva ca sâuyasya kupyato 'pi pradîyate || 1 6 ||
yad ârsam :
rfisao va paro ma va visam va pariyattao |
bhâsiyavvâ hiyâ bhâsà sapakkhagunakâriyâ '*' i 1 7 ||
anusastim imâm s'astâm uditâm Karakandunâ |
te trayo 'py urarîcakriu" vijalirus ca yathriruci |! 1 8 [[
Puspottaravimànàt te catvâro 'pi saha cyutâli |
sahopâttavratâ moksani sabâivâsâdayan kramât !| 1 9 ||
iti pratyekabuddhânâm caturnâin samasâlinâm (
sampradâyânusârena caritam parikîrtitam || 90 |!
kalyânakârinarakârivikârabâri pratyekabuddbacaritam duritâpabâ ri |
itlham nisamya samasâkhighanânukâri bliavyâ bhajantu sukrtaiji bhu-
[vauopakâri || 21 |j
iti samâpiâ prasangâgatâ pratyekabuddhavaktavyatâ ||
iti srl-TâpâgacchïyamahopâdbyâyasiI [A 33''] Vimalaharsaganimalio-
pMhyâyasri-Muiiivimaiagani8isyabhujisyo|)âdhyâyasi'î-Bhâvavijayagani-
samarthitâyàm sri-uttarâdhyayanasûtravrttâu navamâdhyayanam sam-
[ piu-nam |! ix jj
Note. — Après avoir déjà corrigé la première épreuve de cet article, j'ai
trouvé à ITndia Office, à Londres, un manuscrit contenant tout le commen-
taire de Bhâvavijaya. Ce manuscrit, qui fait partie de la collection de Poona,
est écrit avec beaucoup de soin et m'a fourni en quelques endroits des correc-
tions que j'ai introduites simplement dans le texte sans mentionner la source.
(" B ° hah. — (^) Devendra, Ausij. Erz., p. 55, 35-36
LES EMPRUNTS TURCS
DANS
LE GREC VULGAIRE DE ROUMÉLIE
ET SPÉCIALEMENT DANDRINOPLE,
PAR
LE P. LOUIS ROXZEVALLE, S. J.
PROFESSECK À LA FACULTE ORIENTALE,
UNIVERSITÉ SAINT-JOSEPH, BEÏROUTH (sYRIe).
(suite.)
lih babas, père. Presque aussi usité que 'zsarépas. -bU ^^U,
/'ai" babafj. (souvent on répète ''ai' après babàix), interj. si-
gnifiant un contentement mêlé de fierté; sert aussi à en-
courager.
f»'-?^ (S^y (SdïbabaçjL. même sens que — <^Uû. Cf. ^^\j>. ^!^.
^jl^L)b bab(X!>av'}iou5, bien constitué, fort (se dit même d'un
coup); de belle venue, gros et gras.
eAxSoljL» babah'xovs, viril, fort. Souvent syn. de ^U^bb.
(^bli barax', fange, bourbier, et surtout fond fangeux de
marais, de bouteille, d'encrier.
^IjL> &jji "xapoi barax'. plongeon . oiseau aquatique.
^:ïbb baTctxTSÎis, voleur, fripon honnête qui contracte force
emprunts et ne les paye pas, joueur effréné qui s'endette
sans pouvoir se libérer. BaTaxTSvhjx' , métier de fripon.
258 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
^^^yf^ii botTli/pddj. as. plonger quelqu'un ou quelque chose,
enfoncer; réduire à la faillite. Cf. (^A,'ji*£ii.
^ijU^U hagdx}, jambe, par e.xt. cuisse, (l'est presque le seul mot
en usage chez les Rouméliotes. Ceux d'origine européenne
emploient aussi rj gâixba., as(ital.), qui signifie surtout le
gras du mollet.
A=^L> haijas, m., haut de la cheminée; lucarne pratiquée dans
le toit pour éclairer une mansarde, une cabane.
-ib hadéyi^. amande. Aussi usité que {a)ixvySai\ov. Badeix'à,
f. , amandier.
-KjiU ou li:>\j hadavàs. badigeon; toute application de cou-
leur, de lard.
»yû:>b hsdiaèà et —dàv, adv. , gratis. Syn. y^âpiaiia.
«x^iij ou LiU hctdicL. sorte de large cuvette en terre cuite.
>^:>^ — hodovp hadioL. liomme de petite taille (contre-
fait), éclopé, au pied bot. M. à m. cuvette, jatte boiteuse.
Barbier de Meynard renvoie au mot arabe »^^.
»ijL> . cf. (>>jji .
^^îiJL» bapdax' . coupe et surtout carafon de terre cuite, parfois
émaillée. Gylinj'X ba.pda.}i'. carafon faisant glouglou. Syn.
du précédent. La ville des Dardanelles est renommée pour
h» fabrication des bapdax et de toute espèce de poteries à
émail grossier. De là son nom de ifjtX'i (jixz^ , T.sai'àx xaXè,
la ville (m. à m. la forteresse) des écuelles, plats, etc.
c:.>^;b 'dfapovj' . j)oudre: en persan et arabe ii^^b'^'. En Syrie
l'athlitlon du » à :>^^li constitue \o mol ordinaire pour (hre
lusil; pi. *>s>;[>J, pron. bouêrid.
'*' L'origine (le ce mol reste encore douteuse. Los uns ]t\ croient persan,
yvec le sens de (rsalpêtre-i (J. /!., 18A6, 1, 57.3;et i8i(), II. Hao); d'antres, avec
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMÉLIE. 259
^^b et <6JjU bdpi, hdpifji, au moins, du moins.
^I^lj ^-nra^ap'. marché, au double sens de bazar ou foire, et de
discussion sur le prix. Quelques composés sont d'un fré-
quent usage : — (^ii , hakijx — , marché , halle aux poissons ;
— Cl»), «T —, marché aux chevaux; — ooo, hh — . fri-
perie, marché aux vieilleries, m. à m. marché de la
vermine (cf. ^J^mi-A.
^j!^L> 'zsa^rt.fAipO . discussion sur le prix, fixation du prix. Les
Grecs ont formé dans ce sens un mot hybride analogue à
bazarder : tsalapsv[y)ov , marchander.
ylSjjU "ba^ijpyiav's, marchand, vendeur, surtout colporteur
juif. Le terme est rigoureusement réservé aux Juifs.
Le terme générique pour colporteur, applicable aux Juifs
comme aux Grecs, est 'zspnL{j){xaTi(pTrîs, parfois —ras.
(sjL) ba^ès, indienne de couleur pour doublures. Le mot
n'est pas dans les dictionnaires turcs sous cette forme,
mais il est très courant dans les bazars. B. de Meynard
donne y)U (du français) basin, étoffe de coton croisée.
QuATREMÈRE (/, A., 1800, 1, 22i), préfèrent y retrouver le radical arabe ^jJ
crfroid" , eu égard aux propriétés réfrigérantes du salpêtre, ce qui ferait de -^^^U
un mot d'origine arabe. SAMY-Rey, dans son Dict. Inrc-fraïuyns , le fait venir
de ■zsvphts (féminin), ce qui ne manque nullement de vraisemblance au triple
point de vue plionétique, sémantique et historique. On sait combien les Grecs
s'étaient distingués dans le perfectionnement des substances inflammables;
d'autre part, leur terme ordinaire pour dire «poudrer est précisément 'zsvpÏTis.
Si emprunt il y a eu, c'est plutôt de la part des Persans et des Arabes, cons-
tamment en guerre avec Ryzanco. Nous signalerons enfin un autre mot grec,
qui aurait toutes nos préférences, s'il pouvait être corroboré par quelque
texte; c'est le mot fSapvns crbaryte??. Le nitrate de baryte se dit en grec ^apHtis
vnpixri; or il peut se faire que l'adjectif soit tombé, et que le mot ^apUus
soit seul resté, non plus au sens de ffbaryte^^, mais au sens de «nitrate de
barytes: , substance inflammable, employée en pyrotechnie pour obtenir des foux
vrrts.
2G0 SEPTEMBRE-OCTOBRE 19 11.
[yib] tête et chef. Dans cette deuxième acception, les Roumé-
liotes l'emploient souvent en composition dans les mêmes
circonstances que les Turcs : p. ex. aXw^^I ^U. bas ova-1as,
premier maître ; (ji^^=- ij^k • Wsriaou')??. sergent-major, etc.;
,^L> dlxj. hiv-hasrîs. commandant de bataillon, major;
^giL w, yv^-haèrjs , capitaine, chef d'une compagnie, etc.
Pour le sens de tête, aux deux expressions déjà vues, s. v.
^^yS■) et oi^^î. ajouter : ^Uit (jib. hxs asaa. tête ren-
versée, tête première; \j — -iî, àddfjt. ba.syvûi, à chacun,
par personne; (*i^')ji is ~ - ^"^^!/ bov^ovK's, bachi-bouzouk,
volontaire irrégulier de l'armée turcjue. et par exf. homme
fantasque.' redoutable par ses coups de tête; apaclic.
SJ:s^J^\^ii*bahàv xapàs, bouvreuil; m. à m. noir à partir de la
tête.
fjX^iéii *bashJH.^, têtière de cheval.
A»^j>.As>U ^Tsaalypuas. conserve de viande de bœuf préparée à
l'ail . comprimée et séchée.
<!w-tf.U "haa-pLàs. indienne imprimée: cf. ca^=^, Baaixagrjs,
marchand d'indienne, d'étoffes. Bacrixà Tvp), sorte de
fromage blahc comprimé. L'expression est mi -partie
turque et grecque. Les Turcs remplacent le mot Tvp\ par
le mot vxJo correspondant.
^Lo^L, i^Uw-xj et(jLi,^lj botparctK', intestin, boyau.
A^L» ^bayTsès, jardin. Le mot zsspibôXt. n., si usit<; ailleurs,
a été totalement remplacé parce dernier cii Tlirace.
yl^^li *l>(xyTsov{v)€<xv's, jardinier,
ljM.M^£ii , et. iy*M*J ^ .
|ijL>] impér. de j^^U voir; ci. l53; ^xib, (^'a) baHa^i'/n,
voyons! allons! eh bien ! Peu usité dans le sens : attendons,
prenons patience.
EMPRUNTS TUHCS DANS LE GREC DE RDLIAIELIE. 261
jiii hoijujp', cuivre; petite pièce de monnaie en cuivre, le **»iLs?
de Syrie, ^^slj. ha^-t/ppr}? . ouvrier en cuivre, chau-
dronnier. Baxijpév'ovç, adj., de cuivre.
l^ïU haKkaêa.? et TsaxXaëàs, pâtisserie très connue dans tout
l'Orient. Cf. Landberg. Prov. et diclom de laprov. de Syrie,
section de Saydâ,p. 12 5.
[JUI miel. (^^jS—.haAguiln, comme du miel : excellent, sa-
voureux.
(jbilU baXahdv's et hakahdvKov? , de belle taille, de belle venue,
s'emploie souvent avec le mot^^jx^a-, TsVpou?; cf. s. v.
o«x]Ij haXdijp', mollet, gras de la jambe; gigot : très usité.
ij:5XA.i=^ (^ —, hoLXdypi) tsitiXixk's, homme du bas peuple,
grossier ou d'une conduite douteuse, va-nu-pieds; parfois
au sens littéral : personne aux jambes nues.
y|j.^jJto *ba\dypdv', ciguë.
AiaiU *[)aXTÔis, hache. ^_yi.AkJlj ba/aaP'rjs, bûcheron ou sapeur.
»U]L> et ax^ haX{p-y)a.ix^ . phlegme, pituite. Le mot a du être
pris par les Turcs aux Arabes, qui eux-mêmes ont pu
l'emprunter directement au syrien Jl"^,^^ [J.A., iSS'y,
II, p. i58). C'est le mot grec Ç>Xéy[xa, usité encore en
Rouméliii. Souvent à haXydfx' on accole saXgdix' ({OJtUi)
quoique ce mot, d'après les dictionnaires turcs, signilie
, seulement navet. Le sens primitif, influencé par cet ^Ljî .
a pu se dédoubler. Le fait est que Turcs et Grecs de
Roumélie emploient souvent le mot saX^-af/' comme syn.
de haXydfx'.
j^ii, cf. ^t^b et (j!^Ao. — ^^ysJJb '^baXyKTSvs, pêcheur.
^jjAsî^JL) Gi ^J[r^ll} baAyxTsdv', n., martin-pêcheur, ou tout autre
oiseau se nourrissant de poisson.
262 SEPTEMBRE-OCTOBRE 19 11.
^U. mielleux: cf. J^^b.
<\A^U hdfxia. corne grecque. L'origine de ce mot serait inté-
ressante à chercher : il est de ceux qu'on pourrait appeler
panovientaux , ëtant employés dans tout le bassin oriental
delà Méditerranée.
ci^LL» cl cuLo ^bayiaT'xovs. rassis, pas frais: contraire de Ta'ié-
6'hov?. En Syrie : ooIj; «jjb Jlà..
^bb et ^Lo *l)<xy'aa. tout à fait, exactement. Sens premier :
simple, ordinaire.
(ji^jbb (jii^jt^b) baïg-ovs' et —s'hovs, méchant, mauvais ca-
ractère, et parfois glouton. Se dit surtout des enfants. Ces
significations, répondant au mot entre parenthèses, nous
semblent dériver assez naturellement des diverses ac-
ceptions du mot L)iyi:?b, chouette, chat-huant; porteur de
mauvaise nouvelle.
ob h/xip' ou hayi'p', montagne ; prostpie aussi usité que
i^î>Aj haï'poiK'. drapeau, étendard. Syn. havdiépa.
,3^b bai^yxdtjtov , s'évanouir; hoc(yyA(h^(xévov5 . évanoui.
'AtyovdvfxiÙ) est employé aussi. If/àf/ ba'iAdi/, sorte de
plats aux aubergines et aux tomates.
^>j bsbéx', poupon: poupée : m. () tn. un bébé.
(jljo, ci. ijjbb .
J^ , cf. 5i .
[y_yo] s — — hiniiv biniivè, tout à fait : 'gaov> Si' o\ov.
ojsr boc'/^T', sort, (•liaiice. l}a-)(TAijs , (lui abonne chance.
EMPRUNTS TLRCS DANS LE GREC DE ROUMÉLIE. 2(i3
*haxsr]S', pourboire, cadeau.
(^^Jo et t5J*>o bovdtx's, courtaud. Se dit surtout des adolesceuts
qui ne grandissent pas.
I >il » — y^vJ bipdsv-bipè, tout à coup, soudain. Syn. y'à
C^yà^ et ^iiy. cf. (j-ii;y .
[(^.iijj] AjLa. (i,\ji bpàx ijavyix, laisse donc cela! Ne t'en
inquiète pas; m. à m. laisse, mon àme (=mon cher).
yiyi "bspbsp{v)5, perruquier, coiffeur. Bspbepsib, n., salon de
coiffure, boutique de perruquier. Lafdiation avec l'italien
barbiere est évidente.
<:>5o bspaKST', abondance, prospérité. Locution familière pour
dire K quelle abondance ! n : o^Sli aLI (^iS)y>* , aupuaù-ilèv
bepsxèr , m. à m. avec toute sa suite, abondance. Le son v
après *LI s'entend aussi chez les Turcs.
Jj6^ bspsKST'XrjO'xovs , abondant, qui peut suffire à
plusieurs.
(j^^Awo^ ci^oo bepsK'oiT ou bepEK'sT (Sepa-'iv, formule de
remerciement très usitée : Dieu vous donne abondance.
Les populations de langue arabe l'emploient aussi, mais
en prononçant les lettres turques à leur façon, et en dé-
plaçant l'accent tonique : barakàt oud(ejrsi(ejn.
(50) bpè, dis donc, hé, hé là-bas; ah çà. Compellatif extrê-
mement fréquent dans la bouche de tous les Rouméliotes
surtout arméniens , levantins et grecs. Ceux-ci le pro-
noncent souvent jSpe (/Spè fxù)(ov)pè , /Spè su) , ce qui nous fait
croire à une commune origine pour bps et (Spè; mais nous
avons été bien étonné de ne pas le voir mentionné, au
moins comme mot étranger, dans les dictionnaires turcs
20/1 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
de YoLSOii' et de Samy (B. de Meynard le cite avec les
mêmes acceptions ([iie ci-dessus), car les Turcs aussi
l'emploient, surtout en s'adressant à des non-musvdmans.
Les Arméniens, spécialement les femmes, le prononcent
en aspirant le p , qu'elles font précéder d'un léger son i ,
et en faisant très ouvert l'e final : b'ppè. Bpè a^àv , bps
X>Oiy.à.v, cf. yUj .
(^>> bipivgriS'KOvs, de première qualité, supérieur, excellent.
En Syrie : h'rinji.
[•^1 » h)l hilè, entre nous : très usité.
(jliUwjj *he^e(Tlév', marché, bazar de choses parfois précieuses,
mais en général déjà vieillies'''. Cf. ^\^ii- Andrinople
possède un hezestén, un peu au-dessous de la grande et
belle mos(|uée du sultan Sélim l*"". On y montre, sus-
pendue aux tirants des murailles, une énorme jambe
peinte en vermillon, ainsi (ju'unc socque ((j.*i«3 ou -f^^,
irtxkévTsi, cf. S. V.) de dimensions correspondantes : les
dévots disent que c'est le fac-similé de la jambe cL de la
chaussure du Prophète.
dlLio Ae.sÀ/x', monnaie de cuivre, valant autrefois cinq piastres:
(le nos jours elle n'en vaut que trois.
viLyio */>£.s<V, berceau.
JUù hoLKoXs, épicier. Bctxal^'o, épicerie.
jii I)éï5. bey, etc.
flio] (jL> — havà hàx, regarde-moi, tourne-toi par ici = dis
donc, hé là-bas. C'est la formule ordinaire pour interpeller
O Nous insistons sur ci'ttc piiiticularilti (]ue ccrtiiins diclionnairns n<'
montionnrnt pas. Klyinol. : persan ylx.u.j)lj.v ffmarcin'' à la loilc55 , n\niiii:it m:
AIeïnaiid. Nous n'avons pas entendu prononcer ybi«.Xf bedestâii.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE RUUMELIE. 26b
quelqu'un dont on ne connaît pas le nom, et qu'on sup-
pose être de langue turque (Ottoman ou Arménien). De là
le mot forgé par les Levantins et adopté par nombre de
Français : un hanahah, évots hoLvcthd.K'5^ un quidam, un drôle.
Un Grec s'adressant à quelqu'un qu'il suppose entendre sa
langue (Grec, Bulgare, Levantin) pourra bien lui dire :
£, boLvoL hàx, si surtout il a un reproche à lui faire, par
exemple d'avoir été bousculé par lui; mais plus généra-
lement il lui dira : ôixssi [âxovos) 'Sô5, écoute ici, ou
KVTlaxseï 'Scô, regarde ici; ou bien : s xaXo -crjj^i (pour
-sroiiSïy. si c'est un enfant ou un jeune homme, ou bien :
doàl si c'est une personne âgée, /. e. mon oncle (cf. ar.
vulg. (j^U). Rien n'empêche cependant d'employer selon
les circonstances, le mot TsaXtxcip', rselsH, êÇiévTv ,
xvpie, etc.
^l5o bsx'dp's, célibataire; oisif. Bex'aphjx', état de — .
,_y:^ bsx'TStjs, gardien de vignes, etc.
«y^ , cf. «Ju .
^Jo bsxprjs, ivrogne. ^^\ûm2^ -- , bsxprj Mov<7la(pàs ^ sobriquet
très commun apphqué aux ivrognes.
jlff^ be^y^vdilov, trouver une chose bonne, la préférer :
rare. Les Rouméliotes n'emploient ni zgpoTtix'ù), ni 'apo-
dsTco. Ils ont à la place la circonlocution s)(pv xaXkhtpa.
"^^ bsX'às, m., malheur, infortune. Basy^xylà beX'à, encore un
ennui, une misère! Be'k'ahjs, qui porte malheur.
JuL buXbûX', rossignol.
aj<xX3 *h£Xed)e5, municipalité.
a^Xj et rf>XJj bé'kxt et bsXxifji., peut-être. En Syrie : ba{cyhè,
et barkê.
266 SEPTEMBRE-OCTOBRE 191 1.
^^b et^^JUj */nXX'ot;p', cristal. Ta hiXX'oîip'a, service de verre,
de cristal. BiXA'ovpgrjs, verrier (non vitrier).
Lo (uvas, bâtisse : très usité.
«Xo bévTi, digue: couplet de chanson : cette dernière signifi-
cation se rattache au sens d'article , d'alinéa , que comporte
aussi ce terme en turc.
KiJui, cf. iJiSjsjo.
[^1 celui-ci. f^— -< i>o^ '^V? ^l^i est-ce? Employé de la même
façon que^l. Cf. s. v.; cf. en outre aj.
J^_j^ ^bcuhpsK^, rognon.
Jo_jj ou (i*Ai *isiii£p\v6'K0V5. poivré. La désinence Xi; seule est
turque; le -sr est parfois prononcé h, comme en turc.
c:^_jj *boin', cuisse , gigot : t. de cuisine.
[ ^^Li.^ I —x^^ Kcidè hovi>d}i', dans tous les coins. Expression
employée pour désigner deux inséparables, ou bien mari
et femme ; se dit aussi de choses qu'on trouve souvent côte
à côte.
LiU^y *beug£x', insecte, surtout coléoptère; cafard, petite bêle
répugnante, ver à soie, d'où <AX^:i.^ '"bougexXiK' , magna-
nerie.
i^S^iyi *bov(Iaxi, nœud dans du bois.
(Aj)i)li^ bovdaXds, sot, imbécile, naïf; —Xijk', soltise.
^^:>^ bo(v)doijp's, courtaud.
P;l?^] J— bovpakys, d'ici, indigène.
\j>^s.^yi /lovpydîî', Bourgas. Nom de localité, ancien casirmn sur
la ligne du chemin de fer de (Îonstantinople-Andrinoplc,
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROLMELIE. 267
tête de l'embranchement sur Salonique. Le nom complet
est ij*>^)yi ci^Jy», la citadelle crénelée, ou la ville forte
llanquée de tours (cf. *Jy>). Le mot (j«l^;_^ n'est autre que
z^vpyos, tour.
J^^y ou ^ytXi '''hXrryovp', parf. bovXyovp' , blé concassé ser-
vant à faire du pilau , de la soupe. En d'autres pays dt;
langue grecque, le mot turc a été déformé jusqu'à devenir
'ssvvyovot. Ar. J^o.
tiJ;_^ "beupsH', pâté, gâteau; terme assez générique. Ailleurs,
bovpsxi. —TSïjs, fabricant, marchand de pâtés.
(^)yj "hovpdilov, tordre quelque chose, châtrer; —crfj.svov
aXovyou, cheval châtré.
x«^^ *bovpixâs, bracelet, surtout de verre, très répandu parmi
les classes pauvres. Nous n'avons pas trouvé cette accep-
tion, très courante en Roumélie, dans les dictionnaires
turcs que nous avons pu consulter ( cf. Miklosich, Die
turkischen Elemente in cl. siidost- ii. osteuropaischcn Sprachen,
I, 33). Le Uy ou x«jj, pâtisserie arabe à fds de pâte
tordus, vient du turc ij^)^, tordre (cf. Landberg, op. supra
cit.^, mais en Roumélie il s'appelle obUai Haflai(p'.
ijmij^ou'^y^yboupvovj', J)urnous. Gï.^y^^.
i)^ ^bovpn, tuyau, surtout de poêle, de cheminée; plus rare-
ment et par dérivation , trompette.
dLtf"^;)^ hupuvi>ûx' , gaze de soie. Le mot tÛaX' est plus employé
par les Grecs.
[(J^3)J^ et _j^3;y] — j^3j' ovlovv bovpvovAGvs, qui a long
nez.
18.
268 SEPTEMBRE-OCTOBRE 191 1.
'^j> bovj', glace; adv., très froid. Bov^XovÔ'xovs, glacé, conlenaiit
de la glace. Boùl ^xib), froid comme glace.
iJkjUw^ hov'()(^avôis ou —vès, glacière*^'.
d)^j_^ bu^ûx' , anus.
[(jiy I o^^— bôos êpi(p's, homme vain, fat, mazette. Bm'kot,
en vain, inutilement.
(jLiy '"bosvixK's, bosniaque, habitant de la Bosnie.
[sy} bojyàs, taureau.
<!^a.Ujj ^bov-yârs', n., ou bov(co)ydTcra, f . , pâté (variété de
ijjy), fabriqué spécialement par les boulangers, et
consommé par nombre de personnes, en guise de déjeuner.
Etym. lidi]. focaccia, fouace, galette. Bahbier de Mkynard.
^Lè^ *bovya.j', défdé, détroit; rarement gosier.
»^^ *bMyTsâs, m., paquet ou pièce d'étoffe servant à envc-
lopper. Ar. vulg. de Syrie *^.
a!M^ *bov(^y)X(X{jLas , viande d'agneau à l'étouffée; )n. à tn. étouf-
fement, étranglement, chose qui bourre.
A:?>U^ *bct)yfÀagô[s, coqueluche.
\(i^\ u^ —bcofiràv. sale, indigne, de nulle valeur, chose mau-
quée, ratée.
i^ji — bcoxXovx', balayure, ordure. (t(x) BoxXovx'a. im-
mondices, voirie. BcoxXovxtsïjs , balayeur d'immondices,
agent de la voirie.
Jjj ^bciJAxovs, lâche, /. c. trop large; abondant, copieux.
*') Les piacières d'Andrinoplc sont siiilmil Iniiinics par Ids jjlacons cliarrit's
parl'Anla, aiïlucnl de la Maritza. De là lo rri soiixcnt ontcndu pendant los
dialeurs de IVté : kpdavijv hov^oil, l'iacc de TArda !
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 209
i|^, tante. BouXhaa, nom ordinaire donné aux femmes juives
de classe moyenne et inférieure, quand elles portent leur
costume traditionnel. Cf. Miklosich, op. cit., 1,39.
^^i.i|^ bovXixsiT'xovs, mêlé, embrouillé. Très usité avec -srofX:; :
'îSovXi/ hovlask'HOv, c'est bien embrouillé tout cela. On
entend aussi parfois hovXoLvijB' xovs de ^3jO^>?» avec le même
sens.
^Loil^ hovXix(xdTS' , espèce de soupe épaisse à la farine.
(_^i>oi|^ hovXavTi] (pron. de t = /), trouble, désordre. Au sens
de nausée , soulèvement de cœur, on emploie àvayov'ka..
AJliA]^, cf. Xil^AJLo.
dU^ etd)y^ huXiiK', foule, grande cpiantité. Eva/'^/ÀMx' TStiS'à,
une nombreuse bande d'enfants. Syn. a-upu, aropb.
^^)J^ *bojX'kov}c' , abondance.
-^ bojfjL ou bcov, particule de superlatif ,j_^ -_^ b'va bcôx, très
mal, tout à fait mal.
(fi^y? OU (i^y> *bovv^ovK' , grains ou boules de verre, servant
à faire des coUiers.
(^^ *bcôi, taille, stature. Cf. y^ij^i.
\j.yi ou *.j^ *bov{w^y^a, teinture, cirage de souliers, couleur en
tant que substance colorante. Au sens générique de cou-
leur, on a ^-ovp'à {^-scopia., apparence) bien plus employé
que )(^pô5(jL<x. En ar. vulg. lo_^ ou n^,^ ne signifie que cirage
et aussi cireur de souliers : b^ ^i «»Xiî, appelez-moi un
cireur. Bco(ov)y'adiZov , teindre, cirer, ^yi-^y? bcjy'affrjs,
cireur de souliers, teinturier, peintre en bâtiments.
\^iiSj^^—AjyiL kii'iXè beuïXè, comme ci, comme ça. Syn. hs*
270 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
[\_jjL>jj1 — ^^y^ *xsrèrj hwïvoiij' ou bcoïvov^ov, caroube. ///. à m.
corne de chèvre. On entend prononcer parfois bo(v)pvovj'.
no */)£. Interj. exprimant l'impatience; s'emploie aussi avant
xov'iovft (r»33y>, mon agneau) pour supplier, demander.
A souvent pour syn. hpè.
yl^ ha)(^cip', n., épices, aromates. Bayapki'id'HOvç , épicé; sou-
vent : hy.yjxpXij hihsplrî, épicé, ni. à m. épicé-poivré.
o^wo, cf. ^Ijb.
[J..«yol, finir. Employé dans deux expressions curieuses signi-
fiant toutes deux : c'est fini, c'en est fait; parfois : c'est à
tout jamais perdu : ^^vXJùo ^^iXJOo hnT\<jimT), m. à m. c'est
fini, c'est parti, et '/>/«« '^' («<) 'srcw"( = £7rJ77£), même sens.
^ *bovTèa}nsï]s , aiguiseur de couteaux, rémouleur.
^^^jJiâ^j "btijijKTSïjs, tricheur (turc class., scieur).
^^â^j^o *bij>yxT(Ty\f/x' , tricherie. L'écart entre l'ortho-
graphe turque et la prononciation existe sûrement.
duo, cf. (jib.
A2^Xo biXfjLSf'ès , énigme.
^_5^^Jo<îdAJ biAsi'ilnç, rémouleur.
fj;>.jj^ ou (jiiuLo bivi's', action et manière de monter, surtout à
clieval.
^x)j^j bovy^ovpdi'iou. venir, entrer chez (|uel{|irnii. Syn. xctkovi
(pour xakô)? ) ovpîlov [opllojy ^^i et au pl.ciJ^_^, bovy'ovp
"' On roniarqucra colto cuiiiMisc lorinc \(Ml)iil(' j;r(M'(|iio. Co nVst aiilro
cijdso (|iio la 3° pcrs. sinj;. do l'aor. du vcrlic Luic J.<<.^- conjiiijtK' à la j;tpci|ii(',
rommo si l'indicatif <Hail t/ncvov on litrà', nor. { zli'.itaa ='-)'hirGix, W pcrs.
V'iTsi. K» = xat.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMÉLIE. 271
et boûy'ovpovv, \eu\\\ez , daignez entrer, vous servir, etc.,
syn. du JuLlï. i_j.LïÀj; ou bien, avec interrogation dans la
bouche d'un égal ou d'un inférieur, plaît-il? Ar. vulg. a*j?
Pour toutes ces significations, le mot grec ovpis'n {opiu'Ts)
est beaucoup plus usité.
Lb "tffaTrapa, soupe oîi le pain a longuement trempé; par ext.
brouet, plat raté; chose fade, insipide. Le mot serait d'ori-
gine slave : papdrà, soupe au pain. Barbier de Mevinaru,
^^jUL ■tffanalhJH', prêtrise, sacerdoce. On dit aussi 'cra7ra^(a-
p)-b.
^^w-aJJs? ^IjL -sra-sra^ y'a)(^i>ia-), sorte de bouillabaisse; matelote
de poisson ; cf. «ibXj.
^jAj ^'uranovTs' , soulier, chaussure '^l Iioi7TovTSTsrj$ , cordonnier,
savetier.
\^^.] c:>^— -craT KVT et parfois waVa nvra, bruit de coups
tombant sur le dos de quelqu'un, sur une enclume; volée
de coups. Voir aussi s. v. c^U-'-'.
[»^U], cf. &jjI^.
a/)5^'Lj 'zsaTXocditov, éclater, faire explosion.
('^ Nous donnons à rc mot l'astérisque, parc(> quo c'est le terme le plus
}i[énérique dans le sens de rchaiissurei^. Le mot zsovêviictTo. {ôito^Cfiaroi) ne si-
gnifie plus qUe ffbottesfl; (poAAa'pta s'emploie pour désigner la chaussure ordi-
naire des gens de condition modeste, sans clous et à semelle plate; syn. ytfit-
v'à (cf. s.v. c^J.
(■-) En fait d'onomatopées, le turc et le grec de Roumélie, qui a pris à ce
dernier à peu près tout ce qu'il y a trouvé en ce genre, sont d'une richesse
incomparable. C'est toute une langue «criée w existant à côté de la langue par-
lée, ou plutôt l'envahissant, s'incorporant à elle, et lui donnant une vie, une
saveur qu'on retrouve diiVicilement dans d'autres idiomes.
272 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
^jO^L ^'aarlayxovTS', jeu d'enfant produisant un bruit écla-
tant : consiste en un petit tube de bois où un piston
pousse l'un contre l'autre deux bouchons, à frottement
dur; sarbacane.
[-obj yj^— -nraT/yp Kun\p, avec bruit et fracas, en déban-
dade tumultueuse. Cf. aussi ^U..
^^ijjyb 'daTijpdij, fracas , bruit tumultueux. t5*>J;_j^ — , —l'xpiiX-
tù, bruit et fracas.
»_j^U».L> *xsaTS(xvpa et -craTsaêoDpa , chiffon, toile, linge ù es-
suyer.
Ai»-b *'aaTSix$, plat gélatineux fait avec des pieds de mouton.
Un des plats classiques chez les Turcs et les Arméniens.
[<xj5-^b] — »;L> zsapà tffapT.sà, en pièces, en lambeaux.
^^^U Tsapfxdx', doigt, comme mesure de profondeur, de hau-
teur. Evct zsapixdxi, un doigt, un petit peu.
SjL) *'nrapà?, para , Ao^ partie de la piastre. Au pluriel ■orapaJ'*? ,
argent. É^,^' TrapdSis, il est riche.
Sjb, cf. supra, &^^L>.
I^^^Lj], sorte de rave, ^^yi^y^^ — . xsot'iovK Tovpsovaov. chou-
croute faite avec ce légume. C'est le mot t^^U, bette poirée.
Cf. Barbier de Meynahd.
»\j|j,jL) (yU^yU) '^''tiraloLvdvT's. gardien, vedleur de nuit.
l^ib •nrasà?, pacha. Parfois terme de tendresse sur les lèvres des
mères : sXa xaMix', é'Xa tffa.s'aiu', viens mon bon, viens mon
prince.
«.«yj»X<(ob. cl. XovJtXAsb.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 273
^A^lj et (^y^. ^wavèouxTSj)? . marchand de coton , et surtout
cardeur de coton et de laine. Celte dernière spécialité est
encore en Turquie d'Europe, comme en Syrie et au Liban,
l'apanage des Juifs ^.
jLs^b et^Lsw -nraygap', betterave; équivalent du français pi-
voine pour dire rougir de honte, rougir vite et beaucoup.
^^Jvjb Tsdi'idos, congé, départ. Ce mot a, sur les lèvres des
Grecs, une allure plutôt comique. Barbier de Meynard
considère son origine comme incertaine; nous inclinerions
à le faire dériver du grec -nrrjyatW, s'en aller'"-'; mais la
forme où il se présente ici serait plutôt turque (ou armé-
nienne), au moins quant à sa désinence. En Syrie : ,j*<j»x^.
*3 'cyyp, onomatopée imitant le bruit du vol d'un oiseau ou du
feu qui brûle. Se répète ordinairement : isyp -nryp . . . {à)-
Tséra^av, et ils s'envolèrent. . .
iL»j\jj el UiVjj *hp(xvxa, galère, chaîne des galériens. Le mot
est d'origine italienne : hranco{t\ d'après Barbier de Mey-
nard. *BpdvH'xijr]5. galérien, forçat.
ej^5 cf. (fi-f^y^.
«i-j ^zsepdès, m., rideau.
»i^ iiXjg^' ^T(X)(Ta 'osepdès, cloison en planches, m. à m.
rideau de bois.
^ù^ *'sripivg', cuivre. Ylipivgev'ovs , en cuivre.
^*,j:!t *zselsvévK's, entremetteur; infâme. ïleisvsvxA^m', métier
d'-.
(•' Le mot j><-^ doit cortaincmcnl son ori{i;ine au [rrcc jSafiia'xi (class. jSaV-
Sa?) qui est encore ie seul eniploNe par les Tliraces; mais on remarquera que
rVsl la forme turque qui a été adoptée dans ie sens de «marchand ou cardeur
de colon*' : 'tsavbovKtxi]?.
''^' Aor : 'Tsî^yt et -crâi.
274 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
Ju«Xa-wo 'sr;o-7/À' f'^, n., fruits (surtout prunes, abricots) écra-
sés et sèches en lames minces. En Turquie on a surtout
recours aux pruneaux; en Syrie on se sert plutôt des abri-
cots vulgaires appelés ji»^^ et qui fournissent ce que le
peuple appelle ^^i^î (^:s ^4 ?).
,^uo et dL*j zsia-lxoL, f., chat : terme familier. Cf. l'ar. vulg. de
Beyrouth (!yA*i*j, ajJI^.
JU^ *'ad1iy.ak^^ serviette de bain, sortie de bain. Hi^liiiaX-
llvs, fabricant ou vendeur de 'zsislipid'kia.
3[^L2>^ 'urislôÇ', n., pistolet. Ce mot s'emploie surtout ironi-
quement à la place de ^icr16\a, f. , pour un vieux pistolet
ou un joujou.
j.A.5Ci..j 'zst(^£)sKip', serviette de toilette. Pour la serviette de table,
les Rouméliotes emploient -ansé-za^ de l'ital. pezzetia,
dimin. de pezza, pièce (de toile).
^^)oUyio 'tsisfjLavXtjK', repentir. L'adjectif Tsd^ctvs est moins
employé, par suite de la présence du verbe grec (xeravoiô-
vov (cl. fjLSTavoœ) -^ cependant 'W«.s-f/ar'£uou, \|/ol» , se repentir,
est très usité.
ij-f^. 'zs£siv% par avance, fait ou payé d'avance. Employé sur-
tout dans l'expression »jl> (j-A-io ^'zsssh -srapa, argent
comptant.
y^ioetUvJ *zreTiJiéj'. moût, raisiné. C'est l'équivalent du (j**ii
des Syriens.
oU> *t:r<A(<)a(P' , pilau. A'>è(x 'ai'kaÇ>', pilau aux petits oiseaux,
m. à m. pilau des Persans '-'.
C On ciUond [jarlois irsaliÀt, cp (|iii (nI plus |nvs do la iironoiicialion clas-
sique lui(|lir.
'^■' S^ - -BT/axj^. I}arl)i('r d(> Moynard cito co mol sans on indi(|ncr l'ori-
gine, comme s'il élail pnrcmcnl liiir. Nous croyons, avoc l'iiiiiDKs, Ae^piov
E:\iPRrxTs ti;rgs dans le grec de roumelie. 275
dUi> ''''ctrsXTSK's , qui zézaie ou bégaie.
<xjJb 'sreXTss, m., gelée, gélatine. Dans ce dernier sens, on em-
ploie aussi le moi fjsXadiy' a (or'ig. ital.).
-#^jJj '"'aiXtis'. poulet, poussin.
xjJo '"'ssvhè, invar., et Tssvbès, adj., rose. On dit aussi zfsv-
f J^jijj) 'csevKovK' , sorte de pâté farci (angl. pancaho, prononcé
pankûk en Orient, influence flamande?].
5bjj et *1?^ *'zsov7rovAov . n., plume d'oiseau.
^yy> et ;js^_^ -nroToup' et zrovTovp', n., culotte de paysan, à
larges plis et serrée aux jambes; souvent aussi partie
inférieure de celte culotte s'adaplant sur le mollet en forme
de guêtres.
Jljb\jj ^''zsovpTovxdX', orange. liovpTovKOLA'à, oranger.
J^5C*«^ "srua-xûX', gland (\efez, bouppe. Hua-xuXXiis , à gland.
o-i;^ tsovsTs et 'zsovèl iKovs . garçon mal famé. Injure très fré-
quente en Turquie. Mot pers.
\Lo^,*'aova-ovXa, billet, quittance, timbre d'enregistrement;
numéro inscrit sur un chariot, une voiture. Le mot n'est
pas donné comme étranger à la langue turque; il a toute-
fois une certaine physionomie italienne, qui nous le rend
au moins douteux; cf. J^^?^ Imssoln, boussole; et injra
»^^. (en ar. vulg. &Aa]_jj ou a^^ ).
KAXrjvohctXixov, que lo mot est groc et doit son origino au verbe 'zsXaicôvco ,
presser, étouffer. Et de fait, le mets est une sorte de ragoût à l'étoufl'ée, à
liase de poisson. Le ^^.M..;J^ 3^Wi cité plus haut, en est une variété.
276 SEPTEMBRE-OCTOBRK 1911.
<Xi».UjJ, cf. K^is-y.
J^ *'aovX', écaille de poisson; timbre, pain à cacheter.
^^AJ^ *^ovaXovk' . charrue. Barbier de Meynard indique comme
étymologie le polonais plug. Nous ne résistons pas au
rapprochement avec l'anglais plongh et l'allemand Pflug.
*^^ 'srSXnsa, lettre de change, billet à ordre. Ce mot italien
polizza a fait fortune en Orient; on le trouve aussi en ar.
vulg. -îuJjj ou -jua)^ . avec le même sens.
yljA^ *'zse)(A£[i\vav's . lutteur, athlète. I[e)(XsvavXijx', profes-
sion de lutteur. ÂX zr£)(\£vdv'. sorte de raisin de table rouge
incarnat : J). vermeil, incarnat.
yijLo 'STLavxov. n., loterie, jeu de tourniquet. Mot ital. pîanco
et banco.
^. '^'zshs, invar., et 'zsirs'Kovs, bâtard : encore une des injures
si courantes en Turquie. Sens primitif : f toute chose
petite, sans valeur, inutiles. Barbier de Meynard.
[»Jyo], cf. ^^U^.
JX*^aj zskjKk'. malpropreté.
weïy/p. (je mot qui signifie fromage n'est employé par
les Grecs que pour désigner certaines spécialités : ^y^y^
^^wyOo, TovXovix 'zss'cvtp], sorte de lait cadlé fortement
décanté, analogue au -îUÎJ de Syrie, m. à m. fromage
d'outre ; «^ — x^-^aj . haa-iiS. tse'ivip) (ou haa-fxa tuçA ) , fromage
blanc frais, comprimé.
i^Sju^. Tsehnp .sexsp), sucre l)lan(' fondu et mou
comme lUi fromage.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 277
d^
[b] Particule très souvent employée avec ^^t^^Xx^, lui-même,
avec diverses nuances de sens. Dans ce cas, très souvent,
les Grecs prononcent le mot b comme s'il était terminé
par un d : ràx xevdia-ri, le voilà! c'est lui en personne;
c'est tout à fait cela, parfaitement juste.
(j[ib , cf. ^jUlls.
cjyb *TabovT' , cercueil, bière.
4ob et *Jd *T(XTra, f. , bouchon, liège.
^bb *TaTap'?, tarlare.
^3.a.^bb *TaTap^yV, sorte de moustique tacheté de blanc, et à
la piqûre très venimeuse.
il^b et aJy *TapXa5, m., champ labouré, sillon.
»jb *Ta^£? et Tal,éd'xov5 , frais, nouveau.
^^b *Ta^y , f. , lévrier.
*.«v«b ou <!c;u*W ou Xt-Aab *ra.fT[xS.ç, m., collier de chien.
UJbTaX/xa, orig. slave, voiture. Syn. avec nuances assez mal
définies : bpasoS' et bpiTSxa, deux mots très usités et d'ori-
gine slave.
yl^b *TauaV , plafond. Ce mot s'entend parfois en Syrie , dans
le même sens, mais avec prononciation emphatique du o>.
Tavàv a-uinipgueo-) , grand balai pour enlever les toiles
d'araignées (tête-de-loup).
s^b *ra.vas, poêle à frire, chaudron à fond très large et à re-
bords très bas.
278 SEPTEMBRE-OCTOnnE 1911.
AÎ^b , cf. .jJ^Ua.
j-yiLo ou >J!.'iw».j '^Tsbs^i'p', craie.
^^\M.jj TotTTSv , plateau, généralement en métal, sur lequel on
place les consommations qu'on offre aux invités. Il y a
encore le mot s<y^ (jJ.j>*>j), ar. vulg. <xIju^*=>. D'après Wktz-
STKIN (Z.DJI.G., 18685 p. i5o), les Bédouins de Syrie
auraient le mémo mot, avec la transformation si ordinaire
du eu en Ii3 : ^'i*.-^^ (^A^iwxLj.
&>.j" T£7rès, m., sommet; toupet, huppe, aigrette. Syn. xovpÇn)
(^xopv(prjy
<Jxo Teirsh)? et re-rrs'XvS'Kovs, c[ui a un sommet, une
huppe, un toupet.
^l^" Tiiggdp's , négociant. TufjvocpAi/K', négoce : plus employé
que le nom de personne, qui a pour syn. è'iJ.7rovpovs.
^îvXLv-wa^' toixo-i'Xfldp'i. percepteur, encaisseur.
AXiï^. cf. s:>ji..
sS^sj "izanspki, m., permis de chasse et passeport, tezhéré.
r^îyl Tpa.s'. Ce mot (jui signifie raser n'est employé parles
Grecs que par manière de plaisanterie : ipàs' tovv sxafxav,
on l'a complètement rasé. Tpà.s' -srapa, [3èp zsapa : se dit
en frappant sur la nuque de (piclqu'un quand il ne s'y
attend nullement. Le sens serait : je t'ai rasé, paye-moi:
Diais le mot zsapS. n'est prononcé une première fois (juc
pour |)réparer la rime.
y^^ji rspaTolyjp^ , sauce assez semblable à l'aïoli. Syn. axovp-
SaA'à.
^uxl-j TpâixTia. échange, troc. Mot ital. lianniUi, brocanlage.
EMPRUNTS TURCS DANS LK GREC DE ROUMELIE. 279
xo^ Tspbiès, éducation (ar.j; assaisonnement : employé dans
ce sens pour désigner une sorte de sauce ou de soupe
blanche au citron et aux œufs battus : rephiès ou rep/ne-
XiO'xrj (Tov-na.
•-^yi *r£pTin^, ordre, méthode. Employé surtout avec x^^p'^
(;^wp<s) : yovpis TspTtV, sans ordre, sans suite.
^^l^Tjj ^xspgyjyiavXiJK^ , office d'interprète. Pour ^i^ry. les
Grecs l'emploient quelquefois, mais ils lui préfèrent âpa-
govfÀCivovs ou Siepuïjvéas.
AjLày '^Tpaxo'.vas, m., sorte de pâte faite de farine, de levain,
avec mélange de tomate et de courge et que l'on conserve
comme provision d'hiver.
\\j^\ Tips, à l'envers, au rebours. S'emploie dans les deux
expressions : ^iJ^J, lepaivè . à l'envers, dans l'autre sens,
syn. àv(XTïovSa\ y^''^^j»y. ikp? guiae.{l>jovp's , homme ob-
stiné, fâcheux, pas comme tout le monde, m. à m. chrétien
à l'envers.
*jL^' Tspcravès, arsenal. Sans prétendre trancher la question
d'origine, nous nous contenterons de mentionner ici les
mots apparentés : ar. Hk^ et iols^y (cf. Z.D.M.G.,
186/1, p. 725), ii^Uxaii ^li et iU>uaJî ^!i> (Ibn Haldoûn
et Ibn Gubair); esp. atarnzana; catal. et majore, ^/rt/w/na/e;
ital. darsenna et darsena; vénit. zardachana , d'où le chy-
priote ilapSayoiva Qi7^(xpT^a)((xva (cf. Chronique de Chypre,
texte grec, Glossaire, p. ^^^9, col. ij; ihid., col. â . rpa-
crivctkiv et rpa(7ivakiov\ enfin le mot actuel arsenal qui
existe à peu près sous la même forme dans toutes les
langues romanes. Cf. aussi H. Lammens, Remarques sur
les mots français dérivés de l arabe, p. 2 y -2 (S.
280 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
(^y OU ^gi^_jj *T0L»ps)7, légumes, surtout choux, confits dans
du vinaigre; choucroute. Ar. vulg. ^y^. Toupsot;/;»)? , pré-
parateur, vendeur de — ; fém. tovpèovi'pfSïivct. Tovpcrov-
lovfx' , jus de choucroute.
^jj *Tovpovvg-^ , orange fade, anière; cédrat.
I t_.'^y>'] ^'rpouTT', rave. Employé dans l'expression ^^a5^, rpouit
ffuibl. comme une rave, /. c. très bien, comme le Pont-
Neuf. Parfois syn. du mot d'argot «zutw ou de l'expression
«tu peux te fouiller».
»x^j *Tipt7^, pain en morceaux trempé dans du bouillon, ou
dans une soupe au beurre et au fromage. Je n'hésite pas
à y voir le mot arabe *Xjy.
Jy Ve^eV . motte de terre , glèbe ; grumeau ; pain de fro-
mage. Les dictionnaires turcs que nous avons consultés
ne donnent que le sens de fumier; or les significations
que nous signalons ont cours aussi bien parmi les Turcs
que parmi les Grecs de RouméUe. Il y aurait donc lieu de
compléter les vocabulaires en question.
»lSyï(du pers. »153:*«:>) ^re^iruid^' , table d'artisan, établi; ma-
chine d'artisan maniée avec la main.
j<vL«J TÊo-Xt'ja', résignation, abandon; action de confier quelque
chose complètement.
AJu.)jtj'. cf. Lï-Jb.
(iJjij *Ta'X/|a', exercice militaire. S'emploie avec le verbe >ca(jL-
vov et reste toujours au sing.
J.>yjij ''''ii(PtU' , charpie, chose usée, cflilochée. Employé au
smg. avec le verbe yivov^ei : a\!no toi; povyov 'ri(priK'
EMPRUiNTS TLRCS DANS LE GREC DE RULMELIE. -281
ysv'xt -nr'a, cet habit est tout usé, m. à m. n'est devenu
que charpie ^*^.
dLob ou Ax'i *TH(péK'. fusil. Tu<^sKTsris, armurier.
^\mJlj Ta^ifji', partage des eaux, lieu où un aqueduc se ramifie.
Un des quartiers de Gonstantinople porte ce nom.
iJji^Uj, cf. ^ijSXïlL?.
jh *T£x' ou Tsx'xovs (le premier invariable comme t<(Pt/x'),
impair, unique. Correspond à l'arabe ^tj . ^Téx'xov Tv<psx',
fusil à un coup, par opposition à Tst(pTss (cf. o.jL=^). fusil
à deux coups, db 1 ooL^, TSi(pT' fxov réx' , pair ou impair?
Parfois <îuiU db, tsx basijvà, seul, sans être accompagné.
Dans ce cas, les Rouméliotes emploient plus fréquemment
la curieuse expression : 'Wp' tou xi(^ov)(paAi t', zrâï , il
s'en alla (tout seul); m. à m.' A prit sa tête et s'en alla. Cf.
l'ar. vulg. ^I^^Uw J^.
jX^jSj TsxepXéx', un rond, et surtout un zéro. Employé par les
enfants en langage d'école, en parlant de leurs notes.
»!^i Texfxss, m., ruade. Tpaboo à'vixv Tsx(xè, lancer (tirer) une
ruade.
J^ rsxfjLÎX', mot employé comme adjectif indéclinable et
adverbe dans le sens de tout entier, entièrement; achevé,
parachevé, parfait. Se rapproche, comme sens, de eV-
guiv'.
Jo *TéX', fil de fer ou d'autre métal; fil de télégraphe, parfois
télégraphe, comme dans l'expression xjvnôo é'va. tA', lan-
cer une dépêche. L'ar. vulg. a jXï dans le même sens,
''' Le mot turc doit provenir de i'arabc liixs crcarder (le coton)n.
XVIII. ]()
282 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911,
mais ce mot barbare est emprunté à o|j.xb", <|ui n'a do
commun avec Jj qu'une similitude de sons purement for-
tuite.
obilaï Jj. rsA xot(l(xi(p^, pâte sucrée en fils fins, corres-
pondant au Ijo^ des Syriens.
s^ *T£X(^£5, marc de café.
-U Ta!xd(x', adv., juste, exact. Syn. : crovalà.
[xï, btoi et -Juco:» Va,a7(V)à$, manpie, empreinte, stij^mate.
D<x[xyaXijs et daixyakijB'Kovç , (jui a une marque, une
tache.
Ui et (JJi "T£|M£XX'a;j/< (-svc), salut à la turque. On remiu'quera
combien la prononciation du mot s'écarte de son ortho-
graphe turque.
JaJo *TsvhéVi, paresseux, f. isvhéX'cra, n. rsvbsX'Hov, et ainsi
pour les adjectifs de celte catégorie. TevbsXXiKi, paresse.
»j_^>Jj et »;_jA>d2> *T{(7^a(xhovpâs . luth orientai, correspondant
au ^ys. et parfois au ;^-^>^ des Arabes, d'où certainement
le mot a^yJ^j. Taixhovpai'ris, joueur ou vendeur de Totfx-
bovpd. Cf. notre élude sur les instruments de musique
arabes, M-Machrûj, 2' année (1899), p. /io8 et surv. et
5Gi.
»v^ *Tev^>-spès, marmite, casserole.
^3»X^ et v:>..>oIj Tavdijp' , appareil destnu'' à fau'c sécher le linge,
consistant en une sorte de grand tambour de bois consti-
tué par dos lattes recourbées, et au centre duquel on
place un brasero. Toile ou couverture éployée faisant tente
ou baldacpiin. Le ^jLavJr' des Libanaises (sorte d'immense
coiffe retombant du haut d'un appareil placé au sommet
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 283
fie la tête) n'aurait-ii pas la même origine '^^? Le sens
primitif de table basse recouverte d'un tapis, avec un ré-
chaud par dessous, ce qui ferait dériver le mot turc de
;>o. four, etc., n'est guère usité parmi les Grecs, l'appa-
reil lui-même étant tombé en désuétude.
*5jj' *Tsv£Kss , fer-blanc : vase ou bidon en fer-blanc : mot usité
dans tout le Levant. TsvsHefjns, ferblantier.
j3\y TsvdTovp', rumeur, bruit, confusion, cancan, commérage.
<3oy Teiibè, repentir. Employé adverbialement, le plus souvent
avec le verbe turc dUSjî : rcubè £tTi(x (Ixaf/a) tTr'à tsov . . . ,
j'ai fait pénitence que. . ., /. e. j'ai juré qu'on ne m'y
reprendrait plus.
i:j>y *dovT', n., mûre. DovT'à, mûrier, Kapadovi', mûre noire
(carmin foncé). Syn. a-ndyLvov ou da-xolixvov.
(^yy 7UTUvgrj5, marchand de tabac. Syn. xairvas. Pour le
mot tabac, les Grecs emploient xa-jvvbs ou rabdxxov.
yjjy, cf. y;:,.
[^y] tî~ u^^ '"Ai(xœv-To'iov, alun; m. à m. poudre de ci-
tron.
ifXày ^TOvëXoc et TovyXa, brique; du lat. legula.
cyUj.j TOxaV, soufflet (coup).
d)jj)^5^", cf. A:cij^.
*x;^J^ et .x>u)^i *Tu'kbévT', pièce de gaze , de tulle ou de mous-
seline blanche; autre prononciation tovXttoIv^.
'^' Cf. copondant Dozv, Suppléin. aux dtct. av., II, 3g, qui renvoie à y='-^
'9-
284 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
dUx>o^ et ^jilLvojj ou Akjyt,:>, vilXoi (^a\ec ou saus^ !) TUfxbsXéK',
sorte de tambour hémisphérique, petite timbale; chose ou
personne arrondie, replète.
J^*7i(xdp', soin donné à un cheval, action d'étriller; étrille;
par extension , éducation , soins donnés à des enfants. *T<-
[xapsv(j)ov, soigner un cheval, élever un enfant. Ailà^^Uy
*Ti(ji(xp^avàs ou ynxvh, maison de santé.
(5;>fy 6t Sj^^ deixipgns, forgeron.
A^U. ou blji. ijdhoi. gratis. On dit aussi y.NjL> ijdbadav, gratis.
((^)^iU. *ij(xdij (toujours fém. en grec), sorcière, magicienne, et
surtout mégère; mot d'origine persane.
^dloiiov, terme enfantin : cri que l'on pousse en appa-
raissant brusquement devant un petit enfant, probable-
ment au sens de vampire, croquemitaine (^^^U^). Samy
(^Diction. turc-Jr., p. 3(m)) donne ce sens interjectif au
*-
mot U^.
-U. //af/', verre, vitre. (>X*l^ /;'a/^iÀy«'. endroit recouvert de
vitres.
x«U. ijan). mosquée et aussi, très souvent, minaret. PI. xà
luM îi°^^^ <ynic. Usité dans le terme de tendresse ou de poli-
tesse /frjU^ ^dvijix, mon âme, i. c. mon enfant, mon bon,
mon cher; et dans l'expression ^^wOJJus yla. ijàv cryxyr-
lifsjj, ennui, agacement, m. n m. serrement de cœur.
jjUiU. f>avJ>d'}js (pour navhdjrjs). pers. . saltimbanque; origi-
niurement danseur de corde. Gavbtx^hJH', tour de saltim-
banque; parfois finesse, ruse.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMÉLIE. 285
(j*jbU. f>av(pss', gros de Naples, taffetas, tulle pour voilette.
Ar. vulg. o^aàjlj^ , canevas.
xa.:^. //-M^i? , manteau oriental, avec ou sans pelisse. Comparer
jupe. jupon.
^Ls^ gspol^'s, chirurgien; plus usité c^ue )(^sipovpybs.
cyya. gipr', petite prune.
(jbi^ gi^dav', sacoche, pochette, portefeuille.
Sifys^ *gelQs, petite cafetière.
J^ *gi(yjey, foie, viscère, (iiyspgrjs, vendeur de foies, de
cœurs et de tripes de mouton ou de bœuf. GtyspaK'a, mor-
ceaux de foie et de cœur rôtis ou sautés. Expr. : ix' s(payi
Tov giyépiy.^ ou ta. gtyép'afx', il m'a agacé, assommé à
force d'instances, ou bien par ses plaintes, ses cris, ses
T^leurs^^^ ; gtyspov(pay', personne et surtout enfant agaçant,
m. à m. mange-foie. Les mères lancent souvent ce mot ù
leurs enfants têtus, pleurnicheurs; syn. ypiv'dp's ou ypi-
v'ap'xovs, têtu, obstiné; qui pleurniche ou grommelle tou-
jours.
i::AiU^ gavabsT's et gavahét' xov? ^ terme d'insulte ou de répri-
mande : misérable, coquin. Pour le sens primitif de ce
mot coranique (sens absolument ignoré des Grecs, qui
cependant en font un grand usage), nous renvoyons aux
dictionnaires. Syn. : ixiia-ubéT's.
jji^i^ guvbâs', n., divertissement; réjouissance publique,
foire. Ce mot signifie en persan «mouvements.
cjî^rs^ ^ou[e](ê)a7rj, réponse à une lettre.
'') Cf. rexprossion aral)e vulg. (^:~.~ZJ» jLi tr il m'a extrait (enlevé) mon...?»
Le sons exact de ce mot est encore à trouver. Nous nous proposons d'y revenir
dans une étude sur quelques expressions vulgaires du dialecte de Syrie.
286 SEPTEMBRE-OCTOBRE 11)11.
^j^l^i^^o(x,)ap//>7s, bijoutier, joaillier. Sobriquet pour un per-
sonnage original ou niais : (jQ{^apgyi M^Tpoys (=o?; Di-
rai tri le joaillier).
i^^^ ijuf'ès , nain. Cf. l'ar. ^^^U^.
Ai^jj^ *ir'ov{ii^pljiv(x, f. , risée publique, moquerie, action de
tourner quelqu'un en ridicule, de se payer sa léte. — rovv
sKotfjtav. on l'a tourné en ridicule. Le mot turc (?)"' signifie
primitivement jeu et danse de gens ivres.
^L)^£^. cf. ^L«^:^.
:iy>y^ IJeuiJiépT's, libéral, généreux. Gcufxepr'kîx', générosité.
^yi^y^ fjovvbovp, mot imitant la chute d'un corps dans un
liquide, ou le bruit d'une personne roulant dans les esca-
liers, ou les descendant à la hâte. S'emploie avec le mot
presque identique — ^j^U., i>avbovp fjowboùp.
»j<jy^ Ijcôixba . se dit de celui qui se met la tête en bas. les
pieds en l'air.
1^^:^^ gsvdéfjL' et plus souvent au pi. —'a. enfer, perdition;
abîme. Syn. 'alà gpéfxva (^= Hprj^va). aux abîmes!
<_.oka. ^//eV. f. s., poche.
( s^jkj». ) //ipa , inv., très noir, ou crasseux. Gîpa (JtoLvpous, tout
noir, lout couvert de crasse. — Nous n'avons rien trouvé
sur ce vocable : nous le mentionnons ici, au cas oii il ap-
partiendrait à la dialectologie turque.
^i)bU- *ira.haka(l'x>. as. s'agit(T, se démener : exactement
gigoter. Le - de ce mot a fini par se prononcer ^, même
chez les ïiircs.
'"^ Nous li' cioirioiis iiliilùl slave.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 287
^ijU^^U^ (de tjj^^-) T<7-dbov<ja}c et —tolv, vite, très vite. Le
premier se répète assez fréquemment.
J^rs^LU.. *TS(XTioasov\'5 ct —ovX'kovç, négligé dans ses effets, sa
mise, indolent; f. TsWarsouXa , se dit souvent des ser-
vantes négligentes et paresseuses.
^^l^U.. cf. ^ï^?i=?..
^^j^-ij^Us- TsWpasÏT'pf ou? . chose mélangée, bigarrée.
(^j^U* TsaTTKjjv', f. — ijv'(Ta. n. —ijt>'xov, gamin, polisson,
débauché. Tsoltikijvmjk^, poHssonnerie, vagabondage. Sens
propre : galopin, de (>jÇU-.
i^\^ '^idchncL. pioche, pic. hovau. Ital. zappa.
[c:jU^] cisL) — . Tsàr -sTcfT. Imitation du bruit que fait un corps
en se brisant, ou de deux corps qui s'entrechoquent.
Signifie parfois : parler une langue tant bien que mal. Ar.
vulg. -s^.
JbU^ rsoiTaX'. *fourche; grande fourchette à salade, four-
chette grossière en bois.
[sjjU^j 5^L>— Tsarapa -srarapa, plus expressif que T.s'àr -craT
pour dire : mal parler une langue'''.
;j^Ua. TSonXolô'xovs , fendu, crevassé.
(<j) *Jt^=- TsarixaXijd'Kov?. S'emploie presque exclusivement au
pluriel neutre avec (ppvSioi., sourcils, pour désigner des
sourcils épais, arqués, et se rejoignant presque au haut du
(-' Cette onomatopée a été forgée par les Ottomans pour tourner en ridicule
la manière dont les populations slaves des Balkans prononcent le turc. Il y a
là une imitation de certains sons qui reviennent fréquemment sur les lèvres
slaves, p. ex. v^^ quatre.
288 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
nez, à la persane. Le mol turc ajïU^ signifie : assem-
blage de choses clouées provisoirement, faufilure.
[ vxiUa. ou y^] j-(^k-~f T.saTyp ^arijp. craquement, bruit
d'un corps qui se brise, qui vole en éclats. Plus fort que
^iU^ TS(x(hfp'. tente, abri en forme de parasol.
v.jti^U^ TsapsaÇ'. n.. drap de lit; *grand voile dont se couvrent
les femmes turques. Emplové surtout dans cette dernière
acception.
(^^) y^)^ Tsapsrj, marché, bazar. C'est le correspondant
exact du (i^y^ des Arabes.
ijjUs^Ua. Tsapr/aV, pavillon, véranda; terrasse avec ou sans
lente-abri. Syn. vX'olkos.
»^U* Tsotpès. m., moyen, ressource. Tsapè S£V£)(f', pasmo\en.
il n'\ a rien à faire ! ; très emplové.
^5^;U- *raapov)(^'. sorte de chaussure grossière des paysans bul-
gares, consistant en une semelle légère en cuir cru , retenue
pur (les cordelettes s'enroulant autour de la jambe, et ser-
rant le bas du chalrdr en forme de {juétres.
ciijjU- TSs'ipéH'. quart. Employé surtout pour les monnaies,
pai'fois pour les heur<'S. Dans ce dernier sens, les Levan-
tins (lisent le plus souvent é'vx Hovdp-zov. '
^v-jÀil^ Tcxayavos. crabe. Svn. xâëovpai. [jes dictionnaires ne
disent rien sur l'origine de ^j*.^j^U». comme si c'était un
mot turc (cf. G. MiLLKn. Ti'n-hm-ho Sludien. I. p. 9i).
^ous sommes très porté à croire, au contraire, que le mot
est grec, vu sa physionomie et la fréquence de son eniploi
dans tous les pays de langue grecque.
EMPRLNTS TIRCS DANS LE GREC DE ROUiMÉLIE. 289
(jUa- et JU^ tsa.K. bruit d'une chose qui se brise.
ijUW et (^[s^ rs(xx[X(X)i' , batterie, chien de fusil; briquet.
^Ua. Tsaxij, f. , couteau de poche vulgaire, acheté à vil prix
(cette nuance est à remarquer chez les Grecs; elle n'existe
pas dans le mot turc). Syn. a-ovy'à, f.
^^sjyiJU- *TsaXgijgri5 . musicien turc. Pour les Européens, on
dit (xovjixdv-i's.
«.«UJU- TsaXKOLfxàs , sorte de plat doux aux œufs battus.
. jUa. *7saXï, n.. épines, ronces, chardon; pi. xà TsaA'à.
' viXJU» TsaXyx'. acier, ressort d'acier.
(VLsîU^ Tsa7r7sa«', écuelle, petit récipient en bois ou en métal.
JJ^^Ua. THUfxovpXovK'. lieu rempli de boue : peu usité.
^UU- ou ijU^ Tsavdcx', plat ou écuelle en terre cuite, et, par
extension, en métal. Familier : Tsavax'a 'zstvax'a.. batterie
de cmsine. tout le r bataclan?'.
AkiUa. *TsaWa. valise, petit sac de voyage. Le mot a Tallurc
italienne, quoique les lexiques le donnent pour turc. Ar.
vulg.
[ vjiiU^l. Emplo\é avec ■jyii^ia. : Tsavgijp Tsijvgijp'; imite le cli-
quetis de la ferraille. On l'emploie surtout en parlant
d'une vieille voiture où les ferrures mal assujetties pro-
duisent un grand vacarme.
^li^U» Tk[i]vdâp', seigle. On emploie de préférence èiKaXri f. ,
de l'ital. segala.
jijU^ *Tsaov'v5. sergent d'infanterie; huissier. Bols — , sergent-
major. Tsaovs', n., sorte de raisin de table, à gros grains
290 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
blancs, et légèrement muscat : spécialité de Turquie d'Eu-
rope; le meilleur est dirigé sur Constantinople. pour la
consommation des grands hôtels.
(^Ua. *Tsdï. n.. thé. Le mot n'est pas plus turc que grec; mais
c'est la forme turque qui a prévalu.
j.jU». T.sa(yy/p', pré. prairie; herbe verte et fraîche. ToGa-
Aav '(t1ov TfioLtp'. ils l'ont mis au vert. Syn. xijp'; cf. s. v.
(*;y:^ ou ^j^^T^ 't>;{/'ouV. pipe . porte-cigarette.
[^Uj.ri.]. cf.jj<>v]L>; — >^ T.stpfTr) T^inXctK'ç, complètement nu.
|c:a^J oo— T.s'j'T trryT. bruit très léger, craquement du bois
sous l'action du feu. Pour un fort craquement, c'est plutôt
c:>L5 ci^U». cf. 5. V. cyU-. *U.n7:idi}iot. pi. — <?, graines de
courge ou de pastèque grillée, que les Orientaux aiment
bien manger dans leurs moments d'oisiveté, aux jours de
fête, en promenade, au spectacle. — Ce mot, employé
par les Turcs comme par les Grecs, est une onomatopée,
constituée par la répétition de la particule oo. pour indi-
quer le petit craquement spécial de la graine de courge
éclatant sous la pression des dents. Hir-TttdUaifvs, mar-
chand de graines de courge.
(j^*^ Tsi[s)Tiv's ou Tsnîv'Hovs, (lur (homme et chose), âpre,
rigide, entêté.
*:5^ To-aVcra, tante, La forme bulgare cirjo, citée par Miklosigh,
ihid., I, Ao, est employée aussi par les paysans, au sens
d'oncle.
I y-^l, cl. Hnpi'tl (J^Xa^.
Ls^ *T.s'<pà$. m., parties les plus résineuses du bois de pin,
servant à allumer le feu.
EMPRUNTS TIRCS DVNS LE GREC DE ROUMELIE. 291
ç.L=|^ et ^5;^ *TSipd}c'. n.. apprenti, garçon de boutique. T.s:-
panXijx', apprentissage, etc.
»^A==^^ *rsepTSiQs, châssis, croisée.
■i-s-s^, TsctpK^. cerceau, cercle de fer, roue. Je pense que le mot
Tsipxiv', signifiant cerf-volant dans certaines localités de
Chypre, provient du même radical.
j^S^ *TsspHé'vs, Circassien, Tcherkesse.
XSl^, i>^j^, tapis grossier.
ij*-pj^ *TsipLf, sorte de colle de p'âte employée par les cordon-
niers, les relieurs, etc.. et par les fabricants de cerfs-
volants. Poudre adragante servant à fabriquer celte colle.
<iCfu*i=- "Tis(eu)^[xs5 , fontaine, robinet.
oo^a. Tsi(pr'. paire; cf. Jo. ^^a^ T.s'ii^Te?, fusil à deux coups,
ruade lancée avec les deux pattes de derrière. Ar. vulg. de
Syrie oàa., fusil à deux coups, et, par extension, fusil;
c:^Â^. armé d'un fusil.
JJjcÀi^ TsiÇ>h'x', ferme. TsiÇiTSti?, l'ermier; tsi(PtsiXik^, profes-
sion de fermier, d'agriculteur.
cuyii=- Tsi(povT'5. juif. Les Grecs ont en outre éGpœîovs et ov-
êpbs. Tsi(povT'Ha. n. pi., comme s'Iov'jëpixi'iKa. langue
juive.
-kSTç^ *T.s-£iVfç, mâchoire.
■^s^ *TsaxiJTS', marteau.
(^^i^ *TkXehïjs, un monsieur, un personnage considéré et
riche. TssAsbrjs t'. son maître. Ce mot turc a passé dans la
plupart des dialectes arabes de Syrie et dans celui de Pa-
lestine et d'Egypte sous la forme ,^5>Aw et avec le sens de
292 SEPTRMBRE-OCTOBRE 1911.
joli, gentil, courtois (petit-maître); perruquier, coiffeur;
(^jJXso, s'orner, se faire beau. Beaucoup moins usité à
Beyrouth et au Liban qu'à Damas et surtout à Alep.
»X:^ '^TsiXès. faisceau do lil non encore mis en bobine.
kiUX^i- TsaXiK' ou T.s'aAy«', acier.
(3.) ^CyJ^ *Tk'ksvguepiJ-rj? , serrurier, forgeron. Remarquer
l'addition de la désinence s- l^aite par les Grecs à un mot
ayant déjà le sens voulu.
dU«5jv^ *TSi[jLh(;5, pincer, piquer; fut. i{crov.
wy^iw^T *7Si[xiiîp'. buis.
i^T- rk'iiJLSv'. gazon; motte de terre enlevée avec son gazon
pour être placée dans un jardin.
j-jj^ *Tk[xbép'. cercle de tonneau; petit voile avec lequel les
femmes, spécialement les vieilles, se couvrent la tête ou
se serrent le front. Dans cette dernière acception, le mot
se prononce plutôt Tsenfxbép'.
(jti^:i^ TsijvgijpdaK', sonnette, grelot, objet rendant un son.
xilCi^ Tk\i\vgu£vès, bohémien, tzigane; f . . TsivgiisvéO'aa-, par
extension : sale ou dépenaillé. Tsevgneveh/n'. métier de
bohème, saleté, avarice. Syn. xaiiîtËilovs . dcodovXa^ (P'^'""
lois yv(pT'5 de yv7TTli]s pour aiyv7i1ioî, ég\ ptien [étliiopien ,
nègre], cf. l'angl. gip'^jj); xotTsiëiA^'b , condition ou métier
de bohème.
JxJoii. ^T.seyxeÀ', crochet, croc. THeyxsWîô'Kovs , crochu.
Ji_j^ *TsovS'x\'. sac; —//')!>'. labncanl de sacs.
ij^y^ ''T^o{yjhdv's. berger, paire; — Xy'x', métier, vie de
hcvi'ov.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. -IWi
d)X)^rs- TseuTtXûx', épluchures, ordures. Syn. TSs{6)(pX'ov , ii.
C'est ce dernier qui est le plus usité dans le sens d'éplu-
chure. iVe serait-il pas une « hellénisation ?? du mot turc?
Sjjy^ TsoTpoi. f. , grande gourde en bois, ronde et plate, pour
le vin, les liqueurs; sert surtout aux paysans, aux mois-
sonneurs, aux chasseurs. Barbier de Meynard Sjyys-,
large, aplati.
[,^==-^i=^l ^ji^>=^ Tsogovfx. mon enfant : mot adressé par les
mères à leurs enfants; sert parfois à encourager, à de-
mander un service. Syn. hovI,ov[x.
»^y^ '"-ïfjwyjx, f. . drap; iscoy^afjrjs [sic), marchand de drap,
drapier. Barbier de Mevnard écrit **j.^ et attribue à ce
mot une origine slave.
<^\^:^ TèovpatTT', n., bas. Syn. HcCktaci, f.
{)^y^ Tsopha.5 , soupe, potage.
Tsophagrjs, notable, gros bourgeois. Ce mot tombe de
plus en plus en désuétude, avec l'introduction des mœurs
et des usages modernes.
Jj_^^ *Tseupéx', pain en forme d'anneau , recouvert générale-
ment de sésame : se vend généralement le matin, où il
constitue le déjeuner de quantité de personnes, comme
son analogue syrien x^LJ^ »SJ)L5. Gâteau, surtout de
Pâques. TieupsKxsr}? , marchand de TseMpè;^; s^n. <Ti^tt1sris',
cf. s. V. *X.A.»w.
iiljj^i:^ Tsupi'n'xovs ou — ii6'xov$. desséché; gâté, pourri.
l^^^^j ^— Tscox séï. c'est étrange, c'est un peu fort!, m. â m.
c'est beaucoup! Syn. -srowXy -crpâ'itza! Cf. l'exclamation des
Syriens : (*J) JJJ» ^y>. ce n'est pas peu! La nuance,
29i SEPTE.MBRE-OCTUUI'.I' 1911.
toutefois, n'est pas la même; l'expression arabe est exclu-
sivement admirative, au lieu que l'expression turque tra-
duit ordinairement un étonnement mêlé de regret, d'indi-
gnation,
^^d^rs> Tsov{r])xovp' , fossé , creux , cavité : peu employé.
J^:;ï- *t,souX'. tapis, sparterie.
(i^j^ lèojAixK's. manchot, gaucher.
|^_^ji=.] (^y^y^— *'TsoAovK TSco^ovK . loc. adv. : avec enfants
et toute la suite (avec toute la smala).
(jLojc^ et \^^y^ l'ovixdx', pièce de bois autour de laquelle s'en-
roule la ficelle pour former pelote; la pelote elle-même.
Le sens du premier mot est, d'après Barbier de iMeynard,
massue. C'est la seconde prononciation cjue nous avons le
plus souvent entendue, ainsi que (^^■«y, cf. s. v.
<3-)^AjfS^"TmiiJiXéK', pot. marmite de terre; —xehahïj. morceaux
de viande cuits avec de l'oignon dans une marmite de
terre.
i^Sijj.::^ Tsùvxi. puisque. car : très usité dans le langage popu-
laire; W est prononcé plein, n'étant nullement la dési-
nence du neutre grec.
Ov,^a=- ts<€/t', indigo : en usage dans la lessive, la teinture.
viUjfj^ TseSipclôû. ÔLs, parfois employé pour dire retourner, et
surtout renverser quelque chose : tov TssSlpTHSi. il l'a ren-
versé (t.s'£< |)0ur Snas).
OA^ t.s/t', indienne (étoile).
j^yf^ rî^rjpovs. j»l. — p'^', scombre jeune, salé et séché au
soleil. Cette espèce de poisson, très abondante dans le
EMPRUNTS TURCS DANS LK GREC DE ROUiMELlE. "295
Bosphore, est une vraie ressource pour les habitants de la
capitale et de l'intérieur. On le consomme frais (^a-Hovfxbp) ,
pi. là) ou sous forme de rsrjpov.
xjUs;* *Tsi}C{X(xs, linge pour sortie de bain.
^^;>Ju2a. et (ij-'i^ *-vstjKpijK', tour, rouet, manivelle.
iSy:^ Ts^ê;, cheville, clou; personne très maigre.
^1=:^ *X^[>7?, pèlerin, qui a fait son pèlerinage; f. ^ouJj{6'<Ta.
*Xaijr]Xy}i', lieu de pèlerinage, et, par extension, pour les
chrétiens : la Terre-Sainte. 'Hrjyi 'a1ûv yairri'kiJH', il a été
en Terre-Sainte.
y*b^ )(^a^ijp'xovs, prêt. XalypXadfS. Ss ou —l'iov, i'sis, pré-
parer, apprêter.
i^^j^is^ ^ctlijpXcÔTr'. Se dit d'une chose pouvant s'avaler d'un
trait, comme un œuf à la coque. Ce mot expressif désigne
aussi les parasites, ceux qui cherchent à trouver table
mise; certains marchands de létes d'agneau bouillies por-
tent encore ce nom; cf. çj^J.
JU. *Xa.X' et surtout le pluriel x.*'X'a . état , surtout mauvais ,
piteux : ii yal}a shi aura, dans quel triste état vous vois-
je ! ou bien (une mère à son enfant) : que tu es malpropre !
^Isw ç^CsjS^Ksvdl )(^ot.Xyvoi, à sa guise.
Jl:a. O^ (à)p^oi/;^aX', pétition.
;U^l:^, cf. ;b^U..
i-^aii. '^■/ji'K^, pilule.
2% SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
*x.jC>JJî o<^ prononcé le plus souvent tX..>OsJUî J^-x_fi ou «X-j-c
4^JJJ!, ^^6JJI Oo^ abdsXXel,] , amande de terre, racine du
souchet comeslihle; litt, : graine savoureuse.
(j*»Ajw yjx-noxjf, n. et X'^'^^^i ^'•> prison; moins usité que (puAa«>).
(^Lsi^) ;^ap£Ti'' (ar. ^];-^), vente à l'encan. Syn. : Ivxdvzou, n. ;
IxsloiT'. cf. :>!yo.
<îu?^ '"■^aphi'ès. école militaire.
*>a. '^(apé^^ et ^apsfxXix', harem : femmes ou gynécée.
^•sw êpiÇi's . cf. ^ilii et ^Ji^ .
t_jU«.2^ ^la-aTT', calcul, compte : s'emploie éventuellement au
lieu de \cvyapia.(T^os.
vAxaj»^ ynxdijp', natte. Employé surtout au pluriel , mais tou-
jours moins que son synonyme -i^cliBa.
^y^^ )(pv^ovp', jouissance tranquille; joie, gaîté;/^' ha yov-
(ovp', a j)iacere; é'va yovl,ovp^ rpoî^i^a, je m'en suis donné!
(du repos, des vacances).
làa^ *X.''7'' plyisii'; goût qu'on a pour quehpie chose. Air tol»
xa[xvov ou Se (xo) xaixv^' — , je n'anne pas cela, ce n'est pas
de mon goût.
^3A^ Xo^'i^', vérité, droiture. M< tov yo-xx^^ avec vérité; Xéyov
'éva.-/jixx^, dire à quelqu'un son fait, une honne vérité.
^b-xi-.. *d)xxal)ai'?, escamoteur, prestidigitateur; exactement,
joueur de gohelets.
I^nS^ Xsxtix's, médecin : employé au lieu de /axpos, quand il
s'agit d'un médecin oriental.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMÉLIE. 297
(^Xs^ *-)(a.AKi5, anneau, boucle en métal.
!jl^ *yaLk^S.?^ m., pâte sucrée, au beurre et à la farine de
sésame, le s^^Acw des Syriens. L'espèce ordinaire s'appelle
^IJo^ /yA.4^ layjjv ^otA^ôt ou )(^aXË(X(7>j , — à la farine de
sésame. H y a aussi le —>L>M3i^> .(ral^iAèp sA^aa-i/ (sîc),
— à la semoule avec cannelle ; — ^b^xsTèv éX^â ou éA^oLaif,
— en forme de fils de chanvre, blancs on colorés en rou'je :
en Syrie cyLJî Jui, le. fil (filage) des vierges. XaX^a^^^?,
marchand de )(jxAêa..
Jlî* *;^a]uaX's , portefaix; — Ayx', métier de portefaix.
^^br *x°'-l^°^(^8'^^- ^^^^^ *1"^ ^^^"^ ^^ ^'^^^ public: f. —hva.
ik:^ et surtout Ui ^xijvols, henné : teinture rouge dont les
femmes turques se rougissent surtout le bout des ongles.
Mot familier et ironique adressé à une personne qui se
teint ainsi : Hijvd, bov f/où(p) (?) Kyvôt. Kijvd guéfjès, m.,
nuit précédant les noces et où, chez les musulmans, on
teignait les ongles de la future épouse.
ij^^^ p^aÇouj', bassin, réservoir.
àj^ , cf. àj^ •
àjvXxa^ ;^aïd'ouV5, brigand, homme brutal, redoutable; garçon
au caractère aventureux, difficile. Le mot, comme on le
sait, est d'origine hongroise. On le trouve cité dans E. Le-
GRAND, Recueil de poëmes historiques en fjrec vulgaire. . .,
1877, sous la forme \cti^ovxov?\ cf. p. 8/i, vers 760.
yl^Aj». )(^aïëdv', animal, béte de somme; personne stupide.
Aussi usité que ^roov, sinon davantage.
*Xaï^ai'Xyx', bestialité, bêtise.
"^ D'autres préfèrent écrire •.AjvLc, des [juerrîers.
298 SEPTExMBRE-OCTDBIlE 1911.
-U».Uw yjxyji\t.'s^ riiljbin. \ct.y(jx\x hcth)s ou hasrjs, .«jrand raJîbiii.
[J^UwJ pyçi.)— x'^f'Ù^ XJJPJ^^ imite une chose qui coule
librement, eau, saiive, parole abondante; râclement du
phlegme dans le gosier, rontlement.
*.«5XiUw ^asXafxas, viande bouillie; et plus souvent greffe; cf.
^joli». [x°^^] 6t ya^^^vs. frais et tendre, de bonne qualité. Ce
mot s'emploie surtout pour désigner du pain blanc et
frais; le mot turc, entre autres significations provenant de
l'arabe, a aussi celle de pur. non falsifié. Les marchands
de pain crient dans les rues : 5*>yo ij^-U». y^di 'zsidè''^K pain
(galette) excellente et fraîche.
AAslà. x^o-£s, espèce de mousseline, calicot.
y^-Uw •)(azijp^. égard, préférences. Souvent employé au pluriel :
XOiTijp'oL Toiiv H(X[xv', il a pour lui des préférences, il lui
accorde des faveurs; ndfxv^' (xafzv') oXa. roc ya-iripia 7\ il
lui passe tous ses caprices. Comme pour le mol x'^^'i'^^^^-
une seule des nombreuses acceptions du mot a été adoptée
par les Grecs. On dit parfois ;;(^aTypXv/x' (hins le mi'me
sens, ou avec la nuance de r. manie de faire des égards 55.
(jaJL^ x°^Ai's?iovs , pur, sans mélange : se (Ht surtout du lait. IjC
cri des laitiers, même grecs. d'Andrinople est : ^^Uw ^_^
^^ aùr p^aXt? a-in.
C' Ce mot so jjrôscnlo ici sous sa forme turque, empruntée au jjrec 'ssha,
très usité, de l'ilal. pilla , jjalette; exaclemenl : |inin très |)lat et soii])le (Yors-
soiiF, Dicl. iurc-J):, 11, i)">")). Il est Idin cciM'iKliuil d^'yalcr en liiio-e le o^'t'*
des Libanais.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 299
-là. ^(X(x'xov5. cru,î. e. non mûr. Rarement employé, à la place
de âyovpovs.
jj^x>là. )(jx.fjiovp^. pâte : moins usité i[ue jufxdp'.
ylà. ;/aV, édifice public pour négociants, caravanes. Dans les
villes de Turquie, on entend souvent dire : 'arryotîvov '(tIov
^aV; cela signifie : je vais au bureau '^^, et non à l'au-
berge. Hors des villes, le x^'f est, comme en Svrie, l'iiùtcl-
lerie. Xavgrjs, aubergiste ou gardien d'un ^j\à. de négoce.
-ojli»- ^(^avtjfji'aa, dame musulmane, coiffée du yachmak et vêtue
du férédjé.
[ajU^] ^avas. Entre dans la composition de plusieurs noms d'édi-
fices, d'établissements. Nous les mentionnons à leur place
alphabétique.
^L^U^ *Xa€<ap', caviar, œufs d'esturgeon marines.
yjLà. )(jxiv's et yjxiv'KOvs, perfide, et surtout méchant, mauvais
cœur; qui ne donne aucune satisfaction à ses parents, à
ses maîtres.
-Aji. XOf-boîp' et x^^^pS ^^- ■> nouvelle, avis; cure, souci; état de
santé, au pi. yahâpia.. L'emploi de x'^^^?'' ^^ *^^ X^^^'p'
n'est pas tout à fait facultatif. C'est ce dernier qui signifie
plutôt : avis, nouvelle, information : toÙv 'ésteilav X'^^^p'
ère. . ., on lui a envoyé la nouvelle que, on lui a donné
avis de; tsalpvov xaèep', Sîvov yjxhép^. recevoir, donner une
nouvelle. Le premier a surtout le sens de cure : yjxi'>dp'' Sèv
Tox^', il n'en a cure, û s'en soucie fort peu. Enfin, locu-
"^ Si le bureau est dans un de ces anciens Làtiments servant de comj»-
toir, de dépôt de marchandises et parfois de logement aux négociants.
300 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
tion ordinaire pour s'informer de la santé de quelqu'un :
t/ yahâpioL. comment allez-vous? = ar. vulg. viUla. ou^.
et non pas ^ixà^l tiJ<xifi i^ y^^-
owo^Xi». )irijlfxér', service.
^^£?L«J»ii. y^ijl,y.eT%rjs , homme de service, de corvée.
[>jiwl vj^ — , •)(ap X'IP' in^iite le ronflement, le reniflement;
cf. la finale des mots arabes J< . ji^, j:^^.
va. Xypp- • • — Imite le grognement d'un chien. Les Roumé-
liotes ont l'habitude de traîner indéfiniment sur le p.
ttK^ Xo^P'^'^^'- impôt foncier.
jjLi». Xcxpctp'. grand sac en crin pour la paille, le transport du
linge, de la literie. Cf.l'arabe »;ijf •
yUvLà. *x(A}(^ovjpotao[v'. poudre de lude ou de brupie rouge.
Mêlée à de la chaux et du sable., elle sert à faire un cmient
dont on use encore fréipiemmcnl eu Turquie.
(3l^>.sw *^apTSAiJK'. argent pour dépenses nécessaires ou [)0ur
menues dépenses.
Jl^^ et J:>viw ;^apr/aX', moutarde, en (ant cpie seivaiit de suia-
pisme: sinapisme, (lomme assaisonnement de table, on
emploie le mot ilal. ijlovg-1 dpSa . f.
ylxA.»«jjk. ;^pi<77<ar's, chrétien : employé uniquement pour dési-
gner les slaves, surtout les Jîulgares. ])ou chrétien, brave
hoFmne (bon isi'aéhtej : ilShpo xp^^'^^^^'s. Dôhpo, mot bul-
gare signifiant f' droit ?5.
*)i>.i^ '-^epiiusAès, cheval indompté, non habitué à la selle, au
bAl: au li;;. . Dersonnc irascible, sans éducation.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 301
[^J^], cf. J;li-, ^^^j^ et ^^l^xlj^ ;^ypî/X^//^oy, gronder,
grogner, bougonner : t/ yjjpj/Xfhhis Tcôpa y'à, pourquoi
crier, te fâcher ?
Lo^ et ^)^ *X°^P(^'^^^ datte; pi. — aSis.
ci^îj^ ;^ypêaT's, croate; par ext. : paysan.
y^ et jAÀi. *Xy}^ élan, vitesse; violence. 'Ilap' rov x!)j^^'^
prends ton élan.
«jooy». *)(alvs$, trésor pu])lic. dépôt d'argent et de choses pré-
cieuses.
jliu^àw yjxa-l aki'ix^ , maladie : usité occasionnellement à la place
de àppwhtoL. \oL(7layjtv£$ (à^)- hôpital turc; pour un hô-
pital chrétien, c'est STriToiX'a, n. pi. , qui est employé.
r^-kaà.] ,j«ljJî— , yjj(l{ij)p-è\-Xéf [sic), n. . jour de la Saint-
Georges, â3 avril, correspondant au j<v-^i ç^ des Egyp-
tiens, et où les gens vont en famille faire des parties de
plaisir et des pique-niques sur le gazon '^'.
JUskà. ? ■)(ap-)(jxk^ . plis de la peau du cou et du menton chez les
personnes âgées. Je crois pouvoir établir une certaine pa-
renté entre les mots turc et grec, le premier signifiant un
anneau.
kXà. x^^'At', exagération, verbiage, radotage. Usité surtout dans
l'expression : x^At eiTivîJs^à, tu dépasses toutes les bornes
''1 A Andrinople, ie y^ydp-èX-Xéj' a lieu surtout dans la belle ile formée par
la Toundja, en l'ace de l'ancion palais des sultans. Cet endroit, appelé encore
2apaV (le Sérail = ie palais), est reniarijuable par le nombre et la beauté de
ses chênes séculaires et par la verdure exubérante qui y pousse à la belle
saison. L'entrée et la sortie de File sont conunandées | nv deux belles tcjurs do
style du moyen àjje.
302 SEPTEMBRE-OCTOBRE 191 1.
(en parole ou en acte). ?w. à m. tu as fait un mélange in-
forme '^l
^Xs.^ gakévTS', socque, sandale (ar. c_j1Ju5). Le sens premier
de ce mot serait : bois dont on fabrique vases, ustensiles,
plateaux, écuelles. Cf. J. A., kSGG-. p. 4 a 4, h-^^b. n. i.
Ce terme est. à n'en pas douter, le môme que yaHxi. que
l'on trouve dans l'un des poèmes édités par E. Legrand
dans son Recueil de poèmes historiques en grec vulgaire ....
p. 2/49 . vers 55.
Sv-sç- et, plus récent. SjJi ou &^ljyoy> *K0vyLha.pS.5. m. Tirelire
en terre cuite et en forme de grenade. Le sens de bom-
barde, grenade est inusité parmi les Grecs. Cf. ar. ïXjJj».
^^ *-)(ayLoûpK levain. X/xfxovpaoufxovs, sans levain, azyme.
-^U. ^ctr.jâp'. poignard, coutelas. Syn. «ajwa?, turc.
lJ5*X^^:i. •)(OLV(ldx.', fossé.
2i^\ys^ *yjjjga?, iman ou derviche; en général, personne reli-
gieuse musulmane portant turban. Xcôgahjx*, profession
de \ojga.
Si^jÀ. Xooëapdôcs . noceur, débauché. XcoëapdaXfjH', vagabon-
dage.
"^y^ hcô-rniakctl petit cri que l'on pousse pour faire lever
quelqu'un, surtout un petit enfant, pour le faire danser
sur les genoux. [•Uilj et liLj— , — -sra.s'à (■craxaia'], même
signification; s(> dit aussi d'un jeune homme gâté, mal
élevé.
[jii^l ^ji.-^i — , x^s gushlh, soyez le bienvenu. Ce mot ^ii^
est souvent surpris sous forme d'exclamation sur les lèvres
*'■' L'exjiression .iralic fio^iJa, si iisiléo on Sjrio, a ])i('n lo mémo sens,
niais elle s'aj)|)li(jU(i davaiilajjc à une confusion de choses nialériellos.
EMPRUNTS TURCS DAAS LK GREC DE ROIMKLIE. ,303
(les Syriens, syn. fie ^xa. ^Ix> (_^î. c^aL». JoL*j_^ , ci^v^*'
ylS7 bien ! après tout, peu importe, tant pis !
c,'Lijji- et oLi^À- ;^oy(<i))sa(P', pruneaux bouillis à l'eau et au
sucre : pers. (_•) (>>=>-, bonne eau.
j^ et j_^ x^'^*''' entonnoir.
^^_^yom, coutume, habitude. Peu usité.
oviLà^ ;^y/'ay£V> et — xovs. perfide, méchant, mauvais cœur.
Cf. (jjlik.. Xy'av£Th/(^i^H' , méchanceté.
->ki^ X^i'ip'' bien, bonheur, et surtout profit, utilité : eïSia na-
véva X'^'P' '^'^0'^ ssva, ai-je tiré quelque utilité de toi, ai-je
jamais eu à me louer de toi ? ^j>*«i^î )^j~f^ X'^'P^'^P ^^^(^ovv,
adieu; grand bien vous fasse; ^ti^î >x=». -/^aip oXa. [jrand
bien vous fasse; cf. l'ar. vulg. .^1 *li (jl ^^j^f^^.
'•f»y^ Xdiç^îfn? et •)(jxipsyfKovs, qui ne fait rien de bon, fai-
néant, méchant; se dit surtout d'un enfant dont on ne [)eut
pas jouir.
Xaï^syjXijx', nom d'état du précédent.
J^j;^ X.'^ïpXyô'xovs , bon, utile; de bon augure.
^£i^:> dada, bonne d'enfant, nourrice. Cf., au sujet de ce terme,
notre petite note dans Z.D. M. G., igoq, t. LXIII, p. 82/1.
Jîi) *ddX', branche, rameau.
O^b, cf. ^ï^lli^.
(J*jîi *TaveX)75 et TavsAv'O'xovs, dont les grains ou les parties
sont bien distincts : p. ex. du riz cuit, du couscous,, etc.
30/i SEPTEMBRE-OCTORRE 1911.
J^i, cf. J^IW.
«pi:> v/aïpis, tambour de basque.
jli et jlL? r/a)'5. oncle maternel; compère, brave homme '^'
(cf. l5o), sieur, jb Li «a/^ià dais, bravache, rodomont :
ar. viilg. j^UîAi. pi. cyb— , bravache, rodomont.
AjliéUi '"'vaha^ja.vS.s. tannerie.
(^woi. cf. ^^wX». On trouve encore ^^w^ et^^uolï.
[3^1 yo — (laà bsTép's. encore pire. Adverb. daa. berèp, encore
plus mal.
^Jo^i (hphe(h'p'$. cpu' va de porte en porte, vagabond; person-
nage tombé bas. DephedepliK', nom d'état du précédent.
(xSy^:») daXhovKa, le <\5oji des Arabes, *sorte de tambourin en
terre cuite.
[ci^^il (j^_^ — deùpi xemeXris ou —kovç, à quatre côtés,
carré. (S\^^ Jj^ ^^^^ deùpT ifàX à«C'/- carrefour; w?. à w.
bouche de quatre routes. R;ire.
:>^i> dépz', défaut, défectuosité cachée. Les divers sens du mot
turc : peine, chagrin, ont fait place à cette acception tout
à fait secondaire, et la seule usitée en grec.
''' lÎAMBiKR DK Mkynard, «. V. 4^, fait liTS 1)1011 rcmarquci' que c'est aussi
\Mi lerme (ramitié comme f^^^, oncle paternel. C'est exactement la traduc-
tion clos mots arabes ^ Lj et parfois ^ic L> (= ki^) adresses à que^nrun (juo
Ton ne connaît pas : — /«.jlb ^^1 é dai[i.\ eli ! mon cher. Quant à ce (prajoule
Samy, Dict. luir-fraiiçfiis, s. v. ^^.il^ : rf titre (pfon donne surtout à des per-
sonnes du peuple (|ui oui un certain àjje et un air «jnerriern, cela est vrai sans
ri'sirirliiin . fii ce (pii concci'iie rusajje des (îrecs. pour les deux premières
parties; pour la Iroisirme, tout dépend de répilliète accolée au mol J^, ot
même on {jénéral l'absence d'épi llièle indi(]ue plutôt crun pauvre liommen £vas
dais =: Hvots y'ép\j.(fji (Jpvjios rrsolitairen) dais, un pauvre diable; au contraire,
(tjLb Lo) Hoihiï dais, personna|je à Pair {[ucrrier, bravache, provocateur,
EMPRUNTS TLRCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 305
{)i>)^) dypdijp's, bavard (cf. l'ar. yy)- Dypdyp x'-^ê°^^- iman
bavard : se dit d'un grand parleur. DypdypAijx', bavar-
dage ^^^.
^^i TupXù, sorte, espèce. Eva TupAÎi ehi oXct. ils sont tous
d'une espèce; TupXii -riipXù {xovpoL(péT'a. toute sorte de
farces, de tours de passe-passe.
jjîo^^i ^dsp^l'ï]?, derviche, faqir musulman. Dep^iHAiK', [)ro-
fession de derviche.
s^:>*dsps5, m., vallée, creux.
J^^:i *Spc[fj.'. un dramme, ^oo" partie de Toque. Le pluriel est
régulier, Spct^ta; mais, par une curieuse anomalie, avec
100 le mot reste invariable et forme un seul mot avec la
centaine : 'xarovSpottx' ^vp). loo drammes de fromage. On
peut toutefois séparer, mais alors Spd{x' se met au pluriel.
»l5ou.:>, cf. alSp.
Ai--:> Tsalès. paquet, faisceau, liasse. Syn. Siixolt^ pour Ss^ioii'.
JJuUw:» ^dusixavXiJK', inimitié. Le mot diisaâv's, ennemi, est
rarement employé.
(J^i) da'^boûX's, personnage gros, dodu. Lo terme est arabe,
et nous ne l'avons pas trouvé dans les dictionnaires turcs,
qui donnent plutôt J^^y ; nous sommes sûr cependant de
l'avoir entendu en Thrace,
i^^:> *daêà. s, procès.
jSi^ TsCprép', cahier, registre, ^portefeuille ; livre. 'Ts(pTspaK',
petit carnet, calepin.
^Iiy3:> daÇnepdap's, directeur des finances d'un vilavet.
'') Barbier de Metnard donne à jJ»,^ (jj.>,j:>) le sens de tr bavardage n. C'est
plutôt celui de cbavard?! cjue nous avons surpris, même chez ies Turcs.
306 SEPTEMBRE-OCTOBRE 191 1.
xiusi iJaHK&s. minute; s'emploie sporadiquement pour Xe-nlh,
surtout avec é'vas : une minute.
(y^^i> (liix'avijvs, boutiquier, petit marchand. Boutique, àp-
ya.STïfp' pour spyaalnpiov.
^_^x>^i (Je^pyLévgrj? . meunier : on emploie aussi [xtj'kovvas;
Se'pfxsfxiJriAiJH'. profession de meunier.
J^i TeXX'aX'?. crieur public; courtier. TeXX'aXXy«', métier
de-.
j-Ji. qui ravit le cœur, charmant. Ce mot n'est pas employé
tel quel par les Grecs; nous nous contentons d'en rappro-
cher J^S^'v/p^eX'. terme affectueux que les mères adress(^nt
à leurs enfants et qui semble en être une corruption.
iXJuJi et «XÀxJ^i) , cf. *>J-Ajy .
Ji ds/} — . fou. S'emploie on composition avec des noms
propres : (hAÏ-TasM. etc.
iJjUuJ.i) (k'kiHoi.v'kijs, (grand et beau) jeune homme, m. à m.
au sang fou. Ce synonyme de ■waXixap' est parfois employé
pour produire de l'effet, étant donné les nuances que les
Grecs y attachent.
(iU-M)i) et JXM)3i>, cf. (JUajojj,
Joi) *(l£v}i^ et (IsvgW. uni(piement employé en matière de cerf-
volant, pour signifier l'égalité parfaite des trois fils abou-
tissant ;i deux des côtés et au centre de Tappared. et le
tenant en équilibre. Ce dernier sens est une des acceptions
du mot furc.
jX>i 'div/nitA'. essieu.
[v^i], cf.)^:..
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMÉLIE. 307
siji dovdou. f. . vieille femme (surtout arménienne) : très usité.
dji^i dudÛK'. n. et dovdovxct.. f. . fifre, flageolet, sifflet, petite
trompette enfantine. Le premier est employé plutôt ironi-
quement.
DiidtiKrsrjs. marchand de fifres, etc. ^y-«-^^>A^^i>^:> [xï
KaÇià diidiixAiopa-ow . tu me romps la tête (avec ton sifile-
ment, ton bavardage).
rjjjil — cj>^i diihudus, tout à fait. jj^:s signifie plat, uni; (_>^:s
n'est qu'une particule augmentative. Pour les Grecs, igno-
rants de la langue turque, le tout ne fait qu'un mot adver-
bial : dûhiidus rpilbs. il a complètement perdu la tête,
totalement fou.
^^buw^i dcocrlXovx'. amitié : plus rare que (^i/.i'a.
Q^SCiji dusKiiv's. pensif, abattu, affligé; déchu. Duskw/mh^.
état de celui qui est déchu de son rang, paraît abattu.
J3ji. *duAguép's, maçon, charpentier.
^jU^i dovçxavK brouillard, fumée, poussière fine soulevée dans
l'air, parfois le vent lui-même. En langage familier de
chasse, ipab'-^ é'va dovixdv' = tirer un coup, allusion à la
fumée de la poudre.
x>i^i deuvûfx'. mesure de superficie, de ^o pics de côté.
Uu.i dovavfids, illumination avec feu d'artifice (et coups de
canon). Le mot est courant pour les réjouissances des deux
Baïrâm.
«:> de, allons ! S'emploie surtout avec ) ou Ld>; se répète aussi :
5:>»à déds, n'est-ce pas! Employé le plus souvent avec la
particule à^. s/x : «fz déde. certes oui ! ah oui ! ce n'est que
trop vrai ! rç c'est justement là le drôle de l'affaire ;?. Samy.
308 SEPTEMBRE-OCTOBRE 19 11.
[t^il («-o:> — ) (Dtt (hhè. tout au fond, au fin fond.
cîJw:> (lu{i\péK^. poutre, poutrelle, colonne. Dipexhi^, jea des
quatre coins, ou quatre colonnes.
^^i *dilguiv'. bride, rênes.
jioi, cf. Jxi.
^jià^s?^ fhsTsriS' dentiste, surtout pour le bas peuple.
rfvÀji (liAifx', tranche : beaucoup moins usité que (peVa, de l'ilal.
fetta.
[(iWij — <xj v£ fhfxèx.. ([u'est-ce que cela veut dire? Terme de
colère, ou parfois d'ironie; s'emploie le plus souvent avec
un autre mot : vè (Isiàsk -zrr'à. —enfin?; vè iIsixsk hov.
— cela ? yJOvJi (leïpexTèv. en disant, ce disant: soi-disant.
Très employé s. plein de
soi-même, bouffi d'orgueil, de suilisance, comme l'ar. »b
*j!j— i. s'égarer dans ses pensées. Sasipchlou. effrayer
quelqu'un ou quelque chose, l'embarrasser, lui faire perdre
contenance; ra. iaêipT'si, comme rà .sa.sVit. Syn. zayak
pour Ta 'éyoLcre,.
•3^
Ui sasÏT's. louche, alfecté de strabisme.
«il.i et Ixi .saxa?, pi. â2{,?. plaisanterie, gaudriole; syn. ypv-
paaè. : aussi employés l'un que l'autre, celui-ci avec 'kéyov,
l'autre avec xdfxvov. "Saxa^vs, plaisant, farceur.
JU« sdX'. châle.
^I^Ui et ^l_^Xii *sotA€(xp', caleçon, culotte bouffante chez les
Turcs mijàs. persans : le sinràl. class. J\^j.a» des Arabes.
Pour l'étymologie toujours problématique de ce mot,
cf. l'étude de J. Karlowicz. Actes du VI Congrès des Orien-
talistes, p. 4 2 8-/12/1 : l'auteur ne craint pas de recourir au
chaldéen p'janDscf. Dan., Ill, 21, 27.
320 SEPTEMBRE-OCTOBRE 10 11.
-Ui soifji', Damas; rarement Aa(j.a.crKb. f. SafxAys, damasquin.
En Tun|uio d'Europe, toutes les bonnes choses, spéciale-
ment les fruits et les douceurs, sont censées venir de Da-
mas, un des paradis terrestres. De longues années d'expé-
rience nous ont démontré que cette réputation est bien
surfaite, au moms de nos jours et par rapport à la Rou-
mélie.paysau terroir extrêmement riche. — Hien de plus
commun que de voir le nom de *Li accolé par les Turcs
et leurs voisins à quantité de produits naturels ou artifi-
■ ciels, quand ils veulent en vanter la qualité : i^^yj^ f»Ui.
j^^U — , pastèque, melon de Damas; ^^^S^~. roses de
Damas, petites brioches rondes ou repliées en forme de
demi-cercle (v^jllaï); ,^|^A2w— . Ijahvà de Damas, où le
sésame est mêlé à même avec la pâte sucrée.
[»Ui]. Employé dans le mot emphatique 3L>(?) »U; sctyTvd'-ns,
i e. personnage haut et puissant, et dans le proverbe :
(^tXJ^jî \L) »Li i£ùJ\ aLi .s'à;^ hl\ kctyjidc, mXSov . il était roi, il
est devenu empereur.
^jA*iuLd>Lii *sa)(viHip'. balcon fermé, en saillie sur la rue et pourvu
de fenêtres : très fréquent dans les villes orientales. Pers.
^AXio »l«. siège du roi. La prononciation grecque avec
p = y est très courante parmi les Turcs.
yAiftU; *sot)iiv'. faucon, épervier.
^UUi 'say'oiK'. étoffe de laine, cheviotte.
^^A.>.;i '\kl)a)y'. sorte de Heur; giroflée. Pers.
jLyi *khé3i'. gros singe à derrière rouge, babouin. Singe ordi-
naire : fjioiifxovv'. 11. ou fxa'iixov. f.
ii-^jJ^ *m7rè. doute, incertitude. Pas de doute : HUTrè Sèv €)(^si ,
ou l'expression turque : ^^ ^^j>^ ^5 àvà mnè y^œx.
'SiUTTeAÎÔ'xov. doiilciix. incertain, suspect.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 321
ol^ sapaV. vin, boisson : emploi rare.
o^-j-— i *sspbéT'. boisson rafraîchissante, limonade, sorbet.
— grj5^ marchand de — .
kj-i et os?^ *stph'. cordon, ruban, galon: ver solitaire.
y bjli sV(pT<Xof . pêche. Ss(pTaA'à.. pécher. PoSctKivov'^^^ est peut-
être moins employé.
[.5Ci], sucre; employé dans <J;i^ ssaspXiô'xovs. sucré; ^^Xi
ssxspgïîs. confiseur, vendeur de sucreries; cs^ — sexèp
guih), (doux) comme du sucre; parfois ^^5Ci sep^ep' ! tout
court, sous forme d'exclamation : mais c'est du sucre !
au$l^, cf. Xx^l.
-lAi aaAgdfx'. navet; cf. *jiXj,
Aj'Uw *soifiv.Td. n. invar., et parfois —a?, m., bruit, vacarme.
Comme on le voit, le sens classique du mot arabe ajUw
(joie-bruyante-à la vue du malheur d'un ennemi) a été
notablement restreint^-.
^Ui safxdp'. soufflet, gifle. Cf. ij^Ui.
Sj^JoUw ou »jj*XjuoUi *sayLavdoùpa ou o-a/^t . . .. bouée d'amar-
rage ou d'éclairage. Le mot est sûrement grec : aiiiJuxSovpa.
ou arjfJ-OLvrovpa, de arifxaivct) (resp. ŒtjiJLaSsvCloy. nous le
''' Nous croyons retrouver dans ^oSàKtvov l'origine du mot arabe de même
sens, encore inexpliqué , jl"^.>, (jT*';'^- ^^ seconde forme donnée dansie J. ^4.,
1896'. hh^, dordqen, ne serait autre que le mot grec lui-même, avec une
métathèse initiale ^^ pour pê-. ^\ — identiquement dxtv{ov). Quant à jK^, ce
serait une simple apocope de ^Ji^^■> , d'autant plus que celui-ci a pu s'écrire
jlj.> au génitif sans changer de prononciation.
(-' On pourrait songer, au point de vue étymologique, à l'italien chiamata;
mais, outre l'absence de donnée positive, il est bon de noter que rkiamare
a a guère le sens de crier, mais seulement d'appeler, nommer, etc.
322 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
mentionnons toutefois ici. comme ayant peut-être subi des
influences turques, sous la forme où il est usité en Rou-
mélie.
[JX>»X^1 (^j«) — .^!(x(liAix ixepa-rj. pour le moment, merci;
cela suflit. Expression barbare, très courante parmi les
Levantins.
^jî»X)tç>i *sa(xa'^fldv'. chandelier, candélabre, boujTeoir.
V^^j)^ ^ojpooA(Ô7r'. action d'avaler d'un trait. S'accole parfois
au mot scopoÔTi' (sirop).
<j<Ajyii. cf. *Aj^.
*'^" Cl. i^^y?--
A*is>yii sisès. bouteille, surtout carafe. Les Levantins diront
plutôt âvbovXa (af/7roL/Xa), ital. ampolla, fiole.
^^ILiA^ seïTûiv's. diable, au sens de farceur, éveillé, etc.; au sens
de démon, c'est SiSov'kovs. Ssïravhjx'. diablerie, étour-
derie. farce.
Juyjyi sivU'. mesure pour les choses sè^clies : un demi-déca-
litre.
^^yil>a * crahouv/fïjs . fabricant ou marchand de savons. La forme
turfpie aa7:{h)ovvAa(Ji%ov est parfois employée au lieu de
aa-novviZov.
(«jL» VaV, [uanclie d'un instrument, garde d'une épée, tige
d'un fruit, trognon.
aL^ULo "craTrdpTot. f . . réprimande très forte, abattage. 0à Çias
(j-'à^, tu vas recevoir un abattage; S-à ,so< Scôaov (j-'à — ,
je vais te donner de mes nouvelles. Le mot turc sigm'li(;
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMEI.IE. 323
primitivement décharge simuitanée d'une batterie , bordée.
Origine possible, au moins pour le premier sens, l'ital.
sopporto . chose supportée . endurée.
i^^Ias o-aTTAMli^ov, aor. o-aTrXaT'o-a . percer quelcpi'un d'une
épée, d'un coup de couteau (jusqu'à la garde, tov craV) :
très usité.
[Jl^UsI — t5;L»£> crap;) (7aT.sÀ_y?, aux cheveux blonds.
&5rLo *aaTS(xà5 ou (TaT.sptaV, n., tilet portant à ses extrémités
des poids en plomb, épervier. Les Turcs emploient encore
ce mot au sens de petits plombs; les Grecs disent dans ce
cas a-xdyia.
j^A-iUjLtf» *aapiiasî}i'. lierre.
^iM*^y[*a crapfxovcTaxXrjs et — ïjO'kovs, assaisonné d'ail (^a-xojp-
Sovy
«-ojLo Vapf>ia?, membrane enveloppant les viscères, péritoine;
plat dans lequel la viande hachée est entourée d'un péri-
toine de mouton et cuite ainsi. Le sens générique du mot
turc est : tout ce qui sert à envelopper, à rouler.
(^^Us, cf. J^U».
^^^Lo *(7apij}i', turban : seul mot employé par les Grecs dans
ce sens.
2apyxÀy?, coiffé d'un turban.
çXao *crcty, monnaie tarif (or ou argent), contraire de Tsupûjc
ou Tsupûx'.
^Lo^ïLo o-axAoivhoiTS', cache-cache. On emploie de préférence
xpvbriTÎTS'; mais, même dans ce mot grec, la désinence est
du même type que celle du mot précédent.
^yiU», cf. (jjiUw.
324 SEPTEMBRE-OCTOBRE 191 1.
JLo VaX', radeau, train de bois sur un fleuve; bar.
[(^jf^Ulol Aj!5AJy ^5\]l*2 craXXavdhovXkavS., en se balançant, en
se dandinant; à vau l'eau. Se dit surtout d'un véhicule ou
d'une barque qui avance en tanguant ou roulant.
S^jjySLs aaXê£pdit,ov , envoyer, lancer quelque chose à quel-
qu'un, laisser partir ou aller quelque chose (ar. vulg. de
Syrie, pour les amarres, en langage de batelier, IjjJ,
probablement de l'italien /em).
aJjLo crdvgiii^çx), comme si, peut-être que (ironique); soi-di-
sant; supposé que. ^(xvgiufx. sv [xovovs tov Ksép's = dp(xis
(apa yss). . ., comme si tu étais seul à le savoir, ou plus
exactement : peut-être (selon toi) serais-tu seul à le savoir.
Le mot a l'air, de prime abord, d'être composé de la par-
tie turque \S==hi et de la conjonction grecque 'o-àf =
côa-àv: mais la vraie étymologie est plutôt à chercher dans
l'impératif invariable (jLo, du v. (^jcU?, croire, supposer,
puta, ou bien dans une apocope de la deuxième personne
du singulier de l'indicatif présent fjy*j ^^jj^Lo : pulasnc,
piilan (comme vident- H pourrait très bien aussi se faire
que l'expression fût purement grecque, Vài' xcà.> mais
prononcée à la rouméhote. xi pour xai.
(y>)^^ *crahoupdi%ù), jeter en l'air ou au loin, avec violence,
après avoir fait tournoyer quelques instants; repousser
violemment.
^:>^\^Las crahd^Atxïv, (le bon matin. Syn. zrovpvo zsovpvo.
\j^-*o\ c>..ji — (joihp £T, patience! fais patience : on ajoute sou-
vent hè Kov^ovix^ mon cher. — J^Lo a-ahi/pli/s. patient;
yMo^AAS» rraln/pcrij'ijs, nnpalicnt; ^^1 ^ cral>i/pcrij'(AiJH', impa-
tience.
EMPRUNTS TLTiCS DANS LK GHEC DE ROUMELIE. :V2ô
^jLo VaTz-aV, fronde; assez rare : les Grecs emploient de pré-
férence ÇipévTa ou (T(pr)vS6v^. Grosse corde passée sons un
sac pour le soulever; ficelle pour accrocher un cerf-volant.
,jjl=a.Lo VaT.sax', frange d'une pièce d'étoffe, d'un habit.
^jli»>Lo rjctyjiv^^ plat ou assiette en métal, kùya. 'alov (ja.yjxv^^
des œufs sur le plat; contenu d'un plat (ar. (;j^i°).
(J^Ls:p) (7a-)(avxov\\ , gaze en colon, très légère et non ami-
donnée. Encore un terme dont les dictionnaires turcs ne
disent rien.
Cs-Sjks (7sds(pi, nacre; coquille nacrée. 'S,s(h(pév'iovs, en nacre,
nacré.
Ai^Ko a-adotnàs , aumône, si surtout elle est faite à un Turc ou
à un Arménien ; hors de là : ayiixousvv^.
Li\ya (7ocf,oL(p's, changeur. 2apa(pÀ//x', le change; profession de
changeur.
(_jAjI^ ou_^]^[?]) aapct'i'Xïj i sorte de pâtisserie turque.
[»j-«oj *Aj! crypd-tAev, chacun à son tour, à la ronde.
&:> — i£:>j) dpaSâ cypaSd, de temps à autre : 'zsov xï
'oov. Ce mot iya nous laisse perplexe : est-ce le mot grec
cre/pà, absolument identique pour le sens, et très peu diffé-
rent pour la prononciation, ou bien y a-t-il rencontre
fortuite? Dans le Dictionnatrc turk-oriental de Pavet de
GouRTEiLLE, le mot est cité avec le même sens, mais écrit
avec ^J«: ce serait donc une présomption pour la seconde
hypothèse; mais elle ne suffit pas à trancher la question.
yLiiyco crlco^ovXovfjdv', ver de terre : moins usité cependant
que le terme générique (jkovXîk'. Le même mot s'emploie
aussi pour les variétés de ver hmnain. Pour le ver soli-
taire, les Turcs l'appellent : cordon *>o-^ (^k>j-i).
326 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
[Iju?] (ij-XÎ^ — crs(pà houhhiix. , réponse à celui qui vous souhaite
la bienvenue )(^cos guekcJh : l'une et l'autre formule ne sont
employées parles Grecs qu'accidentellement; ils préfèrent
leurs équivalents grecs : xaXovç cbpèis (^xaXôJs Sptass'j et au
pi. ovptSTi (c^p/o-aTs), à quoi l'on répond : xaloùi^s) cràs
ivpapii (f initial = £). Cf. (^)y^ et (ji^-
JLiu» o-axaX'a. n. pi., rarement au sing. , barbe. Employé iro-
niquement pour des barbes longues et hirsutes, comme
sont souvent celles des Juifs de ces régions; se dit aussi
en langage familier : tovv STicaèi an' roi aaxdX'a, (dans la
dispute) il le prit par la barbe. iJliLs o-otKaAAijs, barbu :
très usité.
[s-Co] — y<>oi cbvSàv -(Tw{v)pa (pas d'accent : enclitique), après
cela : assez fréquent; le moto-ôîpa devient parfois, en style
très familier, (Tcipaiji[x et awpagifjtàv , formes diminutives.
^LXe Varlap', n., fouine. Syn. vvÇiïjTcrot..
^^U1^5A^ a-aXa.7aXyx', concombre, et surtout petit concombre
servant à faire des conserves.
j^U-o *(7afjiot.vhjx^, grenier, galetas où l'on serre la paille.
{(ii) i^-*^-^^ *siv(lovx', caisse, malle, coffre. Ailleurs (ju'en Rou-
mélie, c'est o-svtovx'. "^avdovxisrii , fa])ricant de caisses, etc.
\y*o\ ^— a-ovXovset surtout aouXovS'xov? , hquide, trop liquide,
/. e. trop clair: soupe, colle, etc. Syn. vovpXbs, pour vepœ-
Xbs. (s-r' y^ crov giiih], comme de l'eau, très liquide, yo
^^U (xov (ioLHris, surveillant, gardien de terrains i^MilleU. à.
Seminars J. oricnlal. Sprach., i(jO(j, 11, p. aotj). Cf. <30jJ,
Ljya ''crr^ha, porle. '^côbajjtjs ^ celui qui fait, vend et place les
pocies : c'est une spécialité des Juifs à Andrinople.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 327
Ai_j^ VîJTra, gros bâton, gourdin; bastonnade. 2«7rav/xa,
gourdin court en bois très dur, porté par les hs,-)(Tsr) (gar-
diens de propriétés), etc.
i^jA-ya a-ovgovx', saucisson; chose on forme de saucisson. La
saucisse a le nom grec de XovxâviKov.
(u*) O^y^ crovs, tais-toi, silence : aussi usité que o-î^7ra (pour
Àujyo crovad(x', sésame. ^ov<7a(xXijO'xovs. couvert de sésame.
[o>^*^] 'y ~" (JooovK vsbàs, m. à m. air. chanson froide : se dit
d'un homme ennuyeux, timide, froid. Av. vulg. i>;U, U
»i^L Le ip (mot persan) est un des degrés de la gamme
arabe et le nom de tous les airs qui ont cette note pour
tonique; ici. sens général d'fl»% comme en arabe vulg.
iii^, souffle: a^XjsX:^ ^À^JL]Î U>_j.w. cjuelle est cette nou-
velle cbanson ? voilà du nouveau !
ù>y£) crœ<p^, laine de chèvre; étoffe dans le genre de l'alpaga.
iiyo *(7Co(pàs. sofa , canapé : seules acceptions usités en grec.
»>jiiy*o (7co(pT<x$, softa : étudiant en théologie musulmane.
^Uj-c, cf. ^jjUj-w.
[Jj-As-J o-oiv', fin, bout. Les Grecs ont forgé un verbe employé
surtout à la 3* pers. du passé (rœv'si, c'est fini; a-côv^' s'em-
ploie parfois comme synonyme de (prolv^^ : o-cJv" w'à, assez,
enfin! »Js.â^^as. dJî êv a-wvowdâ. en fin de compte; enfin!
Grecs et Turcs emploient les mots S^^ et aoôvœ dans les
mêmes acceptions et souvent avec les mêmes nuances.
(jji>)iy^ arouXadiZov , arroser; aussi employé que ■^ovti%ov; aov-
Xixdilfxévovs , arrosé.
328 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
i^yo aé'i. race, familie; surtout espèce, qualité. Très usité.
[ -A.XA^] j! — aijjjp £T<. viande de bœuf: employé parfois pour
hovSivo.
^^ùJJLkas (TijKytnij. gêne, ennui. (^jjJlkao ^J^ gàv cryKyvTijaij,
gêne, ennui, oppression de cœur (au physique et au mo-
ral).
\y*^ aovSas. plâtre, crépi, couleur pour les murs, '^ovëa.gvs,
crépisseur, peintre en bâtiments.
k^Lo zabir's. otFicier, adjudant; capitaine de gendarmerie. Oc-
casionnellement employé au lieu de 'xs'cûfxaiixbs pour d^toj-
{xaTiKosoyi b(pnhoi\ov$. ZabnXix'. état, grade d'officier, etc.
La-y»» *^a7r' (sic^. action de maîtriser, de vaincre dans une lutte
corps à corps . de tenir en respect. S'emploie avec xdçivov
et l'accusatif de la personne.
«joda^Aà *^a7r1iè5. un zaptié, agent de police, gendarme.
y^yà 'Xapdp', dommage, perte, ^jj^ — , —yiœx, cela ne fait rien,
pour Sèv 'Esetpdj^'. ZapapXys et — yô'xovs. nuisible.
Kx^ 'Cai(p'5. maigre, chétif; faible. Zai(pXijx'. faiblesse, mai-
greur. ^^'iKiujtAà 'Caï(p'kavili'iov, s'allaiblir, maigrir; alîai-
blir quebju'un.
L
(i)[iils ot (i)lÀs rahdx'. sorte de plat.
(jULL? Tahdv'. Iiiile : 'z^rrjpi ha tahdv'. il a (l('{fU('r|)i ! \\ a pris
la poudre d'escampette. Ta/'aV signiliant primitivement
EMPRUiNTS TURCS DANS LE GREC DE ROLMELIE. 329
plante du pied, cf. l'expression anglaise lo tahe to ones
heels.
•^--jblLs lahavafri?- poltron, qui ne résiste pas.
*LIL?, cf. 2fSJla.
if^^*Tdb'a, fortification, retranchement. Av. aa-!^?
<îolL> roLTTa. f. . bouchon, liège.
(^Jl^moLL? dara-ij^XiJK'. chose désagréable, fade, insipide; action
de dire des choses insipides. Ar. vulg. -x^!^ ^ .
^^^IL? rapTilov. terme de cerf-volant : soupeser le cerf-volant,
et voir s'il se tient bien en équilibre.
(3,ÀJLAi.^llij dapgi/vAiK'. fâcherie, mauvaise humeur.
jj-lL? Tots', vase de métal, gobelet. Cf. ^ju-. Dimin. roto-aV; ar.
ijJJa. x.ZJa et J^*Ja. du pers. c>_iJ.£>. cf. Hlbsch.maniv,
Z.D.M. G., 1892, p. 960.
^LilL? raidx'. testicule. Syn. rà Asuboi.
^^Uô Tasgris. tailleur de pierres.
JtiLb dctyXrjs ou da.'^Xri?, montagnard; personnage grossier.
ijjlb Tax. bruit, craquement; —deïpsxzèv, à point nommé.
[^Uaj ^^jia — Tax.ijp rovxovp. bruit de pieds, de marteau,
^\ls et ^j^^lb *T[^d'jaxXdx' et T(d)axXa€otx'. culbute. — msïjs et
— xTSï]6'xov5 . qui fait des culbutes. Il y a une espèce de
pigeons ainsi appelée, parce qu'en effet ces oiseaux font
souvent deux ou trois tours sur eux-mêmes, tout en pour-
suivant leur vol.
j^vjUs frixxijiJL'. certain nombre d'effets employés ensemble;
classe, catégorie; régime de fruits.
830 SKPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
^illia TaXas'. rognure, raclure, sciure, copeau.
^:>)ll3 et i^iJb docXdxa, panse, gros ventre. En turc : rate, vis-
cère. DaXoLKkys, obèse, ventru.
(^^Uîlla el ^ij^Uîlb (lakxa.bovK's, bouffon, parasite. jUa nu . ^^U ,
bonnet, calotte.
^UUo (la(xdp'. venie. mine; humeur; race. Enfin, — acceptions
non mentionnées parles lexiques, — tranchet pour tailler
les sabots des bêtes de somme, et digue.
aLoUs» dafxXâs, apoplexie. Sens premier : goutte; cf. ar. «ki^i b.
Syn. xok-novç. ital. colpo, un coup de sang.
*l)a^XaXys. apoplectique. On emploie le mot xci.Tiha.i-
vov. descendre sur quelqu'un.
(Ulb et ^Ib] ji — *(lavS. èi). viande de veau.
[(3^l^^lk>j. s'efforcer. S'emploie à l'impératif , Supers, du sing. .
au sens de : allons, en avant, à l'œuvre, courage. [J^)^^
davpàv. allons ! yoUa !
cr-
.■^^[Is *Taovxjjri5 . marchand de volaille.
Jjlk» "ila€ovA'. grosse caisse, tambour, de l'ar. J^L». —ll'vs,
joueur de— . en style familier : chasseur maladroit, qui
lire beaucoup (fait beaucoup de bruit) et n'altrapn rien.
x]^\Xs Ta[;ÀL pi. 'à, trictrac; table à jeu. Ar. vulg. aÎ^Us. liai.
lavoLi.
a^lh. cf. 5^b(i).
^''' Quantilô de mois turcs suivent pour lo son / une doubio orlli();;raj)l)('.
A moins d'une raison spéciale, nous ne mentionnerons plus ceux qui ont déjà
été cités sous ca, et nous y renvoyons lo lecteur.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 331
(i^\^\lp day^dx', rossée, bastonnade. Syn. xsvXov. Sens primitif :
appui, bâton.
(fiX\Jh (Jay'avdiZov . endurer, supporter, être ferme. Ar. vulg.
de Syrie (^j^to. durer (vêtement), endurer : (^Uis^? U. tu
n'y tiendras pas, ou bien : tu ne sais pas endurer, sup-
porter.
^\ia, cf. jîi.
vumUL», ci. «jyCwLo .
^jjLLa et ^^Ijtlô Tabdx', disque, écuelie en bois ou en terre.
[ Jjisj . identique. ^5* — TijTrxya-ij. exactement semblable à,
identique. Syn. àTiapoiXkd.yriovç.
*Ub *TixbX(xs, m. ou *7dbXa.. f. , selon les divers sens : a. TabXds.
cendrier, petit disque en métal, généralement en cuivre
poli; b. Tabla, grand plateau en bois où les vendeurs de
comestibles, fruits ou sucreries, placent leur marchandise
et qu'ils portent sur la tête. Ital. tavola. Cf. »l^\}a.
iùtyJo Tabler', naturel, caractère : très usité.
(j.*^ Ta;^?/r', sésame moulu et mondé : se débite sous forme
de liquide huileux, gris perle, et entre dans la composi-
tion de plusieurs plats et douceurs; se prend souvent
comme dessert, mêlé avec du jJ$ô (cf. s. v.); cf. Î^Ai^^^^.
Samy se trompe quand il dit «farine de millet :\
a^x^jjla Tovp(pavdd$ et adj. —ddO'xovs. primeurs, fruit hâtif :
s'emploie surtout avec le mot v^ xipèl, : Tov(>(pavdd xipè^l
*'' Le résidu de la mouture se donne aux bestiaux sous forme de {galettes;
les Rouméliotos l'appellent xoûtTTrous; les lexiques ne donnent pour ce mot que
le sens d'entraves. Nous le retrouverons plus loin.
332 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
premières cerises! cri des marchands ambulants. Ar. cjub,
être neuf, récent : «xJb ^ cijlb J^. Le mot est employé tel
quel en arabe vulgaire, sauf la transposition inévitable de
l'accent tonique : tourfdmJa.
\(^[jJa\. ongle, sabot, (^^y^ >^* xarijp TtjpvocK', n. ou — jijp-
vax'à, f. , sorte d'acacia, ainsi nommé de la forme de ses
feuilles.
\jds -rovpaî. chiffre ou monogramme d'un sulîan, sur les mon-
naies, les firmans, etc.
hjIxxIo (lavdavôis. parade, et surtout grand bruit autour de
quelque chose; de l'ar. (jlajLla. Davdavà Toxaixav. on en a
trop parlé, trop jasé.
^jh T67r', balle pour jeu d'enfants, faite surtout de chiffons
enroulés, d'où boule de neige, etc.; pièce d'étoffe; canon.
y»>oj,L3 TOTTToiv. en gros; (Ji}\ — roTraXTi). coucher du soleil,
?'. e. moment où le canon tonne : un des sens du mot turc,
et pas l'ordinaire. (^^^ tottt.s^)?. artilleur.
^U^ *T07raTS', grumeau; chose mal cuite, mal façonnée, fai-
sant boule.
^iji)^b_j.k> TOTrapXaV. chose arrondie en boule, boulette. Syn.
y'ovStxp'kdii'.
Jbjjo TWTraÀ's, boiteux (homme et chose); bot.
^^'^i^^ roTrXadiZov. ramasser, et surtout plier (pi('l([ue chose :
TonXaTSi Tou. plie-le, ramasse-le.
jjy^ ^TûoloLJTzovf, massue : très usité.
JLïj^ *rovTxâA'. colle-forte.
<_>
= i_>«yJ. cf. S. V.
'^^ = v^y
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMÉLIE. 333
^^jylô *Tôjpbds. sac. Tcophà y'oLOvpdoC, sorte de iait caillé.
nô^yLs *ToJpra, grue. jJ^JL» — *Tovpva hayjj{y)ij . brochet.
ti)^b iovl\oû6''}iov5, salé : employé éventuellement au lieu de
àp^vpos.
(j^jia f/ws, imite le bruit du coup de tête du bélier; cri qu'on
pousse pour l'exciter.
gsjc,\j^^ (loûypfxyLds, bois de menuiserie, remarquable par sa
dureté : seul sens adopté par les Grecs. Dcoypocixotgrjs . syn.
de (JLapayybs, menuisier.
[j^-_ij— bl , droit, tout droit. S'emploie répété : dcoypov ou
r/w<^poi; — , tout droit, syn. de U'a ïs'a. En plaisantant : rZ/y^-
pov—, a.saà— , allez tout droit, puis vous descendrez
(vous tournerez à gauche, puis à droite, etc.).
[^ij^j. rassasié. Usité dans la seule expression — ^^lï. je suis
pleinement rassasié, j'ai mon saoul.
eyU^ T&JxaV'. gifle, soufllet du creux de la main. TpaS^Jj é'va,
TooxciT'. appliquer une gifle : presque aussi usité que bdrcrov.
(i)[ï^ TcoK[xdK', pilon, massue de foulon, maillet.
lïjJo rcvKa, action de trinquer. TcJ«a ê}ca[xav, ils ont trinqué.
Ital. tocca.
*.^<x$5.k> (Icovdovpfias, sorbet à la glace. Syn. y'aTo-a^a. ital.
ghiacciala. —gns, vendeur de sorbets.
[)y^^ et j)^_^j, cochon, c^^ — dctiixov^ guib\, comme un co-
chon (gros et gras, fort; parfois, sale).
c_?iJ^ et c_>i)^:> r/ouXoTT', armoire, placard, armoire tournante;
roue de noria, noria. Ar. v^^^' roue.
D(t)Xa7rXij6'HOV5 hy.'^j^è?. jardin où il v a uno noria.
33A SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
[^^.jwiJjJô] . rôder, tourner. Jii^^ é^i> = dehv dcokds^'. Loc. adv. :
à force de rôder, de fureter.
^^Ji^ dovAAovx', veuvage.
i<ij}a *d(t)\(jia$, boulette, chose farcie. ^ — ^jjK^L?, y'otTrpoîx dcoX-
fJLaai/, boulettes de riz enveloppées de feuilles de vigne
tendres. Ar. vulg. (^j^., yâbraq.
-jj^ *TOv'Xov(x', outre, musette; se dit aussi d'un homme ex-
trêmement replet, ^^aj^o— cf.j^Jyo.
xiuo^j}^ iov'Xov[j.l)a, pompe d'arrosage ou d'incendie, —gv^,
pompier d'incendie, ou raccommodeur de pompes d'arro-
sage. Ar. vulg. \j^^ . Ce dernier se rapproche davantage
du mot d'origine, tvomhu (ital., trompe, pompe, engin),
mais il est très possible que les peuples de langue arabe
n'aient fait qu'emprunter le mot turc, en changeant le J
en ;.
^j*jU^ et AjL«^ Ta)(ot/)|otaTa, f. pi. — aVis, pomme d'amour,
tomate.
cjjià ^ap?", sorte de godet métallique où l'on j)Ose la lasse
à café (mot arabe].
cyilfi àf?eT', coutume, habitude Ait» 'é-)(Ov rov àdéj' va . . . , je
n'ai pas l'habitude de.
•yMi^ls. àpr7i/fH0U5, elIVonlé. mécbant. Les liouméliotes illettrés
confondent parfois ce mol avec '^^^yà^\ ovpaovfxovs ,
cf. s. V.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROCMELIE. 335
fowkiLc] , santé. -îJjI — . ^jy^J^^ji — à(p<£T côXà, âtpisrXip dfXa-ovv ,
bonne santé, grand bien vous fasse. Ar. vulg. ^^jùLi^.
Lx *dbSis, étoffe grossière en laine, feutre; manteau grossier.
khagikàp, les feutriers, /. c. quartier des feutriers. Cf. bî.
^♦xUI t>y>^, cf. ^^oJJi (Z*
^jjlff>s.*d)(7{xavXyç, ottoman; f. —i)d(Syartx.
c-Kjbé- àgei?:', interj. chose extraordinaire! c'est étonnant! Ar.
vulg. çaajS b; -îu^^.
l^*(xgtba, interj., marquant un souhait, ou une interroga-
tion mêlée d'inquiétude : oh si! serait-il vrai, possible? par
hasard! rfpTsr aijibot, serait-il déjà venu? Les Grecs inter-
calent souvent un (jl entre ce mot et celui qui le suit immé-
diatement : <>j^ a.gihayiBâçiB{rY^, viendrait-il, par hasard?
ifX^àgsXès, hâte. Agslè xapivov, faire vite; àrjeAè—, vite, en
rien de temps; en courant.
^agsix's, Persan, cf. o!5\-o. Syn. : Ueps'avovs.
(_^S. *ags(xr]s, inexp('rimenté, nouveau dans le métier, novice;
m. à m. étranger.
^Jjiij*tj>jS. Apxhi(7ldv', Arabie. Syn. : Apan'à.
Kijs. ou <>ot^) dpabas, voiture grossière, chariot. Apabagris et
àpaboigïjXijx' , termes de profession.
SAM^^ocaKép', armée; le pluriel —'a signifie plus souvent tdes
soldats 75 que tdes armées 55; svas da-Kép's, un soldat : svn.
croXddrovs. AsxepXiK' , état et service militaire.
wï*fi ump^, dîme, usité aussi au pluriel dans le même sens.
Ar.^U^ili.
336 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
^lia£ *d)(Tû[p's, épicier. Le droguiste et le pharmacien s'ap-
pellent plutôt cTTTfiTs'ap'? (ital. speziak; pharmacie et dro-
guerie, a-Trsrs'apioi., ital. spezienay
\ yxs\. pardon. dUw;<Xj! — a.(p êdépsi{i/)v , pardon. Très employé
pour s'excuser et surtout pour faire une remarque, pro-
tester contre quelque chose, contredire quelqu'un poli-
ment.
JJjLfi dxyXhjs, intelligent, prudent . et surtout *hien" avisé,
c^^A^Ss. *à^\s, adj., de mauvaise humeur, entêté, mauvais cou-
cheur. é^i^vuSs., à^ikyn.', mauvaise humeur.
Â$ *ct(X(xt(x. tante maternelle, et en général tante.
:>Ls. *yivo[T' , obstination, entêtement. — t/j'^?, obstiné. Syn. :
'creîa-fia et 'seicrfxaTap's. ^Vivadijvà. par obstination, pour
agacer les autres.
jiwOjlj w»À£, cl. ^jooaLjwo).
[A suivre.)
CHRONOLOGIE
DES
PAPYRUS ARAMÉENS D'ÉLÉPHANTINE,
PAR
M. H. POGNON.
MM. Sayce et Covvley ont publié en t()o6 des actes et des
contrats sur papyrus trouvés à Eléphantine et écrits en un
dialecte araméen occidental beaucoup plus ancien que l'ara-
méen biblique et le targoumique^''. Ces actes portent tous une
double date, une date sémitique et une date égyptienne. Les
contractants , les scribes et les témoins paraissant être pour la
plupart des Juifs, on a cru d'abord que le calendrier sémitique
dont se servaient les scribes était un calendrier juif, mais
personne n'a jamais pu faire concorder les dates sémitiques
avec les dates égyptiennes, et M. Belleli en a même conclu que
les textes d'Eléphantine étaient l'œuvre d'un faussaire '^^.
Dans un article qui a paru dans le Journal asi(ittque'-^\
l'abbé Chabot a répondu très judicieusement à M. Belleli que
le texte même des contrats d'Eléphantine contenait trop de
preuves de leur authenticité pour qu'il fût possible de les con-
sidérer comme apocryphes; d'après lui, si les dates égyptiennes
*'' Aramaic papyri discovered at As&uan, edited by A. H. Sayce, witli the as-
sistance of A. E. COWLEY.
^'^' L. Belleli, An indépendant examination of the Assitan and Eli'ijluintine
Avamair. papyri , London, 1909.
(■'^ Jorrnal aiiiali(jiu', X" sériij, l. Xj\, nov.-déc. lyiy, [•• OiT),
338 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
et les dates sémitiques ne concordent pas, cela prouve que le
calendrier religieux dont se servent les Juifs est beaucoup
moins ancien que M. Belleli ne se l'imagine.
Enfin, dans un article qui a également paru dans hJonnial
asiatique, M. Siderski*'^ a supposé que le calendrier des scribes
des papyrus n'était pas à proprement parler un calendrier
juif, mais plutôt un calendrier commun à tous les sujets de
race sémitique des rois achéménides.
Avant même d'avoir lu le travail de M. Siderski, j'avais la
conviction cpie le calendrier babylonien était devenu , sous les
Achéménides, le calendrier officiel de toutes les populations
araméennes soumises aux rois de Perse ^^' et oar conséquent
dos colonies syriennes et juives de l'Egypte, mais j'avoue, à ma
honte, que je ne connaissais pas plus le calendrier babylonien
de la basse époque cjue celui des époques anciennes. Je savais
(') Journ. as., X" série, t. XVI (1910), p. 687.
('-' U est probable que, tout eu adoptant le calendrier babylonien, les x\ra-
méens de la SjTie centrale et do la Mésopotamie avaient conservé les anciens
noms de certains mois. Ils devaient appeler hzirân ( yv-JU») le mois (jue les
Babyloniens appelaient siwanou ; second wois de tichri (»u»l -vaL, x*.m| ^w^-t)
le mois (jue les Bab\loniens ap[)elaient Hiffra/ic/(rtw«o«,- hanoiin (^0.1.3) le mois
que les Babyloniens a|ipelaient kisHmmou, kisUwivou ou hislow; et enfin second
mois de kanoun («i.-») •Ç'} 'l- mois que les Babyloniens appelaient tébèlou. On
trouve, dans des conlraLs en larajjue assyrienne do l'époque de la l"' dynastie
de Babylone (|ui me paraissent avoir été écrits dans le pays de Hana, c'est-
à-dire dans la région de Deir-'z-zoï', la mention d'un mois dont \o nom est,
ortbojp-apliié : <<<f ^]p=^ *rj^ ^^^Ji ^"^t ^ J^T *j^ g tT i^'crah kinouiii et
aussi <«T ^J^I *7^ *5^ kinoinidu (dans ce jjrou|)e, <^J est employé connue
déterminant). Ce mois était tros probablement celui que les Syriens onl,
appelé )oyfi ya.1.3 (voir The liahijlnnian expédition oj ihe Universiiy of Pennsijl--
vania, Séries A, vol. M, part I, pi. 19, n° 21, 1. 11 ; pi. n(j, n" 3:!, 1. 10;
TiiniiEAU-D.VNGiN, Ijellrcs cl contrais de l'cpoqne de la première dijnaslie Inihijlo-
nienne, n" 238, 1. \yh\ Vorderasiatisclin Schrifldenkniàler der kdnii^lichea Museen
zu Berlin, Hel't Vil, n° y 0/1, I. .56 ).
Enlin je serais porté à croire ([ue les Araméens de la Syrie centrale faisaicnl
commencer l'année, non pas le 1" nissaii, mais le 1" ticbri , comme plus tard
les Syi'icus.
CHRONOLOGIE DES PAPYRUS ARAMEENS D'ELEPHANTINE. 339
bien, par les textes assyriens que j'avais lus, que certaines
années avaient eu un second mois d'éloul et d'autres un second
mois d'adar, mais la lecture d'anciens travaux de M. Oppert
sur l'astronomie des Assyriens m'avait rendu très sceptique; je
m'étais imaginé qu'on ne parviendrait que bien difficilement à
connaître le calendrier assyrien et, n'étant pas astronome, je
n'avais même pas essayé de le connaître. C'est tout récemment
qu'ayant appris que M. Mahier avait essayé de reconstituer le
calendrier babylonien et avait publié un travail intitulé Zur
Chronologie der Bahylnnier. Vergleichiingstabcllen der hahylom-
scJien und christlichen Zeitrechnung von Nabonassar ( yây v Clij
bis 100 V Ch (Vienne iSg5), je me suis procuré ce travail. A
ma grande satisfaction, j'ai constaté que mes suppositions
étaient exactes. Le calendrier des scribes qui ont écrit les pa-
pyrus d'Eléphantine était bien celui des contrats babyloniens
de la basse époque et j'ajouterai que le calendrier babylonien
de M. Mahier, bien qu'il contienne beaucoup d'erreurs, est très
souvent exact.
Je vais donc discuter ici les dates des papyrus araméens
d'Eléphantine en commençant par celle du papyrus qui est
désigné par la lettre F dans l'ouvrage de MM. Sayce et
Cowley.
PAPYRUS F.
Le texte débute ainsi :
Le i4 ab, c'est-à-dire le 19° jour de paclion, l'an aS du roi Arla-
xerxès '^^ .
''' Lorsqu'ils écrivaient un nombre comprenant des unités, les scribes grou-
paient généralement par trois les traits verticaux ou presque verticaux qui in-
diquaient les unités; en outre, ils faisaient souvent le dernier trait beaucoup
plus gros que les autres et parfois ils l'inclinaient (\ ).
Poiir MM. Sayce et Cowley, les cliiflViîs sont souvent douteux, parce qu'on
ne sait pas si le dernier trait à gauche indique une unité ou est un signe des
340
SEPTEMBRE-OCTOBRE 19U.
Si nous consultons le calendrier de M. Mahlcr, nous y
verrons que le i"' ab de l'an 2 5 d'Artaxerxès P"" a été, d'aprrs
lui, le i3 août de l'an kko avant notre ère; le lA ab de cette
même année a donc été le 26 août h ho et, puisque les égyp-
tiens appelaient 1 g pachonde l'an q5 le jour que les Araméens
appelaient le lâ ah de l'an 2 5, il est évident que le 1" pachon
de l'an 25 a été le 8 août kào.
On sait, d'autre part, que les Egyptiens avaient une année
de 365 jours composée de douze mois de trente jours cbacun
suivis de cinq jours épagomènes ou complémentaires. Voici les
noms de ces douze mois :
Thoth (Séjours);
Paophi (l3o jours);
Alliyr (3o jours);
Clioïak (3o jours);
Tybi (3o jours);
Méchir (3o jours);
Phaménolh (3o jours);
Pharmouthi ( 3n jours ) :
Pacliou (3o jours):
Payni (3o jours):
Epiphi (3o jours):
Mésori (3o jours);
Cinq jours épagomènes.
Puisque le i" pachon de l'an 20 d'Artaxerxès P' a été le
8 août/i/io, le 1'' pliarmoutlii a été le 9 juillet, le 1" pha-
ménoth a été le q juin, le 1" mécbir a été le 10 mai, le
t" tybi, a été le 10 avril, le i*"" clioïak a été le 1 1 mars,
le i" albyr a été le <j février, le i"' paophi a été le 10 janvier,
enfin lo i" thoth, premier jour de la 2 5' année d'Artaxerxès I",
selon le comput égyptien, a été le 1 1 décembre hài.
L'année égyptienne ayant toujours 365 jours, rien n'est
plus facile que dn calculer la date du i'"' thoth d'une année
quelconcpie avant ou après l'an 2 5 d'Artaxerxès T', et le tableau
suivant indiquera le commencement de l'année égyptienne
tiné à srp.-ii'cr le iioniliic <lii mot siii\iiii(. tin |iar('il sijjnc ircvislail ccrlainc-
mont [ifis cl le (Ici'iiicr tiiiil pliuM' à la ijaiiclic (riiii nmiilnM'. (|u il sdiL incliné
(\) 011 no le soit pas, in(li(|uc toujours uno unité, niônic lois(|ii(! ce ilcrnior
Irait osl i)eaucou]) plus ^vus (juo lus autres.
CHRONOLOGIE DES PAPYRUS ARAAIEENS D'ELEPHANTINE. Ui
(i^"" thoth) depuis l'an i5 de Xerxès jusqu'à l'an i /i de
Darius II :
an i5 de Xerxès
-16 -
-17
-18 -
-19 -
— 90 —
— 21 —
an i"d'Artaxerxès
— 2 —
-3 -
-4 -
-6 -
-7 -
-8 -
-9 -
— 10 —
— 11 —
— 13 —
— i3 -
— i4
— 10 —
-16 -
-17
-18
-19 -
— 20 —
— ai —
— 22 —
-23 -
- o'i
'21 —
9 déc. 472
— 25
9 déc. 671
— 96
9 déc. ^70
- 97
8 déc. 469* ^'î
- 28
8 déc. 468
- 29
8 déc. ^67
- 3o
8 déc. 466
- 3i
7 déc. 465*
- 32
7 déc. 464
- 33
7 déc. 4 63
- 34
7 déc. 409
- 35
6 déc. 46 1*
- 36
6 déc. 46o
-37
6 déc. 459
- 38
6 déc. 458
-39
5 déc. 457*
- 4o
5 déc. 456
- 4i
5 déc. 455
an 1
5 déc. 454
— 2
4 déc. 453*
- 3
4 déc. 452
- 4
4 déc. 45 1
— 5
4 déc. 45o
- 6
3 déc. 449*
~ 7
3 déc. 448
- 8
3 déc. 447
- 9
3 déc. 446
— 10
2 déc. 445*
— 1 1
9 déc. 444
— 12
2 déc. 443
- i3
2 déc. 442
- i4
!8 -
de Darius II
1 1 déc.
44i^
1 1 déc.
44o
1 1 déc.
439
11 déc.
438
10 déc.
437
10 déc.
436
10 déc.
435
1 déc.
434
9 déc.
433
9 déc.
439
g déc.
43i
9 déc.
43o
8 déc.
429^
8 déc.
428
8 déc.
427
8 déc.
426
7 déc.
425^
7 déc.
494
7 déc.
423
7 déc.
422
6 déc.
421^
6 déc.
490
6 déc.
4i9
6 déc.
4i8
5 déc.
417
5 déc.
4i6
5 déc.
'ii5
5 déc.
4i4
4 déc.
4i3^
4 déc.
4l2
4 déc.
4ii
Avant d'aller plus loin, je ferai remarquer que les Egyptiens
ne numérotaient pas les années des rois de ia même manière
que les Babyloniens, \ Babvlone, lorsqu'un roi mourait, toute
'"' L'astérisque placé après le numéro d'une année julienne indique que
cette année a été bissextile.
3/i2 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
la période qui s'écoulait entr<? le jour on sa mort était connue
et la fin de l'année civile était considérée comme appartenant
à l'année de l'avènement du nouveau roi; l'an i"'' du nouveau
roi commençait, par suite, le i*'"' nissan qui suivait son avè-
nement. En Egypte, au contraire, la période qui s'écoulait
entre le jour où la mort d'un roi était connue et la fin de
l'année civile était considérée comme formant à elle seule
l'an i"" du nouveau roi et l'an -2 de son règne commençait le
i°'thot qui suivait son avènement.
En voici la preuve : nous connaissons un contrat babylonien
daté du 3 chebat de l'an k i d'Artaxerxès 1"% c'est-à-dire de la
dernière année de son règne (^^; d'autres contrats sont datés
du II chebat et du 1 5 chebat de l'année de l'avènement de
Darius II*-'. On pourrait donc croire qu'Artaxerxès l" est mort
le 3 ou le /i chebat de sa /n'' année de règne, mais il a dû
mourir un peu avant cette date, car il a sans doute fallu plu-
sieurs jours pour que la nouvelle de sa mort parvînt en Ba-
bylonie.
Le i" chebat de l'an ai d'Artaxerxès P'' ayant été, d'après
M. Mahler, le lo février f\'2'è, c'est vers le i3 février /i2 3
que la mort d'Artaxerxès 1"' fut connue à Babylone et , à ce
moment, on cessa de dater les actes de Tan Ai d'Artaxerxès*^^
et on les data de l'année de l'avènement de Darius II. Enfin
le i"' nissan de l'année suivante, c'est-à-dire le lo avril I1-2S ,
d'après M. Mahler, commença l'an l'^'^de Darius II.
(') (îe texte est inédit, Aoir Tlw Babylunian expédition of tite Universily of
Pennstjlvania , séries A, vol. X, p. 2 de la préface.
("-) Voir The liabyhnian expédition of the Unirersity of Pemisylcnnia, séries A,
vol. X, |)l. 1, 11" 1,1. 92; pi. 2, n" 2, 1. 18.
(^> Ou connaît un contrai, écrit dans une localité dont le nom parail être
Hachbmja (■~'j y ^J \\ |f) et daté du 17 diebal de Tan h\ dWrLaxerxès
(voir The li(th\jlonian expédition of the Unieersitji of Pomiiijleania , séries A,
vol. W, pi. 65, n° 109, 1. iti). La nouvelle de la mort d'Artaxerxès 1" n'était
donc pas encore parvenue dans certains villages le 17 cliehat.
CHRONOLOGIE DES PAPYRUS ARAMEENS D'ELEPHANTINE. M:]
Artaxerxès P"^ mourut donc dans les premiers jours de fé-
vrier /i 2 3, et pourtant si on consulte le tableau de la page 3/n,
on V verra que l'an 1"' de Darius II a commencé, selon le
comput égyptien, le 7 décembre 4 2/1, par conséquent avant
la mort d'Artaxerxès l".
A moins de supposer que la date égyptienne du papyrus K
est compbitement erronée'^', nous sommes donc forcés d'ad-
mettre que la période qui s'est écoulée entre le jour du mois
de février I120 où la mort d'Arlaxerxès 1" fut connue en Egypte
et le 7 décembre /laS, premier jour de l'année suivante
( 1" tbotb), fut considérée comme formant à elle seule l'an i"""
de Darius II, de sorte que l'an -i de ce roi commença le
y décembre /laS. Quant à la période qui s'écoula entre le
7 décembre /12/1 (premier jour de l'année civile) et le jour du
mois de février /laS oii la mort d'Artaxerxès I" fut connue en
Egypte, elle fut considérée comme appartenant à la kti" année
de son règne.
Si, dans le tableau de la page 3/îi, j'ai donné le 7 dé-
cembre k'îk, qui fut en réalité le premier jour de l'an 69
d'Artaxerxès P"", comme le 1" thotb de l'an i*""" de Darius II,
c'est parce que, si la période de temps pendant laquelle les
Egyptiens ont daté les actes de l'an i"' de Darius II avait été
une année complète de 365 jours commençant le i" tboth,
cette année aurait commencé le 7 décembre k-2k.
") Ainsi que je le tlirai plus loin, le scribe du papyrus K a commis une
petite erreur en datant l'acte qu'il écrivait. Si la date du papyrus K était
exacte, le 1" thotli de l'an 1" de Darius II aurait été non pas le 7 décembre,
mais le 6 décembre hsh; mais, soit que le 1" tboth de l'an 1" de Darius II
ait coïncidé avec le 7 décembre, soit qu'il ait coïncidé avec le 6 décembre kati,
il est évident que le premier jour de l'année pendant une partie de laquelle les
Égyptiens ont daté les actes de l'an 1" de Darius II a été antérieur à la mort
d'Artaxerxès I".
3U SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
PAPYRUS A.
Le texte du papyrus A commence ainsi :
Le 18 éloiil, c'est-à-dire ie q8^ jour de pachou, l'an i5 de Xerxès.
Le i'""' élouidei'an i5 de Xerxès a été , d'après le calendrier
de M. Mahler, le 27 août /i^i; ie 18 éioul de cette année a
donc ('lé le 1 3 septembre h'j 1.
Consultons maintenant le tableau de la page 3/(i, nous y
verrons que le 1" tboth de l'an i5 de Xerxès a été le ig dé-
cembre li'j'i. Nous établirons donc facilement le calendrier
partiel suivant :
1" Ihotli de l'an i5 19 décembre 479.
1" paophi 18 janvier h'] 1 .
1°' athyr 17 février 671.
1" clioïak 19 mars 671.
1" tybi 18 avril 471.
i" niéchir 18 mai /17 1 .
1" pliaménotb 17 juin /»7i.
1" pbarmoutbi 17 juillet 471.
i" pacbou 16 août 471.
•38 paclion 12 septembre ^7 1 .
29 pacbon 1 3 septembre /17 1 .
Comme on le voit, le 28 pacbon de l'an i5 de Xerxès a été
le 1 2 septembre k'] 1, mais la date du papyrus A est pourtant
exacte.
Dans les premiers siècles de notre ère, les Syriens cbré-
tiens, comme les Arabes et les Juifs, faisaient commencer le
jour au coucber (ki soleil. Pour n'en donner (pi'une preuve,
les mots jL^A^î—? ch;;çJJ IJ^*.*"»*.! (<dlice du ch<^ du (H-
iiijuiclic) ne désignent pas en syriaque l'office du (bmanclie
soii', mais celui du samedi .soir, parce (pie, pour les Syriens, le
CHRONOLOGIE DES PAPYRUS ARAMEENS D'ELEPHANTINE. 3â5
dimanche commençait le samedi soir'^ . Le papyrus A a été écrit
le 28 pachon, c'est-à-dire le 12 septembre -471 après le cou-
cher du soleil et, à ce moment, le 18 éloul avait déjà com-
mencé pour les Araméens.
PAPYRUS B.
Voici la date du papyrus B transcrite en caractères hébreux
carrés :
)3 r\:z' D',-r.b \ MJ ^^.^.[m^ "in ^bûz^ H HJ IIJ — => 3
Le 18 kislew, c'est-à-dire le . . .jour de thoth, l'an 21, commence-
ment du règne, lorsque le roi Artaxerxès s'assit sur son trône'*'.
Le 1" kislew de l'année que les Babyloniens appelèrent
d'abord l'an 2 1 de Xerxès, puis, après la mort de ce roi . l'année
de l'avènement d'Artaxerxès, a été, d'après M. Mahler, le 1 G dé-
cembre 465 avant notre ère; le 18 kislew de cette année a
donc été le 2 janvier hQli.
Le 1"^ thoth de l'an i*"' d'Artaxerxès, selon le comput égyp-
tien, c'est-à-dire de l'année dans laquelle Xerxès est mort et
Artaxerxès est monté sur le trône, a été le 1 7 décembre /i65;
(voir le tableau de la page 3/n); le 17 thoth de cette année
a donc été le 2 janvier k^k.
*'j \oir Pognon, Inscriptions sémitiqnvs ilv la Sijrie, de la McxDpulainic et de la
région de Mossoul, p. 19/1.
■-' La lacune est beaucoup trop grande pour que les deux dernières lettres
du mot Q*^ aient seules disparu.
''' Un mot comme Nri21^^, signifiant régne, royauté, n'a pu exister dans
aucun dialecte araniéen et le scribe a certainement voulu écrire Kn*27T2.
'*' Un contrat de l'anaéc de l'avènement de Darius II e?t ainsi daté :
^! <^^ ^î <W '<v -^4^ fi -^^ :^I^Î HI<< ^$> 1<1^ ^î
] ^l<j IJ *Xt<} îy <<'^r ^^^ 'V V ""'"•'* '^'adar, 1/1' jour, an ii, année du
commencement du règne de Darius, roi des pays (voir Tlie Babylonian expédition
of the Universily ofPennsylvania, séries A, vol. 10, pi. 3, n" It , 1. 28, 29, 3o).
xvni. 28
3'i(*) SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
On sail (jiie les scribes écrivaient généralement les nombres
(le à () en groupant par trois les traits verticaux indicjuant les
unités, de la manière suivante :
})} 3 I )}) }}} 7
> jn ^ }} 1)} })} 8
n n; s n; ;n ))) 9
On lit après la lacune \ HJ . . . ; le nombre en partie effacé
devait donc être J ^H HJ = ( i y j. Le papyrus B a, par consé-
([ucnt, été écrit le 17 thoth de l'an i" d'Artaxerxès P", d'après
le comput égyptien, et le 18 kislew de l'année de son avène-
ment, d'après le comput babylonien et araméen, c'est-à-dire
le 2 janvier ZiG/i ''^\
PAPYRUS G.
Le texte du papyrus G comniencc par une phrase que
MM. Sayce et Cowley transcrivent ainsi :
[^]DDNnT=? ni }]} ...îs'b!:^[Tjn[u]n[ni HJ] 3 2
Je distingue bien, sur le fac-similé, le n initial, mais je ne
distingue ni l(*s cliidres (jui devaient suivre cette lettre, ni le
mot ""Tù'n. Néanmoins, comme MM. Sayce et Cowley disent,
dans la note 1 de la page /i3 de leur ouvrage : ctthe iirst nu-
méral and Tishri are fairly certain jj, il faut admettre qu'après
le 2 initial on distingue, sur le papyrus, ''' '" 3 et un peu
plus loui le mot """iDTi; le texte ne pouvait pourtant pas porter
"lion, miis nc'n'? et, puisque la lettre b a disparu, une ou
<') Xcrxès esl cerlaincinonL mort clans les premiers jours du mois ih lliotli,
c'est-à-dire j)eu après le 17 décembre 665, puisque le 17 lliolli (le ;! janvier
466) sa mort était déjà connue en Kgyj)te.
CHRONOLOGIE DES PAPYRUS ARAMÉENS D'ÉLEPHANTINE. 347
plusieurs barres indiquant des unités ont pu également dis-
paraître. En outre, au lieu de n'?D'', je lirais plutôt, sur le
fac-similé: . . . D*?!:"» -^ . . . , et je remarque que ces caractères
sont écrits sur un morceau de papyrus complètement détaché;
je ne crois pas que ce fragment ait été mis à sa place et je
pense qu'il aurait dû être mis à la fin de la première ligne.
Je restituerais donc ce passage ainsi :
ï^sN rn^b H) 11) m^ in n-^'n'?. . . })) )}) 3 3
Le . . . tichri , c'est-à-dire ie 6' jour du mois d'épiphi . , .
Ces mots devaient être suivis de l'indication de l'année dans
laquelle l'acte avait été écrit, mais il n'en reste que les mots
i^zh'C n « du roi 55 , si toutefois le fragment de papyrus sur lequel
ces mots sont écrits doit être placé, comme je le suppose, à la
fin de la première ligne. Le papyrus G a certainement été
écrit sous Artaxerxès P""'^' et MM. Sayce et Cowley ont supposé
qu'il était daté de l'an 26.
Je vais essayer de prouver qu'il était daté de l'an 8 d'Arta-
xerxès I"^. Reportons-nous, en effet, au tableau de la page 3/n
et nous y verrons que le 1" thoth de l'an 8 d'Artaxcrxès P' a
été ie 16 décembre ^58. Nous pouvons donc établir le calen-
drier partiel que voici :
1" tholh de i'au 8 iG décembre A58.
1" paophi i5 janvier 667.
" athyr ih février 467.
'■' Il faut peut-être restituer ii2^^ ^î du roi.
'-' Le papyrus G contient le contrat de mariage de Mihtahiah, fille du Juif
Mahsiah, avec l'architecte égyptien As-Hor, de qui elle eut deux fils. En Tan 6
d'Artaxerxès, Mibtahiah était la femme du Juif ^ezaniah (voir le papyrus C);
elle avait, par conséquent, au moins seize ou dix-sept ans à cette époque, et
elle aurait eu au moins trente-cinq ou trente-six ans lorsqu'elle épousa l'Egyp-
tien As-Hor, si le contrat de mariage du papyrus G était daté de l'an 20 d'Arta-
xerxès, comme le supposent MM. Sayce et Cowley.
23.
MS SEPTEMBRE-OCTOBRE 191!.
i" choïak 1 5 mars lib'j '"'.
i" lybi 1 4 avril Ito'j.
i" mécliir 1 6 mai ^ôy.
i" jiliaméaolli i3 juin iôy
i" pli/irmouthi i 3 juillet iôy.
i" pachon 12 août 687.
1" payai 11 septembre 667.
1" épiphi '11 octobre hh-].
6 épiphi 16 octolire li^-].
D'après le calendrier de M. Mahler, le 1" ticliri de l'an 8
d'Arlaxerxès a été le 20 septembre /iBy; le 27 tichri de celle
aimée a, par conséquent, été le 16 octobre lib'].
lime paraît très probal)le que le texte portait ) ))) 1)1 3 ^
""luT)*? rtle 27 tichri 55 et que le papyrus G a été écrit le t6
octobre de l'an lib'j avant notre ère.
PAPYRUS H.
Le texte du papyrus H commence ainsi :
Au mois d'éloiii, c'esl-à-dire de pa . , . , Tau Ix du roi Darius.
Le i"'"" éloul de l'an k de Darius 11 a été, d'après M. Mahler,
le i*"' septembre /120. Le 1" thoth de l'an k a été le 6 dé-
cembre .''(2 1 (voir le tableau de la page 3/ii). Nous pouvons
donc établir le calendrier partiel suivant :
" tolh de Tan li décembre h -21.
[" paophi 5 janvier /lao.
" alliyr A levrior A20,
" choiak G mars /j>îo.
" lybi 5 avril 690.
" méchir 5 mai A20.
" phaménolh A juin fi9.o.
[" [)liarm()ullii A juillet Aao.
" pachon 3a()iU Aao.
" payni -j septembre A 20.
''' L'aniK'c julienne 'ifj^ a éli' bissextile.
CHRONOLOGIE DES PAPYRUS ARAMEENS D'ELEPHANTINE. U9
Le mot en partie effacé dont on ne voit que les deux pre-
mières lettres nd, sur le fac-similé, était donc le nom du mois
égyptien de payni, et le papyrus H a été écrit à une date que
le scribe a jugé inutile d'indiquer exactement, entre le 2 sep-
tembre /120 inclusivement, c'est-à-dire le 1" payni ou le
9 éloul de l'an k de Darius II, et le 2 g septembre /i2 inclusi-
vement, c'est-à-dire le 28 payni ou le 29 éloul de l'an 4 de
Darius IL
PAPYRUS J.
Le texte du papyrus J commence ainsi :
Le 3 kislevv de Tan 8, c'est-à-dire le 1 â" jour de lliolh de l'an 8 du roi
Darius.
Le i"^"^ kislew de l'an 8 de Darius II a été, d'après le ca-
lendrier de M. Mahler, le 1 k décembre /ii 6 ; le 3 kislew a
donc été le 16 décembre /116. Si on se reporte au tableau de
la page 3âi, on verra que le i^'thoth de l'an 9 de Darius II
a été le 5 décembre /ii6; le 19 thotb de l'an 9 a, par con-
séquent, été le 1 6 décembre 6 1 6 , et le papyrus J paraît avoir
été écrit à cette date. Mais le texte ne porte pas : le 1 2' jour do
thotli de l'an g du roi Damis; il porte : le 1 s'' jour de ihotli de Va».
8 du roi Darius. Comment admettre que le scribe a pu com-
mettre une pareille erreur?
Je ferai d'abord remarquer que, lorsqu'un acte était écrit
dans une année égyptienne qui portait le même numéro que
l'année babylonienne, les scribes ne répétaient jamais ce nu-
méro. Le texte du papyrus F, par exemple, est ainsi daté : le
lâ ah, c'est-à-dire le ig" jour de paclion, l'an q5 du roi Arta-
xerxès, ce qui vent dire : le lâ ah de Van 20 qui est, 'pour les
Egyptiens, le 1 (j pachon de Van a5. Au contraire, lorsque l'es
numéros de l'antjée babylonienne et de l'année égyptienne
350 SEPTEMBRE-OCTOBRE iOll.
étaient différents, les scribes étaient forcés d'indiquer deux
fois l'année, et la date du papyrus K est ainsi énoncée : le
aâ chebat (le l'an iS, c est-à-dire le g alhyr de lan lâ du roi
Darius.
Gomment se fait-il que le scribe qui a écrit le texte du pa-
pyrus J ait répété deux fois les mots an 8 du roi Darius ?
N'aurait-il pas eu l'intention d'écrire la seconde fois l'an g du
roi Darius ?
Du reste, si on examine le fac-similé, on verra que, dans
le membre de phrase : le 3 kisletv de l'an 8 , le scribe a correc-
tement écrit le nombre 8 de la manière suivante : J) Jl) 1})
(ainsi que je l'ai déjà dit, on groupait généralement par trois
les barres représentant les unités); au contraire, dans le
membre de phrase : le i 2' jour de thoth de l'an 8 . il a écrit ce
même nombre : }}} 11 111. N'est-il pas évident qu'il avait
l'inteniion d'écrire le 12 thoth de l'an g? Il a tracé le premier
groupe de trois barres, puis il a commencé le second groupe
et a tracé deux barres; à ce moment, il s'est interrompu , peut-
être a-t-il parlé à quelf[u'un ou trempé dans l'encre le roseau
avec lequel il écrivait; ensuite, sans s'apercevoir qu'il n'avait
tracé ([ue deux barres du second groupe, il a tracé les trois
barres du troisième groupe.
PAPYRUS K.
Le texte débute ainsi :
Le 9Ji cliel)al. Tan 1 1]. c'cst-à-diro lo 9' joui' (ralliyr, Tan \h du i-oi
Darius.
D'après le calen(h'ier de M. Mahlcr, le i" (hebat de l'an i3
de Darius lia été le 1 y janvier A 1 o ; le '^A cludiat de cette
aimée a donc été le (j f('vrier h 1 o. Si nous consultons le ta])ieau
de la page 3 A 1 , nous y verrons que le t" tholb de l'an 1 /i de
CHRONOLOGIE DES PAPYRUS ARAMEENS D'I-l.KPHANTINE. ;^51
Darius II a été le h décembre lxi\. Nous pouvons donc établir
le calendrier partiel suivant :
i" thoth de Tan \h h décembre 4 1 1 .
i" paophi 3 janvier 4io.
i" athyr 2 février /( 10.
8 athyr 9 février 4 1 o.
9 athyr 10 février h 1 o.
On ne peut guère supposer que le scribe du papvrus K se
serait servi d'un calendrier différent du calendrier babylonien
et il a certainement commis une erreur; le papyrus K a dû être
écrit ou bien le 9 février h\o, c'est-à-dire le a 4 chebat et le
8 athyr, ou bien le 1 février /no, c'est-à-dire le 2 5 cbebat
et le 9 athyr.
INSCRIPTION ARAMÉENNE PUBLIÉE PAR M. DR VOGLÉ.
II convient de parler ici de la date d'une inscription ara-
méenne publiée par M. de Vogué ^^l Voici la traduction de
cette inscription :
. . .fils de Mara, chef de la garnison d'Assouau, a fait, au mois de
siwân, c'est-à-dire de méchir '^ en l'an 7 du roi Arlaxerxès. . . au
dieu. . .
Le i""" siwân de l'an 7 d'Artaxerxès I" a été, d'après le ca-
lendrier de M. Mailler, le 5 juin /i58 et le 1" thoth de l'an 7
''' Voir Comptes rendus tJe V Académie des hiscriptiims , igoS, p. 269.
("-' Le texte ne porte pas : ~)^nD ^T\ "'* ]*^D nT'S au mois de siwân qui est
méchir, mais "l^HD IH ÎVO m^3, mots que je traduis ainsi : au mois de
siwân, c'est-à-dire de méchir. Le sculpteur n'a pas voulu dire qu'en l'an 7 d'x\r-
taxerxès \" le mois de siwân avait commencé et lini en même temps que le
mois de méchir; il a voulu dire qu'une certaine chose avait été consacrée à un
dieu en l'an 7 d'Artaxerxès, un jour qu'il a jugé inutile d'indiquer avec pré-
cision, jour qui était compris dans le mois araméen de siwàn et dans le mois
■gyptien de méchir.
352 SEPTEMBRE-OCTOBRE 191 1.
a été le i6 décembre kb^ (voir le tableau de la page 3/»i);
nous pouvons donc établir le calendrier partiel suivant :
i" tlioth de Tan 7. 16 décembre A.Sq.
1" paophi i5 janvier /»58.
1" athyr 1 A février A 58.
1" clioïak 16 mars 658.
1" tybi i5avrii/i58.
1" méchir i5mai/i58.
99 méchir 5 juin 458 1" siwàn de l'an 7.
3o méchir i3 juin 458 9 siwân.
La dédicace dont parle l'inscription a donc été faite à une
diitc (pie le sculpteur a jugé inutile d'indiquer avec précision
entre le 5 juin inclusivemenl et le 10 juin /i^S inclusive-
ment^''.
Je crois avoir montré cpi'au v' siècle avant notre ère les Ara-
méens et les Juifs d'Egypte avaient le même calendrier que les
Babyloniens et que ce calendrier a été retrouvé par M. Mahler.
Je dois ajouter pourtant que les scribes des papyrus D et E
semblent s'être servis d'un autre calendrier, et pourtant je
crois bien qu'ils ont employé eux aussi le calendrier babylo-
nien.
(') Ainsi que je le dirai plus loin, il est possible que Tan 5 d'Artaxerxès l'"'
(3' année d'un cycle de 19 ans) n'ait pas eu de mois intercalaire, mais il y a
certainement eu un mois intercalaire avant l'an 8 d'Artaxerxès (Ô*" année du
cycle), car la date du papyrus G prouve que le calendrier de M. Mahler est
exact pour cette année là. Il me paraît vraisemblable que ce mois intercalaire a
été un second mois d'adar ajouté à la fin de l'an 6 d'Artaxerxès, mais ce n'est
qu'une supposition. Si cette sujjposition est erronée, tous les mois do l'an 7 ou
les six j)rcniiers mois seulement, si Tan 7 a eu un second mois d'éloul, ont
commencé :>9 jours plus tôt que ne l'indique M. Alabler.
Dans ce cas, la const'cration à un dieu, mentionnée dans l'inscriplion , aurait
eu lieu cnlic le i"^ mi''clui' ou le 9 siwàn de l'an 7 (1.5 mai A58) (;t le 39 mé-
cliir ou le 3o siwàn de l'an 7 (.5 juin /|58).
CHRONOLOGIE DES PAPYRUS ARAMÉENS D'ÉLÉPHANTINE. 353
PAPYRUS E
Je transcris ainsi en caractères hébreux carrés la date du
papyrus E :
Le 3 kislew, c'est-à-dire le 11" jour du mois de mésori, l'an 19 du
roi Artaxerxès.
Au lieu de }} 2, MM. Sayce et Cowley ont lu MJ 2, mais en
indiquant que l'une des trois barres est douteuse et, au lieu de
j — ^DV, ils ont lu — »DV. Sien examine le fac-similé avec atten-
tion, on verra que le texte porte certainement J^ 2 et qu'après
le mot DV se trouve un signe peu distinct qui ressemble beau-
coup plus à j » (11) qu'à 3 ( 1 )•
Le 1" kislew de l'an 19 d'Artaxerxès P"" a été, d'après le ca-
lendrier de M. Mahler, le 17 décembre /j/i6. D'autre part, le
i""" thoth de l'an 19 d'Artaxerxès L'" a été, d'après le tableau de
la page 3Zn, le i3 décembre kk'j; nous pouvons donc établir
le calendrier partiel suivant :
i3 décembre àk'] .
i" thoth an 19.
19 janvier 446. . .
i" paophi.
1 1 février 1
" athyr.
i3 mars 1
" choïak.
1 2 avril
"tybi.
1 2 mai 1
" méchir.
1 1 juui 1
" phaménoth.
1 1 juillet 1
" pharniouthi.
1 août ]
" pachon.
9 septembre. . . .
" payni.
9 octobre
i" épiphi.
8 novembre
i" mésori
22 tichri de l'an 19
17 novembre ....
I mésori
1" marhechwan.
35/i SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
18 novembre.. . . 11 mésori 3 marliechwan.
19 novembre.. . . 12 mésori 3 marliechwan.
97 novembre. ... 20 mésori 11 marhechwan.
7 décembre.. . . 00 mésori 21 marliechwan.
8 décembre. .. , 1" jour épag.. . . 92 marhechwan.
1 3 décembre. .. . 1"' thotli an 20.. 27 marhechwan.
1 '4 décembre.. . . 2 thot 28 marhechwan.
i5 décembre. ... iholh 29 marhechwan.
iC) décembre. . . fi tholh 3o marhechwan.
17 décembre.. . . 5 tholh 1" kislcAV.
1 8 décembre. ... (5 tholh 2 kislew.
On voit que, d'après ie calendrier de M. Malder, le second
jour du mois appelé par les Assyriens Marnhchairn''^^ et par les
Juifs de la basse époque Marhecliivân aurait coïncidé avec le
18 novembre /1A6 (11 mésori de l'an K)), et que le 9 kislew
de l'an i() aurait coïncidé avec le kS décembre khij (6 tholh
de l'an 20 j.
■') Le nom (k' ce mois est toujours écrit i(]éo[|raplii(|uoment <«y *-^-\ t<^ ]] -,
à l'é|jo(jiie (le llammoiirabi , el <<^y •"^f , à la basse é[)oqne. Lîn texte «jrarn-
malical pulilii' jadis pai' ({awlinson {CuneiJ'onii. iiixcriptioDH of Wcalcrn Asia ,
vol. A. |)l. 29. Il" I. 1. 8) ex])li(jue ridéojjramme "^^f *'^J ^^ Il !'■"'
1^ ^^ll -^ '""in ►^lîl- *"^\ ^^^ comme on a lu ce mot arahchainna, tous
les assviiolojjues, je crois, ap|>ellciit encore maintenant le huitième mois assy-
rien le mois d'Arali-Chaunid.
On trouve dans une insciiplion de Ahilicliihou . |iul>li(''e [lai' Sclieil,la phrase
suivante : H<î îf <I--αΠr^lll XI^I^ S! It !<« ^^^î^î -^ {f^'^l'ïï^-
lion nn Pci-xc, I. 1\, textes élamites-sémitiques, 1902, pi. i(3, col. a, 1. k).
Au lieu de <<^j^| ,^Ç|V , il faut lire, comme Ta lait Sclieil, <^^[t| ^^ tN % x
(le caractère >-^ ^ écrit en dehors du cadre dans lequel Tinscription a été gra-
vée paraît avoir disparu par suite d'une cassure); le mot ^^[<[ [j doil iMre
lu dama (accusatif de ^1<| ""^ •'-■«»/,''), <'t il est évident (pie cclli' |iln';ise
sijjiiilic : (jit'd répande du sanji' ri du pus crtitnnf de l'eau. Le caractA^re || pou-
vait donc se lire ma, et le mot |f ^^]f .^'■'"ni^ ^I!î- »— ^I '^"'^ ""''''"' '"'
non pas aiahchnitma, mais marahcliamna, ou jdus prohahlemonl marahrliaivii'i.
Enfin, le lmiti(":m(! mois s'appelait tuaraitcltaivnoii, mot que l'on pronun(;ait, je
crois, ù la liasse (''po(pie, ni'ii-iilirluiivn.
CHRONOLOGIE DES PAPYRUS ARAMEENS D'ELEPHANTINE. 355
Devons-nous donc admettre que le scribe du papyrus E a
eu un autre calendrier que le calendrier babylonien? Si on
consulte le calendrier de M. Mahler, on verra qu'il attribue un
second mois d'adar de 29 jours à l'an 18 d'Artaxerxès l" et,
si nous supposons qu'en réalité cette année n'a pas eu de
mois intercalaire, tous les mois de l'an ic) auront commencé
vin^'t-neuf jours plus tôt que ne le dit M. Mabler. Dans ce
cas, le 1" kislew de l'an ic), au lieu de correspondre au
1 y décembre â^G , correspondra au 1 8 novembre /i^6 (1 1 mé-
sori) et le y kisle'.v correspondra au 1 () novembre (12 mésori).
Enfin le papyrus E aura été écrit le 18 novembre (ii mé-
sori), après le coucher du soleil, et. à ce moment, le 2 kisiew,
pour les Araméens, avait déjà commencé. Mais, dira-t-on, si le
calendrier de M, Mabler contient une erreur, il est complète-
ment faux! Non, et voici pourquoi : M. Mabler a reconnu que
les Babyloniens avaient un cycle de 1 fj années dans lequel il y
avait sept mois intercalaires. Ces mois, dans la plupart des
cycles, étaient des seconds mois d'adar qui s'ajoutaient aux
3", (f, 8% 11% ik% 16' et i^" années, mais, dans certains
cvcles, on a donné un second mois d'éloul à certaines années
et les années qui ont eu un mois intercalaire n'ont pas tou-
jours été celles que je viens d'indiquer. Supposons donc que.
dans un cvcle quelconque, M. Mabler ait attribué un second
mois d'adar à la 16" année qui n'en a pas eu, et n'en ait pas
attribué à la 1 y^ année qui en a eu un : il est évident que son
calendrier sera faux, depuis le dernier jour de l'unique mois
d'adar de la 16" année exclusivement, jusqu'au i''" nissan de
la 18" année exclusivement, mais le calendrier des autres
années du cycle sera exact. Supposons enfin que, dans un
autre cycle, il ait attribué un mois intercalaire à sept années
qui n'en ont pas eu, et n'en ait pas attribué aux sept années
qui en ont eu un; dans ce cas, le calendrier de ce cvcle sera
faux, mais celui des autres cycles sera juste.
356
SEPTEMBRE-OCTORRE 1911.
PAPYRUS D.
Sayce et Cowley transcrivent ainsi en caractères hé-
breux carrés le commencement de la première ligne :
Le 3 1 kislew, c'est-à-dire le i" jour de mésori, Tan 6 du roi Arla-
xerxès.
Le i"' thoth de l'an () d'Artaxerxès P' a été le i6 dé-
cembre /i6o (voir le tableau de la page 3/n) et, d'après le ca-
lendrier de M. iMabler, le i" kislew de l'an G d'Artaxerxès P' a
été le 10 décembre ^Bg; nous pouvons donc établir le calen-
drier partiel suivant :
iG décembre 4 Go.
i5 janvier /109 . . .
1 II février
16 mars
1" tboth an 6.
1" paophi.
1" athyr.
1" choïak.
!'■ tybi.
1" méchir.
1'" phaméuotli.
1"' phaiiiiouthi.
1" pachon.
1" payni.
1" ('pipbi.
1 " mésori
1 "' marhechwan an G.
1 5 avril
1 5 mai
1 h juin
1 i juillet
i3 août
1 2 septendire ....
I 9. octobre
I I novembre ....
3o novembre ....
1" décembre
•20 mésori
2 1 mésori
•20 marhechwan.
■2 1 marhechwan.
10 décembre
1 1 décembre
3o mésori
1" jour épagomène.
1 " kislcw.
9 kislew
16 décembre
1" tboth an 7
7 kislew.
3() déci'inl»r<'
1 .5 Ihotb
9 1 kislew.
CHRONOLOGIE DES PAPYRUS \R\MEENS D'ELEPHAMINE. 357
On voit que, d'après le calendrier de M, Mailler, le i" mar-
liechwun de l'an G aurait été le 1 1 novembre hb^ (i" mésori
de l'an 6) et que le 21 kislew de l'an 6 aurait été le 3o dé-
cembre A 5 9 (i5 thoth de l'an 7).
L'an 5 d'Artaxerxrs I" a eu, d'après M. Mahier, un second
mois d'adar de 29 jours et, si nous supposons que cette année
n'a pas eu de mois intercalaire, tous lés mois de l'an (> auront
commencé 99 jours plus tôt qu'il ne l'indique. Dans ce cas,
le i^"" kislew de l'an 6, au lieu de coïncider avec le 10 dé-
cembre 459 (3o mésori). coïncidera avec le 11 novembre
[ih() ( 1" mésori), et le 2 1 kislew, au lieu de coïncider avec
!e 3o décembre liïxij (i5 thoth de l'an 7), coïncidera avec le
1 "" décembre /i 5 9 (21 mésori de l'an 6 ).
Il semblerait donc que, soit qift la 5' année d'Artaxerxès I"
ait eu un mois intercalaire, soit qu'elle n'en ait pas eu, le
calendrier du scribe du papyrus D n'était pas le calendrier ba-
bylonien. Cela ne me paraît pourtant pas prouvé. Examinons,
en efïet, le fac-similé et nous remarquerons, après le mot nr,
deux traits verticaux dont le premier est très grand et beau-
coup moins noir que le second. 11 n'est pas possible de voir là
le chiffre 2 , car le premier trait est beaucoup trop grand pour
être la barre indiquant l'unité; du reste, ALM. Sayce et Cowlev
lisent J Dr et disent, dans la note 1 de la page 89 : rfaffer
□T», the papyrus is creased but probably nothing is lost and
the numéral is 1 w.
Ainsi donc, pour MM. Sayce et Cowley, il n'y a probable-
ment pas de lacune après le mot nv , mais la chose n'est
pourtant pas certaine puisqu'ils ont pris la peine d'ajouter une
note pour faire connaître leur opinion au lecteur. Je serais ,
au contraire, très porté à croire qu'il y a une petite lacune
et que le texte portait )3 (21)- Le papyrus D a été écrit, si
mon hypothèse est exacte, non pas le 1"', mais le 2 1 mésori,
c'est-à-dire le 1"' décembre /lOg ; enfin, si l'an 5 d'Artaxerxès P""
358 SEI'TEMBIIE-OCTOBRE 1911.
n'a pas eu de mois intercalaire, le -j i kislew de l'an G a bien
élu le i"' décembre ^3 9.
Je crois avoir montré que les scribes des papyrus A, B, F,
G,H, J et K^^' se servaient du calendrier babylonien et que
celui du papyrus E s'en servait aussi très probablement. N'ayant
jamais eu les papyrus d'Elépbantine entre les mains et n'en
ayant étudié le texte que sur des fac-similés, je n'oserais pas
affirmer que le scribe du papyrus D se servait aussi du calen-
drier babylonien, mais cela me paraît probable.
Les dates des papyrus d'Elépbantine prouvent donc, d'abord
que les Araméens et les Juifs se servaient, au v'' siècle avant
notre ère, du calendrier babylonien*-^, et ensuite que le ca-
(') La date du papyrus C a complètemeut disparu; on peut lire seulement
les mots : an 6 du roi Artaxerxès.
(-^ Dans les provinces qui faisaient partie de TEmpire romain, tout en con-
servant les anciens noms des mois et en faisant commencer l'année au 1" oc-
tobre, les Syriens ont adopté de très bomie heure le calendrier julien, et les
chrétiens paraissent n'en avoir jamais connu d'autre.
Dans les provinces soumises aux Sassanides, l'ancien calendrier babylonien
paraît, au contraire, avoir été employé jusqu'à une époque très tardive, et je
serais porté à croire que les cbi^étiens n'ont adopté le calendrier julien que
lorsqu'ils ont uniformisé la liturgie, après l'institution du patriarcat de Gtési-
phon. Dans les vies des martyrs orientaux, les dates sont, en effet, générale-
ment suivies du mot liet^^s qui indique que le mois cité était un mois lu-
naire; il est dit, pur exemple, dans le récit du martyre de l'évéque Abraham,
qu'il fut tué |Jo)«>^ '^■^^ x-wi^ iA'icx*»^ le cinq du mois lunaire de cJiebal
(Bedjan, Acla in<()-lyi-tiin cl. saiictoiuni , I. IV, p. i3i). Enfin le récit de la mort
du mai'txr Firouz se termine j)ar la plii-ase sui\ante : ;^<x&â ^» ^^'i:b>all
jLoxffyS I •\'wi ^iotio* \li^it>fû )i^«.l-A■ OM oett iJlia<<^ î^lo ^^lo UviS ->^
iolie».*.* liLJL» ç.j'^Cii-ol) JuJa«»â ^ci:»M)L3 ]avi«t^» d fui. couronné en l'an ^33
des Grecs, c'esL-à-dire l'an 1'''^ du roi persan Ik'hrani, le 5 du mois d'éloul , selon
les Grecs ; il fut couronné dans le pays de Chahrizour (Red.ian, Acla- marlijrum et
snuclornui , t. IV, p. ;',()!!). il est évident que, dans ce passage, les mots
i^a«^ '^ck^.i) e'/oi//, selon 1rs Grecs, désignent le mois d'éloul du calendrier
jidirn, c'est-à-dire le niuis de soptend)re.
Piiis(jue les Syriens orientaux avaient des mois lunaires, ils devai(!nt ajouter
un second mois d'éloul à certaines années, mais je n'ai, jusqu'à présent,
trouvé la mention de ce mois dans aucun texie syriacpu;.
CHRONOLOGIE DES PAPYRUS ARAMEEIVS D'ELEPHANTINE. 359
lentlrier babylonien de M. Mabler, bien qu'il contienne beau-
coup d'erreurs, est un travail excellent qui permet dès main-
tenant aux assyriologues d'indiquer le jour dans lequel beau-
coup de contrats babyloniens de la basse époque ont été écrits.
On pourra me faire l'objection suivante : M. Mabler a publié
un excellent calendrier babylonien, c'est-à-dire qu'il a parfai-
tement indiqué le nombre des jours de cbaque mois, pendant
plusieurs siècles, et déterminé souvent avec exactitude les
années qui ont eu des mois intercalaires, mais il a fait plus
encore, il a indiqué Ja date julienne dupremier jour de cbaque
mois. Il y est arrivé en calculant la date julienne de certains
phénomènes astronomiques mentionnés dans les textes assy-
riens; il a pu se tromper et les dates des papyrus d'Eléphantine
ne prouvent pas qu'il n'ait pas commis d'erreur.
Il est désormais certain, par exemple, qu'entre le 28 pachon
au soir, selon le comput égyptien, c'est-à-dire le 18 éloul de
l'an 1 5 de Xerxès, selon le comput babylonien, date à laquelle
le papyrus A a été écrit, et le i() pachon, selon le comput
égyptien, c'est-à-dire le lâ ab de l'an 2 5 d'Artaxerxès P'',
selon le comput babylonien, date à laquelle le papyrus F a
été écrit, il s'est écoulé exactement autant de jours qu'entre
le 12 septembre /lyi et le 26 août àào, mais qu'est-ce qui
prouve que le papyrus A a réellement été écrit le 12 sep-
tembre/l'y 1 et le papyrus F le 26 août hlio'l Si on me fait
cette objection , je répondrai que les papyrus d'Eléphantine
ont été écrits aux dates juliennes que j'indique, parce que les
dates juliennes auxquelles M. Mabler fait commencer les mois
babyloniens sont elles-mêmes exactes, sauf, bien entendu,
pour les années comprises dans des cycles de 19 ans dans
lesquels il a mal placé les mois intercalaires. Voici comment
je le démontrerai :
J'ai calculé , dans le tableau de la page 3 '4 1 , la date julienne
du 1"' thotb, depuis l'an 10 de Xerxès jusqu'à l'an i/i de
3fi0 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
Darius ïï, en partant du i""' thoth de l'an 2 5 d'Artaxerxès V",
et j'ai admis que le i*"" tlioth de cette année avait été le 1 1 dé-
cembre hhi, parce que le scribe du papyrus F nous apprend
que les Eg\ptiens appelaient ig pachon le jom" que les Ara-
méens appelaient le là fih de fan a 5 d'Artaxerxès I" , et parce
que le i/i ab de l'an 26 d'Artaxerxès !""■ a été, d'après le ca-
lendrier de M. Mahier, le 26 août klio. Il me serait facile de
continuer le tableau de la page 3/n et d'indiquer la date du
1" thoth, pendant plusieurs siècles, postérieurement à l'an là
de Darius II. Pour ne pas perdre trop de place, je me con-
tenterai de dire que cent années égyptiennes de 365 jours
avaient vin^;t-cinq jours de moins que cent années juliennes
dont vingt-cinq sont bissextiles. Reportons-nous au tableau de
la page 3/n et nous v verrons que le 1" thoth de l'an 3 d'Arta-
xerxès I"' a été, d'après moi, le 17 décembre A 6 3. Le 1"'" thoth
de l'année égyptienne qui a commencé en l'an 363 avant
notre ère a. par conséquent, dû coïncider avec le 22 no-
vembre; le 1"' thoth de celle qui a commencé en l'an 2 63
a dû coïncider avec le 98 octobre, le i^"" thoth de celle qui a
commencé en l'an i63 a dû coïncider avec le 3 octobre, le
i"' thoth de celle qui a commencé en l'an 63 avant notre ère
a dû coïncider avec le 8 septembre, le i*'" tholh de celle qui
a conuiiencé cent ans après, en l'an 38 de notre ère, a dû
coïncider avec le 1 U août, le i*"^ thoth de celle qui a commencé
en l'an 1 38 a dû coïncider avec le 20 juillet, enlin le i" thoth
de l'année égyptienne qui a commencé en l'an -^38 de notre
ère a dû être le 20 juin. Or l'auteur latin Gensorinus écrivit son
ouvrage intituh'; : De die nataVi sous le consulat d'Ulpius et de
Pontianus, c'est-à-dire en l'an ^38, et, dans un passage qui
a été souvent cité, il nous apprend que, cette année-là, le
i"" thoth fut justement le 2.1 jiun. Voici, du reste, sa phrase :
IloniiJi iiiiliti sriiiprr a iiniiio dlr iiir)isis cjiis suiiiiDiliir ciii (ipiid Acfnjp-
lios Hoiiieii c'.sl Tliolli : ijiiitjiif Itoc tiiiiio Jiitl unie diciii 1 // hal jul vu m nhltinc
CHRONOLOGIE DES PAPYRUS ARAMEENS D'ELEPHANTINE. 361
annos centum iniperatove Anlonino Pio II et Bruitio Praesente coss iidein
(lies fuerunt aille dieiu m kal August quo tempore solet canicuh in Aegypto
facere exorinm.
Leur commencement (il est question des années égyptiennes) part
toujours du i" jour du mois appelé thoth par les Egyptiens et ce
jour a été, cette année-ci, le 7' jour avant les calendes de juillet (le
•>.^ juin), tandis qu'il y a cent ans, sous le second consulat de l'empereur
Antonin le Pieux et sous celui de Bruttius Praesens, ces mêmes jours ont
été le 1-2' jour avant les calendes d'août '. époque à laquelle la canicule
apparaît habituellement en Egypte.
Les dates juliennes auxquelles AI. Mahler fait commencer
le premier jour de chaque mois babylonien sont donc, je le
répète, absolument exactes, sauf bien entendu pour les années
comprises dans des cycles de 19 ans, dans lesquels il a mal
placé les mois intercalaires.
Je ne possède pas un travail intitulé : Der Kalender der Baby-
lomer dans lequel M. Alahler a, parait-il, exposé les règles
d'après lesquelles les Babyloniens attribuaient à certaines
années un second mois d'éloul ou un second mois d'adar; si je
le possédais, je serais, du reste, probablement incapable de
réviser les calculs astronomiques de M. Mahler.
Il me paraît toutefois certain que son travail intitulé : Zur
Chronologie der Babylonier conlieni, ^our tout ce qui concerne
les mois intercalaires, un certain nombre d'erreurs.
Je suis, en ce moment, privé d'une partie de ma biblio-
thèque, je n'ai entre les mains (|u'un petit nombre d'ouvrages
'"' Ainsi que la déjà tait remarquer l'auteur de ÏArt de vérifier les dates, la
phrase de Censorinus contient une erreur qui doit probablement être attri-
buée à un copiste. Puisque le 1" llioth a été le 9.^ juin en 2.38. il est évident
que, sous le second consulat de Tenqjoreur Antonin et sous celui de Bruttius
Praesens, c'est-à-dire en 189. le 1" ihotli a été le 20 juillet: au lieu de o.nte
diem m kal Attgust, il faut donc lire aitle diem xin kal August.
xviii. 2Z1
U2 SEPTEiMBRE-UCTOBRK 11)11.
assyriologiqiies et je me contenterai d'indiquer plusieurs cycles
de 1 C) ans dont le calendrier doit être corrigé :
i" Cycle commençant l'an iG de Chamaclie-chouni-oukiii
et finissant l'an 16 de Kiniladan (de 602 à 633). L'an 5 de
Kiniladan (lo*" année du cycle) a eu un second mois d'éloul " .
2° Cycle commençant l'an 1 -2 de Nabopolassar et finissant
l'an 9 de Nabuchodonosor (de GiZi à 5(j5). L'an j5 de Na-
bopolassar [II" année du cycle) a eu un second mois d'éloul -'.
et l'an 20 du même roi (()'' année du cycle) a peut-être eu un
second mois d'adar^'. En outre l'an 2 de Nabuchodonosor
(12" année du cycle) a eu un second mois d'éloul <*'.
3" Cycle commençant l'an 10 et finissant l'an 28 de Na])u-
cbodonosor (de 5c)5 à 576). La 26" année de Nabuchodo-
nosor (17*^ année du cycle) a eu un second mois d'adar '•'''.
k" Cycle commençant l'an 2 c) de Nabuchodonosor et linis-
sant l'an 2 de Nériglissor (de .^^G à 'JÔ^). La 5" et la
ij" année de ce cycle, c'est-à-dire l'an 33 de Na])ucbodonosor
et l'année de l'avènement de Nériglissor (2" année d'Evil-Me-
rodach), ont eu un second mois d'adar; l'an /ji de Nabucho-
donosor ( j 3'' année du cycle) a eu un second mois d'élouL'^'.
5° Cycle commençant l'an 3 de Nériglissor et finissant
l'an 17 de Na])unide (de 567 à 538). L'an i5 de Nabonitle
a eu un second mois d'adar ("^.
G" Cycle commençant l'an i""^ de Cyrus et finissant l'an 2 de
('^ Voir The Babiiloiiiaii c.rpedilion of thc L'iiirrrailij aj' Pcnnaijlraniu^ séries A,
vol. VIII, pnrt. 1, n° 3.
'-5 Voir Vorderasialische Sdiri/ldciiliHKHcr der hoiii<>iirhi'ii M((>ic(;n ^u Berlin,
HeftVI, n° 13, I. a cl i5.
(-0 Voir Vordevasiatische Schrijhlcidiinuler, llelt M, n" iS, 1. iS.
*''' Voir Vorderasialische SchriJ'tdenhmàler, Heft VI, n" 38, 1. .^).
(5) Voir Strassmaiem, Jnschriflen von Nabuchodonosor, n" 170.
(«) Voir Strassmaikii, Inschriflen von Nabnelioduiiosnr, 11'" ;i():t cl .'îSn; Unbij-
lonisrhe Texte, IleflVI 15; hixrriitlinnx nf tlii; reijrnfi df Evil-Meyodarli , Nerii;liss(n-
and Laborosoarcliiid , coiiied and aiilojjrapliicd by B. T. Evetts, p. ',\\, n" y.
'') Voir Stiiassmaieh, Inschri/ïen van Nabonidiis , 11" ()38.
CHRONOLOGIE DES PAPYRUS ARAMEENS D'ËLEPHANTINE. ;563
Darius P' (de 538 à 019). L'an 5 de Cyrus (5" année du
cycle) a eu un second mois d'adar, la cf année de Cyrus ou
plutôt l'année de l'avènement de Cambyse (9" année du cycle)
a eu un second mois d'éloul; enfin l'année de l'avènement de
Darius I" (8" année de Cambyse) a eu un second mois d'adar''.
7° Cycle commençant l'an 3 et finissant l'an 2 1 de Darius P'
(de 519 a 5oo). On connaît des contrats datés du premier
mois d'adar (îE! << K]*~ 'îîfr^ adarou mahrou) de l'an 1 2 et de
l'an 1 9 de Darius P' (Strassmaier , Inschriften cou Darius, n" 3 o 7,
I. 18; n° ^95, 1. 10). Il est donc probable que ces deux
années ont eu un second mois d'adar.
8° Cycle commençant l'an 2 2 de Darius P"" et finissant l'an /t
de Xerxès (de 5oo à /181). L'an 22 de Darius (1" année du
cycle) a eu un second mois d'adar f^^.
9° Cycle commençant l'an 5 de Xerxès et finissant l'an 2
d'Arlaxerxès P"" (de fiSi à hCy-i). Il est possible ([ue l'an 8 de
Xerxès (^h" année du cycle) ait eu un second mois d'éloul'^'.
Les dates des papvrus A et B prouvent que le calendrier des
1 1' et l 'j^ années de ce cvcle est exact.
10° Cycle commençant l'an 3 et finissant l'an 21 d'Arla-
xerxès P*^ (de ^62 khàS). La date du papyrus E prouve que
l'an 18 d'Artaxerxès I" (1 G" année du cvcle) n'a pas eu de
second mois d'adar. Faut -il admettre également que la
3*^ année de ce cycle, c'est-à-dire l'an 5 d'Artaxerxès P', n'a
pas eu non plus de second mois d'adar? Je n'hésiterais pas à
répondre affirmativement si j'avais pu étudier le papvrus D
lui-même et si j'avais constaté qu'il y a unepetife lacune, à la
première ligne, après les mots uv in; n'ayant jamais vu le
papyrus, je n'ose rien affirmer, mais il nie paraît peu vrai-
" \oii" Strassmairi'. . [iisclnijh'ii nm Cjirua, n" tiU)-. Strassmah;!;. hixchi-iflcn
von Darius, n" 7 : et Vuvileraniaùsclu- Schriftdciihtnaler, Hel't III. n" 69.
'-' Voir Vorderasiatische SchriJïdeukiHuler,Eehl\, n" iSg.
''' Voir Vorderasiatische Schrifldenlatidler, Heft V, n" 118, 1. 28, 26
:\(] 'i SEP r E M B R E - C T B R E 11)11.
semblable que le scribe du papyrus D ait pu se servir d'un
calendrier différeut du calendrier babylonien '•'.
Chacune des erreurs c|ue je signale est en quelcpie sorte
double, car, les cycles de kj ans n'ayant eu en général rpie
sept mois intercalaires, il est évident que toutes les fois qu'une
année quelconque a eu un mois intercalaire que M. Mahler
n'indique pas. une autre année du même cvcle à laquelle il
attribue un mois intercalaire ne l'a pas eu. 11 est probable que
le travail de M. Mahler intitulé : Zur Chronologie Jcr Bnhi/lnnicr
contient d'autres erreurs encore, qu'il m'est im[)ossible de re-
lever pour le moment. Ce travail n'en est pas moins remar-
quable, car les dates auxquelles M. Mahler fait commencer
le i" jour de chaque mois babylonien sont exactes (les papy-
rus d'Eléphantine le prouvent) toutes les fois que, dans un
cvcle de i () ans, il a pu exactement déterminer les années
([ui ont eu un mois intercalaire. Ce travail rendrait donc d'im-
menses services aux assyriologues si M. Mahler en publiait
une seconde édition dans laquelle, en corrigeant les erreurs
qui peuvent dès maintenant être corrigées, \\ ajoutait, pour
chaque mois intercalaire, une note indiquant si l'existence
du mois en c[uestion est ou n'est pas prouvée par un (cxle
assvrien quelcon([ue: dans le premier cas, il y aurait lieu de
faire connaître l'ouvrage assyriologiqne dans le([uel le texlc a
été publié et, dans le second cas, d'indiquer sommairement
les raisons pour lesquelles M. Mahler admet qu'il y a en un
mois intercalaire.
liorsque l'existence de tous les mois inlercalaires attribués à
un cycle de i q ans serait attestée par les textes, les assyrio-
logues sauraient que le calendrier de ce cycle est absolunuiiit
exact; lors(|ne. au contraire, les textes publit's ne prouveraient
"' .le no crois jias (|u"aucim conliiil liiil)\l(mi('ii (liili- du stn'oiid mois (railar
(l(! Tan T) cl du second mois d'adar de Tan iS (rArlaxcrxi's 1"' ail jamais élc
publié.
CIIROXOLOCIE DES l'Ai'iiiis \i;\\ii;k\s dklkimi wtink. ;jo5
pas que toutes les années d'un cycle auxquelles M. Mahler
attribue un mois intercalaire l'ont eu réellement, les assyrio-
logues sauraient quelles sont les années de ce cycle dont le
calendrier est exact, quelles sont celles dont le calendrier peut
ne pas être exact, quelles sont celles enfin dont le calendrier
est conjectural.
Le cycle de i (j ans qui a commencé l'an ^ i d'Artaxerxès I""
et a fini l'an 18 de Darius 11, a eu, d'après M. Mahler. des
seconds mois d'adar les 3% 6", 8% ii% i/i*", iG'^et ic)'' années,
et les textes prouvent que ceux des .')'", 6" et 11" années ont, en
effet, existé'^; en outre, la date du papyrus K prouve, bien
que le scribe ait commis une petite erreur, que le calendrier
de l'an ih de Darius II ( 1 ô*" année du cycle) est exact. Je ne
connais malheureusement pas de texte assyrien qui prouve que
la 16'' et la tif année de ce cycle ont eu le second mois
d'adar que M. Mahler leur attribue, mais cela me parait très
probable. S'il était possible de le démontrer, il serait, selon
moi, absolument certain que la fameuse leltre adressée à la
date du 3 marhechwan de l'an 1 y de Darius II par les Juifs
d'Eléphantine, à Bagoas, gouverneur de la Judée, pour se
plaindre de la destruction de leur sanctuaire, a été écrite if
3/1 novembre ^07, après le coucher du soleil, ou le -^5 no-
vembre ■lo-j, avant le coucher du soleil.
' ^ oir Tlip Tiabijlohiaa PTpeilitioti of llti' f niversilii of Ppitusylrania. serins A,
vol. \, n"' G3 et lo.o, et lOi-d^rosiatiscln' ScJnijldi'iil.iiK'ih'r, ffctl I\ , n" ii)<».
NO I i:
SUR L'ANCTEN SYSTÈME MÉTRIQUE
DE L'INDE,
PAR
M. J.-A. DECOI RDEMWCHE.
Dans le Traité pratique des poids et mesures des peuples anciens ,
nous avons donné le détail, pages A y et suivantes, de poids
qui, dérivés, soit du tétradraclinie lagide, soit de i'exagion
égypto-romain, ont été en usage dans l'Inde.
Il nous paraît utile de compléter ces données en fournissant
le détail d'autres éléments métrologiques, issus, cette fois, du
système introduit en Egypte sous la domination perse (35o à
332 avant J.-C), et utilisés dans l'Inde.
Nous puisons nos indications dans un article des Asintic
Researches (London, 1779, in-8", vol. V), où Colebrooke
résume les divers renseignements fournis par les mathémati-
ciens de l'Inde sur la métrologie de ce pays.
A. Mesures agraires.
Le talent babylonien monétaire en vigueur à l'époque
achéménide {ï)à^ à 332 avant J.-C), mais qui a pu être
connu avant, est d'un poids de 32 kilogr. 6/10. A ce talent,
considéré comme un cube rempli d'eau, par conséquent d'une
contenance do 32 lit. 6/1, correspond un côté ou pied de
o m. 3196, puis une coudée moyenne d'un pied et demi,
soit de o m. ^^79^ ; enfin, une coudée longue de 9 pieds, soit
de o m. G392. La canne comprend 12 pieds, soit 6 coudées
longues. Elle mesure donc 3 m. 8352. Les Perses ont sub-
stitué, en Egypte, la division de la canne en lo pieds, dits
philétériens, de o m. 38352 l'un, à celle en 6 coudées longues
ou 1 2 pieds babyloniens.
La canne carrée, de lo pieds philétériens de côté, ou
3 m. 8302 , mesure donc i oo pieds carrés ou i h mq. 708 3/^j.
C'est la mesure à laquelle le calife El-Hakem-bi-amr-iltah
(()()(') ;'i 1020 de J.-C.) a donné le nom de qamhn, du mot
arabe tjnsnh «canne 77. La superficie de 20 cannes de côté,
soit /loo (jnsnhns, a reçu le nom de [cfUim chez les Arabes;
sa superficie est de 5.883 mq. 5o. Tl est évident, d'après la
composition même du feddan et de la (fasaba , que ce sont là
des mesures perses, que les Arabes ont conservées.
Or, d'après la Lthlmn^^K le seul traité hindou qui, suivant
(iolebrooke, ait donné les mesures agraires anciennes de l'Inde,
ces dernières comprenaient: 1° le vmnsa, dont le côté est d'une
canne ou 10 pieds {limtn). ce qui donne au raiji^a 100 pieds
carrés; 2" le mrnngn, constitué par 20 cannes de côté et
4 00 vnms'ns de superficie.
C'est exactement le système perso-égyptien sanctionné par
el-Hakem. Tout indique donc que le ramsn est identique à la
tjdstibd et (pie le nivnhfya n'est autre que le ffddini d'el-Hakem.
Il est à noter que les Perses ont pu employer, dans leur
propre pays, les mesures agraires dont ils ont fait usage en
Egypte. Ils usaient volontiers, simultanément, du système sexa-
gésimal, avec un diviseur 6, et du système centésimal, avec un
diviseur 10. étant entendu que, intrinsèquement, in concrelo,
les deux valeurs 6, et 10 étaient ('gales. (]'est ainsi (juc^ 10
pieds , dits philétériens, égalent, dans la formation de la caniu^
r> coudées longues babvlonicnnes.
'■' Dans Marsdenx Nninismala Orientalia, I-ondon , in-'i", i S'y/1, |t. tv.! ,
Ed. Tlionias donne, pour la rédaclion de co Iraiti', la date di' 1 iHo de J.-C.
^oT^: slh l'ancikn systkmk \iKTni(}ri': di: i;im)i:.
3G0
B. Poids mercantiles.
Nous désignons sous ce nom ce qu'on appelle d'ordinaire,
de façon impropre, mesures de capacité, car l'achat à la me-
sure, à la contenance, est chose relativement moderne. Les
Anciens basaient toutes leurs transactions sur le poids, même
quand il s'agissait de liquides.
Les auteurs hindous donnent deux échelles de poids mer-
cantiles : l'une basée sur le pnln , l'autre sur le loin, lequel est
le quart du pain. Notons immédiatement que le pnln dont il
s'agit ici n'est aucunement le même que celui qui fait partie
des poids monétaires, mais répond à un doigt cube.
L'échelle basée sur le pnln est la suivante :
Paia 1
Kudava i h
Prastha i 4 16
Àflhaka 1 d 1 G 6 'i
Droiia 1 II iG 6i 2 56
Petit kiimbha 1 9 8 3:1 128 .5i 2
Khàri 1 8 16 Gd 2.ÔG 1,02^ ^',096
Kumblia 1 1 i/ti 10 20 80 'Sao 1,980 .t,i20
Bàha 1 10 121/2 100 900 800 3,900 12,800 r>i,20o
L'échelle basée sur le tnln se présente comme suit :
Kudava (3 1/9
Prastha
pa
las)
1
A
iG
39
2 56
390
3,aoo
1
/i
iG
Gd
128
1,02'!
1,280
12,800
l'j
Ailhaka
1
8
80
800
2 9 'i
Drona
1
9
6
20
900
89G
i'792
ii,33G
17-92^
1 79,200
Petit kumblia .
1
3
10
100
Khàri
Kumbha
Bàha 1
1 1 i/d
10 191/2
;!70 SEPTEMBRE-OCTOBnK 1911.
Les deux échelles sont identiques quant à la progression des
divers poids. Elles diffèrent sur un seul point. La première,
basée sur \e pala, donne, au premier poids, le kudava, une
valeur de l\ palas. La seconde, basée sur le toJa, donne au
LmJava , une valeur de i/i tnins. Mais ili tolas, étant donné que
le inh est le quart du jmhi , ne font que S 1/2 paJas. pour le
Inulam , au lieu des h pains de la première échelle.
Cet écart s'explique. Le rapport de densité du riz, par com-
paraison à l'eau, est de 7/10; celui du blé est de 8/10. Or
les deux échelles sont, entre elles, dans le rapport de k à
.3 1/9, soit de 8 à 7. Cela veut dire que la première échelle
indique les poids en blé et la seconde les poids en riz, infé-
rieurs de 1/8 à ceux du blé.
Cette constatation résout une difficulté. Certains auteurs
liindous font le pain de k toins et certains autres de 5 loJas.
D'après ce que nous venons de constater, \e pnln vaut 3 1/2
lolas en riz, /i en blé et 5 en eau ; le tout en raison des rapports
de densité entre le riz, le blé et l'eau, prise pour base de
comparaison.
li suffit d'un coup d'œil jeté sur la première échelle, pour
se convaincre que l'unité génératrice de cette échelle est la
kliàrl. En effet, elle comprend ^1 , 9 6 ;w/as et le nombre /i,0 96
est le cube de 1 6 , qui est le nombre de doigts (|ue comprend
le pied. Mais il ne s'agit pas ici du pied , mais de la coudée
longue, divisée par les Perses en 1 (i doigts, dans leur système
agraire, doigts effectifs équivalant à 20 doigts de calcul.
La klinn est donc le cube de la coudée longue, déjà rencon-
trée comme unité fondamentale des mesures agraires. Cette
coudée, d'une longueur de cm. G392, a pour volume
261 lit. 1 2, soit un poids de 2 (m kilogr. 120, si l'on suppose
ce volume rempli d'eau, lequel poids est égal à celui du garibe
égyplo-perse. Mais, dans l'Inde, la hlum ou cube de la coudé(^
longue, a été remplie soit de blé (ce (jui constitue l'échelle du
NOTK SUR L'ANCIRN SYSTKMK MKÏRIQUE DE i;i\l)K. :{7I
pnla^, dont le volume excède, en vertu de la densité des h/h
pour le blé, un quart de son poids, soit de riz (ce qui constitue
l'échelle du tola'j, dont le volume excède, en vertu de la densité
des 'y/i , les 8/7 de son poids.
Il y a donc lieu de comparer, sur ces bases, le poids et le
volume de chaque unité métrique nommée.
Ces explications préliminaires données, il nous est possible
de compléter les échelles établies plus haut par l'indication de
l'équivalence de chaque poids en grammes et kilogrammes et
celle de son volume en litres.
La première échelle, celle du blé, où le pala indique le
poids du doigt cube de blé, se présente, en poids, comme
suit :
Pilla (une demi-prasriti ) 1 o'^oo i
Kudava i h 020/1
Prastlia 1 A 1 G o 8 1 (i
Adhaka 1 h 16 04 3 aCA
Drona 1 d 16 G'j 2.56 1 3 o5G
Petit kurabha 1 2 8 82 128 5 12 26112
Kliàri 1 8 16 6'i 266 1,02^ A, 096 208896
Kiimbha 1 1 1//1 10 20 80 820 1,280 5,120 261 120
P>àlia 1 10 12 1/2 100 200 800 3,200 12, Bon ."i 1,200 2,611 200
La seconde échelle, celle du riz, où le pnla a pour équiva-
lence 3 i/â tolas, s'établit comme suit :
Kiidhava 1 ili o*"! 78 1/2
Prastha 1 h 56 o 7 1 A
Arlhaka 1 A iG 20 A 2 856
Droiia 1 4 iG 6 A 896 11 A 2 A
Pptit kumblia . . . 1 2 8 82 128 1ï79'2 22 8A8
Khàrî 1 8 i(i 64 256 i.oai i4,336 18278/1
kumblia. 1 1 1/4 10 20 80 320 1,280 17, 920 228 A80
Piàlia. 1 10 12 1/2 100 200 800 3,200 12,800 179,200 2,28/1800
372 S K P T E M B H E - U C T B U l<: 1 '.) I I .
Indiquons maintenant la contenance , autrement dit le volume
de chaque mesure :
Kiidava i n'aG 1/3
Prastha t 'i 102
Arlhaka 1 '1 16 4 08
Droiia 1 fi 1 04 1682
Petit kiimbha 1 -?. H Sa 128 82 64
Kliàri 1 S iG 04 250 1,024 261 12
Kumblia.. 1 1 i/4 10 20 80 020 1,280 SaO 4o
Bàlia . 1 10 12 1/2 100 900 800 3,200 12,800 3,a04 00
Il est nécessaire de rapprocher, de ces relevés, le système
des poids mercantiles, autrement dit des mesures de capacité,
ititroduit en Egypte par les Perses :
Cada 1 i'o2
Makuk (ou hénu) 1 4 4 08
Woëbe 1 4 1 1 32
Caliz (cnl)e du jùcd) 1 2 8 82 82 64
Artalie 1 3 G 2 4 9O 97 9^
<!aribe (cube de la coudée longue). ... s 2/3 8 16 6'i 256 261 12
Ainsi, quant au volume, il y a identité entre: 1" le prnuthn
et le c(t(l(i , l'un et l'autre de 1 lit. 09 ; 9" Xàijhaha et le makiik,
de II lit. 08; 3" le di-om et la ivoëbe, de 16 lit. 3â; /j° le
pelil humhlin et le cnjiz, de 89 lit. G 4; 5" la hltnrl et le garihe,
de 261 lit. 19. Enfin le humhlin mesure exactement la conte-
nance de 10 talents, soit de ')9G lit. /io et le Iniha équivaut à
1 00 talents.
Il est dillicile de concevoir un parall(''lisnie plus concordant
et plus constant.
Vartabe est donc la seule mesure perse qui ne se retrouve
pas dans le système hindou. Mais il est probable ([u'elle y a
ligure, sans que les auteurs cités par Colebrooke en aient l'ail
mention.
Observons que ce dernier a eu le seiihmenl (pie la l.liàfi
élail le cube d'une mesure de longueur, mais il a cru queci^tlc
NOTF Slli L'ANCIKN SYSTEME METliKjl K 1)K i;iM)K. 'Ml^
mesure était la coudée moyenne, ie hastn, dont il évalue le
cube en eau à un poids de -j i 5 livres avoir-du-poids , ou
()7 kilogr. 5ii 10, la livre en question pesant 655 gr. ôh.
Cette hypothèse de la constitution de la Lliàr! par le cube de
la coudée moyenne est sans doute née, dans son esprit, à la
constatation que la hJiârî était formée par le cube de i6,
nombre des doigts composant un pied. Il a cru, par suite, que
la coudée movenne. de a A doigts d'après les auteurs hindous,
avait été divisée en i6 doigts, dans la Lhàri. Il n'a pu suppo-
ser, dans son ignorance des mesures perses (auxquelles
d'ailleurs il ne pouvait guère songer), qu'il s'agissait, dans
la khàrl , non pas du cube de la coudée moyenne, mais de
celui d'un double pied (la coudée longue), restée divisée en
1 1) doigts comme le pied.
Ajoutons que le poids de 97 kilogr. 5i 110, donné à la
l.linn par Colebrooke, se rapproche singulièrement de celui de
()y kilogr. 990, poids en eau des 97 lit. 9:2 de la contenance
de l'artabe. Or, d'ordinaire, l'artabe est constituée par le cube
de la coudée moyenne, lequel cube est de 3 3/8, par compa-
raison à celui du pied, ce qui est le rapport entre le cube de
1) et le cube de 3, puisque la coudée moyenne, d'une fois et
demie le pied, est, avec ce dernier, dans le rapport de 3 à -j.
Or, le cube de 2 est de 8, et le cube de 3 est de 97 : si l'on
divise 27 par 8 l'on obtient, pour quotient, les 3 3/8 indiqués.
Mais exceptionnellement, dans le système perse, l'artabe,
(le 97 ht. 92 , représente seulement 3 fois et non 3 fois et 3/8
le cube du pied, qui est de 32 lit. fi 6, ce qu'a ignoré Cole-
brooke.
Ce dernier, dans son évaluation de la klinn , a donc commis
une double erreur involontaire. Il a considéré le poids de
l'artabe (évalué par lui à 2 1 5 livres avoir-du-poids, en chiffre
rond, soit 397 kilogr. 5 1 1 , en se basant sur un poids d'usage
et non sur le poids théorique de 97 kilugr. 920) comme
37'i SEPTEMBUE-OCTOBUK 11)11.
constitué, suivant la coutume ordinaire, par le cube du
liasta ou coudée moyenne, alors que, par exception, l'artabe
se trouvait formée par 3 fois seulement le cube du pied et
non par 3 fois et 3/8; il a considéré, de plus, la kliàft
comme équivalant à l'artabe, c'est-à-dire, dans sa pensée, au
cube du hasta, alors que dans la réalité la khàrî est le cube de
la coudée longue, du double pied.
Cette utilisation de l'artabe par Colebrooke justifie l'bypo-
thèse de l'usage de cette mesure par les Hindous, à laquelle
ils donnaient peut-être, dans certains cas, le nom de hhàr),
comme nous les avons vus appliquer le nom de humhhd à deux
mesures différentes.
D'autre partVasquez Queipo i^Essai sur les systèmes métriques
et mnm'l (lires fies anciens peuples . Paris, i85t); in-Zi", vol. Il,
p. /lit) et suiv.) s'est mépris quand il a admis, sans aucune
preuve, comme base de l'évaluation des poids mercantiles de
l'Inde, l'identité entre le pain monétaire, qu'il estimait à
/i6 gr. 56 8/t), et le pala, cube du doigt et base ou dénéral
des poids mercantiles, lequel est d'un volume de G centil. 3/8
et pèse en eau G 3 gr. 3//i , en blé 5i gr. , en riz /|/i gr. 5/8.
Nota. — Ed. Thomas [loc. cil., p. Gy) donne, d'après
les mémoires de Baber, empereur mogol qui a régné de i .^^G
à i53o de J.-C, les détails suivants sur les poids indiens :
8 rnlis font un mâsha; l\ mnslia font un tang; 5 màsha font un
mesipil; 1:2 màsha font un toJa; \h tola font lui sir; l\o sir font
un mniin; ly maïui font un mani; luo itiani ioni wn viiuasa.
Si nous (bîlaillons la composition (hi lola d'après ces iu(bca-
lions, il en résulte le tableau suivant :
Piali 1 0"'o 1 3 ()/;52
Mâsiia I 8 1 o() i/''i
Tan;; (dinar tr\l)(l-iil-M.Mik) 1 '1 ;^l /laf)
MesqAI léjjal musulman 1 1 i/'i 5 l\i> 5 9/3
Tola 1 ;î a/.") 3 12 96 1 -j yT)
NOTE SLli LVNCIEN SYSTEME METlUfJI K DE LINOE. 1375
H s'agit évidemment ici du lola d'eau, dont les 20 (5 paltij
font le kudava d'eau, de lit. 26 1/2 ou 2 55 grammes; les it)
{k palaj le kudava de blé de 20/1 grammes, et les i h (3 i/^pala)
le kudava de riz de 178 grammes 1/2 dénommé sir par Baljer.
Si nous appliquons à l'eau, au blé (80 p. 00 de l'eau) et
au riz (70 p. 0/0 de l'eau) les multiples fournis par Baber,
on a :
EAU. BLÉ. RIZ.
Sir OU kudava 255°"^ 2oi*' 178'"^ 12
Mann 1 ^0 10,200 8,160 7,1-10
Mani 1 12 .'180 ] 32,^00 97,920 85, 680
Le minasa pèse, en eau, 12,2^0 kilogrammes; en blé
0,7(^2 kilogrammes; en riz 8,5(J8 kilogrammes.
On voit ainsi qu'entre la date de la rédaction de la Lllâvall :
1 i5o de J.-C, et l'avènement de Baber : i526 de J.-C, un
nouveau système, dérivé du précédent par l'intermédiaire du
kudava, s'est établi dans l'Inde.
C. Mesures de longueur et itine'rures.
Comme nous venons de le voir, Colebrooke s'est trompé siu'
le cube du hasta ou coudée moyenne, qu'il a confondu avec
celui de l'artabe. Il a évalué ce cube à 2i5 livres avoir-du-
poids ou, nous l'avons dit, à cj-j lit. 5 1 i 1 ; le côté d'un cube
renfermant ce volume d'eau est de m. li-jô-jo. Après avoir
exprimé ainsi , en un nombre rond et approximatif de livres, le
volume envisagé par lui, il arrondit encore ses chiffres et
donne grosso modo, pour la longueur Anhnsla, l'équivalence de
18 pouces anglais ou un pied et demi, ce qui ne représente
plus qu'une longueur de m. Zi57 i/5 (puisque le pied anglais
a, pour équivalence, o m. 3o5) et (pi'un cube réduit de 21 1
livres avoir-du-poids et 1/10, au lieu des 210 livres énoncées
tout d'abord par lui.
370 SEPTEMBRE-UCTOBUE lUlI.
Laissons donc de côté les estimations erronées et imprécises
de Colebrooke. et considérons que la dénomination hindoue
de linstn s'applique à la coudée moyenne babylonienne de
G m. ^79^5 dont le cube est de 3 fois et 3 8 celui du talent
babylonien de 32 kilogr. G/io, et non de 3 fois seulement le
cube de ce talent, ce qui constitue l'artabe.
Les auteurs hindous cités par Colebrooke établissent ainsi
les mesures de longueur et itinéraires : Manou divise le hnsla
(coudée) en deux rZ/^s^f (spithames ) de i-2 a'ngidn (doigts)
chacune; le Màrkândeya-purâna donne la même composition
pour le hasiln et ajoute à celui-ci le danda (bâton), ou dhaniis
(arc) de h hasta, et la nâdihâ ou nadi, de -2 danda. La Lîlàvati et
l'Aditya-purAna indiquent les multiples supérieurs, c'est-à-dire
les mesures itinéraires : /r/usY? = 8,000 hnsin; garyûti =
2 lirosti; yojana = 8 gavyiîd. De plus, l'Aditya-purana donne
le nalva, formé de 3o dhanus.
Si donc nous codifions ces éléments et prenons pour base
de la longueur du hasta les m. à'jijh de la coudée moyenne
babylonienne, nous obtenons le tableau suivant:
Afigula (doigt) i ""'1119 9 3/i
Vitasli (spilhame) t 12 o aSç) 7
Hasta (((Midcc inoyennc) 1 2 a'i ^79 h
Danila (orgy(» ou pas) 1 .'1 8 9(1 1 917 ()
Nàflikà ou nàdi (canne). . 12 8 lô 192 3 835 2
Nalva 1 i5 3o 120 07 598
Krosa 1 (569/3 1,000 2,000 8,000 3,83.') 20
(îavyùti . 1 2 i33 i/3 2,000 /i,ooo i(),ooo 7,670 /io
Yojana.. 2 h 967 2/3 a, 000 8,000 02,000 iy,3io 80
On voit ainsi que la ("anne est constituée par S cuudt'es
moyennes, ce qui équivaut à 12 pieds ou (i coudées longues,
les G coudées longues transformées en 1 o pieds pour la con-
stitution de la caïuie agraire, d'une longueur égale à («'lie de
la canne itinéraire, soit à 3 m. 835:». Un lien direct se trouve
NOTE SLR L'ANCIEN SYSTEME METRIQUE DE LTNDE. 377
ainsi constaté entre les mesures agraires de l'Inde et les me-
sures itinéraires.
Dans ces dernières, la canne joue le rôle d'unité génératrice :
1,000 cannes constituent le hrom, 2,000 cannes font une
gnvyûti, et 6,000 cannes un yojana.
Il est bon de rapprocher du système itinéraire de l'Inde,
tel que nous venons de le détailler, le système itinéraire perse
(lit ancien, car il se trouvait remplacé par un autre lors de
la conquête de la Perse par les Arabes. Ce système ancien se
comporte comme suit :
Pied babjiouieci 1 o^Sig 6
Stade 1 7ao a3o 1 1 2
Mille d'étapes 1 81/0 G, 000 1,917 60
Parasange (schœne) 1 3 3/5 3o 21,600 6,903 46
Parasange d'étapes ... . 1 1 1/9 i 33 i/3 a/i,ooo 7,670 lio
Il ressort de la comparaison de ce relevé avec les mesures
itinéraires de l'Inde, que la parasange d'étapes est exactement
égale à la gavyùti indienne. L'une et l'autre comprennent
26.000 pieds ou 16,000 coudée« moyennes du talent moné-
taire babylonien.
Les divisions intermédiaires qui aboutissent à la gnvyûli et à
la parasange d'étapes ne sont pas les mêmes; mais il n'est
aucunement prouvé que nous connaissions toutes les divisions
intermédiaires indiennes et perses. Il est extrêmement probable,
par exemple, que les Perses ontemplové une mesure de 1,000
cannes, de 3,835 m. 20 comme le krosn , mesure qui consti-
tuait, chez eux, une demie parasange d'étapes.
Ils ont, en tout cas, connu le relais de 100 stades ou
20.01 1 m. 20, égal à 3 gavyûli ou parasanges d'étapes et à
6 krosa.
En résumé, les mesures linéaires et itinéraires hindoues et
perses apparaissent comme ayant, entre elles, les plus étroites
relations.
XVIII. 2
378 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
GONCLUSIOS.
De tout ce qui précède, H nous paraît permis de conclure
{[ue l'ancien système métrique de l'Inde est imbu d'éléments
empruntés au système perse basé sur le talent monétaire aché-
ménide. En effet, les mesures agraires, les poids mercantiles,
les mesures itinéraires et linéaires sont de type identique à
celui introduit en Egypte sous la domination perse. La ques-
tion de savoir si la transmission s'est opérée, dans l'Inde, par
la Perse ou par l'Kgypte, reste ouverte, mais il semble que les
Perses ont parfaitement pu introduire des éléments de leur
système métrique et dans l'Inde et en Egypte.
MELANGES.
UN MAITRE JAINA DU TEMPS PRESENT :
SRi YIJAYADHARMA SLÎRI.
D;ins la nolice que j'ai consacrée, ici même {J. A., nov.-déc. 1910,
p. 58 1-586). à restimable se'rie d'ouvrages jainas, publie'e à Bénarès
sous ie litre de: Sn-Yasonjaya-Jdiim-Grantha-Mdld, je n'avais pu qu'es-
quisser ia figure du promoteur et du directeur de cette collection, Vijaya-
dliarma Suri. Or. par ses idées et par son œuvre, ce maître est une des
jjersonnalités les plus curieuses et les plus intéressantes à l'époque actuelle
paimi la communauté jaina. Il ne parle pas volontiers de lui-même. Mais
la piété et la reconnaissance de ses disciples suppléent à sa discrétion
personnelle. Aussi, grâce aux renseignements qu'a bien \ouIu me com-
muniquer le plus ancien de ces disciples. Indravijaya Muni, et à l'aide
d'un petit poème eu -2 1 4 vers sanskrits . intitulé Sri-DItariua-mahodaya ,
récemment composé par Ralnavijav a Munirâja, il m'est maintenant permis
de fournir sur Vijayadharma Suri les quelques détails biographiques qui
suivent.
His Holiness Sâstra-visàrada-Jainàcàrya Sri Vijayadharma
Suri, pontife de la Vijaya sàkhà du Tapa gaccha, luupiil
en 1868, au village de Mahiiba dans le Guzerate, d'une famille
de \ aisyas appartenant à la trihu des Srîmâlis. Son père s'ap-
pelait Râniacandra, et sa mère, kamalàdevî. Lui-même recul
le nom de Alùlacandra.
Dans son enfance, il n'apprit que le guzerati et s'occupa
d'afFaires commerciales avec son père. Mais de bonne heure sou
esprit et ses tendances se portèrent vers la religion. Ses parents
ne contrarièrent point ses goûts, et en 1887, avec leur per-
mission, ie jeune homme, alors âgé de dix-neuf ans, fut initié
comme moine jaina du Tapa gaccha, à Bhaunagar, par un
380 SKPTEMBRE-OCTOIUU: 1011.
sâdhu de cette ville, V^nldliicaiidra-ji, qui s'était acquis une
haute et iégititiie réputation par sa science et ses vertus morales.
\ ijayadharma (c'est le nom qui lui avait été conféré en
entrant dans la vie monastique) se mit à l'étude du sanskrit et
(lu pràkrit. Il fit de rapides progrès. En trois ans, il acquit une
connaissance approfondie des doctrines jainas et se pénétra des
autres systèmes philosophiques de l'Inde et de l'Occident.
Alors sa vie religieuse pubhque commença. Elle devait s'af-
firmer d'une façon définitive à partir de 1890. Il quitta Bhau-
nagar et fit son premier câliirmàsya , c'est-à-dire son premier
séjour durant les quatre mois de la saison des pluies (juillet-
octobre), à Limdi dans le Kathiawar. Dès ce moment, il établit
sa réputation comme un des maîtres jainas les plus autorisés
de l'époque actuelle. De nombreux auditeurs, adeptes ou non
(lu jainisme, s'empressaient à ses lectures et à ses sermons, et
il compta plusieurs conversions, surtout parmi les classes in-
struites et distinguées.
Les années qui suivirent, il séjourna dans les plus impor-
tantes villes du Guzerate et dans <juelques autres places des
Provinces-Unies et du Bengale. Il parcourut la plus grande
partie de l'Inde du JNord. Il visita tous les lieux de pèlerinage
jainas, aussi bien au point de vue archéologique que religieux.
L'archéologie, en eflet, et les antiquités jainas l'intéressent
autant que les doctrines elles-mêmes, et peut-être aura-t-il un
jour l'occasion de publier les recherches et les remarques qu'il
a faites dans ce domaine.
En i8(j(), en di'pit de toutes sortes de dillicultés, Vijaya-
dharma Suri restaura le sanctuaire de Rànakpur, et en i8()7,
celui d'Upalia , (jui devint par la suite un des lieux de pèlerinage
les plus fré(juentés. Il provoqua la création d'institutions variées,
ou bn'ii aida à Icnr (''lal)liss(Mn('nt, en particnlii^r dans les dif-
f('n'nt('s parties du (iiizcratc. (Test ainsi (pTcn 1 ()0i il fonda la
bibliothèque (|ui porte son nom à Hiranigaon.
MKLANGES. oKl
Jusque-là cependant, il n'avait pas encore réalisé l'important
projet qu'il avait formé depuis longtemps déjà : celui d'une
sorte d'institut, de collège scientifique, où de jeunes Jainas
pourraient travailler, à l'abri de tout souci matériel, à l'histoire
de leur communauté, et se livrer aussi à l'étude des religions
hindoues et du bouddhisme, dont les doctrines ont été discutées
avec tant de pénétration et de savoir par les auteurs jainas du
moyen âge.
C'est que Vijayadharma Suri toujours a rêvé de redonner au
jainisme le lustre qu'il eut jadis, tant en littérature qu'en art.
Son vœu, c'est que cette religion compte, dans un avenir pro-
chain, des représentants aussi distingués et à l'esprit aussi vaste
que le furent, par exemple, Hemacandia, Yasovijaya et plus
d'un autre maître. Les sujets intelligents ne manquent pas pour
cette tache ; mais il faut les façonner, les habituer aux méthodes
critiques de la science moderne, de la science occidentale,
dont Vijayadharma est un zélé partisan et dont il admire les
efforts constants en vue de la vérité pure. Pour lui, l'œuvre à
poursuivre consiste donc en une œuvre d'éducation, de dis-
cipline et surtout d'encouragement.
Cette œuvre est en voie d'accomplissement. Après avoir sur-
monté des dillicultés de tout genre, aussi bien morales que
matérielles, Vijayadharma Suri eut la joie, en i ()o3 , de fonder
dans la ville sainte et savante de l'Inde, à Bénarès même,
comme il le voulait, l'institut quil avait en vue. C'est la Sri
Vasovijaya Jaina PâthasAlà, ainsi désignée en souvenir et en
l'honneur du célèbre logicien du Tapa gaccha, Yasovijaya, qui
mourut en Samvat 17/15, soit 1689 A. D. Vijayadharma lut
ici secondé par de riches et généreux Jainas de Bombay, dont
il convient de rappeler les noms : Virchand Dipchand et Ma-
nilàl Gokulbhai.
La Yasovijaya Pàthasâlà est, comme il est naturel, un col-
lège spécialement jaina. Mais, d'esprit et de tendances, elle est
:\S2 SEPTEMBRE-OCTOBllK 1911.
très libérale. Elle accepte et reçoit volontiers non seulement
des membres de toute secte jaina, mais encore des adeptes
d'autres religions, sans distinction de caste ni de classe. Une
bibliotbèque considérable, portant le nom du célèbre poly-
grapbe Hemacandra, le Srî-Hemacandra-Gyan-Bbander. est
annexée à l'institut.
\ ijayadbarma lui-même, aidé du plus ancien de ses disciples.
Indravijaya, dirige le travail scientifique. Les études com-
prennent le sanskrit, le prakrit, le pâli, les idiomes bindous
modernes et les |)rincipales langues européennes. A coté des
doctrines jainas, les autres systèmes pbilosopliiques de l'Inde,
les ouvrages brabraaniques et bouddbiques, sont l'objet de re-
eberches critiques approfondies. Déjà des élèves ont été envoyés
à Geylan, et le Tibet et la Birmanie ne tarderont pas à en re-
cevoir.
La collection dite Sn-Yasovijmja-.lmnn-Gronl}m-Mâ!à mani-
feste l'activité scientifique dont fait preuve la Yasovijaya Pâ-
thasâlâ. Vijavadharma Suri s'est proposé de remettre au jour et
de publier les ouvrages jainas oubliés ou trop négligés à son
gré. La série, commencée en 190/1 , comptait déjà 1 (i volumes
à la fin de 1909. A cette époque, elle se transforma en un
périodique mensuel qui paraît de la fanon la plus régulière. De
temps à autre cependant, des vobimes sont édités en debors du
recueil mensuel. C'est ainsi que parurent, en 1910 et 191 1.
ÏUpadesa-tarnriginî de Ratnamandira gani, et le Nyàyn-smngmlui
(le llemabamsa gani, avec le commentaire de l'auteur lui-même.
De la sorte, la ïdsonidijti-J/nnd-drrdiilliti-Màlà comprend en
réalité deux séries, l'une périodique et l'autre non périodique.
Cette collection a été accueillie favorablement, comme elle le
mérilail. Elle se Irouvfî maintenant dans les })riMcipales biblio-
lbè([U('s d'Biu'ope. Elle est loi't apprécii'c des indianistes, à (|ui
elle offre des textes établis avec crilicpie. j^^lle est, d'autre part,
iin|)rini('e avec tout If soin désirable, avec élégance même,
\i E L \ \ (i K S. ;^s;{
par la Dliarmâbhyudaya Press, créée spécialement encore par
Vijayadharm;i pour répondre aux besoins de son institut, et
dirigée par un habile manager, Harakhchand Bhurabhai.
\ijayadharma Suri ne se confine pas dans la Yasovijaya
Pathasalà. Il est un propagandiste diligent et, quand il veut,
un polémiste redoutable. Au cours d'une tournée à travers le
Bengale, en 1907, il eut des auditoires enthousiastes. En par-
ticulier ses lectures à Calcutta ])rovoquèrent des affluences con-
sidérables, parmi lesquelles il s'acquit de nouveaux disciples.
En 1908, ses mérites et, disons-le, sa renommée, reçurent
leur consécration officielle dans le titre enviable de éastra-
visârada-Jainàcârya, qui lui fut conféré d'un commun accord
par les pandits de l'Inde.
Vijayadharma jouit naturellement d'une haute autorité parmi
les Jainas. En 1909, il fut désigné pour représenter la com-
munauté au premier congrès des religions de l'Inde, qui se
tenait à Calcutta. Il lut à cette occasion son Jnina-kittvn-dig-
dfirsann, en hindi, qui fut imprimé peu de temps après et
étendit encore sa réputation. Cette année même (1911), il fut
de nouveau délégué au deuxième congrès, réuni à Allahabad,
où il lut un autre dig-darsanti , également en hindi, le Sihsà-
dig-darsana. Il aime ces rapides expositions, où il apporte une
méthode précise et la plus grande clarté. C'est ainsi que, ces
mois derniers, il a encore publié, toujours en hindi, un Aliimsâ-
d'ig-dnrsnna. Tous ces petits ouvrages seront traduits en anglais
dans un bref délai. Ils n'empêchent point d'ailleurs leur auteur
d'entreprendre des labeurs plus vastes et plus difficiles, comme
par exejiiple l'édition du Yoga-sâstra de Hemacandra, en cours
de publication dans la Biblioîheca indica.
Disons enfin qu'avec le concours matériel du Maharaja de
Bénarès, Vijayadharma vient de fonder dans cette ville une
pasusâlâ, ou hôpital pour animaux (^panjrapoJ). (j'est le premier
établissement de ce genre dans les Provinces-Unies.
38A S K PT K \| H W E - CT ( ) 15 W K 1 1) I I .
Au j3oint de vue inoral, Vijjnadharma Suri représente le
sâdiiu dans la totale acception du mot, c'est-à-dire le moine
pratiquant sans défaillance les règles de conduite prescrites par
les traités canoniques, et se proposant sans cesse pour but le
progrt^s spirituel de soi-même et des autres. Aussi est-il l'objet
de la plus haute vénération de la part de ses coreligionnaires,
et surtout de ses disciples, qui l'appellent couramment Muni-
maliàràj, quelque chose comme ^le grand ascète w.
Mais, chez lui, l'ascétisme n'abolit pas l'action. Homme de
décision éclairée et réfléchie, de volonté ferme, il apporte tou-
jours, sans lassitude et sans découragement, la somme d'elïorts
nécessaire à la réalisation de ses projets. Aussi ne connaît-il
point l'insuccès.
En ce qui concerne enfin la science, Vijayadharma Suri
possède de la religion et de la philosophie jainas une connais-
sance si vaste et si approfondie à la fois, qu'il est devenu le
maître le plus souvent consulté en matières de controverse,
le maître à l'autorité presque infailbble. Les savants européens
eux-mêmes font appel à ses lumières. Il montre à leur égard
la plus grande bienveillance et leur réserve un accueil large et
empressé , soit en répondant à leurs demandes d'éclaircissements
sur des points obscurs, soit en leur communiquant des ma-
nuscrits ou en les aidant de son érudition.
A. (ilHClUNOT.
COMPTES RENDUS.
IWdolf Frank. Scheich 'Aui, deh ghosse Heilige dep, JezîdJs (Inauoural Dis-
sertation). — Kirchain N [ieder]-L[ausitz ] , impr. Max Schmersow, 191 1; in-8°,
t35 pages.
Le cheikh 'Adî ben Mosâfir ei-Hekkârî est un saint musulman authen-
tique , mais il a été accaparé par les Yézidîs , qui le considèrent comme
le second fondateur de leur religion. Il a été enterré dans les montagnes
du Kurdistan où il est mort en SSy ( 1 169), et le mausolée élevé sur sa
tombe est un lieu de pèlerinage fréquenté par ces sectaires. Quel rap-
port y a-t-il entre la doctrine de ce mystique et celle des Yézîdis, et
pour quelle raison ceiL\-ci l'onl-ils adopté comme leur grand protecteur?
(Test ce que s'est proposé de rechercher un jeune élève de TUniversilc
d'Erlangen, M. Rudolf Frank, né en i885 à Regensburg, dans la thèse
qu'il a présentée et soutenue pour obtenir le grade de docteur en philo-
sophie. La première tâche à remplir était de retrouver les œuvres du
chéikli 'Adi, s'il en existe. Deux manuscrils de Berlin nous ont conservé
l'un une qaçida de cet auteur, et l'autre le reste de ses ouvrages connus:
le nom de l'auteur, soit pour en faciliter la vente, comme le pensait
Ahlwardt, soit pai- piété musulmane, comme le fait observer l'auteur
de la thèse , a . dans ce dernier texte , été remplacé par celui d'Ahmed
er-Rifai, mais la substitution est si grossièrement opérée qu'elle peut ;i
|)eine passer pour une falsification.
L'impression de la dissertation avait à peine commencé que M. Frank
s'est aperçu qu'un manuscrit du British Muséum renfermait deux ode -
de la composition du chéïkh 'Adî, plus un dithyrambe en son hon-
neur écrit par un inconnu. Les quatre qaçldas et un fragment du KUàli
méndqib ech-chéïkh \idi qui fait partie du manuscrit de Berlin constitueiil
les pièces justificatives publiées à la fin du lascicule. Le relevé des allu-
sions au chéïkh 'Adî que fournit la littérature musulmane ne renferme
que de courtes notions tirées du dictionnaire géographique de Yâqoùt,
de la chronique d'Ibn el-Athîr, d'une biographie contenue dans le même
manuscrit de Berlin et que M. Frank, en se servant du Fawdt el-irafaydi
(le Kotobî, restitue à son véritable auteur, un arrière-neveu du chéïkh
lui-même, El-llasan ben 'Adî, de la notice d'Ibn khallikàn dont on
aurait pu citer la traduction anglaise de Mac-Guckin de Slane, de la
88Ci S K 1» T K M B R E - C T B P. K I 9 11.
chronique de Bai-Hebneus. du Behdjel-el-asrdr d'Ali ben \ oùsout' ecli-
Ghattauaufi (éd. du Caire i3i4 H.), du Soloùk de Maqrîzi, du Nafahdt
el-Oiis de Djâmi, du Lawàqih-el-Anwdr de Clia'rànî, du Manhal el-Au-
Uyâ de Mohammed Eraîn el-'Omàri ainsi que du Dorr-el-Maknoùn de son
frère Vâsîn el-'Omarî. et enfin du traité consacré aux Yézîdis par Mous-
lafa Noûrî-pacha. gouverneur général de la province de Mossoul, ot
publié en iSaS ( 1 906), récemment traduit en allemand par M. Th. Men-
zel comme annexe à l'ouvrage intitulé Meine Vorderasienexpedition 1906-
1907 (Leipzig, 1911) de M. H. Grothe.
Comme le fait remarquer à juste titre M. Frank dans sa conclusion,
il i-essort de tous ces textes que le chéik 'Adî était parfaitement ortho-
doxe. Il y avait des Kurdes parmi ses auditeurs; mais les Yézîdîs d'alors,
adeptes de Yézid ben Onaïsa d'après Chahrislàni , pouvaient élre passa-
blement différents de ceux d'aujourd'hui, dont on trouve la première
indication dans les voyages d'Evliyà-Tchélébi , au xvii" siècle. L'ordre
sunnite des 'Adawiyya, fondé par le chéïkh 'Adî, peut bien, par la suite
des siècles, s'être fondu dans la secte hétérodoxe des Yézidîs, comme les
Bektàchis, orthodoxes à l'origine, sont devenus les adeptes de la doctrine
de Fadl-uUah. On peut supposer que les Yézîdîs, entourés de musulmans
sunnites et exposés à des persécutions dont on n'a que tro]) vu l'elfet au
milieu du xix" siècle, se sont ainsi trouvés fort heureux de pouvoir se
réclamer d'un saint incontesté, appartenant à un ordre mystique re-
connu.
li s'est glissé quelques légères inexactitudes dans la thèse de M. Frank.
P. i5, 1. 1, *jj.x.« est une faute typographique pour AJyLi . — P. 20,
I. 1, ^)l£.:)J\ est traduit par ff Anrufungen •» : ^l^i-J doit être remplacé par
jJIv: le sens est : ff sache que les prétentions [même] sincères éteignent
le flambeau delà connaissance [mystique ]i. — P. -n, 1. 21, am! J^ (jl5^
iodÀ. ffwird zu einem Elirenkleide fiir Goll'^; l'auteur a méconnu le sens
de la ])réposition Jw£ ffà la charge de n ; le sens est : rr Un vêtement d'hon-
neur est à la charge de Dieu, il doit lui donner une robe (riionncHU'i. —
P. 9 3, 1. i3, U^oc; ^.jA^Ï (J-» sCiL' ffUmseinerselbst Willen. Wir miihtcn
uns. . . :i traduire : rr[N()us avons recherchf' ] un s|)eclacle poMr /e-
f/ucl nous n(»us s(»nimes fatigués . . .-n. — P. ^5, I. a. xJ\ JrUxjl «..«
est rendu par^ffobwohl du ein lîettler bist voi- ilimn tandis que cela veut
dire : frbien que tu aies besoin de lui (Dieu)''. Même page, l. 90, ^j-sâj,,
faute lypojjrapliiquc ]iour (i-~i^3j. — P. 9(), l. 1 0, *$ lisez *;^ connue
le montre la tiaduclion fdessen llauptslrebeu'i. — P. 1 lO, I. 7, lire et
scander \^.^Ji ])()ur l^'yi;; nous avons aflaire à uno forme vidgaire do
COMPTKS IIKNDLS. .'587
l'arabe de Mésopotamie, où l'accent a fait disparaître la seconde brève :
lûr'hû. Ces poésies, d'ailleurs, destinées à être chantées, sont remplies
de formes vulgaires; cf. p. 199, 1. a. jJjJLc 'ûl-mdnd pour jj^l J.£.
Cl. Hl ART.
Henri Cordier, membre de l'Institut. Ut^ jyTEr.nnkTE du cÉyÉnAL Bru^e et h
Fiy DE l'Ecole des Jeunes de lawgves (Extrait des Mémoires de V Académie
des Inscriptions el Belles-Letlres , t. XXXVIII, 2" partie). — Paris, Imprimerie
Nationale, 1911 ; in-W, 86 pages.
Le général Brune, chargé par le Premier Consul de l'ambassade de
France à Constantinople, rétablie à la suite de la jiaix de messidor an \
(1802), et de relever Paiffin qui, sorti des Sept-Toui's, gérait les af-
faires depuis le 20 août 1801, s'embarqua à Toulon le 29 novembie
1802 pour arriver à Constantinople le 6 janvier suivant. La table des
officiers du vaisseau la Syrène comprenait six élèves (le langues. G'esl
que Bonaparte, s'étant rendu compte en Egypte du parti que l'on jiou-
vait tirer, soit pour la politique, soit pour le commerce, des services
lendus par des interprètes possédant parfaitement les langues de l'Orient,
avait rétabli l'Ecole des Jeunes de langues, dont la création remontai 1
à 1669.
L'interprète du général Brune qui a fourni son titre aux nouvelles
recherches du savant membre de l'Institut est Jouannin , plus connu par
son volume sur la Turquie faisant partie de la collection de YUnivers
pittoresque que par ses négociations dans le Levant. En réalité, c'est une
histoire des Jeunes de langues que nous donne M. Cordier. depuis la
création de cette institution jusqu'à sa suppression en 1878 ; le rôle
effacé de ces utiles auxiliaires des ambassades et consulats français dans
les Echelles n'avait pas trouvé d'historien jusqu'ici, sauf un article do
M. Fr. Masson dans le Correspondant de 1881 ; voilà cette lacune main-
tenant comblée . avec l'autorité qui s'attache aux divers travaux de notre
distingué confrère. De nombreux documents manuscrits, mis au jour
jx)ur la première fois, documentent d'une façon décisive les recherches
entreprises par M. Cordier : un mémoire de Jouannin sur le rôle des
drogmans. un autre qui est probablement de Luc Foulon, écrit à Smyrne
en 1778, plusieurs documents du même genre dont les auteurs ne se
sont pas fait connaître sont remphs de détails très curieux sur le fonc-
tionnement des établissements français dans l'Empire ottoman. Mais ce
n'est pas tout. L'auteur a extrait du journal rédigé par Jouannin sur les
[)éripéties du voyage qu'il fit sur les côtes méridionales de la mer Noire,
38S SKPTEMBRË-OGTOBHE 1911.
à la liu de 1800. une ilesciipliun des villes d'Araasra et de Sinope
accompagnée de la reproduction des cartes dressées par le voyageur,
ainsi que ses notes topogi'apbiques sur Trëbizoude et Sébastopol.
Les familles des anciens Drogmans de France existent encore presque
toutes dans les Echelles du Levant; ce sont leurs archives que M. Gordier
vient de retrouver, et ([u' elles lironl avec d'autant plus d'intérêt que
leurs titres de gloire reposent maintenant, grâce à cette publication, sur
des bases incontestables.
Cl. HUART.
Gabriel Malra, député aux Corlès. La question dv Maroc av point de me
ESPAGNOL, traduit de l'espagnol par H. Blanchard de Farges, ministre plé-
nipotentiaire. Paris, (Miallamel, 1911: 1 vol. in-8°, viii-987 pages.
Parue l'année dernière dans la Becue coloniale, l'élégante traduction
que M. Blanchard de Farges vient de nous donner de l'important travail
(lu célèbre homme d'Etat espagnol nous est maintenant accessible sous
un format commode. M. G. Maura s'est proposé d'éci'ire un exposé com-
plet de la question marocaine, prise naturellement à sou point de vue,
et il y a réussi : les droits de l'Espagne au Maroc, remontant à la poli-
tique africaine d'Isabelle la Catholique et de Cisneros, mal défendus par
les Bourbons et l'instabilité des gouvernements qui ont fait tant de mal
à l'Espagne depuis 1860, la situation de l'opinion espagnole devant le
problème du Maroc, les projets de l'Angleterre , les intérêts de la France,
les obstacles religieux et politiques qui se dressent devant la pénétration
pacifique et s'y 0])posent de toute leur puissance (l'institution des mara-
bouts, féodalité, désorganisation, réformes fiscales infructueuses), for-
ment l'objet d'autant de chapitres, d'autant d'études nourries de faits ot
de détails.
Toutefois l'auteur semble s'être laissé hypnotiser par son sujet et avoir
perdu de vue, dans sa généralisation , l'ensemble des peuples musul-
mans; ainsi il n'y a pas d'inexactitude plus criante que celle qui consiste
à met Ire en tête de l'argument d'un chapitre (p. ii<)) colle anirmation
gratuite que fflislamisme est incompatible avec le progrès des ])euples
modernes civilisés ii ; ce qui est vrai du Maroc (jusqu'à aujourd'hui, mais
voyons demain) ne l'est pas de la Tunisie, de ri']gy|)te. de l'Empire otto-
man, de l'Inde et de la Perse; c'est dans ces pays, à des degrés divers, il
est vrai, que l'on peut se rendre compte des elVorts laits pour sortir de
l'ornière : la civilisation européenne a surpris 1 "Orient endormi dans le
moyen âge, à la façon d'une clarté brusque; il faut quelque temps pour
COMPTES RENDUS. 389
f|ue les yeux s'habituent à ia lumière nouvelle; on sy accoutumera peu à
[)eu.
M. Maura n'étant pas orienlaliste, on aurait mauvaise giâceà lui le-
procher de prendre la Sunna pour un livre et de considérer la famille de
Mahomet comme une des plus aristocratiques de l'Arabie. En général ,
ses renseignements sont bons, ayant été puisés à bonne source, chez des
auteurs compétents, ayant vu le pays, les hommes et les choses, ou au
courant du développement de l'Islam à raison de leurs études antérieures.
La conclusion est d'un sage. Écrite sous l'impression que son pays, au
sortir de ses diflicullés en Amérique, traversait un des moments critiques
(le son histoire, elle ne pouvait pas prévoir cet événement extiaordinaire :
les Français, appelés par le sultan lui-même, entrant sans coup férir à
Fez, et l'Espagne occupant Larache etEi-Ksar. Elle conseillait à ses com-
patriotes, tout en se résignant à ce qu'ils ne pouvaient empêcher, d'ac-
croître leur trafic avec les Marocains en luttant sur le terrain d'une concur-
rence loyale, de surveiller l'émigration espagnole sur le sol du Maghreb
et de centraliser les efforts déjà réalisés par les quelques sociétés établies
dans la péninsule, telles que l'association d'arabisants créée par le décret
loyal du 6 septembre igoû. Attendre, en travaillant : c'est ])ar ce conseil
que se termine le livre de M. Maura, avis excellent, dont plus d'un
peuple pourra faire son profit; je ne sais trop comment il faut prendre
l'étrange déclaration que le peuple espagnol fres(e le plus sain parmi
tous les peuples latins '•j mais ce que nous savons [ous, cest qu'il n'y a
pas de Spagna irredenla et que ce pays, jouissant de ses limites naturelles
bien tracées, n'a pas à revendiquei* sur autrui de provinces arrachées
par la force ou maintenues, par le lent processus <le l'hisloire, en dehors
de sa sphère d'altraclion.
M. Blanchard de Farges a bien fait de mettre à nolie portée l'ouvrage
considérable de M. Maura; il est on ne peut plus d'actualité, plein de
renseignements , et son traducteur en a fait un voliune d'une lecture
agréable en même temps qu'instructive.
Cl. HlART.
The TozaK-i-jAHÂ.\oiBl, or Memoirs of Jahangu-, Iranslated by Alexander
RoGERS, I.G.S. (retired), editcd by Heiiry Bevekidgk, i.C.S. (retired). —
London, Royal Asiatic Society (Oriental translation Fund, New Séries,
vol. XIX); 1 vol. petit in-8°, XV-A78 pages.
Le fils d'Akbar, qui lui succéda le jeudi 20 djouniàda II 101^ (d/i oc-
tobre i6o5), n'était pas un personnage médiocre; son portrait,
31)0 SEPT E M B l\ !■: - C T B B E 1 U 1 1 .
reproduit en lêle de ce volume d'après une miniature conservée au
British Muséum, avec ses fortes moustaches et ses favoris courts des-
cendant à mi-joue, donne l'impression d'un de ces marchands de la
Cité dont l'activité domine le monde entier; c'est étonnant comme ce
Turc, descendant de Timoûr par la lignée paternelle, a l'air anglais. Sa
physionomie est puissante et ses traits accentués. Tel est l'homme qui,
à trente-six ans, montait sur le trône des Grands-Mogols.
Ses Mémoires emhrassent les douze premières années de son règne, et
sont remplis de détails intéressants, à commencer par le fin début, où
l'on voit Akbar, désireux d'avoir un enfant qui vécût, recourir à la toute-
puissante intervention du fameux saint Mo'in ed-dîn Tchichtî et faire à
pied la longue marche qui sépare Agra de son mausolée vénéré, près
de trois cents milles. H y a longtemps qu'ils sont connus; EUiot et
Dowson en ont tiré un grand parti dans leur histoire de l'Inde ; William
Erskine en avait préparé une traduction restée manuscrite; mais ils
n'ont rien à faire avec ceux dont le major David Pricc a donné une tra-
duction en 1899, et qui sont une falsification dont l'origine est in-
connue. Les vrais mémoires sont ceux qui ont été publiés dans le texte
original par Sèyyid Ahmed à Ghâzipour en i863 et à Aligarh en i86/i,
malheureusement sur un manuscrit unique assez mauvais; ils forment
la base de la li'aduction préparée par M. Rogers et publiée actuellement
par M. H. Beveridge, qui a pu la confronter avec les excellents textes
que renferment l'India Otfice et le British Muséum. Le présent volume
nous donne la première partie de l'ouvrage ; le reste suivra , en y com-
prenant les additions faites au texte original par Mo'tamad-Khân et
Mohammed Hàdî.
Dans un article publié par M. Beveridge dans Vbidinn Magaùne,
n" de mai 1907, reproduit dans la préface, l'auteur parle des mémoires
(icrits par divers souverains d'Orient , entre autres par Tamerlan , Bàber,
et (îliâli Tahmas|), et cite avec complaisance les traductions anglaises et
allemandes; on dirait que jamais les Français ne s'en sont occupés, et
(pie ni Langlès ni Pavet de Gourleille n'ont jamais étudié ces textes. Je
comprendrais, à la rigueur, qu'écrivant povu' un public anglais, M. Be-
veridge ne mentionnât que les traductions anglaises; mais du niomenl
(|u'il parle de l'allemand, langue bien moins familière aux Anglais que
le français , il est mal venu à garder le silence sur la belle traduction
(les ¥e/«oùr.s de Bdhrr par Pavet de Gourleille, dont l'auteur ne peut
ignorer Inexistence. Les divisions deroiivragc ont ('■l('' scrii|)iil(Miseiiieiit
respect('cs, à tort selon nous: car le volume débute par l'indication d'im
chapitre i" qui est le seul de son espèce; le lecteur ne trouve à se rc-
COMPTES n EN DUS. :]l»l
poser (Tune lecUue assez fatiganle que par les rubriques indiquant la
célébration de la fête du Nauroùz , au début de chaque année solaire ; et
nous savons qu'il y en a douze. De copieux Errata and addenda nv
couvrent pas moins de sept pages et demie en petit texte. En revanche,
un index fort bien fait rendra les plus grands services aux chercheurs.
Il nous sera permis d'ajouter quelques remarques à celles qui figurent
dans les notes. Page i, à la note, page i5, de même, et passim, bistam,
haslitam. Vive : bisliim rrvingtième^ JiasIUum rrhuitièmefl. — P. i4. Atisli-
i-be.gi (head of the artiilery) est peut être une faute pour ijâtish-bcgi
f capitaine des gardes", mais la transcription âtish est mauvaise; c'est
âlash. Ti'imân-togli , [ire lûgh, fr queue de yack ou de ciieval servant
d'étendard^. — P, 18. f/iwA-seal ; et en note : rrit was a smali round
seal. Uziik or ûtiikis a Tartar word meaning a ring, i.e, a signet ringn.
C'est le cachet, gravé à son nom, que Djehàn-gîr portait à la main en
guise de bague; on le met généralement au petit doigt; le turc orientai
iizûk est le turcosmanli «/«:«/.•. — P. a3, note 1. M. Beveridge signale
l'emploi, dans l'Inde, de la particule Ichi avec le sens du diminutif
(persan tchè); elle n'aurait, dans ce cas, rien à faire avec le turc tclii.
litchi avec le sens de rftrou})eau de chevaux^ , signalé dans celte note,
ne peut-être qu'une faute des manuscrits pour Hkliij = ilqi/.
P. 89. Uymâq bûrî, comme le portent deux manuscrits, désigne un
corps de cavalerie , mais il est difficile de tirer de ces deux mots le sens
de ffred cavalryo. 11 est probable qu'il y a eu chez les Grands-Mogols
un corps do cavalerie appelé vulgairement -les loups Ouïmaqs-', mais
on ne le trouve ])as mentionné ailleurs (Blocilmaxn, Aijin-i Akbéri,
p. 871, note 2, et P. Horn, Ueer- und Kriegsivesen der Grossmoglmls ,
p. 21). — P. 80 , n. qarnargà II ffring-hunti lire qamurgha (Pavet de
Gourteille). — P. 90, note 3. tikka anddzi est assez bien traduit jwr
Rogers, rrbowshot»; M. Beveridge préférerait ffjavelineii, mais il ne jus-
tifie pas ce sens. Le fait est que les lexiques nous aj)prennent que tiihkc
est synonyme detukmâr, tukmar, tukhmàr, et désigne une flèche qui a un
bouton en os ou autre matière à la place du fer, et servait évidemment
aux exercices. — P. 94, note 2. Il n'y a pas lieu de corriger sili-barga
ff trèfle 51 en sir-i-barga; ce dernier ne peut pas signifier fffuil of leavesi,
•stc ayant le sens de rrrepu'' , non pas celui de frpleinn (pur), et fffeuille^
se disant barg, non barga. Dans l'expression sik-barga, le suflixe a est
celui qui sert à former dos adjectifs comme yak-sâl-a, etc. — Même
page : je no com[)rends guère qu'on pro|)(>se de coiiigor nafjsh bar j'âi/ ,
([id convient très bien, crpeinturo ('tendue sur le soin, par naf'ntar dont
ia signification m'échappe; paléographiquement , c'est insoutenable.
;{'J-J S E l' T E M B R E - ( ) C T 13 lî E 1 U M .
P. 101. Rogers a bien traduit a: tiighyân (lire ainsi au iieu «le
taghijâii) farûd âmada par ffwas low^ , et il n'y a pas iieu tle chercher
une autre explication . ([ue l'annotateur reconnaît lui-même comme peu
satisfaisante. — F. io4. ballfit est le chêne, et s//«/i-i«//«/ le châtaignier.
— P. 109, note 1, effacer la note relative au mot rang; l'erreur a été
reconnue dans Verratn. — P. 111, ligne 3. Mdrkhilr (suivi d'un point
d'interrogation) est la même chose que mnv-hh'^âr, épithète d'un hœuf
(le montagne S)^}^, qui est appli(piée à cette espèce parce qu'elle mange
les serpents. Le même mot est ré[)été à la page 1 13 , avec la remarque :
rrErskine translates this a serpent-eating goat. ti Pourquoi le point
d'interrogation deux pages auparavant? — P. 11^1. Shamshir-i-sïkhakt
frpointed sword, poniard" doit désigner probablement, à raison de son
nom (sabre à la petite broche), l'épée à lame droite. — P. 116, note 1 .
ffGîlâsis a cherry in Kashmiri.^ Ce mot est persan. C'est parce qu'il si-
gnifie aussi une espèce de lézard (ichalpasa) qu'Akbar avait imaginé de
donner à la cerise l'appelliition nouvelle deshàli-àlfi. — P. 125. yâ: n'est
pas rra female panther-, mais l'once ou guépard, arabe fahd, hindoustani
icltila. — P. 126, note. Sagan- i tâzi ^rprobably means greyhoundsn ;
pourquoi cette hésitation? Qûch (= qoc) est bien le bélier: qfishqi est
inconnu; lûghli, étymologiquement, paraît devoir être le yack [quiàs,
non qatâs p. 218), car <o^/</t rr agneau de trois moisn donné par Vambéry
et Pavet de Gourteille ne convient pas ici.
P. i33, note 1. barja est évidemment ;w/'/c/tr( cffacette^i. — P. 1^7.
On a renoncé, dans l'errata, à corriger qutjn, nom d'un rubis, en
qiblï ff égyptien 11. Ce l'ubis n'aurait-il pas été appelé qutbi parce qu'il ser-
vait de pivot dans la construclion de certains instruments, comme ceux
(pi'on emploie |)our les montres? — P. i58, ligne 9 (cf. p. -'lAH). 1/11:1
est [)robabIement hâvî "loup", que donne l'un des manuscrits de l'India
Office. — P. 191. Sâras (pi. anglais de mra) est le même oiseau que
■sâr ffétourneaur. — P, 320. Ilalqa-ba-gûshàn r-apparent referring to his
bcing one of those who bored their ears in imitation of Jahângïr^.
Ila/qa-ba-gânk signilie simplement ^esclave'" , parce que les esclaves
avai(;nl une de leurs oreilles percée ol ornée d'un anneau: les derviches
l(! font aussi par |)ure dévotion, comme se reconnaissant esclaves de la
divinité ou d'un sjiint particuliei-. — P. AA9. M. Beveridgc a bien l'C-
counu que Darl'ul est Dizl'ul en Susiane, et que Jotra on Jûy/a ne peut
être que Khûz , nom arabe de la même province, qui nous a conservé
le nom des Cosséens.
Cl. lllART.
COMPTES RENDUS. 393
Louis MiLLioT. f,A Femme MVSULJuyE au Maghreb (Maroc. Algérie, Tunisie).
— Paris, J. Roussel, s. d. ; i vol. in-8°, 33o pages.
Il n'est pas. pour le juriste comme pour le sociologue , de sujet détude
|)lus intéressant que la condition de la femme dans les pays musulmans;
la situation qui lui est faite par les mœurs , façonnées par treize siècles
de compression, parait des plus étranges à tout Européen qui ne
s'aperçoit pas. qui ignore peut-être (p.xe la société à laquelle il est fier
d'appartenir est la résultante de longs siècles d'organisation lente et de
compromis entre des tendances diverses. Pour juger sainement de la
société musulmane, il faut ne pas abandonner le point de vue historique:
conçue pour l'Arabie, elle a été, au vn" siècle, un immense progrès sur
le polythéisme; quand elle s'est trouvée en contact avec les civilisations
plus avancées des provinces l'omaines. son infériorité a dès lors éclaté.
(]e livre est une thèse de l'Ecole de droit d"Alger, aujourd'hui F.iculté
de droit de l'Université de cette ville; il n'y paraît pas, car il noffre pas
la sécheresse habituelle à ces sortes de travaux, et la lecture en est même
attrayante; c'est que, malgré lui el heureusement pour nous, l'auteur a
dû renoncer à se cantonner sur le terrain du droit ot s'aventurer sur le
terrain de la théologie et de la sociologie. M. L. Milliot . né et élevé en
Algérie, n'est pas , comme beaucoup de ses contemporains. Jiypnotisé
par cette idée que le Maghreb renferme le seul et authentique islamisme:
rOn oublie trop souvent, dit-il fort justement , que llslam maugrebin
n'est pas l'Islam égyptien et cju'il diffère encore plus de l'Islam turc ou
persan.-' Malgré la forme trop catégorique donnée à cette affirmation,
la remarque est juste dans le fond.
11 ne sera donc question, dans cette tlièse. que de la sociologie du
Maghreb sous l'influence du droit musulman malékite , le plus géui'rale-
ment suivi (les qoiil-oghU hanéfites, les Mzabites kharédjites ne fonmant
que de petites communautés): mais comme elle est en contact partout
avec la société berbère, régie par son droit coutumier, il s'agit de déter-
miner les influences réciproques de l'une sur l'autre. C'est fait . très
nettement, en cp.ieiques mots, dans une bonne introduction.
Après avoir traité des rap]>orts de la femme et de la religion tels quils
découlent du Qoràu, M. Mdliot étudie, en deux chapitres très fournis,
les maraboutes du ^laghreb (ascètes, malades, prostituées) et les magi-
ciennes et sorcières ; le tableau est fort peu séduisant et indique . dans
certaines contrées, une dépravation singulière. L'auteur parle, d'après
M. Doutté, qui les a reti'ouvées aux environs de Mogador, rdes devine-
esses qui prédisaient l'avenir avec des coquillages et dont parlait déjà
wiii. 2G
394 SEPTEMBRE-OCTOBRK 1911.
Diego ToiTÔs en iôoSt: (^p.. oi); ce genre de divination est très répandu
en Orient: il parait qu'il i'est moins au Maghreb.
La partie relative au droit est fort Lien laite: c'est le fondement solide
de la thèse. La minorité, la hadana, le droit de djebr, le mariage, la
répudiation et le divorce, les droits successoraux, la condition de la
femme esclave sont l'objet de paragraphes spéciaux; vient ensuite le
titre II , réservé à la fenmie dans le droit coutumier berbère et divisé en
deux glandes sections : la femme kabyle et la fenmie targuie. Gela nous
donne l'état du di'oit ; mais les mœurs y ont dérogé eu certaines parties ,
et c'est à l'étude de ces dérogations que sont consacrés trois autres cha-
pitres. Enfin l'feuvre de la civilisation française, les tentatives infruc-
tueuses d'évangéhsation, l'enseignement primaire et professionnel,
l'assistance médicale sont successivement passés en revue par un témoin
impartial.
Malgré la prudence de l'auteur en tout ce qui ne rentre pas dans ses
études spéciales, il a laissé passer quelques explications insuflisautes sur
lesquelles il y a lieu de revenir. Page Ao : crMonastir, au nom significatif,
tout à l'Est du Maghreb, était, parait-il, le rendez-vous des saintes. r
Il n'y a pas liesoin d'être grand clerc pour voir que cette ville doit son
nom à un couvent chrétien. — P. loa, n" 63 : ffla fille rachida ou
émancipée ^1. L'expression rdchida signifie (pie la fille a atteint l'âge et le
développement où elle a la pleine responsabilité de ses actes, non pas
celui oii elle serait constituée majeure cinéma lique par une procédure
spéciale. — P. i Ai : rrdurée de trois qouroiiv. el plus bas : rrla durée
exacte du qourou-n: le même mot sert donc pour le singulier et le pluriel:
il eût mieux valu dire : le qar' [qor'), les qouroû', ou se servir tout le
temps du singulier.
P. 176 : riHOiicklarala ou association "5. nom donné au partage du
tiers réservé des frères et sœurs prescrit par le khalife Omar; l'expression
habituelle esl faridd, moucharralm (aussi mouchraka , mouchtaralca) : il
n'aurait [tas fallu la séparer on deux tronçons et traduirez un participe
passif |»ar ini substantif. — P. g/iO: rie tempérament ardent du sémite r,.
Que viennent faire les Sémites en cette affaire".' 11 s'agit de musulmans en
général, pour qui c'est œuvre pie de suivre l'exemple du prophète, dans
les limites, bien entendu, posées par la loi pour le nombre de femmes
légitimes. — P. n'n) : ^ le mot dhorra , qui sert à désigner la co-épouse,
signifie étymologiquement rrpréjudice" ! C'est de l'étymologie popu-
laire; si nous restons sur ce terrain, nous pouvons tout aussi bien dire
que (larra signifie t'galeinenl mc-cessité" et (|ue, mû par nue nécessité
|iiessanfc, Ihonmie a dn [trendre une seconde femme (cl. dirr): mais
COMPTES RENDUS. 395
cette expression est bien plus ancienne que ne le croit l'auteur, car elle
se trouve dans le Lévitique, xvni, 18 : n")2{'7 , qu'on rend générale-
ment par frpour raflligern ou frpour quelle devienne jalouse a : le cas
pré\ii est pre'cisément celui d'une seconde femme mîi. — P. 3oo :
-il se trouve rejeté aux calendes^: il faut ajouter grecquefi pour que
cette phrase ait un sens.
Ci. HlART.
Abi Zaïd al-Ansaiù. KiTAii AL-lliMz, traité pliilologiquc inédit, édité par le
P. L. CuEiKHO, S. J. — Beyrouth, Imprimerio Calliolinue, 1911; in-8",
!\o pages.
Les lecteurs de la revue Aî-Machriq connaissent l'historique de la
découverte du diwàu du poète Saniau^'al ben 'Adiyâ (dont on a rendu
compte dans ce recueil) et du Traité des Mérites de la race canine d'Ibn
el-Marzobàn, dans un manuscrit de l'an 6Û9 H. (lûot a. d.), date
transformée dans la préface française en 660- 1 'tGi [-1 atja] sans qu'on
en donne la raison, lequel fut acheté à Damas par le Pi. P. Anastase,
religieux carmélite. Le Livre du Hamza d'Abou Zéïd Sa'id ben Aus el-
Ançâri qui contient, avec indication des flexions, les verbes trilitères
ayant ce hamza pour l'une des trois radicales, nous est aujourd'hui rendu
accessible par sa publication dans la revTie de Beyrouth. On verra,
comme l'indique le savant arabisant dans sa préface, combien les règles
du hamza ont été longtemps indécises , et combien de générations de
grammairiens il a fallu avant d'établir les étroites prescriptions qui
règlent aujourd'hui l'emploi de ce signe orthographique, inconnu aux
autres langues sémitiques.
El-Açma'î et Qolrob avaient eux aussi composé des «traités du hamza-',
mais ils sont perdus; contentons-nous donc de celui d'Abou Zéïd, sauvé
par hasard. Il est mentionné par le Fihrist (I, 55, 1. 7), référence qui a
échappé à l'éditeur. Il nous a été transmis par une suite ininterrompue
derdivis, depuis Abou Djafar Ahmed ben Mohammed ei-Yézîdi, qui le
lut en présence de l'auteur lui-même en -ibo (86A). et qui était l'oncle
paternel d'Abou Abdallah Mohammed ben el-'Abbâs el-Yézîdî: celui-ci
lut l'ouvrage à deux reprises, la première en 3o4 (916), la seconde en
çafar 3o5 (août 917). Ensuite viennent Abou'l-Qâsim 'Omar ben Mo-
hammed el-Kàtib, jeudi i5 ramadan 365 (18 mai 976), Abou'I-Fath
Mohammed ben Ahmed ben Abi'l-Fawâris, samedi 'ib i-edjob /ii9
\ '-1 novembre i0!2i), et entin Abou'1-Fadl 'Omar ben 'Obéïd-Allah el-
Baqqâl. Le nom du dernier rédacteur, élève de celui-ci, ne nous a pas
26.
396 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1011.
elé transmis. On remarquera qu'il y a un inleivalle tl'à peu près cin-
quante ans entre chaque tradition; c'est dire que les dictées ont été faites
par des vieillards à de tout jeunes gens.
Tous ces anciens travaux de lexicographie et de grammaiio. ([ui ont
devancé et prépare les grands dictionnaires arabes, sont des plus inté-
ressants à connaître et l'on doit louer les savants qui emploient le meilleur
de leurs peines à en donner de bonnes éditions. Vcrrata assez copieux
indique le désir de bien faire dont est possédé le savant éditeur.
Cl. H[ \RT.
C. Snouck Hlrgronje. MicuaklJa:^ de Goeje, traduction française de Madeleine
Chauvin ; avec portrait. — Leyde, E. J. Brill, 1911 ; in-8", 9 '4 pages.
Mul n'était mieux qualilié (|ue M. Snouck Hurgronje, qui a remplacé
M. J. de Goeje à la chaire d'arabe de l'Université de Leyde, pour pro-
noncer devant l'Académie royale des Sciences des Pays-Bas l'éloge de
son illustre prédécesseur. C'est un devoir pieux qu'il a rempli, et dont
lui sauront gré les amis et les admirateurs du savant arabisant. On n'a
pas idée de l'activité extraordinaire dont a fait preuve le grand professeur
dans la partie administrative de sa carrière, notamment dans les fonctions
d'inspecteur de diverses branches de l'Instruction publiipie: pour s'en
rendi'e compte , il faut avoir lu les pages émues que M"' Madeleine Chauvin
vient de faire passer dans notre langue, au grand bénélice des admira-
teurs du célèbre arabisant qui ne })ossèdent pas suffisamment le hollan-
dais pour en faire leurs délices dans la langue originale.
De Goeje a fourni un bel exemple d'énergie, car la \ie ne lui a pas été
facile : son père, qui était pasteur et lui avait donné sept fières et sœurs,
mourut (piand le jeune étudiant n'avait que dix-sept ans. C'est à force
de Ijavail, scr\i qu'il était d'ailleurs par df!s facultés e\ce|)ti()niiell('s. cpie
l'orientaliste est arrivé, par la suite des ans, à occuper la place émincnlc
qu'il a tenue si longtemps, celle de premier arabisant de l'Europe.
L'auteur de cette biographie a su grouper de la manière la plus heureuse
les diflercnts motifs d'intérêt (|ui s'attachent au souvenir de cet homme
viaimenl remaicjuable.
M. Snouck Hurgi'onje touche en passant à un sujet (h? toute première
importance, celui delà méthode d(î travail. Il faut avouei' (pu! celle qui
a fonné un savant de cette envergure élait quelque peu vieillie; cela ne
veut pas dire (pi'elle ne lût pas bonne, i'événemeni a démontré qu'elle
était excellente: (^lle n'est pas à la mode, voilà tout. Lisez ces lignes :
ffll l'avait acquis (le fonds de sa connaissance des classiques) en lisant le
COMPTES RENDUS. 397
plus possible, sans se iaissoi- arrêter par les difficultés que suscitait la
critique du texte ou par des finesses grammaticales. Les petites lacunes
que ce système avait pu entraîner, il ne les regrettait pas. . . De Goeje
était d'avis de faire, dès que c'e'lail jiossible, une très grande place à la
lecture et d'éviter à tout prix qu'en s'attachant trop à la gi'ammaire et
à l'interprétation correcte des textes, le maître éteigne le goût etTintcr^^l
chez l'élève 1 (p. a3). Et plus loin : rrll voulait que l'on arrivât vite à
sentir que l'étude elle-même vous fait gagner quelque chose, qu'elle est
non seulement une gymnastique, mais aussi une nourriture de l'esprit n
(p. Oi). Nombre de professeurs d'arabe, et même d'autres langues, on
Allemagne et eu France, devraient méditer ces quelques pages : ce ne
serait pas sans profit pour eux . pour leurs auditeurs et pour la divulgation
de la science.
Cl. HuART.
Edouard Montet. Le culte des Saints; MiisniiiA^is dans L'ArnrQiif: nu Ao/îo
AT PLUS SPECIALEMENT AU Mahoc. Méiiioirc ])ui)iié à l'occasion du Jul)ilc do
l'Université ( 1559-1909). — Genève, 1909; in-8", 8() pages, 10 illustrulioiis
(photogravures hors texte).
Quel joli voyage le savant professeur à l'Université de Genève nous
fait accompbr dans les sites les plus pittoresques de la région de l'Atlas!
Un minaret et une qouhha dans nue vallée du Grand-Atlas (Gendafi) au
Maroc, les marabouts (== qoubba) en ruines des environs de Tlemcen,
ceux que l'on trouve près de Colomb-Béchar dand le Sud oranais, la
mosquée de cette même ville , la vue des tombes musulmanes qui en-
tourent la maison de Moûlaye l'-H'asen détruite par l'artillerie française
à Doùiret-es-Seba'' (Sud marocain), le qçar (village) et la mosquée
percée par les obus français à Boû-Denib, le tombeau de Sîdi Belliot à
(Casablanca, les qouhbns que l'on rencontre à la sortie d'Azemmour sur la
route de Mazagan , le marabout de Sidi 'Amar à Doûirel-es-Seba', forment
autant de charmants paysages dont l'encadrement noir fait encore phis
vivement ressortir la lumière abondante et chaude. Une seule infidélité
est faite à la prédilection de l'auteur pour les pays barbaresques, c'est
l'image du tombeau du Chéïkh Nas'r-eddin près de Gizeli, sur la roule
des Pyramides: mais l'Egypte, géographiquement, c'est encore l'Afrique
— bien que l'Egypte musulmane se rattache plus à l'Orient qu'à TOc-
cident.
Tel est le théâtre; mais que se passe-t-il derrière ces beaux décors?
On sait, depuis les travaux de M. Goldziher, comment le culte des saints
398 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1911.
est né dans l'islamisme el comment, à côté de la lelig'ion olllcielle et
concurremment avec elle , d'innombrables adeptes des ascètes mystiques
cherchent, .dans la répétition d'interminables litanies, un rapprochement
avec la divinité que la sécheresse du dogme orthodoxe ne semble pas
oflrirà leurs âmes curieuses de mystère. L'étude de M. Montet ne nous
apprend rien sur la manière dont le mysticisme njusulman, né incontes-
tablement en Orient, a été transporté dans l'Afrique du Nord et s'y est
propagé : si l'on n'était prévenu, on croirait, c\ la lecture, que ce culte
des saints y est de création indigène el une simple transformation de su-
pprstitions, fr héritage du paganisme primitif des Berbères-.
Or le développement du culte des saints est inséparable de l'histoire
des ordres religieux musulmans : ceux-ci ont été le véhicule de celui-h'i .
et c'est à l'imitation des anciens saints que l'islamisme produit chaque
jour de nouveaux marabouts, prédicateurs énergiques et individus dan-
gereux pour la paix publique. L'ordre le plus répandu est bien celui d(>s
Qâdiriyya, puisque 'Abd el-Qâdir el-Gîlânî, son fondateur, est tellement
accaparé par les Marocains qu'ils le considèrent comme un saint national
(p. lo): ce célèbre mystique est invoqué partout dans le monde de
l'Islam; en quoi consiste donc son ff accaparement i par les Marocains?
Ils semblent ne faire rien de plus que ce que font nombre de musulmans.
Ra.p[)rocliez, d'ailleurs, la note •? delà page 70.
On trouvera des détails fort curieux sur l'origine du culte des saints
locaux, par exemple sur les j-enégats devenus marabouts, comme le
Génois Abou No aïm Ridwân de Rabat, mort en 661 (laGS), dont
l'histoire est racontée d'après le kitàh el-islù/rd d"es-Selà\vî, passage
signalé par M. Mouliéias et traduit par M. Doutlé, ou Sidi Mogdoul
(altération de Mac-Donald), patron de la ville de Mogador (en arabe
sowéïru (T petite l'angée de pierresn). En ce ({ui concerne ce dernier point ,
le château fort de Mogador ayant été élevé par les Portugais au début
du xvi" siècle el la ville de Sowéïra n'ayant étt' fondée ([n'en 1760, on
ne s'explique pas très bien pour(|uoi la nouvelle cité n'a pas hérité du
nom du saint vénéré qui est considéré comme son patron; mais il est
jiossible que la lradili(m populairi; et exclusivement orale rapporltie j)ar
M. Montel j('p(ts(! sui- des bases fragiles.
L'un des principaux signes auquel se i-econnaît le marabout, c'est le
don des miracles [hardma). Il existe , de ce chef, une longue hagiographie .
dont la lecture serait des plus fastidieuses si l'on n'avait à y récolli-r
parfois d'inl('ressants détails de ino'urs. Les saints étudii's par M. Moiilcl
sont nu)dernes, les uns contemporains, les autres remontant titut au
plus au xvi' siècle : tant mieux , ce sont ceux sur les(|uels on n'avait
CU.MPTKS RENDUS. 399
jusqu'ici que peu ou point de détails, la plupart étant devenus célèbres
postérieurement à la rédaction des principales Tabaqdt.
Deux notes additionnelles ajoutent encore à l'intérêt du travail du
savant genevois. La première est consacrée à Ma el-'Aïnin [='Aïnaïn].
le fameux chef des hommes bleus de l'Adràr, qui est un Qàdirî (brandie
des Boqq;\ya), et d'ailleurs chérif édrîsite. Le nom -d'hommes bleus»
vient uniquement de ce que les adeptes de ce cheikh sont vêtus d'une
colonnade bleue qui déteintsur la peau; et comme ils ne se lavent jam;iis.
f-leur peau est d'une saleté bleuàtre^i (p. 70). La seconde note traite du
chéïkh Sidiâ. qui appartient ;i la même confrérie mais dont l'attitude
est notoirement différente du précédent marabout : fixé à Boutilimit. à
100 kilomètres ad nord de Podor (Sénégal), il a confié au poste français
la garde de sa bibliothèque bien fournie de quatre mille volumes. Il était
ami de Goppolani, et -pleura en apprenant sa mort^) (p. 7g).
Quelques points restent à préciser. Page 6, dans la table de tran-
scription de l'arabe, nous voyons que la lettre djim est rendue par ~dj
ou j (prononciation marocaine)^; mais l'on sait qu'au Maroc, comme
dans le Sud oranais, le dj se prononce parfois g dur (cf. les dialectes
égyptien et 'omàni) : ^i--^ gîch, ij^'^ El- Gebh(k.
Page 43, note i.A propos du mot harka, il est ('crit eu note : trCe
terme marocain doit être orthographié h'arqa d'un mot arabe qui signifie
feu. incendie. n C'est une erreur : hûrka est une prononciation vulgaire
de hàraka, proprement rmouvement»; sur le sens de ce mot. voir
Beaussier et les autorités citées pai' Dozy, Supplément. A l'oreille, on ne
peut confondre le k palatal avec le q vélaire. — Page 70 , noie 1. Dans
la liste généalogique de Ma el-'Aïnîn , le nom de Hasan el-Montena ,
fils de Hasan es-Sebt (fils d"Ali ben Abi-Tàlib), doit être lu pI-
Mothaimd (= Hasan II).
Cl. HUART.
CHRONIQUE
ET NOTES BIBLIOGRAPHIQUES.
— M. C. Madrolle a fait paraltie une nouvelle édition de son Guide
dans la Chine du Nord (Chine du ISord et rallée du Fleuve Bleu. Corée.
09 cartes et 21 plans, 2' éd., Paris, 1911, in-12, i2-xix-456 puges),
où sont réunies les informations les plus récentes et les plus complètes à
l'usage des voyageurs, tandis que le concours de MM. (Jhavannes, Cou-
rant et Vissière lui assure une valeiu' toute spéciale au point de vue
historique.
— Nous avons reçu le catalogue des sculptures bouddhiques du Musée
de Peshawar. rédigé {)ar le conservateur de ce dépôt , M. D. B. Spooneii
[Handhook lo ihe Sculptures in the Peahuivay Muséum, Bombay, 1910,
in-8°, u-78 pages). Chacune des grandes collections composant le musée
est divisée eu groupes d'après le sujet, et les pièces de chaque groupe
sont rangées systématiquement dans l'ordre des scènes de la vie du
Buddlia. Celte légende elle-même est résumée dans l'Introduction, prin-
cipalement d'après les travaux de M. Foucher. (Quelques excellentes pho-
tographies reproduisent les sculptures les plus intéressantes.
— Le catalogue de la section siamoise à l'exposition de Turin vient
d'être publié sous la direction du colonel Gerim, commissaire général,
qui a rédigé la plus grande partie du volume [Siain-Torino i()ii. Ca-
talogo descrittivo délia mostra Sinniese aW Esposizione Intennizionale delte
Industrie e del Lavoro in Torino , i()ii, compilato da G. E. Gerim. . .
Torino, 1911, in-8°, Lxvni-oa^ P'*8f6s). Ce volume, imprimé et il-
lustré avec goût, contient nombre de renseignements intéressants, no-
tamment sur l'histoire des relations du Siam avec l'Italie, sur le Ihéàti-e,
l'enseignement, l'imprimerie, etc. Le Siam ancien et le Siam moderne
étant également familiers à l'auteur, les historiens et les philologues
trouveront dans ce petit livre plus d'un fait inédit et d'une remarque
utile. Nous citerons par exemple la note de la page i,xi sur les noms
royaux, et celle de la page 10 sur le Rnmâyana siamois.
'j02 sept E m B r. E - () C T C) B r. E 1911.
— Dans les SitiimgsbericlUc d. h. Prcussisclicii Akadcinie der Wisscii-
sclia/ten de Berlin. 191 1, p. 702 et suiv., M. Jacobi consacre une courte
mais substantielle étude à la Frûhgeschichie der indisclmi Pliilosophie. Sa
conclusion est celle-ci : Il y a des preuves de l'existence , dès le iv" siècle
av. J.-C, des systèmes Mîmànisà, Sânkhya, Yoga et Lokàyata, tandis
que le Nyâya et le Vaisc^sika, et vraisemblablement aussi la philosophie
bouddhique, n'apparurent que plus tard.
PÉRIODIQUES,
Giornale délia Società Asiatica Italiana, vol. Wlll, 1910 :
J. Faitlovitco. Versi Abissini (Parte prima). — A. Sorani. Dai Poemi
di Ch. N. Bialik [poèmes hébraïques modernes]. — F. Bellom-Filii pi.
La rrYogaçâstravi'tli^ [édition du texte] [mile). — P. Sylvius Rivetta.
Some problenis on Japanese [sur le /.(?«« et le rôma-ji]. — H. P. Chajks.
La nuova edizione de! ffCesenius-Bubl^^. — G. Melom. Alcunerillessioiii
intorno aile similitudini dei Semili. — A. Ballini. La Upamitabhava-
|)rapancâ kalhâ di Siddharsi [traduction] (suilo). — Luca de PATRCB'A^v.
Sludi etimologici [étymologies latines, grecques et arméniennes]. —
F. ScERBo. Un passo di Geremia metricamente emendato [Jércmie, ix,
21]. - Di una parola ebraica errata nei Dizionari r^Si''].
Indian Antiquary, August 1911 1
K. V. SiBRAHMANïA AiYAiî. Origlu aud décline of Buddhism and Jain-
ism in Southern India. — Bhattanatha Svamin. Trivikrania and bis
followers. — K. V. Subrahmanva Aiyar. The date of Madiu-aikkanchi
and its lieio. — H. A. Rosi:. Gnniribulinns lu Panjabi Lexicography,
Séries Jil. — P. V. Kaxe. k;didasa and kamandaki. — A. Govindacha-
rva Svamix. A second Note on Vasudeva.
Seplember 1 9 1 1 :
D. R. BHANi)\Rk\B. F})igraphic notes and questions (.sM//r?). — K. V. S'Jb-
baiva. a Conipaialivc (îi-annnai' (»r Dravidian Lanjjuaj'es. — W. Kosteu.
Gabriel lîougbton and llic gianl (tlIVadin"; Privilèges to tlie Knglisli in
Rcngal. — 11. A. Rose. Goniribiilioiis lu Panjabi Lexicography, lll
(suite).
Le Monde oriental, \()l. \. fasc. 1 :
K. M. WiKi.iixi». De lapska ocli linska orinanincn vid Kiruna ocli Tor-
nclrask [Noms de lieux la[)ons et finnois à K. et T.] {fin). — P. Lkander.
CHRO^JIQLK ET NOTKS IJI I3LI0G RAPHIQL ES. /i03
Auv etvmoiogie des assyrischeu Avortes agargarû. — k. V. Zetterstkkn.
Some chaplers of the Koran in Spanish translitération. — Arcangelo
Carradori"s Dilionario délia ling-ua Ttnliana e Nubiana edited.
Le Muséon, vol. \II, a' i :
Th. Lefort. Homélie iiie'dite dti pape Libère sur le jeûne. - Note sur
le texte copte des Constitutions apostoliques. — A. Roissel. Râmâyana.
Etudes philologiques (suite).
Wiener Zeitschrift fur die Kunde des Morgenlandes , vol. XXV,
t'asc. 9 :
V. Ghristiax. Ergànzungeu und Bomerkungen zu S", S'', S''^ und S"
[syllabaires cunéiforme^ édités par M. Thompson, dans C. T., XI j. —
J. Hertel. Die Geburt des Purîiravas. — I. Low. Lexikalische Miszellon.
— ■ W. Bâcher. Zu den Deutungen der hebraischen Buchstaben bei Am-
ï»i»/\ci lie
Le gérant ;
L. FiNOT.
JOURNAL ASIATIQUE.
NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1911.
=3*Cd
LES EMPRUNTS TURCS
DANS
LE GREC VULGAIRE DE ROUMÉLIE
ET SPÉCIALEMENT D'ANDRINOPLE ,
PAR
LE P. LOUIS ROXZEVALLE, S. J.
UR À LA FACCLTÉ OR
iAINT-JOSEPH, BEYKOl
(suite et fin.)
PROFESSEUR A LA FACCLTE ORIENTALE,
UNIVERSITÉ SAINT-JOSEPH, BEYKOCTH ( STRIE ).
t
(<_.taolff) ^a^eVs^^^ irritable, colère, emporté. Cette forme
n'est pas dans les dictionnaires. Au demeurant, ce pourrait
Lien être le substantif c-^Aoi employé adjectivement, comme
cela arrive parfois, ou l'adjectif «_*w»li. Syn. : S-v(xovTè''dp'5.
Acli et lié *g!^ot etguéga, bec, au propre et au figuré (nez cro-
chu, museau allongé). GuégaXys, pourvu d'un bec, ou au
nez crochu, etc.
'*' Remarquer que ie é se prononce ici el dans certains mots suivants g
dur, non g. C'est ia prononciation grecque ; les Turcs grasseyent ie i légère-
ment, les Arméniens plus fortement, si surtout ils sont originaires d'Anatolie.
Plus d'une fois le ^ a aussi le son d'un k guttural, se rapprochant du ^ :
v^'^ê = i_^U : là aussi, ce sont les Arméniens qui ont la prononciation la plus
dure.
Zi06 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
[jiMs. g(xXiba , particule dubitative et interrogative : peut-être,
est-ce que. . .par hasai'd? Syn. de L^.
»*>oU et i*Xxft *g(i'ida , f . , cornemuse , bngpipe : très en usage
parmi les paysans de Roumélie et les pâtres bulgares.
C'est aux sons de la î*>ol^ que se danse la bourrée KsipTov
des villageois, aux jours de réjouissance. Origine proba-
blement slave.
XKj\jà *xovpab'ès, petits gâteaux à la semoule et aux amandes
douces. Ar. vulg. <'4>^^. Le peuple turc prononce le è.
comme li) (ou ,3 affaibli); cf. la note précédente, 2* partie.
;!/,cf.;l^.
(ji^^ *'ypc6s', piastre.
^jsjs.*xapéf, ressentiment, rancune; xapéji loxov, je l'ai sur
le cœur.
(J*Xi) SH^HÙ^^ imite le glouglou d'une bouteille ou d'un
liquide qu'on absorbe. Les dictionnaires donnent^^ avec
le même sens; mot approchant, yapyâpa, crécelle. Le mot
gy^fj^ est souvent accolé à (jÎ^s^Ij, pour signifier un
carafon en terre cuite d'où l'eau ne sort que par saccades
à travers quelques trous ménagés dans le col. Cf. ^'^;Ij.
JJ^îuAft * KOLAahaXiJK^ , multitude confuse, encombrement, presse
(ar. vulg. *i^); parfois bagages, suite nombreuse.
U^ *xoivg(y)a5, dispute, rixe, vrai équivalent de la harnjfa ita-
lienne. Kat»ya/;'^s, disputeur.
(^«xjjj^ gupuXTÙ, vacarme.
EiMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 407
(^^Li (papms et surtout (papa-îd'xovs, persan, spécialement en
parlant de la langue, des mots.
«jjli (païdàs, utilité, avantage, gain, profit : aussi usité que
6(pikovs, n. Retirer un avantage : (^aiV/a /Sàcttou , 'vpiSKOv.
JaJoU et y4«0^jU (païdaXrjs, (paidcta-ifrjsi^), utile, inutile.
{})isy^ *(peTêas, fetvva, décision juridique donnée parmi mufti.
JuuC* *(piTiX', mèche, séton. Au figuré : intrigues nouées,
ficelles, (^ni'kgrjs, intrigant, noueur de ficelles; mar-
chand de mèches.
sj et Jjyi(pijp, (pypifX, particule imitant le froufrou d'un vol
(cf.^^ ou >a), la vitesse à marcher, à tourner sur soi-
même.
«A.|j *(pspsgès. habit de dessus des dames turques hors de
chez elles : tombe de plus en plus en désuétude. La pro-
nonciation indiquée par nous est la seule que nous ayons
entendue, même chez les Turcs; Samy écrit féràdje ou fer-
râdjé.
^>i (pspdx', joie, aise (mot ar.).
^Ui (ptpd)(^KOvç et (pepayXijB'xovç (mot persan), large, spa-
cieux, bien aéré; syn. : evpûypvpovs. ^spa.xAijx^, nom de
qualité du même, et parfois synonyme de <pspd)(f.
fji^ji *(papds^, porte-poussière.
LoLi ^pdvTo-a, France : employé surtout par les Levantins.
Syn. : FaXX/a.
^J,Aji*(^i{t'jpiiaiv', firman.
27.
/i08 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1911.
^jM* *(pés'. fez. bonnet des Turcs.
(jU*«j *Çov(t1o[v'. robe de femme; jupon. Encore un mot bien
méditerranéen . usité non seulement en Turquie, en Grèce .
en pays de langue arabe, mais encore en Italie, et même
en France. Son origine, est, à n'en pas douter italienne :
fustagno, d'où le français futaine : étoffe de fil et de coton;
camisole; fustanelle. <î>ovtr1(xvhjx'. étoffe propre à faire des
robes; (pov{y)(7loLvhj5, qui porte robe.
^3JC*o *(Py(T7//M'. pistache.
a5C»*o *(pis}irj. jeu consistant à démolir de petits tas de noix ou
de noisettes. Sens figuré : chiquenaude.
JJiJ <pov{rj)sKYi . fumier. Ar. vulg. *ili»i .
ji-juij *(pvssK'. fusée. Cf. cs^^)^ •
dUXjuij (pvkxklx^ . cartouchière, giberne.
LJyA» (paaovX'a. haricots. Orig. Çxxo-v'Xos.
\ JL» (pouxapasfè?) . pauvre hère, mendiant. ^ovx.a.pe{aJkU^ . pau-
vreté, mendicité.
y>\i (p^Xap', sorte de chaussure à semelle plate. (îf. ^_>jIj.
Origine? nous proposerions (pvXkov : feuille, couche,
semelle, auquel cas le mot serait plutôt grec.
Aï!^ et AxL» *(pa'Xo[KOi, !.. bastonnade sur la plante des pieds.
Ar. (^.
y5Ai (pov{y)'kdv'5. un tel. TdSts rdSis est plus usité.
(jisà^ et (jl^^ *(pi'Xgo[v' . petite tasse à café.
<îOjj^ (pXcôp', sorte de bergeronnette. Barbier de Meynard dit :
loriot d'Europe, et donne pour origine ^^^P'a.
EMPRUNTS TURCS DAISS LE GREC DE ROUMELIE. h
>U**(paï'ap' et parfois (^evep' . lanterne . fanal. Le mot est italien :
fanah.
^\ij) (pevaXyK', méchanceté; troubles.
^3J*Xx9 *Ç)ovvdovx', noisette, —'à, noisetier.
(^:^^ *(2ovTSr}, tonneau. (3ovTaà$, tonnelier. /Souxo-aV. petit
tonneau. Orig. Courlis, j3ou7lîov, tonneau.
Sjijj (pcûdpa., doublure; mot italien : jodera. Syn. au1dp'.
A^jj^ et «ça-ji (poupTo-a et /Soupro-a. brosse. <I>(êjoupTS<tof ,
brosser.
<xJy (povX'. jasmin double, œillet de Chine.
[<_iUl, ^^ — (^[j) ay^àx Kcthij , sorte de demi-soulier remplaçant
les galoches.
ijjbU et ijLo *xcihoiK^, courge, citrouille i^xabdxay, tête chauve,
r. tête sans cervelle n.
^ijyU xixbovx', écorce, épluchure, cale. Syn. : TSs<pX'ov ou tscô-
(pX'ov.
(3»*U)U * xcaiXoLdilov . couvrir, recouvrir, surtout un livre : très
usité dans cette dernière acception. K.cnt'ka^ds , couver-
ture.
^AM^li *x(X7rov(jxix, viande à la choucroute. Barbier de Mey-
nard écrit i^)^^ (var. <xiA«^), et ajoute qu'en turc
oriental c'est le nom même du chou. Nous savons cepen-
dant, de source certaine, que en russe et en polonais ka-
pousta a aussi le sens de chou.
(^i^^U et (s^^ ^xa.7:ov{y)gtis, portier.
410 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1911.
c:^U *xaT'. pli (d'étoffe, de papier), couche; étage ('craTou|ua).
^^l3 Hcnijn'. pitance; condiment du pain.
yjrli xotTfxép', chose double : s'emploie surtout pour les ileurs
doubles et pour certaine pâtisserie.
^ijL=s.l5 *xaTsaV, fuite, fuite précipitée. On trouve aussi ^^<x.i=>U
et A;o<\iï>U xaT,s'a(uax' et xaTSixixàs.
^^«J5^U *xaTS<pr//^oy, laisser échapper, évader.
xowi^U xa.TSi^y'jpfxas, fuite, ^contrebande. On entend aussi
parfois (x«.=^U).
(^jLa^U xoLTSxijv's, fuyard , évadé.
^^,iXi Kxdijva , dame musulmane (^^ïU^).
LU] , neige. ^^^^ — *xaprco7r'. Boule de neige. EXa va zscti^ovyLi
xapT&ÎTT'a , viens jouer aux — .
As^î^li et Ai^Uï xapoLgas, cerf, chevreuil. On emploie aussi
»i^ù>.j^\^ii ^ xapaiJictvdovXov , sorte de toile de chanvre, noire et
luisante. On s'en sert surtout pour la fabrication de chaus-
sures légères.
ji_^^lï *xap7rovji, pastèque.
tojLi * xctpi iHovç . pas frais (légume). (3^3^^. xapiXi'jK' , nom
d'état du préciklent.
Jb^U et Jb-i *xap70L\'. vautour.
[j^^^Ul , se mêler. Employé parfois dans l'expression crèv xapijè-
[xa, toi, ne t'en mêle pas= cela ne te regarde pas.
^^y\3. ^^-A-io^li et (J^Ju^jU xctpystT'xovs et xapy^yx'kyO^xovç ,
mélangé, mêlé; trouble. — ^^.(uio^lï a^^U. xdpfxa xdpysyx' ,
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 'ill
pêle-mêle, en désordre (une vraie salade, une macé-
doine). (^Xjui^J^ et ^^}Ju^,^\i == xapijsyxXijJi' , trouble, con-
fusion, encombrement. Ar. vulg. xi^. aIôjJJsI.
yiijli et ^«Uxapsi. vis-à-vis. en face, côté opposé. Ce mot est
très employé pour la détermination d'un lieu, d'une mai-
son; il est extrêmement courant à Constantinople et sur-
tout à Smyrne (^xotpar)) oii il a presque complètement sup-
planté son équivalent àvrUpa ou àvriKpv. Pour dire :
exactement en face, bien en regard de, on répète xapsi.
Afijl* *xdpga, corbeau. Aijlsi)! *akaxa.pgct. sorte de corneille
des champs au plumage noir, gris et vert doré.
^U, cf. ^^juio^U.
[jj^Lï] , ventru, cf. (i,y^. Ce mot donne en outre un curieux com-
posé avec le mot ^^wu^l ; c'est l'expression vulgaire et
injurieuse : ^^wJijjli (crase pour (^u«-si) (j^U) = mal de
ventre, colique, au sens de : crève! la colique (le diable)
t'emporte! Les Grecs y ajoutent un y : xctpvaxsjjv, comme
si c'était un verbe mis à la troisième personne du singu-
lier de l'impératif, mais ils l'emploient surtout pour la
deuxième personne. Se dit à quelqu'un , surtout un enfant,
qui vous assourdit par ses cris, ses clameurs; et pour
comble d'originalité on y met le ton même de celui qui
pousse ces cris. Syn. : axdiisi, va a-xd'ris. L'équivalent syro-
libanais est frappant d'analogie : (ja-^jt» colique! ^ja-^-*-«
J^b^^jXi^b (nous nous refusons à traduire).
[ti;;''^]î ~*^y» x^ogà xapîj, homme et femme; personne âgée.
^ijîjU et (^yji et ^lj*j *xaldx', traîneau, surtout de petites di-
mensions. Les petits musulmans aiment beaucoup jouer
aux montagnes russes , assis sur un de ces appareils.
412 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1911.
yîjts *xa^aV, *chaudière, chaudron. L'arabe vulgaire a em-
prunté ce mot : ^Ji.
xo^U *x(x^(j.à5. pioche, houe.
j^jU *xa.^)JK'. pieu, pal (autrefois très usité comme instrument
de supplice), piquet. Ka^yx guib], droit, raide comme
un poteau. Kot^ynXotdœ, as percer quelqu'un d'un pieu, l'y
asseoir. Ar. vulg. i^^)!^; —(i)y^ s'asseoir sur quelque
chose de pointu, se piquer.
yilï xasép', sorte de fromage fabriqué en Turquie. Cf. l'italien
cascio, fromage.
Ji^IXib» *HasKavdX', fromage turc dur, débité sous forme de
grands disques plats. L'origine de ce mot est claire pour
la première partie : cascio, fromage; nous n'avons aucune
donnée précise pour le deuxième composant. Souvent sy-
nonyme du précédent; souvent aussi employés simulta-
nément, et alors Jl^Utilï serait le terme générique, ^U
indiquant l'espèce.
^3.AAî>U *xacrjJK'f aine.
[^lïj, mule, mulet. ,^2^JaU, xdrypgïjs, muletier. ^U^b — ,
cf. (Jjb;!?.
4^i)lj> *xaXai, n., étain. *KaAaï^)7?, étameur,
«-JU *xaXi/7T', moule, forme pour les souliers.
^jUUiU cf. yLxÀi.
^Ldlï xaXraV, housse en feutre placée sous la selle. Le sens
premier en turc est selle, ou selle nue (Barbier de Mey-
nard).
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 413
-_>*>Jli et /oj;<>Jl3 *xocAdypij(x'. pavé, pierre à paver; rue pavée.
Etant donné le misérable état des rues pavées dans la plu-
part des villes de Turquie , le mot Ka.X(lypijix' entraîne tou-.
jours l'idée de chemin raboteux, semé de pavés disjoints.
— ^>;?, paveur.
ci^Liîlâ xaXaCpaV?. calfat.
*iJli et *xU *}cdXÇ>as, ingénieur-maçon, architecte; contre-
maître dans une construction; maître-calfat. Samv donne
pour origine l'arabe iOLAi^ .
^jUJU *KaXKav' et surtout xaXxàv baky7y, turbot.
(^JU xoikyv's, xaXyv'xovs, et surtout en composition xakifv,
dur, grossier, épais. Kahjv xa(pccXys, têtu, à la tête dure.
Dans le sens de grossier, épais; syn. : lo. •
Leli, Uet <îc«l5 *xa(jiàs, poignard droit et terminé par une pointe
à angle aigu; coin. Le type du xy.(xôi est l'arme portée par
les Tcherkesses.
^_^A^U et j^l* *xoi.[Jibovp's, bossu. Kafxbovpa, bosse; —Xovx',
état de bossu.
^^^^-«li *xa(X7six' , fouet. Ar. vulg. *-i4.
ji^U xaixyst, roseau. Ce mot est employé parfois à la place de
xaXa'f/'. Mis au pluriel, il signifie «la fête des Tabernacles»
chez les Juifs — toc xafxys'oi. — , à cause de la coutume où
sont les Israélites de se construire alors sur leurs balcons
et leurs terrasses des tentes où le roseau entre comme
piquet.
[ij^], sang, ^^v^vi — xûLv xypçxy'iy. rouge sa«g : rare. jL>U<Ji
deXixavXys , jeune homme; cf. ^JJ-JuJi.
AU NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
ajs^U *xavga., f . , croc, grappin (de marin).
jlj» avec le sufîixe U : avi(^i)à, oii donc est-il, où sont-ils? On
écrit jl^ et ^) . Très usité.
^^^j^ls *Kxèoupdilov, fricasser, rôtir.
A>«j^U *xaSovp[iàç, viande torréfiée et conservée dans
des ténékés comme provision d'hiver. Ar. vulg. *^Jy>,
^^^\Ji *xaSovx', calotte de feutre, grand bonnet, coiffure des
ministres du culte, etc. Mot employé parfois ironiquement.
(j^jU xaêouV, melon. Plus usité en Thraceque zfovjrév^ {^'srsTrSvi).
yUUU *xaigolv', sorte de pierre schisteuse et friable débitée par
couches assez minces et servant au dallage des cours : rà
xaïgixv'a, les dalles. D'après la prononciation courante, le
mot turc devrait s'écrire ^jljbb» .
ijjl^Jo'^ xd'idapax, palet. Mot usité dans des jeux d'enfants; l'un
d'eux s'appelle — du moins chez les Arméniens — xatï-
dapax yLwyikns' .
^^uoU *xot.U^ et xa'iû, gros abricot à amande douce, corres-
pondant au t^jiP Ji^^Oj^ des Syriens, au lieu que le ^épdi-
"kov (cf.yiij)) répond au ^!^^ y*.^cu»^. Kais'à, abricotier.
^jioU xais', courroie, lion de cuir.
«JobLs *xaigava.5, omelette sucrée aux tranches de pain. En turc,
simple omelette. Celle-ci est appelée par les Grecs : 'f/e-
^^lï *xai(x', caïque, barque longue et elhlée. — jsns [t^omy grjs) ,
bateHer.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. -515
^3U•U xaïfjidK^, *crème de lait; la civme, /. e. la fleur, le meilleur
de quelque chose. KaïfjoxK' ou Tcaiixàx guih) : c'est excel-
lent, fondant, beurré! ^^\
2fM\ià x(xï(Àès, billet, *papier-monnaie. Ce deVnier a été long-
temps en circulation après la guerre turco-russe.
Li *xixl)a9'xovs, xaba$; en composition xabà. Gros et léger; peu
solide, malgré des apparences contraires; grossier, de
qualité vulgaire. Cf. jli .
o«».Lo xaèaoT', délit, ^culpabilité. ILcthach^ Sèv s^^', il est in-
nocent.
^ijLï, cf. ^^Ijli. Id. pour quantité d'autres mots pouvant s'écrire
' U ou '^ .
[Jj^], accueil, acceptation, j^vévt —, xahoîiX éT(xs{x, je n'ac-
cepte pas : usité parfois au lieu de Sèv toù xaToiSs)(^oviJ.i.
-îui *xovbès. Coupole, voûte (vue par l'extérieur), sommet
d'un édifice. Ja^o, xovbsXrjs, surmonté d'un dôme, d'une
coupole.
^Ls *xa7raV, couvercle. KaTrax'oivov , recouvrir, fermer, ca-
cher. (J.»Lo, xaitaxXrjs ou— rjO'xovs^ muni d'un couvercle.
('' Le «kaïraacn {FAndrinople et des environs constitue un des produits les
plus caractéristiques de la région, et fournit une preuve de la richesse du
terroir et de l'excellente qualité du lait. L'épaisse crème provenant de la cuis-
son de ce dernier est roulée en forme de pâtés de i décimètre de long sur
1/9 ou 1/3 de large et livrée ainsi à la consommation; on la mange souvent
seule, saupoudrée de sucre, de canelle, etc.; elle entre aussi dans la composi-
tion d'une foule de plats de douceurs (en voir une liste dans Barbier de Mey-
NARD, II, p. 699, s. V. ^iU^•ï). Constantinople tend de plus en plus à absorber
le «kaimaci d'Edirné, comme elle accapare ses primeurs et ses plus beaux fruits ;
ainsi la vieille capitale des Osmanlis joue vis-à-vis de son heureuse rivale l'humble
rôle de fournisseuse. Les produits d'Edirné sont quasi proverbiaux à Constan-
tinople, comme ceux de Damas (cf. -Li) dans toute la Turquie.
/il6 NOVEMBRE DI^CEMBRE 19 1 1.
yU* xotTrdv', trappe , ^ratière.
&:s?L5 *Ka7:dvga., f. , souricière.
jjcs *Kipljp. onomatopée très usitée, pour imiter le craquement
(l'une chose que l'on croque. De là le nom curieux qui
suit.
(ycjj) *?cyr>jpa, f. , grains de maïs rôtis au feu, et dont la plu-
part , en éclatant , laissent échapper leur bulbe en flocons ou
bourrelets d'un blanc laiteux. Ainsi appelés du craquement
qu'ils produisent à la cuisson, et surtout quand on les
mange. Les xyTijpis se vendent à la saison froide, comme
les châtaignes. C'est la spécialité des paysans thraco-bul-
gares que le froid fait affluer dans les villes.
;3-sXi, cf. t>AjL».
\j^ Kix-)(7te (le y^ très atténué). Interj. : hé, mon gaillard! co-
quin , va ! Le sens primitif de « mauvaise femme » n'est guère
connu des Rouméliotes.
^*xi xadsK', verre, coupe : assez peu employé.
[^^Jo] , tant. ^ *Xi ^i , cj xadàp ■zs'à, tant que ça! Employé par
emphase à la place de TÔaov zj'à !
^^!^*x■», chatouiller. Nous nous permettons de rapprocher de
cette racine turque le vocable grec *gad(xXâ), as, qui a ab-
solument même sens.
J>iy> et Jjj>»J» (armée noire) *xapaxa)X', patrouille, garde;
corps de garde. ( Les Syriens disent parfois ^^il-S^) Cf. »Ji
et Jyï.
i^ASLâ gI ^^\Ji xapavhjx' , obscurité, ténèbres : presque aussi
usité (lue axovTivccSa.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 417
yUîJ» et ijLoSyi *xapoLfjiciv', mouton à grosse queue, originaire
de Caramanie. jJjUi^, xapafictvXris , habitant ou originaire
de Caramanie. Ce mot, ainsi que dvadwXXovs , n'est pas
précisément élogieux; souvent il est synonyme de person-
nage épais, peu cultivé, de «paysan du Danube «.
^Uj xypbctTS', cravache, fouet. Ar. vulg. ^L>j^. Peut-être d'ori-
gine slave. Barbier de Meynard, II, 5 06.
r^oij!!)J»], hirondelle. <jib — , xijpXavgyjs hoiXyy^ hirondelle
de mer; syn. yjn'kiSovô-i^ct.pov .
owoLjJj *xapvoi.bn', chou-fleur. Ar. vulg. ÎaaaJJ»; en dialecte
zouaoua (de Slane), akrenbît. L'étymologie de ce mot
curieux reste incertaine. S. Chartouni, dans son dic-
tionnaire arabe ^)^^^ Vr*^ ' ^^' 10^2, cite IiaxjLï dont il
dit : t-*3 J3! piyi LoUî , et il ajoute ailleurs que le mot est
étranger à l'arabe. Certains dictionnaires turcs en font
une corruption de ^l^j* harna-hahâr\ chou -fleur. Nous
' préférons, jusqu'à meilleure explication, l'apparenter à
i-^Sl dérivé lui-même de xpdfxër], chou.
[sjS]. noir. Forme des composés, cités selon l'ordre alphabé-
tique du deuxième composant. Jy> sJi même sens que J^,
cf. s. V.
*Kapaxd^ci (**;^ ^^)' pie-grièche.
(jlyj xa^aVs, cosaque.
^\y xoL^dvg, gain. Kalavdtlov , de (>f;l*, est aussi employé,
au lieu de xspSî^ov, gagner.
yliy», cf. Jp.
(^^■yi xyly^gix', cornouille; et adj., rougeâtre [xjLj^)-
/il8 NOVEMBRE-DECEMBRE l'Jll.
cy^Ly^ *xoL(7aësT^. peu m'importe! tant pis! Toutes les autres
acceptions turques, dureté, chagrin, souci, n'ont pas
cours chez les Grecs.
c>.<u*J> xyo-fzeV, sort, chance, part échue. Syn. de rup^rj. Aj;to
jfrai; roi) xyafxéT' fxas : c'est là notre lot ; nous n'avons pas
plus de chance que cela!
t_jUa5 *xa(7aV?,houcher. KaoraTT^'o, boucherie. — Xyx', métier
de-.
5^*^ xov(TOvp', défaut, défectuosité, lacune; reste. —T/ shi
Tov Hovaovpi t', quel défaut a-t-il? de quoi a-t-il besoin?
Autre expression très usitée, équivalant au JàJ! ,jas. y^^yi
des Arabes : mL a^yai , xovaovpà bolxfxa , ne regardez pas
aux défauts ; pardon , excuse ! KovaovpXovs et — ovO'xovs ,
qui a un défaut, un vice.
ouiaï et v^lLaS *x(xdai(p^, diverses sortes de douceurs citées en
leur lieu. Cf. »^-^y, pLi.
ytJaï *HaTp(xv', goudron. K(xt pavXtj s , —yO'xovs, goudronné;
x(x.rpavi%ov, goudronner.
xUaï *xdravas, m. , grand cheval de race russe. Le mot serait
hongrois, et signifierait ^^ grosse cavalerie». Barbier de
Mevnard, s. V.
xiAa.» *Kadi(pès. velours, (jxiuki, xadiÇis'XîO'Hovs, orné ou
garni de velours; en velours.
Liï xoi(pàs, léte. Mot employé famihèrement pour dire : tête,
tête dure, tête sans cervelle. On emploie aussi dans ce
cas le svn. bulgare ifxâ^oi.. X\ov sïvi >; /;Àaêa a'; où est ta
tête, que fais-tu de ton bon sens? (jf. ^jaJU.
(jLjU xa(prdvi, manteau à l'orientale.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. Zil9
(jÀ3 *Ka(pas', cage, grille, grillage. K(x(pasXy6'xovs, et surtout
Ka(paaovT05, grillagé, strié.
3^5X5, cf. 3ytV-
<_^ *>caAni}iovs, adj., fausse, falsifiée (monnaie); chose ou
personne sans valeur.
^Jyf^^ *}ioLXTTOildv's, homme fainéant et vain; personnage de
nul mérite; chercheur d'expédients, mais sans succès. Le
sens premier est : faux-monnayeur ( de c^li mot précédent,
de l'arabe c^ changer, et du persan y) , yij , frapper :
batteur de fausse monnaie); n'est guère usité en grec dans
cette acception..
^jXkiyAi, xaX-TTalavXijx' , oisiveté, fainéantise (mère de
toutes les inspirations mauvaises).
ijLAâ *xaX7raV, coiffure d'hiver à poils ou à duvet. Hongr.
kolbak. — X))s, couvert d'un bonnet à poils; —gris, fa-
bricant de — .
yUAÀâ KoXiahaiv's, individu sans honneur; parfois syn. de xaX-
TTot^av's , fainéant, ^rossardw.
AjtÀi *xaXss, forteresse, forts; ville fortifiée.
iJJ xaXé[x', roseau ou plume arabe.
^iSJ^ xaXsfxx'dp's, écrivain; graveur.
iôs, cf. ^y>,
dLs*-^* et plutôt (Jj-sjLXï xaXix(jibovx' , roseau.
[^oJjjj, épée. (^Jlj — , }<-y^yg ^of-^yy'-i espadon, poisson-épée,
poisson-scie.
^U *xov[xixp' , jeu de hasard, avec argent : entraîne souvent l'idée
de café ou de taverne.
420 NOVEMBRE-DEGExMBRE 1911.
^lojU *}iov(xa.pbd'n5, joueur, joueur effréné. — ^X//V, passion du
jeu.
jiiU *xoujuas' , étoffe , pièce d'étoffe: étoffe à dessins. Voir ij*^j^.
Ui, graphie la plus ordinaire du mot arabe iL»-. Cf. s. v.
v^Ui *xamT', volet. En turc : aile, vantail, etc.
Jo*xà5 *xaWAa, lampe à huile, veilleuse, —gri?, vendeur de
lampes, celui qui en est chargé; Kavdi\civai(p-v' ç (d'où l'ar.
cxiÎJsJLJ»), sacristain.
^\\sX» *xavr<xp' . poids de /i/j ocques (en Syrie loo jio), 300
ocques j. Les poids considérables se pesant généralement à
la balance romaine, le mot xavTotp' s'emploie aussi cou-
ramment pour désigner cet instrument'". KavTapgîîs,
peseur.
^JM\^ et (jaiy» *x(xÊd'ij5, cawas, gardien et homme de livrée des
consulats, des ambassades et des grandes administrations.
(jt^ et ^jjî^l* *«a€a«', peupher.
jj^l^ *fràêctv6f, grand pot de terre pour les conserves de con-
fitures, de choucroute. Correspondant ar. vulg : n^^p^^
[oyi], partie intensive, s^^ï — , xoÙtt xovpov, complètement
sec.
» *xw7r7sa, agrafe.
'■' Nous ferons observer ici une des inconséquences de l'orthographe
grecque moderne : xavt âpt et xovtàpi (perche) s'écrivent de la même manière
pour ce qui regarde les consonnes, et rependant lo groupe vr se prononce nt
dans le premier, et nd dans le second, conformément à la règle courante de
transformation consonantique.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 421
JiSy» xou/SetX^s, fort, vigoureux : se dit de la force muscu-
laire.
^^i^y» et ^jL9\z^yi*x(i)gà (xw^àfz) et xù}gaixàv, indécl. Grand,
si grand! énorme; parfois âgé. Ces deux mots sont des
particules admiratives plutôt que des adjectifs. Le premier,
qui prend un (x euphonique quand le mot suivant com-
mence par une voyelle, ne s'emploie que très rarement
seul; il est d'ordinaire précédé de la particule intensive
,j**y> : xo)5 Hwgàa ôivOpovnovs; grand et bel homme! quel
bel homme! Le deuxième n'est pas nécessairement précédé
de xùs : xcogafiàv igrjS) (-craj^}), enfant de belle taille!
fort, bien développé!
^J*ji.^ xcogaXijx', état du mariage. Le sons de vieillesse n'est
pas usité parmi les Grecs. Syn.: àvdpcôyvvov (on remar-
quera la prononciation dure du S primitif].
j^jjj *x6rs', bélier.
yU*.y> *xovTsdv', tige, trognon de légume (chou, laitue),
de maïs, etc.
f^^j^ xovpTovXchXov et xovptapdî^ov, se sauver, échapper,
l'échapper belle. Le deuxième des verbes grecs devrait
avoir régulièrement le sens actif ou intensif; il ne l'a que
fort rarement. D'ailleurs, au neutre ou à l'actif, le verbe
grec yXvToôvov est plus usité; mais xovpTovXdi^ov a une
nuance que ce dernier n'exprime pas : l'échapper belle,
s'esquiver, etc.
(/««j^) xcôpa-afx, conj : comme si! avec une nuance ironique.
Synonyme de (lépcroLii. Cf. s. v. ^s^Xa.
yyijjy» xovpsov(i' , plomb, balle de plomb, et surtout pièces de
plomb fixées autour des filets pour les faire plonger.
XVIII. 98
422 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1911.
(jl»j|^ xojpxaVs, peureux. [)oltron. Ce terme va souvent avec
ba^iptâv^s : xct)pxxK baliptolv's^ Juif peureux, et plus sou-
vent : peureux comme un Juif. Syn. : (pov^msidp's.
M)^ xcôpHixa, n'aie pns peur. Souvent employé avec gocvjujL
(mon âme! mon cher), à la place de (x^ (povSdsi.
(^jiy ^Kovpdiiov, tendre, dresser; afficher, étaler, «arborer 55
tel ou tel vêtement; monter une montre, une horloge. Ce
mot est extrêmement répandu, et rend des nuances très
diverses et très originales : xovpih [Hovpdias') tov <pisi t', le
voilà qui a coiffé, qui a «arboré 71 son fez. Kovpihcr[xévov5,
exposé, étalé devant les passants.
Aj;y». Barbier de Meynard donne à ce terme le sens de
«cuve, baignoires, et lui assigne comme origine l'arabe
ioJ» (angle, coin) , d'où le rapprochement avec ie grec vulg.
*yovpva : auge, cellule dans un bain turc. Cf. aussi y^
cuve, auge.
[^5jil , sec, cf. vy*' — is^ L^^-^ *y'(xs (jlov xovpov, mouillé (hu-
mide) ou sec? Intcrrogalion préalable que pose celui qui
va lancer en l'air une pierre mouillée de salive d'un seul
côté, pour savoir qui commencera au jeu : manière or-
dinaire parmi les enfanls de tirer à la courle-paille.
cy^jj^ xovpovT', sorte de hiit caillé.
is^i)y ^^ C5^jy> ^o^po^//''^ > garde champêtre.
[jjjy»] , agneau , cf. c^î . — -^jj^ *xovlovix . mon cher : mot d'un
usage extrêmement fréquent.
o-V,cf. *^y>.
^JMyiM>Ji *xovsxovs', couscous : pâte en petits grains. Se prépare
ordinairement en pilau : xovsxovs laiXaÇ)' .
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMÉLIE. 523
r^j^jj»] , oiseau. Cf. cy^î et j»^)^'.
jL-i^ *xoveT7raxTsrjs (sîc), celui qui nourrit, vend et achète
des oiseaux, spécialement des pigeons domestiques. Mot
barbare composé de ji^i oiseau, et du sutfixe persan ^L,
qui joue avec. En effet, outre les ventes et échanges de
pigeons, ces oiseleurs sont une grande partie de la journée
occupés à faire voler leurs bandes de pigeons, à les ex-
citer, à essayer d'attirer les pigeons d'autrui, etc. S'écrit
aussi _^^^ljjj^^, d'où la prononciation grecque.
^ijLijj» *xovsâ}i', ceinture; sous-ventrière pour chevaux, —grjs
(pron. TS^s) fabricant de — .
-^^. Ta *xovpsov[j.'a, les harnais d'un cheval de trait; ainsi
prononcé sans doute par confusion avec y^^;>».
(J^yï *xovt)^^\ boîte. Dim. xovjdx'. — *A(picdv xouTOvaov, ta-
batière.
»s.ji et s^ji *xovGàs, seau, en cuir ou en métal.
Lfyi xov(p'ovs , creux, vide; pourri à l'intérieur. Se dit surtout
des fruits secs : noix, noisettes, etc; s'applique aussi aux
personnes douées de peu de vigueur musculaire.
idiyi *xovxXa, f. , poupée, personne gentille et frêle.
[^^1, odeur. J;^^5^ — xcjKovaov gu^èX, celasentbon; quelle
bonne odeur! Se dit lorsqu'on flaire une odeur agréable.
iiyiji xwxovXovs et — XovO'xovs, parfumé, odorant.
(^jj>y> ou ^j-^^) *xovxo\jrs^, noyau; parfois syn. de : rien,
zéro, bredouille.
*'* li est hors de doute que ce mot ne soit d'origine grecque : xvtIs; il se
peut toutefois que le cliangenient de u en ov soit dû à l'influence de la pronon-
ciation turque.
98.
kU NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
\^^ *xok6'ïj$, sans le sou, dans la dèche. Remarquer la chute
du Ç (y), ^ouv xoxélvs ou plutôt KOXÔjriS.
^^Jvj^y» *xoKolXovx^ , manque, pénurie d'argent. — (^ov^ripo,
terrible dèche!
Jy> *KcÔA', brancard d'une voiture (en turc, bras, manche;
colonne d'armée, aile); patrouille, ronde.
^ijyj KOvXag'i^TS'), brasse.
Vj^i)y> xovXayovf , pilote, guide; aiguille marquant les minutes :
peu usité. Plus employé au sens d'étoffe moirée.
ijlily» xoyXaV , oreille : s'emploie ironiquement à la place de
ayr), pour une oreille longue et pendante; —Xys, aux
longues oreilles.
Ux^iJy» xovXayLhapaç , sodomite; du persan »^3Ai.
^iJy» Koikdi, facile; c'est facile!, facilement. Contraire de j^^,
^îJp' (cf. s. V.) : l'un et l'autre s'emploient occasionnel-
lement, surtout sous forme d'exclamation ou d'interro-
gation, à la place de eî/xouXa, Suo-kovXo. : xoSkai (xov tov
6(xp(^p)e7s, le crois-tu donc facile?
xJyi xovlvba, hutte, cabane. Le mot grec était xcikù^rr, il a
été repris au turc sous sa forme barbare'^'.
<-Jj3 *xot;X7r', anse d'un vase; manche. —Xovs et \ov6*xovs, à
anse, à manche.
^^y> *xeoXTovx', aisselle; bras.
C' En cmpninlanl des lerriips aux langues enropôenncs, les Turrs ont une
tendance marquée : i° à assimiler eiilre elles les voyelles diiïérenles; 2" à choisir
de préférence le son ou à la place de u, o, w : ainsi cliolcra {;^oÀ£pa) est de-
venu Kouloûra; xaAuS»;, Kouloiiba; kvth (ou xoiyTJ?) Koutoû.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMÉLIE. 425
i^y» *xo>}Xgtis, gardien de douane, de régie; gendarme posté
sur les routes.
^^yJ^ xovX{X)avdi%ov , se servir de qq. ch. , empioyer. — Kov-
X(xvdi(7{Ji<x , usage.
jJlJ^ xovXXovk', corps de garde, corps de police (comme
J^5_», en tant que nom de lieu); parfois servitude,
travaux forcés.
«J^ xovXès, *tour, citadelle. T'avgyv xovXsa-), tour d'incendie.
Beaucoup de localités portent cet appellatif : «J_^^^ les
Sept-Tours; j-^;jj d^j^, ville forte, entre Andrinople et
Gonstantinople. Autre sens dérivé du précédent, mais
que nous n'avons pas rencontré dans les dictionnaires :
plissé (dans un vêtement), maille (dans un travail fait au
crochet). Ces significations doivent se rattacher au sens
de créneau dérivé très naturel des mots «tour, château 11.
Racine : à*JL5. M. Triandaphyllidis, Die Lehnworter . . . ,
p. 8, considère le changement de qaVa en xovXds, yovXds
comme presque inadmissible; à la page i/i8 cependant,
il tempère son premier jugement , et avec raison.
J*)^ xovXsX^s, flanqué détours, surmonté de créneaux;
orné de plis ou de plissés.
5^_^ et &jJi ou «jLi, cf. yyj^.
^ya.«Jùy«^ xw(ot;)|M(Vs et xov[xh<xgris, membre d'un comité
(secret). Le mot a eu ses vicissitudes depuis une qua-
rantaine d'années. Avant la guerre d'indépendance de la
Bulgarie (i8'y6-i8y'y), le xov[xi't's était un membre d'un
comité bulgare de la ligue pour l'indépendance; sous
Abd-ul-Hamid , le mot xQv{co'jy.hoLgr]? désigna un membre
des comités Jeunes-Turcs ou Jeunes- Arméniens.
426 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
(^bys *xuv(xx', palais du gouvernement, hôtel de ville (le
Kséraib? des pays de langue arabe) ^^'; grande et belle
maison de riclie musulman.
»^«Xj^ xovvdo-jp' et surlout xonvdovp'a, terme générique pour
soulier : peu usité. ^s^iSjji, *xovvdojpagtis, el — à$, cor-
donnier.
jjyisj^ xai(xsovXovx' , voisinage, bon voisinage.
A-»»Jjj *^oDsa (^sic), gésier, et par extension pomme d'Adam
proéminente. GovsaXys, personne chez qui la pomme
d'Adam est très apparente.
j;jCj3 ^xovvévl^y^ov, aor. xcoviy^a, se mettre, se poser (oiseau).
Le verbe grec xavevco, malgré son apparence hellénique,
n'est aulre que ce verbe turc, qui a donné le mot ijljj3;
cf. supra.
^3-«^)^iy> (ou ^^^)»^y>) xovSaXadiZov , poursuivre, pourchasser.
Parfois le même mot a le sens du terme grec vulgaire
xovëaXà) (en rouniél. xov^otvo!)), porter, transporter, et
alors l'addition de la désinence adiZov ajoute l'idée de
peine, d'efforts répétés.
ij^^yj)^ *xovïpovxXovs, qui a une queue.
(^yji xovy'ovfxg^s , orfèvre, joaillier. Nom de famille en
Rouméiie comme en Syrie.
[llM^*] ' niouton. ^1 — xovy'oiiv èr), viande de mouton.
c^iLo xy'aÇiéT', extérieur, physionomie; état, surtout lamen-
table, d(î saleté, de maladie. Dans ce sens. svn. de xi^'X'a
''^ En Turquie d'Europe le scrail indique plulôl le palais du souverain.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. /»27
Ls xy'afisT', tumulte, vacarme, cris. Sens premier : résur-
rection, jugement dernier; ar. itoLs, 4^vaXJ! -Jo^UaJI. Ex-
pression un peu détournée de son sens primitif : (^«Xjy>— ,
xy'a{jisr xcoTrrov, il a éclaté en cris, sanglots; en turc, un
grand malheur est arrivé.
[c^], partie, intensive. t^yojjJi— xyi: xypixyly, très rouge,
rouge vif, ou complètement rouge.
osxï x^T', petite quantité, rareté, pénurie, disette.
(jùLo), xyTXyd'xovs, en petite quantité, chose dont
on ne peut user qu'avec parcimonie.
^^iJu^, xyrlyx', comme xyr'.
j:^ gygyp^, substance élastique qu'on mâche avec le mastic et
qui permet d'en former sur les lèvres des bulles qu'on fait
éclater avec bruit. Sens primitif du mot turc : grincement,
avec grincement; froufrou causé par le froissement d'une
étoffe empesée, etc. La première acception signalée plus
haut est courante parmi les Turcs aussi, quoique les dic-
tionnaires n'en disent rien. Parfois ce mot se dit d'une
personne raide et dure.
^ *xiJTs', ruade; sens premier : partie arrière de quelque
chose, bête , navire.
jjk5 xijp', champs, campagne; 'alov xijp'^ au vert.
ii4^, cf. ^ji.
^!5X.i.uA3 ou *Li>jk3 xyslà? , *serre et caserne.
^3^^Ai *xyidi%ov, hacher (de la viande, exclusivement).
*^>jo *xyifjLa.s, hachis. Ky{[xaXij6'xovs ou —Xrjs, fait avec du
hachis ou farci de — .
428 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
fc^l^ x'aTh's ou xezh's, secrétaire, écrivain : quand il s'agit
d'un turc; pour les autres : ypci(X(iaTixos. — jiU, bas
xsti'tt's, secrétaire en chef.
^li *x'dp', profit, gain.
AjUfc.^1^ xtp/^dvès on —vas, maison de prostitution. En arabe
vulg. iijis^yS', pi. ^AàwL5^ a le premier sens donné par les
dictionnaires au mot lurc : atelier, fabrique. Je n'ai pas
souvenance que les Grecs aient adopté celte signification.
Pour fabrique, ils disent tout simplement : (p<xb[^^)pixa..
jj^l^ et Wj*^ *guipij', égout, lieu ou trou d'écoulement des eaux
sales.
i^^S'^x'acrèç ou xea-ès, coupe, bol, écuelle. Mot persan; cf.
l'arabe j-iS^.
AÎCil^ *xésxi, exclamation de regret, de souhait non réalisé,
équivalente à sWe (inconnu du vulgaire); elle concerne
surtout un fait passé.
^30 *gu'a€ovp's ou gu'âËovpas, infidèle, chien de chrétien. Cf.
. ^^'
t_)L5 "xebaT:' , rôti , gigot.
jfijL^ xibapXyx', fierté, orgueil; noblesse.
AjOj^ gusbspdi'lov , mourir (comme un chien, un animal); ne
s'emploie que comme insulte, ou en signe de souverain
mépris: é(|uivalent de «crever??.
os?^aj xtèp/r- , allumette. Syn. : Ç>cô(j(poupov et crnip'Tov.
I
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 429
(^S'guib), comme, à l instar. Celte particule est presque en-
clitique; elle est revenue plus d'une fois au cours de cette
étude. Syn. : 'aàv (^cbaàv).
»jL^ xs7r<xlès, vil, sans honneur; avare.
Keira^sXiK' , nom de qualité du précédent.
<fcs55'*xe7rTsis , écumoire; grande cuiller en cuivre ou en bois.
sAkjS^ xsnévg^', devanture de boutique, panneaux en bois
constituant une fermeture; trappe.
^^Lx^ xtTOLTTTsrjs , libraire, spécialement turc.
(JjS' x£T£V, lin. Syn. : Xivov, n. (^^^^J^) ^^y^y — , xsTèv
Tocoiiou, graine de lin : aussi usité que Xivapôa-Trovpûv. Cf.
\^.
I«xà£v^ et lf.^x£)(ay'às , mot dont le peuple use parfois dans le
sens générique de gros personnage, notable, un peu
comme TSsXebns et Tsapbagns, sens exact : hôte, inten-
dant.
ciUs^, cf.;l^.
KssS^xttsks, étoffe de laine grossière, non frappée.
[(^sivS^j, chèvre, ^Jj^^^, xsisi hw'ivou^ov, caroube (corne de
chèvre). Le mot vulgaire pour chèvre : xarsiV et xctTSixa.,
vient probablement du turc. ^^x«^ — , xstsI [xsixecr], sorte
de raisin à grains allongés; m. à m. mamelle de chèvre.
^^^guuTi, particule d'exclamation, pour la menace, le re-
proche, la joie, l'admiration, sans aucune allusion au
sens primilii' qui n'est rien moins qu'honorable. E guid);
oh! ah! (que c'était bien, que c'est beau!)
ç^ùS'iSi^, croLva. (<7ey<) guid) — \ ah! petit coquin, si je
t'attrape! attends un peu!
430 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
l^Kipâs, loyer. Syn. 'voik^, 'voïK'd^ov, louer.
b^jS'xepcnôis, canaille, coquin. KspomxXtjx' , canaillerie, mal-
honnêteté. Le sens primitif est le même que celui de
guid).
i^ô^S*x£p7rsdév' , tenailles. De Tar. ylcjA^.
^,>^ *xspniTs', brique non cuite.
dlj^ *x£pT/x' , entaille; rugosité, échancrure.
AjU»^^, cf. AjLi-^l^.
^\:>jS^el ^:>S *guepdixv', gorge charnue , double et triple menton ;
cf. (jii^^S^
Hui^S'xspea-lès, bois de construction; matériaux. Ar. vulg.
a:uL^, marchandise : *^?y-« AA*»._5'viLl« U*Xj il nous faut
de la bonne marchandise. — Kspecrleg^s, marchand de
bois de construction.
(j*J^^ *x£px£v£y', milan noir.
5Jyy«-^ xspsfxnsrjs, fabricant ou débitant de tuiles : la pre-
mière partie du mot est d'origine grecque xepafxiSi , mais
elle est employée sous sa forme turque.
jMj-5'et fjiJt~jS'*H{gii)tpts'(^j') , corde de boyau.
[joo^j , libéral; — aM! aXXà(x) Ksp'içx ou x'ap}|u, formule de sou-
hait très répandue dans tout l'Orient.
xy^S'ct aaa«_^ *}iov(7nov5, résidu de la mouture du sésame,
donné en nourriture aux bestiaux. Cf. s. v. (j>^, et Mi-
KLOSiCH, Die turhisch. Elem. . ., Il, p. i i.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. A31
[<îgU*w5'] *xecr1oivegrjs, vendeur de châtaignes. Le mot châtaigne
a conservé sa forme grecque xdalixvov.
j^^xeaép', doloire, hachette, instrument de menuiserie : assez
peu employé. Syn. sxiTrap'.
ijjX^^xssxiv's ou —xovs, tranchant, aigu, âpre, prompt à
s'irriter; xssxivXix', âpreté, violence.
[^^:^yM*SJ , coupeur; —iJ-j y^àv xsa-egrîs, filou (voleur de bourse).
^i^SjiJ) * xdxéx^ , plat de froment bouilh avec de petits morceaux
de viande. Cf. l'ar. viUi^.
fjLiJM^ *xssvis', coriandre; graines de—. On les roule dans du
sucre.
jjSii^ *xi[ej€guip' ou gmëguip', écumoire. Mot persan usité
aussi en ar. vulg. où il se prononce kajlàr.
JjJS xsÇ'i'X's, garant, caution.
[joj, rose; «^U— gùX yctà, essence de rose; (s?y^ — S^^ ^°^'
y'ov et a-uu, eau de rose. Cf. *Lj.
jj^":^ et jA^jJS'^xsXsTTip', acheté d'occasion, à bon marché;
—gris, celui qui pratique ce trafic.
^yS'et y^i *xiXép', office, cellier. Le mot turc a été pris au grec
médiéval xeXkdpiov. Ar. vulg, ^\^. KiXspgrjs, cellerier.
Ar. vulg. (s^)]j^.
[tiU«^] , venir; — (-}^ù^*gmtl\iT gusX[xéx', aller et retour.
iàS'xeXkès, tête de fromage, pain de sucre. On dit aussi cou-
ramment Ba. xi(pâA' [xe(pdX').
^}CK|)SxlXnXl6'xovs, fermant à clef.
(f^yS *xi'Xi[x', tapis ras.
432 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1911.
^*gué[i', bride, rênes, mors.
aSi^ xsfxavès, violon : employé ironiquement, par allusion à
l'instrument des chanteurs ambulants turcs. Le mot AjtX
signifie primitivemeut archet; xsfxavsvgrjs, violoneux, ra-
cleur; violoniste turc.
S Ksixép', arche''', arceau, arc-boutant, mur de soutènement;
ceinture où les paysans serrent leur argent : ar. vulg, ka~
mar. On dit rpahco ou pix'^ov eva — : je jette (tire) un ar-
ceau. (}yC xsfjLspXrjs, qui a des arches. Les enfants em-
ploient aussi le mot Ke(xép' dans cette langue spéciale que
j'appellerais volontiers « la langue du cerf-volant v : i° ficelle
à l'extrémité de laquelle est attachée une pierre et au
moyen de laquelle on cherche à accrocher le fil du cerf-
volant rival : cf. yL*-o; 2° pièce de carton ou de papier troué,
que l'on fait glisser le long de la ficelle d'un cerf-volant,
pour se renseigner sur la force du vent.
cîJ^ et tà^yo^ gueunpÛK'^ douane. Le mot grec xov[xépK' (du
latin commercium) a fait retour sous sa forme turque; mais
il est usité aussi tel quel. — Gueu[jt.pii}iTS))s , douanier.
S)^i S^y*^ }i'eu(jiupgi)s, charbonnier. Syn. }ca.pëovv(xp's.
i^J^y» et (^^lyojS^ H'eu[ÂupXû}c', dépôt de charbon. Syn. xap€ov-
^J^ et (jyf:^ xinicôv^, cumin.
^^:f^gusvrsXix', jeunesse.
[j^vX;.^] , soi-même; aj — — xsvd) xevdivè, tout seul, à part lui.
oii.5' ot Ul>jS Ktvz(ph, lieux d'aisances : employé plutôt par
ironu;. ¥^evi(pT^,]5, vidangeur, balayeur de — .
t'î L'arche d'un pont se dit xafiâpa, probablement emprunté au niènu' ra-
dical.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMÉLIE. 433
j^^S^gu'eubéx', venire, panse : s'emploie dans le mênie cas que
fjiSen ar. vulg. Cœur d'un fruit, d'un légume (chou, lai-
tue). Syn. xapS'à.
JjjS'x'eMTreV, chien ! employé comme insulte; devient souvent
alors un seul mot avec^^^l, fds : jLi^^5"x'ct)7rc<;(y)Xoys,
coquin, canaille; très souvent on ajoute encore x'eunéK' :
chien, fils de chien ! Ar. (-^ ^!, c_Jv^ (j*J^ (j^'.
^xi — , *—^e[xsŒi, tumeur sous l'aisselle, hubon.
[cy^l, imite le bruit d'un coup. Cf. ^i^.
[i^i^^j, imite le bruit d'un coup S'emploie avec (^>joL>.
jJojS'x'^MTeV, bastonnade, coups, rossée; donner et recevoir
des coups : St'vov , Tpûyov — .
Jy]j5 *xMT?<x', tronc d'arbre, bûche; cep, branche rabougrie
et desséchée.
[^_ji], violence, difficulté. %j~ *5""'f^' bsXà({xj, enfin! à la fin
des fins! m. à m. avec grande dilficulté.
^jS'^gu'eÛTS', grand chariot, à bords très relevés et évasés, pour
le transport de la paille; sert aussi pour les déménage-
ments. Sens premier du mot : déménagement, migration;
aeceptiou inusitée en grec,
[)^], aveugle; Jiiy — x'œp-TôoirdiX's , borgne et bot. Se dit par-
fois, même quand le personnage bot n'est pas précisé-
ment borgne; employé quelquefois comme insulte, quand
quelqu'un vous a coudoyé violemment, marché sur les
pieds.
i^.y^*x'eup7tès et —id'xovs, charnu, frais et tendre. Se dit
spécialement des légumes comme le chou, la laitue, etc.,
qui ont un gu'eubéx'. Cf. db^57 ... _, ..
liZli NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
d)j^ et i^^j^*gU££p£d'xovs, frais et croquant (gâteau, pâté).
d)j^xûpK', fourrure, habit fourré. S'emploie quelquefois à la
place de yovva. Kupxgrjs, tailleur pour fourrures : plus
employé que yovvapScs. Kiipx'kùs et — ûO'xovs, homme
enveloppé d'une pelisse; (habil) fourré.
[j^jJ;^, tapage, vacarme. Cf. c^^Ij. S'emploie aussi tout seul
dans le même sens.
Aj^j.S'et »ip', cf. ^^
[sj^l, relativement à. Usité dans l'expression : s>^\^\ ùvà
gueupè, quant à cela; plus usité encore dans s^^ \^\
(ij^_ »^ii èva. gueupè sun^è y'œx, pas de doute à cela. Par-
fois cette particule signifie «conformément av, sens qui
lui est ordinaire en turc.
[')^], œil. Usité en grec dans plusieurs expressions: — »jj
*xapàgiieû'tjs, polichinelle, comédien; m. à m. personne
aux yeux, aux sourcils no\v?>y KJipoLgueu{}M)i\ tour de poli-
chinelle, farce, grimace.
— tinft^^ cf. (>*^^
[J)^l, beau. (•— *gul,eViyL, si beau, si superbe! Exclamation
souvent employée pour exprimer le regret, l'admiration;
gvlsWfi zsaXixctp' , isS)s 'aédav^ — un si beau jeune
homme, comment a-t-il pu mourir! gu^sMpi sV/t* £)(f', x)
xXaiÏTt, il a une si belle maison, et il s'en plaint!
&'^ *gu£€£lès , bavard, jaseur, radoteur. —\ix', bavardage,
sottes paroles.
Ki}ju>é^ *x'eucnéx' , entraves de monture; croc-en-jambe. Cette
dernière acception n'est pas mentionnée dans les diction-
naires.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 435
Jim^Kua-m, bourrade, coups donnés avec un gros bâton;
m. à m. tison, barre de fer, pic.
iiMijS'*}i'eu(7ès, imberbe, ou à poils très clairsemés.
Juij5'*x'eMsV , kiosque, pavillon.
iCii^x'eusès, angle, coin; ,jjU^^— ,cf. ijjh^>?.
KeukXrjs Qi — riB'Kovç, angulaire; ayant des recoins.
iCii^^x'euÇnès, boulettes de hacbis cuites à la poêle, raSas
(îjlL»); ou sur le gril (<Txapa) : dans ce cas elles prennent
le nom de -ruKUpvx. ^'euÇiTser) (boulettes à la salive), al-
lusion au coup de main pour leur donner leur forme
oblongue.
t^J^ *x'eiCH', petits tas de noix ou noisettes — généralement
quatre — servant à des jeux d'enfants. Cette acception
n'est pas signalée dans les dictionnaires, qui ont, par
contre : racine, fondement; cheville de violon.
^^ *gu(2sTS', casserole en terre cuite; nom d'un plat de
viande, généralement agneau ou mouton, qu'on y fait
cuire.
i^5^ et ^-^J> *xuxûpT' , soufre.
^yS'guûfx', vase de cuivre, bouilloire; aiguière de barbier. ,
^U5^*xouxouyap', pomme de pin et surtout graine de pin. Le
mot turc signifie sapin.
Jj5'*g-weMX', marais, étang.
^^ù^^xuXdùp, bruit tumullueux, chute, roulement. S'emploie
seul, répété, ou après -j*>Jb ■zsaXdyp.
»^^*guXkks^ boulet de canon. Les deux A sont parfaitement
détachés dans le mot grec.
436 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1911.
^J>r*J^ cf. Sji.
(jiïw«^5'et (_j**^5^ *xov(xds', poulailler.
[(jiw«j5"], argent, ^ii^— , gufxàs-guepddv*, menton (m. à m.
gosier) d'argent : nom d'une famille grecque de Thrace.
ijj^, cf. i^j^^ .
K^JO^j, jour. — AssrÇS^ ^^^é^ guvdùl, nuit et jour : employé
parfois à la place de '{xépa vvxtol,
»iU3^5^^?(rAiix', salaire d'une journée.
(^^S'x'ewif, village, hameau. Ce mot revient constamment dans
la loponomaslique de la Roumélie, comn)e d'ailleurs de
tous les pays de langue turque. Les Grecs, toutefois,
l'emploient rarement seul, comme nom commun; ils lui
préfèrent alors le mot xovp'o (dim. de xcôpct) '^*.
^}.i^, x^eu'iXiis , villageois, campagnard. On lui préfère
^OVp'OiT's.
iiy^Qi ^Xi-j^Ki^pihdp', ambre jaune, succin. Les Arabes ont
fait de ce mot le synonyme d'électricité (elTet pour la
cause) : le vulgaire prononce Ait^en passant très légè-
rement sur le ^.
L^S", cf. Ijvsr^^.
<\^^S^, cf. v^^Xj^S^
'') Quand, dans le voisinage d'une ville, se trouve un village, le torme em-
ployé pour dire : à la viilo, en ville, esl le mot Kiajpov\ 'stoù xâmpov [ca$-
trum). Cela s'explique, soil parce qu'en général toutes ces grandes villes
conservent encore leurs fortifications du moyen ùge , et môme de Tcpoque
romaine (la tour d'incendie, à Andritiople, a été construite sur tuie magni-
fique tour romaine s'élevant au cœur môme de la cité), soit aussi parce (|ue le
terme 'st^v -ctoA' prêterait à une grosse équivoque, ayant fini par ne désigner
que la capitale. •
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMÉLIE. liSl
^,>SjS*guidis', action d'aller, dépari (fuite); allure, démarche.
CJ^JsA^, cf. dl^S.
^jS'*Kipérs' , chaux. — ts^s, marchand de chaux, ouvrier qui
la prépare.
(J^?;^)^^P/3e'A',cf.^>.
».^t*jS * Ktah ^ m., bourse : nom donné autrefois à une grosse
somme déterminée d'argent ou d'or. La première valait
généralement 5oo piastres, et la dpuxième 10,000 (cf.
toutefois Barbier de Meynard, II, 688, pour les variétés et
les fluctuations, selon les temps et les lieux). Le sens pre-
mier du mot désigne le contenant, sachet, bourse. Cf. l'ar.
(jNbA^, sac, et le syr. Irn.o. Le mot est persan, d'après les
meilleurs auteurs.
uàa5'*x£(P', bonne humeur, bonne santé, bonne disposition;
joie, gaîlé. S'emploie souvent au pluriel dans les deux
sens : ■tErw? 'usa.v (^zrriyotivovv^ tôt. >cé(p'a.; comment cela va-
t-il? Uprav Î^Xdav^ rà. }ié(p'a t', le voilà en belle humeur.
Lit. 'i^VTifc .
^:5U5'et s-^'^'S, cf. ^'^, etc.
[-0^], qui? Eventuellement employé à la place de 'a°^bs : ^\ —
et — yi k\(i ôj , hov k\[i , qui est-ce ? Cf. ^\ .
J
(jjx^i) ^Xx-ttIsiv', bottines légères de maroquin à semelles
plates, sur lesquelles on porte de gros souliers. Très en
usage parmi les personnes aisées turques, arméniennes,
grecques ou juives, vivant encore à l'orientale. C'est en
Xairlsiv', après avoir déposé ses babouches (resp. ses sou-
XVIII. 29
A38 NO^^EMBRE-DECEMBRE 1911.
liers)à la porte, que le bourgeois entre chez lui, ou chez
les autres, monte sur ses sofas où il se croise les jambes,
pénètre dans les mosquées dont il peut alors impunément
fouler les nattes et les tapis, enfin s'installe pour la journée
sur son stlrè (petit matelas), s'il est marchand ou chan-
geur, etc.
bil *Xa7rà?, soupe très épaisse au riz et au beurre; tout ce qui
en a l'apparence ou la consistance; cataplasme.
^i^^i) *Xag<^£pT', mot invariable : de couleur lapis-lazuli, bleu
foncé. S'emploie surtout en matière d'étoffe. C'est le mot
devenu en arabe ^)^)^ • *
^^jO^-y Xaa-lîx'. 'a, ^caoutchouc ou, en général, galoches.
xiii) Xés', cadavre en putréfaction, charogne. Le mot est
persan ; les Grecs en ont adopté la prononciation turque.
aJ^J laXès, *coquelicot; tulipe.
i£^jd>)} Aot)(p'jp', sorte de chale d'Inde (Lahore).
5iLJ *Xtha(Us, veston ouaté : partie du vêtement à l'orientale.
(^AJ *'Xsh'ksh] , pi, 'à: IshlsbovStx , pi. ts, pois chiches (persan
^xLsî, betterave cuite). Aeblebiir^s, marchand de — .
(Jù\N.] Ael^eTXiô'jiovs , savoureux, agréable au goût.
**i Xayijfx', *fosse d'aisances, égout. —gvs, vidangeur.
xjU XcoKfJLÔis, bouchée; id. en langage culinaire : ^houlettes de
pâte soufflée; on les prend souvent avec du -zssTfJiéj', cf.
-yi) *Xœ}cov(ji' , le rt loukoum 55, cf. owsi.!^. — gtîs, marchand
de — .
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMÉLIE. 439
xO *Xexè5, tache, surtout sur un habit. —Xr/d'HOus, taché,
souillé. AsK'd^ov , maculer, tacher quelque chose.
\<-jj^] , chose arrondie et prête à être avalée; bouchée; bruit de
quelque chose qu'on avale. — -ôU^, yaltjpXw'n^ , cf. s. v.
t_»y-*c>U.; c$^~i ^'^'^ guib), d'un trait, en une bouchée,
une aspiration. Awi^ixpdt^ov , avaler d'un trait, tout rond
et avec bruit.
y^ji XcMibom', bâton gros et court : ne s'emploie que dans le
sens de battre, rosser quelqu'un, comme dijj.S', ^^^.
Y aurait-il quelque affinité avec l'arabe vulgaire c:>J-^3
{\syS), bâton, massue?
«jJUmjJ XovŒlpa, frottement des bottines pour les faire luire. Le
mot est italien, mais il a pu être emprunté d'abord par
les Turcs. Aovc/l pagrfs , cireur de souliers; syn. bcay^ctgri?.
*JjJ *XyX£?, foyer de pipe, de narguilé.
r^l Aèpf^, mot invariable signifiant en turc Pologne. Il n'est
employé par les Grecs et autres Rouméhotes qu'en an-
nexion avec le mot i^ybya^ (Juif, cf. s. y.), dans l'ex-
pression injurieuse (^c>^-jLa-:^ aJ *X£;^ -rstÇtovdov, Juif de
Pologne (pour dire sale et sordide). Beaucoup ignorent
certainement le sens exact du premier composant, le con-
fondant peut-être avec le mot Xés', cf. supra »J^)f. Le Juif
de Pologne passerait donc pour le plus malpropre des
Juifs, ou plutôt pour le type de la malpropreté, car cette
insulte s'adresse parfois à quelqu'un de très sale, même
non Juif. L'air si drôle des Juifs polonais, avec leurs
longues boucles pendantes des deux côtés du front, leurs
barbes et leurs habits souvent crasseux, ainsi que la mal-
propreté habituelle de certains quartiers juifs, expliquent
sutBsamment les deux termes de cette appellation devenue
proverbiale en Turquie.
29.
440 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
*ïvJ *XiKa, filoselle, jonc; écorce d'un rameau, d'une branche
encore verte. Sert de lien en jardinage, ou de suspension
pour poissons frais ou salés, etc. Le mot a l'allure plutôt
grecque; je ne l'ai cependant trouvé dans aucun des dic-
tionnaires grecs à ma disposition.
«iiUI et JdS^J *X£A£V, cigogne; personne aux grandes jambes
maigres; dans ce dernier cas, on dit plus volontiers XeXixtxs.
yUJ h[xdv', port, baie. La racine grecque Xi(xt)v paraît hors
de conteste.
ij^f^J *Xi[xwv', citron. AifjLovdTagvs , vendeur de limonade.
jjyb^^U [xapavgos, menuisier. — O^yg' , métier de — . Mot vé-
nitien : marangone.
J^^U */MapouA', n. , laitue. Le pi. [xapovX'a. est très souvent em-
ployé comme exclamation au sens de : assezde balivernes,
de sornettes! Syn. pour cette dernière expression : 'zspâcroi
(xï Txj piyavi porreaux avec de l'origan. Origine : du grec
mod. ixoL'iovAiov (BAnBiER DE Meynard, s. V. J^;!-*); mais
Triandaphyllidis , Die Lehmvôrter . , 119 : amarula.
^^^.A (jiapy'oX'à, ruse, fourberie; sournoiserie.
«jj^^U *iia(Tovp', tuyau (surtout long); tuyau de pipe. Origine
douteuse.
AMlpLi U (xoLsalXa, oh! ah! tiens] bravo!
xiU *f«tsa ou /uas'à , pincettes. Orig. ,dUs^. J. As., 1^03, II,
p. 355.
Aj^Lo (jLaovva, mahone. iNous le citons ici pour mémoire,
sans prétendre nullement trancher la question d'origine
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 441
et de priorité, pour les diverses langues où ce mot est en
usage.
(jSujU *(ji(xÇ>is', pi. —s'a, Pet-de-nonne : pâte boursouilée et
très légère; de l'arabe vulgaire ^jiu^L» (^^ xaj Lo) rien
dedans, il n'y a rien; ou avec Samy : il n'y en a pas, il n'en
reste plus.
JU fzaX', le bien, l'avoir de quelqu'un; sa cbose : employé
sporadiquement et toujours au singulier.
JIjoLo *(jL(xvdo[X' et fxâvdaXov, n. —Petit loquet ou fermoir, gé-
néralement en bois. Ta advdaXa k) rà (xdvdixXa, les effets
de quelqu'un, ses vêtements, ses boutons : pour dire à
quelqu'un : faites attention à vos effets, ramassez vos
bardes et vos nippes; ou bien : soyez un peu plus propre
de votre personne.
âJoL) *(jiavdà5, buffle. Employé aussi au figuré pour désigner
une personne grande et grosse, ou à démarche lourde et
indolente : W (lavdàs, comme un buffle. Usité parfois au
f. [lavddiSiva.
^IkjU et ^'ia^« *ixavTo[p', champignon.
JLjiiL», cf. JJiLo.
yxilo fxavgyfj', ancienne petite monnaie de cuivre; devenu syn.
d'obole, rouge liard. Ailleurs qu'en Tbrace, ce mot est
usité au f. — pa.
IxiiiU jizar^acpàs, *tête dure, slupide; étourdi : très usité.
^^U *[xctvès. Cf. yU!.
^^Lo, cf. Ij^U.
(^^Lo *(xaQs, f. , 'à, n. ), bleu. Les Rouméliotes n'ont pas d'autre
mot pour désigner cette couleur; il faut avouer qu'ailleurs
442 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1911.
on n'est guère plus heureux, p. ex. à Smyrne ou à Chypre
où l'on emploie le mot r^bXovv en le prononçant à l'an-
glaise : blue. 'Stoù (j-ocQ. au bleu : terme de lessive, exclu-
sivement.
cjUiûU *|uaiTaV , feu de Bengale, tout feu ou éclat rappelant
ce dernier. Le sens premier de clair de lune n'a pas cours
chez les Grecs.
^Jiy^l» fxa'iyjjûi'Hovs et quelquefois /i/ai(p&;s'xot;s . agréable au
goût, digestif; sens primitif : aigrelet. Il paraîtrait donc
que pour les Turcs comme pour les Syriens, les choses
aigrelettes ou aigres-douces détiennent le record de la sa-
veur.
ajU *iiay^à, levain, ferment. Parfois l'on emploie le mot ^^^U.
yjx[xovp^ , cf. s. V.
JwuwAjU et — IjU fxay'acTiX', hémorroïdes.
Oya:ii^ !xiiTecr(xpi<p's, gouverneur d'un département : mutes-
sarrif. — \Uk Département : mutessarrifat.
3Ai^ fjiotcraXa ou fjisae'ka, par exemple : peu usité.
^Is2 (xa^'ocp's. Hongrois. Syn. : Ovvgapé^ovs.
^jA^ (xsgXis' , réunion, assemblée; séance. Employé parfois
ironiquement.
*j«Xxsî *ixegtd'£$, médjidié : monnaie d'argent équivalant à
environ /i fr. !^o. mais de cours très variable selon les di-
verses localités.
<}w^ (xay^paixàç et parfois fxapiy^yjxyuxç . niouchou' de couleur
servant surtout à la coillure des femmes.
ifS-si iJLS)(^Ke!Jiès . trdjunal, siège des tribunaux : plus usité que
Sixas7}ip'ov.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMÉLIE. 443
ifX^*yLCf)(jx\ois, quartier, surtout excentrique, sale.
^joya^ fjt.ax(^)(^(7ovs , inv., expressément; exprès, à dessein : T6-
xa(xa fX(xxi7ovs (ou vice versa^, je l'ai fait exprès. Rarement :
dTTÔ<7la, terme usité ailleurs, mais guère plus hellénique :
ital. a posta, exprès.
^y^ *(xa.yjxo\)p'5 et fjLaxfJ-ovp'KOvs, qui a les yeux gros et la tête
lourde après le sommeil (exactement : qui a le sommeil de
l'ivresse). Ma)(jxovpXovx' , état de celui qui a—. Racine
arabe -yr, le vin.
Jd*>v» *(xidiXX], poulain, et par extension cheval de petite
taille. L'origine de ce mot est des plus curieuses : il ne
signifie pas autre chose que l'île de Mételin (mot prononcé
à la turque); puis secondairement, une sorte de poney
originaire de cette île. Le mot a fait ensuite son chemin,
et est devenu synonyme de poulain. Ce n'est que par un
«processus» régressif qu'il signifie parfois : cheval de
petite taille.
ji<s^ *(jLu{ov)dtys, mudir : gouverneur de canton ou directeur
d'une administration, par exemple delà régie. MudipXU',
canton ou résidence d'un gouverneur.
^jjîwo *(xspixx', hypocondrie; inquiétude et souci au sujet de
quelque chose; goût exagéré, passion ardente. Mépax'
loyov, Toxafza, j'y pense jour et nuit, cela me tient au
cœur, je ne puis en détacher ma pensée; {i.r)v x(xpi(vri^5
ixspax' ts'à, allons! pas d'inquiétude, pas de regrets
inutiles , etc. , ne vous en faites pas une montagne.
MspaxXys, porté aux soucis exagérés, au spleen; mettant
de la passion dans tout ce qu'il fait.
Lf*^\y> (jLspafiéT', *réparation d'une bâtisse ; raccommodage. Mot
arabe iCô^.
Uà NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
l^ *fiovpabds, conserve de coing (ar. vulg. <3^)» ou d'autres
fruits.
yU=-^ *(xspgâv', corail : employé surtout pour désigner une vive
coloration rouge.
Ua^ fxépxotba, soyez le bienvenu : parfois usité entre fanii-
liers.
^!i^ (^ÎJsJU) ixovvddp's et (xovvddp'xovs , sale, malpropre : se
dit surtout des enfants. La prononciation indiquée est com-
mune même chez les Turcs. Gomme origine, Triandaphyl-
LiDis,o/j. lancL, p. 80. propose dubitativement, pour l'équi-
valent médiéval [xovvTolptis, l'italien merda.
•Sy> (xepxés', centre administratif d'une ville ou d'une région;
souvent synonyme de xcovolk' , sérail.
Aij~«yi (xspixepXU' , vestibule ou cour pavée de marbre.
^*ij^ *(xiXëép', sureau. MiX^sp'à, l'arbre.
:>iy<» //e^aV, encan, enchères; cf. ^L^.Les cricurs publics em-
ploient généralement les deux mots accolés : ^apézs' (jls-
U-^^l (bis).
(_s=r^)^y> lxs^y.pg)iSy fossoyeur. ,;^)]y>, ixelcipXijx' , cimetière : par-
fois employé pour les cimetières arméniens ou turcs.
^yyo nn^eSip's, menteur, farceur, et surtout petit méchant,
coquin : se dit surtout d'enfants qui trompent, jouent des
tours, agacent les autres. MiileStpXÎH' , nom de qualité du
précédent. Arabe : ;^, faussaire.
»y«*fz£^£s, hors-d'œuvre; ar. vulg. »^L«. Me^eX/x', id.
«ij» *(xujd£5, bonne nouvelle. Mot persan.
JJ — , ixujdeXtx', présent donné à celui (pji annonce une
bonne nouvelle.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMËLIE. 445
jiLfc* *y.ovaa<pip's, hôte, voyageur hospitalisé, personne invitée
à dîner. Le sens premier de voyageur a été très restreint,
comme on le voit. Mot;c7a(^<pXjx', nom d'action du précé-
dent.
^LiuÙNw^ (xuerissdp's, adjoint d'un gouverneur général de pro-
vince; conseiller, sous-secrétaire. MualesapXiJKi, nom de
dignité du précédent.
s>Jâr^ * lia(7xoipôis , malhonnête; bouffon : très usité au masculin.
*Ma3-xapaXyx', malhonnêteté; bouffonnerie, chose ridicule
et humiliante. Le mot ij^^ir^ est aussi très usité en arabe
vulgaire, où il désigne plutôt une chose malhonnête ou
drôle, une mauvaise farce. Pour l'étymologie, on songe tout
naturellement aux mots masque, mascarade (ital. mas-
chera, mascherata) , mais il faut, sans doute, remonter au
radical arabe >itf^ a. tourner en ridicule, d'où i^^îà^ risée,
moquerie, sJâ^ objet de risée, ridicule. Cf. Lam.mens,
Remarques sur les mots français dérivés de l Arabe, p. 109-
160.
(*^^-i*iw«), cf. »<>j.ji*^.
\xm4^ *[jLov(Taxàç, courgettes ou aubergines cuites par couches
avec du hachis.
yu*.« Mcoa-}c6(p's, russe. Quelquefois employé au lieu de Pov-
^\yi^— ^rt}(7xo(p Tco%payy, sorte de pierre jaune et
friable servant à faire luire les métaux.
{j*SiMéj» fxiŒKÎv's et — tv'Kovs. pauvre, misérable; mesquin. Mia-
xtvXU', pauvreté, etc.
''' Nous laissons i'accent circonflexe pour rappeler que la diphtongue dési-
nentielie ov{i) n'e»t que ie son o(s) altéré.
/i^6 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
(jlU«*^ Mu<7uX(Xu)(X(xv's, musulman. Mu(TXîifjt.avXijx' , islamisme,
mahométisme.
Ajyi^A» * ixa(7[1]pot'7Tàs , coupe à boire, en fer ou en cuivre; ordi-
nairement suspendue par une chaînette aux sebil ou fon-
taines publiques. On remarquera la profonde divergence
entre la prononciation et l'orthographe classique; c'est
comme un nouveau mot que le peuple a forgé, car les
Turcs le prononcent comme les Grecs.
^x^>o fxovsaix\h]à$ , toile cirée ou couverte de caoutchouc; pale-
tot en caoutchouc; sparadrap.
Xm*^ et -îuiwye (xesès, chêne (f/esi bdowovy, bûche, au propre et
au figuré, i. e. personne stupide, inintelligente, syn. de
xiniiK^.
-A-i^ [jiusip's, maréchal, commandant d'un corps d'armée.
[ j-kûjo] , Egypte. jitXij — , |t/i(7/pa, trognon de maïs, plant de
maïs, maïs.
Ojj>a^ (oij;Lwa«) fxoLcrapKp'a. dépenses.
iijMix» *yLi(yip\nç ou ixija-ypXijs, égyptien, cairote; (xia-ipHovs. id.,
mais s'emploie seul ou avec le mol zrtpisTép' pour désigner
une espèce de pigeons domestiques à bec très court. Ces
pigeons, extrêmement communs en Syrie, sont d'une
grande rareté en Turquie d'Europe.
ov:^Aii* [xota-AaixT', affaire, grosse affaire, merveille. Employé
surtout dans ce dernier sens et ironiquement : t/, juao-Xa-
aV' |uot/"' eKcifxis; quoi? tu crois avou'fait merveille?
UAixo |izouTXa;<[a] . absolument pas.
'') Cette enclitiqiio n'est autre que la partirulo inlerro'jative lur(|ue o*, très
en usage parmi les Rouraéliotcs ; cf. s. v., inj'ra.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. Mxl
ijy^ *fX(xgovv', toute pâte élastique, surtout sucrée, non encore
découpée en morceaux; mastic. Magovvgrjs, vendeur de
pâte sucrée. ♦
o^3^ */:zoi/pa(p£V, habileté, art, tour d'adresse, de passe-passe,
secret. C'est tout ce qui subsiste du sens premier de science,
connaissance. On remarquera aussi combien la prononcia-
tion originale a été corrompue, même par le peuple turc,
qui prononce ce mot à peu près comme les Grecs , mettant le
ç- plutôt après le ^ : ooUt^. MovpaÇieT'a [las sSsi^i, il nous
a joué ou dit toutes sortes de gaudrioles, il nous a exhibé
des échantillons de son adresse : ar. vulg. : *j^lk2i Uî ^^li.
T/, iJiovpa(péT' fjLOv eK<x[xis; quoi, tu crois avoir été bien
habile?
Movpa(psTXv5 et —Tgrjs, habile à s'en tirer, ayant plus
d'une flèche dans son carquois; qui récrée les autres par
des tours d'adresse ou de passe-passe.
«^bio *ixa.yapàs, m., souterrain voûté, avec porte-trappe en fer,
destiné à préserver les meubles et objets de prix d'une
maison en cas d'incendie. Ar. : ij;lx*, grotte, caverne.
^J*y<>.XJ9 * (jLa'idavoj^ , persil. Origine : (laKeSovrlcr' . Les peuples
de langue arabe ont corrompu ce mot, jusqu'à en faire
jjwojjob (j^^»xJb); mais on entend aussi (j*o^JoLo. ce qui
ramène au mot primitif grec.
(^i>L)t« *(xa.yaj), magasin, cave; de l'arabe ^^^•
^_J*fcXi.« [xov(par1v'^s, inspecteur.
(^jJu) *{xu(pTïjs, mufti; docteur de la loi musulmane.
IoLl* *fxaxaT', couverture d'un sofa, d'un canapé; de l'arabe
HhS NOVEMBRE-DECEMBRE 1011.
-Uù * (jLotpidfx' . ton ou air de musique. Syn. : has ;:^aêa? (!y^)-
JooUù), {xaKcifxhjs ou —yô'novs. (air) entremêlé de fions,
harmonieux.
&jjio* fxaxapàs , bobine; poulie. Ne serait-ce pas la corruption
de l'arabe SjSijl
«XkJU, cf. \s\jie.
\yLo ou i^^^ (jtovxoL^as , papier épais, carton, papier bristol.
yl5C« [xex'dv', lieu, endroit (élevé). Au figuré, pour poste élevé,
on emploie plutôt /Mavo-oÛTr', cf. t_^_^A2À/>.
^.y^ *(xs}irovbgr]s ( — 7r7s)7?), secrétaire ottoman.
xwJCo (iîu-oiX») ixépcrafji, comme si. Particule dubitative ou iro-
nique très usitée.
jiX« et doXo *(jiexi}c', sorte de beignet très léger à l'huile de
sésame, fabriqué par les boulangers et débité sur place,
le malin, avec les a^I^^î* {^^- *• ^O' ^" vendu par les mar-
chands de Tset/peV. Nous avons été étonnés de ne trouver
ce mot dans aucun des dictionnaires à notre disposition :
tous s'arrêtent au sens de navette : ar . d^X«. Peut-être le
ixsxix' doit-il son nom à ce que pendant la cuisson il court
à la surface du bain d'huile bouillante, comme une na-
vette et avec un bruissement très caractéristique.
Uo et I^Xàx) *fjicoX'Xàs, mollah, grand cadi; personnage grave et
sévère, revêtu du manteau oriental et du turban. Ar. J!^.
^y^k.» *nitXali'(ji's, lieutenant, adjudant.
caXo ixiXa£t', n., communauté religieuse, différenciée par son
rite, ses chefs, sa nationalité.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMÉLIE. U9
AjUÎLtf */^tajuaX/xa, f. , farine de maïs bouillie avec de l'eau et
du beurre; en général brouet pâleux, synonyme de SjLjLj.
L'origine du mot doit être Ltf ou ULo, qui en langage des
petits enfants signifie nourriture, envie de manger.
cuSTXjJ IxefxXexsT^ , contrée, région; royaume; patrie.
ajJ *(xs[xès, m. et ixsfiéX', n., mammelle, pis.
*Me[jLe'krj$ et — riB\ovs, qui a de grosses mamelles;
mammifère.
i^\kA> [iivaps? ^ minaret, tour d'une mosquée. Mais le moi gayà
(x»L:^], qui signifie proprement mosquée, est très souvent
employé aussi pour dire minaret.
^Ujo (xavd(p's, marchand de fruits.
Sj^LLo et ii^yl«>*ixixv(xvpot., f. , manœuvre d'armée; manœuvre de
locomotive pour disposer ses wagons. Ital.
ijbiijo (xivTav', sorte de gilet court et à double rangée de bou-
lons, faisant partie du costume traditionnel des paysans
thraco-bulgares. Ar. id.
(;|J^), cf.;ÎV-
JÎ<XjLo, cf. JÎJoLo.
^^♦Xi» ^fxsvdehovp's et —p'xovs, fainéant, négligent; sale et
mauvais.
^<yj.^*[xt(^sjvdép', matelas; petit matelas qu'on place sur les
nattes du plancher ou sur les sofas, pour s'y asseoir à la
turque. Ar. vulg. ix^^^ia .
JoC>Ou» *[jLavdfX', mouchoir.
(->jAAi^ [xoi.i'aovn' , poste élevé, dignité. Le mot est prononcé
par les Grecs, à l'imitation du peuple turc, comme si
c'était i^yalA plutôt que l^^j^^j^, R. Youssouf, Dictionnaire
turc-français, signale cette particularité.
450 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 191î.
«UajL«, cf. ^liajU.
JLïijL* et vXjoo, cf. JJu.* etj-xjLo.
JotLo *yxLvg(ù} (écrit ordinairement /!/ay«aX<). réchaud, brasero.
Le mot est arabe, et employé dans ce sens en vulgaire
Juil*. D'après Rosler, cité par Miklosich. op. cit., II,
2 0, il serait grec; ce qui nous paraît inexact.
xàXix) (comme A-ijLo) * (xevejcsès , violette.
[(^^5^^*)] ixévguevs, mot inventé pour rimer avec rsévguevs (cf.
oby» ixowd(p'? . cordier.
(Jjy» etjA'j^jj* [xovtXovs et ovd'xovs, fortuné, bienheureux. Em-
ployé surtout dans l'expression : L51nm jAj>« *j, f^ {lovt'kov
cravà. que vous êtes heureux! quelle chance vous avez!
(^jU^^) *{jLovxotv', soufflet de forge, d'orgue, etc. Nous pensons
que le mot turc (les dictionnaires ne le mentionnent pas)
est une corruption de ixri^avrj.
yy> *(jiojp'KOvs, violet; couleur violette. On dit parfois [xcôp^
(invar.) pour violet.
J»j^ IxojpaXys, Moraïte, habitant du Péloponèse. Employé
quelquefois à la place de Mœpah's.
^.)y '^i^ovpovva.. morue. T»7S /uoypouvas ^ov XdS', hiule de foie
de morue. Racine : [xvpaiva..
[0*1^*]' particule intensive, employée avec ^y> (violet) : fxœ?
(xrjp'xov, violet foncé, ou complètement violet.
6yiiA»éy> {jLOûcrlpa, f . , échantillon : mot italien. Syn. : eupvéx}.
LytUw^, CI. X.(wue .
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 451
^ly^yt (xovsfjiov'ka , n.pl., nèfles. Le singulier existe. Movsfiov-
l'd^ov, — 'aa-fxsvovs , se recroqueviller comme une nèfle
blette.
«j*XJU?y) [xovcrdvdpa J . , grande armoire , placard pour remiser
la literie; parfois, *dessus d'escalier disposé en crédence.
Proverbe très familier pour dire que quelqu'un a des exi-
gences ridicules : »j*xàa»j» «^«jI^^L:^, isivgusvedk (xovcrdv-
dpa : m. â m. belle armoire, meubles luxueux cbez un
bohémien; cf. le dicton arabe : ls^li»jo^ jxH , pauvre et
exigeant.
(^y> yiw{ov)(igr)$ , marchand de bougies de suif.
y:^\^ yLCctoLgîiy^p'ç , émigré, fugitif. Le terme a été très courant
pendant et après la guerre turco-russe pour désigner les
villageois turcs fuyant devant l'invasion moscovite.
y^ (xn''ûp', sceau, cachet.
Mu''up'kûs et {xu^upXûO'Kov? , cacheté.
jAiOO^.* (xs''evdt'n5, ingénieur. En arabe le même mot signifie
aussi architecte; les Grecs lui préfèrent xdXÇias.
^^ *{iov, particule interrogative turque {^y), pleinement adop-
tée par les Rouméliotes; rend beaucoup de nuances con-
comitantes à l'interrogation : ironie, doute, défi, objur-
gation. C'est une enclictique dans toute la force du terme.
'Mhovpeîç [xov; le peux-tu? (tu le peux, dis-tu?); dd'pr's
(lov; (0à ëpdets pour 6à êXdeis), viendras-tu, oui ou non?
iJ-Sj^ *(X£ïddv', vaste place publique pour courses, marché,
foire.
^£^)J^ *fxipaXdU, colonel. Plusieurs croient, bien à tort, qu'il
y a là le mot grec /^tupioi (10,000 [hommes])!
452 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1911.
y^.€yo *(xatfxovv', n., petit singe, au propre et au figuré.
oîwç« *{xip(ts', héritage. C'est à dessein que nous transcrivons (xi
et non [xoi . sans quoi on serait porté à confondre ce mot
d'origine turque avec son analogue {xoipaa-ià^ dérivé de
iioipctlci), répartir, distribuer.
(_^JL*5jl3 *vapguiXè5, narguilé : pipe persane bien connue.
^^U *vepdvg'. variété d'orange amère dont l'écorce sert à faire
des confitures.
^b *vdj', et plus souvent au pluriel vaj'a, minauderie, afi'éteric;
façons, grimaces : fxrjv xdyLç vdj'a, allons, pas tant de fa-
çons. Ar. vulg. ^ et d<^^.
Joli *va.lypç, intendant de ferme, de propriétés; directeur de
la régie.
adiL)%aÇ<A£, adv. , inutilement, en vain.
^i^b vafjix'oôp's, ingrat, mauvais cœur. — ^^'^'» ingrati-
tude, etc.
^iLi *vavès, menthe (plante), en tant qu'elle sert d'assaisonne-
ment; en tant qu'élixir, on l'appelle ^évja. Ar. çJX>.
t-**L} *fa,ib's, suppléant, substitut.
[iji^l, pois chiche. ^XAi^S" — , vcoojt xeuÇixsŒi, boulettes à la
purée de pois chiches.
[»^], oij. i^.&ji y^*J, vedèv vép£[i]£, m. à. m. d'où jusqu'où :
expression familière pour dire : de quel droit? comment
espérer avoir ou obtenir telle chose? Locut. équiv. : àTtov
zsov '<j1(x zyéaa.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. A53
^àUkj *vtsa.dyp', sel ammoniac; ammoniaque.
«A^Lo *vi[e)sesTè5, amidon.
yLio visdv', but de tir; signe, marque; parfois di^coration.
Syn. : StJixdS'; dsx.opaTSi6vtj , f.
'NisavXadi'lov, comme stj[X(xhv(^Y)ov, viser.
'^isavgrjs, habile à tirer, à viser.
Jjù*vdX', fer à cheval. (^is^jSxi, vaXyvgtjs, fabricant de socques
en bois. ^'^
♦XàxXjO *vot.Xbd[vT's, maréchal-ferrant, vétérinaire.
jxi ve(psp', n., ordonnance; une personne.
^U *va[jia.j', prière des musulmans; parfois ironiquement :
longue prière accompagnée de prostrations. Employé avec
xd[xvov.
«jL3 vi[e)rè, f . , mère : c'est le terme le plus ordinaire chez les
Rouméliotes; le mot (xdwa est employé plutôt par em-
phase: [xï]Tspa. tend à se généraliser, mais non parmi les
Levantins, qui emploient souvent (xa(xôl.
[l^], ton musical, —(^^ya, (tcoovx vs^ôis, m. à m. air, har-
monie froide, pour dire : personne froide, timide, à la
conversation ennuyeuse. Cf. l'ar. vulg. : ^.^Ij; «i^l U.
Jjiy ve^a^A', gros rhume, fluxion : s'emploie parfois au lieu
de xaTi^as'à.
[io], quoi.^— , ri èoD; qu'est cela? quoi donc? S'emploie par-
fois comme simple interrogation, mais plus souvent pour
signilier l'impatience, une légère indignation : «voyez-moi
ça! 55. (^iSj} Ai, ji»^!Aj, vé tdi, vé i[xis, quoi, qu'y a-t-il ?
(') Appelées yj-Uj ou JJl^. Voir ce dernier mot.
xviii. 3o
kh!\ NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
familier pour t/ thi, ri ^tolv. -Xw*jI aj, vé icre, quoi qu'il en
soit; cela ne fait rien. C'est l'expression rendant le mieux
le syro-égyptien \J*^^ (*<js**' *^ ^)-
Ai fî, rarement vk, ni, ni : syn. de oini . . . oHni.
M , partie de serment. »J^^ , (3oiXl<x , par Dieu. Employé occa-
sionnellement au lieu de s'oùpKiXov ou fxà lov Qeo.
Sijl^ *(3(xpcla, interj. : gare, attention à vous. liai. : guarda.
[;b]' pai'tic. pcrs., de nouveau, derechef. dU3 — , ^algushi-
1,0V, renoncer à quelf|ue chose, l'abandonner; se repentir
d'avoir entrepris quelque chose; (Sa'igussTtja-a. -nr'à, j'en
ai étédégoûté, je m'en suis bien repenti. Bd^triisTs', allons,
laisse cela! ou : assez comme cela! Cf. J.A., 1880, 1, 6/17.
Jî^ *^akr]s, gouv. général d'une province, vali.
^!^ */3aï, interj. exprimant surtout la douleur, la crainte.
Dans ce dernier sens, on y ajoute parfois a.^L., »».^U,
basyfxôi, basyfxy^à, gare à moi, à nous, m. à m. à nos
têtes. Souvent elle signifie au contraire l'allégresse, l'en-
couragement ou la participation à la joie d'un autre; elle
est alors unie au mot -LL), hahàfx, mon père. Cf. j^Uù. ).
Enfin, elle sert à exprimer l'étonnement, la surprise;
correspondrait à : tiens, est-il possible? surtout quand
l'objet de la surprise est l'interlocuteur.
wj^^ */3<^/p'5, vizir, ministre.
xLii^ *(2{s'vov, n., aigriolte, griotte
(_jLi^, */3[(p]<,szî;a7r', sirop de griottes.
v^, cf ^Ujl.
EMPRUi^TS TURCS DA^S LE GREC DE ROUMÉLIE. 455
J>S^ ^exiX's, intendant, agent; délégué.
oo^^ *(2iXa,yès, vilayet, province de l'empire ottoman.
[t^'*;^^]' '^''apper. Employé souvent à l'impératif avec quelques
autres mots : (Sovp hxKoikyyi : voyons (allons), frappe; ou
bien : frappe, si tu l'oses. Boùp tsaxXa.sijv, frappc-(lej,
qu'il crève = frappe fort, et surtout ne le manque pas.
Enfin les Levantins ont forgé une locution barbare : hovpa.
■zovTct (ital. lulli? ou simple assonnanco) signifiant : à
tour de bras, m. à m. frappant tout le monde, de tous
côtés.
^Jy:^ *l3epixv'xovs, qui menace ruine, branlant. Mot persan.
«X-j^ ou ^jjy *l3spgu], contribution indirecte. Les Syriens
pronon.-ent le mot turc wirhu, selon la valeur arabe des
lettres.
[dU--^j, donner. S'emploie en style très familir-r avec le mot
^ xii : (2èp baxaXij(x, allons, donne! ne le fais pas prier;
ou bien : donne vite, sinon. . .!
ayj */3/pa, sans cesse, continuellement; se répète parfois. Nous
pensons que c'est le mol franco-ital. vira, vire.
^£*5-j^ *^ept(jis ou ^sps(xè, à crédit.
lA^à, interj. S'emploie souvent dans les mêmes circonstances
qu'en turc. (»i Ltf» = »i\), *(X(h, allons! ar. aMÎ L; cf. «^"^^Ad»;
(»i 8i,U6, «>> »iT), *à(h de, allons, ose si tu peux; allons,
dépêche -toi; ah bah! a àidi bps, allons, vite. Cf. (^j^ïU?.
Voilà! Voici! — S'écrit aussi »U.
^t,\j> *^a€ojTS', carotte.
3o. .
456 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
Sy^[^*^(xëpot, synagogue: lieu où tout le monde parle à la fois.
On trouve aussi ijj^^w et Îj^Ià».
y^U *ya&±v^, mortier en Lois. Le pilon s'appelle toù yQvS\.
^Uû^Ltf» gàS gàë, aboiement du chien : langage des petits enfants.
4^U f^dï, ah! oh! Exprime la douleur, cf. ^^î^. S'emploie très
souvent avec -LU bcibàix pour la joie, l'admiration, l'en-
couragement; cf. aussi (^1^.
[(.«r^Lû)] *;^a^m', sorte de plat doux aux pommes de terre.
cy^tXjl^, cf. ^*XAaw.
^^Jol^ ^â'ids OU ''â'idt', se prononce aussi ads. adt, allons!
voyons! Cf. U.
[«_^;£>], tout, totalement ii^y} — , stt £'igè, pas mal. assez; un
peu trop. Syn. : xaV ou xaV xaXà.
aJ^, cf. iô^j^.
^jixiJjii ''a(pT(xXiJK' , salaire d'une semaine.
*>X£6 *ye.'ihe5, besace; sac double qu'on fait pendre des deux
côtés d'une monture. C'est l'exact équivalent du •^js»^ des
Arabes.
J^ *£/!/, et, et puis, aussi.
fj^*é[ji.èv, aussitôt; sans perdre de temps. S'emploie presque
toujours répété : éfxèv éfxèv.
i^j^^ *''s(xsepvs, compatriote, pays; s'emploie surtout au vo-
catif pour appeler un militaire turc; signifie aussi un |
soldat, et parfois un musulman quelconque.
C:^^, cf. yU.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. A57
p\ySti yjxèSis , air au double sens d'atmosphère et surtout d'air
musical; temps. *ly^iL>, bediaSa, pour rien (pour de l'air),
gratis.
SJj^ **à7r, interj. pour représenter un saut, ou exciter à sauter.
Le même terme devient ^''cÔTiiraXiX, quand on a aidé un
enfant ou une personne infirme à se lever.
Joyc» *x£ê£W' , et pi. —'a, grappes de raisins suspendues en
longs cordons et exposées à l'air pour se conserver.
^;^/ts', pas, point du tout, jamais; syn. : ox,' , KaBôW
XwjU^I— , "/jTS ûjX|Ma<Ta, au moins. Syn. : toC 'Xixy^talov.
b y'à, n'est-ce pas? assurément! Ah bien oui! Allons donc!
(On traîne beaucoup sur la voyelle accentuée.) Ou, ou; à
la place de v, ^'
^[jUlj et ^jj'jo'^' y'aTrpaV, feuille. Employé surtout avec Aljia,
cf. s. V.
^ij'jL» *y'aTaV, chenil; ironiquement, lit.
ylibU et yL*Xj y'aTagdv', vatagan, grand sabre.
,j*,:>l) y'a^is , mot que l'on s'empresse de dire, dans certains
cas, p. e.\. en recevant un objet, pour ne pas perdre un
pari. Du persan : o^*-! il» (il en est souvenance, je m'en
souviens). La même expression s'emploie aussi dans un
repas, où il y aurait du gibier. Celui qui a désossé le
sternum d'une des pièces (caille, perdrix) prend par un
bout l'une des deux clavicules, et présente l'autre à son
''' Presque tous les mots commençant par L> peuvent aussi avoir la graphie
allégée ^. Nous nous contentons de le mentionner ici.
458 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
voisin. On tire simultanément, et le [gagnant est celui
entre les mains duquel la clavicule est restée adhérente au
sternum : il prononce alors le mot y'ddis, syn. de vic-
toire.
jL«îjb y'apixpiàSi bonne à rien (chose); vaurien.
AJi^L? y'apdijix', aide, assistance.
»^L> j^'apâ?, *plaie, ulcère; blessure. T'apa\adi%ov, couvrir de
plaies.
(s^'J^. y'^^^US''^^ écrivain; écrivassier.
jj^L y'aliJK', dommage!
^jjUL "y'aaoiK', défense! ou : halle-là, qui va là! Terme mili-
taire très employé.
(^jAv-b *y^a(ji[xiv' , jasmin.
[jjiL], humide, mouillé. Cf. ^;_j,5.
^^^L) *y'aS|MaV , voile qui cache le visage des femmes musul-
manes hors de chez elles.
[ib] , huile et par extension toute substance huileuse ou grasse.
Employé par les Grecs dans (juelques composés ou dé-
rivés turcs, comme :
^^ — -ib, *bixdè[x y'oe.ôi(^=y) , huile d'amande;
i^ — *y>, (xœ^ 7'aâ(=y), (graisse de] suif; syn. : âXoi-
[xctTovxép'.
Jiib, y'aahjO'xovs, huileux, graisseux; d'où l'expres-
sion : JJb (J^ib y'oLokij haakfj [sic'j, hudeux -mielleux,
pour vanter un plat, surtout une douceur.
,3A.i-*ib y'axysh'KOvs, assorti, bien adapté. Syn. Ttipiacrixé-
vovs.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 459
Ail» OU Ub *7'axdt?, collet de vêtement.
^^^)A.5L> , y'aKaka.di%ov , saisir quelqu'un au collet.
^jjilL *7'aXaV, auge en pierre, parfois en bois, qui se trouve
sous les tuyaux de pompe, ou près des puits; abreuvoir.
^^i)lj y^a'ka.vgfjç , menteur, blagueur : syn. assez rare de
[yU], côté, flanc. Cf. ^^sstwS'.
(^^x*iL> y'avgyv', incendie : plus répandu et plus expressif que
(povT'à.
[yiiî^U], lentement. S'emploie répété comme syn. de 'Xiyov
'Aiyov : y'avcts' y'avas' : tout doucement, piano piano.
^^L *y'a.ë£p's , aide-de-camp.
ji^jl» *7'3!^p<, n., petit d'un animal; se dit parfois des petits
enfants : eXa y'ccêpi'ix' , viens, mon petit.
tgl) *y'ai, arc; ressort de voiture.
ybU y'txy'dv's ou y'ay'àr, selon qu'il est employé comme adj.
ou udv. , à pied, en piéton. Syn. -ari^àfos), 'zscupirct-nn^là.
S^JtXi y'avgapagîjs (^sicj, tapageur, qui crie et se plaint beau-
coup pour rien : beaucoup plus usité que (powapàs.
^JJ>{J *y'acv', saumon, poisson très abondant dans la Marilza et
ses affluents.
*jLj y'abavès, pigeon à demi sauvage qui niche en masse
dans les trous des khans, des bazars et des mosquées.
Le mot ^jLo (persan) signifie sauvage, étran;;er.
^JjLxj, y'abavhjB'Mvs. sauvage, pas apprivoisé.
^^Lo y'aTTotxgîjs, marchand de laine. F'aTraV lui-même est
parfois usité, au lieu de fiaXï.
460 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
(^is? *y'a;^j'j), ragoût de légumes divers avec de la viande. Ce
mot persan est aussi usité en ar. vulg. avec la variante
ordinaire pour l'accent tonique : yiihni
[w> ouj-s?], terre. ^^Ut — , cf. IXi.
[i^j^J, déchiré. ^^xS^ — , yypryx. TsypryK, en lambeaux, tout
sale et déchiré.
450Ç! y'avi, c'est-à-dire : remplace parfois SrjXaSrj.
[jj *y'd[jix, pillage, butin; employé aussi pour indiquer qu'une
chose peut être facilement obtenue, emportée et littéra-
lement pillée, r'a'iua y'cjH, tu peux te fouiller (m. à m. il
n'y a pas de pillage). Expression équivalente : vôtx!^ ^^
•zsépvVs (^và sx^ç etc.), m. à m. que tu aies à recevoir!
^^>s£Si *yevhsept]s, janissaire.
vilXj *y£XeV, gilet. Le mot turc ressemble fort au mot fran-
çais.
Ai*yé(xi. nourriture, ration d'une béte de somme; appât d'un
hameçon.
iji^ ysfxt's'a, employé toujours au pi. pour désigner surtout
les fruits secs. — g>)5, fruitier.
ylilcix *ys(ÀtSKév' , alise, fruit du suivant : TsfiiSKev'à, alisier
ou micocoulier. Cet arbre croît généralement dans les ci-
metières musulmans, où il atteint parfois de gigantesques
proportions. Son petit fruit est très recherché par les en-
fants.
<^U; *yi\jiiv'à, n. pi., souliers en maroquin rouge ou noir et à
semelle plate, portés par le peuple; m. à m. originaires du
Yémen.
^•aLoj^ *y'ov(jLOvpT<x}jr)s, marchand d'œufs.
EMPRUNTS TURCS DANS LE GREC DE ROUMELIE. 461
f^^^bol, approcher, toucher quelqu'un. Em|)loyé ù l'impé-
- ralif, sous forme de menace, comme *.vwAjÎ (|cf. s. v.) :
y'ctvdsixa, n'approche pas! ose approcher! y'avtxs' , allons,
en avant!
]yj et s^y. y'ov^às, nid : remplace parfois tpov'k'à.
i^^j^y. *7'ot/CapAaV , toute chose arrondie enhoulelte. —diZov,
rouler quelque chose pour l'approcher ou l'arrondir.
f^^j, avaler. S'emploie parfois à l'impératif y'ovTl allons,
avale; et à la troisième personne du s. de l'aor. toù
y'ovTlseï : il l'a avalé (tout rond!)
L=k.^ *otJ;(,a, cri de surprise indignée : c'est le plus usité en ce
genre.
^lÀ^yj_ *y'copgavgïiS, celui qui fabrique ou carde les couver-
tures piquées, ouatées,
[jU^^jyjj , aller de l'avant. S'emploie quelquefois à l'impératif :
y'upû bajcaXyfx, allons, marche!
<^^y et '^j^y. *7'aoupT', lait caillé, épais et très peu aigre :
spécialité de Roumélie. Cf. Aijj^k>.
^^y?. *y'ov[ii\(pKÔis , m., sorte de pâte étirée en longues bandes
étroites et plates : on en fait un plat analogue aux maca-
ronis.
(i^, y'd'x, non. Cette particule est rarement employée seule par
les Grecs; en revanche elle revient dans maintes expres-
sions citées en leur lieu. —\M*3y>, *y'cSKcra(^ix^, sinon; au-
trement.
[csr;^^]» 6n haut. — ^jl^l, dsaà. y'UHapîj , par monts et par
vaux; plus ou moins, environ; syn. : 'zsoiv' xaV (dans la
deuxième acception seulement).
462 NOVEMBRE-DECEMBRE 1011.
dJ^ *y'ovKovs , grande armoire ou placard, au fond d'un ap-
partement, pour y enfermer la literie. Emprunté par l'ar.
vulg. de Syrie dans le même sens.
f J^l, voie, route. Usité dans certaines expressions; cï. y>o, et :
jjil^xj^, y'coldd't^s, m. à m. compagnon de route = cama-
rade, confrère, ami, comme dpxado['r]$.
(^^. y'coXgrjs, voyageur ou *ami des voyages; moins usité
que : i^J — , y'coXgijXyx' , action d'être en voyage, et surtout
*amour, passion de voyages.
^^^, *ytXap', licou.
(i)l«y} et ^l?: ■)'ii[ov)ix(XK', autre graphie et prononciation
du mot ijU^^, pelote, écheveau. Le phénomène pho-
nétique est l'inverse de celui que nous avons constaté pour
(i^j^y. y'ovixhpovK', coup de poing.
^3l-i-«^ y'ovy.ovsai{SyKOv?, mou (et humide), surtout en par-
lant de comestibles.
Aii^j y'oûvgàs, *éclatde bois; copeau.
(S^.^^. y 'oi^ovdïj 5, ]uiL Cf. toj.iia..
L,uk> 'îcrax, intcrj. pour s'exciter à soulever des fardeaux, tirer
un cable. Fr. hisse.
[^j5Xo], serpent. tjJl? — , yiXàv bah/y, anguille.
JEUX ABYSSINS,
PAR
M. MARCEL COHEiV.
Outre les indications contenues flans l'excellent petit corpus
de civilisation abyssine qu'est le Vocaholnno amarico-italiano
de Guidi (cité ici Guidi), M. Miltwoch a édité sur les jeux
d'enfants en Abyssinie un précieux document : Abessinische
Kindcrspiele , Amharische Texte ûhersetzt und erklrirt von Eugen
Miltwoch [Milteilungen des Seminars fur Orientahsclie Sprachen,
Band XIII, Abteilung ii, Berlin, 1910] (cité ici Mittwoch).
Les textes de M. Mittwoch lui ont été fournis par un Abys-
sin nommé Alaf[â Tayva, originaire du Baguémeder (dans le
JNord de l'Abyssinie actuelle, à peu près au centre du do-
maine linguistique amharique). C'est un individu déjà âgé, et
M. Mittwoch se demande (page 1 du tirage à part) si les jeux
qu'il a décrits sont encore en usage.
Ce n'est pas la seule question qu'il faille poser : les jeux ne
sont pas exactement les mémos dans les dilTérentos provinces
d'Abyssinie; d'autre part, même si la règle du jeu est sem-
blable, la nomenclature varie assez souvent, suivant les
régions : il faut donc informer en différents endroits.
Je n'ai pas de documents pour le Baguémeder et ne saurais
répondre sur ce point à la question de M. M ttwoch. Mais je
peux compléter sa documentation pour d'autres provinces.
Au cours d'un séjour à Addis-Ababa, capitale actuelle de
l'Abyssinie, au centre de l'empire de Ménélik, mais tout au
sud du domaine proprement abyssin, dans l'ancien royaume
du Clioa, j'ai comparé toutes les indications de M. Millwoch
avec l'usage actuel. L'information m'a fait rencontrer, outre
46A NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
des varlanles nombreuses, un certain nombre de jeux non en-
core décrits.
Pour tous les jeux usités au Choa, j'ai eu plusieurs infor-
mateurs, et la plupart ont été joués en ma présence; il m'est
même arrivé d'y prendre part.
D'autre part j'ai eu un informateur du Lasta (province de la
partie nord de l'Abyssinie, à l'est du Baguémeder); ses indica-
tions, souvent très dinérentes de celles des Choanais, donnent
une idée des variations régionales des jeux abyssins; je n'ai
aucun contrôle personnel pour les renseignements de cet in-
formateur unique. Sauf indication contraire dans le texte, les
jeux du Choa lui étaient connus aussi en Lasta.
Je décris tous les jeux que je connais, sans avoir la pré-
tention de faire une liste complète, même pour le Choa; je
pense au contraire qu'il a dû m'en échapper un certain
nombre.
J'ai laissé délibérément de côté — sauf pour mention (voir
la note i, p. /lyy) — les promenades, danses et chants des
enfants et des adultes à certaines fêtes religieuses. De même
il n'est pas question des danses proprement dites.
Je me suis abstenu — sauf quand il s'agissait d'étymolo-
gic — de tout rapprochement avec des jeux connus ailleurs;
la seule exception est faite pour les jeux français, quand il en
résulte plus de rapidité dans l'exposition.
Je n'attribue pas non plus d'autre valeur que la commodité
au classement grossier que j'ai adopté : jeux de groupes sans
jouets (cache-cache, colin-maillard, etc.); rondes; jeux de
souplesse; jeux avec jouets (balle, balle et crosse, osselets
et analogues, javelot, balançoire, cerceau); manière de se
porter sur le dos et manière de tirer au sort (constituant un
jeu en soi); jeux de grandes personnes (jeux à combinai-
son).
Chaque fois qu'il a été possible, je suis parti de la descrip-
JEUX ABYSSINS. àôb
tion de M. Mitlvvoch. Quand il n'y a pas de référence à son
opuscule, c'est qu'il n'a pas cité le jeu en question.
Tous les mots abyssins sont donnés en écriture éthiopienne
et en transcription. Celle-ci est destinée à rendre la description
lisible aux non-étbiopisants. Pour les élbiopisants, elle marque
la gémination de consonnes, qui fuit défaut dans l'écriture
indigène (mais que je note toujours par un signe en re-
cueillant un texte). Gomme cette transcription n'a pas été faite
sur place, il n'y faut pas chercher une indication minutieuse
des petites nuances de timbre vocalique.
L'a simple est la première voyelle éthiopienne, à long
la quatrième; la cinquième et la septième sont transcrites ê ou
iô, ô ou uô, la sixième d (à prononcer comme e muet français),
quehjuefois û ou i. Le è est un b spirant hilabiul, les lettres
pointées ce qui correspond aux em[)hntiques en amharique.
Les mots marqués de deux astérisques sont ceux qui ne se
trouvent pas dans Guidi, qu'ils aient été ou non signalés par
Mittwoch. Quand les astérisques se trouvent devant la traduc-
tion, c'est que le sens cité ici est seul inédit, le mot déjà
connu avec une autre signification.
L Cache-cache.
a. Dans Miltwoch, I, **J^}^;^ hukkutâ. Au Ghoa **h-AJhA'
kulkulu, et aussi **ft'fl^"B (hhhofjôs , dérivé de la racine «ca-
cher 55 avec un suffixe -ns très fréquent dans les noms de jeux.
Au Lasta **îi"fih'AA. oshubl.
Une petite fille cache sur ses genoux la figure de l'enfant
qui doit chercher les autres. Au Lasta, on rapj)elle îlÇ•^ dnnât
«mèrejî, comme au Baguémeder; mais au Ghoa, ^0^ tâbôt
«table d'autel sacrée, sanctuaire 55. Le chercheur dit continû-
ment : kulkulu, kulkulu; à chaque fois le **tâtôt répond : h.M^T*
alnaggâm «il ne fait pas encore jour 55; les autres enfants vont
h66 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1911.
se cacher en donnant auparavant une tape sur le dos du
chercheur. Quand ils sont tous cachés, à un des kuJkulu, le
tâiôt répond : iP » If^JU s ItdO s A'f ÎP ^^S8^' zurahy zurah h-
qam «il fait jour; tourne, tourne (cherche partout) et prends 55
(ou la même formule au féminin). Le chercheur représente le
cof| qui attend l'aurore, et on l'appelle quelquefois S^C dôrô
« poulet 5J.
Dans une variante, ce sont les enfants cachés qui crient de
loin : h-fiiitlt s iPfiiV s kulkulu naggâlhh «coucou, voilà le jour
pour toi«.
Les cherchés peuvent attendre dans leurs cachettes ou es-
sayer de toucher le but [tâhôt) avant d'être pris. C'est notre
cache-cachc-but. 11 esl permis de faire la chaîne.
Quand un des cherchés a été pris, il doit ramener le
chercheur au but sur son dos (si lui — l'enfant pris — est
une fille) ou sur réj)aule (si c'est un j;arçon)^^l Pour le port
sur l'épaule, ici et dans les jeux suivants, voir ci-dessous, XX,
p. 689.
h. Dans une variante, appelée **hl^éa anqncâ (mot dont
le sens propre et l'étymolo^ie m'échappent), le cérémonial du
début dilfère.
Le chercheur se couche à plat venlre et on l'enfouit sous des
vêtements (les chammas ou toges des autres, qui courront
mieux après s'en être débarrassés). Puis tous lui tapotent sur
le dos on disant :
h*},**»* , ?!?,*«% » aiiqrlçâ, anqâçâ
e'I'JB î ^T* /*•««?•}«* ï ia qaii nogus uânçâ
Yi'iiPti^ 1 anqâçâ. . .
"IC ' AftTO : ^'^4 1 mûr (osUh atalâ. . .
O Miltwoch, p. /i et 5, où c'est le chercheur qui porte le cherché au but,
doit présenter une faute de rédaction : c'est ie vaincu qui doit faire le cheval,
pour sa punition.
JEUX ABYSSINS. 467
Anqâçâ. . . ie gobelet du roi rouge (probablement : du roi européen).
Anqaçâ. . . faut-il te donner du miel ou de la lie?
A la fin, l'un des enfants répète la question seule (sans le
refrain) plusieurs fois; tant que le chercheur répond : «du
mielw, on attend et on répète la question ; s'il répond : k de la
lie», tous se sauvent et vont se cacher; lui leur laisse un peu de
temps, se dégage des vêlements, puis commence la recherche.
IL CoUn-maïUard et cache-tampon.
a. Jeu appelé It'fl^'B (hbhd(jds (comme I) ou mieux "fiÇT
saffanfàe la racine «cacher en couvrant??; **non encore signalé
dans ce sens).
Deux individus, un chercheur et un cherché, se bouchent
les yeux en s'enroulant la têt*^ dans leur chamma.
Un troisième joue du ti£.Cl^'drâr (lyre à 6 cordes), sur deux
mélodies différentes qui indiquent au chen heur s'il est ou non
dans la bonne direction (dans notre cache-tampon : il fait froid,
ça chauffe, ça brûle).
Les deux mélodies s'interprètent en paroles, la première
parMl'^VT* alàgnûnaham (f.[u n'as pas trouvé 57, la seconde par
^«Jfthfl'î* darraskdhhal «tu es arrivé dessus, lu y es 55.
Le chercheur indique la direction où il cherche, avec son
avant-bras droit étendu raideet s'agitant lentement de haut en
bas et bas en haut, en suivant plus ou moins le rythme de lu
musique; le geste ressemble à celui des prêtres accompagnant
leurs cantiques du petit sistre tenu à bout de bras; aussi dit-on
du chercheur : JB4'.ft'4A mjadchsâl «il dit les cantiques, n — On
l'appelle ♦■S'fi ^fl</</«s k chantre 55 ou aoé //««n «guide??.
Le cherché est dit îfïî. sasi «fuyard??. Il attend à la place
qu'il a choisie et ne cherche à s'enfuir que quand la mélodie
du succès lui apprend que le chercheur va l'atteindre. Il s'en
468 NOVEMBRE-DECEMBRE 191 1.
va alors à l'aveuglette et il lui arrive de tomber de lui-même
entre les mains du chercheur.
On recommence ensuite avec d'autres joueurs.
b. Il peut aussi y avoir un seul chercheur, les yeux décou-
verts. Le clierché est suppléé par un objet caché. La musique
opère de la même manière que ci-dessus.
III. Le chat et la souris.
Inconnu au Lasta.
Appelé 'TLft'PÇ' mistôië «ma petite femme ?? (le sulïixe -ô,
réservé aux noms de personnes, indique une nolion de fami-
liarité), ou fr<w»'7'Ç s hjaT » ddmmatannâ a'ùit <^\q chat et la
souris».
Le jeu figure le rapt de la mariée.
Les enfants forment la ronde; la souris ou mariée se lient
au mdieu. Le chat tourne autour de la ronde en répétant :
«TLft'i^Ç' ' 'Tlftf'P' s mislôip, misloié «ma petite femme, ma pe-
tite femme 55. Le chœur répond :
h? > «TLft-PP» s aia mislôiè
f «TLA* » ^è,& 1 iamistj ffijôfarlè
f ft"ÎJB » ^o»Ç » iasainài dammanâ
Aya, ma pelite femmo;
les longs cheveux de ma femme (cheveux coupés, non tressés, laissés
libres autour de la tète);
les nuages du ciel.
Comme dans notre « chat et souris w, si le chat réussit à entrer
dans le cercle, la souris sort; si le chat ressort, la souris rentre.
Quand la souris est prise, on fait un simulacre de noces.
Le marié et la mariée montent chacun sur le dos d'un autre
enfant qui sert de cheval (ou mulet). Puis on va en cortège
JEUX ABYSSINS. 469
soi-disant chez les parents de la mariée; on fait semblant de
manger et le chœur chante :
îi?9° » fiOy'^'i/h » dn(n)âm auqanàllè
(Et) nous, nous savons {ou : nous avons compris);
nous avons creusé un Irou (pour y cacher la mariée).
Le marié essaie de prendre la mariée, en criant : îi"}^ »
"iii^ dnmq, dmwq «prendre au cou; prendre au cou» **(cri de
lutte) (3).
Alors un enfant, qui figure la fille d'honneur de la mariée
(si la bande est peu nombreuse, c'est celui qui était précédem-
ment le cheval du marié), répond :
j^çjD . r,!^^ . ,y.j^ , 3h{h)âm zannaq zdunaq
"Et nous, mélangé, mélangé-, ou ^désordre! n (mot amené par
l'assonance).
Il protège la sortie de la mariée, qui s'enfuit sur le dos de
son cheval.
IV. Le serpent est descendu.
Voir la description donnée dans Mittwoch , IV. Le jeu y
apparaît dans nombre de détails difiérent de celui que j'ai
recueilli.
Au Choa, l'enfant qui est tète de file est dit Itt/** ndgûs
'^' Forme à dissimilation, générale au Choa, de *b^^fi^ gudguâd.
'^' On a chanté ainsi devant moi, le suffixe (à valeur seulement rythmique)
prononcé une fois avec le t, une fois sans.
''' Ce n'est pas un vrai infinitif. Le? formes de ce genre se rencontrent gé-
néralement avecaux'liaire; ainsi 'h'iV-KKH • annaq adarraga ffétranglern.
Mais dans les paroles traditionnelles de jeu elles se rencontrent très souvent
seules, voir des exemples plus loin, p. /179 et 677. J'en ai entendu au-si comme
exclamations dans la conversation; ainsi *"TÇ^ t^Jf^t trpcht! plusrien^i.
xviii. 3i
470 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
«roiw ou h(ïh atië «empereur 55; il est assis à terre, les jambes
étendues et adossé aux chammas entassés derrière lui; à côté
de lui se tient le ti^ sac ttdonneur??, qui est chargé d'exécuter
ses ordres.
Les autres enfants s'étendent sur le dos, le premier la tête
entre les jambes de l'empereur, les autres chacun avec la tête
sur le ventre du précédent.
L'enfant qui fait le serpent parcourt la file debout , les jambes
écartées, un pied de chaque côté; quand c'est une fdle, elle
ramène correctement sa jupe entre les jambes, de manière à
faire une sorte de culotte.
Tant que le serpent va du bas vers le haut, où se trouve
l'empereur, il chante : Jifl"!! • (Df'ltb s oini unttfië ^ le serpent
est monté 71, et le chœur répond : MtiOtfnhi alâstiaitâë «il n'a
pas laissé (owfait) monterai; quand il redescend, tournant le dos
à l'empereur, il chante : îifl'fl s (Dd^ » dtai narrndlê «le ser-
pent est descendu v , et le chœur reprend : MfiflJijR, nhlsuarradiê
«il n'a pas laissé descendre ?5^'^
On compte sept parcours le ïong de la file (3 montées et
h descentes ou k descentes et 3 montées, suivant que le ser-
pent commence par un bout ou par l'autre).
Puis le serpent va au bas de la file et mendie du feu au
dernier enfant; celui-ci répond : (lAjB s (L^ '• halâi bict «dans
la maison au-dessus w; le serpent va au deuxième enfant, qui
répond de même, puis successivement jusqu'à l'avant-dernier,
qui répond : flfll» • d»^ • bâfio biêl «chez l'empereur?). Le ser-
pent fait sa demande à l'empereur, qui fait semblant de lui
donner (ou faire donner par son acolyte) du feu; et le serpent
fait semblant d'aller le poser dans un coin.
A ce moment, il est censé s'être brûlé le pied et s'en va à
cloche-pied vers une eau fictive.
''i Ce texte explique le nom du jeu et dispense de traduire oTjâÎj iian-advè
par «le serpent est vcnun, comme dans Millwoch, p. 9.
JEUX ABYSSINS. àl\
Le chœur chante : hliliL^ ' (D-Y : (DiRrf- » ankâsit uûhâ
uarradac ^\e (vilain) boiteux est descendu à l'eau w. Et quand
le serpent revient de l'eau : Wi^tJb » (O^l » (DCfi s (D^ïï- : an-
kâsit uûhâ uardâ uailâc r^le boiteux est descendu à l'eau, et en
est remonté».
Puis le serpent vient montrer à l'empereur une morsure
qu'un chien lui aurait faite à la jambe pendant le trajet; l'em-
pereur lui donne un remède; il se l'applique, se déclare
guéri et cesse d'aller à cloche-pied.
Ensuite le serpent recommence à mendier, comme aupara-
vant le feu, d'abord du hA hôsô «cousso57 (purgatif très fort
pour expulser le ver solitaire), puis la machine pour le |)ilcr,
floR^îf mndfKjquOsâ ; puis de l'aide pour boire le cousso, en
disant : hm^^ ataçon «donne-moi à boire» (cotte partie de
la scène ne m'est pas bien claire); puis une **h-fl,? kiihbâiâ
«gobelet métallique pour boire» (ce mot est un emprunt récent
à l'arabe), puis de l'eau. Il fait alors semblant d'aller préparer
son cousso et de le boire. Ensuite d recommence à mendier du
tabac, puis le ^li.f° fjâlim «petit fourneau en terre de la pipe
galla», puis le **ah^'P tiûgmô «tuyau de la pipe», puis du
feu.
Il va alors près du bas de la file, fait semblant de fumer
et tousse; le premier enfant lui dit : jBi^'fi Imifjds «qu'elle (la
fumée) t'étrangle!» Le serpent réplique : tP** * hAlfi » mon âls
«qu'est-ce que tu as dit?», et l'enfant : T'iT' s hAAh-r »
matidmm alâlkum «je n'ai rien ditn; le serpent, pour vérifier,
retousse; l'enfant répète : «qu'elle l'étrangle!» Le serpent va
réclamer à l'empereur, qui l'autorise à gifler l'enfant. La
même scène se répète avec tous les enfants de la file.
Ensuite le serpent est censé pris de la colique de la purge;
il s'accroupit en demandant : iMji s A4'H>(D« » hazih hqzanaii
«faut-il débourrer ici?»; les autres répondent : îift« » fA?" s
><D« » 3SSU ialâm nâu «c'est (la place) des vacbes»; à une nou-
ai.
472 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
velle question pour une autre place, on parle des mulets, puis
des moutons, etc. A la fin, on dit au serpent qu'il peut y aller,
et il imite avec la bouche le bruit de la colique qui s'épanche.
Puis le serpent revient à la file d'enfants et dit à chacun,
successivement, en commençant par le bas :
îiÇ^'fi s ^^^^ s ^^V:*- s aunâtss fotfat fdtfdtâ^'^
flo»*7AA-'> ! hft*CP » ba maglâlil adargà
h<^hA> s hCnth s *'-TÇ^ s araknlœ, arakalié^'' tajat^''^
hjBT » **a»'ftft' s . . . aint uûssdd '''...
ff^ao^ s (D*tl^ ! . . . ddmmat uùssdd. . .
îiJBT ï a>«ftfr » «y/?/ nussad
Ta mère a préparé le fitfdt (voir Guidi, col. 885),
l'a étalé sur le couvercle :
lié un tel, hé un tel '^\ disparition ! (quelque chose comme : pcht!) ''''
la souris, enlever ! (quelque chose comme : houp !) ''* — (puis bruit
de pet imité avec la bouche)
le chat, houp! (même bruit)
la souris , houp !
Ce petit couplet est destiné à faire rire l'enfant à qui il
s'adresse. S'il rit, le serpent le laisse à l'empereur. S'il résiste
à l'envie de rire, il le prend pour lui. Ainsi se forment deux
camps. Le serpent et l'empereur se font face en se prenant les
mains; les enfants de chaque camp se rangent à la suite de leur
chef en se tenant parla taille. Il s'agit, en tirant, de faire fran-
chir à l'autre parti un objet posé à terre comme limite.
Les vaincus, c'est-à-dire ceux qui se sont laissés entraîner par
le parti adverse, sont appelés ^TÎ?" <yi//,>«^7mK véroles», ce qui
indique qu'en Abyssinie on ne fait pas mystère de la syphilis.
t'' Ici et plus loin dans d'autres chansons (voir p. ^173), le gérondif à lui
seul, sans auxiliaire, a la valeur d'un parlait.
!'•' La forme TitlA» okaUe est bien plus usitée au Choa que la forme plus
littéraire ]^i7A» ^/ja/Ze wun tel". En réalité, quand on joue, on appelle chaque
enfant par son nom.
W Voir la note 3 de la page '169.
JEUX ABYSSINS.
473
V. Alahoy.
Comme dans la description de Mittwoch, II, p. 6-7, les
enfants s'assoient parterre en une rangée, les pieds alignés; ils
ont les mains croisées derrière le dos. Le chef du jeu est assis
au milieu de la rangée; on l'appelle KA^ alaqâ «chef??; il a
une main derrière le dos, et de l'autre tient un **hCfiEb*^ ar-
çummiê ^ baguette ».
De celte baguette, le chef désigne à la suite chacun des pieds
à son tour (y compris les siens), soit en les touchant s'ils sont
près, soit en les indiquant de loin, à chaque hémistiche du
couplet suivant (soit un pied sur alahoi, un sur alalalioi, le
troisième sur garadlê, le quatrième sur alâiiuhê, et ainsi de
suite); la suite des idées est sacrifiée à l'assonance :
hAlf JS î îiAAif ja «
•PA- s
alahoi alalahoi
garadlê alâinihë
garadiém mâryàm saniâ
hdrkummâ tasakkamâ
harkummâ iadagaûë
ia sâmmâ qaddadôUë
qadagé qadâdagé '■^^
bosdt/lt lâbbâbgê
abbïdàg bdtlaijaddan
çaraqâ sâmacan
çaraqà ddmbullôqâ
aùé biét gabbâc auqâ
ùitié biêl quônagdttôc
fattagu fatlatlàgit
baqulmoc asqaminatu
qâçâ quôlô sdndié quôlô
idhan tdtas idhan agbi
tôlô
'') Je n'ai pas noté dans ce mot, en recueillant le texte, le double g qu'on
attendrait : c'est qu'en effet gg se distingue fort mai de g.
Mi NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
Ce texte, plus long que celui de Miltwoch, est aussi plus
compréhensible en certains endroits; mais je n'aflirmciais pas
que ce ne soit jamais par restauration secondaire de mots
connus au lieu de mots incompris. V^oici la traduction, telle
que j'ai essayé de la faire avec mes informateurs, et les obser-
vations qu'elle comporte :
alahoi alalahoi '^^
n'as-tu pas vu ma bonne '^' ?
(et) ma bonne a embrassé Marie (ma bonne a nom Marie) '''
elle a porté **rescabeau (ou appuie-lête)
l'escabeau de. . .''^
mon lambeau '^^ de vêlement
j'ai déchiré, redéchiré
quand (ou : si) je la donne (ou : lui donne) ''' à ma filleule''^
la filleule quand (ou : si) elle m'aime
la lune m'a embrassé
la lune <''
C Voir le sens donné par Mittwoch pour une autre version de ce refrain.
'-' alâiiuh[é) est une l'orme altérée; Mittwoch en a une autre; mais mes
informateurs sont d'accord avec Ataqà Tayya pour la traduction; on devrait
avoir JiAPU dàiiah. — Peut-être te **y»'j*»j^ mangac inexplique du
texte de Mittwocti a-t-il le même sens que garai du texte donné ici, dont il
tient la place; jo forai observer en outre que, puisque Alaqâ Tayya a donné une
autre forme **OD'}7jJ- mangalà en expliquant ce début du texte, c'est sans
doute qu'il attacliait un sens à ce mot.
(•^' La première traduction est celle que je dois à mes informateurs (sur la
construction du gérondif, ici et au vers suivant, voir p. ^72, note 1 ); mais
c'est sûrement la seconde, donnée par Alaqâ Tayya, qui est la bonne. Elle
permet de considérer samâ, avec -â sulFixe do 3" personne singulier, comme
une forme archaïque du plus grand intérêt. Voir Praetorius, Die Amharische
Sjjrache, p. 109.
'*' Miltwoch a **.^7^ (/âg'af ttmonléew = Tescabeau, ou l'oreiller (appuie-
Icte) de ma montée (?).
W Mittwoch a **4»^^'7' (pd'ladôl.
(°) Miltwoch a ; je lui ou l\ masculin) ai donné.
(') Mot à mot : wma fille par lo prêtror». Millwoch a un **t/»'J*7^ mangagg
inexpii(jué.
'*) Mot inexpliqué. Pout-êtro R'^fl^A » l[\(D*i^ I di>nbul aiiqà (?). Voir
fi'Vll'ûi duinljul dans Guidi, col. 65 1.
JEUX ABYSSINS. /i75
dans la maison de l'empereur elle est entrée à bon port ^'^
les jolies jolies filles '^' de la maison de l'empereur
elles ont nettoyé, **renettoyé le grain
elles (r)ont posé sur. . .'''
grain grillé d'aloès (?) ^*^ grain grillé de froment
laisse celui-ci , et rentre celui-ci
La jambe sur laquelle est prononcé «rentre celui-ci « se re-
lève, la plante du pied posant à plat, le genou vers la figure.
L'enfant s'embrasse le genou en disant : hfl : 7RA. « 7fl » ahbâ
gadal gahhâ «le père au précipice est entré (il est sauvé du
précipice) ». En effet l'intérêt du jeu est de savoir qui sortira le
premier, et les enfants y mettent de l'anxiété, comme le montre
la pbrase ci-dessus. Avant même qu'on commence à compter,
ils font une petite prière : ïititi'Û s ?,«?»? s "?C^?° \ fi »
A^ s hCLA^ ' diâkds dmâmmâ mâryâm ianië fit argilbn «je
t'en prie, maman Marie, fais (que) le mien (soit) d'abord».
Celui dont les deux pieds sortent vite est dit ï^ glêlà
«maître» ou **il'fl;^y• (e) «fortuné, veinard 7v, il se vante et
Cî Mot à mot : en sachant (ce qu'elle faisait); exprès, sans se tromper.
'^' Guidi, coi. 286, donne pour ^^5". qxiôngô ie pluriel arcliaïque
^Ç^'ï« quonàgdt (avec -nà- et non -na-)\ il s'y est surajouté le sulfixe de
pluriel -ôc, avec un doublement bizarre de t final (peut-être ai-je mal en-
tendu?). Tel que, ce pluriel m'a été donné comme une sorte d'intensif; voir
Pbaetorids, Die Amharische Sprache, p. 187, et Mém. Soc. Ling., XVII, p. 285.
•') Mot inexpliqué.
'*"' Le mot ^«i qàcà est connu avec le sens de trplante fibreuse» (spéciale-
ment une espèce d'aloès); mais il ne donne pas ici un sens satisfaisant; il
faut préférer le JijÇ "■ggà du texte de Mittwoch, qui est une espèce de blé.
^^> Le dernier mot est en dehors du rythme; en réalité on s'arrête de
compter sur la fin du vers précédent.
*^' Dérivé d'un mot **^î•fl^ kàbt tfsort, bon sort, veine». Guidi connaît
V'O'h f^fibt «biens de fortune» et ïl'flî* knbl «richesses, bétail» (ancienne-
ment Tî'flî* habt). Je pense que Icâbt est un doublet de kabl, refait indépen-
damment sur habt, grâce à la confusion constante de ha et hâ, d'où la longue.
Ce n'est pas le lieu de parler ici des affaiblissements de k en h et h et des
restitutions ou iausses restitutions qui peuvent s'ensuivre.
^76 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
dit : fi : 4'iRo» s ianiê qaddama «le mien a passé avant les
autres «. Au contraire celui dont les deux pieds restent long-
temps inlouchés est dit fr^ ddJiâ «pauvres.
Le pied qui reste le dernier est puni; le chef demande à
l'enfant : flft"?JB » fl?"^C » basamâi bamodar «dans le ciel ou
sur la terre? ?5 S'il répond «dans le ciel», le pied est levé haut
et frappé doucement contre terre; s'il répond «sur la terre 7?, le
pied est levé moins haut, mais frappé plus fort. Ensuite on
compte encore, avec la même formule que plus haut, un hé-
mistiche pour le pied resté solitaire, et un pour le sol.
Quand le dernier pied est rentré, commence la seconde
partie du jeu.
Les enfants s'accroupissent en se tenant sur les pointes
des pieds et récitent tous ensemble la formule qui suit, en
touchant alternativement de leurs deux mains le sol et leurs
genoux (un hémistiche pour le sol, un pour les genoux) :
îÇ ' flAAT s îi^R^'lKîÇ ï qijâ hablhh andaniidaqquâ
hdAVAV- s ffir-fl^ 8 ^flj 8 , àhalàhâllahû iasamharà qittà
^l(lAi'At^ ! fft'JR. ! *"} s âbalâhdllahû lasoncVë qittâ
hll^VAV' s ffi?°'(l^ s 4'ff ï ûbaUdudlahû msjmhorâ qmlô
Fuis crac pour moi comme une gazelle :
je te donnerai à manger de la galette de pois chiches ,
je te donnerai à manger de la galette de froment,
je te donnerai à manger du grain grillé de pois chiches.
Puis, au commandement du chef, successivement dans
l'ordre où ils sont sortis de la première partie du jeu (le pre- f
mier étant celui dont les deux pieds ont été éliminés d'abord et
ainsi de suite), les enfants accroupis se redressent de manière à
se mettre debout, les mains aux genoux. Cette opération se fait
au milieu d'une grande excitation.
Ceux dont le genou a craqué sont vainqueurs. Les autres
I*
JEUX ABYSSINS. 477
sont relégués dans un coin et dénommés ft*"S budâ wloups-
garous, sorciers 75 ou « véroles ?5.
Je n'ai pas trouvé au Glioa la variante décrite dans Mittwoch,
m, où les doigts des mains ont les mêmes rôles qu'ici succes-
sivement les pieds et les genoux (voir p. A87).
VI. Les pinçons.
Au Choa, ***TTfliTÎ qunttàtôs ou **e*'îm.T inqmtit; au
Lasta, **'r^rii mdsammdso''^\
Les enfants s'assoient en rond; l'un d'eux pince du pouce
et de l'index d'une de ses mains le dos de l'autre main; puis un
autre étage ses deux mains au-dessus, chaque main pinçant
la main qui est au-dessous et ainsi de suite. On fait ainsi une
pyramide de mains.
Puis celui qui est à la base fait monter et descendre la
pyramide; on suit docilement ses mouvements en répétant
mquntit, iaquntif. A la fin, il commande : "^ * 'ttt'i ' sa (avec
un â très prolongé) bailan «:chaaa — dispersez-vous! 57
(^> Mittwoch, V, p. i3, emploie ce mot (avec 711 simple) pour tout autre
cliose : une quête des enfants au Vendredi saint. Au Clioa, on ignore égale-
ment le nom et la quête du Vendredi saint; on n'y connaît de tournée de
quête qu'à la fête de **(|«Sl buhô (ainsi nommée d'unjeu, bataille burlesque à
coups de lanières, voir Cecchi, da Zeila aile frontière del Cajfa, I, p. 462) qui a
lieu trois jours avant l'Assomption, peu avant le jour de rAn(pour les garçons
seulement), et au Jour de l'an et à la fête de la Crois (garçons et filles). Je n'ai
pas recueilli les chants de ces fêtes.
Mon informateur du Lasta se rappelait que, dans son pays, à un certain
jour qu'il ne m'a pas précisé, les toutes petites filles seulement chantent
mdsamso en frappant deux cailloux l'un contre l'autre.
De même la chanson de **}\'R'i^ (Mittwoch, VII) est connue au Lasta,
mais se situe à la Saint-Jean. Elle est inconnue au Choa, ainsi que le mot
asandà dans cet emploi. Je l'y ai cependant trouvé employé avec différents
autres sens : on me l'a défini comme un habit de femme à fronces , similaire
au 'fi'fl'fi'fl sdbsab ou**'fi^'fi'J sdii'san; puis comme un vêtement que portent
les enfants à certaines fêtes au Baguémeder et dont j'ignore la forme. D'autre
part, il désigne une «conduite d'eau (en bois ou métal)'', un «jet d'eaux.
478 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
Tout se dénoue; les enfants portent leurs deux mains à
leurs yeux en faisant semblant de pleurer.
VIL La folie.
C'est un jeu analogue à celui qui termine les jeux à la balle
(voir plus loin, X,f, p. ^182). Il sert à terminer les jeux de
groupes dont il a été question jusqu'ici. Les enfants s'assoient
en rond; l'un d'eux donne une lape à son voisin de droite,
qui la rend lui-même à droite, et on fait passer ainsi la tape
tout autour du cercle; puis on renverse le sens, en allant vers
la gauche; à la (in, on emmêle le jeu, on finit par des corps-
à corps et on se disperse.
VIII. Rondes â deux.
Voir dans Mittwoch, VI, **^Cà^C^ dorsàdarsâ; deux petites
filles, se tenant par la main, tournent très vite en répétant :
ddrsûddrsâ. Le jeu est connu aussi, avec le même nom, au
Lasla. Il s'y ajoute une variante où les deux enfants sautent ac-
croupies face à face et sans se tenir les mains.
Au Choa aussi le jeu existe; le nom diffère; c'est **P4''b
gàfâtië ou plus rarement **iiVé^ azôrit (de la racine qui veut
dire extournerai). On fait avec la bouche des bruits imitant le
vent : **îiCÏ s hCS » arcê, drcê, ou encore — à peu près —
a pu, apu.
IX. Jeux de souplesse et de force.
Les Abyssins connaissent un grand nombre de tours de
souplesse, où ils sont excellents. En général un seul exécute
le tour; puis les autres, qui l'ont regardé faire, prennent sa
suite. Je n'ai pas recueilli tous les jeux de ce genre. J'en donne
seulement un à titre d'exemple.
JEUX ABYSSINS. 479
Celui-ci veut deux joueurs et surtout de la force, encore que
la souplesse n'y soit |)as pour rien. Les joueurs se tiennent
debout ou assis, se faisant face. Ils tiennent chacun de la main
droite la droite de leur adversaire et de la gauche sa gauche,
la main fermée enserrant le pouce (et non pas la paume).
Les mains gauches ne bougent pas. Il s'agit pour chacun,
avec sa main droite, d'amener à son épaule droite la main de
l'adversaire.
C'est ce qu'on appelle **?"AAff mabllasô, de la racine «faire
revenir, retournera.
X. Jeux de balle.
Voir Mittuoch, IX, dont les explications sur des termes
techniques ne sont pas reprises ici, sauf utilité spéciale ^*^.
a. **4»C^'fl qarqai «rebondissement» ou **fr*ft4» (bqachq
(c'est ainsi que j'ai noté; mais on attendrait plutôt d.jqjddoq^
«battement».
On ne m'a pas montré sous ce nom le jeu compliqué de
Mittw'och, IX, 1. Il s'agit simplement de faire rebondir la balle
le plus de fois possible contre terre, en comptant les coups;
on ne s'arrête que si on manque le coup ou iors(ju'on est trop
fatigué '^^
b. ^ATH qdmôs, **4'Afl'fi qalbôs ou "*t*i7i gunôs.
C'est un jeu simple, dans le genre de celui que Mittwoch
décrit sous le même nom de qdhnôé, IX, 3. La balle est lancée
en l'air, puis rattrapée et renvoyée de nouveau avant qu'elle ait
touché terre. Ce sont les tout petits qui jouent de cette ma-
nière.
('' Pour la fabrication des balles, voir XI. a, p. ^83.
'''^ Sur un comput particulier à ce jeu dans la province du Walqait, voir
d'Abbadie, cité par Guidi, col. 277, sous 4'flC*P qatâruâ.
480 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1911.
c. **t*t7i gunOs, comme le précédent, ou **hT«^ agun;
voir Miltwoch, IX, >2 , **i*PC^ nmiârtâ, où le jeu est le même,
mais la description un peu plus compliquée qu'ici; voir de plus
ci-dessous, d.
La balle est lancée en l'air; un enfant la rattrape après
qu'elle a rebondi sur le sol. Tous les autres alors crient nôr;
si l'un d'eux y manque, celui qui tient la balle l'en frappe.
L'enfant qui a été frappé devient cheval et prend sur l'épaule
celui qui l'a frappé. Celui-ci continue le jeu du haut du cheval-
s'il frappe un autre enfant, c'est celui-là qui devient cheval.
J'enlends nôr **'tC. le cri des enfants, non **S*PC nauâr,
comme écrit M. Mittwoch, p. S'y. Le même mot s'emploie
aussi autrement : quand un nouvel arrivant se répand en poli-
tesses, une réponse usuelle et, me semble-t-il, toujours nuancée
d'un léger ton de supériorité, est ce même nOr, que je tradui-
rais : <xÇa va bien, repos, je vous salue aussi!?? En écoutant
de très près, j'arrive à décomposer en tfuor, ce qui conduit à
une orthographe **'iioC; si on se souvient que dans des mots
usuels il y a en amharique des confusions de b devenu spirant
(t) avec u (voir Tflî* tdtât et ^^' tuât «matin jj), on aboutit à
**'i(\C ïwtàr, impératif inusité de *fl<C nabbara «être (il était) 55,
ou mieux impératif, conservé en formule, de ge'ez iddnabara
«rester, demeurer 75, d'où le sens «reste tranquille!?? qui con-
vient suffisamment.
d. **4'*9°y/n'fi (pmdmmdtôs, quelque chose comme «l'assoie-
ment??, variante du précédent, avec minutieux règlement sur
les échanges de chevaux.
Un enfant lance la balle {^^ laggà «lancer la balle??); il
devient le cheval de celui qui la rattrape.
Le cavalier la lance à son tour; s'il la lance par terre et la
rattrape après rebondissement, il continue à mener le jeu. Il a le
JEUX ABYSSINS. /j81
droit de lancer la balle sur un des autres enfants, à moins
que celui-ci n'ait dit nôr; s'il en frappe un, c'est celui-là qui
devient son cheval.
Si le cheval arrive à attraper la balle au passage quand elle
rebondit, il devient cavalier et le cavalier cheval.
Si le cavalier et le cheval manquent la balle et qu'un autre
enfant prenne cette balle, il peut : i" la rendre au cavalier,
qui recommence; 2° la donner au cheval, qui devient cava-
lier, et prend pour cheval son précédent cavalier; 3° la garder
et prendre la place du cavalier.
e. **ifi?°T sdmat, ^^'fi'flT éaht ou **^"ï^^'fi findddôs.
On place un enfant 1; derrière lui, à quelques pas, un en-
fant 2; puis, à partir de 1, on compte un certain nombre
d'enjambées à la course («roC?'»* margaçâ); on fixe un but B,
puis on comple de l'autre côté autant d'enjambées, et au bout
on place un enfant 3; derrière lui, un enfant li :
B
. •-< >-.-< >-. .
2 1 3 4
Tous les enfants crient **h<t^frfr afanchd ou **(K)'fiîn»T
(ajsmat (impératifs de verbes non signalés jusqu'ici, et dont le
sens est fixé par la description ci-dessous) à l'enfant 3, qui
obéit à cet ordre de la manière suivante : il tourne le dos à
l'enfant 1, les fosses tendues vers lui, le buste penché en avant
et en prenant garde de ne pas montrer sa figure. L'enfant 1
jette la balle sur 3. S'il le touche, le camp 1-2 compte un
point.
L'enfant à ramasse la balle et la remet à 3 , qui vise 1 à
son tonr. S'il le touche, le camp 3-â compte à son tour un
point. •
482 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1911.
Si l'enfant 1 manque l'enfant 3 par exemple, il se présente
deux cas : i° la balle tombe sans être rattrapée, et on ne
compte rien; 2° l'enfant /i rattrape la balle au vol ou après un
rebondissement; dans ce cas on baisse d'un point le compte du
camp 1-2. On lui dit : hftfl><^R asuarrada «(l'adversaire) a fait
descendre (ton compte) ?5 ou hA-flO ollahhdh «tu en tiens!»
On joue ainsi, chaque camp lançant à son tour; le vain-
queur est le premier qui a fait autant de points qu'il y a d'en-
jambées de lui au but.
f. Balle folle : î»fl^ ahhada «il est fou» (comparer dans
Mittwoch, IX, k, une description diflerente de celle qui suit).
C'est la terminaison des jeux de balle, quand on en a assez
de jouer (voir ci-dessus, VII, p. ^^78).
Un enfant se protège la figure et la poitrine des deux avant-
bras dressés, accolés l'un contre l'autre, la face dorsale des
bras et des mains vers l'extérieur, les poings à hauteur du
front: contre le bouclier fait par ces deux bras, un autre enfant
lance la balle avec force; si elle rebondit vers lui et qu'il la
rattrape, il continue de même. S'il ne rattrape pas la balle, le
premier enfant (le frappé) lui saute au cou et il s'engage un
court corps-à-corps.
Un autre enfant se précipite sur la balle, la ramasse et la
lance. C'est le frappeur du début, dégagé du corps-à-corps,
qui forme boucher de ses bras et devient le frappé. El ainsi
de suite.
XI. Polo (7Ç gaîinây
Voir Mittwoch , VIII , p. 2 1 ; Guidi , col. 7 5 3 et ^ 1 . Pour la
nomenclature et le début du jeu, ce que je connais au Choa
diiïère tant de ce que donne Mittwoch, que de ce que donne
Guidi pour le Choa même. Les chants du vainqueur, pour se
JEUX ABYSSINS. hS'â
moquer du vaincu, que donne Millwoch, p. 22 à 26, existent,
sensiblement les mêmes, au Choa. Je ne les ai pas recueillis.
C'est un jeu saisonnier (depuis un peu avant Noël, dont il
prend le nom , jusqu'à un ou deux mois après), mais nullement
lié strictement à un jour de fête.
Il y a lieu de traiter des accessoires du jeu, de l'avant-jeu,
du jeu.
a. Accessoires. — L'essentiel est la balle; au Choa, j'ai tou-
jours vu jouer avec une balle faite de bouts d'étoffes cousus
serrés; c'est ce qu'on appelle %^ft kuâs.
Mais la balle peut être en cuir : elle prend alors le nom
àe**T'intdng (voir **T'îl^ dans Miltwoch, p. 90). Enfin on
utilise aussi des boules de bois, dites îi4«C orur.
La balle est lancée au moyen d'une crosse : c'est un buton ,
autant que possible noueux du bout, mais seulement coupé,
non travaillé. On l'appelle o»A"ï.^ mahgglà (voir cog^xF nml-
gim, Mittwoch, p. 3o-3i), ou simplement fi-\ dullà et mas-
sue».
b. Avant-jeu. — Le début du jeu est le partage des camps.
On fait deux limites (comme au foot-ball), laissant au milieu
un champ et à chaque extrémité un «camp« ou fl,î« blël, mot-
à-mot « maison».
Puis on forme les deux partis ou camps des joueurs, appe-
lés *^ft«^^ budan^tt'^'i hiuhn dans Miltwoch, p. 20 et 2 1, n. 8 ,
avec un sens un peu différent), en disant : **'ii'i9,R'i dnnabuâdan
«faisons les camps».
On choisit tout d'abord d'un commun accord deux «chefs»,
dits hflî* abbât «père». Les deux chefs tirent (au moyen du
suk, voir plus loin, XXI, p. 4 90) à qui aura droit au choix
de ses partenaires.
àSà NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
Les enfants viennent vers les chefs par groupes de deux; les
chefs demandent : « Qui étes-vous h);\a paire répond : « Cheval
et mulet 57, ou k Carabine Snideret Fusil Gras ''^«, etc. Le chef
qui a droit au choix choisit à ses convenances le k cheval ?5 ou
le K mulet w, etc., et laisse l'autre à l'autre chef. Etant donné
que, au moins dans le jeu actuel, on sait parfaitement qui est
w cheval w et qui est «mulet», l'utihté de ce cérémonial n'ap-
paraît pas.
c. Jeu. — Il s'agit pour chaque camp, en frappant la balle,
de la faire pénétrer dans le camp de l'adversaire, et inverse-
ment d'empêcher la balle d'entrer dans son propre camp.
Dans le jeu ordinaire tous les joueurs sont munis de crosse.
Un joueur peut enlever la balle à la main, pour la dégager
d'un groupe, etc., mais alors les adversaires ont le droit de
chercher à la lui arracher.
Dans le pays de Manz (région haute, dans l'est du Choa),
seuls les chefs de camp ont la crosse; les autres jouent à la
main.
Un camp marque un point quand il a fait entrer la balle
dans le camp adverse. 11 n'y a pas de nombre limité de
points; on s'arrête à la fatigue.
(1) **(^çfi^(l*g s **fl>«^"/<J« I xanâdirdnnà miQ3grâ (non ■uggarà comine
dans Millwoch, p. 21). Sanàdir n'est pas un fusil Schneider, comme le dit
Mittwoch, p. 9 1, n. 10; le seul fusil Schneider connu en armurerie est en
effet un fusil de chasse. Il s'agit du système de carabine Snider qui a été à un
certain moment en usage dans les troupes anglaises. Qu'il ail pénétré en Abyssi-
nie par l'Egypto ou niilromonl, il est probable que ce n'est pas l'Amliarique qui
est responsable de la transformation du mot «snider^ en sanàdîr.
Pour uûgàgrà, c'est une altération de crFusil (îrasn: c'est en effet l'ancien
fusil irançHis qui est le plus répandu actuellement en Abyssinie, sauf tout au
Nord. Là c'est l'ancien fusil italien (Martini) qui prévaut sous le nom , d'origine
indigène, semble-t il — mais avec quel sens propre à l'origine? — de **fllÉB.G
uavajo.
JEUX ABYSSINS. 485
XII. Qançdft**^'iH!'1i^.
Semblable au **^CH!'^^ qàrcaft de Miltwoch , X, p. 29. Il
s'agit d'un jeu avec la crosse, mais où le projectile est un court
morceau de bois posé entre deux pierres qui servent en même
temps de limite de camp. Il s'agit, en frappant le petit bois
dit qançdft, de lui faire franchir la limite du camp adverse, ce
qui compte un point.
Le jeu est inconnu au Choa. 11 se joue au Lasta : l'écarte-
ment entre les deux limites est de 3o coudées. Il faut faire
3o points pour gagner.
Après quoi on vise une perche, toujours avec le même pro-
jectile.
XIII. Tâbain.
Voir une description dans Miltwoch, XI, p. 3 i, et une autre
dans Guidi, col. 816. Il s'agit de petits bouts de bois qu'on
lance en l'air; suivant qu'un certain nombre retombent sur leur
face ou leur revers on compte des points différents : on exprime
le compte des points en donnant des titres aux joueurs suivant
une hiérarchie déterminée : maire , intendant , roi , etc.
M. Mitlwoch, dans son introduction, p. >i , a indiqué le rap-
prochement avec un des jeux égvptiens de même nom (voir
Lane , An accoimt of the manne r s and customs of the modem Egyp-
tians'^, 1890, pp. 3 17, 3 -20); Lane décrit un procédé de bri-
made des joueurs moins heureux par les vainqueurs.
Au Lasta le jeu existe, et on y rencontre la procédure sui-
vante : un des titres donnés n'est valable que tant qu'un titre
supérieur n'a pas été amené. Si un joueur réussit le coup qui
procure le titre supérieur, le précédent dignitaire est dit «des-
titué» (i*îf<J tasâra «il a été destituée). Le nouveau dignitaire,
à titre supérieur, va à cloche-pied donner des coups, avec un
linge roulé, au dignitaire inférieur qu'il a destitué.
xvin. 82
486 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
Au Choa je n'ai pas vu jouer ce jeu; mes informateurs m'ont
prétendu que seuls les Gouragué y jouent. Mais je ne suis
pas sur que ce jeu ne soit absolument pas choanais.
Peut-être le fait que ce jeu est d'usage restreint vers le Sud
de l'Abvssinie est-il une indication à l'appui d'une origine
égyptienne.
XIV. Akândiml hïl?^^.
C'est le nom d'un os ou petit morceau de bois dur apointé,
qu'on lance de tout près, par un coup d'adresse particulier, de
manière à le ficher dans du bois mou ou un morceau de tige
de plante placé comme but.
Voir une description dans Mittwoch, XIIÏ, p. 33, et une
autre dans Guidi, col. ^^79-
Mon informateur du Lasta ignorait ce jeu; au Choa il existe,
mais n'est pas général : on m'a dit qu'il se joue surtout dans
les villes; on l'attribue plus particulièrement aux populations
non abyssines d'où se tirent les esclaves, Walamou et Chan-
qalla.
Au Choa le but est constitué par plusieurs feuilles de la
plante ^A^ tult (Rumex Steudelii), feuilles larges, à queues
assez longues et charnues. La feuille est posée à plat, la queue
se dressant verticalement; il y a plusieurs queues sur le métne
alignement et l'adresse consiste à en percer le plus possible avec
l'espèce d'aiguille qu'est ïakândiirâ. Les noms des coups
diflèrent suivant le nombre de queues percées. D'Abbadic a
connu la même manière de jouer et la même nomenclature :
1 pi(|ué (une queue transpercée) constitue le coup **fLï' bic
(donné par d'Abbadie dans son Dictionnaire de la langue amarï-
nna, avec l'orthographe «fl^ bàc; en ellet 3 est très proche de i
devant c).
2 piqués sont flï'î'î* uont (aussi donné par d'Abbadie).
JEUX ABYSSINS. A87
3 piqués sont à*!^ Jiënc (également dans d'Abbadie).
Il piqués sont **ù'i9 sanf ou 4Ç sa/" (ce dernier seul donné
par d'Abbadie). Ces deux mots s'expliquent facilement, si on
ajoute que « piquer les quatre queues d'un coup 11 se dit ^4* saffâ,
mot à mot «coudre». Avec cette explication il devient inutile
de séparer srt^rt du jeu d'akândurâ de sfifâ «coudre», comme
le faitGuidi;.s^est un dérivé de la même racine; enfin sanf est
à rapprocher de ù'iérf snnâfic t boucle, broche», que donne
Guidi, col. i85, et que d'ailleurs je n'ai pas pu retrouver.
XV. Osselets.
Au Choa 4*A^"ifi qdhwè; voir Guidi, col. 287, où est décrit
le jeu avec cinq cailloux; voir aussi ci-dessus, X, 6, p. ^79,
le jeu de balle du même nom; dans les deux cas, il s'agit de
«prendre au vol».
Au Lasta **frfl'fi chhhôL On verra ci-dessous le rôle que
jouent dans le jeu le dos et les doigts de la main. Or la va-
riante d'alahoy (voir ci-dessus, V, p. A77) indiquée par Mitt-
woch, III, p. 7, qui se joue avec les doigts, a précisément
nom **^a7i dihhoL
Il y a deux manières de jouer.
a. Voici la manière de procéder au Choa; les filles et les
garçons jouent également à ce jeu.
On met en groupe parterre un nombre indéterminé de petits
cailloux; le joueur, assis sur le sol, en prend un dans la main;
ce premier caillou est nommé /nC iôr «lance». On le jette en
l'air; il faut le rattraper avant qu'il ne retombe et après avoii
dans l'intervalle frappé le sol du dos de la main.
Sans cesser de tenir ce premier caillou dans la main, on
recommence avec un second, qu'on lance seul en l'air; si on
le rattrape, on le met à part dans la main gauche et on conti-
33.
/i88 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
nue avec un troisième, puis un quatrième, jusqu'à épuisement
des cailloux.
Si on manque un coup, il faut recomnjencer tout.
Au Lasta les filles seules jouent à ce jeu; pendant que le
caillou est en l'air, au lieu de frapper simplement le sol a-vec le
dos de la main, il faut ramasser à terre un autre caillou.
b. On prend un nombre quelconque de cailloux dans la
main, on les lance en l'air et on en rattrape le plus possible
sm'le dos de la main.
On en fait désigner un par un camarade. Il s'agit alors,
sans que ce caillou tombe, de faire cboir à terre tous les
autres, par de petits mouvements en souplesse des articula-
tions de la main.
Puis, toujours sans que le caillou principal tombe, il faut
en ramasser un autre entre le pouce et l'index; ensuite, tenant
ce deuxième caillou, projeter le premier en l'air avec le dos
de la main où il se trouve, puis le rattraper sur la paume, oii
il vient voisiner avec le second caillou.
XVI. Jet du javelot.
On vise un but qu'il s'agit d'atteindre avec un javelot, ou
un long bâton remplaçant le javelot. C'est le 1,111» gifië; voir
Mittwoch, XII, p. 33, et Guidi, col. 782.
Au Choa les perdants se couchent sur le ventre et le vain-
queur leur marche sur le dos.
Au Lasta le vainqueur monte sur l'épaule d'un des perdants
et de là continue à viser le but.
XVII. Balançoire.
Les jeux de balançoire sont appelés **rt.A""B sill oh ou —
seulement dans le Sud-Ouest du Choa — **îi'îm.A"1fi antillôs,
mot de la racine de hloïtioïh antalattala ^^ suspendre ».
JEUX ABYSSINS. -589
a. On se suspend tout simplement par ies deux mains à une
branche horizontale et on se balance ou on se fait balancer.
h. On accroche les deux bouts d'une corde à une branche
et on s'assoit pour se balancer sur la boucle ainsi formée.
XVIII. Cerceau.
7i)]Ch<S^ sdkdrhdrit, àonnc^diV Guidi ainsi qu'un onlfiMCïKS^
(col. 80) que mes informateurs ne m'ont pas donné.
On me l'a décrit comme un disque en bois ou en paille
tressée, mais avec un vide circulaire au centre; on joue à le
faire rouler, puis à le prendre au passage avec une baguette
qu'on introduit dans le trou du milieu.
Une autre variété est dite **îi'fihAA» dskolaliê, nom tout
proche du ©"fiMAA uaskalal donné par d'Abbadie. Il est plein
et moins grand, et sert de jouet aux enfants plus petits.
XIX. Poupée.
La poupée s'appelle **hff^7»A-^ asanguUit. Voir îf t7A sana-
galla «tromper 57 et «caresser (un enfant) n.
Dans l'usage indigène, c'est une misérable marionnette com-
portant seulement une tête grossière et une robe ^^K
XX. Port sur l'épaule.
A chaque instant dans les jeux, il s'agit d'un joueur mon-
tant sur l'épaule de l'autre; c'est ce qu'on appelle au Choa "ht
ïih dnkiiôkkô, dans les provinces du Nord hlShh askuôkkô,
d'après Guidi, col. kliH, et Mittvvoch, p. 5, n. 7, mais **îiTîhh
asktiôkho, d'après mes informateurs (peut-être trompés parl'a-
inilial du mot choanais).
"^ Sur un jeu de billes ■ — que je ne connais pas, mais qui existe peut-être
au Choa (je n'ai pas informé dessus) — voir 4[»<^^ qacdt, Guidi. col. 3or>.
490 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
Voici comment se fait l'opération : le cheval tend les deux
mains comme étrier, le cavalier y met le pied droit, et passe
la jambe gauche de l'autre côté de l'épaule droite du cheval,
sur laquelle il se trouve alors à califourchon (état représenté
par la planche A); puis le cheval lâche le pied du cavalier.
Le verbe qui indique celte opération est Ttt'iiitt s hA « duhuôk-
kô (lia «faire onknôklîôii dont le sujet est le cheval; ainsi on
dira Ç s Iti'iltli « AdAU s 7iâ dnhuôhhô biabh « viens que je te
fasse dnkuôkkô, viens monter sur mon épaule».
XXI. èukt **îS.»iî«.
C'est un jeu en soi, très usité dans les moments de désœu-
vrement, et spécialement pendant les longues marches, et
nullement réservé aux enfants et jeunes gens.
Mais il sert dans les autres jeux chaque fois qu'il y a lieu
de tirer au sbrt.
Sur des manières de jouer ou mots différents de ceux don-
nés ici, voir **îffl)ïi iâimnka et **îftD«îi sauk, Mittvvoch, p. a i,
n. 5 et Q, i*îf h«»•^ Insâkkuâta, Guidi , col. 2 9 /t, 4*1! (Di* tammmla,
'ÛfD^ hiiuatà, col. 226.
Voici comment j'ai vu faire : les deux joueurs, après que
l'un a proposé Ti^îfh»^ dnndsmknât ^x'^onon?, aw suktv, font tope
en se frappant dans la main droite.
Puis, simultanément, ils sortent chacun une des figures ci-
dessous; celui qui a la figure supérieure gagne. Si les deux
joueurs ont sorti la môme figure, quand il s'agit de tirer au
sort, ils recomiïiencent; s'ils jouent seulement comme distrac-
tion, ils continuent indéfiniment.
Voici les figuros, par ordre de valeur croissante, la pre-
mière étant la plus faible :
1. Toute la main ouverte, tenue verticalement : ù,^ sa'/
«sabre 55.
Journal asiatique, novembre-clpcembre 1911. p. ^go.
0/
A û
Planrlio A.
^i^f
JEUX ABYSSINS. i91
2. Index et médius tendus et séparés : ao^ti maqass t< ci-
seaux 1-),
3. Index seul tendu : **oi>A«Jfl<5^ masarasarit «poinçon,
aiguille 55.
li. Poing fermé : aoJKT( madôsâ « marteau w.
5. Main ouverte posée sur le sommet de la tête: ;Mïî* tâiôt
ce autel, sanctuaire 55.
XXII. Jeux à combinaison.
Les jeux de grandes personnes sont extrêmement peu nom-
breux en Abyssinie.
Les échecs iHmilS santarag paraissent avoir été très en
vogue autrefois à la cour de Gondar, et le dictionnaire de
d'Abbadie est plein de termes techniques de ce jeu. Je le
crois, d'après certaines informations, encore en usage chez les
nobles abyssins, mais n'ai pas eu l'occasion de le voir jouer.
On en connaît le nom, mais on ne le joue pas dans le peuple.
Les dés et dominos sont inconnus. On joue aux cartes à
Addis-Ababa , dans quelques tripots dont la clientèle est sur-
tout musulmane (Arabes et Harari).
Le seul jeu réellement en usage, mais celui-là joué avec pas-
sion, et avec des règles très variées, par les grandes per-
sonnes plus que par les enfants, est le jeu de 7Q«l gàbalâ.
Des variantes plus ou moins éloignées de ce jeu sont usitées
en de nombreuses régions d'Afrique; voir à ce sujet, entre
autres, Guidi, col. ^48 , Lane, Manners and customs. .., p. 3 i 5 ,
et l'élude très complète de Avelot, Bulletins et Mémoires de la
Société d'anthropologie, IX, 1908, p. 9; cet auteur pense que
le gabata provient originairement des confins du domaine éthio-
pien.
L'instrument du jeu est un double rang de cases en creux :
on peut jouer avec 10, 1 2 ou 1/1 cases; elles sont appelées
492 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1911.
fl.^ biët «maison 51. Souvent on se contente de creuser les trous
dans la terre; si on dispose de plus de temps, on les creuse
dans le rocher : sur les chemins d'Abyssinie nombreuses sont
les pierres ainsi sculptées d'un gabatâ. Enfin le luxe consiste à
avoir un jeu en bois, tel que celui que représente la planche B.
Deux tablettes pouvant se replier l'une contre l'autre (Bi),
avec deux cordonnets de cuir comme charnière, un rang
supplémentaire de cases et une grande case à chaque bout
pour mettre les jetons pris et sortis momentanément du jeu (voir
B 2), une bourse en cuir pour les jetons, le tout encore bien
grossier comme d'ailleurs les quelques produits de l'industrie
abyssine en général. Bent, The sacred city oftheEthwpians, p. yS.
a donné la photogr;iphie d'un gabatâ en bouse de vache, pro-
venant du nord du domaine abyssin (et des indications sur la
règle du jeu, qui sont, pour autant que je sache, erronées).
Les jetons sont généralement des cailloux; au reste on les
appelle toujours mmC tafar «caillou». Mais le luxe peut mon-
ter jusqu'à des billes de plomb, l'occasion faire descendre jus-
qu'à des crottes de mouton séchées.
En général le jeu se joue à deux; les joueurs, assis face à
face, prennent chacun une des rangées de cases. Mais on peut
donner une case à un troisième, à un quatrième joueur, pour
qu'ils participent au jeu.
La manière de jouer la plus fréquente est dite **a»«"î yugg.
On distribue d'abord à jetons dans chaque case; puis on lire
à qui commencera.
Le joueur qui commence prend dans sa main les à jetons
d'une de ses cases à son choix; il les distribue dans les cases sui-
vantes, indislinclemont dans les siennes et celles de l'adver-
saire, en allant de gauche à droite pour sa rangée, puis de
droite à gauche pour la rangée de l'adversaire, et ainsi de
suite; il dépose un jeton dans chaque case, de manière que
la première case reste vide, chacune des quatre cases sui-
Journal asiatiquo, novembre-décembre 1911, [J. ^92.
Planche B.
Sjl
(^
JEUX ABYSSINS. Zi93
vantes recevant 5 jetons. Quand ie joueur a jeté son dernier
jeton dans une case, il prend, en une nouvelle poignée, tous
les jetons de cette case (5 dans le cas présent), laissant ainsi
une seconde case vide, et il recommence la distribution , en dé-
posant un jeton dans chacune des cases suivantes (voir (D^i^
uararâ, p. ^96); cette opération continuée s'appelle t aller»
rfbR heda. Elle se renouvelle jusqu'à ce qu'enfin le dernier
jeton d'une des poignées vienne s'échouer dans une case vide :
il y reste seul et on dit que le joueur « s'est posé» ***T » KA'
qutt âla, ou rr s'est reposé» Yx^A. arrafa.
C'est alors à l'autre joueur d'r aller».
Si le dernier jeton d'une poignée tombe dans une case Je /W-
versaire où il y avait 3 jetons, on dit que le joueur a «frappé»
atp iiaggâ; il s'arrête et la case reste avec ses 4 jetons : c'est ce
qu'on appelle un nm uugg; il appartient au joueur qui a
«frappé». Aucun des deux joueurs ne peut en enlever les je-
tons par le procédé ordinaire, pour «aller», soit au commen-
cement du coup, soit, après avoir épuisé une poignée de jetons ,
pour continuer; mais chaque fois que le dernier jeton d'une
poignée y arrive, il y reste, en s'additionnant à ceux qui s'y
trouvaient déjà accumulés; le uugg s'enfle donc des derniers
jetons d'une poignée qui y tombent, et de ceux que les joueurs
y laissent au passage en k allant».
Cependant, si le joueur non possesseur du iiugg a un jeton
unique dans la case précéden le , il peut , quand c'est son tour de
jouer, entrer ce jeton dans le uugg de son adversaire, et l'en
retirer accompagné d'un autre jeton ; il met ces 2 jetons à l'écart
en dehors du jeu; c'est ce qu'on appelle « manger » fl A W/â.
Quand, à force de «manger» et d'accumuler dans les uûgg,
il ne reste plus de jetons disponibles pour -aller», le jeu s'ar-
rête ; chaque joueur est possesseur des jetons qu'il a ç^ mangés »
ou qui sont accumulés dans ses uugg.
On refait le jeu, avec k jetons dans chaque case. Le joueur
A94 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
qui a le plus de jalons gagne autant de cases dans la rangée
de son adversaire qu'il a de lois à jetons de plus que lui :
par exemple, si les joueurs avaient chacun 2â jetons au
début, et qu'à la lin de la première suite d'opérations le
joueur A se trouve avoir 3*2 jetons, il enlève deux cases à son
adversaire B. — Si, en plus du nombre divisible par quatre,
il a 3 jetons, ces 3 jetons comptent pour h et valent une
case (dans l'exemple pris ici, si A a 35 jetons il gagne 3 cases);
mais s'il a seulement 2 jetons en plus du multiple de quatre ,
ces 2 jetons ne comptent pas (ainsi 34 jetons ne gagnent pas
plus que 32). «Gagner une, deux cases?? se dit «entrer dans
une, deux maisons?? fl'îft s flI^A^ s fl.^ s 71 s bând , balmlat
hœl gahhâ.
Le jeu ne cesse que quand un des joueurs n'a plus de cases
du tout; on dit alors qu'«il est mort?? 'P't miiOta, ou qu'ail a
mangé la souris ?? hjBT s fl4 « aint hallâ.
Quand un joueur n'a plus comme jeu qu'un seul jeton
dans une case, les cases suivantes étant vides, il est obligé
d'avancer seulement d'une case à <;baque coup. C'est ce qu'on
appelle **^a s hA s qiidrr âla.
Quand un joueur a 3 jetons dans l'une de ses propres
cases, l'adversaire a le droit de l'empêcher d'r aller?? en com-
mençant par cette case, en s'écriant : **A«A'ft » '^' flJBC4''J s '^^
sullus bâirjqan «xque le groupe de trois ne s'éloigne pas de
moi (ne m'échappe pas)?? ou fr-A-h « fl^C'f'J » sullus bâllânjaîi
Kque tu n'éloignes pas de moi (ne m'enlève pas) le groupe
de trois ??. Le but de la manœuvre est de se ménager la possi-
bibté de faire un nugg dans la case de l'adversaire ainsi pré-
servée; mais le partenaire peut y parer en s'écriant : (ft-A-ft ')
(') Voir /**H;H s,-)llus, même mot sans assimilation vocalique, dans Giiidi,
coi. ihk et i6i.
'^) Remarquer l'emploi de fl ba avec l'impariail indicatif au sens d'optatil
(avec une négation), c'est-à-dire une l'orme originale de vétatii.
JEUX ABYSSINS. 495
njBC+'J s flî'A'î ' (^suUus^ bc'uraqafi hàtlalan et que tu ne dises
pas : (que le groupe de trois) ne m'échappe pas??.
Si un joueur touche les jetons d'une case pour jouer avec,
puis se ravise et veut jouer avec une autre case, son adversaire
peut l'en empêcher en s'écriant: **îft giêss, ou, avec l'adjectif
possessif et le suffixe -n, %hU'} giêssàhan, au féminin IflTSlF
g{ë8sm. On peut d'ailleurs v parer en s'écriant : îfi s fl^A'î •glêss
hâUdlah^in^wQin ne me dises pas g/êss '^M ??
D'autres manières de jouer moins usitées sont :
**ft«A"rt. sullusiê, autre forme de uûgg, où les groupes de
trois sont préservés dans je ne sais quelles conditions.
**^'i^07i qdnçjios, jeu où on fait, avant de commencer à
aller, *Topération dite 4*'}'*"fl (pnçah; faire le qdnçdh se dit
4'}£Q.n qanaçhiba : on met un jeton de la case 1 dans la case !2,
puis un jeton de la case 3 dans la case h , et ainsi de suite, de
sorte qu'on ohtient une succession de cases avec 3 puis 5 jetons.
**49»'fi lâmôs, combinaison très analogue à la précédente;
j'en ignore la règle exacte.
(Dd^ uarnrâ ; 'f]gnore la manière de faire qui porte ce nom;
il désigne par aillleurs *Topéralion de distribuer tous les jetons
d'une case un à un dans les cases suivantes (c'est cette opéra-
tion plusieurs fois répétée qui s'appelle «aller??, voir p. ^c)3).
**'&T* gini, combinaison où, au début ou à un autre mo-
ment, un grand nombre de jetons se trouvent rassemblés dans
une case sans toutefois constituer un uugg. C'est cette réunion
de jetons qui s'appelle proprement gïm.
Les Abyssins sont de grands joueurs : tous les jeux catalo-
gués ici sont pratiqués souvent, et avec animation.
''' Cette exclamation est aussi d'usage dans les jugements; le juge la lance si
les plaideurs font des paris trop formidaMes à l'appui de leur serment, pour an-
nuler l'engagement qui vient d'être pris; ce mot se rattache probablement à la
racine de 7ftft gassasa «effacer, amiuler;^
496
NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1911,
INDEX.
rfbK, ^93.
o»<5, /167.
**9«îfyff , 477.
0D<f>A. 491.
**y»^«7'f **ao'i'J^,li'-jh, note 2.
**a»^*l^, 476, note 7.
^»f», /194.
oofiTf, liç)i.
ODClti^, /181.
**ft.A-7i, ^88.
aotl^Ùé^, 491.
**flÇ^C, i84, note 1.
fl7rtl<^S, ^91
**A'ÎÇ,487.
flÇ^i^ ^87
A^, 470.
ft<., 487.
^'P, 487.
ft,ç,490.
**îr, ^77-
**h?f«»m,i8i.
'^ÏÏ«C, ^85.
îfïï., '^67.
**^-flT, '81
**'n7'B'}, A77, note 1.
7iYiClné'>, ^'89
o»7ïnCh<5)', ^89.
+ ïïh«'+, ''90-
**ïfh'>,''83,490
•^îli'£D•^, 490.
HOf^h, 490.
Ti'P'î, ^67
^A'P'fi.^79' ^87.
***Arï, 473,475.
**4'Afl7l, 479.
**^fo^(n7i, 48o.
^'C^'-fl, 479.
**4'C*P'Ç^,485.
^'flC'Pi ^79i note a.
**^>jç^:f, 473,475.
***^T/n7î, 477.
**4,'j^fl7j, 495.
**4»'j^ç^, 485.
i'fi'ti, 467.
***^Ai*, ^73, 474.
«feT »hA, ^93
•feTÎ'?", -472, ^77-
**^«%,473, 475.
4"î?'^i 489, note 1.
**0*X, ^77, note 1.
a/i, 493, 494.
-flCh-"?, ^73, liià.
fl,^, 483, 492.
'fl^'Ji ^^^9? note 3, 477.
ft-^, ^77
**a^*, /'83.
'f;A'^, 486.
;hfl'7*, 465, 491.
**^nC, 48o.
**iVC, ^80.
**<?(:, '180.
***'PC;I', 48o.
•}7./*',469.
— h ( — «)> 474, noto 3.
— hi ( — ê), 469, note 3, 470.
JEUX ABYSSINS.
497
-A (-ô),468.
hA-flU, 489.
hAifje hAAifjB, 47^' 47^
hA^, A73.
Î,<,C, 483.
**hCfiEb"*, ^73
h<:A,493.
-A'fi(-ôTÎ),465.
**hff'ï^, 477, note 1.
^^hff^T-A.^, 489.
**?.•» h- A A, 465.
**ï,1fihAA„ 489.
hifihhî.'fihh, 489.
hflAff , 478, 474, note 7.
Jifl-fl, 469, 470.
hQ^, 483.
hfl^, 478,483.
Ji-i^, 469.
**h'J^«%, 466.
î.ç^, 465.
h^hrt.^, 471.
îi^hh, 489.
hXith, 472.
ïiil'ifi'â', 486.
hjBT, 468,494.
Ïi3f , 475, noie 4.
îi7A., 479.
^^h?-^, 48o.
hm,, 470.
**h-Ah-A-,465.
%^A,483.
**ïi-n^% **ïl•n;^y», 475.
**h-fl^, 471.
**J^>h;^,465.
flï«l<!., 493, 495.
hfl(D^K, 482.
**flHftft', 469, note 3, 472.
OimAA, 489.
(D"}^, 486.
**flH^^, 471.
**aH^"ï^, 484, note i.
fli;», 493.
**fl>."î, 492, /193.
**a>fiEl.C 484, note i.
m^. 469.
**hw<54^, 478.
**f *^ni.T , 477.
^:^, /176.
^A, 483.
**^f°tt'A^^^ 473, 474, note 8.
R-ao^, 468.
^t?, 466.
**^CA«-CA, 478.
oo^*îr 471.
**fr4'«'4»,479.
**>i.a'n, 477, 487.
**ft-flfl, 487.
**«-n*'», 465,467.
nî-]^?*, 473, 474.
**g:y», 490.
^^T-C^fr, 469.
**îft, 495.
7fl, 494.
7n«), 491.
lilT, 491.
^;^,475.
79, 482.
**?«'?"«, 479, 48o.
Zm,, 488.
**P4.-fe, 478.
**î,'îm.A»'fi,488.
/ne, 487.
«i^, /i85.
*»/p^€.j *»/p^.^^ ^ /,83.
mmC, 492.
**'PÇ^5 469, note 3, 472.
A•^;^7, 473, 475.
**hA>^R, 48 1.
**'P^fr^'fi,48i.
UN
TRAITÉ MANICHÉEN RETROUVÉ EN CHINE,
TRADUIT ET ANNOTÉ
PAR
MM. ÉD. CHAVANNES ET P. PELLIOT.
Depuis quelques années, la découverte de sources orien-
tales jusque-là inconnues a permis de reprendre sur des bases
nouvelles l'étude du manichéisme. Les extraits du Livre des
SchoUes, de Théodore bar Khôni, publiés en 1898 par M. Po-
gnon, ont été commentés en 1908 dans un travail excellent de
M. Cumont, Ln cosmogonie manichéenne d'après Théodore bar
Khoni. En même temps s'élaboraient peu à peu les riches ma-
tériaux recueilhs dans la région de Tourfan , au Turkestan chi-
nois. M. F. W. K. MûUer ouvrait brillamment la voie en 190a
avec ses Handschriften-Reste m Estrangeh-Schrift ans Turfan; il
s'agissait de fragments manichéens en pehlvi et, pour une ou
deux pièces, en sogdien. Des fragments turcs ont suivi, moins
importants. Puis, en 1909, un texte considérable du mani-
chéisme turc, le Khuastuanift ou Manuel de confession des audi-
teurs manichéens, était publié par M. Radlov; une nouvelle
traduction allemande et une traduction anglaise de ce même
texte, dues à M. von Le Coq, ont paru en 191 1''^ La Chine
enfm apportait sa contribution. Dans les grottes de Touen-
('' Le iecleur verra sans peine tout ce que nous devons aux travaux de
MM. Cumont, Millier, Radlov, von Le Coq; les effbrls de ces devanciers ont
beaucoup facilité et guidé notre lâche. Notre ami M. Robert Gaulhiot nous a
Iburni en outre quelques notes très ingénieuses sur des mots iraniens transcrits
en chinois; on les tr(von
Le Coq, Kôkiûrkisches.)
A. VON Le Coq, Ein manischàisch-uigurisches Fragment ans Idiqut-
Schahri, Berlin, 1908, in-^i", ibid., p. 398-^1/1. (von Le Coq, Ein
manich.-uigur. Fragment. )
A. VON Le Coq, Ein christliches undein manichàisches Manuskriptfmgment
in tiïrkischer Sprache aus Turfan, Berlin, 1909, in-6°, ibid., p. 1908-
19 18. (von Le Coq, Ein christliches und ein manich. Man.)
F. W. K. MûLLER, Ein iranisches Sprachdenkmal aus der nôrdlichen Mon-
golei, Berlin, 1909, in-h", ibid., p. 73G-730.
UN TRAITE MANICHEEN RETROUVE EN CHINE. 507
F. W. K. MtJLLER, Uigurica, Berlin, 1908, in-h", 60 pages; Uigurica,
II, Berlin, 1911, in-i", 110 pages. (Muller, Uigurica, I et II.)
F. W. K, Miller, Haïuhchrif ton-Reste in Estrangelo-Schrijt aus Turfan,
Berlin, 1904, in-4\ Silzungsbei'ichte (1er k. pr, Akad. (1er Wissensch.,
p. 348-352; II, igoi, in-4°, Anhang zu den Ahhandl. der. k. pr.
Akad. der Wissensch. , 1 17 pages. (Muller, Handschr.)
P. Pelliot, Les Mo-ni et le Houa hou king, dans B. E. F. E.-O., t. III,
1903, p. 818-327. (Pelliot, Les Mo-ni.)
H. Pognon, Inscriptions mandaïtes des coupes de Khouabir. Appendice II :
Extraits du Livre des Scholies. de Théodore bar Khouni. Ce qui con-
cerne les Manichéens est contenu dans les pages 181-193. Paris,
Imprimerie nationale, 1899, in-S". (Pognon, Inscriptions.)
W. Radloff [V. Radlov], CÀunstunnit , das Bussgebet der Matiichâer,
Saint-Pétersbourg, 1909, in-8°, vi-5i pages. (Radlov, Chuastuanit.)
W. Radloff [V. Radlov], iSachtrdge zum Chiuistnanit (Chuastuanvt) ,
dem Btissgebete der Manichâer (Hdrer), Saint-Pétersbourg, 1911, dans
les Izvëstiya Imperatorskoï Akademii Nauk, in-/»", p. 867-896. (Rad-
lov, Nachtrâge.)
G. Salemann, Ein Bruchstiik manichàischen Schriftums im Asiatischen Mu-
séum, extrait des Zapiski Imperal. Akad. Nauk, VHP série, t. VI,
n° 6, 1904, in-4°, 26 pages. (Salemann, Ein Bruchstiik.)
G. Salemann, Manichaeische Studien, I, ibid., t. VIII, n" 10, 1908, in-4°,
172 pages, (Salemann, Manich. Stud.)
Gustave Schlegel, Die chinesische Inschrijï auf dem nigurischen Denkmal
in Kara Balgassun, dans Mém. de la Société Jinno-ougrienne , t. IX,
Helsingfors, 1896, in-8°, 162 pages. (Schlegel, Die chinesische In-
schrijï. )
A. Em. de Stoop, Essai sur la diffusion du manichéisme dans l'empire ro-
main. Université de Gand, Bec. de irav. publiés par la Fac. de philos,
et de lettres, 38° fasc, in-8°, Gand, 1909, vni-i5a pages. (De Stoop,
Essai. )
J. A. = lournal asi(iti([ue.
B. E. F. E.-O. = Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient.
5t)8 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
TRADUCTION.
... SI on ne rencontre pas une cause occasionnelle, on n'a
pas par où se lihéi'er et poursuivre la délivrance'".
La nature primilive du corps charnel '^^ est-elle simple ou
est-elle double '-^^î [Car] tous les saints sans exception tpii sont
"' L'édition de M. Lo Tchen-yu débute par cette phrase, mise au milieu
d'une ligne, comme une rubrique. Elle est d'allure toute bouddhique. Pour
obtenir la délivrance, il faut non seulement des causes premières, des causes
eflicientes ( ^ yin, nimilta), mais aussi des causes secondaires, occasionnelles
C^ yuan , pvatyaija) , comme la rencontre d'un cfami cxcelient" qui vous guide
dans la bonne voie (cf. S. Lkvi, Maliàyàna-sûtrâlamkâra , ii, 2G). L'expression
de ^. ^ kiai-t'o, «délivrances, s'applique bien au manichéisme, puisqu'il
s'ajjit de délivrer les éléments de lumière emprisonnés dans la matière; mais
c'est la traduction usuelle et littérale du vimokm bouddhique. Quoi qu'il en
soit de cette phrase, on va voir qu'à la suite d'une question de A-t'o, l'Envoyé
de la Lumière raconte la délivrance des cinq corps lumineux emprisonnés dans
les gouffres des ténèbres par les démons; c'est le second acte de la cosmo-
gonie manichéenne, celui qui correspond à la délivrance, par l'Esprit Vivant,
des cinq rrlilsn de l'Homme primitif. Le début, aujourd'hui dispiiru, devait
donc mentionner l'existence des deux principes lumineux et obscur, puis l'en-
vahissement de la terre de lumière par le roi des lénèbres, l'évocation, par le
Père de la Grandeur, de l'Homme primitif et de ses cinq cffils», enfin la défaite
de l'Homme primitif vaincu par les démons.
'^' L'expression de ftcorps charnel», quoique d'une clarté absolue, n'est pas
très usuelle dans le bouddhisme chinois. En turc de l'é[)oque des T'ang, on a
également (ïl'dz, qui semble bien composé de nù «rbairn et ôz trpersonne»
(cf. W. l^. K. Mlllkr, Uigurica, I, p. 5."); von Lr Coq, Chua^luanifl, p. 3o^);
peut-être l'expression tur(|ue a-t-elle été frappée par des manich('ens. Dans
notre texti-, le mot [^ jeou est écrit avec la forme ^ , usuelle sous les T'ang.
('^ On verra plus loin que l'homme a une «fnature primitives et une «nature
étrangère, qui habite en lui provisoirement». Nous avons ajouté «car» dans
notre traduction, puis(|u'il s'agit d'une question dont la seconde phase ne peut
être que le dévcloppi-ment. Mais il subsiste quehjue obscurité, puisque nous ne
pouvons encore [irécisor s'il s'ajjit d'opposer la «nature primitive» à la «nature
étranjjère», ou la «nature Inminnu-e» à une «nature obscurcn, qui seraient
toutes deux «primitives». Il semble seulement (jue le tevie, piis littéralement,
soit <'n laveur de cette seconde intei'[)rélation. La «nature lumineuse-) corres-
pdud an ipydti ruina «àme de lumière» dn pehivi manidiéen (cf. par exemple
MiM.Kii, llandschr., .^)9). Sur le dualisme des âmes dans le manichéism(!, cf. le
De duabus aiiimabus de saint Augustin, et Bousset, llauplpiobleme, p. 368.
UN TRAITÉ MANICHÉEN RETROUVE EN CHINE. 509
apparus dans le monde ont distribué et inventé des méthodes
qui fussent capables de secourir la nature lumineuse, et par
lesquelles elle pût s'affranchir de la multitude des souffrances
et être définitivement calme et heureuse.
Après qu'il eut posé celle question, il'^^ s'inclina en signe
de respect, et, reculant, il se tint debout de côté^-^.
Alors l'Envoyé de la lumière -^j parla en ces termes à A-l'o''^':
rr C'est fort bien! C'est fort bien^^^l En vue de profiter à la
•''' Celui qui pose la question doit être A-t"o, puisque c'est à lui que l'Envoyé
de la Lumière va répondre.
'■^^ Tout ce début est construit à la manière d'un sûtfa bouddhique. Il
faut supposer, tel le Buddha dans les sûtra, l'Envoyé de la Lumière assis au
milieu d'une assemblée do divinités et de fidèles auxquels il expose la loi. Sur-
vient un disciple qui rend hommage au Maître, puis lui adresse une question,
et, en attendant la réponse, se recule pour prendre place dans l'assemblée; la
réponse à cette question fait l'objet du sûtra. La fin même de notre traité
montre que tel est bien le cadre adopté. Au lieu de trreculant, il se tint debout
de coté", la forniule ordinaire des sûlra bouddhiques est rreculant, il sassit
de côtén.
(^' L'Envoyé de la Lumière est ici certainement Màni ; c'est le frèslagi-ôèdn des
textes pehlvi (cf. MCller, Handschr., 88). Màni n'est d'ailleurs pas le seul Envoyé
de la Lumière : il a été précédé par exemple par Zoroastre, le Buddha, Jésus
(cf. ALBÎRÙNi, Chvonology of ancieiit nations, trad. Sachau, p. ^90; Kessler,
Mani, p. 817). Un passage de notre texte parle même (cf. p. 553) d'Envoyés
de la Lumière futurs; il y a peut-être là une adoption ancienne d'idées
messianiques dans le manichéisme, mais on peut songer tout aussi bien au
Saosyant du mazdéisme, ou même à une contamination due aux théories
bouddhiques sur Maitreya, le Buddha à venir.
'^' [M Mjj A-t'o (*'A-da). Nous avons proposé, dans l'introduction à notre
traduction, d'identifier A-t'o à kSSâi. Dans tout le cours de ce travail, les
prononciations anciennes sont précédées d'un astérisque; elles sont restituées,
pour l'époque des T'ang, en tenant compte simultanément des tables du
K'ang hi tseu tien, des indications fournies par les prononciations dialectales
modernes, des transcriptions de mots étrangers en chinois, et aussi des trans-
criptions anciennes de caractères chinois en caractères manichéens, oiiigours,
tibétains et 'pliafrs-pa. Le système est solide dans son ensemble; il y a cependant
quelques incertitudes de détail, qui seront indi(|uées le cas échéant.
f^' C'est là aussi un emprunt au bouddhisme; les réponses du Buddha aux
questions des discipli^s commencent régulièrement par cette double exclamation .
en sanscrit sâdhu, sàdhu.
510 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
foule illimitée des êtres vivants, vous avez pu poser cette ques-
tion qui a un sens extrêmement profond et mystérieux. Vous
voilà bien maintenant un grand ^^ami excellent 55^1' de la
foule des êtres vivants qui, dans tous les mondes, sont aveuglés
et égarés , et je vais vous donner une explication de point
en point, afin que le filet de vos doutes'-' soit pour toujours
rompu sans qu'il en reste rien. Vous tous donc, il vous faut
savoir que, avant que ce monde fût établi, les deux En-
voyés de la Lumière'^' qui sont Tsing-fong (Vent pur)*^'
"' Le ^ ^p =|| cJtan tche-che, trami excellent», est une expression tech-
nique du bouddhisme, traduisant le kahjnnamitra du sanscrit; sur le rôle du
kalyànamilra , cf. B. E. F. E.-O., IX, 384. L'expression simple tclie-che, au
sens dVami», ne se rencontre guère non plus dans la littérature profane;
elle se retrouve plus loin dans notre texte (p. 57^), sans valeur technique cette
fois.
'^) Encore une expression bouddhique; cf. par exemple, Chavannes, Cinq
cents contes et opologuoi extraits d>i Tripitaka chinois, 191 !•> in-S", t. III, p. 61.
(^' Le cliinois ^ chc, tout comme le pehWi frèstag , répond aux deux sens
iVâ-yyeXos et d'ànôalo^-os; il ne s'agit plus ici des ttapôtresn qui sont venus
éclairer l'homme sur la religion, tels Zoroastre ou Màni, mais des «anges??,
des «messagers?? du Père de la Grandeur chargés de lutter contre les démons.
Nous traduisons par «lumière?? aussi bien 0)^ ming que ^ B^ kouang-ming\
ce sont uniquement des raisons de rytlime qui ont fait employer, dans le texte
chinois, tantôt le mot simple, tantôt l'expression double.
C*^ Nous traduisons les noms littéralement; mais J^ fong , «vent??, a beau-
coup du sens de «souille??, «esprit??, ^>; rouh. Il s'agit ici du Spirilus Vivens
(to Zùûv ïlveviia) des Acta Archelai (chap. 7, 8, p. 10, 11), du Spiritiis potens
de saint Augustin {Contra Faiistitm, 1. 20, chap. 9, col. 375), du ^vc-tovpyos
d'Alexandre de Lycopolis (chap. 3, dans Migne, Patrologie grecque, t. XVIII ,
col. il G) et de la formule d'abjuration (cf. Kessler, Mani, p. 36o; Cumont,
Cosmogonie, p. 21 ), de l'Espritde VieduFî7i?7s/ (Fligel, Ma/ti, p. 88 , 91, 99,
102 et les notes correspondantes); c'est lui qui constitue et organise le monde.
Le manichéisme ridenlilinit certainement avec l'Esprit Saint, car on le verra
pins loin nommé dans une Trinité après le Père de la Lumière et le Fils de la
Lumière (ji. 551)), el assimilé ailleurs à une colombe blanche (p. 557). ^^^^
l'inscription nestoricnne de Si-ngan-fou, il est question d'Eloba, puis du Messie,
et enfin on arrive à «il établit la nouvelle religion incil'ahle du Venl pur de
l'Unité trine?? (|x H — ^ JUl ^.^ 5* ;^ 'lïft ^)- Les traducteurs mo-
dernes ont donné de celte phrase des interprélalions parfois étranges : Paulhier
[L'inscriplion syro-chinoise de Si-ngan-fou, Paris, i858, in-8", p. 9) en a tiré:
UN TRAITE MANICHEEN RETROUVÉ EN CHINE. 511
et Clian-mou (Mère excellente)'^' entrèrent dans le domaine
sans lumière des gouffres d'obscurité '-' ; ils en retirèrent
trU établit la doctrine pure de l'Unité trine, sans l'appeler une nouvelle reli-
{{ion.nLegge {Christianity in China, Londres, 1888, in-8°, p. 7) traduit : «H
établit ses doctrines nouvelles, opérant sans paroles par l'influence puritiante
de rUnité trine. n Heller {Das nestorianische Denkmal in Singan J'u, Budapest,
1897, in-Zi', P* '^^) parle, sans autre explication, de ftl'action silencieuse de
l'esprit pur». Seul le P. Havret {La stèle chrétienne de Si-ngan-fou, 111° partie,
Changhaï, 1902, in-8°, p. 46) a pressenti le véritable sens d'Esprit Saint et
admis que King-tsing, l'auteur de l'inscription, avait tout au moins treu en vue
cette interprétation comme secondaire^. Cependant il est certain que c'est là le
sens, non passecondaire, mais unique, deTsing-fong dans l'inscription de Si-ngan-
fou. Si on conservait le moindre doute à cet égard, il suffirait de se reporter au
petit Eloge de la Sainte Trinité retrouvé à Touen-houang, et où l'Esprit Saint,
troisième personne de la Sainte Trinité, est bien rendu par Tsing-fong. Il est
curieux de voir que là où tous les exégètes modernes se sont mépris , quelqu'un
avait vu clair, le P. Rho , qui traduisit une première fois l'inscription de Si-
ngnn-fou l'année même de sa découverte, en 1625, et rendit bien Tsing-fong
par Spiritus Sanctus (cette version est reproduite en appendice par Havret,
Stèle chrétienne , 111, 68).
(') La Mère excellente n'est autre que la êvva(itv )^syofiévvv MrjTepa irjs
Zoûrjs qu'évoque le Père Excellent dans les Acta Archelai (chap. 7, p. 10;
cf. GcMONT, Cosmogonie, p. li); la Mère des Vivants apparaît aussi dans le
Fihrist (Flïgel, Mani, p. 91,- 100, 25o-35i, 343) et dans les textes pehlvi
de Tourfan (MOller, Handschr. , p. h'j, 55); Titus de Rostre (éd. de Laganle,
Rerlin, iSSg, in-S", i, 2/1) l'appelle èvvafiis toU djado-j (cf. Flïgel, Mani,
p. 210), ce qui, combiné avec la mention des Acta Archelai, justifie le nom
chinois. Dans Théodore bar Khôni (Pog.\on, Inscriptions, p. i85), la Mère de
Vie apparaît dès le premier acte de la cosmogonie manichéenne, mais elle
intervient aussi, à côté de l'Esprit Vivant, dans la constitution du monde
(Pognon, Inscriptions, p. 188, 189); c'est aussi le cas ici pour la Mère excellente.
MM. Boussel {Hauptprobleme , chap. 1 et 2) et Cumont (Cosmogonie, p. i5) ont
montré les origines do la Mère de Vie, qui se retrouve dans les sectes gnos-
tiques. Pour la triade Père, Mère et Fils, cf. les textes parallèles pehlvi et
sogdien publiés par Muller ( //flnrfsc/o'. , p. i02-io3): la Mère y est appelée
Ràmràtùkh; dans le Fihrist (Fllgel, Mani, p. 90 et note 292), la Mère des
Vivants semble porter le nom de Nahnaha, que Flùgel traduit bypothétique-
ment par «Abwendung des Rosen?!.
*-' Cf. saint Augustin , De niorihus Manichaeoram , liv. Il , chap. 9 , dans Migne ,
Pair. lat. , t. XXXV, col. 1 35 1 : p malum esse quinque antra elementorum ,
aliud tenebris, aliud aquis, aliud ventis, aliud igni, aliud fumo plénum.»
D'après Théodore bar Khôni (Pognon, Inscriptions, p. iBA), les cinq mondes
512 NOVEMBRE-DECEMBRE 19ll.
les vaillants toujours victorieux... [couverts de] la cui-
rasse de la grande connaissance'^', [à savoir] les cinq corps
du Roi des Ténèbres sont le monde de la fumée, le monde du feu, le monde du
vent, le mon le di's eaux et le monde des ténèbres. C'est, en ordre inverse,
l'énuméralion même desaint Augustin. Saint Augustindonne ailleurs(De haere-
sîèus, chap. i6, col. 3ii) l'ordre: lumus, lenebrae, ignis,aqua, venlus. J^e Fihrist
(Fllgel, Mani, p. 86) indique pour les crmembresn de l'obscurité les noms
suivants : brouillard, llamme, vent pestilentiel, poison, ténèbres, et (p. 87) :
fumée, flamme, ténèbres, vent pestilentiel, brouillard; il semble bien que,
dans la première liste, le « poison n résulte d'une faute de texte (cf. Flùgel,
A/an/, p. 186-187 ^^ so5). L'ordre de Sabrastàni, comme l'indique Fliigel,
corre'<pond à la seconde énumération du Filwisl; de même celui d'Ibn al-Murtailâ
(Kessler, Mani, p. 35i). Une description des horreurs de la fflerre« des ténèbres
est encore donnée dans un auire passage du Fihrist (Fllgel, Mani, p. 96).
M. Ciimont [Cosmogonie, p. 12) a proposé de voir une description des cinq
régions des enfers dans un pa«sage obscur des textes pelilvi de M. Miiller
[Handschr., p. lio); mais si la tr terre des ténèbres" [tdr zamîq) y est nommée,
il semble qu'il s'agisse à son propos d'une série de quatre calamités, et non de
cinq tfélémenls« ou w membres». Il va de soi que les cinq «membres» de
l'obscurité sont les correspondants mauvais des cinq «membres» bons de la
lumière, éther, vent, lumière, eau, feu; cf. d'ailleurs Cumont, Cosmogonie,
p. 36-87.
'•' Le texte chinois a ici une lacune qui, dans l'édition de M. Lo Tchen-yu,
correspond à trois caractères; le rythme de la phrase est d'accord avec cette
estimation. Le mot que nous traduisons par «victorieux» est en partie man-
quant; il n'en reste que la clef; mais le rapprochement avec le caractère précé-
dent ne laisse aucun doute sur la reslilution. Même en tenant compte de la
lacune, le passage est assez étrange. Théodore bar Khôni dit bien (Pognon,
Inscriptions, p. i85) que l'Homme primitif évoqua «ses cinq fils, comme un
homnie (|ui revêl ses armes pour le C'>mbal»; mais ce sont ces cinq fils qui sont
à la fois l'armure et les armes, et non pas eux qui sont couverts eux-mêmes de
la «cuirasse de la grande connaissance». De plu-; ils ont été vaincns, et il est
peu naturel, quand on va précisément pour les délivrer, de les qualifier de
tt vaillants toujours victorieux». Enfin l'Esprit vivant, pour aller au secours
de l'Homme primitif, évoque lui aussi cinq fils (cf. Théodore bar Khoni, dans
Pognon, Inscriptions , p. 186-187), qui sont glorieux entre tous dans le mani-
chéisme (cf. CuMONT. Cosmogonie, p. •)2-23), et ces fils seront mentionnés, à
diverses reprises, dans la suite de notre texte. Deux fois à leur propos, el à
propos d'eux soûls, reparaîtra, avec des variantes insignifiantes ( ,11^ -j^ hino-
l.ien et _^ j^ yong-Lien au lieu de HjS ^^ liiao-kicn), l'expression (|ue nous
traduisons ici par « vaillants':. Il s 'tnble donc assez vraisemblable que le texte soit
ici altéré non seulement au point de vue matériel, mais même dans son fond.
UN TRAITÉ MANICHÉEN RETROUVÉ EN CHINE. 513
lumineux divisés '^'; ils les prirent en main ingénieuse-
''' 3Ï ^ ^ ^' ^^ verra pins loin qu'il s'agit des cinq éléments, élher,
vent, lumière, eau, feu. Les sources grecques et latines qui les concernent sont
indiquées dansCumont (Cosmogonie, p. 16-1 7) et dans Bousset (//aw^J^proè/eTne,
p. 281 et suiv.). Pour rénumération des éléments en pehivi et en sogdien, cf.
Miller, Handschr., p. 99; ils sont énumérés en turc dans le Khuastuanift (cf.
VON Le Coq, Khuastuanift , p. 98^-280); le FîVirî'st les donne dans le même ordre
comme les tfmembresTj de la trterre de la lumières et aussi comme les «cinq
dieux 7), trespèces (Geschlechter) de THomme primitif» (cf. Fligel, Mani, p. 86,
87, 2o3-9oi). Dans le manichéisme pehivi et turc, c'est Ormuzd qui est con-
sidéré comme l'Homme primitif; il suflit, pour s'en convaincre, de comparer
un texte pehivi de M. Muller (Miller, Handschr., p. 20) avec le texte paral-
lèle du Fibrist que M. Millier en a rapproché à bon droit. Les premières sec-
lions du Khuastuanift sont également décisives à ce point de vue. 11 faut donc
corriger dans ce sens les traductions proposées par M. von Le Coq [Chuastua-
nift, p. 2S0 et passim, et note 10 de la page 3oi ), et admittre que bis tàngri
désigne cries cinq dieux», fils d Ormuzd, tout comme dans le Fihrist ils sont
«les cinq dieux», fds de l'Homme primitif. Il semble bien d'ailleurs que ces
«cinq dieux», qui sont, comme on le verra, les éléments lumineux emprison-
nés dans l'homme, soient considérés comme nos âmes, et que, par suite, le
bizning ûzùtumiiz de la page 280 du Khuastuanift soit, comme le propose
M. Radiov [Aachtrâge , p. 870), une apposition de bis tdngvi\ les lignes 3oi-
3o2 de la page 297, pour lesquelles nous proposerions par suite une traduc-
tion très différente de celle de M1\I. von Le Coq et Radiov, nous paraissent en
faveur de cette interprétation. Le nom de «fils» employé par Théodore bar
Khôni (p. i85-i86) et le parallélisme nécessaire avec les «fils» de l'Esprit
Vivant montrent que , dans le Khuastuanift , il faut bien laisser à oylan son sens
ordinaire de fffils» comme l'a fait M. von Le Coq, et rejeter le sens secondaire
de (rguerriern qu'a proposé M. Radiov [ISachlrdge . p. 870 ). Les cinq fffiis» de
l'Homme primitif, tout en étant ses émanations, l'armure dont il s'est entouré,
continuent à faire partie de sa personne lumineuse; ils sont ses «membres»;
c'est ce qu'enlend le texte chinois par «corps lumineux divisésn. Ici encore,
notre texte permet de préciser le sens d'une phrase de l'inscription de Si-
ngan-fou. On a beaucoup balaillé sur le sens de ^ ^ fen-chen, qui est
eniployi^ dans cette inscriplion à propos de l'incarnation du Messie, et la ques-
tion s'est surtout enibrouil'ée de ce qu'on voulait donner à l'expression une
valeur spécialement neslorienne. Le P. Havret a bien montré que fen-chen
n'.'ivait rien de neslorien, et il a traduit [Stèle chrétienne, 111, 35) la phrase
^ JE — " ■^ ^ ^ ^ 5^ ^ IrT • • • P^*" «Cependant notre Trinité s'est
comme multipliée; l'ilinstre et vénérable Messie...». Nous ne croyons pas
que ce soit là le sens. Le P. Havret a mentionné (ibid., p. 38), sans s'y
arrêter, que certains ont cru devoir faire da fen-chen un participe, et traduite
par «personne divisée»; ce sens nous paraît résulter du texte même. Il suffit,
5U NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
menl'^' pour qu'ils montassent et avançassent et ils les firent
sortir des cinq gouffres. Les cinq sortes de démons^-' se col-
lèrent'^' aux cinq corps lumineux, telle la mouclie qui s'attaclie
au miel, tel l'oiseau qui est retenu par la glu'^', tel le poisson
qui a avalé riiaineçon. Pour cette raison , l'Envoyé de la Lu-
mière nommé Tsing-fong (Vent pur), au moyen des cinq
sortes de démons et des cinq corps lumineux et par la combi-
naison de leurs deux forces'-'', constitua les dix cieux et les huit
pour s'en convaincre, de rapjjroclicr du présont passage celui qui est consacré
à Eioha : ^ 31 -^ # ^ :5c 7C :Pr i IW i^ W ' '''^ ^"""P^ merveilleux
de notre Unité Irine, le vrai maître sans commencement Elolia», pour être
amené par le parallélisme à traduire la phrase relative au Messie par trie
corps divisé de notre Unité trine, le brillant et vénérable Messien. Mais si des
doutes sur la valeur de participe ou d'adjectif àe J'en dans fen-chen pouvaient
subsister pour quelques-uns, ils seraient levés par le présent texte mani-
chéen, où wou-J'en-imng-chen ne peut signifier que «les cinq corps lumineux di-
visésTi.
(1) ^ ^.Lo mot ^ ts'o signifie un rtplan-% au sens stratégique; l'expres-
sion militaire ^ ||| tii'd-ijiiig signifie «secourir jî (un corps de troupes, une
place); ts'ô-lch'e, dans notre texte, parait avoir la même valeur que ts'o-ying,
avec cette nuance que ce secours est opéré en tirant les cinq corps lumineux
comme par la main. Dans notre texte, ts^ô est écrit avec la forme ^; cette
forme se retrouve dans l'inscription de Si-ngan-lou (cf. Legge, Christianity in
China, p. 12) et dans nombre de manuscrits de l'époque des T'ang.
'^' Ces cinq sortes de démons sont les cinq éléments mauvais correspondant
aux cinq terres de ténèbres. Le Khuastuanift (ton Le Coq, Khuasliianifl ,
p. 280) connaît aussi les cinq sortes de démons {bis tûrliig yàMdrliig) qui
luttent contre Ormuzd (l'Homme primitif) et les cinq dieux ses fils.
(■''' Le terme chinois et les comparaisons qui suivent sont à rapprocher, à
cause de leur précision, du verbe qatû" qu'emploie au même propos le hliiiaa-
tuanijt (voN Le Coq, Khiiasluanifl^ p. 280, a8.^), 291) et qui, selon Ratilov
[Nachtrdge , p. 870), signifie fradhérern, «être collés ensemble^.
''') Le caractère |^ donné par le texte n'est qu'une variante de |^ tch'e ,
tfglu».
(^) J^ "^J -^[] /^. Il ne nous semble pas qu'il faille traduire ici /io«o-/io par
Runion harmonieuses, comme on serait tenté de le faire d'abord, puisque les
deux natures ou forces de lumière et d'obscurité ne vivent pas dans le monde
en bonne harmonie. Houo-ho a ici la valeur d'un terme technique marcjuant la
combinaison stable, mais susceptible pourtant de dissociation, dans laquelle le
Vent pur a réuni les deux natures pour former le monde.
UN TRAITE MANICHEEN RETROUVE EN CHINE. 515
terres^'' de l'univers. Ainsi donc l'univers est la pharmacie où
les corps lumineux guérissent, mais il est en même temps la
prison où les démons obscurs enchaînent. Ces [deux Envovés
de la Lumière], Tsing-fong (Vent pur) et Chan-mou (Mère
excellente), établirent, par un procédé ingénieux, les dix
cieux, ensuite ils instituèrent la roue des révolutions^-^, ainsi
-'^ Les dix cieux et les huit terres sont bien connus. Cf. saint Adgdstin , Con-
Ira Faustum, xxxii, S 19 : «octo esse terras et decem caelosn. Les Acta Arche-
lai (chap. 8, p. 11) mentionnent les huit terres. Cf. aussi, [pour le Fihriat ,
Flïgel, Mani, p. 89, et la note, p. 218-290. Théodore bar Khôni (Pognon,
InKcripiions, p. 188) parie de onze cieux (douze dans le ms. de Berlin) et de
huit terres; le nombre des cieux est certainement fautif (cf. Cdmont, Cosmo-
gonie, p. 28). Les dix cieux se retrouvent chez les Ophites et les disciples de
Battai (Pognon, Inscriptions, p. 2i3, 228). Pour deux textes nouveaux sur les
dix cieux et les huit terres, cf. Miller, Handschr., p. 97, et ton Le Coq,
Khuastuanijt , p. 285 (dans ce dernier passage, les wdix cieux en hauts et les
"dix terres en basn rappellent le «en dessous?^ qui sera joint à une nouvelle
mention des huit terres un peu plus loin). On voit que notre texte est muet
sur Técorchement des démons dont la peau aurait servi à tendre le ciel et dont
les os auraient formé les montagnes (cf. à ce sujet de Beausobre, Histoire, II,
366; CuMONT, Cosmogonie , p. 26).
'' ^ ^ ye-louen. Dans un texte bouddhique, on interpréterait tout natu-
rellement «/e-/oue» par ffroue des rétributions n. encore que nous n'ayons pas
souvenir d'avoir rencontré cette expression sous cette forme ; ye , rr action n , est en
effet un mot usuel pour désigner le karman , c'est-à-dire Tenchainement des actes à
travers les existences successives. Mais ici il s'agit évidemment d'un phénomène
cosmique. Il nous semble que , par ye-louen , notre texte entend ici la mise en
mouvement du firmament. Toutefois, il faut noter que, d'après deux passages
de saint Augustin qu'a signalés AI. Cumont, en les rapprochant d'une phrase
de Théodore bar Khôni , le mouvement du ciel ne dut pas être , pour les mani-
chéens, contemporain de sa création (cf. Cumont, Cosmogonie, p. 87). Il y a
d'ailleurs d'autres différences entre la théorie cosmogonique de Théodore bar
Khôni, sur laquelle s'appuie principalement M. Cumont, et notre traité. Pour
Théodore bar Khôni , l'auteur principal du deuxième acte de la cosmogonie ,
l'Esprit vivant, crée les vaisseaux du soleil et de la lune, mais ils restent im-
mobiles, et c'est l'agent de la troisième création, le Messager (ou Legalus ter-
tius des Acta Archelai), qui met ces deux astres en mouvement. Dans notre
traité, le Vent pur (qui correspond à l'Esprit vivant) semble constituer
d'abord les wpalaisr» du soleil et de la lune, puis, à un acte suivant, con-
struire les cfvaisseauxTi de ces deux astres; les frpalais^5 seraient donc différents
des ffvaisseauxn; mais ce ne doit être là qu'une apparence due à une rédac-
516 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
que les palais du soleil et de la lune'^*, et aussi les huit terres
en dessous, les trois vêtements'-' et les trois roues '^', et même
lion un peu ambiguë; nous reviendrons sur cette question à propos des ff vais-
seaux».
'^' Lesffpalaisw (^ hong) du soleil et de lo lune reparaissent à deux reprises
dans la deuxième section du hhuaxtuanift : rrPour le dieu du soleil et de la lune
et pour les dieux assis dans leurs deux palais (ordu) lumineux ■n (cf. von Le Coq,
Khuastuanift , p. aS.'i-aS/i).
(^' iîl 3^ *<i'i yi- Les fftrois vêtements^ reparaissent dans un texie pehlvi
de Tourfan (Miller, Haïuhchr., 89) : «Puis, par la même purification, il
habilla le dieu du soleil (mtlinjazd) de trois vêtements {pèmôg sp/i), qui sont
le vent, l'eau et le feu.i M. Miiller avait rendu un peu plus librement pèmàg
par «envelopper (Huile); notre texte montre qu'il vaut mi^ux laisser au mot
son sens propre. Le mot frvctcmentn a d'ailleurs été adopté pour celle phrase
par M. Salemann {Manicli. Stud., 1, 5o), qui traduit : cfPuis, par celte même
purilicalion, Mihr-yazd fit trois vêtements, de l'air, de la terre et du feu.n
<^) ^ $^ s*"'* lotteii. Les «trois rouesjî sont connues par saint Augustin,
Contra Faustum, xv, G : «très rotas . . . ignis, aquae et venli», et xx, 10 :
trrotas ignium, ventorura et aquarumn. Notre texte confirme ce témoignage,
et met hors de doute que, dans le passage correspondant de Théodore bar
Khôni (PocriON, Inscriptions, p. 189-190), il faut bien, comme le croit
M. Cuniont (cf. Cosmogonie, p. 3i), traduire agànà parj'oue, ou au plus par
orbe, mais non par vase. Théodore bar Khôni (Pognon, Inscriptions, p. 190)
parle de l'ascension, de la montée des trois roues. M. Cumont {Cosmogonie,
p. Sa, 87-88) a justement rapproché de ce passage trois phrases des textes
peLIvi de M. Mùller {Handschr., p. 17, 19, ia) oîiil est question du vent, du
feu, de l'eau et de leur ascension. Mais l'action des trois «rouesn n'en reste pas
moins assez obscure. M. Cunjdnl admet {Cosmogonie, p. .'53) qu'il y a là un
souvenir «des sphères concentriques des éléments, eau, air, feu, qui, suivant
les stoïciens, entourent la leire placée au centre de l'universi:. C'est en eflet
très possible, mais la conception avait certainement beaucoup dévié, et ni les
rotae de saint Augustin, ni les louen du chinois ne peuvent s'interpréter nor-
malement par «sphèreTî. Enfin on doit se demander en quoi les «trois rouesri
diffèrenl des «trois vétementsTi; jus(]u'à présent, nous n'en savons lien. Il se
pourrait, à la rigueur, (|u'au lieu de comprendre «les trois vêtements et les
trois rouesn, ou dùtconsidérer les deux termes comme dépend;ml l'un de l'autre
et dire : «les trois roues des trois vélemenls??; nous nt^ le croyoïis pas. Provi-
soirement, voici l'explication que nous supposons. Les tiois «vêtements» seraient
ces «matelas» ou ces «lits» dont parle Théodore bar Klioni (Pognon, Inscriptions,
p. 189); M. Cumont {Cosmogonie, p. 83) propose d'y voir des séparations
constituées par le vent, le feu et l'eau, qui «doivent empêcher les habitants des
cicux d'être brûlés par le poison des archontes». Peut-êlrc touchons-nous là à
UN TRAITE MANICHEEN RETROUVE EN CHINE. 517
les trois calamités'^', les quatre cours à enceintes de fer^^', le
une question qui ?emble avoir joué un grand rôle dans les controverses mani-
chéennes, celle de savoir si quelque chose s'interposait entre la lumière et
Tobscurité (cf. Acta Archelai , chap. 97, p. 89), ou si ces deux mondes étaient
simplement contifjus, comme l'omltre d'un objet l'est à la lumière (cf. par
exemple Titus de Rostra , éd. de Lagnrde , I , x , p. 5-6 , et le texte parallèle du
Skand-gmndnik Vizdr, dans Salem ann, Eiii Bruchstiik, p. 20). Quant aux trois
«rouesn , les Acta Archelai (chap. 8 , § 8 , p. 1 9 ) nous paraissent en donner une
explication assez précise (il s'agit du rrdémiiirgeji, c'est-à-dire de l'Esprit vivant) :
ÉA9à)i' oxjv tsoieïtai t^iv êrifJLtovpyioLv tapos aa-zinpiav iôûv '\i\jywv >tai firT^^oLvriv
a\jvzoly\aaTO êy_pvaa.v Sdiêena xdSo'js , ij tis ûwè irjs aÇaipois (j''ipe<^o[iévn,
dvt(iâtai iSiv Q-vTnaxrJvTCûv zàs ^^'/.'^i ><al Ti\nas 6 (ié')as (^0ûa1r\p txU ixilai ÀnSdiv
xadcipi^et x^\ (iSTCtëièuat tij cre^r?!')), «a< oiizœs 'ZsXnpovjat ttîîs o-sAifrrjs ô Sîgkos ,
ô 'zsap' ri^ïv 'zspoaayopzvô^iEvo$-!\ et dans la traduction latine : rrCum ergo
venisset, machinam quandam concinnatam ad snlutem animarum,id est rotam,
statuit, habentem duodecim urceos; quae per hanc spheram vertitur, hauriens
animas morienlium quasque luminare majus, id est sol, radiis suis adimens
purgat et lunae tradit, et ita adinpletur lunae discus, qui a nobis ita appellatur.i
Le texte des Acta Archelai ne parait avoir de correspondant exact nulle part.
A ses douze «rseauxn correspondent, dans Êpi[)hane {Hacres., ixvi, 9, cité par
Flïgel, Mani, p. aSi), les douze signes du zodiaque; la parenté parait certaine.
Par contre, le Fihrtsl et Sahrastàni Ibnt monter les âmes des morts vers le
soleil et la lune par la ^colonne de gloire"^ dont il sera question plus loin
(cf. Flïgel , Mani, ggy-aSi) ; c'est une autre tradition, car pour les Acta Archelai
(et pour Epiphane), la ?f colonne de gloire» est au contraire la dernière étape
des âmes qui ont déjà passé par la lune et le soleil. Nous sera-t-il permis de
faire une hypothèse sur la ffroue?! des Acta Archelail Les manichéens, qui se
figuraient toutes leurs abstractions à l'image d'objets réels, ont dû prendre cette
roue dans la réalité. Or la ^machineTi à douze cfseaux':, qui tourne en puisant
les âmes des morts, c'est-à-dire la lumière, toute l'Asie, depuis la Perse jusqu'à
la Chine, la connaît bien; c'est la roue élévatrice de l'eau, la frnorian. Il nous
semble que les trois «rouesr? du vent, de l'eau et du feu ont pu être trois
fruoriai? qui, actionnées par le Roi de Gloire (cf. infra, p. 55o, n. 1), faisaient
progressivement monter la lumière délivrée des liens terrestres vers la lune et
le soleil.
''' JH ^ san-tsai. Ces trlrois calamitésTî reparaissent un peu plus loin,
mais ne rappellent rien de connu dans le manichéisme lui-même. Pour une
hypothèse à leur sujet, cf. la note suivante.
'^^ lie SI PS 1^ i'te-ujet sseu-yuan ; elles reparaissent un peu plus loin sous
ia forme abrégée de sseu-wei, «les quatre enceintes^ ; les deux fois, elles sont
précédées des tttrois calamités^. Dans un passage des manuscrits pehivi de
Tourfan (Mïllkr, Handschr., p. Iti ), on ht : «Et tout autour de cette même
terre, il ht quatre murs {iahdr parîsp) et trois fossés (se/i pdrgén).^ Dans l'ex-
xviii. 3Zi
518 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
mont Wei-lao-kiu-fou, ainsi que toutes les petites mon-
pression cliinoise t'ie-wei sseu-ynaii, t'ie-wei est le terme même qui, pour les
bouddhistes chinois, traduit ie nom du Cakravâla, c'est-à-dire des deux chaînes
de montagnes qui sont à la péripliérie de l'univers, et qui, entre elles deux,
abritent les enfers. H paraît bien que les «coursn n'aient en elles-mêmes aucune
importance, et ne figurent ici que pour le rythme de la phrase de quatre mots;
elles disparaissent d'ailleurs quand, la deuxième fois, il n'est question que des
quatre enceintes; quant au nom dVenceinte defer^^, il a bien dû être amené par
un rapport de nature avec le Cakravâla. H s'agirait donc dans le texte deTourfan,
sous le nom de «quatre murs", d'une quadruple barrière, qui, entre ses quatre
plissements, laisserait naturellement place aux «trois fossés'i. Telle devrait
être aussi l'explication pour le chinois; mais que faire alors des «trois cala-
mitésn? 11 se pourrait que le texte fût fautif, et qu'au lieu de ^ ^ san-tsai,
il fallût lire _^ ^ san-hiue, les «trois fosses n, qui correspondraient approxi-
mativement aux seh pâr^én. Enfin peut-être les fossés eux-mêmes ne sont-ils
nas sans rapports avec les enfers situés dans le plissement interne du
Cakravâla : ce serait là le tombeau préparé d'avance dont parle le Fihrist
(Flîgel, Mani, p. 90), et où, quand toutes les parcelles de lumière auront
été dégagées du monde, l'obscurité s'engoufl'rera au terme de la troisième
ffépoquen. Dans son récit de la création manichéenne, le Filirist ne parle que
d'un seul fossé et d'un seul mur (cf. Flïgei-, Mani, p. 89) : «[L'ange créateur]
disposa tout autour du monde un fossé, pour y jeter l'obscurité qu'il voulait
séparer de la lumière. Derrière ce fossé, il édifia un mur afin que rien de
l'obscurité qui serait séparée de la lumière ne s'échappât. 'i Mais cette simpli-
fication ne devait pas être conforme à l'enseignement de Màni, car le Fihrist
lui-même, en énumérant les œuvres de Màni, nous apprend (Fligel, Maiii,
p. 109) que le quatorzième chapitre du Livi-e îles Secrets était intitulé : «Des
trois fossésî?; il doit bien s'agir des «trois fossés^^ situés entre les «quatre
murs». Ces «quatre mursn ne paraissent pas devoir être confondus avec les
«murs» {teïx^os) des cinq éléments, dont il est question dans les Acta Archelai
(chap. 1 3 , p. 2 1 ) et qui hahiteront dans la lune jusqu'à ce (pie le grand incendie
ait consume le monde. Kcssier {Mani, p. iid) a cru voir dans l'emploi du
mot «mur75 une preuve en faveur de la réda( lion première en syriaque des
Acta Archelai; «mur 75 proviendrait de la confusion du mot syriacpie (pii a ce
sens avec un autre mot syriaque qui signifie «protecteurs. Mais les textes
pehlvi de Tourfan parlent nettement des cinq «murs 75 (pansp), composés des
cinq éléments lumineux , qui font partie du vaisseau (?) du soleil , et des cinq
«murs» identiques qui font partie de celui du dieu de la lune (mdh ynzd) [cf.
MîLLER, llandschr., 38-39, 99]. 11 semble donc bien (pi'ou no doive ])lus incri-
miner les «murs» des Acia Archelai. L'existence des «trois fossés» est donc
bien attestée dans la cosmogonie manichéenne; mais les «trois calamités»
existent dans le bouddhisme. H y en a deux séries : les «trois grandes calamités»
UN TRAITE MANICHEEN RETROUVE EN CHINE. 519
tagnes, les océans et les fleuves ^^^. Quand ils eurent fait toutes
ces choses et eurent constitué l'univers, ils emprisonnèrent les
cinq sortes de démonset les enchaînèrent '^Uu moyen des treize
grandes forces lumineuses. Ces treize sortes de grandes forces
hraves, ce sont les cinq fils lumineux de Sien-yi (Raisonne-
ment antérieur)'^' et les cinq fils lumineux de Tsing-fong
(feu, eau, vent), qui correspondent aux grandes destructions cosmiques , et ies
«trois petites calamités'? (famine, peste, massacre), qui sévissent au contraire
sur l'homme, sur ie microcosme (cf. Eitel, Handhooh ofChinese buddhism, s. v.
dhyàna et knlpa, et surtout Kojima Sekiho, Bukkô jiden, p. 35o). La religion
mandéi'nne (cf. Brandt, Die mandàkche Reliijion ,LeiY)z\g, i y89,in-8°, p. laS)
connaît aussi «trois catasirophesr , qui sont : épée et peste, incendie, inon-
dation: l'analogie est assez frappante. D'autre part, on sait les rappoits du
manichéisme et de la religion mandéenne. Il se peut donc que le manichéisme
lui-même ait parlé des trlrois calamités^.
' ^ ^ i^ ^ Wei-lao-kiu-fou (*M\v'i-lao-k'u-fhu: rapostroplie. dans
ces restitutions, indique le yod, et non l'aspiration): on peut, pour le premier
caractère, songer éventuellement à sa confusion fré({uente a\ec 7^ mo i*mwat
et *tnwar). 11 doit évidemment s'agir d'une montagne centrale du monde, ana-
logue au Sumeru de l'Inde ou à l'Alburz de l'Iran. La seconde moitié du nom
rappr-lle le pehlvi hof, ffraontagncî, mais on ne peut rien certifier avant d'avoir
une hypothèse \Taisemblable pour wei-Iao. D'après Ya'qùbî,Màni aurait expoâé
dans le Sàbùhragàn que le monde repose rrauf einem abwàrts geneigten Bergen
(cf. Kessler, Mani, p. 191, 829); mais le passage est obscur, et le nom de la
montagne n'est pas donné.
'^' Le terme de fflier?) , rrenchaînerj? , pour désigner l'union temporaire des
deux principes lumineux et obscur dans le monde, fait certainement partie du
vocabulaire primitif du manichéisme, et s'explique fort bien par le caractère
épique donné par Màni à sa création: tous les agents y apparaissent comme
des êtres vivants. Cf. par exemple saint Acgustin, De actis cum Felice (1. 2,
chap. 1, col. .536): '•Deum... miscuisse naturae daemonum polluendam et
ligandam parfem suam-i: Skand-gumânih Vizâr (dans Salemann, Ein Bruch-
stûk, p. 20) : cfL'àme est enchaînée dans le corpsn; saint Ephrem (Kessler,
Mani, p. 27.5) : «Es disent que le Mauvais a fixé l'àme dans le corps, comme si
elle y était enchaînée r?.
('' Il est assez difficile de dire de façon certaine qui est ^ ^ Sien-yi
(Raisonnement antérieur). Nous traduisons le nom en donnant à '^ iji
la même valeur que nous avons adoptée pour ce mot dans les énumérations
techniques: mais il équivaut régulièrement aux mots sanscrits i7ianas et citta,
et on pourrait aussi bien dire «Pensée antérieure ?i. La première idée qui vient à
l'esprit est qu'il doit s'agir de la première émanation du Père de la Grandeur,
3^.
520 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
(Vent pur)'^', puis Hou-lou-chô-lo fKhrostag), P'o-leou-
de celui qui, avant la constitution du monde et de riiomme, est THomine pri-
mitif des Acta Archelai , du Fihrist et de Théodore Lar Khôni, rOrmuzd dti
manichéisme pehlvi et turc (cl. sur l'Homme primitif, Bousset, Haupt problème,
chap. iv; Cumont, Cosmogonie, p.i 4 etsuiv.). Les tfcinq fils lumineux ■^ seraientnatu-
rellement les cinq éléments, identiques aux rrcinq corps lumineuxwque le Vent
pur et la Mère excellente ont lires des gouffres d'obscurité; en ce cas il devait
déjà être question de Sien-yi dans le déhut qui manque aujotu'd hui à notre
texte. Cette hypothèse parait confirmée par la suite du texte où, en indiquant
les rôles des treize forces, il est question des tfcinq corps lumineux 'i, mais non
plus des ffcinq filsi de Sien-yi; si les uns ne sont pas identiques aux autres, il
manquera une série de cinq dans cette seconde énumération. Enfin , on conçoit
assez bien que les cinq corps lumineux, même contaminés par les démons et
devenus leur prison, continuent à être considérés comme des forces lumi-
neuses. Toutefois, dans la suite du texte (cf. infra, p. 558-559), il est dit : «Ce
comme dans le macrocosme où Sien-yi (Raisonnement antérieur) et Tsing-fong
(Vent pur) avaient eu chacun cinq fils qui avaient servi de colonne d'appui
pour les cinq corps lumineux. w Cette fois, les cinq corps lumineux, c'est-à-dire
les cinq éléments, fils de l'Homme primitif, sont nettement distingués des cinq fils
de Sien-yi (Raisonnement antérieur). Malgré tout, il nous répugne de séparer
Sien-yi de l'Homme primitif. Peut-être pourrait-on songer pour lui, comme
c'est le cas pour le Père de la Grandeur dans le Fikrist (cf. Fldgel, Mani ,
p. 86), à une double série de cin(| membres, les uns étant ses éléments, les
autres ses vertus transcendantes; mais c'est une hypothèse que nous ne pou-
vons, en ce qui concerne rHoram(,> primitif, appuyer sur aucun texte. Quant
au nom même de Raisonnement antérieur, nous proposons d'y voir l'équivalent
de la cf première intelligences (pralùmm Lhrad), si ce terme, dans les textes de
Tourfan, s'applique bien, comme l'admet M. Millier [Handsckr., p. as) à
l'Hommc! primitif.
''' Les cinq fils de Tsing-fong doivent être les cinq rrmembi-esîî dont il sera
question plus loin (cf. |). 559) • 49 (~i^"^) ^'("'lï^ pensée; ;!> .sm, sentiment;
^ nien, réflexion; f^^ ascti , intellect; '^ i/(, raisonnement. Théodore
bar Khôni (Pognon, Inscriplions, p. 187) connaît les cinq fils de l'Esprit
vivant, qui est le même que Tsing-fong; nous citons la version un peu modi-
fiée de M. Cumont [Cosmogonie , p. 9 a) : rrll fit sortir de son intelligence l'Or-
nement de Splendeur, de sa raison le grand Roi d'honneur, de sa pensée
Adamas-Lumière, do sa réflexion le Roi de gloire et de sa volonté le Porteur. 51
Le Fihrist (Flïgel, Mani, p. 86; Kesslek, Mani, 387) connaît une double
série analogue qu'il donne à la fois coniuic les trmi'mbres?! du Père de la
Grandeur et comme b's frinembresn de l'orbe de l'air : crionganimité, science,
raison, secret (ou discrétion), pénétration^:. Théodon' bar Khô il (Pognon,
Inscriptions, p. i8i) connaît également les cinq ffdemrures7> du Père de la
UN TRAITE MANICHEEN RETROUVE EN CHINE. 521
houo-tô (Padvakhtag) ^^\ ainsi que Sou-lou-cha-lo-yi (Sros-
Grandeur : «intelligence, science, pensée, réflexion, sentiments. Les Acla
Archelai disont (chap. lo, p. i5) : tvs Se ■^nx^rjs êali rà ov6y.ana xatÏTa, vous,
êvvctoL, (pp6vTi]ais , èvBvyivais, Xoyi(j\i6s. Sur les rapports de ces listes, cf. Cu-
MONT, Cosmogonie, p. lo. Nous retrouverons plus loin l'Ornenient de Splendeur
et les autres lils de Tsiii[f-fong sous un autre aspect.
'" Pf Pi ^> S Hou-lou-chô-lo ( V-lu-s>t-lyk) et pfjlj pg pff fg Fo-
leou-houo-to (*BwYt-lyu-7\vak.-tyk); les caractères p'o et houo, simples carac-
tères de transcription qui ne se trouvent pas dans le K'ang hi tseu tien, sont
considérés ici comme les équivalents de leur partie phonétique ; y représente
un i très sourd, qui transcrit souvent un à, et a d'ailleurs abouti à à dans
plusieurs dialectes modernes; il a pratiquement disparu de très bonne heure
après la semi-voyelle labiale. Les deux noms reparaissent à plusieurs reprises
dans notre texte, tantôt en transcription, tantôt en traduction; le premier est
traduit par ^ ^ Cliouo-t'ing, -Tcelui qui écoule quand on lui parle", le second
par P_^ J^ Hoiian-ying (et une fois, pour un motif de rythme, Ij^ ^^ ^
Houan ying-cheng), «celui qui répond quand on Tappellen. Ce sont là évidem-
ment les dieux [tdngri) Khroslag et Padvvakhtag du Khuastnanift, restés jus-
qu'ici mystérieux (cf. von Le Coq, Khuasiuanift , p. ■^■glt; Radlov, Nachtrdge ,
p. 886). La traduction chinoise nous donne l'explication de leur nom. En
peblvi, \Jl,hrus : khrôs signifie «appeler", et on connaît déjà une forme
khrôstak (cf. Geiger et Kdhn. Grundriss, I, i, 3o5; et aussi R. Gauthiot,
dans J. A., juillet-août 1911, p. 64); dans les textes pehlvi de Tourfan,
on a la forme khr'ôstar, r«appelant" (Mijller, Handschr., p. 2/1). Tel est
aussi, malgré l'apparence de participe passif plutôt qu'actif de ce nom, le
sens de Khrostag, c'est-à-dire l'Appelant (nous gardons |)our les deux noms ia
forme du Khuasiuanift, à g final; le chinois ne peut distinguer, comme implo-
sives finales, entre k ^i g)- Padwakhlag s'explique aussi facilement. En pehlvi,
on connait \/vac: jmSvdi «répondrez (cf. Geiger, Grundriss, I, i, 298;
HoRN, Grundriss de)- neupers. ElymoL, p. 288, s. v. rrpatvàyjann; Salemann,
Manich. Stud., p. 109); Padwakhtag, c'est le Répondant. Nous retrouvons alors
ces deux «divinités^ chez Théodore bar Khôni (Pognon, Inscriptions , p. 188;
CuMONT, Cosmogonie , p. 26) : «[L'Esprit vivant] dit encore [à l'Homme primi-
tif] : «Comment vont nos pères, les fils de la lumière, dans leur cité ?" L'Ap-
pelant lui répondit : «Ils vont bien." L'Esprit vivant, l'Appelant et le Répon-
dant s'attachèrent l'un à l'autre et montèrent vers la Mère de vie et vers
l'Esprit vivant. L'Esprit vivant revêtit l'Appelant, et la Mère de vie revêtit le
Répondant, son fils chéri. Ils descendirent vers la terre des ténèbres à l'endroit
où se trouvaient l'Homme primitif et ses fils." Comme l'a fait remarquer
M. Cumont, il y a certainement une faute dans ce texte, puisque l'Esprit vivant
ne peut monter vers lui-même. j\L Cumont propose, sous réserves, l'interpré-
tation suivante : l'Appelant serait «la Parole de l'Esprit qui serait personnifiée»,
5-22 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1911.
liïirây)^^'. Les cinq corps lumineux furent comme la prison et les
le Répondant serait ffrimage ou la Forme de l'Homme [entendez de l'Homme
pi'imitifi, qui serait distincte de lui 57. La question est très obscure, et nous
croyons vraie, en partie, l'explication de M. Cumont, mais en partie seule-
ment. Sans pouvoir produire d'arguments certains, il nous paraît que l'Appe-
lant et le Répondant doivent tous deux se rattacher à l'Homme primitif. Tous
deux seraient sa Parole, conçue d'une part comme évocatrice, d'autre part
comme répondant à l'évocation d'autrui. L'Appelant et le Répondant sont insé-
parables. Nous verrons un peu plus loin que, joints aux cinq éléments, ils
doivent constituer les sept émanations qui correspondent dans le manichéisme
aux sept Amesaspenta du mazdéisme; or, les deux derniers Amesaspenta,
Haurvatât et Ameretàt, constituent eux aussi une paire inséparable, et il se
pourrait qu'il y eût un lien à établir, de forme, sinon de fond, entre les deux
conceptions. 11 semble que Khrostag et Padvakhtag, qui sont bien, dans une
certaine mesure, partie intégrante des cinq éléments lumineux , n'aient pas été
contaminés comme eux chez les démons et ne le soient pas davantage dans le
monde. Aussi , de même qu'ils ont été les hérauts de la libération de l'Homme
primitif, ils sont, d'après le Khuastuanift et pour autant qu'on puisse com-
prendre un passage assez obscur, les hérauts de la libération des parcelles lumi-
neuses enchaînées dans le monde et dans l'homme.
f) S* S^ fj/ ^ ^ Sou-lou-cha-lo-yi (*Sw\t [oît S\vyr]-lu-s'a-la-'i); nous
admettons l'alternative t ou r parce que, si la plupart des dialectes attestent
encore le ( impiosif final primitif, les transcriptions de caractères chinois
en écritures manichéenne, ouigoure et tibétaine établissent pour l'époque des
T'ang, dans le nord et l'ouest de la Chine, un passage de t final à r qui est
aujourd'hui représenté par 1'/ final de la prononciation coréenne. Sou-lou-cha-
lo-yi est évidemment le Sros-harây qui apparaît dans un des textes pehivi de
Toiirfan (Mïller, Handschr. , p. 76). On voit par là que liarây, dont M. Millier
ne savait que faire, est une épilhète devenue partie intégrante du nom. La
transcription chinoise elle-même, en supprimant Vh de Ijarây, montre que
ce nom conqjosé se prononçait comme un seul mot. Sros-haray est le Sros
pehivi, le Sraosa (l'Obéissance), auquel est consacré le onzième yast de VAvesta;
c'est l'un des trois juges des âmes. rrComme ange de l'obéissance religieuse,
Sraosa est devenu un dieu sacerdotal, une incarnation du service divin, un
esprit protecteur qui protège du mal le monde endormi?? (Geiger et KunN,
(irundriss, 11, G/i3). Dans le texte publié j)ar M. Midler, il est qualifié de
fffort?? et de trpuissanl'?; «saint?) el frj)uissaut??, telles sont en effet ses é])i-
tliètes courantes dans VAvesIa; notre texte parle à son tour de la trgrande
forcer? de Sros-liaray. Peut-être est-ce lui le «Dieu fort?? {kuïluk tânirri) dont il
esl question à deux reprises dans le Khuastuamft (von Le Coq, Khuasluanijt,
p. 991, 293; il ne nous semble pas qu'il s'agisse là, comme le suppose M. von
Le Coq, d'une des trois grandeurs de Zervan). L'épilhèle harài reste jusqu'ici
UN TRAITE MAMCHEE.N RETROUVE EN CHINE. 5l>3
cinq sortes de démons furent ensemble enfermés dans cette
prison ^^^. Les cinq fils de Tsing-fong (Vent pur)'-J furent
comme les magistrats gouvernant la prison. Chouo-t'ing (celui
qui écoute quand on lui parle = Khrostag) et Houan-ving
(celui qui répond quand on l'appelle = Padvakhtag) furent
comme ceux qui crient les veilles de la nuit. Quand à la trei-
zième (des grandes forces lumineuses), à savoir Sou-lou-cha-
lo-yi (Sros-harây), elle fut comme le roi qui juge les affaires.
Quand le démon de la convoitise ^^^ eut vu ces choses, dans
inexpliquée (cf. Salemaxn, Manich. Stud., p. io4 , où il est fait seulement men-
tion, sans en tirer aucune conclusion, de l'épithète courante de Sraosa
dans VAvesta, asya). — [En fait, la graphie chinoise donne exactement en
pehlvi, car c'est bien le pchlvi qui est à la base du texte manichéen chinois tra-
duit ici par ^IM. Chavannes et Pelliot, * srôsàray; cette forme représente * sro-
èahray , comme pur "fils?) équivaut à puhr. Mais * srôèahray lui-même est la
forme attendue et correcte d'un groupe ancien *srausa- -{- artay-, avest. srausa-
-{■asya- (où s représente une ligature qui contient ri: cf. Bartholomae, Alliran.
Wb., coi. i634) que la traduction pehlvi rend d'ailleurs par srosa/ir^aA:, dans
le dialecte particulier des Parses (cf. Hlbschmass, Pers. Stud., p. i 90-1 96); le
persan aurait * srôsard-. Le sens ainsi obtenu est exactement celui que demande
le contexte chinois ■.■si-aoèô asyô est bien fcomme le roi qui juge les affaires».
Au point de vue de la langue , il est à noter qu'ici , tout comme dans le cas des
{a)niahraspand (cf. p. 564), on se trouve en présence de formes parses, qui re-
lèvent de la langue savante du mazdéisme. Quant au sros haray de M. F. W. K.
Mùller [Handschr., p. 76), on est évidemment tenté plus que jamais de l'inter-
préter, comme M. Salemann a proposé très discrètement de le faire {Man.
St., p. io4), en le rapprochant des termes avestiques cités plus haut. Il suffit
pour que tout s'arrange que sros forme un mot avec harây : on aurait alors, en
effet, ^TndlD qui serait à lire * srosahray et non srosharây, TH étant la
graphie régulière dans les textes de Tourfan du -hr- pehlvi. — R. G.]
■'' Cf. saint Ephrem (dans Kessler, Mani, p. 998) : «L'obscurité fut em-
prisonnée.. . La prison est construite avec la substance du bien.i
'-' Rappelons que si, contrairement à notre opinion, il ne fallait pas voir
dans les cinq corps lumineux les cinq fils de Sien-yi , on devrait ajouter ici les
cinq fils de Sien-yi aux cinq fils de Tsing-fong pour obtenir le total final des
treize grandes forces lumineuses: mais on verra qu'il faudrait alors faire une
addition analogue dans le microcosme, c'est-à-dire dans l'homme: cela nous
paraît invraisemblable.
''' ^ ^ ("a/t-wo. Ce «démon de la convoitise» correspond comme nom
524 NOVEMBRE-DECEMBRE 191 1.
son cœur empoisonné il conçut de nouveau un méchant projet;
au soq yak du Khiiastuanift; ie sens est le même, et dans le Khuastuanift ce
démon reçoit en outre, à chnque fois, les épithètes de toduncsuz ovutsuz;
«insatiable et éhonté» (cf. von Le Coq, Khtiastuanift, p. 281, agS, 297,998);
c'est aussi le Az des textes pehlvi de Tourfan (AIiller. Handschr., p. 18, 90;
cette équivalence a déjà été indiquée par M. Salemann dans Radlov, NacliU-âge ,
p. 871 ). Az (dans Y Avesta Azi) est en effet un grand démon avide dans la
littérature mazdéenne (cf. les index de West, Pahlavi Texts). Mais son rôie
dans noire texte n'est pas aussi simple. Dans les textes de Tourfan, nz reparait
assez souvent comme nom commun, parfois suivi de avarzôg (cf. Mïller,
Handschr., i3, i5, 28, 9^, 53); M. Mùller a traduit dz par « concupiscence»
et avarzôg par «désir n; il faut renverser les termes (cf. Salemann, Manich.
Stud., p. ^0, 5i). Mais Tessenliel pnur nous est celte réunion de la convoitise
et de la concupiscence. On verra plus loin qu'en créant l'homme, le démon y
mit la convoitise et la concupiscence, pour y représenter le Khrostag et le
Padvakhtag du macrocosme (cf. p. 53o); un autre passage (cf. p. 587) parlera
nettement des «deux démons de la Convoitise et de la Concupiscence^'. Dans
le Fihris , la Convoitise et la Concupiscence sont plusieurs fois nommées côte
à côte (cf. FlCgel, Mani, p. 91, gi , 100) et si. dans un cas (p. 100; cf.
p. 34i), Fliigel paraît admettre qu'elles ne font qu'un démon à elles deux,
il est clairement dit ailleurs (p. 100; cf. p. 958) que ce sont là deux démons
distincts, la Convoitise étant un démon mâle, et la Concupiscence un démon
femelle : peut-être ce dernier trait est-il hérité du Varenya de Vy\vesta ( Dar-
mesteter , The Zeiid-Avesta, H, 29), «démon femelle de l'envie et de la luxuren.
La tradition du Fihrist est confirmée par Théodore bar Khôni, qui dit que
Jésus, ayant réveillé Adam, «chassa de lui le démon séducteur et enchaîna
loin de lui la puissante Archonte femelle» (cf. Pognon, Inscriptions, p. 199;
Cdmont, Cosmogonie, p. 67). Ainsi la Convoitise et la Concupiscence sont deux
démons puissants, le plus souvent associés; comment l'un d'eux crée-t-il le
microcosme, l'homme, à lui seul? C'esl qu'en réalité le démon de la Convoi-
tise a usurpé dans notre texte un rôle qui n'est pas le sien. Pour puissant que
soit le démon de la convoitise, le soq ynk du Khiinsinanift, au-dessus de lui,
il y a le samnu; c'est le samnu qui est le Démon primitif, le vainqueur de
l'Homme primitif (cf. von Le Coq, Kôlctûrkisches , p. io56; Khuasluanift ,
p. 980-982); c'est le samnu qui est Ahriman (cf. les phrases parallèles sur la
parenté zervanite d'Ormuzd et d'Ahriman, d'Orrauzd et du Samnu, dans
MiLi.ER, Ilnndschr., \). 9/1, et dans von Le Coo, khuasitinnifl , p. 282). Or
c'est Ahriman qui crée le microcosme. On voit ainsi que le démon de la con-
voitise, dans notre texte, représente bien parfois le vrai démon de la convoi-
tise, l'Az des textes pehlvi, mais que le plus souvent il répond au Démon
primitif lui-même, à Ahriman, (pii n'apparail jamais ici sous son nom véri-
table.
UN TRAITÉ MANICHÉEN RETROUVÉ EN CHINE. 525
il ordonna donc à Lou-yi^^' el à Ye-lo-yang '"' d'imiter Tsing-
fong (Vent pur) et Chan-mou (Mère excellente). Dans ce
[macrocosme] , par transformation ils constituèrent le corps
*^' ^-& \^ Lou-yi (*Lu-'i); on pourrait songer, pour le second caractère, à
une confusion facile avec ^^ l'ang {* tlian). D'après Théodore bar Kliôni
(Pognon, Inscriptions , p. 191 ; Cdmont, Cosmogonie, p. 4 a), le roi des Ténèbres
confie la création de Thomme au démon Asaqloun et à sa compagne Namraël
(Nabrôël); nous reviendrons sur Nebroél à la note suivante. M. Cumont (p. /12-
hk, 78) a montré qu'Asaqlouu est le 'EanXis des textes grecs, et que, sous ce
dernier nom, il a été également connu de saint Augusiin (dans la note 2 de la
pagei/i, la seconde mention d'Adam est une inadvertance pour Saclas); mais en
disant (p. /42)que le nom d'Asaqlouu parait nouveau, M. Cumont paraît a\oir
momentanément pei du de vue la forme Saqloun donnée par Al-Jâhiz (cf. Kess-
LER, Mani, p. 36i, 368, dont les conjectures étymologiques sont d'ailleurs
ruinées par le texte de Théodore bar Khôni). Lou-yi doit donc représenter une
forme altérée (?) de Saklas-Asaqloun.
'^' ^ ^ '{^ Ye-lo-yang (*N'àp-la-"aù); pour le dernier mot, une con-
fusion est facile avec '^ kiue {* kiv'dt ou *Lw'ar). M. Cumont {(Msmogome,
p. ha) a discuté les diverses formes du nom attribué à la femme d'Asaqloun,
et conclut en faveur de Nabrôël ou Nebrôëi, donné par Michel le Syrien. Ye-lo-
yang doit en être une transcription, assez aberrante cependant pour la con-
sonne initiale et la consonne finale. L'initiale ancienne de ye est n et non n ,
et dans les mots de ce type, l'élément guttural paraît l'avoir emporté à
l'époque des T'ang sur la nasalisation. Dans un texte ouigour de Tourfan, on
trouve en transcription turque le nom chinois Kitsi, qui répond à ^ ^
Yi-tsing (*Ni-tsin) [cf. Miller, Uiguvica , I, p. li-iô, ou l'équivalence
M .K Yuc-tche n'e'^t pas evacte; l'initiale ancienne de yi et de yue, dans ces
deux cas, est d'ailleurs la même; la chute de n après i est usuelle dans les
transcriptions d'Asie centrale à l'époque des T'ang]. L'inscription de Si-ngan-
fou, qui nous donne, transcrits en chinois avec beaucoup de liberté, un cer-
tain nombre de noms syriaques, rend Gabriel par ^ ^Ij Ye-li (*N'ap-li)
(cf. Heller, Das neslorianische Denkmal , p. 36). Même au xiv° siècle, la nasale
gutturale subsistait; et si ^ yen (sous les T'ang * mini ou nnm) est donné
sous la forme nem dans Mîjllkr [Handsclir., p. i i3), c'est soit une faute d'im-
pression pour iiein, soit une véritable anomalie de la transcription tibétaine,
car le mot apparaît correctement en transcription 'phags-pa, dans une inscription
de i83à , sous la forme ncim (cf. Toung Pao, II, ix, pi. 9 après la page ^28).
Si l'initiale de Ye-lo-yang est surprenante, la finale l'est également. Même
une correction hiue [*l.-w'or) ne nous avancerait guère, car si la transcription
de la finale devient par là absolument régidière, nous ne pouvons rendre
compte de l'explosive k. Au fond, la transcription chinoise parait d'ailleurs
plutôt faite sur Gabraël (Gabriel) que sur Nebroël.
526 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
de l'homme et y emprisonnèrent les natures lumineuses afin
d'imiter'^) le grand monde ^^^; ainsi donc le corps charnel
avec sa convoitise et sa concupiscence empoisonnées et mau-
vaises, fut, bien qu'en plus petit, l'image fidèle de point en
point de l'univers des cieux et des terres. La roue des révo-
lutions, les constellations, les trois calamités et les quatre
enceintes*^', les grandes mers et les lleuves, les deux terres
du sec et de l'humide '*', les plantes ^^' et les animaux '*^^, les
(^' Notre texte écrit toujours "j^fang pour -^ fang ou ^jij fang\ c'est un
archaïsme.
'-' La création de riiomme par le démon est une théorie fondamentale du
manichéisme. Cf. par exemple Kessler, {Matii, p. 278), citant saint Ephrem :
«Si, comme ils blasphèment, le créateur du corps est mauvais, . . .et si l'ob-
scurité a eu le projet de constituer une prison pour ràme...n Les textes
analogues abondent. A ceux déjà connus depuis longtemps, on joindra celui du
Skand-gumànik PîzaV (Salem ann, Ein Bruchstiik, p. 20). Quant à l'idée que
l'homme est un microcosme fait à l'image du macrocosmc , ou la retrouve 1res
clairement dans le Skand-gumànik Viiâr, quand on a écarté, comme l'a fait
avec raison M. Cumont (Cosmogonie, p. A4), une confusion commise par l'au-
teur mazdéen de ce traité. Cf. aussi /Ic^fl /lrc/(c/aî,chap. 9, p. i4 : to yap ffwf^a
ToOro x6(j(Mos KoiXshoK stpàs tov (j.éyav ko(7(j.ov. La théorie existait (un peu
différente peut-être) dans le mazdéisme; cl. la note de Darmestetor [The Zend-
Avesta, I, 191). Le passage du Grand Bundeheè auquel Darmesleter fait allu-
sion est celui qui a été traduit par M. Blochet dans la Rev. d'hist. des Relig.,
t. XXXI, p. 2^3, et qui débute ainsi : «Il est dit dans VAvesta : Le corps de
l'homme est une représentation du monde matériel . . . v
'•''^ Sur ces deux expressions, cf. supra, p. 617.
f*' Les «terres sèche et humiden reparaissent à deux reprises dans le
Kliuasluatiiji (von Le Coq, Kliuastuanift, p. 286, 298). Cf. aussi Théodore
bar Kliôni (Pognon, Inscriptions , p. 191) : «Alors ce péché tomba sur la terre,
bi moitié dans la partie humide, la moitié dans la partie sèche.» M. Cumont
[Costnogonie , p. 89) a rappelé que œlle distinction se trouve dans la Genèse, I, 9.
(^^ Dans le manichéisme, où le nombre cinq joue un rôle prédominant, on
reconnaissait cin(j sortes de plantes et d'arbres (cf. von Le Coq, Khuasluanifl,
'""' De même qu'il y avait cinq sortes de plantes, il y avait cinq catégories
d'êtres animés (cf. von Le Coq, KhuaslunniJ'l , p. fl86, !>87, 398). Les cinq
catégories d'êtres animés (bi|)èdes [les hommes], (juadrnpèdes, oiseaux, pois-
sons, reptiles) sont éuuniérées dans le Khuastuanift (p. 287); M. von Le Coq
a rappelé avec raison que saint Augustin {Contra Epistulam Fundamenti,
UN TRAITE MANICHEEN RETROUVE EN CHINE. 527
montagnes et les cours d'eau ainsi que les buttes de terre et
les tertres, le printemps, l'été, l'automne et l'hiver, les an-
nées, les mois, les heures et les jours (^^, et même le limité et
l'illimité f'^', il n'y eut pas une seule formation de l'univers
qu'ils n'imitassent [dans le corps charnel]. C'est ainsi que,
quand un orfèvre, copiant '^^ la forme d'un éléphant blanc, la
grave à l'intérieur d'une bague, elle est exactement semblable
au corps de l'éléphant lui-même; c'est de la même manière
que l'homme est semblable à l'univers.
chap. 3i) donne exactement la même énumération, mais en ordre inverse;
il faut y joindre le texte de saint Augustin, De haeresibus, chap. i6 (éd. Migne,
col. 35), où chacune des catégories d'êtres vivants est rattachée à un des cinq
éléments. On trouve aussi énumérées dans les Acta Archelai (chap. lo, p. 17)
les espèces shominum et animalium et volatiiium et piscium et repentiumn.
''' fli B '^^^ j^' ^^ pourrait être tenté de traduire «les saisons et les
joursn. Mais, dans la suite du texte, clie est toujours employé au sens d'heures;
de plus les quatre saisons ont déjà élé énumérées séparément. 11 ne reste donc
que la petite anomalie de voir citer les heures avant les jours.
'^' W '^ ^ 'î^ yeou-ngai ivou-ngai. Le dictionnaire de Giles donne un
emploi boudhique de wou-ngai dans une expression cries quatre connaissances
illimitées^, dont nous ne connaissons pas l'original sanscrit. Le terme analogue
/^ )fS. pou-ngai traduit anantarya [anantara), «sans intervalles, fr sans in-
terruptionn, dans un vocabulaire bouddhique [Toung Pao, VU, 38 1). Pour
le mot turc correspondant, cf. Miller, Uigurica, II, liS. Le sens n'est pas
douteux, et il semble bien que la double expression «le limité et l'illimitén
se rattache à un problème considérable du manichéisme, mais dont le détail
nous échappe encore. Il s'agit sans doute de la distinction entre une forme
finie et des éléments infinis; dans la suite du texte (cf. infra, p. 55i),
on verra le corps charnel limité opposé aux démons illimités. En tout cas,
c'est bien à ce même sujet que parait se rapporter toute la réfutation maz-
déenne du manichéisme dans le Skand-gumdnik Vizdr\ elle commence par ces
mots (West, Pahlavi Texts, III, 2/16; Salemann, Ein Bruchstùk, p. 22) : «Main-
tenant, pai'lons avant tout de l'impossibilité qu'aucune chose existante soil
illimitée, en dehors seulement de ce que j'appelle illimité : l'espace et le
temps.» Cf. aussi le livre 2 5 du Contra Faustum.
''^ ^M ^^ ^^^ ^^^ employé pour ^ mo; ce sens est omis à tort dans le
dictionnaire de Giles. On retrouve ^^ mo dans rinsr.ription de Si-ngan-fou
(Legge, Christianity in China, p. 12-10), quand il esl dit qu'un portrait de
l'empereur fut «copién (reproduit) sur les murs du monastère nestorien de
Si-ngan-fou.
528 NOVEMBRE-DECEMBRE 191 1.
[De plus], Tsing-fong (Vent pur) avait pris les cinq sortes
de démons, et. dans les treize sortes de corps purs lumineux,
il les avait emprisonnés et enchaînés, et ne leur avait plus
permis d'être indépendants. Ce que voyant, le démon conçut
des sentiments envieux et empoisonnés; il enferma les cinq
natures lumineuses dans le corps charnel dont il fit un petit
univers (microcosme); à son tour, il se servit des treize forces
obscures non lumineuses pour y emprisonner et y enchaîner
[les cinq natures lumineuses], auxquelles il ne permit plus
d'être indépendantes. Ainsi donc, ce démon de la convoitise
enferma l'éther pur dans la ville '^^ des os; il établit la pensée
obscure dans laquelle il planta un arbre de mort '2). Puis il en-
''' ^ tch'etig. Nous traduisons ce mot par ffvilie5i, parce que plus loin il
sera question de la «ville» du démon, et de son palais. Mais tch'eng signifie
aussi «rmuraillen, ffenceinten, et Temploi technique du mot ffmurn dans le
manichéisme ne nous parait pas absolument exclu ici.
(^' Nous voyons ici apparaître les cinq arbres de mort; on trouvera plus loin
les cinq arbres de vie. La théorie des arbres de mort et des arbres de vie est
intéressante, car il y est fait allusion dans saint Augustin. Le manichéen For-
tunat prétendait justifier par févangile même la distinction de ces deux sortes
d'arbres, et par suite de deux natures opposées dans l'homme; ne lit-on pas
en effet dans saint Matthieu (xv, i3) : rrTout arbre que n'a pas planté mon
père céleste sera déraciné"; et ailleurs (m, 10) : trToul arbre qui ne produit
pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu.n Surtout les Acta Archelai (chap. 5,
p. 7) ne manquent pas d'invoquer les deux passages parallèles de Matthieu,
VII, t8, et Luc, VI, i.^ : «Un bon arbre ne peut pas porter de mauvais fruits,
ni un arbre mauvais porter de bons fruits. ■^ Les manichéens voyaient dans ces
textes la preuve qu'il y a des arbres qui sont foncièrement mauvais et qui n'ont
pas été plantés par le principe suprême du bien. Saint x\ugustin répond à For-
lunat en expliquant que c'est la volonté humaine qui, en vertu du libre arbitre,
peut devenir soit un arbre bon, soit un arbre mauvais (cf. Contra Fortunatum
diapulalio, S li ; Contra Adimantnm,$ 9 G). Le traité manichéen que nous tra-
duisons en ce moment du chinois permet de voir l'importance et l'ampleur
de la tht'orie des doux sortes d'arbres dans la religion «nanichéenne. Les cinq
arbres du mal sont connus de Théodore bar Kliôni qui écrit (I'ocnon, op. cit.,
p. 191; cf. aussi CuMOM, Cosmogonie, p. /lo) : «Le péché qui était tombé sur
la partie sèche [de la terre] se mil à germer sous la forme de cinq arbres.n
L'ouvrage gnostique Piatia Sophia cite à plusieurs reprises les cincj arbres du
bien (trad. Amklineau, p. 10, 98-99). Dans les Acta Archelai (chap. 19,
UN TRAITE MANICHÉEN RETROUVÉ EN CHINE. 529
ferma le vent excellent dans la ville des nerfs; il établit le
sentiment obscur, dans lequel il planta un arbre de mort. Puis
il enferma la force de la lumière dans la ville des veines; il
établit la réflexion obscure, dans laquelle il planta un arbre
de mort. Puis il enferma l'eau excellente dans la ville de la
chair; il établit l'intellect obscur, dans le(juel il planta un
arbre de mort. Puis il enferma le feu excellent dans la ville de
la peau; il établit le raisonnement obscur, dans lequel il
planta un arbre de mort. Le démon de la convoitise planta
ces cinq arbres de mort empoisonnés dans les cinq sortes de
terrains abîmés; il les fit en toute occasion décevoir et trou-
bler la nature primitive lumineuse, tirer au dehors la nature
étrangère*'* et produire des fruits empoisonnés : ainsi, l'arbre
de la pensée obscure pousse à l'intérieur de la ville des os : son
fruit est la haine; l'arbre du sentiment obscur pousse à l'inté-
rieur de la ville des nerfs: son fruit est l'irritation; l'arbre de
la réflexion obscure pousse à l'intérieur de la ville des veines :
son fruit est la luxure; l'arbre de l'intellect obscur pousse à
l'intérieur de la ville de la chair : son fruit est la colère; l'arbre
du raisonnement obscur pousse à l'intérieur de la ville de la
peau : son fruit est la sottise. C'est ainsi donc que des cinq
sortes de choses qui sont les os, les nerfs, les veines, la chair
p. 3o), Màni, sommé par Archelaiis de développer sa pensée au sujet de
l'arbre du mal, dit que tria racine est mauvaise, Tarbre détestable, que sa
croissance ne vient pas de Dieu, que s^s fruits sont les fornications, les adul-
tères, les homicides, l'avarice et tous les actes mauvais de cette racine mau-
vaises. Quant au goût des fruits de ces arbres, l'injustice et l'avarice qui sont
dans le cœur des hoaimes nous révèlent ce qu'il est. Dans ce passage des
Acia Archelai où il est question des racines, des fruits et du goût de l'arbre
du mal, il y a évidemment une réminiscence de la théorie qu'on va voir dé-
veloppée dans notre traité.
'" La nature étrangère paraît constituée par les cinq sortes d'éléments spi-
rituels obscurs que vient d'établir le démon. Par «tirer au dehorsn, nous tra-
duisons le chinois ^[Jj tch'eon-, il s'agit sans doute de faire agir la nature
étrangère, delà faire se manifester.
530 NOVEMBRE-DECEMBRE 191 t.
et la peau, il fit une prison et y enferma les cinq corps di-
visés (c'est-à-dire qui sont les divisions du premier principe
lumineux), de la même manière que les cinq (corps) lumi-
neux retenaient prisonniers les diverses sortes de démons. En
outre, de la haine, de l'irritation, de la luxure, de la colère et
de la soltise il fit les magistrats de la prison pour imiter les
cinq fils vaillants de Tsing-fong (Vent pm'). Au milieu, [il
plaça le démon de] la convoitise [et celui de] la concupis-
cence^" pour représenter Chouo-t'ing (Khrostag) et Houan-
ving (Padvakhtag) qui crient les veilles de la nuit. Le feu vio-
lent, vorace et empoisonné ''^\ il lui laissa pleine liberté, afin
qu'il imitât Sou-lou-cha-lo-yi (Sros-harây).
Quand ces cinq corps lumineux eurent enduré de telles
soulTrances et furent emprisonnés et enchaînés, ils oublièrent
leurs sentiments primitifs, comme le fait un fou, ou un homme
ivre, ou encore comme [celui dont il est question dans la com-
paraison suivante] : quelqu'un ayant entrelacé une multitude
de serpents venimeux pour en faire une cage où les têtes des
serpents sont toutes tournées vers l'intérieur, et où elles
crachent leur venin dans toutes les directions, si on introduit
''' ^ ^ l'an yu\ un peu plus loin on a ^ ^ ^ j^ l'an yu eul kmiei.
Sur ces deux démons, cf. xiipra, p. Bai, note.
(-) 1^ ^ ^^ ^ Ick'nn-lou-mong-houo. Ce feu violent, opposé au feu bon,
n'est pas seulement un des cinq éléments de l'obscurité, comme on l'a vu plus
haut (cf. p. .5 2 3, n. 3); il a une sorte d'existence à part, car un rôle cos-
mique spécial lui est dévolu; à la fin {le la période médiane, il doit produire
le grand incendie (pii embrasera le monde et durera i,/jt)8 ans (cf. Fligei, ,
Mani, p. go. gS^-aS;); Mi llkr, Ilnnihchr. , p. 19). Une dos épîtres de Màni
était consacrée à cet incendie (cf. FlIgel, Mt/u, p. loi, 379; Kessler, jWrt/«',
p. 935). Ce doit élre du feu violent qu'il est question dans Miller , Handschr.,
p. 53. Pour ce qui est de l'épillirte d'cr empoisonné», on a vu plus haut (p. 5i6,
n. 3) les précautions que prit l'Esprit vivant, selon Théodore bar Khôni, pour
éviter que les dieux ne fussent ttbrûlésn par le c poison» des Archontes. C'est
contre la théorie de ce feu, capable de consumer, mais n'ayant rien de lumi-
neux, qu'est dirigé le dernier chapitre (chap. 26) du traité d'Alexandre de
Lycopolis.
UN TRAITE MANICHEEN RETROUVE EN CHINE. 531
dans cette cage un homme et si on l'y suspend la tête en bas ,
alors, parce qu'il est menacé par le venin et parce qu'il est
suspendu la tête en bas, cet homme sera égaré dans son cœur
pt dans sa pensée; il n'aura plus le loisir de songer même à
son père et à sa mère, et à ses parents, et à ce qui faisait pri-
mitivement sa joie. C'est de la même façon que se comportent
les cinq natures lumineuses quand elles ont été emprisonnées
et enchaînées par le démon dans le corps charnel où elles
endurent des souffrances jour et nuit^^'.
En outre, Tsing-fong (Vent pur) fit (^ou avait fait) deux
navires lumineux-'-^ qu'il mit sur la mer de la vie et de la
'•' Les éléments de lumière enfermés dans le microcosme se souillent
comme s'étaient souillés les fils de l'Homme primitif quand ils avaient été
vaincus par le démon et s'étaient mêlés aux puissances obscures.
'-' Ces deux navires lumineux seront appelés de façon plus précise un peu
plus loin tries deux navires lumineux du soleil et de la luncTî. Cette conception
du soleil et de la lune sous forme de deux navires chargés d'épurer et de trans-
porter les âmes des morts est bien connue par les autres sources. Cf. par
exemple Acta Archelai (chap. 9, p. i3) : frNaves enim vel transitorias cumbas
esse dicit duo ista luminariai ; saint Augustin, De I\atura boni, chap. hh,
citant le 7" livre du Trésor de Mâni (éd. Migne, col. 5(38): trTunc beatus ille
Pater, qui lucidas naves habet. . . Suas virtutes, quae in clarissima hac navi
habentur, transfigurât. . . Ubi penitus abiutae animae ascendant ad lucidas
naves... n; saint Augustin, De haeresibus, chap. U6 (éd. Migne, col. 35) :
ffQuidquid vero undique purgatur luminis, per quasdam naves, quas esse
lunam et solem volunt, regno Dei, tamquam propriis sedibus reddi. . . Naves
autem illas, id est, duo caeli luminaria, ita distinguunt, ut lunam dicant fac-
lam ex bona aqua, solem vero ex igné bono»; saint Ephrem (dans Kessler,
Mani , p. 285) parle longuement de la cargaison lumineuse du vaisseau de la
lune, en des termes qu'il faut rapprocher de ceux d'Alexandre de Lycopolis
(chap. Il et 22); Barhebraeus ( Abù'l-Faraj), dans Kessler, Mani, p. 357 :
wll créa au ciel deux grands navires, à savoir le soleil et la lune-'; la formule
grecque d'abjuration (Kessler, Mani, p. 362) dit la même chose; les tf na-
vires» se retrouvent enfin dans Théodore bar Khôni (Pognon, Inscriptions,
p. 189-190; CcMOM, Cosmogonie, p. 29) et dans les textes pehlvi de Tourfan
(cf. Miller, Handschr., p. 62, et peut-être p. 38). Plusieurs conceptions
assez différentes semblent avoir contribué ici à la formation de la doctrine
manichéenne. L'idée que la lune est faite d'eau et le soleil de feu se retrouve
bien ailleurs que chez les manichéens; pour les textes chinois à ce sujet,
532 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
mort " pour la faire traverser aux hommes de bien^^' et pour
cf. Chavannes, Le T'ai-chan, 1910, in-8°, p. 187-190; les Hindous considé-
raient ia lune comme composée d'eau (cf. Kern, Hisl. du bouddh. dans l'Inde,
I, 820). Par ailleurs, M. Cumont(p. 29) ajustement rappelé que tries astres
ont été souvent regardés comme les barques glissant dans le ciel-?. Mais, au
moins sous son habit chinois, le texte que nous traduisons impose un autre
rapprochement. La «mer de la vie et de la mort" que les navires du sojeil
et de la lune doivent faire tr traversera aux âmes des morts pour les amener à
leur cf domaine primitifs évoque une idée bouddhique : c'est la traduction
régulière de samsaramahàsamudra, le trgrand océan des existences successives 75,
qu'il faut «traverser:" (^ ton, comme dans le présent texte) pour arriver à
tfl'autre ri\ev ( ^ ê pi'l-nijany L'idée de ces wnavires de salutn était d'ail-
leurs sufiisammeiit répandue, au moins comme image, pour qu'on lise dans
l'inscription nestorienne de Si-ngan-fou : ;j;^ ^ ^j^ J^ ^ ^^ ^ ^'i' ''t-
avancer à la rame la barque de ia miséricorde pour faire monter au palais lu-
mineuxn (cf. Legge, CItristianity in China, p. 7; Havret, III, /ii, 5o, oià la
traduction est un peu différente). Enfin il reste une dernière difFicullé. On a
vu que, dès le début de la création, l'Esprit vivant avait constitué le soleil et la
lune; comment se fail-if (jue leurs trnavires^i n'apparaissent que maintenant?
On pourrait à la rigueur concevoir le soleil et la lune comme existant indé-
pendamment de ieur fonction de navires de salut; ces navires ne seraient
qu'un de leurs aspects; Flugel {Muni, p. 226) fait une distinction qui n'est
pas sans quelque analogie avec celle-là. Mais nous ne croyons pas que cela soit
le cas. Le chinois ne distingue guère entre les temps, et c'est pourquoi, à
côté de «Gtn, nous avons ajouté dans notre traduction la version alternative
«avait faitn. De même que plus haut le texte a rappelé la constitution du
macrocosme pour justifier celle du microcosme, de même ici on rappelle, avec
un peu plus de détails que par le passé, la constitution de rrdeux" navires du
soleil et de la lune dans le macrocosme de l'Esprit vivant pour expliquer la
constitution de rrdeuxn sexes dans le microcosme du démon.
U) ^ 5E i^ cheng-sseu-hai. On a vu à la note précédente que, dans le
bouddhisme, c'est là la traduction usuelle de samsaramahànamudra; mais,
ia mer mise à part, l'expression chinoise traduit une expression composée (jui
est attestée dans les textes pehlvi de Tourfan, zâdmùrd, trvle et mort?? (cf.
Miller, Handxclir., p. 67, 77; Salemann, Munich. Slud. , p. 78).
(^' ^ J' chan-lsi'u , mot à mot «fils bonsn. Le mot chan a dans tout notre
texte une sorte de valeur technique; il désigne les parcelles «bonnes^^, c'est-
à-dire lumineuses, qui se dégagent des liens de l'obscurité; il s'agit en somme
ici de ff l'âme» de tout ce qui existe. Chan-tseu parait bien être l'équivalent du
damèzâdag des textes de Tourfan (Miller, Handschv., p. 58, qui en rap-
j)rorlie encore ^j^:^ *^;l d'ihn al-Murtatlà; Salkmann, Manichaeische Studien,
p. 69).
UN TRAITE MANICHEEN RETROUVE EN CHINE. 533
les amener dans leur monde primitif'^', en sorte que leur na-
ture lumineuse fût définitivement calme et heureuse.
Quand le démon de la haine, le maître de la convoitise ^^^
eut vu cela, il en conçut des sentimenis d'irritation et de
jalousie; il fit alors les formes des deux sexes, la mule et la
femelle, afin d'imiter les deux grands navires lumineux qui
sont le soleil et la lune, et décevoir et troubler la nature lumi-
neuse, en sorte qu'elle montât sur les bateaux d'obscurité, que,
menée par eux, elle entrât dans les enfers'^', qu'elle transmi-
grât dans les cinq conditions d'existence'*', qu'elle subît toutes
''' ^ ^ pen-kiai. Ce trdomaine primitifn est celui du Père de la Gran-
deur, celui de la Lumière ab-olument pure où se trouvaient les éléments lumi-
neux avant l'invasion du démon. Saint Augustin le connaît bien, comme on le
voit parles textes suivants : (De haeresibus, cliap. '16, éd. Migne, col. 35) rQuid-
quid vuro undique purgatur iuminis,. . . regno Dei, tanquam propriis seilibus
reddin; « . . .purgatumque illis navibus [lumen] imponatur ad régna propria
reportandum» ; {De natura boni, chap. ii, éd. Migne, col. 568).«ablutae ani-
mac. . .ad suae patriae transfrelalionera sunt preparatae». M. M ùller reconnaît
ce ffdomaine primilif75 , avec raison selon nous, dans un passage pehlvi qui men-
tionne tr\a terre où tu as été dès le commencement n (Miller, Handschr., p. 53).
(-' ^ ^ ^ ^ yuan-mo t'an-tchou: il s'agit toujours du démon de la
convoitise jouant le rôle dAhriman. Le terme de «maiire?' ou frchef:! de la
convoitise n'apparaît que dans ce passage. Il nous paraît la traduction évidente
de pi'inceps, épyav, qui est le nom technique des puissances des ténèbres
dans le manichéisme. Ce mot semble se retrouver sous la forme arqon dans un
passage, d'ailleurs assez étrangement construit, du Khuastuanijt (cf. von
Le Coq, Khuastuanift, p. 291, 3o3).
■'' iiè Wi ''■?/"' irprison de la terre^i; c'est l'expression bouddhique. On
ne voit pas que ces renfersr doivent différer des cinq terres obscures; cepen-
dant les textes de Tourfan (Miller, //««f/sc/ir. , p. /i3) parlent de douze enfers
répartis par groupes de trois entre les quatre points cardinaux.
'*' ^ '5@ £ ÉI louen-houei wou-tsiu, mot à mot (fre\eair en cercle dans
les cinq voies»; c'est encore un emprunt au bouddhisme; louen-houei traduit
régulièrement samsara; les «cinq voiesn sont les cinq gati du bouddhisme,
dieux, hommes, iiabitants des enfers, prêta, animaux (cf. Feer. Fragments
traduits du Kandjour, dans Annales du Musée Guimet, V, 5 1 4-528): le chiffre
de cinq gati se retrouve également dans les textes sogdiens et turcs; il a
même été emprunté par le taoïsme (cf., par exemple, Wieger, Le Canon
taoïste, n" 368); mais, dans le bouddhisme chinois, on comptait le plus sou-
vent six gati, par l'addition des asura entre les hommes et les habitant
xviii. 35
534 NOVEMBRE-DECEMBRE 19 11.
les souffrances et qu'en définitive il lui fût difficile d'être
délivrée.
des enfers (c'est le spul chiffre connu d'EnEL, Handhorih of Chin. Buddhism^
s. V. gâti). Ni la mélempsycose, ni même la transmigration bouddhique ne
furent peut-êlre dans le système original de Màni; mais le pas, serable-t-il,
fut vite franchi. Màni admettait seulement une sorte d'animisme universel;
il y a des parcelles lumineuses éparses dans la nature, et il faut les dégager;
or c'est au moment de la procréation que se fait, pour les êtres vivants, la
plus grande transmission de ces parcelles lumineuses. C'est là , à part les
origines mythiques, le sens de l'épisode si peu édifiant de la séduction des
archontes enchaînés (cf. Cumost, Cosmogonie, p. 5/i-68); c'est une raison du
même ordre qui explique des passages comme celui de saint Augustin,
De haeresibus, chap. /i(5 (éd. Migiie, col. 36) : «Coguntur Electi corum velut
eucharistiam conspersam cum semine humano sumere, ut etiam inde, sicut
de aliis cibis quos accipiunt, substanlia illa divina purgetur.)5 "La différen-
ciation des sexes dans le microco me du démon esi donc une sorte de contre-
partie de la séduction des archontes dans le macrocosme de l'Esprit vivant;
elle a bien pour but d'empêcher la libération de la lumière, en la faisant passer
d'existence en existence; c'est pourquoi les Manichéens condamnaient la pro-
création. Notre texte, qui est parfaitement chaste, ne dit rien de la séduction
des archontes, mais peut-être y est-il fait indirectement allusion par le rapport
établi entre les deux sexes et les deux vaisseaux : d'après Théodore bar Khôni
(Pognon, hiscriptions, p. 190), c'est lorsque «les vaisseaux marchèrent et arri-
vèrent au milieu du ciein que se manifestèrent les formes lumineuses mâle et
femelle qui séduisirent les archontes. Pour des Chinois, au moins, le rappro-
chement avait un sens subsidiaire évident : le soleil est en effet rattaché au
principe mâle ( [ï^ »/«"g'). la lune au principe femelle ( [^ j/m). Reste la men-
tion des «cinq gatin; on comprend très bien que le traducteur, ayant le choix
dans les termes bouddlii(|ues enirc cinq et six rtvoies^^, ait choisi le chiffre de
ffcinq'i, qui cadrait avec les catégories numériques du manichéisme, mais cer-
tainement en l'interprétant autrement que ne le faisaient les bouddhistes. Peut-
êlre, bien que le microcosme seul, c'est-à-dire l'homme, soit à proprement
parler l'œuvre du démon, la différenciation des sexes porte-t-elle sur les cinq
catégories animales dont il a été question plus haut, et dont l'homme ne
formait que la première. D'autres écrivains, comme Barhebraeus, ont parlé
de la rrtransmigration des àmes" dans le manichéisme (cf. KEssLEn, Mani,
p. 357). L'idée d'une sorte de crrouci des existences ne doit pas être étran-
gère aux livres de Màni, car on lit dans le Fihrist (Fi.lgel, Mani, p. 101 ;
Kessler, Mani, p. /loo) que l'homme mauvais tterrc en cercle incessamment
dans le monde parmi tes tourments, jusqu'au temps de la fin du monde, où
il sera jeté dans l'enfer». A ce propos il est bon de rappeler un passage
d'Albirùni dans son ouvrage sur l'Inde (cf. Sacuau, Alberuni's India, I, 54-
UN TRAITE MANICHEEN RETROUVE EN CHINE. 535
Quand il y a un Envoyé de la Lumière''^ qui apparaît dans
le monde pour instruire et convertir la multitude des êtres
vivants afin de les délivrer de toutes leurs souffrances, il com-
mence par faire descendre par la porte de leurs oreilles^-- le
son de la Loi merveilleuse; ensuite il entre dans l'ancienne
demeure ^^* et, employant les grandes prières magiques, il
55) : r Lorsque Màni fut banni de i'Erànsahr, il alla dans l'Inde, apprit des
Hindous la métempsycose, et la transporta dans son propre système. Il dit
dans le Livre des Mystères : «r Comme les Apôtres savaient que les âmes sont
ffimmorleiles, et que dans leurs migrations elles revêtent loutes les apparences,
«et prennent la forme de tous les animaux, et sont moulées dans le moule de
fftoutes les figures, ils demandèrent au .Messie quelle serait la Gn de ces âmes
(rqui n'auraient pas reçu la vérité ni appris l'origine de leur existence. Sur
«quoi il dit : «Toute âme faible qui n'a pas reçu tout ce qui lui appartient de
«vérité, périt sans aucun repos ou bonliPur.:5 Par «périrn, Màni entend sa
«punition, mais non sa disparition totale. n Cf. aussi la formule grecque d'abju-
ration : «Je maudis ceux qui croient à la métempsycose, et qui la nomment
elle-même un transvasement des âmes» (Kessler, Mani, p. 363, lioli). Les
Acta Archelai (chap. lo, p. i5) parlent on ne peut plus nettement de la
transmigration dans les espèces animales et végétales.
f'' Màiii n'est pas le seul Envoyé de la lumière. Il a été précédé par
Zoroastre, le Buddha, Jésus, etc. (cf. supi-a, p. 5o9, n. 3); mais on verra
un peu plus loin (cf. p. 536, n. 2) que le nom d'Envoyé de la lumière répond
à plusieurs conceptions différenles, et ne va pas sans amphibologie.
W '^ 5 P^ f^'c^S eul-men. Peul-êire y a-t-il ici un écho de la distinction
mazdeenne entre la science innée et la science «apprise par l'ouïen; cf. Dar-
MESTETER, The Zend-Avestu , II, i.
*^' "(^ ^ hou-tchai; c'est le corps du '^ J\^ lou-jen, «vieil homme,
homme ancien*' , c'est-à-dire de l'homme non converli et purifié par la loi reli-
gieuse; au koH-jen s'oppose le j^ ^ sin-jen. l'shomme nouveau» (cf. p. 5io).
Ce sont là évidemment des termes techniques du manichéisme, mais pour
lesquels nous ne pouvons pas encore établir de correspondances certaines. Il
est bien question dans les textes pehlvi de Tourfan d'un «dieu du nouveau
royaume» (nôg- sahr ... yazd) et de «nouvelles habitations» (nôg huabddîh)
[cf. Mlller, Handschr., 20, ^7], mais le premier passage peut se rapporter
à toute autre chose, et le sens du second n'est pas absolument établi (cf. Sale-
MASN, Manich. Stud., p. 82 , qui rend huabddîh par «wohlbeûnden»). Toutefois,
nous croyons bien que c'est de r« homme ancien» et de r« homme nouveau»
qu'il s'agit dans le passage du Khuastuanift où il est question de r«ancien moi»
(ilki-i ozûn) et de «ce moi-ci» {bu ôzûn) [cf. von Le Coq, Khuastuanift, p. 288,
et les remarques antérieures de Radlov, Chiastuan.it , p. 3i].
536 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
emprisonne la multitude des serpents venimeux ainsi que toutes
les bêtes féroces et ne leur permet plus d'être en liberté. En
outre, muni de la bacbe de la sagesse, il coupe et abat les
arbres empoisonnés, et il arrache leurs souches ainsi que
toutes les autres plantes impures; en même temps il ordonne
d'orner purement et majestueusement la salle du palais et d'y
disposer un siège [pour la prédication] de la Loi; il s'y assied
ensuite. De même que, lorsque le roi d'un royaume a triomphé
d'un royaume ennemi et haineux'^', il orne dans ce pays une
salle élevée, il y place un trône et il juge avec équité tous
les hommes, bons et méchants, de même agit cet Envoyé
de la Lumière bienfaisante '-'. Quand il est entré dans i'an-
(^' Nous considérons .C'a yuan comme Téquivalent de fB yuan , et non
de ^ yuan qu'indique le dictionnaire de Giles; Talternance est usuelle dans
les manuscrits des T'ang.
'-) ^. 0)5 liË houei-ming che. Ici apparaît pour la première fois une diffi-
cullé très sérieuse et qui va se répéter à travers toute la suite du texte. H
s'agit de savoir qui est désigné tantôt sous le nom d'Envoyé de la Lumière
bienfaisante, et tantôt sous celui de Lumière bienfaisante lout court. Ses ana-
logies avec Tsing-fong (l'Esprit vivant) sont certaines, et un ouvrage mani-
chéen que cite notre texte (cf. infra, p. 556) affirme l'identité des deux. Mais
d'autre part on ne s'expliquerait pas ce changement de nom sans un change-
ment de personne, ou au moins d'aspect. On remarquera que si Tsing-fong
est le démiurge du macrocosme , l'Envoyé de la Lumière bienfaisante est plus
spécialement en rapport avec le microcosme, avec l'homme, qu'il défend contre
le démon. Or ce dernier rôle est joué dans la cosmogonie manichéenne par un
personnage spécial, qui est ie ffHeilsboten du FilirisI (I'ligel, Mani, p. 91.
25o, 3io-3ii), et qu'on connaît aujourd'hui surtout par Théodore bar Khôni,
qui l'appelle le Messager (Pognon, Inscriptions, p. 189-190). M. Cumont a
montre, grâce à une correction ingénieuse, que ce Messager, crtroisième créa-
tion n du Père de la Grandeur, était connu des Acta Archelai sous le nom de
fflroisième Messager» (cf. Cumont, Cosmogonie, p. 34 et suiv., 67 et suiv.).
Or, de même que ie Messager de Tliéodore bar Khôui évoque douze vierges
qu'il énumère, nous trouverons plus loin (cf. p. 568-569) ""*^ '^•''*^ ^'^'^ douze
rformesj? de la Lumière bienfaisante qui correspond rigoureusement aux douze
noms de l'auteur syrl;ique. Il nous paraît donc que, quels qu'aient pu être les
traits commun-i, les points de contact, entre Tsing-fong (l'Esprit vivant, le
Saint-Esprit) et l'Envoyé de la Lumière bienfaisante, il faut en principe les
UN TRAITE MANICHEEN RETROUVE EN CHINE. 537
cienne ville et qu'il a détruit les ennemis haineux, il lui faut
aussitôt séparer les deux forces de la Lumière et de l'Obscu-
rité, et ne plus leur permettre de se mélanger. Il commence
par soumettre la haine; il l'emprisonne dans la ville des os, et
fait en sorte que l'éthcr pur puisse entièrement se délivrer de
ses liens. II soumet ensuite l'irritation et l'emprisonne dans la
ville des nerfs; il fait en sorte que le vent pur et excellent soit
immédiatement délivré. Il soumet ensuite la luxure et l'empri-
sonne dans la ville des veines; il fait en sorte que la force
lumineuse puisse de suite se débarrasser de ses liens. Il soumet
ensuite la colère et l'emprisonne dans la ville de la chair; il
fait en sorte que l'eau excellente puisse être immédiatement
délivrée. Il soumet ensuite la sottise; il l'emprisonne dans la
ville de la peau; il fait en sorte que le feu excellent soit entiè-
rement délivré. Les deux démons de la convoitise et de la con-
cupiscence, il les emprisonne au milieu. Le feu violent, affamé
et enipoisonné, il le laisse en liberté. C'est ainsi qu'un orfèvre*^*
qui désire fondre [du minerai | d'or commence par se procurer
du feu; s'il ne trouve pas de feu, la fonte ne se réalise pas.
L'Envoyé de la Lumière bienfaisante est comparable à l'orfèvre ;
quant au Yi-lieou-eul-yun-ni^'^', il est comme le minerai d'or;
séparer, et voir dans ce dernier ie Messager de Théodore bar Khôni et le
legatus tertius d'Evodius.
C La comparaison qui suit devait être usuelle dans le manichéisme; le
Fihvist (Fllgel, Maai, p. 88) et Ibn al-Murtadà (Kessler, Mani, p. 353) en
donnent comme un écho quand ils parlent du mélange de la lumière et de
l'obscurité dans l'or et dans l'argent.
'^' P^ P^ ffp ^ P^ yi-lieou-eul-yun-ni. Le premier caractère répond à
*nik, à moins que, considéré comme simple caractère de transcription, il ne
faille lui donner sa valeur subsidiaire */u, qui est aussi celle de sa phonétique.
Le second caractère n'est pas attesié; ce doit donc être un simple caractère
de transcription formé par l'addition de la ciel de la bouche à un caractère
connu, et il faut le lire d'après sa phonétique, *■/;'«. Le mot ]fj eul est une
particule disjonclive qui ne se prête guère à réunir deux mois transcrits: d'autre
part, les mots du lype eul n'apparaissent guère en transcription; ils sont l'abou-
tissement moderne de *ni, en notant par n un phonème combiné de chuintante
538 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
et quant au démon affamé, c'est le feu violent qui fond les
cinq corps divisés [de la lumière primitive] et qui les fait
devenir purs'^^ Le grand Envoyé de la Lumière bienfaisante,
sonore et de nasale palatale, quelque chose comme in, qui est à l'époque des
T'ang rendu par z en écriture manichéenne (cf. Mlller, Die «persischenn Ka-
lendarausdriicke , p. 5), et égalemeut par z à l'époque mongole en écriture
'phags-pa (cf. par exemple Toung-Pao, 11, ix, pi. i, à la suite de la
p. iaS, où [Ij eul est transcrit zi en 'phags-pa). Ytin répond à *\vyn. Quant
à ni, le caractère n'existe pas plus que lieoii; on pourrait songer à p^ jo (*«'«);
il est beaucoup plus probablo qu'il faut simplement le lire d'après sa phoné-
tique, et qu'il répond par suite à *nik. Nous aurions donc deux noms *nik-
liu et *'wyn-nik, ou un seul nom *n(A[ou in]-liu-7ii-'ivyn-nik (pehlvi °vanagl).
Puisque, dans la comparaison de l'orfèvre, Yi-lieou-eul-yun-ni répond au
minerai d'or composé d'or pur et d'éléments impurs, Yi-lieou-eul-yun-ni doit
représenter le corps. — [Ici encore le chinois rend fort exactement une forme
pehlvie. Si l'on tient compte du fait établi que le n chinois initial sert à tran-
scrire g, on rétablit sans peine au moyen de la transcription un original
J1j"!^îVT3, c'est-à-dire * gWëwzhvanag , dont le sens est «forme, personne
vivante"; c'est bien ce qui convient pour le sens, puisque c'est le corps vivant
qui est comme le minerai d'or et qui est purifié au moyen du feu. Pour la
forme, il n'y a rien à dire sur zhvanag pour lequel il sutTit de renvoyer aux
Manichaeische Sludien, 1, de M. Salemann, (Lex/^we, s. v. ^il^f) Le mot
g'rêw se trouve dans le même ouvrage, sous 1^")J1; M. Salemann ne le traduit
pas et cite expressément M. F. W. K. Millier comme l'auteur de l'interpréta-
tion par «Geistn, ttespritn. C'est d'ailleurs là un sens que M. Millier n'est
arrivé à proposer qu'avec le temps et par conjecture : il avait d'abord traduit
VT3 1 q'i'il transcrit garév, paraKeimT:, «germe" (Handschriftea- Reste, II,
p. io8). Nous le rapprochons du sogdien jr'yiv qui a exactement le sens de
«Geslaltn, «forme, personne, corpsn, et cela de façon sûre, car il se trouve
plusieurs fois dans un bilingue sogdien et chinois. Celte signification semble
convenir aussi aux textes pehlvis cités par M. F. W. K. Millier (voir Sitzungs-
berichle de l'Académie de Berlin, 1906, p. 1079 et suiv.); à la page 1079,
3° ligne du bas, on aurait simplement : «en leur propre personne", c'est-à-dire
«en eux-mèmesn, au lieu de «en leur propre esprit" ; — à la page 1082,
note 6, on aurait de même au lieu de «der lebendige Geist", «die lebcndige
Gestalln; garév va tan serait «Geslalt und i.eib" , gydii — garèv «Seele —
Geslalt(ung)7>. Mais il n'y a là rien de décisif et nous ne savons pas à quoi se
rattachent les citations de M. F. W. K. Millier. En tout cas, ce qui parait clair,
c'est seulement que le mot transcrit par les Chinois comporte un mot * g'rêw
qui a le sens de sogdien yr'yw (lire *-y'rëiv). — R. G.]
''' 11 y a ici quelque faute dans le texte, puisqu'il faudrait qu'un des élé-
UN TRAITE MANICHEEN RETROUVE EN CHINE. 539
dans les corps d'excellence [des élus], se sert du feu affamé
pour produire un grand profit^''.
Les cinq forces lumineuses'^^ habitent dans [le corps formé
par] les substances combinées [des deux forces lumineuse et
obscure]; c'est pourquoi l'bomme excellent dislingue et choisit
entre les deux forces et les fait se séparer l'une de l'autre'^'.
ments de la comparaison se rapportât aux opérations de l'orfèvre; il nous
semble vraisemblable qu'il y avait à peu près ceci : ftEt quant au feu violent
[de l'orfèvre], c'est [pour les opérations de l'Envoyé de la Lumière] le feu
affamé qui fond . . . »; la confusion serait née de la mention simultanée du
feu cosmique et du feu de l'orfèvre.
('' On sait le gand rôle que jouait dans le manichéisme la purification des
aliments qui passaient par le corps des Elus; c'est par la digestion des Elus que
Ips parties lumineuses contenues dans ces aliments étaient digérées. Les «corps
d'excellence" [M. ^ chan-chen) sont certainement les corps des rrbommes
nouveaux ". Le «feu affame n doit être utilisé ici comme feu de la digestion,
bien connu dans toute la philosophie hindoue.
^*> Au heu de jfj li «forcen, amené par les «deux forcesn nommées un peu
plus loin, il faut presque sûrement lire ^ chen «corpsn; il s'agit des cinq
corps lumineux, c'est-à-dire des cinq éléments.
i^> Ici encore il s'agit certainement de la libération de la lumière par la
digestion des Elus. Les textes à ce sujet sont nombreux. Nous nous contenterons
de citer une fois de plus le chapitre 66 du De haeresibus de saint Augustin,
qui contient un si bon résumé du manichéisme (éd. Migne, col. 35) : tripsam
vero boni a malo purgationem ac ILberationem, non solum per totum mundum
et de omnibus ejus elementis virtutes Dei facere dicunt, verum etiam Electos
suos per alimenta quao sumunt. Et eis quippe aiimentis, sicut universo
nmndo, Dei substantiam perhibent esse commixlam : quam purgari putant
in Electis suis eo génère vitae, quo vivant Elecli Manichaeorum velut sanctius
et excellentius Auditoribus suis.n — Dans ses Confessions (IV, i, et lll, lo),
saint Augustin dit aussi que, lorsqu'il était adepte du manichéisme, il apportait
aux élus la nourriture de laquelle, en la mangeant, ils devaient dégager de la
lumière; c'était en effet la règle pour les Auditeurs, et c'est la classe à laquelle
appartenait saint Augustin. Nous traduisons par r distinguer et choisir" les
mots ^ ^ ts'iuan-kien du texte chinois. Dans le fragment manichéen de la
Bibliothèque nationale, il est question des trois ^ ^& ts'iuan-kien qui sont à
la tète de chaque temple manichéen ( ce sont ceux dont les titres ont été étu-
diés par M. Gauthiot dans le J. A. de juillet-août 1911, p. 57-63). Dans les
manuscrits des T'ang, la clef du tfbamboun et la clef de i'ffherbe» s'emploient
presque indifleremment; les deux caractères kien sont donc équivalents, et
répondent en fait au seul ^ Lien moderne, rchoisir». Le mot t^ ts'iuan.
5A0 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
Le corps charnel est appelé aussi le «vieil homme w. Il con-
siste dans les os. les nerfs, les veines, la chair, la peau, la
haine, l'irritation, la luxure, la colère, la sottise, ainsi que
dans la convoitise, la {jourmandiseetla luxure; ces treize termes
constituent par leur réunion un seul corps qui symbolise [dans
le macrocosme] le monde sans commencement et sans lumière'''.
La seconde nuit obscure'^' n'est autre que toutes les mau-
vaises natures'^' qui ont été méchamment conçues par le démon
de la convoitise, à savoir : la sottise, la luxure, la vantardise,
l'humeur incommode pour les autres, l'irritation, l'impureté,
la destruction, la désagrégation, la mort, la tromperie, la ré-
volte, la pensée obscure; ce sont là les douze heures*^' de la
qui signifie au propre «expliquer», est également ici, sans aucun doute, le
substitut plus ou moins régulier de son homophone ^ ts'iiiaii ff discerner, ap-
précier, choisir». La forme exacte est donc celle que donne noire texie, et il
est certain que nous avons là un terme technique du manichéisme, le corres-
pondant chinois de «electusn. Dans le fragment chinois de la tJibliolhèque na-
tionale, il est pris dans son acception substantive; dans le texte que nous tradui-
sons, il reçoit au contraire une valeur en quoique sorte active, et l'Elu n'est pas
seulement tr celui qui est choisi», mais aussi frcelui qui choisit», celui qui sépare
les éléments lumineux des éléments obscurs dans les aliments qu'il absorbe.
'■' Autrement dit, le corps charnel, si on le considère à part des éléments
lumineuv qui y sont emprisonnés, représente le monde de l'obscurité, éternel
comme celui de la lumière, avant que l'invasion du démon n'eût amené le
conilit et le mélange des deux principes.
'■') Il n'a pas été question de la k première nuit obscure», et on peut se
demander si le texIe n'est pas altéré. Nous croyons cependant qu'on peut
rcconnaiire la suite des idées. Cette tf première imil obscure», c'est en réalité
le ffcorps charnel» dont il vient d'être question, c'est-à-dire le corps considéré
à part des éléments lumineux qui y sont emprisonnés, et précisément cet état
antérieur n'a été rappelé ici que pour justifier la mention de la cfseconde nuit»
(pii apparaît maintenant, et contre biquelle une piiissnnce lumineuse va venir
iuller.
'^' i§ '^ ^ '['4 'f''"^" pou-chan siiig, «les natures pas bonnes», avec le
sens technique de «bon» doiil il a été question plus haut; cl. supra,
p. bit , n. 2.
'*' Par heures (JJiv die), il faut loujours entendre les heures doubles; ces
douze heures sombres sont en réalité pour nous une révolution diurne de
vingt-quatre heures.
UM TRAITE MANICHEEN RETROUVE EN CHINE. 541
nuit obscure sans clarlë et redoutable. Ce sont là^^^ des signes
qui [montrent que celte nuit] est issue primitivement des
démons f^^.
Pour cette raison donc, le grand Sage de la Lumière
bienfaisante'^', par des mélbodes excellentes, distingua dans
le corps charnel ainsi constitué la nature lumineuse et il
vint à son aide en sorte qu'elle pût se délivrer. De ses propres
cinq membres '*\ il fit sortir par transformation les cinq libéra-
lités'^' pour être utile à la nature lumineuse : d'abord, de sa
pensée lumineuse, il fit sortir par transformation la pitié et
l'ajouta à l'élher pur; ensuite , de son sentiment lumineux . . . '''',
*'' iU -^ ^ P^ '''"^ teng. Le rylhme est brisé par un mot de trop: il faut
sans doute supprimer teng.
'^' iP "^ ^ |il l§ ^ l£ .^* Nous trouvons ici pour la première fois
une expression technique assez emljarrassante, f 5 «^ hi-ijen, qui reviendra
souvent. Ki signifie mnarque"; yen signifie ffvérilicalion?5 ; nous traduirons
toujours par rrsignen, sans nous dissimuler que cette traduction ne donne pas
un résultat satisfaisant dans tous les cas. Parfois on a, au lieu de ki-yen,
l£ *Ë» li'->^i^'^'i cette dernière expression, qui signifie au propre trsouvt'nir,
memento" , est assez voisine de ki-yen comme son el comme sens; nous la
considérerons comme un substitut moins exact de l'expression que nous avons
ici.
''^ ^. ^ >^ ^ /lOHpi'-miHg ta-tche. Au lieu du dernier mot, il faut pro-
bablement lire H^ che, et traduire : trie grand Envoyé de la Lumière bien-
faisante".
'*' Le mot chinois ^ t'i signifie tr membres et ff substance 75. La compa-
raison avec saint Augustin et le Fihvist montre qu'il faut traduire par rr membre».
t^' On a vu plus haut (cf. p. 520, n. 1) que le Fihrist (Fllgel, Mani,
p. 86) énumère cinq tnuemhres?^ du Roi du paradis de la Lumière (c'est-
à-dire du Père de la Grandeur des textes occidentaux), qui sont la longani-
mité, la science, la raison, le secret (ou la discrétion), la pénétration; mais il
lui attribue en outre cinq membres spirituels (se rapportant aux qualités du
cœur et non plus de l'inteHigence; cf. Kessler, Mani, p. 887) : amour, foi,
fidélité, bravoure, sagesse. Cette seconde série correspond approximativement
à celle des cf cinq libéralités n (^ ^ wou-che) que fournit le texte chinois.
'^' Le texte omet ici un membre de phrase quil est facile de rétablir :
['i: ^m z^] ^mm m m m ^B,^kmmt^ ut ni ^
JE- ^P iPI^ f^ ^] "*^ '''^ sortir par tran>formation la bonne foi et l'ajouta
au veut pur; ensuite, de sa réflexion lumineuse. . . ". L'Envoyé de la Lumière
5A2 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
il fit sortir par transformation le contentement et l'ajouta
à la force de lumière; ensuite, de son intellect lumineux,
il fit sortir par transformation la patience et l'ajouta à l'eau
pure; ensuite, de son raisonnement lumineux, il fit sortir
la sagesse et l'ajouta au feu pur; [quant à] Hou-lou-cho-to
(Khrostag) et P'o-leou-liouo-to (Padvakhtag), au trésor de
[leurs] paroles, il ajouta la sagesse'^'. Ces treize termes, à
savoir : l'éther, le vent, la lumière, l'eau, le feu, la pitié, la
bonne foi, le contentement, la patience, la sagesse, avec Hou-
lou-chô-tô (Khrostag), P'o-leou-houo-tô (Padvakhtag) et la
Lumière bienfaisante, sont des signes qui symbolisent le Véné-
rable de la Lumière du monde de la lumière pure*-'. Ceux qui
observent toutes les défenses sont comme le soleil.
bienfaisante a donc les deux mêmes séries de ffmembrps'? que le Père de la
Grandeur; cf. stipra, p. 5^i, n. 5. Nous traduisons '^j^ ^j^» tch'eng-sin par
ffbonne foin; tclt'eag sijfnifie trsincerilé"; sin signifie tr foin ; mais, pour «foin
tout court, nous avons dans notre texte d'autres expres-ions. «Bonne foin nous
paraît maintenir en partie la douljle idée de l'expression chinoise; peut-être
pourrait-on aussi dire «confiancen.
'" 1â ta W, ^ iJïi })k ^ M • ^^**^ phrase n'est guère intelligible. De
toute façon, la construction est rompue à propos de l'Appelant et du Répondant,
qui, une fois de plus, constituent une paire un peu en marge dans cette énu-
mération. Le rythme n'est pas détruit, mais il est inadmissible que la sagesse,
déjà nommée, reparaisse ici une seconde fois. En récapitulant à la phrase sui-
vante les treize termes, l'Appelant et le Répondant sont suivis de la Lumière
bienfaisante; il nous paraît donc probable que c'est la Lumière bienfaisante
elle-même, et non la sagesse, que l'Envoyé de la Lumière bienfaisante ajoute à
Khrostag et à Padvakhtag. Quant au «Irésor des parolesn, il semble bien qu'il
y ait là une allusion au rôle parlant joué par l'Appelant et le Répondant. Reste
à savoir si la traduction fflrésorn est juste; le mot tsang a encore, dans le
bouddhisme, le sens de tressencen, trembryonn, tout au moins dans le nom
de j:^ 1^ Titsang, K^itigarbha, que nous retrouverons plus loin; nous ne
voyons pour le moment rien à en tirei' ici.
*^^ îW ^ ^ ^ "Ht -^ ^ ^ ts'ing-tsiiig kouang-ming che-lciai ming-
tsouen. Le Vénéiable de la Lumière reparaîtra dans la suite de notre texte; il
n'est autre que le Père de la Grandeur de Théodore bar Khôni (qui le connaît
aussi à propos des disciples de B;ittai; cf. Pognon, Inscriptions , p. 222) et de
la formule grecque d'abjuration; cf. à son sujet Cumont, Cosmogonie , p. 8. C'est
le Père de la lumière {pidar roéan) des documents pehlvi de Tourfan, et sans
UN TRAITÉ MANICHÉEN RETROUVÉ EN CHINE. 5Zi3
Le second jour^'^ est celui où les douze grands rois [qui
sont] la sagesse [et lés autres]'-', [se produisent] par trans-
formation de [l'Envoyé de la] Lumière bienfaisante. Ce sont
des signes qui symbolisent le soleil rond et complet.
Pour ce qui est du troisième jour, chaque fois que les sept
doute aussi leur rôsan qâv el leur bdnst 'irôsan (cf. Miller, Handschr., p. 38,
^8, ig); enfin il apparaît dans ces mêmes documents (p. 29, 55, 56, 76,
102) sous le nom de Zarvàn. En turc, le nom correspondant est Azrua; on
retrouve le Père de ia Grandeur dans le Khuastuanift (von Le Coq, Klmas-
tuanift, p. 281) comme wle dieu Azrua de la Lumière pure 57; on reconnaîtra
là à peu près la même formule que dans notre texte. Comme M. Cumont l'a fait
remarquer avec raison, il résulte de ces constatations que les manicliéens ont
connu le mazdéisme sous sa forme zervanile, c'est-à-dire sous celle du Temps
infini, contre laquelle argue l'Aiménien Eznik de Kolb (cf. le deuxième livre
de son Wider den Selden, dans la traduction de Sclimid, Vienne, 1900). On
peut en fournir une nouvelle preuve. Nous sa\ons aujourd'hui que les anciens
Turcs boud .Iiibtes, comme aujourd'hui à leur suite les Mongols lamaistos, con-
naissaient respectivement Indra el Rrahma sous les noms d' Azrua (Zervan) et
d'Ormuzd. Or, ces emprunts eux aussi ne s'expliquent que par un numichéisme
011 Zervan était devenu le dieu suprême, le Père de la Grandeur, pour pouvoir
être identifié à Brahma, tandis que Ormuzd, devenu l'équivalent de l'Homme
primitif, du héros de la lumière luttant contre les démons, a pris facilement la
place d'Indra, le grand lutteur célébré depuis les Veda. — [Le turc azrua est,
simplement, ia forme sogdieime de i'aveslique zrvan, reproduite de façon
toute mécanique. Le sogdien a, en effet, 'zrw', comme équivalent de Brahma,
dans !• s textes bouddhiques, simplement parce qu'il est le principe premier et
sans que Indra soit encore appelé Ormuzd, ce qui parait être un fait relative-
ment récent. — R. G.]
C De même que la première nuit n'a pas été mentionnée explicitement,
le texte est en apparence muet sur le premier jour. Il nous semble cependant
que le premier rrjoum du microcosme est précisément constitué par la réunion
des treize termes qui symbolisent le Vénérable de la Lumière, de même que la
première nuit était représentée par les seuls éléments d'obscurité qui symbo-
lisaient le monde des démons. Quant à la théorie des trois jours, elle n'est
développée, croyons-nous, dans aucune autre source. Nous devons toutefois
signaler que le 16* chapitre du Livre des Secrets de Mâni était intitulé : tfDes
trois jours» (cf. Flcgel, Mani, p. 102; Kessler, Mani, p. 197).
•-^ Les trdouze grands rois" sont donc les cinq éléments lumineux et les cinq
membres spirituels de l'Envoyé de la Lumière bienfaisante, plus Khroslag et
Padvakhtag. Dans la suite de notre texte, il sera encore question des cr trois
jours», et nous retrouverons deux séries de «douze rois».
bU NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1911.
sortes de Mo-ho-lo-sa-pen (Mahraspand) ^" entrent dans le
'"' ^ pPT -^ ^ $ Mo-ho-lo-sa-pen (*ma-ha-la-sat[oM sar]-pwyn). Ce
mot transcrit certainement un pelilvi Mahraspand. La première interprétation
à laquelle on songe est naturellement celle du Mahraspand usuel, représen-
tant le Mâthra-spenta de l'Avesla, la «Parole sainte" (cl. par ex. Dabmesteter,
The Zend-Avesta , II, la); ce mot Mahraspand apparaît correctement dans les
textes pehlvi de Tourfan comme le nom du 29' jour du mois iranien (cf.
MûLLKR, Hanchcnr., p. 95). Mais il ne sort de là aucun sens acceptable pour
nos sept mahraspand. Si on se reporte aux paragraphes précédents, il est bien
probable que cette série de sept qui, jointe aux cinq libéralités, fait douze
heures, doit comprendre les cinq élémenls lumineux, plus Klirostag et Pad-
vakhtag. Or, dans les premiers fragments sogdiens (frpehlvi-dialektn) étudiés
par M. Millier, on trou\e (p. 98) la mention des panj marêàspandtih, que
M. ^lùller proposait alors de Iraduire par «les cinq éléments saints" ; le mot
reparaissait sons la forme mârèanùj à la page io3; dans ses Manich. Stud.,
p. 9^, M. Sal-mann déclare que cette dernière forme n'est pas claire. Toutefois
la première des deux formes se retrouve encore, écrite mardâspanté et traduite
par «éléments", dans Mijller, NeulestamenÛ. Bruchst., 1907, p. 6. M. An-
draeas a montré [Zivei soghdische Excurse, 1910, p. 3 11) que la forme sog-
dienne mardâspanté , qu'il écrit miirSâspondè , pluriel de muiSàspond , répond
à amiihrosponlo; or amuhrosponlo correspond à avcst. amesaspenta , pehlvi amah-
raspnnd. Cette fois, nous avons la solution, car il y a bien dans le mazdéisme
un groupe de sept divinités connues sous le nom des sept Amesaspenta
(cf. Geiger et Kuufj, Grundriss, 11, 633-6/io). M. Salemann a vu [Ein Bruch-
slàh, p. 17, 23), en étudiant le chapitre consacré au manichéisme dans le
S'<and-gumânik \izdr, que les Amesaspenta (Amesàspand) étaient connus des
manichéens; il faut seulement supposer, dans l'original de notre texte, une
forme apiiérélique maltrnspand au lieu d'amahraspand. L'emploi sogdien du
nom et celui qu'atteste notre texte monlrenl toutefois que, pour les manichéens,
les sept ^lahraspand n'avaient plus que des rapports lointains avec les sept
Amesaspenta du mazdéisme. Au lieu des sept «archanges", ils sont devenus
les cinq éléments lumineux, auxquels on a joint, pour compléter le nombre
de sept, l'Appelant et le Répondant. Nous avons eu l'occasion de dire plus haut
(cf. p. 09 1, n. 1 ) que l'apparition en hn de série, dans les sept Mahraspand
manichéens, de cette paire inséparable, pouvait ne pas être sans quelque rap-
port avec la présence, en lin de liste des Amesaspenta mazdéens, du couple
non moins inséparable de Haurvatàt et d'Anierctàt. Pour le chiffre de sept
dans le manichéisme, cf. les remarques de M. Cumont sur l'hebdomade {Cos-
mogonie, p. 3/1); cf. aussi les sept «aumônesn {pusi) et les sept yimki dans le
Khuasluanift (\os Le Coq, KhuastuaniJ't, p. 390, 29/1, 296-298). Les caté-
gories (les disciples de Batlai ne sont pas sans analogie; voici ce (pie dit à leur
sujet Théodore bar Kh(3ni (Po(iNON, Inacriplions, p. 2 23) : «Le Seigneur Dieu
UN TRAITÉ MANICHÉEN RETROUVÉ EN CHINE. 5/j5
corps d'un maître roligieux pur''^, de la part de [l'Envoyé de
ia] Lumière bienfaisante celui-ci reçoit les cinq libéralités,
et [ces] douze heures ^2' réalisent le jour complet : ce sont des
signes qui symbolisent la grande force de Sou-lou-cha-lo-yi
(Sros-harây).
Ces trois jours auxquels on ajoute les deux nuits sont les
signes qu'il y a absolument deux mondes, tant pour les maîtres
religieux que pour les simples dévots ^^l
prononça également sept mots et cinq forces naquirent de lui. Ensuite sept
démons montèrent, enchaînèrent le Seigneur Dieu et les sept forces nées de lui
et enlevèrent au Père de grandeur le principe de rame ; les démons se mirent
à l'œuvre ainsi que les sept et les douze et firent Adam le premier homme, n
Il faut remarquer d'ailleurs que ciuq et douze étant les deux nombres préférés
du manichéisme, sept était lo complément de l'un à l'aulre. Le septième cha-
pitre du Livre des Secrets de Màni était intitulé, d'après le Fihrist, ffDes sept
espritsn. Flïgel [Mani, p. 103 , 36o) déclare ne rien savoir de ces sept esprits.
Kessler [Mani, p. 196) y voit les sept esprits méchants de l'ancienne mytho-
logie babylonienne qui jouent un grand rôle dans la cosmogonie comme ad\er-
saires des dieux (cf. à leur sujet le premier chapitre de Bousset, Hauptprrbleme).
On vient de voir que la cosmogonie de Battai est d'ailleurs à base de sept plutôt
que de cinq. Mais la mythologie iranienne connais^^ait également ce groupement,
puisque non seulement elle célébrait les sept Amesasppnta, mais leur opposait
nommément sept démons créés par Ahriman (cf. Blochet, dans Rev. Hist. des
Relig., XXXII, 112). Pour le manichéisme, il y a un témoignage important
de saint Eplirem (cf. Kessler, Mani, p. 277) : rrSous ce rapport, Bardaisan,
le maitre de Mani, s'est montré un homme de parole sensée, quand il dit que
l'âme est composée de sept parties mélangées et soudées ensemble... n Réserve
faite d'un sens spécial du mot trespritTî en arabe, qui obligerait à lui donner le
sens d'ff esprit mauvais;! qu'adopte Kessler, il ne nous parait donc pas évident
qu'il s'agisse, dans le chapitre du Livre des Trésors, d'esprits démoniaques, et
peut-être sont-ce là seulement nos sept Mahraspand.
'" ïW ^ Ûifi fi" fs'ing-tsing che-seng. Le mot seng, (rmoinen, est naturel-
lement emprunté au bouddhisme, puisqu'il représente étymologiquement le
sanscrit sangha; mais il avait perdu toute valeur de secte, et les nestoriens l'ont
adopté également. Par contre, il nous est actuellement difficile de dire si, par
che-seng, il faut seulement entendre ici les Élus, ou si les Maîtres, supé-
rieurs aux Elus, sont directement visés dans l'expression.
'^^ Ces douze heures sont obtenues en ajoutant les cinq tr libéralités n aux sept
Mahraspand.
'^' tf M htng-tchô, frceux qui pratiquent^ ; ce peuvent être les Auditeurs,
5^6 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
Parfois il arrive que le vieil homme entre en lutte avec
l'homme nouveau qui est sage; cela est semblable à [ce qui
s'est passé] lorsque, pour la première fois, le démon de la
convoitise décida d'envahir le monde de la lumière. Il y en a
les signes suivants. De la pensée obscure et empoisonnée de
ce vieil homme, des démons sortent par transformation, qui
immédiatement luttent avec le membre de la pensée de
l'homme nouveau. Si cet homme nouveau ne prend pas garde
aux signes, il abolit et oublie sa pensée lumineuse, et immé-
diatement il y en a les signes [que voici] : un tel homme, dans
sa conduite, n'aura pas de pitié; dans les affaires qu'il ren-
contrera, il concevra de la haine; de suite il souillera le
membre de la pensée pure de sa nalure lumineuse, et la nature
étrangère qui habite provisoirement en lui en sera aussi atteinte
et endommagée. S'il sait garder les signes, il s'éveillera, il
chassera la haine et pratiquera la pitié; le membre de la pen-
sée de sa nature lumineuse retournera à sa pureté; la nature
étrangère qui habite provisoirement en lui se dégagera de
tous les dangers. Heureux et trépignant de joie, il remercia
en rendant hommage et s'en alla'".
Parfois l'homme nouveau oublie et perd les signes'-'; alors
du milieu de son sentiment obscur, des démons sortent par
transformation, qui immédiatement luttent contre le sentiment
de l'homme nouveau. Dans le corps de cet homme, il y en
a de grands signes : cet homme, dans sa conduite, n'aura pas
de bonne foi; dans les affaires qu'il rencontrera, il concevra de
l'irritation; la nature étrangère qui habite provisoirement
mais ceux-ci seront dési{jncs plus loin par un terme spécial; il peut s'agir de
simples catéchumènes. Par «deux mondes^, notre texte doit entendre les deux
mondes de la lumière et de robscurité.
('' Cette phrase, qui est usuelle à la fin des sûlra, parait une simple inter-
polation.
<'' CVst dans ce paragraphe qu'on rencontre p£ ^ ki-nien au lieu de ||^
1^ hi-yen\ cf. supra, p. 5ii, n. a.
UN TRAITÉ MANICHÉEN RETROUVÉ EN CHINE. 5^7
en lui sera aussitôt infectée. Mais si le membre du sentiment
de sa nature lumineuse revient aux signes et n'oublie pas son
sentiment primitif, cela l'éveillera et il poursuivra [l'irrita-
tion]; cette irritation reculera et se dispersera, et sa bonne
foi sera la même qu'auparavant; la nature étrangère qui ha-
bite provisoirement en lui évitera toutes les souffrances, et il
parviendra à son monde primitif.
Parfois l'homme nouveau oublie les signes ; alors de sa ré-
flexion obscure, empoisonnée et non lumineuse, des démons
sortent par transformation qui immédiatement luttent contre
le membre de la réflexion pure de l'homme nouveau. Alors,
dans cet homme, il y en a de grands signes : cet homme, dans sa
conduite, n'aura pas de contentement; ses sentiments de con-
cupiscence s'enflammeront; la nature étrangère qui habite
provisoirement en lui sera aussitôt infectée. Mais si pour cet
homme les signes ne sont pas oubliés, en ce qui concerne le
membre de son contentement^^', il pourra bien le protéger; il
renversera toutes les pensées de concupiscence et ne leur per-
mettra pas de s'élever derechef. La nature étrangère qui habite
provisoirement en lui évitera toutes les souflVances. Pur en
tout temps, il parviendra à son monde primitif.
Parfois de l'intellect non lumineux de cet homme, des dé-
mons sortent par transformation qui immédiatement luttent
contre l'intellect de l'homme nouveau. Si cet homme abolit et
oublie son intellect primitif, il y en a des signes : cet homme,
dans sa conduite, n'aura pas de patience; dans les alTaires
qu'il rencontrera, il concevra de la colère. Les deux natures,
celle qui est l'étrangère et celle qui est la maîtresse [de la mai-
son] , en tout temps seront infectées. Si , pour cet homme, les
o
''^ ::Pr y£, "^ kiu-tsou <'«'. ff Contentement» est pris ici au sens d'wavoir son
content de quelque chosen. L'analcj^ie des autres paragraphes amène d'ailleurs
à proposer une correction; au lieu de kiu-tsou t'i, il faut sans'doute 0^ ^ f^
ming-nien t'i, crie corps de sa réflexion lumineuses.
5i8 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
signes ne sont pas oubliés, il s'éveillera et repoussera l'ennemi ;
ses sentiments de colère reculeront et s'en iront; la grande
force de la patience reviendra pour le soutenir et pour le
protéger. La nature étrangère qui habite provisoirement
en lui se libérera avec joie ; le membre de la pensée lumi-
neuse de sa nature primitive redeviendra ce qu'il était aupa-
ravant.
Parfois, du raisonnement non lumineux de cet homme, des
démons sortent par transformation qui immédiatement luttent
contre le membre du raisonnement de l'homme nouveau. Si
cet homme oublie et perd son raisonnement primitif, il y en a
des signes : cet homme, dans sa conduite, aura beaucoup de
sottise; ses deux natures, celle qui est l'étrangère et celle qui
est la maîtresse [ de la maison ] , seront toutes deux infectées. Si ,
pour cet homme, les signes ne sont pas oubliés, au cas où la
sottise se lèverait ''', immédiatement et de lui-même il s'éveil-
lera et pourra promptement la soumettre; avec zèle il s'effor-
cera à l'énerjfie'-^ et réalisera la sagesse. La nature étrangère
qui habite provisoirement en lui, à cause de ses bonnes actions,
pourra être entièrement pure. Le membre du raisonnement
de sa pensée lumineuse, d'une manière limpide, sera sans
souillures.
Ces cinq sortes de très grands combats, l'homme nouveau
etie vieil homme à tout instant s'en livrent un. L'homme nou-
veau , au moyen de ces cinq sortes de forces ^^', se défend contre
ses ennemis haineux. Ce sont des signes qui rappellent les
'•' La forme iR donnée dans le texte, et qui se retrouve encore une fois
plus loin, est ré(juivaU'nt de j|E k'i, fse levern.
''') ^ J^ ?.sî/i^r-<.sm, mot à mot (rprofjrès essentiel?'. C'est un emprunt au
rliinois bouddhique, dans lequel tetle expression traduit le sanscrit vïnja,
ft énergie Tt.
*'' Jl ^Ê. ^ ^ ^ou-tchnng che-li. Peut-être faut-il lire "^ che au lieu de
^ che, et comprendre : rrpar la force des cinq libéralités^? ; mais la correction
n'est pas évidente.
UN TRAITE MANICHEEN RETROUVE EN CHINE. 5/i9
saints du macrocosrae'^^ : la pitié symbolise l'Envoyé de la
Lumière qui maintient le monde'^^; la bonne foi symbolise le
Grand roi des dix cieux^^^; le contentement symbolise l'Envoyé
vainqueur qui soumet les démons'*'; la patience symbolise
l'Envoyé de la lumière qui est aux entrailles de la terre '^'; la
''' Les cinq divinités du macrocosme ici qualifiées de tfsaints» paraissent
répondre aux cinq fils glorieux de l'Esprit vivant tels qu'ils sont énumérés par
Théodore bar Kliôni (Pognon, Inscriptions, p. 187) et par saint Augustin
{Contra Faustum, 1. i5, chap. 6, éd. Migne, coi. 309); nous essayerons d'éta-
blir les équivalences dans les noies suivantes. Signalons seulement que, dans
Théodore bar Khôni, ces rinq fils sont mis en rapport avec les membres de
l'Esprit vivant de la catégorie : inlelligonce, raison, etc., qui correspond
dans notre texte à la série : pensée, sentiment, etc., au lieu qu'ici ces cr saints?)
sont rapportés aux cinq ctlibéralitésn émanées des cinq membres de l'Envoyé
de la Lumière bienfaisante, et qui correspondent à la série des membres spiri-
tuels indiqués par le Fihrist : amour, foi, etc. Cf. supra, p. 54i , n. 5; et aussi
Cdmont, Cosmogonie , p. 22-28.
'^' ^ "[S HJ5 [^ tch'e-che ming-che. Dans la conception manichéenne, un
ange tenall les cieux par en haut, tandis qu'un autre portait les terres sur ses
épaules; c'est du premier qu'il s'agit ici. Théodore bar Khôni (Pognon, In-
scriptions, p. 187, 188) l'appelle l'Ornement de splendeur; saint Augustin ie
décrit ainsi : tr Splenditenentem magnum, sex vultus et ora ferentem, mican-
temque lumine.w
(•■') — p ^ -^ J che-t'ien ta-wang. On a vu plus haut qu'il y a dix cieux
dans la théorie manichéenne. Ce roi est le rr Grand roi d'Iionneurn de Théodore
bar Khôni qui, cr lorsque les cieux et les terres eurent été faits n, «s'assit au
milieu du ciel et monta la garde pour les garder lousn; dans saint Augustin,
nous trouvons de même le ffRegem honoris, Angelorum exercilibus circum-
datumn.
'^' i^$ ^ J^ ^ ^'inng-mo cheog-che. C'est l'Adamas-Lumière de Théodore
bar Khôni, pour saint .Augustin ffAdamantem heroam belligerum; dextra has-
tam tenentem, et sinistra clypeumn.
'*^ iiè ^Êk 11^ liË ti-lsang mmg-che. Pour les trois premiers noms, l'ordre
a été le môme que dans Théodore bar Kliôni et dans saint Augustin; nous de-
vons proposer une interversion pour les deux derniers. Le nom du quatrième
envoyé , dans notre texte , est d'ailleurs assez surprenant. Ti-tsang est unique-
ment un terme du bouddhisme (emprunté ensuite par le taoïsme), où il tra-
duit le nom du bodhisattva Ksitigarbba. Ksitigarbha semble être apparu relati-
vement tard dans le bouddhisme. Le Lotus de la bonne loi l'ignore, et aucun des
sûtra spéciaux qui lui sont consacrés (Nanjio, Catalogue of the Chinese Tripi-
Laka, n" 6i, ioo3, 1/157, auxquels il faut joindre le Ti tsang p'ou sa yi kouei
xviH. 36
550 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
sagesse symbolise l'Envoyé de la lumière qui accélère la clarté ^^.
M iM '^ i^ 'M ■% ^^ rri^ifa/.fl de Kyoto, Supplément, t'ao III, peu i)
n'a été traduit avant ie vu" siècle. Mais, pour être un peu tardive, la fortune
de Ksitigarbha n'en a pas moins été rapide et assez inattendue. Son nom prê-
tait à quelque amphibologie; Isiti signifie nettement te terres, mais garbha a
les sens de «giron maternel'', «paitie interne", aembryonn. Les Tibétains ont
rendu le nom par Salii-sniii-po , «EniLrpn de la terres? (cf. Sarat CnAiNDitA
Das, Tihetan-Enirlish Diction., p. 1961, où il faut restituer comme original
sanscrit Ksitigarbha au lieu de Bhiimigarbha). La traduction chinoise Ti-tsang
peut signifier en apparence (f Trésor de la terren, et c'est de cette interprétation
que dérive la traduction turque Yir-aylïqi, trGreiiier de la terreri (cf. Mïller,
Uigurica, p. 18). Mais le mot |^ tsang signifie étymologiquement ffcachern,
ffsecretn; il est apparenté étymologiquement, aussi bien parla phonétique que
par l'écriture , à ^ tsang, «•entrailles?^, et l'identité foncière des deux mois
était restée d'autant plus sensible que, dans la langue des classiques chinois,
on ne connaît encore, même au sens d'tfentrailles^ , que la première forme;
l'autre est sortie d'elle par une différenciation toute graphique et assez tardive.
Le vrai sens de Ti-tsang, conforme au nom sanscrit, est donc c Entrailles de la
terre 51. Or une tradition chinoise , qui paraît née au Sseu-tch'ouan vers le x" siècle ,
place dans cette province l'entrée des enfers, à ©[J ^ Fong-tou, et connaît
dix rois des enfers sur lesquels nous aurons l'occasion de revenir dans une pro-
chaine note (cf. infra, p. 584, n. 1). Ti-tsang, crEntrailles de la terren, avait
un nom trop significatif: il a été associé aux légendes infernales, et le petit
sûtra apocryphe, datant approximativement de l'an 1000, qui a consacré la
popularité des tfdix rois", est intitulé dans les éditions modernes Fo chouo ti
tsang fou sa fa sin yin yuan che waiig king f^ |^ iÉ ^ ^ j^ |f )\j
S ïM^ "i" 3E $M ' "Sûtra des dix rois, prononcé par le Buddha, et se rap-
portant aux causes du vœu du bodhisatlva Ksitigarbha n. C'est également par le
sens même de Ksitigarbha, et surtout de Ti-tsang, «Entrailles de la terre^',
qu'il faut expliquer, selon nous, l'intrusion apparente de ce personnage dans
notre texte manichéen. Le cinquième des fils de l'Esprit Vivant est appelé ])ar
Théodore bar Kliôni fric Porteurn ; saint Augustin l'appelle «maximum Atlantem
mundum ferentem humeris, et eum, genu flexo, brachiis utrimque secus ful-
cientemn. Ainsi, de même qu'au haut du monde un ange tenait en mains les
cieux, un autre ange, habitant sous les terres, les portait de ses épaules et de
ses bras; cette dernière conception a été étudiée par M. Cumont dans un
appendice spécial, «L'Omophoren {Cosmogonie , ]). O9-75). Il nous seu)ble bien
que c'est la présence de cet ange sous les huit terres qui a déterminé ici le tra-
ducteur, et que dans Ti-tsang, «Entrailles de la terre'', nous devons reconnaître
simplement le Porteur, Atlas.
''' |ê ^ ^^ ^ l'^'ouei-houang ming-che. Ce doit être là le quatrième fils
de l'Esprit Vivant dans la liste de Théodore bar Khôni et de saint Augustin.
UN TRAITE MANICHEEN RETROUVE EN CHINE. 551
C'est pour cette raison que les saints du passé et la religion
présente ('^ parlent ainsi : l'homme qui entre en religion, s'il
n'a pas à lutter avec le corps charnel limité, a à lutter contre
les natures empoisonnées des démons illimités. Ainsi donc,
les maîtres purs qui observent les défenses sont semblables aux
saints: pourquoi cela? c'est parce qu'ils soumettent les haines
des démons non autrement que ne le font les saints.
Parfois les soldats du vieil homme reculent et sont battus;
la pensée rehgieuse de la Lumière bienfaisante ^^^ est alors à
son aise et se promène; elle parvient jusqu'aux royaumes in-
nombrables des cinq sortes de mondes de l'homme nouveau;
alors elle entre dans la ville de la merveilleuse pensée pure;
dans la salle magnifique qui s'y trouve, elle dispose un siège
pour [prêcher] la Loi et s'y installe. Ensuite elle arrive aux
villes du sentiment, de la réflexion, de l'intellect et du raison-
nement, de la même manière que précédemment, et elle entre
successivement dans chacune d'elles.
Quand la Lumière bienfaisante'^' se promène dans la ville
Théodore bar Khôni l'appelle le Roi de gloire, et dit ailleurs (Pogno.v, Inscrip-
tions, p. 189; Cdmom, Cosinoironie , p. 3i) que c'est le Roi de gloire qui fait
monter [la lumière puisée par] les Irois roues du vent, de l'eau et du feu (sur
cette conception, cf. supra, p. 5i6 , n. 3). Saint Augustin décrit de même le
«Gloriosum regom très rotas impellentem, ignis, aquae, et venti^. C'est donc
bien lui qui, comme le veut notre texte, (raccélère [l'ascension de] la lu-
mière?».
''' /?^ îM '?£ W^ '■' ^'^'^ ^^^^ ^iiao. Nous rattachons tsai à hien , et faisons
de hien-tsai, frprésentn, la .contre-partie du ^'^ ^ kouo-h'iu, (rpassé-?, qui
précède. Mais on pourrait aussi soutenir que hien seul signifie «présenta ou
iT présentera enti, et que tsai-kiao signifie ftêtro de la religions: l'expression
existe et a même pris aujourd'hui, du moins à Pékin, une valeur spéciale,
puisque ffètre de la religions y a le sens r d'être musulmane. Mais l'autre inter-
prétation nous semble plus naturelle.
■^' ^. ^ ?^ 49 houei-ming fa-siang ; c'est ici un des cas où la correction
adoptée ^, siang pour ^ siang (cf. supra, p. 5o4-5o5) ne nous paraît pas
absolument sûre.
<'' La Lumière bienfaisante représentée par son Envoyé.
3(5.
552 NOVEMBRE-DECEiMBRE 1911.
de la pensée [d'un maître] , il faut savoir que ce maître prêche
la Loi correcte d'une manière merveilleuse, se plaît à parler
des trois permanences et des cinq grandeurs de la Grande
Lumière'^', et, grâce à sa pénétration surnaturelle '2', .pro-
duit par transformation toutes les pensées au complet; en-
suite, dans sa prédication de la Loi, il parle spécialement de
la pitié.
Quand la Lumière bienfaisante se promène dans la ville du
sentiment [d'un maître], il faut savoir que ce maître se plaît à
discourir sur les palais lumineux du soleil et de la lune'^', et,
grâce à sa pénétration surnaturelle, produit par transformation
la force majestueuse au complet; ensuite, dans sa prédication
de la Loi, il parle spécialement de la bonne foi.
(*) ^ R^ ^ '^ i?r ^C ta-ming san-tch'angwou-ta. Par]hGrandeLum\ère,
il nous semble qu'on ddit enlendre le Vénérable de la Lumière, le Père de la
Grandeur; toutefois la qualification de «Grande Lumière-^, vazurg rôèan, repa-
rait dans les textes pehivi de Tourfan pour Naresaf (cf. MCller, Handschr.,
p. 63). L'expression ^ '^ san-tck'ang, mot à mol «les trois permanents^, se
retrouve dans l'inscription nestorieiine de Si-ngan-fou , oîi on est d'accord pour
y voir les trois vertus théologales de foi, d'espérance et de charité (cf. Legge,
Christianily in China, p. 7; Havret, Sièle chrétienne, III, liS). Le P. Havret a
signalé un emploi difl'érent de san-tch'ang dans ^ -^ Kouan-tseu. L'expression
est naturellement calquée sur celle de ^ '^ œou-tch'ang, les «cinq perma-
nencesn, qui s'applique aux cinq «vertus fondamentales^ des Chinois. Ici le
sens nous paraît être différent, et les «trois permanences» de la Grande Lu-
mière doivent être les trois attributs essentiels du Père de la Grandeur, c'est-
à-dire sa Lumière, sa Force et sa Sagesse, ou, comme le veulent les textes
pehivi de Tourfan pour leur Zervan, «sa Lumière, sa Force et sa Bonté^^ (cf.
MCller, Handschr., p. 7Û; Cumont, Cosmogonie, p. 8). Quant aux cinq gran-
deurs, mot à mot les «cinq grands^, il faut sans doute y voir les «cinq mem-
bres n du Père de la Grandeur.
'^' $^ 3® (^^B'^-^'ong- C'est un emprunt à la langue du bouddhisme, où
chen-t'ong traduit ahlnjiiâ.
'■'') Sur ces palais, cf. supra, p.'5i6, n. 1. Le Khuastuanift (von Le Coq,
Khuastuanifl , p. a83) emjjloie à leur propos l'expression de «première porte»
du royaume de Lumière; le même mot de «porto», appliqué au soleil et à la
lune, est mis dans la bouche de Mâni par Albirùni (Sachau, Alberunis India,
II, 169).
UN TRAITE MANICHEEN RETROUVE EN CHINE. 553
Quand la Lumière bienfaisante se promène dans la ville de
la réflexion [d'un maître], il faut savoir que ce maître se plaît
à discourir sur le grand ministre''^ Sou-lou-cha-lo-yi (Sros-
harây), et, grâce à sa pénétration surnaturelle, produit par
transformation le silence'-^ au complet; ensuite, dans sa pré-
dication de la Loi, il parle spécialement du contentement.
Quand la Lumière bienfaisante se promène dans la ville de
l'intellect [d'un maître], il faut savoir que ce maître se plaît
à discourir sur les cinq lumières f^', et, grâce à sa pénétration
surnaturelle, manifeste par transformation.. .**'; ensuite, dans
sa prédication de la Loi, il parle spécialement de la patience.
Quand [la Lumière bienfaisante] se promène dans la ville
du raisonnement [d'un maître] , il faut savoir que ce maître
se plaît à discourir sur les Envoyés de la Lumière du passé,
de l'avenir et du présent'^', et, grâce à sa pénétration surnatu-
relle, produit par transformation la liberté d'être invisible ou
visible; ensuite, dans sa prédication de la Loi, il parle spécia-
lement de la sagesse.
Ainsi donc, celui qui est sage, en examinant attentivement
un tel maître, sait immédiatement dans quel royaume se trouve
la Lumière bienfaisante.
(') ^ ^ ta-siang. Nous avons gardé ici la leçon originale du texte. La
place de ta-siang av.ml le nom propre ne permet pas de traduire par «la pensée
[ou la forme] de Sros-harâytn ; tout au plus pourrait-on proposer "Sros-liarây
à la grande pensée [ou forme ]n.
(^' 1^ ^ mo-jan. Il y a sans doute un lien à établir entre cette vertu et le
«membre» de la discrétion dont il a été question plus haut d'après le Fihrist
(cf. supra, p. 5^1, n. 5).
'^' jE ^M ^ou-miiig. Dans le bouddhisme, cette expression a une valeur
technique, et Iraduit fanca vidyâ, les «cinq sciencosT^ [çabda, etc.). En chinois
profane, les wou-ming sont les cinq planètes. Ici le sens est certainement diffé-
rent; nous proposons de voir dans les «cinq lumières?' les cinq éléments lumi
neux.
(*' Il y a ici manifestement dans le texte une lacune de quatre caractères.
'*) Cf. supra, p. 5o9, n. 3.
55^ NOVEMBRE-DÉCEMBRE 191 1.
S'il y a des tien-na-ivou (^dênâvar^ '^^ purs qui de la sorte
''^ ^ ^^ [ ^ ^ I ^ fien-na-ivou {*d'àn-na-mivyt [ou mivyr]); ce mot repré-
sente manifestement un pehivi *dènâvar. Nous avons par le Fihrist (Flïgel,
Mani, p. 66-67, 97-98) quelques renseignements sur une secte manichéenne
dite des jô.y.^^ Denyàvariya , qui ne reconnaissaient pas le chef du mani-
chéisme établi en Mésopotamie et avaient eux-mêmes leur centre au Khoràsân.
D'autre part, un texte important de Gardizî dit en parlant des Toghuzghuz,
c'est-à-dire des Ouïgours de Tourfan : trEt là, dans la maison du préfet, il se
rassemble tous les jours trois ou quatre cents des <^,^Uj^ Dènàvari, et ils
réciti-nt à haute voix les livres fie Mâni. Puis ils passent devant le préfet, le
saluent, et s'en retournent chez euxn (cf. Mlller, Handsclir., p. 109, citant
M. Barthold). M. Miiller en a conclu que les Manichéens de Tourf;m étaient
de la secte des Dènàvari, et que leur langue devait être le dialecte persan du
Khoràsân. De ces deux textes du Fih'ist et de Gardîzi, il faut encore rapprocher
le passage de Hiuan-tsang (Mémoires, TI, 179) où il est question de la pré-
sence en Perse de nombreux «hérétiques t'i-na-pa-n l^^ ^[J i^); comme l'a
reconnu M. ^laxc^UAvi [O&teuropàische und ostasiatische Stveijzûge, p. 5o9), il
faut voir voir dans ces t'i-na-pa {'^ di-na-bwat [ou bivar]) les Dènàvari mani-
chéens. Reste à expliquer le nom. Fliigel (Mani, p. 3t8) s'est demandé si
Denyàvariya dérivait d'un nom de lieu Denyàvariya, ou d'un nom d'homme
Denyàvari ou simplement d'une forme demjdvar. Pour des raisons linguislicjues
et géographiques, il écarte la première hypothèse, qui faisait songer à Dinàvar,
ville située à trois jours de Hamadàn. Les aatres noms de sectes manichéennes
dérivant de noms d'hommes, il lui parait possible qu'on doive se rallier à la
seconde, tout en ne trouvant aucune raison de fait pour confirmer l'existence
d'un personnage manichéen appelé Denyàvari. 11 nous semble qu'on peut
chercher la solution d'un autre côté. Dans notre texte, rien n'indique que, par
tien-na-ivou , on entende aucune désignation spéciale de secte. Bien au contraire,
ces <xtien-nu-wou (dèndvar) purs» semblent être simplement les Elus, dont «les
Pursn {'ardavdn) est une désignation dans les textes pehivi de Tourfan (cf. par
exemple Mi ller, Handschr. , p. 80). En turc , les Elus sont appelés dinlar (ou dên-
lar, dérivé de dén, trfoiw), mais ce mot, qui apparaît six fois dans le Chuaslua-
nifl (cf. VON Le Coq, Khuastuanifl , à l'index, et aussi, dans un texte chrétien
de Mlller, Uigurka, p. 9, uluy dintm\ «grand prêlren), y est précédé les six
fois de arïy, «pui?5, tout comme lépilhète crpum précède régulièrement tien-
na-tvou dans notre texte. Or, dans les textes pehivi de Tourfan publiés par
M. Millier, on trouve une dizaine de fois le mot dénvar «pieuxr, et dans au
moins trois des passages, M. Salemann (Manich. Stud., p. 68) a déjà reconnu
que le mol avait la valeur spéciale d'«adhérent de Mâni». En réalité, le mot
signifierait donc seulement «les Pieux», puis, chaque secte ayant une tendance
à considérer qu'elle seule possè<Ie la vraie religion et la vraie piété, de ce mot
général serait dérivé le nom de la secte spéciale que le Fihrist désigne sous le
nom de Denyàvariya. Toutefois celle forme, tout conmie le déndvari de Gardizî
UN TRAITE MANICHEEN RETROUVE EN CHINE. o55
assurent la prospérité''^ de la Loi correcte sans supérieure, et
jusqu'à la fin de leur vie ne reviennent pas en arrière, après
leur mort leur vieil homme, avec la force obscure non lumi-
neuse de sa foule de soldais, tombera dans les enfers d'où il
ne sortira jamais ^^'. Au même moment, la Lumière bienfaisante,
entraînant le parent pur de sa propre armée lumineuse, ira tout
droit dans le monde de la Lumière; définitivement [ee maître]
n'aura plus de crainte et perpétuellement il recevra de la
joie*'*^
Le Ying louen king ^, ^ |M [Livre de la roue des rétnhu-
el le tien-na-wou de notre texte, suppose au milieu du mot im d qui manque
dans dèiivar. — [L'interprétation de la transcription chinoise tien-na-wou ne
s'impose pas à première vue. La difiiculté réside dans la valeur qu'il convient
d'attribuer à l'a de na. En effet, "nj"*! dëmvar a été prononcé en pehlvi
*dénawar comme l'indique très justement iM. SalemAiNN dans ses Manichaeische
Sludien, 1, p. 167 (8 5 1); le chinois peut donc avoir noté tien-na-wou tout
comme l'arabe a écrit ^^JJL)J• S'il en est ainsi, les tien-na-wou sont simplement
les dënwar. Mais il est tout aussi probable, sinon davantage, que l'a de na
représente une voyelle franche et non furtive, mi à et non un a : en ce cas,
c'est *dênâwar qu'il faut lire. Au point de vue du sens, rien n'est changé : le
composé de dên et de -bai\ -war «qui porte, qui possède'' (cf. pers. y^j?), et
celui de dên et de *àwar- «qui apporte, qui possèdes, sont synonymes : le
sogdien a régulièrement Sipi'^r «religieux'' , tout comme le pehlvi de Tour-
fan T1PT. En persan même on a côte à côte hmvar et Idnàvar «plein d'ani-
mosité, de colère», 6ârvar et bavàvar «fructueux, fertile» (cf. Horn, Grund-
riss, L H, p. 188-189). — R. G.]
'*' a ^ tcJiou-tch'e. C'est là un terme technique du bouddhisme. Cf. à
son sujet Chavannes, Cinq cents contes et apologues. H, 269, mais en précisant
et complétant par les diverses citations du Bukkô jiden de M. Kojima Sekiho,
p. 35-36. Le terme à peu près synonyme de '^ |^ tch'ang-lcliou se re-
trouve, appliqué aux biens temporels qui permettent à la religion de subsister,
dans une inscription nestorienne de l'époque mongole (cf. Havret, Stèle
chrétienne, II, 386).
(-' Cf. ce passage du Fihrist (Flijgel, Mani, p. 100) : [Après la mort d'un
Elu, ses éléments de lumière vont au ciel]; «mais le reste de son corps, qui
est tout obscurité, est jeté dans l'enfer.»
'■^^ Le rôle de psychopompe attribué ici à la Lumière bienfaisante est joué
dans le Fihrist par le Sage conducteur (der leitende Weise); cf. Flligel, Mani,
p. 100.
556 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
iionsY^^ ait : «Si des tien-na-wou i^dênnvar) ont au complet dans
leur personne la Loi excellente, [alors] le Père de la Lumière,
le Fils de la Lumière et le Vent de la Loi pure'-' sont tous
dans sa personne et constamment s'y promènent ou s'y arrêtent.
Le Père de la Lumière, c'est le Vénérable de la Lumière sans
supérieur du monde de la Lumière. Le Fils de la Lumière,
c'est l'éclat du soleil et de la lune'^^ Le Vent de la Loi
pure, c'est Houei-ming (Lumière bienfaisante), ri
Le iSing wan kmg ^'^ ^M. {Livre de l'apaisemcnl universel^
dit : «Si des twn-na-wou (f/e/iamr) réalisent entièrement en eux
ia Loi excellente, [alors] la Lumière pure et la Sagesse grande-
ment forte seront entièrement cultivées et présentes dans leur
personne. Alors les mérites de l'homme nouveau seront au
complet. V
Vous tous, écoutez attentivement'^'. Quand le grand Envoyé
de la Lumière bienfaisante fut entré dans ce monde, il renversa
les quartiers tortueux de la ville de l'hérésie'^', il détruisit les
anciennes demeures et il pénétra jusqu'au palais du démon.
Or ce démon de la convoitise, voyant que ses quartiers
avaient été détruits, fit une nouvelle ville impure; à cause de
la sottise qui lui appartient en propre, il y fit agir sans restric-
tion les cinq concupiscences.
''5 Nous ne savons rien sur cet ouvrage, pas plus que sur celui qui est
nommé au paragraplie suivant.
'^' ï^ îi Mi Tsing-fa-fong; c'est le même que Tsing-fong (Vent pur); le
caractère yii n'est ajouté que pour des raisons de rjtlime. On a ici l'équivalent
de la Trinité clirélienne : Père, Fils et S;iinl-Esprit; cf. Mlller, Hcmdschr.,
p. 96. Pour une autre Trinilé composée du Père, de la Mère et du Fils,
cf. MCller, Handschv., p. ioa-io.3, et supra, p. ."ni, n. 1.
'■^'' Baur {Dos manich. IMig., p. 291) dit déjà que le Christ trône dans le
soleil et la lune. Cf. par exemple saint Augustin {Contra Faustum, 1. 20,
chap. 6, éd. Migne, col. 372) : crFilii autem in sole virlutem, in luna sapien-
tiam.n Cf. aussi l'i-LfiEL, Matii, p. 256.
(*'"' ^ ^ ='^ ipfe jou-teiig-Ci-t'ing. Formule empruntée au bouddhisme.
'^^ SIL > forme de l'époque des Tang pour J|[5 = jj[5 aie; la confusion des
deux caractères est constante.
UN TRAITE MANICHEEN RETROUVE EN CHINE. 557
Or il arriva que les enfants religieux vaillants du Vent pur
merveilleux^^' qiti est une colombe blanche'^', et les fils du
grand Sainl^^' entrèrent dans cette ville; ils regardèrent des
quatre côtés et ne virent que de la fumée et des nuages qui
tout autour protégeaient les innombrables quartiers tortueux
[de la ville impure]. Quand ils eurent vu cela de loin, ils con-
tinuèrent à avancer progressivement et arrivèrent au sommet
du rempart [de la ville]; regardant de loin droit en bas '*', ils
aperçurent sept perles précieuses; chacune de ces perles pré-
cieuses prise isolément a une valeur inestimable; toules étaient
recouvertes de souillures diverses qui s'enroulaient au-dessus
d'elles et les recouvraient.
Alors l'Envoyé de la Lumière bienfaisante choisit une terre
grasse et fertile et y sema sa propre semence sans supérieure
de lumière; en outre, il enleva de ses propres membres les
modèles, si bien que tous les joyaux surabondèrent pour lui-
C' Le texte a fautivement j^ tclieng au lieu de ^ ivei.
(^' Cette assimilation du \ent pur à une colombe est une nouvelle preuve
de son identité avec le Saint-Esprit. La ^i' épître de Màni était intitulée tsur
la Colombes (cf. Flïgel, Mani, p. \ok). Fliigel a songé (p. 877) à la colombe
que le Buddha, dans une existence antérieure, a sauvée en donnant sa propre
chair, ou aux colombes sacrées d'Istar-Sémiramis; Kessler (Mani, p. 299)
s'est prononcé pour la seconde hypothèse. Ne s'agirait-il pas tout simplement
de la colombe du Saint-Esprit? Dans les Acta Archelai (chap. 59, p. 86), on
trouve une discussion au cours de laquelle Manès déclare que Jésus n'est pas
plus un homme véritable que le Saint-Esprit n'est une colombe véritable. Le
symbole qui représentait le Saint-Esprit par une colombe était donc bien
connu des manicliéf^ns.
"* è î% ^ # ^ ® .^ H. î* ^ iC MZ ^- Notre traduction
est hypothétique. On pourrait aussi songer à considérer les deux termes au
singuher, et à voir dans le second une apposition du [iremier. En ce cas, il
s'agirait uniquement de l'Envoyé de la Lumière bienfaisante qui reparaît au
paragraphe suivant. Le ffgrand Sainte? paraît être le Père de la Grandeur
(cf. infra, p. 586, n. 2).
'') i\ous comprenons que les personnages [ou le personnage] en question
sont arrivés au sommet de la muraille d'enceinte très élevée, et regardent en
bas à l'intérieur de la ville. On se rappellera que la fumée et le brouillard
sont au nombre des «membres^ du démon.
558 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 191 1.
même [d'après ces modèles] ; avec un grand profit, il fit naître
de façon prospère toutes sortes d'ornements'*'; il contenta la
nature intérieure et en fit une colonne d'appui; la semence de
vérité, en s'appuyantsur cette colonne, put sortir hors des cinq
sortes de gouffres obscurs non lumineux'-'. Ce fut comme dans
'') Tous ces ornements paraissent se rattacher aux préceptes manicliéens
relatifs à rornement des défunts, et d'autre part à la croyance que le Sage
conducteur et les divinités qui l'accompagnent viennent aussi apporter aux
morts des parures. Cf. Flïgel, Mani, p. loo, 33ç) et suiv.; Kessler, Mani,
p. 233, 238. Les cinq Phervardaghàn dont parle Flùgei (p. 339) ^°^t peut-
être à rapprocher des cinq anges collecteurs d'âmes que mentionnent dans le
soleil et dans la lune les textes pehlvi de Tourfan (cf. Mïller, Handschr.,
p. 38, 39). Il pourrait bien s'agir d'une conception analogue dans le 1 1" para-
graphe du Khuastuanift (von Le Coq, Kliuaslitaiiift , 1. 224-229), d'ailleurs
assez obscur, et pour lequel les traductions proposées ne paraissent que des
pis aller.
('^' Il doit s'agir ici de la «colonne de louange" qui, selon le Fihrist (cf.
FlCgel, Mani, p. 90, 100), menait les éléments lumineux des morts vers la
sphère de la lune; à la ce colonne de louanges du Fihrist répond dans Sahras-
tâni la «colonne de l'auroren (cf. FlOgel, Mani, p. 228-229), et Kessler
[Mani, p. 3/11, 3/12, 368) croit que cette dernière leçon est meilleure. Les
Acta Archelai donnent une traduction différente (chap. 8, p. i3) : irjs oZv
creArjyT)? yie^aSiSovans tov yôy.ov tmv •^\)y(S'V joîi atûai loZ tsanpôi , 'zsapafj.évovatv
év Tw al\ikui ifis êo^ns , ûs KaXehcit drtp ô téAsios. ô Se àijp outos alxiXo? èalï
^ù)t6$ , ènetSii yé(t£i ■^v)(^ô5v tôjv xadapt^oiiévœv. aiitu) ècrlïv ri ahia, êi' ^s al
yl/v^al aû^owat (la traduction latine est défigurée par une fausse lecture àiofp
au lieu de i-)]p); Epipliane reproduit la version des Acta Archelai. Il apparaît
donc, quelle que soit l'épithèle exacte de la rrcolonnen, que les Acta Archelai
y voient le domaine suprême de la lumière, au lieu que le Fihrist et Sahras-
tàni n'en font que la première étape de la libération. Notre texte est en faveur
d(> cette dernière conception. Toutefois, il faut noter que le Fihrist et Sahras-
tàni ignorent les «trois rouesw (cf. supra, p. .^)i6, n. 3), que Théodore bar
Khôni, qui connaît les trois roues, ne nomme pas la colonne de gloire, et que
les Acta Archelai, qui connaissent une roue au moins comme première étape
de la libération des âmes, mettent la colonne de gloire au terme de l'œuvre
de salut. Seul notre texte paraît placer le rôle des trois roues et celui de la
colonne de gloire au seuil de la libération de la lumière. Nous manipions
d'éléments nécessaires pour résoudre actuellement celte difficulté. Des colonnes
('(.shi/t) jouent dans les textes pehlvi de Tourfan (AIiiller, Handsch., p. ho-l\i)
un rôle cosmogonique qui reste jusqu'à présent obscur; mais elles ne parais-
sent avoir rien à faire avec la libération des âmes; elles rappellent plutôt les
UN TRAITÉ MANICHEEN RETROUVE EN CHINE. 559
le macrocosme, où Sien-yi (Raisonnement primitif) et Tsing-
fong (Vent pur) avaient eu chacun cinq fils qui avaient servi
de colonne d'appui pour les cinq corps lumineux '^^,
Alors le Laboureur habile de la Lumière bienfaisante^^*,
parce qu'il détestait les cinq terres escarpées et dangereuses de
la non-lumière'^', les rasa et les combla; il commença par
enlever les ronces'*' et toutes les herbes empoisonnées et il les
brûla par le feu; ensuite il abattit les cinq sortes d'arbres
empoisonnés. Quand les cinq terres ténébreuses eurent été
rasées et ruinées, à l'usage de l'homme nouveau il établit une
salle princière avec des palais; dans les jardins de ces palais, il
planta toutes sortes de fleurs odorantes et d'arbres précieux;
puis, à l'usage de sa propre personne, il décora un palais avec
une salle du trône; ensuite pour tous ceux qui l'accompagnaient
et qui étaient innombrables, il fit aussi des palais.
Cet Envoyé de la Lumière bienfaisante, par son majestueux
pouvoir surnaturel'^', institua donc ces réalisations de toutes
sortes. Puis il bouleversa les terres obscures, empoisonnées et
mauvaises, de la convoitise et de la concupiscence, et il les fit
se renverser. Alors les cinq sortes de membres purs de la
nature lumineuse purent graduellement se développer; ces
cinq membres sont : la pensée, le sentiment, la réflexion,
l'intellect, le raisonnement.
«colonnes inégaiesn de la terre de l'obscurité dans le Fihrist (Fllgel, Mani,
P- 9^)-
(^' Sur ce passage, et les difficultés qu'il présente pour l'identification de
Sien-yi, cf. supra, p. Sig, n. 3.
(^' Ce nom ne peut être qu'une autre appellation de l'Envoyé de la Lumière
bienfaisante.
(') Pour un aperçu des horreurs de la terre de l'obscurité, avec ses abîmes,
ses failles, ses marais, cf. Fllgel, Mani, p. gil; les ffquinque terrae pesti-
ferae» sont également décrites dans saint Augustin [Contra Epistulam Funda-
menti, chap. i5, éd. Migne, col. i84).
(*) Le second caractère $ J n'est qu'une variante anormale de ^ ki.
W ^È, ^[h wei-chea, mot à mot ^surnaturalité majestueuse?'.
560 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1911.
Puis, l'Envoyé de la Lumière bienfaisante, clans les cinq
sortes de terres précieuses de la pureté, planta les cinq sortes
d'arbres précieux lumineux, dépassant tout éloge et sans supé-
rieurs. Ensuite, sur les cinq sortes déterrasses précieuses lumi-
neuses, il alluma les cinq lampes précieuses lumineuses qui
durent toujours.
Quand l'Envoyé de la Lumière bienfaisante eut fait les cinq
libéralités, il commença par chasser la pensée obscure non
lumineuse; il abattit et enleva les cinq sortes d'arbres de mort
empoisonnés et mauvais^" : la racine de cet arbre est la haine;
son tronc est la violence; ses branches sont l'irritation; ses
feuilles sont l'aversion; ses fruits sont la division ^^^; son goût
est le fade; sa couleur est le dénigrement. Ensuite il chassa le
sentiment obscur non lumineux, dont il abattit et enleva l'arbre
de mort; cet arbre a pour racine le manque de foi; son tronc
est l'oubli; ses branches sont l'hésitation et la négligence; ses
feuilles, la violence; ses fruits, les tourments; son goût, l'avi-
dité et la concupiscence; sa couleur, la résistance '^^. Il chassa
ensuite la réflexion obscure non lumineuse, dont il abattit et
enleva l'arbre de mort; la racine de cet arbre est la concu-
piscence; son tronc, la paresse; ses branches, la violence; ses
feuilles, la haine des supérieurs^'''; ses fruits, la raillerie: son
goût, la convoitise; sa couleur, l'amour sensuel. Les diverses
sortes d'actions impures, on les commet d'abord et on s'en
''^ Sur les arbres de mort et les arbres de vie, cf. supra, p. 628 n. a. Le
texte est évidemment altéré. 11 faut lire : rrQuiind l'Envoyé de la Lumière
bienfaisante eut fait les cinq libéralités, il abattit et enleva les cinq sortes
d'arbres empoisonnés et mauvais. Il commença par chasser la pensée obscure
non lumineuse dont il abattit et enleva l'arbre de la mort; la racine de cet
arbre est la haine. . . n
'•^'1 Au lieu de ^ ^jp fen-tchô, il faut lire ^ ^ fen-si, qu'on retrouve
correctement i/{/)-a , p. 5'yO.
'^^ Au lieu de ^^ '^,^ kiu-lwui'i , il faut lire j^ j^ kiit-wei.
C'i Au lieu de j:^ J^ tsen(r-chan(r , il faut lire 'J'^ _L tsen^i-chang , comme
injra, p. 677.
UN TRAITE MANICHEEN RETROUVE EN CHINE. 561
repent ensuite ^^'. Puis il chassa l'intellect obscur, dont il
abattit et enleva l'arbre de mort. La racine de cet arbre est la
colère; son tronc est la stupidité; ses branches sont le manque
de foi; ses feuilles sont l'inintelligence; ses fruits sont le
dédain; son goût, c'est l'orgueil'^'; sa couleur, c'est le mépris
pour autrui. Ensuite il chassa le raisonnement obscur, dont il
abattit et enleva l'arbre de mort; la racine de cet arbre est la
stupidité; son tronc est l'absence de mémoire; ses branches
sont la lenteur d'esprit'^'; ses feuilles sont de regarder son
ombre ^*' et de se croire sans rival; ses fruits sont de surpasser
le commun des hommes par le luxe des vêtements et des
parures; son goût est d'aimer les colliers, les perles, les bagues,
les bracelets et de se couvrir le corps de toutes sortes de
bijoux ; sa couleur, c'est le désir immodéré des boissons et des
aliments de toutes sortes de saveurs afin d'en faire profiter
le corps charnel.
Les arbres que nous venons de décrire sont les arbres de
mort. Le démon de la convoitise, dans ces antres obscurs non
lumineux, avait mis tout son zèle à les planter.
Puis, quand l'Envoyé de la Lumière bienfaisante, s'élant
servi de la hache tranchante de la sagesse, eut successivement
abattu tous ces arbres ^^*, il prit ses propres arbres précieux de
cinq sortes, lumineux, purs et sans supérieurs, et il les planta
dans les terres de la nature primitive; il arrosa ces arbres pré-
cieux avec l'eau de l'ambroisie et ils produisirent des fruits qui
donnent l'immortalité.
''^ Cette phrase ne peut être qu'une interpolation. Au lieu de |^ houei, il
faut lire 'te houei.
(2) -^ "M kong-kao. Notre traduction est hypothétique; le premier caractère
parait fautif, mais nous ne voyons pas de correction qui s'impose.
'^^ Au lieu de §^ ^{t man-touen, lire 'Jmi ^j| man-touen.
(*) ^ ^ kou-ying; l'expression est toute faite, et signifie «s'admirer soi-
même".
(^^ Le texte a un caractère de trop ; il faut sans doute supprimer ^ yù
562 NOVEMBRE-DECEMBRE 1911,
D'abord il planta l'arbre de la pensée. Pour cet arbre de
la pensée, la racine, c'est la pitié; son tronc, la joie; ses
branches, la félicité; ses feuilles, l'éloge de la multitude ^'';
ses fruits, le calme absolu; son goût, le respect; sa couleur, la
fermeté. Il planta ensuite l'arbre précieux, merveilleux et pur
du sentiment; la racine de cet arbre est la bonne foi; son tronc,
la foi; ses branches, la crainte; ses feuilles, la vigilance; ses
fruits, l'application à l'étude; son goût, la lecture et la réci-
tation (des textes saints); sa couleur, la joie calme. Il planta
ensuite l'arbre de la réflexion; la racine de cet arbre, c'est le
contentement; son tronc, la pensée bonne; ses branches, les
règles imposantes'-^; ses feuilles, la vérité qui orne tous
les actes; ses fruits, les paroles véridiques par lesquelles il n'y
a plus de propos menteurs; son goût, les discours'^' sur la Loi
correcte et pure; sa couleur, le plaisir à rencontrer autrui.
Ensuite il planta l'arbre de l'intellect; la racine de cet arbre
est l'endurance des injures; son tronc, le calme absolu; ses
branches, la patience; ses feuilles, les défenses et les préceptes
de discipline; ses fruits, le jeûne et les hymnes'^'; son goût, le
zèle à pratiquer [la religion]; sa couleur, l'énergie. Ensuite il
planta l'arbre du raisonnement; la racine de cet arbre, c'est la
sagesse; son tronc, c'est l'intelligence complète du sens des
(>) ^ ^ mi'i-ichong. Le premier caractère est écrit ^ , forme fréquente
de mei dans les manuscrits des T'ang; on la retrouve dans l'inscription de Si
ngan-fou; peut-être cependant faut-il lire J^ sien\ le sens n'en est pas beau-
coup chan^jé. La «multitude" désigne la multitude des croyants.
(2) J^ -^ wei-yi. Ce terme existe dans le bouddhisme, où il désigne les
rites, le karman ou harmavacana ; cf. les titres de Nanju), Catalogua of the
Buddliisl Tripilalui, n°' iiafi, iiA.^, ii6'i.
'^ Il man(|ue un caractère pour le rythme de la phrase; il faut sans doute
ajouter ^ ngai ou ^ lo, et traduire : «Son goût est d'aimer à discourir sur
la Loi correcte et pure."
"' Les hvranes et les actes pieux libèrent la lumière et la font monter le
long de la colonne de louange; cf. Flïgel, Mani, p. 90, 282.
UN TRAITE MANICHEEN RETROUVE EN CHINE. 563
deux principes^''; ses branches, c'est l'habileté à discuter sur
la Loi lumineuse; ses feuilles, c'est de connaître les arguments
d'une manière appropriée aux circonstances, d'être capable
d'écraser les doctrines hétérodoxes, d'honorer et d'affermir la
vraie Loi; ses fruits, c'est d'être habile à interroger et à ré-
pondre, et d'exceller à parler en se servant des arguments
appropriés; son goût, c'est d'exceller à se servir d'apologues
qui font que les hommes comprennent bien; sa couleur, ce
sont les belles expressions affubles qui font que ce qu'on expose
plaît à la foule-
Les arbres que nous venons de décrire sont ce qu'on appelle
les arbres de vie.
Alors donc l'Envoyé de la Lumière bienfaisante prit ces
arbres excellents; puis, dans les cinq terres de la nature pri-
mitive qui sont des quatre côtés du trône du palais merveilleux
de celte nouvelle ville et dans les pavillons de ses jardins, dans
ces terres il les planta.
Dans ces [terres], le roi, c'est la pitié; la pitié est l'ancêtre
de toutes les actions méritoires; elle est comme le soleil bril-
lant qui, au milieu de toutes les lumières, l'emporte sur elles;
elle est comme la pleine lune qui, au milieu de toutes les étoiles,
est la plus vénérable ; elle est encore comme le diadème du roi
d'un royaume qui est la plus belle et la première de toutes les
parures; elle est aussi comme les arbres dont les fruits sont
[la partie] la meilleure; elle est comme la nature lumineuse
qui habite dans ce corps obscur, et qui, dans ce corps, est une
merveille sans égale; elle est aussi le sel ordinaire qui peut
donner leur goût aux viandes et aux mets les plus excellents et
de toutes sortes; elle est aussi comme le sceau du roi d'un
royaume qui fait, partout où il est apposé, qu'on obéit sans
réserve; elle est encore comme la perle précieuse dite «lune
"' On retrouvera ce membre de phrase dans le fragment manichéen de ia
Bibliothèque nationale.
56i NOVEMBRE-DECEMBRE 1911.
claire»'^' qui est le premier entre tous les joyaux; elle est
encore comme le vernis incolore fait avec de la colle ^-^ qui est
plus tenace que toutes les couleurs; elle est aussi comme les
surfaces qu'on enduit de chaux et qui sont en chacun de leurs
points fraîches et blanches; ou encore, comme est un palais au
milieu duquel est le roi et, à cause de ce roi, le palais est im-
posant et pur; telle aussi est la pitié. Celui qui possède la pitié
possède par là même la Loi excellente; si on n'a pas la pitié,
aucune action méritoire ne saurait réussir. C'est pour toutes ces
raisons qu'on l'appelle le roi.
A l'intérieur de la pitié il y a encore la bonne foi; cette
bonne foi est la mère de toutes les choses excellentes. Elle est
comme l'épouse du roi qui peut aider le roi du pays à soutenir
et à nourrir tous les êtres; elle est aussi comme la force du feu
qui peut cuire tous les aliments et nous procurer toutes les
saveurs. De même encore que le soleil et la lune sont sans
comparaison possible les plus vénérables de tous les astres et,
en répandant leur éclat, illuminent tout, en sorte qu'il n'est
rien qui n'en bénéficie; de la même manière, la pitié et la
bonne foi font que les diverses actions méritoires réussissent et
sont au complet. La pitié et la bonne foi sont aussi, pour tous
les saints du passé et de l'avenir, la base fondamentale ^''' des
causes lumineuses, la porte merveilleuse qui laisse voir partout.
Elles sont aussi le chemin étroit sur lequel on marche en se
tenant de côté le long de la grande mer des tourments dans les
''' ^ ^ ^ ï^ ^»'>'1>'H"''' p<'o-lcluiu. La perle dile ftliine claire?^ esl nom-
mée dans l'inscription do Si-ngan-fnu (cf. TjKgge, ('Jirisllanilii in China, p. 19-
i3). l'^lle y est associée à IV anneau qui Ijriiie la nuitn; il on était déjà de même
dans le Ileou han chmt (cf. Tounif l'oo. 11, viii, 181), et dans la notice du
Wei lio sur le Ta-ts'in.
^''■' ^^ '^ kiao-tsing. Notre traduction est hypolliétique. Nous avons songé
a un produit dans le genre du vernis copal.
*'' ^ ilfc ^'''^''^'<^- L'expression rappelle le tôt yiltiz, «base et racines,
qui revient plusieurs fois dans le Khuastuanifl (cf. l'index de von Le Coq,
Khuastuanift).
UN TRAITE MANICHEEN RETROUVE EN CHINE. 565
trois mondos'^^ ; parmi des centaines et des milliers d'hommes^'-',
rarement il s'en trouve un seul pour s'engap,er dans ce chemin;
s'il y en a qui s'y enjjagent, grâce à ce chemin, ils peuvent
naître dans la Terre pure'^^, s'alTranchir des peines et se déli-
vrer; défijiitivcment sans crainte, ils se réjouiront perpétuelle-
ment dans le calme et la tran(|uillité.
Puis rilnvoyé de la Lumière bienfaisante fit briller entière-
ment sur le corps obscur du démon les trois grands jours bien-
faisants de lumière et il soumit les deux sortes de nuits obscures
non lumineuses''''. C'est un signe qui symbolise la Lumière
sans supérieure.
Le premier jour, c'est la Lumière bienfaisante ; ses douze
heures, ce sont les douze grands rois à la forme victorieuse '^l
'"' ^ -^ san-hiai. L'expression, usuelle dans le bouddhisme, y traduit
trailokya. Mais nous ne connaissons pas fftrois mondesTi dans le manichéisme.
'*' "@^ ~P po-'s'îe/i. C'est là la traduclion correcte. Mais, dans le boud-
dhisme, po-ts'ieii s'emploie souvent au lieu de -j^ ^ che-wan pour ioo,oou,
traduisant liltéralemi-nt çatamhasra (cf. par exemple les ti'.res de Nakjio, Cata-
logue, n"' 5o3, 1/157); peut-être est-ce aussi le cas ici.
''' ^ i 's"*g'-''o«- Cette expression s'applique bien à la terre de pureté
et de lumière où séjourne délinitivement la lumière dégagée de l'o