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Full text of "37unkngoog"

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MEMOIRES 


L k SOCIETE 


DES 


ANTIQDAIRES DE LA HORINIE. 



SA1NT-0MER 


JMPR1MERIE DE CI1AXVIN FILS , RUE DE L’OEIL. 


1851 


MEMOIRES 


DE LA. 

soaiftr* 


DE LA 

saoiami* 

TOME 9 —1851. 


Doc Irina invesligando restituet. 


PREMIERE PARTIE. 



A Sl-Omer 
A Paris 


Tumerel / Libraire , rue Naiionale. 
Legier , Libraire , Grand' Place. 

Deraciie , successeur de Lange , rue 
du Bouloy , N° 37. 


M DCCC LI. 





COSPTE-RENDU 



DE LA SOCIETE. 



COMPTE-BENDU 


dies mavaox 


w 

LA SOCIETE , 

Par M. Henri de LAPLANE 

SECRETAIRE PERPETUBL AD/. 


Messieurs et Honorables Collogues, 

Les statute com me les precedents , de la Societe 
des Antiquaires de la Morinie , imposent au se- 
cretaire perp4tuel 1’obligation de retracer par in- 
tervalies a l’assemblee le preois de ses derniers 
travaux. A la priere de- notre digne et excellent 
collaborateur , M. Louis de Qivencht qui double- 
ment frappe dans ses affections les plus chferes (1) 

(1) tf. m Gitekc^t, secretaire pcrpdtael 9 < le malheor de perdre 
«e pea de temps sod fils alod ( M. Cssai ) et sa fille cfadrie ( M 1( " 
Cesaunb ) module de toutes les vertus t enge qoe le ciel en visit a 
la terre et dent. le sooveelr Tins tangtemp* daps la mdmoire de 
ceox qoi Toot connoe , comme dans le c<ew des paavres que sa 
main bieefaisante soulageait k cbaque heore du jour. 



est retenu loin de nous , nous allons essayer do 
remplir cette t&che, mats vous le devinez, messieurs* 
dans raccomplissement de ce devoir nous osons 
esperer beaucoup de votre bienveii lance. 11 est des 
homines qu’il faut supplier quelquefois, et qu’on 
ne r emplace jamais.,... 

La compagnie compte a peine vingt annees d’exis- 
tence et depuis longtemps deja ( on nous permettra 
de le dire ) elle occupe un rang distingue parmi 
les Societes savantes etablies dans le Nord de la 
France. Poursuivant son oeuvre modeste, sans 
relache et sans ostentation , elle marque toutes les 
periodes de sa vie par des travaux utiles : chaque 
jour amfene de nouvelles recherches , voit grandir 
son importance et s’accroitre le nombre des ser- 
vices rendus par elle a- 1’histoire du pays. S’ef- 
formant d’eclairer les points nebuleux de nos an- 
nales , elle cberche & inspirer le gout des etudes 
serieuses. Quoi de plus attachant que d’examiner 
le sol foule par nos aieux en se rappelanl les 
evenements dont it fut le theatre? Comment ne 
pas aimer & se raeler a la vie de nos peres * a 
connaitre leurs moeurs * leurs vertus * leur courage , 
leurs. vicissitudes ? Peut-on parcourir nos belles 
provinces sans etre emu a la vue de ces vastes 
champs de balaille oh si souvent , sous toutes les 
dominations qui se sont succedees, vinrent se vider 
lesplus sanglanles, les plus meroorables querelles?,. 

Heureuse confraternite des sciences et des lettres * 



elle franchit 1'espacc , brave les mers, traverse 
les montagnes et porte partout la lumiere , graces 
lui soient rendues ! Notre compagnie lui doit l’hon- 
neur d’etre en relations suivies non settlement 
avec la plus grande partie des savantes compagnies 
franqaises, mais encore avec les Academies de Russie, 
d’Angleterre , d’Espagne , de Suisse , de Belgique 
et des principales villes de I’Europe : Paris , Lon- 
dres, Madrid, St-Petersbourg , Bruxelles, Anvers, 
Zurich et presque tous les departements de la 
France, comptent de nos correspondants toujours 
empresses de repondre a notre appel et d’entretenir 
avec nous le mutuel eqhange de nos publications 
respectives. N’est-ce pas , Messieurs , le moyen le 
plus facile, le plus sur de se tenir au courant 
des progres des sciences et des arts , de s’initier 
aux secrets des d£couverte$ nouvellest 

Ainsi secondee au dedans par l’activite de sea 
membres , au dehors par le zele de ses corres- 
pondants et par 1’appui. des comites etablis dans 
toutes les parties de sa circonscription , la Societe 
porte ses investigations dans 1’efendue du terri- 
toire de la vieille Morinie ainsi que sur les sou- 
venirs qui s’y rattachent ; Rechereher , dtcrire 
ct ritablir , tel est le but de nos constants efforts 
qui n’auront pas ete sans succes. 

Huit volumes avec leurs planches ou leurs 
atlas forment jusqu’aujourd’hui le complement des 



VI — 


publications de la Soeiete des Antiquaires d'e Is^ 
Morinie. 

Un instant, detournes de votre pacifique mission 
par de plus serieuses preoccupations cremes a la 
suite des evenements politiques du mois de fevrier 
4,848 , voqs n’ayez pas tarde a reprendre la con- 
tinuation de votre oeuvre. Si le chiffre de vo.s. 
membres actifs est reste stationnalre , il n’en est 
pas de meipe de celiy d.e vqs travaux dpnt le 
nombre est devenu. tel que le temps et nos resr 
sources financieres suffisent a peine a. leixr publi- 
cation. La date de la derniere seance publique 
remonte deja as§ez haut, (7, fevrier \ 848 ); si par 
suite de qirconstances independantes, de la volontje 
de tons , ces assemblies solennelles n’ont pu se 
renpuveler , vous. etes loin neanmoins , Messieurs, 
d’etre demeures inaclifs : de nombreuses etudes, 
n’ent pas oesse d’enrichir voa collections!. Le 8® et 
dernier volume a papu depuis cette epoque , il 
contient , vous le savez : 1® des Observations suit 
le ehronogramme eommdmoratif de la fondatian 
de I’Sglise eolldgiale de St - Pierre d’ Aire , par 
M. Jules Router, I’un de vos correspondents; 
— 2 ^® Un nUmoire swr let causes amquelles on 
doit altribuer le grand nombre de monuments ro- 
tigieux , Mevds du XII® au XV* sihcle dans les pro- 
vinces siluies au. nord de la Loire comparativement 
au petit nombre de ces monuments conslruits pen- 
dant la mSme pdriode dans les provinces placdes au. 


— VII — 


sud de ce fleuve , par M. E. Woillez egalement 
correspondent ; — 3° ce memoire est suiv d’un 
rapport de notre honorable collogue, M. l’abbe 
Clovis Bolabd , sur cette question : Pourquoi du 
XII® au XV® sibcle le nombre des monuments reli- 
gieux est-il plus considerable au Nord quau Sud 
de la Loire ? — 4° on y voit la biographie de notre 
illustre compatriote Robert de Fiennes , conneta- 
ble de France , par M. Edouard Garnier , eleve 
de l’ecole des chartes , travail suivi d’un rapport 
additionnel de M. Alexandre Hermand ; — 5® 
une notice historique et archiologique sur Veglise 
cottigiale de Lillers , par M. Amed6e (1’IIagerue , 
tresorier du coalite d’AiRE ; — 6® un rapport de 
M. Louis Deschamps de Pas sur une dicouverle 
d'objets gaulois et gallo-romains, faite dans les jar- 
dins du faubourg de Lyzel , pres St-Omer ; — *1° 
une notice sur Surques , par notre correspondent M. 
Leclercq de Neufville ; — 8° un mimoire sur I'i- 
glise paroissiale du nouvel Hesdin, par M. l’abbe 
Robert , cure de Merck St-Lievin ; — 9® un 
rapport sur I'ancienne ville de Mardyck et les 
recherches dont elle peut Stre 1‘objet , par M. Louis 
Cousin ; — 10® un mimoire sur Quentovic , par Mi 
1’abbe Robert , deja nomnie ; — 11® un compte 
rendu des fouilles faites au Mouflon , sous la di- 
rection de M. de Neufville, par MM. Courtois 
et Delmotte, membres titulaires ; — 12* enfin 
le tome 8® se termine par une notice de M. 



— Vtll — 

Alex. Hermans stir qtielques monnaies f rappees k 
St-Omer. 

Aussitot apres l’apparition de ces travaux vous 
avez hate l’impression du IX* volume dc vos me- 
moires dont la premiere partie est sous vosyeux. 
Kile renferme : une notice de notre collegue, M. 
Deschamps , ingenieur des ponts et chaussees, sur 
un trail 6 relatif h la peinture sur vcrre au moyen 
Age; — 2® une dissertation sur une miniature qui se 
trouve sur un manuscrit de la bibliothbque de Bou- 
logne-slii-Mer, par M. l'abbe Francois Lefebvre, 
membre correspondant. Ce travail est accompagne 
du dessin de cette miniature (1); — 3® des re- 
cherches star la question d' antbrioriti entre les deux 
monastbres primitifs de la mile de St-Omer dans 
ses rapports avee I'histoire des commencements de 
cette ville, par M. Alex. HerMand;* — 4® un tra 
vail de M. - Courtois , secretaire -archiviste , inti- 
tule : Lecture et publication d'un placard de Charles- 
Quint a la bretecque de la Maison Jloyale de 
St-Omer en Van de grdce \ 531 et tableau de tnceurs 
a St-Omer et en Artois au XVI* sibcle ; — 6® une 
notice sur les manuscrits de la bibliothbque de 
Bergues-St-Winoc ; par M. Jules Lepreux ; — 6® 
une notice historique sur quelques midailles de N.-D 
de Boulogne , par M. Jules Rouyer. 

Telle doit etre la premiere moiti£ du tome IX*, 


<l> Cc tlmfa parartira Jans Pallas avec la 2" e partie du volume. 



IX 


die forme 350 pages environ et aurait pu , 
sans doute , s’augmenter encore; mais on a 
du s’arreter k cette i unite afin d'etre en mesure 
de prouver a MM. dn conseil general que la Society 
s'efforce de justifier autant qu’il est en elle par 
ses publications reiterees la haute sollicitude dont 
elle est annuellement 1’objet de la part des elus 
du pays. 

D’autres memoircs sont pr6ts pour Pimpression 
de la seconde partie de ce volume et pour le 
commencement du suivant ; ils n’attcndront pas 
Iongtemps. Parmi eux figurent : 4* une notice de 
M. Dufaitelle sur un Cul dc lampe du musie de St- 
Omer , dessin6 par M. Auguste Deschamps ; — 2® 
un travail relatif d I’ancienne crypte de N.-D de 
Boulogne , par M. Morey , membre correspondant a 
Paris ; cette notice est accompagnee de jobs des- 
sins ; — 3* un. memoire de M. Louis de Bakcker, 
correspondant h Bergues ■ sur Vancienne Flandre 
maritime ; ce travail est suivi de quclques obser- 
vations presentees par M. Alex. Hbrmand designe 
par la compagnie pour en faire l’examen ; — i® 
une dissertation sur le culte des fontaincs , par M. 
I’abbe Santerre , correspondant a Paris , suivie 
d’un rapport de M. Edmond de Liot ; — 4° notice 
sur Qcentovic, par M. L. Colsin. 

Mais en memo temps , Messieurs , que vous 
acheverez votre IX° volume et qiie vous entre- 
prendrez le X c pourlcquel les maleriaux ne manquent 



— X — 


pas; un autre non moins interessant p&raitra, par V09 
soins , en dehors de vos publications ^habituelles : 
la Societe, vous ne l’avez pas oublie , doit a M. 
Taillar , conseiller a la Cour de Douai et a M. 
Marnier , avocat k Paris , tous deux nos collegues, 
la communication d’un manuscrit de la bibliothc- 
que nationale , ayant pour titre : Litre des Loix , 
Usaiges et Coustumes de la ville et comti de Guisnes. 
Ce livre , dont une copie a ete faite par M. Mar- 
nier, ainsi que Ie porte une note marginal e tracee 
sur l’original , a ete soumis a votre examen , et , 
sur l'avis d’une Commission prise dansjvotre sein , 
vous en avez ordonn£ la publication a cause de son 
importance. C’est un corps complet de droit com- 
munal a l’usage d’une petite ville du nord de la 
France au XV e siecle; il fournit des renseigne- 
ments curieux pour l’histoire de la domination an- 
glaise sur les bords de la Manclie.... 11 semble- 
rait avoir quelques rapports avec un autre recueil 
semblable qui se trouve au British museum a 
Londres (1) , intitule : The Book of newe or* 

DONNANCE AND DECREIS FOR THE COUNTY OF GuiSNES 
MADE DEVISED AND ORDEYNED , BY THE KINGES 
JUSTICES , AND COMMISSIONERS APPOINTED FOR 
THAT SAME WHICH WERE DELIVERED TO THE BaYLYE 

and La we ad Guisnes , aforesaid in the kinges 

OPEN COURT , HOLDEN THERE THE FIRST DAYE OF 


(1) In tbe cosson faustina E. VII. ff. 40. 



FEBRUARH ANNO REGN1 REGIS HENRICI OCTAVI VI- 
GESIMO (1525) (1). 

Ce recueil , Messieurs , est deja livrd k l’im- 
pression avec les notes et observations dont nous 
sommes redevables k la plume exerc6e de plusieurs 
de nos savants collegues ; il formers un volume 
de plus de 300 pages sera orn£ d’un ancien plan de 
laville deGuiNES (2) et aura , n'en doutez pas , un 
int6ret reel par les documents nouveaux qu’il fournit 
sur les coutumes d’un territoire voisin qui passa 
ton gtemps. sous la main de I’Angleterre. 

Cette faveur d’une publication extraordinaire en 
dehors de vos Memoires , vous t’accorderiez aussi 
avec le meme empressement a un autre travail 
non moins utile pour noire histoire .. Vous nous 
devinez , Messieurs , nous voulons parler de la 
nouvelle edition de la cbronique de Lambert d’Ar- 
dres , que termine en ce moment notre collfcgue 
de Lille, M. le marquis de Godefuoy de Meml- 
glaize , le digne successeur. des savants arclii- 
vistes de Flandre et. d’ Artois.. Ce consciencieux 
annotateur a pu comparer, les differents manus- 
crits anciens,entre autres ceux de Paris , de Bruges, 
celui du Vatican, a Rome et celui de St-Omer , 
precieux autographe transcrit en entier. de la main 

(1) Vide the chronicle of Calais edited, by J.-G. Nichole ( prin- 
ted for the Cambdem society p. 130. > 

(2) Plan communique par IL Derheims , p«r« , de Calais , qui Pa 
deaaiae d'apres 1'excmplaire de la tour de Londrea. 



— XII — 

de Dom Guillaume de Whitte , bibliotliecaire et 
archiviste de I’abbaye de St-Bertin au XVI* siecle. 
Si nous soatmes bien informes, un giossaire de 
tous les pomp de lieux cites, joint a une carte 
topographique vienjlront en aide a i’intelligence du 
lecteur ; M. de Godefroy n’a rien neglige pour 
completer ses recti erches ; nous faisops des voeux 
pour que celte publication d’un haut interet ne se 
fasse pas longtemps attendre. 

Avons-nous besoin maintenant de rappeler ici 
qu’independamment de ces publications qui occu- 
pent les instants et absorbent les finances de la 
Compagnie , plusieurs d’entre nous trouvent encore 
le moyen de' charmer leurs loisirs en tragant , 
cbaque jour , de nouvelles lignes sur les sujets 
les plus importants de notre histoire locale? 

Quelque temps encore. Messieurs, et bientot, Iezele 
des Membres de la Societe des Antiquaires de la Mo- 
rinie aura mis au jour d’autres ouvrages qui ont 
aussi leur interet. 

1° M. Alex. Hermand, notre honorable vice- 
president , s’occupe d’un grand travail sur l’his- 
toire monetaire des Morins et des Alrebates , dans 
ses rapports avec la religion druidique ; 2® de con- 
cert avec M, Louis Deschamps , il prepare la 
collection des empreintes sigillaires de la ville de 
St-Omer (1); — 3° M. le president Quekson ecrit 


(1) Les dessins de ces sceaux scront executes par noire collogue , 
U. Auguste Descbamps. 



XIII — 


l’histoire des Sinoguets ou Patriots de St-Omer 
en 1578; — 4° M. Coortois, avocat, notre se- 
cretaire-arekiviste , qu nagueres a public une no- 
tice sur l’ancien faubourg de St-Martin hors des 
murs , va rappeler encore quelques souvenirs re- 
latifs aux invasions des Normands dans nos pa- 
rages, etc.; — 5® M. Edmond Liot de Nortbecourt 
poursuit avec activity sa traduction de Malbrancq 
dont pres de 1200 pages sont deja terminees; 
— 6® M. Dufaitelle fait , entre autres travaux , 
des Etudes sur les anciennes rues de la ville de 
St-Omer ; — 7® M. Leclercq de Neufville , k 
Surques , songe a rappeler les moeurs ct usages 
de quelques communes du Boulonnais ct de l’Ar- 
tois ; — 8® M. Victor Derode , secretaire de no- 
tre comite de Dunkerque , dejk connu par son 
histoire de Lille, publie en ce moment l’histoire 
de Dunkerque ; — 9° M. le comte Achmet d’IBS- 
ricourt , maire de Souchez , depuis longtemps 
connu dans le monde savant , se livre avec une 
infatigable activite k de nombreux travaux liisto- 
riques et bibliographiques ; — 10° Enfin , nous 
essayons nous-meme de retracer la vie des 83 abbcs 
qui , pendant plus de douze siecles d’une glorieuse 
existence , gouvernerent le vieux monastere de.St- 
Bertin. Arretons ici cette nomenclature, notre 
tache serait longue, Messieurs, si nous voulions 
indiquer la complete enumeration des ouvrages re- 
lates a l’histoire locale , qui sont sortis ou a la 



— XIV — 


veille de sortir de la plume de tous les membres 
de la Societe des Antiquaires de la Morinie. 

Ces ecrits , cemme leura devanciers ,. seront ae- 
cueillis , sans doute , avec cette faveur qui sembLe* 
s’attacher naturellement a tout ce qui touche aux. 
souvei rs de nos. pferes : Leurs auteurs , en aidant 
a popularises l*etude de L’histoire auront constate 
en memo temps l’influence des compaguies savau— 
tea etablies dans Le but de la propager . 

Ce a’est pas tout. Messieurs, pour encour- 
rager mieux encore le gout des connaissances. 
bistoriques ,. vos efforts ne se bornent pas a remuer- 
les archives et a produire le fruit de vos inves- 
tigations. Cherchant a mettre a profit pour I’utilite 
commune les lumieres de tous , vous faites au- 
nuellement un appel general. a vos collaborateurs. 
de la France et de I’etranger, puis au milieu de 
cette lutte pacifiquedes intelligences,, vous presentez. 
des couronnes aux vainqueurs. 

Yotre dernier programme transmis & toutes les. 
secietes avec lesquelles vous etes en relations lit— 
teraires mettait au concours les questions suivantes. 
proposees en 1850 pour -f 851 : 

> 4* Une medaitte d’or de 2*50 fr. sera aceordee 
» au meilleur travail sur l’histoire , soit d’une 
» commune importante , soit d’un groupe de vil — 


» lages du dlpartement du Pas-de-Calais ou de 
* 1’ancienne Morinre. 

» 2° Une m6daille d’or de m6me valeur sera 
> donnee a ia meilleure notice biographique sur 
» le marshal de France Arnoud d’Audrehem, 
connu au moyen *age sous la designation d'An- 
NOULD d’AlJBENHEN. > 

Le concours pour 1850 accordait une medaille 
(Tor de 500 fr. au meitleur m6moire sur l’his- 
toire des corporations marchandes connues autre- 
fois sous le nom de Ghildes dans l’extrfime nord 
des Gaules. Cette grande question n’a pas 6t6 
traitee dans les limites 6tablies par le programme. 
La Societe s’est reservde de la reproduire plus 
tard a cause de 1’importance qui s’y attache. 

Quelques mois nous apparent de la cldture de 
l'admission au concours ; un memoire nous est 
parvenu ; d’autres , sans doute , arriveront encore 
avant l’expiration du delai fixe. Ils apporteront , 
nous en avons la confiance , une solution favorable 
aux problem es pos6s , et vous serez beureux , 
Messieurs , s’il vous est perrnis de ddcerner k 
1’auteur d’un bon travail , le prix de la victoire. 

En attendant, de nouvelles questions se pre- 
parent par les soins de votre commission permanente 
pour le concours de l’annee prochaine. 

Mais en reclamant la lumifere par tous les 



— XVI 


moycns en votre pouvoir, vous ri’avez pas oublic 
d’interroger la terre jusque la muette, pour evoquer 
scs souvenirs. 

Apres les fouilles de St-Bertin , de Quentovic , de 
Calais, de Cassel vous avez sonde le vieux Mardycum, 
aujourd’hui Mardyck, un peu orguetlleusement pout- 
etre designe sous le nom de ville et qui n’est main- 
tenant qu’une humble agglomeration de chaumi&res. 
Son histoire, celle de son port auquel ce lieu 
dut toute son importance decline , sera ( nous 
assure-t-on , ) retracee par Tun de nos honora- 
bles collegues de Dunkerque, M. de Bekthand. 
Votre comite par l’organe de son president M. 
Louis Cousin , vous a deja fait part des premieres 
explorations qui, sous vos auspiees, se continuent 
toujours sur ce point ; un peu plus tard il aura 
1’honneur de vous en soumettre le resultat defmitif 
lorsque les travaux auront pu se completer. 

Par l’entremise de M. Felix de Neufville , 
correspondant a Surques , vous avez egalement 
explore au Moujlon un tumulus qui a ete decrit 
dans le dernier volume de vos memoires par MM. 
Courtois et Delmotte, mcmbres titulaires. Pou- 
vons-nous mieux faire que de renvoyer nos lec- 
teurs a cette description ? 

L’emplacement de l’ancien monastere de Bergues 
Sl-Winoc dependant autrefois de celui de St-Bertin 


a aussi fixe votre attention. Vous avez vote une 
allocation pour sender les entrailles du vieux 
Groenberg qui , selon toute apparence peuvent 
renfermer quelques utiles enseignements histori- 
qucs . Les recherches sur ce point n’ont pu s’effec- 
tuer encore ; el les ne seront pas negligees lors- 
que le moment -paraitra favorable ;■ le zele de vos 
correspondents locaux vous en donne l’assurance. 

N'oublions pas les fouilles de Calais; elles 
ont et6 instructives et peuvent aider a- resoudre 
quelques problem es inconnus jusqu ici. Les objets 
trouves sont lithographies depuis quelque temps , 
graces aux soins de votre comit6 ; nous attendons le 
rapport de notre obligeant collegue , M. Henri 
Derheims , pour le publier. 

En outre , d’apres le d6sir exprime par quel- 
ques uns d’entre vous , des fouilles doivent s’ope- 
rer sur quelques parcelles du territoire d’HocQWN- 
ghem et d’ARDiNGHEM ; ces coins de terre ne 
tarderont pas non plus a etre explores . Vous a - 
vez a cffiur , Messieurs , de ne rien negliger de ce 
qui peut aider k une decouverte nouvelle . 

Penetres de cette pensee , plusieurs de vos mem- 
bres parcourent depuis quelque temps le pays, 
examinant (’emplacement, les vestiges, la position stra- 
tegique de nos anciennes forleresses voisines , telles 
que Therouanne , Cassel , Tournehem , Rihoult , 
Watten , Renty , Eperlecques, Ardres, Guines, 



— XVIII — 


la Montoire , Hames , (1) le Fort Batard , 

etc. dans le but d’etudier 1’histoire instructive et 
altrayante de la defense de nos contrees au rooyen- 
age. 

Sentinelle avancee , chargee de veiller a la garde 
des anciens monuments qui traversant les ages ont 
pu echapper a Taction du temps et des hommes , 
votre intervention a deja rendu bien des services; 
souvent elle a exerce une influence heureuse a 
1'aide de laquelle plusieurs de nos edifices ont 
ete maintenus , restaures, embellis ou disputes 
a la destruction. N’avez-vous pas puissamment 
aide et ne secondez-vous pas energiquement en- 
core la rcstauration complete de ces deux elo- 
quents temoins des XIV® et XV* siecles qui , 
a Test et a Touest de notre cite, rappellent les 
meilleurs jours de Tarchitecture religicuse? (2). 

En mime temps que vous vous preoccupiez 
du dehors Messieurs, vous ne negligiez pas de 
faire revivrek Tintlrieur quelques-uns de ces sou- 
venirs qui sont la gloire de noire patrie : D’apres 
votre decision, le 3 mai 1849, on plagait sur une 

(1) he cbdteau de lidmes eat devena cdlebre comme prison d’Elat 
pendant roccupalion du Calaisis par lea anglais , dc 1347 & 1360. 

CcU4 de la Montoibb , cede ancicnne residence de Comtrs de 
Guinea, prdaente peut dire lea plus belles mines qoe nous ayons 
dans les environs. 

(2) La (our de Tantien monaslere de $t*Bertin et Fcglise Nothb- 
Daub, ancicnne cathddrale de St -Oner. 



— XIX — 


facade de la rue de Dunkerque k St-Omer , ces 
lignes memoratives gravees en or sur le marbre 
en l’honneur de l’une de nos illustrations audo- 
maroises : 

Simon Ogier , po^te latin 
NAQUIT DANS CETTE MAISON DU BLANC-RAM (1), 
LE 3 MAI 1549. 

Rappelant ainsi k nos contemporains et conservant 
pourles generations futures la memoiredu lieu, oil, il 
y a trois siecles, vit le jour notre savant compa- 
triote jusque-lk peu connu (2). 

La , Messieurs, ne se sont pas borne vos soins ; 
dans la pensee de rappeler aux vivants les nobles 
exemples de ceux qui ne sont plus; vous avez 
voulu faire revivre (’inscription funeraire de Gerard 
d’HAMERicouRT , (3) 69® abbe de St-Bertin , 

1 er eveque de St-Omer, le pere des pauvres, 
le protecteur de la jeunesse , le bienfaiteur du 
pays qui , au milieu du deuil general qui 
couvrait la cite , fut inhume le 21 mars 1 577 , 
dans le sanctuaire de la premiere 6glise des jesuites 
dont il 6tait le fondaleur. 

(1) Ainsi se nommait la maison n° 104 , probablement & cause 
de son enseigoe qui representait , dit-on , un rnoulon blanc. 

(2) Yoir les ouvrages de Simon Ogier , a la bibliotheque de 
St-Omer, etc. — Idem dans celles de MM, Mallet et Hermand ; 
les exemplaires complete sont assess rares. 

(3) Cette inscription fut enlevee et brisee a la revolution : elle se 
retrouve dans les dcrits de Dom de Witte, l’infatigable auteur du 
grand cartolaire de St-Bertin ( bibl. de St-Omer . n°* £03, 8Q6, etc.) 



Votre intention reparatrice n’a pu jusqu’ici re- 
cevoir son execution ; elle ne sera point toutefois 
perdue devue:Ie voeu de.la Societe s’aeeomplira, 
ee sera pout elle I’acquittement d’un pieux devoir. 

Nous pourrions,. sans doute, enumerer encore bien 
d’autres actes publics de votre sollicitude ecfairee ; 
mais nous craignons d’etre entraine trop loin ; 
deja peut-etre n’avons nous que trop abuse de 
votre bienveillante attention. 

Ce que nons venons de dire suffit, ce nous 
semble, pour 6tablir qne, dans les Timites de sea 
attributions , la Societe des Antiquaires de la 
Morinie ne fail-lit point a son importante mission et 
que toujours elle se montre digne de la bienveillance 
qui lui est accordee. 

Pour nous conformer aux prescriptions du re- 
glement , permettez-nous maintenant quelques mots 
sur les modestes details de votre administration 
interieure. 

Les ressources financieres de la Soeiete , un 
instant ebranlees par les recentes commotions poli— 
tiques, ont repris leur equilibre. Elies se composent 
de nos cotisations personnelles, du produit de 
la vente de nos publications , d’une allocation 
annuelle du conseil general et de quelques en- 
couragements accordes a nos travaux par le 
ministfere de l’instruclion publique. Nous avons 
besoin , vous le savez , Messieurs , de la conti- 



XXI 


nuation de ces indispensables secours pour pour- 
suivre notre oeuvre scientiflque. Esperons qu’ils nous 
seront conserves. 

Interprfcte des sentiments de la compagnie , votre 
bureau, malgr6 les vides qui se font sentir dans 
ses rangs, s’eflorce de pourvoir a tout et de ne 
laisser aucun interet en souffrance ; il croit avoir 
a cet egard justice votre confiance. 

Yotre bibliotheque s'accroit de jour en jour par les 
dons du gouvernement , les hommages des societes 
correspondantes , les donations particulieres et par 
les souscriptions autoris6es par vous. Malheureu- 
sement , il faut bien le dire , quelques parties de nos 
importantes collections ne sont plus completes. Nous 
avons la confiance qu’avec la bonne volonte de tous , 
les Iacunes pourront parvenir a se combler! 

Plus tard nous aurons 1’honneur de vous sou- 
mettre l’inventaire de vos richesses bibl iographi— 
ques ; contentons-nous de dire aujourd’bui que 
parrs? les livres imprimes qui ornent vos collections 
on remarque : 

1° Les superbes volumes des documents inedits 
de I’hisloire de France , publies par le gouverne- 
ment sous les auspices du ministere de l’instruction 
publique; 

2° Les importantes publications dont nous som- 
mes redevables a nos collogues d’Angleterre , de 
Russie , de Suisse, de Belgique, etc, 



— XXII 


3* Celles de la Societe des Antiquaires de France, 
et une grande partie des memoires publies sur 
nos villes de province etc. etc. 

Au nombre de nos recentes acquisitions manus- 
crites , nous voyons : 

4* Les anciennes chartes de Merck , tracees en 
original sur d’interminables rouleaux de vieux par- 
chemins, ronges par le temps ; elles sont un don 
offert a la Societe par M. l’abbe Robert. 

2® Un autre titre non moins curieux , egale- 
ment en parchemin , avec un plomb porta nt 
d’un cot6 les effigies de St -Pierre et de St- 
Paul , de l'autre ces mots : Pius Papa V. C’est 
une bulle originate et confirmative de la fondation 
du college des jesuites et de celui des pauvres 
de St-Bertin , a St-Omer , par Gerard d’HAMri- 
ricourt , donnee a Rome , sous la date des nones 
de juin 4571. Ce precieux document historique 
parfaitement conserve a une dimension de 82 cen- 
timetres sur 63 ; il nous a 6te presenle par notre 
honorable collegue , M. l’abbe Clovis Bolard , 
aumonier des hopitaux civil et militaire de cette ville, 
au notm de Messieurs du bureau de bienfaisance de 
St-Omer. Ce titre est litteralement transcrit dans le 
grand cartulaire de Dom de Witte : On pourra 
maintenant comparer l’original avec les copies. 

3® Une reproduction textuelle des premieres 
feuilles d’un manuscril de Dom. J^A^i Bauuin , an- 



— XXIII — 


cien religieux du monastere de Glairmarais ; ce 
manuscrit fait actuellement partie de la biblio- 
theque de Mons ('HainautJ. Les pages qui en ont 
ete extraites sont un hommage de M. Fainne , 
M d de charbon k St-Omer , au nom duquel M. 
Du fas sell e les a deposes sur votre bureau. Elies ont 
pour titre : 

> Becueil de ce qui est advenu plus digne de 
» mimoire depute Van de salut 4576 jusques en 
» \ 586 , tout recueilU par Fr. Jean Ballin , re - 
• Ugieux de Clermaretz-lfo-St-Omer • L’epoque 
que retrace cet ecrivain , est pleine d’interet ; ce 
manuscrit est d’autant plus curieux que le prin- 
cipal ouvrage de Ballin est egare et que le petit 
livre de cet auteur qui existe sous le nom d’An- 
nales a la bibliotheque de St-Omer ne peut guere 
justifier ce. titre. — On sait d'ailleurs que la chro- 
nique d’HENORic ne commence qu’en 4594 et finit 
en 46SI3. 

Vous avez enricbi vos rayons , Messieurs , d’un 
exeinplaire de l’inventaire general des archives 
d’Artois , par Godefroy. Le premier volume 
textuellement reproduit d’apres la copie de la bi- 
bliotheque de Calais prise elle-meme sur celle des 
archives d’Arras , est entierement termine. Le 
second dont nous devons l’obligeante communica- 
tion au fils de l’auteur , se transcrit en ce moment 
d'apres l’original certifie. Bientot nous pourrons y 



XXIV 


ajouter les cinq in-folio de l’inventaiie dcs archives 
de Flandres. 

La copie de ce manuscrit facilitera nos recher- 
ches historiques; elle manquait k St-Omer ; ainsi 
vous aurez rempli une nouvelle lacune. 

Yous recueillez en outre les anciens plans to- 
pographiques des points les plus saillants de la 
contree; ne vous doit-on pas : 1° la description 
militaire de Tberouanne, alors que cette antique cite 
succombait sous les coups de Charles-Quint k la 
tete des armies coalis^es contre elle (1) (1553); 
2® la publication du plan de Watten et de son 
fort, en 1644 ainsi que la carte du pays k cette 
6poque (2) etc. , etc. ; 3® vous allez reproduce le 
trace de la ville et du chateau de Guines sous la 
domination anglaise, d’apres les originaux conserves 
a la tour de Londres. D’autres plans non moins 
curieux vous seront sans doute r6serv6s encore: 
le beau cabinet de MM. Derbeims , nos honorables 
collfegues de Calais , est une mine flconde en ri- 
chcsses de ce genre , leur aimabie obligeance vous 
a permis d’y puiser k pleines mains (3). 

(1) Allas du tome V des mdmoires de la Socidtd des^ Antiquaires 
de la Morinie. 

(1) Id 1. IV , p. 51. 

(3) cVst a MM. Derheims que nous sommes redevable* des plans 
de Therouanne , de Guinet , d'Hdmes , etc. , etc. tous ofliciel- 
lement certifies par le garde des archives. 

M. Mahoy , horiogcr a SI )mer , a eu la bonte de nous com- 
muniquer egaleimnt une autre copie de Pancicn plan de Guines, 
provcnant de la m<?mc origine. 



Ajoutons an mot ; on nous annonce la renppa- 
t'ition d’un document precieux pour I'histoire de 
notre province. L’ancien cartulairc de Therouanne, 
longtemps egare , est actuellemeni , dit-on , dans 
la biblioihequc de notre savant collegue de Bruges, 
M. l’abbe Carton , membre de l'Academie royale 
de Bruxelles , etc. Felicitons-nous , Messieurs , de 
cetle heureuse decouverte ; ainsi confiec , la lumiere 
ne saurait plus rester sous )e boisseau , ellc rejaillira 
sans doute jusqu’a nous. Nous nous empresserons 
de vous reparler de cet interessant volume aus- 
sitot qu’il nous aura ete permis de 1'examiner 
nous meme. 

Nous avan? ons , Messieurs > notre tache s’aocom- 
plit; mais nous ne pouvons la terminer sans ex- 
primer un sentiment douloureux ; nos rangs se sont 
eclacis.... les fonctions publiques de quelques- 
uns , la sante de quelques autres , les ont eloignes 
de nous... D'autres encore ne sont plus... la mort, 
toujours impitoyable , a frappe r a notre tete ce 
venerable et spirituel vieillard qui , pendant plu- 
sieurs ann^es , presida nos travaux : le general 
vicomte du Tertre , ancien depute, commandeur de 
la L4gion-d’Honneur , chevalier de St -Louis , de 
Charles 111 , de St-Ferdinand d’Espagne et de plu- 
sieurs autres ordres , a ete enleve depuis peu a 
la Societe , a sa famille , a ses amis , a 1’age de 
76 ans.... Ses funerailles ont eu lieu avec la distinc- 
tion due a son rang , a Sl-Martin-au-Laert , oil 



XXVI 


reposcnl scs depouilles mortelles. L’lionm ur de 
vous parler dc lui reviendra naturellement a celui 
d’entre vous que vos suffrages designeront plus 
tard pour prendre sa place vide encore.... Nous 
devons nous borner maintenant a deposer sur la 
tombe a peine fermee de notre ancien president, 
1’expression des regrets unanimes de ses collegues. 

Au milieu des pertes souvent irreparables que 
d'apres les lois de notre fragile nature nous som- 
mes forces de subir; dans ce roulement perpetuel 
de la vie humaine , oil les existences d’aujourd’hui 
ont succede a celles d'hier et oil celles de demain 
remplaceront a leur tour celles d’aujourd'hui ; si 
les homines disparaissent pour faire place i d'autres 
hom mes , les societes seules restent debout etne meu- 
rent pas , inalgre les orages dont par intervalies 
elles sont traversees : ainsi le veut dans seseter- 
nels decrets la volonte immuable de la Providence... 
Aulant qu'on peut comparer les petites clioses 
aux grandes, il en sera de meme , Messieurs , pour 
notre modeste association scientifique : dans son 
humble sphere, inalgre les epines dont sa route 
est parsemee , elle continuera son ceuvre avec la 
eonfiance d’accomplir une utile mission. 

Uno avulso non deficit... alter !... 

Grice a nos efforts communs, (’importance des 
itudes bistoriques, quelque fois meconnue , grandira 
et s’aiclimalera parmi nous. En attendant. Messieurs* 



— XXVII — 

unissant nos travaux k ceux des nombreux comit6s his- 
toriques ou archeologiques qui couvrent le pays, ma- 
lisons de zele et de devouement pour « illustrer 
» notre petite patrie locale , element de la grande 
» patrie commune (1). > Atteindre ce but ne serait- 
ce pas , la meilleure des recompenses et le plus 
beau succfes que la Society des Antiquaires de la 
Morinie puisse ambitionner ? 


(1) M. Jules Des n oyer*?, — Rapport des travaux de la Societd de 
I’hisioire de France , bulletin n° 5 , tnui 1851 , p. 80. 




NOTICE 

sun 

UN TRAIT® RELATIF A LA PEINTCRE 

AU MOYEN-AGE. 






NOTICE 


SUE 

DR TRAITS RELATIF A LA PEIKTORE 


AU MOYEN— AGE j 

par PIERRE DE SAINT-OMER , 

INSURE DANS LE MANUSCRIT N # 67 if DE LA 
BIBLIOTHEQUE NATIONALS. 


Les bibliethfeques de Paris et des d£partements 
renferment une'foule de documents in£dits qui 
seraient de nature k nous int6resser, non-seulement 
par leur importance arch£ologique ou historique , 
mais encore comme emanant d’individus de notre 
pays , dont on connait k peine les noms. D6jk le 
premier volume du catalogue des manuscrits con- 
tenus dans les bibliotheques des departements , 
publie par le ministere de Instruction publique , 
nous a r6vel6 une lettre attribute , selon l’auteur 



— I — 

da catalogue , k un moine de St-0mer , nomine 
Oslo , personnage qae M. Hermand vous a demon tr6 
fctre le meme que l’ex-chatelain de St-Omer, du m£me 
nom, prfes parent de l’un des fondateurs de l’ordre des 
Templiers, et qui apres etre entre dans 1’ordre da 
Temple lui-meme, s’intitalait ordinairement : Fraler 
de Sancto Audomaro , comme il est indique dans 
ladite lettre. 

Esperons que la suite de ce catalogue nous 
r^velera encore d’autres richesses, et que peu a 
peu nous finirons par connaitre tout ce qui , inte- 
ressant notre pays, est dissemin6 dans toutes les 
bibliotheques de France. 

Je viens aujourd’hui vous soumettre l’analyse 
d’un manuserit de la bibliotheque nationale , dont 
je dois la connaissance h notre honorable collegue 
M. Dufaitelle. C’est un traite sur la peinture, ecrit 
par un nomm£ Pierre de Sl-Omer. Le titre de 
cet ouvrage est : Liber magutri Petri de Sancto 
Audomaro de coloribus faciendu. 11 se trouve dans 
le reciieil portant le n° 6741 (manuscrits latins). 
Je crois assez interessant de donner in exlemo la 
table de ce manuserit. 

Dans son introduction au manuserit de Theopbile 
public par M. de l’Escalopier , M. Guichard donne 
aussi cette table, mais seulement telle qu’il l’a 
extraite du catalogue imprim6 des manuscrits de 
cette bibliotheque (1) ; elle y est necessairement 


(t) L«e. <it. p:ig. xxu. 



— 5 — 

abregee. La void telle qu’elle eat ecrite sur le 
premier feuillet du manuscrit: 

CONTINENTUR HOC VOLUMINE. 

1* Tabula de vocabulis synonymis et aequivocis colo- 
rum rerumque et accidentium colorum , ipsique 
or arti pictoriae conferentium nec non ope - 
rum exerciliorum que propitiorum ac contin - 
gentium eorum. 

2* Alia tabula licet imperfecta et sine initio. 

3° Experimenta de coloribus. 

4® Experimenta diversa alia que de coloribus, 

5* Liber Theophili admirabilis et doclissimi magistri 
de omni sdentia picturaee arlis. 

6® Liber magistri Petri de Sancto Audomaro de 
coloribus faciendis. 

7® Eraclii sapientissimi viri , liber primus et tnc- 
tricus de coloribus et artibus romanorum. 

Ejusdem liber secundus item melricus. 

Ejusdem liber tertius. sed prosaicus de coloribus 
et artibus pictis. 

8* De coloribus ad pingendum capitula scripta et 
notata a Johanne Archerio sive Algerio an. d. 
4398 ut accepit a Jacobo Cona flamingo pic - 
tore commorante tunc Parisius. 

9® Capitula de coloribus ad illuminandum libros , 
ab eodem Argerio sive Algerio scripta et notata 



— 6 


an. 1398 ut accepit ab Antonio de Compendia 
illuminalore librorum in parisius et a magisiro 
Alberto Perzello perfectissimo in omnibus tnodis 
seribandi mediolani seholas tenente. 

1 0 # Aultres receptes en latin et fran^ois per magis- 
trum Johannem le bbgue licentialum in legibus 
et generalium magistrorum monetce regispref - 
fario parisius qui prcesens opus sen capilula in 
hoc volumine aggregata propria manu scripsit 
anno Domini 1431 celatis sues 63. 

ILLUSTRA DEUS OCULUM. 

Conime on le voit , cet ouvrage n’est autre chose 
qiTun recueil de recettes relatives a la peinture, 
ecrites par un amateur. Dans son introduction pre- 
citee , M. Guichard pense que le manuscrit 
n° 6741 de la bibliotheque nalionale a etc ecrit 
dans la deuxieme moitie du 15* siecle. Je serais 
plutot d’avis qu’il a ete ecrit a la date de 1431, 
par Jean le Begue. La mention faite dans la table 
citee plus haut, propria mam scripsit , le prouve- 
rait si cette table n’etait pas d’une epoque poste- 
rieure a la composition de l’ouvrage (1). Mais ii 

(1) La table a ete ecrite vers 1570 environ. Cette date , derite sur 
le convert , de !a mime dcriture que la table , me le fait penscr : 
l’orthographe dcs mots ou Ton voit employer la diphtongue m an 
lieu de la voyelie e simplement , est une nouvelle preuve de la 
dale plus receute de cette table. 



— 7 — 

existe k la fin du volume la mention suivante , do 
la meme main que le reste du manuscrit : 

Compositum est librum isle a magistro Johame 
le Begae licentialo in legibus greffario generalium 
magistrorum monele regis , parisius anno Domini 
\ 431 , etatis sue 63. 

Le mot librum s’applique , il me semble , k tout 
le corps de l’ouvrage , et non seulement aux receltes 
qui en forment la derniere partie. 

Au reste , quoiqu’il en soit , il est certain par 
la composition dos matieres du volume , que tous 
ces ouvrages sont anterieurs k 1431. 

Les n°* 8 et 9 portent leur date de 1398. Le 
n° 7 •, quoique sans date , parait dtre assez ancien. 
Le n° 5 est le premier livre de l’ouvrage de Theo- 
phile , qui a ecrit , au plus tard , dans le 1 3? siecle, 
un traite intitule : .Diversarum arlium Schedule, (1). 
Mats en ne vient nous indiqiier la date de celui 
compose par Pierre de St-Omer , de coloribus fa- 
ciendis. Si l’on avait le manuscrit original , on 
pourrait peut-etre en juger par l’ecriture, I’epoque 
approximative. Cependant voici un fait qui pourrait 
nous mettre sur la voie ; il existe k la bi- 
bliothkque nationals un autre manuscrit in-8° , 
catalogue sous le n® 8484 , qui contient au bas 


(1) C. F. TOuvrage de M. de l’Escalopier qui a publid le traitd 
de Tbdophile et riotroductioj) de M. Guicbard. 



— 8 — 

de la premiere page la mention suivante , d’une 
Venture assez recente : 

In codice 658 S. Germani de pratis hi vernu 
tribuuntur Petro Pictori canonico S. Audomari. 

Ce Pierre Pictor serait-il le meme que celui qui 
a ecrit l’ouvrage sur les couleurs dont nous nous 
occupons. La chose est possible. Le manuscrit 
n° 8484 contient diverses pieces, loupes de la 
mkme main, a l’exception de la demure , intitulee : 
Sermo S. Bemardi abbatis. 

Le commencement , qui est en vers , n’ayant 
qu’une seule rime pour deux vers conseculifs , 
parait ktre seul attribue a Pierre Pictor , chanoine 
de St-Omer , et puisque tout le volume a etd 
evidemment 4crit par le m&me individu , il s’ensuit 
que ces vers ont du etre faits 4 une epoque ant4- 
rieure , aussi peu 61oign4e que Ton voudra de la 
composition du recueil. Pour celui-ci , l’inspection 
de 1’ecriture nous donne incontestablement l’epoque 
du 1 3 e siecle. Rien ne nous apprend dans l’examen 
du manuscrit ce que faisait ce chanoine de St-Omer. 
Mais, h cette epoque oil les noms de famille n’etaient 
pas encore completement en usage , et oh Ton 
donnait aux personnes des surnoms, derivant de 
leur profession , ou de Tart qu’ils pratiquaient le 
plus habituellement , il est probable que ce Pierre, 
chanoine de St-Omer , s’adonnait surtout k la pein- 
ture des manuscrits , ce qui lui aura valu le surnom 


tie Piclor. Quoi de plus nature! d’admettre alors 
que puisque nous retrouvons un ouvrage traitant 
specialement de la peinture , ecrit par un nommd 
Pierre de St-Omer , celui-ci , et Petrus Piclor ctt- 
nonicus Sancti Audomari, l’auteur des vers contenus 
au commencement du manuscrit n° 8484 , ne sont 
qu'un seul et meme personnage. Un autre fait me 
porterait > encore 4 le penser. 

L’ouvrage de coloribus faciendis contient divers 
membres de phrase qui prouvent que son auteur 
n'etait pas un laique. Ainsi k I’artidle 1 6 , intitule 
de croco et de diversitatibus ejus, on trouve la 
mention suivante : 

Et enim que dam .herba albo silis foliis et audi- 
cibus cujus / lores nos crocum , laid vero safran 
vocant. 

Dans 1’arlicle 54 , oil il est question de iKemploi 
de l’4tain torsque l'on n’a pas d’or , parmi les 
preparations k faire , on trouve pour la dur£e fle 
l’une d’elle,, cette mention : 

.... Quantum spatium est cantare missam... 

•Tout prouve et je crois , Messieurs , que voua 
serez de mon avis, que notre auteur etait un 
ecclesiastique ; et commeil ne porte point de nom 
patronimique , on peut admettre qu’il dcrivait k 
une epoque oil ces noms n’etaient point en usage, 
d’oii decoulent les conclusions que j’ai posees plus 
•haut. 


2 



— 10 — 

Une fois ce point ad mis, resterait encore un 
autre k resoudre. Quel pouvait £tre notre auteur, 
Pierre de St-Omer. Je ne puis, en l’absence 
d’aucun renseignement positif, et je crois la chose, 
sinon impossible , du moins tr^s— difficile , dire 
quel grade il avait dans le chapitre de St-Omer. 
Ce chapitre se composait de vingt-huit chanoines 
et d’un pr£v6t. Comme on le voit , le champ dcs 
recherchcs est assez large. Plusieurs prevdts oat 
port6 ce prenom de Pierre dans le cours du 13® 
siecle , mais rien ne nous dit si 1’auteur de nclrc 
ouvrage 6tait revctu do la dignitk prevotale. Je ne le 
pense pas. Nous avons vu plus haut les raisons 
qui m’ont porte k penser quo notre auteur etait 
le memo que cclui qui a dcrit une partie du ma- 
nuserit n° 8484, lequel est qualific seulement de 
canonicus Sancti Audomari. Si ce dernier avait joui 
de quelque dignite , telle que celle de prevdt , 
certainement lc bibliothecaire de StrGermain-dcs- 
Pr&3, l’eut indiquee. Nous sommes done reduits 
k rcconndtre que Pierre de St-Omer 6 tail simple 
chanoinc. 

Quant k la presence de ces manuscrits k Paris, 
ellc peut s’expliquer par les faits suivants: Ade- 
nulphe d’Anagnia , pr6v6t de l’eglise de St-Omer 
vers le milieu du 1 3* sifccle , £tait chanoine de 
Notre-Dame de Paris. 11 refusa l’archev£che de 
Narhonne et se retira k l’abbaye de St-Yictor , ou 
il mourut le 2 avril 4280, Le necrologe de cette 



— 44 — 

abbaye dit qu’en preuve de l’affection qu’Adenulphe 
Iui portait, il lui avait fait don de 400 sous pa*- 
risis , et que depuis lorsqu’il s’y 4tait retire , il 
leur donna d’excellents livres ( libros optimos ) , 
acquis et recueillis par lui avec un grand soin , 
parmi lesquels on distinguait Tancien et le nouveau 
testament (4). Qu’y a-t-il de plus nature! de sup- 
poser que ce prevdt pendant son s6jour k St-Omer 
coit devenu possesseur du traite de Pierre de 
St-Omer sur la peinture et du pofeme qui com- 
mence le recueil n° 8484, manuscrits qui se- 
raient alors passes dans la bibliotbfeque des Vic- 
torins. Plus tard , 1’abbaye de S t-G ermain-d es-Prds 
a sans doute fait copier le poeme qui commence le 
recueil n* 8484, traitant complement de sujets 
sacres , tandis qu’au contraire cn 4 434 , Jean le 
Bcgue qui composait un recueil de recettes rela- 
tives a la peinture, aura emprunt6 le premier 
traite pour le copier et l’inserer dans ledit recueil. 
Gela nous expliquerait en meme temps pourquo 
les manuscrits originaux ne sc retrouvant pas , on 
n’en a que des copies qui n’en sont pas moins 
precieuses. Quoiqu’il en soit , en l’absence d'aulres 
faits plus positif3 , je livre cette bypothese a l’ap- 
preciation des archeologues. 

L’ouvrage de Pierre de St-Omer traite, comme 
1’indique le titre , de la maniere de faire les cou- 


, (1) Histoire Iittdraire de France , tom. XXI , pag. 298 ct 296. 



— 12 — 

leurs, et un peu aussi de celle de s’en servir. II 
e9t plus explicile que le traite de Theophile pour 
la premiere par tie, mais ill est beau coup plus 
succinct pour ce qui coucerne la seconde. L’auteur 
a. du certaiuement avoir connaissance de ce traite, 
car il y a des articles., dans le manuscrit qui nous 
occupe , qui sont copies mot pour mot dans Tlieo- 
phile. De m£me que ce dernier , Pierre de St-Omer 
enseigne en tres-peu de mots , il est vrai , et comme 
en passant, que pour peindre sur des murs ou 
du bois , il font delayer les couleurs a l’huile. Au 
reste , ce fait n’a rien d’etonnant. M. Guichard , 
dans son introduction au traits de Theophile r public 
par M. de l’Escalopier (1) , demontre facilement 
que la peinlure a l’huile etait conoue dfes les dou- 
zieme et treizieme siecles; mais qu’on ne s’en ser- 
vait pas, parce que c’etait une tres4ongue affaire vu 
qu’il fallait laisser secher sa peinture au soleil , 
a chaque couche que I’on donnait, tandis que les 
freres Van-Eyck , trouv&rent un vernis siccatif qui 
leur permettait de faire secher leurs tableaux sans 
les exposer au soleil. A ce titre, ils sont done 
bien les inventeurs de la peinture & l’huile , puis- 
qu’ils ont trouve la maniere de s’en servir. 

Ces preliminaires pos^s , nous alTons maintenant 
examiner le manuserit de Pierre de St-Omer , et 
en donner une courte analyse dcs chapitres, sur- 


(1) Pag, IXVl et suivanles. 



— 13 — 

lout de ceux qui m’ont paru les plus interessants. 
Le peq de temps que j’ai eu pour examiner le 
manuscrit m’a empeche , du reste , d’en prendre 
autre chose que l’analyse plus ou mt as de tail lee, 
il est vrai , mais toujours assez exacte du moins, 
je l'esp^re, pour donner une idee des procedes 
employes h l’epoque oil Scrivait l’auteur (1). 

Le titre est le suivant : 

Incipit liber magistri Petri de Sancto Audomaro 
de coloribus faciendis et primo prohemium 

1. De modo faciendi viriiem color em ex sale, 

2. Quomodo fit ace turn. 

J'ai reuni ces deux articles , parce qu’a propre- 
ment parler , il n’en font qu’un , puisque pour 
faire le vert dont il est parl£ dans le premier , il 
faut employer le vinaigre , et qu’on donne sa pre- 
paration dans le second. Theopbile. , dans son cha- 
pitre XLII (2) , donne la methode pour preparer 
le vert sale , qui est k peu de chose pres la meme 
que celle de notre auteur , savoir : faire tor rafter le 
sel pour pouvoir le reduire en poudre fine , enduire 

(1) Les titres des chapitres da manascrft soot en rouge , et les 
initiale sont suecessivement rouges et bleues. Toules les recettes 
portent un numdro d’ordte k partfr du commencement du manuscrit. 

(2) V. M. de l'Escalopier , pag. 68 et note pag. 308. Je renverrai 
dans les articles sutvanis en note aux chapitres de l'ouvrage de 
Tbdophile qui • out rapport a ceux du manuscrit dont nous nous 
occupons. 



— u — 

de savon des lames de cuivre , les asperger de 
sel et les exposer ensuite a la vapeur de vinaigre 
dans un vase clos et dans un endroit chaud , 
tel qu’tme 6curie. On retire ensuite les lames de 
cuivre au bout de quatre semaines, et on les 
gratte pour en retirer la couleur verte. L’auteur 
fait 6videmment une distinction entre ce vert et 
celui appel6 liabituellement vert-de-gris , dont il 
est question dans l’article suivant. 

3. De albo et viridi colore quomodo fiunt et 
distemperanlur (1). 

Exposer des lames de cuivre ou de. plomb , a 
la vapeur de vinaigre dans un vase clos , pendant 
trente jours , dans da . fumier. Pour peindre sur 
bois , broyer avec de l'buile ; pour les employer 
sur du parchemin, les delayer dans du bon vin 
tr&s-clair ou du vinaigre. 

4. De aqua vel viridi colore ad scribendum. 

Broyer de la poussifere verte avec le doigt a 

plusieurs reprises dans du vin ou du vinaigre , 
jusqu’k ce que Ton ait la couleur voulue ; ajouter un 
un peu de safraa ( crocus ) pour la rendre plus 
Belle ; laisser reposer , decanther et concentrer , 

(1) Traits de Thlophile , cbapitre XL11I et XLIY. Bf. de rEscalopier, 
pag. 70. 

C’est de cette manure qae se prd parent encore aujourd’hui la 
ceruse et le verdet du commerce. TWophile appelle ce vert viridi* 
hispanicut . 



— 15 — 

soit au feu , soit & uh air doux, on h l’ombre du 
soleil le soir et le matin. 

5. Deminio faciendo de albo colore antedicto (1). 

Mettre de la ceruse dans un vase ouvert , au 
inilieu de charbons , de manifere a ce que la 
flamme ne puisse la toucher , faire cuire deux nuits 
discontinues en ayant soin que les cendres ne 
volent pas. 

6. Quomodo jit viride eris quod grecurn dieitur 
sen command. 

Prendre un vase creux oh Ton met du vinaigre 
tros-fort, suspendre des lames de cuivre dans ce 
vase de manure qu’elles ne touchent pas le vinaigre, 
clcre le vase , et le mettre pendant six mois dans 
un endroit chaud. Ouvrir ensuite le vase, racier 
le3 lames de cuivre et s^cher au soleil (2). 

7. De viride Rolhomagense fiendo. 

Prendre des lames de cuivre ou d’airain tr5s- 
pur , les frotter de savon , puis les suspendre au- 
dessus du vinaigre comme k 1’article 6 , laisser 
dans un endroit chaud pendant un mois. Le reste 
comme ci-dessus. 

(1) Traitd de Theopbile , chap. XL1V. M. de 1'Escalopier, p, 71. 

Le mode de preparation indiqud ne donne que la couleur appelde 

mine orange , V. Kdrimde de la peintere & l’huile page 123, 

(2) Cette preparation est & pea de chose pr&s la mime que celle 
du n® 3 ; nous rencontrerons encore souvent ce fait dans le couri 
de cette analyse. 



— 16 — 

8. Item de viridi eris qui sit .pro seribendo. 

Meier du miel avec du vinaigre, mettre ce melange 

pendant douze jours dans un vase de cuivre ou 
d’airain , et l’ensevelir dans du fumier de cheval. 
Racier ensuite la couleur et secher au soleil. 

9. Item de fiendo viridi ahter eris. 

Pour faire du vert terrestre f.terrenwm) prendre 
dans le milieu de mai une grande quantity d’herbe 
appelee aquileia , la piler dans un mortier , re- 
cueillir le jus , deposer dans un vase et faire secher 
au soleil jusqu’a ce qu’il soit dur ; pour l’employer, 
le delayer dans l’eau ou bien avec un ceuf pour 
les bois et les murs. 

10. Item de viridi faciendo . 

Preparation analogue au 6., seulement laisser 
pendant neuf jours dans un endroit chaud. Si la 
couleur n’est pas assez verte-, ajouter le vert 
precedent , si elle tend a noircir , ajouter de l’or- 
piment (1). 

41. Item eris viride sic fit. 

Mettre du vinaigre dans un vase .d’airain ou de 
euivre et le faire bouillir fortement, separer >le 
vert qui est au fond , le broyer et remettre le 

(i) Cet article dans le manuscrit commence par celte phrase : 
Si eis facer e celorem viridem accipe nudum hois.., .. Je n’ai pu 
determiner quel dtait cet ingredient a mdJanger avec le vinaigre 
ou Turme pour faire la preparation de cette couleur ' verle, et 
qui abrege probablement la duree de Toperation. 



- n — 

vinaigre dans un autre vase. Rccommencer aims 
plusieurs fois jusqu’a ce que an ait suffisamment 
de couleur. 

42. Quomodo pulcrum fit viride. 

Meier du safran ( crocus ) au vert d’Espagne. 

43. De folio quomodo distemperatur (4). 

L’auteur explique ce que Ton entend par folium 
eu ces terraes : 

Purpurem color quern folium meant laid qui lanam 
ndb lingunt , vel potius anglici in quorum terra 
conficitur nuorinam meant.... etc. 

Pour 1’employer on se sert de l’urine ou d’une 
preparation faite avec des cendres de frene , lors- 
qu’on veut s’en servir sur les murs; et avec de 
la colle de fromage pour les parchemins. 

4 4. Quomodo viscum de casco fit (2). 

Laver un fromage neuf dans l’eau plusieurs fois 
pour chasser le lait et piler ensuite dans un mortier 
de marbre , en y ajoutant de l’eau pour avoir une 
liqueur visqueuse blanebe comme le lait. Pour s’en 
servir avec le folium , on fait rechauffer la couleur 


(1) Thdophile , chap. XL. V. M. de PEscalopier , page 65. 

(2) Theophile , chap. XVil. V. M. de I'Escalopier, page 31. 

Theophile n’indique l’cmploi du folium qu’avec des cendres ; le 
moyen decrit par Pierre de St-Omer avec de la colle de fromage t 
parait lui appartenir , e’etait peut*4tre cclui dont il faisaic usage, 

3 



— 48 — 

et on la melange avec eette colie au moyen d'lin 
baton ou d'un couteau , en ayant soin que le vent 
ne l’atteigne pas. 

15. De folio tcamurierui purpureo colore quomodo 
distemperatur teu fit (1). 

Prendre du bois d’orme , le brtiler et separer 
les fleurs de cendre qui apparaissent sur le charbon; 
broyer dans un mortier avec de 1'urine de maniere 
que le melange prenne la consistance du pain non 
cuit; en faire des tourteaux, et cuire pendant un 
demi-jour sur des plaques de fer. Piler ensuite de 
nouveau ju3qu’& ce que ces tourteaux soient reduits 
en poussi&re et faire passer & travers un linge. 
Ayez ensuite des vases pleins d’urine qu’on fait 
bouillir trois ou quatre fois , melangez le folium 
avec l’urine encore chaude , lavez ensuite et faites 
secher. Prenez ensuite avec une spatule la cendre 
preparee precedemment , faites des lits successes 
de cette cendre et de folium , broyez le melange 
et laissez le pendant trois jours aupres du feu. 
Vous aurez ainsi une couleur pourpre. Si on veut 
l’employer a teindre , il suffit de la dissoudre dans 
l’eau. 

16. De croco et de diversitalibus ejus. 

Tous les crocus ne sont pas bons pour peindre. 
Yoici la definition qu’en donne notre auteur : Et 


(1) La ralihodc indiqucc ici est prlcialmeat celle que Th&phiie 
ddcrit dans son chapitre XL. 



— 19 — 

enim quedam herba albo tilts folivs et radictbus eujus 
floret nos crocum , laid vero safran vocant. 11 faut 
humecter ses doigts de salive, frotter un peu la 
fleur , si les doigts sont jaunes , la plante vient 
d’ltalie ou d’Espagne et elle est bonne. Pour se 
servir du crocus , l’auteur le met dans l’eau aupres 
du feu et l’etend avec un pinceau. 

1 7. Quod folii tria sunt genera et de modo dis- 
temperandi purpureum. 

11 y a trois genres de folium, le pourpre, le 
rouge et le saphir. MSme preparation qu’au para- 
graphe 4 5 , seulement on melange un peu de chaux 
vive avec la cendre employee. 

48. De azurio quomodo distemperatur et cum 
quibus liquoribus. 

Broyer avec du lait de chfeyre , du lait de femme 
ou de la glaire d’oeuf. 

4$. Quomodo preparatw et purgetur azurum. 

Le bro-yer dans L’eau avec le doigt a plusieurs 
reprises , laisser reposer et ne prendre que ce qui 
va au fond, parce que la couleur la plus pesante 
est la meilleure , metanger avec une glaire d’oeuf 
pour empecher la decomposition , laver et conserver 
dans un vase de bois avec de l’huile, coniine 
pour les couleurs broyees (4). 


(1) Notre auteur donat ici , suivant son habitude f la maniere 
d’eaiployer la couleur avaat celle de la fqire. Je n’oi pas retrouvd 



— 20 


20 . De azurio quomodo efficitur. 

Prendre un vase qui n’a jamais servi , y mettre 
des lames d’argent trfcs-pur , le couvrir et le sceller, 
mettre le vase dans la vendange ( vindemia J pen- 
dant quinze jours, retirer et gratter les lames , 
on a alors de I’azur tres-pur. 

21 . De alio azurio non tain bono fiendo. 

Prendre un vase de cuivre , remplir k moitie de 
chaux et le reste de vinaigre , le cl ore et mettre 
dans un lieu chaud , fumier , vendange , etc. , 
pendant un mois , gratter le vase et dessecher au 
soleil. 

22 . Item aliter fiendo azurio cum tueeo fiorum 
pertarum . 

Prendre des fleurs bleues ou de couleur celeste, 
les broyer , en exprimer le jus , et le mettre dans 
un vase avec de la ceruse par lits successifs. 

23 . De nigro colore quomodo fit diverti mode. 

On fail du noir avec du charbon de bois ou de 

cuir „ except^ avec le chene ; on broye a l’eau ou 
avec une glaire d’oeuf ; et avec de l’huile pour les 
murs et les bois. 


tfiM Theophile auetmc maniert de preparer le bleu. On en denire 
lei diverges mdihodes Ires -diffe rentes les tines des aulres. Tomes 
lour Dissent »oe eaulsur a base metallique , ct qui explique sa 
stability dans beau coup de manuscrile , ce qui n'aurait pas lieu aver 
let conic ura vdgelalw. 



— 21 — 


24. Item alio modo de nigro faciendo. 

Prendre l’ecorce de bois d’aulne, jeter par parties 
avec du fer dans de l'eau , ajouter un peu d’encre 
et faire bouillir. Pour teindre un objet on le met 
dans celte liqueur bouillante depuis le matin jus- 
qu’k tierce : si la couleur n’est pas bonne , remettre 
1’ objet en ajoutant de l’encre. 

23. De vermiculo faciendo (1). 

Mettre dans une ampoule de yerre une partie 
de vif-argent et deux de soufre blanc ou jaune , 
mettre sur trois pierres au milieu des charbons , 
couvrir l’orifice d’une tuile , et ne retirer du feu 
que lorsqu’on voit une fum£e rouge. 

26. De alio modo ad faciendum vermieulum . 

Mettre dans une ampoule de verre deux tiers de 
soufre et un tiers de vif-argent de manifere & rem- 
plir jusqu’au col de l’ampoule , entourer d’argile 
k trois reprises et mettre au milieu du charbon 
eomme dessus. 

27. De minio faciendo aliter sandaroco diclo (2). 

Guire au feu de la ceruse , broyer avec de l’eau 


,(1) Thdopbile , cbap. XU. V. M. de l’Escalopier , page 567. La 
maniere de faire le cinabre indiqude par Thdophile , se rapprocbe. 
da vantage du second mode employe par noire auteur. C’est du 
reste h peu pris le moyen suivi actuellement poor se procurer du 
vermilion. Yoir Merimde , traitd de la peinture & l’huile , pages 
129 et suivantes. n 

(2) Theophile , cbap XLIV. V. ML de l’Escalopicr , page 70. Ce 
precede a dtfja ele indique plus haul au paragraphe 5. 



— 22 — 

gomm£e ou de 1’ceuf pour peindre sur parchemin, 
et avec de l’huile pour peindre sur bois. 

28 Quomodo miseeatur minium cum vcrmiculo. 

Si le vermilion est bon , en mettre deux parties 
contre une de minium , s’il est vieux ne mettre 
que la moiti£ ou le tiers et le reste en minium. 

29. Quomodo lavatur minium. 

Pour rendre la couleur an minium qui est vieux, 
et d’une vilaine teinte, le melanger avec de l’eau 
et du vin , ce dernier dans la proportion du tiers 
ou du quart , laisser reposer , jeter l’eau et le 
vin ; et melanger la couleur avec de la glaire d’oeuf. 

30. De sinopide. 

Le sinople est- plus rouge que le vermilion , 
c’est du tres-beau vermilion. 

31. Quomodo eomponitur okhus color seu mem - 
brana (1). 

Cette couleur s’emploie pour les chairs. Elie se 
forme de vermilion et de blanc de ceruse. 11 faut 
y melanger un peu de vert, ou mettre de 1’orpi- 
ment et de l’azur. , 

' 32. Quomodo efficiiur lacha. 

Prendre des petits fragments de bois de Bresil (2) 

(1) Membrana , c'est-&-dire couleur de chair . Theophile ch. X. 
Y. M. de TEscalopier , pag. It. 

(2 ) Le bois de Bresil , Brazilii lignum , esl un bois de teinture 
appeld aussi Brdzillet , on le tirait de 1'Inde. On explique p!ua 
bas, art. 35 , la maoiere de faire la laque. 



— 23 — 

les felre bouillir dans un vase propfe avec du vin 
rouge ; faire bouillir 6galement la laque avec de 
l’urine , mdlanger le tout avec un peu d’alun, for- 
tement broyer , rlduire et faire secher au soleil. 

33 . Item de faciendo sinopide de mellana. 

Prendre la gomme laque , broyer et detremper 
dans le vinaigre ou l’urine , ajouter de la farine 
de peau bien preparee , en faire des pastilles que 
Ton fait chauffer jusqu’a ce que Ton ait une bonne 
couleur rouge (1). 

34 . Sicut supra de eodem synopide aut faciendo. 

Prendre de la gomme laque et de la garance , 
et cuire avec un peu d’eau; laisser refroidir et 
broyer dans un mortier ; remettre le melange avec 
de l’eau sur le feu dans une bassine , en prenant 
soin que l’eau ne bouille pas , mais fremisse seu- 
lement , mettre sur I'ongle de temps en temps 
pour s’ assurer de l’epaisseur , laisser refroidir et 
faire des pastilles. 

35 . De lacca. 

Au mois de mars , couper transversalement et en 
divers endroits des branches de lierre , les ptfrcer 
recueillir la liqueur et cuire avec de l’urine , cette 
liqueur se tourne en couleur de sang. 

(1) Le lexte renferme une phrase que je ne suis pas sur d’avoir 
bien traduite , mime approximativement. La voici : apres avoir 
indiquc de prendre de la gomme laque , l’auteur dit : deinde fari - 
nam cusliceam bend d surfure mundatam adjmgens. %t , Je la donoe 
ici , es per ant que quelqu*un plus habile la devinera. 



— 2i — 

36. De tannea gcriptura vel pietura (1). 

Quand on n’a pas d’or ni d’argent , il faut 

prendre de 1’etain que i’on fond en plaques d'un 
demi-pied de longueur , com me celles que Ton 
emploie aux fenGtres ; les gratter en totality avec 
un couteau; mettre les ratissures dans un mortier 
en metal de cloche , ajouter de l'eau et broyer 
avec une meule. Quand celte meule ne pourra 
plus tourner , mettre le melange dans un vase 
tres-propre , decanther , dessecher l’etain au soleil 
ou au feu , passer la poudre a travers un linge 
fin , et recommencer l’operation pour les parties 
qui ne passeraient pas. On met cette poudre 
detain sur les parties k dorer , sur lesquelles ou* 
aura etendu avec un pinceau d’ane de la colle faite 
avec du cuir de boeuf de la manure suivante. 

37. Quomodo viscum vel gluten fit de corio bovis 
vel vacce (2). 

Mettre du cuir prepare avec de l’eau dans un 
vase sur le feu pendant trois heures , ajoutant de 
l’eau quand c’est necessaire ; au bout de ce temps 
retirer l’eau et en mettre de nouvelle ; on laissera 
cuire jusqu’a la sixieme heure ; au bout de ce 
temps remettre de l’eau claire , mais seulement 
une ou deux fois, Laisser reduire au tiers et re- 

(1) Theophile , chap. XXXVI. V. M. de 1'Escalopier , page 60. 

(2) Theophile , chap. XVIII. V. M. de TEscalopier t page 32. La 
manicre indiquee par Theophile est au fond la mdma que celle* 
ci qui cnlre dans plus de details. 



froidir deux jours ; s’il en restc au doigt lorsqu’elle 
est coagulee , la colie ne vaut rien. 11 faudra alors 
recuire pour qu’elle devienne dure et n’attache plus 
au doigt. Pour I’employer , en prendre un peu et 
fondre sur un feu doux , l'etendre ensuite avec 
le pinceau , et avant qu’elle soit refroidie , repandre 
la poudre d’etain, de maniere que tout soit cou- 
vert; operer sur des parties pas trop grandes; 
enlever 1’etain en excedant et laisser secher jus- 
qu’au lendemain. ■ 

38. De cognitione boni ttanni. 

L’echauffer dans la main et ecouter s’il fait un 
petit bruit en se dilatant , voir ensuite s’il plie 
bien au lieu de casser net. 

39. De incam to quomodo efficitur (I)., 

Prendre de l’ecorce d’epine noire , que 1’on met 
dans un vase et ouire comme de la viande ; ex- 
traire l’eau qu’avait absorbe l’ecorce, et cuire de 
nouveau cette eau jusqu’a ebullition ; quand la 
liqueur sera rlduite , transvaser et bouillir de nou~ 
veau ; transvaser encore dans un petit vase et 
bouillir une troisieme fois. Quand l’encre est assez 
6paisse , il faut la retirer parce qu’elle est assez 
cuite. 

Pour s’en servir , en delayer un peu avec du 

(1) En marge est ecrit d’une dcriture plus rdeente alramentum. 

Theopbile indique exactrmcnt le meme moyen pour faire de Tencre 
que celui-ci. Voir ebap. XLV , M. de TEscalopier , page 71. 

4 



— 86 — 

vin , en faisant attention que lea ordures tom bent 
au fond. Prendre garde que le vase soit exposd % 
la chaleur. On peut se servir de cette liqueur pour 
ecrire pendant quatre jours ou unc semaine ; si 
elle est trop pale et qu’elle traverse le parcbemin 
comme l’eau , l’encre n’est pas bonne et doit 6tre 
recuite. 

40 . Quomodo in muro vel in pergameno ponitur 
aurum (1). 

Si vous voulez poser de Tor sur le mur, le 
carton , le bois ou le marbre , broyer separement 
du minium et du brun ; prenez trois parties du 
premier et quatre du second , et d£trempez-]es 
avec de la colie de parchemin ou de cuir ; etendez 
le melange trois ou quatre fois avec un pinceau. 
sur les parties que l’ori veut dorer; raclez ensuite 
avec un couteau , mettez de 1’urine dessus , et 
lorsqiie ce sera a peu pres sec , Etendez 1’or que 
vous polierez delieatejment deux ou trois fois avec 
un drap legerement chauffe > ou avec la main. 

41 . Item de ponendo auro . 

Broyer fortemept du platre , delayer dans un 

(1) Theophile chap. XX$I, V. M. de I’lseilopier f page St. . 

L’auteur da manuscrit dont nous nous occapons apres avoir dlcrit 
la raaniere de poser Tor et de le polir . ajoute ces mots : vel sicut 
ego facio , ce qui prouve que les rtcettes qu’il donne il les avait 
employdes , et qoe ce n’est point seulement un traitd tbe'orique f 
mats bien an traite pratique de la fabrication des coulenrs 



— 27 — 

glaire d’ceuf do la celle ou gluten fait avec de la 
graisse de taureau , melanger le platre avec cette 
liqueur , mettre ce melange sur les parties ou Ton 
veut mettre de Tor , laisser seclier et recommencer 
1’ operation deux a trois fois ; racier pour applanir ; 
brunir avec de la colle de peau et etendre Tor ; 
laisser ensuite seclier et polir avec une dent de 
chien. 

42. Item ad ponendum aurum. 

Prendre de la teinture nouvelle de bpis de Bresil, 
avec un glaire d’ceuf; peindre avec.ce melange les 
parties que Ton veut dorer ; mettre Tor aussitot , 
laisser secher un demi-jour ou un jour; brunir 
avec une dent de chien , d’abord doucement , en- 
suite plus fort , enfin tres fort , de maniere que 
la sueur coule du front. Ce moyen est employe 
lorsqu’on fait usage de parchemin de veau ; Si Ton 
a de la peau de belier , il faut ajouter un peu de 
gomme arabique a la liquedr formant mordant. 

43. Modus distemperandi gummas ad ponendum 
aurum. 

Mettre la gomme dans un linge tres-propre et 
plonger dans un vase de verre avec de l’eau pen- 
dant un jour et une nuit ; si on veut hater la dis~ 
solution , broyer un peu avec le doigt. 

44. De. adjunctis habendis in ponendo aurum (1). 

Operer dans un endroit un peu chaud et non 

(1) 4e n!ai pu lire biea exac^ement le deuxieme mot de ce litre. 



— 28 — 

humide; si le parchcmin est trop humide ou trop 
sec, le brunissage ne se fera pas. 

45 . Item ad ipsum aurum ponendum. 

Melanger la gomme arabiquc avec du moniacu- 

lum (1) , detremper dans l’eau* cliaude et mettre 
au soleil pour fondre ; detremper egalement du 
platre dans du glaire d’oeuf et former un amal- 
game de cette derniere liqueur claire avec les 
gommes precedentes. Quand on voudra dorer des 
fleurs ou des animaux ou autres cboses , on £tendra 
un peu du melange precedent , on soufflera dessus, 
et il ne restera plus qu’a poser Tor et a brunir. 

46 . De quibusdam generibus gummi aut glutinis. 
On peut se servir de la colie de poisson , de 

celle faite en cuisant les os de la tele du loup 
marin , et ajouter un peu de gomme arabique. 

47 . Quomodo temper antur colorei in libris po- 
nendis et de quibu$ licoribus ( 2 ). 

Toutes les couleurs sont broyees ou delayees avec 

Le sens de (’explication m’a fait adopter le mot adjunctum q»i* 
sign: fie cireonstcmce. 

(1) M. de l’Escalopier n’a pa traduire le mot moniaculum. 11 
pense que e’est un mordant quelconque peut-etre du sel ammoniac 
( voir son ouvrage sur Tlieopbite , page SOI ). Ce pendant it resulterait 
du procede indiqoe par notre auteur , que e’est abe espace de 
gomme v car le manuscrit porte posiiivement le mot gummas a 
I'endroit ou il parle du melange a faire avec le platre detrempe 
dans le glaire d'ceuf. 11 resullerait de la que ce mot avail di verses 
significations. 

(2) Theopbile , chap. XXXIX. V. M. de I’Esealopier , page 64. 
Cet article est prtsque texludlement idetitique avec celui do ma- 



— 29 — 

la gomme arabique excepte le vert, la c6ruse , le 
minium et le carmin. Le vert sal6 ne vaut rien 
pour les livres. Le vert d’Espagne se delaie avec 
du vin ; et si 1’on veut faire des ombres , ajouter 
un peu de sue d’lris , de cbou ou de poireau.. Le 
minium et la ceruse doivent etre broyes avec un 
glaire d’oeuf. Pour se servir de 1’azur , il faut! 
melanger avec du savon, laver, et ensuite delayer 
avec une glaire d’oeuf. 

48 . Quod ex mixturit colorum adjunctione pluri- 
mine ipsorum varietales punt. 

Get article ne fait que repeter ce qui est exprime 
dans le litre , nous passerons au suivant. 

49 . j De aelramento et incauslo et de nigro et 
viridi colure. 

Prenez la graine mure du chevrefeuille qui est 
appelee en anglais gacetrice (1 ) , broyez bien dans 
un mortier; faites bouillir du fer decape ( erug- 
matum ) dans du vin , ajoutez-y les graines pre- 
cedentes , vous aurez une encre verte brillante. Si 
vous voulez faire un vetement vert , employez cette 
couleur ; si vous voulez un vetement noir , prenez 
de l’encre. 

89 . Quod gumma cum perhibet fluxum incausti. 

Pour empecher l’encre de couler , ajoutez-y de la 
gomme. 

nuscrit de Theophile ; ce qui me porte a croirc , ainsi queje 1'ai 
dit plus baut a que jiotre auteur avail eu coummsaoee du mauuscrit 
du premier. 

(1) La phrase laline dont la traduction est ci-dessus est la sui« 
vaute : Adapts grana matura caprefolii hoc eti anglice gacetrice. 



— 30 — 

51. Item ie vridi (sic) flendo secundum nor - 

atafmo*. 

Prendre 1’herbe appeUe gremispeet , bou 'Hr avee 
du vin on de la cervoise jusqu’a ce qoe la liqueur 
devienne jaune ; decanther , ajouter du vert grec 
en poudre en suffisante quantite pour saturer la 
liqueur , et mettre dans une bassine de cuivre au 
soleil pour murir. 

52. Quomodo efficitur auripenlrum. 

Delayer le crocus avec de la colie tres-claire , 
placer dans le melange des lames detain k peine 
polies; mettre au soleil, et le crocus devient orpi- 
ment par l’influence du soleil et de retain (1). 

53. Item que sunt vasa euprea linieio fell dau- 
raturam menlitur. 

Racier un vase de cuivre avec un coo tea o , 
brunir avec une dent d’onrs; passer dessus plu- 
sieurs fois un pinceau tremp6 dans du del en ayant 
soin de bien laisser secher cbaque fois. 

54. Ad colorandum cuprum. 

Faire rougir le cuivre , le draper , lui mettre 
une couleur, et remettre au feu. 

55. Item de modo actenuandi lamina * stami ut 
aural e videantur ex carencia auri ulendas pro ope- 
ribus. 

Prendre des lames d’etain tres-fines , enduites 

(1) II ne fa lit pas confondre ceite couleur avec ctlle qu’on troove 
actuellement dans le commerce et qui , dlaut un sulfure d'arscuic, 
ne pect dire employee qu'a l’huile. 



— Si- 
de crocus jaune , les mettre dans un linge , let 
pldnger dans l’eau gomraee , et laisser jusqu’a ce 
qu’elles s’y ramollissent. 11 faut alors les retirer 
et prendre garde qu’elles se cassent. Si le crocus 
est trop frais , faire seeker separement les fleurs 
au soldi dans un linge; delayer ensuite dans un 
glaire d’oeuf, frotter les lames avec cette liqueur; 
laisser secher , puis les plonger de nouveau trois 
fois dans la meme liqueur, en laissant secher & chaque 
fois ; polir ensuite avec un onyx ou bien avec de 
l’huile de lin. 

56. Item ut supra de modo aurandi folia sett 
laminae stmni actenmtas (4). 

Faites bouillir dans un vase avec de l’eau une 
partie de myrrhe et d’aloes et mettez dedans les 
feuilles d’etain , en les y laissant autant qu’on veut; 
prenez ensuite la seeonde ecoree du bois pourri 
que vous ferez bouillir dans l'eau. Yous plongerez 
les lames d’etain de nouveau dans ce dernier li- 
quids et vous ferez secher sur une table (2). 

57. Item ut supra. 

Prendre de l’huile de lin et de la poix , et faire 

(1) Thdophile , chap. XXVI. V. M. de l’Escalopier , page 44. 

(2) J’ai suivi ici en partie la le$on de Theophile ; il se trotnre 
dans cette recette une phrase que je n’ai pu comprendre et que voici. : 
Beinde medianam corticis primi nigri fac bullire in sartagine . 
Je n'ai pu trouver quel dtait l’arbre appele primum nigrum , a moins 
que ce ne suit l’epine noire. Thdophile dans son chap. XXVI dit 
virgas ligni putridi et de craiute de faire un contre-sens , J’ai 
prefers traduire la phrase en substituent ees mots & ceux contenus 
dans notre manuscrit. 



— 32 — 

(wuilHr avec une mesure de vernis au safran. Vous 
pourrez inettre ensuite les feuilies d’etain dans la 
melange et vous ferez secher au soleil. 

58. Item ut supra . 

Mettre de l’huile de lin et du cuir dans un 
vase neuf et faire bouillir peu a peu sur un feu 
clair ; ajouter de l’alun , du sang de dragon et de 
la poix ; puis fondre le tout en faisant attention (1). 

89. Item ut antea. 

Recueillez des branches de nigrum primum (2), 
mettez-les huit ou quinze jours au soleil ; jetez-les 
ensuite dans un vase avec du cuir de maniere que 
le vase soit rempli ; ajoutez de l’huile de lin ou 
de canope autant que le vase pent en contenir,et 
soumettez le tout k Faction d’un feu lent, jusqu’k 
ce que le cuir soit en charbons , passez par un 
linge, ajoutez de la poix et de l’encens blanc, 
puis recuisez plusieurs fois. 

L. DESCHAMPS DE PAS, 

INGEN1EUR DES POSTS -ET-CHAUSSEES , 

Membre titulaire de la Sociitt des 
Anliquaxres de la Morinie. 

(1) La recede indiquee ainsi que la suivante ne sont que pour 
obtenir des vernis qui doonent a retain la couleur de Tor. 

{%) L'embarras est le ineme ici qqe pour la rccette n® 56. Cclle- 
el commence par ces mots : Collige virgtUas de nigro p rimo. Jc 
Imme le .soin d’expliquer ces mots a de plus avaats que moi. 
J*avoue moo insuflisance. 



NOTICE 

SUR LA 

MINIATURE DUN HANUSURIT 

BE 

LA BIBLIOTHfcQUE DE BOULOGNE-SUR-MER. 




H.OTICB 


SUE 

LA MINIATURE D # UN MANUSCRIT 

M 

U BIBLIOTH£QOB D1 BOULOGNE 'SCB'ICK, 

m M. F. LEFEBVRE. 


« La peiature eat le livre des ignoraoia qsi 
» ne aauraient pas en lire d*aatres. » 

(Concile (TArrai en 1205). 


Une revolution a passe sur notre pays, et la 
Morinie a vu renverser les merveilleuses creations 
dont son sol dtait couvert. — Presque tout fut d6- 
truit et h peine puiron sauver quelques debris des 
riches bibliothfeques de ses monastferes. Mais main- 
tenant que 1’on est revenu de ces fureurs et qu*on 
se reporte a ces temps lointains si pleins de poesie 



— 36 — 


et d’amonr, it ces temps de foi et de conviction 
oft le mouvement donne a la societe partait da 
calrae et de la solitude du cloitre ; maintenant , 
dis-je, n'est-il pas de notre devoir de reparer , 
s’il est possible , les pertes immenses que nous 
avons faites , en venant nous inspirer aux illustres 
debris du moyen-age. 

L’architecture a ’ fait un grand pas , une revo- 
lution immense s’est opdree. dans les esprits ; on 
comprend maintenant la nScessite d’une architecture 
nationale qui parle plutdt aux coeurs qu'aux sens. 
Ce que Ton a fait pour l’architecture , il serait 
a desirer qu’on le fit pour la peintqre et pour toutes 
les branches qui s’y rattachent. II serait k desirer 
que toutes les societes d'archeologie pussent mettre 
au jour les charmantes miniatures des manuscrits 
qui ont 6chapp6 a la tourmente r&volutiannaire , 
et ainsi devoijer les riche$ses qui sont encore 
enfouies dans les bibliotbeques. 

C’est cette pens6e qui , aujourd’hui , me fait 
entreprendre une etude sur la miniature d’un 
manuscrit qui se trouve dans la bibliotheque de 
Boulogne. Heureux si je pouvais , par ce faible 
essai , inspirer. a quelqu’un l’idee d’eutneprendre 
un travail sur. les manuscrits. proven ant de l’ab- 
baye. de St-Bertin et qui sont conserves; dans difr- 
ferentes bibliotheques du Pas-de-Galais. On ren- 
drait un grand service a l’art en meme temps 
qu’a l’histoire , et on acquitterait la dette de re- 



— 37 — 

connaissance due aux moines de St-Bertin , qui 
ont taut fait pour la gloire , la civilisation et le 
bien-etre de la Morinie. 

La miniature qui nous occupe aujourd’hui reprd- 
sente I’apotheose de Lambert, 40 s abb£ de St- 
Bertin. Dans ce dessin , le miniaturiste a reuni en 
quelques figures, les principaux caracteres de la 
vie.du pieux abbe. Plac6 au milieu de la gloire 
des cieux , Jesus-Christ , assis et les pieds sur des 
nuages, attend l’kme de l’abb6 Lambert, que des 
anges enlbvent dans les cieux et viennent poser 
k ses pieds. De chaque cdte du Seigneur et comme 
devant servir d’avocats , se trouvent personnifi4s 
les vertus et les travaux de l’abb6. Tandis qu’au 
bas , revetu des insignes de sa dignity , son corps 
est etendu dans un tombeau. Mais avant d’expli- 
quer cette miniature , avant m^me d’en donner le 
caractere artistique , il est indispensable d’esquisser 
a grands traits la vie de l’abbe Lambert, en Tap- 
propriant au sujet de notre miniature , afin de la 
faire comprendre; nous passons done un grand 
nombre de details interessants fournis par Iperius 
et par les cartulaires de St-Bertin. 

' Admis fort jeune k l’abbaye de St-Bertin , Lambert 
fut envoye k Paris pour y 6tudier les sciences , et 
ses succes furent si grands qu’a son retour dans 
le monastere , on le chargea d'y enseigner les 
belles-lettres et la theologie. Ses vertus le firent 
bientdt nommer Prieur. Ce ne fut qu’avec repu- 



— 38 — 


gnance qu’il se vit clever a celte charge ; sa pro- 
fonde humility se trouvait blessee de tant d’hon- 
neurs, aussi donna-t-il bientot sa d&nission. Mais 
k la mort de Jean , premier du nom , 39 e abbe 
de St-Bertin , Lambert reunit tous les suffrages 
des religieux et fut nomine abbe en 1095. II fut 
beni par Gerard , eveque de Terouanne. 

« Zele pour la gloire de Dieu , d’un caractere 
« ferine et energique , le nouvel abbe porta toute 
» sa sollicitude sur ses moines et sur son abbaye, 
» dont on peut le regarder comme Ie second foil- 
» dateur. Des les premiferes annees de son admi- 

• nistration , Lambert continua les travaux de ses 
» predecesseurs et s’occupa avec activite des grandes 
» constructions qu’on faisait alors dans l’abbaye , 

• et le 1 er mai 1106, le bienheureux Jean, 
» eveque de Terouanne tit la d£dicace de 1’eglise. 

» Lambert fit k l’abbaye des embellissements et 
> des ameliorations considerables. II fit batir , a 
» grands frais , des moulins hors de 1’enceinte du 
» monastbre , et distribuer de l’eau dans tous les 
» endroits necessaires , au moyen d'un aqueduc 
» souterrain. 11 construisit une chapelle en l’hon- 

• neur de la Sainte Yierge , une infirmerie , un 
» cloitre , un dortoir , et flanqua de deux tours 
'* la facade de l’abbaye. L’eglise lui ddt la plus 

• grande partie de sa couverture en plomb , 
» presque toutes ses cloches , une croix d’or et 
» une chasuble d’un travail precieux , une foule 



— 39 — 

» d’autres ornements , tels que chasubles , chases, 

» dalmatiques , candelabres , le tout en or et eu 
» argent et orn6 de pierres precieuses , un devant 
t d’aulel en or d’un riche travail , deux autres 
» en argent et un ciboire. De plus, il recouvra 
» les fiefs ali4nes et les biens tombfo entre les 
» mains des laiques, Cartulaire de St-Bertin ). 

Apres avoir releve les ruines de l’abbaye , le 
nouvel abba avait porte tous ses soins k rappeler 
la vie dans ce corps de religieux qui ne rougis- 
saient pas de ne porter du moine que le nom et 
l’habit. La pauvrete et l’obeissance , ces deux bases 
fbndamentales de tout ordre religieux , avaient 
disparu , et la vanity et l’orgueil etaient venus 
prendre leur place. Aussi pour gu£rir ce mal qui 
ne faisait que s’augmenter chaque jour , il fallait 
une reforme , une renovation immense ; l’abbd 
Lambert la tenta , mais sans succfes d’abord (de- • 
cembre 1100) (1). A la voix qui les rappelait k 
la rfegle ct k la penitence , les moines se rkvol- 
terent et meconnurent l’autorite de leur abbe ; 
mais la patience du pieux reformateur devait triom- 
pher de tous les obstacles qu'une fureur aveugle 
lui opposait. 

Le bienheureux Jean (1101) se preparait k aller 
a Rome , Lambert se joignit k lui et sous le pre- 
texte de se rendre dans la ville eterneile , il 


(1) Toir wtulair*. 



— id * 

quitta sod couvent , et com me simple moine , alia 
faire profession a Fabbaye de Cluny. lit etait son 
dernier espoir. 

An souffle de St-Bertin , la Morinie avail vu 
s’elever et grandir une des plus belles et des plus 
nobles associations monastiques. Les homines du 
nord , peuples epars et nouvea ux, avaient besoin de 
stabilke; l’abbaye de St-Bertin fut /pour eux comme 
'tan point de centre , un rendezvous commuh. 
-Faisarrt briller partout le double flambeau de la 
science et de la foi , les moines avaient sauve la 
Morinie ; raais & l’4poque oil nous sommes arrives , 
les institutions de Colomban n'avaient plus assez de 
force pour contenir ces religieux dans l’obeissance 
et le devoir, une nouvelle regie etait necessaire. « Ce 
fut la plus forte , la plus vaste , la plus diserfetement 
combinee; » ce fut celle de St-Benoit qUi fut choice 
par Lambert; moine de Cluny, il devait bientdt 
reVenir dans son roonast&re rapporter 1’ordre et la 
paix. 

Jean de Commines (ou de Warn'est'on) etant de 
retour de Rome , les religieux apprireDt avec eton- 
nement Faction de leur abbe , et les plus sages 
d’entre eux lui envoyerent des deputes poUr Fen- 
gager a revenir; mais ce ne fut que d’a'pres les 
ordres positifs de St-Hugues , abbe de Cluny , 
qu’il so idecida a retourner au milieu de ses f re res; 
il partit done, emmenant avec lui quelques reli- 
gieux de cet ordre pour rend re la force et Fehefgie 



- II — 

6ux institutions de St-Colomban , cn les relevant 
par les decrets de St-Benoit. Depuis son depart) 
les esprits n’etaient gueres tnieux disposes , et il 
fut meme oblige de faire eloigner une par tie de 
ses moines par la force seculiere. Des lors, la 
reforme qu’il avait projetee put s’accoinplir , et 
Une nouvelle vie , une ere de renaissance , une 
renovation complete comroenca pour l’abbaye qui 
bientot compta plus de ISO religieux. 

Du monastere de St-Bertin , la regie de Cluny 
fut portee , par ses soins , dans les eglises de 
St-Martin , d’Ypres , et dans celle de Formezelle } 
puis dans les abbayes d’Auchy-les-Hesdin , de 
Bergues-St-Winoc , et de St-Wast. 

Les travaux et les vertus de 1’abbe Lambert 
donnerent une telle reputation a son abbaye, qu’on 
l’appela le monastere des monasteres. La charity 
fut surtout une des vertus dominantes de Lambert. 
Le cartulaire de St-Bertin nous parle d’un bati- 
ment qu’il fit construire pour recevoir les etrangers 
dans son monastere. De plus, il concourut a la fon- 
dation d’une maladrerie pres de la ville de Sl-Omer, 
ainsi qu’a celle de plusieurs aulres etablissements 
de charity. Il eta it d’une si grande liberalite envers 
les pauvres que pour les secourir dans une annee 
de disette , il vendit une table d’autel en argent. 

En 1 1 23 , l'abbe Lambert ayant perdu 1’usage 
de la parole et des membres, a la suite d’une pa«* 

Q 



— 42 ~ 

ralysie , nomma , d’apres le conseil de Jean de 
Commines , Simon de Gand , comme vice-abbe ; 
mais ce dernier fut bientot depose et remplace 
par Jean 2 e . L’abbe Lambert mourut le 22 juin 
H25 (1). 

Revenons k la miniature , objet de ma notice. 

La maniere dont cette composition est traitee 
rappelle la fin du \ 2® siecle. Le mouvement donne 
a cette epoque a l’architecture commence k s’y 
faire sentir , quoiqu'on y rencontre cependant en- 
core des elements bysantins. Le colons s’y deve- 
loppe , les demi-teintes et Ies essais d’ombres sont 
bien marques, et Ie dessin d’une execution trfcs- 
babile, laisse pressentir le mouvement qui doit briser 
definitivement les vieux types et elever un art 
nouveau. On y reconnait une 6poque de transi- 
tion. Les draperies surlout ont atteint une assez 
grande perfection , les plis sont saillants, ils se 
prononcent fortement, dessinent des courbes di- 
verses et forment des creux larges et profonds. 

Les traits de ce dessin sont marques en noiret 
a la plume , puis legerement enlumines, pour les 
vetements, en vert et en bleu ; quant au reste des 
vetements en rouge , il ne semble pas qu'il y ait 
eu aucun fond. Les contours sont marques en noir; 
le reste des traits et des ornements sont traces a 
la plume en rouge. Cette miniature se sent encore 

(t) Sur la vie de I’abbe Lambert. V, /« cartulaire de Sl-Bertin 

at tperitii. 


— 43 — 


des peintures carlo vingiennes , mais il y a beau- 
coup plus de delicatesse et de fini. En general , 
les mains sont plus grandes que nature , les 
yeux sont encore dilates et effares, et les joues ne 
sont marquees que par des taches rouges sans 
aucune ombre. 

Assez habiles , les miniaturistes attachent peu de 
prix aux encadrements et aux fantaisies by san tines, 
et s’adonnent a l’etude de la nature et a 1’imi- 
tation des objets reels. Les enroulements qui en- 
tourent notre miniature sont trfes lagers, et la 
peinture y est plus soignee que dans le reste des 
sujels ; on y remarque plusde nettete, de colons, 
de perfection. En general, le dessin a de la pre- 
cision et de la fermete ; on reconnait que l’art se 
developpe , qu’il s’appuie sur une society nouvelle, 
sur des idees plus grandes et plus en rapport avec 
les sentiments qui animaient les peuples d’alors. 

Maintenant arrivons k l’expl cation detaill6e de 
la miniature. 

Place dans une triple aureole oblongue en forme 
de feuille d’ olivier , et que plusieurs archeolo- 
gues ont appelee vesica piscis , Jesus-Christ siege , 
la tete ornee du nimbe crucifer , et les bras eten- 
dus ; il semble appeler l’abbe Lambert a jouir de 
la gloire eternelle. Il tient entre ses mains , un 
phylactere sur lequel on lit ces deux vers leonins : 

Pro bene gestorum mentis Lamberti tuorum 

Sit decus in cadis semper libi serve fidelis. 



— u — 

Les ornements qui font partie do ses vetcments 
sont tout-a-fait bysantins. 

De chaque cdte du Christ se trouvent les vertus 
et les travaux du pieux abbe; ils sont places dans 
dcs dcmi-circonferences. A droite , l’Aumone et la 
Ste-Vierge , a gauche, la Patience et St-Bertin. 

Ces quatrc sujets renferment toute la vie de 
l’abbe Lambert. 

L’Aumdne Ja tete ornee d’une couronne murale, 
prescnte d’une main un pain marque d’une croix, 
et de l'autre un vase. L’inscription qui se trouve 
autour du demi-cercle porte : 

Ad modicos Christi patuit semper manus isti. 

L’original porte isle , mais il est facile de remar- 
quer que ce dernier mot a ete retouche et je crois 
que la lecon primitive doit etre isti , tous les vers 
etant leonins. 

La Yierge tient entre ses mains une eglise 
flanquee de deux petites tourelles et la montre k 
son fils. L’inscription presenle : 

Hanc fabricam templi dal Lumber lus tibi fili , 

La Patience est representee sous les traits d’une 
femme baissant la tete sous un glaive et ayant les 
mains enchainees. Son velemcnt semble etre la 
grande chasuble; sur sa poitrine se trouve une 
croix. L’inscription montre : 

... .sit ma<jnoruin paler hie sub fasce malorum. 



— 45 — 

Le premier mot du vers a 6te en partie effbcd, 
on ne peut pas le lire. On pourrait peut-fitre 
hasarder man t ou mieux encore fulsit. 

St-Bertin en habit de moine et revStu de la cha- 
suble tient le livre de la rfegle et tend sa main 
vers le Seigneur. L’inscription porte : 

Complaceat Christe tibi successor mens iste. 

Au-dessous de la Viergc et de St-Bertin se trouve 
l’ame de 1’abbe Lambert port4e par des anges. 
La representation de cette ame n’apparait que sous 
la forme d’une demi-figure oil la partie sup6rieure 
est seulement developpee ; le reste se trouve cache 
par les draperies. Voici comment le P. Cahier ex- 
plique cette singularity : 

< Soit dans l’Orient , soit dans l’Occident , Dieu 

> et les anges se voient souvent peints h mi-corps, 
» a quoi les nuages qui enveloppaient ces figures 
» ont pu d’abord donner occasion. En outre, toute 

> idee de la vie purement materiel le etait ainsi & 
» peu pres supprimee (I). Cette idee se trouve 

> encore soit dans nos t£tes ail£es d’anges , soit 

> meme jusqu’a certain point dans les bustes et 

> les statues en gaine de l’antiquite. Par suite de 
» cette idee on a voulu dans la representation des 
» purs esprits et meme des corps glorifies ou des 
» ames separees de leurs corps , sinon retrancher 


(1) V. Durand rational , lib. 1 , c. 3 , n* l. 



— 46 — 

» du moins masquer tout ce qui tient de plus 

» prfes k la terre et k la vie terrestre 

» L’intelligence et la volont6 une fois exprimees 
» par la representation de la tete et de la poi- 
» trine, il semble a ces idealistes que tout ce 
» qui rappelle les fonctions de la vie materielle 
• serait de trop (1). 

Cette kme a conserve la tonsure monacale et 
Ikve ses bras vers Ie Seigneur. La draperie qui 
la soutient est un des morceaux les plus remar- 
quables de la miniature, a cause de la perfection 
dy dessin ; peu de miniatures de cette epoque ont 
autant de fini , de perfection. Au bas se trouve 
6tendu dans son tombeau Ie corps de Lambert 
avec les insignes de sa dignite ; il porte l’aube 
trainante , la tunique et la grande chasuble. Les 
dessins du pallium et des orfrois qui decorent ces 
ornements son t tires de l’art bysantm. Lambert tient 
dans sa main sa crosse abbatiale qui est d’un travail 
des plus simples. Le bas de cette miniature a ete 
retouche , les souliers de l’abbe ont entierement 
disparu sous une couche tres epaisse de noir; de 
plus quelque ciseau ignorant ou mal habile, a rogne 
le bas de la page et nous a prives d’une partie 
de l’encadrement , ainsi que de quelques details 
du tombeau. 


(1) Accord de la religion et des sciences, { Annales de philosophh). 



BBCHBBCOBS 


SUR 

LA QUESTION D’AStf BIOWT! IT DE PATBRNITE 

ENTR6 

LE8 DEUX MOINAStERES PRIMITIFS 
DE LA VILLE DE SAINT-OMER , 

DANS SES RAPPORTS AVEC l'hISTOIRE DES 
COMMENCEMENTS DE CETTE VILLE. 




RECUERCHES 


SUE 

LA QUESTION D’ANTtRIOMTl ET BE PATEBNITt 


ENTRB 


LES DEUX MONASTERES PRIMITIFS 

DE LA YILLE DE SAINT-OMER, 

dan set rapports avec 1‘histoire des commencements 
de cette ville , 

par M. Alexandre HERMAND. 


Les recherches que je livre aujourd’hui & la 
publicity datent de plusieurs ann4es. Jai tardd & 
leur faire voir le jour afm d’avoir le temps de 
murir les idees nouvelles que j’y exprime; au- 
jourd’hui ma conviction est complete , et je cfede 
aux bienveillantes reclamations exprimdes par M. 
Wallet, dans sa Description du pad de I’andenne 

7 



— 50 — 


eathidrale de St-Omer (1); j ’execute la promesse 
que noire docte - concitoyen me rappelle. J’aborde 
la question d’anteriorite et de paternite , sujet d’une 
discussion jadis palpitante d’actualite et pleine d’ ir- 
ritation pour deux corps religieux poses sur le sol 
de la ville de St-Omer , le chapitre canonial de 
Notre-Dame et l’abbaye de St-Bertin. 

La richesse du clerge en France , des son ori- 
gine , fut principalement concentree dans les mains 
du clerge regulier. La consequence inevitable de la 
grande fortune des monasteres , fut d’y developper 
les passions humaines , et de mettre les moines en 
luttc avec toutes les puissances. Ils luttaient , pour 
des interns de toute espece , avec les eveques , 
avec les souverains , avec les seigneurs , avec les 
pouvoirs judiciaires et communaux; ils luttaient 
entre eux, et les questions d’amour-propre et de 
preseance etaient debattues k I’egal de celles ou 
les plus graves interets etaient en jeu. Ces ques- 
tions se presentaient constamment lorsque la proxi- 
mite de deux monasteres les mettait souvent en 
presence , en contact. 

Tel etait l’etat des cboses dans la ville de 
St-Omer; les moines et les chanoines poses dans 
son enceinte , etaient souvent en disaccord , en 
rivalite. Ensemble , ils faisaient par tie de reunions 

dte toutes natures ; ensemble ils allaient aux pro- 

. •» ' . ‘ 

d> ?. 



— SI — 

cessions ; ensemble Us avaient des proprietes com- 
munes; ensemble ils eurent long-temps les droits 
de tonlieu sur la ville de St-Omer ; ensemble ils 
avaient dans leur patronat les paroisses de la ville 
et de sa banlieue ; les uns'pres des autres , ils 
possedaient des corps saints , veritable source de 
richesse , d’orgueil et de puissance durant un long 
temps. 

Fondee sur de graves interets d’abord , la lutte 
entre ces deux corps puissants, fut continues par des 
considerations d’amour-propre. Des le commencement 
du 9 e siecle, a la suite de la separation des deux monas- 
teres, qui occasionna une guerre tres-vive et necessai- 
rement momentanee , une premiere contestation fut 
soulevee, au sujet de la suprematie, entre )es moines 
et les chanoines ; resolue alors et momentanement 
en faveur des premiers , elle ne fut que le prelude 
de discussions facheuses. L’une d’elles prit surtout 
des proportions presque incroyables et dura pen- 
dant des siecles. Le vif desir de posseder le corps 
du saint fondateur Omer , ou mieux Audomar , et 
surtout de detruire la facheuse concurrence qu’il 
faisait a celui de St-Bertin , se revela chez les 
moines par un acte de violence (4). L’audacieux 
rapt tente , n’ayant pas reussi , les chanoines res- 
terent en possession presque incontestee (2) et bien 

(1) Voir d la fin, la note A. 

(2) La formule que le corps de St-Omer reposait dans Tebbiye 
de Sitbiu v conservee dar.s les dipl^mcs , etait une protestation peu 
ostensible. 



— 52 — 

jalousee de tear precieuse relique, jusqu’au milieu 
du onzieme circle. A cette epoque , les moine* 
afficherent publiquement leurs protestations contre 
la possession des ebanoines; ils pretendirent avoir 
la ch&sse ou fierte renfermant le veritable corps 
de Saint Omer , objet de leur coostante convoitise. 
Leurs pretentions ayant ete repoussees par 1’auto- 
nt6 ecelesiastique , ils ne se regardcrent pas eomme 
definitivement battus. A plusieurs et assez fre- 
quentes reprises, jusqu’a la tin du 1 5* siecle , une 
lutte serieuse se manifeste, avec l’intervention de- 
venue necessaire de la puissance seculiere jointea 
l’autorit4 ecelesiastique. Elle fut enfin terminee par 
un arret du parlement en faveur des ebanoines, 
reconnus desormais possesseurs du vrai corps du 
bienheureux fondateur de la ville , leur patron. 

Entre-temps , la defense des interets communs 
entre les chanoines et les moines, la defense de 
leurs droits de toute nature et de leurs privileges 
contre les puissances diverses , ainena des treves 
et des alliances entre les deux corps religieux. 
Leur entente accidentelle etait toutefois encore in- 
terrompue par des questions de partage des biens 
provenant de la meme source , par une recru- 
descence de la lutte pour la possession du corps 
de Saint Omer, et par des pretentions de superiority 
et de preseance. A une epoque moins ancienne , 
k mitre et la crosse que l’abbe de St-Bertin , 
voulait porter jusques dans l'enclos des chanoines. 



— 13 — 

en presence de l’eveque , fat ua nouvelle cause 
de discorde. La bonne harmonic ne put done ja- 
mais s’etablir entierement entre les adversaires; 
la jalousie , la rivalite damour-propre et d’interfets, 
la pensee reciproque de superiority , toujours de 
plus en plus forte, furent des obstacles insur- 
montables a une veritable paix. 11 n’y eut plus 
depuis un long temps , entre les deux corps reli- 
gieux, que de courts instants d’une apparence de 
coneorde, ou mieux de treve irmee. 

L’erection d’un eveche au milieu des chanoines, 
la conversion de leur Prevdt en Ev^que , avail 
done augmente leurs pretentions, auxqueltes s’ad- 
joignirent les exigences de leurs nouveaux chefs. 
Dans les processions , les chanoines avaient jus- 
ques alors cede aux moines et pris alternativement 
le pas ; s’appuyant sur la suprematie de leur chef- 
Eveque , ils voulurent avoir partout et toujours la 
preseance, la preeminence. Les moines resisterent k 
cette pretention , en invoquant leur antique pos- 
session des honneurs contestes, et surtout leur 
histoire de la fondation des deux monasteres. 
L’Eveque et les chanoines repondirent par une 
version historique toute differente , et il faut le 
dire , en grande partie nouvelte. C’etait, en definitif, 
a qui serait l’aine des deux corps religieux , a qui 
appartiendrait l'anteriorite d’etablissement , et k qui 
serait le fondateur, le pfere enfin du corps rival! 

Des memoires volumineux et tres-nombreux furent 



— 54 — 

composes ( 4 ) ; on nouveau dbbat s’engagea , par la 
voie judicial re, et une importante question d’histoire 
locale fut soulevbe et dbbattue. Les pretentions 
exborbitantes et exclusives , les exagerations reci- 
proques rendirent toute conciliation impossible. Le 
procfes suivit son cours et les juges ecclesiastiques 
et laiques ne voulaient pas surtout se prononcer sur 
ce qui avait trait & 1’histoire des deux monasteres. 
La discussion bistorique fut continuee par les ecrivains 
de chacune des deux corporations et par la plupart 
de ceux des ordres religieux auxquels elles appar- 
tenaient. EUe btait loin d’approcher de son terme , 
d’amener une solution , quand arriva la destruc- 
tion des corps religieux , par le souffle revolu- 
tionnaire de la fin du 48® siecle; plaideurs et 
proces furent ensemble anbantis. Pour se convaincre 
que la victoire bistorique que cliacun des deux corps 
s’etait orgueilleusement attribute, n’appartenait k 
personne, il suffit de voir l’incertitude dans laquelle les 
historiens modernes, complement desinteresses et 
partant impartiaux pour la plupart , sont restes au 
sujet de l’anteriorite et des droits de paternite de 
l’un des monasteres sur l'autre. MM. Quenson , 

(1) Voir aossi les dipldmes belgiqoes , t. 4 , p. 144 , la Gallia 
Christiana et tine foule d’ouvrages diffdrents ; voir aussi la notice 
manoserite des dignitds de Vdglise de St-Omer , p. 146. A la page 
200 , eetle notice , qui fait parlie de ma bibliolheque, montre cette 
mention utile pour reconnaltre son auteur : Raynard . badly cf Aire 
et bailly de St-Omer pour le ftoi Philippe ; il a sigm dans une 
eharte de Lambert , Pan 1103. Voyez mon hisloire , p. 354. 



— bo — 


Wallet , Piers , Derheiras et de Laplane ont diff6- 
remment envisage la question d’origine des deux 
monasteres de Sithiu; Us n’ont pas os6 se pro* 
noncer absolument en faveur de I’uu ou de l’autre 
des deux systemes historiques en presence ; P. 
Caullet n’a pas et6 Men inspire dans les idees qu’il 
a formulees (1) et M. P. Roger a encore 6t6 
moins heureux que lui dans le peu de roots qu’il 
a ecrits a cette occasion (2). 

A la question historique si vivemont debattue 
et restee jusqu’a ce jour non resolue , se rattache 
essentiellement l’origine de la ville de St-Omer; 
sans cela elle ne nous interesserait que bien me- 
diocrement. Sa non-solution laisse des incertitudes 
sur les commencements de notre ville ; il est in- 
dispensable de chercher a les faire cesser. Si la 
verity historique ne s’est pas- manifestee encore , 
c’est que les 4crivains , ou mieux les folliculaires 
des deux adversaires, ont eu le triste talent d’ero- 
brouiller , d’obscurcir des fails dejk peu clairs par 
leur anciennete , et de mettre une apparence d’op- 
position entre les documents d'oii ils sont tir6s. 

Ces folliculaires avaient leurs motifs pour agir 


(1) Dans sa eourte notice historique sur St-Omer , p. 56, il donne 
l'anterioritd a Pdgliae Notre -Dame $ il a suivi eo cel Topinioa 
ex prime© par le cbanoine Henoebert f d#os le tome % , de ton 
his Loire generate d’Arlois. 

(2) Archives historiques et eccldsiasliques de la Picardie et de l’Arlois, 

I. I, p. 190. „ • 



— iO — 


comme ils Font fait; tous, its eurent la mission 
d’exprimer un systeme historique exclusivement 
favorable an corps religieux qu’ils defendaient. Les 
parties en presence etaient trop voisines l’une de 
I’ autre, elles avaient trop de points de contact 
irritants , leur amour-propre 6tait trop en jeu poujr 
qu’ elles se fissent des concessions mutuelles , & 
l’aide desquelles on serait arrive a l’expression de 
la verite. 

Une veritable narration des commencements de 
la ville de St-Omer est done encore a faire ; e’est 
un devoir pour nous de faire des efforts pour arriveri 
letablir. Pour cela il faut necessairement rentrer dans 
la discussion des faits avances par les auteurs du siecle 
dernier, et surtout de leurs interpretations des 
sources primitives de notre histoire; heureusement 
tiousne sommes pas obliges d’imiter leur eflrayante 
prolixite , et de produirc comme eux de veritables 
volumes de toutes les dimensions. 

- Je n’ai gueres , pour ma part, de documents 
nouveaux tres-importants ; mais je me presents 
principalement avec une analyse non encore essayee, 
je m’appuie sur une interpretation nouvelle de 
ceux deja mis en usage. La signification que je 
leur attribue, amene une conciliation veritable entre 
les systemes opposes. Si je ne me trompe, la di- 
vergence d’opinions bistoriques , nee d’interpreta- 
jions forcees et interessees , ne pourra plus sub- 


— 57 — 

sister; lcs documents mis en avant par les parties 
opposees, ne se contrarieront plus dans ce, qu’ils 
ont d’essentiel et d’authentique. J’arriverai , je 
l’espere , a donner satisfaction aux pretentions 
legitimes des deux monasteres , car lous les deux 
en ont de bien fondees; je ferai marcher d’accord 
les dires de 1’histoire 6crite et ceux d’une vraie 
tradition. II cst bien temps que le dernier mot 
arrive sur une question si vivement et si longtemps 
controversee , qui a divise mes honorables devan- 
ciers dont je viens de citer les noms ! Sera-ce 
le mien ? Je le desire ; il serait trop hardi d’en 
formuler positivement l’espoir. 


Selon l’abbaye de St-Bertin , Audomar , depuis 
nomine Saint Omer, est au 7* sifccle, appele h l’evech^' 
des Morins. Aussitot son arrivee a Terouanne , il se 
livre a la propagation de la foi chretienne et de la 
civilisation. Il avise bientfit , non loin de sa cit6 
episcopate , un riche proprietaire , ancien pirate , 
nomme Adroald. Cet homme puissant, qui n'avait 
pas de fils , habitait quelquefois son chateau de la 
terre de Sithiu ; il etait entiferement plonge dans 
les erreurs du paganisme. Audomar I’aborde et 
parvient a le convertir au christianisme. Adroald, 
dans le but de travailler a son bonheur eternel , 
oifre a l’Eveque des Morins une partie de ses pro- 
prietes situees dans le pays de Terouanne.. II veut 

8 



— 58 — 


tu.i dormer la villa Sitbiu avec de nombreuses 
dependances, pour y etablir un hdpital. Audomar 
accepte avec joie , la pensee de la donation , mais 
il en combat l’attribution ; il persuade au donateur 
de fonder prSferablement un monastfere. L’Eveque 
a pres de lui , dans une espece d’bermitage , au 
lien nommS depuis St-Mommelin , trois ouvriers 
apostoliques , trois pieux compagnons, Mommelin, 
Eberlrand et Bertin , arrives depuis peu de temps 
pour le seconder dans sa mission civilisatrice. Lit, 
sous la direction de Mommelin , ils ont regu de 
nombreux proles. Le gout monacal s’est developpd 
autour d’eux} leur demeure est devenue trop 
Stroke, G’est le moment d’executer le projet 
d’ Audomar et de fonder une veritable maison 
monacale. Alors , en 1’annSe 648 (1 ) , a lieu la 
.donation de la villa Silhiu et de ses dependai.ces ; 
elle est faite directement aux trois moines , et 
Bertin , charge de cbercher le lieu le plus favo- 
rable de cette villa , pour Stablir les constructions 
nouvelles, en confie le choix & la Providence di- 
vine. Il monte sur une barque et Ur oil elle s’ar- 
rete, au moment oil il entonne les mots : heec requiet 
mea in teculum teculi , hie habitabo quoniam elegi 

(1) Folquin dit : anno DCXLV qui est annus XI regis Ludovei 
fllii Dagoberti. La chartc ne portc que cctte dernterc mention , 
qui correspond a l’annee 648. Folcard , moine dc St-Berlio , ao 
XI* siecte , i ’ex prime ainsi t Cunclis que proceribus orbis Ta - 
rucnncB anno sexccnlesimo vigesimo sexto dominicas incarnalionis, 
anno autem undeeimd regnantis Chlodovet fllii Dagoberti regis... 



— 59 — 


cam (1 ) , sera la place du nouyel Etablissement. 
Berlin fait executer de grands travaux de defri- 
chement , puis il preside aux constructions ; il 
devient le premier abbE du monastere nommE Sithiu 
et dedie primitivement aux apdtres Saint Pierre et 
Saint Paul. 

Bientot on s’apenjoit que le terrain sur lequel 
les batiments ont EtE ElevEs, n'est pas propre & 
la sepulture des moines. Bas et humide, il dEve- 
loppe des Emanations insalubres. Non loin de Ut 
est la butte 6ur laquelle Audomar a fait cons* 
truire une premiere Eglise , celle de St-Martin. Ge 
lieu est tres-favorable a l’ensevelissement des reli- 
gieux ; avec le bon vouloir de 1‘Eveque des Morins, 
il sera le cimetiEre du monastere. Audomar et 
Bertin , de concert , y construisent un oratoire , 
une chapelle consacree a la Vierge Marie , et prEs 
d’elle un logement pour les pretres charges de la 
desservir. Par son testament, Audomar fait don 
aux moines , de cet oratoire et de ses depen- 
dances , sous la condition d’y recevoir la sEpulture 
au milieu des religieux. Des qu’Audomar eut cessE 
de vivre , la condition de la donation fut remplie, 
et des moines allerent habiter & tour de role aupres 
du cimetiere. Alors le monastere ajouta a ses invo- 
cations , celle de la Yierge Marie ; il comprit deux 
maisons monacales dislinctes, sous une seule et 
meme direction, sous celle de l’abbe de Sitbiu. 


U) Iperius. 



— 60 — 


Get etat de choses dura jusques vers 1’annee 820. 
A cette epoque , un puissant abbe de St-6ertin , 
du nom de Fridogis , mu par son desir de donner 
un plus libre cours a ses mauvais penchants , 
secularise la maison d’en haut , devenue importante; 
il enleve sa direction aux religieux de la maison 
d’en bas. Aux lieu et place des quarante moines 
qui s’y renouvelaient tous les mois , il y etablit 
trente chanoines. En merae temps il reduit au 
nombre de soixante, les moines laisses dans le 
vrai monastere de Sithiu. Puis se basant sur le 
nombre relatif des habitants de cbaque maison 
devenue separement un monastfere , il divise les 
proprietes , jusqu’alors communes aux religieux des 
deux maisons. 11 en laisse les deux tiers aux 
moines du monastere d’en bas et en attribue le 
troisiome tiers aux chanoines du monastere d’en 
haut. Cela fait , Fridogis, a son titre primitif de 
chanoine , quitte les moines dont il conserve tou- 
tefois la ' direction , et va vivre seculierement et 
avee plus de liberie , parmi les nouveaux chanoines. 

Du legitime mecontentement des moines naqui- 
rent des protestations contre 1’acte inoui de leur 
abbe; elles n’eurent leur effet qu’apres la mort 
de Fridogis, advenue en l’annee 834. L’abbe Uugues, 
son successeur dans le monastere d’en bas, de- 
ploy a une grande activite dans cette occurrence ; 
malgre l’influence dont il jouissait , il n’obtint 
cependaut pas le retahlissemont complet des.choses 



— 61 


primitives. Les chanoines subsisterent , mass its 
perdirent lour independence. Par une charts de 
Folquin , eveque de Terouanne , revetue de Tap- 
probation du Roi Louis-le-Debonnaire , Tabbe de 
St-Bertin , acquit en 839 , pour lui et ses suc- 
cesseurs , le droit de nommer Ywdituus ou cuttos, 
veritable chef des chanoines , dont le nom fut plus 
tard change en celui de Prevot. Ainsi done, les 
chanoines furent soumis a la direction des moines 
represents par leur abb6. Toulefois ce droit et 
cette direction no furent pas tres longtemps con- 
serves ; les malheurs des temps , les ravages des 
Normands qui bouleversferent tout , ou toute autre 
cause , les fit tomber en desuetude a une date 
indeterminee. 


Cette narration des moines est ainsi modifiee par 
les chanoines. 

La donation d’Adrpald , disentails , fut directe- 
ment et entierement faite it l’Eveque Audomar , 
qui en transmit verbalement , une partie aux trois 
missionnaires fondateurs de la discipline monacale 
a Sithiu. Avant Tarrivee de ces hommes evangeliques, 
Audomar avait deja bati deux eglises sur la butte 
de Sithiu ; d’abord celle dediee a St-Martin , puis 
dans son voisinage , une autre vaste et belle eglise 
consacree a la Vierge Marie , aupres de Iaquelle 



— 62 — 

fut elevE de suite un bdpital , selon les conditions 
de la donation d’Adroald. La, vivaient en commu- 
nautE , dans un veritable monastere , et formant 
un elergE assez nombreux , des clercs nstitues 
par le saint Eveque des Morins lui-meme , dont 
ils etaient les disciples cheris , et pour l’existence 
et l’entretien desquels Audomar conserva une partie 
iraportante des biens octroyes. Ges clercs etaient 
charges de desservir les deux Eglises et de diriger 
rhdpital. 

L’Eveque de Terouanne, qui donna son nom a 
la ville de St-Omer, quittait frequemment sa cite 
Episcopate , son elerge principal , pour se reposer 
de ses travaux apostoliques , a Sithiu , au milieu 
des clercs de l’eglise de la Vierge. C’etait uue 
residence qu’il affectionnait tout particulierement. 
Ces cboses se passaient avant la venue des trois 
missionnaires. Geux-ci vecurent un peu de temps 
au monastere de la Vierge ; sur leur demande , 
ils regurent de l’Eveque l’autorisation de construire 
un hermitage dans le lieu nommE depuis Saint- 
Mommelin. Get hermitage Etant devenu trop petit 
pour contenir les nouveaux profes, Audomar leur 
permit de batir un vEritable monastere dans File 
de Sithiu. Ce monastere dedie d’abord h. Dieu et 
A Saint Pierre , puis a Saint Bertin par la suite des 
temps, re$ut des mains de 1’EvEque, Mommelin 
pour premier et Bertin pour second abbE. A la 
mort d’ Audomar , les elercs de Sithiu conjointe- 



— 63 — 

meat arec lea moines de St-Bertin , ensevelirent 
son corps dans 1’eglise de la Vierge d’oii il n'a 
jamais ete deplace. 

Rien ne fut change dans l’existence des cha- 
noines pendant un long temps. Leur anteriority et 
leur paternite sur les moines ne sont pas doft- 
teuses (1). Leur superiority sur eux exista tou- 
jours ; leur independance ne fut done jamais com- 
promise. La vie commune dans le monastere de 
laVierge, qui datail du temps d’Audomar, dura 
jusqu’k la fin du 1 2® sifecle, epoque oil les chanoines 
furent veritablemenl secularises. 


Ces narrations differentes exprimyes defmitive- 
ment dans le sifecle dernier , les moines et les 
chanoines chercherent k les ytayer sur des preuves. 
Ils fouillerent, les uns et les autres, leurs archives et 
produisirent des documents historiques. Par des in- 
terpolations plus ou moins forcees, par des reticences, 
par des interpretations adroites, ils ytaient parvenus k 
leur faire dire ce qu’ils voulaient. 

Le chapitre appuyait sa narration et ses exi- 
gences , par des textes de differentes vies de Saint 
Omer plus ou moins authentiques dans tout leur 

(l) Done le chapitre est fondi en litres pour prouver que V ab- 
bey* &* St-Bertin est de sa filiation ( mlmotret ). 



— 64 — 

ensemble, et par des livres anchiens (1). 11 ne 
pouvait clter ni chartes , ni diplomes , ni bulles 
papales , ni privileges qui lui fussent speciaux , 
avant l’epoque du milieu du 9 e siecle. Le plus 
vieux diplome qu’il fut jamais en mesure de pro- 
duire datait de l’annee 1016 (2) ; les plus anciens 
titres trouves dans ses archives sont des bulles de 
l’annee 1075 (3). Ces bulles renouvellent des pri- 
vileges donnes pour la premiere fois ( fecit privi- 
lege ) et verbalement sans doute , aux chanoines 
de St-Omer, vers l’an 863, par le Pape Nicolas 1 er , 
a une date done posterieure a celle attribute a la 
separation des deux maisons monacales. La suite 
des Prevdts du cliapitre de St-Omer, a pour point 
de depart connu, seulement , le commencement du 
onzieme siecle. Trois dignitaires plus anciens ne 
sont signales que par les chroniqueurs ou les 
hagiographes de l'abbaye de St-Bertin. Les noms 
de Fridogis au commencement , et d’Hcrric (4) 
4 la fin du IX e siecle , ne se trouvaient pas dans 


(1) La vdrite de l’hist. de l’dglise de St-Omer , p. 313, etc., etc. 

(2) Gallia Christiana, instruments , t. 3, p. Ill; et dipldmes 
belgiques , t. 4 , p. 176. 

(3) Archives de l’ex-cbapltre de St Omer. Voir le rapport de M. 
Vullel de Viriville , dans le t» 6, des memoires de la socidtd des 
Aiiliquaires de la Morinie. 

(4) La tie de St-Bertin, manuscrits n*' 764 et 619 , de ia bibliotheque 
de la ville de St-Omer , se sert des expressions : cuidam monacho 
eenobii S. Berlini ediluo silicel ecclesiw prefati presulis memorabUU 
per none vivo nomine Herrico , (Vita ye! mirccula S 11 Berlini, cap. 37). 



les archives des clianoines , qui ne les acceptaienl 
pas plus pour chefs sup6rieurs de leur monastfere, 
qu’un certain Morus # indiqu6 sous le litre de 
custos ou gardien , comme Herric lui-m6me, par 
les chroniques des moines. 

L’abbaye de St-Bertin , au contraire , basait son 
r6cit historique et ses pretentions sur de trha- 
anciennes archives , sur des chartes et dee dipldmes 
importants et nombreux. Elle produisait de vieux 
titres de propri^tes revStus de signatures et de 
sceaux les plus recommandahles , et comblait , 
dans I’iuteret meme du chapitre , la laeune de ses 
archives. Elle avait une chronologic d'abbds bien 
etablie , des les temps les plus anciens. 

Embarrasses de ce qu’ils ne pouvaient pas mom* 
trer, non-seulement les chartes primitives de leur 
institution , mais m£me des dipldmes des premiers 
siecles de leur existence independents de St-Bertin, 
telle qu’ils voulaient l’etablir , les chanoines cher- 
cherent a prouver que tons les ancicns titres si 
nombreux du monastere d’en bas , 6taient faux (1). 
Ce procede exp6ditif etait mal ehoisi ; il ttait aussi 
prgjudiciable aux chanoines eux-m£mes qu’aux 
moines ; les uns et les autres seraient ainsi rest£s 


(1) Le fausaaire aerait bien ancien. Seloo M. tfudrard , le carta* 
latre manuscrit dounant cea chartes et qu*’il a vu ,, eat do 12* ai&de, 
Nabillon , de re difrfom , lib. YI , an cite on du 10* aitcle. 



sans aucune pifece ancienne , justificative , sinon de 
leur bistoire , au moins de leurs proprietes , de leurs 
droits de toute nature et de leurs importants 
privileges. Les actes dont les chanoines niaient 
(’authenticity , £taient des preuves communes aux 
deux monasteres. Cet argument aussi complete- 
ment negatif, etait nouveau de leur part. Les 
chartes constitutives des droits et des privileges de 
St-Bertin , au lieu d’etre arguees de faux par les 
chanoines , avaient a diverses £poques , ete invo- 
quces par eux pour defendre et leurs proprietes 
et leurs imm unites. Au I 3® siecle mfime, acceptant 
les faits bistoriques de leur union et de leur 
separation , ils avaient appel£ ces chartes au secours 
de leurs reclamations; le Prevot Robert, en se 
basant sur les biens encore indivis-, voulut obtenir 
pour les chanoines , la juste moitie des biens par- 
tages. En l’annee \ 309 , ceux-ci presenterent meme 
une requite au parlement, afin d’avoir communi- 
cation des titres de l’abbaye de StrBerlin , qui leur 
etaient refuses , dans la crainte des interpretations 
qu’ils en tiraient en leur faveur. Jusqu’a une date 
assez voisine de celle oil la lutte entre les deux 
corps religieux prit un caractere nouveau , et se 
revetit d’un manteau historique , les chanoines in- 
voquerent l’autorite des dipldmes bertiniens pour 
appuyer leurs pretentions a l'independance devant 
les superieurs ecclesiastiques et pour etablir le 
point de depart de leurs exemptions. Cela ne pou- 



— 67 — 

vait avoir lieu au 47* sifecle, 6poque oil on le 
constate , qu’k la condition d’une tradition biea 
etablie dans le chapitre m£me, de sa filiation de 
l’abbaye de St-Bertin , malgr6 la volonte expri- 
mee k diverses epoques , de revoquer en doute quel- 
ques assertions des chroniqueurs de St-Bertin , et 
surtout de suspecter de faux les chartes de Saint 
Folquin et de l’abbe Hugues, de l’ann^e 839 (4). 

A la fin du 4 7* siecle , en 4 682 , pour 6ta~ 
blir l’anciennete de leurs privileges , les cha- 
noines produisirent un factum , oik il est dit , qua 
Yiglise de St-Omer , avant 1‘ Erection de Vdvbchi , 
est une des plus anciennes dglises du royaume , 
drigde de rigulibre en sdculibre & la fin du 8* 
sibcle (2). A une petite erreur de date prfcs , 
c’est la version des bistoriens de I’abbaye de 
St-Bertin. 

Quelques annees aprfes , en 4 696 , l’Eveque de 
St-Omer voulut etablir quelques statuts pour son 
chapitre, conform6ment aux prescriptions du concile 

(1) Cette tradition eat exprimde positivement dans uii manuscrit 
derit en 1646 , et qui provient de la bibliotb£que de M. de 
Valbelle , Evdque de St-Omer. 

(2) Dignitdfl de l’dglise de St-Omer , p. 147. L’aateur qui a pro- 
dull dans son ouvrage des ex (rails ou des analyses de toutes les 
pieces importantes du chapitre de St-Omer, parait lui-mdme coq- 
vaincu de l’ancienne union et de la separation des deux dglises ; 
son travail, fait sous Tinfluence immediate des chanoines, a pour but 
la glorification du chapitre de St-Omer. 



— 68 — 

de Trente ; les chanoines qui se regardaient comme - 
immediatement soumis au S. Siege, et qui vou- 
laient conserver , selou leurs serments , les droits , 
les libertes et les privileges de leur eglise , rejeterent 
ces statuts comme mils et les regardferent comme non- 
avenus. On fit valoir qu'il se voit dans les manuscrils 
trls ancient et authentiques qui se conservent dans le 
monastbre de St-Bertin, d St-Omer, el particulibrement 
dans Yhistoire de Jean d‘ Yperius, abbi de St-Bertin, 
que I’iqlise de St-Omer , jadis riqulibre et la mSme 
que celle de St-Bertin, et' toutes deux ou pluldt 
eettfi iqlise , une pour lors, et depuis divisde en 
deux , quand celle qui est atyjourd’hui St-Omer , 
a M sicularisie et iriqie en colUqiale , ce qui 
arriva vert la fin du 8® tilde , ces iqlises ont 
depuis leur commencement et origine , joui de 
plusieurt droits, immunitis el privileges qui leur 
itaient communt (1). 

Les Eveques de St-Omer eux-mfimes , dans des 
proces du commencement du 1 8® siecle , argument 
de l’ancienne union des eglises de St-Bertin et de 
St-Omer, alors que c’£tait dans leurs interets (2). 
Eux aussi s’appuyaient alors , sur les textes de 
Folquin et d’Yperius, et sur les chartcs dont ils 
combattirent depuis l’aulhenticite. 


(1) Mk p. 177, 

12) Louis et Fran go is <*e Valbelle , dae* de* ecriU fait* pear 
•outenir un proces centre le Uarquit de Trvtenauss. 



— 69 — 

. La longue acceptation par le cbapitre, des litres 
primitifs de I’abbaye de St-Bertin , ressort du 
teste meme de la vie de Saint Erkembode , con- 
tenue dans un manuscrit des chanoines , compose 
an milieu du onzieme siecle (1 ) ; elle ressort encore 
de I’insertion dans leur breviaire , au milieu du 16* 
siecle (4 550) , du fait de la separation des deus 
monastferes , accepte par la plus grande partie des 
auteurs qui font autoriti (2). 

Cependant la tactique nouvelle du chapitre de 
St-Omer , jeta l’inquietude parmi les moines de 
St-Bertin ; aussi s’empresserent-ils de montrer que 
(’authenticity de leurs chartes avait ete reconnue 
et defendue par les plus habiles diplomatistes des 
47* et 4 8 e siecles , par les Mabillon , les Lecointe, 
les de Brequigny , les Lemire , les frferes de Ste- 
Marthe , les Adrien de Valois , les Pagi , les Bul- 
teau , les de Longuerue , etc. , etc. 11s cherchbrent 

(1) L’aoteur do manuscrit , maintenant k la bibliothdqoe de la 
ville de St-Omer , sous le n° 698 , dit avoir dcrit plus de quatre 
cents ans apres la mort da saint, fixde par lui k Fannie 734 ; 
c*est done au milieu du XI* siecle quit a composd cette vie. 

C’est bien k tort qu’on a voula attribuer la vie de St Erkembode 
k un abbd de St-Bertin du nom de Jean et surtout k Yperios, 
qui vivait k la fin du 14' siecle. Cette vie a ltd imprimis dans 
les acta sanctorum , 12 avril. Voir Fadditlon k la vlritl de 1’hist. 
de l’lglise de St-Omer ; Hennebert , t. 2 , p 353 , et M. Wallet , 
Description de l’ancienne cathldrale de St-Omer, p. 91-95. 

(2) Par Adrien de Valois , Dom Mabillon , Bulteau , Molan , Aubert 
Lemire , Ga«et , Malbcancq , I’afebe da Longoerae , les auteurs de 
Gallia Christiana * etc. , etc. 



— to — 

en mSme temps a prouver que cette authenticate 
decoulait meme de l’anciennet6 indubitable des 
copies qui en avaient ete faites , comme de quelques 
fails incoutestables exprimes par elles et accepts dans 
tous les temps par le chapitre, sans antres temoigna- 
ges. En cherchant ademontrer l’antiquite veritable et 
la bonte de leurs cbartes , les moines n’avaient fait 
que la moitie de leur besogne ; il fallait encore en 
justifier dans toutes les parties, l’interpretation 
donnde par leurs historiens (1). C’etait tres dif- 
ficile assurement , et sur ce point Ton ne pouvait 
invoquer un acquiescement plus ou moins ancien; 
dans aucun temps , les chanoines n’avaient accepte 
tous les dires des historiens de l’abbaye ; ils 
avaient entre autres , depuis long-temps rejete 
comme inexacte , la version de leur soumission 
nouvelle It I’abbe de St-Bertin , apres la separation 
du commencement du 9 e siecle (2). Pour en avoir 
plus tdt fait de cette pretention des moines, ils 
avaient, des les siecles passes, deja ditque les diplomes 
snr lesquels ils l’etablissaient , etaient supposes (3). 


(1) La vie de St-Bertio do maouscrit 819 9 qui parait copile d’uqe 
autre fort ancienue , donne aussi l’ioterprltalion la plus favorable 
h l'abbaye, 

. (2). Voir la vlriil de l’histoire de I’lglise de St-Omer f p. 14 » 
499*412. 

(3) DD. eanonici Audomarenses diploma istud volunl esse sup- 
posiium , eum ab Fridogiso semper sui Juris fuerinl , et ab eo 
prwpositos suos acoeriaut. ( Bteibraqcq, De Mortal* , t. 2, p« 239; 
imprime eu 1647 ). 



— n\ — 

Dans la defense de leurs chartes , les moines qui 
en exageraient la portee et la signification , qui les 
denaturaient m6me quelquefois, oublierent quelques 
indications favorables a leur authenticity , comme & 
leur interpretation , dans ce qu’elle avait de vrai ; 
je viens les suppleer dans I’int6r6t de la verity. 

L’union primitive des deux inonasteres , point 
fondamental de la discussion, et le plus contest^ 
par les dissertateurs modernes du chapitre et des 
Eveques de St-Omer , pouvait etre plus complb- 
tement prouvee. Les moines n’ont pas fait assez 
d’usage de leurs diplomes moins anciens et incon- 
testes , qui disent implicitement la meme chose 
que les plus ages pretendus faux. Ainsi l’appel- 
lation indeterminee de monastere de Sithiu (1) 
dont on se servait pendant la duree des 7* et 8* 
siecles , ne put avoir lieu qu’a la condition qu’il 
n’y eut qu’une seule administration pour les deux 
maisons monacales posees sur le sol de la ville 
de Saint-Omer. D’un autre c6t6 Tappellation de 
monastere de Saint-Omer, employee par des auteurs 


(1) L’exprcseion de monaslerium Sitdiu sor laquelle les moines 
ont joud pour dire que leur abbaye dtait presque impdrissable , esl 
bieu encienne ; on la troupe dans la charte d’Adroald. L’authen- 
ticild de cette version n’a pu dtre conteslde que par les personnes 
qui n'avaient pas connaissance qu’ou la trouve dans la charte ori- 
ginale de la donation de Rocashem de Fannie 745 , charte con* 
servde aux archives de la Flandre orientale & Gand , et dont M. 
Warnkcenig a donnd an fac simile dans les preuves de son on* 
vrage tur les institutions de la Flandre. 



— *72 

des 8* et 8* sifecles (1), pour des faits appartentnt 
certainement a 1’abbaye de St-Bertin, porte la 
meme signification. Ges deux designations, posits 
Yemen t distinctes apres la separation , ne ponvaient 
itre communes aux deux maisons monacales qu’au- 
tant qu’elles n’en Assent qu’une par l’administra- 
tion , qu’il n’y eut qu’un corps religieux dans la 
villa Sithiu, prise dans sa plus grande extension. 

II est encore des expressions d'un grand nombre 
de chartes ou dipldmes qui indiquent aussi qu’un 
seul corps religieux existait primitivement sur le sol de 
notre ville. Les mentions que les corps de Saint Omer 
et de Saint Bertin reposaient dans le monastere de 
Sitbiu, ont cette signification ; elles ne peuvent 6tre 
vraies que si les deux maisons religieuses etaient 
unies et confondues dans une m£me administration, 
et elles sont trop souvent repetees pour pouvoir 
etre suspectees de faux. Le corps de Saint Omer 
a toujours repose dans la maison d’en haut (2) ; 
celui de Saint Bertin dans la maison d’en bas , situee 
veritablement dans l’lle. A rant l’epoque de la separa- 
tion , cette phrase ou formule : monastlre de Sithiu 
oil let corps de Saint Omer et de Saint Bertin jouissent 
du repos , est veritablement consacree; on peut dire 
qu’elle ne manque jamais. Pendant la vie de Fridogis, 
sous (’administration duquel cette separation a en 


(1) Voir ci apr&s. 

(2) Voir k la fin, la note A. 



— 73 


lieu , la meme phrase est conservee ; cet abbd 
demeurant le chef des deux monasteres separes , 
leur direction concentre dans la meme main , 
permit de continuer par habitude, une mention 
inexacte aprfes sa Tnort , advenue en l’annee 834. 
Dans les deux dipldmes de l’an 839 , en vertu 
desquels le monasldre d’en has acquiert le droit 
de nominer le custos ou gardien de 1’dglise du 
monastere d’en haut , la formule n’est plus la 
meme; elle est amende k cette expression simplifige 
et vraie , de monastbre de Sithiu oil repose le corps 
de Saint Bertin. Cette nouvelle redaction y est 
d’autant plus saillante , plus significative, qu’elle 
est opposee dans les memes dipldmes , a la mention 
formellement exprimde qifb les deux corps saints 
reposaient precedemment dans le monast&re de Sithiu. 
Comme consequence de ces deux dipldmes , dont 
la signification fut exagdrde, et par forme de pro- 
testation contre la separation , les moines reprirent 
dans leurs actes, l’ancienne phrase qui laissait 
croire a leur possession du corps du saint fonda- 
teur dont ils n'avaient que la garde par un delegue. 
Toutefois ils eurent la precaution des-lors, de ne 
l’employer que lorsque sa signification ne pouvait 
que leur dtre utile, en stimulant la veneration 
fructueuse des fiddles , pour le lieu oil les reliques 
du saint patron Audomar etaient censees deposees. 
Mais lorsque cette formule pouvait entrainer une 
interpretation nuisible a leurs interdts , les moines 


to 



avaient le soia de s’en abstenir. Lore done qu’il 
etait question d’une donation speciale k l’abbaye , 
its formulaient la mention du repos des deux corps 
dans le monastere de Sithiu de maniere a ce qu’on 
ne put pas comprendre qu’il siagissait d'un hom- 
mage fait aux deux saints , ce qui aurait entraine 
le partage des biens et des privileges donnes, 
entre les deux monasteres (1). Ainsi , par exemple, 
les moines faisaient alors octroyer specialement, en 
enongant que les donations etaient faites k Saint 
Pierre ou k Saint Berlin, au monastere etabli dans 
l’ile de Sithiu ; ou bien encore, apres avoir, au com- 
mencement de l’acte , exprime le nom de l'abbe 
du monastere de Sithiu ou reposaient les corps des 
Saints Omer et Bertin , ettdt-il dit , ils determinaient 
avec soin les donations ou les privileges, au monas- 
tere de St-Pierre, oil Saint Bertin , le seul nomm6 
alors , jouissait du repos (2). 


(1) 0 en est one preove sans rdplique ; les droits de lonlieu 
partagds pendant des siedes entre les deux monasteres n etaient pas 
la consequence d’une autoritd seigneuriale sur la ville de St Omer , 
pour les moines et pour les chanoines ; ils ddcoulaient de la con- 
cession d'un marchd , cn 874 , dont les profits furent attribute a 
Saint Omer et a Saint Bertin , par le dipldme du Boi Charles-le- 
Cbauve. 

(2) Dans la confirmation des biens et privileges de l’abbaye par 
Charles -le-Chauve, en 877 , apres la mention qu'Hilduin est abbd 
du monastere de $t-Pierre qui est appeld de Sithiu , o & les corpa 
de Saint Omer et de Saiut Bertin , jouissent du repos , on ex prime 
que les privileges sont donnds pour le monastere de St-Pierre , 
ou repose le corps de Saint Berlin. 11 n'y est aucunement ques- 
tion des chanoines ; bien loin de la , on determine, dans cette con- 



— 75 — 

La m6me signification d’union d’abord , et de 
separation ensuite , est encore donnde par une 
autre form ule des diplomes du monastfere de Sithiu. 
Pendant tout le temps oil une communaut6 de 
biens et d’ administration unissait les deux maisons 
monacales , les chartes exprimaient que le monas- 
ter e de Sithiu etait 41 eve sous (’invocation de la 
Sainte Vierge et des Saints apotres Pierre et Paul, 
merae quelquefois sous celles de Saint Martin et 
de Saint Omer. Apres la separation et malgr4 les 
chartes de l’annee 839 , l’invocation de la Vierge, 
si regulierement reprise jusques alors disparut des 
diplomes bertiniens (1). L’ expression de cette men- 
tion eut pu compromettre les interets du monastere 
d’en has; on eut pu elever la pretention que les dona- 
tions reprises dans les diplomes oil elle setrouvait, 
devaient etre communes ou parlagees entre les deux 
4glises, indiquees par l’effet de leurs invocations spe- 
cials. Les moines eviterent adroitement les dangers 
de cette interpretation, en supprimant de leurs actes, 


firmation, le norobre de 50 moines , ce qui ex cl ot complelement 
toute idee d'union des deux monasteres alors. 

Eo l*annde 889 , une donation est faile au monastere d’en^bas, 
et pour la premiere fois, dans lout 1’acte il n’est que la mention 
do repos du corps de Saint Bertin ( Chart. Sit. ). 

(1) Cependant le moine Foleard s’exprime ainsi : ^Edi/tcaverunt 
etiam orcUium quoddam adhuc vivente suo predileclo Audomaro 
Dei antistite , quod ab orientali plaga templi Sancli Vetri cons- 
tructum , dedicari fecit ab eodem ponli/tce in venerations sanclw 
Dei yenitricis Marios, ( Vita S tl Bcrtini m* n° 773 ). 



— 70 — 

revocation de la Vierge (1), comme celle de 
Saint Omer (t). 

L’union des deux monasteres et leur separation, 
s’appuient done non seulement sur des chartes 
speciales Si ces faits historiques et dont les eba- 
noines ont dans les derniers temps contesle l’au- 
thenticite , mais elles ressortent de mots et de 
phrases, au premier aspect sans importance , em- 
ployes dans une foule de dipldmes reconnus vrais. 
Ce n’est pas encore la que s’arretent les preuves, 
pour la plupart nouvellement donnees , de cette 
union et de cette separation; on va le voir. 

Si les deux maisons religieuses n’avaient pas fait 


(1) Dans un dipldme de Pannde 962 , par un effet sans doute de vue 
retrospective inexplicable , on retrouve a I’abbaye de Silbiu , son 
ancienne expression de monastdre coostruit en i’honueur de la bien- 
beoreust Vierge Marie et des apdtrea Saint Pierre et Saint Paul , 
ou itposent les corps de Saint-Omer et de Saint Bertin. ( Chart. Sit. 
p. 149). 

Si dani des chartes et entre aotres dans celle de Charles -le- 
Chauve qui d tab lit on marchd a Sitbiu en 874 , il e*t exprimd la 
defense de diviser les propridtds du monastere , e'est la consequence 
des craintes des moines , de voir de nouvean opdrer une separation 
entre les divers et importants dtablissemeuts de Saint Bertin. 

(2) La consecration veritable de l’dglisc du roonaslere d’en haut 
fut toujours a la Vierge Marie , mais ce monaslere avait pris le 
nom de l’evdque Audomar ou Omer qui regut le litre de Saint en 723 , 
pour la premiere fois apres sa mort. Le nom de St-Omer fot dteudu k 
IVglisc clle-mdme des Tan 1015 ; queiquefois il fut adjoint k 
crlui de la Vierge, de cette maniere : Baudouin , prevdt de I’eglise 
de la Vierge ct de St Omer ( 1042 ) ; il le fut ainei pendant one 



77 - 

un seul et mbme monastbre k Sithiu , k quel titre 
Saint Erkembode , mort en 737 , Evbque de T6- 
rouanne et abbe de Sithiu , eut-il etb enterre dans 
l’eglise du monastbre d’en haut , ou son tombeau 
est encore conserve (1). Si l’union n’eutpas eu lieu, • 
il eut fallu chez Folquin, chroniqueur du 1 0® sibcle , 
une grande malice, pour avancer un fait en lui-mbme 
fort peu important, et qui parait sans recherches, sans 
intention frauduleuse, reveler la verite.Selon lui, pen- 
dant les travaux de canalisation et d’etablissement 
de moulins , executes a Arques , vers l’annee 800, 
sous 1'abbe Odland, cbaque semaine, il arrivait dans 
ce village, a tour de r6le, cinq moines du monastbre 
d’en bas et autant du monastbre d’en haut (2). 

Si celte union n’avait jamais existe , des interbts 
cominuns de propriety , eussent-ils ete aussi nom- 
breux qu’ils le furent longtemps entre les moines 
et les chanoines? Evidemment non. Au milieu du 


certaine periode de temps; puis revocation dcStOmer fut em- 
ployee seule et fit presque oublier ia consecration 5 !a Vierge, & 
{’expression de laquelle on a fini par revenir cxclusivement. 

\t) Inlerea et preefatus Erkcmbodus episcopus et abbas dccessit 
d soscuto ( 734 a 742 ) , el in monasterio Sancti Audomari 9 
coram altare sanctcB Dei genitricis ( quod dicilur ad campanas ) 
tumulatur d populo ( ubi usque ho Hi ejus tumba cernilur lapidea ). 
( Folqoin , chart, ait. p. 50 ). II y a des mots njoutfs posterieuremerit , 
com me il est facile de s’en apercevoir. Le tombeau de Saint 
Erkembode est main tenant place contre la paroi exterieure et orien- 
tate du chceur. 

(2) Id. p. 67. 



— 78 — 

10* sibcle , les chanoines et les monies allerent de 
compagnie sur les bords du Rhin , avec le corps 
de Saint Omer, afin que par sa presence , les de- 
tenteurs des biens communs entre eux, fussent 
• amends & les leur rendre (1). N’est-ce pas en- 
semble qu’ils re$urent en 1’annee 1015, un pri- 
vilege pour leurs biens indivis , situes dans l’eveche 
de Cologne , privilege dans lequel est exprimee 
l'existence de deux monasteres in loco Sithiu (2). 
Les dimes des villages de Cormettes , de St-Martin- 
au-Laert et de Tatinghem , ne leur etaient-elles pas 
communes , et ne les partageaient-ils pas par moi- 
tie (3). N’avaient-ils pas encore en 1 1 53 , des hiens 
indivis dans le pays de Liege (4). Le cliapilre 
n’abandonne-t-il pas » sous certaines conditions , a 
1’abbaye de St-Bertin , en 1193, ce qu’il possedait 
de compte k demi, avec elle, au village de Cau- 
mont (5). N’est-ce pas ensemble qu’en 1175, les 
deux monasteres souleverent des difficultes a la 


(t) Chart, sit. p. 148. Iperius chap. 27 , et Malbrancq, de Morinis, 
lib. TU , p. 553 9 donnent das variaotes iueiactes. 

(2) Duobui monasteriU in loco Sithiu dicto , constructs quorum 
tmum eft canonicorum 9 allerum uero monacorum. ( Ch. sit. ap- 
pendix p. XCIX ) Le grand cartulaire reprodoit la mdme chose en 
plusieurs endroits. 

(3) 1123 f g 4 cart. t. 1 , p. 201 , etc. 9 etc. v encore en 1469, 
t. 7 , p. 620 9 et en 1510 pour St-Nartin-an-Laert , t. 9, p. 135. 

(4) G 4 cart. t. 1 , p. 293. 

(5) Id. p. 537 v et Malbrancq 9 t III , p. 358 ; h la p. 436 9 
est un ex trait de dipldme ou se trouvent encore ces mots i cum 
in villa Sanctorum Bertini cl Audomari Calmont dicta . 



— 79 — 

communaute bourgeoise de St-Omer , au aujet des 
vastes propriety communales (1). N’est-ce pas 
entre eux qu’ils s’etaient partag6 sur notre ville 
les droils de tonlieu (2). Enfin n’estrce pas par 
partage , qu’ils poss6dfcrent le patronat des 6glises 
paroissiales de la ville de StrOmer jusqu’k la fin 
du 18® sifecle. 

Quant a l’Spoque de la separation , sans le se- 
cours des chartes speciales , elle se trouverait m6me 
assez bien indiquee par les renseignements im- 
plicites des diplomes posterieurs. Ceux-ci corro- 
borent et les textes des chartes et les dires des 
chroniqueurs que nous n’avons plus de motifs de 
repousser , pour les deux faits principaux et pour 
leurs dates. Voici quelques autres mentions qui 
peuvent conduire au m&me r6sultat. 

En 1’annee 826 , comme en 838 , Goibert , l’un 
des principaux bienfaiteurs du monastfere de Sithiu, 
enonce dans les m&mes diplomes , des donations 
distinctes en ‘faveur de Saint Omer et en faveur de 
Saint Berlin (3) ; la distinction est conserve par le 
chroniqueur Folquin , dans sa narration de la mort 


(1) Malbrancq , t. Ill , p. 302 ( 1175 ) g d cart. , t. 1 , p. 366. 

(2) Le g' 1 2 3 cart, en plusieurs endroits, notamment & l*annde 1402, 
t. 5 , p. 708. Dans la bulle donnle an cbapitre en 1139 , par 
Innocent 2 f on voit : Telonium dimidtom lottos oppidi ( Dignitls 
de l’lglise de St-Omer , p. 157 ). II existe dans toutes nos archives 
une foule de documents h I’occasion du tonlieu, 

(3) Chart, sit. p. 158-160. 



— 80 — 


de Goibert. En 831 , le meme bienfaiteur exprime 
one donation au sepulcre seul de Saint Bertin (1 ) . 
Dans le releve fait en 857 , par les moines , des 
biens octroyes par Goibert , ceux-ci laissent de 
edte , sans les reprendre , les parties de terre 
donnees specialement a Saint Omer (2). Guntbert, 
fils de Goibert et moine de St-Bertin , executa de 
sa propre main , trois manuscrits , dont deux an- 
tiphonaires; le plus beau des manuscrits fut pour 
St-Berlin ; des deux antiphonaires , I’un fut 
offert k St-Omer et l’autre k St-Winoc (3). L’ad- 
ministration du monastere d’en haut etait done alors 
comme celle du monastere de St-Winoc, separee 
de l’administration de l’abbaye de St-Bertin , ou 
mieux du roonastfere de St-Pierre ou d’en bas. 

Si dans les derniers temps , et a 1’exemple de 

leurs predecesseurs , les chanoines avaient limile et 

fort retreci le champ du combat, entre eux et 

les moines de St-Bertin, s’ils avaient moins mis 

« 

en jeu leur amour-propre, ils auraient pu combattre 
avec un certain avantage. 

Les chanoines pouvaient pretendre justement que 
la donation primitive et totale , fut faite a Audomar 
par Adroald , selon l’expression des vies de ce 

(() Chart, sit. p. 156. 

(2) Id. p. 161-162. 

13) Id. p. 80. 



— 81 — 

saint Eveque : Deo et beato obtulit Audomaro (1). Ce 
n’est pas, comine on pourrait le croire, que si cette 
donation n’avait pas 6te octroy6e a Audomar, il n’au- 
rait pu batir I'eglise St-Martin , depuis transport^ au 
Laert, que tout le monde reconnait avoir 6t6 construite 
des les premiferes anuses de son episcopat (2) ; mais 
comment l’Eveque de T^rouanne se serait-il trouve 
en mesure pour 6tablir la premiere demeure de 
ses trois compagnons , l’hermitage de St-Mommelin 
connu depuis sous le nom de vieux monastere (3)? 
Cet etablissement avait lieu, selon les bistoriens 
des deux partis, plusieurs ann£es avant la date 
du diplome d’Adroald. Comment encore serait* ce 
par le fait d’Audomar que le ciraetiere et I’eglise 
de la Yierge aient ete etablis sur la hauteur? 

(1) Vie* de Saint Omer, m u de Corbie et do cbapitre de 
St-Omer. ( La verite de I'bisloire de i'eglise de St-Omer , piec. just, 
p. 309 ). 

An 12* siicie , la donation A Saint Omer dtait dans la tradilion ; 
Lambert d’Ardres , s’expritne ainsi : Quidam Adroaldu* nomine bealo 
eontulit Audomaro. 

(2) Voir les different* auteurs et les mdmoires. Quant A moi je 
suis convaincu qu’il faut voir dans la construction de i’eglise St-Marlin 
un acte d’administration episcopate plutdt qu'un acte de proprid* 
laire de la part d’Audomar , surlout si comme on le dil , ce saint 
Evdque n'a fait que transformer un temple payen en dglise chre- 
tienne. Ce qui m’engage A penser ainsi c’est que les cbanoines de 
Nolre-Dame n’etaient pas proprietaires du terrain sur lequel I'eglise 
primitive de St -Martin dtait construite , el que cette eglise n'a pas 
dtd enserrde dans leur endos. 

(3) Oc cst parfaitement d'accord pour regarder ce petit monastere 
comm e construit avant la date de la donation tcrite d'Adroaid. 

11 



— 82 — 

Audomar , le vrai fondaleur du christianisme dans 
notre pays , n’a pu attendre l’arrivee des trois 
missionnaires pour arborer I’etendard du christia- 
nisme sur la terre de Silhiu ou dans son voisi- 
nage. II est le veritable donataire ; il s’est servi 
du nom d’Adroald pour transmettre a Berlin ce 
qu'il crut devoir consacrer a l’etablissement d’un 
monastere. II faisait pour plus de surete , inter- 
veuir la signature du premier donateur , dans la 
transmission d’une grande partie de la donation , 
comprenant la terre de Sithiu et ses dependances nom- 
inees; puis quatorze ans apres, Adroald n’existant sans 
doute plus, Audomar a directement donne a l’abbe de 
Sithiu, par l’octroi de l’eglise de la Vierge et de ses 
dependances , tout ce qui Ini restait des liberaliles 
du premier possesseur (1). L’Eveque fondateur 
agissait en cela avec une grande prudence, sous 
I’empire des idees religieuses de son epoque et 
des esperances du 7® siecle , car on comptait alors 
sur les moines pour etablir la religion chretienne, 
comme au 9®, on compta sur les chanoines regu- 
liers pour la consolider. Audomar assurait ainsi 

(1) On manoscrit do chapitre dit, qu' Adroald donna d Monsieur 
Saint Omer... plusieurs terres el seigneuries d lui appartenants 
et enlre aullres une vitle et seigneurie nommte Blendecque ... n 
y a eiagdratioo dans l'enoncialion qui a trait a Blendecques, mais 
on ne Irouve aucone autre indication du commencement de la 
possession des terres que le ebapitre possddait de temps immemorial 
dans ce village. 11 semblerait que ces terres furent toujours alta- 
chees ao monastere d’en haot ; elles dtaient one de ces depen- 
dences de Tegiise de la Tierge dont parle le testament d’Audomar. 



— 83 — 

l’execution des volontes du vrai donateur ; il don- 
nait un gage de duree aux etablissements qu’il 
avait fondes ; il ne laissait pas Taction civilisatrice 
divisee et en concurrence ; il 4vitait des lattes 
toujours prejudiciables. Si une question d’amour- 
propre n’avait pas ete en jeu entre les moines et 
les chanoines, tout cela aurait ete bientot reconnu, 
car il n’y aurait eu qu’un dissentiment historique, 
sans grande importance, qu’une bonne interpre- 
tation facile a trouver, devait faire cesser. Tous 
les titres , la cbarte d’Adroald elle-meme , n6ces- 
sitent ou permellent cette interpretation , qu’Au- 
domar a regu d’Adroald tous les biens destines 
par lui a une oeuvre pieuse ; qu’il a use de la 
donation avant l’arrivee de ses trois collaboratcurs 
et qu’il a transmis cn deux fois k Saint Bertin 
tout ce qu’il avait re?a. 

S’il etait reste dans les termes que je viens 
d’ exprimer , le cbapitre eut gagn6 la premiere . 
partie de.sa cause; mais cela ne faisait pas Taf- 
faire de son amour-propre ; il voulut aller beaucoup 
au dela. 11 ne fut pas bien inspire dans sa pretention 
d’un college de chanoines toujours independant , 
forme a Sithiu par Audomar lui-meme; il ne fut 
jamais en mesure de prouver l’etablissement d’un 
lidpital aupres de 1’eglise de la Vierge pendant 
la vie du saint fondateur (1 ) ; il ne put certes , 


(I) Le nom d 'Escoteric , conserve aux ctablisscmenU qui ont sue- 



jamais demontrer que cette eglise fut construite 
ftvant l’arrivee de Bertin , et qu’elle eut , a son 
origine , les proportions grandioses qu’il voulait 
lui reconnaitre. La plupart des tilres sur lesqaels 
le chapitre appuie sa version , les principals des 
vies de Saint Omer , ne disent pas, comrne il l’a pre- 
tendu, qu’avant la venue des trois missionnaires 
apostoliques , l’eglise oh le bienheureux Audomar 
fut enterre , avait ete Mtie; elles expriment litte- 
ralement que ce saint Eveque , avant I’arrivee de 
Mommclin , d’Ebertrand et de Berlin , avait cons- 
trait une eglise dans le lieu ou son corps repose 
en paix: Beatu x Audomarut in prcedicla villa, ante 
adventum predictorum virutn , ecclesiam edip.ca.vit 
in eo loco in quo suum posat in pace corpweuhim , 
disent-elles (1). L’erreur d’interpretation , n’a pas 
6te relevee par les adversaires des chanoines , et 
cependant elle est evidente; il ne s’agit ici que 


cddd a riiApilat qui exista ccrtaincment dans le cloltre des cha- 
noines , peut faire supposcr , comme le disent plusieurs auteurs 
anciens , qu’il remooUit asses loin dans le passe. Dans les chapilres 
ad r esses en 858 , au Roi Louis , par les Evlques de la province 
de Reims el autres , on voit cctle phrase *. hospilalia peregrinorum 
ticul sunt scoUorum et qua tempore antecessorum veslrorum regum 
construeta et constituta fuerunt . ( Capit, Caroli Calvi , p. 187 ). 

(1) La verite de l’histoire de l’eglise de St Omer , p. 399. Je 
dois dire cependant que lorsqu’il est parld de la mort de Saint Omer, 
on voit ces mots : eumque ( Audomarum ) in pradicta eccletia 
quam Hie beatus pontifex in Sithiu eedificavii , cum immense 
eircumstantis populi sepelierant luctu. D’aprcs les dipldmes, Audomar 
est Ic veritable fondateur de 1’egHsc de la Vierge et la petite con- 
fusion que je signaie se comprend parfuiUmenl. 



85 — 


de l’eglise St-Martio , la premiere construite sur 
la hauteur , dans la localite done , oh Audomar 
regut la sepulture. 

L’eglise de la Yierge n’a pas de cause serieuse, 
de but utile, des l'instant oil on lui retire celui 
de servir , sous forme primitive de chapelle , au 
cimetiere etabli en faveur du monastere de Sithiu, 
eleve dans un lieu impropre h la sepulture. En 
effet le motif de la fondation du monastfere d’en 
haut et de sa basilique , invoque par les chanoines 
est completement nul , puisque l’eglise St-Martin, 
balie avant celle de la Yierge , et dont parlent les 
vies de Saint Omer , devait avoir des pretres pour 
la desservir; que ces pretres auraient pu suffire 
a la double mission de clergg d’une toute petite 
paroisse et de directeurs de 1’hdpital , s’il y en 
avait eu un aussi tot gtabli, ce qui n’est pas du 
tout probable. Le luxe des deux eglises de St- 
Martin et de la Yierge Marie , poshes en memo 
-temps et avec intention , si pres l’une de 1’autre, 
serait incomprehensible dans un pays presque 
sauvage et payen , it une epoque oil les pre- 
tres en general etaient encore en petit nombre. 
L’etablissement de deux monasteres , si voisins 
1’un de l’autre , serait egalement incroyable , s’il 
avait eu lieu intentionnellement et au meme mo- 
ment. On comprend bien mieux le fait du mo- 
nastere d’en haut , dans son humble naissance , 
sous forme de simple chapelle , grandie peu a 



— 86 — 

peu , aupres de laquelle on posa un modeste cloilre 
dependant du monastere d’en bas , pour le loge- 
roent des moines charges de la sepulture de leurs 
freres ; on comprend parfailement le developpement 
de ce cloitre place dans un lieu aere et bien plus 
favorable a la sante que celui oil gisait le monas- 
tere de St-Bertin. 

Nous savons combien de peines infructueuses , le 
chapitre s’est donnees dans les derniers temps , 
pour combattre Turnon et la separation des deux 
monastercs. Apres la donation totale faite a TEveque 
Audomar par Adroald, ce que le chapitre aurait 
pu demontrer a son avantage , c’est que la sepa- 
ration n’avait pas eu le caractfere de violence pre- 
tendu par les moines. 11 aurait appele au secours 
de 3on interpretation Tesprit de concorde qui exis- 
tait primilivement entre les deux monasteres dis- 
joints , puisque des donations leur sont faites dis— 
tinctement dans les memes actes , par Goibert et 
par Guntbert , et que ces bienfaileurs , pere et fils, 
dans une parfaite intelligence , vivaient, le premier, 
chanoine au monastere d’en haut , et le second , 
meine au monastere d’en bas (1). Le chapitre 
pouvait demontrer que ce n’etait pas, comme son 
adversaire le pretendait , des Strangers introduils 
dans le monastere d’en haut , lors de sa transfor- 


(1) Chart, hit. C’est d'apres les conseils de son fils que Goibert 
fit scs dernieres liberalilcs. 



— 87 

mation , mais que ce furent d’anciens moines con- 
vertis en chanoines , conformement a l’esprit do* 
minaot au neuvieme siecle ; ii en avail de bonnes 
preuves it puiser dans les auteurs m£mes de 
l’abbaye de St-Bertin qui les donnent bien invo- 
lontairement. Goibert , d’abord moine avec son fils, 
se fit chanoine ; il mourut en l’annee 838 , au 
monastere d’en haul, d’oii son corps fut rapporte 
a celui d’en bas pour y etre enterre dans l’eglise 
de St-Bertin (1). Adalard fut offert k Saint Pierre 
et a Saint Bertin pour etre moine ; ensuite il se fit 
chanoine sous Fridogis; puis il devint abbe du 
monastere d’en bas (2). Le chapitre aurait assure 
ainsi que l’abbe Fridogis , chanoine de conviction, 
sous 1’empire de la pensee favorable de son temps 
au nouvel ordre de religieux nommes chanoi- 
nes (3) , etait reste dans les limites de la permission 
accordee aux moines par le concile d’Aix-la-Cha- 
pelle, tenu en 816, de se transformer en cha- 
noines (4). 

Le chapitre pouvait prouver I’exag^ration pri- 


(1) Chart. aiC. p. 160. 

(2) Sed post canonicus est effectus sub Fridogiso (id. p* 92). 

(3) Raoul Glaber , auteur du onzieme siecle , s’exprime aiosi : 
des moines d'un autre ordre , de ceux que nous appelons cha- 
noines. ( Traduction de M. Guizot ; Buchon, t. 6 1 p. 189 ). 

(4) Paul le diacre. M. Guizot , hist, de la civilisation en France, 
t. 2 f p. 286-287 , edit, de 1840. Sacro sancla concilia Ph. Labbei, 
t. 7 , col. 1444. 



— 88 — 


mitive des moines , par l’assentiment de presque 
tous les historiens , de beaucoup des modernes de 
1’abbaye mfime (1 ) ; il pouvait , dis-je , prouver 
que les cbanoines vivaient regulierement sous la 
rfegle de Cbrodegand perfectionn£e par le concile 
d’Aix-la-Cbapelle , en opposition apparente avec 
cette phrase de Folquin : et quia canonicus erat 
cum canonkit in sancti Audomari monasterio secu- 
lariter vivebat (2). De bonnes preuves d’une vie 
commune, au moins en principe, jusqu’au com- 
mencement du 4 3* siecle , ont ete donnees par les 
chanoines (3) ; sur cet objet ils combattent victo- 
rieusement Yperius qui a pris a la lettre , d’apres 
ce qu’il voyait de son temps , les expressions figu- 
res de Folquin. II en ressort cette interpretation, 
que si ce dernier auteur, de la fin du 40® siecle, 
s’est servi des mots : vivebat teculariler , c’est 
d’aprfes le peu de regularity qu’il voyait chez les 
chanoines de son temps , et relativement k la dis- 
cipline beaucoup plus severe des moines. On sait 
que les chanoines en general tendaient toujours a 
se relacher des obligations de la vie commune. 
Sous Charles-le-Chauve deja , nous disent les capi- 
tulaires de ce Prince , on etait force de leur or- 

(1) Dissertation . p. 331. 

(2) Chart, sit. , p. 75. 

(3) Menoire pour les doyen , cbanoines et chapitre , p. 63 ; la 
rente , p. 319. 

Le dipldnc de I'annde 1016 , ful fait sous le Prdvdt Heleein : As 
monasterio s" Audomari ( loc. oil. ). 



— 89 — 

donner, entre autres obligations, soil dans les 
villes , soit dans les monastfcres , de dormir dans 
)e dortoir , de manger dans le refectoire , de rester 
malades dans l’infirmerie (1). Etienne de Tournai 
mort en 1 203 , faisait un merite special aux cha- 
noines de Reims , d’ avoir conserve la vie reguliere 
du dortoir et du refectoire communs (2). La ten* 
dance & vivre seculierement ressort pour les cha- 
noines de St-Omer, du fait certain de leur secu- 
larisation au commencement du 13® siecle , comme 
consequence d'un relachement progressif des liens 
de la vie commune, dont aucun acte connu n’a 
prononce la dissolution h une date donnee. 

Ce que le chapilre de St-Omer pouvait surtout 
demontrer mieux qu’il ne l’a fait , c’est son inde- 
pendance perpetuelle aprfcs la separation du com- 
mencement du 9 s siecle. II n’etait pas necessaire 
pour cela de r6cuser la bonte , la validite des 
chartes -de 839 , dans lesquelles on voit qu’k 1’ab- 
baye de St-6ertin , est donne le droit de nommer 
un oeditms ou custos ; il n’etait pas necessaire de 
traiter Folquin et Yperius de faussaires et d’impos- 
teurs. II s’agissait tout simplement d’interpreter 
les expressions des chartes sur lesquelles ces auteurs 
bertiniens appuient leurs pretentions exhorbitantes. 
Selon les historians de l’abbaye de St-Bertin ces 


(1) Anno 846, Capilula Carol! Calvi. (Syrmondus, p. 57.) 

(2) Steph. Tornac. ep. 160. Mem. du chap. , p. 65. 


12 



— 90 — 

chartes lui donnferent plus m£me qu’un droit de 
patronage sur le monastere d’en haut; les cha- 
noines furent dorenavant soumis aux moines ; le 
chef des chanoines ne fut plus qu’un delegu6 de 
l’abbd , nomme par lui. Ces bistoriens precisent, 
dans leur interpretation, le point de depart de cet 
etat de chose, mais ils n’en determinent pas la 
duree, ce qu’il.leur aurait 6t6 sans doute difficile 
de faire , car pour qu’une chose ait une fin , il 
faut qu’elle ait eu veritablement un commencement. 
Ces historiens invoquent les desordres amenes par 
les invasions normandes , pour cacher leur embarras 
de preciser le moment oh leur pretendue domi- 
nation a cesse. 

Les chartes de l’annee 839 de Saint Folquin, 
Ev&que des Morins et de Hugues , abbe , sont 
identiquement les memes. La deuxieme copie litte— 
ralement la premiere pour la confirmer avec le 
eonsentement du seigneur Louis , Empereur. Ces 
chartes etablissent d’abord que les moines avaient 
sollicite l’expulsion des chanoines du monastere 
d’en haut, mais que toutes leurs sollicitations 
furent vaines et que les chanoines restferent maitres 
du terrain. Est-ce bien lit ce qui aurait eu lieu si 
vraiment le monastere d’en haut avait ete remis 
de nouveau aux mains de l’abb6 du monasthre 
d'en has ? Non sans doute , s’il en avait 6te ainsi , 
le nom de chanoines eut entierement disparu ; des 
religieux qui r^guliferement pouvaient 6tre soumis 



a l’abbe d’une maison positivement monacale, des 
moines enfin eussent remplace les chanoines, oil 
plutot les chanoines seraient redevenas moines (4). 

Nous allons voir que pour etablir leur pretendue 
domination snr les chanoines , les moines ont de- 
nature la veritable signification des chartes; qu’ils 
ont mis une veritable adresse h separer les para- 
graphes les uns des autres , pour leur faire dire 
toute autre chose que ce qu’ils disent reellement 

Que signifient en r^alitd les mots : eot (ctmonicotj 
huic loco (S° Bertini) subegi , dont on a tant abustf 
Seuls , ils se prfcteraient & l’interpr6tation donnee 
par les moines; mais ils sont. precedes et suiyis 
de phrases qui les expliquent , et qui disent la, 
pretention des chanoines , tout nouveaux qu’ils. 
etaient , d’avoir la pr6seance sur les moines (2) : 


(1) L'exagdralion du dipldme de l’Evdquo Folquin, qai a die sign aide, 
n’est que dans lea expressions ; e’est une esptae de satisfaction 
donnde an violent mdeontentemeot exprimd par les moines depuis 
la mort de Fridogis ; ils savaient alors par experience le tort que 
cet abbe leur avait fait. La decision que le dipldme exprime est 
au contraire fort moddrde et aussi dquilable que possible dans I'dlat 
des choses. Le verbe expultl k l’occasion des moines du monaslere 
d’ea haut , renftre dans Texageratioo general e et n'exprime pas exae- 
tement ce qui fut fait par Fridogis qui ne les expulsa pas en to- 
tality ni en ge'ndral. Le quod dictu horribil* e$t , qui tombe sur* 
Pdtablissement des chanoines, a si peu uoe signification sdrleuse en 
dehors de I’enceinte da monast&re d’en has , que l’dvdque de Td- 
rouanne laisse subsisler les chanoines. Ce fait vaut k lui seul une 
dissertation en faveur de la ldgalild d’etablissement des chanoines. 

(2) Denique jam quidem emerterani audack i lemeritalis decipti , 



— 92 — 

dicentes primatum locorum ad *e per liner e debere. 
C’est contra cette pretention que les mote (loot il 
s’agit , ont ete Merits. Resistant it la pr^somption 
orgueilleuse des chanoines : quorum pretumpluosw 
superbice retitlent (4), disent les chartes , Saint 
Folquin annihila leur tentative de superiority, en 
leur determinant la seconde position dans les bourgs 
de Sithiu ; il les mit ainsi bierarchiquement sous 
les moines de St-Bertin , e’est-it-dire dans une 
position d’inferiorite relative : eot huic loco subegi 
et conation eorum adnichilavi. Les moines furent 
done quelques temps , le premier corps religieux 
dans ces localites (2) , en souvenir de la paternity 
du monastere d’en bas sur le monastfere d’en baut, 
et contrairement it la veritable bierarchie eccie- 
siastique qui donnait la preseance aux chanoines 
comme ilc 1 ’avaient r^clamee (3). 

dicentes primatum locorum ad se pertinere debere . (Chart, sit. 
p. 86-88 ) etc. 

( Id. 

(2) Depnis longtemps , dans les dipldmes , le monastere d’en baut 
et son Prevdt , passaient ordinairement avant le monastere d’en bas 
et son abbe. 

- (3) I 71 missi noslri per civilates et singula monasteria tarn cano- 
nicorum quam monackorum sive Sanclimonalium ponatieria 
etiam religiosa atquee prcecipua canonicorum el monachorum .... 
disent les capi tula ires des synodos de Soissons , en 833 , et do 
Palais en 858 ( Syrmondos ). 

Les souverains affranebirent bientdt de toote domination, les lieox 
sur lesquels les eloitres des chanoines elaient etablis. ( Ansegiti 
’ capitularium , lib. IV ; Documenla gtrmanias , t. 3 , p. 318). 



Rien de plus qu’une superiority d’amour-propre, 
n'est done donnee aux moines sur les chanoines 
par les paragraphes cites des chartes de 1’annee 
839 ; serait-il possible que d’autres paragraphes 
octroyent aux abbes de St-Bertin la nomination des 
chefs des chanoines ? Non sans doute , cela ne 
serait pas consequent , et nous allons voir , par 
l’analyse des expressions memos des chartes, que 
ee droit exhorbitant ne leur a pas 6t6 donne. 

Les chartes s’expriment ainsi : edilitatem seu 
custodiam ipsius basilica ( Sanctce Maria ) Sancto 
Pelro Sancloque Bertino reddendum, et monachum 
ad custodiam ibi ponendum censui et statui. D’abord 
remarquons que ce n’est pas la garde ou custodie 
du monastfere des chanoines qui est octroyte, mais 
simplement celle de leur eglise, edilitas seu cus- 
todia basilica, ce qui est bien different et constitue 
une fonclion d’un ordre particulier et tout-k-fait 
inferieur , ainsi que nous le verrons tout k l’heure. 

Pourquoi l’Eveque de Terouanne croit-il devoir 
rendre a l’abbaye de St-Bertin la garde de I’eglise 
de la Vierge, de celle du monastere d’en haut? 
Parce que lk , etait l’ancien cimetiere des moines; 
parce que Ik surtout etaient les reliques d’Audomar, 
du veritable fondateur des monasteres de Sithiu , 
reliques les plus venerees et auxquelles les moines 
savaient bien qu’ils ne pourraient substituer celles 
de Saint Bertin , dans la confiance des peuples, pas 



— 94 — 


plus que dans la teur actuelle. Aupres du patron, 
du protecteur par excellence , lea moines conser- 
vaient le degir d’etre entering (I); le droit leur 
en 4tait rendu par le fait que le gardien du corps 
saint et de I’^glise etait l’un des leurs. Au tombeau 
de Saint Omer allluaient les malades (2), et leurs 
offrandes 6taient pour la maison religieuse qui le 
possedait. Sur le monastfere possesseur des reliques 
venerees, rejaillissait une consideration souvent frue- 
tueuse. Ces benefices, jadis partages entre les deux 
monasteres nnis, etaient entiferement perdus pour 
celui d’en bas, depuis le jour de la separation; 
c’etait une grave et injuste lesion dans ses interets 
de toute nature et surtout dans ses interets ma- 
teriels. Le Custos de l’eglise et du precieux tom- 
beau rent) is & la nomination de l’abbe de St-Bertin, 
re?oit dans les chartes le privilege d’officier dans 


(I) Par nnterpnhation de quelques Inscriptions trouvdes k St-Bertiir, 
jVi fait voir quelle etait l’importance attaches par les moines k dire 
enterres aupres de leur fondateur. ( Mem. de la Soc. des Antiq. 
do la Morlnie , t. 7, p. 156), Le chroniqueur Folqoin signale, p. 96, 
la sepulture dc I’Evdque Saint Folquin au cdtd droit de Saint Berlin. 
Quel ne devait pas lire, k plus forte raison, le ddsir des moines de rece- 
voir la sepulture aupres du corps de Saint Omer. Ce fut I’Empereur Lesn 
(457) qui en abrogeant la defense d’enterrer dans les lieoi habitds,tombee 
en desudtude , laissa un libre cours a la volonte des chrdtiens do . 
reposer aupres des martyrs et des saints. La question de savolr si 
un mort pouvait profiler k dire entered aupres d’un saint fat mdme 
posde a Saint Augustin. 

(2 ; Multi enim variis tanguoribus fatigati , cum ad beatt Au- 
domari lumulum veniunt , divind largientc gratid , subitum recipiunt 
sanitatem. ( Vies de Saiul Omer , loc. cit. , p. 401 ). 



— 9ft — 

1’eglise des chanoines , quatre fois l’an , aux jours 
de solennites determinees : ut et quatuor temporibut 
in anno missarurn sollempnia celebrarent ; il re<?oit 
en mfeme temps le droit utile de percevoir , ces 
quatre jours, les offrandes des fideles : quidquid ad 
ipsum altare veniret. 

Les avantages octrois par Saint Folquin au mo- 
nastere d’en bas , ainsi determines , ne paraissent 
aucunement arbitraires ; ils ne sont qu'une faible 
indemnity honorifique et pecuniaire , et sous ce 
point de vue , une legfcre reparation d’une injustice 

veritable : perpendens injustitiam lacrimabilem 

qualiter eundem locum ad pristinum honorem valereth 
reducere. La decision de l’Eveque prend un caractere 
d’equite qu’elle ne pouvait avoir dans l’interpr&ation 
erronee et partiale des moines , faite apres coup , 
pour la satisfaction de leur amour-propre. Tout 
s’eclaircit, les faits s’enchainent. Les chanoines 
furent mecontents des droits accordes a leurs ri- 
vaux; les moines les regarderent comme insuf- 
fisants et ils ne B’en coDtenterent pas; ils tentferent 
bientot, par un acte de violence, d’attenuer les con- 
sequences d’un etat de clioses qui leur laissait de 
continued regrets, et qui ne donnait pas satis- 
faction entiere a leurs demandes , a leurs int£rets ; 
ce fut le point de depart de leurs perp£tuelles 
tentatives. Un jour de l’an de grace 843 , une 
agitation extraordinaire se manifeste dans l’enceinte 
du monastfere d’en haut ; en un instant elle se 



— 96 — 


communique & tons les habitants voisios. Est-ce 
an puissant ennemi qui s’approche? Non, c’est 
l’abb6 de St-Bertin qui, d’accord avec le moine 
Morus , gardien de l’eglise des cbanoines , s’est 
enfui avec le corps du saint fondateur, pour l’eloi- 
gner k toujours de la terre de Sitbiu. On s’arme 
et sous la conduite de l’Eveque de TCrouanne, on 
rejoint 1’infidele abbe et 1’on ramene en triomphe 
la precieuse relique (1 ) ; l’esperance de la rem- 
placer dans la confiance du peuple , par celle de 
Saint Bertin, est ainsi decue (2). 

La fonctiou de Custos , ancienne dans les cba- 
pitres , y etait generalement d’un ordre peu eleve ; 
je pourrais en joindre des preuves a celles donnees 
par les chanoincs de St-Omer , dans les archives 
desquels on voit a toutes les epoques, le Custos 
nomine le dernier de tous les dignitaires. Je pourrais 
ajouter que l’existence siraultanee du Prevot et da 
Custos, dans le chapitre de St-Omer, resulte de 
litres fort anciens ; que des bulles papales recom- 
mandent a ce dernier une soumission complete aux 


(1) Voir Folquin et une foule d'autres auteurs. Dom Guillaume 
de Wine, dans la vie miraculeuse de Monseigneur Sand Folquin, 
tmprimee en 1618 , p. 7 , raconte ce tail en Tappuyant sur le 
legcodairc de Feglise cathedral?. 

(V Folqoin , p. 90, assimile k pen pres la protection donnde 
par les deux saints patrons ; Saudi Audomari corpus , cujus ope 
el auxilio , una cum sodali suo Bertmo 9 dil-il. 11 en est de 
nrnK de tous les auteurs bertiniens. 



— 97 *- 

diverses autorites canoniales (1). J ? ai quelque 
chose de bcaucoup plus important a dire : une 
eustodie de I’Sglise , une custodie speciale a ox 
lieux saints, existait au monastere d’en-bas, k 
l’abbaye de St-Bertin, des les temps ies plus 
anciens. Elle se manifeste dans sou histoire au, 
commencement du 8" siecle (2) , et dans ses di-. 
plomes en 853 (3). Vers le mSme temps on voifc 
meme le Gustos ecclesia charge des de tail s des 
distributions a operer annuellement pour un anni- 
versaire (4). A la meme epoque, le celebre. 
moine Guntbert est reconnu pour Custos des lieux 
saints (5). En l’annde 874 , le roi Charles octroie 
un marche pour Sithiu; les profits furent des- 
tines a entretenir les luminaires des saints Omer 
et Berlin; une fois l’annde, dit la charte , le 
Custos de I’dglise, en attribuera une partie aux ne- 
cessity des freres du saint Lieu : custos ecclesim 
fratribus ipsius sancti loci, refectionem exinde tri- 
buat (6). 

En presence des preuves que la charge de 

(1) Bade da pape Alexandre 3 de I'annde 1179 : Cutlot qui mi- 
nuter diciiur, til in poletlale p rapotili, decani et capituli, prop- 
ter om amenta qua in ejut potettate tunt. 

(2) Lhagiographe de St-Bertin dit que lorsque le vol fait sous 1’abbd 
Erlefride fut commis , le coupable dvita la presence des cutlot ee- 
cletia. (Cap. 13). 

(3) Ad cutlodiam eancti Petri et icmeti Bertini, (Chart, sith p 94 ) 

(4) Id. p. lio. ' 

(5) omni tempore vita tua Mi tanctit Locit cutlot. (Id. p. 164). 

(6) Id. p. 120. On tronve encore en 1225 un Custos de I’egliee de 

St-Bertin. • • 


13 



— 98 — 

Castos existiit au huitifeme sifecle , poor le mo- 
nastfere d’en bas, avec les fonclions de simple 
administration materielle de I’eglise , pouvons-nous 
croire que dans le monastfere d’en haot , le cuttos 
basilica ou ecclcsia selon les expressions des cbartes 
et do moine Folquin lui-meme (1) , Yediluut ec- 
desia selon l’expression du vieil auteur de la vie 
de St-Bertin, (2) ait ete le chef des chanoines? 
Nous le pourrions d’autant moins que les chartes qui 
nous font connaitre le Custos de l’eglise d’en haut , 
expriment une charge a la nomination de l’abbe de 
St-Bertin. Le titre de Privot ou priposi etait 
^galement en usage au monastfere d’en bas, des 
le commencement du 9 e siecle ; il y 6tait attribue 
aux delegues de l’abbe , pour la direction des 
maisons religieuses depend antes de 1’abbaye , de 
celles de peu d’importance meme , comme le prouve 
cette mention de l’aunee 806 : cella qua dicitur 
Hebrona , ubi Ebroinus propositus esse videlur (3) , 
mention corrobor£e par beaucoup d’autres poste- 
rieures (i). Dans cet etat de choses , est-il croyable 

(1) Ante dietus autem eutlot eeeletia monu, ( Chart. Sith. p. 93.) 

(2) II dit Herric edituut tccUsUt 9 comme nous alloot le voir. 

(3) Chart. Sith. p. 68. 

(4) Parmi4es noms des prdvots et des doyens rdvdlds par les cartulalrea 
de St-Bertin, pendant le cours des 9* et 10* sieclen, il pourrait y en avoir 
des chefs du chapitre de St-Omer. Beaucoup d’etrangers au monastere 
d’en bas signent ses dipldmes. La plupart tootcfois sont bien lea noms 
dea digoitaires du monastere de St-Bertin. Guntbert fut elevd aux bonneura 
de la prevdtd vers l’annde 850; flildrade dlait prevdt en 890; Wicfride 
en 935 ; Hemfride en 938 , 959 et 961. La certitude de rexiateiice da 



— 99 — 

est-il possible m&me, que le titre de Pr6vot eut 6ti 
refuse au del6gu4 de l’abb6, s’il avait eu la direction 
de l’important monastfere d’en haut , poor lui 
dooner celui de Custos , expression d’une fonction 
particulifere k l’cglise , et tout k fait secondaire 
dans le monastfere d’en bas? Non cela n’est pas 
possible. Je n’hesite pas k dire, dfes k present, 
que si le Custos est, pour les historiens de l’abbaye, 
le predecesseur du Pr4vot , que si ses attributions , 
sous leur plume, se sont transforms en celles 
de la dignite la plus ilevee chez les chanoines, 
il n'en sera pas ainsi pour nous , qui sommes 
desinteresses et impartiaux. Je n’aurais certes pas 
besoin d’en aller chercher d’autres preuves que 
toutes celles qui precedent; toutefois, malgre leur su- 
rabondance, j’en donnerai encore de trfcs significatives, 
tiroes des chartes de 839 elles-m&nes et d’un fait qui 
les a suivies de prfes. Le Custos basilica y re«joit, nous 
l’avons vu , le privilege d’officier quatre fois l’an dans 

prdvots spdciaux k St- Bert in, d&s an moina le 9* af&ofe, est donnde par 
Guntbert , moine, qui vers 831, stipule des reserves dans sa donation, 
en cas que Pen vie et 1’avarice des prdvots, le forwent k sortir du mo- 
nastere ; elle est garantie par la charte de rempereur Charles en 
877, qui ordonne que les prevots et les autres ministdriels du monastere 
soient cholsis k l'election parmi les moioes ; elle Test par les mentions 
de : Wicfridus hujus noslri monasterii Silhiu preposilus en 935, de : 
Engelandus loci hujus aulem preposilus en 947. II en est de mime 
pour les doyens du icons* tere d’en bas. Amalbert dtait doyen, en 854; 
Dotsolon, en 890 ; Witnemare, en 938, et Odoldus, en 961. L/exprcssion 
de : Leduinus decanus si monaeus , 6te loute equivoque (Chart. Sit. 
p. 98, 125-157)* 



— -400 — - 

i’eglbe des ebanoines et de percevoir alors lea of* 
frandes deg fideies. Sont-ce lk les droits d’un superieur 
dans une communaute ? Sont-ce la les limites qni 
auraient du Otre donnees, par an saint ev£que , a 
celui qui, cororoe chef , aurait du montrer I’exemple 
du zfcle religieux ? Je ne formulerai pas de r£ponses ; 
elles se trouvent negatives dans toas les esprits. 

Le fait qui a suivi de pres l’obtentiou des char* 
tes, nous est deja connu. Morus, rooine de St- 
Bertin, est le premier Custos de l’eglise des cha* 
noines , nomm6 par l’abbe du moaast&re d’en 
bas (4). Quatre ans apres il prete son concours 
a 1’ enlevement du corps de saint Omer ; il le livre 
h son chef, a son abbe. Non-seulement , ce fait 
detruit , par sa signification , les pretentions de 
domination du monastere d’en bas sur celui d’eu 
baut; non-seulement il prouve que les moines 
Savaient bien ne pas avoir la veritable possession 
du corps de saint Omer, malgre les mentions fas- 
tueuses et inexactes de leurs diplomes , puis- 
qu’on ne d£robe pas ce qu’on possede veritablement, 
mais il d^rnontre que Morus n’etait pas le supe- 
rieur des cbanoines. L’action imputee a ce Custos 
de l’kglise du monastere d’en baut , n’aurait sans 
aucun doute, pas eu lieu de sa part, s’il avail occupe 
la premiere place chez les chanoines. Chef et haut 
dignitaire , il aurait eu l’esprit de sa charge. 
Comment aurait*il pu consenlir a eloigner de sa 

(!) Le signum Mori monaehi e»t au bat de* dlpldme* de 839. 



— 101 — 

tnaison, son plus beau titre de gloire , sa plus 
grande cause de prosperity , ce qui lui donnait 
alors l’importance a laquelle il aurait tout parti- 
culierement participe. Au lieu de livrer le corps 
de Saint Omer a Hugues , abbe de St-Bertin et 
de St-Quentin , pour etre transport^ dans ce der- 
nier lieu , il l’aurait defendu comme un proprie- 
taire defend son bieu. L'action attribute au Gustos 
par les chroniqueurs , est bien plutdt celle d’un 
fonctionnaire inferieur, rest 4 sous la main de son 
chef abb4 , et jaloux de la position superieure de 
ceux avec lesquels il devait vivre , que d’un digni- 
taire glorieux de sa position elevee. Ce dignitaire 
mOme aurait 4prouv4 de grandes diihcultes pour 
executer son action mauvaise s’il 1’avait con^ue ; 
il aurait do tromper ou corrompre celui qui , muni 
de la confiance de ses freres , aurait garde de plus 
prfes le corps saint. 

Les fonctions du Gustos ramen6es k leur verita- 
ble caractere , tout d’inferiorit6 et de speciality k 
la garde de l’eglise, le droit de le nommercons- 
titue un privilege bien inferieur k celui pretendu 
par la partie interessee , mais qui cependant n’etait 
pcs sans quelque importance. L’embarras eprouve 
par les historiens de 1’abbaye de St-Bertin, pour 
preeiser le moment ou ce droit cessa , aurait pu 
donner la pensee de sa perte immediate apres 
l’abus auquel il avait donne lieu , et que Saint 
Folquin, lui-meme auteur du droit, avait du reprimer. 



— m — 

Mais 1’hagiographe de Saint Berlin , suivi par 
Yperius , donne a Herric , a la fin du 9® siecle , 
les litres de moine et d 'edituus de l’eglise de 
1’evSque Audomar (1). La m£me signification de 
duree du droit de Gustodie est donnee par plu- 
sieurs diplomes des archives de St-Bertin , et surtout 
par celui de l’annee 874, du roi Charles-le- Chauve. 
Si sur la demande de l’abbe de St-Bertin, ce 
prince octroyant un marche a Sithiu , veut que les 
profits servent a entretenir les luminaires de Saint 
Omer et de Saint Bertin , c’est qu’evidemment la 
garde des deux corps demeurait encore h l’abbaye. 

Plus ou moins longtemps conserve , le privilege 
donne par Saint Folquin, n’entraina pas la domi- 
nation du monastfere d’en bas sur celui d’en haut ; 
il ne soumit pas l’administration du dernier a celle 
du premier. Aucune trace de ses affaires, apres la 
mort de Fridogis , n’existe dans les cartulaires 
de St-Bertin , si exacts a reproduire toutes les 
operations faites dans l'interet de l’abbaye. Le 
moine Folquin lui-m&me , montre, a la date de la 
mort du comte Adalolphe , en 933 , une distinction 
rtelle entre les interets des deux maisons (2). Ce 
comte, abbe de St-Bertin, offre specialement des 
dons a Saint Omer , et le comte Arnoud , son 

(1) Saint Omer, apparait : cuidam monacho c osnobii S. Bertini edituo 
scilicet ecclesiae prefali prcesulis memorabilis person nm viro noslrm 
Berrico. (Vita S. Bertini t m a . n* 819.) 

|2) Chart, ail. p. 141. 



— 103 — 

successeur , pour 6 viter la jalousie des moines , fell 
des offrandes absolument semblables a Saint Bertin. 
L’indepcndance absolue du monastfcre d’en baut 
apres la separation, ressort de tout ce qui precede , 
combine avec l’octroi de privileges sp£ciaux , fait 
aux chanoines de Sl-Omer , vers l’annge 863 , 
pour la premiere fois , sur la demande du comte 
de Flandre, Baudouin , Bras-de-Fer (1). 

Ainsi done , preseance accords aux moines sur 
les chanoines ; nomination par les moines du gardien 
de 1’eglise des chanoines seulement, avec le droit d’of- 
ficier quatre fois l'an dans cette eglise, et de percevoir 
alors les offrandes des fidfeles, k titre d’indemnite ; 
voila ce qui d^coule directement des ebartes de 839. 
Ce qu’elles donnent encore , e’est un t&noignage 
de l’ancienne union et de la separation des deux 
monast&res, dejk demontrees par d’autres preuves. 


J’ai pos6 en principe que l’appellation Sithiu , 
6tait primitivement commune aux deux maisons 

(1) Cet privileges soot rappelds dans les bulles papales de Tanode 
1075, comme ayant did donnds sur la demande du comte de Flandre 
- Baudouin, Bras-de-Fer : Renovamueque eliam ilia que bealus Ni- 
cholaus , a bealo Gregorio quadrageeimus secundut , eidem eccle- 
He fecit , privilegia , petente Balduino quondam tuo progenitor e , 
qui ad eanctorum limina ad eundem papam veniene , promeruii 
paciflcari eorum auctorilale cum socero suo karolo imperatore 9 
cujue filiam copulaverat eo ignorante. ( Arch, de Fex-chapilre , 
dipldmea belgiques , et les radmoires de la Socidtd des Ant. de la 
Morinie, t. vi , p. iv). 



— 40 * — 

monacales renfermees dans les murs de noire 
ville , et que cello de St-Omer, leur fut quelque- 
fois confusement donnee vers les premiers temps; 
j’ai non-seulement le devoir de prouver mes asser- 
tions , mais j e dois dire dans quelle mesure cette 
communaute de noms et cette espfece de cqnfusion 
eut lieu , et qu’elle est leur veritable signification. 

La determination des divers noms de la ville 
de St-Omer , ou mieux des diverses parties qui 
l’ont formee , n’a pas pour seule utilile d’aider 
aux conclusions de mon travail. Si elle est appelee 
& certifier une partie des opinions ci-devant enon- 
cees; & les corroborer par ses consequences; a 
dire le degre de creance que nous devons ac- 
corder aux documents mis en jeu par les deux par- 
ties adverses (1); elle est aussi destineea eclairer 
l’histoire de la ville de St-Omer , dont les com- 
mencements sont intimement lies a la fondation ' 
des deux monasteres. L’attribution rigoureuse de 
ces divers noms doit necessairement entrainer un 
point de vue nouveau, dans l’appreciation des 
elements qui ont constitue la ville de St-Omer , et 
par contre amener des idees plus precises sur son 
organisation au moyen-age , comme cette organi- 
sation, dans sa forme collective, est appelee retros- 
pectivement a verifier ce point de vue nouveau^ 

Parmi les titres presen tes en extraits justificatifs 

$1) De to justification on non* justification des noms prod aits par 
les titres , depeodra la foi que nous aurons en eux. 



— 405 — 


par les chanoines , dans tears memoires , if en eat 
un assez modem© , mais qui s’appuie sur des li- 
vres anciens. II s’ exprime aiiisi : Adrualdut illustre 
en son temps, seigneur de Hebbingahem., qui aprfo 
fu nomi Sithieu et mainlenant St-Omer (I). Ce 
nom d’Hebbingahem , que les ecrivains du chapitre 
n’avaient pas inter&t k inventer , fut vivement 
attaque par les historiens de l’abbayc de St-Bortin. 
L’un d'eux s’ecria : Nous avons obligation d V auteur 
de cel acte de nous apprendre que la terre de Si- 
thiu s'appelait auparavant Hebbingahem , personne 
avant et aprh lui ne s’est avisi de le dire (2). 
Cette appellation fut defendue avec knergie, et 
l’historien Hennebert , ebanoine , I’a reproduite 
dans son histoire generate d’ Artois (3). Depuis on 
s’etait divise d’opinion au sujet de ce nom (4) > 
dont les historiens plus ou moins recents , n’ont 
meme pas tous parle (3). Son existence est restee 
problematique jiisqu’au jour oil je l’ai retrouvk 
dans un compte maauscrit et original , des rentes 
dues a la maladrerie de St-Omer, pour l’annee 


(1) Mcraoire pour les doyen , chanoines 9 etc., p. 46. Vdrite de 
rhist. de Peg. de $t-Omer, p. 3 et 12. 

(2) Dissertation kistorique et crittqoe surl’orlgine et Tanclennettf 
de I’abbaye de St^Bcftin , p. 314. 

(3) T. I. p. 25. 

(4) Voir M. Quenson , Notre-Dame de St-Omer , p. 6, 29 et 30. 
V. Piers , Varidtds liistoriqaas , p. 10. M. Derheims , Hist, de la 
tille de St-Omer, p. 48. 

'5)‘Dott Devienne et P. Caiillel ri'en paflent pas. 



— 406 — 


4446 (4). On j voit des rentes 6tabliet sur quel- 
ques maisons & Hebbinghem , lieu voisin de la rue 
Boulenisienne , non loin de l’esplanade actuelle. 

De ce fait qu’une partie de la ville ou de ses 
faubourgs portait encore au 45® sifecle, le nom si 
controversy, il resulte que l’appellation Hebbin- 
ghem appartient certainement k notre topographie, 
qu’elle est decidement historique pour nous, et 
que les cbanoines ne 1’ont pas inventee. Le ma- 
nuscrit qui donne ce nom en regoit une autoritd 
nouvelle. Mais son auteur qui 1’avait trouve dans 
des livres anciens, oil sa mention est maintenant 
un litre en leur faveur, n’a-t-il pas fait une 
interpretation tres bardie et mSme tout-k-fait er- 
ronee , en disant qn'Hebbingahem , fut apres nomi 
Sithieu , et ensuite St-Omer? N’a-t-il pas pris une 
partie pour le tout ? Lui qui devait savoir qu'Adroald 
donna & Monsieur Saint Omer.... plusieurs terres et 
seigneuries d lui appartenants , puisqu’un manuscrit 
du chapitre l’a dit, n’aurait-il pas dti s’ exprimer 
autrement qu’il ne Fa fait? S’il avait avance que 
parmi les seigneuries ou mieux parmi les terres 
possed6es par Adroald , il y en avait une nommee 
Hebbinghem , il se serait trouve d'accord avec la 
seule interpretation permise aetuelleraent. S’il avait 
ajoutd qu’une partie de la terre d’Hebbinghem fut 
sans doute incorporee dans la ville de St-Omer , 

(1) Compte de* rente*.., appartevans A la maiton *f hospital de* 
l 0 drt$. J’eo ai parle dao* one lecture publique fait* eo 1846. 



— <07 — 

et certainement dang l’un de sea faubourgs , U 
aurait rencontre la v£rit6. Hebbinghem et Sithiu 
existaient ensemble et non loin l’une de l’autre ; 
le nom de la premiere de ces deux villa a meme 
dure plus longtemps quo celui de la seconde , 
mais sans importance , saus ceiebrite , et il ne 
se rencontre que tres rarement dans lea documents 
historiques. 

Le nom de Sithiu est complement dominant; 
il apparait a nos yeux , pour la premiere fois , 
dans la charte d’Adroald , de l'annee 648. 11 y 
porte le cachet d’.une designation antique bien 6ta— 
blie , bien connue , mais sa portee a ete fort exa- 
geree , son application trop etendue. Contrairement 
aux idees revues , le nom Sithiu y exprime une 
surface de terrain fort restreinte , et tres limitee. 
Audomar , sous le nom d'Adroald , octroye la villa 
nornmie Sitdiu , posie tur le fleuve de l‘Aa, 11 y a 
dejk, dans celte expression , une precision de po- 
sition d’aprks laquelle on ne peut pas etendre 
cette villa , au-delk des rives de ce fleuve. Folquin 
corrobore cette interpretation ; selon lui , la terre 
de Sithiu etait entierement deserte k l’arrivee de 
St-Bertin ; les hommes l’avaient delaissee k cause 
des exhalaisons putrides des marais et de l’epais- 
seur des bois, pour en laisser la jouissance aux 
animaux de toutes espfeces (1). La tradition et 

(1) Sithiu cum duobus adisset loca t tunc temporis, obnimiammutto - 
rum paludum putreditatem vet nemorum demitatem per omnia invenit 



— 108 — 

quelques interpretations de titres anciens , d’accord 
avec l’apparition hative de noms de magistrate civils et 
jodiciaires, et I’dtablissement d’une eglise paroissiaie 
des le milieu du 7® siecle , disent au contraire que la 
partie haute de la ville de St-Omer, intra et eztra- 
murot, avait avant cette epoque, ses habitants (1), son 
chdteau-forl (2) et son temple payen meme- (3). Voila 
done deux localites distinctes , Sithiu et une autre 
tres voisine dont le nom n’est pas determine. 

Le peu d’importance et par consequent le peu 
d’etendue de la terre de Sithiu ressortent de sa de- 
signation ordinaire sous le titre de villa et plus 
eneore sous celui de villula. -L’appellation villa 
Sithiu, la plus fr6quente dans les Charles , est 
usitee par les plus anciennes vies de Saint Omer, 
en opposition calcul6e avec le titre de view , attri— 
bue aux terriloires plus considerables (4). Gomme 


Jteurla , nec ad usus hortiinum nisi quod el adhuc incolis non 
deal pro capescendis tquamigerorum yeneribus f quid unquam 
ulilia, (Chart, hit. p. 17). 

(1) Voir lea noms de different* magistrals , a Sithiu , repris a 
la fin de cette notice. 

(2) Voir la note B , a la fin de cette notice. 

(3) Voir le memoire sur riutroduction do christianisme dans la 
Moniiie , par fif . 1’abbe Frecbon , t. 6 des memoire* de la Morinie 
p. 33. 

(4) La distinction y est bien tranchde dans cette phrase : Beutus 
Audomarus episcopali more vicos circuiret t pervenit ad quamdam 
VO~abulo Sithiu villain. ( Mem. pour TEvdque de Sl-Omer, p. 17, 
etc ) Les lieu* aunt ainsi clusse* dan* .ledit dc Piste* , sous 



— 109 — 

tou jours sa .position y est determinee sur teifleuve 
de l’Aa (1). L’appellation villula Sithiu est em- 
ployee en l’annee 887 , pour indiquer le lieu de 
situation de 50 mesures de terres , posees contre 
la riviere d’Aa , et donuees par l’abbaye , en jouis- 
sance viagore a 1’Avoue Odgrin , aCn qu’il les mette 
en culture et les ameliore ( ad excolendum at 
emeUorandum ). Elle determine une distinction veri- 
table entre le bourg ou le terrain bali , occupe 
depuis un long temps , auquel le nom Sithiu avait 
6te etendu, et la terre fort peu importante, la villula, 
specialement nominee Sithiu, encore en grande 
partie inhabitee au 9* siecle , et composes de ter- 
rains ou incultes ou nouvellement livres a la cul- 
ture (2). 

La concentration de la terre de Sithiu sur les 
rives de 1’Aa , est parfaitement exprimee dans 
1’acte de donation directe de l’eglise Notre-Dame (3), 


Cbarles-Ie-Chauve ; et in omnibus eivitatibus et vicis ae v Hits. 
(■ Syrmondus , p. 305-830 ). 

(1) SUkiu ex prafata villi nominatum , super agnionem tluvium. 

(2) Bunaria L jaeenlia in villula qua dieitur Sithiu super fluvio 
agniona. ( Chart, sit. p. 129 , et le grand c&rtulaire. 

(3) Saint Omer y parle de l’eglise de la Vierge com me si elle 
e'tait batie dans l’lle , et de son corps comme devant dtre rapportd : 
in prafata insula , tandis qu’il est constant que ce saint fut enterrd 
sor la hauteur. On a fait de ces expressions un motif de suspicion 
coctre la charte ellemdme. C’est a tort, seloo moi , car elles me 
paraissent au eontraire une indication d’authenticUd. En effet, si un 
.fMrasaire avaib fahriqod la charte , il aurait eu le soio d’e viler ce 
qui est une erreur matdriellemeut parlant. 



— 110 — 

pair Audomar lui-mSme. On peut m$me induire 
de ce dipldme, comme de plusieurs autres , que la 
villa Sithiu n’etait primilivement que I’ile de ee 
nom , sans extension au-dela de ses limites. En 
effet, que voit-on dans cette donation au monas- 
ter e de l’ilede' Sithiu ( insula Sithiu monasterio )? 
L’expression insula Sithiu (1), si ordinaire au 
monastere d’en bas , prise dans une acception ge- 
neral et 4tendtie au cloitre bati sur la montagne, 
absofumenl de mfeme que 1’expression villa Sithiu 
le fut si freqiiemment depuis. Le monastere d'en 
bas, ce principal! lieu d’habitation des moines, 
entraine avec lui , dans une designation qui lui 
est propre, le monastfere d’en haut place dans sa 
dependance et dont le sol avait bien certainement 
porte jusques alors, un nom particulier de lieu (2). 

L’ile de Sithiu dont on a combattu 1’ existence 
tres ancienne , comme moyen de battre en breche 
les vieux dipldmes qui en parlent, existait au 
temps d’Adroald. L’antique auteur de la vie et 
des miracles de St-Bertin , dit non-seulement que 
le lieu du monastere d’en bas 6tait naturellement 
fortifie : locum naturaliter munitum ; mais il narre 
1’histoire d’un voleur qui, au commencement du 

(1) La locnlion : monatterium constructum in insula Sithiu , ra> 
vieot bien souveut, 

(*) Dans les vies de Si-Oroer , en parlanl de la premiere dglise 
dievec par Saint Outer , il y a l ’ex press ion : in to ioto, comm* 
iiidiquanl une loeatite p&rticuliere* 



8* sifecle, aprfes avoir commis son crime , voulut fuir} 
il parcourut les*marais alors en partie habites et 
eompris dans Tile du monasteye , mais il ae trouva 
cerne de tous c6tes par l’eau et par les terres 
marecageuses ; n’ayant pas de bateau it sa dis- 
position, il fut oblige de revenir vers la seule 
entree du monastere, placee k Toccident (1). Cette 
ile devait Sire primitivement moins petite que par 
la suite des temps ; anterieurement aux travaux de 
regularisation du cours de l’Aa, par 1’abbS Odland , 
au commencement du 9® sifecle , elle devait gagner 
davantage sur la ville de St-Omer (2) \ avant 
l’enceinte tracee par l’abbe Foulques , puis par 
le comte Baudouin-le-Chauve , si elle ne s’eten- 
dait pas sensiblement d’un cftte vers St-Momme- 
Iin (3) et de l’autre vers Arques , elle comprenait 

(1) Bevertens per medium monasterium iter arriperei , insu- 
lamque peteret que irUra paludem ejusdem monasterii eita est 9 
ut ubi apud quendam sibi cognitum reponcrel quod furtim & 
Maoris abslulerat ... inde aquatum ac paludis impedimenta cer- 
nerel , nam ut nescieniibus loquar locus ille tails est ut per 
mille passus et multo amptius nisi navigio non haheat Ingres* 
sum y excepla una porta ab Occidents . (Cap. 15). 

(2) Voir la note C a la Gn de ceite Notice. D’apres les MHnoires 
touchant le fait de Vaman de Sl-Berlin (G 4 cart. t. 5., p. 442, 
annde 1388) , le Gef de St-Bertin s’dtendait sur la Title Jusqu’a la 
naissance de la ruelle conduisant a V A lire St- Jean (Place actuelle 
des Concerts). 11 allait done au-dela des linoites Iracdes alors conkne 
actuellement par le cours rdgolarrsd de l’Aa, et rappriochd de I’dgUse. 

(3) Mox ergo in lerritorio quodam ejusdem villas pariter in * 
sistant operi , qui locus ad prassens usque vetus monasterium 
ex re ipsa dinoscitur censeti. (Vita Sane ti Bertini per Polcarduas , 



an moms le faubourg qui a re ten a te nom d*fle 
(Izel) (I) , et la partie de la vilfe qui Favoisine 
et quo la riviere d’Aa enserrait. 

Une indication bien puissante qn'il ne faut pas 
alter chercher primitivement la villa , la villula 
Silhtu , aa-dela des bornes de File primitive , est 
donnee par les travanx penibles aaxqnels Saint 
Berlin a du se livrer , pour asseoir et edifier son 
monast&re. Si cet abbe fbndateur, devenu pos- 
sesses de la villa Sithiu , avait eu la propriety 
de la colline occidentale , dont le pied baignait dans 
le marais si malsain de File , il ne se serait pas 
donne toutes les pcines qu’il dut prendre pour 
rendre le sol de cette ile propre a porter son mo- 
nastere (2) ; il l’aurait construit sur un terrain 

monacfaoa Silbiensem , hkoIo xl Man*, n* 773, de la bibliothAqoe 
de Sl>Omer). Le lien do vieux monastere h St-Mommelio ne pent 
aroir fait partie de bilhio qoe comme dlpendance. La seignenrie da 
HautPont et d*aotrea encore les separaient. 

(!) L’eglise paroissiale da feaboorg luit posee dans Fenclos de 
$i-Bertin * pres de l'eglise abbatiale ; * elle etaii connae sous le 
r*om de St-UarUn-en-Me • La propriety de St-Berlin , a’etcn- 
dait Josqa’sa lieu nomml la Moire. Piusieurs discussions eurent 
lieu entre le magistral de St-Omer et l’abbaye poor la Moire ; mafgre 
sa position dans la banlieue , des droits riels y furent reconnus 
k Fabbaye. (Arch, de la ville). 

(3) Krai enim d eolle oecidenlali cetpet vergens et in modun 
lingua devexa planilie vieinam paludem ingredient ; atque ex 
ipta palustrt lue que ulrumque exumebat dittolulut salieibut 
atnisque frequent. Egrettus h navi pulri profundo pelrinam molem 
fl rtnare tewplal divinoque frelut adjutorio pravam loci naluram 
magna laborit tui intlanlia tuperal (Folcard, loc. cit')- " ** 



— m — 

haturellement dispose h le receVoir ; il 1’aurait ediflte 
dans le lieu , oil quelques annees apres , avec 
1’autorisation d’ Audomar , il pla$a le cimetifere de 
,ses moines. La preuve qu’il ne faut pas chercher 
la terre de Sitbiu au-dela des limites de File na- 
turelle, existe enfm dans la comparaisdn des 
deux titres primitifs des possessions du monastfere. 

Audomar , ai-je dit , est le veritable donataire 
des biens d’Adroald ; il en transmet d’abord une 
partie a Berlin ; il lui remet la villa Silhiu dans 
6on integralite, puisqu’aucune restriction n’est ex- 
primee dans l’acte de donation , el qu’au contraire 
on y voit les expressions extensives s bum omni 
merilo suo , vel adjacentiis sen aspicienliit ipsius 
villa. Et cepeudant, en transmettant la terre de 
Sithiu aussi entiere , aussi intacte , et avec des 
dependences prises partni les liberalites d’Adroald , 
Audomar ne donnait pas tout ce qu’il avait re$u ; 
il conservait l’emplacement du monastfere d’en haut 
avec tout ce qui en dependait; il y faisait acte de pro- 
•prietaire encore , seloh Folquin, Folcard , et tous les 
autres historiens de l’abbaye , en y autorisant l’4ta- 
blissement du cimetiere du monaslcre d’en bas et 
d’une petite basilique consacrSe a la Vierge Marie , 
pour le desservir (1). Cette partie importante de la 

(l) Le droit de propriety pour Audomar , est dgalement exprimd 
dans la version des chanoines , et la separation des deux partiel 
de la vilie y est bicn plus complete encore. 


n 



Hi — 


donation d’Adroald, qu’Audomar no transmit 4 
Bertin , que par un diplome posterieur de quatorze 
annees au premier , l’abbe de St-Bertin n’en jouit 
meme qu’apres la mort de l’Evdque de Terouanne(t). 
La partie haute de la ville et le faubourg voisin , ou 
gtaient 1’eglise St-Martin et la basil ique de la 
Vierge , n’etaient done pas compris dans la terre 
de Sithiu , ni dans ses premieres dependances 
nominees dans la charte primitive de donation. 
Rien ne semble plus rigoureusement exact, et 
cette conclusion est la seule que permeltent les 
titres. 

Par son acte de donation directe de I’eglise de 
la Yierge , avec tout ce qui lui appartenait , Au- 
domar ajouta une dependance de plus et nouvelle 
a la villa Sithiu ; a la mort du saint Eveque , elle 
y fut administrativement liee au point d’etre dore- 
navant et le plus souvent comprise dans l'appel- 
lation Sithiu , devenue commune aux deux centres 
reunis des proprieles des moines , lorsqu’on par- 
lait d’eux ensemble , sous un point de vue collectif. 
Mais lk s’arrete l’emploi du nom de Sithiu pour 
la hauteur oil furent depuis des chanoines. Si nous 
possedions des documents ecrits avant la mort 
d’Audomar et speciaux au monast&re d’en haul, 
ou au lieu sur lequel il fut place , nous lui trou- 


(t) Jgilur decedente domino Audomaro episeopo XXXV anno post 

prcdicli cimeterii et capellcB donationem ac deinceps ipsa 

basilica domino Berlino fail subdita (Vita S“ Berlini . m* 819. 



115 — 


verioos neeessairement un nom particulier , soit 
ancien, soit nouveau m£me, car il fallait pouvoir 
le distinguer du monastere d’en bas d’une manifere 
facile lorsqu’on en parlait separement. Du reste , 
l’appellation Sithiu, restee spdcialement celle de 
l’abbaye de Sl-Bertin aprfes la separation (1) , fut 
toujours le moins possible employee pour designer 
la partie haute de la ville actuelle de St-Omer. 
Bien avant la separation des deux monasteres , on 
les signalait separement par -le nom du Saint fon- 
dateur qui y avait re<ju la sepulture ou de celui 
auquel chaque 6glise etait particuliferement dedtee. 
L’appellation St-Omer etait dfes-lors attribute spe- 
cialement au monastere d’en baut , et le nom de 
Sithiu etait toujours surtout celui du monastfere 
d’en bas (2). 

Folquin en donne de nombreuses preuves (3) ; 


(1) II suffit poor s’en assurer d’examiner les dipldmes des car* 
tulaires de Sl-Bertin. Tous les aulres litres sont d’accord avec eux. 
Les annales vedastines , & 1’annee 879 , s’expriment ainsi : Dal - 
duinus ferreus cognomine comet moritur , tepelUurque in Sithiu 
monatlerio ... ( Documents german is , t. 1 , p. 517, t. 2 , p. 197, 
etc. , etc. ) 

(2) Actum in tupradicto toco Sithiu in atrio Samcti Bertini , 
dit un dipldme du Roi Charles en 788. Les deux cbartes de 839 
sont fakes la premiere , in ecclesia Sanclce Maria , la seconde, 
in basilica Sancti Petri apostoli. 

(3) Pour prdciser le lieu de la sdpulture de Saint Erkembode , 
mort vers 737 , Folquin dit : in monasterio S tl Audomari coram altare 
sanctcB Dei genitricis ( p. 50 ). Pour moutrer le concours des reli- 
gieux des deux maisons aux travaux d'Arques en 800 t il s’exprimt 



— M6 — 

mais ces distinctions aussi positives ne pouvaient 
etre etablies que sur les lieux memes. Au loin la 
celebrite du nom de Saint-Oraer le mettait en 
concurrence avec celui de Sithiu et il servait quel- 
quefois a designer les monasteres unis (1) ; il 
passa jneme , dans sa signification collective , la 
limite de 1’epoque de la desunion des deux mai- 
sons religieuses (2). 


ainsi : quinque ex Sancti Berlint monaelcrio quinque ex Sancti 
Audomari ( p 67 ), Pour indiquer le personnel du monastere de 
SKliiu avant l'abbe Fridogis , il se sert des mots ; centum et tri - 
ginta manachorum inter utraque monasteria , Sancti Bertini, Sane- 
Uque Audomari ; il ajoute ensuile : in capitaneo apostolorum seu 
Sancti Bertini loco ..... in Sancti Audomari quoque monasterio 
( p. 74-75). Gorbert Qt des dons separds 4 Saint Omer et a Saint 
Bertio ; mort cbonoine t in monasterio Sancti Audomari in monfe, 
son corps fut ports : ad monasterium Sithiu sepelierunt in basilica 
Sancti Bertini ( p. 160, 1G! ). Si 1’hommage d’un antiphonaire avail 
etd fait par Gunlbert a l'dglise et non au monastere d'en baot f 
il aurait dit a la fierge Marie ; le nom de St-Omer ne conve- 
nait pas alors a l’eglise , mais au monastere. Folquin dit encore : 
Fridogiitts .... cum canonicie in Sancti Audomari monasterio vi- 
vebat ( p. 75 ) Le titre de Beaii prdedda celui de Sancti . 

(1) Anno 750. Et Hildericus rex Merovingortim ex genere ortus t 
depositus , tonsusque ac in monasterio Sancti Audomari quod 
dicitur Sithiu trusus est. ( Gesta abbatam Fontaneilensium , Do- 
cumenta germ. t. 2 , p. 289 ). 

< Dans les annates francorum , regardees comme Ires anciennes , 
puisqu’on suppose que Reginon et Eg'nard , ou I’auteur de la chro- 
nique mise sous son nom les ont copiees , il y a : Hruotfridus 
notarius el Nantuarius de Sanclo Otmaro . Dans la chronica Ein- 
t\ardi : Nantharius de Sanclo Audomaro. Dans celle de Reginon : 
Rolfridus not . et Nanluarius. Dans les annales berlinienncs : Nan • 
than us de cwnohio Sancti Bertini. Ces dernieres sont dans le vrai. 

(.2) 839. Qua dc re commoli , cum Imperalor Bril anniam per- 



- m — 

La separation des deux maisons rnonacales, faite du 
vivant de Fridogis et consommee a sa mort , en 
l’annee 834 , amena la rigoureuse necessity d’avoir 
toujours deux noms distincts pour elles. Le noin 
Sithiu resta d’abord au monastfere d’en bas et on 
lui ajouta ceux de St-Pierre et de St-Bertin ; le 
nom de St-Omer continua d’etre celui du monastfere 
d’en haut. Ces appellations furent Vendues aux 
deux groupes d’habitations qui avoisinaient les 
raonasteres. La mission des deux chefs ecclesias-* 
tiques, n’etait pas bornee h l’administration de 
leurs religieux; ils avaient cbacun le patronage 
des laiques dont les demeures, placees aupres 
de chaque monastfere, formaient deux bourgades 
distinctes , & peu de distance 1’une de i’autre (1), 

geret juxta maritimos lines , et in monasterium Sancti Otmari 
quod dicitur Sidiu causa orationis pervenisset. ( Annates Laurts . 
senses ; Doc. germ. , t. 1 , p. 331 ). 

Ansgise abbd de Fontenelle, des anndes 823 & 833 , donne : ad 
Sanctum Audomarum libras duas et semis. ( Gesla abb. Fonta- 
ncllensiom ; id. t. 2 f p. 298 ). 

(1) Voir la nole 2 de la page 120. Malbrancq , t. 1 , p. 550 
et t. 2 , p. 395 , et lea plus anciens chroniqueurs , disent les 
Normands campes entre les deux enclos ; son plan de Sithiu anti- 
quum , montre deux groupes bien sdpards. Ces auteurs se sont sans 
doute guides sur le texte de la vie de Saint Berlin; on y voit les Nor- 
mands arrivant a Sithiu, a la fin du 9" sidcle; par une permission de Dieo, 
ces terribles ennemis se portent vers le lieu naturellement for ti fie, 
c*est*a-dire contre le monastAre de Sl«Bertin i ad locum naturaliter 
munitum , silicet S. Bertini piissimi suorum protector is... Entre lea 
deux monasteres: inter duo monasteria , Atait un jardin : po • 
marium , especc de fordt plan tee d'arbrcs fruiliers parmi lesquels 



— 118 — 


qui , en se rejoignant et attendant, constiluferent la 
ville actuelle. Les deux enceintes dont les forli- 
ficalioos furent augmenlees , a la fin du 9 e siecle, 
cel les d'en bas par I’abbe Foulques (1) , celles 
d’en haut par le conseil d’Herric (2), et qui furent 
reunies sous la direction du comte de Flandre , 
Baudouin 2 , au commencement du 10 e siecle (3), 
expriment positivement le besoiu , d’abord de deux 
ooms different , et eusuite d’un seul common aux 
deux groupes d’babitations adjoints. Cependant , 


s'elevait oo poirier remarquable. Oo re*o!ut de drfruire ce s arbres 
qui pouvaienl servir d’abri a«ix emu-mis : ne forte lalibalo inimicis 
esset christiani extirpate deer ever uni. ( Cap. 38, 40 } . 

(1) Vers Tan 878 ; sub eujus ( Folcmis ) tempore . ambitus cas- 
telti circa monasterium Sancti Berlini eft dimensus et per nu- 
1 titter ia dislrtbutus ; sed piurtmus rebus obslantibus , non est per- 
fectus . (Chart, sit. p. 126. Voir aussi Malbraocq , t. 2 , p. 362-387 
et lea autres aoteors. L’bapiographe it Si-Bertin parte dan* le mdasc 
sens : ambitus castellani cum consensu populi et procerum con - 
dictalus . mensuratus , ae per poteslates et ministeria ad per fa- 
ciendum distribute, receptus ex immodica parte jam cwptus : sed 
proh dolor propedientibus peccatis inconsummatus quam pro 
gqri amplitudine excusatione nefaria atque in fetid fuit impeditus 
et intermissus (Cap. 37 ). 

(2) Folquin o*a pas menlioood la vision d'Herric ; d’apres lea 
expressions de l’bagiograpbe de St' Berlin , fierric ne peot dire qoe 
le pronoteur et non IYiecuteor du travail de fortification. Malbraocq 
t 2 , p. 390 ; Dene uvi lie , anoales inuscrites de la ville de Si Oner, 
p. 39 , attriboent ce travail a Herric. 

(3) Baldutuus ( Coitus ) autem comes et abbas wumasterU SHktu . 
ambitum caslelU circa monasterium Sancti Bertini construxU ei 
per ministeria disposuit ( 918 ). \Ch. silb. p. 139, Voir Malbraocq, 
a laonee 902, t. 2, p. 433;. 



— m — 

avant meme 1’adjonction mat^rielle des deux groupes, 
dans les murs d’une enceinte commune , il 6tait 
quelquefois necessaire de les indiquer collectivement 
sous un seul nom ; Sithiu 6tail alors le veritable 
nom legal , comme il l’etait devenu pour les deux 
monasteres , lors de leur union administrative; il 
le fut encore quelques temps apres la reunion des 
deux groupes d’habitations (1) ; mais celui de 
St-Omer lui faisait une serieuse concurrence , tou- 
jours de plus en plus forte (2). N’est-ce pas avec 
le nom de St-Omer que parurent des deniers 
frappes sous Charles-le-Chauve et sous Charles-le- 
Simple (3)? N’est-ce pas au monastere ou au bourg 
d’en haut , que le moine Folquin iui-meme rattache 
le chateau-fort lorsqu’il le dit incendie en l’annta 
893 (4) ? La predominance du nom de St-Omer 
etait inevitable puisque c’etait aupres du monastfere 
de ce nom qu’existait la plus grande agglomeration 


(1) Un dipldme de l’annee 1015, cnlre autres , s 'exprime ainsi : 
Duobus monasteriis in loco Sithiu dicto constructs , quorum 
unum est canonicorum , allerum vero monacorum , sub nomine 
et veneratione sanctorum Chrisli confcssorum Audomari episcopi 
et Sancti Bertini abbalis (Ch. sit. p. XCIX , et legr d cartulaire )• 

(2) Lambert d’Ardres a l'annee 1072 , dit en parlant du Comte 
Arnould , mort en combat tan t : qui ante majus altare in ecclesia 
S. Audomari apud Sithiu sepullus est ( raanuscriU , cap. 28 ; Hist, 
des Gaules , t. XI, p. 298). C’est bieo a St-Berlin qu’ArnouId a 
ete enierre ; les moines ont meme mis au -dess us d' Audomari v le 
mot Bertini , dans leurs manuscrits. 

(3) Histoire monetaire de la province d'Artois. 

(4) Chart, sith. , p. 136. 



— ISO — 

des habitations , amenta par Faction meme loin- 
taine des merites du saint patron , par l’effet de 
la protection du chateau-fort , et par l’iufluence 
de l’air pur et sain qu’on y respirait. 

La superiorite du bourg (l) d’en haut est indi- 
quee par les expressions caracteristiques des vieilles 
annales vedastines. En l’annee 880 , les Normands 
s’emparent de Sithiu; ils saccagent le monastere 
et la cite i excepte ses eglises; ils saccagent le 
bourg du monastere et toutes les villa situees aux 
en tours : in circuitu (2).Une autre chronique , celle 
des Normands , en narrant le nteme dtaastre , 
determine l’attribution du titre predominant de 
dvitas, de cite ou les eglises furent preservees , au 
groupe d’habitations voisin du monastere d’en haut , 
et par contre le titre inferieur de vie, ou bourg du 
monasttae, au groupe place dans le voisinage de 
Tabbaye de St-Bertin ; elle dit Sithiu dans son 
ensemble , sous son expression collective , envahie 
par les hommes du nord et livrta aux flammes , 
excepte l’eglise de St-Omer bien fortifiee grace a • 
la Providence divine (3). Si l’hagiographe de Saint 


(1) C’eat au pied meridional de la mode chatelaine de St-Omer f 
quYst encore une rue nommle du Bourg. 

(2) 881. Xorlmanni vero cum infinUa muliitudine monatlerlnm 
Sildiu , ingressi 7 Kal. januarii , ipsum monaslerium et civitatem 
exceplis ecclcsiis , et vicum monaslerii , el omnet villas in cir- 
euitu pcrvagali sunt. (Donum, germ., t. 2, p. 19). 

(3) 881 , 7. Kal. januarii , northmanni Sithiu oppidum ingressi 



Bertin et le chroniqueur Folquin n’expriment pas 
la meme exception, lorsqu’ils parlent de 1’ invasion 
des Normands it Sithiu, ils ne disent rien qui la 
contrarie (1). 11s la rendent m6me probable, 
l’hagiographe lorsqu’il fait voir le monastfere de 
St-Omer muni d’une fortification particulifere faite 
avec beaucoup d’art (2), tandis au contraire qu’il 
montre 1’abbaye de St-Bertin d’abord abandon nee 
a sa seule defense naturelle (3) ; Folquin en ne 
citant que le monastfere de St-Pierre et de St- 
Bertin, comme ay ant ete incendie (4). 

Selon la plupart des auteurs voilk pour la m6me 
locality , trois noms successifs dont les substitu- 
tions sont precisees, Hebbinghem , Sithiu , St-Omer. 

Le nom St-Omer est certainement celui de 
notre ville entiere depuis des sifecles ; mais avant 
de le devenir , nous l’avons vu attribuer seulement 
a sa partie haute , et appartenir specialement au 


cum infinita multlludine , ipsum oppidum cum ecclesiis igne ere - 
maverunl , excepta Sancli Audomari ecclesia qua Dei procidentia 
bene munita erat. (Duchesnes, nnnales , t. 2, p. 527. Docum. 
germ., t. 1 , p. 534. Voir aussi Malbrancq , t. 2, p. 387 ). 

(1) Cum tola jam terra incensa el depopulata et plurima 
hominum fere coiisumpta .... (Vita S* 1 Bertini c. 37, p. 62). 

(2) Circa monasterium eximii presulis Auddmari , fusle , gleba et 
respite sicul artiflciosissime ila et jam firmisse conslruclam. 

(3) Voir ci-devant, p, 117, note. 

(4) Hujus anno primo (Folconis ) monasterium Sancli Petri et 
Sancli Bertini , jam vice altera a nordmannis csl incensum , V 
Kalendas augusli. (Chart, sit., p. 126). 

Folquin met l'invasion en 878. 


16 



— 422 — 

monastkre d’en haut (4). II n’est pas devenu gd- 
ndral et exclusif a un jour donne ; il s’est petit a 
petit substitue a uo autre plus ancieunement em- 
ploye. Quoique commun k la ville entiere depuis 
quelque temps deja , au commencement du 42* 
sikcle (2) , il se trouve encore, exceptionnellement 
toutefois, dans la charte communale de 4127, 
comma oppose k celui de St-Bertin , exprimant 
une partie de la ville (3). 

Le nom Sithiu , primilivement special k l’une 
des parties qui ont forme la ville de St-Omer , k 
sa partie basse sur laquelle l’abbaye de St-Bertin 
fat posee, est devenu par extension l’appellation 
d’ensemble on collective des deux monasteres unis 
et des groupes de maisons qui les avoisinaient. 
Cette appellation longtemps refugiee ensuite dans 
l’enclos du monastere d’en bas , auquel elle 
redevint particuliere , est restee quelque temps la 
seule legale pour la ville entiere ; elle indiquait 
au 44* siecle encore assez souvent, 1’ensemble 
de la ville (4). 

(1) In villa qua dieitur Sancti Audomari eccleria , dit, en 1208, 
la chroniqoe d'Andreg. 

(2) Baodouio , comte de Flandre , fait un acte , en 1065 9 apud 
Sanctum Audomarum 9 ou est present l’abbd de Sf-Bertin et ou 
personae du cbapilre n’apparait. ( Dipl. belg. , t. 1, p, 153 ). 

(3) Ab una quaque domo in eadem villa, scilicet ad Sanctum 
Audomarum , sanctumque Bertinum 9 dit le 15* parag raphe de la 
charte de 1127. 

(4) Duobus monasteriis in loco SUHiu dicto 1015. ( Voir ci-devant 
p. 119 , oole 1). 



Le nom Hebbinghem ne fut jamais general; 
il etait celui de l’une des terres assez norabreuses 
comprises parmi les villa situ^es : in circuilu monos-* 
terii , selon les aonales v4dastines , et dans los- 
quelles , a la fin da 9* siecle , les Normands , 
avant d'attaquer Sithiu, mirent paitre leurs che- 
vaux (1), dit I’hagiographe de St-Bertin. Ces villas; 
proprietes particuliferes des nobles du lieu qoi , 
selon le m£me hagiographe , avaient assez de patri- 
moine her6ditaire pour vivre dans l'indkpendanee (2), 
furent transformees en fiefs ou seigneuries, sous 
1’ empire des idees feodales , et devinrent k la fin 
vassales et dependantes de la communaute bour- 
geoise ; elles ont prkte leur sol , en tout ou en 
partie, au developpement de la ville de St-Omer, 
k l’etablissement de ses importants faubourgs (3) 


(l) RemUerunt cequot per pabulaloret in ptucua ad villarum 
loca. ( ch. 38, m* n° 819). 

02) Quia pene nobilitas terres illius ex multo jam tempore ... 
abscesseraV nativitatis palria relicta , prater paucos qui ita here - 
ditariis prediti erant patrimoniis t til non esset eis necesse subeft, 
nisi sanctionibus publicis. ( m* n° 819 , p. 61 ). 

(3) Il y avoit avant ce sitge ( 1638 ), quantile de beaux vil- 
lages d lentour de la ville , qui servoient comme de faubourg t 
fort bien basties et plants de beau verges et allies qui rendoient 
le lieu plaisant et extremement rdcrSatif. ( La ville et citd de 
Sl-Omer, p. 116 ). Ce manuscrit qui apparteoait a M. Leroy-Aspelly, 
est egard. 

Au commencement du 14 e siecle, une partie des faubourgs de 
Sl-Omer avail did detruite, comme ils le furent souvent et notammeut 
en 1477. En l’annde 1315 , Louis 10 , Roi de France , octroie au 
magistral de St-Omer , une somme de 40,000 livres pour aider A 



— 124 — 

et de sa banlieUe ; elles serraient de pres les en- 
ceintes separees des deux monastferes. C’etait prin- 
cipalement sur elles qu’etaient posees les inaisons 
des bourgs de Sithiu , puisque leurs habitants 
jouissaient d’une assez grande independance, devant 
les chefs ecclesiastiques, pour £tre appel^s, au 9 e 
siecle , It donner leur acquiescement a l’etablisse- 
ment des fortiGcations militaires (1), faites meme 
en grande partie par eux (2) , et qu’ils avaient 
des 1’origine une administration civile et judiciaire 
autre que celle des monasteres (3). 

L’organisation complexe de la ville de St-Omer, 


rebdtlr 1c* faubourgs qui avaient e'te saccage*. (Reg. serv. de- 
dication, etc). On no peut cipliquer la grande population de la ville 
de Sl-Omer au moyen dge que par le developpement et !e grand 
nombre de ses faubourgs. Sans la population extra muroe de 
St-Omer on n’aurait pu former les 10,000 homrnes armes de toute 
maniere qui aortirent de cetle ville en 1376 , pour se porter *ur 
Arques , a tin de delruire les metiers des fabricanls dc draps de 
ee village, qui avaient imitdla marque Audomaroise et qui avaient 
livrd de la mauvaise marchandise. (G 1 cart. t. 5, p. 255, 285, 
?02 , 382 , 434 ). 

Avec Insistence des faubourgs on peut accepter les chiffres 
enormes de mortality duns les diverses Epidemics qui ont sdvi k 
St-Omer. 

v l) Ambitus caslelli cum consensu populi et procerum. ( Vie de 
Saint Bertin , !oc. cit. ch. 37 ) 

Post consultum tamen super eo prius idonearum per sonar um , 
populo convocalo. ( Id. ), 

(2) L’liagiograplie de St-Berlin ct Folquin disent que le travail fut : 
per poteslales et minisleria ad perfleiendum dislributus ( m* 819, 
p. 62 , et Folq. loc. cil. ) 

(3) Voir fes preuves a la liu de cctte notice. 



— m — 

au moyen-age , dont les traces existaient encore 
a la fin du siecle dernier , donne des indications 
irrecusables de l’existence primitive des villas ou 
des terres particulieres ; elle fait connaitre leur 
independance premiere de la villa Sithiu, dont 
elles restreignent l’etendue et diminuent l’impor- 
tance; elle donne des noms qui, pour quelques- 
uns , doivent remonter aux premiers temps de 
noire histoire. Cette organisation complexe , si vi- 
cieuse et en meme temps si pleine de mouve- 
ment , si grosse d’agitations et de luttes , ap- 
porte done son utile secours pour nous faire 
apprecier Fetal des lieux et des choses au temps 
de l’Eveque Audomar. En effet , elle ne pou- 
vait etre que la consequence du fractionnement 
nombreux du territoire audomarois , dans les 
temps primitifs , en villas ou terres distinctes et 
separees d’administration , comme elles 1’etaient 
encore sous le regime feodal avec le titre de grands 
fiefs ou mieux de seigneuries (1). Aucun autre 
point de depart ne peut exister pour les fiefs prin,- 
cipaux enclos dans la ville ou dans les faubourgs 
de St-Omer , et qui ont longtemps releve de toute 
autre juridiction superieure que de celle du ma- 

(1) II exislail dans la ville comme dans la banlieue de St-Omer 
plusieurs seigneuries particuliires. Cest ce qu'on a vu dans 
VarrU du conseil souverain de JUalines du 17 mars 1542 , et 
dans le mtinoire des mayeur et tchevins de St Orner , imprint J 
en 1748. ( Consultation pour les habitants de la ci-devant banlieue, 
.an 13 , p. 59). 



— 126 — 

gistrat communal. Rien ne peut faire supposer la 
creation de grandes seigneuries sur le territoire 
de St-Omer, des l'instant oil il fut devenu com- 
munal ; les bourgeois furent ordinairement , sous 
l’empire d’une pensee contraire a cette creation ; 
its rachelaient les fiefs qui les genaienl lorsque cela 
etait possible. Si les terres sur lesquelles ces fiefs 
6taient etablis, avaient fait partie de la donation 
d’Adroald , comme comprises dans la villa Sitbiu 
ou parmi ses dependances ou ses adjacences, elles 
eussent ete el seraient resides plus ou moins long- 
temps sonmises , soit a 1’administration directe , 
soit & la souverainete, soit a la suzerainete des 
monastferes, et c’est ce dont il n’existe aucune 
trace. Quelques-unes furent incorporees, en tout ou 
en partie, dans l’enceinte de la ville formee par le 
comte de Flandre Baudouin-le-Chauve ; sa position 
de souverain lui permit de lever les difficultes 
devant lesquelles les chefs ecclesiastiques, qui n’agis- 
saient que par influence , avaient echou£. Depuis , 
aucune extension ne fut sans doute donnee k cette en- 
ceinte jusqu’au jour oil 1’octroi des proprtetes 
communales (1) et surtout 1’etablissement d’une 


(1) Yperios , loc. cit. , col. 590 , parle de la donation dea pro- 
pridlds aox bourgeois de Si Omer , par Roberl-le-Frison. Les cbartes 
communales s’expriment de manUre k Iaisser de l'incertilude sor la 
situation des biens doonds; les noms de lieux qu’on y volt, sont aujour- 
d’liui pour la plupart inconnus 11 est un relevd qui fait beaucoup mieux 
com prendre la position et I’dlendue des propr idles communales de 
St-Omer. Ce rejcvd exisle dans un dipldme du comte Philippe d’AUace 



— 127 — 

banlieue qui en fut , un peu plus lard , la con- 
sequence (1), transmit k la corporation bourgeoise 
une cerlaine partie des droits du maitre* supe- 
rieur (2) , qui augmenterent jusqu’a devenir ceux 
de gouvemement gin&ral , selon les termes des 
chartes anciennes (3). Cela detruisait en partie 


rdglant des ddmdlds a leur occasion , entre les bourgeois et les deux 
m on as teres unis dans leur intdrdt commun. Ce dipldme de l'an 1175, 
qui fait partie do grand cartulaire de St Berlin , est reprodult par 
Malbrancq , de MorinU , t. 3 , p. 302 II est mteressant de com- 
parer ce relevd avec l’elat des propridtes de la ville de St-Omer 
en Tan 1547 , dans le regislre en parchemin des archives de cette 
ville , p. 198 et avec ce qu'il en reste aujourd'hui. 

(1) Voir la note D i la fin de cette notice. 

(2) Le ban de le ville de s. Aumer ne se extend outre le 
banlieue ( 1384) ( g (1 cart , t. 5 , p. 389 ). ye payer ni exiger 
sans litre de reliefs pour lennement de la ville en banlieue sur 
LX litres , grand amende . ( Arch, de la ville , regislre C , folio 
120, v° ). 

(3) Cette expression est reprise dans plusieurs litres anciens. L’augmcn- 
tation progressive de droits ressort d’une grande quantile de pieces des 
archives de St-Omer ; ils furent rdduits petit a petit A peu de 
cboses. 

Dans I’appointement de Tan nee 1378 , entre la comtesse d’Artois 
et le magistrat de St-Omer , la connaissance sur les fiefs tenus 
de la Comtesse , assis el enclaves en la loy el banlieue de St-Omer, 
fut reconnue A ce dernier , mais en presence de I'amman et du 
bailli de la comtesse. ( Regislre en parch, p. 236 ). Une sentence 
de 1401, mointient les mayeurs et dchevins de St-Omer , joint A 
eux le procureur du comte d’Artois , dans la possession et saisine 
d’exercer loute justice dans la ville et dans la banlieue. ( Recueil 
de chartes... Fertel , 1739 ), Les droits de seigueurie et justice sur 
les baillis , amans el eschevins... en ladite ville et banlieue , 
sont reconnus aux magistrals de St Omer , a l’occasion de la partie 
de la terre de Burques , situee dans la banlieue 9 comme Us ont 



— <28 — 

Ies perpltuelles entraves amendes par les di- 
verses justices , par les diverses coutumes des 
seigneuries nombreuses qui se partageaient le ter- 
riloire audomarois. Des-lors il exista moins de dif- 
ficultes serieuses pour les bourgeois , a l’incorpo- 
ration dans leur .ville , de parties plus ou moins 
grandes des seigneuries particulieres , et a l’exten- 
sion des fortifications et des faubourgs sur elles. 
L’agrandissement de St-Omer se fit a leurs depens, 
par adjonctions successives et en les coupant pour 
la plupart d’une maniere irregulifere(< ); les faubourgs 
prirent surtout , presque tout autour de la ville , 
une telle extension que la population exlra-murot 
egala , si elle ne la depassa meme pas , celle 
intra-murot. 

La concordance des indications fournies par 1’exis- 
tence de seigneuries veritables sur le territoire de 
St-Omer, avec mon interpretation des litres les 
plus anciens , est remarquable , et ne peut etre 
reflet du hasard. Les seigneuries foncieres prin- 
cipales , ayant une organisation sdrieuse , renfer- 
mees en tout ou en parlie, dans les murailles de 

attleurs es mettes d'icelle ( baolieoc ) et comme il* ont sur * les 
autre* seigneurs apans aman , eschevins et juridiction pare ills , 
par sentence du due Philippe de I'an 1423. ( Recueil id. »p. 42 >. 

(I) Pour englober les proprietes du seigneur principal, du chdle- 
latn , il faifut toutefpis longtcmps sa permission. En 1218 f !e chd- 
telain dunnC cinq mesures de (erre, le long du fosse du cdld de 
St-Michcl, pour £tre incorporees dans Ics fortifications. 

( AiCh. de Id ville; Rcgislre servant d'indicalion...) 



ia ville , ou comprises dans sa banlieue , rep resen - 
taient done les andtennes terras ou villa non soumises 
a celle de Sithiu, propriitis nobles sur iesquelles les 
chefs ecclesiastiques n’avaient jamais eu de juridiction 
civile , administrative ou judiciaire. Comme dans la 
ville de Gaud (1), quelques-unes eurent longtemps la 
pretention primitivement legitime, de n’avoir d’autre 
sup£rieur que le Souverain. La plupart conserv&rent 
plus ou moins de temps leur independance de i’4che~ 
vinage communal (2) , pour ne relever imm6diate- 
ment que du Chatelain (3). Ge haut et puissant 


(1) V. la trad, du 3* vol. de l’hibt. de la Flaodre et de sea instit., par 
M. Gheldorf. 

(2) Cette independance premiere ressort d’une foule de litres difltf* 
rente. On voit que pendant un long temps les maisons sitodes dans la 
ville et dads la banlieue et tenues en fiefs , n’dtaient sujettes ni an 
guet ni a la garde. Les hommes de fiefs du bailliage de St~Omer» 
furent longtemps exempts des droits de portage pour les grains 
proveuant de leurs fiefs et dependences, 

(3) Le Chdtelain eut durant des sieeles, dans la ville et dan6 la ban* 
lieue les droits qui constituaient les seigneuries. Le droit de forage Iol 
fut longtemps dQ. En 1274 , Guillaume , cbdtelain de St-Omer vend 
au magistrat communal le droit de 4 sols 6 deniers qu'il prdlevatt 
aur ebaque etranger devenanl bourgeois. 

En 1281 , il vend au magislrat son droit de seigneurie de faire 
moulins a vent et a cau dans la ville et dans la banlieue, et to 
mime temps quatri: moulins en plein exercice. Le Sdndehal prdten- 
dait tenir en fief le droit d'avoir four banal et moulin banal. Bo 1242* 
avail eu lieu le rachal du droit de banalilc des moulins du Cbdtelain, 
tenus en fief du seigneur d’Artois. Philippe de Quienville possedait dans 
la banlieue un moulin qu’il tenait du Chdtelaio. (Reg. serv, d’ind.) 

Ed 1274 , Guillaume , chdtelain , donne a Lambert Wolveric , fils 
de Jean Wolveric de St-Omer * des droits qui lui appartenaient 

17 



— 130 - 

tiaron avail une cour teodale, des plaids g£n£raux oft 
les bourgeois 6taient d’abord tenus d’assister (1), et 
d’autres droits qui les atteiguirent assez longtemps; il 
6tait sourois au Souverain pour sou fief dominant, dont 
la partie intra-muros 6tait encore au 1 4* siecle , ap- 
pe!6e \e teigneurie par dedent (2). Le CMtelain pos- 


dans cette Title , savoir ; trois deniers par bourgeois qui diale 
dans la balle el einq deniers par forain ou diranger ; quatre livres 
parisis dues par la ville sur toutes les rentes dont elle jouil sur 
I# Gher ( la Ghiere ), pour les lenir en fief de lui , a la charge 
d’offrir one blanche lance (one lee one d la Penlecoste. (Inven- 
teire ; premier cartulaire d’ Artois. 

En 1272 # le cbAtelain vend au magistral de St-Omer le droit 
d'Jpreuves des marcbandises qui passaient par la baolieue , dont 
ses ancdtres avaient toujours joui , sous la conditiou qu’il le fera 
cesser ( Reg. servant dedication ). 

En 1281 f Guillaume 9 cbAtelain de St-Omer, vend aux bourgeois ses 
droits de seigoeurie dans la banlieue. (Arch, de la ville, bolle 249 n° 2). 

Les souveraics n’eurent plus tard de droits de suzerainetd imme- 
diate sur les seigneuries qui avaient did dependanles du cbAtelain, 
qu’A cause du cbAteau de St-Omer et parce qu'ils dtaient en lieu 
et place du cbAtelain dans son autoritd seigneuriale. On trouve souvent 
encore en 1823 et beaucoup plus tard, cette phrase : Lesdilt etchevins 
de la dile teigneurie font ferment & ta dite Majettt d cause de ta 
chattelenie que Von diet le bourgaige. On voit encore dgalement 
cette autre phrase : tenu du Roy d cause de son chasteau el 
molte chaslelaine dudit StOmer . 

(1) Robert de Fiennes , CbAtelain , confirme en 1353, 1’exemption 
Assistance, donnde par ses preddeesseurs, etc., etc. ( Arch, de la ville). 

(2) Jehan le kalendier , lieutenant du castellain eslant del office 
de sergenterie du tigneur par dedent, 1364. 

Li troy tergant du tingneur par dedens ... avoient esti en le 
maison Jehan Emenzoine en le rue Bollinziene ... et pour ce tans 
etchevins li dit tergant estoient aU et entrS en le maison dudit 


k 



— 431 — 

sedait done la domination directe sur les fiefs situes k 
l’interieur de la ville comme sur beaucoup d’autres 
poses a I'exterieur. Sous la mouvance du clikteau 
de St-Omer toujours conservee , toutes ces seigneu- 
ries furent , non sans mal et petit k petit , ame- 
nees k se soumettre au ressort et k la police de 
l’cchevinage communal , qui s’agrandissait par tous 
les moyens (1). Plus tard lorsquc la puissance 
des communes eut sensiblement decru , l’autoritk 
sup6rieure du magistrat de St-Omer fut attaquee par 
les Baillis au nom des Souverains ; ils la prkten- 
daient usurpee. 

Pour obtenir par le moyen de ces fiefs ou sei- 
gneuries, la connaissance de l’4tat primitif du 
territoire de notre ville , il faut determiner et pr6- 
ciser leur position topograpbique ; il faut les dis- 
tinguer des fiefs d’un ordre secondaire qui jamais 
n’ont ete sieves au rang veritable de seigneuries, 
et dont la signification n’est pas la m6me. Ces 
fiefs secondaires, dont la juridiction 4tait tres bornee 


bourgois , contre les liberUs et franchisee de le ville el contre 
leur strement ; ils furent tous trots mandds en balle. Le lundi sui- 
vant le Bailli reconnut que les sergents sesloient me (fait de entrer en 
le maison dudit bourgois sans eschevins . ( Registre en parcb. p. 248). 

II y a ici une espece de confusion entre la seigneurie du CbAlelain 
et celle du Comte d’Artois ou Souverain. 

(I) 11 parait que le magistrat n'eul d’abord de droits dans lessel- 
gneuries ou fiefs, que sur les bourgeois. Li dis sergans ne avoient 
requis deux eschevins car li dis Symons esloit bourgois , 1374. 
( Id. p. 249 ). Yoir aossi la note prdcddenle. 

II s’agisealt d’un delit com mis sur la seigneurie de Ste-Atdegonda 



— 132 — 

lorsque par exception ils en avaient une, four- 
millaient sur le sol audomarois ; ils ne remontaient 
pas & l’origine de la ville de St-Omer ; ils avaient 
ete formes, soit sur la demande d’un seigneur voisin et 
souvent comme lieu d’abri pour lui, dans le genre des 
refuges des communautes religieuses situees hors 
de la ville (1); soit sur la sollicitation d’un pro- 
prietaire local , pour recevoir un patronage utile , 
pendant la plus grande vogue des id£es cons- 
titutives de la feodalite , alors qu’on mettait tout 
en fiefs , non seulement 1’air qu’on respirait , 
mais les charges de difierents offices, la location 
des halles , les recettes des impots , les droits dus 
aux portes , ceux de tonlieu , de ruage , les affo- 
rages , la pesee des marchandises , le droit d’avoir 
des cignes, de prendre du poisson, etc., etc. (2). 

Les seigneuries qui limitaient les enceintes des 
deux monasteres et monlraient leur possession ter- 
ritoriale et leur autorite civile et judiciaire bornees & 


inlra-muros. On voit les mimes mentions an sojet d ’ant res seigneuries 
intdrieures on situ des dans la banlieue. La puissanee du magistrat coma 
inunai alia longtemps en augmentant ; quand les comtes d'Artois 
la reconnurent et 1’agrandin nt mime . ce fut toujours avec la 
mention que le magbtrat les reprdsentait, et en leur imposant le 
concours judiciaire du grand bailli, deldgue direct du Souverain. 

It) Plusieurs fiefs inlra-muro* Itablis sur dcs maisons et qui pre- 
naient les noms de villages plus ou moins voisins, dlaient immediate* 
meat attaches a la seigneurie de ces villages; ils elaienl subordonnes 
j i lous les changements de mains de ces seigneuries. ( Yoir Je registre 
aux fiefs Unus du cbdteau de St-Omer , aux arch, de la ville. 

(2) Yoir la note E, 



— 133 — 


leur enclos, prouvent 6videmment que la villa Sithiu 
etait renfermee dans son ile. Au milieu du 18* sifecle, 
buit Ammans ou Baillis representaient encore les 
principalcs au siege des 'Vierschaires , reunion de 
toutes les justices des fiefs soumis a la domination 
communale (1), expression elle-mSme d’une sei- 
gneurie d’une autre nature , de creation relative- 
ment nouvelle. 


Le Haut-Pont , faubourg considerable, compris 
dans une enceinte exterieure de la ville de St- 


(1) En 1424 , l’ordonnance faite de concert entre les dchevins de 
Sl-Omer ct les representants du Souverain , parle des vierscairet 
du marquicl, du Haull-Pont t du Brulle , du Coolhof , des tene- 
ment appar tenant au corps de le ville el aulres dedeni le ville . 
(Reg. en parch., p. 195). 

La juridiction des vierscaires dtait compose© en 1769 , de buit 
Ammans qui tenaient leurs commissions des seigneurs , et de douze 
dchevins communs & toutes les seigneuries. ( Memoire pour les 
amans el dckevins de la JuridicLion des vierskaires de la ville de 
St-Omer, p. 3). 

Dans le me'moire signifid pour M* Jean Petit , conseiller du Roi, 
substilut de M. le procureur gdndral au bailliage royal deSt-Omer, 
p. 37, 38 , on reconnait la juridiction supdrieure du magistral com- 
munal de St-Omer, mais il y est dit qu’elle n'etait que le rdsultat 
d’une usurpation. Le magistral a repondu a cette allegation intdressdc. 

L’institution des vierscaires avait deux motifs tres-importants. Le 
premier etait que le magistrat communal avait ainsi toutes les juri* 
dictions seigneuriales rdunies sous sa direction ; le second que 
toutes les seigneuries ayant des echevins communs , se tfouvaient 
placees sous I’empire de la merae maniere de juger , et de la mime 
ceutume , ce qui etait un avantage considerable. 



— 134 — 

Omer , rnontrait le nom d’une veritable seigneurie 
d’une assez grande etendue et d’une aerie use im- 
portance pendant des siecles. Cette seigneurie qui 
mouvait du chateau de St-Omer (1) et dont le 
si£ge etait intra-muros , au lieu nomine la place du 
Haut-Pont , avait sa justice particuliere et sa pri- 
son (2) ; elle s’etendait non-seulement sur les 
faubourgs places a Test de St-Omer, mais k I’m- 
terieur de la ville sur les paroisses de Ste-Mar- 
guerite , de St-Jean et de St-Martin-en-l’Isle (3); 
la place du Vincay, si voisine de l’abbaye de St- 
Bertin, etait de sa dependance (4). On voit frequem- 
ment, pendant des siecles , apparaitre V Amman ou 


(1) Jean Bournel pour le fief nommi Vammanie du Haul-Portf 
en St-Omer , devait un combattant d pied, en 1475. ( Manuscrit 
des fiefs et arricre-fiefs leuus du chdteau de St-Omer; mes archives 
particuliere* ). 

(2) Registre en parchemin , p. 249. 

t3) Mdmoire pour les amans et echevins , p. 39. 

Les droits de l'Amman n’elaient pas entierement les mimes sur 
rizcl que sur le llaut-Pont; ils paraissent n’avoir did sur 1’Izel , qu’une 
eitension de puissance pour le seigneur du Haut-Pont. 

Des discussions eurent lieu & Toccasion de la pretention des sei- 
gneurs du Haut-Pont d’instrumenter partout sur les trois paroisses; 
en 1417, sire Nicole de Wis&oc , avait cette prdtenlion ; il nomuaa 
Jacques Clay Amman . ( G d cart. t. 6 , p. 210 ). 

(4) Une discussion s’engagea, pour cette petite place, entre le ma- 
gistral de St Omer et sire Nicole de Wissoc , seigneur du Haut- 
Pont ; elle fut terminde coDtre le magistrat , en 1434 , sous Jeanne 
de Wissoc, fille de Nicole, veuve de monseigneur de Kerscamp 
et femme de Guichart Bournel , dcuyer. ( Reg. en parch. , p. 86). 
la place du vincay de lex le maison de I'dglise de Clairmaraii. 
(Id. p. 86). 



— m — 

Bailli du Haut-Pont , comme repr^sentant le sei- 
gneur (1). Dans le 15* siecle , la mairie du Haut- 
Pont , tenue en fief d’un seigneur sup4rieur , de- 
pendant cependant du magistral de St-Omer (2). 11 
en fut de m£me lorsqu’elle devint la propri6t6 du 
Roi (3). 

Cette ancienne terre, complement independante 
de l’abbaye de St-Bertin , touchait au nord et au 
nord-ouest de file de Sitliiu. Elle avoisinait un 
fief moins important , offert en hommage k I’abbaye 
de St-Bertin, a la fin du 12* siecle. Ce fief qui 
relevait du comte de Warenghe, etait situ6 dans 
la paroisse Ste-Marguerite ; il avail le caractfere 


(1) En 1330 , on troove repression de seigneurie du ffaur-Ponf. 
{ G d cart. , t. 4 , p. 324 ). En 1373 , Jehan de Wissoc, fils Simon, 
comme aman de Haut-Pont , avait instrument^ au Druille , tana 
lea dchevins communaux ; il repara »a foute. ( Reg. en parch., p. 248 ). 
Hellin de Wavrin , aelon Anaelme , t. 6 , p. 704 , eiait seigneur 
d’un Haut-Pont au 14* siecle. Amman du Haut-Pont au lieu de 
seigneur, 1446. ( G d cart. , t. 6 , p. 602). Ammanie du Haul-Port 
1470. ( Id. t. 8 , p. 136 ). Jean Bournel , chevalier v seigneur da 
Boncoud , possedait Vamandrie du Haut-Pont , cn 1506. (G d cart, 
t. 0, p. 04 ). Le mime Jean Bournel , est appeld viconte du Haut- 
Pont , en 1513. (Id. p. 185, etc., etc.) Droits de la selgneurie 
vulgairement Pamansgueppe du Haut-Pont, 1513. (Id. p. 188). 
Depuis , cinq individus du nom De Lannoy sont 1’un apres I’autre 
seigneurs d’un lieu nomme le Haut-Pont, selon Anselme, t. 8, p. 83,86). 

(2) Nos archives nous apprcnnent quYn 1417 , la mairie du Haut- 
Pont , qui etait tenue en fief de Monsieur f frere du Roi , due 
d’Orleans , etait nlanmoins justiciable du magistrat. ( Piers , hist, 
des Flamands du Haul Pont , p. 63). 

(3) Mem. pour les amans et dchevins.... 



— 136 — 

essentiel d’une seigneurie veritable ; il possedait lei 
droits superieurs (1). 

Le roonastere de Clairmarais, fonde au 42* 
sieole , sur des terrains octroyes par les corates de 
Flandre , le chatelain de St-Omer et le comte de 
Guines , etait pose a Test de l’abbaye de St-Bertin. 
Ces terrains , fiefs toujours independants de cette 
abbaye , concurremment avec le sol de la seigneurie 
vicoratiere de Meckem qui relevait da chateau de 
St-Omer et reconnaissait la juridiction du magistratde 
cette ville (2) , avec celui du fief maresque de Ste- 
Aldegonde aussi mouvant du chateau de St-Omer (3) 


(1) Jean de Seninghem donne en 1193, a l’abbaye de St-Bertin t 
terrain quam A comite de Warenghe , infra bur gum S. Audo- 
mart in parochia S. Margarite jacentem , in feodo liber e , cum 
fundo et comitatu tenebam. ( g d cart. , t. 1 , p 528 et suivaotes. 
Malbrancq , t, 3, p. 353, met Warenghem et one autre variante ). 

(2) Terre et seigneurie fonctire et vicontiere nommSe Meckem , 
situSe au marais de VIzel-Broucq , entre le fauabourg de Vlzel 
et Vabbaye de Clairmarais , relevante du Roy , d cause de son 
ehdleau de St-Omer. (Me# papier# de famille ; acquisition de l’annee 
1707 et partage de 1784., etc.) En 1440 , Pierre Claissocnne , 
seigneur de Mickem , reconnait la superiority du roagistrat de St- 
Oner. ( Reg. en parch. , p. 143 ). 

En 1623, Philippe Folie, fils et hlrilier de Louis, tenait da 
•bAteau de St-Omer , le fief de Mecquem , qui fut acbete en 1643, 
par Jean 'Baptiste Van Meslraete. (Reg. oux fiefs, p. 85 et note en marge). 

(3) Terre maresque.... vivier de Ste Aldegonde ou /ief de Ste - 
Aldegonde . (Arch, de la ville et g d cart.) En 1420, dame Isabelle 
de Ste- Aldegonde , veuve de Bethis d’OIehain , donna en location 
on fief dependant du due de Bourgogne comte d’Artois , a cause 
de son cbAteau du Bourg, et nomme les pesqueries du breuc de 
Ste-Audegonde , gisanl dans la paroisse de Si-Marlin en rizele. 



— 137 — 

et avec d’autres encore (1), restreignaient de ce c6t4, 
la villa Sithiu dans les limites de l’ile de ce nom< 

Veritable et importante seigneurie , 1‘ammante , 
le fief de la mairie du bruille ou brule (2), situd 
a l’intdrieur et a l’exterieur des murs , porta long- 
temps une espece de bourg ou village particular, en- 
clos dans l’enceinte m£me de la ville de St-Omer (3). 

( G* cart., t. 8 , p 282). En 1475 f Jean d'Bttle , prapridlaire 
du fief de SLe-Aldegoude, est taxe a un combattant, pour ut» fief 
qui se comprend en certaine pescherie el lerres mar esq net. (Les 
fiefs et arriere- fiefs tenus du chdteau de St-Omer). Dans le regisire 
des fiefs du chateau de St-Omer , de Pan 1623 f ce fief nommd 
leB viviers ct eaux dc Slc-Aldegonde , est dit contenir 94 mesures 
ct dtre situe entre la ville dc St-Omer et Pabbaye de Clairmarais, 
En 1516 et 1517, eut lieu le mesurage du lieu nommd Sle-Aldegonde, 
situd eutre St-Bertin et Clairmarais. ( G 4 cart. ) 

(1) En 1208 , Pabbaye de St-Berlln re$ut en don de Gison de 
Cluse et d’Agi.es sa fun me : terram quam habebanl prope monat - 
terium S. Berlini , super ripam fiumlnit (agnionit ) el aliam 
ultra stralam contiguam qua vocalur Tawreland . ( Malbrancq , 
t. 3, p. 719), 

En 1278 , le marais nomine Vlole , qui relevait du Chatelain de 

St-Omer , a JNicuwerlet ( Nie Uriel ), fut vendu & Pabbaye de St-Bcrlin« 

( G d cart. t. 3, p. 454 ). 

(2) Bruhl , marecage, Brolium , marais. Et marescum quod dieituf 
de Bruille. ( Dipldme de Pan 1215 ; Duchesne , maison de Bethune , 
p. 96, 105). En general, dans les villages de nos environs, 11 
y a un brule quand il s’y trouve un marais. 

(3) En 1340 , on voit cette phrase : la commune pasture de la dite 

que on diet le brulle. ( G d cart. , t. 4 , p. 340 ). 

En 1236 , se trouvent deja ces mots : Domum etiam in brulio * 

(Arch, de la ville, bolte 81, n° 38). En 1235 , le chAlelain de 
St-Omer, ddctiarge 5 toojours de Ieurs redevances annuelles, les maisofl* 
situees dans la seigneurie du brule. ( Reg. serv. d'indic. ) 

18 



— 138 — 

Sa surface bitie fut & peu prfcs assimilie aux 
parties communales de la ville , vers le 1 i* 
sifccle (1). 

Cette seigneurie limitait Tile et la villa Sithiu au 
sud , et longeait une partie de la rue St-Bertin. 
Elle fut administralivement raitacbee au fief nomine 
de la chdtellenie ou de la motte chdtelaine, lorsque 
tous deux , ils se trouverent, a la fin du 1 4* siecle, 
aux mains des comtes d’Artois , devenus proprie- 
taires de leur domaine utile, aprfes les Chitelains (2) . 

Le fief de la chdtellenie ou de la motte chdte- 
laine , n’etait pas eloigne de celui du brute. Sa 
position et son peu d’etendue denotent un demem- 

Ed 1274 9 le cbdlelain Guillaonje parle de son fief de la mairie 
du bruille . ( Invent, chron. dee char les de la cbambre des comptes 
k Lille). 

Ed 1388 9 il y a i <n r ico de brulio , vidillcel in hospitio 
gallics nuncupanlo de labaleste . ( G 4 cart. t t. 5 f p. 440 ) ; eu 
1407 : rue de la Lombardie derriire Vescolerie au brule. ( Reg. B , 
f 41 V ). 

En 1421 , ud clerc ayant cas§4 la verge de I'Amman da Brule 9 
se soumit k faire an pllerinage & St -Nicolas 9 poor racbeler (’amende 
k laqoelle il avait M condamnd, Gui Harrinc v aman du Coolhof 
et du Brule , en 1430. ( G 4 cart. , t. 0 9 p. 470 ). 

(1) Le 15 ddcembre 1382 , la roelle oo allle pavde au BruiUe 9 
fat ddclarde rue et fldgard common , par deliberation du magistrat 
de Sl-Omer. (Reg. aux ddtibdr. de la ville de St-Omer ). 

(2) Philippe de Bourgogne parle en 1386 , de son aman que on 
diet du Brule , cbargd de faire les inventaires au fief de la Molte , 
en appelant les dchevins de la villc. ( Reg. en parcb. 9 p. 239. 
Bldm. pour les amass et dchevins, 1769 ). 



— 139 — 

brement extremement ancien de la terre devenue sei- 
gneurie de Ste-Aldegonde. 11 touchait k Test de Ten- 
clos des chanoines. Malgr6 la position superieure que 
lui avait donnee quelques temps le chateau qu'il 
portait et d’ou mouvaient un grand nombre de 
seigneuries (1) , le magistrat de St-Omer y avait, 
a la fin du 1 4® siecle , une juridiction en concur- 
rence avec celle des ofBciers du Souverain, sp6ciaux a 
ce fief (2). La juridiction communale n’y est cons- 
tatee toutefois qu’apres le transfert des droits su- 
perieurs du chateau de la Motte , au chateau nou- 
veau pos6 prks de la porte Boulenisienne ; elle 
pourrait tout au plus remonter k l’epoque oil l’au- 

(1) La mouvance fat transportde au nouveau chAteau placd aur 
l’esplanade, lore de la destruction de la puissance des chAtelains k 
St-Omer ; la suzerainetd chAtelaine se fondil dans la souverainetd f 
la juridiction fe'odale de la chAtellenie fut rdunie k la puissance 
souveraine. En 1386 , dans les mimes lettres oil Philippe de Bour- 
gogne reconnait le droit du magistral a It re appeld pour les inven- 
taires sur la motte chAtelaine f il renvoya A son bailli et aux bournes 
de son chattel de St-Omer , la connaissaoce d’une discussion pour 
une maison qui etait un fief relevant du cbAteau. C'est une preuve 
dvidente que le transport de ses droits de chAtelain avait dtd fait 
du chAteau de la Motte au cbAteau de TEsplanade. 

(2) Yoir la note 2 de la page prdcddente. 

Le chAteau de la Motte ou du Bourg , ancienne rdsidence des 
ChAtelains , dlait habite en 1 386. C'esl k la mort de la veuve de 
Guy de Belenghes , que la decision pour les ioventaires eut lieu. 

Le magistrat avait prdlendu lire en jouissance du droit que 
le Bailli lui cootestait : d cause du droit de noire chaslellenie de 
St-Omer , dit le comte. Le magistrat avait pris rinitialive et d’accord 
avec l’Amman , avait applique des sceaux qui avaient did joiapus 
par le Bailli. 



toritd des cbatelains fut r6<luite a peu de choses (I). 

Au Brule existaient plusieurs fiefs dont le plus 
important , etabli sur quelques maisons du cote est 
de la rue de ce nom , arrivait dans celle des Classes 
et s’etendait sur la place de I'Etat. Sous le nom de 
fief d ’Avroult, il avait un Amman qui tenait sa 

place aux Vierskaires de la ville de St-Omer (2). 

Le fief de la Martihre , dit de la SdnechaussSe, 
comprenait une petite partie de la ville de St-Omer 
au sud-ouest du Brule (3). Le seigneur jouissait 

(1) L’autoritd des Cbdtelains diminua non seulement par la vente on 
l’abundon successifs de leurs droits , mais encore parce qu'clle dtait 
sans cesse battue en brecbe par les souverains qui , fatiguds de leur 
inddpendance lieredilaire , uvaient dtabli au-dessus d’eux des Bailiis 
amovibles , ofliciers civils et militaires y tout & la fois. 

En 1353 , It* Chdtelain aulorisa le magistrat de St-Omcr b laisser 
subsister , pendant la guerre sculement , deux moulins posds sur 
la motle chAtelainc. (Arch de la ville). 

(2) Le fief d' Avroult se consists en plusieures rentes sur maison 
et heritages en la rue du Drusle el celles devant les escolles des 
peres Jesuisies cl sur la place de I'Eslat ; a cause duquel fief 
ledit sieur Deslracclles a droit de commellre un aman , lequel 
comme tous autres amans des autres fiefs eslans en ladite ville, 
faist touttes executions de justice es mecles dudil fief , ouvre 
cours avecq les cschevins des vierscaires de ladile ville ... 1623. 
( Regislre des fiefs relevant du chateau de St-Omer, p. 53, v # ). 

(3) Dans 1c rapport et denorobrement servi par Robert le Nor* 
maud en 15G7 , on trouve la limitation de cette seigneurie ; elle 
s’etendait depuis l’escoterie dans la rue du Brule maintenant d' Arras s 
jusques et compris la demure maison dudit Collof. ( Mem. pour 
let* amans , p, 61 , 62 ). Le registre aux fiefs leuus du chateau 
de St-Omer, fait en 1623, cite : le fief nommd vulgairemcnl de la 



— lit — 

d’une certaine consideration (1), il avait sa justice. 
L 'Amman ou Bailli etait, dans les derniers temps, 
a la nomination du magistrat communal , sur la 
presentation du proprietaire du fief. Cette seigneurie 
mouvait du chateau de St-Omer et etait tenue no- 
blement en un seul fief et hommage. 


Marline et par cydevant de la tfaeschausfde, ilabli stir , toules 
les maisons du lez west ( ouesl ) de la rue du Brusle au let 
de Vescotlerie f a commencer la premiere et prochaine maison 
joindant du cole nord a ladilc escotlerie et consecutivement touttes 
les maisons sans nullcs excepUes en allanl au nouveau Bollewercq 
el vers la dernicre porle du Colof jusques et comprins le lieu 
ou soulloit estre assize la dernier c maison dudit Colof , et V autre 
lez de la rue a commencher d la maison du Chevalet d'Or et 
touttes les maisons sans nulle rdserver en allant Jusques et com- 
prins la maison Jan Vandieust , ( p. 84 ). 

(1) En 1320 , Pierre de la Marline dtail bailli de St-Omer, 
( Dencuville ). 

Francois de la Murliere , dit de Poix , habilait en 1408 , sur la 
ligne de separation entre le fief de la Marliere et le Colbof. (Voir 
la note 1 de la page 142). 

Le fief de la Marliere parait avoir cessd d’appartenir h la famille 
de ce nom , vers le milieu du 15° sifccle. Le l cr mai 1608 , 
Quentin i>ommart fut ad mis comme amman , en vertu du pouvoir 
special du proprietaire du fief , Robert le Normand. En 1623 , Jeanne 
Normand est dite heritiere de Louis Normand. En 1643 , le relief 
de ce fief est payd par Herman Esguy. En 1661 , il est acquiltd 
par Francois Ogier par suite d’acquUition de demoiselle Marie Normand. 
(Registre aux fiefs, notes en marge). En 1712, le magistrat confdra ram- 
manie de la Marliere, sur la presentation d’Ogier , seigneur. En 1739 v 
apres la mort de. Philippe Ogier de Baubrel , ses enfants furent 
reprdsrntds, pour le fief de la Murliere qui mouvait du chdteau 
de St-Omer, par leur oncle , aux reunions de redaction des coutumes de 
St-Omer. 



Au Mid et en se dirigeant vers l'extSrieur de la 
ville, venait immediatement ensuite la seigneurie 
du Colhof , sur laquelle etait anciennement une 
porte , ainsi qu’un beau et tres important fau- 
bourg (1), borne au sud-est par le fief de le Lo 
ou de Loo (2) , et a l’ouest par celui du Mont 


(1) Pardevanl eschevin del Colhof , 1279. (M* de la bibliolheqne de la 
▼We, n n 830 ). En l’anne'e 1368 , il est convenu que Pamman du Collof 
peut accorder la saisine des maisons situdes dans la seigneurie de 
ce nom , sans prejudice oux droils de la ville ou mieui des 
bourgeois. ( Reg serv. dedication ). Eschevins de Saint Omer du 
Coelhof , 1371. ( G a cart. , t. 5 , p. 107 ). Rue^ de Misebourg ou 
Coilhof... rue de Paddebroucq ou Colhof , 1404. (Reg. A f* 13; 
arch, de la ville ). Deux maisons estans ou colhof , enlre lirelage 
qui fu Colarl Les tor in vers zut , et lirelage Franshois de la 
Marliere , dit de Poix vers nor l , aboutant par deriire d lirelage 
de le ville , et ledile maisoncelle estans sur une ruelle desriere 
lesdite » deux maisons enlre lirelage dudit Vranchois... neuve rue 
dehors le porte du Colhof. 1408. ( Fondation de Phdpilal St-Jean; 
Reg. cn parch. ) Tassard de Runescure en eon hostel du Coilhof 
en icelle ville . 1408. ( Reg. id. p. 95 ). Maraud Duvivier , amman 
du Colhof. 1487. ( G l carl. 9 t. 8, p. 271). Maisons dlant en 
Coelhof.., porte du Colhof. ( Coropte des argen tiers de Sl-Omer t 
1415, 1418, etc. ). Riviere du Colhof ; rue du Colhof ; courlil des 
religieuses de Ste - Claire , devant la barrier e de la porte du 
Coelhof. ( Compte des rentes... 1416 ). La premiere eglise Sl-Michel 
hors les murs , etait placec au Colhof. En Van 1522 , Vdglise parois - 
siale de Sl-Michel , situte hors les faubourgs de St-Omer du 
cosld de la porte du Brittle , d Voccasion des guerres , fut dd- 

• molie et transports en ceste ville , en la rue du Colhof , et fut 
rebaslie , mais Van 1566, fut de relief ddmolie et adnullde , 
et ladite rue du Colhof par eillemenl. ( Note prise par M. Dufaitelle 
dans le tn\ de Bresin , a la bibliolheque nationale ). ( Voir M. Wallet, 
Description de Pancicnne cathedrale , p. 43 ). En 1583 , il est encore 
parle d’une piece de terre au Colhof. 

(2) La charte de 1127 parle de la foret, quod didtur Lo . GuiN 



— U3 — 

Yserin situe pres du Mont St-Mic^el (1). Les for* 
tifications de la ville etaient de ce cote posees sur la 


laurae de Lo , sooscrit a la charte communale de 1128 , apres Guil- 
laume, chatelain de St-Omer. 

Ed 1221 , un accord fut fait, par lequel le Cl.dtelain s’engage, 
pour lui et pour ses hdritiers , a ne pas meltre hors des mains 
du magistral de St-Omer. , le hois de le Loo , mais a Ten laisser 
jouir aux mcmes charges que ses predecesseurs. ( Reg. serv. d’ind ) 

Ed 1394 , le fief nommd : le bos de le Lo en le banlieue de le 
ville de St Omer , tenu en fief du comte d’Arlois , a cause de 
son chateau de St-Oincr , avait did confistjue par ler comte sur 
Tas*ard d'Averboud , banni pour meurlre ; le magistrat de St -Omer 
fit valoir les privileges de la ville et oblint main-levee ( Reg. en 
parch. , p. 217). 

En 1417 , une conduite d'eau de fontainc, pour la maison de la 
Magdelaine ou des Ladres, necessita : un petit ediffice de bos asset 
prez du bos de le Loe , ou fief el tenement de noble dame 
me dame de Waudringhem... fief qu'elle lienl de sire Me lay le Hels..,. 
une cle du petit ddifice de la fonlaiue lui est donnde. ( Id. p. 181 ). 

Dans le registre des fiefs tenus du chateau de St Omer, en 1623, 
on voit , p. 35 , des terres siluez pres de la Loe alias du Lo, d 
present la Malle- Assisse... terres de la ville de St-Omer diet le 
bois de le Loe . On y voit encore f p. 36 i Pierre Van Houllhoren, 
dilte de Vlaming et wane Colombier p pour un fief nommd le 
bois de Loe , se cons is tan 1 en manoir amaze de maison , granges 9 
etc., hors la porte da Brusle. Kicolas de Wissocq pour le fief nommd 
le bos de le Loe , empres St Omer , devail quatre combaltans d 
pied , 1475. ( Les fiefs et amere-fiefe tenus du chAteau da St-Omer). 
En 1739 , Antoine F* VanhouUoom , ecuyer, compare t a la redaction 
des cootumes de St-Omer , pour son fief et seigneurie du bois 
de le Loo . 

Plus loin , en partie dans la banlieue et en partie au-delb , vers 
Blend* cques , dtait situe limportanl fief de Biiquenes. II y cut, an 
15' siecle , de seneuses contestations , pour la baote Justice de ca 
fief P avec le magistrat de St Omer. ( Reg. en parch, p. 95 ). 

(1) Registre aux fiefs , p. 86 p ?*. 



— m — 

seigneurie du Coiliof, an chateau y existait en 1 197 J 
Baudouin , comte de Flandre, comment pars’enem- 
parer lors deson attaque de la ville de St-Omer (1). 

Ce fief, dont le proprietaire pretendit longtemps 
avoir la haute justice, 6tait sous la juridiction su- 
perieure du magislrat de la communaute hour- 
geoise de St-Omer (2). 

En remontant k l’ouest, a l’interieur et a I’ex- 
terieur de la ville , apres la Marliere et le Colhof, 
commengait le fief important de la famille de Ste- 
Aldegonde, tenu du chateau de St-Orner (3). Sous 
le nom de : seigneurie delarue de Sle-Croix (4), 

(1) Balduinus ... villam S t; Audcmari per aliquod lempus obsedit 
et quoddam ejus suburbium sen forlalilium quod Colof dicitur 
cepit. ( Yperius , no?, thcs. t. 3, col. 677. Lambert d’Ardres et 
Malbrancq , t. 3 , p. 361 , disent : arcem quondam in suburbano, 
Colof diet am . Voir aussi P. Collet , notices historiques du Calaisis, 
p. 145. 

(2) Au milieu du 14 c siecle , unc grave discussion eut lieu 
entre Eustache de Conflans v avoue de Terouanne , seigneur du Colhof v 
qui prdtendait avoir, dans cette seigneurie, la haute justice , et le 
magistral de Sl-Omer qui disait cette seigneurie placee sous sa jufidic- 
tion supdricure. (Arch, de la ville , boite 172, n° 22). En 1488, uo 
individu qui appelait d’une sentence de I’Amman et des echevins 
de le vierscaire du Colhof , fut renvoyd devant les echevins de St- 
Omer , par jugement du parlemeut. ( R'g. cn parch. ) 

(3) Ladile contS de Sle-Aldegonde tenue du Roy a cause de 
son chateau de Sl-Omer. ( Regis tre des fiefs, p. 16). 

(4) Pardevant. les eskevins de la rue Sainle-Crois , en la sei- 
gnorie Jehan de Sainle Audegonde , 1297. ( M* n° 830 ). Jean est 
le nom du seigneur du val de Sle-Aldegonde , qui fonda les Cbar- 
treus , cn l’annee 1299. En 1321 , les echevins de la rue Ste-Croix, 
hors les murs , prouverent qu'ils relevaieut du magistrat de Sl-Omer. 



— U5 — 

relevant du magistrat eommuual , la terre des 
Ste-Aldegonde , intra et extra-murot , limitait k 
Test et au sud, la motte chatelaine et l’enelos des 
chanoines; puis sous (’appellation du val de Ste» 


( Reg. en parch. , p. 75. Retoeil des chartes et mdm. signifie poor 
les mayeur et dcbev. ) Eo 1422 9 Pierre de Ste-Aldegonde 9 seigneur 
de Nortquelmes et de Wisques f selon ia prom esse faite au magistrat 
de St-Omer , par Jacques , son pfcre , ancien mayeur , affrancbit de 
tout impdt les voitures passant k la porte Sie-Croix situee sur son 
fief , dont il faisait bommage an Comte d'Artois , k cause de son 
chateau de St-Omer. (Arch, de la ville 9 arm. AB. XL 3). En 
1475 , Nicolas de Saincte Aldegonde, pour ung fief nommd te 
fief de la rue Saincte Croix , dtait taxi! au service du chateau de 
St-Omer , d trois combaltans d pied . ( M* des fiefs et arriere- fiefs ). 

11 ne s’agit ici que de ta roe de Ste Croix basse et de celle du 
rndme nom , placde autrefois contre la porte Ste-Croix, dans le 
faubourg de ce nom. La rue actuellement nominee de Ste-Croix haute, 
porta longtemps le nom de VEcusserie , restd k sa partie haute. 
Void des mentions prises dans les registres aux deliberations du 
magistrat de la ville de St-Omer qui le prouvent : 

Fontaine au pied de fa motte chdtclaine dans la rue Ste Croix, 
1418 (Reg. C. f 18). Rue de ta Potstraecque menant de t'Escu- 
cherie vers Vtglise de St+Omer; 1405. ( Reg. B. F* 25 ). Rue du Pot 
qui conduit de la rue de Lescucherie vers Mglise de St-Omer; 1418. 

( Reg. C. f* 28 ). De m£me en 1472. 

Dans on manuserit de la socidtd des Antiquaires de la Morinie, 
p. 30 , on voit que la rue de Ste Croix touchait k la place chd- 
telaine. 

On trouve deja repression de rue de Sfe-Crote haute, en 1623, 
dans le registre des fiefs relevant du chAteau de St-Omer 9 p. 59 
et 60, etc. 

Dans la rue de Ste-Croix exia talent des fiefs particulars, pett 
import ants, qui relevaient cependant du chAteau de St-Omer, entrtf 
aulres le fief de la Palme, ayant Amman aux vierskairea. ( M* dei 
fiefs et arri&ie-fiefs, et registre aux fiefs, p. 112). 


19 



— 146 — 

Aldegonde , elle resserrait cet enclos, ext6rieurement 
St l’ouest, et dans I’interieur de la ville , au nord- 
ouest(l)'; ensuite elle s’etendait dans la banlieue, 
entre l’ammanie de Longuenesse (2), paroisse impor- 
tante au moyen-age, et les villages de Wizernes , de 
Tatinghem et de Wisques. Elle reneontrait, pres de 
la porte Boulenisienne, la seigneurie du Comte de 


(1) L’dglise paroissiale de Ste-Aldegonde , dans la ville de St Omer, 
au cdtd ouestdu vieux marcbd , maintenant la Petite Plaee, formait le 
commencement de la seigneurie du val de Ste-Aldegonde. Dans la recons- 
truction de l’annde 1515 v on [agrandit cette dglise : le chotur fut 
place sur le terrain communal , en vertu d’une deliberation du ma- 
gistral de StOmer. ( Deneu ville). 

Le 14 avril 1515 , on Jeta let fondatlons nouvelles de V dglise 
paroissiale de Ste-Aldegonde a St -Omer , de 182 pieds de longueur 
sur 122 de largeur. La premUre pierre fut posde au nom de 
Messire Jean de Ste-Aldegonde , seigneur de Noircarmes. (G d cart, 
t. 8, p? 326). 

En 1623 v dans le registrc des fiefs tenus du chAteau de St-Omer, 
aux archives de la ville y Maiimilien de Ste Aldegonde f chevalier , 
est dit Comte dudit lieu f Baron de Nortquelmes.... fondateur de 
l’eglise paroissiale de Sainte Aldegonde... La maison de Ste-Aldcgoude, 
bdtie sarle marchd, fut unie au fief de ce nom , au 14 e siecle , malgre 
les reclamations du magistrot de St-Omer. ( Yoir les registres ). 

Un titre de 1613 dit : Mailre Jacques Desmons , Aman du sieur 
Comte de Ste-Aldegonde ; il dit encore : iamanie et seigneurie dudit 
Ste-Aldegonde en la ville de St-Omcr.... II parle d’inventaires de mai- 
sons mortuaires tenues dudit fief et situdes en cette dite ville. 

II est un rapport tres-detaille, dans lequel la position infra et extra - 
muros de cette seigneurie, est de'terminde. (Mem. pour les Amans. p.34 v 
35 y 60 , 61 ). En 1739 y L’-P’ de Mailly -Mamelz comparait a la redac- 
tion des coutumes de StOmer, pour sa terre de Ste-Aldegonde. 

(2) 1265 ; Jean, Amman de Longuenesse. (G d cart. t. 3 , p. 314 , 
eta. , etc. ) 



— 1 47 — 

Guines , longtemps independante du magistrat de 
St-Omer et du chatelain (1). En l’annee 1248, 
ce puissant Comte faisait directement hommage 
au comte d’Artois , pour sa terre k St-Omer (2). 

En revenant dans l’intdrieur de la ville, non 
loin et a l’est de la seigneurie de Ste-Aldegonde, se 
trouvait le fief de St-Nicolas qui , quoique peu 
etendu, avait sa juridiction et son Amman stegeant 
aux Vierskaires ; ce fief £tait pose sur le vieux 
marche , maintenant la Petite-Place , depuis fhot- 
tellerie du chevalier au eigne jusqub la ruelle Vac- 
questraete en la rue de la Cleuterie (3). 

Plus au nord, en restant dans l’int6rieur de la 
ville , etait le fief du mar chi, appele quelquefois et 
assez modernement, le Comti de Clarques. C’etait 


(t) Item domum eorum (comitum Ghisnensium) , juxla Sanctum 
Audomarum con fisc atam in qua comitissa'Artesice cedificavit domum 
fralrum predicatorum vidi et presens fui , ubi Rcdulfus Ghisnarum 
comes el Frantic* cone stab ulus % lancea perfossus , in hcestiludio in- 
teriit. (Yperios , nov. tbes. t. 3, col. 650. M. Legrand de Cas telle, 
dans uo memoire pour la paroisse Sl-Denis , precise Fan 1324. 

Balduinus etiam Ghisnarum comes 9 qui portam Boloniensem ob - 
sederat in adjutorium Balduini comilis Flandrim , de hospitio ubi 
nunc est domus frai:um predicatorum facta turri permaxima 
polenter dedit assultum , 1197. (Yperius, col. 677. Lambert d*Ardres. 
Malbrancq , t. 3 , p. 361 ). 

(2) lnventaire des chartes des Comtes d’Artois ; Ducbesne , maison 
de Guines ; Lefebvre , histoire de Calais t t. 1 , p. 658. Me'moires 
de la socidtd d'agriculture de Calais. 

(3) Registre aux fiefs , p. 18 f°. 



one ammanie tres-importante, ayant une juridiction 
etendue , et m6me sa prison particuliere au 43? 
siecle (1 ) . Cette seigneurie relevait du chateau de 
St-Omer (2) et s’etendait jusques aupres de l’eglise 
du Saint-Sepulcre. Dans les derniers temps , elle 
appartenait au Roi (3) ; 1’Amman avait son si6ge 
dans la maison nommee les Batons Royaux, qui , au 
48* siecle, etait la propriete du sieur de Brias , 
doyen du chapitre de St-Omer (4). 

Sous la direction d'un 6chevinage, d’abord special, 
et d’un Amman , la rue Boulenisienne formait , pres 
du lieu qui avait conserve Ienom d Hebbinghem (5), 
un fief qui touchait introrwwros, a la partie nord du 
fief du marche. La rue Boulenisienne detachee sans 
doute de la terre d’Hebbinghem avec laquelle elle de- 


(1) Jaque Cloent comme Aman du markiet de St-Omer , ayant 
(ait un exploit en le rue derrierre Saint Sepucre , sans dchevins 
des bourgeois , reconnut sa faute et la repara ; 1378. ( Reg. en 
parch. , p. 248 ). Prison, de VAman du markiet . ( Id. p 249 ). 

Cette seigneurie est indiqude, comme 1‘une des plus importantes, 
dans l’ordonnance de 1424 , citee ci-devant ; elle est reprise de 
mime dans le mdm. pour les mayeur et Icltevins, de Tan 1748. 

(2) Lettres de 1’annde 1386 , dans le reg. en parch , p. 239. 

(3) Mdmoire pour les Amans ; 1769 p. 3. 

(4) Hem. pour les mayeur et dch. , p. 42 , 43. 

(5) A Hebbinghem ; pour une maison , masure et grange join* 
gnant oest et west d He dame de Lisques et zut d le rue et quin 
qui maine de Saint Omer d Salpruic. ( Comple des rentes apparte- 
nans d le maison el hospital des Ladres ; 14)6/ Dans celle citation, 
Ucbbingtum a la pljy&ionomie d’uu nom de terriloire. 



— U9 — 

vait composer primitivement une villa assez importante, 
-4tait devenue avec un nom nouveau , une seigneurie 
posee non seulement a l’interieur mais aussi a 1’exte- 
rieur de la ville (1). Prolong^ exlra-muros au nord 
de la seigneurie du Comte de Guines, elle avoisinait 
aussi la propriete communale nommee le Laer, sur la- 
quelle fut transports 1’eglise St-Martin (2); elle ten- 
da sf, vers la seigneurie importante de Burquet , situee 
en partie en dehors de la banlieue (3), vers celle 

(1) Eskevin de le rue Boulisienne \ Goissin dfArde , Wautier le 

Sueur , Gillon de Radinghem .... el devant Jehan lamman pour sei- 
gneur ; 1284, ( M* n* 830 ). Pardevant le loy Henry de Walonca - 
pelle en le rue Bolinsiine ; 1345. ( Id.) Allard Dame seigneur en 
la rue Boinlenisienne ; 1384. (Repertoire des entries d’Artois ). Le rue 
dehors le~porte Boulisienne, tout du long j, sques d le bailie au bout 
dela des murs des Jacobins ; 1418. (Compte des argentiers de St- 
Omer , etc , etc.) Jacques de Rebecque, pour le lief de la porte Bou- 
lisienne, gisant en la ville de SI - Omer, l la it laid i un combaltant 
& pied ; 1475. (Fiefs et arriere -fiefs ). 

En 1439 , la ville de Si Omer aciieta la mol lid' d*un fief nomibd 
le fief de St- Omer , consistant en Vestoecage qui se cueilloit ala 
porte Boulnizienne. 11 dlait etabli depuis la porte jusqu'au-deld 
des maisons, en suivant Vatre de St-Martin. ( Arch, de la ville , 
arm. AB. XI. 2 ). Diffd rents actea ont trait a cet eslocage. 

(2) Le mot Laer , Lare, signiGe terrain inculte. ( Yoir le Messager 
des Sciences de la Belgique , 1838 , p/ 370 ). L’audomarois Simon 
Ogier , dans ses etymologies , remonte ]usqn*a Laerte , pere d’Ulysse, 
pour trouver. la signification de notre SLHarlin-au-Laerl. 

(3) Hogues de Burques apparait en 1166 et 1200. (Arch, de la ville, B. 
81, 38,et diplomes belgiques, t. 1, p. 560). Le grant quemin royal ou 
val de Burques atari que on va\d Ardre . (Compte des arg. de 1418). 
On trouvc ordinairemenl la terre de Burques avec le village de Salperw'c. 
A Saiperwic usque ad paludem de Burka ; 1175. (Malbrancq, t. 3, 
p. 302 , met Burba par erreur ). Marais de Satpenoicke et do 
Burkes ; 1236. ( Arch, de la ville , B. 81 ). Des i ’an nee 1282 , on 



— 150 — 

i’Arquingoult , aussi a cheval sur la limile de la 
banlieue, et vers la seigneurie de Laires (1). 

La seigneurie de la rue Boulenisienne et la terre 
d’Hebbinghem s’etendaient plus ou nooins au nord de 
la ville de St-Omer ; elles se rapprocbaient moins 
toutefois de la partie de I’ammanie du Ilaut-Pont, 
situee dans l’interieur de la ville , que celle du 
marchi, que nous avons rencontrse dans le voisi- 
nage de l’6glise du St-Sepulcre. 

Quelques autres fiefs, 1 ’un assis principalement en 
la rueletle que Von dist les pieds de St-Omer (2), 
l’autre nomine de Sdpoix (3), tous deux etablis sur 
des maisons eparses , celui forme par quelques nuai- 
sons de la rue de St-Bertin et du File (4) , avaient 
leurs Ammans siegeant aux Vierskaires ; ils ne 
peuvent toutefois avoir la meme signification que 
les veritables seigneuries representant chacune un 


compromis eat lieu pour la seigneurie de Burques , entre le Comte 
d'Artoia et le magistral de St-Omer , d’une part, et le ebapitrede 
St Omer , d'autre part. ( Reg. serr. d’irid. ) 

(1) D’autres seigneuries existaient encore dans la banlieue de St- 
Omer. II n’entre pas dans mon sujet de cbercber a determiner leur 
position. La terre et seigneurie d'Arquingoult dtait Tune des plus 
imporlantes ; son possesseur avait de jusles pretentions k la haute 
Justice , en dehors de la banlieue. La seigneurie de Laires etait 
entre Arquiogoult et Talinghem. 

Le chapitre y possedait les seigneuries de Lannoy et Halimbroucq • 

(2) Regis tre aux fiefs , p. 72. 

(3) Id. p. 21 V. 

(4) Id. p. 130. 



— 151 — 

ensemble , un morceau de lerre d’une etendue 
plus ou moms grande. 

Selon un auteur moderne , la famille de Ste-Alde- 
gonde auraitete fondatrice du cliapitre de St-Omer(1 ). 
Son dire est remarquable, quoique son expression 
ne puisse etre prise qu’au figure sans doute. Par 
une fiction feodale ordinaire, cet auteur a voulu 
exprimer qu’un ancien proprietaire de la terre de 
Ste-Aldegonde , etranger ou non a la famille de 
ce no in , avant meme l’existcnce historique de cette 
famille, avait fonde et transmis ses droits de 
fondateur a ceux qui etaient en son lieu et 
place. 

Ce dire est-il la consequence de quelque pretention 
de la famille de Ste-Aldegonde, appuyee sur des 
documents ou sur une tradition ? Je ne sais ; mais 
il est bien remarquable de le voir en harmonic 
avec la signification d’une topographic, que l’auteur 
du dire, Stranger au pays , ne pouvait connaitre. En 
effet, l’etat des lieux fait croire que l’enclos des cha- 
noines de St-Omer , a ete etabli aux d4pens de la 
terre , de la seigneurie des Ste-Aldegonde qui l’en- 
serre, seigneurie qui eprouve une depression singu- 
liere, un raccourcissement tout-a-fait irregulier, pour 

(1) Ste Aldegonde , famille fondatrice du chapitre de St-Omer, 
de Vhospice des Rtcollels de Rosembais. ( Es&ai historique sur la 
reotree des biens , tanl a l’eglise qu’a la nation , p. 78. Malbrancq, 
t. 3, p. 887, constate aussi a sa roaniere , la puissance de la 
famille do Ste-Aldegonde , dans la villa de Sl-Omer. 



— 1 52 — 

faire place & cet enclos. Ce dire s’harmonise on tie 
peut mieux avec mon interpretation des chartes qui 
restreint le nom de Sithiu a File qui le portait , et rat- 
tache l’enclos du monastere d’en haut, a une terre dont 
le nom ancien , main tenant inconn u, a ete change 
en celui de * Ste-Aldegonde. Cette fraction d’une 
terre assez considerable, etait trop peu importante 
en elle-m£me , pour qu’elle en ait conserve le nom; 
aussi prit-elle, durant un certain temps, celui de la 
villa & laquelle elle fut adjointe , pour finir par 
adopter le nom du Saint, fondateur de la religion 
chretienne dans le pays. 

La topographie feodale de la ville de St-Omer 
vient d’etre appelde k nous faire connaitre l’etat 
du territoire audomarois, k l’origine des monastkres; 
sa signification est semblable k celle des documents 
historiques dans leur interpretation nouvelle ; elle 
en est une verification a laquelle j'attache beaucoup 
de valeur. Tout nous dit done que les deux centres 
des proprietes monacales 6taient peu spacieux , 
surtout celui placd sur la hauteur; tout nous 
assure que la villa Sithiu etait vraiment con- 
cent re e dans son ile , et que cette ile, plus grande 
que dans les derniers temps et qu’on ne la 
voit encore aujourd’bui , n’etait cependant pas 
tres-etendue. Tout nous montre clairement les 
deux points principaux de la donation d’Adroald , 
cernes de tous cotes et separ6s par d’autres 
terres independantes de l’un et de I’autre monas- 



— 153 — 

tere; tout nous prouve que le territoire de St- 
Ooier et celui de sa banlieue , furent primitivement 
morceles en une certaine quantile de villas ou 
proprietes nobiliaires, devenues plus tard de v6ri- 
tables seigneuries, s'etendant les unes au-dela de 
la ville , les autres au-dela de la banlieue et cou- 
pees arbitrairement lors de la formation de la ville 
et lors de l’etablissement de la banlieue. 

La topographie dit aussi que les dependences 
et les adjacences de la villa Sithiu , exprimees 
dans la charte d’Adroald, n’eti ent guferes placees 
pres de cette villa , et que les dependences de l’eglise 
de la Vierge, dont il est question dans le testa- 
ment de Saint Omer , ne touchaient pas k 1’enclos 
du monastere d’en baut (t). La topographie ajoute 
sa signification, a celle des documents ecrits, pour 
nous faire comprendre que les unes et les autres 
n’etaient pas de Ires grande importance. Si parmi 
les noms des dependances de Sithiu, quelques uns 
conviennent a des lieux encore connus , nous savons 
qu’aucun des deux monasteres n’avait sur eux de 
juridiction vraiment seigneuriale (2). Les adjacences 


(1) Les adjacences d’une terre n’e'taient pas necessairement dans son 
▼oisinage ; en voici une preuve de l’annee 723 , prise parmi p!u* 
sieurs autres que je pourrais ciler. Hoc est omnes villas meas 
nunc u pant es Selhliaco super fltivium Agniona, cum adjacentiis 
svis Kelmias et Slrato , et infra Mempisco , Leodringas mansiones 
seu Belrinio super flavio Quantia , sitas in pago Taruanense , 
cum adjacentiis suis qua sunt in pago Ponlivo , in loco nuncu - 
p ante Monte , super fiuvio Altca. ( Chart, sit. p. 49 et g' cart.), 

(2) Villa magnigeleca , Wiciaco 9 Talinga villa , Amneio, Has to 

30 



— 154 — 

et les d£pendances de la villa Silhiu etalent sans 
doute des morceaux de terre ou de simples rede- 
vances (1) , situes ou etablis dans des localites 
plus ou moins eloignees et qu’il ne faut pas vouloir 
trouver en general dans le voisinage ou dans 
1’enceinte de la ville de St-Omer. Aucune signi- 
fication de dependance absolue et inseparable d’une 
terre & l’egard d’une autre terre , ne doit etre 
cherchee dans la charte de i’annee 648; a l’epoque 
de la donation ecrite d’Adroald , les rapports hie- 
rarcbiques des terres entre elles , n’existaient pas 
encore , la feodalite n’etait pas etablie. 


Les narrations historiques des moines et de3 
chanoines sont entachees de partialite , nous 1’avons 
vu ; non seulement elles different entre elles , 
mais elles se contrarient quelquefois; elles s’ap- 
puient sur des titres dont le sens a ete denature, 
et qui bien interpretes s’accordent dans ce qu’il y 
a d'essentiel et de fondamental. Les erreurs sont 

Fdbridnio , Lomntanat , et ad Fundenis seu Malros, Alciaco , 
Laudardiaca villa , Franciliaco. Parmi ces doom , Fun d’eux doit 
tans doote iadiquer le lieu nommd depute StMommelin , place cer- 
tainement dans la ddpendanee de Fabbaye de Sithiu. Serait-ce le 
premier repris , comme le lieu du vieux monastere dlait le premier 
parmi ceux des ddpendances de St-Berlin k eette dpoque. 

(1) L’dtude des dipldmes de donalioos aux monastere* , proa re 
qae la plos grande partie des prdtendus Tillages en tiers qui leor 
auraient eld octroy ds , se rdduisent k de simples morceaux de terre 
plus ou m'vms dtendus , dans ces mimes villages. 



— 155 — 

pour la plupart volontaires et quelques-unes re- 
montent m&me loin dans le passe. Entries dans la 
tradition , elles sont devenues difficiles a detruire ; 
elles ont entrain^ une fausse appreciation des fails ap- 
partenantaux temps primitifs de notre histoire locale, 

Mon travail a eu pour but de changer les inter- 
pretations interessees et erron4es des moines et 
des chanoines; de detruire l’opposition reciproque 
qu’ils ont mise dans leurs recits historiques; de demon- 
trer qu’elle n’existe pas dans les documents dont ils 
se sont servi ; de retablir enfin la verite dans 
l’hisloire des premiers temps de la ville de St-Omer, 
en faisant une part Equitable aux deux corps reli- 
gieux. En me depouillant autant que possible des 
impressions de l’actualile , j’ai cberche a me renfer- 
mer dans la veritable expression des documents an- 
ciens. C’esl la seule maniere de se rendre un compte 
exact de l’etat des choses et des lieux d’autrefois et de 
ne pas reporter dans les temps oil elle etait loin d’exis- 
ter, la superiorite ou la suzerainete administrative 
communale des si&cles derniers , et surtout l’unite 
d’administration et la centralisation de notre 6poque; 
c’est la seule maniere d’arriver k comprendre l’his- 
toire dans son expression exacte , en lui laissant la 
physionomie propre a chaque periode de temps. 

Je desire avoir obtenu le resultat que je poursuis ; 
je desire avoir ameliore les elements de la veri- 
table histoire des commencements de la ville de 
St-Omer. Je vais maintenant les mettre en oeuvre. 


et grouper les faits historiques qui ont trait au 
sujet que je viens de traiter. 


Audomar, n6 dans le pays de Constance, s’6tait 
fait moino a l’abbaye de Luxeuil ; charge de la 
conversion des Morins, il arrive a Terouanne vers 
l’ann£e 637 , avec le titre d’Eveque. Sa mission 
£tait importante autant que difficile. Les vieux cultes 
dominaient encore presque exclusivement dans la Mo- 
rin ie (1). Les predications des premiers missionnaires 
apostoliques , des saints Fuscien et Victoric . au 
milieu du 3* siecle, etaient completement oubliees. 
Les fondations chretiennes de saint Victrice au 4* 
siecle , de saint Maxime de Vime et surtout de 
saint Antimond et de sainf Atbalbert, deux cents 
ans apres Victrice , n’avaient pas laisse beaucoup 
de traces (2). L’image de la croix n’existait plus 
sur aucun monument morin. A son arrivee , Au- 


(1) Folcard s’ex prime ainsi : Ante advewtum siquidem ejus (Beall 
Bertini ) in regime Taruenensi , exceptis hie qui jam converli 
erant per doclrinam sanctissimi presulie And omari , omnee reliqui 
indigence ydolorum adhuc deserviebanl cultui quamquam jam 
dudum qscetis marlyribue Vielorico el Fuxciano, qui de illo can - 
denti , quinllniance cohortis collegio divisi ad predicandvm . Primi 
Chrislicol m fines penelrarunl Morinorum . 

{%) Lea deox excmplaires, Igalcment authenliques de ta bulle papa Y e 
de 1075 , retrouvea dans lea archives de l’ex-cbapilre de St-Omer, 
diseot Tun ; Bealus Audomarus primus morinensis episcopus 
Taulpe; tertius episcopus , Antimond ei Atbalbert seraient, d’apr&s 
le second, compies dans la seric des Evdques des Morins, 



— 187 — 

domar a done tout & faire dans son dioc&se , pour 
implanter la civilisation chrEtienne, II commence 
par combattre le paganisme dans sa cite Episco- 
pate ; puis il parcourt les campagnes. Audomar 
arrive dans la contree de Suliiu et d’Hebbingliem , 
lieux voisins l’un de l'autre et faisant partie de 
ces terres, encore alors marEcageuses ou couvertes 
de bois , dans lesquelles , aux jours d’invasions , 
les Morins avaient souvent trouvE un refuge assurE. 

Dans ces lieux restes sauvages , oil les habitants 
du pays fuient devant les idEes civilisatrices , il 
B’agit de defricber les intelligences humaines , les 
marais et les forets ; d’dter a la barbarie ses abris; 
de dEtruire les asiles, les refuges des idees druidi- 
ques et polytheistes. Pour y parvenir , il faut des 
ouvriers EvangEliques , courageux et intelligents , 
qui travaillent avec un esprit de suite ; car leur 
mission sera difficile et longue. 

Dans ce pays dominait un riche proprietaire , 
ancien pirate , nomine Adroald. Audomar va le 
trouver et, non sans peine, 1’amEne k la foi chrE- 
tienne. ZelE pour la religion a laquelle il vient 
d’etre converti , ce chef puissant , qui n’avait pas 
de fils , veut concourir au progres de ses croyan- 
ces nouvelles. Adroald avait sans doute beaucoup 
a racheter dans son passE, dans sa vie aventu- 
reuse ; il ofire a l’Eveque des Morins , avec une 
destination de bienfaisance , une partie assez im- 
portante de ses propriEtEs situees dans le pays do 



— 458 — 

T£rouanne et composee de terres libres ou nobles, 
assez distantes Ies unes des autres. Aadomar, heureux 
dc cette offre , provoquee par lui sans doute , l’ac- 
cepte avec joie ; il fait toutefois changer la desti- 
nation d’une partie de la donation. Au lieu d’un 
hdpital d’abord projete , il obtient de faire elever 
un monastere. Seul encore, il ne peut execute? 
immediatement tous ses projets. Cependant il se 
met de suite k 1’oeuvre de la conversion du pays. 
Le saint Eveque jette bas l’idole du temple de 
Minerve , place sur la hauteur la plus voisine 
de l’ancien Sinus-Itius , au centre d’une pauvrc 
et chetive bourgade. Il y pose , cn son lieu et 
place , une image de Saint Martin , cet apolre des 
Gaules, dont l’invocation fut presque partout la 
premiere dans notre pays , amene aux croyances 
chretiennes (1). C’est le phare religieux qui doit 
eclairer et guider le pays. Le temple consacre 
a St-Martin est place aupres d’une forteresse an- 
tique qui protegera la fondalion pieuse d’Audomar. 
Le lieu ne pouvait etre mieux clioisi dans le but 
civilisateur dc l’Eveque ; il offrit des lors les 
deux especes de protection les plus efficaces au 
moyen-age , l’eglise et le ehateau fort , la croix 
et l’epee. 


(1) L'existence de ce temple payen n'esl pas plus certaine que la 
profession de pirate pour Adroald. La tradition seule les fait d’abord 
connaitre. Maihieu Desprcz et Nalbrancq parlent, dans leurs recits bis- 
toriques , de la transformation de ce temple en egllse chrdtienne. 



— <59 — 

Adroald avait c6d6 aux conseils d’Audomar , 
et la construction d’un monastere sur Tune des 
terres octroyees , Stait decidee. L’Eveque, dont les 
soins devaient s’etendre sur tout son vaste diocfese, 
sentit le besoin du concours d'hommes apostoli- 
ques d’uu me te connu , d’une foi dclairee , qui 
fussent fixes sur les lieux memes ou il y avait 
tant a faire dans l’iat6rct de la religion et de la 
civilisation. II demands et obtient trois de ses 
compagnons, restes apres lui au monastere de 
Luxeuil. Mommelin, Ebertrand et Berlin lui sont 
envoyes. Audomar leur etablit unc demeure mo- 
nacale au lieu depuis nomme St-Mommelin , en 
souvenir du pieux cenobite qui la dirigea Ie pre- 
mier. Le succes de ces ouvriers evangeliques ne 
se fait pas attendre ; il est bientot complet. Les 
neophites et les novices deviennent nombreux ; leur 
habitation est bientot trop etroite. L’oeuvre d’Au- 
domar est heureusement commencee; il faut en 
assurer le succes , la duree. A ces abeilles la- 
boricuses , il faut une ruche convenable et suffi— 
sante au developpement de leurs essaims. Le saint 
Eveque n’hesite pas ; Berlin, le plus jeune des trois 
compagnons, deviendra le chef, Ie premier abb6 
d’un monastere veritable et vaste, Atabli selon 
1’esprit et les besoins du moment , et largement 
dote des liberalites du pirate converti. 

Pour assurer davantage sa fondation monacale, 
demembrement de la donation d’ Adroald , Audo- 


mar emprunte le nom de ce premier et veritable 
donateur. Celui-ci consent & comparaitre dans un 
acte authentique revbtu de nombreuses signatures. 
La transmission revet ainsi le cachet d’une dona- 
tion directe faite a Berlin ; elle se compose de la 
villa ou de l'ile de Sithiu , assez peu importance 
en elle-meme , sur le territoire de laqoelle le 
monastere sera edifie , et de plusienrs autres parties 
de terre, attachees a cette villa, comme adjacences 
et dependances. 

Berlin cherche, avec l’intervention de la volonte 
divine, sur le terrain marecageux de Hie de Sithiu , 
le lieu le plus favorable a l’etablissement du mo- 
nastfere. L’emplacement determine se trouve le 
plus voisin possible de la terre ferme; les tra- 
vaux commencent. Bertin fait affermir et exhausser 
le sol fort humide de Tile, sur lequel le monas- 
tere doit etre erige. Puis il dirige les constructions 
aux tilres d’abbe et d’architecte , souvent reunis 
au moyen-age. 

La maison religieuse k peine elevee , on s’aper- 
coit que la nature du terrain qui la porte, est im- 
propre a la sepulture des moines ; qu’il y aurait 
danger, pour la santb des vivants , d’enterrer les 
morts aussi pres d’eux , dans un sol aquatique 
degageant des miasmes deja trop deleteres. Audo- 
mar et Bertin , de concert , etablissent alors, pour 
les religieux , un cimetiere , non loin de 1’eglise 
St-Martin , sur la partie de la butte voisine com- 



— 1(M — 

prise dans la donation glnlrale , el res tee aux 
mains de l’Eveque avec quelques autres morceaui 
de terre. 11s construisent au milieu dc ce lieu de 
repos, une petite eglise dediee k la Yierge Marie , 
et desservie sans doute , d’abord par le clerge de 
l’eglise voisine. Mais bientot est sentie la necessity 
d’attacher immediatement et k toujours, le cime- 
tiere au monaslere ,• et de conslituer 1’unite dans 
la direction civilisatrice. Alore , par un acte nou- 
veau en forme de testament , et fait apres la mort 
d’Adroald sans doute , puisque son intervention 
n’est pas exprimee , ( 662 ) Audomar donne k 

Bertin et a ses successeurs abbes , l'6glise de la 
Yierge, le cimetiere et toutes leurs dependences > 
sous la condition d’y recevoir lui-meme la sepul- 
ture au milieu des moines , par les soins de I'abbe. 

Cette seconde donation comprenait ainsi tout 
ce qu’il restait a l’Eveque , des liberalites d’Adroald; 
l’emplacement du cimetiere et de l’^glise de la 
Yierge en etait la partie principale , les propriety 
de Blendecques et d’Alveringhem sans doute , les 
dependences les plus importantes. A la mort d’Au- 
domar , vers 1’an 673 , la donation nouvelle eut 
son effet ; elle rattacha immediatement k la villa , k 
rile de Sithiu , pour etre souvent comprise dans une 
appellation commune , la butte voisine , fraction 
d’une terre particulikre assez importante oil dtaient 
la forteresse et la population primitive. Le nom 
de Sithiu » pris dans une acception collective, de-% 

n 



— m — 

vient d£s-lors, le plus ordinaire pour les deux 
centres des propriety des moines , administrati- 
vement adjoints ; il est ainsi frequemment employe 
jusqu’k ce que celui de St-Omer , longtemps attache 
distinctement au monastere d’en haul, ou le saint 
Eveque fondateur etait enterrC , et bienlot a toutes 
les habitations qui l'accompagnaient , eut definitive- 
ment predomine et l’eut fait abandonner. 

Sous Fadministration des moines , le cloitre place 
contre Feglise de la Vierge , s'elendit et composa 
bientdt une espece de second monastere dirige par 
l’abbe de Sithiu. Le tiers des moines , a tour de 
rdle , et de mois en mois , habitait le monastCre 
d’en haut ou de St-Omer. 

Cet etat de choses fut change au commencement 
du 9* siecle. A cette Cpoque, une idee nouvelle 
s’etait fait jour dans le clerge. Toute favorable k 
un ordre religieux d’institution recente , elle ten- 
dait a diminuer l’importance des monasteres pri- 
mitifs. L’ordre des chanoines reguliers , etabli vers 
Fan 760 , avait pour fondateur , Chrodegand , 
Eveque de Metz. Les conciles de Mayence en 84 3, 
et d’Aix-la-Chapelle , trois ans apres , s’en occu- 
perent serieusement. Louis-le-Debon naire , en l’annee 
826 , completa les statute donnes par le fondateur; 
depuis lors , cet ordre religieux fut toujours nommC 
le premier dans les capitulaires , dans les chapitres 
des conciles et dessynodes. DCs le commencement 
du 9* siCcle , les dons affluCrent aux corporations 



— 163 — 

canOniales qui se propageaient rapidement, et la 
rigle des chanoines, dit M. Guizot, joua dans Id 
rdforme de Vdglue , & cette dpoque , tin rdle im- 
portant. Les souverains affranchirent bientdt de touts 
domination , les lienx sur lesquels les cloitres de 
ces nouveaux, religieux etaient etablis (1). 

Fridogis , anglais de nation , parent de 1’empe- 
reur Charlemagne et 61eve du celfebre Alcuin , 
6tait en 820 , devenu abbe des monastferes unis 
de Sithiu. C’6tait un homme puissant et chaud 
partisan de l’ordre nouveau des chanoines. Abbd 
de St-Martin-de-Tours , il avait use de la per- 
mission accordee par le concile d’Aix-la-Chapelle , 
a tous les moines de se transformer en chanoines. 
Un chapitre regulier y avait 6te form6 par sea 
soins. A Sithiu , Fridogis , toujours sous l’empire 
des memes inspirations , suivit la m&me marche , 
et il etait dans son droit, quoique cependant les 
veritables besoins du temps fussent surtout, de 
creer des communautes de chanoines avec des prdtres 
i pars , vivant isoliment et chacun d sa fagon. Il 
detacha le monastere d’en haut ou de St-Omer , 
de celui d’en bas ou de St-Berlin ( St-Pierre , 
Sithiu ) , et lui donna une entiere independence. 
Trente moines furent convertis en chanoines re- 
guliers et il y vecut au milieu d’eux , d’accord en 
cela avec sa qualite premiere de chanoine ; Fri- 

{{)' Ansegisi capitularium , lib* 4* < Doeomeota germaoia , t. 5 / 
jp. aw). 



— 464 - 

dogis conserva toutefois le titre et les attributions 
d’abbe de St-Bertin ou de Sitbiu jusqu’a sa mort, 
en 834. Ed meme temps cet abbe reformait le 
monastfere d’en bas , et cette reforme amenait 
l’occupation serieuse de copier des manuserits et 
la formation d’une bibliotbeque. Fridogis reduisit 
le nombre des moines h soixante; avec un veri- 
table esprit d’equite , et en se basant sur le per- 
sonnel de chacune des deux maisons religieuses 
qu’il separait, il fit trois parts des biens de l’an- 
cienne communaute , en laissa deux aux moines 
du monastere d’en bas et en attribua la troisieme 
aux chanoines dont la maison conserva le nom de 
monastfere , selon l’expression constante et gene- 
ralises des capitulaires synodaux : monasteria tarn 
canonicorum quam monachorum. Les chanoines s’ar- 
rogerent bientot la superiority sur les moines , en 
se fondant sur les canons des conciles et des 
capitulaires qui la leur attribuaient (1). 

La separation des deux monasteres avait mecon- 
iente profondement les moines et lese veritable- 
ment leurs interets ; ils s’en vengerent en atta- 
quant et ses motifs et meme la reputation de 
Fridogis ; les pretentions des chanoines les exas- 
p4rerent. Aussitot la mort du novaleur abbe , 
Hugues son successeur dans le monastere de 1'ile 
de Sithiu, interprete des sentiments de sa commu- 

(1) Selon Folquin cette pretention de supdrtorild dtait basde sor 
•§ que I'abbd common demeurait avec eux. 



— 165 — 

naute , sollicita yivemcnt le cbangement deft cha- 
noines en moines , et la reunion des deux monas- 
teres , sous la direction de l’abbd de Sithiu. Malgr6 
son titre de frere de l’Empereur Louis-le-Debon- 
naire, il ne put y rdussir. Tout ce qu’il obtint 
pour remplacer l’ancienne domination de ses pred6- 
cesseurs , et pour couvrir la privation importante des 
dons nombreux faits au tombeau de Saint Oraer , 
desormais perdus pour eux , fut une esp&ce de 
satisfaction d’amour-propre , et une indemnity legfcre 
d’interets materiels. Le monasfere d’en bas fut de- 
clare superieur a celui d’en haut , et recut le pri- 
vilege de nommer le Custos ou gardien de l’eglise 
de la Vierge et du cimetifere cornmun , dans lequel 
les moines aimaient a fetre enterr6s auprfes du saint 
Eveque , le protecteur par excellence , le vrai patron 
des Morins de Sithiu. A cette fonction, d’un ordre 
inferieur, fut attach^, pour son titulaire et au be- 
nefice du monastere d’en bas , le droit d’officier 
quatre fois l’an, dans l’eglise des chanoines, aux 
jours determines de fetes solennelles , et de per- 
cevoir ces quatre- jours , les offrandes des fiddles, 
( 839 ). 

Les moines ne furent pas satisfaits des faibles 
compensations qui leur etasent accord£es par l’Eveque 
de Terouanne, St-Folquin. Aussi cherch&rent-ils un 
autre moyen de rentrer dans la perception de toutes 
les offrandes pieuses. L’abbe Hugues resolut de 
faire disparaitre la pr4cieus« relique , qui attirait 



— m — 

au monastfere d’en liaut , la v6n6ration fructueuse 
et presque exclusive des fidfeles, dans l’esperance 
de lui substituer , au profit de sa maison , celle 
de Saint Berlin. 11 ne lui fut pas difficile de faire 
entrer dans ses vues , Moms , Tun de ses moines, 
gardien de l’6glise de la Yierge Marie. L’abbe re$ut 
les restes de Saint Omer, des mains de l’infidele 
Gustos ; h la tete d'une troupe nombreuse il prit 
le chemin du monastere de St-Quentin , dont il 
6tait aussi le chef, et dans lequel il voulait expa- 
trier la relique veneree. Bientot l’eveque de Terouanne 
averti , se presente accompagn^ de ses nombreux 
fideles et recouvre le corps saint stationne au 
village de Lisbourg. 

Cette tentative audacieuse de rapt avortee , il 
ne resta plus aux molhes qu’a subir les faclieuses 
consequences de la separation des deux monasteres, 
avec la petite compensation qui leur etail accordee 
et qui ne dura meme pas un tres long temps. 
11s parurent s’y resigner jusqu’au jour ou la 
pensee leur vint d’opposer un pretendu corps au 
veritable corps de St-Omer. Je n entrerai pas dans 
le detail de la longue lutte qui Vensuivit ; je ne 
veux pas m’eloigner des temps primitifs de notre 
histoire ; je reviens sur mes pas , pour opposer* en 
peu de mots, aux discussions ardentes des moines 
et des chanoines entre eux , leur rdle d’utile et 
intelligent patronage sur les habitants de leur voi- 
teuage, leur initiative dans la mise en culture de 



— 467 — 

notre sol ou marecageux ou trop botsi, et leur 
important concours a la formation et k la mise en 
defense de notre ville (1). 

Pres du lieu oil fut pose le monastkre d’en haut, 
sous I’action des merites de son saint patron , et 
sous la protection de la forteresse , se developpa 
bientot une population, placee principalement sur 
le sol libre des villas ou des terres voisines. Cette 
population, qui constitua bientdt un bourg assez im- 
portant, avail deja precedent) men t son administration 
civile et judiciaire , qui demeurait independante du 
monastkre, sa hierarchie sociale , sa noblesse (2). 
C'etait au centre de ce bourg que l'Ev&que de 
TSouanne, Audomar avait erig6 la premikre 4glise 
dediee k Saint Marlin et depuis transports au Laer. 
Ses chefs etaient des Centeniers (3) , des Sagiba- 

(1) De l'opinion regue jusqu’a ce jour que les deux corps rell- 
gieux avaient cu primitivement la propridte, puis la seigneurie da 
sol de la ville de St-Omer , il ne peut ab&oiument rien subsister* 
Bien loin de )& , il est non-seulement prouvd qu’ils n’eureot 
la propridtd et plus tard la seigneurie complete que de Ieurs enclos, 
piais qu’ils n’y avaient mime pas primitivement la Justice. Le 
voleur dont j’ai parle p. 110 ayant dte pris , les juges seculiers 
le fircut conduire au castellum menapiorum. C’esL aveo des priires 
que les moines obtinrent sa grdce. 

(2) Dans la vie de St-Berlin ddjfr citee , on voit c. 37 , p. dl y 

que : nobilitas terrm illius abscesserat , nativitatis patria 

relic ta , prosier paucos qui ila hosredilariis preditier ant patri - 
moniis. On y voit encore : ambitus caste lli cum consensu populi et 
procerum condictatus . . . . 

(3) On trouve , en 685 : Gislefridus cenlemrius ; en 723 * eignuty 
Chumbaldi centenarii ; en 715 , sig... Austroaldi centenarii ; en 
607 et 811 , sig.,, Wendelgeri centenarii . 



— <68 — 

tons (A), el <&s le milieu du 8* sibcle, on y voit dee 
Echevin (2); elle avaitun personnel militaire (3) 
independant des Avoues des monasteres (4). Tous 
ces fonctioonaires etaient sourais au representant 
du Souverain , avec le simple titre de Vicaire 
d’abord (5) et accidentellement d'llluttre (6), puis 
avec celui de Comte, au 9* siecle (7), lorsque la 


(1) 11 y a dlja an Sagibaron dans la charte de donation d’Adroald 
de Fannie 648 : signum sacebaronis ; d ou elait-il ? 

(?) Le manuscrit sur lequel le chartularium siihiense a ltd pubfil 
par M. Gulrard , ne porte pas la souscription Gumbarii scawint 
b la charte de la donation de Rocashem de Fannie 745 ; le grand carta- 
laire de Sl-Berlin la montre ; mats ce qui tranche toute discussion, 
c’est que la charte authenlique, sur laquelle M. Warnkcenig a publil 
la copie imprimle de cctte donation , a la suite de son bistoire 
des institutions de la Flandre , donnc positivement cctte souscription. 
fen 883, on voit le signum Thiodradi Scavini . Thiodradus caballarius 
Tiabet bunaria XI, in Gisna. 

(3) En 839 , signum Everwini militis , sig. Berharii militis. In 
Frestngahem Everwinus habet bunaria V . Berharius caballarius 
posslde beaucoup b Morning hem. (Chart, sit. , p. 97 , 98 ) 

(4) Les Avouls joulrent uu grand rile dans notre ville ; on trouve 
en 839 , Signum Odgrini advocati ; en 865 et 867 , sig . Huc- 
berti advocati ; en 868 , sig. Fardulft advocati ; en 875 , sig. 
Odberti advocati ; en 883 , sig. Odgrini advocati ; en 938 962 , Evc- 
rardus advocatus ; en 986 et 1026 , sig. Gerbodonis advocati , etc. 

(5) En 708 , sig. Humberti vicarii . 

(6) En 745 , Signum Chrodgarii illustris. En 868, sig. Grimbaldi 
senioris. 

(7) Des Fannie 839 , il y a, dans deux acles dont Fun est pas si 
dans Flglise de Ste-Marie , le signum Unrici on Vndrici comitis . 

Un capitolaire de. Fannie 811, dit : super comiles et eorum cen - 
tenarios ; un autre deux ans apres , s’exprime aiosi ; Vt comiles 
vet vicarii , aut centenarii... A la mime date il y a encore : Vt nec 
episcopi ; nec abbaies , nec comiles , nec vicarii , nec indices . 
( Documents germaniae , t. 9 p. 168 , 190 , 193 ). 



-• 4G9 — 

population devint plus considerable et fit quelque- 
fois donner au bourg d’en haul , relat ement au 
peu d’importance de celui d’en bas , Ie t’tre de 
citi. Ce bourg resta d’abord en dehors des forti- 
fications speciales au monastfere ; a la fin du 9* 
sifecle , il fallut l’inlervention eclairee des religieux 
pour decider ses habitants a etablir une enceinte 
fortifiee , dans laquelle leurs maisons , le monas- 
tere et la forteresse furent compris, ce qui lui fit 
souvent donner dcpuis le nom d 'oppidum , surtout 
apres 1’extension des fortifications autour du mo- 
nastere d’en bas et d’une partie des maisons qui 
I'accompagnaient. 

Sur les terres amelior&s et en partie de 3 s£chees 
de l’iie de Sithiu , sous le patronage du monastery 
d’en bas et & I'abri de la defense naturelle des 
eaux et des marais , s’eleva un groupe de cliau- 
mieres formant une espece de bourgade dans une 
lie naturelle , ou 6tait pose Ie monastfere. Ces chau- 
mieres > origine des faubourgs de l’lzel et du Haut- 
Pont , s’etendirent bientot sur les villas attenantes 
et independantes de l’autoril6 des moines. L’ad- 
ministration de cette bourgade etait sans doute , en 
partie , entre les mains des moines , et en plus 
grande partie , reunie a celle du bourg d’en haut. 
A la fin du 9® siecle , l’abbe Foulqyes comprit la 
necessite de mettre son monastere et les habitations 
voisines en meilleur etat de defense ; avec le con- 
sentement des habitants , il traga des fortifications 

22 



— no — 

autour de son monastere ei de la bourgade d'en 
bas, en les appuyant sur la forteresse d’en haul. 
II les 6tendit tellement qu’il ne put reussir a les 
achever (I). 

Sous la direction des monastferes , les marais 
furent dess4ch6s , les bois def riches , des ecoles 
fondees (2) , un march6 public etabli (3) , un 
atelier monetaire fonctionna , la civilisation enfin 
suivit son cours. Leurs tentatives pour former 
un tout, un ensemble important , une ville enfin, 
avec les' deux groupes de maisons , connus pri- 
mitivement sous le nom collectif de Sithiu , 
n’avaient pas 4t6 couronnees de succes ; pour 
mener k fin cet important projet, il fallut le 
concours du Souverain lui-meme. Le Comte de 
Flandre , Baudouin-le-Chauve , au commencement 
du 10® siecle , fit cesser tous les obstacles, dont 
le principal 6tait la grande quantity de terres ou 
seigneuries sur lesquelles il 6tait necessaire de 
poser les fortifications. Il forma une cloture vaste 


(1) Pro giri amplitudfne excutaUone. ( Vita S" Berlin! ). 

(2) Les ecoles de Sithiu eurent du reoom d&s leur origine ; If. 
Guizot et plusieurs autre a auteurs les citeot. C’est par erreur typo- 
graph ique que M. Guizot place en Normandie f l'dcole de Sithiu. 
L’hagiographe de St Berlin, c. 33 , distingue I'dcole do monastere 
d’en haut : itieerun{ eum ad canonieorum eeolam litterarum studiis. 

(3) Voir la charte d'obtension dans les divers cartulaires de Sl- 
Berlin, a la date 874. Le chroniqueur Simon s’exprime ainsi, k 1'annde 
1051 : Quo quoque tempore , forenriorum negoliorum nundine in 
opido Sancli Audomari celebrabantur ex more . (Chart, sit. p. 180). 



— 171 — 

et commune aux deux monastkres et 4 une partie 
des maisons qui les avoisinaient. Appris par l’ex- 
emple des difficult^ que Foulques avait rencontres 
pour enclore la totality des deux bourgs dans Ten- 
ceinte fortifi^e , Baudouin laissa en dehors de ses 
travaux et sous la seule protection des marais , 
des cours d’eau et des faibles levies de terres faites 
sous cet abbk, les demeures bkties k 1’est et au 
nord du monastere d’en bas , connues depuis sous 
le nom de faubourg de l’lzel ; il laissa encore en 
dehors, k I’ouest du monastkre d’en haut, pour 
former un faubourg important , detruit depuis . 
long temps, l’Aglise primitive de St-Martin et les 
nombreuses maisons au milieu desquelles elle avait 
6te etablie (1)..Ce travail termini, bien plus au 
detriment qu’au profit des deux monastferes , selon 
l’expression du chroniqueur Folquin (2) , la ville 
nouveRe, qui en fut la consequence, se forma petit 
k petit par des constructions de demeures entre 
les deux monasteres ; un Pretor urbanus, fut mis 
k sa tete (3) ; une ghilde ou corporation de com- 
merce fut formee , precedant et amenant noire hative 

(1) Dans un dipldme de I'annde 1123 , l’dglise Si-Martin est dite : 
extra burgum. ( G A cart. , t. 1 , p. 201 ). La boorgade primitive 
qni est le point de depart de la ville de St-Omer, resta en grande 
partie en dehors des murs de la ville. 

(2) Et post hose , til brevim ejus facta perstrtngentur 9 plus 
dbstulit ecclesim quam dedit , et haetenus de dampno a se per- 
petrate sentient monad presentee et futuri. ( Chart, silh. p. 139 ). 

(3) On voit dans les carlulaires de St-Bertin en 959 r la signa- 
ture de Eodulfus Prostor urbanus. 



— 172 — 

institution coimnunale (1). L’autorite de ia corpo- 
ration bourgeoise fut grande le joqr oil , par suite- 
de l’oclroi de vested proprietes autour de la ville', 
une banjieue fut etablie ; sa puissance fut sans 
rjval e qupres d’elle, lorsque la suzeraincte fut donnee 
k sa juridiction sur celles des seigneuries situees 
dans la ville ou dans la bqnlieue. Les noins af- 
fectes au bourg d’en haul et au bourg d’en bas, 
furent Iongtemps en concurrence pour designer la 
v|lle entiere; le nom de Sithiu fut enfin delaisse 
pour adopter definitivement celui du saint patron 
_ du moqastere d’en haut , etendu depuis des siecles , 
au groupe principal de maisons pose dans le voi- 
sinage de ce monastere , et veritable point de 
depart de la ville de St-Omer (2). 


<l> La ghilde, amolndric par [‘institution corona unale, fut remplacde 
par fassocialion a la banse commcrciale de Londres. 

Un paragrapbe delacharte comm untie de Pan 1127, dit : omnct 
qqi gildam eorum habent et ad Warn pertinent 

La ghilde udomaroise est rappelde dans des litres des archives 
de St Otner ; elle Test aussi sur les dallet, du 13* siecle, de i’egiise 
Notre-Dame. 

(2) Voir la Dole f ci-apres. 

Depuis la lecture de mes rechercbes f daus le sein de la societe 
des Aotiquaires de la Morinie , il a paru, dans lc journal Vtndt- 
pendant , uo interessant travail bisturjque sur le faubourg St-Marlin. 
L’auleur y a utilise mes preuves sur la separation . d'Hebbinghem 
et de Sithiu ; sans accepter complelement la position lopographique 
qui y est attribute a Hcbbinghem , Je repete les etymologies tudesque*, 
donuees a ces deui uoms, parce qu’elles ufncncul des conclusions 



— 173 — 

J’aurais pu differer la publication ds mon travail 
sup les commencements de la- vilie de SMDtner 
afin de le produire plus developpe., plus compiel; 
les interpretations que je propose , plus longtemps 
etudiees, auraient pu etre plus fecondes en apcrgus 
nouveaux et m’amener a une comparaison avec ce< 
quia eu lieu autre part, dans des drconstances 
de lieux et d’evenemenls a peu pres les m&mes. 
Sic’est souvent une mesure de prudence, dans son 
interfit personnel , de ne pas mettre hativement 
dans le domaine public , des idees nouveHes , c’est 
en meme temps une resolution facheuse qui arrMe les 
developpements dont ces idees sont susceptibles. Ijl 
seience historique , sous tous ses aspects , sous 
celle de sa philosophic surtout qui est son. objet 
principal , gagne par. un concours general d ’obser- 
vations et de reflexions , bien plus que par des 
meditations isol&es. Un seul point de vue ne suffit 
pas a son developpement. Penltre de cette verite , 
je n’ai jamais hesite, lorsque j’ai crufaire. quelque. 
decouverte utile , a la livrer le plus tdt possible , 
aux reflexions , a l’examen des personnes qui s’oc- 
cupent des memes Etudes que moi, et je n’ai jamais 


semblables & celles de mes recherches et qo'elles pourraient peut- 
$tre mime faire tend re le nom d'Hebbinghem a toute la partie 
haute de notre vilie , comme el les concentrent I’appellation Sithiu 
oo Sitdiu , mm le bas de la vilie t sit, cdtd , versaot (d’une colline), 
diew , le bas , le fond d’une chose , basso re , bas pays. H ebbing he , 
exbaussement , levee, hem , coclos; selon moi bourgade dn hauL 



— m — 

recul6 devant une discussion mod4r6e ; sans la cou^ 
traverse , il est assez difficile d’envisager les ques- 
tions d’histoire sous toutes leurs faces. Dans l’in- 
t£r6t de l’hisloire et de l'arch^ologie , je n’ai Jamais 
regrets la pensee d’interet general qui m’a toujours 
dirigl. Par le concours de plusieurs intelligences , 
j’ai vu developper des recherches historiques qui 
seraient res tees stationnaires , oubliees peut^tre , 
si une prompte attention n’avait pas 6t6 appel^e sur 
elles, ou qui seraient demeurees incompletes si 
elles avaient 6te suivies par une seule personne. 
Je suis cette fois encore les principes que je me 
suis faits. N’ayant pas la pretention d’arriver seul 
k la decouverte de toute la verity sur notre his- 
toire locale , j’appelle le plus grand concours pour 
completer autant que possible les travaux dejk bien 
importants de mes devanciers ; l.’etude de plusieurs 
6rudits, dont quelques-uns ont d6jk fait leurs 
preuves , fera bien plus pour atteindre ce but que 
la patience d’un travailleur isole. 



NOTES. 


NOTE A. 

L’idle de s’attribuer la possession da corps de Saint 
Omer, vint aux moines aprls la decouverte des veri- 
table* restes de Saint Bertin , en 1051. Its vonlaient dls 
tors que dans la ch&sse ou ils avaient era qu’ltaient les 
reliques de Saint Bertin , il y eut celles de Saint Omer. 
Alarmls et irrites , les ebanoines , Fannie suivante , firent 
euvrir leur cb&sse , et avec toutes les formalites requises, 
ils constatlrent qu’ils possldaient bien rlellement le corps 
de Saint 0<ner , rapportl dans leur Igliae aprls le rapt 
fait en l'annle 843 , sous le Custos Moras. Cette ouver- 
ture prouva que, si les reliques du saint fondateur avaient 
III cachees par Saint Folquin , hors du monastlre d’en 
haut., dans la crainte des Nortnands , elles y avaient Itl 
rlinllgrles. De nouvelles verifications officielles furent faites 
en 1269 , en 1324 , et enfin en 1464 , et il s’ensuivit 
en Fannie 1495 , un arrlt du parletnent qui condamna 
Fabbaye de St-Bertin a faire disparaitre pour toujours la 
ch&sse ou fierte attribute faussement au saint Evlque. 
C’est & Fouverture de Fannie 1269 , que le prlvlt Arnoud 
fit slparer le chef de Saint Omer de son corps , pour le 
placer separlment. 

Voila done deja une succession slrieuse de preuves raa- 
tlrielles que c’est bien dans l’eglise de la Yierge Marie 



que reposait le corps dc Sam! On?er , ainsi que ce saint 
Evique Favail ordonne par son testament. Les vies de 
Saint Omer , du manuscrit de Corbie et de celui du 
cbapitre , assurent que cctte clause du testament avait iti 
observee : ecclesiam edificavii in eo loco in quo suum posat 
in pace corpmculum , disentitles. La cbarte de St-Folquin, 
de Fannie 839 , dit implicitement la mime chose , puis* 
qu’elle fait entendre que la clause du testament a ete 
observee ; ii en est dc mime des expressions du mnine 
Folcard ; dans sa vie de Saiut Berlin , it raconte que le 
comte Walbert alia prier dans la basilique de la Vierge, 
dans laquelle Saint Berlin avait enscveli le bienheureux 
Omer ou Audornar. J’ajouterai d’autres preuves qui , com me 
les precedents , puisees a des sources- etrang&res au cha- 
pitre, ne peuvent itre suspectees de partialite. 

D’abord , se presente le dire de Folquin , dans son car- 
tulaire de St-Bertin (p. 152), qu’en Fannie 959 , pour 
calmer les terreurs du peuple , on sortit les ch&sses des 
saints ; que le corps de Saint Omer fut processionnellement 
porte par FEvique de Terouanne au monastere d’en bas, 
et celui de Saint Berlin , au monastere d’en haul , en 
reprenant le mime cheruin. Yiennent ensuite cette expres- 
sion de Fhislorien Tomellus , qu’en 1069 , a la didicace 
du monastere de Hasnon , les chanoines de St-Omer , por- 
taient le corps de Saint Omer , et les moines de St-Bertin, 
celui de Saint Bertin. (Nov. thes., t. 3, col. 791 ) 5 la 
churte de fondation des chanoines d’Ardres , de Fannie 
1069 , par l’Eveque des Morins , Drogon , qui octroye des 
libertis a Finstar de celles de Feglise de Ste-Marie ou repose 
le corps de Saint Omer. (Dipl. belg. t. 1 , p. 158, et Lambert 
d’Ardres : ad inslar ecclesice S. Marias in qua requicscit 
corpus S. Audomari ); le dire de ce mime auteur que les 
chanoines de St-Omer donnirent a ceux d’Ardres , une 
dent de- lcur patron et pere Saint Omer ( cup. 117 ) ; la 



— ill — 

mention des bulles papales de 1075 , adress4es au cbapitre 
ainsi concue : qui usque in hodiernum diem ejusdem episco.pt 
venerabilis habelur corpore. ( Dipldmes originaux aux arch, 
de Pex-chapilre, et les dipl. belg. t. 4 , p. 6 ) $ l’attesta- 
tion qu’en 1097 , les chanoines de St-Omer et de Terouanne 
et les moines de Si-Berlin , assistant a la dedicace de 
Peglise du monastere de Watten , les premiers porterent 
le corps de Saint Omcr , les seconds celui de Saint Maxime t 
et les moines le corps de Saint Folquin. ( M* cite dans 
mon hist, de Watten , p. 77 , et le catalogue des prdvdts 
de Watten 9 dans les arch, da nord , n. s4rie , t, 6 9 
p. 270. 


Note B. 

Selon le Chronicon Morinense cite par Malbrancq, t. 3* 
p. 638 , et suivi en general par les historiens modernes 
Jules-Cesar ourait b&ti un chateau-fort sur la hauteur connue 
sous le nom de Sithin, au lieu nomme la Molte , et Minerve y 
auraiteu un temple. C’est la [’expression de la tradition ordi- 
naire qui attribue generalement au vainqueur des Gaules, les 
forteresses b&ties par les Romains, longtemps m&me apres lui. 
De cette tradition il ressortirait une probability que le pre- 
mier chateau de St-Omer , remontait a la periode romaine* 
car il faut compter pour quelque chose en histoire , les 
dires tradilionnels qui se perdent dans la nuit des temps. 
L’analyse des expressions de nos plus anciens chroniqueurs* 
particulierement de Phagiographe de St-Bertin et du moine 
Folquin, conduit au mStue resultat. 

La premiere mention bien positive de Pexistence da 
chiteau de St-Omer , est dans cette phrase de Folquin 
qui se ratlache a Ponnee 893 : Castellum Sancti Audo - 
mari igne consumilur . Remarquons d’abord que Pauteur 

23 



— 178 

ne dit pas le castellum de Sithiu iomme il l’eut fait s’il 
s’itait agi des fortifications en general , mais bien le cha- 
teau de St-Omer y c’est-a-dire celui pose pres du bourg 
ou du monastire d’en bant ; remarquons encore quit ne 
fait pas sous-entendre sa construction recente. Ici done 
pas de donte possible , il ne s’agit que d’une partie non- 
settlement du Sitbiu collectif, mais mime de la fraction 
posee sur la hauteur. S'il avait iii question du bourg 
d’en haut entier, avec lequel le monastere de St-Omer se 
serait trouve exprime dans la designation generate de cas- 
tellum , ce n’eut pas ite sous cette expression que I’auteur 
moine aurait raeonte cet incendie ; il se serait servi du 
mot bourg ou pluldt encore de celui de monastere, car 
le monastire itait la chose principale pour lui. D’un autre 
cite , il n’est pas possible de supposer qu’il ne se soit 
agi que de I’incendie des seules fortifications ; un incendie 
de cette espece serait bien difficile a expiiquer. 

Ce qui parait au premier abord laisser de l’incertilude 
pour (’interpretation de la phrase de Folquin , e’est la 
signification ordinaire du mot castellum dans les deux 
auteurs cites ; ils semblent le plus souvent le prendre 
d'une mani&re generate , sous Facception de fortification 
lorsqu’ils 1’appliquent a Sitbiu, de mime qu’ils donnent quel- 
ques fois le nom de chdtelains a ses habitants. Folquin dit les 
Normands vaincus par les ch&telains de St Omer, de St Bertin 
et de St Folquin , c’est-a-dire par les habitants du lieu 
fortifii ou ces Saints itaient specialement veneres : occisi 
CCCX in Windingahammo d castellianis sanctorum pre- 
dictorum. L’hagiographe parle dans le mime sens de la 
volonte des Normands d’assaillir les ch&telains : Castellanos 
incessere (1) , ce qui ne peut laisser aucune equivoque. 


(1) Voila les expressions du manuscrit priinitif ; les copistes out 
mis castellanos incendere. 



— 17 9 — 

[/expression castellum , geniralisee par nos deux auteurs, 
ne parattrait pas bien cboisie , si eile ne s’expliquait par 
la presence d’un veritable chateau-fort sur lequel toutes 
les nouveiles fortifications s’appuyaient. Elle ne pourrait 
certes pas convenir aux nouveiles levees de terre et de 
gazon, garnies de pieux : fuste , gleba et cespite , qui pro- 
tegerent primilivement le monaslere de St-Omer sous Fap- 
peilalion speciale de munitiuncula . 11 faut supposer a Fol- 
quin et a Fhagiographe, la connaissance de la valeur des 
mots de leur temps. Les capitulaires des Rois Carlovin- 
giens ne font aucune confusion ; par le mot castellum ils 
entendent un petit fort detache. Lorsque Charles-le-Chauve 
dans son edit de Pistes , ordonne de detruire les castella % 
les firmilales et les haias qui avaient et6 construits sans 
sa permission , il est bien certain qu’il ne s’agit pas de 
fortifications de villes ou de bourgs (1). Tous les travaux 
nouveaux de defense k Sithiu , n’etaient que Fextension , 
la continuation des murs de la forteresse primitive. 
Foulques , akbe de St-Bertin , lui-m£me veut mettre en 
etat de defense , son monaslere et les maisons qui Favoi- 
sinent , il chercbe a itendre Fenceinte fortiftee du chateau 
autour du monastfcre d’en bas : ambitus castelli cum con- 
sensu populi et procerum condictatus , mensuratus (2); ou 
ambitus castelli circa monaslerium Sancti Berlini est di+ 
mensusetper ministeria distributus (3). Baudouin-le-Chauve 
ne fait pas autre chose que ce que Fabbe Foulques avait 
voulu faire : ambitum castelli circa monaslerium Sancti 
Berlini conslruxit (4). Le Custos Herric lui-mdme sollicile 
le peuple d’etendre et d’augmenter les fortifications du ch&- 


(1) Syrmondufl , p. 340. 

(2) Voir ci-devant, p. 1 IS. 

(3) Id. et id. 

(4> Id. ti id. 



leao : arcem die noctuquefirmare. Dans cet etat de chases sett- 
lement on comprend que le mot caslellum ail du l’emportersur 
ceux de burgum et de monasterium et gtre communique a (outes 
les parties des bourgs sur lesquelles les fortifications dt> 
chateau seraient etabRes ; ce mot n’a pu £tre attache au 
monastere d’en bas qu’apres fes travaux de Foulques et 
surtout de Baudouin-le-Chauve, lorsque les deux parties 
de Sithiu furent reunies dans la mSme enceinte. C’est 
ainsi que tout Te bourg ou mieux toute la viile recoil le 
litre de eastetlum en 1042 , lorsqu’il s’agit de construire 
one eglise : inlra ambitum hujus castelli (1). Au toin on 
traduisait cette expression par une autre plus exacle dans 
la signification ordinaire des mots, lorsqu’il n’y avait pas 
eu de motif pour la changer , on se servait , comme le 
fit a i’annee 880 , I’auteur de la chronique des Normands, 
du mot oppidum , qui regulierement signifiait une ville un 
bourg fortifie. 

C’est done une exception dont je viens de donner le 
motif , que l’appellation catlellum oppliquee a la viile 
entiere de St-Omer, dans les premiers temps, par les au- 
teurs du pays m£me; aussi sont-ils entraines le plus souveni a 
se servir de la m£me expression lorsqu’ils veuient indiquer le 
ch&leau seul ou pris iso lenient. Alors ils la reslreignent for* 
cement a la veritable forteresse, comme rigoureusement elle 
aurait d ft toujours IMtre. C’est sous I’empirc de cette signi- 
fication restreinle, que Folquin en 801 , annonce la venue 
des Normands : ad easlellum sanctorum predictorum ; et 
que surtout I’hagiographe montre les Normands arrivant 
par l’occident des monasteres : respiciens contra monasteria 
ex parte occidentali ; il dit que le combat fut facilement 
vu des murs de la forteresse : a mentis castelli facile fuerai 
prospectari . L’hagiographe distingue ainsi parfaitement des 


Cl) Dipldme dans le g' 1 cart. , t 1 , p. Ua. 



monasteres , pour lui la chose princip&le , le ch&teau-fort, 
dont it n’aurait pas parle en cette circonstance , si sa 
construction sur unc motte elevee , n’avait pas permis 
d’apercevoir le combat ou moins aussi bien que du mo- 
nasiere d’en haut lui-mgme. Cet auteur presque contem- 
porain, fait ensuite voir lea Normands se dirigeant vers 
Sithiu ; si comme I’auteur des annales vedastines il ne se 
sert pas du mot monasterium au lieu de celui d'oppidum 
employe dans la chronique des Normands, pour indiquer le 
lieu ou les ennemis voulaient arriver , c’est qu’il desire 
opposer a la force du ch&teau , la faiblesse dc resistance 
du monastfere et du bourg d’en haut. Les Normands 
accourent vers le ch&teau : cursuque concito caslellum ten - 
denies , avec I’intention de donner un dur assaut a ceux 
qui etaicnt dedans : dira inpugnatione caste llanos incessere\ 
ils connaissoient done les moyens de resistance qu’offrait le 
chateau, et cependant ils arrivent comme s’ils devaient s’era- 
parer a la premiere attaque de la munitiuncula , cYst-a-dire du 
bourg et du monast^re faiblement fortifies alors : tanquam 
primo impetu muniliunculam capturi ; comme s’ils devaient 
s’emparer a la premiere attaque , dit une seconde fois le 
meme auteur , de la munitiuncula faible et peu garnie 
d’babitants : pro lenuilale seu paucitate inabitantium ; il 
oppose ici le nom d’habitants a celui de ch&telains donne a 
ceux qui defendaient la forleresse. L’hagiographe ajoute que 
les cavaliers s’attaquerent au lieu naturellement defendu , 
c’esl-a -dire ou monastere d’en bas : ad locum naturaliler 
munitum , scilicet S il Bertini piissimi suorum protettoris ; 
que les pie'tons avec les plus agiles des cavaliers se por- 
terent sur la forteresse : ad castelli munilioncm . Il montre 
ensuite les chefs Normands deliberant dans I’eglise de 
St^Bertin sur 1’attaque du cb&teau : super castelli cap - 
tione ; puis il les fait voir elablis , les uns autour du 
eh&teau , les autres sous des tentes et dans les prairies : 



— 182 — 

rive circa casiellum seu in tabernaculis vel in patents 
constitute 

Voili le casiellum distingu6 primitivement et sans aucun 
donte du monastire et du bourg d’en bas. Sa separation 
du monast&re et du bourg d’en haul me parait aussi deja 
bien indiquee; voyons cependant pour Tetablir encore davan- 
tage. Le casiellum est en general moins distinct du mo* 
nast&re de St-Omer et du bourg voisin, dans les recits de 
nos deux auteurs , par le motif que le monastfere d’en 
haul surtout et d’abord (1), et le bourg qui le touchait, 
re^urent en premier des fortifications et que le chateau 
situeprfesde ce monastic concourait a sa defense en Fab- 
sorbant quelquefois dans son appellation. L’hagiographe 
fait voir le monastic de St-Omer entoure h&tiveraent 
d’une Elevation de terre et de gazons garnie de pieux , 
faite avec assez d’art et de solidite : circa monasterium 
eximii presulis audomari , fusle, gleba ei cespile sicut arii - 
ficiosisrime ila et jam firmissime conslruclam ; elle ne 
formait toutefois qu’une fortification de peu d’importance : 
muniiiunculam paupere proh dolor sumplu parvoque licet 
frenno incolarum comitatu faclam (2). Cela ne constituait 
pas un ch&teau , une forteresse veritable ; e’etait la tnuni- 
tiuncula que les Normands avaient espere emporter au 
premier assaut. Aussitdt qu’on apercoit les ennemis , dit 


(1) Ces mots ; need am locum hunc aliqua castelU vel valil 
defensabat munitio ei ideo magis hue perfaeilis mimicorum irrupil 
incursio sont uoe interpretation d’un auteur du XI* siecle t et’s’ap- 
piiquent a la premiere invasion des Normands et au bourg d'en baut 
qui n*avait pas encore de fortifications , et se trouvait alors placd 
h one certaine distance du chdteau. 

(2) Dom de Whitte , dans la vie miraculeose de Monsieor Saint 
Folquin , p. 13 et 59 , parait attribuer k Sithiu dans son ensemble, 
la fortification formee de murailles de pieux et de gazons. 



— 183 — 


I’hagiographe , les habitants les premiers prtts, montent 
avec de tr&s- bonnes armes sur le mur qui , pris ici d’une 
maniere* generate , exprime tout a la fois le mur du cas- 
tellum et celui de la munUiuncula : murumque prodnus 
optimis ut mos incolarum regionis cst armis preparati com - 
cendenies ; en meme temps its garnissent la forteresse 
d’instruments prepares pour la defense : una cum prius 
preparatis bellicis instrumentis munitis&ime arccm vestie - 
runt . S’il ne s’etait pas 8gi d’une forteresse distincte et 
sur laquelle on comptait specialeraent pour la defense , 
I’auteur n’aurait sans doute pas change ses expressions 
ordinaires. 11 avait son appellation de munitiuncula , il 
avail celle de castellum ; il les change parce qu’aucune 
des deux ne pouvait , dans la circonstance presente , 
indiquer sans confusion le chateau-fort pris isolement. Le 
chateau-fort c’etait la ressource , le refuge des habitants 
de Sitbiu contre les attaques de leurs ennemis dont on 
prevoyait le retour. C’eiait sur lui que s’appuyait le mo* 
nastere de St-Omer et avec son aide qu’en I’annee 880, 
Teglise de St-Omer avait pu resister aux ennemis , nous 
disent les annales de St-Vaast et des Normends , lorsque 
les deux bourgs furent envaliis et livres aux flammes (1). 
Il etait urgent qu'il fut en parfait eiat de defense , aussi 
les religieux se servirent-ils de rintervenlion de Ieur saint 
patron pour decider les habitants a augmenter ses forti* 
fications. On attendait trop prochainement les Normands 
pour que les habitants peu nombreux cussent le temps 
de fortifier suffisamment le bourg entier ; le Custos Herric 
parle aux habitants au nom de Saint Omer ; il les sollicite 
de travailler jour et nuit pour accroitre le chateau : 
arccm die nocluque firmarc . 

Voila done tous les documents d’accord pour etablir 


(!) Voir ci-devant , p. 120. 



— <84 — 

des distinctions rcelles enlre les dlverses parlies du Stlluu 
colleclif. 

Un ch&teau-fort d’ubord , une fortification da monastere 
d’en haul , etendue imparfaitement au bourg voisio ; une 
defense naturelle pour Ic monastere d’en bas , puis {'ex- 
tension rcstee incomplete du mur du chateau autour de ce 
dernier monastere et du bourg pose aupres de lui ; augmen- 
tation ensuite des fortifications du chateau, du monastere et da 
bourg de St>Omer; enfin complement des travaux de de- 
fense par la continuation des murs du ch&leau autour des 
deux monasteres, pour former un tout, et par expression 
extensive , un caslellum ou mieux un oppidum . 

Quelques reflexions vont completer les motifs qui rai- 
litent en faveur de I’anciennete du chateau de St-Omer. 
D’abord , ce chateau ne pouvait Sire repris dans la charte 
d’Adroald pour plusieurs motifs; le premier, e’est qu’il n’est ja- 
mais sorti des mains du proprielaire seculier, devenu chatelain 
el seigneur dominant du territoirc dc St-Omer ; seconde- 
ment , e’est que s’il avail et6 donne a Audomar, il serait reste 
attache au monastere d’en haut et n’aurait pas ete octroye 
avec la villa Sithiu a St-Bertin. Le chateau apparait 
corarae distinct de la ville elle-mt*me , sous (’expression 
de caslellum , d&s (’instant meme ou l’histoire de notre 
ville se developpe et fournit quelques details. S’il n’avait 
pas existe avant I’arrivee du Saint qui a donne son nom 
a la ville , a quelle epoque pourroit-on faire remonter 
son etahiissement sans que les historiens en aient parle? 
Devrait-il avoir ete construit en m£me temps que les 
autres fortifications de la ville pour n’en Sire qu’une 
partie plus ou moins principale? Avant rinvention de la 
poudre a canon , une butte elevee en guise de cavalier , 
ne pouvait guere avoir d’utilite qu’a la condition d’etre 
isolee et entource de fortifications de tous les cdtes. En 
la regardant comme conteinporaine des fortifications gene- 



— <85 — 

rales , ce seralt done toujours un ch&teau-fort veritable 
que Fon aurail dft faire. Alors , Ie monastfere d’en haut 
existait avec son eglise, dont la toor dominait necessaire- 
ment la butte chatelaine qui Favoisine et qui n’est pas 
beaucoup plus clevee que le terrain sur lequel le monas- 
tere etait etabli. Dans cette position des choses, il eut et< 
absurde de construire un ch&teau dans un lieu ainsi 
domine ; le ch&teau ne peut done &tre posterieur It Feglise. 
D’un autre cdte on a dit desirer pour le monastere, le 
voisinage d'une forteresse , car il n’etait pas, comme celut 
d’en bas , naturellement fortifie ; ce rtionaslfere doit done 
£tre posterieur au ch&teau et avoir ete place sous sa pro- 
tection ; Fetal des lieux dit tout cela. Des considerations 
de m£me nature s’elfevent contre la pensee de faire de 
la butte de St-Orner une simple molte feoJale elevee 
pour y poser au moyen-age la denneure seigneuriale du 
ch&telain. Dans cette hypothese, une nouveile difficult^ nai- 
trait encore des dispositions topographiques. La seigneurie 
immediate de la mode ch&telaine est bornee a la butte elle- 
m£me •, elle est resserree de tous cdtes par une autre 
seigneurie et par l’enclos des chanoines qui a ei£ detache de 
cette seigneurie. Un seigneur suzerain , un ch&teloin n’eut 
certes pas pose sa motle dons des conditions aussi defavo- 
rabies ; il n’a du se resigner a y demeurer, que parce que le 
chateau, construit dans d’autres conditions par une puis- 
sance qui ne s’inquietait gueres des droits des proprie- 
taires , exislait de temps immemorial et representait tradi- 
tionnellement la souverainele dans ie pays. 

NOTE C. 

M. Wallet qui dans sa description de Fancienne abbaye 
de St-Bertin , p. 14 , a donne de bonnes indications de 
Pantiquite de File de Sithiu , s’exprirae ainsi : Vancien 
court de I'Aa fat Ug&remenl altirt par Vabbi Odland 9 
lorsqu'tl dirim une portion de$ eaux de cede riviire pour 

U 



— 186 — 

former , sous le nom de haute Meldick , le bief supirieur 
des moulins d' Argues , Ce lie fut pas une derivation posi- 
tive qui eut ’alors lieu , sans cela le cours de l’Aa eut 
ete plus que Iegerement altere *, ce fut une direction meil- 
leure et plus reguliere donnee a une branche existante 
de PAa , un approfondissement de lit , un exhaussement 
de sol et de digues pour contenir dans des limites fixes, 
dans des boroes regulieres , Pembranchement de la haute 
Meldick (1), qui existait depuis des siecles sans cours 
regie , s’epanchant dans la campagne et ayant forme les 
marais de St-Omer, de St-Roch , du Cceur-Joyeux et de la 
Magdelaine , longtemps nommes collect ivement le Brule. 

Le point de separation de la branche de I’Aa nominee 
la haute Meldick , a lieu au territoire de Blendecques , 
a Pendroit ou etaient jadis les moulins du Hamel , dont 
les revenus furent affectes, au I2 e sifccle , d Vceuvre eld 
la reparation de Viglise de St-Omer , moulins qui furent 
achetes en 1263 , au chapitre de St-Omer , par Pabboye 
de St-Bertin (2). La baute Meldick courait immediate- 
raent sur une seigneurie (3) aussi completement etran- 
gere au monastere de St-Bertin , que l’etait d’abord 

entifcreraent la terre du Hamel en Blendecques (4). En quit- 
tant cette seigneurie , et seulement alors , elle atteignait 

(1) Meuledick , digues du moulin , selon les archives du genie. 

Une piece insdree dans le grand cartulaire de St-Bertin parle en 

Pannde 1424 , de la riviere coulant a Arques nominee la Moelendic. 

(2) Archives de Tex-chapitre et grand cart, de St-Bertin. 

(3) Cette seigneurie nommde la vicomld de Bilques en Blen- 

decques , 8’diendait le long de la haute Meldick , a parlir du Hamel 
concentre a la naissance de l’embranchement , jusqu'uu territoire 
d’Arques vers le Havelt . ( Mes papiers de families , partages ). 

(4) Dans les comptes des rentes de la maladrerie , pour Tanode 
1416, on voit cette phrase: Monsieur de Rabodenghes , seigneur 
de Bilques , d sa recelte du Hamel en Bleudecque. 



— 187 — 

le territoire d’Arques, propriete de St-Bertin d ks les pre- 
miers temps de cette abbaye , depuis la donation da 
Comte Walbert au premier abbe , a Saint Berlin lui- 
meme. Ainsi done pour 6tablir une derivation veritable 9 
pour creer une branebe nouvelle a la riviere d’Aa , Tabb6 
Odland , fondateur des moulins d’Arques , aurait dft Taller 
cbercher sur une propriete qui n’etait pas a lui et la 
faire passer sur une autre propriete qui n’appartenait pas 
davantage a son monastfcre. Cela eut die sans doute im- 
possible oa au moins tres-difficile. 

Comme preuve qu’avant les travaux de Tabbe Odland y 
TAa possedait deux branches importantes dont Tune Ion- 
geait les hauteurs de la garenne d’Arques sans limites 
fixes , surtout lorsqu’elle avait quitte le pied de ces hau- 
teurs , qu’alors en suivant a peu pres la direction de la 
grande route de St-Omer a Arques , dans sa partie voisine 
de ce village, elle formait les roarais de la Magdeloine ou du 
Brule et quelques autres entre Arques et St-Mommelin , on 
peut citer les traces irrecusables de son passage. Des travaux 
profonds ont mis k nu , en plusieurs endroits , et notam- 
ment aux lieux norames St-Roch et le Catur-Joyeux , tout 
ce qui compose le fond , le lit des eaux courantes , re- 
convert de terre depuis des si&cles (1). 

NOTE D. 

L’association communale de St-Omer, est prouvee dfes 
le milieu du ll e siecle et successivement depuis. La 

(1) Le lieu nommd St -Roth , ou a dtd tronvd anssi de nombreiises 
obstructions de Ires forte dimension , semble dtre celoi ou etaii 
silude la, premiere Ladrerie qu'eut la ville de St-Omer. L*dgli§e de 
cette Ladrerie est indiqude a cette position , par une phrase d*un 
dipIAme de l'annde 1247 : per magnam stratam publicam ante eccle- 
siambeales Maria Magdalen m versus Arkes . (G* cart. t. 3, p. $1, etc. 



comtfssc Mahout , en fannee 1324 , assure avoir vu le 
seel de la communaute de la ville de St-Omer 9 de I'annee 
1052. Robert le Barbu a donne vers 1072 , des proprietes 
considerables aux bourgeois de St-Omer , dit la eharte 
de 1127 \ eeux-ci formaient done alors un corps apte a 
receyoir et a posseder. 

L’existence de la banlieue de St-Omer , ne peut remonter 
aussi loin que celle de la communaute bourgeoise. II est 
niateriellemont impossible que (a banlieue ait ete etablie 
event la donation de Fannie 1072 , qui comprenait des 
terrains fort etendus tout «autour de la ville , en bois , 
marois , pres et bruyferes. Ces terrains etaient la propriete 
du comte de Flandre , puisqu’il les oclroye lui-mlme 
directement , non a tons les habitants , mais aux seuls 
bourgeois , a ceux qui avaient jure la commune , ce qui 
etait alors bien different •, ces terrains ne parent lire 
soumis a la juridiction des bourgeois aussi longtemps qu’ils 
furent entre les mains du souverain , et sans eux aucune 
banlieue n’etait possible. Une indication positive que la 
banlieue fut oprls coup * el arbitral rement formee , existe 
dans ce fait qu’elle coupait plusieurs seigneuries qui se 
trouvaient ainsi en dedans et en dehors de la banlieue 
et sous I’einpire de dominations differentes. Les seigneu- 
ries de Burques et de Biiquenes et quelques autres etaient 
dans ce cas. Une semblable indication ressort des 
droits de seignetirie, longtemps possedes dans la banlieue, 
par le cb&teluin de St-Omer , ct des luttes que le magistrat 
eut a soutenir pour etablir sa juridiction d’abord legitime- 
roent contestee. Des droits longtemps progressifs furent 
reconnus dans la banlieue , au magistrat par le Sou- 
verain lui-mlme , qui lui ceda de plus en plus les 
siens, en le mettont en son lieu et place, par une espece 
de delegation. II faut , du reste , descendre jusqu’a I’annee 
1168 y pour voir la premiere mention de la banlieue de 



St-Omer. La chnrte on keure de 1127 n’en tnontre pas 
le nom 5 des privileges y sont donnes aux individus qul 
font panic de la ghilde , pourvu qn’ils habitent dans 
I'enceinte de la ville : omnes qui gildam eorum habent , 
et ad ilium pertinent et infra eingulam villa suce moment. 
Les exemptions qu’elle accorde, sont pour ceux qui demeurent 
ou demeureront dans les murs de St-Omer : omnes qui infra 
murum S 11 Audomari habitant , et deinceps sunt habitaturi , 
liberos d cavagio . 

C’est la charte de 1168, appcI 6 e le grand privilige , 
qui niontre, pour la premiere Jois, I’existence d’une ban- 
iieue a St-Omer. Bien loin de la confondre avec la vtlle, 
elle distingue soigneusement l "infra hannileugam , de Vinfra 
eingulam et de Vinfra villam ; les peines sont plus sevires 
pour les coups porlcs dans la ville que dans la banlieue. 
Aucune confusion n’existe pour deux choscs si positive- 
ment distinctes a toutes les 6 poques , et que Ton a si 
malheureusement confondues , sans avoir egard a la vraie 
signification des documents nombreux qjui depuis 1168 y 
parlent de la banlieue *, sans avoir egard a Tesprit de 
l’organisation feodale qui placait partout un seigneur et 
des vassaux , et par assimilation des communautes bour- 
geoises seigneuriales et des hommes sous leur jnridiction. 
II pouvait y avoir , i! devait meme y avoir des bour- 
geois demeurant dans la banlieue , mais e’etait par ex- 
ceptions ; la corporation bourgeoise habitait en principe 
intra-muros , comrne le seigneur d’une terre demeurait en 
principe dans son ch&leau situe sur la motte feodale d’ou 
dependait sa terre. 


NOTE L 

Je range parmi les fiefs infevtawa et de creation poa- 
terieure a retablissement communal a St-Omer, les suivants : 

Le fief d'Esquerdes ; cette appellation indique me creation 



— 190 — 

f&odale peu ancienne , en faveur d'un seigneur de ce 
nom dont [’influence fut sans doute ossez grande dans 
la ville de St-Omer. Le 25 aout 1598 , ic Magistrate 
chef sup^rieur, admet en qualite d 'Amman Jean Artzenie , 
sur la nomination faite par Guislain de Fiennes , vicomte 
de Fruges , Baron d’Eulle , seigneur d’Esquerdes. Ce fief 
etait probabiement une espfece de refuge. 

Le fief de Clarques etait etabli sur une maison qui 
suivait tou jours le sort de la seigneurie formee par le 
village de ce nom. 

Le fief de Meling ; le 22 juin 1594 , Jean Gazet se 
constitua caution de David Mercier , Amman du fief de 
Meling , appartenant au chapitre. 

Les fiefs de la Heuzerie , de VEscucherie , du Pot ou 
de la P oiler ie i de la Heaulmerie , de VIsel. En 1604 , 
le magistrat nomme a I’Ammanie des fiefs appartenant au 
sieur de la Chaussee , nommes de la Heuserie , de VEscu- 
eherie , du Pol et de. VIsel. Le 2 decerabre 1598 , Pierre 
Leroy est admis par le magistrat en qualite d\4mman de 
la Heuzerie , Pollerie et Heaulmerie , suivant le pouvoir 
recu par lui, du sieur de la Chaussee, a cause de sa femme , 
Antoinette de Crequy. Ce sont la des fiefs de rues. Jehan 
Bournel pour ung fief gisant en la rue de VEscucerie , en 
1475 , etait taxe a (rots combaUans d pied. ( Les fiefs et 
arriere-fiefs tenus du chateau de St-Omer ). 

Le fief de Robeeques. En 1618 , Francois de Montmo- 
rency , seigneur de Robeeques , commet Jean Roussel A 
l’ammanie de son fief , vacanie par la mort de Jean Tite- 
louze. Le magistrat prononce l’admission. Ce fief est de 
l’espfece de celui d’Esquerdes. 

Le fief de Mesmes . En 1600 environ , Aleaume de 
Noeufrue apparait pour son fief dc Mesmes , gisant au 




— m — 

Brule , term du cb&teau de St-Omer , dont il doibi it 
recognoissance par an au terme de Noel , tin chappon . 

Le fief de Coubronne. Le 17 deeembre 1618, Gilles de 
Halle est admis en qualite d’Amman de Coubronne , par 
pouvoir donne par Robert de Lens , seigneur de Blen- 
decques, Hallines , Coubronne. Ce fief s'etendait sur cer- 
taines maisons aux environs de la rue Boulizienne ; il 
est dans l’esp&ce de ceux d’Esquerdes et de Robecques* 

Plusieurs maisons situees a St-Omer sont reprises sous 
le litre de fiefs, dans le manuscrit original intitule : Let 
fiefs et arrtirc-fiefs , 1475. 

Plusieurs petiis fiefs etaicnt possedes par le cbapitre de 
St-Oraer el par Tabbaye de Sl-Bertin , par dons et acqui* 
sitions; ces corps ecclesiasliques avaient leurs Ammam qui 
seuls pouvaient instruments ( Voir le g d cart. 5 les re- 
gistres capitulaires , et ci-devant p. 150). 

NOTE F. 

La veritable origine de la ville . de St-Omer est bleu 
differente de celle qu’un auteur beige assez moderne a voulu 
lui trouver. Scion M. Degrave, dans sa Republique de$ 
Champs- Elistes ou monde ancien , St-Omer sous le nom 
de Situn , Silhiu , ou tout autre a peu pres semblable , 
signifiant dune ou barriere de la mer , aurait £te une an- 
tique ville maritime siluee , non a 1 ’extremite du monde 
connu des anciens , mais au eontraire dans un pays 
erainemment historique ; Vex tremique hominum Morini , de 
Virgile , et la terra Morinorum situ orbis extrema , de 
St< Paulin, et les autres phrases analogues de divers auteurs, 
seraient des expressions d’erreur et d’ignorance. 

Sitbiu , dans son exuberance de population , aurait en- 
voye des colonies par toute la terre. Les Sithoniens y 
enfants des Morins de Sithiu , seraient avec les Afor«-> 





— m — 

tiens j leurs frfcres , non-seulement Ics ancelres des Siihonet 
de Suede , de Norwfcge et d’Islande , inais ils auraient 
porte leurs moeurs ct tears coutumcs chez les Thraces , 
ou selon Ptine et Solin , naquit Orphee ; ils auraient 
subjugue l*i!e de Chypre, a p pc lee Citium par Flavius Joseph, 
et lui auraient impose leur nom. En un mot Sithiu aurait 
eu la preeminence parmi les cites les plus celebres des 
Allantes , des peuples hyperboreens et des habitants des 
Champs-Elisees , denominations diverses indiquant une seule 
et meme nation. Visile par Menelas , dans un de ses 
voyages , le vieux ch&leau de .Sithiu aurait ete l’ecueil des 
mers , connu sous le nom de Scylla , et Charybde se 
serait trouve dans son voisinoge. 

Par la puissance d’une imagination erudite autant que 
hardie , Sithiu est ainsi , tout-a-coup , pose sur ('important 
coin du monde qui a servi de the&tre a quelques-unes 
des principalcs scenes de l’HIiade et de 1’Odyssee. Nos 
regions hyperboreennes parfaitement connues des plus on- 
ciens peuples civilises , auraient he frequentees et recher- 
chees par eux. Les habitants de Sithiu auraient marche a 
la tSte des idees les plus avancees ils auraient ete la 
source d'ou les ruisseaux de la civilisation se sonl repandus 
dans toutes les directions. Chez les Hyperboreens seraient 
nes les genies les plus sublimes de I’untiquite. Homere, 
ce chontre immortel des heros grecs ; aurait vu le jour 
sur les bords de I'Aa , et le nom moderne de noire ville 
lui aurait ete donne en souvenir de sa naissance. Hesiode 
serait aussi ne cbez les vertucux Elyseens qui, selou Saint 
piement d'Alexandrie et d'autres savants , formaient un 
people % de sages. II n’est pas besoin de combattre ces dires, 
Phistoire vraie et I’archeologie les detruisent completement. 



LECTURE ET PUBLICATION 

D’UN PLACARD 

DE CHARLES— QUINT 

A LA BRETECQUE DE LA MAISON ROYALE DE 
SAINT-OMER , EN L’AN DE GRACE MIL 
CINQ CENT TRENTE-ET-UN. 

TABLEAU DE MOECRS 

A SAXJfT’OXXB. XT » ARTCU 

AU SBIZltME SltCLB. 


U 




LECTURE 1ST PUBLICATION 

DE CHARLES-QEINT 

A LA 1RETECQCE DE LA MAISON ROYALE DE SAUrr-O^ER j 
EN L’AN DE GRACE ML CINQ CEBIT TRENT E-BT-C1U 


TABLEAU BE MOEU&g 

A SAINT-OMER ET EN ARTOIS 

AC SE1ZI&ME SIECLE , 

PAR M. COURTOIS , SECRETAIRE-ARCHIVISTS . 
( Lu d la tianee tolennelle du 7 Fierier 1848 )• 


La ville de St-Omer possedait encore, il y a 
deux siecles , sur la Place Royale qu’on appelait 
le Grand Marches, une maison de fort chltive 
apparence. Elle consistait en deux petites places , 
l’une au rez-de-chaussee , dite la ehambre batse , 
et 1' autre , au premier , dite la ehambre haute . 



— <96 — 

Cette itiaison , sans contredit , l’une des plus 
anciennes de notre cite , se trouvait , au dix-sep- 
ti&me siecle , dans un tel etat de delabrement et 
de veluste et , pour nous servir des termes memes 
d’une requete adressee alors a ce sujet au Roi 
d'Espagne , en sa qualite de Comte d’ Artois , « le 
» comble de celte maison et le maistre sommier 
» qui en traversait le grenier , au-dessus de la 
» chambre haute , £tait tellement caduques de 
» vieillesse et pourriture qu’il y avait peril immi- 
» nent d’y 6tre accable par leur cheute , coinme 
» il aurait deja pu estre arrive , si le dit sommier 
» n’avait ete appuye d’une pieche de bois. » (1). 

Une pareille masure n’etait guere digne assure- 
ment de figurer parmi les monuments publics 
d’une ville aussi importante que 1’etait alors St- 
Omer. Cependant elle portait un nom , elle avait 
une destination qui contrastaient singulierement avec 
son miserable aspect. C’etait la ce qu’on appelait 
la Maison Royale ; c’etait lk , comme le porte 
encore la requete que je viens de citer que , depuis 
un temps immemorial, les officiers du bailliage, 
assistes des hommes de fief ou francs hommes, 
« administraient la police et justice a un chacun, 
» tant pour le fait du domaine que des particu- 
» liers et inhabitants de la dite ville et bailliage. » 
C’etait la enfm , dans la chambre haute , que du 
haut d’une espece dc tribune qui s’avan$ait en 
saillie sur la facade et qui etait au bailliage ce 



— 197 - 

qu etait la bretecque a l’hotel-de-ville « se publiaierit 

• les placards et edits des Souverains et se pro- 

• nonchaient les sentences des criminels et con- 
» damnes. » 

Ce ne fut qu’en 1661 , a la suite de cctte re- 
quete, que Philippe IV autorisa les officiers du 
bailliage a vendre cette maison pour en acheter 
une autre , dite l A ne Royez , sur l’emplacement 
de laquelle a et6 conslruit depuis l’ancien bailliage 
aujourd’hui 1c musee. 

La Maison Royale avail ete rebatie trois cent 
quarante ans auparavant, en 1321. C’est du moins 
ce que semblent prouver les comptes et rccettes des 
baillis de St-Omer a cette date. Nous y voyons en 
effet portes en compte le prix des materiaux et les 
journees des ouvriers magons et cbarpentiers qui 
furent employes , selon l’expression du temps , 
« pour la justiche de St-Omer qui etoit vieille par 
» pourriture faire et appareiller de nouvel. » (2). 

Cette vieille justice , comroe l’appelaient si nai- 
vement les Audomarois du quatorzieme siecle, etait 
un peu moins delabree au seizieme que du temps 
de Philippe IV. Elle etait toujours le siege du 
bailliage. C’etait tout a la fois ce qu’on aurait 
appele dans les temps plus modernes le palais 
de justice et l’hotel du gouveruement. 

Le lundi 15 novembre 1531, les abords de la 
Maison Royale etaient obstrues par une foule assez 


— 498 


nombreuse qai stationnait sur le grand marche en 
face de la bretecque de cette chambre haute d’ou 
imanaient , h cette epoque , ainsi qu’on vient de 
le dire , les oracles de la justice et de 1’adminis- 
tration du pays. Cette foule se composait des ha- 
bitants de la ville de toutes les classes et de toutes 
les conditions, et se divisait en plusieurs groupes 
que paraissaient agiter differeutes passions , diffe- 
’ rents interns , mais qui tous , dans l’attente de 
ce qui allait se passer , se reunissaient dans un 
sentiment coinmun, celui d’une vive et impaliente 
curiosite. 

Cette fois ce n’etait pas , coniine cela arrivait 
le plus souvent, 1’emotion d’une condamnation a 
mort ou le spectacle d’une sanglantc execution qui 
avait attire la multitude. On ne voyait nulle part 
en effet , sur le grand marche, se dresser ce fatal 
bucher ou lant de malheureux furent impitoyable- 
menl livres aux flammes apres avoir ete prealable- 
ment ecarteles. La potence meme de M. le bailli, 
avec sa fourche a trois piliers, aussi bien que sa 
soeur , la potence rivale du Magistrat , se tenaient 
la a l’ecart avec leur air sombre et sinistre, sans 
fixer en aucune maniere l’attention de la foule , 
preuve certaine qu’il ne s’agissait meme pas du 
spectacle fort ordinaire d’une simple pendaison. 

Toutefois , soil dit en passant , ce dernier genre 
d’execution , tout classique qu’il etait , ne laissait 
pas que d’attirer quelquefois aussi la foule des 



— 199 — 


eurieux , comme ceia eat lieu notamment eu 1 321 , 
lors du supplice de Pierrin Prest, dont l’histoire 
ne nous a pas revele le crime. Cet individu, qui 
trouvait apparemment que la justice ecclesiastique 
lui serait plus indulgente que la justice seculiere, 
s’etait fait passer pour clerc. Reclame en cette qua- 
lity par le procureur de la couf de Therouanne, 
il etait detenu dans la prison de cette ville. Mais 
le bailli de St-Omer ayant decouvert qu’il n’ap- 
partenait pas au clerge, mais qu’il etait simple 
laic, et n’etant p5s fache sans doute de trouver 
dans cette circonstance l’occasion de prouver k sa 
souveraine, qui etait pour lors Madame la Com- 
tesse Maliaut, son zele et son devouement a de- 
fendre ses droits et les prerogatives de sa juri- 
diction, voulant d’ailleurs, par un amour-propre 
bien naturel, qu’il ne fut pas dit qu’un de ses jus- 
ticiables avait ete pendu a une autre potence qu’i 
la sienne , le bailli depecha k Therouanne un no- 
taire « pour racater les Merits » e’est-i-dire les 
pieces du proems , et Pierrin Prest lui-meme qui 
ramene k St-Omer et condarone au gibet , expia 
sa peine sur le grand marche au milieu d’une grande 
affluence < de bourgeois et de commun peuple » 
qu’y avait attire la singularity de cette affaire. II 
en avait coute pour cette execution, a Madame la 
Gomtesse , independamment des frais de voyage du 
notaire , seize deniers , tant pour le prix de la 
corde qui avait servi a trainer le patient que 



— 200 — 

* pour les gants du pendeur de larrons. » C’etait 
ainsi que, dans le langage officiel de Tepoque , on 
designait le droit eventuel du bourreau , dont lea 
gages etaient fixes d’ailleurs a quatre livres quatre 
deniers lournois par chaque a.nnee , les deux tiers 
k la charge de la ville et J’autre tiers a celle du 
Comte d’Artois (3). 

Ce qui reunissait ainsi sur le grand marche les 
manants et inhabitants de St-Omer, le lundi 15 
novembre de l’an de grace mil cinq cent trente- 
et-un ce n’etait pas non plus l’un de ces spec- 
tacles grotesques , dont I’histoirc nous offre tant 
d’exemples , de, la peine capitale infligee , aVec 
tout l’appareil imposant que peut deployer une 
justice sevfere , a des etres depourvus de raison , 
comme en 1 370 et en 1 585 , lorsqu’on vit , pour 
me servir du langage naif de cette epoque, « un 
» pourceau de Monsieur Saint Antoine » condamne, 
comme homicide , par sentence du magistral de 
cette ville , a 6tre etrangle court et net et pendu 
4 un poteau avec une inscription portant 1’arret 
de sa condamnation (4). 

Mais voici ce qui avait ainsi mis en emoi toute 
la population. C'est que la veille , k Tissue de la 
messe , les six sergents k cheval de Monseigneur 
fe bailli , le Sire de Noircarmes , avaient annonce 
k son de trompe aux fideles reunis aux portcs 
des six paroisses , comme quoi Ton publierait le 
lendemain k l’heure ordinaire des plaids , k la 



— 204 — 

chambre haute de'la Maison Bo talk , au uooi.de 
Sa Majeste Charles cinquieme du nom, Empereur 
des Romaias , toujours auguste , etc. , Comte 
d’Artois , « un placard touchant les monnaiea , 
» notaires , vivres , monopoles , banqueroutiers , 

• vagabonds , pauvres , dedicasses , noces , dons 

• aux baptemes , ivrognes , tavernes , homicides , 
» vetements , gens de loi , blasphemateurs , etc. » (5) 

En toute autre circonstance que cclle oil Ton se 
trouvait alors , I’annonce de cet immense placard, 
malgre son titre assez curieux , aurait excite moins 
d’interet et produit une moins grande sensation 
parmi les citoyens. Un bref expose de la situation 
oil se trouvait alors l’Artois et St-Omer en parti- 
cular nous fera comprendre pourquoi on y atta- 
chait autant d’imporlance. 

Je n’ai pas bssoin de rappeler ici cette guerre 
sanglante et acharnee que venaient de soutenir 
depuis dix ans Cbarles-Quint et Frangois pre- 
mier , ces deux eternels rivaux qui epuiserent leurs 
peoples et leur causerent mille maux , sans aucun 
autre but que celui de dominer Tun sur 1’autre 
et de se detruire. La vicloire, jusque-la toujours 
fidele k l’Empereur, avait successivement amene les 
deux traites de Madrid et de Cambrai qui valurent 
k Charles , entr’autres avantages , la pleine et 
entiere souverainete de l’Artois qu’il possedait deja 
par droit de succession , mais a titre d’hommage. 

Une fois maitre absolu de cette province , I’Eni- 

26 



— 802 — 

pereur s’occupa k la detacher pour jamais de la 
France el k pourvoir k son administration. C’etait 
dans ce double but qu’il venait de d6truire entre 
elie et ce royaume tout rapport de juridiction en 
creant , sous le nom de Conseil d’AnTois , un 
tribunal superieur dont le siege etait fixe a Arras 
et auquel seul ressortissaient , par appel , toutes 
les justices immediatement inferieures qui , pour 
la plupart , avaient elles-memes trois degres de 
juridiction (6). 

Mais ce n'etait Ik qu’une mesure de politique , 
une mesure d’ordre et d’administration toute pre- 
liminaire. La situation- de l’Arlois reclamait bien 
d’autres reformes. 

Les guerres continuelles dont cette province 
avait eu en particulier a souffrir , non-seulement 
depuis Charles-Quint , mais encore sous Maximilien 
et sous Charles-le-Temeraire , ses predecesseurs ; 
l’absence continuelle de ses comtes et leurs occu- 
pations exterieures; l’absence aussi des baillis qui 
£taient avant tout des hommes de guerre et tout 
k la fois juges , magistrats et capitaines , n’exer- 
$ant ces deux premieres attributions de leurs 
charges que par leurs lieutenants qui , etant pris 
pour la plupart parmi les citoyens des villes , ne 
pouvaient avoir ni la main aussi ferme, ni la 
m£me autorite,.... toutes ces circonstances avaient 
amen£ dans la province , com me aussi dans les 
moaurs et les habitudes de sa population, de graves 



— 803 — 

d£sordres et favorisd le d6veloppement de ceux 
qui s’y etaient dejk auparavant glissls. 

D’une part eo effet le commerce dtait en souf- 
france depuis que les relations de 1’Artois avec la 
France avaient ete interrompues. Des banqueroutes 
scandaleuses etaient encore venues compliquer la 
situation. « Des debteurs fugitifs emportaient frau- 
» duleusement et doleusement l’argent et mar- 
» chandises des bons marcbands Strangers et d’au- 
» tres gens de bien qui en avaient juste igno- 
» ranee. » 

Aux banqueroutiers se joignaient les accapareurs, 
ou comme on les appelait alors , les monopoleurs, 
sorte de gens qu’on est toujours sur de rencontrer 
dans les moments de crise. C’etaienl « des mar- 
» cliands , des societes ou bourses , des gens de 
» mestiers ou leurs* suppots qui faisaient pactions 
» ou contrats illicites et avaient entre eux de 
» secretes intelligences , si comme d’acheter toute 
» une sorte de marchandise , la garder sous eux 
» et par ce moyen en mettre ou tenir les autres 
» qui en auraient eu. besoin en necessity et les 
» contraindre d’acheter la dite marchandise & taux 
» et prix excessifc et d£raisonnables a leur vo- 
» lonte. » 

Les vivres etaient devenus rares et « & grande 
» cherts » graces encore & ces odieux mohopoles 
« qui se faisaient et commettaient a la grande 



— $04 — 

> ; charge , dommage et interet de tous , et > par 

> special , du pauvre commun peuple et de la 
» chose publique. » 

Aussi « les pauvres affluaient-ils en Artois, en 
» trop plus grand nombre que d’auchiennete ils 
» n’avaient accoutume. » Cela tcnait aussi , il est 
vrai , a la trop grande facilite avec laquelle 

• on permetlait a lous indifferemment d’y mendier 
» et demander l’aumosne , d’ou il s’ensuivait plu- 
9 sieurs fautes et mesus , pour autant que les men- 
» diants , la pluspart yvrognes , oiseux , belislres 

> et hazeteurs se donnaient a oisivete qui est com- 

• mencement de tous *maux , delaissant par eux 
» et leurs enfants it faire mestier ou style dont ils 

> auraient pu gagner leur vie et consequemment 

> s’adonnaient a etre de mechante et damnable vie, 
» et leurs lilies , a pauvrete et malheur et toutes 

> mechancetes et vices ; et combien qu’ils fussent 

• jeunes , puissants et dispos de corps , si extor- 
» quaient-ils par grande importunite , ce qui au- 

> trement aurait ete distribue aux anciens , raa- 

• lades , impotents et constitues en grande n6- 
» cessite. » 

Mais si dans les classes infimes les plaies du 
corps social etaient saignantes et profondes , elles 
ne l’elaient pas moins , sous d’autres rapports , 
dans les regions plus elevees. Les riches et les 
nobles affichaient un luxe insolent et ruineux qu’ils 
se plaisaient a etaler surtout dans leurs vdtements. 



— 205 — 

« De lk d’insupportables depenscs au prejudice du 
» bien de la chose publique. Car les homines , 
• com me les femmes , portaient toute sorte et 
» manieres de di'aps d’or et draps d’argent , de 
» toilles d’or et d’argent , de brocard d’or ou 
> d’argent , tant en robes , manteaux ou cappes , 
» pourpoints, sayes , codes ou cotelcttes , en man- 
» ches ou manchettes et en broderies grandes ou 
f petites. » 

D’autre part on voyait partout « de d6sordonn£es 
» beuveries et yvrogneries. » L’habilude de s'eni- 
vrer avail gagne toutes les classes de la societk 
et jusqu’aux gens de Loi ‘ eux-memes. La tempe- 
rance etait unc vertu si rare , mcme parmi les 
magistrats , que Ton se contentait de recommander 
aux 6lecteurs des villes et des bourgs et aux cqm- 
missaires du gouvernement « de ne pas promou- 
» voir ou avancer en Loi gens qu'ils entendraient 
» fetre famez ivrognes et accoutumieremeni excessifs 
» buveurs. » . 

Dans la plupart des villes. Messieurs les 6che- 
vins ne se faisaient pas scrupule de faire bombance, 
qu’on me passe l’expression , aux depens du budget. 
On avait du defendre a ceux de St-Omer en par- 
liculier de donner des rcpas publics , sauf le jour 
des elections et pour bonorer les grands person- 
nages qui daigneraient visiter leur ville. 

II parait qu’a cette epoque le diner jouait un 



— 206 — 

trfes grand rdle dans la vie officielle de Messieurs 
du Magistrate Dans un village de cet arrondisse- 
ment , a Nielles-lez-Blequin , les abbes de Rheims 
qui possedaient * quelques bieos sur ce territoire , 
6taient tenus de fournir trois diners par an aux 
gens de loi du pays les jours oil ceux-ci y al latent 
tenir leurs plaids. Un article de la coutume reglait 
minutieusement le menu de ces trois diners. D'abord 
on devait echauffer la salle du festin avec un feu 
sans fumee. — « Item , ajoute le mayeur Antoine 
» de Buymont qui redigea cette coutume en 1 458, 
» ne devons boire que du vin blanc et vermeil et 
» nous doit-on servir pour le premier mets de 

> petits pates de boeuf aux raisins et puis potage 
» tel que le cas desire et manger boeuf, mouton 
» bouillis et mouton roti , faisans , perdrix , co- 
• ebon roti et autres viandes selon le temps. » 
Pour qu’il n’y eut aucun biais ni aucune fraude 
possible , les religieux de l’abbaye de Rheims ou 
leurs representants n’etaient censes s’&tre bien ac- 
quittes de cette obligation que lorsqu’apres le diner 
le mayeur avait bien voulu leur dire « qu’il etait 

> suffisant. > 

Les buveurs de profession, qui cependant avaient 
encore un peu de respect pour eux-memes, allaient 
s’enivrer , pour etre plus libres , « en divers ca- 
» barels , tavernes et logis qui se tenaient en lieux 

> detournes hors des villes , bourgs et villages et 
» en dehors des grands chemins. » 



— 207 — 

Sous ce rapport. « les manants et inhabitants do 
» la bonne ville de St-Omer » ne restaient pas 
en arrifere. A cette epoque on fabriquait dans cette 
ville et aux alentours < des cervoises etranges et 

> doubles bieres » fort cstimees des amateurs. Les 
excfes qui en resiiltaient furent plus d’une fois si- 
gnales aux assises. Ces grandes assemblies judi— 
ciaires qui se tenaient tous les sept ans sur les 
bruyeres en un lieu nomme Edeqlines eta ient ap- 
pelees Franches Verites parcc que tout le monde 
etait oblige d’y comparaitre et d’y denoncer , sous 
la foi du serment , les abus qui elaient a sa con- 
naissance et qui auraient echappe aux magistrats. 
Dans celles qui se tinrent huit ans apres , le sa- 
medi premier septembre 4539, les francs hommes, 
du consentement de plusieurs baillis et de plu- 
sieurs sujets du ressort « pour ce que plusieurs 

> des dits sujets dissippaient leurs biens et subs- 

> tance , a cause de quoi . ils ne pouvaient plus 
» payer leurs rentes et censives et que aussi plu- 
» sieurs s’enivraient de cervoises estranges , ordon- 
» nerent que dorenavant dans les limites du bail— 
» liage il ne se brasserait ni vendrait , ni serait 

> vendue a detail et a brocque aucune biere a 
• plus baut prix que de quatre deniers le lot , 
» sur peine et amende de 60 sous parisis. » 

Cette ordonnance des francs hommes du bail— 
liage fut homologuee l’annee suivante par letlres- 
patentes de l’Empereur « pour faire cesser , y est-il 



— 208 — 

» dit , plusieurs debats, procldant des yvrogneries , 

• a cause des cervoises estranges et doubles bieres 

> et pour donner plus grande crainte aux Irans- 

> gresseurs. » 

C’est qu’en effet cette passion pour la biere 
n'avait pas seulement pour rcsullat la ruine des 
families, mais elle etait encore une source conti- 
nuelle de rixes et de debats sanglants. II ne se 
passait pas une Dedicasse ou une Kerhesse qui 
ne fut signalee par quelque bataillc. De la des 
biessures graves , des homicides on ne peut plus 
frequents. C’est en vain que l’on recommandait 
aux autorites locales « de tenir grande adverlance 
» sur ces homicides et autres debts com mis es 
» dedicasses , festes et kermesses des villes et 

• villages ; » les moeurs etaicnt plus fortes que les 
ordonnances. Le plus souvent les ofliciers de la Loi 
iermaient les yeux sur ces desordres. 11s accor- 
daient avec la plus grande facilite aux homicides 
et aux delinquants ce qu’on appelait alors un 
Gheleyde ou sauf-conduit qui lcur assurait l’im- 
punite. D’aillcurs la composition etait encore ad- 
misc en une infinite de cas. On pouvait , en Artois, 
moyennant vingt sous, assommer un homme a 
coups de baton et on en etait quitte pour la 
moitie de cette somme lorsqu’on ne 1’avait frappe 
qu’avec le poing. Dans le bailliage de St-Omer, 
« les navrures a sang courant , les battures et 
» melees » n’entrainaient qu’une amende de soixante 


— 2t)9 — 

sous. Lcs bourgeois dc cette ville avaient le pri- 
vilege do no potivoir ctrc arretos pour coups el 
blcssures que lorsque lc patient y avait succombe 
dans la journec. La loi , il est vrai , punissait 
s6veremcnt le meurtre ct l’liomicide , mais lorsqu’on 
s'dlait arrange avee les parents dc la victime, qu’on 
avait rccu d’eux le Zoeningue ou Baiser de paix, 
il etait toujours facile, moyennant unc certaine 
retribution , dc s’arranger Igalcment avec la justice 
et d'obtcnir dcs lettres dc repit et de remission. 

Lcs tavcrncs et les cabarets , qui furent I’objet 
d'unc foulc de dispositions severcs , etaient cepeodant 
pour lc tresor unc excel lente source de revenus. Il 
etait defendu aux habitants dcs frontieres d’aller boire 
chcz Icurs voisins parce que e’etait diminuer d’autant 
l’impot que le fisc percevail sur lcs boissons. (6). 

Dans certains endroits on affermait aux jeunes 
gens un droit assez curieux, qu'on appelait le 
droit de la Soulle. Ceux qui en etaient en pos- 
session clisaient entr’eux 1’un de leurs compa- 
gnons qui portait le titre dc Prince de la Jeu- 
nesse. Ce droit consistait , lorsqu’il y avait un 
manage , a exiger la Soulle dcs nouveaux marics, 
e’est-a-dire , comme l’interpr^te un ancien arret , 
pn pourboire avec lequel ils pussent se souler en 
leur honneur. (7.) 

Dans les campagnes le relachement des moeurs , 
les abus etaient les memes ; lcs reglements d’ordre 

27 



— m — 

et de police n’etaient pas mieux observes. « line 
» foule de laboureurs , Partisans ei autres gens 
» mecaniques delaissant et negligeant leurs labeurs, 
» agriculture et mestiers s’adonnaienl et s’appli- 
» quaient journellement k chasser et prendre sau- 
» vages et volailles , lievres , perdrix , faisans et 
» autres gibiers , meme avec tonnelles , filets , 
» lacs, harnois, retz et plusieurs artifices tendant 
» a proye nouvellement trouvez et inventez tant 
» par gens estrangers que par ceux du dit comte 
» d’Artois , par oil se trouvait peu ou point de 
• gibier , de sorte que les nobles et gentils homines 
» auxquels proprement appartenait de se recreer 
» a la chasse pour eviter oisivete et s’exercer k 
» honnete passe-temps , n’y trouvaient aucun deduit 
» ni plaisir , a l’occasion que dessus. » 

Mais ce qui paraissait le plus insupportable a la 
noblesse , c’est qu’on voyait maint et maint roturier 
« se faire nommer, iotituler , qualifier ou traitier 
» de parolles ou par escrit du titre de Chevaliers 
» et leurs femmes de celui de Madames , • bien 
qu’il n’apparut point qu’ils eussent jamais acquis 
ce droit. D'autres se permettaient de prendre la 
quality de Comtes ou Barons et de sc cr£er k 
eux-memes des timbres et des armoiries. 

La religion elle-meme devait necessairement se 
ressentir aussi de ces desordres. Sans parlcr « de 
» la perverse secte de Martin Luther et autres 
9 acteurs reprouves au reboutement desquels Sa 



— — 

» Majeste l’Empereur avait deja pourvu par des 
» ordonnances contenues en ses lettres de placard 

* du f 4 novembre de l’an \ 529 , » le clerge s’ef- 
for?ait en vain de combattre une foule « d’abus 
» inveteres et notamment contre l’expres comman- 
» dement de Dieu et de I’eglise touehant la vio- 
» lation des festes et saints dimanches. » Ce jour- 
14 bien des individus ne se faisaient pas scrupule 
« durant la grande messe et sermon ou autremcnt 
» du matin , et durant les vespres , de se pro- 

* mener au marche ou places publiques ou pres 
» des eglises, ni d’aller en tavernes s’adonner 4 
> quelques jeux publics , si comme d’archers , 
» canoniers ou arquebusiers , escrimeurs , jeux de 
» paulmes et autres , dialler aux danses , soil 

* pour solennite de nopces ou autrement, comma 
» aussi d’aller pescher en rivieres ou fosses ou 
» meme de se promener dans les 6glises tant hors 
» 1’ office divin que durant iceluy. » La plupart 
des gens de metier ne craignaient pas de vaquer 4 
leur besogne ces jours-14 comme dans les temps 
ordinaires. On se plaignait aussi « du grand scandale 
» et incommodit& qui advenaient au 'service divin 
» par les passcments et recours de maisons et 
» autres heritages et vendition de$ biens meubles 
» qui en plusieurs lieux se faisaient 4s dits jours 
» de festes et dimanches, encore qu’apr&s ledit 
» saint service divin » 

Mais ce qui etail plus scandateux encore , les 



— 212 — 

rues ct les places publiques retentissaient dt*s ju- 
rons et des blasphemes les plus grossiers. On 
vovait des iudividus s’oublier jusqu’a « renier , 
» desavouer , maugreer ou depitcr Dieu , sa mere, 
» leurs noms et leurs saints. » D’un autre cote , 
« plusieurs gens de guerre et autres demeurant 
» audit pays et comte d’Artois , s’avanfaient jour- 

> nellement de dire et proferer plusieurs infames, 
» deshonnfctes , exeerables et abominables paroles 
• au grand vitupere de i’honneor de Dieu notre 
» createur et scandate des . jeunes-gens et enfants, 
»• lesquels ayant oui et eu connaissance des dites 
» paroles en courroux ou autrement les ensui- 
» vaient et en usaient parce que leurs peres , 

> meres , parents et amis , bien souvent ne les 
» reprenaient et chatiaient. * 

Les dimes etaient une source de contestations 
entre les habitants de la campagnc et le clerge , 
a cause de la tendance conlinuelle de celui-ci a 
6lendre ses droits , de ceux-la a s’en affranchir. 
C’etait a peine si trois ordonnances encore toutes 
recentes avaient pu mettre un lerme aux differends 
qui s’etaient -eleves a cettc occasion durant les der- 
nicres annees. 

Telle dtait alors , sous le rapport materiel et 
moral , la fachcuse situation dans laquelie se 
trouvait 1.’ Artois , et cettc situation engendrait un 
malaise general dont sc ressentaient toutes les 
classes de la societe. 



— 213 — 


On savait deja depuis quelque temps quc Charles- 
Quint travaillait a v porter remfede ; car < il avail 
» fait proposer a ce sujet aux Etats du pays ct 
» leur avait fait bailler par escrits en leur der- 
» niere assembles aucuns points et articles pour 

• sur iceux avoir leur avis, a quoi ils avaient 

* satisfait. « En d’autres termes et pour m’ex- 
p rimer oomiBe on le ferait aujourd’liui , I’Empereur 
avait fait presenter a 1’Assembleo des deputes de 
la province un projet de loi sur eette mitiere. 
Cette chambre des representants die I’Artois se 
reunissait rcguliereinent une fois cheque aonee a 
i’itotel des Etats a Arras, soil pour voter et rc- 
parlir l’impot, soit pour deliberer sur les propo- 
sitions du Prince ou lui en soumettre d’autres an 
nom deses commettants. 

On connaissait done a St-Omer , quoique d’une 
maniere vague , quelles etaient les principales dis- 
positions de ce placard qu’on devait lire ce jour-la, 
non-seulement a la brelecque de la Maison Royale, 
mais encore a celles de la Maison Rouge et de 
la Cite d’Arras et meme dans tous les bailliagcs 
et les chatellenies de la province. 

Si les reformes qu’on annon^ait etaient desirces 
par quelques uns , elles etaient redoutecs par le 
plus grand nombre. L’un, des cotes les plus saillants 
du caractere artesien , e’etait , comme l’a judicieu- 
sement observe un savant magistral qui fut long- 
temps , sous Louis XIV , prepose a l’ad ministration 



— 2U — 

de cette province, c’etait la defiance de toot eta— 
blissement nouveau , quelqu’indifierent qu’il fut. 
Lee Artesiens etaient excessivement jaloux de leurs. 
coutumes et de leurs privileges. Ils craignaient tout 
ee qui pouvaient y porter alteinte. C’est pour cette 
raison que les nouvelles. lois Leur fluent toujpurs. 
suspectes, 

• D iileurs on avail pour soi nne experience date 
reoente et qui etait Wen de nature eveilter, sous 
ee rapport , la susceptibility deja si ombrageuse de 
nos bons aieox. La creation du Conseil n'Anvois 
avait ete cette annee me me nne cause de troubles ; 
ellc avait rendu suspectes les intentions du gou- 
vernement. Cette cour d’appel oubliant des le prin- 
cipe le but de son institution avait debute .par 
a fleeter la pretention d’altirer a elle toutes les 
affaires de la province, meme celles de premiere 
instance. Elle envoyait ses buissiers inslrumenter 
dans tous les bailliages et toutes les juridictions 
du ressort. Ils etaient venus jusqu’a St-Omer memo 
signifier leurs exploits. Aussi les ofliciers de co 
bailliage , le maieur et les echevins de la ville 
adrcsserent-ils a ce sujet a l’Empereur les plus 
ynergiques reclamations , les premiers , dans une 
requite en quinze articles , les seconds , « en une 
> feuille de papier » a laquelle ils ajouterent une 
copie de leurs privileges « en un cayer contenant 
* vingt-sept feuillets. » Ils virent s’adjoindre a eux 
les officiers de la gouvernance d’ Arras, dont la 



— 215 — 

juridiction itait l>ien plus menacee encore , puisque 
le Conseil o’ Artois , ayant son siege dans cette 
ville meme , Jenr faisait une concurrence bien plus 
redoutable et ne tendait a rien moms qua faire 
de leur office une veritable sinecure, Les Etats 
eux-memes furent saisis de cette grave affaire. Les 
deputes avaient apporle k fassemblee de notObreux 
ealiiers de plaintes que leur avaient remis a ce 
sujet leurs commettants avec la mission d’uset de 
toute leur influence pour mettre fin & une pareille 
usurpation, 11s redig^rent eux-m&ues en oominun 
et fireot parvenir de leur cMe a Charles- Quint une 
requete particuliere en treize articles. 

L’Empereur vivement contrarie de ce conflit qui 
etait de nature k faire suspecter la loyaute de ses 
intentions et it discrediter > it son engine , dans 
I 4 esprit de la population , (’institution de ce nou- 
veau tribunal qu’il avait voulu rendre sup£rieur 
aux autres non seulement par la preeminence et 
l’etendue de sa juridiction , mais encore par le 
choix des personnes dont il 1’avait compose , se 
hata d’y mettre ordre. A la fin de la session , il 
enjoignit au Conseil , par une ordonnance en date 
du huit juillet de cette meme annee 1531, qu’il 
eut a se renfermer strictement dans les limites de 
sa competence , en meme temps qu’il imposait ; 
commc un devoir aux magistrats qui s’etaient 
plaints a lui , le respect et la subordination envers 
cette cour d’appel qu’ils devaient regarder commc 
6tant leur supericur en juridiction et en dignity. 



— 216 — 

Celle affaire quoiqu’heureuscment appaisce n’en 
avail pas moins laisse. une' faclieuse impression 
dans les csprils. On sc demandait s’il n’en serail 
pas dcs aulres institutions de Charlcs-Quinl , commc 
il eri avail 6tc de celle-ci. 

Toulcs ccs circonstances nous expliquent a raer- 
veille rimporlance qu’on metlait a entendre la 
lecture de cc placard annonce la veille et 1’inleret 
saisissant qu’on y attachait. 

Comme il etait de regie que ces sortes de pu- 
blications se fissont en presence du bailli ou de 
son lieutenant , on venait de voir passer , en I’ab- 
sence du sire de Noircarmes , son lieutenant pre- 
mier et general M. Denis de Bersaque , seigneur 
de Welle et de Monnecovc , en grande tenue et 
accompagne des cinq conseillers a savoir ; Messieurs 
Jacques de Ucbecque , ecuyer , conseiller ordinaire 
de I’Einpereur; Gardicn Gu Icman, Charles de 
Poix , Jean de Rente et Jean Lcfebure , tous li- 
cencies-cs-lois et pensionnes par Sa Majeste aux 
appointments de dix florins chaque annee. Apres 
eux etaient venus les bommes de fief ou francs 
hommes .qui etaient a la cour du bailliage a peu 
pres cc que sont aujourd’hui les jures a la cour 
d’assises , avec cette difference qu’ils etaient juges 
au civil commc au criminel et , qu’avec 1’assistance 
des conseillers qui etaient de v£ritables avocats , 
ils prononcaient tout a la fois sur la question de 
droit ct sur la question de fait. On remarquait 



— Sl7 — 

par mi les hommes de fief qui desservaient la justice 
cette annee , noble homme Louis de Renty , sei- 
gneur de Curlue , Messieurs Nicole de Stiembecque 
et Jehan du Tertre , licenci^s-fes-lois , Jehan de 
Guines et Simon de Fromentel. Qn avait observe 
que l’un des principaux officiers du bailliage n’as- 
sistait point a cette ceremonie. C’etait le procureur 
general M* Jacques Wallart qui 6tait retenu chez 
lui par une grave maladie dont il mourut quelque 
temps apres. 11 fut remplace le premier f&vrier 
suivant par M. Jehan de Honvault qui prit posses- 
sion de de ce siege le 19 du meme mois (8). 

A l’heure indiquee on vit s’ouvrir la porte k 
deux battants qui donnait sur la bretecque de la 
Maison.Royale ct apparaitre le greffier du bail- 
liagc , Pierre de Hegue, tenant a la main un im- 
mense parchemin qu’il deroula aux yeux de la mul- 
titude, pendant que les six sergents sonnaient de 
la trompe, pour avertir le peuple de faire silence 
et d’etre attentif. Le greffier com men ?a la lecture 
du placard en ayant soin d’appuyer avec une inten- 
tion non equivoque sur cette pompeuse et empha- 
thique nomenclature de tous les royaumes , de tous 
les etats et de tous les lieux dont Sa Majesty 
l’Empereur et Roi se qualifiait lc souveraia et que 
sa vanite castillane se plaisait a etaler a la tete de 
ses moindres ordonnances. Celle lecture dura plus 
d’une lieurc et demie. 

11 serait trop long de donner ici l’analyse de ce 



— 218 — 

placard qui est tout a la fois une loi somptuaire 
el un reglement de police , avec des dispositions 
penales destinees a reprimer les abus que je viens 
d’enumerer. 

II s’en faut de beaucoup que tout le monde en 
fat satisfait. Les mendiants particulierement qui 
assistaient en assez grand nombre a cette lecture, 
laisserent echapper comme un cri de detressc lors- 
qu’ils entendirent que la mendicite etait interdite, 
• h peine par les contrevenants d’etre constitute 
> prisonniers a pain et eau a la discretion des 
» officiers et des juges. » Pourtant cette rigucur 
ttait temperee aulanf qu’elle pouvait l’etre par 
une foule de dispositions sur les mesures a 
prendre par les communautes dcs villes et des 
villages pour nourrir leurs pauvres et sc creer 
des ressources avec lesquelles elles pussent four- 
nir des secours aux malades, aux infirmes et 
a toutes les classes necessileuses. En meme temps 
que 1’Empereur recommandait de ne fournir que 
des secours en nature aux pauvres qui seraient re- 
connus pour etre « oiseux , yvrognes , belistres ct 
» hazeteurs, * afin qu’ils ne pussent pas depenser 
dans les tavernes les aumones destinees a sustenter 
leurs families ; en meme temps qu’il punissait de 
la meme peine que les mendiants eux-memes ceux 
d’entre les pauvres qui , recevant des secours soit 
pour eux-memes ou pour leurs families, frequen- 
teraient les cabarets et depenseraient le produit de 



— 219 — 

leu r travail a jouer aux quilles , a la boule , aux 
dez et autres jeux et brelans , il poussait Indul- 
gence jusqu’a leur permcttre « qu’aucune fois pour 
» recreation ils pussent boire un pot de cervoisc 
» avec leurs femmes, sans toutefois eux enivrer. » 

Lorsque Pierre de Hegue eut termine sa lecture, 
cc placard de l’Empereur fut, de la part de ceux 
qui avaient assiste a sa publication , l’objet d’une 
foule de commentaires et de critiques. Les plus 
sages' ne disaient rien , mais ils pensaient avcc 
raison que toutes ces dispositions , quelque bicn 
conques qu’cllcs fussent, seraient toujours insuffi- 
sautes aussi longtemps qu’on aurait a deplorer ccs 
guerres sanglantes et continuelles qui appauvris- 
saient les peuples et corrompaient leurs moeurs 
en les livrant a l’anarchie , en detruisanl chez eux 
I’esprit d’ordre et de discipline et en rendant par 
cela mernc toute espece de repression , sinon im- 
possible , du moins impuissante et difficile. 

L’avenir prouva qu’ils deviuaient juste. Les nou- 
velles ordonnances qui ont ete publiees depuis sue 
le meme sujet, par Charles-Quint lui-meme *et ses 
successeurs, sont pour nous une preuve manifeste 
que ces memes ordonnances n’ont jamais ete bien 
observees. 

Maintenant qu’on me permette, en terminant, de 
faire une remarque que me suggere un arrete tout 
recent qui interesse notre pays et qui a beaucoup 



— 220 — 

do rapport , du moms sous un point de vac , avee 
le sujet que je viens de trailer. 

Par unc coincidence assez curieuse , nous venon» 
de voir , aprfes trois cent seize ans , te meme mois, 
le meme jour , c’est-a-dire le quinze novembre 
1847 qui comme le quinze novembre 1331 est 
tombe par un lundi, publier et meltre en vigueur, 
dans notre departement qui correspond a l’ancien 
Artois , des dispositions analogues a celles que je 
viens de rappeler sur la mendicity. 

Puissent ces dispositions, que du reste nous trou- 
vons deja elablies en Prance du temps meme de 
Charlemagne et inscrites dans les capitulaires comme 
elles le sont sujourd’hui dans notre code ; puissent, 
disons-nous , ces dispositions que depuis on a tant 
de fois, mais toujours en vain renouvelees sous des 
formes et avec des clauses penales si diverses, etre 
enfin plus heureuses et surtout plus efficaees au 
dix-neuviemc siecle qu’elles ne Pont ele au seizieme 
et a toutes les epoques qui l’ont precede ou suivi. 



NOTES ET PREGVES 


LETTRES-PATENTES 

De 1 acquisition de la Maison dn Roy dam laqueUe 
les offieiers da bailliage administrent la justice 
civile , criminelle et la police aux habitants de 
la ville el bailliage de St-Omer . 

du 20 hay 1661. 

PHILIPPE , par la grAce de Diets , Roy de CastiUe , 
d’Arragon , des Deux-Siciles , etc. , comte de Flandrc el 
d’Artois : A tons ceux qui ees presences lettres verront 7 

SALUT. 

Receu avons Phumble supplication et requeste de nos 
chiers et bien-amez les lieutenant-general , offieiers , con- 
seilfers et hommes de fief, de nostre bailliage de Saint 
Omer , contenant que de temps immemorial leur est assigne 
sur le grand marchicz de la elite ville , une maison dicte 
vulgairernent la Maison Royale , en laquelle ils admi- 
nistrent la police et justice a un chacun , tant pour fe 
fait de nostre doinaine , que des particulars et inhabitants 
de notre dicte ville et bailliage , sans que toutefois il y 
ait en la dite maison place decente et convenable a cet 
effet , a cause que parnii la dite petitesse , il n’y * 
qti’une petite chambre bassc et une autre haute > ea 



— 222 — 

loquclle ie publient nos placards et edilz et se pronon— 
client l<*s sentences des criminels et condamnls : qui pis 
est , le comble de la diete maison el ie maistre sommier 
qui traverse le grenter au-dessus de la date chambre haute* 
sont tdlement caducques de vieillesse et pourriture , qu’ii 
y a peril emineot d’y 4tre accables par leur eheuie * 
comma polroit estre ja arrive si le dil sommier n’estoit 
appuyl d’une pifeche de bois $ tellement que pour pr6venir 
les malheurs et inconvenients qui les menacent les remon- 
Irani nous ont Ires humbleracnl supplie qu’ii nous plus* 
les autoriser de pouvoir acqulrir a litre d’achapt unc 
autre maison plus convenablc , comme eelle qui se pre- 
sente , noramee YAnne Royez , situee sur le morchie de 
nostre dite viile , dont le prix ne pourra monter qu’a 
4000 florins on environ , et sur ce leur la ire depescher 
nos leltres- paten les d’oetroy cn ce cas pertinentes : Spa- 
coir faitons , que Nous , les cboses susdiles considerees, 
eu sur ce 1’advis de nos trfes-chers et feaulx les chiefs , 
Iresorier g£n£ral , commis de nos domsines ct finances , 
qui au prealoble ont , sur ce , eu cduy de nos tres-chiers 
et feaulx les president et gens de nostre conseil provin- 
cial d’Artois inclinant favorablement k la supplication et 
reque&te desditz lieutenant glnlral , olficiers , comeillers 
et hommes de fief de nostre dit bailliage de St-Omer , 
leur avons par la declaration de nostre trfcs-cher et trfcs- 1 
aim© cousin Don Louis de Benavides Carillo et Toledo , 
marquis de Fromesta et de de Caracena , eorate de Pinto, 
de nostre conseil d’Etat lieutenant-general gouverneur et 
capitaine-general de nos Pays-Bas et de Bourgogne , oc- 
troye , permis et consenti , octroyons , permettons et con- 
sentons , par ceste , la vente de la dite maison , pour 
employer les deniers k en provenir * a (’acquisition ct 
achapt de eelle du dit Anne Royez la subrogeant en la 
place de la dite premiere , et que pour parfurnir le prix 
du dit achapt ils puissent et pourront lever argent a cours 



— 223 — 

tie rente et pratique? une faille sur tout le dU bailllage, 
pour rembourser tant le capital qu’inter&z cn dedans detix 
ans prochains , le tout a rintcrvention de Tun de nos 
officiers fiseaux de nostre conseil d’Artois , et a charge 
de rendre compte de I’employ des dits deniers , pardevant 
commis d’iceluy , a Tintervention de nostre dit fiscal : 
si donnons en mandement , etc. DonnA en nostre ville de 
Bruxelle le 20 may fan de gr&ce 1661 et de nos regncs 
le 41 paraphA C. H. 0. V. (a). 

(2) Comptes de recettes et despenses des baillis de St- 
Omer depuis 1306 jusqu’en 1362. (manuscrit original 9 
bibliothfeque de M. L. de Givenchy ). 

1321. «* Pour le justiche de Sainct Omer qui estoit 
» vieille par pourriturc faire et appareiller de nouvel , 
n pour marien ( matAriaux ) pour carpentiers et pour ma- 
» chons et pour rames au foods des pleurs del vile de 
» St-Omer. » Pleurs veut dire bruyirm ; peut-Atrc s’agil- 
il ici de la potence qui s’Alevait au-dessus dEDEQuiNKS. 

La ville de Terouane avait aussi sa Matson Roy ale. 
On I’appelait la Canisie , par corruption du mot flamand 
Komivckx-huys , Matson Royale . Elle fut detruitc et 
brulee par 1’armAe ilamande qui assiegeait St-Omer en 
1346. (V. le manuscrit n* 707 de la bibliothfeque de 
St-Omer ). 

* 

(3) Comptes de recettes ibid. 

« Pour les escrits racater a Terwane du presentement 
» le procureur de Je court de Terwane et Pierin Prcst 
» qui adonc repris este en la prison mcsme de Terwane 
» qui se disoit estre clerc d’une part et le baillie d’autre 
» part , et pour le notaire qui vint rendre la sentence 

(a! Ces Icttfca-patenles ont etc imprimdes daas le recucit dc» 
Ordonnanees ttoyaux , relatives au bailliage de St-Omer. 



• da present et de lui Ic dit Pierin cofnmc lut h Sl- 
it Omer poor che qae les gens Madame n’ont inie place 
» a Terwane et demonra par 11 joars. 

* Pour cordes pour trener le dit Pierin Prest et pour 
» wans pour le pcndcur de larrons XVI d. » 

» Pour les gages du pendeur de larrons a le part 
n Madame pour le tierche 26 sous 8 deniers. » 

(4) Memoires des Antiquaires de la Morinie , t. 2 , se- 
conde partie , p. 11. — Hendricq , t. III. 

(6) Ce placard et ccux ou j’ai puise les details qu’on 
trouve ici sont imprimes dans plusieurs recueils et no- 
tamment a la suite d'une edition des coutumes d’Artois 
de 1679. Ce qui n’a pas ete extrail de ces placards l’a 
ete des Ordonnances Royaux , des recettes et depenses , du 
coulumier , des recueils d'arrcls et autres documents. 

(6) Cette lot fiscale subsists jusqu’en 1704. A cette epoque 
le parlement de Flondre ( la cour de Douai } , dfoida sur 
•ppel « qn’on ne pcut Oter au peuple d’une m£me domi- 
» nation , quoique de provinces ou villes differentes , la 

• liberte d’aller respectivement boire dons les cabarets de 
» la province limitrophe. « II s’ogissait dans Fesp&ce de 
plusieurs bateliers de la Chatellenie de Lille qui avaient 
ete condamnes « pour avoir ete boire de la bierc dans un 
*» cabaret pres du Pont-a-Vendin , territoire d’Artois. * — 
Arrtis de Jaunaux. 

(7) «Le nomme Arnout ayant epouse Ic 13 octobre 1696 

• unc fille du village d'Hargnies , les jeunes homines 
» g’assembl&rent le lenderaain au nombre de 8 a 10 , 
» ayant a leur t£tc le nomme Pierre Licgeois, capitaine 
» de la jeunesse dudit lieu , et s’allerent poster dans le 

• grand chemin, par ou le nouveau marie devait s’en rc- 

• tourncr cbez lui avec son epouse , ou I’ayant rencon- 



— m — 

* tr & snr Ics dix heures de nuit , t)s rarrelfcrent et lui 

* demanderenl une smile , c’est-a-dire de quoy boire et 
» apparerament de quoy se souller : mais n’ayent eu que 
n deux ecus a leur offrir , ils luy prircnt son justeau- 
» corps qu'ils ralrent en gage an cabaret. » Actionnes en 
justice a raison de ce fait , ces jeunes gens « prdendoient 
» Sire en possession d’exiger semMable present des nou- 
n veaux mariez ; qu’ils jouissaient mecne dud it droit a 
•» litre onereux , puisque pour iceluy its payaient deux 

* Hvres Tan en reconnaissance k la paroisse dudit lieu , 
» etc. (Ibid., t. iii.) 

(8) V. dans le manuscrit dc Dencuville les noms des 
conseillers et dans le proces- verbal de reception de Jehan 
de Honvault ceux du lieutenant-general et des homines de 
fiefs, (i Ordonnances royaux.) 

L’office de conseiller au baiiliage de St-Omer etait une 
creation de Charles-le-Temeraire. II n’y en eut d’abord 
qu’un seul. Mais le nombre en fut successivenaent augmente 
jusqu’a cinq. Cette institution du comle d } Artois avail un 
double but : diriger les homines de fiefc dans les questions 
de droit et rattacher plus intimeinent la justice au pouroir. 

Au XVII e siecle Pexercice de la justice par les hommcs 
de fiefs et les echevins etait , depuis longtemps , aboli 
en France. Ces tribunaux qui ne s’etaient maintenus qu’en 
Artois ct en Flandre ,• avoient fait place partout ailleurs aux 
presidiaux ou siegeaient sept conseillers. Aussi Pintendant 
Bignon , dans son Memoire sur l\ Artois en 1898, pre- 
scnte-t-il cette organisation judiciaire de Tancienne France , 
comme une veritable anomalie et une source d’abus qu’il 
signale a 1’attention du gouvernement de Louis XIV. Void 
comment il s’en exprime : 

a Les charges de grands baillifs etaient auparavant at* 
» tachecs aux gouvernances des villes, Ils etoient en cettc 

29 



— 226 — 

» qunlitl chefs de la justice dcs hailliages , nommofent 

• des lieutenants pour la foire cxercer et pour conjurer, 

• sufvant le terme du pays , les hommes de fiefs de la 
» rendre. Cet usage particular de la province d’Artois 
» doit estre remarque en cet endroit. 

» Tootes les justices d’Artois sont entre les mains dcs 
n echevins des villes ou des hommes de fiefs. On ap- 
n pelle homme de fief tout vassal qui tient en fief quel- 
n qoe terre d’un seigneur dominant qui , de son eoste , 
n tenant son fief mediatement ou iminediatement du roy 
9 a cause du comte d’Artois , est aussi homme de fief & 
9 Tegard du roi dont il relcve. 

* Ces proprietaires de fiefs sont obliges par la loy el 

• par I’investiturc de leurs fiefs de servir par cux-m£mes 
9 ou de faire desservir par des personnes commises la 
9 justice du seigneur superieur. Les premiers abandon** 
» nements des ter res par les eomtes d’Arlois pour estre 
9 tenus en fiefs , ont ete fuites a cettc condition aux pre* 
» miers seigneurs, feodaux qui ayant donne des parties 

de leurs fiefs et arriire- fiefs ont impose la m(me loy 
9 a leurs vassaux. Ainsl les justices des seigneurs , celles 
» mcme des bailliages et gouvernances , quoique royailea, 
» sont administrees par les proprietaires des fiefs qui en 
~ relevent. lls en font tous les frais j mais ils usent de 
» la liberie qu’ils ont de comroettre des desscrvant-ficls 
»• qui preterit serment et font enregistrer leur pouvoirau 

• grefle de la justice a laquelle ils ont ete commis. Le 
» premier officier du seigneur dans les justices feodales, 
9 le grand bailly ou le lieutenant dans les justices royal* 

• les , les convoqucnl pour instruire et juger les affaires 
9 qui se presentent. CYst ce qu on appellc conjurer les 
9 hommes de fiefs. II arrive rarement , surtout dans les 
9 justices seigncurialcs , qu’ils soient graduez. Ce sont des 



— 227 — 

» pnlsants qui a peine savent lire et ecrirc. Poor sup* 

» pleer a leur ignorance , ils prennent , a la verity , 

» conseil el avis des graduez , lesquels disposent par eon* 
*» sequent des inlirits des parlies. Ces graduez dressent 
» un avis en forme de jogement , le signent. Lcs horo- 
*• mes de fief declarcnt par un acte qu’ils jugent suivant 
» l’avis. Le greffier expedie la sentence. — II est evident 
» de combien d’abus cet usage est susceptible etcombien 
m il est irregulier , principalement dans les sieges royaux 
» o» sa majeste a des officiers qui doivent * avoir des 
n fonctions regimes de judicature , etc. » 

Le Pouvoir royal semble avoir pris acte de cette ob- 
servation. Sans toucher a la forme , car Louis XIV avait 
formellement promts de maintenir et de respecter les cou- 
tumes et les privileges du pays , voici comment on s’y 
prit pour detruire cette antique institution du tribunal 
des homines de fiefs , ou francs hommes qui remontait 
au temps de la premiere race et m£me aux anciens Ger- 
mains. A St-Omer et dans les autres grands bailliages , 
on ne conjura plus d’autres hommes de fief que les gra- 
duez. Ceux-ci qui etaient en fort petit nombre siegerent 
d’une maniere perraanente et bient6t leurs fonctions se 
confondirent avec I’office de conseillers. Dans les sieges 
inferieurs comme a Tournehem , Audruieq et Fauquem- 
bergues , les lieutenants-generaux ne remplirent plus , du 
vnoins pour les affaires criminelles , que les fonctions de 
juges instructeurs. Us ne conjuraient les hommes de fief 
que pour les affaires peu importantes. Quant a cedes qui 
prisentaient quelque gravite , ils les renvoyaient imrne- 
diatement a la cour du bailliage de St-Omer. On re- 
duisit a peu pres au m&me rdle la justice echevinale 
elle-m£me , dont les Audomarois avaient toujours ele si 
fiers. Au moyen d’un appel d minimd que ne manquaif 
jamais d’interjeter le ministere public sur les jugcmenli 



— 228 - 

prlparatoires relatifs a (’instruction , les prevenus etaient 
distraits de ieurs juges naturels el traduits devant le 
consei! d’Artoift qui ne manquait jamais de son cdte d’6- 
voquer la cause au fond. C’est ce qui esl arrive a Mont- 
bailly. 

On voit combien Ton s’&ait eloigne de (’article vn de 
la coutume de 1 509 qui contenait cette disposition : 

« Et en matures criminelles ne ont accoustum£ ( lea 

• echevina de St-Omer ) d’estre appellables de Ieurs jnge- 

• ments et sentences par eulx rendus non plus que sont les 
» villes capitalles du Pays et conte de Flandres , duquel 

• Pays la dicte ville a ete autrefois esclicee , et en signe 
» qu’ils ne sont appellables es dictes matieres criminelles, 

• non plus que les diets de Flandres, ils ont accoustume faire 

• randigier Ieurs dictes sentences criminelles en langaige 

• flameng. » 

C’est ainsi qae la politique des rois de France a peu 
a peu escamote aux villes de 1’Artois les privileges que 
la politique des rois d’Espagne leur avait conserves. 



HOIKS BISTOtlQUB 

SCR 

QLELQUE8 HEDAILLES 


NOTBE-DAHE DE BOULOGNE. 




NOTICE HISTORIQUE 

SUB 


OB 

KOT&E-DAHE EE BOULOGNE , 

m 

M. Jules ROUYER, membre correspond ant. 


Nous ne retracerons ici de l’histoire de l’ancienne 
statue de Notre-Dame de Boulogne , que ce qu’il 
importe plus particulfercment de rappeler & nos 
lecteurs pour (’explication et Interpretation des 
m6dailles que nous nous proposons de publier dans 
cette notice (1). 

(1) Voir poor plus de details les ouvrager soivants : 

Histotre de Vaneiewne Image de N.-Dame de Boulongne , par 
le pAre Alphonce. Paris 1634. 

HUtoire de Nostre-Dame de Boulogne, par Antoine Leroy. Paris 1681 
Bistolre de N.-D. de Boulogne t par le mdme ( neuvicme edition), 
oontinnde par M ( Hddooin. Boulogne-sur-Mer 1839. 


— 232 - 

Une tradition qui se trouve consignee dans les 
ecrits de quelques anciens chroniqueurs de la loca- 
lity , fait aborder dans le port de Boulogne , en 
633 , suivant les uns , et suivant d’autres en 636, 
un vaisseau sans rames et sans matelots , conduit 
uniquement par la main de Dieu ou par le mi- 
mstere des anges , et dans lequel etait une statue 
de la Sainte Vierge , tenant l’enfant Jesus sue son 
bras gauche (1). « Le pilote qui gouvernoit ce 
» navire , ecrit 1’un des historiens de la statue , 
> estoit le S. -Esprit , et les anges les matelots * 

• qui , sans rames et sans voiles advancerent droit 

* au port (2). » 

La statue fut pieusement recneiiKe par les ha- 
bitants de Boulogne, et portee dans la ville haute, 
oil ils la deposerent dans une chapelle , alors de 
peu d’importance et mal entretenuc, mass qui ne 
tarda pas a etre reconstruite et converlie en une 
eglise assez vaste , qui , placee sous 1’invocation 
de la Sainte Vierge , devait devenir par la suite 
un lieu de devotion celebre dans la chr£tient6. 

Lorsque vers 4109, par la liberality du cpmte 
Eustache HI , l’eglise de N.-D. de Boulogne fut 
erigee en eglise abbatiale , la statue , que l’on y 
conservait , etait deja depuis longtemps l’objet d’un 


(I) Leroy. 

l2) Le peri' Alphonce , p. 25. 



— 233 — 

pelerinage tresfr£quent6. Au XIII* si^cle , ce pele- 
rinage 6tait assez connu pour que le Parlement 
de Paris en ait impost I’obligation a plusieurs cri- 
minels, eu expiation de leurs fautes (1); et 1’on 
vit dans le siecle suivant le Pape Cl&nent Y com- 
prendre l’eglise de N.-D. de Boulogne au nombre 
des lieux de devotion que Nogaret dut visiter dans le 
tut d’obtenir le pardon des exces auxquels il s’etait 
porte sur la personne de Boniface VIII. Les autres 
pelerinages qu’il fut present a Nogaret d’accomplir, 
dans la meme circonstance, furent ceux de N.-D. 
du Yauvert , de Rocamadour , du Puy , de Char- 
tres , de St-Gilles et de St-Jacques de Compos- 
telle (2). 

Les Rois de France Philippe-Auguste , Phi- 
lippe-le-Bel , Jean-le-Bon , Charles V , Charles VII, 
Louis XI , le Roi d’Angleterre Henri III , le 
Prince Noir , Fernand de Portugal et Guy de 
Dampierre , Comtes de Flandre, les Dues de Bour- 
gogne Philippe-le-Bon et Charles-le-Temeraire, plu- 
sieurs Comtes de Boulogne et de St-Pol, et un 
grand nombre des plus hauts Barons de France , 
d’Angleterre et des Pays-Bas, se sont tour-a-tour 
signales par leur devotion envers N.-D. de Bou- 
logne et par les riches offrandes qu’ils firent pour 
la plupart a son image ven6ree. 

(1) Le pere Alphoncc , p. 50. 

(2) Leroy , ed. de 1681 , p. 11. 

30 



— 234 — 


En 1 478 , 1c Roi Louis XI , qui , dans la guerre' 
qu’il avait entreprise confre l’heritiere de Charles- 
le-Temeraire , s’etait empare d’une grande partie 
de la province d’Artois , qu’il avait pretendu 
confisquer, et s’etait en outre rendu maitre da 
comt£ de Boulogne , qui relevait de celui d’Artois, 
imagina, pour eteindre celte suzerainete, con- 
traire a ses vues , de la conferer de son autorite 
& la Sainte Yierge , a pres avoir acquis de Bertrand 
de la Tour les droits qu’avait ce dernier sur le 
comte de Boulogne , comme heritier de la maison 
d’ Auvergne , sur laquelle les dues de Bourgogne 
avaient usurpe ce roeme comte. Louis XI , dit Leroy 
a cette occasion , etait devenu seigneur direct da 
Boulenois ; « mais par le mouvement d’une piete 

• egalement spirituelle et genereuse, il se devetit 
» de cette qualite , pour ne plus en prendre d’autre 
» a 1’avenir que celle de vassal et de feudataire 
» de N.-D. de Boulogne. 11 entra done en cette 
» qualite dans son eglise ; il se presents devant 

• 1’image miraculeuse , a genoux , nu-tete , n’ayant 
» ni baudrier , ni eperons , et , dans cette humble 
» posture , il fit 1’hommage du comte de Bou- 
» Iogne a la Yierge titulaire de ce pays , entre les 
» mains de l’abbe et des religieux , et en presence 
» de toute sa Cour. Et pour droit de relief il 
» presents un coeur d’or , du poids de treize marcs, 
» depuis apprccie a deux mille ecus , voulant 
» que tous ses successeurs , Rois de France et 



9 


— 235 — 

Comtes de Boulogne fissent le meme hommage k 
* la Sainte Yierge et payassent a cbaque cbangeuient 
» d’homme un coeur d’or, de m6me poids et valeur, 
» pour etre employe au bien et eutreteuement de 
» son eglise. » 

En 4544, les Anglais, sous la domination 
desquels Boulogne etait tombee , pillbrent le tresor 
de l’eglise de N.-D. , profancrent lVglise , qu'ils 
transformerent en arsenal , et transporterent la 
statue dans leur ile , ou elle demeura jusqu’en 
4550. Elle fut alors rendue a Boulogne , sur la 
demande qu’en fit Henri II , sous le regne duquel 
la France venait de rentrer en possession de cette 
ville. Le Roi s’acquitta dans la meme an nee de 
Thommage du coeur d’or ; Catherine de Medicis , 
Diane de Poitiers , le Connetable Anne de Mont- 
morency , Francois de Lorraine , Due de Guise , 
et plusieurs autres seigneurs de la Cour s’empres- 
serent , a 1’exemple du Roi , de temoigner de leur 
devotion envers N.-D. de Boulogne , par de riches 
presents , qui eonsisterent pour la plupart en de 
grandes lampes d’argent. 

Dix-sept ans plus tard , des bandes de soldats 
huguenots , en garnison a Boulogne , incendiaient 
l’eglise , erigee depuis peu en catbedrale , et trans- 
portaient clandestinement la statue a une demi-lieue 
de la ville , au chateau de Hon vault , que possedait 
un seigneur de leur secte ; elle y resta pendant 
quarante ans cachee et ignoree. En 4607 , elle fut 



— 236 — 

reportee dans la ville , et elle fat replacec cn 
4630 dans la cathedrale , ou ello redevint bienlot 
l'objet des voeux et des homraages des fideles; ce 
qui dura jusqu'au moment ou l’eglise de N.-D. fut 
fermee au culte , en \ 794 , pour etre , quelque 
temps apres , vendue comme propriety nationale , 
et ensuite demolie. L’antique image de N.-D. de 
Boulogne ne put non plus echapper a la destruc- 
tion. Elle fut brulee sur la place de la Haute-Ville 
le 8 nivose an II , par les iconoclastes de cette 
deplorable epoque , au grand regret de la majeure 
partie des habitans , et particulierement des marins, 
« habitues de temps immemorial a invoquer son. 
secours au milieu des ecueils de l’Ocean (4). » 

Dfes les premieres annees de notre siecle, et 
peu apres la reouverture des eglises , quelques 
personnes pieuses , secondees par le clerge de la 
ville , s’empresserent de retablir le culte de N.-D. 
de Boulogne. Une cbapelle lui fut consacree dans 
l’eglise paroissiale de St-Joseph , et Ton plaga dans 
cette chapelle une statue de la Sainte Vierge , 
imitee de celle qui avait disparu dans la tourmente 
revolutionnaire. Ajoutons qu'une nouvelle eglise de 
N.-D. s’eleve en ce moment sur l’emplacement de 
la cathedrale , par le zfele et les soins de M. 1’abbe 
Halfreingue. 


<1) M. Itfdouin , d* edition de Thbloire de Leroy, 



— 237 — 

Leroy a consacre aux anciennes medailles <de 
N.-D. de Boulogne quelques lignes que nous croyons 
devoir reproduire ici : 

« Ce qui montre , dit cet auteur , combien l’eglise 
de Boulogne a ete frequentee autrefois , ce sont 
toutes ces anciennes images de N.-D. , represented 
dans un bateau , que les pelerins remportoient avec 
eux , tant pour se conserver dans leur devotion 
envers la Sainte Yierge que pour l'inspirer aux 
autres. On en fabriquoitde toutes sortes de metaux, 
mais parliculierement d'or et d’argent, et il s’en 
debitoit une telle quantite dans la ville que la 
plupart des ortevres et autres ouvriers n’etoient 
occupes qu’a ce travail. Plusieurs de ces medailles 
se sont sauvees du naufrage des temps , et il s’en 
voit encore aujourd’hui en beaucoup de lieux di 
Flandre el d’Artois , surtout en la ville de St-Qmer, 
laquelle etant plus voisine de Boulogne avoit aussi 
avec elle un commerce plus particulier de reli-. 
gion (1). » 

< Par un effet de la tendre affection qae 

les habitants de Boulogne avoient pour leur chore 
patronne , dit autre part le m6me auteur (2), ils 
regardoient ses images et ses medailles comme les 
plus riches joyaux qu'ils pussent offrir , meme aux 
Reines et aux princesses. La ville en fit faire une 

(1) Edition de 1681 , p. 37. 

(2) 9° Edition , p, 101. 



— 238 — 

Tan 1367, pour la prochaine arrivee de la Reine 
Catherine de Medicis ; et l’an 1 531 , on en avoit 
presente une autre riehement fa$onnee a Marie de 
Lorraine , femme de Jacques Stuart V du nom , 
Roi d’Ecosse, et mere de La fameuse Marie Stuart. » 

La confrerie de N.-D. Panetiere , etafclie dans, 
l’eglise de St-Pierre d’Aire , possedait en 1 460 „ 
eomme on le v«t par un eompte de la confrerie 
rendu en eette annee (1 ) , • une cotie pour pairer 
N re -Damc , de drop de damas cler sanguine figvrie 
de feuilles d'or , et une parette colie pour ton fils „ 
swr laquelle a atachie iij ymaiges de N^-Dame de 
Bouliongne d" argent doire , dont Vune est atachie 
i une cainette d' argent, et les deux mitres sont 
dories , dont I'une est grande comme ung noble (2)» 
toulte ronde , el I’aultre est de le fairon que cello 
gut pent atout led . cainette ; item , une piece de 
irap on il y a iij grans ymaiges tons de PP'-Damc 
.de Bouliongne, ung ymaige de Saint Lanberi et ij 
rozes d' argent. * 


41) Archives du chapitre d*Aire. 

42) Le noble etait une monnaie anglaise, (Ton diameire de 33 I 
35 mi I lime Ires environ , fra p pee sous Edouard Ilf ct ses successcurs,, 
et sur laquelle se trouvait la figure du Roi, a mi corps , dans uit 
vaisseau floltant , re presen lation qui n'euiU pas sans analogic atec 
le type ordinaire des medailles de fi.- 1). de Boulogne. 

Qutlques nobles out ele frappes cn Flandre par les dues de Bour- 
gogne Philippe ie-llardi et Philippe -le-Boo , a rimitation de ecu* 
d’Angleterre ; ils elaient dailleurs de la mdtne grandeur que ct» 
derniers , et les uns et les aulres avaieuL gouts daos rArloia. 



— 239 — 

Nous troovons clans un invcntaire dresse en 4536, 
des reliqucs et joyaux conserves dans la tresorerie. 
de la meme eglise de St-Pierre d’Aire (4) , la 
mention d’une autre « petite ymaige <T argent dorde 
d une N re -Dame de BouUongne. * 

11 est presque superflu de faire remarquer que 
ces diverses ymaiges d’argent on de vermeil k 
1’effigie de N.-D. de Boulogne, dont il est ques- 
tion dans les deux litres que nous venons de citer, 
n’etaient autre chose que des enseignes de pfele- 
rinages (2) , enseignes designees plus tard sous le 
nom de medailles , que leur donne Leroy , et qu’il 
nous parait sans inconvenient de leur conserver ;i. 

Ainsi que M. Hedouin a deja eu occasion de le 
constater , les anciennes medailles de N.-D. de 
Boulogne sont devenues d’une assez grande rarete. 
Malgre de nombreuses recherches , cet auteur n’etait 
parvenu k en decouvrir qu’une , lorsqu’il publia 
en 4 839 , la neuvieme edition de l’ouvrage de Leroy. 
Nous nous estimons heureux d’avoir a produire' a 
I’appui de notre notice le dessin dc plusieurs de ces 
jnedailles restees inedites jusqu’a ce jour. 

La figure n° 4 er de notre pi anche represente une 
enseigne en Stain , que nous possSdons , et qui a 


(t) Archives du chapitre. 

(2) Voir sur les enseignes dc pelerinage. Revue Numismaiique , 
annee 1849 , p. 373. 




« 



— 210 — 

6t6retrouv6e a Paris dans les travaux dc dra- 
gaage qae 1’on y execute dans la Seine depute 
pluaieurs annees. Cette enseigne , qui ne peut , 
par. ses caracteres , appartenir qu’au XV* siecle , 
est faite en forme de sachet:; elle etait garnie 
par le haut de deux anses de suspension , dont 
Tune a disparu. Elle est creuse, et les bords 
superieurs bien que rapproches , n’en 'sont pas 
soudes , ce qui ne laisse guere douter de 1’inten- 
tion que 1’on a eue , en la confectionnant , de ma- 
nager ainsi au futur acquereur les moyens d'in- 
gerer dans le corps de l’enseigne , soit un sou- 
venir de pelerinage , com me quelques gouttes de 
la cire d’un cierge consume devant la sainte image, 
soit tout autre objet qui dut augmenter k ses yeux 
le prix de l’enseigne , ou dont l’enseigne devait 
augmenter le prix. On voit d'un c6te de cette piece 
la Sainte Vierge dans un vaisseau flottant , portant 
sur Ie bras droit le plan en relief d'une £glise. 
Ce type est entoure d’une legende en caracteres 
golhiques ainsi concue : ste-marie : de : bov- 
loingne. De l’autre cote se trouve la meme le- 
gende , avec une legere variante : ste : marie • 
de : bovllongne , autour de l’effigie de la Sainte 
Vierge portant l’enfant Jesus sur le bras gauche, 
et recevant les voeux d’un personnage qui prie & 
ses pieds (1). 


(1) Un autre sachet . offrant la plus grande analogie avec eelui 
que nova venous de docrire , tant pour les types que pour les 







— 241 — 

Si I’on veut se souvenir qu’il 6tait de coutume 
au moyen-age , de representer le fondateur d’une 
hglise portant le modele en relief du monument 
du 4 sa piet6 , on trouvera aisement 1’explication 
du type de notre enseigne que nous avons decrit 
en premier lieu, dans cette circonstance que la 
Sainte Vierge 4tait consideree comme (a fondatrice 
de l’6glise de Boulogne ; ce qui resuite d’une tra- 
dition , suivant laquelle le jour m6me oil la statue 
miraculeu8e arriva dans le port, la Sainte Yierge 
serait apparue aux habitants de .Boulogne dans la 
chapelle oh fut transporter la statue , et leur aurait 
indique « un endroit ou ils n’avoient qu’4 fouir 
■ » pour y trouver de quoi fournir 4 la construction 

• d’un Edifice plus propre et plus digne que ne 

• l’&oit cette pauvre chapelle de renfermer un 


Idgendes , mais nous paraissant an peu moins ancien , a etd publid 
par M. C. Roach Smith t dans le second volume dcs Collectanea 
entiqu* ( Londres , 1850-1851 ). 

Notre notice dtait terminde et avait mime ddjA did commoniqude 
a la Societd des Anliquairea de la Morinie y quand notre ami el 
notre collogue f M. Octave Hermand , a bien vpulu nous faire con* 
nattre qu’il existe dans la collection de M. Albert Logrand , A 
St-Omer , plosieurs sachets de plomb au type de N. «0, de Boulogne, 
mais sans ldgende f retrouvds A Tdrouane. M. Alexandre Heimand 
* eu de son cAld I'obligeance de nous offrir un sachet du genre 
de eeux que posslde M. Logrand , et retrouvd A Tdrouane comme 
ces dcrniers ; il represent© , au revers de la figure d'un crmite 
debout , la Sainte Vierge en bateau , supportant sur le bras droit 
le plan d’une egiise. Cette piece parait appartenir, par son style , 
au XV' siecle. 


31 



— 242 — 


» depot si auguste , et un gage si prlcieux de son 
* amour pour eux (1). • 

La figure n® 2 est la reproduction en sens inverse 
d’une empreinte sym£trique, sur papier, price vers le 
milieu du XY1® siecle , sur une medaille en or de 
N.-D. de Boulogne dc l’exlr&me fin du XY* siecle 
ou des premieres ann£es du XVI*. Nous tirons 
cette empreinte d’un recueil manuscrit qui contient 
la representation de plus de deux eents monmiet 
d’or et d’argent de tous pays, recueil dont nous 
devons la possession It l’obligeance de M. Michaux, 
chef de bureau It la sous-prefecture d’Avesnes., 
qui en avait fait l'acquisition dans la locality. Ce 
manuscrit , qui ne porte pas de titre , remonte evi- 
demment , par ses caracteres , ainsi que par di- 
verses indications que l’on y retrouve. It l’epoque 
de Charles-Quint , et tout porte It croire qu’il 
est I’ceuvre d’un changeur de la Flandre ou da 
Hainaut. Cc n’est que par suite d’une erreur assez 
singuliere, que nous sommes loin de nous sentir 
le courage de reprocher It l’auteur , que la medaille 
de N.-D. de' Boulogne a trouve place dans le 
recueil, ou elle figure improprement sous la deno- 
mination de double ducat de Bologne , en Italie, 
lieu dans lequel les papes ont fait forger de nom- 
breuses monnaies, mais non pas de I’esp&ce que 


(l) Leroy , 9* ed. , f . 23. 



— 843 — 

ootre cliangeur a jug6 4 propos d’attribuer a cette 
ville. 

L’empreinte que nous publions represente , 
d’un c6te , la statue miraculeuse dans un vais- 
seau voguant , conduit par deux anges , qui le 
dirigent h. l’aide de rames et de voiles. Ce type 
ne semble pas en parfaite harmonie avec la ma- 
nure dont le pfcre Alphonce et Leroy ont retract, 
d’aprfes la tradition , les circonstances de 1’arrivee 
de la statue dans le port (1). Au revers de la 
mbdaille paraisseht les armes de France couronnbes, 
entourees du collier de 1’ordre de St-Michel fonde 
par Louis XI , et de la lbgende notre * dame * 
de * bovlongne , en caractbres gothiques. Ces 
armes font bvidemment allusion ict aux devoirs de 
vasselage auxquels les Rois de France etaient tenus 
envers N.-D. de Boulogne , depuis que Louis XI 
avait fait bommage du comtb 4 la SainteVierge , 
en 1478. 

. Nous don nans, sous le n° 3 de la planche , le 
dessiu d’une medaille en etain , de notre collection, 
qui ne difibre de la precedents que par de legeres 
varietbs de coins. 

Une autre medaille en 6 tain, aux memes types 
que les deux precedentes , mais dont l’etat de 
conservation laisse malheureusement a desirer, fait 


(1) Voir plus baoL 



— 244 — 

partie de l’interessanle collection numismalique de 

M. l’abbe Frechon, chanoine d’Arras. Cette derniere, 
aussi bien que la n6tre , et que l’enseigne que 
nous avons decrite plus haut , a eti retrouvee a 
Paris dans les travaux de draguage de la Seine. 
On sait an surplus que , des le XIV s siecle , la 
devotion envers N.-D. de Boulogne elait assez ge- 
neralement repandue parmi les parisiens pour qu'ils 
aient fonde une eglise en son honneur , 4 quelques 
pas de la capital e , et avec l’assentiment da Roi 
Pbilippe-le-Long , dans le village de Menus , qui 
prit depuis le noin de Boulogne-sur-Seine. On 
sait ausssi qu’ils etablirent dans cette eglise le siege 
d’une association qui prit le titre de grande Confrdrie 
de N.-D. de Boulogne-sur-Mer , et dans laquelle 
se sont fait enroler plusieurs Rois et Reines de 
France. II y a lieu de croire que pour ctre admis 
It faire partie de cette confrerie , il fall ait, le plus 
ordinairement , avoir accompli le pelerinage de 

N. -D. de Boulogne-sur-Mer. Cela nous parait du 
moins ressortir de plusieurs textes cites par Leroy (4) 
et particuiierement du titre du catalogue sur leque! 
etaient inscrits les noms des confreres et des con- 
soeurs , titre ainsi redige : « Magna Confratria Do- 
mince-Nostree Boloniensis jmta Mare , constans pe- 
regrinis utriusque sexus , fundata in Ecclesia 
Dominw-Nostrw Boloniensis Parted prope sanctum 
Clodoaldum. • 

(1) Edition do 1081 , pages 45 a 51 et 202 a 266, 



On cotiQoit par ce qui prdcdde, qu’un grand 
norobre de mddailles de N.-D. ont pa etre rap- 
portees ainsi de Boulogne-sur-Mer k Paris. D’un 
autre edtd, il n’est pas impossible qu’il ait aussl 
ete vendu de ees mddailles k Boulogne-sur-Seine , 
qui avail flni par devenir dgalement un Hea de 
devotion assez frdquentd. 

La mddaille de plornb , du XVI* sidcle , reprd- 
sentde soys len* 4 a die publide par M. le docteur 
Rigollot , d’ Amiens , qui la possede , dans son 
intdressant ouvrage sur les monnaies des dvdques, 
des innocents et des fous , auquel nous renvoyons 
ip lecteur. On voit sur cette pidce, d’un cdtd un 
dcusson chargd d’un dauphin et entourd de la Id- 
gende : fbater : fbanciscus-blondm ; de lautre 
cdtd , la ldgende : nostre : dame : de bovlongnb, 
et le type de la Sainte Yierge dans un navire , tree 
l’enfant Jdsus dans ses bras. 

On ne sail ce qu'dtait le frdre Francois Blondin,, 
mais il est k prdsumer qu’il aura remplile rdlo 
de chef d’une compagnie de liesse dans quelque 
fete du genre de cedes des fous et des innocents 
et que la mddaille qui nous a conservd son.nom, 
aura dtd faite k cette occasion. Quant au type dtt 
revcrs, il ne peut assurdment suffire pour indiquer 
que la piece ait dtd faite k Boulogne on pour 
Boulogne , plutdt que dans ou pour tout autre 
lieu de la Picardie ou de 1 ’Artois. 



— 246 ~ 


M. Hedouin a signale en 4839 , daps les notes 
qu’il a ajoutees a la neuvieme edition de l’histoire 
de Leroy (4) , l’existence entre les mains de M. 
Dutertre-Yyart, de Boulogne , d'une medaille en 
argent, tr&s-mince , de la grandeur d’un franc , 
et qui represente la statue miraculeuse dans un 
bateau. « Ce qui rend cette medaille plus predeuse 
encore , ajoute M. Hedouin , c’est qu’elle est ap- 
pliquce sur un morceau de bois tres noir, trfes 
luisant , ayant l’apparence du jais , et qui certai- 
nement est un des fragments de l’antique statue. 
On sait que plusieurs de ces fragments furent donnes 
a diverses personnes lors de la restauration et de 
la retaille de cette relique ven^ree. » (4607- 
4630). 

Oepuis qnelques annees , des exemplaires en 
argent et en cuivre d’une nouvelle medaille de la 
Yierge de Boulogne se vendent dans cette ville au 
profit de l’oeuvre de la reconstruction de 1’eglise 
de Noftre-Dame. Nous ne croyons pouvoir mieux 
terminer notre notice que par la description de 
cette m6d4ille, dont les coins ont 6te graves k 
Paris , par M. Yachette : urbis et orbis hois os , 
stella mams sis bona. La statue miraculeuse 
dans un bateau flottant, plac6e entre deux anges 
dont Tun tieht le gouvernail. Au-dessus , une 
etoile. A 1’ exergue : n.-d. de Boulogne, et le 


(1) Pages 97 et 203, 



millesime <840, entre les lettres S. M. Revere : 

REFCGKJM PECCATORUM , OBA PRO NOBIS. Le C(£Ur 

de la Sainte Vierge , perc4 d’un glaive , et entoure 
de rayons et de flammes. A l’exergue, le nom 
du graveur. 




NOTICE 


LES MAN (JSC HITS 

OB LA 

BIBLIOTnEQUE DE BEItGliES. 


32 




NOTICE 


SB* 

LES MANUSCRITS 

M U 


pa* M. y LEPREUX, 

nans conuromun. 


APERCCJ HISTORIQCJE 

LA BIBLIOTHfeQUE DE BERGUES. 


La bibTioth&qoe de Bergues, eorame la plupart 
des bibliotheques de province , provient en grande 
partie des anriens convents et snrtout de 1’abbaye 
de Sain t- Win oc. Cet antique et celebre monast&re 
avail Tune des plus riches collections da dord de 




— 252 — 

la France, qui pouvait rivaliser avec celles do St- 
Bertin , de Clairmarais et autres savanles coro- 
munautes, Neanmoins les armoiries et inscriptions 
que 1’on trouve encore sur bieh des ouvrages sem- 
blent prouver que la. gindraliU de Bergues pos- 
sedait aussi nu foods de bibliotheque. Aiosi bien 
deq' cotiveftures portent les deux lions de la Chi- 
tellenie, ou (’inscription B. P. C. B. retpublica 
bergensis ; ce sont en gPnSral des livres de droit 
et d'adminislratipn , datant presque tous du XVII s 
ou du X$i> Siecle. Les manuscrits , les incunables, 
les belles,' editions dps. Perea de l’Eglise, les grands 
ouvrages bistoriques yiennent de 1’abbaye Saiotr- 
Winoc. 

La formation de cette belle bibliolhfeque de Saint- 
Winoc , resultat des travffux des moines pendant 
plusieurs siecles , avait ete longue et difficile. Les 
invasions dqp dfabprd , puis de nom- 

breux incendtes, et enfin le sac de 1558 avaient 
detruit bien des manuscrifs. Mais les abbes pen 
a peu reparaient ces desastres. L’nn d’eux, Jean 
Mofflin , en 1585, dpporta , dit Sanderus , une 
belle bibliotheque renfermant de rares manuscrits, 
et des livres richement relies et ornes de ses ar- 
moiries : cllos representaient qn limapon jrentre anx 
t rots quarts dans sa . coquille 4 avec cette devise : 
Tecum habita, II reste encore une. asses grande 
quantile de ces volumes. Cette precieuse collec- 
tion , fruit de tant de peines et de recherches , 
dcvatl etre bien tristement dispersee. 



— 253 — 

te 26 mars 1790 , l’Assemblee nationale rendit 
un decret qui ordonnait la vente des biens du 
clerge et le transport de leur mobilier au district. 
Presqu’aussitdt , le 23 avril suivant , un inven- 
taire general fut dress6 de tous les couvents de 
la ville. Les livres en particulier furent tous ap- 
portes k la maison commune ; plus tard les bi- 
bliotheques des villes voisines tel les que Dunker- 
que , Bourbourg , Cassel , Hondschoote , etc. ar- 
riverent pour grossir eet amas de travaux litteraires 
de tant de sifccles.' II n’y eut pas jusqu’aux villes 
elrangercs sur la fronliere beige, qui ne fournirent 
aussi leur contingent. En cffet lors de l’invasion 
de I793et 1794, l’arm6e frangaise, a mesure qu’elle 
pknltrait dans le territoire du roi de Hollande , 
avail pris pour regie de renvoyer par ses der- 
riferes, sur le chef-lieu de district le plus voisin, 
tous les livres de bibliotheques et autres objets de 
valeur qu’elle rencontrait dans les villes et bourgs 
echelonnes sur son passage.- Or , les campagnes 
de Bergues, qui etait chef-lieu de district du d&* 
partement du Nord , venaient d'etre traversees par 
l’arm£e de Jourdan el d’Houchard poursuivant les 
ceaiises du due d’Yorck , et a ce double titre celte 
ville recut le depdt de toutes les depouilles eu- 
nemies. 

Cependant k Bergues on entassait p^le-mfele dang 
les salles , les caves , les greniers de l’hotel-de* 
ville ces masses enormes de volumes arrivant de 



— 254 — 

toates parts, et quand if fat impossible de plus 
rien y faire entrer, on remplit one partie des 
chambres du college. Puis on ne se donna pins 
memo la peine d'abriter les ouvragps ; on les de- 
posa par eharretees ear la place pubUqne ; aNa en 
prendre qui voulut. De ce qui restaU, 1» people 
fit an immense fen de joie qa’aa afimentait avec 
les parchemins des archives el les cachets de ore 
que Ton anrachait aux dipldmes et anx viritles 
chartes , sans couper seulement les fils de soie qui 
les retenaient. Les Tieillards qui se xappeUent ces 
particularites, ajoutent avoir tu , dans le choeur de 
I’eglise constitotionnelle de Saint-Martin , on dal- 
lage de volumes in-fofio. 

Ces temps d’exaltation passerent enfin et le 
Concordat r en retablissanlen France le fibre cxer» 
rice du culte cotholique , permit aux communes 
depouiUees de reprendre les bibliotbeques de leurs 
eouvents respectifs, poor en former tut foods de 
hibliotheque publiqne. 

A lore on rit 4 Bergnes se renonvefer, en sens 
inverse, Fes scenes de 1791 et de 1792. Titrates les 
villes voi sines et notamment Dunkerque envoyerent 
des fourgons pour reprendre les onvrages qulls 
jngeaient devoir lenr revenir. Mais au milieu d’une 
telle confusion , il n’etait gnfere possible de les 
reconnakre, et d’aillears r&p predation de ce temps 
Kt eta it totalement differente de la noire. Anssi les 
Donkcrquois s’emparerent-ils de tous les fivres 



— 255 — 

modernes enrich is <le belles reliures qui, a l’ex- 
ceplion du Gallia ChritUam et de quelques trades 
de jurisprudence foment encore aujourd’hui le 
principal foods de leur bibiiotheque. Bergues , au 
contraire, consern dans « pretendu partage, les 
manuscrits, les editions rares et anciennes, les 
volumioeuses collections bistoriques eonsultees et 
admirdes par quelqnes-uns de ses habitants cl par 
les amateurs Strangers. 

Pendant les annfees de la Revolution , un pretrc 
constitutbnnel , M. Bareel , dressa un cata- 
logue general de tons les livres reunis et entasses 
a la mairie et au college. Ce catalogue , conserve 
it la prefecture du Nord , ee compose de vingt 
mille numerec eu environ soixante mHle volumes. 
Ainsi, sans la restitution de 1*8<M , Bergues posse- 
derail la bibliothoque la plus knpertante de tout 
le rioni. Oa doit regretter la perte de t’aneien 
catalogue de St-Wince -qui fiwrmait an gras volume 
fai-folio; la ville await pa levendiquer avec justice 
a cede epoque tons les livres de cette abbaye qui 
devaient de droit Ini revenir. 

Sous le gouvernemeni imperial le vestige des 
conqnetes fit perdue de vac la iittdrataure et , 
comme on le disait aloes. Miner* ve fit plaee d 
Belltme; e’est cn 1817, sur 1’ordre du ministre 

<1) U. Street &ait tinn vlctwe 4e St-Pienre; il jn&t eerment, 
ee teuton 4mm fat euite et fut namul fH M. Setonte cure 4e 
Sees ; it meurut * U fin de 1847. 



— 256 — 

de l’interieur, qu’on fit pour la seconde fois. utl 
6tat detaille de tout ce qu’il y avail de livrcs appar- 
teuant a la ville de Bergues. Une expedition fut 
envoyee au preiet, mais l’original ae trouve encore 
a la bibliotheque. L’inspection de ce document 
fit constater l’absence des manuscrits suivants 
mentionnes par M. Bareel. 

4. Graduate romanum ad utum ecclesiee abbatialit 
Sancti Winnoci per Dallery Retigiosum Sancti 
Winnoci , 4 735 , in-f\ 

2. Proprium de tempore, per Duchemin , 4598, 

provenant de St-Winoc , in-P. 

3. Slaluta synodi diocesce iprensis anni 4577 , 

interfolio de papier blanc avec notes* 

4. Chronique des Evinements particulihement du 

diochse d’ Ypres , qui parait avoir ete composee 
au couvent des Carmes a Dunkerque, de 4644 
k 4 638, in-8*. 

5* Elueidationes prcecipuorum documentation ae 
prwceptorum Regulw S a Bcnedicti. Manuscrit 
de la fin du 47® aiecle , in-4°. 

6. Annalia site chronica forestarium el comilum 

Flandrice ab ap.no ad Philippum Romm. 

Manuscrit du 16 e sieele incomplete in-f*. 

7. Lois ei coutumes de la ville de Bruges du 26' 

aotit 4649 , in-4°. 

8. Humani corporis Machine . Fin du 47® siecle, 

in- 4°. 



— *57 — 

0. Tragedies et pibces de pobsie en lutin. 4 7* 
siecle > in-8°. . 

40. OEuvres de Chiroc , ou trailb des fibvresi 2 
vol. in-4°, commencement du 48® siecle. 

4 4 . Proprium mhsarum de tempore. Manuscrit mo- 
derne gr. in-f*. 

Parmi Ces manuscrits ne sOnt pas comptees les 
AnnaleS de Vabbaye Sl-Winoc , 6crites en latin par 
D. Walloncappelle , longtemps en la possession d’un 
bourgeois de Bergues et que l’insouciante admi- 
nistration de cette vitle a laisse acheter par un 
ancien magistrat de Dunkerque. La perte irrepa- 
rable de tous ces manuscrits fut encore augments 
par une malheureuse Vente qui eut lieu en 4820 
d’aprfes une lettre ministerielle du 23 janvief 4 84 8. 
M. M...... alors maire de Bergues , fit Cnlever 

2865 volumes pretendus doubles ou depareilles et 
les fit vendre a 1’encan sur la place publique. 
L’ignorance municipale avait estim£ le tout k 260 
francs > Ce qui n’etait pas le poids du papier. Aussi 
les epiciers et les rares amateurs qu’avait re'unis 
cette Vente , en firent-ils monter le produit & mille 
quatre cent soixante-qualorze francs. Faite aveC 
plus d’intelligence et de lenteur , une sage £pu* 
ration de ce genre eut rapport^ trois et quatre foie 
plus. Mais soUs pretexte de doubles on se defail 
parfois d’exemplaires fort precieux et beaucoup plus 
cheres que celles qu’on conserve , el Ton doOne 
presque pour rien , comme depareilles de rares 

33 



— 258 — 

volumes d ’editions souvent incompleles , ou d’an- 
tiques incunables dont le texts est insignifianf , 
mais dont lea caract&res primitifs sont des plus 
curieux et des plus interessants. 

On employa les fonds de cette vente inconsideree 
a se procurer quelques ouvrages jnodernes , tels 
que Corneille , Voltaire , Marmontel et les autres 
classiques du XVIII s siecle ; puis on ne s’occupa 
plus de notre depot litteraire jusqu’au mois de 
fevrier 1842. Une commission de trois membres 
tires du conseil municipal fut nominee a cette 
epoque pour enlever la bibliotheque de I’ancienne 
chapelle de la mairie ou elle etait entassee et la 
transporter dans les chambres alors vacantes de 
1’ancienne maison de ville sdus le beffroi. Cette 
commission devait aussi operer un nouveau clas- 
sement et dresser , pour la troisieme fois , un 
catalogue general. Un seul des membres de la 
commission se livra serieusement a ce travail et 
lit imprimer, apres six mois de veilles, un cata- 
logue de la bibViothfcque de Bergues par ordre 
alphabetique et methodique (1). L’auteur, se creant 
une nouvelle methods bibliographique, a divise son 
ouvrage en cinq series, la religion qui renferme 
aussi l’hagiographie , 1’histoire , la literature , les 
sciences et les oeuvres drverses qui comprennent 
les polygraphes , les traites politiques et tous les 
ouvrages. enfin qu’on ne pouvait naturellement 


(1^ Dunkerque , Yanwhormout , 18W, in 8** 



— 259 — 

ranger dans les autres series. Notre geuereux com- 
patriote pour ne pas laisser son oeuvre incomplete 
accepta, sur les instances de Fautorite municipale, 
les fonctions gratuites de bibliothecaire avec deux 
seances par semaine. Mais son zele fut bien mal 
recompense , car des 4 844 , il lui fallut abandonner 
la bibiiotheque qui se trouva vacante jusqu’en 
fevrier 4848, La nouvelle administration satisfit a 
cette epoque aux justes susceptibility qui avaient 

motive une demission, et M. G voulut bien 

se charger de nouveau d’ouvrir au public notre 
depot litteraire. Mais Fadminist ration de 4848 ne 
tarda pas a etre remplacee, et des vexations nou- 
velles, ainsi que Finintelligente parcimonie du conseil 
municipal qui defendait Facbat d’aucun ouvrage , 
obligerent de nouveau le bibliothecaire a se rctirer 
au mois de juin 4854. Maintenant la bibiiotbeque 
est fermee a tous les hommes d’ctude ; les privi- 
legies seuls, y sont ad mis et cet etat de choses 
durera probablement jusqu’a ce qu’un raaire et 
un conseil moins preoccupes des interets materiels 
et plus amis des lettrcs , veuillent bien se souvenir 
qu r une bibiiotbeque communale doit avant tout etre 
publique el qu'il n est pas plus permis a une ville 
d’enfouir ses tresors litteraires que ses archives 
bistoriques (4). - 

(1) Ie» archives n r wt ele mtses co ordre el liners n public 
quaeres lea menaces recfeer&s tl les pits fives lOBBKttioRs de 
rai>tarste prefeetoralr. No as- news propeseos ate RSte dc les lure 
coauaiirc par une cesrte notice. 



NOTICE 

sya 


LES Af AN USCR ITS* 


N* "I. — COTE “f 3i 0 AU CATALOGUE GENERAL,. 

Vila Sancli Winnoci in tribus libris sequilur passia, 
Sancti Oswaldi rcgis el Iranslalio S*. Levinnw. 
Manuscrit in-8* sur velin. — 164 feuillets a 
longues lignes tracces au stylet, — ( Provenant 
de St-Winoc). 

Ce manuscrit, veritable jovau de noire biblio- 
theque, cst ccrit en petites. capita les gothiques, les 
tilres sont en caracleres romains. I) parait appar- 
tenir d’apres les diplomatiques a la periode de 
transition entre le XII* ct le XIH e siecle, et les. 
miniatures que nous deorivons plus bas ne font 
que confirmer cett,e opinion. 

Le volume est de format in-8° dore sur Iran-, 
dies ; lc plat de la couverture qui est toute mo-, 
derne , porle de chaqpe cote un calvaire rayonnant. 
Lc recto du premier feuillet esl en blanc , on y 
lit ces mots d’une ecriture reccnte : Vita bcalissimi 
Patris nostri Winnoci abbalis prccslanlimmi. 



— 262 — 

Le manuscrit est orne de sept miniatares fori 
belles , inais evidemment faites par des artistes, 
difierents ; les dessios a la plume ont presqoe tous. 
«ne correction que l’on cliercherait vainement dans, 
ceux qui sont colories. Yoici la description de ces. 
dessins sue- le- versa du. premier , qn voit la. 
figure de Sl-Winoc en pied , tracee a la plume. IL 
est represente marchant sur les noages, la tete- 
entouree d’une aureole , ses habits sacerdotaux sont. 
l’aube , 1’etole et la chasuble antique relevee sur 
les bras. 11 tfent sa crosse a la main ; a ses pieds 
est un moine en prieres dont on qe voit que le 
buste. Le feuillet entier eat encadre par des enrou-- 
lemenls et des feuilles de fanlsisie.. 

La seconde figure qui se troqve au troisieme 
feuillet represente encore Saint Winoc assis, re-, 
vetu de la chasuble et tenant la crosse d’une main 
et le missel de Pautre. Au dessns de sa tete on ' 
voit one abbaye qui repose sur un plcin-cintre 
appuye Iui-meme sur d’enormes colonnes a cha r 
piteanx ronjans. Cette miniature est eoloriee et Ton 
remarque que Saint Winoc a les cheveux rouge- 
carmin ; sa chasuble tres-ricbe est toute incrustee 
de pierres precieuses, oe qui iPest pas eommun 
fens lee peintnres da XII® siecle. L’encadrement 
est forme par des grecques et anx quatre coins 
sont de larges medaillons. 

La troisieme figure qui se trouve au-devant dn 
la vie de Saint Oswald , represente probabl.ement 



— $63 — 

te Roi. II porte la couronne ct le sceptre ct i( 
est convert du fnanteau royal ; scs pieds chausscs 
d’une sorte de bottines Ouvertes sur la jambe , 
reposent sur les nuages et an bas On Voit le buste 
d’un moine en prieres. L'encadrement fort simple 
ne consistc gtffere qu’en traits et en feuilles de 
fantaisie. 

La quatrieme figure qui se trouve au feuillet 
suivant est coloriee , c’est la repetition de la pre- 
cedente , mais le dessin en parait moins correct ; 
par line singulibre bizarrerie , le raoine agenouille 
porte un costume bleu qui n’etait celui d’aucun 
ordre. 

La cinquieme , la sixi&me et la septieme figure 
se trouvent au-devant de la vie de Saints Levinne. 
Sur la cinquieme , faite au trait seulement , on voit 
ia sainte debout, revetue d’un tres-beau costume 
refigieux; le3 plis de la robe et du manteau sont 
drapes avec art. Sur le c6te gauche on voit un 
rideau a demi ouvert et aux pieds de la sainte, 
comme dans les figures precedentes et comme dans 
la suivante, on voit agenouillO un moine en prieres. 
L’encadrement de ces feuilles consiste en enroule- 
ments assez semblables a ceux du premier. 

Sur la sixieme figure, Sainte Levinne a l’air 
d’etre enlevee au ciel , sa robe de dessus en forme 
de rochet est garnie d’une large bordure doree. 
Un ange offre d’une main un sceptre a la sainte 
et de l'autre il lui pose un diad&me sur la tfrte. 



— 264 — 

Sur la scptieme ct derniere figure , tracee a ia 
plume , on apergoit un moine , probablement I'au- 
tcur du manuscrit , assis dans une chaise de forme 
particuliere. Devant lui soot l’ancien et le nouveau 
testament , et sur son pupitre de forme tres- 
simple , se trouvent un encrier el deux stylets* 
II tient une sorte de plume de la main droite et 
un graltoir de l’autre. 

Toutes ces figures > quoique tres-curieuses ne 
peuvent pas entrer en comparaison avec le fini et 
la delicatesse des lettres majuscules et tetes de 
chapitres* 

Plusieurs de ces lettres coloriees presentent des 
allegories completes. Ainsi dans la premiere, on 
voit la vigne du Seigneur , au centre Jesus-Christ 
foule le pressoir tout rempli de raisins, a droite 
eont les vendangeurs et a gauche les renards qui 
ravagent la vigne. La lettre initiate du second livre 
de la vie de Saint Winoc est encore fort curieuse, 
mais d’un symbolisme tellement obscene que nos 
moeurs actuelles n*en permettent pas rexplication(l)* 
©n le retrouve au resle fort souvent dans l’eglise 
de Sl-Gertnain-des-^Pres a Paris. Nos peres ne 
Voyaient pas de mal dans ces representations qui 
nous choquent maintenant , leur but ^tait d’inspirer 
l’liorrcur du vice et ils le montraient dans toute 
sa laideur et sa erudite. 

Le manuscrit que nous decrivons , tres^interes* 


It) Vuyvz G iu»f , XXXVIII. — 9. 



— 20fi - 

sant jiar la forme , est aussi d’un meritc historique 
incontestable. La vie de Saint Winoc a ete imprimee 
par le celebre Mabillon , dans les Acta sanctorum 
ordinis benedictini. Le premier livre qui renfermei 
toule la vie, car les deux autres ne sont que des 
i*ecits de miracles , est d’uii auteur incoiinu que 
Mabillon ne croit pas anterieiir aii XI® siecle. II 
terminb ainsi son ouvra^e : 

Hcec de viro Sancto dicta sufficiarit , quanquam 
signofum ipsius niateries omriem stylum exsuperet , 
miraculisque ejus omnis sermo inferior sit. Nec credi 
non debkl in artubus suis defunctis , ipsuth adhuc 
vivere , cui olim in terris viventi Christus fuit vivere. 

Pro nobis oret sub quo Flandria floret . 

Ac me , scribentem , te respiciatque legentem. 

Quoique la vie de St .Winoc telle que nous la 
possedons , soit imprimee dans plusieurs recueils , 
entre autres dans Mabillon et dans LaUrenlius Surius, 
nous lie erbyons pas inutile de reunir sous les yeux 
du leCteur leS litres des differents ebapitres qui la 
composent. Vbici la table du premier livre : 
CfcNEALbGlA. SaNGtI PaTRIS tVlNNOCI. 

I. De beati viri nativilaie ei pro christo peregri- 

nationd. 

II. Quod bealum Bertinuni peiierint , ejusque se 

regimonio subdidetint. 

III. De illuslri viro Heremaro largierite prwdium 
Sancto IFinnoco ac cellce constructions in 
prwdii possessione. 



— 266 — 

IV. Quod Sanclus Berlinus post obitum trium 

virorum, Beatum Winnocum gregi proe- 
fecerit monachorum. 

V. De molo ad oralionem viri divi divinitus rotata. 

YI. Be curioso fratre divinitus ccecalo sed per ora- 
lionem viri divi illuminato. 

VII. De multimoda viri divi devotione ejusque in 

Christo dormitionei 

VIII. De oratorio sancti eoneremalo r sed sepulcro 

ealitus intacto. 

IX. Quod inter mams bajulorum , immobile man- 

serit corpus racrosanctum . 

X. De qwdam cla ado , meritis saneti reparato . 

XI. De viro virtute sancti nullum post ruinam 

incommodum perpesso. 

XII. De prcefati illustris viri Gerardi donatione r 

• calicisque vitrei conquassati redintegratione , 

XIII. De reliquiis saneti per ineuriam perditis r 

gratia efus mirabiliter invenlis. 

XIV. De vitrea ampulla ad tumulum sancti post 

ruinam illcesa. 

XV. De piratorum infra fines Flandrarum irruptione 

sacrique corporis translatione. 

XVI. De castri Bergas construction , sacrique cor- 

poris illd translations. 

XVII et XVIII. De corpora sacrosancto Vuoromholt 
deportald , et cceco illuminato . 



— 267 — 

XIX. De coeca illuminate. 

XX. De reo caplivato mentis sancti liberate. 

XXI. Item de quodam captivo virtute sancti erepto. 

XXII. De muliere a nativitate caeca coram lipsana 

sancti illuminate. 

Dans ce premier livre la question de delimita- 
tion de la Morinie est assez nettement tranehee 
par diderents passages (1). 

Erat tunc temporis in proefata Morinorum seu 
Taruennensium regione, bealus Bertinus in orna- 
mento ecclesiae Dei lapis preciosus in Sithiu monas- 
terio merito el officio abbas. C. II. 

Est autem idem locus Morinorum regione situs, 
mom Sancti Winnoci usque in prmenlem diem voci- 
lalus. C. II. 

Adjacet eadem possessio ( praedium Vuoromholl ) 
super jluviolum qui dicitur Pena, Taruennensium 
Flandrarumque confinio. C. HI. 

Le second el le troisieme livre de la vie de 
Saint Winoc sont dus, ainsi que la vie de Saint 
Oswald et la translation de Sainte Levinne, au moine 


(1) 1/opinion du redacteur de la vie de Saint Winoc sor la deli- 
mitation de la Morinie vers Test , est propre ft cet auteur ; car la 
plapart des nooks de lieux cites dans notre manuscrit com me appur- 
tenant ft la Morinie , sont designe's comme dtant de la Mtinapie 
dans des chartes de Pepoque. Voir sur cette question la notice de. 
II. Hermand sur Watten et celle de M. de Baecker sur fa Flandre 
maritime avant et pendant la domination romaine. 



— 268 — 


Drogon , religieux de I’abbaye de St-Winoc a 
Bergues. 

Bien des auteurs, dont quelques>-uns fort en 
renom, out confondu le benedictin de Bergues avec 
scs deux homonymes et contemporains ; 1’un curd 
de Ghistelles et auteur de la vie de Sainte Godelive; 
l’autre Eveque de Therouanne. 

Possevinus , savant jesuite , est le premier qui 
commit cette erreur dans son apparatus sacer ; il 
fut copie par Arnould Wyon , puis par Casimir 
Oudin qui ecrivait cependant apres Mabillon. Vos- 
sius, dans son traite des historiens latins lib. 2, c. 5 
est tombe dans la mdme faute et il y a entraine 
le fameux Dupin dans sa bibliothfeque ecclesias- 
tique. line foule d’ecrivains s’en sont rapportes a 
l’autorite de Dupin et l’erreur s’ est perpdtuee. On 
comprend que, pour des ouvrages aussi gendraux 
et aussi volumineux que le traite des historiens 
latins et la bibliothdque eccldsiastique , les auteurs 
ne puissent passer un temps precieux a verifier les 
assertions de leurs devanciers a propos d’ecrivains 
aussi peu importants que Drogon. Mais les histo- 
riens locaux , surtout ceux qui se sont occupds 
de l’hisloire litteraire , auraient pu examiner les 
choses avcc plus de soin. Ainsi Malbrancq, Meyer, 
Lemire,les auteurs des differentes Bibliotheca Belgica, 
n’eussent pas du commettre ou plutot repeler cette 
mop rise. 



— 269 — 

Les b6nedictins de St-Maur qui ont 6crit 1’his- 
loire litlcraire de France , prenant pour guide le 
manuscrit lui-meme et le savant Mabillon, ont clai- 
rement etabli la difference des trois Drogon. En 
effet Mabillon, dans les annales de I’ordre de Saint 
Benoit , prouve que des 1 030 , l’Evfeque de The- 
rouanne Drogon occupait son siege, et le moine de 
Bergues qui ecrivait en 1058 en parle plusieurs 
fois dans son ouvrage comme s’etant trouve a di- 
verses ceremonies (1). Dans sa lottre a son abbe 
Rurnold , notre auteur se dit pauvre pecheur , 
moine et pretre. — Peccalor Drogo presbyter et 
monachus. 

Son dernier ouvrage cst la translation de Sainte 
Levinne, et Ton ne dira pas que c’est apres l’avoir 
ecrit , qu’il fut porte au siege de Therouanne , 
car cette translation eut lieu en 1058. comme le 
dit le manuscrit (V. la note) et comme le prouve 
Mabillon (Sac. VI. benedict, parte 2. p. 112) ; 
depuis longtemps deja l’autre Drogon adminisirait 


(1) Ibi erat Drogo , Taruanensis cpiscopus , abbales nonnulli , 
inter quos erat Adelardus , tunc temporis abbas Sancti Vedasti , 
— Lib. III. — Cap. XIH. 

Acta quidem est hone translatio anno incamationis Domini nostri 
millesimo quinquagesimo octavo indiclione tertia , feria quarta , 
regente Henrico rege sccptrum regni francorum , optimo autem 
comile Balduino gubernante Flandriam , vivente et jam Drogone # 
episeopo Taruanense , administrate vero Bergense cocnobium 
Rumoldo , venerando abbate . — (Trawl. Sancton Levinnm , UK 
primus , c. t). 



— 270 — 

son diocese. Eufin le moine Drogon ecrivait en 
4068 et mourut en 1070, et l’Eveque qu’on sur- 
nomma 1’Eveque Jubilaire, parce qu’il occupa son 
siege pendant cinquante ans, ne mourut qu’en 
4077, comme le temoignent Mabillon et les listes 
autbentiques et uniformes des Eveques de The- 
rouanne, 

II est encore plus facile de distinguer 1’auteur 
de la vie de Saint Winoc d’aveo celui de la vie 
de Sainte Godelive ; un mot suflira. Ce dernier dit 
dans son prologue ( vita S® Godelevee ap . SuriumJ , 
qu’il ecrit longtemps apres la mort de la sainte , 
d’apres les anciens qui lui ont racante ce qu’ils 
ont vu ; « Quoe vero scripnmus , ea pro cerlo sio 
se habere , ab illix accepimus qui hodieque supersunt 
el suis ea oculis compexere • » Or, Sainte Godelive 
mourut en 1070 , annee memo de la mort de 
Drogon de Bergues. Ce fait est prouve d’une autre 
inaniere par la chroniqqe do l’abbaye de St-Andre 
pres Bruges oil etait d’abord le cure de Ghistelles, 
(Voy. Sollerius , acta S® Godelevee J, 

Les deux derniers livres de la vie de Saint 
Winoc ne sont , comme nous 1’avons dit plus liaut, 
qu’un recit des miracles attribues a 1’inlercession 
du Saint. Parmi ces legendes , un fait interessant 
est celui de 1’antiquite et de l’origine de la pro- 
cession el de la fete celebree a Bergues le jour 
de la Trinite (1). Voici le texte de l’auleur: 

(1) La fete de la Ste-Triuite fat creee en 92(1 par l’Evlque do 



— 27 * - . 

Mos habetur mOrtalibus Bergemis pagi , ut octabit 
Pentecostes , die scilicet qua Sanctce Trinitatis unius 
ac veriiius commemoratio recordatione recolendo ce- 
lebralur , seu celcbrando recolilur , deportari ossa 
venerabilis patris Winnoci , ulriusque sexus sequente 
multitudine, deferrique donorum vota quoe promiserint 
oppressi quacumque valitudine. Deportabanlur more 
solito cum maximo tripadio hujus sancti pignera , 
prcecedebat ac sequebalur laudantium dominum mul - 
titudo maxima . Hi laudes reddebant docti legis ac 
gratia cantica solvere , illi clamantes juxta id quod 
videbatur seu secundum suum scire carmina ducebant* 
( Lib. t cap. 4 ). 

11 existe plusieurs texles manuscrits die la vie 
de Saint Winoc , par Drogon ; I’abbaye tie- St- 
Corneille a Corbie , en possedait un exemplaire 
exactement copie sur celui de Bergues ; c’est du 
manuscrit de Corbie qae Dom Mabillon s’est servi 
dans les Acta sanctorum ordinis benedictini. Au reste 
eet illustre savant connaissait aussi l’original con- 
serve a Bergues ainsi qae la vie du Saint , ecrite 
en espagnol par Amand Belver. Yoici comment il 
s'exprime en tete de ses observations sur le culte 
rendu k Saint Winoc : 

« Reverendus admodum ac proenobilis abbas W< 

B. (!) D. Maurus de Wignaeourt, litteris a me 
> 

Liege qui en composa Poffice. fille se rdpandit tres vile, surtout 
dans les monasteres, mais ne fut ddGnitivement clablie que par Jean? 
XXII au 14 e siecle. Ge pape conserva l’office de l’Eveque de Liege.- 

(1) Winnoci BergensU . 



~ rti — 

ini&rpeilatus , ut rebus S. JVinnoci illustrandis mti- 
num darel id prcestitit htmanmiine turn per se turn 
per religiosum ccenobitam swum D. Amandum Belver 
qui vitam S. Winnoci singulari libello hispanice 
seripsit. Ex ulriusque observationibus qucedam hue 
paucis referre visum esl. » Les deux abbaves de 
St-Corneillc et de St-Winoc etaient unies par des 
liens assez ctroits de confraternite^ Apres la mort 
de Fulcon , abbe de Corbie en 4097, les moines 
de Bergues envoyerent a eeux de Corbie un poeine 
elegiaque ( carmen lugubre ) avec cette priere : Orate 
pro noslris fratribus Rumoldo , Ingelberto, Ermengero 
abbatibus ; Sicboldo , Odgero , Alolfo , Meyzone , 
Drogone sacerdotibus ; Reyboldo , Bernoldo , Arnoldo t 
Idesboldo diaconibus, eteeeteris in Christo quiescent - 
iibus. — Hac Bergenses ad C&rbeienses pro mutua 
socielate. 

Le moine Brogon , auteur du manuscrit dont 
nous parlons, n’est pas le seul qui ait eoropoee 
la vie de Saint Winoc. La bibliotlieque de St-Omer, 
au n® 764 de ses manuserils, en possede une autre 
recueillie probablement par un religieux de St- 
Bertin et editee par M. Louis Deschamps^ (4) Les 
reclierches de cet auteur , nous apprefinent que ce 
precieux ouvrage remonte au dixieme siecle, et nous 
sommes entierement de son avis sous ee rapport. 
Mais il avance encore que ce manuscrit n’est qu’un 


ft) Mdmoires dc la Soc. dcs Antiq. d<! la Morim'c , t. 5. p. 200. 



— m — 

brouillon destine a etre recopi6 , et cela d'apr&s 
quelques ratures et quelques traits de plume en 
surcharge. Notre opinion , sous ce rapport , n’est 
pas tout-a-fait conforme k celle de M. Deschamps ; 
au dixifcine siecle le velin n’etait pas assez com- 
mun pour s’en servir comme ‘brouillon , et le prix 
exorbitant des manuscrits k celte £poque prouve 
en meme temps le petit nombre des bons copistes , 
la chertk des matures premieres et la difficult^ de 
les mettre en usage. Au reste au dixikme siecle* 
dans notre pays surtout * les' frequentes invasions 
et les ravages des Normands , ne laissaient pas 
le loisir- de composer ces chefs-d’oeuvre d’$rt et de 
patience que nous ont 16gu6s les sifecles suivants. 
On transcrivait a la hate les pieuses legendes des 
Saints pour les soustraire aux barbares et les trans- 
meltre a la generation suivante. D’ailleurs I’attente 
epouvantable de l’an mil* glagait tous les esprits de 
terreur ; on ne batissait plus de villes , on ne cons- 
truisait plus de vasles eglises, on ne passait plus un 
Jemps precieux a enluminer et a copier les manuscrits; 
le monde entier tremblait dans I’epouvante du juge- 
ment dernier. II est done tres-vraisemblable que la vie 
de Saint Winoc conservee k St-Omer n’est pas un 
brouillon. La bibliotheque de Boulogne renferme 
aussi , sous le n® 107, la vie de Saint Winoc, 
qui n’est que la reproduction de cede de Saint 
Omer ; elle est precedee des vies de Saint Berlin , 
de Saint Folcuin et de Saint Silvin , et deplus, 

35 



— m — 

enrich re de dessins (res remarquables. Le savant 
Dewhitte , dans ses notes marginales, malheu-' 
reusement entaillees par 1 ’ignorant cisean du relieur, 
attribue ees divers ouvrages a Folcuin , abbe do 
Lobbes et son opinion est confirmee par les auteurs- 
de i’histoire litterairer de France (1). 

Une troisieme vie manuscrite de Saint Winoc 
existe encore k la bibliothkque de Bergues et se 
trouve dans le Memoriale Benedictimm d'Amand 
Belver. Nous la decrirons a son endroit. Les ha- 
giographes qui ont parle de Saint Winoc, ont tous 
copie ou traduit l’ouvrage de Drogon ; it se trouve 
dans Surius , Molanus , etc. ; les Bolfandistes , 
( t. 5 de juill. , p. 608) se proposaient de l’em- 
ployer. Amand Belver , dans ta vie qu’il a fait 
imprimer en Espagnol (2), ne parle que de Drogon 
et de Walloncappelle. Plus tard, le moine Vervlaie, 
en 1757 (3) , se contente aussi de traduire notre 
auteur en flamand;i! parait ignorer celui de Saint 
Omer. Notre manuscrit an reste est beaucoup plus 
remarquable que les autres, quand ce ne serait 


(1) ‘ 11 est inutile de dire que rillustre fondateur de l’abbaye de 
Bergues n'a de rapport que par le noaa et la patrie avec le Winoc 
ou Wennoc dont Grdgoire de Tours nous raconte la deplorable bis* 
toire au liv. 5, chap. 21, et au litre 8 chap. 24. Car notre saint 
mourut en 716 , longlemps par consequent apres le pere de Tbia 
toire de France. 

(2) Bergues Ketelaer , 1666. 

(p) Bet levjen van h . winocus doov Oswaldus Vervlake . — 
Buynkerke by Weins , 175 7. 



— S75 — 

que par I’office noie de^ Saint Winoc et de Saint 
Oswald qu’il renferme , et sur lequel M. de Cous- 
semacker a fait quelques etudes remarquables. 

Get office est suivi de trois hymnes que nous 
croyons inedites et qui se chantaient , la premiere 
a vepres , la seconde a matines et la troisieme a 
laudes. Yoici ces trois hymnes qui sont assez cu- 
rieuses. 

YMNUS AD YESPRAS. 

Rerum cuncta gerens , arbiter orbis 
Jeshu perpetuum cum patre numen 
Irrorans animas imbre salubri 
Reple corda tui flaoiinis igne. 

Winnoci famuli festa colentes 
Primum summe tibi vota sacramus. 

Tantae mililiae solvimus ymnos 
Cujus cceiis tuo lumine fulsit. 

Ortus nobilibus sanguinis alti 
Dimisit patriam regna parcntum 
Quoerens pauperiem scemate vili 
Virtutum meruit dote beari. 

Fari dignus erat nomine pastor 
Cunctis se famulum preetulit actis 
Enitens manibus , vel vice servi 
Exempla dederat digna sequendi. 

Yirtus ipsa molam summa rotabat 
Fletus dulcifluos ipse trahebat 
Orans multimodam mole farinam 
Dignis luminibus aernere stabat. 

Cernens pravus homo decidit arvis 



— 276 — 

Lumen perdiderat, membra vigorem; 

Oravit pius hie mox fore sanum 
Egit cunclipotens vota precantis. 

Dilectus snperis junctua in astris 
Splendet perpetuo muoefe comptus 
Comptus perpetuis usque coronis 
Reddit digna deo carraina laudum. 

Sit laos perpetuo cunctipotenti 
Patri sit que sum gloria prolt 
Sancto Spiritui tempore euneto 
Qui semper Deus est trinus et unus. Amen. 

YMNUS SUPER NOCTURNAS. 

Audi poli rex gloriae 
Laudum modos eeclesise 
Quos corde solvit intimo 
Et vocis oral debito. 

Hoc sole Winnocus pater 
Sancto solutus corpore 
Ccelis potens extollitur 
Donatur alto luraine. 

Stirpis foit clarae patrum 
Felix fide plenus Deo 
Summam suae originis 
Virtutum augens munus. 

Cum clams esset stemmate 
Exemplar altum protulit 
Servire Subdi maluit 
Cavit decus ferri sibi. 

Quanta* fuit miracults 
Quam magnus et stet mentis -^3 



— 277 — 

Signorum claret copla 
Pandunt Dei magnalia. 

Tectorum ignis culmina 
Absumpsit edis robora 
Servantur ejus pignera 
Turn qumque slbi proxima. 

Ad tumbam claud us venerat 
Corpus solo jam straverat 
Factus valens exiliit , 

Laudes Deo foetus dedit. 

Deo patri sit gloria 
Proli patris dignissimca 
Laus flamini altissimo 
Semper decus soli Deo. Amen* 

YMNUS AD LAUDES. 

Terris jubar jam spargitur 
Orbi dies refunditur 
Mentes graves pigredine 
Juva Deus justissime. 

Assint preces fusee Deo 
Patris bcati Flandri® 

Munus ferant his luroinis 
Virtutum orneni munus. 

Caeli repletus I amine 
Orbi bonus resplenduit 
Exempia doctor proevius 
Ostendit actis omnibus. 

Mills , pius , verus pater 
Compasius est valde gravi 
Icto viro virga Dei 
Audit preces , lumen dedit. 



— 278 — 

Coecoe puelloe coBtulit 
Natura quod negaverat' 

Lumen sibi , raenti fidem 
Exemplar et mortalibus. 

Lucem , Jeihum in celbere 
Lucem turn da glorioe 
Servis tuis omnipotens 
Omnia seclorum regens. Amen. 

La seeonde parlie de noire manuscrit se com- 
pose de la vie de Saint Oswald , roi de la Grande- 
Bretagne, et de la translation des reliques de Sainte 
Levinue a l’abbaye de Bergues. La vie de Saint 
Oswald , edilee par Mabillon , d’apres le texte 
meme de Saint Winoc , se divise en deux parties. 
La premiere est extraite de Bede-le-Venerable 
(Histoire eccles. d’Angleterre), et renferme vingt- 
deux feuillets , la seeonde est formee de deux dis- 
cours de Drogon , partages en lemons qu’on recitait 
a la fete du saint. Cette seeonde partie ne contient 
que six feuillets. 

La translation des reliques de Sainte Levinne a 
ete edilee par D. Mabillon , d’apres un manuscrit 
de M. Bigot , avocat a Paris , et aussi par Dusolier 
an tome 5 de juillet, page 608, du recueil des 
Bollandistes ; ce savant jesuite la fait suivre d’une 
int£ressante dissertation critique sur Drogon et ses 
ouvrages. Cette translation se trouve encore dans 
Alford (1) ; Annal. ad. ann. 687, p. 21. II existe 

(!) Alford ou Griffith ou J. Flood , ne a Londres en 1587 v mort k 
St Omer en 1652. ( Biog. uni vers.) 



— 279 — 

une conformity complete entre ces divers imprimis. 
L’ouvrage est divise en deux livres precedes d’une 
lettre a l’abbe Rumold et d’un prologue oil 1’au- 
teur s’excuse de ne pouvoir donner la vie de Sainte 
Levinne, qui lui est inconnue. < Vel propter in - 
curiam scriptorum, vel quia etiam periit scrip turn. • 
II raconte ensuite qu’un moine nomme Balgerus 
alia ehercher les reliques eu Angleterre et aborda 
un port nomme Douvres ( jui Dovere diciturj. Apres 
un voyage aventureux, il revint en Flandre et se 
reposa au monastere de St-Andre, puis enfm il 
arriva a Bergues. Plusieurs Eveques se trouvaient 
reunis pour recevoir les saintes depouilles ; c’etait 
un Eveque d’Orient nomme Bovo , hommc de 
moeurs severes aimant el craignant Dieu ; c’etait 
un Archeveque nomme Theodore , puis eniin 
Edelmus qui leva lui-meme le corps en presence 
d’une foule innombrable. 

Nous avons remarque, dans ee recit, un trait qui 
prouve le cas qu’on faisait alors d’une bibliotheque. 
En l’absence d’un local dispose expres pour renfermer 
les restes de la sainte, on le deposa, dit 1’auteur , 
dans la bibliothbque oil etaient les livres, jusqu'b 
ce qu’on eut construit un monument digne de re- 
cevoir un aussi precieux depot. Peut-etre etait-ce 
aussi parce que la bibliotheque , d’apres la regie 
de St Benoit , etait situee hors des batiments 
claustraux , ou le peuple ne pouvait entrer ; on 
voulait que tout le monde put v6n6rer les reliques. 



— 280 — 

Le second livre est un recueil de miracles at- 
tribues a la Sainte et precedes encore d’un pro- 
logue a I’abbe Humold. Tel est ce beau manuscrit 
dont s’enorgueillit a juste litre la bibliotheque d e 
Bergues. 

N* 2.— cote 1311. 

Borrn dc Sancla Cruce , officium B. Virginis , septem 
psalmi et vigiliw mortvorum. Manuscrit in-8° sur 
v61in. — 102 feuillets a longues lignes tracees 
en rouge. (Provenant de St-Winoc). 

Ce manuscrit est tout-a-fait un ouvrage de luxe, 
d’une grande richesse d’illustrations. La reliure est 
formee de deux planches de bois recouvertes en 
veau ; les coins et les fermoirs sont en cuivre poli. 
Le plat de la couverture est gauflfre de chaque 
cote d’une maniere assez remarquable. On y voit 
deux grands compartiments divises chacun en onze 
petils medaillons qui representent un agneau , une 
licorne , un chameau , un dragon , un pelican , 
un aigle a deux tetes , deux colombes soutenant 
la croix au-dessus d’un calice , un Hon, un cerf, 
un ecureuil et un h£ron ; autour du compartiment 
se trouve cette devise assez commune au moyen-age : 
Amor vincit omnia , hoc negat petunia. Ces re- 
liures avec allegories et sentences, ne sont pas rares 
dans les bibliotbbques anciennes ; elles datent 
presque toutes du XV e siecle ou du commencement 
du XVI*. Le XV? siecle ou tout au plus la (in du 



— 281 


XV* est aussi l’epoque a laqaellc on pout rap- 
porter 1c manuscrit que nous examinons et qui ne 
parait pas bien ancien dans la bibliotheque de 
I’abbaye St-Winoc. Le premier feuillet en effet 
porte ces mots : Amando Sallcmghe religioso abhatias 
Sancti Winnoci bergis , dono R. Domini Frmcisci 
Hardline pastoris in Waelen 1698. 

Le manuscrit est orne de <dix belles peinlures 
representant divers sujets religieux et qui sont 
executees avec le plus grand soin. Par un vanda- 
lisme qui n'est que trop commun , on a coupe ou 
plutot scie plusieurs feuillets qui devaient etre en- 
richis de miniatures du meme genre que celles 
qui restent. Chaque page en outre renferme plu- 
sieurs lettres majuscules finement coloriees et d’au- 
tres oil 1’or est appliqu6 d’apres un procede que 
nous avons perdu ; dans certaines initiates on voit 
jusqu’a sept ou buit personnages tous parfaitement 
dessines. Plusieurs feuillets sont completement en- 
cadres de guirlandes de flours et de rinceaux d’une 
rare delicatesse. 

Au devant des lieures de la croix se trouvent 
deux calendriers. Le premier , qui est en flamand, 
a ete evidemment ajoute apres la confection du 
manuscrit. II porte la date de 1485. Le second 
calendrier est en latin et le precedent n’en est que 
la traduction. Les lieures de la croix forment la 
premiere partic du manuscrit; plusieurs auteurs et 

36 



- 282 — 

bibliophiles les attribuent au pere Germain, deuxieme 
abbe de St-Winoc mais ne citent aucun document 
a 1’appui de leur opinion. Ces heures , du reste, 
consistent uniquement en une courte reflexion pour 
chaque division de I’office , elles n’occupent que 
trois feuillets. 

Les heures de la croix sont suivies de l’oflice 
de la Sainte Vierge , des sept pseaumes et des 
vigiles des morts. Puis viennent des prieres et des 
antiennes a Marie et a plusieurs Saints , entre 
autres a Saint Antoine , l’un des premiers ermites, 
envers qui tous les religieux avaient la plus grande 
devotion. 


N° 3. — c6mfc <279. 

Hieronymus ad Eustochium de virginitate servanda , 
idem ad Demetriadem. Manuscrit in-12, ecril sur 
velin a longues lignes traces en violet. (Prov. 
de St-Winoc). 

La reliure de ce manuscrit est du XYI* siecle 
et porte les armes de Jean Mofilin , abbe de St- 
Winoc en 1 585, dont nous avons parte plus haut. 
Sur le premier feuillet se trouvent d’autres armoi- 
ries peintes & la main. Le manuscrit qui, d’apres 
l’ecriture , parait dater du XV* siecle, est d’une 
conservation parfaite; on le croirait de la veille. 
Les lettres initiates sont toutes dorees et coloriees; 
plusieurs pages sont encadrees de peintures assez 



— *83 — 

fines. Tout l’ouvrage enfin est charge de notes et 
de renvois plus modernes a 1’encre noire et rouge. 

L’6pitre de Saint Jerdme a Eustochium sur la 
virginite, charmait autrefois les loisirs des moines dans 
les communautes. 11 y fait, ainsi que dans sa lettre 
a Demetriade, un tel 61oge de la continence ab~ 
solue, qu’on l’accusa d’etre du parti de certains 
heretiques , qui niaient la sainted du manage. 
Saint J6rome s’en defendit et r6futa ses adversaires 
par une lettre fort piquante oh il devoile leur hy- 
pocrisie. Le traite de la virginity adress6 a la vierge 
Eustochium a ete ecrit & Rome et date , selon Dupin, 
de 385. 


N* 4 . — COTE 1281. 

Botch van den Heiligen Sacrament end dit heeft 
ghemackt S* Thomas van Aquinen. Manuscrit in- 
12 sur papier. (Prov. de St-Winoc). 

Sous ce titre flamand qui veut dire Livre du 
St-Sacrement d'aprh Saint Thomas , ce manuscrit 
renferme des meditations flamandes sur la Passion 
de Jesus-Chrisl , traduites et commentees de Saint 
Augustin, de Saint Thomas, etc. 

Get ouvrage, dont plusieurs feuilletssont arraches, 
est ecrit a l’encre noire et rouge , il date probable- 
ment du XV* siecle. Les initiates sont surcharges 
d’ornements, et plusieurs pages , surtout la pre- 
miere qui est en velin , sont asscz richement en- 



— 284 — 

cadrces. L’auteur de ce livre , donl les Flamands 
seuls peuvent apprecier !e merite , est totalemeut 
inconnu , il etait probablement moine de St-Winoc, 
car son oeuvre nous vient de l’abbaye. 


N° 5. — cote 1 449. 

Jehan Boccace de Certald , des cas des nobles mal- 
heureux homines el femmes , translate de lalin cn 
fran^ois. Manuscrit in-f° de 7 .a 800 pages , ecrit 
sur papier , caracteres* de la fin du XV e siccle. 
(Provenant de St-Winoc). 

Boccace (Jean) , ne a Certaldo pres de Florence, 
et selon d'autres a Paris , est non seulement un 
conteur admirable , mais aussi un historien et un 
erudit. Son ouvrage lc plus connu est le Decameron 
oil Lafoutaine a puise plusieurs conies en choisissant 
les plus licencieux et en ajoutant encore a la har- 
diesse de roriginal. Les excmplaires manuscrits du 
Decameron sont assez communs et existent dans 
bien de6 bibliotlicques ; mais le livre de easibus 
illustrium virorum , traduit en fran^ais, est plus 
rare. Le prix cependant devait en etre bien peu 
eleve a une certaine epoque , car au temps oil la 
bibliotheque n’ctait pas encore classee , un magistral 
dc Bcrgues , mort depuis longues annces , essaya 
de vendre a Paris lc manuscrit dont nous parlous; 
rebule par la modique sommc qu’on lui cn 
oflrait , il le rapporla a Bcrgucs. 11 est vrai de 



— 285 — 


dire quo noire manuscrit est d’une execution uia~ 
tcrielle assez peu soignee. Le copisle a defigure 
Boccace et son naif translateur , par une foule de 
peintures plus laidcs et plus grotesques les unes 
que les autres. Elies sont curieuses cependant en ce 
qu’clles donnent les costumes du XV s siecle, revelant 
des personnages grecs et romains. La traduction 
fran^aise est de Laurent de Prcmierfait. Elle fut 
employee dans plusieurs editions imprimees a la 
fin du XV® siecle, en particulier daus cede de 
Paris de 1483, dont la vignette represenlant 1’of- 
frande du livre est absolument la m6me que celle 
de notre manuscrit (1). 

Voici la dedicace du traductcur qui peut servir 
de specimen de sa diction : 

A puissant noble et excellent prince Johan fdz de 
Roy de France , Due de Berry et de Auvergne , 
Comte de Poitou , d'Eslampes et de Boulongne et 
de Auvergne , Laurens de Premierfait , clercq et 
vostre moins digne secretaire cl serf de brnne foy, 
toule obedience el subjection deue comme it mon trh 
redoubte seigneur el bienfaiclcur et agreablement 
recepvoir le labeur de mon estude et benignement 
exenser la pelitesse de mon engin au regard de la 
grande besongne de vostre enlendement par moy 
dapiecha entreprinse et nouvcllement finec. Combien 
que par vostre especial mandement , je aye soublz 

(1) Brunet , ed. do 1812 , t. 1 , art. Boccace. 



la confiance da vostre naturelle bdgninite el en cspoir 
de vottre gracieux aide el confort entreprins le 
dangerem et long travail de la translation d'un 
trh singulier el exquis volume des eat des homes 
et femes nobles , escripl et eompili par Jehan Boc- 
cace de Certald jadis home moult excellent et expert 
en anchienes hisloires et toules aullres sciences hu- 
tnaines et divines. Nianlmoins pour I'excellence de 
celle anchienne et royale lignde dont vans prenez 
naissance el vertus , aussi pour la noblesse de vos 
mceurs et vertus qui & bon droit deservent par du- 
rable bienheurte envers Dieu et envers let homines, 
loange et renommie Id longtemps et que en ubdissant 
a vos commandements je tournay mon courage d 
yceulx accomplir ainsi tomme je doy. C'cst assavoir 
d translater en langage franchoit le volume dessusdit 
contenant en lalin IX livres particuliers racontants 
ou en long ou en brief let malhenreux cos des nobles 
homes et femes, qui depuis Adam et Eve les premiers 
de tons homes moururent en hault degrd de la roe 
de fortune , jusques au temps de trh excellent et 
noble prince Jehan le premier de ce nom voslre trh 
royal pbre jadis Roy des Franchois , du quel le cas 
trh briefment racomple la fin de ce present volume. 
El pour ce doncques que ce present livre est intituld 
des cas des nobles homes et femes et que les cas 
semblent avoir ddpendance et cause efficiente de par 
fortune , je voeil premierement et en brief selon mon 
advis ychi dire la cause pourquoy touttes lee dis- 



— 287 — 

tinctes el honneurs , richesses , puissance et gloire 
mondaine semblent dire et soient subjectes d fortune 
qui toudis tourne sa roe en tramuiwnt les choses 
de ce monde , et apres je diray une prouvable ma- 
nibre parquoy chacun home et feme puissent eulx 
affranchir et exempter de ces cat et des tribuche - 
ments de fortune. 

N® 6. — c6t£ 4312. 

Ce numero contient, dans un meme volume, deux 
ouvrages differents. Nous les traiterons l’un aprfes 
l’autre. 

I. Livre de Bobce de la consolation lequel maistre 
Jehan de Mehun translala de latin en franchois 
et dbdia au Roy de France Philippe le quart 
du nom. Manuscrit in-4® de 4 491 , papier. 
(Prov. de St-Winoc). 

Boece est assez connu pour qu’on nous dispense 
d’en parler. La traduction qp’en fit Jehan de Meung 
en 1283, est fort curieuse par l’intergt meme qui 
s'attache 4 notre antique romancier. Cette traduc- 
tion est en vers et en prose. Dans la dedicace , 
l’auteur rappelle ses autres ouvrages : 

• A ta royale Majestb , trbs noble prince, par. la 
grdce de Dieu Roy des Franchois, Philippe le quart, 
je Jehan dc Mehun , qui jadis au romant de la Rose 
puisque jalousie ot mis en pris Beaccueil , enseigni 
la manibre du castel prendre et de la rose cueillir. 



— 288 — 


et translate dc latin en Franchois Ic line de Yegece 
de chevalerie, et Ic livre des merreilles dc Hirlande, 
et le livre des ipislres dc Maistre Pierre Abeillard 
et XHelois sa feme, et le livre de Aelred de spiri- 
tuelle amitii, envoye ore* Boece de consolation que 
jai translate en franchois , ja^oit ce que enlendes 
bicn le latin , etc. 

L’on nous permettra dc citer ici un court frag- 
ment de la traduction en vers de Jean de Mehun. 

Icy Philosophic parle h Bohce en la personae de 
Fortune qui se complaint de Xavarice des homes . 

Se autant comme la mcr a d’avaines , 

Ei les nues cleres et scraines 
Ont d’esioilcs au firmament : 

Tant a'lministrait largement 
Fortune aux homes convoiteux ; 

Or its avoient dons precieux , 

Ja pour le moins ne se plalndroit , 

Et tousiours plus avoir vouldroit. 

Si Dicu faisoit tout leur voutoir 
Et se fist or du del plouvoir 
Ken seroient-ils saoulx ! 

Qual tant auroient angoulx 
Autre guise de plus conquerrc 
Queroient en ciel et en terre , 

Car , quand convoiteux est plus riche 
Assez et plus avers et sicche. 

La deuxieme parlie du n° 6 est intitulee ou 
plutot commence ainsi : 

« An ce petit livre est contenue une briefee et 


— 289 — 

utile doctrine pour les simples gens la quelle est 
prinse el compose sur le Cathon avec aucunes dic- 
tions el autorilis des saints docteurs el des pro- 
phktes et aussi plusieurs histoires et exemples au- 
thentiques des saints phres et croniques anciennes , 
vraies et aprouvies. • 

Cet ouvrage est un commentaire frangais des 
distiques de Dionysius Calon, auteur latin, qui 
vivait vers le 3 e siecle et qui jouissait d’une tres 
grande vogue au moyen-Sge , comme le prouvent 
les nombreux manuscrits et imprimes que I’on en 
connait. Une des editions les plus remarquables 
est celle de 1 533 , sous ce titre : 

Les mots et Sentences dories de Mattre de sagesse 
Colon , etc. Cette traduction a et6 imprimee en 
\ 798, avec les notes de Boulard et une polyglotte. 

Le manuscrit que nous poss£dons est loin d’etre 
remarquable ; il est comme le precedent , d’une 
ecriture assez difficile a lire et porte la date de 
1491. 


N° 7. — c6te 1321. 

Legendw sanctorum quas compilavit Frater Jacobus 
de Voragine, nacione genuensis, de ordine fratrum 
prcBdicatorum. Manuscrit in-f\ 250 feuillets papier. 
(Proven, incertaine). 

La legende dor6e , dont les na'ifs recits plai— 
saient tant a nos bons aieux , tomba avec tous les 

37 



— 290 — 

autres monuments du moyen-age devant le magni- 
fique m^pris du dix-septieme siecle. Plus tard , la 
philosophic voltairienne , cette philosophic froide 
et sans coeur , ecrasa de son ironic le pauvre ar- 
cheveque de Genes et son livre si poelique. Au- 
jourd’hui que l’id^e chretiennc refleurit de toute 
part, que les belles eglises ogivales sortent de 
leurs ruines , que la critique historique puise dans 
l’hagiographie comme aux sources les plus certaines, 
on n’a eu garde de laisser dans l’oubli les l£gendes 
des saints de Jacques de Yoragine. On les a ree- 
ditees , on les a etudiees , on a constate la verite 
ou du moins la probability de certains recits qui, 
jusqu’a present, avaient pass6 pour absurdes (1); 
on a admir£ la richesse d’imagination et la po£sie 
si chretienne qui font de ce livre pieux l’un des 
plus precieux legs du moyen-age. Le manuscrit 
que nous avons, est de date assez recente , comme 
l’indique son dernier feuillet : Completa est hcec 
aurea legenda in profesto Maltha % apostoli per 
manum Nicolai Oostone, anno 1436. L’ecriture est 
en general peu soignee et parfois meme presque 
illisible. 


N* 8. — c6ti5 1322. 

Postilla Nicholai de Lyra, sup. epistolas Pauli , 
canonis Jacobi , Petri , Joannis , Judce , in aclibus 

(1) Atari Sainte Madeleine au ddaert de la Ste-Baome qai a donnd lieu 
an poeme ridicule du p&rc Saint-LouU. 



— 291 — 

apostolorum et apocalypsi. Manuscrit in— f® sur 
parchemin et papier, rel. cuir de Russie. (Prov. 
incertaine). 

Nicolas de Lyre ou Lyranus tire sod nom de 
son pays situe pres d’Evreux , comme le prouve 
le distique : 

Lyra brevis vicus normanna in gente Celebris, 

Prima mibi vitoe janua sorsque fait. 

Nicolas prit l’habit de St Francois en 1291, et 
mourut en 1340. Ses postilles , qui jouissaient 
autrefois d’une trfes grande celebrite, sont de petits 
conimentaires sur les versets de la bible. Celles 
qui concernent la seconde partie du nouveau testa- 
ment, sont seules renfermees dans notre manuscrit 
qui est d’une assez belle execution mais qui ne 
peut gufere remonter qu’au commencement du XV* 
siecle. 


N° 9. — cot£ 1314. 

Quo ordme aut quibus horn divina peraganlur. 
Manuscrit petit in-f\ a longues lignes , 1 589, 
(Prov. de St-Winoc). 

Ce livre donne l’ordre des offices k 1'abbaye de 
St-Winoc. II est tres-bien ecrit avec lettres rouges 
encadr£es et enluminees. En voici le commence- 
ment : « Volumus igitur ut omnia divina obsequia 
ordinate et certo tempore fiant. Ila volumus ut pri- 
vatis diebus omni tempore circa duodecimam , do- 



— 292 — 

minicis et festis circa undecimam north , aut matu- 
rius secundum officio , excitator ad vigilias prim 
vocatis fralribus , primum signum pulset. Quibus 
diligenler pactis simul cum matutinis fratres se recol- 
ligant ut moris est meditationi vel lectioni insistentes 
aut hujus modi ita tamen ut post mediam horam 
se reponant. » On voit que dans nos abbayes, a 
la fin du 1 6 e siecle , la regie de St-Bcnoit etait 
encore assez rigouieusement observee. 

L’ouvrage se termine ainsi : Huic scriptioni fincm 
imposuit Fr. Gerardus Sourys Terlonius, anno do- 
mini 1 589 , 6 a aprilis. 


N° 10. — cote 1313. 

Antiquoe constitutiones abbatice Sancti Winnoci. Petit 
in-P. d’environ 200 feuillets. (Provenant de 
St-Winoc). 

Ce manuscrit se divise en deux parlies ; la pre- 
miere traite exclusivement des offices et est a peu 
de choses pres la reproduction du manuscrit pre- 
cedent; la seconde partie donne les regies int£- 
rieures de la maison. On peut y voir les prero- 
gatives et les obligations de I’abbe , les heures de 
repas , de rentree et de sortie des moines. Ce ma- 
nuscrit fut termine par Jean de Cambrai , le 7 
avril 1590. L’ecriture est mieux soignee que celle 
du n* 9; rorncmcnlation dcs grandes majuscules 
initiates est tout-a-fait du memo genre. 



— 293 — 

N® H.—cote <294. 


Liber carrernonialis monachorum congregationit cam - 
nensis alias S® Justinoe distinctus in quinque 
paries. Manuscrit in-8° de pres de quatre cents 
feuillets , tin du <6* ou commencement du <7® 
siecle. ( Prov. de St-Winoc). 

Saint Benoit avait laisse, par sa regie, chaque 
monastere dans une complete independance ; I’abbe 
etait chef souverain des moines qui l’avaient 61u. 
Mais bienlot les papes se virent obliges de relier 
entre elles les diverses abbayes; et celle du Mont 
Cassin , fondee par Saint Benoit lui-meme , s’at- 
tribua une sorte de preponderance et se mit k la 
tele d’une congregation qui porta son nom. Cette 
congregation, en <504, s’incorpora k celle de 
Sainle Justine de Padouc. Mais en France , les 
monasteres ne voulurent pas se soumettre a une 
surveillance etrangere ; en vain les abbes de Citeaux, 
munis des ordres du pape , voulurent visiter les 
abbayes de 1’ordre de Saint Benoit ; 1’autorile 
qu’ils voulaient se donner fut entierement meconnue. 
Mais enfin , en plusieurs endroits , les desordres 
des moines devinrent extremes, et le pape for$a 
les abbayes restees independantes k se reunir au 
nombre de trois ou quatre au moins , pour former 
une congregation. C’est alors , vers la fin du \ 6® 
siecle seulement, que la congregation dite du Mont- 
Cassin , fut fondee dans le nord de la France et 
dans la vieille Fiandre, mais elle n’avait de com" 



— 294 — 

man qae le nom avcc celle d’ltalie dont nous avons 
parle plus haut. 

La congregation de Flandre , ou cliaque abbe- 
conservait son entiere independance , se composait 
des abbayes de St-Yaast , de St-Bertm , de St- 
YYinoc et de St-Pierre de Btandin. Les regies qu’on 
y observait sent renfermees dans le manuserit que 
nous examinons. II est divise en cinq livres qui 
sont cliacun precedes d’un prologue. Le premier 
livre est tout-a-fait lilurgique ; il indique les heures 
des offices , les ceremonies du ckoeur , les prieres. 
particulieres des moines. 

Le deuxieme livre traite du Chapitre ou chaque 
religieux venait humblement accuser ses fautes ; il 
parle aussi des autres ceremonies religieuses en 
usage dans les communautes ; le troisieme livre 
donne les statuts generaux de la congregation et 
les regies particulieres aux monasteres ; un cha- 
pitre special est consacre a la bibliotheque , situee, 
comme l’on sait , hors des batiments claustraux ; 
les freres par consequent n’y etaient pas admis; 
un bibliothecaire , nomme par l’abbe , distribuait 
un livre a (a fois a chacun de ceux qui en avaient 
besoin; cependant pour une cause raisonnable et 
avec 1’assentiment du superieur , it etait permis 
d’avoir plusieurs ouvrages ensemble : Pro causa 
honesta et cum licencia superioris plures libros 
habere licet. Quant aux gens instruits , la bibiio— 
theque leur etait toujours ouverte; c’etait en leur 



— 295 — 

Faveur qu’elle se trouvait, ainsi que le logement de 
l’abbe, hors de (’enceinte reservee aux moines. 

Le quatrifeme livre regie les sorties des freres 
qui ne doivent avoir lieu qu’avec la permission de 
l’abbe ; il ordonne aussi le travail manuel et assi- 
gne les heures qui doivent lui etre consacrees. 
Le cinquieme livre enfin traite uniquement des 
fautes et des punitions qu’elles encourent. En somme 
ce manuscrit, qui est d’une lecture assez facile, est 
fort interessant et le deviendra davantage par la 
suite , lorsque les souvenirs encore vivants des 
anciennes communautes viendront a s’effacer tota- 
lement. — Cet ouvrage n’etait pas a l’abbaye de 
St-Winoc avant 1618, car sur la premiere page 
on lit ces mots : 

Monaslerii Sancti Petri ante fui , nunc sum tno- 
nasterii Sancti Winnoci, ex domo PP. administrator 
et servanle, 1618. 

N* 12. — cote 1271. 

Den speighel van Sassen dat tcelcke tracteerende 
ende in houden is alle keyserlicke rechten, dye- 
men daghelick mest ghebruck ende is. Mss. in- 8°, 
200 feuillets ; prov. inconnue. 

Ce titre flamand est celui d’un petit traite im- 
prime It Leyde par Janseversen en 1512. II si- 
gnifie : Sommaire de toute la legislation civile, 
dixmes et autres communes impositions, par Sassen. 



— 296 — 

Ce petit imprint d’unc cinquantaine de pages so 
trouve au devant du Mss. dont void le litre latin ; 

Copia sabulla sive lillerarum ereationis primi du- 
ds Gelriw per Ludovicum quarlum Romanorum im- 
peratorem semper augustum, usque ad 4 538. 

Ce manuscrit est tout flamand , il donne les 
decrets et ordonnances des dues de Gueldre de- 
pute leur origine jusqu’en 1538. L’ecriture, tres 
difficile k lire, parait appartenir k diverses epoques 
depuis la fin du XV e siecle jusqu’a la moitie du 
XVI®. Le cartonnage recent du volume fait sup- 
poser qu’on aura voulu reunir les deux ouvrages 
pour la commodity des lecteurs. 

N° 13. — cote 1276.. 

Brevis methodus orationis mentalis. Mss. in-16, 

sur papier. 17® s. (Prov.de St-Wiuoc.) 

Ce petit livre est dans le genre des fameux 
exercices de Saint Ignace qui, selon 1’expression d’un 
ecrivain, « a transforme la prikre en art ntecani- 
que en faisant de la folle du logis le guide va- 
gabond de la pensee. > Un ebapitre entier est 
consacre k prouver que les Benedictins doivent 
s'attacher k I’oraison mentale : Benedictinos mo- 
nachos ex instituto et regula ad orationem menta- 
lem teneri. La Methode est suivie d’un autre ou- 
vrage intitule ainsi : Brevis traetalus de instrument 



— 207 — 

tin sive de mediis assequendai virtutis auclort 
eodem. L’auteur du rcste n-e s’est pas fait con- 
naitre. 


N* 14. — c6te 1783. 

Statuta et ordinationes capituli provincialis eclebrali 
in ecclesia Sanctce genitricis Marice , Antwerpiee , 
ordinis preemonstralensis , anno Domini 1643, a 
secunda die Julii usque ad 21 ejusdem ; prcesi- 
dente in eo admodum reverendissimo patre Do- 
mino , Domno Joanne Chrysostomio prcediclee 
ecclesiw abbate , ejusdem sacri et canonici ordinis 
pmmonslratensis circarias Brabantioe et Frisia: 
vicario generali et visitatore. Manuscrit in-8* 
d’une centaine de feuillets. (Prov. inconnue). 
L’ordre des premontres , fonde en 1120, par 
Saint Norbert , s’etait excessivement etendu puisqu’il 
comptait plus de mille abbayes et pres de mille 
huit cents prevotes et prieures (1). L’ordre etait 
tombe par la meme dans un grand relachemeut, 
et au 1 7* siecle des reformes s’etablissaient partout. 
Le chapitre tenu dans l’eglise de Ste-Marie a 
Anvers , avait pour but de faire revenir a la regie 
primitive les religieux de la province qui s’en 
6taient ecartes. Aussi les statuts ordonnent-ils une 
foule de prescriptions tombees en desuetude par 
rapport au jeune , a I’assislance au choeur , a 
l’habit monachal. Elies s’6tendent meme a la barbe 


(1) Lepuigc , bibliotli. S. ord. pmmonslr. 


38 


— 298 — 

que tousles chanoines sont obliges de se faire raser 
ainsi que les cheveux-, a moms d'une dispense 
expresse des superieurs. Ces statuts qui ont du 
etre copies fort peu de temps apres la tenue du 
chapitre, se terminent ainsi : Extractum hoc ex 
aclis capituli provincialis concordat cum resolution 
nibus originalibus quod leslor Chrysostomus abbas , 
Michaelis mcarius. 

N® 15. — c6t£ 1274. 

Memorials benedictinum sanctorum , beatorum , ac 
illustrium virorum memorice juvandce gratia in 
singulos totius anni dies dislributum opere el 
studio R. D. Amandi Belver , benedictini. Manus- 
crit in-8° sur papier. 340 feuillets. 17* siecle. 
(Prov. dc St-Winoc). 

Dorn Amand Belver etait , selon toute apparence, 
d’origine espagnole , et fut religieux de 1’abbaye 
de St-Winoc. Les ouvrages que Ton connait de 
lui sont d’abord le Memoriale benedictinum dont 
nous allons parler , puis Elucidatio rubricarum 
(v. n° 16), et enfin une vie de Saint Winoc , 
ecrite en Jespagnol d’apres Drogon , imprimee a 
Bergues chez Ketelaer en 1666. L’auteur des re- 
cherches sur la ville de Bergues lui attribue en- 
core , mais a tort , selon nous , les constitutions 
de l’abbaye de St-Winoc dont nous avons parle 
plus haut (n* 10). Ces constitutions Rentes par 



— 299 — 

Jean de Cambrai datent de 1 590 1 longtemps avant 
la naissance de Belver. 

Le Memoriale benedictinum est bien posterieur a 
la date de 1 622 , qu’on lui a attribute (1), puisque 
p. 284 , l'auteur parle de la vie de Saint Winoc 
qu’il a editee, dit-il , cn 1668. Ge Memoriale donne 
la vie de tous les Saints de l’ordre des ben£dictins 
au jour oil ils sont fetes. Celle de Saint Winoc 
est trait£e d’une maniere specials, et les dates 
precises qui y sont, rapportees , d’apres les chro- 
niques du monastere , la rendent fort interessante. 
Selon Belver, Saint Winoc mourut a Whormout 
le 6 novembre 717, aprfes cinquante-deux ans de 
profession religieuse , et fut mis au nombre dcs 
Saints par VEvdque du diocbse, le 23 mars dc 
Yaunde suivante. Le corps du Saint reposa a Whor- 
mout jusqu’en 836 , puis fut porte a St-Omer oil 
il resta jusqu’en 900 ; a cette epoque , Baudouin- 
le-Chauve le fit revenir k Bergues oil il demeura 
definitivement. 

Belver , contre l’usage de son temps , cite avec 
un soin extreme toutes ses autorites et surtout les 
annales de Pierre Walloncappelle. Son ouvrage est 
dedie au pere Van Osch , prieur de l’abbaye de 
St-Winoc. Il est suivi d’un catalogue fort curieux 
oil il indique les Saints que l’on invoquait dans 
la Flandre pour les diverses maladies. Nous ne 


(I) Rech historiq. sur Bergues. Get ouvrage est tres-romarquable mu’gre 
quelques erreurs de detail impossibles a eviler complelemejil. 



— 300 — 

vouions pas priver lc lecteur de ce singulier do- 
cument que nous copious textuellement : 

MORBORUM MEDICI M1RIFICI. 

FEBRIS ICTER 1 TIS SEU ALR1GIMS G ALLICE, malddie qUOft 

appelle la jaunisse , Flandrice, geelsuchte. 


Sanctus Mochua. . . . 

. 

. 1 

Januarii. 

Sanctus Tillo .... 


. 7 

id. 

Sanctus Leobardus. . . 

* 

. 18 

id. 

Sanctus Dominicus Soranus. 

. 22 

id. 

Sanctus Agilus. . . . 


\ 23 

id. 

Sanctus Macarius . . 


. 24 

id. 

Sanctus Eleulherius abbas 


. 5 

Februarii. 

Sanctus Amandus. . . 


. 6 

id. 

Sanctus Bonifacius Laus. 


. 19 

id. 

Sanctus Joannes Lucensis. 


. 22 

id. 

Sanctus Winebaudus. 


. 6 

Aprilis. 

Sanctus Paternus. . . 


. 16 

id. 

Sanctus Richardus abbas. 


. 14 

Junii. 

Sanctus Alelmus . . . 


. 5 

Septembris. 

Sanctus Rogindus. . . 


. 18 

id. 

Sanctus Hugo Aurelian . 

.. 

. 19 

id. 

Sanctus Gerardus. . . 


. 3 

Octobris. 

Sanctus Deusdedit. . . 

• 

. 9 

id. 

Sanctus Winnocus. .. . 

• 

. 6 

Novembris. 

TERTIjE et quartans 

■(febris). 

Sanctus Venantius. . 

• 

. 13 

Octobris. 

quartans (febris). 


Sanctus Amabilis. . . 

# 

. 19 

Octobris. 

Sanctus Robertus. . . 

• 

. 19 

Julii. 



— 301 — 
hernia: et ruptura:. 


Beatus Joannes Casinensis'. 

• 

18 Januari. 

Sanctus Thomas Camald. . 

• 

25 Martii. 

Saucta Maria de QEgnies. . 

• 

23 Junii. 

DEN TIE M. 

Sanctus Michael Camald. . 


21 Januarii. 

Sanctus Tetricus .... 


16 Martii. 

Sanctus Ursmarus. . . . 

a 

18 Aprilis. 

Sanctus Ingelmundus, . . 

• 

21 Junii. 

Sanctus Ediltruda. . . . 

• 

id. 

AMENTIAS. 

Sanctus Nicolaus genuensis. 

• 

23 Februarii. 

Sanctus Cradda episcop. 


2 Martii. 

Sanctus Gerardus. . . . 

. 

5 Aprilis. • 

Sanctus Wilhelmus. .• . . 

• 

5 Julii. 

LEP l\M. 

Sanctus Romanus. . . . 

• 

28 Februarii. 

Sancta Aleydes 

• 

11 Junii. 

DOLOMS CAPITIS. 


Sanctus Adus episcop. . . 


28 Febr. 

Sancta Juliana abbatissa. 


22 Julii. 


squinantla:. 

Sanctus Suitpertus 1 Martii. 

CADUCIS MORBI. 

Sanctus Reinhardus .... SI Martii. 



— 302 — 

LYMPHAT1CI MORBI. 

Sanctus Pontius 26 Martii. 

LUNATICI MORBI. 

Sanctus Gerroinus abbas.. . .47 Aprilis. 

VILCRUM ET TORM1MJM. 

Sanctus Elphegus. . . . . .49 Aprilis. 

OCULORUM. 

Sancta Francha abbalt. ... 25 Apr. 

Sanctus Leodegarius (1). . . 2 Octobris. 

PHLEBOTOMISE, G ALLICE SeigTlde, DE SEINE, FLANDRICE: 
ADER-LATINGHE MET DE VLIEME. 

Sanctus Joannes 6 Maii. 

LETHARGIC. 

Sanctus Adelmus. . . . .25 Maii. 

epilepsias (it mal eaduc ). 

Sanctus Lambertus vincensis. 

Sancta Erentruda. . . . .30 Junii. 

POLYPI. 

Sanctus Fiacrius 30 August. 

MORBI REGIl. 

Sanctus Gerardus. .• . . . 3 Octobris. 

LUIS GALLICSE. 

Sanctus Titho abbas. . . . 3 Octobris. 


(1) Saint Ldger cat encore apdcialement invoqud a Soex , arron- 
ibsement de Dunkerque. 



— 303 — 

PARTURITIONTS. 

Beatus Godefridus 3 Octobris. 

Sanctus Winnocus 6 Novembris. 


CALCULI. 

Sanctiss. P. noster Benedictus. SI Marlii. 


Sancta Syria 

. . 8 Junii. 

PESTIS. 

S“ Pater nos. Benedictus 

. . 21 Martii. 

Sanctus Raynaidus. . . 

. . 9 Februarii. 

Beau Joanna Balneensis. 

. . 16 Januarii. 

Sanctus Molacus . . . 

. . 20 .Januarii. 

Sanctus Oswaldus episc. 

. . 28 Febr. 

Sanctus Cuthberthus. 

. . 20 Martii. 

Sancta Godoberla. . . 

. . 11 Aprilis. 

Sanctus Gudwalus. . . 

. . 6 Junii. 

Sancta Colomba. . . . 

. . 9 Junii. 

Sanctus Deodatus. . . 

. . 19 Junii. 

Sanctus Hildulphus. . . 

. . 11 Julii. 

Sancta Hunegondes. . . 

. . 25 Aug. 

Sanctus Agricolus episc. 

. . 2 Septembris. 

Sanctus Remaclus episc. 

. . 3 Septemb. 

Sanctus Richardus. . . 

. . 15 Septemb. 

Sanctus Benedictus Wallumb. . 24 Septemb. 

Sanctus Nicetius episc. . 

. . 6 Octob. 

Sanctus Malachius. . . 

. . 9 Novemb. 

Sanctus Eligius episc. 

. . 1 Deccmbris. 



— 304 — 


N® 16. — COTE 1273. 

Elucidalio brevis rubricarum seu legum breviarii 
romani Clemenlis VIII et Vrbani Vlll authoritale 
recogniti authore R. D. Atnando Belver religioso 
benedictino in abbatia S l Winnoci. Manuscrit 
in-8®, 216 feuilles. (Prov. de St-Winoc). 

Ce petit ouvrage , dedi6 a l’abbe Maur de Wi- 
gnacourt , en 1 662 , a pour objct d’aplanir les 
difliculles que prSsente parfois aux ecclesiastiques 
la recitation du breviaire. 11 est divise en neuf 
parties, dont voici les titres : 1° De horis canonicis 
in genere ; — 2® De praludiis breviarii romani ; — 
3® De rubricis ; — 4® De proprio ritu singularum 
horarum canonicarum ; — 5® De horarum parlibus ; 
— 6® De proprio de tempore ; — 7® De proprio 
sanctorum ; — 8® De communi sanctorum ; — 9® De 
appendicibus breviarii. Le manuscrit est suivi de 
l’approbation du censeur diocesain a Ypres , Fran- 
cois de Carpentier. Elle est datee du mois de 
d6ccmbre 16G2. 

N® 17. — COTE 1273. 

Regulce ad monachos. Manuscrit petit in-4® de 200 
feuillets environ, moitie du 17® siecle. (Prov. 
inconnue). 

Ce manuscrit est un traite de regies generates 
pour lesmoines, divise en un prologue et soixante- 



— 305 — 


treizc chapitres. Le premier parlc ties differentes 
espfeces de moines que I’auteur divise en Cenobites, 
Ermites , Sarabaites et Girovagues. Mais cette di- 
vision ne peut guferes s'appliquer qu’aux premiers 
siecles du christianisme ; les ermites n’existent plus 
depuis longtemps , et les ordres que Ton appelait 
MendmnU ne peuvent se comparer aux anciens 
girovagues qui erraient de mooastferes en monasteres. 
L’auteur de ces rfegles a suivi en g6n6ral cel les 
de Saint Augustin et de Saint Benoit qui elaient 
les plus repandues. Le manuscrit ne porte ni 
nom ni date , mais d’apr&s l’dcriture on le suppose 
du 17® sitfcle. 


N® 18. — c6t^ 1277. 

Recueil de pibces de vers , latines et flamandes , de 
1677 k 1681. Manuscrit in -18. (Proveuant de 
St-Winoc). 

Ce recueil assez curieux vient probablement des 
Jesuites qui avaient autrefois un college a Bergues ; 
le titre suivant de l’une des pieces semble au moins 
l’indiquer : Ecloga recitata sexto die d festo divi 
Petri qua R. P. Van der Plancken celebratur gymnasii 
Bergensis prcefectus. Puis viennent les personnages 
obliges de toute eglogue : Mopsus , Damcetas , Ti- 
tyrus et Corydon. Dans ce recueil se trouvent des 
tragedies , des chansons , des pofemes , des £pita~ 
phes , des eglogues , des descriptions , des discours 

39 



— 306 — 

en vers. Le style de ces differentes pieces est 
souvent fort Strange et I’on y rencontre des en- 
droits tres libres , surtout dans certaines chansons 
macaroniques, moitie latines moitie flamandes. Tout, 
au reste, est dans le gout payen qui doroinait au 
47* siccle. 


N # 49. — cot^ 4272. 

Festa sanctorum ordinis. Manuscrit petit in-4* de 
400 feuillets environ. (Prov. de St-Winoc). 

Ce livre purement ecclesiastique contient 1’ office 
des Saints de l’ordre des Benedictins. Les lemons 
de matines de Saint Winoc, offrent quelque interet 
parce qu’elles presen tent un abrege de sa vie. Elies 
sont d’ailleurs presque textuel lenient tiroes du 
manuscrit de Drogon. 

N* 20. — c6t^ 4270. 

Officia propria sanctorum quce in hoc monasterio 
Sancti Winnoci celebrantur. Manuscrit in- 4° de 
300 feuillets environ, 47* siecle. (Prov. de 
St-Winoc). 

Ce manuscrit qui porte la date de 4 692, est re- 
marquable par la beauts de l’6criture. II contient 
4 peu de chose pres les m6mes offices que le pre- 
cedent. Vers le milieu du volume se trouve un 
second titre : Officia nova quce non habentur in 



— 307 — 

breoiario romano. Ce sont encore des offices pro- 
pres a l’ordre de Saint Benoit et qui ne se trouvent 
pas dans le breviaire ordinaire. 

N* 21. — c6te 1280. 

Officio propria ordinis S 1 Benedicti atque notlri 
monasterii Sancti Wirmoci. Manuscrit in-16, dore 
sur tranches , rel. maroquin. ( Provenant de 
St-Winoc). 

Du m£me genre que les deux precedents, ce 
manuscrit n’est remarquable que par sa belle exe- 
cution. 11 ne porte pas de date , mais on peut 
l’attribuer conune les autres au 17 s siecle. 

N° 22. — cote 1278. 

Mamale verborum D. N. Jesu Chritti quae nobit 
in Evangeliis mis , discedens ex hoc mundo ad 
patrem, per testamentum reliquit. Manuscrit in-1 8, 
200 pages. (Ex libris LafondJ. 

C’est un recueil des paroles de Jesus- Christ , 
rangees par ordre d’evangiles et par ordre de 
versets. Ce petit ouvrage est suivi d’exercices pieux 
a l’usage d’une congregation dite de Jesus^Christ, 
de prieres diverges et de litanies. II parait dater 
tout au plus de la fin du 17* siecle. 

N* 23. — cote 1439; 

Dictionarkm-biglotton geographicum latino •‘belgicum 



— 308 — 

el belgico latinwn opera F rU Frederiei Codron, 
prioris S<* Ceeilioe Dixmudis. Maouscrit petit in-4* 
compost de deux volumes , le premier de 4 500 
pages , le deuxieme de 300. (Prov. de St-Nicolas 
de Fumes). 

Ce dictionnaire geographique latin-flamand et 
flamand-latin , est revetu de deux approbations , 
l’une de Burie , prieur de St-Nicolas a Fumes, 
1’autre de Bertrando Pycko , provincial des Fran- 
ciseains , tootes les deux datees de 1 770. II est 
plus que probable que malgre la permission et les 
eloges des superieurs , le manuscrit n’a pas ete 
imprime , car voici ce qu’on lit au verso du pre- 
mier feuillet : 

Cum auctor hujus operit imprestorem rogattei 
quam mercedem pro imprestionne hujus desideraret, 
proba hie adjacente sumpta, tantum 4260 florenos 
petiit , pro proba autem 8 solidos hispanicos. — 
Pro memoria. 

L’ouvrage du pere Codron se divise en deux 
parties qui forment chacune un volume. Dans la 
premiere partie , qui est la plus importante , il 
donne en langue flamande les noms geographiques 
avec leur traduction latine qui renvoie a l’autre 
volume. Cet ouvrage au reste parait avoir et£ 
compose pour les ecoliers. 

N° 24. — c6te 274. 

Schowburg der Bajanislen , Jansenislen en Quenel- 



— 309 — 

listen. Manuscrits in- 4° composes de sept volumes 
de 5 a 600 pages chacun. (Provenant probable- 
ment des Capucins). 

Le mot flamand tchowburg repond exactement au 
theatfim des latins. Le titre latin serait done : 
Thcalrum Bajan tarum , Jansenistarum et QueneU 
listarum. L’ouvrage est en effet une histoire et t un 
tableau de ces diverses heresies. L’ auteur , Raphael 
de Dous etait pfcre capucin au couvent de Bergues- 
Sl-Winoc, et voici ce qu’il nous apprend luUmfone 
sur sa personne. Que Ton nous pardonne ces quelques 
citations traduites du flamand. 

« Moi , Raphael de Dous , capucin de l.’ordre de 
St-Fran^ois au couvent de B. S. W. j’ecris mon 
livre pour demonlrer l’erreur et i’impiet£ des sec- 
taires du Baianisme , du Jansdnisme et du Que- 
nellisme, qui pour la plupart se sont retires en 
Hollande, oil j’espere que cette heresie s’eteindra 
d’une manifere lente mais infaillible. • (Extr. de 
la pr6f. t. 1 er ). — « Le premier volume a 6te 
commence le 1* r janvier 1751 et termine le 28 
fi&vrier de cette m£me ann6e ; il comprend l’espace 
de 105 ans, depuis 1545 jusqu'4 1651. • (Fin 
du t. 1* r ). — « Le 2 s volume comprend 1’espace 
de 40 ans, de 1652 & 1692. Je l’ai termini le 
21 mai 1751. » (Fin du t. 2). 

■ Le mepris et le degout que m’inspire cette 
heresie (le Jansenisme), m’ont fait pendant trois 



— 310 — 

ans interrompre mon travail , j’avais serre ma 
plame au fond de mon secretaire. Mais Dieu soil 
beni et loue de m’avoir inspire fe dessein de re- 
prendre mon oeuvre- le 5 avril de cette annee 1 754, 
et de finir ce 3® volume le jour de 1’ Ascension 23 
mai 1754. 11 comprend l’espace de 47 ans depuis 
1692 jusqu’en 1709, le le soumets consequemment^ 
moi Raphael de Dous , caption jubilaire (1 ) , au 
jugement des autorites de L’eglise el de mon 
ordre.. ► (Fin du t. 3). 

le finis ce 4 e volume le 21 juillet 1754, apree 
1’avoir commence le 23 mai de cette meme annee. 
It comprend le parcours de- 10 annees de 1709 a 
1719. » (Fin du t. 4). 

« Ce 5® volume aete commence le 15 novemhre 
1754 et fini le 15 janvier 1755. II comprend 
I’espace de 5 aos de 1719 & 1724. » (Fin du 
5 C vol.). 

« Je finis ce 6* volume le 10 avril 1755 faute 
de documents. J’espere que mes travaux auront 
un resultat utile et repondront aux vues eminem- 
ment eatholiques qui m’ont toujours dirige. Du 
reste , malgre mes 71 ans , si Dieu me conserve 
encore quelque temps sur la terre , je fern un 7® 
volume qui comprendra toutes les pieces justifies- 


(t) On appclle jubilaire le religieux qui a 50 ans de profession 
dans sod ordre. 



— 311 — 

lives et enfin un 8* que j’appellerai infdmie, qui 
sera un resume de faits saiUants et d^plorables, 
peignant d’un seul trait i’horreur de ces doctrines 
heretiques. » (Fin du 6* vol.) 

Le 7® volume , que l’auteur vient d’annoncer, 
contient en effet toutes les pieces justificatives et 
a ete termine en 1755, sans autre indication de 
date. 

Quant au 8* volume , il est probable que la 
mort a empeche l'auteur de le composer. Du reste, 
Raphael de Dous avait dejk ecrit anterieurement 
sur cette matiere ; k la fm du 6® volume , il fait 
mention de 31 ouvrages , dont vingt-deux en fran- 
cais , huit en flamand et un cn latin ; malhcu- 
rcusement il n’en donne pas les titres. 

La catholicity de cette histoire du jansenisme est 
reconnue par le censeur d’Ypres , Plumyoen qui a 
revetu chaque volume de son approbation et de sa 
signature. 

La septieme partic de 1’ouvrage qui comprend 
les pieces justificatives , est cerlainemeut la plus 
curieuse ; on y voit toutes les bulles des papes 
portant condamnation des livres de Bains , de 
Janseniut , etc. L’on y trouve une correspondance 
frangaise du cardinal de Granvelle et de Morillon, 
son grand vicaire , avec des letlres de Philippe 11 
qui recommande la s£v£rity. Les lettres de Grai\- 
velle sont d’une douceur bien opposee au caractere 



— 312 — 

qu’on lui pretc generalement ; dies no so (rouvent 
pas daos Ie recueil de M. Weiss , mais il n’est pas 
probable cependant qu’ellcs soient inedites. 

Le manuscrit du pere Raphael de Dous nous 
parait etre interessant , mais on doit regretter 
qu’il ait ete compose dans une langue que si peu 
de personnes sont k m&me maintenant de bien 
comprendre. La ville de Bergues y attache beaucoup 
de prix en ce que l’auteur est un de ses enfants. 

N* 25. — c6t£ <447. 

Jurisprudence du parlement de Flandre , par M. 
George de Ghewiet , sire dc Blinville , eonseiller 
du Roi , rifdrendaire en la chancellerie et ancien 
avocat au dit parlement. Manuscrit in-P d'un 
millier de pages. (Prov. de St-Winoc). 

Malgre nos recherches, nous n’avons pu nous 
procurer de notice biographique satisfaisante sur cet 
auteur, donl la bibliolhfeque de Bergues possede 
plusieurs ouvrages manuscrits. I^es titres nous ap> 
prennent qu’il 4tait eonseiller du Roi , referendaire 
honoraire en la chancellerie et ancien avocat au 
parlement de Flandre. Monsieur Piilot, eonseiller 
& la cour d’appel de Douai , que tout le monde 
connait par son excellente histoire du parlement 
de Flandre , nous parle d’un livre de George 
Ghewiet intitule : Institutions du droit Belgique tant 
par rapport aux dix-sept provinces qu’an pays de 



— 313 — 

iJbge , avec me thdthode pour etudier la profession 
d'avoeat, in-4®, reedit6 plus tard in-18. Le pri- 
vilege resulte de lettres-patentes donnees a Bruxelles 
le 27 septembre 1758. Dans cet ouvrage* M. de 
Ghewiet cite sa jurisprudence du parlement de 
Flandre > qui parait cependant n’avoir pas ete com- 
plelement imprimde. Les deux premiers feuil lets seuls 
sont un carton d’imprimerie surcharge de notes el de 
corrections , qui du reste ne porte aucune date. 

La jurisprudence du parlement de Flandre est 
Un recueil d’arrets rendus en ce parlement , et 
voici les raisons que donne 1’auteUr pour justificr 
le titre qti’il a adopts ; 

« J’ai intitule cet ouvrage du nom de jurispru- 
dence du parlement de Flandre a cause des regies 
et maxinies qu’on y trouve , pour pouvoir former 
cette science, au moyen de laquelle on est capable 
de discerner les chose6 justes d’avec cel les qui ne 
le sont pas, par rapport au grand nombre de re- 
solutions et d’arr&ts de cette cour souveraine jus- 
qu’a Tan 1724. » Puis il donne en abrege This- 
toire du parlement de Flandre. Ghewiet passe 
ensuite a des considerations generates sur la Flandre, 
son pays , qu’il parait aimer beaucoup , et il rap- 
porte, en fmissant, ces deux vers qui font , dit-il , 
allusion aux quality des habitants de la Flandre: 

Miltiades animo , Cimon pietale , Pericles 

Consilio , probitale So!on , gravitate Lycurgus. 

40 



— 3U — 


L’ouvrage ne porte pas de dale , mais il est a 
remarquer que tous les arrets sont anterieurs a 


an. 


>'• 26. cote -1448. 

Arndts du purlement recueilHs par MM. Deflines pkre, 
de Blie , Bar all e , Heinderiex , de Mullet , Pollet, 
Dermamille et par moi , Georges de Ghewiet. Ma- 
nuscrit in-4® d’un millier de pages. (Prov. de 
St-Winoc), 

Ce manuscrit, qui forme un enorme volume io-P*, 
pa rail litre la continuation du precedent. Les arrets 
sont suivis de huil dissertations de jurisprudence : 
la premiere traile de la portion congrue des cures; 
la seconde les malieres de fidei commis ; la troi- 
sieme a pour objet les coutumes ; la quatrifeme le 
droit d’indemnite ; la cinquieme les tallies , leur 
nature et leurs privileges ; la sixieme Phypotheque 
des mineurs ; la septieme les usages de Flandre 
pour la reception des kulles , etc. ; la huitieme 
dissertation enfin a rapport aqx sommations , aux 
executions , aux saisies , etc. selon les usages de 
Flandre. Tout cela est ecrit en latin et en francais, 
charge de notes et de renvois ; les caracteres sont 
Ires fins comme dans tous les ouvrages de M. Ghewiet, 
ce qui en rend la lecture fatigante. 

N* 27. — c6te 1454. 

les coutumes , slils et usages de la ville et citf de 



— 315 — 

Tourney, pouvoir el banlieue d’icelle, comments 
par M. Gh. Manuscrit in-f° compose de 2 vol, 
d’un millier de pages chacun. (Provenant de 
St-Winoc). 

Cet ouvrage est du m6me auteur que le pre- 
cedent, quoique sou nom ne s’y trouve pas en 
entier ; on y voit son portrait et sa devise : Sustine 
fit Abstine. Les coutumes et usages de Tournai, 
ne nous offrent aujourd’hui que peu d’inleret; ces 
coutumes au reste ont ete plusieurs fois imprimees; 
M. Ghewiet n’y a ajoute que ses commentaires. 


N* 28. — c6te 1345. 

Ulucubrationes. Grand repertoire de M. Georges de 
Ghewiet , conseiller , etc. Manuscrit in-P com- 
pose de 6 vol. d’un millier de pages chacun. 
(Prov. de St-Winoc) . 

Ces elucubrations sont un resume alphabetique 
de toutc la science des jurisconsultes. Ce livre ren- 
ferme tout ce que l’auteur avail pu apprendre et 
recueillir sur cbacun des articles qu’il traite, II est 
orn6 du portrait de l’auteur et porte ces mots en 
epigraphe : Omnium habere memoriam et in nulla 
penitus errare divinilatis magis est quam mortalitatis. 


N° 29. — c6te 1 446. 

JW we liana. ArrSts de M. Dufief, arrils de M. Cuve- 



— 316 — 

tier , observations de M. de Masures , reperiorium, 
pieces diverses , le tout recueilli et mis en ordre 
par M. Ghewiet. Manuscrit in-f* compose de 25 
vol. de sept a huit cents pages chacun. (Prov. 
de St-Winoc). 

Parmi ces vingt-cinq volumes de procedures et 
de pieces diverses , concernant la jurisprudence , 
treize seulement sont manuscrits ; les autres con- 
tiennent des arr&ts , des ordonnances et des plai— 
doyers imprimes. Tous les ecrits qui composent ce 
volumineux recueil ne sont pas de la meine 
6poque ; il en est qui remontent au commencement 
du 47® siecle , mais aucun n’est posterieur a 4760. 
11 est inutile d’ajouter que la plupart, pour ne 
pas dire tous, sont entierement denues d'interet. 


. Fra DE LA PREMIERE PARTIES 



MEHIOIRES 


DE 


LA SOClfiTfi 


DES 


ANTIQUAIRES DE LA HORINIE. 




MEMOIRES 

DE LA 

seen*** 

sa a aaaa 

DE LA 

mohrii* 

TOME 9- — 1854* 

Doctrina invetligando resiiluet. 

DEUXlEME PAHTIE. 



A St-Omer 
A Paris 


Tumerel , Libraire , rue Nationals. 
Legier , Libraire , Grand'Place. 

Deracbe , successeur de Lance , rue 
du Bouloy , N° 37. 


M DCCC L1V. 




HISTORIQUE ET ARCHEOLOGIQUE 


SUE LE 

PBIEURR DE SAINT MICHEL DU WAST, 

ORDRE DE CLUGNY , 

DIOCESE DE BOULOGNE , 
par M. l’abbe HAIGNERE, membre correspondant. 


Le bourg du Wast , qui fait partie des eom- 
munes du canton de Desvres, est situ6 k trois 
lieues k l’Est de Boulogne-sur-mer , prfcs de la 
route royale de Lille , dans une plaine agreable 
et pittoresque , arrosee d’une petite riviere a la- 
quelle les historiens boulonnais Henry et Ber- 
trand (1) , ont donne le nom de Wimereux. Ce 
cours d’eau revolt dans la localite le nom de tous 
les villages qu’il traverse ; et , prenant sa source 
k Boursin (2) , il porte successivement les noms 



— 2 — 

de riviere de Boursin , du Wast , de Belle , etc. 
Les hisloriens que nous avons cites lui ont donne 
le nom de Winter eux , parce que c’est dans cette 
bourgade qu’il se reunit a la mer. 

Le bourg du Wast ne manquait point d’im- 
portance au moyen-age. Depuis un temps imme- 
morial , il est en possession d’une foire annuelle, 
qui se tient le 28 septembre (3) , et qui a ele 
fort fr6quentee. Les villes de Boulogne , Guines , 
Calais, les bourgs de Samer , de Tournehem, etc., 
Itaient relids avec le Wast par des routes dont 
quelques-unes ont conserve leur nom de Route du 
Watt. Aujourd’hui le Wast est encore une des 
localites les plus commer^antes du canton , et il 
possfede sous le rapport industriel le premier rang 
fiprfes le chef-lieti. Depuis environ douze ans , on 
y a elabli un marcbd, qui se tient le lundi de 
cbaque semaine. 

L’origine du bourg du Wast est d’une antiquite 
assez respectable. Nous lisons , en effet , dans la 
vie de la bienheureuse Ide , comtesse de Boulogne, 
§crite par un moine du Wast peu apres Fan 1 1 30, 
que « cet endroit dtait fameux par ton antiquiti , 
» et avait autrefois possede de grands biens tem- 
> porels ; mais , que , par les peches de ceux qui 
» l’habitaient, il dlait presque reduit a neant (4),* 
au moment ob cette sainte comtesse entreprit la 
restauration du monastfere. Il resulte clairement 
de ce recit qu’avant le XII® siecle, il y avait eu 



— 3 — 


au Wast un elablissement religieux dont la fon- 
dation remonte assez baut dans notre histoire. 
C’est ce qui n’a pas 6te soup^onne par Hensche- 
nius , dans son commentaire sur la vie de la bien- 
heureuse Ide : le savant bollandiste a era que ce 
passage regardait 1’abbaye de Samer (5). Cepen- 
dant les archives de celte illustre abbaye n’ont point 
conserve le souvenir de ce fait; bien plus, Eustache 
111 y fit , de concert avec sa mere , en 14 07, une re- 
forme d radice , qui n'eut pas ete necessaire , si 
vers 1 095 ( car c’est la la date oil i! faut placer 
le fait dont il s’agit) , la venerable Comtesse y 
avail eu retabli 1'ordre , la discipline et le bien- 
fetre. Sans aucun doute , les actes qui concernent 
la reforme faile dans 1’abbaye de Samer en 1 1 07, 
contiendraient des recriminations contre l’ingratitude 
de ces moiiies rebelles. Au reste , I’eusemble et 
la contexture du texte nous paraissent se refuser a 
V interpretation d’Henschenius. C’est ce qufa Ires 
bien compris Dom Brial , qui au tome XIV des 
Hisloriem des Gaules et de la France (6) , repro- 
duisant ce passage , n’accepte point la note du 
celebre bollandiste. Luto , historien boulonnais , 
dont les rapports litteraires avec le P. Lequien , 
fortifient l’autorite, n’admet pas non plus i’inter- 
pretation d'Henschenius (7). 

Les documents manuscrits et imprimes que la 
bibliothfeque et les archives de St-Bertin ont legues 
a notre histoire , font mention d’une « eglixe de 



— i — 

St-Michel de Wachun-ViUer$ • qui dtait une depen- 
dance de l’illustre abbaye de Sithiu. Cette £glise 
situde sur le terriloire du Boulonnais , avait ete , 
au rapport de Folcuin (8), infeodee par quelqn’un 
des comtes de Flandres a un homme qualifie de 
tres il lustre , nomme Hugues. 

En 954 , Regenold ( ou Ragenold ) abb6 de 
StrRertin, retira des mains de ce seigneur Hugues , 
l’6glise de Wachun-Villers , moyennant la somme 
de cinq livres de deniers (9). Cette acquisition 
fut confirmee par un d£cret de franchise et d’im- 
munit4 , que le roi Lothaire rendit le 7 janvier 
962 , 8* ann£e de son regne. 

L’annee qui pr£c£da cette confirmation ( 961 ) , 
Regenold , attaqu6 d’une maladie terrible , Vele- 
phantiatis , avait 6te force , par ordre du comte 
Arnoul-le-Vieux , de se retirer dans le monastere 
ou prieur6 de Wachun-Villers , afin de ne pas 
communiquer h ses frferes le mal dont il Atait 
atteint. 

Les faits que nous venons de rapporter d'apres 
Folcuin, sont aussi relates par Jean d'Ypres , en 
sa chronique de St-Bertin (1 0) ; mais , ce dernier 
chroniqueur ajoute que le Comte Arnoul-le-Vieux, 
attaqu6 du meme mal que Regenold , se retira 
aussi & Wachun-Villers ; ce qui n’est appuye d’au- 
cune autorite, bien qu’aveuglement acceple par 
Malbrancq (11). Luto reproduit cette erreur (12); 



— 5 — 


mais Folcuin , qui est plus ancien et plus rapproch£ 
des faits que Jean d’Ypres , nous parait plus dign« 
de creance , et nous nous en tenons k son r6cit. 

Les monuments de St*Bertin ne sont pas les 
seuls qui nous aient signale l’existence d’une loca- 
lity qui portait le nom de Wacliun-Yillers , dans 
le Boulonnais. Nous trouvons en effet , dans les 
actes de la translation des reliques des saints abbes 
de Fontenelle , la mention d’un patrimoine de 
Wachone-Villers , situe sur le territoire de Bou- 
logne (1 3) ; on ne peut gueres douter que ce ne suit 
le m£me village que celui dont nous parlent les 
archives de Sithiu. Pendant que les reliques des saints 
abbes de Fontenelle reposaient dans une £glise de 
saint Quentin , pres de Boulogne , une jeune fille 
de Wachone-Villers, qui etait tourmentee du demon, 
fut guerie devant la chksse de saint Ansbert (14), 
vers l’an 954. 

Nous aurions eu assez de peine k nous decider 
a placer au Wast le patrimoine de Wachone-Villers 
et Viglise de St-Michel de Wachun-Villers , si Jean 
d'Ypres ne nous avait affirm£ que cette 6glise etait 
sortie des possessions de son abbaye , pour tomber 
au pouvoir des moines de Clugny : Hie est , qui 
nunc dicitur Pworatus de Wasto, qui post in jus 
Cluniacensium cessit (1 5) ; car , si cette autorite 
nous manquait , il y aurait a cet egard beaucoup 
moins de certitude. Le nom du village que Folcuin 
orthographic Wachun-Villers (13). que les actes de 



6 — 


saint Ansbert appellentjWachone-Villers , a quelque 
peu change en route pour devenir Wast , syno- 
nime de lieu ddvasti , desert , sant culture ; ( le 
Watt , la Watine ou Wastine , sont dans notre 
ancienne langue des mots absolument identiques) 
(17). Les actes de la bienheureuse Ide, Merits, 
ainsi que nous 1’avons dit , peu apres 1130, di- 
sent: ad locum Wast appellatum. 

Quoiqu’il en soit , si Jean d’Ypres n’a point sa- 
c rifie 1’ exactitude historique & la pretention d’attri- 
buer & son monaslfere une possession qui ne lui 
aurait jamais appartenu , nous savons qu’au temps 
de la bienheureuse Ide , « les biens du prieure 

• avaient ete alienes ( calumniata ) , 1’eglise ruinee, 

• les batiments claustraux renverses et detruits. » 
(Test pourquoi , apres la mort de son epoux,se- 
condee par les pieuses liberalites de son fils, 
Eustache III , la venerable comtesse , desireuse 
d’augmenler dans ses domaines le nombre des eta- 
biissements monastiques , ces asiles de la priere , 
de la charite, de la civilisation, porta toute sa 
sollicitude sur le prieure du Wast. 

« Par de grandes et devotes prieres, nous dit 
l’auteur de sa vie , elle demanda un certain lieu 
dans le pays de Boulonnais ; et 1’ayant obtenu de 
eelui a qui il appartenait , elle parvint a le res- 
taurer (18). S’y etant done rendue, la venerable 
Ide, forlifiee par l'assenliment et les conseils du 
tres-pieux Gerard ; eveque dc Teiouanne , racketa 



— 7 — 

tous les biens qui avaient ete alienes , rebatit i’^glise 
qui avait ete detruite , et l’enrichit de livres et 
d’ornements. Elle s’occupa ensuite de la recons- 
truction du cloitre et des cellules, et dota cette 
maisou de nombreux revenus. De plus elle y vint 
souvent habiter , et elle illustra ce lieu par sa pre- 
sence (19), » 

« Pendant ce temps , en effet , elle pria saint 
Hugues , abbe de Cluny , de lui envoyer quelques 
religieux de son abbaye , pour orner ce lieu nomm6 
Wast , d’un etablissement monastique ; et , par des 
prieres devotes et multiplies, elle le sollicita de l’ad- 
niettre au nombre de ses filles d’adoption , et de 
l’associer aux prieres des frkres de son ordre. Le 
saint ami de Dieu , Hugues , apprenant ces choses 
et connaissant la saintete et la devotion de la ve- 
nerable comtesse, satisfit au desir et k la demands 
de la devote Dame. 11 lui envoya quatre freres et 
un prieur , qu’elle re?ut d’un air affable et d’un 
coeur plein de contentement. Elle se montra tou- 
jours a leur egard pleine de sollicitude et de bienveil- 
lance (20). » 

Cette petite communaute , composee comme nous 
venons de le dire , etait obligee « a celebrer chaque 
jour une messe a note , ainsi que tout l'office divin. 
Les dimanches , lundis et samedis , on devait y 
ajouter une messe basse. Les moines y faisaient 
aumone de chair le jour de carnaval , recitaient 
trente psaumes et portaient le froc (21). » 



— 8 — 


Nous n’avons ' trouve nulle part d’une manure 
precise , la date de la fondation de ce prieure. 
L’auteur de la vie de sainte Ide , deja citk , y faisant 
intervenir les conseils et l’assentiment de Gerard, 
evfeque de Terouanne , qui mourut en 4099 , et, 
d’un autre c6t6 plagaat ce fait apres la mort d’Eus- 
tache-aux-grenons , mari de sainte Ide , arrivee , 
selon les auteurs les plus certains (22) , vers 1093, 
c’est entre ces deux annees, c’est-a-dire vers 1096, 
qu’on doit placer la date que nous cherchons. 11 
reste cependant une difficult^. L’auteur de la vie 
de sainte Ide rapporte que l'abbaye de Capelle fut 
fondee apres la mort d’Eustache aux Grenons , et, 
en cela , il est contredit formellement par Lambert 
d’Ardres (23) et par Jean d’Ypres (24) , qui aa- 
signent 4 cette fondation la date de1090 ou1091. 
Bien que les deux auteurs dont nous parlons aient 
vecu assez longtemps apres les fails qu’ils rapportent, 
ils ne laissent pas de tenir l’historien en suspens, 
et d’empkcher qu’il ne se prononce avec trop de con- 
fiance sur des questions douteuses. 

Laissant done la date de cette fondation Hotter 
entre 4083 et 1 099, limites de l’episcopat de Gerard, 
nous dirons que les donations qui furent faites 
a Dieu et k saint Michel, pour l’entretien des pauvres 
et le soin des frferes, etaient assez considerables 
au rapport des contemporains. Outre celles qui pro- 
venaient des Iib4ralit6s de la bienheureuse comtesse, 
on peut citer les revenus et les droits des comtes 



— 9 — 


dc Boulogne sur la terre de Peuplingues, (village 
voisin de Calais) , donnes par un Eustache que 
Lambert d’Ardres croit 6tre le mari d’Ide dc Lor- 
raine , et qui pourrait bien etre son fils (25). Ajou- 
tons k cela les possessions allodiales de Warin de 
Fiennes , dans le Boulonnais , qui durent avoir 
une certaine importance. Si cet homme , plein de 
gen6rosit6 , ne s’etait point retire dans l’abbaye 
d'Andres , pour y devouer sa vie tout enlifere 
au service des pauvres et des Strangers, il aurait 
encore donne au prieure du Wast le reste deses 
biens ; mais il en disposa au profit de l’abbaye oil 
il s’enferma pour le reste de ses jours (26). 

Ainsi dote et enrichi , « le prieur6 du Wast, 
devint florissant par l’etablissement des moines de 
Clugny et par la perfection des mdrites de la trfes 
sainte comtesse. Du vivant de la bienheureuse Ide, 
veuve trcs parfaite et tres agreable k Dieu , ce lieu 
ktait renommk au loin et au large , » suivant les 
expressions un peu emphatiques de l’auteur de sa 
vie (27). 

Nous avons dejk dit, en citant les paroles du 
m&me auteur, que la bienheureuse comtesse ha- 
bitait quelquefois le prieurk du Wast. Plusieurs 
ecrivains, entre autres Philippe Luto (28) et M. 
P. Hedouin (29) , ont cru que les comtes de Bou- 
logne avaient un chateau au Wast. L’anterioritk 
de rassertion appartient a Charles Regnard, sieur 
de Limoges, qui a laisse un memoire manuscrit 

2 



— 10 — 


sur l’hisloire de Boulogne , souvent cite sous le 
nom de manuscrit de 1650 , quoiqu’il soil de 1658. 
Regaard s'exprime ainsi : « Aucuns disent que la 
» mere de Godefroy de Bouillon , estant enceinte 
» de luy, en fit sa couche dam le chdteau du 
» Wail, a present prieure (!) ; les autres, dans 
» la ville de Boulogne , dans l'hostel qui est sur 
» la place de la ville, et auquel on a esleve un 
» beffroy ou clocher , pour ssrvir a ladite ville 

• pour les decouvertes ; autres , qu’il est ne dans 
» 1c bastiment vis-a-vis , qui a ete depuis dedie 

• en abbaye nominee St-Wilmer (30). » II est tres 
facile de voir que Regnard n'adopte pas l’opinion 
qui lui est attribute , mais qu’il se borne a la 
relater comme le dire d'aucuns ; or, ce dire popu- 
late et traditionnel n’a aucun fondement dans 
1’histoire. II suffit pour expliquer son existence de 
savoir que sainte Ide liabita le prieure du Wast 
et qu’elle y fut enterrSe ; il y a lk plus qu'il n’en 
faut pour donner naissance a de bien plus grandes 
suppositions. 

Revenons k notre recit. La venerable servante 
de Dieu , qui r^sidait habituellement dans l’abbaye 
de Capelle , pendant les dernieres annees de sa 
vie , tomba malade pendant le car&ne de Fan 1113. 
Les moines du Wast , ayant appris que leur bien- 
aimee fondatrice toucbait au terme de sa carriere , 
se rendirent aupres d'elle , afin d'assister d ses 
offices, ainsi que parle l’auteur de sa vie, c’est- 



— M 


a- dire , a {’administration des derniers sacrements 
que I’Eglise cathoiique accorde aux mourants. Aprfes 
s'etre acquittee avec piete des derniers devoirs da 
chretien , « la sainte et venerable veuve , anim6e 
de l’esprit de prophetie, dit aux religieux qui etaient 
venus pres d’elle : Allez , et tenez pour certain que 
dimanche prochain , vivante ou morte , j’irai fixer 
ma demeure , dans l’£glise du Wast (31). » 

Le 13 avril de 1’an 1113, au milieu de la nuit 
du dimanche de Quasimodo , sainte Ide mourut dans 
son abbaye de Capelle. Les religieux de St-Wulmer 
de Samer, les chanoines reguliers de St-Wulmer 
de Boulogne , les moines de l’abbaye de Capelle, 
se disputaient ses reliques ; mais « ils ne purent 
prevaloir contre la prophetie de la sainte , qui avait 
dit que son corps serait depose dans l’eglise du 
Wast. Sa depouille rnortelle y fut done portee au 
milieu d’un grand concours de religicuses personnes, 
et d’une multitude infinie de peuple. Apres que les 
assistants , les pauvres surtout , qui perdaient eu 
elle une mfere, eurent verse d’abondantes larmes, 
et se furent repandus en gemissements et en cris 
de douleur, le corps de la sainte fut enseveli 
honorablement. Pendant qu’elle vivait , continue 
l’auteur que nous citons , la servante de Dieu avait 
aime de coeur et d’ame le prieure du Wast , et 
l’avait fait prosperer en toute maniere ; maintenant 
qu’elle est morte , elle le protege et le defend par 
ses merites et ses eclalants miracles. Tous les mal- 



— 12 — 

heureux , en effet , et tous les infirmes qui s’appro- 
chent avec copfiance de son tombeau , y regoivent 
la guerison de leurs maux (32). » 

La renommee des miracles qae la sainte operait 
dans l’eglise du Wast, se repandit jusqu’en Alle- 
magne et parvint aupres de ses parents , qui re- 
sidaient en ce pays. Ayant envoye au Wast des 
gens affides, pour enlcver le saint corps, ils n’y 
purent reussir. Gependant , quelques doutes s’etant 
6lev6s k ce sujet , les moines du Wast ouvrirent 
le sepulcre pour rassurer les habitants de la pro- 
vince, que ces tentatives d’enlevement avaient ef- 
fray6s. Ils y retrouvferent intact le corps de la 
servante de Dieu , que la corruption avait epargne. 
Les vetements dont on 1’avait revetu , n’avaient 
souffert non plus aucune alteration. 

L’auteur de la vie de sainte Ide a qui nous em- 
pruntons , en les abr£geant , ces derniers details , 
raconte assez longuement la guerison de trois per- 
sonnes tounnentees du demon. L’une d’elles etait 
d’un village qu’il appelle Vertum , et qui pourrait 
bien etre Verton (canton de Montreuil). Deux mi- 
racles d’un autre genre , la guerison des fievres , 
lui sont aussi attribues par le mgme ecrivain. L’un 
fut opere sur la personne de la niece m6me 
de la sainte , Mathilde , comtesse de Boulogne , 
marine plus tard a Etienne , corote de Blois et de 
Mortain , roi d’Angleterre. Cette princesse mourut 
en 1 1 53. L’autre miracle a etc opere sur un moine 


— 13 — 

nomine Hugues , « qui avait ete la nuit et le jour 
devot serviteur de sainte Ide. » II attribuait cette 
grace « k l’amitie vive et oificieuse qu’il avait eue 
pour la sainte pendant qu’elle vivait , aussi bien 
qu’apres sa mort (33). » 

II est assez probable que ce moine Hugues 6tait 
un des premiers religieux qu’avait envoyes le saint 
abbe de Clugny , lors de la fondation du prieure, 
puisqu’il avait connu sainte Ide et avait assez v6cu 
avec elle pour l’aimer. Nous sommes porte k 
croire qu’il est l’auteur de la vie que les bol- 
landistes ont publiee. Le r6cit du miracle qui le 
concerne est place au dernier paragraphe de 
ce travail. II nous parait assez nature! que , 
malgre I’humilite monastique avec laquelle il nous 
a cache ce titre a notre reconnaissance , il ait voulu 
mettre quelque part son nom dans cette oeuvre, qui 
lui a coute tantde labeurs, mais qui devait.illustrer 
celle qu’il aimait d’une sainte amitie. Yoici le juge- 
ment que les auteurs de l’histoire litteraire de France 
ont porte sur le merite de cette vie : 

« Si l'auteur n’etoit pas contemporain , il etoit 
» bien voisin du terns de la B. Ide. II paroit bien 
» instruit de sa vie , de ses actions et de sa famille. 
* Son ouvrage n’est point charge de ces lieux com- 
» muns qu’on prodigue ordinairement dans ces 
» sortes d’ecrits. Le style, quoique rampant, en 
» est supportable. La vie est prece'dee d’un pro- 
» logue dans lequel l’auteur fail voir qu.’il n’y a 



u — 


» aucun 4tat ni aucune condition , soit sous 1’an- 
» cienne loi, soit sous la nouvelle , qui n’ait fourni 
• des exemples de vertu et de saintete (34). » 

Cet eloge , quelque maigre qu’il soit , est assez 
important , relativement k l'epoque oil il a ete ecrit. 
Henscbenius a public cette vie sur un manuscrit 
du XIV* siecle , quij reposait cbez les jesuites de 
Bruges , et qui se trouve maintenant a la biblio- 
theque royale de Bruxelles, c* 1773. 

L’biatoire ne nous a conserve que peu de docu- 
ments sur le prieure du Wast (35), depuis l’epoque 
de 8a fondation jusqu’a nos jours. j\ous allons con- 
signer ici le peu de notes que nous avons recueillies 
sur les faits qui se sont accompiis dans cette localite. 

1H2. Le bienbeureux Jean de Commines, eveque 
de Terouanne , se rendit au prieure du Wast , oil 
il signa , a la prifere du Comte Eustache III , et 
de Marie , son epouse , la donation de l’eglise de 
Frevent au monastkre de St-Martin-des-Cbamps (36). 

1 H9. Hadnon, prieur du Wast, signe avec un 
de ses moines , nomm6 Etienne , une donation que 
fit Adelaide de Fiennes k l’abbaye d’Andres (37). 

1197. Convention faite entre Iterius , abbd d’An- 
dres , et Simon , prieur du Wast , touchant cer- 
taines possessions de ladite abbaye. Voici la traduc- 
tion de cet acle dont le texte est inedit. (Voir aux 
pieces justificativcs). 

« Moi, Hogues , par la misericorde divine, bumble 


— 15 — 

minis! re de l’eglise de Clugny , fais savoir a lous 
presents et a venir , que , de la volonte et de 
l’assentiment de l'6glise de Clugny , dont Dieu 
m’a fait le serviteur , j’ai donne mon consentement 
& une convention faite entre lterius , abbe d’ And res, 
le chapitre de cette abbaye , et les prieur et cha* 
pitre du Wast , de la maniere suivante : 

« L’eglise d’Andres avait re<;u, de I’ancienne lib6- 
ralite des fideles, certains biens situes pres de l’6glise 
du Wast et de la paroisse de B ouxin (aujourd’hui 
Boursin), savoir , le bois de Clerbois, une aulnaye 
et le pr£ Ulier, qui etaient des possessions eloi- 
gnees de l’eglise d’Andres. Or , le susdit prieur 
avec son chapitre payera , sous cens annuel , pour 
chaque quatre mesures du bois de Clerbois avec 
ses appendices, cinq boistels de froment , annuelle- 
ment , a la mesure de Ghisnes ; et , pour ce qui 
appartenait k l’eglise d’ Andres dans l’aulnaye et le 
pr£ , il payera de meme , par chacun an , quatre 
polkins et demi d’avoine, a la mesure de Bou- 
logne ; et parce que ces eglises sont eloignees l’une 
de l’autre , de crainte que les envoy£s de l’eglise 
d'Andres n’eprouvent dommage des frequentes allees 
et venues , les deux parties ont fixe le terme du 
payement de la rente annuelle aux douze jours qui 
suivent la fete de Noel. Que si , par hazard , l’eglise 
du Wast ne paie pas dans ces douze jours a 1’eglise 
d’Andres la rente qu’elle lui doit, elle paicra lejour 
suivant ou un peu aprfes une amende de deux sols.» 



— 16 


« Or, pour quc cetle convention demeure ferine 
et stable , moi , Hugues , abbe , et l’abbe d’ Andres 
nous l’avons confirmee en copie double; la partie 
de 1’eglise d’Andres a ete munie de mon sceau , 
et de celui du chapitre du Wast ; et la partie du 
chapitre du Wast a 6te scellee du sceau de l’abbd 
et du chapitre d’Andres. Ge fut fait, cette annCe 
de l’lncarnation de N. S. mil cent quatre-vingtr 
dix-sept. Les temoins sont : Henry , prieur; Galfrid, 
prdvot ; Willelm ; un autre Willelm , aumdnier ; 
Henry , chanlre ; Willelm , vinier ; Robert , celle- 
rier ; Willelm , notaire, tons moines t de I’dglise 
d’Andres. . Etienne , Willelm , Micliei , Walter , 
moines du Wast; Pierre, pritre , curd d’Andres; 
Willelm , pritre , curd de Bouxin ; Radulpb , Wi- 
tard , Gilles , chevaliers , et beaucoup d’autres. 

Ces revenus de l’6glise d’Andres ont ete con- 
firm6s dans une bulle d’Innocent III , en date du 
42 des kalendes de janvier 4208 (38). 

4207. Simon, prieur du Wast, et grand-bailli 
de Renaud , comte de Boulogne, est 6)u abbe 
d’Andres, apres qu’Iterius eut ete transfere dans 
l’abbaye de Ham. Mais com me son Election n’avait 
pas ete faite librement par les religieux , il aima 
mieux renoncer h cette dignity , que de se main- 
tenir par la violence dans une position oh il n’avait 
pas 616 reguliferement appele (38). 



— 47 - 

4246. Au mois d'avril , date d’Oye. « Bauduin, 
fils de Mahault de Saint-Omer-Capelle , et Sibille 
sa femme , donnent a Simon , prieur du Wast , et 
a tout le couvent , 150 razieres d'avoine, qu'ils 
re?oivent tous les ans sur la dixme de Hove (au- 
jourd’hui Offekerque , dans la terre de Merc) et 
declarent que cette donation a et6 faite en pre- 
sence du seigneur Eustacbe de Oyes et de Bauduin 
son fils , dont cette dixme 6toit tenue en fief. Bau- 
duin et Sibille ont prie le roi de France de con- 
firmer ces lettres (40). » 

1217. Le prieur Simon parait avoir ete confir- 
ms dans sa charge de bailli du Boulonnais par le 
roi de France, apres les SvSnements qui suivirent 
la bataille de Bouvines. En effet, aprSs un com- 
bat soutenu en Angleterre par Louis, fils aine 
de Philippe-Auguste , vers 4 21 7 , quelques-uns 
des siens, au rapport de la chronique (41), 
« revinrent d Roumcniel ; d'illuec envoibrenl-il lor 
messageus en Bouleignoif au prieus del Wait , 1 
tnoine de Cluigny , qui baillius estoit de Boulenois, 
de par Looyf. • 

4220, 27 juin. C’est probablement comme bailli 
du meme prince que notre prieur fit k Hesdin 
l’acte suivant, que nous trouvons dans le car- 
tulaire de l’abbaye d'Auchy-les-Hesdin , public par 
Dom Betencourt (42) : 

« Je, Symon, prieur du Wast , a tous ceux qui 

3 



18 — 


ces presentes leltres verront , salot en celui qui 
est l’auteur du Salut. Sacheot tous que, un dif- 
ferent s’etant eleve entre 1’eglise d’Auchy et les 
hommes du meme village sur la peche dans les 
eaux d’Auchy, et beaucoup de personnes ayant 
travaille a retablir la paix entre les parties , et 
n’ayant pu reussir a ramener la concorde ; Moi , 
en presence de mon seigneur Louis, fils aine de 
mon seigneur le roi de France , ayant entendu 
les temoins des deux parties , et ayant etudie 
avec soin les privileges de 1 eglise , du conseil 
d’honorables personnes , savoir , mon seigneur 
Enguerran de Hesdin et mon seigneur Banduin , 
chatelain de la dite ville , et beaucoup d’autres , 
j’ai promulgue la sentence definitive, d’apres le 
mandement de mon seigneur Louis. Est a savoir * 
Nul , avec quelque engin que ce soit , ne doit 
ui ne pent pecher dans toute l’eau d’Auchy , 
sans la permission de l’abbe d’Auchy, ou de ses 
rooines. Fait a Hesdin, en l aitre de S l Fuscien, 
1’an du Seigneur , mil deux cent et vingt , en la 
veille des Apotres Pierre et Paul , le jour du 
Dimanche , environ la troisieme heure , presents 
et entendants , Jean , abbe d’Auchy, et quelques 
uns de ses moines , et Jean Maletrace , mayeur , 
et les 6chevins de Hesdin , et les hommes d’Au- 
chy qui 6taient venus pour entendre la sentence,, 
et beaucoup d’autres. » 

Au has de cet acte pendait a un lacs de par- 


— 19 — 

cliemin un reste de seel , oil Ton voit un hom- 
me vetu d’une robe monastique, tenant un livre 
et un baton fleurdelise ; et un contrescel , ou est 
unc tete , avec quelques lettres qui ne forment 
plus un sens complel. 

1233. « Philippe (Ilurcpel ) , comte de Boulogne, 
et Maliault sa femme , confirment une aumone de 
200 raziferes d’avoine , que les heritiers de feu 
Eustache de Oyes avoient faite au prieure du Was 
en Boulonnais. Date de Yerberie , ( pres Com- 
pifegne) » (43). 

1243. Amortissement de certaines terres depen- 
dantes du prieure. Baudouin , abbe de la Capelle, 
signa 1’acte qui se fit a cetle occasion (44). 

1260 (au mois de mars). « Les prieur et re- 
ligieux du Wast cedent it 1’abbaye de Licques 3 
raziferes de froment de rente , sur des heritages a 
Bainghem et a Surques (45). » 

1272 (en parlement). ■ Le comte de Boulogne 
ayant demande qu’un sergent , mis par le bailli 
d’Amiens dans le prieure du Wast, en fut retire , 
parce que ce prieure £tait dans sa comte, etavait 
ete fonde par ses predecesseurs les comtes de 
Boulogne , pretendant aussi que ses predecesseurs 
les comtes de Boulogne etaient et avaient ete en 
possession de la garde de cet endroit ; d’autre part, 
le procureur des prieur et couvent du dit lieu 
disant qu’ils etaient de la garde de monseigneur 



— 20 — 

le Roi , et non dudit comte , et alleguant qu’ils 
etaient en possession d’avoir la garde de monsei- 
gneur le Roi, et que monseigneur le Roi etait 
en possession aussi de les garder , et montrant an 
privilege royal pour prouver que monseigneur le 
Roi avait certainement charge de les garder ; cela 
6tant , et vu que ledit bailli aurait dit avoir , a la 
v£rite place an sergent dans ce prieure , mais Fen 
avoir deja retire depuis quelque temps ; la Cour 
a repondu audit comte que monseigneur le Roi 
n’avait pas presentement de sergent dans le dit lieu; 
c’est pourquoi il n’etait point fonde dans ses plaintes. 
II a ete aussi enjoint au bailli , que si le sergent 
y etait encore, il le retirat (46). 

4348. (En Parlement). < Une discussion s’etant 
elevee dans notre Cour, entre notre ame et feal 
le comte de Boulogne , d’une part ; et religieuses 
personnes l’abbe et le couvent de Glugny et leurs 
prieurs de Rumilli, de Bongessant (Beussent) et 
du Wast , ordre de Clugny , en leur nom et au 
nom des dits monasteres , comroe aussi le bailli 
d’ Amiens , d’autre part ; sur cc que le dit comte 
disait avoir la saisine et propriete de la garde et 
du ressort des dits prieures et de leurs appartenan- 
ces, et demandait qu’on la lui adjugeat (par arret), 
et presentait a cette fin beaucoup de raisons dans 
les articles par lui donnes a ce sujet ; de leur cote les 
dits religieux et bailli sus-nommes affirmaient le 
contr'aire, savoir, que la saisine et propriete des 



— 21 — 

dits ressort et garde n’appartenaient qu’a Nous , 
presentant aussi , afin de ce prouver , de nom- 
breuses raisons dans les articles par eux donnes, 
et demandant it voir le comte de Boulogne de^ 
boute des fins de sa requete. Notre Cour , ayant 
vu avec soin les enqueles faites a sa requisition 
sur ce sujet , et ayant trouVe , par le rdsultat de 
ces memes enquetes , que le dit comte n’avait 
point prouve ses pretentions , notre dite Cour a, 
par son jugement , absous les dits religieux et 
bailli de 1’attaque du dit comte , imposant k ce 
mkrne comte un perpetuel silence k cet egard. » 

« Du IV avril. M* Ive de Prevost , rapporteur , 
(47). . 

1376, 22 mars. Jean de Nutry, ( ou de Mitry), 
prieur du Wast, donne quittance k l’abbaye de 
Licques , pour les arrerages de cinq polkins de 
bie que 1’abbaye devait au prieure , a raison de 
certaines terres que cette abbaye avait sans doute 
pris a rente, de la ineme maniere que le prieure 
1’avait fait lui-meme a l’egard de I’abbaye d'An- 
dres, comme nous l’avons vu plus haut. Ces biens 
arrentes, que possedait l’abbaye de Licques, lui avaient 
ete confirmes des 1164, dans une bulle d’Alexan- 
dre III, et se trouvent repris dans une charte de 
Didier, eveque de Terouanne de l’an 1170 (48). 

« Thomas le barbier , parait avoir succede a 
Jean de Nutry. Ce Prieur nous est revele par les 
catalogues latins des moines benedictins de la ri- 


— 22 — 

che et populeuse abbaye de St-Bertin , oil nous 
trouvons cette mention : Thomas barbitonsor, prior 
de Wasto. II a ete admis dans la famille berti- 
nienne entre les ann6es 1334 et 1363, sous la 
prelature d’Aleaume Boistel , natif de Frencq. Le 
Barbier occupe la quatrieme place sur une liste 
chronologique des religieux vetus par Boistel , en 
suite de la presentation de l’eveque des Morins , 
peut-etre le cardinal morin , Gilles Aycelin de 
Montagu , 1 335-1 365. Le 3 e religieux de cette re- 
ception est Jacques de Condete , boulonnais , qui 
devint le 59* abbe de St-Bertin, apres la mort du 
chroniqueur Iperius, 1383-1387. » 

« L’eloignement de la maison mere et le mal- 
beur des temps ont souvent aniene une grande 
perturbation dans la nomination aux prieures nom- 
breux, semes sur le sol du Nord de la France, 
si souvent desole par la guerre ; c’est ce qui ex- 
plique la nomination de Le Barbier, qui etait sur 
les lieux et appartenait a une communaute puis- 
sante (49). » 

1 431 , 21 mai. « Compcomis entre Nicolas , 
abbe de Licques, et GuEBAnD Favelin, (ou Fanelin), 
prieur du Wast, a l'occasion de la dime qu’ils 
pretendoient respectivement sur 4 mesures de terre, 
nommees la terre Galot , en la paroisse d’Herve- 
dinghem ; sur un courtil en la paroisse de Bour- 
sin , tenant a la rue qui mene vers Alembon , a 
I’ opposite du manoir de Wiart de la Remonderie , et 



— 23 — 

sup 4 mesures au terroir de Sanghem , tenant 
vers midi au bois dudit prieure (50). » 

1452 — 1471. « Nous trouvons k cette £poque 
un Baudouin de Wast, ou du Wast, abbe de St- 
Jean de Valenciennes , ordre de St Augustin , 
congregation d’Arrouaise , que nous citons pour 
mkmoire , bien que nous ne sachions rien sur sa 
naissance, ni sur son origine, comme religieux (51).» 

1502 — 1518. « Gerard de Cuynghem , de 
Lille , moine de St-Bertin , obtint le prieure du 
Wast par le credit de son abbe, Antoine de Berghe , 
en 1502. A quelques annkes de lk , «e m6me pre- 
la t ayant cede son abbaye de St-Tron k Guillau- 
me Bollart, celui-ci k son tour se d£mit de la 
crosse abbatiale de St-Amand , en faveur de no- 
ire prieur Gerard de Cuynghem , aux termes du 
marche passe avec de Bergbe. Cet arrangement 
fut sanctionne par Leon X , le 5 des kalendes de 
Decembre 1518. Cependant , Gerard eut le cha- 
grin de se voir repousse par des raisons polili- 
ques ; et , avant sa benediction , il fut contraint 
d’abandonner Saint-Amand au jeuBe cardinal Louie 
de Bourbon , qui lui donna en ^change un de 
ses nombreux benefices, 1’abbaye de St-Faron de 
Meaux. C’est dans cette maison qu’il mourut en 
1532. » 

« Sanderus a connu notre prieur qu’il appelle 
Gerard de Ouingbem ou de Vinghem (52); mais 



— 24 — 

i! l’a cree prevot de Watten , ordre de Si Augus- 
tin , en confondanf les noms des deux localites 
qu’il n’cst pas toujours facile de distinguer (53). • 

<604. Arret du Parlement qui condamne Fab- 
baye de Licques a payer au prieur du Wast , 
Nicolas Allart , le reslant de six annees echues 
4 Noel 1593, des cinq polkins de ble froment , 
de rente, dont nous avons deja parle (54). 

4680. 2 aout. Transaction notariee, entreDom 
Jean Francois de la Rochequibal , prieur du 
Wast , et l’abbaye de Licques , laquelle reconnait 
devoir au prieur cinq razieres de ble , grande 
mesure de Boulogne, chaque annee (55). 

Ce prieur resigns son benefice en 1693, moyen- 
nant une pension annuelle de 800 livres. Iletait 
docteur de Sorbonne et prieur claustral , de N.- 
D. de Longpont. 

■ 4694. Dom Louis de Pestinien de Cuvilly , 
grand prieur de l’Ordre, pourvu en Cour de 
Rome du prieur6 du Wast, prit possession par 
procuration le 47 juin 4694. 

Le prieure 4 tail en commende, n’avait point 
de charge locale et n’exigeait point la residence. 
Nous ne saurions dire a quelle epoque cette lepre 
de la commende l’avait atteint; mais nous pen- 
sons que Girard de Cuynghem pouvait bien etre 
dejk prieur commendataire au commencement du 


— 25 — 

XVI® stecle. Quoiqu’il en soit , les religieux de 
Clugny luttaient de toutes leurs forces contre les 
invasions toujours croissantes de ce mal qui tuait 
les ordres monastiques. Ils cherchaient a en pa- 
ralyser les elfets desaslreux , en retenant dans 
leurs mains les benefices qu’ils pouvaient ravir a 
l’avidite des commendataires. Ceux-ci de leur cote 
saisissaient toutes les occasions de seculariser les 
revenus qui leur etaien.t donnes par la complai- 
sance des monarques; mais a Clugny, plus qu’ail- 
leurs, ils eprouvaient une vigoureuse resistance. 
De lit tant de proefes , de luttes deplorables qui 
acheverent de deconsiderer en France les saintes 
et sociales institutions de la vie monastique. Ainsi, 
lorsque le prieur resignataire , Jean-Frangois de 
la Rochequibal , vint a mourir , le cardinal de 
Bouillon (Emmanuel-Theodose de la Tour d’Au- 
vergne) , qui 6tait abbe commendataire de Clugny, 
regardant sans doute comme nulle la nomination 
de Louis de Peslinien de Cuvilly , donna le prieure 
du Wast a Antoine-Alexandre Le Yaillant , clerc 
du diocese de Paris. 

Ce nouveau prieur prit possession par procu- 
ration le 3 fevrier 1696. II s’en suivit un proces 
couteux qui eut bien vile absorb^ les revenus 
qu’on se disputait. Force fut done de s’arranger 
a l’amiable ; ce qui eut lieu. Le Yaillant se 
desista de ses pretentions moyennant une pen- 
sion annuelle de 300 livres sur les revenus du 

4 



— 26 — 

prieure. Cet accord fut approuve a Rome le 7 
des kalendes d’oclobre de l’annee soivanle. 

1724. Dom Joseph de Fransure de Villers , 
prieur du Wast , presente a la cure de Boursin. 
En 1729 il fut pourvu du prieure d’Ardres, dont 
il prit possession le 1 9 novembre. Bientot il per- 
muta son prieure du Wast contre celui de St-Jean 
de Fontaines , au diocese de Lugon , avec Dom 
Martin Laillier , religieux de Clugny , abbe de St- 
Martin-de-Bois-Aubry , au diocese de Tours. 

1729. 21 decembre. Dom Martin Laillier, prend 
possession du prieure du Wast , par procuration. 
Il avail ete deja pourvu d’un prieure du diocese 
de Boulogne , celui de Beussent , dont il avait 
pris possession le 29 septembre 1724, mais qu’il 
resigna en 1725. 

1745. A Dom Martin Laillier succeda un prieur 
sur lequel nous n’avons aucun renseignement ; 
c’est M* Delavigne. 

Nous trouvons ensuite Dom Nicolas-Aime de 
St-Yincent , dont la demission pure et simple 
amfene a la jouissance du benefice le pretre s^culier 
qui va suivre. 

1 788. Rene- Louis-Joseph Sannier , cure de la 
paroisse de Gallion , diocese de Rouen , nomme 
au prieure du Wast par le cardinal Dominique de 
la Rochefoucauld , Archev&que de Rouen , abbe 
commendataire de Clugny. Le visa de cette nomi- 



— 27 — 

nation a ete delivre par I’eveque de Boulogne , 
(de Partz de Pressy) , le 1 8 avril. 

1789. Jean -Alexandre Baroche, chanoinc de 
Bouen , echangea avec le precedent son prieure de 
St-Nicolas de Cotte-Cotte , au diocese de Rouen , 
contra le prieure de St-Michel du Wast , en s’en- 
gageant a payer une pension annuelle de 1200 
livres tournois h l’ancien prieur. Le visa de M. 
de Pressy sur la bulle de la Cour de Rome qui 
fut expediee a ce sujet , est du 21 fevrier (56). 

La Revolution Frangaise consomma les iniquites de 
la commende. Ne nous etonnons point ccpendant 
du peu de regrets que laisserent apres eux beau- 
coup de monasteres. « Aucune chose ne peut vivre 
sans les conditions de son existence; et e’est une 
derision amere que d’accuser le vent de la tempete 
d’ avoir jete a terre l’arbre mutile qui n’avait plus 
ni racines ni feuillage. II n’etait resl6 a Clugny 
que des biens , et ces biens meines ne lui appar- 
tenaient plus. Au lieu d’etre consacres a d’im- 
menses misericordes , a de grandes entreprises 
catholiques , a la multiplication des maisons et des 
bonnes coutumes claustrales , ils n’etaient plus que 
le patrimoine de I’ambition , la dot des families 
de cour , la feuille des benefices d’un cardinal 
Dubois ou d’une vile favorite. Prenons-y garde : 
lorsque l’Assemblee constituante rendit sou decret 
celfebre, le 13 fevrier 1790 , qui detruisait de 
fond en comble redifice nionastique, elle ne fai- 



— 28 — 

sail guere que proclamer une ruiae deja accomplie 
et promulguer un decret de la Providence (57) » 

11 se trouvait cependant encore des ames gene- 
reuses pour etablir des fondations nouvelles , des- 
tinees au bien de la religion et au soulagemeut 
des classes necessiteuses. La demoiselle Jeanne- 
Marie Guillard , fille de Christophe Guiliard et de 
Marguerite Marin, nee a Dunkerque le 10 avril 
4693, marchande de drap dans la meme ville, 
legua a sa mort une somme considerable pour eta- 
blir au Wast plusieurs ecoles , ainsi qu’on va le 
voir par la leneur de son testament , dont nous 
devons la communication a I’obligeance de notre 
savant collegue, M. Louis Cousin. 

« Jeanne-Marie Guillard donne et legue k la pa- 
roisse du Wast 8,000 livres tournois, pour y 
fonder une ecole publique pour les pauvres de la 
dite paroisse et des paroisses voisines ; laquelle 
somme ses executeurs testamentaires placeront en 
rente sur un lieu tel que les chefs de la dite pa- 
roisse du Wast trouveront convenable ; pour aider 
a l’entretien d’un bon maitre d’ecole qui enseignera 
gratuitement tous les pauvres qui se presenleront 
lanl de la dite paroisse que de celles voisines ; 
en rapportant audit maitre d’ecole un certilicat 
d’indigence delivre par leur cure ; lequel maitre 
d’ecole sera pareillement oblige d’enseigner gratui- 
tement le plain-chant , au parfait , a six ganjons 
qui scront a cet effet choisis de parents vertueux 


— 29 — 

et de bonnes moeurs par MM. les cures et pre- 
ires, desserviteurs dans l’eglise et prieure du dit 
lieu , afin d’en former de bons maitres d’ecole ; 
ajoutant la testatrice qu’il serait meme a souhaiter 
que les seigneurs eveques et autres superieurs s'y 
donnassent tant de soins que la dite paroisse du 
Wast devienne comme le noviciat des bons maitres 
d’ecole, dont les pauvres ga irons et filles ont tant 
besoin. » 

« Elle donne ct legue en outre a la meme pa- 
roisse du Wast, pareille somme de 8,000 livres 
pour y fonder une autre ecole pour les filles sous 
la direction de deux soeurs de la doctrine chre- 
tienne , somme a placer en rente avec les memes 
precautions que ci-dessus; lesquclles religieuses 
seront tenues d’enseigner gratuitement aux filles 
de la dite paroisse et de celles voisines , la doc- 
trine chretienne , catholique , apostolique et ro- 
maine , et de leur apprendre a lire et a ecrire 
jusqu’a l’age 16 ans. » 

« Elle donne et legue a la dite paroisse du Wast 
2,000 livres, a placer egalement en rente comme 
les autres , de l’intervention des sieurs cure et 
margueilliers de la meme paroisse , a I’effet d'y 
fonder une confrerie du St Sacrement ; a condition 
que sur les cent livres de rente qui en provien- 
dront , 50 livres seront employees chaque annee 
pour l’entretien de cierges de cire verte qui seront 
brules sur l’autel pendant l’office , et que les autres 



— 30 — 


50 livres seront remises chaque annee a titre de 
retribution au pretre desserviteur du prieure de la 
dite eglise ; lequel sera oblige , an moyen de cette 
somme, toute modique qu’elle soil , de chanter le 
salut du St Sacrement , tous les dimanches et fetes 
et tous les jeudis de l’ann£e ; auquel salut le maitre 
d’ecole assistera et chantera gratuitement , comine 
il est d’usage es-paroisses des campagnes ; re- 
tention de la testalrice etant que tous ceux et ceiles 
qui voudront etre agreges a la dite confrerie , de 
telle paroisse qu’ils puissent etre , y soient admis 
et refus en payant pour leur entree 3 livres une 
fois ; qui serviront pour les menus entretiens de 
l’autel et pour une messe de requiem , au deces 
de chaque confrere ou consoeur de la dite con- 
frerie ; et qu’on oblige les confreres a avoir chacun 
leur flambeau en propriete a leurs depens , pour 
accompagner le St Sacrement aux processions et 
dans les occasions convenables ; la testatrice espe- 
rant que les charites et aumones des confreres et 
consoeurs seront assez abondantes pour former et 
entretenir la retribution d’une messe chaque se- 
maine , qui scroit chantee solennellcment tous les 
jeudis par le desserviteur du prieure de la dite 
eglise ; ce qui le mettroit au pair du cote de l’in- 
teret , avec le cure de la meme eglise paroissiale; 
atlendu que le desserviteur ne jouit, comme on le 
8 tit bien sur les lieux , que d’unc ires petite pen- 
sion de l’abbe commendatairc du dit prieure. » 


— 31 


Ce testament a ete passe dcvant les notaires Six 
et Jeaussoone , le 23 mai 1753. La testatrice mourut 
a Dunkerque , rue et paroisse St-Eloi , munie des 
sacrements , le 10 mars 1757, et fut enierree le 
lendtmain dans l’eglise des religicuses Clarisses de 
cetto ville , auxquelles el le avait legu6 1,200 livres. 

Le premier legs , concernant l'ecolc des gar^ons, 
a etc reconnu et adoptc par les administrateurs de 
la province du Boulonnais le 22 avril 1777 (58). 
Un pretre habitue, J. Delerue, portait en 1765, 
le titre de « chant re et desservileur de la fonda- 
tion de la demoiselle Guillard ; * et nous trouvons 
en 1 776 le nom du premier maitre de cette ecole, 
M* Pierre-Nicolas Pagnerre (59). 

La difficulte de faire des recherches suivies dans 
les archives du tribunal civil de Boulogue , a cause 
de la reconstruction du palais de justice de cette 
ville , ne nous permet pas d'etre aussi complet 
que nous voudrions l’etre , sur 1’epoque precise ou 
ces fondations ont ete definitivement acceptees et 
etablies. Nous dirons seulement que , vers 1783 , 
nous voyons dans la paroisse du Wast, trois soeurs, 
(dont la superieure , soeur Barbe , est morteapres 
la revolution), donner leurs soins a 1’instruclion 
des pauvres filles (60). 

Un autre grand bicnfaiteur des pauvres dans le 
diocese de Boulogne , Jean-Baptiste-Olivier-PIacide 
de Meric dc Montgazin , originate du diocfese de 
Toulouse, abbe de Cellcfrouin , au diocese d’An- 



— n — 

gouleme , grand vicaire de M. de Partz de Pressy, 
depute du clerge a l’Assemblee nationale, placa 
aussi sur 1’administration du Boulonnais 8,000 lt- 
vres , pour etablir au Wast , une ecole destinee a 
l’enseignement gratuit des filles pauvres. Apres 
avoir fait mention de ce bienfait dans son testa- 
ment , il ajoute dans un codicille , ecrit le 28 
janvier 1789 : < Aiant des vues particular es que 
j’ai communiquees a Mgr. l’Eveque , pour faire de 
l’etablissement ou sont les soeurs de la charite 
au Wast, un noviciat de mattresses d'icole pour 
tout le dioceze , en y mettant des soeurs qu’on ap- 

pelle , si je ne me trompe de et dont la 

maison-mere et dans la ville de Rouen, je donne 
et legue a cet effet une somme de douze mil li- 
vres , laquelle , au cas que mon projet ne put avoir 
lieu , servirait a augmenter le bien que font au 
Wast les trois soeurs de la charite (61). » 

Nous avons trouve dans les registres aux insi- 
nuations des donations entrevifs, pour l’anl784, 
une autre liberalite de M. de Montgazin en faveur 
du Wast. Par acte passe par devant M e Dutertre, 
notaire a Boulogne, le 4 juin 1770 , autorise par 
lettres-patentes du mois de decembre 1768, re- 
gislrees au Parlement le 3 aout 1771 , ce vene- 
rable pretre donnait « aux habitants corps el com- 
munaute du bourg et paroisse du Wast deux mai- 
sons , pour le logement du maitre et de la mai- 
tresse d’ecolc; promettant lc donateur et s’enga- 


geant de faire valoir et garantir cette donation do 
tous troubles et autres empechements generalement 
quelconques , et meme d’affranchir les dits habi- 
tants du bourg et paroisse du Wast, de tous droits 
seigneuriaux, d’indemnile, d’amortissement , etc. ; 
les dites deux maisons estimees par experts nom- 
ines d’office , en vertu de l’arret du Parlement du 
4 janvier 1770 , valoir annuel lenient, la premiere 
45 livres et la seconde 90 livres.... En capital, sur 
l’etat actuel des lieux, 1 ,050 livres pour la maison 
du maitre d’ecole, et 2,700 livres pour celle de la 
maitresse ; pour des dittes deux maisons jouir per- 
petuellemeut et k toujours par les maitre et mai- 
tresse d’ecole, que les seigneurs eveques de Boul- 
logne voudront bien nommer k cet effet , et qu’ils 
auront la liberte de destituer toutes et quantes fois 
ils le jugeront k propos (62). » 

La Revolution ne permit pas a cet homme de 
Dieu, qui avait institue les pauvres du Diocese de 
Boulogne ses legataires universels , d’executer tout 
le bien qu’il meditait. Les chagrins de I’exil , les 
douleurs de l’Eglise sa mere et de la France sa 
patrie, joints aux infirmites de la vieillesse, mi- 
nerent son existence et le conduisirent au lombeau, 
le 16 janvier 1793, a Heinsberg, dans le duclie 
de Juliers (63). 

Quant au Prieure , il fut vendu avec ses de- 
pendances, comme bien national. L’eglise seule 
retourna a la commune apres le Concordat. Le 



— 34 — 


cimetiere fut meme retreci ; car, en 4760, on 
trouvc ia mention d’une inhumation faite * au mi- 
lieu , derribre I'bglise, > et aujourd’hui ce terrain 
est en culture (64). 

Les prieurs du Wasl etaient seigneurs de cette 
localite, et presentaient a la cure de Boursin, 
dont le Wast etait alors le secours. L’eveque dio- 
cesain avait le droit de procuralion dans ce prieu- 
re, d’aprcs le pouille de Terouanne du moine ber- 
tinien Alard Tassard (65). II avait encore, aux 
termes d’un autre pouille de ce meme diocese, le 
droit de visiter l’eau, visilationem aquce ; nous ne 
savons en quoi consistait ce droit singulier. L’ar- 
cbeveque metropolitain (de Reims) joignait au droit 
de procuration celui de visite (66). 

Lors de la redaction des coutumes de Boulogne, 
en 1 550 , le Prieur du Wast fut appele & coin- 
paraitre en la Senechaussee, comme fai3ant partie 
des 6tats du clerge ; mais il ne se pr^senta point 
a la premiere convocation. Nous croyons qu’il com- 
parut & la seconde seance , le 20 oclobre ; car il 
n’y est plus signale comme defaillant. (67). 

Aux Etats du Boulonnais, convoques en 4588, 
pour faire l’election de trois deputes, a l’assem- 
blee de Blois , nous voyons comparaitre , pour 
l’Elat du clerge, au nom du prieur du Wast, M e 
Pierre Dcsmaretz , procureur en la Senechaussee , 
et Jehan du Crocq, « fermier general dela dicte 
prieure » et pour le Tiers au nom des habitants du 



— 35 — 

bourg , « Jehan du Crocq I’aisne , 1’un des dictz 
habitans, et recepveur de )a prieure du diet lieu (68)» 

II nous serait difficile d’etre complet sur les 
prerogatives seigneuriales du prieur du Wast. 
Voici les seuls renseignements que nous ayons 
jusqu'ici trouv^s sur cet article. L’abbaye de 
Notre-Dame de Licques , k cause du fief de 
Cateinbosq , s£ant a Bainghem , Hocquinghem et 
Surques (qu’elle tenait du prieur^ du Wast, pour 
la rente dont nous avons deja parle,) s’engageait en 
4 680, k donner < homme vivant et mourant , au 
deceds duquel relief 6cheoira. * De plus le 
17 janvier 1684 , elle reconnut « tenir en fief 
du prieur du Wast, une seigneurie , consistante en 
droit de justice , haute , moyenne cl basse , cen- 
sives et rentes foncibres seigneurialles , reliefs, droits 
de lots et de rente , et tons autres droits seignmi- 
riaux (69). » En vertu de 1’axidme : nemo dat quod 
non habet , nous sommes en droit de reconnaitre 
que le prieur du Wast avail toutes ces prerogatives.' 
C’est ce qui resulte encore plus clairement dc la 
declaration que I’un d'eux , Dom Joseph de Fran- 
sure de Villers , nous a laissee sur les revenus de 
son benefice. 

Le 12 mars 1729 , ce prieur envoya a la chambre 
ecclesiastique du diocese , un relevd des revenus 
qu’il percevait cliaque annee. « Ces revenus con- 
sistent , dit-il , en dixmes , terres labourables , 
droits de lots , de rentes , rentes en bled , en 



— 36 — 

avoine , en volaillcs , cens , rentes et droits de 
justice. » (70) 

La somme des revenus du prieure a varie selon 
les temps. Au XV® siecle , d’apres le pouille de 
Tassard , nous le trouvons taxe a 300 livres pour 
declines , lorsque l'abbaye de Notre - Dame de 
Boulogne est taxee a 1500 livres et l’abbaye de 
Samer a 2000. Au XVIII® siecle , dans le « relevd » 
que nous avons cite, le prieur accuse 1000 livres 
de revenus, provenant des dixmes, rentes et droits 
dont nous avons parle, plus « d’un vieux bail- 
ment et un jardin , tous lesquels revenus en 
entier etaient affermes moyennant cette somme , 
franc et net argent , et toutes charges acquit- 
tees , excepte celles des eglises oil sont situees les 
dixmes. » Mais , continue-t-il , « il y a sept branches 
de dixmes dans sept diflerentes Eglises. » (Ces 
eglises etaient celles de Belle , Houllefort , Har- 
dinghem , Le Wast , Boursin , Colembert , et une 
autre que nous n’avons pu trouver). Le prieur 
etant oblige de contribuer pour sa quote part aux 
reparations de ces sept eglises, comme a celles 
de la maison prieurale, il estimait a 200 livres 
au moins, chaque annee, les charges que ces re- 
parations faisaient peser stir ses revenus ; de sorte 
que le produtt net de son benefice ne depassait 
pas 800 livres. C’est a ce taux , en eflfet , qu’il 
est porte dans les pouilles du diocese, anterieurs 
a 1760. 



— 37 — 

A cclte cpoque , les revenus , sans doute mieux 
administres , s'eleverent a 1800 livres, et furent 
taxes par reduction a 201 livres 10 sols, pour 

les impositions pr61evees sur les revenus du dio- 
cese. 

Lors des impositions qui suivirent , en 1 761 et 
1770, le prieure du Wast ne fut plus estimequ’k 
1 450 livres , et paya la meme taxe ; en 1 781 , 
toujours a la meme estimation, il paya 218 livres 
5 sols, 6 deniers; eten 1787, 232 livres 1 7 sols. 

Le Wast 6tait annexe , pour l’administration 
spirituelle, k la paroisse de Boursin. Le pouille 
de Tassard, au XVI® sifecle, mentionne, dans le 
Doyenn6 de Wissant, Boussin et S. Micael de 
Wasco , qui 6tait taxe pour les decimes a vingt 
livres. Le cure de Boursin y allait « dire la 
messe , les jours d’obligation , et une fois ou deux 
par semaine, et administrer les sacrements aux 
infirmes, quand il 6lait besoin. » En 1721 , 
Pierre de Langle, 6v6que de Boulogne, aurait, 
si nous en croyons une note ecrite sur les regis r 
tres paroissiaux de cette m6me annke, drige 
en cure l'eglise du Wast. Nous n’avons pas vu 
dans les registres de l’evecb^, la preuve de cette 
assertion. En 1 724 , J. Lorgnier , pr&jedemment 
desserviteur du prieur6 (71), fut nomme k la cu- 
re de Boursin et Le Wast; et, les choses demeu- 
rercnt dans l’etat ou elles etaient dcpuis longtemps. 
Lc mauvais vouloir des prieurs , la pauvrete du 



— 38 


bourg, oil il n’y avait alors que 30 feux, out 
pu contribuer a faire abandonner ce projet. 

L’eglise prieurale et I’eglise paroissiale du Wast, 
onfondues dans le meme edifice, etusant du me- 
me autel , n’avaient point le meme patron : la 
premiere etait sous le titre de St Michel, la se- 
conde, sous celui de St Cloi. 

Ce monument qui subsiste encore tel qu’il etait 
au XVIII* siecle, n'est plus qu’un reste mutile 
de l’eglise primitive. Nous ne saurions dire a 
quelle epoque le prieure du Wast fut mine. II y 
a grande apparence que cette destruction eut lieu 
pendant le XVI* siecle, alors que les Anglais, 
maitres de Calais, bataillaient sans cesse avec 
nous, pour augmenter l’etendue de leur domination 
sur notre territoire , et pour repousser les attaques 
dont ils etaient l’objet. Les batiments claustraux 
de ce prieure furent assez vastes; car ses fonda- 
tions, qui ont ete remuees, il y a quelques an- 
nees , par les possessors du sol sur lequel il 
etait bati , couvraient un assez grand espace de 
terrain. Il en reste une petite maison d’une ap- 
parence peu monumentale, batie a la fin du XVII* 
siecle, mais dont la partie basse conserve deux 
arcades romanes, qui appartiennent sans contredit 
a la construction primitive. Cette maison se trou- 
ve presque en face de l’eglise , et porte encore 
le nogi de Priori. 



— 39 — 




L’eglise, avait autrefois trois nefs: il n’en est 
reste qu’une. Les arcades en maconnerie sur les- 
quelles s’appuyaient les colonnes qui soutenaient 
la voute, ont ete bouchees; mais les colonnes sont 
reslees, avec leurs chapitaux coniques sans orne- 
ments. Le trace des arcades se distingue encore 
facilement ; on y peut constater que le plein-cintre 
se brise, et tend a se transformer en ogive. Le 
benitier de l’eglise, pose sur des treteaux en bois, 
affecte la forme d’un chapiteau du XII® siecle. Nous 
ne pouvons dire si, comme cela arrive frequem- 
ment , on s’est servi d’un veritable chapiteau , 
dont on aura ainsi change la destination ; ou bien 
si l'on n’en a adopte que la forme : mais , sur la 
partie superieure du tailloir, on a grave des des- 
sins qui ont I’air d’appartenir a la meme epoque. 
II n’est peut-etre pas impossible que le benitier- 
chapiteau ait ete autrefois engage dans le mur de 
1’une des nefs , pour i’usage auquel il sert actuel- 
lement, et qu’on l’ait rapporte plus tard dans la 
seule partie de I’eglise qu’on a restauree , apres 
la destruction du prieure. 

Les fonts baptismaux n’ont rien de remarqua- 
ble: ils sont octogones, et paraissent etre de la 
fin du XVI® sifecle. 

La cloche de l’eglise date de l’an de grace 1 850 ; 
elle a ete fondue k Tournehem. Celle qu’elle a 
remplacee portait en inscription : 



— 40 — 

f IE. MAPPELLE. ELISABETS. POVR. PARIN. 
LOVIS. MARIE. LE PORCQ. DSERLAN. ET. 
MAREINE. 

f ELISABETS. MVTINOT. DIMBRETVN. HV- 
BERT. RENARD. MA FAICT. A. LILLE. 1667. 

Outre cette inscription, (dans laquelle la lettre 
H avait ete, par I’inhabilete du fondeur, remplacee 
par un S, dans les mots d’HERLEN et ELISA- 
BETH ,) on voyait sur cette cloche des armes 
miries d' argent et de sable, de cinq traits , qui ap- 
partiennent a la famille du prieur, dom Louis 
de Pestinien (ou Pestivien) de Cuvillers, qui ha- 
bitait le Soissonnais. 

Le morceau d’architecture le plus important que 
cette eglise puisse offrir a l’histoire de l’art, est 
le beau portail romano-byzantin , dont le plan a 
6te public dans la collection des Antiquites depar- 
tementales, avec exactitude pour l’ensemble, mais 
de nombreuses incorrections de detail. Les pie- 
droits des baies sont ornes de trois colonnes aux 
chapiteaux divcrsement sculptes, assez semblables 
a ceux de l’ancienne cathedrale de Boulogne. Ces 
colonnes supportent avec elegance et legerete, une 
triple archivolte en retraite. La plate-bande de 
l’archivolte superieure , est couverte de chevrons. 
Ces trois arcades sout couronnees par une corni- 
che, decoree d’une double rangee de poinles de 
diamants , au-dessus de laquelle s’eleve un fronton 
aigu, plus communement appele gable ou pignon. 


— 41 — 

Le tympan de ce pignon a conserve un reste de 
sculpture, dont il ne nous a pas et£ possible de 
definir l’intention (72). 

Cinq travkes seulement sont rest6es debout de 
l’ancienne nef centralc; elles forment la nef ac- 
tuelle de l’eglise du Wast. Le choeur se compose 
des bases m£connaissables de la tour, qui dut se 
trouver au centre de la crois£e. Le mur qui fer- 
ine rectangulairement, k Test, l’dglise actuelle, est 
bati dans l’arcade , encore visible , qui ouvrait 
1’entree de l’ancien choeur, 

C’est lk, au chevet de l’eglise actuelle, k l’entrke de 
l’ancien choeur, et du cdte de TEvangile, que reposa 
pendant cinq sikcles et demi , la sainte femme qui 
porta dans son sein le hkros des Croisades, Go- 
defroy.de Bouillon. Ce que la fureur des guerres 
laissa subsister de l’6glise du Wast, aprfes la 
ruine du prieurk , n’abritait plus le tombeau de la 
bienheureuse comtesse. On construisit en conse- 
quence un petit Edifice , separe de l’eglise , oil les 
fidfeles purent continuer d’aller venerer la bonne 
sainte qui les guerissait de la fikvre, ce mal re- 
belle que la science ne savait point combattre en 
ces temps recul£s. 

Cependant , par la negligence coupable de ceux 
qui ktait charges d’entretenir ce pieux sanctuaire, 
il se trouvait en 4 669, dans un 6 tat d’abandon et 
de ruine, qui fut cause de 1’ enlevement des saintes 
reliques. Un cordelier , nomine le pkre Salure , 

6 


42 — 


y etant alle dire ia messe, fut indigne du pea 
de soin avec lequel on conservait ee precieux de- 
pot. On en parla a M me la duchesse douairiere 
d’Orleans , Marguerite de Lorraine , qui avait avec 
la sainte comtesse de Boulogne quelques relations 
de parent^. Cette princesse obtint un ordre de 
la Cour, pour transporter & Paris le corps de 
sainte Ide, et elle envoya a Boulogne M. Batail- 
ler , eveque de Bethleem (73) , pour s’entendre 
avec Francois de Perrochel , a l’effet d’operer la 
translation des ossemens veneres. Le pieux ev6que 
de Boulogne ne put resister aux ordres forruels 
qui lui etaient intimes. S'etant rendu au Wast, le 
28 septembre de cette mime an nee 4669, il ap- 
porta a Boulogne les restes de la sainte , et les 
remit a I’envoye de la duchesse d’Orleans. . 

Les reliques de sainte Ide, furent deposees 
chez les religieuses benediclines de l’Adoration 
perpetuelle , rue Cassette, a Paris. Soustraites a la 
profanation revolutionnaire , on les a depuis trans- 
poses a Bayeux, dans un couvent du meme or- 
dre, ou on les conserve aujourd’hui avec le res- 
pect qui leur est du (74). 

Bernard , dans ses Annales de Calais (75) , a 
parle de la translation de 4 669 , d'une maniere 
fort inexacte; mais nous ne pouvons nous arreter 
ii le refuter. Notre notice servira de rectification a 
ses erreurs, et a bien d’autres encore (76). 



— 43 — 

Nous devous dire, pour achever l’histoire de 
la chapelle oil reposait le corps de sainte Ide , 
au chevet de l’eglise du Wast, que, inalgre le 
soiu qu’on avait eu d’y renvoyer de Paris une 
cote de la sainte , dans un petit reliquaire d’ebe- 
ne, enrichi de rinceaux d’argent, ce petit edifice 
ne fut pas mieux lenu qu’auparavant. Les arcbi- 
diacres de Boulogne, dans leur visite de 4715, 
la trouverent comme abandonnie , sans autel , sans 
pavi , el, le plus souvent , la r e trail e des bcstiaux 
pendant I’dti, ce qui decida l’eveque Pierre de 
Langlc a l’interdire. Rien n’y fit , cependant ; car 
en 1725 le cure de Boursin la signale, dans un 
rapport sur l’etat de sa paroisse , comme etant 
en mauvais ordre. Cette chapelle est detruite depuis 
le commencement de ce siecle. 

Le P. Malbrancq nous dit qu’Eustache III eleva 
a sa mere un magnifique tombeau. La supposition 
nous parait assez naturelle; on voit encore d’ail- 
leurs, prfes de l’eglise du Wast, une pierre sculp- 
tee, qui a du en faire partie. Cette pierre pro- 
vient de la chapelle ; d’oii Ton avait otee , dans no- 
tre siecle insouciant et prosai'que , pour en faire 
la voute d’un pont. Graces a I’intervention de 
quelques amis de I’histoire et de l’art , on l’a 
dernierement soustraite a celte indignite. La sainte 
y 6tait representee en semi-relief, presque de 
grandeur naturelle; mais le ciseau vandalc dcs 
arcliitcctes du pont du Wast a tellement mutile 



— 44 — 

la sculpture , qu’on pent & pone reconnaitre la 
destination primitive de ce monument , qui appar- 
tient k l^poque romane. La fignre 4tait dejk fort 
degrades au milieu du siecle dernier; et cette 
mutilation est d’autant plus regrettable que c’e- 
tait lk peut-etre le seul portrait un peu fidfele 
qu’on eut conserve de la sainte comtesse (77). 

L’ emplacement du tombeau de sainte Ide , long- 
temps respecte , recouvert meme il y a quelques 
ann^es , par une dalle de Stinkal, est aujourd’hui 
profan6. Aucun indice ne le signale au pelerin qu’y 
conduit la pi6te ou l’bistoire ; et cette terre , sa- 
cr6e a tant de titres, est maintenant sillonn^e par 

la charrue! — N’avons-nous pas laisse 

d£truire k Jerusalem par des schismatiques , en- 
nemis de la France, le tombeau de Godefroy de 
Bouillon ? Comment aurions-nous souci du tombeau 
de sa mfere? 


NOTES, 

SOURCES, ET ECLA1RCISSEMENTS. 


(1) Henry, Essai bistorique, p. 150. Bertrand Hist, 
de Boulogne t. II p. 221. 

(2) Ou au pied des inonts d’Alembon, car il est dif- 
cile de dire quelle est la tete principale de cette petite 
riviere. 

(3) Dans ses M6m. mss. sur l’Histoire de Boulogne , 
t. I" p. 27 , Philippe Luto dit que c’est la foire de 
Bellebrune qui se tient au bourg du Wast le 28 sep- 
tembre. 11 y a la une meprise evidente. Notre estima- 
ble collegue, M. Courtois, nous a communique une note 
tiree des Archives de Tournehem, qui pourrait bien 
mettre sur la trace de quelque fait, source de l’erreur 
de Luto. Dans le compte de la chatellenie de Toume- 
hem pour 1473, extrait des registres de Guillaume 
Fasselin par Jehan de la Caurie, receveur en 1543, (piece 
71, cotee hhh), on lit: « (Refu) de Antboine de le Motte, 
seigneur de Bellebronne, fils et h^ritier de feu Messire 
Robert de le Motte, en son vivant chevalier seigneur 
dudit Bellebronne , pour le relief d’un fief tenu dudit Tour- 
nehem; et se comprend ledit fief, la nuit et le jour 
sainct Michiel, chacun an, en la ville du Wast en 
Boullonois, durant la franche feste d’icelle, en et sur 
tousles tonlieulx, foraiges, droitures et aultrement , 
qui durant lesdits deux jours peuvent venir et escheoir 
audit lieu du Wast , amendes et touttes fourfaictures ; 
et duquel fief est deub a mon dit seigneur, quand le 



— 46 — 

caa y eschict , X livres parisis et XX sols crisis de 
cbambellage. » 

En 1543, ce fief appartenait a Messire Philippe Blon- 
del , chevalier et seneschal du Ponthieu , baron de 
Bellebronne. 

La tradition locale a conserve le souvenir de ces droits 
seigneuriaux ; et , de plus , elle attribue au curd de 
Bellebrune le droit d’avoir cbaque an nee , a la foire du 
Wast , un chapea i et une j aire de gants. 

(4) Yit. B. ldae,ap. Bolland., Act. SS aprilis, tom. II, 
Die XIII, p. 142, n® 7. 

(5) Ibid. not. e , p. 143. 

(6) Rerum gallicarum et francicarum scriptores. T.X1V, 
p. 114. 

(7) Ph. Luto , op. jam cit. p. 369. 

(8) Chartularium Folcuini, ( documents inedits) , pp. 
148 , 150 , 153 et pisef. p. 47. Luto, jam cit. 1. pp. 
275 , 369. 

(9) II est presque impossible de determiner quoi que 
ce soil, sur la valeur de la livre de deniers en 954* 
Cs. Ducange et les monetaires. 

(10) Chronicon sithiense S. Bertini , ap. Martenne , 
Tbes. nov. Anecdotor. T. III. coll. 556 , 559. 

(11) De Morinis . Lib. VII , p. 569. 

(12) Op. cit. loc. sup. cit. 

(13) Act. SS. ord. S. Bened. auct. Mabillon. Saec. II , 
p. 552, n® 13. 

(14) Cf. Boll. Act. SS. Julii T. V. , p. 285 , col. 2. 

(15) Op. cit. col. 556. 

(16) Dans son edition de Folcuin , M. Guerard a 
ecrit une fois Wachimvillare. Au reste , bien que Fol- 
cuin derive partout Wachun-villare , qui se trouve 
identique avec le Wachone-ViUare du moine de Fonte- 
nelle , Iperius orlbographie d’une autre manicre. Le Ms. 


— 47 — 

sur lequel Dom Martenne a fait son Edition portait 
Wascon-villare , (le?on adoptee par Malbrancq) et Was- 
tavillare. Trois autres manuscrits , consultes par nous, 
nous ont donne tantdt : Wasconvillare , WascuviUare , 
tant6t WastoviUare , Wastuvillare , Wastonvillare et 
Wastumvillare. (Bibl. Boulogne s.-m., Ms n° 147 ; Bibl. de 
de St-Omer, Mss. n®‘ 739 et 740) 

(17) Cf. Ducange, verbo Vastum. 

(18) II y a ici une lacune dans le Ms qui a servi de 
teste a Henscbenius. Void ce texte: « Ida.... locum 
quemdam expetit ; cujus assensum et auxilium pia mater 

promeruit II y a la un cujus , qui , grammaticale- 

ment ne se rapporte a rien : il faut done que le co- 
piste ait oublid ici un membre de phrase. Henschenius 
nc parait pas avoir remarque cette particularite. 

(19) Vit. B. ldae. in op cit. n° 7. 

(20) Vit. B. ldae. ibid. 

(21) Biblioth. Cluniac., Col. 1716. Cf. Luto , jam cit. 
p. 370. 

(22) Luto , toties cit. p. 361 , et alibi. Art de verifier 
les dates (des comtes de Boulogne) t. n. p. 762 col. 2. 

(23) In chronic. Ghisnensi , cap. 31, ap. Boll., op. quo 
sup., in analect. Henschenii , p. 148 , n° 7. 

(24) In chronic. S. Bertini , cap. 39 , § 2 , Ibidem. 

(23) Lamb. Ardensis, qui sup., ap. Ludewig , Reliq. 
Mssorum , T. VIII p. 508 , et Luto pp. 281, 370. 

(26) Gulielmi Abbatis Andrensis chronic., ap. d’Achery 
spicilegium , edit, in f°, t. II, p. 786, col 2. Cf. Luto , 
pp. 345, 371. 

(27) Vit. B. ldae ubi sup. n® 9. 

(28) P. 369. 



— 48 — 

' (19) Godefroid de BouiUon, lieu de sa naissance. 
(Dissertation imprimee dans la derni&re Edition del’Hist. 
de N.-D. de Boulogne (1839), pp. 244 et 245). 

(30) Une copie, assez ancienne, du Ms de Regnardse 
trouve a la Bibliotheque de P Arsenal, a Paris (Mss. 
fran$ais, hist, n* 251). II en existe une autre copie 
dans les Mss. de J.-F. Henry , et dans la Bibliotheque 
de Boulogne. 

(31) Vit, B. Ids. ubi sup. n* 11. 

(32) Ibid, n” 12. 

(33) Ibid. n“ 13 — 18. 

(34) Hist. litt. de France t. XI, p. 134. 

(35) LTustoire de ce prieure est d’autant plus incon- 
nue , que les auteurs qui en parlent se soot tres sou- 
vent fourvoy£s h Particle du Wast. Ainsi, par exem- 
ple, L’Art de verifier les dates, cite plus haut, le 
confond avec St-Vast d’ Arras ; L’histoire litt&raire de 
France Pappelle Prieure de S l -Wast , d’autres Pont 
confondu avec la Pr6v6M de Watten , etc., etc. 

(36) Bibl. cluniac. sup. eft., col. 555. Gf. Luto. item 
cit. p. 371. 

(37) Chronic. Andr., ubi sup. , p. 788. , col. 2 , in 
fine. 

(38) Chronic. Andr. , ubi sup. , p. 845. col 2. 

(39) Id. Ibid. pp. 840-841. Gall. Christ. X. col 1605. 

(40) Godefroy, Inventaire des ebartes d’ Artois. T. I. 
n* 58. 

(41) Histoire des dues de Normandie et des rois 
(PAngleterre , public par Francisque Michel, p. 184— 
187. (Communique par M. A. Hermand , president de. la 
Societe). 


I 



— 49 — 


(42) Cartulaire do l’abbaye d’Auchy , p. 000. 

(43) Godefroy , qui sup. n° 84. 

(44) Charte du prieurd du Wast , cite dans un factum 
ou liste des abb& de Vabbaye de Merit , depute Vannie 
1090 jusques en Vannie 1638 , pour montrer que ladite 
abbaye n’a jamais itt unie. (Petit ms in-t°). 

(45) Etat des titres et papiers de Vabbaye de Licques, 
en 1776 , f® 6 v® , (Archives de Calais). 

(46) Documents inedits sur l’bistoire de France , pu- 
blics par le ministere. Olim , t. l* r p. 906. 

(47) Olim , quae sup. t. Ill p. 1395. 

(48) Inventaire des papiers de l’abbaye de N.-D. de 
Licques , dressd en 1784 , par Gamier , notaire a Ardres. 
Copie notariee , biblioth. de Boulogne-s.-m. f® 3223. 

(49) Nous devons & Fobligeance de notre collegue, M. 
Dufaitelle, les renseignements qui concement Thomas 
le Barbier.] 

(50) Etat des titres de l’abbaye de Licques en 1776, 
sup. cit. f* 14 r®. 

(51) Gall. Christ. Gosse , hist. d’Arrouaise , p. 365. 

(52) Fland. illust. Ill , p. 105. 

(53) La Notice sur Gerard de Cuynghem nous a ete 
communique par M. Dufaitelle , a qui nous devons 
beaucoup de reconnaissance pour les bons et utiles ser- 
vices qu’il nous a rendus dans la composition de notre 
travail. 

(54) Inventaire des papiers de N.-D. de Licques , par 
Gamier , sup. cit. fol. 3224 — 25. 

(5b) Ibid, f® 3227— -28. 

(56) Les registres du secretariat de I'totcM de Bou- 
logne , (dans la bibliotheque de M. l’abbe Haffreingue), 

7 



et les registres aux insinuations ecclisiastiques da mdme 
diocese , (dans la m£me bibliotheque et aux archives 
municipales) , nous ont mis k m£me de dresser la lisle 
des derniers prieurs, telle que nous venons de la donner. 

(57) P. Lorain , hist, de l’abbaye de Ctuni , p. 265. 

(58) Une copie de cet acte , pour premiere grosse & 
la minute , demeurie is mains de M. Le Porcq , no- 
taire a Boulogne , est conservee dans la bibliotheque de 
M. l’abbe Haffreingue. 

(59) Registre de la paroisse succursale du Wast. (An 
1765 et 1776). 

(60) Almanachs de Picardie , 1783 et annees suivantes. 

(61) Papiers divers, concernant Fadministration et l’his- 
toire du dioeese de Boulogne , pendant le XYlll* S. et 
la Revolution Franfaise , (bibliotheque de M. l’abbd 
Haffreingue). 

(62) Registre aux insinuations des donations entre vifs. 
Archives du tribunal civil de Boulogne. 

(63) Papiers divers , dejA cites a la note 61. 

(64) Registres de la paroisse du Wast. Sup. dt. an. tit. 

(65) Ms. n* 732 , (bibliotheque communale de St-Omer). 
t. 1 f 202. 

(66) Cart. E. du chap, de Reims , ecrit vers 1346. 
Cite au tome II , V part. , p. 639 , des Archives ad- 
ministratives de la ville de Reims , publiees par P. 
Yarin. (Documents inedits). 

(67) Proces-verbal de la coutume de Boulogne. 

(68) Proces-verbal Ms. des Etats de 1588. 

(69) Inventaire des papiers de N.-D. de Licques, par 
Gamier , sup. cit. f° 3229 — 30. 

(70) Releve des Revenus du diocese de Boulogne en 
1729. (Archives municipales). 



— 51 


(74) Void la liste des desserviteurs ou sous-prieurs qui 
nous sont connus : Pierre Duhamel , 1662 ; — Parrel , 
1678; — Antoine de Langaigne , 1681; — Robert Noel 
des Carrieres , 1689 ; — Dom Francois Drouhyn , reli- 
gieux , prfitre , de l’ordre de St-Benoit , 1706 ; mort 
l’annee suivante et inhum4 dans le chaw de l’eglise 
(3 octobre 1707) ; — Jacques Lorgnier , 1707 ; — J. Ben, 
1725 ; — Andr£ Le Febvre , 1732 ; — De Maadinicr de 
Varennes , 1734 ; — Pierre Raymond Le Sage , 1742 ; 
— C. Tassart , 1750 ; — A. Hochart , 1768. 

(72) On peut consnlter les dessins de M. L. Gaucherel, 
dans la Statistique monumentale du Pas-de-Calais , et 
une trop breve notice de M. l’abbe Parenty. 

(73) Francois de Batailler , fut nomine a l’evccbe de 
Betbleem le 25 juin 1664. Le territoire de ce singulier 
diocese se reduisait au faubourg de Panthenor-lez-Cla- 
mecy , ou Bethleem sur la rive droite de l’Yonne , qui 
le separait de Clamecy dans l’intendance d’Orloans. Ba- 
tailler etait fort lie avec Marguerite , soeur de Charles, 
due de Lorraine, femme de Gaston, due d’Orl^ans et 
frere de Louis XIII , douairiere d’Orleans , apres le ma- 
nage de Philippe , frfere unique de Louis XIV , avec 
Henriette d’Angleterre. Cf. Expilly, Dictionn. geog. de 
la France , t. 1 , p. 621 , au mot BethUem ; et Walc- 
kenaer, hist, de la Fontaine , p. 151 et sqq. 

(74) On trouve des details 6tendus et assez exacts sur 
cette translation , dans la vie de Sainte Ide , imprimee 
en 1692 , probabiement a Paris , et r&mpriinee a Bou- 
logne chez Charles Battut, au milieu du XVIII* siecle. 
Nous en avons deja fait usage dans le L<5gendaire de la 
Morinie , lorsque nous pretions a ce recueil notre colla- 
boration. On y trouvera des details auxquels nous ren- 
voyons le lecteur , p. Ill et 112. 

(75) PP. 103. 101. 11 y parle de gens qui vinrent la 



— 52 — 

nuit avec des memoires qui indiquaient le lieu oil re- 
jiosait le corps de la saiute ; qui fouillerent au milieu 
de Veglise , etc. Nous ne croyons pas que l’eveque de 
Boulogne ait agi de cette maniere. En effel , la notice 
de 1692 dit que d’apres le procis-verbal de la transla- 
tion , Francois de Perrochel se rendit au Wast accom- 
pagnd de Vevfque de BethMem , d’un archuliacre de 
son e'glise , d’un de ses grands vicaires , d’un pritre 
et de son secretaire. 

(76) Trompd par Malbrancq et par Bernard, M. Har- 
baville , dans l’article le Wast de son Memorial du Pas- 
de-Calais , accumule au snjet de ce bourg et de ce 
pricure les erreurs les plus singulieres. Vid. t. II p. 44. 

(77) Nous ne connaissons d’autre ancienne representation 
de la comtesse Ide , qu’un sceau du Xl e siecle, appendu 
a une charte de donation de la m&me epoque. Le dessin 
de ce sceau se trouve dans un Afflighemum illustration, 
Ms. de la bibliotheque des PP. benedictins d’Afflighem , 
pres de Termonde , en Belgique , qui nous a ete signale 
par notre savant ami le Rev. P. Dom Pitra , de Fabbaye 
de Solesmes. 

H est aussi tres difficile de rencontrer des gravures , 
ou des images populaires , qui representeraient notre 
sainte d’apres un type conventionnel. Son culte ne fut 
pas tres repandu , hors de l’eglise oil reposait son corps. 
II n’a meme commence a elre universel , dans le dio- 
cese de Boulogne, qu’en 1727 , sous 1’episcopat deJ.-M. 
Henriau. La legende generate des saints, par les PP. 
Ribadeneira et Rosweide , (edition in-f°, Anvers , 1649), 
nous offre , au XIII avril , une image de Sainte Ide , 
representee debout tenant une eglise. (Guenebault , Icono- 
graphie , edit. Migne , col. 283). 





PIECES JlSTIFICiTIVES. 


Convention de 1197. 

La clironique d’Andres , iinprimee dans le Spicilege ne 
donne de cet acte qu’une analyse , et ne lui assigne 
aucune date. Mais comme elle place ce document cntre 
plusieurs autres qui furent ecrits en 1194 ou 1195, 
Malbrancq (de Morinis , lib. XI , cap. X , p. 388) le met 
resolument a l’an 1194. Les auteurs du Gallia Chris- 
tiana ont soupfonne une erreur , et ont propose la date 
1176 (t. X , col. 1605). Nous avons ete assez heureux 
pour rencontrer a Amiens une copie integrate de cette 
convention , datee de 1197. Elle se trouve dans le Ms. 
n° 496 , a la suite du texte de la chronique d’Andres. 
Nous croyons pouvoir attribuer a Hugues de Clermont, 
abbe de Clugny, la signature de cette piece. 

En voici le texte : 

« Ego Hugo , divina misericordia ecclesiae Cluniacensis 
humilis minister, notum facio tarn praesentibus quam 
futuris , quod , de voluntate et assensu ecclesiae Clunia- 
censis , cui , Deo actore , deservio , assensum praebui 
conventioni facta; inter J. 'abbatem et capitulum Andrensis 
ecclesia; et priorem et capitulum de Wasto, hoc modo. 

Erant itaque Andrensi ecclesiae , ex antiqua fidelium 
largitate , quaedam bona penes ecclesiam de Wasto et 
parrochium de Buxin , nemus videlicet de Clerbois , alne- 
tum et pratum Ulier , quae ab Andrensi ecclesia longe 
erant suscepta ; praedictus prior cum capitulo suo , sub 



annuo censu , pro singulis q' iiij raensuris nemoris de 
Cleirbois cum appenditus , persolvet ecclesia de Wasto 
Andrensi ecclesia; V bustellos frumenti annuatim ad 
mensuram de Ghinis; pro eo quod Andrensis ecclesiae 
fuit in alneto et prato , persolvet itidem , per annos 
singulos , iiij polkinos et dimidios avenae , ad mensuram 
Boloniae ; et, quia altera ecclesia ab altera distat , ne 
Andrensis ecclesiae nantii , prae crebros redilus , grava- 
men incurrant , terminum persolvendi census annui po- 
suerunt infra XII dies Natalis Domini. Quod si forte 
ecclesia de Wasto Andrensi ecclesiae infra hos dies non 
persolverit censum debitum , sequenti die vel postmodum 
per legem et emendationem duorum solidorum sibi per- 
solvet; et, si in prioris et ecclesiae suae defectu debita 
termini pcrsolutio steterit , Andrensis ecclesiae nuntiis , 
ut in sumptibus et nccessariis providebit. 

Ut autem baec conventio flrma et inconcussa perma- 
neat , cam , per chyrographum divisum , ego H. abbas, 
et abbas Andrensis ecclesiae , confirmavimus ; et pars 
Andrensis ecclesiae sigillo meo et sigillo capituli de Wasto 
munita est, et pars ecclesiae de Wasto, sigillo abbatis 
et capituli Andrensis roborata est. 

Actum est hoc anno dominicae incarnationis M* C* no- 
nagesimo septimo. Hujus rei testes sunt : Henricus , 
prior ; Galfridus , prcepositus ; Willelmus ; item et Wil- 
lelmus , eleemosinarius ; Henricus , cantor ; Willelmus , 
vinarius; Robertus, ceUerarius ; Willelmus, notarius , 
Andrensis ec clesioe monachi ; Stephanus , Willelmus , 
Michael , Walterius , monachi de Wasto ; Petrus , de 
Andrensi ; Willelmus , de Buxin , presbyteri parochiales; 
Radulpbus , Witardus , Egidius , milites ; et multi alii. 



55 — 


Acres DE PRISE DE POSSESSION DU PRIEURE. 

Aujourdhuy dix sept* jour de juin XVI cent quatre* 
vingt quatorze , avant midy , en la presence et compa- 
gnie de Louis Correnson , nottaire royal appostolicque , 
immatricuM en la seneschaussee et 6vesche de Boulogne 
sur la mer, et en la presence des temoins cy-apres 
nommez et soussign£s , M* Hugues Le Porcq d’lmbretun, 
advocat au parlement et en lad* seneschaussee de Boul- 
lenois demeurant en lad* ville de Boulogne sur la mer, 
au nom et comme portcur de procuration passee par 
devant les conseillers du Roy et nottaires au Chatelet 
de Paris le 24 may dernier de Dom Louis de Pestinien 
de Cuvilly , religieux de l’ordre de saint Benoit, pourvu 
en Cour de Rome du pryeure simple non-requerant resi- 
dence de St Michel du Wast , dud. ordre , de ced. dio- 
ceze, s’est presente au devant de la porte et princi- 
palle entree de l’eglise dud. pryeure de St Michel dud. 
lieu du Wast , de cedit dioceze , ou estant entr6 , pre- 
nant de l’eau benitte , se prosternant k genoux devant 
le grand autel , y faisant sa priere , baisant iceluy , et 
gardant les autres ceremonies en tel cas requises et 
accoustumees ; pour , et au nom de Dom Louis de 
Pestinien de Cuvilly, en consequence de le signature et 
provision par luy obtenue en cour de Rome , dudit 
pryeure de St Michel du Wast , en datte du 25 de de- 
cembre dernier, et du visa de monseigneur l’iilustris- 
sime et reverendissime evesque de Boulogne , en datte 
du 28 dud. mois de may dernier , a prise de possession 
reelle, corporelle et actuelle en personne dud. pryeure 
de St Michel dud. lieu du Wast , et de tous les droits, 
fruits , proffits , revenus et d^pendances generallement 
quellesconques , laquelle prise de possession ainsi faite, 
led. Correnson , nottaire , auroit publiquement et haut- 
tement d^claree aux paroissiens et habitants k ce pre- 



— 56 — 


««nts , et a laquelle personne ne s’cst oppose , dont et 
de tout ce que dessus led. d’lmbretum , aud. nom, en 
a requis actc aud. nottaire et a luy octroye le present 
pour servir et valloir a qui il appartiendra ce que de 
raison. Ce fut fait passd en lad* eglise du pryeure de 
St Michel du Wast , lesd. jour et an que dessus , en 
presence de Jacques du Crocq , greffier dud. lieu , et 
Pierre Dandres , clercq dud. lieu , temoins pris et ap- 
pel£s au deffaut d'un second nottaire , qui ont signe 
avec led. s r d’lmbretun et led. nottaire et plusieurs 
autres personnes apres lui avoir nottifle l’edit des Insi- 
nuations , la minute des presentes demeuree en l’estude 
dud. Correnson , nottaire susdits et soussign£s ; laquelle 
a estA deuement controlle par Ballenet. Ainsy signe 
Correnson. 

(Insinuat. Eccl£s. du diocese de Boulogne). 

Le procureur d'Antoine Al. Yaillant prend possession 
avec les ceremonies suivantes qui competent les ren- 
seignements de la piece precedente : 

« Michel Leveque , pretre habituA en l’eglise cathd - 
drale Notre-Dame de Boulogne , » a pris a au nom dud. 
s' Yaillant possession corporelle reelle et actuelle dud. 
prieure, par l’entree libre qu’il a faite en l’eglise pa- 
roissiale dud. lieu du Vaast, ouled. prieure est desservy, 
par le moyen de l’eau benilte qu’il a prise et dont il a 
aspergi les assistants , apres avoir a genoux adore le 
tres St Sacrement de l’autel , baize l’autel , sonne la 
cloche , touche le livre des SS. Evangilles , s’estre trans- 
porte aux lieux et bastiments dud. prieure , et fait toutes 
les autres ceremonies ordinaires et accoutumees. » Ibid. 
3 f£v. 1696. 

Jacques Ben, desserviteuc du prieur4 , charge de 



prendre possession pour Don Martin Lallier , sonne la 
cloche , puis fait sa priere au grand autel , chante le 
Veni Creator , « Le tout revetu de surplis et orne de 
tulle ; » apres quoi le notaire , « en presence des t£- 
moins et de la plus saine partie des peuples dud. lieu 
assemble en lad. 4glise au son de la cloche , fait lec- 
ture a haute voix des provisions et visa dud. prieure , 
et declare qu’il met et installe le s r Laillier en la per- 
sonne dud. Ben t en la possession dud. prieure. » a Puis 
led. notaire a reitere la prise de possession en la clia- 
pelle de Ste Yde attenante k lad. eglise , une des depen- 
dances du chef dud. prieure. » Ibid. 24 dec. 1729. 


Presentation a la cure de Boursin. 

Par devant les notaires royaux residens a Boulogne- 
sur-mer soussignEs , est comparu Dom Joseph de Fran- 
sure de Villars , prEtre religieux de l’ordre de Ciugny , 
demeurant ordinairement a St-Cliristophe pres Senlis , 
diocese de Beauvais , prieur. du prieure de St Michel du 
Vuast en Boulonnais , de present en cette ville , lequel 
en la dite qualite a nomine et nomine par ces presentes 
pour titulaire et cure de la paroisse de Boursin , et du 
bourg du Wast son secours, la personne de M* Jean 
Lorgnier , prStre et cure dud. prieure du Wast et de 
la paroisse de Boursin , pour par led. s r Lorgnier ac- 
ceptant en personne jouir du benefice desd. cures de 
Boursin et du Wast , vacans par la mort de M* Alexandre 
Bernard , en tous fruits , profflts et j revenus ordinaires 
et accoustumez , priant et requerant M” les grands vi- 
caires de ce diocese de l’y vouloir recevoir et admettre 
aux droits et profflts cy-devant dits , par la vacauce du 

7 



— 58 — 


dioc&se , et de luy en debvrer les lettres de provisions 
a ce n£cessaires. En foy de quoy led. s' de Yillers a 
sign£ aud. Boulogne ce 17* aoust 1724. Ainsy sign6 : 
D. Josephe de Fransure de Villers , prieur du Wast , 
prieur de Loche , et de St Christophe , J. Lorgnier , 
prfitre , Brisset et Moguion , avec paraphe , et en marge 
est 6crit : Control^ & Boulogne le 19* aoust 1724. Receu 
six livres , signe Lbeureux avec paraphe. Lecouvreur. 
(Ibid. 19 aoOt 1724). 




RECHERCHES HISTORIQUES 


SUR 


LA LEULE^K. 




RECUERCHES HIST0R1QRES 

SLR 

LA LEULENE , 

( Voie romaine de Tirouanne d Sangate et d WittantJ. 


I. 

ORIGINS DE LA LEULENE. 

Rome et Sangate 1 la capitate de l’ancien monde, 
la ville toute puissante et eternelle et la cbetive 
bourgade des dunes de la Morinie , Sand-gate (1), 

(1) « Sangate , en latin S angata , autrefois secours de St-Martin de 
» Sclives dont il ne reste plus aucuns vestiges tire sa denomination 
» et signifie en bas flamand , langage ordinaire du pais , trou de 
» sables, arenas foramen ... » 

(Petit Pouille du diocese de Boulogne; Lambert d'Ardjres). 

II est Rut plusieurs fois mention de St-Martin de Sclives dans 
le cartulaire d'Andre. Malbrancq en parle aussi comme £tant Tune 
des locality traverses par la Leulene et cette paroisse est indiqu^e 
sur la carte de Delisles. 

L'emplacement de l'^glise appartient aujourd’hui h un char- 
pentier. G'est prfcs de 1& qu’est 4tabli le telegraph© de Sangate* sur 
la ligna de Calais & Boulogne. 



— Ga- 
le trou ou la baie des sables , comme Toot appele 
ses anciens habitants ; ce sont Ik sans doute deux 
extremes bien opposes ! Extremes k tous egards , 
en effet , sous le rapport de la distance et de la 
position , comme sous celui de la grandeur de 
l’une et de l’eclat qui s’attacbe a son nom , du 
neanl de l’autre et de son obscurite. 

Et cependant , comme si ce vieil adage let ex- 
tremes se touchent devait toujours avoir raison , 
ces deux extremes) si opposes Rome et Sangate 
se touchaient en realite. 11s etaient unis par une 
chaussee la plus longue peut-etre de l’Empire. 

Cette chaussee c’est celle qu’on appelle encore 
aujourd’hui la Chaxmie de Brunehaut au-dela de 
Terouanne , et la Leulene, a partir de cette ancienne 
ville jusqu’au detroit. (1). Elle partait de Rome, 
passait a Milan , k Vienne en Dauphine , a Rlieims, 
a Cambrai, a Arras et a Terouanne. C’est ainsi 
qu’elle est indiquee sur les cartes et les itinerai- 
res de 1’Empire. C’est aussi dans cette direction 
qu’on la retrouve encore, sinon dans son inl6gri- 
te, du moins par tron$ons, dans ce long par- 
cours a travers la France et le nord de lltalie (2). 

(1) Leulene , Leuline , Leulingue , tel est le nom donee a ce 
chemin dans tous les terriers , dans tous les titres, dans les cou- 
tumes du comt£ de Gulnes et celles de la chatellenie de Tourne- 
hem et tel est encore le nom qu’il porte dans tout son parcours 
depuis Terouanne jusqu'a Sangate. 

(2) Cette chaussee est ainsi indiquee dans ritineraire d 'Antonin : 



Quant au prolongement de cello chaussee jus- 
qu’au point de la c6te oil est aujourd’hui Sangate, 
ii n’est pas 6galement indique sur les cartes et 
les itineraires , specialement destines, comme l’on 
sait, a servir de guide et a faire connaitre les 
principaux centres d’occupation oil les Romains 
enlretenaient des postes et des garnisons dans 
chaque contree. Or, comme les cdtes de la Morinie 
avaient pour chef-lieu Gessoriacum , appele depuis 
Boulogne , c’est la chaussee qui conduisait de 
T6rouanne 'a J cette ville qui est indiquee , du 
moins dans Fitin^raire d’Antonin , comme etant le 


Iter a portu Gessoriacensi... 

Tarvennam M. P. XVIII... 

A Ter venn a Durocortorhi (Rheims) : 

« Nemetacum (Arras) ; 

« Cameracum ( Garabrai) ; 

« August. Viromandorum (St-Quentin) \ etc. 

Suit la nomenclature des lieux par ou passe la chaussee depuis 
Rheims jusqu’i Mediolanum , Milan et de cette derni&re ville k 
Rome. 

Quant k la carte de Peutinger ou il n’y a aucune proportion gar- 
d4e , les lignes indiquant les chemins et les tours indiquant les 
villes y sont si singuli&rement placees , qu'on ne saurait dire si 
pour alter de Gessoriac a Tdrouanne il faut passer par Cassel , ou 
si pour alter k Cassel il faut passer par Tdrouaune. 

Quoijqu'il en soit , si sousj Tempire Romain la voie de Terouan- 
ne k Boulogne dtait le principal prolongement de la chaussee Bru- 
nehaut , on verra que dans le moyen-Age il n’en £tait plus ainsi ; 
que cette chaussee, au rapport dlperius, confirmd par une foule 
de documents, se continuait par la Leulene jusqu^ la mcr et k 
Wisstnt. 


— 64 — 


prolongement ou, si l’on veut , la continuation et 
I”extr6mit6 du cbemin de Rome au detroit de la 
Gaule. 

Cette absence d’indication sur les cartes et Ies 
itineraires m’avait d’abord porte k me poser cette 
question : Le chemin de T6rouanne a Sangate , la 
Leulene , comme on l’appelle depuis les temps 
les plus recules, est-elle la continuation primiti- 
ve du chemin de Rome , ou bien est-elle d’une 
origine plus recenle et posterieure k l’epoque 
Gallo-romaine ? 

Cette question je l’ai examinee autant qu’on 
peut le faire, en l’absence de tous documents con- 
temporains et precis, et je crois pouvoir en con- 
clure que, si cette section du chemin de Rome 
^tait, par rapport k celle de Terouanne a Boulo- 
gne, une voie secondaire, elle est neanmoins de la 
meme epoque que cette branche principale et le 
reste de la chaussee. 

Void sur quels indices je base k cet 6gard 
mon opinion. 

II existe a quelque distance de St-Omer, sur 
laLeulene, un hameau appeld Eiirihcm. Ce ha- 
roeau est mentionne dans une cbarte du cartulaire 
de St-Bertin a la date de 723 sous le noro de 
Stbato. Ces deux localit^s sont bien identiques , 
car il s’agit dans cette charte de la donation de 
Setque, Sethiaco avec ses adjacences, cum adja - 



eeneiit Kelmiat et Strato , c’est-k-dire Quelme et 
Estr6hem qui sont en effet voisins de Setques. 

Or Strato, qui dans la langue vulgaire de cette 
epoque devait se prononcer et s’lcrire Straet , est 
6videmment le mot latin Strata employ^ seul , dans 
l’usage , pour Strata via , chemin pave , chaus- 
s6e (1). 

11 s’ensuit done qu’en 723 la chaussee de Leu- 
lene, que nous verrons 6tre encore au douzikme 
siecle une route royale trks fr£quent£e , existait 
deja depuis assez longtemps puisqu’elle donnait son 
nom k une localile qui pouvait fetre deja tres-an- 
cienne et remonter , comme semble l’indiquer ce 
mot latin , au milieu des autres noms de lieux 
qui sont tudesques , k l’epoque gallo-romaine. Du 
reste, ce n’est pas basarder beaucoup que de le 
supposer ainsi , puisqu’il suffit pour cela d’en re- 
porter l’existence k trois ou qua Ire cents ans au- 
dela de cette epoque 723. 

Ajoutons qu’Estr£hem n’est pas la seule locality 
qui ait emprunte son nom k cette ebaussee. Depuis 


(1) Dans les chartes on omettait quelquefois le mot hem Equivalent 
au mot latin villa. C’est ainsi que nous trourons Tatinga villa , Hoc - 
kinga pour Tatinghem et Hockinghem . De mEme ici Strato est pour 
Strathem . Cette derni&re orthographe Etoit encore celle d ’Estrthcm au 
douziEme siEcle. Et en effet dans un aecord passE en 1260 entre 
Iterius , abbE d'Andre , et Guillaume , eh&telain de St-Omer , nous 
voyons flgurer au nombre des francs tchevins ou hommes de fief de 
la ch&tellenie de St-Omor> Walters b* Stkatum. 

8 



ce hameau jusqu’a Sangate , on compte deux Leu- 
linghem et quatre Leuline , Leulene ou Leulin- 
gue (1). Ce noin nous apparait dans les premieres 
chartes de l’abbaye d’Andre en 1084 et dansl’his*- 
toire ou les vies de saints , selon Malbrancq , ce 
que je n’ai pu verifier , des Tan 668. 

Voilk une premiere presomption en faveur de 
1’origine romaine de la Leulene ; en voici une se- 
conde : 

Cette cbaussee aboulissait a Sangate. Or , il y 
a quelques annees , on a trouv6 dans ce village 
des medailles a 1’effigie de 1’empereur Tibere et 
l’on pense generalement qu’au temps des Romains 
Sangate etait l’un des ports de la Morinie. 


(1) Voici quelles sont les localitts que traverse la Leulene depuis 
Sangate jnsqu'& Terouanne : 

Peuplingue , I’extremitc ouest de Coquelle et dc Frethuiv , les deux 
hameaux de Basse et Haute Leulikgue , sur St-Tricat , Boucre? , 
hameau de Haees , l’extremihS de Guines ou elle forme aqjourd’hui 
une partie du grand chemin de cc tt j ville & Ardres ; elle se separe 
dc ce chcmin entre Campagne et Balixghem , puis elle traverse le 
territoire de Ferlixghem , hameau dc Br&me , Lostebarne, Autingces, 
Louches , Zouafqves , Leclese , hameau de Tourkeheh , la ligne se- 
parative du territoire de cette commune d’avec celui de Nordausque, 
le territoire de Nord-Leulinghem ; elle laisse & droite le hameau de 
Culhem et Lifques, traverse l’extr^rait^ ouest de Cormette et Lec- 
line , hameaux de Zudausque , Estrehem, Wisque, Esquerde, Crehem, 
Bientque , Herbelle ct au Mont St-Jean elle se confond avec la 
chaussee de Boulogne k Terouanne. 

Je dois faire observer que Nordausque , jusqu’au XVI® sifccle , 
*'est ecrit Acsque, Elske , au XIV®, Eisseque , Aubseque ; ad XII*, 
El^ekk , en latin Elceka. C’est de ce mot Elceka que Malbrancq a 
forge celui dEiCA.N. 



— G7 — 

La tradition rapportee par Lambert d'Ardres a* 
douzieme sikcle vient k l’appui de cette opinion. 
Car , an dire de cet historien , a une kpoque re- 
culee qu’il ne precise pas , la mer a fait irruption 
k travers les dunes. Ses eaux en se repandant 
dans l’interieur des terres , comrae un lac , y for- 
mkrent un pottqui offrait une station sure et com- 
mode aux vaisseaux. Mais dans la suite , les sables 
en s’accumulant fermerent peu a pcu l'entree de 
ce bassin qui , etant ainsi isole de la mer , regut 
des anciens habitants de cette contree un nom quo 
Lambert rend en latin par celui de puteus (1). C’est 
sans doute le mot put qui en flamand signitie tout 
a la fois un puits , une fosse , un lac , une mare. 

La direction de la voie de Leulene sur ce point 
de la cdte ajoute un nouveau degre de vraisem* 
blance a l’existence de ce port. Ou plutot ce sonl 
la deux choses en quelque sorte correlatives. L’exis- 
tence de la chaussee suppose l’existeuce du port 
a priori , comme Torigine romaine du port, appuyee 
sur les medailles qu’on y a trouvees et sur une tra- 
dition du douzieme siecle , fait presumer l’origine 
romaine de la chaussee. 

Mais k ces donnees que nous fournissent l’his- 
toire , la tradition et 1’archeologie , vient sc joindre 
une autre presomption qui en est comme le 
complement et qui leur prete une force prcsque 


(l) Duchesne; Mnmn de Gaud et de G nines , pteuves, p. 113 et 1 1 H . 



— 68 


Equivalent® a une certitude ; c’est |e trace meme 
de cette ancienne voie en ligne droite et k trovers 
champs. C’est k ce signe Eminemment caractEris- 
tique qu’on a toujours distingue les voies romaines 
d’avec les autres grands chemins allant d’une bonne 
ville k une autre , mais en cotoyant ou en tra- 
versant toutes les petites villes , les bourgs et les 
villages qui se rencontrent dans leur parcours. 
C’Etait k ce signe aussi que le celebre Beaumanoir, 
qui redigeait sa coutume du Beauvaisis sous le 
regne de Louis IX , reconnaissait ces chaussees 
qu’il mettait en premiere ligne dans la division 
qu’il etablissait entre les differentes classes de 
chemins. 

« La quinte maniere de quemins qui furent faits, 
» dit ce savant bailli de Clermont, ce furent li 
» cemin que Julien-CEsar fit fere ; et cil quemin 
» furent fet k droite lingne es Hex ou ligne se 
» pooit porter sans empecquement de tres grant 
« montaignes, de rivikres ou de mares et de 
> soixante-quatre pieds de largue. » 

A ces soixante-quatre pieds de largeur prks, la 
Leulene reunissait en sa faveur toutes ces condi- 
tions. II s’en fallait bien du reste que les chaussees 
romaines fussent parvenues jusqu’au temps de Beau- 
manoir dans ces magnifiques proportions qu’i! in- 
dique. « Noz avonz parie de la division des que- 
» mins, ajoute-t-il quelques lignes plus bas, por 
» ce que noz regardons qu’ils sont> ne s’en faut 



» gaires , tout corrumpu par le couvoitise do cix 
■ qui y marcissent (qui en sont les riverains) et 
a par l’ignorance des sovrains qui les deussent fert 
a garder en leur larguece. » 

J’ai suivi la Leulene dans une grande partie de 
son parcours et j’y ai remarque deux clioses qui 
se represented constamment daus les m£mes cir- 
constances. G’est d’abord que dans les villages et 
les hameaux , oil elle est protegee par d’anciennes 
haies , elle est beaucoup plus large qu’en plein 
champ. Elle a meme conserve en plusieurs endroits, 
comme h Estrehem et a Louches , ses soixante- 
quatre pieds. G’est en second lieu que dans ces 
liameaux et ces villages elle a pour fond un em- 
pierrement de silex tellement compacte et solide, 
qu’on le croirait forme d’un seul caillou. 

Entre Sangate et Nord-Leulinghem , la Leulene 
ne presente que deux solutions de continuity : la 
premiere , a Guines , oil elle se confond avec le 
chemin de cette ville a Ardres , jusqu’a la hauteur 
de Balinghem ; la seconde , au-dessus de Welle 
oil, suivant l’expression des anciens terriers, « le 
» chemin de St-Omer a Tournehem vient entrer 
» dans la Leulene » et se confond avec elle jus- 
qu’a l’extremite du bois de le Lo, Mais arrive a 
la hauteur de Nord-Leulinghem , on rencontre 
d’abord une nouvelle lacune, et it parlir de ce 
village non seulement la chaussee est encore en 
plusieurs endroits supprimee, mais elle ne pre- 



— 70 — 

sente plus jusqu’k Cormette qu’un chemin vert 
ayant tout au plus la largeur d’une voie et reduit 
meme , en beaucoup d’endroits , k l’etat de simple 
sender. 

J’ai suivi cette partie de la Leulenne avec notre 
collegue , M. Edmond Liot de Norbecourt , qui 
connait parfaitement le pays et qui a bien voulu 
m’accompagner. Nous avons cboisi , pour faire 
cette excursion , une belle journce de janvier. 
Dans cette saisou oil les champs sont entierement 
nus , il nous a ete facile , en nous pla^ant sur la 
bauteur de Mentque et sur celle qui separe le 
val de Difques du val d’Inglenghem , d’embrasser 
le parcours de la Leulene dans un espace d’en- 
viron douze kilometres , depuis l’extremile du bois 
de le Lo sur le mont de Tournehem jusqu’a Cor- 
mette. Cette chaussee se dessine a travers champs 
comme une etroite ligne verte gravissant toutes les 
cotes et disparaissant dans les vallees. Elle forme 
differentes courbes qui toutes neanmoins se meu- 
vent , pour ainsi dire, sur un axe commun, sur la 
ligne droite qui separe ces deux extremiles, Cor- 
mette et le bois de le Lo. 

Yoici ce que nous avons principalement remarque 
dans cette excursion: 

Sur la pente meridionale d’u mont de Mentque , 
au sortir des riez de cette commune , le cote ouest 
de la Leulene est sillonne par une large rigole 
qui laisse a decouvert une couche epaisse et com- 



— 71 — 

pacte de marne entrcmelee de silex. Un peu plus 
loin , le chcmin tombe dans un ravin profond qui 
part de Culhem et se dirige vers Eperlecques. 
Nous nous ttions dit , en apercevant ce ravin qui 
forme une tranches profonde dans la Leulenne, 
que nous devions trouver sur ses bords les traces 
de l'empierrement de la chaussee. Notre espoir 
n’a pas ete trompe. 

Le cote meridional de la tranchde , form4e 
par le ravin , presente , a deux ou trois pieds au- 
dessous de la terre vegetale , une epaisse couche 
de silex entierement semblable a cede qui recouvre 
nos grands chemins. Nous en avons mesure la 
largeur et nous avons trouve qu’elle etait d’environ 
soixante pieds. Nous avons constate que cet empier- 
rement ne ressemble en rien au tuf qu'on ren- 
contre sous l’argile et la terre glaise. 

Plus loin , sur le versant nord de la colline 
septentrionale qui domine le val d’Inglinghem , le 
chemin est presqu’entierement laboure. La terre 
retournee presente dans cet endroit une zdne de 
marne d’environ soixante pieds de large au milieu 
de laquelle passe l’ancienne chaussee. La Leulene 
descend de la dans le val d’Inglinghem oil elle 
traverse le nouveau chemin vicinal de Nordbecourt 
k la grande route et elle se continue sans inter- 
ruption jusqu’a Gormette en passant a Test de 
Difques. 

Toutefois arriv£e sur la hauteur qui est au nord 



— n — 

de ce dernier village , la Leulene se confond avec 
un chemin de traverse allant de l’ouest au sud-est, 
l’espace d’environ cent metres , et & I’endroit ou 
ce chemin s’en s£pare, elle opere aa jonction avec 
un autre chemin vert venant en ligne directe de 
Bayenghem. Ce chemin, qui est designe dans les 
terriers du seizieme , du dix-septieme et du dix- 
huitieme sifccles et qai est encore connu dans le 
pays sous le nom de Petite Leulene , est aussi, 
selon nous , une voie d’origine romaine qui avait 
pour but d’etablir une communication per com- 
pendium entre Terouanne et le poste militaire de 
Watten, en ratlachant la Leulene a la voie de Bou- 
logne a Cassel , laquelle passait a Bayenghem-lcs- 
Eperlecques. 

Pour ceux qui ne connaissent pas le pays , la 
Petite Leulene semble etre la continuation de la 
grande parce que celle-ci , a l’endroit meme oil 
l’autre vient y tomber en ligne droite , forme un 
coude tres prononce en meme temps qu’elle se 
confond avec le chemin de traverse dont je viens 
de parler , de maniere a faire croire que cette 
section de la chaussee est la continuation du che> 
min de traverse. Aussi les ingenieurs qui ont 
dresse la grande carte de l’Etat-major s’y sont-ils 
laisse tromper. 11s ont donne la petite Leulene 
comme etant la continuation de la grande qui 
semble ainsi aller aboutir k Bayenghem. II en re- 
sulte que, sur cette carte, la Leulene pr^sente , 



— 73 — 

entre le fond de Difques et Nord-Leulinghem , 
sinon une solution complete de continuity , du 
moins plusieurs lacunes ; elle y est confondue avec 
tous les petits chemins ruraux qui la traversent ou 
s'y ramifient. A moins d’en bien savoir a l’avance 
la direction , il est impossible de la reconnaitre sur 
cette carte et de l’y demSIer au milieu du laby- 
rinthe que forment avec elle tous ces petits che- 
mins de traverse. 

Tel est l’ensemble des presomptions , pour ne 
pas dire des preuves, qui etablissent suflisamment 
a mes yeux l’origine romaine de l’ancienne voie 
de Sangate k Terouanne. J’ajouterai que cette ori- 
gine est generalement admise par les ingenieurs 
et les geographes , comme par les historiens , et 
que personne encore , que je sache , ne l’a con- 
testee. 

Je laisse de cdte toutes les hypotheses plus ou 
moins ingenieuses qu’ont baties au gr£ de leur 
imagination la plupart de ceux qui ont £crit sur 
l’histoire de cette con tree. On sait que tous les 
ports du littoral depuis Dieppe jusqu’k Gand ont 
dispute k Wissant 1’insigne honneur d’avoir ete le 
Portut Itius oil s’est cmbarque Cesar pour la 
Grande-Bretagne. Dans cette dispute plus litteraire 
qu’archeologique et oti l’esprit de locality et I’affec- 
tion pour la terre natale ont bien plus contribue 
k decider la question que la situation des Iieux , 
la logique des faits et rintkgr* impartiality de 

9 



— 74 — 

l’historien , le port de Sangate ne pouvait etre 
oublic. A l’avantage de la position sur tous ses 
rivaux il a a joule celui d’avoir pour lui l’opinion 
de Malbrancq. Mais malbeureusement cette opinion, 
<|ui ne repose d’ailleurs que sur de pures hypo- 
theses , doit perdre beaucoup de son autorite au- 
pres des hommes serieux quand on voit cet bis— 
torien , abusant d'une presque analogie de nom , 
placer Gessonuc dans un hameau de Blendecques 
a Sorieque , au fond de ce pretendu Sinus Itius , 
invention toute moderne dont Fetvmologie de l’an- 
cien nom de St-Omer , Silhiu , commentee it la 
facon de ces historiens du moyen-age qui voulaient 
voir parlout du Troyen , du Grec ou du Romain, 
a fait seule tous les frais. 

Dans ce systeme topographique , la Leulene qui 
aboutissait a Sangate, son port Itius, a lui 
Malbrancq , devait necessairement jouer un role 
cn rapport avec la celebrite de ce port, repute 
le plus frequcnte de la Morinie et le principal lieu 
de passage entrc les Gaules et les lies Britan- 
niques. Aussi 1’auteur de Morinis appelle-t-il la 
Leulene la Voie Itienne , Vi i Itiana , ou la Voie 
des Saints , Via Sanctorum , par allusion aux 
saints personnages qui l’auraient suivie pour passer 
dans la Bretagne , mais un peu sans doute aussi 
par une interpretation a sa manicre de ce nom de 
Sangate qui, independamment de son veritable sens, 
pouvait se preter a plusieurs autres significations 



— T6 — 

telles que San-Agathe , Sainte Agatlie (1 ) , ou 
San- Gate , ce dernier mot dans le sens de I’allc- 
mand gasxe, rue des Saints. 

Mais sans me jeler dans cc monde ideal et ima- 
ginairc , j’ai pense qu'il ne serait pas sans interct 
de faire connaitre quelles ont ete , si je puis m’ex- 
primer ainsi , les destinees de cette anciennc voie, 
pendant la premiere periode du moyen-age , les 
laits qui etablissenl la preuve de son declassement 
eomme route rovale et son remplaccment par 1’an- 
cien chemin d’Ardres, vers la fin du douziemc 
siecle, et enfin les causes qui ont amend ce chan- 
gement. 

Ces details m’ont semble moins indiffV“renls 
qu’au premier abord on pourrait le croire. Car 
un deplacemeut dans la circulation est toujours la 
consequence naturelle d’un deplacement analogue 
dans les centres de populations ou dans le com~ 
merce ou dans la prosperity des divers cantons 
d’une meme conlree ou enfin le resultat d’une 
amelioration et d’un progres. Cette observation 
paraitra d’autant plus juste , en ce qui concerne 
la Leulene , que ce n’etait pas , comme on le verra, 
meme dans le haut moyen-age , un chemin ordi- 
naire, mais une route internationale , dans le sens 
propre de ce mot , entre 1’Jtalie , la France et 
1’Angleterre. 


(1) Et en effet , d’a^res Malbrancq , Sangttte se serait appele tns?i 
Sainte Aynthc, 



76 — 


II. 

LA LEULENE JUSQU’a LA FIN DU DOUZl^ME SI^CLE. 

Le plus ancien historien qui fasse mention d’une 
manifere un peu precise du chemin de Leulene , 
c’est celui que j'ai d6ja cit4 , Lambert d’Ardres , 
qui , suivaut les indications qu’il nous fourait 
lui-m£me , a commence en 1160 a ecrire son his- 
toire des comtes de Gaines , qu’il a laissee ina- 
chevee vers 1209. Yoici comment s’ exprime cet 
auteur & l’endroit oil il raconte la construction d’une 
maladrerie avec une chapel le par Arnould de 
Markene (1) , autrement appele Arnould de Cole- 
wide, seigneur d’Ardres (vers 1157), a Lostbarne, 
hameau de Loucbes , que traverse cette ancienne 
voie. 

(1) Mark eke , en latin Markinium , que Duchesne et tons les his- 
toriens ont confondu avec Marck qui s’ecrivait au contraire Merck , 
Mercuritium , 4tait, d’apres les pouilles deg dioceses de Terouanne 
et de Boulogne, le lieu ou est actuellement l’eglise de Homes. Cette 
derniere locality etait alors environ deux kilometres plus has, a 
l’endroit appele aujourd’bui rue d* Homes , ou etait le chateau de ce 
nom. 

Suivant notre col leg ue , M. Dufaitelie , Markene etait St-Tricat , 
et l’eglise actuelle de Hames , Tancien village appele Fontaines * 
Mais cette opinion de M. Dufaitelie ne s’accorde pas avec les anciens 
pouilles citls ci-dessus ou St-Tricat est ainsi dt s : gne : Ecclesia sancti 
Nicasii in Fontenes , D’ou il suit que Saint-Nicas ou Nicaise , aujour- 
d’hui encore le patron de l’eglise , etait le nom de la paroisse de 
Fontenes et non pcs de Markene. — Quant k Colewide , dont le nom 
se retrouve dans Its terriers, e'etait un cbitoau-fort , situd au-dessus 
de Rodeliugliem. 



— 77 — 

■ Voyant quc tout lui avail prospere selon ses 
» voeux, Arnould, qui etait riche , n’oublia pas le 
» riche de l’Evangile ; il voulut plaire a Dieu 

» comme il avail plu en tout au monde et aux 
» enfants du siecle. A la sollicitatiou de sa ver- 

» tueuse epouse Adeline dout il tenait la seigneurie 
> d’Ardres , il fonda , dans le voisinage de cette 
» ville , une maladrerie , c’est-a-dire un hdpital 

» pour les infirmes avec une chapelle, sur la 

» Leodberne (1) qui etait k cette epoque une 
» route royale frequentee par une populeuse 
» multitude de passants. 11 dota cet etablissement 
» de reveuus pour y sustenter les malades ou le- 
» preux et la pourvut d’un aumonier pour en 
» desservir la chapelle. » 

Cette route royale, qui etait si frequence du 
temps d’ Arnould de Markene et que Lambert ap- 
pelle la Leodberne, est incontestablement la Leu- 
lene qui , ainsi que je viens de le dire , traverse 
Autingues et Lostbarne , a un kilometre au plus 
des reroparts d’Ardres. La chapelle fondee par Ar- 
nould existait encore au seizieme siecle. Elle est 
designee dans les titres sous le nom de chapelle 
de Locdebarne (2). Sur son emplacement s’eleve 

(1) Supra viam , tunc temporis regalem et populosd transeun - 

tium multitudine frequentatam , Leodeberk am.... (Lambert. Ardens. 
m M cap. 68). 

(2) Les denombrements des seigneurs de Rodelinghem , de Ferlin- 
ghem et de Landrethun , font souvent mention des terres appartenant 
a la chapelle de Locdebarne. Ges denombrements sont insert ts tout 



aujourd’bui one habitation a usage de ferine et 
de brasserie appartenant a M. Bremart , maire de 
Loocbes. Le cimetiere des ladres, qui porte encore 
ee nom mais qui est depuis longtemps a usage 
de pature , etait presqu’eo face , de i’autre cole 
du cbemin en tirant vers Ardres ; il est presqu’at- 
tenant aux glacis de cette ville. 

Joint a d’autres, ce renseignement eehappe par 
hasard a la plume de * I’bistorien est comme un 
trait de lumiere qui nous revele tout a la fois I’im- 
portance et la prosperity de la voie de Leulene 
anlerieurement au treizieme siecle , sa decadence 
et son declassement , a partir de cette meme epoque. 

Et en effet , il resuite positivement de ee recit 
de Lambert d’ Ardres que, vers la moitie du dou- 
zieme siecle , la Leulene etait une route royale , 


an long dans le registre des fiefs de la cbitellenie de Toqrnehem, 
dresse par le procureur fiscal , Jehan de la Caurye , en 1543. — 
(Archives de Toumehem , registre n° 71 # eottt hhh. Voir ce que 
j'en ai dit dans la deuxicme livraison du Bulletin historique). Ce 
registre est trfeg precieux pour determiner la veritable position de la 
Leulene. Car il comprend tons les villages , les seigneuries et les 
fiefs que parcourt ce chemin , dans une etendue d’environ six lieues, 
depuis les possessions anglaiscs , au nord de Rodelingbem et Fer- 
lingbeui , jusqu'au-dela de Cormette. La Leulene remplit dans les 
titres un double rile, d'abord comme tenant et aboutissant et en- 
suite pour la fixation des droits de relief qui, aux termes de Particle 
22 de la coutume de la ch&tellenie de Tournehem, sc payaient a 
raison de XU sous pour ebaque mesure de terre situee a Test de la 
Leulene , et dc VIII sous seulcmeut , pour ebaque mesure situee a 
iouest. 



— 79 — 

el une route royale frequentee , suivant l’expres- 
sion de cet historien , par une populeuse multitude 
de passants , populosd transeuntium mulliludine ; 
que ce fut meme la uo des motifs qui porterent 
Arnould de Markene dans un esprit de charitd 
chretienne a elever sur ee cliemin une mala'drerie, 
en meme temps que son suzerain immediat , Ar- 
nould de Gand , en fondait une autre a deux lieues 
de la a Espelleke, l’un des faubourgs de Guines (1). 
Or , quelle etait la cause de ce grand mouve- 
ment qu’on remarquait a cette epoque sur le che- 
min de Leulene? C'est ce qu’il n’est pas indifferent 
de recliercher. Ce n’etait pas assurement le port 
de Sangate qui n’existait plus depuis longlemps 
et qui etait a cette epoque, suivant l’expression 
de Lambert lui-meme , un lieu obscur et ignore, 
sine nomine locus. Ce n’etait pas non plus la pe- 
tite ville de Guines qui n’avait rien qui put attirer 
un aussi grand nombre de voyageurs. 

La cause de ce grand mouvement c’ etait le port 
de Wissant , le Portus Itius de Cesar , le port 
britannique , comme l'appelle Lambert. Wissant , 
ou plulot kPisan , dont Cesar n’a fait que defigurer 
le nom gallo-belge (2) , avait toujours conserve 

(1) Arnould de Gand , neveu et successeur de Mauasses , etait ie 
7* comte de Guines. — « Sub eodem autem temporis cursu , Amoldus 

» comes instauravit et ipse pauperum xenodochium et lepro - 

» sorum extrd Ghisnas apud Spellekas.... » (Lamb. Ardens , ibid, 
cap. 69). 

(2) Wisan dont Ctsar ria fait que defigurer le nom gallo-belge ; 



le monopole da passage en Angleterre que lui 
donnait naturellement sa position sur le point le 


ceci a besoin d'une explication. — Au dixifeme sifccle , Flodoard et 
Richer (voir le t. V du monument . collect. Allemand. , p. 385 et 
589) eppellent Wissant Portus Guisus. Ce dernier mot est 6videm- 
ment employe poor Wisus et la termination latinc us a ete substitute 
par ce# chroniqueurs k la terminaison teutonique an que remplace 
aujourd’hui en allemand et en flamand la terminaison en. Aussi , 
M. Guizot a-t-ii traduit ce mot Guisus par W isan . II suit done de 
la qu’il faut considerer le mot Wissant corame ttant formt du ra- 
dical Wit et de la terminaison an qui ttait muette dans la pronon- 
ciatiou , comme la terminaison en dans Wat ten , Bergen , etc , qu’on 
prononce , malgrt cette orthographe , Watte , Bergue , etc. — Or si 
Wissant devait s’ecrire W isan et se pronongait primitivement Wise , 
il est facile de s’expliqner que Cesar , peu familier avee le W teuton 
et gallo-belge qui etait etranger a sa langue, ait neglige cette lettre, 
comme le suppose le savant Ducange , dans sa dissertation manus- 
crite sur le Port Itius , et que, latinisant ce nom comme s’il s’etait 
6crit simplement Iss en y ajoutant la terminaison ius , il en ait fait 
Itius ou Iccius. C’est ainsi qu'en frangais nous avons fait Odin de 
Woden , Eustache de Wistasse , Eussy de Wilciacus, etc. Mais dans 
la suite , les Romains , plus familiers avec l'ididme de nos aieux , 
rendirent le plus ordinairement le W par un G ; e’est ce que con- 
tinuerent k faire non seulement les chroniqueurs qui se piquaient 
d'une bonne latinitd , mais les romanciers eux-mtmes , et par ce mol, 
j’entends les auteurs qui tcrivirent dans la langue romane , origine 
premiere de notre langue frangaise. C’est ainsi que dans le manuscrit 
anglais de la chronique des dues de Normandie , ecrite vers 117# 
par le trouv&re anglo-normand Benoit , nous trouvons ce vers : 

A Dovre passa de WisgANT. 

Mais dans le manuscrit frangais de la biblioth&que de Tours, le 
W est rcmplact par un G et VS par un N: 

A Dovre passa de GuiNgANT. 

La charte de Guillaume Cliton , en 1127 , conserve encore k ce 
nom son ancienne terminaison , apud Wits ah. En patois on prononce 
Wissein , en faisant sonner la derniere syllabe comme dans le mot 
dessein. Si Ton me demandait pourquoi cette terminaison s’est main- 



plus rapproche des c6tes britanniques. Sa celebrity 
sous ce rapport, pendant la premiere periods du 


tfcnue , tandis <|ae celle des notns de Desvrene , Wellerte , Yeuzene* 
etc. , qu’on prononce et qu'on 4crit mjourd’hui Desvres , Welle * 
Yeuze , a disparu , je r^pondrais avec Horace , ainsi Va voulu l’ usage ; 

a «... Si volet usus 

» Quem penes arbitrium est , et jus et norma loquendi. » 

C'est ainsi que nous pronongons la termaison ent dans les mote 
eon fluent , Evident , excellent , etc, , tandis que nous ne la pronon^ont 
pas dans les verbes ils confluent , ils evident , ils excellent . 

Quant k l’etymologie du mot Wisan y suivant moi, elle est fort 
simple. G’est notre mot huis que Beaumanoir ^crivait encore par un 
\\ au douzi^me sifccle , Wis , en italien uscio et en latin ostium * 
signiflant, comme ce dernier, porte et embouchure d 9 une rivitre, Havre* 
baie , Les mots flamands wyck, inwyck ont encore cette demure 
signification. De Ce mot on a fait en fran$ais guichet , issir et issue* 
en italien uscire , uscita j ce qui prouve l’identitl du radical et rient 
confirmer ce que j'ai dit plus haut sur la formation du mot ltius 
que G6sar a Ccrit ainsi au lieu de Wissius , comme nous avons fait 
issir , issue , au lieu de w issir 9 w issue* Wisan plac4 k i'embouchure 
du riu de Sombre signifiait done le lieu, la bourgade du Havre • 
C’est ainsi qu’on disait autrefois 1'ww ou Vhuy de Waldam, pour 
designer le petit port que formait en cet endroit un ruisseau sa 
jetant dans la mer. 

Le po&te Le Nort a m£me era voir dans cet wis de Waldam le 
Portus ltius et dans le nom d'Oye une alteration du mot voie , in* 
diquant que c’6tait par ce Tillage dont dlpendait le petit port de 
Waldam , qu’avait lieu le passage* Voici en effet comment il g’e*» 
prime s 

<c Le village , encor aut de Waldam nomm4 Oye 
» Se dCpouillant <Tun V pour ne plus dire voie-.. » 

11 est a remarquer du reste que sur toute la cdte du d£trOit il 
n’y a pas une embouchure de rivifere ok l’on ne trouve un nom de 
lieu en wis , ghis ou wick. Wis-an k l’embouchure du riu de Sombre* 
W is-mille , Wis-mereux , k I'embouchure de cette riviere, Ghis-oriakon 
( dans Ptollmle ) i l’erobouchure de la Liane > Quant-wick , k I'ern- 

10 



moyen-age, est un fait trop connu pour avoir besoin 
d’etre demontr£. 

Or , la Leulene qui , en se continuant par la 
chaussee de Brunehaut, traversait la France et 
conduisait en AUetnagne aussi bien qu’en Italie , 
aboutissait a Wissant par deux embranchements 
dont 1’un , qui est aussi & mes yeux d’origine 
romaine, prend naissance un peu au-dessous de 
Landrethun et l’autre , d’une creation beaucoup 
poster ieu re , a Guines (4). Iperius , qui attribue 


bouctaure de la Ganche et de l’autre cdte du ddtroit Sand-wick qu’on 
prononee Sand-ouiche. Nous avons vu quelle 4tait la signification de 
Wisan. Les autres noms peuveut se traduire ainsi : le moulin , le 
he du havre ou de la baie , le chef-lieu dee havres , le hdvre ou 
la baie de la Canche , le havre des sables . 

Je ferai remarquer encore que les autres ports du littoral ont une 
signification analogue , tels que Sand-gate , la baie des sables , Ca- 
lais et Escalles des mots cale et escalle qui en terme de marine 
s’emploient encore dans le sens de crique , anse. Ambleteuse , au- 
trefois Amfleat du verbe anb-leiten , conduire dedans , signifie em- 
bouchure. Les endroits de la cote ou se jettent les ruisseaux de moindre 
importance , prennent en general le nom de cren y synonime de 
ms et de gate , mais indiquant une plus petite ouverture . a Le littoral , 
» dit M. Harbaville , est coupd de dix-sept ruisseaux ou ravines qui 
» se font jour & tracers les dunes et les falaises et qui sont appeles 
» ru , riu et even . » J’ajouterai que de Calais i Audresselle , dans 
un espace d’environ cinq lieues, on compte huit points de la cdte 
$ui portent ce nom de Cren . 

(1) La premiere de ces voies conduisant , per compendium , de la 
Leulene et de Landrethun k Wissant , ressemble , sous tous les 
rapports , a la Leulene : m&me direction en ligne droite h travers 
champs et sans deviation vers les villages voisins ; m£me largeur 



— 83 — 

la construction de la Leulene et celle de la voie 
de Terouanne a Cambrai a la reine Brunehaut, 
nous dit en effet que cette chaussee conduisait a 
la mer ( c’est-a-dire b Sangate ) et It Wissant : 
« Stratam publican de C&meraco ad Atrebatum , 


dans les lieux habites el mime empierrement qui se rcmarquc encore 
a la descente du mont de Fiennes. 

Quant a la seconde qui ne presente pas les memes caracteres , 
elle a d& ctre creee pqr les comtes de Guincs , dans un double but : 
afin d’avoir pour eux-memes une voie directe de Guines k Wissairt, 
et ensuite pour centraliser en quelque sorte le droit de travers , 
qu'ils faisaient payer, dans leur ville. La premiere voie n’etant plus 
entreteuue , on dut done passer par Guines. 

A ce premier tribut , les comtes de Guines , dans lc principc , 
en avaient ajoute un autre , le droit de sauf-conduit , que devaient 
payer les voyageurs qui voulaient etre preserves des attaques d’une 
bande de brigands qui , ayant etabli leur repaire dans la foret dc 
St-Inglevert que traversait le chemin dc Guincs A Wissant , deva- 
lisaient les passants et quelquerois les assassinaient. In illo etenim 
loco , dit Lambert d’Ardres , si quid vero creditur , inspiliatores , 

( PROPTER QUOS APUD GhISNAS TRIDUTLM , UT AlUNT , PR1MO COXSTITL’M 
f.st et solltum ) , olim in concavis terree locis et in abscond it is 
latitantes et transeuntibus quibuslibet insidiantes aliis onus decu- 
tiunt , aliis gestatoria deripiunt , aliis mortem comminantur , non- 
null is etiam , ablatis rebus , rumphoeis et oceultis spatulis vel cani- 
pulis sicut siccarii , imb verb siccarii , mortem ingarunt . — Quelques 
lignes plus haut , Lambert d'Ardres appellc St-Inglevert , dont le 
veritable nom Itait Santinghevelt , un lieu couvert de b.ois , locus 
nemorosus . 

GvS brigands furent expulses, vers le milieu du onzieme siecle , 
par Oylard de WimiUe qui etablit un hopital pour . les voyageurs sur 
les bords memes du chemin , inter Ghisnas et Witsand. — Si ces 
faits sont exacts , ils font naturellement suppose r que , si les comtes 
de Guines n’etaient pas d’intelligeiice avec les voleurs, ils les tole- 
raient du moins dans l’interet de limpet qui leur cn reveuait. 



— 84 — 

> hint ad Morinum et usque in mare, usque ad 

• With-sandum fecit, que Calceia Bruneehildis 

• nominalur usque in hodtermm diem. » De son 
cdte , Guillaume d’Andre qui ecrivait sa chrooique 
environ un siecle et demi avant Iperius , appelait 
le chemin de Leulene qui passait a deux kilome- 
tres au plus k l’ouest de ce monastere , « la chaus- 

» SEE PUBL1QUE ALLANT DE FnANCE EN AnGLETERRE , 

• stratum publicum d F rancid tendentem in Angliam. » 
Ailleurs lorsqu’il parle de la construction d’une 
aumdnerie dans le monastere d’Andre , par Gille- 
bert , son premier abbe , il dit que cet hospice 
etait specialement destine * aux pauvres pelerins 
» qui passaient d’un royaume a l’autre et d’une 

• nation cbez un autre peuple : ad opus paupe- 
» rum peregrinorum et de regno in regnum et de 
» gente ad populum alter um Iranseuntium. » II ap- 
pelle plus loin l’embranckement de la Leulene. qui 
conduisait a Wissant; « le chemin de la Mer > 
via Maris. 

J’avais done raison de dire que la Leulene etait 
une route inter-nationale dans le sens propre de 
ce mot. 

De lk cette populeuse multitude de passanls , sur- 
tout pendant le douzifeme siecle qui , il ne faut 
pas l’oublier , fut celui des croisades et des pele- 
rinages. 

Cette expression de 1’historien des comtes de 
Guines n’a rien d’exagere , mcme pour les temps 



— 85 — 

qui lui sont anterieurs. Car avant son epoque , 
surtout pendant les deux siecles qui ont suivi le 
regne de Charlemagne , alors qu’il n’y avait au- 
cune police sur les chemins , infestes d’ailleurs par 
les Normands, les voyages de long cours ne se 
faisaient que par caravanes. Les particuliers qui 
n’avaient pas de suite , attendaient sur la route le 
passage de ces societes de voyageurs auxquelles ils 
se joignaient. Souvent meme une caravane s’unis- 
sait a une autre , lorsqu’elles se rencontraient, et 
elles cheminaient toutes deux de compagnie jusqu'k 
l’endroit ou chacune d’elle devait changer de di- 
rection. C’est ainsi que dans une histoire des mi- 
racles de St-Bertin , ecrite vers 900 , nous voyons 
un jeune novice du monastere de Sithiu, qui vou- 
lait aller a Rome , attendre le passage d’une ca- 
ravane d’Anglais ou Saxons d‘ outre-mer , comme 
les appelle l’hagiographe , et se joindre k elle. Ces 
Anglais suivaient le chemin de Leulene qui etait 
d’ailleurs le plus direct vers 1’Italie, car ils pas- 
serent a Langres qui se trouve en effet dans le 
parcours de celte ancienne voie. Arrives au-dela 
de cette ville , ils rencontrerent une autre cara- 
vane composee de marchands de Verdun qui se 
rendaient en Espagne pour leur negoce. Ces deux 
societes de voyageurs se reunirent et firent route 
ensemble jusqu’a l’endroit ou le chemin de 1’Es- 
pagne se s^parait de celui de l’ltalie (1). 


( 1 ) « At non Ion go post toedere ccepit , professusque est cordi sibi 



— 86 


Les bourgeois de St-Omer en particulier fre- 
queutaient beaucoup le port de Wissant , com me 
le prouve la charle qui leur fut octroyee par Guil- 
laume Clitou en 4127. < Si je me reconcile avec 
» Etienne, comte des Boulonnais , porte l’art. 47 
» de cette charte , je ferai inserer dans 1’accord 
» qui interviendra entre nous l’exemption a votre 
» profit du tonlieu et du sewerp ( rejet de mer , 
• c’est-a-dire le droit d’epave) a Witsan et dans 
» toute sa terre. » II est evident que si les Au- 
domarois n’avaient pas frete des vaisseaux a Wis- 
sant en destination pour l’Angleterre , Guillaume 
Cliton ne leur aurait pas fait cette promesse. Et 
en effet , dans la vie de St-Bernard le Penitent, 
ecrite au douzieme siecle , nous voyons des mar- 
chands de St-Omer parcourir les cdtes d’Angle- 
terre sur leurs vaisseaux pour y faire des echanges 
ou debiter leurs marchandises et aller de la dans 
les ports de l’Ecosse exercer le meme trafic (1). 

II est h croire que les cites industrielles d’Arras, 


» fore Romam pretendi. Acceptdque licentid , junxit se Saxonibus ultrb 
» marinis Romam pergentibus. Cumque und cum illis pervenisset ultrd 
» Lingonum civitaicm consociaver unt se eis Viridunenses negoiiatores 
» eamdem viam tendenies usqub ad diverticationem vice ducentis 
» Hispaniam. n (Vit. S u -Bert. cap. 3S ). 

(1) Lc livrs des coustumes de la contd de Guisnes , que la Societe 
des Antiquaircs de la Morinie fait imprimer en ce moment, nous 
donnc une idee des marchandises qu'on importait d’Angleterre et qu’on 
en exportait. Ce sont des laines , des draps de St-Omer , de Douai, 
du Brabant , de Flandres , des couvre-chiefs , des peaux de mouton, 
des chcvcux , etc. 



— 87 — 

de Verdun , de Reims et une foule d’autres fai- 
saient un commerce du meme genre avec la Grande 
Bretagne. Ce commerce donnait nlcessairement 
beaucoup de vie et d’activite a la Leulene , k la 
route royale qui conduisait de toutes ces villes , 
suivant l’expression de Lambert, au port britan- 
nique , britannicum apud portum , c’est-k-dire Wie- 
sant. 

Parmi les personnages les plus celkbres qui ont 
suivi cette chauss6e soit pour vcnir en France, 
soit pour passer en Angleterre , l'histoire fait men- 
tion de St-Dunstan , St-Anselme, St-Thomas et 
Richard , tous quatre archeveques de Canterbury, 
Alfred Afire , fils d’Etbelred , roi des Anglo-Saxons 
lequel , 

a A Dovre passa de Wisfant, » 

Louis Vll et Louis Vlll , rois de France. 

Au rctour de son exil en 1169, St-Thomas de 
Canterbury prit cette voie pour aller a Guines et 
s’embarquer ensuite a Wissant. Sur Tinvitation du 
comte Bauduin II , Pierre , abbe d’Andre , 6tait 
alle processionnellement avec toute sa communaut6, 
k la rencontre de cet illustre pr6lat jusqu’k St- 
Omer. Arriv6 k la hauteur de l’abbaye d’Andre, 
ce saint archevgque , a la prifere de l’abb6 , se 
tourna vers le monastere et , levant la main vers 
le ciel , il le benit. Depuis ce jour , dit Andre de 
Marehiennes, Dieu entoura ce lieu de ses graces 
et de ses benedictions : Ad petitionem m item ab» 



— 88 — 

batit , dum a parte oeeidentali hujus loci per stra- 
tum publicam iter faceret , elevatd dexter d 

locum hunc benedixit , etc. 

Aussi la Leulene 6tait-elle d’un grand revenu 
pour Ies comtes de Guines , a cause des droits 
de tonlieu et de travers qu’ils percevaient sur tous 
les voyageurs et les marchandises. Ces droits do* 
vaient 6tre assez onereux , car nous yoyons Ar- 
nould 1 er , aulreraent appele Arnould de Gand, 
en exempter , comme une grande faveur , par une 
cbarte de 1 451 , les abbes de St-Bertin pour eux 
et pour tous ceux qu’ils jugeraient a propos d’en- 
voyer en Angleterre. Ce comte accorda une pareille 
exemption aux abbes de Clairvaux et de Clair- 
marais pour tous les droits , est-il dit dans la charte, 
qu’on exigeait de ceux qui passaient en Angleterre 
ou qui en revenaient : qua d Iranseunlibut in 
Angliam , site redcuntibus exigitur. Le cbemin de 
Leulene et le port de Wissant devaient etre aussi 
tres-frequentes par les Anglais eux-memes , car en 
1213, lorsque Fernand, comte de Flandre , en- 
vahissant le comte de Guines, se fut empare de 
cette ville , les Anglais de son armee , au rapport 
de la chronique d’Andre et de St-Bertin , brute- 
rent le chateau de Guines , par ressentiment , k 
cause du droit de passage qu'ils y avaient long- 
temps paye. 

Ainsi c’etait Wissant , le port breton , le Portus 
ltius de Cesar qui faisait la fortune de la Leulene, 



cette vieille cbaussee construite , suivant toutes les 
apparences , par les empereurs romains. Mais a 
la fin du douzieme siecle les choses avaient d6ja 
bien change de face , et cela par des causes qui 
sont faciles a deduire. 

D’abord la fondation d’Ardres, vers 1069, avait du 
naturellement creer une voie de communication plus 
directe entre celie ville et Guinea, comme aussi entre 
eette meme ville et St-Omer. 

En meme temps que la fondation d’Ardres plagait 
ainsi , en dehors de la ligne traversee par la Leu- 
lene , un nouveau centre de population , Calais 
qui , au onzieme sifecle , n’etait encore qu’un petit 
port dependant de Petresse (St-Pierre) avait pris, 
vers la fm du douzifeme , un developpement qui 
devait bientot en faire le principal port du detroit 
et la clef de la France (1). 


(1) Rien n’est plus authentiquement constatd que le prodigieuz d^relop- 
pement que prit Calais dans l’espaee d'un demi-si&cle. 

D’apr&s une charte de Manass&s, comte de Guinea, Calais, en 1124, se 
confondait encore avee Peterse (St-Pierre). 

En 1181, les Calaisiens obtinrent une quore ou Ichevinage k part et la 
banlieue de eette tille est limitde au eimetiire de St-Pierre. 

En 1190, ils obtiennent la permission difaire un port dans lbur ville; 
en 1196, cello de se eonstruire une Guildhalle, mi h6tel-de-ville. 

En 1200, leur echevinage est enfln s^pare de eclui de la terre de M&rch 
qui comprenait quatre villages. 

En 1228, leur ville est fortifies par leur seigneur, Philippe le Hurepel, 
frfere de Philippe-Auguste et comte de Boulogne. 

Get accroissement ai rapide couta cber k Calais, car nouO voyons, d'apr&l 

12 



— 90 — 


A cote de Calais , Thierry d’Alsace venait de 
creuser le port de Gravelines et de canaliser FAa 
qui mettait ce port k la portee de St-Omer. 

Quant a cette derniere ville , qui s’6tait aussi 
considerablement developpee depuis deux siecles , 
a tel point qu’elle 6clipsait deja depuis longtemps 
la vieille capitate des Morins , tout k la fois comme 
place de guerre et comme cit£ marchande, elle 
se trouvait , par rapport k la voie de Leulene , 
dans une position analogue et tout-k-fait corres- 
pondante a celle d’Ardres et de Calais. II en etait 
de m£me , plus avant dans l’interieur , des villes 
egalement modernes d’Aire , Lillers et Bethune 
qui s’eloignaient encore davantage de l’ancienne 
chaussee. Celle-ci , qui avait ete particulierement 
construite dans cette direction pour relier entr’elles 
la cite des Atrebates et celle des Morins et pour 
eommuniquer avcc un port qui n’existait plus, de- 
vait perdre de son mouvement et devenir moins 
frequence au fur et a mesure que les nouvelles 
villes de l'Artois et de 1’ancienne Morinie s’ele- 
vaient et acqueraient de (’importance. 

Toutefois 1’avantage qu’avait la Leulene par son 
embcanchement avec Wissant de relier I’Angleterre 
avcc l’ltalie et I’Allemagne par plusieurs autres 


les archives d ’Artois, oil se trouvent tous leg actes dont je viens de parlcr, 
quc le magislrat de eette ville dut emprunter frequemracnt, dang le courg 
du XIII* siecle , des sommcg d’argent assrz iruportantes a des bourgeois 
d’Arras. (V’. i invent ni re des chart as d’ Artois, par de Godefroy ). 



— 91 


embrancbemeuts et de traverser toule la France; 
joint a cela que ce cbemin etail parfaitement entretenu 
par les comtes de Guines qui avaient interet a le 
faire et que d’ailleurs les habitudes une fois prises, 
surtout quand elles sont aussi anciennes, ne se 
perdent pas facilement , toutes ces circonstances 
avaient seules preserve la Leulene de l'abandon 
qui la menagait. 

Mais quand Wissant eut ete depossede de ce 
jponopole du passage dont il jouissait depuis tant 
de siecles ; quand Calais et Gravelines,' parlageant 
avec lui ce privilege, eurent attire a eux le trans- 
port exclusif des marchandises dans toute la con- 
tree situee & Test de la Leulene , contree qui etait 
sans contredit la plus commergante ; quand une 
voie de communication plus directe , l’Aa pour 
Gravelines et le cbemin d’Ardres pour Calais , 
eurent mis ces deux ports en relation avec les 
villes de I’interieur ; quand Paris , d’autre part , 
fut devenu le centre de toutes les routes royales 
tant pour l’interieur de la France que pour l'elran- 
ger ; que Philippe-Auguste , revendiquant la pro- 
priete des grands cbemins du royaume et se char- 
geant de leur entretien , eut investi des commis- 
saires royanx ( missi dominici ) du droit de regler 
tout ce qui interessait la stabilite et la surele des 
routes (4 ) ; quand enfin , a la meme epoque , des 


(1) Cotelle, droit admi nisi rati f } t. l 9r , p. 224. 



— 9* — 

corporations religieuses s’&ant form£es sous le 
nom do Frbe s pontifex , c’est-i-dire faiseurs de 
ponts , eurent pris a charge d’etablir des ponts 
ou des bacs aux points de passage les plus fre- 
quents des fleuves (1) et qu’ainsi de nouvelles 
voies de communications allant d’une province a 
une autre eurent avantageusement remplace les 
chaussees romaines considerablement deteriorees sur 
plusieurs points , faute d’entretien, et ne repondant 
plus d’ailleurs aux besoins . de l’epoque , & eaus( 
de leur direction a travers champs et loin des 
villes populeuses qui depuis s’etaient parlout 6le- 
vees ; — e’en fut fait de la voie de Leulene. Wis- 
sant, par suite de cette force des habitudes dont 
j’ai deja parle , lui survecut encore pendant en - 
viron un siecle el derni, comme port de traversee, 
pour les Anglais qui venaient en France et les 
voyageurs qui passaient de France en Angleterre. 
Mais ce port n’etait plus que l’ombre de lui-meme. 
Deja, des le commencement du quatorzieme siecle, 
Calais etait en possession de fournir a l’Artois ses 
vins et les autres denrees qui venaient par mer 
et se consommaient dans cette province. C’est ce 
que prouvenl les comptes des baillis de St-Omer 
a cette epoque (2). Les chartes par lesquelles 

(1) Cotclle ibid. 

(S) Miscs etcommuns despeng (1332). 

« Pour 111 tonnes dc vin blanc accatdes a Calais par le bailly, XVIII 1. 
» la tonne et pour une tonne de vin vermeil accatde ft memo par le dit 
» bailly, XLl liv. Xu.... 



— 93 — 

Richard Coeur-de-Lion, Jean-sans-Terre ct Henri III, 
accorderent aux Calaisiens le privilege d’etre trails 
dans tous les pays de leur domination, com me 
leurs propres sujets , prouvent m6me qu’il y avait 
deja plus d’un siecle que les marchands de Calais 
etaient en relation de commerce , pent-tore moins 
encore avec l’Angleterre qu’avec le Bordelais , 
province qu’Eleonore de Guyenne avait apport£ en 
dot a Henri II (1). 

II me resle main tenant k parler de 1’ancien che- 
min d’Ardre3 qui , dans cette contree , a succede 
a la Leulene, et a exposer en peu de mots les 
faits qui toablissent ce deplacement dans la circu- 
lation , du vivant meme de Lambert d’Ardres. 

» 1311. — Pierre de la Mallifcre, baillj de St-Omer pour VI tonnes de 
» tin vermeil accatees k Calais pour lui k Willaume Renaud IX lib. la 
» piece, dont II des tonnes furent mises k Tournehem , II tonnes k la 

» Montoire et II autres tonnes au eastel de Ruhout etc. a 

(Registrc original appartenant k M. L* de Givenchy). 

(1) Les Calaisiens se livr&ient deji au commerce des vins d&s le com- 
mencement du XIII* siecle. Car en 1229 ils rachet&rent leur ville des 
mains de Fernand, comte de Flandre, qui menac&it de la bruler, moyen- 
nant mille cinq cents livres et 20 tonnes de tin , pretio mille quingen - 
tarum librarum et viginti doliohum vini. Mais il ne devait pas en etre 
ainsi au siecle precedent , car les moincs d'Andre, si voisins de Calais, al- 
laient faire leurs provisions de vin k St-Omer, oft ces liquides arrivaient 
sans doute par Gravelines. Ces vins etaient transports dans des outres o& 
tonneau x ferres que les moines envoyaient k qet effet k St-Omer : litres 
vel cadi fert'ati mittebantur. (Chronic. Andrens. Spicii Achery , t. 9). 



— 94 — 


III. 

ANCIEN CHEMIN D’ARDRES QUI A REMPLACE LA 

LEIILENE COMME ROUTE ROTALE. — ETYMOLOGIE 

des mots Leuleingue et Bruneh ut. 

On a du remarquer dans le passage que j’ai 
cite plus haul que, quand il fait mention de la 
Leulene ou Leodberne comme etant une route 
royale tres frequeritec , Lambert d’Ardres parle an 
passe. 11 fait allusion & un etat de chose qui exis- 
tait du temps d’Arnould de Markene tunc temporis, 
et qui par consequent avail deja cesse a l’epoque 
oil il ecrivait. Iperius s’ exprime egalement au passe 
quand il raconte qu’en 1213 les Anglais de l’armee 
de Fernand brulerent le chateau de Guines pour 
se venger de ce qu’ils avaient ete forces longtemps, 
lonrjo tempore, d’y payer le droit de travers(l). 

Les faits qui suivent viennent prouver que deja 
k cette epoque , Uancien chemin d’Ardres avait 
remplace la Leulene. 


(1) Anglici illius exerctius castellum Ghisnense c ombusserunt in ultio- 
nem , quia ibidem-iongo tempore passagium solvere cogebantur, (Cbro- 
nicon Sithicnse ad ana. 1213). 

Oppidum Ginensc, cum castello et mansionibus comitis evertit et com- 
bussit et ad hoc faciendum omnes Anglicos in exercitu commorantes p 
pro eo quod tarn ipsi quam eorum compatriota: in eodem castro peda - 
gium scepius persolverant , quasi in ultionem sui crudeliter as civ it et 
gvocavit, (Cbronicon Andreuse ad ana. 1214). 



Vers 4174, Pierre, abbe d’Andre, que ses af- 
faires appelaient souvent a Terouanne et k St-Omer, 
traversait frequemment le Tillage de Nordausque 
( Elceka ) , en suivant la voie publiqoe qu’inondait , 
pour la plupart du temps, les eaux de la riviere 
de Tournehem sortant de sou lit (1). Les habi- 
tants de Nordausque , il est vrai , etaient toujours 
disposes k passer les voyageurs en voiture ou en 
bateau , mais ce n’etait que moyennaut une retri- 
bution , ce qui elait un grand obstacle pour les 
pelerins et les indigents. Pour parer a cet incon- 
venient , l’abbe Pierre fit venir sur les lieux 
maitre Aimon , son architecte , qui venait de re- 
construire l’eglise de 1’abbaye d’Andre et lui donna 
l’ordre de faire un pont, ce qui fut execute. On 
employs a cet effet des pierres de taille qu’on 
avail fait venir , k grands frais , de lointaines car- 


(!) Eodem tempore Petrus abbas ad castrum S. Audomari et ad ur- 
bem Morintnsem frequenter transitum ptv negotiis domesticis faciens et 
sub villd Elcekd in strata publica flvvium de Tomehem serpius inundan - 
tem et naturalem alveum frequenter egredientem prospiciens ac per hoc 
advenas et peregrines pauperes et debites et omnes prcecipue pedites 
moras et pericula pati compatiens, magistrum Aimonem qui ecclesiam 
preesentem construxerat , qui de novo domum eleemosynariam consum - 
marat , cum quibusdam ccementariis et aliis operariis ibidem trans - 
missit et dei fultus auxilio, nultius tamen fretus adminiculo, de bonis 
hujus eclesice eteganti opere pontem incepit et ad multorum subsidium in 
brevi tempore consummavit, tapidibus duns et quadtatis de remotis 
tapidicinis ad opus sumptuosce structures, etc ... Ipsius villa homines 
cicm pons inibi non esset nunc vehiculo, nunc navigio, non tamen gratis, 
vkitores asportabant..i . (Chronieoo Andr*nse, tpitilegium Acberj). 



— 96 — 

riferaa , et le pout qui en fut coustruit reunit l’ele- 
gance a la soliditk. 

C’etait au passage de ce pont qu’on payait les 
droits de travers k l’entree du comte de Guines. 
Les mayeur et echevins de St-Omer eurent , rela- 
tivement a cet impfit qu’on percevait au pout de 
Nordausque , un proces qui donna lieu k une 
transaction pass4e entre eux et Marguerite , com- 
tesse d’Artois en 1367 (1). 

Ces faits nous prouvent 6videmment que dejk 
dans les dernieres annees du douzieme siecle , on 
avait abandonne la Leulene, qui traversait la ri- 
viere au-dessous de Zouafque ( Suaveca ), pour 
suivre le chemin de Nordausque. 

Vers la fin du sifecle suivant , Robert d'Artois , 
qui peril si malheureusement a la bataille de Cour- 
trai, avait consacrd une soirnne de mille livres 
tournois k la reparation des chemins dans le bail- 
liage de St-Omer. Dans le compte que rendit le 
bailli en 1311 de l’emploi de cette soirnne, figu* 
rent au nombre des chemins Spares : « le pas 
» entre Houlle et Aske ( alias Ausseque , Nor- 
t dausque ) ; . le malvais pas qui estoit depuis le 
» moot de Bauinghem (Bayenghem-lez-Eperlecque), 
> au quemin qui va de St-Omer a Arde.... le pas 
» qui estoit en cel meme quemin entre Auske et 
» Zuavesque (Nordausque et Zouafque). »,Des 


(1) \,\t 8* Tohnae, p. $ V7 ; des Mtmmres de* Antiq. de la Morinie. 



— 97 — 

reparations sont $galement faites aux chemins qui 
se trouvent dans la chatellenie et l’^chevinage 
de Tournehem et dans tout cela il n’y a pas un 
sou depense pour le chemin de Leulene. 

II s’ensuit done qu’fc cette epoque la revolution 
etait accomplie ; le chemin d’Ardres avait defini- 
tivement remplace la voie romaine. 

Ce fut le premier et non le second de ces che- 
mins que suivit Philippe- le-Valois quand , en 1346, 
il partit de St-Omer pour aller au secours de 
Calais assiege par Edouard III. Il alia coucher 4 
Ausque avec son oit , pour arriver le lendemain 
a Guines. 

En rapprochant ces faits du recit de Lambert 
d’Ardres qu’ils viennent confirmer , il en resuite 
que e’est dans la derniere moitie du douzifeme siecle, 
sous le regne de Philippe-Auguste , que ce de- 
placement dans la circulation , dont nous connais- 
sons d’ailleurs les causes , s’est accompli. Depuis 
lors , la Leulene dechue de son titre de route 
royale n’a plus gufere 6t6 que ce qu’on appelle 
commun6ment un chemin de pays. 

Bignon , intendant de la province d’Artois sous 
Louis XIV , signalait ainsi , en 1 698 , le mauvais 
etat oil cette chaussee etait deja depuis longtemps : 
« Les autres chemins moins frequentes sont ceux 
» d'Arras k Calais par la chaussee de Brunehaut 
» qu’on dit avoir ete. faite par Brunehaut ou Bru- 



— 98 — 

» nebilde , reine do France. Quelqu'es autros sont 

> encore attributes a celte meroe princesse , comme 
» celle d’Amiens a Montreuil. Ces cbaussees ont 

> ete elevees au milieu des campagnes. . On peut 

> dire en general que ces chemins , entre lesqnels 

> il y en a d’impraticables , sont en tres -mauvais 

> etat. > 

11 n’est peut-etre pas sans interet de faire re- 
marquer que l’ancien cbemin d’Ardres (1) qui a, 

(1) L'&neien chemin d’Ardres, au lieu de gravir les hauteurs, comme la 
grande route actnelle, en suivait le pied, a peu de distance de celle ci. 
1! traversal! les villages de Tilques et de Houlle et p* **it sur le roont de 
Bavcnghem pres du moulin de Monnecove, d*ou il descendait dans Nor- 
daisque. 

Ce chemin 4tait lui-meme tris-ancien. C’est celui que suirirent les 
Normands, aprfcs avoir deva&te le monastere de St-Bertin et le bourg de 
Sithiu en 861. Parmi les eaptifs que ces barbares trainaient apres eux , 
etait Regenard , l’un des quatre moines qui etaient restes seuls dans le 
monastere. On conn ait ce touchant episode racontd par un hagiographe 
presque contemporain et re pete, un siecle apres, par le chroniqueur Fol- 
quin. Arrive a Monnecove qui etait le lieu de naissance de Regenard, ad 
villam proprice humanitiis de moire profuiionis , distantem d monasterio 
itrtio miliario ad aquilonem plagam . dictam Mnrcio , ce jeune moine 
s’etant jete la lace contre terre en secriant qu il voulait mourir la pour le 
Christ, et s'etant refuse a les suivre quelque effort qu’ils pussent fiure 
pour l’y forcer, les barbares le perce rent de leurs traits. 

L*uidication si precise du lieu on ce fait s’est passe se rapporte on ue 
peut plus eiactement 1 Monnecove qui est sur I’ancien chemin d’Ardres, 
a trois lienes an nonl de St-Omer et dont le nom se compose des deux 
mots Moniek ou Month et hove, la metairie ou le hameau du moine. 

Au mot Murtnio qui se trouve dans lliagiographe , Folquin a substitae 
celui de Munninio. Cette variante s'explique. En fUmand, le mot moine 
s’ecrit de trois maniercs : moninci, moniek p month, et le bifin rua- 
(ique qu’otr parlait alors dans les monasteres, ce meme mot s’eerivait 



— 99 — 

pour ainsi dire , supplante la Leulene , il y a pres 
de sept socles , a ete supplante a son tour , il 
n'y a pas encore cent ans , par la grande route 
actuelle de St-Omer a Calais et que cette der- 
niere vient de subir a peu pres le memo sort 
depuis Petablissement du chemin de fer. Quelle 
sera la nouvelle voie qui supplantera le rail way, 
c’est ce qu’il serait difficile de prevoir. 

La Leulene etait autrefois une ligne de demar- 
cation qui etablissait une difference dans la quo- 
tite des droits seigneuriaux. Aux termes de Part. 
40 de la coutume de Guines , les fiefs situes a 
Test de cette chaussee ne payaient que buit sous 
de relief, tandis que les fiefs situes a l’ouest en 
payaient douze. Dans la chatellenie de Tournehem 
c’etait Pinverse. Pourquoi cette difference? Je n’ai 
pu jusqu’ici en trouver une raison qui me paraisse 
satisfaisante. 

— Mais quelle est la signification de ce mot 
Leulene , Leuline et plus anciennement Leuleingue ? 
Telle est sans doute la question que le lecteur 
s’est depuis longtemps posee. 

Je ferai d’abord remarquer que dans le bail— 
liage de St-Omer , le Calaisis et le nord du Bou- 


munnes , mones. Nous en avons la preuve dans le mot ladmones qui re- 
vient si frequemment dans le breviarium de 850, pour designer les robes 
des moines (de lead, klead vStemeni). Ges variantes nous expliquent celle 
de Folquin. Quant au root hove, il en £tait comrae du mot hem ; on le 
laissait souvent de cOte, ainsi quo je l’ai demontre plus haul. 



— <00 — 


lonnais , ce mot parait avoir ete un nom commua 
qui s’appliquait autrefois aux routes royales et en 
general a tous les grands chemins. 

On trouve en effet dans les terriers , indepen- 
damment de la Leulene proprement dite , une 
Leulene qui mene a St-Omer , une Leulene qui 
mfene de Tournehem a Mentque (<) , la Petite- 
Leulene de Bayenghem k Difques dont j’ai deja 
parle (2) , une autre Petite-Leulene autrement ap- 
pelee le Pottrewegh et le Wattrewegh allant de 
Tournehem au moot de Bayenghem en passant au- 
dessus de Welle et de Nordausque , dans la di- 
rection de Watten (3). Dans le Boulonuais, il y 
a la Leuleingue ou chemin vert partant de Wis- 
sant et passant sur le terxitoire de Leulinghem 


(1 — 2) « Pour une mesure au Vierberq (au-dessus de Tournehem) 

» abou tan t west au chemin de Loeullyne qui maine de Tournehem & 
» Menteque .... 

» Item ung enclos contenant six quartiers audit lieu de Belleverdure 
» (hameau de Tournehem)... listant nort au chemin de Loeullyne qui 
» maisne h St-Omer ,,, . 

» De Maryne de Zeghers.... pour trois mesures de terre seant au ter- 
» roir de Bayenghem,.,, aboutant west a la Petite Loeullyne. » (Archives 
de Tournehem > registre d’Adolphe Delehelle, n° 64 cote hhh bis, 1578). 

(3) c Guy et ses dits heritiers pour une autre pieche contenant six quar- 
» terons.... gisans au Poitrehout, listant west 4 la Petite Leulinne ou che- 
» min du Poitrehout (sur le territoire de Tournehem). » — « Jean Bue, 
» fils et heritier de Lievin.... pour cinq quartiers de terre gisans au Poi> 
» trehout, alias Petite Leulinne. » (Ibid, regist. Monsigny, 1673). — Le 
Poitrehout s'ecrit ailleurs et notamment dans le rapport du seigneur de 
Welle de 1317 Pottrewech, 



— toi — 


auquel cette aneienne voie a donne son nom (1), 
la Petite-Lealene qui passait entre Bainghem , 
Surques et Rebergues (2) et la Leulene ou che- 
min vert entre Belle et Colemberf (3). 

Dans leur traversee dans les villages ou ils for- 
maient une rue, les grands chemins prenaient 
aussi assez generalement le nom do Lostrat. Delk 
les deux hameaux de Lostrat situSs, 1’un sur la 
Leulene , k l’entree d’Esquerdes , Pautre sur Pan- 
cien chemin d’Ardres , entre Nielles et Louches. 
Cette dernifere grande route portait encore le 
nom de Lostrat a Nordausque et k Bayenghem- 
lez-Eperlecques (4). 11 y a en outre une rue dite 


(1) « Leulinghero, — Ce village est situ6 prfcs de la voie romaine de . 
j> Therouanne k Wissant, dont l’extremite porte encore le nom de chemin 

» vert ou de Leuleingue. » (M. Harbaville, Memorial historique ). 

(2) Ce chemin qui parait etre la continuation de la chauss^e de Wissant 
k Terouanne, s’appelait par corruption la Petite Welinde. « Item le se- 
» cond fief que je tiengs de Mgr. se comprend et estend en quatre me- 
» aures de terre k labour gisans k Bainghem. .. aboutant west au chemin 
de la Petite Welinde,.*. » (Rapport du seigneur de Westrehove , an- 
cien hameau compris entre les trois Tillages de Surques, Bainghem et 
Rebergues 1547). 

(3) « On se trouvait alors dans un chemin vert , parfaitement droit , 

» qu’on nommait dans le pays Leveline et qui mene (de Belle) jusqu’4 
» Cotembert. » (Puits Art^sien , 1841 , p. 208 ). — Ce chemin que M. 
Dilly, dans ses chevauchtes au XIV ® sitcle , a 4erit Leveline au lieu de 
Leueline, sans doute par suite d’une mauvaise lecture , porte encore , 
m’a-t-on dit, le nom de Leulene. 

(4) « Item, trois quartrons de terre a labour s£ant audit dismage de 
» Nordausque.... aboutant de nord k la rue de Leostraet..,. (Rapport du 



— 102 — 

Lostrat 4 Bilques , une autre a Journy. La pre- 
miere qui porte encore ce nom , est l’ancien grand 
chemin de St-Omer k Terouanne , la seconde celui 
de St-Omer k Boulogne (1). 

Dans le voisinage de ces grands cbemins , de 
ces Leulenes et de ces Lostrats , on rencontre sur 
les anciens terriers d’autres cbemins designes sous 
le nom de Boerwegh , c’est-a-dire chemin de poi- 
sons ou de cullivateurs (2). On en trouve plu- 
sieurs notamment aux environs de Surques et de 
Bainghem (3) ou passaient les anciens chemins 
de Terouanne b Wissant , et de Guines a Mon- 
treal dont Lambert d’Ardres fait mention (4). 

seigneur du Ploitz, 1543). — « Guillaume le Walle doibt XI s. p. et II 
* chapons dont l'eglise dudit lieu (Bayenghem-lez-Eperlecques) prend et 
» rescript les dits XII s. pour eertains obiis assigoez sur sou manoir ma- 
» nable.... aboutant west k Lehostraet... » (Rapport du S r de Bayenghem 
1543). 

(1) « Le premier Ref consiste dans le lieu et enelos ou est construit et 
» IdifGee ladite 6glise (de Journy) tenant.... vers Occident k la rue dite 
n Lostrat qui conduit de St-Omer et de la Grande Eclitre k Boulogne. » 
(Rapport du S r de Journy, 1773). 

(2) Des deux mots boer , paisan, cultivateur, en allemand batter et weg 
ou wechy chemin. 

(3) a Et primes, Simon Lips en tient de mon dit fief une mesure de 
» terre k labour gesant entre Bainghem et Westrehove, listant zut a Jac- 
» ques de Bersacque et aultres, nort & Jehan Lips et aboutant oest & de> 
» moiselle Claire d’Audenfort ct west au chemin nommd Boerwech. 

» Henin Zeghers en tient aussy cincq quartiers huit vergues , gesans 
» audict lieu.... aboutant oest et west a deux chemins nommez Boerwe- 
» gues.v (Rapport du Seigneur de Westrehove, 1547). 

(4) Voir le 8 e volume des Memoires des Antiquaires de la Morinie , 
p. 543. 



— 103 — 

11 y avail aussi dans le voisinage de 1’ancien che- 
min d’Ardres un boerwech & Bayenghem , un k 
Eperlecques et un autre k Moulle qui a donne 
son nom a un hameau de cette commune (1). 

De ces observations il resulte : 1° que ces mots 
Leulene et Lostrat avaient , dans i’ancienne langue 
vulgaire du pays, une signification analogue k cello 
de grand chemin , grande rue ; 2° que cette langue 
vulgaire ctait un dialecte tudesque , semblable au 
flamand auquel appartiennent les mots straet et 
boerwech ; 3® que ces memes noms Leulene , Los - 
traet et LeoJbertie ont un premier radical com- 
mun. C’est, suivant moi , le mot saxon leod, dans 
l’allemand moderne , leute , signifianl peuple , pu- 
blic. Quelques auteurs, dil Brodeau , dans sacou- 
tume de Paris , sous le mot aleu , tirent cette ex- 
pression < du saxon leod qni signifie le peuple , 
» ou une chose populaire , k l’usage commun du 
» peuple , » et il cite l’autorite de Spelman k 
l’appui de cette interpretation (2). En admettant 
cette etymologic , le nom Lostraet , contracts de 

(1) « Item, huit mcsures de terre. sans y comprendre les chemins ge- 
» sant zut dudit lieu (de Northout k Bayenghem-lez-Eperlecques) et abou- 
» tant west au Borwech.... » (Rapport et denoinbrement de Jehan da 
Northout, 1543). 

Le Boumwech d’Eperlecques porte encore ee nom sur le plan cadastral. 
Il est contigu k la grande route. 

« Les hamcaux de Moulle sont : Boisque , Borweque , etc. » (Piers, 
Peiites histoires des communes de I'arrondiss. de St-Omer, p. 17). 

(2) Coutumes de Bt'Odtauy t. !•% p, 48 4> 6dit. dc 1689. 



— 404 — 

Leoditraet , signifie done chaustie publique et sera 
la traduction parfaitement exacte des mots latins 
$trata publica , dont se sert Guillaume d’Andre 
pour designer la Leulene. Cette £tymologie ne peut 
plus paraitre douteuse , lorsque nous voyons que, 
dans les contrees voisines oil le flamand a ete usite 
presque jusqu’a nos jours , la syllabe lo a ete rem- 
place par le flamand plus moderne lien, contrac- 
tion de lieden qui est identiquement le meme mot 
que l’allemand leute et l’ancien saxon leod (1). 
Ainsi , sans aller si loin , il existe, sur la com- 
mune d’Audruicq, un petit hameau , situe sur le 
chemin de cette ville a Ardres, qui js’appelle Lien- 
Straete. Le principal cbemin qui conduit k Mar- 
dick porte aussi ce nom , qu’on a traduit par 
chemin de Liene ou Liane (2). Par une trans- 
formation semblable mais en sens inverse , dans 
le haut Calaisis oil le roman wallon s’est mele 
beaucoup plus tot au tudesque que dans les con- 
trees plus rapprochees de la Flandre , on a rem- 
place le mot leu , leod par son equivalent wallon 
peupel et l’on a dit peupel-leingue peupleingue : 
e’est le nom qu’a pris et que porte encore le pre- 
mier village que traverse la Leulene , au sorlir de 
Sangate. 


(1) V. dans le dictionnaire de Darsy, 6dit. de 1682, les mots lien et 
lieden , et dans le dictionnaire ollemand de Schuster, ddit. de 1845, le 
mot leute, en gothique lauths, 

(2) M. de Bertrand, hietoire de Mar dick, p. 14. 



— 105 — 

fteste maintenant & rechercher le radical du mot 
leingue et le rapport de synonimie qu’il peut avoir 
avec le mot straet. 

Je laisse d’abord de c6te la finale ingue qui n’est 
qu’une terminaison. Ce qu’il faut rechercher c’est 
la signification du radical qui doit 6tre le ou it* 

Or, suivant le dictionnaire du vieux langage {ran- 
fois de Lacombe , lie signifiait « un chemin large 
• dans un bois (1). » Ce mot est reste dans notre 
langue avec Cette signification , mais il s’ecrit au- 
jourd’hui laie ; ce qui est beaucoup plus conform© 
& son 6tymologie. 

Dans le grand dictionnaire flamand-franfoit de 
Darsy , edition de 4 682 , publiee par Thomas La- 
grue (2) , le ye , leyde , veut dire conduit , du 
verbe leyen , leyden conduire , dans le sens du 
mot watter-leyd , conduit d’eau. 

Ce mot est essentiellement germanique , car il 
se trouve dans toutes les langues derivees du teuton, 
dans l’allemand leiten , Tanglais lead , le danois 
lede , et le su£dois leda. 

Dans le dialecte tudesco-wallon ou bas flamand 
qu’on parlait encore dans l’ancien comt6 de Guinea 


(1) Dictionnaire du vieuto langage frangm enrtchi de passages tirts 
des manuscrits en vers et en prose , des actes publics , des ordonnances 
de nos rois , etc., etc*, par M, Lacombe , Paris , 1766, chez Paockoucke, 
V. le mot Ue. 

(2) Imprlml h Amsterdam, chef la' veuve J.-J. Scbipper, anno 1663, 

44 



au seizieme siecle (1), qu’ona parl6 presque jus- 
qu’a nos jours dans les villages voisins de la rive 
gauche de l’Aa et que 1’ou parlc encore aujour- 


(1) L’art. 6 cl c la coutume d’Ardre, r6digce en 1507, cst ainsi codqu : 
« Item, pceuent lesdis bailly ct eschevins, renouvcler leur loy, lenir leurg 
» plais, faire leurs jugemens bn flamencq , cn la m&nidre accoustume , 
» etc. » 

Au XIV 6 sifccle, Ipdrius donnant Implication du mot colvekerli, noms 
qu’on donnait k ceux qui e talent soumis k la capitation, dans lc comtd de 
Gulncs, ajoute : nam eorum vulgar* eolve clavaqi . et kcrli I'usticum so - 
» na*, » ce qui veut dire : « car dans lcvr ididme eolve signifle massue 
» et kerle paisan. » Ces deux mots ont en effet ce sens en flamand. — - 
Vers 1214,. Guillaume, &bb£ d’Andre, avait M depute par son monastfere 
a la moison-m&re de Charroux, pour obtenir le droit de choisir un abbd 
dans lc monast&re memo d’Andre, au lieu d’etre tenu, comme les moines 
de cette abbaye I’avaicnt M jusquc-U, de nommer un moine de Ctarroux. 
La principalc raison qu’en donne Guillaume, e’est que dans le comtd de 
Guines les affaires sc discutaicnt et se jugeaient en flamand : qua; omnia 
non nisi Flandrensi idiomate discut i debent et tei'minari. Je pourrais 
citcr une foule d' autre 8 preuves k l'appui de ce fait. 

A St-Omer, la plus grande partie des rues portaient encore, au XV® 
siecle, dcs noms terminds en straet : Arkestraet , Tccnstraet , Potstraet, 
Wakestract, etc. — Dans un procfcs-verbal dressd en 1324 par le doyen 
et le chapitre de l’eglisc collegiale de St-Omer , constatant la reconnais- 
sancc et l'ostention faites par eux, du corps de St-Omer, il est dit que les 
authentiques trouvdes dans la chftsse du saint ont lues au pcuple et 
affichees dans le chocur ct sur le doxal en francais et en flamand : quae 
eciam dido populo legi et publicari fecimus et easdem erponi in idioma- 
tibus GALLICO ET flamingo, tam infrd chorum cliche ecclesice quam super 
dossale . (V. le 4* vol. des M4moires des Antiq. de la Morinie, pieces 
justificatives, p. xxxi de YEssai sur les chartes confirmatives des institu- 
tions communales de la ville de St-Omer , par M. L* de Givenchy. — 
L’art. 7 de la coutume de St-Omcr, rddigee en 1509, porte que les dche- 
vins de ccttc ville « ont accoustume faire randigier leurs dictes sentences 
o criminellcs en langaige flamang. » 

Malgre ces preuves ct une foule d’autros, qu’il scrait trop long de pro- 



— <07 — 

d’hui dans les faubourg^ de St-Omer , lay lei, 
let qu’on prononce comme si ce mot s’ccrivait U 
par un e ferine , avait une signification identique 
au mot flamand water-leyd. C’6tait I’ expression 
usuelle et vulgaire qui. servait a designer les prin- 
cipals voies d'eau et plus particulierement les ri- 
viferes que la main de l’homme avait enfermees 
dans un lit. 

Ainsi en remontaut de la cote du detroit dans 
l’interieur des ter res , nous avons le Nieu-lay qui 
est l’egout des marais de Guines , la Leda ou ri- 
viere de Guines & Calais , la Houd-leda (le IIou- 
let) , la Nieuer-leda aujourd’hui le Tirlet qui a 
donne son nom a l’ancienne cense de Muncq- 
Nieurlet, la Nieuer-leda designee dans les ebartes 
du onzi&me siecle d’abord sous le nom de Simonis- 
led , puis par le mot latin novum fossalum (e’est 
le canal du Haut-Pont a Nicurlet) , YHcndringc- 
led autrement appele Boninghem-suab , aujourd’hui 


duire> on n'en persistera pas moins dans l’opinion que les habitants des 
faubourgs de SUOmcr, parcc qu’ils sont restds fideles a l'idiome aussi bien 
qu’& la simplicity de Icufs ancetrcs , sont issus d’une population etran-i 
g£re, d'unc colonie de Saxons , transplants sous nos murs par Charle- 
magne, bien que cctte opinion n’ait de fondement que dans l’imagination 
des drudits qui <mt inventc ou aide k propager cette fable. On ne rdfle- 
chit pas que cctte difference dc langage entre les habitants dc la villc et 
cellc dc nos faubourgs n’est pas speciale a St-Omcr , mais qu’ellc cxistc 
partout, non seulement dans les villcs et les bourgs de la Flandrc flamin- 
gantc fran$aise, mais encore dans cclles de la Belgique ; que la aussi la 
population aisee parle fran^ais, taiulis que la population pauvre et outriere 
continue a parler flamand. 



— 408 — 

It rm&rp de Boninghem , et enftn la Leia , eo 
flamand Leye et en franeais la lap. 

Mais eu mfime temps qu’il signifiait vote d’eau , 
aquedue , ce mot signifiait aussi vote de terre , 
viadue , car en patois late s’emploie , comme en 
frangais , pour designer une route coupee dans un 
bois , et en flamand, d’apr&s le dictionnaire cite plus 
haul , laen veut dire ruelle. Lane en anglais a 
la mSme signification. 

On peut done logiquement en conclure que le 
mot flamand leydingue qui n’est plus guere usit6 
dans cette langue que dans le sens moral de di- 
rection , conduite , etait employe dans le dialecte 
de la Morinie sous une forme analogue a sa pro- 
nonciation , celle de Li-ingue , Leingue , dans le 
sens physique et materiel de vote , chemin (1). 

11 est facile de s’expliquer comment ce mot, 
en passant du tudesque dans le patois wallon , 
s’est prononce lene ou line. Au surplus l’ortho- 
graphe n’en a jamais ete bien fixee que parmi lea 
gens de la campagne qui prononcent generalement 
Leulene (2). 

Ce mot par opposition k celui de boerweeh qu’on 


(1) D’ailleurs le verbe leyen plus usltd encore vulgairement que leyden 
devait avoir aussi son substantif, le mot leyingue qui devait se prononcer, 
par contraction, leingue • 

(2) GraveLptES se prononce en patois Graveum? , et s'ecrivait autrefois 
(JraveLiNGUE, primitivement GraveniHGUi, 



— 4 09 ~ 

donnaii aux. divers cliemins qui n’etaient qu’k 
l’usage des cultivateurs et des gens du pays , 
n’etait done qne la traduction en langue vulgaire 
du mot latin via publica ; il indiquait une voie a 
l’usage de tout le monde indifferemment. II y. avait 
cette difference entre les mots Leulene et Lostraet 
que le premier signifiait grand chemin et le second, 
grande rue. C’est en effet ainsi qu’on les tradui- 
sait dans les titres. 

Quant au mot bernc ou barne , il signifiait levee 
de terre , chaussee et par consequent Icodberne 
etait synonime de Leulene et Lostral (1). 

Ces recherclies elymologiques m’ont conduit na- 
turellement & en faire de semblables sur le mot 
chaustdes Brunehault , que portent la plupart des 
grandes voies romaines et qu’on donne aussi dans 
l’usage a la Leulene , bien qu’elle ne soit desi- 
gnee ainsi dans aucun litre. 

Je laisse de cote 1’histoire de ce devin troyen 
nomine Bavo et oncle du roi Priam qui , suivant 
un pofete du treizieme siecle , Nicolas Reucleri , 
aurait construit tous les grands chemins de la 
Gaule-Belgique , aprfes avoir d’abord fonde la ville 
de Bavai. Je garderai la m6me reserve sur la 


(1) Ge mot est, suivant moi, une alteration soit du mot benn, lcv4e dc 
terre, chaussee, soit du mot baen, chemin large et applani. Dans cette 
derni&re hypo these, on aurait prononc4 heme et barne commc nous pro- 
non^ons en fran^ais borne ct homer , au lieu dc bonne et bonner qui etait 
encore au treizieme siecle l'orthographc usitee dc ces monies mots, 



munificence du roi Brunehaldus qui , s’il fallait 
en croire Lucius de Tongres et 1e pere de Guise, 
aurait donn6 son nom & ces anciennes cliaussees. 
Ce* sont la des fictions poetiques en dehors de 
toute discussion CO- 

Quant & l’opinion generalement admise par nos 
historiens que ce serait la reine Brunichilde qui 
aurait, sinon construit , du moins repare ces memos 
cliaussees, je la regarde comme n’etant ni plus 
vraisemblable ni mieux fondee. Comme le fait ju- 
dicieusement observer le savant Bergier, les his- 
toriens contemporains , ni ceux des siecles suivants 
ne disent pas un mot de ces pretendus travaux 
fails aux chemins par Brunichilde (2) . Iperius est 
le premier qui se soit avise d’attribuer a cette 
princesse la construction , non pas de toutes les 
cliaussees Brunehault, mais seulemeut de la chaussee 
qui conduit de Cambrai par Arras et Terouanne a 
Wissant (3). 

A cette premiere observation , j’en ajouterai une 


(1) V. lc r6cit de ces auteurs dans Bergier, Histoir t des gr and che- 
mins de Vempire. 

(2) Bergier, ibidem. 

(3) Voycz plus haut cc passage d’lperius. — « Jc nc scay pas sur quel 
» auteur, (lit Bergier , loco citato , ceiut qui a basti cette chronique se 
» peut estre fonde, veu que St-Gregoire de Tours qui viYoit du temps de 
» Brunehaut, Aimon, le moine Sigebert ny aucuns des historiens fran<;ois 
a ne luy attribuent I'invcntion de tels ouvrages , quoiqn'ils n’nient pas 
a oublie a rjntarqucr quYlle airnait a bastir. » 



— m 


autre qul roe parait p£remptoire. Brunichilde 6tait 
reine d’Austrasie , c’est-i-dire de la partie des 
Gaules comprises entre la Meuse ct )e Rhin, aug- 
mentee des vastes contrties que Thierry et Th6o- 
debert son fils avaient conquises au-delk de ce 
fleuve , sur toute la lisifere de la Germanic. Quant 
a la Belgique , la Flandre , l’Artois et la Picardie t 
oil sont les chaussees Brunehault , ces provinces 
faisaient partie de la Neustrie qui comprenait la 
Neustrie proprement dite et le royaume de Pois- 
sons (!}. Dans cette partie de la France r£gnaient 
Chilperic et Fr6degonde , la celebre rivale et l’tm- 
placable ennemie de Brunichilde. Cette dernifere , 
il est vrai , exerga pendant quelque temps son au- 
torite dans le royaume de Bourgogne , commc tu- 
trice et regente sous son petit-fils , mais elle n’en 
eut jamais aucune dans le royaume de Soissons 
avec lequel elle fut en guerre presque toute sa 
vie et dont le roi Clotaire II , le fils de Fred6- 
gonde , la fit perir du supplies le plus cruel et 
le plus ignominieux. 


(3) Void en effet ce que dit Eginard dans sa vie de Charlemagne, chap. 
XV : lllnm regionem qua septentrionem versus inter Mosam et Rhenum 
jKtrrigitur , Austrian, *7 lam quee A MosA ad Ligerim prootenditur , 
Nkustriam vocitarunt, — Qu’on lise d’ailleurs , dans la collection de Dom 
Bouquet les gest. reg . franc . au chap. 82, on y verra que Sigebert, roi 
d’Austrasic, ayant declare la guerro h Chilperic , alia Tassidgcr & Tournai 
et que s’etant avance jusqu’d, Vitry, entre Arras ct Douai, pour y rccevoir 
les serments des habitants qu'il venait de soumettre, il y fut assassind par 
les cmissaires de Fredcgonde. — Done Tournai ct la Gaule-Belgique fai 
saient partie du royaume de Chilperic. 



— 41 * — 

Or , en presence de ce fait, supposer qne la 
reine d’Austrasie soit venue dans la Gaule-Bel- 
gique , dans un royaume ennemi , faire aux che- 
mins des travaux qu’elle ne parait mdme pas avoir 
fails dans ses Etats , et supposer en outre que les 
habitants de ce royaume ennemi , oh on l’a fait 
mourir du dernier supplice , aient accorde h cette 
meme princesse , en donnant son nom a toutes 
leurs grandes chaussles, un honneur qu’etle n’a 
pas re?u de ses propres sujets , c’est evidemment 
supposer , je ne dirai pas une chose invraisem- 
blable , mais une absurd ite. On pourrait s’etonner 
que des historiens , meme du premier merite , 
soient tomb6s dans cette grossiere erreur, si Ton 
ne savait quel est (’empire des idees accreditees 
et revues. 

Aussi ceux qui se sont serieusement occupes de 
l origine des cbaussees Brunehault ont-ils rejete 
celle-la , comme la precedente , et ont-ils eu re- 
cours , pour l’expliquer , a l’etymologie. 

Parmi les diverses significations qu’on a donnees 
a ce mot Brmehaull , je n’en citerai que deux. 
Les uns Font traduit par cailloux hauls , les autres 
par borne haute. D’ou il suit que chaussees Bru- 
neliaull signifieraient chaussdes des cailloux hauts ou 
de la borne haute. 

Ces etymologies ne me paraissent pas acceptables. 
Car d’une part je ne comprends pas comment 
toutes les populations d’un grand pays comme la 



— 113 — 


Gaule-Belgique se seraient accordees partout a 
donner a leurs grands chemins un noin aussi peu 
significatif et d’un sens aussi detourne que celui- 
la et , d’autre part , dans le vieux frangais com me 
dans toutes les langues du nord , le qualificatif , 
surtout lorsqu'il consiste en un monosyllabe comme 
l’adjectif haut, precede toujours et ne suit jamais 
le substantif.. Ainsi nous avons dans nos alentours 
plusieurs hameaux qui s’appellent le Haut~Mont et 
non pas le Mont-Haut. En allemand et en flamand 
on dit de meme hoch-weg , hoch-straetc , le haut 
chemin. Weg-hoch et siraet-hoch seraient dans ces 
langues une inversion aussi peu harmonieuse, aussi 
cboquante que le serait en fran^ais le chemin grand, 
la route grande. 

J’ajouterai que notre mot borne ne s’est jamais 
ecrit burne. L’orthographe primitive de ce mot est 
bien connue , c’est bon n. Beaumanoir l’a ecrit par- 
tout bonne , comme il a ecrit partout aussi bonner 
pour borner. 

Je crois , pour ma part , que ce mot Brunehault 
ou , comme on le prononce en bien des en droits, 
Burnehault , devait exprimer un caractere g^nerique 
et specialement propre a toutes les grandes voies 
romaines. Sans quoi on aurait peine a s’expliquer 
comment cette denomination se serait generalises 
dans toute la Gaule-Belgique. Beste k savoir quel 
etait ce caractere generique. 

19 



— 114 — 


Je n’ai pas bcsoin dc le faire observer , ricn 
n’est si rare qu’une bonne 6tymologie. C'est sur- 
tout en pareillc matiere qu’un champ libre est ou- 
vert a l’imagination el qu’il serait vrai de dire , 
avec l’auteur des Meditations Poeliques : 

a Le reel est elroit, le possible est immense ! *> 

Je ne me flatte done pas , il s’en faut bien , de 
rencontrer juste ; ma seule pretention est d’arriver 
& une etymologie raisonnable et satisfaisante. 

Ce que les voies romaines avaient de plus re- 
marquable, e’etait non-seulement leur largeur que 
la convoitise des riverains , comme le fait observer 
Beaumanoir, avail deja considerablement amoindrie 
de son temps , mais e’etait surtout le lien de 
communication qu’elles etablissaient entre les prin- 
cipales villes et les forteresses. « Et la cause por- 
» quoi, ajoute le baiili de Clermont au passage 
» que j’ai rite plus haul , ils furent fet si large 
» ( les cliemins qu’il attribue & Jules-Cesar) doit 
» estre entendue que loutes cozes terriennes et 

* vivans dont lions et feme (homines et femmes) 
» doivent vivre , y puissent estre menees et por- 
» tees et cascuns aler et venir et soi porveoir de 
» toz ses aisements en le larguece du quemin et 

• aler par chites et par chastiax porcacier ses 
» besongnes (1). > 


(1) Les Coutumes du Bectuvoisis , par Philippe de Beaumanoir, nouvelle 
edition, par le comte Beugnot, t. l er , p. 358 -359. 



— 115 — 

Ce lien de communication entre les cites ct les 
chateaux etait aussi , suivant le memc auteur , le 
caractere dislinctif des quemins royal qui furent 
crees par la suite et par mi lesquels les chauss£es 
Brunehault tinrent longtemps encore le premier 
rang ; < Et par cele voie , dit-il encore en parlant 
» des routes royales, poent aler careles , et bestes 
» y poent paistre et arester et repozer sans melfet 
» et totes marqueandises corre , car elles vont 

» PAR LES CITES ET PAR LES CAST1AX .. » 

L’ancienne coutume du bailliage de St-Omer , 
dans son art. 29 , definissait de memo les routes 
royales : « les grands chemins Allans de bonnes 
» villes a autres , « qu’elles distinguaient des 
chemins vicomtiers « eslans es villages et allans 
» de l’uu a 1’autre. » A cette definition la cou- 
tume d’Hesdin , art. 43 , subslitue celle-ci : « un 

» CHEMIN ROYAL QUE L’ON D1T LES CUAUSSEES DE 

» Brunehault. « 

Ainsi pour les habitants de nos campagnes, un 
grand chemiti allant par les cites et les chateaux 
ou de bonnes villes a autres et les chaussees de 
Brunehault etaient une seule et meme chose. 

C’est d’abord une premiere presomption que le 
mot Brunehault ou Burnehault pourrait bien ex- 
primer ce caractere dislinctif et commun qu’avaicnt 
les voics romaincs et les routes royales. 

A cette observation j’en ajouterai une autre. Le 



— 416 — 


mot Leulene s’employait generalement seul et en 
outre ce nom est deveuu celui de plusieurs villages 
et hameaux situes sur cette voie. 

Le mot Brunehault au contraire ne s’emploie 
jamais que precede du mot chauss^es et si , parmi 
les nombreux villages et hameaux situes sur ces 
anciennes voies , il y en a plusieurs dont les noms 
expriment I’idee de grand chemin, il n’en est pas un 
seul' dans la denomination duquel entre le mot 
Brunehault. 

C’est It mes yeux une preuve tres concluante 
qu’il n’en est pas de ce mot comme de celui de 
Leulene , que rien n’y rappelle l’idle de chemin. 

C’est done ou un nom propre ou un qualiOcatif. 
J’ai donne les raisons qui repoussent l’opinion qui 
en fait un nom propre. Ajoutons y ce fait que 
chaussies de Brunehault etait synonyme de chemin 
royal. Il faut done en conclure que Brunehault on 
Burnehau.lt est un qualificatif equivalent au mot 
royal. J’ai indique d’ailleurs le sens presume de 
ce qualificatif, sens que nous trouvons dans la 
definition meme du chemin royal dont le caractere 
distinctif etait de conduire par les cites et cha- 
teaux ou de bonnes villes a autres. Reste a savoir 
si le mot Brunehault ou Burnehault est suscep- 
tible de cette interpretation. 

Chez les Francs , comme chez tous les autres 
peuples d’origine germanique , il n’y avait qu’un 



mot pour designer une ville forte et uu chateau : 
c’Gtait le mot burg qui fait au pluriel burgen. 11 
n’en existait meme pas d’autre pour exprimer une 
viJle du premier ordre , une cite. C’est ainsi que 
les Allemands disent encore par habitude le bourg 
imperial de Vienne , pour designer la capitale de 
l’Autriche (1). 

Or burgen se prononce en allemand a peu prfes 
comme on prononcerait en fran^ais le mot bur- 
ghne (2). Mais chez nous, le g suivi d’un n se 
mouille , en patois il se supprime (3). Burgen, 
surtout dans un mot compose , devait done , en 
passant du tudesque dans le roman-wallon , se 
prononcer comme s’il s’etait ecril burne. 

Ge premier radical trouve et admis , du moins 
par hypothfese , reste le mot hault qui peut venir 
tout a la fois de hild , hald ou halt. Car les noms 
propres de femme Brunichilde , Mathechilde , ont 
fait en roman-wallon, Brunehault, Mahault, comme 
les noms propres d’homme Archembald , Clarem- 

(1) Die kaiserliche burg in Vieme., — Ge mot a consent longtemps 
cctte signification, ra£me dans nos contrees. Ainsi pour n’en citer qu’un 
exemple, Lambert d’Ardres appclait Lille cash llum sive burgum insulas 
dictum , et St-Omcr burgum Sancti Audomari . 

(2) C’est ainsi que les noms de lieux Markenes , Ferkenes , s’forivaient 
aussi Marcnes , Fercnes. Mais, lorsque la prononciation wallone qui n’ad- 
mettait pas des sons aussi durs eut entidrement rcmplacc la prononciation 
tudesque, on supprima Vn ct Ton pronou^a Marc, Ferques. 

(3) Boulogne, campagne, montagne, etc., se prononcent en patois Bou- 
lonne, campanile, montanne. 



— U 8 — 

bald , etc. , ont fait Archembault , Clarembault. 
I Hide ou child e signifiait belle enfant , gracieuse 
jeune fille , et hald correspondait a notre adjeclif 
rapide et par consequent ni l’un ni l’autre ne 
peuvent s’allier a Burgen. Le second d’ailleurs est 
un adjectif et comme c’est une regie constante dans 
les langues du Nord de tou jours placer le quali- 
ficatif et meme le mot regime avant le substantif, 
sous ce second rapport encore nous devons le re- 
jeter. 

Quant au mot halt il s’est conserve dans notre 
langue comme le mot burg. II s’emploie encore , 
surtout dans le langage militaire pour indiquer : 
1® le temps d’arret , la pause que font les gens 
de guerre dans une marche ; ii s’emploie en alle- 
mand dans le meme sens; 2° le lieu oil se fait 
celte pause, la halte, la station. C’est dans ce 
sens qu’on dit faire preparer une bonne halte, 
arriver a la halte avant la nuit. On se servait 
aussi autrefois du verbe halter , dans le sens de 
s’arreter. En aliemand le verbe halten qui veut 
dire a proprement parler tenir , se tenir , s’emploie 
aussi avec cette signification. 

Le mot halt peut done tres bien s’allier avec le 
mot burgen. Car place au singulier apres ce mot 
pluriel , il signifie litteralement la halte ou la 
station des villes , des places fortes ou des cha- 
teaux et, le faisant preceder du mot chaussecs , 
nous aurons : les chaussecs de la station des villes. 



119 — 


ou ce qui revient au meme , les chauss6es qui 
aboutissent aux villas ou aux chateaux. 

Si cette 6tymologie n’est pas physiquement cer- 
taine , elle reunit du moins en sa faveur la plus 
grande somme possible des probability. 

Sous le rapport du sens , il est parfaitement 
connu , car les deux mots dont elle se compose, 
bien que la signification en ait ete legeremeut mo- 
difiee , sont encore frangais. 

Sous le rapport grammatical , elle ne laisse rien 
a desirer. Le mot regime precede le mot regisseur, 
ce qui est parfaitement conforme a la syntaxe des 
langues du nord et meme du vieux frangais dans 
les noms composes. C’est ainsi qu’on dit Abbeville, 
Ruisseauville , au lieu de Ville de l’Abbe , du 
Ruisseau. 

Sous le rapport de la prononciation , elle est 
6galement irreprochable. Je pourrais citer une foule 
de mots analogues qui ont exactement subi la meme 
modification en passant du ludesque en frangais. 
Ainsi , par exemple , nous ecrivons aujourd’hui Re- 
naud et Renard les noms propres d’homme qu’on 
6crivait autrefois Regnault et Regnard , en latin 
Regenaldus et Regenardus , d’apres l’orthographe 
tudesque Regenald et Regenard. 

Si Ton m’objectait qu’il n’est pas bien demontre 
que la prononciation Burnehault ait jamais et6 en 
usage , j'invoquerais un cartulaire de Valoires ou 



— 420 — 

le mot chaussie Burne haulle cat employe plusieurs 
fois pour designer la voie romaine de Boulogne 
a Reims (4). Tout porte k croire que cette or- 
thographe reproduit exactement la prononciation 
primitive et que si dans la suite celle de Brune- 
hault a prevalu, c’est a cause de l’analogie que 
presen tait ce mot avec le nom de la reine d’Aus- 
trasie. Au cas particulier , comme dans une infinite 
d’autres , 1’erudition loin d’eclairer , a , (’imagi- 
nation aidant, induit en erreur. 

Et cela s’explique. Dans l’Europe moderne 
comme dans le monde ancien , l’bistoire a com- 
mence par le roman et l’epopee. Aussi voyons- 
lious la plupart de nos premiers liistoriens , l’ima- 
gination pleine des fictions de la Grece et de Rome, 
crcer tout un essaim de h^ros inconnus soi-disant 
echappes du siege de Troie h 1’instar du bon Enee 
ou egares sur les flots par la temp&te , comme le 
prudent Ulysse , ou pris parmi les lieutenants de 
Cesar , pour en faire des fondateurs de royaume 
ou de villes et cette manic des noms propres alter 
si loin qu’il n’y eut plus de bourgade si obscure 
qui ne put se glorifier d’avoir eu pour fondateur 
ou un roi ou un saint, ou un lieutenant de C6sar 
ou un beros troyeu. Cette 6cole historique qui date 
surtout de la Renaissance et qui a marque la 
transition du roman a l’bistoirea ete fort en honneur 
dans les provinces et principalement dans noscon- 


(1) Voir lc t. 1U des Memoircs des Antiquaires de Picardie, p. 17. 



tr6es. Elle s’y est en quelque sor.te personnifiee 
dans le pfere Malbraneq , homme d’une profonde 
Erudition , mais dont l’esprit etait naturellement 
epclin au mys%isme et au merveilleux. Son De 
Morinis, qui fait encore autorite et a et6 le point 
de depart de la plupart de nos histoires locales , 
peut etre considere coqime une 4popee oil toutes 
les legendes , touies les fables, toutes les tradi- 
tions fausses ou r£elles > en un mot tout ce que 
l’imagination de ses devanciers avait cr4e et in- 
venti avant lui a ete religieusement recueilli , 
qommente , amplifie meme , 6lev6 k la dignite de 
l’bistoire et a pris place a cote des documents 
authentiques qu’il avait puises dans les archives 
et les cartulaires des anciennes abbayes. 

C’est bien certainement sous 1’empire de cette 
ecole qui tendait en quelque sorte k illustrer et 
k po^tiser les denomination? mkme les plus vul- 
gaires, et : que le livre de Malbraneq, cit6 par 
tous les Mstoriensde 'cette con tree comme l’evan- 
gile mfemede l’histoire, a singulikrement popularises, 
qu’est »6e l’idee d'attribuer k Brunichilde la cons- 
truction' de- toutes les chaussees qui portaient, un 
•noin analogue a eelui de cette princesse. Sans 
douto cette opinion itait r^pandue longtemps avant 
Malbraneq , mais cet historien n’a pas peu centcibue 
k.la propager et k la faire prendre au serieux. 
Bergier , son contemporain , mais dont Yhistoire 
des grands chemins de l' Empire a precede la pu- 

16 



— m — 

blication du De Morinit , s’exprime ainsi : « Da 
» bruit tout commun des batiments de Brunehault 
» peut bien estre venu que quelques esprits des 
> sifecles suivants se soient laisstz persuader que 

• ces chaussees , estant de son nom , soient aussi 
» de sa fa?on. Je n’en at toutefois jamais bien 
» veu par escrit , sinon dans la chronique de la 
» grande et riche abbaye de St-Bertin au Pais- 
» Bas, chronique non encore imprimee et de la- 
» quelle j’ay une copie.... » Apres avoir cite le 
passage d’lperius que j’ai reproduit plus haul , 
Bergier ajoute : « Je ne s$ay pas sur quel auteur 
» celui qui a basti cette chronique se peut estre 
» fonde , veu que St-Gregoire de Tours , qui vivoit 
» du temps de Brunehault , Aimon , le mmne 
» Sigebert ni aucuns des historiens frangois ne 
» luy attribuent 1’invention de tels ouvrages , 
» quoyqu’ils n'ayent pas oublie a remarquer qu’elle 
» aimoit & bastir. En tout cas , la chronique de 

• St-Bertin ne lui donne qu’une bien petite partie 
» de ces grands chemins : et faudroit que 1’appel- 
» lation de chaussee de Brunehault donnee h cette 
» partie (celle de Carobrai A San gate et k Wis- 

• sant par Terouanne ) , se fut , par erreur , 
» estendue sur le tout; joint 1’opinion commune 
» de ses hautes et admirable* entreprises. * 

11 est k remarquer que ni la chronique d’ Andre 
qui fait plusieurs fois mention de la Leulene, ni 
Lambert d’Ardres qui lui donne le nom de Leod- 



— 423 — 

berne qu’elle portait auprfes d’Ardres , ne disent 
pas un mot de cette prktendue origine. Beauraa- 
noir lui-meme, qui a fait un chapitre entier sur 
les chemins et qui met les voies romaines au pre- 
mier rang parmi les routes royales * en attribue 
la construction k Jules-Cesar et non k la reine 
Brunichilde qu’il ne nomme meme pas. C’est a 
mea yeux une preuve frappante et decisive quedu 
temps de Beaumanoir on ne s’ltait pas encore avise de 
lire le nom de cette princesse dans le nom vul- 
gaire que portaient les chaussees romaines et que 
cette fable, mise en avant pour la premiere fois , 
envirqn ub siecle aprfes par Ip6rius , mais quant a 
la voif de Cambrai k Terouanne seulement, n’a 
pris qours et ne s’est propagee qu’k la longue, 
qu’a flprce d’avoir 6t6 r6pet6e par les krudits. 

II f»ut done regarder le mot Bumehault ou Bru- 
nehau\t , non pas comme un nom propre , mais 
comme un qualificatif qui 6tait le corr^latif de 
viconfier. Comme le fait remarquer Nicolas Gosson 
dans son commentaire de I’art. V de la coutume 
d’Aptois , ce mot viconte , vicontier n’a aucun 
rapport avec son homonyme vicomte employk dans 
le sens de lieutenant du comte , gerens vicem co- 
milis. C’est un terme coutumier derivk du latin 
vims, village, comme son equipollent , le mot vicinal 
qui etait employ^ dans d’autres coutumes et que 
la loi du 21 mai 1836 a definitivement consacrk (1). 

(t) Cette etymologic qui cst conforme du rcste t la defluitw n que donne 



— 124 — 

Ainsi de mSme que chemins vicomtiers signifiaient, 
suivant la coutume de St-Omer et d’Artois , • les 

> chemins estans fes villages et allans de l’un h 

> l’autre ; » de m6me aussi chaussies de Brune- 
Hault , synonime de chemins royaux , designaient , 
suivant les m6mes coutumes, a les grands chemins 

> allant de bonnes villes h autres, » ou ce qui 
revient au mgme , ayant leur halte , leur point 
d’arr&t , leur issue dans les villes. 

Nous avons vu que le mot Leulene , voie pu- 
blique ou du peuple , avait aussi son correlalif 
dans le mot boerwech , chemin de paysan. 

A quelle 6poque remontent ces denominations , 
je l’ignore. Mais ce qu'il y a de certain , c’est 
qu*elles ne semblent £tre qu’une traduction des 
denominations romaines. En effet le Digeste divise 
les chemins de l’empire en trois classes : les votes 
publiques , le votes privies et les voies vicinales (I)* 
« Nous appelons voies publiques , dit Ulpien, celles 


la coutume, a 4t£ admise par Maillard et tous les jurisconsultes art&iens. 
Mais peut-£tre serait-il plus exact encore de faire driver cette expression 
du droit coulumier des deux mots tudesques wickenstier, du verbe stieren 
metier, conduire ou gouxerner , ce qui rendrait parfaitement compte du 
double empioi du root vicontier : applique au seigneur, il signifterait celui 
qui qouverne les villages, et au mot chemin, qui conduit au village. 

(1) Viarum queedam publicce sunt f queedam privates , queedam vici- 
nales. Publicas vias dicimus quas Grceci basilicas id est regia$ t% nostri 
preetorias, alii consulares vias appellant . Privates sunt quas agrarias 
qnidam dicunt. Vicinales sunt vice quee in vicis sunt, vel qui in vicos du - 
runt. (D. lib. 43, t. 8, 1. 22 ct Sqq). 



— 125 — 


» que les Grecs appellent voies royalex et qui sont 
» aussi connues chez nous sous les noms de voies 
» pritoriennes , voies consulaires ou militaires. Les 
» voies privies sont celles qu’on appelle aussi voies 
» agraires. Et quant aux voies vicinales , ce sont 
» cellesgqui sont dans les villages ou qui y con- 
# duisent. > 

Dans nos contr£es les chemins se divisaient aussi 
en trois grandes classes qui Itaient : les Leulene, 
Lostraet ou Lienstraet, les Boerwech et les che~ 
mins vicomtiers. Ces trois denominations corres- 
pondent parfaitement , com me on l’a vu d'apres 
leur etymologic, aux trois denominations romaines 
vice public a , via agrarice , vice vicinales. 

Ges trois classes de cbemins, considerees sous le 
rapport des lieux ou ceux-ci allaient aboutir , se 
reduisaient & deux : les chemins de campagne et 
leschemins de ville : vice ruslicce , vice urbicae (1). 
Cette derniere classe comprenait les voies publiques 
proprement dites , c’est-i-dire les voies pritoriennes 
ou consulaires ou militaires qui avaient leur issue, 
leur point d’arret , soit dans les ports de mer ou 
de riviere , soit dans les villes ou les voies mili- 
taires qui y conduisaient (2). C’etait Ik ce qui les 


(1) Hoc interdictum tantum ad yiAfl rusticas pertinet , ad urbicas veri 
non. (D. ibid. 1. 34). 

(2) Vue vicinales qum ex agris privatorum collatis fact re sunt quorum 



— 126 — 


distinguait specialement des voies vicinales et 
agraires dont quelques- unes settlement avaient leur 
issue dans les voies militaires et dont la plupart 
expiraient sans aucune issue dans les champs (1). 

Cette division correspond parfaitement a celle 
qui a existe dans nos campagnes ou Ton distin- 
guait particulierement les chemins de traverse 
ou de pays et les grands chemins ou routes 
royales , primitivement les ehaussies Bumehault. 
On reroarquera le rapport frappant qui existe entre 
cette denomination tudesque (2) , interprets comme 
je 1’ai fait ci-dessus , et celle de via urbica que 


memoria non extat , publicarum viarum numero sunt. Bed inter eas et 
cceteras vias militares hoc interest qudd vice militares exitum ad mare 
out in urbes,aut in flumina publica, aut ad aliamviam militarem habent. 
Harum autern vicinal turn viarum dissimilis conditio esi. Nam pars earum 
in militares vias exitum habent, pars sine ullo exitu intermoriuntur . 
(II iJ. tit 7, 1. a). 

(1) Ibid. 

(2) Cert an faitpoar rooi demontre que la Gaule-Belgique, k partir de 
la Seine, parlait primitivement un dialecte tudesque. Mats cet ididme ne 
tarda pas k s’alterer au contact du latin qui fut pendant plus de quatre 
siecles la langue officielle dans tontcs les Ganles. De ce melange du tu- 
desque et du latin naquit une troisifcme langue qu’on appela le dialecte 
bas-tudesque, has thiois (S)prekard on (S)peeckard , en frangais le pa- 
tois picard. De 14, dans la suite, cette division de la France, sous le rap- 
port dcs langues, en pays de langue d’ocq (le midi), pays de langue (Toil 
(la France du centre), pays de patois picard , ou Picardie (toute la Gaule- 
Bclgique , moins la Flandre maritime), pays de langue thioise ou pays 
thiois (la Flandre tudesque ou maritime et les provinces rb£nanes). Les 
Flamands tudesques donnuieut k leurs voisins de langue picarde le nom de 
Wallons . 



— m — 

le Digeste definit : les votes qui ont leur issue, 
ieur point d’arrSt dans les villes , vice qua exitum 
in urbes habent, 

Quoi qu’il en soit , je ne pretends pas , je le 
repfele , donner cette etyraologie com me certaine 
mais seulement comme vraisemblable et satisfai- 
sante. 

J’avais d’abord eu la pensee d'ajouter, comme 
appendice , k ces recberches sur la Leulene un 
apercu: 4* sur un cbemin direct de Terouanne k 
Wissant, cbemin qu’une foule d'indices me por- 
tent I regarder comme une voie romaine destinee 
a ouvrir la contree montueuse et trks accidence 
qu’elle traverse; 2° sur un cbemin de Terouanne 
a Cassel qui est k mes yeux une section de la 
voie romaine de Boulogne k Bavai , indiquee dans 
l’itineraire d’Antonin comme suivant cette direction; 
3° sur la voie de Boulogne k Cassel , pour en in- 
diquer le parcours , d’apres quelques documents 
que j’ai recueillis , depuis Watten jusqu’k la Tour 
d’Orde ; 4* enfin sur une voie de Cassel , non 
pas k Mardick qui , k mes yeux , n’existait pas 
encore meme au neuvieme siecle (4) , mais aux 

(1) Inddpendamment de* preuves negative* qui resultant de ia direction 
de la chaussde de Cassel en ligne droite sur Synthe et faisant angle avec 
la branche de rapport qui la relie avec Mardick; de l’absence de tout ves- 
tige d’antiquitd et de toute espece de document qui fasse mention de cette 
prdtendue ville gallo-romaine antdrieurementau douzi&me siecle; de l'obs- 
Curite profonde qui l’enveloppait encore k une epoque ou Marck, dont on 
pretend usurper le nom k son profit , etait le chef-lieu d’un ministerium 



— 128 — 

Santenes , aujourd’hui les deux Synthes , oil tout 
me porte a croire qu'il y avait du temps des 
Romains des marais salans, Arenarii salinarum que 
je retrouve au onzifeme siecle possedees ab initio 
pafr les comtes de Flandre, eh ni&me temps qu’il y 


ou vicomte qui s’etcndait sur tout le littoral entre Sangate ct TAa et com- 
prenait ciuq ou six paroisses, parmi lesquclles ^taient Calais et St-Pierre, 
tandis quc Mardick qui depeodoit de Beurbourg Detail mime pas erigd en 
commune ct dtait encore si peu connu , merae a la fin du douzienie 
siecle, qu’un chroniqueur contemporain, Tun des continuateurs de Siinon, 
faisant remuneration de toutes les populations maritimes qui occupaient 
Ic littoral depuis Sangate jusqu'4 Dunkerque > mentionne nomm^ment 
celles de Calais, de St-Picrre et de Gravelincs, illos de Calesio et Petressa , 
illos de Gravelingis ct ne daigne metne point parler de la population de 
Mardick qu'il confond avec les autres habitants de cette c6te dans cette 
expression collective t et omnes maritimos de Broburgenti castelktrid, •— 
indlpendamment enfin du d4faut absolu de toute donnee s4rieuse qui 
puisse, en dehors de cette transformation pudrile , arbitraire et inadmis- 
sible des mots Marcis, Merki ou Merkisa en celui de Mardick , justifier 
d'une maniere telle quelle Popinidn qui fait de cette petite ville du 
moyen*&ge un port florissaot au temps des Domains , neus : trouvons 
dons une charte de Charles-le-Chauve de 877 aux moines de St-Bertin, 
une preuve positive, et, a mes yeux, peremptoire de sa non-existence au 
neuvieme siecle. Cette charte indique expressement le village de Look 
comma dtant sitad 4 cote de Synthe; et Loom ad Sentina?. Or, lesderri- 
toires de Loon et de Synthe sont se pares dans toute leur etendue par celui 
de 'Mardick. II s’ensuit done de deux choses Tune : ou qu'& cette epoque 
Mardick n’cxist&it pas encore et que son territoire, cornrne semble Tindi- 
quer du reste sa configuration , a dtd pris et ddcoupd depuis lors 
entre ceux de Loon et de Synthe^ ou bien que S’il existait ce n’etait en- 
core qu'une bourgade obscure et innommee, inferieure an village de 
Synthe puisque e’est le nom de celui-ci qui, maigre la plus graude proxi- 
mity et la eontiguitd mime 4e Mardick, est designe dans la charte de 
Charles-le-Chauve pour indiquer la position deLqon. Je defie gu’ou puisse 
repondre 4 cette objection , quon puisse passer entre les deux proposi- 
tions de ce dilemme.. . 



— 129 — 

avait a la mkme epoque ties salines k Bourbourg. 
Mats j'ai refleclii ensuite que quelques reslreints 
que pussent fetre les d6veloppements que j’aurais 
a donner a ce travail accessoire il aurait toujours 
trop detendue , eu 4gard k la place qu’il occu- 
perait, <et qu’il serait peu logique de greffer ainsi 
sur l’histoire d’une seule voie romaine une notice 
qui en embrasserait k la fois plusieurs autres. J’ai 
done cru devoir y renoncer. 

Nous avons tout lieu d’esperer que le temps 
•n’est pas loin oil la question des voies romaines 
qui ont existe dans nos contrees sera resolue aussi 
complktememt qu’elle est susceptible de l’etre. 

Dejk en 1840, la Society des Antiquaires de 
Picardic avait congu l’excellent projet de faire 
dresser une carte de toutes les voies romaines qui 
sillonnent cette ancienne province , y compris I’Ar- 
tois. Elle a nomme k cet effet une commission 
prise parmi ses membres. Dans deux rapports 
pleins d’interkts dans lesquels il rend compte des 
travaux de cette commission , M. J. Gamier a 
pr6sente un r4sum6 succinct de toutes les recher- 
ches , de toutes les opinions , en un mot do tout 
ce qui avait etk ecrit ou public soit sur I’ensemble 
de ces anciennes chaussees , soit sur quelques- 
unes d’elles en particulier. Plusieurs de nos col- 
legues , k qui la commission presides par M. Gar- 
nier a fait appel , ont pay£ leur utile tribut k ces 
reeherches , en ce qui concerns les voies romaines 

17 



— 130 — 


ties arrondissements de St-Omer ei de Boulogne. 
Tels sont nommement MM. Alex. Hermand, Du- 
faitelle et Cousin. 

Le premier a fixe d’nne manure definitive le 
trace de la voie romainc de Casset k Boulogne 
par Watten. Je partage entierement son opinion 
et j’ai recueilli dans les aneiens terriers, les re- 
gistres de comptes et autres documents , joints a 
une connaissance particuliere des lieux , des indices 
qui me semblent de nature a determiner le par- 
cours de cette chaussee dans le trajet quo je viens 
d’indiquer , en m&me temps qu’ils nous font con- 
naitre qu’elle a continue d'etre trfes frequence 
pendant tout le moyen-age. De Cassel k Watten , 
il n’y a pas de difficulty , car cette chaussee existe 
encore. Je la trouve indiquee dans une charte de 
Charles-le-Bon de 1124 sous cette denomination 
tres* remarquable : via publica qua , steen strata 
dicta , Casletum respicit. Je regrette que M. Her- 
mand , en rejetant avec raison , comme il l’a fait, 
une pretendue voie romaine de Boulogne par St- 
Omer a Cassel , n’ait pas song6 a la chaussee de 
Terouanne a cette derniere ville par Renescure. 
Cette chaussee , l’une des mieux conservee que 
je connaisse , va de Terouanne a Clarque , donne 
son nom k la Cauchie d’Ecque et a Quiestkde, 
traverse le grand chemin de St-Omer k Aire a la 
Belle-Croix, Wardrecque , le Neuf-Fosse sur le 
Pont-Asquin, Renescure, l'extremite d’Ebblinghem 



- 131 — 


et arrivee a peu prfes a la hauteur de Staple , elle 
se confond avec le grand cliemin de St-Omer a 
Cassel jusqu’a, cette viUe. C’est sans doute cette 
dermere circonstance qui a induit en erreur dom 
Grenier ou celui sur la foi duquel ce savant be- 
nedictin a admis une voie romaine de Boulogne a 
Cassel par St-Omer (t). 


(1) On a beaucoup discubi snr la question de savoir s'il y avait deux 
voies romaines de Boulogne k Cassel. M. Gamier, dans ron second rap- 
port, conclutpour la negative. Je ne partage pas son opinion. La difficulte 
consiste k concilier la carte de Peutinger et l’itineraire d’Antonin qui ne 
se contredisent pas. La carte de Peutinger indiqueune voie directe de Bou- 
logne k Cassel; cette voie, on la connait, e'est eelie qui passe par le Waast, 
Tournehem et Wattes. De son cdte l’itineraire d’Antonin qui, suivant 
1’opinion generalement admise, n’dtait qu’un livre de poste, tragant l’iti- 
neraire que suivaient les postes romaines pour allcr de Boulogue k Bavai , 
indique ainsi les prineipaux points que ces postes desservaient et ou etaieut 
leurs prineipaux relais : 


« Iter a portu Gessorucensi Bagacijm usque : 


» Tarvennam 
» Castellum 
» Viroviacum 
» Pontem scald* 
» Bagacum 


M. P. XVII. 
M. P. IX. 

M. P. XVI. 
M. P. XII. 
M. P. XII. » 


Bien que cet itin^raire ne suive pas la voie dirccte de Boulogne k Cassel, 
il est loin cependant de l’exclure, On con$oit en effet que Terouanne etant 
une station centrale et intermldiaire par laquelle devait necessairement 
passer la poste de Boulogne pour aller k Arras et de la soit a Cambrai ct 
St-Quentin, soit k Tournai, on se soit servi de cette meme poste , par 
correspondance , entre Terouanne et Bavai par Cassel , afin d’eviter lo 
double emploi qu’aurait fait une seconde poste sur la voie directe de 
cette demi&re ville k Boulogne. 


La difficult^ pourrait done, suivant moi, se resoudre ainsi : la carte de 
Peutinger indique la voie la plus directe a suivre pour allcr de Boulogne 
k Cassel, et l’itinlraire d’Antonin, la voie que suivait la poste. 



— 132 — 

M. Cousin , de son cdte , a jete un nouveau 
jour sur les trots grandes voies qui rayonuaient 
de Boulogne dans les trois directions de Terouanne, 
d'Ctaples et d’Amiens. 11 est a regretter aussi qu’il 
n’ait pas era devoir diriger Igalement ses recher- 
cbes sur le chemin direct de Wissant a T6rouanne, 
ni sur la ligne que suivait, a pariir de la Tour 
d’Orde , la voie de Cassel dont je viens de 
parler (1). $ 


D’oilleurs, eoncevra-t-on qu’il n’j aurait paa eu de vole directe entre 
deux points aussi importants et aussi rapproebes que Terouanne et Cassel ? 
La direction de ce cbemin en ligne droite > sa largeur qui , par endroits , 
depassc soixante pieds , surtout dans Benescure ou il est connu et 
d&igne dans les litres sous le nom de rue de Tirouanne ou rue menant 
de Cassel & Ttrouanne , le rapport de son parcours quant k la distance, 
avee celle indiquee dans l’itin^raire , son anciennetd constatee non-settle- 
ment par des noms de lieux mais encore par ce fait que e’est par la qu’en 
lest l’empereur Otbon Tenant d’Arras avec une nombreuse armee, ferine 
usque ad Arkam , s’est prdsentd pour entrer en Flandre lorsqn’il en tronva 
le passage ferm£ par le Neuf-Fossd que venait de construire Banduin de 
Lille, les denominations mdme de W ardrecques et A’Asquin qui signifient 
cn flamand le passage du boulevard et pont de sortie , tous ces indices et 
une foule d’autres qu’il serait trop long d’dnumlrerme semblent pins que 
suflisants pour admettre la rue de Tdrouanne au nombre des voies romai- 
ues. Get honneur lui est d’autant plus llgitimement dft, qu'avec tous ccs 
carac teres elle est la seule voie qui puisse rlpondre k la section de U 
chaussee de Boulogne k Bavai entre Tdrouanne et Cassel, indiquee dans 
I’itinlraire. 

(1) II eut 4te bon aussi , ce me semble, de dire an mot foseptemvium 
qui, suivant moi, a donne son nom au village les Zoteux^l# Seheedew(eg) 9 
le carrefour). Plusieurs indices me portent k croire que le Septemvium , 
situe comme ii Test , sur Tun des points les plus eleves de la Morinie, 
etait lc centre non sculemcnt d’un reseau de voics romaincs , mais encore 
de plusieurs li^ues de signaux de feu. 



— 133 — 

Quant a M. Dufaitelle , l’homme qui possede le 
mieux l’hisloire du Calaisis , il a judicieusement 
rectifie plusieurs erreurs de Dom Grenier, et in- 
dique , preuves en main , le veritable trace de 
l’extremite de la lieulene et d’une autre chaussbe 
moins connue de Wissant b Sangate et de lb b 
Marck. 

La Society des Antiquaires de la Morinie a done 
dbjb fait un grand pas dans 1'btude des voies ro- 
maines de sa circonscription. Ce qui lui reste b 
faire , e’est beaucoup moins encore d’aller b la re- 
cberche de nouvelles decouvertes que de s’efforcer 
d’apporter de nouvelles lumiferes sur ce qui est 
dejb connu. C’est lb pour ma part ce que j’ai 
voulu faire. Comme dit un vieil adage qui, ainsi 
que les autres, est devenu trivial b force de vb- 
rite , tl nest si peu qui naide. Aussi j’ose es- 
perer que ce faible tribut que je viens joindre b 
celui que les savants collegues , dont je viens de 
parler, ont dejb si largement payd, ne sera pas 
tout-a-fait stbrile et qu’il ne laissera pas de con- 
tribuer tant soit peu a la construction de l’edifice 
qu’une societe voisine , sceur de la ndtre , et , je 
le crois du moins , sa plus intime allibe , a en- 
trepris d’elever , a frais communs ; a I’cxdcution 
de cette carte des voies romaines que nous desi- 
rons voir bientot s’acbever si toutefois , ce que 
j’ignore , elle ne Test pas dbjb depuis longtemps. 




LA 

imnme Mnu 

ATAWP IX nWBAJTT 


Li DOMINATION ROHAINE. 




LA 


FLANDRE MARITIME 


AVANT ET PENDANT 

LA DOMINATION DOMAIN , 


par M. Louis De BAECKER, Membre correspondant. 


I. 


La Flandre maritime francaise, ancienne contree 
que bornaient k Test lcs Pays-Bas , au midi la 
Lys , a l’ouest la riviere d’Aa , au nord l’Ocean , 
est enclavee de nos jours dans les arrondissements 
administratifs de Dunkerque et d’Hazebrouck. Elle 
est situee entre le 1 0 me — 25 me degre longitude et 
le 51 me — 35° et a treize lieues de longueur sur 
six de largeur. 

La surface de ce pays est g£n6ralement plane; 
cependant dans sa partie centrale, elle est parse- 
mee de diverses Eminences jalonnees sur une ligne 
qui va de l'occident a l’orient. Ces Eminences sont 

18 



— 438 — 


les coteaux de Watten , St-Momelin , Ravensberg , 
Bonsberg , Cassel , Uwenberg , Boeschepberg , 
Catsberg , Kemmelberg , le Mont-Noir et le moot 
de Lille. Son territoire est arrose, 4° de sept ri- 
vieres ou ruisseaux qui sont : la Lys qui suit en 
partie les contours du departement du Pas-de-Calais 
et de l’arrondissement de Lille ; l'Aa qui prend sa 
source dans le Pas-de-Calais ; 1’Yser qui prend la 
sienne a Rubrouck ; la Peene qui nait dans les 
coteaux de Cassel et se jette dans l'Yser pres 
Wylder ; la Colme qui passe k Bergues ; la Lawe 
qui vient du Pas-de-Calais et se jette dans la Lys 
au-dessous de Lagorgue ; la Bourre qui nait au 
village de Borre et deverse ses eaux dans le canal 
d’Hazebrouck ; 2° de onze canaux de navigation , 
le Neuf-Fosse , la Nieppe , le Preavin , le canal 
d’Hazebrouck, celui de Bergues a Fumes ou Basse- 
Colme , celui de Bourbourg , celui des Moeres , 
de la Cunette , de Dunkerque a Bergues , de Mar- 
dyck et celui de Dunkerque k Fumes ; 3* de sept 
canaux de communication vicinale qui sont la becque 
de Vieux-Berkin , la Metterbeke , le ruisseau de 
Steenwerck , la becque de Nieppe , la vieille riviere 
et deux becques qui se jettent dans l’Yser ; 4° de 
deux-cent quarante-trois canaux de dessechement 
dits Wattergans ; et 5° de trente-cinq petits cou- 
rants d’eau qui filtrent a travers les champs etvont 
grossir les rivikres. • 

, Si nous ajoutons a cette quantite de ruisseaux 





— <39 — 


la quantity tie inarais qui couvraient la Flandre 
maritime , nous serons autorise a dire que cette 
region , comme tout le littoral du nord de la France, 
a ete, durant de longs siecles, occupee par 1’element 
liquide. 

Elie de Beaumont nous apprend en effet qu’a 
cette epoque de la creation , que la science geo- 
logique appelle tertiaire , un immense lac couvrait 
les lieux oil dcpuis s’eleverent Paris , Bruxelles et 
Londres , et qu’ils ne furefat exondh que par un 
soulevement du sol. Ce fut dans cette p£riode de 
retraite progressive des eaux, qu’apparurent les terres 
nouvellea du continent. Enfin, un temps arriva oil la 
mer fut d peu prh releguee dans le bassin qui la 
renferme aujourd’hui ; nous disons d peu prh , 
car il parait qu’avant de se tracer ses limites ac- 
tuelles , elle baigna encore pendant des siecles , 
la chaine des col aes que nous avons plus haut 
enumerees el qui ne sont autres que d’anciennes 
dunes. • L’on volt partout , dit 1’abbe Mann , que 
» cette elevation de terrain n’est pas comme les 
» montagnes ordinaires , dont la declivite s’etend 
» communement a quelques licues dans le pays; 

» ici le changement est subit et l’ascente commence 
» tout d’un coup, comme on le voit presque par- 
» tout aux bords de la mer. Ce qui peut encore 
» servir a faire connaitre i’ancienne cdte elevee , 
» c’est la grande difference qui se trouve entre le 
» terrain qui est dans l’interieur de cette cote et 



— 140 — 


» celui qui est entre clle et la c6te nouvelle , l’un 

> 6tant ou sablonneux ou mar6cageux ; l’autre 
» 61ev6, pierreux et in£gal (1). » Suivant l’opi- 
nion du meme auteur , adoptee par MM. Belpair (2) 
et Schayes (3), « l’ancienne c6te de la Belgique 
» commencait entre Calais et Boulogne , passait 
» sur la droite de Guinea et d’Ardres par le mont 
» de Ruminghem jusqu’k Watten , oil du temps 
» de C6sar et jusqu’au X me sikcle, il y avail un 

> golphe qui s’6tendait jusqu’k Saint-Omer, Blan- 
» decques et Wizernes. De Watten , la cdte se 
» dirigeait sur Cassel par Ravensberg , Balemberg , 
» Domberg ; ensuite elle passait par Eecke , Cats- 
» berg , Cainberg , Locre , Swartsberg , Mont- 
» Kemele , Witsecatte , Messine , Rosenberg , La 
» Hutte jusques vers Warneton. De lk, cotoyant 
» la gauche de la Lys , elle s’etendait par Houthem 
» jusqu’a Yilvorde , oh il doit y avoir eu un golphe , 
• et jusqu’k Bruxelles par l’allee verte (4). 

Ce n’est pas tout , Malbrancq rapporte qu’a 
Guisnes , Ardres , Ste-Marie-Kerke , Watten , etc., 
on ne rencontre, k la profondeur de sept ou huit 


(1) M^moire sur l'oncien 6 tat dc la Flandre maritime, page 74. 

(2) Mlmoire sur les changements de la cote depuis Boulogne jusqu’i 
Anvers , ins6r4 dans les nouveaux memoires de Tacademie de Bruxelles. 

(3) Les Pays-Bas avant et durant la domination romaine, Tom. I €r 
pag. 323, 


(4) Schaycs , ibid. 



— U1 — 


pieds, que du sable de mer rempli de coquillages 
et autres substances marines. On a trouvk des 
ancres et des debris de navires dans plusieurs 
endroits de la Flandre, trfes eloignes de la mer , a 
Glairmarais , Blandecques , Wizernes et meme sur 
le mont Cassel. La plaine entre Hame et Ardres 
6tait , dil-on , autrefois une montagne ; mais au- 
jourd’hui elle est k peine une faible colline , tant 
les terres environnantes se sont exhaussees par 
les alluvions de la mer (1). 

11 y a quelques ann6es , des ouvriers en creusant 
Ie sol pres l’hotel-de-ville de Bergues, ont exhumk 
un humerus de baleine (2) ; d’autres ont extrait 
d’une carriere de graviers k Wormhout une niolaire 
d’Hippopotame petrifi^e (3). A Cassel et au mont 
des Cattes ou Catsberg , on trouve encore tous les 
jours des coquillages petrifies ; le terrain de ces 
monticules est un terrain d’alluvion , et selon 
M. I’ing4nieur Poirier de St-Brice , il se compose 
cn majeure partie d’un sable quarlzeux dont les 
couches horizontales sont de diverses couleurs ct 
renferment assez frequemment des cailloux routes. 

Ces faits demontrent de la manikre la plus 


(1) Malb. de Mor. et reb . Morin . tom. 1. pag. 54. — Dom Grenier. 
— Introduction & l’hisloire de Picardie , p. 57. 

(2) Consent dans le cabinet d’kistoire naturcllc dc M. Dcmcezcmaker, 
ancicn maire dc Bergues. 


(3) Id. id. 



irrecusable que la partie septentrionale de la Flandre 
fut , dans I’antiquite la plus reculee , le domaine 
de l’Ocean. 11 est impossible de dire quand ses 
Dots se retirerent de cette contrde ; cet 6venement 
se perd dans la nuit des temps. Des auteurs 1’at- 
tribuent au deluge cimbrique ; le savant Schayes 
rejette bien loin cette opinion , par le motif que 
ce deluge n’arriva qu’environ cent-cinquante ans 
avant l’ere vulgaire , et qu’alors les Gaules etaient 
dejk habitees depuis un temps immemorial. L’hy- 
pothese la plus vraisemblable selon lui , l'abbe 
Mann et Belpair , est celle qui explique cette re- 
traite de la mer par la rupture de l’lsthme qui 
unissait jadis la France & l'Angleterre (1). 

Cette plaine sablonneuse , surgie du sein des 
flots , ii faudra encore des sifecles avant que Thomme 
puisse l’habiter; il faudra que sa surface se consolide , 


(1) M£moire deji cit4. — L’eldvation des mages de France et 
d'Angleterre , la nature des terres , la correspondance mutuelle de 
leurs couches, leur coupure perpendiculaire contre l'ordre qu’on 
remarque dans les montognes et les hauteurs situ^es sur les autres 
cotes , qui sont presque en pente vers les vallees , tons ces rap- 
ports frappants ont porte M. Buache ( M&n. de l’acad. des sciences, 
de 1752 , pag. 412 ) & dire que la montagne qui est coupee a 
Wissant par le ddtroit , et qui au deli s’etend assez avant en An- 
gleterre , en suivant la mfone direction , n’est que la continuation 
d'une branche de montagnes qui traverse les provinces du centre 
de la France. M. Guettard (Mem. de l’acad. de sciences 1746 , 
p. 362) a observe la memo interruption par rapport aux mines dont 
les bandes «chisteu>es et mameuses pa?saient dc meme de Picardic 
en Angleterre. — Dom Grenier. — Introd. k l'bisi. dc Picardie. 



se durcisse ; que des vbgetaux la couvreut , quo 
des forets l’ombragent; que l’atraosphbre qui l’en- 
toure se purifie. Alors des pas humains se ha- 
sarderont sur ce sol tremblant et marecageux , oil 
l’Ocban conservera deux lits pour y penbtrer & 
son gre et submerger , quand il lui plaira , la 
terre conquise par la vbgbtation. Des hommes 
partis , on ne sait d’ou , peut-etre du cdte du 
fleuve Tanais , viendront cinq ou six cents ans 
avant 1’ere chretienne , visiter ces cdtes inconnues 
et s’y fixeront. Ces hommes seront de la race 
Celtique ou Gallique. Nous n’avons pas h nous en 
occuper , car il n’en est rest6 sur notre sol aucune 
trace historique. Les premiers habitants dont l’his- 
toire a garde souvenir , sont les Menapieus, d’origine 
ludesque. 


II. 

Nos c6tes ne furent v6ritablement peupl^es que 
lorsque les Teuclitres et les Usipbtes chassbrent 
les Menapiens des rives du Rhin (4). Alors, cette 
peuplade germanique, poussant plus avant vers 
l’occident , prit possession de ce pays , auquel on 
peut , avec M. Schayes, assigner les homes sui- 
vantes : au nord , 1’Escaut et la Meuse qui la 
separaient des Bataves ; b Test l’Escaut la sbparant 


(1) Cmar , Bell. gall. lib. -/F. cap . 4. 



— 1 44 — 


des Nerviens et des Toxandres; k Vouest, l’Ocean 
el les Morins delimites par la riviere d’Aa ; au 
midi , la Scarpe , la Deule , la Lys et la Marne , 
qui paraissent lui avoir servi de limites , du cdte 
des Morins et des Atrebates. Ces homes ont etc , 
au moins pendant une certaine partie du moyen- 
age, celles du pagus mempitcut ou menapiseut (4). 

En effet , on lit dans une cbarte de Charles- 
le-Chauve , de l’an 847, donnee en faveur de 
l’abbaye de St-Bavon, que ce monastfere est situd 
in territorio Menapiorum quod nunc Mempiscum 
appellant. Enschenius , dans ses notes sur la vie 
de Saint Amand , assure que Tournay s’y trouvait. 
Scion le biographe de Saint Anschaire et de Saint 
Rembert, Torhout y etait aussi. Roulers y est 
place par un diplbme de l’empereur Louis, de Van 
822 : in pago qui dicitur Mempitcut, in loco 
nuncupante Rostelar. Une cbarte de Cliarles-le- 
Chauve de 877 , y met Poperinghe ; une autre 
du meme prince, de Van 864, fait mention de Helsoca 
in pago Mempitco , que Von croit etre un village 
aux environs de Cassel. Yperius dans sa chronique 
de Van 860 , constate dans le Mempiscus, VY terce 
portut qui fut Nieuport. Une charte datee del 085, 
par laquelle Robert-le-Frison fait une donation k 
St-Pierre de Cassel, coroprenait cette ville dans 

(2) Schayes , les Pay$-Ba$ avant et durant la domination romaine. 
T. 1. p. 425. 



— 145 — 


le pagus Menapitcus. Meyer, dans ses Tomi X, cite 
un Rigobert de Lederzeele , et dans ses Annales , 
nomine Wormhout , deux villages qu’il dit enclaves 
dans le Mempiecut (1). Si nous r6capitulons les 
noms des lieux relates dans ces actes authentiques 
comme faisant partie du pays des Menapiens , nous 
verrons que ce peuple occupait encore , vers le 
IX e sifecle, toute la contr£e qui s’etend de Lederzeele 
k Gand , c’est-k-dire , de la rivifere d’Aa (Lederzeele 
y touche) jusqu’k l’Escaut. II y a plus , un auteur 
du XI e siecle , cite par M. Alex. Hermand, Ebrard , 
moine qui a dcrit vers l’an \ 080, la cbronique du 
monastfere de Watten , aprfes avoir qualifie cette 
ville de tres antique demeure des Menapiens , dit 
de la manifere la plus precise et la plus claire que 
Ieur limite k l’occident etait la riviere d’Aa. Est 
ergb inter Legiam fluvium et jlandrinenses maritimos 
Men apia cognominatut, cujus incolce generali vocabulo 

ab historiographis Menapi denominantur Pagi 

autem ipsius longitudo ab oriente extenditur atque 
ab occidente Enula videlicet fluvio finem exdpiente 
terminator . Ce fleuve Enula n’est autre quel’Aa (2). 

Nous pouvons done dire que si les Morins et 
les Menapiens 6taient voisins et situds sur les bords 
de la mer, ainsi que nous l’enseigne Strabon (3), 

(1) Ad arm. DW. VI. 

(2) Sanderus ( Fland . illustr.). et Malbr . De Morin. 

(S) Strab. tom. 1 pag. 296. Edit. Amst. 


19 



— UG — 


Is etaient separes par ce golphe qui pcnetrait 
encore au XII* siecle jusqu’au pied de la colline 
de Sitbiu (1). Les Meuapiens en occupaient le 
cdt6 oriental , les Morins celui vers l’occident. C’est 
pour cette raison que Virgile appelle ceux-ci : 
Exlremi hotmnum , et Pomp. Mela : Ullimi galli- 
carum gentium (lib. 3. cb. 2). 

Ce golphe est un de ces deux lits que la mer 
s’etait conserves et dont j’ai par 16 plus haut. 
Lorsque celle-ci s'en fut retiree, l’Aa s’en saisit 
et l’approfondit en s'y precipitant ; le second lit 
auquel j’ai fait allusion , est cet autre golphe , 
dont les eaux baignaient le Groembeg et que rem- 
plaga un canal qui descend de cette Elevation 
perpendicul rement a la cote dans le bassin de 
Dunkerque. 

Maintenant que nous avons determine avec quelque 
exactitude l’em placement des Menapiens, examinons- 
les sous le rapport des moeurs , car c’est-la qu’est 
la vie des peuples. Cesar , Dion-Cassius et Strabon 
ont laisse sur ce point historique des details pleins 
d’interet. 

Leur pays etait couvert d’immenses forets et de 

(1) Ce golphe est citd dans un diplome que Vredius a extrait 
des archives de rancien eveche de Thlrouanne , co nservees autrefois 
dans celles de la cathedrale d'Ypres. Co mute Mirseus et son conti- 
nuateur ne Tont point connu , ce diplome^ nous croyons devoir 
renvoyer le lecteur a VHistoire ancienne des Pays-Bas autrichiens , 
par Des Roches 9 p. 107 9 ou cette charte est reprpduite. 



— \ 47 — 


mar^cages inaccessibles (1). Les bois de Nieppe , 
de Catsberg , d’Uwenberg, avec ceux situes entre 
Casscl , Wormhout et Steenvoorde , et les marais 
connus sous le nom de Moeres entre Bergues et 
Fumes , sont des vestiges des forets et des ma- 
recages primitifs. Les aulres ont disparu devant 
les progrfes de l’agriculture, et des noms de villages 
rappellent seuls les lieux couverts autrefois de leur 
ombrage touffu et de leurs eaux croupissantes (2). 

Les arbres 6taient de peu de hauteur ; on en 
entrelagait les tiges flexibles pour se defendre contre 
les invasions armies. Les marais formaient de petites 
iles ^parses , du moins dans la partie voisine de 
la mer ; c’est Ik que les M6napiens se retiraient 
avec toutes leurs families au moment du danger. 
Lorsque le temps etait humide , its pouvaient 
aisement s’y assurer un refuge; mais la secheresse 
survenant , il 6tait facile de les atteindre (3). Les 
forets renfermaient de vastes plaines et de fertiles 
paturages. Les Menapiens s’appliquaient principa- 
Iement a la culture des champs ; ce qui le prouve, 
c’est que les lieutenants de Cesar les devasterent 
et coupkrent leurs bles (4). 11s entretenaieut de 

(1) Continentesque silvas ac paludes habebant ; Goes. lib. 8. ch. 28. 
— Perpetuis paludibus silvisque muniti ; id. lib. 6. ch. 5. 

(2) Voy. Les Flamands de France. Etudes sur leur langue , leur 
literature et leurs monuments. 

(3) Strabon. Tom. I er . 

(h) Omnibus earum agris vast at is , frumentis succisis axtificusquc 
insert vis. — C*vs. lib. h i\ 38. 



— U8 — 


si grands troupeaux de brebis et dc pores qu’ils 
fournissaient k Rome quantity de viandes salees et de 
laines fagonnees (4). Martial chante, dans ses vers, 
les jambons de la Menapie (2). Gruler dit qu’il 
existe k Rimini une inscription dddiee k Vespasien 
par le corps des sauniers Mdnapiens : Salinatoret 
civitati* Menapiorum (3). II peut se faire que ce 
peuple ait eu des salines sur les bords de la mer, 
aux environs de Dunkerque ; car , non loin de cette 
ville , il y a un village qui a nom Zudcote et 
que d’anciennes chartes nomment Soutcota , nom 
flamand qui correspond , selon nous , k cette ex- 
pression : Cabane au Sel. Au surplus / des actes 
du XI* siecle, font mention de marais salans qui 
existaient alors le long de la cdte entre Mardyck 
et Gravelines (4). 

Les Menapiens n’avaient point de villes , ils 
n’habitaient que des chaumikres ^parses , construites 
de planches et de branches (5). Cassel , quoique 
designe par la carte de Peutinger , sous la deno- 
mination de Castellum Menapiorum, ne fut pas une 


(1) Tam copiosi sunt iis pecudum et suum greges , ut sagorum 
et salsamentorum copiam non Roma tantum suppeditent , sed et 
plerisque Italics partibus. Strab. t. I er p. 301, 

(2) Mart. lib. 13. Xcn. 50. 

(3) Edit, de Groevius', pag. 1096. 

(4) Annuaire du departement du Nord, 1835. 

(5) Non in urbibus sed in tuguris habitabant. — Dio Cass, lib, 39* 



— 149 — 


forteresse batie par les M6napiens , mais par les 
Romains sur le territoire m6napien. Ces derniers 
l’appelferent ainsi pour la distinguer du Castellum 
Morinorum , qui devint la ville d’Aire au dela de 
la Lys (1). Aussi , C6sar do dit-il pas que les 
Menapiens , fuyant devant lui , se re tirerent dans 
des chateaux-forts , mais qu’ils se cache rent au 
fond de leurs forgts et s’enfoncferent dans leurs 
marais (2). 

« Leur vetement est le Sagum , dit Strabon ; 

> ils laissent croitre leur chevelpre. Ils ont des 
» habits ouverts et & manches , qui descendent 
» jusqu’a la cuisse. Leur laine est rude leurs 

> armes se composent d’un long glaive suspeudu 
» h droite , d’un grand bouclier , d’une lance et 
» de la mdris , espece de pique; quelques-uns se 
» servent d’arcs et de frondes. Ils ont aussi des 
» pieces de bois en forme de javelots qu’ils ne lancent 

• pas avec une courroie , mais avec la main et 
» qu’ils emploient principalement a la chasse des 
» oiseaux. Ils couchent k ter re,... leur nourriture 
» consiste en laitage et en diverses especes de 
» viandes, surtout en chair de pore fraiche ou salee. 

• Le peuple elit chaque annee un prince et un 
» chef de guerre. 

(1) Voy. Schaycs. M4m. de la socidtd des Antiquaires de la Morinie 
tom. 2. — Flandria Ethnica de Vredius. 

(2) Omnes se in densissimas silvas abdiderant..,. ac paludes ha - 
bebant , eo se suaque omnia contulcrunt. 



— 450 — 


» Sous le climat des Menapiens , il regne le 
» plus souvent quelque brume , de sorte qu’il 
» n’y a que trois ou quatre lieures , vers le midi , 

* pendant lesquelles on puisse apercevoir le so- 

• leil (1). » 

Quant k la religion et aux institutions civiles 
et politiques des Menapiens , elles sont les mftnes 
que celles des anciens Germains; nous renvoyons 
done aux anciens auteurs qui ont 6crit sur la 
Germanie et surtout au profond ouvrage de M. 
Schayes , intitule : Les Pays-Bas avant et durant 
la domination romaine, ainsi qu’& ceux de J. Grimm, 
Deutsche Mythologie , et de Mone , Geschicte des 
Heidenthums m Nordlichen Europa. 


III. 

Les Menapiens, dit M. Dewez , qui se croyaient 
inaccessibles aux entreprises des Romains, par les 
avantages que Ieuroffraient leurs immenses forSts, 
etaient le seul peuple de la Belgique qui n’eut 
pas demande la paix (2). Ils avaient pris le parti 
d’Ambiorix , roi des Eburons , et lui avaient offert 
un asyle dans leur pays. Cesar marcha en per- 

(1) Strabon , geo. lit. IV. ~ ■ Keroyn de Lettenhore ; hist, de la 
Fiandre , tom. 1. pag. 13. 

(2) Cjbs. lib. 3. c. 2S ; et lib. 4. cli. 38. — Cjbs. lib. 6. c. 3 et 6 



sonne contre les M6napiens. Les ponts qu’il pra- 
tiqua sur l’Escaut, lui facilitferent Pen tree dans le 
pays avcc d’autant moms d’embarras et de resistance, 
que les Mdnapiens , n’ayant pas eu le temps 
d'assembler des troupes , ne purent emp£cher les 
Romains de les poursuivre dans leurs for6ts. 

L’arm4e romaine, divis^e en trois corps, marquait 
tous ses pas par l’incendie et la devastation ; et la 
lueur de l’embrasement qui consumait un village, 
annongait au village voisin l’approche de l’ennemi. 
Les malheureux qui fuyaient ne pouvaient echapper 
aux vives poursuites des troupes legferes , qui , dfes 
qu’elles les atteignaient , ne leur offraient que la 
desesperante alternative de la captivite ou de la 
mort. Ceux que n’avaient point atteints le fer des- 
tructeur ou la flamme devorante, n’eurent quo la 
ressource de se soumettre au joug. (1). 

Mais les dissensions civiles qui suivirent la mort 
de Cesar , ne permirent pas aux Romains de 
s’occuper immediatement de leurs nouvelles con- 
quetes ; leur domination ne so consolida dans les 
Gaules que sous l’empereur Auguste. Par ses 
ordres , des citadelles furent elevees sur le sommet 
des montagnes de Cassel et de Watten, le port 
de Mardyck se creusa , des voies militaires 
traversfcrent le territoire menapien , et pour Sparer 


(1) Diet. gdog. ?. Mdnapiens pagi 807* 



— 152 — 


les vides pratiques par les armees des legions de 
Cesar , il y fit transporter un grand nombre de 
prisonniers de guerre que Drusus et Tibere avaient 
faits sur le Rbin. Des Bataves furent 6tablis a 
Walten (1) en qualite de letes ou serfs, et des 
Caltes au Castberg ( Mont Caltorum ) entre Steen- 
woorde et Bailleul, et peut-etre aussi aux environs 
de Bourbourg & un endroit , nomm6 Kattfliet par 
Malbrancq. La forteresse de Watten correspondait 
avec celles de Cassel , d’Eperlecques , de Sithiu , 
de Tournehem , de la Montoire et de Rihoult , et 
devint le centre de quelques habitations. Deux 
grandes routes venaient y aboutir. La premiere, 
suivant parallel ement le rivage de la mer, arrivait 
de Loo; la seconde allait vers l’occident a Bou- 
logne ( Getsoriacum) (2). 

Nous avons fix6 le r&gne d’ Auguste, comme 
l’epoque a laquelle fut batie la forteresse de Cassel, 
parce qu’on y a trouve, b la place qu’elle occupait, 
des medailles b l’effigie de cet empereur et qu’on 
n’en a pas vu de Jules-C6sar (3). 11 y a quel- 
ques ann6es on remarquait encore la cl6ture antique 

(1) Miscere enim vetutmirm Bataves cum guatinensibus. — Ebrard 
Not. de M. Heim and sur Watten. 

(2) Notice sur Watten, de M. Heratand. 

(3) Scrikius rapporte , orig. rerumq, celt . lib. 7 n° 23 , que Floris 
de Staples , grand bailli de Cassel en 1600 , possedait une medaille 
d* Auguste avec cette inscription : diyus august, et a l’exergne , un 
temple ferine et ces lettres, S. C. 



— 153 — 

de ce chateau-fort ; la durete du mortier , l’ar- 
rangement des pierrea, la profondeur des fondements, 
tout indiqnait qu’elle 4tait de construction ro- 
maine (1). Un buste de Galba en bronze , une 
statuette de V6nus , un dien Lare , une petite 
louve et un tr6pied de Bacchus de m£me m4tal , 
d^couverts k Cassel en 1827 et 1841 (2) , joints 
k la quantity de m£dailles que le sein de la terre 
recelait , m£dailles frappees du temps d'Auguste 
k Arcadius , prouvent k Evidence le s6jour et la 
duree du s4jour des Romains sur cette colline (3). 

Ils eurent encore une station sur les bords de 
la Lys , k Minariacum qui fut dans la suite Es- 
taires. 11 est fait mention de ce lieu sur la carte 
Th£odosienne , et Scrikius , qui en a 6t6 grand- 
bailli en 1600 , affirme y avoir vu nombre de 
poteries et de m4dailles romaines > entre autres 
quelques-unes en bronze k la face 4’Antonin, et 
d’autres portant cette inscription : Diva Faustina 
Pia , et LueUla aug. (4). La dtaouverte de sem- 
blables debris k Estaires est une refutation com- 
plete de 1’opinion de M. de Valois qui pla$ait 


(1) M. Deimytter , qui est de Cassel , adit aussi : le d^partement 
du Nord poss&de k Cassel une antiquitd pr4cieuse qui devrait 6tre 
restaurde. Top. de Cass., p. 71. 

(2) Topog. de Cassel ; Mdm. de If. Vdnem , de la Soci4td des 
Antiq. de la Morinie , 1841. 

(8) Ibid. 

(4) Scrik. , orig. rer. celt. lib. XII , n° 89-40* 

SO 



— <51 — 


Minariacum a Merville, et de celle de Desroehes , 
qui le mettait a Zudberquin (1). D'apres Meyer, 
la ville de Bailleul fut fondee sous la domination 
romaine (2) ; la Flandre maritime fut aussi , a 
cette epoque , percee de quatre voies militaires dont 
il est facile de suivre les traces. 

Une partait d’Aire et aboutissait a Mardyck, en 
traversant Thiennes , Stenbeke , Sercus , Wallon- 
cappel , Oxelaere, Cassel , Zermezelle, Ledririghem, 
Zegerscappel, Ekelsbeke , Crocbte , Steeoe et Spyc- 
ker. — Une deuxieme, commen?ant h Arras, se pro- 
longeait par Pont-d’Estaires , Zudberquin , Nord- 
berquin , Strazelle , Castre , St-Sylvestrecappel , 
Ste-Mariecappel Cassel , Hardifort , Herzelle , 
Wylder , Westcappel , Hoymille , Teteghem et Lef- 
frinckouke. — Une troisieme venant .de Therouanne 
et une quatrieme de Gessoriacum ou Boulogne, se 
rencontraient k Watten oil elles se separaienl de 
nouveau en. deux branches , dont l’une sous le 
nom de chemin de Loo , confinait a cet endroit en 
touchant & Millam , Looberghe , Drincham, Crochte, 

(1) Remarques sur la carte de l’ancienne' Belgique ; hist, ancienne 
ties Pays^ Bas , par Desroches , p. 181. 

(2) .Suivant Meyer } des Beiges jeterent les premiers fondem^Dts de 
la ville de Bailleul : Habeo authores qui hos progenium fuisse con- 
fident eorum Bel g a mm , qui ex Nemiis ab Romanis olim pressis 
in sylvas et Astuaria dimittebantur , eosque ad odoacri usque adven - 
turn littora Morinorum , ubi nunc Flandria est , incoluisse ac Rel- 
qiolum pro montibus condidisse , id quod nunc Baliolum dicimus 
(tom. X). 



155 


Sox , Quaedypre , Warhem , Hondschoote, Leyse’e, 
Giverinchove et Polincbove , et I’autre s’etendait par 
Busscheure , Nordpeene , Wemarscappel , Cassel 
Steenvoorde jusqu’au delk de Poperioghe a Wervick. 

11 est a remarquer que toutes ces lignes , a 
1’ exception de celle du chemin de Loo , conver- 
geaient a Cassel , ce qui demontre I’importance 
que les Romains attachaient a cette position. De 
cette forteresse , ils dominaient la mer , I’Aa et 
la Lys , surveillaient les Menapiens , et dans une 
journee de marclie , ils pouvaient , en cas d’insur- 
rection des Morins , porter secours k leurs frires 
d'arroes etablis dans la Morinie. 

Au reste , il ne semble pas que les Romains 
aienl exerce une grande influence sur les desti- 
nies de la Minapie. Aucune de leurs lois , aucun 
de leurs usages ne leur a survecu. Les Menapiens 
quoique vaincus , n’avaient pas ete soumis et ils 
etaient demeures fldeles a lours coutumes. 

A entendre les auteurs de Rome, vanter le genie 
de cette reine du monde , on s’imaginc facilement 
que la civilisation devait eclore partout ou ses 
enfants portaient leurs pas vainqueurs , que les arts 
et Tindustrie devaient y produire des cliefs-d’ceuvre. 
Illusion ! Dans la Menapie , on ne connut Rome 
que par l’odieux de son gouvernement despotique. 
Quant a ses bienfaits , ils furent nuls. Les Mena- 
piens restirent ensevelis au milieu dc leurs bois 



— 15G — 

et de leurs marais insalubres. La deboisement de 
leur pays ei le dessfechement de leurs eaarais ne 
s’opererent que par la vertu du ehristianisme. 

D’apres un ancieo 6crivain, cite par Aug. Thierry, 
des hommes partis de cette contree qu’on nomine 
aujourd’liui la Flandre , obliges d'abandoDDer sans 
retour leur pays natal , & cause d’une grande inon- 
dation , vinrent , sur des vaisseaux sans voiles , 
aborder dans la petite lie de Wight et sur la cote 
voisine , premiferement comme bdtes de bonnes 
graces et ensuite comme envahisseurs (t). Aug. 
Thierry place eet evenement immMiatement avant 
l’invasion de la Bretagne par les legions de Cesar. 
Nous avons des raisons de croire qu’il n’eut lieu 
qu’apres l’envahissement , et ces raisons , les void : 
La Flandre maritime garde encore des traces d’une 
inondation considerable. La mer un jour a du 
deborder avee un fracas 6pouvantable et lancer ses 
flots sur les terres menapiennes, avec une force 
k laquelle rien n’a pu resister. L’onde entraina 
des bois entiers dans sa course , et quand elle se 
fut retiree , la vase coiivrit les mines dont la mer 
furieuse avait jonch6 le sol. Nous attribuons a 
cette cause la formation des vastes et nombreuses 
tourbiferes que notre littoral cache dans son sein. 
Les ouvriers preposes k 1’extraction des matikres 
qu’elles renferment , trouvent de temps a autre , 

(!) Trioedd , n° 6 , Belgae. — Aug. Thierry , his!, de la conquele 
d ’Angle terre par les Normands. Paris, 4* edition, p. 33 el 34. 



— 457 — 


sous la tourbe , des bronzes , des vases cineraires , 
des poteries d’origine romaine (1), De cette cir- 
constance ne faut-il pas induire que l’inondation 
de la Flandre, dont parle l’illustre historien , a 6te 
post6rieure au sejour des Romains dsns ce pays? 
Si elle avait 6t6 antdrieure, comment expliquer la 
presence de ces objets au fond des tourbiferes , qui 
sont, elles , le resultat de ce cataclisme ? 

Ce deplorable dvenement tdmoigne de la profonde 
indifference, de la coupable incurie des dominateurs 
du monde pour les Menapiens qu’ils traitaient de 
barbares. Dans leur egoisme , ces fiers conqudrants 
n’ont rien fait pour les tirer de cette barbarie 
qu’ils leur reprochaient. Ils se sont ainsi vengds 
de l’hdroique resistance que leur avaient opposde 
ces hommes des marais, Ce qui survecut it ceux-li 
fut un souvenir de tyrannie ; c’est aussi le seul 
que les Bretons aient garde des soldats venus des 
bords du Tibre, souvenir tristement rappele dans 
de vieilles chroniques bretonnes. « Aprds avoir 
» opprime Tile pendant quatre cents ans , disent- 
» elles , et en avoir exige par annee le tribut de 
» trois mille livres d’argent, ils repartirent pour 
» la terre de Rome , afin de repousser 1’invasion 
* de la horde noire (*)• 

(1) Le cabinet de M. de Meezemaker, ancien maire k Bergues, ren ferine 
des poteries romaines cztraites des tourbi&res des Moeres. 

(3) Trieodd-ynys Prydairin 0 8, citd par Aug. Thierry dans l histoirc da 
la conqu6te d’Angleterre, peg. 85. 




ESSAY 

SUR L’ARTDES CONSTRUCTIONS 

A SAZNT-OMER 


A LA FIN DO 15 * FT AC COMMENCEMENT DC 16 * SIECLE. 




ESSAl 


SDR L’ART DES CONSTRUCTIONS 


A SAINT-OMER 9 

A LA FIN DU 15' ET AU COMMENCEMENT DU 16' SlfeCLE, 

• PAR 

M. Louis DESCHAMPS DE PAS, membre titclaire. 


XiA TOUR dm m-OATBiOBAU M SAIHT-CMER. 

■■ O • H 


L’histoire des constructions religieuses au moyen* 
age, nous montre souvent une s£rie de ta tonne* 
ments, provenant, sans doute, dans la plupart 
des cas , de l’absence d’un plan arret6 d’avance , 
mais resultant surtout de ce quo, les grands mo* 
numents de cette 6poque n’ont pu fetre faits , it 
quelques exceptions prfes , d’un seul jet } les fonds 
necessaires 6tant rarement suffisants pour permettre 
d’executer le travail sans interruption. Les coll6- 
giales qui avaient g6n4ralement moins de ressources 
que les abbayes , etaient obligees de ne pousser 

21 



— 162 — 


leurs constructions qu’en proportion de leurs re- 
venus ; les dons etaient presque nuls , et dans les 
temps de guerres et de troubles qui agitaient le 
pays , ces revenus etaient souvent tres-faibles , de 
sorte que Ton 6tait force d’interrompre les tra- 
vaux commences jusqu’a des temps meilleurs. Aussi 
arrivait-il que , Iorsqu’on pouvait reprendre Poeuvre, 
les gouts etaient changes, d’autres besoins s’etaient 
fail sentir qui necessitaient la modification du plan 
primitif. On se trouvait ainsi enlraine a des de- 
molitions et reconstructions d’anciennes parties 
pour les faire cadrer avec le nouveau projet. Tou- 
tefois , il est juste de dire k la louange des cons- 
tructeurs de cette 6poque , qu’ils ne negligeaient 
aucune precaution pour assurer la stabilite de 
leur oeuvre , et que les chapitres et abbayes cher- 
cbaient k s’6clairer sur le merite du projet pre- 
sente , en le soumettant aux lumieres d’une foule 
de maitre$-bi-muvre$ qu’ils faisaient venir souvent 
de fort loin a leurs frais. Ce fait nous explique 
comment les monuments du moyen-age , paraissent 
avoir encore aujourd’bui un si grand air de jeu- 
nesse , que n’ont pas beaucoup de monuments 
modernes. Je ne veux pas dire ntanmoins , que 
les constructeurs d’alnrs ne faisaient aucune faute; 
loin de lk , ils en commettaient souvent de tres- 
grossieres , qu’on ne ferait plus aujourd’kui ; mais 
on avail soin de faire disparaitre toutes les mal- 
fa^ons , en recommencant au besoin k plusieurs 



fois , de sorte que 1’ceuvre , telle qu’elle est ar- 
rivee jusqu’k nous ,_ est sans vice de construction, 
bien que d’un gout plus ou moms pur. Ce que 
je viens de dire en g6n6ral s’est reproduit pour 
I’eglise col!6giale de StrOmer. Je ne m’occuperai 
dans cet essai , que de la construction de la tour 
de cette £glise , d’aprfes les documents authentiques 
extraits des archives du chapitre (*). 

L’eglise de St-Omer Itait presque completement 
terminee vers la fin du XV* siecle ; on venait 
d’achever les portions du transsept nord attenant 
au cloitre , lorsque I’idee vint aux chanoines de 
modifier l'ancien clocher situ6 k l’extrdmitS ouest 
de la nef. Jusqu’alors , celui-ci se composait d une 
tour basse surmontee d’une aiguille en charpente. 
Le soubassement £tait accompagn6 de clochetons , 
peut-6tre comme a Chartres et autres endroits (1 ) (**) . 
Le clocher de, l’eglise ressemblait done, par sa 
forme , a toutes ]es filches adoptees a cette epo- 
que (***). On ne s’explique pas bien les motifs 
qui ont porte k changer ce clocher en une tour 
carree. Peut-etre avait-on 1’intention d&s-lors , 
d’Stablir une nouvelle sonnerie , et l’espace dont 

(*) Les comptcs de la fabrique renferment une foule de renseignements 
sur la construction de 1’cglisc; ce sont eux principalemcnt qui m’ont fourni 
les matdriaux de cet essai. 

(**) Les chiflfrcs servent de renvoi aux notes placdes it la fin aprfcs les 
pieces justificatives. 

("•) II 6tait surmonte d’un coq comme le constatcnt diverses depenses 
faites pour dcsccndre, dorer et remontcr ledit coq. Aunee 1463-1464. 



on disposait , ne pouvant suffire , pour meltrc le 
nombre des cloches qu’on desirait avoir , on pensa 
a faire une construction plus spacieuse et plus 
solide. Mais les. documents que nous analyserons 
plus loin , nous demontrent que les nouvelles clo- 
ches ne furent faites qu’en 1474 et 1475, et que 
dfes 1471, il etait dejk question de la reedification 
de la tour. II n’est done pas probable que l’on 
ait pens6 si longtemps d’avance k cela , et nous 
sommes oblige de chercher une autre hypothkse , 
de laquelle il r^sulterait que loin de voir dans la 
nouvelle construction , une consequence de (’aug- 
mentation du nombre de cloches, ce serait au 
contraire cette derniere qui aurait 6t6 inspiree par 
l’erection de la tour. Nous croyons avoir trouve 
cette explication dans la rivalite qui a existe de- 
puis l’origine entre la collegiale et l’abbaye de 
St-Bertin ou monastere d’en has. Au moment dont 
nous nous occupons , Feglise de cette dernikre 
etait en pleine construction. La tour restait seule 
a elever , et le plan en etait arrete. Tout le monde 
connait par l’admirable fragment qui reste de cette 
eglise , avec quelle unite son plan fut suivi presque 
sans alteration , malgre le long espace de temps 
qu’il fallut pour l’executer. Qu’y aurait-il d’eton- 
nant que les chanoines , ayant eu connaissance des 
projets de ceux de St-Bertin , n’aient pas voulu , 
par esprit de jalousie , rester en arriere , et voir 
un monastere dont ils contcstaicnt l’antcriorite , so 



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signaler aux ycux des Strangers arrivant a &l-Omer, 
d’une maniere plus apparente que leur eglise, et 
qu’ils se soient efforces .d’imiter la construction 
rivale , on substiluant une tour carr&e a leur clocher 
primitif- La comparaison qu’on peut faire de ces 
deux monuments , suffit au reste pour cbnvaincre 
que le second n’est qu’une pale imitation du pre- 
mier, et que dans tous les cas, il a ete inspire 
par lui. 

Quelque soit , au reste , le motif du change- 
ment qu'on desirait effectuer , le chapitre ne ne- 
gligea rien pour assurer la stability de son oeuvre. 
Dans le cours de l’ann^e 1471-1472, un conseil 
de maitres magons fut convoque pour donner son 
avis sur ce qu’il y avait de micux a faire. Ce 
conseil compost de Jehan Sterbecque , Jehan Pin- 
chon , Raoul Pesiere , Jehan de Meldre , auxquels 
fut adjoint Jehan Hughes, maitre charpentier , re- 
digea une instruction assez detaill&e , indiquant la 
marche a suivre, et les travaux a effectuer, pour 
etre certain de la reussite (*). Les principals mo- 
difications a apporter a l’ouvrage existant, consis- 
tent , d’apres cet avis , a construire , sur chacune 
des faces du soubassement de l’ancien clocher , au 
nord , a l’ouest et au midi , une seule arche en 
pierre dure reposant sur les gros piliers places 


(*) Voir les pieces justificatives a la letlre A, cet avis auquol jc rcnvoic, 
pour le rictiil complet, n’en donnaut ici que le resume. 



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aux angles de la tour. Ces arches qui existent en 
effet , quoique non apparentes a l’exterieur , ont 
pour resultat de reporter tout le poids superieur 
sur les angles, sans charger le pilier interme- 
diaire. Cependant le cdte sud paraissait en mau- 
vais etat , les maitres masons pensent , qu'il y a 
lieu de le consolider en reconstruisant a neuf le 
pilier, ainsi que le contre-fort et l’arc-boutant et 
cela , pource que le pierre ett fort uiie laid dure 
comtne blanee. Moyennant ces reparations conforta- 
tives , ils sont d’avis qu’on pourra monter la nou- 
velle magonnerie sur les vieux murs de la tour , 
aussi haut qu’on le voudra (*). 

Cet avis etait parfaitement etudie , et nous ver- 
rons qu’il fut suivi en tous points. Quelques-uns 
des travaux indiquls ne furent point, il est vrai, 
executes de suite , on ne sait s’il faut l’altribuer 
a des vues d’economies faites mal a propos, puisque 
plus tard on se trouva oblige d’y revenir. Peut- 
etre aussi ces economies etaient-elles imp6rieuse- 
ment necessitees , par l’etat d’hostilites regnant entre 
la France et la Flandre ; les troupes des deux com- 
petiteurs qui ruinaient tour a tour le pays, pri- 
vaient souvent les chanoines de la collegiale de 
St-Omer d’une forte partie de leur revenu. D’un 

(*) L'on verra par la suite que le c6te sud a et6 toujours celul qui a 
donn£ le plus d’inqutetude, soil qu’il ait ei£ mal fonde, soit que, se trou- 
vant expos4 aux vents dominants, la pierre d’asscz mediocre qualite qui y 
etait employee, se soit deterioree plus vite. 



167 — 


autre co(6 il fallait achever les parties commencees, 
de sorte que la construction de la tour ne pouvait 
avancer que tres-lentement ; ce qui se presentait 
du reste , dans toutes les constructions un peii 
importantes. 

Les maitres masons conseillaient de renforcerle 
pilier d’angle de la tour et le pilier intermediate 
du cote du midi. On commen^a ces travaux l'annee 
suivante (1473) (2).41 n’est pas possible de savoir 
s’ils furent acheves dans le cours de cette ann£e ; 
le compte de 1474 manquant. Pour les executer, 
on n’avait pas eu besoin de s’inquteter de la flfeche 
en charpente , aussi n’est-on pas 6tonn6 de voir 
seulement que dans le cours de l’annee 1474, on 
s’apprSte 4 demonter l’ancien clocher , pour per- 
inettre d’&eVer les nouvelles magonneries. La fin 
de l’entreprise que Ton commen$ait 4tait si loin 
de pbtivoir fetrb pr6vue , que dans l’avis dont nous 
allons parler , il est dit que le nouvel ouvrage 
se fera au plaist de Dieu. Cet avis concernant 4 
la fois le d6montage de l’ancien clocher , et la 
charpente necessaire 4 la reconstruction du nou- 
veau , fut redig£ de concert par Jehan de La- 
vesne , maitre charpentier du due de Bourgogne, 
4 Hesdin ; Guillaume Boidin , maitre charpentier de 
StrBertin ; Jehan Cornehotte , maitre charpentier 
de la ville de St-Omer ; Jehan Blommart et Guil- 
laume Hughes , maitres charpentiers de l’eglise de 



— 468 — 

St-Omer ; et enfin Jacques Blommart , maitre char- 
pentier de l’abbayc de Watten (*). 

Suivant les conseils contenus dans l’avis ci-dessus, 
le beffroi , de monte piece k pifcce , fut remonte a 
terrc , afin de pouvoir y suspendre les cloches , en 
attendant que la tour fut pr£te k les recevoir. 
Mai3 , l’enclos du chapiire se trouvaut trop petit, 
eu egard k l’encombrement produit par 1’approvi- 
sionnement des materiaux , n^cessaires a ladite 
construction , les chanoines s’&aient adresses au 
bailli de St-Omer , pour obtenir de lui l’autorisa- 
tion d’etablir le beffroi provisoire , sur la motte 
chatelaine , appartenant au due de Bourgogne , ce 
qui leur avait eti accord^ moyennant le paiement 
de deux ebapons de rente pour tout droit et re- 
connaissance. Cependant il parait que le chapitre 
ne se pressait pas d’acquitter cette dette, quelque 
faible qu’elle fut ; peut-^tre esp4rait-il qu’on ne 
viendrait rien leur rlclamer. Mats il n’en fut pas 
ainsi , car le 26 avril 4476, le lieutenant du 
bailli leur fait signifier on exploit , k l'effet de 
faire cesser immediatement les travaux jusqu’k ce 
que le paiement du droit convenu ait 6te assure, 
et le terrain occupe , d£limit6 (**). Cette signi- 


(*) Voir piece B. 

(’*) Voir piece C. 

Cette piece scmblcrait prouver que la construction de la nouTelle tour 
dlait ndeessit^e parce qu’on n’aurait pu asscoir sur Pancien beffroi tout uu 
accord dc cloches que le chapitre avait fait faire. Ge motif pouvait alors 



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fication eut son effet immediat ; le compte do 
1'annee 1 475-1 476 renferme la mention suivante : 

« A Rolant Godreboeur, lieutenant du bour- 
» grave , pour l’ottroy de ia place ou est assis 
« ledit beffroy , lequelle place est prise a rente 
» & Mess r * les officiers du prince pour le pris de 
» deux cappons au terme de Noel , chacun an 
» vaillichans 1111* par lead. deux cappons ensemble 
» tant qu’il plaira au prince , fut donnd audit 
» Rollant XX11I1* » 

11 resulte de cette mention qu’il n’y avait pas 
de terme fixe pour la fin de la redevance, aussi 
voit-on le chapitre la payer longtemps apres 1’en- 
levement du beffroi et I’erection de la tour (*). 
Pour achever de remplir les engagements qu’ils 
avaient pris , les chanoines firent planter une haie 
pour delimiter l’emplacement occupy par eux (4). 

Les cloches £tant descendues , le chapitre Youlut 


Mre lc v6ritabie, puisque qu&tre cloches avaient 6t6 fondues dans Tannde 
1475 (3), et que la plus grosse avait dtd donnde l’annde prfo^dente par 
M* Baughois le Beghin. Mais cela ne detruit pas la supposition d'imita- 
tion pr6m6ditee de la tour de St- Berlin; que j’ai assignee dans le commen- 
cement pour veritable cause de l’drection des nouvelles constructions. 

(*) Le paiement de cette redevance est indiqud ainsi dans les comptes 
subsequent : 

« Au rechepveur de Sainct-Aumer pour deux eappons doubz chacun an 
a h Mons r l’archiduc de Bourgongne pour ad cause du lieu du beflroy ou 
» pendent les grosses eloeques , au terme de Noel chacun capon II s va- 
» lent 1111* » 

L’on gtablit ensuite sur cet emplacement; pour l’utiliser, une maison- 
nette; pour le valet de la fabrique. 


22 



— no — 


de nouveau s’assurer de l’etat des magonneries. A 
cet effet , dans le cours de l’annee 4 477-1 478 , 
une visile fut ordonn6e , el elle fut faite par les 
maitres magons et charpentiers de St-Omer, St- 
Bertin , Wallen et Clairmarais (5). Nous n’en con- 
naissons pas le resultat , rien n’ayant ete retrouve 
dans les archives. Neanmoins il est perniis de 
penser , que s’il avail eu quelque importance , on 
l’eut signals au moins sommairement dans les 
comptes de la fabrique. 

A partir de ce moment , la construction de la 
nouvelle tour parait etre res 16 en suspens jusques 
vers l’annee 1493-1494 (6). Diverses causes em- 
pecherent probablement de donner une suite imme- 
diate a cette entreprise. Ind6pendamment des tra- 
vaux commences qu’on voulait achever , et d’autres 
depenses urgentes et inattendues , le principal motif 
de ce retard 6tait l’etat permanent de guerre ou 
se trouvait alors le pays. La ville subit plusieurs 
sieges ; prise par les Frangais , reprise par les 
Bourguignons , Ton congoit que cet etat de cboses 
devait mettre en souffrance toutes les ressources 
dont disposait le chapitre. Ces ressources 6taient 
devenues tellement minimes , que Ton ne pouvait 
trouver moyen d’achever le petit clocher place au 
centre de la croisee de la nef et des transsepts , 
lequel se faisait avec une partie des vieux bois 
provenant de la demolition du grand clocher. Dans 
ces conjonctures , on fut heureux de trouver un 



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chanoine , mailre Wallerao Peppin , qui donna 
coinplant k la fabrique , la somme de trois cents 
livres , monnaie de Flandre , pour Otre employee a 
poursuivre le travail commence , a la seule con- 
dition que le chapitre acquitterait quelques fon- 
dations pieuses , enoncees dans 1’acte de dona- 
tion (7). 11 etait bien entendu que lorsque la 
fabrique pourrait restituer cetle somme , elle devait 
l’employer en acquisition de rentes pour servir a 
l’exccution complete du veeu du donateur , ce qui 
fut fait en l’annee 1490. 

Ce n’est done qu’a partir de l’annee 1 493 qu’on 
voit reprendre les travaux d’achevement de I’eglise 
avec quelque activity. 11 est bien question dans 
les comptes de cette annee , de la construction 
d’arcs-boutants du cote nord , mais rien n’indique 
si cela regarde la tour , ou simplement le trans- 
sept nord , non encore complement acheve. Mais 
ce qui a rapport incontestablement au sujet qui 
nous occupe , e’est l’achat des gros sommiers des- 
tines a recevoir les planchers des divers etages de 
la lour. Un devis detaille du bois necessaire a ces 
ouvrages avait ete dr esse (*) , et conformement a 
ces provisions un marche fut passe avec Jehan 
Maillard et Colard Brunei , marebands de bois k 
Mons , pour la fourniture de dix-huit sommiers de 
chOne (8) , qui ne fut achevee completement que 


(*) Voir piece D. 



— 172 

vers Fannie 1 499, c’est-a-dire au moment de leur 
emploi. 

II y avail pou riant un travail preliminaire , in- 
dispensable & faire avant d’exhauSser la vieille ma- 
gonnerie , c’etait de la consolider de manifere k la 
rendre capable de supporter le poids de la nou- 
velle. Le premier avis donne par les maitres ma- 
sons , dont j’ai parle en commen^ant en indiquait 
une partie. Mais cela ne suffisait pas au chapitre • 
qui parait avoir eu pour principe qu’il fallait de- 
mander conseil a plusieurs architectes renommes , 
afin de controler les divers avis Fun par l’autre. 

A cet effet il fit venir d’abord les maitres masons 
de Doullens , Aire et Tournehem ; puis un nomme 
Pierre Tarisel , maitre ma^on de l’eglise d’ Amiens; 
et enfin Gerard Ledrut , maitre ma^on k Lille. 
Cette reunion d'hommes du metier , fait voir assez 
Fimportancc que l’on mettait k avoir des rensei- 
gnements precis sur ce qu’il y avait de mieu* k 
faire. 11 est probable que chacun des maitres ainsi 
convoques avait une connaissance suffisante de son 
art , pour Itre a meme de donner un avis par- 
faitement etudie ; mais il paraitrait que M e Gerard 
Ledrut Femportait sur les autres en talents ; car 
non contents de lui rlclamer le sien par ecrit , 
les chanoines le font venir pour de plus amples 
renseignements , et se decident a executer ce qu’il 
recommande (*) (9). S’appuyant sur ce que la 


(*} Voir pioct' E. 



— 173 — 

base du clocher , sur laquelle on devait monter la 
nouvelle lour , n’avait pas 6te constrliite en force 
suffisante pour cela , il fait observer que les mon- 
tees a vis , qui foment conlre-fort a l’exterieur , 
ne peuvent etre exhaussees dans leur etat actuel ; 
qu’il faudrait en augmenter l'epaisseur des murs; 
et comme on ne pouvait les demolir en entier 
pour les reconslruire a neuf , sans danger pour 
l’ouvrage existant , il propose de les reprendre en 
sous-oeuvre , par parties , en augmentant l’epaisseur 
de trois pieds , de manure a former en avant un 
pilier carre sur lequel regneraient les memes mou- 
lures que sur l’ouvrage primitif (*). Il prescrit 
aussi de faire dans l’interieur desdites mouses a 
. vis , des portions d’arches , s’appuyant d’un c6t6 
sur le noyau , et de l'autre sur les murs de la 
tourelle. Ces arches dirigees suivant l’alignement 
des piliers de l’eglise , existent et sont surmontees 
de magonnerie jusqu'a la rencontre des marches : 
elles sont destinees a augmenter la resistance & la 
poussee , tout en laissant libre l’espace necessaire 
pour arriver au sommet de l’edifice. Revenant en- 
suite a 1‘idee des premiers maitres masons consultes 
en 1471, M® Gerard recommande de faire sur 
chacun des trois cotes de la tour , une arche a 
pointe , reposant sur les gros piliers , afin que le 

(*) Le portail ayant 6te fait po8t4rieurement, et les piliers au devant des 
tourelles encore rallong^s de nouveau , il n’est pas possible de savoir si le 
travail prescrit par M® Gerard Lcdrut a etc execute, e’est cepcndaut pro- 
bable. 



— 174 — 

poids de la maeonnerie superieure fut reportee 
sur ceux-ci. 

La concordance de cet avis avec le premier que 
le chapitre avail demands, etait de nature k lui 
inspirer toute confiance dans le rksultat auquel 
devaient conduire les travaux 4 entreprendre. Aussi 
voit-on des cette annee (1 493-1 494) reprendre les 
months 4 vis en sous-ceuvre et fonder les piliers 
qui devaient leur etre accolks. L'approvisionne- 
ment de pierres dures pour les grandes arches fut 
commence, et bien qu'on ne trouve dans les an- 
nkes suivantes aucune mention particulifere k ce 
sujet il est hors de doute que tout ce travail de 
consolidation fut termini pour 1’aunee 1498 (*) (10). 
Alors les chanoines se mettent en mesure d’ex- 
hausser la tour , pour laquelle ils avaient jusques 
ici approvisionnk des pierres et des matkriaux de 
toute espece , depuis plusieurs annees. Mais au- 
paravant ils voulurent s’assurer encore si le sou- 
bassement , apres les travaux qu’on y avait exe- 
cutes , etait capable de soutenir , sans danger , le 
poids superieur. Ils s’adresserent k cet effet k 
Jehan , maitre magon d’Hesdin , et k un nomine 
Colart de Haudrechies, qui donnkrent chacun se- 

(*) Les grandes arches dont il est question dans 1’aris de M° Gdrard 
Lcdrut, ne sont apparentes qu'i l’interieur de la tour, au-dessos de la 
voute de la nef. Je fais abstraction d’une arche tr&s-surt :e, qui se wit 
k l'exterieur sur le cdtd sud, k pen pr&s au-dessous des galeries : ellc pro- 
vient d'une reparation dont jc n’ai pu trouver la trace. Les premieres sont 
au contraire a pointe ct Torment ce qu'on est convenu d’appelcr arc ogival. 



— 475 — 

parement leur avis par 6crit (41). Bien que nous 
n’ayons pu retrouver ces avis dans les archives , 
il est probable qu’ils etaieut de nature k dissiper 
les inquietudes qu’on pouvait avoir , puisque I’annee 
suivante ( 4 495-4 499) la premiere pierre du nouvel 
ouvrage fut posee en grande ceremonie par les 
abbes de St-Bertin et de Glairmarais. Les magons 
regurent k cette occasion un demi-ecu d’or de gra- 
tification (12). Alors seulement on fit les engins 
pour monter les materiaux. La grue dont on se 
servit , etait muc par le poids des hommes agissant 
sur une grande roue , dite roue k chevilles. Les 
details fournis par les comptes ne laissent aucun 
doute k ce.sujet. Cette machine fut souvent em- 
ployee an moyen-kge k cause de la facility aveo 
laquelle on la mettait en mouvement ; on la voit 
representee sur des gravures etdes miniatures de 
1’epoque. 

La precaution prise par le chapitre de ne laisser 
commencer les nouveaux ouvrages que lorsque les 
approvisionnements seraient complets , devait pro- 
duire un trks bon resultat sous le rapport de la 
rapidite de l’execution , mais . aux depens de la 
solidite du travail , ainsi que nous le verrons plus 
loin. Apres avoir use de tous les moyens possibles 
pour se procurer les sommes necessaires , par voie 
d’emprunt tant aux diverses bourses du chapitre 
qu’aux particuliers (*) , on se mit activement a 

(*) On fit des emprunts a'tix bourses dn chapitre (bourse commune, des 



— 176 — 


I ’oeuvre , et le travail fut termine cette memo 
annee ou au plus tard dans le commencement de 
l’autre , du rooms en ce qui regarde la cage en 
ma$onnerie. Quoiqu’il en soit , la tour porte la 
date de 1499 repetee sur trois cdles , accompa- 
gnee des armoiries du chapitre. Le compte de cette 
annee , special k cet ouvrage , mentionne cette cir- 
coustance en ces termes : 

• A Jehan Berken paintre pour avoir paint sur 

• trois pierres les armes de Mons T Sainct Aumer . 

• et sur trois autres pierres escript Van et datte de 

• Vouvraige de la tour par mar chid fait, etc. I* (*). 

Cette rapidity d’ex£cution n'est peut-etre pas aussi 
gtonnante qu’on pourrait le croire ; car la quantite 
de maconnerie k faire n’etait pas 6norme , puisqu’on 
n’avait k elever que la parlie de la tour corres- 
pondant k la chambre des cloches , et k celle au- 
dessous ; l’ancienne construction devant s’elever au 
moins jusqu’au faite de la nef. II faut encore 
ajouter qu’a la chambre des cloches devaient se 
trouver huit grandes fenetres , dont on ne fit les 
meneaux que les annees suivantes. 

L’on con<joit du reste quelle hate devaient avoir 

anniversaires et des foranites), an ebapitre de Thdrouanne eCk des parti- 
culars. Ccs emprunts devaient 6tre amortis par dea rentes. On y ajouta 
les sommes proven ant de dons divers, et on parvint k r^nnirj nne soznme 
de 11“ XLW XVI* IX*. 

(*) II est probable que dans ce prix se trouve compris celui do la gra- 
▼ure de la pierre; aucune autre mention n'y a rapport. 



les chanoines , de pouvoir replacer dans Jeur nou- 
velle tour les cloches qui etaient rest£es jusqu’alors 
dans leur emplacement provisoire. On doit toutefois 
leur rend re cette justice , qu’ils ne negligent rien 
de ce qu’ils crurent possible pour assurer la duree 
de leur oeuvre , et il est probable que les degra- 
dations qui survinrent presque aussitdt aprfcs la 
construction , provinrent de ce que Ton n’avait pas 
suffisamment consolide la. vieille ma^onnerie, et 
aussi peut-etre de quelques fraudes dans l’ex4cu- 
tion, chose qu’il a ete de tout temps trfes-difti- 
ciTte d’empecher. II est curieux de suivre sur le 
compte de cette an nee le detail des travaux fails ; 
nous en donnons dans les notes les extraits qui 
nous ont para les plus curieux (13). 

Suivant le desir du chapitre , tout fut pret pour 
la fin de l’annee 1 499 , et Ton put demonter le 
beffroi provisoire , pour le remonter dans son em- 
placement definitif et y suspendre les cloches (1 4), 
Cependant prealableraent k cette grave operation , 
les chanoines voulurent s’assurer de nouveau si 
l’ouvrage etait bien fait. 11s firent , en consequence, 
venir de Lille , maitre Gerard Led rat , qui leur 
avait donne de si bons conseils pour la consoli- 
dation de l’ancienne tour , et convoqukrent en rndme 
temps deux maitres masons de Montreuil. Cette 
visile eut lieu le 5 aoftt. Une autre visite cut en- 
core lieu posterieurement le 4 er octobre de la 
rnkme annee , par deux maitres magons de Mon- 

23 



— 178 — 

treuil et de St-Josse , accompagnes de ceux de 
St-Bcrtin et de la ville de St~Omer (15). 11 m'a 
kte impossible de connaitre le resultat de celte 
reunion d’hommes experimentes dans l’art des cons- 
tructions, et si ce fut par leur avis, ou malgre 
leur conseil , que les cloches furent mises en place. 
Au reste on esperait sans doute que les travaux 
de consolidation effectues au soubassement primitif 
sufficient pour mettre k l’abri de toute crainte sur 
la soliditk de 1'ouvrage. 

A parlir de cette annee , la tour etait done 
terminee, car il ne restait plus qu’a effectuer les 
remplissages des fenetres , a couvrir definitivement 
la partie superieure , et peut-ktre k achever le 
couronnement des monies k vis. Mais k peine 
acheve , on s’apergut que 1’ouvrage menagait mine 
sur plusieurs points surtout dans la vieille ma$on- 
nerie. Tel fut du moins l’avis de Jehan le prevost, 
ma$on , demeurant k Amiens , Jeban Duquesnoy , 
de Cassel , et Pierre Brisset , de St-Josse-sui^Mer. 
Une visile faite par eux , aux fetes de Pentecote 
1501 , constate que les degradations existaient 
toutes dans le soubassement. 11s conseillent pour 
y remddier , de refaire k neuf touto la partie de 
l’ancienne tour qui etait restee. Dans ce systeme 
on aurait substituk deux verrikres accolees a l’ex- 
tremitk de la nef, au lieu de la rosace qui g’y 
trouvait. 

D’apres ces dispositions , tout ce qui ktait ancien 



— m 


disparaissait pour faire place a de nouvelles cons- 
tructions ; mais cela exigeait qu’on descendit de 
nouveau les cloches, qu’on enlevat les orgues , et 
que Ton fit d’autres travaux; en un mot, 1’on 
remettait les choses au point ou elles etaient , 
lorsqu’on comments la nouvelle tour. 

II est probable que celte perspective, qui eloi- 
gnait encore l’epoque oil ils pourraient jouir du 
fruit de leurs depenses, effraya les chanoines, et 
qu’ils ne donnkrent aucune suite a l’avis precedent 
Du moins, rien ne fait prosumer , dans les comptes 
de la fabrique , qu’on ait execute des travaux dans 
ce but. Pendant quelques annees , lesdits comptes 
ne mentionnent que quelques ouvrages accessoires 
pour l’achkvement du nouveau travail , tels que la 
pose des meneaux aux fenfires de la tour , et des 
ameliorations apportees aux autres parties de l’eglise, 
dont nous n’avons pas ici k nous occuper. Mais il 
parait qu’en I’ann6e 1505-4506, les inquietudes 
que causaient les degradations toujours croissantes 
furent assez fortes pour que le chapitre fit venir , 
k deux reprises differentes , M* Jacques Derond , 
maitre ma$on de Dieppe, qui leur conseilla de 
remplir les deux montkes de ladite tour du cote 
de la maison du doyen, travail qui fut execute (16). 

11 est assez difficile d’accorder ce fait avec ce 
qui existe : l’une des deux montees seulement , 
celle du cdte sud est remplie a peu pres jusqu’au 
niveau de la voute de la grande nef. L’autrc est 


— 180 — 

completement libre. Peut-etre le reraplissage de 
celle-ci ne fut-ii que provisoire , et fail sans mor- 
tier , pour augmenter l'epaisseur da pilier contre- 
butant !’ effort de la poussee lateral e , en atten- 
dant que Ton eut oper6 les consolidations defini- 
tives ; et qu’ensuite on enleva cette espece de ma- 
connerie a pierres sfeches. 11 est impossible de dc- 
viner la verity & cet 6gard. Je cite simplement le 
fait que j’ai rencontre. 

Independamment du travail precedent , il s’en 
faisait un autre qui certainement dtait definitif ; 
on construisait un pilier ou contre-fort du cote 
de la maison du doyen , ainsi que le constate la 
mention suivante : 

» Mises pour avoir parmonU le pilier envert la 
» maison de Mons* le doyen pour fortification de 
» la grande tour de Viglise. » 

La construction de ce pilier & neuf avait ete 
prevue dans l’avis des premiers maitres masons 
en 1471. On commen^ait a s’apercevoir qu’on avait 
eu tort de ne pas executer ce qu’ils avaient re- 
commande , ce qui aurait peut-^tre prevenu les de- 
gradations auxquelles il fallait maintenant porter 
remede. Cependant comme ce n’etait point la une 
raison pour laisser degrader les nouveaux ouvrages 
on acheva les fenetres commences precedemment 
ainsi que le plancher de dessous les cloches (17). 

L’annee suivante (1506-1507) vit s’ouvrir la 



— 181 — 

serie des consolidations qui devaieut permettre 
I’aehevement de la tour. Daos l’espace de trois 
annees consecuuves , le cliapilre fit repreudre en 
sous oeuvre les piliers iptermediaires de la tour 
pour les construire en gr£s, ainsi que les demi- 
piliers places coutre Jei murs de reglise , et les 
ares doubleaux reposant sur leurs cbapiteaux, In* 
dependamment de ces travaux , il fit reroplir 
complement 1’arc-boutant correspondant au pilier 
intermediate du cote sud. Ces restaurations etaient 
tres-delicates et offraient beaucoup de difficultes. 
II est vrai que les grandes arches pratiquees dans 
les nouveaux ouvrages reportaient le poids de la 
partie superieure sur les piliers des angles. Mais 
comme ces arches etaient etablies au-dessus du 
niveau des verrieres regnant dans le haut de la 
nef, on avait encore toute la partie inferieure 
correspondant auxdites verrieres et aux galeries 
au-dessous , qui venait presser sur le pilier qu’on 
voulait rgparer , et sur les arcades qui le reliaient 
k ceux des angles. C’etait ce dernier poids . qu’il 
s’agissait de soutenir pendant la reprise en sous 
oeuvre. A cet effet on remplit l’ouverture des 
deux dernieres arcades , de grosse magonnerie 
montant du sol au-dessous des arches. On formait 
ainsi un soutien artificiel de la majeure partie du 
poids superieur , et Ton n’avait plus qu’a placer 
des etais solidement etablis , pour contrebuter la 
portion correspondant a 1’intervalle entre ces deux 
murs auxiliaires , oil se trouvait le pilier a re- 



• le prouffit de lad. eglise que les ordures fussent 

> emmy dans les champs , vous en ferez votre 
» devoir de les faire oster , si vous voulez le bien 

• et le prouffit de lad. eglise ; je vous en diz ce 
» ce qu’il m’en semble , et que j’en ay ouy les 
» opinions des maistres du meatier en l’art de 

> machonnerie. • 

Les degradations les phis importantes cxistaient 
aux pitiers des angles interieurs de la tout* , soil 
que la ma^onnerie se fut trouvee ebranlee par fa 
reconstruction & neuf des piliers intermediaires , 
soit que n’ayaqt pas ete augment's en epaisseur , 
ils aient ete trop faibles pour supporter le poids 
suppleroentaire de ma$onnerie ajoutee an-dessus de 
1’ancienne. II parait que ces piliers faisaient l£ge- 
rement le ventre a l'interieur , ce qui. prouvait 
que les reins eta ent trop charges. Pierre Le Melel 
propose pour y remedier , de construire une nou- 
velle arche en pierres dures , partant du larmier 
qui regne immediatement au-dessous. des galeries , 
e n ayant soin de faire un arc suffisamment surbaisse 
pour augmenter la poussee , et par suite le con- 
trebutement des piliers. Le dessus de cette arche 
devait etre rempli h claire voye , afin de ne . pas 
oter la lumiere venant de la verriere a rextremite 
de la neif. II aurait bien propose de mettre des 
entraves de bois , mais il dit avec raison que ce 
n’est point ici le cas. Un autre moyen est aussi 
presente par lui , ce serait d’ancrer la tour au 



— <86 — 


tnoyen d’un tirant passant & travers les gros piliers 
au-dessus des basses voutes ; n&nmoins il prSfbre 
le premier mode de consolidation (*). Cependant 
II paralt qu’on se d£cida k suivrS le dernier moyen , 
d’autant plus qu’une autre visite ayant 6t6 faite 
cette m&me annde par Jean Yah der Poele , celui- 
ci conseilla prtcisement cette ta&me operation. II 
est pourtant probable que le travail n’4tait pas 
aussi urgent qu’on le diaait , puisqu’il se passa 
encore quelques annkes avant qu’on le fit, ainsi 
que nous le verrons plus loin. 

Les seuls ouvrages qui furent jug£s indispensables 
qu’on ne pouvait retarder, et qui se trouvfcrent 
ex6cut6s dans le cours de cette annde, sont : le 
remplissage de la moitid des verrikres des c6tes 
nord et sud , et des allies au-dessous de ces fe- 
n&tres (**); k I’ext^rieur on boucha la communication 
existant k travers les eontreforts , et qui permettait 
de faire le tour des verriferes (19). II est possible 
que les divers menus travaux portes dans le procfes- 
verbal de Pierre Le M61el , ont 6t6 executes en 
mkme temps ; je n’ai pu m’en assurer et je n’ai 
indiqu6 ci-dessus que ceux apparents pour tous 
aujourdMiui. Ail reste fi est encore beaucoup de 
reparations dont parle ce procfes-verbal et auxquelles 

(*) Voir pifcce F. 

(*•) Ce travail n'est pas indiqud dans 1c proc^s-verbal de visite prdcitd j 
il 4tait probablement la consequence da la'reprise en tous oeuvre des piftfem 
intennddiaires. 

*4 



jl parait qu’on ne jugea pas a yropos de donner 
suite. Quelques<-unes soot indiquees dans l’extrait 
que nous donoons; j’ai cru convenable d’en agir 
ainsi , pour donner une id6e de l’etatde la tour 
a cette epoque. 

II resultait de ces diverses visites , que le pa- 
rement ouest de la tour depuis le sol jusqu’au 
dessous de )a grande voute , £lait en fort mauvais 
6lat; la grande verrifere rompue en divers points , 
et d'autres degradations non moins importantes s'y 
faisant remarquer. D’un autre cdte les chanoines 
voulaient cojppl&er le travail commence d’une 
maniere convenable. L'lgKse de Tabbaye de St- 
Bertin , leur rivals en tout , qui achevait de se 
const rui re , les excitait encore k poursuivre leur 
entreprise. Bien souvent, les maitres masons qui 
avaient vjsite les travaux leur avaient dit, qu’ils 
devaient mettle a l’extrpn ie de leur eglise , on 
beau portai) ; mats aucun ne s’etait prononce sur 
le mo(lele qu’il 6tait bon de suivre. 11 est vrai 
de dire qup la chose qe leur etait pan demandee. 
JSnfin on se df^eidn a s’adresser k Jean Van der 
Poele , maitre ma$on a Bruges, afin d’avoir un 
devis pour l’edification du nouveau portail. Pour 
raider dene ce travail , on lui envoya le dessin de 
1’etat des lieux (*). Le devis Ires details qu’il 

. (") Un patron pour le portail exi&te dans les archives du chapitre, maia 
il m'est impossible dire s’il represente r4eUemeut I’etat des Ueux ei si 
c’est celui qu’on a envoye a larcliitecte. 



— 48 1 — 

adrfessa , rOunit ^approbation da cbftpitre et Vow 
dtjcida qu’on lui confierait la construction. Utf 
marche fat passe par devanrt les mayenr et eche-i 
vins de St-Omer , par lequel fe cAapitrfe s’en'gagea! 
a payer audit architecte la 1 sonamte totalg <te deux 
cent livres de gros valant dettze Cenfts' liVres mon- 
naie courante en Artois (*). Dans' le travail qu’on 
allait entreprendriey lWaitre Jean VaiidOr Poele avait 
fait preuve de tact df d’originalitd ; ayant a cons- 
truire un portail a une tour 6tablie sur le module 
de celle de St-Bertin , il a su eviter l’imitation 
servile , tout en conservanf avec celle-ci un air 
de ressemblance qui devait satisfaire mSrtie les 
chanoines les plus jaloux de ta dupdrioritO pre- 
tendue de leur * egttse sur 1’abbaye. L’aspecl des 
deux oovrages suffil pour convaidere de Ce fait. 

D’aprOs la convention dont il vient d’etre ques- 
tion , le portail devait etre achevd et livre dans le 
delai d’un an , se terminant a la $t-Michel 1542. 
Il est probable que divers empechements' retarderent 
cette epoque ; il est possible aussi que devant des 
obstacles materials , imprevus , et’ en presence de 
la bonne volonte de I’entrepreneiir ,• on fut plus 
tolerant sur les retards apport&s , ce qui arrive 
encore ; frequemment de nos 1 jours. Ces obstacles 


r (*) Voir aux pifeees jostUkatives G et H Ids devfe et le marcK4 dont ilest 
parle* Les* tfavaux furent exeeut£s ? a peu de chose pres , conformemeut 
au devis qui , lu avec attention , donne une idee exacte du portail , et 
indique ce qui manque pour le computer. 


— 488 — 

etaient de plus d’une oatiht et pouvaient provenir 
de l’approvisionnement dee materia ax. On itiit con- 
venu en effet d’employer pour l’ext£rieur de la 
pierre dure de Brabant , b provenir dec earriires 
de Dielghem , Affelgbem et Dielbesse , qu’on devait 
transporter en bateau jnsqu’aa Haut-Pont , d’oii 
le chapitre les faisait transporter jusqu a l’eglise. 
Ce dernier s’btait en eutre cbargi de fonrnir lea 
moelions , le sable et d’6tanconner 1’ouvrage. Ce 
melange de travaux ex£cut£s par des individus dif- 
ferent s , pour le mfeme ouvrage , devait necessai- 
rement fetre une cause d’entraves : on sait en effet 
que c’est lb un faux system e dent on s’est toujours 
trfes-mal trouvb , sinbn en ce qui regarde la soli- 
dite des ouvrages , dn moins en ce qui concerne 
la promptitude de l’ex&cution et la responsabilite,. 
Cependant , je dois dire qu’il ne parait pas que 
dans ce cas , il y ait eu d’autre inconvenient qu’uu 
peu de retard ; au reste , 1’examen des comptes 
de la fabrique , que nous allons reprendre , nous 
montrera ce qui a et£ fait successivement. 

La premiere annee (4 54 4 ) fut consacree aux de- 
marches necessaires pour la eonclusion du marche 
avec le maitre macon (£0), mais il ne parait pas 
que l’on ait commence b approvisionner les pierres; 
peut-etre s’occupa-t-on de les extraire, car on voit 
que Jean Vander Poele revolt deux cents livres , 
qui ne Ini auraient probablement pas et6 dtfivrees, 
s’il n’avait pas reellcment fait quelque chose. 



— <89 — 

La second? annee (ISIS) , on ne-fit gueresque 
des apprOvisionnemenis de mat&riaux et do boia 
pour 6tau$onner la tour (81). Mais ee fut Fannie 
suivante quo I’on mit riellement et activement la 
main a l’oeuvre (22). Lea comptesde la fabrique 
nous montrent qu’on donna aux ouvriers quatre 
lots de vin , lorsqu’on comments les fondations , 
it autant lorsque les ma?onneries sortirent hors de 
terre. Le retard apporte & l’epoque fixee dans la 
convention pass£e devant les mayeur et 4chevins 
de St-Omer , fut profitable a l’ouvrage , puisque 
tous les materiaux etant approvisionnes , du rooins 
en grande partie, la construction du portail marcha 
rapidemcnt et fut achevee en entier dans le cours 
de l’annee 4 54 4 (*). Le travail fut re<;u aprfes 
examen de trois maitres masons , savoir : Ansel 
Dedricq , maitre ma<jon de la ville de St-Omer ; 
Antoine Leroy , maitre ma$on de St-Bertin , et 
maitre Jean Gosset (23). L’ouvrage commence par 
M® Jean Yander Poele , fut termine par son ills , 

(’) Les statues qui devaient flgurcr au portail n'y furcnt placces quc 
beaucoup postlrteurement dans le cours de I'ami&o 1584-1585 , ,ainsi que 
le constatent les deux mentious ci-jointes ; 

A Obert le Baccrc, pour XXI piet de pierre de Avcnes qu’il a livre pour 
faire les trois ymagcs au pillcr du grand portail IX 1 X* 

A George, tatllcur, pour avoir taillid trois ymages , ossavoir : Nostre- 
Dame , Sainct-Oxner et Saioct-Herquembaude et assis au piller du grand 
portail x . XY 1 X* 

Dc ccs trois statues, deux n’existcnt plus , ct celle qui sc trouvo sur le 
tncneaii central, qiioiquc mutilco et privec de sa tete, n’est certcs pas cclle 
dc la Vicrge. 



— 490 — 

Josse Vender Poele , man ce ne fut pas satis con- 
testation de la part de ee dernier; au snjet des 
pierrts appartenant k Pdglise qu’on l’afait fired de 
rep rend re, Le differend flit vidd par M* Ansel 
Dedricq , et M* Jean Gosset , qui re$urent chacun 
IIP pduT leu re peines (*). 

Par la construction du portail a l’extremite de 
la nef , la tour se trouvait terminee k peu de chose 
pres ; restaient k achever les consolidations qu’on 
avait negligees pour s’occuper des travaux neufs, 
II est probable que la chose fut jugee plus ur- 
gente depuis qu’on ayait rapporte aux chanoines 
que la tour to fendoit fort du c6U zut , a la suite 
duquel avertissement une visite avait eld ordonnee 
d’etre faite par Bl* Ansel Dedricq , . accompagne de 
M* Jean Hermel' et Jean de le Venne , maitres 
macon et charpentier de l’eglise. Je n’ai pas 
trouve I’avis qui en results ; mais il est assez vrai- 
serablable que ce fut alors qu’on se decida a ancrer 
les deux gros piliers interieurs , ainsi que les arc- 
boutants qui y correspondaient , moyen que pous 
avons vu plus haut avoir ete conseiUe par M e Jean 
Vander Poele. On se mit en consequence a 1’oeuvre 

(*) La grande verriere ui-dessus du portail ne fut achcvcc que Tonnce 
suivantc, ainsi qnc le constate lit mention* des ferrures pour Cette verriere. 
fl est probable qti’elle fli{ vitrde pen’ apres , car elle porte nu centre les 
armoirics de Francois de Mtfun ,* alors prdvftt dc 1’eglise > et qui* eessa de 
TOtreen 1521. 

Meiitiotiiioris ici , en passant, que celte verriere flit rmnpue par les 
grands vents, I'annec 1513 et que Toil fut oblige d’v reraetlrc une. pierre. 



— 191 — 


pendant l’anp^e 1315 a percer ies piiiejrs et les 
arcs-boutants , mais 1’ancre qui avail 6te faite par 
un serrurier de Bruges > ne fut posee que l’annde 
suivante (*). Elle pesait 5142 livres et devait £tre 
payee a raison de dix-huit deniers la livre ; soil 
une somme. tetale de U) c 1111“ V 1 XIII* monnaie 
courante. Elle portait aux deux extr^mites une 
t&te de dragon en plomb et une boule au milieu 
le tout dor6. On paya pour droit de tonlieu a 
Bruges une somme de V 1 XYIII*. L’ancre fut ap- 
port4e par bateau 4 St-Omer , moyennant le prix 
de IIII 1 XIIII* IIII d y compris un pot de vin de 
VI*. Le serrurier vint la poser lui-m£me avec un 
de ses ouvriers. Une visile fut faite pour la recep- 
tion de l’ouvrage par deux maitres serruriers de 
la ville , Jean Tonnoille et Jean Orloge (24). 

II ne restait plus que tres-peu de chose a faire, 
pour achever d^finitiveraent l’ouvrage commence. 
Le sommet de la tour et les tourelles de couron- 
neipeot n'avaient point encore de plancher defi- 
ning ; le tou{ etait couvert provisoirement d’estrain. 
Qn s’occupa en consequence de faire ces ouvrages 
dans le cours des deux annees 1 529 et 1521. On 
termina en meme temps les grandes fenStres, 


(*) Pendant l’opdration du perccment, iL parai trait que Ton aurait conga 
de nouvclle? craintps, car deux visiles furent faites du froa pilicr cdtd sud; 
la premiere le 17 dtaerobre 1515 par M* Ansel Dedricq et Jean Vander 
Poole; ct la sccondo le 28 du m£mc mois, par Jean Rebus, magon, et Jean 
de le Yonae. 


— 1 92 — 

probablement cel les donnant jour dans la chambre 
des cloches. Nous renvoyons aux notes pour le 
detail des divers travaux qui furcnt executes a 
cette occasion et dont les plus importants furent 
certainement I’achfevement de 1’ancrage de la tour, 
decide peut-klre a la suite de la visite qu’en fit 
en 1819 Jean Gousset, mattre ma^on (25). 


Je n’ai pas l’intention de pousser plus loin 1’exa- 
men des travaux faits h la tour de notre ex-ca- 
thedrale. Sans doute il y a 6t6 fait ulterieurement 
bien des modifications , mais dies n’ont jamais 
alters l’aspect de 1’ouvrage qui se trouvait com- 
plfetement achev6 en 1521. k Nous avons parcouru 
toutes les phases de la construction depuis le mo- 
ment oil les chanoines songferent h modifier le clo- 
cher existant primitivement h l’extr^mite de leur 
6glise. Nous avons vu que les Economies mal en- 
tendues , qu’on voulut faire dans Torigine , fail- 
lirent compromettre gravement la solidite de 1’oeuvre. 
Nous avons assist^ k toutes les visites qui ont ete 
faites par les archilectes en renom k cette epoque, 
daus le pays, et 6coute avec intdrkt les conseils 
qu’ils donnaient pour la consolidation , conseils 
auxquels on fut oblige de revenir aprfes avoir re- 
fuse dans le commencement de les suivre. Nous 
avons enfin remarque les moyens employes par les 



architcctes et maitres-es-ceuvres , pour opercr cette 
consolidation, et les reprises en sous oeuvre ne~ 
cessaires. Au moment ou Ton s’occupe plus que 
jamais de la reparation de nos anciens monuments , 
j'ai pense qu’il pouvait n’fetre pas denu6 d’interet 
de mettre sous les yeux du public , l’histoire d'une 
construction du moyen-age encore existante denos 
jours. C’est le meme motif qui m’a porte a accom- 
pagner cette notice de nombreux extraits des comptes 
de la fabrique qui m’ont servi dans mon travail. 
Tout mon desir est d’avoir, en publiant ces notes, 
et£ de quel que Utilite aux architectes de nos jours 
charges des restaurations d’anciens edifices, et pour 
vous. Messieurs, d’avoir attird votre attention sur 
les divers comptes provenant des archives du chapitre, 
qui peuvent fournir de si int6ressants renseigne- 
ments sur I’histoird de l’4glise. Puisse-je avoir 
reussi l 



PIECES JUSTIFICATIVE^ 


PiicE A. 

Cy apres s’ensieut l’advis de Jehan Sterbccque , Jeban 
Pinchon , Raoul Pesiere , Jehan de Meldre , maistres 
machons et Jehan Hughes maistre carpentier sur le fail 
de le perfection de le tour de l’6glise de Saint Aumer 
ou les cloques sont pour le present. 

Et preincrement au les devers midy contre le maison 
Mons' le doyen de capitle , faut refonder tout de nouvel 
et ralongier le col du piller qui respont & l’encontre 
de ledite tour de II1I pCs ou environ de col et de 
largheur qqe ledit pijler est de present, et le monter 
d’autel haulteur que pour recepvoir son arboutant et 
araortir ainsi comme il appartient. 

Item au grant pingnon qui est devers maistre Anthonie 
de Wissoc, il convient sans rompre l’O et le'.fourmoirie 
qui est pour le present avec l’arque, et le gambes de 
ledite fourme, faire une nouvelle arche de dure pierre 
deseure ledit 0 Et sya ledite pierre dure taillid quarre 

Item audit 16s devers midi fault faire une arche de 
dur semblable k celle de deseure l’O, sans restouper 
les III huisseries des pillers par ou se font les allies 
pour aller contre les verrieres , et demouront comme elles 
sont de present et les Iyer ensamble bien et souffi- 
samment. Et sy convient renforchier le piller qui est en 
la moyenne de le tour et y faire un archboutbant contre 
ledite tour pour ce que le pierre est fort usee tant 
dure comme blance 



Item l’autre costd vers mer,' fault faire tout pareil- 
lement comine cellui devers mydi sauf qu’il n’y fault 
point refonder ne ralongier nul piller, mais il convien t 
faire une arcbe par deseure comme au piller vers midi' 

Item sur les viez murs de ladicte tour , se peut eligier 
sur les II1I pans , sur chascun pan , I mur de telle 
haulteur que bon semblera a nosseigneurs de l’eglise 
et monter les II monies & vis qui y sont h tel haul* 
teur que ledite tour se raontera , avec les deux pillers 
des deux aultres comiers tours. 

Et par ainsi semble aux dis ouvriers que ladite tour 
et ouvraige et tout ce que on y voulra faire , se porra 
faire bien et soufflssamment. 


piece B. 

AVIS POUR LA CHARPENTE DU BEFFROY. 

Aujourduy VII* jour de juillet l’an mil III1 C et LXXIIU 
Jelian de Lavesne , maistre carpentier de mon tres re- 
double seigneur Mons r le due de Bourg® en sa ville et 
chasteau de Hesdin , Guillaume Boidin maistre carpen- 
tier de l’eglise et abbaye de Saint-Bertin , Jehan Come- 
hotte maistre carpenthier de la ville de Saint-Aumer , 
Jehan Blommart , Guillaume Hughes maistre carpenthier 
de i’£glise de Saint-Aumer , et Jaques Blommart maistre 
carpenthier de l’^glise et abbaye de Wattenes. Ont tous 
ensamble par la cberge et commandement de mess” de 
Cappitle de 1’eglise de Saint-Aumer , fait visitacion bien 
et au long en et sur le belfroy , aguille et eloequier , 
ou pendent de present les grandes doeques d’icelle 
eglise. 



Friinos d’un coinmun accord toot d’oppiniou et advis 
a la distinccion correccion et moderacion de mesdits 
seigneurs , que tout ledit belfroy et docquier , ave uc 
1’aguille sera descoindt au moindre frait que faire se 
porra. 

Item le bois de l’aguille sera ostey , mis jus a terre 
d’un lez a parlui en lieu convenable pour en faire le 
prouffit d’icelle Iglise. 

Item , le belfroy atnsi qu’il est sera aussi mis jus a 
terre aveue aussi les clpcques et tout le bois y servant, 
au moindre frait que faire se porra , lequel belfroy ainsi 
mis jus et k terre l’en reffera ung belfroy assis a terre 
du meisme bois , ouquel belfroy , ainsi reffait on y 
mettra et pendera telles eloeques , qu’il plaira 4 mes- 
dils s". 

Item , en mettant jus k terre ledit belfroy , Ten laira 
les sommiers et poutres de bois , qui sont de present 
sur lequel ledit belfroy est assis pour les bauchier selon 
l’ouvraige de machonnerie pour les ancrer ou machon* 
nement nouvel de la tour , qui se fera au plaist de 
Dieu. Et sc y conviendra avoir trois aultres nouveaulx 
sommiers et poutres holtez et croisi4z sur les vieux 
sommiers de X pauch d’esquarure ou environ , de le 
longueur de l’ouvraige. 

Item , desseure lesdits sommiers qui sera le IF estaige 
cn ladite nouvelle tour de pierre , l’cn y conviendra 
mettre deux nouvclles poutres de bois de XV a XVI 
pauchz d’esquarure ou environ , les ancrer ou macbon- 
nement nouvel et sur iceulx , y conviendra avoir qnatre 
inoyennes |>outres de Xll a XII11 pauch d’esquarure de 
le longueur de l’ouvraige revestus dc solleaulx et d’ais- 
selin. 

Et ou III" estaige sur lequel le belfroy sera assis , it 



— 197 — 


conviendra avoir irois bons grans sommiers et poullrca 
de XVIII a XX pauchz , d’esquaruro ou environ de le 
longeur de l’ouvraige ancrez eq ladite nouvelle machon- 
neric. Et V aultres sommiers et poutres. de XVI a XVIII 
pauchz d’esquarure de le longeur de l’ouvraige qui 
seront croisiez sur. lpsdits trois, grans sommiers brac- 
quonnez rechupt de quientea et de bracquons , revestus 
de solleaulx et de gros plancquaige. 

Tesmoing las saingz manuels des dessus nommez , 
ouvriers et carpentiers mis k cest advis et escript, fait 
en l’eglise de Saint-Aumer le jour et an dessusdit. 

Suivent les signatures de J, de Eavenne , de J. Blom- 
mart, et les croix faites [*ar les autres ouvricrs. 


PIECE c. 

SIGNIFICATION FAITE AUX DOYEN ET CHAPITRB DE L’EGLISE DE 
B‘-OMER AU SUJET DU BEFFROY PROVISOIRE , PAR LE 
LIEUTENANT DU BAILLI DE S l -0*ER , LB 26 
AYRIL 1476 aprRs PAQUES. 

Donne par coppie le XXVII* jour d’apvril l’an mil 
UIIc LXXVI , par moy Clay le Feure sergant a cheval 
du bailli de Saint-Omer , ce qui s’ensieut. Rolland Gou- 
gebur lieutenant du bailli et chastellain de le bourg de 
Saint-Omer pour mon Ires redoubts et souverain sei- 
gneur , Mods' le due de Bourg"*, Au premier sergant 
de ladicte chastelenie sur ce requis salut ; Com me les 
doyen et capitle de l’^glise collegial de Saint-Omer en 
la ville d’illec , se soient nagaires traiz devers nous et 
les gens du conseil de mondit s' le due en ccstc dictc 
ville , et nous aient remonstre qu’ilz avoient marchandc 
faire ung bcflroy , pour y collocquicr certain acord de 



clocqnes nagaires fait pour raugmeotacion du service 
divin , lequel beffroy chergie deed, clocqnes , ne se 
pooit lore asseir sur le clocquier d’icelle eglise , parce 
qu’il a est6 trouve la foudacion d’iceluy , n’est pas assez 
soufQsant pour soupporter sy grans fals , en nous re* 
que rant que jusques ad ce qu’ilz auroient fait fortiffler 
ledit clocquier en estat pour soupporter ledit beffroy et 
clocques , nousleur vaulsissons acorder certaine porciou 
de heritage ou pourprins de lad* bourg pour assir ledit 
beffroy , et clocques laquelle portion de heritage il? 
seroient tenus se mesurer et mectre le mesurage en 
noz mains, pour. sur ce faire lettres faisans mencion de 
deux cappons qu’ilz en devoient pater au proufBt de 
mondit s' de recongnoissance et d’autres droix et devoir? 
a ce appartenans; et combien que de raison, lesdita 
doyen et capitle , ne deussent faire picquier , fouyr et 
ne aucunement touchier audit heritage , sans avoir fumy 
aux cboses dessusdites , neantmoins ilz ont fait mectre 
toute ladite porcion de heritage h longny, et y fait 
drecbier ledit beffroy , a intencion de y eslever lesdites 
clocques, sans avoir fait la seurete des choses dessusdites 
et les deppendences , qui est et plus porroit estre au 
grant interest et dommaige de mondit s' le due reprinse 
et deshonneur de ses offleiers de par de$a , se provision 
ny estoit mise ; pour quoy , nous vous mandons que 
vous vous transportez sur mote d’icelui cbastel de le 
bourg , et illec faites eommandement de par mondit s' 
le due a tons ceulx que y trouverez de par lesdits 
doyen et capitle besoingnant ausdit beffroy qn’ilz se 
dep(K>rtent de plus y besoigner et se departent dudit 
lieu , jusques ad ce que lesdits doyen et capitle auront 
fait les seurtez avant dictes et furny aux deppendeuces, 
ou que autrenient en sera ordonne. Ge faictes , sy que 
dcffault ny ait , de cc faire vous donnons comraicion. 



— 499 — 


Donne soubz notrc seel le XXVI 6 jour d’apvril Ian mil 
llll c LXXVIaprez Pasques. J. Darthb. — Signe Le Feurb. 


piiicB D. 

CONSTRUCTION DBS PLANCHERS DB LA TOUR. — DEVI8 
' DB LA CHARPBNTE. 

S’ensieut la devise de carpentrie que ont inteucion de 
faire Mess” doyen el ebapitre de l’eglise Saint-Omer pour 
faire et furnir trois plancquier qui serviront poor le 
tour de leur 4glise lesquels seront fais par la maniere 
cy aprfcs declare. 

Et primes a ladite tour dedens euvre XXXVI pies en 
quarure ou environ et pour le premier plancquier qui 
sera assis au dessous de la vaussure d’icelle tour XVIII 
pies ou environ , comment espasser et assir deux ou trois 
gros sommiers qui seront ancres es murs d’un costet 
et d’autre estoffes d’anilles dessoulx les sommiers de 
bracons et de anilles pendans qui seront retentes sur 
gros corbeaulx de gr&s de telle longueur tant es anilles 
comme &s bracons que Feuvre le requera. 

Item , et k travers d’iceulx sommiers seront assis trois 
auires sommiers espass4s en ladite tour lesques seront 
ancres es murs de ladite tour cescun estofer de plates 
anilles desous les sommiers et de anilles pendans contre 
Ie8dit8 murs assis sur ung eorbel de. grfes estoffes de 
bracons cescun sommiers comme il appartient et seront 
assis deuix liteaulx contre les deux pans de la tour 
lesquelz liteaulx seront retenus cescun de deux ou trois 
corbeaulx de grfcs. 

Hern >. et sur iceulx sommiers et liteaulx seront en- 



— 200 — 

pakine les gistes dudit plancquier lo plus part i ceue 
d’aronde espasses k piet et demy de point moien a 
autre et sur icelles gistes sera fait un plancquier cPais- 
selles de quenne dun paus despes frauc soyet feuillie 
lune sue lautre conune fl appartient. 

Item , pour le second plancquier qui servira a portd 
le belfroy des cloches sera assis XVIII pies ou environ 
au dessus de celluy desudit , lequel sera estoffe de deux 
ou trois gros sommiers ancrds cescun 6s murs comme 
il appartient estoffd de doubles anilles de bracons et 
corbeaulx de gres conune ceulx dessudits. 

Item , et au dessus d’iceulx sommiers seront assis trois 
aulres sommiers en croisant iceulx estoffds de bracons 
d’ennilles ancres comme les autres cy dessus avec les 
listeaulx contre les murs 6 cc servant sur lesqties som- 
miers et listeaulx seront empatinds k ceue d’aronde es- 
passds 6 XIII pans de point moyen a autre et sus icelle 
gistes plancquier d’aisselle de quenne de ung paus et 
demy d’espes feullles l’une sur 1’autre conune il ap- 
partient. 

Item , et pour le troisieme plancquier qui servira a 
porter le terrace de ladite tour fault pareillement deux 
ou trois gros sommiers estoffes comme les aulres cy 
dessus et pareillement trois autres sommiers k travers 
d’iceulx tout estoffds de bracons d’ennilles et ancres 
comme les autres et avec ce les listeaulx a ce servant 
sur lesques sommiers et listeaulx seront empatlnd les 
gistes k ceue d’aronde espassds k Xin paus de point 
moyen a autre et sur icelle gistes sera plancquier d’ais- 
selles de quenne de paus et demy d’espes feuDids 1’une 
sur 1’autre comme il appartient. 

PAUCHISON DE BOS. 

Et primiers les irois gros sommiers du premier estage 



— 201 — 

tie XX pans de large et de XXII paus de liault et les 
trois autres de XVI paus de large et de XVIII paus de 
liault les gistes de V paus quares les listeaulx de IX 
paus de large et de XVI de hault. 

Item, pour le second plancquier les gros sommiers 
de XXIII paus de large et XXVI paus de bault et les 
aultres sommiers de XVI paus de large et de XVIII paus 
de bault les gistes de yi paus quarees et les listeaulx 
de XVI paus de hault et de XII d’espes. 

Item , pour le troisieme plancquier les gros sommiers 
de XX paus de large et de XXII paus de hault et les 
autre XVI paus de large et XVIII de hault les gistes 
de VI paus quarees et les listeaulx de XVI paus et 
de IX. 

I Item tous les bos d’anilles de VIII paus d’espes et 
de largeur des sommiers servans contre les murs et 
cclles desoulx les sommiers V paus d’espes et les bra- 
cons de XIIII paus d’esp^s et la largeur des anilles 
et sommiers. Tout lequel bos sera livrd de bon quenne 
leal et marcbant comme k tel oeuvre appartient. 


piece E. 

CONSOLIDATION DE LA TOUR ET DES MONTIES A VIS. 

ann£e 1494 . 

S’ensieut l’advis que bailie par escript maistre Grard 
le Drut a tres honnoures seigneurs Mess" doiens et cha- 
pitre de l’eglise Saint Omer , pour 1’ediiication et ocmen- 
tacion de la tour de leur eglise dont la declaration 
s’ensieut. 

Et premiers apres pluiseurs advis conceus et doutant 

20 



— 202 — 

It* grant dt-tnolissemenl qui sembloit estre necescaire 
dee deux montee k virs lesquelle ont cescunne plus de 
IlIIx* pi6s de hautt de dix pies de large et de salie 
XII pies ou environ , considerant que ce k le r^difler 
serait ung grand peril pour ladite eglise et pour tou^ 
ouvriers qui il meterotent la main, Et ousy le grand 
dommage de ladite dglise. 

Item pour obvier a ces despenses et inconvinens est 
advise par ledit maistre Grard que se il plaist a mes- 
dits s" de consentir que les deux tourelles et montees 
a virs du coste du grand portail seront lesdites montees 
les murs d’icelle respessis de trois pies ou environ et 
au quart pardevanl ledite tour jusques au point moyen 
d’icelle toureille ou environ par ce ara le teste du mur 
de devant qui sera piller ara d’espes VIII pies ou en- 
viron. 

Item , et seront les trois pids dessusdits fondes avec 
la fondacion de la moittie de ladite tourielle de cincq 
ou six pies ralongie en fondacion se fonde nest , lequel 
convient faire bien et souflsament et en ce faisant de- 
molir ladite montee el remachonner ladite montee avec 
ledit mur comme il appartient, comme line meyme 
oeuvre et bien Iyer la nouvelle machonnerie avec la 
viese , en prenant au creus de la montee demy piet on 
environ et par ce aront lead. deux pillers XVin pies 
de bouture et de VIII pies de large. 

Item est advise que se il plaisoit k mesdits s n <hi 
porroit des mainlenadt ordonner une fachon de portal 
qui se lyroit avec la macbonnerie dessusdite jiour le 
par acever en temps advenir. Et en ce faisant seroient 
ordohnees les ouvragcs qui scmbleroient estre necessaire 
pour ce faire. 

Item et en ce faisant lad. ralonge et mur dessud. se 



— 203 — 

e stril de raison que lad. ralonge soil reveslue de mo- 
lures comme sont les tourielles de present lequel mur 
et ralonge fera piler en conforlant laditc tour, et led. 
ralonge s’en yra amortir par flollcs et listes par retreste 
ainsy qu’il sera ordonnl de ce fairej 

Item et en tant que il touche le demolicement des 
deux tourielles ne seront point d^molie du hault en.bas 
mais seront demdie jusques au premiers tour des mar- 
ches lesquelies seront retenues par estanchons de bos 
qui seront mis par dessous icelles marches et macbon- 
neries par dessus. Et ensy en sera bit a cescun tour 
pour 1’entretenement et beauts deleuvre. 

Item est advise que les allies qui sont desous la grande 
veriere entre les deux montees avirs qui sont au massis 
du mur de la grose tour seront rem plies et machonnes 
bien et soufflsament et avoec les trois buiseries comme 
une meymes oeuvre. 

Item sera faite une arcbe a pointe a telle title que 
bon semblera qui se prenra a trois pils des murs qui 
servent aux oipntees a viis , laquelle arcbe sera faite 
tout au quarl„de ; piere dure de l’espesseurs dudit mur 
ou au tant que 'bon semblera et sera encommenehio sy 
bas que pour sourporter la vausure du grand 0. 

Item seront encore faites deux autres arches sy comme 
es deux autres pans de lad. tour l’uue vers la merct 
l’autre vers midy , lesquelies se prendront leur mou- 
vement a II1I ou V pies des pillers faisant boutures aux 
gros pillers de ladite tour et seront faites a pointe a 
telle title que bon semblera et tous ■ les vausoir au quare 
a telle espesseurs que les murs ou autant que ilapper- 
tenra et ce pour sourporter le piller d’entre les deux 
verieres en cescun pan & cause du grand fais de lad. 
tour lesquelies arches se commencheront le plus bas 
que faire se porn. 



— 204 — 

Horn et sy scroit bon de fairc a cescun tour dcs mar* 
chcs de cescunne montie h virs faire demy archc mon- 
Tans du dedens euvre de la montie boutant contrc le 
bourdon et marches qui tenront la lingne et venne de 
la nef et led. demy arche remplie de macbonncrie jus- 
ques au autres marches par dessoulx du demy tour de 
la rnontee k virs et ee pour faire bouture poor lentre- 
tenement de la grand tour icelle demy ardte faite de 
dure piere comme il appartient siiuf que en la double 
montce se faire se pora. 

Item et touebant le parfait de ladite tour ensemble 
les deux montecs a virs et la joncion du mur desud 
avee les loysons des marches et bourdons ensembles les 
les macbonneries du residu des montees qui demeure 
en leurs entirs poront et demouront fermes et estables 
que pour porter les fais des machonnerie qui seront 
necessaires estre faites pour le parfait de la hauteur de 
lad. tour. 

Et au regard des ouvrages a vous necessaires pour le 
parfait et retenue de la tour de vostre eglise ledit maistre 
Grard s’est emploiis a toutc diligense de pourveir et 
remedier aux inconveniens qu’il cust peut venir el pour 
evilcr les grans despenses qu’il eust este , vous bailie 
ceste devise et advis pour escript afin que vous conchies 
en vos afaires a vostre bonne discretion et se aucune 
chose y est declaree hors de vostre eulendement ledit 
maistre Grard vous en baillera de bouche plus ample 
declaration tant a vous comme a l’ouvrier qui aura la 
cerge de vostre ouvrage. 


piece F. 

VISITS l>E LA TOl'R FAITE LE HUIT AVRIL 1S10. 
Aujourdhuy VHP davril mil chine cons ct dix apres 



— 205 — 

pasques a la requestcdc Mess® de leglise de Saint Orner 
doyen et chapitle a este veu et visits la tour cncom- 
menc£e et nest point encore achervee en la manure qui 
s’ensuit par qnoy est grand besoin <Fy be6ongner en 
telle sorte que ce qui est fait ne soit point 1 perdu , et 
pour cc qn’il y a de grandes romptures et domaiges & 
ladite tour nous les verrons tons par articles pour y 
onner rferoede au mieulx que faire se pourra afln que 
lad.* ouvraige se puist parfaire et acbever a l’intencion 
de Mess® doyen et chapitle. 

( Cette visite comprend 36 articles , plusietirs out trait 
d des degradations pen importantes , on a jug( con- 
venable de ne donner id que les articles qui ont paru 
les plus inter essants. ) 


Item et pour ce que nous trouvons ledit pillicr ( sur 
lequel est fonde le second arc-boutant du ct>te sud ) , 
bon et materiel, 11 est besoing dc mettre jus le flerte 
ct fiolc du dcuziestne cstaige et rcmontcr ledit pillier 
de pie droit a la liaulteur de six a sept piedz , la a 
ceste liaulteur qu’on viendra faire encoircS ung arboutant, 
lequel sera fenner au dcssus du larmier des premieres 
clercs voyes , qui est assez pres de la premiere gin- 
bergbe qui est au dessus dan priant qui tient ses heures. 
Et pour ce que l’oeuvre le requiert bien il est de n6- 
cessite de faire toutes ces oeuvres, apres que led. pillier 
sera monte on remcttra led. flerte et fiole en leur estat 
comme elles sont. Et sera une bien bon oeuvre car 
j’en ay veu en aucuns lieux de quoy on s’est Ires bien 
trouve. 


Item cf pour parlor du gros pillier dedens oeuvre , 



— 206 — 

lequel porie l’arete et coing de lad. tour , lequel pillier 
se bouto et esventre par dedena oeuvre , k causes des 
rains qui lui sont fort charges , et est cda cause devoir 
rompu l’ardoubleau qui est fondd et pris sur le chap- 
piteau dud. pillier , mais pour y rentode donner je suis 
davis que on y doit besongner en la sorte que j’en 
bailie ladvertissement. 

Item , et premier pour Men et seurement enbaiUonner 
ledit pillier il fauldroit prendre une area bonne et pais* 
sante de Uumilleure pierre quon pourroit trouver de 
Marquise on autre pierre, laquelle arce se fauldroit 
prendre le pto a la bauteur et niveau dn larmier con- 
rant lequel larmier est rempli de feullage a l’antique ; 
et fauldroit faire courir led. larmier au pourtour des 
deux pilliers , sur lequel larmier et chappiteau se ara- 
cberoit l’arce que dit est fouraie de sourvaulx et autres 
arce* suivantes sur le crape de lad. arce pour gaigner 
es|>oisse de mur, et fauldroit faire led. arce a tille ra- 
vallee afin qu’elle eut plus grant boutoe , pour espauler 
led. pillier., lequel est fort endommagd , et fauldroit 
rernplir ct relier ensemble la machonnerie au dessus de 
1’arce avec le pillier, et le monter tout k niveau jus- 
ques a la liaulteur de l’encbappement et chappiteau sur 
quoy le doubleau k present est pris. 

Hern , en ensuhrant l’oenvre sur lad. arce ft fauldroit 
faire UDg larmier et iallu portant glacis de pillier k 
autre , lequel larmier serviroit de platte bende , et sur 
ledit larmier ou millieu de lad. arce fauldroit eliger et 
ordonner de gros remplage fourni d’estanfioque de bonne 
dure pierre grande et spaeieuse tant en largeur queen 
haulteur et serviroit led. remplage de conforter et ayder 
la grosse arce sur ■ quoy est fondd a present ung des 
pans de la tour. Et pour ce qu’il est besoing de oster 
les orgues du lieu dont elles sont on les pourroit bien 



— 207 — 

remettre et adosser contra Tune des parties de lad. arce 
qui seroit une chose hors l’estonnement des cloches , 
et pourroit-on avoir la soufflerie desd. orgucs sur les 
basses voultes du costd quia on trouvera le plus coiive- 
nable , et ny a remfede que je seusse donner pour con- 
forier led. pillier , que ce que fen diz , on l’eust bien 
enbaillonne de bois , mais ce n’est point ung oeuvre 
tel .que le cas le requiert , On atraveroit bien led. pil- 
lier d’ancres de for par le dehors les pilliers , et les 
paindre tout au pourtour de deux atraves de fer , avec 
un grant tenon qui seroit mis. sur la devanture dud. 
pillier, et yroient lesd. ancres reprendre et rerabracer 
les .pilliers qui sont hors eeuvre. par dessus les basses 
voultes, c’est une chose de quoy vous pourrez con* 
seiller entre vous tous .Mess'* pour sayoir lequel seroit 
plus prouffitable de ce que on vous a ycy d£claird,et 
je suis davis si vous le faisiez de fer , que vous ne 
sauriez si bien conforler la grant arce que vous feriez 
se lad. arce cy dessus nommes estoit faicte comme je 
l’entens , et est le milleur conseil que je vous en sau- 
roye donner , pourtant. je m’en aliens a vous. 


Item au pids du gros pillier de lad. tour il y a une 
forme sur deux meneaux par dedens oeuvre sur les 
dalles et allies par ou on va an pourtour de lad. oeu- 
vre et lad. forme est par le dehors sur ung meneau 
quon dit une estanficque , Et est eonvenable de remplir 
et murer lad. forme tout au massis, avec les petits 
huis par ou on descend 4 venir sur lesd. dalles, Et 
faut aussi restouper et rejoiadre une rompture qui est 
au dessus de lad. forme taut par dehors que par dedans 
et va lad. rompture jusques a la haulteur dun taber- 
nacle et passe lad. rompture par dedens le dossier la 



— *08 — 

ou la fa$on est pour mettre quelque ymage . II y a 
quelque peu de remplage a la forme qui eat aupces de 
celle qui fault murer, la ou il y a quelque rompture 
sans plus au formemeot , et lea fault remettre et re* 
naturer tant quo pour souftlr. 

Item le pillior sur quoy porte larboutant do milUeu 
de lad. tour 11 y a ung petit buia lequel huis il fault 
remurer et remplir tout au maasis qui n’eat gueres grant 
ebose , & cause dea romplurea qui y sont. 

Item au gros pillier de lad. tour en tirant 4 la croisie 
3 y a une huisserie a travers dud. piller , laquellc il 
fault remplir tout au massia , & cause qu’il faut murer 
et remplir la forme et verriere qui tient aud. piller , 
avec ung petit huis qui tient a lad. forme comme il y 
a a l’autre coste , et est besoing de remplir led. huis 
tout au massis, a cause qu’il pourrait prejudicier a lad. 
oeuvre , et ne trouve en ceste espace la sinon , qu’il 
fault remettre une piere ou deux au meneau de leslan- 
ficque de la verriere qui demourra ouverte et fauldra 
ung petit racoutrer le remplage de lad. verriere qui 
u’est gueres grant chose En ce faisant vous ferez gran- 
dement le prouffit- de lad. oeuvre Et ne trouve au dessus 
desd. verrieres nulles rompturds en mauiere qui soit. 


Hem ausai la mont£e qui est commence a remplir 
il le fault parmurer en telle sorte quelle est commencee 
toute au massis jusques a la derniere marce qui est 
faitc h present , avec ce fault murer Ihuis par ou oh 
venoit de lad. montee en la tour au deuziesme eatage, 
Et pour parler de lad. tour tant dehors que dedens se 
ce n’est sur le portail qui fault faire de neuf ouvrage 
je ne trouve point que lad. tour soit endommagee en 
maniere que la chose en puist de pis valoir. 



— 209 — 


Item 11 fault parler maintenant du pan entre deux 
pilliers la oa ou veut faire le portail du coste Mohs' 
Berquelin , Et pour ce qu’il y a encoires de le vielle 
macbonnerie beaucoup audit pan , il sera besoing que 
en demolissant pour faire led. portail , il fauldra em- 
baillonner entre deux pilliers & la haulteur des dalles 
qui sont pour les basses voultes , et en mettant quatre 
ou chine bailloos de bon gros bois et- les em passer de 
quatre a chine piedz l’un de l’autre , et mettre contre 
le mur quelque acelle ou croutaux afin qu’on puist 
tendre lesd. baillons a force de pinces et cuignetz , Et 
pour ce que je ne scay pas la sorte du portail que 
Mess" veulent faire je n’en parle point de lad. oeuvre. 
Il sen pourront conseiller entre eulx , car je ne scay 
quelle despence on y veult faire , mais s’il y avoit au- 
cuns de Mess" qui allasset a Paris ou Amiens , ou a 
Beauvais , il y en a de belles pieces sur quoy on 
pourroit bien prendre patron , car ce n’est point une 
chose qu’on puisse si tost faire sans en demandercon- 
seil. 

Item En lad. devanture il y a une grande forme de 
verriere a fapon dun Oteau laqudle forme et remplage 
il fauldra le mettre toute jus car de s’en servir on 
ne sfauroit , a cause qu’il y en a la plus part toute 
rompue et esclattee , par quoy il est besoing de lo 
mettre toute jus , Et' ne scauroye que dire de lad. 
ouvrage le tout veu et visits par parties et chacun' a 
par soy , Mais qu’on il veulle ouvrer en la sorte que 
dit est ce sera ung grant bien comme il me semble 
et que je Pay veu par experience en des autres ceuvres 
en plusieurs lieux , parquoy besongnez y ainfois que 
la chose empire , et vous ferez bien sagement. Aultre 
chose vous sjauroye que dire de vostre oeuvre sinon 
que Dieu vous en doinst parfaite joye en accomplissant 

27 



— 240 — 


lout bon vouloir au proufBt de lad; oeuTre , En vous 
disant adieu Par le lout voetre serviteur 

Signe. Pieble Melel. 


PIECE G. 

dev is pour la Goronwcnon do pobtail par Jbah 

VaNDE POELK , HA1TBE UAQOX A BRUGES. 

Memoire du portail de teglise de Saint Omer sur la 
devanture de Moos' Becquelin , Et pour donner raison 
et portion a lad. oeuvre je trouve par dedens oeuvre 
qu’il est necessaire de faire en faisant led. portail, 
que en raachonnerie en comprendant toute oeuvre pour 
rejoindre l’un a l’autre contient quatre toizes ou environ, 
En laquelle largeur se ellegiront les portaux d’icelle 
eglise , lesquelz portaux porteront de bee en jour entre 
le pi6 droit el le meneau du raillieu chine piedz on 
environ sur la haulteur de douze a treize piedz de 
jour. 

Item Et pour donner ordre et conduicte a ceste 
oeuvre il faut proporcionner la baulteur de lad. dglise 
laquelle haulteur contient depuis le rey du pavement 
de lad. eglise jusques k la haulteur du dessoubz de 
larce qui est faite a present et ne peult on aller plus 
bault que dit est a cause que cest ouvraige faicte, il 
il y a en lad. baulteur treize toises et demic ou en- 
viron sans toucher a la fondacion , laquelle fondacion 
il faudra cercher taut que pour soufGr. 

Item Et pour parler de lad. oeuvre il y a, touebant 
pour le dehors oeuvre entre deux pillierS il 7 a de jour 
quatre toizes ou environ , sur l’espasse de douze piedz, 
ainsi que les fohdacions sont prinses. Mais s’il est que 



les fondacions ne soient souffisantes il les fauldra. visi- 
ter et remettre il nature ainsi que 1’ oeuvre le requerra 
Et en lad. espoisse le droit de mur contient chincq piedz 
et demi Le residu de lad. espoisse ne sert que pour 
embrasement pour ordonner de chascun coste trois 
custodes lesquelles il faut fournir d’entre piedz et de 
tabernacles a la discrecion de lad. oeuvre Et pour four- 
nir & lad. oeuvre. 

Item Et premier conviendra faire l’essoucement de 
lad. oeuvre au dessoubz des basses le soubzbasser et 
engresser de grdz ou de la plus dure pierre que Ton 
pourra trouver , soit de Marquise, ouquel soubzbassc- 
ment il fauldra en l’empattement hors 1’ espoisse du 
mur faire unc assiette de siege pour soy assir taut 
d'un coste que d’autre Et auront lesd sieges de haul- 
teur depuis le pavement chascun en son equalite de 
seize & dix huit paux , et sur lesd. sieges au dossier 
de derriere il conviendra eslegir au droit du mur dudit 
embrasement des coulombes avec les dossiers et mon- 
teront lesd. coulombes de pid droit de quatre a chine 
piedz , aprfes lad. haulteur les conviendra arquier et 
refermer lune a 1’autre tant que pour soufQr et se 
feront toutes ces oeuvres ci dessoubz de bonne ronde 
molure tant grosse que menue ainsi que l’oeuvre le 
requerra 

Item En ensuivant lad oeuvre en amont au dessns 
desd. arqures il se fera ung esebappement sur lequel 
eschappement il conviendra dligir et ordonner de chascun 
costd dud. portail sur led. eschappement trois etitrepiedz 
a chascun entrepie sa custode fournie de tabernacle 
proporcionne a la haulteur que l’oeuvre le requerra , 
pour ce que il y a oeuvre faicte, a quoy nous somincs 
contrainctz de obeir. 



— 212 — 

Item Aussi il est k noter que sur led cncliappcment toutes 
les molures des arces qu’il conviendra faire ondit ou- 
vraige , tant d’un coste que d’autre , et elles se pren- 
dront de nassance sur led. enchappement , Et les 
conviendra monter de pi£ droit , a cause des dossiers 
des images et plus hault que le prinse des tabernacles 
engardantle droit et l’artde machonnerie, et pourront 
monter lesd. piedroiz a la baulteur de six a sept piedz, 
et sur lad. baulteur se prendront les arces et voulcures 
dud. portail , lesquelles arces se feront toutes de bonne 
molure raisonnable a cause que le lieu le requiert , en 
ensuivant les piedroiz , et toutes ces molures ic; se 
feront rondes, avec les nacelles et filletz pour monstrer 
fagon d’oeuvre , et le tant , tout pour souffir. 

Item Et pour ce que l’teuvre le requiert, il convient 
faire entre les deux portes un meneau qu’on dit es- 
tanfleque , sur lequel meneau se fera un entrepie , a 
la baulteur de lenchappement dessud. se fera ung petit 
dossier sur lad. estanfleque , lequel dossier sera de 
baulteur pour y mettre ung image de notre dame qui 
peut avoir de bault chine piedz on environ selon que 
l’oeuvre le requerra , Et pour l’accomplissement dud. 
dossier aprfes lad. haulteur il fault ung tabernacle grant 
et spacieux a cause qu’il y a lieu pour le faire , Et 
fault , que led. tabernacle soit a raisonner de tout ce 
qu’il lui appartient, comme pillier, formette, croix d’ognie, 
ginbergbe , arboutans , creste , Hole, flouron, et amortir 
en la raison que ung tabernacle doit avoir selon la 
largeur et haulteur , ung ouvrier il ne lui en fault 
riens dire , e’est 1’entendement des ouvriers , Et toutes 
ces oeuvres icy- dessus nommez se feront bien et souf- 
fisamment par dit douvriers gens en se congnoissans. 

Item , Et pour ce' que nous ctions a parler do la 
voulcure du portail il conviendra faire a lad. voulcure 



— 243 — 


unc procession de cornettes pendans toutes' a plonc , 
non point a tour d’arce, et seronl lesd. cornettes du 
voulceur meismes , afin que ce ne soit point ceuvre 
tnise aprfes coup , Et pour araisonner lad. arce il y 
fauldra faire une cbambraule grosse et materielle , et 
au dessns de lad. chambranle ' la machonnerie qui se 
prendra a niveau se fera toute de formement anorine, 
avec auscunes grosses creates, qui „seront sur led. ebam- 
branle de la pierre meisme. 

Hem , Et apres que lad. arce sera aras£e et mise a 
haulteur et niveau de la pointe il fauldra eligir ung 
larmier gros et spacieus , auquel larmier il y aura 
deux gargoulles saillans hors ceuvrs de quatre a chine 
piedz ou environ Et conviendra a la haulteur dud. lar- 
mier et gargoulle faire une dalle de grande pierre et 
littue , sur quoy on ira pour viseter les affaires des 
oeuvres tant en machonnerie que en verriere, Et se fera 
aussi sur led. larmier une clfere voye qui servira dappuye 
sur le dehors dud, portail , sur laquelle clere voye il 
conviendra eligir et prendre ung pinacle, lequel pinacle 
se montera a la haulteur, que la layeur entre deiix 
pilliers est a present et se amortira led; pinacle a Sole 
convert d’un rampant portant enchappement tant d’un 
coste que d’autre charge de cresles et de flourons , et 
a la chime dud. pinacle conviendra faire ung entrepte, 
sur quoy on mettra ung image ou statue telle qu’il 
plaira a Mess'*. 

Item Et pour parler dud. J portail par dedens oeuvre 
il le fault foumir de battees bonnes et. souffisantes, avec 
les plattes bendes qui viendront porter sur le meneau 
du milieu , auquel ineneau il se fera un entrepte pour 
mettre quelque image , et de chascun c6te dudit portail 
ung entrepie , pour mettre quelque priant , fournis lesd. 
lieux de tabernacle , car ce sera une chose bien singuliere 



— 2U — 


Et pour voulter led, portail par dedens oeuvre il con- 
viendra faire une grande voulcure d’arette 4 autre , 
laquel voulcure se fera en tierch point, et de dessus 
le meneau du milieu par derri&re Ie tabernacle il se 
eslegira deux petites arces, qui sen iront refermer a 
raison de tierch point contre le grant arce, et au dessus 
de lad. grant arce il conviendra machonner par siente 
et araser et mettre a niveau 

Item Et pour ce qu’il est nteessaire d’avoir veue dans 
l’lglise par desseure led. portail il conviendra faire ung 
enchappemeut et larmier tant dedens oeuvre que dehors, 
sur lequel larmier on esligira a la discretion de l’oeuvre 
une verriere grande et spacieuse, laquelle verriere se 
remplira de formement portant sur grosses estanficques 
non point en fa$on de oteau , mais il conviendra faire 
en la sorts que nous disons , et le tout bien faire et 
souffisamment de bonne mati&re en gardant l’ceuvre qui 
est par dessus, car elle est fort pesante, et a mestier 
destre confortee et aydee au moins mal que faire se 
pourra, Et soit bien garde d’endomager lad. oeuvre sinou 
es lieux la ou besoing sera, Et en faisant ainsi ou 
mieulx je vous advertiz que vous aurez ung oeuvre qui 
sera au prouffit de leglise, et k Ihonneur de ceux qui 
s’en mesleront Et vous prie que vous vous y conduissez 
en tel sorte que l’bonneur de chascun y soit bien garde 
Je seroye bien marri de vous dire aucune chose qui 
ne vous fut prouffilable , 11 y aura biaucop de choses 
en votre oeuvre que J je ne nomme pas icy il fauldroit 
une main de papier qui y vouldroit tout mettre, mais 
je y mectz les raisons de force et droiteures qu’il ap- 
partient a lad oeuvre , Le demourant , c’est toujours 
a la discrecion de l’ouvrier car ung ouvrier fait vou- 
lentiers chose la ou son honneur soit garde Par quoy 
je vous prie que chacun y garde le sienne. Escript et 



— 215 — 


fait par le tout vostre. Et sil y a aucune chose qui 
ne soil bien devisee 0 le fault bien faire Eu vous disant 
adieu. 


PlicE H. 

RATIFICATION FAR LBS MaVEUR ET ECHEVINS DE ST-OMER , DU 

march* pass* entre Jean Vander Poele et le 

CHAPITRB POUR LA CONSTRUCTION 
DC PORTAIL. 

A tous ceulx qui ces pr£sentes verront Maieur et 
Eschevins de la ville de Saint Omer salut : Savoir faisons 
que par devant nous comparut en sa personne Jehan 
de le poelle maistre machon bourgois el demourant en 
la ville de brugcs Et a recongnut avoir fait marchi£ a 
messeigneurs doyen et cbappitle de leglise collegialle 
de Saint Omer en ceste ville de Saint Omer, de faire 
ung portal au boult west de ladicte eglise entre les 
deux grans pillers ou il y a vingt cincq pietzde large, 
a deux buys ayant chacun quinze pietz de hault et 
cincq pietz de large a marches de pierres d’escauchine 
que Ion nomme bleue pierre, une aguille en le moyenne 
de trois pietz de large et cincq pietz d’espois , la dicte 
aguille par dessoubz et aussi les costes , respondans a 
la dicte aguille de pareille pierre d’escaiicbine d’environ 
quatre pietz de hault et les sieges y servant de bonne 
blanche pierre de brabant. Avec une arche qui clorra 
tout ledit portal deseure laquelle arche sera fait une 
clere voye et deseure icelle clere voye y avera une 
grande fenestre au lieu de Too qui y est pr£sentement , 
ayant lad. fenestre , sept estanchons. Tout lequel ou- 
vraige et portal se fera de la meillenre' pierre durede 
brabant que l’on porra recouvrer, soit a affleghen 
dilleghen ou dillebecque Assavoir pour Touvraige qui 
se fera tant par dehors leglise comme dedens, et l’ou- 



— 216 — 


vraige da moillon sc fera de telle pierre que ledit 
machon recouvra par declia. Lequel machon sera tenus 
de livrer toutes lesd. pierres de brabant , jusques au 
haalt pout de ceste dicte ville , les mettre ou faire 
mettre hors des batteaux et les chargier sur charios le 
tout a ses despens. Et quant au sallaire desd. charios 
depuis le bault pout jusques a l’dglise dudit Sainct Aumer, 
ce sera aux despens desd. de chappitle. Lequel portal 
sera fait et parfait bien et souffissamment selon la devise 
et patron queen a baillie ledit machon, et au diet de 
ouvriers et gens en se congnoissans par dedens de le 
Saint Michiel prochain Tenant en ung an qui sera en 
lan quinze cens el douze du plus tart. Et pour tout ce 
faire et livrer souffissaument comme dit est mesdits 
seigneurs de chapille seront tenus de payer audit mais- 
tre Jehan la somme de deux cens livres de gros de six 
livres cowans en artois chacune livre de gros. Dont 
desja ilz lui ont paye acomptant la soihme de deux 
ecus livres d’artois, par les mains de sire Jehan Becquelin 
prebtre chanoine et recepveur de lad. eglise. Et la reste 
se payera selon que l’ouvraige se fera , Et sy seront 
tenus lesd. de chapitle de livrer aud. maistre Jehan les 
cauch, sablon, le hourdaige, et estanchonner selon qu’il 
conviendra faire pour ledit ouvraige, du tout a leurs 
despens Et sy se porra aydier led. maistre Jehan com- 
parant des pierres qu’il rompera du vielz portal pour 
en moillonner et reparer le nouveau portal par dedens Et 
a tout ce que dessus est dit et pour rendre tons dom- 
maiges et interestz que mesdits seigneurs de chapille 
porroient avoir en deffaulte du furnissement et parve- 
nemeut du marchie dessusdit , a led. maistre Jehan de 
poelle pour ce comparant oblegie et oblesge ses biens 
et heritaiges et ceulx de ses hoirs presens et advenir. 
Et pour plus grant sceurete Josse de le poelle aussi 


machon filz aisne dud. maistre Jelian aussi pour ce 
comparant a promis et s’est submis en sou propre et prive 
nom et comme principal marchant de faire et parfaire 
soufflssaument ledit portal selon ladicte devise et patron 
au dit d’ouvriers par dedens ledit jour sainct michiel , 
Et avec ce ont promis lesdits maistre Jehan et son filz 
de recongnoistre et ratiffier ce present marchie par 
devant la justice et loy de bruges et y faire comparoir 
et obligier avoec eulx et chacun pour le tout , guillain 
caudron drapier bourgois de ladicte ville de bruges son 
beaufilz , et d'en faire avoir lettres a mesdits seigneurs 
de chappitle par dedens le saint Jelian baptiste prochain 
venant renonchans lesd. comparans par leurs foy et 
sermens de jamais aller contre l’effect et teneur de ces 
presentes. En tesmoing de ce nous avons mis notre seel 
aux causes a ces presentes faictes et recongnues le 
XXIII® jour d’apvril l’an mil cincq cens et unze apres 
Pasques. 

(Scelle du seel aux causes de la ville de Bt-Omer ", 
empreint sur eire brune et pendant sur bandes de 
parchemin ). 


riN DBS PIECES IlISTIFICATIVES* 



NOTES. 


EX TRAITS DE8 COMPTES DE LA FABRIQUE. 


\. 

1454 — 1455. — A Jehan doultman couvreur d’ardoise pour 
avoir recouvert et visetd le grand cloc- 


quieret le tube LX * 

1463—1464. — A Jehan Cappet plonnier (ay ant) livre 


le II* jour de may, temps de ce present 
compte XXXIII 1 de noef plont pour 
assir par le couvreur d’ardoige sur une 
des tours du grant clocquier. Item pa- 
reillement le X* jour de may ensuivant 
XV 1 de noef plont pour assir sur une 
fdte desdites tours 

1464 — 1465. — A Alard Pusselicque couvreur d’ardoise 
aveclequel Mess'* out marchande pour 
entrelenir bien et soufflsamment l’ai- 
guille et le tube de l’eglise pour l’es- 
passe de XII ans et le viseter chacun 
an Et pour ee faire doit avoir chacun 
an XL* pour une robbe et XX* de 
pension, pour ceyci pour ceste pre- 
miere ann£e sont LX* 

2 . 

147 2 — 1473. — Amaitre Jeban Guiselin pour pierre dure 
qu’il a livrey & ladicte eglise convertic 



— 219 — 


i47b— 1476. 


au premier pillier du cloquier... etc. C * 

A Pierre Wyot quarelier de dur demou- 
rant a Bethune pour VIII assisez de 
pierre de ' grez qu’il a livrees couver- 
ties ou second nouveau piller. XXIIll 1 

3. 


Le XVI* jour de Novembre de ce present 
coipptp furent baptisiez les quatre clo- 
ques desrenierement faictes et fonduez, 
l’une du ton de mi nomm£e Omer , la 
seconde du ton de fa, nommee Marie, 
la III* du ton de sol, nommee Austre- 
berte, et la IlII* du ton de la , nom- 
mee Magdaleine dont fut re$u en don 
des parrins et marrines en plusieurs 
pieces d’or la somme de XXU 1 III * 
dont fault deduire et rabbatre pour 
les vicairez et ceulx qui firent l’office 
XXXII * pour le clocquemant et aultres 
offlciers qui avaient apointiez les hours 
et aultrez hesongnez ad ce requisez, 
XllII * Et pour enchens , mirre , thi- 
miama et olibane LXIII 4 demeure bon 
k ladite fabrique XIX 1 XV • VI 4 

De maistre Thery de Vitry chantre , ca- 
noine d’Aire et canone de ladite £glise 
de St Aumer pour le don d’une clocque 
entonnee du ton de la, laquelle 11 a 
donne a ladite eglise , pesant ladite 
cloque en metal trois mil huit cens au 
pris de XXVI * de gros le cent qui 
montenl a la somme de deux cens 
.1111” 1 VIII • Et pour la faichon aux 



— 220 — 


ouvriers pour faire lad. cloque XL 1 mon- 
tent lead. parties a trois cens XXXVI 1 VIII* 

4 . 

1478 — 1476. — A Johes Darte pour lalettre faide pour 
led. ottroy (de la place du befftoi pro- 
visoire ) et bail scellee du seau du 
baillif et officiers du prince, ung escu 
O’er de XXVIII * 

A Clay le fevre chergeant du baillif pour 
avoir la coppie d’une commission don- 
nee par lesd. offleiers pour empeschier 
l’ouvraige d’assir led. belftoi sur lad. 
place 1111 ‘ 

A maistre Jacques Blommart lequel a fait 
ledit beffroy, et livre le bos par marciet 
fait k lui par mess'* commepceult ap- 
paroir par lettrez et patron dudit beffroy 
sur ce faictes, dont il devoit avoir 
soixante deux livres de gros pour lad. 
faicbon et bos et quatre livres de gros 
pour avoir renfforci4 led. beffroy d’aul- 
cunez erdsurez comme appert par le 
patron (*) et marciet depuit fait a lui 
pour led. renforcement etc. in c mi” XVI ‘ 

Audit maistre Jacques pour avoir fait une 
paroit avironnant tout led. beffroy a 
magntere de grange, et ung petit com- 
ble pour garder ledit beffroy de pluyez 
et negges par marciet fait & lui.... 
etc XXX 1 


( * ) Lc patron du beffroy se trouve encore aux archives de Tex chapitre. 



— 221 — 


A Jacques Cocquempot fevre qui a livre 
les feraillez et grosses quenillez estriez 
et grandez bendez de ter misez aux 
testes deed, cincq cloques, penduez aud. 
beffroy , ' et pluaieurs quenillez de fer 
en lien de cenches pour joindre et 
quenillier led. beffroy et cleux pour 
le comble et couverture , a este 
paid cent VIII 1 V* III 4 

Le VIII* jour de may que led. beffroy 
fut assiz et leveez lesdites docquez et 
penduez sur led. beffroy, pour six paires 
de gans donndz aux compaignons car- 
pentiers & lever led. beffroy et lesd. 
cloquez IIII* VI 4 

1476 — 1477. — Paiet a Robert Loxalomme pour demi- 
cent de longhes bourrdes d’epines pour 
faire une baye entre le motte et le nouvel 
. clocquier XX* 

1479—1480. — A Quentin Ernoult pour avoir fait le baye 
entre le motte et le beffroi des cloc- 
. ques et entre ledit befftoi etla maison 

Anselet Pannillon ou il a vacquiet lui 
11* deux jours , pour cbacun jour 
VI* sont... XII* 

A Jehan de Pemes pour avoir placquiet 
le beffroy du clocquier oil il vacquat 
ung jour et son varlet, pour lui 111* 
VI 4 et au varlet XVIII 4 V* 

5 . 


1477—1478. — Aux maistres machons et carpentiers de 
St Aumer, St Berlin, Wattenes et 



— 222 — 

Clemar&s pour visiter par l’ordonnance 
de Mess'* le clocquier de l’eglise. XXXVI* 

6 . 

Jene citerai comme ayant rapport & la 
construction de la tour, quo la vente 
des bo» de ftmcien clocber faile en 
1484 — 1485 ainsi qu'il resulte des deux 
mentions suivantes 

Item le jour de le Candeleur en le pre- 
sence de maistre Hue de Monchy pour 
uug lot de vin quant ceux de St Jehan 
et aultres volloient acbetter le cloc- 
quier II * 

Rem a ung carpentier nomine Ernoult 
• • • • Varlet , • pour avoir ale annoncer le 

clocquier en Flandres Yl* 

La vente de ces bois est port6 en recette 
a 1’annee 1487. 

7 . 

Du 28 mail 487— De maistre Walleran Peppin docteur en 
ala medecine et chanoine de St Aumer , 

Toussaint. veant que mess'* au- temps de ce pre- 
sent compte avoient (ait mettre jus le 
grand clocquier de ceste eglise pour 
y mectre le beffroi et cloches qui sont 
en bas sur icelluy grant clocquier, et du 
bosvenant d’icelluy faisoient ung autre 
clocquier pour mettre sur le croisi£ de la- 
dite eglise, ainsi que il est , advint que 
XXVIII* de may ceste ville fut substraitte 
des franchois et mise en l’ob&ssance du 
roy de France , par quoy furent exempts 
de recepvoir leurs rentes estans en 



— 223 — 


Flandres qui est le principals revenu 
de ladite £glise, au moyen de quoy 
ledit clcoquier estoit en danger d’estre 
tout perdu et p£ry et demeurer im- 
parfait au grant vitupere et d&bonneur 
de ladite 6glise et des suppols , II , 
meu de d&votion et singulicremcnt pour 
subvenir & la n^cessite urgente bailla 
promptement comptant la somme de 
III C livres courant a la fabricque de 
ledite eglise, moiennant laquelle somme 
mesdits seigneurs obligerent et obligent 
tous les rentes et revenus de ladite 
eglise, drois, cens , prouffizet emolu- 
mens y escheans que d’or plus & plain 
est faite mention ha lettres obligatoires 
sur ce faites de faire dire et c&ebrer 
doresenavant perp&uellement et k tou- 
jours quel temps qu’il soil, une messe 
en la chappelleSt Nicolayle Yendredy 
y furnir pain , cbire et vin a II sol 
par chacune messe; avec ce tenir ar- 
dant jour et nuit une lampe devant 
ledite- cbappelle , et toutes et quantes 
fois que l’on fait stacion k heure de 
vespres le vendredi devant le crucifix 

dessusdite croix Y torsez 

ardans pesans cbacun 1111 livres tant 
que ladite stacion sera retraite en coeur, 
estans III devant la croix en haultsur 
le dossal , et deux devant 1’autel No- 
tre Dame dessoubz ledit dossal, sauf 
que le samedy ne seront allunteezque 
les troys devant ledit crucifix , k ce 



— 824 — 

que ledit jour 8" Pierre Pauchet a 
fonde les deux autres, mais les jours 
et festes Notre Dame y seront mises 
les deux que l’on fait chacun vendredy, 
et lors en aura un devant Notre Dame 
et ainsi continuer les vies durant et 
de lews successeurs depuis le tradicion 
et delivrance desdits deniers qui futle 
premier jour d’Aout anno Iffl u VII». .1II CI 

8 . 

1492— 1493. — A Collard Brunei, marchant de bos de- 

mourant a, Mons par marchiet fait a 
luypar Mess" que il doibt livrer XVIII 
sommiere au cloistre de l’dglise pour 
la somme de chine cens soixante livres 
monnaie courante k St Aumer comme 
pceult apparoir par le marchiet fait.... 
etc etc.... 

1493— 1494. — Item le XVIII* de D&embre pour ung 

disner et souper ou furent plusieure de 
Messeigneure lesqudz flrent marchiet 
a Collard carpentier de le ville de Mons 
en Haynau , lequel a promis livrer 
XVIII quesnes comme appert par res- 
cript de son marchiet LXXIT 

Item ledit jour a S* ' Simon de Villers 
lequel baiUa pour le denier k Dieudu 
marchiet un florin de Utrech.. XXIIll* 

. (Je n’entrerai pas dans le detail des di- 
verges sommes donnees chaque annee 
au mareband de bois , au for et a 
raesure de l’avaecement des travaux. 



— 225 


J« ferai observer seulement qu’a partir 
de l’annee 1494-1495 , Jehan Maillard 
eat associe avec Gollard Brunei , dans 
la mention de6 paiemeuts ). 

9. 

1493—1494. — Item le XXX* de Janvier 4 Jacques le 
messagier pour aller a Dourlens Ayr® 
et Toumehem pour avoir les maistres 
machons affin d’avoir avis pour faire 
ledite tour ou il vacca l’espace de 
six journdes , pat cbacun jour 1111* 
sent XXIIII* 

Item susdits maicbons asfavoir; maistre 
Adrian Paulsone, maistre Malin de Fines, 
Guillaume Boulan et Jehan Boulan son 
fllz pour leurs joumees a sjavoir, au- 
dit Adrian LIIII*, audit Malin IUI 1 VIII*, 
ausdits Boulans de Dorlens a chacun 
LIIII* tant seulement a Fall&rent, et 
XXII* payeta chacun pour leurs gestes 
et gouvernanebe de leurs cbevaulx et 
pour leurs despens du premier soupper et 
desjuner XLIIII* sont ensemble. XV 1 XII* 

Item it mon hostel pour despence fait 
pour quatre repas pour les dessusdits 
avoeuc S™ Simon et S t# Marand, mais- 
tre Jehan Hermel, Ansel maistre rnachon 
de la ville, maistre Loys, Jehan Boydin 
et maistre Guillaume Longue carpen- 
tiers, et levarlet du dessusdit maistre 
Malin rnachon d’Ayre , tant en vin , 
char de boef et de mouton et comprins 
cervoise , pain , saffran , et pouldres , 

29 



— 226 — 


ensamble deux cappons et da vyau 
com me appert par ung billet, la somme 
de VIII'XVIII* 

liem le VII* de febvrier au dessusdit 
Jacques de Haudricourt mesagier lequel 
alia a Lille porter lettres a maistre 
Gherard demourant a Lille poar avoir 
son advis sur le fait dudit clocquierla 
ou il vacca l’espace de trois jours et 
demy XUU* 

Item k Jacques Chavclier pour avoir alld 
a Amiens pour avoir ung nommd mais- 
tre Pierre Tarisel maistre machon de 
l’eglise d’ Amiens , la ou il vacqua par 
l’espace de chine jours XX* 

Item pour plusieurs repas et deepens fails 
a l’bostel 8" George de Ricaumez et 
maistre Robert Peppin, et aussy poisson 
achette par moy et ports k 1’ostel dudit 
George pour accompaignier et gouverner 
maistre Gherard Ledrut maistre machon 
de Lille lequel bailla son advis pour 
fonder et soubstenir le eloequier et y 
vacqua en ceste ville par l’espace de 
V jours, payS audit George comme il 
appert par sa cedule VT V* 

Item audit maistre Gherard pour ses 
vagacions pour X jours tant k venir 
que raller pour cbacun jour XL* comme 
appert par sa cedule, paye XX 1 

Item a Baudin Yvain paintre pour avoir 
fait le patron de la lour et paindre 
le troncq XX1II1* 



— 227 


Item le lundi de PentcCoustc a Jacques 
le mesagier lequel porta a Lille a 
inaistre Ghdrard le patron que avoit 
pourtruit maistre Jehan le inaiclion 
pour savoir s’il estoit soufflsans , la oil 
il vacca III jours. XII* 

40 . 

1493—1491. — A Clay Stabon pour trois pierres de gres 
pour fonder les pillers aupres des mon- 
ies du eloequier XL* 

Item a Josse Boittel et a Colard Boitel 
son pfere tailleur de gres pour plusieurs 
journees par eux deux fails pour avoir 
taillet les pierres dures du fondement 
des pillers devant le portal a cste 
pay<§ X'X* 

Item k Tassinot Blondel mackon lequel 
promit faire faire plus grande dilli- 
gence k ses cotnpaignons tandis qu’ils 
machonneroient les pillers , par don a 
k luy fait XII* 

Item le XI* de Janvier pour plusieurs 
pierres de dur achettees par maistre 
Jeban Hermel au burgravc pour faire 
les arches de dur XXX* 

Signalons ici un usage qu’on rencontre 
maintes fois dans les comptes de la 
fabrique , celui de donner des gants 
aux masons. 

Item a Pierre de Condeltes pour six paires 
de gaus pour les machons.... 1III* Vl d 



— 228 — 

««. 

1407 — 1498. — A Jefaan machoa de Hesdin, pour avoir 
venu a cbeval pour visiter l’ouvrage du 
clocquieret Sfavoir s’il estoit suffisant 
pour soubstepir le faictz et son oppinion 
bailla par escript corome il appert par 
ledit escript, et lui fust donnd pour 
sa part XLV* Et k son eompagnon 
aussy maistre macbon demeurant hors 
Hesdin venu k cbeval pour sa part il 
eust XXX* Et pour les despens faictz 
a le maison du doyen de St Aumer 
ou estoient presens maistre Robert Pep- 
pin , Sire Symon de Villers et ung 
maistre carpentier de dehors , tant en 
viande comme en vin XXV* sont. . . V‘ 

Item paye k Colart de Haudrechies ma- 
chon pour avoir baillid son oppinion 
et adviz toucbant l’ouvraige du clo- 
chier etc. etc ..7, XXXHII* 

\% 

4408—1499. — Item quand Mens' de St Bertin et 

Mohs' de Clemarez furent souper sur 
l’ouvrage accompagnes de plusieurs 
gens de bien pour ung plat de viande 
et pour vin XVIll* Item pour la fin 
de l’ouvrage fut ottroye ung tonnel de 

petite cervoise de XVI* 

Item pour les inactions pour la premiere 


pierre demy escu d’or XVIII* 

Item pour VII paires de wans pour les 
inactions VIII* III 4 



Du 17 Mars 
1499 

au 21 Mars 
1500. 


— 229 — 


13 . 

Item audit Mahieu Constant pour avoir 
livre XII pierres de dur nommdes stan- 
ficques O pour les fenestres de ladite 
tour k VI* chacune sont LXXU* 

Item & ung homme demeurant It Aumez 
auquel a estd marchandd de livrer L 
cuyrigs de grez , ce qu’il a promis 
faire , et ce pour fumir le portal et 
autres ouvraiges pour fortification de 
ladite tour dnerrez sur sont marchie 
present leditmaistre Jehan Hermel. VIU* 

Item & Jehan le bailly pour avoir livre 
XXXVI belndez de chendres pour ouvrer 
en terre aux fondacions des murs et 
pillers faiz de nouveau au priz de III* 

cbacun belnel, comme appert 

. etc. etc CVU1* 

Item k Jacques de Cocquempot marissal 
pour avoir livrd XU ancres de fer et 
les bendes y servantz pour ancrer les 
sommiers au deboutz et aultres bendes 
tant pour les clocques, pesant touttes 
ensamble trois mil Ul c XI 1 de fer d’Es- 
paigne ouvrd et prest k VIU 4 chacun 
livre CX' VU* Ull 4 

Item payd k Jehan Oultrequin pour sept 
rasi&res de br&zes par luy achettdez et 


(*) On paroit avoir designe par Stanficqua les mcneaux vcrticaux du 
rem pi i stage d’une fenetre. 



— 230 


employez dedens les mure aux deboutz 
desdits sommiere (*) VII 4 

Item a deux soyeura pour avoir soye 
111 gros quesnes eu deux (tour loyer 
lesdits sommiere et braconner par mar- 
chie fait XXXVI* 

Item a ung couvreur d’estrain, pour avoir 
dessaude le beffroy ou estoieot les 
clocques et couvert uog petit appentis 
contre le nouvel ouvraige vers l’huys 
devers moos' le doyen, et pour gluys 
a faire loycns pour loyer lesdittes 
bottes de laditte couverture , et deux 
paires de gros gans pour les Iyer 
affln de les faire servir sur le comble 
de ladite tour etc XXX* VI 4 

Item paye au dessusdit Jacques deCocquem- 
pot marissal, pour avoir livre XVI bandes 
de fer pour les fenestres dont les 1111 
sont d’une piecbe portant chacune 1U 
ancres ensevyes ou machonnement de 
chacune fenestre etles autresde deux pit- 
ches, pesant ensamble y comprins urig 
cent de rondes quenilles de fer 11" CU1 
livrez a Vlll d le livre comme dessus. 
Avec ce pour le feraille du [grand 
chandelabre nagueres mis au coeur, etc., 
etc. ( Deduction faite du fer foumi par 
lafabrique) Ml** Xllll' 

(*) Les braises raises aux extrcmites des poutres dans la muraille de- 
vaieot les empdcber de se pourrir. On empioie mainlenant la mcthode de 

passer au feu le bout des pieces de bois, dons des cas semblablcs, cc qui 
produit lc me me rcsultat. 



Item a deux soyeurs pour avoir soyd 
quatre quesnes * qui furent achettez k 
l’execution de Mods' de Bdvres, & faire 
aiselles el giteaulx pour furnir le planc- 
quier dessoubz les clocques au pris de 
XXVI’ par cbacuni cent de piez par 
marchte fait par ledit maistre Jacques 
et pour deux jours avoir soyd aucunes 
trenches de viel bos... etc V1‘ Xll* 

Item audit maistre Jacques Youdz pour 
avoir fait l’huys nouveau au portal 
envers l’oslel de Mons' le doyen aprez 
ses joumees extraordinairement. XXVUl* 

Item paye audit maistre Jacques pour 
achelies de blanc boys par lui achettez 
sur le marchte pour faire le premier 
plancquier de ladite tour VI 1 Xll* 

Item paye a Nicaise le eras briseur de boys 
pour ung cent d’aiselles a luy achettez 
pour furnir ledit plancquier C* 

Item k Nicaise Labitte , marchant pour 
XL pitches de boys de ilotte par luy 
livrds pour les giteaulx des plancquiers 
a 111* VI 4 le piece , et deux sappins 
pour faire deux petittes echelles k 11* 
le piet Vlll'llll* 

Item payd a Guillaume Lezomm&re etses 

. compaignons couvreurs d’estrain pour 
avoir couvert ladite tour, avec ce pour 

le gluy y employd a sgavoir pour 

l’avoir couvert X1I11 1 XVlll* et pour le 
gluy CXV111* XX' XVI* 



— 232 — 

44 . 


Mdme annee. — A maistre Jacques Youdz carpentier de 
ladite eglise pour avoir ouvre k ladite 
tour , depuis ledit temps jusqnes au 
XXI* de Novembre taut k appointier 
les gras sommiers , iceulx roettre en 
hault, avec ce despendu les clocques, 
mettre jus le beffroy , appointier les 
engiens, les garandy pour les pluyes, 
oil il a vacquie a plnsieurs et diverse* 
fois qte., etc LYl* Vlll* 1111* 

Item k Guillaume Gbys briseur de boys 
pour quatre holmeaulx k lui achettez 
par maistre Jacques le Carpentier pour 
faire ung hetal et un trainel k roleaux 
& mettre jus et sus lesdites clocques 

et conduire icelles en l’dglise etc., 

etc XXXVlll'Yl 4 

Item payd audit maistre Jacques, car- 
pentier , pour avoir remis le beffroy k 
point et rechangid en bas pour l’assir 
en hault, assiz le comble sur ladite 
tour, fait les plancquiers d’icelle, tyrd les 
clocques en hault, icelles pendues en leur 
lieu audit beffroy, avec aultres parties 
tfouvraiges ou il a este occupd par l’es- 
pase de XVII sepmaines commenchant le 
premidre le mardi XXllll* de Novem- 
bre incontinent aprdz le XXXVI* sep- 
maine que les machons eusrent lessid 
1’ oeuvre, comme des sepmaines ensemble 
du nombre des ouvriers et du priz 
par le livre Jehan Woutrequin, varlet 


— 833 — 

de le fabrique et par le livre dudit 
S* Oste aussy par quittance dudit inaistre 
Jacques pceult apperoir. LXV11U 1 X* 1111* 

Item audit maistre Jacques , carpentier , 
pour alter boyre avecques ses compai- 
gnons quant les clocques furent toutcs 
misesen hault, payS par l’ordonnance 
de Mess'* une obole pbilippus... XXV* 

15 . 

M^me anlife. — Primes payt6 le XV* jour d’Aoust an V c a 
maistre G6rard le Dru maistre des 
oeuvres de le ville de Lille pour avoir 
vena i le requests de Mess'* de capitle 
en caste ville pour visiter ledit ou- 
vraige avec certains aultres maistres 
ouvriers de Moastroeul, et sur ce avoir 
spn advis, ou il vacqua en venant sejour- 
nant et retournant VI jours a XL* pour 

jour sont XU 1 

Item payd auxdits aultres deux maistres 
machons dp Montrceul , a sjavoir ( les 
nom sont resits en Wane) pour avoir 
venu dudit lieu a la requeste de mes- 
dits S'* pour pareille cause et visitation 
par l’ordonnance d’iceulx mess" une 
obole philippus V1U 1 XV* 

. . . Item pays pour plusieurs deepens fails 
par lesdits maistres ouvriers durant 
ladite visitacion tant avecques mesdits 
seigneurs comma avecques autres ou- 
vriers de ceste ville comme au long 
appart des partyes par le petit livre 
dudit S* Oste LXV1* 


30 



— 231 — 


Hem paye k Chariot messagier de capitk 
pour avoir estd audit Lille qo6rir le- 
dit maistre Gerard, k Bourbourg mais- 
tre Jacques le carpentier et autres lieux 
oil il'vacqua VI jours XXUli* 

Item le XXVI* de Septembre paye a 
Chariot messagier pour avoir alle a 
Monstrceuil et Saint Josse envers les 
maistres machons d’illec affin qu’ilz 
venissent icy pour viseter ledit ouvrage 
ou il vacqua 111 jours XXII* 

Item le premier jour d'octobre ensuhrant 
paye ausdits maistres machons de Mons- 
trceul et St Josse pour avoir vena en 
ceste ville k le requeste de mesdits 
S" visiter ledH ouvraige avec les autres 
de la ville et de 8t-Bertin , ou furent 
venaot besongnant et retouroant V jours 

paye par l'ordonnance de Mess’* etc. 

etc VHT IIU* 

Item k Jehan Roquehn machon de St 
Berlin pour pareiUe cause XX1U1* A 
maistre Anssel macbon de la ville XU* 
A Micquiel Gebredon machon VI* Et 
au messagier pour avoir alld a Wat- 
tenes et Hammes querir ledit Roquelin 
1111* sont XLVP 

16. 

to05— 1506. — A Victor Nan messagier de Mess’* pour 
avoir est6 k Diepe porter lettres de 
Mess” au maistre machon de Diepe..... 
et vacqute VI jours a 1111* le jour , y 



235 — 


comprins ung homine qu’il raena d’Ab- 
leville a Diepe XXX • 

Audit maistre • raacbon nomme maistrc 

Jacques de Rond. y comprins XXV* 

pour ung bonnet a son fllz . . . XV 1 V* 

Mises pour avoir fait remplir les deux 
monlies de la grande tour du cosle 
envers la maison de mondit S' le doyen 
par le conseil et oppinion de maistrc 
Jacques de Rond , maistre macbon de 
Dieppe. 

A Pierre de le Ruelle inaction et plusieurs 
manouvriers etc., etc XX 1 Vll* 111 4 

< 7 . 

Meine annce. — Mises pour les estanQcques du clocquier 
et pour les remplages des fencstres 
avec le carpentage et l’ouvrage dcs 
plonniers 

A Guillaume Hermel et ses compaignons 
pour avoir taillii lesdites estanflcques 

, et le remplaige.... etc XI 1 VP 

A maistre Jeban Hermel et aultres com- 

; 

paignons et manouvriers pour avoir 
assys lesdites estanflcques et remplaige 
etc. XXU'XVll* 

A la vesve Jehan Cappet par marclim 
fait, pour avoir fait le plancquier des- 
soubz les clocques avoec aultres ouvrages 
audit clocquier XXX 1 

A kdite vesve pour avoir revestu six des 
grans esteux qui portent les grandes 
clocques apres ledit marcbie LX* 



— 236 — 

Item pour XI sacs de brezes pour avoir 
mis sus le plancquier desdites docques 
desoubs le ' pkmcq au pris de XV 4 ctaa- 
cub saoq Xlll* W 

Item a Willaume Colleman placqueur pour 
avoir placqui4 ledit plancquier dessoubz 
les docques...... etc. . . .- VH‘ 

18 

1506 — 1507. — Auttres mises pour le pfflierde gresde 
Bethune fait de nouveau entre les deux 
grands piller* de la grande tour du 
coste vers la maison de Mens' le doyen, 
que pour avoir monte ung demy piller 
de dur, au mur de 1’eglue du meisme 
coste et par dessus ung arche aussy 
de dur pour reprendre ledit piller de 
gres et remply de machonnerie de blanc 
par dessus ledit arche jusques a l’ar- 
boutant. 

« A Jehan Rigault , greater de Bethune , 

pour avoir livrer ledit piller sur lattre 
de ladite eglise a scs despens.... XXXII 1 

de gros qui valent'. . 1X“ Xll 1 

1 . . »■ ’ ' ... 

Item ont este achete trois quennes a Es- 
tienne Desgardins pour faire le kaiere 
pour soustenir durant le temps que l’on 
a coppele vieux piller et remachonner 
Ic nouveau VI 1 

Item pour ancoire ung quenne... de XL piete 
de long pour soustenir les chintres pour 
faire ledit arche /. . . . XXXH* 



— 237 — 

tern a este payet a maistre Jehan Hermel 
autres maobons, maaeuvriers et tailleurs 
poor ledit demy piUer et arcbe et pour 
ledit remplaige , etc., etc. . . LXXUU 1 11* 

(Le charpentier reqoit pour la faqon de 
la Kai&rs c i-dessus XXII 1 I* IX*). 

Aultres mises pour leeomble deseure Ies 
petites voutes du coste vers Mods' le 
doyen. < La naln-cFmivre monte d VIII * 

xrut my 

Aultres ittises pour avoir refait les petites 
routes pa t marchid (ait a maistre Jehan 
Heivnel pour «a main et livre tous les 
chintres ndces ilres et reoduit et remply 
le grand mur de la tour ouil estnd- 
oessaire, a estd paid XXUll 1 

A Jehan Marche et aultres de Boidinghem 
pour 1111 quarrdes de pierre livrees a 
l’eglise potir remplir entre l’un des ar- 
boutans du clocquier ver Mods' le doien 
et le grand mar dadit clocquier, etc. XXX 1 

1507 — 1508. — Payet k Jehan Marche pour un milhers 
de pendans qn’il a livre pour le voulte 
nouvellemeat faicte joingnant zud au 
gros piUer degrfesfatt de nouveau etc.lX 1 

A Vauldechott Cappet plonnier pour 

avoir fondufet gette en nocqui&res assizes 
par dessoubz et au bout de le couverture 
du comble de nouveau fait par dessus 
lesdites petites vaulles aupres du grant 
piller de grez estant dessoubz la grosso 
tour 



— 238 


1506 — 1909- — Hem pour six carries de pierres en 
porpains raebue de Estienne le Cavelier 
pour rempUr deseareles peiites vaaltes 
au co st£ aort... etc 1111' X* 

Item £ maistre Jacques Youds maistre 

carpentier de ladite eglise poor 

avoir, unit une capers pour assir le 

. second piUer nouveau du costdnort et 
pour avoir , presto sa corde pour assir 
ledit piier LX* 

Est ycy a no ter quo le lundi lendemain 
du boubourdi XXYl* jour de febvrier 
futcoraroenchipt £ hourderpar le car- 
pentierde ladite dglise pour desmachon- 
uer le muraiUe . du costd zud pres du 
nouveau piller , dout est tenu compte 
cy devant etc., etc. 

Item le troisieme sepmaine Agnieux et 
Wiilegue besoiagnerent ensamble pour 
raachouner. le muraille pour assir le 
second piller , etc XLVI* 

Item audit Agnieux pour avoir parfrume 
todit. muraille de soubz les arches, la 

. semaine peneuse (la semaine sainte ) 
qualre journees... XVI* 

Hem. . . . pour Avoir ouvri £ le verri&re de 
le chapeDe sainct Martin (*) XX* 

Item.... besoingnd au remplaige de la 
dite vcrriere ; XLVI* 

(') La chapclla St Martin est cells qui te trouve la derniere du cote 
oord, par consequent au droit de la tour; ' 



— 239 


Item a maistre Ancel maistre machon de 
la >ille pour avoir visits l’ouvrage. Ill* 
Item.... pour osier le vieux pillerdevant 
le capelle St-Martin. 

item audit maistre Jan Hermel.... depuis 
lendemain do jour St-Aumer jusques k 
la veille St-Miebiel que l’ouvraige dele 
petite vaults flit acherfe et le piller par* 
fait et tout ripart VI' IX* 

Item k Jan Rougant bourgeois de Bethune, 
brisehr 'et tailleur dd grfes lequel avait 
■ par marcbiet k luy fait livrd les deux 
gros pillers de grfes de nouveau ma- 
cbonnds..,. luy fut donne par amen* 
dement XU 1 

A Jacques Aud&que pour avoir livrd XLV111 
pids de nouveau Voirre et remis en 
oeuvre XII pies de vieux voirre pour le 
verridre de le cbap&le St-Martin... CU* v 

19. 

1809—1310. — Item le veille de Quasimodo le maistre 
machon de Mons* de Peynes nommO 
' maistte Pierre Lermdre vint visiter les 
ouvraiges de le grande tour de ledite 
dglise et aultres ouvraiges, par l’ordon- 
nanche de Mess'* luy a estd donnd pour 
s<m voiage sans les despens de bouche 
six escus d’or k XXXVI* l’escu. X 1 XVI* 

Item en chapeaulx et aultres baghues 
comme ymaiges k luy donnd... XXXVI* 

Item a maistre Jan van Poelle , maistre 
machon demourant k Bruges lequel 



— 240 


avoit adreschiet le curd d’Oir pour avoir 
visits ladite tour et les ouvraiges de le 
dite iglise pour son voiage sans les 
deepens payet presents maistre Jan Her- 
mel et Jan Delevenne XM‘ 

Item & Jan de le Haye messagier de ea. 
ptfle. pour avoir alii k Mailleres le 
sepmaine devout la SUehan qudrir le 
patron que avoit fait ledit Pierre Her- 
mere . XXVI* 

OUVRAGES EXECUTES CETTE ANNfiE. 

A Micquiel le Cavelier et ses compaignons 
lesquelz ont livre XV111 caries de par- 
pains et motenghes pour remplir lea 
verriferes tant du costi nord que zud 
estans desoubz le grosse tour k XV* le 
carie XVI 1 

Lendemain du bouhourdi XVlfl* jour de 
febvrier fat conanenchiet par maistre 
Jan Hermel et ses varlis k taillier et 
besongnier pour remplyr les allies de- 
seure le gros piller faict de nouveau 
au cacti port. (Somme to tale de l’ou- 
vrage Vl« 1111' XVU*>. 

iO.’ 


1510—1511. — Miaes ad cause dn grand portal encom* 
meochiet par maistre Jan van Poele 
maistre macbon demourant k Bruges. 

. . Primes che recepveur fat envoyet k Bru- 
ges la premiere sepmaine de karesme 
pour soy informer dudit maistre macbon 



— 241 — 

el pour faire marclnet a lui en lacque 
sus l’echdance de mess", ou ledit re- 
cepveur vacqua Xll j B,M pour chacune 
joumee XX1U1* sont... Vlll'Vlll* 

Item k Guillaume Hermel fllz de maislre 
Jan Hermel pour avoir tire ung patron 
Sur lequel a estd marchandd pour ledi( 
portal > payet pour ledit patron , deux 
pbilippus , valent . . * L* 

Item ledit maistre Jan Van Poele deriva 
le lundi de Basques lui et son fllz pour 
ratifler et congnoistre le marcbiet faict 
par ledit recepveur par le consentement 

: de mess" comme appert par lettres 
passees par devant mayeur et eschevins 

pour laquelj|e lettre fut payet V* 

Item audit maistre machon fut et en tant 
moins de l’ouvraige bailliet par die 
recepveur comme appert par ledit let- 
tre, etc., etc.;.... 11 Cl 

Hem a ung petit homme de Bruges qui 
raporia les patrons du portal et aveuc 
lettres missibles du machon donne. . 1111* 

21 .' " 

4514—1512. — Mises pour le grand portal a commen. 

chier par maistre Jail Van Poele machon 
demourant a Bruges. 

Primes le Xlll* jour d’Aoust arriva ung 
grand Mteau hors du hault pont , 
chergiet de la pluspart de la pierre 
taillid pour faire ledit grand portal 

31 



— 242 


pourquoy cedii recepveur envoya que- 
rir ledit machon & Bruges payet audit 
mesaige XVII* 

Item audit machon fut payet par ledit 
Beclin recepveur le somme de quarante 
livres de gros de laquelle somme en 
arroit cste litre par Messeigneurs audit 
Beclin vings livres de gros, par quoy 
ne.reste icy en raise que XX 1 de gros 
qui valent...., Vl* x 

Item aux cartons qui amenferent lesdites 
pierres depuis ledit hault pont dedens 

le eourt de la ■ fabrique pour LV111 

carees des plus grosses pierres.... C* 

Item pour le faichon d’ung tranneau faict 
par Tassart Leguien, caron, lequel livra 
les reuwes dudit tranneau Xllll* 

Item pour IX quesnes achetes et prins 
au bois de Bowlinghe pour XXX* le 

pifcce pour les ckintres , et estan- 

chonner aux ouvraiges du grant por- 
tal. XVU1' 


22 . 


1512— 1513. — Mises ad causes du nouveau portal com- 
meuchiet par maistre Jan Van Poele, 
machon demourant a Bruges. 

(Le compte commence par des achats et 
transports de mattirtaux sans detail). 

Item a maistre Jacques le carpentier pour 
avoir litre les nattes pour clore et es- 



— 243 — 


0 


toupper contre les buys du nouveau 
portal XX* 

Item a est6 payet audit maistre Jan Van 
Poelle maistre machon, comme il ap- 
pert par les quittances de luy et de 
son fllz par ce recepveur , le somine 
de XL11 1 de gros qui valent ... 1I C LU 1 

Item h Berlin pour avoir villiet l’esglise 
tandis que le portal a est£ ouvert. XXXVI* 

Item a este payet par maistre Nicolie 
Hanicque a auleuns maistres maicbons 
qui visilerent les pierres amenees pour 
faire ledit portal LX* 

Item a Jan Van Poelle, & son fllz et ser- 
viteurs leurs a este donne par deux 
fois par ce recepveur assavoir la pre- 
miere fois & la premiere pierre assisse 
au fondement du portal qualre lots de 
via pour ce Xll* 

Rom a la seconde fois quand ils corn- 
mencherent & macbonner et eslever 
ledit portal ancoires 11U los de vin. . XU* 

Item die recepveur a plusieurs fois fes- 
toyet en sa maison ledit Jan Vau PoeUc 
et son fllz avec les ouvriers qui ame- 
nerent les pierres XL. 

(On trouve aussi cette annie plusieurs 
acquisitions de bois pour itancons ). 

23 . 

1313—1514. — A maistre Jacques, carpentier, pour avoir 
fait les buys du grant portal par mar- 
chiet fait avecq luy VI 1 



— 244 — 


(11 avail etc paye pour le sciage dcs 
bois, XXU* VI 4 ). 

Item ledit maistre Jacques vient otter les 
grans estanchons du grant portal, (toutes 
mains-d’ceuvre comprises)...* V 1 XV111* 

Item audit maistre Jacques, carpenlier, 
pour avoir fait les cintres du portal (touks 
mains-d’ouvre aussi comprises ). Lll* VI 4 

Item audit maistre Jacques , pour avoir 
mis et assis les cintres etc., etc. . XLVllP 

A Pierre Lemaire plonnier pour avoir 
plonne le voye du nouveau portal , 
t deduction faite du vieux piUmb em- 
ploye) Xlll'lPVl 4 

A estd paid audit Josse Poulle 

(fils de Jean Van Poele) qui a parfait 
et aclieve ledit ouvrage ( du pertail ) 
en deniers comptans 4 plusieurs fois 
eomme appert par sea quittances et 
signatures la somme de trois cens cinc- 
quatre quatre livres d’Artbois sans y 
comprendre XV111 livres courants qne 
l’on luy a rabatu pour certaines pierres 
qu’il a eu de ladite eglise Et pour ce 
icy llle Lilli' 

Item le derrain jour d’aust maistre An- 
sel Dedricq , maistre macbon de ceste 
ville par ordonnanc? de mess" visita 
l’ouvraige du portal, pour ce que Josse 
Vandcr Poulle , macbon faisans ledit 
portal, volloit ravaler le fenestre de- 
seurc ledit portal , ce qui sainbloit a 
aucuns de mesdits S” que e’estois plus 


affebly l'ouvraige que 1’enforgiet , Et 
fu par ledit maistre Ansel dit que le 
bien et fortification de l’ouvraige que 
ladite fenestre demeurait comme elle 
cstoit pour sa peine luy fut donne. . . 1U1* 

Item le VI jour d’Oclobre fu visite l’ou- 
vraige dudit portal par commandement 
de Mess'* par ledit maistre Ansel Dedricq, 
maistre machon de ceste ville , M* An- 
lboine le Roy, maistre machon de St- 
Bertin, et maistre Jan Gosset, et four 
fu donne pour four painne a chacun 
1111* et si burent demi lot de vin de 
XV 4 sont XUl'lll 4 

Item depuis (la ddture <f« compte) a 
este paiet a Josse Vapder Poullc ma- 
chon demourant a Brughes pour le 
parpaye de Xll c livres courant pour le 
l»orlal present Mops’ le chanoinc Jo. 
Fabri et S'* Marcq le tue r fo somme 
de cent byres courant (’). 

24 . 


1514 — 1515. — Bois achetes pour estanchonner les 

hours pour pcrchier les grans pilliers 
de led. 6glise 

Aultres mises pour perchier les gros 
pillers du clocquier de ladite eglise 
pour mettre ung ancre de fer pour 
serrer lesditz deux pillers a esfo fait 
marchiet par mesdits S'* avec maistre 


( * ) On trouvc encore dans le complc dc l’annee suivanle une sonimc do 
cent livres payees a Josse Vandcr Poulle, oil ne sait pour quel moiif. 



— 846 — 


Jehan Van Poulle et Ambroise Rollaot 
machon dc Bruges pour la somme de 
XXXVI livres de gros sur laquelle 
somme on recbut sur le compte de cesi 
an present XXIX Ubz monnaie de Flandre 
etc valent Vlll« X111P 

Item che present recbeveur fu a Bruges 
14 ou it conclut le fait dudit ouvrage 
aveuc lesdits maistres Jehan Van Poulle 
maisfre Ambroise Rolland et fu des- 
pendu pr^seas Henri Brahier tant au 
souper comma lendemain au desjuner 
la sonrnie de XXX11* 

Item a este fait marchiet par mesdits 8” 
a Gilles Veloghe serrurier demourant 
4 Bruges de faire ledit ancre, doibt 
avoir de chacune livre de fer ouvree 
la somme de XV111* pois et livrison 
faite a Bruges ou a St Aumer a cbois 
de mesdits S'* sus leqncl ouvraige le- 
Gilles a recheu sur l’an de ce compte 
la somme de XXX livres de gros qui 
valent <311*** 

1515 — 1516. — Mises ad cause des gros pilers et pour 
perchier iceulx exilecs pour y mettre 
ung ancquerre de fer pour serrer les 
deux pilers par marchiet fait par mes- 
dits S~ avecq maistre Jan Van Poulle 
et Ambroise Roland pour la somme de 
de XXX VT de gros sur laquelle somme 
yls avaient regu la somme de XXIX 1 

de gros reste VI Uvres de 

gros faisant XLU 1 



Item a este fait marotiiet par mesdits 
S” a Gilles de Veloghe serurier de- 
meurant 4 Brugbes de faire ledit an- 
querre et doit avoir de chacune livre 
de fer ouvr6 la somme de Vlll 4 (sfc 
et poize ledit anquerre peze k Brugbes 
V- CXU1' de fer qui valient LX1111 1 V* VI 4 
de gros qui valent k monnoie de ce 
compte le somme de de 111® 1111 ,I V 1 Xlll* 
reste k lui compter. . 1KV 1 Xlll* 

A maistre Jacques Youtz carpentier, pour 
avoir ouvre a ledit. eglise, pour mettra 
les ancres de .fer VI jours et pour sa 
corde quatre jours et ses varies IX 
jours llll 1 X* 111 4 

Au pidnnief pour avoir fait le poumeau 
au millien de . l’ancre en ladite Eglise 
et. a cbacun bout .une teste de dragon 
on il a vaoqUiet Vlll j ,,M XXX11* 

Item a maistre Jan Btermel machon de 
leditc eglise , pour avoir renduyt et 
repafe les defix gros pillers apres ce 
qUe Tancre' die fer fut mis et avant 
que les hours fussent ostes 

Item le XVU e de decembre fut paiet k 
maistre Ansel Dedricq maistre masson 
de la ville avecq maistre Jan Van Poullo 
pour avoir visile le gros piller du coste 
zut et fait report en capitle paiet. ... V* 

Item la XXVlll* jour de decemhre fut par 
l’ordonnance de mess'* vissite le grant 
piller du les zut par maistre Jan Rebus 



— 248 — 

maisson et Jan de la Veigne et fut 
donne audit maistre Jan 1111* 


25. 


1518— 1519 — A Jehan Robins maistre machon d’ycelle 

dglise lequel commenchia 4 taillier pour 
Ie clocquier ......... (probablement pour 

lex pietres des meneaux dex grandes 
fenitrex dont il xera question ci~ 
aprts ) XI' 1111* IX 4 

Audit Jeban Robins pour avoir mene 
Jeban Gousset visiter le tour du grant 
clocquier par ordonnance de messei- 
gneurs 1111* 

1519— 1529 — Le premiere sepmaine de Janvier, maistre 

Jacques vint mettre son engien pour 
lever le grande chaiere de bois pour 
visiter le voute desoubz Ie clocquier , 
et il fut chine jours avec maistre Jan 
le machon et Nicolas fllz dudit mais- 
tre Jacques. Et gaignoit led. m* Jac- 
ques chacun jour VI* et sond fllz 111* 
soil XLV* 

Item la seconde sepmaine de Janvier , 
vint led. m* Jacques mectre le grande 
roevwe qui estoit sur led. vaute en 
bas etc XXXIX* 

Item le X de mars, le lundy , mardy, 
mercredy, joeudy, vendredy et samedy 
pour faire le hourt sur le clocquier 
pour tirer les pierres 4 mont. . VU* 11* VI 4 

Item Iedit maistre Jacques vint ouvrer 
pour faire les chintres des grandes 



— 249 — 


fencstres du clocquier, oil il vacqua 
VI II jours Et son fils Colin cliincq jours 
Et Bricet son varlet ung jour. LXX' VI 4 

Item led. m e Jacques vint ouvrer en le 
penultiemc sepmaine d’apvril pour es- 
quartcler un qucnnc pour ancrer sur 
le vaute , Et aussy pour faire patins 
a liourder Item la seconde sep- 

maine de may ledit m* Jacques vint 
ouvrer pour carpenter les poutres et 
les gisteaulx du plancquier pour le 

plonnier Item le 111* sep n ledit 

maistre Jacques ouvra cbincq jours sur 
led. plancquier 

Item le XXU* jour de Juing, en la pre- 
sence d’aulcuns de mess" et aultres 
maistre Nicole Hanicque list marcliie 
a maistre Jacques Youdz carpentier de 
ceste 6glise pour lever tout le bois k 
scavoir , les grosses poutres gisteaulx 
- et - asselles et les inettre et assir bault 
sur le clocquier , carpenter et assir 
ledit plancquier comme il appartient , 
de livrer ses engiens et ses cordes et 

ses varletz et pour tout devoit 

avoir la somme de XX 1 

Item le VI Octobre , ledit m* Jacques a 
ouvre a ladite eglise tant au clocquier 
comme ailleurs pour faire le plancquier 
des tourelles et les noeqz des buises 
pour conduire l’eaue , oil il a vacquie 
Xll J LXX* VI 4 


32 



— 200 — 


Pour faire lc plonutie du grand clocquier 
acbetc aux freres prescheurs du clois- 
tre de Bergbes certain nombre de viel 
ploncq pour le prix de XXXIX* le cent 
y comprins le saudure qui y pooit 
cstre etc., etc 

Aux brouleurs qui ont abbroutte led. 
ploncq du Hault pont it le Wagbe et 
de le Waghe a l’4glise de St Omer pour 
1111* le cent sont XXII* X* A Jan Lenoir 
pour le delfgbelt ung denier du cent 
sont V* Vll* ob. Item a le Wagbe pour 
le pesaige XXV* IX* en tout. L11U* 111* ob. 

A Franchois Lachere plonnier de ceste 
eglise pour avoir gettd et mis en ceu- 
vre ledit ploncq pour faire le plonnee 
du grand clocquier et aussy pour les 
deux buizes portant l’eaue dud. cloc- 
quier pour avoir fondu et mis en ceuvre 
la somme de XV111" Vl° XXXIX 1 de ploncq 
a VI* le cent sont LV' XVU* VI* 

A Jan Tonnoire (feure) pour plusieurs 
parlies de son mestier qu’il a livre 

pour le clocquier de lad. eglise 

taut pour les gros ancres pour ancrer 
le clocquier comme pour les barres de 
fer [>our les fenestres el aultres plu- 
sieurs parties etc., etc. . . Win 111 1 

On donne XXX11* au couvreur d’estrain 
et a sou tils, pour dccouvrir le clocber. 

On continue aussi cettc annee a tailler 
dos pierres pour le clocher ; el a en 


— 251 


approvisionner : on en fournit pour une 
somme dc ll c LV 1 et pour Xll 1 XVlll* 
VI 4 de inoellons. 

1520—1521 — A maistre Jacques Yous pour avoir remis 
la grande polye au grand clocquier 
pour tirer et lever les pierres dcs fe- 
nestres audit clocquier , oil il a vac- 
quiet trois jours et une prime sont 

XIX* Vl d Item pour avoir refait le 

plancquier d’unc tourclle aud. clocquier 
1& oil il fu ung jour 

Item aud. maistre Jacques et son filz a 
chacun ung jour pour metlre l’engliien 
duquel l’on montoit les pierres, jus dud. 
clocquier et l’avaller en bas sont. . . X 

An inois de Septembre pour mestres les 
pierres des remplaisses des fencstrcs du 
clocquier auquel ouvrage Jacques Olivid 
et George Lezommere ouvrerenl chacun 


VI j B — sont XX1111* 

A Josse de le Merrc painctre pour 


avoir painct trois pierres au clocquier a 
s$avoir en deulx les dattez qu’elles y fu- 
rentmises en l’autre ung cadran.. . . 1111* 

Item le 1111* de Juillet fut par l’ordon- 
nanche de mess'* visitee le poultre fenduc 
au clocquier de lad. 6glise par maistre 
Robert Rogier carpenlier Jan dc le 
Vigne , maistre Jan Robins macbon de 
lad. eglisu Anlh. Marllic et fut lors donne 
audit Robert sa paine Ill* 


FIN. 




EMPLACEMENT 

DE 

QCENTOWIC. 




EMPLACEMENT 

M 

QUENTOWIC, 


par M. Louis COUSIN , Membrt honor air e. 


La Canche est une riviere (1 ) qui se jelte dans 
la mer a environ quatre kilometres d’Gtaples, chef- 
lieu de canton de l’arrondissement de Montreuil 
(departement du Pas-de-Calais) . Pr&s de son em- 
bouchure se trouvait une ville dont le nom venait 
de celui de cette riviere et de Wic (2) et qui dfes 
le neuvieme sifecle , 6tait deja ancienne , car il 
resulte d’un capitulaire de Charles-le-Chauve que 
Quentowic avait en 864 le droit de battre mon- 
naie, d’aprfes une antique coutume (3) ; elle 
avait aussi , alors , une importance reelle qui 
ressort , non seulement de son atelier monetaire 
ct de la renomm£e de son port pour le 
passage en Angleterre (4) , mais encore de ce 


— 236 — 

qu’ell# servait de residence a un Due (5). Si , a 
cet egard , il ne saurait guere y avoir matiere a 
controverse , il n’en est pas de mime du veritable 
emplacement de Quentowic : d'eslimables ecrivains(6) 
ont etd jusqu’a le mettre , les uns & Caen , en 
Normandie, les autres a Quen-le-Vieil, sur l’Aulhie. 
C’est Ik une erreur manifeste ; car le nom meme 
de Quentowic et d’irrdcusables autorites ne per- 
roettent pas de le chercher ailteurs que dans le 
voisinage de la Canche et de son embouchure (7). 
Mais sur quel point de ce voisinage qui embrasse 
un rayon de douze St quatorze kilometres, se trou- 
vait-il Y Deux opinions bien distinctes ont ete 
emises a ce sujet: I'une place Quentowic du cote 
de la rive gauche de la Canche , l’autre sur la 
rive droite. Les partisans de la derniere opinion 
se prononcent tous pour Etaples et son territoire 
communal : ceux qui donnent la preference a la 
rive gauche sont loin de montrer le meme ensem- 
ble; ils indiquent l’un des trois villages suivants: 
Cucq, St-Josse et la Caloterie (8). Dans le premier, 
ce serait le hameau du Trdpied ; dans le second , 
plusieurs points bien differenls sont designes ; 
d’abord , et en premiere ligne , celni de 1’abbaye 
de St-Josse ; puis la plaine vis-a-vis d’Etaples , 
entre la Canche et la montagne ; enfin , le hameau 
de Yilliers ou d'autres auteurs placent le lieu 
noinme Runiacut (9) dans la vie de St Josse dont 
je parlerai plus tard. — A la Caloterie , deux en- 
droits sont signales d une maniere toule parliculiere; 



— 257 — 

d’une part le terrain entre la ferme d’Ulbise et 
le hameau de Valencendre ; et d’autre part , le 
hameau de Vise Marais . J’ai ete frappS de cette 
divergence d’opinions lorsque j’habitais Boulogne, 
et ayant alors a ma disposition des foods que la 
soci6t6 des Antiquaires do la Morinie avait envoyes 
a son comity de cette ville , j’ai cru que je ne 
pouvais mieux les employer qu’k des fouilles ayant 
pour but d’£claircir ce point obscur de l’histoire. 
J en fls done faire dans les garennes d’Etaples 
apres avoir obtenu le consentement de l’honorable 
proprietaire , M. de Rocquigny , qui l’accorda 
avec un louable empressement. Elies donnerent 
lieu] & d’interessantes decouvertes d’objets antiques 
et de fondations de maisons dont M, Marguet, 
alors ingenieur en chef des ponts-et-chaussees a 
Boulogne, a rendu compte en 1841 (10). Quelque 
temps apres, et en 1842, M. Harbavillc, president 
de la societe litteraire d’Arras , publiait un grand 
travail sur les communes du departement du Pas- 
d e-Calais , et il s’y exprimait ainsi (11): 

« Demandez maintenant aux sables de cette rive 
» 1’emplacement qu’occupait Quantauvic, car 1’an- 
» tiquaire ne peut dire oil git le cadavre de cette 
malheureuse cite. » — Aussi M. Harbaville se 
bornait-il a emettre la conjecture que cet empla- 
ment pourrait etre sur le terriloire de la Caloterie 
entre la ferme d’Ulbisc , pres de la Ganchc et le 
hameau de Valencendre; mais, plus loin, il allait 



— 258 — 

jusqu’a dire que l’opinion , qui pla^ait Quentowic 
dans les environs d’Etaples, au point oil les fonilies 
avaient faites , 6tait insoutenable et qu’elle 
avail 6t6 abandonnee. Selon lui , on ne devrait voir 
dans les maisons explores et les objets qui y 
avaient £tb decouverts , que les restes de l’aneien 
Romiliacum , mansion romaine , dont le nom se 
serait allure au moyen-age dans celui de Rombleium 
(Rombly). Quelque grave , quelque positive que 
flit la sentence rendue au chef-lieu du dbpartement 
du Pas-de-Calais * elle ne pouvait empScher le 
comit6 de Boulogne de continuer les fouilles sur 
le mbme point ; toutefois il a vu lb un motif pour 
les porter sur d’autres , et pour explorer plus 
particuliferement tous ceux du voisinage de la Canche, 
oil Ton avait plac£ Quentowic. Le r^sultat de ces di- 
verses recherches a 6te consign^ dans un second rap- 
port que j’ai redig6 et que la socibtb des Antiquaires 
de la Morinie a fait imprimer. Avant de terminer 
ce rapport qui porte la date du 18 janvier 1843, 
j’ai expos6 , tout en reservant mon opinion per- 
sonnelle , quelques considerations de nature b faire 
penser que Quentowic etait sur la rive droite de 
la Canche, b Elaples et sur son territoire communal ; 
elles ont suffi pour persuader b des hommes d’une 
haute distinction (12) qu’enfin on connaissait le 
veritable emplacement de Quentowic ; cependant , 
cette opinion n’a pas obtenu un assentiment uni- 
verscl : l’un de nos honorables et z6les collbgues de la 
societc dc la Morinie , M. 1’abbe Robert , a cherchl a 



— 259 — 


refuter les motifs signales par rooi comme militant 
en favour d’Etaples (1 3) ; il croit avoir 6tabli 
d’une maniere peremptoire quo Quenlowic 6tait & 
St-Josse , soit a sou aucieone abbaye , soit dans 
la plaine , entre la Ganche et la montagne de ce 
village. Assurgment je no puis qua lui savoir gre 
de la bienveillance avec laquelle il a parle de mon 
travail : le sien a r6veill6 mon attention sur la 
question ; il m’a ports k faire de nouvelles re- 
cherches , non plus , cette fois , dans les entrailles 
de la terre , mais dans les sources les plus pures 
de l’histoire. En y puisant , en recueillant encore 
des renseignements sur les lieux oil je suis retournS 
en septembre 1850 et oil j’ai appris les rScentes 
dScouvertes dues k l’Stablissement du chemin de 
fer de Boulogne k Amiens , chemin qui traverse 
Etaples et ses dunes , je me suis formS une opinion 
definitive qu'en m’a priS de dSvelopper , et c’est * 
pour satisfaire k cette demande que j’ai Scrit le 
present mSmoire oil je vais Stablir ; 

Qtfe Quentowic n’Stait ni sur le territoirede 
St-Josse , ni sur celui d’aucune autre commune 
de la five gauche de le Ganche ; 

2* Que le port de Quentowic n’Stait pas distinct 
de la vilte du mSmS nom ; 

3° Que cette ville Stait k Etaples. 



— 260 — 

r 

Quentowic n’elait ni sur le lerritoire du village 
de St-Josse , ni sur celui d’aucune autre commune 
de la rive gauche de la Canche. 

Pour mieux le demontrer j'examiuerai d’abord 
les diverses considerations que M. Robert a fait 
valoir k l’appui de son opinion. Je ne m’arreterai 
pas k son observation que la chronique de Fontenelle 
nous apprendrait que les gens les mieux instruits 
de 1’antiquite sont aujourd’hui tres embarrasses 
pour fixer 1’endroit oil Quentowic etait bati : on 
ne saurait rien conclure de la en faveur du village 
de St-Josse; mais je ne dois pas moins exprimer, 
ici le regret que M. Robert n'ait pas indique le 
passage de ladite chronique qui contiendrait cette 
observation. J’avoue que je n’ai pu le decouvrir. 
% etjusqu’a ce qu’on constate qu’il existe reellement, 
je resterai dans le doute(14). Je passe done a 
Canuel qui , dans ses tables geographiques , aurait 
place Quentowic sur le bord de la mer , entre la 
Canche et l’Authie : Je n’ai pas sous les yeux ces 
tables que j’ai en vain cherchees dans plusieurs 
riches depots litt6raires , et meme a Paris , k la 
bibliotheque royale. — Mais peu importe! car le 
nom de Canuel est si peu connu qu’on ne le trouve 
pas mentionne dans la biographie universelle et 
des lors son avis ne saurait peser beaucoup dans 
balance pour la solution de la question. — Je 
ferai d'ailleurs remarquer que, dans 1 ’opinion de 



Canuel > te hameau da Trepied , situe entre St- 
Josse et la mer, et dependant du village de Cucq , 
meriterait la preference ; mais j’airae mieux fixer 
tout de suite l’attention sur un autre auteur qui la 
merite reellement , car celui-la remonte au huitieme 
sifecle (15). Cet auteur est Willebaud qui, dans 
la vie de St Boniface , arclieveque de MayeftCe , 
aurait 6crit « que ce dernier s’^tant embarque eft 
» Angleterre , serait venu mettre pied a terre k 

• I’embouchure de la rivifere de Cuent ou Canche, 

» et qu’il aborda ensuite a Quantovic , distinguant 
» ainsi la ville d’avec le port , primum ad otlia 
» fluminis Cuent ' d’ou il se rendit a la ville de 
» Quantovic , et ad vicurn Quentomck. » — - Or , 
ajoute M. Robert, « I'embouchure de la Canche, 

» ou le port , est ici bien distinct de 1’antique 
» ville romaine *. — pourquoi ce primum ? notre 
» saint personnage est arrive k Cuent ou Etaples 
» et posted , puis il vient a Quantovic. — Certefl 
» l’auteur n’eut pas dit que St Boniface fut des- 

• cendu d’abord au port pour se rendre en second 

• lieu a Quantovic , si cette localite et ledit port 
» n’eussent fait qu’un seul et meme endroit. » 

Cette observation de M. Robert est-elle fondee ? 
Pour la verifier , il importe de reproduire ici le 
texte entier de Willebaud, M. Robert n’en ayant 
donnk qu’une partie ; le voici t 

« Prospero que cursu ostia fluminis quod dicitut 
Cuent , omni jam expertes periculo natifragii 


9 



> adspieiunt, et ad aridam sospites terram perveniunt, 

• fed et eatlra metali in Cuentawic, donee super- 
» veniens te collegarum multitudo congregasret , 

• omnibus que collectis per singulos quosque dies , 

• imminenle hyemis frigore , profecli sunt. • 

J’ai eu beau lire ce texte et le retire! je n’ai 
pu y trouver, malgre l’affirmalion de M. Robert, 
ni le primum , ni le posted dont il a cherche a 
tirer un si grand parti ; quoiqu’il en soil , ma 
traduction ne s'accordant pas avec la sienne , j’ai 
cru prudent de ne pas m’en rapporter a mes 
souvenirs trop anciens de la langue latine; aussi 
ai-je prie M. Ansieaux , le docte professeur de 
rbetorique du college communal de Dunkerque , 
de roe traduire le passage de Willebaud ; il s’y 
est prete avec une . gracieuse obligeance , non 
seulement pour ce passage , mais encore pour 
plusieurs autres que je lui ai sou mis, et il a in- 
terprete Willebaud ainsi qu’il suit: 

« Apres une lieurendfe traversee, ils apercoivent 
» l’embouchure d’un fleuve appcle Cuens , et des 

• lors 6chappes k tout peril de naufrage , ils 
» debarquent en terre ferme et dressent leurs 

• tentes a Cuentawic , jusqu'a ce qu’enfin ayant 

• rassemble la foule de . leurs collfegues et consacr6 
» chaque jour a tout reunir, les premieres rigueurs 
» de l’hiyer se faisant sentir , ils se remirent 
» en route. • 



— 2G3 — 


M. Ansieaux a fait saivre cette traduction de 
quelques reflexions quo je ne puis omettre ici : il 
lui parait « que le point oil les religieux touchent 
» la terra et Quentowic ne se distinguent pas , 
» ou du moins se distinguent par un bien faible 

> intervalle; autrement l'ecrivain nous dlrait quelque 

> chose du deplacement d’un lieu a un autre , 

> et les mots castra metati ne suivraient 'pas im- 
» mediatement ceux-ci : ad terrain aridam sospiles 
• perveniunt. Si 1’enchainement logique et l’ordre 
» de generation dans les idees sont quelque chose 
» en ecrivant , il est impossible d’admettre la un 
» espace intermediate dont il n’est nullement 
» parle. » 

Ces reflexions doivent faire penser que c’est a 
Quentowic meme que le debarquement a eu lieu ; 
mais j’irai maintenant plus loin et je dirai qu’en 
supposant un intervalle entre cette ville et le point 
du debarquement, il faudrait toujours reconnaitre 
que cet intervalle 4tait court. Dans ce systeme , 
le Saint serait debarqug sur le bord de la Canche 
entre Quentowic et la mer; ce serait sur le ter- 
rain aujourd’hui couvert de sable et qu'on retrouve 
la quelques metres de profondeur , quand on fait, 
dans 1’inleret de 1’agriculture, ce que Ton appelle 
du lit d vent. Ce terrain devait etre aride , a cause 
de la proximite de la mer et des sables qui s’y 
repandaient des lers , et telle est peut-etre l’ex- 
plication des mots terrain aridam que du reste 



M. Ansieaux a traduits par ceux da terre ferme , 
ces mots eomportant I’une et l’autre traduction. — 
Quentowic 6tait dans le voisinage ! mais qui ne 
voit qua cette circonstance serai! favorable it Etaples 
place a environ quatre kilometres da rivage de 
la mer? 

A la verity , M. Robert cite un auteur qui est 
mort en 1 691 , et qui aurait 6crit que du temps 
de St Josse , la mer avan$ait bien plus avant dans 
les terres. J ’ignore si, dans 1‘ouvrage, 11 y a autre 
chose que cette simple allegation ; — ce que je 
sais c’est que pour le territoire d’Etaples , elle 
tombe devant le fait qu’on rencontre partout la 
terre k plus ou moins de profondour , fait qui a 
ete constate par les fouilles com me par les grands 
travaux de M. de Rocquigny pour l’etablissement 
de sa ferme dans les Dunes. Du reate quiconque 
aura etudic les mouvements des sables sur la cote 
d’Etaples , entre la rive droite de la Canche et 
Camiers , sera convaincu qu’au 8? siecle , la mer 
loin d’etre plus rapprochee , devait 6tre plus 
eloignee, J’entrerai a oet dgard dans plus de details 
a la fin de mon memoire oh je ferai eonnaitre les de- 
sastreux effets de la marcbe des sables. 

M. Robert invoque ensuite le temoignage de 
deux chroniqueurs du Boulonnais , Lequien et 
Lutlo (16), qui se sont prononces en fhveur de 
1’abbaye de St-Josse, a cause , soit de 1’ancienne vie 
do ce saint, soit du passage p recite de Willebaud V 


— 265 — 


raais on vient de voir que ce passage bien interpret 
ne saurait militer pour son opinion. 11 en est de 
meme de |a vie de St Josse qui a ete - ecrite vers 
le milieu du 8® siecle ; elle ne fait pas la moindre 
mention de Quentowic et ne permet pas d'ailleurs 
de penser que l’abbaye de St-Josse ait ete 
batie sur l’emplacement de la ville: jele prouverai 
bientdt en en donnant un extrait. — On verra 
aussi que la charte de 840, de Guntbert, 
dont M. Robert dit ensuite un mot, n'cst pas 
plus favorable a sa maniere de voir : si j’en parle 
ici , c’est pour suivre le cours des objections qui 
m’en fait rencontrer maintenant une que je considkre 
comme fort serieuse, car elle est puiske dans deux 
lettres emanees d’Alcuin , le savant et c£lebre 
precepteur de Charlemagne , sa XII® et sa XCIll® 
qui ont ete ecrites vers la fin du 8® siecle : la 
premiere relaterait , selon M. Robert , qu’il y avait 
un « port renomme par son commerce sur I’affluent 
» de la Canche , vers la ville d’Etaples et.non a 
> Etaples meme et que le lieu ou etait la celle 
» de St-Josse , s'appelait Wic , en latin Vicus. » 

J’ai mis dans les pieces justificatives , k la 
suite de mon memoire (17). ' le . texte meme de 
cette lettre ; il fera reconnaitre qu'on n’y trouve 
presque rien de ce que M. Robert y a vu. Si 
la lettre parle d’un lieu nomm6 Wicus , elle se 
borne k le mentionner sans dire oil il etait situe; 
elle ne fait done qu’en constater l’existence , et 



— 266 — 


des lors on ne saurait en tirer aucune conclusion 
pour ce qui concerns son emplacement. Quant a 
l’autre lettre , elle est plus explicite : M. Robert 
dit k son occasion : 

« C’est a St-Josse qu’Alcuin , dans sa 93* lettre, 
> place Quantovic : un nomine Marlin, ecrit-il, est 

• reste malade k Quantovic , a St-Josse ; — voici du 

• reste le texte qui exclut tout doute : Martinas in 

• wico apud sanctum Judocum infirmus remansit ; — 

• ici , apud est pris pour in , dans St-Josse. » 

Je dois faire tout d’abord une remarque; c’est 
que M. Robert n’a pas encore copit exactement 
Alcuin dont le texte est celui-ci : Martinus in vicos 
apud sanctum Judocum infirmus remansit (18). — 
Ainsi dans cette lettre , vicos est au pluriel tandis 
que d’apre3 M. Robert, il aurait tit au singulier. 
— Quoiqu’il en soit , 1’expression vicos difiere 
du wicus qu’on lit dans l’autre lettre d’ Alcuin , 
et d’apres cela , il serait permis de demander si 
ces deux mots indiquent le meme lieu. — Asso- 
rtment on pourrait en douter , car comment penser 
qu’un savant aussi Eminent qu’Alcuin aurait ecrit 
cfiversement le nom d’une localite a un interval lc 
fort rapprocbe ? Mais qu’ai-je besoin de m’arreter 
a cette question ! cela me parait aussi inutile que 
de m’occuper de celle de savoir si les dites ex- 
pressions vicos et wicus sont applicables a la ville 
de Quenjowic, puisqu’en admettant par hypothese 



— 267 — 


l’alfirmative pour lea deux questions , on. ne serait 
pas pour cela fonde a inferer de la XCIlI e lettre 
precise, que Quentowic etait a l'abbaye de St-Josse. 
— En effel si Ton ouvre le dictionnaire (49), on y 
lira au mot apud qu’il permet deux traductions, 
celles de chez e t d 'auprbs ; — laquelle doit- on ici 
preferer ? — Ce serait la derniere , d’apres un 
historien d’une grande Erudition , Adrien de Valois 
qui, quoiqu’en ait dit M. Robert, ne Iui est pas 
favorable , car il a ecrit ce qui suit k l’occasion 
du passage' susmentionnS d’Alcuin : 

« Quoe verba docent quidem vicum, teu Quenlo - 
» victim propinquum esse cellos S“ Judoci , cellam 

• sancti Judoci non docent , quod tamen non nulli , 
> verbis Alcuiwi male mtellectis decepti existi- 

• mant (20) ; » paroles qui nous apprennent que 
Wic ou Quentowic 4tait proche du monastfere de 
St-Josse , mais elles ne nous disent pas que ce 
soit le monastere de St-Josse, comme quelques- 
uns le pensent , en donnant une fausse interpretation 
au passage d’Alcuin. 

Cependant je le reconnais , 1’autoritS d'Adrien 
de Valois ne saurait suffire pour lever tous les 
doutes, plusieurs Scrivains Srudits ayant interprets 
le passage precite d’Alcuin , de la mSme manure 
que M. Robert. — En pareille matiere , on ne 
peut Svidemment faire une preuve avec une tra- 
duction qui est controversy dans le monde savant; 
mais il est k remarquer d’abord, que celle de 



— 268 — 


M. Robert , n’a pas d’aulre base quo l’interpretalion 
personnelle de quelques auteurs et la sienne ; 
de plus qu’elle est en contradiction formelle avec des 
documents bisloriques que je ne tarderai pas a 
produire et qui deraontreront, jusqu’a la dernibre 
evidence, que Quentowic n’etait pas k 1’abbaye de 
St-Josse. — D’un autre c6t£ , la traduction d’ Adrien 
de Valois Concorde parfaitement avec ces documents 
qui dis lors presentent en sa faveur une raison 
decisive de preference. 

M. Robert met encore Froissard au nombre de 
ses partisans, parce qu’il aurait ecrit qu’on d^bar- 
quait a Etaples pour se rendre a Quentowic; — 
j’ai cherche le passage oil cet bistorien se serait 
ainsi exprime , et je confesse encore que je n’ai 
pu le trouver : en lisanl son ouvrage en entier , 
j’y serais sans doute parvenu ; mais j’ai era qu’il 
m’etait permis de me dispenser de cette lecture, 
en songeant que je pouvais accepter , sans plus 
ample verification , l’assertion de M. Robert sur 
ce point , car en la tenant pour vraie , — et je ne 
demande pas mieux qu’elle le soit ; — je ne vois 
pas comment il serait permis de conclure du pas- 
sage precite de Froissard que Quentowic 6tait a 
l’abbaye de St-Josse puisqu’il n’y dit rien ds 
(’emplacement de cette ville ; mais il y a mieux , 
car lors m6me qu’il en aurait parle , il cst clair 
qu’une simple assertion d’un auteur du 44* siecle 
ne suffirait pas pour resoudre une question qui 


— 269 — 


Be rattache aux 8* et 9® siecles. — Quant a Bucherius, 
en parlant de Quentowic , il declare adherer a 
1’opinion de ceux qui en font la m£me ville qu'Etapks 
oh il place l’un des ports dont Cesar fait men- 
tion dans ses commentaires (21 ) : Bucherius est 
done loin d’etre favorable k M. Robert et Ton 
peut en dire autant de Bouteroue dont le kmoignage 
lui £chappe 6galement , car ce numismate s’ exprime 
ainsi k la fin de son ouvrage (22) : 

« Depuis l’impression de cet ouvrage ayant reflechi 

• sur ce qui a et6 ecrit au sujet de Quentovic , 

• je ne puis demeurer d’accord que ce soit Quend, 

• mais plutdt quelque place situ4e k l’entr6e de la 
> rivikre de Canche d’oh il est nomm6 Quantice 

• views. » 

Cette dernikre opinion milite plus pour Etaples, 
qui est sur la Canche et prks de son embouchure, 
que pour 1’abbaye de St-Josse plac4e k cinq kilo- 
metres de la meme riviere. 

M. Robert invoque ensuite Eccard qui est mort 
en 1750. Cette circonstance et celle que cet 6crivain 
ne jouit pas d’une grande reputation , doivent 
emp&cher de faire cas de ce qu’il aurait ecrit que 
Quentowic aboutissait au monastkre de St-Josse. 

On a pr£tendu qu’il y avait une erreur dans 
nn titre oh on lit : et illi Saxones et ungarii et 
rothomenses , et qu’k ce mot ungarii , on devait 
substituer celui de Wicarii ; — mais une pareille 

38 



— 270 — 


erreur ne saurait etre admise tant qu’on n’aura pas 
prouve qu’elle exists. Au surplus quand theme elle 
serait 4tablie, on ne pourrait rien en conclure pour 
l’emplacement de Quentowic; le lieu oh les Ungarii 
ou Wicarii auraient demeure, n’etant pas indiquk. 

A la fin du volume qui renferme son memoire 
et parmi les corrections ou additions, M. Robert 
a fait imprinter une page qu’il dit se trouver dans 
une dissertation de Ducange , page se terminant 
par la conclusion que l’abbaye de St-Josse se trouve 
sur l’emplacement de Quentowic. — J.’ai sous Jes 
yeux la dissertation tout entikre ; or j’y lis , que 
Ducange , homme de science et de m&rite , nous 
assure dans ses glossaires que Wuissant est 1‘itius 
forms de l antiquitd : cela suffit evidemment pour 
qu’on ne puisse attribuer k Ducange cette disser- 
tation qui , du reste , est prec6d6e .d’une lettre 
ecrite, le 15 raai 1717, de Yastrifrote, ancien 
fort prfes de Desvres (arrondissement de Boulogne- 
sur-Mer) , et signke par Abdiel Thanach dont le 
nom est aussi inconnu que celui de Ducange est 
celkbre. — On peut done comprendre Abdiel 
Thanach dans la liste des 4crivains qui se sont 
prononcks pour Fabbaye de St-Josse; mats on doit 
en retrancher Ducange dont je produirai des extraits 
qui ne laisseront aucun doute a cet 4gard. : — 
Auparavant je dois m’occuper d’une interpellation 
que me fait M. Robert ; — il demands ce que 
j’oppose aux nombreuses et graves autorites 



— 274 — 

qu’il a oitees et que je viens de passer en revue ; 
il veut bien 'prendre lui-meme la peine de 
faire la reponse : « — mon opinion appuyee peut- 
» etre sur quelques auteurs modernes et eur les 
• fouilles faites en 4841 et 4842. » — Plus loin 
ees quelques auteurs semblent r4duits a un seul, 
a Malbrancq : il s’6crie ! de grace , le seul tk- 
moignage de Malbrancq doit-il nous suffire pour 
nous engager h faire un acte de foi tou chant 
{’emplacement qu’il donne h Quentovic Y M. .Robert 
oublie ici que l’opinion qu’il combat , a 6te con- 
signee dans un rapport oh je parlais au nom d’un 
comite et oh j’aurais pu n’indiquer que le 
rksultat des fouilles qui en llaient l’objet. — Si 
j’ai fait plus ,^si j’ai formule cette opinion , c’est 
en me bornant a signaler lcs circonstances de fait 
d’oh elle avait surgi et en reservant la mienne; 

— aussi m'est-il difficile de comprendre comment 
M. Robert m’amis en cause, si je puis m’ exprimer 
ainsi. Certes je ne pretends pas que mon avis 
personnel doive peser dans la balance d’une grave 
question historique ; — on ne peut y voir que celui 
d’un obscur membre de quelques soci6tes litteraires 
de province ; — mais il s’agit ici , non de la valeur 
qui s’attache a une opinion individuelle , encore 
moins d’un acte de foi , mais du plus ou moins 
de force des raisons produites de part et d’autre : 

— Or , on est a mkme d’apprecier maintenant 
cellos de M. Robert qui, passes au creuset de la 
discussion h laquelle je viens de me livrer , se 



— 272 — 

reduisent 4 l’opinion de quelques ecrivains modernes. 
*— Le moment est done venu de faire connaitre les 
miennes. — J’en puise une premifere dans les details 
historiques relatifs a l’abbaye de St-Josse qui se trou- 
vait sur l’emplaceraent de l’ermitage occupy par le 
saint de ce nom, emplacement encore bien connu au- 
jourd’hui (24) ; — e’est celui d’une maison de 
campagne qui appartient & M. Poultier. — Cette 
abbaye dolee d’abord au 7* si&cle , par Haymon , 
due de la France maritime , puis par la femme de 
son successeur Deoderick (25) , fut de la part de 
Charlemagne, l’objet de si grandes liberalites que 
cet illustre empereur est consider^ comme le second 
fondateur du monastere de St-Josse (26) , dont 
deux abbes sont celfebres dans le monde savant : 
1’un , Alcuin dont j’ai deja parle et qui , nomme 
vers 793), mourut le 19 mai 804; l’antre, Loup 
de Ferriferes ( Lupus ferrariensis) , l’un des meil- 
leurs ecrivains de la France au 9* siecle , et dont 
on peut appr6cier tout le merite litteraire par les 
nombreuses lettres qu’il a ecrites de 840 a 
882, annee qu’on croit celle de sa mort (27). On 
y voit notamment que l’abbaye fut donnee par l’em- 
pereur Louis-le-Oebonnaire au monastere de Ferrieres 
dont Loup etait egalement abb6 et dont il a pris 
le nom ; que cette donation avait ete faite afin que 
les religieux de St-Josse pussent , non seulement 
servir Dieu , mais encore donner I’hospitalite aux 
etrangers; elles apprennent aussi comment l’abbaye 
de St-Josse lui fut ravie pour etre cedee a un 



— 273 — 

haul et puissant seigneur. — Loup do Ferrieres 
reclame avec instance sa restitution qui fut ordonn6e, 
en 843, par une charte specials de Charles-le-Chauve. 
— En 858 i les moines (28) de St-Josse viennent 
au devant des reliques de St Wandrijle : — D’aprfes 
cela , n’est-il pas manifests que l’abbaye de St- 
Josse existait aux 8 e et 9* sifecles ? — M. Robert 
reconnait que Quentowic subsistait en 864 ; il 
place sa destruction definitive entre cette ann£e 
et 88? ; — il aurait d& la reculer encore , car 
l’atelier monetaire de Quentowic a continue de faire 
des emissions avec le nom de cette ville jusqu’k 
la fin du 9® siecle, sinon apres. — Je donnerai 
des details a ce sujet quand je parlerai des d£- 
couvertes de medailles ou monnaies , faites sur le 
territoire d’Etaples ; — En attendant , je puis tou- 
jours conclure de ce qui precede qu’il est impossible 
d’admettre que l’abbaye de St-Josse, contemporaine 
de Quentowic , ait ete batie sur ses ruines. — 
Cette consideration est d’ailleurs corroboree par 
une autre dont on va apprecier toute la force ; 
je l’emprunte a deux auteurs dont le temoignage 
ne saurait etre suspect , Fun ayant 4crit au 8* 
siecle , Fautre au 9®. L’ecrivain du 8* siecle est 
}e moine anonyme qui a redigd la vie de St- 
Josse (29). D’apres lui, le saint est venu en France 
en 630; il alia d’abord demeurer & Roye, prbs de 
la riviere de FAuthie ; il y resta environ huit ans 
et de la se rendit dans un lieu appele Runiacus 
qui se trouvait sur la Canche , super aliud j lumen 



— 274 — 


quod quantta dicilur. St Josse y batit un oratoire 
en l’honneur de St-Martin et y meiaa une vie 
solitaire pendant treize ans. — Ayant 6t6 visits par 
le due Haymon , il lui demanda la permission 
d’aller habiter plus pres de la mer. — Void le 
texte latin : 

« Propinquemus , ait , ad mare , in hanc solitu- 
» dinem vattam : erat quippe tunc temporis in eo 
» loco quo dkponebat ire , densitsima sylva. » — 
Hdtom-nous , dit-il , d' alter vert la mer dans cette 
vasle solitude, — car il y avail alors dans ce lieu, 
o& il disirait se rendre , une forSt trbs ipaisse. 
— 11s s’y rendirent ensemble et ayant trouve une 
vallee et un ruisseau , St Josse fut autorise a s’y 
6tablir , et il ne tarda pas 4 y batir deux chapelles 
qu’il dedia , l’une 4 St Pierre, le prince des 
apotres , et l’autre a St Paul. — C’est dans ce 
lieu que se trouvait l'abbaye de St-Jpsse, dont le 
village conserve encore aujourd’hui un bois (30), 
reste de l’ancienne et epaisse foret, dont l’existence 
ainsi constatee , de meme que .celle d’une vaste 
solitude en ce lieu , excluent toute idee d’une viile 
sur le m£me point. Ces details ont ete reproduits 
en partie dans l’histoire de Normandie par Orderic 
Vital qui est mort en 1 i 41 ou 1 1 42 ; — il parle 
■'ega lenient de la foret oil St Josse construisit deux 
chapelles (31), et, & cette occasion, il ne fait pas 
la moindre mention de Quentowic. — Je pourrais 
me prevaloir de ce silence qui semble bien signi- 



ficatif chez un historien du \ 2® siecle ; raais j’aime 
mieux m’appuyer sur un autre auteur contemporain 
de 1’ existence de Quento\yic , le moine de Fonte- 
nelle qui a 6crit, au neuvieme sifede, la livre 
des miracles de St Wandrille (52) , livre dont il 
me parait important de >donner ici un extrait (33). 

CHAPITRE 2. 

SOMMAIRE. 

« Translation des reliques k St-Pierre prfes Quen- 
k tome et ensuite a St-Quintin pres Boulogne , et 
» miracles operes en 858 dans l’un et l’autrelieu.* 


« D’autres. miracles signals eurent lieu , etc. , 
» car iorsque les membres venerables de tant de 
> pretres du Christ etaient portes a 1’eglise de 
» St-Pierre qui est voisine de V emporium, de 
• Quentowic , par les moines , avec des hymnes 
» et des cantiques. » 

L’4glise dont il est ici fait mention, 6tait 'celle de 
l’abbaye de St-Josse qui, ainsi qu’on l'a vu plus 
haut, avait ete dediee a St Pierre.: on ne saurait en 
douter aprfcs avoir lu le livre des miracles de St 
Wandrille qui nous apprend en outre que les re- 
liques furent deposees par les moines sur l’autel 
de I’Sglise de St-Pierre (34) et qu'ils y chantaient 
matines et vepres (35). De quelle abbaye ces 
derniers auraient-ils pu faire par tie si ce n’est de 
celle de St-Josse, que le livre des miracles finit 



— 176 — 


do reste par nommer (36), san& faire mention 
d’aucune autre dans ce pajst C’&ait done la 
leur! Or 1’eglise de St-Pierre 6tait yoisine de 
Quentowic d’aprfes le mime Ihrre qui le r^pete dans 
le passage ci-dessus transcrit , et le dit mine one 
troisifeme fob a l’occasion* do retour des reliques 
qui, de l’eglise de St-Quintin prb Boulogne-sur- 
Mer , oil elles avaient 6te transferees , en forest 
ramenfes en 868 it celle de St-Pierre (37). Ce 
ft’est pas tout. On voit dans on autre passage 
qu’un nomine Amatus, qui 4tait de remporium de 
Qnentowic , se rendit a l’eglise de St-Pierre 
et qu’il rctouma ensuite ches Ini (38) ; d’ou 
il suit encore que cette eglise 6tait a quelque 
dbtanee de la yille : tout cela ne prouve-t-il 
pas, jusqu’a la dernifere evidence, que l’abbaye de 
St-Josse n’etait pas b Quentowic ? 

Au surplus M. Robert semble avoir pressenti 
qu’il pouvait se tromper en placant Quentowic b 
l’abbaye de St-Josse ; car en finbsant , il indique 
un autre emplacement comme pouvant egalement 
eonvenir It cette ville, emplacement qui serait la 
plaine entre la Canche et la montagne de St-Josse; 
mab celui-la n’est pas moins inadmissible que 1'au- 
tre , car [depuis la riviere jusqu’au pied de la 
montagne, on ne rencontre que des terres qui 
sont de veritables molbres ; lorsqu’on y creuse , 
rien ne r6vele les traces de maisons ou les mou- 
vements de terrein qu’une ville laisse toujours 



- 577 - 

aprfes elle. — II y a plus ; il est de tradition dans 
le pays, qu’anciennement cette plaine etait couverte 
des eaux de la Canche, qui alors s'etendait de ce 
cote , beaucoup plus qu’actuellement , tradition 
d'autant plus respectable qu’elle est confirmee par 
la nature m£me du sol. Je ferai une autre re- 
marque qui est applicable au village de St-Josse, 
comme aux autres de la rive gauche de la Canche 
oh l’on a place Quentowic ; — ces villages de- 
pendaient du pagus pontims quiest souvent ci- 
te (39) dans les actes ou documents historiques 
des 8* et 9® sifecles. — II Test notamment dans 
une ordonnance celebre qui date de 833 , ordon- 
nance par laquelle Louis-le-Debonnaire , .faisant le 
partage de ses vastes etats entre ses trois enfants, 
attribue l’Aquitaine h Pepin avec Ambianensis 
( I’Amienois ) et Pontium ou Ponlivus usque ad 
mare > ( le Ponthieu jusqu’h la mer ) ; il y donne 
ensuite la Baviere k Louis, ainsi que d’autres pays, 
notamment Quentovico (40). Quentowic est ici bien 
distinct du pontivus pagus ; il ne s’y trouvait done 
pas ! et dfes lors ou pourrait-on le chercher si ce 
n’est dans la Morinie , que la Canche , k son 
embouchure, s£parait du Ponthieu? (41). 


2 ° 

Le port de Quentowic n’elait pas distinct de la 
ville du’meme nom. 


36 



— 278 — 


M. Robert reconnait que le port ou ce qu’on 
appelait 1’emporium de Quentowic , etait k Etaples: 
je prends acte de I’aveu , car cette position du 
port doit porter k penser que la rille 6tait du 
meme cote : en effet , il y avait a ceta un avantage 
sensible , celui d’eviter aux voyageurs comme 
aux merchandises , un nouvel embarquement 
pour traverser la Canche : On s^pargnait ainsi 
des embarras, une perte de temps et des frais: 
Cette consideration , qui serait puissante de nos 
jours , devait aussi 1’etre pour une ville favorisee 
d’un entrepot commercial et d’un passage plus ou 
moins considerable de voyageurs, se rendant en 
Angleterre ou en venant ; elle me semble avoir 
d'autant plus de poids que rien ne pouvait empe- 
cher d’etablir le port sur la rive gauche, si la 
ville avait ete effectivement sur le territoire de 
St-Josse, soit a l’abbaye, soit dans la plaine bordee 
par la Canche. Ce n’est pas tout : en reconnaissant 
qu’Etaples est l’ancien port de Quentowic, M. 
Robert a resolu, sans s’en douter, la question contre 
son opinion ; car il resulte encore du livre des 
miracles de St Wandrille , qu’au 9® siecle , on 
nommait indistinctement la locality dont je m’occupe 
tantot Quentowic , tantot le port de Quentowic , 
tantot V emporium de Quentowic; peut-on trouver 
rien de plus concluant sur ce point que : 4* le 
passage ci-dessus oil on lit d’abord, dans le som- 



— 279 — 


malre du chapitre, que l'eglise de St- Pierre etait 
volsine de Quentowic , puis dans les developpements 
du meme chapitre, qu’elie etait voisiue de 1 ’vmpo- 
rimn de Quentowic , et 2° eet autre passage oil 
l’auteur declare de nouveau , que la meme eglise 
6(ajt voisine du port de Quentowic ; ces diverges 
denominations designent evidemment le meme lieu, 
et l’on en trouve une nouvelte preuve dans les 
lignes suivantes qui ne meritent pas moins l’atten- 
tion (42). 

« Nous croyons qu’il ne sera pas non plus sans 
■ jnteret de raconter le miracle que le Dieu tout 
» puissant daigna operer dans le port de Quentowic 
» par les merites des memes saints : il y avait en 
» effet dans cette ville une certaine femme » 

Assurement on ne peut dire d’une manifere plus 
positive que te port de Quentowic n’etait pas 
distinct de la ville du mSme nom. — L’auteur 
du livre des miracles semble avoir pris a tache 
de le constater de manure a lever tous les doutes. 

Du reste cet auteur n’est pas le seul qu’on 
invoquera sur ce point. On sait quels ravages les 
Normands ont exerces vers le milieu du 9° siecle, 
tant dans la Morinie que dans le Ponthieu. Les 
anciens ecrivains citent les villes et les abbayes 
qu’ils ont alors pillees ou saccagees ; parmi elles , 
its mettent le monastere de St-Josse et 1 'emporium 
ou le port de Quentowic (43), toutefois avec cette 



— 280 — 


difference que les maisons de cette derni&re locaiite, 
ayant ete rachetees a prix d’argent, furent respect£es, 
tandis que I’abbaye de St-Josse fut ddtruite pres- 
qu’entierement ; difference qui , poor le dire en 
passant , est fort remarquable , car elle pourrait 
servir encore a prouver au besoin que cette abbaye 
n’etait pas a Quentowic. Quoiqu’il en soit , s’il en 
avait ete distinct, l’histoire, k l’occasion des incur- 
sions des Norma nds , n’aurait pas manque de 
mentionner egalement cette ville d’une mani&re ’spe- 
ciale , comme elle l’a fait pour toutes les autres 
du voisinage de Quentowic ; elle ne parle 4 ce 
sujet que du port et de V emporium de Quentowic. 
D'ou cela vient-il ? N’est-ce pas 6videmment 
de ce qu’on employait alors indifferemment les 
expressions Quentowic , le port' ou {'emporium 
de Quentowic, pour designer une seule et mftne 
locaiite ? Voici d’ailteurs , d’autres considerations 
qui militent encore pour la m£me conclusion. 

Dans Tedit susmentionne de Charlcs-le-Chauve, 
qui constate l’anciennete de l’atelier monetaire de 
Quentowic, ce dernier mol se lit deux fois sans 
etre accompagne de celui de port ; or on connait 
des monnaies sorties de cet atelier avec la legende 
f Quento f Wicus autour d’un vaisseau qui est la 
marque ordinaire d’un port (44); ainsi celui de 
Quentowic faisait partie de la ville! 

II y. a mieux : une ordonnance de Louis»le- 
Dcbonnairc dc 828, relative an commerce (45), fait 



— 281 

mention de Quentowic , de Doreslade et de l’Ecluse, 
villes que cet Empereur cite de nouveau succes- 
sivement toutes trois, dans une autre ordonnance 
de 831 ; mais celte fois en les faisant prec6der 
de (’expression port (46). On se servait done de 
cette expression , comme des deux autres , 
pour designer la vide objet de mes recherches : 
et comment s’en etonner? Ne dit-on pas encore 
aussi souvent le port de Toulon ou bien le 
port de Brest , que la ville de Toulon , la 
ville de Brest? Ce qui est en usage de nos 
jours peut expliquer le pass6; mais nous n’aurions 
plus cette habitude, qu’en presence d’autorit6s aussi 
decisives que cedes que je viens de rappeler , il 
ne faudrait pas moins reconnaitre qu’elle existait 
anciennement en ce qui coucerne Quentowic. 

La question 6tant ainsi resol ue , il me reste k 
demontrer que Quentowic etait a Etaples. 


3® 


Quentowic etait & Etaples. 

M. Robert pretend que cette opinion n’a pour 
elle que les fouilles fades , soil en 1841 , soiten 
1842, et quelques ecrivains qui ne meritent au- 
cune eonfiance ; mais pour lui faire voir que sur 
ce point il se trompc comme sur tant d’autres. 



— 282 — 

je vais donner la lisle des auteurs qni out place 
Quentowic a Etaples. EUe se compose de: 

1® Du Wicquet de Rodelinghem (47) ; 2® Ber- 
trand (48) ; 3® Henry (49) ; 4® Dubuisson (50); 
5® Dom Ducrocq (51 ) ; 6® Lefebvre (52 ; 7® Ber- 
nard (53); 3® Morlet (54); 9® Vignier (Nicolas) 
(55); Dom Wyart (56); 11® Malbrancq (57); 
12* Bucherius (Egidius) deja cite; 13® Nicasius 
Fabius (58) ; 1 4® Sanderus (59) ; 1 5® Mabillon 
(60) ; et 16® Ducange (61 ) . — Ainsi ce n’est pas 
seulement l’historien de la Morinie , Malbrancq , 
qui se prononce en faveur d’Etaples , mais encore 
quinze autres auteurs , parmi lesquels on trouve 
des princes de la science historique , com me Du- 
cange et Mabillon. Personne u’etait plus verse que 
Ducange dans l’histoire de la Picardie : c’est en 
r6digeant celle des comtes du Ponthieu qui en de- 
pendait et qui est restee manuscritc , qu’apres un 
rour examen, il a place Quentowic a Etaples. — J’ai 
tenu a avoir une copie de ce qu’il y a ecrit sur ce 
point et M. Paulin Paris , Tun des plus savants 
conservateurs de la bibliothfeque royale de Paris , 
a daigne la faire executer et me I’envoyer; — elle 
offre done toute garantie d’exactitude ! — En ter- 
minant, Ducange refute une Objection que M. Ro- 
bert n'a pas presentee ; il fait remarquer que la 
• distance de quinze lieues que l’auteur du livre 
» dcs miracles deSt-Riquier (62), met du monas- 
» tcrc de Cenlule (St-Riquier). jusqu'a Quentowic, 



— 283 — 


» peut s’accorder avec la distance qu’ily a de 
» cetle abbaye a Etaples ; car quoiqu’il n’y en ait 
» que dix , ce mot de lieues peut se prendre pour 
» des milles ou bien pour des lieues plus courtes 
» que les communes. » 

J’appelle maintenant Tattention sur le pouille 
du diocese de Boulogne , qui a ete redige sur 
celui de l’ancien eveche de ThOrouanne , et sur 
le rapport que chaque beneficier a fait k M. le 
chanoine Morlet , aumdnier de Mgr. Francois de 
Perrochel , alors 6veque de Boulogne : date du 3 
octobre 1664 , il porte que la ville d' Etaples est 
eslimie par plusieurs , Stre I’anden port de Quen- 
towic si fameux par son commerce ; il constate 
done qu’alors on considerait Etaples et Quentowic 
comme la meme ville ! 

Cette opinion peut s’6layer Igalement du nom 
meme d’Etaples qui , en 1 550 (63) , s’ecrivait 

Estappes , et ici je ne peux mieux faire que de 
donner encore un extrait de Ducange : 

« Son nom fait assez voir que e’etait un lieu 
» oil Ton faisait amas de marchandises qui y arri- 
» vaient de la Grande-Bretagne et des autres pays 
» etradgers , d'oii vient que Cambden 6crit que 
» la ville de lincolm , en Angleterre , ab Eduardo 
» tn stapukun quam vocant in Lanarum, Coriorum , 
» plumbi , etc., emporium constiluta est, (64). 
» — Comme done le mot de Stapula designs une 



— 284 — 


» ville de trafic oil lea merchandises etrangeres 
» abondent de toutes parts , et oil toutes sortes 
» de marcbandises se debitent, et que le terme 
» emporium qui est attribu6 par les auteurs au 
» port de Quentovic, k la mkme signification 
» parmi les Grecs et les Romaics , j’estime qu’on 
» peut se reudre aisement k l’opinion de ceux qui 
» ont avance que la ville d’Etaples est le port 
« de Quentowic , vu d’ailleurs que la plupart des 
» auteurs le placcnt non seulement sur la mer 
» Oceane , mais encore sur le d&roit qui est entre 

• la France et l’Angleterre et mkme sur la riviere 

• de Canche. 

11 y a plus : j’ai dkja demontr6 que le port ou 
Y emporium de Quentowic faisait partie de la 
ville du meme nom , . et comme il est reconnu 
que ce port £tait sur la rive droite de la Canche , 
k Etaples, on doit en tirer la conclusion que 
Quentowic etait lk. II est d’autant moins peraris 
d’en douter que s’il avait £t6 sur la rive gauche 
de la Canche , cette ville et son port se seraient 
trouv£s dans deux comt£s differents , cequi n’est 
pas admissible. Au surplus le cartulaire de Tab- 
baye de St-Bertin nous fournit trois chartes 
qui mentionnent Quentowic. — On lit dans la pre- 
miere du 8 novembre 828, in tarwana mansum, 
in Quentvico similiter ; dans la seconde qui est du 
27 mars 857 , in Quentwico , enfin dans la troi- 
sifeme, de l’annee 867 , in Quiniuico (65) : Or, 



— 285 — 


le bien que l’abbaye de St-Bertin possedait sur le 
territoire de Quentowic , on le retrouve enonce 
dans une autre' cbarte de la- mSme abbaye de 
1026, comme situe a Etaples , item que aliam 
lerram quce jacet in villa Stapulas nominata (66). 
La charts indique d’autres terres du voisinage qui 
sont cedees avec celle d’Etaples , k l'6veque de 
Th6rouanne , en ^change de l’eglise de St-Pierre- 
les-Calais. Ces chartes eonstatent done egalement 
que le territoire d’Etaples est reellement celui de 
Quentowic ? 

Si l’on objectait qu’il n’est pas suflfisamment 
etabli que la charte du 11* siScle mentionne la 
m£me propriety , j’ajouterais que le cartulaire de 
St-Bertin reproduit tous les actes en verlu desquels 
les biens sont entres dans le domaine de l’abbaye 
ou en sont sortis : or il fait connaitre le nom 
du donateur de la propria t6 sise a Quentowic et 
ne dit pas quand et comment elle aurait 6te ali6- 
n6e ; il se tait 6galement sur l’acquisition de celle 
d'Etaples, 6chang4e en 1026, et comme il n’aurait 
pas gard6 le silence sur ces divers points , s’il 
s’etait agi de deux biens difftrents, il faut re- 
connaitre que c’est effectivement la mdme propriety. 

Peut-fetre fera-t-on remarquer que Quentowic 
6tait une ville , et qu’EtapIes n’est mentionn£ 
dans la charte du 1 1 * sifecle , que comme une 
villa! Dans ce cas, je r6pondrais avec une autre 

charte du 20 juin 877 , de l’empereur Charles- 

37 



— 886 — 


le-Chaure , cbarte d’ott j’extrais ces lignes : • et 
• villas has : Vuesarinium , Taruenna , Coiaeus , 
» Hilkiniutn, Aldomhem , Gisna, scala, Ttiorbodcu- 
« hem , pupumingahem (67). 

On le yoit, il y a la six villages et trois Tit- 
les auxquelles s’applique indistinctement le nom 
de villas. Ces villes sont Poperinghe , Guinea et 
Thirouanne. Or , pourrait-on , k cause du passage 
sus-transcrit , pretendre que la dernifere , l’une des 
douze cit6s de la Gaule-Belgique , capitals de la 
Horinie a l’epoque Gallo-Romaine , siege d’un 
6v6ch6 au 9 s sifecle (08) et bien, auparavant, n’etait 
sous Charles-le-Chauve qu’un simple village ? Non 
sans doute 1 Ce serait miconnaitre to u tea, les regies 
de la certitude historique; car on ne peut reporter 
la destruction definitive de la ville de Therouanne qu’a 
l’annee 4503 : — Eh bien ! on ne serait pas plus fonde 
a elever une semblable pretention k l’occasion des 
mots de la charte de 4 086 , in villa Stapulas no- 
minata; on doit d’aulant mieux le reconnaitre 
qu’on lit dans une . ordonnance de 4374 (69) 
in villa Stapulit, puis, quelques lignes apr&s, in 
terrilorio el deeimaiu dicta villa. 

' Cependant il est bien constant qu’Etaples dtait 
une ville avant 4374. Son 6glise aetuelle aurait 
ete construite en 4004 , d’aprfes une inscription 
grav6e sur 1’un des pilastres qui souliennent sa 
tour (70). La forme et l’etendue de celte 4glise 
ne permettent . pas de penser qu’elle aurait 6te bitie 



— 287 — 

pour un simple village : au surplus , des 1 277 , 
une charte communale a 6te accordee a la ville 
d’Etaples dout les privileges furent souvent renou- 
veles depuis (71); — en 1293, le 21 decembre, 
le mayeur et les echevins d’Etaples tarivaient une 
lettre qui doit se trouver encore a Arras , dans 
les archives du Pas-de-Calais (72) : tout cela 
n’autorise-t-il pas k dire que le mot villa qui, dans 
l’origine et pendant longtemps , a signify une 
metairie ou une maison de campagne , a fini par 
designer indistinctement un village ou une ville ; 
termes qui , du reste , en derivent evidemment 
tous deux. Quoiqu’il en soit, les objections qu’on 
aurait pu opposer aux Charles prScitdes de l’ab- 
baye de St- Berlin Slant ainsi refuses , il est 
Evident que ces chartes viennent concourir & etablir 
d’une manure definitive que Quentowic etait sur 
le territoire d’Etaples ; et comment pourrait-on 
maintenant en douter , en presence des documents 
historiques que je viens de produire , docu- 
ments dont l’authenticitd est incontestable , et 
d’ou jaillissent des preuves dont on vient d’ap- 
prScier toute la valeur? Je croirais done la de- 
monstration assez complete pour considerer ma 
tache comme terminee , si les decouvertes qui ont 
StS failes, soit dans l’enceinte de la ville d’Etaples, 
soit sur son territoire communal , ne venaient 
projeter de nouvelles et Sclatantes lumieres sur 
l’emplacement de Quentowic reconnu dSja au soleil 
de 1’histoire qui a fait disparaitre toutes les obs- 



curites : le moment est done vend de parler de 
ces decouvertes qui consistent en restes de cons- 
tructions souterraines et autres objets, notamment 
des medailles ou monnaies , vases ou figurines , 
etc. : — Je m'exprimais ainsi dans mon rapport de 
1842 : 

< Quand on creuse dans l’enceinte de cette coin- 
» mune ou dans son voisiuage , on rencontre assez 
» souvent a environ un metre et demi de profon- 
» deur (73), des debris de murs, d’aires ou de paves; 
» on dit m&me qu’on a reconnu egalement des portions 
» de quai, des quilles de navire,etc.» — Ces decouvertes 
avaient 6te signalees avant moi par M. du Wicquet 
dans sa notice sur Etaples ou il constatait d’im- 
portantes et nombreuses trouvailles de constructions 
souterraines , entr’autres cedes de ma^onneries 
annonoant , par leur forme circulaire , les restes 
d’un bassin. — Persuade qu’il serait utile de joindre 
a mon memoire un caique des lieux , designant 
l’endroit oil les principales decouvertes avaient ete 
faites, je me suis adresse, pour en avoir un. It 
mon ancien ami , M. G. Souquet, negociant , de- 
meurant k Etaples : il s’est eropresse de s’entendre 
a cet effet avec M. Pigault de Beaupre , l’ingenieur 
des ponts-et-ebaussees qui, charge de la direction 
des travaux des nouveaux phares de l’emboucbure 
de la Ganche , a rempli cette mission d’une ma- 
niere distinguee (7 4) et grace It leur obtigeance , 
j'ai pu obtenir de nouveaux renseignements et le 



— 289 — 

plan que je desirais. 11 indique les points oil se 
trouvaient : 1° le chateau d’Etaples detruit sous 
Louis XIII (75) ; — 2° Deux ecluses dont l’une 
servait a remplir d’eau les larges fosses de ce 
chateau ; — 3° les quais dont il a 6te fait mention 
ci-dessus et dont on a decouvert des portions en 
trois endroits differents ; — 4° l’6glise de Notre- 
Dame dont la paroisse a 6te r6unie au 17* siecle 
a celle de St-Michel (76) ; — 5° l’ancien cimetiere 
d’Etaples ; — 6* la Cbapelle du St-Sacrement qui 
tombait en ruines en 1640 et qui fut alors sup- 
primee en vertu d’un ordre de I’evSque du diocese; 
— 7* les 1 05 maisons qui ont 6t6 explores , 
ainsi que leurs environs oh Ton a decouvert un 
autre cimetiere bien ant6rieur h celui dont je viens 
de parler ; — 8° le village de Rombly dont M. 
Harbaville avail vu les restes dans ces maisons et 
qui est cependant sur un tout autre point, comme 
je l’avais d6ja dit dans mon rapport du 18 janvier 
1843. — Le plan indique en outre et le beau pont 
que la eompagnie du chemin de fer de Boulogne 
4 Amiens a 4tabli recemment sur la Canche, et 
la direction que suit ce chemin h travel's Etaples 
et ses dunes, — et enfin le moulin du Cronquelet 
prfes duquel on remarque des mottes circulates 
que quelques personnes considferent comme des 
Tumulus Gaulois, mais oh d’autres ne voient, 
comme dans les fosses dont (’emplacement est 
egalement marque sur le plan , que le reste des 
fortifications que firent faire a Etaples , soit au 



— 290 — 


1 3* siecle , I’oncle de I’un de nos meilleurs 
rois , de Sl-Louis , Philippe de France , comte de 
Boulogne ; — soit au 1 6* sifecle , d’abord Francois 
I er , puis Henri 11 ainsi qu’Henri IV, dont le 
souvenir restera toujour populaire en .France (77). 

— Lea reoseignements qui accompagnaient 1’envoi 
du plan , offrent un veritable interSt : il en resulte 
1° Que lore des deblais faits dans l’aaeien chateau, 
il y a quelques annees , par la compagnie du 
chemin de fer , on a decouvert des fondations de 
mure qui 6taient superposes : k la premi&re , a 
un metre du sol, on rencontrait des boulets, des 
eperons et des monnaies francaises ou espagnoles: 
a la seconde , k environ un metre en-dessous de 
celle-ci , la terre etait melangee de cendres et de 
charbon , et renfermait beaucoup de medailles et 
de vases : leur analogic avec les objets decrits dans 
les rapports sur les fouilles , etait des plus frap- 
panles. — 2° Que dans plusieurs rues voisines de 
la place , il y a encore a environ un mfetre et 
demi de profondeur , un pavage bien conserve ; 

— 3° Qu’on trouve des resles de fondatioo de 
maisons. depuis Etaples jusqu’au dela du point 
principal des fouilles : j’appelle I’attention sur 
celte derniere circonstance qui a ete mise en plein 
relief par les tranches faites a l’occasion de l’e- 
tablissement du chemin de fer , mais qui deja 
auparavant etait de notoriety publique par suite 
des travaux executes soit pour les fouilles, soit pour 


— 291 — 


la ferine de M. de Rocquigny , soit par d’autres 
motifs. 

Ce fait mainlenant etabli d’une quantity consi- 
derable de restes de roaisons dans ladite direction, 
n’est-il pas la meilleure preuve qu’elles faisaient 
partie de la ville? II vient confirmer l’opinion exprimee 
par M. du Wicquet que cette ville s’etendait beaucoup 
au Nord dans les Dunes d’Etaples , opinion qiii 
au surplus re$oit un nouveau lustre des decouvertes 
susmentionn4es faites rdcemment k deux metres 
de profondeur du sol de l'ancien chateau , les- 
quelles revelent un vaste cimetiere qui etait au 
sud de Quehtowic , tandis que celui des Dunes 
etait au nord : ainsi il eh aurait 6t6 de Quentowic 
com me de la plupart des villes placees k l’em- 
bouchure d’un fleuve ou d'une rivikre! — On les voit 
generalement s’elendre meins en largeur que le 
long des bords de ce fleuve ou de cette rivikre, 
ce qui s’explique par l'avantage qu'il yak s’en 
rapprocher : un pareil avantage devait Stre ap- 
precie tout particulierement par une population 
composee principalement , selon toute apparence , 
de commercants et de marins : quoiqu’il en soit , 
depuis Etaples jusqu’aux fouilles et un peu au- 
delk, la distance est d’environ deux mille metres; 
elle annonce done une population importante : 
aussi peut-on penser que e’etait de son sein qu’ etait 
sortie en grande partie , l'innombrable multitude 
qui, en 858, vint au devant des reliques de St 



Vandrille ainsi que le constate le litre des miracles 
de ce saint (78) : d’ailleurs on a trouve dans le 
cimetikre de 1’eglise de Notre-Dame quatre k cinq 
assises de cadavres superposes , ce qui r6vele 
encore une nomb reuse population. 

Ici je rencontre deux nouvelies objections de 
11. Robert , qui ont trait aux maisons dont on 
a mis k decouvert les fondations: je sub done 
forc£ de ro’y arreler un instant : 

L’un des freres du proprietaire des garennes 
d’Etaples lui aurait dit que les ouvriers employes 
aux fouilles se seraient vantes d’avoir fait eux- 
m^mes les fondations. Je crob qu’il y a eu lb un 
mal entendu; il est vrai que nous axons eu 
k nous plaindre de plusieurs de ces ouvriers qui 
ont enleve des vases provenant du cimetiere des 
Dunes et ont chcrche k se les approprier. C’est 
sans doute k cette circonstance que M. de Roc- 
quigny a fait allusion; mais il est bon qu’on sache 
que grace k l’intervention de I’autorite municipal e 
d’Etaples, les vases ont restitues sinon en to- 
tality , au moins pour la plupart , et qu’k partir 
de ce moment, les ouvriers ont 6ti ou remplacds, 
ou surveilles par un garde particulier dont la pro- 
bite etait notoire et qui travaillait avec eux. R 
a bit deblayer quantity de fondations dont l'etat 
prouvait pour celles-la , comme pour toutes les 
autres , qu’elles ytaient fort anciennes : Ce n’est 
pas moi seul qui 1’ai reconnu , mais encore tous 


les autres merobres du comite qui out ete sur les 
lieux ; parmi eux , je citerai Ie president de ce 
comite , M. Marguet , qui a decrit avec exactitude 
les constructious et leur etat : Assurement si des 
fondations avaient 6te faites par les ouvriers , ce 
dernier , ing4nieur en chef des Ponts-et-Chaussees 
s'en serait aper<ju bien facilement. Les habitants 
d’Etaples qui ont visits les travaux , et notamment 
M. Souquet dont j'ai deja parI6 , et M. 1’abbe Le 
Dieu , alors cure-doyen d’Etaples , qui est mort 
victime de son zele 6vangelique lors de la der- 
niere invasion du cholera , n’auraient pas manque 
d’apprendre quelque chose au sujet d’une pareille 
fraude ; — ils n’en ont rien su , eux qui ont 
exerc6 une active surveillance sur les fouilles et 
qui habitaient le pays , et il y a une bonne rai- 
son pour cela , c’est que , dans la r6alite , les 
fondations etaient fort anciennes. — A la vdrite, 
et je le reconnais de nouveau, les maisons ont 
duservir&des individus plutfit pauvres que riches, 
& >des ouvriers ou a des marins ; mais est-ce done 
un motif pour conclure de lk , avec M. Robert , 
que ces maisons n’ont pu faire partie d’une ville 
comme Quentowic ? Non, sans doute! Car toutes 
les anciennes villes avaient, ainsi que celles exis- 
tantes actuellement , des quartierS mieux batis ! et 
mieux habites les uns que les autres : jusqu’ici , 
on n’a fouill6 sur l’emplacement de Quentowic 
que le quartier des ouvriers ou des marins : qui 

38 



— 294 — 


sait si Ton n’arrivera pas tdt ou tard k uo plus 
beau ? — et quand meme on ne pourrait plus le 
ddcouvrir parce qu’il n’eu reste plus de traces , 
on ne serait certes pas pour cela fonde k dire 
que les maisons explores ne dependaient pas de 
Quentowic. Ignore -ton d’ailleurs, que cette ville 
se trouvait k l’extremite de la Gaule , dans la 
Morinie qui dtait consid6r6e par les Romains 
comme le bout du monde ? (79) Comment esperer 
trouver lk ces monuments remarquables , ces ma- 
gnifiques Edifices qui faisaient 1’ornement de l’ltalie 
et de quelques villes du midi de la France? 
Tk6rouanne m£me n’en a jamais montr£ les res- 
te s ou les substructions. 

Sans doute on devait voir k Quentowic de bel- 
les maisons puisqu’il a servi de residence k un 
due et a 6t6 le siege d’un atelier monetaire ; 
roais on pouvait aussi en rencontrer du genre de 
celles que nous avons fouillees ; car aujourd’hui 
in6me, quelques localites en pr6sentent encore qui 
sont k peu pres dans les mdmes conditions. 

Si Ton demande de quel cdt6 les premieres 
maisons de Quentowic auraient 6t6 baties, je re- 
pondrais qu’k cet egard on ne peut emeltre qu'une 
conjecture, et que la plus vraisemblable est pour 
le point oil les fouilles ont eu lieu, y compris la 
feme de M. Rocquigny et ses dependences oq 
l’on a trouve presque partout des restes de cons* 



— 295 — 

tructions sous les sables ; — la probability resulte 
pour moi do deux circonstances ; l’une c'est que 
ce point se trouvait le plus prfes tout k la fois de 
la Cancfae et de la mer, el que les marins avaient 
intyrkt k s’en rapprocher le plus possible, 1’autre 
c’est que la voie romaine qui de Boulogne al- 
lait k Lillebonne , en longeant les cdtes, passait 
dans cette direction. — M. Marguet a constatd 
que le chemin qu’on a rencontre dans la tra- 
verse des maisons explores, n’avait que quatre 
metres de Iargeur : depuis lors, ce chemin a 6t4 
retrouv6 plus haut au pli de Camier oh il 4tait 
large de cinq metres : c’est encore* peu pour une 
voie romaine ! Mais on sait que leur Iargeur n'e- 
tait pas toujours la m§me: d’ailleurs on a pu 
dans le cours de douze k quatorze sikcles, t6~ 
tr6cir celle-ci que je crois une voie romaine par 
les motifs ynumkrys dans un m^moire que j’ai 
a dressy k la Society des Antiquaires de la Picar- 
die , mymoire oh j’ai indiquy la direction des 
trois plus grands chemins romains du Boulon- 
nais : (80) On pourra y lire les considyra- 
tions que j’ai prysentees k ce sujet, ce qui me 
dispense de les reproduire ici el me permet de 
dire maintenant qnelques mots des monnaies d6~ 
couvertes, soit k Etaples , soit sur son territoire. 
J’ai joint k mon rapport de 1843 un etat deacrip- 
tif d’environ trois mille medailles romaines qui 
avaient Aty retirees des fouiiles avant lesquelles et 
en 1840, plus de 4,000 avaient yte recueillies 



— 296 — 

dans le voisinage par les ouvriers de M. de Roc- 
quigny : une nouvelle lettre de M. Souquet m’ap- 
prend qu’on en a trouve en outre une grande 
quantite tant en 1843, dans les dunes etsurl’em- 
placement des fouilles, qu’en 1847 dans l’enceinte 
meme d’Etaples. Le nombre total serait done 
considerable ! 

Quoiqu’il en soil, il s’augmente encore des mon- 
naies qui avaient contribu6 a former deux inte- 
ressantes collections numismatiques, dont l’uneap- 
partenait a M. le Doyen Le Dieu, et I’autre a M. 
de Rocquigny, ««qpMmdhm*4*4««p4M»"d’He8din, 

. /» > ■ • J . a . 1 1 1 n . 1 

ji y » iai 

car les medailles qui les enricbissaient , prove- 
naient du territoire d’Etaples et, principalement , 
des dunes au nord de cette ville. — R en cst 
de meme de beaucoup d’autres dont une par- 
tic fait l’ornement du museum de Boulogne (81). 
Toutefois , je ne me dissimule pas qu’une nou- 
velle objection pourrait etre presentee : elle con- 
sisterait en ce que les medailles trouvees dans les 
fouilles, sont toutes a l’effigie d’empereurs romains 
et que des lors on doit reporter la destruction 
des maisons explorees, a une epoque anterieurca 
la conquete des Gaules par les Francs. 

J’ai dit dans mon rapport , qu’on pouvait 
induire de cette circonstance que les maisons 
avaient ete detruites vers la fin du 4® sie- 
cle, mais aujourd’hui plus eclaire qu’alors, jc ne 


— 897 — 


puis admettre cette conclusion ; car j’ai appris 
d’une part que les monnaies romaines avaient con- 
tinue a circuler dans la Gaule longtemps apres le 
depart des romains et jusqu’aux 8® et 9® sifecles, 
(82) et d’autre part, qu’on avait trouvS dans les 
dunes d’Etaples, soit des deniers Carlovingiens 
avec la legende de Quenlowic, soit meme des mo- 
n6taires, D’aprfes les informations que j’ai recueil- 
lies, il y en avait tant k Boulogne qu’a Hesdin qui 
provenaient dc ces dunes, (83) cequi fait tomber 
l’objection. 


comm5"Wl?secon(fl?^^^ 

raves que les medailles romaines : on peut s’en 
etonner a cause de 1'atelier monetaire qui sous 
Charles leChauve, etait en pleine activite; mais 
ne sail-on pas qu’il y a eu egalement k Montreuil 
un atelier monetaire et qu’on y trouve. fort peu 
de monnaies qni en soient sorties ? — Du reste, 
trop peu initie dans la science des medailles pour 
y etre competent, j’ai prie mon honorable et sa- 
vant ami, M. A. Hermand, qui fait autorile sur la 
maticre , de me donner des renseignements sur 
l’atelier monetaire de Quentowic et sur ses 
emissions. II a daigne m’adresser une reponse 
dont on roe saura gre de copier ici un extrait , 
a cause de 1’inleret qu'il presente : 


« Les premieres monnaies frappees a Quanto- 


— 298 — 

• wic remontent loin dans les temps Merovingiens; 

• si, comrae on l’a cru longtemps unanimement 

• et comme je le crois encore , malgre le doute 

• souleve , la legende Wicus fit appartient a cette 

> local ite , aucun autro atelier n’est manifesto a 

• cette epoque plus souvent que Quantowic dans 

> le nord de la Gaule ; et , parmi les Vies , au- 

> cun n’a comme lui merite cette expression de I’edit 

• de Pistes, Moneta ex antiqm cormieludine pertinet : 

> la fabrication monktaire fut tres frequente a 

> Quantowic durant toute la premiere race. An 

> commencement de la seconde elle est moins ac- 

• live ; cependant , je crois & de nombreuses 
» emissions de pieces anonymes pendant un certain 
» nombre d’annees. En memo temps on aper^oit 
» avec certitude le nom presqu’entier de Quanto- 
» wic , Quan-wi , sur de rares pieces laissees 

• ind&erminees entre Pepin-le-Bref et les premiers 
» temps de Charlemagne. C’est le point de depart 

• du nom de la Canche adjoint a celui du Wic 

• place k son embouchure , adjonction continues 

• durant la 2 e periods de Charlemagne par les 
» expressions Quantowic , Quantowico. Dfes le regne 
» de Louis-1 e-D6bonnaire apparaissent positiveraent 

• des monnaies au vaisseau entoure de la legende 
» Qvventowicus et d’autres pieces oh le nom est 
» pos6 en inscription; sous Charles-le-Chauve la 
» legende de Quvcntowici se fait voir parmi les 
» nombreux noms d'ateliers monetaires. A Louis II 

> ou III, on altribuc des pieces avec son nom et 



— 299 — 


» Quentovico ; it Charles-le-Gros et a Chari es-te- 
» Simple on en donne avec le nom de Quentowic 

• differemment orthographic ; enfin et ce qui est 
» tres remarquable , on voit le nom de Quentowic 
» ecrit d’une manure souvent r£gulifere snr des 
» monnaies qui ne peuvent appartenir qu’k des 

• chefs Strangers dont les noms sont peu d6chif- 

• frables et qu’on ne peut gufere attribuer k des 
» individus connus. L’ opinion re«;ue , c'est que ces 

• monnaies ont ete frappees au benefice des pi- 

• rates normands , k Quantowic avant sa destruc- 
» tion definitive et tout k la fin du neuvikme 
» sikcle. f 

Ces details que nous devons k la science nu- 
mismatique , viennent edairer d’un jour nouveau 
plusieurs parties du tableau de l’histoire de Quen- 
towic. S’ils nous revklent d’un cote, (’existence 
de monnaies frappees au 8® fiikcle , avec le nom 
presqu’entier de cette ville , ce qu’on ignorait 
encore il y a quelques annees (on ne les faisait 
alors remonter qu’au 9® siecle) , ils nous ap- 
prennent d’un autre cote, que les Normands ont 
battu monnaie k Quentowic ; ce qui prouve qu’ils 
y ont sejournd , et vient confirmer le fait dejk 
siguale par des annalistes du Boulonnais , que les 
Normands operaient leurs descentes k Etaples et 
s’y embarquaient , et que cette place leur servait 
de magasin oh i)s portaient les depouilles des con- 
trees voisines , si souvent piliees et ravages par 



— 300 — 


eux (84). On ignorait quand les Normands avaient 
occupe Quentowic d’une maniere permanente ; les 
monnaies susmentionnees viennent fixer cette oc- 
cupation aux derniercs annees du neuvieme siecle : 
a-t-elle continue au commencement du dixieme? 
A cet egard , il n’y a rien de positif. Toutefois il 
r^sulte des renseignements de M. Hermand que des 
monnaies ont 6te frappees S Quentowic au nom de 
Charles-le-Simple : or elles n’ont pu l’£tre qu’enlre 
892, annee oil ce prince fut proclame roi, et 929 
date de sa mort et puisque les Normands etaient 
en possession de Quentowic a la fin du 9* siecle, 
elles doivent fetre posterieures & cette occupation 
qui , du reste , a pu se renouveler , car si nous 
consultons l’histoire, nous y lisons qu’un general 
normand du nom de R&inold qui pillait l’Artois , 
y fut battu en 923 et qu’aprfes cette defaite, il 
jeta ses troupes dans diverses places dont il s’etait 
empar£ et d’oii il falsait sortir des partis qui ren- 
daient les chemins impraticables , ruinaient le 
commerce et desolaient le pays (85). On y voit 
encore qu’une armee fran?aise commandde par 
Rodolpbe , roi de Bourgogne , et par Herbert , 
comte du Verroandois , prit en 925 la ville d’Eu 
alors occupee par les Normands (86) et qu’en 926, 
les m&mes princes les mirent en fuite a Fauquem- 
bergues, chef-lieu de canton de l’arrondissement 
de St-Omer (87); mais il est a remarquer que, 
malgre ces victoires , les frangais ne crurent pas 
moins devoir acheter la paix : la circonstance 



— 301 — 


qu’elle fut payee aux normands pour lour faire 
abandonner le boulonnois et l’artois, pout porter 
a penser qu’ils y etaient encore redoutables et 
qu'ils avaient pris de nouveau possession de 
Quentowic ; si cela n’est que probable, toujours 
esl-il constant que la destruction definitive de cette 
ville ne peut fetre reportee de 861 k 882, ainsi 
qu’on 1’avait pr£lendu. (88) Je dirai de plus , que 
si cette destruction definitive avoit eu lieu r6elle- 
ment, ce ne seroit evidemment qu’au dixieme 
siede et dans ce cas , I’histoire aurait constate 
un pareil evenement qui n’aurait pas manque d’a- 
voir un retentissement remarquable : elle ne l’a pas 
fait et on peut tirer de Ik comme de ce qui 
precbde, deux nouvelles conclusions; l’une est 
que ce malbeureux evenement n’est pas arrive, Cau- 
tre que Quentowic 6tant reste debout , sinon 
en totaKte , du moins en partie , ne peut se. 
retrouver qu’k Etaples dont le nom a pr6valu depuis 
la dernikre incursion des Normands que je viens 
de mentionner : la ville ainsi appeiee desormais, 
n'eut pas moins k souffrir qu’auparavant : aux qua> 
torzibme et quinzikme sikcles, elle fut fort sou- 
vent piltee ou brOiee, soit par les Anglais, (89) 
soit par les Frangais (90); je me bornerai k don- 
ner k ce sujet un extrait de la chronique d’En- 
guerrand de Monstrelet qui apprend qu’en mai 
1435, < trois cents combattants, vaillants gensd’e- 
» lite, commandes par le lieutenant du marechal 

39 



— 302 — 


» de Rieux butinerent alors dans les environs de 

• St-Omer, y firent des prisonniers et k leur re- 
» tour, ardirent la ville et !e port d'Etaples out 

• il y avait grand nombre de bellies maisons et 

• Edifices. (94) • 

Ces devastations successives , ces nombreux in- 
cendies expliquent comment on trouve tant de 
mines, tant de restes de fondalions de maisons, 
soit dans 1’enceinte d’Etaples,, soit danq sa, cuf— 
conscription communale : Elies font coipprendre 
comment cette ville est dechug, d? son ancienne 
splendeur et cependant une autre caqsp ppqt en- 
core Sire signalee pour cette d^cheapfjp, je, vpux 
parler des sables qui ont envahi epvigoq, la jpoitte 
du territoire d’Etaples et 1’ont ainai frappee de 
sterility : qu’on jette les yeux sur ces, pa^ges ! oh 
decouvrira-t-on ce village de Rombly dont l’his- 
toire fait mention ? On en connait encore parfai- 
tement l’emplacement, mais qu’^ voit-on ? — Son 
eglise et toutes ses maisons qqt. 4iflparu vers te 
milieu du 47® siecle sous de§ apala#$es de. sa- 
ble (92);— Qu’on se transport?, . d? lfo^Qapiier (93) 
et k Dannies (94) ; on trouver i a, c?ft,deu^ villages, 
autrefois florissants , presque Jfjwtuq,. dsp^lps. sa- 
bles qui ont couvert ce pays de ruinp$, ^ftq^tqtre 
de Quentowic ou d’Etaples, comme oeux du voi- 
sinage , et d’autres plus £loignes , notamment 
Condette et l’ancienne ville de Wissant (95). 

Aujourd’hui 1’on est parvenu k arreter la marche 



des ' sables : k Etaples on chcrche a les rendre a 
TOgticulture par l’ing6nieux procede du lit-avant 
dont j’ai dejk parle. Une ferme y a ete batie ; 
un chemin de fer les traverse ; il assure de ra- 
pldes communications et peut procurer d’importants 
debouches : les nombreuses trouvailles d’objets an- 
tiques et les fouilles qui ont eu lieu 3ur le ter- 
ritoire d’Etaples , ont 4 veil 16 l'attention et attirk 
des Strangers. II y en aura bien plus, desormais, 
quand on aura la certitude que c’6tait lit qu’6tait 
la ville de Quentowic , et lorsqu’on saura quels 
illustres personnages ont laisse sur ce territoire 
1’empreinte de leurs pas : Parmi eux , je citerai 

Charlemagne dont la grande figure historique 
y apparait deux fois , la premiere en 799 ; — 
la seconde en 81 0 (96) ; 2° Francois I er , le roi 
chevalier, le restaurateur des lettres et des arts (97); 
3° Louis XIV , dont le rfcgne a jet6 un si vif et 
si brillant 6clat sur la France (97) ; 4® enfin un 
Empereur aussi grand capitaine , aussi celkbre que 
Charlemagne , Napol6on dont le g6nie et la gloire 
resplendissent k l’aurore du dix-neuvieme sifccleet 
dont la vaillante arm6e conduite alors par lui sur 
les cdtes de l’Oc6an pour une gigantesque expe- 
dition , celle de l'Angleterre , campa en partie 
dans les dunes d’Etaples , sous le commandemcnt 
de l’un de ses plus intrepides generaux , le ma- 
rshal Ney (99). . 

Une fcre nouvelle se pr6sente done pour Eta- 



pies et si de meilleures destinies lui sent reservees, 
s’il peut enfin prospirer , si mon memoire y con- 
tribue , je me feliciterai d’avoir pu etre utile i 
cette ville , tout en n’ayant eu d’autre but que 
de constater difinitivement le veritable emplacement 
dc Quentowic. 



APPENDICE. 


NOTES 00 DOCUMENTS HI8T0&1QUES 

A L’aPPUI 

mu m B juminm. 


«. 

La Canche dont la source esl a Magnicourt , canton 
d’Avesnes-le-Comte , arrondissement do St-Pol , passe h 
Frcvent , Hesdin el au bas de Montreuil d’ou clle vient 
a Etaples et se jette ensuite dans la mer. 


2 . 

Ducange (Histoire manuscrite des comtes de Ponthieu, 
bibliothfeque royale, supplement franjais , n* 1209). 

Je vais citer les noms que je trouve dans les 
plus anciens auteurs ou documents bistoriques, pour 
designer soit la Cancbe , soil la ville » objet de mes 
rechcrches. 

Pour la riviire de Canche. 

Cancia Lettre d’Hugues , roi de France, de la 
4* annee de son rfegne. (BoUandus, acta 
sanct n , julii , t. 4p. ISO. 

Cantia (1* Vie de St-Theodore, archeveqne de Canlor- 
bery ; — Acta sancl m , septemb', t. 6. pa- 
ge 60.) 



(2* Bide, hist, eecles. gentis anglorum, Lon- 
don, 184!, p. 53.) 

Coins (Vie de St-Boniface, archevSque de Mayen ce 
par St-Willebaud) ; — Acta sanctorum ord. 
bened. sand. 2. p. 12. 

Qcancia Cbarte de Hogues Capet de 990 (mum franc? 
scriptores, 1. 10. p. 557.) 

Qcantia (1* Vie de St- Jesse par un anonyme du 8* 
siecle); 

(2° Vie de S**-Berthe; acta sanct m ord. bened. 
8. 2. p. 571.) 

( 3° Cartulaire de Sittiiu, par Folcuin, publie 
par M. Garrard p. 494 

(4* Cbarte defSl (rer. franc, scriptores, L to. 
p. 557). 

Quint litres de l’abbaye de St-Wast, d’Arras. 

Qukntia (Cbroniqne de Fontenelle), V. acta sanct m 
ord. bened. t. 6. p. 69). 

Qukntvs (BoUandu$ acta sanctorum, jtdii, t. 4. p.152. 

fl est remarqoable que le comte anglais de Kent qui 
se trouve en lace de Tembouchure de la Canche, porte 
en latio le m6me nom : il est en effet appele Cantia, 
1* par Bede qui donne egalemenl ce nom h la Cancbe ( V. 
hist, geniis anglorum, t. 1. p. 53;) — 2* dans plusieurs 
chartes da 11* siecle qui concernent des biens situes 
dans -ledit comte. 

Quant a la ville, son nom a ete ecrit ainsi qu’i] 
suit : 

Caktwig ( Nithard , monumenta germanica apud pertz, 

t. 2. p. 669.) 



— 507 — 

Cuent avici (Deniers de Charles le Chauve). 

Cuentawic (Vie de SWBoriiface par St Willebaud, acta 
sand. &rd. betted , ; soecut. 2 p. 12). 

Kbntwick (Bollandus , t. 1 , p. 391 , n # 7). 

Qoantavic (Vie de St Wilfrid, apdtre de la Frise par 
Eddiu» Stephanus , V. acta sanctorum 
ord. benedidi , scecul. 2 , t. 5 , p. 689), 

Qcan-wi (Denier anttrieur & la conqu4te de Tltalie 
par Charlemagne. 

Comberousse dans son catalogue raisonnd 
laisse cette pi&ce ind£cise entre Pepin et 
Charlemagne. 

iPfniars. de Charlemagne). 

Qoahtowic Id. 

Quantoviccs (Annales Bertiniant , ret. franc, script. 
t. 7 p. 61). 

Quentavic (Hist. ecd. gentis anglorum , beds, liv. 4, 

chap. 1). 

Qckntawich (Fragmentum chronic, fontandlensis, rerum 
franc “ script, t. 7. p. 41). 

Qoentaviccs (Rerum francorum scriptores , t. 7 p. 611). 

Qcbntovic Deniers attribuSs h des chefs normands. • 

Qukntovici Deniers attribues & des chefs normands. 

Quentoyico Deniers du regne de louis-Le-Begue. 

Qoentovicos 1° Dipl6me de Louis-le-D^bonnaire de 836 , 
(rer. francar. scriptores t, 6. p. 572). 

2 s Deniers de Louis-le-D6bonnaire. 

3° Bollandus , ( acta sanctorum , jul. t. 5. 
p. 284). 



— 308 — 

4* Litre des miracles de St-Wandrille , (act. 
sand. ord. benedkti , omnia 2 , p. 550; 

5* Edit, de Pistes de .804 ( rental franc, 
scrip, t. 7. p. 657). 

Qonnowic Litre des miracles de St Riquier (acta ord. 
bcned. tascul. 2. p. 215). 

Qmiiona Deniers attribals 4 des cliefs normands. 

QcnrroTioo Deniers de Loois-le-Bfcgue. 

Qcnrrowiccs Deniers et dip!6me de Louis-le-D^ bonnai re 
de 831 (rerum franc, script, t. 6 p. 572). 

QdBimcDS Charles i* de l’abbaye de St-Bertin de 828, 
(cartnlaire de Sithien, publie par M. Gue- 
rard , p. 80). — et 2* de l’abbaye de St- 
Riqnier de 844; (spicilege, t. 6. p. 495). 

Qomrwicos Charte de St>Bertin de 857, (p. 162 da 
cartnlaire de M* Gnerard). 

Qdihxawich SpicOfege par Baloze et Martenne , L 2. p. 
263 et t. 3. p. 229. 

QumTAYKH Acta sanet. ord. bentd. toad. 4. t. 5. p. 69. 

Qcihtayiccs Chronique de 856. 

Qdditovci Deniers attribute 4 des chefs normands. 

Qcnntmci Deniers attribo6s 4 des chefs normands. 

QonrroYicos Dipldme de Lonis-le-D4bonnaire de 828, 
(ret. franc, script, t. 6. p. 649). 

Qcnrruicus (Voir le cartnlaire de Sithia publie par ¥- 
Gnerard. p. 165.) 

Qiiuknioyic Deniers de Charles le Gros. 

Qccbntowici Deniers de Charles le Chauve. 



Qwentowci Deniers attribues a des chefs Normands. 

Portus Quentwicus m Quentowich, etc. (V. 1* ex UbeUo 
miracul. 8. Wandregisili abbatis, acta sanct. m. juft. t. 5. 
p. 285. 2* Chronicon fontanellensis (rerum franc " scrip- 
twee, t. 7. p. 41). 

Emporium Quentovici ou Quantovici etc. ( V. ex libello 
s" Wandregieil. p. 284. 

Stapula8 (beati lupi abbatis opera, epistola XIV, p. 3. ) 

A tous ces noms, des drudits ajoutent celui de Wicus 
qui selon eux, aurait employ 6 par abr&viation da 
mot Quentowicus : quoiqu’il en soit de cette opinion sur 
laquelle je ne crois pas necessaire de me prononcer ici, 
je rappellerai ce qui a 6t6 icrit par Ducange que a Wic 
» indique dans l'ancien langage teuton, un port assure, 
o et suivant Rhenanus , il signiflait parmi les saxons 
» qui ont conserve l’ancien idifime germanique qui 
» etait le mtme que l’ididme des Gaulois, le golfe ou 
» l’emboucbure d’un fleuve, ce qui est aussi temoigne 
» par Cambden et Sommers, auteurs anglais. — (Voir 
» Ducange, histoire manusc. des comtes de Ponthieu, 
» bib. roy. de Paris, supplement franc. n° 1209. 

J’ai donn£ la preference au mot Quentowic , voici 
pourquoi : en ce qui concerne sa premiere syllabe 
Quent , elle est plus connue et a ete beaucoup plus 
sonvent employee dans les auteurs, documens histori- 
ques ou sur les monnaies, que Quant: ce qui precede 
en fournit la preuve d’autanl plus qu’on doit faire entrer 
en ligne de compte, les expressions Kent ou Cuens 
qui signifient la m£me chose que Quent. 

14 second e syllabe Wic, est un mot de la langue 
Cellique comme de la langue Saxonne qui convient 
parfaitement It la position de la ville, objet de mes 

40 



— 310 — 


rechercbes : il merile done la preference sur celui de 
Yic qui derive da latin, de Vicas dont la signification 
applicable a tous les bourgs ou villages sans dia* 
tinclion ne Test pas & une ville, de l’importance de 
Quentowic. Ayaut ete ainsi comme force d’admettre 
pour la derniere syllabe , le mot des langnes pri- 
mitives , j’ai vu la un nouveau motif pour en faire 
autant, a regard de la premiere, les mots Kent, Cuens 
ou Quent appartenants aux memes langues. 

Du reste, je ne fais en cela que suivre Ducange 
dont le manuscrit porte Quentowic. 


3. 

« Sequentea consuetudinem prcedecessorum nostrorum 
» sicut in illorum capitulis invenitur, constituimus ut 
» in nullo loco alio in omni regno nostro moneta fiat 
n nisi iu palatio nostro et in Quentovico ac rotomago, 
» quot moneta Quentovicum ex antiqua consuetudine 
• pertinet et in remis , et in senano , et in parisio 
» et in aurelianis et in caviUano et in metullo et in 
» narbonna (rerum francorum scriptures, t. 7. p..657. ) 


4. 

Via rcctissima ad sedem apostolorum. V. Rerum franc? 
scriptores , t. 3. p. 601 ; — annates ord. behed. t. f . 
p. 539* — Vie de St-Wilfrid, act. sanct. Otd. betted, 
scectd. 3. t. -5. p. 689. 


5 . 

Le livre des miracles de St-Wandrille dont l’auteur 
ecrivait au 9® stecle; apres avoir parie de Grippo proe- 
fectus emporii quentovict, le qualifle du titre de due. 



— 31 1 — 


inter hoc ipse dux ejusque socii , ( V. acta ord. bened. 
see. 2. p. 558, — et Bollandus, t. 5. jidii. p. 287. 


6 . 

M. le president Faucbet (antiquites et histoires gau- 
loises et frangaises, ) et d’apres lui, quelques autres 
ecrivains ont place Quentowic a Caen (Normandie) tan- 
dis que, selon le geographe Sanson, il aurait ete a 
Quen leVieil sur l’Authie. 


7. 

Maximd in Quentawich qui portus est oceani in An- 
gliam ad quentiam flumen etc. (Chroniquo de Fonte- 
nelle ecrite au 9* siccle. ) Acta sanctorum ord. bened. 
scec. 4. t. 5. p. 69. ) 


8 . 

1° M. Harbaville, memorial historique et archiiologique 
du Pas-de-Calais (Arras) 1842, t. 2. p. 108 ; 

2° Histoire du comte de Ponthieu etc. Londres 1767, 
introduction XL1X. 


9. 

Notamment Adrien Baillet qui dit , vie des Saints , 
t. 10. p. 75 : 

« Villers St Josse , autrefois Runiacum , village de la 
» basse Picardie , en Ponthieu , & l’embouchure de la 
» riviere de la Cancbe , vis-i-vis d’Etaples , lieu de la 
» retraite de St-Josse avant qu’il eut bali son ermitage 
» ou le monast&re de son nom , a une lieue de la. » 


10 . 

Ce rapport a ete imprime par la societe des Anti- 



— 312 — 

quaires de la Morinie (voir le 6* tome dcs memoires 
de cette soctete , p. 191 & 215). 


11 . 

Memorial historique et archeologique du Pas-dc-Ca 
lais ( t. 2. p. 107 h 110). 


12 . 

Entr’aulres l’honorable M. L. de Givenchy, secre- 
taire perpetuel de la soci6t6 des Antiquaires de la 
Morinie, v. son rapport sur les travaux de cette so- 
ciety , lu a la seance solennelle du 22 janvier 1846 , 
( l. 7 des Memoires de3 Antiquaires de la Morinie , 
p. 26 et 27), 


13. 


Le Memoire de M. Robert a ete publie par la Societe 
des Antiquaires de la Morinie (t. 8. p. 511 a 534). 


14. 

Jacques Sirmond dans une note du tome 2 des Ca- 
pitulaires des rois de France , dit qu’il esl plus facile 
de conjecturer rem placement de Quentowic que de le 
determiner d’une maniere positive : — Ne serail-ce pas 
1& que M. Robert aurait puise l’observation qu’il attri- 
buc a la chronique de Fontenelle f 


15. 

( Acta sanctorum ordinis benedicti , scec. 2. p. 12) , 
et Bollandus , Junii , t. 5. p. 464 ; on y trouve cette 
vie dc St Boniface : — St Willebaud ( Wittehaldus ) , evg- 



que d’Eylau (Eislatensis) contribua a convertir l’AIlema- 
gne au catbolicisme ; il y vint vers 728 et assista a 
plusieurs synodes ou conciles, notamraent a celui de 
Hatisbonne en 742 (voir Mirceus (Aubertus) fast. Belg. 
p. 355). — Quant a St Boniface, archevdque de Mayence, 
apdtre de l’Allemagne et martyr, il traversa la France 
en 718 avec quelques pelerins anglais et arriva avec 
eux a Rome au commencement de l’ann^e 719 : on 
croit que ce fut le Pape qui lui fit quitter le nom de 
Wilfrid pour prendre celui de Boniface. — 11 fut assas- 
sin^ en 754. ( V. les vies des saints par Baillet, t. 4, et 
la vie de St-Boniface precitee. ) 


16. 

Lequien (Michel) ne it Boulogne le 8 octobre 1661 
est mort le 12 mars 1763; — il a £crit plusieurs ou- 
vrages importants, enlr’autres l’Oriens Christianus, en 
trois volumes in-folio. — On a de lui une histoire abr6- 
gee de la ville de Boulogne et de ses comtes dont le 
manuscrit est k la bibliothfeque de Boulogne : — Lutto 
qui 4iait li6 avec lui, est mort vers 1746. 


17. 

Void le texte du passage de la lettre concernant le 
mot wicus : revertenti me de wicus propter causae ne- 
cessarian quas ibidem, habuimus disponere, occurrerunt 
mihi visitanti religiosissimam sororem vestram etc. — 
(Voir flacci abbini sive aicuini abbatis opera, parts 1617, 
p. 1504. (Rerum francorum scriptores, t. 3. p. 613. ) 


18. 

1° Flacci abbini sive aicuini abbatis opera (1617) p. 
1620. 

2° Rerun franc u scriptores, t. 5 . p. 611. 



— 314 — 

19. 

Dictionuaire latin-franfais par Noel, au mot apud. 



( Ex notitia galliarum Hadriani Valesii, historiogra- 
phi retfii, p. 462. 

21 . 

yoid ce qu’U dit en parlant do Queotowic : « ego its 
hactenus accedo qui modem ac Estaples existimant. 

( Belgium romanum ecclmasticum egidii bucherii, atre- 
batensis, p. 12. ) 

D’autres auteurs out -fait aussi d’Etaples, Tun des 
ports mentionnes dans les commentaires de Cesar, com- 
me se trouvant dans le voisinage du partus iccius, no- 
tamment : 

1° Cluvier (Philippus Cluverius ). — Void comment s’ex- 
prime 4 cel egard ce celebre geograpbe : —partus est 
in are flumtnis comics ad quod hodie oppidum vulgari 
vocabulo Estaples in kune duos naves delatas istas 
opinor. 

2* Wastelain ( description -dela-Gaule Belgique p. 383. 

3* Ghesquiere (acta sanctorum bdgiisdecta, t. l.p. 388.) 

4* L’abW Mann dans sa dissertation sur le port ou 
Ccesar s’est .embarqud pour son expedition en Angleterre 
(tome 3. des m£moires de l’academie des sciences et 
des belles lettresde Bruxelles, p. 231.) 


22 . 

Traite des monnaies, p. 387. 


23. 

Cbarte de Oagobert de 629 ; ( voir bisloire de l’ab- 



baye de St-Denis par Doublet, t. 2. p. 625) : c’est dans la 
m£me charte qui 6tait sur dcorce d’arbre, qu’on lit les 
mots wicus porto qui veniunt de ultra mare. 


24. 

L’abbaye de St-Josse fut fondee sur l’emplacemeDt 
de l’bermitage occupe par le saint de ce nom qui mou- 
rut en 667 : (histoire d’ Abbeville et dir comtA de 
Pontbieu par M. Louandre, t. 2. p. 352. ) 


25. 

Ex vita S. judod presbyteri ab anonymo scripta qui 
8ceculo 8 scripsisse videtur. 

« P osthac vero quia vir iUustris haymo erat, quippe 
» multas habem possessions, kadidit ipsum locum 
» cum appendidis suis B. judoco etc . » 

Voila la preuve de la donation d’Haymon j celle de la 
femme de son successeur nomm4 Deochtricus est cons- 
tatee par le passage suivant qu’on lit un pedOplus loin: 
— pro munere placatioms villam proprietatis suce nomine 
crispianicum et , in alUs lode etiam dedit ultra quan- 
tiam /lumen, simul rura non pauca : ( v. 4° apud hot- 
landianos, XFljunii p. 54 9;et 2° orderie vital, hist* de 
Normandie, collection des raemoires de l’histoire de 
France par M. Guizot, t. 26. p. 128. 


Gallia Christiania, 1. 10. p. 1280. 


27. 

Toutes ces leltres au norobre de 130, sont dans le 




— 316 — 

vo lume intitule : beati lupi presbyteri et abbatis ferra- 
riensit. ordin. benedicti opera, — Paris 1664 : On les 
trouve aussi en grande partie dans le recueil des bis- 
toriens des Gaules. ( t. 7. p. 486 a 517.) 


28. 

« Senioribus hujus congregations fratribus qui ipss 
» beattmma sanctorum membra propriis humeribus gcs- 
» tabant, super altare sancti apostoti petri ponerentur • 
(v. le livre des miracles de St-Wandrille, dans 1° Bol- 
landus, acta sanctorum julii, t. 5. p. 284 ; 2* rerum 
franc? scriptores, t. 7. p. 550. 


29. 

Cette vie de St-Josse a dcrite au 8* siecle ( v. Bot- 
landus , acta sanctorum junii, p. 519, et actasanctr 
ordinis benedicti, sate ?, 2. t. 2. p. 565. ). 


# 30. 

II figure snr la carte jointe a mon memoire. 

Au commencement du 17* siecle/ le bois de St-Josse 
avait beaucoup plus d’&endue qu’aujourd’hui; — d’apres 
les cartes de cette dpoque, il entonrait alors le village. 


31. 

Histoire de Normandie ; — collection des memoires 
sus-mentionnes, t. 26. p. 128. 


32. 

Le livre des miracles de St-Wandrille a U& redige 
au 9* siecle : — en effet : l* On lit dans le recueil des 
hisloriens des Gaules, t. 7. p. 358 : 



— 317 — 


Ex libeUo de miraculis Wandregisili primi fontanel- 
lensis abbatis, auctore anonymo, monacho fontaneUensi 
qui saecul. IX vixit ; 

2® D’apres les actes des saints ( acta sanctorum mensis 
julii , t. 5. p. 253. ). L’auteur ecrivait en 885 ; 
quant k la vie de St-Wandrille, elle aurait 4td ridigde 
par Harduin avant le O' sifecle: l’abbaye de Fonte- 
nelle dont St-Wandrille 4tait abbe, etait aux pays de 
Gaux , en Normandie : 


33. 

CAPUT II. 

Translatio reliquiarum ad S. Petri prope Quentovicum 
et alib deinde ad S“ Quinttni prope bononiam, an mi - 
racula utrovis loco facta , anno Christi DCCCLVII1. 

Alia quoque insignia miracula omnipotens dens 
per eosdem famulos suos , quando ex supra dictd villd, 
venerabilia eorum corpora in territorio bononiense , 
etc. deferebantur , est agere dignatus , manifestare an 
prcedicare placet in populis. Nam cum ex prcedictd 
villd tantorum sacerdotorum Christi beatissima membra 
ad ecclesiam sancti Petri quce vicina est emporio 
Quentovici et ex ditione eorumdem sanctorum , a mo - 
nachis cum hymmis et laudibus deportarentur , etc. 

(Acta sanct “ ord. bened. scec m 2 , t. 5. p. 284). 


34. 

Voir l’extrait, note 28. 


35. 

i° Cum a fratrtbus ipsius congregation is in vigilia as - 
censionis Domini vespertinalis synaxis celebraretur, 
(Acta s. ord. b. m. jul. t. 5. p. 284). 


41 



2 '•Cum a fratribus ejusdem congregationis matutimrum 
solemnitas celebraretur. 

(Acta s. ord. ben. jul. t. 5. p. 286). 


36. 

Ad monasterium sanctijudoci propinquis mis curanda 
perducta est. 

(Acta 8. o. b. m. jul, t. 5. p. 289). 


37. 

Ad ecclesiam sancti Petri quce ex ditione sanctorum 
prcefatorum constat sacerdotum et est vicina portui 

Quentovico. 

(Acta S m o. b. jul. t. 5. p. 287). 


38. 

Ilomo quidam nomine amatus de emporio Quentovico 
etc. qui tamen ipso quo advenerat die in prcefata 
basilica, coram sacris sanctorum reliquiis per virtutem 
Ckristi perfecte curatus , vota promissa reddens, rediit 
ad propria. 

(Acta 8. ord. b. m. jtd. t. 5. p. 285). 


39. 

II est fait mention du pagus pontivus notamment 
dans les actes ou documents suivants : 

1” Cliarte de l’abbaye de St-Bertin de 723. (Cartulaire 
de St-Bertin , public pac M. Guerard , p. 49). 

2° Charte de l’abbaye de St-Bertin de 883. (Meme 
Cartulaire , p. 427-128). 

3° Charte de Charles-le-Chauve de 868 ; (rerum fran- 
corum scriptores , t. 8. p. 614). 



4° Vie de St-Furcy , par un auteur du 8 e siecle ; 
(acta 8“ ord. bened. , t. 2. p. 310). 

5° Vie de St-Josse sus-mentionn6e. 

6° Livre des miracles de St-Wandrille ; ( acta 8” ord. 
bened. sacul. 2, p. 285). 

7* Appendice de Fr4degaire ; (hist, franc?, t. 2 p. 450). 

On lit in pontiva patria et pontivam patriam dans la 
chronique de Centule par Hariulphe : ( rer . francorum 
scriptores , t. 8. p. 274). 

In pontinensium regione , in pontivas regiones et 
provincice pontiva , dans la vie de St-Ricquier , par 
Alcuin ; (acta ord. 8 m bened. , t. 2. p. 291). 

Le Ponthieu faisait partie du diocese d’ Amiens qui , 
au moyen-age , etait divise en trois cantons nommes 
dans le capilulaire de Charles-le-Chauve de 853 Vitnau 
(le Vimeu) , Pontiu (le Ponthieu) , Ambianense (l’Amie- 
nois) ; (rerum franc m scriptores , t. 7. p. 516). 


40. 

« Ex pracepto Ludovic. imp. de divisione regni $ui 
» inter filios anno 835. 

» Ad Aquitdniam totam inter ligerim et sequanam 
» et ultra sequanam pagis XXVIII. id est catalonis , 
» meltianum, Ambianensis et pontium (Al. pontivus usque 
» ab mare)— Ad bajuvariam totam toringiam, ribuarias, 
» atoarias , saxonia , frisia , ardenna , asbania , brag- 
» bento , franderes , menpiscon , medenenti , amau , 
» austerban , adertensis , terwanensis , bolensis , Quen- 
» tovico , camalecensis , virdomadensis. 

» Ad alamanniam totam burgundiam , etc . » 

(Apud chenium , t. 2. scriptores franc. , p. 327 ; et 
novam editionem , t. VI. p. 411. 


41. 

C’est une question controvcrscc quc celle de savoir 


320 — 


quelles etaient lcs veritables limites de la Morin io au 
moyen-Age : Je ne reproduirai pas ici ce qui a ete 
6crit 4 cet egard ; cela me paraltrait un hors-d’oeuvre. 
Je me borne a suivre pu remen t et simplement la regie 
generate d’oii il rlsulte que la division ecclesiastique 
des provinces est conforme a tear circonscription civile, 
sans doute il y ' a en des exceptions ; l’histoire en men- 
tionne quelques-unes, mais quand elle n’en parle pas 
pour une province , l’on doit croire , jusqu’a preuve 
contraire , que ses anciennes limites Etaient celles de 
son diocese. Or , celui de la Morinie flnissait a la Canche 
qui le sAparait du diocese d’ Amiens. On en trouve la 
preuve dans les ancicns pouilles de ces deux dvdches. 

J’indiquerai en outre a tilre de renseignements : 

1* Une charle de 1100 par laquelle Guy, comte de 
Ponthieu , fait une donation a l’abbaye de StrSauve , 
avec le domaine qu’il a depute le milieu de la Canche 
jusqu’au-dela de St-Aubin ; — voir le cartulaire de l’ab- 
baye de St-Josse. 

2° Un memoire iinprime vers 1700 dans l’inter&t des 
abbA, religieux et couvent de l’abbaye de SWosse , a 
l’occasion d’un proems entre cette abbaye et M. Charles 
Dauphin , qui s’Atait rendu le 22 aout 1697 , adjudica- 
taire de la seigneurie et vicomte d’Estaples (sic) , Camier 
et Danne , memoire oil on lit que cette seigneurie con- 
finait A celie de St-Josse , de Cucq et du Trcpied , et 
que la riviere de Canche les separait. — (Voir aussi M. 
Derheims , dans son intAressante histoire de St-Omer , 

p. 16). 


42. 

« Mud quoque quod tunc in Quentovico portu per 
» merita eorumdem sanctorum suorum cunctipotens Dew 
9' est operari diqnatus opera pretium fore credimw 



»-si mrratur miraculum; erat nempe in codem oppido 
» qucedam muliercula , etc. » 

( Acta sanctorum ordinis benedicti sceculum 2 1. 5 p. 284). 
La traduction do ce passage est dc M. Ansicaux. 


43. 

4° Quentawich portum miserabili clade devastaverunt 
nortmanni. 

(Chronicon FontaneUemis , rerum francorum scriptores, 
t. 7. p. 4i). 

2* Jsa tempestate nortmanorum classis in emporio 
quod Quantovicus dicitur , repentino sub lucem advrntu 
deprtedationibus , captivitate et nece seams utriusque ho- 
minum aded debacchati sunt ut nihil in eo pro eter cedificia 
pretio redempta relinquerent. 

( Xnnales francorum vulgo Bertiniani dicti , (rerum 
franc, scriptores, t. 7. p. 6t). 

3® Scilicet ut cellam nostrum in qua proeter solum 
nihil pene aliud jam relictum est. 

( Beati lupi presbyteri et ahbatis ferrariemis ord. 8. 
bened. opera j). 

Nota. — La leltre dont le passage ci-dessus a ete ex- 
trait, est de 848, (V. rerum franc m scriptores , t. 7. 
p. 492). 


44. 

Traitc liistoriquc dcs monnaies par Leblanc , p. 102. 


48. 

Consentiatis teloneum reddere , exceptis ad, opus nos- 
trum in Quintovico et dorestado vel sclusas , etc. 

( Diplomatics Ludovici pii imperatoris , rev. franco- 
rum scriptores, t. C. p. (549). 



46. 

Ut ubicumque per civitate*, casteUa out trajectus, vd 
portus exeepto Quentowico , dorestato atque dusio. 

(Diplomatica Ludov. pH, imperat. , rerum francorum 
scriptwes , t. 6. p. 572). 


47. 

If. Du Wicquet de Rodelinghem , auteur d’une notice 
sur Etaples qui m’a ete communique par feu le baron 
d’Ordre , ancien inspecteur des for&s , l’bonorable chef 
de la famille Du Wicquet, que ses oeuvres en vers 
ont plac£ au premier rang des poetes Boulonnais , et 
qui pouvait servir de modele pour les sentiments d’hon- 
neHr et de loyautd comme pour l’ailabilite et les ma- 
nieres chevaleresques. 


48. 

(Histoire de Boulc^ne et de ses environs , t. 2. p. 37). 


49. 

(Essai hislorique sur Farrondissement de Boulogne , 
p. 94 , et dans sa carte du Boulonnais apres la retraite 
des Romains). 


50. 

Auteur d’un volumineux nianuscrit intitule : Antique's 
du Boulonnais ou memoires pour servir a Fbisloire de 
la ville et du comte de Boulogne. Ce manuscrit fait 
partic de la belle bibliotbeque de M. L. dc Givenchy 
qui a eu Fobligeance de me le communiquer. On y 
lit : Etaples a porte jusqu’a la fin du 9 C siecle le nom 
de Quentovic , etc. 



— 383 — 

51. 


Dora Ducrocq , benedictin de la congregation de St- 
Maur , dans ses recberches historiques sur le pays des 
anciens Morins : Son manuscrit appartenait k M“* Dumetz 

» 

52. 

L’abbd Lefebvre (histoire de la ville de Calais et da 
pays reconquis , t. 1, p. 42, carte du pays sous les 
Romains). 


53. 

Annales de Calais, p. 62. 

Cet auteur dit que Charlemagne visitale port d’Etaples 
qu’on appelait dans ce temps-li Quentovic : il a ecrit 
qu’il avait decouvert dans d’anciens manuscrits qu’Estaples 
et Quentovic etaientla memo ville. 


54. 

Dans le pouilie du diocese de Boulogne au mot Estaples. 


55. 

Vignier (Nicolas) , historiographe de France , dans sa 
description de la France , p. 57. — Vignier ne en 1530, 
est mort en 1596. 


56. 

Benedictin de la congregation de St-Maur, Robert 
Wyart , ne a Etaples , a fait une notice sur les anti- 
quites de cette ville dont je n’ai pu , malgre toutes mes 
recherches , retrouver le manuscrit ; il est cite dans 
celui de M. Du Wicquet comme ayant aussi place Quen- 



— 324 — 

towic k Etaples. II a ecrit en outre l’histoire dcs ab- 
bayes de : 

1* Samer (arrondissement de Boulogne-sur-Mer) ; 

2* St-Vincent de Laon; 

^ St-Quentin-en-Lisle ; 

4° D’Homblieres ; 

5° De St-Prix; 

Ces deux dernieres histoires sont a la suite l’une de 
l’autre , dans le manuscrit de St-Quentin-en-Lisle. Celle 
de l’abbaye de Samer est 4 la bibliotheque royale de 
Paris. 

Dom Wyart vivait du temps de M. Scotte de Velin- 
ghem qui lui a ecrit au sujet de la genealogie des 
comtes de Boulogne. 


57. 

Jacobi MdUrrancq Audomarensis , de Morinis et Afo- 
rinorum rdbus , t. 1. p. 10, et t. 2. p. 147. 


58. 

Chanoine de Commines , geographe de renom , auteur 
de la carle de 1’ancienne Flandre qu’on trouve dans 
Sandcrus. 


59. 

Sandefus (Flandria iUustrata ).’ 


60. 

Acta sanctorum ord. bened. sceculum 2. p. 12. Voici 
ce qu’il y a ecrit : 

Quantiam scilicet fluvium in Morinis GaUice populis 
ad Britannicum fretum vtilgo la Canche , appeUatum 
d quo Quentawicus portus denominate , modo stapuloe 



— 325 — 


(Estaples) dictus. — (Voir aussi annales ord. benedicti 
t. 2. p. 1651). 


61 . 

Du Cange (taistoire des corates de Ponthieu) biblio- 
theque royale , supplement fran$ais , n° 1209. 


62. 

« Vade infranciam ad plagasboreales, ducens tecum 
* unlearn filiam et perquire venerabilis sancti Richarii 
» mormterium quod situm est spacio quindecim leu* 
» garum & portu Quentowlc. » (V. le livre des miracles 
de StrRiquier) acta s m ord. bened. me. 2. p. 215. 


63. 

Voir les coutumes locales de la ville et banlieue d’Es- 
tappes , lues le 6 octobre 1550. (Coutumier de Picardie, 
t. 2. p. 172 et 174)'. 

Je vais indiquer ici les plus ancieDS titres ou docu- 
ments historiques que je trouve mentionnant le nom 
latin d’Etaples : 

Stapulas. — 1* 14* lettre de Loup de Ferrieres (9* siecle). 

(Beati servati lupl opera , p. 3). 

2* Charte de 1026, (cartulaire de St-Berlin J 
p. 175). 

3* Charte de 1100, de Guy, comte de Ponthieu, 
(cartulaire de SWosse). 

Status. — 1* Charte de 1042, de Henri I, roi de France, 
(GaUia Christ . , t. to , p. 142). 

2° Charte de 1172, de Mathieu d’ Alsace, 
corate de Boulogne. 

3* Charte de i279, d’Everard, evSque d’ Amiens 
(cartulaire de St-Sauve). 


42 



— 356 — 


Si aplt.e. — 4006 (expedition de Guillaume-le-Normand en 
Angletcrre). 

Stapl'lis. — (Ordonnance royale de 1374). . 

11 r&ulte de ce qui precede que le mot Stapulas , 
se lit non seulement dans une charte de 1026 , mais 
encore dans une Ietlre 4crite au 9* siecle par Loup de 
Ferriere : M. Robert 4 tail done encore dans 1’erreur 
en ccrivant qu’il resterait toujours avert; que ce nom 
n’etait connu que depuis une charte de 1040. Quoiqu’il 
cn soit , on pourrait tircr de la mention d’Etaples au 
9* siecle , une nouvelle objection qui consisterait a dire 
que ccltc villc cst la bien distinctc dc cclle de Quentowic 
existant a la meme epoque ; mais la reponse a cette 
objcclion sc trouverait darTS Ducange qui apres avoir 
cite Loup de Ferrieres , comme parlant d’Etaples > eta- 
blit que les expressions Stapulas et Emporium ont la 
inline signification , et prdsente ensuite d’autres consi- 
derations qui le portent a conclure qu’Etaples et Quen- 
towic sont la mdme ville. 

Void au surplus l’extrait de la lettre ou l’abbd de 
Ferrieres a dcrit le mot Stapulas : 

a Quod si exuberante dei dementia et vestra coope- 
» rante industria obtinuero , vestra rursum exit soUi- 
» citudinis ut munificentite iUius bmeficium ad villam 
» Stapulas provehatur , etc. » 

Loup de Ferrieres avait reclame avec instance , et a 
diverges reprises, la restitution de 1’abbaye de St-Josse , 
restitution dont il s’agit ici ; il exprime le desir qu’elle 
soit accompagnee des largesses du prince , afin qu’elle 
profile a la ville qu’il nomme Stapulas. Le profit de- 
vait venir des services que les religieux pouvaient rendre 
a cette ville , placee dans le voisinage de 1’abbaye , 
soit par l’exercice du ministere evangelique , soit par 
leurs aumdnes , soit par l’hospitalite qu’ils avaient l’lia- 



— 327 — 


bitude de donner ; assurcunent si Quentowic avail eld 
distinct de la ville appelee par lui Stapulas , Loup de 
Ferrteres n’aurait pas manqu6 d’en parler £galement ; 
car dans ce cas , Quentowic aurait encore plus rap- 
prochd de l’abbaye de SbJosse qu’Etaples. Or il mention ne 
cette demiere ville et ne dit pas le moindre mot 
de l’autre dans aucune des 130 lettres qu’on a conser- 
vees de lui ; lettres dont sept ou buit ont 6td ecritcs 
ou ont trait au tnonasl&re de St-Josse , dont il £lait 
egalement abbe. Ce silence ne peut bien s’expliquer que 
par le fait que Loup de Ferricres donnait le nom de 
Stapulas a la ville que d’autres |appelaient 1 ’Emporium 
Quantovici. 

D’apres l’ancienne coutume du Boulonnais , art. 10 , 
il y avait un bailliage a Estappcs (sic) qui etait la 2* dcs 
cinq villes de loy privile’gides du comtt de Boulogne. 

On appelait alors ville de loy cello qui avait justice 
civile et criminelle sur tous lcs habitants , laqucllo jus- 
tice etait exercce par les mayeur ct quatro dclievins 
nommes par le pouplc. 


64. 

Ducangc ajoutc : 

« C’cst on ce sens que Knyglon dit qu’en Tan 1352, 
» ordinatce sunt stapulce esse londinis ; — et qu’cn l’an 
.» 1365, le roi Edouard 3 , ordinavit stapulam lanarum 
» esse apud calesiam. Kilian , Boxhorn et quelques 
» aulres cstimcnt que ce mot tire son originc de l’alle- 
» mand stapelen quod in unum aliquid coacervare dc- 
» signat. — D’autres le derivent a stabulare quod ibi 
» merces stabulentur et conquiescant , quo venum pros- 
» tituantur. 

» Quoiqu’il cn soit , nous npprcnons dc Thomas de 
» Walsingliam qu’il y avait dcs l'oires solenncllcs cn ec 



— 328 — 


» lieu ou ceux de Boulogne , d’ Amiens , de Park , et 
d les esterlings abondaient , et que ce fut .durant ces 
» foires que les Anglais quitenaient la ville de Calais, 
b vinrent en l’an 1378 , sous la conduite de Hugues de Cau- 
• relee, attaquer cette place qu’ils brulerent en partie, apres 
b avoir pille toutes les marchandises qui y etaient,® 


(Cartulaire de l’abbaye de St-Bertin , p. 80 , 162 et 
165) publid par M. Guerard. 


66 . 

(Voir mdme cartulaire, p. 175).’ 


67 . 

Cartulaire de St-Bertin , p. 124, 


68 . 

Voir pour Therouanne : 1° Ptolemee , liv. 2. cap. 
IX ; — 2° la carte Theodosienne dite de Peulinger ; — - 
3° l’itineraire d’ Antonin indiquant Tdrouanne avec 
la marque des villes capitales. — Et pour l’ev^che de 
Terouanne, le capitulaire de Louis-le-Debonnaire de 822 
(art. 25) dont void un extrait concemant des missi do- 
rainici. 

Super quatuor episcopatus qui ad earndrn diocesim 
pertinent , id est novio macensem , amianemem , tar- 
vanensem et cameracensem , regenarius episcopus et be- 
rengarius comes , 


69. 

Cette ordonnancc se trouve en cntier dans Phistoire 
de Notre-Damc de Boulogne , par Antoine Leroy (p, 267 
n 272). 



— 389 — 


70. 

Cette inscription , qui est ainsi ecrite , me parait do 
nature & appelcr l’attention : 

AN^MPL qAtO HEC, 

FV1T ECC SA Ab 
ANGUS EDTF TA. 


71. 

Voir l 4 Art de verifier les dates par un religieux de 
St-Maur , 1. 10. p. 143 ; — 2° Manuscrit de Lequien sous 
Guillaume 2 , comte de Boulogne ; — 3° Henri , essai 
bistorique , p. 286. — Les privileges accordes a la ville 
d’Elaples par le comte Guillaume 2 , ont ete renouvelds 
ou augmeutes : 

1° En 1367 , par Jean 2 , comte de Boulogne et d'Au~ 
vergne ; 

2° En septembre 1470 , par Charles-le-Temdraire ; 

3° En avril 1477 , par Louis XI , roi de France j 
4° En 1483 , par Charles VIII , roi de France ; 

5° En avril 1583 , par lettres-patentes du roi Henri III, 
enregistr^es au parlement de Paris , le 9 novembre 
1586; 

6* Le 29 mars 1588 , par le m£me roi ; 

7° En 1601 , par lettres d’Henri IV ; 

8° En 1612 (juillet) , par Louis XIU ; 

9 4 Le 26 aout 1710 , par Louis XIV. 


72. 

Ellc est incntionndc ainsi dans l’invcntaire dcscliartcs 
d’Artois , t. 2. p. 371. 

« 1293 , 21 d^cembre , les mayeur et eclievins d’Esta- 
» pies font savoir & Thibaut d’Ausnoy , chanoine do 
d Tlierouannc , et a Picrron (Jean) de Ste-Croix , quo 



330 — 


o WiUaume , fils de feu Willaume de Geluke a nomine 
» Witasse de Dansnes , bourgeois d’Estaples , son pro- 
> cureur , pour dire et faire devant eux , le jour de 
» St-Thomas prochain , ce qu’il pourraii dire lui-meme 
» s’ii etait present. 


73. 

Cest par erreur qu’on a imprime 4 a 5 metres au 
lieu de 1 metre 1/2. 


74. 

M. L. Pigault de Beaupre , ingenieur de i ,e classe 
des ponts-et-chaussees , a ete nomme chevalier de la 
Legion-d’Honneur , apres la construction des deux nou- 
veaux phares la Canche ; il est , ainsi que M. Sou- 
quet, membre de la Societe des Antiquaires de la Morinie. 


75. 

Le plan du chiteau d’Etaples est dans la topographie 
de Merian et Tassin. Ce chateau avait 6te bati |«ir Ma- 
thieu d’Alsace , comte de Boulogne , qui en avait com- 
mence la construction en.1170. 

Le chateau d’Etaples etait la deuxienie des capitainc- 
ries royales du Boulonnais ; il fut detruit vers 1614 
ainsi que la plupart des autres chateaux-forls du Bon- 
lonnais , par les ordres de M. Patras de Campaigno , 
ct apres sa victoire sur les troupes des princes qui 
s’etaient ligues pour empecher le mariage de Louis Xli 
avee Anne d’Autrirhe. Ces ordres furent donnes afln 
d’einpechcr les revolU':s de se refugier et de se defendre 
dans ces chateaux , coniine les ligucurs l’avaicnt fait sous 
Henri III. (V. nianuscril sur Boulogne ct le pays cl comte 
du Boulonnais , par Abot dc Ca/.ynghen). 



— 331 — 


76 

Ed 1596, dom Jean-Pierre Mares , bachelier enth^o- 
logie de la faculte de Paris , etait titulaire de la cure 
de cette eglise quand il fut nomm4 a celle de St-Nicolas 
de Boulogne , dont il prit possession le i* r octobre de 
la mdme annee. 


77. 

On sail que le corate Philippe , sumomme Hurepel , 
fit fortifier toutes les places du Boulonnais , apres s’etre 
ligue avec d’autres princes pour empdcher la regence de 
Blanche de Castille , mere de St-Louis ; — ce fait est 
constate par tons les annalistes du Boulonnais : 

En 1544 , Francois 1" fit fortifier Etaples (voir sa 
lettre , registre du bailliage d’ Amiens). 

En 1548, Henri II etant venu avec son amw5e dans 
le Boulonnais afln de reprendre Boulogne 
aux Anglais qui s’en ^taient empares en 
1544, fit faire de nouveaux travaux qui 
ont fait dire qu’il avait retabli la ville 
et citadelle d’Etaples. (Biblioth^que royale, 
collection de Dom Grenier , p. 1. p.378). 

En 1597 , La place d’Etaples ayant encore besoin d’etre 
reparee , Henri IV delivra a cet effet des 
lettres-patentes , le 6 mars 1597. 


78. 

« Venemnt eis obviam plebes innumerce clericorum 
» sive laicorum cum sacris evangeliis crucibusque ac- 
» cereis, sen cum reliquo apparatu ecclesiarum : facta 
i> sunt omnia V idas may (858) —(ex libello de mira- 
» culis S. Vandregisilii, primi fontanellensis abbatis).» 
— (Voir le recueil des historiens des Gaules , t. 7. p. 550, 
et autres ouvrages pr6cites). 



79. 

4* Extremi que hominum Marini. (En&de de Virgile, 
liv. 8, vers 727). 

2 ® Ultimique hominum. existimati Marini* (Plinc l’an* 
cien , lib. 19 , chap, i ). 

3 ® in tend Morinmm situ orbis extremd. (Lettre de 
St-Paulin , n6 en 353). 

4° Au 6* siecle , le pape Jean 1" complimenta Adal- 
bert , 4v4que de Th4rouanne J sur ses succes dans la 
conversion des infldeles logds a l’extremite de l’univers. 
(Voir la dissertation de M. Hector Piers sur les mots 
extremi hominum Marini , t. 4 des memoires de la 
Societe des Antiqnaires de la Morinie , p. 352). 


80. 

On vient de m’annoncer que ce mdmoire serai t bientdt 
ftnprime par la soci&d des Antiquaires de la Picardie; 
void comment la route est indiqufe dans les anciens 
itineraires t 

Juliobona ; 

Gravinu m; 

Portus Yeneti; 

Gesogiaco. 

(Uecueil des itineraires anciens , par M. Fortia 
d’Urban , 4845). — Dans la carte jointe 4 ce recueil, la 
voie romaine longe les c6les. 


81. 

Voir dans les CoUectanea antiqua , par M. Smith, les 
planches representant quelques-uns des objets les plus 
remarquables , trouves sur le territoire d’Etaples. 


82. 

On lit ce qui suit dans l’histoire monetaire de la 



province d’Artois , par M. Alexandre Hermand , p.' 38. 
St-Omer , 1843: 

oLe titre que je vais citer prouve la longue cir- 
i culation en Gaule , des monnaies romaines d’argent , 
» en mAme temps sans doute que des monnaies romaines 
» de cuivre dont l’usage Atait indispensable : ThAodulf , 
» Tun des con6eillers de Charlemagne , et Liedrade sont 
» envoyAs vers 1’annAe 798 comme missi dominici , 
» dans les deux Narbonnaises , avec la mission de rA- 
d former l’administration de ces provinces. 

b ThAodulf se plaint , que pour chercher k le corrompre; 
a on lui ait offert des prAsents , que les uns lui aient 
b envoyA divers objets qu’il dAtaille , que les autres lui 
b aient apportA' une quantitA de monnaies d’or que sil- 
b lonnaient la langue et les caracteres des arabes , on 
b de monnaies que le poinfon latin avait gravAes sur 
b un argent Adatantde blancheur , — Theodulfi episcopi 
b aurelianemes caminum, varia opera jacobi Sirmondi , 
» t. 2. p. 1032. a 


83. 

Je puis citer notamment : 1* deux monAtaires d’or du ca- 
binet de M. de Rocquigny , d’Hesdin, l’un ayant k l’avers 
une tAte avec da monit et au revers un calvaire avec 
VVicus FIT ; — L’autre k l’avers une tAte avec donnan 
monit , au revers , un calvaire avec VVicus FIT. 

Ils ont AtA cAdAs k M. Dewismes , de St-Omer , qui 
a bien voulu m’envoyer les renseignements ci-dessus. 

2* La plupart des deniers carlovingiens poriant les 
mots soit 1 Quentovici soit Quentowicus , qui se trou- 
vent k Boulogne , tant au musAum , que dans des 
cabinet d’amateurs. — Ces diverses piAces provien- 
nent, d’aprAs ce qui m’a Ate dAclarA , soit de Ten- 
cerate de la ville d’Etaplcs , soit de sps dunes ; M. 

43 



— 334 — 


Alexandre Hermand possede un mon£taire k la U gende 
Wiaa fit qni a la mime provenance, dit-on. 


84. 

Etaples servait an 9* sifcde de lieu de ' descente el 
d’embarquement aux Normands qui en avaient faitleur 
magasin des d4pouilles des contr6es voisines ( retnarques 
gur les antiquity de la ville d’Etaples , manuscrit de 
la bibliothfeque royale , collec. de Dom Grenier). — 
D’apres Lequien , le cbSteau d’Hardelot qui 6tait sur 
Gondette, 4 environ 10 kilometres de Boulogne, avait 
4t6 b&ti pour reprimer les ravages des Normands qui 
venaient assez souvent dibarquer du cdte d’Etaples pour 
piller le pays. (Voir aussi Dubuisson prdcitd). 


85. 

Histoire de France , par Daniel , t. 3. p. 324. 


86 . 

Frodoardi presbyteri ecdesioe remensis chronicon, 
<v. t. 8 du recueil des historiens des Gaules, p. 183). 

87. 

1* Carttdarium sithiense , lib. 4. cap. 61. 

2* Meyer ( annales rerum Belgicarum, t. 1. p. 19.) 

3® Cousin (histoire de Tournai , t. 2. p. 12). 

4® Daniel (histoire de France ,1. 3 , p. 331). 


88 . 

M. Harbaville (Memorial bistorique du Paa-de-Calais , 
t. 2. p. 107) dit qu’on fixe commun&nent la destruc- 
tion de Quenlowic a l’an 842; mais il ajpule ensuite. 



— 335 — 


ne faudrait-il ' pas reporter cet dvenement a l’uoe des 
amides entre 861 et 881 , intervalle qui fat signald par 
plusieurs expeditions des Normands sur divers points 
da littoralfT 

M. Robert , p. S18 , dmet la pensee que le sac de 
cette ville a dA avoir, lieu vers la fin du 9“ siecle , 
entre 861 et 882. 

Je profits de l’occasion que me fOUrnit la correction 
de l’dpreuve dela feuille .ou se trouve cette note, pour 
ajouter que l’honorable M. Harbaville m’ayant remis , 
pendant mon dernier sejour 4 Arras, lors de la ses* 
sion du congres scientifique de France, en aout 1853, 
un exemplaire de l’appendice a son intdressant Memo* 
rial historique du Pas-de-Calais , j’y ai lu qu’il etait 
revenu sur ce qu’il avait dcrit , que l'opinion qui pla^ait 
Quentowic k Etaples , dtait insoutenable. 

89. 

Etaples a ete pilld ou bride par les Anglais : 

1° En 1346 ; 

2* En 1351 j 
3° En 1354 ; 

4° En 1370 ; 

5* En 1378. 

(Voir les manuscrits de Lequien , de Dubuisson et de 
M. Duwicquet). 

90. 

Annales rerum Flandricarum, auctore Meyei'o , lib. 16, 

p. 281. 

91. 

Cbroniquc de Monstrelet , an 1435. (Voir Pantheon 
litleraire , 15* siecle , p. 691). 



92. 

Rombly , entierement couvert par les sables an milieu 
du 17* siecle. (Hisloire de Boulogne, parM. Bertrand, 
t. 2. p. 37). 


93, 

Camier est un village fort ancien; il est cite dans 
des chartes de 1’abbaye de St-Bertin de 853 et 1026. 
(Voir cartulaire par M. Guirard , p. 93 et 1751. On a 
trouvd k Camier , & quelques mitres de profondeur dans 
les sables , des arbres presqu’en tiers ; — on assure qu’il 
y en a beanconp d'autres dans le voisinage k la mime 
profondeur , ce qui a fait croire & l’existence (Pune forit 
quo les sables auraient couverte k une ipoque sur la- 
quelle on n’a aucune donnie : on a retird du mime 
point , dix ou douze bois de cerf qui itaient pitriflis : 
j’ai eu longtemps dans mon cabinet Tun de ces bois 
dont j’ai fait cadeau , en 1843 , au museum de Bou- 
logne , quand j’ai quittd cette ville pour venir demeurer 
& Dunkerque. 


94. 

Dannes est citi dans la charte sus-enoncee de 1026. 
(Cartulaire, p. 175). On y a decouvert , en 1823, sur 
le bord de la voie romaine , un tombeau voute ren~ 
fermant un squelette k c6ti duquel itaient des vases 
et restes d’armure. (Voir histoire de Boulogne, par 
Bertrand , t. 2. p. 471). On y trouve aussi de temps 
en temps des midailles romaines. 


-95. 

Henri a donni dans son essai historique sur l’arron- 
dissement de Boulogne, p. 190 a 193, des details ci^ 



rieux sur le progres des sables , tact k WisBant el Amble*- 
teuse qu’4 Condette , Dannes et Camier. Void ce qu’il 
dit k ce sujet poor Etaples ou son voisinage , p. 192 : 

a Plus loin , sur le territoire de Camier , plusieurs 
» maisons se trouvaient couvertes et prdes & s’^crouler, 
» le 30 mars 1775 : deux maisons , quatre jardins et 
d sept hectares 30 centiares de terres labourables furent 

* ensablls le 10 juin 1784. 

» Au-dela des limites de rarrondissement de Boulogne 
» jusqu’k la Canche , la marcbe des sables est la m£me 
» que celle qu’on vient de d&rire et Ton observe quo 
» ies dunes occupent plus de largeur k mesure qu’on 
» avance de ce c6t6. On les voit s’introduire dans lea 
» endroits resserrts et enfills par les vents d’ouest ; sur 
» la rive droite de la Canche , ils sont parvenus jusqu’a 
» Etaplea , et ils ont convert enti&rement le village de 

* Rombly. De l’autre c6t6 de la Canche, les sables 

* occupent en largeur un espace de 7 it 8 kilometres. 
» Les terrains qu’ila couvrent maintenant , daient d’un 
c grand rapport et couverts d’habitations ; — M. Baillon, 
» dans son mdnoire, rapporte qu’en '1791, beaucoup 
» de terres eh culture , de prairies , de jardins , de 
d maisons des villages de Cucq , de Merlimont et de 
» Grofliers , venaient d’etre ensabl<5s totalement. 


96. 

l a Manuscrit de Dubuisson , aux ann£es 799 et 810; 
2* Malbranck (de Morinis , t. 2. p. 145 et 146). 

3° Annates de Calais , par Bemard , p. 62. 


97. 


Francois 1" couche k Etaples le 27 juin 1520 ; — 
Louis XIV s’y promene le 26 mai 1657. (Memoire ma- 



ntiscrit sar le Boulonnais). — Voir collect, de Don Gre- 
nier , biblioth. royale. 


Voir la note prec<$dente. 


99 . 

L'alle gauche de la Grande-Armde , rdunie pour l’ex- 
pcdition d’Angleterre , a campd dans les dunes d’Eta- 
ples , et dans le voisinage , sous les ordres du mar 
rechal Ney. — Ce camp .qui rdunissait environ 24,000 
hoinmes fut appel6 le camp de Montreuil. 

Napoldon vint plusieurs fois a Etaples , notamment 
le 31 decembre 1803. Parti la veille de St-Cloud k 
quatre heures du matin , il y arriva inopinement le 
lendemain de bonne heure. — Aussitdt qu’il eut mis 
pied k terre , il visita les travaux du port , les camps 
£tablis sur les bords de la mer , puis il se rendit a 
Boulogne par la c6te. (Histoire de Boulogne , par Ber- 
trand , t. 1 | p. 332). 

Le 1" janvier 1804 , le premier consul dcrivait a 
Cambacdrfes : « Je suis arrive bier matin a Etaples, 

» d’ou je vous ecris dans ma baraque. Il fait un vent 
» de sud-ouest affreux. Ce pays ressemble assez au pays * 
» d'Eole. Je monte k l’instant k cheval pour me Tendre 
» k Boulogne par l’Estran. » — Cette baraque de Napoleon 
cst indiquto sur le plan. 


L. COUSIN , 

Membre hemoraire de la Socittt des Antiquaires 
de la Morinie , President du Comitt de cette 
Society, b Dunkerque. 


Dunkerque, le 26 aout 1832. 



ADDITIONS 

FAITES EN 6EPTEMBRE 1853. 


1° A la note 9 , p. 312. 

M. l’abbe Parenty , le savant president de l’Aca- 
demie d’ Arras , place Runiacus h Tortefontaine 
(canton d’Hesdin). Cette opinion me parait prefe- 
rable a celle de Baillet qui est en contradiction 
avec le texte de la vie de St-Josse. 

2° A la note 41 , p. 320. 

Depuis la redaction de mon ntemoire , j’ai lu 
tant dans la geographic ancienne des Gaules, par 
M. Walkenaer , t. 4, p. 138, que dans la notice 
de M. Debaecker (Louis) , de Bergues (la Flandre 
maritime avant et pendant la domination romaine) 
des considerations assez decisives pour faire penser 
que la Morinie etait h l’orient , separee par la 
riviere de l’Aa , de la Menapie dont une partie a 
cependant dependu de l’eveche de Therouanne* 
D’apres cela , les limites de la Morinie ne se se* 
raient pas etendues aussi loin que celles de l’an- 
cien diocese d’Ypres , l’un des demembremenls 
de cet evfiche , et on devrait voir ici une excep- 
tion & la regie generate dont j’ai parte. Quoiqu’il 
en soit, il ne reste pas moins constant qu’au 
midi , la Morinie etait bornee par la Cancb?. 

3” Page 302 , ligne 14* , on doit lire : environ le tiers, 
au lieu d’environ la moitte. 




FOUILLES 

DU 

luimtis it be iw. 

DANS LB . 

CARTON BE CALAIS. 


La Sociele des Antiquaires de la Morinie , dans 
sa seance du 1* r fevrier 1843, amis une sommc 
de deux cents francs a la disposition du comile 
des fouilles dans Ie canton de Calais. Ce comite, 
constitue depuis 1e mois de mars 1841 , se com- 
posait de MM. Pigault de BeauprS , president ; 
Ch. De Rheims , tr6sorier ; A. Durand et Henne- 
guier, membres inspect'eurs ; et H. J. De Rheims, 
secretaire. 

La Commission avail d’abord entrcpris des re- 
cherches dans l’£glise Notre-Dame de Calais , avco 
Pespoiir de mettre & jour les fondations tTune 

44 



fglise primitive; mais ees recherehes n’ont pas eu 
tout le succes qu'on en attendait , et eiles ont 
demonic que la paroissiale de N.-D. n’etait pas 
assise sur une crypte. 

L’attention du comite fut alors eveillee par une 
decourerte de fragments de poteries Gallo-Romai- 
nes, faite cn septemLre el octobre \ 843 , dans 
les tcrres dites du Beau-Marait , sur la sec- 
tion C du plan cadastral * 4 500 metres environ 
sur la droile du chemin national de Calais a 
Dunkerque. Due partie des terrains de cette sec- 
tion etait toujours detrempee durant la mauvaise 
saison ; d’habiles proprietaires y avaient fait pra- 
tiquer des coupures pour faciliter l’ecoulement des 
eaux pluviales , et avaient fait retourner et niveler 
les pieces N M 387 , 398 , 402 et 403. C’est alors 
que surgirent k U surface du sol des debris de 
poterie romaiue , des amas de cendre , de char- 
bon et d'ossements calcines. 

Auaaitet , graces aux soins du comite de Calais, 
des fouMles lirvnt ent pep rises au Beamnaraia sur 
une eclielle asses ktendue, dans tout 1'espace dr- 
consent 4 l’Ouest par le maraia, au Nonl per la 
roe du Reaumards, 4 1’Est par la rue de Judge, 
et au Sud par le cbemin de la Turquerie, 

De# fouilles pouasees m6jae jusqu’au watergand 
du Sud , produlsirent d’asse* heureux reiultat*. Aw 
approclies de la feewe du Birch et de la causa*' 



— 343 — 

dfore qui exi&lait jadfo k 20© metres tnviroo m 
sud de cette forme., le sol fut litter a foment jonphd 
de poteries mutifoes et broyees, Cooformement aux 
intentions de la societe, tons les obejts recueiWis pnt 
6t6 deposes au imis6e de Calais. Ce soot des nines 
cineraires , des vestiges de 1'art ceramique , en 
terre grise , jaunatre , noire et rouge , des vases 
remarquables par leur lege re te , par la purefo du 
travail et par la vivacite des eouleurs ; des coupes 
k bas-relief qui n’o'nt 4te malheureusement re>- 
cueillies que par fragments (1), des suns de tui- 
les el de briques (2), des medailles, un Iperon, 
des cfos , des fragments de dbules en. bronze (3), 
etc.. 

Tontes ces reliques , rapprodifes des trotmiBes 
faites k diverses 6poques sar les territoires de 8b* 

(1) Sort qui par&H 6tre coramun 4 la plup&rt des belies poteries | te- 
liefs, provenant des fouilles opdrdes sur divers points de la Bourgogne, da 
la Picardie ct des provinces britonniques : (F. le compte rendu des fouilles 
de Jonset, dans les Pyrdndes Orientates. — la Notice de M. C. B. £ttrftb 
sur les antiquites du Warwickshire, qui fontj'partie de la collccliavt BWs- 
ham, et sur les ddcouvertes de Springhead (Coll, ant . pi. XVII, XL et 
XLl).— F. ausai les mdm. de la Soc. d’agric. des sciences et des arts de 
Calais. (Amides 1941 A 1*43, p. Oft, 1 0-5 et 103). — Le detain des frag- 
meiits de poterie rouge, decouverU au Bcaumarais, se trouve aux u°* 1 4 
4 de la plauche til ci-joiule. 

(4) La disposition de ces briques a m£me fait penscr au Comitd qu’elles 
pouvafcnt pruvenir d*un fbvrticita de potter, pared 4 ceux qui out M d#- 
couwrts 4 Xortbainpftea . 0 r . Jomrn. of th t Brit. arto/trafefsW mxno. 
Avail 1845*; et le h* 5 de notre pi Ilf. 

(!) V. a M dela pianette IV, 4 4a nils 4a cas notes. 



344 — - 


Pierre-les-Calais et de Marck , attestent le sejour 
d’une colonie romaine dans cette partie de la con- 
tree et rtfutent victorieusement les annalistes qui 
ont donne au Sinus Itius de la p£riode Gallo* 
Romaine les proportions d’un vaste golfe, dont les 
eaux noyaient entierement le sol du bas Calaisis. 
Les couches d’aHuvions s’accroissent d’ailleurs beau- 
coup trop lentement, pour que des terrains de 
cette importance aienl pu se deposer dans l’espace 
de deux mille ans. II est cependant reconnu que 
jusqu'au IV* siecle de notre ere cette partie re- 
culee de la Gaule ctait parsemee de marais , et 
qu’elle etait maigrement peuplee; mais , il y a 
loin de la a une contree deserte ou totalement 
inondee. C’est au conlraire un fait bien avere au- 
jourd’hui que les Gaulois , les Romains et les 
premiers Francs ont tour-k-tour conquis , ravage 
et habile tout le Calaisis , et chaque jour on y 
retrouve des medailles et des poteries gallo-ro- 
maines , enfouies sous le sol depuis plus de quinze 
sikcles. 

Void maintenant les fouilles du Beaumarais , 
qui , bien que pratiques sur une coucbe essen- 
tiellement basse , nous fournissent un nouveau 
temoignage de la presence des Romains dans le 
Calaisis. Des rechcrches pareilles, . faites sur les 
communes de Marek et de St-Pierre , a gauche 
et k droite de la ) route nationale qui va de Calais 
a Dunkerqmr, Ont donne des resultals tout aussi 



concluants el font presumer que, des les prennerci 
ann4es de l’ere chretienne, la station de Marck , 
dont (’importance maritime a ete assez considera- 
ble, se reliait avec Pctresae , aujourd’hui St-Pierre, 
au moyen d’une chaussee qui se prolougeait ensuite 
jusqu’au vivier du Niculay (1). 

Ce n’est pas seulement d’aujourd'hui que les 
preuves abondent pour etablic que les Homains ont 
sejourne dans tout le bas Calaisis. 

En 4629, lors des demolitions ent reprises pour 
former I’esplanade de la citadelle de Calais , on 
deterra une ipedaille de Maximien (2). 

G. l’Apostre , l’auteur d9 Calaif port lceien , 
assure avoir vu des monnaies de Gordien et de 
Constance trouvees de son temps k Sangatte. 

Pig. peLepinoy, dans ses memoircs manuscrits, 
rapporte qu’on a depuis trouve dans le mkme 
village d’autres pieces de Gordien , de Maxime, 
dc Valentinien et de Yalens. En 1760, lors de 
la reparation de la digue de Sangatte , les ouvriers 
avaient decouvert une forte quanlite de monnaies 
du Bas-Empire. Ajoulons que cbaque marke ex- 


(1) V. Rapport suv les tvavaux de la Commissioti chargfa de dres - 
sev la carte de Vitintraire Remain dans la Picardie , par M. J. Gamier. 
(Ext. des mdm. de la Soc. des Ant. de la Piiardie ) pp. XI A XIV. 

(2) Lbonorahle President du Comite do Cnlnii menliomie, dan? une 
notice sur l’ancicn chateau de HAmcs, des ineduilles do Diocleticn et de 
Ma\iniicn ; dticoiiYertes en 1821, duns les mines dc cetlc forteiesse . 



traordinaire antene , en dechaussaot ceUe clique •, 
de semblables trouvailles. Aiosi , aprfcs la memo- 
rable temple du 4 fevrier 1825, dit M. Pigault 
de Beauprd, dans ses Estait hittoriques inedits, 
c on d&souvrit au pied de la digue de Sangatte, 
» deux pots roinains en terre noiratre et com- 
» mune, et prfes de 300 medailles en petit bronze, 
» aux types de Claude , Domitien , Trajan , Adrien , 

• Antonin-le-Pieux , Marc-Aurele , Gordien , Gal- 

> lien , Posthume , Victorin , Tetricus , Diocletien , 

> Constance , Yalfere , Maxime , Constantin , Cris- 

> pus, Magnence, Yalentinien, Yalence et Gratien, 

• ( de 41 4 387 de J.-C. ) » L’un des pots est 
represente au N* 11 de la PI. 1, joiute a ce rap- 
port. 

M. Pigault de Beau p re cite encore, au n ombre 
des medailles trouvees au pied de ceUe digue , 
une pifcce d’or du regne de Justinien , decouverte 
en 1805, 4 quelques pas de la iner. 

En 1812, on a retire de l’ltang du vieux manoir de 
la Touretle, pres Coquelles, un vase romain d’une pate 
grise trfes grossifcre et mestrrant 0,27 e. de fcatrt. 

En 1826, la pioche d’un ouvrier qui creusait 
Ie ruisseau de Eretbaa , dans la prupriete de M. 
Pigault de Beaupr6 , heurta un vase noir , gros- 
sierement fagonne et coutenant cinq couches dis- 
tinctes de paille, entre lesquelles se trouvaient 
des depots de cendres, et que rccouvrail de la 



paille brulee. Cette interassante trouvaille avail 
tons tea caractfcres d’un vase fu «4raire de I’dpoqoc 
Gallo- Romaine (1). 

En 1 829 , on decouvrit encore k Frethun un 
vase romain de couleur brune et de fabrique 
grossiere , semblable a celui qui figure au N° 6 
de uotre PI. I. 

C’est dans le meme lieu qu’en juin 4847 on 
deterra de la poterie romaine noire, ainsi quo les 
vestiges d’une curieuse magonnerie. 

Le 4 4 avril 4831 , on trouva dans la oitadelU 
de Calais le pot figure sur la pUnehe I ci-jointe* 
n° 5. 

De 4 834 k 4 839 , l’int6ressant musle do Bou- 
logne, s'est eiuricbi de deux urnes et d’un pot en 
terre gris&tre, d’ua dessous de coupe en terroroege* 
d’une mddaUle comulaire Antonia* d’ua fragment 
de n»e«le , d’une lampe , d’une elef , d’un for 
de lauee et de nombreux fragments do paterie. 
Toutes ces ra rates romainea proveoaient de, fondles 
faites k Marek et avaient etd trcmveea k 1a pso- 
fondeur de on metre et domi (2). 

ft) r, dim* F/h mstfgateur, la page 44* de ht notice de M. Latapte^ mr 
Us fun frai lies chez Us ptvptes die I'emtkpriU. An. 144$, torn Tl, V ad* 
rfe, pp. Ml h m. — 411 A 4fl. — 44* A 404. 

Le riche music de Boulogne poss&de, en outre! un bon nombre de 
mldailles et autres objets de 1’lpoque Gallo-Romaine, recueillis dans notre 
tea ton. On y troure une adrie eurieuse do wreriet et de poterlos remd* 



348 — 


En 4836 , des cuitivateurs deterrerent a Oye , 
pres de la commune de Marck , deux vases en 
terre grise, de fabrique commune, en tout pa- 
reils a celui qui a ete decouvert au Beaumarais et 
qui se trouve represente au n® 8 de la pi. 1. Le 
dessous de coupe, figure au n® 6 de la planche II, 
provient de la meme trouvaille. 

En 1849 , on a decouvert sur le domaine de 
Maltorehe , pres de la limite des Communes de St. 
Pierre et de Marck , des m6dailles de Faustine. 

En 1 852-1 853, le sol de Marck a encore fournl 
des poteries de l’6poque Galto-Roraaine : une urne 
en terre grise commune, de Q,23c. de haut; une 
petite coupe et d’autres produits ceramiques. en 
terre uoiratre et d’un grain grossier. 

Aux abords du chemin romaiu de Leulingue k 
St-Tricat et Guines , entre les communes de Fre- 
thun et Bonningues , on d^couvre assez frequem-- 
reent des monnaies et autres antiquites romaines. 
On cite, une magnifique bague , qui se trouve au- 
jourd’hui dans la possession de. Madame Becquet; 
une piece en or , d’une remarquahle conservation , 
trouvee a St-Tricat en 4813, appartenant a M. de Gui- 

m provenant de dlconvertes faites dans tout rarrondissement, et, an nom- 
bre des plus remarquables, cellos qui ont He trouve es k Etaples. — V. 
C.-R. Smith : Bronze fibulae qnd Battery, found atEtaples , pp. 8 et 4 
et pi. 1*4. 

Enfin le mus£e de Boulogne a acquis en 1834 un grand vase romaiu de 
grain rouge, et un second vase de couleur noire, decouverts * Calais meme, 
en 1883. 



— 340 — 


2ELIN, et qui datedu tyran Eugenius, tue en 394 ; des 
raedailles de Tibere , de Valens, et de nombreuses 
monnaies au type d’Antonin, qui sdjourna long- 
temps dans la Morinie et fit achever le cbemin de 
Leulingue. 

De pareilles d^couvertes se font aussi sur les 
1 unites du canton de Calais. — Le 12 juillet 1760, 
un tourbier deterra, sur le territoire du Bois-en- 
Ardres , un pot contenant plus de 400 pieces du 
Bas-Einpire. — ‘Le 31 octobre 1767 des ouvriers 
trouverent dans les marais, vers Ardres, un grand 
nombre de medailles qui remontaient pour la 
plupart k Postbume. 

Yers la fin de 1844, on dkcouvrit a 300 me- 
tres nord du Pont-sans-Pareil , le gracieux vase 
funeraire en terre grise que represente le n° 2 de 
notre planche IV. — Vers la m6me epoque , on 
trouva dans les tourbiferes de Guemps , k Test du 
Houlet et a une profondeur de deux metres et 
derai, de la poteric noire d’un grain superieur. 
*— Les tourbieres de Nordkerque recelent aussi 
des souvenirs de 1’occupation romaine. Nous avons 
figure, aux n° 10 de la pi. 1 et n°* 4 et 10 de 
la pi. II, des poteries qui proviennent de ces tour- 
bieres. — Enfin Tournehem a et6 recemmcnt en- 
core explore avec succes ; en 1849 et 1850 on y 
a trouve des lampes romaines de diverses dimen- 
sions et des poteries rouges d’une pate asse2 
fine , qui datent de la meme periode. 


45 



Mais c’est multiplier inutilement les preuves que 
de les demandcr aux cantons voisins. Nous nous 
bornerons done k ces citations. Le comite de 
Calais a d’ailleurs circonscrit ses investigations 
toutes speciales a la commune de St-Pierre et a 
celle de Marck , qui recemment encore a ete le 
theatre de trouvailles archeologiques d’un tres grand 
interSt. 

Le comile ajoute que ebaque jour les cultiva- 
teurs des terrains inferieurs du Calaisis deco uv rent 
des anliquites qui portent le cachet de la p6riode 
Gallo-Romaine ; que chaque jour la charrue ramene 
a la surface du sol des medailles , qui attestent 
le skjour des Romains dans le canton , et qui or* 
nent les musees de la province et les cabinets des 
archeologues. Disons pourtant qu’une bonne por- 
tion de ces ricbesses numismatiques va trop souvenl 
encore s’engloutir au creuset de l’orfevre. 

Le comite esperait pouvoir reprendre les fouilles 
du Reaumarais , en faisant couper quelques-unes 
des mottes de terre qu’on rencontre a l’ouest de 
cette section. II comptait ainsi completer le travail 
d’ensemble qu’il a prepare sur 1’occupalion romaine 
dans le Calaisis , en £claircissant certains points 
encore obscurs de l’antique topographie de la 
contree. Tout en se soumettant aujourd’hui au 
desir exprime par la Societe des Antiquaires de la 
Morinie et en tui adressant ce rapport sommaire, 
le comite du canton de Calais ne renonce pas k 



— 331 


Tespoir de poursuivre ses reclierches et d’offrir a 
la society uu travail plus digne d’elle. 

Pour se r6sumer , le comite a ddcrit succinte- 
ment les poteries qui sont figurees au cinquikme 
dans les planches jointes a ce compte-rendu, et 
qui proviennent presque toutes des fouilles faites 
au Bcaumarais. 

Les n°® 2, 3 , 4 et 9 de la pi. I sont d’un 
travail tres-fin, avec couverte noire (1). 

Le n° 1 de la meme planche est d’une pate 
jaune trfcs legfere et d’une fabrication assez re- 
cherchee. La terre des n os 6, 7, 8 et 12, ainsi 
que celle du n° 3 de la pi. IV est d’un grain 
tres grossier , couleur gris-ardoise (2). 

Outre l'exemplaire semblable au n° 3, cit6 plus 
haut a l’occasion d’une trouvaille faite k Oye, il 
a ete trouve a Marck , en 1833, un troisieme 
vase de la meme espece. 

Les poteries n°® 1 a 5 , 7,8,9, 11 et 13 
de la pi. II sont toutes d’une pale rouge assez 
fine (3) ; le grain noir du n° 1 4 est d’une qua- 
lity inferieure; la lampe n° 15 est en terre jau- 
catre. Les i, # * 3 et 5 de cette planche se trouvent 

(1) V. Jour, of the Brit, archeol. assoc. Oct. 1847, p.249-250; — et l’in- 
tlressants notice de M. Roach Smith : Roman Sepulchral Remains found 
at Stroud, in Kent. PI. IX, X et XI. 

(2) V. Collect, antiq . de C. R. Smith, vol. II, part VIlUt IX. 

(3) V. The Graphic and Historical illustrator, par N. Brayley, 1834; 
p. 345 et 378. 



— 352 — 

en double au musee de Calais. Ainsi quc nous 
1’avons deja dit , on a retire des marais a tourbes 
de Nordkerque un vase pareil a celui que repre- 
sente le n° 4. 

Le n 4 12 de la meme planebe offre un frag- 
ment de terre grisatre de 0,15 c. de longueur, qui 
paraitrait provenir d’un instrument de musique fort 
en usage cbez les Romains, sous le nom de tibia 
utricular it. 

Ces vases et ces debris ayant longtemps ete enfon- 
c6s dans des terres soumises au labourage , les 
marques de potiers , qui d’ailleurs sont loin de 
sc rcncontrer sur toutes les poteries , ont ete frois- 
sees et usees au point de rendre les noms com- 
pletement indechiffrables. Void les seuls fragments 
d’empreintes qu'il nous ait 6te possible de recueillir; 
FORTVNATVS 
JV..-OF 
MA..VR. - MA 
M... -F 

PA VO ou POV. - F 
PO...VS ou PA..VS-F 
PVSSEO 
SACIRO-F 
..CESEN--*- (1). 

(1) V. Giraud de la Vlncelle; le cours d’antiquitls de M. de Caumont; 
et R. Smith, Collect . antiq., n°* 10 el 11, — Etchings of ancient remain* , 
1848, p. 148 . — The antiquities of Rich borough, Reculver and Lymne, in 
Kent; 1850, p. 58 a 74, 211 et 261. — V. aussi les observations de M, 
Ch. Pufour sur les noms de policrs et de verriers romains, recucillis a 
Amiens (Amiens, 18 48); p. 5 ii 7, n M XXV. LXXIX, XL, XLI, 



— 333 — 


Le moule a gauffres , figure au n° 3 de la 
pi. IV, a ete trouve k Marck en avril 1835; il 
est fabrique d’une argile noiratre et mesure 0,18 c. 
sur 0,15 c. et sur 0,22 c. y compris le manche. 
— La p&ire de meules portatives , en pierre pud- 
ding , provenant du Beaumarais et de Marck et 
representee au n° 7 de cette planche , a sur les 
plats 0,35 c. de diamfetre ; chaque meule mesure 
0,15 c. de haul. Elies pesent ensemble 47 kilo- 
grammes. La portion inferieure est moins forte 
que la meule superieure (1). 

Le chandelier dessink au n* 4 de la m&me 
planche est encore une trouvaille faite & Marck. 
II est en cuivre , dit potin jaune, et a 0,18 c. 
de hauteur. II en a ete trouve de pareils lors des 
travaux faits a Wissant , pour degager les maisons 
de ce bourg, que le temps et le sable avaient 
englouti. 

La brique figuree au n° 8 est d’un grain fort 
dur , avcc couverle rouge. Elle provient de fouil- 
les failes sur la route de Marck, a une tres petite 
distance du pont de St-Pierre-les-Calais. Elle me- 
sure 0,14 c. de long sur 0,09 c. 1|2 de haut et 
. 0,08 c. 1|2 d’epaisscur. , 

(1) V, sur les moulins romains, cn Pudding du Hertfordshire, les Col- 
lect, antiq, de C, R. Smith, a Tart. Roman remains of Springhead , p. 112, 
pi. XLI. — V, aussi les Mtmoins de la Soc. des Ant. dc Normandie, an- 
pce 1824, p. 57 et 58; — annee 1825, p. 21 . 




RAPPORT 


ADRESSE A LA SOCIETE DES ANTIQUAIRES DE LA 

MORINIE SUR LA CRYPTE DE LA NOUVELLE 
EGLISE DE BOULOGNE , par M. COURTOIS , 

AVOCAT , SECRET AIRE-ARCHIVJSTE. 


Messieurs , 

L’un de vos correspondants dc Paris , M. Morey, 
architecte du gouvernement , vous a ad r esse Irois 
dessins dont l’un represente le plan g£n6ral de 
la Grypte de Boulogne, un autre la coupe lon- 
gitudinale et transversale de cette construction 
souterraine et un troisifeme , les chapiteaux et les 
bases de quelques-unes de ses colonnes. 

Ges dessins d’une parfaite execution ont ete 
accueillis avec infiniment de faveur et de recon- 
naissance , et vous avez mis aux voix leur publi- 
cation dans votre Atlas. 

Mais alors, une importante question a ete sou- 
levee. On s’est demande si la Crypte de Boulogne 
etail bien reellement un monument ancien , sinon 
dans son ensemble , du moins dans quelqu’une 



— 35G — 


de ses parties et vous avez ete unanimes pour 
adopter ces conclusions , que si une partie seule- 
ment de cette substruction etait ancienne , il etait 
indispensable de l’indiquer sur le plan de M. Mo. 
rey. Car s’il n’en etait ainsi , ce travail quel- 
qu’interet qu'il puisse offrir sous le rapport de 
Tart, n’en offrirait aucun sous le rapport de I’his- 
toire et de I’archeologie qu’ont specialemcnt en 
vue les publications de votre societe. Les eclair- 
cissements que vous avez demandcs a cet egr.rd a 
M. Morey lui-meme vous ayant laisses clans la 
meme incertitude , vous avez cru devoir charger 
l’un de vos collegucs de vous faire un rapport 
sur ces trois questions consignees dans votre pro- 
ces-verbal du 2 avril 1852. 

Dans quel etat se trouvait la Cripte de N.-D. 
de Boulogne au moment oil elle fut decouverle ? 

Que restail-il des anciennes substructions? 

Quelles sont les additions nouvelles? 

En me choisissant de preference a tant d’autres 
de nos collegues , qui ont en archeologie monu- 
mentale des connaissances que je n’ai pas , vous 
avez eu tout particulierement en vue de faire un 
appel a mes souvenirs personnels , comme temoin 
oculaire , aide des renseignements que je pour- 
rais obtenir , soit aupres de M. l’abbe Haffreingue 
lui-meme , soit auprfes de ceux de nos membres 
correspOndants qui babitent les lieux. C’est de 
ces souvenirs et de ces renseignements que je vais 
avoir , Messieurs , I’honncur de vous entretenir. 



357 — 


Lorsque M. I’abbe Haffreingue est devcnu pro- 
prietairc en 1820 de 1’ancien pal