Skip to main content

Full text of "L'Art moderne [microform]"

See other formats


TABLE DES MATIÈRES 



DE 



L'ART MODERNE 



M /■ 



ETUDES ET PORTRAITS 



L'Art moderne ... . . , .^ . . . 

L'artjeuneet les JOT. . ... . . . . . . 

La situation de l'art en Belgique (à propos de l'Exposi- 
tion internationale des Beaux-Arls à Anvers) . . . 

L'éducation de l'artiste 

Principes d'art. . . °. ... . .• . . . . 

Les apporteurs de neuf . 

Ancienne peinture et peinlure nouvelle . . . , . 
Le banquet Manet. ........... 

De la môderniiéidans l'art (lettre de M. Rousseau) . . 
L'incident Caron . . . . . . .' . . . . . 

Great Zwans exhibition ... , . . . . . . , 

Les . zwanzeurs d'autrefois (à propos d'Eugène Dela- 

" croix). . . . . . . , 

Le Beau caractériste . , . ... . . . . . 

Le Laid dans l'art 

Une bibliothèque des dessins . 

L'Académie. . . . . . . 

Londres. ....:........, 

Exclusivisme ^ . . . . . 

Horlogerie . , :-r'-.-~-^- . . . . . . ^ . . 



PAGES. 



1 

34 

129 

132 

374 

413 

221 

9 

147 

65 

74 

. 97 

28 

50,67 

43 

225 

..:.......,, 311 

, ^ . . . . 349 

Haendel et Bach . .... . . . . . . . 45 

Les Maîtres-Chanteurs . ... . . . . . 60,76,81 

Le Wagnérisme à Bruxelles . . . . . . . * , 153 

Mort de Victor Hugo 161 

A Victor Hugo 169 

Victor Hugo. L'horreur sacrée 170 

Id. L'universelle humanité ...... 172 

ïd. En attendant la mort. ....... 174^ 

:, Id. La mort de sa fille . 174 

Id. A Villequicr 176 

id. CJiant d'amour ........ 178 

Id. Les Châtiments . . . '. . , . . 179 

Id. La pitié'^upréme. . . .... 181 

Id. Le !«•• juin 1885 183 

Les origines de la F^*ance contemporaine. — La Révo- 
lution. . . . .. . . 309, 317 

Germinal . . . 114 

Notre jeune littérature 123 

Essai de pathologie littéraire : I. Les Déliquescents. . 229 

II. Les Décadents . . . 238 



III. Les incohérents . ... . \ . 

IV. Les Verbolâires ,. , . . . . . . 

V. Les Symbolistes . 

Vi. Les Symbolistes ésotériques . . . 
VII. Les Bien-portants . ." , . . . 
Pathologie littéraire. Correspondance . . 
Les Esthètes . . . . . . . . . 

De la publication des livres . . . ^ . 
Les livres belges . . . . . . . . 

La primauté historique de l'art littéraire . 

Le plagiat . . . . 

Le Volapuk. . . ... . ... 

Edouard Agneessens . ... . . . 

Charles Goethals . . ..... 

Joseph Lies . . . . ... . 

Xavier Mellery _ . . . ' . . . 

Joseph Servais 

Jules Zarembski . . . . . . . . 

Bastien Lepage . . . . . . . . 

Edgard Degas. . . . . . . . . 

Renoir 

James Tissot .., . ... . ... 

J. M. W. TURNER . . . . . . . 

James M. Neill \Vhi3Tler 

Edmond About. . . . . . . _ . 

Henry Becque. . . . . . . . . 

Paul Bourget. . 

Edmond Haraucourt . . . . . 

Victorien Sardou 

Armand Sylvestre 

Henri Litolff 



PEINTURE, SCULPTURE 



PAGES. 

245 

253,261 
269 
278 

286, 301 
312 
296 
374 
349 
273 
239 
293 

i78, 298 
368 

376, 383 

256 

285 

304 

2 

106, 205 
231 
146 
304 
294 
26 
365 
357 
121 
213 
123 
123 



Les impressionnistes français . . 

L'impressionnisme 

L'impressionniste Turncr. . . . '. 

JanToorop à Londres. ..... 

Les prix de Rome. ... . . . 

A propos des prix de Rome .... 

Les concours jugés par Eugène Delacroix 
Beautés des jurys d'admission . . . 



84, 106, 197, 205, 231 

69 

304 

. . . . . 311 

. . . . , 265 

. . . . . 258 

.... 34 

.... 110 



^ 












1 ^ ■ . . ■ '■■■ 



■;.,;> •■ ;.y>-"-':!Î^,:.., -. ■ v'...^ ;>-■,. v*^, / >, ''î.Â-î^'îîïi!^'; ' <;:'<■,'; ■•> *;«* 



A / ■ 




N 



. . PAQE8. 

Exposition universelle d'Anvers. — le j^y des 
beaux-aris . . . ... ... . * • • 2i 

Id. Protestalion des artistes . . . . . • . . • 37 

Id. Réunion des artistes bruxellois. ... • . .89 

(d. Lettres de MM. Id'Oultremont et Edmond Picard. . iOi 

Id. Cercle libre de V Observatoire. Séance du 28 mars 
1885 .. . . . . . .. .. .-. • . 108 

Exposition des Beaux-Arts d'Anvers. 109, 116, 122, 129. 134, 

142,187, 258,266 
Id. En Norwêge . . .... . ... • . .325,333 

Le Salon libre de TEcolo tiamande . . . . . . . 250, 264 

Exposition DES Vingt. ..;... . , . . 41,49,58 

Id. de LA Société des Aquarellistes . .... .139,157 

Exposition des Hydrophiles . 103, 110 

Id. del'Essor . . . . ;. . • . .• • 18 

Id. DU "Cercle artistique . . . * . .. 139, 157 
Au Cercle artistique. — Exposition Beltis-Muiideleer . 21 

Id. — Exposition Uytterschaut'Frank-Charlel . . . .36 

Id. — Id.. Cassiers-Numans ...... 94 

Exposition Z)c/5^aMiC . . . . . . . . . . . ^ 110 

Id. Hlavacek ..."... 339 

Id. Meerls., , . . ... . . . . . .411 

Id. chez Dietrich . ... .... • . 63 

GrcatZwans Exhibition . 74 

Exposition artistique k Tournai (corrés^pondance) , . . 299 

Le jury du Salon de Paris . , ... , . . . 95 

Le SalOn DE Paris . . . . . . . 

Les Médailles du Salon . . . : . . 

Exposition d'EuGÈNErDELACROix . . . 

Id. de James TissoT , . • . . 

Gazette de Hollande 

Exposition de Rotterdam ..... 

Lettres de Londres. — Exposition internationale des 
inventions ............. 281, 288 

Esposicion literario-arlistica à Madrid. . . . ... 11 

Mémento des expositions et concours : 5, 14, 23, 30^ 38, 46, 62, 

70, 87, 134, 202, 195, 218, 227, 266, 274, 283, 330, 394 

Vente de Knyff. . . . ... . . . . . . 226 

Id. Bovet. ............. 243 

Id. Van Moer 403 



154, 162, 183, 189 
... 185 

; . . 90 

. . . ^ 146 
. . . 70,-378 

. -r . 193 



ARCHITECTURE 



Le paysage urbain ........... 

Vandalisme anversois. . . . . . . . , " . . 

La question du Sleen. .......... 

En voyage 

LITTÉRATURE. 

Paul Adam. — Chair molle. . . . . . . . . 

J. Barbey d'Aurevilly. — Les œuvres et les hommes-, 
Alain Bauquesne. — ■ Les amours codasses .... 

Camille Benoit. — Les motifs lypiquâ des Maures- 
• Chanteuri , . . . . . . . .; . ; . . 

Bernal Diaz del Castillo. — Histoirtviridique delà 
conquête de la Nouvelle-Espagne . . . . , . 

Michel Brenet. — Orétry, sa vie et sef œuvres. . . 
Ernest Chesneau. — Uéducdlion de, Vartisie . . . 



192 

198 
209 
306 



84 

165 
336 

168 

399 
360 
132 



PAGES. 

. 78 
118 

^ 271 
351 
38^ 
326 
408 
343 
256 
224 
343 
282 

159 
118 

- 27 

133 
343 
121 
133 

m 

282 
200 



Léon Cmdei^- — Héros et Pantins . . .... 

"^ Id. Quelques Sires . . . . ... 

Id. Léon Cladel eî sa kyrielle de chiens . 

Id. Les petits cahiers de Léon Cladel^ . 

Stanislas de Guaita. *— Rosa Mystica ... . . 

Guy DE Maupassant. — ^e/ ami ^ 

Id. Monsieur Parent .... 

E. DE Taeye. — U Ecole anglaise : . . . . . . 

Th. DE WoELMONT. — Nclly Moc Edwards . . . . 

Célestin Demblon. — Contes mélancoliques. . . . 

id. Le roitelet . 

Armand DuRANTiN. — Le carnaval de Nice . . . . 

Camille Flammarion. — Le-pwnde avant la création 
— de r homme . . . . . -. . . . . . . . 

Jean Fusco. ^ Isidore Pistolet, doctrinaire de L'avenir. 
Charles Fuster. — L'âme pensive, contes sans préten- 

Jean GiGOUX. — Causeries sur les artistes de mon 

Arnold GoFFiN. — Le Journal d'André. . . . . 

Edmond Haraucourt. — L'âme nue ...... 

Paul Henrard. — Henry I Vet la princesse de Condé, 
Arthur James. — Toques et robes. .... . . 

Raoul Lafagette. — Pies et Vallées, . . . . . 

Jules Leclercq. — Voyage au Mexique. De New-York 

à Vera-Cruz .... . . 

Camille Lemonnier. — L'Hystérique. -^ Le Hainaut. 

— Histoire de huit bêtes et 
d'une poupée .... . 25 

Id. " La province de Namur. . . 344 

Id. Les Concubins ... . . 391 

Jean Lorrain. — Viviane . ...... . . 336 

Docteur LuBKE. -^ Précis de l'Histoire des Beaux- 
Arts . . . 336 

Victor Marguerite. — La chanson de la Mer . . . 314, 327 
CATUI.LE Mendès. — Po^td* . . ." . . . . .118,352. 

Id. LUa et Colette . . . . . . 320 

Francis Nautet. —^ Notes sur la littérature moderne, 263 
Ernest Orsolle» — Le Caucase et la Perse. . . . — 201 

JosÉPHiN Péladan. — Le Vice suprême . . -. . . 4 

Jules Rouquette. — Ce que coûtent les femmes. . . 282 
Jean Rousseau. : — Camille Corot , ...... 140' 

id. Hans Holbein. . . . . . . 140 

Camille Saint-Saëns. — Harmonie et Mélodie. . , 361 
Màrius Sepet. — Jeanne d'Arc ....... 133 

Henry Stappers. — Dictionnaire synoptique d'étymo- , 
lOgie française . . . ... . • • • • . 159 

Armand Sylvestre. — Le chemin des étoiles. . . . 278 

Taine. — Les origines de la France contemporaine . .309, 317 
Thélos. — Excursions dans le pays de Liège . . * . 
Théo-Critt. -— Le journal d'un officier malgré lui . , 
André Theuriet. — Péché mortel. ...... 

Edmond Van der Straeten. — Les musiciens néerlan- 
dais en Espagne du xii« au xviii® siècle , . . . 
L'ABBÉ Van Weddingen. — La théodicée de Lao-Tzé . 
Charles Yriarte. — J.-F. Millet. ...... 

Emile Zola. — Oerminal , 

La livraison de janvier de la Jeune Belgique. . ,. , 




■Mmi 






■ ^^iivt.^j!-- , : -,:' -: :'":^^flm^at. m *i '■.■'^ '-"f .■ '^ ^ '* r, ._ '.v, 










Publications nouvelles (diverses) . , , . . , 
Notes de librairie . . . . . . . . • . 

Conférence de M Raffaëlli aux XX" . . • . 

Id. de M. Sigogne aux XX ... . . . 

Id. de Georges Rodcnbach au Cercle artistique. 
Id, , Id. îxxx\ Etudiants progressistes. 

Id. de M""® Thénard au Jeune Barreau . , . 
Id. de M. Sigognq à Marchienne-au-Ppnt . 
Correspondance d'artistes' ... . .... . 

Id. j Une Mtre de Courbet , . , . 
Id. Lettre de Courbet sur les décorations 

Id. Lettre sur l'impressionnisme . . 

Id. Lettre de Millet ... .... 



PAGES. 

94 

.403,4H 

43, 50, 67 

442 



102 
431 
394 
^394 
335 

37 
370 

69 

m 



MUSIQUE 

La situation musicale en Belgique . . . . - . . . .272 

Quelques notes sur l'instrumentation de Gluck .... 106 

Wagner jugé par Baudelaire. . . . ... . . 216 

Wagner mis à sac. . ,,_.,. . . .... . 164 

Le jeune prix dé Rome et le vieux Wagnériste . . . 209 

*La aiusique à l'exposition internationale de Londres. 281, 288 

Adalberl de Goltlschpiidt, Les Sept Pèches capitauo^ 92 

Id., Héliantus, Lieder, etc. . 99 

RâczPàl .............. 69 

Au bois des Elfes . . ... . 354 

Conservatoire de Bruxelles. — Deuxième séance de, 

musique instrumentale 30 

Concours 211,217,225,234 

Distribution des prix . . . . , . . . . . . . 369 

Bi-centcnaire de Haendel et de Bach .....; 47 

Troisième concert. ... . . . . . . . . 78 

Quatrième concert. . . . . . . . ... . 110 

Concert d'instruments à vent . . . . . . . . 386 

^Concerts populaires. — Concert Tschaïko wski-Sarasale 20 

Id. Id; Wagner (3 et 7 mai 

1 oo5) . ,. • • . • • • « • •■ . . . . 146 

Association des artistes musiciens. — (Saison 1884- 

1885). Quatrième concert. ... . .... 62 

Id. (Saison 4885-1886). Premier concert . . . . . 361 

Id.^ Id. Deuxième concert .... 400 

Concerts de \2Î Nouvelle Société de musique de Bruxelles. 78, 167 
Concerts de V Union des jeunes compositeurs belges . . 143, 394 
Concerts à r£'55or . . .\ . ... . . .47,401 

Soirée musicdile un Cercle d'escrime . , . . . . 369 

Concert Wieniawski . . . , 30 

Concert Jane De Vigne 78 

Concert Luisa Cognelli . . . . . ... . . 87, 102 

Concerts Heuschling . . . ... , 111,410 

Concert Ilans de Bulow . 125 

Concert Moriani^. .* . . . . 126 

Concert Zarcnibski' .... . . . .• . . . 140 

Concert de M"« Bouré. 401 

Concert Rummel , 401 

M"^^ Czron au Cercle artistique . . . . , . . . 415 

Waux-Hall . . . . ... . . ... .. 234, 274 

Conservatoire de Gand . . 141, 251 

Id. Liège. . ...... 54,133,363 



. ' PAGES. 

Concerts de musique russe à Liège. . ... ; . 15, 78 

Conservatoire de MoNS . .......... 15, 267 

École de musique d'Anvers. . ... . . . . 119, 242 

L'hommage à Liszt , . .... . . . . . 492 

ÉCOLE DE musique RELIGIEUSE DE MALINES . . . . 30t, 395 

Hasselt. — Concert Zarembski , . , ... , 460 

Paris. — Concert Lâmoureux ........ 86 

Correspondance musicale de Paris, 494, 338, 346, 362, 374, 

' 379,386,410 

Bibliographie musicale, 13, 54, 78, 86, 127, 226, 243, 265, 

346,387. 



THÉÂTRE. 

Comment on dirige un théâtre. . . , 

Sigurd à l'Opéra . 

A propos de À^e^wrd 

Lohengnn à Paris 

Opéra de Paris. Le Cwi . . ... . . . ... 

(rfor^e^/e au ihéûlre du Vaudeville . . .-. . . 
■The Merchant of Vejiice au Lyceum théâtre. . . . 

Le Capitaine noir au théâtre de Hambourg .... 

Théâtre de la Monnaie : Campagne 1884-85. — 
Obéron . . . . . .... , . . . . 

A propos d'0/>f/wi . . . 46,52 

Joli Gilles . . . . . . . . . . . . . .^ 54 

Les Maîtres-Chanteurs de Nuremberg . . . . 60,76,81 



.381, 388, 397, 405 
. . . . 2Ô1 
. . . . 208 
. . . . 215 
.... 393 
.... 489 
185 
71, 134 

10 



•J 



111 
118 
142 



L'Etoile du' Nord (reprise) . . . . ... 

La Visite royale . . . . . . , . . . 

Scène d'Horace -...*... 

Là clôture de la saison théâtrale à la Monnaie . . . 
Campagrfe 1885-86. — La nouvelle direction du théâtre 
do la Monnaie . . . ....... . . ... 17, 28, 

Réouverture du théâtre de la Monnaie . . . . . . -286 

Tableau de la troupe ......... ^^ . 266 

Beckmesser et C'« . 329 

M. Villaret . . . . . . . . . ..... . 353 



M"* Adelina, Rossi . , . . . . . . . 

Théodorà 

La /wive (reprise). 

La Fille du Régime7ît{\d.) 

Joconde (id.) . , . • 

Haydée (id.) . 

La Favorite (id.)>\ . 

hvcie de Lammermoor (id.). ... . . 

Thé^jae du Parc : Denise 

La Duchesse Lyly . . 

Antoinette Rigaud .....;.. 

Théâtre de l'Alcazar : L'Etudiant pauvre. 
Le Grand Mogol . . . . . . . . . 

Les Mousquetaires au couvent (reprise) . . 
La Guerre joyeuse ........ 

Théâtre Molière : Le Prince Zilah . . . 
La Parisienne. , . . . . . . . . 

La Petite Fadette (reprise) ...... 

Le Marquis de Villemer Ç\(\.) . . . . . 

Les Danicheff (\d.) . 

Piccolino (\ù.). . . . . . ... . 



345 
207 
344 
344 
353- 
370 
37 
401 
93 
353 
402 
22, 298 
345 
362 
385 
102 
208 
345r 362 
362 
386 
386 



















:,)..-•• 



PAGES. 

Miss Million {reprisa) . . . . . /^.: . . . -4^ 

Les Mémoires du diable. . . . . . .... 444* 

Théâtre DE l'A LHAMBR A : Lc5 Pommes d'or. . . 487 

Théâtre d'Anvers : iV^ro7i . , . ." . -. V . 3 

Théâtre de \aège : La direclion Verèllen . . . 392 

Théâtres. — Renseigncmenls divers : 5, 43, 85, 62, 79, 86, 
94, 444^ 449, 442, 450, 495, 302,248,226,234, 258, 345,336 

^^— ARTidLES DIVERS " 

• ■ , , . _ - . ■ . ,.,...- . . _ ^ -, 

^l|jmn|t(yî jugé par Eugène Delacroix . ..... 42 

Âe^Nriiiii^^ a*irtn rotnanèier fuisse ;,Oosloïevsky / 23 

Elections académiques . . ^. . . . . . . . 29 

Les yeux de MM. les critiques . . . . . . . . 52 

grande colère de petits bonshommes . . . . . . 53 

Les palinodards ■ 64 

La kermessc-continue. . . . . . . . . , . 59 

Hecelte pour avoir du génie. . ... , . 443 

Conseils aux musiciens ..... . . . . . 30, 38 

Gomment Mozart composait. . ... . . . . 437 

Le dîaer-spectacle. . . ......... 94 . 

Beckmesser et-CL-A propos du théâtre de la Monnaie 329 

L'Art à la Chambre . . ... . . . . 466 

L'Ai't indusiriel (correspondance) ... . . "". . 493 

Le niyeau de l'art . . . . . 337 

La commission :dcs monuments. . T 147 

La poésie nouvelle. — Godefroy de Lussinan . . . 449 

Incident Radenbach-Coveliers ..... . . . 249 

•Une épouse modèle ... ... . . . 324 

Spijiigen Duivel . . . . . . .- 358 

Les funérailles de M. Pcrrifl. . . ... . . . . 354 

Documents h conserver. A propos du groupe de Paul 

DevJgne 92 

Id. Le secret du vote. La suppression des médailles.' 
(Discours de M. Hagemans. Discours de M. Ed. Félis. 
Déclaration dés membres du Cercte artistique. Dis- 
cours de M. L. Gallail. Moralité) 404 

Id. Le- secret du vote. La suppression des médailles. 
(Extrait du Salon de Paris> de 4876 et de 4882, par 



PAGES. 



E. Cliésneau) •..•.•... . 
Id. Arrêté d'expulsion de Victor Hugo . 
fd. A propos des décorations . . . 
Médailles et décorations .... , 






Lettres de M. Edmond Picard 
Id. de M. Cox . . . . 



440 

462 

. ... . 370 

.... 250 

t04, 409, 425, 486 

. . . . 419,203 
Lettre du D' Charcot . . • . . . . . . . . 54 

Id. de M. Ch. AUard . . . . , . . ... . 321 

Glanures . : . . . . . . . . . . . . 224 

Petite chronique, 6, 45, 23, 34, 38, 47, 55, 63. 74, 79, 87, 95, 
403, 444, 449, '427, •iâ5,-443, 450, 459, 468, 488, 495, 244, 
203, 249, nUn&.mém*S^^. 267, 274, 290, 299, 307, 
345, 323, 330, 338, 347, 358, 363, ^4, 379, 387; M, 403,' 

444,446 

CHRONIQUE JUDICIAIRE DES AR^S. 

Les droits artisliq-ues et littéraires . ...... 344 

Les droits artistiques et littéraires (projet de loi adopté 

par la section centrale) .... . . ... 233, 244 

Le Théâtre des fantaisies judiciaires (Herx et C*" c. Olga 

ijCaui^ ................ t) 

Id. (Dorsy c. Olga Léaut) 70 

Id. (Faillite de.M™« Olga Léaul) 444 

Editions musicales contrefaites (O'Kelly c. Naus) . . 6 

Expertise de tableaux (Gauchez et Moule c. Wilson) . 14 

Egmont (Albert Wolff et C*»* c. RHt et Gaillard) ... 38 

Les ressemblances. (Worms c. Feyen-Perrin). . . .459, 468 
Marat assassiné (David c. de Morlemart) . . ... 458, 494 
Le livret des Templiers (Moreau-Sainti c. Adenis et de 

Bonnemère) . .... . 

Les P«?nme5 d'o?' (Valerio c. Alhaiza). , . ; . . 
Engagement d'artiste (Passama c. Verdhurt) . * . . 
D'auteur à éditeur(Gamille Lemonnier c. Kislemaekers) 
Les potiches japonaises . . . . . . . . . .257,266 

Statuettes ou presse-papiers? . /. . . . . 257 

Les clichés de photographie. . . . . . . r* . 394 

Les faussaires artistiques . . ...... . . 394 

Weldon contre Gounod ...... .... .459,243 



227 
235 

248 
248 






t>ii' 



B4.V 



'.r._ ^f^^iJp^' 




^ 



BruxeUes. — Imp. Félix Callewaert père. — V* MoNNOM.'successeur, rue de l'Industrie, 26. 



-" V 



^r 









./':..»<:•■ 



Cinquième année. — N° 1 



Le numéro : 25 centimes. 



Dimanche 4 Janvier 1885. 



L'ART MODERNE 



PARAISSANT LE DIMANCHE 



REVUE CRITIQUE DBS ARTS ET DE LA LITTÉRATURE 



H-*- 



ABONNEMENTS : Belgique, un an, fr. 10.00; Union postale, fr. 13.00. — ANNONCES : On traite à forfait. 



Adresser les demandes d'abonnement et toutes les communications à 



l'administration générale de l'Art Moderne, rue de l'Industrie, 26, Bruxelles. 



^OMMAIRE 



L'Art moderne. — Bastien-Lepage. — Néron. —' Livres 
NOUVEAUX Le vice suprême^ par Joséphin Péladan. — Théâtres. 
— Mémento des expositions et concours. — Chronique judi- 
ciaire des arts. Editions musicales. Le théâtre des fantaisies 
judiciaires. — Petite chronique 



L'ART MODERNE 



VArt moderne commence aujourd'hui sa cinquième 
année et se porte bien. 

Pour un journal d'art belge, non subsidié, et dans 
lequel on ne distribue pas l'éloge comme une prime à 
l'abonné, c'est un âge extraordinaii-e. 

C'est peut-être la première fois que, dans ces condi- 
tions, cette longévité se réalise. 

Commençons par en remercier tous ceux qui y ont 
contribué. 

Disons ensuite à quoi nous l'attribuons. 



L'Ar^ moderne est eiitré en lice à une époque où la 
critique des journaux dégénérait en une œuvre où la 
camaraderie seule dictait les appréciations. 
. Dès le début nous avons écrit avec une indépen- 
dance qui n'a pas épargné même nos amis. Nous 



n'avons eu d'autre règle que la sincérité et l'intérêt de 
l'Art. 

Cela a étbnné d'abord, comme une atteinte à l'usage. 
Puis cela a pluv^ 

Actuellement on y est fait. ' 



Nous parlons des livres sans subir la servitude des 
éditeurs. Des tableaux sans penser à plaire aux mar- . 
chands. Des théâtres sans craindre de froisser les 
directeurs. 

Nous ne sommes aux gages de personne et n'avons à 
nous soumettre aux instructions de personne. 

C'est si rare en ces matières que le dire fait l'effet 
d'une gasconnade. 

Et c'est naturel pourtant quand on réfléchit que 
nous pouvons répéter notre devise du début : Ni jour- 
nalistes-, ni artistes. Traduction : Rien à ménager, ' 
rien à craindre, rien à subir.. 



Nous nous sommes déclarés sans réserve pour l'art 
jeune et anti-officiel, le seul qui soit en accord avec 
l'évolution historique, le seul qui laisse à l'artiste sa 
liberté et sa dignité. 

On nous a vus dans toutes les luttes qui ont surgi 
depuis cinq années, et toujours au premier rang. 



»* 




Le nom de notre journal reste attaché aux événe- 
ments qui ont contribué à la magnifique émancipation 
artistique qui dès à présent submerge les arriérés et 
les timorés. - 



« • 



Nombreux ont été les coups reçus. Mais comme ils 
ont été bien rendus ! 

Et cependant pour ceux qui, dans les arts, défendent 
les idées dont nous fûmes comme eux, les audacieux 
champions, la victoire se dessine. 

Ij'En avant est universel. 

La gérantocratie résiste encore. Elle recrute encore 
parmi les impuissants. Mais tout ce qui vit, tout ce qui 
' a la flamme, la déserté et s'en moque, et quand elle 
bouge, il lui en cuit. 

■ • ' 

Notre prétention ne fut jamais que d être l'écho de 
cette émancipation et d'apparaître comme, un des moni- 
teurs de ses efforts. Nous avons essayé de dégager les 
principes qui font sa grandeur et sa force. 

Mis en pleine lumière, sans cesse et sans restriction, 
ils en ont pris plus d'éclat et plus d'efficacité ! 

Le public, le vrai, pas celui des coteries bourgeoises 
qui se croient plaisamment le centre du goût, et qui 
ne sont le plus souvent que le centre de la sottise, nous 
a dispensé largement son appui. 

, C'est de lui qu'est venue l'autorité dont jouit VArt 
moderne et qui fait défaut aux publications qui s'ali- 
mentent de réclamés et de complaisances. 



Aussi ne dévierons-nous pas de la rude consigne que 
nous nous sommes imposée. Nous continuerons à écrire 
la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, dùt-élle 
blesser même ceux que nous aimons, pourvu qu'elle 
puisse servir la grande cause de l'Art sous toutes ses 
formes, pourvu qu'il soit original et libre. 



BASTIEX-LEPAGE 

Bastien-Lepage est mort à 3G ans, débarrassant ses 
rivaux de l'ombre que faisait sur eux sa personnalité 
dominante, évitant à l'art français Tépidémie d'imita- 
tion stérile qui résulte des longs règnes et, dans l'his- 
toire, montre tout artiste de génie comme l'expression 



d'une époque qui finit, bien plus que comme le point de 
départ d'une époque qui commence. Ce sort lui est com- 
mun avec Henri Regnault. Tous deux laissent des 
œuvres assez grandes pour ne point périr, assez rares ^ 
pourne point gêner. 

Il y avait eu déjà pourtant/un certain pastichage 
parmi les impuissants qui s'adonnent à la peinture 
sans impulsion ..originale et sont perpétuellement en 
quête d'une consigne. La mort s'est chargé d'arrêter 
ce mouvement. Bastien-Lepage n'a été qu'effleuré par 
le déshonneur de voir dans son sillage l'escorte des 
médiocrités. 

Il n'était'pas, du reste, resté fidèle à soi-même jusque 
dans les derniers t^mps. Ses œuvres les plus récentes 
dénotaient un glissement vers un art moins dédaigneux 
de ce qui plaît à la badauderie académique. Croyons 
que ce fléchissement avait été amené par la maladie 
qui lentement le rongait, et non par une soumission 
naissante aux plats caprices du public. Nous avons 
marqué successivement ici ces sinuosités dans la ligne 
de l'artiste depuis les admirables portraits et les scènes 
rustiques de ses débuts, jusqu'aux épisodes londoniens 
de la fin, en passant par cette œuvre culminante : Le 
Mendiant ('), V' - 

Son arrivée dans l'art s'était produite au milieu de 
circonstances qui sont l'épisode banal de tant de voca- 
tions. Il était né en province, dans les Ardènnes frai]r^ 
çaises; ses parents en voulaient faire un bureaucrate 
et se désespéraient de sa répugnance pour ses fonctions, 
de son entraînement pour la peinture. Il se dégagea 
par un coup de tête qui fut considéré comme un malheur 
et qui le mit sur le chemin de la gloire. Toujours les 
mêmes sottises bourgeoises déjouées par les mêmes 
audaces artistiques. 

A Paris, il ne vécut pas dans le sombre et salutaire 
isolement de Delacroix, de Millet, de Courbet, de 
Rousseau. Il ne connut pas leurs misères. Il fut mêlé 
à cet essaim de journalistes qui font les réputations par 
leur reportage et qui défont les tempéraments par leur 
voisinage. Les faiblesses des dernières heures eurent 
peut-être, plus ou moins, leur cause, dans cette pro- 
miscuité débilitante de gens pour qui le bruit, le 
plaisir et l'argent passent avant tout.. 

L'art de Bastien-Lepage est complexe dans ses origi- 
nalités. Une seule qualité semble avoir atteint chez lui 
l'intensité suprême : c'est l'expression du visage humain 
dans l'intimité absolue de l'état et des mouvements de 
l'âme. Son Mendiant et sa Jeanne d'Arc sont à cet 



(♦) Voy. l'Art moderne 1881, p. 86, 111, 116, 203. - 1882, p. 70. 155. - 1S83, 
p. 150, 310, 328. 



LART MODERNE 



:3 



égard les types du degré merveilleux auquel il pouvait 
monter. , ', 

, A* côté de cette facplté superbe il affirmait la ten- 
dance maîtresse de l'art du siècle, réalisée par tant de 
contemporains : la recherche du coloris dans la réalité, 
la répulsion pour le conventionnel académique. Mais en 
cela il fut moins heureux. ,Sa peinture était souvent 
sèche, malhabile à rendre latmosphère, faisant che- 
vaucher les plans, sans profondeur dans la perspective. 

Son faire n'était pas non plus personnel, en ce sens 
qu'il imitait le fini des maîtres d'autrefoiè. 

Bref, l'artiste était d'une humanité moins pleine que 
les illustres et infortunés initiateurs qui ont à jamais 
détruit l'art prétentieux et faux par lequel avait débuté 
le dix-neuvième siècle et qui ne flambe plus que dans 
les régions bourgeoises. Mais il y avait en lui une fêlure 
qui, dans le milieu parisien, l'aurait sans doute fait 
choir du sommet ou l'avaient porté les grands coups 
d'aile de ses commencements. Il n'avait pas la bru- 
talité intransigeante et saine qui éloigne les conseilleurs 
d'habiletés. On sentait en lui le germe d'un raffiné 
qu'on peut séduire. 

Il emporte avec lui le souvenir de cette tare. Consi- 
déré dans l'ensemble, son œuvre ne vient pas au 
premier rang. Très au dessus de Cabanel dont il fut 
l'élève et qu'il a renié, sinon par ses discours, au moins 
par ses toiles, il est au dessous des artistes souverains 
et longtemps méconnus dont nous rappelions tantôt le 
douloureux souvenir et les noms à jamais consacrés. 



NÉRON 



C'était l'événement du mois, presque de l'année, tant 
sont rares en Belgique les occasions d'entendre une 
œuvre nouvelle. Et quel sujet d'opéra! Néron, la plus 
énigmatique et la plus rouge figure de l'histoire, le^ 
ténor jouant les Césars, les épaules couvertes d'un 
manteau de pourpre qu'il n'avait pas emprunté au 
magasin de costumes du théâtre, l'histrion qu'une 
sublime décadence éleva au pouvoir despotique, auquel 
elle décerna la déité, et qui poussa l'hystérie des hor- 
reurs grandioses jusqu'à détruire dans un embrase- 
ment gigantesque la capitale de son empire. 

Il eût fallu pour concevoir la relation musicale d'une 
pareille épopée un Compositeur aux moelles de lion. 
Rubinstein,. le virtuose, s'est cru de taille à traiter 
cette page ^'histoire^i réunit la comédie bouffonne à 
la tragédie en des scènes aux proportions insensées. 
Effort considérarbîe, mal récompensé. L'art de Rubin- 



stein est dans les demi-teintes, dans les nuances grises, 
dans les tournures mélodiques qui caressent le tympau 
sans l'égratigner, mais aussi sans l'émouvoir profoniié- 
ment. Il y a dans ses quatuors, dans le cycle doux de sa 
musique vocale, dans ses compositions pour piano, 
dont il joue comme personne, transformant, élevant, 
déifiant l'instrument ingrat qui. sous ses mains — . 
quelles mains! — soupire, et chanta, et pleure, et 
résonne avec l'éclat d'un. orchestre, il y a des choses 
jolies, il y en a parfois de belles, il y en a rarement de 
vraiment grandes. 

Le malheur de Rubinstein est d'avoir cru que sa 
re^emblance physique avec Beethoven devait produire 
une identité de génie. Il s'est époumonné à là poursuite 
d'un idéal au dessus de sa portée. Il est, il demeurera 
dans les souvenirs le virtuose incomparable. Et cette 
gloire, il en fait peu de cas. C'est un "phénomène fré- 
quent et singulier chez les hommes de génie que ce 
dédain pour ce qui est leur mérite véritable, cet amour- 
propre excessif à l'endroit des qualités qui leur 
manquent. 

Ce qiîi fait la tàiblesse de Néron, c'est la forme même 
de demi-opéra romantique que lui a donnée son auteur. 
A une œuvre de pareille envergure, née au moment où 
de toutes parts sonne le réveil de l'art affranchi des for- 
mules, il fallait la coupe du drame lyrique dans son 
expression simple, tragique, émue. Rubinstein l'a com- 
pris par instants, et partout où il renonce aux conven- 
tions surannées, son œuvre grandit. La fin du premier 
acte, par exemple, est certes le morceau le plus remar- 
quable de cette partition touffue. Au troisième acte, la 
scène dialoguée entre Chrysis et Vindex, le chef gaulois, 
est d'un beau caractère; un sentiment l'anime : la foi 
chrétienne de la jeune fille, qui fait partager à celui qui 
l'aime sa croyance. Mais ces moments sont, il faut le 
reconnaître, rares dans l'œuvre de Rubinstein. Une 
succession d'airs, de duos, de trios, d'ensembles, dans 
les données banales de l'opéra d'autrefois, rattachés 
par des récitatifs quelconques, en rend l^udition mono- 
tone. C'estiong, c'est massif, et l'orchestration uniforme 
ne corrige point l'impression d'ennui que provoque à la 
longue la donnée musicale. De temps à autre une tri- 
vialité rompt, comme une tache éclatante sur une gri- 
saille, l'harmonie tranquille de l'ensemble : telles sont, 
par exemple, la troisième entrée du ballet, au premier 
acte, où les cymbales et la grosse caisse font ragQ, et la 
marche triomphale du deuxième acte. 

Nous parlerons peu des interprètes ; nous n'avons 
guère d'éloges à leur adresser. Si ce n'est M. Warot, 
qui a mis hautement en relief le personnage de Néroii 



•*! 



LART MODERNE 



et qui l'a chanté en musicien de grande école, tous so-nt 
médiocres. Le nMe de Ohrvsi^ est tenu par M"** Briard. 
C'est le plus joli de la pièce, non seulement parce qu'il 
concentre toute la sympathie, mais parce qu'au point 
de vue musical il est le plus étudié et le plus humain. 
L'artiste fait de son mieux, ce qui ne signifie pas 
qu'elle fasse bien Le baryton Couturier, qui a chanté 
jadis à la Monnaie, est en progrès sérieux. Enfin, nous 
avons distingué parmi les rôles épisodiques une basse 
d'avenir, M. Guillabert. "~ 

Quant au désarroi prévu des chœurs, du ballet, de la^ 
figuration, il a été complet, et l'incendie de Ik ville de 
Rome, simulé par du foin mouillé qu'on allumait dans 
les coulisses, a provoqué dans la salle une fumée acre 
si intense que le bruissement des éventails et les déto- 
nations i^èches des toux ont couvert un moment la voix 
de M. Warot, chantant du haut dune tour les stances 
à Pergame. 



JjIvre^ 



NOUVEAUX 



Le Vice suprême, par Joskpiiix Pkladan. ^ Paris, 
Librairie des auteurs moderaes, 1884. 

Jos('*phin Pdladan est embarassànl pour la critique : de quel 
côté aborder ce persofinage complexe? Si nous voulions apprécier 
l'œuvre au point do vue litléraire, ne nous dirail-t-il pas : « La 
« forme ncst rien quiin vêtement, un véhicule. Allez à Vidée du 
« livre^ extrayez-en la philosophie et expliquez-vous là dessus., 
« Joséphin Pélndan se propose autre chose que d'offrir aux 
« lettres une distraction passagère. Il veut mettre au jour la^ 
et grande plaie sociale et en même temps la prophyllaxie qui peut 
-*« la guérir. » Devant un tel langage, nous resterions tout bétc 
avec nos appréciations des personnages, des situations, du slyle 
d'un prétendu roman qui n'est en sojnme qu'ur.e dissertation 
pathologique. 

Si au conlraire nous prenons au sérieux le moraliste, si nous 
examinons le diagnostic que M. Péladan porte sur l'élatdes races 
latines et le remède qu'il j)ropose, nous nous exposons à voir 
M. Péladan nous jeter au visage le rire du mystificateur 
trioùipliant. 

Tout bien considéré, il nous paraît qu'en M. Péladan c'est le 
moraliste, le médecin social, le proplicle qui rempOTVnt siir le 
littérateur. Nous voyons en lui un véritable Jérémie appliquant à 
la société moderne et traduisant en Français décadent, h s 
plaintes élo<|uentos que ce juif morobe exhalait sur les crimes et 

m 

les malheurs de Jérusalem. 

M. Péladan ne dit pas Malheur a Jérusalem, il dit : Ohé les 
races latines! l\ met le philosophe pleurard dans le Gavroche. Il 
lésume dans une exclamation canaille la condamnation qu'il 
prononce contre les racés latines, précipitées par la luxure sur la 
pi^nte d'une irrémédiable décadence. 

Un rut farouche, détourné, à défaut de substance religieuse, 
des voies naturelles, emporte la civilisation latine dans son 
infernal tourbillon. L'amour n'a plus l'excuse sexuelle. Il est en 



rébellion contre le sexe. L'androgyne triomphe. Lésbos et 
Gomorrhe ont envahi les mœurs, les. lettres, le Ihéûtre et 
entraînent dans un chahut macabre rois, princesses, poètes et 
courtisanes. Un gouffre pareil à l'entonnoir du rfante se creuse 
sous les pas de la société affolée, aveuglée par sa funèbre hystérie. 
La béte est au fond. Non pas la bête logique, normale, mais la 
bêle paradoxale, contradictoire, monstrueuse, hermaphrodite. 
Un pré'endant au trône de France, un prince qui n'a jamais cessé 
de revenir des croisades, s'amourache d'une fdJe, parce que sans 
gorge, sans hanches, sans convexités d'aucune sorte, elle présente 
l'aspect d'un éphèbe vicieux; une princesse, de l'antique famille 
de Ferrare, dédaigne et défie les hommages dune armée d'adora- 
teurs et garde l'àme la plus scélérate, dans un corps pur de 
toute contamination masculine : cette descendante des Borgia 
finit i)ar abaisser son orgueil devant" un prêtre et par lui offrir 
brutalement et cyniquement sa chair et son lit, pourquoi: 
j)aree que chez ce prêtre, la robe déguise et, fait oublier le sexe. 
Victoire de l'androgynat sur toute la ligne. L'amour direct, nor- 
mal, organique tombe en désuétude, détrôné par l'amour bizarre, 
monstrueux, illogique dont la satiété, l'épuisement de la race 
et les titillations exercées sur l'imagination par une littérature 
outrancière et superlative, font écloie le maladif cryptogame. 
Voila la thèse ! 

Comme thèse ce n'est pas fort nouveau : ce vice suprônne n'a 
pas attendu M. Péladan peur prendre pied dans la littérature que 
depuis longtemps se, disj)ùtent Sodome, I.esbos (t Onan. Ces 
éludes passionnelles de décadence sont pour ainsi dire entrées 
dans le domaine de la banalité. D'autre part, il y a certainement 
quelque chose de vrai dans cette autopsie morale de ce malheu- 
reux xix« siècle qui a commencé dans la gloire et menace de 
finir dans la boue. Il convient de reconnaître ([ue la discipjine 
des mœurs et la grammaire de l'amour sont perdues^ Cette disse-, 
lut ion était celle du monde romain quand les Teutons apparu- 
rent. M. Péladan rêve-t-il une régénération .«emblabie. On serait 
tenté de le croire en l'entendant pousser son cri ironique de Ohé 
les races latines! et en plaçant au dessus de toute cette société 
pourrie et décomposée la robe blanche et la grande figure d'un 
moine inspiré. Faut-il donc d'après M. Péladan, pour nous guérir 
de nos ulcères, pour purifier nolie sang des virus (pii l'infectent, 
nous plonger dans le bain d'un nouveau moyen-ûge? Faut-il que, 
dans les intervalles de l'orgie, nous entendions une fois encore 
les barbares hurler aux frontières du désert moral que nous habi- 
tons. 

C'est bien là le rêve maladif de M. Péladan : c'est un moyen- 
âgeux dans la plus terrible acception du mot. Il pense, comme 
Donoso-Cortès, que ce monde périt parce que la substance 
catholique se retire de lui. Il veut que tous, pauvres décadents, 
nous cherchions un refuge contre l'androgyne sous les plis de la 
robe de son frère Alta ? Nous v réfléchirons. 

A ce frèriî Alta, très beau, très grand, très pur, M. Péladan, 
sans doute pour moderniser un peu .sa théorie de régénération 
sociale, a cru devoir accoler une sorte de Joseph Balsamo, met- 
tant le magnétisme animal au service de la foi. Ce tireur de cartes, 
ce diseur de bonne aventure, ce comte de Saint-Germain, ce 
Nicolas Flamel, ce Cagliostro, de Kabalis>e, ce Nécromancien, 
car il est tout cela, est le Desgenais du roman. C'est lui qui dit la . 
moralité de la situation, c'est lui qui corrige l'injustice, punit Iq^ 
crime, encourage la vertu, fait éclater la vérité. Les agaceries de 
la princes.se se brisent contre la cuirasse de continence dont sa 




volonté le revêt. Il se laisse aimer par Corysandre, que le mar- 
quis de Donncrcux narcolise et viole. Alors Mérodack fait con- 
fectionner par un sciilpleur de ses amis le groin en cire de cet 
ignoble marquis et i| pratique sur cette image l'opération de 
l'envoûtement, qui réussit, admirablement. Au moment où Méro- 
dack aplatit d'un coup de poing la charge du marquis, le marquis 
lui-même crève d'apoplexie. Quant à k princesse, elle a eu un 
mari qui l'a aimée de façon à la dégoûter pour jamais de l'amour. 
Elle se plaît à évoquer des rêves libidineux que son orgueil ter- 
rasse, elle démeure chaste au sein de toutes les coriupHons. 
Toute cette fierté et celte continence se fondent un jour au souffle 
du frère Alla, à cause de là robe, on s'en souvient, le prêtre n'a 
pas de sexe. Elle va très platement s'offrir à lui au confessionnal. 
Le moine résiste. Elle l'attire chez elle sous un prétexte chari- 
table et pour triompher de celle vertu hautaine, elle ne trouve 
rien dé plus décisif que de renouveler l'expériencie que tenta sur 
Joseph l'aimable Puiiphar. Elle se déiîouille subiiemenl de tous 
ses voiles et enlace le. prêtre dans ses bras impudiques. Alla, qui 
ne se soucie pas probablement de laisser son manteau entre les 
mains de celte louve, se contente de lui rire au nez. L'histoire de 
Joseph est ainsi heureusement rajeunie. Quant à M"'« Putiphar, 
elle suit la tradition, elle accuse Alla de toutes sortes de vilenies, 
et le fait interdire par ses supérieurs ecclésiastiques. L'exil du 
frère Alla termine le roman, sauf une grande scène d'idéologie 
entre Mérodack, Alla et un vieux rabbin Kabaliste. Gel étonnant 
trio verse un gros flot de larmes sur le destin des races latines 
et chacun s'en va ensuite à ses atl'aircs. 

Voilà le Vice suprême^ œuvre extravagante et pas mal écrite, 
montrant beaucoup de talent à travers les crevasses d'un cerveau 
malade et gaspillant dans le cauchemar mystique des matériaux 
précieux. Du reste, nous n'avons voulu aujourd'hui que désha- 
biller le prophète. Il reste l'écrivain. Ce sera pour une autre fois. 



yHÉATRE3 

Théâtre de la Monnaie. On répète ferme les Maîtres - Chanteurs . 
On espère être prêt pour le mois de mars. 

En attendant, nous aurons mercredi Obéron, et un peu plus 
tard. Joli Gilles. Nous avions donné déjà la distribution de ces deux 



ouvrages. 



Théâtre de l'Alcazar. Voir notre Chroniqrie judiciaire des 
arts. 

Théâtre des Galeries. Jusqu'à la consommation des siècles, le 
Tour du Monde.' 

Théâtre Molière. Tous les soirs, pour les représentations de 
M. Laray, premier sujet du Théâtre de* la Porte Saint-Martin, le 
liossu, dranie en 5 actes et 10 tableaux, par MM. Anicet Bourgeois et 
PaulFéval. 

M Laray. remplira le rôle de Henri de Lagardère, qu'il a joué à 
Paris. 

Samedi 10 janvier, représentation au bénéfice de M. Hems, 
Fèrêoh comédie *n 4 actes, par M. Victorien Sardou. 



MEMENTO DES EXPOSITIONS ET CONCOURS 

Anvers. — Exposition universelle >Mai à octobre 1885. 

•Janvier 1885. — Bruxelles. — Neuvième exposition de V Essor 
(Limitée aux membres du Cercle). -- Deuxième exposition des A'.Y. 
(Limitée aux membres du Cercle et aux artistes spéciajement invités). 
Février 1885. — Troisième exposition de Blanc et Noir de VEssor. 
(Limitée aux membres du Cercle). Mai 1885 — Exposition historique 
dé gravure; par le Cercle des aquarellistes et aquafortistes. Mai 1885. 

Glasgow. — Institut des Beaux- Arts (24e exposition). Ouverture 
.S février 1885. Fermeture fin d'avril. — S'adresser à M. Robert 
Walker, secrétaire de rinsti tut, à Glascow. 

Londres. — Expostion niternationale d'instruments de musique. 
Ouverture en mai 1885, à South Keusington. Cette deuxième divi- 
sion comporte trois groupes • 1» Instruments de musique construits 
ou en usage depuis 1800; 'i'^ gravure et impression de la musique; 
3" collections historiques. 

Id. — Du 3imars à la fin de"sèptembre exposition internationale 
et universelle d'Ale: andra-Palace, comprenant^ notamment les arts 
et métiers, et une exposition'^de tableaux et objets d'art représentant 
les principales écoles du continent. 

Nuremberg. — Exposition internationale d'orfèvrerie, de joaille- 
rie, de bronzes, etc. Du 15 juin au 30 septembre 1885. 

Paris. — Salon de 1885. — 1er mai au 30 juin 1885. —Peinture, 
dessins, etc. Dépôt des ouvrages au Palais des Champs-Elysées, du 
5 au 14 mars. Vote, le mercredi 18 mars, de 9 h. à 4 h. — Sculp- 
ture, Grature en méd. et sur p. f. Dépôt du 21 mars au 2 avriL 
Vote, le mardi 7 avril, de 10 à 4-h. — Architecture. Dépôt du 2 au 
5 avril. Vote, le mardi 7 avril, de 10 à 4 h. — Gravure ef Lithogra- 
phie. Dépôt, du 2au 5 avril. Vote, le lundi 6 avril, de 10 à 4 h. 

Rome. — Exposition organisée par la Société dés Amatori e cultori 
di Belli arti. Ouvei?tare ler février. 

La Haye. — Concours pour l'érection d'une statue à Hugo Gro- 
tins. 

MoNTÉvmÉo — Concours pour la statue du général Artigas 
S'adresser à la légation de l'Uruguay, 4, rtie Logelbach, à Paris. 

Richmoj^d (Virginie). — Concours pour un monument à Robert 
Lee, jusqu'au 1er mai 1885. 

Vienne. — Concours pour l'érection d'un monument à Mozart. 



Chronique judiciaire de^ art? 

.Le théâtre des fantaisies judiciaires. 

C'est devant le juge des référés que se jouent habituellement, 
depuis quelque temps, les premières de' l'Alcazar. Les partitions sont 
sur le bureau du président, le régisseur est à la barre, prêt à donner 
le signal, on discute costumes, engagements, chiffons. Un pas de 
plus, et l'orchestre fera son entrée dans la vie judiciaire. 

Nous avons annoncé la représentation de VEtudiant pauvre, de 
Millôcker. On affiche la pièc^. Mais rien ne marche, rien n'est su, 
les décors ne sont pas achevés, les costumes ne sont pas taillés. 
Mme Olga Léaut ne veut pas céder à la demande des auteurs fet des 
éditeurs. Vite, un procès. On aura raison de son obstination. Et 
de fait, le juge découvre dans le contrat une clause exigeant un 
accord préalable entre la directrice et les auteurs sur le choix des 
interprètes. On n'est pas d'accord, on ne jouera pas. Et pour plus 



.r 




de lùrelé, les auteurs feront à rAIcazar la saisie des parties 
d'orchestre. , - 

On raconte que cette saisie a été laborieuse et bruyante", mais chut! 
restons dans les faits judiciaires. 

Le lendemain, nouvelle algarade. On raconte que M'"* Olga Léant 
a enlevé tous les costumes et les a emballés, en destination de Paris. 
Inquiétude de la Société des Fantaisie parisiennes, locataire princi- 
pale de l'immeuble qu elle sous-loue à la directrice. Plus de costumes, 
plus de garantie poui^ le paiement des loyers! que faire? Ah! un 
séquestre! Il faut un séquestre' à l'Alcazar. On plaide à nouveau. Que 
décidera le juge? On, n'eu sait rien encore. Mais le papier timbré qui 
tombe en averse à l'Alcazar a fait changer le nom du théâtre. C'est 
\è Hiéîitve des Fantaisies judiciaii'cs. 

Editions musicales. 

--^IM. O'Kelly et Naus s'étaient associés comme éditeurs de mu- 
sique. La société fut dissoute et M. Naus fonda dans la même rue, 
faubourg Poissonnière, juste en face de l'immeuble-où il exploitait 
son commerce avec M. O'Kelly, une maison pour la vente des mor- 
ceaux de musique. 

Il vendit ainsi des œuvres dont M. O'Kelly est le seul éditeur, 
entre autres la Méthode de piano Lecarpentier, 

M. Naus fit disparaître sur les différents exemplaires de cette 
méthode qu'il devait revendre à ses clients, le nom et l'adresse de 
l'éditeur M. O'Kelly^ en recouvrant ces mentions imprimées d'une 
bande de papier collée portant son nom à lui, M. Naus, comme 
marchand de musique,- ainsi que son adi'esse. 

M. O'Kelly l'ayant assigné le 26 mai i883, le tribunal de com- 
merce de la Seine rendit un jugement décidant que ce fait n'avait 
pas causé au demandeur un préjudice réparable par le paiement 
d'une sqmme d'argent; que, par suite, aucune condamnation ne 
devait être prononcée contre Naus. 

La Cour d'appel de Paris vient de réformer le jugement,- en déci- 
dant que si la pratique en question s'es,t établie dans le commerce 
des œuvres musicales, elle constitue un abus que la justice ne peut 
consacrer et qu'il y a lieu d'en ordonner l'interdiction pour l'avenir. 



^ETITE CHROJ^(iqUE 



Le Salon annuel des XX s'ouvrira, comme l'hiver passé, dans les 
premiers jours de février. Conformément au but dé l'Association, il 
réunira aux œuvres des vingt peintres et sculpteurs qui composent 
celle-ci, les envois de vingt artistes choisis parmi les plus sympathi- 
ques aux principes d'art que représente le groupe batailleur. Ce 
sont : pour la Belgique, MM. Alfred St^vens, Mellery, Meunier, ter 
Linden, De Villez, sculpteur et Lenain, graveur; pour la France, 
MM. Fantin-Latour. Cazin, Rafîaëlli, l'intransigeant dont l'exposi- 
tion eut l'an dernier un si grand retentissement, le graveur Bracque- 
mond, le sculpteur Lanson; pour la Hollande, M. Mesdag ; pour 
l'Angleterre, MM. Marc Fisher et Swan, deux animaliers qui n'ont 
jamais exposé à Bruxelles; pour l'Italie, MM. Manciui et Michetti, 
le célèbre impressionniste. La Suisse sera représentée par M"« Louise 
Breslau, l'Allemagne par M. von Uhde, la Scandinavie par le 
peintre danois Kroycr, les Etats-Unis par M. Ulrich. 

Avec de pareils éléments, le Salon des XX né peut manquer d'at- 
trait. 



On entendra à Liège, mercredi prochain, de la musique russe. 
Devançant Bruxelles, qui ne connaît guère que de rares œuvres dé 
Tschaikowski et la petite suite de César Cui, la Société d'Emulation 



fera entendre la symphonie en mi bémol et une esquisse symphonique 
de Borodine ainsi qu'une ballade du même auteur, la Fantaisie 
serbe de Rimsky- Korsakofî, diverses compositions pour chant de 
Çui, ainsi que sa suite déjà nommée et la Tarentelle pour orchestre. 
M"« Bégond, MM. Thomson et Byrom prêtent leur concours à 
cette intéressante audition, organisée par Mine la camtesse de Mercy- 
Argenteau au bénéfice d'une œuvre de bienfaisance. 



C'est le 15 février que sera représenté au Stadt-Theater de Ham- 
bourg le Capitaine Xoir de notre compatriote Joseph Mertêns. 

M. Pollini a donné tous ses soins à la mise en scène de cet 
ouvrage, et le compositeur aura la joie de voir représenter dans d'ex- 
cellentes conditions à l'étranger l'œuvre qu'il n'est pas parvenu à 
faire monter à Bruxelles. 



On a donné dernièrement au Stadt-Theater de Brème, la pre- 
mière représentation d'un opéra en trois actes, Ingeborg, dont la 
musique, œuvre de M; Paul Çreisler, a été écrite sur un livret que 
M. Peter Lohmann a tiré de la légende de Frithjof, du poète suédois 
Esaias Teguer. L'ouvrage, qui paraît avoir été fort bien accueilli par 
le public et par la critique, a pour interprètes M'"«8 Klafsky et 
Seeger, MM. Wallnœfer, Nebuschka, Thomaszeket Friedrichs. 



A propos de la cérémonie commémorative de la mort d'André 
Van Hasselt, le Journal des Beaux- Arts rappelle le souvenir de 
trois poètes belges plus oubliés encore que ne l'étaitVan Hasselt. 

Ce sont, dit-il, Edouard Wacken, le Liégeois, poète au vers plein 
et sonore, mort jeune, et qui a laissé des œuvres que la postérité', à 
défaut des contemporains, mettra à leur place, notamment les Heures 
d'or y André Chenier, l'abbé de Rancé. Puis le , Luxembourgeois 
Ernest Buschmann, mort jeune après avoir publié une ode d'un 
grand caractère sur iS^ofre-Dame d'Anvers, Y Ecuelle et la Besace^ 
Rameaux, etc. Il était cousin de J.-B. Nothomb, qui lui offrit une 
place de 800 francs au ministère. Buschmann refusa et se fit typo- 
graphe. Il créa à Anvers une importante imprimerie qui se distingua 
ses belles éditions. Et enfin le Gantois Steveus, mort jeune éga- 
^•Jement après avoir publié un volume de poésies d'une mélancolie 
grandiose qu'aucun poète belge n'a, selon nous, encore égalée. 
Slevens était correcteur chez Tarlier à 3 francs par jour. 



Le comité d'artistes et d'hommes de lettres qui a organisé, cette 
année, l'exposition des œuvres d'Edouard Manet à l'Ecole des 
beaux-arts, vient de décider de célébrer l'anniversaire de cet événe- 
ment artistique par un banquet commémoratif qui aura lieu demain, 
5 jaiivier, chez le «» Père Lathuile ». Ce banquet, tout intime, réu- 
nira les admirateurs et les amis de Manet sous la présidence de 
M. Antonirt Proust, qui, lors de son i)assage au Ministère des 
Beaux-arts, en 1874, a décoré le célèbre auteur du Bon Bock. 



Franz Liszt, venant de.Pesth, est de retour depuis quelques jours 
à Rome, où il n'avait pas reparu depuis trois ans. Sa santé semble 
excellente, et l'on a beaucoup exagéré, paraît-il, la maladie de la 
vue dont il est atteint. L'illustre artiste a ,eu, il est vrai, les yeux un 
peu malades, mais tout fait espérer que celte affection n'aura pas de 
suites. Il compte passer tout l'hiver à Rome. 



Le Comité de Y Œuvre des Soirées populaires de Verviers vient de 
publier le Règlement de son treizième concours de littérature 

Les personnes désireuses d'obtenir un exemplaire de ce Règlement 
sont priées de s'adresser à M. Léon Lobet, Président de l'Œuvre, 
70, rue du Collège, à Verviers. 



s; 



VART MODERNE 



La Jeune Belgique organise une série de, six conférences qui se 
feront dans une petite salle non encore désignée, mais qui ne con- 
tiendra guère plus de cent personnes, dé manière à donner à ces réu- 
nions un caractère tout intime. On peqt dès à présent s'inscrire au 
bureau de la revue, 80, rue Bosquet. L'abonnement à la série des 
six premières conférences est fixé à 12 francs et ne peut être scindé. 
^ Les trois conférences dont nous- pouvons annoncer les titres sont : 
de M. Eug. Robert sur Le divorce, de M. Albert Giraud sur La 
faculté poétique, de M. Georges Rodenbach sur Les poètes inti- 
mistes. 



La Société nouvelle. — Sommaire du n» 2 (20 décembre 1884). 
De l'existence d'une science . sociale, Guillaume De Greef. — 
Hippolyte Boulenger (suite), Camille Lemonnier. — Les paysans 
anglais, Léon Metciinikoff. — La musique des Tziganes, Octave 
Maus. — La crise, lettre ouverte à Monsieur Eudore Pirmez, Jules 
Brouez. t- m. Emile de Laveleye et la souveraineté de la raison, 
Agathon de Potter. — Chronique littéraire, A. J. — Critique philo- 
sophique, F. B. — Les libres d'étrennes. 



Vient de paraître chez l'éditeur Van Trigt : Les Musiciens Néer- 
landais en Espagne du xii» au xviii^ siècle, par Edmond Vander- 
SïraéTen. Nous en parlerons prochainement. , 

Sommaire de la Jeune Belgique, tome IV, no 1 : 

Frontispice de Jean Bauduin. — Flemm-Osô, '** — Jalousie, 
André Fontainas. — Lettres à Jeanne : Soleil couchant, Jules 
Destrée. — Vers d'automne, Albert Giraud. — La fin de Bats, 
Georges Eekhoud. — Le vaisseau, Edmond Haraucourt. -— Fête- 
Dieu, Paul Lamber. — Les rêveurs, Georges Khnopfï. — Le thé de 
ma tante Michel, Camille Lemonnier. — Rimes pour les amantes, ' 
Eddy Levis. — Croquis bruxellois, Henry Maubel. — Les jours 
mauvais, Georges Rodenbach. — Mon premier lièvre, Octave Maus. — 
La sève, Emile Van Arenbergh. — Choses du temps, Francis 
Nautet. — Félicien Rops, Joséphin Péladan. — Conte de Noël : La 
veillée de ^l'huissier, Edmond Picard. — Fêtes monacales, Emile 
Verhaeren. — Mademoiselle Rampillou, Maurice Sulzberger. — 
Nina, Auguste Vierset. — Contes fous : La femme, Max Waller. 

Chroniques : La manifestation Van Hasselt, M. W. — Lettre à 
M, Gustave Frédérix, La Jeune Belgique. — Guirlande à Gustave, 
Tête de Mort. — Chronique littéraire, Albert Giraud. — Chronique 
musicale, Henry Maubel. — - Mémento, Nemo. 

Prix de ce numéro exceptionnel, fr. 2.50. 

Rédaction : 80 rue Bosquet. — Administration, 2G, rae de 
l'Industrie. 

Le Ménestrçl a publié une lettre assez curieuse d'Hector Berlioz 
contenant des observations intéressantes au sujet des réductions 
pour piano des partitions d'opéras. 

Weimar, le 12 février 1856. 
, Hôtel du prince héréditaire. 

Mon cher Monsieur de BUlow, 

Merci d'abord de votre charmante lettre si pleine dé cordialité ; 
elle m'a fait du bien à l'âmè et à l'esprit. Vous écrive^ le français 
avec une grâce et une pureté irritantes pour nous, qui avons tant de 
peine à sortir des difiicultés de cette langue infernale. 

Nous espérons ici une bonne exécution de Cellini, maintenant que 
la partition est dérouillée et fourbie à neuf comme une épée. Les 
chanteurs sont animés du meilleur vouloir ; Gaspari, à qui on avait 
dit que ce rôle était inchantable et lui briserait la voix, le chante au 
contraire avec amour et sans effort. Lui, au moins, chantera l'air 
•♦ Sur les moiits, « que j'avais regretté de ne pouvoir vous faire 
entendre. Hier nous avons répété longuement l'ouverture du 
Corsaire pour le prochain concert de la cour. Je vous remercie de 



vouloir bien arranger cette ouverture, et si vous ne l'avez pas, je 
vous l'enverrai. Mais je crois qu'elle est réductible pour le piano 
à 2 mains, et cela vaudrait bien mieux. Lorsque 2 pianistes exé- 
cutent ensefmble un morceau à 4 mains, soit sur un seul piano, soit 
sur d^ux pianos, ils ne vont jamais ensemble (du moins pour moi) 
et le résultat final de leur exécution est toujours (pour moi encore) 
plus ou moins charivarique. En outre, les arrangements à 4 mains 
pour un seul piano ont l'inconvénient d'accumuler dans le grave du 
.clavier une masse de notes dont la sonorité est disproportionnée 
avec celle de la main droite du !•' pianiste, et il en résulte un pâté 
harmonique plus bruyant qu'harmonieux et horriblement indigeste. 
Il vaut donc mieux confier aux deux mains d'un seul pianiste intel- 
ligent la traduction d'une œuvre 'symphonique quand cela est 
possible. L'auteur, alors, est au moins sûr de n'être pas tiré en sens 
contraire par deux chevaux. .. Pardonnez-moi ces blasphèmes sur 
les pianistes. , . ils ne vous regardent point d'ailleurs, vous êtes 
musicien. , H.Berlioz. 



Les annoncés sont reçues au bureau dujoiovial, 
26, rue de V Industrie^ à Bruxelles, 

NOUVEAUTÉS MUSICALES 

POUR PIANO ' 

Huberti, G. Trois morceaux : N» 1. Etude rhythmique, 2 fr. — 
N" 2. Historiette, 2 fr. — N» 3. Valse lente, fr. 1.75. 

Kowalski. Op. 44. Autour de mon Clocher, 2 fr. — Op 45. Illu- 
sions et Chimères. 2 fr. — Op. 48. Tambour battant, 2 fr. 

Smith S. Op. 185. Notre-Dame, Chant religieux, 2 fr. — Op. 191. 
La mer calme. Deuxième barcarolle, 2 fr. — Op. 192. Styrienne, 
2 fr. — Op. 193. Marguerite, 2 fr. — Op. 194. La fée de Oncles. 2 fr! 

Wieniaioski. Jos Op. 39. Six pièces romantiques : Cah. I. Idylle, 
Evocation, Jeux de fées, 3 fr. — Cah. II. Ballade, Elégie, Scène 
rustique, 3 fr. — ■. Op. 41. Mazourka de concert, fr. 2. .50. 

MUSIQUE POUR CHANT 

Bach. Six chorals pour chœurs mixtes par Mèrtens. La partition, 
1 franc. 

Bremer. A. Sonne mon tambourin, pour chant, violon ou violon- 
celle et piano, 3 fr. — Hymne à Cérès, pour baryton ou mezzo- 
soprano et chœur pour 3 voix de femmes, 2 fr. 




Sous, les Bois, la partition, fr. 2.50. — N" 4. La Paix, la partition, 
fr. 3.50. 

. SCHOTT Frères, Editeurs de Musique 

BRUXELLES, rue Duquksnoy, 3». 
Maison principale MONTAGNE DE LA COUR, 82 

VIENT DE PARAITRE 
à la librairie Ferd. Larcier, 10, rue des Minimes, à Bruxelles 



MON ONCLE 



LE JURISCONSULTE 

PAR 
AVOCAT A LA COUR DE CASSATION 

Un volume in-octavo, impression de luxe sur papier de Hollande, 
avec un portrait gravé par Aubry et une illustration par Mellery. 

Prix : 3 fr. 50 

Cet ouvrage forme la suite des Scènes de la vie judiciaire. 

Les volumes antérieurement parus sont : 

Le Paradoxe sur l'avocat. — La Forge Roussel. — L'amiral. 

Il a été tiré vingt-cinq exemplaires sur papier impérial du Japon 
numérotés qui sonl mis en vente au prix de 10 francs. 



^ 



8 



IJART MODERNE 



ENTRERA LE 1" JANVIER PROCHAIN DANS SA CINQUIÈME ANNÉE 

L'ART MODERNE s'est acquis par l'autorité et rindépendaiice de sa critique, par la variété de 
ses informations et les soins donnés à sa rédaction" une place prépondérante. Aucune manifestation de 
l'Art ne lui est étrangère : il s'occupe de littérature, de peinture, de sculpture, de gravure, de 
musique, .d'architecture, ^tc. Consacré principalement au mouvement artistique belge» il renseigne 
ses lecteurs sur tous les événements artistiques de l'étranger, qu'il importe de connaître. 

Chaque livraison de l'ART MODERNE s'ouvre par une étude approfondie sur une question 
artistique ou littéraire dont l'événement de la semaine fournit l'actualité. Les expositions, les liv^^es 
nouveaux, les premières représentalio7îs d'œuvres dramatiques ou musicales, les conféreyices littéraires, 
\q^ concerts, \e^ ventes - d'objets d'art, font tous les dimanches l'objet de chroniques détaillées. 

L'ART MODEJRNE ..relate auî««i la législation et la jurisprudence artistiques. Il rend compte des 
procès les plus intéressants concernant les Arts, plaides devant les tribunaux belges et étrangers. 
Les artistes trouvent toutes les semaines dans son Mémento la nomenclature complète des expositions 
et concours auxquels ils peuvent prendre part, en Belgique et à l'étranger. Il est envoyé gratuitement 
à l'essai . pendant un moi^ à toute personne qui en fait la demande. 

L'ART MODERNE forme chaque année un beau et fort volume d'environ 450 pages, avec deux 
tables des matières, doyit Tune, par ordre alphabétique, de tous les artistes appréciés ou cités. Il 
constitue pour l'histoire de l'Art le document LE PLUS COMPLET et le recueil LE PLUS FACILE 
A CONSULTER. 

^ PRIX D'ABONNEMENT S ff^'"^''^ J^ £■"• par an. 

( Union postale 1 «5 II*. ?» 

Quelques exemplaires des quatre premières années sont en vente aux bureaux de l'ART MODERNE, 
rue de l'Industrie, 26, au prix de 30 francs chacun. 



VIENT DE PARAITRE CHEZ 

BREITKOPF & HÀRTEL 

. ÉDITEURS DE MUSIQUE 

BRUXELLES, 41, MONTAGNE DE LA COUR ' 
«fOHi^lWMES BRi^IIMl^ 

par Hermann DEITERS 

{Esquisse bibliogra'phiqne . Analyse succincte de ses compositions) 
TRADUIT DE L'ALLEMAND PAR' M" H FR. 

Prix 2 fr. 50 



Toutes les œuvres de Brahms, ainsi qu'un choix de bons portraits du com- 
positeur, se trouvent au magasin des éditeurs, 41, Mo&tagne de la Cour. 

J. SCHAVYE, Mm - 

46, Rue du Nord, Bruccelles 



CARTONNAGES, RELIURES ORDINAIRES, RELIURES 

DE LUXE, ALBUMS, ETC. 

SPÉCIALITÉ D'ARMOIRIES BELGES ET ÉTRANGÈRES 



PIANOS 



BRUXELLES 
rue Thérésienne, 6 

VENTE 

,S-?„ GUNTHER 

Paris 1867, 1878, 1" prix. — Sidney, seul l" etS' prix 
EXPOSmCI USTUDM 1883, SEUL mPLOn D'IONNEOR. 



miusiQlijjE:. 



] 



10, RUE SAINT-JEAN, BRUXJEtLES - 
(Ancienne maison Meynne). 



ABONNEMENT A LA LECTURE DES PARTITIONS 



ADELE Dbswartb 

BUi;X ELLES. 

Atelier de menuiserie et de reliure artistiques 



VERNIS ET COULEURS 

POUR TOUS tiENHKS DE l'KINTUKES. 

TOILES, PANNEAUX, CHASSIS, 

MANNEQUINS, CHEVALETS, ETC. 

BROSSES ET PINCEAUX, 

CRAYONS, BOITES A COMPAS, FUSAINS, 
MODÈLES DK DESSIN. 

RENTOILAGE, PARQUET AGE, 

EMBALLAGE, NETTOYAGE 
ET VERNISSAGE DK TAHLEAUX. 



COULEURS 

ET PAPIERS POUR AQUARELLES 

ARTICLES POUR EAUKOKTE, ■ 
PEINTURE SUR PORCELAINE. 

BOITES, PARASOLS, CHAISES, 

Meubles d'atelier ancien s et modernes 

PLANCHES A DESSINER, TÉS, 

ÉQUERRES ET COURUES. 

COTONS DE TOUTE LARGEUR 

DEPUIS 1 MÈTRE JUSQUE 8 MÈTRES. 



RcprésciiUlioii de ia liaison liliNANT de Paris pour les toiles (iobelins (imitation) 

NOTA. — La mai^^on dinpone de vincft ateliers pour aylisles. 
Impasse de la Violette, 4. 



i*'- 



» 



Bruxelles. — linp. 1< klix Callkn* aert père, rue de l'industiie, 



Cinquième année. — N° 2. 



Le numéro : 25 centimes. 



i)iMANCHE 11 Janvier 1885. 



L'ART 




PARAISSANT LE DIMANCHE 



REVUE CRITIQUE DES ARTS ET DE LA LITTÉRATURE 



ABONNEMENTS : Belgique, un an, fr. 10.00; Union postale, fr. 13.00. — ANNONCES : On traite à forfait. 



Ad7^esse7* les demandes d'abonnement et toutes les communications à 
l'administration générale de l'Art Moderne, rue de l'Industrie, 26, Bruxelles. 



^OMM 



AIRE. 



Le banquet Manet. — Obéron — Esposiciox literario-abtis- 
TicA A Madrid — Bonixgton jugé par Eugène Delacroix. — 
Etrennes musicales — Théâtres. — Chronique judiciaire des 
ARTS. — Mémento des expositions et concours, — ; Petite chro- 
nique . , 



LE BAXQUET MANET 

Il a ea lieu, le 5 janvier, chez le père Lathuile, 
avenue de Clichy, dans ce restaui'ant où le peintre 
avait placé le sujet d'une des toiles les plus éloquentes 
de son art alors révolutionnaire, aujourd'hui admis, 
loué, consacré. 

Combien désormais dans Fart les rénovations vont 
vite et comme, plus cruellement que jamais, des roues 
de leur char elles écrasent les audacieux qui le lancent 
à travers les préjugés! La foule les jette bas sous les 
coups de ses iniquités et de ses sarcasmes. A peine 
gisent-ils morts et sanglants sur le sable, qu'elle les 
relève et les déifie 

Avis à ceux dont Tâme est assez haute pour se laisser 
tenter par ces destinées héroïques. 

Manet, écrivait récemment un critique, fut le dé- 
daigné, l'insulté, le pestiféré. Etre refusé au Salon 
n'était rien, mais entendre pendant des années tout le 
monde railler son effort, entendre le murmure désap- 
probateur qui grossit, qui s'augmente de toutes les 
blagues des cafés, de toutes les calembredaines des 



journaux, de toutes les insanités du reportage, de toutes 
les vidanges des ratés et des envieux, et qui finit par 
devenir un chœurironique et canaille, infectât poissard, 
jamais interrompu ; ne pas pouvoir trader un trait, 
placer un ton sans provoquer les éclats de rire et les 
indignations, les accusations de folie, de mystification 
et de malhonnêteté; assister, à propos de n'importe 
quelle œuvre patiemment, sincèrement élaborée, au 
même défilé de plaisantins furieux; être traqué par 
tout ce qui parle de tableaux, par tout ce qui en vend, 
par tout ce qui en achète; avoir la sensation d'une 
marée d'injures qui monte sans cesse, qui vient battre 
jusqu'au seuil de l'atelier..., tout cela, vraiment c'était 
trop et pourtant voilà, en quelques lignes qui .paraî- 
tront exagérées et qui ne font que résumer l'histoire 
d'hier, voilà quelle fut l'existence du très délicat et très 
vibrant artiste que tous célèbrent àTenvi depuis qu'il 
^dort du sommeil sans réveil. 

Et dire que jamais, malgré ces leçons funèbros, la- 
badauderie contemporaine ne se corrige. Elle poursuit, 
elle s'acharne, elle frappe, elle tue. Puis elle ramasse, 
redresse, orne, encense, toujours glorieuse d'elle-même, 
se proclamant juste quand elle outrage, plus juste 
encore quand elle réhabilite. En aucun siècle il n'y eut 
plus universellement une rage impitoyable contre les 
novateurs, et plus pronlptement des retours pour les 
vénérer jusqu'à l'aplatissement. . 

Ces multiples leçons donnent un cœur de lion aux 
artistes véritables. Elles leur apprennent à ne tenir 
aucun compte de cette stupide opinion publique qui. 




. avec uiie effronterie naïve, se dément sans cesse à 
courte échéance. Elles leur apprennent aussi Tinesti- 
mahle pri* de l'originalité, puisque c'est à celle-ci 
seule que toujours et sans retard l'admirateur revient. 
Il est vrai que tout cela s'achète par cette dure misère : 
savoir souffrir et mourir. _ 

C'est à quoi ne se résignera jamais l'art bourgeois 
qui ne comprend l'activité que comme moyen de s'enri- 
chir. Celui-ci ne précède jamais, il suit le vulgaire, ou 
plutôt, ainsi que le^ulgaire il reste stagnant. Sans 
ces échappés, ces insensés qui sautent hors des rangs 
poursuivis par la tempête des réprobations, > l'art rie 
bougerait pas. Ils vont à l'aventure, ces apparents 
déserteurs, par derrière siffles, par devant se buttant 
aux obstacles, se déchirant aux épines de la nouveauté 
qui fuit, glisse, se dérobe. Ils y vont comme les 
explorateurs vont au pôle, souffrants, isolés, se heur- 
tant aux glaces, pris dans les banquises, laissant leurs 
os sur quelque plage ignorée et glacée, jusqu'au jour 
où l'on rapporte leur dépouille en triomphe. 

La compensation, c'est qu'ils sont les plus grands. 

Et que finalement seuls ils demeurent. 

Est-ce que vraiment jamais le public ne s'habituera 
à cette vérité que l'art, comme toutes choses, se déve- 
loppe en un panorama mouvant, et que c'est sottise de 
se piéter devant une de ses manifestations passagères 
et de prétendre ne plus bouger? Le spectacle le plus 
beau n'est pas dans cette transitoire image, quelque 
merveilleuse qu'elle puisse être, mais dans cette évolu- 
tion constante et sa variété magique. Plus elle est libre, 
plus elle est séduisante. A chacune de ces expressions 
nouvelles il ne faut pas entrer en fureur, mais en joie ; 
il faut s'accoutumer à ces transformations inépuisables 
et se résigner aus^^. quand arrivent d'autres temps, 
à voir éclore d'autres idées, à. passer peu à peu à 
l'arrière-plan, à faire place aux jeunes, à ne pas s'irriter 
de se voir méconnaître par eux dans l'aveuglement 
souvent injuste de leur originalité intransigeante. 

Certes c'est difficile pour les vieux. Et comme d'or- 
dinaire c'est en leurs mains que réside la puissance, il 
ne faut pas s'étonner s'ils l'emploient à maintenir leur 
royauté sénile. Mais coûte que coûte, toujours ils 
finissent par céder, et leur opposition ne sert qu'à 
désespérer quelques nouveaux venus, à surexciter 
l'assaut, à rendre la lutte plus meurtrière. 

Savoir se résoudre à passer, à ne plus être après 
avoir été, à se lever pour faire place à d'autres, à les 
admirer comme on fut admiré soi-même, à être beau 
joueur, à passer la main. Telle serait la sagesse. 

Quelle paix, si c'était vu, si c'était compris. 

Manet fut de ceux qui, plus brutalement qu'aucun, 
dès qu'on voulut l'étouffer, prit la pose du boxeur et dé- 
chargea de formidables coups de poing. Il saisit sa brosse 
et la manœuvrant comme une épéé à deux mains lui fit 



décrire des moulinets qui maintinrent autour de lui une 
aire libre où son originalité put largement respirer. 
Il ne se contenta pas de faire dit nouveau en peinture, 
pendant quelque temps il fit le nouveau, le seul, le 
puissant, l'étrange, doué de cette vertu étonnante que 
vilipendé par tous, il devait devenir bientôt la source 
où tous iraient boire. Il a dégagé la théorie du plein air 
avec une intensité qui, au début, fut aveuglante, comme 
s'il avait arraché la cataracte des yeux de ses contem- 
porains, et qui devient la seule lumière qui désormais 
paraisse reposante et bienfaisante. Son cri d'émancipa- 
tion épouvanta tant il fut strident, mais il lui fallait 
cette sonorité assourdissante pour fixer l'attention et 
faire place à celui qui osa le pous.ser. 

Il demeure une des plus puissantes incarnations de 
l'artiste jeune, libre, novateur, incompressible, iné- 
branlable, inintimidable. Il se dégage comme un exem- 
ple et presque comme un symbole. 

Il soufirit. Oui. Il souffrit. Soit. Inutile de le plaindre. 
Il se glorifiait de son malheur. 

Comme l'ajoutait l'écrivain dont nous citions plus 
haut quelques lignes (*), il se livre en l'esprit de l'artiste 
nié par tous;, d'affreux combats où l'orgueil, la volonté, 
la pensée reçoivent des blessures. Manet connut ces. 
combats. Il persista pourtant; il fut victorieux de sa 
souff'rance, et, quoique blessé, marcha chaque jour 
vers une bataille nouvelle. Son œuvre d'artiste porte 
les marques d'études, de recherches, raconte des chan- 
gements intellectuels, des découvertes subites : on y 
chercherait en vain une concession. Même médaillé, 
même décoré, il restait l'insurgé; son dernier tableau 
eut, comme son premier, davantage même, le caractère 
d'une barncade artistique dressant un guidon de cou- 
leur fcanche. A-t-on dit cela chez ♦' le Père Lathuile? » 
C'est probable. C'est là la grandeur delà lutte soutenue 
par Manet et par les artistes et les écrivains avec 
lesquels il combattait; c'est là le souvenir de l'existence 
de cet opiniâtre qui doit sans cesse rester présent à 
l'esprit de ceux qui sont las de rabâcher les formules 
anciennes, de ceux qui veulent aujourd'hui, démain, 
sans cesse, découvrir du nouveau. 

Courage donc, ô nos jeunes, ô nos vaillants! Faites 
comme lui. Tombez comme lui, s'il le faut. Mais de 
meilleurs temps approchent. Votre nombre sans cesse 
croissant, et vos victoires, sont là pour l'attester. 
Bientôt vous serez les seuls. Les chiens vils qui vous 
pourchassent en sont à leurs dernières morsures. 



OBÉRON 



Ce qui fait le charme de la partition d'Obéroii^ c'est qu'elle est 
musicale dans toute la force du terme ; c'est que, depuis la pre- 



(^) Gustave Geffroy, de la Justice. 



K 




mièrc mesure de l'ouverture jusqu'à l'accord final, elle rcflèle 
avec une sensibililé exquise toutes les délicatesses d!une organi- 
sation artistique de premier ordre k laquelle rien n'a manqué, ni 
l'inspiralioni ni le goût, ni la modération, ni l'instinct des 
diverses voix dc' l'orchestre à employer pour donner, au moment 
voulu, l'effet juste. ^ 

Quand on songe qu'Ok'mi a été écrit il y a près de soixante 
ans, on s'étonne de sa fraîcheur. A part quelques formules, 
quelques tournures de phrases qui sont tombées dans le domaine 
public — la législation sur la propriété musicale a encore bien 
des lacunes! — rien n'a vieilli, et l'on "a écouté la musique de 
Weber.avec autant de plaisir, d'intérêt, et peut-être de curiosité, 
que s'il se fût agi d'un jeune compositeur de l'école française, de 
celle qui a riionopolisé la faveur. 

Le motif n'en est pas dilTicilc h découvrir. Avec les quelques 
vraies et durables gloires, Weber a tourné le dos aux sollicita- 
tions qui assiègent, dans les moments de crise, tout artistt;, le 
pressant de réaliser immédiatement en billon de popularité le 
•lingot que la postérité monnaiera en beaux louis neufs. 

Il a refusé d'écrire selon la mode. 

Il a noté ce que lui dictait, dans la fièvre de l'enfanlcment 
intellectuel, l'inspiration la plus mélodique qui fût. Il a, l'un des 
premiers, senti que la phrase musicale n'est qu'une traduction de 
la phrase poétique, qu'elle doit s'enlacer à elle, la soutenir, la 
faire valoir. Il a découvert qu'il y a dans la musique un coloris 
plus subtil, plus délicat que dans la peinture ; et son oreille, d'une 
acuité pénétrante, en a perçu les dégradations et les mystérieuses 
harmonies. Il a compris quel rôle doit jouer l'orchestre, cet élé- 
ment formidable dont les compositeurs en vogue, quand apparut 
la sereine figure de Weber, n'avaient pas soupçonné la puissance. 
Il a vu que c'était l'orcHestre qui, est le véritable lien qui main- 
tient toutes les parties du drame lyrique, en concentre l'intérêt, 
en groupe les idées saillantes et les met en relief. 

Ainsi, pressentant les traits caractéristiques d'un art nouveau 
qui devait atteindre longtemps après lui son apogée, Weber ne 
perpétua les traditions du passé que par la coupe des morceaux 
qu'il fit défiler un à un sous forme d'airs, de duos, de trijas. Il 
assit son art sur les principes solides de la théorie moderne du 
drame lyrique. Sa musique nous touche, parce qu'en l'écoutant 
nous nous sentons en communion d'idées avec le compositeur, 
dont l'idéal était semblable au nôtre. 

Comme on comprend l'admiration que professait Wagner k 
l'égard du Maître, et combien est vraie l'hérédité qu'il revendi- 
qua, avec autant de modestie que de légitime fierté, dans la 
célèbre lettre à Frédéric Villot qui résume sa profession de foi ! 

Si les moyens employés pour atteindre au but rêvé ont été 
différents, si Wagner a donné à sa pensée une expansion bien 
différente de celle de son prédécesseur, s'il développa et fit épa- 
nouir magnifiquement, en le dégageant de tout élément parasite, 
un art dont le germe se trouve dans la musique de W^eber, on 
peut affirmer que ces deux fleuves magnifiques ont une source 
unique et que sur une partie de leur parcours, ils ont coulé paral- 
lèlement. 

L'interprétation donnée par le théûtrc de la Monnaie de cette 
œuvre radieuse et charmante a été, sinon parfaite, du moins 
remarquable, et supérieure, dans l'ensemble, aux exécutions 
habituelles. Un seul des interprètes fait tache; c'es^ M. Rodier, 
absolument insuffisant, comme chanteur et comme acteur, dans 
le rôle d'Huon. M. Soulacroix joue avec gaîté le personnage de 



Sherasmin. MM. Guérin et Chapiiis s'en donnent à cœur joie de 
bouffonneries dans des rôles dont le compositeur a, heurëuser 
ment, fait des caricatures. Quant à Obéron, il est rqirésenté par 
M. Delaquerrière sans grand éclat, mais aussi sans faiblesse. 

Les trois interprêtes féminins sont charmants. M»'« Dosman 
entadre sa voix très pure d'un chatoyant costume. M"« Des- 
champs, dans le rôle de Puck, a remporté un suc?.ès de bon aloi.' 
L'adorable mélodie qu'elle chapte tandis que se déroule le pano- « 
rama des côtes d'Afrique a été dite avec tant de- style, de sentir 
ment et d'une voix si pure, que deux rappels ont récomposé l'ar- 
tiste. Elle en était ravie. « Enfoncé, le panorama ! » disait-elle 
en rentrant dans les coulisses. C'a été le mot de la soirée. 

Enfin M"« Legault a complété cet excellent ensemble par 
l'appoint de sa grâce aimable. Chargée du rôle un peu effacé de 
Fatime, elle en a tiré d'excellents effets, sans marcher sur les 
plates bandes de. ses camarades. Elle s'est fait un joli petit succès 
des deux airs qu'elle chanté d'une voix posée, avec beaucoup de 
goût, sans forcer le ton, et avec un scrupuleux respect de la pen- 
sée du maître. 



ESPOSICION LITERARIO-ARTISTICA A MADRID 

Nous recevons d'un artiste, de passage à Madrid, des notes sur 
une exposition actuellement ouverte en cette ville. Nous les 
publions dans leur forme pittoresque, sans les modifier. 

Le musée du Prado, la meilleure collection des chefs-d'œuvre de 
Velazquez, ile Ribera, du Oreco (un artiste qui n'est connu qu'au 
Prado et à Tolède), n'a rien inspiré aux jeunes peintres de Madrid. 
Ceux-ci ont l'air de ne pas comprendre les maîtres espagnols : on 
peut dire qu'il n'y a en Espagne pas un seul peintre. Il n'y a dans 
tous les cas chez aucun d'eux la moindre tendance vers l'art jeune. 
Au musée du Prado, n'a t-on pas eu l'audace d'ouvrir une galerie de 
peinture moderne pleine de choses horribles qui ne contient que 
trois bons tableaux: un magnifique Rosales, artiste mort très jeune; 
-^un tableau d'histoire par Pradilla, et un autre par Sala. Mais arrivons 
à l'exposition qui nous occupe, l'esposicwn Uterario-artistica, 
située en face de la jjromenade El Hetiro. Comme il ne faut pas être 
critique d'art pour j'iger une exposition de croûtes, je vais être 
sincère et 'faire comme peintre une comparaison, la plus juste pos- 
sible, entre les moins mauvais (très forts pour la presse espagnole) 
et quelques peintres connus en Belgique. 

D'abord, aucune idée de la réalité ni de la peinture sur place. L'on 
voit toujours l'atelier, mais l'atelier à travers une routine très bien 
apprise par cœur et créée par Fortuny. Pas. de personnalité. Toujours 
le même bleu cru, comme s'il était fait avec la même palette, mis 
«ocomme fond conventionnel dans les portraits et comme ciel dans les 
paysages. 

Sur" ce sale bleu, on trouve quelquefois de petits nuages : on 
dirait des morceaux de papier plus ou moins blancs coupés sur des 
formes assez drôles et collés sur la toile. Pas la moindre préoccupation 
de l'air. Je crois qu'ils ont raison, cela doit être très commode. 

Un portrait de Wagner, d'après celui connu par tout le monde ; le 
profil et le béret illuminés par vm fond vert; un vrai portrait après 
décès fait par un amateur. Mais le plus triste, c'est qu'il y en a par 
centaines, de ces portraits-là ! 

Alors on songe à Herbo, et l'on admire, par comparaison, la 
largeur de sa facture, la couleur nature de ses chairs ! 

Différents portraits, très flattés, de la famille royale d'Espagne, 
d'après des photographies, et dessinés avec une petitesse exagérée. Si 
vous mettez Van Beers à côté de ces chromos, vous vous direz qu'au 
regaril des Espagnols, ce Flamand n'a pas poussé assez loin sa minutie î , 



r\ 




peux ou tVois batailles; mais clans ce genre, je ne. connais eu 
Belgique que Van Severdoiick, et comme celui-ci est un colosse à 
côté (les peintres militaires espagnols, je ne trouve pas de |)oint do 
comparaison. Il y aussi Ferez Rubio, un artiste qui tripote dans un 
sirop dont Vandèu Bussche serait jaloux. 

Toute une salle d'assiettes peintes, dignes d'un concours organisé 
dans un pensionnat de demoiselles^et très bien encadrées avec le 
velours rouge qu'alï'eclioniie Ilerbo. D'autres dessinées avec de la 
fumée. 

Des éventails portant diverses variétés de cocottes, et sans !<> 
moindre goût artistique. 

I.'u grand tableau ([ui représente \mC femnie couchée sur un 
coquillage, peinture de parfumeur, avec l'éternel bleu dajis le 
'fond _ " 

Quelques mauvaises copies de vierges de Murillo. 

l'n de mes bons amis, que'dans le temps je croyais fort, expose des 
fleurs sur le fameux bleu eu question. Malheureux ! Il est perdu. 

C'est dommage, je l'aimais bien. Cet été, j"ai vu des fleurs de 
Capeinick. Pas moyen de les comparer; le flamand paraît un révolu- 
tionnaire, iielas !.... ' 

Plu.'^ieurs tableaux d'une coloration estampe, dans le genre du 
Mf triage de l'cmoii. 

Dans les potits tableaux, F'ortuny domine, c'est à dire un tas do 
peintres qui ressemblent à Galofre, déjà connu au C'erde de 
Bruxelles. Ici on trouve cela épatant. > 

Le j)lus fort de celte engeance, Moreuo Carbonero, a un petit 
tal)leau avec deux tigures microscopiques costumées à la Meissonier, 
le ciel toujours cru et le tout absolument faux. Un autre, Casanova, 
connu à Paris par ses moines et ses, manolaSy arrive avec une série 
dechromolithograpliies. QuantàVillegas, un peintre qui a beaucoup 
vendu à Rome, c'est du Fortuny craché, pas seulement comrr>je 
procodé et comme couleur, mais comme sujets, figures, costumes et 
poses. " 

En ce qui concerne les peintres de marine, je n'ai qu'un mot à 
dire, mais il est amu.sant : feu Francia était' un réaliste, et il ferait 
très bien dans cette exposition. Ceux-ci, par exemple, vendent 
|)lus cher; ils demandent 2000 f». pour une petite marine inférieure 
à celles de Francia. 

Pour les aquarelles, ils sont plus forts Ils ressemblent aux italiens, 
quoiqu'on voie toujours chez eux l'influence de Fortuny. Citons 
aussi quelques gravures de Pradilla et Dominguez, illustrations 
artistiques des œuvres de Nunez de Arce, un bon poète espagnol. 

Tout cela mêlé avec une exposition de marchands de tout. Entre 
les tableaux, on voit des chromos qui représentent des modèles de 
voitures de la Maison du Roi Alfonso XII. Difl'érents libraires 
exjxisent, dans les salles de peinture, des livres bien reliés, des enve- 
loppes, du papier à écrire, des vignettes annonçant les foires, les 
fêtes, les courses de taureaux, les fameuses bodegas, les établisse- 
mei.ts de bains! Dçs cartes géographiques, des lithographies et 
estampes rejjrésentant les cathédrales et monuments à remarquer 
on Espagne, et enfin plusieurs étiquettes et images servant de 
réclames pour annoncer les principales fabriques ou dépôts du pays 
et de l'étranger, alternent avec les tableaux et les aquarelles. Enfin 
un grand étalage d'un marchand de couleurs, avec les tubes des 
fabriques Lefranc, Mommen et Schônfeld de DusseldoriT, toiles, 
brosses et tout le bazar complet. Mais je finis ici car un employé 
qui me voit écrire ces notes me dit qu'il est défendu de voler les 
idées à ce§ peintres admirables^ et il me prie de lui acheter un 
cahier, qui vient de Paris, dont le titre en français est Le maître 
dessinateur, méthode progressive pour apprendre à faire des yeux, 
des nez, des bouches, etc., et rornement. Ceci", c'était le bouquet, et 
je me suis sauvé. 

,, Dario. 



BONINGTON JUGE PAR EUGÈNE DEIACR0IX (*) 



K 



A M. Th. THORÉ 



Chainprosay, par Draveil (Seine et Oise), ce 30 novembre 1S61. 

Mon Cher Ami, 

Je ne reçois que tardivement et à la campagne la lettre où 
vous me demandez des détails .<?ur Boninglon : je vous envoie 
avec plaisir le peu de renseignements qu€ je possède. 

Je l'ai beaucoup connu et je l'aimais beaucoup. Son sang-froid 
hrjtiinniqiie, qui était impcrlurbable, ne lui ôtail aucune des 
(jualités qui rendent la vie aimable. Quand il m'est arrivé de le 
rencontrer j)Our la première fois, j'é'ais moi-mêm'e fort jeune et 
je faisais des études dans la galerie du Louvre : c'était vers 
18i6 ou 17. Je voyais un grand adolescent, en veste courte, qui 
faisait, lui aussi et silencieusement, des éludes à l'aquarelle, . 
en géiiéral, d'après des paysages flamands. Il avait déjà, dans ce 
genre, qui, dans ce lemps-ià, était une nouveauté anglaise, une 
habileté surprenante. 

Peu de temps après, je voyais chez vSchrolb, qui venait d'ou- 
vrir une bouli(jue de dessins et de petits tableaux (la première, 
j'^ crois, qui se soit établie), des aquarelles charmantes de cou- 
leur et de composition. 

Il y avait déjà tout le charme qui fait son mérite à part. 

A mon avis, on -peut trouver dans d'autres artistes modernes 
des qualités de force ou d'exactitude dans le rendu supérieures h 
celles des tableaux de Boninglon, mais personne, dans celle école 
moderne, et peut-être avant Iw, n'a possédé cette légèreté dans 
l'exécution, qui, particulièrement dans l'aquarelle, fait de ses 
ouvrages des espèces de diamants dont l'œil est flatté et ravi, 
indépendamment de tout sujet et de louie imitation. 

Il était à cette époque (vers 4820) chez Gros, oii je crois qu'il 
ne resta pas longtemps ; Gros lui-même lui conseilla de se livrer 
tout à -fait à son talent qu'il admirait déjà. A cette époque, il ne 
faisait point de tableaux à l'huile et les premiers qu'il fit furent 
des marines : celles de ce temps sont reconnaissables à un grand 
empalement. Il renonça depuis à cet excès : ce fut particulière- 
mont quand il se mil à faire des sujets de personnages dans 
lesquels le costume joue un grand rôle : ce fui vers 1824 
ou 1825. ' \ 

Nous nous rencontrâmes m 1825, en Angleterre, et nous 
faisions ensemble des études chez un célèbre antiquaire anglais, 
le docteur Meyrick, qui possédait la plus belle collection 
d'armures qui ail peut-être existé. 

Nous nous liâmes beaucoup dans ce voyage, et quand nous 
fûmes de retour à Paris, nous iravaillâmeâ ensemble, pendant 
quelque temps, dans mon atelier. 

Je ne pouvais me lasser d'admirer sa merveilleuse entente de 
l'effet et la faciPilé de son exécution; non qu'il se conteniât 
pponiptemenl ; au contraire, il refaisait fréquemment des mor- 
ceaux entièrement achevés et qui nous paraissaient merveilleux; 
mais son habileté, était telle qu'il retrouvait à l'instant, sous sa 
brossé de nouveaux effets aussi charmants que les premiers. 



(') Cette lettre importante a été publiée par W. Bflrger, dari.s la Notice <iu'il 
a consaci'te à R.-P. Bonington, dans l'/Z/s/o/ve lU-a Peinlrca de toutes /<s 
Ecoleii. 



\ 



l 




11 lirait parti de toutes sortes de détails qu'il avait trouvés chez ' 
des maîtres et lea ajustait avec une grande adresse, dans .sa 
composition. On y voit des figures prcsqu'entièrement prises 
dans les tableaux que tout le monde avait sous les yeux et il ne s'en 
inquiétait nullement. Cette habitude n'ôle rien au mérite de ses 
ouvrages ; ces détails, pris siir le vif pour ainsi dire et qu'il 
s'appropriait (il s'agit surtout de costumes) augmentaient l'air de 
vérité de ses personnages et né sentaient jamais le pastiche. 

Sur la fin de celle vie si tôt éteinte, il sembla atteint de 
tristesse et parliculièremcnl h cause de l'ambition qu'il se sentait 
de taire de la peinture en grand. Il ne fit pourtant aucune tenta- 
tive, que je sache, pour agrandir notablement le cadre de ses 
tableaux; cependant ceux où les personnages sont le plus grands 
datent de cette époque, notamment le. Henri III ^ que l'on a vu 
l'an dernier exposé au boulevard, et qui est un de ses derniers. 

Nous l'aimions tous. Je lui disais quelquefois : — Vous êtes 
roi dans votre domaine et Raphaël n'eût pas fait ce que vous 
faites. Ne vous inquiétez pas des qualités des autres, ni des pro- 
portions de leurs tableaux, puisque les vôtres sont des chefs- 
d'œuvre. . <» . — 

11 avait fait, quelque temps auparavant, des vues de Paris qiie 
j^ ne me rap[)elle pas et qui étaient, je crois, pour des éditeurs : 
je n'en parle <|ue pour mentionner le moyen qu'il avait imaginé 
pour faire ses études d'après nature el sans être troublé pïff les 
passants. 

Il s'installait dans un cabriolet et travaillait là aussi longtemps 
qu'il voulait. 

Il mourut en 1828. Que de charmants ouvrages dans une si 
courte carrière! J'appris tout à coup qu'il était attaqué d'une 
maladie de poitrine qui prenait une tournure dangereuse. Il était 
grand et fort en apparence el nous apprîmes sa mort avec autant 
de surprise que de chagrin. Il était allé mourir en Angleterre. 11 
était né à Notlingham. Il n'avait, à sa mort, que vingt-cinq ou 
viniît-six ans. 

En 1837, un .M, Drovvn, de Bordeaux, vendit une magnifique 
collection d'aquarelles de Boninglon; je ne crois pas qu'il soil 
possible de rencontrer jamais l'équivalent de cette splendide 
n'union. Il y en avait de toutes les époques de son talent, mais 
particulièrement du dernier temps, qui est le meilleur. Ces 
ouvrages se payaient alors des prix élevés ; de son vivant, il 
vendait tous les ouvrages; mais il ne les a jamais vus monter à 
ces prix énormes que, pour ma part, je trouve légitimes, el la 
juste estimation d'un talent si rare el si exquis. 

Mon cher ami, vous m'avez donné l'occasion de me rappeler 
des moments heureux et d'honorer la mémoire d'un homme que 
j'aimais el (lue j'admirais. - 

J'en suis d'autant plus heureux que l'on a essayé de le 
rabaisser, et qu'il est, à mes yeux, très supérieur à la plupart de 
ceux qu'on a cherché à lui faire préférer. Tenez la balance entre 
mes prédilections et ces attaquwL 

Mettez, ^i vous voulez, sur 16 c^ohmte de mes vieux souvenirs 
et de mon amitié pour Bonington ce qu'on serait tenté de trouver 
partial dans ces notes... 

E. Delacroix. 



Î^TRENNE3 MU3ICALE3 

Avec les calendriers chromolithographies, avec les jardinières 
dorées emplies de violettes, avec les sachets de pralines en soie rose, 
les boîtes de dragées en laque du Japon, les caisses de fruits confits, 
les coupes de faïence bourrées de fondants, avec tout le frivole cor- 
tège rangé en bataille, au premier jour de l'an, derrière les glaces 
des vitrines, apparaissent dans leur couverture paille, hieu d'azur 
ou vert d'eau les caprices, berceuses, barcarolles. fantaisies et 
gavottes qui répandent la sérénité dans les pensionnats de jeunes 
filles. . . ■ 

Il en est de « difficulté moyenne « et de « frrande difficulté -. Mais 
leur air de lamijle, Xewv caractèriste. comme dit RafTaëlli, est le lieu 
commun. En fuyant la banalité, leurs auteurs risqueraient de ne pas 
les plaçai- ; hypothèse redoutable ! 

Les premiers jours de cette année en ont vu éclore, comme de 
coutume, un nombre respecîtahle, k classer, dans la littérature musi- 
cale, au rann' des romans de Goorfres Ohnet. 

Signalons-en quelques unes, puisqu'il y a des p-ens qui achètent 
les calendriers et qui lisent les romans de Geoi-o'es Ohnet. 

La deuxième édition d'un Chanf dn soir pour piano, de M. Alexis 
Ermel, et, du même auteur, un Conte .oriental 'et une suite d'7m- 
prominus- Valses intitulée t les Soirées de Bruxelles (pour faire 
suite, probablement, aux Soirées de Viemie, de Liszt). M. Ermel 
connaît fort bien l'instrument pour lequel il écrit et quelques pas- 
sages -bien venus dénotent une întellirrence musicale supérieure aux 
inspirations quelconques qu'il jette dans la circulation à. la suite des 
Cascades de roses. Pluies de perles ei Rosées j)rintaniéres qui inon- 
dent les étalafres. 

De M. \V©uters, un Moment miisical, dont le prenaier mouvement 
indique un progrès sur ses précédentes élucubrations.^ 

Une Elégie, comme toutes les" élégies, et une Valse, la première 
venue, de M. Louis Maes. De M. Maurice Koetlitz. une Barcarolle 
et un Landler pas trop mal. Un menuet de Mi-Carl Chesheau, inti- 
tulé : Diane chasseresse ,\\iTe prétentieux souligné par une image non 
moins prétentieuse sur la couverture. La Belle hongroise et Sty- 
rienne, par M -Henri Van Gael. Passons. Une Gavotte hollandaise. 
de M Wolf. combinaison ingénieuse des diverses gavottes stépha- 
uisées dans les « soirées de musique « par les pensionnaires 

Pour le violon, une Petite berceuse, très facile, par M. Herrinânn. 

Pour chant, une Chanson d'avril a deux voix, œuvre posthume de 
Guillaume Meyune dont nous avons annoncé la mort, l'un des mieux 
doués de nos jeunes compositeurs. Puis, Quatre ynélodies de 
M. Ch. Mêlant, les trois premières sérieuses, la quatrième : «♦ On 
n'entre pas Monsieur l'abbé ", frisant la chansonnette. 

Toutes ces œuvrettes ont le mérite d'être gravées et imprimées 
d'une façon remarquable. La maison Bertram, qui les édite, la plus 
jeune des maisons de ce genre, a prouvé qu'elle n'a rien à envier à 
"^es grandes rivales sous le rapport du soin apporté à ses publica- 
tions. 



yHÉ 



EATRE3 



TfiÉATRK MoLii-:RK. — M. Larav t^mino ce soir la brillante 
série de ses re[>réseulations. Il demeure le l>;igiirdère le plus 
romaïUique, le plus fier et le plus intéressant (jue le ihéàtre ait 
vu. Nul mieux que lui ne fait résonner les périodes sonores du 
Bossu ^ n'exprime avec plus de feu el d'imagination le personnage 
légendaire qui a consacré sa réputation. 

Demain commenceront les représenlations de FercoL comédie 
en 4 actes de Sardou. Samedi prochain,rfau bénéfice de M"* Mural, 




\" rôle, Lés Femmes fortes y comédie en 3 actes de Sardou et 
Un rival pour rire^ un acte de Gronel d'Ancourl. 

La roprésenlation de demain sera donncîc au bénéfice de 
M. Hems. 

Théâtre de l'Algazar. — C'est hier qu'on a dû jouer VElu- 
dianl pauvre^ arrivé, après des avenlures diverses, à monter sur 
la scène. Nous disons quVw a du, parce que la direction fantai- 
siste de l'Alcazar nous a liabilué k tant de surprises que rien n'est 
plus"problémaliquc qu'une première représentation k ce théâtre 
et qu'il faut toujours, quand on s'y rend, avoir formé un plan 
subsidiaire de l'emploi de sa soirée, le fait de trouver porte 
close et une bande sur les attiches étant fréquent. 

L"lit?ure de notre tirage ne nous permet pas de vérifier si, 
celte fois, VEtudiant pauvre s'e^i montré autre part qu'au Palais 
de justice. . 

Théâtre du Parc. ~ M. Candeilfi annonce pour vendredi 
prochain la première de La Camaraderie. 



j^HRQNIQUZ: JUpiCIAIRE DE^ /RT^ 

L'Art Moderne a relaté le procès intenté par M. John Wilsou à 
M. 'Moule, son ancien secrétaire, et à M. Gauchez, expert en 
tableaux (*). 

M. Wilson. les accusait tous deux de manœuvres dolosives lui 
ayant porté préjudice, et avait obtenu contre eux un jugement de 
condamnation du tribunal de la Seine. 

La Cour d'appel vient de réformer le jugement, en décidant que 
M. Wilson n'a pas été trompé sur la qualité des tableaux que lui 
avait livrés M. Moule, et, quant à M. Gauchez, qu'il n'est pour rien 
dans le marché conclu par M. Moule avec M. Wilson. 

Voici les principaux considérants de cette importante décision : 

Sur l'appel des héritiers Wilson : 

Considérant que le défunt Wilson n'a pas été trompé sur les 
qualités substantielles des trois tableaux que Moiile lui a livrés 
comme étant de Van Ostade, de Teniers, et de Gornélis Dusart; 
Oue rauthenticité de ces tableaux n'est {wint contestée; Que, quant, 
à leur valeur vénale, elle était incertaine comme celle de tous les 
objets d'art, dont le haut prix dépend d'une vogue capricieuse et des 
circonstances très variables dans lesquelles la convoitise des ama- 
teurs est mise en éveil et parfois surexcitée; Qu'eût-il été vrai que 
les tableaux dont s'agit étaient envoyés d'Angleterre, ainsi que 
Moule l'a dit niensongèrement à Wilson, leur valeur pécuniaire 
'n'aurait été ni plus grande ni mieux assurée; Que, très habitué à 
juger par lui-même du mérite des peintures dont il avait réuni une 
collection de premier ordre, Wilson a traité en parfaite connais- 
sance des tableaux eux-mêmes ; Qu'il est dont indifférent que Moule 
l'ait abusé sur la provenance de ces tableaux pour ne point lui per- 
mettre de constater les prix des précédentes ventes; Qu'en cet état, 
l'appel incident des héritiers Wilson n'est point justifié; Que la 
décision des premiers juges doit donc être confirmée purement et 
simplement eu égard à Moule, lequel n'en a point relevé appel. 

Sur l'appel de Gauchez : 

Considérant que ce dernier n'a pris aucune i)art aux transactions 
intervenues entre Moule et Wilson, soit pour l'engagement, soit 
pour l'achat des tableaux dont il s'agit ; Que, chargé par des tiers 
de réaliser la vente de ces tableaux })0ur une somme ferme de 
20,000 fr., Gauchez a fait tin acte licite et ordinaire de son négoce 
en donnant à Moule la commission de trouver acheteur à la condi- 



tion de partager avec lui la prime qu'il pourrait obtenir en sus du 
prix fixé par les propriétaires à 20,000 fr. ; 

Considérant qu'il n'est point établi qu'en s'adréssant ^ Moule,^ 
Gauchez ait su ni prévu que les efforts de celui-ci tendraient spécia- 
lement à conclure l'affaire avec le défunt Wilson; Que le contraire 
seurble même résulter de ce fait qu^e Moule a commencé par offrir le 
marché à une autre personne, le sieur Pillet ; 

Considérant que, à supposer que-Moule ait eu recours ensuite à 
des artifices plus ou moins blâmables dans le but de circonvenir 
Wilson et de l'amener, à ses fins, il n'est point établi par les débats 
que Gauchez ait trempé dans ces manœuvres, ni qu'il les ait prépa- 
rées et concertées avec son courtier ; 

Considérant que, consulté par Wilson sur le prix que pourraient 
atteindre ses trois peintures, Gauchez n'était nullement tenu de lui 
révéler les conditions dans lesquelles il s'était précédemment occupé 
de ces mêmes peintures et l'intérêt personnel qu'il avait à leur pla- 
cement; Que rien n'eût été plus contraire aux habitudes du com- 
merce dont Gauchez faisait ouvertement profession : 

Considérant que, dans tous les cas, lés documents du procès ne 
fournissent point la preuve que Wilson ait adressé cette interpel- 
lation à Gauchez avant de s'être rendu, soit gagiste, soitjicquéreur 
des trois tableaux; Que, sans doute. Moule l'a déclaré dans son 
interrogatoire sur faits et articles, mais, qu'en fait, son témoignage 
est des plus suspects; Qu'en droit, les réponses d'un défendeur ne 
font point foi contre les autres et ne peuvent leur être opposées 
comme contenant l'expression de la vérité ; < - 

Considérant, d'autre part, que l'action exercée contre Gauchez ne 
lui a pas causé d'autre dommage que les dépens auxquels il a été 
condamné ; 

Par ces motifs: 

Met l'appellation incidente des héritiers Wilson à néant ; Dit et 
déclare les dits héritiers W^ilson mal fondés en leurs conclusions 
d'appel incident, les. en déboute, etc. 



Voir l'A /•< Moderne 18*^3, p. 2Sd. 



MEMENTO DES EXPOSITISNS ET CONCOURS 

Anvers. — Exposition universelle. Mai à octobre 1885. 

AxvERs. — Salon des refusés et exposition des artistes indépen- 
dant», ouverture en mai. Pour tous renseignements s'adresser au 
secrétoire du Cercle des artistes indépendants^ 1, rue de l'Anjgle, 
Bruxelles. 

Janvier 1885. — Bruxelles. — Deuxième exposition des XX. 
(Limitée aux membres du Cercle et aux artistes spécialement invités). 
l**" Février 1885. — Troisième exposition de Blanc et Noir de 
l'Essor. (Limitée aux membres du Cercle). Mai 1885 — Exposition 
historique de gravure, par le Cercle des aquarellistes et aquafortistes. 
Mai 1885; 

Glasgow. — Institut des Beau^-Arts (24e exposition). Ouverture 
3 février 1885. Fermeture fin d'avril. — S'adresser à M. Robert 
Walker, secrétaire de l'Institut, à Glascov^^. 

> . ■ 

Londres. — Expostion niternationale d'instruments de musique. 
Ouverture en mai 1885, à South- Kensington. Cette deuxième divi- 
sion comporte trois groupes : 1" Instruments de musique construits 
ou en usage depuis 1800; 2° gravure et impression de la musique ; 
3" collections historiques. 

Id. — Du 31 mars à la fin de septembre exposition internationale 
et tiniverselle d'Alexandra-Palace, comprenant notamment les arts 
et métiers, et une exposition dé tableaux et objets d'art représentant 
les principales écoles du continent. 

Nuremberg. — Exposition internationale d'orfèvrerie, de joaille- 
rie, de bronzes, etc. Du 15 juin au 30 septembre 1885. 




Paris. — Salon de 1885. — !<"" mai au 30 juin 1885. — Peinture, 
. dessins, etc. Dépôt des ouvrages au Palais des Champs-Elysées, du 
5 au 14 mars. Vote, le mercredi 18 mars, de 9 h. à 4 h. — Sculp- 
ture, Gravure en méd. et sur p. f. Dépôt du 21 mars au 2 avril. 
Vote, le mardi 7 avril, de 10 à 4 h. — Architecture. Dépôt du 2 au 
5 avril. Vote, le mardi 7 avril, de 10 à 4 h. — Gravure et Lithogra- 
phie. Dépôt, du 2 au 5 avril. Vo-te, le lundi 6 avril, de 10 à 4 h. 

Rome. — Exposition organisée par la Société des Amatori e ciiltori 
di Belli arti. Ouverture 1»' février. 

La Haye. — Concours pour l'érection d'une statue à Hugo Gro- 
tius. 

MoNTÉvroÉo. — Concours pour la statue- du général Artigas 
S'adresser à la légation de l'Uruguay, 4, rue Logelbach, à Paris. 

RiciiMOND (Virginie). — Concours pour un monument à Robert 
Lee, jusqu'au l"'" mai 1885. 

Vienne. — Concours pour l'érection d'un monument à Mozart. 



pETITE CHROJ^iqUE 



Contrairement à ce qui a été annoncé par un journal bruxellois, 
c'est le 1er février, et non le 15, que s'ouvrira le Salon des XX. Le 
nombre considérable de tableaux qu'enverront à cette exposition les 
artistes invités a obligé les XX à demander au gouvernement la 
disposition d'une des grandes galeries du premier étage du Palais 
des Beaux-Arts, les salles qui leur avaient été octroyées l'an dernier 
étant insuffisantes. Cette disposition vient de leur être donnée. 

De même que l'année passée, il y aura des conférences pendant 
l'exposition. On annonce déjà une conférence destinée à faire du 
bruit, qui sera faite, au début du Salon, par M. Raffaëlli, l'im- 
pressionniste parisien. . 

VEssor a ouvert hier, dans les deux salles du Nord du Palais des 
Beaux-Arts, sa neuvième exposition annuelle. Elle comprend environ 
deux cents tableaux et sculptures. Elle est ouverte gratuitement au 
public tous les jours de 10 à 4 heures. Les billets de la tombola 
coûtent cinquante centimes le numéro. A dimanche notre apprécia- 
tion. 

^ On nous écrit de Liège, au sujet du concert de musique russe dont 
nous avons publié le programme et qui a eu lieu mercredi dernier : 

On n'avait pu faire malheureusement que trois o.u quatre répéti- 
tions, et pour cette petite somme d'études, l'exécution a été relative- 
ment bonne, quoique manquant un peu de précision et surtout 
de finesse dans les nuances, qui fout presque tout le charme de cette 
musique. 

Thomson a été absolument remarquable. Il a joué la suite de Cui 
avec une grande simplicité et un grand sentiment ; M'"^ la b«>mtesse 
de Merçy-Argenteau, qui accompagnait, a convenablement tenu sa 
partie, sans cependant qu'il y ait rien de remarquable dans son jeu. 
On lui a fait naturellemeat un très grand succès. 

M'^é Bégond, l'ex-pensionnaire de la Monnaie, a remporté aussi 
un triomphe, difficile à justifier, car elle n'a réellement pas une voix 
suffisante ni surtout le sentiment assez artistique pour bien inter- 
j)rèter ces mélodies. Elle a été forcée de chanter unX^orceau qui 
n'était pas au programme : La belle au bois dormant, de Borodine, 
une chose charmante. 

Malheureusement, M. Byrom, indisposé, a été remplacé au der- 
nier moment par M. Ramioul, qui n'a pas été à la hauteur de la situa- 
tion. 

La grande majorité du public a semblé s'intéresser vivement à 
cette musique. Quelques auditeurs trouvaient toutefois que ce 
n'était pas assez russe ; ils s'attendaient probablement à entendre 



des choses absolument invraisemblables. Ils auront été satisfaits de 
la Fantaisie serbe: on les entendait murmurer, quand arrivaieiTl 
les cbiips de grosse caisse et de cymbale : - A la. bonne heure, cela 
au moins, c'est serbe! » . ' 

Nos artistes a l'étranger. — Les journaux d'Aix-la-Chapelïe, 
que nous avons sous les yeux, sont unanimes dans l'éloge qu'ils 
font d'un de^ nos jeunes violoncelliste!^, M. Bouserez, qui s'est fait 
entendre récemment dans cette ville. Ils vantent la sûreté de ison 
mécanisme* l'élégance de sOn jeu et sa sonorité agréable et claire. 
C'est dans l'interprétation, dun Concertstûck et d'une Fantaisie 
caractéristique de Servais, — œuvres de peu de valeur musicale, 
dit la Qegemoart, mais propres à faire ressortier les mérites de 
l'exécutant — et dans celle d'une Romance de Popper que M. jBouserez 
a recueilli ces succès. 

Le jeune artiste a été attaché en qualité de soliste à l'orchestre 
Bilse, de Berlin, r.uquel la Belgique a fourni déjà plusieurs musi- 
ciens de valeur : nous citerons entre autres MM. Baudot, violoniste, 
et Liégeois, violoncelliste. A vingt quatre ans, il est déjà considéré 
en Allemagne comme un artiste de sérieuse valeur, auquel s'ouvre 
un hel avenir. 

On nous écrit de Glasgow que M. Franz Rummel y a remporté 
un légitime succès dans l'interprétation du concerto {rai bémol) de 
Liszt, de la Fantaisie chrom,atique de fugue 'de Bach et de deux 
morceaux de Chopin. « Il joué, dit notre correspondant, avec une 
vigueur et une ardeur extraordinaires et avec une délicatesse de 
toucher et une finesse de sentiment qui ne tombent jamais dans les 
banalités du sentimentalisme »♦. 



Le deuxième concert populaire aura lieu aujourd'hui, à 1 h. 1/2, 
au théâtre de la Monnaie, avec le concours de M. Pablo de Sarasate. 
L'éminent «artiste jouera le concerto de Mendelssohn et, celui 
d'Emile Bernard (l»"* exécution) Enfin, V Introduction et Rondo 
capriccioso de Saiut-Saëns, que celui-ci lui a dédié, 

L'orchestre interprétera pour la première fois la. Suite n° 2 de 
Tschàikowski, le Scherzo de la Suite en ut 7najeur de Raïï et, pour 
finir, l'ouverture d'Eléonore de Beethoven. 



Les journaux de Mons font l'éloge delà matinée musicale on'ganisée 
par le directeur du conservatoire de cette ville à l'occasion de la 
distribution des prix. 

L'ouverture d'Egmont, dit la Tribune, a été nuancée et fouillée 
dans tous ses détails par des artistes qui comprennent la grande 
musique de Beethoven, la plus classique entre les plus classiques. 

Les deux compositions de M. Jean Vauden Eeden, qui ont suivi, 
ont un caractère plus romantique, sans néanmoins s'écarter des 
grandes lignes. <«' 

ha Danse des Esclaves, si bien orchestrée, a surtout ce caractère. 
On est frappé de la conception de cette danse pittoresque tant le 
trait va droit au but, tant est saisissante la teinte de rêverie ré- 
"•j)aiidue sur la gaîté mélangée de tristesse de ces esclaves qui, même 
au milieu de leurs ébats, ne peuvent oublier qu'ils sont esclaves- 
parce qiie leurs chaîhes dansent avec eux. 

La Marche triomphale a la vaste envergure qui convient à la 
solennité du sujet : c'est l'ivresse, l'orgueil et l'enthousiasme du 
triomphe qui éclate et ne s'apaise que pour se raviver et éclater 
avec une force nouvelle. 

Après l'exécution — irréprochable — de ses deux poèmes, le 
compositeur à été salué de sincères applaudissements partis de tous 
les points de la salle. 

Voici le programme du concert que donnera, ainsi que nous 
l'avons annoncé, le 17 janvier, à la Grande harmonie, M. Joseph 
Wieniawski : • . ^ 

Une Sonate à deux pianos, de Mozart, dans laquelle une des 



C\v 



16 



UART MODERNE 



élèves de M Wieniawski, M"« Merck, lui donnera la répliqua; 
quatre pièces de Chopin (Nocturne en sol majeur, polonaise en 
fadièze mineur, valse op. 42 et Scherzo dranriatique op. 31); cinq 
OMiVres' de M. Wieniawski, dont, deux mélodies chantées par 
M. Moyaérts. Pour finir, du Wa},'ner : la transcription de Tausig 
<le la Chetanchéedes WaUyries, le cortège nuptia' de Lphengrin et 
la marche de Tannhaûser, ces deux dernières œuvres transcrites 
l)ar Liszt. , » * . 

On le' voit, c'est un programme alléchant et plein de promesses. 

Les miûoni^es sont reçues au bureau dicjourtial^ 
20, rue de V Industrie, à Bruxelles. 



NOUVEAUTÉS MUSICALES 

POUR PIANO 

Iluberti, G. Trois morceaux : N° i. Etude rhythmiquç, 2 fr. — 
N" 2. Historiette, 2 fr. - N» 3. Val.se lente, fr L75, 

Kowalaki. Op. 44. Autour de mon Glocîher, 2 fr. — Op. 45. Illu- 
sions et Chimères, 2 fr. -- Op. 48. Tambour battant, 2 fr. 

Smith S. 0\> 185 Notre-Dame, Chant religieux, 2 fr. — Op. 19L 
La mer calme. Deuxième barcaroUe, 2 fr. — Op. 192 Styrienne, 
2 fr. — Op. 193. Marguerite, 2 fr. — Op. 194. La fée de Ondes, 2 fr. 

Wieniawski: Jos Op. 39. Six pièces romantiques : Cah, L Idylle, 
Evocation, Jeux de fées, 3 fr. — Cah. II. Ballade, Elégie, Scène 
rustique, 3 fr. — Op. 4! Mazourka de concert, fr. 2.50. 



MUSIQUE POUR CHANT 



G 



Bach. Six chorals pour choeurs mixtes par Mertens. La partition, 
1 franc. 

Hremer A. Sonne mon tambourin, pour chant, violon ou violon- 
celle et piano, 3 fr. — Hymne à Cerès, pour baryton ou mezzo- 
sQprano et chœur pour 3 voix de femmes, 2 fr. 
' RigcL^JEr^ Quatre Chœurs pour voix de femmes avec accompagne- 
ment de piano à 4 maius : No 1. Fête villageoise, la partition, 
fr 2.50. - N« 2. Les Vendangeuse, la partition, fr. 2.50. — N^ 3. 
Sous les Bois, la partition, fr. 2 50. — N" 4. La Paix, la partition, 
fr. 3.50. ^ - • 

-SCHOTT Frères, Editeurs de Musique 

BRUXELLES, BUE DuQUKSNOY, 3». 
Maison principale MONTAGNE DE LA COUR, 82 



^ VIENT DE PARAITRE CHEZ 

BREITKOPF & HÀRTEL 

ÉDITEURS DE MUSIQUE 

BRUXELLES, 41, MONTAGNE DE LA COUR 

par Hermann DEITERS . 

[Esquisse bihliographique. Analyse succincte de ses compositions) 
TRADUIT DK-I/ALLKMAND PAR M- H. FR. 

Prix 2 fr. 50 



Toutes les œuvres de Brahin.s, ainsi qu'un choix de bons portraits du com 

positeur, se trouvent au niapasiu des éditeuis, 41, Montag^ne de la Cour. 



J. SCHAVYE, Mm- 

46, Rue du Nord, Bruxelles 



CARTONNAGES, RELIURES ORDINAIRES, RELIURES 
— ^ j^g LUXE, ALBUMS, ETC. ^^^ ~^— 



PIANOS 



BRUXELLES 
rue Thérésienne, 6 

VENTE 

.Sî?S» GUNTHER 

Paris 4867, 4878, i'''" prix. — Sidncy," seul 4" et 2« prix 
EXPOSITION AMSTERDAM 188a, SEUL OIPLOHE D'HONNEUR. 



MUSIQUE. 

10, RUE SAINT-JEAN, BRUXELLES 
(Ancienne maison Meynne). 



ABONNEMENT A LA LECTURE DES PARTITIOl^S 

• VIENT DE PARAITRE 

à la librairie Ferd. Larcier, 10, rue des Minimes, à Bruxelles 



MON ONCLE 

LE JURISCONSULTE 

PAR 

EiDiMionsrr) I^IoA.I^ID 

AVOCAT A LA COUR DE CASSATION 

Uirvolume in-octavo, impression de luxé sur papier de Hollande, 
avec un portrait gravé par Aubry et une illustration par Mellery. 

Prix : 3 fr. 50 

Cet ouviage.forme la suite des Scènes de la vie judiciaire. 

Les volumes antérieurement parus sont : ■ 

Le Paradoxe sur l'avocat. — La Forge Roussel. — L'amiral. ► 



SPECIALITE D'ARMOIRIES BELGES ET ÉTRANGÈRES 



Il a été tiré vingt-cinq exemplaires sur papier impérial du Japon 
numérotés qui sont mis en vente au prix de 10 francs. 

ADELE Deswartb 

23, KXJE IDE L.A.' "V^IOLETTE 
"■""'"'"'"" ^""''"^^■' ■ BRUXELLES.- ' ^^ ^ ' 

Atelier de menuiserie et de reliure artistiques 



VERNIS ET COULEURS 

POUR TOUS GENRES DE l'KJNTURES. 

TOILES, PANNEAUX; CHASSIS, 
ma;«nequins, chevalets, etc. 

BROSSES ET PINCEAUX, 

CRATONS, BOITES A COMPAS, FUSAINS, 
MODÈLES DE DBSSLN. 

. RENTOILAGE, PARQUETAGE, 

EMBALLAGE, NETTOYAGE 
BT VERNISSAGE DE TABLEAUX. 



coule;urs 
ET PAPIERS POUR AQUARELLES 

ARTICLES POUR EAU -FORTE, 
PEINTURE SUR PORCELAINE. 

BOITES, PARASOLS, CHAISES,. 

Meubles d'atelier anciens et modernes 

PLANCHES A DESSINER, TÉS, 

ÉQUERRES ET COURBES. 

COOTS DE TOUTE LARGEUR 

DEt>rUIS 1 MÈTRE JUSQUE 8 MÈTRES. 



Représentation de la liaison BOANT de Paris ])our les toiles iiMbelins (imitation) 



NOTA. — La maison diupae de vingt ateliers pour artistes. 
Impasse de la Violette, 4. v ~ 



Bruxelles. — Imp. Félix Callewaert père, rue de l'Industrie, 



-^%:-- 



Cinquième année. 



N°3. 



Le numéro : 05 centimes. 



• Dimanche 18 Janvier 1885. , 



L'ART 



MODERNE 



PARAISSANT LE DIMANCHE 



REVUE CRITIQUE DES ARTS ET DE LA LITTÉRATURE 



ABONNEMENTS : Belgique, un an, fr. 10.00 ; Union postale, fr. 13.00. — ANNONCES : On traite à forfait. 

' — " Il I ■■■ — ■ l. « .. — ■■I.l .1 • ■! " ■- ■ I ''■-■■■' -' ■ ■■ ■■■ ■■■l..|,l— 11.. ^ I . I I .. Il - Il .1 ■ I ■ I , ■■.»■■ ■■■I. Il II ■■ ^^^— ^.^^^^^^ 

A dresser les demandes d'abonnement et toutes les communications à 

l'administration générale de l'Art Moderne, rue de l'Industrie, 26, Bruxelles. 



^OM 



MAIRE 



La nouvelle direction du Théâtre dk la Monnaie. — L'Expo- 
sition DE L'Essor. — La livraison de janvier de la Jeune Belgique. 

— Musique. Le .2"'e Concert populaire. T&cXiaiikow&ki; Sarasate. — 
Au Cercle artistique. Exposition Bellis-Mundeleer. — Le jury 
DES Beaux-Arts a l'Exposition d'Anvers. — Théâtres. L' Étudiant 
pauvre. — Une remarque sur un romancier russe : Dostoëwsky. 

— Mémento des expositions et concours. — Petite chronique. 



' • JjA f^OUVELLEDIF^ECTION 
DU THÉÂTRE DE LA MONNAIE 



Grande rumeur au sujet de la nomination de M.Ver- 
dhurt-Fétis. Grand désappointement du groupe qui se 
croit titulaire unique du droit de disposer des choses 
artistiques dans la capitale. 

Pensez donc! Un nouveau venu ! Un personnage que 
combattait la fraction mondaine, les Cent-Gardes, qui 
singent le tout- Paris et. qui certes ne sont pas tout- 
Bruxelles ! Un homme qui ne fait pas partie du groupe 
des douze directeurs qui se passent et se repassent les 
théâtres européens! Puis, surtout, un novateur qui 
prétend modifier dans une mesure raisonnable la rou- 
tine, le vieux mobilier lyrique, les essoufflés, les 
épuisés. 

Réussir dans ces conditions, c'est impossible, disait- 
on. Et la candidature n'était pas prise au sérieux. 

C'est elle pourtant qui a passé haut la main. Dix- 
huit voix données contre onze, à un vétéran de la 



machine théâtrale, M. Campocasso, et deux, absten- 
tions. 

Pourquoi? C'est bien simple, et quiconque a entre- 
tenu, soit avant, soit après le vote, les membres de la 
majorité, sait parfaitement à" quoi s'en tenir. , 

Assurément, le collège qui a présenté M. Campo- 
casso, et qui a échoué devant son conseil communal, 
avait des intentions excellentes. Se rendant compte que 
sans son Grand-Opéra Bruxelles est une ville malade 
et morose; sentant aussi que la responsabihté de pareille 
atteinte aux distractions artistiques est toujours 
imputée .à l'administration locale; effrayé enfin des 
hasards d'une rupture avec les usages, il s'est facile- 
ment laissé endoctriner par les officieux officiels qui 
appuj'aient le vieux loup de théâtre qui se présentait 
avec le prestige de son expérience. 

Campocasso connaît son affaire, disait-on. Il pré- 
sente des garanties personnelles. Il faut prendre 
Campocasso. - 

Mais-' on répondait : Allons-nous donc toujours, 
comme de vieux chevaux, tourner dans le même ma- 
nège? Vos directeurs expérimentés ne sont pas plus 
malins que d'autres, ni plus à l'abri des aventures. Leurs 
déconfitures se chiffrent à la douzaine. Et pas de com- 
pensation artistique. Le vieux jeu, sans répit. Des 
craintes ridicules de ne pas être suivi par le public dans 
la moindre nouveauté, et, par conséquent, la marche 
derrière le public au lieu de la marche en avant. L'art . 
d'il y a trente ans maintenu imperturbablement au 
répertoire, comme morceau principal. Des tentatives 



k 



<- i 



18 



UART MODERNE 



timides, imposées par l'opinion mais réalisées, sans con- 
fiance et partant sans enthousiasme. Tout un monde 
de chanteurs dressés à cette école et devenus eux- 
mêmes, tant on les a encroûtés de préjugés, des obsta- 
cles à toute innovation. Gomme ensemble, un théâtre 
vieillot, radoteur, ennuyant même ceux qui, en prin- 
cipe, défendent ces allures routinières, que le specta- 
teur déserte de plus en plus, et qui ne se soutient que 
par les coups de grosse caisse des artistes, dits les 
étoiles, en représentation. Finalement un art bour- 
geois, démodé, maussade, la scène regardée distraite- - 
ment et la salle devenue simplement un local pour 
réunions mondaines, exhibition de toilettes et de 
joyaux, station du soir pour les digestions laborieuses. 
Il faut changer cela. 

Comment ? Mais tout bonnement en remisant les gro- 
gnards et en les renvoyant aux invalides. En essayant 
d'un élément jeune, actif, imbu d'idées nouvelles, 
modéré pourtant dans leur application pour ne 'pas 
heurter du premier coup les habitudes, capable, en 
résumé, de continuer, mais en la développant, l'admi- 
nistration de MM. Stoumon et Calabrési, très intelli- 
gente, mais un peu timide. 

M. Verdhurt-Fétis a semblé réunir ces conditions et 
on l'a choisi. Il a quarante ans. Il est intelligent, sym- 
pathique, énergique. Il aime l'art nouveau. Il ne dé- 
daigne pas l'art passé. Il veut plaire. Il veut pousser en 
■ avant. Il a l'ambition dé rajeunir notre première scène. 
Il a l'espoir de donner à sa troupe cette flamme qui 
est l'âme du progrès. Il voudrait qu'aux préoccupations 
basses et intéressées dans lesquelles on se complaît 
d'ailleurs à entretenir les éléments scéniques si difficiles 
à manier parce qu'on a tout fait pour qu'ils ne pensent 
jamais qu'à leur vanité individuelle, on substituât un 
sentiment plus élevé, celui de l'amour pour les belles 
"tBuvres, même celles dont l'exécution exige un peu le 
sacrifice des personnalités. 

Bref, il est l'homme des idées nouvelles qui, dans tous 
les domaines, s'épanchent et deviennent irrésistibles 
malgré la lutte furieuse de ceux qui, férus de leur 
exclusivisme, prétendent contraindre les générations 
plus jeunes à admirer ce qui n'est plus de leur temps. 

Accomplir ce programme avec fermeté et sagesse. 
Ne pas vouloir tout bouleverser. Agir par étapes. 
Accueillir avec plus de bienveillance les productions de 
l'art national. Accoutumer la foule, gâtée par tant 
d'opiniâtres et sottes faiblesses, à aimer ce que partout 
on aime chez les nations où l'on n'est pas resté station - 
nairedansle domaine musical. Aboutir aussi à un 
renouveau salutaire et capable de charmer, est-ce donc 
si difficile, et la majorité du Conseil qui a voulu le 
tenter ne mérite-t-elle pas de sincères applaudisse- 
ments? -- ..,_ -' ■ ' - ;^ '- ■ ■ .-"" --^ 



J:»'ÎJXP0PITI0N DE i'ÏJ^^OI^ 

Est-ce mauvais gré, comme le diront certains Essoriens se 
remémorant notre part dans la scission des XX. ^, Est-ce mau- 
vaise vue par ces jours de neige allristants et déprimanls? Est-ce 
mauvaise critique comme le pensent ceux qui n'accordeftt com- 
pétence qu'aux gens du métier, les plus incompétents pourtant 
pour apprécier leurs propres œuvres? Ne sais... Mais sais bien 
que celle exposition m'a paru d'une médiocrité navrante. 

Calme-moi, leclour. Tu le lrompes.,Ie ne vais pas chargei'Herbo. 
Je ne lance plus d*? ce côlé ma bOlc de balaillc. Sa génie pcrru- 
quière travestie en Pompadour peut rester tranquille, carminée et 
poudrée, sur son siège, à la place d'honneur, au milieu d'un pan- 
neau, comme une bambine, une après-midi de carnaval, pendant 
le cours, derrière la glace d'une vitrine débarrassée de son éta* 
lage, rue Neuve ou rue de la Madeleine. Tranquille aussi, le per- 
sonnage barbu et inouslachii, redressant son chef armé d'un pince- 
nez aussi fièrement campé qu'une visière de cpsque. 

On a suffisammenl fourragé de ce côlé. Le Maître est incu- 
rable, et sa clienlèle aussi. Qui donc, interrogé à l'entrée des 
deux salles par une dame pres.séc qui demandait k voir^itele 
plus beau tableau, l'a menée tlogmaliquement devant la toile 
vierge où ce Commandeur des croyants â écrit cqs mots : Bon 
-pour un porlraii! C'est à s'enfuir. J'ai entendu un acheteur de 
billets de la tombola murmurer devant celte perspective dont le 
menaçait le sort : ^ . 

Préservez-moi, Seigneur! préservez ceux que j'aime ! 

Non. Que Herbo brosse en paix. Mais les autres? 

Les autres, hélas! A part le panneau central du tryptique 
d'HalkeU, Bans la Sapinière^ nonobstant la romance en trois 
couplets qu'il y a plaintivement modulée ; à part l'atelier de 
Van Rappart, très intense comme expression du travail de l'ar- 
tisan, continu, paisible, consciencieux, — sur-quoi arrêter sa vue 
dans cet étalage maladif de pauvretés? , 

11 semble qu'un affaissement général ait sévi. Même ceux que 
nous ^vons applaudis souvent ont descendu la pcnle. Frédéric, 
ordinaire; et pourtant quelle bonne œuvre que son Hospice du 
Salon triennal ! Delsa^ux, ordinaire. " 

Dans quels milieux vit donc ce groupe pour aboutir à cet 
ensemble bourgeoisement maussade. Pas d'élan, pas de verve, 
pas d'originalité. Une peinture ennuyeuse, fuligineuse, ayant les 
allures molles, gauches, lassées des anémiques. 

On parle de Degroux fils. Très mal placé," mais il l'a ainsi 
voulu, paraîi-il. N'importe, nous avons vu. Un succédané de son 
père, larliste admirable, dédaigné naturellement, méconnu natu- 
rellement, car le nombre de ceux quiadmirent les Séraphines à la 
mode de Herbo csl prodigieux. Un reflet! Le prix des défauts. 
Pastiche, répéliliou, plagiat même involontaire,... horreur ! 
Crions donc tous à ce débutant qu'il va tomber dans une mare. 
Il y a déjà les pieds. Vij^ qu'il en sorte. Que personne ne loue 
donc ça. \ 

Et cet autre, qui copie Khnoijff^avec un sans-gêne impertur- 
bable, y compris le format et le cadre. 11 faut le huer, le siffler. 
D'autant plus fort qu'il adulaient, de la pénétration, de la dél±!_ 
catesse de pinceau. A bas! A bas! A bas! Pas de ce côté, Lem-- 
men! Tournez donc, revenez. L'imitation c'est la honte. On n'en 
veut plus. Bonne ou mauvaise on la conspue. Elle a ce côté 
ignoble qu'elle nuit à ce qu'elle pille comme elle se nuit à 




^"- 




elle-même, car elle banalise. C'est dç l'usurpalioii, de la contre- 
façon. Le code pénal de l'art frappe ces méfaits : la peine, c'est 
le discrédit. A la chie-en-lit! A la chic-cn-lit! 

V Essor l Beau nom. Mais les oiseaux battent, de l'aile. Plu- 
sieurs sont au perchoir. Quelques-uns au poulailler. 



LA LIVRAISON DE JANVIER DE LA " JEUNE BELGIQUE » 

. Dans le premier numéro d'une nouvelle et très élégante revue 
qui vient de paraître, la Chronique des Beaux-Arts ^ d'Anvers, 
Georges Eekhoud a écrit : 

« Je commencer cette revue de l'année artistique par un 
souhait, c'est que musiciens et peintres s'appliquent; s'appliquent 
surtout à être vraiment nationaux. Une chose me frappe en par- 
courant la liste des événements musicaux de l'année, c'est la part 
très effacée que nos c<)mpositcurs peuvent revendiquer dans cette 
liste. De même le Salon de 1884 prouve à l'évidence la déplo- 
rable fascination que la peinture française exerce sur nos artistes. 
A part quelques individualités dont je rencontrerai le nom dans 
cotte revue, il semble que loin de combattre, de lutter contre le 
vent étranger, le vent assimilateur soufflant de Paris, les artistes 
eux-mêmes flattent ce qu'on pourrait appeler « l'annexion 
intellectuelle » et entretiennent par leurs pastiches, leur pitoyable 
sujétion, ou encore par une abstention indigne des forts, celte 
idée chez le public qu'en effet il n'y a plus d'autre art que l'art 
français. » 

Ce phénomène n'affecte pas la littérature belge. La livraison 
de janvier, de la Jeune Belgique le prouve superbement. 

Jamais le groupe des jeunes combattants ne s'est manifesté 
en une série plus brillante d'échantillons de ce qu'il peut faire. 
Une véritable anthologie, où chaque œuvre de prose alterne avec 
une œuvre versifiée. Vingt morceaux, de bon aloi, sans compter 
les chroniques et les amusettes de la fin. Un défilé compact, 
animé, sonore. Une réponse joyeuse cl triomphante aux détrac- 
leurs, aux aboycurs, aux diffamateurs. Une fanfare retentissante 
qui couvre le fausset des envieux, des ratés, dos essouftlés. Un 
grand coup de balai qui rcnvqie aux immondices toutes les 
salissures. . / . 

Bravo! Bravo! Bravo! Et en avant! Oui, encore plus on avant! 
Toujours en avant! 

Plus d'une fois au cours de l'an dernier, nous avons souhaité 
que cette vaillante équipe, que disons-nous? que cette vaillante 
armée, se nationaiisàL davantage, et se laissant aller aux impres- 
sions des milieux ou elle vit, lutte, pûlil ou triomphe, aban- 
donnât résolument toute ressouvcnance de la littérature étransjère 
où l'a trempé son éducation, pour ne plus s emparer que de ce 
qui est visible dans son rayon immédiat. Voir le milieu belge, 
PENSER EN BELGE, avions-nous crié. 

Nous nous garderons certes de dire que c'est grâce à notre 
conseil que le dernier numéro de la Jeunè^elgique applique ce 
principe salutaire qui seul peut nous donner l'originalité, celte 
qualité souveraine, la seule vraiment séductrice. Ce n'est pas une 
parole de critique qui fait marcher une évolution littéraire. Il est 
^lus vrai de dire que la même loi dominante a inspiré notre vœu 
et sa réalisation presque instantanée par les écrivains de nos 
temps nouveaux. * 

Mais nous nous réjouissons sans réserve de ce changement de 
front, tenté par quelques-uns seulement jusqu'ici, cl qui mainte- 



nant entraîne toute la ligne. Bruxelles, les Flandres, les Ardennes, 
nos rues, nos champs, nos concitoyens, nos mœurs sont seuls, 
en scène comme décors ou comme acteurs. . 

Il ne s'agit plus désormais que de creuser à fond cette psycho- 
logie et cette nature. Cela se fera. On n'en peut douter en voyant 
au iravail lant d'esprits pénétrants, tant de plumes adroites. 

Vous avez l'instrument, vous connaissez le métier, jeunes 
légionnaires. Vous voyez aussi les régions et les chemins à par- 
courir. Plus d'excursions au loin, par delà les frontières, aux 
pays dont on rêve sans les voir et surtout sans les comprendre. 
Allez! Les vœux de tous vous saluent et vous accompagnent. Une 
littérature nalionale est née. Elle n'est plus l'œuvre de quelques 
exceptions, des précurseurs isolés. Elle est générale, comprise, 
acclimatée, installée, consolidée. , 

VoilU le fait éclatant pour la prose. 

En est-il de même pour la poésie? 

Nous en causions récemment avec l'un de nos jeunes versifica- 
teurs les plus auréolés d'espérances, Albert Giraud, et il doutait. 
Le symbolisme de la grande poésie lui paraissait réfraclaire à 
cette nationalisalion. Il se rangeait parmi ceux que les œuvres 
de terroir ne sollicitent' pas. On ne peut, .disail-il, forcer sa 
nature pour suivre un système prêché par un critique. L'âme 
humaine est universelle. Elle peut être notée indépendamment 
du milieu cl du décor. Les vastes mouvements d'idées, de sen- 
timents et de sensations qui à certaines périodes se lèvent sur le 
monde, sont des marées si larges et si hautes qu'elles submergent 
et renversent loul. Hugo, Lamartine et Baudelaire ont-ils él;é 
des écrivains du terroir? Sont-ils des Gaulois? Sonl-ils même 
des Français ? Et n'en onl-ils pas moins exprimé dans leurs vers 
un état particulier de l'âme contemporaine? Exiger de tous les 
Jeune-Belgique des. œuvres du J,erroir, sans tenir compte des 
circonstances, des tempéraments et des vocations, c'est une 
absurdité où ne conduit qu'une manie trop généralisante. 

Nous répondons : Certes, s'il est quelqu'un dos Jeune-Bel- 
gique qui se sente un Hugo, un Lamartine, un Baudelaire, qu'il 
suive son génie. Pour celui-là pas de règles. S'il en est qu'une 
incompressible vocation pousse à des œuvres cxoti(iues, qu'il 
suive sa vocation. Les règles ne sont pas faites pour les excep- 
tions. Mais il faut qu'on soit sûr d'être une exception. Vous l'êles 
peut-être. Mais défioz-vous. Si vous vous trompez sur vos apti- 
tudes, en cherchant ailleurs que dans votre milieu, vous vous 
fourvoierez, vous pasticherez, et vous le ferez inconsciemment, 
ce qui est le pire des pastichagcs, parce que c'est le paslichage 
incurable. 

El parlant ainsi nous nous souvenions du cri de détresse poussé 
•par noire jeune interlocuteur dans /é'*Scrifre, son premier livre, qui 
plaît, malgré l'adjeclivile aiguë dont il a offert un cas patholo- 
gique si remarquable. S'y mettant en scène, sous la figure de 
son héros, Jean Heurlaut, ce lecteur trop assidu pour n'en pas 
prendre quelque chose de don José de Hérédia, de Baudelaire et 
de Banville, il y dépeignait en ces termes pathétiques la souffrance 
du pasticheur lisant ses propres œuvres et les trouvant infectées 
du vice redoutable : \ 

« A la première ligne, il découvrii une réminiscence, el puis 
une autre, une autre encore. Il éparpillait autour de lui les pages, 
hagard devant l'écroulement de son rêve. Celle image appartenait 
à Hugo, ce vers à Leconlc de Lisle, celle strophe était jumelle 
d'une strophe de Baudelaire. Et celui-là surtout se rétlélail dans 
le poème.. Tout à coup Jean se rappela que l'idéc-mère de son 



^ 



]l 




œuvre dlâit un &onnet des F/^wr* àii mal. Et pôurianl, il conser- 
vait un doute. Il relut, de rechef. Alors, cédant à l'éblouissanTe 
évidence, il demeura penché sur la table, les poings au menton, 
dans un silence. 

« Oh otii ! il avait dompté le mol, maintenant ; e,t il était Dieu, 

— un Dieu plagiaire. Les strophes imitées liïi sonnaient aux 

oreilles sur un ton qui psalmodiait, interminablement. Et les 

jivres qui dénonçaient Fa faiblesse gisaient Ui, ouverts, sous la 

tranquille lueur de la lahipe. avec une indiffr'rente ironie. 

« Dans u,ne rage, il agrippa les volumes. Non ! il n'était pas 
un plagiaire. Le tempérament do Baudelaire ressemblait au sien. 
Le poète des Epaves exerçait sur lui une diabolique possession, 
qije nul exorcisme ne gu<^rirait. C'était à croire que par une lugu- 
bre mystification d'oulre-tombe, Baudelaire guidait la main- de 
Jean quand il écrivait. Non, il n'était pas un plagiaire. Celle 
œuvre qu'il allait déiruire était de lui, bien de lui. Des pages en 
étaient stylées avant sa première lecture des Fleurs du mal. Et 
parce que ses sensations correspondaient à celles de Baudelaire, 
on lui défendait de les traduire, et ses strophes — la chair et le 
sang de sou intelligence, — il n'oserait pas les publier! Et il 
renfermerait en lui toute celle vie qui rétouffail? Non il n'était 
pas un plagiaire. C'était Baudelaire qui le volait ! ! » 

Peut-on mieux dépeindre la terrible maladie et sa folie termi- 
nale qui se résume en cette formule : Se croire original., et ne pa:s 
Vêtre. Et comme conséquence sauter, les griffes tendues, avec 
des cris aigres, aux yeux de ceux qui vous en avertissent. • 

On se sauve de cela quelquefois, don G'raud de Hérédia- 
Baudelar-v-Banvillés, en se raccrochant fortement à son milieu et 
à son décor. A moins d'être Hugo, Lamartine, Baudelaire, laissez 
Vàme universelle. C'est difficile à attraper à moins d'avoir des 
mains de géant. Ne croyez pas trop aisément que vous êtes par 
privilège, porié par une de ces marées si larges et si hautes 
qu'elles submergent et renver.^ent tout. Contentez-vous, par pro- 
vision, de voir le milieu belge et de penser en Belge. Il nous 
semble que vous y gagnerez en originalité et cela calmera les 
inquiétudes de vos amis et les lamentations du Scribe. 



^U^IQUE 7^- 

LE DEUXIÈME CONCERT POPULAIRE . 

Tschaïko'wski — Sarasate 

Deux virtuoses se partageaient l'intérêt de la deuxième matinée 
des Concerts populaires : un virtuose de l'archet, Sarasate, et le 
virtuose par excellence de l'orchestre, Tschaïkowsky, le chef de 
l'école russe. 

Sarasate a charmé l'auditoire par l'atlrait d'un mécanisme 
exceptionnel et d'une pureté de son dont rien n'approche. Il n'a, 
il est vrai, ni la fougue, ni l'imprévu, et de plus en plus s'ac- 
centuent la modération sagement pondérée, la correction rigou- 
reuse de son art. Il joue du violon comme Planté joue du piano. 
Qu'on prenne ceci pour un éloge ou pour une critique : c'est, à 
la fois, l'un et Tauire. 

Des trois œuvres qu'il a interprétées, c'est le concerto de Men- 
delssohn qui est le mieux dans ses moyens. Son coup d'archet 
triomphe avec une aisance, une légèreté, une virtuosité sans 
égale des difficultés du finale :il donne aux deux premières par- 
lies le caractère et le sentiment justes. 



ty 



Sarasate a fait faire en outre au public la conhnissancé de 
M. Pmile Bernard, un monsieur qui fait des concerlos pour vio- 
lon, et le public a paru ne goûter que médiocrement la présen- 
tation. Le nouveau vei^u a été jugé ennuyeux, ce qui est plus 
grave que d'être rempli de défauts. On a trouvé sa conversation 
longue, diffuse, et elcigeant, pour se fîiire écouter, une notable 
addition de traits d'esprit. . : ■ ' 

Quant à VInîroduction et rondo cappricioso de Saint-Saëns, 
l'œuvre est Connue. Morceau à effet, de valeur secondaire, des- 
tiné à faire valoir le soliste, et par cela même acclamé du public. 

Tschaïkôwsky a été nécessairement moins apprécié. Son art 
haulaih a un peu déconcerté l'auditoire, et néanmoins il a senti 
qi^l était en présence d'un musicien de grande envergure. Il a 
compris surtout et applaudi, cela va de soi, les deux parties les 
plus accessibles de X-à Suite caractéristique qu'a ']Ouée l'excellent 
orchestre des Concerts populaires : h False et, les Rêves d'en- 
fant^ qui forment V Intermezzo i^lVAndanie de cette intéressante 
composiiion. ' % ,• - _ ■ 

Ce sont, d'après nous, les parties faibles de l'œuvre. Assez 
inégal dans ses inspirations, Tschaïkôwsky, qui est un « je m'en 
moquiste » de la plus belle eau, entremêle fréquemment ses 
pagfislles plus audacieuses de banalités. Et l'on est tout surpris 
de rencontrer à côlé de conceptions de premier ordre, superbes 
de pensée, magnifiques de réalisation, des fragments qui pour- 
raient être signés de n'importe quel aligneur de notes venu. Est-ce 
le contraste qu'il poursuit? 

Dans la suite, caractéristique, c(^^i le Scherzo humoristique qui 
s'élève de toute sa hauteur, au dessus des quatre autres parlies. 
Ce qu'il y a là dedans de mouvement, de couleur, d'entrain dia- 
bolique, d'ironie et de science sans pédanterie (c'est le propre de 
l'école russe de connaître à fond toutes les ressources de la musi- 
que et de n'on avoir pas l'air) est inimaginable. ïl serait bon qu'on 
réenlendît ce Scherzo. Petit à petit le public, dont le goût s'est 
déjà développé grâce à l'initiative dQ% Concerts populaires ^ se 
familiarisera avec celte langue un peu nouvelle pouriui, mais qui 
lui donnera, quand il la connaîtra, des jouissances infinies. 

Aux Concerts populaires revient incontestablement le mérite 
d'avoir développé et propagé l'amour de la musique en Belgique. 
Avec un éclectisme raisonné, la direction choisit, pour chaque 
campagne, dans chacune des écoles contemporaines, quelques 
œuvres de choix propres à représenter l'école tout entière, à la 
faire connaître et apprécier. Ainsi l'école moderne allemande a 
été représentée, cette année, par la 3» symphonie de Brahms ; 
l'école belge par Freyhir, d'Emile Mathieu ; la Suite de Tschaï- 
kôwsky a fait connaître les tendances de l'école russe. Au pro- 
cliain concert, ce sera le tour de l'école française^ personnifiée 
par Camille Saint-Saëns. La musique classique ne sera pas 
oubliée : on jouera, le 25, la symphonie enre' de Schumann. 

C'est, appliqué aux œuvres musicales, le principe de l'exposi- 
tion des XX, qui réunit chaque année les personnalités caracté- 
ristiques des écoles modernes, belge et étrangères. 

Terminons par quelques renseignements inédits. Saint-Saëns 
jouera, à la prochaine nïaTinée, le concerto en «or de Beethoven 
et sa Rhapsodie d'Auvergne. L'orchestre exécutera La Jeunesse 
d'Hercule, poème symphonique, une Sérénade et une Iota Ara- 
^o?if5a (première exécution), le tout de Saint-Saëns. 

Le quatrième et dernier concert sera, comme de coutume, 
réservé à Richard Wagner ou à Hector Berlioz. 



£>■ 



'T 







^U- fÎERCLE AÎ\TIpTiqUE ,' . 

■ " (.'"-'.■ 

EXPOSITION BELLIS-MUNDEÏiEER 

Une trentaine de toiles d'Hubert Bellis font défiler au Cercle 
artistique l'appélissanl cortège de bourriches fraîchement éven- 
Irées, des marées ruisselantes, des écroulements dorés de melons 
et d'ananas, des panetées savoureuses d'abricots et de cerises. Il 
y a dans l'art un peu irrégulier de Bellis de solides qualités de 
peintre qui écliauent parfois dans les lieux communs de la trivialité 
et dans des lourdeurs de tonalité et de facture. Certains mor- 
ceaux révèlent un œil de coloriste, habile à saisir les nnahces et 
une main rompue au métier : le bouquet de chrysanthèmes, par 
exemple, et les fleurs des champs, les meilleures toiles de la 
série. < 

Dans la sphère modeste où il s'est cantonné, Bellis est certes 
un artiste des plus méritants. Il a la passion de ce qu'il peint. 
Organisation artistique d'une nature spéciale, il est plus sensible 
à l'accord de tons d'une écaille nacrée et d'un zeste d'or qu'aux 
harmonies tumultueuses de la mer ou à la mystérieuse sympho- 
nie des forêts.. Il s'est fait le poeje des langoustes, le trouvère 
des homards, le ménestrel dos aiglefins. Et leur carapace luisante, 
et leurs écailles d'argent, à côté de la paille ébouriffée dps mannes 
ont, sous son pinceau, dés reflets de métal neuf. 

Une vingtaine d'aquarelles de Mundeleer, imprégnées d'une 
poésie tranquille, complètent l'exposition actuellement ouverte. 
Ce qu'on pourrait reprocher à l'artiste, c'est que toutes ses œuvres 
ont même lumière et même tonalité, qu'il peigne dans l'intimité 
d'une chambre aux courtines closes ou dans l'éclat du plein air. 
C'est peu observé, et la crainte de fausser l'harmonie fait perdre 
le sens de ton juste. Il y a, de plus, un procédé identique dans 
les vingt aquarelles exposées. Fleurs, paysages, figures sont- 
peints. à largos pans, sans modelé^' comme en songeant à une 
leçon apprise, à une recette donnée par \Art du parfait aqua- 
rellislCy qui est \c Bon jardinier de cette branche spéciale de 
culture. Un peu de laisser-aller, morbleu! et de la poigne, et de 
l'imprévu, et de la vie ! Vous êtes trop sage pour votre âge. Jetez 
vos gourmes. La prudence, la réflexion, la mesure viendront de 
soi-même, quand vous, aurez gâté quelques rames de papier et 
usé plusieurs douzaines de martres. 



te JCBY DES BEAliX-ilitTS A llXPOSlIIOi\ D'MTËRS 

Notre nouveau ministre des Beaux-Arts, M. de Moreau, est un 
galant homme, accu(*illant, bienveillant, très résolu à faire du 
neuf, à attacher, s'il se peut, au gouvernement dont il fait partie, 
l'honneur de quelques innovations sérieuses. On sait s'il en est 
besoin ! 

Mais il a derrière lui, ou plutôt devant lui comme une barri- 
cade, des bureaux antédiluviens, infectés de tous les préjugés qui 
font l'agacement ou le désespoir de quiconque aime le progrès et 
comprend que l'art n'est jamais stationnaire, qu'il est à l'état 
d'évolution constante, que son charme et sa force sont dans ces 
changements, et que, par conséquent, c'est ignorance et bêtise que 
de prétendre le fixer à l'un de ses momenis divers, comme une 
instantanéité sur une plaque photographique. Celte immobilisa- 
tion est pourtant l'idéal des pachas qui siègent immuables dans 
les étages secondaires de nos mobiles ministères. 



C'est à ces entresols qui lei^r servent de tanières, que tout 
s'élabore silencieusement. Unbeau jour des documents tout prêts, 
montentdans le cabinet du Chef du département. S'il .demande 
quelques renseignements, on les lui donne aussi sommaires que 
dénaturés. On le persuade d'ordinaire sans trop do peine, et il 
signe. Il s'imagine être Un ministre nouveau. Erreur. Il n'est 
qu'un mannequin nouveau. La vieille et sainte doctrine n'a pas 
changé; c'est elle qui mène la main inconsciente de. l'homme 
d'Etat, il obéit à celle impulsion comme un marteau de piano 
dont on frappe la louche.. Il y a un personnage fraichemenl dé- 
barqué derrière le comptoir, mais dans les casiers et sUr les 
rayons c'est la même marchandise, les mêmes rossignols dé- 
plumés. 

On vient d'en avoir un grotesque et désolant exemple à l'occa- 
sion des choix pour le jury dés Boaux-Arts i^ l'Exposition uni- 
verselle d'Anvers. 

Qui ignore désormais l'existence chcz'nous de ce puissant et 
nierveilleux mouvement de l'Art jeune qui, malgré toutes les 
compressions, s'épanouit magnifiquement ? En vain on l'a nié au 
début, insulté plus tard, frappé récemment, mesurant ainsi les 
résistances aux forces qu'il déployait peu à pejj. Il est là, visible, 
imposant, conquérant joyeusement les sympathies du public, 
noyant les récalcitrants, d'autant plus vivace qu'il fut plus atta- 
qué, actuellement si bien en action et en armes qu'il n'est plus 
besoin de lui prêter assistance, et qu'ainsi qu'aux chariots qui 
out gravi les pentes trop rudes, on peut dételer les chevaux de 
renfort, «il en est presque aux heures de triomphe où plus rien 
ne résiste et où le courant dévient si facile et si impétueux qu'il 
emporte tout. -^ ""■^' '■ ■- "' •v,-;:; '. .-.■•:---^..- -■ 

" Peinture, musique, littérature, rien n'y échappe. Les vieux se 
lamentent, mais la ville est prisCr II faudra bien que l'on y passe 
et que partout les pavillons séniles soient amenés. 

Les jeunes vainqueurs conifitaient'arriver en belle phalange à 
Anvers et montrer une^fois de pluâ ce que vaut leur évangile con- 
temporain en comparaison des contes de Mère-Grand où s'at- 
tardent les académiques, accompagnés de la troupe des recrues 
impuissantes qui s'imaginent qu'on ne peut réussir qu'à la con- 
dition de ne pas mécontenter les gens en place. Or, voici que 
pour leur faire réception, on a soumis au Ministre, qui l'a 
approuvée sans se rendre compte, la plus incroyable liste d'inva- 
lides, de cacochymes, d'arriérés, de remisés de l'art qui se puisse 
imaginer. Jamais pareil défi n'a été porté aux tendances nou- 
velles. C'est à la fois insolent et ridicule. 

Tout ce qui a été dit depuis dix ans sur l'abus de pareilles pra- 
tiques est tenu comme non avenu. On feint d'avoir été sourd 
'**' (peut-être l'est-on réellement). L'art moderne ne se fut pas mani- 
festé, l'art de 1830 eut toujours été le seul, qu'on n'aurait pas- 
agi autrement. 

liussi la réprobation est-elle violente, et la bonne réputation 
de M» de Moreau en subit-elle un ternisscmenl et une impopularité 
qui vont, s'il n'y prend garde, le classer dans la catégorie déconsi- 
dérée de ses prédécesseurs. 

Est-ce sa faute? Non^. Ce sont ses bureaux. ^ 

Et bien, Monsieur le Ministre, réagissez contre vos bureaux. 
Vous n'avez pas de pires ennemis. C'est un réceptacle de pédan- 
tisme et d'odieuse routiner 

Que faut-il faire pour échapper aux conséquences de ces nomi- 
nations burlesques qui auront pour effet de produire de la part 
des jeunes une abstention générale? 



\ 




Il y a quatre anè, nous l'indiquions ici-m(^mo(*). Puisque l^a vieille 
école ne veut pas abdiquer, et nnalgré son grand ûge prétend 
encore courir la prétentaine, qu'on lui donne son jliry et ses 
locaux. Elle y fora ce qu'elle voudra. Il sera même très intéres- 
sant, très amusant de conslaier ce qui lui reste de dents et ce 
qu'elle a de rides et de faux cheveux.. 
L^ Mais que les jeunes aient aussi leurs locaux et leur jury spé- 
cial composé d'artistes ayant leurs idées. ' - 

Il y a lutte, qu'il y ait deux camps. Que cliacun ait la liberté 

>Tîtf venir avec ses'troupes et de montrer ses armes. Qu'on ne livre 

pas à un ennemi irréconciliable et sans équité (cent exemples 

l'ont démonlré)-4€-sôii^d^organiser CCS exhibitions d'où sortira le 

jugement du public. • ^ 

Un double jury! Une répartition proportionnelle des 
. ^.ocAux! tel était alors notre crk^^us^ le renouvelons. — r- — — 

A vous, Monsieur le Ministre, de l'entendre. . , 

Sinon la guerre. ^ . 



3 



- ■ Jhéatrep 

L'ÉTUDIANT PAUVRE 

On l'avattrYU si souvent rôder dans les couloirs du Palais de 
justice, le pauvre hère, il avait depuis si longtemps fait quaran- 
taine dans les salles d'audience., qu'on commençait à désespérer 
qu'il fût jamais admis à libre pratique. Enfin, le voici débarrassé 
de tous les mécomptes de sa carrière. d'aventures, et tel a été le 
succès qui a accueilli son entrée daus le monde que le théâtre de 
l'Alcazar, où il est apparu dans l'éclat de sess. costumes neufs et 
dans la gaîté de ses refiftins, a retrouvé, du GOj^p, sa vogue d'au- 
trefois. 

Ce prince Charmant de Bologne est allé joyeusement dégager 
les couloirs, où 1rs araignées, durant cent années et plus, avaient 
tendu des toiles si épaisses que nul ne pouvait pliis y pénétrer. 
Il a réveillé le contrôleur, endormi tout habillé sur sa chaise de 
paille. 11 a secoué la torpeur des ouvreuses, qui se sont mises 
aussitôt à épousscter leurs bonnets à rubans roses. Eu passant 
dans la salle, il a redressé le chef d'orcheslre, écroulé sur son 
pupitre; les musiciens se sont remis à souffler dans leurs instru- 
ments, et du pavillon des cors et des trompettes s'est en\;olé un 
nuage de poussière. Les choristes et les figurants, qui dormaient 
les uns sur les autres, comme au troisième acte de Carmen, se 
sont levés, surpris, en bâillant et en s'étirant. Le régisseur lui- 
même, le digne M. Potel, n'avait pu vaincre le sommeil léthar- 
gique qui avait frappé tous les habitants de la maison et s'était 
couché, depuis un siècle, sur le canapé de crin qui orne le foyer 
des artistes. Il s'éveilla au son des instruments qui s'accordaient 
et courut d'un trait au pied de l'escalier des loges en criant : 
c< On commence !» 

Et dans un cognement de chaussures sur les degrés, dans un 
tohu-bohu d'nppels, de bonjours surpris, de bousculades derrière 
les porîanis, le vieil Alcazar s'est mis à revivre, tandis qu'à la 
suite du prince Charmant étaient entrés dix spectateurs, puis 
cent, puis mille, chacun retrouvant le coin préféré, examinant 
curieusement, comme des connaissances oubliées, les décorations 
mauresques et le rideau qui montre, le tableau des batailles 
gagnées jadis par le généralissime Humbert : La Fille Angott 
Giroflé-Girofla^ Les Brigands, Falinilza... 

Il faudra ajouter ù cette triomphale série une victoire nou- 
velle : car VEludianl pauvre est un indiscutable succès, le pre- 
mier qu'ait remporté, — dans le domaine directorial tout au 
moins (restons galant) — M"'" Olga Léaut. 

Succès de musique, de pièce, de costumes et de décors : c'est 



(•) Voir l'Art modenie de 1881, pp:0,?6, 31-, M et 117. 



• / 



complet. Et si la directrice, qui, en sa qualité de russe, doit 
appartenir à la religion grecque, suit les rites du schisme ortho- 
doxe, elle aura, en son oratoire, aîi retour de cette première 
mémorable, allumé un cierge de prix à sairit Maurice, patron de } 
notre amj et confrère Maurice. Kufferath, le traducteur, l'adapta- 
teur, l'ordonnateur qui a mené à si bonne fm l'entreprise à 
laquelle il s'était attelé. 

Nous ne rechercherons [las quelle a été la part de collaboration 
de chacun des auteurs. MM. Scribe, Hennequin, Valabrègue, 
Kuff'eralh, Millôcker, ;y sont tous pour quelque chose, sans 
confipter les collaborateurs anonymes que feu Scribe a oublié de 
citer et qui, étant morts, se sont abstenus de protester. Le résul- 
tat de ce congrès de Collaborateurs est suffisamment amusant 
pour que l'on ne doive point, dans le partage des responsabilités, 
disiîni^uer les vrais coupables des co-auteurs et des simples com- 
plices. 

On a ri aux calembredaines de M. Piiff'endorff', gouverneur de 
CracOvie, OïTa applaudi aux excentricités de dame Palmatica, 
Laura et Marlha ont eu des bravos et des rappels, balancés par 
les jDravos et les rappels généreusement octroyés à Simon Bar- 
binski et Jan janitski, et l'ori" a bissé le plus de valses, (iç 
mazourkas, de polkas et de galops possible. 

Car c'est dans les rythmes dansants que Millôcker excelle. 
L'une des plus jeunes gloires de la frivole mais charmante école 
viennoise, il a déjà remué toutes les jambes de l'Autriche et de 
l'Allemagne. L'Etudiant pauvre ï^\\ marcher les soldats parles 
rues, sauter les couples sous la tonnelle, l'été^ dans les salles 
où l'on danse, l'hiver ; et c'est au refrain de ses chansons que 
chevauchent les tout petits sur les genoux maternels. .._ 1 

C'est peu de chose que cette popularité,,, sans doute. Qu'on 
ne s'imagine pas que nous en tirions un argument quel- 
conque au point de vue de sa valeur. Le jugement dés foules est 
si souvent partial, intéressé ou fondé sur l'ignorance et l'entête- 
ment, que petit à petit les artistes se sont accoutumés à n'en pas 
tenir compte. C'est presque toujours, aujourd'hui, un indice de 
supériorité que de n'être pas compris, ce qui a donné naissance 
à celte Spirituelle boutade : a Lisez respectueusement un livre 

conspué; admirez religiejjsement un tableau refusé au Salon j 

ayez les plus grands égards pour un opéra sifflé : neuf fois sur 
dix vous êtes en prétionce d'un chef-d'œuvre ». . 

Mais la musique de Millôcker n'est pas de celles qu'on discute. 
Il faut la dédaigner absolument et n'en pas parler, si l'on veut 
jouer au pédagogue, au critique grave ou au dilettante sévère. Il 
faut, si l'on aime l'art dans quelque domaine écarté qu'il se mani- 
feste, la considérer comme un badinage aimable, comme une 
conversation gamine, non dépourvue d'esprit, qui sonne aux 
oreilles avec une pétulance écoliôre. C'est bien la musique du 
peuple le plus léger de la terre, capable (il l'a fait) de mettre en 
couplets drôles un deuil p^iblic, et d'improviser une polka sur'^ 
l'incendie du Ring-Theater! 

Elle est déhanchée, elle rit d'un rire frais de jeunesse, elle est 
un peu canaille par instants, bonne fille quand même, et tou- 
jours sans prétention. 

« J'suis pas jolie, jolie, 

Mais j 'suis bonne comme le pain! *» 

Jupe retroussée, elle se carre, elle se dandine, elle frappe du 
talon, elle envoie parfois vers le plafond la pointe de sa bottine 
cambrée, mais jamais aussi haut que ses cousines de France.... 

Les artistes de l'Alcazar ont patronné la débutante et en ont 
eu beaucoup d'honneur. Il convient de citer, en premier lieu, 
parmi ses parrains, M™^* Marie Julien, Bernardi, tout à fait 
accoutumée aux grosses trivialités de l'opérette, et Blanche 
Dorsay, dont l'engagement a coûté un procès à la direction, on 
sait dans quelles circonstances. Parmi les homrties, MM. René 
Billier, Mario Widmer et (iulfi-oy. 



■J 



-J-- 




(.- 



iy. 



UNE REMARQUE SUR UN ROMANCIER RUSSE : DOSTOJEVSKY 

Extrait des écrivains russes contemporains, par de Vogué. 

Je voudrais citer quelque morceau : J'hésile et ne trouve pas, 
c'est le plus bel éloge qu'on puisse faire d'un roman. La slruclure 
est si solide, les matériaux si simples et si bien sacrifiés à l'impres- 
sion d'ensemble, qu'un fragment délajdhé perd toute sa valeur ; 
il ne signifie pas plus que la pierre détachéfe d'un temple grec, 
où toute la beauté réside dans les lignes générales. C'est le irait 
commun aux grands romanciers russes; les pages de leurs livres 
s'accumulent sans bruit, gouttes d'eau lentes et bruissantes ; tout 
d'un coup et sans avoir aperçu la crue, on se trouve perdu sur 
un lac profond, submergé par celle mélancolie qui monte. Un 
autre trait qui leur est commun, où Tourguénef excella et où 
Dostoïevsky l'a peut être dépassé, c'est l'art d'éveiller avec une 
ligne, un mot, des résonances intinies, des séries de sentiments 
et d'idées. Dans tes Pauvres Gens, cet art est déjà tout entier. 
Les mots que vou^s lisez, sur ce papier, il semble qu'ils ne soient 
pas écrits en longueur, mais avec, de sourdes répercussions, qui 
'vont se perdre on ne sait où; c'est le clavier de l'orgue, ces touches 
étroites d'où le son paraît sortir, et qui se relieni par d'invisibles 
conduites au vaste cœur de l'insirumenl, au réservoir d'harmonie 
où grondent les tempêtes. Q\iand on tourne la dernière page, on 
connaît les personnages comme si l'on eût vécu des années 
auprès d'eux; l'auteur ne nous a pas dit la miWième partie de ce 
que nous savons sur eux, et cependant nous le savons de science 
certaine, tant ses indications, sont révélatrices. J'en demande 
pardqn à nos écoles de précision et d'exactitude, mais décidé- 
ment, l'écrivain est surtout puissant par ce qu'il ne dit pas : nous 
lui sommes reconnaissants de tout ce qu'il nous laisse deviner. 



MEMENTO DES EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Exposition universelle. Mai à octobre 1885. 

Salon des refusés et exposition des artistes indépen- 



Anvers. 

Anvers. 
dants, ouverture en mai. Pour tous reuseigiiemeuts s'adresser au 
secrétaire du Cercle des artistes indépendants, 1, rue de l'Angle, 

Bruxelles. 



Janvier 1885. — Bruxelles. — Deuxième exposition des XX. 
(Limitée aux membres du Cercle et aux artistes spécialement invités), 
1er Février 1885. — Troisième exposition de Blanc et Noir de 
.' l'Essor. (Limitée aux membres du Gei'cle). Mai 1885 — Exposition 
historique de gravure, par le Cercle des aquarellistes et aquafortistes. 
Mai 1885. 

Glasgow. — Institut des Beaux-Arts (24'' exposition). Ouverture 
.S février 1885. Fermeture fiin d'avril. — S'adresser à M. Robert 
Walker, secrétaire de l'Institut, à Glascow. 

Londres. — Exposition internationale d'instruments de musique. 
Ouverture en mai 1885, à South -Keusington. Cette deuxième divi- 
sion comporte trois groupes : 1*^ Instruments de musique construits 
^r-^ ou en usage depuis 180Û-; 2'^ gravure et impression de la musique ; 
3'J collections historiques. 

Id. — Du 31 mars à la fin de septembre exposition internationale 
et universelle dAle::andra-Palace, comprenant notamment les arts 
et métiers,. et une exposition de tableaux et objets d'art représentant 
les principales écoles du continent. 

Nuremberg. — Exposition internationale d'orfèvrerie, de joaille- 
rie, de bronzes, etc. Du 15 juin au 30 septembre 1885. 

Paris. — ^^'^^^ ^^ 1885. — l'"'' mai au 30 juin 1885. — Peinture, 
dessins, etc. Dépôt des ouvrages au Palais des Champs-Elysées, du 
5 au 14 mars. Vote, le mercredi 18 mars, de 9 h. à 4 h. — Sculp- 
ture, Gravure en méd. et siir p. f. Dépôt du 21 mars au 2 avril. 
Vote, le mardi 7 avril, de 10 à 4 h. — Architecture. Dépôt du 2 au 
5 avril. Vote, le mardi 7 avril, de 10 à 4 h. — Gravure et Lithogra- 
phie. Dépôt, du 2 au 5 avril. Vote, le lundi 6 avril, de 10 à 4 h. 

A . . 

Rome. — Exposition organisée par la Société des Amatori e cultori 

di Belli arti. Ouverture l^"" février." 



La Haye. — Concours pour l'érection d'une statue à Hugo Gro- 
tius. , ^ 



MoNTÉvmÉo. — Concours pour la statue du général Arti^as. 
S'adresser à la légation de l'Uruguay, 4, rue Logelbach, à Paris. 

RicHMOND (Virginie). — Concours pour un monument à Robert 
Lee, jusqu'au ler mai 1885. , 

Vienne. — Concours pour l'érection d'un monument à Mozart. 



f 



ETITE CHROJ^IQUE 



C'est le 7 février que M- Jean-François Raffaëlli fera, au Palais 
des Beaux-Arts, la première des conférences organisées par les XX. 
On sait que M. Raffaëlli exposa, lan dernier, avenue de l'Opéra, 
cent cinquante tableaux, études, dessins, gravures et sculptures. Ce 
salon indépendant fut, du 15 mars au 15 avril, l'événement artistique 
de Paris. Il se fit autour de l'artiste d'autant plus de bruit qu'il 
développa les tendances et le but de son art dans des théories verte- 
ment écrites, que les journaux discutèrent avec passion. 

La conférence annoncée a^lra donc, à tous les points de vue, un 
intérêt de premier ordre. ^. ; ' 

Un jeune sculpteur de talent, M. Idrac, prix de Rome,. connu par 
plusieurs œuvres remarquables, vient de mourir d'une fièvre typhoïde 
à l'âge de 35 ans : ce fut lui qui remporta le prix au concours pour 
la statue d'Etienne-Marcel qui doit être placée dans le square de 
l'Hôtel d^ Ville. ' 

La partition pour piano et chant àe XFAudiant pauvre , le récent^ 
succès de lAlcazar, coquettement gravée et imprimée par l'éditeur 
Cranz, vient d'être mise en vente. Elle a été, par une attention cour- 
toise, distribuée à la presse la veille de la première représentation. 

ha. Revue artistique à" Aïi\eT% kce&séàe paraître. Elle est rem- 
placée par la Chronique des Beaux- Arts, éditée par M. Jos Maes, 
et dont le premier numéro (10 janvier 1885) vient de nous parvenir. 
Il contient \les arlibles de Georges Eekhoud, Jules Destrée, L. Van 
Keymeulen, Max Rooses, Eugène Landoy, L Gervais et des vers 
dAlbert Giraud. En outre, l'exemplaire est orné de huit planches 
phototypiques, tirées avec soin. L'une d'elles, la meilleure, repro- 
duit l'ii^ïttc/e de Fantin Latour. • - 

La Chronique des Beaux- Arts e%i mensuelle. Elle com'i)rençl 
64 pages de texte et 8 planches. Le prix d'abonnement annuel est, 
pour la Belgique, de 25 francs. Le prix de numéro est de fr. 2.50. 

Nous sommes heureux de voir parmi les collaborateurs quelques 
noms qui donnent toute garantie au sujet des tendances modernistes 
de la publication. Celle-ci défendra à Anvers les principes d'art dont 
VArt Moderne est le champion à Bruxelles. 

L'esprit réactionnaire de \2i Revue artistique liSLWv^., nous l'es- 
pérons, r^en à voir dans celle "ïjui recueille les épaves de son naufrage. 

Nous souhaitons donc cordialement la bienvenue à la Chronique 
des Beaux- Arts. 

>■ Il 11 M ' I !■ 

On annonce pour le 20, au Cercle artistique et littéraire, \xn 
piano -récital, comme on dit à Londres, c'est-à-dire une séance 
tout entière consacrée au piano, qui sera donnée par M"'o Marie 
Jaëll. 

Le Conservatoire de Bruxelles comptait, au l«r juillet dernier, 
48 professeurs et 539 élèves (dont 38 étrangers). L'enseignement est 
gra,tuit jiour les nationaux, mais los élèves étrangers doivent payer 
une rét'ribulion annuelle de 200 francs. Le budget de l'Ecole est de 
169,000 francs, dont 137,000 payés par l'Etat, 10,000 par la pro- 
vince et 22,000 par la ville de Bruxelles. v , 

L'Opéra de Vienne vient de consacrer vingt soirées successives à 
l'exécution en forme de cycle des principaux ouvrages de Wagner, 
avec le concours du céli'bre ténor Vogel de Munich qui a chanté 
Tristan, Loge du Rheingold et Siegmund de la M'alkure. Pour la 
première fois depuis la mise des Maîtres Chanteurs de Nuremberg 
à la scène viennoise, cette œuvre a été donnée en entier, sans les 
coupures qu'il est d'usage, même en Allemagne, de faire dans les 
rôles de Haus Sachs et de Walther de Stolzing. Le public, loin de 
se plaindre, n'a jamais fait i)las de succès à cette merveilleuse com- 
position du maitre de Bayreulh. C'a été le grand triomphe dé cette 
série de représentations ^vagnériennès. 



V 



■ f ■•>-■ 



I .^ 



24 



rART MODERNE 



Exposition des Beaux- Arts de Termonde. — Liste des nutaéros 
gagnants de la Tombola. 

No» 990. Pat/sage (L. Jacobs). , .. 

1^8. Un Ruisseau (R. Wytsman), . • 

. 1888, 7*a//s«<7<î (L. Jacobs). > 

342. Les soins du ménage (GeeriuckxK - 

2044. Fleurs (M'"» Vanderlinden-De Vigne). - 
" 1187. Marine (J. Heyndricx). 
. 790. Enfant Maure (Em. Wauters). 
941. Marine (G Beeckman). 

1)72. Environs de Termonde (A. Bard). ". \ . — ^ — "-:;■•■ ■ 
477. Ferme^^n Fla)tdre iA Loret). ! , ^ . 

214. Confectionneuses (Crabeels). 
927 Hiver (Vanderhoeck). - 

Les annonces sont reçues au bureau du journal, 
20, rue de V Industrie, à Bruxelles. 

NOUVEAUTÉS MUSICALES 

POUR PIANO 

Iluberti, G. Trois morcenux : N^ i. Etude rhythmique, 2 fr. — 
N« 2. Historiette, 2 11'. N" 3. Valse lente, fr L75. 

Kowahki. Op. 44. Autour de mon Clocher, 2 fr. — Op. 45. Illu- 
sions et Chimères, 2 fr. Op. 48., Tambour battant, 2 Ir. 

Smith S Op .185 Notre-Dame, Chant religieux, 2 fr. — Op. 191. 
La mer calme. Deuxième barcarolle, 2 fr. — Op. 192- Styrienne, 
2 fr. — Op. 193. Marguerite, 2 fr. — Op: 194. La fée de Ondes, 2 fr. 

Wicniawski. Jos Op. 39. Six pièces romantiques : Gah. I. Idylle, 
Evocation, Jeux de fées, 3 fr. — Gah. II. Ballade, Elégie, Scène 
rustique, 3 fr. — Op.- 41 Mazourka de concert, fr. 2.50. 

MUSIQUE FOURCHANT 

Jiach. Sh chorals pour chœurs mixtes par M&rtcns. La partition, 
1 franc. 

liremer. A. Sonne mon tambourin, pour chant, violon ou violon- 
celle et ()iano, 3 fr.; — Hymne à Ci'rès, pour baryton ou mez^ô- 
soprano et chœur pour 3 voix <le femmes, 2 fr. 

Riga, Fr. Quatre Ciictturs pour voix de femmes ave^ accompagne- 
ment de piano à 4 mains : N« 1. Fête villageoise, la partition, 
fr 2 50. — N'> 2. Les Vendangeuse, la partition, fr. 2.50. — N« 3. 
Sous les Bois, la partition, fr. 2 50. — N" 4. La Paix, la partition, 
fr. 3.50. . 

— - SCHGTT Frères, Editeurs de Musique ^: 

BRUXELLES, RUE DuQUKSNOY, 3». 
Maison principale MONTAGNE DE LA COUR, 82 

VIENT DE PARAITRE CHEZ 

BREITKOPF & HÀRTEL 

ÉDITEURS DE MUSIQUE 

BRUXELLES, 41, MONTAGNE DE LA COUR 

par Hérmann DEITERS 

(Esquisse bibliographique. Analyse succincte de ses compositions) 
TH.\DLIT DE LALLKMAND PAR M" H. FR. 

Prix 2 fr. 50 



Toutes les œuvres deTîrahm.s, ainsi qu'un choix de bons portraits du com- 
positeur, se trouvent au magasin des éditeurs, 41, Montagne de la Cour. 



J. SCHAVYE, Relieur 



46, Rue du Nord, Bruxelles 



CARTONNAGES, RELIURES ORDINAIRES, RELIURES 
DE LUXE, ALBUMS, ETC. 

SPÉCIALITÉ D'ARMOIRIES BELGES ET ÉTRAtieÈRES 



PIANOS 



•BRUXKLLES 
rue Thérésienne* 6 



VENTE ' 

.Sî??; GUNTHER 

Paris 1867, 1878, ^" prix. — Sidney, seul 4" et 2« prix 1 
EKPOSITICN AlSmOlI 1883, m DlP;,OlfE D'EOnCDR. 



■ . MUSIQUE. ^ > 

10, RUE SAINT-JEAN, BRUXELLES, 
(Ancienne maison Meynne). 



ABONNEMENT A LA LECTURE DES PARTITIONS 

VIENT DE PARAITRE 
à la librairiePERi). Larcier, 10, rue des Minimes, à Bruxelles 



MON ONCLE 



LE . JURISCONSULTE 

. ■ .-■ ■ '■■•."■■ ■ PAR 

ElDIMlOISriD i^^ic^i^np 

AVOCAT A LA COUR DE CASSATION 

Un volume in-octavo, impression de luxe sur papier de Hollande, 
avec un portrait gravé par Àubry et une illustration par Mellery. 

Prix : 3 fr. 50 . ^ 

Cet ouvrage forme la suite des Scènes de la vie judiciaire. 
Les volumes antérieurement parus sont : - 

- Le Paradoxe sur l'avocat. — La Forge Roussel. — L'amiraL— 



Il a été tiré vingt-cinq exemplaires sur papier impérial du Japon 
numérotés qui sont mis en vente au prix de 10 francs. 



ADELE Deswarte 

BRUXELLES. 

Atelier de menuiserie et de reliure artistiques 



VERNIS ET COULEURS 

POUR TOUS GENRES DE PEINTURES. 

TOILES, PANNEAUX, CHASSIS, 

MANNEQUINS, CHEVALETS, ETC. 

_ BROSSES ET PiKOEAUX, 

CRAYONS, BOITES A COMPAS, FUSAINS, 
MODELES DE DESSLV. 

RENTOILAGE, PARQUETA&E, 

EMBALLAGE, NETTOXAGE 
ET VERNISSAGE DB TABLEAUX. 



; COULEURS 

ET PAPIERS POUR AQUARELLES 

ARTICLES POUR EAU-FORTE, 
PEINTURE SUR PORCELAINE. 

BOITES, PARASOLS, CHAISES, 
Meublesd'atelieranciensetmodernes 

PLANCHES A DESSINER, TÉS, 

ÉQUERRES ET COURBES. 

COTONS DE TOUTE LARGEUR 

DEPUIS 1 MÈTRE JUSQUE 8 MÈTRES. 



Représentation de la Maison BINANT de Paris pour les toiles Gobelins (imitation) 

N0T4- — La maison dispose de vingt ateliers pour artistes. 
Impasse de la Violette, 4. 



Bruxelles. — Irap. Félix Callbwaert père, rue de l'Industrie, 



£:> 



Cinquième année. — N° 4 



Le NUMÉRa : 25 centimes. 



Dimanche 25 Janvier 1885." 



^ 





PARAISSANT LE DIMANCHE 



REVUE CRITIQUE DES ARTS ET DE LA LITTÉRATURE 



-~t: 



ABONNEMENTS : Belgique, un an, fr. 10.00 ; Union postale; fr. 13.T)Ô. — ANNONCES :'' On traite à- forfait. 

Adresser les dernandes à! abonnement et toutes les covrimunications à ' ' 

l'administration générale de l'Art Moderne, rue de Plndustriei, 26, Bruxelles. 



? 



OMMAIRE 



Trois œuvres récentes de Camille Lemoxxier. VHxjstéHque ; 
Le Hainaut; Histoire de huit bêtes et .d'une poupée. — Edmond 
About^ — Charles Fuster. L'âme pensive; Contes sans préten- 
tion. — La nouvelle direction du Théâtre de la Monnaie; — 
Le beau caractériste. — Élections académiques. — Musique. 
^me matinée de musique instrumentale au Conservatoire ; Concert 
Wieniawski. — Conseils aux musiciens. — Mémento des expo- 
sitions ET concours. — Petite CHRONIQUE. - \ ■ : 



TROTS CE1TJVI^E3 I^lÉîOEISrTES 



DU- 



. CAMILLE LBMONNIER 

L'Hystérique, Paris, Charpentier. — Le Hainaut, Paris, 
Hachette. — Histoire de huit bêtes et d'une poupée, 

Paris, Hetzel. 

Infatigable! Inépuisable ! tel est le salut qu'impose ce 
Maître qui, par la description du décor national, et par 
la description de l'âme nationale, devient nôtre chaque 
jour davantage. Le HainaiU! quelle peinture de nos 
paysages industriels ! L'Hystérique! quelle peinture de 
notre psychologie religieuse ! 

Et à côté de cela, une fantaisie enfantine charmante : 
Huit bêtes et une poupée! Des contes vite racontés, du 
bout de la plume, légers, caressants, naïfs, délicate- 
ment tressés, beaux jouets composés et habillés par un 
artiste, non pas avec les gaucheries et les crudités 
Nurembergeoises, mais avec une amoureuse préoccupa- 
tion d'harmonie simple et élégante. • 
-Laissons cette babiole en laquelle l'écrivain s'est 



amusé et distrait lui-même en amusant les autres. 
Venons aux deux fruits^mûrs et superbes qu'il a ajoutés 
à sa corbeille littéraire. 

Comme nous le disions plus haut, ces deux œuvres 
s'attaquent chacune à l'unedes faces suprêmes de l'art 
d'écrire : le dehors, le dedans, le visible, le pénétrable, 
ce qui parle aux yeux, ce qui ne parle qu'à l'esprit. 
"" Et le procédé changeant merveilleusement avec le 
sujet, elles révèlent des qualités opposées mais com- 
plémentaires, aussi viriles, aussi vivantes les unes que 
les autres. . - ' 

Le HçLÎnaut est tout en couleur. On y retrouve le 
puissant brosseur qui, après s'être appliqué dans les 
premières lignes à peindre ce qu'il voit comme il le voit, 
est bientôt entraîné par l'ivresse des tons qu'il manie et 
mêle, et s'abandonnant au tournoiement où l'emporte 
l'éclatante mosaïque de sa palette, colore pour colorer, 
faisant vibrer les teintes, tel qu'un avare plongeant 
les bras dans un amas de pièces d'or et se soûlant de 
leur bruissement et de leur cliquetis. Ce n'est pas que 
sous les glacis magnifiques dont il la couvre, la Bel-^ 
gique disparaisse. Au début elle rougeoie comme si elle 
était d'airain chauffé par un feu intérieur. Mais par un 
phénomène étrange et séduisant, dès qu'on est fait à 
cette intensité qui partout hausse la ga^me des coloris, 
le camaïeu resplendissant qui en résulte donne, une 
impression inoubliable de la patrie, brutale en la façon 
dont elle s'imprime dans la pensée, mais sonore, élo- 
quente; exagérée peut-être, mais saisissante comme un 
beau soleil couchant. • ;- 



V 




'^ 



A dîfTérentes reprises déjà, nous nous sommés expli- 
qués isur ce procédé de Lemonnier. Nous layons chi- 
cané parfois parce que la description vraie des sites 
connus de notre changeant territoire a des charmes 
auxquels difficilement on renonce. Ce grossissement 
nous a inquiétés. Nous avons souhaité retrouver ces 
sites dans les fresques où nos littérateurs les reprodui- 
sent, tels qu'ils sont, avec leur tristesse grise, leur 
aspect ifhièval plus douloureux que bruyant. Mais 
devant le prestige de cette transfiguration épique, nous 
cédons, remplaçant la joie de voir cette nature mater- 
nelle où nous avons grandi, décrite en son aspect fami- 
lier, par celle de sentir se dégager à gros bouillons 
l'inspiration triomphante de celui qui, bon gré mal gré, 
s'affirme chaque jour davantage comme le plus brillant 
de nos écrivains. 

Nous savons comme on l'a marchandé, comme on le 
marchande encore, et avec quelle malice mauvaise on 
boursoufle les quelques imperfections qui sont l'adju- 
vant des belles œuvres, parce qu'elles en affiraient 
rhumanité Eh ! qu'importe. La vraie manière déjuger 
une. (jeuvre .d'art, c'est de la regarder dans son ensem- 
ble. Laissons les misères de la petite bête.. Le livre a ses 
grains de Ijeauté comme la peau, tâches en eux-mêmes 
mais sur la surface générale, repoussoirs séducteurs. 

Comme tout cet orchestre de phrases, d'images, de 
mots sonnant comme des cymbales, s'adoucit, se calme, 
devient grave dans \ Hystérique. Tantôt l'œuvre appa- 
raissait comme une pivoine, la voibi- telle qu'un nénu- 
phar. Nous sommes dans le paysage des froides et 
mortes constructions d'un béguinage. Ce fond de 
tableau est à peine indiqué. C'est une grisaille, une 
sépia brumeuse. Mais à l'avant plan, des personnages 
d'une intensité formidable, circulent avec des actions 
tragiques. L'ne illuminée, un prêtre. Ils passent, repas- 
sent, se déplacent en leur pantomine terrible, froids au 
dehors, brûlés au dedans d'un feu dévorateur, celui-ci 
par la concupiscence, celle-là par l'amour divin. Satan 
amant de Sainte-Thérèse. 

L'ingéniosité avec laquelle Lemonnier a creusé ces 
deux figures est inimaginable. Elle décèle un esprit 
d'une subtilité vertigineuse. L'anatomie des âmes pénè- 
tre jusqu'aux rameaux capillaires les plus ténus. 
Toutes les gradations de cette maladie physique qui 
retentit si puissamment sur les pensées et le sentiment 
que ceux-ci seuls semblent atteints, sont marquées en 
leurs degrés infinis, avec une netteté de nuances, une 
variété et une sûreté de notations, qui fait penser aux 
instruments de précision les plus délicats. 

Certes, pour notre gros public, ce qui subsiste d'un 
livre intitulé Yllystériqiie c'est ce qu'il nomme l'indé- 
cence. Et quand à cette première hardiesse de l'auteur 
vient se joindre l'application de cette prétendue indé- 
cence à des scènes- religieuses, elle devient scandale et 



entraîne une condamnation irrémédiable. Mais pour tout 
artiste qui ne s'arrête pas à ces banalités et qui entre 
résolument dans ce roman si profond, les basses préoc- 
cupations des pudeurs bourgeoises ne surgissent pas un 
instant. On sent que l'auteur ne s'est pas avili à vouloir 
faire une campagne anti-cléricale. Le prêtre reste grand 
et terrible comme Claude Frollo dans la fatalité qui 
le submerge. La béguine reste pure dans le ravage 
de sa virginité. L'un et l'autre sont peu à peu saisis, 
poussés, comprimés, domptés, écrasés par les inébran- 
lables forces des circonstances et de leurs tempéraments. 
Leur volonté n'est qen, et dans l'irresponsabilité- qui 
en résulte, ils démeurent sympathiques et touchants. 

Lemonnier n'a pas quarante ans. Il bat son plein. 
Toutes ses forces atteignent cette belle maturité de la 
vie qui est leur épanouissement complet. Il a déjà 
touché à tous les genres et forgé dans tous les styles, 
Cette variété a été critiquée. Elle a été cause des ana- 
logies qu'on a parfois relevées entre ses productions et ^ 
celles de personnalités françaises contemporaines. Soit. 
Qu'il accepte le reproche dans la mesure où il est vrai. 
Dès- le Mort, ce chef-d'œuvre, il a montré qu'il était de 
complexion à être lui-même. Le moment est venu où il 
saura ne plus être" autre chose. On peut prédire que 
bientôt sortira de lui l'œuvre où il se révélera tout 
entier, dans une originalité indiscutable. Sera-ce 
Happe-Chair, ce livre annoncé où il évoque la vie 
ouvrière dans les enfers de Marcinelle et de Couillet? 
Peut-être. ' 



EDMOND ABOUT 

C'est M. Rousse, paraît-il, qiiî fera à l'Académie l'éloge de 
M. Edmond About. Qu'eslrce que M. Rousse? M. Rousse est un 
vieil avocat admis dans la vénérable compagnie 1» parce qu'il 
estr réactionnaire; 2» parce qu'il est complclement étranger aux 
lettres. Ces qualités sont parfaitement suffisantes pour faire un 
excellent académicien. C'est donc ce rabbin qui est chargé de 
faire ressortir les mérites de l'auteur de tant d 'œuvres sans pro- 
fondeur ni pénétration, mais élincelantes de verve gauloise, de 
fine satire, de mots charmants. Vraiment l'aimable écrivain méri- . 
tait mieux que les pavés académiques dont l'honorable M. Rousse 
se prépare à bombarder sa mémoire. On voit d'ici ce procureur, 
son mémoire à la main, «lisséqucr du haut de ses lunettes 
Madelon, Le nez d'un notaire, U homme à ioreille cassée et 
plaider les circonstances atténuantes en faveur de ce grand esprit 
si tristement fourvové dans ces œuvres lésères, indisnes de lui 
et de la compagnie dont il avait l'honneur de faire partie. 

Avant que l'éloquence de M. Rousse ne s'appesantisse sur la 
tombe d'Edmond About,-il convient de dire quelques mots de cet 
écrivain qui certes ne doit pas être mis au rang des grands écri- 
vains de France,, mais qui a droit à une place honorable au 
second rang. 11 amusa sa génération par des récits d'une fantaisie 
originale, il augmenta de quelques éclats de rire le trésor de la 
gaieté française. C'est quelque chose, sans doute. Il ne faut pas 
dédaigner le rire. C'est la seule chose qui ne laisse après elle 




aucune amerlume, et, d'autre part, le rire on France est une 
puissance plus eorrosij^e que celle de rùloquence. Dans un pays 
où l'esprit a conservé quelques droits, le rire est le véhicule du 
progrès. Que de grandes choses le rire n'a-t-il pas préparées el 
accomplies! 11 est autre chose qu'une grimace accompagnée d'un 
bruit ridicule, c'est un explosif' redoutable, une dynamite irrésis- 
tible. 

VBomme à Voreille cassée, le Nez d'un notaire ne sont, 
assurément, que d'originales drôleries, mais à côté de ces 
fantaisies bouffonnes il y a des écrits qui ont la valeur de satires 
et de pamphlets fort énergiquesrsous leurs allures bon enfant. 
La Question romaine n'a-l-elle pas ce caractère, et dira-t-on que 
ce livre n'a pas contribué h préparer la solution du problème 
italien ? Le rire français a été plus meurtrier pour le trône de 
St-Pierre que les boulets de Victor-Emmanuel. 

M ne faut donc pas trop rabaisser Edmond About. Ce ne fut 
pas un grand homme, il n'eut pas de génie, il n'a pas Jracé de 
sillon, il a à peine égratigné le sol de l'art et de la pensée. Il 
est ridicule de le comparer à Voltaire comme le font quelques 
enthousiastes maladroits. Il n'eut pas la largeur de vues, l'ardeur 
généreuse, la sagacité profonde de l'hôte de Ferney. À éôté-de 
l'œuvre éminente de Voltaire, celle d'About n'esC qu'un atome. 
Mais si toute comparaison est impossible, il est au moins permis 
de dire de lui qu'il marcha dans le sillage du grand homme, 
qu'il lui emprunta quelques éclairs d'esprit et de bon sens, qu'il 
en atteignit parfois la vive clarté, la mordacité, la gaieté élince- 
. lanle. • 

Rendons aux choses et aux hommes leurs proportions. About 
n'est pas le descendant de Voltaire, mais il fut son disciple. 
L'héritage de Voltaire s'est divisé en une infinité de parts, About 
a eu la sienne. Laissons-la lui. 



L'Ame pensive, poésies, 1884. — Contes sans 
^^-^ prétention, 1885. 

Le nom de Charles Fustcr a été très copieusement cité dans les 
.périodiques belges durant les dernières années. Et pourtant il 
habite Bordeaux! C'est très loin, comme trajet, pour la gloire, et 
en apparence fort difficile. De Paris a Bruxelles le voyage des 
renommées littéraires est facile. De Bruxelles à Paris, c'est d(\jà 
presque infranchissable. De- Bordeaux à Bruxelles c'est étrange, 
et il a fallu, pour réaliser ce phénomène, des procédés exception- 
nels ; car jusqu'ici l'œuvre du jeune écrivain n'est pas de celles 
qui s'imposent et traversent les espaces sur des ailes d'aigle. 

Un de nos jeunes l'a dit récemment avec une franchise trop 
brutale : Charles Fuster aide trop à sa notoriété. Il a des façons 
de violenter l'attention qui choquent. Il est arrivé h l'état aigu 
de celle marthdie qui ronge la génération contemporaine : Faire 
parler de soi. 

Hâtons-npus de dire que ce n'est qu'un travers, qu'il ne louche 
^ qu'au caractère sur lequel il met une ombre, et laisse intacte la 
personnalité littéraire. Si c'est un écrivain qui remue plus que 
les autres, ce n'est pas un motif pour qu'on ne juge pas ses apti- 
tudes et ses efforts. 

Ses efforts^sonl énergiques, constants, exubérants. Il a le tem- 
pérament d'un homme qui veut percer, qui veut grandir. On 
découvre chez lui une volonté acharnée de contraindre les cir- 



constances. Il est ai l'affût des moindres occasions, il suscite 
sans trêve des relations. Sa correspondance doit être formidable. 
Elle doit être toujours aimable. Comme une araignée -diligente 
et jamais lasse, il tend incessamment des fils. C'est une uiéthodé 
très efficace de sortir dq l'obscurité et de s'aimantera tous ces 
po"Stes téléphoniques auxquels il s'est relié. Un va-et-vient pareil, 
C'îlle navette constamment lancée, reprise, renvoyée, ramenée ne 
peut manque^ d'être salutaire. Mais quelle administration ! " 

Que le jeune auteur ne nous en veuille pas d'insister sur ce 
côté 1res curieux de son activité. Nous tâclions de- faire son 
esquisse, cl il y a là un trait trop saillant pour qu'il ne s'impose 
pas. 11 y a aussi peut-être un défaut h corriger, h adoucir tout au 
moins, et c'est h ce titre que nous le signalons. S'il pouvait le 
réduire à des proportions acceptables! S'il pouvait réfréner son 
tic ! . 

Mais venons aux deux livres qu'il à publiés récemment, vers et 
prose. — - * 

V Ame pensive est une production très sincère, un peu naïve, 
sentimentale (ce qui est une qualité toujours lr(^ proche d'un 
défaut), d'une élégance légèreraenl départementale. Le principal 
reproche que nous lui ferons est de ne pas sortir des sillons 
habituels. Ce recueil a été couronne par l'Académie des muses 
Santones. A bon droit, certes. Comme livre de concours il est très 
bien tourné. Il réunit les qualités modérées que pareille circon- 
stance réclame. Il est bien élevé et décent même en ses colères. 
Il dénote une grande facilité de versification, mais n'est guère 
original. On n'y trouve quç rarement ce sentiment contemporain 
si puissant et si étrange, inévitable dans. la vie que mène ce siè- 
cle, ou qui le mène : une âj)re conscience des misères de notre 
condition d'homme. Le convenu tranquille, les malédictions con- 
ventionnelles, le répertoire démodé des tristesses banales, les 
joies et les tendresses superficielles. 

C'est d'un jeune, objeclera-t-on ; attendez. — C'est vrai. 
Comme début ce n'esi pas sans espérances de productions plus 
viriles, plus réellement humaines. C'est sans doute le jet d'un 
tempérament encore mal dégagé de la rhétorique de collège. 
Mais comme souvent de très jeunes plumes sont libres de ces 
entraves, nous, sommes enclins à critiquer celles-ci même chez les 
nouveaux- venus. 

Les Contes sans prétention parlicipenl des mêmes caractères. 
Ils tranchent peu sur la banalité des choses. C'est bien fait, mais, 
k notre avis, bien calme. L'art réclame désormais plus de mou- 
vement, plus de flamme. Il se concentre de plus en plus dans 
l'intensité de l'œuvre, dans sa pénétration, dans l'aptitude l\ 
fouiller les dessous, les coins reculés, soit dans le sujet, soit tout 
*" au moins dans la manière de l'exprimer, dans les images, les 
détails. imprévus, les traits profonds. Si Charles Fuster a l'ambi- 
tion de s'afficher en. dehors des autres, c'est là qu'il doit veiller, 
car c'est là qu'est son infirmité. 

On va vite, en général, chez les jeunes, quand il s'agit de pro- 
duire. Du premier coup on atteint la publication, et on ne s'ar-, 
rête plus. Livre sur livre, ou plutôt article sur article, plaquette 
sur plaquette, brochure sur brochure. On dràîne son esprit impi- 
toyablement. On l'épuisé avant même qu'il soit garni. On jouit 
du bonheur de se voir imprimé, critiqué et chronique : 

s. 

On raauge du sucre candi 
Dans les feuilletons du lundi. 

Mais tout cela c'est la bagatelle de la porte. En s'y arrêtant trop 
on. risque de ne jamais entrer. Mieux vaudrait, certes, moins 



^ 




engendrer. On aboulil vraimcnl h un beau rosullat quand, avant la 
ti'entaine, on a blasdlc lecteur, et soi-mOme, sur Son nom et sur 
so,n style. Qui, par ces temps de production h jet continiï, où 
chaque année chaque auteur pond son œuf, ne souliaiterail de 
voir stopper momentanément ces évacuations qui nous submer- 
gent. Pour la gloire véritable un seul livre, médité, creusé, pris 
cl repris, fait plus qu'un train littéraire de cinquante w;»gons, 
pardon de cinquante volumes, à n^oins d'être un génie, restreins- 
loi, est la règle des belles vies artistiques. Gare aux leucorihérsî 
Ecrivez lûnt ([ue vous voudrez, c'est partait . Mais ne publiez qu'à 
bon escient, et plutôt sur le tard. 



JiA JMOUVELLE" DIF\ECTI0N 
DU THÉÂTRE DE LA MONNAIE 

Jamais on n'entendit pareils poilus au sujet d'un changement 
de direction. Ce monde spécial qui rôde et bourdonne autour 
d'un théâtre, circule dans les couloirs, pénètre dans h^s coulisses, 
perruche chez les artistes, clabaude dans les cafés d'alentour, 
s'en est donne!» jusqu'ù l'étourdissement. Le v>ai, le faux surtout, 
le bien, le mal, le spirituel, le bêle ont neigé à gros flocons. On 
a assisté aux jérémiades incalmables des mécontents perpétuels : 
ils obsédaient la très ingénieuse, très sympathique administration 
Stoumon et Calabrési; voici (prils lâchent ce! le proie pour mor- 
diller b direction Verdhurl cpii n'a pas encore commencé. On a 
vu s't'^panouir la salisfacliou de ceux qui ne d(''estent pas le chan- 
gement et espèrent en un arl plus jeune, |dus frais, plus nova- 
teur. Puis il y a eu l'intarissable jacassement des abonnés et 
habitué"^ juste milieu, bavardant pour bavarder, cancanant, 
inventant, (léfigiiiant, chuchottant, piquant, griffant, déchirant, 
pérorant îi en perdre haleine eux-mêmes et à en faire perdre 
patience aux autres. ■ . 

C'est tini. La crise est passée. Les concurrents qui attendaient 
aventure' au coin du bois, comptant sur quelque accident-que 
prédisaient, on ne sait pour([uoi, les oiseaux noirs, ont repris le 
train et Ont disparu. Les amateurs de calaslrophes ont dû ren- 
trer chez eux- bredouille. Leurs mauvais présages sont évaporés. 
Il faut se résigner : M. Verdhurl qui, aycc beaucoup de tranquil- 
lité cl un sangfroid de bon augure, laissait dire, laissait faire, 
ne se donnant pas la peine d'aller souffler dans cette fourmilière, 
esl.hel et bien et délinitivement directeur. Au moment voulu, au 
moment fixé, ni trop tôt, ni trop tard, juste assez pour donner ù 
ses adversaires des espérances dont il a pu s'amuser, et pour 
rester absolument correct, il a fait apparaître îi la caisse com- 
munale, en espèces sonnantes, son cautionnement. 

D'où vieni-il ce cautionnement? Qui(a[)puie le nojivel élu? 
Quels noms mettre sur ce qu'on nomme sa commandite, car il ne 
s'en cache pas, ce n'est, pss sur ses économies de professeur de 
chant en vogue et d'ancien baryton, qu'il a trouvé de quoi suffire 
à son enlreprisL'? Mystère. Il se tail ^ort intelligemment, fort fière- 
ment, et les plus malins sont en défaut. 

Tout ce qu'on sail, tout ce qu'il dit, c'est qu'il a un capital très 
sérieux, 1res sûr, qu'il n'a eu recours à aucune des personnalités 
que l'on désignait dans les parloUes du foyer, et qu'il marche 
activement, avec sérénité et grande activité. 

Il a tenu beaucoup à être libre des attaches qui auraient mis 
sa direction en servitude artistique soùs prétexte de l'aider pécu- 
nièrenient. Il n'a à obéir à personne, même à n'écouter personne 



s'il le croit utile, quelque ,prix qu'il attache au pubiicde la capi- 
tale'auquel il va se consacrer tout entier. Il peut compter qu'on 
lui saura gré de cette indépendance qui n'exclut pas la déférence 
et la ferme volonté de tout tenter pour charmer ses futurs spec- 
tateurs. - 

On assure qu'il n'entre, du reste, pas dans sa pensée d'exclure 
ces combinaisons qui ont toujours, été dans les traditions du 
théâtre de la Monnaie, d'accepter à titre d'adjuvants les amateurs 
qui désireraient reprendre une part de son apport, sauf qu'il peut 
le faire maintenant avec une liberté qui lui eut manqué s'il avait 
dû solliciter ce concours avant d'avoir définitivement et solide- 
ment établi sa situation. , • 

M. Verdhurl a choisi comme administrateur de la partie maté- 
rielle, M. Waechter, qui lui a été proposé, dit-on, par legroupe 
de ses baiihurs de fonds. Il s'est réservé pour lui-même toute la 
partie artistique, le répertoire, la scène, l'orchestre, et ce qui se 
rapporte à leur personnel compler. IF reste seul directeur en litre 
de noire opéra et n'a pas d'associé. Il va se mettre en campagne 
pour recruter une troupe sérieuse et surtout nouvelle. 

Il a tenu pourtant ù respecter les prédilections du public 
bruxellois qui s'étaient nellement accusées. De là ses démarches 
immédiates auprès de M™^ Caron et de M.jGresse. On sait que 
M. Soulacroix est engagé depuis quelcpe temps déjà à l'Opéra- 
Comique. M. Grosse lui a déclaré en termes formels qu'il était 
résolu à qiiitler le théâtre de la Monnaie. Certes, on le regrettera. 
M"™*-' Caron réserve son choix. Il sutfit que l'on ail fait auprès 
d'elle des démarches qui monirent combien on souhaite la con- 
server. Si l'Opéra de Paris devait nous enlever l'admirable artiste, 
il n'y aurait de reproches ti faire k personne, car on lui a démontré 
quelles sympathies profondes elle a su conquérir. 

Le recrutement du nouveau personnel sera possible celle année 
dans des conditions exceptionnellement bonnes. On cile plusieurs 
noms qui consoleront le public de dépaits qui seraient regret- 
tables. Il serait prématuré de les révéler avant les engagements 
définitifs. 

Quant au répertwe, il subira des transformations essemioUe^ 
dans* le sens d'un arl plus contemporain. Il sera donné de légi- 
times satisfactions aux désirs du monde artistique. Il sera tenu 
compte de vœux souvent et énergiquemenl e^iprimés. C'est la 
caraclérislique que la nouvelle direction entend conserver avant 
tout. 

M* Verdhurl a de nombreuses et excellentes relations dans la 
dresse, dans les théâtr. s et dans les arts, ici et à l'étranger. 
De toutes parts lui viennent de précieux auxiliaires et de salu- 
taires sympathies. Tout fàil présager que l'année théâtrale pro- 
chaine sera animée, hardie sans témérité, fructueuse et très 
honorable. "^ — - 



LE BEAU CARACTÉRISTE 

Nous détachons d'un curieux ouvrage qui paraîtra prochainement 
sous le titre : Philosophie de l'Art moderne, par Jean-François 
Raffaëlli, l'intéressant fragment que voici. La prochaine arrivée du 
peintre à Bruxelles, où il fera une conférence aux XX, donne à ce 
morceau uu attrait tout d'actualité. 

L'art a un terme qui ne changera jamais, la1il que l'art sera 
l'art, c'est le beau. 

Sans le beau, pas d'art possible; parce que sans le beau notre 
action serait nulle. Le naturalisme sans le beau serait une béiise ; 





les écrivains le savent bien; les plus forts de ce mouvement, 
admirable on liltéralure, les Zola, si puissants et si retors; les 
Huysmans, si rare et si grand littérateur; les Céard, dune force 
critique et psychologique si belle; les Maupassant, admirable 
écrivain; les Hennique, le prouvent par leurs ouvrages, et avec 
*des tempéraments totalement différents; mais les peintres, qui 
n'ont aucune habitude de i)enser, ne le savent pas, et c'est pour- 
quoi ce qu'ils font pour la plupart est sans valeur, parce que 
c'est sans aucune philosophie; et c'est pourquoi ils lassent; 
et c'est pourquoi les six mille naturalistes geignent et se plaignent 
comme des commissionnaires qu'on a trompi'-s d'adresse. 

Maintenant, si le terme de l'art ne change pas et ne doit jamais 
changer, s'il doit toujours être le Beau, l'idée de ce qui doit être 
le Beau, V Idéal en un mol, peut varier, et changer totalement 
avec les mœurs qui se modifient ou les idées qui s'élargissent, 
s'étendent et s'affranchissent. 

Le Beau n'est pas le même pour le Patagonien ou le Lapon, 
l'Indien et le Chinois; de même que ce qui fut le beau des Grecs 
est presque indifférent aujourd'hui^à no/?'^ flc/iyz7e intellectuelle, 
et je le prouverai. 

J'ai essayé de déTlnir dans uno étude précédente ce que doit 
être le Beau positiviste, caractérisle, et dans quel idéal \\ réside, 
je n'y reviendrai donc pas. — J'aime mieux suivre mes six mille 
naturalistes, sortes d'orphéonistes qui s'en vont en troupe, chan- 
tant : La belle naturel La nature seule est belle! alors que le 
beau est autant objectif,. \iu\squG nous ne pouvons en avoir con- 
science sans objet, que subjectif, puisque sans noire intelligence 
qui s'enfièvre, multiplie, additionne, spécule sur les beautés et 
embrasse leurs raisons, leurs hienfaits, leur allure et l'action' 
générale qu'elles ont sur nous, ce que nous avons de spectacles 
devant nous sérail lettre morte ! Ce qu'on aime, ce pourquoi on 
se passionne, c'est l'idée, l'idée, et toujours l'idée. — On meurt 
pour une idée, — a-l-on jamais vli un. homme se faire tuer pour 
la nature? On prêche d'autant la beauté qu'on est plus idéologue, 
c'est absolument certain. 

En face de la mer, un beim commun pourtant, qu'elle voyait 
pour la première fois, ma bonne a dit-: Que d'eau! — C'est bien; 
mais nous disons : Que c'est beau! — Et nous empilons livres, 
tableaux, poésies de toutes sortes sur ce thème éternel. — De 
Notre-Dame, notre mênie sujet dit : Bien sur que c'est plus beau 
que par chez nous! — Ce n'est pas mal, mais nous disons : 
C'est admirable! — Au fond, à bien parler, nous avons une 
admiration d'autant plus grande de tout, que nous avons plus de 
conscience, de jugement des choses. Sur une tête du Parthénon, 
à irrre, le chien lève la patle; — l'enfant s'en saisit de préfé- 
rence, et en joue; — l'homme la ramasse avec soin et construit 
des palais pour la recevoir: il a conscience étendue de l'admi- 
rable beauté que représente celte pierre taillée. 

Je possède un précieux débris de cette nature. C'est un mor- 
ceau de bas-relief : une tête de profil, un marbre blanc, de Paros 
péul-êire; cela représente un homme chauve; — je trouve cela 
follement beau ; — et ma même bonne, celle de tout à l'heure, 
me conseillait, il n'y a pas longtemps, intimement, dans un coin, 
de ne pas laisser une horreur pareille sous les yeux de ma femme 
en grossesse ! . • 

Donc, première fausse piste: le Beau n'est pas dans la nature. 
— ^. Voilà déjà que naturalisme, nature, ne dit pas tout, qu'il ne 
dit guère que la moitié et qu'il n'est en un mot, à l'art, que 
que l'objectif est au subjectif. ^ 



Des gants de femme, vieux, que valent-ils? — Il faut les jeter. 
— Mais s'il sont de la femme adorée, nous les gardons précieuse- 
ment. — Mais? — cela ne les rend pas beaux? — Non! mais 
ils nous parlent tant d'une beauté aimée que ces loqiies sans 
formes peuvent nous inspirer les plus belles poésies ^^ et c'est 
Vidée, l'idée A'Elle que nous admirons et aimons en eux. Des 
montagnes, pour le paysan, c'csi haut et gênant; pour nous; 
c'est majestueux et utile. Voilà tout. — Le Beau est dans 
l'amour conscient, autrement dire, dans le caractère, car c'est 
dans le caractère que la conscience trouvera certainement la 
marque d' mie utilité propre; utilité qu'elle jugera aussitôt digne 
de son amour. 



que ce 



J^LECTIONp ACADÉMIQUE^ 

L'Académie royale de Belgique ayant à élire un membre dans 
sa section de sculpture, vient de porter ses suffrages sur 
Monsieur Ducaju, statuaire. Nous n'altendions pas moins de l'Aca- 
démie royale'de Belgique. 

M. Ducaju est l'auteur du Boduognat d'Anvers et de la Chute 
de Babylone, dont le plâtre figura à l'Exposition de 1880. 

Le gouvernement, frappé du mérite de cette dernière œuvre, 
en commanda le marbre à l'auteur, afin de léguer aux générations 
qui viennent un échantillon de la sculpture belge au xix« siècle; 
c'est ce marbre que nous vîmes au dernier Salon de Bruxelles. 

Celui qui s'est trouvé une seule fois, une seule, en face de 
cette* sculpture, ne l'oublie plus. Celte femme couchée sur un 
veau polycéphale et faisant un geste dont l'intention échappe 
aux natures ordinaires est inouïe! Sur une- espèce de jarretière 
qui lui ceint la tête, l'auteur a gravé le mot : MYSTÈRE. 

Et en effet, cette œuvre est Un mystère si mystérieux que 
M. Ducaju lui-même n'y a jamais rien compris. C'est là ce qu'on 
peut appeler une œuvre waimeni supérieure, en ce sens qu'elle 
est au dessus de l'artiste qui l'a produite, — celui-ci ne s'élant 
jamais douté de ce qu'elle pouvait signifier. 

Ce mystère était une risette évidente à l'Académie, qui a la 
compréhension facile. On a avancé un fauteuil à M. Ducaju en 
lui disant : « Venez vous asseoir, vous l'avez bien gagné; main- 
tenant qUe vous êtes immortel, vous pouvez mourir ». Ce qui 
est une façon de parler, car à l'Académie royale de Belgique les 
lames sont d'une trempe tellement extraordinaire que les four- 
reaux durent des temps infinis; on n'en voit pas la fin. 

M. Paul De Vigne, — un jeune inconnu qui n'avait à son actif 
que la Domenica, Héliotrope, V Immortalité, la Poverella, le 
^monument de Van Houtte à Gand, etc., plus un certain nombre 
de bustes qui ont paîsé inaperçus ; M. De Vigne, à qui l'on a 
imprudemment confié l'exécution d'un des groupes du Palais deâ 
Beaux-Arts et le monument de Breydel et de Coninck à Bruges, 
était deuxième candidat. Est-il besoin de dire qu'il resta honteu- 
sement sur le carreau ? 

C'est là, si nous avons mémoire, le troisième échec qu'il 
essuiejpt ce n'est pas le dernier, car l'illustre corps vient de faire 
des ouvertures à l'Iguanodon du. Musée, qui a remué la queue 
► pour faire signe qu'il acceptait. 

11 entrera à l'Académie comme dans un moulin. M. Gallail hii 
a déjà promis sa voix. ' . 




fil 



UNIQUE. 
2<^ séance de musique iustrumentale au Conservatoire 

L'Association des professeurs d'inslrumenls à vent a donné 
dimanciic sa deuxième matinée. Elle a été inlérossanto dans son 
ensemble, mais plus terne que la i)remière. Dans VOteito de 
Mozart les bassons ont fait merveille : on ne pourrait jouer plus 
juste, ni avee plus de mécanisme. Dans une Komancù a'^scv. filan- 
dreuse de Saiut-Saéns et dans un Concerto de peu de valeur 
musicale de Widor, MM. Morck et Dumon ont prouvé, ce que nul 
n'ignorait, que le cor ])our l'un, la tliile pour l'autre n'avaient 
plus de mystères, qu'ils en ont tous deux pénétré le secret et 
(ju'ils excellent à on révéler los ressources. Un Quintette de 
Uubinslein pour piano, llûle, clarinette, cor et basson, a cou- 
ronné la séance. Musique assez pauvre d'idées, composée de 
motifs mal rattachés et de peu de logique. Elle n'a pas paru 
.enthousiasmer outre mesure le public. Exécution d'ailleurs cor- 
recte et satisfaisante. La partie de piano a été fort bien tenue par 
M. De Grcef., ~^ 

Concert 'Wieniav;rski 

La veille, Joseph Wieniaw.ski donnait h la Grande-Harmonie 
un concert qui, pour n'avoir rieu d'ofliciel, — au contraire, — 
n'en a pas moins réuni un nombreux et 1res sympathique audi- 
toire. Programme de choix : du Chopin, du Wieniawski, du 
Wagner, avec, comme prologue, la grâce mignarde d'une sonate 
de Mozart. Pour interpréter celle-ci, le maître s'était associé une 
toute jeune et déjà méritante élève, M"*^ Merck. 

On connaît sulTisamment le jeu du pianiste-compositeur pour 
qu'il soit nécessaire d'en donner une appréciation nouvelle. Il y 
a dans l'exécution de Joseph AVienrawski une bravoure entraî- 
nante et superbe. C'est le pianiste héroïque de la race de Hubin- 
stein et de Liszt, et non de celle des ciseleurs de gruppetti^ des 
retoucheurs d'arpèges, des miniaturistes en staccati, des dévi- 
deurs de trilles sur des fuseaux d'ivoire. 

Ses compositions, nous les avons jugées lors de leur appari- 
tion. Les Jeux de fées et VExtase, dits par M. Moyaerts, ont paru 
être le plus particulièrement goûtés du public. 



j[30N?EIJ-^ AUX MUSICIENS .. 

Un journal anglais donne aux musiciens quelques conseils très 
amusants que traduit, à l'usage de ses lecteurs, un journal musical 
bruxellois. Voici les plus utiles : 

AU PIANISTE. 

Si l'on vous demande déjouer, prenez place au piano et dites : 
» Connaissez-vous un petit morceau par un tel ou un tel il Je ne m'en 
souviens pas très bien, mais c'est quelque chose de ce }ienre-ci. »» 
Vous jouez alors le morceau que vous avez travaillé pendant les six 
derniers mois. 

A.U VIOLOXISTE. 

Tâchez d'acquérir une grande dextérité de manipulation ; le ton 
est d'une importance secondaire. 

L'usage de la colophane est une mauvaise habitude. Ne l'adoptez 
pas. 

C'est une grande erreur que d'accorder un violon plus d'une fois 
par mois. Cela ne devrait pas être nécessaire, un pareille indulgence 
ne sert qu'à donner de mauvaises habitudes ù l'instrument. 

AU COMPOSITEUR. 

Pour avoir une inspiration tout à fait originale, examinez les 
œuvres d'autres comiiositeurs. 

Ecrivez d'abord votre partition dans une clçf facile, alors transpo- 
sez-Ja dans la plus difficile et la plus embarrassante que vous puis- 
siez trouver. 

Mettez beaucoup d'accords que seules peuvent jouer les personnes 
qui ont des mains de géant. 

Rappelez-vous toujours que plus la musique est difficile, plus 
grand est le génie du compositeur. 



Donnez à chaque compositibn un titre en langue étrangère : de 
cette façon vous aurez le crédit de connaître les langues dont vous 
employez les mots. ' 

N'admettez jamais la supériorité d'un autre compositeur, qu'il 
soit mort ou vivant. 

AU CUEF d'orchestre. 

Prenez des leçons de natation et apprenez abattre les tapis. 

Prenez les plus grands soins de votre toilette : dé vos manchettes, 
de votre col, de vos gants; et surtout rejetez vos cheveux en arrière ; 
rappelez-vous toujours que vos manchettes et le devant de votre 
chemise ne peuvent i)a.s être assez exposés. 

Tapez vigoureusement sur votre ])upitre et. donnez un «» chut •• 
prolongé dans tous les passages pmxo. Cela détourne l'attention du 
public de la musique, pour^la porter sur le chef d'orchestre. 

A la fin de chaque morceau essuyez-vous le front, que ce soit 
nécessaire ou non. 

Menacez de temps en temps le contrebassiste et, aussitôt que le 
tambour fait son entrée, agitez violemment votre main gauche dans 
sa direction : cela détruit leur vanité. 

Si vous portez les cheveux longs, jetez-les en arrière par un gra- 
cieux hochement de tête, à la fin de~tous les'i)assages difficiles, parce 
que cela ra|)pellera à l'auditoire que tout le mérite vous appartient. 

Si vous êtes décoré d'un ordre quelconque, faites faire un joyau 
un peu plus grand que celui d'ordonnance: de cette façon, dans une 
grande salle, tout le monde verra l'honneur qui vous a été décerné, 
et à votre entrée à l'orchestre vous obtiendrez les applaudissements 
du public. 

Si vous n'êtes pas décoré, faites dorer un bonbon Peek Frean 
pour faire croire au public que c'est un ordre rare ; votre succès sera 
le même. 



MEMENTO DES EXPOSITIONS ET CONCOURS 

Anvers. — Exposition universelle. Mai à octobre 1885. 

Anvers. — Salon des refusés et exposition des artistes indépen- 
dants, ouverture eh mai. Pour tous renseignements s'adresser au 
secrétaire du Cercle des artistes indépendants, 1, rue de l'Angle, 
Bruxelles. 

Janvier 1885. — B-ruxelles. — Deuxième exposition des XX. 
(Limitée aux membres du Cercle et aux artistes spécialement invités). 
1er Février 1885. — Troisième exposition de Blanc et Noir de 
VEssor. (Limitée aux meniln'es du Cercle). Mai 1885 — Exposition 
historique de gravure, par le Cercle des aquarellistes et aquafortistes. 
Mai 1885. 

« 

Bruxelles — 25*^ exposition annuelle, organisée par la Société 
royale belge des aquarellistes, à partir du 4 avril 1885. 

Glascow. — Institut des Beaux-Arts (24® exposition). Ouverture 
. ^ février 1885. Fermeture fin d'avril. — S'adresser à M. Robert 
AValker, secrétaire de l'Institut, à Glascow. 

Londres. — Exposition internationale d'instruments de musique. 
Ouverture en mai 1885, à South- Kensington. Cette deuxième divi- 
sion comporte trois groupes : 1° Instruments de musique construits 
ou en visage depuis 1800; 2" gravure et intpression de la musique ; 
3» collections historiques. 

^D. — Du^-ât^mars à la fin de septembre exposition internationale 
-^E universelle d'Ale:\an(h*à- Palace, comprenant notamment les arts 
et métiers, et une exposition de tableaux et objets d'art représentant 
les principales écoles du continent. 

Nuremberg.^ Exposition internationale d'orfèvrerie, de joaille- 
rie, de bronzes, etc. Du 15 juin au 30 septembre 1885. 

Paris. — Salon de 1885. — l^f mai au 30 juin 1885. — Peinture, 
dessins, etc. Dépôt des ouvrages au Palais des Champs-Elysées, du 
5 au 14 mars. Vote, le mercredi 18 mars, de 9 h. à 4 h. — Sculp- 
ture, Gravure en méd. et si(r p. f. Dépôt du 21 mars au 2 avril. 
Vote, le mardi 7 avril,, de 10 à 4 h. — Architecture. Dépôt du 2 au 
5 avril. Vote, le mardi 7 avril, de 10 à 4 h. — Gravure et Lithogra- 
phie. Dépôt, du 2 au 5 avril. Vote, le lundi 6 avril, de 10 à 4 h. 

Rome. — Exposition organisée par la Société des Amatori e cultori 
di Belli arti. C)uverture l^r février. 



Rotterdam. — 
Renseignements 



•Du 38 mai au 12 juillet. Dernier délai : i() mai. 
M. Veder.s, secrétaire, 42, Boompjes, Rotterdam. 




Gand. — Statue du docteur Joseph Guislain. Clôture : 31 mars 
1885. Les œuvres doivent être envoyées au concierge de 1 Université 
de Gand, rue des Foulons, et porter la suscription : Au comité 
constitué pour l'érection dune statue au docteur Joseph Guislain. — 
Envoi : Maquette de la statue et du piédestal (25 centimètres au 
total), dessin détaillé de la grille et indication de la disposition du 
dallage entre le grillage et le piédestal. — L'artiste doit s'engager à 
livrer pour 19,000 francs les travaux de maçonnerie nécessaires, la 
statue, le piédestal, le grillage et le dallage. — Documents et pho- 
tographies chez le D'" B -G. Ingels, médecin de l'hospice Guislain, 
à Gand. , 



La Haye. 
tius. 



Concours pour l'érection d'une statue à Hugo Gro- 



MoNTÉviDÉo — Concours pour la statue du général Artigas 
S'adresser à la légation de l'Uruguay, 4, rue Logelbach, à Paris. 

RicuMOND (Virginie). Concours pour un monument a Robert 
Lee, jusqu'au le"" mai 1885. 

Saint-Nicolas. — Concours de gravure du Journal des Beaux- 
Arts. Histoire : prix 400 fr. pour la meilleure eau- forte (sujet inédit 
ou copie d'un tableau flamand ancien ou moderne^ Genre '- prix 
300 fr. Paysage et intérieurs : prix 200 fr. Dimension maximum des 
cuivres: 0"'260 sur 0a>190. Dernier délai : 31 juillet 1885. Envoyer 
franco avant cette date 2 exemplaires sur papier blanc et 2 exem- 
plaires sur chine. 

Vienne. — Concours pour l'érection d'un monument à Mozart. 



f 



ETITE CHROjMiqUE 



Depuis trois ans, la maison Schott publie un petit recueil d'un 
très grand intérêt pour les musiciens, professeurs et amateurs de 
musique, les Tablettes du musicien. Ces tablettes contiennent, con- 
densés en un volume de poche de 265 pages, une foule de renseigne- 
ments utiles. Il y a un calendrier, des éphémérides musicales, un 
carnet de notes, du papier à musique pour saisir et fixer l'inspiration 
au moment où elle se présente, des notices biographiques, une 
bibliographie des ouvrages belges sur l'art musical parus dans le cours 
de l'année écoulée, des détails précis sur tous les Conservatoires et 
écoles de musique du pays, sur les théâtres, les journaux, etc. 
Indications vraiment précieuses pour les artistes, les Tablettes 
donnent, en outre, pour toutes les nations, la France, l'Allemagne, 
la Hollande, etc., la liste complète des Conservatoires, avec les noms 
des directeurs et des professeurs, la horaenclature des sociétés 
musicales, des théâtres, des maîtrises d'églises, etc. 

Un portrait <le Peter Benoit orne les Tablettes de 1885, que nous 
venons de recevoir. Une importante notice biographique est .-consa- 
crée au maître flamand. Enfin, un vocabulaire de toutes les expres- 
sions usitées en musique termine ce petit volume qui ne mérite que 
des éloges, tant au point de vue de riutellig-ence de sa composition 
que des soins typographiques avec lesquels il est édité. 

Le pianiste Eugène d'Albert donnera un concert à la Grande 
Harmonie, le jeudi 5 février pr&chain à 8 heures du soir. 

La fanfare royale Phalange artistique de Bruxelles, sous la direc- 
tion de M. V'an Remoortel et la présidence de M H. Duhem, don- 
nera demain lundi, à huit heures, à la Grande Harmonie, un inté- 
ressant concert au bénéfice de la Crèche école gardienne de Cure- 
ghem-Anderlecht. 

Nombre d'artistes de mérite prêteront leur concours désintéressé 
à cette fête de charité Citons M'''^^ Deguust-Hagelstein, Fierens, 
Ad, Mees; MM. Sanous, Eldering, Massage et Maquet. 



Pour rappel, aujourd'hui dimanche, à 1 1/2 heure, au théâtre de 
la Monnaie, troisième Concert populaire, avec le concoui's de 
M. Camille Saint-Saëns. 

L'éminent pianiste jouera le Concerto en sol, de Beethoven, et sa 
Rhapsodie d'Auvergne, qui obtint un si vif sucxîès au dernier con- 
cert de V Association des Ai'tistes- Musiciens. 

L'orchestre fera entendre la Symphonie en ré (no 4), de Robert 
Schumann, et des œuvres de M. Camille Saint-Saëns inconnues à 
Bruxelles : le Ballet d'Henri VIII, une Sérénade et une Jota Ara- 
gonaise, enfin son poème symphonique la Jeunesse d' Hercule, 
i ' , ■ • . 

Hans de Biilow a donné sa démission de maître de chapelle de 



Meiningen. La démission a été acceptée par le duc. Biilow va se con- 
sacrer à la carrière de virtuose et entreprendre une grande tournée 
en Europe. Le célèbre pianiste jouera vers la ûù de mars à Paris, 
puis à Bruxelles. 

Cari Millœcker, l'auteur de V Etudiant pauvre, est un composi- 
teur actif et fécond, A l'heure même où le théâtre de l'Alcazar à 
Bruxelles donnait pour la première fois- en français son Bettelstu- 
dent, sa nouvelle opérette, V Aumônier du camp, obtenait à Berlin 
un éclatant succès. La représentation, dirigée par l'auteur au Frie- 
drich- Wilheîm Stadtheater s'est terminée, après des bis et rappçls 
sans nombre, au milieu de l'enthousiasme général. 

Une correspondance adressée au Ménestrel tl.onne d'intéressants 
détails historiques sur la valse viennoise. 

Les premières traces de la valse viennoise remontent à l'an 178G. 
On l'a dansée pour 1^ première fois dans un opéra {una Cosa rara) 
de Vincent Martin, le 17 novembre de cette année, et la nouvelle 
danse s'appelait alors Langaus. Cette valse était lente, presque glis- 
sante, et plaisait beaucoup au public vieimois, qui l'adopta pour ses 
bals. En 1819, V Invitation à la danse, de Weber, avec sa fameuse 
valse, si brillante et stimulante, provoqua une véritable révolution 
dans la musique dansante. Elle, prit des allures plus dégagées et 
trouva des compositeurs tels que Lanner, Morelli et Johann Strauss 
père (1820-1848), qui inaugurèrent les premiers la grande époque de 
la valse viennoise. Après 1848, le règne du « Prince de la valse -, 
comme le public viennois appelle Johann Strauss le fils, a commencé 
et dure encore. 

Un petit ballet eu trois tableaux que vient de représenter, avec un 
très grand succès, l'Opéi'a-Impérial de Vienne, retrace ces trois 
époques. 

Lorsque l'orchestre commença, le soir de la première, les valses 
de 1840, les doyens des habitués du théâtre se mirent à marquer la. 
mesure de cette, musique, qui leur rappelait leur jeunesse, en 
dodelinant de la tête. Quand vinrent les valses de Johann Strauss fils, 
on vit de jolis petits pieds remuer dans les loges, tandis qu'au par- 
terre, la jeunesse dorée prenait une physionomie béate. Chaque valsé 
était saluée d'une triple salve d'applaudissements. Une rare anima- 
tion, presque une émotion nationale, régnait dans la salle, et Johann 
Strauss, qui se .cachait dans le fond d'une loge de secondes, 
inaperçu, s'est trouvé assister comme à une apothéose spontanée 
de sa musique ce qui a dû le flatter infiniment plus que les ovations 
préparées à l'avance dont on l'a régalé en 1884, ' 

On écrit de Liège au même journal : 

Le conseil communal a décidé l'achat des partitions et parties 
d'orchestre à'Aben-Hamet. M Claeys, d'Anvers, sera chargé du 
rôle d'Aben • les autres rôles seront distribués sous peu et les études 
commenceront de suite. 



Une nouvelle revue, qui met en pratique dans renseignement 
populaire les principes d'indépendance que nous soutenons dans 
l'Art, vient d'être fondée à Bruxelles. Le i"^ numéro, publié le 
15 janvier,* contient d'intéressants articles sur l'hygiène de la voix, 
sur la photographie, sur l'enseignement de l'histoire à l'école pri- 
maire, etc. 

Titre : La Revue pédagogique (mensuelle ; 5 francs par an ; rue 
d'Isabelle, 42). Elle s'adresse surtout aux instituteurs. 

La Revue pédagogique belge ouvre ses colonnes à tous ceux qui 
veulent, par leurs écrits et leurs travaux, concourir au développe- 
ment de l'enseignement populaire. Elle ftiit appel à toutes les forces 
vives du corps enseignant. Partisan de la liberté dans son accep- 
'Tiion la plus large, ennemie acharnée de tout ce qui est censure ou 
pression, amoureuse de discussion et de libre-examen, elle demande 
que chacun vienne librement exposer ses désirs et ses croyances; 
Elle laisse à ses collaborateurs liberté entière d'exprimer leur avis 
comme ils l'entendent et de défendre telle cause qu'ils croient juste. 

Carnaval de Nice. — Voici un magnifique voyage qui s'organise 
à l'occasion du Carnaval de Nice. On visitera successivement Mar- 
seille, Cannes, les îles Sainte-Marguerite et Saint-Honorat, Nice. 
Monaco et Monte-Carlo, en un mot toutes les merveilles du littoral 
dé la Méditerranée. Les touristes prendront part, en outre, aux 
superbes fêtes et réjouissances du mardi gras à Nice : cortège carna- 
valesque, brillante cavalcade, bataille de fleurs et de confetti, distri- 
bution de bannières, bals et fêtes de nuit, illurliinatiou a giorno, etc; 

La durée de ce voyage' sera de 10 jours. Le départ aura lieu de 
Paris le lundi 9 février, à 2 h. 20 du soir Le prix, comprenant tous 
les frais de transport et de séjour à partir de Paris, est fixé à 
250 francs. 



> 




Le voyage sera conduit par M. Ch. Parmentibr, direct iur de VEx • 
cumon, boulevard Anspach, 109, à Bruxelles, qui enverra gratuite- 
ment les prospectus aux personnes qui lui en feront la demande. 



Les annonces sont reçues au bureau du journal, 
26, rue de V Industrie, à Bruxelles. 



VILL1E3 DE GENÈVE 



La concession du nouveau théâtre devant êti-e renouvelée pour 
l'année 1885-1886, les personnes disposées à se charger de cette 
exploitation sont invitées à s'inscrire sans retard au bureau du Con- 
seil administratif, en indiquant leurs titres et leurs références. 



NOUVEAUTÉS MUSICALES 

POUR PIANO 

Huberti, G. Trois Inorceaux : N° 1. Etude rhythmique, 2 fr. — 
N" 2. Historiette, 2 fr. - N» 3. Valse lente, fr 1.75. 

Kowalski. Op. 44. Autour de mon Clocher, 2 fr. — Op 45. Illu- 
sions et ChimèreSi 2 fr. — Op. 48. Tambour battant, 2 fr. 

Smith S. Op. 185. Notre-Dame, Chant religieux, 2 fr. — Op. 191. 
La mer calme, Deuxième barcarolle, 2 fr. — Op. 192. Styrienne, 
2 fr. ~ Op. 193. Marguerite, 2 fr. — Op. 194. La fée de Ondes, 2 fr. 

Wieniawski. Jos Op. 39. Six pièces romantiques : Cah. I. Idylle, 
Evocation, Jeux de fées, 3 fr. — Cah. II. Ballade, Elégie, Scène 
rustique, 3 fr. — Op. 41 Mazourka de concert, fr. ^50. ' 

MUSIQUE POUR CHANT 

, Bach. Six chorals pour chœurs mixtes par Mertens. La partition, 
1 franc. 

Bremer. A. Sonne mon tambourin, pour chant, violon où violon- 
celle et piano, 3 fr. — - Hymne à Cérès, pour baryton ou mezzo- 
soprano et chœur pour 3 voix de femmes, 2 fr. 

Rtga^ Fr. Quatre Chœurs pour voix de femnies avec accompagne- 
ment de piano, à 4 mains : No 1. Fête villageoise, la partition, 
fr 2.50. -- N^ 2. Les Vendangeuse, la partition, fr. 2.50. — N» 3. 
Sous les Bois, la partition, fr. 2 50. — N" 4. La Paix, la partition, 
fr. 3.50. 

SCHOTT Frères, Editeurs de Musique 

BRUXELLES, rue Duquksnoy, 3».- 
Maison principale MONTAGNE DE LA COUR, 82 



VIENT DE PARAITRE CHEZ 

BREITKOPF & HÀRTEL 

ÉDITEURS DE MUSIQUE 

BRUXELLES, 41, MONTAGNE DE LA COUR 

par Hermann DEITERS 

{Esquisse bibliographique i Analyse succincte de ses compositions) 
TRADUIT DE L'ALLEMAND PAR M"" IL FR. 

Prix 2 fr. 50 



Toutes les œuvres de Brahms, ainsi qu'un choix de bons portraits du com- 
positeur, se trouvent au magasin des éditeurs, 41, Montagne de la Gour. 



J. SOHAVYE, Relieur 

A6, Rue du Nord, Bruxelles 



CARTONNAGES, RELIURES ORDINAIRES, RELIURES 
DE LUXE, ALBUMS, ETC. 

SPÉCIALITÉ D'ARMOIRIES BELGES ET ÉTRANGÈRES 



PIANOS 



BRUXELLES 
rue Thérésienne, 6 



VENTE 

ÉCHANGE GUNTHER 

LOCATION ^^ ^i^*^ *i *i*i*-Ii«i% 

Paris 1867, 1878, !«>■ prix. — Sidney, seul 1" et 2« prix 
EXPOSITION AMSTERDAM 1883. S^ DIPLOME D'HONNEUR. 



aiusique:. 

10, RUE SAINT -JEAN, BRUXELLES 
(Ancienne maison Meynne). 



ABONNEMENT A LA LECTURE DES PARTITIONS 

VIENT DE PARAITRE 
à la librairie Féru. Larcier, 10, rue des Minimes, à Bruxelles 



MON ONCLE 

LE JURISCONSULTE 

PAR 

AVOCAT A LA COUR DE CASSATION 

Un volume in-octavo, impression de luxe sur papier de Hollande, 
avec un portrait gravé par Aubry et une illustration par Mellery. 

Prix : 3 fr. 50 

Cet ouvrage forme, la suite des Scènes de la vie judiciaire. 

Les volumes antérieurement parus sont : 

Lé Paradoxe sur l'avocat. — La Forge Roussel. — L'amiral. 



Il a été tiré vingt-cinq exemplaires sur papier impérial du Japon 
numérotés qui sont mis en vente au prix de 10 francs. 

ADELE Deswarte 

23, RXjtî IDE LJ^ "VIOXI-ETTE 

BRUXELLES. 
Atelier de menuiserie et de reliure artistiques 



. VERNIS ET COULEURS 

POUR TOUS GENRES DE TEINTURES. 

TOILES, PANNEAUX,. CHASSIS, 

MANNEQUINS, CHEVALETS, ETC. 

BROSSES ET PINCEAUX, 

CRATONS, BOITES A COMPAS, FUSAINS, 
MODÈLES DE DESSIN. 

RENTOILAGE, PARQUETAGE, 

EMÈALLAGE, NETTOYAGE 
ET VERNISSAGE DE TABLEAUX. 



COULEURS 

ET PAPIERS POUR AQUARELLES 

ARTICLES POUR EAU-FORTE, ,, 
PEINTURE SUR PORCELAINE. 

BOITES, PARASOLS, CHAISES,. 
Meublesd'atelierancienset modernes 

PLANCHES A DESSINER, TÉS, 

ÉQUERRES ET COURBES. 

COTONS DE TOUTE LARGEUR 

DEPUIS 1 MÈTRE JUSQUE 8 MÈTRES. 



Représentatiouje la Maison BINANT de Paris pour les toiles TiobeHns (imitation] 



NOTA. — La maison dispose de vingt ateliers pour artistes. 
Impasse de la Violette, 4. 



Bruxelles. — Imp. Félix Callewaert père, rue de l'Industrie, 



m 



Cinquième année. — N° 5. 



Jje numéro : 25 centimes. 



Dimanche P»* FÉVRIER 1885. 




MODERNE 



r 



PARAISSANT LE DIMANCHE 



'»•' 



REVUE CRITIQUE DBS ARTS ET DE LA LITTÉRATURE 



ABONNEMENTS : Belgique, un an, fr. 10.00 ; Union postale, fp. 13.00. — ANNONCES : On traite à forfait. 



Adresser les demandes d' abonnement et toutes les comrnunications à 

l'administration générale de TArt Moderne, rue de l'Industrie, 26, Bruxelles. 



? 



OMMAIRE 



L'Art jeune et les XX. — Les coxcours jugés par Eugène 
Delacroix. • — Au Cercle artistique. Ej'jiosition Uytterschaut- 
Frank-Chdrlet. — Une lettre de Courbet. — L'Exposition 
d'Anvers. — Chronique judiciaire des arts. — • Théâtres. — 
Mémento des expositions et concours. — Conseils aux musi- 
ciens. — Petite chronique. 



L'ART JEIIXE ET LES XX 

Aujourd'hui s'ouvre la deuxième exposition des XX. 

Comme celle de l'an dernier, elle a le caractère d'une 
bataille. 

Depuis un mois déjà les divers clans hostiles escar- 
mouchent dans les gazettes et dans les parlottes. 

Fermes et indifférents à ces rumeurs surgissantes, les 
XX ont pris leurs distances, creusé leurs retranche- 
ments, organisé leur ligne de combat. Leur phalange 
et ses auxiliaires s'aperçoivent sur les positions qu'ils 
occupent, plus compacts, plus brillants, plus énergiques, 
plus enthousiastes que lors de leur première et écla- 
tante victoire. 

Il ne s'agit plus d'une exposition particulière, mais 
d'un véritable Salon. 

Les animosités se sont déchaînées en vain. Elles sont 
demeurées impuissantes. 

Pourquoi tant de colère et de mauvais gré d'une 
part. Pourquoi d'autre part tant de confiance et d'élan? 
Pourquoi aussi tant de sympathies ? 

Car on ne peut le contester, chez nous et à l'étran- 



ger, l'appui donné de tout coeur à ce mouvement si 
salutaire pour l'Art, si périlleux, semblait-il, pour ceux 
qui l'ont osé, a été magnifique et décisif. 

Rappelons brièvement ses origines pour dissiper le 
résidu d'équivoque dans lequel les mécontents et les 
envieux essaient, avec une assurance décroissante, de 
maintenir la situation. . 

Englués au début, comme tout le monde, dans la 
pâte rance des traditions académiques et de la pré- 
tendue protection des officiels de l'Art, bienveil- 
lants seulement pour ceux qui les encensent et les 
servent, les XX ont proclamé qu'il n'y a de vraie origi- 
nalité que là où Ion est libre, non seulement de fait, 
mais surtout de pensée, que là où les seuls facteurs 
d'une destinée sont la personnalité de l'artiste comme 
instrument, la réalité extérieure comme objet sur lequel 
cette personnalité s'exerce. Fuir avec horreur toute 
iniitation, oublier les prétendus modèles proposés en 
^xeniple aux médiocres, ne chercher son développe- 
ment qu'en soi-même, ne s'occuper des traditions qu'au 
point de vue du métier, pour le reste, susciter, exciter 
constamment ses dispositions et ses sentiments propres, 
tel est un de leurs dogmes, et le principal. 

De là est venue leur antipathie, dégénérant parfois 
en haine, contre la vieille école qui s'est persuadé 
qu'elle incarnait un art définitif, désormais immuable, 
et devant comme tel être proposé non seulement à l'ad- 
miration, mais à l'imitation des générations nouvelles. 

« C'est une doctrine abominablement fausse «, lui 
ont crié les derniers venus, en se mettant en insur- 




rection. « Vous avez été, c'est assez. N'essayez plus, 
d'être encore; et surtout de vous reproduire dans les 
jeunes, par un avatar odieux. L'art est éminemment 
transitoire dans ses manifestations. S'il faut désirer 
qu'il soit toujours élevé, il faut se garder d'entraver ses 
évolutions incessamment variables. Chacun de nous ne 
vaut que s'il réalise une expression nouvelle. Continuer 
ce qui fut est une infirmité pour l'artiste, un ennui pour 
le public. Tout doit tendre à favoriser ces transforma- 
tions qui sont le charme le plus puissant du Beau. Qui- 
conque cherche à les arrêter est un hérésiarque. Dès 
que l'œuvre apparaît comme un reflet, une répétition, 
un pastiche, elle doit être condamnée. Pas de copie, 
même déguisée, mênie inconsciente. Rien, absolument 
rien qui rappelle une antériorité. Nous ne voulons pas 
qu'on nous applique la sarcastique formule : 

Qui pourrai -je imiter pour être original? 

C'est cela qu'on nomme ÏArt jeune, que des imbé^ 
ciles, vraiment trop de leur espèce, ont confondu avec 
une question d'âge des adeptes ! C'est invraisemblable 
de niaiserie, et c'est pourtant vrai. On se souvient de 
cette phrase d'un critique : « Ils nomment ça l'Art 
jeune! Et il y a chez eux des gens de cinquante ans! »» 

À l'étranger on a compris tout de suite cette carac-. 
téristique du mouvement. Parmi ceux qui avaient le 
culte et la foi de cette originalité qui est la sauvegarde 
suprême, jeunes et vieux ont proclamé leur vobnté de 
soutenir nos intransigeants, brisant si fièremem leurs 
Jiens et criant au passé : « Laissez-nous tranquilles ». 
Déjà à l'exposition inaugurale, on le& a vus, heureux 
de manifester leur volonté de soutenir devant nos 

badauds et nos timorés, les défenseurs de l'art vrai- 

■j . - 

ment personnel. Cette année, le cortège de ces protec- 
teurs à qui il ne vient pas la pensée de trouver mau- 
mais ceux qui ne leur ressemblent pas, est vraiment 
triomphal. Jamais on ne vit un tel appoint de cordialité 
et de sympathies. 

La trouée était faite. C'est maintenant une marche 
en avant irrésistible. L'idée, dominante est trop claire 
pour ne pas s'imposer. Malgré les clameurs effrayées 
des caccochymes aidés de leur escorte de médiocres, la 
foule est séduite et ses préférences vont à ces audacieux. 

Car audacieux ils furent ! Nous nous souvenons des 
cris de: Casse-cou! poussés lors de la tentative qui 
devait si brillamment réussir. Nous nous souvenons 
aussi, hélas ! des quelques pusillanimes que l'on parvint 
à effrayer et qui sortirent des rangs avant la mêlée. 

Mais les autres, quelle décision, quelle furial 

Et du dehors ne cessaient pas les avertissements. 
« Gare à vous! Gare à vous! » Et quand retentissait 
un cri contraire : « En avant ! En avant donc ! N'ayez 
pas peur. On n'est jamais assez hardi en art ! »» On 
entendait : « Voyez donc ces provocateurs. Ils ne cou- 



rent aucun danger, eux; Ils compromettent ces pauvres 
artistes, qui vont perdre toute protection. Ils ne ven- 
dront plus, hélas! Non, ils ne vendront^ plus, ils ne 
vendront plus ! »» 

On eût cru entendre le fameux cri de détresse: 
« Macbeth ne dormira plus ! Macbeth a tué le sommeil ! 
Macbeth ne dormira plus ! " 

La vérité est que si le péril était réel, le sentiment de 
le courir allait donner à ceux qui s'y jetaient bravement 
des forces inespérées. C'est quand on se sait exposé, 
que tous les ressorts se tendent, que toutes les ressour- 
ces saillissent. 

Oui, ils allaient à la lutte et peut-être à la mort, car 
en art 'comme ailleurs le doctrinaire ne pardonne pas. 

Oui, ils l'ont su, et c'est pourquoi on les voit ce qu'ils 
sont. 

Leur exposition n'est pas une vaine parade, dans 
la sécurité d'une place publique. C'est, répétons-le, 
une mêlée^urTun ^âmp de bataille. Tant mieux ! Ce 
n'est pas la mort qu'ils y trouvent, c'est la résurrec- 
tion et la vie. 



Lep concoure - 

JUGÉS PAR Eugène DELACROIX 

Mon avis sur les concours en fait de tableaux et de statues! 
C'est une grande question aujourd'hui, car il ne s'agit de rien 
moins que de faire passer par cette filière tous lés artistes qui 
prétendent à des travaux du gouvernement. C'est une idée qui 
n'est pas nouvelle et qui paraît si simple qu'elle vient s'offrir 
d'elle-même au pouvoir quand il craint la responsabilité de ses 
choix, elaux artistes eux-mêmes, j'entends ît ceux qui n'ont pas 
la part la plus large dans les distributions. Cette dernière classe, 
qui est le plus grand nombre, a donné par ses réclamations une 
très grande popularité à la question des concours. 

Si éloignée que soit la chance qu'offre ce moyen à beaucoup 
d'entre eux, ils l'ont adopté avec empressement. L'amour-propre 
persuade aisément à chacun de nous qu'il a des droits qu'on 
oublie et que cette grande lumière du concours public va rendre 
manifestes pour tout le monde; que si ^on n'est pas couronné, 
on peut encore se consoler en pensant que c'est nous que le 
public distingue, et qu'il condamne nos juges à son tour. 

D'ailleurs, raisonnant d'après les lois de justice générale assez 
sages, vous inclinez à trouver cette invention très libérale et très 
féconde; car, dites-vous, rien n'empêche le talent de se mettre 
sur les rangs : touL au contraire ; au milieu de ce grand nombre 
de prétendants, la place sera toujours marquée. 

Au premier aperçu, il m'a paru commode comme à vous d'avoir 
un moyen d'éprouver les talents comme on éprouve les métaux, 
de les tirer de la foule à l'instant^ par le contraste qui se produit 
de soi-même entre le bon et le mauvais. Si ce moyen-là est 
trouvé en effet, quel problème nous avons résolu ! La posté- 
rité ne pourra nous savoir assez de gré d'avoir tant fait pour sc& 
plaisirs, en ne laissant arriver jusqu'à elle que des ouvrages 
dignes d'admiration; et du mênie coup nous sauvons bien des 
remords à l'autorité. 




Mais en y refléchissant plus mûrement, vous serez conduit à 
découvrir que ce moyen, simple et applicable en théorie, offre à 
la pratique mille diflicuUés. Un essai tout récent a déjà montré 
des inconvénients auxquels on n'avait pas songé, et ils ont clé de 
nature à effrayer sur les résultats probables de ce moyen employé 
généralement. On s'est aperçu qu'après la difficulté d'amener à 
concourir beaucoup de gens pour qui ce moyen est nouveau, il 
se présentait la difficulté plus grande de trouver des juges, des 
juges sans passions et sans préjugés, point suseaplibles de pré- 
férer leurs amis à tous autres, et ne cherchant que la justice 
et le bien de l'art. Le bien de l'art, c'est comme le bien de 
la patrie ; chacun le voit du côté où inclinent ses affections et ses 
espérances : la justice est pour chacun ; le parti flatte ses pen- 
chants et lui promet le tri'omphe de ses opinions. Surtout depuis 
la grande découverte du classique et du romantique, les, éléments 
de désaccord semblent devenir plus inconciliables. Celle ques- 
tion, qui a brouillé des amis et divisé des familles, complique 
beaucoup celle des concours. 

On a élé aussi très embarrassé pour savoir si ce moyen avait 
pour objet d'employer le talent avant tout, ou seulement d'obte- 
nir dés ouvrages réunissant assez de qualités passables pour ne 
pas choquer dans la place qu'ils devront occuper. Grand embarras 
^our ces juges, que je suppose trouvés, et impartiaux comme de 
raison. Vous me demandez sans doute de poser plus nettement 
cette seconde difficulté. Vous pensez que choisir le talent, c'est 
préférer en même temps ce qui est le mieux et ce qui est le plus 
convenable; que le talent triomphe des difficultés et qu'il s'y 
plie sans peine; hélas! non, il ne se plie pas. Il aime les diffi- 
cultés, mais ce sont celles qu'il se choisit. Il ressemble à un 
coursier de généreux sang, qui ne prête pas son dos au premier 
venu, et qui ne veut combattre Jque sous le maître qu'il aime. 
Non pas que le talent se laisse emporter suivant son caprice, sans 
•choix et sans mesure; non pas qu'il fuie le joug de la raison; la 
convenance et la raison sont en résumé l'essence de tout ce qu'il 
produit quand il est vraiment inspiré; mais cette inspiration lui 
est nécessaire, et il ne répond plus de ce qui lui échappe quand 
elle est absente. 

Vous ne voyez pas peut-élre ce qui empêche l'inspiration de 
naître d'un concours. Le sujet peut avoir de l'intérêt, être tel 
enfin qu'on se le fût imposé k soi-même. 

Remarquez que ce n'est pas à la nécessité de rendre tel ou tel 
sujet que je m'en prends; mais à la nécessité de passer par le 
crible impitoyable du concours, d'être aligné sous les yeux du 
public, comme un troupeau de gladiateurs qui se disputent d'im- 
pertinents sourires et qui prennent plaisir à s'immoler entre eux 
dans une arène. Sainte pudem* de l'artiste, quelle épreuve pour 
vous! 

La verve, n'est pas une effrontée qui s'accommode des mépris 
comme des applaudissements tumultueux d'un théâtre, qui se 
roule soiis, les yeux du public pour lui arracher ses faveurs 
hautaines. Plus elle est brûlante et sincère, plus elle a de mo- 
destie. Un rien l'effarouche et la comprime. L'ariiste, enfermé 
dans un atelier, inspiré d'abord sur son ouvrage et plein de 
cette foi sincère qui seule produit les chefs-d'œuvre, vient-il 
par hasard à porter les yeux au dehors sur les tréteaux où il va 
figurer et sur ses juges qui l'attendent, aussitôt son élan s'arrête. 
Il jette un œil attristé sur son ouVrage. Trop de dédains attendent 
ce chaste enfant de son enthousiasme ; il matique de courage 
pour le suivre dans la carrière qu'il voit s'ouvrir. Il devient alors 



son propre juge et son bourreau. Il chans^, il gâte, il s'épuise; 
il veut se civiliser et se polir, pour ne pas déplaire. 

Une idéeTidicule s'offre U moi. Je me figure le grand Rubens 
étendu sur le lit de fer d'un concours. Je me le figure se rapetis- 
sant dans le cadre d'un programme qui l'étouffé, retranchant ses 
form.es gigantesques, ses belles exagérations, tout ie luxe de sa 
manière. i 

J'imagine encore Hoffmann, ce divin rêveur, à qui Ton dit : 
« Nous vous donnons un sujet tout à fait propre à exciter votre 
paresse; il est pathétique, il est national même. Allons, échauf- 
fez-vous; seulement, voici un fil que vous suivrez sans vous en 
écarter 1^ moins du monde. Nous en avons mis un tout semblable 
dans les mains d'une cinquantaine d'aspirants comme vous, qui 
ne demandent qu'à bien faire. Si vous trouvez quelques fleurs sur 
la route, gardez-vous de les écarier pour les cueillir : les fantai- 
sies ne sont point ce que nous demandons U votre génie, non 
plus que de nous Répéter tous les échos que produit dans votre 
cerveau le spectacle de la nature. Voyez avec quel désavantage 
vous paraîtriez au bout de votre carrière, quand vous serez tous 
rangés pour rendre un compte fidèle de votre mission. U ne faut 
pas arriver à celte inspection conime un enfant perdu, qui revient 
de la bataille avec un fourniment en désordre, qui a battu l'en- 
nemi, mais qui a perdu la gaîne de son sabre. » 

— Voilà une triste victoire que vous m'offrez, messieurs, 
répondrait le rêveur. Un homme qui marche avec des béquilles 
est celui qu'il vous faut, il est plus propre que moi avec mes 
l)onds capricieux, à gagner sans accident le but de votre prome- 
nade insipide ; chaque pas est un combat contre ma nature ; ei 
que dois-je trouver au bout? Ai-je fait un ouvrage, seulement? 
Car, qu'est-ce que cette esquisse sur laquelle on doit me tirer de 
la foule, moi ou mon voisin? un pur jeu, si on ne me choisit pas; 
une production qui n'en est pas une. D'autres juges que mon bon 
sens naturel décideraient si c'est un enfant qui soit né viable. 
Sur ces quarante idées ou fantômes d'idées qui sont là attendant 
la lumière, '.un seul recevra le- baptême, trente-neuf seront jetés 
aux épluchures et balayés avec ignominie. » 

Vous diriez peut-être à cet homme fâché qu'il a mauvaise 
grâce k dégoûter les autres d^un moyen qui a bien quelque 
mérite. C'est que voici justement où la force des choses nous 
conduit, c^est k celte contradiction manifeste entre l'objet de la 
chose et son résultat ; je veux dire k dégoûter le talent et à encou- 
raffer la médiocrité. 

Vous ne manquerez pas de concurrents probablement dociles, 
prêts k accepter vos conditions. Que demandera le plus grand 
nombre? Seulement le plaisir de figurer sur voire hste, et d'arrê- 
ter les regards quelques instants. Pour quelques-uns, c'est déjk 
une célébrité ; quant aux artistes amoureux de leur art, quelque 
peu susceptibles, trop susceptibles, peut-être, vous en verrez 
diminuer le nombre dans celle foule confuse qui se presse dans 
la liste. A peine y distinguercz-vous quelques talents estimables 
étouffés par les chardons qui croîtront k leurs côtés, et qui les 
opprimeront dans ce champ vague et ouvert k tous : non, un 
bon ouvrage ne vaut pas mieux pour être placé entre de médio- 
cres ; la vue du mauvais produit une nausée insupportable, qui 
vous fait prendre eh dégoût le beau, le délicat, le convenable; 
il y a comme une émanation d'ennui qui ternit tout autour d'elle. 
Dans ce concours, la grâce nàive est froideur k côté des contor- 
sions d'un talent ampoulé ; l'audace véritable est exagération k 
côté d'une plate et mesquine production. Eh quoi ! souvent le 



^ 




plus médiocre des peintres aura trouvé une invention quelque 
peu iriçfénicuse qui aura échappé à Raphaël, qui n'aura pour lui' 
que son style. Lui saurez-vous gré, par exemple, d'avoir mieux 
que Raphaël rendu le littéral du sujet? A qui donc la palme? A 
la plate exactitude ou à rcxéculion supérieure ? 

Combien n'est-il pas de ces qualités à l'aide desquelles un 
homme. d'une faible porlée pourra obtenir l'ayaniagc sur des 
Halents naturels cl plus passionnés ; et mémi entrié rivaux de 

^ mémo force, quel embarras pour décider! l'un se distinguera 
par une belle ordonnance et par une convenance exacte ; l'autre 
aura saisi supérieurement certains détails plus expressifs, et aura 
caractérisé le sujet d'une manière plus énergique, bien que 
laissant à désirer une enleute générale soutenue. Préférez-vous 
l'eifet et la couleur, ou bien un dessin exquis, la beauté et la 
finesse dos caractères? Laquelle enfin de ces qualités qu'on ne 
trouve jamais réunies, et dont une seule porlée îi ce degré éminent 
suffit pour tirer de la foule? 

vie n'ai fait que glisser, au commencement de cet article, sur la" 
diflîcullè de trouver des juges éclairés et impartiaux : je n*ai 
parlé ni des brigues ni des complaisances, et je n'ai pas assez 
appuyé, comme vous l'avez vu sans doute, sur l'impossibilité 
d'obtenir des jugements équitables. Cette matière est affligeante 
autant que féconde; je laisse à votre sagacité, Monsieur le rédac- 
teur, à votre connaissance des mœurs et la faiblesse de la nature, 
à creuser ce triste sujet, à éclairer, si vous en avez le courage, 
les manœuvres de l'envie et fie celte avidité nécessiteuse qui se 
précipite dans les concours comme à une curée. La matière est 
d'autant plus ingra'e que c'est une voie sans issue; et l'adminis- 
tration ne s'y est jetée qu'avec une sorte de désespoir et sans 

- savoir où elle allait. Que faire? m&direz-vous; quel moyen pro- 
• poser? car vous ne voulez pas sans doute des caprices du pouvoir 

/ à la place de cette loterie trompeuse? A cela je ne sais que dire, 
sinon que les choses se passaient mieux avant qu'on ne fit des 
arts une chose administrative. Quand Léon X eut envie de faire 
peiridre son palais, il n'alla pas demander à son ministre de l'in- 
térieur deJui trouver le plus digne : il choisit tout simplement 
Raphaël, parce que son talent lui plaisait ; seulement, peut-être, 
parce que sa personne lui plaisait. Soyez sûr qu'il ne se donna 
pas la triste occupation de voir, dans les essais de trente ou qua- 
rante concurrents mis h la gêne, tout ce que peut rendre en 
extravagance et en ridicule une pauvre idée martelée en tous 
sens par des imaginations en délire. Il y gagnait, sans doute, de 
ne pas prendre en aversion l'objet de sa fantaisie, avant môme 
de le voir naître, et de ne pas tuer à l'avance le plaisir que peut 
donner un ouvrage, en lui ôianl toute fraîcheur et toute nou- 
veauté par celte épreuve bizarre, ce qui nous arrive dans nos 
concours ; car après que le destin ou le caprice a décidé de l'ar- 
tiste qui doit l'emporter sur les autres, on serait tenté de lui faii*e 
grûce de ce qui peut lui restera dire encore sur un thème épuisé 
et sans attraits. 

J'ai donc la douleur d'avoir augmenté vos perplexités, loin 
d'avoir établi un point d'où.il soit possible de partir. J'ai à peine 
effleuré les faces les plus importantes de la question ; je suis 
venu seulement me plaindre h vous et avec vous, avec tous les 
amis des arts, qui s'alarment de les voir inanquer d'une direction 
ferme. Vous nous offrez vos colonnes pour y déposer nos 
doléances; vous éies à peu près le seul que la politique n'en- 
vahit pas. Tenez forme, Monsieur; résistez à ce torrent : parlez- 
nous de musique, de peinture, de poésie, vous verrez venir à 



vous tous ceux qui donnent la première place aux plaisirs de 
l'imagination. 

Eugène Delacroix. 



^U jIÎZRCJ-E ARTISTIQUE 

Exposition Uytterschaut'Frank-Gliarlet. 

Le Cercle artistique exhibe en détail et par morceaux ce qu'il 
montrait jadis en bloc, dans des Salons annuels qui encombraient 
tous ses locaux. La petite salle seule est affectée actuellement aux 
expositions, qui se succèdent presque sans interruption. Ce 
système nouveau a un avantage sérieux : c'est qu'il permet à 
ehaque artiste de se présenter tout autrement que dans les 
Salons annuels : au lieu d'une ou deux toiles il en expose vingt, 
trente, quarante; il apporte ses éludes, déménage son atelier 
pour en faire pénétrer au public Tintimilé. 

Quand l'artiste résiste à ce déshabillage complet, c'est qu'il 
est de forte et belle complcxion. Le péril est précisément que, 
la chemise élée, il y ait des désillusions. Tel est le cas d'Emile 
Charlet, un jeune qu'on vante, qui passe pour avoir du talent, 
dont on fait l'élpge dans les journaux qui combattent habituel- 
lement les jeunes, ce qui ne peut s'expliquer que parce qu'ils 
prennent sans doute à tort Emile Charlet pour un vieux. Son 
déballage du Cercle est navrant. Peinture morte et sans 
caractère, absence complète d'observation dans le rapport des 
valeurs, coloris maladif, terne, ou violent sans puissance. 

Cela n'est pas défendable, et malgré l'intérêt qu'inspire un 
artiste laborieux et inlelligent, il vaut mieux ne pas lui ménager 
la vérité. Peut-être est-il encore temps que son œil guérisse. 
La thérapeutique de la nature, qui — seule — peut rétablir 
les peintres, fera, espérons-le, un miracle. 

Puisse-t-elle aussi amener l'artiste à renoncer aux poncifs des 
sujets niais et hébétés. La bonne de M. Emile Charlet doit aimer 
beaucoup son tableau intitulé le Bouquet. Ce qui le prouve, c'est 
que les critiques mil-huit-cent trenteux en sont ravis. Tout 
heureux de retrouver enfin de la peinture selon leur formule, ils 
procèdent dans leurs comptes- rend us d'après la recette avec 
laquelle on cuisine le Musée des familles et le Magasin 'pitto- 
resque : « D'où vient-il, ce gentil bouquet ? Nul ne le sait. 
A laquelle des trois jeunes filles est-il adressé? Ah! il suffit de 
voir ces regards malicieux, etc., etc. » 

Assez, n'est-ce pas? Avec iVorma, h Pré-aux-QercSj Robert- 
le-Diable à la Monnaie, l'illusion est complète, et l'un de ces 
jours Bruxelles va courir aux grilles du Parc pour en faire 
déguerpir d'imaginaires Hollandais. Gare au duo de la Muette^ 
si MM. Stoiimon et Calabrési ont l'imprudence de la faire encore 
représenter. ^ 

Le deuxième exposant du Cercle est M. Frank, un jeune aussi, 
qui a peint parfois de bons paysages, mais qui eût mieux fait de lie 
pas montrer ceux-ci. Cela n'est pas absolument dénué de qualités. 
Il y a, de ci, de là, une émotion juste, mais l'ensemble est som- 
maire, creux, gauche, niauvais enfin. Il est fâcheux de devoir 
employer ce mol, mais, que diable ! il n'y a que deux sortes de 
peintures, après. tout, et celles de M. Frank ne peuvent être 
rangées dans la catégorie des bonnes. Ce qu'il y a de consolant, 
c'est que le cas de M. Frank est moins grave que celui de 
M. Charlet. Il est au début de la maladie ; il pourra la combattre 
sans peine par l'étude serrée et constante de la nature. 



V 




Vis-à-vis, sur le grand panneau de gauche, une quarantaine 
d'aquarelles de Victor Uyllerschaul reposent l'œil par la fraîcheur 
de leur coloris cl leur grâce pimpante. Très variées de sujets, 
elles embrassent les aspects les plus divers de notre pays et de la 
Hollande : p'ages, bois, canaux, prairies, notés d'une main 
émue dans les journées rourllées de l'automne, dans les lumi- 
neuses-matinées du printemps, dans les lourds midis de l'été. 
C'est élégant, agréable à voir, c'est de l'aquarelle dans son expresr 
sion rationnelle, qui n*a pas la prétention d'enfler la voix et dé 
crier bien fort, mais se contente de chanter, d'une voix douce, 
des mélodies aimables. 

M. Uytterschaut a acquis dans cet art léger, qui veut plus de 
souplesse que de justesse rigoureuse, une supériorité indéniable. 
M. Stacquel et lui ont une sûreté de touche, une habileté de 
métier, une finesse de vision qui les ont fait sortir des rangs des 
amateurs, où ils ont longuement combattu. Tous deux ils ont con- 
quis leurs épauletles, et ils les ont obtenues vaillamment, le pin- 
ceau au poing. 

Quelques très piètres paysages de Van der Hecht et un portrait 
insignifiant de Bourson complètent l'exposition. 



\jnE LETTRE DE j]0URBET 

La collection Baylé contient une bien jolie lettre dans laquelle 
Gustave Courbet fait part à son ami Adolphe Marlet du grand 
succès que l'exposition de ses tableaux a obtenu à Francfort en 
1868: 

Mon cher ami Adolphe, 

Je finissais par être inquiet de mes tableaux qui sont à Franc- 
fort. Le docteur Goldschmidl vient de me tirer de soucis par une 
lettre très aimable. — — — — — — • — — _,.—— 1 

_ Il m'apprend que mes toiles sont arrivées heureusement et 
qu'elles ont produit dans le monde artistique et savant la même 
sensation que les premières. Seulement, la seconde exposition 
n'a pas rapporté d'argent beaucoup. Les frais étaient énormes ; 
le transport seulement se montait à 80 florins. 

Puis cela provient, selon lui, de la nature des sujets. 

Je ne résiste pas au plaisir de te raconter quelques détails de 
celte lettre. Il paraît qu'à Francfort comme à Paris j'ai des détrac- 
teurs et des partisans terribles ; les discussions étaient si violentes 
qu'au Casino on s'est vu forcé de placer un écriieau ainsi conçu : 
Dans ce cercle , il est défe7idu de parler des tableaux de Courbet. 
Chez un banquier fort ricliCj^ qui avait réuni à dîn'er une société 
nombreuse, chaque invité trouva dans le pli de sa serviette un 
petit billet où il était écrit : Ce soir y on ne parlera pas de 
M. Cavrhet. " ' 

Quand il m'aura envoyé les comptes-rendus des journaux qui 
parlaient de moi, je te les ferai passer. 

Le prince Gortchakoff (quel nom, cré nom!), ambassadeur de 
Russie, a. demandé depuis longtemps déjà mon portrait à acheter. 
On me demande le prix que j'en veux. Au printemps, ces expo- 
sitions se continuent à Vienne et à Berlin, où ces tableaux sont 
demandés. Quand j'aurai du plus nouveau, cher ami, je t'en ferai 
part. Bien des choses de ma part à Arlhaud et à Fidancet, ainsi 
qu'à Chopard. Mes amitiés à ta dame. 

Je t'embrasse, 

Gustave Courbet. 



L'EXPOSITION D'ANVERS 

La composition du jury du prochain Salon de peinture d'Anvers 
a soulevé, dans tout le pays, d'énergiques protestations. L'ex- 
clusion- des artistes de la jeune école entraînera de nombreuses 
abstentions. Voici la lettre que viennent d'adresser au ministre 
les artistes anversois : . 

Monsieur le Ministre, 

Les soiTssignéB, artistes peintres, sculpteurs, à Anvers, prennent 
la respectueuse liberté, tant en leur nom qu'en celui d'un nombre 
considérable d'artistes de cette ville, de vous soumettre quelques 
réflexions que leur a suggérées le règlement général de l'Exposition 
Universelle des Beaux- Arts d'Anvers de 1885. 

Ces réflexions, M. le Ministre, se résument en un point principal, 
celui de la composition du jury d'admission. Les soussignés, aussi 
bien que beaucoup de leurs collègues, tant de Bruxelles que de. 
Oand' et d'autres villes, ont constaté avec un profond regret que 
la jeune tendance de notre art national est à peine représenté au 
sein du jury. 

Loin de nous la présomption" d'émettre un jugement sur la 
compétence du jury désigné. Toutefois nous 'ne pouvons nous 
empêcher de manifester la crainte que beaucoup d'artistes appar- 
tenant à la jeune école ne croient devoir s'abstenir parce que leur 
manière de voir ne trouvera pas sa représentation dans le jiiry 
susdit. 

Pareil résultat, M. le Ministre, serait d'autant plus déplorable que 
le Salon de 1885, la première exposition internationale ouverte à 
Anvers, est d'une importance capitale, ' 

Aujourd'hui plus que jamais, l'art national doit pouvoir compter 
sur toutes ses forces pour pouvoir soutenir honorablement la compa- 
raison avec les écoles étrangères. A notre humble avis, toutes les 
manifestations de l'école belge' doivent être représentées : aucune ne 
pourrait faire défaut. 

Hormis ces considérations, comme il est à prévoir que, ainsi que 
c'est généralement le cas, plusieurs dés membres désignés se trou- 
veront dans l'impossibilité de pouvoir accepter les fondions d'hon- 
neur qui leur ont été dévolues, les soussignés osent vous prier, 
M. le Ministre, si l'occasion s'en présentait, de vouloir bien mettre à 
profit cette circonstance pour remédier à la lacune qu'ils se sont 
permis de vous signaler, et de donner ainsi satisfaction aux fidèles 
de la jeune école. . / 

Veuillez agréer, etc. 

Voici d'autre part la circulaire que vient d'adresser aux artistes 
la Société royale d'encouragement des Beaux-Arts d'Anvers : 

La vingt-quatrième Exposition%i%nnale à ouvrir par notre Société 
coïncidera avec l'Exposition universelle de l'Industrie et du Com- 
*^erce qui aura lieu à Anvers au mois de mai prochain. 

Cette circonstance a déterminé l'adoption d'un règlement excep- 
tionnel. ■ - 

Ce règlement ne fixe pas te nombre des œuvres qu'un même artiste 
peut exposer ; il n'exclut pas davantage les œuvres d'art qui auraient 
déjà été exposées à Anvers. Ô'est que, dans la lutte à soutenir avec 
les pays officiellement invités à l'Exposition, une seule idée doit tout 
dominer : faire abstraction de considérations d'intérêt individuel aftn 
d'assurer le succès du compartiment de la Nation belge. 

Néanmoins le chiffre total des oeuvres à exposer ne peut dépasser 
les limites fixées par l'art. 11 du règlement général. 

Il s'ensuit que le jury d'admission, nommé par arrêté royal, devra, 
à bon droit, se montrer sévère. 

"Pour faciliter la tâche de ce jury, MM. les artistes devront faire 
connaître les œuvres qu'ils désirent exposer, au plus tard le 15 mars. 



\ ■nwbni fî'îi t w/iifi'nin in'n "n inWitni/i <i\<n 



, -<* 




à M. le Secrétaire de la Société Royale d'Encouragement dèë' Beaux- 
Arts, 89, Avenue des Arts, à Anvers. / 

Les œuvres d'art destinées à rExposition, devront être, ayant le 
le avril,- mises à la disposition des membres du jury d'admission. 

Un avis , ultérieur fera connaître à MM. les Artistes belges les 
locaux où ces œuvres doivent être adressées, ainsi que le mode et les 
conditions d'expédition. - 

' Voici enfin le jury d'admission. C'est celui contre là composi- 
tion duquel de si vives protestations s'élèvent. ; 

Président : M. Jacques Cuylits, commissaire spécial du Gouver- 
nement; Vice -Présidents : MM. De Keyser, Gallait et Slingeneyer; 
Membre-Secrétaire : M. Charles Dumercy. 

Membres : MM. Balat, Beyaert, architectes; Coosemans, De 
Keyser, Delin, peintres; Demannez, graveur; Deus, architecte; 
Drioii, Ducaju; statuaires; Dyckmans, peintre ; Fraikin, statuaire; 
Gallaït, peintre; Geels (Joseph), statuaire; Glays, Guffens, Lagye 
(Victor), Lamorinière, peintres; Michiels, graveur; Pauli, archi- 
tecte ; Portaels, Robert, peintres; Rousseau, inspecteur général des 
Beaux-Arts ; Schadde, architecte; Schaefels (Henri), peintre; Schoy, 
architecte; Slingeneyer, Thomas, peintres; Vanden Nest, ancien 
échevin de la ville d'Anvers; Van der Ouderaa, Verlat, Wauters 
(Emile), peintres. • 



fÎHRONIQU^ JUDICIAIRE DE^ ART^ 

Egmonty de Salvayre, fait comme {'Etudiant pauvre (toute 
révérence gardée) parler de lui au Palais avant d'avoir été repré- 
senté. MM. Albert Wolff, Albert Millaud et Salvayre viennent 
d'assigner les directeurs de l'Opéra pour les obliger à monlei* 
immédiatement leur pièce el à la représenter avant tout autre 
ouvrage. Une convention passée avec la direction précédente 
donnait, en effet, à Egmont la priorité sur tous les opéras reçus. 
Ces Messieurs demandent que MM. Rilt et Gaillard soient 
condamnés à leur payer 2,000 francs par jour de retard apporté 
à la mise en répétition de l'oeuvre. * 



yHÉATRÈ? 



Théâtre Molière. — Tous les soirs, à 7 h. 1/2, pour les représen- 
tations de M. Laray, premier sujet du théâtre de la Porte St-Martin, 
Les Deux Orphelines, drame en 5 actes et 8 tableaux, par 
MM. DEnuery et Cormon. M. Laray remplira le rôle de Jacques, 
qu'il a créé à Paris. 

Samedi, 7 février, représentation au bénéfice de M^'« D'Athis avec 
le concours de M. Laray. 



MEMENTO DES EXPOSITIONS ET CONCOURS 

Anvers. — Exposition universelle. Mai à octobre 1885. 

Anvers. — Salon des refusés et exposition des artistes indépen- 
dants, ouverture en mai. Pour tous renseignements s'adresser au 
secrétaire du Cercle des artistes indépendants, 1, rue de l'Angle, 
Bruxelles. . 

Bruxelles. — Deuxième exposition des A'X. Ouverture aujour- 
d'hui 1er Février 1885. — Troisième exposition de Blanc et Noir de 
l'Essor. (Limitée aux membres du Cercle). Mai 1885. — ^^ Exposition 
historique de gravure, par le Cercle des aquarellistes et aquafortistes. 
Mai 1885. 

Bruxelles — 25* exposition annuelle organisée par la Société 
royale belge des aquarellistes, à partir du 4 avril 1885. 



Londres. — Exposition internationale d'instruments de musique. 
Ouverture en mai 1885, à South- Kensington. Cette deuxième divi- 
sion comporte trois groupes : 1° Instruments de musique construits 
ou en usage depuis 1800; 2<> gravure et impression de la irlusique ; 
Z^ collections historiques. 

Id. — Du 31 mars à la fin de septembre exposition internationale 
et universelle d'Ale:jcandra-Palace, comprenant notamment les arts 
et métiers, et une exposition de tableaux et objets d'art représentant 
les principales écoles du continent. 

Nuremberg. — Exposition internationale d'orfèvrerie, de joaille- 
rie, de bronzes, etc. Du 15 juin au 30 septembre 1885. 

Paris. — Salon de 1885. — 1er mai au 30 juin 1885. —Peinture^ 
dessins, etc. Dépôt des ouvrages au Palais des Champs-Elysées, du 
5 au 14 mars. Vote, le mercredi 18 mars, de 9 h. à 4 h. — Sculp- 
ture, Gravure en niéd. et sur p. f. Dépôt du 21 mars au 2 avril. 
Vote, le mardi 7 avril, de 10 à 4 h. — Architecture. Dépôt du 2 au 
5 avril. Vote, le mardi 7 avrU, de 10 à 4 h, — Gravure et Lithogra- 
phie. Dépôt, du 2 au 5 avril. Vote, le lundi 6 avril, de 10 à 4 h. 

Rome. — Exposition org'anisée par la Société des Amatori e cultori' 
di BclU arti. Ouverture l^r février. 

Rotterdam. — Du 38 mai au 12 juillet. Dernier délai : Jômai. 
Renseignements : M. Veders, secrétaire, 42, Boompjes, Rotterdam. 

Gand. — Statue du docteur Joseph Gruislain. Clôture : 31 mars 
1885. Les œuvres doivent être envoyées au concierge de l'Université 
de Gand, rue des Foulons, et porter la suscription : Au comité 
constitué pour l'érection d'une statue au docteur Joseph Guislain. — 
Envoi : Maquette de la statue et du piédestal (25 centimètres au 
total), dessin détaillé de la grille et indication de la disposition du 
dallage entre le grillage et le piédestal. — L'artiste doit s'engager à 
livrer pour 19,000 francs les travaux de maçonnerie nécessaires, la 
statue, le piédestal, le grillage et le dallage. — Documents et pho- 
tographies chez le D"" B.-C. Ingels, médecin de l'hospice Guislain,- 
à Ga'lKl. 



La Haye. 

tiiis. 



Concours pour l'érection d'une statue à Hugo Gro- 



MoNTÉvroÉo. — Concoiirs pour la statue du général Artigas 
S'adresser à la légation de l'Uruguay, 4, rue Logelbach, à Paris. 

RiCHMOND (Virginie). — Concours pour un monument à Robert 
Lee, jusqu'au l»"" mai 1885. • 

Saint-Nicolas. — Concours de gravure du Journal des Beaux- 
Arts. Histoire : prix 400 fr. pour la meilleure eaù- forte (sujet inédit 
ou copie d'un tableau flamand ancien ou moderne) Genre : prix 
300 fr. Paysage et intérieurs : prix 200 fr. Dimension maximum des 
cuivres: 0"'260 sur 0'nl90. Dernier délai : 31 juillet 1885. Envoyer 
franco- avant cette date 2 exemplaires sur papier blanc et 2 exem- 
plaires sur chine. 

Vienne. — Concours pour l'érection d'un monument à Mozart. 



fîON^EIjL^ AUX ^U^ICIEf^^ 

Pour faire suite aux Conseils que nous avons publiés la semaine 
dernière, un de nos abonnés nous envoie celui-ci, qui, mis en pra- 
tique avec le ton et le geste voulus, manque rarement son effet: 

Lorsque vous assisterez à un concert ou à une soirée où se font 
entendre des artistes de valeur, ayez soin de choisir une place bien 
en vue et ne manquez pas, avant la fin de chaque morceau, de crier 
bravo d'une voie émue, mais retentissante. Tout le monde croira 
que vous protégez ces artistes et cela vous donnera sur eux une 
supériorité incontestable. De plus, vous aurez l'air de donner le ton 
au public tout entier, tout en détournant à votre profit une partie 
de l'attention dirigée sur les exécutants. 



f 



ETITE CHROJNIIQUE 



C'est aujourd'hui dimanche, à deux heures, au Palais des Beaux- 
Arts, que s'ouvrira, comme nous l'avons annoncé, le deuxième 
Salon annuel et international des XX. Il co.mprendra des œuvres de 
peinture, de sculpture, de gravure, des dessins et des lithographies. 

Le prix d'entrée est fixé à cinq francs le jour de l'ouverture. Le» 




personnes qui ont reçu une invitation sont priées de vouloir bien 
s'en munir : elle sera réclamée au contrôle. (Entrée par la porte 
principale, rue de la Régence.) 

A partir de demain le Salon sera ouvert tous les jours, au public, 
de 10 à 5 heures, moyennant une entrée de cinquante centimes. Le 
samedi, l'entrée sera fixée à 1 franc. 



M. Verdhurt, le nouveau directeur de la Monnaie, actuellement 
en tournée pour les engagements de sa troupe, nous informe que les 
renseignements publiés ces jours derniers à ce sujet sont inexacts. Il 
n'avait à la date de ces renseignements traité avec personne, et n'avait 
eu de négociations avec personne sauf M'"^ Caron. M"« Isaac n'a 
pas eu à refuser des propositions qu'il lui aurait faites, puisque des 
propositions n'ont pas été faites par lui à la brillante étoile. Quant 
à M. Gresse, dès l'origine il a déclaré que quelle que fût la direction, 
il était résolu à quitter Bruxelles. M"»« Bosman à qui il avait été 
demandé, comme à tous les artistes de la Monnaie, si elle avait 
l'intention de rester, sauf à débattre les conditions du réengage- 
ment, n'a pas répondu. Enfin M™o Caron a écrit à M. Verdhurt 
que ses conditions étaient 6000 francs par mois sans les costumes, 
ou 5000 francs plus les costumes, pour dix représentations. 



Le deuxième concert du Conservatoire sera donné aujourdhui 
dimanche. A l'occasion du deux-centième anniversaire de la nais- 
sance de J. S. Bach et de Hsendel, on y exécutera la cantate Gottes 
Zeit de Bach, le Dettingen Te Deum de Hsendel, et différentes 
autres œuvres vocales ou instrumentales des deux mêmes maîtres, 
avec le concours de M. Joseph Maas,- chanteur d'oratorios à Londres, 
de Mmes Elly Warnots et Mary Gemma, et MM. Fontaine, Golyns, 
Hubay et Mailly. 

Voici le programme du Concert que donnera jeudi prochain, 
5 février, à 8 heures, à la Grande Harmonie, le pianiste Eugène 
d'Albert. 

1 a) Fantaisie chromatique et fugue^ J.-S. Bach ; b) Sonate^ 
op. 11 i, Beethoven; c) Variations sur un thème de Hcendel^ 
Brahms. 

2. a) Nocturne ; b) Improniptu (en fa dièse maj.) ; c) Ballade (eu 
la bém. maj.), Chopin. 

3. 'jPaniaiste, op. 15, Schubert. 

4. a) Barcarolle (en la mineur) Schubert ; b) Polonaise no 2i 
c) Valse-lmpromtu ; d) Tarentelle de Venezia et Napoli, Fr. Liszt. 



Le Cercle des Artistes indépendants , organisateur du premier 
Salon des refusés de Bruxelles, se propose d'ouvrir à Anvers, au 
mois de mai prochain, un Salon des Beaux- Arts. 

Il a convoqué en conséquence un certain nombre d'artistes et 
d'amateurs à l'assemblée générale du Cercle^ le vendredi 6 février, à 
3 heures de relevée, à la Porte Verte, rue Treurenberg. 



Le deuxième acte de Tristan est en répétition aux concerts 
Lamoureux, à Paris, et sera chanté prochainement. : — ^" 



Il a paru récemment, en Allemagne, toute une série d'écrits sur 
Richard Wagner, qu'on nous saura gré sans doute d'enregistrer ici : 
1° Les Maîtres chanteurs de Nuremberg, de Richard Wagner, 
essai de commentaire musical, par Alb. Heintz (aux bureaux de 
y Allgemeine Deutschen Musik-Zeitung, Charlottenbourg, in-8") ; 

2'^ Ahnanach de poche de Bayreuth, 1885 (l^e année), publié par, 
l'administration de l'Association universelle Richard Wagner 
(Munich, Alfred Schmidt); Z"^ Croquis pour un Musée Richard 
Wagner, par Nicolas Oesterliu, avec 4 photogravures (Vienne, 
Gutmann); 4° Le Musée Richard Wagner et le lieu oit il doit être 
élevé, par le même (Vienne, Gutmann); 5° Bismark, Wagner, 
Rodbertus, trois maîtres allemands, considérations sur leur influence 
et sur l'avenir de leurs œuvres, par Maurice Wirth (2^ édition, 
Leipzig, Oswald Mutze). 

On nous demande le titre de la meilleure revue allemande illus- 
trée. Nous recommandons, dans le genre sérieux, les deux intéres- 
santes publications mensuelles éditées à Stuttgart: Ueber Land und 
Meer et Vom Fais zum Meer. 

La première (qui a aussi une édition hebdomadaire in-folio) paraît 
tous les mois en livraisons de 200 pages environ in-S», chez les sucr 
cesseursd'Ed. Hallberger. 

L'autre, plus récente, paraît dans les mêmes conditions chez 
M. Spemann. 



Toutes deux sont ornées d'une quantité de gravures et coritiennent 
tout ce que comprennent les Magasins ou Revues de famille : nou- 
velles, voyages, études scientifiques, littéraires et artistiques, musi- 
que, jeux, problèmes, etc. L'abonnement est de 12 marks par an. 

Dans le genre gai, signalons l'amusante publication muoichoise 
dont nous avons déjà eu l'ocçjasion de parler, les Fliegende Bldtter, 
journal humoristique et satirique auquel collaborent les caricatu- 
ristes les plus renommés de l'Allemagne. Le prix d'abonnement 
semestriel est de 16 marks. Les Fliegende Bldtter paraissent toutes 
les semaines. 

Sommaire de la Jeune Belgique, tome IV, n» 2, 1er février 1885. 
Le Vice suprême, Iwan Gilkin. — Nuit au Jardin, Iwan Gilkin. — 
Toques et robes, Arthur James. — Vœux de Noël, Maurice Vaucaire. 
— Flemm-^sOi X. — Félicien Rops (suite), Joséphin Péladan. — 
Chronique littéraire : I. A VAi^t Moderne, Albert Giraud; II. Mon 
oncle le jurisconsulte, Max Waller. — Chronique artistique : 
L'exposition de VEssor, Emile Verhaeren. — R. I. P. Tête-de-mort. 
Mémento. 

Sommaire du troisième numéro de la Société Nouvelle (janvier 
1885). — I. Les mariages australiens, par E. Reclus. — II. Intro- 
duction à la sociologie, par Guillaume De Greef. — III. La situation 
sociale en Espagne, par Canta Glaro. . — IV. Lettre d'un condamné 
à mort, par E. Haunot. — V. Matérialisme et spiritualisme, par 
H. Girard. — VI. Psychologie de décadents, par F. Nautet. -r- 
VII. La question agraire, par Henry George. ' — VIII. Critique 
philosophique, par F. B. ; — Chronique littéraire, par A. J. — 
Le mois. . 

Prix : 75 centimes. Abonnement : Belgique 8 fc, étranger, 12 fr. 



La Revue Wagnérienne, qui va paraître à Paris, s'adresse à tous 
ceux qu'intéresse l'œuvre de Richard Wagner, La mort du maître, 
il y a deux ans, a rtiis fin aux discussions de personnes; aujourd hui, 
ses ouvrages s'imposent à l'attention de quiconque se préoccupe des 
choses d'art. La Revue Wagnérienne française sera une publication 
mensuelle exclusivement artistique, spécialement consacrée à l'étude 
critique et à l'histoire quotiilienne de l'œuvre de Wagner. 

Chaque numéro contiendra 01° Une Chronique d'actualité ; 

2» Des études littéraires de tout genre, dues à la collaboratiou 
d'écrivains parmi lesquels nous pouvons citer dès à présent: 
MM. Canïrttê~Beuoit7 Emile Bergerat, Elemir Bourges, De Brayer, 
Champfleury, Edouard Dujardin, Ernst, Fourcaud, Jacques Her- 
mann, Edmond Hippeau, Adolphe Julien, Henri Lavoix, Léon 
Leroy, Stéphane Mallarmé, Octave Maus, Catulle Mendès, Charles 
Nuitter, N. Œsterlin, C. d'Ostini, Amédée Pigeon, Maurice 
Kufïérath, Adrien Remacle, Edouard Rod, Edouard Schuré, Charles 
Tardieu, Villiers de l'Isle-Adam, Victor Wilder, H. de Wolzogen. 

3*^ La statistique régulière et le compte-rendu, sous le titre de 
Mois Wagnérien, de toutes les représentations, concerts, articles 
des journaux, publications nouvelles en France et à l'étranger, se 
rapportant à l'œuvre Wagnérienne; 

40 L'analyse des articles publiés par la Revue de Bayreuth 
"(Bayreuthen Blœtter); 

5^ Les Nouvelles. La. Rcx'ue sera, en outre, un centre de ren- 
seignements Wagnériens; une correspondance sera établie entre la 
/édaction et les abonnés pour fournir à ceux-ci les indications parti- 
Jculières qu'ils auront demandées. 

Le premier numéro contiendra la chronique et la statistique de 
janvier 1885 ; il paraîtra le 8 février prochain. 

Les autres numéros suivront régulièrement. 

Le format de la Revue sera l'in-S» encadré; l'impression et le 
J^rage auront l'élégance la plus soignée. 

Pour les amateurs des éditions de luxe, il sera fait de très beaux 
Tirages supplémetitairfs sur splendides papiers de Hollande et de 
Japon. 

La Revue Wagnérienne publiera, hors texte, des dessin» -et 
fac-similés inédits, se rapportant à l'œuvre Wagnérienne. 

Ils seront envoyés, à titre gracieux, à tous les abonnés de \di Revue. 

Elle s'est assuré tout d'abord le concours de : MM. DE^Misquiza, 
Fantin-Latour, Klinger, De Liphart, Renoir, Charles Toché. 

Entre autres travaux inédits, la Revue Wagnérienne publiera : 
de MM. Catnilîe Benoît: Traductions des œuvres, en prose de Wagner 
(opéra et drame, l'œuvre d'art de l'avenir, la direction de l'orchestre, 
art et révolution, etc.) études analytiques, des œuvres dramatiques; 
Fourcaud: Etudes d'esthétique; Catulle Mendès : Etudes littéraires 
sur les drames Wagnériens; Victor Wilder: Articles de critique, 
d histoire, et d'actualité. 



f 



y 



% 



: (■ 



40 



L'ART MODERNE 



. 



Les annonces sont reçues au bureau du Journal, 
26, rue de Vlmlustrie, à Bruxelles. 



NOUVEAUTÉS MUSICALES 

POUR PIANO 

Huberti, G. Trois morceaux : N» 1. Etude rhythmique, 2 fr. — 
Np 2. Historiette, 2 ïr. — N^ 3, Vaise iente, fr. 1.75. 

Kowalski. Op. 44. Autour de mon Clocher, 2 fr. — Op 45. Illu- 
sioDS et Chimères, 2 fr. — Op. 48. Tambour battant, 2 tr. 

Smith S. Op. i85. Notre-Dame, Chant religieux, 2 fr, —Op. 191. 
La mer calme, Deuxième barcarolle, 2 fr. — Op. 192. Styrienne, 
2 fr. _ Op. 193. Marguerite, 2 fr. — Op. 194. La fée de Ondes, 2 fr. 

JVieniawski^ Jos. Op. 39. Six pièces romantiques : Gah. L Idylle, 
Evocation, Jeux de fées, 3 fr. — Cah. IL Ballade, Elégie, Scène 
rustique, 3 fr. — Op. 41. Mazourka de concert, fr. 2.50. 

MUSIQUE POUR CHANT _ 

Bach. Six chorals pour chœurs mixtes par Mey-teiis. La partition^, 
1 franc. ■ .: -.: -■ - 

Bremer. A. Sonne mon tambourin, pour chant, violon ou violon- 
celle et piano, 3 fr. — Hymne à Cérès, pour baryton ou mezzo- 
soprano et'chœur pour 3 voix de femmes, 2 fr. 

Biga, Fr. Quatre Chœurs pour voix de femmes avec accompagne- 
ment de piano à 4 mains : N'o 1. Fête villageoise, la partition, 
fr 2.50. — X^ 2. Les Vendangeuse, la partition, fr. 2.50. — N° 3.- 
Sous les Bois, la partition, fr. 2 50. — N" 4. La Paix, la partition, 
fr. 3.50. 

■ SCHOTT Frères, Editeurs de Musique - ^ 

• ; / : BRUXELLES, rue Duquksnoy, 3^ ; 

Maison principale MONTAGNE H^ lA COUR, 82 



VIENT DE PARAITRE CHEZ 

BREITKOPF & HÀRTEL 

ÉDITEURS DE MUSIQUE 

BRUXELLES, 41, MONTAGNE DE LA COUR 



par Hermann DEITERS 

{Esquisse bibliographique. Annhjse succincte de ses compositions) 
TRADUIT DE L'ALLEMAND PAR M"" H. FR. 

Prix 2 fr. 50 



Toutes les œu'.Tes de Brahms, ain^i qu'un choix de bons portraits da com- 
positeur, se trouvent au magasin des éditeurs, 41, Montag'ne de la Cour. 



J. SCHAVYB, Relieur 

45, Bue du Nord, Bruxelles 



CARTONNAGES, RELIURES ORDINAIRES, RELIURES 
DE LUXE, ALBUMS, ETC. 

SPÉCIALITÉ D ARMOIRIES BEL6ES ET ÉTRANGÈRES 



PIANOS 



BRUXELLES 
rue Thérésienne, 6 



VENTE ^ 

ÉCHANGE GUNTHER 

LOCATION ^^ -^^ *i^ ■* i***-"^* 
Paris 1867. i 878, ï'' prix. — Sidiiey, seul 1" ot 2« prix 
EXPOSITION AMSTERDAM 1883, SEUL DIPLOME D'HONSEOR. 



MUSIQUE. 

10, RUE SAINT-JEAN, BRUXELLES 
(Ancienne maison Meynne). 



ABONNEMENT A LA LECTUBE DES PARTITIONS 

VIENT DE PARAITRE 

à la librairie Ferd. Larcier, 10, rue des MiDÏmes, â Bruxelles 



MON ONCLE 

LE JURISCONSULTE 

'.- ■ ■ .PAR 

AVOCAT A LA COUR DE CASSATION 

Uu volume in-octavo, impression de luxe sur papier de Hollande, 
avec un portrait gravé par Aubr}- et une illustration par Mellery. 

Prix : 3 fp. 50 ^ 

^ . . -, . , - . ■.■■■_''■■- 

Cet ouvrage forme la suite des Scènes de la vie judiciaire. 

Les volumes antérieurement parus sont : 

Le Paradoxe sur l'avocat. — La Forge Boussel. — L'amiral. '"" 



Il a été tiré vingt-cinq exemjilaires sur papier impérial du Japon 
nuniérotés qui sont mis en vente au prix de 10 francs. 

_ ^ . ■ '. \ ; '■ '■ " • . X 

" — ADELE Dbswartb 

23, RXJE IDE 1L,J^ ^;^IOLETTE 

BRUXELLES. 
Atelier de menuiserie et de reliure artistiques ] 



VERinS ET COULEURS 

POCR TOCS GENRES I>E PEINTURES. 

TOILES, PANNEAUX, CHASSIS, 

MANNEQUINS, CHEVALETS, ETC. 

BROSSES ET PINCEAUX, 

CRATONS, BOITES A COMPAS, KCSAINS, 
MODELES DE DESSIN. 

RENT0IU6E, PARQUETAGE, 

EMBALLAGE, NETTOYAGE 
ET VERNISSAGE DK TABLEAUX. 



COULEURS 

ET PAPIERS POUR AQUARELLES 

ARTICLES POUR EAU-FORTE, 
PEINTURE SUR PORCELAINE. 

BOITES, PARASOLS, CHAISES, 
Meublesd'atelierancieDsetmodernes 

PLANCHES A DESSINER, TÉS, 

ÉQUERRES ET COURBES. 

COTONS DE TOUTE LARGEUR 

DEPUIS 1 MÈTRE JUSQUE 8 MÈTRES. 



RcpréseDtation de la MaisouBI.MM de Paris pour les loiles Gobelins (imilalioD) 

NOTA. — La maison dispose de vingt ateliers pour artistes, , 
Impasse de la Violette, 4, 



Bruxelles. — Imp. Félix Callkwaeht père, rue dfe lliidubti le, 



• ■ r 



Cinquième année. — N® 6 



Le numéro : 25 centimes. 



Dimanche 8 Février 1885. 



f 



r A R T 



MODERNE 



PARAISSANT LE DIMANCHE 



REVUE CRITIQUE DES ARTS ET DE LA LITTÉRATURE 



ABONNEMENTS : Belgique, un an, fr. 10.00 ; Union postale, fr. 13.00. — ANNONCES : On traite à forfait. 

T 

Adresser les defnandes d'abonnement et toutes les communications à * 

l'administration générale de l'Art Moderne, rue de l'Industrie, 26, Bruxelles. 



r-H 



? 



OMMAIRE 



Les Vingt. — Une bibliothèque des dessins. — H^ndel et 
Bach — A propos liObéron — Le Concert du Conservatoire. 
— Mémento des expositions et concours. — Petite chronique. 



LES viira-T 

J_ Ils ont victorieusement répondu aux attaques mal- 
veillantes, aux hostilités intéressées, aux haineux débi- 
nages par lesquels on avait, au début, tenté d'entraver 
le plus beau mouvement artistique qui ait remué la 
Belgique. 

Les criailleries des uns, les commérages des autres, 
les calembours de ceux-ci, les menaces et les intimi- 
dations de ceux-là, ils ont tout fait cesser, avec dignité 
et simplicité, en montrant dans un Salon de choix la 
supériorité de TArt jeune sur l'Art cacochyme qu'on 
essayait encore de lui opposer. 

Leurs amis « maladroits « battent des mains à ce 
triomphe. Et leurs ennemis «adroits» (le sont-ils 
vraiment ? ils ne l'ont guère prouvé), furieux d'avoir 
abandonné le navire qu'ils ont voulu faire sombrer, 
s'accrochent aux cordages et s'efforcent de remonter à 
bord en le voyant poursuivre glorieusement sa route. 

Ils ont voulu jouer aux tarets, mais la coque a 
résisté, aux morsures. Et la tempête qui a assailli le 
bâtiment, joignant les forces brutales du dehors aux. 
efforts des destructeurs du dedans, n'a pas eu de prise 
sur lui. 

Désormais le péril est passé, et l'on peut envisager 
l'horizon avec sérénité. 



Le moment était décisif. C'était l'avenir de l'art 
belge qu'il portait, le beau navire, et non le succès 
particulier-d'un groupe isolé. Un nauft'age eût anéanti 
pour longtemps les espérances des artistes sincères, 
débarrassés des préjugés d'école et des pratiques qui 
ont faussé le goût et détruit l'originalité. 

Le récent Salon triennal a montré l'âpreté delà lutte. 
Cantonnée dans son dernier bastion, l'exposition offi- 
cielle, cette ruine croulante, toute la bande des acadé- 
miques en a défendu l'accès avec acharnement. 

Les faux artistes, lès porcelainiers, les décorateurs 
de boîtes dé parfumeries, les fabricants de chromos, 
leur ont prêté main-forte. On a fait pleuvoir sur les 
Vingtistes une grêle de projectiles. Ceux qui ont pu 
pénétrer ont été saisis et jetés aux oubliettes. « S'ils ne 
sont pas contents, qu'ils exposent chez eux ! «. 

Ils ont exposé chez eux. Et du coup a été oubliée la 
nullité du Salon officiel, s'est évanoui le cortège funam- 
tînlesque de médiocrités qu'on s'était ingénié à faire 
passer aux yeux des étrangers ébahis pour les repré- 
sentants de l'art national. 

Le Salon de Bruxelles, c'est désormais le Salon des 
XX, Que les impuissants, les retardataires, les réac- 
tionnaires, les guetteurs de commandes, les écorneurs 
de budget, les happeurs de cordons, se ruent à l'expo- 
sition triennale. Dans cette bourse, ils trouveront à 
faire leurs affaires. Les juifs de l'art s'y rencontreront et 
trafiqueront à l'aise. Nul ne songera à contrarier leur 
commerce. . 

Au salon des XX, on se sent dans un véritable milieu 




artistique. On découvre, dès l'entrée, guoh a affaire â 
un groupe qui ne veut qu'une chose : la réalisation de 
l'idéal qu'il poursuit obstinément. Si tous ne réussissent 
pas dans une égale mesure, la somme d'efforts dépensée 
est telle qu'elle impose l'admiration et le respect. Par 
des moyens très différents, chacun marchant vers le 
but rêvé sans se préoccuper des sentiers suivis par ses 
voisins, ils arrivent à donner, à des degrés divers, 
quelques-uns d'une façon merveilleuse, des sensations 
d'art. 

Les procédés sont d'une variété excessive. Les uns, 
comme Vogels, Ensor, Finch, Toorop, de Regoyos, 
cherchent l'impression juste dans les relations de tons 
et le rapport exact des valeurs, sans se préoccuper du 
fini de l'exécution, d'un contour nettement arrêté, 
d'une forme rigoureuse. Leur art est saisissant. 

Les six paysages de Vogels, par exemple, dénotent 
un tempérament de coloriste de premier ordre. Bon 
gré mal gré, on s'arrête devant ces coins de nature 
exprimés par un artiste qui en perçoit toutes les 
finesses. C'est magistral. Cela obsède, cela hante l'es^ 
prit. Jamais peut-être on n'a poussé plus loin la vérité 
d'impression. 

Il en est de même des natures-mortes et de l'intérieur 
de James Ensor, qui ont des séductions inoubliables. 
Sa peinture est un régal. Rien ne détonne dans ces 
harmonies qui chantent aux yeux comme une sym- 
phonie charme l'oreille. Ses natures-naortes, naturel- 
lement refusées au Salon parce que derrière un rouget 
rutilant qui se pavane sur une nappe bleue apparaît 
confusément un chaudron inachevé, ont reçu des 
artistes Vaccueil qu'elles méritent. 

Finch, dans ses sites de la Flandre, dans un bout de 
plage où souffle le vent de mer, dans un intérieur, 
exprime avec une intensité et une délicatesse prodi- 
gieuses les chatoiements de la lumière et les décolora- 
tions du ton. Son œil scruté la nature en ses perceptions 
les plus intimes, tire d'un coin de village, d'un mur, 
d'un toit de tuiles rouges, des gammes inattendues. Il 
faut connaître le pays qu'affectionne le jeune peintre 
et que depuis des années il étudie avec une persévé- 
rance admirable pour apprécier la justesse et l'acuité de 
sa vision. 

Toorop, uu nouveau venu parmi les XX, s'est placé 
du premier coup dans les meilleurs. Sa Panique ^ sa 
Dame en hlanc, son Nés à Amsterdam comptent 
dans les maîtresses œuvres du Salon. De même que les 
précédents, il voit la nature d'un œil singulièrement 
apte à saisir les nuances, à les décomposer, à en trouver 
sur sa palette les éléments, à les faire revivre sur sa 
toile en des heurts de couleurs puissants sans violence, 
en des dégradations délicates sans afféterie. 

Dario de Regoyos complète le groupe. On lui fait un 
reproche de jouer fort bien de la guitare; il est assez 



I 



d'usage de le qualifier de musicien quand il expose, et 
de le traiter de peintre . quand il égaie une réunion 
d'amis du charme de ses chansons mauresques. Qu'on 
examine de près ses études et impressions de voyage. 
A travers les gaucheries de l'inexpérience, on décou- 
vrira un très réel tempérament de peintre, déhé et 
subtil, qui ne demande qu'un travail régulier et suivi 
pour s'épanouir. 

A côté . du clan des impressionnistes, qui s'impose 
cette année par d'incontestables qualités, reconnues des 
plus hostiles, il y a le groupe des peintres qui arrêtent 
davantage la forme tout en s'ingéniant à garder l'émo- 
tion intime de la nature. En premier lieu, Isidore 
Verheyden, récemment admis aux XX, et dont l'expo- 
sition est tout à fait remarquable. Son portrait du 
peintre Meunier est l'un des grands succès du Salon. 
Il a la noblesse, la simplicité, le style des chefs-d'œuvre. 
Pour qui connaît Meunier, pour qui a contemplé cette 
physionomie de souffreteux concentré dans l'unique 
absorption de son art, c'est l'absolue réalité, notée dans 
ses traits catactéristiques par un maître. Son Bracon- 
nier ^ qui mène la pensée dans les mystérieuses profon- 
deurs des bois par une journée neigeuse, le portrait de 
son « Petit v, son Chevreuil 7nort, son Coin des dunes, 
ses Scieurs de long consacrent d'une façon définitive 
la renommée de l'artiste. 

Puis Van Rysselberghe et Charlet, qui ont vu le 
Maroc non comme un bazar de bric-à-brac ou comme 
un décor dans lequel passe une procession de figurants. 
L'un en a rapporté une sérieuse étude, les Fileuses, 
montrant dans le demi jour d'une pièce reflétée par 
l'éclat aveuglant du soleil extérieur des femmes saisies 
dans l'intimité de poses et de costumes de leurs occu- 
pations ménagères; l'autre a entrepris de transposer 
l'éblbuissant spectacle d'une Fatasia: tout le tohu-bohu 
de la joie populaire éclatant sous l'incandescence d'un 
ciel africain, sur le rythme des coups de feu et du galop 
des chevaux. Les parties terminées de cette œuvre 
importante, le groupe de droite et le fond, donnent 
l'espérance d'une œuvre de haute valeur artistique. Le 
Conteur arabe, tout à côté, dans le jour argenté du 
crépuscule où vaguement se dessinent, avec de grands 
et nobles gestes, des figures de belle allure, repose 
l'œil excité par des colorations ardentes. 

Quelqu'opinion qu'on professe à l'égard de l'oppor- 
tunité qu'il y a pour un artiste d'aller au loin chercher 
ses modèles, on ne peut s'empêcher de reconnaître 
dans les toiles orientales de Van Rysselberghe et de 
Charlet les plus sérieuses qualités. 

Tous deux exposent en outre des portraits d'une 
grande distinction. 

. Il en est de même de Schlobach, qui risque pour la 
première fois une figure, et débute par un coup de 
maître. 



r 




Van Strydonck a, dans ce genre, le plus d'expérience. 
Son portrait de Charles Vander Stappen, d'une ressem- 
blance absolue, et ses portraits de femmes ont des 
habiletés de métier qui ne permettent plus de le consi- 
dérer comme un débutant. Son succès est très grand. 
On Fa comparé à Van Dyck. C'est, nous paraît-il, 
assez flatteur pour nous dispenser d'en dire davantage. 

Dans une toute autre voie, Goethals a peint une 
figure en plein air, une femme ployée sous le poids d'un 
fardeau énorme, regàgnanjt, le soir, sa chaumière dans 
les dunes. Il y a un sentiment profond et communicatif 
dans cette simple et sobre impression, qui ne deman- 
derait qu'à être un peu plus serrée pour être tout à fait 
bien. / 

~~^ês^ paysages de Wytsman- plaisent par leur re- 
cherche consciencieuse du rendu. Dans l'envoi de 
Verstraete, il y a deux bonnes choses : la Coupe des 
souches et la rangée d'arbres au^ soleil devant les 
maisons. Le reste est nul. Le Cheval qui se cabre de 
Delvin ne nous séduit pas, non plus que ses Dunes. Ces 
œuvres, de même que les peintures de Simons, déton- 
nent dans le magnifique ensemble des XX. Peut-être 
est-ce à dessein que les membres du Cercle novateur ont 
pris parmi eux quelques représentants de l'art de jadis. 
Ils ont voulu sans doute montrer la distance qui sépare 
les deux écoles, désormais établies chacune, la bataille 
finie, dans ses positions, jusqu'à un nouvel engagement. 

L'un des Vingiistes les plus intéressants manque à 
l'appel : c'est Fernand Khnopff, dont on regrette vive- 
ment l'absence. Il a au catalogue une importante série 
d'œuvres qu'il n'a pas pu terminer entièrement, parait- 
il, pour le jour de l'ouverture. Il a mieux aimé attendre 
le Salon de l'an prochain que d'exposer des toiles qui ne 
satisfissent pas intégralement sa conscience d'artiste. 
On ne peut que déplorer cette détermination. De même 
que Fernand Khnopff', Vanaise n'a rien envoyé cette 
année au Salon. Le nombre des exposants est donc 
réduit à dix huit : quinze peintres, trois sculpteurs. 

Un mot de ceux-ci. Les deux bustes de Paul Dubois, 
celui de M. Nicolas M... surtout, sont très admirés. 
Parmi les œuvres de Charlier, le buste en bronze est 
le plus étudié et le plus intéressant. Des quatre envois 
de Chainaye, le groupe Rive paisible nous semble le 
plus séduisant. C'est pensé, senti, caressé; cela fait une 
impression singulièrement déconcertante à l'égard des 
formules adoptées dans la sculpture. De la gracilité des 
jeunies pêcheurs, de leur attitude, de leur physionomie, 
se dégage une émotion captivante de douceur et de 
paix. C'est incomplet, mais extrêmement intéressant 
et de nature à donner d'Achille Chainaye les plus 
sérieuses espérances. 

Ces notes rapides n'embrassent que les sociétaires 
des XX, Elles seront prochainement complétées par 
un aperçu du contingent d'étrangers à la Société qui 



sont venus tendre la main aux Vingiistes et faire avec 
eux le coup de feu dans la triomphante campagne dont 
ils ont pris l'initiative. 7; ^ 

On juge déjà de ce qu est le Salon et du bruit qu'il fait 
dans tous les cercles où l'on a encore pour l'art quelque 
attachement. 



UNE BIBLIOTHÈQUE DES DESSINS D 

Avez-vous jamais sopgé à tout ce qui se dépense de talent, 
tgusles jours, dans nos journaux illuslfés? 

Le journal illustré, c'est le journal, c'est-à-dire une chose qui 
se parcourt, se lit distraitemen , et se déchire. — L'empresse- 
ment du public pour tous ces journaux à images est très soutenu, 
malgré leur prix assez élevé. 

A côté du journal illustré, il y a l'album. — Ici nous avons 
une forme plus favorable. — Il y a des albums anglais, dont les 
dessins sont de Caldecott, de Kate Greenaway, qui sont de vrais 
bijoux artistiques, comme art et comme procédé de reproduc- 
tion. — Enfin il y a les albums dés Japonais. — Chez nous, en 
France, à quelques rares exceptions près, nous faisons des imi- 
tations d'albums anglais, des imitations d'albums japonais, et 
ensuite, nous crions sur tous les toits que les Belges nous imitent. 
Mais, l'album, sa forme, n'est pas commode, et nous ne savons 
guère, chez nous, lui trouver de place, — Dans nos bibHo- 
thèques? — Ils y sont mal placés et y ont l'air de livres de prix, 
— Dans des meubles spéciaux? Ou en pourrait faire, mais il paraît 
peu de ces albums et pas assez pour mériaer un meuble spécial; 
aussi, on les laisse généralement traîner sur les tables, jusqu'à 
ce qu'ils soient déchirés, et qu'on les détruise enfin, ^comme les 
journaux. 

Voici donc la forme employée pour les recueils de dessins : le 
journal qu'on déchire, l'album qu'on laisse traîner, et, enfin, le 
hvre à la mode qu'on fait illustrer pour le jour de l'an. 

Pour l'illuslr.ilion des livres, elle conviendra de moins en ■ 
moins à nos artisies :, — on aime sa liberté, on veut faire œuvre 
personnelle, et lariiste veut se dégager des illustrations dans les- 
quelles il est trop esclave, de fauteur d'abord, de l'éditeur 
ensuite, et, du public spécial enfin, pour lequel l'illustration est 
commandée. • 

Maintenant, si nous considérons ce qui se fait et l'importance 
qu'on donne de plus en plus au dessin dans l'éducation ii'aujour- 
d'hui, nous jugerons vite qu'un public va venir à nous, bientôt, 
et nous demandera de lui faire quelque chose. — Que lui ferons- 
naus? — Des journaux illustrés? — Le public en est embarrassé, 
les déchire, et regrette son argent. — Des albums? — ils n'ont 
pas, je le répète, place chez nous, sont faits, la plupart, pour les 
enfants, et se salissent vile sur les tables ; puis, un album coûte 
cher, son débit étant restreint. — Or, d'un côté nous allons avoir 
un public, d'autre part, nous possédons, depuis peu d'années, 
des moyens admirables et peu coûteux de reproduction : ça n'est 
plus le journal qu'il faut faire, ça n'est pas l'album : mais c'est le 
livre. — Et, quand je dis le livre, j'entends le livre m- 18, à cou- 
verture jaune, et à papier ordinaire, à papier de luxe pour les 
raffinés, Vordinaire se vendant ce que se vendent les livres cou- 
rants, 3 francs 50, — l'édition de luxe un prix plus élevé. 



('] Extrait de la Conférence faite aux XYpar Rafllaélli. 



./ 



:.V 




Le formai du livre est commode et sa place est toute trouvée, 
à côld. — Quant au dessin, il est bien unO écriture parliculiôre 
et complète, à laquelle on peut faire rendre loules les intentions 
descriptives, et qui n'a pas encore, dans ce sens, reçu tout le 
développement qu'il peut comporter : et voilà tout un mouvc- 
ment nouveau îi faire naître. 

Pour cette Bibliothèque des des.mis^ elle pourrait so diviser en 
trois parties. — La Bibliothèque des dessins des vieux maîtres; 
celle des maîtres modernes;. et enfin la Bibliothèque des dessins 
originaux^ se faisant suTte^ et pour laquelle les artistes s'em- 
ploieraient à représenter, à leur façon, et par images, des nou- 
velles, de véritables petits romans, que le dessin seul, ou presque 
seul, raconterait. 

La Bibliothèque des dessins des. vieux maîtres comprendrait 
les volumes dés reproductions des dessins des maîtres, de leurs 
eaux^fortcs et de leurs tableaux. Ces volumes contiendraient, en 
regard du dessin ou du tableau reproduit, une courte note sur le 
dessin ou le tableau, relatant, comme je le conseillais dernière- 
ment pour un- Musée des Photographies h créer, et dont j'ai pré- 
senté l'idée dans le journal {"Evénement^ la grandeur du tableau, 
les collections oij il passa, celle où il se trouve, les prix qu'il fut 
payé, les particularités de sa naissance ; eiifm, toutes ces petites 
notes que peut donner sur un tableau notre critique moderïie, 
qui a fouillé partout. — Ces reproductions pourraient être pla- 
cées par ordre de naissance, autant que possible, et nous pourrions 
ainsi assister, en feuilletant ces livres, h toute l'existence pas- 
sionnée de nos grands maîtres. — ^ Ce serait alors fort asrréable • 
de pouvoir acheter Albert Durer complet, comme on achète 
Alfred de Musset, en cinq ou six volumes de deux cents pages. 
— Velasquez en trois volumes, Van Eyck, en trois ou quatre, 
je dis ces chiffres au hasard, et l'on aurait ainsi, dans sa biblio- 
thèque, Rembrandt, comme on a Shakespeare et W«tteau, 
comme on a l'abbé Prévost ou Saint-Simon. — Voici pour la 
Bibliothèque des maîtres anciens. 

Pareille chose pourrait se faire pour les maîtres modernes. — 
On aurait alors sou Millet en trois ou quatre volumes, son Dela- 
croix, son Corot... 

Tous ces volumes seraient précédés d'une notice, relativement 
courte sur le maître, et chaque dessin ou tableau reproduit aurait 
son historique en regard, ou bien, ce qui serait mieux, comme je 
l'ai dit, en appendice à la fin du volume, afin de conserver de 
l'unité au livre et qu'il n'ait pas l'air d'un catalogue. 

Maintenant, parlons des volumes de dessins originaux. 

Les dessins, pour ces livres de dessins ^AQ\T2\(iïii posséder une 
qualité tout à fait spéciale. Le dessin, comme je le disais tout à 
l'heure, est bien une langue et une écriture suffisamment com- 
plète et qui permet de presque tout dire : il suffit de porter ses 
efforts dans ce sens et de ne pas trop longtemps regarder les 
maîtres imposants du passé dont l'art absolu semble dire : « On 
n'ira pas plus loin »; alors qu'il nous reste d'aller à côté ou en 
face. 

Il reste en effet à développer beaucoup un dessin descriptif et 
d'expression pure, dont la beauté ne serait plus dans la ligne 
savante ou délicate, mais dans le mouvement général et l'esprit. 

Parmi les maîtres, Raphaël dessine avec l'ampleur d'un déco- 
rateur superbe; Holbein, lui, semble sculpter avec une attention 
recueillie, dans un bois dur, des physionomies solides. — Diirer 
creuse, grave des silhouettes, et s'amuse dans des spirales et des 
tire-bouchons d'un grand raffinement. -— Delacroix établit des 



volumes, comme un sculpteur, et les lance en. mouvement. — 

Quant à Ingres, il dessine comme un professeur, et semble 
tracer avec soin des modèles de dessins pour l'Ecole polytech- 
nique. — Enfin, j'en trouve deux qui ont indiqué le dessin de 
pure expression : c'est Daumicr surtout, et Gavarni. 

. Eh bien ! vous figurez-vous ce que serait un volume de Daumier 
sur les Bourgeois de 1830 ? — Un volume de Gavarni sur les 
Lorettes^ un autre sur /e5 Bals et le ÇarnavaU — Eh bien ! il 
nous faudrait quelque chose d'approchant, mais, bien entendu, 
fait dans un esprit de suite, car, cette idée de volumes de Daumier 
ou de Gavarnlnese présente à notre esprit que comme une suite 
de vignettes à légende^ alors que les dessins à faire pour ces livres 
de dessins devraient se tenir Qi raconter des histoires. 

11 faudrait, en un mot, qu'au lieu à' écrire des romans, on nous 
les dessinât et qu'au lieu de les lire, nous les regardions se passer. 
Tout comme dans la pantomime l'action se passe et ne se parle 
pas. 

Pa7itonnme, je viens de dire le mot : ce serait des sortes de 
pantomimes qu'il nous faudrait dessiner pour ces volumes de 
dessins. 

Je souhaite que cette voie nouvelle, pour laquelle un public 
va naître, trouve bientôt des hommes entreprenants qui la tracent, 
et comme artistes, et comme éditeurs. — Et qu'on ne nous dise 
pas que nous n'avons pas d'artistes capables de répondre à ce 
programme, car nous en avons qui, dans ce sens, feraient des 
choses parfaitement intéressantes. 

Laissez-moi vous en citer quelques-uns. 

Connaissez-vous le journal le Chat noir? — C'est un journal 
qui se publie à Montmartre. — Il se dit le moniteur officiel des 
revendications de Montmartre sur la capitale! — Eh bien ! il y a 
au Chat noir Ma artiste d'un talent exquis : il s'appelle Willette. 
Que ce M. Willette, s'en doute ou ne s'en doute pas, mais il doit 
s'en douter, ses délicieux dessins ne sont autre chose, la plupart du 
moins, que d'adorables pantomimes : tout y est, l'expression 
étendue et entendue et ses pierrots font penser aux Debureau et 
et aux Paul Legrand, si aimés des délicats. — Qu'on lui ouvre 
à celui-là cette voie, et il fera des choses extrêmement intéres- 
santes-dans cet esprit. — Il y a aussi M. Forain, qui a fait tant 
d'aquarelles et tant de dessins où l'esprit le plus parisien, je 
dirais le plus gavroche, se mêle à un dessin extrêmement subtil 
et fin : dans le cadre qu'il se donne il a fait des choses parfaites, 
comfne vous en avez pu voir, au jour de l'an dernier, dans le 
Figaro paru ce jour-là. Enfin il y a M. Renouard, qui possède 
un dessin solide, fort, et une grande faculté d'observation des 
gestes, des attitudes, et de l'esprit. -— Je n'en veux pas citer 
d'autres, mais il en est encore : si M. Degas, par exemple, vou- 
lait ouvrir ses cartons, il en sortirait, tout armé, un monument 
magiîifique à l'art de la danse, dont il s'est occupé en icono- 
graphe; et à l'art du dessin, dont il est un vrai maître, trop peu 
connu. 



Qu'on commence avec ces artistes et avec quelques autres cette 
Bibliothèque des dessins, et vous verrez naître une suite d'oeuvres 
profondément in'téressante, dans laquelle des talents nouveaux et 
originaux se produiront, et qui serait à la portée de tout ce public 
intelligent, mais pas riche, qui ne peut s'acheter des tableaux de 
grands prix, pas plus que des albums très chers, et parmi les- 
quels il se trouve tant de gens de goût. • 



i: 




IliEKDEt 



La biographie de ces deux grands hommes offre à la fois des 
rapports intimes de ressemblance et les contrastes les plus 
tranchés. 

Haendel et Bach, nds tous deux à une époque où toute origi- 
nalité artistique sommeillait depuis de longues années; tous deux 
morts presque en m(!"'me temps et dans un âge d(';jk avancé, dé- 
ployèrent aussi, jusqu'à leur dernier soupir, un génie vigoureux 
et actif. Ils naquirent l'un et l'autre de parents peu fortunés, 
grandirent avec une apparence de santé assez chélive, et furent 
cependant l'un et l'autre d'une constitution puissante et robuste. 
Chez Haendel comme chez Bach, un talent éminenl pour la musique 
se manifesta dès les premières années de leur vie avec une 
énergie irrésistible ; tous deux dans leur enfance reçurent une 
éducation musicale basée sur des principes sévères et profonds; 
tous deux furent instJNiits par des organistes distingués et s'ac- 
quirent eux-mêmes une grande réputation par leur talent sur 
l'orgue. Une même destinée les appela tous deux à une brillante 
situation; une gloire immense répandit au loin leurs deux noms 
immortels, et nousJes voyons comblés de distinctions par les 
plus grands princes de leur époque; tous deux reçoivent avec 
reconnaissance une telle faveur, mais sans pour cela renoncer 
le moins du monde à leur carrière musicale. Tous deux se 
sentent entraînés vers les formes les plus élevées de l'art. Tous 
deux, hommes d'une austère gravité, attachés corps et âme à 
leur religion, poussent peut-être, à une époque avancée de leur 
vie, la dévotion jusqu'au mysticisme, sans pourtant cesser d'être 
animés par les plus purs principes de leur croyance. Tous deux 
perdent la vue dans leur vieillesse sans devenir infidèles au culte 
de leur art. Tous deux s'endorment tranquillement et pleins de 
l'idée de Dieu, peu compris par leurs contemporains, mais 
entourés du respect inconscient qui se prosterne devant le génie 
et destinés à l'admiration et aux hommages de la postérité. 

Voilà certes bien des points de ressemblance, et cependant 
ces deux inimortels compositeurs diffèrent entre eux autant 
comme hommes que comme artistes. 

L'esprit inquiet et passionné de Hœndel, esprit qui le poussa 
au loin à l'étranger, le jette jeune encore dans le tumulte du 
monde et dans un genre de vie où il se complut pendant plus de 
la moitié de son existence, toujours heureux, soit qu'il eût à 
combattre ou à aimer, soit qu'il eût à prendre l'offensive ou ù se 
tenir dans les bornes de la défense personnelle. Tout ce qui son 
de la voie ordinaire, tout ce qui impose aux hommes, les faisit 
et les domine; tout cela, il voulait apprendre à le connaître aussi 
bien comme homme que comme artiste; il apprit à tirer de toute 
chose une instruction pour son génie ou sdn caractère sans 
jamais se laisser dominer par rien. Porté par son goût particulier 
à avoir affaire au peuple parmi lequel il vivait, il ne lui répugnait 
nullement di; traiter avec les grands dirigeant le même peuple, 
mais il ne voulait se laisser gouverner ni par les uns ni par les 
autres, quelque disposé qu'il pût être à les servir fidèlement. 
Ce qu'il voulait, c'était de chercher en toute chose un enseigne- 
ment pour sa vie ou pour son art, habile qu'il était à ramener 
tout à sa propre expérience. Ce but, il ne s'en laissa jamais 
détourner, et le poursuivit avec une persévérance peut-être sans 
exemple. Aussi fit-il les expériences les plus variées, dont les 
unes purent lui faire entrevoir un bonheur céleste, et les autres 



risolèrcnt dans un déserî de douleurs. Ce fut seulement lorsqu'il 
arriva à un âge déjà-mûr qu'il commença à tenir un compte exact 
de lui-même et des choses ; alors il choisit ce qui convenait le 
plus à son individualité, et le choix qu'il venait de faire, il s'y 
lijit (îonstammenl jusqu'à sa mort, après s'être procuré plus de 
gloire que nul autre avant ou après lui. Il mourut riche et repose 
aujolird'hui encore à Westminster-.Abbay, sous un monument 
magnifique. Sa vie fut, celle d'un grand de ce monde. . 

Et Bach, au contraire! Du moment qu'il eut Te bonheur d'être 
placé comme organiste à Darmstadt, ses prétentions se trouvèrent 
satisfaites. Il ne s'inquiéta plus de se procurer un poste plus 
brillant, mais il ne refusa pas de se rendre à tous les appels qui 
lui furent fails sans qu'il les eût recherchés, disposé qu'il était 
à les regarder comme autant de bienfaits de la Providence. Dans 
chaque nouvelle place qu'il obtint, tous Sfs efforts tondaient à 
remplir le mieux possible sa lâche. Il y consacrait jusqu'à son 
génie de compositeur. C'est ainsi qu'en qualité d'organiste, il 
écrivit des morceaux pour l'orgue; que comme compositeur de 
l'église de Weimar, il composa des psaumes et des cantates reli- 
gieuses, et qu'enfin comme maître de chapelle de la cathédrale 
de Leipzig et directeur d'un chœur nombreux et exercé, il écrivit 
ces œuvres si difficiles et si savantes que souvent nous ne pou- 
vons pas "dignement les apprécier avec le seul secours de l'o- 
reille ; elles réclament alors l'intermédiaire d'un second sens, 
celui de la vue, comme jadis plusieurs des principales sculptures 
de l'antiquité exigeaient qu'on les examinât avec les yeux et avec 
les mains. Maintes fois, il arriva que les rois et les princes vou- 
lurent entendre le grand artiste et alors celui-ci se rendait bien 
modestement là où on l'appelait; il obéissait aux ordres du sou- 
verain, puis*, avec la même modestie toujours inaltt-rable, il 
revenait avec un contentement parfait à son étroite demeure. 
Qu'il fût le plus grand organiste du monde, c'est ce qu'il ne 
pouvait ignorer; c'était chose trop évidente et reconnue avec 
trop d'unanimité. Qu'un grand talent sur l'orgué^fùt précisément 
alors ce qui pouvait procurf^r le plus de g!oire';et d'argent, 
particulièrement en France; en Angleterre et en Holiande, où 
l'instrument était en grande faveur, c'est ce que savait tout le 
monde, et ce que, sans aucun doute, il savait aussi bien que les 
autres et cependant la seule idée ou un simple désir de quitter 
sa patrie n'entra jamais dans son esprit. Il mourut pauvre et fut 
enterré dans le' cimetière de Leipzig, on ne sait pas même où. 
Sa vie fut celle d'un patriarche. 

La différence qu'on remarque dans les œuvres de ces deux 
grands artistes provient de la différence qui existait entre leur 
génie intime et leur vie extérieure. 

Dans toutes ses exécutions, Haendel voulait produire de l'effet, 
"^t cet effet il voulait qu'il fût éprouvé par un grand nombre 
d'auditeurs, pourvu cependant qu'il pût avoir confiance^ en leur 
sentiment musical. Pour arriver à ce but il se servait de tous les 
leviers, et il employait tous les moyens, ceux-là même dont on 
n'avait encore aucune idée, sans pourtant mettre à profit des 
ressources , triviales ou communes. Bach, au contraire, n'avait 
qu'un but : c'était de produire une œuvre aussi coniplèie que 
possible, quant à l'effet, il s'en rapportait au mérite de son 
œuvre et à la compréhension des auditeurs éclairés. Comme 
moyens, il n'employait que ceux qui étaient reconnus pour 
appartenir à l'art le plus pur; et il savait n tirer un rare parti el 
se les rendre propres par une merveilleuse facilité, et une 
extessive habitude de combinaison harmonique. Cependant le 




siyle de Haendel étaii populaire, mais dans la noble acception 
de ce nnot, et ce n'était que dans quelques parties principales de 
SCS grands ouvrages (comme par exemple dans le Amen du 
Messie) qu'il déployait comme dernier signe de triomphe, les 
innombrables ti-ésors de son immense érudition. Le style de 
Bach n'était rien moins que populaire» en prenant- toujours ce 
mot dans la même acception, et il n'y avait qu'un 'petit nombre 
d'occasions particulières (comme dans certains passages de ses 
compositions sur la Passion) où il se monlrâit gracieux et 
désireux d'être populaire autant que cela entrait dans ses 
moyens. Les chants de Hiendel, même dans les chœurs les plus 
touffus, sont constamment coulants, faciles et expressifs; ceux 
de Bach sont toujours également difficiles pour les exécutants 
comme^pur les auditeurs. Chez tous les deux l'orchestre joue 
Un rôle important; mais Haendel choisit toujours ses motifs dans 
l'intérêt de l'effet g<énéral, tandis que Bach s'inquiète moins de 
l'effet que de compléter une richesse harmonique dans telle ou 
telle phrase détachée. Quand Hœndel iravaillaii il avait devant 
les yeux ce qu'il allait créer; il voyait ses motifs errer devant lui, 
ai son but était de pouvoir faire partager à ses auditeurs 
l'impression dont il était affecté. Une fois son image trouvée, il 
renonçait volontiers à faire parade de sa science et aurait craint, 
par des ornements trop nombreux, de faire perdre de vue l'idée 
principale. Bach, tout au contraire, se sentait bien aussi vive- 
ment animé, mais cette émoiion était tout intime, de sorte que 
pour exprimer son idée et la faire partager par le public, il croyait 
ne pouvoir jamais assez faire, ou du moins ne croyait-il pas 
pouvoir fairç trop. 

Hœndel nous rappelle souvent P. P. Rubens dans ses plus 
belles créations et Bach nous fait songer b maître Albrecht Diirer. 



^ PRQPO? D'^BÉRON 



L'atmosphère musicale est en général brumeuse, humide, 
sombre, froide, orageuse même parfois. Les saisons y mani- 
festent dos caprices étranges. A certains moments il neige des 
cirons, il pleut des sauterelles, il grêle des crapauds, et il n'y a 
parapluies de toile ni de tôle qui puissent garantir les honnêtes 
gens de cette vermine. Puis tout d'un coup le ciel s'éclaircit, il 
ne tombe pas de la manne, il est vrai, mais on jouit d'un air 
tiède et pur, on découvre çà et là de splendides fleurs épanouies 
parmi les chardons, les ronces, les orties, les euphorbes, et l'on 
court avec ravissement les respirer et les cueillir. Nous jouis- 
sons à celte heure des caresses de ce bienfaisant rayon; plusieurs 
très belles fleurs de l'art viennent d'éclore et nous sommes dans 
la joie de les avoir découvertes. Citons d'abord le plus grand évé- 
nement musical qu'on ait eu à signaler chez nous depuis bien des 
années, la mise en scène récente de YObéron^ de Webcr au 
Théâtre-Lyrique. Ce chef-d'œuvre (c'est un vrai chef-d'œuvre, 
pur, radieux, complet) existe depuis trente et un ans. Il fut repré- 
senté pour la première fois le 12 avril 1826. Weber l'avait com- 
posé en Allemagne sur les paroles d'un librettiste anglais, 
M. Planchel, à la demande du directeur d'un théâtre lyrique de 
Londres qui croyait au génie de l'auteur du Freyschiitz^ et qui 
comptait sur une belle partition et sur une bonne affnii'e. 

Le rôle principal (Huon) fut écrit pour le célèbre ténor Bra- 
ham, qui le chanta, dit-on, avec une verve extraordinaire ; ce 
qui n'empêcha pas l'œuvre nouvelle d'éprouver devant le public 
britannique un échec à peu près complet. Dieu sait ce qu'était 

alors l'éducation musicale des dileilanli d'ouire-Manche !. 

Weber venait de subir une autre qnasi-défaite dans son propre 
pays ; sa partition d'Euryanlhe y. avait été froidement reçue. Des 



gaillards qui vous avalent sans sourciller d'effroyables oratorios 
capables de changer les hommes en pierre et de congeler l'esprit- 
de-viri, s'avisèrent de s'ennuyer à &fri/rt?i//ie. Ils étaient tout fiers 
d'avoir pu s'ennuyer à quelque chose et de prouver ainsi que 
leur sang circulait» Cela leurdonnait un petit air sémillant, léger. 
Français, Parisien; et pour y ajouter l'air spirituel, ils inven- 
tèrent un calembour par à peu près et nommèrent VEuryanthe 
V Ennuyante, en prononçant Vennyanle. Dire le succès de cette 
Ipurde bêtise est impossible ; il dure encore. Il y a trente-trois 
ans que le mot circule en Allemagne, et l'on n'est pas à cette 
heure parvenu à persuader aux facétieux qu'il n'est pas français, 
qu'on dit une pièce ennuyeuse et non une pièce ennuyante, et 
que les garçons épiciers de France eux-mêmes ne commettent 
pas de cuirs de cette force-là. 

VEuryanthe tomba donc, pour le moment, écrasée sous 
cette stupide plaisanterie. Weber, triste et découragé quand on 
lui proposa d'écrire Obéron, ne se décida pas sans hésitation à 
entreprendre une nouvelle lutte avec le public. Il s'y résigna 
pourtant, et demanda dix-huit mois pour écrire sa partition. Il 
n'improvisait pas. Arrivé à Londres, il. eut beaucoup à souffrir 
tout d'abord ùq% idées de quelques-uns de ses chanteurs ; il les 
mit pourtant enfin tant bien que mal à la raison, L'exécution 
d'Obéron fut satisfaisante. Weber, l'un des plus habiles chfes 
d'orchestre de son temps, avait été prié de la diriger. Mais l'au- 
ditoire resta- froid, sérieux, môrno {very grave) pour employer 
encore un jeu de mots qui au moins est anglais. Et Obéron ne 
fit pas d'argent, et l'entrepreneur ne put couvrir ses frais; il avait 
obtenu la belle partition et fait une mauvaise affaire. Qui peut 
savoir ce qui se passa alors dans l'âme de l'artiste, sûr de la 
valeur de son œuvre ?... Afin de le ranimer par un succès qu'ils 
croyaient facile de lui faire obtenir, ses amis lui persuadèrent de 
donner un concert, pour lequel Weber composa une grande can- 
tate intitulée, si je ne me trompe, le Triomphe de la paix. Le 
concert eut lieu, la cantate fut exécutée devant une salle presque 
vide, et la recette n'égala pas les dépenses de la soirée... : 

Weber, à son arrivée à Londres, avait accepté l'hospitalité de 
l'honorable maître de chapelle sir George Smart. Je ne sais si ce 
fut en rentrant de ce triste concert ou quelques jours plus tard 
seulement; mais un soir, après avpir causé une heure avec son 
hôte, Weber, accablé, se mit au lit, où, le lendemain, sir George 
le trouva déjà froid, la tête appuyée sur l'une, de sesmainSimort 
d'une rupture du cœur. 

Aussitôt on annonça une représentation solennelle d^ Obéron; 
toutes les loges furent rapidement louées; les spectateurs se pré- 
sentèrent tous en deuil; la salle fut pleine d'un public recueilli, 
dont l'attitude, exprimant des regrets sincères, semblait dire : 
« Nous sommes désolés de n'avoir pas compris son œuvre, mais 
nous savons que c'était un homme {He was a many weshall not 
look upon his like again) et que nous ne reverrons pas son 
pareil ! » 

Peu de mois après Touverture d' Obéron fut publiée; le théâtre 
de rOdéon de Paris, qui avait fait fortune avec le Freyschiilz 
désossé et écorché, fut curieux de connaître au moins un mor- 
ceau du dernier ouvrage de Weber. Le directeur ordonna la mise 
à l'élude de cette merveille symphonique. L^orchesire n'y vit 
qu'un tissu de bizarreries, de duretés et de non-sens, et je ne 
sais même si l'ouverture obtint les honneurs d'un égorgement en 
public. 

Dix ou douze ans plus lard, ces mêmes musiciens de l'Odéon, 
transplantés dans l'orchestre monumental du Conservatoire, exé- 
cutaient sous une vraie direction, sous la direction d'Habeneck, 
celte même ouverture, et mêlaient leurs cris d'admiration aux 
applaudissements du public... Huit ou neuf autres années ensuite, 
la Société des^ concerts du Conservatoire exécuta un chœur de 
génies et le finale du premier acte d'Obéron que le public acclama 
avec un enthousiasme égal à celui qui avait accueilli l'ouverture; 
plus tard encore, deux autres fragments eurent le même bonheur. . . 
et ce fut tout. 

Une petite troupe allemande venue à Paris perdre son temps 
cl son argent pendant l'été fit seule entendre deux fois, il y a 




quelque vingt-sept ans YOhêron complet au théâtre Favart 
(aujourd'hui rOpéra-Comiquo). Le rôle de Rezia y fut chanté par 
la célèbre madame Schrœder-Devrient. Mais celle troupe était 
fort insuffisante ; le chœur mesquin, l'orcheslre misérable; les 
décors troués, vermoulus ; les costumes délabrés inspiraient la, 
pitié ; le public musical un peu intelligent était absent de Paris ; 
Ohêron passa inaperçu. Quelques artistes et amateurs clairvoyants 
adoraient seuls dans le se( rel de leur cœur ce divin poème, et 
répétaient,, en pensant à Weber, les paroles de Hamlel. 

« C'était un homme et nous ne reverrons pas son pareil ! ». 

Pourtant l'Allemagne avait recueilli la perle éclose dans l'huîlre 
britannique et que dédaignait le coq gaulois, si friand de grains 
de mil. Une traduction allcmantle de la pièce de M. Planchet se 
répandit peu k peu dans les théâtres de Berlin, de Dresde, de 
Hambourg, de Leipzig, de, Francfort, de Munich et la parlilion 
d'Obéron fut sauvée. Je ne sais si on l'a jamais exécutée en entier 
dans la ville spirituelle et malicieuse qui avait Irouvé l'œuvre 
précédente de Weber Ennyanle. Cela est probable. Les géné- 
rations se suivent sans se ressembler. 

Enfin, après trente et un anSy le hasard ayant placé à la tête 
de l'un des théâtres lyriques de Paris un homme qui comprend 
et sent la musique de style, un homme intelligent, hardi, actif 
et dévoué à l'idée qu'il a une fois adoptée, le merveilleux poème 
de* Weber nous a enfin été révélé. Le public n'a fait sur le maître 
ni sur son œuvre aucun nauséabond jeu de mois, n'est pas resté 
grave^ mais a applaudi avec des transports véritables de plus en 
plus ardents ; bien que celle musique dérange', culbute, bouscule 
avec un prodigieux mépris ses habitudes les plus chères, les 
plus enracinées, les plus inhérentes à ses insiincts secrets ou 
avoués. 

(Extrait de A travers chants ^ par Hector Berlioz.)" 



: jiîONCERT DU PON^ERVATOIRE . 

Le Conservatoire a fêté par un concert spécial le deux-ceutième 
anniversaire de la naissance de Hœndel et de Bach. : . 

Le programme se composait exclusivement d'œuvres de ces deux 
musiciens ; mais, si nous en exceptons la cantate •» Gottes Zeit » et 
« l'Aria »* de Bach et, au pis- aller,, la cantate de Hsendel écrite à 
l'occasion de la victoire remportée par les Anglais à Dettingen, ce 
programme était bourré « d amuse tles » destinées à amadouer le 
public : il ne donnait aucune impression d'ensemble sur l'œuvre des 
deux génies allemands. 

Et le plus ignare sait que cet œuvre est assez vaste pour que le 
Conservatoire ne soit point obligé de se restreindre à des bagatelles. 

Hsendel et Bach sont deux géants : si on les compare à tous ceux 
de leur temps et surtout si on les étudie au point de vue des procédés 
de la composition, de la force des conceptions et de la hardiesse des 
combinaisons, on reconnaît qu'ils ont laissé derrière eux leur siècle 
et le nôtre, et qu'il faudra peut-être cent ans encore pour qu'on 
sache leur rendre la justice qui leur est due. Leurs messes, motets, 
oratorios, symphonies, cantates, quatuors, quintettes, sont autant 
de chefs-d'œuvre que les générations futures adoreront de plus en 
plus. Car nous ne sommes pas encore mûrs pour apprécier leurs 
grandes et sévères beautés. 

Il est encore trop de gens qui trouvent cette musique •• crevante »♦ 
et sortent d'un concert en disant, non pas « ce que je viens d'en- 
tendre est beau », mais * cela a duré deux heures ». 

Une exécution consciencieuse n'a pu écarter l'ennui pour ces audi- 
teurs inintelligents. C'est en vain que les chœurs et l'orchestre ont 
fait de leur mieux, c'est en vain que résonnèrent les voix de solistes 
connus et appréciés comme M"e Deschamps et M. Maes, un chanteur 
parfaitement méthodique, le jinblic s'est éparpillé dans la rue de la 
Régence en murmurant de groupe en groupe •< que c'était donc 
rasant I '»» 



MEMENTO DES EXPOSITIONS ET CONCOURS 

Anvers. — Exposition universelle. Mai à octobre 1885. 

Anvers. -^ Salon des refusés et exposition des artistes indépen- 
dants, ouverture en mai. Pour tous renseignements s'adresser au 
secrétaire du Cercle des artistes indépendants ^ 1, rue de l'Angle, 
Bruxelles. - 



Bruxelles. — Troisième exposition de Blanc et ^Noir de 
Y Essor. (Limitée aux membres du Cercle). Mai 1885, — Exposition 
historique de gravure, par le Cercle des aquarellistes et aquafortistes. 
Mai 1885. 

Bruxelles. -— 25*' exposition annuelle organisée par la Société 
royale belge des aquarellistes. Ouverture le 4 avril 1885. 

Londres. — Exposition internationale d'instruments de musique. 
Ouverture en mai 1885, à South- Kensington. Cette deuxième divi- 
sion comporte trois groupes t 1» Instruments de musique construits 
ou en usage depuis 1800; 2" gravure et impression de la musique ; 
Z° collections historiques. 

In. — Du 31 mars a la fin de septembre exposition internationale 
et universelle d'Alexandra-Palace, comprenant notamment les arts 
et métiers, et une exposition de tableaux et objets d'art représentant 
les principales écoles du continent. 

Nuremberg. — Exposition internationale d'orfèvrerie, de joaille- 
rie, de bronzes,. etc. Du 15 juin au 30 septembre 1885. 

Paris. — Salon de 1885. — ler mai au 30 juin 1885. — Peinture, 
de«5iws, etc. Dépôt des ouvrages au Palais des Champs-Elysées, du 
5 au 14 mars. Vote, le mercredi 18 mars, de 9 h. à 4 h. — Sculp- 
ture, Graviire en méd. et sur p. f. Dépôt du 21 mars au 2 avril. 
Vote, le mardi 7 avril, de 10 à 4 h. — Architecture. Dépôt du 2 au 
5 avril. Vote, le mardi 7 avril, de 10 à 4 h. — Gravure et Lithogra- 
phie. Dé^ôi, du 2 au 5 avril. Vote, le lundi 6 avril, de 10 à 4 h. 

Rotterdam. — Du 31 mai au 12 juillet. Dernier délai : 16 mai. 
Renseignements : M. Veders, secrétaire, 42, Boompjes, Rotterdam. 

Gand. — Statue du docteur Joseph Guislain. Clôture : 31 mars 
1885. Les œuvres doivent être envoyées au concierge de l'Université' 
de Gand, rue des Foulons, et porter la suscription : Au comité 
constitué pour l'érection d'une statue au docteur Joseph Guislain. — 
Envoi : Maquette de la statue et du piédestal (25 centimètres au 
total), dessin détaillé de la grille et indication de la disposition du 
dallage entre le grillage et lé piédestal. — L'artiste doit s'engager à 
livrer pour 19,000 francs les travaux de maçonnerie nécessaires, la 
statue, le piédestal, le grillage et le dallage. — Documents et pho- 
tographies chez le Dr B.-C. Ingels, médecin de l'hospice Guislain, 
à Gand. . .' ,' .; 



Là Haye. 
tius. 



Concours pour l'érection d'une statue à Hugo Gro- 



MoNTÉviDÉo. — Concours pour la statue du général Artigas 
S'adresser à la légation de l'Uruguay, 4, rue Logelbach, à Paris. 

RiCHMOND (Virginie). — Concours pour un monument à Robert 
Lee, jusqu'au le"" mai 1885. 

Saint-NiColas. — Concours de gravure du Journal des Beaux- 
Arts. Histoire : prix 400 fr. pour la meilleure eau- forte (sujet inédit 
ou copie d'un tableau flamand ancien ou rtioAeTne Genre : prix 
300 fr. Paysage et intérieurs : prix 200 fr. Dimension maximum dçs 
cuivres: 0">260 sur O^lOO. Dernier délai : 31 juillet 1885. Envover 
franco avant cette date 2 exemplaires sur papier blanc et 2 exem- 
plaires sur chine. 

Vienne. — Concours pour l'érection d'un monument à Mozart. 



pETITE' CHROJ^IQUE 



h" Essor avait convié ses amis et quelques pensionnats de jeunes 
"filles à entendre, mercredi, de la musique de «leux jeunes composi- 
teurs belges, MM. Léon Dubois et Edouard Samuel. Séance assez 
intéressante, quoiqu'un peu grise. Les œuvres de M. Samuel 
dénotent beaucoup de facilité, mais leur inspiration n'est pas tou- 
jours très neuve. Elles ont été entendues, croyons-nous, presque 
toutes (à part la Sonate pour piano et violoncelle), en mars dernier, 
au concert organisé par le jeuno auteur et M. Léon Soubre. 

Diverses mélodies de Léon Dubois et des fragments de sa cantate 
Le Chant de la création, qui a valu au musicien le second prix de 
Rome, ont été applaudis. 

Les interprètes étaient MM. Kefer, Samuel, Agniez, Jacobs, Pee- 
ters et M^'» Wolf, une jeune cantatrice, douée d'une voix claire, d'un 
timbre charmant. 

Le concert Eugène d'Albert est remis au jeudi 5 mars prochain. 



n 



•«^' 



48 



UART MODERNE 



Les annonces sont reçues au bureau du journal, 
26y rue de l'Industrie, à Bruxelles. 



NOUVEAUTÉS MUSICALES 

POUR PIANO 

Huberti, G. Trois morceaux : N» 1. Etude rhythmique, 2 fr. — 
N» 2. Historiette, 2 fr. — N» 3. Valse lente., fr. 1.75. 

Kowalski. Op. 44. Autour de mon Clocher, 2 fr. — • Op. 45. lUu- 
6ious et Chimères, 2 fr. — Op. 48. Tambour battant, 2 fr. 

Smith S. Op. 185. Notre-Dame, Chant religieux, 2 fr. — Op.' 191. 
La mer calme, Deuxième barcarolle, 2 fr. — Op. 192. Styrienne, 
;2 fr. — Op. 193. Marguerite; 2 fr. — Op. 194. La fée de Ondes, 2 fr. 

Wieniawski, Jos. Op. 39. Six pièces romantiques : Cah. L Idylle, 
Evocation, Jeux de fées^.3 fr. — Cah. IL Ballade, Elégie, Scène 
rustique, 3 fr. — Op. 41. Mazourka de concert, fr. 2.50. 

MUSIQUE POUR CHANT 

Bach: Six chorals pour chœurs mixtes par Mevtens. La partition> 

1 franc. 

Br enter. A. Sonne mon tambourin, pour chant, violon ou violon- 
celle et piano, 3 fr. — Hymne à Gérés, pour baryton ou mezzo- 
soprano et chœur pour 3 voix de femmes, 2 fr.. 

kiga, Fr. Quatre Chœurs pour voix de femmes avec accompagne- 
ment de piano à 4 mains : No 1. Fête villageoise, la partition, 
fr 2.50. — No 2. Les Vendangeuse, la partition, fr. 2.50. — N» 3. 
Sous les Bois, la partition, fr. 2 50. — N" 4. La Paix, la partition, 
fr. 3.50. 

SCHOTT Frères, Editeurs de Musique - 

BRUXELLES, rue Duquk&noy, 3». ' " • 

Maison principale MONTAGNE DE LA COUR, 82 



VIENT DE PARAITRE CHEZ 



BREITKOPF & HARTEL 

' ÉDITEURS DE MUSIQUE 

BRUXELLES, 41, MONTAGNE DE LA COUR 

«IOIIil.TV]VE:S BRilLHmiS 

par Hermann DEITERS 

[Esquisse bibliographique. Analyse succincte de ses compositions) 
TRADUIT DE L'ALLEMANI) PAR M" H. FR. 

Prix 2 fr. 50 



Toutes les œuvres de Brahms, ainsi qu'un choir de bons porti-aits du com- 
positeur, se trouvent uu magasin des éditeurs, 41, Montagne de la Cour. 



Jr SCHAVYE, Relieur 

46, Rue du Nord, Bruxelles 



CARTONNAGES, RELIURES ORDINAIRES,- RELIURES 
DE LUXE, ALBUMS, ETC. 

SPECIALITE D'ARMOIRIES BELGES ET ÉTRANGÈRES 



PIANOS 



BRUXELLES 
rue Thérésienne, ^ 



ÉCHANGE GÙNTHER 

LOGATION ^^^^ *^ * *■*•*-**■* 

Paris 1867, i878, 4 «'prix, — Sidney, seul !«' et 2« prix ; 
EXPOSITION AMSTERDAM 1883, SEUL DIPLOME D'HONNEDR. 



MUSIQUE. 

10, RUE SAINT-JEAN, BRUXELLES 
(Ancienne maison Meynne). 



ABONNEMENT A LA LECTURE DES PARTITIONS 

,, Il ■1 ' I II ■ 

VIENT DE PARAITRE 
à la librairie Féru. Larcier, 10, rue des Minimes, à Bruxelles 



MON ONCLE 

LE JURISCONSULTE 

PAR .: . 

AVOCAT A LA COUR DE CASSATION 

Un volume in-octavo, impression de luxe sur papier de Hollande, 
avec un portrait gravé par Aubry et une illustration par Mellery. 

Prix : 3 fr. 50 

Cet ouvrage forme lasuité des Scènes de la vie judiciaire. " -^ 

Les volumes antérieurement parus sont : 

Le Paradoxe sur l'avocat. — - La Forge Roussel. — L'amiral. 



Il a été tiré vingt-cinq exemplaires sur papier impérial du Japon 
numérotés qui sont mis en vente au prix de 10 francs. 

ADELE Deswarte 

23, KtJE DE LA. ^VIOLETTE 

BRUXELLES. 

Atelier de menuiserie et de reliure artistiques 



VERNIS ET COULEURS 

POUR TOUS GENRES DE PEINTURES. 

TOILES, PANNEAUX, CHASSIS, 

MANNEQUINS, CHEVALET.S, ETC. 

BROSSES ET PINCEAUX, 

CRAYONS, BOITES A COMPAS, FUSAINS, 
MODÈLES DE DESSIN. 

RENTOILAGE, PARQUETA6E, 

EMBALLAGE, NETTOYAGE 
ET VERNISSAGE DE TABLEAUX. 



COULEURS 

ET PAPIERS POUR AQUAitfiyJt^^. 

ARTICLES POUR EAU-FORTE, 
PEINTURE SUR PORCELAINE. 

BOITES, PARASOLS, CHAISES, 
Meubles d'atelier anciens et moderneS' 

PLANCHES A DESSINER, TÉS, 

ÉQUERRES ET COURBES. 

COTONS DE TOUTE LARGEUR 

DEPUIS 1 MÈTRE JUSQVE 8 MÈTRES. 



Représentation de la Saison BiMNT de Paris pour les toiles Gobelins (imitation) 

NOTA. — La maluon dispose de vingt ateliers pour artistes. 
Impasse de la Violette, 4. 



«) 



./Jjitf-.îiïSS:- 



Bruxelles. — Imp. I-'elix Callewaekt père, rue de l'InduBlvie, 



J. -.1 



Cinquième année. — N° 7. 



'Le numéro : 2$ centimes. 



Dimanche 15 Février 1885. 



L'ART 



MODERNE 



PARAISSANT LE DIMANCHE 



REVUE CRITIQUE DES AR^ ET M LA LITTÉRATURE 



ABONNEMENTS : Belgique, un an, fr. 10.00; Union postale, fr. 13.00. — ANNONCES : On traite à forfait. 



Adresser les demandes d'abonnement et toutes les communications à 

l'administration générale de l'Art Moderne, rue de l'Industrie, 26, Bruxelles. 



? 



QMMAIRE 



Les Vingt. Deuxième article. — Le L.ud. — Les yeux de 
MM. les critiques. — A propos -DObéron — Grande colère de 
petits bonshommes. — Conservatoire de Liège. — Goruespon- 
dance. — Bibliographie musicale. — Théâtres. Théâtre de la 
Monnaie. Joli Gilles. — Petite chronique. . 



• Deuxiètne article. 

Les trottins de la critique disaient Tan dernier : « Les 
artistes invités ont beaucoup de talent et les F//?^^/5^^ 
beaucoup de modestie. « Les hoyis amis ajoutaient : 
♦' Faut-il qu'ils se sentent faibles pour appeler tant de 
grands noms à la rescousse ! " Et le plus étonnant des 
critiques bruxellois, — celui qui récemment traitait de 
chef-d'œuvre un tableau d'Agapit Stevens' qu'il prenait 
pour une toile d'Alfred Stevens, qui parlait du costume 
du Ba7^ras d'Henner, lequel était nu comme la main, 
celui enfin qu'on ne désigne plus autrement dans les 
ateliers que sous le pseudonyme : legafflste, — n'a-t-il 
pas affirmé cette semaine que les Vingtistcs répudient 
l'art nouveau, et que ce qui le prouve, c'est qu'à part 
Raffaëlli ils n'ont invite que des peintres employant les 
procédés du vieux jeu ? 

Que d'âneries en quelques lignes ! C'est de la sottise 
quintescenciée, du Liebig de bêtise. Gros comme une 
noisette de cet extrait, peut fournir tout un bol de 
chronique artistique. C'est le bouillon que sert \ Etoile 
belge à ses lecteurs. 



Pour nous, nous voyons dans ces invitations adres- 
sées chaque année à un petit nombre d'artistes étran- 
gers au grpupe des XX, une pensée généreuse et belle. 
Aune époque où trônent encore, aux meilleures places, 
dans les salons officiels, en Belgique les Gallait, en 
France les Bouguereau ; où les Degroux, les Boulenger, 
les Dubois sont relégués dans les coins des musées ou 
accrochés si haut qu'on ne peut les voir, il est bon que 
ceux qui ciment, défendent ou pratiquent l'art jeune 
trouvent, parmi les jeunes, l'estime et les sympathies 
auxquels ils ont droit. 

Que d'années n'a-t-il point. fallu pour faire admettre 
l'art de Cazin, aujourd'hui l'une des gloires de la France ! 
Et Fantin, quelle lutte silencieuse, pénible, incessante 
que sa carrière d'artiste ! Méconnu de ses contempo- 
rains, il n'a vu consacrer sa renommée qu'à l'âge où, 
depuis longtemps, il eût dû être placé au premier rang 
des peintres de l'école jeune. Et Bracquemond, l'un des 
plus grands artistes du siècle, qui le connaissait en 
Belgique, avant le Salon des XX, à par-t un noyau d'ar- 
tistes et' d'amateurs ? 

A côté de ces noms illustres, les nouveaux venus 
tendent fraternellement les mains aux artistes qui 
estiment, comme eux, qu'il n'est d'art vrai que celui 
qui est fondé sur l'observation de la nature. Les 
Kroyer, les Swan, les Raffaëlli, les Breslau ont voulu 
prouver leur attachement aux principes proclamés par 
les XX, comme, l'année dernière, l'avaient fait les 
Whistler, les Chase, les Stott, les Sargent, les Gervex, 
les^Rops. Quel groupement de forces vives à opposer à 




l'armée séhile! Et quel enGauragement pp.ur les jeunes 
que cette ligue de toutes les écoles modernes! 

On a reproché aux XX d'être une coterie. On leur 
' a lancé à la tête l'accusation, usitée en Belgique quand 
se réunissent quelques hommes en vue de la défense 
d'un€ idée commune, de former une " petite chapelle ». 
Le mot fait sourire, quand on voit les membres de cette 
prétendue coterie commencer par inviter leurs amis de 
Belgique et de l'étranger à se joindre à eux, au risque 
de passer eux-mêmes à l'arrière-plan. 

Ce qu'ils veulent (faut-il le répéter encore?. il paraît 
que c'est nécessaire, à en juger par les idées bizarres 
qui, chaque jour, -sont mises en circulation)^ c'est 
opposer aux Salons officiels, envahis par la médiocrité, 
par la tourbe des amateurs, ridiculisés par Tignorance 
des jurys et par la partialité des commissions de place- 
ment, une exposition vraiment artistique, dont tous les 
exposants soient unis par une communauté d'aspira- 
tions. Ce qui nous faisait dire, il y a huit jours : « Le 
vrai Salon de Bruxelles, c'est le Salon des XX ». 

Dans quelle mesure ce but est-il réalisé? C'est ce 
qu'avait à apprécier le public, et il s'est, semble-t-il, 
prononcé. Sans doute, l'idéal poursuivi par le jeune 
cercle, qui n'en est qu'à son deuxième essai et qui 
s'impose déjà comme un groupe ayant conquis sa place 
-depuis nombre d'années, n'est pas encore complètement 
atteint. Il y a des tâtonnements inévitables dans toute 
entreprise nouvelle. Des épurements sont nécessaires. 
Certains artistes sur lesquels on fondait des espé- 
rances ont envoyé des œuvres médiocres ou mau- 
vaises. D'autres se sont, au dernier moment, abstenus, 
conseillés, paraît-il, par des envieux. 

Mais, dans son ensemble., le Salon marque un progrès 
sérieux sur le premier. C'est certes l'exposition la plus 
intéressante qui ait ,e.ut lieu à Bruxelles depuis long- 
temps. A peu de choses près, il réalise l'idéal que pour- 
suivent les XX et pour lequel ils bataillent vigoureu- 
sement. 

Whistler a dit récemment à l'un des Vingtistes : " Je 
suis enchanté d'avoir été mêlé a cette bagarre, » 

Bagarre est le mot qui convient. On se souvient des 
attaques passionnées du début, des articles violents des 
journaux, des discussions sans fin, des petites et des 
grandes méchancetés que fit naître la formation du 
groupe. 

Aujourd'hui, chose étrange, on fait semblant d'avoir 
oublié tout cela. « Une bataille? Allons donc ! Jamais il 
n'ven a eu. Portes cochères ouvertes à deux battants 
que veulent enfoncer les XX. Moulins à vent contre 
lesquels ils partent en guerre. Faut-il être naïf pour 
voir dans le Salon des XX autre chose qu'une exposi- 
tion de bons petits jeunes gens, se réunissant pour mon- 
trer leur travail au public !» 

C'est charmant. Et quand se présentent à une expo- 



sition quelconque Ensor, Finch, Vogels, on leur jette 
cette porte ouverte sur le nez ; et quand Khnopff par- 
vient à se glisser dans la maison, on fourre ses œuvres 
à la cave; et lorsqu'on apprend que.Ter Linden a des 
sympathies pour les Vingtistes, on lui refuse trois 
tableaux sur cinq ; et sa fille ayant eu l'imprudence de 
peindre un tableau d'accessoires où figurent la carte 
d'invitation des XX, un numéro de l'Ar^ moderne, des 
livraisons de la Jeune Belgique et autres emblèmes 
sentant la poudre, le jury à qui on, le présente, efirayé, 
jette cette composition dynamitique à la porte. Et l'on 
s'agite, et l'on se démène « Vous n'aurez pas lejPalais 
des Beaux-Arts !, Vous ne ferez plus de conférences ! « 

Et les menaces pleuvent, avec les calembours. 

Puis, quand on apprend quels sont les artistes choisis 
par les XX pour participer à leur Salon, on court chez 
eux : « N'exposez pas avec ces gens là. Cela vous com- 
promet. Vous vous faites du tort. Prenez garde, « 

On le voit, la paix la plus parfaite n'a cessé de régner, 
et les Vingtistes n'ont eu qu'à montrer leur cartel, en 
manière de laisser passer, pour être reçus partout à 
bras ouverts. ~ \ 

Et maintenant que cela est bien entendu, occupons- 
nous des envois faits par les artistes invités. Cette 
étude fera l'objet de notre prochain article. Nous n'au- 
rons pas à parlepde Mesdag, inférieur à lui-même dans 
ses marines et ses lîaysages, ni de M"« Louise Breslau, 
une artiste de race, qui a voulu simplement, par l'en- 
voi de quelques pastels, témoigner de sa sympathie 
pour l'œuvre des XX, et qu'il serait injuste déjuger 
d'après cet envoi insignifiant, ni de Mark • Fisher, 
artiste très inégal, qui tantôt fait mal, tantôt bien, et 
qui, cette fois, n'a pas été dans un jour heureux. Mais 
en revanche nous aurons à étudier de près les autres, 
parmi lesquels Raffaêlli, Swan, Kroyer et Meunier 
tiennent le premier rang. 



m LAID (*) 

La plus grosse objection qui soit faite constamment aux liltd- 
raleurs et aux artistes de ce que l'on appelle l'Ecole nouvelle est- 
celle-ci : « Vous êtes l'école du laid; et le laid seul vous inté- 
resse. » ' . ; 

Je voudrais donc, tout d'abord, étudier et définir le malen- 
tendu qui existe entré le public et nous sur cette question du 
beau et du laid. • 

JiOrsque le public, peu versé dans les connaissances, esthé- 
tiques, dit : « le beau, le laid, » il entend toujours dire le beau 
physique, le laid physique. — Or, pour nous, et je regrette qu'il 
t'aille toujours le répéter, le beau ou le laid physique, n'est 
d'aucun poids dans la beauté de l'œuvre d'art, et vingt maîtres 
l'ont prouvé. — Quant à la beauté, elle ne saurait se limiter à. 



(*) Extrait de la Conférence faite par J. F. Raffaëlli le 7 février au Salon des 
A'A'. (Voir notre dernier numéro). 




Ici type absolu, h telle classe d'individus, à telle flore, à tel 
pays. Le beau est dans le caractère, et non pas dans un type, et 
il n'y a pas de hiérarchie dans la beauté. — En un nriol, le type 
grec n'est pas un type absolu de beauté, le type italien n'est pas 
un lype absolu de beauté, pas plus que le type arabe; et 
l'Anglais, l'Allemand ou le Français, de nos jours, a droit à la 
beauté à son tour, puisque l'intelligence du monde s'est dé-; 
placée, el que c'est nous, maintenant, qui la possédons depuis 
trois siècles. — Mais celte beauté est différente, ne s'enchâsse 
plus dans la même beauté des formes, et c'est ce qui nous reste 
U démontrer par les arts. — Il faut, en un mot, déplacer le 
centre de la beauté, comme nous avons, par nos eff'orts, déplacé 
le centre de l'intelligence. 

Les grandes époques de l'humanité, dans le passé, appar- 
tiennent aux civilisations égyptienne, grecque et romaine, c'est- 
à-dire à des peuples des pays du soleil, à des peuples noncha- 
lants, graves, et qui vivaient dans des vêtements larges et flottants 
que la chaleur de leur climat leur commandait. — Je comprends 
l'admiration que nous conservons de leurs eff'orts, mais s'en 
suit-il que nous devions conserver leur idéal de beauté souple 
et grandiose, nous, habitants de pays froids, dont le climat 
réclame une activité de tous les instants, et qui avons des habi- 
tudes, des mœurs, des vêtements totalement diff'érents de ces 
peuples d'hier? — Et comme si nos idées n'avaient pas changé? 
— Voyez donc le développement considérable qui s'est produit 
chez nous de l'idée d'individualité, par exemple? — Eh bien! — 
c'est seulement écrasés par le souvenir de ces peuples aux formes 
magnifiques que nous nous trouvons laids. — Certes, nous 
n'avons pas la grâce de ces peuples, nous n'avons pas l'assise 
souple et balancée de le ur gest e, nous n'avo ns pas leur teint 
mat et simple, nous n'avons pas la douceur de leur voix, le 
velouté de leur regard, la cadence de leur marche : mais nous 
avons toute l'intelligence et l'ambition magnifique qu'ils n'ont 
plus. ' 

Donc, ces disputes à propos du beau el du laid physique ne 
. devraient pas conserver de raison d'être parmi nous, d'abord 
parce que le beau physique ne pèse d'aucun poids dans notre 
jugement des hommes, ensuite parce que cette idée nous est 
étrangère, — comme nous sont étrangers les types de beauté 
des civilisations d'hier. 

C'est à une mauvaise éducation qui nous a été donnée dans 
notre enfance que nous devons de percevoir le beau et le laid 
physique de la façon dont nous les percevons. 

C'est aux Grecs, et aux Italiens de la Renaissance, que nous 
devons cette idée, et à la négligence aussi de nos gouvernants, 
qui, en maintenant en exemple constant le beau des Grecs, aussi 
bien à notre Ecole normale pour les lettres, qu U notre Ecole des 
Beaux-Arts pour les arts du dessin et dans toutes les écoles 
d'Alhèries, de Rome, dans nos lycées et dans nos collèges, sous 
toutes ses formes, nous enseigne des principes esthétiques en 
désaccord flagrant avec toutes nos idées modernes. — Car, ce 
sont les fables religieuses des Grecs qui, en prêtant à leurs dieux 
des formes humaines, ont fait établir par leurs artistes un idéal 
et une beauté plastique qui ne signifient plus rien chez nous. 

Cet idéal païen étant tombé, pourquoi continue-t-on d'en 
enseigner les lois dans nos Ecoles? 

Et d'autant que cette idée du beau physique est une source 
déplorable d'inégalité. 

Non! — qu'on nous donne le pays grec, qu'on nous donne 



les idées et les mœurs du temps de Socrate et de Périelès, qu'on 
nous donne leurs dieux, cl nous voulons bien refaire et continuer 
l'art grec; hors ça, je ne vois que lés restes d'un art qui m'inté- 
resse profondément comme artiste, mais que je méprise comme 
homme pour les enseignements absurdes que son idéal maintient 
parmi nous. 

A une époque de raison, d'intelligence et de liberté comme 
celle dans laquelle nous entrons de plus en plus, que nous dési- 
rons, et qui est notre idéal à nous, il" ne saurait plus y avoir 
qu'une beauté : la beauté intcllecluelle et morale. — El, pour 
nous, dans nos arts du dessin, cette beauté est dans les traces 
singulières et caracléristes que ces ambitions laissent sur notre 
individu. ., 

Il faut donc le proclamer : qu'on cesse de mettre au premier 
rang dans nos musées les restes des arts des Grecs, ou plutôt, 
qji'çn cesse de donner leurs ouvrages, dans nos écoles, en éter- 
nels exemples, afin que l'idée de ce beau physique qui nous 
vient de là, idée injuste et malsaine, tombe enfin de notre esprit!, 
—■ Alors seulement nous pourrons planter notre idéal de beauté 
à la place, idéal fait d'activité physique, d'idées de droiture, 
d'idées de justice et de toutes les idées qui peuvent constituer 
pour nous le beau moral et le beau de l'intelligence que nous 
rêvons. • .-.^ 

11 n'est pas parmi nous un homme intelligent qui, ayant à 
choisir, ne préférerait la tête de singe qu'avait Littré, à la tête 
de l'Apollon, si l'intelligence devait en être le prix. 

On nous reproche aussi bien à tort le choix de nos sujets. 

Nos sujets, nous les prenons en effet partout, et si nous les 
prenons même, à l'occasion, dans le plus bas peuple, c'est parce 
que l'ailenlion publique nous entraîne de ce côté. On s'était peu 
occupé, en art, jusqu'à présent, du peuple, et à son sujet, il y a 
tout à faire. On ne lui refuse plus une place dans la vie publique, 
l'art aurait dès lors mauvaise grâce à le tenir éloigné de ses 
éludes. De ce côté aussi l'artiste a un très grand rôle : celui de 
faire connaître esthétiquement celte classe d'individus, néglicjée 
jusqu'aujourd'hui, c'est-à-dire de mellre en lumière tous ses 
caractères. 

Pour bien expliquer le rôle que je rêve pour l'artiste dans cet 
ordre d'idées, je veux vous donner un exemple qui, je pense, 
est très caraclériste el soutient merveilleusement ces théories. 

^^ Voici Millet, notre grand Millet. Il naît paysan; ses pre- 
mières sensations il les ressent en face de la grande campagne 
et de la mer. Il éprouve le besoin invincible de raconter ces 
émotions çt de les faire partager. Contemplatif, la peinture 
lui convient comme moyen. Il vient à Paris étudier cet art; suit 
quelque temps les maîtres qu'il a choisis, puis rentre en Nor- 
mandie, son pays, et là, le voilà à écrire ses poèmes, on pourrait 
dire : ses souvenirs d'enfance. . " ~ . 

Son ambition alors lui fait inventer, pour bien faire, un métier 
énorme, grossier et paysan. 

Eh bien ! — je pose ceci en fait : avant Millet et les poètes 
rustiques qui, avec lui, ont chanté la grande campagne et le 
paysan, la campagne el le paysan étaient considérés comme 
laids : et nous les rejetions de notre allenlion. — Millet arrive ; 
il peint les paysans et la campagne : on lui dil qu'il peint des 
idiots el des brutes, on lui dit aussi qu'il peint le laid, — car il 
n'embellit pas le paysan en lui prêtant le beau physique d'un 
bej Italien ; — on le traite de socialiste, on lui répète que les 
spectacles qu'il recherché sont indignes de l'art. Enfin on lui 




jellc tous les maMres par la léle! — Eh bien! — Millet meurt 
et toutes ces idées se sont transformées : on parle avec enthou- 
siasme des grands champs de blé au soleil, des villages perdus 
sur les falaises, du paysan magnifique et superbe dans son labeur 
constant, de la grande poésie de ratmosphèrc ; du beau «peclacle 
de la femme des champs allailanl son enfant, bottant lé beurre, 
travaillant aux pommes de terre, filant le lin;* les travaux de 
la campagne 1rs plus repoussanis et les plus grossiers sont 
admirés, et le paysan est alors connu et reconnu, il a[)parlient 
enfin par Millet et les rustiques à l'hunianité pensante ([ui l'ac- 
cueille comme un enfant magnifique et spperbe, et trinque alors 
avec lui !... 

Ah! Millet, messieurs, voilîi un homme qui a fait une belle 
besogne, puisqu'il a aidé à montrer à l'attention, à la beauté et à 
l'amour des milliers d'individus dédaignes jusqu'alors et injuste- 
ment méprisés. Les lois venaient de faire du paysan un citoyen 
et un égal. Millet et les rustiques en ont fait un égal en beauté 
et en poésie. — : Je ne connais pas d'exemple plus frappant du 
rôle qui doit échoir à l'artiste à une époque où l'on exige de 
chacun de nous une utilité plus directe. 

Les raisons qui nous font agir sont donc : la joie de peindre 
des choses qui n'ont pas été faites, joie d'inventeur, de cher- 
cheur, d'amoureux de pittoresques inconnus. — La joie de 
manier h leur beauté des spectacles dédaignés, et enfin de porter 
l'attention partout, sur tout et sur tous, ce qui est un travail 
intéressant. • . 

LES YEUX DE MM. LES CRITlOUES 

Les astronomes disputent enire eux sur la couleur des étoiles. 
La revue Ciel et Terre le constate. 

Comment ! Pas moyen de s'entendre sur le point de savoir si 
tel astre est b'eu, blanc, rouge oulaiine? 

Il paraît que non. ^ "^ ^_ 

Mais' pourquoi? 

Le sentiment de la couleur diffère d'individu h individu. Tel 
en comparant une copie à un tableau de maîtl*e ne pourra y 
distinguer de différence entre la copie et l'original, alors qu'un 
œil exercé y trouvera des délicatesses de tons et de nuances que 
le copiste aura vainement cherché à reproduire ou dont il ne se 
sera même pas douté. Les couleurs doivent s'apprendre; elles ne 
se distinguent pas de prime abord sans exercice ni sans compa- 
raison, et il faut des expériences souvent répétées pour recon- 
naître que le rouge, le jaune et le blanc ne font pas la même 
impression sur nous. Les aveugles de naissance, auxquels on 
est parvenu à rendre la vue dans un âge plus ou moins avancé, 
confirment ce qui précède; il faut donc un certain apprentissage 
avant de savoir distinguer les couleurs. 

« La délicatesse de la vue est comme la délicatesse des senti- 
ments, écrit De Zach, c'est toujours une émotion des sens, une 
atfcction de l'âme, une instabilité plus ou moins grande. Les 
yeux, comme le cœur ont leurs différents degrés de sensibilité 
physique et morale ». 

De plus, la rétine peut être le siège de certaines affections, 
telles que le Daltonisme, et^faire perdre par suite la sensation 
des couleurs élémentaires. Ainsi, d'après Wilson, sur dix-hujt/ 
personnes, il s'en trouve une qui ne peut discerner les couleurs, 
et sur cinquante-huit on en rencontre uiic qui confond le rouge 
avec le vert: 



Dans les premiers ûges, le rouge, le jaune, le bleu sont les 
seules couleurs dont on fasse m*TîTTon. Les milliers de nuances 
que les progrès de l'art et de l'industrie ont su donner aux 
,mélanges des couleurs fondamentales sont de dat-e récente; elles 
proviennent d'une étude et d'une application constantes. A 
l'heure actuelle la difficulté sera donc bien grande pour déter- 
miner exadoment les différentes nuances d'une même couleur et 
pour juger de la délicatesse des teintes, et nous ne devons pas 
nous étonner de ce que nous rencontrions de légères divergences 
dans l'appréciation des astronomes sur la coloration de certaines 
étoiles. _ *■ 

Mais alors que dire de MM. les critiques jugeant les tableaux ? 

Eux aussi peuvent avoir la rétine malade. Eux aussi peuvent 
avoir les yeux fatigués. ' ' 

Que valent leurs jugements? 

Nous le l aissons h penser. 



Dans tous les cas, cela explique leurs querelles. 
Et pourrait aussi les rendre moins tranchants. 
Profitons tous de la leçon, mes frères. 



^ PROPO3 D'^BÉRON 



(*) 



Il faudrait écrire beaucoup trop pour analyser dignement la 
partition ô'Obéron, pour examiner les questions que le style de 
cet ouvrage fait naître, expliquer les procédés employés par l'au- 
teur et trouver la cause du ravissement dans lequel cette musique 
plonge des auditeurs même étrangers à toute notion, sinon à tout 
sentiment de l'art des sons. 

Obéron est le pendant du FreyschûLz. L'un appartient au faur 
tîistique sombre, violent, diabolique; l'autre est du domaine des 
féeries souriantes, gracieuses, enchanteresses. Le surnaturel dans 
Obéron se trouve si habilement combiné avec le monde réel, 
qu'on ne sait 'précisément où l'un et l'autre commencent et 
finissent et que la passion et le sentiment s'y expriment dans un 
langage et avec des accents ({u'il semble qu'on n'ait jamais 
entendus auparavant. 

Cette musique est' essentiellement mélodieuse, mais d'une 
autre façpn que celle des plus grands mélodistes. La mélodie s'y 
exhale des voix et des instruments comme un parfum subtil qu'on 
respire avec bonheur, sans pouvoir tout d'abord "en déterminer 
le caractère. Une phrase qu'on n'a pas entendu commencer est 
déjîi maîtresse de l'auditeur au moment précis oii il la remarque; 
une autre qu'il n'a pas vu s'évanouir le préoccupe encore quelque 
temps après qu'il a cessé de l'entendre. Ce qui en fait le charme 
principal,, c'est la grâce, une grâce exquise et un peu étrange. On 
pourrait dire de l'inspiration de Weber dans Obéron ce que 
Laërle dit de sa sœur Opliélia :. ' -^ 

Thought and affliction ; passion, hell itself, 
She turus to favour and to prettiness. 

(La rêverie, l'afflictioa, la passion, l'enfer lui-même, elle change 
tout en charme et en grâce.) 

N'était y enfer qui n'y figure pas, et qui d'ailleurs, sous la main 
de Weber, n'a jamais pris des formes gracieuses, mais bien des 
formes effravantes et terribles au contraire. 

Les enchaînements harmoniques de Weber ont un coloris 
qu'on ne retrouve chez aucun autre maître et qui se reflète plus 
qu'on ne croit sur sa mélodie. Leur effet est dû tantôt à l'altéra- 
tion de quelques notes de l'accord, lajilôt à des renversements 
y'peu usités, quelquefois même â la suppression de certains j^^ons 
réputés indispensables. Tel est, par exemple, l'accord final dir 
morceau des nymphes de la mer, où la tonique est supprimée, 
et dans lequel, bien que le morceau soit en mi, l'auteur n'a 



(*) A travers chants, par Hector Berlioz. - Voir notre dernier numéro. 




voulu laissor entendre que le sol dièse el si. De là le .vague de 
celle désinence el la rêverie où elle plonge raudileur. 

On en poul dire à peu près autant de ses modulations; si 
étranges qu'elles soient, elles sont toujours amenées avec un 
grand art, sans duretés, sans secousse, d'une façon presque tou- 
jours imprévue, pour concourir à l'expression d'un sentiment et 
non pour causer à l'oreille une puérile surprise. 

Weber admet la liberté absolue des formes rythmiques; jamais 
personne autant que lui ne s'est affranchi delà tyrannie de ce 
qu'on appelle, la carrure^ el dont l'emploi exclusif et borné aux 
agglomérations de nombres pairs contribue si cruellement, non 
seulement à faire naître la monotonie, mais à produire la plati- 
tude. Dans le FreyschïUz,\\ avait déjà donné des exemples nom- 
breux d'une phraséologie nouvelle. Parmi ces exemples, les 
musiciens français, les plus carrés des mélodistes après les Ita- 
liens, furent tout surpris d'applaudir la chanson à boire de Gas- 
pard, qui se compose, dans sa première moitié, d'une succession 
de phrases de trois mesures, et, dgns sa seconde moitié, d'une 
succession de phrases de quatre. Dans Ohêron on trouve divers 
passages où le tissu mélodique est rythmé de cinq en cinq. En 
général, chaque phrase de cinq mesures ou de trois a son pendant 
qui constitue alors la symétrie, produisant le nombre pair, si 
cher aux musiciens vulgaires, en dépit du proverbe : Numéro . ' 
Dens irriTpare gaudet. Mais Weber ne se croit point obligé d'éta- 
blir à tout prix et partout celle symétrie; très souvent sa phrase 
impaire n'a pas de pendant. Je m'adresserai aux gens de lettres 
pour savoir si La Fontaine a employé une forme excellente en . 
jetant un petit vers isolé de deux pieds à la fin d'une de ses 

fables : 

Mais qu'en sort-il souvent? 
Du vent. - 

Leur réponse affirmative, je n'en doute pas, explique et justifie 
le procédé analogue introduit dans la musique par beaucoup de 
musiciens, au nombre desquels il faut citer avec Weber, Gluck 
et Beethoven. Il nous semble aussi absurde de vouloir rythmer 
la' musique exclusivemenl de quatre en quatre mesures, que de 
n'admettre en poésie qu'une seule espèce de vers. , 

Si, au lieu d'avoir dit si finement : -, 

7 • Mais qu'en sort-il souvent? — --_ 

Du vent. 

le fabuliste eût écrit : 

• Mais qu'en sort-il souvent? 
r II n'en sort que du vent. 

il eût terminé sa fable par une insupportable platitude. L'ana- 
logie de cet exemple avec la question musicale qui nous occupe 
rsî frappante. L'entêtement de la routine peut seul la mécon- 
naître ou en nier les conséquences. 

Maintenant s'il, nous paraît évident que la musique ne peut ni 
ne doit se conformer aveuglément à l'usage de certaines écoles 
qui veulent conserver la plus carrée des carrures en tout, et par- 
tout, si nous trouvons dans cette persistance ridicule à maintenir 
un préjugé la cause de la fadeur, de la lâcheté de style, de 
r<'x;ispérant vulgarisme d'une foule de productions de tous les 
temps el de tous les pays, nous n'en reconnaîtrons pas moins 
qu'il est des irrégularités choquantes et qu'il faut éviter avec 
soin. Gluck (dans Iphigénie en Aiilide surtout) en a commis un 
grand nombre, il f;:ul l'avouer, qui blessent le sentiment de 
î harmonie rythmique. Weber n'-en est pas exempt; nous en 
trouvons même un exemple très regrettable dans l'un des plus 
délicieux morceaux d'Obdron, dans le chant des naïades, dont je 
parlais tout à l'heure. Après la première grande phrase vocale, 
couiposée de quatre fois quatre mesures, l'auteur a voulu donner 
à la voix un court repos. Ce silence est rempli par l'orchestre. 
Croyant sans doute que l'oreille ne tiendrait aucun compte du 
fragment instrumental, l'auteur a repris ensuite son chant vocal, 
rytiimé carrément, comme si la mesure d'orchestre n'existait pas. 
Mais, selon nous, il s'est trompé. L'oreille souffre de celte addi- 
tion d'une mesure dans la mélodie; on s'aperçoit pai-faiiemenl 
que le mouvement d'oscillation a été rompu, que la phrase a 



perdu la régularité du balancement qui lui donne tant de charme. 
Revenant à ma comparaison dé la mélodie avec la versification, 
je dirai encore que, dans le cas dont il s'agit, le défaut est aussi 
évident qu'il le serait dans une strophe de vers de dix pieds dont 
un seul en mirait onze. 

De l'instrumentation de Weber je dirai seulement qu'elle est 
d'une richesse, d'une variété et d'une nouveauté,, admirables. La 
distinction encore est sa qualité dominante; jamais de moyens 
réprouvés par le goût, de brutalités, de non sens. Partout un 
coloris charmant, une sonorité vive mais harmonieuse, une force 
contenue et une connaissance profonde de la nature de chaque 
instrument, de ses divers caractères, de ses sympathies ou de 
ses antipathies avec Ivs autres membres de la famille orchestrale; 
partout enfin les plus intimes rapports sont consorvés entre le 
théâtre et l'orchestre, nulle part ne se trouve un ^^g/ sans but, 
\xx\ accent noïwooi'wé. . ■ 

On reproche h Weber sa manière d'érrire^our les voix ; mal- 
heureusement le reproche est fondé. Souvent il leur impose des 
successions d'une difficulté excessive, qui scraionl h peine conve- 
nables pour toul autre instrument que pour le piano. Mais re 
défaut, qui ne s'étend pas aussi ïoiu qu'onveul bien le dire, n'en 
est. pas un quand la bizarrerie du dessin vocal est motivée par 
une intention dramatique. C'est alors au contraire une qualité; 
l'auleur en ce cas n'est blâmable qu'aux yeux des chanteurs, 
obligés de prendre de la peine et dé se livrer à des études que la 
musique banale ne leur impose pas. 

Tels sonl plusieurs passages vraiment diaboliques du rôle de 
Gaspard dans le Freyschûtz, passages qui, à mon sens, sonl des 
traits évidents de génie. 

Sur les vingt morceaux dont se compose la parliiion (["Ohêron., 
je n'en vois pas un de faible. L'invention, l'inspiration, le savoir, 
le bon sens brillent dans tous : ei c'est presque à regret que nous 
citerons de préférence aux autres pièces le chœur mystérieux el 
suave de l'ititroduction chanté par les génies autour du lit de 
fîeurs où sommeille Obéron; — l'air chevaleresque d'Huon dans 
lequel se trouve une ravissante phrase déjh présentée ^àu milieu 
de l'ouverture ; — la merveilleuse marche lîocturne des gardes du 
sérail qui termine le premier acte; le chœur énergique et si rude- 
ment caractérisé : « Gloire au chef des croyants! » — la prière 
d'Huon accompagnée seulement par les altos, les violoncelles el 
les contre-basses; — la dramatique scène de Rezia sur le bord 
de l'Océan; — le chant des nyn>plies confié aujourd'hui à Puck 
seul, dans la nouvelle version du livret (à tort, selon moi; il 
devrait être chanté au fond du théâtre, sur l'un des arrière-plans 
de la mer, par plusieurs voix de choix à l'unisson, et avec une 
douceur extrême) ; — le chœur de danse des espiits terminant le 
second acte; — l'air si gracieusement gai de Falime; — le duo 
suivant avec son irait obstiné d'orchestre revenaul à intervalles 
irréguliers; — le trio si harmonieux, si admirablement modulé 
qu'accompagnent pianUshiw les instruments lie cuivre; -— el 
enfin le chœur dansé de Iq scène de séduction, morceau unique 
dans son genre. Jamais la mélodie n'eut de pareils sourires, le 
rythme des caresses plus irrésistibles. Pour que le chevalier 
Huort échappe aux enlacements de femmes chanld'nl de telles 
n»élodies, il faut qu'il ail la vertu chevillée dans le corps. 



GRANDE COLÈRE DE PETITS BONSHOMMES 

Très drôle la colère de divers reporters, affublés (par eux- 
mêmes) de la qualijlé de critiques d'art, qui, n'ayant rien 
compris l'an dernier au mouvemenl des XXki\. ayant niaisement 
prédit au groupe nouveau les plus terrrrribles calamités, 
comme par exemple d'être privé de leur appui, doivent aujour- 
d'hui confesser piteusement qu'ils se sonl mépris comme de 
tout petits bonhommes et qu'on peul réussir en se moquant 
d'eux. 

Lire la Gazette, la Chronique^ la Flandre libérale et autres 




DOUBLES LiÉGEOis dont il faut prendre h rebours les prophélics 
quand on veut savoir le temps qu'il ï^va. i 

Lire également (ceci pour les dits reporters, barbus pour la 
plupart) la fable : Le Renard et le Bouc. 

Si le ciel t'eût, dit-il, donné par excellence 
Autant de jugement que de poil au menton. 

Très peu confortable, leur voisinage, tant ils cracbotlenl. Mais 
î» distance, c'est à mourir de rire. Criards et essoufflés, ils poussent 
des jappements furieux parea que V Art moderne a plaisanté ceux 
qui, après avoir aboyé contre les A'.Y de toute la force de leurs 
poumons de roquets, leur lôcbcnl les mains aujourd'hui que le 
succès est venu. 

Ce qui est plus drôle cncOro, c'est que l'un de ces critiquets a 
la fatuité de croire qu'il a été visé par notre dernier article. 
Il n'est pas dégoûté, le petit bonbomme. Mais il fait erreur. 
Quand on parle d'aitaques qui portent, on ne songe guère à. lui. 
Qu'il zézaie ses reportages inoffensit's dans le cercle de lecteurs 
bourgeois où il est relégué, rien de mieux. Sa naïve suffisance 
fait sourire les artistes sans les fâcher. Mais qu'il essaie de faire 
passer le tabouret sur lequel il est accroupi pour le fauteuil de 
Sainte-Beuve et qu'iL dicte des arrêts!... d'une voix de bébë, 
c'est plus que grotesque. ^ 

Ces attaques nous ont tout ragaillardis, accoutumés que nous 
sommes à aller à ces algarades comme à la kermesse. Depuis Vingt 
ans et plus, la partie est liée non pas seulement avec ces inno- 
cents, mais avec leurs i)récurseurs, et elle n'est pas près de finir, 
morbleu! Pour juger ce qu'ont valu les coups de part et d'autre, 
il suffit de voir qui se porte le mieux et quelles idées triomphent. 
Ah! Pauvres petits! 



•Correspondance 



Conservatoire de J^ièqe 

_ Le premier concert a eu lieu samedi dernier, sous la direction de 
M. Radoux, avec le concours de Sarasate, qui y a remporté un bril- 
lant succès dans lesécution de la Fantaisie écossaise de Max Bruch 
qu'il a fuit en tendre l'an dernier aux concerts i)opulaires de Bruxelles. 
Jl a été également applaudi après le Caprice de Guirâud et ses Airs 
bohémiens. 

Le programme se composait en outre de la scène du Vendredi- 
Saint de Parsifal, de la symphonie en si bàinol de Schumann et de 
la Rhapsodie slave de Dvorak. 

Eutin, MH« Poirson a chanté diverses mélodies de Godard, de 
Kerveguen et de Radoux, ainsi qu'un air d'IIérodiade. . 

Programme intéressant, fort bien accueilli du public. 



Voici une très curieuse lettre du docteur Charcot au sujet des 
artistes qui ont peint les fous. 

Cher Monsieur, 

Grâce à vous, nous jios.sédons enfin la photographie du tableau de 
la transfiguration de Deliuout (*), lequel mauquait à notre collec- 
tion. Ce tableau est intéressant au j)oint de vue de l'art, mais plus 
encore au point de vue de la science pathologique. 

Le jeune po-ssédé dans ce tableau se débat exactement comme se 
débattent nos liystériques mâles ou femelles de la Salpétrière, et à 



•; N* .Vj du ijju.sée d'Anvei-fî. 



uet égardil est supérieur au démoniaque de Raphaël qui*, lui, au point 
de vue pathologique, ne nous dit pas grand choses. Il est probable 
que Delmont a vu les démoniques comme les avait vtis Rubens 
(Saint-Ignace de Loyola dans le tableau de l'annonciata de Gênes), 
tandis que Raphaël a inventé plutôt qu'il n'a travaillé d'après 
nature. 

Je ne saurais trop vous remercier, cher Monsieur, de la peine que 
vous avez prise avec tant d'obligeance, etc., etc. — — -. — 



CHARCOT 
Membre de llnstitut. 



Paris, le 30 janvier 1885. 



ipiBEIOQF^APHIE MU^ICAI-E 

Nous recommandons très particulièrement la remarquable J?dîï/o>i 
populaire qn'Si publie, dans des conditions parfaites de gravure, la 
maison Breitkopf et Hàrtel. Les œuvres principales de Bach, Beet- 
hoven, Chopin, Mendelssohn, Mozart, Schumann, Schubert, 
Weber, etc., composent cette bibliothèque choisie, qui comprend 

> 

déjà plus de cinq cents ouvrages, tous revus avec le plus grand soin 
et accessibles à toutes les bourses. Le dernier volume parti porte 
le n° 512. C'est le premier recueil des œuvres pour piano de Xavier 
Scharwenka (91 pages in-8", prix : 7 mk. 50,. Il renferme deux 
suites de danses nationales polonaises, six Polonaises, six Valses^ 
une Mazurka, une Valse- caprice. 

La même maison d'édition vient de mettre en vente une suite de 
petits morceaux fort intéressants et empreint^de la poésie des mélo- 
dies du Nord. Le titre est : Vier Charakterstjucke fiir das pianoforte 
von Niels Ramkilde (op. 12). 

Signalons enfin, parmi, les nouveaités, un chant provençal trans- 
crit pour le piano à quatre mains par Lucian Tardif (ii Novi, cam- 
nanejado per lou piano à quatre nian) et une transcription pour 
^eux pianos à huit mains de la Mort d'Isolde, de Wagner, par Albert 
Heintz. 

La maison Schott, à Bruxelles, vient de mettre en vente le livret 
des Maîtres chanteurs de Nuremberg, «comédie musicale en trois 
actes et quatre tableaux de Richard. 'V\''agner, version française de 
M. Victor Wilder. 

La partition de piano et chant, ainsi qu'une étude sur les niotifs 
typiques précédée d'une notice sur l'œuvre poétique, par Camille 
Benoit, paraîtront prochainement, v ' , 



yHÉATF(Ep 

Théâtre de la Monnaie. — Joli Gilles. . . 

On a joué la semaine dernière à la Monnaie un opéra- comique en 
deux actes de Poise, pastel délicat aux teintes de clair de lune où se 
meuvent les personnages classiques de la pantomime italienne : 
Pierrot et Colombine, Monsieur Pantalon, Madame Pantalon. 
Pierrot, c'est Joli Gilles, montrant sa mine effarée et craintive à côté 
du visage éveillé, souriant et charmant de Violette. L'un a trouvé 
en M. Soulacroix un interprète parfait, jouant et chantant son rôle 
à merveille. L'autre est personnifiée avec une grâce absolue par 
M"« Angèle Legault, qui semble née tout exprès pour ce rôle léger, 
qu'elle chante d'une voix charmante et mime avec de petits sourires, 
de petites attitudes et de petits gestes tout à fait exquis. 

La Surprise de l'Amour, l'A^nour Médecin, Joli Gilles, quel que 
soit le titre de l'ouvrage, le sujet ne change guère etla nmsique suit 
le sort du sujet. Poise doit être né à Bergame ou dans les environs, 
tant il a d'affection pour les pantins qui en sont devenus les héros. 
Son inspiration est cantonnée dans. un petit cercle de mélodies ténues 



> > 




comme un fil de soie; il les dévide avec dextérité sur les fuseaux de 
son orchestre, sans les embrouiller. La trame qu*il tisse ainsi est 
fragile comme le verre, dont elle a la transparence, légère comme 
une houppe de poudre de riz, mais elle est agréable à contempler, 
sans prétention et amusante. 

Le tout tient dans le creux de la main. C'est si mignon, si gentil, 
si •♦ talon rouge »», que l'impression produite est délicieuse. 

Le public a ressenti le charme de cet art à la Willette. Il a rappelé 
les artistes après chaque acte et fait un gros succès à la petite 
partition du maëstrino. 

Thkatre de l'Alcazar. — On bisse tous les soirs la Valse désor- 
mais célèbre de YÉtudiant pauvre, joyeusement chantée par la 
troup'e de M^e Olga Léaut, dans laquelle M"™» Lentz vient de rem- 
placer M™* Marie Julien. 

Thr;atre des Galeries. — ^Rip-rip va enfin succéder au Tokv du 
'Monde. " 

Théâtre du Parc. — Le jcmr du Mardi-Gras, Goquelin jouera 
^our \& dorniëre (ois L& légataire universel: 



M. Jean Van den Eeden organise, avec le concours de l'orchestre 
du Conservatoire de Mons, un concert au bénéfice des pauvres, qui 
aura lieu vers la fin de ce mois, ou au commencement du mois pro- 
chain. 



^ 



ETITE CHROfllQUE 



Les conférences des XX sont extrêmement suivies. Environ trois 
cents personnes assistaient à celle de Raffaëlli, qui a obtenu un très 
vif succès. Nous en donnons plus haut un extrait important. 

La conférence faite hier par M. Emile Sigogne a- également 
réuni un nombreux auditoire. L'orateur a donné de Gustave Flaubert 
un portrait physique et moral très étudié. 

Il s'est attaché à trouver le caractère de son auteur dans sa 
correspondance, dont il a lu un grand nombre d'extraits, choisis avec 
discernement et reliés par de piquantes observations. 

La Tentation de Saint- Anioine, que le conférencier e.stime 
réaliser le plus complètement l'art de Flaubert, a fait l'objet de 
commentaires intéressants et d'attrayantes lectures. 

A samedi, très probablement, la conférence promise par le peintre 
Ter Linden. 

Voici la liste des œuvres qui, jusqu'à ce jour, ont été acquises 
au Salon des XX. 

J Ensor. Paysage. — W. Finch. Coin de village (Mariakerkei. 
X. Mellery. X^>i coin de mon jardin l'hiver. — G. Meunier. Le 
gardien du feu.— F. Ter Linden. Belle matinée. — J. Toorop. 
Panique. — Id. Le ^es à Amsterdam. — Is. Verheyden, Dans les 
dunes. — Th. Verstraete. Soleil couchant. Août. — Id. Coupe de 
souchesL Février. — Id. Soirée de novembre. — G. Vogels, Dégel. 
— Id. (Shaloupe de Trouvilie. . 

Il résulte d'une découverte récente faite, en Italie, par M. Tom- 
maso Sandonnini, que, contrairement à la légende, Jean Goujon n*a 
point disparu dans les massacres de la Saiut-Barthékray. L'ne pièce 
authentique, rencontrée dans les archives de Modène, donne du 
voyage de Jeau Goujon et de sa mort en Italie' une preuve qui ne 
saurait être contestée. On trouve de lui trois mention* dans un pro- 
cès fait par le Saint-Office à un Français du nom de Laurent Pénis, 
de Fontainebleau. 

M. A. de Montaiglon, en traitant à fond la biographie du grand 
sculpteur dans la Gazette des Beaux-Arts, résume .en ces termes 
l'état actuel de la question et met à néant plusieurs erreurs cou- 
rantes. « Il travaille pour Saiut-Maclou et à la cathédrale de Rouen 
eu 1541 et 1542, et c'est ce qui permet de lui supposer une origine 
normande. Il fait les sculptures de jubé de Saint-Germain- l'Auxer- 
rois, en 1544; celles d'Ecouen, en 1547, date de lu publication de 
Vitrure; celle de la Fontaine des Innocents en 1548 et 1540 ; celles 
de rhO)tel Carnavalet et celles du château de l'Ecoueu vers 1550, qui 
ess l'époque de sa plus grande force ; celles du Louvre, de 1.550 à 
1552. Il quitte alors la France et doit mourir à Bologne eiitqe 15t)4 
et 1508 ", c'est-à dire avant la Saint Barthélémy, qui est de 1582. 

Les Essoristes organisent sous le patronage du Comité de la 
Presse une exposition tinlaniaresque d'œuvres « d'art » de haute 
fantaisie: Peintures, sculptures, dessins, aquarelles, etc. 

Elle s'ouvrira le 20 février prochain, dans les salles dy Musée du 
Nord, et durera environ quinze jours. 



On prépare à Kiel un grand festival poui* célébrer le bicenfenaire 
de la naissance de Hsendel et de Bach. La solennité aura lieu sous la 
direction de Joachim, qui fera exécuter une cantate de Bach, le Josué 
de Iltendel, et la symphonie avec chœurs de Beethoven. 

Il II ■ 

M. Heinrich Hofmann, le jeune compositeur allemand, vient de 
terminer la composition d'un opéra intitulé Donna Diana. M. Hof- 
mann a été chargé d'écrire la cantate qui sera exécutée aux fêtes du 
prochain anniversaire de l'empereur d'Allemagne. 

M. Jules Dalou travaille en ce moment au groupe colossal qui lui 
a été commandé parla ville de Paris pour la d^^coration de la place 
de la Nation, et qui .symbolise le Triomphe de la République. La 
figure principale, complètement achevée, est déjà moulée, ainsi que 
le char sur lequel elle se dresse et les deux lions gigantesques qui le 
traînent. Les figures acces.soires de la Justice et du Travail .sont éga- 
lement assez avancées, ainsi que les éiffànts groupés derrière le 
char. Mais il reste encore beaucoup à faire et, en raison d'un travail 
de cette importance,. il n'est pas probable que l'on puisse, avant deux 
ans, inaugurer le groupe de M. Dalou. 

M"« Augusta Ilolmès, l'auteur de Lutèce et des Argonautes, va 
ouvrir un cours de diction lyrique. Ce ne sera pas un cours de chant ; 
ce que M'''^ Holmes se propose d'mdiquer, c'est la prononciation, 
l'accentuation. Les cours seront donnés à la Salle Flaxlaud, rue des 
Mathurins, 40, les mardis et samedis. 



Le premier numéro de \ii. Revue contemporaine a paru le 25 jan.- 
vier. Il contient 1.50 pages de texte signé Emile Henn<^;quin, Edouard 
Rod, Edmond Haraucourt, F. Joussenet. E P^ngel.etc, et des lettre» 
inédites fort intéressantes de Jules de Goncourt. « Là Revue con- 
temporaine, déclare fièrement la rédaction, ne sera ni une publi- 
. cation de propagande, ni une entrepri.se mercantile. A défaut 
d'expérience et peut-être de talent, les écrivains qui la fondent ont 
assez le respect, des choses littéraires pour ne point les exploiter, et 
ils ont l'entêtement de préférer aux écrits de tout le monde, le leur. 
Ils fondent cette Revue pour avoir l'honneur de la faire. » 

Administration :^ rue de Toarnon, 2, à Paris. Abonnement : 
France, 20 fr. — Étranger, 22 fr. . . 

Le premier numéro de la Revue Wagnêrienne, dont nous avons 
annoncé l'apparition, a paru le 8 février. En voici le sommaire : 
lo Chronique de janvier; 2'^ Wognérisme, par Fourcaud; 3'^ Tristan 
et Isolde et la critique en 18H0 et 18«55: 4'^ Le mois Wagnérieu ; 
5° La légende de Tristan, d'après les romans du moyen-âge; 
6'' Nouvelles. Paris, rue des Martyrs, 24. 

Les annonces sont reçues au bureau dujou/mal, 
26, rue de V Industrie, à Bruxelles. 



VIENT DE PARAITRE 

CHEZ Félix CALLEWAERT Père 

•JU, RUE DE L■I^•D■J.■^T.RIE, A BRU.XELLES 



LA FORGE ROUSSEL 

p.\R Edmond PICARD 

Édition défi)iitivc, tirée à petit no/nbre 



L'édition de grand luxe qui vient de paraitre s"iidresse surtout aux amateurs 
de beaux livres et de raret'S hilihojihili'iues. — Elle est tirée a t."e^ i)etic 
nombre numéroté, sur grauil papier impérial du .Japon, Cii.ne L-enume trie a La 
feuille, et Hollande Vjui (jeliler es.fa. Kl!e est unprimée en superbes oaraot-^Tes 
gros romain elzevir anglais iieuis. I." lormat est in-4". Les ea-t'^te <ie page et 
les culs-de-lanipe ont ete gravés spr'cialement. Elle est ornée d'un irnutispiOL» 
d'après un modelagi» en cire de Charles Vander Slappen, dun portrait et .ie 
huit estampes avant !a lettre, gravées par Evely, d'après les tableaux. 
aquarelles, dessins et gravures d'.\lfred Verwée. Théodi^re Baron. Louise 
Heger, Fernand Ktinoprl', l>anse et N'eyt. tirées par lîauwens. Elle constituera 
une des plus belles publications d'artistes parues en Belgique. 

Les illustrations des exemplaires sur Japon et Clilue sout eu double séné, 
noir et sanguine. 

Prix : Grand Japon. 60 francs; Chine genuiiie, 40 trauos, 
HoMande Van Gelder,. 25 francs. " -^ _ 




VIENT DE PARAITRE . . 

ÉtOLE DE PIASO DU COSSERVATOIBE ROÏil DE BRUXEllES 

Vingt -neuvième livraison . • 

J. N. HuMMEL, Hobdoletto russe. La Contemplazione. 
. La Bella Cappricciosa. Variation en la maj. 

T . PRIX : fr. 7-25 



NOUVEAUTÉS MUSICALES 



POUR PIANO — "- 

Hitberti, G. Trois, morceaux : N» 1. Etude rhythmique, 2 fr. — 
N'» 2. Historiette, 2 fr. — ]^o 3. ValseJente, fr. 1.75. 

Kowalski. Op. 44. Autour de mon Clocher, 2 fr. — Op. 45. Illu- 
sions et Chimères, 2 fr. - Op. 48. Tambour battant, 2 tr. 

Smith S. Op. 185. Notre-Dame, Chant religiçux, 2 fr. — Op. 191. 
La mer calme. Deuxième barcarolle, 2 fr. — Op. 192 Styrienne, 
2 fr. — Op. 193. Marguerite, 2 fr. — Op. 194. La fée de Ondes, 2 fr. 

Wieniawski, Jos Op. 39. Six pièces romantiques : Gah. l. Idylle, 
Evocation, Jeux de fées, 3 fr. — Gah. II. Ballade, Elégie, Scène 
ru-stique, 3 fr. — Op. 41 Mazourka de concert, fr. 2.50. 

• MUSIQUE POUR CHANT 

lidch. Six chorals pour chœurs mixtes par Mertens. La partition, 
1 franc. ■ 

" Bremer. A. Sonne mon tambourin, pour chant, violon ou violon- 
celle et piano, 3 fr. — Hymne à Cérès, pour baryton ou mezzo- 
soprano et chœur pour 3 voix de femmes, 2 fr. 

Riga, Fr. Quatre Chœurs pour voix de femmes avec accompagne- 
ment de piano à 4 mains : No 4. Fête villageoise, la partition, 
fr 2.50. — No 2. *Les A^endangeuse, la partition, fr. 2.50. — N» 3. 
Sous les Bois, la partition, fr. 2 50. — N" 4. La Paix, la partition, 
fr. 3.50. 

SCHQTT Frères, Editeurs de- Musique i-.:!-^ 



BRUXELLES, rue Duquksnoy, 3». , 
Maison prin<^pale MONTAGNE DE LA GOUR/ 82 

VIENT DE PARAITRE CHEZ 

BREITKOPF & HÀRTEL 

ÉDITEURS DE MUSIQUE 



BRUXELLES, 41, MONTAGNE DE LA COUR 

par Hermann DEITERS 

{Esquisse bibliographique. Analyse succincte de ses cotnpositions) 
TRADUIT DE L'ALLEMAND PAR M" H. FR. 

Prix 2 fr. 50 L 



Toutes les œuvres de Brahms, ainsi qu'un choix de bons portraits du com- 
jpositeur, se trouvent au magasin des éditeurs, 41, Montagne de la Gour. 



J. SOHAVYB, Relieur 

46, Rue du Nord, Bruxelles 



CARTONNAGES, RELIURES ORDINAIRES, RELIURES 
DE LUXE, ALBUMS, ETC. 

SPECIALITE D'ARMOIRIES BELGES ET ÉTRANGÈRES 



PIANdS 



BRUXELLES 
rue Théfésienne, 6 



VENTE 

ÉCHANGE 

LOCATION 



GUNTHER 



Paris 1867, 1878, 1"' prix. — Sidney, seul 4" el 2« prix 
EXPOSITION AMSTERDAM 1883. SEUL DIPLOME D'HONNEUR. 

MUSIQUE. 

- 10, RUE SAINT-JEAN, BRUXELLES^ 
(Ancienne maison Meynne). 



ABONNEMENT A LA LECTURE DES PARTITIONS 

VIENT DE PARAITRE ^ 
à la librairie Ferd. Larcier, 10, rue des Minimes, à Bruxelles 



MON ONCLE 

LE JURISCONSULTE 

• , ' PAR 

' edm:o:n-."d iPxaj^:RjD 

AVOCAT A LA COUR DE CASSATION 

Un volume in-octavo, impression de luxe sur papier de Hollande, 
avec un portrait gravé par Aubry et une illustration par Mellery. 

Prix : 3 fr. 50 >^— ^ 

Cet ouvrage forme la suite des Scènes de la vie. judiciaire. 

Les volumes antérieurement parus sont : 

Le Paradoxe sur l'avocat. — La Forge Roussel. — L'amiral. 



Il a été tiré vingt-cinq exemj)laires sur papier impérial du Japon 
numérotés qui sont mis en vente au prix de 10 francs. 

ADELE Deswarte 

23, KXJE3 X)E J^J^ "VIOLETTE 
. - BRUXELLES. 

Atelier de menuiserie et de reliure artistiques 



VERNIS ET COULEURS 

PODR TOUS GENRES DE PEINTURES. 

TOILES, PANNEAUX, CHASSIS, 

MANNEQUINS, CHEVALÇTS, ETC. 

i^ROSSES EJ^^INCEAUX, 

CRAYONS, BOITAS A COMPAS, FUSAINS, 
MODjBLES DE DESSIN. 

RBNTOILAGE, PARQUETAGE, 

EMBALLAGE, NETTOYAGE 
ET VERNISSAGE DK TABLEAUX. 



COULEURS 

ET PAPIERS POUR AQUARELLES 

ARTICLES POUR EAU -FORTE, _ 
PEINTURE SUR PORCELAINE. 



BO^^ 

Meublesd 



JRE SI 

'inelier 



KOLS, CHAISES, 
anciens et modernes 



PLANCHES A DESSINER, TES, 

ÉQUERRBS ET COURBES. 

COTONS DE TOUTE LARGEUR 

DEPUIS 1 MÈTRE JUSQUE 8 MÈTRES. 



Représentation de la Maison BINA^il de Paris pour les toiles Ciukeiins (imilatiun) 

NOTA. — ia mahon dispose de vingt ateliers pour artistes. 
-» Impasse de la Violette, 4. 



/■ 



Bruxelles. — Imp. i<'KLix Callbwaekt père, rue uelliidustne, 



\ 



^rm 



Cinquième année. — N° 8 



JjE NUM^IRO : 25 CENTIMES. 



Dimanche 22 Février 1885. 




MODERNE 



PARAISSANT LE DIMANCHE 



RBVDB CRITIQUE DES ARTS ET DE LA LITTÉRATURE 



ABONNEMENTS : Belgique, un an, fr. 10.00; Union postale, fr. 13.00. — ANNONCES : On traite k. forfait. 

Adresser les demandes d'abonnement et toutes les communications à 

l'administration générale DE l'Art Moderne, rue de l'Industrie, 26, Bruxelles. 



^OMMAI'flE 



Les Vingt. Troisième article. — La kermesse continue. — Les 
Maitres-Chanteurs '■ — Les palinodards. — Aîssociation des 
artistes musiciens. Quatrième concert — Théâtres. — Mémento 
DES expositions et concours. — Petite chronique.. ; ' 



Troisième article. 

Presque, inconnu à Bruxelles où il n'avait jamais 
exposé, Rafïaëlli passait pour un intransigeant excen- 
trique et gamin, menant à Paris le sabBat des impres- 
sionnistes, une bande de mauvais sujets plus préoccupés 
de casser des vitres et de piétiner les parterres officiels 
que de faire de bonne peinture. 

L'ouverture du Salon a dissipé ces légendes qui 
voletaient comme des oiseaux fantastiques autour de 
son nom. Ses toiles minutieusement achevées, dessi- 
nées avec la plus exacte correction, ont provoqué' 
autant de surprise que l'aspect de sa personne, sa 
parole châtiée, là modération de ses expressions ont 
étonné l'auditoire qui se pressait à sa conférence. Mais 
tant était enraciné le préjugé qui voulait que Raflaëlli 
fût un hirsute, qu un chroniqueur a soutenu mordicus 
que son art procédait de celui de Courbet ! Il manquait 
cette amusante ânerie au bêtisier que publie par cha- 
pitres, périodiquement, sous le titre ironique de Cri- 
tique d art, \q Qhvom({\xQX3LV m^àii, - 

Que Raffaëlli s'intitule caracté7Hste ou impression- 
niste, peu importe, ces désignations, il le dit lui-même 



dans l'exposé de son esthétique, n'étant guère autre 
chose que des mots de ralliement lancés dans la circu- 
lation pour entrer en communion d'idées les uns avec 
•les autres. *Ce qu'il y a dans son art, c'est une curieuse 
et fidèle observation de la vie contemporaine par un 
œil singulièrement apte à saisir, en une synthèse 
typique, les traits dominants des personnages qui 
l'impressionnent. Nul mieux que lui n'a donné la 
physionomie /exacte, saisissante, inoubliable, des dé- 
classés de la banlieue parisienne, si vivants et si tra- 
giques dans les bouts de paysages souffreteux, plantés 
d'arbres maigres et de cheminées d'usine, où l'artiste 
les fait mouvoir. Raffaëlli peut revendiquer l'honneur 
d'avoir, le premier, exploré un coin déterre réputé inac- 
cessible avant son arrivée. Il y a attaché son nom. Et 
cette colonie nouvelle de l'art, il la fouille, il la parcourt 
en tous sens, ill'exploite avec un bonheur inouï. S'il n'a 
pas inventé de formules nouvelles, il en a trouvé une 
application ingénieuse et forte qui lui assure, dans l'his- 
toire de l'art, une place durable. « Je ne crains pas de 
m'avancer, écrivait il y a quelques, années Joris-Karl 
Huysmans, ce critique délié, en déclarant que, parmi 
l'immense tourbe des exposants de notre époque, 
M. Raffaëlli est un des rares qui restera; il occupera 
une place à part dans l'art du siècle, celle d'une sorte 
de Millet parisien, celle d'un artiste qu'auront impré- 
gné certaines mélancolies d'humanité et de nature 
demeurées rebelles, jusqu'à ce jour, à tous les peintres.» 
Les Forger 0)îs, le plus impressionnant morceau de 
son envoi, le Terrassier à la décharge, le Dimanche 




au cabaret sont, à cet égard, des œuvres-maîtresses. 
Dans V Armée du salut, le côté anecdotique domine, et 
aussi une façon de mettre en relief le caractère bur- 
lesque et bruyant des milices prédicantes et conver- 
tissantes. Est'Ce une œuvre caricaturale, comme on l'a 
prétendu? Pas précisément. C'est, pourrait-on dire, 
l'interprétation française d'une scène qui paraît aux 
Anglais très naturelle et très simple.^ A cet égard, ce 
tableau est peut-être de tous le plus intéressant. Une 
critique railleuse s'y unit à l'observation des caractères, 
et il n'est pas jusqu'au rouge exaspéré des vestons de 
flanelle des Soldats du salut qui ne concoure à cette 
expression en bafouant le charlatanisme de ces exhi- 
bitions. 

Meunier, l'une des plus belles natures d'artiste que 
nous possédions en Belgique, raconte aussi le labeur, 
les souffrances, les joies tristes des humbles. Il décrit 
les enfers des hotiillères, les fournaises de l'usine, et 
dans un tableau ' dont la coloration n'est malheureu- 
sement pas heureuse, mais dont le sentiment est char- 
mant, le Déjeuner des grésilleuses, brusquement il 
soulève un coin du rideau de misère qui assombrit la 
vie des pauvres pour y laisser tomber un rayon de 
soleil pâle. 

Il y a entre l'art de Raffaëlli et celui de Meunier des 
affinités de sujets, mais de sujets seulement ; car tandis 
que l'un poursuit la recherche obstinée du Caractère 
de chaque individu, l'autre généralise de plus en plus 
et crée des types, lentement formés ps^r les alluvions 
successifs qu'une suite d'années d'études apportent, 
commodes flots battant la rive, à l'art du peintre. Son 
Puddleitr modelé en cire, son Débardeur, la physio- 
nomie caractéristique de son charbonnier dans La 
Remonte, une œuvre magistrale, sont des créations 
définitives. Plus justement qu'à Raflaëlli pourrait s'ap- 
pliquer la comparaison faite par. Huysmans au sujet de 
Millet. Le Paysan enfanté par le Maître à la suite de 
longues observations que traversait, c'est indéniable, le 
souvenir des belles lignes de l'antiquité, trouve dans 
l'Ouvrier de Meunier un pendant. Il a même noblesse 
et même humanité. 

John M. Swan, un Anglais qui n'a pas trente-cinq 
ans et dont le pinceau a une maîtrise étonnante, a été, 
dès l'ouverture du Salon, le point de mire des admira- 
tions. Jamais aussi grand succès ne récompensa plus 
justement le mérite. Deux aquarelles, un pastel, une 
peinture à l'huile de petite dimension, et voilà l'artiste 
célèbre. C'est que ces pages enferment une grandeur 
tragique rarement égalée. Les fauves qui ont fait l'objet 
des constantes études de Swan ont une majesté telle 
qu'on oublie ce qu'il peut y avoir à reprendre au point 
de vue de la coloration dans les compositions du jeune 
maître. On est empoigné avant d'avoir eu le temps de 
raisonner et d'analyser la sensation éprouvée. 



Pour prévenir ces impressions trop favorables, des 
jaloux se sont efforcés, dès le jour de l'ouverture, de 
démontrer que rien n'était plus facile que d'interpréter 
les fauves aussi bien que M. Swan. « C'est inspiré de 
Barye «, ont-ils dit. Si, au lieu de les peindre, l'artiste 
les eût modelés, — il est sculpteur et peintre, — on 
n'eût sans doute pas manqué de crier au surmoulage. 

Quelques chroniqueurs se sont fait l'écho de ce 
reproche, injuste selon nous. 

A ceux qui accusent l'artiste de pasticher l'auteur de 
Thésée combattant le Minotaure, il suffit de montrer 
La lionne allaitant ses lionceaux y le plus séduisant 
morceau de la superbe exposition de Swan. Qu'y a-t-il 
de commun entre cette œuvre exquise, tout imprégnée 
d'amour maternel et d'intimité, et les fauves de l'élève 
du baron Gros? Rendons justice à Barye, le grand bel- 
luaire romantique, le premier qui jugea les animaux 
dignes d'une étude approfondie et qui les peignit et qui 
les modela avec une magnifique crânerie. Mais, pour 
Dieu ! qu'on ne lui confère pas le monopole exclusif des 
tigres et des lions. Qu'on ne rabaisse pas le talent d'un 
jeune artiste parce qu'il interprète les mêmes modèles, 
alors qu'il n'a peut-être jamais vu la sculpture du 
maître français. 

Dira-t-on, par exemple, d'Alfred Verwée qu'il ne fait 
qu'imiter Troyon parce que les vaches constituent ses 
modèles de prédilection? - 

Les Pêcheurs de Kroyer, qu'un critique de grand 
format a pris pour « des voyageurs ou des ouvriers », 
ont une allure superbe. Dans le jour crépusculaire qui 
noie les contours, à la lueur des étoiles naissantes, sous 
le ciel froid des plages septentrionales, leurs silhouettes 
s*estompent, simplement et grandement observées, tan- 
dis qu'au large, ses fanaux allumés, glisse un steamer 
dans 4'obscuri té croissante. Même sentiment artistique 
intense dans une page charmante, petite celle-ci, et tout 
intime : Le déjeuner dçs artistes à Grez. Remar- 
quable envoi, que complète le buste expressif du peintre 
danois Mich. Ancher. 

La sculpture de ces deux peintres. Meunier et 
Rroyer, est cent fois plus intéressante que celle du 
sculpteur Lanson, dont VArdgonaise et la Bianca en 
prière, froides images en relief, laborieusement mode- 
lées selon les formules classiques, n'ont ni expression, 

vie. Il en est . autrement de l'exposition d'Henry 



ni 



Devillez, chez qui,, à défaut de la maîtrise, qui n'est pas 
encore venue, on découvre de belles qualités d'artiste : 
de la distinction, de Télégance, un sentiment très fin 
de la ligne. Quelques-uns de ses médaillons, caressés 
avec une grâce féminine, possédant juste ce qu'il faut 
d'accent pour leur donner l'expression, sont fort bien 
venus. Son Saint-Georges a les qualités d'une bonne 
œuvre décorative. Salomé, son œuvre la plus belle, et, 
jusqu'à ce jour, croyons-nous, le point culminant de sa 




carrière d'artiste, a eu, la pauvre! à souffrir des brutali- 
tés des ouvriers du chemin de fer. Elle se présente dans 
de tristes conditions, brisée, émiettée par places, des 
plaies béantes déchirant sa chair de plâtre. En atten- 
dant que le marbre fasse revivre l'énigmatique figure, 
où la cruauté froide le dispute à la joie, on admire, 
malgré les érafiures et les écorchures, la ligne ondoyante 
et le modelé délicat de cette apparition fantasque où il 
y a du serpent, du fauve et de la chatte, n'en déplaise à 
l'auteur, qui a symbolisé par une sauterelle, pattes 
repliées, sa symbolique composition. 

Deux autres artistes belges complètent magistrale- 
ment le contingent des invités du terroir. Ce sont 
MM. Melh^ry et Ter Linden. L'un expose une série de 
toiles d'une intensité de sentiment surprenante, — 
parmi lesquelles U hiver, une impression crépusculaire 
qui a la pénétration d'un tableau gothique, a été le 
plus admirée, — et l'histoire de l'île de Marken, 
racontée au crayon noir et à l'aquarelle par un peintre- 
poète. Nous avons analysé l'an dernier, à propos de 
cette même aqtl^relle qu'il expose cette année aux 
XX : Jeim0s filles se rendant cm teniple, l'art pro- 
fond, réfléchi et impressionnant de Mellery f). Nous 
n'avons rien à ajouter aux éloges sans réserve que nous 
lui avons adressés. 

L'autre étudie ayec passion les aspects si variés de 
la patrie, depuis nos plages ourlées de dunes où souffle 
la brise fraîche de la mer du Nord jusqu'aux plateaux 
ardenniais, isolés et tragiques sous leurs ciels bas. S'il 
manque parfois de puissance, il donne de la nature une 
interprétation émue, délicate. Dans quelques morceaux, 
il est tout à fait heureux : dans son Hiver, par exem- 
ple, un coin de village enseveli sous la neige, d'une har- 
monie de tons charmante. 

M. Lenain expose un beau portrait de Camille 
Lemonnier, et un fort mauvais fusain académique inti- 
tulé Diane. Tout â côté, deux bonnes lithographies de 
Fantin-Latour et l'admirable série de gravures de Bra- 
quemond, qui constitue peut-être la perle de tout-le 
Salon. Les portraits de Jules de Concourt et de Jacques 
Bosch, notamment, le David de Gustave Moreau et le 
cadre enfermant Le coq et \e% Ebats de canards sont 
de purs chefs-d'œuvre. 

Nous n'analyserons pas les tableaux de Fantin- 
Latour et de Cazin. On connaît notre admiration pour 
ces deux maîtres, mais peut-être se rencontrera-t-il une 
meilleure occasion d'en parler. L'envoi de Fantin n'est, 
en effet, pas aussi heureux que d'habitude. L'obsédant 
souvenir de \ Etude fait paraître assez terne le portrait 
qu'il expose cette fois, et l'exécution sèche et minu- 
tieuse de ses fleurs n'est pas faite pour effacer cette 
impression. En regardant les paysages, jolis, sans doute, 



trop jolis ! de Cazin, on ne peut se défendre de regretter 
la Chambre de Gambetta^ et la Judith, et le Plafond 
exposé en 1879, et toutes ces œuvres à la fois puis- 
santes et douces qui tranchent si vigoureusement sur 
l'art bourgeois qui gangrène la génération actuelle. • 

C'est Fritz von Uhde qui représente l'école moderne 
allemande. Il la représente sagement, en artiste qui a 
des aspirations jeunes, mais dont le pied est encore pris 
dans les broussailleuses traditions du sol natal. Un 
vigoureux effort pour vous dégager, voyons. Le Joueur 
dJ orgue du Salon de Paris était autrement juste de 
tons et autrement intéressant que La Grande Sœur et 
A la Campagne! 

Quant aux Italiens, ils arrivent bons derniers. 
Michetti,. un intransigeant qui a remué tout le pays 
lors de l'exposition de Milan, où il exposait trente- 
quatre tableaux (*), est tombé dans une correcte et vul- 
gaire banalité. Mancini a des qualités de sentiment, 
mais sa couleur salie et son exécution, lourde rendent 
son art peu séduisant. • 



{') Voir l'Art moderne du 4 mai 1884. 



U KERMESSE CONTINUE 

L'agitation continue dans les régions basses du reportage quoti- 
dien où barbottent les malheureux que leur impuissance a em- 
pêchés de s'élever à la surtace. Périodiquement le Salon des XX 
remue des vases croupissantes. ., ■ - 

Tout le petit monde grouillant et grenouillant qui habite les 
marécages est en rumeur et coasse sur un mode lamentable parce 
que le curage des étangs met à nu leurs misères. 

Les rimailleurs de vers polissons, les ratés du pinceau et de la 
plume, les fruits secs, les prudhommes en bourrelet de bébé, les 
marchands de lorgnettes préposés à la critique, tout le pitoyable 
et carnavalesque cortège des déclassés de l'art, secouant leurs 
épaules encore rouges des coups de cravache qu'on leur a dis- 
tribués l'an, dernier, aux applaudissements de la galerie, ont 
imaginé une nouvelle parade. Il faut bien qu'ils gagnent honnê- 
tement leur salaire ! 

Après avoir usé leurs ongles et leurs dents sur les Vingtistes 
qui ont rejeté dédaigneusement cette meute plus bruyante que 
dangereuse, ils essaient de mordre aux jarrets ceux qui défen- 
dent le groupe victorieux et qui ont, dès le premier jour, pris à 
ctDur ses intérêts. ' ^ . - 

L'un se cache piteusement derrière un livre où il est lui-même 
dépeint se faufilant dans les... portes cochères pour échapper... 
aux quolibets. ParaveLl peu sûr que ce volume : il lui crève sur 
le nez ! . 

Un autre, exaspéré du triomphe de ceux sur lesquels il a 
vainement craché son venin, ne parvient pas à cacher son dépit 
de n'être pas parmi eux. Les di.x-neuf dos qu'il a vus tournés de 
son côté quand il s'est agi de recruter un vingtième exposant 
demeurent, dans son esprit inquiet, une vision hantante. Réfugié 
dans les cercles secondaires où on le tolère, il ne pardonnera 



(*] Voir VArt Moderne ISs^l, p. 248. 




jamars aux XX de ne l'avoir pas pris plus au sdrîoux comrtie 
peintre que comme critique. 

Son inoffensive rancune de rapin est justifiée, mais quand 
il cherche h faire rire, c'est bien dangereux, car ce n'est pas 
de son côté que sont les rieurs ! 

Pour lui, dire de ses amis le bien qu'on en pense est une indi- 
gniiév II n'est pas de nos amis, ef cela le tourmente. Qu'il se ras- 
sure ! . ■ ■'■ ■■ 

Il s'étonne, enfin, qu'on envoie aux journaux des communiqués 
et informations après avoir ércinlé les criliquels qui cuisinent 
dans les dits journaux leurs reportages soi-disant artistiques. Sa 
surprise est candide. Faut-il lui apprendre que ce sont les criti- 
culets qu'on bafoue, et que c'est aux journaux que sont transmis 
les renseignements ? La confusion donne de la suffisance naïve 
de ces porte-plumes une idée réjouissante. 

El maintenant, bon voyage. Tant qu'il plaira au mousse de 
continuer la navigation qu'il a entreprise, et qui l'amuse, on 
trouvera sur le pont à qui parler. Au revoir donc, jusqu'à une 
prochaine occasion. 

C'est une œuvre à part, d'un rabelaisien comique et d'un fan- 
tasque shakespearien : gaminerie enfantine, gros rire débraillé, 
rêves auréolés de clair de lune. 

. Sujet simple : les amours du chevalier Waliher. Il est exposé 
tout entier dans l'ouverture, une marche pesante, — l'art dogma- 
tique, — auquel s'enlace la jeune floraison de l'art spontané. 
Ces deux motifs s'enflent, se croisent, s'éjouissent d'arabesques 
étincelantes et aboutissent aune claironnante péroraison, joyeuse 
de forte gaieté populaire. :' ' : ' 

C'est la veille de la Saint-Jean, fêle dés Maîtres Chanteurs et des 
fiancés. L'église Sainte-Catherine de Nuremberg écoute mourir 
le dernier verset d'un choral gothique;, et, pendant que sous les 
voûtes montent les hymnes soupirants, Walther, le chevalier, du 
geste et du regard, adresse à Eva une ardente prière. Hier, il est 
entré dans la maison de Pogner l'orfèvre et il s'est épris d'Eva, 
sa fille. 11 la guette au passage, d'un œil amoureusement inquiet. 
Voici que, les prières finies, le peuple sort de l'église. « Eles-vous 
a promise, Eva? Un mot, de grâce, un mol, tout bas! Etes-vous 
« promise? » Non, mais son père a juré de la donner en mariage 
à celui qui triomphera dans le concours des Maîtres Chanteurs. 

II. a lieu aujourd'hui même, dans cette église. Aujourd'hui 
même, Walther! Mais le miraculeux amour effeuille au ciel d'or 
les poètes! 

On apporte les bancs des maîtres, l'estrade du marqueur de 
fautes, le siège des Concurrents ; les apprentis s'agitent, s'égayent, 
se querellent : petites flûtes rieuses, violons babillards, contre- 
basses bourdonnantes, cors espiègles. Et l'apprenti David enseigne 
au chevalier les règles du chant magistral : «Quels modes? Quels 
tons? Le bref, le long, le traînard, la tortue, la plume d'or, 
récritoire d'argent, l'azuré, l'écarlate et le vert de laitue, la ma- 
nière des fleurs de haies, la manière des marjolaines, les arc-en- 
ciel, le rossignoJ joyeux, la peau de l'ours, le pélican fidèle et 
une multitude d'autres manières et d'aulres tons, très difficiles à 
grouper dans les replis musicaux de sa cervelle. » 

Mais Walther ne s'épouvante pas de tout ce jargon, il se pré- 
sentera devant les maîtres, il chantera, la voix parfumée de 
rétcrnelle poésie. , 



Viennent les maîtres; disdussions de formalisme. « D'où virnt 
le concurrent; quel fut son Imaîlru, son école? » — « Les brises, 
les feuillées, les oiseaux ! » — « Nous ne "connaissons rien de tout 
cela. » Et le rouge él bedonnant Beckmesser, amoureux d'Eva, 
sent en Walther un rival et, de sa voix aigûe et gargouillante, 
enterre sous de pesantes objections toute cette eftlorescence 
lyrique. Les bassons, les tubas, les cors en sourdine, les clari- 
nettes, drolatiques, bouffons et hoquetants, dessinent merveilleu- 
sement ce graisseux apôtre du culte traditionnel. « L'honneur de 
la maîtrise est perdu si l'on admet Walther, la dignité de l'art, 
la sainteté de la corporation ! » Heureusement intervient le cor- 
donnier-poète, Hans Sachs, le plus respecté des maîtres. « Pour- 
quoi vous enfermer dans votre pompeuse dignité? Aux cœurs 
simples et naïfs, il faut être doux et bon. » 

Et Walther prélude devant ces bourgeois austères et ratatinés, 
carres sur leurs bancs massifs avec la solennité des Holbein et 
des Dilrer. Et Walther prélude; il improvise une ode sublime au 
Printemps. Et l'aigre marqueur marque, marque. Oh ! les fautes, 
les faute?, les fautes', les fautes. Encore. Hiatus, mauvaise césure, 
distique boiteux, pathos, non sens... et mots douteux. Et encore. 
Oh ! les fautes. Cette mystification n'a que. trop duré ! Mais 
Sachs, plus indulgent, 'fgit observer que ce chant libre et pur 
n'est point déréglé; il invite Walther k continuer. Au milieu du 
tumulte, plane l'ode envolée. Le chanteur est condamné, raillé 
par les apprentis et les écoliers; seul, maître Sachs, profondé- 
ment troublé, a vu le vrai poète, le noble, le grand et fier esprit. 
La toile s'abaisse sur les ironiques chuchotements des bassons. 

La nuit plaintive est sur Nuremberg. Jeunes gens et jeunes 
filles célèbrent par des rondes et des jeux la veillée de Saint-Jean. 
Et tandis que turbulent les uns, Sachs se met h l'ouvrage, pensif. 
Mais il ne peut pas travailler; ses outils tremblent dans ses 
mains : dans sa pensée murmure et chante l'ode du Printemps 
et l'orchestre insinué en nous la plus intime de ces rêveries. Le 
ciel se voile; les lumières brillent aux fenêtres. Eva rentre avec 
son père. Mais elle revient bientôt s'approche du vieux poète et 
s'informe adorablement dû sort de celui qu'elle aime. Oh! la mu- 
siqueiiivinemenl mystérieuse, oh! l'instrumentation pénétrante et 
nocturne! Les paternelles railleries s'éloilent de irisicFse; mais Eva 
ne le voit point, et celte gaîté fait scintiller aux pointes de ses cils 
les diamants des larmes. Walther paraît. Et l'orchestre se pâme 
en frissons d'amour : les amants fuiront au loin sous l'indul- 
gente protection de l'ombre. 

Quelqu'un les surveille ; Hans Sachs, rentré dans son échoppe, 
projette sur eux les rayons de sa lampe. Ils se cachent sous les 
branches d'un tilleul « partons, partons » ! Mais au moment où 
Walther veut s'avancer, Eva le retient : Beckmesser est là, accor- 
dant son instrument pour une mélancolieuse sérénade et cet 
instrument, une harpe minuscule aux timbres saugrenus, rend 
des sons miraculeusement faux et bizarres. Il va chanter ! Mais 
Sachs, qui a placé sa lampe de telle sorte qu'elle éclaire la rué, 
lève son marteau et frappe, endiablé^ frappe, frappe sur sa forme. 
Beckmesser interrompu tout net, veut continuer : le luth et la 
voix s'éraillent sans merci ; Sachs commence aussi une chanson 
burlesque. Cacophonie; tout le voisinage se réveille. 

« A la garde, au secours! Qui veut-on écorcher? » — Les 
habitants sont tous aux fenêtres. — « Holà! quel tapage et quel 
sabbat? Holà! je crois que l'on se bat! Ah! les braillards, les 
aboyeurs ! Quoi les droguistes, les merciers qui prennent part à 
l'algarade! Et jusqu'aux épiciers qui se sont mis en embuscade. 




Ça sent en plein le poivre el la muscade! » — David s'imagine 
que l'on en veul à Madeleine, sa fiancée, se précipite dans la rue, 
à demi- vêtu, et rosse Beckmesser. Les voisins aussi. Le théâtre 
s'encombre de bourgeois, d'ouvriers, de femmes d'écoliers. 
« Vous ici! — Vous en êtes aussi? » 

— On me culbute! Bélître! Vaurien ! Oh! la racaille! Oh! quel 
vacarme et quel sabbat! Mais voyez donc comme on se bat! A 
l'assassin, à l'incendie, au feu ! » Et le thème de la sérénade vole, 
se brise, se cogne, rebondit, braillé, s'cnflant, plus haut, plus 
bas, s'envole, cogne et rebondit, el les gourdins sur le dos du 
chansonneur. «Holà! qu'il pleuvedes gourdins. Ne bronchons pas, 
frappons à tour de bras ! Quelle bagarre! Qu'on les sépare! Frappe, 
frappe! » 

Oh! la fugue fantastique, la fugue fantasjlique! 

« Bonnes gens, il est onze heures ; 
Dormez en paix dans vos demeures. 
Le ciel en écarte tout revenant 
. . ^ Et tout esprit malfaisant ; ' 

Louez le Dieu tout puissant !» 

Le falot à la main, traînaillant son monotone couvre feu, c'est 
le veilleur. La lune monte au ciel plus clair. Où est la bagarre 
et ses échos? Oh ! le calme profond sur la cité endormie et 
l'assoupissement des notes susurrantes ! * 

C'est la Saint-Jean. Sachs, courbé sur un livre, médite : le 
soleil traverse, joyeux, les verrières rieuses de la chambre. 
« Le chevalier prendra sa revanche; à tantôt le concours défi- 
nitif et le collier triomphal !» ' , 

David entre, rubans et fleurs, el le chevalier-poète. « Chante » 
dit le maître, et s'épanouit la radieuse floraison lyrique. El le 
maître émerveillé transcrit les frémissantes svllabes. Et vient 
Eva, aussi, la douce désolée et. . . Beckmesser encore, Beckmesser, 
boîleux, moulu, racorni par la rossée nocturne. Les vers de son 
rival révent sur cette table. «Un morceau de concours... de 
Sachs!.'. Mordlcu! Ah! j'ai lu dans son jeu. Prenons- le!... » El 
Sachs le lui abandonne, ayant là-dessus son dessein. 

Beckmesser s'enfuit exultant, oublieux des coups de trique et 
des meurtrissures, tandis que les amants répondent par leurs 
jeunes amours à ses grimaces séniles. 

Le décor change : au loin les toits de Nuremberg, ici la plainp<^ 
Tout le peuple grouille, crie, chante et danse. Taratatarantes 
trompettes; costumes scintillants, bannières flambantes, les eaux 
jaunes de la Pegnitz se réjouissent de gais reflets. Fêle des 
Maîtres Chanteurs et fête des fiancés. Berceuse et tintante ondule 
la valse. 

Les Maîtres! 

El la joie populaire s'exalte en triomphantes acclamations, au 
vent des écharpes el des palmes, el l'on entend planer d'une aile 
large el lente le cantique de Witlemberg. Sachs, très ému, 
s'assied avec les Maîtres sur l'estrade enguirlandée et ouvre 
le concours. 

Paraît Beckmesser. Il chante. Est-ce chanter? 

Les plus indulgents se regardent avec stupeur,-jen entendant 
ses paroles baroques el ce galimatias inintelligible (car par erreur 
de lecture ou manque de mémoire, il a complètement défiguré 
la chanson que Sachs lui a donnée). 

Qu'est-ce à dire? La peste soit du cuistre saugrenu ! 

Les rires étouff'és se gonflent, secouent les ventres el les 
gosiers. El Wallher, confondant le plagiaire, triomphe : Eva 
lui appartient et Sachs, couronnant sa jeune gloire, le bénit. 



Et telle est cette œuvre inattendue, d'un rabelaisien comique, 
d'un fantasque shakespearien : gaminerie enfantine, gros rire 
débraillé, rêves auréolés de clair de lune, le beau liseron, enlacé 
au temple sévère de la solennité classique. 



LES PAIIKOPARDS 

On connaît désormais la tactique des myopes et des asthma- 
tiques qui, ennemis non par volonté, mais pas nature (ce qui est 
pire, car c'est incurable;, on porte pareille infirmité avec soi, 
comme le colimaçon sa coquille) viennent de se rallier effronté- 
ment à l'art jeune qui trouve son expression indomptable et 
éclatante dans les XX, après avoir, l'an dernier^ attaqué, mordu, 
conspué, hué, sali cette tentative hardie de culbuter définitive- 
ment leurs complaisances pour les vieilleries académiques et les 
représentants de ces vieilleries, dispensateurs ofiiciels de réconri- 
penses, de subsides et d'éloges. 

Ils se rallient au nouveau mouvement parce quil triomphe, 
comme ils le reniaient quand, dans leurs prévisions niaises, ils 
croyaient qu'on allait l'élouff'er. 

Jamais on n'a attaqué l'art jeune, telle est la déclaration auda- 
cieuse que critiques el artistes, dans ce groupe déçu, répètent 
à satiété. 

Nous y avons répondu dimanche dernier en signalant les bru- 
tales mesures d'exclusion ou d'intimidation qu'à la dernière 
exposition triennale encore le clan des vidés el des essoufflés a 
prises contre les novateurs. 

« Ah ! vous croyez qu'on peut se passer de nous et de nos subal- 
ternes de la presse el des ministères, ont-ils grommelé. Ah ! vous 
vous imaginez que l'art est une question de caractère en môme 
temps qu'une question de talent! Ah ! vous proclamez comme un 
évangile nouveau qu'il faut être libre de toute entrave et qu'il y 
a péril à ménageries reporters et les gens en place!. Eh! bien, à 
la porte! » Et alors l'inoubliable formule : Si vous n'êtes pas 
contents, exposez chez vous. 

Aujourd'hui c'est à qui se défendra d'avoir eu ces pensées et 
d'avoir tenu ces propos. 

Le vent,. en eifel, a tourné. Le Salon des XX est le plus 
^rand succès de peinture qui se soit vu en Belgique. Et le public, 
désormais convaincu, gronde et montre les dents aux détracteurs. 
Ceux-ci rentrent la queue entre les jambes, baissent les oreilles, 
et viennent comme nous le disions, lécher les mains qu'ils mor- 
daient el eussent voulu mordre encore. 

Jamais on n'a attaqué l'art jeune! On ose dire cela quand 
-Wîisloire de ces vingt-cinq dernières années est celle d'une cam- 
pagne ininterrompue, perfide, cruelle, contre tous ceux qui s'en 
proclamaient les apôtres; quand nombre de ces apôlres sont 
morts des lâches méchancetés dirigées contre eux sans pitié. 

Jamais on n'a attaqué l'art jeune? Et parmi ceux qui le disent, 
on compte celui qui l'an dernier, après avoir accueilli l'offre qui 
lui fut faite d'être secrétaire des XXy pris de peur et ne pré- 
voyant rien (tant sa vue est pénétrante) recula au dernier moment 
et (à ses regrets intarissables) se voit aujourd'hui remplacé sans 
espoir de récupérer jamais l'honneur qu'il a sottement dédaigné. 

Jamais on n'a attaqué l'art jeune! Et parmi les artistes qui 
s'étaient d'abord enrôlés, on en compte un, un sculpteur d'un 
admirable talent, qui, sous l'impression des craintes que surent 
lui inspirer les adversaires acharnés de la nouvelle école, déserta. 



^ . r 




Vraiment celte palinodie est aussi amusante que misérable. 
Elle est aussi le plus puissant encouragement pour ceux qui ont 
osé. Oui pour ceux qui ont osé conseiller cette rupture avec l'as- 
servissement passé et pour ceux qui ont osé l'accomplir. 

Un nouvel incident vient compléter la comédie que nous dénon- 
çons. Il concerne Ter Linden. 

Jusqu'ici Ter Linden était systé matiquement oublié, systémati- 
quement sacrifié. 

Messieurs les reporters à faux nez de critiques, n'en parlaient 
guère. Dans les expositions on le mettait dans les coins, quand 
on ne le mettait pas à la porte. 

Voici que tout ce monde se prend maintenant d'engouement 
pour lui. Ter Linden par ci, Ter Linden par là. Ses tableaux sont 
remarquables. Sa personnalité est sympathique. C'est non seule- 
ment un peintre, mais un penseur. Il faut le nommer du jury. 
Tous l'ont toujours défendu. Qui donc l'a méconnu? Ni vous, ni 
moi, n'est-ce pas? Moi surtout. Pourquoi n'est-il pas décoré? Est- 
ce permis ? 

Palinodards, va! Palinodards! On se tient les côles à vous voir 
évoluer. 

Ce ne sera pas voire dernière métamorphose. Vous les subirez 
toutes, toutes. Et nous disons subir parce que au fond du cœur 
vous ragez et que même dans vos professions de foi nouvelles, 
on sent la colère et l'envie. 

Mais au fond, tant mieux. Votre abandon des idées qui vous 
furent chères est la plus éloquente confirmation des idées que 
vous avci dénigrées. 

Seulement, mes petits, il ne faut pas que vous alliez jusqu'à 
dire que vous les avez inventées. C'est, on le sait, votre cou- 
tume, mais on veille, on veille. Et quand yous mettrez les pattes 
dessus, on sera là pour vous donner sur les ongles les coups de 
règle qui vous l'es feront lâcher. 



^^^OClJKTlOn DE^ ^RTl^TEp MUSICIEN? 

, Quatrième Concert. 

Le public de l'Association est fait de trois éléments : des habitués 
de la Grande Harmonie^ des déballages d'Anglaises et des artistes. 
Les deux premiers constituant la majorité, leur goût fait prime au 
programme, et les artistes n'ont qu a se résigner en écoutant, ça et là, 
une miett« de Schumann ou de Wagner et en se gardant bien d'in- 
terrompre la foule en ses trépignements. 

L'Association avait fait un effort pour sortir de son état de virtuo- 
tisme aigu ; elle y est retombée en plein. Le dernier concert est venu 
effacer la bonne impression des deux précédents. 

Nous n'avons pas à reparler de M. Gresse, non plus que de 
M"« Marx, la minutieuse pianiste à fleur de touches; mais il y avait 
une débutante, M"* Jane de Vigne, à qui le public a fait un accueil 
chaleureux qu'elle a pu prendre pour flatteur, et que nous trouvons 
immérité, ce qui est de notre part un éloge. M"e de Vigne ne 
nous paraît pas destinée à sombrer, la tête en avant, dans la méca- 
nique à roulades; on a bien fait de le lui dire dès le début, comme 
nous le lui disons ici. Un, confrère a eu ce mot juste : •♦ Accueil 
trop sympathique »». IL s'explique parle regret de voir une artiste 
se donner à gosier perdu au caprice des badauds, car la foule, quelque 
spirituels qu'en soient -les individus, considérée dans sa masse, est 
badaude, et neuf fois sur dix, ses sifflets valent mieux que ses applau- 
dissements. 

Après un air de la Soinnamhuley dît en italien, M"e de Vigne a 
chanté les- variations de Proch. Elle a essayé d'avoir les mouve- 



ments de têtô, les contorsions de bouche, ses roulements de yeux et 
tous les clichés que les professeurs de gargarisme annotent comme 
des nuances sous les traits. Nous sommes heureux de dire qu'elle 
n'y a pas réussi ; car loin d'en vouloir à sa gracieuse personne, 
nous n'en voulons qu'à son genre et à ceux qui l'y ont poussée. 
Admettons même que nous ne l'avons pas entendue et que notre 
critique ne l'atteint pas. Nous soupçonnons en elle une jolie 
voix et une. intelligence d'artiste. Voilà tout, et lui demandons de les 
faire servir à autre chose qu'à la ressurrection de pareille musique. 
Entre autres morceaux d'orchestre, signalons un Intermezzo de 
Sandre, ciselé à la Delibes et délicatement exécuté sous l'intelligente 
direction de Jehin. 



; YhÉATF(E^ ' : 

Théâtre de la Monnaie. — Encore un départ. M>i« Angèle 
Legault vient de signer un très bel engagement que lui a otfert le 
directeur du Grand-Théâtre de Lyon. Le départ de la charmante 
artiste, qui a conquis à Bruxelles toutes les sympathies, sera vive- 
ment regretté. 

Le succès de Joli Gilles s'accentue. On a donné vendredi, devant 
une belle. salle, la quatrième représentation. 

On espère que les Maîtres- Chanteurs pourront passer le 4 ou le 
5 mars. 

Théâtre de l'Alcazar. — Tous les soirs ï Etudiant pauvre. 

Théâtre du Parc. — Nous apprenons que M. F. Huguenot, 
l'excellent artiste du théâtre du Parc, quittera Bruxelles à la fin de 
la saison. Il est, parait-il, engagé à Paris. 

Théâtre Molière. — Aujourd'hui dimanche 22 février. Le Son-' 
ncurde Saint-Paul, drame en 5 actes, dont un prologue, par M. G. 
Bouchardy. M. Laray remplira le rôle du sonneur de Saint-Paul. 

Demain lundi, 23 février, pour la dernière représentation avec le 
concours de M. Laray^et au profit des ouvriers sans travail, repré- 
sentation organisée par « Le Dispensaire du Nord >» : la Closerie des 
Genêts, dranie en 5 actes et 7 tableaux, par Frédéric Soulié. 
M. Laray remplira le rôle de Kérouan. 

On mettra bientôt à l'étude le Prince Zilahy que M. Bouffard a 
acquis le droit de représenter. • • 



' MEMENTO DES EXPOSITIONS ET CONCOURS 

Anvers. — Exposition universelle. Mai à octobre 1885. 

Anvers. — Salon des refusés et exposition des artistes indépen- 
dants. Ouverture en mai. Pour tous renseignements s'adresser au 
secrétaire du Cercle des artistes indépendants, 1, rue de l'Angle, 
Bruxelles. 

Bruxelles. — Exposition tintamarresque de l'Essor au Musée 
du Nord. Ouverture 28 février. — III^ exposition de Blanc et 
Noir à VEssor. (Limitée aux membres du Cercle). Mai 1885. — 
Exposition historique de gravure, par le Cercle des aquarellistes et 
aquafortistes. Mai 1885. 

Bruxelles. -^ 25* exposition,annuelle de la Société royale belge 
des aquarellistes. Ouverture le 4 avril 1885. 

Londres. — Exposition internationale d'instruments de musique. 
Ouverture en mai 1885, à South- Kensington. • 

Id. — Du 31 mars à la fin de septembre exposition internationale 
et universelle d'Alerandra-Palace, comprenant notamment les arts 
et métiers, et exposition de tableaux et objets d'art des principales 
écoles du continent. 

NuRKMHKRO. — Exposïtîon internationale d'orfèvrerie, de joaille- 
rie, de bronzes, etc.. Du 15 juin au 30 septembre 1885. 

Paris. — Salon de 1885. — l*^"" mai au 30 juin 1885. — Peinture^ 
dessins, etc. Dépôt des ouvrages au Palais des Champs-Elysées, du 
5 au 14 mars. Vote, le mercredi 18 mars, de 9 h. à 4 h. — Sculp- 
ture, Gravure en méd. et sur p. f. Dépôt du 21 mars au 2 avril. 
Vote, le mardi 7 avril, de 10 à 4 h. — Architecture, Dépôt du 2 au 



,r- 




5 avril. Vote, le mardi 7 avril, de 10 à 4 h. — Gravure et Lithogra- 
phie. Dépôt, du 2 au 5 avril. Vote, le lundi 6 avril, de 10 à 4 h. 

Paris. — Exposition internationale de blanc et noir, organisée 
par Le Dessin, au Palais du Louvre (pavillon de Flore). Dii 15 mars 
au 30 avril. Dernier délai d'envoi : 5 mars. Trois sections : 1» Des- 
sins; 2° fusains; 3o gravures. 

Il sera distribué trois médailles d'or, 18 médailles en argent, 
9 médailles de bronze et 15 mentions honorables. 

Deux envois seulement par artiste. Adresse : M. E Bernard, au 
Louvre. 

Rotterdam. — Du 31 mai au 12 juillet. Dernier délai : 16 mai. 
Renseignements : M. Veders, secrétaire, 42, Boompjes, Rotterdam. 

Gand. — Statue du docteur Joseph Guislain. Clôture : 31 jnars 
1885. Les œuvres doivent être envoyées au concierge de l'Université 
de Oand, rue des Foulons, et porter la suscription : Au comité 
constitué pour l'érection d'une statue au docteur Joseph Guislain. — 
Envoi : Maquette de la statue et du piédestal (25 centimètres au 
total), dessin détaillé de la grille et indication de la disposition du 
dallage entre le grillage et le piédestal. — L'artiste doit s'engager à 
livrer pour 19,000 francs les travaux de maçonnerie nécessaires, la 
statue, le piédestal, le grillage et le dallage. — Documents et pho- 
tographies chez le Dr B.-G. Ingels, médecin de l'hospice Guislain, 
à Gand. 

Paris. — Statue de Paul Broca (hauteur 2"i, 20) maquettes de 
70 centimètres, déposées à l'école des Beaux-Arts, le ler septembre 
1885 avant 5 h. 8000 fr. à l'artiste désigné pour l'exécution en plâtre 
du modèle définitif, destiné à être coulé en bronze aux frais de la 
commission du monument. 1000 fr. et -500 fr. aux deux concurrents 
les plus méritants après l'artiste choisi. S'adresser à M. le docteur 
Pozzi, 10, place Vendôme. 

RicHMOND (Virginie). — Concours pour un monument à Robert 
Ltee, jusqu'au 1er mai 1885. 

Saint-Nicolas, — Concours de gravure du Journal des Beaux- 
Arts-. Histoire : prix 400 fr. pour la meilleure eau-forte (sujet inédit 
ou copie d'un tableau flamand ancien ou moderne' Genre : prix 
300 fr. Paysage et intérieur : prix 200 fr. Dimension maximum des 
cuivres: 0'"260 sur 0'nl90. Dernier délai : 31 juillet 1885. Envoyer 
franco avant cette date 2 exemplaires sur papier blanc et 2 exem- 
plaires sur chine. 

Vienne. -^ Concours pour l'érection d'un monument à Mozart. 



? 



ETITE CHROJ^IQUE 



A voir chez Dietrich, rue Royale, la belle collection d'aquarelles 
et de tableaux de Mauve,'- le maître hollandais. Ses aquarelles surtout 
ont un charme pénétrant. Toutes sont d'une exquise distinction de 
coloris et d'une intimité séduisante. Mauve paraît plus apte à manier 
le pinceau que la brosse. Ses tableaux, un peu secs, n'ont pas la 
fluidité d'atmosphère de ses peintures à l'eau, qui évoquent merveil- 
leusement les aspects de la Hollande, 



M. G3orges Rodenbach vient de remporter avec son nouveau 
manuscrit : La Jeunesse blanche, le prix de poésie au Concours de 
l'Union littéraire. 

Depuis hier sont exposés, dans la salle dt* sculpture du Salon des 
XXy Tue de la Régence; les dessins de MM. Gharlet. Khnoptf et 
Meunier, pour illustrer le Vice suprême de Joséphin Péladan. 
M. Khuopfir expose en outre les deux dessins quil a faits d'après 
La Forge lioussel d'Edmond Picard, 

La clôture de l'exposition est annoncée pour la tin de cette 
semaine. 



Un deuxième concert de musique russe sera donné à Lièîre, le 
samedi 18 courant, à 7 12 h , à VÈnnilation. 

M'"e la comtesse de Mercy-Argenteau s'y .fera entendre en com- 
pagnie de M, Heynberg, dans deux morceaux de G. Gui pour piano 
et violon. 

La pianiste soliste sera M"'e E. Delhaze, qui jouer aune Suite de 
Glazounort", SascJia, et une 2'arentelle slave, de Dargomysky, 
arrangée par Liszt. 

M"e G. Begond chantera la Chanson cirCiu^Mne de C. Cui. avec 
chœur et orchestre, et M. Byrom sera cette fois dé la partie. 



t'orchestre du Théâtre-Royal, sous là direction de M T. Jadoul, 
exécutera la Symphonie de A. Borodine, les Danses ctrcassiennes et 
la Tarentelle <\e C. Cui, ' 

Enûni]e Cercle choral de l'Émulation interprétera : l» L'entr'- 
acte et chœur et 2" le chœur des Cadeaux et le finale du second acte 
du Prisonnier du Caucase, de G, Gui, et le chœur déjeunes filles 
du 3*^ acte de fiorw G^odouno;^, de Moussorgsky, 

Le produit du concert est destiné à la fondation de bourses 
d'études à la section des dames du Cercle Polyglotte de Liège, dont 
M^e de Mercy-Argenteau est la présidente d'honneur. 



M^'e Jane de Vigne, cantatrice, donnera un concert le mardi 
3 mars 1885, à 8 1/2 heures; à la Grande-Harmonie, avec le concours 
de M"e NoraBerghe, pianiste, et de M.Jenô Hubay, violoniste, pro- 
fesseur au.Consei'vatoire de Bruxelles. 



Dimanche 8 mars, à 2 heures, séance d'instruments à vent donnée 
par MM. Dumon, Guidé, Merck, Poncelet, Neuman et De Greef, 
dans la grande salle du Conservatoire. Samedi 7, à 3 heures, répé- 
tition générale. 



Le concert d'Albert, annoncé pour le 5 mars, n'aura pas lieu. 
Le jeune pianiste se fera entendre le 3 mars, à Anvers. 



Au. Cercle, le huitième concert de la saison, retardé paf suite de 
l'indisposition d'un des exécutants, aura lieu le samedi 27 février. 
Il sera consacré à l'audition d'œuvrés de M. Benjamin Godard. 



Il vient de se fonder à Namur une nouvelle société chorale, à 
laquelle ses membres ont décidé de donner le titre de Cercle Féli.r 
Godefroid. Déjà, il y a quelques années, la ville de Namur, voulant 
rendre un hommage mérité au célèbre harpiste qui est l'un de ses 
plus dignes enfants, avait donné son nom à l'une de ses rues. 



M. Roudil, directeur du théâtre de Toulouse, avait l'intention de 
monter, dans^ le courant de la saison, le Lohengrin, de Wagner. 
■Lorsqu'il s'es't adressé à M. Durand Schœnewerk pour l'achat ou la 
location de la partition, il lui a été répondu que la famille de Wagner 
s'opposait à ce que l'ouvrage fût représenté en province avant d'avoir 
été représenté à Paris. Le directeur du théâtre du Capitole avant 
insisté, les éditeurs lui ont écrit : > — "-, 

« Croyez bien que nous sommes désespérés de ne pouvoir vous 
donner satisfaction en ce qui concerne Lohengrin. 

» Il y a en ce moment trois directeurs à Paris qui se disputent 
Lohengrin. C'est de là que proviennent les désirs de la famille 
Wagner de voir l'ouvrage donné d'abord à Paris, ce qui aura certai- 
nement lieu la saison prochaine. 

« Voyez si vous ne pourriez remplacer Lohengrin par Tannhâu- 
ser. Pour cet ouvrage déjà donné à Paris, il n'y aurait pas les mêmes 
difficultés. » 



Voici le programme du festival donné aujour-d"hui à Paris en 
rhohneur de Félicien David : 

A, Fragments d'Herculanum. — I. Prélude pour orchestre. — 
II. Chœur et prière. — III. Extase, par M. Bosquin et les chœurs. 

B. Le Jugement der^iier grande scène inédite). — La vallée de 
Josaphat. — Réveil des morts. — Marche des trépassés. — Lejuçre- 
ment. — Chœur des élus. — Malédiction des réprouvés. — Apo- 
théose 

"^C. Le désert. — Ode-symphonie, poésie de A. Colin (M i« Rous- 
seil et M. Bosquin). 



MM. Titz. Hàgemaus et Vos ont remplacé, à la Société royale des 
Aqjiarellisl^s, >fM. Franoia et Van Moer, décédés, et M. Gabriel, 
qui a quitte la Belgique pour retourner en Hollande, son pays natal. 



Le Cercle des artistes indépend'.aits de Bruxelles se propose d'or- 
ganiser à Anvers, au mois Je mai prochain, une exposition de beaux- 
arts, comprenant la peinture. l'aquarelle, le dessin, la gravure, la 
céramique et la sculpture. Les artistes étrangers à la société pour- 
ront V faire admettre leurs œuvres, movennant une cotisation fixe 
de douze francs. L'exposition du cercle se fera sans jury d'admission. 
Le nombre d'œuvrés qu'un même artiste peut exposer est illimité. 
Le choix du local et la date de l'ouverture de Texposition seront rixes 
ultérieurement. Siège social : rue de l'Angle, 1, Bruxelles. 




; 



Les annonces sont reçues au bureau du journal y 
26 j rue de r Industrie, à Bruxelles,' 

, VIENT DE PARAITRE 

CHEZ Félix CALLEWAERT Père 

: . 26, RUE DE L'INDUSTRIE, A BRUXELLES , 



LA FORGE ROUSSEL 

— PAR Edmond PICARD 

' Édition définitive , tirée à "petit nombre 

Prix : Grand Japon, ,j60-_Jraucs ; Chine genuine, 40 francs, 
Hollande Van Gelder, 25 francs. 



NOUVEAUTÉS MUSICALES 

POUR PIANO 

Hubertiy G. Trois morceaux : N^ 1. Etude rhythnaique, 2 fr. — 
No 2. Historiette, 2 fr. N« 3. Valse lente, fr 1.75. 

Kowalski. Op. 44. Autour de mon Clocher, 2 fr. — Op. 45. Illu- 
sions et Chimères, 2 fr. -- Op. 48. Tambour battant, 2 tr. 

Smith S. Op. 185. Notre-Dame, Chant religieux, 2 fr. — Op. 191. 
La mer calme, Deuxième barcarolle, 2 fr.— Op. 192 Styrienne, 
2 fr. — Op. 193. Marguerite, 2 fr. — Op. 194. La fée de Ondes, 2 fr. 

Wieniawski, Jos Op. 39. Six pièces romantiques : Cah. L Idylle, 
Evocation, Jeux de fées, 3 fr. — Cah. IL Ballade, Elégie, Scène 
rustique, 3 fr. — Op. 41. Mazourka de concert, fr. 2..50. 

MUSIQUE POUR CHANT 

liach. Six chorals pour chœurs mixtes ^^av Mertens. La partition, 
1 franc. 

Jiremer. A. Sonne mon tambourin, pour chant, violon ou violon- 
celle et piano, 3 fr. — Hymne à Cérès, pour baryton ou mezzo- 
çoprano et chœur pour 3 voix de femmes, 2 fr. 

Riga, Fr. Quatre Chœurs pour voix de femmes avec accompagne- 
ment de piano à 4 mains : N» 1. Fête villageoise, la partition, 
fr 2 50. — N» 2. Les Vendangeuse, la partition, fr. 2.50. — N» 3. 
Sous les Bois, la partition, fr. 2.50. — N" 4. La Paix, la partition, 
fr. 3.50. 



— ^ r SCHOTT Frères, Editeurs de Musique - — - 

BRUXELLES, rue Duquksnoy, 3». 
Maison principale MONTAGNE DE LA COUR, 82 

VIENT DE PARAITRE CHEZ 

BREITKOPF & HÀRTEL 

ÉDITEURS DE MUSIQUE 

BRUXELLES, 41, MONTAGNE DE LA COUR 

ÉCOLE DE PIANO DU COASERVATilIRE RO¥.)L DE BRCXELIES 

' • Vingt - neuvième livraison 

J. -N. HuMMEL, Rondoletto russe. La Gontemplazione. 
La Bella Cappricciosa. Variation en la maj. 
PRIX : fr. 7-25 



J. SCHAVYB, Relieur 

46, Rue du Nord, Bruxelles 



CARTONNAGES, RELIURES ORDINAIRES, RELIURES 
DE LUXE, ALBUMS, ETC. 

SPECIALITE D'ARMOIRIES BELGES ET ÉTRANGÈRES 



PIANOS 



BRUXELîuES 
rue Théré9ieiine« 6 



VENTE 

CHANG 

LOCATION 



ÉCHANOK GUNTHER 



Paris 1867, 1878, l" prix. — Sidney, seul 1" et 2« prix 
EXPOSmOI ÀHSTERDll 1883, SEIL DIPLOK rHORDEDB. 



musique:; 



10, RUE SAINT-JEAN, BRUXELLES 
(Ancienne maison Meynne). 



ABONNEMENT A LA LECTURE DES PARTITIONS 



VIENT DE PARAITRE 



à la librairie Ferd. Larcier, 10, rue des Minimes, à Bruxelles 



MON ONCLE 

LE JURISCONSULTE 

PAR 
AVOCAT A LA COUR DE CASSATION 

Un volume in-octavo, impression de luxe sur papier de Hollande, 
avec un portrait gravé par Aubry et une illustration par Mellery. 

Prix : 3 fr. 50 

Cet ouvrage forme la suite des Scènes de la vie judiciaire. 

Les volumes antérieuremen.t parus sont : 

L& Paradoxe sur l'avocat. — La Forge Roussel. — L'amiral. 



Il a été tiré vingt-cinq exemplaires sur papier impérial du Japon 
numérotés qui sont mis en vente au prix de 10 francs. 



ADELE Dbswarte 

se, RXJE DE I-.-A- "VIOLETTE 

BRUXELLES. 

Atelier de menuiserie et de reliure artistiques. 



■ VERNIS iET COULEURS 

POUR TOUS GENRES DE PEINTC.'RES. 

TOILES, PANNEAUX, CHASSIS, 

MANNEQUINS, CHEVALETS, ETC. 

BROSSES ET PINCEAUX, 

CRAYONS, BOITE» A COMPAS, FUSAINS, 
MODÈLES DE DESSIN. . 

RENTOILAGE, PARQUETAGE, 

EMBALLAGE, NETTOYAGE 
ET VERNISSAGE DE TABLEAUX. 



COULEURS 

ET PAPIERS POUR AQUARELLES 

ARTICLES POUR EAU -FORTE, 
PEINTURE SUR PORCELAINE. 

BOITES, PARASOLS, CHAISES, 
Meubles d'atelier anciens et modernes 

PENCHES A DESSINER, TÉS, 

ÉQUERRES ET COURBES. 

COTONS DE TOUTE LARGEUR 

DEPUIS 1 MÈTRE JUSQUE 8 MÈTRES. 



Représentation de la Maison BINANT de Pans pour les toiles Gobelins (imitation) 



NOTA. — La maison dispose de vingt ateliers pour artistes. 
Impasse de la Violette, 4. 



bi uxelies». — imp. t elix Callbwaekt père, rue de l'iudustiie. 



A 



Cinquième année. — N° 9. 



Le numéro : 25 .centimes. 



Dimanche P*" Mars 1835. 





PARAISSANT LE DIMANCHE 



REVUE CRITIQUE DES ARTS ET DE LA LITTÉRATURE 



ABONNEMENTS : Belgique, un an, fr. 10.00 ; Union postale, ff. 13.00. — ANNONCES : On traite à forfait. 



Adresser les demandes d'abonnement et toutes les communications à 

L ADMINISTRATION GÉNÉRALE DE l'Art Modeme, PUB de l'Industrie, 26, Bruxelles. 



^OMMAIRE 



L'In'Cidext Caron. — Le laid dans l'art] — L'Impression* - 
MSME. — Racz Pal. -^ Gazette de Hollande. — Chronique 

JUDICIAIRE des arts. — MeMENTO DES EXPOSITIONS ET CONCOURS. — 

Petite chronique. ■- - , 



L'IXCIDÈXT CAROX 

Le caractère hebdomadaire de notre journal est 
cause que nous arrivons très en retard pour donner nos 
réflexions sur l'incident qui, il y a quelques jours, a 
si fort occupé Bruxelles, et déjà s'en va, grand 
train, dans les brumes où, en ce temps de hâte, se 
perdent si promptement toutes choses. i)e grandes 
clameurs à propos de tout, puis promptement laffai- 
blissement, le silence, voilà la dominante pour les évé- 
nements, même les plus importants, même les plus 
, intéressants. 

Peut-être qu'arrivant comme arrière-garde sur le 
champ de la mêlée vide et apaisé, au milieu des herbes 
foulées et des fourniments abandonnés, nous pourrons 
mieux parler, sinon' de la bataille finie, au moins des 
motifs de la lutte et de ses conséquenses. Nous pour- 
rons aussi, sans doute, le faire avec plus de calme et 
de présence d'esprit. 

Il est très caractéristique, cet incident, pour apprécier 

ce terrain bruxellois, mi-mondain, mi-provincial, dans 

lequel il a surgi et s'est déchaîné. C'est à ce terrain 

— iju^estihie, semble- t-il, la violence de l'accès bien plus 

qu'aux faits eux-mêmes. Mais ce milieu étant donné 



rien n'était plus redoutable que l'imprudence du 
peintre, rien de plus inévitable que la voracité du pu- 
blic à se jeter sur cet aliment propre à nourrir son 
appétit de scandale, rien de plus légitime que la colère 
de la femme, de la mère, de l'artiste, digne de tous les 
respects comme de toutes les admirations, et sa promp- 
titude à protester avec une énergie en rapport avec sa 
personnalité passionnée et virile. Elle a d'instinct com- 
pris que si elle ne procédait pas elle-même à une exé- 
cution sommaire, elle était fatalement exposée à se voir 
mise en pièces par les cancans, les vilenies, les méchan- 
cetés venimeuses de ce joli monde qu'elle doit commencer 
à connaître depuis tantôt dix-huit mois qu'elle y est en 
plein. Déjà le petit reportage, ce donneur de signal, 
entrait en action, et, embusqué au coin du bois nommé 
Échos delà ville, avait lancé son premier vitriol. 

Il fallait tordre le cou à cette volaille caquetante et 
mauvaise : la Walkyrie s'en est acquittée en mai tresse- 
femme. 

Mais tout péril étant ainsi étouffé, et la grande ar- 
tiste ayant traversé sans dommage, absolument comme 
le cercle de flammes qui l'enveloppe dans Sigurd, le feu ' 
de joie que les allumeurs de potins commençaient â faire 
flamber autour d'elle et qu'elle a' éteint comme on 
mouche une chandelle, demandons-nous, à un p»oint de 
vue plus élevé, ce qu'il fut advenu du fait qui a donné 
lieu à l'algarade, si nous n'étions pas dans le marécage 
où barbotte et coasse notre gentry. 

Voici en peu de mots les données. Un peintre d'un 
très grand talent et d'un magnifique avenir, dont lima- 



.».._,. 4 




A 



gination S alimente à une instruction solide et à des 
études constantes, vient d'achever la lecture d'un livre 
nouveau, étrange, à la fois irritant et séducteur, dont 
le souvenir le hante, dont il traduit intellectuellement 
les scènes les plus émouvantes en images picturales, et 
dont le personnage principal, une femme, héroïque et 
fragile, belle et terrible, caressante et funeste, énigma- 
tiqùe surtout, demeure dans son esprit comme un type 
inoubliable, dont il cherche la figuration linéaire. En 
même temps le hasard fait qu'il obtient l'honneur, dû 
à son mérite désormais indiscuté, d^ tenter le portrait 
d'une artiste dont l'allure et la beauté bizarres ont fait 
sur notre population une impression pénétrante. Elle 
pose devant lui, et pendant les séances muettes, stu- 
dieuses, sa tête d'un admirable caractère, pâle, accen- 
tuée, immobile, se détache violemment d une toilette 
sombre. L'œil du peintre, son pinceau détaillent toutes les 
lignes, toutes les nuances de ce visage tragique et doux. 
Il subit le magnétisme de cette individualité qui, coïnci- 
dence singuHère, correspond aux traits les plus mar- 
quants indiqués pour son héroïne par l'auteur du livre. 
Et dans sa mémoire, chaude encore de sa lecture, 
chantent ces coups de pinceaux épars, dont Joséphin 
Péladan a buriné Léonora d'Esté, la fille du divin Her- 
cule : Fblouissaùte de matité, sa carnation est celle 
de la Source d^Ingï^es, sans un rehaut rose; la pâleur 
de ses hras minces ^ pendant en une dépression 
épuisée, se continuait à ses mains au pouce long, et 
celle de ses épaules à son long cou ; une princesse de 
marbre, à la déïnarche fière, les lèvres minces, la 
bouche grande au sourire inquiétant, auplidédai- 

\ gneux, au rire strident; les cheveux fins, aux fla- 
vescences de vieil or, les tresses roulées à la nuque 
en une simplicité plus redoutuble que tout o^mement; 
cette nuque, inquiétante avec ce nuage blond d'oie 

. descend le sillon dorsal, étroite et longue vallée des 
enchantements -les yeux pers, aux regards directs 
et ambigus, un front à méplats où est écrit V esprit 
de révolte, nu commue ceux que le Bronzino a peints ; 
une voix qui dans la causerie ne se hausse jamais, 
un corps qui ne fait pas un geste qui ne soit lent ; 
la ligne de la taille se renflant peu aux hanches, et 
sous les vêtements qui la ma^'^quent, se perdant dans 
les jambes longues dhme Eve de Lucas de Leyde; 
rélancement des lignes, la lojigueur étroite des 
extrémités, le règne des verticales; un ange de Mis- 
sel. — Et aussi ce détail que les carnivores qui ont fait 
perdre à la déesse son impériale majesté ont pris pour 
des marguerites, mises là tout exprès par le peintre 

• pour lever toute équivoquç : Les lys, les fleurs 7'oyales, 

. les fleurs pures, élançant sereins et augustes, leurs 
tiges droites des pieds de bronze, et leur*s calices 
(rargent, pistillés d\or, gouachant la tenture de 
tons chastes et nobles . ^ 



Peu â peu, dans Timagination du, peintre, le visage 
qu'il cherche pour incarner sa vision se confond, en 
ses éléments essentiels, avec le visage de son modèle 
vivant. Et comme chaque soir, dans son atelier, avec 
l'ardeur etl'âpreté de l'art minutieux qui le personnifie, 
il travaille longuement à un dessin désormais célèbre, 
quoique détruit, où apparaît dans une nudité divine la 
femme imaginaire qu'il essaie de matérialiser par le 
crayon, il est entraîné par une force invincible, à 
donner à la tête de son évocation, une ressemblance 
inconsciente avec la statue sévère qu'il voit devant lui, 
le matin, manifestant sa séduction et sa dignité impas- 
sible sous les plis de son long vêtement noir. 

Et les deux œuvres marchent ainsi parallèlement, 
s'influençant par un secret magnétisme, chacune 
prenant à l'autre quelque chose de sa substance 
artistique, comme si, à chaque retour; le peintre rentrait 
dans son atelier imprégné d'un fluide, qui, passant de 
ses doigts dans ses crayons, va pénétrer l'image et la 
sature d'une vie dérobée ailleurs. 

Pour comprendre la vérité de ce phénomène, il faut 
être artiste, il faut connaître l'électricité qui se con- 
dense incessamment au cerveau cherchant un dégage- 
ment; il faut avoir subi la possession, là hantise d'une 
œuvre en formation, la manie dérobante qu'elle 
déchaîne et qui fait que partout autour de soi celui qui 
la crée, qui la modèle, recueille, thésauriseur d'impres- 
sions, les forces secrètes capables de lui donner son 
plein épanouissement; il faut avoir lutté contre cette 
souffrance : comprimer son imagination qui voudrait 
s'ouvrir en une floraison qu'on voit .déjà quoiqu'elle 
soit encore intérieure. Non seulement le peintre, mais 
l'écrivain, le musicien subissent ce magnétisme. L'artiste 
lyrique aussi. Ah! celle qui a si superbement créé la 
Walkyrie, z^ajeuni Norma, Rachel, Marguerite, Valen- 
tine, celle qui va incarner Eva, doit le savoir! Et puis- 
que le sort l'a douée d'une personnalité d'élite, à la fois 
grandiose et bizarre, qu'elle ne s'étonne ni de ce qui 
vient d'arriver, ni de ce qui lui surviendra encore, on 
peut le prédire, dans l'ordre des mêmes attractions. 
Elle est de celles dont le type s'impose aux chercheurs 
et qui, chassant les expressions moins saisissantes, 
ne laisse dans une âme ardente place que pour son sou- 
venir. ~ . 

Quand se réalise pareille évolution psychologique, 
où la volonté a si peu de part, et l'instinct artistique 
tant de tyrannie, au lieu de se mettre en colère, 
n'est-ce pas plutôt l'occasion de sourire orgueilleuse- 
ment en constatant soii invincible empire ? 

Oui, certes, à moins que la niaiserie prudhommesque" 
des badauds dont on est parfois entouré ne conseille 
une attitude moins héroïque, et ramenant toute la 
situation aux données bourgeoises, ne justifie un coup 
d'état de nature à satisfaire les pudibonderies épicières 



/ 




et à couper la langue aux roquets qui se prennent à 
aboyer. Les trafiquants peu lettrés qui constituent en 
général les parasites des grands artistes se croient, 
comme donneurs d'avis.,, très supérieurs à ceux-ci, 
quelque grotesque que cela paraisse, et comme d'ordi- 
naire les grands artistes sont de grands enfants, ils se 
laissent endoctriner sans résistance. 

Des exemples célèbres ont, dans tous les tenips, 
justifié les entraînements et les immunités artistiques 
que nous venons de rappeler et qui toujours au vul- 
gaire sembleront des monstruosités. Praxitèle a pu 
impunément composer son immortelle, Vénus des char- 
mes publiquement empruntés à quelques-unes des plus 
belles vierges d'Athènes. Certaines nudités, parmi les 
plus renommées et les plus voluptueuses du Titien, ont, 
suivant la tradition, eu pour modèle sa fille. La plantu- 
reuse Hélène Fourment, l'épouse que Rubens aima au 
point qu'elle fut, comme la Fornarina pour Raphaël, 
accusé d'avoir, par sa tendresse dévorante, hâté sa mort, 
trône en ses belles chairs flamandes parmi les déesses 
les moins vêtues- de son Olympe. La princese Pauline 
Borghèse, sœur de Napoléon, est l'original de la 
Vénus de Canova. En des temps plus récents, si l'on 
en croit la chronique, deux jeunes femmes viennoises 
du meilleur monde, ont été fort glorieuses de marcher 
nues parmi les pucelles dont Mackart, dans un tableau 
qui fut promené par toute l'Europe, a orné le cortège 
triomphant de Charles-Quint entrant à Anvers. Il y a 
peu d'années, à Bruxelles même, le public prétendit 
malicieusement reconnaître dans une jeune captive, 
vêtue de ses charmes seulement, la reine des fêtes de 
cette époque dont un jeune sculpteur très choyé venait 
d'achever le buste, et qui ne se fâcha pas. 

Voilà ce qu'on peut dire à propos de l'incident quand 
on se sauve, en se bouchant les oreilles, loin des cla- 
bauderies en lesquelles s'égosillent nos myrmidons de^ 
bords de la Senne. ' 

Ce qui n'a pas empêché, nous dit-on, ou ne sait 
quels chroniqueurs à cuir de pachyderme pour sûr, 
d'assimiler le fait de l'exposition des A'A^ à l'industrie 
des pornographes qui, racontent-ils, (où diable ont-ils 
appris cela?), ajustent au corps d'une vierge folle 
photographiée nue, la tète d'honnêtes femmes, connues 
du public, pour en composer un ensemble destiné, 
non pas à enrichir l'art d'un chef-d'œuvre, comme 
c'était le cas, mais à réveiller les appétits endormis de 
ceux qui achètent ces sortes de choses, par exemple les 
chroniqueurs de tantôt. 

Que ne s'est- il trouvé auprès de l'artiste aimée, 
cause involontaire de la destruction qui a satisfait sa 
dignité en privant l'art d'une belle chose, quelqu'un 
pour lui présenter ces observations si simples, et 
étouflër les homélies de tapissiers qui n'étaient certes 
pas de nature à calmer sa colère de femme légiti- 



mement convaincue, au premier abord, qu'elle était 
injustement outragée. Peut-être eût-elle encore couru, 
avec emportement, jusqu'au cadre. Mais peut-être 
aussi 'qu'à l'aspect de l'œuvre où, moins aveuglée, 
elle eût découvert lagrandeur-^et la vie dues à elle- 
même, à sa séduction, à sa puissance, au lieu de penser 
à briser la glace, comme^e fit vulgairement le gendre 
de M. Dumas pour la défense de son papa beau-père, 
au lieu de ne pas arrêter l'artiste qui allait mettre en 
pièces cette Léonora, morte en naissant, elle se fût 
écriée : On me chante que c'est moi! Eh! qu'est-ce 
que ça me fait ! C'est beau ! Cela me suftit ! 

Ce cri d'une âme artistique, que nous savons, 
éprise de tout ce qui a quelque marque de grandeur, 
pour qui aussi penser, dire et faire ne sont souvent 
qu'un même acte," qui a un trop riche trésor d'origina- 
lité pour descendre à imiter qui que ce soit, ce cri eût 
été héroïquenient vrai. Et sans péril, car elle en peut 
être persuadée, sur des personnalités de son envergure, 
de son caractère et de sa dignité, aucune calomnie de 
bavards mondains ou de reporters ne saurait laisser de 
trace. 

Mais elle était dans ce nouveau royaume de Bleyfuscu, 
digne de mettre en verve un Swift, qui a nom Bruxelles. 
Elle est descendue, il le fallait, au diapason de ce 
Lilliput, de notre monde! comme disent, à travers 
leurs fausses dents, les journalistes très chics, et elle a 
procuré, sans s'en douter, elle, la belle étrangère, une 
occasion inespérée à tous les ratés, à tous les essoufflés, 
à tous les éreintés, à tous les zwanzeurs qui se sou- 
cient d'elle comme du grand art, de s'essayer à piétiner 
un artiste qui distance ceux d'entre eux qu'il n'a pas 

déjà écrasés. 

•' < Edm. P, 

lELVIDDAXS L'ART () 

Le réaliste a. pour but, d'exprimer, par des (euvres, Télat 
de son esprit au moment où il compose ses œuvres. 

Ici, il faudrait ouvrir une large parenthèse. 

Il est évident que les littérateurs et les artistes qui appar- 
tiennent au mouvement réaliste, naturaliste, sont des hommes 
souffrants, malheureux, agités, et qui possèdent en eux-mêmes 
les inquiétudes et les tristesses de notre société. — Car ces 
inquiétudes et ces tristesses sont certaines. 

Et pourquoi avons-nous ces inquiétudes? — Mais il faudrait 
ici analyser l'état psychologique de noire société moderne pour 
en trouver les causes. 

Je ne veux pas me lancer au long dans ces recherches. Mais 
je peux indiquer quelques causes générales qtii expliqueront cet 
état morbide et qui expliqueront aussi, en même temps que leur 
pessimisme, comment ces hommes dont je viens de parler sont 
bien les artistes nécessaires, et comment aussi, en recherchant 
des tristesses, ils se recherchent eux-mêiïies. 



' (*) Extrait de la Conférence fait« par J.-F. RaflTaéUi le 7 février aU Salon deg 
XX. (Voir VAt't nxodcrnc du 15 février dernier;. 







Messieurs, la névolulion a définitivement créé des homnics. 
J'entends qu'en brisant des pouvoirs absolus, des idées reli- 
gieuses, des corporations, des privilèges, elle a construit des 
individus, séparés entre eux. 

Ces individus alors se sont trouvés tout d'un coup, pour ainsi 
dire, seuls, et sans soutiens moraux. 

Pour bien nous figurer cet élat social nouveau, nous ^'avohs 
qu'à penser, en exagérant, en quel drôle d'état moral peuvent 
bien se trouver des nègres, des esclaves, auxquels on vient dire 
tout d'un coup : vous n'êtes plus esclaves, aih z-vous en ! — Ces 
malheureux doivent regarder alors autour d'eux avec effroi, et, 
le premier sentiment qu'ils devraient éprouver à notre avis, un 
sentiment de joie, n'est bien réellement pour eux qu'un senti- 
ment de crainte pour la nouvelle situation qui leur est faite et 
dont ils n'ont pas une idée bien exacte. — Je sais que l'esclavage, 
chez nous, n'était pas aussi marqué, et qu'il s'en fallait de beau- 
coup, mais, néanmoins, je crois bien définir ainsi cet état nouveau 
dans lequel nous nous sommes trouvés lorsqu'une révolution 
est venu briser les grands, que nous considérions à tort ou à 
raison, comme nos pères, nos tuteurs, nos protecteurs. — De là 
un sentiment de vide, de l'effroi, et l'inquiétude du lendemain 
beaucoup plus grande. Voici donc chez nous un sentiment, si ce 
n'est nouveau, du moins beaucoup plus développé : l'inquiétude 
de noire nouvelle puissance et de nos nouvelles responsabilités. 

II en est un anire, plus étendu et de tous les instants. 

Les voies de communication se sont centuplées, et, je veux 
entendre par vOies de communication lés voies matérielles et les 
voies des idées. — Par voies. matérielles, jo veux dire les che- 
mins de fer, les bateaux à marche rapide, et, par voies des 
idées, les télégraphes, les services poslaux, enfin, les journaux, 
qui répandent instantanément, pour ainsi dire, partout, les 
nouvelles. ^ 

De tout cela rsi né une activité fébrile et une véritable maladie : 
nous l'appelons la grande névrose. 

Voici donc, chez nos conteriiporains, par ces révolutions di- 
verses, un étal mental nouveau. — D'un côté une vie matérielle 
énormément active; de l'autre une vie intellectuelle, également 
très activée. 

Ce mouvement constant de notre corps et de notre esprit a 
amené de l'exaspération, du paroxysme, et tout ce qu'entraîne 
cet élat : la lassitude générale, l'affaissement, la désespérance, 
l'inciuiétude. — Et c'est alors que les sujets tristes s'imposent 
aux artistes et aux poètes comme devant mieux- exprimer leur 
souffrance intime, 

" Il n'y a pas, je pense, à chercher ailleurs les causes de notre 
lit:érature et de notre art ^'aujourd'hui, et cet aperçu très court 
peut nous permettre d'expliquer ces tendances que nos norma- 
liens appellent malsaines, et qui, a bien considérer, ne sont que 
parfaitement naturelles, logiques, et peuvent même permettre au 
philosophe clairvoyant de dire : cela seul qui est fait sincèrement 
dans cet cspritr restera de noire temps, parce que cela seul est à 
l'image morale de notre temps. 

Je viens d'exjjliquer les causes qui nécessitent souvent chez 
nos artistes cette recherche du laid, qui n'est pas la recherche 
du laid pour le laid, mais bien la recherche de sujets prêtant à 
écrire ou à peindre notre tristesse, notre désespérance et notre 
colère. 

Qu'on ne nous parle donc plus de laideur, du choix de Fa 
laideur dans le sujet, et disons une bonne fois: le beau et le 



laid ne sont pas dans le sujet, mais dans le cœur de l'artiste, 
sans quoi il suffirait, pour faire beau, d'aller choisir des Transté- 
vérines ou des filles d'Arles très renommées pour leur beauté, ou 
bien d'aller à Vienne enlever la femme ayant obtenu le prix au 
concours, et de copier ces magnifiques sujets pour faire une 
œuvre admirable et mériter d'être primé. 

Je viens de parler du sujet en art, j'en voudrais dire encore 
quelques mots. 

Ceux de nos aînés qui, parmi nous, ont inventé le mouvement 
naturaliste ou ceux qui, comme nous, l'ont toujours suivi, 
assistent en ce moment à un singulier steeple- chase. 

Nous voyons tous les jours des hommes qui, après avoir dix 
ans, vingt ans, fait ce que nous appelons du poncif, se mettent, 
tout d'un coup, à briser leurs vieux pinceaux et à en acheter de 
neufs ; ijiais ceux-là, très réalistes.- — La vérité est à la mode, 
faisons de la v.érité... r 

Beaucoup trop, en un mot, se mettent dans le mouvement sans 
vraie passion. . ' 

Ça n'est pas sans tristesse que nous assistons à ce spectacle, 
et, bien souvent, nous rêvons de réagir, mais nous ne le pou- 
vons pas. ' -^ * 

Est-ce à dire que nous ne soyons pas sincères et que nous 
méprisions de triompher et de voir une école se former, non pas. 
Mais nous regrettons de voir certains suivre trop par mode, et 
sans qu'ils possèdent certaines qualités indispensables pour 
sauver, à force d'art, ce que les sujets que nous sommes appelés 
à faire peuvent avoir quelquefois de trop terre-à-terré. 

On se figure vraiment que notre rêve n'est autre que de rem- 
placer la tunique grecque par le veston court, le casque d'Aga- 
memnon par le chapeau de soie, et le cothurne par la boitine à 
élastique; et l'on croit faire moderne parce qu'on peint une, 
cocotte, une cuisinière ou un pauvre diable. — Ne nous arrêtons 
pas trop sur tout, cela et affirmons simplement ceci, qui né devrait 
plus être à affirmer: le moderne n'est pas seuleiiwnl dans le 
sujeî : — M. Puvis de Chavanne, parmi les peintres, si j'en, cite, 
est moderne, malgré les sujets qu'il traite dans ses admirables 
décorations. — M. Cazin est moderne lui aussi, malgré s6s 
<< Fuites en Egypte », ses « Judith » et ses « Madeleine », tout 
comme Flaubert est moderne dans Salammbô, ou la Légende de 
Saint- Julie7i-i' Hospitalier, — alors que M. Octave Feuillet ou 
M. Georges Ohnet ne sont pas modernes, malgré qu'ils placent 
leurs romans au milieu de nous; pas plus que ne le pourraient 
être la plupart de nos prix de Rome de peinture, qui reviennent 
de Rome avec quinze ans d'école sur le dos, et qui, à moins 
d'efforts surhumains, sont pour toujours condamnés au poncif 
et au pastiche, malgré tous les sujets modernes qu'ils pourraient 
choisir dans la suite. - 

On est moderne par la sensation, par l'idée qu'on a de l'at- 
mosphère morale qui' nous entoure, enfin par un jugement plus 
subtil et différent : Van Eyck a été moderne, Holbcin et Diirer ont 
été modernes, aussi bien que Raphaël, que Carpaccio, ou bien 
que Velasquez. ^ 

Watteau a été moderne, et Eugène Delacroix a été moderne 
autant que Courbet et notre ami Manet. — El je dirai même : 
plus les grands génies du passé ont été modernes à leur époque, 
c'est-à-dire plus ils ont reflété les agilaiionàde leur temps, plus 
ils restent modernes à travers les ûgcs, parce qu'une époque, 
par ses caractères essentiels, reste gravée dans notre esprit, que 
nous la connaissons ainsi, qu'elle représente un effort et un état 




de noire intelligence en passe de croissance, que nous avons 
pleine connaissance de, ces élats passés, comme nous avons 
conscience de nos élals de jeunesse et de nos premières sen- 
sations. 
Voilà le moderne, il n'en est pas d'autre. . ^ 



l'IJIPKESSlOXXISHE 

L'un de nous vient de recevoir d'un de nos meilleurs, de nos 
plus consciencieux, de nos plus impressionnainls artistes, la 
lettre suivante, pleine de réflexions dignes d'être mtîditées. Ce 
n'est pas un jeunp, c'est un précurseur des jeunes, de ceux qu'on 
nomme Impressionnistes^ comme le fui Louis Dubois dans 
quelques-unes de ses œuvres, pieusement conservées par ceux 
pour qui l'histoire en son incessante variété, est un des intérêts 
principaux de I'art : 

Cher Monsieur, 

Vous m'interrogiez dimanche dernier et vous paraissiez tenir à 
connaître mon opinion sur quelques-uns de mes tableaux. Il s'agis- 
• sait tout spécialement de ceux qui ont fait le pas le plus décisif dans 
la voie des colorations modernes et qui ont contribué à ouvrir la voie 
nouvelle qui s'offre aux aspirations des jeunes h'Effet de pluie avec 
vaches, entr'autres. 

Me rappelant hier notre conversation, il m'en restait un souvenir 
inquiet, car il me semble vous avoir répondu d'une façon insuf- 
fisante. C'est là ce qui, me tourmentant un peu, me pousse à vous 
adresser la présente. 

Nous avons parlé de cet effet de pluie comme ayant été exécuté 
par moi d'une, façon inconsciente. Il "est certain que l'artiste de 
tempérament ne raisonne guère lorsqu'il se met à l'ouvrage. 

Avoir, en son âme un reflet très net et très vif de ce qu'il voit et 
de ce qu'il éprouve, se dégager des préjugés d'école et des préoccu- 
pations de système, voilà tout ce qu'il faut pour faire du neuf et 
c'est bien de là qu'est sorti le tableau en question. Mais une fois le 
tableau terminé, l'artiste qui réfléchit à la situation artistique, 
entrevoit le rôle d'avant-coUreur que son tableau va jouer et s'attend 
à une avalanche de désapprobations. Si à ce moment il rencontre 
quelques connaisseurs intelligents qui le soutiennent cela lui suffit. 

Tout travail pour la vue devrait posséder en outre une grande 
pondération harmonique des valeurs. Tout artiste surtout devrait en 
être pénétré au point de s'en faire un jeu. Et c'est en elle qu'on 
trouve la pierre de touche de la valeur artistique des diverses 
époques. 

Je la retrouve dans chaque page de votre beau livre. La nature 
vous en donne l'éternel spectacle et révèle son secret à ceux qui 
voient et qui sentent. 

L'appliquer à un sujet, de manière à la faire percevoir à tous, 
voilà ce qui constitue, à mon avis, le degré suprême de l'Art. 
Parmi les jeunes, les plus avancés dans les colorations modernes s'en 
préoccupent surtout, mais ils font pour la plupart voltiger les tons, 
au lieu de les appliquer et ils arrivent ainsi d'une manière factice à 
en faire la uiiatique, dirai-je, sans que la chose soit suffisamment 
présent'.'. 

A mon avis, l'artiste qui se contente de cet à-peu-près est con- 
damné à bégayer pendant toute sa carrière artistique. Mais là n'est 
pas ce qui faisait l'objet de votre question. 

Il s'agissait dn degré de /ïni et \'ons trouviez mes derniers tableaux 
poussés trop loin sous ce rapport et ne marquant pas un progrès. 

Celte observation est tout à fait juste pour ce qui regarde mon 
»» époque des pluies*» , mais mon tableau au Musée, Le chemin des 
vieux bouleaux que vous possédez, ma marine claire de L..., 



celle du baron P.... et jusqu'à - r(?;^<?f de pluie avec vaches » 
dont nous parlions, sont tous assez finis ; plusieurs sont même très 
faits et si cela ne leur nuit pas, c'est que la pondération des colo- 
rations est juste. Dès lors tout rentre dans l'effet que l'on veut inter- 
prêter et le travail des diverses parties se fond dans l'ensemble.' 

Je crois qu'il faut rendre, autant que faire se peut,, l'œuvre 
compréhensible, mais pour autant que Viin}jression artistique à 
reproduire reste intacte. 

La nature charme et empoigne tantôt par le détail, tantôt par le 
caractère, tantôt par la grande impression d'ensemble. Poursuivre 
la manifestation de Vimpression ressentie, voilà le but. Quand je 
vois des artistes finir tout au même degré et par un procédé unique, 
j'ai la certitude qu'ils se laissent dominer par la théorie. — — 
■ Je ne -vous apprends en ceci rien de neuf; je vous montre seule- 
ment l'idée qui préside à mes travaux, puisque vous semblez y atta- 
cher quelque intérêt. '. 

Vous me paraissiez également, cher Monsieur, vous préoccuper 
du reproche qui vous a été fait de pousser les artistes dans une voie 
extrême de l'Art:. Il y a quelque fondement dans cette objection. 
Pousseriez artistes dans cette voie, c'est trop. Ceux qui sentent et 
qui voient, y arrivent deux-mêmes. Les soutenir &u^\\.. Parmi les 
jeunes qui se laissent pousser, il y en a beaucoup qui .prennent 
l'apparence pour la réalité. Ils sont vraiment à plaindre et il y 
aurait lieu de se chagriner de les avoir pou5S(?5 dans une voie sans 
issue pour eux. - - 

Je ne sais si ceci vous est applicable ; je ne -fais que répondre à 
une question qui prouve combien vous êtes consciencieux. 

Que la voie soit bonne, qu'elle soit vraie et féconde, je n'efa doute 
nullement. ' 

Recevez,, cher Monsieur, mes salutations cordiales. 



;:•;:::;:;■• "^ -.y v::'-:^RAcz pal ::^;-;:-^::::'v--^; • 

Les journaux autrichiens ont annoncé ces jours-ci la mort du 
fameux chef des tziganes Ruez Pâl, mort à Pesth, à l*âge de 
72 ans. Los Hongrois ont fait à leur grand musicien populaire 
des obsèques vraiment princicres, auxquelles ont assisté plus de 
10,000 personnes. En. tête du cortège marchaient la musique du 
44^ de ligne et des détachements de tous les réirimenls en sar- 
nisonà Budapest. 

Dans un article paru tout récemment dans la Société nouvelle, 
notre coflaboraleur Octave Maus avait décrit en ces termes le 
célèbre bohémien : 

« Pour entendre de la musique tzigane dans sa saveur originale, 
c'est chez les Magyars qu'il faut aller, c'est à Râcz Pal qu'il faut 
s'adresser, — Râcz. le plus merveilleux des maîtres de l'archet, un 
patriote convaincu, qùT n'a jamais consenti à quitter le sol natal. Il 
faut le voir à la tête de son orchestre, qu'il mène comme un com- 
mandant son escadron, l'archet haut levé, le corps .cambré, l'œil dur 
sous une broussaille grise, la bouche frémissante. 

« Attention ! Râcz a donné le signal. Des profondeurs de son 
violon flamboyant sort une plainte, indistincte et lointaine d'abord, 
comme une voix d'outre -tombe. Elle se rapproche. C'est un lamcuto, 
qui vous transporte dans le pays des ombres, évoque le cortège des 
morts aimés. Le poète raconte, en sa langue musicale aux mots 
vagues et })oignants, la douleur des séparations, les larmes, les 
déchirements de l'âme. Discrètement, comme le chœur qui, dans les 
tragédies antiques, renforçait l'expression des sentiments, les altos, 
les violoncelles et les contrebasses exhalent sur un mode mineur de 
sombres accords, coupés du sanglot des clarinettes. 

« La procession se déroule, s'éloigne, disparaît dans des brouil- 
lards d'harmonie, et, sur un signe du magicien, des lumières traver- 



\ 




sent la brunie, déchirent les voiles, éclairent de rayons d'or de 
fantastiques paysages élyséeus, où apparaissent des visioiis claires, 
de blanches figures nimbées de soleil. ' 

« Ainsi que des pizzicati de harpes, les sonorités grêles du czim- 
balom s'égrènent. Ses gûmnies ruissellent. La résonnance adoucie 
des timbres apaise et réjouit. Des bruissements de forêts, des mur- 
mures de sources, des gazouillements d'oiseaux accompagnent, avec 
une infinie douceur, la' mélodie des deux clarinettes babillant un 
air champêtre. Et Râcz, du bout de son archet, enguirlande les 
caprices du rythme, dessine en traits éblouissants les contours du 
thème, rit dans des trilles fous, s'épanche en des cascades de notes, 
en des vocalises Cabriolantes qui s'élèvent jusqu'aux astres. 

« Le tableau change encore. Des grondements, des roulements de 
tonnerre ébranlent la caisse sonore des contrebasses. La tempête 
éclate. Tout est bouleversé. 'Échevelés, les accords passent dans 
l'ouragan des harmonies sauvages. L'ombre se peuple de fantômes, 
que le vent emporte. Ce sont des apparitions grimaçantes, jaillissaint 
d'accords dissonants, des monstres que vomit le déchaînement des 
gammes chromatiques, des chevauchées qui se précipitent avec des 
clameurs guerrières. Ou aperçoit à travers le nuage des archets qui 
cinglent l'air le grand corps de Râcz, balancé et secoué; on entend 
sa voix qui domine le vacarme et le son strident de son violon, péné- 
trant comme une vrille jusqu'aux moelles. Il excite ses hommes, 
frappe du pied, brandit son archet comme un bâton de comman- 
dement. Et la sarabande furieuse reprend, par saccades, repart de 
plus belle, hourrah ! hourrah ! comme le train d'une chasse diabo- 
lique lancée dans les ténèbres à travers les bois. Les cordes grincent 
et se cassent, les violons gémissent, les clarinettes hurlent, le 
czimbalom crépite comme une volée de mousqueterie, jusqu'à ce 
que la rafale s'arrête d'un seul coup, avec l'imprévu du réveil tuant 
le cauchemar. » . 



GAZETTE DE HOLLANDE ■ 

Dimanche dernier s'est constituée à Amsterdam, chez Mii« Wally 
Moes, qui avait eu la gracieuseté de réunir chez elle un petit nombre 
d'artistes, un Club d'aquafortistes hollandais. Le but est de ranimer 
cet art si exquis de l'eau-forte. d'y faire prendre goût au public en 
organisant des expositions d'œuvres de ce genre, de toutes les 
époques, et, plus tard, de publier un album. Puisse cette Société, 
qui a la ferme volonté de réussir, avoir plus de succès que les précé- 
dentes! Provisoirement se sont constitués en groupe MM. Der Kin- 
deren, Jan Vesth, Witsen, Tholen, Witkamp, Zilcken et MM-""» Thé- 
rèse Schartze et Wally Moes, quitte à augmenter bientôt le nombre 
des membres. 

A propos d'eau-forte, nous croyons bien faire en mentionnant aux 
amateurs un chef-d'œuvre que nous avons admiré récemment dans 
les Salons de M. Wisseliugh, à la Haye. Il est de Matthijs Maris, le 
frère de Willem, de Jacques, bien connus et appréciés en Belgique. 
La peinture de Matthijs Maris est d'une immatérialité extraordinaire, 
d'une vie intense, d'une couleur et d'un sentiment merveilleux. Ses 
œuvres, rares, jamais exposées, ne sont connues que d'un très petit 
nombre d'amateurs et de quelques artistes. 

Celle dont nous parlons est une grande reproduction du Semeur^ 
de Millet. Après un travail étourdissant, M. Maris imprimant lui- 
même ses états, reprenant et fouillant sans cesse sa planche, elle 
fut publiée par la maison Cottier de Londres, et, peut-être est-ce la 
plus parfaite reproduction artistique qui ait été faite jusqu'à ce 
jour. 

Avec une compréhension absolue de l'œuvre de Millet, elle rend 
d'une façon intime et vibrante les tons, la couleur et la vie de cette 
toile célèbre. Malheujcausement-^elle n'est tiréa qu'à un nombre 
d'épreuves très restreint (au plus une centaine) et par cela même 
destinée à être vite absorbée par les collectionneurs. Le plus grand 



honneur revient à l'artiste qui comprit Miltet si parfaitement, par- 
vint à s'assimiier si complètement à lui, de façon à donner, non pas 
une traduction, mais une vision de son œuvre. 

■ ■ U ■ . 



j^HRONIQUÉ JUDICIAIRE DE^ , ART3 

Mme Olga Léaut, non contente de diriger l'Alcazar de Bruxelles, 
a ambitionné la direction d'un théâtre à Paris. 

Elle a donc loué les Bouffes du Nord pour 10 mois. 

Elle avait pris comme administrateur de ce théâtre M. Dorsy, à 
qui elle envoyait l'argent nécessaire pour l'exploitation. 

Cependant le théâtre du faubourg Saint-Denis ne réussissant 
guère, la directrice s'en est prise à son administrateur et l'a prié de 
cesser ses fonctions. 

Comme ce dernier n'a" rien voulu en faire et a persisté à se main- 
tenir aux Bouffes du Nord,, Mme Olga Léaut l'a assigné en référé 
pour faire ordonner son expulsion. Me Pellerin, avoué, s'est pré- 
senté pour M™e Olga Léaut, et, malgré les observations de M. Dorsy, 
le président a ordonné que ce dernier devrait cesser ses fonctions au 
théâtre et le quitter sans délai. 



MEMENTO DES EXPOSITIONS ET CONCOURS 

Anvers. — Exposition universelle. Mai à octobre 1885. 

Anvers. — Salon des refusés et exposition des artistes indépen- 
dants. Ouverture en mai. Pour tous renseignements s'adresser au 
secrétaire du Cercle des artistes indépendants, 1, rue de l'Angle, 
Bruxelles. • ' • -. 

Bruxelles. — Exposition tintamarresqué de V Essor au Musée 
du Nord. Ouverture 28 février. — III® exposition de Blanc et 
Noir à l'Essor. (Limitée aux membres du Cercle). Mai 1885. — 
Exposition historique de gravure, par le Cercle des aquarellistes et 
aquafortistes. Mai 1885. , . 

Bruxelles. — 25<^ exposition annuelle de la Société royale belge 
des aquarellistes. Ouverture le 4 avril 1885. 

Londres. — Exposition internationale d'instruments de musique. 
Ouverture en mai 1885, à South-Kensington. 

Id. — Du 31 mars à la fin de septembre exposition internationale 
et universelle d'Alerandra-Palace, comprenant notamment les arts 
et métiers, et exposition de tableaux et objets d'art des principales 
écoles du continent. 

Id. — Exposition de la Royal academy. Ouverture le l*r mai 
à Burlington House. Délais d'envoi : peintures, les 27, 28 et 30 mars : 
sculptures, le 31 mars. 

Nuremberg. — Exposition internationale d'orfèvrerie, de joaille- 
rie, de bronzes, etc. Du 15 juin au 30 septembre 1885. 

Paris. — Salon de 1885. — le"* mai au 30 juin 1885. — Peinture, 
dessins, etc. Dépôt des ouvrages au Palais des Champs-Elysées, du 
5 au 14 mars. Vote, le mercredi 18 mars, de 9 h. à 4 h. — Sculp- 
ture, Gravure en méd. et sur p. /", Dépôt du 21 mars aii 2 avril. 
Vote, le mardi 7 avril, de 10 à 4 h. — Architecture. Dépôt du 2 au 

5 avril. Vote, le mardi 7 avril, de 10 à 4 h. — Gravure et Lithogra- 
phie. Dépôt, du 2 au 5 avril. Vote, le lundi 6 avril, de 10 à 4 h. 

Paris. — Exposition internationale de blanc et noir, organisée^- 
par Le Dessin, au Palais du Louvre (pavillon de Flore). Du 15 mars 
au 30 avril. Dernier délai d'envoi : 5 mars. Trois sections : !<> Des- 
sins; 2» fusains; 3° gravures. , • ' 

Il sera distribué trois médailles d or, 18 médailles en argent, 
9 médailles de bronze et 15 mentions honorables. 

Deux envois seulement par artiste. Adi'esse : M. E Bernard, au 
Louvre. 

Rotterdam. — Du 31 mai au 12 juillet. Dernier délai : lOmai. 
Renseignements : M. Veders, secrétaire, 42, Boompjes, Rotterdam. 

Gand. — Statue du docteur Josej)h Guislain. Clôture : 31 mars 
1885. Les œuvres doivent être envoyées au concierge de l'Université 



•/ . 




de Gand, rue des Foulons, et porter la suscription : Au comité 
constitué pour l'érection d'une statue au docteur Joseph Guislain. — 
Envoi : Maquette de la statue et du piédestal (25 centimètres au 
total), dessin détaillé de la grille et indication de la disposition du 
dallage entre le grillageet le piédestal. — L'artiste doit s'engager à 
livrer pour 19,000 francs les travaux de maçonnerie nécessaires, la 
statue, lé piédestal, le grillage et le dallage. — 'Documents et pho- 
tographies chez le D»" B.-G. Ingels, médecin de Ihospice Guislain, 
à Gand. . ;- ' . 

Paris. — Statue de Paul Broca (hauteur 2™,20) maquettes de 
70 centimètres, déposées à l'école des Beaux-Arts, le 1er septembre 
1885 avant 5 h. 8000 fr. à l'artiste désigné pour l'exécution en plâtre 
du modèle définitif, destiné à être coulé en bronze aux frais de la 
commission du monument. 1000 fr. et 500 fr. aux deux concurrents 
les plus méritants après l'artiste choisi. S'adresser à M. le docteur 
Pozzi, 10, place Vendôme. 

RiCHMOND (Virginie). — Concours pour un monument à Robert 
Lee, jusqu'au le mai 1885. 

Saint-Nicolas. — Concours de gravure du Journal des Beaux- 
Arts. Histoire : prix 400 fr. pour la meilleure eau- forte (sujet inédit 
ou copie d'un tableau flamand ancien ou moderne'^ Genre : prix 
300 fr. Paysage et intérieur : prix 200 fr. Dimension maximum des 
cuivres: 0"'260 sur 0n'190. Dernier délai : 31 juillet 1885. Envoyer 
franco avant cette date 2 exemplaires sur papier blanc et 2 exem- 
plaires sur chine. 

Vienne. — Concours pour l'érection d'un monument à Mozart. 



f 



ETITE CHROJ^iqUE 



Nous apprenons avec plaisir que le Capitaine Noir de notre 
^ compatriote Joseph Mertens. joué la semaine dernière à Hambourg, 
a obtenu un très grand succès. L'œuvre est montée avec beaucoup 
de luxe, les décors sont fort beaux et la première chanteuse, 
]VXme Sucher est tout-à-fait remarquable dans le rôle d'Anna Van 
Cuyck. Le compositeur, qui a dirigé les dernières répétitions, a été, 
le soir de la première représentation, l'objet de bruyantes ovations. 

Les journaux hambourgeois sont unanimes dans l'éloge qu'ils 
font du Capitaine Noir, duquel l'un d'eux prédît qu'il fera le t(5ur 
de l'Allemagne. 

^ L'Étoile belge d'hier annonce que M. Franz Simoiis a donné sa 
démission des A'A'. Assurément on dira que ic'est à cause de l'inci- 
dent qui s'est produit dimanche dernier, 22 février. 

M. Simons tiendra sans doute à éviter cette équivoque, et c'est 
pourquoi on nous prie de faire connaître que sa démission, datée du 
.18, quatre jours avant l'incident, a été immédiatement acceptée. 

Il était visible, d'après ses tableaux exposés, qu'un désaccord 
absolu existe entre son art et celui des XA'. 

La clôture du Salon des XX est irrévocablement fixée à mardi 
prochain, 3 mars, un grand nombre des œuvres qui y sont exposées 
devant être expédiées le lendemain à Paris. 

Une exposition d'arts incohérents, organisée par VEssor, est 
ouverte depuis hier au Musée du Nord. Nous y consacrerons une 
étude dans notre prochain numéro. 

Aujourd'hui, à 2 heures, concert du Conservatoire. Programme : 
Symj)honie en ut, Manfred e\ ouverture de Freischûtz. 

Aujourd'hui, à 2 heures, dans la salle de l'Union syndicale, il sera 
rendu compte du concours de littérature ouvert par ï Union litté- 
raire. 

M'i'« M. Van de Wiele lira son rapport sur le concours de prose 
et M. Edmond Picard sur le concours de poésie. L'une et l'autre 
r concluent qu'il y a lieu de décerner le prix. 

Les incohérents qui ont exposé dernièrement dans la galerie 
- Vivienne, à Paris, des onivres si drolatiques donneront, le 11 mars 
prochain, un grand bal costumé. Gomme intermède, il y aura "des 
tableaux vivants. . 

La prochaine Soirée musicale offerte aux membres de la Nouvelle 
Sovit^té de musique de lirnccelles est fixée au mardi 3 mars 1885, à 
8 heures du soir. Elle aura lieu dans une des salles du Palais des 



Beaux-Arts. Le programme comprendra l'exécution, par les chœurs 
de la Société (avec accompagnement de piano et harpej, de Narcisse, 
de Mâssenet, VAnathème du Chanteur, deSchumann, et de .^m^t^/ws 
Domini, motet à six voix, de Joseph Rheinberger. 

Les répétitions d'Aben-Hamet, au théâtre de Liège, marchent 
admirablement. Les décors nouveaux seront très-beaux.et on compte 
sur une interprétation artistique parfaite pour la première, paraît-il, 
qui 'aura lieu le 5 mars. 

Thkatrk Molière. — Demain lundi, 2 mars et jours suivants 
la Petite Denise, comédie inédite en un acte et les Filles de Marbre,. 
pièce en quatre actes, par T. Barrière et L. Thiboust. 

A l'étude : Le prince Zilah, comédie nouvelle en cinq actes, par 
M. Jules Claretie. ' , 



A la dernière séance de la Société des amis des monuments pari- 
siens, M. Lenoir a signalé à l'assemblée l'existence, au Mont-Valé- 
rien, de fragments fort intéressants dus ad ciseau de Philibert 
Delorme. 

Ces fragments constituaient la clôture du cimetière de Nogent et 
consistent en une grande arcade aux niches contenant des statues. 
Cette clôture fut donnée aux missionnaires dont l'établissement fut 
en partie détruit pour faire place au tort actuel. 

La Société va faire des démarches pour la conservation de ces 
sculptures, qui sont, parai t-1, tout à fait remarquables. 

Etrange. Le docteur Jules Rochard a affirmé ces jours derniers, à 
l'Académie de médecine, que » l'abus de la musique, le plus énervant 
de tous les arts, était une des causes de la dépopulation eu France ". 

Le Ménestrel accompagne cette singulière nouvelle des rétlexions 
suivantes : 

« La musique, la divine musique, si douce au cœur, s.i caressante à 
l'esprit, « une cause de stérilité! « Oh! la pauvre, voici la science 
qui vient de lui plonger dans le sein un scalpel impitoyable. 

Les partitions de Gounod contiendraient des germes délétères, 
Thomas ne serait que le suppôt de Malthus, et Delibes un simple 
dissolvant I 

Cependant, docteur, s'il est une race prolifique, c'est bien celle 
des Allemands. Pas musiciens alors, les Allemands i Et la musiqhe 
de Wagner? Bernique! Je m'en étais toujours douté. 

Ou bien il faudrait établir des 'catégories dans la musique : la 
féconde et l'inféconde. Cette distinction est-elle admise par la 
Faculté? Mesdames, allez entendre Tristan et Yseidt. C'est l'ordon- 
nance du médecin.» - 

Les Pâques à Rome et à Naples. — Voici un superbe voyage en 
Italie organisé à l'occasion des fêtes de la Semaine-Sainte, Il com- 
prendra la visite de Turin, Gènes, Pise, Florence, Rome et Naples, 
avec excursion à Pompéi et au Vésuve. La durée tlu voyage sera <le 
dix-sept jours. Le prix est fixé à 385 francs, comprenant le transport 
et les frais de séjour en Italie. 

Le programme détaillé sera envoyé gratuitement aux personnes 
qui eu feront la demande à M. Ch. Parmeutier. directeur de 
V Excursion, 10î\ boulevard Anspach, à Bruxelles. 

Un comité s'est formé pour organiser une exposition de l'œuvre 
de Bastien-Lepage à l'Ecole des beaux- arts Ce comité s'est réuni 
rue Legendre, dans l'atelier de Bastien-Lepage. Au nom de ce 
comité et de la famille Bastien-Lepage. M. Emile Bastien-Lepage. 
architecte, a demandé à M. Antonin Proust de vouloir bien pré- 
sider à l'organisation de l'exposition. M. Autoniu Proust a ink>rmé 
la réunion que, prévenu par M. Emile Bastien-Lepage. il avait t'ait. 
auprès du ministre les démarches nécessaires pour obtenir la libre 
disposition de l'hôtel de Chimay dès que la loi qui ajoute cet hôtel a 
l'Ecole dés beaux-arts aurait été votée. Le comité s'e.st alors iiaus- 
porté à. l'hôtel de Chimay et il a été deciile que. le vote du Sénat 
pouvant être prévu pour les premiers jours A^ fevri-n-, lexpr^itiou 
aurait lieu en mars et en avril à cet endroit. MM. F.>uiv;ial. Maul. . 
Burty et Bazin ont été ciiargés de hi' rédaction du catalogue; 
MM. Emile Bastien-Lepage, Leenhotl, Marx. Willinni.-on, d-' liusta.- 
lation matérielle; MM. Georges Petit et Due/ du plaoemout ks 
tableaux, sous la direction de M. Moissonier. L'expo*itiou aura heu 
au profit de la Société libre des artistes. 



■\ 




I^fi,.. —-■*-- 



Les annonces sonfreçues au bureau dujoiirnal, 
26,7^6 deThidusMe, à Briiœélles, 



PIANOS 



VIENT DE PARAITRE 

CHEZ FÉLIX CALLEWAERT Père 

26, RUE DE L'INDUSTRIE, A BRUXELLES 



LA FORGE ROUSSEL 

PAR Edmond PICARD 

Édition dé/înitivc\ tirée à petit 7iombrc 

Prix : Grand Japon, 60 francs; Chine genuine, 40, francs, 
Hollande Van Gelder, 25 francs. 

NOUVEAUTÉS MUSICALES 

r POUR PIANO ^ 

Huberti, G. Trois morceaux : N» i. Etude rhythmique, 2 fr. — 
N» 2. Historiette, 2 fr. - N« 3. Valse lente, fr. 1.75. 

Kowalski. Op. 44. Autour de mon Clocher, 2 fr. — Op. 45. Illu- 
sions et Chimères, 2 fr. — Op. 48. Tambour battant, 2 fr. 

Smith S. Op. 185. Notre-Dame, Chant religieux, 2 fr. — Op. 191. 
La mer calme. Deuxième barcaroUe, 2 fr. — Op. 192: Styrienne, 
2 fr. — Op. 193. Marguerite, 2 fr. — Op. 194. La fée de Ondes, 2 fr. 

Wieniawski, Jos. Op. 39. Six pièces romantiques : Cah. I. Idylle, 
Evocation, Jeux de fées, 3 fr. — Cah. II. Ballade, Elégie, Scène 
rustique, 3 fr. — Op. 41. Mazourka de concert, fr. 2.50. 

MUSIQUE POUR CHANT 

Bach. Six chorals pour chœurs mixtes par Mertens. La partition, 
1 franc. _ w, 

liremer. A. Sonne mon tambourin, pour chant, violon où violon- 
celle et piano, 3 fr. — Hymne à Cérès, pour baryton ou mezzo- 
soprano et chœur pour 3 voix de femmes, 2 fr. 

Riga^ Fr. Quatre Chœurs pour voix de femmes avec accompagne- 
ment de piano à 4 mains : N» 1. Fête villageoise, la partition, 
fr 2.50. — N» 2. Les Vendangeuse, la partition, fr. 2.50. — N^ 3. 
Sous les Bois, la partition, fr. 2.50. — N" 4. La Paix, la partition, 
fr. 3.50. . 

SCHOTT Frères, Editeurs de Musique 

' ; , BRUXELLES, rue Duquksnoy, 3». 

Maison principale MONTAGNE DE LA COUR, 82 



VIENT DE PARAITRE CHEZ 



BREITKOPF & HÀRTEL 

ÉDITEURS DE MUSIQUE 

^^»RUXELLES, 41, MONTAGNE DE LA COUR 

ÉCOLE DE PIANO DB CONSERVATOIRE ROÏIL DE DRDXEllES 

Vingt -neuvième livraisori 

J. -N. HuMMEL, Rondoletto russe. La Gontemplazione. 

La Bella Cappricciosa. Variation en la maj. 

PRIX : fr. 7-25 



J. SCHAVYE, Relieur 

46 ^ Rue du Nord, Bruxelles 



CARTONNAGES, RELIURES ORDINAIRES, RELIURES 
DE LUXE, ALBUMS, ETC. 

SPÉCIALITÉ D'ARMOIRIES BELGES ET ÉTRANGÈRES . 



&RUXELLES\ 
rue Thérésienne, 6 



.SîS» GUNTHER 

Paris 1867, 1878, 1"' prix. — Sidney, seul i" el 2« prix 
EXPOSITION MSTEBDil 1883, SEIl DIPLOME D'HOHREUB.^ 



mUSIQIJE]. 

10,- RUE SAINT-JEAN, BRUXELLES 
(Ancienne maison Meynne). 



ABONNEMENT A LA LECTURE DES PARTITIONS 

■ ' VIENT DE PARAITRE 

à la librairie Perd. Larcier, 10, rue des Minimes, à Bruxelles 



MON ONCLE 

LE JURISCONSULTE 

■ PAR 

AVOCAT A LA COUR DE CASSATION 

Un volume in-octavo, impression de luxe sur papier de Hollande, 
avec un portrait gravé par Aubry et une illustration par Mellery. 

Prix : 3 fr. 50 

Cet ouvjage forme la suite des Scènes de la viejudiciairfi. 

Les Volumes antérieurement parus sont : "7 ~" ^"7 ^~ 

Le Paradoxe sur l'avocat. — La Forge Roussel. — L'amiral. 



Il a été tiré vingt-cinq exemplaires sur papier impérial du Japon 
numérotés qui sont mis en vente au prix de 10 francs. " 



ADELE Dbswarte 

23, KXJE IDE J^J^. "V^IOLETTB 

BRUXELLES. 
Atelier de menuiserie et de reliure artistiques 



VERNIS ET COULEURS 

POUR TOUS GENRES DE PEINTURES. 

TOILES, PANNEAUX,. CHASSIS, 

MANNEQUINS, CHEVALETS, ETC. 

' BROSSES ET PINCEAUX, 

CRAYONS, BOITES A COMPAS, FUSAINS, 
MODÈLES DE DESSIN. 

RENTOILAGE, PARQUETAGE, 

EMBALLAGE, NETTOYAGE 
ET VERNISSAGE DB TABLEAUX. 



COULEURS 

ET PAPIERS POUR AQUARELLES 

ARTICLES POUR EAU-FORTE, 
PEINTURE SUR PORCELAINE. 

BOITES, PARASOLS, CHAISES,. 
Meubles d'atelier anciens et modernes 

PLANCHES A DESSINER, TÉS, 

ÉQUERRES ET COURBES. 

COTONS DE TOUTE LARGEUR ) 

DEPUIS 1 MÈTRE JUSQUE 8 MÂTRBS^ 



Représentation de la Maison BINANT de Paris pour les toiles Gobelins (imilati^ 

NOTA. — La maison dispose de, vingt ateliers pour artistes. 
Impasse de la Violette, 4, 



^uxelies. — Imp. Fblix Callewakrt pero, rue do l'Industrie, 



CtNQUIÈMÈ ANNÉE. — N° 10. 



, Le NUMÉRO : 25 centimes. 



Dimanche 8 Mars 1885. 



l A R T 



MODERNE 



PARAISSANT LE DIMANCHE 



REVUE CRITIQUE DBS ARTS ET DE LA LITTÉRATURE 



ABOlfïNEMENTS : Belgique, un an, fr. 10.00; Union postale, fr. 13.00. — ANNONCES : On traite à forfait. 

. ■ ■. • .,..■■* 

Adresser les demandes d'abonnement et toutes les communications à 

l'administration générale de l'Art Moderne, rue de rindustrie, 26, Bruxelles. 



^ 



OMMAIRE 



y Great Zwans Exhibition. — Les Mnitr-es-Chanteurs. — Livres 
NOUVEAUX : Héros et pantins, par Léon Cladel. — Notes de 
MUSIQUE : Troisième concert du Conservatoire; Concert Jane 
De Vigne ; Soirée de la Nouvelle Société de musique ; Deuxième 
concert de tnusique russe à Liège. — Bibliographie musicale. — 
Théâtres. — Petite chronique. 






GREAT ZWA\S EXHIBITION 

Vraiment pour le spectateur impartial, les événe- 
ments artistiques des dernières quinzaines sont la ma- 
tière d observations d'un extrême intérêt. Non pas qu'ils 
soient nouveaux dans leur allure générale. Quelle 
vieille histoire que la mauvaise humeur des vieux, 
aidés des ratés de tous les acabits, contre l'élément 
vivace, remuant, entreprenant, progressif de l'art! 
Quelle vieille histoire que l'emploi des calomnies et des 
plaisanteries pour tenter, toujours vainement, de 
l'enrayer! Quelle vieille histoire que son triomphe final 
inévitable, coïncidant avec le discrédit, puis l'oubli, ou 
la conversion (c'est l'élément comique après l'élément 
chagrin) de ceux qui l'ont malencontreusement atta™ 
quel— 

Mais ce qui présente cette fois quelque nouveauté 
c'est la nature des machines de guerre mises en action 
pour le battre en brèche, très imprévues, très bruyam- 
ment manœuvrées ' 

Nous n'avons plus à revenir sur l'incident dont nous 
nous sommes occupé ici même dans notre dernier 



numéro. Rarement il nous fut donné de recevoir autant 
de témoignages démontrant que le bon sens qui 
démêle.au fond des criailleries de la cohue le véritable 
but qu'elle poursuit, n'est pas tout à fait émoussé. Il est 
désormais acquis que la personnalité sympathique qui 
a été en jeu n'était que le cadet des soucis de ceux qui 
ont poussé la clameur formidable dont nous avons été 
assourdis, et que l'objectif principal étaient l'art jeune et 
plus spécialement les XX qui présentement l'incarnent 
dans la peinture. Il faut ne pas être Bruxellois pour 
prendre encore le change à cet égard. 

Voici que les Ouvriers sans travail sont à leur tour 
devenus le prétexte d'une manifestation analogue. Ces 
gens là mettraient père et mère en croix si cela pouvait 
servir leurs rancunes. Nous avons sous les veux le cata- 
logue de la Great Zwans Exhibition organisée, y est-il 
dit, par les membres de VEssor au profit de l'œuvre 
de la presse. Un pitre bat la caisse sur la couverture 
et les rédacteurs s'y sont donné bien du mal pour être 
grotesques, ce à quoi ils ont convenablement réussi, il 
le faut reconnaître. 

Il suffit de parcourir cette œuvre très travaillée, 
pour apercev'oir que les ouvriers sans travail ont fort 
peu tourmenté le cœur charitable des auteurs^ et les 
XX au contraire beaucoup Voilà qui fait quelque hon* 
neur à ceux-ci. Décidément, quoi qu'on dise, quoi qu'on 
fasse, ils demeurent le grand cauchemar de ce pauvre 
monde d'inquiets et d'affolés qui ne peut plus écrire 
un articulet, brosser un tableautin , bramer une com- 
plainte, rimer un quatrain sans que des estomacs trop 



X 




faibles de ceux qui les ont imprudemment, avalés et 
qui ne les peuvent digérer, remontent au palais d'acres 
saveurs gâtant Thaleine des infortunés qui se sont ris- 
qués à y mettre la dent. 

Nous ne dirons pas de la Great Zivans Exhibition, 
arrivant avec son succès clownesque de charges, de 
culbutes et de coups de pied au derrière, après l'expo- 
; sition fort terne où les mêmes artistes avaient étalé 
sans succès leurs œuvres sérieuses : ** Enfin! le vrai 
salon de V Essor vient de s'ouvrir ! » à l'instar de ce 
négociant qui affichait sur sa devanture : »' Enfin! nous 
avons fait faillite! « Non. La période de guerre est 
passée, espérons-le, et -maintenant qu'on peut juger de 
l'efiët global de cette campagne très hargneuse, l'art 
jeune qui en sort bien portant n'a rien qui doive altérer 
sa bonne humeur. Si jamais il a pu craindre quelque 
chose d'ennemis prêts à profiter de tout, ce fut^bien 
cette fois, car le hasard s'était singulièrement &it 
leur complice. Qr, après qu'un instant sous l'écroule- 
ment de la lame, eut disparu le navire, le Beau Navire! 
dont on a tant parlé, voici qu'il s'est relevé et vogue 
plus alerte que jamais. Que disons-nous, il a reçu une 
consécration imprévue : celui, dont on en faisait, avec 
grande exagération du reste, le pilote, ou si l'on préfère 
l'amiral, et dont le bonnet d'avocat fut arboré au grand 
mât, est nommé membre du jury de l'Exposition 
d'Anvers au lendemain même de ces furieuses et stériles 
attaques. Est-ce permis? Quel scandale! Lire VOpinion 
et la Flandre libérale^ ces intelligents moniteurs du 
bel art. 

Quelle déconvenue pour les compères qui s'imagi- 
naient qu'on ne résiste pas à leurs sarcasmes. Toute 
cette mousquetade n'aura donc été que poudre tirée 

aux moineaux. Le beau navire entre au port. 

V ■■ ^ 

En quittant le caual de Louvain 

Ils étaient vingt. 
Et en arrivant au Toiikin, 

Ils restaient vingt. 

Oui, toujours vingt, à l'exception de deux marins 
d'eau douce, supportant mal le roulis, la mer et ses 
périls, qui demandèrent à être descendus dans des ports 
de refuge d'où on les a rapatriés au plancher des vaches 
natal qu'ils n'auraient jamais dû quitter. On va les 
remplacer haut la main. Les candidats se bousculent à 
la^)orte. 

Et voici que la vieille histoire recommence. Est-ce 
que vraiment, après tant de leçons reçues, les arriérés 
ne se^corrigeront jamais. Les procédés qu'ils utilisent 
ont été de tout temps dirigés contre les téméraires qui 
sont en réalité les précurseurs d'un art nouveau, et 
sans cesse ces procédés ont avorté. Et ce qu'il y a de pis 
pour les malveillants, nous le signalons à leurs médita- 
tions de gens désireux de compter avant tout avec le 
succès, c'est la situation finalement ridicule où ils 



demeurent sur leur... séant, quand la trouée risquée 
par les audacieauc est faite et que les idées nouvelles 
s'épauouissent. 

Nous pensions récemment encore à. ces camouflets 
qu'administre l'histoire de l'art, en lisant ce que 
Catulle Mendès raconte, .^ans la Légende du Par- 
nasse conie^nporain, des débuts de ces hommes 
aujourd'hui victorieusement classés qui ont nom Fran- 
çois Coppée, Sully-Prudhomme, Villiers de TIsle-Adam, 
Léon Cladel, et bien d'autres. « Il serait malaisé, dit-il, 
de faire croire aujourd'hui que ces noms étaient alors 
des noms d'imbéciles. Et pourtant, ajoute-t-il dans un 
récit qui est pour les clabaudeurs d'aujourd'hui un 
piquant et prophétique parallèle, il était avéré que 
nous étions parfaitement grotesques. Je ne crois pas 
qu'à aucune époque il y ait eu "contre un groupe de 
nouveaux-venus un tel emportement de gausseries et 
d'injures. (Vous entendez, ô Zwanzeurs!). Raillés, 
bafoués, vilipendés, tournés en ridicule dans les 
nouvelles à la main, mis en scène dans les revues 
de fin d'année, tout ce que les encriers peuvent contenir 
de bouflbnneries insultantes, on nous l'a jeté. Toutes 
les opinions stupides, tous les mots bêtes, on nous 
les a prêtés (Prête l'oreille, ô Chronique, ma mie!). 
Nous fûmes pendant un temps les Jocrisses, les Calinos, 
les Guibollards de l'art. Il suffisait de prononcer le 
mot « Parnassiens » pour que tout le monde pouifât 
de rire, et quelqu'un m'a affirmé qu'un jour, dans un 
embarras de voitures, un des cochers qui se que- 
rellaient, après avoir épuisé tout le vocabulaire popu- 
lacier des outrages, avait enfin jeté à ses adversaires 
vaincus cette injure suprême à laquelle il n'y avait 
rien à répondre : Vingtiste.,.. nous nous trom- 
pons : Jeune Belgique.... non, nous nous trompons 
encore : Progressiste.... non, nous nous trompons 
toujours ; Parnassien, va! « 

Et l'écrivain poursuit, garnissant sans le savoir l'ar- 
senal où nous pouvons puiser actuellement : « Devant 
un tel débordement de colères falotes, les artistes nou- 
veaux auraieijit pu éprouver un sentiment de fierté légi- 
time. Car, enfin, nous savions l'histoire de nos maîtres 
et nous nous en souvenions. Nous savions que la cri- 
tique avait traité Victor Hugo d'extravagant et de fou 
furieux. Nous nous rappelions qu'Alfred de Musset 
n'avait été longtemps pour quelques feuilletonnistes 
qu'un tout petit jeune homme sans conséquence, et nou3 
n'avions pas oublié qu'au lendemain de la publication 
des premières poésies de Byron, la Revue d'Edimbourg 
conseillait au jeune lord qui, disait-elle, ne savait pas 
même l'orthographe, de renoncer à l'art des vers et de 
se borner à l'avenir à boire dans ses châteaux et à 
chasser dans ses forêts. Lord Byron eut l'outrecuidance 
de ne pas obéir à ce conseil »». 

Ce n'est pas tout. Catulle Mendès, recherchant les 




causes de cette haine, dégage les observations sui- 
vantes, d'application saisissante à ce qui se passe autour 
de nous : « Tous jeunes, dit-il, quelques-uns d'entre 
nous n'étaient pas sans défauts. Ils avaient toute l'au- 
dace des adolescences, avec quelque impertinence aussi, 
en ce temps de fantaisie exaspérée, mais aussi d'admi- 
rable enthousiasme, contempteur fantasque à la fois et 
fanatique du vieux, du laid, du vulgaire, de l'étroit, de 
tout ce qui dans les mœurs et dans l'art était classique 
et convenu... C'étaient des impertinents, ces nouveaux 
venus, absolument ignorés hier, qui prétendaient con- 
quérir le public au respect de l'idéal et du travail persé- 
vérant... Rien de plus naturel que la haine des gens de 
métier contre les hommes d'art. Quant au public, il se 
laissait aller à croire ce qu'on lui disait. Il n'était pas 
coupable personnellement de cette injustice. Il y avait 
en lui, malgré les mauvais conseils et les mauvaises 
habitudes qu'on lui donnait, un désir du beau et des 
élévations intellectuelles. Les artistes les plus humbles 
eux-mêmes, il aurait été porté, sinon à les admirer, du 
moins à les estimer, à cause de la générosité de leurs 
tentatives, eussent-elles dû rester vaines. Mais com- 
ment voulez-vous que le public se mit en rapport avec 
les artistes nouveaux, si la critique ne les lui indiquait 
pas... Il était bien obligé de s'en rapporter à l'opinion 
de ceux qui avaient assumé d'être ses guides. Il y a 
enire le public et les artistes, le journal, comme il y a 
entre le public et les auteurs dramatiques le directeur 
de théâtre... Or, en ce temps-là, ceux qui avaient la 
charge de ces présentations n'avaient aucune raison de 
faire connaître, sous un jour favorable, les littérateurs 
qui, mieux appréciés, auraient pu faire ouvrir les yeux 
sur la bassesse et la médiocrité des choses artistiques 
d'alors ". 

Et il finit en ces termes qui marx^uent pour les criti- 
cules d'aujourd'hui leur sort futur : « Heureusement 
l'heure de la justice semble venue, grâce à la ténacité 
de nos efforts (Vingtistes, n'oubliez pas ceci) . . . même nos 
ennemis de jadis, je n'entends pas parler des jeannins 
sans importance (comme ceci s'applique à nos reporters) 
mais de quelques écrivains de valeur qui d'abord nous 
furent hostiles, sont devenus nos amis. Eux manquant 
de mémoire, et nous de rancune, nous nous sommes 
réconciliés. Tout est bien qui finit bien. Mais cela avait 
bien mal commencé. » 

Voilà un exemple. En voici un autre. Il s'agit de 
Manet. Toujours le même jeu. Nous empruntons les 
détails que l'on va lire au beau livre d'Edmond Bazire. 

On sait quelle était l'esthétique de Manet : Envisager 
la nature, la traduire d'après soi. Il n'empruntait pas 
de documents à ses prédécesseurs et s'efforçait de boire 
dans son verre. Il regardait non dans sa mémoire, mais 
dans la réalité. C'était un crime. Pour beaucoup c'en 
est toujours un. Au dehors des colères grondaient. Il 



avait suffi d'une toile exposée pour que les opiniâtres 
dévots de la tradition eussent un effarement. Ah ça! 
est-ce qu'on allait s'émanciper, reproduire des.réalités, 
non des rêves ? Allait-on prétendre que la nature 
existe, mettre de l'air dans les paysages, de la cou- 
leur dans les plans et infliger au modèle la simpli- 
cité des poses? Les coteries académiques se révoltèrent 
et la presse (toujours intelligente !) s'émut. En 1862 et 
1863 Manet était refusé au Salon : des cris d'horreur 
avaient été poussés, des mains avaient été levées au 
ciel. Il s'agissait du Déjeuner sur V herbe et du Fifre 
de la Garde. « La majorité des badauds, dit Bazire, 
heureux de faire chorus avec Je ^grgs personnages, 
les accueillit de ses quolibets. P\)ur le monde de cette 
époque superficielle, l'énergie et l'audace prêtaient à 
rire, et une individualité se révélant ne pouvait qu'être 
le point de mire désigné aux sarcasmes. « Manet fut dé- 
fendu par quelques rares réfractaires. 

Ceux qui, à cette époque, passèrent pour des excen- 
triques, sont classés maintenant parmi les raisonnables 
et les prévoyants. Qu'en dites- vous, spirituels organisa- 
teurs de la (7r(?«^ ^t/^ans JKr/^^&^ï^o?^? 

Ce n'est pas tout. Ces persécutions contre Manet 
durèrent malgré leur irrémédiable stérilité. L'artiste 
produit des œuvres nouvelles, tout imprégnées de sa 
puissante originalité. Edmond About s'écrie qu'il finira 
^T ^. exaspérer le bourgeois «, tout comme à 
Bruxelles en 1885, on le voit. Les caricaturistes inau- 
gurèrent leurs plaisanteries. Le journal le plus irrité 
fut... Bazire le nomme : ce n'est pas toi, ô Chronique! 
on pourrait s'y tromper. Il occupe une place distinguée 
parmi les détracteurs de profession. Ses injures sont 
les mêmes aujourd'hui qu'il y a dix ans. C'est un 
ennemi acharné de tout ce qui dépasse. Il lance sur le 
monde des clous à sabot qu'il s'imagine être des 
pointes. Et l'auteur ajoute : « Voilà comme un talent 
puissant peut être interrompu dans son expansion, 
ralenti dans son élan, s'il n'a en lui la force [qui brave 
ces piqûres de la moquerie et les petites satires man- 
quées des retardataires. Quelle vaillance est nécessaire, 
quelle foi en soi-même pour résister aux aboiements 
mauvais de ces meutes. On a travaillé. On est con- 
sciencieux... Bah! un jappement monte. D'autres jap- 
pements s'y mêlent, et le découragement arrive ». À 
moins qu'on ne soit un fort. 

Eh! bien, n'est-il pas vrai que cette histoire d'hier, est 
l'histoire d'aujourd'hui? Oh! les myopes qui la recom- 
mencent. Sourds aussi. Ne vous rendez-vous donc pas 
compte, mes pauvres amis, que vous pastichez trois ou 
quatre générations de malheureux qui ont fait fausse 
route et que vous préparez vous mêmes les verges dont 
l'avenir vous fessera. Il est vrai que c'est : Pour les 
ouvriers sans travail \ La charité commande le sacri- 
fice. Mais songez que dans peu d'années vous serez les 




égaux peu enviables de ceux qui, en un paséé peu loin- 
tain, zwanzaient de la même façon en littérature 
Decoster, Van Hasselt, Lemonnier, en peinture Charles 
De Grôux, Louis Dubois et Hippolyte Boulenger. A ce 
triste métier les résultats sont toujours les mêmes. 
L'art se transforme en cancan, le peintre en farceur. 
On commence par la brosse, on finit par la ziomise. Et 
comme en ces œuvres de dénigrement on entraîne 
inévitablement à ses trousses une tourbe polissonnante, 
on finit par s'entendre chanter ce couplet de ballade : 

Au début, en "quittant le port 

Ils étaient quarante brasseurs. - 

Hélas ! après dix ans d'efforts. 

Ils étaient quatre vinfJTts zwanseurs ! 

■ • ■ ***, ' ■' . • , ; - • _™— 



APPENDICE 

On lit dans les journaux parisiens : 

Hier, à l'Ecole des Beaux-Arts, en plein foyer de 
réaction artistique, Eugène Delacroix, l'insurgé de 
jadis, est entré en triomphateur. Les personnages offi- 
ciels, les illustrations du professorat ont fait fête à 
l'ancien refusé du salon, au peintre détesté des cote- 
ries. Nous ne voulons aujourd'hui que constater le 
grand efïet produit par l'œuvre du maître; nous ne 
voulons qu'enregistrer l'annulation du jugement pro- 
noncé autrefois par la critique académique. On a ras- 
semblé à l'Ecole des Beaux - Arts 239 tableaux , 
150 aquarelles, sépias et lavis, et d'innombrables des- 
sins; la vie artistique de Delacroix,' qui tient entre ces 
deux dates : 1822 et 1863, est résumée par des œuvres 
essentielles. Nous reviendrons sur ce magnifique 
ensemble. ' ' ■ . 



JaE? ijVlAITF\E^-pH>JSTEUR? 



Nous avons "exquissé rapidemenl le poème dos Maîtres-Chan- 
teurs. Nous parlerons aujourd'hui de la mise en scène el de la 
musique, puisque, par convention, l'on appelle encore musique 
le verbe nouveau 'de Wagner, qui est comme l'acccnluaiion 
musicale du poème. Il est iniéressant, du reste, de voir l'inslru- 
meulalion du maître spéciale à chacun de ses drames. Ainsi, dans 
les Nibelungen, le déploiement drs cuivres exprime la gran- 
diose majesté des dieux et des géants. Dans Parsifal.h musique 
se fait douce el mystérieusement mystique; à peine de temps à 
autre les trompettes ont un éclat lumineux et les trombones et 
les cors bouchés planent en notes lugubres. Dans Lohengrin^ 
les violons jouent le céleste motif du Saini-Graal que les trom- 
pettes attaquent avec une aveuglante sonorité, lorsque le blanc 
chevalier dévoile son origine sacrée-; au personnage religieux 
s'oppose le motif infernal d'Orlrude joué parles violoncelles. 
Dans les Maîtres- Chanteurs^ la pesante gravité des solennels 
bourgeois est exprimée par la lourdeur des cuivres auxquels 
vient s'enlacer en soupirs de cor, de violes el de flûte les motifs 
d'art jeune et d'amour; le personnage comique est dessiné par 



les bassons, les tubas, les cors en soiirdin^, les claVinetlPs, drôla^ 
tiques, bouffons, hoquetants. Ce Beckmcsser personnifie le vrai 
comique musical et de celle instrumentation merveilleusement 
saugrenue jaillira le véritable opéra-bouffe. Ce qu'on appelle 
opéra-bouffe, l'œuvre d'Offenbach, emprunte sa drôlerie au comi- 
que vulgaire des situations et parfois des rythmes; mais l'inslru- 
mentation n'y présente rien de spécial; elle est employée à 
dérouler monotonement des airs de danse banals. Au contraire, 
le véritable opéra-bouffe doit se servir des timbres bouffons, 
appelant à Son aide les hautbois criards, les bassons gargouil- 
lants, les bedonnantes contrebasses. Il y a là, nous le répétons, 
un comique nouveau. L'usage, même dans les théâtres alle- 
mands, est de faire de larges coupures dans le rôle de Brck- 
mcsser : c'est une grave erreur. Il n'est point permis, d'abord, à 
qui que ce soit, de mutiler une œuvre d'art; ensuite, il est 
important de faire connaître dans son cnliôreté un rôle tout à fait 
original. L'aura-l-on compris à Bruxelles? 

Le poème des Maîtres-Chanteurs a reçu de l'accentuation 
musicale une intensité de vie merveilleuse et une profondeur 
psychologique éionnanlc. Chacun des personnages est dessiné 
par des thèmes facilement reconnaissablcs et outre cela par des 
timbres particuliers à chacun d'eux révélant immédiatement le 
plus intime de leur tempérament. Il en est ainsi surtout de Wal- 
ther, de Hans Sachs et de Bcckmesser. Il faudrait citer la parti- 
tion presque toute entière et, pour donner une impression de la 
parfaite unité du drame, recourir à la notation des thèmes. L'on 
suivrait ainsi l'action scène par scène en pénétrant au cœur de 
chacun des rôles. Le plus merveilleux modèle de cette musique 
psychologique est le monologue de Sachs au début du deuxième 
acte, accompagné par un ruissellement dé mélodies insinuantes. 

Hans Sachs et Waither sont les héros du drame et leurs rôles 
sont corrélatifs : l'union des deux poètes proclame le triomphe 
de la vraie poésie. Leurs thèmrs sont unis comme leurs rôles : 
l'un grave el solennel, sans la lourde pédanterie des maîtrrs, 
l'autre tout imprégné de la jeunesse de la nature. Voilà donc la 
poésie expansive, corrigée par la sérénité de la raison, en lutte 
avec la roideurdogmatiqiie de l'impuissance. 

L'ouverture expose cet antagonisme : au thème rigide des 
maîtres s'enroule une phrase rêveuse qui ondule de la flûte aux 
hautbois et aux violons, s'enlace, insinuante, aux sonorités des 
cuivres et finit par les éîoufter sous sa mélodieuse eftlorescence. 
La musique du drame a des richesses de coloris fascinantes : 
écoutez les phrases expressives des violoncelles dans la scène de 
l'église où s'épand la mélodie grave des cantiques luthériens, 
phrases interrogalives, amoureusement impatientes, se coupant 
en question brèves el inquiètes, pour s'élargir bientôt en accents 
chevaleresques et fiers; écoutez l'orgueil naïf de l'apprenti 
David énumérant à Waither les modes et les tons baroques de la 
législation musicale des maîtres, la gaminerie folâtre des écoliers 
railleurs; écoulez l'inlerrogaloire Soupçonneux des dogmatiques 
bourgeois étonnés de voir se présenter devant eux un chanteur 
qui n'alla point à l'école et qui n'eut point de maître, et les jeunes 
réponses du chevalier .: les notes soupirantes du cor et la rêverie 
des violons nous transportent soudain dans les bois auréolés de 
vagues traînées soleillanles; écoutez le majestueux élan de l'ode 
au prinlemps soutenue par un accompagnement à plein orchestre 
où planent vers le bleu profond du ciel, en lumineuse symphonie, 
toutes les voix de la nature ! 

Au deuxième acte, citons le merveilleux monologue de Hans 




Sachs obs('>(]é pnr le chant de Wahhcr. « Comment embrasser 
ce qui est infini ? » Le hautbois et le cor se renvoient mystérieu- 
sement cette phrase caressante; les violons murmurent, les flûtes 
ont des sourires si doux : la musique nous dévoile celle germi- 
nation de pensées qui chante dans le cerveau du vieux poète. Le 
monologue se continue, en déli.cieuse idylle ; il n'y a ici ni air, ni 
récitatif, c'est de la mélodie continue : les hautbois, les violons, 
le saxophone dessinent de craintives interrogations auxquelles 
répond le malicieux enjouement du maître : on oublie le chanl, 
c'est delà parole musicale. Le final est un lourd/; force d'orches- 
tration et de lyrisme comique, grandiose crescendo déroulé en 
fugue sur le thème bizarre de la sérénade, qui se recroqueville en 
pirouettes fantastiques, s'élance d'ici, de là,' et formidablement 
rosse le nocturne troubadour. Un coup de trompe : silence et 
nuit. Les flûtes reprennent staccato le motif qui va s'éleindre dans 
la basse, le cor répète trois notes du chant de Walther et la 
musique s'évanouit en fumée bleuâtre vers la lune qui monte. 

Il y a là seize mesures absolument féeriques. • 

Le récit de la tinlamarrante bagarre par David est délicieux 
aussi, et presque aussi beau que son pendant au deuxième acte, 
le monologue de Sachs méditant sur la chronique du monde. Ce 
premier tableau se termine par un quintette où tous les cœurs 
émus s'exallcnt en un hymne d'espérance : il fera jaillir les 
applaudissements. Nous pensons, nous, qu'il est inutile et sans 
valeur spéciale. Le rideau s'abaisse et^se relève sur la fête popu- 
laire de la Saint-Jean. Toute celte scène est admirable de verve 
grouillante et de mouvement sonore : la musique seule suffirait 
à donner l'illusion de celle expansive allégresse, à laquelle 
Wagner a su imprimer le caractère profond de l'époque. Ecoutez 
la marche accompagnée par les insiruments d'enfants ironique- 
ment criards ei le bal improvisé par les paysannes et les 
apprentis; écoulez le cantique grandiose en l'honneur de Sachs, 
symbole de religieuse profondeur d'âme s'élançant d'un bond 
jusqu'au plus haut du ciel : il s'enfle des pianissimi les plus 
ténus jusqu'aux plus retentissants fortissimi, et quelle couleur 
luthérienne dans cet hvmneffrondanl ! Ecoutez la mélodie ins- 
pirée de Walther el le discours de Hans Sachs couronnant Wal- 
ther aux acclamations du peuple et des apprentis ! 

Mais les mots sont trop faibles pour exprimer l'intensité de vie 
qui souffle largemehl dans ce drame; renonçons à le faire com- 
prendre et parlons de la mise en scène. 

L'on sait de quelle façon le rideau s'écarte au théâtre de Wa- 
gner : c'est une véritable trouvaille d'artiste. La draperie se 
sépare par le milieu et forme, dans son rapide glissement, des 
plis harmonieux. Transformer le rideau de la Monnaie occasion- 
nerait trop de frais; nous n'insistons pas. Mais nous réclamons 
instamment l'orchestre invisible; cette transformation devrait être 
maintenue pour le répertoire coulumier dont elle atténuerait 
avantaçousemenl les bruvantes vulgarités. L'orchestre invisible 
se place devant la scène mais étend sous celle-ci les instruments 
les plus sonores.. La musique s'élève adoucie et fondue el l'on 
n'esl plus distrait par les mouvements des exécutants, les 
lumières de leur pupitre et la gymnastique de celui qui les con- 
duit. Celui-ci du reste est parfaitement visible de tous les exécu- 
tants. 

Nous réclamons aussi un éclairage très discret dans la salle. Il 
faudrait que le a monde » vînt au Ihéâlre, non point pour 
exhiber des toilettes et des visages d'une beauté relative, mais 



pour concentrer son intelligence sur la compréhension d'une 
œuvre d'art. . • 

Et que les chanteurs fassent preuve d'abnégation; qu'ils 
chantent non point pour s'attirer des applaudissements le plus 
souvent payés ou irréfléchis, mais pour donner l'expression et la 
vie artistiques à leurs pôles respectifs sans oublier l'action géné- 
rale. Abandonnez donc cette antique manie de venir chanter des 
airs devant le pupitre du souffleur, la main sur la poitrine, les 
yeux en coulisse, agréablement arcboutés sur une jambe! Ici, il 
n'y a plus d'airs, il y a des scènes indissolublement unies les 
unes aux autres. Si la situation exige votre présence au fond de 
la scène, pourquoi vous précipiter vers l'orchestre? Si la situation 
exige que votre chant s'élance vers le fond du théâtre, pourquoi 
s'élance-l-il vers le public? Dans 0/?^ro7i, un acteur décrit au 
public une apparition à laquelle il tourne le dos (i^^ acte, fin du 
1" tableau). Est-ce assez ridicule el dépourvu de sens artiste ! 

Nous d1?mandôns aussi aux choristes non pas de chanter juste, 
— celle exigence resterait sans résultat el, du reste, leur rôle 
étant tout bagarres et mouvement confus, le public ne reconnaîtra 
pas la mesure, — mais d'avoir quelque intelligence scéniquedans 
ce continuel. va-et-vient. Nous craignons beaucoup de voir man- 
quer l'élonnant final du second acte, le point culminant de 
l'œuvre. Il faut là non cette activité de choristes formulée en 
« allons, courons, volons ! » mais du vrai mouvement, une vraie 
bagarre, une vraie bastonnade. Laissez-vous conduire par la mu- 
sique dont les notes ontdes roulements de triijues et des clameurs 
de jurons. , . 

VArt moderne a répété tout cela bien souvent; mais on n'en- 
fonce un olou qu'en frappant dessus. 

Terminons par quelques observations et éloges à l'adresse des 
directeurs. Les Wagnériens ont lu avec siupéfaction l'immense 
aftiche placardée sur les murailles de Bruxelles : « Les Maîtres- 
Chanteurs de Nuremberg, opéra en 3 actes et 4 tableaux, poème 
et musique de R. Wagner. » 

Opéra, les Maîtres-Chanteurs, un opéra! Il n'est plus possible 
de donner le nom d'opéra au drame de Wagner. L'opéra à tou- 
jours sacrifié la poésie à la musique et la musique elle-même 
aux exigences des interprèles favoris. Le drame lyrique, au con- 
traire, est une œuvre complète, aussi majestueuse dans ses pro- 
portions que le drame tel que le comprenaient les an^'iens et ce 
n'est point par orgueil que Wagner a dit, à l'issue du prenîier 
cycle de représentations de la tétralogie : «Mainlenanl vous avez 
un art national! » Ce qualificatif « opéra » est surtout déplacé 
pour les Maîtres-Chanteurs qui, dans l'œuvre déjà spéciale de 
Wagner, est lui-même une œuvre spéciale. C'est « coMÉniE 
.LYRIQUE » qu'il fallait afficher. 

Des félicitations sont dues à la direction pour avoir osé mettre, 
à la scène, au terme de leur concession, une œuvre présentant de 
si grandes difficultés d'exécution el de si grandes chances d'in- 
succès dans un pays où règne encore la banalité de l'ancien 
répertoire. 

Les Maîtres-Chanteurs à côté des Huguenots, du Prophète. 
de la Jî/ire, quelle audace ! 

Espérons que ces efforts vers l'art nouveau seront récompensés 
et souhaitons longs applaudissements au drame du Maître. 



\ 




K,- 



JalVRE^ J^OUVEAUX 

Héros et Pantins, par Léon Cladel. — Paris 1885. 

Léon Cladel a réuni en un volume, sous ce liire : Héros et 
Pantins j une série d'arliGlcs publiés dans Iç journal le Gil Blas. 
Nous sommes quelque peu en peine d'analyser ces pages déta- 
chées, tracées fiévreusement, éclosos au souHlc inégal dcrl'inspi- 
ralion journalière, sans aucune pensée commune qui les relie 

■ entre elles : ce n'est pas ïe brocheur qui fait le livre. Héros et 
Pantins n'est pas un livre, ilnefaut pas l'apprécier comme tel. 
Il faut. lire séparément cha2un des morceaux, nouvelles, contes, 
éludes, fantaisies que contient le volume. Tous sont remarquables 
par l'incisif relief du style, et viveflient colorés par la robiisle 
imagination du maUre. Dans certaines, par exemple dans celle 
intitulée Partie carrée, \\ v a une verve endiablée, une fantaisie 
qui déconcerte et donne le vertige. L'ange du bizarre, dont parle 
Edgard Poe, a certes effleuré de son aile le front pensif de i'er- 

. mite de Sèvres lorsqu'il jetait sur le papier, pour le lecteur 
frivole, ces hautaines extravagances. Ailleurs, c'est la pénétrante 
mélancolie des souvenirs qui anime d'un charme subtil et funèbre 
le pèlerinage de l'auteur aux lieux de sa première enfance. 
Toujours dédaigneux de la réalité banale, Cladel habille son rêve 
parfois tendre, souvent farouche, de l'éclat de son style d'acier, 
dur, aveuglant et tranchant comme lui. Oui, il y a tout cela dans 
Héî'os et Pantins. Mais nous nous demandons si Cladel fit bien 
de donner à ces pages éparses, à ces enfants perdus de sa plume, 
la concentration et la forme solennelle du livre ; ce qui est écrit 
pour le journal garde loujours et malgré tout odeur de journa- 
lisme. C'est un tort, et c'est hélas! celui de beaucoup d'écrivains 
de se dépenser, gaspiller, éparpiller dans ces grands carrés, lus 
distraitement, vite oubliés. Rien de plus funeste à la littérature 
que le journal. — — ~ __^ ._— -^-. ^^ -^ 



j^OTE? 



DE JVIU^iqUE 



Troisième Concert du Conservatoire. 

Selon l'usage de la maison, on a fait réentendre dimanche une 
œuvre déjà jouée cet hiver. Comme l'œuvre ainsi reprise était 
Manfred de Sc.humann, et que plus on entend cette admirable 
traduction musicale du poème de Byron, mieux on en pénètre les 
beautés, personne ne s'est plaint. 

C'est M. Chômé à qui était confiée la partie « récitante » de 
Touvrage. Il s'est acquitté de sa lâche avec une sobriété de bon 
goût et n'a pas trop détonné dans l'ensemble. Il a réussi à éviter 
recueil habituel des orateurs chargés (rôle ingrat et difficile) d'ex- 
poser en langage usuel ce que la musique dépeint beaucoup plus 
subtilement que tous les commentaires. 

L'exécution des soli, confiée à des élèves et à d'anciens élèves 
du Conservatoire, a été suffisante pour donner du Manfred une 
idée artistique complète. 

Lés chœurs ont chanté avec précjsion, et l'orchestre a inter- 
prété fort bien les fragments symphoniques, notamment la célè- 
bre apparition de la Reine Mab, où le génie de Schumann, par- 
fois nébuleux, atteint à la clarté, aux légèretés d'expression et 
aux délicatesses exquises d'une féerie shakespearienne. 

La symphonie en ni de Schumann, un peu délaissée dans ces 
dernières années, complétait le programme, magistralement cou- 
ronné par l'ouverture de Freischiltz exécutée par M. Gevaért 
selon les indications de Wagner. 



Concert Jane De Vigne 

Une jolie voix de mezzo-soprano, maniée avec beaucoup de 
goût par une petite personne qui paraît bonne musicienne — 
telle est l'impression que fait M"« Jane De Vigne. Il n'en faut 
pas davantage pour réussir. Et la réussite ne tardera pas, si l'on 
en juge par l'accueil sympathique fait; mardi, à la jeune canta- 
trice par un auditoire très nombreux. 

M"« De Vigne a renoncé en partie aux airs à roulades dont 
nous lui avions reproché l'abus. Elle a chanté, pour commencer, 
un air de Hjendel, et elle l'a chanté fort bien. Les musiciens aus- 
tères eussent souhaité, dans celte interprétation un peu mondaine, 
un style. plus soutenu : c'est la seule critique à faire à une exé- 
cution d'ailleurs excellenle comme Voix et comme diction. 
Mêmes qualités dans Sapho, de Gounod, romance vieillie qu'on 
ferait bien de laisser reposer avec les souvenirs d'une époque 
disparue, dans deux aimables romances dé Jenô Hubay, paroles 
de Victor Hugo, dont la seconde a été bissée d'enthousiasme et 
dans une Muzourka de Chopin. 

Ne voulant pas perdre complètement l'occasion d'ébahir les 
badauds par des gargarismes^ des vocalisations acrobatiques et 
des trilles fous, M"e De Vigne a cru devoir faire entendre aussi 
la Marchande d'oiseaux, de Jomelli, qui date, paraît-il, de 4750, 
ce qui ne constitue pas une excusé suffisante pour justifier l'ah- 
sence d'intérêt musical. 

On avait d'ailleurs fait à la genl emplumée la part belle dans 
ce concert : outra \z Marchande d'oiseaux en question, ]M»«Nora 
Bergh, — - une pianiste dont le mécanisme est remarquable mais 
qui ne s'échaulïé guère en jouant — a fait chanter sur le clavier 
le Rossignol, de Liszt ; « J'eus toujours dé l'amour pour les 
choses ailées » dit encore M"« De Vigne, qui, pour le prouver, 
termina le concert par une romance intitulée : L'Oiselet, si 
bien que toute la séance évoquait l'image gazouillante d'une 
grande volière ,:*'., 

M. Hubay donnait à cette audition le précieux appoint de son 
coup d'archet élégant, souple et sûr. On lui fit féie, tant après la 
Romance de Rubinslein et les deux niazourkas de Wieniawski 
qu'après la poétique Berceuse c|e Zarembski, accompagnée par 
l'auteur, et après Téiincelante fantaisie {Puszia Klange) qu'il 
a écrite sur des motifs hongrois, en collaboraiion avec M. Aggazy, 
et qu'il joue avec la désinvolture d'un tzigane unie à la science 



d'un maître. 



' IBoirée de la Nouvelle Société de musique. 

A mentionner, pour mémoire, une agréable soirée intime 
offerte mardi à ses membres par la Société de musique. Les 
chœurs y ont exécuté avec goût Narcisse de Massenet, une 
œuvrelie mince, élégamment écrite, et VAnathèine du chanteur j 
de Schumanû, qui formait avec l'ouvrage précéd(;nt un contraste 
piquant. Un Motet à six voix de Rubinslein avait ouvert la 
séance, à laquelle deux solistes, MM. Triaille et Godenne, l'un 
pianiste, l'autre violoncelliste, ont ajouté l'attrait d'une virtuo- 
sité remarquable, surtout en ce qui concerne le second. , 

Deuxième Concert de musique russe à. Liège 



On nous écrit de Liège : 

^us avons entendu samedi un second concert de musique 
russe, dû h l'initiative de la comtesse de Mercy-Argonteau. Cette 
audition, comme la première, aélé d'un grand intérêt artistique, 
malgré les imperfections de l'exécution orchestrale. 

La première i)artie était consacrée à la symphonie en mi bémol 
de Borodine, superbe échafaudage musical, architectural de con- 
tcxlure et humain d'émotion. L'a7idante précédant le finale pos- 
sède à uu haut degré l'incarnation musicale d'impressions 
morales qui émeuvent l'auditeur indépendamment des sensations 
que provoque la forme. 

Lc^ Danses circassiejmes cxirahcs de l'opéra Le Piisonnier 
du Caucase, de César Cui, jouées ensuite, sont très curieuses. 




Assourdie par les sonorités sauvages et primitives du tambour de 
basque et du tam-tam, cette musique, dans sa sobridté, donne 
une impression intense du milieu caractéristique qu'elle dépeint. 
La Tarentetlé d\i même auteur provoque la même émotion évo- 
calrice. 

La Suite pour piano, Sascha^ de Glazounoflf, a étonné; La 
Reine de la Mer, de Borodine, une mélodie, et là chanson de 
Lell, i\e Rimsky-Korsakoflf, 6ht ua grand intérêt, mais |)eut-être 
eût-il mieux valu ne pas abuser, comme on l'a fait, des solistes 
et des fragments. Il eût été préférable de faire entendre une 
œuvre ou deux dans leur entièrcté. Il v a là une concession au 
public (il est de bon ton d'aller au concert russe), que nous ne 
comprenons pas de la part des organisateurs, si convaincus dans 
leurs efîorls. Néanmoins, M. Heynberg et M""^ de Mercy-Argen- 
teaii ont eu du succès |)our la virtuosité honnête et respectueuse 
avec laquelle ils ont interprété deux morceaux de César Cui. 
JI"^ Begond a bien dit la Princesse endormie, de Borodine. Nous 
devons à M"»^ Delhazc la bonne exécution au piano de Sascha. 

Les fragments du deuxième acte du Prisonnier du Caucase, 
qui réclamaient des chœurs et plusieurs solistes", ont été inter- 
prétés avec beaucoup de couleur par la masse chorale, l'orchestre 
et les solistes. Le sextuor et le fuialc ont du souffle, mais la valeur 
artistique de cet ouvrag»^ est moindre que celle de la plupart des 
œuvres entendues au cours du même concert. 



TpiBj:.IOQRAPHIE MUSICALE 

La maison Schott frères, qui a acquis le droit exclusif de publier 
les œuvres dé Wagner, vient de faire paraître une nouvelle parti- 
tion, avec paroles françaises, des Maîtres -Chanteurs de Nuremberg. 

La partie d'orchestre a été réduite pour le piano par R. Klein- 
michel. C'est celle qui figure dans la petite partition, avec paroles 
allemandes, publiée précédemment par la maison Schott. Elle est 
d'une exécution moins difficile que la transcription faite par Tausig, 
qui figure dans la grande édition allemande. Le prélude est presque 
identique à la transcription de Biilow, reproduite dans l'édition 
Tausig. Quant au texte, c'est naturellement la version française de 
Victor Wilder, qui exprime très fidèlement l'original. 

La partition, mise en vente à 20 francs, comprend 467 pages petit 
in-folio. A part la couverture, dont le dessin et la couleur ne sont 
pas heureux, l'exécution matérielle de l'ouvrage est bonne. 

Gela ne vaut pas la partition allemande, mais étant donnée la modi- 
cité du prix, c'est satisfaisant. Il .existe aussi des partitions pour 
piano seul et pour piano à quatre mains. 

Nous avons reçu ces jours- ci une brochure anonyme destinée à 
initier le public au texte des Maîtres-Chanteurs de Nuremberg. C'est 
une analyse, scène par scène, de l'action, précédée d'une notice 
biographique succincte de Richard Wagner, dans laquelle nous 
n'avons à reprendre qu'un détail inexact : c'est que le maître n'est 
pas mort au moment où il « préparait l'audition de Parsifal r> 
comme le dit l'auteur, qui signe G.-D. Ciseaux, mais six mois après 
que le triomphe de sa dernière œuvre à Bayreuth, en 1882, eut 
apporté la consécration définitive à son Art. 



Jhéatre? * 

Théâtre de la Monnaie, — Voici les engagements nouveaux et 
les réengagements faits pixr M. Verdhurt pour la prochaine cam- 
pagne théâtrale : M"« Cécile Mézeray est engagée en qualité de chan- 
teuse légère de grand opéra. M'"« Montalba remplacera M'"'' Caron. 
M'i^ Passama, élève de M"'<^ Marie Sasse, remplacera M"® Deschamps. 
M. Boyer, baryton, en dernier lieu à Marseille, remplacera M. Sou- 
lacroix. M. Hanssen, premier maître de ballet de i'Alhambra de 
Londres, est engagé comme maître de ballet. — Sont réengagés : 
MM. Renaud, Chappuis, Fraukin, Lapissida, l'habile régisseur du 
théâtre. Il va sans dire que notre excellent chef d'orchestre, Joseph 
Dupont, nous reste également. 

Théâtre de l'Alcazar. — Le succès persistant de YÉtudiant 
pauvre a fait ajourner les représentations de Fatinitza, dont la 
reprise avait été annoncée. 



r ■ 



Il est question de monter La guerre joyeuse (Lustige Krieg) de 
Suppé, dont la traduction est faite et qui pourrait être jouée prochai- 
nement. 

Théâtre Molière, — On joue depuis quelques jours une parodie 
de Denise intitulée La petite Denise, qui met assez drôlement en 
relief, mais d'une manière lourde, les défauts de la récente œuvre de 
Dumas. La petite Denise fait avec Les filles de Marbre un spectacle 
intéressant. 

Mardi prochain, 10 mars, représentation au bénéfice de M. DeN 
tour, l'excellent contrôleur-général. On jouera la Cagnotte et La 
petite Denise. 

Une représentation extraordinaire de Jean Baudry, la comédie 
émouvante de Vacquerie,sera donnée vendredi prochain, 13 courant, 
au bénéfice de l'œuvre des Vieux vêtements d'Ixelles. 

Le samedi 21 mars aura lieu la première du Prince Zilah. 

M"e Lina Munte jouera le rôle créé par M»i« Hading, M. Barbe 
celui du prince Zilah et Mi>e Remercier, que nous avons déjà applau- 
die dans Serge FUnine, celui de la marquise Dinati, 

En mai, M. Damala et M^e Hading viendront très probablement, 
avant leur départ pour Londres, nous donner quelques représenta- 
tions de l'œuvre de Glaretie. 

Les décors, calqués sur ceux de Paris, seront exécutés par 
M. Braeckman, 



î^ 



ETITE CHROJVdQUE 



Voici le programme de la troisième séance de musique de chambre 
pour instruments à vent et piano, qui sera donnée aujourd'hui 
dimanche, dans la grande salle du Con.servatoire, par MM. Dumon, 
Guidé, Merck, Neumans, Poncelet et De Greef, avec le concours de 
MM, Jacobs, Vanderheyden, Agniez, Bayard, Fontaine, Devaux, 
Devos et Mills. 

1. Septuor, de Hummel. — 2. Suite pour flûte, hautbois, clari- 
nette, cor et basson, par Ch. Lefebvre. ^: 3. Sonate pour flûte et 
piano, de Hœndel. — 4. Symphonie de Raff. 

Le dernier concert populaire de la saison est fixé au 12 avril. Il 
sera, comme d'habitude, consacré à l'œuvre de Wagner, mais le 
programme en sera, cette fois, particulièrement intéressant. Il com- 
prendra le premier acte en entier de la Walkûre, chanté par 
jyfme Brunet-Lafleur (Sieglinde), M. Van Dyck (Siegmund) et 
M. Blamvaert (Hunding). 

On entendra en outre, pour la première fois à Bruxelles, la scène 
des Blwncnmddchen de Parsifal avec le prélude de cette œuvre, 
la Siefried- Idylle composée par Wagner à la naissance de son fils, 
et, pour finir, la Chevauchée des Wulkyries telle qu'on l'exécute à 
la scène, c'est-à-dire avec l'adjonction de neuf voix de femmes. 



Il est question aussi de deux concerts que viendrait donner à 
Bruxelles M. Lamoureux et son orchestre et dans lesquels on exécu- 
terait le ler et le 2™e acte de Tristan et Yseult. 

On lit dans G^îV Blas, au sujet d'une audition de Tristan et Yseult 
qui vient d'avoir lieu à Paris : 

Le ténor Van Dyck (M: Van Dyck est belge) a fait sa jeûne répu- 
tation par le talent avec leiquel il a établi le rôle difficile de Tristan, 
qu'en Allemagne même les artistes les plus expérimentés n'osent 
aborder sans hésitatiou. 

Quant à M"^" Montalba, on peut dire que son nom restera désor- 
mais attaché à ce rôle d'Yseult, qu'elle a créé avec autant d'origir 
nalité que déclat. Il semble que cette belle artiste, à la voix expres- 
sive et passionnée, ait été mise au monde tout exprès pour chanter 
la musique de Wagner, tant elle en a pénétré l'esprit, tant elle excelle 
à en rendre le sens profond et la signification complexe. 

Elle s'esta ce point iuentifiée avec l'héroine du drame musical de 
Wagner que, pour ma part, jo ne saurais plus la séparer de la créa- 
tion idéale du maître. Aussi, le jour procham où l'œuvre passera de 
l'estrade du concert sur les planches du théâtre, il faudra songer 
avant tout à faire appel à ratlmirable interprète d'Yseult, car, je le 
dis sans hésiter, je ne connais pas de cantatrice à Paris capable de 
nous faire oublier dans ce rôle celle qui nous en a donné la premièi-e 
et vivante incarnation, 

Par arrêté royal de ce mois ont été nommés membres du jury de 
l'exposition des Beaux-Arts d'Anvers : MM, Edmond Picard, Van 
Gampet de Vriendt., , 



80 , 



LART MODERNE 



- EST ENTRÉ DEPUIS LE P"^ JANVIER DANS, SA CINQUIÈME ANNÉE 

L'ART MODERNE s'est acquis par raùtorité et l'indépendance de sa critique, par la variété de 
ses informations et les soins donnés à. sa rédaction une place prépondérante. Aucune manifestation de 
l'Art ne lui est étrangère : il s'occupe de littérature, de peinture, de sculpture, de gravure, de 
musique, d'architecture, etc. Consacré principalement au mouvement artistique belge, il renseigne 
ses lecteurs sur tous les événements artistiques de l'étranger qu'il importe de connaître. 

. Chaque livraison de l'ART MODERNE s'ouvre par une étude approfondie sur une question 
artistique ou littéraire dont l'événement de la semaine fournit l'actualitér^ Les expositions, \q% livres 
nouveaux, les premières représentations d'œuvres dramatiques ou musicales, les conférences littéraires, 
les concerts, les -ventes d'objets cVart, font tous les dimanches l'objet de chroniques détaillées.. 

L'ART MODERNE relate aussi la législation et la jurisprudence artistiques. Il rend compte des 
procès les plus intéressants concernant les Arts, plaides devant les tribunaux belges et étrangers. 
Les artistes trouvent toutes les semaines dans son Mémento la nomenclature complète des expositions 
et concours auxquels ils peuvent prendre part, en Belgique et à l'étranger. Il est envoyé gratuitement 
à l'essai pendant un mois à toute personne qui en fait la demande. 

L'ART MODERNE forme chaque année un beau et fort volume d'environ 450 pages, avec deux 
tables des matières, dont lune, par ordre alphabétique, de tous les artistes appréciés ou cités. Il 
constitue pour l'histoire de l'Art le document LE PLUS COMPLET et le recueil LE PLUS FACILE 
A CONSULTER. 

Belgique 1 O fV. par an. 

Union postale 13 fl*« » 

Quelques exemplaires des quatre premières années sont -en vente aux bureaux de l'ART MODERNE, 
rue de l'Industrie, 26, au prix de 30 francs chacun. 



PRIX D'ABONNEMENT 



BRUXELLES 
rue Thérésienne, 6 



PIANOS 

■.SE\ GUNTHER 

Paris 4867, 1878, l^"* prix. — Sidney, seul i*' el 2* prix 
\ EXPOSITIOM AHSTEROAI 18»3. SEUL DIPLOME D'HaNNEUR. 

J. SCHAVYB, Meiir 

4ff, Hue du Nord, Bruxelles 



musique:, 



10, RUE SAINT-JEAN, BRUXELLES 
(Ancienne maison Méynne). 



CARTONNAGES, RELIURES ORDINAIRES, RELIURES 

DE LUXE, ALBUMS, ETC. 

SPÉCIALITÉ D'ARMOIRIES BELGES ET ÉTRANGÈRES 



VIENT DE PARAITRE CHEZ 

BREITKOPF & HÀRTEL 

ÉDITEURS DE MUSIQUE - 

BRUXELLES, 41, MONTAGNE DE LA COUR 



ABONNEMENT A LA LECTURE DES PARTITIONS 



ADELE Dbswarte 

23, leXJE DE LA. "VIOLETTE 

BRUXELLES. 
Atelier de menuiserie et de reliure artistiques 



ŒUVRES INÉDITES 

• PAR J.-N. LEMMENST^ ^ 

Tome deuxième. — Chants lyriques. — Prix net, 15 fr. 



VERNIS ET COULEURS 

POUR TOUS GENRES DE i'ElNTURES. 

TOILES, PANNEAUX, CHASSIS, 

MANNEQUINS, CHEVALETS, ETC. 

BROSSES ET PINCEAUX, 

CRAYONS, BOITES A COMPAS, FUSAINS, 
MODÈLES DE DESSIN. 

RENTOILAGE, PARQUETAGE, 

EMBALLAGE, NETTOYAGE 
RT VERNISSAGE DE TABLEAUX. 



COULEURS 

ET PAPIERS POUR AQUARELLES 

ARTICLES POUR EAU-KORTE, 
PEINTURE SUR PORCELAINE. 

BOITES, PARASOLS, CHAISES, 
Meublesd'atelierancienset modernes 

PUNOflES A DESSINER, TÉS, 

ÉQUERRES ET COURBES. 

COTONS DE TOUTE LARGEUR 

DEPUIS 1 MÈTRE JUSQUE 8 MÈTRBS. 



Représentation de la Maison BINANT de Pans posr les toiles Gebelins (imitatMn) 

IfOTA. — La maifson cU$pose de vingt ateliers pour artistes. 
Impasse de la Violette, 4. 



Bruxelles. — Imp. Félix Callbwaekt père, rue de l'Industrie, 



Cinquième année. — N° 11. 



Lb numéro : 25 centimes. 



Dimanche 15 Mars X885. 



>^ 




MODERNE 



PARAISSANT LE DIMANCHE 



REVDE CRITIQUE DES ARTS ET DE LA-ilTTÉRATURE 



ABONNEMENTS : Belgique, un an, fr. 10.00; Union postale, fr. 13.00. — ANNONCES : On traite à forfait. 



Adresser les demandes d' abonnement et toutes les communications à 
L administration générale de l'Art Hoderne, rue de Tlndustrie, 26, Bruxelles. 



? 



OMMAIRE 



• 



Les Màitres-Chanteurs . — Livres nouveaux : Chair molle, 
par Paul Adam. — Les Impressionnistes. Premier article. — 
Concert Lamoureux. — Théâtres. — Bibliographie musicale. 
— Chronique judiciaire des arts. — Mémento des expositions 
et concours. — Petite chronique. 



LES MAITaES-CHANTEUIlS 

Qui aurait cru, il y a quelques années, quand les 
wagnéristes étaient montrés au doigt, taxés de folie, 
bafoués, vilipendés, caricaturés, qu'en l'an 1885, le 
7 mars, le fanfarant cortège des Maîtres-Chanteurs 
envahirait solennellement la scène du théâtre de la . 
Monnaie? Qui se fût attendu à entendre la marche 
triomphale des corporations, avec ses sonneries de 
trompettes, réveiller la somnolence des échos que fai- 
saient gémir la cavatine de la Juive et les ritournelles 
deNorma? Qui eût imaginé, surtout, que des acclar* 
mations, ébranlant la salle du parterre au paradis, 
eussent couvert les derniers accords de chaque acte et 
se fussent prolongées ensuite en rappels enthousiastes ? 

Avec une force irrésistible, l'idée wagnérienne a fait 
sa trouée, malgré les résistances, malgré les haines, 
malgré la mise en œuvre de toute la balistique usitée 
lorsqu'il s'agit, en art comme en politique, de défendre 
les digues menacées par un flot de principes nouveaux : 
les quolibets, les calomnies, les intimidations. Vains 
efforts. Tactique toujours déjouée par la puissance de 
l'événement. A un moment donné le courant, grossi r 



par la résistance, culbute impétueusement tous les 
obstacles. 

Courbet est entré au Louvre. Manet à l'Ecole des 
Beaux- Arts. Delacroix, le révolutionnaire, s*élève dans 
une apothéose. Que reste-t-il des injures, des menaces, 
des railleries, des âneries sans nombre décochées au 
chef du romantisme, au père du réalisme, à l'inventeur 
de l'impressionnisme, noms divers pour exprimer une 
chose unique : l'évolution de l'Idée artistique? 

Ne se lassera-t-on pas de chercher à arrêter ce qui 
est invincible? A comprimer ce qui est incompressible? 
L'histoire enseigne que jamais on n'a entravé ces grands 
mouvements de l'Art que règlent des lois mystérieuses 
mais immuables, comme celles qui régissent le. cours 
régulier des astres. Pas plus, d'ailleurs, qu'on ne peut 
s'opposer aux révolutions sociales qui, lentement, selon 
des nutations dont la cause échappe, modifient périodi- 
quement l'humanité. 

Tout au plus arrive- t-on parfois à retarder ces détur- 
bations, comme un débiteur recule l'échéance d'une 
créance. Mais alors, gare aux intérêts qui s'accu- 
mulent ! La postérité acquitte en monnaie d or la gloire 
des artistes dont la réputation, s'ils l'eussent conquise 
de. leur vivant et sans lutte, se fût payée en biîlon. 
C'est la vengeance des méconnus. C'est l'équitable 
compensation des injustices et des ignorances têtues. 

Aussi ne peut-on s'empêcher de sourire aux protes- 
tations timides, aussitôt étouffées sous une tempête de 
bravos, de ceux qui tentent d'enrayer encore l'ascen- 
sion majestueuse de l'art lyrique dont les Maîtres- 




Chanteurs sont l'expression. Messieurs les gratinés,, 
dérangés dans leurs administrations coùtumièrés et 
irraisonnées, sont vexés de n'être comptés pour rien 
dans le jugement que prononce la foule Ce groupe 
repoussant déjeunes hommes aux idées de vieillards et de 
vieillards qui cherchent à se faire ^passer pour jeunes, 
produit d'une civilisation à son déclin, sans aspirations 
et sans grandeur, n'est-ce pas lui^plutôt encore que les 
pédants cuistreux des écoles que Wagner a symbolisé 
dans l'ironique personnification du greffier Sixtus 
Beckmesser ? S'il est vrai que seule la vérité blesse, on 
serait tenté de le croire, à voirie dépit avec lequel ce 
petit monde a accueilli la sanglante satire du Maître. 

Mais si, à chaque bataille contre la routine livrée 
parles milices de l'art jeune, on se heurte aux vieilles 
gardes, en revanche toujours apparaît, aux avant- 
postes,, un chef hardi qui, ardent et infatigable, donne 
le signal de l'assaut. 

C'est à Louis Brassin qu'on doit là victoire rempor- 
tée à Bruxelles par le wagnérisme. On l'a un peu 
oublié. Aussi croyons-nous devoir, au lendemain du 
triomphe définitif des idées pour lesquelles il fiténergi- 
qyement campagne, évoquer le souvenir de cette 
grande personnalité artistique. Quelle joie et quelle 
récompense pour lui s'il eût assisté à la manifestation 
imposante de samedi ! Pour tous ceux qui s'efforcèrent 
de propager en Belgique les principes de l'art de 
Wagner, sa mémoire est étroitement liée à tous les 
avantages partiels que, petit à petit, dans une série 
d'escarmouches, remportèrent les partisans du «* drame 
lyrique « sur les défenseurs de 1' « opéra »> dans sa 
forme surannée. Le premier, il osa inscrire le nom de 
Wagner dans ses programmes. Qui ne se souvient de 
l'irrésistible entrain avec lequel il exécutait, sur un 
piano auquel il communiquait les vibrations de l'or- 
chestre, cette ouvefture [des Maîtres-Chanteurs qui 
devait, quinze ans plus tard, remplir de ses sonorités 
éclatantes le vaisseau de la Monnaie? N'eut-il pas un 
jour l'idée de faire jouer, d'un bout à l'autre, à l'un de 
ses élèves, *.comme s'il se fût agi d'une simple transcrip- 
tion de concert, la partition entière de cet ouvrage 
colossal. Passionnément épris de l'art du Maître, il 
groupa autour de lui une élite de jeunes hommes dans 
l'àme desquels il fit passer la flamme de son enthou- 
siasme. Tous, Batta, Hugo Fish, morts tous les deux, 
ainsi que le maître lui-même, Rummel, Dujardin, Kéfer, 
Tinel, Gurickx, De Greef, devinrent ses lieutenants, et 
propagèrent à leur tour ses préceptes. 

Grâce à des prodiges de diplomatie ^ il parvint à 
décider le directeur qui régnait en 1870 à la Monnaie et 
qui n'était rien moins qu'ouvert aux idées nouvelles, 
M. Vachot, à monter Lohengrm. La chose décidée, il 
fit si bien que le chef d'orchestre d'alors, M. Singelée, 
consentit à céder son bâton, pour les répétitions et 



même pour la première représentation, à Hans Richter, 
que Brassin fit venir du fond de l'Allemagne. 

Mais il fallait préparer l'auditoire à la musique nou- 
velle qu'il allait entendre. Avec un dévouement infati- 
gable, il organisa chez lui des séances dans lesquelles il 
était à la fois conférencier et virtuose. Il exposait à ses 
amis les beautés de Lohengrm^ commentait le poème, 
jouait avec l'autorité qu'on sait des fragments delà par- 
tition et parvint à initier peu à peu les Bruxellois â la 
compréhension de l'œuvre, ce qui lui valut, de la part 
de Wagner, cette décoration de chevalier du Graal, 
dont nous avons parlé déjà (*) et dont il s'enorgueillissait 
avec une joie d'enfant. 

C'est lui aussi qui 4magina, quelques années plus 
tard, d'aller quérir à Rotterdam, pour donner à 
Bruxelles un grand concert de musique wàgnérienne, 
toute la troupe, orchestre compris, qui interprétait la 
Walkiïre. l>lous fîmes partie de cette expédition, dans 
laquelle Brassin mit en œuvre toutes les ressources de 
sa diplomatie enjôleuse. Peu après, en mai 1877, 
Bruxelles entendit avec stupéfaction chanter en alle- 
mand, et pour la première fois, par un Siegmund en 
cravate blanche et une Sieglinde en robe de bal, le pre- 
mier acte de la Walkure. 

C'est lui enfin qui fonda V Association wàgnérienne ^ 
destinée à recueillir des fonds pour le théâtre de 
Bayreuth. ,■:,,,- ■^-r,^. \,,f. ,.;:;:,..-:,-. ■:,:.;:;;.■ , :.:-■::_ - :. . 

Petit à petit s'infiltraient en Belgique les germes dont 
l'épanouissement est aujourd'hui admirable. Et ce qui/ 
contribua dans une large mesure à les développer, à en 
hâter l'éclosion, ce furent les Concerts populaires. Nous 
sommes heureux de rendre hommage, à cet égard, à 
l'active propagande que ne cessa de faire leur excel- 
lent directeur Joseph Dupont. 11 a porté seul, depuis le 
départ de Brassin, les espérances des wagnéristes en 
Belgique. S'il eut parfois de rudes assauts à soutenir, 
s'il s'imposa avec un désintéressement absolu et un 
zèle qu'on ne saurait assez louer pn travail considé- 
rable, il en est récompensé par l'hommage que lui 
rendent, à propos de l'interprétation remarquable qu'il 
donne des Maîtres- Chanteurs^ la presse et le pubUc. 

C'est à l'orchestre et à son chef que vont, tout 
d'abord, les éloges. Souple, nerveux, respectueux des 
nuances, délicat dans les moments de tendresse, puis- 
sant dans les ensembles qui exigent de la sonorité, 
d'une clarté qui permet à l'oreille de suivre, dans les 
broussailles de la polyphonie, le dessin mélodique des 
divers thèmes enchevêtrés, l'orchestre formé et dirigé7 
depuis quatorze ans, par Joseph Dupont s'est montré 
à la hauteur de sa tâche difficile. La sûreté et la fermeté 
de son exécution sont une des causes principales du 



(') Voir l'Art Moderne \SM, p. 179. 




succès de l'œuvre, qu'auraient pu compromettre ^ 
disons-le franchement, les interprètes. 

Pour des artistes dont l'éducation musicale tout 
entière repose sur des données essentiellement diffé- 
rentes de l'art synthétique de Wagner où la voix n'a 
pas, dans l'ensemble, un rôle plus important que la 
petite flûte ou le hautbois, interpréter les Maîtres- 
Chanteurs comme il convient n'est assurément pas 
chose aisée. On ne se débarrasse pas facilement d'habi- 
tudes contractées dans un long commerce avec le 
répertoire usuel. On ne consent pas sans regimber à 
faire abstraction de sa personnalité, à faire oublier 
Vacteur au public. On ne sacrifie pas, du premier coup, 
l'effet de son ut de poitrine ou du point d'orgue qu'on 
lance, la main gracieusement arrondie, à la fin d'une 
cadence pour faire éclater, en gerbe d'artifice, les 
applaudissements du parterre. 

Mais quel plus noble but pour un artiste épris de son 
art, et non de lui-même, que de concourir à provoquer 
les grandes émotions qu'un art humain comme celui de 
Wagner est capable de produire? Quelle sensation plus 
grisante que celle d'employer toutes les ressources de 
son intelligence scénique, de son expérience et de sa 
voix à réaliser rigoureusement la conception d'un génie ? 
L'artiste, loin de s'amoindrir, grandit singulièrement 
en s'effbrçant d'atteindre à ces hauteurs où l'art de l'in- 
terprète s'unit étroitement à celui du compositeur, 
comme les peintres qui font oublier la virtuosité de 
leurs coups de brosse pour faire parler la nature seule 
dans leurs toiles. Ils l'ont bien compris, ceux-là de Bay- 
reuth, de Berlin et de Vienne, les Materna, les Marie 
Brandt, les Winkelmann, les Scaria, les Cari Hill, les 
Lieban, les Schlosser, les Vogl, qui, généreusement et 
sans arrière-pensée, sacrifient la satisfaction éphémère 
de quelques applaudissements arrachés à coups de 
gosier à la gloire durable d'avoir assis sur des bases 
inébranlables le plus solide liionument musical que l'art 
ait édifié. 

Le jour où nos artistes seront pénétrés de la vérité 
de cette idée, nous ne verrons plus M. Jourdain se 
hausser sur la pointe des pieds pour lancer d'une voix 
tonnante les dernières notes de son Chant de concours. 
Il se tournera vers les maîtres qui l'interrogent lors^ 
qu'il aura à leur apprendre à quelle école il a appris la 
musique. Il s'abstiendra soigneusement de tous les 
gestes de conservatoire qui font croire que le chevalier 
de Stolzing, au lieu de rêver dans les bois, a usé sa 
jeunesse dans les cours de callisthénie qu'on donne chez 
M. Gevaert et que le vieux bouquin légué par ses 
ancêtres n'était autre que le Manuel de la civilité 
puérile et honnête, annoté par M™*-' Emmeline Ray- 
mond. • 

Ce jour là encore nous n'assisterons plus au spec- 
tacle plaisant de cinq artistes s'avançant tous ensemble 



à la rampe pour chanter le quintette, en quête, 
semble- t-il, d'un signal du chef d'orchestre ou d'une 
indication du souffleur. 

Un ouvrage tel que les Maîtres-Chanteurs a ses 
nécessités scéniques, qu'il faut respecter aussi scrupu- 
leusement que le dessin de la mélodie, la justesse des 
intonations ou l'accentuation des mots. 

Que de réformes à accomplir, à cet égard, pour un 
directeur désireux de faire œuvre d'artiste ! Et nous 
ne parlons ici ni des costumes, passablement gro- 
tesques pour quelques interprètes (voir le justaucorps^ 
vert-grenouille endossé par M. Jourdain au troisième 
acte, qui donne à l'artiste l'aspect d'un Valet de carreau) 
ni des décors, qui manquent de vérité, ni de la figuration, 
assez chiche, ni des jeux de scène des choristes et des 
figurants, fortement infectés de conventions surannées, 
malgré certaines tendances louables à s'en débarrasser. 
Une étude de la mise en scène à ces divers points de 
vue nous entraînerait trop loin. 

Ce qu'il importe de constater (puisse cette observa- 
tion porter ses fruits !) c'est que le succès est allé droit 
à ceux des interprètes qui ont le plus complètement 
fait abstraction de leur personne pour ne songer qu'à 
l'œuvre, pour s'incarner dans leurs personnages : 
à MM. SoulacroixetDelaquerrière. 

Le premier est vraiment excellent dans le rôle du 
greffier Beckmesser. Il chante en musicien et met à 
chacun de ses gestes, à chacune de ses intonations, une 
conscience remarquable^ On l'a comparé à Uacteur alle- 
mand Lieban (et non pas Niemann, n'est-ce pas mon 
cherEekhoud ?) et la remarque est juste. Il y a d'ail- 
leurs entre le rôle de Beckmesser et celui de Mime, 
autre souffre-douleur, certaines analogies qui justifient 
la similitude de l'interprétation. S'il se corrige de quel- 
ques excès d'intentions comiques qui dépassent le but, 
s'il se décide à rompre d'une façon plus complète encore 
avec la tradition qui veut que les artistes viennent à 
tour de rôle débiter leur air devant le trou du souffleur 
au lieu de demeurer où les nécessités du sujet les 
retiennent, M. Soulacroix attachera, d'une façon dura- 
ble, son nom à la création de l'amusant bonhomme à la 
guitare. 

M. Delaquerrière joue en écolier pétulant, espiègle, 
de. bonne humeur, le charmant rôle de David, et le 
timbrè^lair de sa voix convient tout à fait au person- 
nage. Il a partagé avec M. Soulacroix les applaudisse- 
ments. 

Il faut encore tirer hors de pair M. Seguin, dont les 
progrès sont sensibles à chaque représentation. Un peu 
lourd et embarrassé le soir de la première, il acquiert 
petit à petit la bonhomie et l'aisance voulues. Sa voix 
est superbe, sa diction nette, ses allures distinguées. 
Mais pourquoi a-t-il composé un Hans Sachs si jeune ? 
Comment faire concorder la barbe brune, la chevelure 



M 



L'ART MODERNE 



1 



luxuriante du cordonnier-poète avec cette apostrophe 
qu'il adresse à Beckmesser lorsqu'il l'accuse de pré- 
tendre à la main d'Eva : 

. . . , ■ .■ ^ . " 

•♦ Pardon, marqueur, je n'ai pas ce désir, 

Car pour avoir l'espoir de plaire — 

Il faut qu'on soit moins mûr que nous f n 

et cette réponse qu'il fait à la jeune fille, qui, malicieu- 
sement lui parle de mariage : 

•• On me prendrait pour ton aïeul t. ? 

Il y a évidemment une modification à apporter au 
grimage de l'artiste. 

La belle voix de M. Durât s'épanouit dans le rôle de 
Pogner, l'orfèvre. M. Renaud donne l'emphase néces- 
saire aux déclamations de Kothner/le plus solide rem- 
part de l'art fossile que combat Walther. En ce qui 
concerne les interprètes féminins de l'œuvre, la presse 
a généralement trouvé que le rôle d'Eva ne convenait 
pas à la nature tragique et enflammée de M""® Caron. 
Il s'agit d'une jeune fille naïve et simple, presque une 
enfant, pour laquelle le physique d'impératrice, les 
gestes nobles, la démarche altière de la remarquable 
artiste ne sont évidemment pas faits. Quant à M'^® Des- 
champs elle met beaucoup de honne grâce à remplir, 
pour la troisième fois, un rôle dé nourrice. Tout le 
personnel des chœurs triomphe avec aisance des diffi- 
cultés terribles de l'interprétation. 

On le voit, si tout n'est pas parfait, du moins faut-il 
s'estimer heureux de l'ensemble de l'interprétation, qui 
permet d'apprécier dans des conditions vraiment artis- 
tiques l'œuvre admirable par laquelle MM. Stoumon et 
Calabrési ont eu la bonne pensée de clôturer triompha- 
lement leur campagne. 



'«=^ 



JalVRE^ J^OUVEAUX 

Chair molle, roman naturaliste, par Paul Adam. 
Bruxelles, Auguste Brancart, éditeur. 

M. Paul Adam, après vingt autres, nous fait parcourir le 
chemin qui mène les pauvres filles du lupanar à l'hôpital et nous 
ne le sermonnerons pas à ce sujet. VArt modenie a, en maintes 
occasions, exprimé son sentiment au sujet de cet envahissement 
de la littérature par « la fille ». Ne ravivons pas cette querelle. 
Les chemins de l'art sont libres, c'est entendu ; s'il plaît aux 
écrivains de la jeune école de s'égarer dans les venelles suspectes 
et de regarder du côté des gros numéros, c'est leur affaire. Ne 
nous faisons pas, en leur reprochant cette prédilection, accuser 
de pruderie ou de pédanlisme. Une loi rigoureuse asservit la 
critique à l'auteur ; où qu'il aille il faut le suivre. Permis à elle 
d'enfoncer son chapeau sur ses yeux, de se cacher le nez dans 
son manteau, mais il faut qu'elle aille résignée, passive, par les 
bouges ignobles, à travers les débauches brutales ou les misères 
répugnantes, qu'elle dise ensuite les impressions de ses voyages 
dans les dessous mal odorants de la vie sociale. Ce rôle a des 
côtés diftîciles et compromettants. Le devoir du critique est de 



vérifier, en notre temps de littérature photographique, l'exacti- 
tude du coup d'œil et la sincérité de l'otjectif du photographe. 
Il s'expose à cette question : Comment savez-vous tout cela ? S'il 
répond : je le sais parce que j'ai vu, il passera pour un homme 
à fréquentations suspectes, portant partout avec lui l'arrière 
parfum de ses excursions dans les égoûts. On ne l'invitera plus 
à dîner de crainte qu'il ne dérobe l'argenterie. Les mamans ne 
permettront plus à leurs « demoiselles » de danser avec un 
monsieur d'aussi mauvaise compagnie. L'auteur lui-même sera 
moins mal vu, on pourra lui reprocher de bizarres écarts d'ima- 
gination, mais on ne l'accusera pas nécessairement d'avoir vécu 
ce qu'il raconte. Mais le critique ne peut invoquer les préroga- 
tives de l'imagination : il ne crée pas, il n'invente pas, il constate 
et verbalise. . 

Mais si cet esclave du devoir se hasarde, pour sa défense, à 
reconnaître qu'en réalité il n'a pas levé le plan des lieux où 
M"^ Lucie Thirlache accomplit ses cascades, c'est alors M. Paul 
Adam qui, justement indigné, lui criera: De quoi vous mélcz-vous? 
De quel droit blâmez-vous mes tableaux si vous n'avez pas vu les 
scènes qui me les ont inspirés? Comment peut-on apprécier la 
ressemblance du portrait si l'on ne connaît pas l'original? 

Cette situation entre la réprobation des honnêtes gens et la 
colère de M. Paul Adam est absolument dépourvue de charmes. 
Cependant à tout risquer et pour l'honneur de la vérité, nous 
devons dire que nous ne connaissons pas le n» 7 de la rue 
Pépin, à Douai, ni les beuglants du boulevard Crespel, à Arras, 
ni la rue Malparl, h Lille, ni l'hôpital où cette malheureuse 
termine si tristement sa misérable vie. Mais il est une chose à 
l'égard de laquelle nous ne pouvons prétexter d'ignorance, c'est 
ce misérable cœur humain, ce malencontreux viscère tout gonflé 
de vices et de boue. Lucie Thirlache, qui ne la connaît ou ne la 
devine. Intelligence crépusculaire, dit M. Paul Alexis dans la 
préface qu'il a écrite pour C/iair il/o/Ze, « volonté capricante, 
vacherie native développée dans l'exercice de la prostitution ». 
Oh ! c'est bien cela, c'est bien ce pauvre être dont M. Paul Adam 
nous développe la psychologie avec une sincérité poignante. 
Chez lui, tout jeune homme, — M. Paul Adam n'a que vingt deux 
ans, — cette conscience, ce sentiment des proportions sont 
remarquables. Il est bien dans le courant du roman moderne, 
psychologique avant tout. On ne voit d'ailleurs dans Chair Molle 
que le personnage central. 

Le reste est peu de chose : des épisodes vulgaires, des 
descriptions sincères, sans doute, mais dépourvues d'originalité. 
Nous avons lu tout cela dans Nana, dans la Fille Elisa, dans le 
Martyre d'Annil y dans vingt romans dont nous ne nous rappe- 
lons plus les titres. Mais un décor mal brossé, une action où le 
défaut de main et d'expérience se révêlent, ne font pas disparaître 
l'intérêt de l'étude morale et sociale qui fut le principal objectif 
de l'écrivain. 



LES mPRESSlOKNiSTES 

Premier article. 

Le groupe de peintres qui, pendant plusieurs années, a exas- 
péré Paris par l'indépendance de ses expositions et à qui une 
pochade de Claude Monet appelée « Impression » au cata- 
logue fit donner le nom ôi" Impressionnistes^ a cessé de se pré- 
senter au public, pour divers motifs d'ordre privé. Certaine 




critique feint dé croire que n'ayant pu réussir divns la peinture 
à l'huile, ceux qui le fondèrent terminent leur existence ratée en 
décorant humblement des éventailis et des coffrets pour l'Amé- 
rique. Il n'en est rien, heureusement. Ces courageux et fiers 
artistes poursuivent individuellement leur travail incessant, préfé- 
rant une existence modeste aux succès que leur science et leur 
habileté de main leur auraient assurés, s'ils se fussent astreints 
à faire quelques concessions au public. 

Nous pensons que quelques notes sur les plus distingués 
d'entre eux intéresseront nos lecteurs, leurs noms avant été cités 
fréquemment dansées derniers temps à propos du Salon des XX* 
■■' La première exposition des Impressionnistes (laissons-leur 
ce nom qui leur fut donné par dérision et qu'ils adoptèrent 
fièrement), eut lieu dans les magnifiques locaux de Durand-Ruel, 
ce marchand intelligent qui, l'un des premiers, osa acheter des 
Delacroix, des Rousseau, des Millet, des Corot. Ils se réfugièrent 
ensuite au Boulevard des Capucines, puis Avenue de l'Opéra, dans 
une maison non encore habitée, et enfin, ils. essuyèrent les 
plâtres de plusieurs bâtisses du même quartier. D'où quelques 
spirituelles plaisanteries, dans le monde et dans les journaux, 
toujours prêts à railler toute tentative hardie en opposition avec 
les idées reçues et la convention. Nombreuse au début, la société 
alla diminuant; elle se débarrassa petit à petit des importuns 
dont on avait dû accepter le concours, au début, pour la cotisa- 
tion qu'ils payaient régulièrement. ' ■ 

Il y avait là des noms fort estimés, qui donnaient une certaine 
autorité aux nouveaux venus, mais dont les personnalités étaient 
un peu effacées. Manet ne voulut jamais déserter le salon officiel 
des Champs-Elysées, où il avait eu tant de peine à se faire 
admettre. Les fondateurs du groupe furent Claude Monet, Renoir, 
Degas, Pissaro, Sisley, Cézanne, Forain, Raffaëlli, Caillebolte, 
Mesdames Berthe Morisot et Marv Cassatt : nous ne nous occu- 
pons que des principaux chefs du mouvement. '. . 

._: Claude Monet, dont Manet apprit tant et qu'il admira passion- 
nément, est le véritable inventeur de ï Impressionnisme^ avec 
Renoir, qu'il connut à l'atelier Gleyre. 

A ses débuts, il avait une peinture large et grasse, non sans 
analogie avec celle de Carolus Duran. 

Il obtint même, à un salon officiel, quelque succès avec le 
portrait d'une dame vêtue d'une robe verte. Mais les images 
japonaises, qui ont eu une si grande influence sur l'art contem- 
porain, initièrent surtout Monet aux coupes inattendues de 
paysages, aux colorations franches, crues, vibrantes. Il fut bientôt 
en complète possession de lui-même, et, ayant acquis un métier 
merveilleux, il peignit des figures de femmes en blanc sur des 
pelouses où se répandait le soleil par taches dorées. Il abandonna 
enfin tout-à-fait le visage humain pour se consacrer aux vues de 
la campagne, et de l'océan. 

L'œuvre de Claude Monet, ce bel et fort artiste, sera l'étonne- 
ment et l'admiration de ceux qui l'apprécieront plus tard dans son 
ensemble. La santé de cette peinture, sa simplicité, sa variété, 
sa sûreté, son parfum acre ou doux de nature tendrement inter- 
prétée, la grandeur du dessin et de la mise en place, la coupe de 
cha(iue toile, le caractère lisse ou fougueux de l'exécution, selon 
qu'il s'agit de représenter un effet de temps calme ou d'orage, 
tout est d'un maître. Jamais raffinement de tons n'a été poussé 
plus loin, jamais l'éclat d'une palette n'a été tel. Sans aucun 
doute, depuis Corot, c'est le plus grand paysagiste qui se soit 
révélé en France. 



Renoir, artiste fin, nerveux, tournienté, a tout essayé, d^uis 
les tableaux de batailles qu'on plaçait, au salon, sur ia cimaise, 
jusqu'aux nus inspirés parles fresques italiennes, en passant par 
le Paysage, qui rappelle trop celui dé Monet avec qui il travaillait, 
et par le Portrait, où il a excellé. Tantôt empâtant fortement ses 
toiles, tantôt caressant d'un léger frottis une joue de Parisienne, 
■ il a fait d'exquises têtes d'enfants et de femmes, il a fait vivre 
des chairs frémissantes. Son œuvre considérable, où la trace de 
Delacroix est aussi marquée que celle des portraitistes du 
xviii^ siècle, de Rubens et des pré-Rnphaëllistes, forme un 
ensemble d'un caractère très-particulier, et sa signature est 
aussi lisible dans ses fleurs, où il a essayé de s'approprier des 
tons de tapisserie, que dans ses études orientales et dans ses 
Vénitiennes, où il a cherché et -atteint le caractère sobre et le 
style ample de la fresque. 

A Paris, qu'il peignît des portraits ou des scènes de bals 
publics et de rues, en Angleterre, à Alger, à Venise, à Naples, à 
Toulon, partout où l'a conduit sa fantaisie, Renoir a poursuivi 
et trouvé l'expression d'un art vraiment neuf. 

Les ouvrages de ce coloriste éperdu ont parfois dos reflets de 
faïence, d'émaux et de pierreries ; parfois ils sont hiirmonisés 
dans des gris d'une distinction rare, où n'entre jamais le noir. 
Quelques études de Napolitaines nues, en plein air, ont la fraî- 
cheur des décorations d'Herculauum, tandis que certaines natures- 
mortes rapportées de Marseille ont une chaleur et une intensité 
de métaux en fusion. C'est certes une des organisations les plus 
troublantes, les plus curieuses, les plus passionnantes que nous 
connaissions. . " 

Sisley n'est qu'un reflet. Quoiqu'il ait débuté en même temps que 
Monet et Renoir, il semble être leur élève, fort brillant d'ailleurs. 

Pissaro, lui, est le doyen de cette Ecole. Il est sorti de Millet 
dont il a un peu imité les scènes de campagne. Mais il restera de 
lui une centaine de paysages admirables do vérité, de justesse de 
valeur et de franchise décoloration. Sa plus belle époque a été 
son séjour en Angleterre, vers 1870. A Ponloise, ou il a vécu 
ensuite, sa facture a commencé à s'amoindrir et à devenir coton- 
neuse. Mais il suffit, pour le classer, de songer au talent remar- 
quable avec lequel il a interprêté les environs de Londres et ceux 
de Paris. Enfin, Pissaro est un des rares peintres auxquels on 
pense quand on se promène dans la campagne; est-ce là un 
mince mérite ? 

A tous ces éléments si divers, deux femmes, Miss Mary Cassatt 
et Madame Berihe 3Iorisot, ont ajouté une note charmante. Les 
effets vaporeux du matin sur les plages et dans les jardins de Paris 
ont été fixés d'une façon délicieuse par Madame Morisot, tandis 
que certains éclairages étranges de figures maladives dans des 
appartements luxueux, ou bien au théâtre, étaient rendus avec 
intensité par Miss Cassatt. • 

Nous voudrions bien parler encore du maître Degas et de 
Cézanne, mais chacun d'eux mérite une longue et sérieuse ^tude. 
L'art complexe de Degas, si plein de fantaisie et de modernité, 
reposant sur les bases d'une éducation classique des plus sévères, 
l'esprit et le talent de cet élève d'Ingres qui a conservé toute la 
rigueur du dessin de son maître et sa pureté dans la représenta- 
tion de la vie des coulisses el des courses, ne saurait s'accom- 
moder de quelques lignes d'analyse. 

La tâche n'est pas plus aisée pour Cézanne, qui, avec ses 
faiblesses enfantines, est pourtant l'auteur de quelques chefs- 
d'œuvre de couleur. 



^ 



86 



rkRT MODERNE 



j^ONCERT JîAMOUREUX 



Chacun des concei'ts de M. Lamoureux est décidément comme une 
date de victoire pour le drame lyrique,.pour l'ample et libre musique 
de scèue telle que Berlioz en avait jeté les bases et telle que l'a défi- 
nitivement bâtie Richard Wagner. 

Hier c'était une seconde audition du deuxième acte de Tristan et 
Yseult, une suite de pages hardies, profondes, humaines, ardentes, 
où les chanteurs, en dehors de toute régularité mélodique, parlent 
la vraie langue passionnée, où l'orchestre répand comme l'impression 
de la nature ambiante, tantôt l'ombre qui remplit les lointains des 
vastes avenues d'arbres, tantôt les langueurs, lès souffles lourds, les 
voix émues d'une splendide nuit d'été, tantôt l'ère historique, la 
majesté féodale du paUis aux grandes tours, endormi dans un repli 
de la forêt où bruit, la rumeur d'une chasse aux tlambeau^, l'épaisse 
structure de l'escalier de pierre que va descendre Yseult pour 
s'élancer au rendez-vous d'amour. ' 

Et voilà qu'elle prend sa volée, cette scène d'extase entre les deux 
amants; ils maudissent, eu longs cris de souffrance, la lumière du 
jour qui les fait étrangers l'un à l'autre, ils ont les mots fous et sans 
suite qui se mêlent aux embrassements après l'absence, leurs voix 
caressent de pleurs cette nuit si douce qu'ils n'en peuvent plus fuir 
l'ivresse, cette nuit dans laquelle ils vont se laisser surprendre 
enlacés... 

Wagner, dans ces situations qui le montrent dramaturge hors 
ligné, s'élève comme musicien aux dernières sévérités de son art, 
c'est le bruit épique, l'accent juste et remuant de la vie, la tendresse 
intime des émotions, ce n'est jamais le vain désir de séduire;, fou- 
gueuse ou sereine, sa mélopée s'arrête à la limite du chant précis 
qui parfois veut s'imposer à son inspiration. Il semble un poète qui, 
par haine du banal, étrauglerait, quelque riche qu'elle soit} la rime 
attendue. L'artiste que Wagner porte en lui, violemment il l'écarté 
pour laisser place au descripteur, au traducteur musical des sensa- 
tions positives, des naturelles harmonies. 

Et le public, en une attention solennelle et vibrante, écoute ces 
hautes phrases entrecoupées^ces tragiques récitatifs, ces formidables 
entassements d'accords dont la splendeur indomptée va souvent jus- 
qu'à des perspectives hors d'atteinte. C'est là lapas considérable fait 
piar l'éducation musicale du tout Paris, c'est là, surtout, le fait à ins- 
crire dans les bulletins de victoire de M. Lamoureux. 

Mais à quand le décor, les allées d'arbres toutes noires où Yseult 
plonge le regard et guette l'arrivée de Tristan ; la torche qui flambe 
sur l'escalier de pierre et qu'on éteint pour livrer l'espace à là nuit* 
d'amour, la plateforme de la tour où Brangaine veille sur la solitude 
des deux amants? A quand la mise en scène si noblement artiste qu'a 
dictée le génie de Wagner? 

Jusque-là, c'est un charme inexprimable d'entendre la merveil-' 
leuse interprétation de l'orchestre de M. Lamoureux et de suivre le 
drame si puissamment rendu par M*"* Montalba, toute frémissante 
dans le rôle d' Yseult , par M. Van Dyck qui réalise avec tant de sin- 
cérité le personnage de Tristan, par M™« Boidin-Puisais dontJa voix 
sympathique se prête si bien aux accents tristes de Brangaine. 

N'oublions pas qu'à la grande joie du public, ce superbe concert 
avait pour complément de son programme des fragments du Songe 
de Mendelssohn et l'ouverture d'Euryanthe. Exécution irréprochable 
comme toujours. {La Justice. ) 



Jhéatrep 

Théâtre de la Monnaie. — Le succès éclatant des Maitres- 
Chanteurs s'aflirme davantage àchaque représentation. Lé public 
rappelle les artistes après tous les actes. Le deuxième, qui se termine 
par la fameuse bagarre, est particulièrement acclamé. 



Vendredi, à la quatrième représentation, l'algarade de Beckmes- 
ser a failli être continuée dans la salle. Un monsieur grincheux ayant 
eu l'imprudence de régaler l'auditoire, en guise de sérénade, d'un 
coup de sifflet, après la doubla ovation qui avait suivi la chute du 
rideau sur le deuxième acte, toute la salle a riposté par une nou- 
velle salve d'applaudissements et de bravos. Les spectatrices mêmes 
ont fait le coup de feu, claquant des mains avec frénésie, tandis que, 
du fond des loges, des stalles, du parterre, du paradis, partaient les 
acclamations et les cris. , , , 

Le monsieur n'a pas jugé à propos de renouveler sa tentative. 

Mardi prochain aura lieu la cinquième représentation.^ 

Théâtre du Parc. — La représentation au bénéfice de M"« Renée 
Sigall, l'aimable pensionnaire de M. Candeilh, est fixée à mardi pro- 
chain. On jouera Tête de Linotte^ l'amusante comédie de Gondinet, 
dans laquelle la bénéficiaire a créé avec l'étourderie charmante qu'on 
a tant applaudie, le rôle de Céleste Champonet. Le spectacle com- 
mencera par La Cravate blanche i 

Théâtre Molière. — C'est samedi prochain, 21 courant, que 
passera le Prince Zilah, de Claretie, le récent succès du Gymnase. 
En attendant, la joyeuse Ca</noïfe tient l'affiche. 

Théâtre de l'Algazar. — M»»* Léaut annonce pour samedi là 
re^prise de Fatinitza. 

pIBX-lOQRAPHIE MU^ICAJ-E 

On sait combien il est souvent difficile de déchiffrer la musique 
manuscrite, chaque compositeur ayant dans la façon de tracer les 
signes de la notation des habitudes personnelles et fantaisistes. 
Débrouiller les palimpsestes, le Koua, le Neskhy, le Koufique n'est 
rien à côté de la peine qu'on a,à lire certains musiciens. 

Prenant le mal à sa racine, un Allemand, M. Emile Breslaur, a 
imaginé d'enseigner aux enfants à écrire de la musique comme on 
leur apprend à tracer les lettresde l'alphabet. Il vient de publier chez 
MM. Breitkopf et Hârtel une série de cahiers gradués comprenant 
tous les exercices possibles de l'écriture musicale. 

L'idée est bonne, et nous la recommandons. Une traduction fran- 
çaise des courtes explications qui accompagnent chaque fascicule 
pourrait être utile et rien n'empêcherait alors de répandre les 
Cahiers d'écriture musicale de M. Breslaur dans les établissements 
'belges d'instruction. 

Signalons aussi, chez les mêmes éditeurs, la publication des 
œuvres inédites de J.-N. Lemmens, l'éminent organiste belge qui a 
fondé à Malines l'école de musique religieuse. Le tome deuxième 
vient de paraître. Il est consacré aux chants liturgiques, avec accom- 
pagnement d'orgues, et contient, avec une introduction donnant sur 
les mélodies grégoriennes des indications précises: 1<> Des exemples 
de mélopées ; 2o messe des doubles et des fêtes solennelles ; 3° messe 
de Requiem, avec les répons Libéra me et Qui Lazarum ; 4° cinq 
antiennes à la Vierge ; 5° Trente hymnes, entre autres le Te Deum. 

L'ouvrage, magnifiquement gravé sur fort papier, est en vente au 
prix de 15 francs. 



jlÎHF^OJMIQUE JUDICiyVlRE DE^ /.f\T^ ' 

La Conférence des avocats s'est réunie dernièrement, sous la 
présidence de M. Oscar Falateuf, ancien bâtonnier, pour discuter la 
question suivante : 

" Un artiste peut-il, en dehors de toute intention diffamatoire, 
reproduire sans autorisation la physionomie d'un tiers. » 

La Conférence, après avoir entendu M" Lemillieux et Habert 
pour l'affirmative. M»» Lafon et Deshoulières pour la négative, et 
Me A. Naumois, rapporteur, s'est prononcée pour l'affirmative. 



y 




MEMENTO DES EXPOSITIONS ET CONCOURS 

Anvers. — Exposition universelle. Mai à octobre 1885. 

Anvers. — Salon des refusés et exposition des artistes indépen- 
dants. Ouverture en mai. Pour tous renseignements s'adresser au 
secrétaire du Cercle des artistes indépendants, i y rue de l'Angle, 
Bruxelles. 

Bruxelles — ■ 25* exposition de la Société des aquarellistes. 
Ouverture le 4 avril 1885. — Exposition des Hydrophiles. Ouverture 
prochainement. — IIP exposition de Blanc et Noir à l'Essor. 
Mai 1885. — Exposition historique de gravure, par le Cercle des 
aquarellistes et aquafortistes. Mai 1885. • 

Londres. — Exposition internationale d'instruments de musique. 
Ouverture en mai 1885, à South -Kensington. — Exposition inter- 
nationale et universelle d'Alerandra-Palace Du 31 mars à la fin de 
septembre.— Exposition de la Royal Academy. Ouverture le l*"" mai. 
Délais d'envoi : peintures, les 27, 28 et 30 mars : sculptures, le 
31 mars. 

Nuremberg. — Exposition internationale d'orfèvrerie, de joaille- 
rie, de bronzes, etc. Du 15 juin au 30 septembre 1885. 

Paris. — Salon de iSS5. — l^ mai au 30 juin 1885. — Peinture, 
dessins, etc. Dépôt des ouvrages au Palais des Champs-Elysées, du 
5 au 14 mars. — Sculpture, Gravure en méd. et sur p. f. Dépôt 
du 21 mars au 2 avril. — Architecture. Dépôt du 2 au 5 avril. — 
Gravure et Lithographie. Dépôt, du 2 au 5 avril. 

Id. — Exposition internationale de Blanc et Noir, organisée 
par Le Dessin, au Palais du Louvre (pavillon de Flore). Du 15 mars 
au 30 avril. 

Rotterdam. — Du 31 mai au 12 juillet. Dernier délai : 16 mai. 
Renseignements : M. Veders, secrétaire, 42, Boompjes, Rotterdam. 

Gand. — Statue du docteur Joseph Guislain. (Voir l'Art moderne 
du 1er mars.) 

Paris. — Statue de Paul Broca. (Voir ÏArt moderne du 
1er mars.) -/■':■' ':-'-^' ■.':■ '■:'■ -•;-":'■'■■■'■., \. .', ■:;^ ■■-'■■_-:•■■■ ; .^ 

RiCHMOND (Virginie). — Concours pour un monument à Robert 
Lee, jusqu'au le»" mai 1885. 

Saint-Nicolas. — Concours de gravure du Journal des Beaux- 
Arts. (Voir V Art moderne an i^^ Tasivs.) 

Vienne. — Concours pour l'érection d'un monument à Mozart. 



•tç, 



f 



ETITE CHROJ^jqUE 



M'ie Luisa Cognetti a donné hier, au Grand-Hôtel, devant un 
public restreint d'invités, une matinée musicale qui a produit une 
excellente impression sur l'auditoire. L'heure de notre mise en pages 
ne nous permet pas de donner une appréciation étendue sur le jeu 
brillant et la remarquable virtuosité de la jeune pianiste, .élève de 
Liszt et de Rubinstein. Disons seulement que l'artiste a joué super- 
bement divers morceaux, notamment une Etude de Rubinstein et 
la transcription de Liszt du Roi des Aulnes de Schubert, dans les- 
quels M"e Cognetti a déployé une sonorité, une sûreté d'attaque, un 
mécanisme, spécialement dans les octaves, de tout premier ordre. 



Camille Van Camp, Edmond Picard et Albrecht De Vriendt, les 
nouveaux membres du jury belge des Beaux-Arts à l'Exposition 
d'Anvers, viennent de convoquer au local du Petit-Paris, rue Du- 
cale, à Bruxelles, pour mercredi prochain, 18 mars, à 8 heures, les 
artistes qui représentent l'art belge contemporain d'après les prin- 
cipes affirmés, il y a une vingtaine d'années, lors de la fondation de 
VArt Libre par Van Camp, Baron, Dubois, Verwée, Hermans, Bou- 
lenger, Artan, etc., et qui, depuis, sont devenus la caractéristique 
de notre art nouveau dans ses manifestations si variées. 

Il s'agit d'examiner en commun les principes que ces [messieurs, 
qui prennent ouvertement le rôle de mandataires de cette partie 
importante de notre école, auront à défendre dans les réunions du 
jury. Ils tiennent à être constamment en rapport avec l^s intéressés 
qu'ils ont charge de représenter. 



Le dernier concert populaire, fixé au 12 avril, ne pourra avoir lieu 



que le 19, la traduction de certaines œuvres qui y seront, exécutées 
ne. pouvant être terminée à temps. 

M. Heuschling donnera le 28 courant, à 8 1/2 heures, avec le con- 
cours de Mi'e L. Dumonceau et de M. C. Marchai, un concert à la 
Grande-Harmonie. L'excellent baryton chantera la scène du con- 
cours de Tannhauser, le cycle de douze mélodies Blondina de Gou- 
nod, des romances de Lassen et de Rubinstein et, avec M^'" Dumon- 
ceau, le duo de Don Juan et celui des Papillottes de M. Benoist, de 
Rébert. On entendra en outre deux mélodies de Bizet, dites par 
M"" Dumonceau, et divers morceaux pour le violoncelle, joués par 
M. Marchai. • 

M. Peter Benoit vient d'être atteint dans ses plus chèrcss affections 
par la mort de sa mère, décédée à Wyneghem, à l'âge de 76 ans. 
Confidente des projets et des luttes artistiques de son fils, elle n'a 
cessé de lui prodiguer les plus précieux encouragements ; aussi tous 
les amis du chef de l'Ecole nausicale d'Anvers, savent combien était 
profond son attachement pour sa digne mère et combien la sépara- 
tion doit lui être cruelle. 

Les deux groupes allégoriques que MM. Vander Stappen et De 
Vigne ont été chargés d'exécuter pour la façade du Palais des Beaux- 
Arts, rue de la Régence, sont terminés et prêts à être envoyés à la 
fonte pour être coulés en bronze. 



Quatre grandes solennités musicales auront lieu à Ajivers, dans la 
salle des fêtes du Palais de l'Exposition. On parle d'une exécution de 
VOcéan, de Rubinstein, et d'une messe de Liszt. 
• - 

On annonce d'Amsterdam, le décès d'un jeune artiste belge, 
Eugène Baudot, premier violon au Palais de l'Industrie. 

Baudot était né à Wavre en 1855. Il fit ses éludes au Conservatoire, 
de Bruxelles, dans les classes de Léonard et de Vieuxtemps. Plus 
tard, il se fit entendre avec succès en Allemagne. 

Baudot a laissé de sympathiques souvenirs parmi les artistes de 
Bruxelles et sa perte sera très regrettée. 



On exécutera à Paris, les 26 et 30 mars, dans la salle du Château 
d'Eau, sous la direction et avec l'orchestre de M. Lamoureux, une 
intéressante partition du compositeur viennois Adalbert de Gold- 
schmidt, les Sept péchés capitaux. 

Nous publierons, à cette occasion, une étude sur le jeune musicien 
encore inconnu en pays latin, mais dont la réputation sera, pensons- 
nous, faite rapidement. 

Le compositeur Karl Goldmark, auteur de la Reine de Saba, l'un 
des opéras qui ont obtenu le plus de succès en Allemagne dans ces 
dix dernières années, est en ce moment à Gmunden, où il vient de 
ternainer un nouveau drame lyrique : Merlin. 



Les expositions particulières à Paris : 

Le 20 février s'est ouverte, au Palais des Champs-Elysées, l'expo- 
sition des femmes peintres et sculpteurs, qui restera ouverte jusqu'au 
22 avril. 

C'est le 6 mars que s'est ouverte, à l'Ecole des beaux-arts, l'expo- 
sition de l'œuvre d'Eugène Delacroix. 

L'Entrée des croisés à Constantinople a été prêtée par l'admi- 
nistration des Beaux-Arts. Après cette Exposition ce tableau sera 
placé au musée du Louvre. 

Le ler mai, au même local, ouverture de la 2">e exposition de 
portraits du siècle. 

L'exposition des œuvres de Bastien-Lepage s'est ouverte hier, à 
l'hôtel de Chymay, 17, quai Malaquais. L'administration des Beaux- 
Arts vient d'acquérir une des grandes toiles de l'artiste : Récolte des 
pommes de terre au prix de 25,000 francs Ajoutons que Bastien 
Lepage, en mourant, a légué au Louvre, quatre portraits de mem- 
bres de sa famille, parmi lesquels celui du Grand-père qui a figuré 
au Salon de 1874. Ces portraits devront rester en possession de 
M. Emile -Bastien Lepage, frère du peintre, sa vie durant. Nous 
apprenons que deux toiles de J. Bastien Lepage oui été adjugées en 
vente publique à Londres le 28 février : Pas mèche., au prix de 
11,025 francs, et Le Père Jacques, du Salon de 1882, au prix de 
13,500 francs. Celle des œuvres de Gustave Doré est actuellement 
ouverte au Cercle de la librairie. Celle des œuvres de Ribot s'ouvrira 
r sous peu à la Galerie des artistes modernes, rue de la Paix, 5. 



88 



UART MODERNE 



~. k. 



Les annonces^ont reçues au bureau du journal, 
26, rue de V Industrie, à Bruxelles. 

SCHOTT Frères, Editeurs de Musique, Bruxelles 

RDS DDQDESNOY, 3», coin de la rue de la Madeleine 
Maison principale : MONTAGNE DE L.A COUR, 82 



LES HAITRES CHAIEURS DE NUREMBERG 

(Die Meistersinger von Nûrnherg) 
Opéra en 3 actes de 

PARTITION POUR CHANT ET PIANO, NET 20 FRANCS. 



Libretto . . . . -. . . . .... 

Benoit. Les motifs typiques des Maîtres chanteurs . . . 

. ARRANGEMENTS POUR PIANO A 2 MAINS 



Fr. 



fyO Partition eomplète . . . ■ . . . 
Oiivertwe, Introduction . . . . . . . , . 

Za même, arraiig. par H. de Bulow . . . . . . 

introduction du 3* acte, . . 

£<?i/e>", i?*. Répertoire des jeunes pianistes . , 

. " Bouquet de Mélodies . . . . . . ' . 

2?n/nne>', C Trois transcriptions, chaque- . . , . 
^w/oio, .ff. (de). Réunion des Maitres chanteurs . . 
« Paraphrase sur le quintuor du 3* acte . 

Cramer, H. Pot-pourri . . : 

» Marche . . . . • . . . 

« Danse des apprentis ^ . . . . . 

Gohbnert'i, L. Fantaisie brillante . . . . . . 

Jaell, A. Op. 1;^. Deux transcriptions brillantes ("Werbegesang- 
Preislied), chaque ........ 

Op. 148. Au foyer .,....,.. 

Lassen, E. Deux transcriptions de salon, n' l 

"' " n* II. . . . . 

Leitert. Op. 26. Transcription 

Rair, J, Réminiscences en quatre suites, cahier I et II, à 

cahierlTI. . . , 
^ cahier LV. . . , 

7?u_pp, ff. Chant de Walther -— . . ... 

ARRANGEMENTS POUR PIANO A 4 MAINS : 

X^t Par(;ï/o>i complète . . . ~ - ^^ - ^- 

f^j/îTj'/i/jv. Introduction par C. Tausig . . . . . . 

Beyer, F. Revue mélodique . . 

B'floïc, H. (de), IjSl réunion des Maîtres chanteurs, paraphrase . 

Cramer, H. Pot-pourri. . . 

Marche . . . . . . . . . 

De Vilbac. Deux illustrations, chacune . ... 



. ARRANGEMENTS DIVERS : 

OMi'O'fîO'e pour 2 pianos à,8 mains ... . 
G>Tpo«r ef Z,»îoHO>-ri. Duo pour violon et piano. . . . 
Kaslfier, E. Paraphrase pour orgue-mélodium. —7 
Lux, F. Prélude du 3* acte pour orsrue . . 
Obc/'f/jMJ% C/j. Chant de Walther pour harpe . . -, 
SingeUe, J. B. Fantaisie brillante pour violon et piano . 
Gnlternxan. Chant de Walther, pour violoncelle et piano 
■\<7c/ferfe, F. (âr). Morceaux lyriques pour violoncelle et piano 
N' 1. Walther (levant les Maîtres 
N* 2. Chant de Walther . . . . 
Wilhelmj, A. Chant de Walther, paraphrase pour violon avec 
accompag. d'orchestre ou de piano. Partition 
L'accompagnement d'orchestre. 

" de piano . . . . 



2 « 

1 50 



25 » 

2 . 

3 . 
1 » 

1 75 

2 25 
1 75 
1 75 

1 75 

2 « 
1 25 

1 75 

2 « 

'2 « 
2 25 

2 r. 

2 25 

1 35 

2 2$ 
2 « 
2 50 
1 75 



35 « 
3 50 
2 25 

2 25 

3 50 

2 25 

3 75 



6 .. 
4 « 
1 50 

1 . 

2 « 

3 ^ 
I 25 

1 25 

2 25 



3 ^ 
5 - 
3 .50 



VIENT DE PARAITRE 

CHEZ Félix: CALLEWAERT Père 

26, RUE LE L'INDUSTHIE, A BKUXELLES 



LA FORGE ROUSSEL 

PAR Edmond PICARD • 

ÏCdition définitive, tirée à petit nombre 

Prix : Grand Japon, 60 francs; Chine genuine, 40 francs, 
Hollande Van Gelder, 25 francs. " ' 



VIENT DE PARAITRE CHEZ 

BRÈITKOPF & HÀRTEL 

ÉDITEURS DE MUSIQUE 

BRUXELLES, 41, MONTAGNE DELÀ COUR 



ŒUVRES INÉDITES 

> DE J.-N. LEMMENS. 

Tome deuxième. — Chants liturgiques. — Prix net, 15 fr. 



10, RUE SAINT-JEAN, BRUXELLES 
(Ancienne maison Meynne). 



ABONNEMENT A LA LECTURE DES PARTITIONS 



BRUXELLES 
rue Thérésienne, 6 



PIANOS 

VENTE _^_ ' ■ 

.?SS„ GUNTHER 

Paris 1867, 1878, 1«»" prix. — Sidney, seul 1" et 2« prix 

EXPOSITION AMSTERDAM 1883, SEUL DIPLOME D'HONNEUR. ' 

' ■ -^ — ¥ ■ • -, — — 

J. SCHAVYB, Relieur 

— — — — 46, Rue du Nord, Bruxelles — — — ^ 



CARTONNAGES, RELIURES ORDINAIRES, RELIURES 
, . DE LUXE, ALBUMS, ETC. 

SPÉCIALITÉ D'ARMOIRIES BELGES ET ÉTRANGÈRES 



ADELE Deswartb 

î2e, KTJE IDE XiA. "V^IOLETTE 

BIUXELLES. 
Atelier de menuiserie et de reliure artistiques 



YERNIS ET COULEURS 

POOR TOUS GENRES DE PEINTURES. 

TOILES, PANNEAUX, CHASSIS, 

MANNEQUINS, CHEVALETS, ETC. 

BROSSES ET PINCEAUX, 

CRAYONS, BOITES A COMPAS, FUSAINS, 
MODÈLES DE DESSIN. 

RENTOILAGE, PARQUETAGE, 

EMBALLAGE, NETTOYAGE 
ET VERNISSAGE DE TABLEAUX. 



COULEURS 

ET PAPIERS POUR AQUARELLES 

ARTICLES PO'UR EAU-FORTE, 
PEINTURE SUR PORCELAINE. 

BOITES, PARASOLS, CHAISES, 

Meublesd'atelierancienset modernes 

PLANCHES A DESSINER, TÉS, 

ÉQUERRES ET COURBES. 

COTONS DE TOUTE LARGEUR 

DEPUIS 1 MÈTRE JUSQUE 8 MÈTRES. 



Représeiitationde la Maison BLVANT de Pans pour les toiles Gubeiins (imitation) 



NOTA. — La maison dispose de vingt ateliers pour artistes. 
Impasse de la Violette, 4. 



biuxelies..— Iinp. Félix Callewaert père, rue de l'Industrie, 26. 



Cinquième année. — N** 12 



Le numéro : 25 centimes. 



Dimanche 22 Mars 1885. 



y 




MODERNE 



PARAISSANT LE DIMANCHE 



REVUE CRITIQUE DES ARTS ET DE LA LITTÉRATURE 




ABONNEMENTS : Belgique, un an, fr. 10.00; Union postale, fr. 13.00. — ANNONCES : On traite à forfait. 



• Adresser les demandes d'abonnement et toutes les communications à 

l'administration générale de l'Art Moderne, riie de l'Industrie, 26, Bruxelles. 



y 



Nous remettons à Dimanche prochaiyi^ faute d'es- 
pace., notre deuxième article sur les Impressionnistes 
et le compte-rendu des expositions de Bastien-Lepage 
et de Ribot. •; :-:-P-\ .■ : ■ 

__ ... . ' .. : ■ ^oMMAiRE .°- • , . •' ; ' . ■ 



Exposition d'Anvers. Réunion des artistes bruxellois. — L'Ex- 
position d'Eugène Delacroix. — Adalbert de Goldschmidt. I. Les 
Sept péchés capitaux. — Documents a conserver. A propos du 
groupe de Paul Dev igné. — ■ Théâtres. Théâtre du Parc. Denise. 
— Au Cercle artistique. Exposition Cassiers-Numans. — Publi- 
cations nouvelles. — Le dîner-spectacle. — Le jury du Salon 
dk Paris. — Petite chronique., ' . . 



EXPOSITION D'ANVERS . 

RÉUNION DES ARTISTES BRUXELIOIS 

Les trois membres du jury d'admission à l'Exposilion des 
Dcaux-Arls d'Anvers, nommés en dernier lieu, avaient convoqué 
pour mercredi soir dans la salle du Petit-Paris les artistes de 
raçrgloniéralion bruxelloise, pour examiner les mesures à pren- 
dre dans leur intérêt commun. 

L'assemblée était nombreuse. La jeune école était représentée 
dans toutes ses expressions. Voici quelques noms qui en témoi- 
gnent : 31M. Cooscmans, Ileymans, V'an Camp, Van der Hecht, 
DeVriendt, Van den D,ussche, Nelson, Herbo, Van Ilammée, Chai- 
naye, Cassiers, de Regoyos, Capeinick, Meuniei*, Asselbergs, Frédé- 
ric, Hannon, Seeldrayers, Bouvier, Mellery, Verheyden, Hamesse, 
Duyck, Van Gelder, Lambrichs, Serrure, Van den Eeden, Vos, 
Namur, Parmenlier, Halkell, Lynen, Lagae, Verdyen, Tiiz, 



Lcmayeur, Mignon, Dandoy, Van Lecmpuilen, iïoclerickx, Mayné, 
Lebrun, Monligny, Hermanus, M"'^ Gilsoë. 

M. Arthur Slevens était également à la réunion. La presse 
était représentée par MM. de Haulleville, Max Waller, Léon 
Lequime et Octave Maus. '•; 

M. Coosemans, membre du jury, s'est placé au bureau avec 
MM. Aelbrechl De Vriendt, Edmond Picard, président, Camille 
Van Camp, Vandenbussche, secrétaire. 

31. Edmond Picard a déclaré que le bureau reprenait pour son 
compte le programme de la Société libre des Beaux-Arts, publié 
en 1872 dans r^r/ /«&/'<?, dont il est donné lecture et., qui est 
ainsi conçu : ... 

Les artistes sont aujourd'hui, comme ils l'ont jtresque toujours 
été, divisés en deux partis : les conservateurs quand même, et ceux 
qui pensent que l'art ne peut se soutenir qu'à la condition de.se 
transformer. 

Les premiers condamnent les seconds au nom de la tradition. Ils 
prétendent qu'on ne saurait s'écarter, sans faillir, de limitation de 
certaines écoles ou de certains maîtres déterminés. 

lu" Art libre se propose de réagir contre ce dogmatisme qui serait 
la négation de toute liberté, de tout progrès, et qui se fonde en der- 
nière analyse sur le mépris de notre vieille école nationale, de ses 
maîtres les plus illustres et de ses chef^-d'œuvre les plus originaux. 

lu' Art libre admet toutes les écoles et respecte toutes les origij-^ 
nalités comme autant de manifestations de l'invention et de l'obser- ^ 
vation humaines. 

Il croit que l'art contemporain sera d'autant plus riche et plus 
prospère que ses manifestations seront plus nombreuses et plus 
variées. 

Sans méconnaître les immenses services rendus par la tradiiiou» 
prise comme point d'appui, elle ne connaît d'autre point de départ 
pour les recherches de l'artiste que celui d'où procède le renouvelle- 
ment de l'art à toutes les époques; c'est-à-dire l'interprétation libre 
et individuelle de la nature. 




La séanco a duré deux liciircs. On y a discuU'' et adopl.é les 
proposilions suivantes piésenlécs parle bureau, presque toutes 
à l'unanimité : - ' ■ ■• -. — -^ 

4" Convocation des artistes j)endanl toute la durée du mandat • 
donné aux membres du jury, cliaque fois (|uo surgira une (jues- 
lion importante ; i 

2" Plus de secret pour toutes les opérations du jury, y compris 
le vote sur l'admission ou le refus des œuvres ; 

3° Les trois membres nommés en dernier lieu ayant été appe- 
lés h représenter plus spécialement la jeune école dans toutes ses 
expressions, il y a lieu de les faire entier dans la commission de 
placement; 

•i" Il y a lieu d'autoriser, tout exposant à déclarer qu'il n'entend 
pas se mettre sur les rangs pour les réeompeiises h décerner par 
le jury et qu'il reste hors concours ; 

o'* Il y a lieu d'émettre le vceu que tous h^s membres du jury 
déclarent qu'ils entendent que les œuvres qu'ils j)Ourront exposer 
ne participent })ns aux récompenses non plus qu'aux achats pour 
la lolei'ie. MM. DcVriendtet Van Camp font dès à |)n''sent celte 
déclaration. 

6° Le règlement de l'Exposition d'Anvers ne permettant j)as la 
suppression dés médailles, y a-l-il lieu néanmoins d'émettre un 
vœu pour la sui)pression de ces récompenses dans les exposi- 
tions futures et de pétitionner en ce sens? 

M. Juliaan De Vriendt a formulé une septième j)roposition 
dans les termes suivants ; elle a également été adoptée : ., 

7^ Aucun bon tableau ne sera écarté faute de place, alors que 
d'autre part on aura acec[)té d'un même artiste un nombre d'œu- 
vres dépassant un certain chiffre. Le cas échéant, la commission 
priera l'artiste dont l'envoi excède un maximum à désigner à 
retirer le surplus, afin de pouvoir arriver en faveur de ses con- 
frères à une distribution de place équitable. 

M"^'^ (iilsoë s'est plainte de ce que la i)einture céramique était 
exclue de l'Exposition. L'assemblée a voté à ce sujet la propo- 
sition que voici : 

8" Le bureau adressera au gouverncmeut une demande pour 
demaneici-" la suppression de la disposition du règlementqui écarte 
la peinture céramique du compartiment des lieaux-Arls. 

Nous donnons plus loin le texte de la lettre qui a été écrite 
dans ce but à M. le commissaire général du gouvernement. 

Au cours de la discussion il a été donné lecture de curieux 
documents relatifs au secret du vote et à la suppression des 
médailles. Nous les reproduirons dans notre prochain numéro. 

3L Picard, au nom du bureau, a exprimé le vœu de voir les 
artistes toujours nombreux à ces réunions où sont discutés leurs 
intérêts. Le bureau espère que ce précédent entrera dans les 
mcjîurs et supprimera l'isolement dans lequel ce groupe si inté- 
ressant de notre activité nationale a été jusqu'ici maintenu. 

■i- 

LA PELNTURE CÉRAMIQUE A L'EXPOSITION DES BEAUX-ARTS 

A ANVERS 

Monsieur le Commissaire général, 

I)an.s une nombreuse réunion d'artistes qui a eu lieu hier soir, 
parmi les questions qui ont été examinées se trouvait notamment 
celle de savoir s'il n'y avait pas lieu de prendre une mesure en ce qui 
concerne la disposition de l'art. 10 du règlement général pour l'Ex- 
position des Beaux-Artsà Anvers qui exclut les peintures sur porce- 
laine ou sur faïence. . - 



Recherchant les motifii de cette exclusion l'assemblée a supposé 
que c'était parce que dans la pensée des organisateurs les peintures 
(le cette espèce devaient plus naturellement trouver leur place dans 
le compartiment industriel. 

On a fait observer avec raison que de tout temps et chez tous les 
peuples civilisés, la i)einture céramique a été considérée comme 
une des branches les plus intéressantes et les plus délicates de l'art 
proprement dit. 

Toutes les collections le démontïViit avec évidence. Il est inutile, 
semble-t-il, de rajjpcler à cet égard notamment les admirahles pro- 
ductions italiennes, françaises et orientales. 

C'est donc une erreur de croire que l'on puisse faire assez pour 
cet art en le renvoyant à l'industrie. En réalité, pour lui comme pour 
tous les autres, il y a lieu de faire deux groupes : celui des produits 
industriels et celui des produits artistiques. 

Dans ces conditions l'assemblée, àrunanimité, nous a demandé de 
faire une démarche auprès du Gouvernement afin d'obtenir, s'il e.st 
j)0ssihle,'que la disposition précitée de l'art. 10 soit supprimée. 

Nous nous acquittons par la présente de ce mandat au sujet duquel 
nous sommes absolument d'accord avec ceux qui nous l'ont confié. 

Espérant que notre démarche aura un résidtat efficace, nous vous 
prions, Monsieur le Commissaire général, d'agréer l'expression de 
nos sentiments de haute considération. 

Bruxelles, 19 mars 1885. ' • 

AeLURECUT I)K ^'KIEN1)T. - EdMOND Plf.ARD. 

— Camille Van Camp. 



L'EXPOSITION D'EUGENE DELACROIX 

Paris, le 18 mars 1885. 

CliVAX AMI, ,.•:,,. ■•;.. ■ , ■>'"■: •■ .:■ 

Je t'écris au débolti'. Je viens de voir les Delacroix exposes en 
ce moment au quai Mahuiuais, et le coup d'enthousiasme reçu 
dure encore. Kugène Delacroix est le dernier des peintres 
héroïques. Courbe!, .Millet, >lanet, qui viennent a|)rès lui, n'ont 
rien de ce caractèr»-. Lui, il est debout, là-has. parmi les génies 
généraux, univerï^cls, énoinues, faits pour concevoir des époques 
d'humanilé : Paganisme, Clirislianisine, Mahoniétanisme, Moven- 
Age, et les traduire et les jeter sur la toile comme des visions 
colossales (jue son âme allume. . ' 

On ne peut croire que l'homme qui a mis tant iraction dans 
son art, tant de mouvement, tant de vie,, soit l'être maladif, isolé, 
tranquille que l'on sait. On se ligure volontiers qu'il eut une exis- 
tence à la Uubens, débordante de sève et d'agitation, se dépen- 
sant h travers fêtes et grandeurs, se consumant en fièvre, se 
multipliant, se démenant et en (piehpie sorte s'éj)arpillant dans 
l'Europe entière. 

L'explication de cette anomalie est pourtant simple. Au temps 
de 1830, la vie artistique avait changé au point que toute l'acti- 
vité des peintres et poètes «e précipitait non plus dans leur 
vie, mais dans leur pensée. lis étaient les isolés, les tranquilles, 
les piliers de leur atelier — si tu veux, — mais leur rêve bouil- 
lonnait, leur imagination volait grandiose, exaspérée, comme 
Perséc à travers l'espace. Et voila j)Ourquoi Eugène Delacroix, le 
peintre retiré, vivant de solitude, est en même temps « l'agité » 
de génie dont le cerveau conçui Sardanapale. 

Parmi les 49G œuvres exposées, il n'en çst qu'une — si l'on en 
excepte une copie de Ilaphaël et une fresque religieuse — qui 
soit conçue cl traitée calmement: c'est le portrait du général Dela- 
croix, qui se repose couché par terre sur le gazon de son jardin. 



'S 




Les autres sont tourmcnlées, lièvreus(\s, toutes eu nerl's. Si le 
moiivorncnt convulsif n'est [)as dans l'allure et le geste des per- . 
sonnages, le peintre le met dans les robes et les manteaux dont 
les plis se contractent; s'il n'est pas dans le visage, il le met dans 
les cheveux; s'il n'est pas dans le modèle, il le met dans le pay- 
sage cl le décor. Qu'on prenne les sujets les plus recueillis, le 
portrait d'une Vieille religieuse \)^r exemple : les couleurs en 
•sont violentes et semblent lutter sur la ligure. ■ 

Delacroix ne pouvait pas, ne savait pas traiter une conception 
sans emportement. Aussi comme il est naturel (jue d'instinct il 
' aille vers les grands tragi((ues, vers Dante, vers Shakespeare, 
vers lîyronî Comme il est élémentaire qu'il ne prenne à la Ijible 
que les crucifiements et les le-mpêtes sur le lac de Génesareth, 
comme il est fatal qu'il aime les fauves et pa.rmi les fauves qu'il 
préfère les tigres! Jamais la vie des êtres et des choses n'est assez 
convulsée, il l'exagère toujours. Il aime le terrible, l'efl'rayant, le 
féroce. 

Il fait de son pinceau une belle torche rougeoyante parce que 
le rouge est la couleur du sang, de l'incendie,- du meurtre. Il 
* 'invente une palette nouvelle, plus montée de ton que celle de 
Rubens et que celle des plus exacerbés des Vénitiens. U apparaît 
d'ans l'art momifié, bitumineux, grisailleux de son temps comme 
un orage tonnant et fulgurant sous un ciel d'été, plein d'étouffc- 
' ments et de lourdes oppressions vespérales. 

Ln tel art fait comprendee toutes les colères qu'il a suscitées. 
Les académiciens en ont dû perdre la tête; il était fait pour 
souftîer des colères et pour faire bouillonner de fureur les cer- 
veaux jusqu'à soulever les perruques, -^ - 

Aujourd'hui, il ne reste que fumée de ces sacro-saintes excom- 
munications officielles. Et c'est l'histoire fatale de tous les 
innovateurs. 

Seulement, ce qui agace c'est que d'ordinaire les plus achar- 
nés détracteurs d'hier veulent- se faire passer pour les plus chauds 
défenseurs quand l'artiste s'est imposé. 

Ah! quelle envie il vous prend parfois de leur fourrer le nez 
dans leur palinodie! Et encore s'ils s'amendaient de bonne foi, 
mais leur conversion est fausse; au fond d'eux-mêmes, l'indélébile 
inaptitude à saisir le beau existe. Aujourd'hui comme hier ils 
sont incapables de sentir la grandeur de l'évolution artistique 
accomplie, mai^ aujourd'hui le. public — ce bourgeois public 
auxquels ils sacrifient toujours, dont ils revêtent la livrée comme 
(les vah.'ls — a changé lui-même, et il faut bien qu»* les 
(lomesti(iues pensent, aiment, détestent, opinent pomme le 
maître, il faut ((u'ils suivent le va-el-vienl négatif ou atlirmatif 
de son bonnet de coton au sommet de sa tête et que leurs yeux, 
leurs sourires attentifs à la mèche sacro-sainte, se règlent sur sa 
gymnastique sous peine d'être chassés et privés de l'honneur eC 
des bénéfices de nettoyer quotidiennement les souliers de Gé- 
ronte avec le torchon ii un sou de leur journal. 

Ce qui reste de plus étonnant dans l'œuvre de Delacroix, c'est 
la conception tragique. Personne n'a comme lui celte puissance. 
Tout vit dans son art, toul y vibre, tout s'y lord. Mais quand 
j'emploie le mot vie en parlant de lui, je ne veux nullement dési- 
gner la vie objective et réelle; la vie-que le peintre communicilic à 
ses toiles est fa vie supérieure, la vie d'esprit et, pour parler net, 
la vie factice que toute grande personnalité impose à ses visions. 

Hamlet, Ophélie, Macbeth, Médéc, Foscari, Othello, Lara, 
Faust, tous persoimages littéraires, ne sont pas vus tels qu'ils 
sont ou ont clé, les uns dans l'existence, les autres dans le livre; 



ils sont créés à nouveau par Delacroix qui en fait des hommes a 
lui, des symboles de poésie nouvelle et originale. Poé.sie toute 
de crispation, d'hallucination, de colère et d'outrance, cela va 
bans dire.^ " . : ' . 

M est néVessairc d'avoir vu la présente exposition pour se faire 
une conviction sur la carrière totale du peintre. Celui qui ne voit 
que ses grandes toiles, ses toiles de musée, ne comprendra 
jamais le soin qu'il mettait à creuser le sujet, à le refaire plu- 
sieurs fois, étude après élude, avant d'aboutir à la conception 
définitive. ' 

Il y a dans le Salon do l'Ecole des Beaux-Arls jusqu'à six 
Medue. .. ■ ' 

En oulre, personne, à moins d'avoir visité ce Salon, ne se 
doutera de son indéfinie fécondité, — encore une qualité qui le 
rattache à la grande famille des peintres généraux et universels, 
• — de sa manière épique de comprendre les animaux, — il y a 
environ une centaine de toiles où le cheval, le tigre et le lion 
sont les sujets principaux, — de l'étonnante rapidité avec laquelle 
il a trouvé, dès ses débuts, sa manière, sa couleur et son dessin 
si spécial, " ; * 

Au rez-de-chaussée sont mis sous verre Iqs précieux auto- 
graphes du peintre, qui était en même teuips un solide écrivain. 
On est ému de voir écrit, de sa main, sur précieux papier que le 
temps roussit peu à peu, ces 'maximes superb'^?s et de fierté 
géniale qui le tenaient campé dans la vie comme ces vieux guer- 
riers du moy'en-àge que la vieillesse voudrait courber mais qui' 
se maintiennent droits et géants, d'un jet, appuyés qu'ils sont sur 
des épées colossales. Et tel reslera-l-il devant la postérité, — son 
œuvre est là pour l'affirmer. : ' * 

■ :""'.■ Emile Verhaerkn. 



^D/iLBERT DE ^QoLD^GHMIDT 



I . 

Les Sept péchés capitaux ') 

Dans la curieuse partition que M. Lamoureux, qui a toutes les 
audaces artistiques, va faire exc'cuter aux Concerls du Chàteau- 
d'Eau, Adalberl de Goldschmidt se fait, comme un Bai'bev d'Au- 
revilly ou un Joséphin Pélailan, l'évocLiteur, en pleindix-neuvième 
siècle, de l'Esprit du .Mal insinuant dans les cœurs le poison de 
sa haine et de son orgueil. C'est le Prince des Ténèbres (jui est le 
héros de ce drame bizarre, dans lequel Robert Hamerling a peint 

la mêlée des |)assions humaines oxcilées par le iûutîîe des 

chœurs démoniaques, ressouvenir des légendes du moyen-âge 
où Satan prenait pari aux diverlissemenls, aux amours et aux 
luttes de la terre. - " 

Après une première partie consacrée à la dispute des otîiciers 
du Prince infernal sur le degré d'influence ([u'ils possèdent, 
simple prétexte pour permettre au compositeur de présenter, 
selon le mode wagnérien, les motifs symboliipies [>ar lesquels il 
désigne chacun d'eux, les Sept péchés capitaux entrent résolu- 
ment en scène. C'est le drame proprement dit, la luile corps à 
corps des vices avec l'humanité, le spectacle farouclk-, sobrement 
décrit, d >s misères, des faiblesses, des hontes de la vie.. 



(*) Partition pour piano et rhant avec version frani.'aise de ^'iou>r W'ilder. 
Leipzig et Bruxelles, Breitkopf et Hiirlel. 




Des pèlerins passent. Le démon de la Paresse, sur un rythme 
doux et languissant, amollit leurs âmes, fait sombrer leur ardeur 
dans la lâcheté et le sommeil. 

L'Orgueil coupe brusquement le duo d'amour que chantent 
un guerrier et une jeune fille. Le héros victorieux, sous la pres- 
sion du. génie malfaisant qui s'attache à lui, aspire à la couronne 
royale; mais le peuple se soulevé et le clueur des démons clôt 
sourdement celle scène : _ -^v 

_ . Sème sur l'univers le deuil et 1 épouvante, 

roi, travaille pour l'enfer ! 

Puis, c'est l'Avarice qui jette la perturbation dans la foule en 
lui lançant en pâluro un lingot d'or, pour lequel vertu, con- 
science, noblesse, honneur, tout est vendu par l'humanité 
cupide. 

L'Envie, à son tour, soulève le peuple on haillons contre les 
richesjdans un tumulte orchestral que domine le thème ironique 
des démons triomphants. ^^ 

Des accords doux préludent à l'entrée de la Gourmandise. 
Dans lé caprice des phrases. enlaçantes des violons, elle enslue 
l'Homme, le cajole, le caresse, jusqu'à ce que l'ivresse le fasse 
trébucher dans la bestialité. 

La Luxure achève l'œuvre commencée, et dans une explosion 
symphonique qui couronne celle partie, la Colère excite à la 
révolution et pousse les unes contre les autres les nations. 

Peuple, debout! et réclame tes droits. 
. Délivre tes enfants qui gémissent et qui pleurent. 
Renverse et brise enfin la puissance des rois. 
Périssent les tyrans! Qu'ils expirent, qu'ils meurent! 



Guerre par le feu, le glaive! 
Guerre sans merci ni trêve ! 
Guerre au temple, à l'autel! 
Guerre aux rois, guerre au ciel ! 

Plus de maîtres ! 

Plus de prêtres ! 



Ni sceptre ni missel ! 

Les Francs et les Germains eijtrenl en lice. -Des fragments de 
marches guerrières iraversont le vacarme des armées "entrecho- 
quées : cinq notes de la Marseillaise seront happées au passage, 
dans la marche dos Francs, par l'auditoire parisien. 

Sur les ruines fumantes, après cette nuit sinistre, s'élève 
l'aurore d'une Henaissanco. C'est la troisième partie. Ln poète 
chante la liberté et les hommes, ravis, élèvent la voix du fond de 
leur misère. Saisis de pitié, les esprits célestes délivrent l'huma- 
nilésdu joug des génies du mal. Le poêle devient le Rédemp- 
teur. Il esl couronné comme tel par la Reine de la Lumière. 

Tel est, aussi fidèlement que peut le permetirc un résumé 
rapide, le sujet de celte œuvre singulière, dans laquelle l'idée du 
christianisme est mêlée aux questions sociales et aux diableries 
moyen-âgeuses, de façon à composer un ensemble un peu confus 
dont le sens précis est difficile à débrouiller. 

La musique par laquelle le jeune compositeur autrichien tra- 
duit celte série de tableaux étranges dénote unT?ïTênt réel. Mais 
c'est malheureusement l'habileté qui l'emporte sur rinspiratioUj- 
et quand on arrive au bout de cette partition. touffue, où les 
ensembles vocaux, les fragments symphoniques, les redis, les 
dialogues, sont accumulés avec profusion, on demeure j)lus lassé 
que charmé. 

On a.dit qii'Adalbert de Goldschmidt procédait do Wiigner. 



C'est exact, en ce sens quil donne à l'orchestre Je rôle principal, 
et qu'il se garde soigneusement des « airs », des «cavatines », des 
« trios » et autres formes de l'opéra. C'est vrai encore en ce que 
chacun des personnages du drame est symbolisé par un thème 
déterminé qui le précède ou l'accompagne, l'enveloppe comme 
un vêlement, brillant ou som,bre, qui sert h le distinguer des 
autres. 

Mais là s'arrête l'analogie. Nous verrons dans une seconde 
élude, consacrée à Hélianthus, que, lorsqu'il écrit pour le 
théâtre, l'artiste se rapproche davantage de son modèle. 

Dans les Sept péchés capitaux, il s'est borné à s'approprier les 
procédés wagnériens sans pénétrer le génie du Maître, sans 
même paraître l'avoir bien compris. Il n'a pas, dans le choix de 
ses thèmes, la précision et la judicieuse observation de Wagner, 
dont tous les motifs sont si caractéristiques qu'on ne saurait en 
imaginer d'autres s'appliquant plus exactement à l'idée qu'ils 
expriment. 11 n'a pas saisi non plus l'emploi que fait l'auleur de 
Parsifal de ses thèmes, qui toujours reparaissent sous d'autres 
formes, avec une couleur différente, dahs des tons variés, avec 
des modulations sans cesse transformées. Enfin, il n'a pas recours 
aux richesses de la polyphonie, qui rendent si attrayantes pour 
une oreille délicate les œuvres de Wagner. 

Ses motifs se succèdent, décrivent parfois heureusement les 
scènes qu'ils ont à rendre. Les chœurs sont écrits par une main 
experle. L'orchestre est bien traité. Mais, en général, la flamme 
manque. C'est bien fait, et cela ne suffit pas pour être vraiment 
bien. 

Quel sera l'accueil que fera aux Sept péchés capitaux le public 
parisien, si sceptique et si peu disposé à recevoir favorablement 
les œuvres étrangères? Il serait difficile de le prévoir. Dans tous 
les cas, les inusiciéns s'intéresseront aux débuts d'un compositeur ' 
de mérite et à Ja première audition en langue française d'une 
œuvre qui a été vivement disculée en Allemagne. C'est ce qui 
nous a engagé à crayonner, à propos de cet éyénomenl arlislique, 
celte esquisse do la partition. 



Ç0CUMEjNlT^y\ C0N3EF(VER 

A propos du groupe de Paul Devigne 

La Commission des Monuments a rendu compte dans le rap- 
port suivant de la façon dont elle a apprécié une œuvre de Paul 
Dovigne soumise à son examen.. - 

C'est un chef-d'œuvre de pédantisme officiel qui doit être 
classé parmi \eii Curiosa de ce temps. Rarement la prétention de 
régenter l'inspiration artistique s'est produite avec plus de suffi- 
sance et de naïveté : . . 

« Monsieur le Ministre, 

« Des délégués de notre collège ont procédé, le 18 février dernier, 
à l'exameu du modèle définitif, moulé en plâtre, du groupe com- 
mandé à M. Devigne, pour la façade du palais des Beaux-Arts et 

représentant VArt récompensé. 

« Ils ont constaté non seulement que l'artiste n'a pas apporté à 
son œuvre certaines modifications qui lui avaient été indiquées, 
mais qu'il n'a pas même maintenu, dans le modèle définitif, les 
changements qu'il avait faits, d'après nos conseils, au modèle 
réduit. 
.<* Gestain.si que la figure centrale du groupe, celle du génie de 



'.' /■ 



V ART MODERNE 



93 



l'art, contrairehieut aux maquettes soumises et approuvées précé- 
demment, est aujourd'hui entièrement nue. Notre collège a toujours 
signalé ce qu'il y aurait de choquant, au point de viie même de l'har- 
monie du groupe, dans cette nudité absolue d'une figure d'homme 
qui, se présente entre deux femmes drapées. Cette disparate attirera 
d'autant plus l'attention que la figure centrale, dans le groupe de 
M. Vanderstappen, est drapée. ^ 

«» Outre que le bout de draperie, dont le Génie de M, Devigne était ' 
d'abord voilé, est nécessaire à l'harmonie du groupe, il ne l'est pas 
moins pour expliquer le rôle des draperies dont il était le prolon- 
gement et qu'on aperçoit actuellement derrière la figure sans savoir 
à qui elles appartiennent, ni quel en est le motif et la provenance. 
L'artiste parait n'avoir eu en vue par cet accessoire que de remplir 
un vide de sa composition et il ne s'est pas rendu compte qu'i 
l'encombrait d'un détail iuu^tile. TJn paquet de drapeHes tout aussi 
peu motivé s'entasse sur le setu de la Renommée voisine, sans qu'on 
puisse distinguer si ces draperies appartiennent au costume de cette 
figure ou ne sont qu'une suite de la draperie étalée derrière le 
Génie. 

« Nous avons déjà signalé la pose forcée de cette Renommée, 
réminiscence d'une œuvre française. Pour occuper sa main gauche, 
qui d'abord s'appuyait au mur, l'artiste n'a trouvé d'autre moyen 
que de lui faire tenir un clairon comme à la main droite. 

» Ces deux figures se recommandent pourtant par des qualités 
d'exécution intéressantes, mais la figure dé femme, portant une cou- 
ronne, est de beaucoup moins réussie. La draperie en est froide et 
lourde, les mains d'un modelé rond et d'un galbe massif et la tête 
d'un type banal et sans expression . 

<t Agréez, Monsieur le Ministre, l'assurance de notre considération 
distinguée. 

{<. Le secrétaire-adjoint^ 
(Signé) « Jules Pelcoq. ^ . 



(c Le président y 
(Signé) « Wellens. »♦ 



Et voilà comme M. Prudhommc, et son collège, choqués par la 
nudité absolue d' une figure dlwnime qui se présente entre deux ^ 
femmes drapées exécute are rolundo un de nos meilleurs 
sculpteurs. Le Gouvernement Ta député pour juger. une œuvre 
commandée à un arlislc librement choisi. M. Prudhommo 
examine et dit : « Peuh ! On n'a pas suivi mes conseils. » El voilà 
qu'il se lance en aphorismes réjouissants : 

— « La figure fentraio de M. Vandcrsiappon est drapée, 
pourquoi celle de M. Devigne ne J'esl-elle pas ? » — Mais, digne 
homme, renversez la proposition. Pourquoi ne pas dire : « La 
figure centrale de M. Devigne est nue, pourquoi celle de 
M. Vanderstappen ne l'esl-elle pas?» 

— « On ne s explique pas quelle est la provenance (sic) des 
draperies qu'on aperçoit derrière la figure. 

— « On ne peut distinguer si un paquet de draperies qui 
s'entasse sur le sein de la Renommée voisine (quel français,"" 
bone Deus, pour un monde qui vise à la correction sculpturale !} 
n'osl qu'une suite de la draperie étalée derrière le Génie. 

— « Pouroccuper.la innin gauche de celle Renommée, l'ar- 
tiîile n'a trouvé d'jiulre moyen cpie de lui faire tenir un clairon 
comme A la main droite, n - Voïïa au moins une occupation 
décente, ôCritiqne que l'on cflarouche. 

— « La draperie de la fii,nire de femme portant une couronne 
est /roiV/t' et lourde, les mains d'un modelé rond et d'un galbe 
massif, la tête d'un lyjn» banal et sans expression. » 

Esl-il connaisseur ce brave et digne Joseph ! 
Bref, Devigne a fait une (puvre très médiocre. M. Prudhonjme 
l'altesle. El je vous prie (bM'roinM]u'il ne se trompe jamais. 



Nous répondrons : Tant pis. 11 ne fallait pas choisir Devigne. 
Quand on commande une œuvre à un arlisle, il est inadmissible 
qu'on veuille lui imposer des remaniements quand elle est finie, 
lisseraient aussi judicieux qu'ils apparaissent grotesques, qu'il 
est trop tard. Les données générales indiquées et admises rarlisle 
doit rester libre. Que dirait-on si M. Prudhommc se cassant la 
jambe et choisissant son chirurgien, le chicanait après coup sur 
la manière dont on la lui aurait remise et demandait des rema- 
niements l Ou bien si rappelant que la coupole du nouveau Palais 
de justice et sa chaudronnerie sont décidément jugées banales 
et sans expression par tout le monde, d'un modelé rond et d'un 
galbe massif, on réclamait leur transformation? 



„ Jhéatrje:^ ' 

Théâtre du Parc. — Denise 

Nous sommes allé lundi au théâtre du Parc voir la dernière 
représentation de Denise. On donnait auparavant r«^ mi7^ rfg 
noces. Le rapprochement de ces deux pièces écrites à dix années 
d'intervalle ne manquait pas de piquant. Il y aurait une intéres- 
sante étude à faire sur l'évolution de celle, brillante carrière dra- 
matique qui commence par la réhabilitation de la Dame aux ca- 
mélias pour arriver à la réhabilitation de Denise. Entre ces deux 
apothéoses, la Visite de noces se place comme une note ironique 
et railleuse où l'auteur se moque à la fors des amours libres et 
des amours consacrées. ' 

Dans JJenise, le ton est plus sévère. Il y a bien encore les 
théories de M. de Thauzette sur la sensation et les cascades de la 
mère-amazone, mais tous les autres personnages sont très sérieux : 
sérieux, André de Bardannes, qui fait valoir ses terres et sonse à 
se marier ; très sérieux, les Lrissot, père et mère, qui tiennent 
sa maison; sérieux surtout, Thouvenin, son ami, qui parle pour 
Alexandre Dumas, el jusqu'à la petite pensionnaire, sœur André, 
qui, pour un instant, devient le dieu de la machine. 

Entre lous ces gens graves, que nous présente une exposition 
en deux actes dans laquelle intervient tout exprès un personnage 
que l'on ne revoit plus, Denise apparaît prête à tous les dévoue- 
ments, el d'une raison à la hauteur de toutes les difficultés. Elles 
ne vont pas lui manquer; en effet, el voilà le chiendent, elle a 
commis une faute qui, tout à l'heure, rendra sa situation fort 
délicate. Encore l'auteur a-t-il pris soin de si bien atténuer, par 
les circonstances, cette faiblesse unique que l'altiîinte en paraît 
moins grave, bien que, comme on dit dans les jeux des petits 
papiers, il en soit résulté un enfant. 

Fernand de Thauzelte, que Denise aimait et qui lui avait promis 
le mariage, a eu une affaire d'honneur: au moment d'aller se 
battre, il a imploré une faveur comme un fortifiant suprême. Dans 
ces" conjonctures, Denise s'est laissée attendrir; elle s'est dévouée 
selon sa nature; elle a donné le spécifique à celui qui pouvait 
mourir : le comble de la charité! On est loin, on le voit, de la 
gerbe de péchés mignons de Marguerite Gautier. 

Naturellement, Thauzette ne meurt pas; il n'épouse pas; el, 
par surcroît, l'auleur le représente comme suspect de tricher 
au jeu. ^ 

Denise a donc élé victime d'une véritable escroquerie. Aussi 
(juand, dans une scène des plus pathétiques, elle fait sponiané- 
menl ces pénibles aveux à 31. de Bardanne, quand elle lui raconte, 
en termes émouyanis, mais (jui sont peut-être un hors-d'œuvre. 



94 



i: ART MODERNE 



la liidrl do son riiranl. oirpcMil crfHre <iii(\ sans ;iiili(v inlormô- 
(llaiiv,. I(\s l'iios 'S s'aiTaiij^iM'Oiil, ciiln» eux, dmix (Mmii's ((iii 
s'aimoni, ol <jiio \o ih'cIk' conlVs^c' (*si i»liis d'il liioilic' pardonné. 
Mais' livjïôn», qui jnsiju'alors avait (oui iijnorc', uilcrvicnt roiniiu? 
un sanglier. Il a (Voiilr aux porlos (un ancien oUiciiM* français!) 
(»t il faiil (juiMlaiis une heure (heure militaire) .M""' de Thauzolle 
aildeniando la nmin de Denise. — Klle s'exéeule. — Mais il l'aul 
moins (le temps eneore pour (jne tout, le monde iveonnaissc (pie 
la combinaison du viou'x i^^roiinard est sim])lemenl absurde». \a\ 
pelilc* jUMisiounaire diMioiie ces lian(.'aillesv. intempestives; Thou- 
venin renoui» colles (jue le père-bonlet avait interrompues et le 
rideau tombe sur ces Hilures ('pousailles sans (pie la petiu» 
pi^usiouiiaire, jpij ne |>eul épouser un i^rec, soit pourviu?, ce (pii 
laisse un cbai^rin au spectateur. ■ ^ ' ■ 

Mon.vLiTK : On peut èire mèr<' avant s m mariaii\' et èii-e uni» 
iri's lioniuHe femme: 

Or : On peut, bonnèlement épouser une tille-mère. 
' Mais ou peut aussi partailément faire le contraire. 

I.a j>ièce est convenablemenl inlerpnMée au l*iirc. M"''r>rindeair 
(\sl une f)cnis(V(raspecl peut-être un peu trop puritain. M. Mar- 
tliold mauij av.»c crânerie la cravache de M'"'' de Thauzette et 
M"'" Signll nous montre une jKMisionnaire d'un impcriurbable 
aplomb. ■ 

M. .\!h;iiza j<nit> avtn- lumhomie le rôle d<' Thouvenin. MM. I.u- 
giiet (de Hardannes^ Pascal (de Thauzette) et Valter (lîrissol) ne 
préseiileiit jias de (]ualités saillantes usais tiennent houm^lcment 
leurs rôles. " 

Théatki-: Moi.iKPxK. — Tous les soirs, le Prince Zilah. cométlieeu 
4 actes e1 un prologue par Jijles Claretic", avec le concours de 
M^i^ Liua-Muute. M Duquesue et M"*" C. Clerniont, artistes du 
théâtre (lu (ryniuase de Paris. , 



— ^- — yVu Cercle arti3Tique - — -r-- 

Exposition Cassiers-Numans 

M. Cas>i''rs est un ije,uarûllisle doux, qui cherche conscien- 
cieusement il faire \ibrer dans ses plages et dans ses paysages 
les harmonies de la nature, mais qui s'arrête à la surface, sans 
pénétrer dans l'intimité des choses. Ses lavis un peu timides ont 
d'beurcux rapprocliements de tons. Ils sont aimables ii l'œil. La 
mer que peint le jeune artiste a des reflets de moire, des cha- 
toicmentsde robe desatin.On la voudrait plus âpre, plus farouche. 
Ses ciels ont des transparences de papier de soie. C'estau whatman 
sur lequel est diluée la goutte colorée qu'on songe, et non îi la 
])rofondeur de l'atmosphère, l.es petites figures qui étoffent ses 
coins de nature rappellent, à s'y méprendre, celles de Staquet. 
Toute/la est joli, coquet, cliquetant, vaporeux, pas mal habile, 
mais un peu mince, un peu petit de vision et de facture. Am lieu 
d'exprimer sobrement les grandes émotions que donne le spec- 
tacle de la mer et des champs, en quelques tons justes large- 
ment appliqut'S, M. Cassiers s'attache au détail, à l'incident 
insignifiant, à l'épisode voulu, aimé du bourgeois. Tendance 
dangereuse qui apfjelle une réaction énergique si rarlis'.e veut 
réaliser les espérances qui font concevoir les qualités révélées 
par son exposition. 

Trois tableaux à rimile complètent l'envoi. L'un, la sortie d'une 
église, est vu à travers Charles Degroux. C'est le meilleur des 
trois. liaus les deux autres on sent une main plus babitm.'e à 



manier la marlre ([ue la brosse et à recherclKTrélégvmc.e plutôt 
que la V(''ril('' des Ions. 

M. Cassi(»rs a la chance d'être accot('. d'un repoussoir (ju'il 
n'eût pu souhait(M- plus favorabl(^ C'est un déballaiîe d'iniaiios 
coloriées ii l'eau et il l'huile, vaste Saint-Nicohùs de (( vues pour 
opti(|ues » (la joie des enfants et le repos des familles), kermesse 
de l)leu do Prusse, d(» laque de garance et de ciual)ri; à un sou la 
tablette, d'un asp(»ct telleiuenl cocas.so (pn^ le fou rire désarme 
toute critique. Jamais (b'ôlcrie n'a été plus franchement drôle. 

F(Mi Krancia est dépassé. A moins «pu» ce ne soit lui encore (pii, 
d'un pinc(\iu jioslliunu^ et sous le ))seudonym(» (W. Numans, ait 
brossé cette nouvelle et spirituelh' satinvde ré(;olc de peinture 
d'autrefois ! _, ' 

Mais, en ce cas, les cadres ont ('M('' a,(hvssés par erreur au. 
Cercle. C'est évidemment ii la /ivaus-r.vIuhUion i\u'\\s étaient 
destinés. 



-, Publication^ nouvelle^ 

MM. Orcll Fiissli ot C'^\ dos ('(iilours-arlistos do Ziiri<^h, iious 
adressent dou.v albums do, ])<xhe d(?sliiiés à renscignomoiit (bi dessin. 
.L'un conliout 400 motifs grathii^s depuis la ligue droite jusqu'aux 
plus élégants fragments de décoration d(^s styles goUiiquo, classique, 
mauresque, etc. Titre : Manuel de poche de l instituteur pour l'en- 
seignement du dessin, par .T. Ilauselmann. Cinquième édition. 

L'autre, dû à la collaboration de MM. Ilauselmann, déjà cité, cl 
R. Ringger, est le complément du précédent. C'est un petit traité 
d'ornements polychromes hniiani Y é\è\e graduellement à l'emploi 
des couleurs dans la pratique des arts industriels. Il renferme 
cinquante et une planches en couleurs, magnifiquement litho- 
graphiées. La plupart d'entre elles sont rehaussées d'or. L'ensemble 
forme un excellent traité pratique d'ornementation, utile à ceux qui 
ne peuvent faire l'acquisition des grands ouvrages commp la Gram- 
maire de l'ornement, de Owen Jones, ou L'ornement pohjchrome. 
de Racinet. • 

Les deux manuels de poche réunis, ne coûtent que douze francs. 



M. Victor Wilder vient d'achever là traduction du l^r acte deja 
Valkyrie, qui sera exécuté le 19 avril au Concert populaire. La 
maison Schott met en vente cinq scènes détachées,. avec paroles fran ■ 
çaises, de cet acte. Ce sont : le monologue de Siegmund, le chant 
d'amour (le Printemps'), la- scène de Siegmund et de Brunehilde. la 
scène de Brunehilde et de AVotan et les adieux .de Wotan. — Le 
chant (l'amour de SieL'mund est en vente. 



LE DINER-SPECTACLE 

Le dinçr-speetacle, invasion ou intrusion anglaise, d'apro.s b* 
Monde illustré. 

A'ous invitez un certain nombre d'amis à venir s'asseoir a votre 
table. En même temps vous loue? dans un théâtre un certain nombre 
de loges. Puis, dés que la dernière bouchée est avalc^e, vous fourrez 
tout votre monde dans des voilures et vous le plantez en face d'un 
drame ou d'une comédie. - ' ^ . 

Peut-être les directeurs ai)plaudiraieut-ils à cet usa|.:(' bMro([ne, 
mais je crois bien qu'ils useraient seuls à s'en n'jouir. V.ixv il .suppri- 
merait ce qu'il y a prfîcisémeut d'attrayant dans les relations ga.s- 
tronomiques : l'épilogue. • - ' " 

On ne se réunit pas exclusivement pour goiid'rer. Autant vaudrait 
alors entrer dans un restaurant. On y trouverait rrmjnflrement 
banal. 




L'allrayajit,, r/e.sl la r.'iu.sorif ({\i\ .se [jrfJoiip'f; après lo fjf-rcii^r '".oup 
<1<! fourcholto ; c'est le, <!r(>\i\)ciucnl qui se fait au ha-ar'l 'Ifs sym- 
pathies dans lo salon ou (lan.s le fumoir; co sont lf;s frais propos 
favorables à la difrestiori, insoucieux de l'heure. 

Avec la rnorle nouvelle, des invités rlevicriflraient en fjil'-lqu^ sorte 
des eolis htjmains qu'on trimbalerait, inal^rré eux, à qui l'fin \ii(\\</r-- 
i-ait le su[ipliee fie la loj^e cellulaire, »'iver la nécessite rie .-ubir une 
(ouvre insu|)[)ortable f»eut-être, souvent connue déjà. 

Ii'indisj)enKa})le, jiour savourer un diner amical, c'est fl'fivcir tout 
son temps. Vous faites flamber la <'onvers,'ilion, et vous [;r»-teniiez 
s.oufller flessusau monientou fdie pétille ! Ombre de iJrill.'it .S;iv?jrin. 
tu as du frémir d'indif/nation à cette hérésie. 

Je vous le dis tout iiet : vfius qui- >(-nf-/. t^^ntés d'rjdofiter cj- mon- 
strueux usafre, vous cesseriez d'être des amjjhitryms, vous ne seriez 
plus que des nourrisseurs. 

C'est M. Koning' qui aurait eu l'id^ée de cette invention absurde, 
ce qui ne nous étojine pas. Il cherche unCvoie nouvelle devant les 
fours qui .se succfdent au Gymnase depuis quelque temps. M. Mar- 
^'uery, à l'avenir, dirigerait le th'^^-atre et M. Koning le restaurant. 
Certaiiif-riK'n! le r^-staiiraiil y perdrait, mai.-, letiié-âtre y ga;.'::er.-:iL 



LE JURY DU SALON DE PARIS 

Les periilre.^, rint nommé hier le- ri:em}ires du jury du Salon de 

ISj-!.'». Il y a eu' plus de l.."jOO votants, doiit [jI^-s de oO') pnroorres- 

[)Oiid«ances venues de Fari^, de la province et de l'étraLi-er. 

X'oici les noms des élus, avec les chifTres de.s voix : 

, MM. I^onnat, 1,10S voix; .1 Lefebvre. 1,100; l.-P. L.-iure.ns, l.MT; 

IIarj)ignie.s. 1,108 ; T. Ilobert-Pleury, 1.077; Eiouguer'^au. 1.06'..*; 

Henner, 1,028; Ilumbert, 1,027; Français. l.OOO;' Cabanei. 002 ; 

Boulanger, 1»3,">; Busson, 93,5; Cormon. \'13 : Pille. S0.5; Yon, ç,S.S; 

Duez, 885; VoUon, 874; Détaille, 802; Puvis de Chavanne.s. 8.'S8; 

Lalanne, 8.52; Hector Le Roux, 839, Benjamin Constant, 820; 

Roll, 812; Rapin, 809; Carolus Duran, .>i,tl ; Vuillefroy, 70.!); 

Guillaumet. 7tJ4 ; Gervex. 75.Ô; Dernier. 740; Maignan, 72V: 

Barrias, 710; J. Breton. Ot59; de Neuville. 004; Luminais, 0.54 : 

Haiioteau, 041; Guillemet. 0.37; Lansyer, 008; Baudry, 595; 

~ Feyeu-PerriD, 589; Saint-Pierre, .577-^. . -— r — ^ — — -— -_-^ -^ — 



Les artistes qui venaient ensuite avec le {lus graml nombre lie 
voix, et parmi lesquels seront choisis les jure.> jujipl^rmentairHS s.:r:t : 

MM. Moret, 554 voix; Denouf. 550'; Vayson.518; Rib^t, 495; 
Delauuay, 488; Van Maroke, 475; Mers-n L.-O.). 4o8 : Cazin.407: 
C^érùme, 455; Protais. 395; Thirion. 30-5; Pelouze. o44 ; LavieiUe. 
324; Ph Rousseau, 322; Lhermitte. 320. 

Le jury se constituera lundi et commencera immédlaTement ses 
travaux. Le chiti're «les jieintures. aquarelles et dessins stiunùsà son 
jugement est de 7,2('0, soit 500 de moins que l'année dernière. Les 
tableaux de grau<le dimension sont fort nombreux : nous suuhait'Tiis 
(juo ce soient autant de grandes o.nivres 



Petite chrojn'ique 



Dans leur as^^embleo mensuelle tle Mars, les A'.V ont proce<lt^ a 
réloctit>n de deux artistes pour remplacer MM. Simonseî \ erstraete 
([ui out, eo,nuue on sait, donne leur demissiiui. 

Ont été choisis parmi les candidats proposes : M'-" Anna Boch et 
M. Félicien Kops. 

\'oiIa l'equip;igo ilu /,\'"< if-rirr oom^deté et prêt à reprendre la 
.mer. 

Dans la même séance, les AA' otit otVert. en témoignage de recon- 
naissance t^t de sym[;uhie. a leur secrétaire, M. Octave Maus. et à 
leur trésorier. M. N'ictm* Bcrnier, deux magnitiques portet'euilies de 
tlessins exécutes par les membres do rAs>ociatiou. .. . 



Nous aiq>renons avec sati>factiou la nomination île doux musi- 
ciens luerilauis au grade de chevalier de l'ordre de Leopold : 
MM. Mertens. l'auteur du ('■piti'inc Suit- qui vient d'être reçu 
Iriinuphaleniont à Hambourg, et Fuule Mathieu, le compositeur 
;q>plaudi de FiYi/hir t^t du lh)i/t>ti.r. 



La promotion de .\L Jose[)h Du [ton t, au grade d'or'ficiér. paraîtra 
sous peu au Monifenr. ()n a tenu a rendre justice fi l'exc^dient chef 
d'orchestre qui. depuis tant d'années, contribue au développement 
du goiit mu.sical et qui vient de se di.stinguer partii:iilierement par 
rinterprét,jtion magistrale qu'il a donnée <\f:^ Wla/tres-ChanUurrs. 

■ Le conc^Tt que le Conservatoire de Mons ort-ani-e au profit des 
[.auvres de la vilie est définitivement tixè au 30 de ce rnôi.s. In.dé- 
pendamment de l'orchestre et des chœurs du Conservatoire qui s'v 
t'eront entendre, voici les noms des artistes qui ont bien voulu prêter 
leur bienveillant concoure a cette o;uvre de bienfaisance : 

M"'' Klly Warnots. ^L Vivien, violoniste, prot'essei;r au- Conser- 
vatoire lie Mons, M. Guri-.-k.x, piani.-;te. prot'esseur au C''.in.-,'-rvaN.ire. 
M. Huet, professeur de chant au, Co.nservatoir-^'. • 

Le toiit soiis 'la direction de AL Jean \'an d-n F>den-. ■ 



A I.') 'i^-mande de, plusieurs artiste-, la 'Commission admini.-trative 
du (j'rri.lr l'-'s ort.Ut^i^ i/ir!pj,^>),.rj,/,,t-i a d'--r-;d^f Af' cl '..furer la liste des 
arlhésions au Salon ile:^ Leau.x-Arts d'^Anver>. le '-'A mars prochain. 

Nous recevons de Gla.s<^o\v le catalog^i^ de IF.xposit'i'tn Internatio- 
nale des Pieaux-Arts actuellement ouverte daris cette- ville. Lés 
artistes belges qui- y figurent sont : MAL Co'j-en. Carri-ntier. Fara- 
syn. Montigny, A. Musin, A. 1\<:U:ï':ï'. XL^"^» H-nrif^- ?e. ■ A!;r:e et 
Emma Ronner er, M. T'S':har:.er. L.'t .PfoUande t^-st représentée ;-^.ar 
MAL Jo--ep!i Lsra'.-ls, <'>ahri'-i. .]■:■.>■■'.) Al-iris e»; Pi"j<j:--enbeek. 'La 
France, prir AfAL Bouguerenu. Pj-^rceret, C;,)rriHr-Beiiouse, f>ame- 
ron, D-^ Vuillerroy, Fantin-Latour,' (.r:ràrd"rt, Lliern.iùte, feu \'ict<jr 
L'.-claire et de Nitti.^. i-.tc. 

é'a nous écrir, de ti.us (^''jtes pour nous demander la da'e.j'i tiraî.'e 
de la t(jmb«',;ia vie feu rexi)o>ition des Beaux-Arts. Alal^rre les r.^da- 
mations de la Presse, cette date n'est pas encore rixee. 'Voilà hieuti";t 
six mois que le Salon est f^^rmé et les détenteurs de billets 'ie la 
tombola attendent tou;i";ur.s. Il faut avouer qu'^ju a^rit-avec ua -ans- 
•iTr'Cie excessif. La len'eur administrative est une belle chose, mais 
pas trop n'en fau-t. ■ . ■/ _ • • 

Nous lisons dacs le Progriis artistiqv.e ^. -, 

Henri Litoln. le vieux maître, pleia ije talent et d'<îri^Inalité. 
s*^:tait vu accep'er les Ter,^ pU.r>i-s par ia directL.'n Va'iccjrbjeii laquelle? 
lui avai^■méme'c^jnseii!e de s'a'djijinilre comme Ubrettisi'e n'être sym- 
pathique et spirituel confrère Armand Silves're. ce qu'il dt. <Ih.aque 
saison, c'était un niiuveau retard, wn^^ n-juvelie excuse, toujours 
mauvaise; mais toujours acceptée avec résignation. i:ar Lirc-in" est; 
sur de si/u œuvre. Tout'^s les persc'cnes qui ont eu la bc>nne fortune 
d'en eLtendre «les fragment* sont ULsnimes a louer l'immense valeur 
de ro[":rrà du maître, seul-men*... seulement, l'cieve de Fetis- n'est 
pas ti'un â^-e «"u I'ijh C'^urt les salons r.iËciels pour faire le beau, il n'a 
pas-no-u [dus ie caractère 'numble et sollicitant; c'est un artiste avant 
t'-'Ut . aussi apfreii-"'ns-nous, avec .peine que les Tanpliers fercuit 
l'ouverture du théâtre de la M'.unaie a truielles, l'hiver prochain. 

Henri Litolîï a aujourd'hui 00 ans. 0>a sait quel virtuose il fut 
cumme pianiste, et quelle clarté, quel sentiment et quelle c^ri^^inalite 
il apporta dans ses û'.'.i>:rt^'.vr:s. sijinphonies '.'?• çoncertus, au>si bien 
que dans les divers 0[iera--cumiques qu'il fit représenter u Bade, a 
Bruxelles et à Paris. Les Templi''rs seront un sui.-ces que otre Aoa- 
de ; le nationale e.nvi-^ra, nous en sommes convaincu, au théâtre de 
[a Monnaie. ..- - 

L'anniversaire de la mort de AVa:ruer 13 février a ete celebre 
dans toute l'Ailemagne par les institutions de concert et u'Ass.'Cm- 
tlons wairrieriennes. A Berlin, /c Wagner Vereiri a donne, avec le 
coiïcours de Cari Hill, le celebr^ baryt<.->n du théâtre «ie Schweriu. un 
grand concert dont le programme comprenait /■? J/utc/ïc furi^sn,-,' de 
Siegt'rie«i. l'Ag'jpe dfs apr'/tres. leprelude de Lohe>igfin e: le troi- 
sième acte de P.o'sifal Oirchestre d^e 105 musiciens sous la iirectiou 
de Cari Kiindworth. La chapelle Bilse a également -ionne unCon'.-erf;- 
W'acner à l'occasion de cet anniversaire. 



La cérémonie de l'inauguration du monument de A\'a?hingtoa a 
eu ll'i'u le 24 février. Lue foule nombreuse y assistait. 

-Le mouumeut'à 155 pieds de haut et a coûte t.lOO.OOO dollars, 
dont 900.000 ont ete fournis par le gouvernemeut. C'esc une oon- 
structiou eu forme de tour., visible à plusieurs nuilcs ie distunct; et 
surpassant le Capitole. <Ui peut monter au sommet du m>u;umenc 
[lar un escalier intérieur et t'ur un ascou^^eur. 




Les annonces sont reçues au bureau du jommall 
20, nie (le r Industrie, à Bruxelles. 



SCHOTT Frères, Editeurs de Musique, Bruxelles 

^ • ~^'.:' Rl'E DCQUFSNOY, 3", coin de la rue de la Madeleine 
Maison principale : MONTAGNE DE LA COUR. 82 



LES 1|\ITIIES CILWTEIJRS DE NUREMBERG 

, (Die Meistorsingcr von Nûrnberg) 

Opéra en 3 actes de • 

PARTITION POUR CHANT ET PIANO, NET 20 FRANCS. 



Librctto . . ' • . . ' . 

licnoU. Les motifs typiciues des Maîtres clianteurs . . 

ARRANGEMENTS POUR PIANO A 2 MAINS : 

Im Partition complète . 

Ou i-erfurc. Introduction . . . . . . . . . 

/yfl «i^»i<^, arranp. par H. de Bulow .< . . . . 

Introduction dVL 3' Sicte. . . . . . . ' . 

^c'i/er, F. Répertoire des jeunes pianistes . . . • ; • 
j> Bouquet de Mélodies . . . . . . . . 

Brunncr, C. Trois transcriptions, chaque . . . . . 

Z?w/otr, /f. (de). Réunion des Maîtres chanteurs . . >. 
» Paraphrase sur le quintuor du 3* acte . 

Cramer, //. Pot-pourri . ; .• 

« Marche ...... ^ .. . 

Danse des apprentis 

GoftbfltTts, L. Fantaisie brillante . . . . . . 

Jacll, A. Ôp. 137. Deux transcriptions brillantes (AVerbegesang- 

Preislied), chaque 

Op. 148. Au foyer . . . ^ . • . , » . 
/vOsse», £". Deux transcriptions de salon, n' I . . . . , 

n* II. .... . 

/,e/frrf. Op. 26. Transcription . . . . . . .-.'.. 

Ratr, J. Réminiscences en quatre suites, cahier T et II, à 

cahier III. ... 

cahier IV. . . 
i??/jîp, //. Chant de AValther , .' . . . . . . 

77" "/-"ARRANGEMENTS POUR PIANO A 4 MAINS : 

La Partition complète . . , . . . . . . . 

OKferfioY. Introduction par C. Tausig . . . . . . 

Bcyer, F. Revue mélodique 

Bùlov, H. (de). La réunion des Maitres chanteurs, paraphrase . 
Cramer, H. Pot-pourri. . . . . 

Marche ., . . . 

Z)f î7/?>ar. Deux illustrations, chacune .. . . . . 

ARRANGEMENTS DIVERS : 

Omvr/ioY pour 2 pianos à 8 mains . 
Gregoir et U'onard. Duo pour violon et piano. 
Kaslner, E. Paraphrase pour orgue-mélodium. 
Lux, iï'iJ'rélude du 3* acte pour orgue . 
Oberthur, Ch. Chant de Walther pour harpe, . 
SingeUe, J. B. Fantaisie brillante pour violon et piano 
Golterman. Chant de Walther, pour violoncelle et piano 
Wickede, F. (de). Morceaux lyriques pour violoncelle et piano 
N* 1. "NValther devant les Maîtres 
N° 2. Chant de Walther ..... 
WilhelwJ, A. Chant de AValther, paraphrase pour violon avec 
accompag. d'orchesiie ou de piano. Partition 

L'accompagnement d'orchestre 

« de piano . . . , 



Fr. 



2 - 

1 50 



V 


25 " 


r* 


2 - 


M 


3 ^ 


*» 


1 " 


M 


1 75 


« 


2 25 


M 


1 75 


.. 


1 75 


H 


1 75 


V* 


2 « 


vt 


1,25 


n 


1 75 


w 


2 ., 


n 


2 - 


VI 


2 25 


w . 


2 >' . 


n 


:^25 


n 


1 35 


yt 


2 25 


w 


2 « 


y* 


2 50 


** 


1 75 


t* 


35 - 


w 


3 5a 


^ 


2 25 


*» 


2 25 


rt 


3 50 


î* 


2 25 


M 


3 75 



1 50 

1 ^ 

2 " 

3 50 
1 25 

1 25 

2 25 

2 r. 

3 - 

5 " 
3 50 



VIENT DE PARAITRE 

CHEZ FÉLix-eALLEWAERT Père 

2i^, RUE LE L'INDUSTRIE. A BRUXELLES 



LA FORGE ROUSSEL 

V PAR Edmond PICARD 

' Édition définitive, tirée à -petit nombre 

Prix : Grand Japoii, 60 francs; Chine ; genuine, 40 francs; 
Hollande Van Gelder, 25 francs. 



VIENT DE PARAITRE CHEZ 

BREITKOPF & HÀRTEL 

KDITKURS DE MUSïQUE 

BRUXELLES, 41, MONTAGNE DE LA COUR^ 



ŒUVRES INÉDITES 

DE J.-N. LEMMENS. 
Tome deuxième. -- Chants liturgique^. - Prix net, 15 fr. 

• -: musique;,--..--, 

■—il 

10, RUE SAINT-JEAN, BRUXELLES 
(Ancienne maison Meynne). 

ABONNEMENT A LA LECTURE DES PARTITIONS 



PIANOS 



BRUXELLES 
rue Thérésienne, 6 



VENTE 

ÉCHANGE 

LOCATION 



GUNTHER 

Paris 1867, 1878, l^"" prix. — Sidney, seul l*"" et 2« prix 

EXPOSITION AHSTERDÂI 1883. SEUL DIPLOIE O'HONNEDR. ; 

, . '. 1 '. — 

J .:SCHAVYE. Relieu r 



46, Rue du Nord, Bruxelles 



CARTONNAGES, RELIURES ORDINAIRES, RELIURES 
DE LUXE, ALBUMS, ETC. 

SPÉCIALITÉ D'ARMOIRIES BELGES ET ÉTRANGÈRES 

ADELE Deswarte 

"23, KXJE! r>E n.^^ •v^ioij;ett:e3 

BRUXELLES. 
Atelier de menuiserie et de reliure artistiques 



VERNIS ET COULEURS 

POUR TOUS GENRES DE PEINTURES. 

TOILES, PANNEAUX, CHASSIS, 

MANNEQUINS, CHEVALETS, ETC. 

BROSSES ET PINCEAUX, 

CRAYONS, BOITES A COMPAS, FUSAINS, 
MODÈLES DE DESSIN. 

RENTOILAGE, PARQUETAGE, 

EMBALLAGE, NETTOYAGE 
ET VERNISSAGE DE TABLEAUX. 



COULEURS 

ET PAPIERS POUR AQUARELLES 

ARTICLES POUR EAU-FORTE, 
PEINTURE SUR PORCELAINE. 

BOITES, PARASOLS, CHAISES, 
Meubles d'atelier anciens et modernes 

PLANCHES A DESSINER, TÉS, 

ÉQUERRES ET COURBES j 

COTONS DE TOUTE LARGEUR 

DEPUIS 1 MÈTRE JUSQUE 8 MÈTR8S. 



Représentation de la liaison BINANT de Pans pour les toiles liolielins (imitation) 



NOTA. — La malton dispose de vingt ateliers pour artistes. 
Impasse de la Violette, i. 



Bruxelles. — Imp. Félix Callewaert père, ru« de l'Industrie, 26. 



C^yiÈME^ ANN;iE , — N° 1 3 



Le numéro : 25 centimeîb*^- 



DiMANCHE 29 Mars 1885. 




MODERNE 



PARAISSANT LE DIMANCHE 



7 



REVUE CRITIQUE DES ARTS ET DE LA LITTÉRATURE 



ABONNEMENTS : Belgique, un an, fr. 10.00 ; Union postale, fr. 13.00. — ANNONCES : On traite à forfait. 



Adresser les demandes d'ahonnement et toutes les co'ir^munico.tions à . 
i/administration générale de l'Art Moderne, rue de l'Industrie, 26, Bruxellesp 



^OMMAIRE 



Les Swanzeurs uJautJkkfois. A iircpos d' Eugène Delacroix. — 
Adalhkht ue GoLDSCHÎfîiDT. II. Liedc'i\ Poétnc symphoniqv.e. Dan- 
ses atyriennes, Siciliano et Musette^. — Exposition des Beaux- 
Arts d'Anvers. Docnrnents à conserver. — Théâtres. Théâtre 
Molière, Le Prince Zilah. — Notes de musique. Concert Lnisa 
Cognetti. — Conférences. Conférence de Georges Rodcnbach '^'u- 
Cercle artistique. — Petite chronique.- , 



LES ZWÂNZEURS D'AUTREFOIS 

A propos ^'Eugène Delacroix 

Los journaux de Paris sont -remi)iis d'appréciations sur D>'la- 
croix. In dos nioillours arliclos jKirus osl celui du M. (lollVoy 
dans la Justice. Nous on extrayons les parties les plus intéres- 
santos pour les locleurs beli:jes. 

La biop^raphic de Delacroix, ([ui doit servir de préambule à un 
examen dos ceuvres exposées en ce nioinenl à l'Ecole dos Denux- 
Arls, no doit pas consister en une énumération des menus î'aits 
qui constituent la vie apparente de l'artiste. Il est plus inlêrossa"nt 
de montrer, i)ar des documents incoiitestés. ce qui s'est produit 
au premier contact de ses louvres avec l'opinion; (juand on aura 
constaté la réception faite auirefois au maître aujourd'hui accepté 
par une postérité si peu lointaine, on aura chance de voir, sous un 
angle d'incidence plus exact, riionune tel qu'il se révèle dans ses 
curieux écrits, l'artiste tel qu'il s'allirme ilans ses œuvres achevées 
et dans ses innombrables essais. - 

• La chronologie de la vie de Delacroix aura d'ailleurs été vile 
établie quand on aura dit (juo le peintre naquit à Charenlon 
Saint-Maurice le 'i^i avril 1708; qu'il eUulia dans l'atelier do 
liuérin; qu'il fut généralenronl refusé aux Salons; qu'il mourut à 
Paris le i:J août l^Oo. ^ ' 



Mais les dates prennent une importance, et la biographie 
s'anim.e, si l'on note l'accueil qui lui a été fait à son apparition. 

En 18;î-2, Dante et Virgile. Delacroix n'a pas seulement à sup- 
porter riiostiliié de (juérin, son professeur, les restrictions- des 
. arrivés, les injures des critiques. Le journaliste qui le défend, 
M. Thiers, termine ses éloges par une association de noms qui 
fait croire à une étonnante inconscience : . , - 

•* En résumé, MM. Drolling, Dubufe. Cogniet, D?stouoh»?s et 
Delacrijix forment une u'énératiou nouvelle qui soutient l honneur Je 
l'école et marche avec le siècle vers le Lut que l'avenir lui pi<esente. » 

En 18-2-i, Xa Massarre de Scio. On peut lire dans la Revue cri- 
tique du .Siilon, qui alors faisait autorité : 

« M. De!acr'".ux"[\'^ralt rechercher particulièrement les scènes dans 
les'quelles il peut faire entrer des uat>ires bigarres et souvent 
ignobles... Ceux dont la raison veut être satistaite avant t(>ut trouve- 
ront que ce jeune homme n'a qu'un goût déréglé, sacs trein, et qu'il 
est. avec toutes ses belles qualités, trop voisin du bas et île Hirnoble. » 

Au Salon de 18:27, le Christ au jardin des oliviers. Marina 
Faliero, Milion aveugle dictant le Paradis-Perdu, Apparition 
de Mephistophelès à Faust, Justinien, Sardanapale. 

Le Journal de^ Artistes prononce : ■ 

.• « Ambitieux sectaire... Ebauches grossières. aJaïises par le ^urv 
avec une l'uneste com[)laisauce... » 

L'Etat se fiit rexécuteur des arrè'is de la crititpie. Delacroix 
écrit le récit de son entrevue avec le ^ tiouvcrnement ^) : 

- Sous la Restauration, les Salons de pt-inture u'c-aieut point 
annuels. Pour un homme militant et ardent, c'était un ;::rai;:,i mal- " 
heur ilans l'âge de la sève et de l'audace. A ki ûi\ d'un Je ces Saious. 
on 1827 (on renouvelait alors les' tableaux à mesure que l'exi-'ositiou 
se prolongeait^ j'exposai un tableau de Sardanapale. S il m'est 
[permis de comparer les p'Ctitcs choses aux grandes, ce fut mou 
Waterloo. ' 

•* J'avais eu quelques succès à ce Sâlou, qui dura presque six m^>;s. 




Cette œuvre nouvelle, qui arriva la dernière, souleva l'indignation 
feinte ou réelle de mes amis ou de mes ennemis. Je devenais l'abo- 
mination. de la peinture. Il fallait me refuser l'eau et le sel. 

« M. Sosthènes de la Rochefoucauld, alors chargé des beaux-arts, 
me fait venir. Je rêve déjà quelques grandes commandes, quelque^ 
vastes, tableaux à exécuter. M. Sosthènes fut poli, empressé, aimable ; 
il s'y prit avec douceur et comme il put, pour mè faire entendre que 
je ne pouvais pas avoir raison contre tout le monde, et que, si je 
voulais avoir j)art aux faveurs du gouvernement, il fallait changer 
de manière. . ' ■\' ' 

«» — Je ne pourrai^, lui répondis-je, m'empécher d'être de mon 
opinion, quand la terre et les étoiles seraient d'unie opinion contraire. 

« Et, comme il s'apprêtait à ra'altaquer par le raisonnement, je 
lui tis un grand salut et je sortis de son cabinet. 

« J'<itais enchanté de moi-même. 

«« A partir de ce moment, mon Sardanapale me parut une œuvre 
supérieure, plus remarquable que je ne l'avais pensé. » 

C'est aloFS que la guerre faite h l'artiste devient véritablement 
sauvage. Les journaux ne se contiennent plus et l'Institut s'égaie. 
Tous les mots célèbres sont prononcés. > 

Un académicien : ' 

« Les toiles do Delacroix font songer aux romans du vicomte 
d'Arlincourt. >♦ . - 

Un criliquc : 

•♦ Ce gaillard-là peint si bien les. animaux ; pourquoi ne fait-il pas 
le même honneur à la figure humaine ?» 

Un journaliste : 

,. « M. Delacroix peint avec un balai ivre. »» 

Au milieu des murmures ironiques cl des ricanements, le noble 
arlistedit à Tliéoj)hile Silveslre qui l'accompagne : 

« Voilà plus de trente ans que je suis livré aux bêtes! » - 

Jusqu'en 18.")3, ce sont de perpétuels refus aux Salons; sur 

dix toiles présentées, une est admise par les extraordinaires 

jurys. A l'Exposition de 1855, la critique n'a pas désarmé; son 

odieuse plume crache encore. Voici ce qu'écrit Maxime du Camp : 

«« Chez M. Delacroix, j'ai beau chercher l'idée, j'ai beau m'ingé- 
nier, me fatiguer pour découvrir une pensée dominante ou seule- 
ment perceptible, je ne la rencontre jamais. Quant à la forme, je la 
trouve hideuse, toujours semblable .et anti-humaine au suprême 

degré La vérité, il ne s'en sçucie pas; la dignité humaine, il 

la méprise absolument; son art môme, il le dédaigne, si nous en 
jugeons par le sans-façon avec lequel il le traite et le rang auquel il 
le rabaisse. Aussi M. Delacroix ne restera ni comme peintre de 
genre, ni comme peintre d'histoire... Les tableaux de M. Dela- 
croix jamais ne m'émeuvent, jamais ne me touchent; s'ils 

restent dans ma mémoire, ce n'est pas par le sujet qu'ils doivent 
interpréter, mais seulement par le ton principal dans lequel ils 
sont peints : je me rappelle que telle toile est violette, que telle 
autre est gris de perle, mais je ne sais plus ce qu'elles représentent. » 

C'est sans doute cela, ces injures sans raison, ces négations 
sans explications, qui faisaient écrire à Delacroix ces réflexions 
justement orgueilleuses : . 

«» Il est malheureusement trop certain que la supériorité du talent 
.ne suffit pas pour mettre la gloire elle-même à l'abri des variations 
de l'opinion et de la mode. Il est des talents privilégiés qui ont été 
entourés tout de suite d'une admiration à laquelle le temps n'a fait 
qu'ajouter. Les grands artistes qui ont brillé par la grâce, le charme 
et la noblesse de leurs inventions ont peut-être conquis plus rapide- 
ment que les autres l'unanimité des suffrages. Raphaël, Léonard de 



Vinci, Paul Vérorièse, Ci màrosa n'ont pas attendu longtemps la jus- 
tice de l'opinion. Au contraire, les génies austères qui sondent les 
abîmes de l'âme et saisissent plus volontiers dans leurs peintures le 
côté terrible et pathétique des choses humaines, exercent un empire 
plus restreint et plus contesté La violence ou la singularité de leurs 
inspirations les isole des sentiments ordinaires et fait que leurs qua- 
lités mêmes sont l'objet d'une éternelle discussion, w 

Ajoutez à l'inquiétude morale le souci de l'existence elle- 
même, confessé dans Celte lettre à un ami, M. Soulier : 

«♦ La grande occupation de mon existence, celle qui tient en sus- 
pens et en échec les hautes et j)uissantes facultés que la nature m'a 
accordées, au dire de quelques bonnes gens, c'est... d'arriver à payer 
mon terme tous les trois mois et de vivoter mesquinement. Je suis 
tenté de m'appliquer la parabole de Jésus-Christ, qui dit que son 
royaume n'est pas de ce monde. J'ai un rare génie qui ne va pasjus- 
qu'à me faire vivre paisiblement comme un commis. L'esprit est le 
dernier des éléments qui conduit à faire fortune ; cela sans figure, 
sans exagération. L'imagination, quand pour comble de malheur, ce 
don fatal accompagne le reste, consomme la ruine, achève de flétrir, 
de briser dans tous les sens l'âme infortunée. L'amour de la gloire, 
passion menteuse, feu follet- ridicule, conduit toujours droit au 
gouffre de tristesse et de vanité... Si j'ai des enfants, je demanderai 
au ciel qu'ils soient bêtes et qu'ils aient du bon sens. De travaux et 
d'encouragements, je n'en dois attendre aucun. Les plus favorables 
pour mpi s'accordent à me considérer comme un fou intéressant, 
mais qu'il serait dangereux d'encourager dans ses écarts et dans 
sa bizarrerie. »» 

Rapprochez de celte lettre les prix demandés à Paul Foucher, 
intermédiaire d'Auguste Vacquerie, pour trois tableaux aujour- 
d'hui haut cotés : ., 

*» Monsieur, je m'empresse, suivant votre désir, de vous dire les 
prix des tableaux que vous voulez bien me désigner. Ces prix sont 
au dessous de ceux que je demanderais à un amateur; je verrais avec 
plaisir qu'ils pussent convenir à votre ami : " 

-T Vovivle Samaritain . . .. .'fr, 300 

Id. Giaour 400 

Id. Lever ....... 800 

Et relisez enfin, dans les journaux du temps, les comptes- 
rendus des obsèques : regardez défiler le piquet de gardes natio- 
naux, les froids discoureurs officiels, les 600 personnes présentes 
à Saint-Germain-des-Prés, réduites à 200 au Père-Lachaise. 

Un mot de cet admirable peintre marque bien par quelles 
détresses il dût passer. Il venait d'avoir rfia;-5ejw/ tableaux refusés 
au Salon, et comme pour changer le cours de ses idées, M. Gi- 
goux lui parlait d'un petit héritage qu'il venait de faire : — Oui, 
c'est vrai, répond-il, au moins avec cela, je suis sûr de ne pas 
mourir portier. 

Ces dix-sept tableaux refusés ont passé et repassé à l'hôtel des 
ventes. Leur prix a constamment été de quarante h quarante- 
cinq mille francs, chaque. Une autre" toile, le Lion^ payée à 
Delacroix douze cents francs par le marchand, rachetée seize 
cents par Troyon, a été vendue depuis soixante mille francs. 

Nous serions très aise de connaître l'opinion actuelle des 
critiques survivants, qui éreinlèrent si pesamment Delacroix, 
devant le triomphe jJ'aujourd'hui. 

Le contraste est grand de ces choses passées avec l'ovation qui 
salue aujourd'hui la triomphale entrée d'Eugène Delacroix ^ 
l'Ecole des Beaux-Arts, salles dont Courbet et Manel ont, eux 
aussi, forcé les portes. C'est cette victoire qu'il fallait enregistrer 
avant tout. C'est celte leçon donnée par les événements qu'il fal- 




jait recueillir. Dure leçon, non seulement ponr la critique d'au- 
trefois, mais pour la critique d'aujourd'hui et pour la critique de 
demain! 11 n'est pas uii p;rand travailleur apportant de l'original 
qui n'ait élé accueilli comme le peintre du Massacre de Scio et 
de Boissy (ÏAnglas; il n'en est pas un qui n'ait été repoussé et 
bafoué avant d'ûlrc com,pris. L'exemple de Delacroix est là pour 
provoquer aux examens et pour retenir les paroles imprudentes, 
pour empêcher de juger l'idéal nouveau au nom de l'idéal d'hier, 
pour remettre à leur vraie place les révolutionnaires artistiques 
de la veille devenus les hommes de gouvernement du Icndc- 



mam. 



^D/^LBERT DE ^C^OLDpCHMIDT 



n 



II 



HÉLIANTHUS (**). — Lieder (**). — Poème sympho- 
nique (**). —_ Danses styriennes (*'*). — Siciliano et 

Musette ("). 

Nous avons apprécié rapidement celte bizarre partition Les 
Sep l pèches capitaux, trop habilement salaniquc et d'une lassante 
confusion. Hélianlhiis, d'une religiosité beaucoup moins exas- 
pérée, c'est la lutte du christianisme mystique contre la rude 
sauvagerie païenne, et le triomphe de celui-là. Les motifs carac- 
téristiques sont bien distincts : les uns rauques et barbares, les 
autres extatiques et ireligieux, dessinant, d'une part, Wittekind 
et Ragast, d'autre part, Sigune, Lodogar et Hélianlhus. • 

Ces motifs symboliques, comme dans la première partition de 
Goldsclnnidt, manquent de précision et surtout de développe- 
ments; la couleur en est unitonale et la forme coulée invariable- 
ment dans un seul moule. Les personnages sont d'un bloc, d'une 
stature; leur cerveau roule toujours les mêmes pensées, sans 
modulations, sans clair-obscur, sans nuances. 

11 est étrange qu'un musicien si habile fasse preuve ici d'une 
iricxpéricnce aussi grande. Son œuvre n'a rien de creusé; une uni- 
forme superficialité maladroitement fige son inspiration musicale. 
Et, outre celte immobilité dramatique, elle révèle un manque 
sérieux de slyle original. Trop souvent, en lisant Hélianlhus, on 
se souvient de sonorités entendues déjà dans le 6'o//d;Y/âm?«?'?/7igf, 
dans Tristan et Isolde et niéme dans Lohengrin. S'insj)iror du 
syslcmo wagnérien est parfait, mais tomber lourdement dans 
celte faute, commune à tous les jeunes compositeurs allemands 
d'aujourd'hui, d'une imitation scrvile et humiliante, est dange- 
reux. 

Goldschmidt a suffisamment de talent pour rester original : 
nous n'en voulons comme preuve que le curieux travail harmo- 
nique iVHélianthus. 

L'orchestre est d'une belle sonorité, quoique peu psycholo- 
gique; mais les chœurs sont souvent d'une couleur terne et 
amaigrie. Nous ne reprocherons pas au musicien le nébuleux, 
pa4=fois intraduisible, qui plane à la tombée de son œuvre : la 
faute en est au poème assez sottement enfantin dans son empha- 
tique mysticisme. Ce poème, le voici en ((uelques lignes : 

Wittekind, entouré des guerriers saxons, se féli'ciie d'avoir 
autour de lui son peuple resté fidèle à la religion de ses pères. 



(") \o\Y Y Art Moderne du 22 mars 1885. 
(") Leipzig, Breitkoi'K ot Haktkl. 
("*) Hanovre, Arnold Simon. 



alors qu'un culte étranger menace de renverser ses dieux. On 
annonce l'arrivée de Ragast, prince des Sorbes, qui vient 
offrir son alliance amicale au roi des Saxons et lui demander la 
main d3 sa fdle Sigune. Celle-ci accepte, à condition que son 
fiancé vengera l'outrage qu'elle a subi : elle s'était réfugiée dans 
la forêt d'ïrmin, lorsqu'un héros chrétien, après avoir brisé une 
branche de l'arbre sacré, osa l'embrasser et lui arracher le bijou 
runique qui protège sa race. Il le brisa, annonçant son retour 
prochain. Ragast promet de venger l'insulte et Sigune lui remet 
le fragment du bijou sacré. 

Lodogar descerid des rochers qui entourent le burg du roi 
saxon : on l'interroge. H raconte longuement la naissance du 
Christ : l'étoile lumineuse guide les rois mages vers la crèche 
divine et une colombe descend sur l'enfant-; des chants angé- 
liques planent, lents et calmes, dans la nuit. 
■ Mort au chanteur! clament les rauques guerriers saxons. Lodo- 
gar voit les cieux s'entr'ouvrir et s'offre pour le martyre chrétien, 
lorsque soudain Hélianlhus arrive, une croix dans la main droite, 
et vient proposer, au nom de Charlemagne, la paix aux Saxons, 
à condition qu'ils reçoivent le baptême. Après un colloque 
violent où Gewo exalte la liberté de sa race, une lutte éclate 
entre Hélianlhus et Gewo, qui tom"be bientôt mortellement 
frappé. Ragast veut s'élancer sur Hélianlhus, la hache haute, 
lorsque Sigune couvre celui-ci de son corps et tombe à genoux 
près de Gewo, mourant. Gewoderaande qu'on laissepartirHéliaU' 
Ihus en liberté et chante ses adieux à la nature impassible. 
Wittekind fait l'éloge funèbre de Gewo et ordonne ses funé- 
railles; il permet à Hélianlhus de partir et exile Lodogar; tous 
deiMc s'éloignent, tandis que Sigune, observée par Ragast, suit 
Hélianlhus d'un regard longuement amoureux. 

Le deuxième acte est presque tout entier composé d'un duo 
religieusement emphatique entre Hélianlhus el Sigune, duo coupé 
çà et là de strophes nébuleuses expirées par Lodogar invisible. 11 
rappetle.-non seulement par l'identité de situation mais parla 
musique enveloppante, le deuxième acte de Tristan et Isolde. 
Comme dans l'œuvre de Waijner la dicjnité matrimoniale trouve 
son vengeur dans le naïf et farouche roi Marcke, ici Ragast 
frappe Hélianlhus, le séducteur qui, amoureux peu confiant, 
reproche à Sigune de l'avoir attiré dans un guel-apcns. Celle-ci 
le supplie en vain de la suivre et s'afl'aisse dans une morne déso- 
lation. Mais une femme apparaît et lui dit de reprendre courage 
et d'aspirer au salut. 

Au dernier acte, le triomphe du christianisme est définitif. 
Wittekind lui-même se courbe devant la croix, el Hélianlhus, 
étreint par le doute, sent planer sur son front les anges de la 
foi. De longues mélopes, frôlées de mystiques prières dans les- 
quelles s'évaporent les principaux personnages du drame, ter- 
minent enfanlinement cette œ'uvre singulière qui, représentée sur 
plusieurs scènes allemandes, a élé bruyamment discutée, signe 
attirant d'une personnalité artistique. 

Mais ici, nous l'avouons, l'attirance est lrom[ié\ue. Hélianthus 
est Ta^uvre caractériste du jeune musicien cl il n'y a vraiment à 
en retenir que dos fragments éj)ars du deuxième acte : le reste est 
faible comme expression dramatique et comme psychologie musi- 
cale. Les personnages-lypes, Lodogar, Hélianlhus et Sigune, 
sont des composés de divers personnages wagnériens : Tristan el 
Lohengrin, Isolde et, dans une mince mesure, Eisa. 

L'œuvre, dans son ensemble, nous parait, malgré une science 
musicale s'exaspérant en singularités spécieuses, peu originale et 




n'annonçant pour l'avenir aucune forme nouvelle. Une compré- 
hension approximative du système wagm'Tien unie h une dange- 
reuse et fausse habilité, telle est la caraclérislique de Gold- 
schmidl. 

Outre les deux partitions dont nous venons de parler, son 
œuvre publié se compose encore d'une vingtaine de Lieder, d'un 
Poème symphonlque et d'une série de Danses écrites pour piano. 

Ces lieder ne dépassent point le niveau de toutes les banalités 
prodiguées en Allemagne sous ce qualificatif. Ilest déplorable de 
voir Goldsclimidt gaspiller son talent par cette production facile 
et éphémère. C'est à peine si quelques-uns [vom Rhein et Wie- 
genlied) ont certaine couleur musicale; la masse est médiocre. 
Médiocres, aussi, plus médiocres mêmes, les Danses stijriennes 
pour piano : c'est en musique, V article viennois, lourdiMnent vul- 
gaire sous un faux semblant de distinction. Nous citerons seule- 
ment une Sicilienne et une Musette pour piano. Pouniuoi ne pas 
garder cela dims ses tiroirs? Qu'imporleut de telles productions 
pour les vrais musiciens, et le public n'ost-il point déjà suftisam- 
ment imprégné de médiocre? 

La dernière œuvre éditée est un Poème symphonique terminé 
par une très courte phrase de ténor et une phrase pour chœur sur 
un texte du Faust de Lenau. Elle est peu intéressante et destinée 
à un rapide oubli. 

Ajoutons qu'Adalbert de Goldschmidl est élève de IJszt, qu'il 
habite Vienne, où sa fenuTie jouit d'une grande réputation comme' 
cantatrice, et qu'il est âgé de trcM^te-cinq ans, l'âge annonçant la. 
venue d'œuvres mûrement caractéristiques. Nous aurons ainsi 
mis. sur pied une personnalité musicale qui souvent semble vou- 
loir s'élever très haut, mais qui malheureusement retombe pres- 
que aussitôt dans le médiocre et le banal habilement déguisés. 



EXPOSITION DES BEAUX-ARTS A ANVERS 



DOCUMENTS A CONSERVER 



Le Secret du vote. — La Suppression des médailles. 

Voici les divers documents qui ont été lus à la réunion des 
artistes bruxellois le 18 mars dernier : 

Discours de M. HAGEMANS. 

A la Chambre des représentants, le 10 février 1872, iM. Hage- 
mans, alors député de Thuin, disait : 

« Les membres du jury doivent prêter le serment qu'ils ne 
révéleront rien de ce qui se passera dans les réunions. Pourquoi 
cette mesure, digne du conseil des Dix? Pourquoi cette précau- 
tion? Il ne faut pas se dissimuler qu'elle peut avoir de grands 
inconvénients : en effet, un membre du jury, forcé de se taire 
sur des abus auxquels je ne crois pas, mais qu'il faut bien 
admettre comme possibles, pourrait être obligé de renoncer à 
son mandat ou d'accepter la responsabilité de choses qu'il n'ap- 
prouve pas. Ce mal disparaîtrait si le secret n'était pas exigé. 
Qui agit au grand jour inspire toujours plus de confiance. » 

Discours de M. Edouard FÉTIS. 
Séance de l'Académie du 28 octobre 1883. 

<c La médaille est-elle le signe infaillible de la supériorité de 
l'artiste qui l'obtient, ou de la qualité de son œuvre? Je me per- 



mettrai d'exprimer un doute à cet égard: La médaille prouve tout 
bomK'ment que l'œuvre est conçue et exécutée conformément à 
des principes adoptés et appliqués par la majorité des membres 
du jury. Si cette majorité est classique, ce sont les auteurs des 
œuvres classiques qui seront médaillés. La majorité est-elle réa- 
liste, les récompenses prendront le chemin des ateliers où l'on 
cultive le réalisme. . 

« Les médailles provoquent des luttes de vanités et d'intérêts 
bien plus que des luttes de mérite. Laissez faire le sentiment 
public, l'opinion des connaisseurs, le temps qui. met si é(|uita- 
blement les hommes et les choses à leur rang. Combien de fois 
les arrêts des jurys chargés de décerner les récompenses n'ont- 
ils pas été cassés par les générations suivantes ! Combien d'ar- 
tistes médaillés, classiques, romantiques ou réalistes, sont ren- 
trés dans l'obscurité ai)rès avoir brillé un seul instant du faux 
éclat des distinctions décernées par des jurys complaisants ! 

M Ma conclusion, c'est qu'on ferait sagement de supprimer 
une institution dont aucun avantage réel ne compense les incon- 
vénients et les abus. S'il fallait des médailles pour faire éclore 
de beaux tableaux et de belles statues, pourquoi n'emploierait-on 
pas le même moyen pour pousser à l'enfantement d'excellents 
livres et de partitions remarquables? Les littérateurs et les com- 
positeurs auraient le droit dé trouver fort mauvais que les pein- 
tres et les scul])teurs aient le privilège d'obtenir des récompenses 
capables de produire de tels effets. 

« On renoncera aux récompenses officielles; plus de médailles 
ni de médaillés ; plus de peintres et de sculpteurs brevetés, avec 
ou sans garantie du gouvernement. Les récompenses des expo- 
sants seront celles que décerne l'opinion publique, et celles-là 
en valent bien d'autres. Les médailles supprimées, il n'y aura 
plus entre les artistes ni basse jalousie, ni rivalités sourdes; il n'y 
aura plus d'intrigues pour obtenir une distinction devenue banale 
à force d'être prodiguée, qui ne fait plus illusion à personne et 
à laquelle on ne tient que parce qu'on lui attribue le pouvoir 
d'exercer une certaine influence sur la vente. » 

Déclaration des membres du CEPiCLE ARTISTIQUE 

DE Bruxelles. 

Le 3 avril 1872, les membres artistes du Cercle Artistique de 
Bruxelles adressaient au Ministre de l'intérieur une pétition dans 
laquelle on lisait notamment {VArt libre, n° du lo avril 1872) : 

« Il nous reste. Monsieur le Ministre, un dernier vœ,u à expri- 
mer : c'est de voir supprimer l'institution des médailles, source 
incessante de difficultés, de compétitions, de rivalités et d'injus- 
tices inévitables. Limiter le nombre des récompenses et n'avoir 
point le pouvoir de limiter en même temps le nombre des œuvres 
qui seraient dignes de les obtenir, n'est-ce pas vouer fatalement 
cette institution des médailles au hasard, à l'arbitraire et à la 
camaraderie ? 

« Cet argument, fût-il le seul, serait décisif. 

« Nous espérons, Monsieur le Ministre, que vous voudrez bien 
examiner avec bienveillance ces observations, qui ont été mûre- 
ment délibérées par le Comité des Beaux-Ans du Cercle artisti- 
que et littéraire, et que vous donnerez aux questions qu'elles sou- 
lèvent une solution conforme ii nos vœux et aUx intérêts de notre 
art national. 

« Veuillez agréer, etc. » 
Le Secrétaire., Le Président, 

Eugène Devaux. D. Vervoort. 



S 




Lettre de M. L. GALLAIT. 

Le plus intéressant do ces documents est une lettre. adressée k 
M. le président du Cercle artistique et littéraire de Bruxelles par 
M. LouisGallait, le 14 août 1882 : 

« Monsieur le président, je ne puis qu'être très sensible aux 
félicitations que vous avez bien voulu m'adresser,' au nom du 
Cercle arlisliquc et lillériiire, li Toccasion de la médaille qui, 
d'après le bruit répandu et venu jusqu'à moi, m'aurait été 
décernée par le jury de Vienne. Je dois vous dire toutefois que si 
ce bruit est fondé, ce que j'ii^nore, n'ayant reçu aucun avcnisse- 
mont officiel de la cbose, je me verrais dans l'obligation de décli- 
ner l'honneur qu'on aurait bien voulu me faire. L'accepter serait 
mo départir d'une ligne do conduite que j'ai toujours suivie jus- 
qu'ici et dont je suis fermement décidé la ne pas m'écarler. 

« Je n'ai jamais envoyé de mes œuvres aux exj)Ositions inter- 
nationales sans stipuler que j'entendais les placer hors concours^ 
suivant l'expression admise, c'esl-ù-dirc en dehors de toute éven- 
luidiié de récompenses quelconques. Celte fois encore j'avais fait 
part de ma détermination à une personne que je croyais indiquée 
par sa position comme étant en mesure d'en informer qui de 
droit, ce qu'elle aura sans doute omis de faire. 

« Je ne reconnais pas aux artistes le droit de classer leurs 
confrères, de leur assigner un numéfo d^ordre dans la hiérarchie 
du mérite ; ]Q n'accepterais j)as une pareille mission et je me 
refuse h consentir à ce que d'autres usent à mon égard d'un tel 
privilège. Comme l'ont très bien reconnu }es organisateurs des 
expositions universelles de Londres, on peut classer des produits 
industriels, parce qu'il y a là des éléments matériels d'apprécia- 
tion qui permettent de constater la supériorité d'un objet sur 
d'autres analogues, mais il n'en est pas de même des productions 
des arts ; celles-ci ont une valeur de sentiment qui ne saurait se 
préciser d'une manière absolue et dont nul ne peut prétendre être 
juge. Chaque artiste a des convictions très respectables, mais très 
arbitraires souvent et très absolues, qui ne permettent pas d'ap- 
précier avec indépendance et avec équité des œuvres conçues et 
exécutées d\iprès d'autres principes que ceux qu'il s'est naturel- 
lement accoutumé à regarder comme les meilleurs, comme les 
seuls bons. Aussi, quelle diversité dans les jugements pôfîés sur 
les mômes productions par des liommes réputés compétents! A 
combien de réclamations, de récriminations, la décision des juges 
ne donne-l-elle pas lieu? Que d'erreurs commises et reconnues 
trop tard ! Faul-il rappeler le scandale que lit à l'une de nos der- 
nières expositions universelles l'octroi d'une médaille de seconde 
classe à l'excellent peintre Madou? 

« L'artiste qui expose une œuvre sait qu'il se soumet h la dis:^^ 
cussion, à la critique, mais // serait absolument contraire à sa 
dignité comme à la justice d'admettre que la décision d'un jury 
pût lui assigner un rang dans Yespcce de coteotlicielle des talents 
des peintres et des sculpteurs que celui-ci a la prétention de 
dresser. 

« Bien des exemples que je pourrais citer prouvent que les 
récompenses décernées à la suite des expositions sont des 
pommes de discorile lancées dans le groupe des artistes. Ces 
prétendues disliiiclions peuvent tenter Tambilion des débutants 
qui ont besoin de se faire connaître, mais arrivé à un certain 
point de sa carrière 1 artiste ne relève plus (jue l'opinion et sa 
dignité lui commande de récuser toute autre juridiction. 

« Tels sont, monsieur le président, les motifs qui m'ont déter- 



miné depuis longtemps, ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le 
dire, à placer les œuvres que j'exposais, je ne dirai pas au des- 
sus, mais en dehors de l'éventualité des récompenses et qui ne 
me permettraient pas d'accepter la médaille dont le bruit court 
que le jury de l'exposition de Vienne m'aurait honoré. Je n'en 
suis pas moins .reconnaissant, monsieur le président, à vous et 
au Cercle, de la bienveillante et courtoise démarche à laquelle je 
réponds ici. 

« Agréez, monsieur le président, etc., etc. 

^ « Louis Gallait. 

(( li août 188-2.» ^ ■ ■■ ■ 

MOriALITÉ. 

A un grand dîner une grosse dame di.^ait récemment : 
« Si on supprime les médailles à quoi, nous autres, qui ne 
sommes pas connaisseurs., reconnaîtrons-nous les bons artistes? » 



Voici la réponse du (xouvernement à la lellre qui lui a été 
adressée pour obtenir l'admission de la peinture céramique à 
l'exjiosition des Beaux-Arls.à Anvf'r>. . 



Bruxelles, le 20 mars 18S,j. 



Mkssikurs, 



En réponse à votre lettre du 19 courant demandant la suppression 
de l'article 10 du Règlement général de rExposition universelle des 
Beaux-Arts à Anvers, pour ce qui concerne la [ceinture sur porce- 
laine et sur faïence, j'ai riiouueur d'attirer votre attoiition sur les 
ditficultés matérielles qui semblent s'opposer tout d'a-ljurd à la réali- 
sation du vœu que vous formulez. 

Le Pièglement de l'Exposition des Beaux-Arts, après avoir fait 
l'objet d'un examen apjirofondi. a reçu, comme vous le savez, la >;anc- 
tion ministérielle, et des exemplaires ont été envoyés par vi.ie iliplo- 
raatique aux gouvernements étrangers, invitas à prendre part à 
l'Exposition. . 

Au dernier point de vue tout au moins.' il n'est plus temjis, vous 
voudrez bien le reconnaître. <ra[>porter une moditication quelconque 
aux termes du Règlement en cause. 

Veuillez agréer. Messieurs, l'assiirrincc do ma considération la- 
plus distinguée. 

Le Curnniissrt i)-c Grnci'cd du Gouvenieaioit. 

Comte d'Oultrkmont. 



En réponse à un article de Y Eveil, journal t.vs connu aux 
Rives d'/jcellcs. Edmond Picard a envoyé la lettre suivante : 

Monsieur le Directeur. 

Une mcnn obligccnite m'a adressé votre numéro dans lequel un 
Monsieur qui signe Parfois a écrit un morceau de style dans lequel, 
sous prétexte de s'occiiper de l'exposition d'Anvers, il me fait l'hon- 
neur grand de ne parler que de mon humble personnalité. 

Je l'ai lu avec grand intérêt. 

Il Contient, il est vrai, dos choses peu gracieuses, mais comme on 
a tout dit de moi excepte que j'étais un imbécile, ce qui est déjà 
fort enviable par le temps de rcjiortage ditî'amatoire qui court, je ne 
puis que lui dire : Merci ! 

L'ne simple rectitication, non pour lui que je soupçonne être de 
ces gens de remplissage qui pullulent dans le journalisme comme les 
puces dans les poils d'un caniche, et dont il ne faut pas s'inquiéter. 
mais pour les lecteurs de votre jourual, que je suppose excessivement 
nombreux. 

Parmi les sornettes ^u'il a enfilées, votre petit jeune homme a 




(écrit : •♦ Lui, le maître des maîtres, ne dit pas s'il acceptera pour 
SCS travaux herculéens un ckvcïvikmest quelconque. Je ne crois pas 
me tromper en disant que c'est ici que passe le vrai bout de toreille. » 

Jç le regrette pour votre aimable zwanzeur, mais sa perspicacité 
est en défaut. Il est sans doute trop jeune eu la carrière pour se 
douter qu'il y a beau temps que j'ai, eu occasion publique, déclaré 
, que je n'accepterais jamais ce crucifiement qui lui parait si digne 
d'être guigné. Cela date du 18 mars 1866 (voir les journaux de 
l'époque) et a été renouvelé en avfil 1883 et en mai 1884. J'écrivais 
alors : « Je n'accepterai jamais de distinctions honorifiques, je 
ne demanderai jamais rien pour les miens ni pour moi. » 

Or comme j'ai donné aux palinodards des cinglées au moins aussi 
poivrées qu'aux gamins qui s'improvisent journalistes, j'ose espérer 
qu'on me fera la grâce de croire que je tiendrai parole. 

Prière de publier ceci incontinent. 

Bien le bonjour, Messieurs, et croyez que je reste pour vous 

servir, 

Le maître des maîtres, 

Edmond Picard. 
20 mars 1885. - 



T' 



HEATRE^ 

Théâtre Molière. — Le prince Zilah. 

Au rez-de-chaussée d'un journal quotidien, servi par tranches, 
l'ouvrage était supportable. Le lecteur passait det, faits-divers du 
jour au faits-divers de la veille sans que la transition fût sensible. 
Accomodée au paprika de Hongrie, soutenue par la marche de 
Rakocsy vibrant sourdement à travers les trente-cinq chapitres du 
feuilleton, l'invraisemblable intrigue amoureuse du prince Zilah 
Andras avec la tzigane Marsa avait, à défaut de valeur littéraire, la 
saveur des mets exotiques excitant des })apilles blasées. 

Habilement cousus l'un à l'autre par un homme du métier chez 
qui le journalisme a tué l'écrivain, les épisodes parisiaho-mag'yars 
de ce gros roman d'aventures, poursuivi dans un monde factice, 
imaginaire, iraj)os-ible, présentaient par l'imprévu des situations et 
l'apparence de couleur locale quelque intérêt. 

Mais transportés sur la scène, avec le grossissement qu'opère 
ro}>tique du théâtre, le vide énorme de cet ai*t faux apparaît. Les 
fils blancs deviennent des cordages, les nouvelles à la main semblent 
empruntés aux plus noirs » accidents, méfaits, sinistres » et au lieu 
des accords de la marche héroïque animant d'une poésie le train- 
train de la pièce, c'est toute la ferblanterie des vieux mélodrames 
qui retentit à la cantonnade : « Le misérable! J'aurais dû lui plonger 
_^ un couteau dans le co^ur! » . . 

Le traître, le père noble, le confident, de tous les mannequins dont 
l'art cherche à se débarrasser, après avoir subi leur servage humi- 
liant, pas un ne manque à l'appel. Ils grimacent, ils se carrent, ils 
ricanent, heureux de leur arrogante victoire. 

Ce qu'il y a de certain, c'est que la foule raffole de ces fantoches. 
Elle ne s'inquiète guère de la vérité des caractères, ni de l'étude 
psychologique, ni de la vraisemblance. Les poupées de carton dont 
M. Claretie tire les ficelles ont pour elle bien plus d'attrait que des 
personnages vivant et souffrant, imprégnés d'humanité. Qu'ils 
t'appellent Philippe Derblay, ou Serge Panine, ou André Zilah, 
étiquettes dillerentes du même produit feuilletoneux, leurs succès 
aujirès des âmes bourgeoises qui forment le fond des auditoires 
de spectacles est assuré. Et c'est ce qui explique l'incroyable et 
décevante fortune du Maître de Forges, de Serge Panine et plus 
récemment (\u Prince Zilah. 

Car le Prince Zilah est un succès. A Paris tout au moins, où 
Ton subit plus encore qu'à Bruxelles les commotions que provoque 
inévitablement la détente des ressorts du vieux drame. A Bruxelles, 
les malheurs de Marsa-la-Tzigane, qui, au moment où elle étend la 



main vers le bonheur, y reçoit un paquet de lettres qui le détruisent 
à jamais, paraissent avoir excité moins de compassion. Le bon sens 
belge a tiré de la pièce cette moralité que quand on épouse une 
tzigane^ (et quelle tzigane! née du caprice d'un officier russe et 
d'une bohémienne, élevée par un général d'opérette), il faut être 
cuirassé contre les surprises rétrospectives. Et toute la chevalerie 
du prince hongrois, qui, durant deux actes, refuse de comprendre 
les demi-confidences qui lui sont faites, s'en est allée en brouillard, 
découvrant un personnage plus niais qu'héroïque. 

Gomme toute l'action repose sur cette flamme aveugle, brusque- 
ment étoutTée sous le brutal éteignoir des lettres révélatrices, et qu'il 
n'y a plus, la vérité connue, qu'à attendre tranquillement la mort de 
l'héroïne, seul dénouement scéniquenient possible dans la donnée de 
l'ouvrage, la curiosité est vite satisfaite Oh suit avec intérêt le jeu 
des interprètes, vraiment remarquables et dignes de tous éloges, et 
c'est une compensation. L'auditoire scrute jusqu'en ses volants les 
plus intimes les superbes toilettes de M"'« Llna Munte, une bohé- 
mienne plus bohémienne encore que celles des bords de la Theisse ; 
il applaudit le jeu sobre et correct, très grand seigneur de M. Du- 
quesne Lowrenz, lui comédien de race; il apprécie l'étourderie 
envolée et charmante de M''^ Clermond. Et les compliments, qui ont 
quelque peine à se porter sur l'ouvrage, s'en vont aux artistes, à la 
mise en scène et à M. Bouflfard, l'aimable et soigneux directeur^ 
toujours en quête de distractions nouvelles pour réjouir et amuser 
ses fidèles. 



J{ OTE? DE ^U piQUE 

Concert Luisa Gognetti 

C'est, croyons-nous, la première fois qu'on exécute à Bruxelles, 
dans son ensemble, le Carnaval de Schumann, cette exquise fan- 
taisie où, légère et cliquetante, claque la batte d'Arlequin, où le 
luth de Pierrot pleure à la lune, où la valse allemande entraîne les 
couples dans l'enlacement de ses volutes. Mi'e Luisa Cognetti l'a 
joué en virtuose, triomphant avec une aisance et une sûreté mer- 
veilleuses des difficultés techniques dont l'œuvre est hérissée^ -^ 

Mais l'accent germanique paraît coaivénir mal à la bouche italienne 
de la jeune artiste. Elle donne de Schumann et de Beethoven la 
lettre, elle n'en fait pas saisir l'esprit. Les éblouisséments de Liszt, 
dé Chopin et de Rubinstein lui vont mieux. Pianiste dans toute 
l'acception du terme, elle n'ignore aucune des ressources de son 
instrument. Elle en a étudié à fond le mécanisme et atteint à des 
sommets de virtuosité transcendante. Le mouvement dans lequel elle 
exécute Y Etude en ut do Rubinstein donne le vertige. Ses glissades 
des Patineurs de Liszt ont soulevé un tel enthousiasme que, bissée, 
l'artiste a ajouté a son programme, superbe d'ailleurs et d'une variété 
extraordinaire, le final d'une rhapsodie de Liszt, celui que Planté 
avait coutume de jouer. Et c'était chose intéressante pour les 
musiciens de comparer mentalement l'exécution minutieuse, minia- 
turiste du pianiste masculin avec l'interprétation fougueuse, étince- 
lante, sonore, écrasante, de la jeune fille. 



j^ONFÉRENCEp 

Conférence de Georges Rodenbach au Cercle 

artistique. 

Par quelle originalité Georges Rodenbach, ce galant mondain, ce 
chantre des petits mouchoirs et des gants longs, &'était-il chargé de 
transmettre aux dames les vilaines théories de Schopenhauer, et ses 
madrigaux à rebours ? 

Il à paru un peu clinique à quelques insensibilisés de M. Buloz 



,/ 



VART MODERNE 



103 



qui prennent le mot «« désespoir » pour une rubrique de faits-divers. 
Après l'affriolante causerie de M. G^nderax, aussi, venir parler de 
Scliopenliauer, .Léopardi, M"'e Louise Ackerman — une hermite 
à boucles blanches tuyautées trois par trois ! Y joindre Baudelaire, 
Paul Bourget, Le Vice suprême, la névrose et la décadence, c'était 
du toupet. Mais celui de Rodenbach, tout diaphane et gracieux, n'a 
fait que frôler élégiaquemenl une philosophie morose pour revenir 
aux sphères optimistes où l'on esj)ère encore, où l'on conserve- 
surtout la croyance en la femme, cet être sensible « ayant une case 
de moins à l'intelligence, mais une fibre de plus au cœur » et qui, 
selon le mot de M"i<5 Necker, est comme le duvet dont on enveloppe 
les porcelaines rares, un accessoire, un rien, sans lequel, pourtant, 
tout se briserait. 

Un auditoire féminissime, le plus aimable qu'il put désirer, 
a attentivement écouté et longuement applaudi la très remarquable 
conférence du poète, pendant que les billes de billard cau.saient 
entre elles de carambolages dans le salon A-oisin. 



^ETITE CHROJ^IQUE 



Les Hydrophiles ont ouvert hier leur deuxième salon annuel. 
Noua parlerons dimanciie de cette exposition, restreinte quant au 
nombre d'œuvres, mais intéressante par les tendances franchement 
modernistes qui s'y manifestent. Cilons, dès à présent, parmi les 
meilleurs envois, les aquarelles de Toorop, de Vogels, d'Oyens, les 
eaux-fortes de Storm de Gravesande, les dessins de Speeckaert, 
président de la société, et d'Achille Chainaye. 

Parmi les tableaux d'artistes belges reçus au Salon de Paris on 
cite : 

Les Mineurs, de Constantin Meunier; les Scieurs de long ei le 
Portrait du peintre Meunier, par Isidore Verheyden ; les Coque- 
licots d'Anna Boch; Mon j«r<im, par Eugène Boch ; les Pileuses 
de Frantz Gharlet; le Portrait du scidpteur Vander Stappen, par 
Guillaume Van Strydonck. 

La plupart de ces œuvres ont été exposées au Salon des XX^ 

Exposition d'Anvers.= A la demande de nombreux artistes,. la 

Commission organisatrice a, par modification à sa circulaire du 
l«r mars 1885, reculé jusqu'au 8 avril prochain la date extrême à 
laquelle les oîuvres d'art seront reçues au local de l'exposition et 
dans les différentes gares du chemin de fer de l'État belge. 

On annonce la publication prochaine d'un volume de critique dont 
quelques fragments ont paru dans diverses revues. Titre : Notes 
sur la littérature moderne, par Francis Xautet. L'ouvrage sera mis 
en vente dans le courant d'avril. 



Au grand concert qui sera donné demain par le Conservatoire de 
Mons, sous la direction de M. Jean Van deu Eeden, on entendra 
entre autres \ai Fantaisie espagyiole àe Gevaert ; un chœur de Céphalc 
et Pocris, de Grétry ; l'ouverture de concert (eu la) de Fétis; le 
chœur de Colinette à la Cour, de Grétry et divers soli par Mi'« War- 
nots, MM. Gurickx, Vivien et Huet. \ 

Le jury français d'admission [)Our les ouvrages destinés à l'Expo- 
sition des Beaux- Arts d'Anvers est constitué ainsi qu'il suit : 

Présidait : Le ministre de rinstructiou publique et des beaux- 
arts, , 

Vices -Présidents : Le sous-secrétaire d'Etat au ministère des 
beaux-arts; le directeur des beaux-arts. 

Secrétaires : MM. G. Offendorff, chef du bureau des musées et 
des expositions, secrétaire; Olleris, sous-chef, secrétaire-adjoint. 

Membres : MM. Arago, conservateur du musée du Luxembourg ; 
Bailly ; Barrias; Baudry ; Bœswilwald, inspecteur général des mo- 
numents historiques ; Bonnat; Bouguereau; Breton; Cabanel ; 
Carolus-Duran; Gaziii; Chaplain; Chapu; Clément, critique d'art; 



Daumet, architecte; Dubois, Paul; Falguière; Flameng; Gaillard; 
Garnier; Gérôme : Gonse, directeur de la Gazette des Beaux- Arts; 
Guillaumr; Hirpignies; Havard, critique d'art; Hébert ; Hébrard ; 
sénateur ; Hémon, député ; Henner; Henriquel-Dupont; Lalanne, 
Maxime ; Laurens, Jean-Paul ; Lefebvre, Jules ; Liouville, député ; 
Mantz, directeur général honoraire des beaux-arts; Mercié, Meis- 
sonnier; Millet, sculpteur; Poulin, directeur des bâtiments civils; 
Proust, député; Puvis de Chavanncs; Ronchaud (de), directeur des 
muffées nationaux ; Ruprich-Robert, inspecteur général des monu- 
ments historiques; Schœlcher, sénateur; SpuUer, députV; Vauder- 
^mer; VoUon. 



Sommaire du 14 mars de la Revue wagnériemie : 
Chronique. — Notes sur la théologie wagnérienne, par Catulle 
Mendès. — Les Maîtres Chanteurs, par Fourcaud. — Le rituel des 
Maîtres Chanteurs (Wagner et Wagenseil), par Victor Wilder. — 
Jje^mojs jvagnérien^(stjitisUque, comptes-rendus de la presse).-^= 



Souvenirs de Richard Wagner, par Alfred Ernst. — Correspon- 
dances étrangères. — Nouvelles. 



Sommaire du quatrième numéro de la Société nouvelle (février 
1885 : L Les mariages australiens, par E. Reclus. — IL Matéria- 
lisme et spiritualisme, par H. Girard. — III. Croquis j)arisien : Une ' 
goguette, par J.-K. Huysmans. — IV. Introduction aux études 
hydrographiques, par James Van Drunen. — V. Psychologie de 
décadents, par F. Nautet. — VI. La démocratie, par Frédéric Borde. 
— Vil. Critique philosophique, par J. Brouez. — VIII. Chronique 
de l'art, par F. B — Le mois. 

Prix : pour la Belgique, 75 centimes; pour l'étranger, 1 franc. 
Abonnement: Belgique, 8 francs ; étranger, 12 francs. 



Le cerveau de Gambetta ne pesait que 1294 grammes, poids sensi- 
blement inférieur à la moyenne constatée jusqu'à présent en Europe. 
Ce chiffre est bien loin de ce que l'on pouvait attendre. Aussi dos 
savants l'ont invoqué plusieurs fois pour dénier au poids du cerveau 
et à la capacité du crâne la signification qu'on leur attribuait jus- 
qu'ici. On possède d'assez nombreuses pesées de cerveaux d'hommes 
^ui- peuvent passer à divers titres pour distingués. Ils sont jusqu'à 
présent rares, très rares parmi eux, les cerveaux d un poids inférieur 
à 1300 grammes (Le poids moyeu du cerveau des Français est esti- 
mé à environ 1357 grammes). 

Dans la liste reproduite par M. Manouvrier, dans l'essai de coor- 
dination des matériaux relatifs au rapport du poids de l'encéphale 
avec l'intelligence, qu'il vient de publier, on trouve réunies plusieurs 
pesées de cerveaux d'hommes connus, morts récemment. Tels sorU 
le docteur CouJereau, mort à ÔO ans, avec 1378 grammes de cer- 
veau : le docteur Bertillon, mort à 02 ans, avec 1398 gi'ammes ; lo 
docteur lîroca, mort à 5*3 ans, avec 1485 grammes ; le g«^uéral Sko- 
beleff. mort à 39 ans, avec 1457 grammes; Agas.-^iz, mort à ô<) ans, 
avec 1512 :.'ramnies Touru'ueueff avait un cerveau de 2ol2 trrammes.. 
Ce chiffre est tout a fait extraordinaire, et on serait tente de le reirar- 
der comme anormal, si l'on n'avait pas attribué à Croniwell un cer- 
veau de 2231 grammes, et à Byrou un cerveau de 2238 grammes. 

L'n journal allemand, la G':/:t'tte de la Croix, annom'e la pubU»M- 
tion très prochaine d'un ouvrage qui sera sans d"Ute de nature i 
exciter vivement l'intérêt du monde musical. Il s'agit des Mé>n<>i}\s 
de Franz Liszt, qui formeront lui ensemble de six volumes, dont 
quatre sont à peu près termines et dont le premier va paraître inces- 
samment. Si Liszt fait connaître les relations qu'il a entretenues 
depuis un demi-siècLe avec tous les grands artistes de l'Europe 
entière, s'il raconte ce qu'il sait sur eux. si. avec sa haute intelli- 
gence et sou immense valeur artistique, il donne son im[)ressioii 
personnelle et sincère sur le génie et les œuvres de chacun d'eux, ou 
peut atfirmer que rarement livre aura ete plus attachant, plus utile 
et plus curieux. 




^v*. 



Les annonces sont reçues au bureau du journal, 
26, rue de V Industrie, à Bruxelles, 



SCHOTT Frères, Editeurs de Musique, Bruxelles - 

RDE DDQUtSNOY, 3a, coin de la rue de la Madeleine 
Maison principale : MONTAGNE DE LA COUR, 82 



LES MITRES CilAXTELIS DE NUREMBERG 

(Die Meistersinger von Nûmherg) 
Opéra en 3 actes de 

PARTITION POUR CHANT ET PIANO, NET 20 FRANCS. 



lyihvello . • . . . •■ •• • • 

Benoit. Les motifs typiques des Maîtres chanteurs . 

A^RRANGEMENTS POUR PIANO A 2 MAINS 



Jm Partition complète , . . . 
Ouverture. Introduction . . 
La même, àrrang. par H. de Bulow . 
JntvodKction du 3' acte. . . . . 
Beyer, F. Répertoire des jeunes pianistes 
» Bouquet de Mélodies . . . 
Brunncr, C. Trois transcriptions, chaque 
Bulow, H. (de). Réunion des Maitres chanteurs 
y, Parajihrase sur le quintuor du 3* 



acte 



Cramer, H. Pot-pourri 

« Marche . . 

y< Danse des apprentis 

Onhltiert!^, L. Fantaisie brillante 
Jaell, A. Op. 137. Deux transcriptions brillantes (AVerbégesang 

Prcislied), chaque . . 

*. Op. 148. Au loyer . . ' . ■ . 
Lasscn, E. Deux transcriptions de salon, n' I . 

n y> ■ w n" II. . . 

Leitert. Op. 26. Transcription .. . . ... 

liafl'fj. Réminiscences en quatre suites, cahier I et II, à 

cahier III. ' . 

cahier IV. 
Rupp, H. Chant de Walther 

ARRANGEMENTS POUR PIANO A 4 MAINS 

Ln Partition complété . . 

Ouverture. Introduction par C. Tausig 

Beyer, F. Revue mélodique . . . . . 

Bùlou), H. (de). La réunion des Maitres chanteurs, paraphrase 

Cramer, H. Pot-pourri. . . 

■x Marche . . . . . . . . 

De Vilbac. Deux illustrations, ôhacurie , . . .- . 

ARRANGEMENTS DIVERS : 

0?nTrf?rre pour 2 pianos à'S mains 

Gregoir et Léonard Duo pour violon et piano. 
Kaslner, E. Parajthrase pour oi-gue-mélodium. . 

Lux, F. Prélude du 3' acte pour orgue 

0&ert/«<r, CVi. Chant de Walther pour harpe .... 
SinçieUe, .7. B. Fantaisie brillante pour violon et piano . 
Goiterman. Chant de Walther, pour violoncelle et piano 
Wichede, F. (de). Morceaux lyi-iques pour Arioloncelle et piano 

N* 1. Walther devant les Maîtres 
-:• . ^,, lî' 2. Chant de AVaither ..... 
^'îThevmj, A. Clîant de Walilier, paraphrase pour violon avec 
acconipajr, d'orchestre ou de piano. Partition 
L'accumpagnemeui d'orchestre. 

« de piano . . . 



Fr. 



2 M 

1 50 



25 y. 

2 r, 

3 » 
1 1. 

1 75 

2 25 

1 75 
•1 75 

1 75 

2 « 
1 25 

1 75 

2 « 

2 r. 

2 25 
2 « 
2 25 

1 a5 

2.25 

2 - 

2 50 
1 75 



a5 " 
3 50 
2 25 

2 25 

3 50 

2 25 

3 75 



6 * 

4 « 
1 50 

1 * 

2 « 

3 50 
1 25 

1 25 

2 25 

2 » 

3 y, 

5 « 
3 50 



VIENT DE PARAITRE 

CHEZ FÉLIX CALLEWAERT Père 

2G, RUE DE L'INDUSTRIE, A BRUXELLES 



LA FORGE ROUSSEL 

PAR EDMOND PICARD 
Édition définitive, tirée à petit 7ionibre 

Prix : Grand Japon, 60 fraucs ; Chine genuine, 40 francs; 
Hollande Van Gelder, 25 francs.' 



VIENT DE PARAITRE CHEZ 

BREITKOPF & HÀRTEL 

- ÉDITEURS DE MUSIQUE 

BRUXELLES, 41, MONTAGNE DE LA COUR 



ŒUVRES INÉDITES 

DE J.^N. LEMMENS. 
Tome deuxième. — Chants liturgiques. — Prix net, 15 fr. 

AIUSIQUIS. 

10, RUE SAINT-JEAN, BRUXELLES 
(Ancienne maison Meynne). 

ABONNEMENT A LA LECTURE DES PARTITIONS 



.BRUXELLES 
rue Thérésienne, 6 



PIANOS 

VENTE ^_^ _^_, ' 

LOCATION VX ^J X^ iL XXtbIi&C 

Paris 1867, 1878, !«'' prix. — Sidney, seul l",et 2^ prix 
EXPOSITION ÂHSTERDAH 1883, SEUL DIPLOME D'HONNEUR. 

J. SCHAVYB, Relieur 

46, Rue du Nord, Èruxelles 



CARTONNAGES, RELIURES ORDINAIRES, RELIURES 
DE LUXE, ALBUMS, ETC. 

SPÉCIALITÉ D'ARMOIRIES BELGES ET ÉTRANGÈRES 

ADELE Deswarte 

2a, I^TJE IDE LA. ^7-IOni.ETTE 

BRUXELLES. 

Atelier de menuiserie et de reliure artistiques 



VERNIS ET COULEURS 

POUR TOUS GENRES DE l'KINTUKES. 

TOILES, PANNEAUX, CHASSIS, . 

MANNEQUINS, CHEVALETS, ETC. 

BROSSES ET PINCEAUX, - . 

CRAYONS, BOITES A COMPAS, FUSAINS,- 
MODÈLES DE DESSIN. _ . , 

RENTOILAGE, PARQUETAGE, 

EMBALLAGE, NETTOYAGE 
ET VERNISSAGE DE TAliLEAUX. 



COULEURS '" 

ET PAPIERS POUR AQUARELLES 

ARTICLES POUR EAU-FORTE, 
PEINTURE SUR PORCELAINE. 

cBOITES, PARASOLS, CHAISES, 

Meubles d'atelier anciensetmodernes 

PLANCHES A DESSINER, TÉS, 

ÉQUERRES ET COURBES. 

COTONS DE TOUTE LARGEUR 

DEPUIS 1 MÈTRE JUSQUE 8 MÈTRES. 



Représentation de la Maison BINANT de Paris pour les toiles Gobelins (imitation) 



NOTA. — La maison dispose de vingt ateliers pour artistes. 
Impasse de la Violette, 4. 



Bruxelles. — Imp. Félix Callewaert père, rue de l'Industrie, 26, 



Mili 



CIN9UIÈME ANNÉE. N° 14 



Le numéro : 25 centimes. 



Dimanche 5 Avril 1885. 



L'ART 



MODERNE 



PARAISSANT LE DIMANCHE 



REVUE CRITIQUE DES ARTS ET DE LA LITTÉRATURE 



ABONNEMENTS : Belgique, un an, fr. 10.00; Union postale, fr. 13.00. — ANNONCES : On traite à forfait, 



Adresser les demandes d'abonnement et. toutes les communications à . 
l'administration générale de l'Art Moderne, rue de l'Industrie, 26, Bruxelles. 



? 



OMMAIRE 



Quelques notes sur l'instrumentation de Gluck. — Les 
IMPRESSIONNISTES. Deuxième article. — Exposition des Beaux- 
Arts d'Anvers. Cercle libre de l'Observatoire. — Beautés des 
JURYS d'admission. — Les hydrophiles. — Exposition Delsaux. 

— Notes de musique. Quatrième concert du Conservatoire. Con- 
cert Heuschling. — Théâtres. — Chronique judiciaire des arts. 

— Petite chronique. 

QGEIQIIES NOTES SUR L'DiSIRIllEIITAIION DE liLIJGK 

On va, c'est chose décidée, monter dans le courant de la 
campagne prochaine, Armide à la Monnaie. Quelques observa- 
lions sur l'inslrumenlation du Maître ne seront pas inutiles. 

Les arrangeup, les inslrumentateurs, les éditeurs ont déformé 
grotesquemenl l'œuvre superbe du chevalier Gluck, ajoutant au 
solo de harpe de l'entrée d'Orphée dans les enfers des variations 
pour la flûte, bourrant d'instruments de cuivre le chœur des ombres 
en leur adjoignant le serpent (!!), réduisant ici à un simple qua- 
tuor la niasse des instruments à cordes. Berlioz, qui dénonce avec 
indignation les slupidcs manipulations de ces Lilliputietïs, 
ajoute encore qu'un ciipellmeister recommandait à ses choristes 
d'aboyer dans cette même scène, pour figurer imitativement les 
« chiens dévorants » doqt parle le poème, mais qui ne hurlent 
point dans la musique, sans doute par une bizarre inadvertance 
du compositeur corrigé. 

De nos jours encore, bien des gens estiment que Gluck a besoin 
d'êlre modernisé. Son instrumentation semble un squelette sous 
le velours et la poudre d'un marquis, — et parmi eux, ne son- 
geant nullement, cela va sans dire, aux manipulations dont nous 
venons de parler, des directeurs intelligents de conservatoires 
réputés. 

Son orchestre peut se passer de ces rajeunissements, car" 



l'auteur iVOrphée et ô'Iphigénie en Tauride est le plus grand 
génie de l'instrumentation. 

Certes, il n'est point discutable que les modernes aient 
découvert des ressources instrumentales, des sonorités et des 
formules qu'il ignorait : nous entendons parler de la connais- 
sance des in;istrumenls cdjumc moyens d'expression dramatique, 
nous entendons parler de l'intelligence des caractères sonores, 
de la psychologie instrumentale. 

Avant Gluck, l'instrumentation était un ensemble aride de for- 
mules immuables que l'on se transmettait imperturbablement de 
musicien à musicien, un métier plutôt qu'un moyen artistique. 
Chaque catégorie d'instruments avait un rôle professionnellement 
déterminé dont elle ne pouvait s'écarter sans profaner les règles 
sacro-saintes. Gluck aperçut dans l'orchestre un miroir sonore 
des sensations multiples et comprit quelles joies, quelles fureurs, 
quelles plaintes humaines et divines se cachaient dans ces instru- 
ments, morceaux de bois et de mêlai inertes entre les mains 
glacées de ses prédécesseurs. Entre ces avenues d'opéras taillés 
comme les arbres des jardins de Lenôlre, le chevalier était le 
musical symbole de la vie éternelle et harmonieuse. 

Chaque instrument aura désormais son intelligence spéciale, 
les flûtes, les trombones, les trompettes, les hautbois, tous les 
Instruments pensifs, éclatants ou sinistres. Sinistres, les haut- 
bois? En effet, cet inofFensif et pastoral chalumeau, Gluck le 
change en funèbre sanglot. Dans la scène du second acte à Orphée, 
c'est sa voix vipérine qui répond aux esprits, alors que les instru- 
ments de cuivre sommeillent, et l'on s'étonne de cet accent morne 
si miraculeusement découvert. L'on peut citer également le solo 
de hautbois de l'air d'Agamcmnôn dans Iphigénie en Aulide. 
« Peuvent-ils ordonner qu'un père.... » qui s'épand en suppli- 
cations infinies ; et encore la célèbre ritournelle de l'air d' Iphi- 
génie en Tauride « malheureuse Iphigénie ! » El celle drama- 
tique inspiration d'^/(7^/^ interrompant, au souvenir de ses fils 



J 




la phrase «Et pourrai-je vivre sans loi » pour répondre h l'appel 
de rorcheslre par ce cri déchiranl : « mes entants !. » El encore 
celle seconde mineure dans l'air d' Armide sur ce vers « Sauvez- 
moi de l'amour ». Une telle compréhension dramatique et instru- 
mcnlale est sublime. 

Malgré la routine ^(înéralêment admise, les piaiii des trom- 
pettes produisent des effets ravissants : Gluck, l'un des premiers, 
— car cet instrument avili ne fut employé par la plupart des 
musiciens jusqu'à Beethoven et Webcr que pour dessiner des 
formules rythmiques, vulgaires et banales — l'a compris ; 
écoutez la longue tenue des deux trompettes unies pianissimo 
sur la dominante dans Yandanie de l'introduction d'Iphigénie en 
Tauridc. 

Même emploi original des tromJDones. Gluck décrit par les 
trombones et les trompettes les célestes jouissances des Champs- 
Elysées dans Orphée. Cet instrument, dans le forlissimo, est 
réellement formidable, surtout si les trois trombones (allô, ténor," 
basse) sont à l'unisson, ou tout au moins si deux sont à l'unis- 
son, le troisième élant à l'octave des deux autres. Lisez la fou- 
droyante gamme en ré mineur du chant des Furies du deuxième 
acte à'Iphigénie en Tauride; lisez aussi le cri des trombones 
symbolisant les esprits infernaux dans l'invocation d'^ /ce5/e ; 
ti Divinités du Slyx, ministres de la morl! » Et remarquez plus 
loin, lorsque les Iroinbones, divisés en trois parties, prennent le 
rythme du chant, l'effet de cette division, leur rauque ironie, 
leur joie affreuse sur cette phrase : « Je n'invoquerai point votre 
pilié cruelle! » 

Gluck a tiré un parti aussi génial de la flûte dans l'air panto- 
mime en ré mineur de la scène des Champs-Elysées dans Orphée: 
les sonorités effacées du fn naturel dn médium et du premiçr si 
bémol au dessus des lignes expriment une si pure tristesse ! Les 
sons graves de la tlûte sont peu ou mal employés ; Gluck, dans 
la marche d'Alceste, a montré tout ce qu'on peut en attendrepour 
les harmonies rêveusement.graves. La petite flûte, elle, siffle ora- 
-ge»sement dans la masse de l'orchestre; lisez dans la tempête 
d'Iphigénie en Tauride les deux petites llûtes à l'unisson, dans 
une succession de sixtes, écrites à la quarte au dessus des pre- 
miers violons ; les sons à l'octave supérieure produisent, par con^ 
séquent, des suites de onzièmes d'une grinçante âpreté. Lisez 
encore, dans la même œuvre, <lans le chœur des Scythes, les 
deux petites flûtes doublant à l'octave \csgrupelti des violons, au 
fracas rvthmé des cvmbaleset du tambourin. 

De tous les instruments, le moins bien employé par Gluck, c'est 
le cor : il suffit d'un rapide examen pour se convaincre de son 
])cu d'adresse. Il ftmt pourtant citer comme une trouvaille les 
notes de cor imitant la conque de Caron dans l'air d'Alceste : 
« Caron t'appelle », ut du médium soufflé par deux cors en ré. 
Leur timbre lointainement caverneux est dû à ceci : c'est que 
Gluck a imaginé de faire aboucher, l'un contre l'autre, les pavil- 
lons des deux cors, de sorte que chaque instrument sert de sour- 
dine à l'autre. 

Citons encore, parmi tant de hautes inspirations instrumen- 
tales, dans la scène infernale d'Orphée^ sur les vers : 

A l'affreux hurlement 

Du Cerbère écumant 

EU rugissant 

les contrebasses aboyant formidablement le fii haut précédé des 
quatre petites notes si, ni, ré, mi, aboiement, d'autant plus ter- 
rible que Gluck l'a placé sur le troisième renversement de l'ac- 



cord de septième diminuée (/à, sol dièze^ si, ré) cl qu'il a doublé 
à l'octave les contrebasses par toute la masse des vifdori-,. 

De telles découvertes supposent une entente prnf'Mi.Je du 
caractère de chaque instrument : le musicien a senti (u que tel 
pu tel instrument, employé seul ou auxiliairemonl, |m n! cxpii- 
pier de sensations par, les forte, les piani, les sons l.n Is'. j)ro- 
longés, quelles modifications lui fait subir radjouciio;! <l instru- 
ments différents; et cette entente profonde eniraînc net es^jiire- 
mcnt l'accord enlre l'instrumentation et l'idée poé ii|i!( , ^lui est 
la pTincipale force du drame musical. 

Vous ne Irouvercz point chez Gluck la note lugubr ■ < w: pleine 
joie, le molif guilleret dans une situation d'époiiviuiie (H de 
désespoir; vous ne trouverez point ces vulgarités de* coupe et de 
rythme, allégros redondants que couronne une grossière cjulencc, 
crescendos^ l'unisson où l'orchestre double les voix et qui ;ibou- 
lissent au clinquant coup de cymbales, mélodies roniaucéinenl 
langoureuses, toujours accompagnées par les arpèges des harpes 
et les pizzicati des cordes... Le ciel de Gluck esi imniuable- 
menl bleu; sa nuit est immuablement noire; les contrastes et les 
péripéties jaillissent des situations tempétueuses : jnuiais un 
contre-sens, toujours obéissance intelligente aux règles d'une 
rigoureuse esthétique. 

L'on connaît cet exemple célèbre de psychologie musicale, ce 
passage de l'air d'Oreste dans Iphigénie en Tauride : 
«» Le calme rentre dans mon âme » 

accentué par un dramatique accompagnement. 

« Un tel trouble dans l'orchestre pour rendre la placidité de ce 
calme dont parle le personnage! s'exclamaient les critiques. 

— Mais quelle idée avez-vous de la situation, répondait Gluck. 
Oreste, calme! n'en croyez rien. Il ne l'est ni ne saurait l'être. Il 
vient de tuer sa mère. Quand il parle du calme qui rentre dans 
son âme, il cherche à se tromper lui-même ; Oreste vous dit 
qu'il est calme, et pendant ce temps, dans l'orchesire, les basses 
et les violons vous affirment qu'il menl ! » Un autre critique repro- 
chait au chevalier la monotonie du fameux air « Caron l'appelle », 
écrit sur une seule note : « Apprenez, répondit Gluck, que dans 
le royaume des enfers les passions s'effacent cl que la voix y 
perd-ses inflexions !» 

De pareilles beautés tiennent plus peut-être à l'ordre esthé- 
tique qu'à l'ordre musical : c'est discutable, mais éj)ouvantant 
de psychologie, et ces discussions sur le système ne diminue- 
raient point Gluck. Ce système produit parfois la monotonie, 
comme dans Alceste; mais dans Orphée, Armide et les deux 
Iphigénie, celte application du contraste musical, qui, s'il n'est 
réclamé par le sentiment dramatique, ne produit qu'un effet 
secondaire de curiosité sonore, élève l'expression instrumentale 
aux plus hauts sommets de l'art. 



lES IMPRESSIOIXNISTES 

Deuxième article*. 

EDGARD DEGAS - 

Ce n'est pas sans un certain trouble que nous commençons 
cette étude d'ua homme qui, par ses œuvres, par sa science et 
son caractère, nous semble être le type du grand artiste mo- 



* Voy. l'Art moderne du 15 mars 1885. 




dcrne, nynnt peu- des qualilds de naïveté ou de primesaut d'une 
époque moins avancée, mais, au contraire, créant à force de 
volonlé quelque chose de nouveau, d'une analyse subtile et, 
reclierclié(\ loiit en se servant de la tradition en profond érudit. 

Drg;is. en ctYet, une fois en possession de son métier et après 
avoir éîu*lié les maîtres jusqu'à surprendre leurs secrets, avec sa ^ 
rare éducation classique, non apprise k l'Ecole des Beaux-Arls 
mais par do longues stations dans les musées, eut le bonheur de 
comprerjfiro, l'un des premiers, que si les anciens procédés sont 
nécessairos an peintre moderne, le devoir de celui-ci est de les 
appliqua' d'une façon nouvelle; que la noblesse du « sujet » est 
un mot vide de sens, et que la beauté et la grandeur d'une œuvre 
d'art résident dans le dessin et dans la peinture mêmes. 

Tandis. que beaucoup d'excellenls élèves d'Ingres ou de ses 
admirateurs recommençaient, sans éclat mais avec talent, ce que 
les grands Italiens avaient fait, ne soupçonnant pas qu'ils pussent 
applique T leurs connaissances k exprimer quelque chose de neuf, 
Degas, lui, après bien des tâtonnements, et après avoir fait une 
Didoii, un Combat déjeunes Spartiates et d'autres compositions 
d'école, se mil à peindre des chevaux de courses, des blanchis- 
seuses, dos danseuses et des chanteuses de café-concert avec le 
même recueillement que s'il eût eu devant lui une femme drapée 
en Vierge ou en Martyre. 

De là le caractère qu'il a imprimé à tout ce qu'il a fait. De 
là l'aspect sérieux et magistral de ses moindres ébauches. 

Voici d'ailleurs un fait qui prouve ce que valait cette éducation 
artistique des élèves d'Ingres : parmi ceux-ci, il n'en est guère 
qui, au milieu de leurs travaux platement académiques, n'aient 
fait, d'après nature, un portrait remarquable ; là, en effet, les 
souvenirs classiques n'entraient pour rien dans la composition 
de l'œuvre : il n'y avait plus qu'une main habituée aux belles et 
grandes lignes qui traduisait fidèlement un visage vivant. 

Par Iheureuse direction de ses études premières, qu'il fit en 
Italie, tr,ivai:lant sans relâche d'après les plus beaux modèles, 
entouré dt;s chefs-d'œuvre des musées et des palais fameux, 
respirant en quelque sorte une atmosphère d'art, Degas se trouva 
dans des conditions exceptionnelles, dont profita largement la 
nature de son esprit. De plus, mêlé au monde élégant de l'épo- 
que, il put étudier les mœurs d'une société dont il faisait partie, 
non pas en spectateur, mais en acteur. Ses suites de Courses, 
par exemple, ont ces rares mérites réunis, que le dessin y est 
impeccable et de grand style, et que tous les détails y sont 
rendus comme ils pourraient l'être dans un journal spécial : les 
casaques des jockeys, les bottes des gentlemen-riders sortent de 
chez le bon faiseur et le harnachement est irréprochable, comme 
dans certaines gravures techniques des Anglais. Mais quelle 
quantité de croquis à la mine de plomb, serrés, précis, avant 
d'entreprendre un tableau ! 

Le nombre de merveilles que renferment les cartons de l'artiste 
est incroyable. S'il est permis, un jour, d'en voir sortir les milliers 
d'études de chevaux, d'attelages et surtout de danseuses qii'il 
crayonne pour préparer les toiles relativement peu nombreuses 
qu'il exécute, sa réputation en sera encore augmentée. 

Il y a plusieurs périodes bien marquées dans l'œuvre de Degas. 
Les plus anciennes peintures que nous connaissions de lui sont 
des têtes, des portraits d'un grand caractère, d'un dcssiin arrêté, 
d'un modelé sévère. Tel le grand panneau où il a représenté 
une partie de sa famille : deux jeunes filles, le père et la mère, 
au coin du feu. La préoccupation de Holbcin y est manifeste : 



recherche d'une pâte égale et plate, dans un contour rigoureux. 
Peints à 22 ans, ces portraits demeureront remarquables, môme 
alors que Degas aura trouvé toute sa personnalité. Cette exécution 
lisse et méticuleuse, il la conservera longtemps, et on la retrouve 
dans presque toutes ses peintures à l'huile les plus connues, 
dans chacune des « suites » qu'il entreprit : un Jockey sautant 
tm obstacle, un Jockey gisant inanimé à côté de son cheval, le 
Foyer de la danse deda collection Faure, etc. 

La seconde période est-consacrée à des sujets d'histoire, dont 
nous avons déjà parlé. Certain carton où sont retracés les faits 
les plus importants de lavie de Jeanne d'Arc doit dater de cette 
époque. Il y a déjà là une intelligence toute particulière de ce 
sujet si souvent exploité. 

Enfin, Degas se remit à faire ce qu'il voyait autour de lui et il 
commença cette considérable et merveilleuse série de danseuses, 
d'orchestres, de loges de théâtre, de cafés-concert, de scènes 
sportives, dans laquelle son talent se développa de plus en plus 
jusqu'aux pastels qu'il fait depuis une dizaine d'années, et qui 
sont tous des chefs-d'œuvre d'arrangement, d'inyenlion, de cou- 
leur et de dessin, il est très difficile de citer les titres de 
ses tableaux : d'abord ceux-ci. sont assez rares et ils ont été très 
peu vus. Les plus importants qui aient passé sous nos yeux sont, 
outre ceux que nous avons déjà mentionnés : une Répétition de 
ballet, le Ballet de RobertAe- Diable, avec l'orchestre et quelfiues 
rangs d'abonnés, lés Bureaux d'une fabrique de coton, rapporté 
d'un voyage en Amérique, et qui a été acquis par le musée de 
Pau, plusieurs Départs de courses, \e Terrain de Longchamps 
et Varrivée des voitures, le portrait de Pagans, etc. D'ailleurs, 
malgré la beauté et l'intérêt de ces toiles achevées, le talent du 
maître éclate, avec son entière nouveauté, surtout dans les pas- 
tels si variés et si nombreux qu'il a faits dans les théâtres, prin- 
cipalement à l'Opéra. Il est vraiment et avant tout le peintre de 
la Danse. Il s'adonna si complètement à l'élude de l'art choré- 
graphique qu'il eut l'intention de publier un grand ouvrage qui 
y fût entièrement consacré. Il a fait des centaines de dessins qui 
sont de véritables portraits, d'une admirable justesse, de jambes 
et de bras, d'attitudes de danseuses. 

Le « mouvement » n'a jamais eu de photographe plus exact. 
Mais petit à petit, suivant le développement de son esthétique, 
ses petites figures perdent un peu de leur réalité pour devenir de 
délicieux papillons aux colorations étranges qui jouent un rôle 
charmant dans des pastels que la fantaisie envahit de plus en ' 
plus. 

Il les sépare par pelotons de différents tons, les éloigne, les 
rapproche, les regarde d'en dessous, d'au dessus, de la salle, des 
coulisses, du cintre; il en orne des éventails; son rêve serait d'en 
décorer les murs d'un élégant hôtel. 

Après une série de ces étincelanles compositions, il prend de 
la cire et s'efforce de modeler une danseuse de grandeur presque 
naturelle : son essai en sculpture est un chef-d'œuvre. Il se 
remet au pastel, il fait des avant-scènes, des loges, des panto- 
mimes, Arlequin et Colombine, des cantatrices exécutant un air 
de bravoure, la main sur la poitrine, où se révèle le côté satirique, 
presque caricatural, de son talent; des modistes, dont les têtes 
s'enchevêtrent avec les chapeaux placés sur leurs petits chevalets 
de bois, des mouvements de femmes en conversation, penchées 
sur des balcons ou renversées dans d'étranges attitudes; et tou- 
jours le dessin s'élargit, les colorations deviennent plus riches et 
'plus recherchées, plus « décomposées ». Les roux métalliques s'y 




marient avec des verl-dc-gris, des bleus de lapis, des violets 
laqueux ; certains effets sont d'un froid d'acier, certains autres 
d'une chaleur de « rampe ». Partout, une harmonie exquise. 

Degas a rendu le plancher de la scène, la lumière électrique, 
celle du gaz, l'ombre portée des jupes de danseuses, la matité 
des décors et tout ce milieu qui n'avait jamais été observé avant 
lui, avec une force et une justesse surprenantes. 

Et cependant, il est l'ennemi de la peinture d'après nature! Cet 
artiste si exact, qui a été si fidèle dans tout ce qu'il a représenté, 
a tout peint de souvenir, d'après des dessins, d'une absolue pré- 
cision il est vrai. 

Il est avant tout l'ennemi du « morceau » et il considère que 
c'est seulement en peignant de souvenir qu'on peut arriver h 
l'exécution simple qu'eurctU les maîtres primitifs. J. -F. Millet ne 
procédajamais autrement. 

Les théories de Degas sur la pointure sont d'ailleurs du plus 
haut intérêt. Son esprit cultivé, îi la fois plein de tout ce qm a 
été fait de beau et de tant de belles choses à inventer encore, e^t 
le plus attachant qui soit. 

Mais nous devons nous borner ici à donner une idée de ce qu'a 
fait ce délicat et puissant artiste. Nous serions heureux d'avoir su 
inspirer le désir de connaître son œuvre à ceux qui n'ont qu'en- 
tendu prononcer son nom ; heureux aussi de n'être pas considéré 
jKir les amateurs qui le connaissent et qui l'admirent comme 
étant resté au dessous de la réalité. 



L. 



Î^XPO^ITION DE? pEAUX-^RT? D'J^NVEF^? 

Cercle libre de l'Observatoire. 

Prorès-verbal de la séance du comité^ tenue à la Porte Verte 
le samedi 'iS mars i^Sii. 

Présents : MM. Lebrun, Vanden Hi^ssche, Herbo, C. Van Leeni- 
pulleu, A. Musin, Nelson, Van Landuyt, membres; Van Brée, 
secrétaire. 

Délégués des sociétés artisti(iues de la capitale convoqués et 
présents : 

MM. J. P>aes, président de la Société des Aquarellistes et Aqun- 
fortistes; V. Dumortier, président de la Société centrale d'archi- 
tecture; Cox el Van Mossevelde, président et secrétaire de la 
Société des artistes indépendants; P. Parmontier el Zandig, 
membres de la dite SociéVé ; J. Dillens, de la Société de rEssor; 
F. Van LeempuUen, secrétaire de la Société des Hydrophiles; 
MM. Van Camp et A. De Vriendt, membres de la Commission des 
Deaux-Arts de l' Exposition universelle d'Anvers, et M. Flofiliaen. 

La séance est 'ouverte à heures sous la pn-sidencedeM. Lebrun. 

M. le président donne communication des letli-es de MM. Cluy- 
senaar, KhnnplT, Edmond Picard, M-.irkelbach el J. I)(,'Vriendt, ces 
trois derniers .«"excusant de ne [)OUVoir assister à la séance i)0ur 
cause de maladie. 

M. Lebrun abo.'xle l'ordre du jour, expose ;i l'assemblée le but 
de la réunion el rend compte de la séance du mercredi 18 mars 
courant au Petit-Paris. 

Il donne ensuite lecture de la requête que le Cercle libre de 
i Observatoire a résolu d'adresser à M. le Commissaire général du 
Gouvernement près l'Exposition universelle d'Anvers et con(;ue 
dans les larmes suivants : 



A Monsieur le comte A. d'OuHremout, Commissaire 
général du Gouvernement près T Exposition univer- 
selle d'Anvers. . 

Monsieur le Commissaire général. 

Le règlement de l'Exposition universelle d'Anvers a maintenu 
l'institution des récompenses à décerner par le jury. L'utilité de 
cette institution est depuis longtemps déjà diversement appréciée 
par les artistes. Admise encore par quelques-uns, elle est au 
contraire contestée par un grand nombre. 

A deux reprises différentes, le 3 avril 4872 et le 10 mai 1884, 
les artistes membres du Cercle artistique de Bruxelles se sont 
prononcés en faveur de la suppression totale des médailles. 

De cette divergence d'appréciation d'une part, et d'autre part 
de l'absence au règlement d'une stipulation impliquant l'obliga- 
lion pour les artistes exposants de participer îi un concours dont 
"tomicoup ne reconnaissent guère l'utilité, devrait résulter la 
fiiculté complète de se soumettre ou hon à celjii-ci. C'est cette 
latitude que le comité du Cercle libre de V Observatoire croit 
devoir demander au nom des artistes de ce Cercle. Le principe 
(le la mise hors concours- a été admis par les jurys internationaux 
aux expositions universelles de Vienne en 1873, d'Amsterdam en 
1883elde Niceen 188-i. 

Le comité du Cercle libre de V Observatoire, appuyé par l'una- 
nimité des membres présents de l'assemblée générale tenue le 
21 mars dernier, a l'honneur, Monsieur le Commissaire général, 
de vous prier de vouloir bien élre son interprète auprès du Gou- 
vernement el des membres de la Commission organisatrice de 
l'Exposition universelle d'Anvers et leur soumettre le vœu qu'il 
vient de formuler. ' „ 

Convaincu que ceux-ci n'hésiteront pas un instant à reconnaître 
tout ce qu'il y a de juste et d'équitable dans sa requête, il ose 
espérer qu'il sera permis \\ tout exposant de faire savoir, par une 
mention spéciale au catalogue et à l'aide d'une inscription à 
placer sur l'teuvrc expo.sée, qu'il désire ne pas concourir. 

Veuillez agréer, Monsieur le Commissaire général, l'assurance 
de sa haute considération. 

' Le Comité du Cercle libre de V Observatoire : 

L. Lebrux, j. De Vriendt, Ch. Brunin, L. Herbo, 
Vanden Kerckhove-Nelson, A. Skriuue, A. Mu- 
sin, E. Vandîïn Dussche, C. Van Leemputten, 
Ch. Vanden Eycken, C. Van Landuyt. 

Le secrétaire, . . 

J. Van Brée. 

Après lecture t'iiii(\ le [irésident, au nom du Cercle libre de 
/'O^.st'/rfl/oi/'^, invite Messieui's les délégués des divers Cercles 
présiHils à vouloir bien en exposer le sens et la portée aux 
membres de leur Cercle, atin ([u'ils puissent, de leur côté, faire 
une démarche semblable en appuyant el approuvant la requête 
et d'établir ainsi, une entente, une solidarité, entre les tlilîerenls 
Cercle.s. 

M. Baes dit qu'il se mettra d'accord avc^ les meud)res du 
C<'nlc (ju'il a l'honneur de présider, en soumettant cette question 
à leur délibération. 

M. lloiïiaen, |)arlanlen son nom personnel et comme simple 
invité, n'ayant aucune délégation du Cercle artistique^ demande 
que dans la pétition, h laquelle il adhère, on expose qu'îi Vienne 
en 1873, à Amsterdam en 1883 el à Nice en 188i, les artistes 
ont eu la latitude de se mettre hors concours. 



r*7^ 



VART MODERNE 



109 



Le secrétaire dit que M. Ga liait s'était mis hors concours à 
Vienne en. 4873 ainsi que les raembres exposinls du jury intcr- 
nalional 

M. Vandon- Bussclic dit que sans doute les artistes élranpjers 
qui prendront part à l'exposition voudront le maintien des mé- 
dailles, qu'il faut bien réfléchir k ce qu'on va faire etqu'une com- 
munauté d'idées est nécessaire pour la réussite de la présente 
démarche. - j 

M. Dillcns demande quoi est l'obstacle qui s'oppose à ce que 
les artistes se mettent hors concours. 

M. Lebrun donne lecture des articles 48 et 24 du règlement 
organique de l'Exposition d'Anvers qui donnent lieu à cette inter- 
prétation. 

Un membre de l'assemblée demande si les sisfnalaires de la 
requête à adressera M. le Commissaire général du gouvernement 
promettent de refuser toute récompense et par ce fait s'engagent 
tous à se mettre hors concours. 

M. Nelson fait observera cet honorable membre qu'il n'est 
pas entré dans les vues du comité du Cercle libre de lObser- 
i;a^iré d'obliger tous les signataires de la pétition à se mettre 
hors concours. L'adhésion à ce principe de liberté, de pouvoir 
concourir ou pas pour l'obtention d'une récompense à décerner 
piir le jury, n'impose en aucune façon l'engagement de ne pas 
concourir. Faculté pleine et entière doit rester aux signataires de 
concourir ou de s'abstenir. 

•M. le Président met la proposition de la requête aui voix. Elle 
est adoptée à l'unanimité. On décide ensuite de la faire imprimer 
et d'en adresser un exemplaire, ainsi qu'une notice rendant 
compte des délibérations qui ont précédé son adoption, à toutes 
les Sociétés artistiques de la ville et des provinces. 

M. Lebrun remercie Messieurs les délégués et artistes présents 

de leur concours et du .bon accueil accordé à la proposition. 

La séance est levée à dix heures. ,. 

Le secrétaire, 

J. B. 



Nous avons visité cette semaine les travaux d'installation du 
Salon des Beaux- Arts à rExposition d'Anvers. 

Le bâtiment, qui occupe à l'extrémité de l'avenue du Sud, à 
gauche en allant vers le Palais de l'Exposition une superficie d'envi- 
ron douze mille mètres carrés, est presque achevé. Il se compose 
d'un péristyle, tl'un av»nt-corps réservé aux bureaux du secrétariat 
et de la coriimission, au vestiaire et à la salle des assemblées iréné- 
rales, d'un vaste atrium entouré de galeries où sera placée la 
scul[)ture belire. et d'une cinquantaine de salles de petites dimen- 
sions, éclairées par des lantorneaux dont des vélums de toile tami- 
seront la lumière. 

l'n reistaurant sera annexé à ce bâtiment. 

La disposition des locaux paraît excellente. On n'est pas encore 
tout à fait tîxé sur la répartition des salles entre les différentes na- 
tions. La distribution aura sans doute à subir certains remaniements 
selon le nombre des envois faits par chaque pays. Le délai ayant 
ete reculé au 8 avril, on n'a encore à cet égard aucune certitufle. 

Il est néanmoins évident, dès à présent, que la Belgique occupera 
le plus grand espace. Toutes les premières salles vers l'avenue du 
Sud, au nombre d'une douzaine, lui sont réservées. La France vien- 
dra, comme importance, immédiatement après. Elle disposera de 
t >utes les salles de l'amzle de irauche. à l'extrémité orientale. L'Aile- 
magne sera logée dans l'angle de droite, et sera séparée de la précé- 
dente par la Norwège. la Suède. l'Autriche et l'Italie, qui occupera 
la rotonde et les salles adjacentes. La Hollande est placée entre 



l'Allemagne et la Belgique. Elle a pour voisins l'Espagne et le Por- 
tugal. Enfin, la Suisse et la Russie auront chacune une petite salle, 
la première contre la France, la seconde entre l'Italie et la Hollande. 
Une salle est réservée, en outre, à l'extrémité est, aux pays qui ne 
se sont pas fait représenter officiellement. 

On a pris contré les dangers d'incendie, des mesures spéciales 
et nombreuses. L'eau ^est distribuée, sous une pression de cinq' 
atmosphères, par deux gros tuyaux de 100 '^"'m- reliés au tuyau- 
mère de l'avenue du Sud, dan.^ un réseau de conduits de 50 ""'m 
auxquels sont adaptées vingt-deux bouches Toutes ces bouches 
sont munies de tuyaux et de lances, et sont placées de telle sorte 
qu'aucune des parties du bâtiment ne puisse échapper aux jets, lecas 
échéant En outre, le bâtiment est complètement isole au moyen 
d'une clôture. Les cloisons et voliges serrant revêtues d'asbeste, afin 
de les rendre incombustibles. Il y aura, à proximité des pompiers 
qui exei'ceroot une surveillance continuelle, tant à l'intérieur qu'à 
l'extérieur, des perches munies de crochets pour enlever au besoin 
les vélums de toile, aptes par leur nature à propager l'incendie. Un 
téléphone réliera l'Exposition des Beaux-Arts à la caserne et aux 
postes des pompiers, et en particulier au poste voisin du Palais de 
justice, le plus rapproché de l'Exposition. Enfin, le Ministre de la 
guerre a mis, dès à présent, à la dispo.^ition de la commission des 
sentinelles qui gardent le bâtiment nuit et jour. 



En envoyant à la Fédération artistique les documents relatifs 
à l'exposition des Deaux-Aris d'Anvers qui ont paru dans nos 
derniers numéros, Edmond Picard lui a écrit la lettre suivante : 

Monsieur le Directeur de la Fedt^ration artUtAque. 

Vous vous êtes beaucoup occupé de moi dans ces 'lerniers temps. 
Trois colonnes dans votre dernier numéro ! huit dans le précédent ! 
autant peut-être dans le prochain ! Bref une prodigalité a v.jus faire 
mettre sous conseil judiciaire. 

Je vous remercie de ce rare bon vouloir. 

Seulement la plupart de vos renseignements sont inexacts. Est-ce 
que vous l'ignoriez ? - . 

Dans le but louable de lès rectifier, je vous prie de publier sans 
retard la présente lettre et ses annexes qui y réponient directe- 
ment. Elles ne repré.sentent qu'une partie de l'espace vraiment royal 
qui me revient grâce à une générosité de citations que je n'oublierai 
jamais. 

Je regrette d'empiéter ainsi sur votre remarquable prose, et sur- 
tout sur les étonnants petits vers de vos fables quf doivent fort 
inquiéter La F<intaine et La Chambeaudie. Mais la vérité, qui chez 
vous passe toujour?1a première, m'y oblige. 

M'est-il permis de vous signaler que ma réponse doit être publiée 
en une fois, à la même place que vos articles (ce sera un bien grand 
honneur pour elle) dans le même caractère, et sans être découpée en 
tranches suivant votre procédé très ingéideux mais peu loyal..... 
pardon, c'est légal que je voulais mettre. Excusez cette timi<le leçon 
de juri.sprudence : quand on a, comme moi, le malheur d'habiter -les 
SEREINES RÉGIONS DU Droit. il en reste toujours quelque chose. 

Je me réserve d'ajouter à ce premier colis, les envois pour lesquels 
vous me donneriez droit «l'asile chez vous, par de nouvelles atta- 
ques .pardon encore une tbis, je veux dire compliments ; \QUi 

me causeriez une amère déception en vous arrêtant dans vos libé- 
ralités. 

Je suis. Monsieur, avec la considération que méritent votre beau 
talent et votre grand caractère. 

Le plus humble de vos set-viteurs, 
Edmond Picard. 

4«r avril iSSo (la coïncidence n'est pas intentionnelle, veuillez en 
être persuadé). 




BEAITÉS DES JURYS D'ADMISSION 

Le jiiry d'admission du Salon de Paris fait des siennes, ou plu- 
tôt il fail ce que fonl, ont fait et fiTont tous les jurys de l'espèce. 

Constantin Meinier lui envoie sa Descente des Mineurs^ un 
des plus beaux tableaux de noire école contemporaine, un des 
plus palbétiqucs. On se souvient de l'accueil qui lui fut fait lors 
de son apparition, il y a trois ans. ^ 

Le jury français le refuse. 

La nouvelle fait scandale. Meunier se console en pensant que 
l'on a révélé récemment qu'un ancêtre du jury actuel en a refusé 
à Delacroix DIX-SEPT ! d'un seul coup, sans compter les Corot, 
les Rousseau, les Willel, les Courbet, les Manet, etc., etc., etc. 

Mais dans le monde des arts on tempête. 

Le jury s'inquiète. On regarde mieux le tableau, ou plutôt on 
le regarde, car assurément on avait dû s'en abstenir. Et en effet, 
on le trouve superbe, magistral, d'un art nouveau surtout, pro- 
fond, émolionnant. 

Mais alors pourciuoi l'avoir traité comme un goujat de tableau. 

Ah!' voici. Il y a' parait-il, un autre peintre du même nom, 
connu du jury français et dont il ne veut pas entendre parler. 11 
a cru que c'était sa bête noire qui se présentait, et il a fait dire : 
Je n'y suis pas; 

Décidément les gaffes de cette belle institution ne tariront 
jamais. 

Passe encore quand elles sont, comme celle-ci, amusantes. 
A quand la prochaine? 



LES HYDROPHILES 

Esl-cc malice? Au dessus d'une aquarelle de Pioch, le cartel 
placé par la commission porte en lettres capitales ce mot, qui a 
l'air d'un conseil : pioche. 

Et de fait, l'artiste paraît avoir besoin d'efforts laborieux pour 
se hausser au rang de ses collègues. 

Dans cette chapelle où dévotement on sacrifie à la déesse Aqua, 
il est quelques fidèles qui pourraient profiter du conseil. Ce sont 
les attardés dans les formules, ou les trop fidèles servants des 
rites mis en vigueur par les grands prêtres des églises rivales. 

Mais clîez les autres souffle un esprit d'indépendance de bon 
augure, et plusieurs d'entre eux, deux tout au moins, s'élèvent 
bien au dessus du milieu modeste dans lequel ils se produisent. 
D'enfants de chœur, ils passent du coup archi-diacres. Ce sont 
— ceux qui ont visité le petit Salon actuellement ouvert aux 
Beaux-Arts les nommeront sans hésiter, — MM. Toorop et Vogels. 

Voyez la grande aquarelle intitulée At home du premier : trois 
figures de femmes assises autour d'une table couverte. C'est exquis 
de sentiment, de simplicité, d'harmonie de couleurs. On n'ima- 
gine pas celte scène mieux vue ni mieux rendue. Les étoffes sont 
légères, diaphanes, les poses sont naturelles, l'atmosphère d'un 
ajjpartement est exprimée à miracle, dans sa lumière assourdie 
et calme. • r— ^ '- — 

Voyez les paysages du second, en particulier ses Hivers. C'est 
un régal de tons distingués, une fête de colorations discrètes, une 
suite d'accords harmoniques, puissants et doux, eomme une 
musique lointaine et berçante. 

Nous avions cité à la volée, après une visite rapide, outre ces 
deux noms, ceux des frères Oyens, de Speeckaerl, de Chainaye, 
de Siorm de Gravesande. Un examen attentif confirme la bonne 
impression produite par les œuvres de ces artistes consciencieux. 
Les dessins de Speeckaerl sont robustes, pleins de caractère. Les 
deux sanguines de Chainaye unissent à la précision du contour 
une délicatesse de traits qui surprend ceux qui ne voient dans la 
sculpture du jeune artiste que des ébauches rudimentaires. 11 y 
a dans le Portrait de jeune garçon une sûreté calme que peu 
d'artistes, belges possèdent. Storm de Gravesande expose les 



douze planches de son dernier album d'Esquisses en Hollande. 
Nous en avons parlé dernièrement. Quant aux frères Oyens, que 
le Cercle a eu la bonne pensée d'inviter, avec un Hollandais 
nommé Breitner qui expose un remarquable MarêchaUferranty 
ils demeurent les coloristes séduisants, les humoristes pleins de 
fantaisie que l'on sait. 

Ajoutons à celle liste M. Mundeleer, un artiste délicat, dont la 
palette harmonieuse est malheureusement imprégnée d'une colo- 
ration jaunâtre qui fail l'effet d'une sauce uniforme accommodant 
tous les services d'un repas, M. Cassiers, qui réédite son exposi- 
tion au Cercle dont nous avons fait un compte-rendu détaillé, et 
M. Hagemans, qui élargit de plus en plus sa manière au détri- 
ment, malheureusement, du coloris qu'il assourdit, M. Hermanus, 
qui a réalisé des progrès : nous aurons ainsi écrémé le Salonnet 
des Hydrophiles. 

.Charles Goethals manque b l'appel. Il n'est pas rétabli de la 
longue maladie qui, depuis l'été, le retient prisonnier. — Nos 
vœux pour sa santé, comme dit le bon Kothner dans les Maîtres 
Chanteurs. 



EXPOSITION DEL^AUX 

Une chrysalide en train de briser ses entraves. Un jeune 
homme de vingt trois ans tâtonnant, cherchant, travaillant, qui 
semble doué d'une foi robuste, qui s'attaque résolument à la 
nature, qui ne craint pas de camper son chevalet dans la neige, 
au bord d'un étang glacé, pour brosser de grandes toiles. Un 
ensemble d'audaces et d'hésitations, d'inexpériences et de 
réussites. Enfin, quelqu'un. Puisse-t-il trouver le poteau indica- 
teur pour le mener, sans tarder davantage, dans le vrai chemin ! 

Peut-être y est-il déjà engagé. De quand date son Hameau de 
Rykenhoom? C'est sa meilleure élude. Solide, harnionique, d'une 
fraîcheur d'impression qui charme l'œil, on.se prend à l'admirer 
sans réserve après avoir contemplé les nombreuses toiles où les 
murs ont l'air de tentures de soie qu'un coup de vent crèverait 
comme le clown un cerceau de papier. La Neige à Jasquedyck^ 
dans sa partie gauche surtout, est heureuse de tons. A citer 
encore, non comme expression complète d'une nature mais 
comme espérances d'un tempérament en formation, les Par- 
queurs de moules, l'esquisse du grand tableau, décoratif curieux 
comme établissement des plans et valeur des objets, puis V Hiver 
au Zandberghe, lourd mais impressionnant, et le Givre {aurore). 

. 11 X a trente et un tableaux exposés è la salle Sainle-Gudule. 
Beaucoup d'entre eux ne valent rien, absolument. Quelques uns 
vous prennent par un boulon, obstinément et vous font dire : Il 
y a là des promesses sérieuses. Développé, ce talent encore 
indécis et chercheur deviendra puissant. 



Le peintre Hermans a ouvert celle semaine les portes de son 
atelier au public. Nous parlerons dimanche prochain de celte 
exposition, visible tous les jours de 10 à 4 heures au bénéfice de 
l'œuvre de la Presse. 



Quatrième concert du Conservatoire 

Le Conservatoire a donné dimanche une audition de la Neuvième 
symphonie. L'interprétation, douteuse à la répétition générale, 
samedi, en particulier dans la première partie, a été infiniment 
meilleure dimanche. Il y a eu, sinon la perfection, du moins 
un ensemble très satisfaisant. Le Scherzo a laissé naturellement à 
désirer. Le timbalier n'a pas compris le rythme du motif, que 
seules les clarinettes ont exactement rendu. Vaille qui vaille, tout 
a été bien. Si M. Fontaine ne se fût pas cru obligé de chanter à voix 
déployée et d'un aîr furieux son récit, le final eût été fort beau : le 
quatuor vocal, composé de M"»" Deschamps et Warnots, de 
MM. Fontaine et Boisquin, a régulièrement marché, malgré la pointe 
acidulée dont Mi'« Warnots assaisonne ses morceaux de chant. Les 
chœurs, malgré d'infinies ditJicullés d'interprétation, se sont conve- 



UART MODERNE 



111 



nablement tiré d'affaire, de telle sorte que M. Gevaert a pu se glori- 
fier d'avoir, dans le catîre formé par l'ouverture de la Belle Mélusine 
et trois airs assez ennuyeux (quoique bien chantés par Mf»*» Cor- 
nélis et Warnots) de Hândel, rendu à la satisfaction du public, cette 
neuvième symphonie que, selon l'usage lorsque surgit une œuvre qui 
s'écarte des idées reçues, on qualifia de monstrueuse folié, de der- 
nières lueurs d'im génie expirant {,*). 

Beethoven disait d'elle : « Vienne la mort maintenant, ma tâche 
est accomplie ». Nous penserons comme lui, que c'est sa plus belle 
création, celle qui remue le plus profondément. 

Goncer|b Heuschling. 

Avec sa voix aux sonorités graves et pleines, avec sa diction nette, 
avec le style ample dont il revêt, comme d'un vêtement aUl pljs 
flottants, les auteurs qu'il interprête, M. Heuschling réunit un 
ensemble de qualités précieuses qui le mettent au premier rang des 
chanteurs de l'époque. L'an dernier, au Conservatoire, il donnait au 
personnage d'Agamemnon, de Gluck, le caractère tragique du héros 
épique. Il créait en musicien consommé le rôle de Hans Sachs aux 
Concerts populaires. La semaine dernière, il déclamait la lente mélo- 
pée par laquelle Wolfram d'Eschenbach exalte l'amour chaste et 
mystique au concours de la Wartburg et, sans transition, il assou- 
plissait sa voix aux modulations mièvres des douze romances de 
salon qui composent le frêle poème de Gounod Biondina. 

C'est, répétons-le, l'un des grands chanteurs actuels. Il en est peu 
qui possèdent autant de charme uni à une méthode aussi parfaite, à 
un art aussi scrupuleux et digne. Les artistes et le public lui ont 
fait fête, en cette soirée où, plus que jamais, il a affirmé des mérites 
que nous sommes heureux de reconnaître. 

Pendant deux heures, il a enchanté l'auditoire, tantôt seul, tantôt 
servant de partenaire à une cantatrice-débutante dont les moyens 
vocaux trahissent malheureusement la bonne volonté et à laquelle 
les dimensions d'une salle de concert sont éminemment défavorables, 
M»i« Dumonceau, 

Un jeune violoncelliste, M. Carlo Marchai, fraîchement sorti les 
langes du Conservatoire, s'est chargé dès intermèdes de cette fête 
vocale. 



Yhéatre? 



Théâtre de la Monnaie. — C'est évidemment un wagnéristé 
malicieux qui a inspiré aux 'directeurs de la Monnaie l'idée de don- 
ner^ in extremis^ une reprise de V Étoile du J^ord Rien ne pouvait 
affirmer d'une façon plus écrasante la supériorité de l'art lyrique de 
Wagner sur les formules, tant prisées jadis, de l'opéra romantique. 
L'oreille pleine des richesses polyphoniques des Maîtres-Chanteurs, 
les spectateurs ont trouvé déplorablement vide et désespérément 
ennuyeuse l'œuvre de Meyerbeer ; ils ne lui ont même pas octroyé le 
bénéfice des circonstances atténuantes qui auraient pu résulter d'une 
interprétation irréprochable. 

Il y a toujours, il est vrai, les bons antécédents. Mais les bons 
antécédents ne comptent plus guère à notre époque peu respec- 
tueuse des traditions. Et malgré le passé sans tache de la préve- 
nue, on l'a condamnée sans miséricorde. Les tentatives isolées d'ap- 
plaudissements qui ont accompagné le baisser du rideau ont été 
arrêtées par des chuts passablement dédaigneux. 

M. Gresse lui-même, l'excellent chanteur, a eu de la peine à rendre 
supportable le rôle du Tsar. Son air fameux du troisième acte n'a 
produit que l'impression de curiosité que provoque, dans les musées 
d'antiquités, la vue d'un de ces étonnants uniformes que portaient 
les grenadiers du premier empire. Sa scène sous la tente, au 
deuxième acte, a fait passer dans la salle un froid comparable aux 
courants glacés de la Berésina. 

I^jnies Vaillant et Legault n'ont pas réussi à dégourdir l'auditoire, 
que M. Rodier s'est gardé déchaufièr. Bref, cette rAoile du Nord 
était certainement l'étoile polaire, tant elle indiquait invariablement 
les régions septentrionales. 

Le succès des Maitres-Chatiteurs à Bruxelles paraît chagriner 
particulièrement le Ménestrel, dans lequel nous découpons, entre 
autres, pour l'encadrer, cette phrase étonnante : » Certes, nous ne 
nions pas la pirtssauce du génie de Wagner, mais quel triste emploi 
il en fait le plus souvoit ! Et toute la solennité dont on croit devoir 
entourer ces exécutions, ne frise-t-elle pas un peu le ridicule? Que 



(*) H. IîltUoz. a travers, chants, p. 53. 



ê . 

fera-t-on donc pour Berlioz ou toute autre de nos gloires natio- 
nales? M 

Ailleurs, parlant d'un concert parisien quelconque, il dit : « Ce 
concert a calmé quelques esprits malades et mis un peu de baume 
sur quelques cœurs aigris par les cacophonies wagnériennes n. 

Le rédacteur de ces prodigieux articles paraît avoir, en effet, le cœur 
particulièrement tourné à l'aigre. C'est ainsi qu'il dit très sérieuse- 
ment, parlant des sifflets qui ont accueilli Tannhauser k Paris en 
1862 : « Depuis, nous avons entendu cette œuvre à Vienne avec 
beaucoup.de calme et daltentlon. Tout en reconnaissant qu'elle con- 
tient des pages superbes, nous avons pu constater que, dans son 
ensemble, elle méritait le sort qui l'a frappée « 

Le même journal annonce qne la majorité des dilettantes (sic) 
bruxellois se prononce nettement contre les Maitres-Chanteurs et 
le mayiif este chaque soir un peu bruyamment. 

Vraiment, c'est à croire qu'on rêve. Nous nous ab-stenonsde com- 
mentaires. Ils ne pourraient rien ajouter à ces âneries monumen- 
tales. • 

.Disons simplement, pour ce chroniqueur à distance dont la 
la longue vue aurait besoin de quelques réparations, qu'on donne 
demain la onzième représentation des Mmires-Chanteurs ; que, 
jusqu'à présent, si Ion ne prend pas ses places en location il est 
impossible de trouver même un strapontin au bureau; qu'après 
chaque acte on rappelle avec enthouiHasme, et par deux fois les 
interprètes. 

Voila la vérité, puisqu'on nous oblige à la dire, comme dit le 
Ménestrel. 



CHRONIQUE JUDICIAIRE DES ARTS 

Le Tribunal de commerce de Bruxelles a, dans son audience 
d'hier, prononce la faillite de M^^e Oiga Léaut, directrice du théâtre 
de TAlcazar. 

Le jugement a été rendu par défaut, sur requête présentée par 
un groupe d'artistes de la troupe : MM. Guffroy et Letombe, 
^j[ines Bernardi, Dorsay et Lenz. 

Plusieurs de ces artistes réclament un arriéré de deux mois d'ap- 
pointeriîents. 

On ignore si le curateur fera suspendre l'exploitation ou si les 
représentations seront continuées. 



? 



ETITE CHROJMIQUE 



Le chevalier de Knyff vient de mourir à Paris, où il résidait 
depuis quelques années. Il avait conquis dans l'école belge une place 
des plus honorables et, chaque année, ses envois étaient justement 
remarqués aux Salons de Paris et de Bruxelles, dont il- était un 
habitué fidèle. 

Il nous souvient d'avoir vu en 1<S81 une exposition particulière de 
ses œuvres à Pai'i.s, dans les Salons de VArt, avenue de l'Opéra. Il y 
avait là, outre une vingtaine d'études dapi'ès nature peintes avec 
sincérité, la Barrière noire, l'une des toiles les plus importantes de 
l'artiste, et le Jardin d'Alfred St^vens, qui marquait une tendance 
vers l'art jeuive. puis d'autres œuvres imprégnées de l'infiuence de 
l'école roiiiantique : la Bruyère en fleurs, la Prairie à Villcrs-sur- 
Mcr, et V Emb(jucliure de la Meuse (^). 

L'année suivante, de Kuyff expo.sait au Salon de Paris Le Vieux 
Chcnc; en IS'^îi, un gi'and paysage : Les environs de Brut/es, et l'on 
se rappelle encore les deux tableaux qui figurèrent au dernier Salon 
de Bruxelles : Les pi-airies de Mortefontaine et L'ile de Césambre. 

A}fred de Knytï" était un artiste convaincu et honnête. Né à une 
époque où la vérité dans l'art était blâmée, subissant nécessairement 
la pression des idées de son temps, il aspira néanmoins à l'idéal réa- 
lisé par l'école nouvelle et tâcha d'arriver à l'expression émue de la 
réalité. Toutes ses toiles marquent à cet égard un grand effort, sou- 
vent récompensé. Dans chacune de ses œuvres, à défaut d'impression 
juste, on trouve un grand respect de l'art et une noblesse qui lui 
assignèrent un rang distingué parmi les peintres de son époque. 



Jan Toorop, qui avait exposé sa Panique, acquise au dernier 
Salon des XX par M*'** Bocli. à une exposition d'Amsterdam, s'est 
vu conférer l'une des' bourses offertes par le roi de Hollande aux 
jeunes artistes hollandais les plus méritants. 



^ 



(') Voir VArt moderne, 1884, p. 111. 



.:•'•. ■■■* 




Les annonces sont reçues au bureau du journal, 
26, rue de V Industrie, à Bruxelles, sp^vt 



SCHOTT Frères, Editeurs de Musique, Bruxelles 

RUE DOQUESNOT, 3», coin de la rue de la Madeleine 
Maison principale : MONTAONB DE XJk COUR, B2 



LES MAITRES CHMTEURS DE NUREMBERG 

(Die Meistersinger von Nûmberg) 
-^ Opéra en 3 actee de 

PARTITIOI* POUR CHANT ET PIANO, NET 20 FRANCS. 



Libretto . . . . . Pr. 2 « 

Benoit. I-«s motifs typiques des Maîtres chanteurs . . . . " 1 50 

ARRANGEMENTS POUR PIANO A 2 MAINS ^ 

La Partition complète . . . "25" 

Ouverture. IntrQdnction . » 2» 

La même, arraiiR. par H. de Bulow « 3 « 

Introduction du 3' a,cte. . . .■ . . . . . . « 1 * 

Beyer, F. Répertoire des jeunes pianistes . . . . . « 1 75 

Bouquet de Mélodies ^ 2 25 

/^runner, C. Trois transcriptions, chaque . . . . . -175 

Bulow, H. [de). Réunion des Maitres chanteurs 1 75 

Paraphrase sur le quintuor du 3» acte . . . » 175 

Cramer, H. Pot-pourri . « 2« 

» Marche . . . ' »• 1.25 

•X Panse des apprentis ... . . , . . - 1 75 

Gobbaerts, L. Kuntaisie brillante « 2 » • 

Jaell, A. Op. 137. Deux transcriptions brillantes (Werbegesang- 

Preislied), chaque . . . .. . . i - 2" 

Op. 148. Au foyer . . . . . . . . « 2 25 

Loisen, E. Deux transcriptions de salon, n* I . . . . . •>< 2 - 

" 1? n* II. . ..." 2 25 

I^eitert. Op. 26. Transcription . » 135, 

Raff, J. Réminiscences en quatre suites, cahier I et II, ft . . it 2 25 

cahier III. ... « 2 « 

cahier IV. . . . « 2 50 

i?t<2);j, ff. Chant de Walther , . «175 

ARRANGEMENTS POUR PIANO A 4 MAINS : 

La Partition complète -35" 

Of/ivj-tM/v. Introduction par C. Tausig - 3 50 

liejfer, F. Revue mélodique . . . . . . . . *. 2 25 

Biiloïc, H. (de). La réunion des Maitres chanteurs, paraphrase . " 2 25 

Cranver, H. Pot -pourri. - 3 50 

Marche . . . . . 2 25 

De Vilbac. Deux illustrations, chacune - 3 75 

ARRANGEMENTS DIVERS : 

Ouverture pour 2 pianos à 8 mains - 6 « 

Or«yoir et L<»o«arrf. Duo pour violon et piano « 4 » 

Kastner, E. Paraphrase pour orgue-mélodium. . . . . <• 1 50 

Lux, F. Prélude du 3* acte pour orgue . « 1 » 

ObfrfA»<r, C/i. Chant de Walther pour harpe " 2 « 

Singelée, J. B. Fantaisie brillante pour violon et piano . . . - 3 50 

Golternian. Chant de Walther, pour violoncelle et piano . . « 1 25 

Wickede, F. (de), iturceaux lyriques pour violoncelle et piano. . » 1 ^ 

N* 1. Walther devant les Maîtres . . . , - 2 25 

N» 2. Chant de Walther - 2 » 

WilhehnJ, A. Chant de Walther, paraphrase pour violon avec 

accompag. d'orchestre ou de piano. Partition . - .3 *• 

L'accompagnement d'orchestre « 5 » 

» de piano »- 3 50 



VIENT DE PARAITRE 

CHEZ FÉLIX CALLEWAERT Père 

26, RUE DE L'INDUSTRIE. A BRUXELLES 



LA FORGE ROUSSEL 

PAR Edmond PICARD 

Édition définitive^ tirée à petit nombre 

Prix : Grand Japon, 60 francs; Chine genuine, 40 francs; 
Hollandç Van Gelder, 25 francs. 



VIENT DE PARAITRE CHEZ 

BREITKOPF & HÀRTEL 

ÉDITEURS DE MUSIQUE ' 

BRUXELLES, 41, MONTAGNE DE LA COUR 



ŒUVRES INÉDITES 

DE J.-N. LEMMENS. 
Tome deuxième. — Chants liturgiques. — Prix net, 15 fr. 



musique:. 

10, RUE SAINT-JEAN, BRUXELLES 
(Ancienne maison Meynne). 



ABONNEMENT A LA LECTURE DES PARTITIONS 



PIANOS 



BRUXELLES 
rue Thérésienne, 6 



VENTE ___ _^^ 

iS.'??^„ GUNTHER 

Paris 1867, 1878, 1«' prix. — Sidney, seul 1" et 2« prix 
EXPOSITIOM AlSnRDAI 1883, SEUL DIPLOHE D'HOHNEDR. 



J. SCHAVYB, Relieur 

46, Rue du Nord, Bruxelles 



CARTONNAGES, RELIURES ORDINAIRES, RELIURES 
DE LUXE, ALBUMS, ETC. 

' SPÉCIALITÉ D'ARMOIRIES BELGES ET ÉTRANGÈRES 

ADELE Deswarte 

s s. I^XJE jd:ei il,j^ -violette 

BRUXELLES. 
Atelier de menuiserie et de reliure artistiques 



"VERNIS ET COULEURS 

POUR TOUS GENRES DE PKINTURES. 

TOILES, PANNEAUX, CHASSIS, 

MANNEQUINS, CHEVALETS, ETC. 

BROSSES ET PINCEAUX, 

CRAYONS, BOITES A COMPAS, FUSAINS, 
MODÈLES DE DESSIN. 

^ RENTOILAGE, PARQUETAGE, 

EMBALLAGE, NETTOYAGE 
ET VERNISSAGE DE TABLEAUX. 



COULEURS 

ET PAPIERS POUR AQUARELLES 

ARTICLES POUR EAU-FORTB, 
PEINTURE SUR PORCELAINE. 

BOITES, PARASOLS, CHAISES, 
Meubles d'atelier anciens et modernes 

PLANCHES A DESSINER, TES, 

ÉQUERRES ET COURBES. 

COTONS DE TOUTE LARGEUR 

DEPUIS 1 MÈTRE JUSQUE 8 MÈTRES. 



Représentation de la Maison BINANT de Paris pour les toiles Gobelins (imitation) 



NOTA. — La rnaiaon dispose de vingt ateliers pour artistes. 
Impasse de la Violette, 4. 






Lruxelles. — Iriip. Félix Callewaert père, rue de l'Industrie, 26. 



Cinquième année. — N° 15. 



Le numéro : 25 centimes. 



Dimanche 12 Avril 1885. 



L'ART 



MODERNE 



PARAISSANT LE DIMANCHE 



REVUE ORITIQDE DES ARTS ET DE LA LITTÉRATURE 



ABONNEMENTS : Belgique, un an, fr. 10.00; Union postale, fr \3.0() 



ANNONCES : On traite à forfait. 



Adresser les demandes d'abonnement et toutes les communications à - 

l'administration GÉNÉRALE DE l'Art Modemo, PUB de l'Industrie, 26, Bruxelles. 



SOMMAIRE 

Germinal. — Exposition des Beaux-Arts d'Anvers. — La 
Commission des monuments. — Livres nouveaux. Isidore Pistolet, 
doctrinaire de l'avenir, par Jean Fusco ; Quelques Sires, par Léon 
Cladel; Les poésies de Catulle Mendès; Les niotifs typiques des 
Maîtres-Chanteurs, par Camille Benoit. — Théâtres. — Corres- 
poNDAN^CE. — Petite chronique. 



GERMLVAl 

Est-ce une mission artistique, est-ce une mission 
sociale que poursuit Zola, Monsieur Zola comme 
diraient la Revue des Deux-Mondes et Xlndépen- 
dance belge d'après le nouveau code de critique pué- 
rile et honnête qu'elles ont promulgué ? 

L'embarras devient grand. Au point de vue artisti- 
que, le maître a depuis longtemps fait sa trouée. De- 
puis si longtemps même que l'esthétique inaugurée par 
lui est près de devenir banale et que sa terminologie^ 
si originale au début, est de celles que déjà on hésite à 
employer. Vous souvient-il du jour où pour la première 
ibis il fut parlé du Document humain? Quel succès! 
Quelle vogue ! Aujourd'hui il s'en faut de peu que l'ex- 
pression ne prenne place dans le dictionnaire des locu- 
tions agaçantes. A peine quelque éditeur, de rhétori- 
que arriérée, en use-t-il encore d'une plume prudhom- 
mesque, dans^sa correspondance avec les conscrits de 
la littérature pour qui il se pose en donneur d'avis. 
Ah ! que les théories artistiques vont vite ! Plus vite 
que les beautés à la mode. Plus vite que les armes 



perfectionnées. Presque aussi vite que les ministères î 
Soit. En tant que révélateur, ou plutôt principal vul- 
gariijateur du naturalisme, que Zola se repose. Son but 
est atteint. Il en demeurera la manifestation la plus 
puissante et la plus abondante, quelque chose comme 
le Rubens ou le AVaa'ner de l'école nouvelle. Autour de 
lui, plus exactement au dessous de lui, grouille la mul- 
titude des pasticheurs qui ne manquent jamais aux 
chefs triomphants et jettent à la foule sa découverte 
1 monnayée en gros sous, ou plutôt en petits sous. Dans 
le théâtre où des hommes pareils remplissent les pre- 
miers rôles, les troisièmes galeries sont tôt encombrées 
par "les demi-souffles qui, de parti-pris ou inconsciem- 
ment, siiîiottent en sourdine les airs de bravoure qu'ils 
ont lancés de leurs grandes voix. Victor Hugo a eu sa 
queue, Baudelaire en laisse encore traîner un bon bout 
d'outre-tombe qui s'étend jusque chez nous, et il en 
sera ainsi in sœcula sœcidorum pour tous les robustes 
esprits dont le style frappe de si profondes empreintes 
que les cervelles molles ne s'en dépêtrent jamais. 

Oui, que Zola se repose, et sur le procédé, la forme 
et la formule, passe la main à quelque autre inventeur. 
Mais voici que de la machinerie compliquée de son 
système littéraire, de l'embrouillement des poulies, des 
cordes, des trucs, des décors et des praticables, surgit 
un spectacle imprévu qui transforme l'écrivain en polé- 
miste, le romancier en pamphlétaire, et le transporte 
miraculeusement' de la question d'art à la question 
sociale. Est-ce Zola, est-ce Proudhon qui se dresse der- 
rière Germinal? Un Proudhon qui, sur le tard, se 




serait dit qu'en somme l'allure du roman n'est peut- 
être pa^ mauvaise pour populariser les réformes con-' 
temporaines, boxer les bourgeois en un bon pugilat 
socialiste et exalter les ouvriers. 

Ah! que le programme purement médical et biolo- 
gique des premiers échantillons des Rougon-Macquart 
est dépassé! Bien mieux, comme il est métamorphosé! 
Il ne s'agit plus d'incarner en des générations succes- 
sives la démonstration de la loi Darwinienne de l'hé- 
rédité et de la sélection à rebours entre ivrognes 
endurcis et i^évropathes incurables, maigre substance 
pour deux oii trois douzaines de volumes Charpentier. 
La maladie moderne, "passant de pèfe en fils, invinci- 
blement, sans être complètement lâchée par l'auteur, 
n'apparaît plus qu'en quelques épisodes, pour ne pas 
manquer, semble- t-il, à la parole donnée dans les 
fameuses préfaces-manifestes des premières publica- 
tions, et dans l'impérissable diagramme généalogique 
qui illustrait l'une d'elles. Ce petit fantôme pathologique, 
sans cesse s'afïaiblissant, est remplacé par des appari- 
tions plus formidables : la pourriture bourgeoise, la 
révolte latente du prolétariat. Ce sont elles maintenant 
qui remplissent la scène du vent de leurs grands gestes, 
du bruit de leurs stridentes clameurs, de l'odeur de 
leurs abjections. Pot-Bouille, Germinal, sont moins 
des œuvres littéraires que des œuvres révolutionnaires. 

Et terribles ! par les sillons que fait leur profond 
labour. Après Y Assommoi7^ où il s'essaya aux descrip- 
tions des misères sociales, en exhibant par le déroule- 
ment d'un étrange panorama les dégringolades, crois- 
santes en leur ignominie, d'un alcoolisé, ce fut dans 
Pot-Bouille une peinture impitoyable et inoubliable de 
la décomposition des classes moyennes. Les bourgeois 
qui lurent cette satire bouffonne et meurtrière, en sor- 
tirent épouvantés et dégoûtés d'eux-mêmes, à jamais 
déshonorés dans Ipur propre conscience. L'effiet fut 
si immédiat et si corrosif, ^'éperdus, ils se jetèrent 
' sur ces compositions ineptes : Y Abbé Constantin et 
Criquette, comme sur des potions rafraîchissantes, pour 
calmer les brûlures vitrioliques qui les faisaient hurler. 
Halévy, se faisant à propos marchand d'orviétan, 
délaissa pour eux les grivoiseries dea Petites Cardinal, 
renouvela les fades et fausses descriptions d'une bour- 
geoisie vertueuse, rangée, sentimentale, paisible. Mais 
Ka.mère et répugnante saveur du livre dévoré subsista, 
et son travail rongeur et destructeur continue comme 
celui d'un virus inséparable de l'organisme où une 
imprudence l'a introduit. 

Après ce coup de cognée formidable, Gorrainal est 
venu en frapper un nouveau, de l'autre côté du tronc 
à abattre. Ce n'était pas assez d'avoir^mis à nu, bru- 
talement, d'une main qui arrache tous les voiles, les 
purulences de la classe jouissante. Le cruel justicier 
a voulu montrer les horreurs de sa domination sur la 



classe travailleuse et souffrante. Six cent pages durant, 
il a peiné pour le dire, le redire, le crier, le gémir. Il 
n'est pas une phrase qui n'éveille la pitié, pas un épi- 
sode qui n'appelle la vengeance, pas un chapitre 
qui n'inspire l'horreur pour la société dans laquelle 
nous baignons. C'est le drame, touff'u comme la vie de 
misère. Un peuple d'infortunés s'y agite, s'y débat dans 
un perpétuel martyre. Le noir et sinistre territoire des 
mines de Montsou suscite dans l'imagination les plus 
sombres et les plus importuns souvenirs de l'esclavage 
des nègres dans les plantations brésiliennes, de l'op- 
pression des Pharaons faisant construire les pyramides 
par les multitudes vaincues, arrachées à leur sol. 

Quel écrasant projectile lancé d'une main de géant 
sur l'édifice des conventions contemporaines. Pareil 
bloc, venant après les autres de même provenance, de 
même poids, d'égale portée, permet de dire de ces 
romans monolythes, que ce sont des zololy thés . Cha- 
cun tombe, perce, ravage, fait des écroulements et des 
explosions comme un obus. Sous ces chutes terrifiantes, 
les décombres s'accumulent. Jamais bombardement n'a 
produit plus de ruines. 

Et désormais, en même temps que ces conséquences 
politiques s'accentuent dans l'œuvre bizarre du réfor- 
mateur, la préoccupation des niaiseries artistiques 
diminue. En vain chercherait-on dans ces productions 
de long labeur les colifichets, les mièvreries, les puéri- 
lités, la recherche de festons et d'astragales auxquels 
s'attardent encore les impuissants qui, stériles pour 
l'idée, transforment l'art en une question d'équilibre où 
les ingéniosités dressent leurs châteaux de cartes. Le 
réel se développe en une langue que ces faiseurs de 
tours trouveront monotone et lourde. Les eff'ets, tou- 
jours puissants, sont obtenus par la grande et émou- 
vante pensée dont la lave brûlante bout partout sous 
l'écorce. Les peintures, comme dans les tableaux de 
Delacroix, sont brossées en grandes teintes plates, 
vigoureuses et sonores. Le pathétique domine. Con- 
stamment on a le sentiment d'une épopée traduite en 
prose. C'est toute la vie de dix mille bouilleurs, souf- 
frant, espérant, écrasés, relevés, qui se résignent, qui 
se révoltent, tantôt doux, tantôt féroces, hommes, 
femmes, filles, enfants, vieillards, avec des animaux 
pensifs, touchants, misérables comme eux, qui se 
mêlent â leur existence si proche de la leur. Et tout 
cela au milieu de paysages tragiques, la nuit, le jour, le 
printemps, l'hiver, à la surface et sous terre, dans les 
abîmes des bures, dans les labyrinthes des galeries de 
mines. 

Lugubre histoire. Certes une critique méticuleuse 
trouvera à redire îi certains détails. Peut-être ces 
ouvriers ne parlent-ils pas toujours en ouvriers. Quel 
que soit le don de devination des grands écrivains, il ne 
va pasjus(iu'à saisir les infiniment petits des mœurs 



LART MODERNE 



115 



quotidiennes. C'est ici qu'on peut dire que la fantaisie 
apparaît dans le naturalisme. Mais celte minutie d'in- 
ventaire et de photographie est impossible pour les 
natures impatientes que l'indomptable instinct de leur 
mission condamne à une production incessante, et elle 
est inutile pour atteindre l'effet attendu qui consiste 
surtout à démêler dans l'âme obscure de la plèbe les 
sentiments qu'elle ne peut dégager elle-même, pour 
lesquels les mots lui manquent, et les idées. N'y a-t-il 
pas plus de vérité, en pareille conjoncture, à paraître 
inventer qu'à dire les choses exactement comme on les 
voit dans leur terne et silencieux mystère? 

Art transitoire, dira-t-on, destiné à tomber avec l'abus 
sur lequel il se rue. Et qu'importe? Qui donc a inventé 
que les productions artistiques devaient essentiellement 
être durables? Que deviennent l'éloquence et le chant 
dans une telle théorie? L'art est surtout fait pour l'épo- 
que où il agit. Seule elle le comprend bien. Pour les 
générations ultérieures il est toujours fermé par quel- 
que côté et empreint du froid de^la mort. Le plus 
noble est celui qui combat pour son temps. C'est le plus 
désintéressé. C'est aussi le plus vivant, le plus pas- 
sionné. Laissons donc aux lycéens, dressés aux clichés 
de l'œuvre immortelle, ces ridicules bavardages. Et 
fallut-il s'énamourer île la gloire, qu'il suffit d'avoir son 
nom attaché à de grands événements, sans prétendre 
que la postérité conserve à jamais en forme matérielle 
ce qu'on a dit, écrit, fait, peint, ou modelé. Meure avec 
moi mon œuvre, pourvu qu'elle ait servi à quelque 
chose! 

Constantin Meunier, ontrahié lui aussi par la séduc- 
tion fantastique de ce cauchemar ouvrier qui sur les 
actes les plus élémentaires de la vie journalière fait 
tomber la rouge lueur des justices futures et inévita- 
bles, a récemment, pour on ne sait ({uelle logette ou 
pavillon destiné au compartiment houiller de l'Exposi- 
tion internationale d'Anvers, brossé huit panneaux où 
se dressent en pied, énigmatiques et in(]uiétants, quatre 
mineurs blancs du Borinage, quatre mineurs bleus du 
pays de Liège. Les directeurs de charbonnages qui ont 
connnandé ces types au peintre des misères plébéiennes, 
ne se doutent pas apparemment du réquisitoire que ces 
muets personnages, en une pantomime funèbre, pro^' 
noncent contre l'organisation du travail en nos temps 
d'exploitation financière. Ce sont les illustrations sai- 
sissantes de Germinal, en un défilé macabre. Le pein- 
tre a compris l'écrivain : le même soutlle de compas- 
sion et de colère a passé sur tous deux. Voici le père 
Bonne-Mort, trois fois retiré des éboulements souter- 
rains, raccommodé, contorsionné, couronné comme un 
vieux cheval. A'7)iciMaheu, l'ouvrier laborieux, patient, 
rongé de famille. Voici Catherine, la hiercheuse de 
seize ans, pâle, épuisée, déflorée. Voici Chaval, son 
brutal et paillard amant. Et Etienne, 4e Spartacus man- 



qué de ces esclaves. Et la Maheude, vache féconde 
engendrant sans trêve la chair à grisou, destinée comme 
les autres à l'abattoir final. 

Plume et pinceau ont fait leur duo en notes qui vous 
contractent les entrailles. Quel chant de haine ! Quel 
appel désespéré de rédemption! - • 

Ah! certes cet art grandiose et violent n'est pas 
pour les petits bonshommes qui sur leurs fifres ou leurs 
théorbes modulent les ariettes de l'école de l'art pour 
l'art. Les émincées de poulet auxquelles se bornent les 
plats qu'ils servent apparaissent déplorablement maigres 
à côté de ces sanglantes venaisons dont se repaissent 
les forts. Confondant leur impuissance avec une réalité 
pour eux inaccessible, ils nomment hérésies artistiques 
ces puissants eflbrts qui sont à leurs refrains ce qu'est 
le rugissement du fauve au pépiement des moineaux. 
Qu'ils -continuent dans le petit coin qu'ils prennent 
pour un empire, les pas de zéphirs où se délectent leurs 
innocentes fantaisies- de malades. Homme malade, 
animal inférieur, a dit Claude Bernard. Mais il 
convient de rappeler à ces souffleurs de bulles de 
savon , que si leurs amusements peuvent plaire 
à ceux qui pensent que l'art n'est fait que pour dis- 
traire, il en est d'autres qui tiennent un tel emploi pour 
de l'onanisme littéraire et pour qui ces attitudes 
lassantes de décadents ne sont (^ue la marque de cette 
mauvaise habitude. Il ne faut pas que notre jeunesse, 
où l'on compte plus d'un vaillant résolu aux œuvres 
viriles et fécondes, et ii laquelle un prochain avenir 
réserve vraisemblablement la liquidation des problè-, 
mes que l'art attaque de plus en plus près pour appor- 
ter à leur, solution son décisif appoint, puisse croire 
que ceux-là ont raison qui, se désintéressant des orages 
dont les grondements deviennent chaque jour plus 
distincts, se bornent niaisement à convier leurs con- 
temporains à chanter la barcarolle, en dièze comme 
Banville, en bémol comme Baudelaire. Les grands 
hommes forment une évolution artistique, et quiconque 
les imite fait penser aux lavandières trempant une 
resucée de café dans le marc de la veille. On a assez de 
ces reflets. On demande autre chose que des pioupious 
montant la garde sur les champs de bataille que leurs 
devanciers ont foulés il y quatre ou cinq lustres. Mais 
où leurs prétentions débordent toute mesure c'est quand 
ils revendiquent la première place, toute la place. 
Allons donc ! Passez à l'arrière-garde, pasticheurs ou 
joueurs de petite flûte qui vous croyez l'avant-garde, et 
bornez-vous à jouer sans péril vos airs, (Jerrière quel- 
que buisson, pendant la bataille. Ils ne déplaisent pas 
comme simple accompagnement, ou comme distractions 
de bivouac. 

Mais il y a des coups à porter pour lesquels vous 
n'êtes point bâtis. , 



j 




EXPOSITION DES BÉAUX-ARTS D'ANVERS 

Hier a eu lieu la première séance, à Anvers, du jury 
d'admission, dans le local de la rue de Vénus. 

Sauf* M. Rousseau, retenu par un autre devoir, on 
était au grand complet. 

Le piiésident, M. Cuylits, a saisi immédiatement l'as- 
semblée de la proposition des artistes bruxellois d'auto- 
riser tout exposant à se mettre hors concours. 

N'en déplaise aux pessimistes qui annonçaient le 
maintien des vieilles idées, elle a été adoptée à l'unani- 
mité, avec déclaration que la mention sera imprimée au 
catalogue officiel après le nom de tout artiste qui aura 
manifesté le désir de se soumettre au régime nouveau. 

On a réservé la question de savoir si les membres du 
jury de placement et du jury des récompenses pour- 
raient prétendre à celles-ci, mais il a été dit, sans pro- 
testation da personne, que l'abstention s'imposait. 

Le jury a immédiatement commencé l'examen des 
œuvres. Personne n'a réclamé le secret du vote et, par 
conséquent il n'a pas été prononcé. Nouvel hommage . 
rendu aux principes défendus récemment à Bruxelles. 
Comme on le voit, ça ne va pas mal, et les trembleurs 
pourraient bien être fort désappointés. 

Dans les opérations, le jury a semblé n'avoir qu'un 
principe, le seiil rationnel du reste : refuser toute œu- 
vre mauvaise, sans distinction d'écoles, sans acception 
de personnes. Comme il arrivait parfois que quelqu'un 
demandait le nom de l'exposant, on a protesté immé- 
diatement en disant : Pas de noms ! Pas de noms ! 

Quelques-uns des anciens n'étaient pas les moins 
absolus dans l'application de ce nouveau et salutaire 
régime. 

Le jury s'est montré très sévère. Les refus ont de 
beaucoup dépassé, non pas les admissions (il ne s'agit 
pas encore de cela) mais les tableaux rése^^vés pour un 
examen plus approfondi. 

Du reste, le nombre des envois étant de 2,300, il fau- 
dra refuser plus de deux tableaux sur trois, puisqu'on 
n'en peut admettre que 700. 

Les opérations continueront lundi à 9 1/2 heures. 

En somme tout s'annonce bien, et le mouvement très 
sensé, très ferme, très modéré des divers groupes 
bruxelloisL aboutit. Souhaitons que ces excellents débuts 
ne se démentent pas. 

^- 
* * ■ 

Voici la réponse faite à M. le comte d'Oullremonl au sujet de la 
réclamation adressée par MM. Van Camp, De Vriendt et Edmond 
Picard en faveur des peintres sur porcelaine. 

Anvers le 2 avril 1885. 

Monsieur le Comte, 

La lettre de MM. Van Camp, De Vriendt et Edmond Picard, 
datée du 19 mars dernier, dont vous avez bien voulu nous trans- 



mettre copie par votre apostille du 2.') du même înois, a été sou- 
mise h notre Gomnnssion administrative dans la séance d'iiier. 

La disposition du n» \ de l'art. 10 du règlement général qui 
exclut les peintures sur porcelaine ou sur faïence n'est pas nou- 
velle. Elle a été empruntée au règlement de l'exposition trien- 
nale d'Anvers de 1882, où elle fut introduite par résolution de 
l'assemblée générale de nps membres résidants, en date du 
12 décembre 1884, prise par 22 voix contre 3. 

A l'appui de cette résolution on a lait valoir, d'une part, les 
nombreuses dilîicullés auxquelles, lors de l'Exposition triennale 
de 1879, les peintures sur porcelaine el sur faïence avaient donné 
lieu par suite de l'extrême fragilité des matières employées et, 
d'autre part, que si desipeinlures de ce genre peuvent incontes- 
tablement constituer des œuvres d'art dans la plus baute accep- 
tion de ce mot, la limite qui 1rs sépare de Tait industriel est 
d'autant plus dilîicilc ù établir qu'en règle générale elles forment 
plutôt la spécialité des amateurs. 

Notre Commission administrative estime que le règlement 
général du 15 octobre 1884, œuvre collective de l'assemblée 
générale de nos membres résidants, de l'administration commu- 
nale d'Anvers et du gouvernement, ne peut plus être changé. 

Elle le pense d'autant moins que c'est sur la foi de ce règle- 
ment général que les nations étrangères ont réglé leur partici- 
pation. Il est inadmissible qu'après coup la Belgique modifie les 
conditions de la lutte en en élargissant le champ à son profit 
exclusif. 

Quant à rendre le changement applicable, même aux nations 
étrangères, non seulement le temps tait défaut à cet égard, mais 
même la chose est matériellement impossible par suite du fait 
que plusieurs commissions d'admission étrangères ont déjà ter- 
miné leurs travaux. 

Notre Commission adminisiralive croit que le gouvernement 
partagera complètement cette manière de voir et qu'il suffira de 
la signaler aux auteurs de la lettre en question pour qu'ils en 
reconnaissent cux-même la justesse. 

Quant à l'interprétation du n« 1 de l'art. 10 susdit, en tantqu'il 
s'agij-a déjuger si telle ou telle œuvre présentée tombe sous le 
coup de la prohibition, elle sera, d'après notre Commission 
administrative, de la compétence exclusive du jury d'admission. 

Recevez, etc. 

Pour la Commission administrative : 

Le secrétaire. Le président, 

(S.) A. DoNNET. (S.) J,. Cuylits. 



*- 
* *- 



Ou nous écrit de La Haye : 

La Hollande sera bieu représentée à l'exposition des Beaux-Arts 
d'Anvers. On a réuni à Amsterdam, avant de les expédier, la plupart 
des tableaux composant l'envoi des artistes hollandais. On y remarque, 
entré autres, une superbe toile de Willem Maris, une vache dans l'eau, 
l'œuvre la plus remarquable du continfrent néerlandais, une vue 
de ville et une marine de Jacques Maris; un paysage, de grand 
style, de De Bock ; une nature morte de M""^ Mesdag ; divers tableaux 
de Mauve, Neuhuijs, Mesdag. Breitner, un débutant dont on peut 
voir à Bruxelles une aquarelle aux Hydrophiles, se fait remarquer 
spécialement par une- grande composition, des hussards galopant 
sur une route poudreuse. Van der Maarel expose un portrait de 
jeune garçon, une tête de femme et un Marché auœ poissons. A citer 
encore : Roelofs, Gabriel, Weisserabruch, Oyens, Kruseman, Ofller- 
mans, ter Meulen, Vos. 
I Parmi les aquafortistes, on distingue Storm de Gravesande et 




Ph. Zilcken. Ce dernier expose désuétudes d'après nature, entre 
autres une tête de vieux pêcheur, et des gravures d'après Vander 
Meer de Deift, Jacques Maris et Alfred Stevens. 

Josef Israëls et De Haas ne figurent pas parmi les exposants 
d'Amsterdam. On suppose qu'ils enverront directement leurs tableaux 
à Anvers. 

Le Wallon donne sur les envois des sculpteurs belges les rensei- 
gnements suivants : 

Jef Lambeaux enverra l'étonnant Coureur qui terminera l'exécu- 
tion définitive de sa fontaine en voie d'achèvement, ses Lutteurs, 
le groupe bien connu, et le Baiser, de retentissante mémoire. 

Thomas Vinçotte expose un grand groupe : Les Chevaux, œuvre 
qui fera sensation artistique. ! 

Julien Dillens sera représenté par une partie de sou œuvre. Nous 
reverrons La Justice, ce groupe refusé au Salon de Bruxelles de 1880 
et récompensé du diplôme d'honneur à l'Exposition d'Amsterdam 
ainsi que son fronton pour l'hospice d'Uccle. 

Jules Lagae réexposera sa statue Abel. 

Léon Mignon envoie le plâtre de son superbe Taureau. 



LA COMMISSION DES MONUMENTS 

Nos lecteurs connaisseht d(''jh par les journaux quotidiens 
l'issue du conflit entre Paul De Vinne et" la Commission des monu- 
monts : M. le minisire de rAgricullure, de l'Industrie et des Beaux- 
Ans, en réponse au rapport inconvenant de la Commission, a 
autorisé l'arlisle à envoyer son groupe à la fonte. C'est là un 
acie de fermeté et de justice dont il faut louer M. de Mareau. 

Désormais la Commission des monuments, dont les empiétements 
devenaient insupportables, est réduite à son vrai rôle et il sera 
permis aux sculpteurs de donner un coup d'ébauchoir sans son 
estampille. 

Il est intéressant d'examiner de quels éléments elle se compose. 

Les lecteurs de VArL moderne ont certainement remarqué que 
le rapport n'était signé d'aucun nom d'artiste. 

Il porte simplement : « Le président, Wellens; le secrétaire- 
adjoint, J. Pelcoq. » 

M. Wellens est un ingénieur des ponts et chaussées, très fort 
dans toutes les questions de coupe de pierres et de résistance des 
matériaux. Il a dirigé en chef les travaux du Palais de Justice, 
menant à bien cette colossale entreprise, résolvant dé difficiles 
problèmes de construction. C'est un maître maçon dans la plus 
sciontifique acception du mot. Il a aussi construit des chemins 
de fer pour le Grand Turc. 

Dans les questions d'art il possède la haute incompétence qui 
distingue en général les ingénieurs. 

Qu'il ail tout à dire dans la réalisation des plans d'un édifice, 
rien de mieux; mais qu'il lui appartienne déjuger, de critiquer, 
dé proposer le rejet ou l'acceptation d'une œuvre d'art, il faut 
avouer que c'est monstrueux. 

Dans les visites faites par la Commission des monuments à 
l'atelier de Paul De Vigne, M. Wellens, président, était toujours 
délégué par ses collègues, tandis que M. Fraikin, le seul sculpteur 
de la Commission, vCz jamais vu le groupe. Est-ce par un senti- 
ment de délicatesse dont la subtilité nous échappe qu'il a voulu 
s'abstenir de toute critique, un des groupés devant primitive- 
ment lui être confié? 

M. Rousseau, directeur des Beaux-Arts et secrétaire de la 
Commission, n'a point signé le rapport ; c'est là une preuve 



d'habileté ou de bon goût. Le factum est signé du secrétaire- 
adjoint, M. J. Pelcoq, un caricaturiste du Journal amusant dont 
les lourds dessins, pas amusants du tout, trancheraient sur 
l'esprit des Grévin et des Léonce F*etit. 

Le premier vice-président est M.'Balat, rarchiiectc du Palais 
des Beaux-Arts. M. Balat, après avoir censuré de la manière que 
l'on sait l'œuvre de l'artiste, trouve sans deute exquises les 
. quatre petites femmes Louis XV qui se tortillent et font des 
manières au dessus des colonnes du Palais. L'une d'elles, voulant 
symboliser la peinture, tient un appuio-niain, inslrumonl d'infir- 
mité; les autres tiennent on ne sait ([iiol; tontes les quatres ont 
l'air de s'occuper des gens qui passent et font, au dessus des 
colonnes, Teftét le plus grotesque. 

Eh! bien, les quatre esquisses ont, celte fois, été imposées jtar 
la Commission des monuments. Les sculpteurs ont été forcés de 
suivre, non seulement ses conseils, mais des modèles dont ils 
ne pouvaient s'écarter. Le résultat est joli. 

Le second v'ice-président est M. Chalon, numismate. 

Un numismate ne peut être qu'un excellent homme,, catalo- 
guant avec la même passion les médailles de Pisanello et les 
profils du Roi par Léopold Wiener. 

Il y a ensuite les architectes : iMM. Beyacrl, Pauli, de Curie et 
Carpenlier. 

M. Beyaert, qui a vu le groupe de De Vigne, préfère sans 
doute la sculpture de sa fontaine De Brouckere. Nous ne sommes 
pas- de son avis, mais nous lui accorderons volontiers, sans 
vouloir le flatter en rien, que la sculpture et rarchilecture de la 
fontaine vont ensemble admirablement et que l'une ne saurait 
faire tort à l'autre. 

Ni iM. Pauli, ni M. Carpentier, ni M. Fraikin, seul sculpteur 
de la Commission, ni M. Porlaels, n'ont été délégués i)our voir le 
groupe. M. Piot, en revanche, l'a vu et a pu en donner son 
apprécition d'archiviste. 

II v a enfin M. Slin^enever, dont l'atiilude dans cette affaire a. 
été absolument correcte et digne d'éloges. 

Paul De Vigne et Charles Van der Stappen, pensant avec raison 
que pareille commande ne leur serait peut-être pas confiée deux 
fois en leur vie, y ont dépensé le plus possible de leur talent. Ils 
avaient en la réussite de ces groupes beaucoup plus d'intérêt que 
la Commission des monuments. 

- Pendant plus de quatres années ils ont travaillé aux esquisses, 
faisant des quantités de maquettes, dont plusieurs, au tiers de 
l'exécution définitive, demandèrent des mois de travail. L'exécu- 
tion de la maquette adoptée a coûté deux ans d'un labeur inces- 
sant, opiniâtre. 

Et la Commission qui dort quand il s'agit de placer les petites 
dames en bronze qui raccrochent les passants, ou l'un des bas- 
reliefs quii*eprésente, croyons-nous, /<? Déménagement des Beaux- 
Arts, à la façade du palais de M. Balat, qui ronfle quand on lui 
présente la statue d'un astronome par un de ses membres, qui 
adopte les yeux fermés les plans des vilains monuments en me- 
nuiserie dont on a sali Bruxelles depuis quelques années, la 
Commission se réveille pour dénigrer bassement une œuvre de 
la plus sérieuse valeur. 

Nous n'avons pas à défendre ici l'œuvre de Paul De Vigne. Elle 
n'a nul besoin d'être défendue. Nous en parlerons plus longue- 
ment quand elle occupera, coulée en bronze, sa place définitive. 

Ce que nous défendons aujourd'hui, c'est l'école jeune toute 
entière, c'est la liberté de l'artiste. Ce que nous nions, c'est le 



droit à une Commission quelconque et surtout à une Commission 
de la compétence de celle-là, de diriij^er en maître l'œuvre d'un 
artiste, de lui imposer sa fa(;on de voiret ses volontés. 

Queces3IM. lesan^liitecles dirigent leurs maçons, mais qu'une 
fois renlenle établie entre le sculpteur et l'architecte sur les 
dimensions, le sujet même et la forme générale du groupe, le 
sculpteur soit seul niaîlre d'une œuvre que seul il signera. 



JalVRE^ JSfOUVEAUX 



Isidore Pistolet, doctrinaire de l'avenir, par Jkan Fusco. 
— Bruxelles, Van CuoMimuGGiiK-GiiiiiSTiAENs, éditeur. 

L'an, les lettres, la science, la politique, voire la finance, 
ont leurs sallimhanques, et à chaque carrefour s'élève un tréteau 
sur le(iu('l quehpie charlatan galonné, cas([ué, em[)anaclié, doré 
sur tranche, débite son orviétan, à grand fracas de grosse caisse 
Cl de cymbiles. Tout de nos jours es^l prosi)cclus-réchime, puf- 
fisme, boniment, Barnum, Mcrcadet et Mangin sont -les rois du 
monde. La témérité et la bonne foi reculent dans VcxW. Si le 
paysan du Danube aventurait dans notre société de clinquant et 
de chrysocale ses gros babils et sa rude voix loyale, il serait 
condamné pour outrage public h la pudeur. 

De tous les saltimbanques, dit Jean Fusco, 'équilibristes, pail- 
lasses, mimes et autres sauteurs, le plus répugnant et le plus 
drôle, le plus invraisemblable et le plus impudent, le plus comi- 
que et le plus méprisable, est le saltimbanque politi(|ue. 

Ces lignes promettent un pamphlet acerbe, cinglant et crava- 
chant, et en effet, Jean Fusco s'est plu à nous montrer, dans son 
Isidore Pistolet, crayonné d^unc verve emportée, une expression 
complète de cette politique rampante et lufscjuine dans laquelle 
le caractère national s'enlise et s'avachit de })lus en plus, politi- 
que hybride, sans couleur et sans sexe, dont le doctrinaire est la 
cheville et l'indépendant la chrysalide. 

Pour fustiger avec cet irrespect, celte crànerie, ce diable au 
corps, les opinions les plus respi^ctacles, pour bafouer et carica- 
turiser avec une gaîié imi)lacable le triomphe électoral le plus 
extraordinaire qui fût jamais, pour associer dans la même raclée 
satirique les pontifes solennels et les grotesques fantoches, ce 
Jean Fusco doit, sans contredit, être quelque affreux radical, un 
suppôt de l'extrême gauche? On nous assure que non : Jean Fusco 
n'est qu'une faible feunne, fille d'un homme politique défunt à 
qui ((uelques pamphlets bien troussés avaient valu jadis une cer- 
taine célébrité. A la fermeté du Irait, à la verdeur de l'ironie, on 
ne soupçonnerait pas l'origine féminine de l'opuscule. Espérons 
que Madame Jean Fusco, après nous avoir raconté l'incubation et 
Féducation du doctrinaire de l'avenir, nous le montrera en pleine 
possession de son être et en pleine ascension vers la puissance 
et les honneurs, auxquels évidemment le destinent le vide de son 
cœur, la platitude de son esprit, la souplesse de son échine et la 
bêtise de ses concitoyens. 

Quelques Sires, par Léox Ci.adel. — Paris, (.)l]j;ndo«ff. 

Sous ce litre, Léon Cladel publie chez Paul Ollendorff seize 
nouvelles fières et viriles (jui continuent bien Urbains cl Ruraux. 
Un livre de Cladel est une bonne fortune pour les lecteurs 
lettrés aimant l'originalité du- styie, la prose frappée et burinée, 
la grande hardiesse des sujets. 



Une sève puissante anime les héros et vivifie les j)aysages dans 
ces nouvelles. C'est bien là le travail d'un artiste robuste et par 
dessus tout, d'un indépendant. 

Les poésies de Catulle Mendès. — Paris, Ollendoî^ff. 

Chez Ollendortr aussi paraît une nouvelle et très coquette édi- 
tion des poèmes de Catulle Mendès, augmentés de soixante-douze 
pièces inédites. Quatre volumes ont paru : Contes épiques, Hes- 
pe'ruSy Soirs moroses et Le Soleil de minuit. Paraîtront succes- 
sivement : Pliilomela, Sérénades, Pagodes, Intermèdes. 

On relira avec plaisir les j)oésies de Catulle Mendès dans l'élé- 
gante édition Ollcndorff, j)ubliée à son heare puisque l'édition 
antérieure' de -certains poèmes, Hcspérus \\\\v exem|)le, les Soirs 
moroses et les Contes épiques, parus chez Sandoz et Fischbacher 
en 1876, est entièrement épuisée. 

Les motifs typiques des Maîtres Chanteurs. Etude pour 
servir de guide à travers la partition, par Camillk Benoit. — 
Paris, ScuoTT. 

Camille Benoit, un wagnérisle convaincu, musicien compétent 
autant que critique subtil; a publié chez Scholt une notice sur la 
comédie musicale qui révolutionne en ce moment le théâtre en 
Belgique. A l'exemple de Ilans von Wolzogen qui fit paraître, on 
s'en souvient, les thèmes- caractéristiques de V Anneau du Nibe- 
lung et de Parsifal accomi)agnés d'exj)lications qui en préci- 
saient la portée, Camille Benoit donne, avec une analyse de 
l'œuvre poétique, les motifs typiques des Maitres-Chanteurs . 

La traduction d'une page de GuUhe sur la mission poétique 
de Hans Sachs termine cette brochure, qui facilitera au jiublic la 
compréhension de l'œuvre de AVagner. 



.; yHÉATRE^ 

TiiKATRK i)K !.A MoNNAïK. — On a joué jeudi un o|)('-ra inédit : 
L(i Visite roijalc, muisique de Haydn et Van Canipeuhoul. Le roi 
Gunlher. qui assistait à la représentation avec son élat-niajor, 
Siuurd, la reine Brunhilde et d'autres au<jrustes personnaji'es, a paru 
enL-hanté de la représentation qu'on lui offrait. A défaut de valeur 
artistique, l'œuvre nouvelle a <les mérites de inise en scène qui ont 
décidé du succès. Les costumes surtout, |)Our le.sqiiels les clianiar- 
rures, l'or, les brillants, les soies éblouissantes ont été prodiiiués 
avec une j)rof'usion magnifique, ont fait l'objet de l'admiratiou 
générale. 

C'est une pièce à spectacle, une fête des yeux dont le sujet n'est 
qu'un accessoire. Dans un décor très sinq)le, l'efiet de ces costumes, 
parmi lesquels un grand nombre de travestis qui déguisaient les 
acteurs, tous connus, au point de les rendre méconnaissables, était 
des plus heureux. Sigu^d et le roi Gunlher ont ri de bon conu* de la 
mine comique des figurlants, serrés dans <les habits bi*odés au cou et 
sur les basques, et embarrassés d'épées à garde dorée qui s'empê- 
traient dans leurs jambes et les faisaient parfois trébucher. 

Les ministres accrédités par l'empereur Attila aujtrès do la cour 
du roi Gunlher se sont retirés dès le [)remier acte. On disait dans 
les couloirs qu'ils avaient été blessés du nombre i)rodigieux de 
rubans de couleur et de petites croix eu argent, en fer-blaiic, en 
émail, en nickel, dont on avait alTublé les choristes, et même les pre- 
miers sujets. Ils avaient cru voir dans cet étalage, vraiment un peu 
exagéré, une ironie trop irrévérencieuse, les limites qui séparent le 
théâtre et les carnavaleries du domaine de lavie sérieuse devant tou- 
jours être respectées. 

On espère que la susceptibilitc' ombrageuse dé Leurs Excellences 
sera calmée par les voies diplomatiques d'usage. 

La musique du jeune Haydn et celle de feu Van Gampenhout, bril- 
lamment exécutée par rorchestre, a été aj)plaudie et même acchi- 
mée. Elle a partagé, avec la mise en scène, les hoiuieurs de la soirée 

Dans les entractes, la chapelle particulière cle la cour de Guntlicr 




a joué (les airs de circonstance écrits par lin des officiers du Palais, 
nommé lleyer. On les a peu écoutés, l'intérêt du public étant exclu- 
sivement concentré-sur le si)ectacle. 

La représentation dont nous venons de rendre compte a jeté un 
peu de trouble dans le répertoire. Voici les choses remises en état. 
La douzième représentation des Maitres-Chanteurs aura lieu de- 
main lundi, La treizième, mercredi. 

Il est question d'inaugurer ce jour là la nouvelle distribution de 
l'ouvrage. jM'"e Bosman, qui répète son rôle depuis quelque temps 
déjà avec Joseph Dupont, remplacerait M"'« Caron dans le person- 
nage d'Eva et M. A'erhees succéderait à M. Jourdain dans celui de 
Walther. 

On reprendra mardi la Trariata, un simple raccord en vue de la 
représentation dans laquelle chantera, à la fin du mois, M'"e Albani, 

C'est le 2 mai, un samedi, qu'aura lien la clôture de la saison 
théâtrale. 

Outre Théodora que M'^e Sarah Bernhardt viendra jouer dix fois 
dans le courant de juin avec la troupe de la Porte Saint-Martin, on 
parle i|e quelques représentations de Messalina-, qui seraient données 
en juillet par la troupe de ballet de l'Eden de Paris. Mais à cet 
égard rien n'est encore décidé. 

Parmi les ouvrages qui seront montés cet hiver sous la nouvelle 
direction, citons Cosi fan Uittc de Mozart ^i Sylrana Ae Webér. 

M. Litolfl' est arrivé hier à Bruxelles avec M'"<5 Litolff. Il vient 
s'entendre avec M. Verdhurt au sujet de la distribution et de la 
mise en scène des Templiers. 

Los engagements que fait M. Verdhurt en vue de Itf^prochaine 
saison d'opéra annoncent une troupe d(| premier ordre. C'es\t ainsi 
qu'il vient d attachera son entreprise, comme première duègne, une 
cantatrice de grand talent et de grande réputation : M'"e Caroline 
Bar])ot. — Rien que cela ! 

jVjine Barbot est en ce moment en représentation à Avignon, où 
elle chante avec beaucoup de succès les rôles de falcon. — C'est là 
que M. Verdhurt a été la trouver et qu'il l'a décidée à accepter 
l'emploi de duègne à l'Opéra de Bruxelles. 

C'est un coup de maître qu'a fait là notre futur imprésario. 
M'"» Barbot est, en effet, une cantatrice de haute valeur, pension- 
naire de l'Opéra et de l'Opéra-Gomique, qui a fait les beaux jours 
des premières scènes de France et d'ailleurs. 

Jeune encore, car elle ne compte guère qu'une quarantaine d'an- 
nées, et encore en possession de presque tous ses moyens vocaux, 
— M™" Barbot a cédé aux instances de M. Verdhurt à raison des 
conditions fort belles q^ii lui sont faites. Elle est engagée pour 
trois ans. 

En veillant comme il le fait à ce que les emplois secondaires 
soient tenus par des chanteurs de sérieuse valeur, — notre futur 
directeur donne la mesure de sou souci artistique; et il y a lieu de 
l'en féliciter. [Le Programme artiste). 



fORRE^FONDANCE 



Bruxelles, le 6 avril 1885. 



Monsieur LE Directuk, 



Rentré de voyage, je lis seulement aujourd'hui votre aimable 
journal. Dans le compte-rendu do la séance de la Porte Verte, votre 
secrétaire (*) cite toutes les observations, sauf celles de ^LM. Cox el_ 
Van Mossevelde. " 

Lp premier a dit qu'il trouvait mal avisé de se mettre hors con- 
cours et hors décorations alors qu'on était crucitié du cou jusqu'au 
nombrii. 

Le second a demandé s'il était convenu que les décorés et ornés de 
titres en feraient paratle dans le catalogue. 

Tout cela est resté sans ré[;onse, mais en principe nous sommes 
de cet avis. 

Je compte sur vous pour rectifier cet oubli. 

Le Président des Artistes indépendants , 
-' D. Cox. 

(*) Notre correspondant fait erreur. Ce n'est point un secrétaire du journal 
qui a rendu compte de la réunion de la l'nrtr Vert'.'. Le document que nous 
avons publié eSt le procès-verbal oftioiel de la .séance, rédigé par M. .lean 
liaes, secrétaire de la Société libre do l'Observatoire. Nous insérons d'ailleurs 
très volontiers la communication qu'il nous fait. 



f 



ETITE CHROp^iqUE 



C'est le 3 mai qu'aura lieu, au théâtre de la Monnaie, le quatrième 
et dernier concert populaire de la saison. Nous en avons déjà publié 
le programme, exclusivement consacré, comme on sait, à l'œuvre de 
Wagner. Ce concert, qui aura exceptionnellement lieu le soir, sera 
l'une des plus grandes solennités musicales de l'année. On y exécu- 
tera, en effet, pour la première fois en langue française, le premier 
acte de la Walkare, ce qui constituera un acheininement vers la 
mise en scène prochaine de l'ouvrage complet. 

Tant pis pour les abonnés du théâtre, qui se donnent, paraît il, 
le ridicule «e pétitionner contre Wagner. N'étant pas en nombre 
pour couvrir les acclamations qui accueillent, à chaque représenta- 
tion, les Maîtres Chanteurs, ils ont, assure-t-on, adressé une sup- 
plique à la direction pour qu'on les débarrasse de Beckmesser, ce 
miroir fidèle de leurs misères. 

Quoi qu'il en soit, ils subiront Wagner jusqu'à la lie, à la grande 
joie de tous les mkisiciens et des amateurs sérieux. 

Mii« Deschamps interprétera au concert du 3 mai le rôle de 

Sieglinde. Comme nous l'avons dit, MM. Van Dyck et Blauwaert 

rempliront ceux de Siegmund et Hynding. Avec ces éléments et l'ex- 

. cellent orchestre de M. Dupont, ou peut être assuré d'une exécution 

brillante. 

Quant à la Chevauchée, elle sera chantée par neuf artistes qui ne 
sont pas encore toutes désignées mais parmi lesquelles on cite 
MMJie» Jane De Vigne, Wolf, de Saint-Moulin, etc. 



Le Musée de Gand vient d'acquérir, au prix de 5,000 francs, le 
Conteur arabe de Th. Van Rysselberghe, exposé au dernier Salon 
des XX. 

Le Musée s'est réservé le droit d'échanger ce tableau, moyennant 
complément du prix, jusqu'à concurrence de 8000 francs, avec la 
Fatitasia, que l'artiste compte aller terminer sous peu à Tanger. 



Le 3« concert de l'Ecole de musique d'Anvers, sous la direction 
de Peter Benoît, a eu lieu samedi dernier au théâtre néerlandais. 
Cette fête musicale était donnée en souvenir du 100^ anniversaire de 
la naissance, à Mons, de Joseph-François Fétis. l'illustre fondateur 
et directeur du Conservatoire royal de Bruxelles. Le programme 
était composé exclusivement d'œuvres de Fétis et notamment : de la 
symphonie en sol tnineur, du sextuor pour piano à quatre mains, 
2 violons, alto et violoncelle, et de la grande ouverture de concert en 
la mineur. Le concert, auquel assistait la fiimille du compositeur, 
a été fort beau, d'après les journaux locaux. 



M. Dumon. l'excellent professeur et le brillant flûtiste qu'on sait, 
vient d'atteindre sa trentième année de professorat. A cette occasion, 
ses élèves et ses amis organisent une manifestation qui aura lieu 
aujourd'hui dimanche, à 10 1/2 heure.s du matin, dans la petite salle 
des c'oncerts du Conservatoire. On remettra au jubilaire son portrait 
l)eiiit par M. Ilerbo. 

Nous a|)prcnons avec regret la mort de M. Charles De Wulff, 
l)rolésseur de piano et compositeur, aimable garçon qui avait su 
conquérir toutes les sympathies. Il souffrait depuis quelques années 
déjà d'un cancer à la langue qui le faisait beaucoup souffrir. 
Il paraissait être à i)eu près rétabli quand la mort est venue le sur- 
prendre inopinément M. De Wultt' laisse un remarquable cours 
théorique de piano en deux parties pour lequel fauteur reçut la 
médaille d'or à l'Exposition de Melbourne. Voici la liste (le ses 
principales compositions pour le piano : Deux études de concert 
(1° Mouvement perpétuel ^'^ V Impétueuse ; Illusion, rêverie-caprice; 
Orne Mazurka de salo7i (ces trois œuvres ont été publiées chez 
MM. Schott frères); Grande valse; Mazurka; Les Motitagnes 
bleues; A travers champs ; Galop; Les Enfants d'Yprcs; Ypriana, 
marche. Il publia aussi une dizaine de mélodies pour chant. 

L'artiste meurt à 53 ans à peine. Il était né à Ypres en 1832. Aux 
funérailles, qui ont été célébrées lundi, assistaient un grand nombre 
d'amis, de musiciens, parmi lesquels des professeurs et le directeur 
du Con.servatoire, une députation de l'école de musique de Saint- 
Josse-teu-Noode, etc. 

A ajouter à la liste des aquarellistes mentionnés dans le compt*:'- 
rendu de l'exposition des IIyd)'ophiles paru dans notre dernier 
numéro, le capitaine Combaz, dont les études du bord de la mer 
témoignent d'un travail consciencieux et assidu. 




Les annonces sont reçues au bureau du journal, 
20, rue de VTnduslrie, à Bruxelles. 



SCHOTT Frères, Editeurs de Musique, Bruxelles 

' RUE DUQGtSNOY, 3^», coin de la rue de la Madeleine 

Maison principale : MONTAGNE DE LA COUR. 82 



lES MAITRES CHAÎiTEUllS DE NUREMBERG 

(Die Meistersinger von Niirnberg) 
Opéra en 3 actes' de 

PARTITION rOUIl CHANT ET PIANO, NET 20 FRANCS. 



IJhretto , ; . . . _ . . . . . 

Benoit. Les iriotifs typiques des Maîtres clianteurs . . . . 

ARRANGEMENTS POUR PIANO A 2 MAINS : 



Fr. 



2 -^ 
1 50 



Ixi Partition complète . . . . . 

OutvrtJnv. Iiitroduftion . . 

Ija même, ai iiilif^. par H. de Hulow - . . . . 

Introduction A\i'i' ticie 

/?cr/(?r, /(^ Répertoire des jeunes pianistes .... 

" H(jU(iuet de Mélodies . . . . . . , 

lirunner, C. Ti-ois transcriptions, cha(iue .... 

vp Para])hruse sur le quinluor du 3" acte . 

Cramer, //. Pot pourri , 

« Marche . 

« Danse des apprentis 

Gnhhaert^, L. Fantaisie brillante . ' , . . . . 
J((cV/, A. Op. l:n. Deux transci'iptions brillantes (Wcrbegesang- 
Preislied), clia(£ue . . . ... . . . 

•1 O]!, 1-lN. Au foyer , 

Lassen, E. Deux transcriptions de salon, n" I . . . . . .. 

7. « 1 n° II. . . . . 

Lei'tert. Op. 2tj. Transcription . . . . . 

Ra/r, J. Réminiscences en quatie suites, cahier I et II, à 

Cahier III. 
cahier IV. 
i?»p;), 7/. Chant de Walther . . . . ... 



2.5 
2 
3 
1 
1 
2 
1 
1 
1 
2 
I 
1 



o 

2.5 
75 
75 
75 



/;> 



2 

2 
2 
2 
1 

2 25 
2 « 
2-50 
1 75 



25 
25 



ARRANGEMENTS POUR PIANO A 4 MAINS 



La Partition complète . '. 

0(av'rl«/V'. Introduction par C. Tausig . . . . . 

Bei/er, F. Revue mélodique . . ... 

Biilow, H. (de). La réunion des Maîtres chanteurs, paraphrase 

Cramer, H. Pot-pourri 

y Marche 

De Vilbac. Deux illustrations, chacune ..... 



35 « 
3 50 



25 

25 
50 
25 



ARRANGEMENTS DIVERS : 

Ouverture pour 2 pianos k 8 mains 

Grpf/OM- e( Z/<'OHrt)*rf. Duo pour violon et piano. 
Kaatner, E. Paiaphrase pour orgue-mélodium. 

Lux, F. Prélude du 3* acte pour orgue 

0?>e}'f/î)O', C/t. ('hant de Walther pour harpe . . . 
Singelée, J. B. Fantaisie brillante pour violon et piano . 
Goltcrman. Chant de Walther, pour violoncelle et piano 
Wichede, F. (de). Morceaux lyriques pour violoncelle et piano 
N° I. Walther devant les Maîtres 

N" 2. Chant de Walther 

WiîhelmJ, A. Chant de Walther, paraphrase pour violon avec 
accompag. d'orchestre ou de piano. Partition 
L'accompagnement d'orchestre. 

« de piano . . . . 



3 7;: 



« 
4 « 

1 50 

1 r, 

2 - 

3 50 
1 25 

1 25 

2 25 



3 « 

5 y> 

3 50 



VIENT DE PARAITRE 

CHEZ Fklix CALLEWAERT Père 

26, RL'E DE L'INDUSTRIE. A BRUXELLES 



LA FORGE ROUSSEL 

PAR Edmond PICARD 

^ Édition définitive, tirée à petit nombre 

Prix : Grand Japon, 60 francs; Chine genuine, 40 francs; 
Hollande Van Gelder, 25 francs. 



VIENT DE PARAITRE CHEZ • 

BREITKOPF & HÀRTEL 

ÉDITEURS DE MUSIQUE 

BRUXELLES, 41, MONTAGNE DE LA COUR 



ŒUVRES INÉDITES 

DE J.-N. LEMMENS. 
Tome deuxième — Chants liturgiques. — Prix net, 15 fr. 



10, RUE SAINT-JEAN, BRUXELLES 
(Ancienne maison Meynne). 



ABONNEMENT A LA LECTURE DES PARTITIONS 



PIANOS 



BRUXELLES 
rue Thérésienne, 6 



VENTE 

ÉCHANGE 

LOCATION 



GUNTHER 



Paris 1867, 1878, d'^'" prix. — Sidney, seul 1" et 2« prix 
EXPOSITION ÂIBSTERDâM 1883, ^EUL DIPLOffE D'HONNEUR. 

J. SOHAVYE, Relieur 

46, Rue du Nord, Bruxelles 



CARTONNAGES, RELIURES ORDINAIRES, RELIURES 
DE LUXE, ALBUMS, ETC. 

' SPECIALITE D'ARMOiRlES BELGES ET ÉTRANGÈRES 



ADELE Deswartb 

23, I^XJE IDE J^J^ ^;^IOLETTE 

BRUXELLES. 
Atelier de menuiserie et de reliure artistiques - 



VERNIS ET COULEURS 

POUR TOUS GENRES DE PKINTURES. 

TOILES, PANNEAUX, CHASSIS, 

MANNEQUINS, CHEVALETS, ETC. 

BROSSES ET PINCEAUX, 

CRAYONS, BOITES A COMPAS, FUSAINS, 
MODÈLES DE DESSIN. 

RENT0ILA6E, PARQUETAGE, 

EMBALLAGE, NETTOYAGE 
ET VERNISSAGE DE TABLEAUX. 



COULEURS 

ET PAPIERS POUR AQUARELLES 

ARTICLES POUR EAU-FORTE, 
PEINTURE SUR PORCELAINE. 

BOITAS, PARASOLS, CHAISES, 
Meublesd'ateliet anciens et modernes 

' PLANCHES A DESSINER, TÉS, 

ÉQUERRES ET COURBES. 

COTONS DE TOUTE LARGEUR 

DEPUIS 1 MÈTRE JUSQUE 8 MÈTRES. 



Représentation de la Maison BINANT de Paris pour les toiles GoLelins (imitation) 

NOTA. — La maison dispose de vingt ateliers pour artistes. 
Impasse de la Violette, 4. 



Bruxelles. — Imp. Félix Oallewaert père, rue de l'Industrie, 26. 



•\ 



Cinquième année. — N** 16 



Lr numéro : 25 centimes. 



DiMANCHR 19 Avril 1885. 



L'ART MODERNE 



PARAISSANT LE DîMANCHB 



REVUE CRITIQUE DES ARTS ET DE LA LITTÉRATURE 



ABONNEMENTS : Belgique, un an, fr. 10.00; Union postale, fr 13.00. — ANNONCES : On traite à forfait. 

A dresser les demandes d'abonnement et toutes les communications à 
l'administration générale de l'Art Moderne, rue de l'Industrie, 26, Bruxelles. 



^OMMAIRE 



Edmond Haraucourt. L'àme nue. — Exposition des Beaux- 
Arts d'Anvers. — Les auteurs des Templiers. L Henri Litolff\ 
IL Armand Silvestre. — Notre jeune littérature. — Notes 
de musique. Concert Hans de Bulow ; Concert Moriani. — Théâ- 
tres. — Bibliographie musicale — Petite chronique. 



'ÎJdmond ]4araucourt 

L'âme nue 

C'est aux Hydropalhcs, groupe littéraire aujourd'hui défunt 
mais qui par testament fonda « le Chat noir», que nous enten- 
dîmes pour la première fois des vers d'Edmond Haraucourt. Les 
Hydropalhcs se réunissaient, le soir, dans un cabaret esthétique 
delà rive gauche. Là rognait Goudeau ; là gouvernail Sapeck. On 
y écoutait Marrol; on y vénérait Rollinat. Entre une charge 
d'atelier et une chansonnolte macabre, un crand corps, de noir 
vêtu, le visage rond, les yeux petits, le crâne ras, se planta sur 
la tribune improvisée cl une voix sourde et monotone, une voix 
moyen-ûgeuse pleura La ballade des piicelaiges mûris. "" 

« Majs qui Dieu sçaitoù sont les pucelaiges ? » 

Et l'on songeait à Villon, au lemps des « escholiers », à la belle 
qui fut heaulmièré, à la 1res sage Héloïs, à Buridan, à Pierre 
Esbaillart de Sainct-Denis, à Bietris el enfin, bien que le sujet 
de la ballade ne la concernât en rien « à la bonne Lorraine, 
qu'Anglois bruslèrenl à Rouen ». Et cette poésie lointaine évo- 
quée dans son rythme et son esprit, non loin de ce vieux Paris 
de Notre-Dame, à l'heure oii Villon sortait voler. ..des rimes d'or 
au clair de la lune, allumait d'enthousiasme toute cette jeunesse 
noctambule comme lui et férue d'amour, elle aussi, pour Guille- 
metle cl Jchanneton qui vivent toujours, hîs folles, mais qu'un^ 



I 



othcicM- d'état civil trop moderne a inscrit sous le nom de Rigo- 
leilect Clara. .'■■*' 

Aujourd'hui, Edmond Haraucourt a publié deux livres : l'un 
paru, il y a trois ans, à polit nombre d'exemplaires et où se 
trouvent des pièces superbes; l'autre, L'âme ?iz^d, récemment 
édité par Charpentier. 

L'âme nue est l'étude de l'âme moderne dans sa vie extérieure 
et intérieure. La vie extérieure comprend les Lois, les Cultes, les 
Formes; la vie intérieure, vie d'enfance, vie d'adolescence, vie 
d'arrière-jeunesse, comprend Y Aube, Midi., le Soir. Le livre est 
d'après ce plan divisé en six parties. Celte symétrie parfaite, ce 
côté méthodique de composition est intéressant à noter. Le poète 
est enclin à didactiser légèrement, et cela tient à ce qui fait le fond' 
de son talent, à sa nature que nous qualifierons volontiers de 
classique, si l'on veut ôter à ce mot sa nuance d'école et de 
système. Il aime la ligne, la solidité, la correction, l'ordonnance, 
qualités essentiellement latines. Et sa poésie paraît une poésie 
bien i)lus d'expression que de suggestion. 

Il est de mode aujourd'hui, dos qu'un volume remarquable 
naît, de faire plutôt l'analyse de l'auteur que du livre. Les cri- 
tiques se servent du poème pour pénétrer l'esprit de l'écrivain, 
pour mettre à nu son intelligence et faire on quelque sorte son 
autopsie morale. Ils lui fabriquent des ancôtros, lui inventent 
une famille, fixent son milieu, et», sous ]>rétexle d'expliquer son 
œuvre, le doshabillont el très souvent l'exécutent. Ils agissent 
comme le romancier vis-à-vis des personnages de son livre; leur 
critique n'est souvent (ju'une fantaisie sur la manière dont une 
œuvre littéraire est écrite par un Parisien de la décadence. Nous 
désirerions pour notre part nous occuper moins de M. Haraucourt 
que de son livre et consacrer-nos rétîexions unicjuemenl à ses vers 
et à leur forme. Certes, comme tout poète contemporain, M. Ha- 
raucourt a l'âme désorientée; les idées les plus profondes et les 
plus traditionnelles y sont ébranl«''es et son cœur n'est ({u'une 







plaine douloureuse oùsouftle l'ennui, toujours l'ennui. Mais l'ex- 
pression de ce doute et de cette mélancolie lui est parliculière; 
tout en sentant ce qu'éprouve chacun de nous, il a réussi à le tra- 
duire avec une langue et une couleur à lui. 

Sa j)lirase est nette, bien que souvent elle doive revêtir une 
idée vague et pliilosophiquo; elle est coupée à angles droits; elle 
est belle, riche, pleine; elle ne fait pas des sinuosités avec des 
incidentes nombreuses et ne s'émiette pas en détails. Elle ne 
^[^u^abonde point, elle est conduite à poing ferme, elle est bridée 
et même (juand elle part des quatre fers on sent qu'elle ne court 
aucun risque de prendre le mors aux dents. 

Les mots sont des mots clairs, bien sonnants, admirablement 
taillés. Ils s'emboîtent danslesstrophcs comme des émaux régu- 
liers dans un vantail do châsse, ils forment mosaïque, ils se 
groupent en arabesques prévues et peu enchevêtrées. M. Harau- 
court connaît leur poésie. Il sait les fiers et les hautains qui 
passent dans ses quatrains comme dos porte-drapeaux dans les 
cortèges, les jeunes qui sourient avec des grâces de printemps en 
fleur, les souffrants et les pâles dont le son est un râle ou un 
sanglot, les douloureux qui paraissent traîner après eux comme 
une marée (le mélancolie cl se déroulent ainsi que des nuages 
lourds, les forts qui se carrent comme des lutteurs, les révolu- 
tionnaires qui ameutent comme les tocsins. 

On ne fait de belle poésie qu'en sachant les mots poétiques. 
Oui, poétiques. Tous ne le sont pas, mais tous peuvent le devenir. 
La poésie est une aristocratie ouverte. Il suffit que le plus misé- 
rable et le plus gueux des mots soit ramassé et décrassé par une 
main experte pour qu'il entre dans les vers avec un manteau de 
roi. Néant aujourd'hui, un Banville, un Baudelaire, un Hugo, en 
feront un diamant demain. 

.Nous avons lu des pièces de M. Haràucourt admirablement 
poétiques. Grâce à sa science des mots, il y exprime sans offenser 
le tact poéti((ue les idées les plus techniques. Voici comme 
exemple les .4 /o/»<?5: . . 



Rien ji 'était. Le Néant s'étalait dans la nuit; 
Nul frisson n'annonçait un monde qui commence ; 
Sans forme, sans couleur, sans mouvement, sans bruil. 
Les germes confondus flottaient dans l'ombre immense, 

lie froid stérilisait les espaces sans 'fin ; 
I/essence de la vie et la source des causes 
Sommeillaient lourdement dans le chaos divin. 
L'àme de Pan nageait dans la vapeur des choses. 

L'originelle Mort, d'où l'univers est né, 
Engourdissait dans l'œuf rinnommal)le matière. 
Et, sans force, impuissant, le Verbe consterné 
Pesait dans l'infini son œuvre tout entière. 

Soudain, sous l'n^il de Dieu qui regardait sans but. 
rYémit une lueur vague de crépuscule. 
Latome vit l'atome ; il bougea : l'Amour fut, 
Et du premier baiser naquit la molécule. 

Or, l'Esprit .stupéfait de ces accouplements 
Qui grouillaient dans l'abîme insondé du désordre, 
Vit, dans la profondeur des nouveaux firmaments. 
D'infimes end)ryons se chercher et se mordre. 

Pleins de lenteur pénible et d'efforts caressants. 

Les corps erraient, tournaient et s'accrochaient, sans nombre. 

L'Amour inespéré subtilisait leurs sens; 

La lumière naissait des frottements de l'ombre. 



Et les astres germaient. splendeurs ! matins ! 
Chaudes affinités des êtres et des formes ! 
Les soleils s'envolaient sur les orbes lointains, 
Entraînant par troupeaux les planètes énormes! 

Des feux tourbillonnants fendaient l'immensité, 
Et les sphères en rut roulaien t leurs masses rondes : 
Leurs flancs, brûlés d'amour et de fécondité, 
Crachaient à pleins volcans la semence des mondes. 

Puis, les éléments lourds s'ordonnaient, divisés : 

Les terres s'habillaient de roches et de plantes ; 

L'air tiède enveloppait les globes de baisers. 

Et les mers aux fîots bleus chantaient leurs hymnes lentes. 

C'est alors qu'au milieu du monde épais et brut, 
Deboiit, fier, et criant l'éternelle victoire. 
Chef d'œuvre de l'Amour, l'être vivant parut! 
— Et Dieu sentit l'horreur d'être seul dans sa gloire. 

La pièce est superbe de clarté et d'expression. Elle se déroule 
méihodiquement, avec une allure de narration ; elle a commen- 
cement, milieu, fin; elle apparaît comme un beau monument 
régulier avec portail, vaisseau et abside 

Aussi bien, c'est dans la première partie de son livre, d'où 
cette pièce esl tirée, que M. Haràucourt témoigne le plus forte- 
ment de ce que nous avons appelé son talent classique. Plus 
qu'ailleurs on y trouve le mot, la phrase, la strophe et le poème 
ordonnés. 

Mais ce qui nous décide à ranger M. Haràucourt parmi les esprits 
classiques, bien plus encore que ses modes d'expression, c'est sa 
manière de penser. Plus que personne, il pense solidement. Son 
vers est nourri, bourré de pensée. Parfois celle-ci fait tort à 
l'harmonie et l'hémistiche semble une cassure alors qu'il ne 
devrait être qu'une ligne de démarcation. Souvent deux mêmes 
mots rapprochés par des propositions différentes, qui donnent à 
l'idée un tour inattendu, se heurtent et font craquer le quatrain. 

Aussi est-ce grâce à celte vigueur de cerveau, à cette santé de 
raisonnement que le poète a pu triompher de l'énorme difficulté 
des sujets scientifiques. Il les traite avec une sûreté étonnante, 
en maître. 

Les vérités les plus ingrates à mettre en strophes apparaissent 
claires et comme en relief. Les vers loin de leur enlever 
quoique ce soit de leur axiomilé, la soulignent au contraire et ne 
l'obscurcissent en rien. Et V Immuable, la Réponse de la Terre, 
les Atomes comptent parmi les plus larges poésies philoso- 
phiques qu'on ait rimées. 

Nous avons essavé de fixer un côté du lnlent de M. Ilarau- 
court; talent personnel, solide et superbe, le plus remarquable 
qui se soit révélé depuis ces dernières années à Paris. M. Haràu- 
court va entrer dans la période de maturité intellectuelle, d'où 
sortent les œuvres définitives.^!] est de taille à entreprendre 
celles qui doivent rester pour l'avenir. 



EXPOSITION DES BEAUX-ARTS D'ANVERS . 

Le jui^ a terminé vendredi après-midi l'examen des 
tableaux envoyés, sauf la revision d'une partie des 
œuvres acceptées, qui aura lieu lundi et qui amènera 
sans doute quelques refus complémentaires. 

Il n'en a été admis que 325 eiiviron sur 2,300 annon- 
cées. 



L'ART MODERNE 



123 



Cette sévérité, dont il n'y a pas d'exemple, provient 
de ce que les artistes ont choisi leurs envois en suppo- 
sant qu'il s'agissait du Salon triennal d'Anvers, tandis 
que le jury les a jugés en considérant qu'il s'agit d'une 
exposition internationale, en présence de nations con- 
" eu rrentes redoutables. 

Lors de toutes les séances le jury a été complet à une 
ou deux abstentions près. C'est là un zèle exceptionnel 
et très louable. ■' »■" 

Toutes les décisions ont été prises à vote ouvert. Une 
seule fois le vote secret a été demandé. Mais on n'y a 
pas persisté en présence de l'opposition très énergique 
de la plupart des membres. Voilà un précédent qui, 
souhaitons-le, fera fortune. 

lia été décidé queles cadres de peluche et de velours, 
qui nuisent tant aux voisins, seraient proscrits. Les 
exposants seront invités à les modifier. Sinon on le fera 
d'office en les couvrant de papier doré. 

La presque universalité des votes ont eu lieu avec 
une grande indépendance. Les considérati()ns person- 
nelles ont très rarement eu de l'influence. Pres(|ue tou- 
jours elles ont cédé devant des observations sur la va- 
leur de l'œuvre. On a continué à protester chaque fois 
que l'on demandait les noms des exposants sur le sort 
desquels on statuait. - 

Lundi sera nommée la commission de placement. On 
est presque d'accord sur les noms. 

Il a été décidé qu'on ferait appel aux artistes et aux 
amateurs pour complétijr autant que possible, par des 
tableaux de choix, l'énorme déficit résulté des refus. 
Le jury entier a émis le vœu que les abstentions cessent 
et que chacun s'efïbrce de faire triompher notre art 
dans la lutte périlleuse où l'Exposition internationale 
va l'ensfaser. 

Les locaux .sont bien aménagés. La lumière est belle. 
La ventilation lai'^se à désire. 



LES AUTEURS DBS TEMPLIKRS 

Henri Litolff a passo uiif pailie do la semaine à Bruxelles, où 
il a eu avec M. Vcrdluirl de fréquentes entrevues au sujet de la 
mise au point des Templieis et de la distribution des rôles. 

Dans une réunion intiniecomposée d'artistes, ileerivains, de 
musiciens, il a fait entendre quelques frai^uienls de son œuvre, 
. dont Armand Silvestrc, l'auteur du texte, a es(|uiss('' le sujet. L'im- 
pression de cette première lecture au piauo a été exeelleiilc. Nous 
publions, à cette occasion, les médaillons que Théodore de Ban- 
ville a sculptés à l'etiigie des deux artistes que révélera procliai- 
nemcnt l'audition des Templiers à la Monnaie. 

I. Henri Litolff. 

Ah! refus des direct<Mn*s, envie des rivaux, hain*^ des imbé- 
ciles, travail dans les chambres froides, misère, soutlVances de 
ceux qu'on aime artreuseuu'iU mêN'es à la fièvre de la création, 
omportcmenls, délires, amours ell'orts >urliMm;tiiis, démons 



acharnés contre le génie do Pliommc, malheurs, accidents, 
ennuis ridicules, crimes du sort! Non, impuissants que vous 
êtes, nous n'êtes pas non jdus parvenus à enlaidir eelui-là, et 
c'«st même en vain que vous avez essayé de dénuder un vaste 
front de poète, sur lequel il y avait une telle chevelure crespelée 
ol farouche qpe, malgrp tout ce que vous en avez arraché, elle 
est encore inextricable et profonde comme une forêt î C'est en 
vain que vous avez plongé; dans les joues de Litolff vos doigts 
furieux comme ceux d'un, statuaire romantique ; c'est en vain (jue 
vous avez creusé cruellement de vos ongles ses yeux victorieux, 
que vous en avez cerclé le dessous et que vous avez voulu rap- 
procher l'un de l'autre son nez et son menton ; en dépit de vous, 
il est beau! Et beau d'une beauté qui n'a rien de trop résigné; 
car dans ses traits convulsés et calmes habit(% cachée en des 
replis imperceptibles, la rafraîchissante et vengeresse ironie. Et 
comment i\\ serait-elle pas? car lorsqu'enfiu on eut ouvert à 
Litolff un petit théâtre, et (ju'il y eut fait entrer (comme le cheval 
de bois dans ilios) la divine Lyre, soigneusement cachée dans 
l'élui d'un chapeau chinois, il se souvient alors i\m) depuis virii^t 
années, lui fermanl obstinément leurs portes, les directeurs 
avaient voulu tuer en lui la virilité de ï'arL, la puissance créa- 
trice: mais il borna sa vengeance contre. eux à comj)Oser un chef- 
d'icuvre de musique bouffe, dont le héros l'ut la- \ictime do Ful- 
bert, A bélarJ ! 

II. Armand Silvestre. 

Le beau front, les légers sourcils très bien dessines, les beaux 
yeux souriants, bruns, profonds, humides, vous raconteront le 
graud poêle de la Douleur et l'Amour, sans quoi superficielle- 
ment observé, tout ce plantureux visage, comme celui de Balzac, 
semblerait sans plus celui d'un bon vivant, trempant sa lèvre 
sensuelle dans le verre magnifiquement empourpré de Rabelais, 
ou pour aller plus vite, mordant à même dans la grappe san- 
glante. Le visage plein, la barbe soyeuse, abondante et. blomle, 
le teint de rose fleurie, l'air bon, aimable, débordant de gaieté et 
de vie, sont d'un sage qui dans le paradis eût volontiers mangé 
la pomme, et aussi tout un panier de pommes, quitte à s'expli- 
quer ensuite. Un petit nez toujours en quête, coquin, chercheur, 
amoureux, une oreille heureuse et rougissante, une bouche gour- 
mande, rouge, riease, voluptueuse sous la moustache blonde, 
des joues à fossettes récitent leur profession de foi avec une 
entière franchjse. Le menton qui n'a rien de trop volontaire, 
affirme pourtant ([ue le poète est très suscej)lible de décision, 
quand il s'agit de dompter la fuyante chimère. Les cheveux châ- 
tain foncé coupés courts se portent bien; mais il ne serait pas 
impossible qu'on y vit un jour se dessiner une légère tonsure, 
car le dieu Désir ressemble à ces féroces cuisiniers anglais qui^ 
lors(|u'il s'ai^it de préparer un festin de noces, ne se font aucun 
scrupule de plumer des cygnes ! 



KOTRB JëU\E LITTÉRATIIIE 

Toute notre litlc-ralure nationale n'est-elle pas arrivée à 
celte étape de <rm d(''veloppement où il convieiit, pour la 
forcer h un nouveau et dé-cisif progrès, de se montrer rigoureux 
sur toutes choses? Le mouvement commencé il y a vingt-cinq 
ans, au moins, par deséciivains qui luttaient alors dans l'obscu- 
rité et la solitude, abouiit présentement à un épanouissement 
lîiagnilique. Les troues isolés et tourmentés d'autrefois ont par- 
tout tracé leurs drageons et la plaine enlièie se couvre de pousses 




nouvelles. Il ne s'agit plus de savoir s'il y aura récolle, mais si 
la récolle sera belle. Il y a désormais plus de planls k arracher 
ou à émonder qu'à faire germer. C'esl pourquoi il faul se mon- 
trer sévère et commencer à réclamer ces raffincmenls qui sont le 
propre des œuvres vraiment belles. 

Nous le rappelions récemment ailleurs, en citant Brunelière : 
c'est vraiment en poésie que la forme est inséparable du fond, 
ou, pour mieux dire, que l'insuffisance ou la banalité de la forme 
risque de précipiter l'œuvre entière dans l'oubli. Quoi de plus 
naturel? Si l'on écrit en vers, n'est-ce pas pour ajouter à la vériié 
du fond ce que la magie de l'art peut donner de prestige, de 
séduction, de splendeur? El quelle raison aurait-on de mesurer, 
de cadencer, de moduler la pensée, s'il n'y avait dans la modula- 
tion, dans la cadencé, dans la mesure une vertu propre et très 
puissante, analogue à celle de la ligne en sculpture et de la cou- 
leur en peinture! Les vers n'expriment rien au fond qui ne se 
puisse dire en prose; leur supériorité consiste donc à peu près 
uniquement en la forme. C'est ce qui explique pourquoi d'une 
langue dans l'autre les poètes sont intraduisibles, comment il 
n'est pas envers eux de pire trahison que de les mettre en prose, 
et qu'aucun éloge ne leur agrée plus que de s'entendre dire qu'ils 
connaissent tous les secrets de leur art. C'est aussi l'explication 
du succès passager qui n'a jamais manqué môme à des formes 
vidos, pourvu qii'ellos fussent,,neuves, originales ou savantes. En 
aucun temps un mauvais rimeur n'a pu passer pour un grand 
poêle. Ce n'est pas la même rhétorique qui gouverne l'art pédes- 
tre d'écrire en prose el l'art ailé de chauler en vers. L'inspiration 
a rarement suBi à soutenir les œuvres, el le talent naturel sans 
une certaine discipline, de plus en plus rigoureuse, risque de 
n'aniener que des succès fragiles. Un cri du cœur fait honneur à 
la sensibilité de celui qui le laisse échapper, mais nous avons 
tous poussé des cris du cœur et nous n'en sommes pas plus 
écrivains pour cela. L'expression de ce cri, c'est-à-dire l'ensemble 
des moyens et la succesion des artifices qui, des profondeurs 
obscures de la sensibilité, l'amènent à la pleine conscience de 
"lui-même et le fixent dans une forme durable, voilà l'art; voilà 
aussi le métier. Qu'est-ce que l'impropriété des termes ajouterait 
d'éloquence à ce cri? On voit, au contraire, très bien le surcroît 
de valeur qu'il reçoit de la précision du langage et de la con- 
trainte du rythme. Il y a un devoir rigoureux qui incombe à 
l'artiste de s'approprier tout ce' qu'une science certaine met au 
service de son sujet. Il s'agit d'une nouvelle probité. Bien loin 
donc que la préoccupation du métier puisse jamais gêner la 
liberté de l'artiste, c'est le seul moyen qu'il ait d'arriver à 
r,expression entière de sa pensée. Par cela seul que l'on s'impose 
l'obligation d'éprouver de plus près la qualité des syllabes et 
d'être plus difficile sur le choix des mots, on se rend plus 
exigeant sur l'exactitude el la vérité des choses. 

Mais nous devons dire que présentement la plupart de nos 
jeunes écrivains chantent uniquement pour chanter, et fort 
agréablement. Jolies voix, timbres variés, méthodes parfaites. 
Vocalises, trilles, notes pointées, tout carillonne à merveille. 
Quelles paroles vont-ils mettre là-dedans? C'est la question 
qu'on commence à se poser un peu partout. Car, à la longue, 
tant de virtuosité lasse. El si ces troubadours, se campant eu' des 
poses de défi, proclament avec insolence (ils adorent ce mot-là) 
leur droit à la fantaisie, il se pourrait que le public qui, sans 
aller jusqu'à l'insolence, devient à certains jours cruellement 
dédaigneux, s'avisât de ne plus s'occuper d'eux. Il en est du style 
comme du violon. iNous ne sommes plus au temps où rhabilèté 
suffisait à tout. Nos Paganini litténires risquent de voir le public 
déserter leurs concerts. 

Quelques-uns déjà l'ont compris el, malgré les objurgations 
des fanatiques de la bande, lâchent le programme sacro-saint el 
commencent à nourrir leurs œuvres d'autre chose que des sucre- 
ries de la fantaisie pure. Ils y viendront tous, espérons-le. Devant 
les sacrifices qu'exige, pour se livrer, la gloire dont ils sont très 
friands, leur mépris déjeunes dieux ne tiendra pas. Il n'y aura 
bientôt plus qu'a trouver une explication décente pour jusiifier 
la conversion et sauver l'amour-propre si fortcmeul engagé par 



les déclarations pompeusement el sacerdoialement débitées en 
maintes circonstances. 

Ce mouvement qui faiblit n'était, du reste, qu'une répétition 
; sur le sol belge, vingt ans après, comme dans les Mousquetaires ^ 
d'un remous littéraire actuellement bien apaisé en France. Impor- 
tation, accompagnée de fanfares et de cymbales, de gambades et 
d'entrechats, du Dogme de la Forme. Grande et triomphante 
bousculade des vulgarités qui caractérisaient chez nous un art 
dans lequel pullulaient les écri;Vassiers el luttaient quelques rares 
écrivains. Réconfortant et joyeux épanouissement d'une littéra- 
ture adroite, légère, fantaisiste, mirifiquement attifée, mais assez 
vide du côté delà cervelle. Furies, pétarades, allégresse pour les 
jeunes, consternation pour les vieux. En somme, vigoureuse 
avancée artistique. 

Mais après? Car nous n'allons pas, n'est-il pas vrai, en rester 
là et nous contenter de ces premières et louables victoires, leste- 
ment et galamment remportées par ceux qu'on a comparés, aux 
premiers jours de leurs exploits, aux généraux imberbes de la 
République, battant el chassant les culottes de peau des armées 
routinières? 

Oui, après? Que faire? 

Eh, ma foi! ils le trouveront bien tout seuls, par un acte de 
claire volonté, ou par instinct, inconsciemment. 

Car les évolutions littéraires, comme toutes les transformations 
naturelles, se déroulent invinciblement. Vieille géante, muette et 
aveugle, assise imperturbable au carrefour des temps, la fatalité 
tourne la manivelle. C'est sur la toile qu'elle fait lentement mou- 
voir que dansent nos jeunes héros, et elle les achemine, sans 
qu'ils s'en doutent, vers leurs destinées, comme toutes les 
marionnettes humaines. Ce ne sont pas nos homélies qui déter- 
minent le voyage qu'ils font bon gré mal gré. 

Mais pour aider à ces métamorphoses on peut dire à nos lillé- 
rateurs : 

Rentrez en vous-mêmes, concentrez-vous. Ne pensez désor- 
mais qu'à votre paysi cherchez-y toutes vos émotions, toutes vos 
inspirations. A cette seule condition, vous serez sincères. Tout 
en vous est équilibré pour le comprendre el l'exprimer. C'est 
l'effet de l'hérédité dans les générations sans nombre dont vous 
descendez et qui ont charrié jusqu'à vous les équations de plus 
en plus exactes entre vos individualités et votre milieu natal. Or, 
l'art veut cette pénétration profonde; il a horreur du superficiel. 
N'essayez pas de vous nourrir d'un autre suc que le suc mater- 
nel. Ce n'est que lui qui, par votre plume, saura rendre les 
nuances dont dépend la vérité et sans laquelle elle n'est jamais 
louchante. Vous êtes nés Belges, pensez en Belges." Avec les qua- 
lités prenez-en même les défauts. Mieux vaut cela que d'essayer 
de jouer des rôles pour lesquels vous n'êtes pas conformés. L'ac- 
cord entre l'œuvre d'un homme et les tendances de sa race est la 
plus haute el la plus noble condition de sa valeur. 

Voilà une première condition pour continuer le développement 
de notre art nouveau. 

Une autre, c'est que nos jeunes s'instruisent davantage d'autre 
chose que de l'érudition littéraire. Car leur ignorance sur tout 
les autres sujets est imposante. Certes, nous sommes de ceux qui 
croient qu'une éducation qui a pour base les belles-lettres est en 
somme une des meilleures et donne une supériorité qui toute la 
vie accompagne comme la sérénité d'une robuste constitution 
physique. Mais cela ne suffit pas. Il y a vingt-cinq ans, l'ardeur 
de la jeunesse à étudier l'histoire, la philosophie, les sciences 
sociologiques était merveilleuse. Actuellement cela est dissipé : 
il semble qu'il n'en reste que peu d'éléments dans l'atmosphère. 
Nos jeunes écrivains se nourrissent presque exclusivement de 
littérature. Ils font peu de cas du reste. Ils n'ont que des sar- 
casmes pour les intérêts qui sortent du petit cercle artistique où 
se gaudit leur virtuosité. Ici également ils ne fonl que répéter 
une consigne venue de France. Charles Longuet rappelait récem- 
ment, à l'occasion de la mort de Jules Vallès, que Zola, dans un 
article loyal et courageux, où il exprimait son admiration pour 
les romans de ce mort regrette et si violemment alta(iué, lui re- 




prochait d*élre allé perdre ses dons littéraires aux ingrates beso- 
gnes et aux basses œuvres de la politique. « Etrange critique, 
répliquait-il, qui caractérise pourtant une société en décadence, 
ou plutôt un interrègne entre Tancien monde et le nouveau ! 
Certes, s'il esldes cœurs que la politique courante doit soulever, 
on les rencontrera parmi les hommes qui en touchent de près les 
misères ou les hontes. Mais est-ce donc là toute la vie sociale? 
Pour l'esprit qui n'en fait pas métier, n'y a-l-il donc pas un au- 
delà plus réconfortant, plus réchauffant mille fois que les plus 
hautes aspirations de la littérature, de l'art et de la science même? 
Et depuis quand les héros, les hommes d'action, ne sont-ils plus 
ceux qui, mourant jeunes ou vieux, ont le mieux épuisé la coupe 
de la vie ? L'histoire de tous les siècles, l'humanité tout entière 
proteste contre ce blasphème des littérateurs, aux époques déca- 
dentes oii la poésie à divorcé d'avec V action au point de rie plus 
même la comprendre. L'auteur de Jacques Viiit gras, lui, eût 
donné tout son bagage littéraire pour revivre encore la minute 
passagère où, dans l'orage des événements historiques qui un 
jour lui donnèrent la puissance, il avait cru laisir et tenir en sa 
main l'ombre fuyante de la société et de l'humaniié qu'il conce- 
vait, le rêve de sa jeunesse et de sa maturité. Il avait raison. » 

Non pas que nous songions à renouveler ici la grande contro- 
verse entre l'art dit social et l'art fafitaisiste. Il suffit qu'il soit 
connu qu'une fraction de la jeune école reprend avec un opi- 
niâtre exclusivisme la théorie de Vart pour l'art, qu'elle pro- 
clame hardiment que la forme suffit à tout, et qu'une autre, au 
contraire, pense que dans la hiérarchie artistique, si les œuvres 
de pure virtuosité et de pure charme ont une place que nul 
homnie de goût ne leur dénie, le premier rang revient à celles 
qui, aux séductions d'une forme correcte, ingénieuse, sans cesse 
renouvelée, joignent l'élévation du sujet et la puissance de son 
humanité. 

Lorsque nous parlons d'études complémentaires, il s'agit de 
toutes celles où la pensée, cette vraie force littéraire, s'alimente. 
L'imagination ne donne pas tout. La lecture des journaux et des 
nouveaux livres de style ne donne pas tout. Or, à cela semblent 
être bornées les sources où va s'alimenter la majorité de nos 
artistes de plume. 



L'élude qui précède est un extrait inédit du rapport fait sur le 
concours de poésie de V Union littéraire par MiM. Frenay, 
Sioumon et Edmond Picard. 

Lecteur qui l'avez parcouru, que pensez-vous qu'il soit arrivé? 

Les jouvenceaux qui président aux soins de vaisselle de la 
revue la Jeune Belgique ont décidé, après plusieurs congrès 
pleins de clameurs, qu'il constituait un outrage public à la 
pudeur de leur publication mensuelle!!! 

Ils ont en conséquence déclaré l'auteur coupable ^et lui ont 
appliqué là peine unique de leur code pénal, à savoir : l'érein- 
toment. 

Greta Friedman qui s'est laissé enlever par Pierrot Lunaire, 
a été, dit-on. chargée avec lui de l'exécution. L'heureux couple, 
émule d'Indiana et Ouirlemagne. y a été de mains molles; eifei 
de la lune de miel, sans doule. Voici le résultat de ses amours. 
Pour des Banvillards Baudelairisanl le petit produit paraîtra 

Pâle des pâleurs de la pâle chlorose. 

« M. Edmond Picard vient d'attaquer là Jeune Belgique dans un 
rapport qu'il a lu en séance publique de ï Union littéraire. 

« M. Edmond Picard, qui était des nôtres, qui en était même si 
bien qu'il eût pris volontiers la direction de notre mouvement, vient 
de se rendre à l'ennemi. M. Potvin lui a prêté sa tribune et lui prê- 
tera bientôt sans doute sa revue. M. Picard, dont nous supportions 
parfaitement les critiques, se serait-il fâché de ce que nous n'adop- 
tons pas ses nombreuses idées? C'est le premier d'entre nous qui 
passe à la réaction. La place de M. Hymans l'attend. à l'Académie. •• 

Polvin ! Hvmans ! En ont-ils abusé, ces novateurs ! 

Si cette histoire vous embête, 

Nous allons la recommencer. <► 



Que dire de cette incidente, majestueusement comique chez 
les virtuoses de la susceptibilité : « M. Picard dont nous 
supportions parfaitement les critiques »? Ils oublient, ces pro- 
diges d'inconséquence, que dans la même phrase ils qualifient 
passera l'ennemi \e seul fait d'attaquer leur Jeune Belgique de 
la façon qu'on a lue plus haut ! 

Comme dans Guillaume Tell : 

La douche sur leur front ne s'est pas fait attendre. 

Le condamné a envoyé au Marmois-virat la volée suivante, 
quoique pour abattre des moineaux il ne faille vraiment pas des 
chevrotines. 

A LA DmECTioN DE LA Jeune Belgique, 

Qu'est-ce que vous racontezl que j'aurais pris volontiers la direc- 
tion de votre mouvement ? Allons donc ! 

Si j'ai dès le début approuvé sa tendance à améliorer la fonne 
littéraire en Belgique, j'ai aussi dès le début attaqué vertement la 
stérilité de vos idées. C'est moi qui ai écrit, il y a beau temps, que 
votre ignorance était imposante. 

Vous vous apercevez un peu tard de ce désaccord, et s'il suffit 
pour qu'on ne soit plus des vôtres, je ne l'ai jamais été. 

Quanta vous diriger, grand nierci! Je ne suis pas de ceux qui 
vendent leur liberté pour un plat de lentilles accommodé par des 
étourdis. Il faut vous louanger-, n'est-ce pas, pour vous plaire? Cela 
n'entre pas dans ma manière. Si vous en avez perdu la mémoire, 
tàtez- vous aux endroits que j'ai visés. 

Si parmi les jeunes il en est que je tiens pour de virils compères, 
il en est d'auta^ sur l'incurable impuissance de qui je suis fixé. 

Quant é. passer à la réaction, comme vous osez l'écrire, est-ce que 
vous V008 prenez pour l'action par Iiasard et il faudra que votre pré- 
tendue intransigeance dévide un bon bout de fil pour être aussi 
longue que la mienne, et surtout qu'elle se tienne ferme sur son petit 
cheval pour ne pas vider les arçons en faisant le trajet que j'ai par- 
couru sans broncher loin du chemin des académies où vous me con- 
viez à reuplacer M.^ Hymans. 

Nous reparlerons décela dans vingt ans avec Son Eminence Votre 
Intégrité et nous verrons alors si elle a encore son pucelage. 

Je serais fâché parce que vous n'auriez pas accepté mes idées. 
Mais non, mais non. J'écriâ pour ma distraction personnelle et non 
pour vous passer des clystères littéraires. 

Quels sont ceux qui, dans votre club, prennent sur eux la note en 
question? Cela m'intéresse beaucoup; nommez les donc en toutes 
lettres; j'aime à savoir qui je tiens au bout de ma plume. 

Au revoir, ma jeune amie. 

Edmond Picard. 
12 avril 1885. 



J^OTE^ DE MUSIQUE 

Concert Hans de Bûlow. 

Le Cercle artistique et littéraire^ continuant sa série déjà consi- 
dérable de concerts hivernaux, nous a présenté Hans de Bùlow, le 
pianiste, qualifié aussi « docteur *>. 

Le docteur a^cousacré sa vie à essayer une guérison prodigieuse : 
guérir le public de son goût pour la mauvaise musique. Pas plus que 
tant -d'autres il n'a réussi, et il est certain que pas un de ces docteurs 
artistiques ne peut espérer de radicales guérisons, quel que soit le 
nombre d'attestations qu'il prodigue dans ses annonces. Car le doc- 
teur Hans de Biilow, très sincère dans ses ardentes convictions, 
semble passer aux yeux de ses patients comme légèrement affublé de 
charlatanisme. Ses articles et discours de combat pour le drame 
wagnérien, sa propagande personnelle en faveur du maître insulté 
jadis, que l'on ne veut pas encore respecter aujourd'hui, ô honte! 
ses algarades nombreuses avec les personnages qu'il appelle si cruel- 
lement des « directeurs de cirque «♦, toute cette endiablée efferves- 
cence a fait tache à sa réputation de musicien correct. 

Et pourtant, à voir la physionomie froidement cérémonieuse du 
pianiste, à voir ses gestes presque guindés d'officiel capellmeister 




l'on s'étonne et 1,'on croit à une di.s8iruulatiou. Mais bien vite elle est 
démentie par la franchise du regard et la simplicité de l'exécution. 

Hans de B'iilow ne fut d'abord que musicien amateur; c'est sur 
les avis dé Liszt, de Wagner et de Schumann qu'-H se décida à 
« prendre le voile »■. Liszt surtout s'occupa de son éducation, lui 
consacrant doux années de conseils pour ses études de piano ; Wag- 
ner le fit nommer chef d'orchestre à Ziirich ei lui donna des instruc- 
tions pour l'exécution de T'amikausev et (le Lohengrin (Hans- île 
Bùlow, quelques années plus tard, aida puissamment Wagner dans 
la mise en scène de Tristan et holde). Ouant a vSchumann, il n'eut, 
pensons-nous, de relations directes ave»' de liiilow que comme colla- 
borateur à un journal de propagande nmsicale. C'est en 1852 que 
Hans de Biilow joua pour la première fois ; depuis, très nombreux 
sont les concerts dans lesquels il se fit entendre : à Vienne, à Pesth, 
Brème, Brunswick, Hambourg, Leipzig, Paris, en Hollande, en 
Russie, on lîelgique (il y a quelques années, notamment aux Con- 
certs populaires). 

Il osl cortain, malheuroujsoment, qu'il ne relire aucun fruit de ses 
tentatives et de ses luttes : plus vigoureux donc doivent être les 
ap])lau(lisscmenls à sa t<.'nacité, à sa ]>ersovéraiice admirables. 

Comme pianiste, il s'est rendu maître des jdus cruelles difficultés 
techniques, il est analyseur profond j)lutot que vibrant seusitif; cri- 
tique, il est armé d'un style hautain et tranchant et d'une vigou- 
reuse érudition ; compositeur, il fut peu fécond : nous ne connaissons 
de lui qu'une ouverture \}o\ir Jules César de Shakespeare et la Marche 
des impériaux pour la même tragédie ; mais ses transcriptions sont 
nombreuses, transcriptions de Scarlatti , Bach , Hâudel et Gluck 
(VIphigénie en Aulide, d'après l'arrangement de Richard Wagner). 
Citons encore l'excellente transcription de Tristan et Isolde, celle du 
Prélude et du Quintette des Maîtres- Chanteurs. 

Quelque long que fût le programme, le public ànCerde artistique 
a très bien accueilli l'illustre pianiste, malgré son exécution parfois 
un peu sèche dans sa simplicité. Le docteur croit-il à une guérison 
prochaine? Souhaitons-le. Le public aimer la musique pure et belle! 
Ce serait trop •* curieux >», comme dit Xachtigal dans \e& Maitres- 
Chanteurs. 

Concert Moriani. 

La gentry bruxelloise s'occupe beaucoup d'une cantatrice qui, 
chose rare, appartient à •♦ sou monde »•, comme disent les critiques 
à échine souple qui cherchent à s'y faufiler et qu'on y tolère quel- 
quefois. 

M'"« Moriani, qui a |)Orté le nom d'un baron de Corvaia dont elle 
est divorcée, est une aimable femme, agréable à voir chanter, et qui 
rachète par une bonne grâce charmante les imperfections d'une voix 
dont l'homogénéité laisse à désirer. Le Ministre de France et M""'' de 
Montebello lui avaient ouvert samedi dernier leurs salons, et en 
ont fait les hoinieurs aux souscripteurs, qu'on aurait ])U pi*endre 
pour des invités. 

On a fait fête à la chanteuse, à laquelle un ténor italien à la voix 
timbrée, mais d'haleine courte, M. Victor Clodio, et un médiocre 
violoncelliste, au coup d'archet pesant, prêtaient leur concours. 

On a entendu du Massenet, du Godard, du Cimarosa, duVerdi, du 
Tschaikowsky, même du Michotte. Nous ne citons que la motié des 
auteurs dont on a fait défiler les œuvres aux oreilles de l'auditoire 
attentif. 

L'ne dame du monde le plus high-life disait, non loin de nous, 
avec une comiiassiou vraiment sincère : « Quel dommage, quand on 
est si bien, de devoir gagner sa vie ! » 

Cette réflexion nous tiendra lieu de point final. 



yHÈATRE? 

TnÉATRK DE LA MoNNAiE. — Les journaux ({uotidiéns ont tous 
constaté la bonne impression faite par M"'" B(;smuu dans le rôle 



d'Eva, qu'elle chante d'une voix pure et joue avec la mutinerie, la 
simplicité, la naïveté voulues. 

Elle est, par moments, vraiment charmante. Sa scène avec Hans 
Sachs, au deuxième acte, et toute la fin du premier tableau du troi- 
sième ont été pour elle l'occasion d'un triomphe. Jeudi dernier, à la 
treizième représentation, l'enthousiasme a été tel que le public a 
redemandé le quintette qui termine ce tableau. On l'a bissé. De nou- 
veaux rappels ont suivi, et les abonnés eux-mêmes, — oui, les abon- 
nés ! — ont acclamé Wagner. On n'a plus revu le Monsieur qui, à la 
représentation précédente, s'était dissimulé au fond d'une baignoire 
pour jouer un air de flûte sur une clef forée. On assure que le remar- 
quable talent de société qu'il possède a décidé la Compagnie des 
Omnibus à lui ^ftrir, à de brillantes conditions, une place de con- 
ducteur. 

H y a peu de chose à reprendre daiis la composition du person- 
nage d'Eva par la nouvelle titulaire. Un peu émue à son entrée en 
scène, elle a bientôt retrouvé son assurance, et la deuxième fois 
qu'elle a chanté le rôle, elle a été (out à fait à son aise. Si nous 
avions l'honneur de connaître M""® Bosman, nous lui conseillerions 
de se; laisser guider encore davantage par son instinct, de rester 
davantage elle-même. Quand elle s'abaiidounc à sa nature, elle joue 
avec l'ingénuité désirable. Lorsqu'elle cherche à reconstituer la 
figure créée par M"'« Caron,elle manque de naturel et tout est man- 
qué. Dans la scène du petit soulier, par exemple, elle a l'air de jouer 
sur une harpe imaginaire ou de « faire un groupe » comme disait si 
drôlement Céline Ghaumont dans la Cigale. Cette scène, si gracieuse 
dans son intimité enfantine, reste encore ù créer. 

Nous souhaiterions aussi que M'»» Bosman, qui paraît animée 
d'intentions vraiment artistiques et couronne son séjour à Bruxelles 
par une création qui lui fait honneur, rompît avec la tradition qui 
exige que les chanteurs s'avancent invariablement à la rampe pour 
débiter leur air. Dans le quintette, nous l'avons dit déjà, c'est chose 
grotesque que cette alignée des cinq artistes devant le trou du souf- 
fleur. Gela ôte toute illusion et choque le goût. 

M. Jourdain avait fait quelques tentatives timides en vue d'intro- 
duire sur la scène un peu de vérité, mais l'amour de son ut de poi- 
trine l'avait emporté bientôt sur la logique des situations. 

M. Verhees, qui lui succède, est plus gauche encore que liii. \\ ne 
sait que faire de «es bras ni de ses jambes, reste planté comme un 
poteau télégraphique pour chanter son preislicd et paraît être abso- 
lument étranger à l'action qui se déroule. Or, dans les œuvres «le 
Wagner, il faut qu'on soit aussi bon comédien que chanteur con- 
sommé. • 

Et M. Verhees est loin de racheter par une émission irréproclialile 
ou j)ar des charmes vocaux exceptionnels ce que sou maintien a de 
'guindé. 

A tout prendre, on regrette M. Jourdain, qui laissait cependant 
fort à désirer, quoiqu'en ait dit le docteur Langhaus, ce mystificateur 
à froid des compères de V Indépendance . 

Le Ménestrel dont nous avons déjà relevé les joyeuses apprécia- 
tions — à distance — des rei)réseutation des Maitres-Chanteurs a 
Bruxelles, imprime ceci, : 

•• Quelque bruit qu'on ait put faire autour de la représentations 
des Mai très -Chanteurs à Bruxelles, il paraît que décidément l'oît- 
vrage ne fait pas trop bo7ine contenance, devant le public ei on doute 
qu'il puisse aller jusqu'à la fin de la saison. Et cependant de larges 
coupures, pratiquées sans vergogne dans la partition, ont raccourci 
de près d'une heure la durée du spectacle. Malgré tout, le public 
continue à ne pas se porter en foule au théâtre de la Monnaie. Les 
wcfgnériens eux-mêmes sont dans le désenchantement et cotnmencent 
a revenir de lcur.s illusions de la première heure, n 

C'est trop drôle \H)\xr qu'on se fâche. Le chroniqueur du Ménestrel 
paraît jaloux des lauriers de M. Louis Hesson, de Y l'.vèucmriit.^Ao\\\, 
les bourdes monumentales sont légendaires, ou do M. Scapin, du 




Voltaire, dont la célébrité dans le genre gai est de plus fraîche date. 

C'est égal, si le restant des informations du journal en questio\i 
est à l'avenant, les lecteurs peuvent se vanter d'être joliment J>ien 
renseignés. ' 

Il est vrai que M. Ileugel,. éditeur de musique et directeur du 
Ménestrel, n'a pas la moindre partition de Wagner à éditer. Sa mai- 
son, qui n'est sur aucun quai, a la propriété exclusive des œuvres de 
M. Ambroiso Thomas. Qu'on se le dise. 



On a enterré mardi la Traviata. L'assistance était peu nombreuse, 
mais recueillie. M""» Vaillant- Couturier, proche parente de la défunte, 
conduisait le deuil avec MM, Rodier et Soulacroix. 

Leur douleur contenue a vivement ému les curieux que cette 
triste cérémonie avaient amenés. On s'est découvert respectueuse- 
ment sur le passage du cortège. Aucune manifestation n'a troublé la 
solennité de l'inhumation. 

La marche funèbre, composée par Verdi pour la circonstance, a 
été exécutée magistralement par l'orchestre de la Monnaie, sous la 
direction de M. Dupont. , 

On n'a pas prononcé de discours sur la tombe. 

Théâtre Molière, — Les représentations ordinaires ont repris 
cette semaine leurs cours. Les Femtnes terribles, 3 actes par 
M. Dumanoir, et les Brebis de Panurge, 1 acte par MM. Meilhac et 
Halévy, formaient le spectacle. 

La troupe du Prince Zilah est partie pour sa tournée. Liège est 
la première ville de l'itinéraire; Verviers, Maestricht, Namur, La 
Louvière, Mons, Tournai, Anvers, Louvain, Ostende, Bruges et 
Gand le complètent. 

Les 20, 22, 24 et 25 de ce mois. M"" Jenny Thénard, de la 
Comédie-Française, viendra représenter avec sa troupe les Folies 
amoui^euses, la Cravate blanche et deux monologues aux deux pre- 
miers spectacles. Les deux derniers comprendront Oscar ou le Mari 
qui trompe sa femme, les Projets de ma tante, le Hanneton, mono- 
logue, et un récit : la Présentation: 

Aujourd'hui à 2 heures précises, séance extraordinaire sur la 
transmission de la pensée par miss Laura Lancaster. 



!PlBLIOqRy\PHIE MU^IC/Li: 

Moisson assez maigre ; quelques glanures à peine. Chez Bertram, 
un Air de ballet pour piano, dédié à Don Alphonse XII, et vendu au 
profit des victimes des tremblements de terre de l'Andalousie. C'est 
de la charité sur un rythme gai, glissée sous une élégante couverture 
en style Mauresque. Auteur : M. Alexis Ermel. 1 excellent profes- 
seur, dont nous appréciions récemment les Soirées de Brv.fellrs et 
le Conte Oriental. 

Chez Bertram aussi, une Dans<: rustique, de Maurice Koettlitz. 
l'auteur des Làndlcr. Les pensionnats de demoi.selles . se jetteront 
sur cette manne. 

Chez MahiUon, un recueil de dix mélodies d'une aimable baiialité. 
par Georges Weiler, sur des poésies de Frédéric Bataille, Armand 
Silvestre, Casimir Delavigne, etc. Titre : Poème des souvenirs — 
Souvenirs est malheureusement le mot qui convient. 

L'éditeur met le recueil à la vitrine avec cette annonce cruelle : 
Volume contenant diûr romances. Ces romances, les chanteurs les 
interpréteront avec satisfaction. Elles sont bien écrites au point de 
vue des ressources vocales et auront certes leur suocès de salons, 
entre Biondina de Gouncxl, et la Sérénade de Palhadilhe. 



f 



ETITE CHRO]S(IQUE 



A propos de l'exposition des œuvres d'Eugène Delacroix, on a 
rappelé qjiie le grand peintre avait été poursuivi de ce cri d'un obscur 
critique : C^est un sauvage gui barbouille ses toiles avec un balai 
ivre. 

L'obscur critique n'était autre que Courtois, critique pictural ou 



salonnier du Corsaire (rédaction Le Poitevin Saint-Alme). Cet 
honame, déjà vieux, très classique et sourd, était le tils du conven- 
tionnel Courtois, celui qui a été chargé d'inventorier les papiers de 
Robespierre après le 9 thermidor. 

Charles Baudelaire, admirateur d'Eugène Delacroix, entrait «lans 
des colères extrêmes toutes les fois qu'il rencontrait ce vieux jour- 
naliste. 

Il s'écriait tout haut : 
• — Si j'étais gouvernement, je ferais tuer ce vieillard pour cause 
d'utilité publique. - 

Voilà un mot qu'on pourrait appliquer à quelques-uns de nos cri- 
tiques actuels. 

On nous fait part du projet de constitution d'une nouvelle société 
d'artistes bruxellois calquée sur le plan de l'association des XX. Ce 
groupe, qui prendrait le titre de Cercle des X, se composerait, dit-on, 
de MM. Cluysenaar, Alfred Verwée, Jan Verhas, Paul De Vigne, 
Emile Wauters, Charles Hermans, Asselberghs, Seeldrayers, et de 
deux artistes à désigner. 

Il serait à souhaiter que ce projet aboutît. Il donnerait lieu à 
d'intéressantes expositions et à des luttes salutaires au progrès de 
l'Art. 

MM. Van Dyck et Blauwaert, les deux chanteurs belges qui ont 
remporté dans les concerts parisiens des succès que nous avons 
relatés, sont rentrés depuis quelques jours en Belgique. Ils se pro- 
posent d'organiser à Anvers, pendant l'exposition, des séances musi- 
cales qui auront lieu régulièrement deux fois par semaine et pour 
lesquelles ils feront appel au concours d'artistes étrangers. 

Dimanche prochain, 26 avril, à 2 heures, une séance de musique 
de chambre (instruments à vent) sera donnée par MM. Dumon. 
Guidé, Merk, Neumans, Poncelet et Dé Greef. 

La répétition générale aura lieu le sannedi 25, à 3 heures.- 



Le quatrième concert populaire clôturera à la fois la saison théâ- 
trale et la série des concerts populaires. Comme nous l'avons dit, il 
aura lieu le dimanche 3 mai, à 8 heures du soir, au théâtre de la 
Monnaie, avec le concours de M'" Blanche Deschamps, qui y fera 
sa dernière création à Bruxelles : « Sieglinde » de la Valkyrie. 

Le programme sera, rappelons -le, exclusivennent consacré à l'au- 
dition -d'œuvres nouvelles de Richard Wagner. On y entendra pour 
la première fois en français, le premier acte de la Valkyrie (versioti 
française de M. Victor Wilder), qui sera chanté par M"« Deschamps, 
MM. Van Dyck et Blauwaert ; des fragments importants de Pars'ifal 
(1" exécution), notamment la célèbre scène du Jardin enchanté 
(ballet des fleurs), chantée par M«"ei Descha.ps, BuoI, Jane de 
Vigne, Flon-Botman, Hiernaux, Lecerf, Mahieux, Elisa Wolf, avec 
accompagnement de chœurs de femmes; ensuite le tableau du Ven- 
dredi-Saint, chanté par MM. Blauwaert et Van Dyck. 

Lorchestre exécutera Y Idylle de Siegfried (1« exécution) et le 
concert se terminera par la Chevauchée des Valkyries, chantée par 
toutes les dames solistes. 

La répétition générale aura lieu le samedi 2 mai, à 2 12 heures, à 
la Grande-Harmonie. 

Pour les demandes de })!are.s, s'adresser chez MM. Schott frères, 
82, Montagne de la Cour. 

Il parait que les perles sont une maladie des huîtres, quelquefois 
comme le kyste au Skâting-Rink d'un chauve. 

Un poète en herbe dont l'estomac lapguit en un état lamentable 
faisant dernièrement une conférence, rappelait ce phénomène et 
})renant en pitié les gens bien portants disait avec une modestie 
proverbiale des êtres privilégiés de son espèce : Je suis une huître 
perlière, avec une intention visible de considérer tout le reste dii 
genre Humain comme un composé d'huîtres simples. 

Victor Hugo à qui on racontait la chose et qui a toujours joui 
d'une aussi belle santé que Shakespeare, observa gravement : Il 
n'aura dit qu'à moitié le pauvret. Je vois bien le mollusque, mais ou 
diable sont les perles ! 

Parmi les artistes récompensés à l'exposition de Blanc et Xoir 
qui vient d'avoir lieu au Louvre, nous remarquons : M. Franz Van 
Leemputten (médaille d'argent de 2^ classe, — Section des dessins), 
M. Danse (mention honorable. — Gravure) et M. Storm de GraVe- 
sande (mention honorable. — Fusains). 



On annonce qu'Antoine Rubinstein entreprend en Hollande une 
tournée artistique durant laquelle, dans l'espace de seize jours, il 



donnera dix grand.s concert-s 



128 



LART MODERNE 



Les annonces sont reçues au bureau du journal, 
26 y rnœ de V Industrie, à Bruxelles. 



SCHOTT Frères, Editeurs de Musique, Bruxelles 

ICE DDQOESNOY, 3", coin de la rue d« la Madeleine 
Maison principale : MONTAGNE^^PE LA COUR. 82 



m MAITRES CHANTËIJRS DE NUREMBERG 

(Die Meistersinger von Nûmberg) 
Opéra en 3 actes de 

PARTITION POUR CHANT ET PIANO, NET 20 FRANCS. 



IJhretto . . . . . . . 

Benoit. Les motifs typiques des Maitres chanteurs . 

ARRANGEMENTS POUR PIANO A 2 MAINS 

Im PartiUon complète . ... 
Ouv<erUire. Introduction . . . . 
La même, arrang. par H. de Bulow .... 

Inty:oduction A\\i' SiCte 

Beyer, F. Répertoire des jeunes pianistes 
y Bouquet de Mélodies . . . 
Brunner, C. Trois transcriptions, chaque 
Buloic, H. (do). Réunion des Maitres chanteurs 

Paraphrase sur le quiutuor du 3* acte 

Cramer, H. Pot pourri 

Marche 

Danse des apprentis 
Gobhaerto, L. Fantaisie brillante .... 
JacU, A.O^. L^. Peux transcriptions brillantes (Wer 
Preislied), cha lue . . . . , 

y Op. 148. Au loyer 

Laifsen, E. Deux transcriptions de salon, n* I . 

f " - n* II. . 

Leitert. Op. 26. Transcription ..... 
Ratf, J. Réminiscences en quatre suites, cahier I et II, à 

cahier III. 
cahier IV. 
/?«2}23, H. Chant de Walther . ... 

ARRANGEMENTS POUR PIANO A 4 MAINS 

La Pat-tition complète . ... . . 

Oc réTfxrr. Introduction par C. Tausig . . . . 

/^ci/f", F. Rfevue mélodique . . . ... 

B<ilotr, H. idp). La réunion des Maitres chanteurs, paraphrase 

Cramer-, H. Pot-pourri 

y Marche 

De Vilbac. Deux illustrations, chacune 



beges. 



an(î 



Fr. 



2 - 

1 50 



25 
2 
3 
1 



ARRANGEMENTS DIVERS : 

0(/ î-^rf wr? pour 2 pianos à 8 mains 

GjvpoîV cf Z,f^onorrf. Duo jiour violon et piano. . . 
/lfl^/nc>*, £". Paraphrase pour orgue-niélodiuni. . . . 

Lux, F. Prélude du 3' acte pour orgrue 

Obp>"f^?/r. C^. Chant de Walther pour harpe .... 
Singch'-e, J. B. Fantaisie brillante pour violon et piano . 
Golter^nan. (. hant de Walther, pour violoncelle et piano 
Wioïiede, F. id-e). Morceaux lyriques pour violoncelle et piano 
N* 1. Walther devant les Maîtres 

N" 2. Chant de Walther 

WilhelmJ, A. Chant de Walther, paraphrase pour violon avec 
accompag. d'orchestre ou de piano. Partition 
L'accompagneuiCiit d'orchestre, 

"de piano .... 



1 75 

2 25 
1 75 
1 75 

1 75 

2 « 
1 25 

1 75 

2 y 

2 .1 
2 25 
2 - 
2 25 

1 35 

2 25 
2 . 
2 50 
1 75 



35 '" 
3 50 
2 25 

2 25 

3 50 

2 25 

3 75 



50 



50 
25 
25 
2 25 

2 - 

3 y 
5 1" 

3 50 



VIENT DE PARAITRE 

CHEZ FÉLIX CALLEWAERT Père 

■?';, RUE LE L'INDUSTRIE. A BRUXELLES 



LÀ FORGE ROUSSEL 

PAR Edmond PICARD 

^ Edition définitive, tirée à petit nombre 

Prix : Grand Japon, 60 francs; Chine genuine, 40 francs; 
Hollande Van Gelder, 25 francs. 



VIENT DE PARAITRE CHEZ 

BREITKOPF & HÀRTEL 

ÉDITEURS DK MUSIQUE 

j BRUXELLES, 41, MONTAGNE.de LA COUR 



ŒUVRES INÉDITES 

DE J.-N. LEMMENS. 
Tome deuxième. — Chants liturgiques. — Prix net, 15 fr. 



aiusique:. 

10, RUE SAINT-JEAN, BRUXELLES 
(Ancienne maison Meynne). 



ABONNEMENT A LA LECTURE DES PARTITIONS 



BRUXELLES 
rue Thérésienx^e, 6 



PIANOS 

VENTE 

ÉCHANGE GUNTHER 

LOCATION %i^^i^*^ *ii«i^^Ji*» 

Paris 1867, 1878, l^»" prix. — Sidney^seul i" et 2« prix 
EXPOSITION âHSTERDâH 1883, SEUL DIPLOME D'HORNEOR. 

J. SOHAVYE, Relieur 

46, Rue du Nord, Bruxelles 



CARTONNAGES, RELIURES ORDINAIRES, RELIURES 
DE LUXE, ALBUMS, ETC. 

'spécialité D'ARMOIRIES BELGES ET ÉTRANGÈRES 

— ^^■^— ^^^ ^^^M^— ^^^.1 ■■■■ !■ ■ M ■■■■ ■■■■.- I !■ .-■.M , I..,, ■ ■ ■ - ■ ,11 ■■■MM.I^^i^— , 

ADELE Deswartb 

23, I^■U^E IDE J^J^ -V^IOLETTE 

BRUXELLES. 
Atelier de menuiserie et de reliure artistiques 



VERNIS ET COULEURS 

POUR TOUS GENRES DE PEINTURES. 

TOILES, PANNEAUÏ, CHASSIS, 

MANNEQUINS, CHEVALETS, ETC. 

BROSSES ET PINCEAUX, 

CRAYONS, BOITES A COMPAS, FUSAINS, 
MODÈLES DE DESSIN. 

RENTOILAGE, PARQUETAGE, 

EMBALLAGE, NETTOYAGE 
BT VERNISSAGE DE TABLEAUX. 



COULEURS 

ET PAPIERS POUR AQUARELLES 

ARTICLES POUR EAU-FORTB, 
PEINTURE SUR PORCELAINE. 

BOITES, PARASOLS, CHAISES, 
Meublesd'atelieranciensetmoderhes 

PLANCHES A DESSINER, TÉS, 

ÉQUERRES ET COURBES. 

COTONS DE TOUTE LARGEUR 

DEPUIS 1 METRE JUSQUE 8 MÈTRES. 



Représenlalion de ia liaison BINANT de Paris pour les loiles Golielins (imitation) 



NOTA. — La maison dispose de vln'jt aleliern pour artistes. 
Impasse de la Violette, 4. 



Bruxelles. — Iirip. Kèlix Callewaekt père, rue de l'Industrie, 2(5. 



ClN'Ul'IHMK ANNKK, 



S" 17 



Lk NIMÉRO : 25 CKNTIMFS!. 



r>iMANCFfF -jt] AvRir; I88r>. 



L'ART 



MODERNE 



PARAISSANT LE DIMANCHE 



REVUE CRITIQUE DES ARTS ET DE LÀ LITTÉRATURE 



ABONNEMENTS : Belgique, un an, fr. 10.00; Union postale, fr 13.00. — ANNONCES : On traite à forfait. 

■ ■ ■ - ' — : " — I : ~ — - ■■' "— ' ' ■ '- 

Adresser les demandes d'abonnement et toutes les coraraunications à 

l'administration générale de l'Art Moderne, rue de l'Industrie, 26, Bruxelles. 



Sommaire 



La SITUATION' DE l'art EN Bklgique. A p^^pos dc V E:r position 
internationale des Beaux- Arts à Anvers, — L'éducation de 
l'artiste, par Ernest Chesneau. — Livres nouve.a.ux. Causeries 
sur les artistes dé mon temps, par Jean Gigoux ; Jeanne d'Arc, 
par Marius Sedet ; Henri IV et la princesse de Condé, par Paul 
Henrard. — Notes de musiOue Concert du Conservatoire de 
Liège. — Exposition universelle d'Anvers. — Le Capitaine noir. 
— Mémento des expositions et concours. — Petite chronique. 



lA SITIATI0\ DE L'AIIT EX BELGIQUE 

A propos de TExposition internationale 
des Beaux -Arts à Anvers. 

Les expositions générales sont un moyen très efficace 
de toiser le niveau de l'art. La fonction de juré pour 
l'admission des tableaux en est un bien meilleur. Ce 
qu'on voit alors, ce n'est plus seulement le choix, qui, 
quelque imparfait soit-il, n'en est pas moins un choix^ 
mais l'ensemble brut, impudemment réel, tel que le 
donne sans restriction la production nationale. Ce n'est 
plus le régiment des hommes ayant la taille, exempts 
d'infirmités ou de maladies, mais la cohue des miliciens 
avant les opérations du conseil de revision. Au lieu de la 
taille militaire, c'est la taille moyenne vraie de la popu- 
lation. 

Nous sortons d'en prendre à l'occasion de la pro- 
chaine exposition d'Anvers et nous nous écrions, fort 
navré : Hélas! quelle moyenne! 

Ce ne serait rien s'il ne s'agissait que de l'inévitable 



l 



déchet provenant de ce (^u'il y a couramni-ut b<)ii nom- 
bre d"iilu.-5ionné< qui, nés puur brosser, ont confondu la 
brosse â peindre avec la brosse à cirag'e. Il y aura tou- 
jours des artistes de contrebanile, toujours des ama- 
teurs incurables, toujours des demoiselles qui, victimes 
de la galanterie qui ment pour plaire, n'apprennent 
jamai>5 que leurs jolis doigts font, en peignant, d'abo- 
minables choses. Mais depuis quelques années le bruit 
courait que l'art belge se dépeuplait, que les nouveaux 
venus manquaient pour remplacer les anciens illus- 
tres ({ue fauchait la mort, que les survivants fléchis- 
saient. Or, voici que la revue monstre de deux mille 
trois, cents tableaux qui vient de s'achever fournit une 
- confirmation écrasante de ces appréhensions. 

Nous pouvons attester avec une grande sincérité que, 
sans distinction d'école ou de préférences artistiques, 
aucun esprit impartial n'aurait échappé à cette impres- 
sion après le défilé qui a eu lieu devant le jury d'ad- 
mission à Anvers. A notre avis, si parmi les œuvres 
reçues en très petit nombre (un peu plus de trois cents), 
il éa est une cinquantaine qui n'ont été accueillies que 
grâce à l'inévitable camaraderie ou à la courtisanerie 
plus inévitable encore, il n'y en a pas dix qui ont été 
écartées à tort. Et nous ne visons pas la médiocrité 
douteuse, contestable suivant les préventions et les 
préjugés, mais la médiocrité évidente, indiscutable, 
imposant l'exécution immédiate et impitoyable. Rien 
ne peut donner une idée d'un tel cortège de choses 
loqueteuses, bè tes, communes, criardes, grotesques, 
malades, misérables, se fondant finalement en une 







mare immense où la tristesse et la gaîté mêlent leurs 
eaux. Tantôt ce sont des imprécations qui vous mon- 
tent aux dents, tantôt des goguenardises, de celles entre 
autres qui furent si bien exprimées en ces yersiculets 
célèbi'es ; . 

Un formidable déballage 
S'offre navrant à nos regard» : 
C'est le gigantesque étalage 
Qui doit encourager les arts! 
Ce sont des saints battus de verges. 
Des fleurs, des fruits et des asperges, . 
Et des scènes dans les auberges, 
Des nymphes prenant leurs ébats. 
Des bois touffus; des plaines vertes, 

Des roches de mousse couvertes, 

Des chaudrons, des huîtres ouvertes, 

Des marines et des soldats. 

Est-ce prudent, je le demande. 

Par l'amorce d'une commande. 

D'une croix qui les affriande, 

D'exciter de braves garçons, 

Pas nés pour être des étoiles. 

A barbouiller de grandes toiles, 

Dont on ferait de bonnes voiles 

Et des chemises de maçons? 

Des beaux arts si j'étais ministre, 

Ou secrétaire seulement. 

Pour éviter plus d'un sinistre 

Je dirais au gouvernement 

« Assez de croix et de médailles, 

« Gardez-les pour d'autres batailles. 

«• Endiguez, par tous les moyens, 

•♦Le torrent fou de la peinture; 

« Méfiez-vous de la sculpture 

t Et rendez à l'agriculture 

* Les bras de tant de citoyens. »» , 

Il est fâcheux que la colère qui a dû se déchaîner 
comme un ouragan dans le monde dit artistique, après 
la rentrée au pigeonnier natal des deux mille tableaux 
voyageurs sur lesquels a été appliquée la pastille bleue 
de l'ostracisme, n'ait pas eu son effet habituel de pro- 
voquer l'ouverture d'un salon des refusés, mais un 
salon sincère, ne comprenant pas seulement les quel- 
ques bonnes œuvres que le jury a exclues pour ne pas 
manquer à l'usage et ne pas faire la leçon à ses prédé- 
cesseurs, mais toutes celles qu'a frappées le bannisse- 
ment. Pareille contre-épreuve eût été décisive: Mais 
puisque ce moyen radical ne se réalisera pas, ne pour- 
rait-on tout au moins grouper quelque part_^s objets 
de tous les refus qu'on Iprétend faire passer pour des 
iniquités, en y donnant les places d'honneur à ceux 
dont les auteurs sont le plus furieux? Ce serait aussi 
une bien belle expérience ! 

Si les uns allèguent que le jury a été inintelligent et 
partial, ce que nous n'admettons que dans les limites 
restreintes que nous avons indiquées plus haut, 
il en est qui n'expliquent la Bérésina anversoise que 
par l'abse^ice des forces les plus vives de notre école 
nationale, se défiant des hommes à qui le gouverne- 



ment avait donné la mission de les juger, et résolus à 
attendre des occasions plus garantissantes. Certes, 
il y a eu quelques abstentions regrettables d'artistes 
désormais bien classés, mais elles sont en. petit nombre. 
Il est très aisé de les nommer et on ne saurait à ce 
sujet donner le change. On peut sans peine compléter 
en esprit l'ensemble, en les supposant présents, et 
franchement le correctif qui en résulterait ne su (lirait 
pas à rétablir la situation. Dans le fa«le et gigantcMjue 
potage, ces quelques grains de piment anth<'ii tique 
se serai( nt perdus î-ans le rendre digérabh;. 

Ainsi donc, d'une part un contingent énorni!^ «l'œu- 
vres de pacotille, licencié et renvoyé dans ses f(yyt^r.s. 
D'autre part, un groupe fort restreint d'œnvres a<l()p- 
tées auxquelles le jury, par mesure de salut, public, en 
a ajouté une centaine de nouvelles, presqu<v toutes 
récentes, demandées la plupart aux abstentionnistes des 
premières heures et accordées avec em[)r(;.^sement. 
Grâce aux exclusions sévères qui ont été (ailes et au 
complément normal ainsi obtenu, l'art belge à l'expo- 
sition d'Anvers tiendra convenablement son rang On 
n'entendra pas de fausses notes trop ijombreuscs. Une 
certaine harmonie générale régnera. Il n'y aura pas 
matière à s'émerveiller, mais il n'y aura pas lieu non 
plus de se désoler, ni surtout de ridiculiser 1<> pauvre 
belge. Nous donnerons le diapason n(m pas de notre 
concert artistique véritable, mais celui ([ue nous 
pouvons atteindre encore en procédant à des élimina- 
tions rigoureuses, en surveillant de très près les exécu- 
tants, en guindant au plus haut point toutes nos res- 
sources. Ce sera non pas la vérité, mais une repr/. ten- 
tation bien combinée, adroitement préparée. Notre fée 
artistique ne se montrera pas en sa nuditt', juiueile- 
ment peu séduisante, mais attife et, fanléo de son 
mieux. 

Pour l'étrangerce sera assez Mais pour nous, quand, 
la fête terminée, nous reviendnms A la réalit/'. ?;ue de 
réflexions à faire, que de craintes à avoir! C'est l'i, vrai- 
ment, l'intérêt principal de ces récents incidents et 
c'est sur lui que nous voulons attirer lattiMiiion. Un 
rôle ne se soutient jamais longtemf)s, il exige l'emploi 
de trop de procédés factices. Or, il faut avouer (lue c est 
bien un rôle que nous allons jouer, quand on compMro 
ce que notre exposition sera avec ce qu'est la .vitiiaiion 
réelle de notre art telle que l'ont révélée les euvt)is 
étonnants dont on vient de f are 1 epluchage. 

Qu'on n'objecte pas qu'il en est toujours ainsi en cas 
d'exposition, que c'est un phénomène auquel n échappe 
aucune nation, ni aucune époque. Non, jamais il n'a 
atteint pareille intensité. Dans nos expositions anté- 
rieures, on refusait d'ordinaire moins d'un ti<'rs des 
œuvres envoyées. Cette fois on est arrivé aux sept hui- 
tièmes! Le jury a été plus revèche, mais cela ne suffit 
pas à expli^er l'écart, et pour ceux qui ont assisté au 




passage de cette flotte de productions carnavalesques, 
la raison, répétons-le, est surtout dans leur infirmité 
désolante. Le mot qui venait sur toutes les lèvres, 
c'était : Décadence! Décadence en plein ! Et pourtant 
Ton sait si par labus qu'en font les énervés et les ratés 
de la littérature, c'est là un vocable dont ceux qui ont 
riiorreur des locutions agaçantes s'abstiennent reli- 
gieusement. 

Voir ces misères, essayer de les préciser, en recher- 
cher les causes, sont des actes qui s'enchaînent irrésis- 
tiblement. Ils s'imposent d'autant plus que certains 
mouvements isolés ont pu donner l'illusion d'un renou- 
veau artistique, ce qui fut un peu notre cas dans ces 
derniers temps, quand, mêlé à la bataille de ceux qui 
ne veulent pas être entraînés par la dégringolade géné- 
rale, nous subissions l'aimantation de leurs efforts et 
de leurs victoires locales. Revenant sur nous-méme et 
classant dans l'ensemble les résultats de ces luttes vail- 
lantes, nous comprenons quelle illusion c'est de croire 
qu'elles suffiront au salut commun et que les hommes 
qui les mènent pourront à eux seuls assurer le recrute- 
ment des phalanges qui se dépeuplent. 

Ce qui subsiste comme résidu du spectacle auquel 
nous venons d'assister, c'est que si l'école démodée qui 
cherche ses sujets dans l'imagination où le passé fait 
place chaque jour plus largement à celle qui s'adresse 
directement à la réalité ambiante, cette dernière prend 
trop au pied de la lettre le principe sa-lutaire qui la 
guide, et aboutit ainsi à une, matérialité brutale qui 
méconnaît la maxime de Courbet : MeUez-i:oiis devant 
la nature, puis faites ce que vous sentez et non sirn- 
plement ce que vous voyez, répétée en une autre forme 
par la maxime de Zola : L œuvre d'art, cest la nature 
vue à travers un tenipéy^ameyit. Absence de sentiment 
personnel, dans la figure plus encore que dans le paysage. 
De la photographie perfectionnée jusqu'à la reproduc- 
tion des couleurs. Pour les uns, quant à la composition 
et au dessin, les plus plates applications des formules 
académiques, pour les autres la reproduction banale 
des épisodes les plus vulgaires. Plus de grands jets, 
plus d'élan, plus de flamme. Rien de ce qui constitue la 
nature artistique dans son essence, cet abandon origi*. 
nal, cette allure à la fois puissante et élégante, ce 
charme de l'individualité nettement accusée , cet 
imprévu, ces trouvailles, cette aisance qui font les 
belles œuvres. Un niveau toujours égal dans le groupe 
des naturalistes, comme dans le groupe des académi- 
ques. Une torpeur endémique, un essoufflement, un 
fléchissement aboutissant à la dissolution de tout le 
monde dans une marmelade bourgeoise. Plus d'étin- 
celle, plus de choc. Un jymphatisme universel. 

C'est triste à dire, etj pourtant il est nécessaire de le 
dire On ne peut se résojidre à penser que, dans l'évolu- ^ 
tion fatale des lois qui font monter ou descendre les 



civilisations, la parole qui indique le mal à guérir, 
où le progrès à poursuivre, soit destituée de toute 
influence. Et alors même que les d|iscours seraient vains 
comme les cris de (Jouleur, encor^ ne peut-on avoir tou- 
jours la force de les comprimer. Et de même, invinci- 
blement, on se met à la recherche des causes, même 
quand on doute que ce soit un labeur efficace. On se 
demande si la descente à laquelle nous assistons n*a pas 
sa raison principale dans l'absence d'instruction de la 
plupart de nos artistes, dans la pauvreté de leurs idées, 
dans le défaut de caractère, dans l'insuffisance de 
hauteur dans l'esprit. Ils sont laborieux et pleins de 
bon vouloir, ils aiment la nature et se campent volon- 
tiers en face d'elle comme la meilleure inspiratrice, 
mais cela ne suffit pas. Quand on parcourt la corres- 
pondance des maîtres, on est incessamment frappé de 
l'étendue de leurs connaissances, de leur grandeur 
d'âme, de leur indépendance vis-à-vis de l'opinion et 
des puissances, de la fermeté de leur caractère. On sent 
que ces qualités d'élite étaient les réservoirs abondants 
de leurs inspirations, que c'est là qu'ils ont trouvé ces 
quelques accents qui, ajoutés à une œuvre, la font 
passer du médiocre au sublime, et l'on se dit que celui 
qui ne les a pas reste toujours aux degrés inférieurs, 
et que si toute une populatio^ artistique les dédaigne, 
l'art du pays où elle vit doit inévitablement s'affaisser. 
En Belgique, par des causes multiples dont les prin- 
cipales tiennent à notre organisation sociale, Tesprit 
général de la nation devient de plus en plus mesquin 
Nulle classe n'y échappe et les artistes en sont atteints. 
Il y a une tendance commune à compter pour réussir 
sur les complaisances, la subalternisation volontaire, 
le culte de la fortune et de l'autorité, les condescen- 
dances pour les goûts de la foule. L'intransigeance, 
qui faisait répondre par Delacroix à un ministre qui 
lui conseillait de changer son art : Quand le soleil et les 
étoiles changeraient, je ne changerai pas, est décon- 
seillée et provoque, quand elle ose s'affirmer, un déchaî- 
nement sauvage, une ruée d'anthropophages de. tous les 
impuissants soutenus par une presse qui a pour devise : 
Rangeons-nous avec les médiocres, ils sont les plus nom- 
breux. L'âme de la nation s'amoindrit. Quoi d'étonnant 
que l'art, qui est son expression la plus caractéristique, 
s'amoindrisse à son tour? Et comme pour accomplir 
cette fonction de flatter les appétits vulgaires, l'instruc- 
tion, qui seule donne le sentiment des nuances raffinées 
jusqu'au sublime, est superflue, on ne prend plus la 
peine de l'acquérir en se soumettant aux labeurs sans 
lesquels jamais elle ne se livre. L'art veut des héros, 
comme toutes les grandes choses. Bientôt nous n'aurons 
plus que des bonshommes. Seul un sursaut de nos cœurs 
peut nous sauver de cet anéantissement pour lequel il 
en faut bien revenir à ce mot, unique et odieux : La 
Décadente! 




L'EDUCATION DE L'ARTISTE 

par Ernest Ghesneau. P^ris, Gharavay. 

D'après ï'aulcur de ce livre, les ans sont en décadence dans 
loiiles les contrées de l'Europp, parce que l'éducalion de l'artiste 
est insuffisante, parce que le personnel de Tart se recrute pour la 
plus grande partie dans les classes illettrées, et ne comprend 
d'ailleurs l'idéal que par ses côtés négatifs, parce que notre école 
en est restée à l'idéal romain. M. Chèsneau cherche de bonne foi 
les moyens de conciliation, les condilionls de l'accord indispen- 
sable entre l'art et la société moderne. Il conclut coniro l'art cos- 
mopolite et tradilionaliste a en faveur de l'individualisme et du 
nationalisme des écoles ». Ce qui manque à l'artiste, c'est Védu- 
calion, c'est-k-dire l'acquisition complète des qualités intellec- 
tuelles où s'alimente l'imagination, l'onlier développement des 
qualités morales qui donne la clef des senlimonls et dos passions, 
l'e.xpérience sociale qui permet de juger les besoins de l'homme 
et de les exprimer. Sans éducalion générale, pas d'arlisle, j'en- 
tends d'artiste supérieur. I)('jà en i782, Waielel disait que le 
plus grand nombre, des jeunes artistes n'apportent pas dans les 
arts l'éducation préparatoire qui leur serait nécessaire^ et que cet 
inconvénient influe sur le progrès général de l'art. Le temps n'a 
pas affaibli la justesse de celle opinion de Walelet. Les artistes 
peuvent être divisés en deux classes- : les uns, qui ont trop pré- 
sumé de leurs forces, s'épuisent dans une lutte incessante contre 
les difficultés de l'art et contre la misère, et végètent, à la fois 
médiocres et arrogants, aigris par les-succcs des auires, s'obsli- 
.nant par amour- propre à demeurer dans leur carrière, à la charge 
du budget des beaux-arts et à charge à eux-mêmes; les autres, 
qui réussissent, qui arrivent, comme on dit aujourd'hui, après 
avoir traversé, il est vrai, de cruels moments, essaient vainement 
de combler par la leclure les vides énormes de leur éducalion el 
ne prennent, pour ainsi dire, que la surface des connaissances 
qui leur seraient nécessaires. Nous exceplons naturellement les 
hommes de génie, car le génie, précisément parce qu'il est le 
génie, surmonte tous les obstacles. Mais l'on peut dire qu'élanl 
donnés deux artistes également bien doués, le lettré sera mieux 
armé que ï illettré ci tirera un meilleur parti de l'instrument mis 
en ses mains par la nature et perfectionné p;ir l'éducation. 11 fau- 
drait donc simultanément développer léilucation scientitique et 
littéraire des classes illettrées et favoriser l'éducation artistique 
des classes lettrées. De la-, les cours d'histoire, d'archéologie, de 
sciences aj)pliquées, ouverts en France à l'Ecole des beaux-arts; 
de là une riche bibliothèque fondée à cette même école; de là 
l'atelier d'art dé<^oratif, etc. On sent que Tarliste 'doit être autre 
chose qu'une machine à peindre et à modeler, qu'il doit être un 
homme dans toute l'acception du mot et avoir l'esprit ouvert sur 
toutes les formes de l'intelligence humaine. Mais les mesures 
prises par l'administration des beaux-arts ne suffisent pas; il faut, 
dit M. Chèsneau, généraliser l'enseignement du dessin, et le 
rendre obligatoire dans tous les établissements d'éducation, de 
sorte que tout homme sache dessiner comme il sait écrire. Le 
dessin ne doit plus éire une sorte de superflu élégant, et comme 
un art d'agrément, il doit occuper dans l'ensemble dés études 
la part qu'on a faite dans ces derniers temps aux sciences et aux 
langues vivantes. M. Chèsneau s'arrête ici de préférence aux éta- 
blissements d'instruction du second degré. Car, pour les classes 
populaires, les classes iHborieuses, comme on les nomme actuel- 



lement, le mouvement a été donné aux écoles primaires et ne 
s'arrêtera plus. Les jeunes gens les plus habiles, les plus distin- 
gués dans les concours de dessin sortent des écoles populaires, 
et c'est à eux qu'appartient l'avenir de l'art, si les classes lettrées 
restent inactives. Or, ne vaut il pas mieux que l'artiste appar- 
tienne à ces dernières, qu'il ait eu dès ses premières années une 
■' éducation vaste et développée qui ait dirigé son intelligence dans 
toutes les directions? Ceux-là seuls qui ont eu une instruction 
générale comprennent que l'art touche à toutes choses, ceux-là 
seuls ont l'habitude de généraliser et, loin d'isoler l'art de toutes 
les autres manifestations iniellectuelles et d'en faire un métier 
tout pratique, oui, comme écrit M. Chèsneau, Une juste notion de 
leur rôle « qui est, en somme, cfe fixer pour les yeux de races 
futures l'ondoyant, le fugitif, le fluide de l'âme moderne, en 
même temps que les cerliludes de l'esprit de ce temps ». Voyez, 
nous dit encore M. Chèsneau, les artistes de notre époque; ce 
qui fait défaut à la plupart d'entre eux, c'est la largeur des aper- 
çus qu'apporte l'étude de l'histoire el des lettres classiques, la 
faculté de comparer, de raisonner, de juger, de régler leurs 
imi)ressions purement iiislinctives, la « gymnastique mentale ». 
S'ils comj)renaient que l'art n'est pas tout en ce monde et qu'on 
ne peut le séparer sans péril des autres manifestations de l'esprit, 
ils seraient moins vaniteux, moins enfants gâtés; ils se dépouil- 
leraient de leur esprit étroit el exclusif; ils ne mépriseraient pas 
les bourgeois el tous ceux qui, quoique incapables de manier 
l'ébauchoir ou la brosse, travaillent, autant qu'eux, au progrès 
et au bien-êlre général. M. Chèsneau va plus loin et il émet ici 
une réflexion originale. Nos artistes, enfermés, murés dans un 
milieu spécial, sans vue d'ensemble, sans souci des divers modes 
d'activité intellectuelle, voient leur horizon se rétrécir à mesure 
que s'avance leur vie el tournent, pour ainsi dire, dans un cercle 
de plus en plus restreint. S'ils avaient à leur service les res- 
sources d'une instruction forte el variée, n'auraient-ils pas dans 
leurs œuvres plus de souplesse el de fi'condilé, et n'y aurait-il 
pas chez eux comme « un renouvellement incessant de produc- 
tion »? Il faut, dit encore M. Chèsneau, que l'arliste ait vécu par 
l'esprit avec les idées et les héros (ju'il entreprend de représenter. 
— Mais les dillettantes, les médiocres vont pulluler plus que 
jamais! — Au contraire, répond M. Chèsneau, moins que jamais 
on sera tenté de « faire de l'art ». Combien de içens deviennent 
artistes parce que l'art ne consiste, selon eux, qu'à fumer des 
cigarettes, à porter un chapeau mou et une vareuse rouge, à 
organiser des « scies » d'atelier, à pérorer dans les brasseries! 
Dès que tout le monde saura dessiner, on comprendra qu'il ne 
suffit pas de crayonner tant bien que mal el de gâcher des cou- 
leurs, pour usurper le litre d'arlisle; on verra qu'il faut travailler 
là comme partout et peul-êlre plus que partout; on jugera par 
soi-même du mérite des œuvres d'art; on ne reconnaîtrait comme 
artistes que les talents originaux et sans banalité. 

M. Chèsneau ne s'est pas borné à ces considérations; il étudie 
dans le reste de son livre l'art contemporain dans ses rapports 
avec les mœurs, les tendances, les besoins intellectuels, les cou- 
rants d'idées, les senlimenls et les passions de la société mo- 
derne. Dans une suite de chapitres oii il tente de préciser les 
exigences des d'wcrs ge7ires, il s'appuie sur de nombreux exemples 
empruntés à la production du V Ecole française depilis dix ans. 
Somme toute, l'école française lui laisse une assez triste impres- 
sion, il n'y voit que des forces futilement gaspillées, des eflforls 
tentés à l'aventure, sans but ni direction, pardésir de ])laire, 



LART MODERNE 



133 



d amuser et de vendre; il lui semble que les artistes français 
vivent à l'écart de notre sociéié» dans un monde de ficlion, et 
qu'ils n'aient jamais éprouvé le heurt de ce grand mouvement 
qui secoue aujourd'hui notre humanité. Plus de pensée, plus de 
grandes compositions qui exigent le temps, l'étude et rargcnt. 
Le nu, encore le nu, toujours le nu, un nu sans goût ni vérité, 
pratiqué à l'aide de formules aisées et débité comme marchandise 
d'exportation aux parvenus des deux mondes. Nymphes, Bac- 
chantes, Satyres, modèles d'académie. Les malheureux, s'écrie 
M. Chesneau, à quoi pensent-ils? En être encore aux banalités de 
l'école romaine, pis que cela, de l'école bolonaise revue et corri- 
gée par Louis David, Ingres et Bouguereau! 

L'étude de M. Chesneau, composée au lendemain de l'Exposi- 
tion internationale, appelait un examen rapide des Ecoles étran- 
gères. Voici ce que dit le critique de la Belgique : « L'école 
belge a droit à des jugements sincères.- Ses peintres d'histoire 
connaissent à fond leur métier et en pratiquent toutes les res- 
sources avec une très grande habilité; on peut exiger beaucoup 
d'eux, beaucoup plus qu'ils no donnent. Ils ont tout pour être 
de grands artistes, excepté d'être artistes, c'est-à-dire, aventureux 
et poètes ». 

Voici maintenant sa conclusion sur la peinture en Europe : 
jamais peintres et statuaires n'ont été si généralement adroits, 
jamais il n'y a eu plus de simulacres de talent, mais on perd le 
sens et le goût de la grandeur; « ce que les arts ont acquis en 
habiletés sensuj>lles de la main, Vart l'a perdu en majesté ». 

A. M. 



JilVRE^ NOUVEAUX 



Causeries sur les artistes de mon temps, par M. Jean 
GiGoux, orné d'un portrait de l'auteur. Paris, Calmann-Lévy. 

Le peintre Jean Gigoux, qui fil sa réputation, il y a quelque 
cinquante années, avec la Mort de Cléopâtre, la Prise de Garni, 
la Bonne aventure^ la Mort de Léonard de Vinci et de remar- 
quables portraits de Lamartine, de Fourier, de Sigalon, de Con- 
sidérant, d'Arsène Houssaye, vient de publier chez Calmann-Lévy 
un livre très curieux. C'est un amusant bavardage sur les célé- 
brités avec lesquelles il fut en relations. Et elles furent nom- 
breuses, lô peintre touchant aujourd'hui à ses quatre-vingts ans. 

L'auteur a écrit à la diable, Sans ornements, presque sans 
style; mais il est alerte, vivant, et on arrive au mot « fin » sans 
qu'on s'en soit aperçu. Avec cela, très naïf dans ses admirations 
comme dans ses critiques, méchant parfois, sans le vouloir, avec 
la plus entière bonhomie. ^ 

Une anecdote sur Ingres. 

Un jour, Gigoux l'invite à venir voir deux tableaux qu'il vonnit 
d'acheter, tableaux signés du nom de l'auteur de la Source, l/iin 
d'eux était le portrait de Déléban. « Le malheureux, s'écrie Ingres 
dans une sainte colère, il s'est vendu lui-même ! » 

De David d'Anç^crs, Gigoux révèle les commencements doulou- 
rcux. Quand le statuaire faisait partie de l'atelier de M. Roland, 
il en était réduit, pour vivre, à ramasser les croûtes de pain dur 
qui traînaient et qu'il mettait détremper. 

Un mot très drôle de Préault sur Ingres : « Un Chinois égaré 
dans les ruines d'Athènes. » 

■ i. 

(*; Athenœum. 



Puis un autre, du même, sur Pradier : « En voilà un, disait-Il, 
qui part tous les jours pour Athènes et s'arrête rue de Bréda. » 

Lesrapins de l'école de 1820 valaient mieux que ceux d'au- 
jourd'hui, ayant des visées plus hautes et moins de souci de 
l'argent. Dans un accès de joyeuse humeur, l'un d'eux, en 1848, 
pose sa candidature et l'affiche en ces termes sur tous les murs : 

tt Nommons Turbry ! Pauvre et sans talent, il représente la 
majorité des Français et des artistes! » 

Jeanne d'Arc, par Marius Sepet. — Mame, Tours. 

MM. Alfred Mame et fils, éditeurs h Tours, ont mis en vente 
une nouvelle histoire de la Puccllo d'Orléans, C'est un ma^ni- 
fique volume in-4°, illustré de 30 compositions hors texte gravées 
par Méaullo, d'après les dessins de MM. Andriolli, Jos. Diane, 
Barrias, De Curzon, Edouard, FriTmiel, Hanoteau, Jourdain, 
J.-P. Laurens, Le BlânT," L'uminais, Alborl Maignan, Maillart, 
Martin, Rochogrosse, Zier. (Prix : 1.") francs.) 

Il a été tiré de cet ouvrage loO ex. d'amateur numérotés 
ainsi répartis : 63 sur papier de llnllando, 50 fr. ; oO sur pa|)ier 
Whatmann, 60 fr. ; 13 sur papier de Chine, 73 fr. ; 20 sur papier 
du Japon, 100 fr. 

Henri IV et la princesse d.e Condé, daprès des documents 
inédits, par Paul Henrard, membre de TAcadémie royale de 
Belgique. Bruxelles et Paris, C. Ml'Quardt. 

Si le nom de Henri IV est resté dé nos jours aussi populaire, 
c'est, il faut en convenir, bien moins encore peut être par le souvenir 
du génie politique et guerrier du premier des Bourbons que par la 

réputation de vert-galant que lui accorde l'histoire et la chanson. 

Nous ne pouvons l'évoquer en efTet à aiicune époque de sa carrière 
accidentée, prince de Béàrn, roi de Navarre ou de France, sans voir 
apparaître autour de lui qœlque gracieuse figure de femme, la 
Fosseuse, Gabrielle d'Estrée, Henriette d'Entragues, etc., dont 
quelques-unes ont eu sur ses actions une influence incontestable. 

Toutefois pour la conquête de nulle d'entr'elles, Henri ne dut ni 
remuer des armées, ni menacer l'Europe, comme il le fit dans la 
dernière année de sa vie pour essayer d'arracher à l'asile où t'avait 
placée son mari peu complaisant, celle qui devait être plus tard la 
mère de la belle M™^ de Longueville et du grand Condé. 

Comme toutes les amours séniles, la passion du roi pour Margue- 
rite Charlotte de Montmorency, Drinces^e de Condé, dépassa toute 
- mesure; sa violence entraîna Henri IV àjdes actes insensés que l'on 
révoquerait en doute si les seuls mémoires contemporains, toujours 
sujets à caution, nous les avaient rapportés, mais qui nous sont 
confirmés par des papiers d'Etat d'une incontestable authenticité. 
Le récit très -piquant nous en est donné dans le livre dont nous 
citons le titre. En le lisant, on avouera que l'histoire a parfois des 
rencontres que les romanciers les plus fantaisistes n'osent imaginer. 



"NOTE^ DE MUSIQUE 

♦ 

Concert du Conservatoire de Liège. 

Ce concert avait un intérêt local particulier par rexécution de 
Mo'ina, poème héroïque composé par \\n jeune musicien liégeois. 
M. Sylvain Dupuis. 

Cette grande pièce musicale, flanquée de chonirs et de solistes, 
résonne des échos affaiblis de toute espèce de musique, sans guère 
affirmer encore la personnalité et le tempérament de son auteur. 

Massenet, qui y a laissé le plus de traces, Reycr et même Wagner 
s'y coudoient, alternant leurs apparitions avec des soli de flûte ou 
d'autres instruments de bois amincis encore par l'emploi qu'en fait 



134 



ï:art moderne 



V 



M. Dupuis. Tout cela peut mener au prix de Rome, aùi avantages 
administratifs <le l'art musical, mais cela est de médioere valeur 
artistique. 

M"" Jaëll a heurensenxent établi un courant artistique réel par 
son interprétation du Concerto eti tni bémol de Beethoven. Elle a 
satisfait l'auditoire par l'autorité et la sobriété avec lesquelles elle a 
joué cette œuvre. Le public lui a fait grand succès. Xcs Variations 
sur H7i thème de Paganiui^ de Brahms, ont particulièrement émer- 
veillé la salle; mais là les auditeurs, nous devons le reconnaître, 
n'applaudissaient pas à la synthèse de la pianiste, mais bien plutôt 
a son habileté, qu'ils croiront retrouver un inatant après chez n'im- 
porte quel clown de la virtuosité. -- 

Henry Fontaine a chanté avec une belle voix, manquant d'huma- 
iiité malheureusement, un air xlu i^»vy*e/iMf«. 

h'Ouvertitre des Girondins, de Litolff. œuvre jumelle de VOuver- 
turc de Maximilien Robespierre, emportant avec elle comme sa 
sœur un grand soufllle populaire, et Y Ouverture de la licite Mélusinc^ 
de Meudelssoïin, complétaient le programme. 



EXPOSITION UNIVERSELLE D'ANVERS 

Une deuxième exposition des Beaux- Arts va s'ouvrir à Anvers. 
C'est la Fédération artistique qui en informe le public et qui veille 
à son organisation. 

L'exposition sera exclusivement belge. Elle sera disposée dans le 
hall en planches construit, en face du Salon officiel, par l'impré- 
sario Neurenberg, pour abriter le viliage japonais qui sera exhibé 
pendant la durée de l'Exposition. Elle comprendra en outre une 
taverne allemande et un bar anglais. D'autres attractions de tous 
genres, dit la Fédération^ compléteront l'entreprise. 

Le tout sera éclairé par un nouveau ^ys^ème fourni par la Compa- 
gnie du gaz d'Anvers (lampes Siemens) et on pourra y rester la 
journée entière, grâce au bar et à la taverne servant des déjeuners 
froids, dit encore la Fédération. 

Titre : Salon libre de l'Ecole flamande. Les tableaux sont taxés 
à 5 francs pour leur admission. Aussitôt vendus (commission 20 p. <^/o 
perçue par M. Neurenberg) ils pourront être remplacés par d'au- 
tres. 

Il n'est pas nécessaire que les tableaux soient récents. Aucune 
reserve n'est apportée à la date de production. 

Les prix en francs, en livres et en dollars figureront au catalogue. 

Comme l'exposition, i\\i\2i Fédération, doit revêtir un caractère 
Juaitement artistique, une commission a été constituée d'office, com- 
posée d'artistes de toutes les villes, sans distinction de tendances, 
d'amateurs et de journalistes. 

Les journalistes sont MM. Solvay, Hannon, MaxWaller, etc. 

Les artistes qui ont échoué devant le jury officiel trouveront-ils 
grâce devant ce jury officieux? Il est à espérer que oui. Le public 
aura ainsi un moyen de contrôler les opérations des mandataires du 
gouvernement, et cette annexe inattendue du S^n des Beaux-Arts 
deviendra un champ de bataille pour les discussio^ artistiques. . 

Il est même regrettable qu'on ait jugé utile de nommer une com- 
mission. Une exposition générale des refusés eût été plus intéres- 
sante, plus instructive, plus militante. L'exposition flamande du vil- 
lage japonais, perpétue, à tort, les traditions des Salons officiels; 
Elle n'en présentera |ias moins, espérons-le, son intérêt. 



JjE j3apitain£ noir 

Les journaux allemands se sont occupés avec beaucoup dé 
faveur de. la représentation de l'opéra de notre compatriote 
Joseph McTlens : Le Capitaine noir. Nous rcproduiçoiis avec 



plaisir quelques passages de ces articles extrêmement clogicux, 
rcgrcllanl de ne pouvoir les publier en entier : 

f- ■■"•'• " ■ . • . 

Extrait de Y Hamburger Correspondent. 

La soirée d'honneur de M. Emile Krauss recevait une consé- 
cration toute spéciale dès la première rcprésenlalion d'un grand 
opéra h(t\^(i^ Le Capitaine noir, musique de Joseph Mertens, 
favorisée de la présence du compositeur et de M. H. Flemmich, 
le traducteur de l'œuvre, un ami et un compatriote de l'auteur. 

La musique atteint le plus liatil degré de vérité possible. 
M. Merleris s'est montré créateur capable et méritant d'une œuvre 
qui promet de dépasser en longévité nombre d'autres opéras nou- 
veaux, surtout montée aussi excellemment qu'elle l'était à sa 
première audition à notre Sladl-Tliealcr. 

Kxiraa t\c la Réforme {de Berlin). 

M. Menons possède largement toutes les qualités nécessaires 
au compositeur pour empoigner son public. La façon dont il 
écrit pour les voix et son orchestration trahissent partout la 
longue expérience du maître. 

Nous sommes heureux de pouvoir constater que la réception, 
faite par le public hambourgeois au nouvel opéra, a été on ne 
peut plus enthousiaste. Ça a été, depuis l'ouverture jusqu'à la fin, 
une ovation continue. 

Eiilvâh des Hamburger Nachrichlen. 

Il est rare qu'une œuvre dramatique ait obtenu un succès 
aussi colossal. L'orchestration révèle le praticien, formé dès sa 
jeunesse et d'un esprit fin et intelligent. Elle est très sobre et 
soutient efficacement les chanteurs. 

Les solis et les duos sont parfaitement traités et produisent 
avec les chœurs, dans les grands ensembles, des cflets puis- 
sants. 



MEMENTO DES EXPOSITIONS ET CONCOURS 

Anvers. — Exposition universelle. Ouverture le 2 mai 1885. 
Délais d'envoi expirés. — Salon des refusés. Ouverture en mai. 
Renseignements: 1, rue de l'Angle, Bruxelles. — Salon libre de 
l'Ecole flamande. (Voir plus haut). 

Bruxelles — 25* exposition de la Société des aquarellistes. 
Ouverture le 1er mai. — IIP exposition de Blanc et Noir à YEssor. 

. En mai. — Exposition historique de gravure, par le Cercle des 
aquarellistes et aquafortistes. En mai. 

Budapest. — Ouverture le l«r juin. Fermeture le 30 septembre. 
En deux séries. Délais d'envoi : l" série, 15 mai. 2« série, 25 juillet. 
Transport aller et retour (petite vitesse) aux frais de la Société hon- 
gix)ise des Beaux-Arts. Dépôt à Bruxelles, chez M. Mommen, 
25, rue de la Charité; à Anvers, chez M. Claessens, 12, place du 
Poids public. — Secrétariat : Sugarut, 81, Budapest. 

Londres. — Exposition internationale d'instruments de musique. 
Ouverture en mai. — Exposition de la Royal Academy. Ouverture 
le l**" mai. Délais d'envoi expirés. 

Nuremberg. — Exposition internationale d'orfèvrerie, de joaille- 
rie, de bronzes, etc. Du 15 juin au 30 septembre 1885. 

Paris. — Salon de 1885. Du 1« mai au 30 juin 1885. Délais 
d'envoi expirés * 

Rotterdam. — Du 31 mai au 12 juillet. Dernier délai : 16 mai. 
Renseignements : M. Veders, secrétaire, 42, Boompjes, Rotterdam. 



Bruxbllbs. — Vingt-cinquième concours de composition musicale. 
Ouverture le 20 juillet 1885. 
Inscriptions au ministère de l'agriculture, de l'industrie et des 



LART MODERNE 



135 



travaux publics jusqu'au H juillet, à 4 heures Les coivcurrents qui 
n'habitent pas Bruxelles peuvent adresser par écrit leAr demande 
d'ioscription ; à cet effet, ils déposeront, avant le 7 juillet, leur lettre 
avec les pièces à l'appui, entre les mains de l'administration com- 
munale de leur localité, qui la transmettra immédiatement audit 
ministère. 

Les aspirants sont tenus de justifier de leur qualité de Belge et de 
prouver qu'ils n'auront pas atteint l'âge de 30 ans au 20 juillet. 

Prix DU Roi. — Concoiirs de 1886, 1S87 et 1888. — Un arrêté 
royal du 20 avril courant porte que le prix à décerner en 1886 (con- 
cours exclusivement belge) sera attribué à l'ouvrage le mieux conçu 
pour développer chez la jeunesse belge l'intelligence et le goût des 
littératures anciennes et mode* nés. 

Le prix à décerner en 1887 (concours exclusivement belge) sera 
attribuée l'ouvrage qui démontrera le mieux de quelle manière la 
Belgique doit comprendre son rôle dans la grande famille euro- 
péenne, tant au point de vue politique et intellectuel qu'au point de 
vue matériel, pour servir le mieux ses propres intérêts en même temps 
que ceux de la civilisation en général. 

Le prix à décerner en 1888 concours exclusivement belge) sera 
attribué au meilleur ouvrage sur l'enseignement des arts plastiques 
en Belgique et sur le moyen de développer l'art en Belgique et de le 
porter à un niveau de plus en plus élevé. 

Les ouvrages destinés à ces concours devront être transmis au mi- 
nistre dé l'agriculture, de l'industrie et des travaux publics, àsavoir: 
pour le prix à décerner en 1886, avant le le»" octobre 1886, et pour 
les deux autres, respectivement avant le 1er janvier des années 1887 
et 1888. 

Paris. — Statue de Paul Broca. (Voir VArt moderne du 
l«r mars ) 

RiCHMOND (Virginie). — Concours pour un monument à Robert 
Lee. Deraier délai : l*' mai 1885. 

ViBNNK. — Concours pour l'érection d'un monument à Mozart. 
La place sur laquelle doit être élevé le monument n'étant pas 
encore déterminée par la municipalité, le concours reste ouvert. 



? 



ETITE CHROJ^iqUE 



M. Verdhurt ^ engagé pour la saison prochaine M"' Huré en qua- 
lit<i de contralto. On dit grand bien de cette jeune artiste, qui vient 
de se distinguer à un concert organisé le 10 avril par M^eMarchesi, 
à la salle Erard, où elle a été bissée. 



Les menribres de l'Association wagnérienne se proposent d'offrir 
à M. Joseph Dupont, en témoignage d'admiration et de sympathie 
pour la manière dont il a dirigé les Maitres-Chanteurs, la partition 
d'orchestre de Parsifal, richement reliée Une liste de souscription, 
rapidement couverte de signatures, a été déposée chez MM. Schott 
frères, éditeurs. La souscription devait être close hier, mais en 
présence des réclamations d'un grand nombre d'amis de l'érninent 
chef d'orchestre, qui ont voulu joindre leur hommage à celui des 
membres de l*As^^ociation, le comité a décidé que la liste resterait 
encore aujourd'hui et demain à la disposition des souscripteurs ^ 

Elle sera reliée en tète de la partition, et celle-ci sera remise à 
M. Joseph Dupont le jour du Concert -Wagner, le 3 mai prochain. 

M"« Bernardi, l'artiste bien connue, a succombé la semaine 
dernière aux suites de l'opération d'un kyste. La mort de cette 
excellente chanteuse, qui, en ces derniers temps encore, menait si 
joyeusement, aux Galeries et à l'Alcazar, la ronde des opérettes en 
vogue, laissera d'unanimes regrets. 

M'"« Bernardi était fort au dessus des emplois modestes qu'eW*. 
avait acceptés, depuis quelques années, en descendant des hauteurs 
du grand opéra dans le sous-sol de l'opéra-bouffe. Gratule avait été 
la surprise quand on reconnut, un jour, sous une coitïuro grotesque. 
grimaçant un rôle comique, celle qui avait, peu de temps avant, créé 
magistralement à la Monnaie le rôle d'Amneris dans Aida. 

Le timbre de son magnifique contralto lui eût assuré des succès 
de meilleur aloi que ceux qu'elle remporta dans l'opérette. Artiste 
consciencieuse et bonne musicienne, toujours eu scène, soignant la 
composition de sou personnage avec minutie, elle conquit rapi-le- 
ment toutes les sympathies de son nouveau public. 

Sa dernière création est celle de Palmatica, dans VEtudvmt 
pauvre On se souvient du caractère vraiment comique, gai sans trop 
de charge, qu'elle donna à cette digne maman. 

M™« Bernardi devait créer prochainement le rôle d'Elisabeth dans 
le Mostier de Saint -Guignolet, opéra-comique que M. Carion se 
prépare à représenter sous peu au théâtre des Galeries. 



liste T|^^ 



Le pianiste ï^anz Rummel assistait mercredi à la quatorzième 
représentation des Maîtres -Chanteurs L éminent virtuose revenait 
d'une tournée de concerts en Allemagne où il avait remporté de 
brillants succès, notamment à Wiesbaden, où il se fit entendre deux 
fois, à Mayence et à Wurtzboiirg. 

Il est parti avant-hier pour Londres, où il jouera le 6 mai le con- 
certo en ré mineur de Rubinstein à la Philharmonie Society, et le 
concerto de Tschaikowsky au 4^ concert de Hans Richter. 

La Nouvelle Société de musique de liruorelles annonce son grand 
concert pour le dimanche 10 mai, à 2 heures de relevée, à la salle 
de l'Alhambra. On dit le plus grand bien du programme, qui ne 
comprend pas moins de trois œuvres entièrement nouvelles pour le 
public bruxellois, savoir : 

Daphnis et Chlaé, œuvre inédite de notre compatriote Fernand 
Leborne, La Mer, de Victorien Joncières, L'Anathème du Chan- 
teur, de Schumann. 

Le concert se terminera par la grande marche et chœur de Tann- 
hàuser. 

L'exécution de ce programme est confié à des artistes d'élite : 
M'»« Bosman, MM. Blauwaert et Van Dyck Environ trois cents chan- 
teurset instrumentistes, sous la direction de M. Henry Warnots, 
contribueront à l'éclat de cette fête musicale. • ' 



Le programme de la quatrième .séance de musique de chambre 
pour in.-struments à ventetpiano.qui sera donnée aujourd'hui au Con- 
servatoire par MM Dumou, Guidé, Merck, Xeuman, Ponc^^let et De 
Greef, comprend : le quintette en mi b, pour piano, hautbois, cla- 
rinette, cor et basson, de Mozart; les Contes dé Fées, pour piano, 
alto et clarinette, de Schum;inn; une sonate pour piano, de Beet- 
hoven, et la SérJttade (onze instruments) de Dvorak. 

Le mois prochain doit paraître à Vienne la Correspondance de 
Richard Wagner de 1830 à 1883. C'est le savant wagnérophile 
Emerich Kastner, de Vienne, qui éditera cette collection de lettres, 
jusqu'ici inédites eu majeure partie, et dans lesquelles on trouvera 
le complément naturel des écrits theoriq;ues du maître de Bïbvreuth 
et d intéressants détails sur Sa. vie. 



La saison des concerts d "été va s'ouvrir sous peu à Londres. On 
annonce neuf concerts de Hans Richter, le célèbre cappeilmeîster 
viennois,- qui fera entendre dans ses séances symphoniques les chefs- 
d'œuvre de la musique classique et d'importants fragments des 
œuvrt'S de Wagner. D'autre part, on annonce dix représentations 
allemandes de Tristan et Isolde, par la troupe de I imprésario 
Hermaun Francke Entin, un agent théâtral américain . M. Edm. 
Gerson, se propose, à locca-sion de l'Exposition musicale qui s'ou- 
vrira prochainement à Londres, de faire entendre succe.ssivement. 
dans une série de c ncerts, les plus célèbres orchestres, et les 
bandes militaires les plus fameuses de l'Europe entière. 

La ville de Paris orgmise, pour le 3 mai prochain, un concours 
international de musique, un concours monstre, sous la présidence 
d'Ambroise Thomas. Ou parle de 20.000 exécutants. 

Au théâtre de Stockholm on prépare la représentation d'un opéra 
national. Stig Hvidc, dont l'auteur, M. Ole (.^Isen, a écrit le poème 
et la musique. 

•On vient de terminer à Vienne la vente aux enchères de la suc- 
cession Mackart, qui n'a pas tlure moins de dix-sept jours II a ete 
réalisé une somme de 150,000 florins, et il reste encore quelques 
objets représentant une valeur d environ 20.000 florins, qui seront 
vendus à l'occasion 

L'exposition des œuvres d'Eugène Delacroix à l'Ecole des beaux- 
arts a produit 66.709 fr. 

L'inauguration de l'hôtel tles beaux-arts de Salzbourg (Autriche) 
aura lieu le l^f août proch in. A cette occasion s'ouvrira une expo- 
siti<ni de peinture et de sculpture à laquelle se-ront conviées toutes 
les associations artistiques de l'Autriche et de l'étranger Le comité 
organise pour la même époque une exposilioa régionale des arts 
industriels. 




Les annonces sont reçues au bureau du journal ^ 
26, rue de V Industrie, à Bruxelles ." 

SCHOTT Frères, Editeurs de Musique, Bruxelles 

. RDE DDQUESNOY, 3a, eoin de la rue de la Madeleine 
Maison principale : MONTAGNE DE LA C30UR. 82 



LES MAITRES CilMTEURS DE NUREMBERG 

(Die Mèistersinger von Nûrnberg) 
Opéra en 3 actes de 

Œ^ICJE3:.A.I^r) Wu^o-nsrBïs 

PARTITION POUR CHANT ET PIANO, NET 20 FRANCS. 



Lihvetto .,',._. ........ 

Benoit. Les motifs typiques des Maîtres ciianteurs . . . . 

. ARRANGEMENTS POUR PIANO A 2 MAINS : 



Fr. 2 



Im, Partition complète . . . . ... 

Ouverture. Introduction . 

Z,a même, arrang. par H. de Bulow 

Introduction du 3* acte. . ... 

Beyer, F. Rf'pertoire des jeunes pianistes . . . 

r," Houquet de Mélodies .î . . . . . . 

iy?*unner, C Trois tran.scriptions, chaque . . . . , 

Bulow, H. [de). Réunion des Maîtres chanteurs . , . . 
n Paraphrase sur le quiutuor du à' acte . . 

Cramer, H. Pot pourri . 

n Mtirche . . . 

« Danse des apprentis . ... 

Gohbaert", L. fantaisie brillante . ... . . 

Jae//, A. Op. 137. Deux transcriptions brillantes (Werbegesang- 

Preisliéd), chaque . 

« 0|). 148. Au loyer . . . . . . . 

Laasen, E. Deux transcriptions de salon, n* I . 

" " « n" II, . • . . 

Leitert. Op. 26. Transcription . . . ' 

.R<*fl', J' Réminiscences en quatre suites, cahier I et II, à . . 

cahier IIL 
cahier IV. 
iïw^'i'» ■'^' Chant de Walther . . . . 

ARRANGEMENTS POUR PIANO A 4 MAINS : 

La Partition complète 

Ouverture. Introduction par C. Tausig ...... 

Beyer, F. Revue mélodique . 

Bùlow, H. (df). La réunion des Maîtres chanteurs, paraphrase 

Cramer, H. Pot-pourri 

y Marche . , . . ... 
De 7»76ac. Deux illustrations, chacune , ' 



ARRANGEMENTS DIVERS : 

OureHure pour 2 pianos à 8 mains ... 
Grcgoir et Léonard Duo pour violon et piano. 
Kaslner, E. Paraphrase pour orgue- mélodium. 
Lux, F. Prélude du 3' acte pour orgue . 
Oberthur, Ch. Chant de "Walther pour harpe . 
Singelée, J. B. Fantaisie brillante pour violon et piano 
Golterman. Chant de Walther, pour violoncelle et piano 
Wichede, F. (de). Morceaux lyriques pour violoncelle et piano 
N* 1. Walther devant les Maîtres . 
N° 2. Chant de Walther . . . 
Wilhelmj, A. Chant de Walther, paraphrase pour violon avec 
accompag. d'orchestre ou de piano. Partition 
L'accompagnement d'orchestre. . . . 
« de piano 



1 50 



25 « 

2 « 

3 « 
1 - 

1 75 

2 25 
1 75 
1 75 

1 75 

2 « 
1 25 

1 75 

2 » 

2 « 
2 25 
2 « 
2 25 

1 35 

2 25 

2 r, 

2 50 
1 75 



35 « 
3 50 
2 25 

2 25 

3 50 

2 25 

3 75 



6 «- 

4 r, 

1 50 

1 n 

2 u 

3 50 
1 25 

1 25 
225 

2 - 

3 « 

5 n 

3 50 



VIENT DE PARAITRE 

CHEZ FÉLIX CALLEWAERT Père 

26, KUE DE L'INDUSTRIE, A BRUXELLES 



LA FORGE ROUSSEL 

PAR Edmond PICARD 

Édition définitive, tirée à petit nombre 

Prix : Grand Japon, 60 francs; Chine genuine, 40 francs; 
Hollande Yau Gelder, 25 francs. 



VIENT DE PARAITRE GiIeZ 

BREITKOPF & HÀRTEL 



EDITEURS DE MUSIQUE 



BRUXELLES, 41, MONTAGNE DE LA COUR 



ŒUVRES INÉDITES 

Dfi....J..-N, LEMMENS..... -, 

Tome deuxième. — Chants liturgiques. — Prix net, 15 fr. 

ÉDITEUR DE MUSIQUE 

RUE SAINT-JEAN, 10, BRUXELLES 
Ouvrages recommandés, pour piano 

ERMEL, A. Op. 30. Conte oriental, Caprice .... Fr. 2.00 

— ' — 31. Les Soirées de Bruxelles, Impromp- 

tus 'Ysilses ........ 2.50 

— — 35. ^er Air de Ballet 2.00 

— Chant du Soir (nouvelle édition) . ... 2.00 
'— Balafo, Polka-Fantaisie 2.00 

— Etoiles scintillantes. Mazurka ..... 2 00 
KOETTLITZ, M. Op. 9. Barcarolle 2 00 

— — 12. Laendler . 1.35 

— 21. Danse rustique 1.75 

PIAMnQ BRUXELLES 

I M l\l WO rue Thérésienne, 6 

VENTE 

.rc"A7o,. GUNTHER 

Paris 1867, 1878, \^^ prix. — Sidney, seul 1" et 2« prix 
EXPOSITION AHSTEROÂI 1883, SEUL DIPLOIE D'HONNEOR. 

~ J. SCHAVYB, Relieur 

46, Rue du Nord, Bruxelles 

CARTONNAGES, RELIURES ORDINAIRES, RELIURES 
^ DE LUXE, ALBUMS, ETC. 
SPÉCIALITÉ D'ARMOIRIES BELGES ET ÉTRANGÈRES 

ADELE Deswarte 

23, leXJE IDE Lj^ "VIOLETTE ^ 

BRUXELLES. 
Atelier de menuiserie et de reliure artistiques 



VERNIS ET COULEURS 

POUR TOUS GENRES DE PEINTURES. 

TOILES, PANNEAUX, C^ASSIS, 

MANNEQUINS, CHEVALETS, ETC. 

BROSSES ET PINCEAUX, 

CRAYONS, BOITES A COMPAS, FUSAINS, 
MODÈLES DE DESSIN. 

RENT0ILA6E, PARQUETAGE, 

EMBALLAGE, NETTOYAGE 
BT VERNISSAGE DE TABLEAUX. 



COULEURS 

ET PAPIERS POUR AQUARELLES 

ARTICLES POUR EAU-FORTE, 
PEINTURE SUR PORCELAINE. 

BOITES, PARASOLS, CHAISES, 
Meubles d'a4;elier anciens et raoderne's 

PLANCHES A DESSINER, TÉS, 

ÉQUERRES BT COURBES. 

COTONS DE TOUTE LARGEUR 

DEPUIS 1 MÈTRE JUSQUE 8 MÈTRES. 



Représentation de la Maison BINANT de Paris pour les toiles Gobelins (imitation) 

NOTA. — La maison dispose de vingt ateliers pour artistes. 
Impasse de la Violette, 4. 



Bruxeltes. — Iinp. Félix Callbwaert père, rue de l'Industrie, 26. 



Cinquième année. — N° 18. 



Le numéro : 25 centimes. 



Dimanche 3 Mai 1885. 



L'ART 



MODERNE 



PARAISSANT LE DIMANCHE 



REVUE CRITIQUE DBS ARTS ET DE LA LITTERATURE 



ABONNEMENTS : Belgique, un an, fr. 10.00; Union postale, fr. 13.00. — ANNONCES : On traite à forfait. 

Adresser le€ demandes d'abonnement et toutes les communications à 

l'administration générale de l'Art Moderne, rue de l'Industrie, 26, Bruxelles. 



^ 



OMMAIRE 



La clôture de la saison théâtrale a la Monnaie. — Dtx'x 
EXPOSITIONS. I. Le Cercle artistique; II, Les Aquareillistes. — 
Livres nouveaux. J.-F. Millet, par Charles YrxdiTïe; Camille 
Corot, par Jean Rousseau ; Hmis Holhein, par Jean Rousseau. — 
Documents a conserver. Z-e secret du vote. La suppression des 
médailles. — Notes de musique. I. Concert Zarembshi ; II. Con- 
servatoire de Gand. r- Conférences artistiques Conférence de 
M. Georges Rodenbach; Conférence de M. Sigognc. — Théâtres. 
Théâtre de la Monnaie. — Exposition universelle d'Anvers. — 

Recette pour avoir du génie. — Petite chronique. 

■ » ■ 



LA CLÔTURÉ DE LA SAISON THEATRALE 

A LA MONNAIE 

La saison théâtrale est finie pour le théâtre de la 
Monnaie, et avec elle s'achève la direction de MM. Stou- 
mon et Calàbrési. Avec elle aussi la troupe de notre 
opéra va être presque entièrement renouvelée . 

C'est là un événement complexe qui assurément 
marquera dans notre histoire lyrique. Les dix anntjes 
qui viennent de s'écouler ont été brillantes. Elles oîit 
fait entrer profondément dans les mœurs de la capitale 
le goût de l'opéra. 

Les causes du phénomène ont été variées. L'intelli- 
gente habileté des directeurs y fut pour beaucoup. 
Mais le besoin de luxe et de haute vie y ont aussi 
puissamment contribué. Les hommes ont tiré parti 
de la situation, mais la situation a aidé les hommes. Il 
faut remercier MM. Stoumon et Calàbrési d'avoir pro- ~? 



fité des événements. lisent, eux, à remercier les évé- 
nements d'être survenus si à point pour leur fournir 
une telle occasion d'utiliser leurs mérites. 

Ces* jours derniers, X Indépendance esquissait feu 
les directeurs avec des sôus-entendus qui pouvaient, 
selon le caractère des gens, passer pour des critiques 
ou des éloges. %\\e leur prêtait notamment une adresse 
aimable à manipuler ou , pour employer un terme d'argot 
plus énergique, à rouler l'abonné. Le dessin était 
vraiment amusant dans sa mordante malice. La leçon 
est bonne, mais certes il était prudent de ne la risquer 
qu'au moment ^ les imprésarios distingués qu'on 
gratifiait d'un machiavélisme fort inattendu, donnaient 
congé. C'est une façon de montrer, au moment où l'on 
ferme le théâtre, comment on s'y moquait congrû- 
ment des bonnes gens, très drôle mais aussi très péril- 
leuse avec un public aussi susceptible que le nôtre ne 
s*imaginera-t-il pas qu'il a eu affaire à des Cumber- 
laud consacrant une dernière séance à la révélation des 
trucs au moyen desquels ils empaumaient les specta- 
teurs? \'oici ce morceau curieux et révélateur. Cer- 
taines phrases indiquent que son auteur avait lui-même 
le pressentiment que ses compliments, chargés de 
l)icrate, pourraient un jour éclater au visage de 
ses héros. 

•' MM. Stoumon et Calàbrési ne sont pas maladroits 
du tout. Et ils savent l'art de répondre aux réclama- 
tions ineptes, aux plaintes inutiles, avec une condes- 
cendance qui ne laisse jamais percer d'ironie. Tous lés 
théâtres, grands et petits, ont un certain nombre d'abon- 



\ 







138 



LART MODERNE 



nés qui ont pour occupation principale d'être des 
abonnés influents. Ce sont des personnages, dont 
le maniement est assez délicat. Il s'agit d'avoir l'air de 
les consulter, et, en réalité, d'en faire des défenseurs 
naïfs et convaincus de tous les actes de l'adininistra- 
tion. Ce n'est pas toujours commode. L abonné 
influent tient à faire figure devant le simple public, 
}\ être l'homme considéré que les directeurs redoutent. 
Il a donc parfois des velléités d'opposition ,;^qui servent 
à marquer son autorité. Le directeur, qui sait son mé- 
tier, traite ces manies innocentes pMr des moyens 
doux. Et Tabonné influent^ qu'on a écouté avec atten- 
tion et déférence, ne s'aperçoit jamais qu'on lui fnit 
approuver tout ce qu'il se proposait de combattre. 

« MM. Stoumon et Calabrési doivent avoir ce 
doigté, cette virtuosité de leur emploi, puisqu'ils en 
ont tous les autres mérites. Ils ont étudié la physiolo- 
gie de l'abonné, et ils savent comment on peut préve- 
nir ou dissiper les caprices de cet être spéciat. Ce 
serait leur faire tort, cependant, que d'insister sur leur 
souplesse, en cette matière. Peut-être, quelque jour 
encore, céderont-ils, ou l'un d'eux cédera-t-il, au désir 
de recommencer une campagne nouvelle à la Monnaie, 
d'y rechercher une fois encore le rare mélange qu'ils 
ont obtenu, de ceinture dorée et de bonne renommée. 
IJ abonné influent pourrait être récalcitrant d'avance, 
si on lui dit maintenant qu'il a eu affaire à des gens 
d'esprit, qui l'ont manié comme cire molle. Mais il est 
vrai que c'est au profit des publics naïfs que les direc- 
teurs sont adroits. ^ 

Sapristi! pourquoi le dire? Si nous étions cet être 
spécial, comme dit galamment l'écrivain, qu'on nomme 
V abonné influent, nous serions, en effet, récalcitrant 
et tiendrions à prouver que nous ne sommes pas cire 
molle et public naïf autant qu'un vain reportage le 
pense. Voilà l'abonné influent prestement déshabillé, 
et gratifié par dessus le marché d'un très bon coup de 
pied à la chute du dos. Bien le bonjour, mon ami ! A 
coup sûr les pauvres abonnés vont méditer sur la fable 
du Renard et du Bouc : 

Capitaine Renard allait de compagnie ^ 
Avec son ami Bouc du plus haut encorné. 
Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez. 
L'autre était passé maître en fait de tromperie... 

Et dire pourtant que cette bonne Indépendance pro- 
testait en toute occasion et sur tous les tons de son 
amitié, de son zèle, de son dévouement, de sa cordialité, 
de son empressement pour cette direction dont elle 
accompagne la retraite d'un aussi étonnant charivari 
en s imaginant qu'elle lui donne une sérénade. Beck- 
messer! Beckmesser! tu as fait des petits. 

Rien n'est plus dangereux qu'un maladroit ami. 
Mieux vaudrait un franc ennemi. 

Décidément le bon Laibntaine et ses bêtes nous 



reviennent trop en mémoire. Bornons-là ces. associa- 
tions d'idées. 

La nouvelle direction bénéficiera sans doute des habi- 
tudes prises par notre population. Pour peu que sa 
troupe soit bonne (et elle s'annonce comme devant être 
très remarquable), elle n'aura pas de peine à commen- 
cer à son tour un cycle d'années fructueuses. L'admi- 
nistration communale a, il est vrai, stipulé quelques 
charges que justifiaient, assure-t-on, des recettes si 
abondantes que le décennal des directeurs^ les diœ 
années de leur consulat, leur ont assuré la sécurité 
d'existence et les ont laissés en posture aisée, suivant 
des expressions de haut goût que nous relevons dans 
le même intéressant article de V Indépendance. O^ 

C'est, en eff'et, un fort beau lot que de pouvoir se 
retirer aussi promptement après fortune faite. Le même 
journal ajoute « que les directeurs se sont trop bien 
trouvés de leurs conditions administratives pour con- 
sentir à en changer; qu'ils ne croient pas â l'efficacité 
de la nouvelle constitution, des institutions nouvelles 
du théâtre (re la Monnaie; qu'ils renoncent au gouver- 
nement, jugeant que son exercice est devenu plus péril- 
leux, ou du moins plus difficile ». i' 

On ne saurait dire, en termes plus décents,|que ces 
inessieurs ont la prudence louable qui engage 1^ joueur 
peu téméraire à faire Charlemagne. C'est fort injuste 
quand on les connaît. Mais enfin, les craintes qu'on leur 
prête apparaissent quelque peu exagérées et abouti- 
raient, si le reporter officieux qui les complimente en 
phrases si rares insistait davantage à donner quelque 
consistance au bruit qui courait avant la concession à 
M.Verdhurt, qu'ils voulaient forcer la main au conseil 
communal et se préparaient, dans l'espoir que nul 
n'oserait ramasser le sceptre qu'ils déposaient, à inter- 
venir au dernier moment en sauveteurs, dictant leurs 
conditions et imposant le régime qui leur avait assuré 
la sécimité et donné une posture aisée. 

Espérons que l'avenir démontrera que le conseil 
communal de Bruxelles a eu raison d'imposer quelques 
obligations de plus, celle, de majorer le minimum 
du traitement mensuel des musiciens de l'orchestre, 
traités jusqu'ici avec une parcimonie invraisemblable, 
celle aussi d'affecter à l'entretien et au renou- 
vellement des décors et des costumes existants, 
25,000 francs par an, sous le contrôle du collège. Cela 
ne paraîtra assurément à personne une aggravation de 
nature à justifier le cri d'alarme compliqué, rappelé 
plus haut : MM. Stoumon et Càlabresi ne croient 
pas à V efficacité de la nouvelle constitution des insti- 
tutions nouvelles du théâtre de la Monnaie ! 

Le changement de dynastie a été accompagné, on le 
sait, d'un remaniement presque complet dans la troupe. 
L'expérience apprend que c'est ce qui arrive fatalement 
en pareille conjoncture. Cela ne procède pas d'un parti- 




Pris, mais de complications ^inéluctables. Un régne qui 
finit, un règne qui commence produisent un déchaîne- 
ment de craintes, d'espérances, de convoitises, de pré- 
tentions, d'intrigues, de bavkrdages, de malentendus, 
de criailleries, de fausses démarches qui troublent les 
esprits, démanchent les plus calmes, déjouent toutes 
les prévisions, provoquent des coups de bascule dans 
lesquels le hasard seul semble agir. Bruxelles a assisté 
à ce tohu-bohu. Dans les premiers moments la direction 
nouvelle a été assaillie de mauvais propos plus ineptes 
les uns que les autres. Les pauvres artistes affolés 
n'ont entrevu que catastrophes et n'ont rêvé que dé- 
port. Autour d'eux on a fait pleuvoir les inquiétudes. 
Pris dans cette tourmente, le nouveau directeur a jugé 
sage et plus digne de quitter la place et de se mettre 
résolument à engager des sujets nouveaux à l'étranger. 
Ce qu'on a appris de ses efforts est de nature à faire 
croire qu'il a fort bien réussi: Maintenant qu'il a très 
fermement pris pied, les regrets commencent à hanter 
les déserteurs. Ceux qui étaient libres encore se sont 
ralliés. Pour d'autres, hélas! la rupture est consommée 
et on ne peut plus que leur souhaiter de trouver ailleurs 
les sympathies dont ils étaient comblés à Bruxelles, 
avec l'espoir de les revoir tôt ou tard. La crise a été 
douloureuse, mais elle est terminée. Les adieux sont 
consommés, le calme renaît. Cinq mois de silence vont 
passer sur toutes ces alarmes et ces tristesses, comme 
l'hiver passe sur les feuillages tombés. Nous aurons un 
autre printemps et tout fait présager que le renouveau 
qui se prépare vaudra le passé dont nous sortons. 



Peux expositions 

I. Le Cercle artistique. — II. Les Aquarellistes. 

I . 

Deux expositions sont ouvertes en ce moment à Bruxelles : l'une 
de tableaux à l'huile, Taulre de peintures à Peau. Toutes deux 
ont mêmes tendances vers un art bourgeois, terre à terre, tri- 
vial cl lourd. Toutes deux marquent un affai^^scment sensible du 
niveau arlistique, attaqué par les postulations utilitaires, de plus 
en plus menaçantes. De part et d'autre, le cheval de manège, 
tournant avec résignation dans la piste, a pns la place de l'étalon 
aux allures libres, piaffant, secouant sa crinière. Les coups de 
chambrière lui sont tombés drus sur Téchine. A peine les sent-il. 
Au Cercle, on pourrait dire au cirque, un jury soucieux de la 
dignité de l'Art eût dû lancer par les fenêtres, sous les ombrages 
du Parc, l'effroyable pacotille de boîtes de baptême, de ronds 
de serviette en bois de Spa, d'enseignes de parfumeur, de « vues» 
d'optique dont on a effrontément sali les murs. Cela eût fait une 
jolie exposition des refusés, avec accompagnement do musique 
des pompiers en guise de cantate d'ouverture, à l'usage des 
bonnes d'enfants et de leurs amis les petits carabiniers. 

On a préféré admettre tout le bloc. Et les rares bonnes choses 
que le naufrage de la peinture sérieUse cl digne ait respectées 



sont ballolées par les Ilots d'une maré(; de médiocres, de gro- 
tesques, de lamentables. 

Voir, pour ne pas même descendre aux amateurs, qui ont fait 
du Cer.cle artistique leur i)roie, leur ciladello, d'où ils délogent 
petit à petit les artistes, les. drôleries macabres de Vanden 
Ikissche, sa Retraite de Russie et sa Tentation de Saint- An- 
toine. L'auteur de ces aimables plaisanteries est, assure-l-on, pro- 
fesseur de j)erspective à l'Académie des Beaux-Arts d'Anvers. De 
perspective aérienne, vraisemblablement, comme feu Louis 
Dubois, le roi des mystificateurs, qui se donnait gravement, en 
voyage, cette qualité sur les registres d'auberges, l 

Voir aussi les images de Barnaba, dans lesquelles'qn a oublié 
de placer le cadran, et les paravents de Numans, et le soudard 
au nez trognonnant de Van Hammée, et les sites ardennais de 
Hoffiaen, ce Marie Gilsoë du paysage. 

Oh! comme on comprend les deux artistes, des vrais ceux-là, 
qui, indignés d'un pareil avilissement du goût, ont, le lende- 
main de l'ouv-erture, envové leur démission à la commission! 

Les toiles sincères, émues, de cette triste exhibition, ont été 
sacrifiées, presque toutes, aux plates el ternes enluminures qui 
courent à la rampe. Vogels a fait vraimenJL trop d'honneur au 
Cercle en lui envoyant son superbe Brouillard, ce bout d'esta- 
cade noyé dans des vapeurs d'argent, tout frissonnant de 
moiteurs laiteuses, la i»lus belle page qu'ait écrite ce pinceau 
magistral. On l'a récompensé en le plaçant au second rang, où il 
ne peut off'usquer les médiocrités qui l'environnent. 

Au second rang aussi l'impression, si juste, rapportée par 
Frantz Charlet d'une excursion dans les dunes de Knocke. Que 
n'y a-t-il trois rangs au Cercle! Elle eût été sûrement «élevée » 
d'un degré. 

iVlais à la cimaise se pavanent les arbres en zinc de M"^ Beer- 
npert, les Pompéïenneries mièvres de M. Stallaert, qui les a 
chipées à M. Coomans, lequel les avait lui-même, etc.... 

Passons sur tout cela. A quoi bon chanter toujours le même 
refrain? Comme nous le disions, le cheval est poussif. Rien ne 
sert de le cravacher. Voyons-le trotter, el notons au passage ses 
rares velléités de réveiller par quelque vivacité ses allures 
assoupies. 

Voici Alfred Verhaeren en selle. 11 pique des deux, celui-là, el 
d'un bon coup d'éperon fait pirouetter sa monture. Bravo pour 
ses Cerises, appétissantes, lisses de peau, savoureuses, belles, 
malgré le ton conventionnel du fond et des feuillages. 

Voici Pierre Oyens. Encore un coup d'éperon. Une nature 
morte réduite à sa plus simple expression : une bouteille, un 
verre el une pomme, mais avec quelle intensité de lumière ces 
objets sont éclairés ! La nappe paraît trop noire. Les objets posés 
dessus sont vraiment « tapés «. 

Voici les mélancoliques, Mellery, Heymans, Binjé, Ter Linden. 
La neige Tiocturne du premier csl impressionnante. C'est d'un 
artiste sincère, jamais inférieur à lui-même. Le grand paysage 
d'Heymans semble une préparation pour le travail lent par lequel 
l'excellent paysagiste disj)ose, construit, émaille ses belles toiles. 
L'étang de Binjé qui sourit aux étoiles sous la gaze lamée des 
brumes vespérales, est une jolie complainte, lin Noclurne en 
bleu el argent, comme dit Whisller, d'un sentiment délicat. Vin- 
fini, de Ter Linden, présente, avec les moires de la mer pour 
arrière-plan, une fine silhouette de femme, élégamment peinte. 
Mais pourquoi V Infini? Un bien gros litre pour une étude, — 
jolie, sans doute, mais une élude. 



'r^ 



140 



VART MODERNE 



II y a encore, en ne se montrant pas trop sévère, une. bruyère 
de Bouvier, un coin de rivière do Baron, un bout de mer de Le 
Mayeur, un bateau échoué dans là vase, de Hagemans, bonne 
étude malgré le jour fantastique et peu justifié qui la baigne. 

Après cela, c'est tout. Les forts en tlième n'ont guère donné, 
et ceux qui se sont présen'.és arrivent à la queue. Le portrait de 
M. Doucel, par Ciuysenaar, pourrait tout aussi bien être signé 
Herbo. La comparaison flattera au moins, espérons-le, l'un de 
ces peintres. C'est « le portrait avec les, bras » dans toute sa 
banalité de pose, d'expression cl de facture. 

M. Doucel fait face à M. Dumon, et le peintre pour« Socheleil, 
tir à l'arc et garde civique, ressemblance garantie », a été, cette 
fois, à peu près aussi heureux que celui qui a eu l'honneur de 
reproduire les traits de M. Van Schoor. 

Les papillottantes petites filles noir et blanc qui attendaient le 
photographe et qui ont vu arriver, en guise d'ohjeclif, M. Ciuy- 
senaar, n'ont rien de transcendant. C'est honnêtement fait, mais 
peu amusant h regarder. 

Ce sont les jeunes que nous cherchons, avec l'espoir d'y trou- 
ver des promesses d'avcjiir, et les jeunes ne nous donnent guère 
d'espérances. M. Van Gelder est une des premières victimes du 
« zwanzage », cette épidémie infectieuse qui a sévi récemment, 
propagée par des compères qui n'en ont pas mesuré la portée et 
dont l'esprit épais n'a vu qu'une grosse farce où il y avait un 
danger réel. Les Raffaëllide M. Van Gelder étaient plus drôles à 
la Zwans-exhibition. C'est tout ce qu'oii peut dire de celui qu'il 
expose au Cercle. 

M. Evrard a voulu évidemment se moquer du public en mon- 
trant ses deux portraits, insi)irés de Géruzet et de feu Ghémar. 
La Zwans n'est donc pas finie? 

Ce n'est pas M. Ilalkelt, avec ses trois figures guindées, tour- 
nées dans du bois — et encore sont-elles tournées? — raides, 
désagréables de couleur, qui porte les espérances de la jeune 
école. Ni encore moins M. Houyoux. Il y a, de M. Frédéric, un 
tryptique qui a l'air d'avoir été épongé, la couleur étant fraîche 
encore, et une singulière prairie où tombe une lumière qui n'est 
ni la lumière électrique, ni le gaz, ni surtout la lumière du jour. 
Dans cette prairie, dos enfants qui ont tous eu le malheur de se 
barbouiller la figure et les mains d'une teinture qui doit être du 
bois de Campêche. Le tableau pourrait être intitulé : Zam//^ 
de Pâques. — 

Sera-ce M. Hannon?:II y a évidemment dès qualités dans son 
Crépon japonais^ une élégante jeune fommc.en silhouette devant 
une fenêtre. Mais combien est superficielle et mincc^cctte pein- 
ture qui manque d'âme ! 

L'n coup d'œil aux aquarelles, où s'alignent les virtuoses ordi- 
naires et extraordinaires de la goutte colorée : Uytterschaut, Stac- 
quet, Binjé, décidément en progrès sérieux, Cassiers, dont la 
mer ressemble assez à la surface polie d'une.glace rayée de coups 
de patin, Combaz (il n'aime pas qu'on l'oublie) qui a dessiné pas 
mal l'un des lions de la Bourse, mais qui a eu la fantaisie singu- 
lière de le représenter en chocolat, et Jean Bacs, dont le Dôme 
du Palais de Justice est gentiment croqué. 

Quant à la sculpture, arrêtez vous devant une petite tête en 
bronze de Namur, et ne vous attardez pas devant les autres 
«productions» de l'année, si ce n'est par besoin d'esbaudis- 
semcnt cl de douice alacrité. 



JiIVREP NOUVEAUX 



\ 



J.-P. Millet, par Charles Yriarte. — Paris, 1885. 

La Librairie de l'Art (J. Rouam, éditeur, 29, cité d'Aniin, 
ancienne salle Saint-André), vient de publier dans sa jolie Biblio- 
thèque d'Art moderne ^ format in-4°, une magnifique élude de 
M.- Charles Yriarte sur J.-F. Millet. C'est, en même temps 
qu'une œuvre de haute et saine critique, un pieux hommage 
rendu à la mémoire du grand i)eintre de la nature méconnu par 
ses coi^temporains, aujourd'hui plein de gloire. Le Millet de 
M. Yriarte se recommande h tous les amis du grand art par l'in- 
térêt du texte et par la beauté de l'édition, illustrée d'un beau 
portrait de Millet et de 24 gravures et fac-similés d'après ses 
tableaux et dessins. Enfin la modicité du prix : fr. 2-50, le rend 
accessible à tous. 

Camille Corot, par Jkax Rousseau. — Paris, 1884. 

En vente, à la même librairie, la remarquable étude de M. Jean 
Rousseau sur Corot, suivi d'un appendice par Alfred Robaut. 
L'ouvrage, dont le prix est, comme le précédent, de fr. 2-50 et 
qui fait partie delà même Bibliothèque dArt moderne, coquette- 
ment édité, est orné d'un portrait de Corot et de 34 gravures sur 
bois et dessins reproduisant les œuvres du maître. Bon ouvrage 
de vulgarisation de l'art ; recueil intéressant et lecture de choix. 

Hans Holbein, par Jean Rousseau. — Paris, 1885. 

En même temps que sa Bibliothèque d'Art moderne, }i\. Jules 
Rouam édite une Bibliothèque d'Art ancien dont le premier 
volume vient d'être mis en vente. C'est une étude sur Holbein, 
par ^ean Rousseau, ouvrage accompagné de deux portraits et de 
trente-cinq gravures d'après les œuvres du maître. 

Publié dans le même formai, avec les mêmes soins et au même 
prix modique que les volumes précédents, Hans Holbein con- 
stitue un ouvrage de luxe, que tous les artistes consulteront 
avec fruit et liront avec intérêt. Il renferme notamment une 
magnifique série d'illustrations exécutées d'après les peintures de 
Holbein qui forment la superbe collection de la reine d'Angle- 
terre au château de Windsor. 



JOCUMENT^ A CON^ERVEH ^*^ 
Le Secret du vote. — La Suppression des médailles. 

E::trait du Salon de Paris de 1876, par M. Ernest CHESNEAU, 
paru dans /'Estafette du 6 juin 1876. 

Le mot médaille manque totalement de prestige à mes yeux. 
Je ne connais pas dans l'ordre administratif de plus vain, de plus 
vicieuse institution, si ce n'est celle des médailles à trois degrés 
et numériquement comptées six mois à l'avance. 

N'est-il pas bien présomptueux d'agir avec ces façons de petite 
Providence et de décider, en novembre, qu'on ne verra, en mai, 
au Salon, que tel nombre et non tel autre d'œuvres dignes d'être 
officiellement recommandées au public? 

N'est'-il pas bien contradictoire d'établir trois classes de récom- 
penses, — ce qui suppose une classification esthétique, une 



(•) Voir notre numéro du 23 mars. 




subordination dos genres, — et de bouleverser sciemment tout 
le système hiérarchique en attribuant des récompenses de même 
classe à des genres d'ordres distincts, à une Douzaine dludtres 
et à un Bon Dieu ? . 

Tôt ou lard on supprimera ce malencontreux et fallacieux élé- 
ment d'émulation qui remplit si peu son objet, Majs si les artistes, 
race d'enfants, tiennent absolument aux médailles, il n'y a qu'un 
moyen de leur laisser ce hochet tout en sauvegardant l'équité en 
même temps que la dignité des exposants et celle du jury : 

Il faut en revenir h la médaille d'autrefois de valeur unique. 

Il faut qu'elle soit distribuée sans limitation de nombre. 

Il faut qu'elle mette l'artiste hors concours. 

Extrait du Salon de Paris de 1882, par le même. 

Ne discutons pas les médailles qui ont été votées par le jury du 
Salon. Cela n'intéresse vraiment que les intéressés. Outre que 
l'institution monarchique des récompenses est devenue absolu- 
ment ridicule dans un Etat démocratique, leur répartition, le 
principe étant admis, est régie par des règlements si défectueux, 
elle donne lieu, d'autre part, à tant d'intrigues, de compromis et 
de concessions où la question d'art n'est d'aucun poids, qu.'il 
faut laisser aux mains de ceux qu'elle amuse encore, cette puéri- 
lité encombrante et malfaisante, sans nous inquiéter des fils qui 
la font mouvoir, la place dont nous disposons est réservée k de 
plus' dignes sujets. 



J^O.TÉp DE MUSIQUE 

I. — Concert Zarembski. 

M. Zarembski a affirmé, jcutli, dans l'audition qu'il a donnée 
au Conservatoire avec M*"^ Zarembski, des qualités très remar- 
quables do compositeur jointes à- une virtuosité de premier 
ordre. - 

La pièce capitale de ce concert charmant, auquel n'ont manqué 
ni la variété ni l'intérêt, quoiqu'il fût tout entier consacré au 
même auteur, était un quintette inédit pour piano et instruments 
à cordes, l'œuvre la plus récente, et la plus belle du jeune 
maître. 

Elles se développent superbement, les quatre parties de celte 
composition vraiment personnelle et impressionnante, tantôt 
mystérieuse, traversée d'harmonies poignantes, évocatrices d'on 
ne sait quel cortège de douleurs, tantôt fougueuse, rythmant sur 
des mètres inégaux des mélodies aux allures emportées, qui 
passent comme une tempête dans le déchaînement des instru- 
ments. 

Le premier allegro^ Yaniante, le scherzo aux contours pim- 
pants, le /înfl/e qui débute par le motif sautillant du 5c/i<îr;50 et 
s'élève rapidement h des hauteurs d'inspiration peu communes, 
graduent logiquement l'impression qui, dès la première partie, 
étreint Tauditeur. . 

Depuis longtemps, on n'a écrit pareille page de musique de 
chambre. Pour ses débuts dans ce genre, M. Zarembski a fait 
une œuvre magistrale. 

Excellemment interprété par l'auteur et par MM. Hubay, Van 
Slyvoort, Colyns et Servais, le quintette a obtenu le grand succès 
qu'il méritait. . 

Nous avons déjà parlé de la manière dont M. Zarembski écrit 
pour le piano. Liszt dirait qu'on n'a pas mieux fait depuis 



Chopin. La Noyelette^cnprice, la Valse sentimentale, la Séré- 
nade espagnole, avec ses rythmes originaux et gais, le Menuet, 
interprétés avec beaucoup de charme et de talent par 
M"'e Zarembski, ont été particulièrement applaudis, ainsi qu'une 
série d'autres pièces, parmi lesquelles la curieuse Sérénade 
burlesque et la Tarentelle, d'une difficulté d'exécution terrible, 
joués par M. Zarembski. 

La dernière représentation des Maîtres-Chanteurs, qui avait 
lieu le même soir, a empêché bon nombre de musiciens 
d'assister à l'intéressante séance des deux virtuoses. Ce serait 
vraiment aimable h eux d'en donner une seconde. La musique 
de M. Zarembski, sérieuse et travaillée avec soin, est, dans tous 
les cas, de celles qu'on aime à réentendre. 

II. — Conservatoire de Gand. 

{Correspondance particulière). 

Dimanche dernier, au grand théâtre de Gand, a été exécutée 
\di Damnation de Faust, sous la direction de M. Samuel. Une 
première audition en avait été donnée le jeudi précédent. 

L'exécution en a été excellente. L'orchestre avait été dressé 
comme un cheval à la haute école dans les cirques, patiemment, 
longuement, et les répétitions avaient duré souvent jusqu'^ dix 
et onze heures du soir. On est arrivé ainsi, grùce h un entraîne- 
ment méthodique et pointilleux à une quasi entière réussite. 

MM. Van Dyck et Blauwaerl, ainsi que M"*^ Houe, interprétaient 
la partie chantée de l'œuvre : M. Van Dyck dont la voix s'est 
admirablement développée et timbrée, M. Blauwaerl qui compte 
parmi les barytons les plus mâles et les plus consciencieux, 
M"'' Howe dont les moyens ne sont pas à la hauteur des grands 
rôles ^mais qui s'est montrée convenable dans le rôle relativement 
effacé de Marguerite, . • 

Le publier tellement niQrdu h l'art de Berlioz qu'une troisième 
audition a été demandée. Elle a eu lieu mardi dernier. 

Les morceaux les plus applaudis ont été la Danse des Sylphes 

ci là Coui'se à V abîme. 

■ , -^ ' • • 

* ■•- 

De grandes fêtes musicales auront lieu h Gand, du 24 juillet 
au 6 août, pour fêter le cinquantenaire de la fondation du Conser- 
vatoire. 

Entre autres solennités, on donnera au grand théâtre trois 
représentations de Quentin Durward, en vue desquelles l'admi- 
nistration du Conservatoire gantois a engagé MM. Rodier, Soula- 
croix, Lefebvre, Chappuis, Renaud et Frankin. 



•pOJMFÉRENCE^ ARTISTIQUES 

Conférence de M. Georges Rodenbach. 

C'était au Cercle des Etudiants progressistes. L'amoureux et 
mondain poêle Rodenbach, dans une causerie pleine de fine 
raillerie où les traits mordants étaient enchâssés avec art, a 
raconté l'origine des Ilijdropathes , ces fiers écrivains qui ont 
débuté par lire leurs vers dans une brasserie du boulevard Saint- 
Michel, et qui, presque tous, sont aujourd'hui célèbres. Il a rap- 
proché ce mouvement de jeune littérature de celui dont il est, en 
Belgique, l'un des promoteurs. Il a montré combien il était utile 
de secouer l'arbre de notre art pour en ûiire tomber les chenilles 




qui le rongent, les fabricanls de cantates, les cuistres de la 
critique, les poêles couronnés qui, dans des vers comiquemonl 
lamentables,, pleurent le départ des animaux du Jardin Zoolo- 
pique... 

II a raconté, la bonne part qui revient à la Jeune Belgique dans 
cet échenillage. 

Après avoir fait firo aux larmes en lisant certains extraits des 
« gloires » de la liljtérature beige, il a ému son auditoire en lui 
faisant connaître qiielques belles pièces, forgées dans le métal 
sonore de la poésie nioderne. 

Jamais le conférencier ne fut plus heureux dans le choix des 
expressions, dans les souvenirs, tristes ou joyeux, qu'il évoqua, 
dans les récits rapides dont il sema son discours. 

Conférence de M. Sigogne. 

C'est de la Mode que parla mardi M. Sigogne au Palais des 
Académies. « Sujet profane ! » ont dû se dire, comme le maître- 
chanteur Kothner, ces dames du cours supérieur auxquelles 
s'adressait le conférencier. Sujet profane, mais traité comme il 
convenait dans celte salle où les académies se succèdent, chan- 
geant de sexe sans modifier leur austérité. 

A propos de la mode, M. Sigognea parlé philosophie, histoire, 
science, art, avec la facilité qu'on lui connaît et l'autorité qu'il 
commence à acquérir. 



Jhéatre^ 

Théâtre de la Monnaie. 

Un cliché dont se servent généralement les critiques quand il s'agit 
d'une œuvre quelconque de Saint-Saëns, c'est de parler de son 
orchestration « savante »» et « nourrie ». Le cliché a naturellement 
été employé à propos de cette Scène d'Horace que l'auteur 
à'Henri VIII a. fait chanter la semaine dernière par M™« Caron et 
M. Seguin. 

Or, l'orchestration dé cette page assez terne n'est ni fsavante ni 
nourrie. Ecrite il y a vingt-cinq ans, dans la jeunesse de Saint-Saëns, 
elle est simplement ampoulée et vide. On s'étonne même qu'un musi- 
cien de la valeur de son auteur croie utile à sa réputation de res- 
susciter une œuvre d'aussi mince valeur. 

Son excuse, c'est que jamais il n'avait entendu chanter au théâtre 
ces Imprécations, qui ont la prétention de traduire musicalement les 
vers sonores de Corneille. Pourquoi de la musique? Pourquoi des 
notes sur cette mélopée qui se passe à merveille de tout accompa- 
gnement et rompt dédaigneusement le mètre mélodique dans lequel 
on cherche à l'enfermer? . - 

Il a donc tenu à les entendre déclamer par M™« Garon, dont le 
tempérament tragique, la stature et le geste s'allient bien aux senti- 
ments exprimés par le poète. Son rêve a été accompli. Et le public a 
témoigné aux deux artistes chargés de l'interprétation combien il 
avait, même dans des ouvrages médiocres, de plaisir à les applaudir. 

A ■ ■ 

A signaler aussi un concert de musique italienne, consacré à la 
musique de Verdi, donné mardi dernier avec le concours de 
^Jme Albani. on a chanté en italien et en français. Ceux qui aiment 
ça se sont régalés. Le trio de Jérusalem a succédé à la Traviata. 
M. Ghapuis tenait le piano, La Traviata a été chantée en costumes 
de théâtre, Jérusalem en habits de ville. 

A'^ariété complète donc, comme langue et comme vêtements, La 
musîqkie seule a paru languissammenl uniforme. 

M"'« Albani a eu son succès habituel. Oij a écouté avec 1 ebahisse- 



merit accoutumé ses vocalises compliquées et le mécanisme d'horlo- 
gerie de sa voix. 

Mais pourquoi baptiser ce concert représentation théâtrale? 
Etait-ce par ironie? Si c'est une plaisanterie faite par l'imprimeur 
des alliches, nous demandons la tête du coupable. 



**i; 



La représentation de clôture des Maîtres-Chanteurs Siéié superbe. 
On sentait entre les spectateurs et les artistes un courant sympathi- 
que, bien établi, manifesté chez les uns en applaudissements enthou- 
siastes, cliez les autres en soins particuliers apportés à l'interpréta- 
tion. 

Un groupe de Wagnéristes a offert à M, Seguin, pour la façon 
remarquable dont il a créé le rôle de Hans Sachs, une magnifique 
couronne de feuillage doré encadrant une palme verte. Cette cou- 
ronne lui a été remise après le monologue du troisième acte et toute 
la salle s'est associée à cette manifestation, bien méritée. 

La loge Union et Progrès et celle des Amis Philanthropes out 
remis à MM. Verhees (Walter) et Durât (Pogner), les triangles 
maçonniques en feuilles de chêne. 

Le Quintette a été bissé. On a beaucoup admiré la persévérance 
du Maître-Siffleur qui continue à suivre assidûment les représenta- 
tions pour s'exercer, durant le deuxième entre acte, à l'innocent 
talent de société par lequel il cherche à se distinguer. 

On l'a hué jeudi et, à travers la tempête de bravos qui a étouffé le 
chant de ce merle en habit noir, on a distingué les cris : « A la porte, 
le Beckmesser! » On a eu tort, à notre sens. Il eût été fâcheux de 
priver la salle du spécimen rare et précieux qui l'a tant égayée ces 
derniers jours. 

Gela fera bien, pour la gloire de Wagner, de dire qu'il a été sifflé à 
Bruxelles en 188.5. Et bientôt, on ne trouvera plus même un archi- 
tecte pour se charger de cet office ! 

Théâtre Molière. — Une dernière représentation du PrijicéZilah 
aura lieu ce soir, à prix réduits. Ce spectacle clôturera la saison 
tlioâtrale. 



EXPOSITION UNIVERSELLE D'ANVERS 

Les expositions" artistiques se multiplient. Après l'Exposition 
officielle, après le Salon « d'à côté « ou « d'en face ", voici une exhi- 
bition de peintures dues à un groupe d'artistes anversois, MM. Eniile 
Glaus, Farasyn, Geefs, Hens, Joors, Joris, Lauwers, Simons et 
Verstraete. 

Gette exposition, dont l'ouverture a lieu aujourd'hui, est située 
rue aux Lits 11 (salle De Buck). Elle est visible tous les jours, de 
10 à 5 heures, moyennant une entrée de 50 centimes. 

Les œuvres exposées seront remplacées tous les mois. 



Nos lecteurs savent que l'administration communale d'Anvers a 
i nstitué un Comité de Logements, destiné à suppléer à l'insuffisance 
éventuelle des logements pendant la durée de l'Exposition. 

Gette institution n'est pas absolument nouvelle; elle a fonctionné 
antérieurement, mais à titre privé et lucratif. Il va sans dire, au 
contraire, que la ville d'Anvers n'entend retirer aucun bénéfice de 
son initiative. Elle n'a eu en vue que l'intérêt général, et le désir de 
soutenir son vieux renom d'hospitalité. 

Le Comité formé sous ses aupices a commencé par faire appel à 
tous les habitants ayant des appartements disponibles ; puis ces 
appartements, dont le nombre dépasse déjà 1,200, ont été visités par 
les experts et classés suivant leur degré de confort ; enfin un tarif 
et un règlement détaillé ont été élaborés. 

A peine débarqué, le voyageur pourra donc trouver, en s'adressant 
aux bureaux établis [)ar le Comité, l'appartement qu'il lui faudra. 
11 y eu aura pour tous les goûts et dans tous les prix : 15, 10, 8, 6 




4 francs, voire 2 fr. 50 et 1 fr. 50 par jour, service, lumière et 
déjeûner compris. Les plus modestes de ces logements seront pro- 
pres et bien tenus. 

Le Comité a fait plus encore. Grâce à Tobligeance de la ville, il a 
transformé en hôtel populaire l'ancien local de l'Athénée. Ce vaste 
établissement a été aménagé de façon à pouvoir loger simultanémenjt 
5000 personnes. Deux médecins y seront attachés et en vérifieront 
quotidiennement les conditions hygiéniques. Le prix uniforme de 
ces logements démocratiques sera d'un franc. 



RECETTE POUR AVOIR DU GENIE 

On ne consulte pas assez los bouquins. Ils sont pleins de révé- 
lations inattendues. Peintres de balaillos, écoutez-nous. La critique 
déplore la décadence de la peinture Que n'employez-vous la 
recette d'Etienne Marc, peintre espagnol, mort en 1660? 

— Etienne Marc? - 

— Oui. Voici ce qu'en raconte un auteur du siècle dernier : 

« Etienne Marc, peintre espagnol, mort en 1660, exprimait 
supérieurement les batailles Par manie plutôt que pour avoir des 
modèles, il avait entouré le lieu de son travail de cuirasses, de 
sabres, de casques, de lances, etc. Cet appareil militaire ne lui 
suffisant point encore, il avait coutume, avant de se mettre à 
l'ouvrage, de s'armer de pied en cap, et de parcourir la maison 
en battant du tambour. 

« Quelquefois, il sonnait la charge avec une trompette; 
ensuite, il mettait le sabre à la main, cl frappait d'estoc et de taille 
en s'escrimant comme un furieux dans sa chambre au erand dom- 
mage des meubles. Après ce bizarre exercice, il prenait le pinceau 
et rendait avec force les idées de guerre et de carnage dont son 
esprit venait de se remplir. » 

Le moyen est simple, pratique et pas trop coûteux. C'est le 
génie à la portée des petites bourses. 

On trouvera dans le volume où est racontée l'anecdote une 
foule de conseils utiles et tout aussi faciles à suivre, même en 
voyage. Le titre de l'ouvrage en dit d'ailleurs plus long que les 
commentaires. Le voici : 

« Anecdotes des Beaux- Arts^ contenant tout ce que la Pein- 
ture, la Sculpture, la Gravure, C Architecture, la Littérature, 
la Musique, etc., et la Vie des artistes, offrent de plus curieux 
et de plus piquant chez tous les peuples du monde, depuis iorigin-e 
de ces différents Arts jusquà nos jours. Ouvrage qui facilite 
d'une façon aussi instructive qu'amusante la connaissance des 
Arts, en trace les progrès et la décadence parmi les nations qui 
les ont cultivés et dans lequel on trouve un grand nombre de traits 
intéressants qui n'avaient pas encore été publiés. Avec des notes 
historiques et artistiques et des tables raxsonnées oii l'on apprécie 
en peu de mots les artistes et les auteurs dont on a rapporté des 
anecdotes. Par M. Nougaret. A Pans chez Jeau-François Bastion, 
libraire, rue du Peiii-Lion, Faubourg Saint-Germain, 1776. Deux 
volumes in-S** d'en,viron 700 pages chacun. » 



f 



ETITE CHROJVIQUi: 



On assure qu'à l'occasion de la discussion des articles du budget 
des Beaux-Arts, M. Slingeneyer, député de Bruxelles, et M. Osy, 
député d'Anvers, prendront la parole et défendront énergiquement la 
thèse que les beaux-arts méritent de préoccuper le gouvernement 
autant que toutes les autres branches de I activité nationale. 

Cette initiative serait opportune et heureuse. Nous y applaudirions 
sans réserve. Il y a une jjlace à prendre à la Chambre dans ce 
domaine trop délaissé. Les artistes se réjouiraient d'y avoir enfin un 
défenseur attitré. On peut ne point aimer la peinture de M. Slinge- 
neyer, mais c'est fort injustement qu'on lui a contesté les qualités 
qui lui permettront de remplir ce rôle, et certes les appuis ne lui 
manqueront pas. s'il prend les questions de haut et sans étroite 
préoccupation d'école. 



Pour rappel, voici le programme du concert Wagner qui sera 
donné aujourd'hui, diman^lCçS mai, à 8 heures du soir, par la 
direction des Concerts populaires : 

1. Premier acte d* La Valkyric (version française de>M. Victor 
Wilder). — Sieglinde, Mme Blanche Deschamps ; .Siegmund, 
M. Van Dyck; Hunding, M. Blauwaert. 

2. Fragments de Parsifal (l'e exécution) : A. Prélude ; B. Scène 
du jardin enchanté (2* acte) (version française de M. Kufferath). 

* Parsifal, M Van Dyck; Filles-fleurs. Mm'» Louise Wolf, Jane 
De Vigne, Lecerf, Buol, Hiernaux, Flon-Botman. Chœurs de 
femmes. 

C. Scène du Vendredi-Saint (3« acte) (version française de 
M. Kufferath). — Parsifal, M. Van Dyck; Gurnemanz, M. Blau- 
waert. 

3. Siegfried-Idylle (l""* exécution). - 

4. La chevauchée des Valkyries (version française de M. Victor 
Wildér) — Valuyries, Mm^s Blanche Deschamp's, Baudelet, Buol, 
Jane De Vigne, FIon-Botman, Hiernaux, Lecerf et Louise Wolf. — 
Directeur du chant, M. Ph. Flon. 

Jamais il n'y eut pareil empressement du public. La salle est 
entièrement louée, jusqu'aux strapontins, depuis le commencement 
de la semaine, et les demandes de places continuent à affluer. 

La direction des Concerts populaires sera obligée de donner une 
seconde audition du même concert. Celle-ci aura lieu vraisemblable- 
ment jeudi prochain. 

On parle aussi daller, avec l'orchestre et les chœurs, donner une 
audition du concert Wagner à Anvers. 

La maison Schott frères a mis en vente hier; pour servir de pro- 
gramme détaillé à cette solennité musicale, une brochure de 36 
pages in 13° contenant la traduction du premier acte de la Valfcyrie 
et des scènes de Parsifal qu'on exécutera ce soir. 



C'est demain lundi que commenceront au Waux-Hall du Parc, 
sous la direction de M. Léon Jehin, les concerts quotidiens donnés 
par l'orchestre du théâtre delà Monnaie. 

Il est à peine nécessaire de recommander ces excellentes auditions 
qui ont, depuis des années, la faveur du public. 

Mardi 5, à 8 heures du soir M^es Caron, B. Deschamps, 
Bosmau, A. Legault et MM. Gvesse, Seguin et Soulacroix, se feront 
entendre à la Grande-Harmonie dans. un grand concert organisé par 
M. Renaud. Le programme comprend, outre un opéra-comique, les 
Valets modèles, interprété par M'i» Legault et M. Soulacroix, seize 
morceaux de musique, parmi lesquels le trio de Jérusalem, le duo 
de Sémiraniis, le duo d'Hamlet, le duo des Noces de Figaro, pour 
voix de femmes, le duo de Mireille, l'air de Nabuchodoyiosor, etc. 

Le prix des places est de 10 et de 5 francs. 



Le grand Concert, organisé par la Nouvelle Société de Musique de 
Bruxelles, aura lieu, sans aucune remise, le dimanche 10 mai 1885, 
à 2 heures de relevée, dans la salle de i'Alhambra. 

M'"e Bosman ayant été appelée à Paris vers le 5 mai au plus tard, 
pour les répétitions de Sigurd, le Comité a fait appel à M""* Gornélis- 
Servais, dont les derniers concerts du Consei'vatoire ont mis le 
sérieux talent en relief. 

Des places sont à la disposition du public chez le Trésorier de la 
Société, M. Charles Hoffmann, 32, rue de Loxum, et chez MM. Schott 
frères, 82, Montagne de la Cour. 

L'Union des jeunes compositeurs adonné cette semài/ie sa séance 
d'inauguration, dans une des salles du Palais des Beaux-Arts. N ous 
avon&eu le regret de ne pouvoir assister à ce concert, qu'on nous a 
dit avoir été fort intéressant. On y a entendu un trio pour piano et 
pour ins^fumeuts à cordes de M. Pierre Heckers, la Suite pour 
piano et violon (le M. Emile Agniez, des chœurs drt MM. Léon 
Soubre et Philippe Flou, diverses pièces pour piano et violon de 
M. Arthur De Greef, un fragment d'opéra {Esthrr) de M. Léon 
Jehin, une berceuse de M. Louis Macs et des mélodies de M. Léon 
Dubois. 

Les solistes étaient M'"*' Cornélis-Servais, M. Edm. Peeters, 
De Greef, Agniez et Maes. 

Nous applaudissons de tout cœur aux efforts de cette jeune et 
vaillante association. 

Le concert annuel de la Société royale l'Orphéon aura lieu, 
samedi prochain, à 8 heures du soir, au théâtre de la Monnaie. 



144 



VART MODERNE 



M"« Haroaekers, MM. RenaUd, Eldemig, violoniste, et Karl Hertz,' 
violoncelliste, s'y feront entendre. 

La Société exécutera Le Départ des Pêcheurs, de Léon Jouret ; 
Le Nid, de Camille De Vos ; Nocturyie, de A. Wouters ; Magni- 
ficat, d^ Chiaromoute et Chant d'Atnonr, de Ph. Flon, tous.chœurs 
qui ont été imposés au dernier concours de chant organisé par 
rOy-phéon. , ■ 

Le Figaro organise, nous dit-on, une audition ô'Egmont, l'opéra 
^e MM." Salvayre, Albert Wolff et Albert Millaud, qui fait en ce 
moment l'objet d'un procès entre ces messieurs et la nouvelle direc- 
tion de l'opéra. 

La critique sera ainsi appelée à se prononcer sur le mérite de 
l'œuvre que MM. Ritt et Gaiîlhard ont refusé de jouer. 

Des artistes de choix seront chargés de l'interprétation. Ce sont 
MM. Lasalle et Van Dyck, M'»«« Krauss et Rosine Bloch. 



L'Odéon annonce pour le mardi 5 mai la reprise de VArlésienne, 
d'Alphonse Daudet, avec l'exécution de la musique de Georges Bizet 
par l'orchestre Colonne. On annonce des merveilles de mise en scène 
pour cette intéressante représentation. 

Les a7ino7ices sont reçues au bureau du journal, 
26 y rue de T Industrie, à Bruxelles. 

ÉDITEUR DE MUSIQUE 

RUE SAINT-JEAN, 10, BRUXELLES 
Ouvrages recommandés, pour piano 

ERMEL, A. 0\):2Q. Conte oriental,. Cdijivice .... Fr. 
— ^i. Les Soirées de Bruxelles, Ivn'^vomxi- 
tus -Valses . . . , . . . 

— — 35. '^er Air de Ballet 

— Chant du Soir (nouvelle édition) . . . 

— Balafo, Polka-Fantaisie . . . ' . . 

— Etoiles scintillantes, Mazurka . . . . 
KOETTLITZ, M. Op. 9. Barcarolle 

— — 12. Laetidler 

- — — 2i. Danse rustique .... 



2.00 

2.50 
2.00 
2.00 
2.00 
2.00 
2 00 
1.35 
1.75 



VIENT DE PARAITRE CHEZ 

BREITKOPF & HÀRTEL 

ÉDITEURS DE MUSIQUE 

BRUXELLES, 41, MONTAGNE DE LA COUR 



ECOLE DE PIANO 

DU CONSERVATOIRE ROYAL DE BRUXELLES 

yeiivièmc livraison. 
PH. EM. BACH. 

Sonates en ia maj , ut min., la min., la b. maj. 
Prix : fr. 6.50 

VIENT DE PARAITRE 

CHEZ FÉLIX CALLEWAERT Père 

20, hLE LE L'INDUSTRIE. A BRUXELLES 



LA FORGE ROUSSEL 

PAR Edmond PICARD 

Édition définitive, tirée à petit nombre 

Prix : Grand Jaj)on, 60 francs; Chine genuine, 40 francs; 
Hollande Van Gelder, -25 francs. 



SCHOTT Frères, Editeurs de Musique, Bruj^elles 

RI;E DL'Ql'ESNOY, 3^ coin de la rue de la Madeleine 
Maison principale : MONTAGNE DE XA COUR. 82 



LES HAITREHMNTËURS DE NUREMBERG 

(Die Meister singer von N tir nber g) . 

Opéra en 3 actes de 

I^IOI3:y^T^ID ■w.A_Gl-ISTEI^ 

PARTITION POUR CHANT ET PIANO, NET 20 FRANCS. 



Libretto . . . . . . . . . . . 

Benoit. Les motifs typiques des Maîtres chanteurs . 

ARRANGEMENTS POUR PIANO A 2 MAINS : 



Fr. 



La Partition com'plète . . . . . 
Ouverture, Introduction . . . . 
/^a i)iÉ;»ie, arrung. par H. de Bulow . 

Introduction du 3* acte 

iîc^î/cr, i^. liépertoire des jeunes pianistes 

« Bouquet de Mélodies 

Brunncr, C. Trois transcriptions, chaque 
Bulow, H. [de). Réunion des Maîtres chanteurs 

« Paraphrase sur le quintuor du 3' acte 

Cramer, H. Pot-pourri 

« Marche . . . . . 

« Danse des apprentis .... 

Gohbaertx, L. Fantaisie brillante . . . 
Jaell, A. Op. 137, Deux transcriptions brillantes (Werbegesang- 
Preislied), chaque . . . 
« Op. 148, Au foyer ...... 

Lassen, E. Deux transcriptions de salon, n° I . 

" " « n" II. . 

Z,«7<îr(. Op. 26. Transcription . . . . . 

Rair, J. Réminiscences eu quatre suites, cahier I et II, à 

cahier III. 
cahier IV. 
Rupp, H. Chant de Walther . . . . 



2 s, 
1 50 



25 y 

2 « 

3 « 
1 » 

1 75 

2 25 
1 75 
1 75 
1 75 



25 
75 



ARRANGEMENTS POUR PIANO A 4 MAINS : 

La Partition coniplète 

Ouverture. Introduction par C. Tausig . . . . 
J5e)/<?'*j^. Revue mélodique . . . , . . , . 
Bùlow, H. (de). La réunion des Maîtres chanteurs, paraphrase . 

Cramer, H. Pot-pourri. . . 

« , Marche ", . , 

De F<7i>rtc. Deux illustrations, chacune . - 



ARRANGEMENTS DIVERS : . 

Ouverture pour 2 pianos à 8 mains 

G regoir et Léonard. Hno^ovLV violon Qi\)ïSL\\o. . . 
/las^Hcr, £". Paraphrase pour orgue-mélodium. . . . . 

Lux, F. Prélude du 3' acte pour orgue ...... 

Oberthur^ Ch. Chant de Walther pour harpe . . 
Singelée, J. B. Fantaisie brillante pour violon et piano . 
Golterman. Chant de Walther, pour violoncelle et piano 
Wickede, F. (de). Morceaux lyriques pour violoncelle et piano . 
N° 1. AValther devant les Maîtres . . . . 

N- 2. Chant de Walther. 

Wilhelmj, A. Chant de Walther, i)araphrase pour violon avec 
acconipag. d'orchestre ou de piano. Partition 
L'accompagnement d'orchestre. 

» de piano . . . . . 



2 « 
2,25 
2 V, 
2 25 

1 35 

2 25 

2 r> 

2 .50 
1 75 



3!t « 
3 50 
2 25 

2 25 

3 50 

2 25 

3 75 



6 M 

4 » 
1 50 

1 « 

2 « 

3 50 
1 25 

1 25 

2 25 
■2 « 

3 >i 

5 « 
3 50 



BRUXELLES 
rue Thérésienne, 6 



GUNTHER 



PIANOS 

VENTE 

ÉCHANGE 

LOCATION 

Paris 1867, i878, 1" prix. — Sidncy, seul l" et 2« prix 

EXPOSITION ÂHSTERDÂI 1883^ SEUL DIPLOIE D'HONNEDB. 

J. SCHAVYE, Relieur 

46, RiCe du Nord, Bruxelles 



CARTONNAGES, RELIURES ORDINAIRES, RELIURES 
DE LUXE, ALBUMS, ETC. 

SPECIALITE D'ARMOIRIES BELGES ET ÉTRANGÈRES 



Bruxelles. — Iinp. Félix Calleavabut père, rue de l'Industrie, 20. 



Cinquième année. — N° 19. 



Le numéro : 25 centimes, 



Dimanche 10 Mai 1S85. 



L'ART 



MODERNE 



PARAISSANT LE DIMANCHE 



REVUE CRITIQUE DES ARTS ET DE LA LITTÉRATURE 



ABONNEMENTS : Belgique, un an, fr. 10.00; Union postale, fr. 13.00. — ANNONCES : On traite à forfait. 

Adi^esser les demandes d'abonnement et toutes les communications à ^ 

l'administration générale de l'Art Moderne, rue de l'Industrie, 26, Bruxelles. 



? 



OMMAIRE 



Concert Wagner. — James Tissot. — De la modernité dans 
l'art. — La poésie nouvelle. Godefroy de Lussinan. — Théâ- 
tres. Théâtre de l'Alcazar. La Cantinière. — Petite chronique. 



3 et 7 mai 1885. 

« Wagner ne fait pasd'iiriçonl à Bruxelles ; jamais il n'en fera ». 
— Qui dit cela? Les troubadours du Ménestrel. Ils le chantent 
on mineur. 

El le Maîlre-Siffleur de la Monnaie ajoute, dans un monument 
de sottise désormais célèbre : « Ils sont, en tout, une trentaine 
d'illuminés qui essaient de faire croire à un succès factice. » 

On devine que l'auteur de la lettre à la Gazette a l'habitude 
de manier les pierres de taille. Ses bévues en ont les proportions. 

Que n'étiez-vous à Bruxelles la semaine dernière, ô trouba- 
dours ! Et vous, doux siftleur, que ne vous êtes vous, armé de 
l'instrument de musique qui vous est cher, introduit au théâtre en. 
ces deux mémorables soirées? Vous eussiez assisté à un spectacle 
cu-ri-eux, comme dit l'excellent Nachtigall : une salle comble 
acclamant Wagner, rappelant et bissant les artistes, faisant iine 
ovation enthousiaste au chef d'orchestre, applaudissant chaque 
œuvre avec frénésie, et accueillant la dernière, la Chevauchée 
des WalkyrieSy par un ouragan de bravos, de trépignements, de 
cris, au regard duquel le charivari qui clôt le deuxième acte des 
Maîlres-Chanteurs est une symphonie aimable. 

Même fessée, d'ailleurs, morale celle-ci, aux Beckmesser 
bruxellois que tourmentent les lauriers de leur confrère de 
Nuremberg. 

El si les recettes d'un bureau de location pouvaient servir de 



critérium à la valeur des ouvrages lyriques, nous ajouterions : 
Wagner plaît si peu aux Bruxellois qu'après avoir donné une 
audition de ses œuvres, dimanche, la direction des Concerts popu- 
laires* a dû, pour satisfaire aux demandes de ceux qu'on n'a pas pu 
caser, en donner une seconde le jeudi suivant. 

Ceci, détail à noter, quand la saison est finie, qu'on est saturé 
de musique, que nombre de personnes ont fait leurs malles et 
que la température éloigne du théâtre quantité d'habitués. 

Et encore les conditions dans lesquelles sont présentés au 
public les friigments de ces deux chefs-d'œuvre, Parsifal et la 
Walkyrie, ne peuvonl-elles donner de ce qu'a voulu le maître 
qu'une idée approximative. 

Nous ne parlons pas de l'intcrprélalion, qui a été vraiment 
remarquable dans son ensemble. M. Van Dyck a accjuis, en deux 
ans, une autorité exl^raordinaire. Doué d'une voix superbe, il 
s'est attaché surtout à se perfectionner au point de vue de l'arti-' 
culation, et il est arrivé à une netteté de prononciation telle 
que certaines personnes l'ont trouvée exagérée. Il y a toujours des 
gens pour qui la[mariéc est trop belle. Quant à nous, nous ne nous 
plaindrons jamais de cette qualité rare, quand au mérite d'une 
diction irréprochable sont jointes les séductions d'une voix 
chaude, ardente, avec le sentiment juste de l'œuvre interprétée. 
•M. Van Dyck, dans le rôle de Siegmund cl dans celui de Par- 
sifal, a réuni ces précieuses qualités. Son succès a été très grand 
et bien mérité. 

L'interprète du personnage d'Hunding dans la Walkyrie^ de 
Gurnemanz dans Parsifal^ était M. Blauwaerl, dont le nom est 
attaché aux principales créations d'œuvres de grand souffle, à 
celles de Wolan principalement et de Méphisiophélès de la 
Damnation de Faust, 

Il n'a cessé de progresser, comme chanteur et comme musi- 
cien. 

M»« Deschamps a chanté le rôle difficile de Sieglinde de façon 



\ 




l\ satisfaire toutes les exigences, dans les sonorilwi graves tout au 
moins, t)ii le timbre de son magnifique contralto s'est épanoui 
largement. 

El à part' les liésiUliïMîs prévues des Filles- fleurs, tout a bien 
marché du côté des chœurs et de l'orchestre. Celui-ci a même 
mis dans rèxéciilion de VIdylle de Siegfried, celle page exquise 
où Wagner tresse pour la naissance de son fils la couronne des 
motifs principaux de Siegfried, une discipline, une délicatesse, 
un esprit des moindres intentions du compositeur qui ont valu 
aux excellents musiciens de M. Dupont une ovation justifiée. 

Ce n'est donc pas h l'inlerprélation que nous faisons allusion 
en parlant de conditions défavorables aux œuvres. Ce sont les 
nécessités mêmes d'une audilion restreinte aux ressources du 
concert : l'absence de décors, de costumes, de mise en scène, ces 
éléments qui, dans le drame de Wagner, ont même importance 
que la musique. 

Quelle chose ét-range que de présenter au public un Sicgmund 
et un Hunding en cravate blanche, de remplacer par l'habit noir 
l'armure de Parsifalct le manteau de Gurnemanz, d'aligner devant 
la rampe huit Walkyries en robe de soirée au lieu de les faire 
passer dans une tempête échevelée sur leurs coursiers fougueux. 

Mais telle est la puissance évocatrice du génie de Wagner, 
que la seule vibration de sa pensée fait surgir de féeriques 
paysages où se meuvent des personnages armés de pied en cap, 
où le sabot des chevaux résonne, que le soleil éclaire de vastes 
pefrspcctivcs. 

Quel autre compositeur résisterait à cette dissection de ses 
œuvres, dépouillées des attraits scéniques,' de l'illusion que pro- 
duisent le décor et les costumes, de l'intérêt qu'ajoute à. l'action 
la mimique des acteurs? 

C'est ce qui a fait dire à ceux qui subissent le charme de cet 
art profond sans vouloir l'admettre d'une façon absolue : « Wa- 
gner au concert, h là bonne heure. Au théâtre. Jamais. » 

Il est temps que cesse la légende qui transforme Wagner, le 
tempérament le plus dramatique qui ait existé, en symphoniste 
pour matinées musicales. Wagner symphoniste, quelle hérésie 
pour ceux qui ont de la musique quelques notions justes! Nous 
aurons un jour à étudier celte question, déjà abordée avec beau- 
coup de vérité par M. Maurice Kuiîeràth. L'espace dont nous 
disposons est malhcureusemeut trop restreint pour que nous 
nous expliquions ici à ce sujet. 

Ce que nous souhaitons, c'est que les œuvres qui ont reçu la 
semaine dernière la consécration de la foule, ou tout au moins 
l'une d'elles, puisque Parsifal ne peut être joué qu'à Bayreulh, 
soit prochainement interprétée à Bruxelles dans les conditions 
nécessaires à sa parfaite compréhension. Ceux qui ont vu la 
Wnlkyrie à Bayreuth et qui en ont conservé l'ineifaçable sou- 
venir que provoque l'art de Wagner réalisé dans son expression 
complète, savent combien est différente l'émotion ressentie là-bas 
de celle que fait éprouver la simple audition de l'œuvre au con- 
cert. Ceux-là réclameront avecnous,énergi'iuemenl et sans trêve, 
la mise à l'élude de cette œuvre, en attendant que le public, 
mieux initié, pénètre les beautés des ouvrages plus abstraits et 
plus émouvants encore de l'auteur des Nibelungen. 

Le directeur de théâtre qui aura la bonne fortune de monter 
à Bruxelles, pour la première fois, l'un des grands drames du 
maître, aujourd'hui surtout que Téducairon du public est faite par 
les représentations des Maîtres- Chanteurs, verra si « Wagner 
ne fait pas d'argent ». 



JAMES TISSOT 

M. Sedelmayer vient. d'ouvrir une exposition composée uni- 
quement d'œuvros de James Tissol, un des artistes français les 
plus intéressants et les moins connus par suite des hasards de son 
existence. Depuis 1870 il habita^it Londres, d'où il revient ai)rès 
avoir subi une transformation qui étonne la plupart des gens, 
mais qui nous semble, à nous, avoir été le développement tout 
naturel de son talent. En effet, plus nous voyons ses œuvres 
anciennes et les dernières exécutées, plus nous sommes frappé 
du caractère anglais de ce peintre littérateur. Si au lieu d'être né 
en France, il fût né do l'aulre côté de la Manche, il eût certai- 
nement été un membre du « Brolherhood » préraphaélite. Il eût 
commencé par traiter des sujets symboliques ou historiques avec 
ce soin méticuleux du détail qu'il a apporté à sa première ren- 
contre de Faust et de Marguerite (Musée du Luxembourg), ce qui 
ne l'eût pas empêché de se rapprocher, petit à petit, de la vie 
contemporaine, pour ne plus faire que « du Moderne », suivant 
ainsi la mêiné"carrière qu'un John Evretl Millais. 

Il est bien difficile de retrouver un élément français dans cette 
peinture sèche, presque dure, aigre, dans ce dessin net de gra- 
veur sur bois, un peu archaïque, très voulu et parfois maladroit; 
ces qualités ou ces défauls,sontaussi marqués dans les ouvrages 
qui ont précédé le séjour de l'arlisic à Londres que dans ceux 
qui ont été fails durant ce séjour. 

Les tableaux de genre, les Merveilleuses et les Incroyables 
surtout, qui eurent un certain succès autrefois, avaient peut-être 
encore plus de celle rigidité de dessin et de celte dureté de pein- 
ture que les dernières toiles de Tissot. Elève de Leys, il n'ou- 
blie jamais complètement les leçons de son maître. Son éduca- 
tion ne fut donc pas française, pas plus que ses goûts, qui le 
portèrent tout de suite vers les peuples du Nord, dont il a un 
peu l'esprit. 

C'est après la guerre de 4870, qu'il se fixa dans celle déli- 
cieuse habitation londonienne qui a été le but de bien des pèle- 
rinages pendant quinze ans. Là, il fit quelques peintures emblé- 
matiques, non sans analogie avec celles des préraphaélites 
anglais, et encore remplies des souvenirs de Leys. Puis, frappé 
par les côtés intimes de la vie de famille, par ce qu'il y a d'un 
peu sentimental dans certaine jeunesse anglaise, il fut amené à 
peindre les êtres qui l'entouraient, dans celte atmosphère d'art 
délicat de la Londres moderne, dans ces home dont la poésie 
l'avait cliarmé. Et il devint un narrateur exact de celte existence 
qui n'avait encore été Observée par aucun œil atleniif. Sa double 
qualité d'étranger et de réaliste le servit à miracle. Il fut frappé 
do ce qu'il y a de particulier dans les mœurs britanniques, et il 
les reproduisit avec la plus grande vérité. 

Nous ne parlerons guère de ses eaux-forles et pointes sèches 
que presque tout le monde connaît; c'est la partie incon- 
testée de son œuvre. Tissot est considéré par tous comme un 
maître graveur, et toutes les collections renferment des épreuves 
de La Convalescente, Le chapeau Rubens, A la Fenêtre, Que- 
relle d'amoureux, La Tamise, Le Bal à bord. Le Veuf, Histoire 
ennuyeuse et autres petits chefs-d'œuvre d'arrangement et d'exé- 
cution. Les deux plus célèbres planches sont celles qui repré- 
sentent des promenades en canot entre les immenses navires d'un 
port militaire; dans l'un, des jeunes femmes élégantes et de 
jeunes viveurs ont une provision de bouteilles de vin de Cham- 



UART MODERNE 



147 



pagne; clans l'autre, un grand diîible de soldat accompagne des 
« house-maids >> d'un air protecteur. Rien de plus vivant, de plus 
scrupuleusement anglais. La plupart de ces estampes étaient la 
reproduction de petits tableaux que les riches colleclionncurs se 
disputaient et dont il fit une quantité considérable : intérieurs,, 
coins pittoresques de sa maison ou de son jardin, départs de 
transatlantiques, garden-parties ai autres sujets de plein air où 
les grandes pelouses vertes, les régulières plates-bandes et les 
marronniers très feuillus jouent un rôle aussi considérable que 
les jolis. bébés blonds et les jeunes misses au regard profond. 

On peut dire que la jeune fille anglaise dans toute sa beauté, 
sa distinction et son élégance, a été la plus grande préoccupation 
de Tissol. Il eut le bonheur de trouver un modèle d'une exquise 
finesse dont il se servit constamment, et qui est un des charmes 
de ses tableaux. 11 a certes été un des premiers k comprendre la 
véritable beauté anglaise, si pure qu'elle évoque quelquefois le 
souvenir do certaines têtes grecques aux grands yeux clairs, au 
nez mince ; à la .bouche largement dessinée, cl de celte 
beauté "presque idéale qu'ila rencontrée dans ce peuple affairé et 
actif il a su dégager toute la, séduction naïve et simple. 

Le voici de nouveau à Paris, et il invite le public à voir « dif- 
férentes manifestations de la Femme à Paris », les treize premiers 
numéros d'une suite de peintures qu'il gravera et qu'il publiera 
avec tout le luxe et la recherche imaginables, accompagnées de 
« quinze sujels liltérjires par des écrivains du temps ». UAm- 
bitiemôy Les Dames des Chars (hippodrome), Sans dol, La Mys- 
térieuse, La plus jolie femme de Paris, U Acrobate, La Men- 
teuse, La Mondaine, Les Femmes d'artiste. Les Demoiselles de 
province, Le Sphinx, La Demoiselle de maqasin sont autant de 
compositions d'une scieiTce aïfcçmplie, d'un goût parfait, d'une 
ingéniosité extrapMinaire. Malheureusement, c'est V Anglaise à 
Paris que devrait s'appeler cette suite, faite par un homme qui 
n'a pas encore (jublié, le pays où il a vécu longtemps, d'où il 
revient à rinstàril^ct qui n'a pas vu notre ville comme un des 
nôtres. Imagmez des toiles destinées à être reproduites par Rout- 
ledge, pour illustrer un des albums si curieux qu'il édite pour la 
Noël. Absence d'exécution, de peinture au sens artistique de ce 
mot; une couleur crue et simple remplissanl un contour très 
voulu; une sorte de vitrail sans les arrêtes de plomb; quelque 
chose d'archaïque dans le procédé, excluant toute recherche 
d'atmosphère et de perspective en trompe-l'œil. 

Ici, le desssin est chargé de tout exprimer, et c'est parce qu'il 
est souvent de premier ordre, que l'attrait de cette exposition est 
si grand. Tissol n'est pas un de ces artistes qui s'attardent 
h la recherche d'un ton rare ou d'une belle matière ; il ne sau- 
rait souffrir l'amusernenl d'une élude faite pour le simple plaisir 
de peindre, sans but, sans penser au tableau ; c'est un homme 
actif, toujours pressé, plein de projets énormes, et qui ne trouve 
d'intérêt -à un ouvrage que s'il est sûr de le terminer complè- 
tement. 

Cet amour du tableau achevé ci ce mépris de l'élude font de lui 
un être tout k fait h part, dans ce temps où l'esquisse et l'ébauche 
sont si pratiquées. Aussi, csl-il grand l'élonnement du public 
non préparé qui ne sait s'il a devant lui de grandes gouaches 
recouvertes de glaces, selon la mode anglaise, ou de grandes 
chromolithographies encadrées; cet art à la fois si moderne et 
d'un style un peu primitif, d'une saveur si âpre et si distinguée, 
lui échappe tout à fait. 

Nous pourrions faire un choix; plusieurs numéros sont parti- 



culièrement bienvenus, tels : la Mondaine, dont le costume, 
rcnchevêtremenl de la robe, de la sortie de bal et de la man- 
tille, sont d'un goût charmant ; le Sphinx, si étrange dans son 
intérieur d'un luxe recherché, à la douce lumière tamisée par de 
grandes plantes vertes; le Déjeuner chez Led<>î/c«, le jour du 
vernissage, si juéle, si vivant, avec sa cohue de peintres, accom- 
pagnés de leurs femmes ou de leurs modèles, avec ses fonds de 
marronniers en fleurs et l'architecture gaie du restaurant; la plus 
jolie femme de Paris qui passe dans un grand salon, au bras de 
son vieux mari grotesque, entre une haie d'admirateurs et de 
curieux chuchotants. 

Mais tout ceci n'est qu'un début Peut-être esl-il un port où 

un yacht attend James Tissol pour l'emporter au loin, dans des 
pays inconnus aux peintres européens, d'où il nous rapportera de 
nouvelles scènes d'une scientifique précision dans leurs décors 
splendidcs. 

Peut-être verrons-nous enfin un Orient moderne, tel qu'il est, 
avec ses aimées à brodequins de la rue Montorgucilel k écharpes 
k l'écossaise, au miheu des antiques chefs-d'œuvre de palais 
authentiques. 

Nous publierons dimanche la fin de noire élude : Deux expo- 
sitions. Notre prochain numéro contiendra, en outre, notre 
appréciation sur le Salon de Paris. 



DE LA MODERNITÉ DANS L'ART ■ 

' ■ . . * 

Mon cher Rousseau, • 

Je me suis trop souvent trouvé en communion d'idées artistiques 
avec vous, pour laisser passer sans prostester la définition aventu- 
reuse que vous donnez de la modernité dans l'art,... « La mo- 
dernité n'est autre chose que la peinture de tnodes. » 

Il me paraît, mou cher Rousseau, que vous, qui avez de l'esprit, 
du meilleur et du plus fin, vous vous êtes laissé aller, cette fois, à 
1 epigrâmme, avec une facilité que vous blâmeriez chez un confrère 
de votre valeur : « Modernité : modes ! Peintre de la modernité : 
modiste! n II me semble surtout que vous vous méprenez sur 7a 
modernité, en ne voyant en elle qu'une cocodette. La niodetmité, 
dans l'être féminin de nos jours, commence aux paysannes de 
Millet, et finit aux femmes d'Alfred Stevens. 

«« Les hommes, dans la modernité, dites vous encore, ce sont... 
les femmes. »» Ceci rappelle le mot fameux d'un magistrat : «Mais 
dans cette affaire, où donc est la femme? « Et le magistrat; avait 
raison, car la femme est partout, et les hommes, dans toutes les 
modernités, ou, si vous aimez mieux, à toutes les époques, ont été, 
suivant votre heureuse expression... les femmes. 

En vous écriant : « Une femme habillée à la dernière mode, et un 
bibelot bien exécuté, en voilà assez pour uu chef-d'œuvre au goût du 
jour! » vous me semblez regarder cette question de la mode^mité 
par le gros bout de la lorgnette, sans prendre la peine de considérer 
que l'Art tout entier eèt dans la représentation de la vie contempo- 
raine, que les vrais peintres d'histoire sont ceux qui peignent leur 
temps. Ceux-là, et ceux-là seuls, sont et resteront intéressants, 
parce qu'ils expriment une vision et une émotion dii'ectes, de 
première main, pour ainsi dire. 

Jd vous le demande, en conscience,.... aucun des nombreux 
romans historiques d'Alexandre Dumas père vous a-t-il autant 
troublé et passionné qu'a pu le faire, par exemple. Madame Bovary , 
de Gustave Flaubert, quel que soit le jugement à porter en dernier 
ressort sur ce livre ? 



$ 




Mais j'ai hâte, mon cher Rousseau, d'opposer à vos. idées,.... 
sur la modeiyiité, quelques pensées d'un homme qui avait beaucoup 
médité sur les choses de l'Art, et qui est l'inventeur, je crois, de ce 
mot : modernité, déplaisant pour vous, mais non de la chose, aussi 
ancienne que l'Art; je dirais presque qu'elle est l'Art elle-même. 

Voici quelques passages empruntés à un très remarquable article 
de Charles Baudelaire : Le peintre de la vie moderne : 

« Pour tant aimer la beauté générale, qui est exprimée par les 
poètes et les artistes classiques, on n'en a pas moins tort de négliger 
la beauté particulière, la beauté de circonstance, et le trait de 
mœurs. 

« Le plaisir que nous retirons de la représentation du présent, 
tient non seulement à la beauté dont il peut être revêtu, mais aussi 
à sa qualité essentielle de présent. 

«• Le beau est fait d'un élément éternel, invariable, dont la 
quantité est excessivement difficile à déterminer, et d'un élément 
relatif, circonstantiel, qui sera, si rou veut, tour à tour ou tout 
ensemble, l'époque, la mode, la morale, la passion. 

« Le peintre de la vie moderne, est le peintre de la circonstance 
et de tout ce qu'elle suggère d'éternel. 

» Ce peintre cherche quelque chose qu'on, nous permettra 
d'appeler la modernité ; car il ne se présente pas de meilleur mot 
pour exprimer l'idée en question. Il s'agit, pour lui, de dégager de la 
mode ce qu'elle peut contenir de poétique dans l'historique, de tirer 
l'éternel du transitoire. 

«» Il y a eu une modernité pour chaque peintre ancien ; la plupart 
des beaux portraits qui nous restent des temps antérieurs sont 
revêtus des costumes de leur époque. .Ils sont parfaitement harmo- 
nieux,- parce que le costume, la coiffure et même le geste, le regard 
et le sourire (chaque époque a son port, son regard et son sourire) 
forment un tout d'une complète vitalité. 

" Le but du peintre de la vie moderne est de comprendre le 
caractère de la beauté présente, 

<* Le geste et le port de la femme actuelle donnent à sa robe une 
vie et une physionomie qui ne sont pas celles de la femme ancienne. 
En un mot, pour que toute modernité soit digne de devenir anti- 
quité, il faut que la beauté mystérieuse, que la vie humaine y met 
involontairement, en ait été extraite, 

« Malheur à celui qui étudie dans l'antique autre chose que 
l'Art pur, la logique, la méthode générale! Pour s'y plonger, il 
perd la mémoire du présent ; il abdique la valeur et le privilège 
fournis par la circonstance; car presque toute notre originalité vient 
de l'estampille que le temps imprime à nos sensations. 

•» Pour la plupart d'entre nous, surtout pour les gens d'affaires, 
aux yeux de qui la nature n'existe pas, si ce n'est dans ses rapports 
d'utilité avec leurs affaires, le fantastique réel de la vie est singu- 
lièremen t émoussé. . . 

« La femme n'est pas seulement pour l'artiste la femelle de 
l'homme. C'est plutôt une divinité, un astre qui préside à toutes les 
conceptions du cerveau màle; c'est un miroitement de toutes les 
grâces de la nature condensées dans un seul être ; c'est l'objet de 
l'admiration et de la curiosité la plus vive que le tableau de la vie 
puisse offrir au contemplateur. C'est une esp^èce d'idole, stupide 
peut-être, mais éblouissante, enchanteresse, qui tient les destinées 
et les volontés suspendues à ses regards. Ce n'est i)as, dis -je, un 
animal dont les membres, correctement assemblés, fournissent un 
parfait exemple d'harmonie. Ce n'est même pas le type de beauté 
pure, tel que peut le rêver le sculpteur dans ses plus sévères médita- 
tions ; non, ce ne serait pas encore suffisant , 'pour ep expliquer le 
mystérieux et complexe enchantement. * 

« Tout ce qui orne la femme, tout ce qui sert à illustrer sa beauté, 
fait partie d'elle-même; et les artistes qui se sont particulièrement, 
appliqués à l'étude de cet être énigmatique raffolent autant de tout 
le mundus muliebris que la femme elle-même. La femme est sans 
doute une lumière, un regard, une invitation au bonheur, une parole 



quelquefois ; mais elle est surtout unq harmonie générale, non seu- 
lement dans son allure et le mouvement de ses membres, mais aussi 
dans les mousselines, les gazes, les vastes et chatoyantes nuées 
d'étoffe dont elle s'enveloppe, et qui sont comme des attributs et le 
piédestal de sa divinité; dans le métal et le minéral qui serpentent 
autour de ses bras et de son cou, qui ajoutent leurs étincelles au feu 
de ses regards, ou qui jasent doucement à ses oreilles. Quel poète 
oserait, (dans la peinture du plaisir causé par l'apparition d'une 
beauté, séparer la femme de son costume? Quel est l'homme qui, 
dans la rue, au théâtre, au bois, n'a pas joui, de la façon la plus 
désintéressée, d'une toilette savamment composée, et n'en a pas 
emporté une image inséparable de la beauté de celle à qui elle 
appartenait, faisant ainsi des deux, de la femme et de la robe, une 
totalité indivisible? 

» La mode doit être considérée comme un symptôme du goût de 
l'idéal surnageant dans le cerveau humain au dessus de tout ce que 
la vie naturelle y accumule de grossier, de terrestre.. 

« Toutes les modes sont charmantes, -c'est-à-dire relativement 
charmantes, chacune étant un effort nouveau, plus ou moins heu- 
reux, vers le beau, une approximation quelconque d'un idéal dont 
le désir titille sans cesse l'esprit humain non satisfait. 

•« Le peintre de la vie moderne s'étant imposé la tâche de cher- 
cher et d'expliquer la beauté dans la modejvïité, il représente volon- 
tiers les femmes très parées et embellies par toutes les pompes arti- 
ficielles, n 

Je pourrais m'arrêter, mon cher Rousseau, si je ne tenais à ajou- 
ter quelques considérations qui répondent plus directement encore à 
l'article en question. Vous ne vous plaindrez pas trop de la lon- 
gueur de cette lettre : elle renferme de la prose de Baudelaire... 

N'oublions pas, d'abord, que le sujet historique, en peinture, est 
({'importation française ; qu'en France les peintres dits d'histoire, 
suivant le mouvement littéraire et romantique de 1830, et confor- 
mément ai^ génie de lai nation, ont dénaturé le but de la peinture, et 
l'ont poussée à la tlécadence, en la faisant rétrospective. 

Qu'un historien nous raconte Yassassinat du duc de Guise, nous 
explique les circonstances qui ont déterminé Henri III à se débaras- 
ser d'un compétiteur, nous donne les déductions de ce fait, cela va 
de soi ; mais que M. Paul Delaroche ait la prétention de faire entrer 
cela dans la peinture, il se trompe d'art. 

Delaroche, esprit cultivé, metteur en scène qui eût fait la fortune 
d'Un théâtre de drame, avait entrevu, vers la fin de sa vie, l'erreur 
dans laquelle il versait; c'est pourquoi, quittant l'anecdote histori- 
que, il s'était rabattu sur les sujets bibliques, qui comportent l'ex- 
pression des sentiments humains dans leur généralité. 

Ne voyonsruous pas aujourd'hui Meissonier abandonner le ves- 
tiaire du xviiie siècle, pour aborder directement la grande épopée 
militaire moderne? Victor Hugo, ce génie dominant, ne refait plus 
de Notre-Dame de Paris: il entre en plein dans la vie moderne par 
les Misérables, les Travailleurs de la Mer, etc. 

Conçoit-on l'ineptie quotidienne des peintres qui, rencontrant 
dans la rue un modèle à longue barbe, rousse ou blanche, l'élèvent 
instantanément à la dignité de doge de Venise, ou celle de ces com- 
pères qui, trouvant sur leur passage un quidam au regard hébété, et 
louche, et à cheveux grisonnants, le proclament échevin de la ville 
de Gand ou d'ailleurs? Pensez-vous que l'artiste qui nous représen- 
terait le collège des bourgmestre etéchevins de notre temps ne ferait 
pas une œuvre plus intéressante, aujourd'hui et pour l'avenir, que 
s'il nous itnaginait le collège de la ville de Gand, au xvi® siècle? A 
quoi bon refaire ce qui a été fait et ce qui a été mieux fait! Ces pein- 
tres, dits d'histoire, ont perdu toute indépendance artistique par 
l'étude assidue des vieux maîtres; ils ont à coup sûr perdu le goût 
de la vie. A quels reproches ne s'exposent-ils pas pour avoir traversé 
un temps dans lequel ils n'auront rien vu? 

Si, comme vous le dites, les peintres de la morf^rm^^ entendent 
que nous ne pouvons peindre raisonnablement que les choses et les 



L'ART MODERNE 



hommes de notre temps, je les approuve grandement. J'ai la con- 
viction que le public n'est pas éloigné de rire de ces marionnettes 
que certains cosfwm ter* nous présentent pour des pages d'histoire, 
comme il rit aujourd'hui des masques du Mardi-Gras. 

Quelle idée vous faites-vous d'un artiste, d'une intelligence vivant 
du passé et dans le passé, en se désintéressant de ce qui nous touche 
et nous émeut? Voilà un esprit condamné à fermer les yeux sur ce 
qui l'entoure et à n'éprouver que des émotions de somnambule! Et 
ce passé n'est-il pas mieux caractérisé qu'il ne pourrait le faire dans 
un portrait du temps, dans la seule expression des yeux de ce por- 
trait? Les peintres, dits dVizsfoîVe, sont incapables de représenter 
l'être qu'ils aiment le plus au mon Je sans l'affubler d'un costume 
ancien, sans lui donner un geste de pantin, afin de lui imprimer ce 
qu'ils appellent le caractère. De vie, de sentiment vrai, de naïveté, 
de religion devant le modèle, d'émotion, il ne peut en être question : 
ils en sont incapables. 

Non, mille fois non! le but de la peinture n'est pas un enseigne- 
ment historique ; cette prétention est un non sens, puisque tout 
tableau d'histoire se réfère au catalogue, à l'explication écrite, pour 
être compris. 

J'écrivais un jour, et c'est peut-être le cas de le répéter ici, qu'il 
n'y a rien de commun entre l'Art et les sciences historiques, et que 
nous faisons bon marché, chez un peintre, de l'érudition froide, 
impuissante à exciter notre émotion. Le but de la peinture n'est pas 
de présenter un fait historique dans un groupement théâtral, mais 
de créer des types, de. généraliser; non pas d'anecdotiser, mais de 
simuler la vie. 

L'esprit le plus vulgaire s'empare d'une scène du temps passé et 
la représente tant bien que mal ; mais il lui serait difficile d'attirer 
à lui le public par un tableau composé d'un seul personnage vivant. 
Il se trouverait alors dans l'obligation étroite de lui donner une âme, 
un cerveau. S'il veut, par exemple, faire comprendre la douleur 
dans l'être figuré, il ne pourra se contenter d'une grimace théâtrale; 
il devra, et là est le grand art, exprimer la douleur par le geste, par 
la silhouette tout entière. ' 

Certains critiques d'art qualifient volontiers de frivole tout tableau 
qui ne représente pas une «necdote historique. Qualifieront-ils donc 
la politique actuelle, la seule possible, de frivole? Oublieront-ils 
que la politique est l'ambition de presque tous les hommes, que tous 
veulent s'en mêler, et que beaucoup y mettent leur vie. Certes, nous 
étudions l'histoire, les faits historiques, comme enseignement, 
mais nous ne nous passionnons que pour les événements de notre 
temps. 

Qui relit aujourd'hui, à l'exception des érudits et d'un très petit 
nombre de lettrés, ces chefs-d'œuvre : le Prince, les Provinciales, 
les Lettres persanes, les Caractères, etc. ? La foule lit les polé- 
mistes et les moralistes contemporaihs. Notre voisin d'aujourd'liui 
nous préoccupe davantage que nos aïeux de tous les temps. 

L'anecdote historique séduit de prime abord un grand nombre de 
peintres ; cela se conçoit : ils éludent ainsi la difficulté de peindre 
un homme. ^ 

Pour faire un portrait, l'artiîîte résume tout ce qu'il a médité dans 
sa vie; il met en jeu toute sa science, afin de faire vivre le modèle. Il 
est mal à l'aise pour inventer et pour tricher. 

En peinture, la plus grande démonstration historique que nous 
aient laissée les peintres anciens est dans le portrait. Les générations 
désignent volontiers un portrait comme caractéristique du génie 
d'un peintre. Je n'en veux pour exemple que les portraits des Syn- 
dics des marchands de draps, de Rembrandt. 

Dans les portraits anciens, on voit l'homme avant le costume, et 
dans les tableaux d'histoire on voit le costume avant l'homme. A 
quelle mascarade de costumes arabes, bretons, cdsaciens, romains, 
grecs, égyptiens, zélandais, Scandinaves, etc., etc., ne sommes-nous 
pas condamnés ! 

Les peintres anciens ne se sont pas amusés à l'anecdote histo- 




rique. Si par exception ils s'y sont arrêtés, ils ont donné aux 
personnages représentés les costumes du temps. Voyez Paul Véro- 
nése, Rembrandt, et les autres. Les musées anciens ne renferment 
que des portraits, des paysages, des sujets de vie familière, des 
allégories et des sujets religieux. La peinture dite historique en est 
absente. 

L'Art participe aux transformations sociales. Quel amateur au- 
jourd'hui, par foi religieuse, commanderait au peintre un sujet de 
sainteté? Où sont les corporations pour demander Ces grandes pages, 
vraiment historiques , qui ornent nos musées? 

Convenons auàsi que la dimension ne fait riendan* le grand art^ 
et qu'un panneau de quelques pouces carrés suffit à l'artiste pour 
une œuvre héroïque. Exemple : la Barricade de Meissonier 

J'arrive, mon j cher Rousseau, à cette question du bibelot, qui 
semble vous tenir à cœur. Pouvons-nous nier l'influence morale du 
milieu ambiant sur l'homme, même l'influence du bibelot ambiant, 
si vous le vouiez? Puisque aujourd'hui le bibelot ]o\xe un rôle relatif 
dans l'existence, je reprocherais aux peintres d'en dissimuler l'im- 
portance. Il caractéçd^e les mœurs, les goûts, les habitudes de nos 
contemporaines. — Le luxe est général, mais l'élégance est le privi- 
lège de quelques-uns. Cette élégance est un lien commun entre les 
très grandes dames et les courtisanes, car les unes et les autres ont 
le culte d'elles-mêmes; mais l'œil de l'observateur ou du moraliste 
les distingue aisément. • . 

Que de choses, mon cher Rousseau, il y aurait à dire sur la ques- 
tion de métier, dont vous semblez faire bon marché I Citèz-moi un 
génie qui n'ait pas su, à fond, son métier 

Je me résume, et je vous affirme que « malgré les rénovations 
sociales, les grands problèmes et les grandes découvertes de ce 
temps, » Vélasquez, dans un seul de ses portraits, est un plus grand 
artiste, un plus grand penseur, une imagination plus vive, un homme 
plus sensible et plus humain qucy par exemple, Wiertz, le peintre 
humanitaire, qui prenait le grossissement pour la grandeur et me- 
surait la sublimité de ses conceptions à la dimension des person- 
nages. L'un faisait voir son semblable, l'autre s'amusait à la figura- 
tion de rébus et de banalités! Au lieu de son musée, que ne nous 
a-t-il laissé le portrait réussi de sa mère .... 

Mais en voilà bien long, mon cher Rousseau. Ma conclusion sera 
que, sous des apparences diverses, nous défendons toujours, avec la 
même passion et le même amour de la véj-ité, la cause éternelle 
de l'Art ! 

Vous savez que je suis votre sincèrement dévoué 

Arthur Stevens (^).. 



h 



,A POESIE NOUVELLE 
Godefroy de Lussinan. 

Un journal parisien s'est amusé à fabriquer un poète. On lui a 
confectionné un éiat-civil. On l'a appelé M. Godefroy de Lussinan. 
On l'a déclaré âçjé de vingt ans. El l'on a raconté son liorritique 
suicide. Toute la misère, tout le désespoir du rimeur mis b la 
mode dn jour. Cela ne sufiisail pas : il fallait des preuves. On 
donna les meilleures : des vers du poêle mort jeune. Des vers 
1res curieux, cuits et recuits sur les fourneaux de Stéphane Mal- 
larmé, de Paul Verlaine, de Jean Richepin, de Maurice Rollinal. 
Tous les ingrédients de l'acluelle sorcellerie poétique! Toutes les 



(*) Cette curieuse lettre, qu'un hasard nous a mise sous la main et que dous 

reproduisons presqu'intégralement, est de 1868'. Comme elle montre que 

le neuf est vieux et que le vieux est neuf. Jean Rousseau venait de publier 
des articles sur le Salon de Gand, dans l'Echo du Parlement. Elle répond à 
l'un deux. h'Echo ne la publia pas. Elle parut en une petite brochure, impri- 
mée chez Briard, aujourd'hui introuvable. 




herbes de h Sainl-Jeaii cueillies par des déesses baudclairesques 
échouées au Chai noir! Voulez-yous les deux échanlillops de 
celte fabrication. Prenez et lisez : 

Mon âme est un meeting où des rêves cafards 
Hurlent, en échangeant d'innombrables nazardes. 
Mon cœur est un tramway puant, où des poissardes 
Infligent leurs relents aux voyageurs blafards. 

Mon corps, réduit infect, téléphone asthmatique, 
Couve un sale brelan de viols cadavéreux. 
Mon crâne est un tambour d'horloge pneumatique, 
Où le temps crache l'heure eu efforts catarrheux. 

Meeting hurlant,, tramway, horloge ou téléphone, 
L'homme est un meuble creux, ouvert sur le néant. 
Dans l'esthétique ignoble, étalé comme unfaune, 
Il tient sous l'idéal son dépotoir vivant. 

Second morceau. Celui-là a pour titre : Adieux splee7iétiques : 

Vierge emparadisante, à la forme bougeuse, -a 

J'ai subi ta hantise et tes spasmes affreux 
Dans la torpeur des nuits où, sur ta chair frôleuse, 
Glissait l'âpre regard des peupliers ocreux. 

J'ai béni les tourments de ton âme infiltreuse 
Dans l'enlinceulement des hoquets langoureux 
— Fantôme asphyxieur à la voix chuchoteuse ! — 
Et je meurs desséché comme" un vieillard cireux. 

Je meurs, tout corrodé par les cuisantes fièvres 
Qu'aspirait la ventouse ardente de tés lèvres, 
Raffinant dans mon cœur la tortuosité. 

Zéphirs ângélisés des firmaments opaques, 
Salut ! — Exhalez-vous de mon être envoûté, 
Kàles harmonieux, baisers démoniaques ! 

Ce sont là « leS' paroles inconnues chantant sur vos lèvres les 
lambeaux maudits d'une phrase absurde », ainsi que le dit en 
prose le maître du genre, le poète Mallarmé. Tout le monde a 
reproduit, commenté, critiqué, déploré. Des rectifications sur le 
nom de M. de Lussinan ont été demandées aux journaux qui 
avaient écrit : Lurrinau. Les rectifications ont été faites. Le mys- 
tificateur pourra sans doute faire dans quelques jours une 
curieuse « Revue de la Presse ». 

Qu'il la fasse et qu'il ajoute aux « OEuvres posthumes » du 
suicidé ce quatrain qui nous paraît procéder de la môme inspira- 
tion, et que nous lui confions généreusement : 

Dans la nuit métallique en la presqu'île ouverte 
Luit le ramier d'argent pénible, douloureux, 
Qui de l'ombre d'eiïroi que le destin déserte 
Se colore infini dé reflets sulfureux. 

Veut-on savoir maintenant ce qui a suscité notre doute? 

Il s'est produit, dans le lancé àc cci'e mystification, quelques 
lacunes, certaine négligence dans la rectitude de la fumisterie. 
Ce genre demande la correction et le sangfroid du pincer sans 
rire. On ne nous a pas dit le genre de mort du désespéré, ni sa 
situation macabre posthume, non plus que le lieu des funérailles, 
où la muse était tenue de jouer le rôle du chien du pauvre. E^ 
puis, où est la tombe? sacrebleu! que nous allions pleurer des- 
sus!..- Non, la première pièce ci-dessus rappelle la façon Riche- 
pin, qu'on s'avisa pendant un temps dé représenter comme fou 
furieux ; la seconde porte la pseudo-griff*e de Rollinal, dont les 
amuseurs du jour ont plus souvent exalté le satanisme que l'in- 
comparable talent... 



En somme, riicureusc plaisanterie en question semble l'œuvre 
de deux malins compères, singulièromcnt habiles en pasticherie. 

Et si l'invention des deux morceaux incombe à un seul person- 
nage, il a, certes, celui-là, du talent et de l'esprit. Mais pour 
cire définitivement quelqu'un, il faudra qu'il ait trouvé une 
manière à lui, qu'il ait tout à fait achevé d'enterrer M. de Lus- 
sinan. 

L'N Fureteur {De la Justice). 



Jhéatre^ 



Thkatre de l'Alcazar. 



La Gantinière. 



La musique est, paraît-il, de M. Robert Planquette, les paroles 
sont de MM. Paul Burani et Félix Ribeyre. On n'écoute, à vrai dire, 
ni l'une ni les autres, l'extraordinaire verve des interprètes absor- 
bant seule l'attention et remplaçant à elle seule tout ce qui manque 
à là pièce. 

Brasseur, père et fils, et Berthelier, du côté des hommes, M™cs Dar- 
court, Milly-Meyer et d'Escorval, du côté des artistes féminins, voilà 
la troupe qui s'est présentée jeuiii dans les décors du vieil Alcazar 
tout réjoui de tant de gaîté. 

Dire qu'on a ri ne serait pas exact. On s'est roulé. Brasseur est 
demeuré, depuis dix ans, le comique hilarant qu'on sait. H trouve le 
secret d'amuser toujours, sans varier le moins du monde ses effets, 
et l'accent et le geste qu'il avait dans les Pilules du Diable, au 
Parc, dans Coco^ dans toutes les bouffonneries excentriques qu'il lui 
a plu d'interpréter, il les replace dans la Cantinière. Pourquoi les 
modifier, puisque le public les aime, et les applaudit sans se lasser? 

Il n'y a qu'une modification à son jeu. C'est qu'il a maintenant, 
pour lui donner la réplique, un fils, un long et mince garçon à la 
figure de jocrisse, qui a hérité de toutes les drôleries paternelles. 

Brasseur père. Brasseur fils et Berthelier, l'inimitable Berthelier, 
ont eu tous les trois un succès fou. 

Et Ion a fait un accueil chaleureux au trio féminin, dont l'entrain 
communicatif a achevé de donner le change au public sur la valeur 
du vaudeville qu'on lui servait. 

Cette fois encore, la jsauce a remplacé le civet. Mais personne ne 
s'est plaint. 

Mardi, nouvelle folie : le Château de Tire- Larigot, parles mômes 
interprètes. 



f 



ETITE GHROjsiIQUE 



Entre les deux parties du concert Wagner, dimanche dernier, 
MM. La Fontaine et Kéfer, délégués par V Association icagnërienne, 
ont remis, sur l'estrade, à M. Joseph Dupont, aux acclamations de 
la foule, la partition d'orchestre, richement reliée, de Parsiful et 
une couronne. L'orchestre s'est joint à ce témoignage d'admiration, 
en entamant à l'adresse de son chef un double ban d'honneur. 

Sur la première feuille de la partition figurent les noms des 
souscripteurs. Ce sont : 

M. E. Acker, M"»» L. Aubert, M. Blauwaert, Mii«s Anna Boch, 
Brandt, MM. J. Brunfaut, Charles Buis, A et^E. Caratheodory, 
Hector Colard, G. et H. Dachsbeck, Léon d'Aoust, È. Daye, De 
Deken, M™* H. De Diest, MM. A. De Greef, T. et G. Dekens, Dela- 
querrière, Deppe, M'>«* A. De Saint Moulin, P Desmet, MM. Eber- 
stadt, É. Evenepoel, G. Fié, Flon, L. Frédéric, M^ie Goffart, 
MM. L. Goldschmidt, A. Henroz, Jéhin, 0. Junné, Gustave Kefer, 
M^'e M. Khnopff, MM. Fernand et Georges Khnopff', Maurice 
Kufferath, Fernand Labarre, H. La Fontaine, Lagasse, L. Lambert, 
D*" Lavisé, M. Leeuders, Gaston Léonard, Alfred et Léon Lequime, 
Victor Mahillon, Alphonse Mailly, Henri Maubel, Octave Maus, 
Edmond Michotte, S. Mills, Ivan Orsolle, Renaud, Maurice 
Rosart, A. Rosenkranz, B. Scheet, Schott frères, G. Soulacroix, 
A. Théroine, Thomeret, L. Tonnelier, M'"«s Tournay-Detilleux, 




Van Cutsem, MM. E. Van den Broeck, Ernçst Van Dyck, E Van 
Gelder, M"« M. van Nuffel d'Hejenbroeck, M™es A. van Soust de 
Borkenfeldt, E. Van Vloten, Mi'^ M. Vent. MM. Verdlmrt, Isidore 
Verheyden, Walgert, Wehrenpfenning. 



Un comité iiiternational vient d'être constitué en vue d'ériger un 
monument à Schopenhauer, « qui appartient, comme écrivain à 
l'Allemagne, dit la circulaire, mais comme philosoi)he à l'ijumanité 
tout entière. •» 

Parmi les membres du comité figurent MM. F. A. Gevaert, 
J. Brahms, Emile de Laveleye, le jjeihtre Ilillebrand, Ernest Renan, 
Max Muller, Hans de Wolzogen, etc. 

C'est à Francfort sur le Meiu que sera érigé le monument. Les 
souscriptions peuvent être envoyées directement en cette ville à la 
Deutsche Vcrcinshank. 

Pour rappel, aujourd'hui dimanche 10 mai, à 2 heures de relevée, 
grand concert de la Nouvelle Société de Musiqiie de Bruxelles, 
dans la salle de l'Alhambra. Solistes : M'-'e» Gornélis-Servais et 
Van Dael, MM. Van Dyck, Blauwaert et Peeters. Chœurs, harpes et 
orchestre. 300 exécutants sous la direction de M. Henry Warnots. 

On peut retenir des places d'avance chez M. Ctiarles Hoffman, 32, 
rue de Loxum, et chez MM. Scholt frères, 82, Montagne-de-la-Cour. 



La 'cinquième exposition trimestrielle de l'Union artistique de 
jeunes peintres auversois, sous la devise : Als ik lian, est ouverte 
depuis le 5 mai (salle Verlat à Anvers). I^a clôture aura lieu le 
17 courant, à 5 heures. 

On nous écrit de Londres que le pianiste Franz Rummel a eu un 
si grand succès au quatrième concert de la Société Philharmonique, 
où il a joué le concerto de Dvorak, qu'on l'a réengagé pour le 
sixième concert, fait extrêmement rare dans les annales delà Société. 
Il a été prié de jouer le concerto en rai bémol de Beethoven. 

Dvorak, qui dirigeait, a vivement félicité le jeune pianiste de la 
manière brillante dont il avait exécuté son œuvre. 

Au sixième concert, fixé au 20 mai, on entendra en outre la 
Jeanne d'Arc de Moszkowski, dirigée par l'auteur. 

Le dernier concert de l'année, donné par le Conservatoire de 
Mous, sous la direction de M. Jean Van den Eeden, est fixé au lundi 
1er juin prochain. 

La vente des œuvres de Bastieu Lepage, aura lieu les 11 et 12 mai, 
à la galerie Georges Petit, rue de Sèze. Exposition publique, aujour- 
d'hui dimanche, 10 mai, de 1 à 5 heures. 



La Troisième exposition internationale de peinture aura lieu 
du 15 mai au 15 juin dans la galerie Georges Petit. Cette exposition 
réunira des œuvres de MM. Béraud, Besnard, Donnât, Cazin, 
Edelfeit, Eguscuiza, Gervex, Henner, Liebermann, Raffaëlli, Ribera, 
Sargent, Stcvens et Van Beers. 



On annonce l'apparition prochaine, chez l'éditeur Larcier, d'un 
recueil d'esquisses de la vie judiciaire crayonnées par un jeune avo- 
cat bruxellois, M. A. James. 

Le volume sera illustré d'une série de dessin.-* de Am. [Lyneu. 
Titre : Toques et Robes. 

Vom Fels zum Mcer publie dans son numéro de juin (StutfgaK, 
Spemann, éd.), une intéressante étude ethnographique, historique et 
politique sur ?a Russie et V Angleterre m Asie centrale. La même 
livraison de cette remarquable revue contient la première partie 
d'un roman dErnest Eckstein, Aphrodite^ dont l'action se déroule 
au temps de la Grèce antique, une lettre du Pays des orangers, un 
article sur les mœurs des Souabes, une description de Scheffîeld et 
de ses coutelleries, la Vie agraire en Chine, etc., etc. 



Curieuse! le second roman de M. Joséphin Péladan, qui devait 
paraître le l*"»" mai, est remis au 30 octobre, devant être le feuilleton 
de l'Echo de Paris au l^r septembre. 



La troisième livraison de l'important ouvrage de M. Henri 
Beraldi : Les graveurs du nix« siècle vient de paraître Cette livrai- 
son est entièrement consacrée à l'œuvre de M. Félix Bracquemond. 

La vente Gustave Doré a produit 122,871 francs. 



Parmi les peintures, on a remarque : La Mort d'Orphée, 
2,400 francs; V Enfer du Dante, 1,350 francs; la Marchande de 
fleurs, 1,600 francs; V Aigle, G, 200 francs; un Paysage d'Ecosse, 
3,700 francs ; le Grand Chêne, 1,220 francs. 

Parmi les sculptures : La Parque et l'Amour, 1,330- francs ; Les 
Saltimbanques, i, 200 {rancs; Pucfc, i.'ZôOdancfi. 



Un remède contre les bis au théâtre. Celui-ci est proposé par 
un journal italien, la Ri forma. Pour faire perdre au public, dit ce 
journal, la mauvaise habitude de réclamer des, bis d'autant plus 
indiscrets qu'ils fatiquent les artistes et augmentent les frais de gaz, 
un impressario de notre connaissance a atfiché dans le vestibule de 
son théâtre l'avis suivant : — « Les personnes qui dé.sireraient la 
répétition, tant de morceaux de l'opéra quelle fragments du ballet, 
sont priées de s'inscrire al camerino delV itnpresa (au cabinet de la 
direction). Le spectacle une fois terminé, et sous le bénéfice du paie- 
ment préalable, par les personnes inscrites, d'un second billet d'en- 
trée, on leur exécutera tous les bis qu'elles désireront. « Le moyen 
n'est peiit-être pas mauvais. 

Les éditeurs Tabor-szky et Parsch, de Pesth, qui ont publié qua- 
torze compositions de Li.szt, viennent de faire hommage à celui-ci 
d'une superbe -sonnette de table en argent. La poigriée est en or, en 
forme de lyre. Il est orné de 133 diamants dont la disposition forme 
le nom du Maître. La frappe est entourée d'une guirlande de laurier 
dont les feuilles portent, gravés, les noms des quatorze œurres édi- 
tées par les donateurs de ce présent. 



Le 62'^ festival du Bas-Rhin sera donné à Aix-la-Chapelle à 
l'occasion du bi-centenaire de la naissance de Htendel et de Bach, 
les 24, 25 et 20 mai prochain, sous la direction de MM D"" Cari 
Reinecke, de Leipzig, et Julius Kniese, d'Aix-la-Chapelle. Solistes : 
Mme Fanny Moran-Olden, de Leipzig (soprano) ; M"« Hermine Spies, 
cantatrice de Wiesbaden (alto ; M. Heinrich Gudehus, de Dresde 
(ténor) ; M. Gustave Siehr, de Munich basse); M™^ Wilma Xorman- 
Neruda, de Londres (violon). 

En voici le programme : 

Première journée. — Dimanche 24 mai. — «» Gloire à Dieu », 
chœur 4e l'oratorio de Noél, de J.-S. Bach; Judas Macchabée, ora- 
torio de G. -F. Hœndel. /— -^ 

Deuxième journée, -l- Lundi 25 mai — Cqutate de la Fête pas- 
cale, de J.-S. Bach; Symphonie n» 5, en ut mineur, de L. von Beet- 
hoven ; la Fête d' Alexandre (première partie), de G.-F. Hsendel; 
Prométhée, poème symphonique, de Fr. Liszt ; Finale des Maîtres- 
Chanteurs^ de Richard Wagner. 

Troisième journée. — Alardi 26 mai. — Ouverture du Roi Man- 
fred, de C. Reinecke; Morceau de chant (ténor); Concerto pour 
violon, en la mineur, de Viotti ; Finale de Loreley, pour solo de 
soprano, chœur et orchestre, de F. Mendelssohn ; Symphonie en ré 
mineur, de R. Schumann; Concerto en sol majeur, pour instruments 
à cordes, de J.-S. Bach; Morceau de chant (alto); Sonate eu la 
majeur, pour violon, de G.-F. Htiendel; Morceau de chant (basse); 
Alléluia, chœur du Messie, de Cî.-F. Hœndel. 



VExcursion annonce ses premiers voyages de la saison nouvelle. 

A côté de charmantes promenades en mail-coach à quatre chevaux 
à travers les sites les plus pittoresques de l'Ardenne, nous voyons 
figurer des excursions à Anvers et en Hollande qui se renouvelleront 
toute l'été. ' 

Le 23 mai, à l'occasion des fêtes de la Pentecôte et du célèbre 
pèlerinage d'Echteruach, aura lieu l'excursion dans le Grand-Duché 
de Luxembourg qui promet d'être des plus intéressantes. 

Enfin au 28 mai est fixée l'excursion à Londres à l'occasion .des 
courses du Derby d'Epsom qui obtient chaque année un succès 
grandissant. Cette fois le programme comporte la visite de tous les 
monuments et curiosités de Londres et des environs, tels que 
Hampton Court, Kew, Greenwich, le Palais de Cristal, etc., etc. 

C'est, en cette saison, le plus beau voyage que l'on puisse entre- 
prendre Sa durée est de 8 jours ; son prix en Ire classe de 250 francs ; 
c'est dire qu'il est à la portée de tous. 

Cette excursion sera suivie immédiatement d'un magnifique voyage 
en Ecosse. 

Le programme détaillé de tous ces voyages sera envoyé gratuite- 
ment à toutes les personnes qui en feront la demande à M. Gh. Par- 
mentier, directeur de VExcursion, boulevard Auspach, 109, à 
Bruxelles. 



152 



VART MODERNE 



Sommaire de la Société nouvelle (avril 1885). 

I.^ M. Alfred Fouillée et le socialisme» par Domela-Nieiiwenhuis. 
— II. Lettre de Suisse, par G Lorand. — III. Une escouade ultra - 
montaine : Mémorial d'un oisif, par Léon Gladel. — IV. Bourgeois 
et prolétaires, par Agathon De Potter. — V. « Germinal et la 
presse »», par Frédéric Borde. — VI. Un romancier catholique, par 
Francis Naiitet. — VII. Chronique littéraire, par A, J. — VIII. Le 
mois. — IX. Les livres. 



La Rcxmc contemporaine publie dans son numéro du 25 mars : 
Jules Vallè.s, étude critique de Joseph Caraguel. — La course à la 
mort, roman d'Edouard Rod. — La damoiselle élue, poésie de D. G. 
Rosetti! — Charles Baudelaire, étude critique de Th. de Banville. — 
Jacques Hardiér, conte d'Adrien Remacle. — Manzonieus et Gar- 
ducciens, par Eugène C^hecchi. — Les Maîtres -Chanteurs à 
Bruxelles, par Camille Benoit. — Carême fantaisiste, chronique du 
, mois, par Maurice Barrés^ — La crise économique, par Joseph 
Chaiîley. — Critique littéraire et artistique — Bibliographie. — 
Abonnements : Paris, 20 francs, département et étranger, 22 francs 



Les annonces sont reçues an bureau du journal, 
26, rue de r Industrie, à Bruxelles. 



ÉDITEUR DE MUSIQUE 

RUE SAINT-JEAN, 10, BRUXELLES 
Ouvrages recommandés, pour piano 

ERiMEL, A. Op. 30. Conte cri éditai. Caprice .... Fr. 2.00 
' — — ^i. Les Soirées de Bruxelles, lvï\iivoTCï\)- 

tus Valses ........ 2.50 

— — Sb. i'^'- Air de Ballet 2.00 

— Chant dtc Soir {nou\e\\e édition) . . . . 2.Ô0 

— Balafo, Polka-Fantaisie 2.00 

— Etoiles scintillantes, Mazurka ..... 2.00 
KOETTLITZ, M. Op. 9. Barcarolle , 2 00 

— — 12. Laencller , 1.35 

— — 21. Danse rustique . .• . . . 1.75 



VIENT DE PARAITRE CHEZ 

BREITKOPF & HÀRTEL 

ÉDITEURS DE MtJSIQUE 

BRUXELLES, 41, MONTAGNE DE LA COUR 



ECOLE DE PIANO 

DU CONSERVATOIRE ROYAL DE BRUXELLES 

Nenvi&tnc livraison. 

PH. EM. BACH. 

Sonates en fa maj., ut min., la min., la b. maj. 

Prix : fb. 6,60 



VIENT DE PARAÎTRE 

CHEZ FÉLIX CALLEWAERT Père 

26, RUE DE L'INDUSTRIE. A BRUXELLES 



LA FORGE ROUSSEL 

PAR Edmond PICARD 

Édition définitive, tirée à petit nombre 

Prix : Grand Japon, 60 francs ; Chine genuine, 40 francs ; 
Hollande Van Gelder, 25 francs. 



SCHOTT Frères, Editeurs de Musique, Bruxelles 

RUE DDQCESNOY, 3a, coin de la rue de k Madeleine 
Maison principale : MONTAGNE DE LA COUR, 82 



:■■ i 



LES MAITRES CHAraURSinORlBM" 

(Die Meistersinger von Niirnberg) 
• Opéia en 3 actes de 

PARTITION POUR CHANT ET PIANO, NET ' 20 FRANCS. 



JjlOi CtvO •' • • • • •-• ■ • * »-• » 

J?eHOîY. Les motifs typiques des Maîtres chanteurs . 

ARRANGEMENTS POUR PIANO A 2 MAINS : 

La Partition complète . '^ . . . . . . . . 

Ouverture. Introduction . . . 

La même, arraiig. par H. de Bulow . . . . . . 

Introduction du 3* acte. . . . 

£eyer, i*'. Répertoire des jeunes pianistes 

y Bouquet (le Mélodies . . . . . . , . 

//rf^nuer. C. Trois transcriptions, chaque . . . . '. 

Bulow, H. [de]. Réunion des Maîtres ciianteurs . . . 

« Paraphrase sur le quintuor du 3' acte . . . 

Cramer, H. Pot-pourri . . . 

Marche . . ■■ . . ... .-, — . . . 

«I Danse des apprentis . . . . . . . 

Gohbaertft, L. Fantaisie brillante . . . . . . . 

Jaell, A. Op. 137, Deux transcriptions brillantes (SVei-begesang- 

Preislied), chaque 

Op. 148. Au foyer 

Lassen, E. Deux transcriptions de salon, n° I 

" « » n"- II. . . . . 

Leitert. Op. 26. Transcription . . . . ^ . . . 
Saff', J. Réminiscences en quatre suites, cahier I et II, à 

cahier III. 

cahier IV. 

Riipp, H. Chant de W&lther . . . . . 

ARRANGEMENTS POUR PIANO A 4 MAINS : 

La Partition complète ' , 

OHt-erfure. Introduction par C. Tausig . . . ., . 
Beyer, F. Revue mélodique . . ■ . . . . . 
Buloïc, H. (de). La réunion des Maîtres ohanteurs, paraphrase . 

Cramer,, H. Pot-pourri. 

« "Marche 

De Vilbac. Deux illustrations, chacune 



Fr. 



2 « 

1 50 



25 « 

2 r, 
•à « 

1 -^ 

1 75 

2 25 
1 75 
1 75 
1 75 

2 r, 

1 25 

1 75 

2 « 



25 

25 
35 
25 

50 
75 



35 « 
3 50 
2 25 

2 25 

3 50 

2 25 

3 75 



ARRANGEMENTS DIVERS V 

Owt'ert«<>'(? pour 2 pianos à 8 mains .... . . 

Gregoir et Léonard. Duo pour violon et piano. 
Kaslner, E. Paraphrase pour oigue mélodium. 

Xmo?, F. Prélude du 3" acte pour orgue 

Oberthur, Ch. Chant de Waither pour liarpe . 
Singelée, J. Zf. Fantaisie brillante pour violon et piano . 
Golterman. Chant de Walther, pour violoncelle et piano 
Wichede, F. (de). Morceaux lyriques poui- violoncelle et piano 
N° 1. "NValther devant les Maîtres 

N" 2. Chant de Walther 

Wilhelmj, A. Chant de Walther, paraphrase pour violon avec 
accoinpag. d'orchestre ou de piano. Partition 
L'accompagnement d'orchestre. . . . 
« de piano .... 



50 



50 



1 25 



25 

25 



3 " 
5 « 
3 50 



PIANOS 



BRUXELLES 
rue Thérésienne, 6 

VENTE ' " ' 

ÉCHANGE GUNTHER 



LOCATION 
Paris 1867, 1878, !«' prix. — Sidney, seul l" et 2« prix 
EXPOSITION AHSTERDAI 1883. SEUL DIPLOIE D'HONNEUR. 



J. SCHAVYE, Menr 

46, Rue du Nord, Bruxelles 

CARTONNAGES, RELIURES ORDINAIRES, RELIURES 
DE LUXE, ALBUMS, ETC. 

SPECIALITE D'ARMOIRIES BELGES ET ÉTRANGÈRES 



Bruxelles. — Imp. Félix Callbwabrt père, rue de l'Indiutria. |0« 



î I 



Cinquième année. ^ — N° 20 



Le numéro : 25 centimes. 



Dimanche 17 Mai ]1835. 



L'ART 



MODERNE 



PARAISSANT LE DIMANCHE 



REVUE CRITIQUE DES ARTS ET DE LA LITTÉRATURE 



ABONNEMENTS : Belgique, un an, fr. 10.00; Union postale, fr 13.00. — ANNONCES : On traite à forfait. 

A dresser les demandes d'abonnement et toutes les communications à 

l'administration générale de l'Art Moderne, rue de l'Industrie, 26, Bruxelles. 



^ 



OMMAIRX 



Le AVagxkrisme a Bruxelles. — Le Salon de Paris. (Premier 
article). — Gomment Mozart composait. — Deux expositions. 
L Le Cercle artistique; H. Les Aquarellistes (Second article). — 
Marat assassiné. — Bibliographie. Le Monde avant la création 
de l'homme^ par Camille Flammarion; Dictionnaire synoptique 
d'éti/mologie française, par Henri Stappers. — Chronique judi- 
ciaire DES arts, Les Resseynblances \ Weldon contre Gounod. — 
Petite chronique. 



LE WAGXÉIUSMË A BUUXELLES 

Au point de vue musical, l'événement le plus consi- 
dérable de l'hiver, dans noti'e monde bruxellois, a été 
la véhémente poussée en avant de l'art wagnérien. 
Certes, quand la direction du théâtre de la Monnaie 
mit en répétition les Maîtres-Chanteurs, nul ne s'at- 
tendait à l'engouement dont a été prise pour cette 
œuvre, considérée comme redoutable, une bonne partie 
de notre population. Il semblait qu'on risquait cette 
tentative comme contraint et forcé, pour ne pas recu- 
ler devant la promesse assez légèrement faite de ne pas 
achever une campagne lyrique brillante sans rendre 
un hommage au maître que l'Allemagne proclame 
souverain. Le public wagnériste avait gagné sur la 
main et, visiblement, on se laissait conduire par lui, 
avec la crainte, sinon le désir, de lui démontrer que la 
foule n'était pas encore faite chez nous pour la musi- 
que transcendante qui règne dans les conceptions les 
plus caractéristiques de l'auteur de Parsifal. Et, dans 
les premiers jours du travail compliqué qui devait 



mettre au courant une troupe saturée de vieux pré- 
jugés, que de résistances, que de misères ! Joseph Dupont 
était là, il est vrai, tenace et convaincu, poussant pa- 
tiemment en avant; mais le personnel, spécialement les 
premiers sujets, ne dissimulaient guère leur méchante 
humeur. Ils ne s'accoutumaient pas à cette musique, 
difficile à retenir, parce que sans cesse varient les 
chemins qu'elle suit, peu aimable, surtout pour les 
voix qu'elle fait rentrer dans les rangs de l'harmonie 
générale, dédaigneuse de tous les effets particuliers, 
sacrifiant les individualités à l'ensemble, ne voyant que 
l'œuvre et jamais les virtuoses. Que de bruits décou- 
rageants circulaient et comme la représentation appa- 
raissait pareille à une bataille à l'avance compromise ! 
Ces sourdes rumeurs avaient rendu hésitants et inquiets 
les plus fidèles, et nul n'eût pu prophétiser le résultat 
de cette grande partie. 

La mêlée a été archarnée et les vieilles troupes ont 
fait une belle résistance. La 7nusique de Vaveyiir, 
devenue celle du présent, doit les honneurs du courage 
•malheureux à la musique du passé. Ils resteront légen- 
daires ces sifflets persistants de quelques vrais croyants, 
orthodoxes comma les catholiques apostoliques et ro- 
mains, qui, jusqu'au dernier jour ont manifesté leur 
indignation pour le fameux hourvari provoqué par la 
sérénade de Beckmesser, que ces roquentins indignés 
comparaient à la bousculade des MaroUiens et des Mo- 
lenbeekois dans le premier acte de Basoef. Il «era très 
curieux dans quelques années, et très honteux pour 
ces derniers des mameloucks, de rappeler que le chef- 





d'œuvre que nous venons d'entendre a été profané, 
sans dommage, il est vrai, par leurs démonstrations 
grotesques. 

Désormais c'est fini, et ces|impuissantes résistances 
n'ont servi qu'à accentuer l'élaln des fanatiques. Ils ont 
eu pleine ration et ils se sont payé la rincette et la 
surrincette par deux concerts complémentaires où leur 
enthousiasme s'est épanché jusqu'au délire. Il y a désor- 
mais un entraînement qui autorise toutes les har- 
diesses, et on se demande si, en présence de prédilec- 
tions aussi passionnées, l'un des meilleurs moyens d'as- 
surer les recettes de notre opéra ne sera point, au cours 
de la saison prochaine, de risquer un nouvel enjeu dans 
ces parties où on se jette en forcenés. La période 
la plus animée, la plus mouvementée de la saison 
théâtrale qui vient de s'achever, a été celle durant 
laquelle les Maîtres-Chanteurs ont occupé l'affiche. 
Dans les journaux, dans les salons, dans les lieux 
publics, dans les conversations, ils revenaient incessam- 
ment, excitant, enflammant tout le monde, attaqués, 
défendus, outragés, exaltés, produisant l'inévitable 
remue-ménage qui accompagne la manifestation des 
œuvres insolemment nouvelles et puissamment belles, 
enivrant qui comprend leur grandeur, révoltant ceux 
pour qui elles restent incompréhensibles. Et comme 
résultat final, ce qui apparaît avec éclat : c'est que cet 
art, jadis si décrié, remporte la victoire. 
. Donc Bruxelles se wagnérise. L'invasion musicale 
allemande gagne de proche en proche. Il n'y a plus à 
discuter, la vieille école recule. Même ceux qui n'ai- 
ment pas l'envahisseur n'en sont déjà plus à défendre 
ce qu'il chasse devant lui. C'est le moment de rappeler 
la fameuse formule qui marqua si bien le phénomène 
et qui fut énoncée par un réfractaire désolé de se sentir 
pris par l'épidémie : « C'est drôle ! Cette musique wag- 
nérienne, je ne peux pas la souffrir, et pourtant elle me 
dégoûte de toutes les autres « . En effet, que de mal- 
heureux abonnés ont dû se souvenir de cet étrange 
aphorisme quand X Etoile du Nord s'insinua entre deux 
représentations ! On fut forcé de coucher sans retard, 
et pour jamais sans doute, le pauvre astre, autrefois 
si scintillant. 

Il y a là quelque excès assurément. Ne plus com- 
prendre qu'une musique est aussi désolant que ne plus 
comprendre qu'une peinture ou qu'une littérature. 
variété des sensations, heureux qui parvient à te con- 
server ! Mais de plus, ce qui inquiète, c'est que cet art 
wagnérien, avec ses proportions prodigieuses, avec ses 
règles faites pour être appliquées par un géant et qui 
deviennent si promptement mesquines quand les sous- 
ordres s'y essaient, pourrait bien être un de ces phé- 
nomènes conclusifs qui clôturent une évolution artis- 
tique au lieu d'en ouvrir. De pareilles explosions ne 
peuvent être répétées et surtout elles ne peuvent être 



imitées. Après le bruit formidable du canon[^uel efïet 
produit la mousquetterie, et ne peut-on se demander si 
ce n'est pas la mousquetterie des imitateurs et des pas- 
, ticheurs de tout génrç que nous allons entendre, que 
nous commençons à entendre? Que le destin nous en 
préserve, car c'est alors que l'ennui coulerait à pleins 
bords. De petits wagnériens, des diminutifs, des hom- 
minicules, Lilliput après Brodignac. Déjà partout on 
voit les mirmidons se préparer. Ils ne se contentent pas 
déjouer la musique du maître. Ils veulent en faire à 
leur tour. Ils ont la prétention de chausser ses bottes 
de sept lieues. Ce ne sont que drames lyriques, que 
motifs revenant à point nommé, que chœurs supprimés, 
que mélodie récitative continue. Les recettes sont con- 
nues, elles sont entrées dans la cuisinière bourgeoise 
musicale, et voici que dans tous les ménages et sur tous 
les fourneaux mijotent des pots-au-feu à la mode de 
Bayreuth. 

Ceci est fait pour causer les plus justes appréhen- 
sions. 

Nous avons Wagner, vivat ! Mais la queue de Wagner 
commence à se dérouler. Hélas ! ! 



LE SALON DE PARIS 

Premier article. 

Le résultat, assez inattendu, d'une visite au Salon de 
Paris, est de provoquer à l'égard de l'école belge, sou-^ 
vent malmenée par ceux qui ont l'ardent désir de la voir 
marcher plus vite, et nous sommes de ,ceux-ci, une 
indulgence que justifie l'armée de médiocres dont le 
défilé attristant_afïiige les regards. Jamais il n'y eut 
dans l'art français moins de sincérité et de conviction : 
le dés'ir de se faire remarquer semble être le mobile 
unique des artistes, et pour y parvenir tout leur est 
bon : les dimensions disproportionnées des toiles, l'ex- 
centricité des sujets, l