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BIBLIOTHEQUE
SAINTE |
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STRASBOURG ILLUSTRÉ
PANORAMA PITTORESQUE , HISTORIQUE ET STATISTIQUE
DE STRASBOURG ET DE SES ENVIRONS.
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Panorama Ae Strasbourg. Faubourgs. Page i.
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Vue des anciennes fortifications de la Ville derrière la fonderie el des faux remparts en 1830
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STRASBOURG ILLUSTRÉ
ou
PANORAMA PITTORESQUE, HISTORIQUE ET STATISTIQUE
DE STRASBOURG ET DE SES ENVIRONS,
PAR
FRÉD. PITON.
TOME II.
PROMENADES DANS LES FAUBOURGS. — DESCRIPTION DES ENVIRONS.
STRASBOURG,
CHEZ L'AUTEUR, RUE DU TEMPLE-NEUF, 15, ET CHEZ LES PRINCIPAUX LIBRAIRES.
PARIS,
LIBRAIRIE DE L'ÉCOLE DES CHARTES DE i. B. DUMOULIN
Quai des Augustins, 13.
BALE. LIBRAIRIE NEUKIRCH.
1855.
LEIPZIG,
CHEZ MATHEY ET GEORGE,
Libraires.
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STRASBOURG, IMPRIMERIE DE G. SILBERMANÎi.
PROMENADE
DANS LES FAUBOURGS.
FAUBOERGS.
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PROMENADE
DANS LES FAUBOURGS.
Quand, du haut des remparts, entre la porte des Juifs et le quartier de la Finckmatt,
on jette ses regards sur la ville, on aperçoit les vastes bâtiments de la fonderie de
canons avec leurs hautes cheminées fumantes.
Ces constructions sont assises, du côté du quai, sur le premier mur d'enceinte de la
ville. Au coin de la rue de la Fonderie, ce mur avec ses contreforts s'élève et retient
les terres du jardin de l'ancien couvent de Sainte-Claire, accumulées derrière, et
formant un cavalier, qui dominait le rempart moins élevé qu'aujourd'hui, et qui, en
1546 , entourait la ville depuis la porte de Pierre jusqu'à celle des Juifs.
L'antique tour démolie il y a deux ans, et dont nous donnons un dessin, servait
autrefois de prison pour les lansquenets et les autres troupes au service de la ville,
jusqu'à ce que la prison militaire eût été transférée, à la fin du dix-septième siècle,
dans la tour où elle existe encore. Un fossé double qui longeait ces anciens murs, et
qui sert de nos jours de canal de navigation, défense inutile, lorsqu'on eut entouré les
faubourgs de fortifications, fut remplacé, en 1546, par un autre fossé, creusé hors des
remparts, et qui reçut le nom de Fossé des XIII'.
C'était une époque bien critique pour notre ville , qui ne parvint qu'au prix d immenses
sacrifices à conserver son indépendance. Lié depuis la confédération de Smalcalde au
parti protestant, en Allemagne, et par sa foi religieuse et par sa politique comme
ville libre impériale, Strasbourg, ainsi que les autres villes et les princes ses alliés,
subit les conséquences fatales de la bataille de Mùhlberg, que Charles-Quint gagna sur
eux, en 1547.
La Fonderie.
Ancienne
prison militaire
1 Une des chambres gouvernementales de noire ancienne administration républicaine formée Je treize membres ,
reçut le nom de chambre des XIII.
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Ancienne
prison militaire.
Porte des Juifs.
4 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
D'un côté, il avait à craindre les armes impériales, de l'autre, à se méfier de
Henri II, protecteur intéressé de la liberté germanique (1552), qui, de concert avec le
connétable de Montmorency et à la faveur de son protectorat, s'était emparé de Metz,
de Toul et de Verdun.
Après la conquête de ces places, l'armée française s'approcha du Rhin; et alors
la population déploya une activité étonnante pour mettre la ville en état de défense.
C'est à cette occasion que fut construite la porte des Juifs, ainsi que le bastion qui
domine le rempart derrière le théâtre.
On employa, faute de mieux, les pierres couvertes de vieilles épitaphes des églises
du couvent de Sainte-Claire, de Saint- Augustin et d'autres qu'on démolit alors.
En commémoration de ces faits, on grava sur cette porte l'inscription suivante;
peut-être la pierre qui la contient est-elle de nos jours couverte par le rempart :
HENRICO GALLORUM REGE, MILITEM IN CAROLO V
IMPERATORUM AUGUSTUM PER HANC GERMANISE
PARTEM DESCENTE. S. P. Q. ARGENT. PORTAM. HANC
AGGERE ET FOSSA MUNIRE FACIT. ANNO MDLII.
MENSE MAJO.
Deux autres inscriptions que l'on voit encore, en dehors, à droite et à gauche de la
porte, témoignent de l'état des esprits à cette époque:
TERRORI HOSTIBUS.
PRESIDIO CIVIBUS.
Les années 1556 et 1563 indiquent l'achèvement complet de cette tour 1 .
Un chroniqueur contemporain raconte que les corporations des métiers se relevaient
pour travailler. On démolit la maison des arquebusiers et des arbalétriers, située hors
de cette porte, ainsi que les tuileries, la fonderie de cloches, les moulins, les maisons
de campagne. On abattit tous les arbres, on ne fêta pas même les saints jours de
Pâques, et l'activité était telle , qu'on pouvait à peine voir la ville à travers les nuages de
poussière qui l'enveloppaient de toutes parts. Aussi ces efforts furent-ils couronnés
de succès, car lorsque l'armée française s'approcha (c'était le 6 mai), la ville fit gronder
ses canons sur les remparts, toute la population était sur pied pour la défense, et on ne
permit l'entrée qu'au roi et à sa suite.
Laissons parler F. Rabutin, homme d'armes dans le corps du duc de Nevers, qui
dit dans ses mémoires: «Sa Majesté était logée en dedans le bourg (Hausbergen) et à
Après la construction de celte porte , qui fut achevée en 1556 , on voyait bien qu'elle n'était pas assez imposante ;
l'architecte de la ville, Fiaweler, releva la lour et construisit un corps-de-garde au grenier, en 1563.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 5
«l'entour, les princes, grands seigneurs, gentilshommes et les gardes, le reste campa Porte des Juifs.
«aux environs, M. le connétable de Montmorency avec lavant-garde un quart de lieue
«en avant, la gendarmerie s'étendait jusqu'à une petite lieue de Strasbourg. Quant à
«décrire certainement la situation et murs de la ville, je ne puis, pour n'en avoir
«approché d'une lieue; car les citoyens ne voulaient permettre entrer personne, ne
«seulement à la portée de canon. Quant à l'opinion en laquelle communément on la
«tient, on ne l'estime que l'un des villages de l'Allemagne; à la voir chacun pouvait
«croire et juger que c'est une fort belle, riche et grande ville et très-forte , comme elle
« en a le bruit, assis en lieu plat de tous côtés. »
Henri II voyant qu'il ne pouvait pas se rendre maître de cette ville par un coup de
main, et s'étant assuré lui-même de l'énergie de sa population et des moyens de
défense, en cas d'attaque, fit lever le camp à son armée, qui se dirigea vers Landau.
Une modeste maison située dans le chantier du sieur Klotz et adossée au rempart, Charnier Kloiz.
est contemporaine de cette porte. Nous lisons au-dessus d'une petite entrée qui conduit
à un escalier en spirale la date de 1558. Elle fut construite alors pour servir à la
compagnie des arbalétriers, à laquelle la ville avait cédé une partie du terrain, entre la
porte des Juifs et la rivière de 1*111 , lorsque le tir fut momentanément déplacé, par la
raison que nous avons indiquée plus haut.
Protégé de nos jours, d'un côté par le rempart, de l'autre par le canal de navigation Faux-Remparts
et par l'Ill vers l'est, ce terrain se trouvait dans le quinzième siècle hors de l'enceinte
de la ville. Le faux-rempart ou terre-plein de six mètres de largeur encaissé entre deux
murs, qui prenait naissance à l'entrée de la rivière dans la ville, près de Saint-Jean
(Maison-de-Force) , pour aboutir derrière l'église de Saint-Élienne , était fortifié à son
extrémité par une tour, appelée Sloltzeneck. C'est là que les deux fossés qui le
longeaient intérieurement et extérieurement, venaient déverser leurs eaux clans le
bras principal de la rivière. Cette partie des anciennes fortifications qui étaient en
beaucoup d'endroits tombées en ruines, fut entièrement démolie en 1831 et 1832,
lorsque la ville fit construire les quais de la rive droite du canal de navigation. Les
terres servirent alors de remblais à ces derniers. La construction du pont près de la
courtine des Juifs, du barrage, du sas avec ses écluses, termina ces grands travaux.
Quelques religieuses formèrent sur cette île un modeste établissement en 1299, en
face du couvent plus riche et plus opulent de Saint-Étienne, et y bâtirent une chapelle.
Dans la seconde moitié du siècle suivant, les institutions religieuses s'étant enrichies à
la suite de la peste qui avait décimé la population , les nonnes élevèrent , sous l'invocation
de sainte Claire, une église et un couvent, qui prirent le nom de Sainte-Claire-en-1'Ile,
pour les distinguer de Sainte-Claire-au-Marché-aux-Chevaux. Le couvent exista jusqu'en
1525, époque où la majeure partie des maisons religieuses fut abolie; il subit le même
sort; son emplacement fut entouré d'un mur avec des rondelles, ainsi que d'un fossé.
Couvent
Sainte-Claire.
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6 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Les deux anciennes tours qui protègent la ville, à droite et à gauche de la sortie de
la rivière, et que nous connaissons encore, de nos jours, sous les noms de Tour-des-
Pêcheurs et de Tour-dans-le-Sac , furent élevées en 1476.
Porte des Pêcheurs. La Tour des Pêcheurs subit , en 1840 , les transformations que l'on y voit aujourd'hui.
La terrasse et l'escalier extérieur de cette construction datent de la même année.
Pour mieux garantir encore la rivière des attaques du dehors, on éleva, sur ses deux
rives, des murs percés de meurtrières (1558-1563), dont les traces étaient naguère
encore visibles près de la porte des Pêcheurs. Ils existèrent jusqu'en 1772, année où
fut construit le Pont-Royal (aujourd'hui Pont-National).
Le premier pont jeté en cet endroit sur la rivière fut construit en 1674, avec herses
et pont-levis. Son peu de largeur en bornait l'usage aux piétons. Il fut remplacé par un
autre pont en bois plus large et voiturable. Celui qui est assis sur six arches en pierres
et que le génie militaire fit construire en 1 840 , est donc le troisième depuis celte époque.
Speclin, notre ingénieur militaire, fit combler, en 1577, le fossé qui coupa l'île
Sainte-Claire , en élevant le rempart, et un jardin , que la ville avait cédé à l'Ammeister
Wickram , orna alors la pointe qu'occupent de nos jours les chantiers et les magasins
de bois du sieur Gœrner 1 , et où les bateaux à vapeur viennent amarrer.
Pontonniers. En 1740 , le tir fut supprimé , et l'architecte de la ville se logea sur son emplacement.
La construction du quartier des Juifs date de la même époque, et la ville contribua pour
cent vingt mille francs à la construction de cette caserne, occupée aujourd'hui par le
corps des pontonniers.
Disons quelques mots de ce corps, qui a rendu de si grands services à l'armée
pendant les longues guerres de la république et de l'empire, et qui doit à l'Alsace sa
première formation.
En 1792, le gouvernement créa deux compagnies de bateliers du Rhin, pour faciliter
les opérations des armées sur cette partie de nos frontières.
Le général Custine fut chargé de l'organisation de ce corps, dont le premier
commandant fut un sieur Hoffet, Strasbourgeois. Grand nombre de bateliers de notre
ville, même des pères de famille, qui à cette époque se trouvaient sans travail, à cause
de l'interruption du commerce, s'y enrôlèrent. Les bateliers du Rhin furent distribués
sur les principaux points de défense. Fort-Louis, Gambsheim, Strasbourg, Brisach et
Hunin^ue en reçurent leur part; aussi furent-ils appelés plus tard matelots du Rhin.
En 1795, le corps fut formé en bataillon de pontonniers sur le Rhin. Il avait toujours
son dépôt à Strasbourg, et depuis celte époque il a pris droit de cité parmi nous, car
les eaux du Rhin et de l'Ill sont essentiellement favorables à ses travaux. Depuis le
* Ces magasins ont été construits au commencement du dix-huitième siècle, par l'architecte de la ville, Mollinger,
auquel nous devons aussi la construction de l'Hôpital civil.
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Strasbourg illustré Faubourgs. Page 6 & 56.
/, Aiivicii bastion au sortir de la rue dAusterltiz. ?, Débouche' de la rue de la Madeleine-- .9. Wàiseru/ralen . à. Fau.r rempart -au- lequel soat a^suar l&r maisons
intérieures de ta me des û/pl/j>lijzs. £ Hue- des Orphelins, Josse comité ', de rrUm* r/ua le lialswu/jnAe/?, . fi', flaes d'AustertiU . 7. Mur d'enceÙiU <fi'l j-jclsle encore
derrière la Caserne- ■ d Artillerie . iï.Porle dAu.rteri/lz . .î? 3/iw d'âftceifzl» inférieur duquel il ««* erw-ora une' j)ar-li& derrière la Madeleine .
Porte des Bouchers et Fortifications environnantes.
/ Porte dix- PèeJu'Mrs. 3, T&UT dan,? U S»C S, Le SlolUenaelc. .pointe dos Faujc remparts. -",, Mur rù- fortification 'du,
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Porte des Pêcheurs et Fortifications environnantes.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. ?
commencement des guerres de la république jusqu'en 1815, pendant cette grande
époque de gloire, achetée au prix de tant de sang, les pontonniers se signalèrent
par leur intrépidité et leur dévouement. Les services qu'ils rendirent à l'armée de
Sambre-et-Meuse, les passages du Rhin et du Danube, à l'île de Lobau, et la
construction des ponts sur la Bérézina , pour sauver les débris de cette grande armée,
poursuivie et vaincue bien plus par le froid que par le fer de l'ennemi, sont de belles
pages dans notre histoire militaire contemporaine. Trente ans après ces campagnes,
nous sommes heureux de posséder encore parmi nous des restes vivants de ce corps
héroïque. Ce sont: le commandant Heckmann, qui construisit le pont de bateaux sur
l'île de Lobau à la bataille de Wagram; G. Braun, qui jeta, par-dessus les f^°™^
s'entrechoquaient, un des ponts de la Bérézina, sous les ordres du gênerai Eble et
sous les yeux de Napoléon lui-même; le capitaine Hofîet; le lieutenant Dneu, aujourd hui
général d'artillerie; Murr, Groetzinger, qui servaient tous dans la 3e compagnie du
1 er bataillon 1 .
Après avoir passé le Pont-Royal, et avant de remonter sur les remparts, jetons un
coup d'œil sur le quartier de la Krutenau, qui, sauf l'agrandissement qu'il subit sous
Louis XIV, est le dernier qui se soit placé sous l'égide murale de l'ancien Strasbourg,
au commencement du quinzième siècle. Depuis la tour des Pêcheurs jusqu'au canal du
Rhin, qui se jette dans 1TÎ1 sous le Pont-aux-Chats, ce terrain était anciennement
connu sous le nom général de Krotenowe, Krutenau.
Par l'aspect seul des maisons qui forment des ruelles étroites et des impasses
tortueuses on voit que la population, primitivement composée de pêcheurs et de
bateliers s'était fixée le long de la rivière, qui fournissait à sa subsistance. Le reste
de ce terrain n'est occupé que par de grands bâtiments et de vastes jardms; la on se
sent à l'aise , on respire avec plus de liberté , tandis que du côté du canal , le moyen âge
étroit et sombre vous attriste et vous oppresse.
Ainsi que les jardiniers dans d'autres faubourgs, la populat.on de ce quartier a
conservé son originalité et son patois dur et rude. A sa robuste constitution, à son
teint halé, à la force de ses bras, à la largeur de ses épaules, on reconnaît aisément
la race infatigable de nos bateliers.
L'Ill et surtout le Rhin , cette grande artère de l'Allemagne , n ont jamais cesse d être
nour la batellerie strasbourgeoise et pour celle des villes riveraines une source de
richesses Mais comme tout est assujetti aux influences des époques , des mœurs et des
révolutions politiques, la batellerie, elle aussi, a traversé des temps plus heureux
' u'ourd'hui , n'étant plus protégée, comme autrefois, par d'importants privilèges. De
ons rédigé ces lignes , la mort a enlevé une grande partie de ces braves. Murr est mort
i Depuis que nous ^ Braun, en 1850, à l'âge de soixante dix-sept ans; et le capitaine Hoffet, en
en 1848; Heckmann, en îoo , j
1852.
Pontonniers
La Krutenau.
Navigation
sur le Rhin.
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navigation
sur le .Khin.
8 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
tout temps les bateliers strasbourgeois ont joui d'une grande réputation et par la
scrupuleuse attention qu'ils mettaient à surveiller la construction de leurs solides
bateaux, et par l'habileté pratique avec laquelle ils savaient les diriger. Depuis 1463 les
calfats et les constructeurs de bateaux furent incorporés à leur tribu. Anciennement
la navigation sur le Rhin, depuis Bâle jusqu'à Neubourg, leur appartenait, et quelquefois
même jusqu'à Spire et Mayence; ils s'étaient chargés de maintenir le fleuve navigable ,
en enlevant tous les obstacles que pouvait amasser son cours impétueux.
En 831 déjà, Louis-le-Débonnaire les dispensa des péages; les empereurs Henri IV
et Frédéric II, en 1195 et en 1236, les exemptèrent des droits qu'avaient les riverains
sur les bateaux naufragés. Dans la seconde moitié du treizième siècle et dans le
quatorzième et le quinzième surtout, le commerce et la batellerie déployèrent une
grande activité et une énergie guerrière.
La ligue anséalique des villes du nord s'était formée ; Cologne , comme ville du Rhin,
en faisait partie. A l'exemple de cette vaste association , et à la vue de la puissance , des
richesses et de la considération qu'elle acquit, les villes du Rhin se constituèrent aussi
en confédération , pour se soustraire au joug que faisaient peser sur elles les électeurs , les
grands vassaux de l'empire et la noblesse. La politique impériale favorisa ce dévelop-
pement de force, et une série d'empereurs, depuis Rodolphe de Habsbourg, en 1275,
jusqu'à Wenzeslas, en 1379, leur accordèrent leur protection et des privilèges
d'exemption des droits de péage. Cologne, Mayence, Spire, Oppenheim, Worms,
Francfort, Strasbourg et Bâle se prêtèrent secours pour la défense commune. D'autres
villes libres impériales, celles de l'Alsace , du bas Rhin , les villes de la Suisse , plus tard
celles de la Souabe et à leur tête les chefs du commerce de l'Allemagne centrale,
Nuremberg, Augsbourg et Ulm, grossirent cette ligue, et ainsi se forma une association
compacte de soixante et dix villes.
Armés pour la défense comme pour l'attaque, s'imposant réciproquement des
contributions pour entretenir les escortes nécessaires à la sûreté du commerce, pour
subvenir à l'entretien d'hommes d'armes et pour armer les bateaux qui devaient
naviguer sur les principales rivières , ces bourgeois commencèrent à saper la féodalité
et jetèrent, suivant les circonstances, leur épée ou leur or dans la balance de l'État.
Ces villes médiatisées eurent siège et voix délibérative aux diètes impériales ; la
noblesse fut plus ou moins éloignée de leur administration intérieure; le haut clergé
perdit de son influence dominante, et les négociants et les corporations des métiers
animèrent de leur vie laborieuse ou défendirent de leurs bras vigoureux ces municipes
qui s'assirent sur des bases plus solides.
C'est dans ce concours de forces isolées, au milieu d'une solidarité d'intérêts et de
rapports incessants, que l'épée fut souvent tirée du fourreau et ensanglanta les villages ,
les campagnes et les manoirs des parties belligérantes. Le Rhin fut témoin de ces scènes
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Navigation
sur le Rhin.
guerrières. Les péages qu'avaient établis les princes riverains sur les bords, étaient
souvent très-onéreux pour le commerce et pour les bateliers; maintes fois ceux-ci
furent même attaqués et pillés dans leurs courses, malgré la protection que leur
accordaient les empereurs; alors éclatèrent les vengeances, et les princes de l'empire
avec leurs vassaux ne trouvèrent pas indigne d'eux de s'associer aux villes confédérées,
soit pour punir un affront personnel, soit pour ruiner un ennemi, soit même dans
l'intérêt de la puissance impériale, selon les exigences diverses de leur politique. C'est
ainsi qu'en 1271 toutes les maisons de péages, depuis Bàle jusqu'à Cologne, furent
démolies et qu'au commencement du siècle suivant beaucoup de châteaux forts des
bords du Rhin furent pris et détruits. En 1351 , l'empereur Charles IV avait engagé
pour 45,000 florins le péage de Spire à l'évêque de cette ville, qui chargea d'un impôt
onéreux les bateliers et le commerce. Lésés dans leurs intérêts, ceux-ci quittèrent cette
voie et l'échangèrent contre le transport par terre. Le magistrat de Strasbourg fit barrer
le fleuve avec des palissades et des chaînes doubles , et interdit pendant deux ans toute
navigation, jusqu'à ce que justice eût été rendue.
Ce développement d'activité et de force devait porter ses fruits, et les villes libres,
riches et puissantes, brillèrent d'un vif éclat. Des lois sages et équitables les régissaient;
le commerce devint leur propriété, les foires y attirèrent des milliers d'étrangers. C'est
surtout dans le quinzième siècle , que la navigation sur le Rhin fut activée par le transit
des marchandises qui affluaient de l'autre côté des Alpes, de la riche et puissante
Venise, sur les bords du Rhin et passaient de là vers le Nord, vers la Lorraine et la
Bourgogne, et vers le centre de la France et de l'Allemagne.
Après ce petit aperçu historique, jetons un coup d'ceil sur les règlements qui Statuts des bateliers,
régissaient la corporation des bateliers en notre ville, et l'on verra qu'ils étaient puisés
dans les besoins et les mœurs de la société d'alors , et qu'ils témoignent d'un rare esprit
d'ordre et de prévoyance. S'ils portent par fois le cachet d'une excessive minutie, ils
assurent aussi des gai^anties précises au commerce , à l'état et à la batellerie , non-
seulement de Strasbourg , mais encore des autres villes associées , imposant de fortes
amendes à ceux qui les avaient enfreints.
Primitivement les bateliers ne faisaient pas partie des corporations des métiers; ils
appartenaient à la classe des Constof fiers , classe intermédiaire entre les nobles et les
artisans 1 . En 1331 . ils entrèrent dans les rangs de ces derniers et formèrent la première
corporation des métiers. Leur poêle était sur le quai des Bateliers, à l'enseigne de
1 Es ist zu wissende das die Schiffslùte zu Strosburg sinl gewesen je und je also lang die Statt Strosburg gewesen
ist und dienent mit keim Antwerke unze in das Johr do man zàlt nach Gottes geburt 1331 Johr. Do wurdent die
Schifflùt zu Strosburg zu einem Antwerke gemacht. Es ist ouch zu wissende dass aile di Recht und Artikel und
Gewonheit , so in diesem Buch geschrieben stont die Schifflùle zu Strosburg also lang gehalten liant also die Statt
gestanden ist, und das die zu ewigen Tagen soltent gehalten werden.
{Zunft und Artikelbuch. Archives de la mairie.)
FAUBOURGS. 2
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Statuts des bateliers. Y Ancre, dont le nom est resté à la ruelle voisine. Leur nombre s'étant considérablement
accru , on y ajouta encore, en 1350, quatre autres maisons de réunion.
A la tête de celte corporation se trouvait un conseil de treize membres assermentés,
élu tous les ans dans son sein et présidé par un membre du sénat; ce conseil connaissait
de tous les conflits qui s'élevaient dans la corporation et les jugeait. Cinq autres
membres assermentés, connus sous le nom de Ferliger (apprêteurs), devaient présider
au chargement des bateaux; ils étaient responsables de cette opération envers les
propriétaires. Ni les bateliers, ni les pilotes, ni aucun de leurs parents n'étaient admis
à y prendre part. Les apprêteurs étaient en outre obligés, avant le chargement, de
s'enquérir de la hauteur de 1111 et du Rhin, afin qu'il fût en harmonie avec le jaugeage
et l'état des eaux; ils prescrivaient même le nombre des matelots nécessaires au voyage
et à la manœuvre du bateau.
Comme dans toutes les tribus des métiers strasbourgeois, les bateliers nommaient
encore dans leur sein treize membres, les Ruger (dénonciateurs), qui étaient chargés
de surveiller l'exécution des statuts et de dénoncer au sénat toute contravention , afin
que réprimande ou punition s'ensuivît.
L'ouverture de la batellerie marchande se faisait le jour de Saint-Martin, et à la
Saint-Michel commençait le quartier d'hiver.
Celui qui entrait dans la corporation était obligé de verser à la caisse commune
deux livres pfennings et sept schillings , ou 9 fr. 40 c; ce qui petit être évalué , comparati-
vement à la valeur actuelle du numéraire, à une somme vingt fois plus forte. Il était
interdit à tous ceux qui n'en faisaient point partie, défaire transporter, contre salaire,
du vin ou d'autres marchandises sur le Rhin et sur lïll, dans les limites fixées entre
les villes riveraines. Néanmoins, les négociants pouvaient faire charger leurs
marchandises sur des bateaux à eux appartenant, mais ils étaient obligés de les faire
conduire par des bateliers de la corporation. Les voyages se faisaient à tour de rôle,
et deux bateliers, agissant en commun, ne pouvaient charger plus de deux bateaux.
Les contrevenants payaient quatre livres pfennings ou 16 fr. d'amende. Il était défendu
à tout batelier de se servir d'autres pilotes que de ceux qui faisaient partie de leur
corps, à moins qu'il n'en trouvât point à l'instant même sur la place.
Un batelier étranger arrivant à Strasbourg avec un chargement pouvait le remplacer,
s'il trouvait des marchandises à charger dans les trois jours qui suivaient son déchar-
gement ; sinon , il devait retourner à vide ; mais si sa destination l'appelait a un point en
amont de la ville, il perdait ce droit au retour. Les bateliers de 1*111 étaient exemptés
de cette mesure. Les bateliers de Râle et de Brisach sur le Rhin , comme ceux de
Schlestadt et de Colmar sur 1*111, arrivant avec des chargements à destination en aval
de Strasbourg, étaient obligés de les transmettre à la batellerie de cette ville. Ce
droit fut plus tard contesté par la ville de Bâle et abrogé par un jugement d'une
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commission mixte en faveur des bateliers bàlois, qui conservèrent une part de la Statuts des bateliers.
navigation en aval de Strasbourg.
Les princes riverains qui faisaient transporter par eau leurs vins , leurs grains ou
d'autres denrées à leur propre usage, n'étaient point soumis à ce règlement.
Pour garantir sa sûreté personnelle pendant ses voyages, ainsi que celle de la ville et de
son territoire, chaque membre de la corporation , s'il avait plus de vingt livres pfennings ,
ou 80 fr. de fortune, était obligé d'entretenir une armure, composée d'un casque,
d'une cotte de maille, d'une cuirasse , de cuissards et de brassards , d'un glaive ou d'une
masse d'arme; une inspection qui se faisait, au moins deux fois par an, en constatait
le bon état, et les contrevenants étaient punis d'une amende de cinq schillings ou 1 fr.
Nous venons d'indiquer les principaux articles des anciens statuts qui régissaient
l'ordre intérieur, et le mouvement de la batellerie marchande à des époques réglées
et à tour de rôle entre les parties intéressées; vient ensuite le transport des voyageurs
et des nombreux pèlerins qui choisissaient la voie du Rhin , pour se rendre à Notre-
Dame-de-l'Hermilage en Suisse, ou qui fréquentaient les pèlerinages de l'Alsace, de
Cologne, de Trêve, d'Aix-la-Chapelle et tant d'autres lieux que recherchait la foi
religieuse, pour y trouver la consolation et le pardon. Ces passages étaient plus
lucratifs que le transport des marchandises; mais ils dépendaient de l'arrivée, souvent
incertaine , des pèlerins. La règle commune ne pouvant pas être mise en pratique dans
ces circonstances , fit naître un usage basé sur les chances du hasard.
Lorsque les pèlerins ou autres voyageurs étaient arrivés en ville, le bedeau de la
corporation [Harrer), se rendait auprès d'eux et faisait marché pour le transport.
Puis il assemblait les bateliers au poêle , et le sort désignait celui ou ceux qui devaient
conduire les voyageurs aux conditions du marché conclu par le bedeau auquel revenait
un florin de courtage. Trois heures après, à moins que le retard ne provînt des
voyageurs, le règlement les obligeait à lever l'ancre.
A cette vie rude, énergique, pleine de périls en tout genre, que présentait alors la
navigation sur un fleuve , auquel l'art et la main de l'homme ont su depuis mettre un
frein, se mêlaient aussi des plaisirs non moins rudes et bruyants.
Les poêles ou maisons de réunion étaient témoins de leurs fêtes patronales, de leurs Fêtes des batelier
festins de corps, de leurs libations et de leurs rixes, tandis que sur 1T11, ces hommes
forts et robustes engageaient des luttes pacifiques entre eux et avec l'élément qu'ils
avaient journellement à combattre.
Tous les ans, quelques jours avant le 20 juillet, les corps des bateliers et des pêcheurs ,
maîtres, pilotes, limonniers et garçons, les uns costumés en toile blanche, ornés de
rubans et de fleurs, d'autres affublés de travestissements grotesques, sortaient en
cortège de la Krulenau , musique en tête avec les bannières de leurs corporations. De
là ils parcouraient la ville , se présentaient chez les Slàdtmeister et chez F Ammeister,
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!-êtes <Us bateliers, chez les sénateurs, chez les négociants, avec lesquels ils étaient en relation d'intérêts,
pour les inviter à leurs jeux , et les garçons bateliers, en récitant le formulaire d'usage,
ne manquaient pas de faire un appel à la bourse des conviés. Le 20 juillet se réunissait
sur les quais des Pêcheurs, sous les hangars des marchands de bois, situés alors en face
et sur les ponts , une foule de curieux qui assistaient à ces jeux. De légères barques,
conduites par d'adroits rameurs, se croisaient en tout sens, chacune portant son
jouteur, qui, l'œil fixé sur son adversaire, la longue perche à bouton rembourré en
arrêt, lâchait de le renverser et de le jeter à l'eau. Alors des acclamations bruyantes
encourageaient le vainqueur, qui renouvelait la lutte avec un autre adversaire, pour
remporter les prix. A ces naumachies succédaient des jeux de bagues ou carrousels,
exécutés de même sur l'eau. Puis venaient des exercices gymnastiques ; on grimpait sur
des mâts de beaupré frottés de suif, on s'efforçait d'enlever des pièces d'étoffe attachées
au sommet; les moins adroits perdaient pied et tombaient dans la rivière. C'était ensuite
le jeu de l'oie. A une certaine hauteur au-dessus du niveau de l'eau était tendue , d'une
rive à l'autre, une corde à laquelle on avait attaché légèrement par les pattes une oie
vivante. Les concurrents, placés chacun dans une nacelle, au moment où, à force de
rames, elle passait au-dessous de la corde, s'élançaient rapidement pour saisir leur proie ;
mais le pauvre animal qui s'agitait avec terreur, leur échappait presque toujours, et
alors, comme la barque qui avait continué sa marche, venait souvent à manquer sous
leurs pieds quand ils retombaient, les maladroits joueurs allaient se débattre dans
l'eau au milieu des éclats de rire et des huées de l'immense foule des spectateurs. Baccbus
sur un tonneau vide, qui flottait sur les eaux, et d'autres divinités grotesques qui
naviguaient dans des cuvettes ou sur des planches, animaient encore ces solennités
populaires, auxquelles présidait une folle gaîté. Ces fêtes qui avaient bien aussi leur
mérite , se sont perdues depuis; le peuple a cessé de les rappeler, et ce n'est que lorsque
tous les dix ou vingt ans quelque illustre étranger vient visiter notre ville, qu'une de ces
représentations officielles est commandée, faible et pâle image du temps passé, et qui
n'offre plus cette fraternelle émulation, cette franche bonhomie, ce vif entrain qui
naissent du concours spontané de tous et que l'on ne rencontre plus que dans les fêtes
militaires. La planche ci-jointe, copiée d'un tableau du commencement du dix-septième
siècle, et qui provient d'une ancienne famille de bateliers strasbourgeois , donne une
idée de ces scènes populaires et représente en même temps l'église Saint-Guillaume et
le quai des Pêcheurs tels qu'ils étaient alors 1 .
Au quinzième siècle et dans la première moitié du seizième, la batellerie strasbour-
geoise était arrivée au faîte de sa prospérité. Les principales causes qui la firent déchoir
furent les convulsions politiques et religieuses des seizième et dix-septième siècles, la
Décadence
de la batellerie.
1 Nous devons ce tableau à l'obligeante communication de M. Jung , professeur à la faculté de théologie protestante
et bibliothécaire de la ville.
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Panorama de Strasbourg, Faubourgs, l'âge 1'
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Décadence
de la batellerie
PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 13
nouvelle direction que prit le commerce, qui peu à peu quitta la route des états
maritimes d'Italie , pour se porter de nouveau vers le nord , dans les ports de la Hollande
et de la Flandre, et la perte de presque tous les privilèges, causée par la concurrence
d'autres villes, d'autres étals riverains. Ce fut surtout Jean-Philippe, électeur et
archevêque de Mayence, qui, en protégeant beaucoup la batellerie de cette , capitale et
en accordant, en 1651, à elle seule le droit de transport des marchandées qui y
arrivaient, soit en amont, soit en aval , porta un coup funeste a cette mstxtuUon. Par
suite des plaintes portées par les villes de Cologne, de Francfort e de Strasbourg
des transactions qui eurent lieu à ce sujet, cette dernière ville fut encore avonsee;
, t rf} sWo nu'elle n'était plus qu'un enfant perdu de l'Allemagne,
mais trente ans plus tard, aloi s queue ne . h , . . YIV
sur la rive gauche du Rhin et entourée de l'Alsace soumise a la puissance de Loms XIV,
elle fut oblieée de plier. .
La batellerie marchande ne conserva plus que le droit de transport deux fois par
an pendant six semaines, à l'époque de la foire de Francfort-sur-Mein. Grâce aux
efforts que fit le gouvernement de Louis XIV, elle obtint quelques autres droits, tel que
l'emploi des pilotes et garçons bateliers strasbourgeois pour la manœuvre et la conduite
des bateaux venant du bas Rhin ; ce qui n'occupa que quelques bras de plus, sans donner
plus d'importance à la corporation. Vinrent les guerres de la révolution et les campagnes
sur le Rhin , qui , en suspendant tout d'un coup toute l'activité des ports du Rhin , firent
de ces bateliers de bons et braves soldats 1 .
Sous le gouvernement de Napoléon, le commerce par terre ayant pris un developpe-
• r A n*r suite du blocus continental, le mouvement de la navigation rhénane
ment torce, pai &uuc <ju
se ranima un instant ; mais comme une lampe expirante dans laquelle on verse un peu
• la faire revivre momentanément, la batellerie strasbourgeoise se releva
DenlntZèlques aimées pour être anéantie plus tard par la vapeur, qui la domine de
s iours L'ouverture du canal du Rhône-au-Rhin avait bien laisse quelque espoir a
l'industrie batelière et au développement de son activité, mais sur ce nouveau terrain
,11e se trouvait d'un côté en concurrence avec le haut commerce, qui cherchait a s en
nnnroprier le monopole, et d'un autre côté , les bateliers étaient trop pleins de leurs
anciens préjugés pour se plier aux exigences de leur nouvelle position; ils ne pensaient
ms que malheureusement pour eux, les maîtrises et les jurandes n'existaient plus,
aussi peu que le protectorat qui favorisa leurs aïeux. Autres temps, autres mœurs!
' En traversant une de ces ruelles étroites qui aboutissent à la rue de la Krutenau , Pont-aux-Chats
ous arrivez au Pont-aux-Chats et au canal du Rhin. Ce bras se détache du fleuve en
> i ™tit nont du Rhin , d'où il communique avec 1111 ; il a servi de tout temps de
amont du peut puni uu *
• ♦• „ onirpres deux cours d'eau, mais seulement pour des bateaux de médiocre
communication enirc cesucu^
i Voyez Pontonniers.
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Poiit-aux-Chats. dimension; afm de le rendre navigable en toute saison et pour toute embarcation, on le
canalisa en 1734. A celte époque on construisit les deux sas, l'un en dehors de la ville,
près de la route de Kehl, et l'autre près du Pont-aux-Chats. En 1368 il est déjà fait
mention de ce pont, et dans le bon vieux temps, où l'on croyait encore aux spectres et
aux revenants, personne n'aurait osé passer pendant une nuit sombre clans ce quartier
mal famé de la ville. Quelques personnes noyées et quelques assassinats commis en ce lieu,
firent naître des contes à faire dresser les cheveux; le diable s'en mêla aussi, quand au
passage d'un convoi funèbre ce pont se rompit et que vingt-quatre personnes, le prêtre
entête, tombèrent dans l'eau. Malgré toute sa bonne volonté, l'esprit malin ne put venir
à bout de ce tour diabolique, car les vingt-quatre hommes furent sauvés, et personne
ne périt. Arnold, dans son Pfingslmontag, a su profiter de ces traditions pour imaginer
sa charmante scène du Magister Mehlbruje.
Le pont voûté en pierre, qui unit de nos jours les deux quais, date de 1818; c'est
le dernier dans notre ville qui ait été construit sur pilotis; les grands travaux en ce genre
qui ont été faits depuis reposent sur des fondements de chaux hydraulique.
Nous nous trouvons ici sur la limite du troisième agrandissement de Strasbourg, sur
la rive droite de 1*111 , connu anciennement sous les noms de Finckweiler (hameau de
Fink), Sanct-Marx et Sanct- Elisabelhenau (pré de Saint-Marc et de Sainte-Elisabeth) et de
Enlenpfûhl (mare des canards).
Déjà un grand nombre de maisons s'étaient élevées sur ce terrain; elles y formèrent
un faubourg pendant le treizième siècle, lorsque le second agrandissement au delà du
Fossé-des-Tanneurs fut exécuté. On commença en 1312 à entourer ce nouveau faubourg
de murs crénelés, et munis à l'intérieur de galeries, pour le service des archers et des
arbalétriers. Ce travail fut achevé en 1334; il se prolongea de la rive droite de l'Ill au
point où la rivière entre en ville , vers les portes de Sainte-Elisabeth , de l'Hôpital, des
Bouchers, et de là en ligne droite vers l'endroit où est de nos jours le pont de Sainte-
Catherine , pour se diriger en angle droit le long du bras du Rhin jusqu'au Pont-aux-
Chats.
De larges fossés défendaient l'approche de ces murs ; ils furent comblés à la fin du
siècle dernier et au commencement de celui-ci, et transformés tant en jardins qu'en
rues, sous les noms de fossé et place des Orphelins et rue Derrière-les-Murs , en
longeant le côté méridional des maisons de la rue des Bouchers.
Campagne En 1476, lorsque Strasbourg se vit menacé d'une attaque de Charles-le-Téméraire, ces
Charies-le-Téméraire murs furent flanqués de quatorze tours carrées , qui servirent autant à défendre la ville
qu'à observer l'ennemi au dehors. Il restait encore trois de ces tours au commencement
de ce siècle; l'une près de la porte de l'Hôpital, qu'on avait exhaussée pour en faire
un observatoire astronomique, la tour de Sainte-Catherine à l'angle, près du pont,
démolie depuis, et la Tour-des-Florins (Guldenthurm) , appelée faussement en français
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Tour -des -Martyrs, que nous avons sous les yeux, avec une partie resiée intacte Campague
de ces fortifications primitives. La Tour-des-Martyrs où était établie la torture, Charles-le-Téméraiie
avec tous les terribles instruments de supplice en usage dans ces temps heureusement
loin de nous, était située dans la rue de la Prison, derrière l'hospice de Saint-Marc
(Dâumellhurm).
A l'époque de la construction de cette tour, nos hommes d'armes, au nombre de deux
mille, avec une nombreuse artillerie et sous les ordres de Pierre Schott, combattaient
avec les Suisses contre l'armée de Charles-le-Téméraire, à Fléricourt, à Blâmont et à
Granson. Le 22 juin 1476, à la bataille de Morat, qui abattit la puissance et l'orgueil
du duc de Bourgogne , Strasbourg avait envové cinq cent cinquante cavaliers , trois cents
arquebusiers et douze pièces de canon, sous les ordres du comte Louis dEptingen et
du capitaine Guillaume Herder. L'un d'eux commanda, à côté d'Oswald de Thierstein,
la cavalerie, et l'autre, à côté de Hans Waldmann de Zurich, le corps de bataille des
alliés. Après cette victoire , les Strasbourgeois s'associèrent de nouveau aux cantons
suisses , pour aider, avec douze cents hommes et moyennant un prêt de dix mille ducats,
le duc René de Lorraine à reconquérir ses états par la bataille de Nancy.
Cette partie de la ville réveille des souvenirs touchants de l'esprit de fraternité , qui
liait pendant des siècles la petite république strasbourgeoise aux républiques suisses ,
tandis que la maison de Lorraine n'a pas gardé longue mémoire, dans les siècles
suivants, des services que Strasbourg avait rendus à sa cause. C'était en 1576, les
dissensions religieuses, poussées de part et d'autre jusqu'au fanatisme, avaient séparé
la société en différents camps, qui se faisaient une guerre acharnée, ou s'observaient
avec une soupçonneuse inquiétude.
Entre la France et l'Allemagne , l'Alsace était devenue, pour ainsi dire, une place
d'armes où les partis se recrutaient et où les intrigues de cour avaient leur jeu. Des
armées s'y assemblèrent, pour combattre soit dans les rangs du roi de France et des
Guises , soit dans ceux des Huguenots ; dans l'armée de l'empereur comme dans celle des
princes protestants de l'Allemagne. Le pays fut dévasté par ces bandes de soudards,
qui prêtaient leurs bras à la défense de ces diverses causes, et la famine et les maladies
ajoutèrent leurs ravages à ceux de l'ennemi. Au milieu de tous ces malheurs, Strasbourg
demeura sain et sauf et protégeait de tout son pouvoir ceux qui venaient se réfugier
dans ses murs. Bien plus, pour faire oublier ces scènes terribles et mêler quelque joie
à tant de douleurs, elle avait fait , au mois de février de cette même année , un appel à
toutes les villes et aux seigneurs, ses alliés, et les avait conviés à un grand tir et à des
fêtes publiques. De tels amusements répondaient à l'esprit guerrier qui dominait alors
la société et cette invitation fraternelle réunit en nos murs près de quatre cents
étrangers, de la Souabe , du margraviat de Bade, de la Bavière, des villes du Rhin et
du Mein et de la Suisse.
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Voyage
des Zurichois.
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16 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Le tir à l'arbalète commença le 25 mai et dura jusqu'au 11 juin, où il fut remplacé
par le tir à l'arquebuse , et les fêtes finirent par une grande loterie que l'on commença
à tirer le 13 juin.
Pendant les deux mois que durèrent ces exercices et ces divertissements variés , qui
occupaient une société si hétérogène, tant par la nationalité que par les diverses classes
des populations qui la composait, la paix et la concorde régnèrent dans nos murs,
et en rentrant dans leurs foyers domestiques, tous vantaient à l'envi l'hospitalité
strasbourgeoise.
Il vint entête à quelques jeunes Zurichois, enthousiasmés par ces nouvelles, de
faire une visite à leurs alliés et en même temps à leurs compatriotes, qui se trouvaient
au tir au nombre de plus de soixante, sous la conduite de Conrad Grosmann et de
Hans Brâm, leur respectable bourguemestre.
Le voyage fut arrêté et fixé à l'époque de l'anniversaire de la bataille de Morat;
quarante-huit bourgeois de Zurich de toutes conditions, présidés par l'Obmann, Caspar
Thoman, s'associèrent en s'adjoignant un corps de musique , composé de trois trompettes ,
de deux tambours et d'un fifre. Les noms des voyageurs ont été consignés dans les
chroniques du temps. Un costume uniforme devait faire oublier les différences sociales
qui les séparaient, tout en les distinguant dans la masse du peuple avec lequel ils
venaient fraterniser.
Un grand bateau fut équipé pour ce voyage, et des bateliers de relai furent
commandés à Lauffenbourg , à Bâle et à Brisach. Grâce au progrès des sciences et de
l'industrie on peut faire de nos jours le trajet de Zurich à Strasbourg par terre en dix-
sept heures ; à cette époque il fallait quatre jours, et trois pour l'exécuter par la Limmat ,
par l'Aar et par le Rhin. Ces hardis nautonniers voulurent l'effectuer en un seul jour, à
l'exemple de quelques-uns de leurs ancêtres qui l'avaient déjà entrepris en 1456, mais
avec moins de solennité. Des provisions en tout genre furent embarquées pour soutenir
les forces des voyageurs: trois cents craquelins et un chaudron rempli d'un millet
chaud, cuit au lait et posé dans un tonneau rempli de sable chauffé, devaient être
présentés a Strasbourg, les uns pour être distribués aux enfants de la ville, et l'autre
pour être servi sur la table des nombreux convives Le jour de l'expédition fut fixé au
mercredi 20 juin, et annoncé d'avance à Strasbourg.
Le matin, vers les deux heures, les courageux nautonniers se mirent en route, à la
faveur d'un ciel étincelant d'étoiles, et aux acclamations d'une nombreuse population.
Les rives de la Limmat et de l'Aar fuyaient avec vitesse devant le bateau, poussé par
tant de bras vigoureux. Déjà au lever du soleil le Rhin les avait reçus, et ils glissaient
rapidement sur ses flots verdâtres. Arrivé à Lauffenbourg, ils déchargèrent leur bateau
au-dessus des tournants du Rhin et en chargèrent un autre, préparé au bas. Lorsque
dix heures sonnèrent , ils passaient sous le pont de Bâle ; une décharge d'artillerie les
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
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salua de la part de la ville , et mille voix les félicitèrent de. leur courageuse entreprise.
Dès lors ils purent espérer d'arriver avant le coucher du soleil à l'antique cité qui
devait les recevoir. Épuisés par la chaleur du jour et par la fatigue, un repas, pris au
milieu du fleuve , en vue de Vieux-Brisach, répara leurs forces. Us passèrent rapidement
devant les châteaux de Sponeck et de Limbourg qui baignent leurs pieds dans les
flots du Rhin. Là, ils quittèrent les rives montueuses du fleuve et virent s'élever de
loin 'la flèche grandiose de la cathédrale de Strasbourg. A cet aspect leur courage se
ranima, et à sept heures du soir ils firent leurs adieux au Rhin et entrèrent dans le
bras d'eau qui le joint à l'Ill.
Contents et fiers de la réussite de leur voyage qui s'est accompli sans obstacles et par
un temps magnifique, ils se préparent à la réception. Après avoir arboré la bannière
bleue et blanche aux armes de Zurich, ils jettent le manteau de velours noir sur leurs
pourpoints et leurs chausses rouges, et ornent leurs chapeaux de plumes; les trompettes,
les tambours et le fifre entonnent une musique guerrière, et ils entrent en ville au
mouvement cadencé de leurs rames.
Cette antique tour et ces petites maisons en bois sculpté qui y sont adossées, nous
raconteraient, si elles pouvaient parler, l'étonnement et l'allégresse, les cris et les hourras
qui accueillirent ces intrépides nautonniers. Mais laissons parler le vieux Fischart, poëte
de ces temps , qui a décrit en vers cette expédition et le séjour des cinquante-quatre
en notre ville'.
« Weil man aber liât vernommen
«Das die Geselschaft an soit kommen ,
«Auch etlich Gwett drauf waren bschehen.
« Wo man sic heut wird kommen sehn ,
« Da stund vom Giesen zwar herauf
« Zum Kaufliaus zu ein solcher Hauf,
« Von Mann und Weibern jung und ait
« Das es sah wie am Gslad ein Wald.
« Welcher Hauf als ers sah herkommen
« Mit iren Trommeten und Trommen ,
« Do sprach er: Allhie sind die Leut
« Die wir heut han erwart so weit ,
« Hie sind dieselben Eidgenossen
«Welche vollprachten was sie bschlossen.
« Wer will forihin meh kônnen sagen
«Dass Arbeit nicht konnt ails erjagen? etc.
Voyage
des Zurichois.
«Puisqu'on savait que la société devait arriver en ce jour, et que beaucoup de
paris étaient même ouverts, sur la possibilité de l'exécution, de ce voyage dans un
si court délai, la foule qui se pressait sur les quais, depuis le canal jusqu'à la douane,
était si compacte, qu'elle ressemblait de loin à une épaisse forêt d'hommes et de
femmes de tout âge. Quand on vit arriver la barque avec ces nombreux visiteurs , et
qu'on entendit le son de leur musique, des cris d'étonnement s'élevèrent, et l'on salua
les confédérés qui osaient réaliser leur téméraire projet en répétant l'adage : Vouloir
c'est pouvoir ! »
Après qu'ils eurent amarré leur bateau, quelques membres du sénat vinrent les
1 Das glùckhaft Schiff von Zurich. Ein Lobspruch von der glùcklichen wohlferligen Schiffahrt, 21. Juni 1576 von
Fischart.
FAUBOUKGS. 3
Leur arrivée.
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Voyage
des Zurichois.
Leur séjour.
[
18 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
complimenter au nom de la ville et de ses nombreux convives. Caspar Thomann
répondit: Qu'en amenant du millet encore chaud, de Zurich à Strasbourg, en dix-sept
heures, ils voulaient prouver par là à leurs amis combien ils seraient prompts a venir
à leur secours lorsque le danger l'exigerait. Paroles touchantes et naïves qui contrastent
avec le langage ambigu et froidement officiel de la diplomatie moderne. Les événements
prouvèrent plus tard qu'ils étaient hommes à tenir parole.
Le convoi se mit en marche accompagné de la foule, à laquelle les arrivants
distribuaient les craquelins cuits à Zurich; il se rendit au Poêle -des -Maçons (sur
l'emplacement duquel est bâti de nos jours la préfecture), où se trouvait prépare un
grand banquet , présidé par les Ammeister et les Stâdtmeister , et auquel le sénat et une
grande partie des convives étaient invités. Le plat d'honneur était naturellement le
millet national suisse; il fut servi tout brûlant.
s Sie liesscn auch gleiclt pringen dar
« Den Hirs der zu Zurich kocht war,
« Und liessen dess auf jeden Tisch
«Ein Platt voll tragen , warm und frisch,
« Dessen sich mancher gwundert hat
« Wenn er in am Mund brennen that. »
Ce repas joyeux se prolongea fort avant dans la nuit, puis, à la lueur des torches,
on reconduisit la députation à l'auberge du Petit-Cerf, près de la cathédrale. En
lisant le journal de leur voyage, en voyant les honneurs que Strasbourg leur rendit,
les repas et les collations qui leur furent offerts, on peut dire avec le bon Lafontaine:
« On laisse à penser la vie que firent ces bons amis. »
Le lendemain jeudi , on les reçut au tir, hors la porte des Juifs; l'après-midi, on leur
montra l'arsenal, les greniers d'abondance, les caves de la ville , et le soir, le bour-
guemestre Hans Brâm les invita à un festin au Poêle-des-Tailleurs , où logeaient les
arquebusiers suisses.
« Dan sie dahin lud dass man kâm ,
«Von Zurich der Burgermeister Brâm,
« Weil daselbst wern losiret ein
< AU Eidgnosschùtzen die da sein. :
Le vendredi ils furent conduits dans l'intérieur de la cathédrale, où on leur montra
la belle horloge astronomique achevée seulement, deux années auparavant, par
Dasipodius 1 et les frères Habrecht de Schaffhouse, et on passa le reste de la matinée
sur la plate-forme de la cathédrale, où une collation était préparée. L'après-midi on
leur fit voir l'Hôtel-de-Ville/les écuries et l'hôpital, où leur furent présentés des
vins d'honneur qui y reposaient depuis plus de cent ans.
« Folgends man inns Spital sie leit ,
5 Da ein Abendtrunck war bereit ,
«Auch Wein von hundert vierzig Jar,
«Welchem noch graul kein har. »
Le samedi 23, dernier jour de leur séjour en notre ville, ils déjeunèrent avec le
' Lors de la loterie tirée à l'occasion de ces fêtes, le grand lot de la valeur de 415 florins fut gagné par Cléophée
Issler, servante chez le professeur Dasipodius; le comte palatin Jean Casimir, qui avait pris onze cents billets, ne
gagna rien.
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Strasbourg illustré Faubourgs Pa°el9 et 31.
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I)
SOUS - COUPE
enarôent ciselé, représentant l'arrivée des Zurichois à Strasbourg, leur présence au tir, la
distribution des fanions et leur départ , avec les médailles que la Ville avait fait frapper à cette occasion .
Nofe: Mas devons ce dessin à l'obligeante' commumaUwn, de- M r IûJler juge d Zurich-, peut-être m descwxùuit du Docteur Jory lùlkf: memireetktstonm.de cette eTpédidûn.
La Franee fermée aux Allemands.
Mef nos Alliés à couvert & bride les ennemis.
MEBAILLES FRAPPEES
en l'honneur de la reddition de Strasbourg a- delà Construction de la Citadelle et du Fort de Keh.1
LiLh d'£ Simon a Strasbourg.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 19
sénat à l'Hôtel-de- Ville; là on leur distribua, en souvenir de ces fêtes, des médailles en
argent et des fanions en soie aux couleurs de la ville de Strasbourg.
Les adieux furent touchants, pleins d'une franche cordialité, et de part et d'autre les
plus vives assurances d'amitié furent échangées.
Six voitures préparées par la ville et accompagnées de deux de ses soldats à cheval ,
chargés, l'un, de payer les frais de voyage, et l'autre, d'arrêter les logements,
attendaient les convives à la porte de leur auberge. Ils retournèrent dans leur ville
natale pleins de doux souvenirs, et y firent leur rentrée triomphale le jeudi 28 juin 1576.
Voyage
des Zurichois.
Leur séjour.
M
« Zwey Soldner von Strasburg der Stadt ,
« Deren der ein den Befelcli hat
« Dass er sollt der Furierer sein ,
« Der ander sollt bis Zurich hinein
« Zalen beides fur Ross und Mann ,
« Welch's do beid Soldner han gethan. »
De nos jours, il ne reste comme témoins de ces scènes des temps passés, que cette
vieille tour, l'auberge du Petit-Cerf, le Poêle-des-Tailleurs près du Broglie, quelques
médailles et le chaudron en fonte; en passant dans la rue du Vieux-Marché-aux-Vins,
devant les bains de Spire, vous y trouvez aussi , à gauche de la porte d'entrée et scellée
dans le mur, une pierre avec une inscription, annonçant que cette maison fut
construite lorsque les Suisses vinrent à Strasbourg avec le millet chaud , en 1576.
DAS HAUS STOT IN GOTTES HANT
UND IST IM SPIRBAD GNENT DO
DIE WAND MIT QUADERSTEINEN
GMACHT WAR ZALT MAN 1576
IN DER ZIT WAS ES VOLENT DO DIE
SCHWITZER VON ZIRCH GNENT
FUOREN IN EIM DAG HERAB MIT GWALT
BRACHTEN MIT INEN EIN HIRSEN IN
RECHTER GSTALT DER WAR NOCH
WARM UND SIES, DO ZU STROS
BURG WAR DAS SCHIESEN DAS SAG
ICH ON VERMESEN UF DER MUR
RERSTUB WARD ER GEGESEN DIE
GESCHRIFT IST DARAN GEMACHT
WER DOFIR GOT DAS ER BEDACHT
WAN DAS SCHIESEN WARD VO
LENT DOMIT BRING ICH DEN
RIMEN ZUM END.
Retournons sur nos pas et visitons cette église aux murs noircis et percés de hautes
fenêtres en ogive et de deux rosaces gothiques à droite et à gauche de sa porte d'entrée :
c'est l'église Saint-Guillaume. Les maisons à la droite jusqu'à la rue du Filet 1 formaient
anciennement le couvent des Guillemites; l'église fut bâtie de .1300 à 1306, par une
des familles nobles les plus riches et les plus puissantes de notre viile , celle des
Mùllenheim, dont on y trouve encore les armoiries.
Au commencement du quatorzième siècle, des frères de l'ordre de Saint-Guillaume
ou Guillemins, Guillemites, ordre institué cinquante années auparavant par le pape
Alexandre IV, vinrent à Strasbourg sous la protection de l'évêque Frédéric de
Lichtenberg. Dotés par les landgraves d'Alsace, Philippe et Ulrich de Werth, et d'autres
1 Vulgairement appelée Eammengassel dans l'idiome strasbourgeois : elle reçut son nom de Nicolas Hamman
archidiacre en 1416, nom que la traduction française changea totalement; au lieu de lui conserver le nom dé
rue Hamman , on traduisit le mot Hammen en Filet.
Saint-Guillaume.
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FWJ C
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WÊA
ES
20 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Saint-Guillaume, seigneurs , ils obtinrent cette église et bâtirent à côté leur couvent en 1311. Il fut rebâti
en pierre, sous leur prieur Erard Steinbach, en 1502, suivant cette inscription qui se
trouve dans l'intérieur, au-dessus de la porte :
DVRCH ERHART STEYNBACH PRIOR VND PROVINCIAL
WARD VOLLBRACHT D1SSER BVWE VBER AL
VND WAS XV VND H DIE JOR ZAL
ALSO BLIBT DAS SPRICHWORT BY DEM ORDEN
WOLT ICH ARBEITEN ICH WER EIN WILHELMER VORDEN.
SVB ALEXANDRO VI ET MAXIMILIANO ROM. REGE.
Couvent
des Guillemites.
Ces pères qu'on aimait beaucoup dans notre ville , s'occupèrent surtout de l'instruction
de la jeunesse, mais ils ne restèrent pas à l'abri de la corruption des mœurs qui
souilla les établissements religieux pendant la seconde moitié du quinzième siècle, de
sorte que le prieur Jacques Messinger fut obligé de porter plainte contre eux à l'évêque
Robert et au pape Sixte IV. Dans les sermons de Geiler de Kaisersberg, le prédicateur
de la cathédrale, nous trouvons des paroles sévères et pleines d'indignation contre ces
religieux. Leur discipline fut changée par une bulle papale de 1482, contre celle plus
rigide de Citeaux; mais huit ans après ils parvinrent à faire révoquer cette bulle,
et reprirent leur ancienne règle. L'avant-dernier prieur, Dithmar, élu en 1514, adopta
la doctrine de Luther, et bientôt après, en 1533, ces moines, après avoir traité avec
le magistrat de la ville, quittèrent leur couvent et l'église , et rentrèrent en grande partie
dans la vie civile 1 ; Jean Rixinger, leur dernier chef, resta seul fidèle aux règles de
l'ordre jusqu'à sa mort, en 1543.
Après le départ de ces religieux, les bâtiments de Saint-Guillaume subirent des
destinées bien diverses. L'église fut cédée au culte luthérien et devint un temple
paroissial, dont les pasteurs héritèrent des rentes des biens de Saint- Etienne, e'
eurent la direction spirituelle de cette maison d'éducation de dames nobles 2 .
Les bâtiments du couvent eurent aussi une destination religieuse; on y forma , d'après
les dogmes de la réforme, une pépinière de jeunes ecclésiastiques. Hédion et Bucer,
réformateurs à Strasbourg, s'appliquèrent à fonder ce séminaire, qui devait recevoir
surtout des jeunes gens de familles pauvres, mais bien famées, et qui montraient
d'heureuses dispositions pour les études. Un appel fut fait à toutes les personnes
charitables et à toutes les institutions religieuses, et cet appel fut entendu. L'hôpital
civil et l'hospice des pauvres fournirent de la literie et des meubles de cuisine; les trois
couvents de femmes à Strasbourg, un contingent de blés; les frères Chartreux s'enga-
1 La ville leur paya , comme à tous les religieux et religieuses qui avaient quitté leur couvent , une pension
annuelle de GO florins et une rente en blé.
2 Voyez Saint-Étienne.
PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
21
Couvent
des Guillemites.
Séminaire
gèrent à fournir par semaine un certain nombre de pains ; les chevaliers de Saint-Jean
de Jérusalem donnèrent cinquante florins. Saint-Thomas institua en faveur de cet
établissement une prébende de soixante sacs de blé et cinquante florins; et des quêtes
faites à domicile et dans les églises réunirent des fonds suffisants pour loger, nourrir
et instruire vingt-quatre jeunes gens qui se vouaient aux fonctions ecclésiastiques , dont
douze de la ville et douze étrangers. L'inauguration en fut faite à la fin de l'année 1544.
L'économie sévère et l'austère discipline qui régnaient dans celte institution forment
un contraste frappant avec la vie et les mœurs des étudiants de nos jours. Ainsi , les de SaiIlt -Guiiiaume.
étudiants qui manquaient alors à la prière du matin et du soir ou à l'un des trois
sermons du dimanche , étaient frappés de verges; l'entretien de la propreté des dortoirs
était à leur charge ; ils étaient même obligés de porter l'eau à la cuisine , et l'on exigeait
d'eux qu'ils se servissent de la langue latine pour leur usage habituel.
Plus lard, ce séminaire devint plus considérable encore. En 1660, il fut transféré
dans l'ancien couvent des Dominicains, où il existe encore de nos jours, sous son
ancien nom de Wilhelmitanum.
Ces bâtiments restèrent vides depuis 1660 jusqu'en 1682, où ils furent convertis en
maison de refuge et de travail pour les enfants et pour les adultes pauvres. En 1747, on
y logea les enfants trouvés, qui y demeurèrent jusqu'en 1769, où fut achevé le grand
bâtiment élevé à leur intention , et qui est devenu de nos jours le siège de l'Académie.
En 1776, ils furent restaurés, et aujourd'hui ce carré de maisons conligu à l'église et
entrecoupé de petits jardins, sert de logement aux trois pasteurs de cette paroisse et à
l'instituteur qui y lient son école; une seule devint propriété particulière, sous le nom
de Poêle-des-JardiniersK
L'église en elle-même, dans son intérieur, sous le rapport archilectonique, ne
présente rien de curieux , à l'exception du porche ; on y peut déplorer seulement les '
mutilations faites par les mains des hommes. Mais ce qu'il y a de remarquable , ce sont
de beaux vitraux qui datent de différentes époques; ceux qui représentent des scènes
de l'Écriture sainte, sont plus antiques qu'une série de tableaux représentant la vie de
saint Guillaume, exécutés avec une finesse de dessin et un brillant de couleur prodigieux.
Au fond du chœur on voit encore le tombeau d'Ulrich et de Philippe de Werth,
landgraves d'Alsace, sculpté en grès rouge par Meister Wolvelin de Ruffach, en 1344.
Ce tombeau consiste en deux pierres tumulaires superposées , dont la supérieure est
soutenue par deux lions; sur le haut repose Ulrich, dans le costume de son temps,
portant la cotte de mailles, recouverte de la cotte d'armes à gueule avec la barre
Église
Saint-Guillaume
'Sachons gré à l'instituteur actuel, M. Reussner, qui depuis trente-sept ans dirige cette école, des soins
généreux et désintéressés qu'il a mis depuis 1818 à l'éducation gratuite de sourds-muets pauvres de la ville et de la
banlieue. Ces soins avaient déjà porté d'heureux fruits , quand M. Jacoulot créa à la Robertsau son institut de sourds-
muets, subventionné par le département et par la ville.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Eglise
de Saint-Guilla
académie,
d'argent engrefflée d'or, armoiries des landgraves d'Alsace. Sa tête repose sur
son casque, et à ses côtés sont placés ses gantelets d'acier et sa longue épée.
Philippe est couché en costume de clerc sur la pierre inférieure. Plus loin, une autre
curiosité artistique attire nos regards: c'est un grand tableau du quinzième siècle,
sculpté en bois , qui représente saint Guillaume quittant son armure à la porte d'un
monastère et se revêtant du costume religieux, sous lequel, suivant la légende, il fit
river sa cotte de mailles , pour la porter pendant toute sa vie. Ce bas-relief peint ne se
distingue pas moins par la naïveté de la composition que par sa belle exécution.
Parmi un grand nombre d'épitaphes plus ou moins effacées par le temps , ressortent
cependant celles de l'antique famille des Bock et de quelques autres. Nous n'avons pas
pu y retrouver celle de Jean Mentelin et de ses épouses 1 . Son fds a illustré ce nom,
comme ayant exercé, le premier, l'art de l'imprimerie à Strasbourg. Une autre
inscription lapidaire nous rappelle Jacques Wimpheling, un des savants de notre
pays, auteur du catalogue des évêques de Strasbourg et de tant d'autres ouvrages
historiques et critiques; né à Schlestadt, il était ami de Beatus Rhenanus, son
compatriote, illustre comme lui, de Geiler de Kaisersberg, de Bucer, d'Erasme et de
tant d'hommes distingués de son temps , précurseurs de la réformation. Wimpheling
partagea leurs idées, mais resta néanmoins fidèle'à la religion de ses pères et mourut
à Schlestadt, en 1528. Après avoir logé chez les Guillemites, pour s'occuper tranquille-
ment de ses études, depuis 1501 jusqu'en 1503, il fut plus tard précepteur de Jacques
Sturm de Sturmeck, dont le nom se rattache à la monographie de la rue Brûlée.
Il serait à désirer que l'on imitât dans toutes les églises l'usage établi à Saint-
Guillaume , où l'on conserve sur un grand tableau les noms des pasteurs qui s'y sont
succédé depuis 1544; c'est toujours un précieux document historique.
Si votre sentiment archi tectonique se trouvait blessé à la vue de la tour inclinée, bâtie
en 1667 sur la principale façade, rassurez-vous sur le goût des constructeurs de
l'époque, en apprenant que déjà alors cette infraction aux premières règles de l'art
valut au charpentier qui s'en rendit coupable, une bonne volée de coups de la part du
maçon chargé de la construction.
En débouchant de la rue Saint-Guillaume, nous avons à notre droite l'École de
pharmacie, organisée en 1835, et dont le bâtiment fut élevé en 1841 et 1842; à côté
se trouve l'hôtel de l'Académie.
Ces grands bâtiments, dont nous avons indiqué l'origine dans l'article précédent,
contiennent les salles des cours des facultés de théologie protestante, de droit, de
médecine, des sciences et des lettres; les musées d'histoire naturelle, d'anatomie et de
physique, et les bibliothèques de droit et de médecine; établissements auxquels ils ont
Ces épitaphes sont citées par Huber dans son Histoire de l'église Saint-Guillaume
Strasbourg illustré Faubouros.Paôe 22-54.
il 1 11 an ni e quittant son Armure.
Bas-relief sculpté en bois,
' ! .v deStrojè.
Sur une échelle deo, 002 m.p'.m.
ûiirJt'ivh' ('{ilu nr!
An litii ambre
frouipaise
(Itlunct (hintrroùp
Grand l'abbiei français
Salle de rc'crpliorr
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Gnrde/whp Czèinel
__ , il .
Orct/nl (aèi/iet anlrirhim
CzSinel (wden>b&
au/ri c/ifi'/iii?
Cote' de A'c/d
Plan des Salles de réception de Marie Antoinette
élevées sur l'île du Rhin en 1770.
d'après un ancien Plan clans les Archives de la Ville
: . ' _
'
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS;
23
été appropriés en 1826. Pendant les guerres de la révolution, sur les bords du Rhin,
cet édifice fut évacué et disposé pour recevoir les soldats blessés et malades, et devint
ainsi le siège primitif de l'une des trois écoles de santé, fondées par une loi de 1794,
et qui furent établies à Paris, à Montpellier et à Strasbourg. Après ces guerres, une
partie des bâtiments fut souslouée, et une autre, revenant à sa- destination précédente,
redevint maison de refuge, de travail et hospice d'enfants trouvés.
En 1806, lors de l'institution des écoles de droit en France, Strasbourg fut doté de
l'un de ces établissements de haut enseignement, et après que Napoléon eut créé
l'Université impériale, en 1807, les facultés de théologie, des lettres et des sciences y
furent organisées. Bientôt, à cette époque où le territoire de la France s'étendait
jusqu'aux bords de l'Elbe et de l'Escaut, la nouvelle académie s'éleva florissante et
-peuplée de nombreux étudiants; les noms des Koch, des Fodéré , des Schweighœuser,
des Lauth et des Lobstein figurèrent dignement à côté de ceux des Schertz, des
Obrecht, des Sclîilter, des Spielmann, des Schœpflin, des Oberlin et des Hermann de
l'ancienne université.
Hermann est le fondateur du beau cabinet d'histoire naturelle, dont les premiers
éléments étaient sa propriété. Après sa mort, en 1800, le professeur Hammer, son
gendre, en devint propriétaire et le vendit à la ville. Celte collection, peu importante
dans son origine, s'est depuis immensément accrue par un grand nombre de dons,
d'acquisitions, et parles soins de MM. Duvernoy, Voltz et Lereboullet; en dernier lieu
surtout, les relations étendues de M. Schimper, notre infatigable voyageur, ont consi-
dérablement contribué à l'enrichir 1 .
La rue qui lon w e le jardin de l'École de pharmacie, et qui relie la rue de l'Académie
à celle des Poules, fut percée le 16 mars 1846 ; elle fut prise sur une partie du terrain
qu'occupait le vaste jardin de la maison tfournay, dont la ville avait fait l'acquisition
en 1844, en vue des constructions futures qui y eurent lieu.
Les bâtiments de l'antique abbaye de Saint- Etienne, où était placée la fabrique
des tabacs, se trouvaient dans'un état de délabrement menaçant ruine, et l'administration
songea à les reconstruire; mais, comme d'un côté, l'église, dont le chœur et le transsept
sont d'un style pur d'architecture romane, était classée dans la série des monuments
i Le Intiment de l'Académie dont les greniers sont éclairés par des fenêtres couchées aplat, et s' ouvrant à
tabatière' nous rappelle les immenses dégâts que fit en notre ville l'ouragan qui s'étendit sur elle dans l'après-midi
du 2" juin 1840, deux jours avant les belles fêles célébrées en l'honneur de Gulenberg, inventeur de l'imprimerie,
n" mémoire d'iiômme , on n'avait vu tomber des grêlons aussi volumineux ; on en a ramassé qui étaient de la grosseur
v m6 f oix avec son écale. On peut voir encore aujourd'hui sur la façade du bâtiment de la manutention les
U . nC ° r ? [[s i nl p r i m èrent sur le mur. L'ouragan , chassé par un fort vent d'ouest, brisa toutes les vitres exposées à
tac les qu î ^ vitrjer de la v i lle eut à remplacer au bâtiment de l'Académie , principalement à la toiture ,
803° "itreT aîu'serres du Jardin-Botanique 1315, et en général aux bâtiments dont l'entretien est à la charge de
•11 1 T^ vitres M™ veuve Gall, marchande de verre, au coin de la rue des Dentelles et du pont Saint-Martin ,
acheta 6 'à elle seule 5 000 quintaux métriques de fragments de vitres, provenant de cet orage.
Académie.
Manufactura
des tabacs
10 11 12 13 14 15 16 17 li
19 20 21 22 23 24 25 26
Manufacture
des tabacs.
24 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
nationaux, dont le comité historique interdit la démolition, et que, d'un autre côté,
l'augmentation de la population nécessitait rétablissement d'une nouvelle église
paroissiale catholique, le projet de reconstruction fut abandonné et une transaction
eut lieu entre M& r l'évêque de Strasbourg et l'administration.
L'église de Saint-Étienne, abandonnée depuis la révolution , devait être rendue au
culte, et les bâtiments adjacents , restaurés bu rebâtis, étaient destinés à servir de
séminaire; M» r l'évêque Rsess fit un appel aux ouailles de son diocèse dans le but
d'obtenir, par des collectes, la somme nécessaire pour acheter un terrain propre à la
construction d'une manufacture de tabacs, et de l'offrir en échange de Saint-Étienne à
l'administration, échange qui. fut autorisé par une loi de 1846. Ce Icri-ain se trouva
entre la rue des Poules, celle des Filets et la Krutenau, et une somme de cinquante et un
mille cinq cents francs ayant été payée par l'évêché comme indemnité à l'État, l'admi-
nistration des tabacs fit l'acquisition de ce terrain et des maisons dont il était surbâti,
à l'exception de quelques propriétés qui tôt ou tard seront englobées dans celle enceinte.
La révolution de février 1848 ayant privé de travail un grand nombre d'ouvriers qui
en réclamaient avec instance, on accéléra l'entreprise des travaux de démolition des
maisons, du nivellement des terrains et du creusement des fondations, et ces travaux
furent poussés avec tant de vigueur, que , commencés le 1 8 juin , les murs des fondements
s'élevèrent à la fin de la campagne d'un mètre au-dessus du sol. Pendant la campagne
de 1849, les nouveaux bâtiments furent mis sous toit, et en 1850 et 1851 on acheva
de même l'autre partie des constructions du côté de la Krutenau , de manière qu'après
la pose des nombreuses machines, mues par la vapeur, cet imposant édifice put être
livré au service en 1852.
Les noms de MM. Rolland, ingénieur-inspecteur des manufactures de tabacs en
France, et d'A.Weyer, architecte, s'atlachenfhonorablement à l'exécution de ces travaux.
Qui aurait pu croire , alors que Konigsmann introduisit chez nous la culture du tabac 1 ,
qu'un peu plus de deux siècles après, l'usage de cette plante narcotique, coupée et
râpée, ferait vivre des milliers de personnes, et rapporterait au budget de l'État la
somme énorme de plus de quatre-vingts millions!
La culture et la fabrication du tabac, encore aujourd'hui d'un rapport marquant
pour notre département, sont loin d'avoir atteint les sommes qu'elles y déversaient
avant 1811, époque à laquelle le monopole fut établi.
Au commencement de ce siècle, il se trouvait à Strasbourg quarante-cinq fabriques
de tabacs, tant à priser qu'à fumer. Cette fabrication occupait, dans les deux départements
du Rhin, plus de dix mille personnes des deux sexes, sans compter celles qui
s'adonnaient à la culture et à la récolte des feuilles.
1 Voyez Englocndiscli Hof.
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2 3
10 11 12 13 14 15 16 17 11
19 20 21 22 23 24 25 26 27 2!
PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 25
Jetons un coup d'œil rétrospectif sur ce vaste emplacement en face de l'Académie,
occupé de nos jours par le Jardin-Botanique, la Manutention, la caserne de Saint-
Nicolas et celle des Pêcheurs.
L'église Saint -Guillaume était construite longtemps avant que ce terrain fît
partie de l'enceinte de la ville. Exposé aux fréquentes inondations du Rhin et de
l'Ill, il était très-peu cultivé et formait des terrains vagues, des marécages et de
grandes flaques d'eau qui lui firent donner le nom de In Undis (dans les ondes), comme
nous l'indiquent les noms des couvents de Saint-Nicolas et de Saint-Jean-in-Undis ;
deux tours, entourées de fossés, vedettes avancées qui protégeaient la ville contre
l'ennemi, étaient alors les seules fortifications connues de ce côté de la ville 1 . En 1387,
on commença à creuser un fossé, depuis la tour des Pêcheurs jusqu'au point où est
de nos jours l'extrémité orientale de la caserne; il se dirigeait en formant un angle,
à droite, par la ligne des maisons dont se compose le côté extérieur de la rue des
Maisons-Rouges, vers l'hôpital militaire 2 , et venait aboutir au delà du canal du Rhin à
la porte des Bouchers, en tournant le couvent de Sainte-Catherine (bâtiments qui
aboutissent au quartier d'Austerlitz), et en longeant extérieurement la rue des Orphelins.
Ce fossé fut garni intérieurement de palissades et l'enceinte eut quatre ouvertures,
connues sous les noms de portes des Pêcheurs, de Saint-Nicolas , de Saint-Jean et de
Sain le- Catherine.
Après les attaques réitérées qu'eut à subir notre ville de la part de son évêque, de la
noblesse ennemie et de l'empereur, dans les guerres de 1391 à 1394 , le magistrat sentit
le besoin de fortifier celte faible enceinte, et fit élever à la place des palissades une
forte et haute muraille. Les chroniques nous rapportent que ce travail fut commencé
le jour de Saint-Matthieu 1404, et achevé le jour de Saint-Gall 1441. Ce fut, comme
nous l'avons dit au commencement de cet article , au sujet de la Krutenau , le cinquième
agrandissement de Strasbourg. Pendant l'été de 1516, qui fut très-sec, on put élargir
les fossés depuis la porte des Pêcheurs jusqu'à celle de Sainte-Catherine. Le salaire des
ouvriers qui y travaillaient était alors d'un schelling ou de 20 c. par jour. Dans le
courant de ce siècle, ces fortifications subirent de notables changements, conformes
aux progrès qu'avait faits la science militaire pour la défense des places. Ces travaux
furent provoqués par la nécessité de défendre notre ville contre les attaques ennemies ,
et par le besoin de donner du travail et du pain aux nombreux ouvriers qui
en manquaient. C'est ainsi qu'en 1529, où, pressés par la famine qui ravagea le
pays , une foule de malheureux vinrent se réfugier dans notre ville pour y chercher
des moyens d'existence, le magistrat fit commencer la construction des remparts en
Quartier
Sainl- Nicolas.
i Voyez Plaine-des-Bouchers.
^Lo'rsqu'en 1844 on fit des constructions dans l'enceinte qui contient les magasins et les ateliers militaires,
trouva des Iraces de ces anciens murs d'enceinte.
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Portes Saint-Nico-
las , Saint-Jean et
Porte-Neuve.
H
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terre-plein derrière le mur d'enceinte, près de la porte des Pêcheurs ; ce rempart reçut
le nom de rempart des Turcs [Turkenwall], en commémoration de l'envahissement de la
Hongrie et du siège de Vienne par les armées du Croissant. Ces malheureux ouvriers
reçurent pour unique salaire la nourriture et l'entretien.
On continua à élever des fragments de rempart aux angles et près des portes , à
diverses époques du même siècle. Le génie militaire en fit plus tard des bastions casemates,
liés par des courtines, qui entrèrent dans le plan général de l'enceinte de la ville,
dressé, en 1633, par le général suédois Horn.
En 1530 , on supprima les deux portes de Saint-Nicolas et de Saint-Jean, entre celles
des Pêcheurs et de Sainte-Catherine, et elles furent remplacées par une seule porte,
sous le nom de Porte-Neuve. Sur un plan en relief de Speclin , daté de 1577, qui se
trouve à la bibliothèque de la ville, nous trouvons déjà, transformé en bastion, le
rempart à droite de la porte des Pêcheurs. En 1644, sous la conduite de Christophe Heer,
dont le nom paraîtra plus souvent dans l'historique des fortifications de notre ville , on
y ajouta un second bastion; l'un, le plus rapproché de la porte, reçut le nom de
Klapperbollwerk , et l'autre, celui de Gelbeneck (le coin de Gelb). Lorsque la citadelle fut
construite, le gouvernement français, pour la relier à la ville, fit raser ces murs et ces
remparts, depuis le Gelbeneck jusqu'au canal du Rhin.
A une époque bien antérieure à la construction de cette enceinte, la foi religieuse
avait fondé sur ce terrain, sous l'invocation de la Sainte-Vierge, une chapelle, que nos
chroniqueurs appellent Notre-Dame-des-Prés. En 1252, elle fut transformée en couvent
de religieuses de l'ordre de Saint-Dominique, sous l'invocation de saint Nicolas, nom
conservé jusqu'à nos jours à ce quartier. En 1592, seize religieuses l'habitaient encore;
huit parmi elles rentrèrent dans la vie civile, les huit autres furent transférées dans le
couvent de Sainte-Marguerite, et les bâtiments furent clos à l'exception de l'église.
Celle-ci fut remise aux troupes suisses à la solde de la ville, qui par leur capitulation
s'étaient réservé le libre exercice du culte calviniste officiellement aboli par le sénat
en 1580, lorsqu'il adopta la formule du concordat saxon. L'intolérance était poussée si
loin à cette époque , que l'on défendait aux calvinistes de Strasbourg de fréquenter cette
église.
Jardin-Botanique. Au milieu du siècle suivant, par les soins du professeur Salzinann, l'Université
employa le jardin du couvent de Saint-Nicolas à la création d'un jardin botanique pour
l'instruction des étudiants ; le docteur Marc Mappus en publia le premier catalogue
en 1691 1 . La partie des bâtiments donnant sur la rue fut employée depuis 1677 à la
manutention des vivres militaires. L'église devint, en 1691 , la proie des flammes, et le
Couvent
Saint-Nicolas.
1 C'est dans le jardin de ce couvent, où il était allé voir sa sœur le 16 juillet 1301 , que mourut Tauler, célèbre
prédicateur dominicain.
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reste de cette enceinte claustrale servit de casernement, jusqu'à ce qu'en 1781 le tout
fût rasé pour faire place à des constructions modernes.
De 1781 à 1783, le gouvernement fit bâtir la grande caserne qui était percée de Caserne,
trente-sept croisées dans sa longueur; la ville y contribua pour 428,600 fr. En 1843,
on démolit les maisons contiguës à ce bâtiment, en majeure partie brasseries, cabarets
et autres bouges qui occupaient ce terrain jusqu'en face de la rue Neuve , et la caserne
fut prolongée vers l'ouest de vingt et une croisées. Pour exécuter ces constructions, on
rasa les vieilles barraques qui longeaient la rue vis-à-vis de l'Académie, et qui conte-
naient des fours auxiliaires pour la fabrication du pain de munition, ainsi que des
moulins à bras. Ce service était devenu nécessaire du temps de la république et de
l'empire , où parfois cinquante à cent mille hommes de troupes traversaient Strasbourg ,
et séjournaient dans la ville et dans les environs.
Aujourd'hui l'ancienne place Saint-Nicolas , convertie en un parc d'artillerie , vaste
carré, ayant pour base l'immense bâtiment de la caserne, encadré des deux côtés par
deux ailes d'écuries spacieuses et bien aérées , et fermé sur le devant par une grille ,
forme, comme quartier d'artillerie, avec tous ces bâtiments et ceux des anciens
magasins de fourrages, un imposant établissement militaire.
Avant de quitter ce quartier, entrons un instant dans la rue Neuve (quai des Pêcheurs), Maisons Prechter.
et visitons à sa gauche ces douze modestes maisonnettes à un étage. Nous y verrons
encore un monument de l'inépuisable esprit de charité qui a distingué de tous temps
la population strasbourgeoise. N'est-ce pas en effet une pensée pieuse et providentielle
que de réserver un asile, jusqu'à la fin de leurs jours, à de pauvres vieillards
sans famille , sans abri et sans pain; de leur ménager une modeste retraite et ce calme
qui plaît tant à la vieillesse? Dans chacun de ces petits réduits se trouvaient, au rez-de-
chaussée comme au premier étage, deux chambres et une cuisine, et derrière, tout le
long de ces douze maisonnettes, un jardin contenant un puits commun, et divisé en
autant de petits jardinets que les habitants de ce modeste asile pouvaient cultiver à
leur profit.
Cette institution philanthropique est due à deux anciennes familles , les Schaffner et
les Prechter. Cette dernière jouissait du droit de bourgeoisie dans notre ville depuis le
quatorzième siècle. Elle devint une famille riche et influente, et son nom figure plus
d'une fois dans notre ancien sénat, parmi les Stàdtmeister et les membres de la
chambre des XIII et des XV. Charles-Quint lui donna des titres de noblesse, et c'est à
peu près à cette époque , de 1555 à 1558, que ces maisonnettes furent élevées et dotées
des capitaux nécessaires à leur entretien. Par un testament du 13 juillet 1550, une
dame Elisabeth Schaffner, mariée à un sieur Balthasar Kônig , bourgeois de notre ville ,
institua par legs un capital de 9630 florins et une rente de cinquante sacs de blés ,
destinés à des œuvres de charité. Dans cette somme étaient compris 1500 florins qui
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Quartier
des Pêcheurs.
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Maisons Prcchier. devaient servir à acheter un terrain convenable et à y établir douze maisonnettes, dont
chacune, composée de deux chambres, une cuisine et une cave, devait être louée à
raison d'un florin par an à des personnes pauvres et âgées, jouissant d'une bonne
réputation. La belle-fille de la testatrice, mariée à un membre de la famille Prechter, et
nommée légataire universelle, fit exécuter ces constructions que les Prechter agran-
dirent. Plus tard, cette fondation fut gérée par un Stàdtmeister et par un membre du
sénat, sous la surveillance du magistrat, et transmit le nom des Prechter jusqu'à
nos jours. Pourquoi quelques personnes riches, sans enfants et sans proches, n'en
feraient-elles pas l'acquisition, pour les transmettre dans le même but à la postérité?
Vis-à-vis des maisons Prechter, Saint-Étienne avait établi son cimetière, qui disparut
lors de la construction du quartier des Pêcheurs, pour lequel la ville paya sa part de
86,000 fr.
Avant de poursuivre notre promenade au delà de la rue des Maisons-Rouges et du
quartier des ouvriers, en nous dirigeant de TAcadémie vers l'ancienne grande balance
à foin, entrons dans la belle maison de maître à côté de la brasserie de l'Agneau, et
saluons notre poëte alsacien , M. A. Lamey, ancien juge, dont l'âge, quoique avancé, n'a
pas encore tari les inspirations poétiques.
Près du bâtiment qui sert d'école normale pour la formation de jeunes institutrices
protestantes, qui appartient à notre époque et qui est due au zèle infatigable de
M. Willm , inspecteur de l'Académie , nous sortons de l'enceinte de l'ancien Strasbourg
et nous arrivons sur le terrain où le gouvernement français, après la capitulation
de la ville, établit la citadelle avec ses glacis et ses travaux extérieurs. Pendant les
tourmentes politiques qui, depuis 1632, précédèrent cette époque, le sénat de la ville
de Strasbourg avait adopté dans sa politique une neutralité sévère entre les parties
belligérantes, neutralité qu'il eut souvent beaucoup de peine à soutenir, soit par les
armes, soit par les transactions diplomatiques.
Conquise par les Suédois et cédée aux armées françaises parle traité de 1634,
l'Alsace, à l'exception de Strasbourg, fut maintenue par la paix de Westphalie, en 1648 ,
sous la domination de Louis XIV (Erstein , fortifié par les Suédois, conserva seul
garnison suédoise). Le traité de Nimègue de 1678 sanctionna celte conquête de la
France, mais les chambres de réunion instituées près des conseils souverains par le
roi, interprétèrent ces cessions de provinces et de villes dans un sens beaucoup plus
large que ne l'avaient compris les plénipotentiaires de Munster et d'Osnabrûck, en y
attachant la souveraineté pleine et entière. C'est par suite de ces interprétations que
Louvois procura à son maître la forteresse de Strasbourg avec Kehl, sa tête de pont,
en les enlevant par un coup de main en pleine paix 1 .
Citadelle.
1 Voyez Illkirch et porte de l'Hôpital.
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On peut juger de l'effet que produisit la capitulation de Strasbourg, en France et
surtout en Allemagne, par le grand nombre de réclamations, de libelles, d'accusations
et de plaidoyers, publiés alors pour et contre cet acte du roi conquérant; mais il tenait
la ville entre ses mains, et il n'était pas homme à abandonner sa conquête. La
population strasbourgeoise conserva, comme par le passé, son ancienne administration
et ses prérogatives. Quoique Strasbourg fût désarmé et exempt dès alors de tout service
militaire, quoique ses arsenaux fussent vidés, il était néanmoins de l'intérêt du
gouvernement français de s'armer contre toute tentative hostile du dedans comme du
dehors, d'autant plus que la reddition de la ville, favorisée par quelques membres du
sénat , était considérée comme un acte de trahison dans l'opinion de la masse du peuple
qui restait allemand au fond du cœur.
La citadelle est la seule trace qui nous reste des constructions militaires qu'une juste
méfiance commanda alors pour maintenir la population , le fort Blanc et le fort de
Pierre, bâtis à l'angle ouest et à l'angle nord de la ville ayant été démolis depuis. Tout
le terrain entre la ville et la citadelle, sauf les glacis, fut occupé à partir de 1780 et
pendant les années suivantes, par les arsenaux, les ateliers et les vastes magasins
militaires. En 1843 , on enleva, dans l'intérêt de la santé publique , les dernières traces
de la fortification de l'hôpital militaire, en comblant le fossé bourbeux qui l'entourait.
Cet hôpital fut construit en 1693 ; la ville contribua alors pour 150,000 fr. à sa création,
et lorsqu'il fut agrandi , en 1731, elle fournit encore une somme de 109,371 fr. L'hôpital
était mis à l'abri d'un coup de main par ses fossés et son pont-levis.
Trois semaines après la capitulation de Strasbourg, le 23 octobre 1681 , Louis XIV
arriva lui-même en cette ville. A peine descendu de voiture, et pendant que la reine,
les princesses et leurs dames étaient allées faire leurs dévotions au couvent de la
Madeleine , il monta à cheval pour visiter sa nouvelle conquête. Il se rendit sur les glacis,
hors la porte des Bouchers (porte d'Auslerlitz). accompagné des princes du sang, des
maréchaux et généraux de Vauban , de Montclar, de Chamilly, de Tarrade, de Frézilière,
du ministre Louvois et d'une brillante suite d'officiers de tout rang; là , il prit possession
des deux cent soixante-quatre pièces de canons, des dix-sept mortiers, qui l'avaient
salué d'une triple salve à son entrée, et qui furent alors pour la plupart transportés à
Brisach et à Paris, pour y être refondus et coulés du calibre français. On laisse à penser
quelle triste impression dut faire sur ces fiers républicains strasbourgeois l'enlèvement
de leur belle artillerie qui , dans cette circonstance, n'avait servi qu'à rendre les honneurs
souverains à celui qui venait en maître dans leur ville, désormais dépossédée du titre de
ville libre impériale, sur ces hommes dont les ancêtres s'étaient soulevés cent trente-
trois ans auparavant, lorsque le sénat fit embarquer pour Spire douze grandes pièces
qu'il avait promises à Charles-Quint.
Des o-lacis, cette nombreuse suite se rendit au pré de Saint-Jean, où Vauban avait
Citadelle.
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Canal
de la Bruche.
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fait faire le tracé de la citadelle, vaste pentagone, dont trois bastions avec leurs
ouvrages à corne et leurs demi-lunes avancent vers le Rhin , et deux autres, tournés
vers la ville, se lient par de longues courtines aux fortifications déjà existantes. Après
un examen long et détaillé des plans de l'habile ingénieur, Louis XIV les sanctionna et
donna ordre, sur les lieux mêmes, de commencer immédiatement les travaux.
L'œuvre sitôt entreprise, les travaux furent poussés avec activité et menés rapide-
ment à leur fin; ils montrent de quelles immenses ressources ce roi pouvait disposer à
cette époque, car, pour ne parler ici que des travaux exécutés dans notre province,
Louis XIV fit construire en trois ans, la citadelle, deux grandes redoutes sur
l'île du Rhin, le fort de Kehl, et creuser le canal de la Bruche. Non-seulement la
promptitude et l'habileté avec lesquelles ces travaux furent exécutés, mais aussi
l'organisation nouvelle qu'on leur avait donnée, étonnèrent ces bons bourgeois qui ne
connaissaient que les privilèges acquis, dont jouissaient chez eux les maîtrises et les
jurandes, et qui ne dérogeaient pas à ces usages invétérés. Tout se fit par adjudication
et par entreprise, et les annales de ces temps, en nous citant le nom de Martin comme
adjudicataire général de l'entreprise, n'oublient pas de nous apprendre qu'il y gagna
de fortes sommes.
Les ingénieurs en chef de Tarrade et Filet dirigèrent ces travaux, auxquels furent
employés une partie de l'armée et un grand nombre de paysans , pris à tour de rôle
dans les différentes communes. On exécuta les fouilles et les terrassements, et on
gazonna provisoirement les escarpes et les contre-escarpes, en attendant l'achèvement
du canal de la Bruche, entrepris pour servir au transport des moellons, des pierres de
taille et des pierres calcaires qui devaient être employés à cette masse de remparts , de
voûtes, de casemates, de casernes et de maisons.
La construction de ce canal , destiné à remplacer la Bruche qui n'était pas navigable,
avait déjà été projetée au commencement du quinzième siècle par l'évêque Guillaume
de Diest; mais ce projet ne fut pas exécuté. Les grandes ressources que les environs
de Soultz et de Wolxheim présentent en matériaux de construction , le mauvais état
des routes, et l'économie qui naissait du transport par eau , décidèrent le gouvernement
à tenter cette entreprise (un bateau pouvait contenir la charge de six voitures attelées
de quatre chevaux; deux ou trois hommes avec leur bateau remplaçaient donc six
voitures et vingt-quatre chevaux). Des milliers d'ouvriers, de soldats et de paysans
étaient requis journellement; ils étaient nourris et logés dans des camps, établis sur le
terrain où s'exécutaient les travaux. Le même principe d'exécution admis pour la
construction de la citadelle, présidait aussi aux travaux du canal, et les sieurs Racine
comme entrepreneur de l'exploitation des carrières, Philippe comme maçon , Langevin
comme charpentier et Bergerot comme terrassier, sont cités comme ayant été chargés
de ces entreprises.
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Ce canal a 17 kilomètres et 50 hectomètres ou 9000 toises de développement;
alimenté par les eaux de la Mossig et de la Bruche, il suit le cours de cette dernière
rivière en commençant près de Soultz-les-Bains, tourne les hauteurs deWolxheim,
d'Ergersheim, de Hangenbieten et d Achenheim, et de là, prenant la direction de l'est ,
en passant devant Schseffolsheim , Wolfisheim et Eckbolsheim, il joint 1*111 en amont de
la Tour-Verte. La chute des eaux, forte de quarante et quelques mètres, est réglée
par douze écluses que la ville est chargée d'entretenir.
C'est par ce canal , comme nous venons de le dire , que se fit l'arrivage des matériaux ;
de là , on les transporta par les fossés des fortifications , en tournant le côté méridional
de la ville, sur les lieux de construction, tant de la citadelle que de Kebl et des redoutes
sur l'île des Épis, en employant le bras de jonction de l'Ill au Rhin. La même
voie fut employée en 1689, lorsque Fort-Louis fut élevé, et on creusa alors la
communication connue sous le nom de Canal-Français, qui traverse de nos jours
le canal de la navigation de l'Ill au Rhin à JaRobertsau, et qui n'est plus d'aucune
utilité.
Le caractère de grandeur, de force et de puissance dont étaient empreintes ces
fortifications de notre ville, devait nécessairement exciter la jalousie et la convoitise
de l'empire. L'anecdote suivante que rapporte Happelius, dans ses éphémérides
contemporaines, prouve que Louis XIV ne les craignait pas. En 1683, un ingénieur
impérial fut chargé par son gouvernement de s'introduire à Strasbourg sous un faux
nom et avec la qualité de négociant, pour prendre connaissance de l'état des
fortifications nouvelles. Le roi en fut informé par ses agents secrets en Allemagne, et
donna ordre au comte de Chamilly, commandant militaire de la province , de faire
un bon accueil à l'agent impérial. Informé de son arrivée, le gouverneur le fit venir
chez lui , l'accueillit par son vrai nom et l'instruisit lui-même de ses intentions secrètes.
L'agent secret effrayé et craignant d'être traité en espion , implora sa grâce; pour toute
réponse le comte de Chamilly le fit entrer clans sa salle à manger, où un nombreux
état-major était réuni , le présenta comme officier impérial , et l'invita à prendre part
au joyeux repas, qui sans doute ne lui fit pas oublier sa position équivoque. Le. banquet
terminé, le comte informa l'officier allemand qu'il avait reçu ordre de son roi , instruit
de ses plans secrets, de lui faire montrer toutes les nouvelles constructions, et de lui en
communiquer même les plans, afin qu'il pût, en retournant chez l'empereur, le
convaincre que Strasbourg était si bien fortifié, qu'avec toutes les forces réunies de
l'empire on ne pourrait pas parvenir à s'en rendre maître, ni la détacher du territoire
de la France. Plus d'un siècle et demi s'est écoulé, cinq fois le pied de l'ennemi a
foulé le sol de notre province, et la prédiction de Louis XIV est restée vraie jusqu'à nos
jours Le gouvernement fit frapper en l'honneur de la construction de la citadelle et de
la reddition de la ville deux médailles dont nous donnons les dessins.
Canal
de la Bruche.
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Arsenaux. En revenant de la citadelle, entrons un moment dans ces trois grands bâtiments
parallèles qui contiennent les arsenaux. Aux rez-de-chaussée sont placés les affûts, les
caissons, les forges de campagne avec les mille roues qui les transportent, chargées de
celte nombreuse artillerie, qui repose paisiblement comme un beau collier de bronze
dans cette enceinte. Les premiers étages renferment des milliers de fusils , de carabines ,
de pistolets, de sabres, de lances et de cuirasses, qui, disposés dans un ordre parfait
et classés avec un goût admirable, sont l'orgueil du Français et l'effroi de l'étranger.
Vis-à-vis et de l'autre côté de la rue se trouvent les ateliers de l'arsenal avec les
forgerons , les serruriers, les charrons, lescalfats, les charpentiers, etc., qui y préparent
ce grand matériel de guerre. Les magasins de cordages, madriers, pontons et autres
sont construits sur le terrain qu'occupait un couvent de capucins, créé sous
Louis XIV et détruit par la révolution (1684-1790). Ces pères entretenaient dans leurs
jardins un parc aux escargots, et dans la saison ils témoignaient leur gratitude aux
personnes chez lesquelles ils faisaient la quête pendant l'année , en les régalant de ces
limaces qu'ils savaient parfaitement accommoder. Le service religieux de l'hôpital
militaire leur était confié; ils desservaient de même la prison militaire, et étaient obligés
de donner les dernières consolations aux criminels qui en sortaient condamnés à mort.
En continuant notre promenade, nous passons un pont à l'usage des piétons, connu
sous le nom de Pont-du-Brochei , et nous nous enfonçons dans des ruelles étroites et
tortueuses qui portent les dénominations bizarres de rue du Renard-Prêchant, rue de
l'Épouvantail et quartier des Souabes [SchwowelândeV), pour déboucher dans la rue
des Orphelins. Ce quartier est rendu malsain, en été, par les exhalaisons des eaux
stagnantes de ce canal.
1 La rue du Renard-Prêchant , sur les bords du canal de l'IU-au-Rhin , reçut son nom d'une maison portant encore
aujourd'hui cette enseigne, dont la tradition populaire nous a laissé l'origine que nous communiquons à nos lecteurs.
Un pêcheur habitait jadis celte maison; il était pauvre en écus , mais riche d'une nombreuse progéniture. Le
malheureux avait beau jeter ses filets , mais les goujons , et par ci par là quelques perches qu'il en retirait , suffisaient
à peine au strict nécessaire de la famille ; le rôti ragoûtant était un hors d'œuvre chez eux et le maigre restait du
commencement jusqu'à la fin de l'année à l'ordre du jour du ménage.
Quand il vit constamment une compagnie de beaux canards bien blancs , bien proprets, bien gras, qui appartenaient
à un riche voisin, prendre leurs ébats dans l'eau devant sa maison, le pauvre diable, le cOeur navré, se livra à de
profondes réflexions sur la capricieuse disproportion des fortunes d'ici-bas. Il ne disait pas : la propriété est un
vol , mais sa conscience était assez élastique et sa logique d'une simplicité toute naïve qu'il fit un jour ce beau raison-
nement: Voici des canards qui avalent les poissons qui devraient être la proie de mes filets , pourquoi n'aurais-je pas
le droit de faire ma pêche au fond de l'estomac de ces maudits volatils? Et, pour y parvenir, il fixa de grand malin
de petits morceaux de lard à des ficelles attachées au bord de l'eau , et quand les canards voraces y curent mordu ,
il les retira avec le poisson.
Depuis cette précieuse découverte, la table du pauvre pêcheur était souvent garnie d'une pièce savoureuse, qui
faisait les délices des siens , et sa femme ramassa avec soin le tendre duvet pour en gratifier les lits de ses enfants.
Mais le troupeau de la gent volatile diminua sensiblement , et le riche voisin ayant été aux aguets pour on connaître la
cause , il surprit le pêcheur en flagrant délit. La logique du pauvre diable ne trouva pas raison devant la justice, qui
n'admit pas la légalité de pêcher les goujons dans l'estomac des canards , et il fut condamné. Un de ses amis , pauvre
rapin , lui tendit fraternellement la main , en lui prêtant son pinceau pour se venger de la justice , et peignit l'enseigne
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
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Hospice
des Orphelins.
Une partie des antiques bâtiments avec leurs murs noircis et lézardés qui longeaient Sainte-Uatherin*
cette rue à gauche, formait le couvent de Sainte-Catherine, établi hors de l'enceinte
de la ville en 1243. Il devint la proie des flammes en 1397, le jour de Saint-Julien , mais
fut reconstruit peu après; des religieuses de l'ordre de Saint-Dominique l'habitaient.
A l'époque de la réformation ce couvent fut aboli , et on y institua un hospice des
orphelins , qui fut doté d'un grand nombre de biens provenant des maisons religieuses
sécularisées alors. L'intérieur de l'église fut divisé en deux par un plancher, et servit
depuis de grenier pour la conservation des blés; des figures de saints peintes en fresques
avec leurs auréoles dorées ornaient, dans des proportions gigantesques, les murs de
ce temple. Il y a une trentaine d'années, en montant à l'étage supérieur, on pouvait
encore distinguer les bustes imposants de ces figures assez bien conservés. Au-dessus
de la porte d'entrée, on remarquait un figuier en style d'ornementation, beau morceau
de sculpture que le temps avait respecté 1 .
L'hospice des orphelins de notre ville ne date pas seulement de l'époque de la réforma-
tion, car déjà dans la rue Utto ou de la Madeleine une maison servait ultérieurement d'asile
à ces malheureux. En 1492, un J. d'Erstein fit une donation en faveur des pauvres
du Renard-Prêchant-aux-Canards; cette idée ingénieuse valut une réputation à la maison , où dans un temps passé
on accourut pour manger la bonne friture qu'apprêtait la femme du pêcheur.
Expliquons en même temps la raison qui donna à ce quartier le nom de Pays des Souabes [Schwowelândel dans
notre idiome strasbourgeois).
Les nombreux Allemands qui se sont de tout temps établis en notre ville , parvinrent généralement , en exerçant
leur industrie , à acquérir une fortune relative par une parcimonieuse économie et par un travail assidu ; leur
caractère pliant et plus discipliné que celui des habitants de vieille roche y a sans doute contribué pour beaucoup.
Aussi ces derniers les voyaient-ils toujours de mauvais œil, et les désignèrent de tout temps du nom de Souabes,
qu'ils fussent nés sur les bords du Weser, de l'Elbe , du Main , ou sur ceux du Necker ou du Danube , de même qu'ils
appelaient du nom de Welsch les Français de l'intérieur. Les Prussiens, les Autrichiens, les Saxons, de même
appellent dédaigneusement Souabes tout autre Allemand qui n'appartient pas à leur nationalité politique, quoiqu'il
ne soit pas né dans l'ancien cercle de la Souabe ; mais rien de plus injuste que d'attribuer une moindre dose d'esprit
aux habitants du Wurtemberg qu'aux autres enfants de l'Allemagne ; ils sont au contraire rusés, insinuants, doués
d'une persévérante ténacité qui leur fait atteindre tôt ou tard leur but , et ils ne montrent une certaine jactance que
lorsque la prospérité leur sourit. Nous devons chercher ce séparatisme dans l'amour-propre des nationalités qui
divisent encore beaucoup trop la race germanique, comme jadis les Romains, dans la fierté de leur civilisation ,
appelaient barbares tous les autres peuples qui n'appartenaient pas à leur race.
Quand Strasbourg devint ville française , le gouvernement favorisa beaucoup l'établissement d'étrangers dans celte
ville pour augmenter le nombre de ses habitants , dont une grande partie , par aversion pour la domination française ,
surtout dans les rangs des familles nobles et patriciennes, s'était expatriée 1 . Par sa capitulation la bourgeoisie avait
conservé ses prérogatives, et pour en jouir il fallait acheter le droit de bourgeoisie comme auparavant , de sorte que
la grande partie de cette population affluente n'étant que des gens pauvres, fut regardée comme manants (Augsburger),
et cherchait des quartiers déserts près des remparts, près des casernes, pour s'y fixer et y bâtir leurs modestes
habitations. Cette partie de la ville , entre le bras de rivière et les fortifications, fut choisie pour séjour par beaucoup
d'Allemands et reçut par cette raison le nom de Pays des Souabes.
' Ouand on démolit ces bâtiments , il y a quelques années, pour faire place aux constructions militaires qui s'y
élèvent on eut l'heureuse idée de conserver quelques beaux fragments de sculpture, provenant de l'église Sainte-
CathTrine, en les scellant dans ces nouvelles bâtisses.
i ii„ n Hp Strasbourg sans compter la noblesse et le clergé, était de 5,1 19 catholiques, 19,859 luthériens,
,;^SïïÏÏ«l, En »& 1» population s'était é.evée au chiffre de 43,000.
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FACBODRGS.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Hospice
des Orphelins.
orphelins; en 1517, Nicolas Berer légua une somme dont l'emploi fut fixé en ces termes :
«Pour faire plaisir aux pauvres orphelins, je veux que chacun reçoive pour étrennes,
le jour de Saint-Nicolas, une paire de souliers neufs et une belle pomme, dans
laquelle on mettra un pfenning en argent nouvellement frappé (Silberpfennig) ; je les
engage à prier pour le salut de mon âme. » Des lettres d'indulgence de 1515 et de 1518
font de même mention des orphelins.
Cet établissement de charité reçut néanmoins une plus grande extension au seizième
siècle. Il fut soumis à l'administration civile , et un ancien Stâdtmeister ou Ammeister
en était ordinairement le directeur (Waisenhaus-Schaffner). Dans la série de ces directeurs
figurent les noms très-honorables d'anciennes familles, tels que ceux des Zorn, des
Wurmser, des Landsperg et autres. L'instruction primaire y fut introduite, et les
règlements sévères qui régissaient cet établissement respirent le puritanisme religieux
qui dominait à Strasbourg pendant le seizième siècle. Trois fois par an les orphelins,
accompagnés de leurs surveillants (Waisenvaler et Waisenmutler) , faisaient la quête en
ville, en chantant devant les maisons pour recueillir les dons en argent et en nature,
que la charité des habitants s'empressait de leur faire; on appelait ces jours: die
Umgangstàge (jours de tournée). Une ancienne peinture sur verre conservée dans
l'hospice , et qui a été reproduite par la gravure , nous donne un tableau exact de cette
cérémonie. Lorsque Strasbourg advint à la France, la conservation de cet hospice fut
garantie par la capitulation, et ses propriétés restèrent à l'abri des orages de notre
première révolution.
En 1837, la ville céda au ministère de la guerre, pour y élever une vaste caserne,
les bâtiments et le terrain de l'hospice des orphelins, en échange des bâtiments du
couvent de la Madeleine , occupés alors par les magasins d'équipement militaire. Les
orphelins furent transférés dans ce dernier local, que l'on appropria à sa nouvelle
destination par de belles constructions, une vaste cour et un beau jardin.
Près de deux cents de ces malheureux enfants des deux sexes y trouvent un asile,
y sont proprement logés, bien nourris, et reçoivent leur instruction, les enfants
catholiques à l'école paroissiale de Sainte-Madeleine et les protestants à celle de Saint-
Guillaume. A l'âge de quinze ans on les place en apprentissage, sous la surveillance de
la commission administrative des hospices, après quoi ils reçoivent leur trousseau et
une modique somme d'argent. Maints enfants sont sortis de cet établissement, où, après
avoir trouvé un dédommagement de la perle prématurée de leurs parents, ils sont
devenus des citoyens utiles à la société.
Les maisons qui forment l'autre côté de la rue des Orphelins sont toutes de cons-
truction moderne , et sont assises sur l'emplacement qu'occupait le fossé de fortification K
1 Voyez la planche représentant l'ancienne porte des Bouchers.
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A l'une d'elles se rattache le souvenir d'un événement encore récent dans notre cité :
c'est celle qui porte le n° 4.
Dans la nuit du 29 au 30 octobre 1 836 s'étaient réunis en conciliabule, dans cette maison,
plusieurs jeunes gens , pour la plupart officiersdela garnison , etquelques anciens soldats
de l'empire; ils avaient à leur tête un jeune prince de la famille Bonaparte, le prince
Louis-Napoléon , fils de l'ex-roi de Hollande, et leur projet était de renverser le gouver-
nement de Louis-Philippe, et de lui substituer un gouvernement impérial. Ils sortirent
le malin avant la pointe du jour de cette maison pour se transporter dans le quartier
d'Austerlitz, occupé alors par le 4 e régiment d'artillerie, duquel partit le mouvement
insurrectionnel.
Nous renvoyons aux journaux de l'époque les personnes qui voudraient connaître
plus intimement les détails de celte affaire et le procès qui en fut la conséquence.
A quelques pas de cette maison , dans le mois d'octobre aussi , mais cent cinquante-
cinq années auparavant, s'exécuta une véritable prise de possession détrône; ce n'était
pas un trône impérial, mais un trône épiscopal sur lequel vint s'asseoir son titulaire
avec tout l'éclat et le luxe des pompes de l'église.
La rue Neuve qui débouche du quai des Bateliers dans la rue des Orphelins n'existait
pas alors 1 ; elle avait-son entrée sur le quai, et ne formait qu'une impasse fermée par des
jardins. Dans cette impasse tranquille s'élevait à gauche , au fond , un vaste hôtel , qui
donnait par derrière sur le canal du Rhin, et auquel appartenait encore la maison du
quai, portant le n° 10, appelée anciennement au Fil-de-Soie [zum Seidenfaden), maison
qui en fut détachée et vendue à la fin du dix-septième siècle 2 . Cet hôtel appartenait
antérieurement aux princes de Nassau; mais à l'époque dont nous parlons, il était la
propriété des margraves de Baden-Baden, et était habité souvent, soit par le prince
Louis de Bade, lorsqu'il venait se reposer de ses campagnes contre les Turcs et des
victoires remportées sur eux , à la tête de l'armée impériale , soit par la princesse Marie-
Françoise de Furstenberg, mariée à Léopold-Guillaume de Bade et sœur de l'évêque
de Strasbourg.
La consécration épiscopale de Henri de Hohenstein, en 1507, fut la dernière
grande cérémonie religieuse en ce genre que vit la cathédrale sous ses voûtes antiques,
si l'on en excepte toutefois la grand'messe à laquelle assistèrent Charles-Quint et
sa suite, en 1552, du temps de l'intérim. Depuis, le dogme de Luther ayant envahi la
population strasbourgeoise, et le nouveau culte s'étant emparé du temple métropolitain,
Hospice
des Orphelins.
Rue Neuve.
- fit en 1835 les quais à l'entour de Saint-Élienne , les marchands de bois furent obligés de céder les
Lorsquon ^ de m radmin i st ration municipale leur afferma alors une partie de ce
rt pour f Œ leurs magasins. La belle maison de maître qui y a été construite par M. F . Arnold , architecte ,
e 1 Cet Xnlslljourd'bui propriété de M Bergmann , professeur de littérature étrangère.
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Une Neuve
Entrée d'Egon
Fûrsteobere
36 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
les évêques avaient quitté cette ville schismalique. Érasme de Limbourg, Jean de
Manderscheid, Charles de Lorraine et Léopold d'Autriche, qui succédèrent à Henri
de Hohenstein, résidaient tantôt à Molsheim, tantôt au château de Hoh-Barr, à
Saverne, ou dans les grandes villes d'Allemagne, lorsqu'en 1663 Egon de Fûrstenberg
fut élu évêque.
Outre la dignité épiscopale dont il venait d'être investi , ce prélat était encore grand-
doyen et grand-prévôt du chapitre de Cologne, prévôt de l'église de Saint Géréon dans
la même église , grand-prévôt de Hildesheim , abbé et prince de Stablo , de Malmédy , de
Murbach, de Luders et principal ministre de l'archevêque-électeur de Cologne,
Maximilien-Henri de Bavière. C'est en cette dernière qualité surtout qu'Egon de Fûrs-
tenberg et son frère et successeur, qui avaient leur résidence à Cologne, rendirent
de grands services diplomatiques à Louis XIV. Le monarque français ne se montra pas
ingrat envers eux; deux choses lui tenaient essentiellement à cœur après l'occupation
de la ville: les fortifications de sa nouvelle conquête et l'installation de son évêque
dans le dôme que la foi catholique y avait érigé et qu'il avait revendiqué par l'art. 3
de la capitulation.
de Lesrichesrevenusdontjouissaitceprélatluiavaientservicàreleverl'éclatetlapuissance
temporelle de l'épiscopat, et si depuis, par les révolutions et les transformations des
moeurs et des usages , cette puissance , cet éclat , se sont évanouis, la dignité épiscopale en
elle-même n'a du moins rien perdu de son action morale et évangélique. C'est au milieu
de cette pompe et de ce prestige de luxe qui parlent tant à l'imagination , qu'Egon de
Fûrstenberg fit son entrée solennelle en cette ville le 20 octobre 1681. Il avait quitté
ce jour-là Saverne, et se rendit à Oberhausbergen , où il fut reçu par le marquis de
Chamilly. Le cortège était composé de la manière suivante : En tête, le contrôleur de la
cour épiscopale, accompagné d'un gentilhomme et de huit cuirassiers du roi ; les valets
de la noblesse conduisant des chevaux richement harnachés , suivis du grand maréchal
du palais, avec grand nombre de mulets ornés et caparaçonnés ; le grand écuyer avec
dix superbes chevaux de selle, suivi d'un gentilhomme de sa cour à la tête de quinze
valets à cheval. Venaient ensuite, escortés d'un escadron de cuirassiers, et précédés
d'une musique guerrière, les conseillers épiscopaux et les comtes formant le grand-
chapitre, et après eux , les nobles et les vassaux de l'évêché, magnifiquement équipés.
L'évêque , ayant à ses côtés le prince de Nassau , doyen du grand-chapitre, occupait une
calèche ouverte, traînée par six chevaux et entourée d'un grand nombre de pages
à cheval, splendidement vêtus. Ce groupe était suivi d'un escadron de cuirassiers, du
capitaine des gardes du corps du prélat avec sa compagnie, et de huit carrosses, attelés
chacun de six chevaux, et conduisant les membres de la famille de Fûrstenberg, les
comtes Philippe et Eberhardt de Lœwenstein , de Salm, les barons de Lerchenfeld ,
d'Elsenheim, de Wangen . Vice-Dom et grand nombre de gentilshommes, conseillers,
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
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officiers d'Église , d État et de chambre. Deux voitures chargées de vivres et de bagages Entrée d'Egon de
fermaient ce brillant cortège, dont les annales du temps nous ont laissé le tableau.
Le cortège entra par la porte de Saverne, traversa la place d Armes, reçut, en
défdant devant la cathédrale, une salve d'honneur de vingt-quatre coups de canon, et
vint s'arrêter devant l'hôtel de Baden-Baden, qui donna l'hospitalité au prélat, parce que
l'ancien hôtel épiscopal , qui , depuis cent cinquante ans, avait cessé de loger les évêques
de Strasbourg, n'était pas en état de le recevoir dignement ; il était réservé aux Rohans,
successeurs des Fùrstenberg dans la dignité épiscopale, de construire le château actuel.
Le lendemain de celte entrée eut lieu la prise de possession et la purification de
la cathédrale avec toute la pompe et le cérémoniel de l'église catholique. Grandidier,
dans ses Essais sur la Cathédrale, nous a laissé une description détaillée de cette
cérémonie. La procession sortit de la rue Neuve et retourna à l'hôtel de Bade ; l'évêque ,
souffrant de la goutte, s'y fit porter sous un dais en velours cramoisi, richement brodé
en or, tenu par quatre gentilshommes et suivi de pages et de gardes du corps.
Ce n'étaient là que les préliminaires de la cérémonie royale , qui eut lieu dans ce
temple le 24 du même mois, pour la réception de Louis XIV, de la reine et de toute
la cour; solennité qui fait vraiment époque dans l'histoire de la cathédrale. Tout le
clergé régulier et séculier, des députations des archiprêlres et des collégiales du
diocèse, dix prélats et abbés mitres, de même que la noblesse catholique de la
Basse Alsace et toute la garnison, assistèrent à cette cérémonie, qui avait attiré en
outre dans nos murs une grande partie de la population des villes et des villages des
différents bailliages épiscopaux. Les habitants de Strasbourg, à l'exception des quelques
familles catholiques qui y vivaient alors , furent privés de ce spectacle imposant , une
ordonnance royale ayant défendu aux Strasbourgeois , qui suivaient la communion
luthérienne, d'entrer dans la cathédrale, sous peine d'une amende de cinq livres. Cet
acte d'autorité n'était autre chose qu'un acte de représailles contre les règlements
de police de l'ancien sénat de la ville, qui défendaient aux citoyens de fréquenter
d'autres églises que celles du culte luthérien.
La cour fut reçue avant la grand'messe et le Te Deum, sous le portique principal,
par le clergé ayant à sa tête le cardinal de Bouillon et le prince-évêque qui salua le
roi et la reine par le discours suivant:
«C'est présentement, Sire, me voyant remis par vos mains royales en possession
« de ce temple, dont la violence des ministres de l'hérésie nous a tenus si longtemps
« exilés , moi et mes prédécesseurs , que j'ai lieu de dire à Votre Majesté , à l'exemple du
« bon Si'méon, que j'attendrai dorénavant la fin de mes jours en repos , et que je pourrai,
« lorsqu'il plaira à Dieu de m'appeler à lui, quitter le monde avec beaucoup de consolation.
« Cette illustre église doit sans doute , Sire, une bonne partie de son établissement à vos
« augustes prédécesseurs, Clovis et Dagobert, desquels l'un a placé la première pierre
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Entrée d'Egon de « de ce somptueux vaisseau , et l'autre l'a fait ériger en évêché, en le dotant de plusieurs
«terres et revenus. Mais Votre Majesté, parce qu'elle a fait aujourd'hui, s'en rend comme
«le nouveau fondateur d'une manière encore plus glorieuse. Je souhaiterais, Sire,
«d'avoir assez d'éloquence pour pouvoir vous exprimer l'excès de ma joie, que moi et
« mon chapitre, dont une partie est présente, ressentons pour l'avantage que cette grande
«action et vraiment digne de la piété d'un roi très-chrétien , va procurer, tant pour la
«gloire de Dieu que pour la réputation de Votre Majesté. Mais, manquant de termes
«et de facilité de m'expliquer en cette langue-ci, je suis contraint, Sire, délaisser
«renfermés dans nos cœurs mille sentiments de respect, de reconnaissance, de
«tendresse, si j'ose le dire, et de vénération pour la très-auguste personne de Votre
«Majesté, et de l'assurer simplement que nous ne cesserons jamais, comme très-
« obéissants, très-fidèles serviteurs et sujets, de pousser continuellement nos vœux au
« ciel dans celte maison de Dieu , où elle vient rétablir le véritable culte, afin qu'il plaise
« à la divine Majesté de vous combler, Sire, de prospérité et de bénédiction. »
A ce discours, disent les annales de ce temps, Sa Majesté répondit fort bénignement,
et promit de faire sentir dans l'occasion les effets de sa bienveillance. Malheureusement
pour ce prélat, qui mourut à Cologne six mois après, à l'âge de cinquante-six ans, il ne
devait pas faire l'épreuve des effets de l'union si splendide de l'autel et du trône ; mais
il était réservé à son frère Guillaume qui lui succéda, de recevoir des preuves de la
munificence royale, en reconnaissance de laquelle la statue du grand roi fut placée,
plus d'un siècle après, sur la façade principale de la cathédrale.
Le 10 septembre 1698 , Louis XIV fit remettre à l'évêque une brillante parure d'église,
consistant en deux dais magnifiques, en un costume complet de grand'messe en satin
blanc et en velours rouge et vert, le tout orné de riches broderies d'or, en relief; il y
avait joint une croix et des candélabres en argent doré massif. Quarante ouvriers
brodeurs avaient travaillé pendant trois ans à cette riche parure, qui était d'un poids
si lourd que l'on ne put s'en servir que très-rarement. Ce don royal était évalué à une
somme de 2,400,000 livres tournois.
L'hôtel de Bade ne jouit pas longtemps de la splendeur qui l'avait attaché momenta-
nément à la vie intérieure de la cathédrale. Les évêques l'avaient quitté lorsque le
cardinal de Rohan l'acheta , en 1741, pour le démolir. Il fit élever sur son emplacement
les belles écuries que nous y voyons , occupées par quelques chevaux d'artillerie qui
remplacent les riches attelages et les brillants chevaux de course et de bataille que les
évêques et, après la révolution, les princes régnants y logeaient lors de leur passage
en noire ville.
Quai des Bateliers. La maisonnette assise sur pilotis au bord du quai des Bateliers, que nous voyons sur
la planche 2 du panorama, vis-à-vis de la maison qu'habitait Hirtz, notre poète popu-
laire, avait son pendant au débouché de la rue Neuve. Celle dernière maisonnette existait
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 39
encore au commencement de ce siècle, et nous en parlerons parce qu'elle doit son Quai des Bateliers.
origine à un de ces types qui peignent si bien notre bourgeoisie des temps passés. Son
constructeur logeait alors dans la rue même , à côté de l'ancien hôtel de Bade, dans une
maison en pierre, bien propre, dont l'entrée est surmontée d'un balcon, orné de
grandes écrevisses et de poissons ciselés en fer, indiquant l'état de son propriétaire.
Le droit de pêche, dans l'intérieur de la ville, depuis l'église de Saint-Thomas jusqu'à
l'église de Saint-Étienne, appartenait anciennement aux évêques; mais, pendant la
longue absence des titulaires , la ville l'avait usurpé. A la première réclamation, en 1686,
elle opposa toutes les difficultés imaginables à la reprise de possession de l'évêché; il
fallut faire intervenir la justice, et le conseil souverain d'Alsace rendit, en 1713, un
arrêt par lequel l'évêque fut de nouveau réintégré dans ses droits et privilèges.
Dans ces temps, l'ambition d'un bourgeois de naissance roturière n'aspirait tout au
plus qu'à amasser des écus, ou à gagner un siège au sénat; protégés par les maîtrises ,
les fils héritaient de l'état de leur père; ils figuraient sur les registres de la même tribu,
et si l'un ou l'autre, par vocation ou par pauvreté, se vouait à la théologie et obtenait
une cure , il faisait la joie et l'orgueil de sa famille. Dans ces temps de privilèges et
d'inégalités sociales, le talent trouvait plus difficilement à se faire jour qu'aujourd'hui
où le principe d'égalité a si profondément pénétré dans toutes les couches de la société
française. Il était donc naturel que le même métier, la même profession se perpétuassent
souvent pendant des siècles dans les mêmes familles , et nous pourrions même citer des
noms de Strasbourgeois de vieille roche, exerçant encore aujourd'hui l'état qui
nourrissait leurs arrière-grands-pères en l'an de grâce 1681.
Dans la corporation des pêcheurs et des marchands de gibier, les plus aisés avaient à
cœur de se distinguer par la belle et grande quantité de poissons qu'ils tenaient dans
leurs réservoirs; de même que dans nos pays vignobles, ou dans les chalets de la Suisse,
on voit encore aujourd'hui le père remplir un tonneau de vin exquis à la naissance de
son enfant ou mettre de côté quelques-uns de ses meilleurs fromages, et réserver ce
trésor pour l'ajouter plus tard à la dot du nouveau-né, les marchands de poissons
choisissaient ce qu'ils avaient de plus beau en fait de carpes , brochets, anguilles , lottes ,
etc et les conservaient pour en gratifier leurs héritiers. De nos jours encore l'on peut
voir chez Artzner, chez Dûrr et d'autres marchands de poissons, des provisions de ces
vieillards de la gent aquatique, qui leur ont été légués par leurs pères, aïeuls ou bis-
aïeuls et parfois une carpe de quatre-vingts à cent ans , tirée d'un des réservoirs de
Strasbourg , vient-elle figurer sur la table de quelque festin princier.
Revenons à notre maisonnette de la rue Neuve. La location de la pèche dans 1 intérieur
de h ville que le prélat avait accordée à Jean-Louis Dûrr, avait aidé à l'enrichir, et son
vœu' le plus ambitieux était exaucé: il brillait dans la chaise curule. Dans les réunions
du sénat où il dominait par son gros bon sens, Dûrr résistait avec obstination contre
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Quai des Bateliers, toute déviation de l'ancien système gouvernemental , mais en vrai parvenu il était
hautain et querelleur. Lorsque la contribution foncière fut établie chez nous , notre
sénateur, furieux de cette innovation, mais ne pouvant s'y soustraire pour sa maison
assise sur un fondement solide, eut une idée ingénieuse qu'il se hâta de mettre à
exécution, et à laquelle la cassine dont nous parlons dut son origine. Il fit construire
quelques grands bateaux à réservoir, qu'il amarra au quai , et y logea sa ménagerie
ichthyologique; sur ces fondements flottants il fit bâtir une maison à terrasse où il
jouissait avec une orgueilleuse satisfaction de la fraîcheur des soirées, au milieu de la
verdure du petit jardin qu'il y avait planté.
Le fisc, cependant, avait mesuré la longueur et la largeur de sa construction , et le
receveur des contributions lui fit signifier de payer. L'obstiné sénateur s'y refusa, et
plaida sa cause, en se fondant sur ce que la contribution foncière, qui ne frappait
que les immeubles bâtis sur un sol ferme , n'était pas applicable à son châtelet assis
sur des barques; il gagna son procès, et, riant dans sa barbe, continua de rester ennemi
juré de toute innovation. Cette cassine, néanmoins, qui avait tant fait parler d'elle à sa
naissance , n'inspira pas la muse dont le chant élégiaque salua d'un dernier adieu
celle figurant sur notre dessin, et qui fut démolie en 1842'.
1 DAS WUNDERHJÎUSCHEIV.
Wohl kennt ihr das Hâuslein in h-eimischer Stadt ,
Darin seine Wohnung kein Sterblicher hat ,
Nur pfeifende Ratzen und Mâuse?
Es bietet fûnf Thûren zum Eintritt uns an ,
Doch stehn nicht bezeichnende Nummern daran ,
Nach lôblicher Ordnung und Weise.
Zwei kreischende Fàhnlein verkûnden den Wind ;
Sie knarren so schaurig , das Hertzblut gerinnt
In nâchtlicher Slille vor Grausen !
Und eines der Fàhnlein bewalirel die Spur
Des Drachen , der zischend die Liifte durchfuhr,
Buntfarbig , mit mâchtigem Brausen.
Gar lieblich hat Flora das Hàuschen geschmùckt ;
Viel Kinder der freundlichen Gôttin erblickt
Auf niedrigem Dach unser Auge.
Sie schimmern und blinken auf wanckendem Stiel,
Es treibt mit den Blùmchen der Zéphyr sein Spiel ,
Und JEol mit kùhlendem Hauche.
Schôn pranget am Hàuschen ein stattlicher Hut ,
Der stând' einem tapferen Kriegesmann gut ,
Hat goldene Quasten und Borten.
Von Gessler, dem Landvogt, ward er nicht gesteckt,
Damit man ihm Ehrc bezeug' und Respect ;
Durch Malershand ist er geworden.
Auch ist unser Hàuschen wohl ein Phânomen ,
Man mag es von vorn und von hinten besehn;
Es zâhlt zum Amphibien-Geschlechte :
Auf spârlichem Lande sein Vordertheil ruht ,
Sein Hintertheil aber auf griinlicher Flulh ,
Uud drunter ein Lustort der Hechte.
Wohl jeder das einsame Hâuslein nun kennt ,
Darinnen kein Feuer, kein gastliches, brennt ,
S'ist tâglich zu schauen am Staden.
Es steht so verlassen , es steht so allein ;
Gott gebe, das doch der Gemeinde-Rath sein
Erbarmen sich môge in Gnaden !
Damit bald sein Stûndlein, sein letztes, ihm schlag%
Auflôsend der Knôchler von hinnen es trag',
Zu scinen enlschwundenen Brùdern !
Die Nachbarscbaft freute gar hertzlich sich drob ,
Und spendete reichliches , rûhmliches Lob
Des Rathes wohlwollenden Gliedern.
D. Hirli (1839).
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
il
deSainte-Madeleine
La pièce de poésie que nous venons de lire , a suggéré en faveur de la vieille masure , ^JJJJ
menacée de démolition, la spirituelle défense que nous reproduisons ci-dessous».
L'église de la Madeleine, dont les jardins donnent dans la rue Neuve, est le dernier
monument de l'architecture gothique en notre ville. Quoique dans les bâtiments contigus,
qui formaient le couvent, on ait fait beaucoup de transformations pour les approprier à
l'hospice des orphelins, on retrouve encore de beaux fragments d'ornementations dans
les ogives de l'ancien cloître \ La rue , sur laquelle donne la principale façade de l'église ,
en a reçu son nom ; antérieurement elle s'appelait rue d'Utton , en souvenir d'un évêque ,
1 Et loi poëte aussi!... contre moi tout conspire ,
L'eau , le ciel et les rats : faut-il donc que ta lyre ,
Sans pitié devançant l'arrêt municipal
De ma proscription donne encor le signal ,
As-tu donc méconnu ion noble ministère?
As-tu donc oublié que l'âge et la misère
N'ont droit qu'à ta pitié, mais non à tes mépris;
Que lorsqu'en son chemin il rencontre un débris ,
Le poêle lui doit une douleur amie ,
Que de toute infortune il est le Jérémie,
Et qu'il n'a jamais su , transfuge du malheur,
Dénoncer une ruine au fer démolisseur?
Dis , crains-tu que des vents l'implacable tourmente
N'ébranle qu'à demi mon antique charpente?
Crains-tu que la rivière et ses flots indolents ,
Qui minent à bruit sourd mes étais chancelants ,
Ne puissent assez tôt m'arracher au rivage ,
Quand par un jour d'hiver, d'équinoxe ou d'orage ,
Ils viendront, redoublant leurs efforts envieux ,
M'emporter jusqu'au Rhin qui m'attend avec eux?
Ou crains-tu que des rats les hordes affamées
Ne fatiguent sur moi leurs dents envenimées ,
Et prises tout à coup d'un vertueux remords ,
De mes ais vermoulus ne s'exilent en corps ,
Pour me laisser en paix pourrir ma destinée?
Et qui t'a dit , cruel , que mon heure est sonnée ?
Et qui t'a dit, cruel , que je voulais mourir?
Non , je veux vivre encor, je veux encor jouir,
Faire chanter au loin ma double girouette
Lorsque l'aile des vents en passant la fouette ,
Diaprer mon vieux toit de riantes couleurs ,
Me parer de gazon , de mousses et de fleurs ,
Abriter le poisson qui dans l'onde étincelle,
Accueillir au retour la première hirondelle ,
Voir glisser sur les eaux maint batelet joyeux,
Et passer sur mon quai mainte fille aux doux yeux ,
Qui sourit en voyant sur mes vieilles fenêtres
Le tricorne étoffé que ses graves ancêtres
Arboraient au sommet de leurs toupets poudreux
Dans un temps où j'étais jeune et fière comme eux.
Hélas ! j'ai vu depuis se croiser à mon ombre
Des révolutions et des chapeaux sans nombre ,
Et pourtant (Dieu le veut !) je suis encor debout.
Oh! ne m'abattez point ! et qu'importe après tout.
Que de mon écriteau la naïve hardiesse
D'un triple barbarisme affiche la richesse!
C'est peu pour le génie : il ne s'occupe point
Si l'« de chaque mot est coiffé de son point,
- Mais il sait discerner par sa puissante vue
L'esprit qui vivifie et la lettre qui tue.
Poêle mon voisin , montre-toi généreux ;
Il est beau de venir en aide aux malheureux :
De mon pauvre vieux toit embrasse la défense ,
Ce bienfait n'aura point perdu sa récompense.
Oh ! que je sois ta muse , et bientôt tu verras
Que si mes murs caducs sont hantés par les rats,
J'abrite aussi parfois de riantes chimères :
Et quand je t'enverrai leurs cohortes légères ,
Quelles douces chansons, quels récits merveilleux
Elles feront pleuvoir sur ton front soucieux !
Leurs magiques accents descendus dans ton âme
En feront rejaillir la poétique flamme ,
Et les beaux vers alors suivront à flots pressés
De ton agile tour les orbes cadencés...
Va donc , va maintenant , sonne l'heure fatale ,
Appelle sur mon toit le marteau du vandale ,
Mais songe qu'après moi je laisse des vengeurs !
Quand je ne serai plus , tous mes hôtes rongeurs
Iront porter chez toi leur sape infatigable :
Malheur à ton bahut, à ton lit, à ta table!
Malheur à tes écrits qui par mille lambeaux
Descendront tout vivants dans autant de tombeaux !.
Cil. Desirais (18 mai 1839).
« En 1846, pendant qu'on faisait des plantations dans le jardin de cet établissement, on trouva quelques
monnaies romaines de l'empereur Valérien.
FAUBOURGS
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Église homme savant, qui, suivant Kônigshoven, doit y avoir logé; une chapelle construite
de Sainte-Madeleine „ ... , , . , , ,, , . TT n , i ■■•
par ce prélat, et qui existait encore dans la propriété dun certain Hans Ulenklin,
fut achetée par la ville, et cédée par elle, en 1478, avec tout le terrain, à une
congrégation de femmes repenties , qui s'y établirent. La maison qu'occupaient
auparavant ces religieuses, au Waseneck [zu den Reuerinnen), hors de la porte des
Juifs, sur les bords de 1*111 , subit, en 1475, le même sort que beaucoup d'autres: elle
fut démolie.
La pierre fondamentale de cette église fut posée en grande cérémonie, en présence
de Geiler de Kaisersberg, prédicateur de la cathédrale. Après la réformation, elle resta
consacrée au culte catholique comme église paroissiale, et le chœur demeura aux
religieuses, dont l'ordre dépendait directement de la cour de Rome.
Dans ces temps d'effervescence religieuse où de l'intolérance à la persécution il n'y
avait qu'un pas, les nonnes de Sainte-Madeleine et de Sainte-Marguerite eurent beaucoup
à souffrir de la population et du sénat, qui employa promesses et menaces pour les
engager à abandonner leur séjour; mais, à l'exception de quelques-unes, qui rentrèrent
dans la vie civile et se marièrent, la plupart d'entre elles restèrent fidèles à leur foi 1 .
Pendant tout ce temps, ces maisons se maintinrent comme couvents de femmes jusqu'à
ce que la domination française vînt leur assurer une protection efficace.
Lors de la révolution, l'église de Sainte-Madeleine hérita des riches ornements et
des belles boiseries en chêne de l'église de Saint -Etienne, enlevée au culte. On en
décora les murs de Sainte-Madeleine, non sans couvrir maladroitement beaucoup de
pierres sépulcrales d'anciennes familles, qui avaient contribué à doter leur paroisse.
Nous en trouvons encore le souvenir dans les brillantes peintures sur verre des fenêtres
ogivales de cette église; elles semblent dater de la même époque et avoir été faites
par la même main que celles de l'église de Saint-Guillaume, dont nous avons déjà
parlé,
j. Ch. Cûnteer. Les armoiries des d'Andlau, des Wurmser, des Merschwein et des Vôlsches nous
rappellent ces familles, dont la plupart sont éteintes aujourd'hui. A l'entrée dans
l'église , à gauche, on voit le seul monument qui y existe encore, c'est celui de l'ancien
syndic de la ville, Jean-Christophe Gûntzer, que ses contemporains avaient accusé de
trahison , pour avoir favorisé les plans de Louvois dans la capitulation de Strasbourg.
A en juger par la faveur dont Gûntzer jouit auprès de Louis XIV, après la réunion, par
la pension dont il fut doté; par les titres de noblesse qui lui furent octroyés avec la
moitié du village de Plobsheim , à titre de fief, on a bien le droit de croire que cette
1 On obligea les religieuses de Sainte-Madeleine d'assister au prêche luthérien , sur une galerie grillée attenante
à leur couvent. On raconte que pour se soustraire à cet acte , qui violentait leurs consciences, elles eurent l'ingé-
nieuse idée de tromper les yeux de leurs persécuteurs , en mettant à leur place de grandes poupées , affublées du
costume religieux.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 43
accusation n'était pas sans fondement, et qu'il avait chaudement servi les vues du
ministre français dans cette affaire.
Une autre pierre sépulcrale dans cette église , ment.onnee par Kunast, couvra.t les
p . estes d'un homme de guerre distingué, qui , victime d'une trahison , eut une fin bien
trapue: c'est celle du colonel Haugwitz. Il commandait, en 1675, la petite ville et le
château de Dachstein , sur les bords de la Bruche, près de Wolxheim. Une garn.son
de 1 200 hommes de troupes impériales s'y défendit vigoureusement contre les attaques
non moins vigoureuses des troupes françaises , sous les ordres du marquis de Vaubrun.
Quelques assauts avaient coûté plus de 1,000 hommes aux assiégeants sans qu ils eussent
pu se rendre maîtres du château, et Haugwitz avait juré de se défendre jusqu a la
dernière extrémité. Malheureusement il avait auprès de lui un traître qui se a.ssa
corrompre par les assiégeants: c'était le commandant en second, Contanni, qui le tua
d'un coup de pistolet, le soir, pendant qu'il faisait la ronde. Lorsqu'on trouva, la nuit,
le corps inanimé du vaillant soldat, Contarini assembla le conseil de guerre et conclut
à la reddition de la place, qui eut lieu le 30 janvier, et la garnison s'achemina vers
Strasbourg avec le corps de son colonel , qui fut inhumé dans l'église de la Madeleine
avec tousses honneurs militaires dus à son rang. Le château et ses fortifications, tombes
entre les mains des Français, furent rasés du 17 au 27 mars suivant , et Dachstein cessa
depuis d'être ville
Cependant le lâche assassinat commis par Contarini et les vrais motifs de la prompte
reddition de la ville ne demeurèrent pas longtemps secrets. Le margrave Hermann de
Bade général de l'artillerie impériale , accusa cet officier et provoqua la réunion d'un
conse'ifde guerre , qui condamna encore à mort quatre autres officiers de la garn.son < .
L'assassin pour se soustraire à la vengeance des lois, se brûla la cervelle dans l'auberge
du Petit-Cerf près de la cathédrale, où il logeait; il fut déclaré infâme , et son corps,
enveloppé dans une peau de vache , fut traîné à la voirie.
Parmi les legs de Saint-Étienne à l'église de la Madeleine, se trouvait aussi la main de
sainte Attale sa première abbesse. La légende qui s'y rattache est très-ancienne , et nous
reporte vers' ces temps éloignés où la foi chrétienne était encore dans sa naïve et
touchante simplicité.
Au commencement du huitième siècle, Adalbert, fils dAtt.c, comte d Alsace et
frère de sainte Odile, fonda sur les ruines de l'ancien Argentoratum romain le
monastère de Saint-Etienne, et sa fille Attale, élevée par sa tante, en fut nommée
abbesse Elle se distingua par une vie modeste et austère , et servit d'exemple aux dames
nobles qui avaient pris le voile et s'étaient groupées autour d'elle. Quand elle mourut
Tlâ^e de' cinquante-quatre ans, son corps fut exposé pendant cinq semaines aux
. Ils furent arrêtés à Strasbourg, et transportés et exécutés à Fribourg en-Brisgau.
Haugwitz.
Sainte Attale.
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4* PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Sainte Attale. regards du public, et les miracles qu'il opéra répandirent au loin sa réputation de
sainteté. Werendrut, abbesse de Sainte-Odile," qui était liée d'amitié avec elle, voulait
posséder une partie du corps d'Attale, pour la conserver comme une sainte relique
et un pieux souvenir; dans ce but , elle chargea un homme de s'introduire
pendant la nuit dans la chapelle mortuaire, de couper une main du cadavre et
de la lui rapporter. La légende nous dit que cet homme s'étant approché des restes
inanimés de la sainte, vit qu'elle lui présentait la main droite; il la saisit et la coupa.
Chargé de sa proie, il s'en retourna par une nuit sombre et orageuse vers Werendrut;
mais s'étant égaré dans les ténèbres, il erra longtemps, tourmenté par la peur et par
les remords, et se retrouva à la pointe du jour dans la chapelle où reposait Attale. I!
rendit sur-le-champ aux religieuses éplorées la main qu'il avait volée. Celte main
fut enchâssée, et on l'expose encore aujourd'hui aux fidèles, le 3 décembre de chaque
année; mais on n'entend plus parler de ces cures miraculeuses qu'elle opérait autrefois.
La Chronique de Kônigshoven , commentée par Schilter, nous en a transmis un dessin
fidèle, gravé par SeupeP.
Hôtel du Corbeau. En sortant de la rue de la Madeleine et en longeant le quai des Bateliers, nous
arrivons à l'hôtel du Corbeau , le doyen d'âge des hôtels de notre ville; nous le trouvons
cité dans l'énumération des auberges qui existaient déjà en 1306, avec l'hôtel portant
l'enseigne du Saint-Esprit, près du pont Saint-Nicolas. Ce dernier a été enlevé à sa
destination il y a quelque temps et a laissé au Corbeau seul la gloire d'un service de
cinq siècles.
A cette époque et plus tard encore, celte maison portait l'enseigne Zum Rappen ,
c'est-à-dire, d'après l'ancienne orthographe allemande, au Corbeau, et d'après
l'orthographe moderne , au Cheval-Noir. Au seizième siècle elle devait être vendue à un
négociant qui voulait la consacrer à son industrie et en faire disparaître l'antique
inscription. Mais le magistrat n'y consentit pas, par la raison que cette auberge était
trop renommée et que beaucoup de seigneurs avaient l'habitude d'y loger (Weil da viel
vornehmer herrn absligen). A la vue de la façade principale, renouvelée depuis, on ne
se douterait pas de l'âge de ce bâtiment; mais si l'on pénètre dans ce boyau long et
étroit, qui forme la cour, avec ses galeries en bois et son antique charpente sculptée,
l'on y retrouve l'image de ces auberges du temps passé, qui logeaient des princes et
des barons, et dout l'aspect paraîtrait bien mesquin à côté de la fastueuse magnificence
et du confort des hôtels de nos 'jours. On y remarque de vastes écuries, pouvant
contenir les chevaux de tout un escadron; c'est pour cette raison sans doute que
'En 1600, la maison vis-à-vis de cette église ayant aussi une issue dans la rue de l'Ancre, le Kohlenhof,
appartenait au Jungherr Hans Ludwig Surger {Allmentbuch 1600, Uttengasse et Enkhergasslein). Les trois avant-
dernières maisons de la rue de la Madeleine, à la droite, en partant du quai, appartenaient, en 1600, à l'hospice
des orphelins [Allmentbuch 1600, dans les Archives de la ville).
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 45
la poste aux chevaux s'y établit clans le siècle passé' et y resta jusqu'à sa translation
dans la rue des Juifs et de là à l'ancien hôtel de l'Espnt.
Jetons un coup d'œil rétrospectif sur le sen.ce postal, tel quil s est forme
et développé en notre ville, en attendant que les chemins de fer, qui se multiplient
chaaue iour, détrônent complètement cette institution.
Dins les temps reculés, l'éducation sociale n'exigeait pas ces fréquentes relation,
d'intérêts , cet échange continuel des idées , qui sont devenus un des besoins principaux
de notre société moderne. Les transactions commerciales se faisaient pendant les foires
par les intéressés eux-mêmes; les sciences, avant la création des acadennes et des
nniversités, florissaient dans l'ombre des monastères, et les correspondances scien-
tifiques se transmettaient de couvent en couvent, grâce aux soins et a 1 activité d un
nombreux clergé. Les villes et la haute noblesse, dans leurs relations entre elle
ou avec les empereurs, étaient servies par des délégués qui ; chevauchaten i de
cité en cité, ou bien elles employaient des messagers attitrés (Laufboten) pou le
transport des missives; la bourgeoisie, grossière, illettrée et gnernere, trouva.t dan
son sein des hommes qui se chargeaient ordinairement des commissions dont elle
avait besoin de s'acquitter: c'étaient les bouchers ; par leur profession même , ils eta.ent
obligés de parcourir les campagnes, pour faire leurs achats de bétail, et, en partant
pour ces excursions, ils se chargeaient du transport des lettres, qu'ils remettant eux-
mêmes ou faisaient remettre à destination par des confrères qu'ils rencontraient. Au
transport des lettres ils avaient joint l'entretien des chevaux pour le transport des
voyageurs, et cet usage leur avait assuré une position privilégiée
Les Metzgerposten, postes des Bouchers, se sont conservées chez nous, comme nous
,e verrons plu" loin, jusqu'à la fin du dix-septième siècle- même de nosmurs, le cornet
L po-te le postillon allemand, et dont il sonne à l'approche des relais et pour
amusement des vovageurs, n'est qu'une tradition du temps passe, ou les bouchers
étaient munis de même d'un cornet, qui annonçait leur présence dans une commune,
et rappelait des champs les paysans qui avaient du bétail à vendre.
Fn Frince l'université de Paris avait depuis longtemps étabh un service de messagers
DO ur l'envoi des lettres , quand Louis XI créa dans son royaume, en 1464 les premières
no tes consistant en relais de chevaux, échelonnés de quatre en quatre heues sur les
Indes routes, et surveillés par des hommes privilégiés, connus sous le nom de
ZtZ tenant les chevaux courants pour le service du roi, tandis qu en Allemagne les
moyens de communication, en usage depuis des siècles, étaient restes les mêmes
■ „ fnrbeau était encore un des premiers hôtels de notre ville ; en 1775, l'archiduc Maximilien ,
f Dans le siècle passe, ic uu ^ ^^ ^ ^^ _ ^ g ^ de Vannée suival)te j l'empereur lui-même , en passant
frère de l'empereur Joseph , y oge ^ ^^ ^ ' Fa ikenstein , accompagné du prince de Coloretto et du comte de
par Strasbourg incognito , sous t ^ uemorabiUa, Argent. , t. XVII).
Cobenzel , y mit pied a terre
Les Postes.
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Les Postes.
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r
46 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
jusqu a ce que l'empereur Maximilien W, et après lui Charles-Quint, à la lête de son vasie
empire , eurent suivi l'exemple de Louis XI. Pour faire mouvoir plus rapidement et plus
facilement les ressorts de son gouvernement en Allemagne et dans les Pays-Bas, ce
dernier monarque créa une route postale de Vienne à Bruxelles, par Rheinhausen,
vis a-vis Spire, Worms et Creutznach et par Francfort sur le Bas-Rhin. François de la
Tour-Taxis fut chargé de l'organisation de ces postes ; il eut pour successeur Léonard ,
son parent, qui fut nommé en 1542 directeur général des postes des Pays-Bas. Ce n'est
qu'en 1615 qu'un de leurs descendants, Lamoral de Taxis, reçut en fief de l'empire la
direction générale des postes, privilège dont jouit plus ou moins encore aujourd'hui
cette foulle dans les divers États de l'Allemagne, où, comme l'on sait, les services
de messageries et du transport des lettres sont demeurés entreprises gouverne-
mentales.
Au seizième siècle on commença à tenter dans notre ville quelques faibles améliora-
is dans le service postal ; le postillon de la ville {Posl-Reuter, comme on l'appelait alors)
nomme et assermenté par le magistrat, était chargé de recueillir les lettres; il expédiait
lui-même les missives à la destination de Bâle, Heidelberg, Spire, Worms et des villes
intermédiaires ; celles qui allaient plus loin étaient déposées par lui à Rheinhausen, et
expédiées de là par la poste impériale; mais à partir de Strasbourg il n'existait pas de
relais, et le pauvre postillon chevauchait à petites journées sur son bidet, et rapportait
la correspondance destinée au Haut-Rhin.
Vers la fin du même siècle ; le commerce de notre ville , pour avoir plus de sûreté et
d ordre dans le départ de sa correspondance , choisit un négociant, Jean de Tiirkheim
qu il chargea de la recevoir et de la réunir en paquets pour l'expédier aux différentes
destinations. Lorsque sous son successeur, Jean Linsenmeyer, la poste impériale
fut instituée, et que celui-ci se fut placé tacitement sous la dépendance du maître de
poste générale à Francfort, le magistrat le rappela à l'ordre; plus tard encore, quand
le chancelier suédois Torstenson eut fait en Allemagne des améliorations dans le système
postal , la ville ne se laissa jamais imposer un maître de poste étranger; le magistrat le
nommait; cet agent devait jouir du droit de bourgeoisie, et se soumettre aux lois qui
régissaient notre république; ce n'est que par son service qu'il dépendait de l'adminis-
tration centrale de Francfort, à laquelle il rendait ses comptes, et dont il recevait son
traitement.
En 1674, le maître de poste français, Charlier, vint à Strasbourg, et conclut un
traité avec son confrère de celte ville pour la taxe des lettres de Saverne (dernière ville
du territoire français) , à Philippsbourg et à Brisach, occupés par l'armée française.
Le transport des paquets se fit à deux schellings (40 centimes), le poids d'une demi-
once; valeur en argent d'aujourd'hui, 2 fr. 75 c.
Pendant que le nouveau mode d'expédition s'organisait avec plus d'ordre et de célérité,
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 47
les voyageurs, exposés aux intempéries des saisons, se faisaient transporter à cheval
par l'entreprise de la poste des Bouchers. On ne connaissait pas alors ces calèches
légères et commodes , bien rembourrées , bien suspendues, et dans lesquelles le voyageur
brave aujoud'hui la pluie et le froid; on avançait lentement d'étape en étape, comme
un régiment de cavalerie.
Nous joignons à l'historique du développement du système postal la lettre ci-après;
elle sera un tableau fidèle de la manière de voyager dans ces temps et porte le cachet
de l'époque. Ailleurs nous aurons occasion de parler plus amplement des rapports qui
existaient entre l'empereur Sigismond, qui sut gagner les bonnes grâces des dames
de Strasbourg et de la ville elle-même, dans les conflits qui s'étaient élevés entre elle
et les chanoines de la cathédrale contre l'évêque Guillaume de Diest. C'est à cette
occasion que le sénat envoya une missive à ce prince par son syndic Ulrich Meyer, et
les dames de Strasbourg en profitèrent pour lui adresser, en retour des bagues d'or
qu'il leur avait laissées en souvenir, deux ans auparavant, une chaîne du même métal.
Cette lettre date de 1416 ■'.
Les Postes.
'Aux très -honorés, prévoyants et sages maître et
sénat de Strasbourg , mes gracieux et arnés sei-
gneurs.
Honorés , prévoyants , sages et amés seigneurs , d'a-
près les très-humbles et les très-dévoués services que
je vous dois , je vous annoncerai que j'ai suivi à cheval
le roi bien loin , et plus loin que je ne croyais , car lors-
que j'arrivai dans le comté de Savoie , transformé au-
jourd'hui en duché , le roi était déjà parti et s'était di-
rigé vers Lyon. Quand j'arrivai à Lyon , le roi n'y était
plus ; il se trouvait dans le pays du duc de Bourbon ;
à mon arrivée dans ce pays , il se trouvait déjà dans le
duché de Berry ; quand j'arrivai là , il était à Orléans ;
je le suivis à Orléans; il était parti pour le royaume
de Navarre, et quand j'arrivai dans ce royaume, il
était reparti pour Paris, en France. Il y a fait son en-
trée huit jours avant le carnaval, et le duc de Berry
et la bourgeoisie sont venus à sa rencontre. Au car-
naval je suis arrivé moi-même à Paris après avoir
chevauché pendant vingt et un jours , n'ayant pris
qu'un seul jour de repos ; mais Dieu merci je me porte
bien , de même que ma suite et nos chevaux.
Mes gracieux seigneurs, comme nous étions en
carnaval, je me présentai le soir même au roi, en
m'acquittant de la commission de nos dames. Le roi
en fut content et de bonne humeur, et me chargea de
lire à haute voix la missive des dames de Strasbourg ,
Den Ersamen fûrsihlîgen vnd wisen meister vnd
Rat zu Straszburg minen genadlgen lieben
herren.
Ersamen fursihtigen vnd wisen lieben herren , nach
minem vndertœnigen / schuldigen vnd willigen dienst ,
wellendwisszen dz ich minem herren dem Kung / ferre
nach geritten bin vnd ferrer dann ich wande dz es
were / dane do ich in desz grafen von Saplioye der
nun ein hertzog ist lant kame / do wasz der Kung von
dannen vnd wasz gen Liigdun / do ich do gen Lûg-
dun kam / do wasz er dannen vnd wasz in des her-
tzogen von Burbon lant , do ich da hin kam do wasz
er dannen vnd wasz in des hertzogen von Berri lant /
do ich da hin kam do wasz er von dannen vnd wasz
gon Orlientz / vnd do ich da hin in dasz selbe lant
kame do wasz er in des Kunges von Nafarn lant ,
vnd do ich da hin kame do wasz er gen Paris , in
Frankenrich geritlen , Also reit er zu Parisz vf der
pfaffen vasznaht / in die stat vnd ritten im der her-
tzog von Berri vnd die burger herlich engegen vnd
ich kam vf die rehten vasznaht ouch gen Parisz vnd
hett XXI tag geritten dz ich nie tag slille gelag dann
einen , doch so môgent ich vnd die kneht und pfert
noch wol von gotes gnaden. Genedigen herren die
wil es nun die vasznaht wasz do trat ich fur den Kung
vf den abent vnd woltnun der frowen sache fur mich
niemen / als ich ouch tett do ward er zu mal frôlich
vnd hiesz mich der frowen brief lut lesen , dasz es
menclichen hôrt vnd hett grosen frôde / vnd mut da-
rabe , also gab ich im der frowen cleinot dz tette er
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Les Posies.
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48 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Parmi bien des preuves nombreuses que nous pourrions présenter sur le mode de
voyager, et sur le temps qu'on employait à franchir les distances, nous citerons encore
le fait suivant :
En 1523 , lorsque la ville de Strasbourg envoya une députation à l'empereur Charles-
Quint, en Espagne, cette députation, partie le 18 mai, arriva à Valadolid le 6 août; il
fallait donc alors soixante-dix-neuf jours pour faire ce voyage.
La première notion de carrosses, que nous ayons trouvée dans nos annales , date
de 1570 , où arriva en notre ville le duc de Mecklembourg avec huit voitures de ce genre.
Bûhler nous dit dans sa chronique : « Uff Montag den 6 Tag 96m ist allhier der Hertzog
« von Mechelburg inzogen mit 8 Gutzen ' und ist im giilden Schaaf zu Herberg gelegen. »
On laisse à penser ce que pouvaient être ces véhicules montés sur quatre pieds roulants;
mais il paraît que, malgré leur imperfection, ces premières voitures ne tardèrent pas
à se multiplier, puisque sept ans plus tard, quand l'électeur palatin de Bavière et le
margrave de Bade arrivèrent chez nous en carrosse, ils purent en louer d'autres, qui
les transportèrent à Rastadt (Und haben inen abermals frische Gutzen und Pferd geliehen).
afin que chacun pût l'entendre. Je lui remis le bijou
dont j'étais chargé ; il le pendit à son cou et le porta
pendant toute la nuit. Les personnes de sa suite me
disaient que durant tout le voyage, ils n'avaient vu leur
maître aussi réjoui que l'avaient rendu les dames de
Strasbourg ; il fit même danser les gens de sa suite
devant lui, dans sa chambre , parce que dans la ville
et dans tout le pays régnait grand deuil à cause de la
guerre. Il promit d'envoyer ou d'apporter lui-même aux
dames de Londres beaucoup de choses, car il ne voulait
pas rentrer sans avoir été en Angleterre. En sus-
pendant ce bijou à son cou , il fit le vœu de faire à
l'aide de Dieu et de ce bijou la guerre aux Turcs ,
dans un an d'ici, et engagea ceux qui voulaient com-
battre pour Dieu et pour l'honneur des dames à se
joindre à lui.
Donné le vendredi soir, après le carnaval 1416,
par votre très-humble,
Ulrich Meiger de Wasse.neck.
Le roi loge au Louvre , dans le palais des rois.
an den halsz vnd trug es die gantzen nahl vnd spra-
chen die gesellen si hetten in vf diser vart nie so
de plus à la
société. Un règlement formel leur fut imposé et une taxe fixa ce service ; il n'est pas
sans intérêt de connaître le prix de location des chevaux à cette époque; nous allons
en donner un extrait.
Pour Colmar, par cheval.
» Brisach . ■ • •
» Montbéliard . . •
» Bàle
> Zurzach à la foire .
» Genève *0 -
» Lyon 16 ~
j Nancy 6 ~~
. . 6 -
Flor. Schel.
— 12
2 &
5 -
3 5
5 -
ou
Fr. C.
2 m
4 80
10 -
7 —
10 -
20 -
32 —
12 —
12 —
Flor. Schel.
15 —
4 —
Pour Paris , par cheval .
» Tubingue et Stuttgart
> Haguenau .... — 8
» Wissembourg ... 2 —
» Landau 2 5
» Spire 3 5
» Worms 4 S
» Mayence G —
» Francfort-sur-Mein. . 6 5
ou
Fr. C.
30 —
8 —
1 60
4 -
5 -
7 —
9 —
12 -
13 —
Les Postes.
» Metz
il nnlPche se louait à 3 batz ou 45 cent. Un carrosse à 5 schellings ou 1 fr. par jour, et le salaire du valet ou
conducteur envoyé en voyage avec les chevaux, était de 1 rixthaler par semaine. (Le florin de Strasbourg à 2 fr.,le
schelling à 20 cent.)
En nous servant du moyen ordinaire pour comparer la valeur relative de l'argent
d'une époque à l'autre, par la valeur des blés, nous arrivons à un résultat qui nous
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Les Postes.
I ■
50 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
démontre que les voyages à cheval ou en voiture coûtaient énormément dans ces temps
là , et que les grandes fortunes seules pouvaient se les permettre. La valeur moyenne du
prix du froment des quatorze années qui précèdent celle de 1671, est de dix-huit
schellings ou 3 fr. 60 c. le rézal; la moyenne des quatorze années qui précèdent celle
de 1852, est de 23 fr. 10 c. ou 19 fr. 92 c. l'hectolitre ; la valeur de l'argent était donc
alors de 6 5/12 fois plus grande que de nos jours. Supposons un voyage de Strasbourg à
Paris, dans un carrosse attelé de deux chevaux, loués à 30 florins ou 60 fr.; multiplié
par 6 5/12, ce prix équivaut à 385 fr. Il fallait bien quinze jours, en faisant huit lieues par
jour, pour l'exécuter, eu égard à l'état des chemins; en comptant la location du carrosse
à 15 fr. et le salaire du conducteur pour deux semaines à 7 fr. 50 c. , multipliés de même
par 6 5/12, nous arrivons à une somme de 529 fr. 35 c. qu'une ou plusieurs personnes
avaient à dépenser pour le transport seulement , sans compter, pendant ces deux longues
semaines, qu'elles cheminaient sur les routes, l'entretien des voyageurs et des
chevaux.
Au point de perfectionnement où ces divers moyens de transport sont arrivés,
nous devons admirer les immenses progrès qui ont été réalisés de nos jours. Avant
l'établissement du chemin de fer, la voiture du courrier des dépêches (malle-poste)
franchissait cette distance en trente-six heures, et l'on payait 82 fr. 95 c; aujourd'hui,
grâce à la vapeur, on paie de 29 à 52 fr. pour faire le même trajet en douze heures.
Aujourd'hui vous lisez une lettre écrite il y a sept jours seulement à Alger,
qui a traversé la Méditerranée et voyagé de Toulon aux bords du Rhin, et pour ce
trajet de plus de cinq cents lieues vous payez 25 cent., ce qui coûtait auparavant
1 fr. 10 c.
Nous ne voulons pas préjuger la révolution complète qui s'opérera dans la civili-
sation humaine, lorsqu'un jour les chemins de fer sillonneront en tout sens le vaste sol
de l'Europe, et que la locomotive entraînera partout dans le même convoi, avec la
même vitesse, prince et paysan, et transportera au besoin toute une armée d'une
frontière à l'autre; tout cela cependant aura été l'œuvre d'une seule génération pendant
un demi-siècle.
Revenons à nos postes des bouchers, pour raconter les causes et les circonstances
de leur suppression.
En 1682, quand Strasbourg fut devenu ville française, M. de Courcelle, maître de
poste privilégié par le roi, protesta contre le droit qu'avaient les bouchers détenir des
chevaux de louage, au service public, en faisant observer qu'ils portaient préjudice à
son privilège ; il défendit l'emploi de ces chevaux à Strasbourg et dans les villes et
villages dépendant de son ressort, sous peine de 300 livres d'amende, à moins d'une
autorisation spéciale, qu'il faisait payer à raison de 2 rixlhalers par cheval et par
trimestre. Le magistrat eut beau réclamer, en se fondant sur les anciens us et coutumes,
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Les Posles.
PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 51
le monopole aristocratique tua le monopole de bas-étage, et quoique l'impôt sur les
chevaux de louage fût réduit à 1 rixthaler par an , les bouchers durent cesser cette
exploitation , mais ils furent dédommagés à leur tour par le privilège qu'ils obtinrent
de fournir la viande à une garnison de 8 à 10,000 hommes, qui séjournait constam-
ment dans nos murs.
Depuis, l'institution postale a suivi chez nous la même marche progressive que dans
le reste de la France, pour arriver au point que nous avons indiqué.
Vis-à-vis du pont du Corbeau l'on voyait briller, il y a peu d'années , en gros caractères Hôtel du Rhin
ces mots: Hôtel du Rhin, sur une grande maison nouvellement construite de 1842
à 1845, sur l'emplacement de cinq maisons, acquises par le docteur Schaller et démolies
pour rectifier l'alignement de ce pont sur la rue du Vieux-Marché-aux-Poissons.
Auparavant cet hôtel portait le nom de Carpe-Bridée; sur ses murs était peinte en
fresque une énorme carpe , montée par un petit amour, guidant sur les flots le poisson,
qui tenait un mors dans sa large gueule.
Nous ne connaissons pas les raisons qui ont fait changer au propriétaire le nom de
cette auberge, mais nous avouons que nous aurions préféré lui voir conserver son
antique et originale dénomination , au lieu de la nouvelle et banale enseigne qui se
retrouve à chaque pas le long de ce fleuve cher aux touristes. Dans l'idiome allemand
de notre ville on l'appelait Gerten/isch, ce qui, traduit en bon allemand, voulait dire
Gegiirteten Fisch (poisson sanglé ou bridé).
Nous avons trouvé dans les archives de la ville le mot de cette énigme : An der
Schindbrucke ist ein Eckhus juxla domum olim dictam zu Ilerrn Gerhart dem Vischernunc
vero temporis zu den Gerten Vischern 1466. (Au pont du Corbeau il y a une maison qui
fait le coin, à côté de Gérard, le pêcheur, aujourd'hui au Gerten Vischem, 1466.)
Anciennement beaucoup de rues avaient reçu leurs noms d'établissements publics,
soit religieux, soit profanes, situés à proximité, d'autres de leur principale maison,
d'autres encore de noms propres de personnes marquantes qui y demeuraient; alors
chaque maison était désignée par un nom , qui, s'il se prêtait à une représentation ou à
une traduction graphique, était sculpté ou peint sur les murs, et donnait à ces rues un
caractère original et pittoresque, tel que nous le retrouvons à Schaffhouse , à Bâle et
dans quelques autres villes de la Suisse et de l'Allemagne , surtout dans la ville de
Nuremberg, restée si pure dans son architecture des temps passés.
L'art du blason avait déjà consacré la coutume de figurer les noms , et comme l'usage
des armoiries avait passé des familles nobles aux familles bourgeoises, il s'était aussi
étendu des sigillés aux maisons. Il était en vigueur chez nous depuis des siècles , quand
il fut aboli, en 1785, par une ordonnance de police, qui prescrivit le numérotage des
maisons. Cette même ordonnance fit enlever les enseignes qui faisaient saillie sur la rue
et les tuyaux saillants ou gargouilles qui déversaient les eaux de pluie du haut des toits.
Numérotage
des maisons.
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52 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Numérotage Les fresques qui ornaient les maisons étaient souvent peintes par des artistes dis-
îles maisons. <;,,_,,' -i , ,
tingues, il ne nous en reste presque plus de traces; cependant on en voit un échantillon
restauré à la brasserie ,du Géant, clans la Krutenau, et récemment encore, lors de la
démolition des maisons du Marais-Vert, au débarcadère du chemin de fer, une autre
fresque représentant des flotteurs de bois, très-bien peinte, par Heimlich, a disparu.
On distingue encore sur quelques vieux et noirs pignons crénelés, des traces presque
effacées de losanges peints, avec les armoiries qui en ornaient les faîtes.
La sculpture nous en a conservé davantage. Au-dessus d'une porte, dans la rue des
Faisans, on trouve sculpté dans la pierre l'oiseau qui a donné son nom à cette rue;
puis le sanglier à la maison qui fait le coin de la rue du Sanglier et de celle des
Hallebardes {Zum Hauer) ; la mésange , vis-à-vis de l'hôtel de la Ville-de Paris ; une botte
d'ail au dessus d'une porte de la rue du même nom, traduction graphique du nom de
Knobloch, ancienne famille strasbourgeoise probablement éteinte. Nous pourrions encore
citer beaucoup de noms propres qui se sont dénaturés par la traduction française, et
que l'on a eu tort de traduire littéralement: tels que Kalbsgass, en rue des Veaux,
Sallzmansgass, en rue de l'Homme-de-Sel, Hammansgass (Hammengâssel) , en rue dû
Filet, etc. On trouverait ridicules ces métamorphoses, si l'on pensait que dans quelques
siècles d'ici on pourrait traduire quai Kellermann par quai de l'Homme-de-la-Cave,
quai Kléber en quai du Colleur, etc. Les Kalb étaient une ancienne famille noble, qui
fonda un hôpital chez nous, de même que les Sallzmann illustrèrent, comme savants,
notre ancienne université.
A l'exemple de la Carpe-Bridée, une maison sur le quai des Bateliers nous offre un
fait analogue d'une transformation de nom : c'est la brasserie du Chant-des-Oiseaux ,
grande maison nouvellement construite.
Sur celle qui existait précédemment, on voyait peint un groupe d'oiseaux ouvrant
leurs becs, en saluant l'aurore de leurs chants muets. Cette enseigne dérivait aussi du
nom du propriétaire, comme le démontre le Stadtbuch de 1364, où nous lisons: « Husz
gelegen gynesile Brùsche, an der site nebent Fritschen Vogelsang. En 1513, Caspar, diclus
Vix Casper hospes hospilii zum Vogelgesang.» (Maison située de l'autre côté de la Bruche
à côté de Fritsch Vogelsang; en 1513, Caspar dit Vit Caspar, aubergiste au Chant-des-
Oiseaux.)
Le nom de l'auberge du Rocher-aux-Sapins, vis-à-vis des Petites-Boucheries {Zum
Tannenfels), a aussi subi une traduction graphique : Johanni dicto Dannenfeils hospiti
civis argentin, et Gerburgieius uxori legitim. 1413, etc.
Quai Saint-Nicolas. Vis-à-vis des quatre vieilles maisons, sur les bords de l'HI, qui se pressent comme
quatre sœurs délaissées, craignant l'action destructive des eaux et de la hache de
l'homme, et de l'autre côté du pont du Corbeau, une maison démolie parla même
raison que la Carpe-Bridée, nous a laissé un souvenir sur le col de sa cave : c'est une
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 53
inscription conservée à la bibliothèque de la ville, et qui nous indique à quelle époque Quai Saint-Nicolas.
les quais qui bordent la rivière ont été revêtus de pierres :
DAS WERG WART ANGEFAN-
GEN VO DEM GVLDIN DVRN, VNTZE
AN HER THEN HOFF VON ENDIN-
GEN ANNO DMI. MCCCCXI.
(Cet ouvrage fut commencé depuis la Tour-des-Florins jusqu'à l'hôtel des Endingen,
en 1411.)
On pourrait y ajouter aujourd'hui les années 1840 à 1846, où le quai des Pêcheurs
et celui des Bateliers ont été nouvellement revêtus de pierres de taille et rehaussés de
beaucoup, pour être mis à l'abri des inondations.
Aucune rue de notre ville n'a subi autant de changements de noms que celle où nous Rue d'àusteriiiz.
allons entrer, pour continuer notre promenade sur les remparts. Aucune aussi n'a été
traversée par autant d'illustres personnages, venant de la rive droite du Rhin.
En 1379, nous la trouvons citée sous le nom de Viehgass (rue des Bestiaux), à l'occasion
d'un grand incendie qui ravagea tout ce quartier, habité alors par les bouchers , d'où
proviennent les noms de rue des Bouchers, porte des Bouchers, Poêle-des-Bouchers ,
rue des Bestiaux , rue des Bœufs et Plaine-des-Bouchers , donnés à cette partie de
l'intérieur et de l'extérieur de la ville '.
Dans l'espace de cent trente ans, Strasbourg eut l'honneur de recevoir cinq princesses
étrangères, qui y passèrent pour s'asseoir sur le trône de France, où malheureusement
bien des déceptions les attendaient, et où aucune d'entre elles n'a trouvé le bonheur,
plus rare encore dans cette haute position que partout ailleurs.
En 1680, le 21 février, arriva dans notre ville Marie-Anne-Victoire de Bavière, que le
Dauphin , fils de Louis XIV, avait choisie pour son épouse ; elle y fut reçue par le
maréchal de Créquy. Cette princesse ne devait pas voir la mort de celui dont l'histoire
disait qu'il fut fils de roi, père de roi, sans avoir été roi lui-même.
En 1725, Strasbourg salua sa première reine en la personne de Marie Lesczynska,
fille de Stanislas, roi proscrit de Pologne, et fiancée de Louis XV; elle s'y maria par
procuration au duc d'Orléans 2 . Tout le monde connaît la vie privée de ce roi débauché
et le caractère dévot de cette reine.
En 1747, la première épouse du Dauphin, fils de Louis XV, étant morte, il se maria
i En 1527 trois maisons , qui s'adossèrent à la Carpe-Bridée , devinrent la proie des flammes; on eut beaucoup de
peine à sauver celte auberge {Biihler Chronique, t. II, p. 319).
2 Voyez quai Saint-Nicolas.
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54 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Kue d'Austeriitz. en secondes noces à Marie-Joséphine , fille de Frédéric-Auguste , électeur de Saxe et
successeur de Stanislas au trône de Pologne ; elle aussi passa par notre ville , et mourut
veuve sans avoir porté la couronne, mais en laissant trois fils, qui furent Louis XVI,
Louis XVIII et Charles X *,
En 1770, la fille de Marie-Thérèse fit son entrée à Strasbourg comme fiancée du
Dauphin , depuis Louis XVI. C'est alors que la rue des Bestiaux reçut le nom princier
de rue Dauphine. Elle le conserva jusqu'à la révolution, qui l'appela rue du Dix-Août.
Gœthe, qui se trouvait alors en cette ville comme jeune étudiant, nous a laissé dans
ses mémoires l'impression que fit sur lui la décoration des salles et des appartements,
élevés sur l'île du Rhin , pour recevoir cette jeune princesse de quinze ans; le choix des
Gobelins qui couvraient les parois de la salle d'honneur lui fit pronostiquer la fin mal-
heureuse de cette reine. M me de Campan nous parle aussi du cérémonial de réception,
et nous avons encore retrouvé le plan de la maison, construite alors en charpente, par
laquelle Marie-Antoinette entra Autrichienne et d'où elle sortit Française 2 .
L'extrait suivant du protocole de la Chambre des XIII de notre sénat, rédigé à cette
occasion , n'est pas sans intérêt : « Ferner erkannt dass Ilerr General Advokal Hold zu
« ersuchen , die Madame la Dauphine bey hochdero Ankunft allhier zu haranguiren. Ingleichen
« werden die hochw. und wohlverordneten Herrn Cancellarii und Scholarchœ Universitatis
« besorgt seyn, einen Herrn Professoren so der franzôsischen Sprache wohl kundig zu
«Ferrichtung des nehmlichen zu ersuchen. (Plus il a été arrêté que l'on inviterait
l'avocat général Hold à haranguer M me la Dauphine à son arrivée. De même que
MM. les chanceliers et scolarques de l'université auront soin d'adresser pareille invitation
à un professeur qui sache bien la langue française.)
Après que le sceptre de l'empereur eut apaisé l'orage de la révolution , et lorsqu'une
armée , envoyée en poste du camp de Boulogne , arrivant sur le Rhin , passa par
Strasbourg, cette rue vit, en septembre 1805, défiler ces héros immortels, qui partaient
1 A Colmar, où elle passa avant d'arriver en notre ville , on fit les rimes suivantes :
Die Tochter Augusti des Kônigs in Polen
Als des durchlauehtigslen Dauphin sebr schône Braut
Die Er, als Ihm vertraut, gar pràchlig liess abholen
Hat man mit grosser Freud in Colmar angeschaut.
Und diesses ist geschehn als fast zu Ende gienge
Des Januarii sehr rauhe Witterung ,
das dies liohe Paar im Weinmonat empfienge
Ein schônes Liebespfand in der Verehlichung.
dass der grosse Gott der ailes wohl regieret ,
Als der allmâchtige Verschaffer aller Ding
Den wir um dies Geschenk auflehn wie sichs gebùhrt,
Den wohlgemeinten Wunsch in die Erfùllung bring.
27 janvier 1747, Colmariau Augusti régis nata alque
Delphino nubensvisa venusta fuit [potenti.
Tuncque adventabal finis Januarii inertis
Utrique Octobri pignus amoris erit
Deus omnipotens , pie Rex qui erunta gubernas
Nostra tibi , quœso , sinl pia vota rata.
2 Elle était construite à gauche de la route de Strasbourg à Kehl , à peu près vis-à-vis de la campagne Gelb. Voyez
la planche page 22.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 55
pour vaincre l'empereur d'Autriche. C'étaient cinq divisions de cavalerie, composées Rue TAusteriiu.
de carabiniers, de cuirassiers et de dragons, commandées par les généraux Nansouty,
d'Hautpoult, Klein, Walter et Beaumont, sous les ordres de Murât, avec le corps du
maréchal Lannes , composé des divisions Oudinot et Suchet.
Le 1- octobre eut lieu le passage du grand parc d'artillerie, puis vmrent la garde
impériale , commandée par le maréchal Bessières et Napoléon , lui-même.
Le 25 janvier suivant, l'empereur revint de cette courte et brillante campagne,
accompagné de Joséphine. La ville leur fit alors une réception digne du vainqueur ; la
porte et la rue par lesquelles ils avaient fait leur eutrée reçurent le nom d Auster litz
Joséphine , aussi , déchut de sa haute position , lorsqu'en 1810 Napoléon épousa la fille
de cet empereur qui était le neveu de Marie-Antoinette, et qui pendant s. longtemps
subit la loi de son vainqueur; Marie-Louise fut la cinquième princesse qui passa par
notre ville, pour s'asseoir sur ce trône, qui s'écroula quelques années après.
Sous la restauration, lorsque Louis XVIII prit les rênes du gouvernement en 1814,
vingt et unième année de son règne, comme il disait alors, et que tout le passe glorieux
de la France dut être effacé , la rue d'Austerlitz reprit le nom de rue Dauphine. Mais le
nom de cette mémorable victoire , repris en 1830 , a été gravé en caractères monumen-
taux, en 1845, quand on construisit la double porte d'entrée de la ville. Désormais .1
appartient à l'histoire, et marque pour ainsi dire le seuil de la France, s. souvent
franchi par ses armées victorieuses. Toutes ces réceptions se firent avec plus ou moins
de pompe; elles eurent leurs arcs de triomphe en bois et en toiles peintes , leurs feux
d'artifice , leurs harangues officielles et leurs flatteries de commande.
Cette rue s'est embellie, depuis quelques années, par des constructions nouvelles;
sa partie extérieure se terminait anciennement par un bastion voûte, adosse al hôte
de l'Ours-Noir, flanqué de rondelles et surmonté d'une haute tour <pu en ferma*
feutrée. Ce bastion, élevé en 15**, fut démoli en 1771; la hache de 1 homme na
cependant pas enlevé tous les restes des temps passés, et quelques anciennes maisons
témoins de tant de grandeurs déchues sont encore debout depuis des siècles.
' Arrivé sur les remparts, derrière le quartier d'Austerlitz, nous allons jeter un coup
d'oeil sur cette partie des fortifications et en retracer l'histoire. Dans l'article Pont-aux-
Chats nous avons donné le tracé du premier mur d'enceinte de la ville , depuis 1 entrée
de l'Ili jusqu'au bras du Rhin, avant que la Krutenau y fût jointe. Dans l'article Saint-
Nicolas, nous avons décrit l'enceinte de ce faubourg, avec les changements qu'elle a
subis- nous en présentons ici la continuation.
Avant la construction de la citadelle , le mur qui partait de l'angle de droite du quartier Fortifications
Saint' Nicolas en longeant les maisons extérieures de la rue des Maisons-Rouges,
s'adossait au 'canal du Rhin. Cette entrée était défendue par une herse et un corps
de garde- elle fut remplacée depuis, plus à l'extérieur, par les formations , connues
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56 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Fortifications, sous le nom de Communicalion-de-droite. Au delà de ce bras du Rhin, ce mur suivait
l'alignement actuel de l'hôpital militaire , vers l'angle intérieur du Bastion-des-Bouchers.
et de là descendait vers la porte du même nom. Ces murs étaient couverts extérieure-
ment par un fossé, qui coupait le terrain dans la direction de la rue Salpétrière, et
communiquait avec l'ancien fossé , appelé Waisengraben , dont nous avons parlé dans
l'article Rue des Orphelins. De cette manière l'ancien couvent de Sainte-Catherine avec
les maisons adjacentes, était assis sur un îlot entouré par le canal du Rhin et par des
fossés de fortifications.
Cette construction subsista depuis le commencement du quinzième siècle jusqu'au
milieu du seizième, où l'on fit combler le fossé qui longeait la rue Salpétrière, ce qui
lia le terrain de Sainte-Catherine au terrain que nous appelons de nos jours Place
d'Austerlitz. Un dessin que Speclin nous a laissé nous donnera une idée plus exacte de
ces fortifications. En même temps un bastion en terre-plein fut établi derrière les
jardins du couvent; on renforça les murs, qui furent percés de meurtrières, et on
enleva quelques parties de remparts.
De nos jours on voyait encore les traces de ces constructions , derrière la caserne , et
en 1845 on démolit les fragments du mur qui longeait la rue Salpétrière, et sur lequel
étaient bâties les maisons qui la formaient. Ce mur était flanqué à l'un de ses angles
d'une élégante tourelle, couverte en tuiles glacées en couleurs , et appelée Tour-sur-la-
Pointe {Thurm auf dem Spitz), à cause des supports qui la soutenaient. Le niveau des
meurtrières nous montre le peu d'élévation qu'avait alors ce terrain '.
Au dix-septième siècle, les fortifications ayant été renforcées par les remparts
casemates, d'après un système de défense plus conforme aux véritables principes de la
stratégie , l'ingénieur Kermann construisit, de 1664 à 1669 , le bastion que nous voyons
encore derrière la caserne, et l'ingénieur de la ville, Schwender, en éleva à la même
époque un autre, appelé alors Bastion de Sainte-Catherine ; ce dernier subit depuis des
changements , par suite de la jonction de la citadelle à la ville.
Pone d'Austeriitz. La porte d'Austerlitz ou anciennement des Bouchers, dont la base est carrée,
surmontée d'une tour octogone, semble cependant, par son style d'architecture, remonter
au delà du seizième siècle 2 . Avant cette époque, une tour plus forte et plus élevée
donnait entrée en ville. Un chroniqueur nous dit à ce sujet: «1548. Nach Sanct-
« Andras Tag hat man den Melzig thurm anheben abbrechen, der halte einen schonen helm
« mit griinen glacirten Ziegeln und vier neben Erker, war ein lustiger Thurm.»
* Les deux grandes écuries qui forment angle avec la caserne, furent bâties, en 1847 et 1848, sur ce terrain
déblaye. En 1849, au printemps , on démolit la poudrière, bâtie du temps de Louis XIV, et on construisit l'écurie
qui lie les deux autres ailes.
C'est un architecte que la ville fil venir de Francfort , qui en est le constructeur ; il était logé et nourri aux frais
de la ville, dans l'auberge du Bœuf-Rouge, aujoud'hui hôtel de Bade.
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Panorama de StrasLouPê, Faubourgs. Page 56.
Tour sut la pointe , anciennes fortifications.
Porte de l'hôpital, démolie en 1769
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
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Avant Speclin, la majeure partie de ces travaux fut dirigée par le comte Guillaume Porte d'Aasteriit/..
de Fùrstenberg , commandant des troupes à la solde de la ville et homme de guerre
expérimenté' ; le capitaine Daniel Silberkrâmer l'assista dans ces travaux. On avait établi
aussi près de cette porte un gibet , sur lequel on affichait les noms des déserteurs.
(Woran man die Namen der durchgegangenen Guardi Knecht angeschlagen.)
La caserne d'artillerie fut construite dans les années 1753 et suivantes , et agrandie
Caserne
d'Austerlitz.
1681.
en 1785. La ville y contribua pour la somme de 238,000 livres. La réputation dont
jouissait Strasbourg, fut confirmée par Louis XV, quand il organisa le corps de l'artillerie ;
par une ordonnance du 13 août 1765, ce roi convertit les sept brigades de l'artillerie
française en autant de régiments, qui prirent les noms des villes où les écoles étaient
établies, et s'appelèrent régiments de La Fère, de Metz, de Strasbourg, de Grenoble , de
Besançon, d'Auxerre et de Toul. En 1790, un décret de l'Assemblée nationale donna au
corps de l'artillerie une nouvelle organisation , et le régiment de Strasbourg prit le n° 5
dans la série des sept régiments de canonniers.
En nous approchant de la porte de l'Hôpital et des deux anciennes tours , nous voyons Le 30 septembre
sur le faîte d'une maison, à côté de celle qui est couverte de tuiles creuses, plusieurs
petits cavaliers moulés en terre. Déjà comme enfant nous avions cherché , mais
inutilement, à connaître la raison qui avait pu faire placer ces figurines sur un toit;
mais comme depuis on a bien souvent gratté et récrépi cet édifice , en respectant toujours
religieusement ces petites figures, nous avons voulu prendre des informations chez le
propriétaire, M. Kolb, maîtré-maçon , Strasbourgeois de bonne vieille souche et
membre du conseil municipal jusqu'à sa mort. Voilà ce qu'il nous dit : «Vous voulez
« savoir l'origine de ces figurines , je vous la ferai connaître ; mais avant tout il faut vous
« faire observer que je ne la connais que par la tradition de mon grand-père. Aimant
«comme vous à conserver les souvenirs des temps passés, j'ai toujours respecté ces
« statuettes comme de bons gardiens de mon toit. »
Dans cette maison logeait , en 1681, un tailleur, qui , après avoir fait de longs voyages
pour s'exercer dans sa profession et servi dans différents régiments impériaux ,
pendant la guerre de trente ans , retourna dans sa ville natale, où il parvint à occuper
une place de maître , devenue vacante dans la série des tailleurs de Strasbourg , et se
mit en ménage. Une des faiblesses de cet 'homme était une haine violente contre les
Français, et surtout contre les cuirassiers dont il avait à se plaindre, ayant été
maltraité par eux dans une charge de cavalerie.
Le 30 septembre 1681, il avait mis son habit de dimanche et s'était rendu à l'église,
ne présumant pas qu'il se trouverait ce même jour face à face avec ses ennemis mortels.
Pendant le prêche on entendit des coups de canon , le tocsin sonna , et tout le monde
1 Voyez ville, rue des Pucelles.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Le 30 septembre quitta les temples pour connaître la cause de cette alerte inattendue. Dans les rues
régnait une animation extraordinaire; au son funèbre des cloches , la bourgeoisie armée
se réunissait aux postes dans l'intérieur de la ville et sur les remparts; les constables
(canonniers) couraient à leurs pièces, les sénateurs s'étaient empressés d'accourir à
l'Hôlel-de-Ville, les portes furent fermées; les échevins furent convoqués dans les poêles
de leurs tribus; Christophe de Janeck, commandant les soldats delà ville, et qui s'était
mis à leur tête, fut mandé auprès du sénat; une panique générale s'était emparée
de la bourgeoisie. Les causes de ce mouvement étaient la prise, par un corps de
cavalerie française , d'une redoute mal gardée dans l'île du Rhin, sans qu'il eût été fait la
moindre dénonciation d'hostilité , et la sommation du ministre Louvois de rendre la ville
le même jour, à des conditions honorables, à son maître Louis XIV. Au cas contraire,
disait-il, et si un seul coup de canon était tiré, il se rendrait maître de Strasbourg
par la force des armes, et ne ménagerait pas même l'enfant dans le sein de sa mère.
La porte des Bouchers s'ouvrit et des voitures sortirent avec le Stadtmeister de
Zedlitz et les sénateurs Dietrich, Frœreisen, Schmidt, Richshofer, Slœr, Frantz et le
syndic de la ville Gùntzer, pour se porter au quartier-général français à lllkirch,
afin de défendre l'indépendance de la ville. Mais leurs démarches furent vaines, et le
hautain ministre répéta ses menaces , en se fondant surtout sur ce qu'une forte armée
impériale étant en marche vers le Rhin, il était d'un intérêt incontestable pour son roi
d'avoir Strasbourg sous sa dépendance.
Pendant ce temps les sénateurs et les échevins attendaient avec anxiété le retour de
leurs délégués. On calcula les forces de la ville et ses moyens de défense , et on trouva que
de 4,000 habitants propres à porter les armes, 300 des plus riches et des plus influents
étaient à la foire de Francfort; le nombre de 800 et souvent de 1,500 hommes de troupes
à la solde de la ville, avait été réduit a 400; les communications avec la Suisse étaient
coupées, de même qu'avec les bailliages relevant de Strasbourg, qui pouvaient fournir
des défenseurs robustes aux remparts. De plus, les eaux étant très-basses, on ne
pouvait remplir les fossés des fortifications et inonder les environs.
Le commandant de Janeck, vieille lame aguerrie, animait les Strasbourgeois à la
défense, mais on lui objecta qu'une fois une brèche faite parle canon français, tout était
perdu , les fossés ne pouvant pas être mis sous eau; que la garnison n'était pas assez
forte pour résister à un ou plusieurs assauts, et qu'enfin il ne fallait pas s'attendre à un
secours de l'armée impériale.
Les chefs du sénat conclurent donc à la reddition, en acceptant les modifications
que Louvois pouvait proposera la capitulation. Les 300 échevins furent consultés, comme
cela se pratiquait dans les cas graves, et durent céder à la décision du sénat.
Dans l'après-midi les mêmes voitures sortirent de nouveau et ramenèrent les
députés à lllkirch, où ils signèrent la capitulation, dont voici l'original:
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
63
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Le soir à quatre heures les troupes françaises commencèrent à faire Jeur entrée en Le 30 septembre
ville; trois escadrons de cuirassiers, tous bien montés, et portant chacun, comme 1681
cela se pratique en campagne , une botte de foin et de l'avoine, arrivèrent sur la place
d'Armes (alors Barfiisserplatz), où ils bivouaquèrent pendant deux jours; l'infanterie
prit possession des remparts et des postes militaires, en bivouaquant de même jusqu'à
ce que tous fussent logés chez la bourgeoisie; une discipline sévère les maintenait
dans l'obéissance et dans l'ordre ; aucun soldat n'osait quitter son poste sous peine
de mort.
Pendant toute cette journée d'angoisses, le peuple criait à la trahison, les hommes
armés demandaient de la poudre et des balles; les canonniers, sur les remparts,
réclamaient à grands cris des munitions , mais poudrières et arsenal restèrent fermés.
Cependant des rassemblements se formaient devant l'Hôtel-de-Ville et devant les maisons
des principaux sénateurs et du résident français, Frischmann, auquel on avait donné
le conseil secret de partir, et que l'on tenait caché. Déjà des pierres étaient lancées
contre les vitres, ou était sur le point d'attaquer, et beaucoup de gens s'indignaient à
la pensée que cette ville si forte dût se rendre sans la moindre résistance. De ce nombre
était aussi notre tailleur, dont la fureur monta à son comble, lorsqu'il vit entrer des
cuirassiers, ses ennemis implacables; il se retira dans sa maison près de la porte de
l'Hôpital , et après avoir chargé ses armes , et juré que la ville ne se rendrait pas sans
que le sang de l'ennemi ne coulât , il fit feu , tua et blessa quatre soldats , et se sauva.
Quelques temps après il revint, quand l'affaire fut oubliée, et fit placer en souvenir
de sa vengeance ces figurines sur le faîte de son toit.
Content d'avoir satisfait notre curiosité , nous avons promis à notre obligeant conteur
de consigner avec reconnaissance cette tradition dans les notes historiques que nous
rassemblions alors sur l'histoire de notre ville.
Si les hôpitaux sont les preuves les plus évidentes des misères , qui furent et qui Hôpital civil,
seront toujours le partage de l'espèce humaine, ils attestent en retour les progrès de
l'esprit philanthropique, les résultats consolants de la charité chrétienne des habitants
d'une ville et l'abondance de ses ressources financières. Sous tous ces rapports, l'hôpital
civil de Strasbourg mérite une des premières places. Il y a deux siècles déjà qu'il fut
cité comme modèle à côté de celui d'Amsterdam , tant pour son étendue et ses ressources
que pour son organisation intérieure. Au commencement du dix-septième siècle, ses
recettes lui permettaient de subvenir aux besoins journaliers de 1,500 malades et
pensionnaires, mais par la terrible guerre de trente ans et les luttes armées qui la
suivirent, cet établissement perdit beaucoup de ses biens; il était même tellement
endetté, que le magistrat ordonna des quêtes dans les églises, pour subvenir à ses
besoins. Silbermann nous cite une quête qui fut faite le 22 juillet 1697, et qui rapporta
539 livres pfennings ou 2156 fr. Plus tard encore, par le partage des pays qui suivit
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64 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Hôpital civil, la paix de Lunéville et la formation de la confédération germanique, en 1806 , l'hôpital
de Strasbourg perdit encore un grand nombre de ses biens d'outre-Rhin, perte que
l'indemnité ne compensa jamais.
La première trace que nos annales nous laissent de la formation d'un hôpital en
notre ville, date de 1103 à 1122. Levêque Cuno en fut le fondateur et ses successeurs
Gérard et Burkard le dotèrent magnifiquement; cet hôpital avec une chapelle, sous
l'invocation de saint Evrard , fut établi dans la petite rue qui débouche dans la rue
Mercière , et qui en porte encore le nom. Quelle idée peut-on se faire des connaissances
hjgiéniques d'une époque où l'on ne trouvait , pour un hôpital , de meilleur emplacement,
qu'une ruelle sombre, étroite, privée d'air, et bordée dans toute sa longueur d'un fossé
(ancien fossé d'enceinte de la ville romaine) , que nous connaissons encore sous le nom
ô'Ulmergraben, et dans lequel se déversaient les matières fécales.
Parmi les droits et les privilèges dont jouissait alors notre hôpital , celui de donner
asile aux meurtriers poursuivis par la loi était l'un des principaux. Ce fut en 1291 que
l'empereur Adolphe de Nassau lui conféra ce droit. De plus , ses administrateurs et ses
employés ne dépendaient que de la juridiction ecclésiastique.
En 1316 , après quelques années de disette , de famine et de maladies épidémiques , qui
enlevèrent, s'il faut en croire les annales de ces temps, 14,000 habitants de notre ville,
on transféra l'hôpital hors de l'enceinte , près de la porte de ce nom ; mais la guerre que
la ville eut à soutenir, en 1392, contre son évêque Frédéric de Blankenheim et contre
la noblesse 1 , l'obligea à le démolir. Pendant sept ans , les malades furent soignés dans
le Stadlhoff ou Herrenstall, au Finckwiller, jusqu'à ce que l'hôpital fût définitivement
établi sur l'emplacement qu'il occupe encore aujourd'hui. Outre les soins que l'on y
donnait aux malades et aux pauvres de la ville, l'hôpital fut d'un immense avantage
pendant les guerres qui se succédèrent au dix-septième siècle. Là beaucoup de
malheureux, blessés sur les champs de bataille, trouvèrent les secours de l'art et les
bienfaits de la charité. Après la bataille d'Ensheini et celles qui la suivirent, quelques
milliers de soldats allemands et français y furent soignés. Un auteur contemporain
en fait même monter le chiffre, sans doute exagéré, à 20 ou 30,000.
Le 6 novembre 1716 , un incendie qui éclata le matin à cinq heures , près de la phar-
macie , consuma tous les bâtiments , à l'exception des écuries , de la boulangerie , des
caves et de la chapelle de Saint-Evrard, qui avait été transformée, en 1676, en
amphithéâtre anatomique. On fut assez heureux pour pouvoir sauver les malades et les
infirmes, à l'exception de trois, dont une femme de cent deux ans, qui devinrent la
proie des flammes, ainsi qu'une provision de 11,000 sacs de blés, de 150 balles de
toiles et tout le mobilier; les bureaux et les archives restèrent intacts, les malades
Voyez Plaine-des-Bouchers.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 65
trouvèrent un nouvel asile au Herrenstall et dans le Lazaret, sur la Plaine-des-
Bouchers. L'architecte de la ville, Mollinger, fut alors chargé delà reconstruction de
l'hôpital actuel, qui fut commencé en 1718, et achevé en 1724.
Depuis le quatorzième siècle, l'administration de l'hôpital était dingée par trois
membres du sénat et placée sous la surveillance de ce corps. L'histoire nous cite une
punition sévère qui frappa l'un de ces membres, convaincu de concussion. En 1553,
Abraham Bos de Molsheim, receveur de l'hospice, fut accusé d'avoir soustrait une
somme de 1,500 florins des fonds qui lui étaient confiés. Le procès fut instruit, et le
sénat le condamna à être pendu. Cependant on commua sa peine en une détention
perpétuelle. Ayant trouvé moyen de s'évader de sa prison, il put se réfugier dans le
Bruderhof, près de la cathédrale, qui jouissait du droit d'asile; mais assiège et
surveillé pendant plusieurs jours par les agents de la police, il fut livre par le
chapitre à l'autorité, à condition qu'on épargnerait sa vie; on l'exposa au carcan , et
le bourreau, après lui avoir coupé les oreilles, l'emmena hors de la ville, d'où il fut
exilé à perpétuité.
Il n'est pas sans intérêt de consigner un ancien usage qui se rattache à l'hôpital, et
qui manifeste les sentiments de nos pères envers les malheureux. Après le jour de
prestation de serment à la charte qui régissait notre petite république, cérémonie qui
avait lieu tous les ans devant la cathédrale , le premier mardi de l'année, le receveur
delà ville, accompagné du doyen des huissiers et de deux valets du Pfenniglhurm
(recette) se présentait à l'hôpital et distribuait aux pauvres l'aumône que la ville
leur faisait à cette occasion. Le même jour, le receveur de l'hôpital donnait un dîner
au receveur de la ville, et le caviste était autorisé à servir ses meilleurs vins.
La révolution de 1790 ayant placé la ville de Strasbourg sous le droit commun
de la France, l'administration de l'hôpital subit l'influence de cette législation. De nos
jours, des commissions d'administration, qui remplissent ces fonctions gratuitement,
soignent les intérêts de l'hôpital, comme tous les établissements de bienfaisance, et leur
sage gestion en a fait prospérer l'état financier. L'hôpital dispose aujourd'hui d'un
revenu annuel de 330 à 360,000 fr., suivant la valeur des blés.
Quatre cent cinquante à quatre cent quatre-vingts personnes âgées, des deux sexes,
Y trouvent un asile jusqu'à la fin de leurs jours, comme pensionnaires gratuits ou
comme pensionnaires payants. De soixante - dix à cent pensionnaires externes
obtiennent des secours de dix francs par mois. Cinq à six cents malades et blessés y
reçoivent habituellement la nourriture et les soins de l'art, et en outre la caisse des
hospices subvient aux frais des médicaments prescrits par les médecins cantonaux
de la ville en faveur des pauvres qui sont traités à domicile. Ces frais s'élèvent à
12 000 fr., et sont payés par les soins du bureau de bienfaisance. En totalité, plus
de' onze cents personnes y sont entretenues, y compris vingt-sept sœurs de charité,
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FAUBOURGS.
Hôpital civil.
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66 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Hôpital civil, les élèves en médecine et en pharmacie qui y sont de garde , les élèves sages-femmes,
les servantes et les infirmiers 1 .
Les salles des malades sont vastes , hautes et bien aérées, les planchers sont cirés,
et une propreté exemplaire préside à l'entretien de la literie, du linge et de la cuisine 2 .
Il y a quelques années que j'eus occasion de m'entretenir longtemps avec un
inspecteur général des hospices en tournée à Strasbourg. Voici ce qu'il me dit au
sujet de notre hôpital: «Je regrette que mes fonctions ne m'aient pas conduit plus
«tôt dans votre ville, car je les aurais remplies avec beaucoup plus de fruit, après
«avoir vu votre vaste établissement, que je puis bien appeler un des plus beaux et des
«mieux administrés de la France.» Éloge honorable dans la bouche d'un homme qui
avait déjà visité tant d'établissements charitables.
La partie souterraine de l'hôpital n'est pas moins intéressante à visiter que la partie
supérieure. Les caves magnifiques, seuls restes de l'ancien bâtiment, ne sont plus aussi
garnies que par le passé, où de grandes provisions de vins de tout âge et de toute
nature y reposaient.
Kùnast, qui nous alaissé beaucoup de notes manuscrites sur l'état de notre ville à la
fin du dix-septième siècle, nous cite, entre autres vins vieux qui y étaient conservés
de son temps, ceux de 1472, de 1519 et de 1525. Ne dirait-on pas que ces vénérables
produits de nos vignobles ont fait trébucher la muse inspiratrice du poète qui composa
les rimes gravées sur les tonneaux de l'hôpital, et que nous transcrivons ici pour la
curiosité du fait?
L1EBE FREUND ICH THUE EUCH HIEMIT KUND
HIER LIEGT EIN WEIN UM DIESE STUND
DER WUCHS SAG ICH GEWISS UND WAHR.
ALS MAN ZiEHLET 1472 JAHR,
KAM ER IN DEN SPITAL HINEIN
DA DER BURGUNDER KRIEG IST GESEYN.
DIESER ZETTUL ZEIGT UNS MIT MASZ
WIE LANG DER WEIN IN DIESEM FASS
* Depuis 1840 , le local de l'hôpital civil s'est agrandi par l'acquisition de trois ma.sons de la rue du Bouc, et
d'une maison du quai Saint-Nicolas , ce qui a permis de placer près de tro.s cents lits de plus.
* La consommation journalière de la cuisine est d'environ 150 kil. de viandes de toutes espèces, outre a vola 11 .
On emploie par an 7,000 kil. de beurre fondu et 500 kil. de graisse fondue. Les pensmnna.res pauvres reçoivent,
à sept heures du matin, une bonne ration de soupe et un morceau de pain mi-seigle et nu-froment ; à d.x heures,
soupe, légumes et pain; à quatre heures, soupe et pain. Les dimanches et les jeudis on leur sert de la v.ande et
un verre de vin à leur dîner.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 67
GELEGT IST. SAG ICH FÙWAHR,
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DA DER WÙRTENBERGER VERTR1EBEN
WIE MAN EIN SOLCHES FIND GESCHRIEBEN.
EUCH SOLL DER WEIN SEYN WOHL BEKANT
DASS ER DER BAURENKRIEG GENANNT
DAHER ER AUCH HAT SE1NEN NAHMEN
WEIL DAMALS KAMEN VIIEL BAUREN ZUSAMMEN
DIE WAREN ERSCHLAGEN DAS IST WAHR
ALS MAN ZjEHLET 1525 JAHR.
Ces vins ont été bus depuis et les tonneaux sont devenus la proie des vers, mais on
conserve encore aujourd'hui, dans un baril ovale, un échantillon de celui de 1472;
l'odeur en est très-forte , un peu rance, de même que le goût, qui est amer, et approche
un peu de celui d'un vieux madère.
Les beaux tonneaux que l'on y voit aujourd'hui, portent les dates du siècle passe,
et ont été faits par Jean Hartmann, de Pfaffenheim , tonnelier de l'hôpital, et ses
successeurs. Le plus grand contient 600 mesures ou 300 hectolitres, comme nous
l'indique la morale gravée sur le devant:
SECHS HUNDERT OHMEN WERD ICH ALLZEIT FASSEN
WAS ABER DRÙBER IST NICHT IN MICH GIESEN LASSEN.
O LESER! NIMM MICH STETS ZU DEINEM BEISPIEL AN
EIN SCHELM WER MEHR VERSCHLURT ALS ER VERTRAGEN KAN. 1773.
Une autre inscription, plus bachique, exprime, en souvenir de Noé, les vœux sincères
du caviste:
MIT GOTTES SEEGEN SAG ICH VORAN.
NOA DER GOTTES MANN
NACH DEM WEIN DIE FASS BEDACHT
DASS ER AUCH DAS ERST GEMACHT.
GOTT GEBE SEINEN SEEGEN HEREIN
VON JAHR ZU JAHR MIT GUTEM WEIN. 1715.
Outre ces chefs-d'œuvre colossaux de l'art du tonnelier, il y a encore d'autres fûts
de moindre dimension, dont l'un, avec un côté en ellipse et l'autre en forme d'œuf,
Hôpital civil.
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68 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Hôpital civil, un second, octogone d'un côté et ovale de l'autre, puis un troisième, qui est lié sans
cercles.
En quittant cette cave, et après avoir lu ces diverses inscriptions, peut-on douter du
proverbe: In vino veritas? On pourrait y faire un cours d'histoire, le verre en main,
et si dans la partie supérieure de l'hôpital la tristesse vous saisit devant le tableau des
douleurs et des misères humaines , votre front se déridera à l'aspect de ces tonneaux.
Avant de faire nos adieux à l'hôpital civil, passons au fond, derrière les maisons qui
servaient autrefois de refuge aux aliénés, transférés en 1835 et 1836 à Stephansfeld ,
près Brumalh. Nous voyons là une porte qui donne sur les remparts , et qu'on pourrait
prendre pour l'antique poterne, appelée Bundethôrlein, qui donnait issue à la ville par
la rue du Bouc; mais à son style d'architecture on reconnaît le dix-septième siècle. Le
vulgaire assure que c'est là la porte par laquelle Louis XIV entra pour la première fois
en notre ville, après que l'on eut rasé cette partie des remparts, pour le faire passer
en conquérant sur une brèche; il n'en est rien; ce roi est entré par la porte des
Bouchers, dans un beau et vaste carrosse, traîné par huit chevaux superbes, sans faire
subir à notre ville une pareille humiliation; mais cette porte n'en doit pas moins son
origine à l'une de ces flagorneries, dont notre ancien magistrat, qui avait perdu toute
l'énergie des temps passés, donna tant de preuves au dix-septième et au dix-huitième
siècle.
En voici l'origine comme nous l'enseigne en partie l'inscription qui s'y trouve. La
ville avait cédé un bandeau de terrain vague, qui longeait l'hôpital entre ce bâtiment
et le fossé en deçà du rempart, à M. de la Bastie, commandant militaire, qui logeait
alors clans la rue Sainte-Elisabeth, où est de nos jours la maison de M. le professeur
Hepp , n° 27. M. de la Bastie avait planté des arbres fruitiers sur ce terrain , parfaitement
bien exposé au soleil du matin , et à l'abri des vents, et comme il désirait avoir un passage
pour venir de son logement visiter ses arbres chéris , cette porte fut construite à son
intention et ornée du buste du roi, que la révolution renversa. Tout cela valait-il la
peine d'y mettre tant d'ostentation et de faire les frais de cette inscription monumentale
latine, gravée sur la porte:
HOS FRUCTUS PEPERIT CONCORDIA MARTIS ET URBIS.
Et à côté , extérieurement :
CAROLUS DE MARNAYS LABAST1E SUMMiE REI MILITARI
IN URBE ARGENTINENSI PRiEFECTUS, REGII ORDINIS LUDOVICI
EQUES, PROMOENIUM HOC ANTEA VACUUM ET INCULTUM
A MAGISTRATU SIBI SUISQUE HEREDIBUS ANNO DOMINI
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
MDCXCIX QUARTO IDUS NOVEMB. SUB ANNUI CENSUS ONERE
IN PERPETUUM PACTO CONCESSUM SUA CURA ET 1MPESIS
GRAVIBUS IN HORTUM POMIFERIS ARBORIBUS CONSITUM COMMUTAVIT.
69
Hôpital civil.
Anciennes
Fortifications.
Les jardins que possèdent les belles maisons qui longent d'un côté la rue Sainte-
Élisabeth, donnent à cette rue ce calme et cet air de campagne que l'on rencontre si
rarement dans les grandes villes, et ils présentent sans contredit une des plus belles
vues sur le rempart; partout ailleurs l'œil embrasse des constructions militaires, des
cassines, à proximité des casernes des bouges en tout genre; du côté des Marais , des
toits enfumés et couverts de mousse, des maisons de jardiniers, quelques échappées de
vue dans l'intérieur de la ville; mais là on aime à se reposer dans sa promenade sur
les remparts , et à jouir en même temps de la vue au dehors.
Quand de ce point on regarde les bâtiments de l'hôpital, on retrouve facilement les
traces d'anciennes fortifications, sur lesquelles cet édifice est assis. Silbermann nous a
laissé le dessin d'une ancienne porte, sans doute, à en juger par le style d'architecture,
l'une des portes primitives de notre ville au moyen âge, et dont les armoiries sont
grossièrement taillées dans la pierre. Elle fut démolie en 1769, lors de la construction
de la voûte qui continue le rempart.
Quittons ces lieux pour quelque temps et rapprochons-nous de l'intérieur de la ville ,
en restant néanmoins sur la rive droite de la rivière.
^ A côté de l'hôpital civil, une maison, qui est habitée par un des médecins de cet
établissement, montre au-dessus de sa porte deux chasse-mouches en sautoir, taillés
dans la pierre; elle s'appelait anciennement: Zu den Muckenwedlen. C'était l'hôtel de la
nrélature d'Ettenheimmunster, au delà du Rhin ; il servait de pied à terre aux religieux,
nuand ils venaient en notre ville, où leurs rapports avec l'évêque les appelaient souvent,
et était ordinairement habité par un receveur, qui soignait leurs intérêts dans la
°R-en ne s'efface moins de la mémoire que les impressions que l'homme a reçues Écoles françaises.
Hans son jeune âge; elles vivent avec lui et il aime à s'y attacher. C'est en passant par
, rue Saint-Nicolas qu'un de ces souvenirs se réveille dans l'esprit du Strasbourgeois
narvenu aujourd'hui à l'âge de maturité, et, en le rejetant vers les années où ,1
-rait sur les bancs de l'école, lui fait comparer l'enseignement et la discipline de
no^nstitutions scolastiques modernes à ce qui était en usage au commencement de ce
■ forme l'angle de la rue vis-à-vis , connu sous l'ancien nom de Gruneck , était anciennement
iLe grand bâ ^ en ^ otTe _ Bi)ime \unserer lieben Frauen Kornhaus oder Leuthaus). Détruit par le feu, lors du
le grenier de 1( * u " ~ ful en lie rebàti en UOS; les dates du seizième et du dix-septième siècle qui s'y
grand incendie ™ "" ■ assez les diverses époques de sa reconstruction (Kûnast, t. 1 sq).
trouvent de nos jours , muni«
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70 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Écoles françaises, siècle. Alors l'enseignement primaire dans les écoles paroissiales ne s'étendait pas
jusqu'à l'étude de la langue française, et ceux des parents qui voulaient faire apprendre
cette langue à leurs enfants, les mettaient en pension au Ban-de-la-Roche , à Saint-Die,
et dans d'autres villes de la Lorraine, ou bien les envoyaient chez le sieur Reinbold,
pasteur à l'hôpital civil, qui logeait dans cette antique maison en pierre, à côté d'une
autre non moins ancienne, occupée de nos jours par un loueur de carrosses. En y
pénétrant, on arrivait à gauche, au rez-de-chaussée, dans une grande chambre noire
et sombre, qui recevait un peu de jour par une fenêtre donnant dans une étroite cour,
et par deux autres, donnant dans la rue , entre lesquelles un vieux drapeau tricolore
en serge enfumée, avec l'inscription Vive la nation ! étalait le chaud patriotisme du
régent de cette école. C'était un beau vieillard à ailes de pigeons bien poudrées, portant
toujours la culotte courte en soie noire, des souliers à larges boucles en argent, et une
longue veste en molleton blanc. Ses bas en soie noire ou en coton blanc étaient pour
nous enfants le baromètre de son humeur, car s'il descendait à l'école en bas blancs et
en chevelure non frisée, nous savions d'avance que ce jour-là les coups ne nous manque-
raient pas , et que le baculus, dont il était toujours armé, laisserait maintes traces sur nos
jeunes peaux; par contre, quand sa belle tête avait une expression de sérénité, quand
le perruquier avait déjà mis la main à l'œuvre et l'avait blanchie d'une bonne couche de
poudre, et qu'un bas de soie chaussait sa jambe bien faite , alors c'était le meilleur
homme du monde. Dans ce temps on ne séparait pas les écoliers d'après leur sexe et
leur âge; garçons et filles, depuis l'âge de quatre ans jusqu'à celui de dix-sept, suivaient
ensemble le même enseignement, et sur ces bancs se formaient déjà des amourettes,
qui quelques années après finirent par le mariage.
La méthode d'enseignement du pasteur consistait à écrire les mots et les phrases sur
un tableau , devant lequel les élèves, debout, lisaient à haute voix; le maître se tenait au
fond de la salle, ayant en main une longue gaule, avec laquelle il frappait sur la tête
de celui qui prononçait mal. Pour bien exercer nos gosiers germaniques a la
prononciation française, il faisait répéter trente ou quarante fois le même mot a toute
la classe; ainsi, par exemple, dans le mot Guillaume, pour bien faire sent.r les «
mouillés, il donnait le signal avec son bâton et tous de crier Me Jusqu'à ce qu'un autre
coup sur la table commandât le silence. Il procédait de même avec les mots composes
et avec les adjectifs, tels que ragoûtant, dégoûtant, complaisant, déplaisant, etc., et
toute la classe les répétait ensemble, en faisant un vacarme à rompre la tête. La
sévérité du régent ne se bornait pas aux coups de bâton et de gaule, il condamna.!
encore ses jeunes disciples à des flagellations sur la partie charnue du corps, et ces
exécutions se faisaient toujours au fond de la cour, avec un cérémonial imposant, par
quatre des élèves des plus âgés. Une de ses manies , qui n'était cependant pas sans but,
était de nous intéresser aux grands faits de cette époque, et le journal qui les annonçait
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 71
était toujours lu à haute voix, et servait même de texte à une traduction qu'il accompagnait Écoles françaises.
d'un commentaire. De cette manière nous y prenions une part plus active.
Lorsque, en 1805, Napoléon passa par notre ville pour entreprendre la première
campagne d'Allemagne, notre vieux maître, qui nous avait déjà mis au courant des
victoires du général Bonaparte et du premier consul, nous ordonna de vemr
endimanchés à l'école, munis chacun d'une paire de castagnettes (Klepperle); de la
il nous conduisit, son vieux drapeau en tête, dans la rue des Bouchers, où il nous plaça
en ligne, garçons et filles, derrière la haie que formait la troupe. Quand passa la voiture
impériale, sur le devant de laquelle était assis Roustan, le mamelouck, il nous fit crier
à tue-tête, Vive Vempereur! en commandant en même temps un roulement de
Avant la révolution, lorsque Strasbourg avait encore sa propre constitution, la
langue française n'était enseignée que chez les personnes riches ou aisées; le peuple
ne l'apprenait et ne la parlait point; le tableau que nous venons d'esquisser d'une école
française après la révolution, n'est pas fait non plus pour donner une haute idée de
ce qu'était l'enseignement de cette langue au commencement de ce siècle. Que 1 on ne
s'étonne donc pas de la lenteur de ses progrès dans la population strasbourgeoise.
A deux pas de cette maison , en continuant notre promenade dans cet ancien quartier Arnold,
anguleux, nous arrivons à celle qui fait le coin vis-à-vis de l'école Saint-Nicolas; elle
fut le berceau d'Arnold, professeur de droit à l'académie de Coblence, sous l'empire,
et plus tard doyen de la faculté de droit de Strasbourg, auteur des Elemenla Juris
civilis Justinianei, de quelques poésies fugitives et du Pfingslmonlag (le lundi de la
Pentecôte). Cette pièce de théâtre, qui dépeint si spirituellement et d'une manière si
caractéristique les moeurs des différentes classes de la société, dans la seconde moitié %
du dix-huitième siècle , est en même temps, par un heureux emploi de nos expressions
populaires, un beau monument de notre idiome strasbourgeois, et lui valut les éloges
d'un iuge expert , de Gœthe.
L'éolise Saint-Nicolas, que nous avons devant nous, n'est pas un de ces monuments Saint- Nicolas.
hrillants et grandioses de l'architecture gothique ; construction plus modeste , elle nous
montre cependant ce que doivent avoir été les églises paroissiales dans un temps
reculé comparativement à ce qu'un temps plus avancé nous a légué. L'édifice actuel
date dé la seconde moitié du quatorzième siècle, de 1371 à 1381 , époque a laquelle
Lieues églises furent reconstruites en notre ville. La crainte de la mort, qu'inspirèrent
Ls ce siècle les ravages des maladies épidémiques , avait enrichi le sacerdoce par
de nombreuses donations; des vœux, en faveur de l'autel, et des successions en
déshérence fournirent de larges ressources pour démolir les anciens temples, bât.ments
chétifs construits en bois, et pour les relever plus dignement et d'après les règles
architectoniques de ces temps; de ce nombre fut aussi celle dont nous parlons.
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72 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
saint-Nicolas. Deux siècles auparavant, un bourgeois de notre ville, Walter Spender, avait fait
bâtir en l'honneur de Dieu, de la sainte Vierge , de sainte Madeleine, de saint Maur.ce
et de saint Nicolas , une petite église sur cet emplacement, où il avait une ferme. Cette
église fut incorporée en 1314 au chapitre de Saint-Thomas, dont un chanoine y est
encore de nos jours prédicateur. Les changements de construction n'y sont pas
nombreux; on y a seulement ajouté, en 145* et 1455 , la partie basse du chœur et le
clocher, qui date de 1585, en remplacement de l'ancien, qui menaçait ruine. Les noms
contemporains de deux hommes distingués comme théologiens et comme orateurs
sacrés , se rattachent à cette église , ce sont ceux de Haffner et de Bruch. La reconnaissance
y a élevé au premier un monument, dû au ciseau de F. Rirstein fila. Notre poète épique
Dùrrbach y remplit aussi les fonctions de pasteur.
< Juai shoota, Après avoir débouché sur le quai Saint-Nicolas, nous ^ ^^^
une longue série de belles et grandes maisons, occupées de nos jours, a 1 exception du
presbytère, par des commerçants'. C'est la finance qui s'est logée dans les hôtels de la
noblesse des temps passés. Quoique alors le commerce fût plus florissant qùaujourd hui,
ceux qui s'y livraient et qui s'étaient enrichis par le négoce ou par des spéculations,
restaient néanmoins modestement dans la classe de la bourgeoisie et trouva.ent leur
rfoire et leur honneur à figurer dans les chambres permanentes de notre gouvernement,
ou à occuper la première place à la tête de la république. Nous trouvons dans la
série des Ammeister, qui se sont suivis pendant près de cinq siècles, beaucoup de
commerçants, mais les maisons qu'ils habitaient n'étaient que des habitations
bourgeoises, bien loin de ressembler par leur style et leur étendue à celles que
la noblesse et le clergé firent élever à côté d'elles. La cause en résidait essentiel ement
dans la forme démocratique de nos institutions, et dans les conditions dehg.bihte qu.
en étaient la base. Les honneurs et les fonctions civiques n'étaient que temporaires, et
le citoyen qui ne pouvait en jouir que pendant un certain temps, retournait ensuite
dans la classe de la société où la loi lavait placé, ou s'ornait du palncial. La
bourgeoisie, qui était l'élément actif et prédominant, formait une phalange compacte,
dans laquelle l'ambition ne pouvait pas se frayer un chemin , ni usurper une position
de supériorité; nous en voyons une preuve flagrante à l'occasion de la construction
du pont Saint-Nicolas , vis-à-vis de l'église de ce nom. En 1433 , lorsque les piliers en
pierre furent posés, l'Ammeister Hug de Dosenheim, homme alt.er, fit tailler dans la
pierre son nom et ses armoiries, pour les transmettre à la postérité; ma.s le sénat,
frappé de cet acte d'arrogance inouï jusque-là, les fit effacer par l'architecte.
Si donc nous voyons, en nous promenant dans les rues de notre antique cite, de
grandes et vastes maisons de maître à porte cochère, construites il y a un ou plusieurs
A n „„c mnisnn<; ont reçu d'autres propriétaires ; alors
"Depuis que nous avons écrit ces lignes, quelques-unes de ces ma.sons ont rcçi v F
elles appartenaient à MM. Stribeck, Robert, Sauvage, Geck, Maurice Hecht et Moog, tous négociants.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 73
siècles nous pouvons en toute confiance, à quelques rares exceptions près, nous les Quai Saint-Nicolas.
représenter habitées par des hommes à épée et à blason, ou par quelque chanoine
domiciliaire ou capitulaire de la cathédrale et d'autres chapitres'. Celles que nous avons
devant nous, étaient habitées, au dix-septième siècle, par les Baumann d'Offenbourg,
par les Landsperg, par les Wurmser de Vendenheim et par les Bock de Gersthe.m,
anciennes familles, dont les noms figurent dans la série de nos Sta.dtmeister , et dans
les dix que la noblesse adjoignit aux vingt membres plébéiens du sénat.
Les mœurs changent avec les temps; nous voyons aujourd'hui des fmanc.ers vivre
en grands seigneurs , et des hommes à blason s'occuper d'entreprises commerciales
et de spéculations , que leurs ancêtres , il y a quelques siècles , auraient trouvées indignes
de leur rang
Au commencement de ce siècle on pouvait encore voir, sur le même quai deux
types purs d'architecture, legs des temps passés. C'étaient les deux coins de la rue
d'Or; l'un nous représentait la modeste demeure de l'artisan avec son atelier de
forgeron au rez-de-chaussée, avec ses avances, sa charpente sculptée, ses restes de
peintures en fresque et ses petites croisées à carreaux ronds; l'autre , flanque a 1 angle
d'une tourelle, à toit élancé, nous représentait la maison de maître. Nous trouvons
cette dernière déjà citée au quinzième siècle, sous le nom du Nesselbach; elle s'adossait
à l'ancien hôtel de la famille noble des Pfaffenlapp». Le Nesselbach fut donne en fiel ,
en 1461, par le comte palatin Frédéric, à un nommé Ulrich Rùcker, aubergiste; il
paraît même que c'était un hôtel de premier ordre, puisque des rois et des princes ne
dédaignaient pas d'y loger. Vendu au seizième siècle par Henri Kogmann, aubergiste,
à Balthasar Marstaller, négociant, qui la fit approprier à son industrie, elle reprit
en 1577 son ancienne destination, par suite de la faillite et de la fuite du propriétaire.
La maisonnette de l'artisan a été démolie depuis longtemps et remplacée par une
oZZ nouvelle; le Nesselbach, aussi , a disparu nouvellement et M. D.etr.c
épder a construit sur son terrain l'édifice qui est aiqourdhui ornement de ce
,W et forme un imposant contraste avec l'antique douane, qui lui fait face.
^ 'on avait à élever un monument à l'instabilité des choses humaines , on ne pourrait Hôte, du Dragon.
Taire due d'y consacrer celui que nous avons devant nous, sur les bords de 1 111 ,
tauequouj _ ,,-..„ -. „„ „™„j 01 ,p nnswfi. i a encore
mieux
à côté de l'église
conservé
s Saint-Louis. Quoique déchu de sa grandeur passée, il a encore
des dehors imposants; a l'extérieur il ressemble à un vieillard mme et caduc,
p 1, vaste et belle maison de maître, derrière l'église Saint-Nicolas à droite, occupée
«On objecterait que la ^ e me mbre du Corps législatif , appartenait jadis a un Amme.ster , mais le
aujourd'hui par M. Renonartt ne , ^ ^.^ ^ ^ ^ dg ceg fonctionnaires avan t la révolution.
banquier Franck, son granu-pere, n i ^ ^^ & ^ ^^ de fabrique de tabaC; avanl p a bolition de la
* Cette maison, de "°Y% S f ™ B elle —tenait aux Schellenberg , et en 4743, au XIII Reichard (Riinast ,
libre fabrication; après les Plalleniapp, vi>
t. II, 527).
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FAUBOURGS.
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74 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Hôtel du Dragon, sur le front duquel on distingue encore les traces d'une mâle énergie, et à 1 intérieur,
à l'un de ces seigneurs dorés, poudrés et guindés du dix-huitième siècle, qui, perdu
par le jeu et les fredaines, porte sur ses épaules l'habit râpé et usé de ses beaux jours.
Pauvre bâtiment, dans lequel on fait laver et raccommoder de nos jours la literie des
casernes, comme la destinée a changé! Pour faire connaître la gloire, nous allons jeter
un regard rétrospectif sur ton passé, puisque le présent ne parle plus à notre cœur.
L'édifice dont nous parlons, appelé anciennement au Dragon\ et qui légua son nom
à la rue qui le longe de nos jours, est connu sous le nom de Vieux- Gouvernement.
Au quinzième siècle, il élait la propriété de la noble famille des Endingen , qui y
tenaient leur cour. C'est dans cet hôtel que logea , pendant quatre semaines, en
1418, l'empereur Sigismond, lorsqu'il arriva dans notre ville, de retour du concile
de Constance ; Speclin nous l'indique comme appartenant de son temps à une autre
famille, les Spender, et au dix- septième siècle, les margraves de Bade-Durlach en
firent leur hôtel, quand ils vinrent séjourner à Strasbourg. Le margrave George-
Frédéric y mourut le 14 septembre 1638; ce fut le pendant de l'hôtel de Bade-Bade,
dont nous avons parlé sous l'article de la rue Neuve. Ce dernier ouvrit gracieusement
ses portes à l'évêque, lorsqu'il reprit possession de son siège, et celui que nous avons
sous les yeux, donna l'hospitalité à Louis XIV, quand il vint pour la première fois
comme roi dans nos murs, accompagné de la reine et de sa cour. Il n'y avait alors ni
château, ni mairie, ni préfecture, pour abriter ces hôtes illustres, et la noblesse,
inquiète et ombrageuse, avait quitté la ville, ne sachant pas si elle devait rendre
hommage à son nouveau maître. Ce fut donc grâce à la courtoisie du margrave, qui
voulut agir en bon voisin, que Louis XIV trouva une demeure convenable à Strasbourg,
et plus d'un siècle après, Napoléon payait, sans s'en douter, la dette de reconnaissance
du grand roi, en mettant la couronne grand-ducale sur la tête des margraves de Bade.
La ville prit alors cet hôtel en location pour y loger le gouverneur militaire de la
province d'Alsace; en 1683, elle l'acheta, dans le même but, pour la somme de douze
mille écus d'empire, et fit de grands frais pour l'arranger et le meubler convenablement.
Le marquis de Chamilly fut le premier gouverneur qui y logea; plus tard , les maréchaux
de France , qui remplirent les mêmes fonctions , habitèrent l'hôtel où siège aujourd'hui
le tribunal; de là le nom de Vieux- Gouvernement {Bas aile Gouvernement) , qu'on
donna au premier. En 1725, cet hôtel fut témoin des fêles brillantes qui furent
célébrées à l'occasion du mariage de Louis XV avec la fille d'un roi proscrit.
Compagnon de fortune et d'adversité de Charles XII, Stanislas Lesczynski , roi de
Pologne, après avoir erré dans toute l'Europe, vivait depuis onze ans comme simple
particulier à Deux-Ponts et à Wissembourg, lorsque le petit-fils de Louis XIV, enfant
1 Nous l'avons trouvé cité sous le nom Zum Drachen , et sous le nom Zum Drachenfels , château dans le Rhingau .
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 75
de quinze ans, demanda en mariage sa fille Marie, âgée de vingt-deux ans; alors des Hôtel du Dragon,
jours plus heureux commencèrent à luire pour ce roi infortuné, qui plus tard, comme
duc de Lorraine et de Bar, montra, par les qualités de l'esprit et du cœur, qu'il était
bien apte à gouverner un peuple, mais un peuple plus docile que les Polonais.
Le 30 mai, la déclaration de mariage du roi arriva au maréchal du Bourg ; il la fit
annoncer par une salve de toute l'artillerie des remparts, et le soir toute la ville fut
illuminée. Le 4 juillet, Stanislas, la reine et leur fille, accompagnés de Madame Mère,
firent leur entrée solennelle par la porte de Pierre , escortés des brigades de carabiniers
de Parabère et de Pardaillon. Dans tout le parcours des rues, l'infanterie avait formé
la haie; à la porte, le sénat les complimenta, et les mêmes honneurs leur furent
rendus dans cet antique bâtiment par le cardinal de Rohan et par tous les corps
ecclésiastiques et militaires.
Le journal de leur séjour jusqu'au 4 août nous montre cette famille dans sa vie
d'intérieur. Quelques vieillards nous ont raconté avoir appris par tradition, que 1 on
voyait souvent alors la fille de Stanislas sur le balcon qui donne sur la rivière, assise
à son rouet, et s'occupant modestement des travaux de son sexe. Le journal nous les
montre, accomplissant leurs devoirs de piété, visitant les différentes congrégations et
maisons religieuses, et assistant, au collège des Jésuites, à des pièces de théâtre avec
danses, dont ces pères leur offrirent la distraction, puis à une grande messe et au
panégyrique de Saint-Ignace où officia pontificalement le prélat de Murbach. Déjà
grand nombre de seigneurs de la cour de France et de cours étrangères, et des
détachements des gardes du corps et des cent-suisses étaient arrivés dans notre ville;
les ducs d'Antin et de Beauveau , nommés ambassadeurs extraordinaires chargés de
demander officiellement, au nom du roi , d'après l'étiquette de la cour, la main de
Marie Lesczynska, avaient fait leur entrée, et le cardinal de Rohan avait remis à
Stanislas le cordon bleu, que Louis XV lui avait envoyé. Le 4 août, les ambassadeurs
eurent leur audience publique, le grand-maréchal était allé les prendre à la
commanderie de Saint-Jean, où logea le duc d'Antin, avec un carrosse du roi de
Pologne ; Stanislas et sa famille les reçurent sur une estrade et sous un dais couverts de
velours cramoisi, brodés d'or, et répondirent gracieusement aux discours des
ambassadeurs. Le soir , la famille royale de Pologne soupa chez le duc d'Antin , où il
y eut bal. Enfin ce fut le 12 que le duc d'Orléans qui devait épouser, au nom du roi , la
princesse , fit son entrée avec une magnificence royale et logea chez le maréchal du
Bourg ; il passa en revue toutes les troupes, et donna , au nom du roi , cinquante louis
de ^ratification à chaque bataillon. Pendant tout son séjour, la ville fut illuminée et des
fêtes sans nombre se succédèrent jusqu'au 15, où eut lieu la cérémonie de mariage ,
pour laquelle la princesse s'était disposée par deux jours de retraite qu'elleavait passés
avec sa mère
dans le monastère de Sainte-Barbe.
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76 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Hôtel du Dragon. Cette cérémonie est la seule de ce genre que Strasbourg ait vue dans ses murs. Elle
eut lieu dans la cathédrale, richement décorée par des gobelins envoyés de Paris , et fut
annoncée par tous les canons des remparts et par le son des cloches de toutes les
églises. Vers les onze heures, le duc d'Orléans, les ambassadeurs, le grand-maréchal,
le duc de Wurtemberg et le margrave de Bade avec leurs fils, le prince palatin de
Birkenfeld , toute la noblesse et le sénat avec leur suite, depuis les pages jusqu'aux
heiducs, enfin un cortège immense, brillant d'or et de pierreries, accompagné des
gardes du corps et des cent-suisses, se rendit de la place Saint-Pierre-le-Jeune vers
notre hôtel, pour chercher la famille royale de Pologne. De là, il se rendit à la
cathédrale. Sous son portail un clergé non moins brillant et illustre les attendait:
c'était le cardinal de Rohan avec les vingt-quatre comtes-chanoines de la cathédrale, le
grand-prieur de France, les prélats et les abbés de Murbach, d'Altorf, de Marmoutier,
de Gengenbach, de Neubourg et d'Allerheiligen, et tout ce clergé auquel la munificence
de Louis XIV avait rendu son ancienne splendeur.
Les annales de ces temps nous disent que la princesse portait une robe de cour
en drap d'argent avec quantité de pierreries, que la comtesse de Linange tenait la
queue de sa robe, et la comtesse de Rosen , celle de la reine de Pologne. Après la
cérémonie , et lorsque le cardinal eut prononcé la phrase solennelle : Ego vos conjungo ,
l'acte de mariage fut inscrit dans les registres de la paroisse de Saint-Laurent et de
Saint-Louis, et se trouve encore dans les archives de la ville; nous en donnons un fac
simile.
Le même soir, la ville et la flèche de la cathédrale furent illuminées et un brillant
feu d'artifice fut tiré sur l'Ill , devant cet hôtel , comme pour en fêter la dernière gloire ,
comme pour lui dire que son éclat avait été aussi éphémère que celui de la fusée qui
sort resplendissante de son cylindre de carton.
Deux jours après, la reine quitta sa famille et, accompagnée de sa cour, prit le
chemin de Paris pour se marier la seconde fois à Fontainebleau , avec son jeune et
timide époux dont l'histoire a consigné les vertus, mais aussi les grands vices.
Dix-neuf ans après, lorsqu'elle arriva pour la seconde fois à Strasbourg, elle se
souvint sans doute avec amertume des paroles que lui avait adressées le duc d'Antin
dans la grande salle du Vieux Gouvernement : « Le roi vous attend , Madame , pour faire
« le bonheur de sa vie et la félicité de ses sujets. »
L'entretien et l'ameublement de ces bâtiments étant devenus une charge pour la
ville , d'autant que les titulaires ne les occupaient plus et les sous-louaient h leur bénéfice,
elle parvint, en transigeant avec eux, à en reprendre possession en 1771, contre une
indemnité annuelle de 3,000 livres, et peu de temps après se présenta l'occasion d'en
tirer parti.
Parmi les charges pesantes que le gouvernement avait imposées à notre cité, se
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t'ai simile le l'acte de Mariage de Maria Lesozynska avec Louis XV ,
représenté par le Prince Louis d'Orléans.
Elirait des Archiva n'r la liii'r Je. Strasbourg .1726 '.
Panorama de Strasbourg. Ikabm&Âfa 76.
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Panorama de Strasbourg. Ta-utJOUTès.ïage 77 .
Dessiné et lithographie par Alfted Tcrachemolm
An lu en Hôtel du Dragon
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 77
tmnv.it celle de la fourniture des lits militaires, que le sénat avait donné par
Indication à des compagnies d'entrepreneurs; on trouva de l'avantage à affecter à ce
• 'l bâtiment du Vieux-Gouvernement. Depuis, et quoique le gouvernement se
"Trille lui-même, depuis 1785, de l'entretien des lits militaires par adjudication,
Lue la'ville n'eût qu'à payer, l'entrepreneur était resté en possession de ce local ,
lont h propriété est en ce moment en litige. Aujourd'hui nous voyons figurer
annuellement dans les dépeuses au budget de la ville, pour casernement et blene, la
somme de quarante et quelques milliers de francs.
„. , . , „„* hôtel l'architecture nous conserve des types, depuis le
Dans imteneop ^ de cet ho . ^ ^^ ^ ^^ ^ ^ ^^
temps ou ses hab.tanls y ^ ^^ ^ ^^ ^ ^^ de ^
jusqu'aux contemporains ^ ^ ^ ^.^ ^^ ^ ^^ ^ ^^
seigneurs musqués, ec de yient chercher
poudrés et de rubans , jusqu a nos jours ,
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Dans la partie a p us '^^ ' encore que lques petites portes à ogives, à accolade
donnant sur la rivière, ^^ ^ ^ ^ quinzième siecle _ La partie qu i est
et à ornement en branctî ^ ^ conslruite en pierre et semble dater de l'époque où
représentée sur notre p » anc ^ ^^ ^^ propriétaires. Quoiqu'en 1629 et en
les margraves de Bade-Dur ^ ravageSj e i| e nous laisse encore des traces de deux
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styles d'architecture. La mil , ésime 1571 au-dessus de la porte qui donne dans le
dans la tourelle; on y voi ^ ^^ ^ per ron qui conduit de la première cour
jardin, et des ornements en s^ ^ échanLi n ns de ce style bâtard, qu'on appelle
vers l'escalier. Nous y voy °" S ]eg apparteme nts boisés, et dans un vaste corridor, sans
vulgairement rococo; ce S °" tion } une immense cheminée, sur le devant de laquelle
doute autrefois la salle de recei . ^ c [e& attr ibuls de la guerre et des
nn bas-relief en stuc représente la
beaux arts'. ^ Dra „ on nt aussi subi bien des changements. L'église Saint-
Les bâtiments à côte du g ma ison à côté, où vous lisez: Fabrique
Louis est de construction nouvelle,
dans les archives de la ville, quelques-uns des bâtiments en face de
. D'après un ancien plan que nous avons vu ^ ^^ ^ ^ ^ it cimeliè it des
l'hôtel du Dragon faisaient encore l****^, couve nt à proximité. M. Wetzel facteur d'orgues dans la rue
C rm Utes soit des Dominicains qu. «^ j constructions dans sa propriété, trouva, a une profondeur
SCS! en faisant fai^e en -18^^^
de près de deux mètres , dix-huit ^ e e *** de la couche de terre qui contenait ces restes humains , on trouva
Sre occupait ^«^T^if^»-*-, et quelques autres tombes dans l'une desquelles on
beaucoup de fragments de polene e £ JjJ^ cn bois pétrifié , et un fragmen de casque. En fat d ancenn
ramTsa le fer d'une lance avec un deb« de m ^ ^ ^ ^ qui ge du , geait souterra]neme „t d'un cote a
maçonnerie on trouva un F-*» ^ -
l'autre de la rue , mats qu. était i
Hôtel du Dragon .
Couvent
des Carmes.
Couvent
des Carmes.
78 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
d 'équipements militaires de Karcher et C ie , avait de même une destination religieuse,
quoiqu'elle n'en porte plus le caractère ; ce n'est que dans ses caves que l'on découvre
une architecture plus ancienne. En 1831, le propriétaire actuel, en faisant faire des
constructions, déterra une niche murée, dans laquelle on trouva un squelette assis,
dont les coudes, appuyés sur les genoux, soutenaient la tête, que la mort avait depuis
longtemps rendue méconnaissable. Tristes souvenirs des punitions affreuses qu'infligeait
souvent à de pauvres religieux encloîtrés la sévérité d'un ordre ou la jalousie et la
haine de leurs frères, et contre lesquelles se révolterait la civilisation actuelle. C'était
peut-être un frère Carme,- qui a dû attendre sa dernière heure avec une résignation
bien stoïque, pour qu'on ait pu le retrouver dans cette pose quelques siècles après.
L'ordre des Carmes, qui a pris naissance au Mont-Carmel, du temps où des milliers
de chrétiens affluèrent vers l'Orient, pour se rendre maîtres de la Terre-Sainte, avait
une discipline très-sévère. Il habita ce bâtiment depuis 1475 jusqu'à la réformation,
et donna lieu au calembour allemand, que l'on met dans la bouche du savant
Stsedtmeister Sturm, et qui fit tant rire Charles-Quint. Au reproche adressé à la diète
de Spire, de ce que les Strasbourgeois s'étaient emparés des biens de ces religieux et
les avaient expulsés de la ville , Sturm doit avoir répondu , que tant que les frères de Notre-
Dame (Unser Frauen Briider) s'étaient contentés d'être les frères de nos dames, on les
avait estimés beaucoup, mais que , lorsqu'ils se furent arrogé le droit d'être les amants
de nos dames, on les avait chassés. Diverses aventures galantes que l'on mettait sur le
compte de ces religieux, donnèrent lieu à cette réplique. Il paraît que nos pères étaient
moins tolérants envers leurs dames que les Italiens.
Les frères du Mont-Carmel arrivèrent à Strasbourg en 1307; on leur assigna alors
une place dans le Blinde g asslein, ruelle à proximité de l'hôpital civil actuel, mais ils
n'y restèrent pas longtemps; car en 1326 , favorisés par des donations et par des secours
que leur offrit la foi religieuse, ils s'installèrent dans le couvent qu'ils avaient fait
élever hors la porte Sainte-Elisabeth, et qui fut démoli lorsque la ville craignit les
attaques de Charles-le-Téméraire. C'est alors qu'ils achetèrent de levêque Robert ,
moyennant une somme de 12,000 florins, l'hôpital de Phyna ou de Sainte-Barbe,
qu'en 1311 un chevalier Erb, dit Kalb, et sa sœur Phyna avaient fondé sur les bords
de l'Ill, près du pont Saint-Thomas, pour dix personnes âgées, un prêtre et les gens
de service. L'évêque transféra alors cet hôpital dans les bâtiments de la chapelle de
Sainte-Walburge , qui en reçut le nom de Sainte-Barbe 1 .
Il paraît qu'après que ces religieux eurent quitté leur séjour , leur couvent devint
propriété privée, car nous trouvons dans la Chronique de Biihler. qu'en 1578 le
Stsedtmeister Henri de Mûllenheim mourut dans son hôtel, l'ancien couvent des frères
2 Voyez cet article.
cm
10 11 12 13 14 15 16 17 lf
19 20 21 22 23 24 25 26 27 2!
Couvent
des Carmes.
PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 79
Carmes m- les bords de la Bruche, près dn pont Saint-Thomas. Cependant, lorsque notre cité
passa sous la domination française, Louis XIV érigea l'église de ce couvent .en église
paroissiale pour le culte catholique, sous l'invocation de saint Louis , et les bâtiments
adjacents furent donnés à six chanoines réguliers de la congrégation de notre
Sauveur, qui tenaient un pensionnat où la noblesse étrangère entrait volontiers. Les
deux frères Metternich , lorsqu'ils firent leurs études dans notre vdle avec leur
gouverneur Simon, y étaient logés (1789).
Pendant la révolution, ces maisons furent vendues comme domaines nationaux ,
l'église devint la proie des flammes en 1805, et servit, après qu'elle eut ete réparée
de magasin de tabac, jusqu'à ce que, sous la restauration, elle fut rebâtie et rend^au
culte. Elle doit au pinceau et au ciseau de nos deux artistes Gabriel Guenn et André
Friederich, deux monuments qui leur font honneur. Le j uueil hoi
Dans le pâté de maisons , entre le Finckwiller et la rue ^ff^^
un groupe qui avait une issue sur le Finckwiller, 9 , avant la construct.on de la chapelle
du^tit-slnaircune seconde issue derrière la brasserie des H**,
troisième vis-à-vis de la rue du Dragon , et une quatrième dans une „>p «k de a ru
Sainte-Elisabeth, comme si ses habitants, craignant les ^ d J^,~2
voulu se ménager de tous côtés une retraite. Tout cet amalgame de bat.sses s appelait
le Judenhof (hôtel des Juifs) ; nous allons en raconter l'origine.
Après le cruel holocauste, dont les juifs' furent les victimes en notre ville en 1349
tous e nfants d'Israël, ainsi que nous lavons dit, furent bannis. Kômgshoven, dans
n> ITnous rapporte cependant que. ette proscription ne fut que tempora.re ,
:: sniTJïïr- * l. u* - «** ** >- ^ «* —
Tiï Œ o^sX^tus l'exemple de plusieurs autres grandes villes.
Ce delà, exp.re, on n su P ^.^ .^ ^^ œmme le
Au lieu de parquer *« . . prague et à Francfort , Ù n les
Ghetto a Rome, e les «es on leur défendit absolument d'habiter la
enfermait pendant la nuit e ^ , ^ ^ ^^ de la Vû]e de
ville. Depuis celte W e ' lmr resta défendu ; il leur était interdit d'acquérir
Strasbourg que sur son te ^.^ ^ ^ ^ ^ ou d , échange avec un
des immeubles, de taire . fas8ent autorisées pari' Ammeister. Cependant,
chrétien, à moins que les d eu <p ^ ^ au commerce des bestiaux et des
il Y avait une exception a g ^^ un .^^ pour cause de
comestibles. Lorsqu un cnreti^ ^ ^^ ^ ^ ^^ ^^ d , uae
transactions commerça es ^ ^ ^ ^ ^ ^^ de ]a somme Qu de ]a
amende de 50 livres ptei g
1 Voyez rue des Juifs-
10 11 12 13 14 15 16 17 li
19 20 21 22 23 24 25 26
80 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Le Judenhof. marchandise, objet de la plainte '. Sous ce rapport les anciens arrêtés du sénat étaient
conséquents, car, tout en défendant aux israélites le trafic et l'usure, ils mettaient
l'habitant de la ville à l'abri de leurs actes , soit loyaux , soit frauduleux , par cette même
défense et par les fortes amendes qu'elle prononçait. Même dans les cas licites, une
dette envers un israélite se prescrivait par dix et souvent par cinq ans; ceux d'entre
eux qui avaient reçu à la porte un sauf-conduit, qu'ils étaient obligés de payer pour
faire leurs affaires à Strasbourg pendant le jour, étaient forcés de quitter la ville avant
la nuit; une pénalité de 50 livres pfenning frappait le citoyen qui leur donnait asile.
Une trompe que les gardiens sonnaient sur la plate-forme de la cathédrale, et qui
est encore conservée à notre bibliothèque, leur donnait le signal de sortie. En butte à
toutes les avanies et à toutes les tribulations, ce peuple vécut en véritables parias ,
au milieu de la société, pendant quatre siècles. En faisant l'historique de la cruelle
persécution des juifs pendant le quatorzième siècle, nous en avons assez dit, pour n'avoir
plus à retracer ici le tableau des misères qui présentent souvent les scènes les plus
dramatiques, fruit de l'ignorance, de la haine et du fanatisme, ni à citer la longue série
d'ordonnances de police et de dissertations juridiques qui ont trait aux juifs pendant
ces siècles écoulés et dont nous avons pris connaissance. Dans cet état de choses, les
israélites en général se couvraient du manteau de la pauvreté pour ne pas exciter
l'avidité des chrétiens. Une famille juive cependant, celle de Cerf Bser, faisait exception
tant par sa fortune que par sa position sociale.
Fournisseur général pour le gouvernement en Alsace, banquier du roi et de beaucoup
de «rands seigneurs dans notre province, Cerf Bœr avait une fortune colossale. L'abbé
Georgel, secrétaire du dernier prince-évêque Louis de Rohan, nous rapporte que,
lorsque son maître fut incarcéré à la Bastille dans l'affaire du Collier, il laissa deux
millions de dettes, et que, dans le nombre de ses créanciers, ce juif figurait, à lui seul,
pour la somme de 300,000 livres tournois. Protégé par le prélat et par le gouvernement ,
en logeant à Bischheim, à proximité de la ville, il avait en vain demandé à plusieurs
reprises au sénat la permission d'acquérir un immeuble dans l'intérieur de la cité pour y
loger; il fallut l'intervention du roi lui-même, par l'organe du maréchal de Contades,
commandant la province, pour faire autoriser en 1771 Cerf Bœr, son fils Marx Baer, ses
deux gendres Alexandre et Levy, avec leurs familles, le rabbin, leurs commis et leur
domesticité, en tout soixante-huit personnes, à résider à Strasbourg. Cette famille
voulut alors acheter l'hôtel des anciens comtes de Ribeaupierre, dans la rue de la
Nuée-Bleue, qui était à vendre, mais notre magistrat se révolta à la pensée que des
'Mcht wechslen, vertauschen , verpfânden , kaufen, verkaufen, enllehnen , verbùrgen, etc., ausscrhalb was
Essenspeis uni baar Geld und die Pfcrdhandlung betrifït um 50 Pfund Pfenning, oder wohl noch einer hohern Straf
uffSeitendesChristenundVerlustdesGeldes Schuld oder erhandeltcn Guts uff Seiten des Juden (Strasburger
Verordnungen).
cm
9 10 11 12 13 14 15 16 17 li
19 20 21 22 23 24 25 26 27 2!
T
PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 81
enfants d'Israël pussent posséder le domaine d'une anliqee et illustre famille d'Alsace, u M. *
et on ne leur permit l'acquisition que d'un certain nombre de maisons dans un quartier
retiré de la ville, local auquel ils donnèrent, en s'y installant, le nom de Juâenhof.
L'autorisation du sénat fut mal vue par la bourgeoisie; nous eu trouvons la preuve
dans une pétition de m*, signée par un grand nombre d'habitants de la rue des
Serruriers dans laquelle la famille Cerf Bter voulait acheter ou louer deux matsons
pour servir d'annexé à celles qu'elle possédai, déjà. Les pétitionnaires protestèrent
énergiquement, en disant entre autres qu'on avait déjà niché assez de, uns dans le
„ nhof au FinckwiUer, pour les dispenser d'avoir un voisinage auss, tmpur et auss,
qja vu au commencement de ce siècle cette race d hommes sales, en ha,l ons v I
ous le poids des préjugés des temps passés, parcourir nos rues <~V£^£
des vieilles guenilles. Contre ces haines invétérées .1 fallut, une rêve tau» — *
qui a passé sur le sol de la France, pour émanciper ««ta eree £*££"£
Qui aurai, cru alors que soixante-dix ans plus tard nn des ^"f/J^
officier supérieur dans l'armée française, serai, élu députe ans cette ,•» * e
Lesbà.imeu.sdnJudeuhofdevinrentplns.ardunefabrtquede.abe.uuetabhsmen
de mécanique', et eu dernier lieu une partie en fu. achetée par cette jeune co.ome
,L-»„ai, .„.„«. de la S ,,«>,r„r z,u.„ d. » sepu-r. t»3 dé—ra — — » *»<• « »
juifs :
Hier, vers midi, les jeunes gens de Strasbourg,
depuis l'âge de dix-huit ans jusqu'à celui de vingt-
cinq, se sont mis en marche. Pères, mères sœurs,
fiancées, tout le monde pleurait; la grande «ouïe qui
s'était réunie autour d'eux était profondement émue
Ils étaient suivis d'un riche approvisionnement ne
vivres, mais plus riche encore était le concert des
bénédictions qui partait de tous les cœurs sympa-
thiques. Le père Cerf EUcr, dont la fam.Ue ant sous
l'ancienne que sous la nouvelle constitution a t re
plus de profits de la nation que les père s d to, s les
fils qui partent avec ce bataillon , avait eu to magna
nimité d'envoyer vingt-trois usures de n a » ;
mais purifié. La municipalité a cru devon r fuser
un don patriotique d'une pareille mun.ficen ce et mm
nous croyons de notre côté • jlg«£* S et
connaissance de tous les fils d ADranai" ,
de Jacob le nom du généreux donateur. ^ ^^ ^.^ .^^ en ^ vi „ e ( quand un
Quelle différence avec les sommes considéra , J ^ ,
appel est fait aux sentiments charitables et gène. .^.^ ^ ^ ^ r(jche Schle8inger) ancien
2L e 6 novembre 1846 fut enterré en »*^»W cent et un ans à sa mort; il logeait chez un de ses fils,
instituteur, qui naquit en 1745 , et «^Jjfï ne vécut que de bon vieux vin , de biscuits et de macarons ,
rue du Jeu-des-Enfants; dans ses derniei
et fumait du tabac pendant toute la journée. ^ ^.^ ^ ^.^ avant de les transférer dans la
BAloïse Quintenz y établit ses atel.e. s , lorsq
rue des Charpentiers.
FAUBOURGS.
Gestern um 12 Uhr begaben sich die Sobne Stras-
bnrss von 18 bis 25 Jahren auf den Marsch. Vater,
Mùtter SchwesternundBrâuteweinten. Die grosse
g die sich um sie versammelte war tief geruhrt.
Ein eicher Vorrath von Lebensmitteln folgte mnen
nach, noch reicher war der Segen aller gefuhlvol en
Seelen. Der Vater Cerf Jter, dessen Fam.l.e bei der
alten so wie bei der neuen Verfassung mehr an der
Nation gewonnen als die Vâter aller Sohne welche
mit diesem Bataillon ziehn , natte die Grossmulh
?3 Maas sauren aber kauschern Wein beizusteuern ,
so ebs rares von einem patriotischen Beitrag glauble
die Municipalitât wieder zuriickschicken zu mùssen,
und wir glauben uns verpflichtet den Namen e.nes
grossmùthigen Gebers allen Sôhnen Abrahams , Isaacs
und Jacobs bekannt zu machen.
10 11 12 13 14 15 16 17 li
19 20 21 22 23 24 25 26
82 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
prêtres qui se forma sous l'inspiration de l'abbé Bautain, et dont firent partie quelques
Israélites convertis à la foi catholique , placés à présent à la tête de la maison d'éducation
de Juilly, près Paris. Us y créèrent le petit séminaire, qui existe encore aujourd'hui.
Ch. J. Koch. La maison à côté, n° 9, qui est occupée par un commissionnaire de roulage, était
antérieurement la tranquille demeure d'un de nos illustres savants. Quelle est la
personne au fait des études historiques qui ne connaisse pas le continuateur de Dumont,
l'auteur de ÏHisloire des traités de paix, de Y Histoire des révolutions et des Tableaux
chronologiques et généalogiques, Chrétien Guillaume Koch? Disciple et ami de Schœpflin,
il continua sa laborieuse carrière comme professeur de droit public à l'ancienne
université ; c'est à ses savantes leçons qu'affluèrent, parmi tant de jeunes gens studieux
de toutes les nations, les Metternich , les Ségur, les Cobeulzel, les Benjamin Constant,
les Stachelberg , les Traci, les Galitzin, les Tolstoï , les Narbonne, les Pfeffel, les Custine
et bien d'autres disciples, qui se distinguèrent plus tard dans les carrières politique et
scientifique. Au commencement de la révolution , Koch se rendit à Paris, comme député
extraordinaire des protestants d'Alsace; dans cette position il fut à même de leur rendre
de grands services par ses hautes connaissances; il fut membre du comité diplomatique
et plus tard du tribunal, jusqu'à la suppression de ce corps, en 1807. De retour à
Strasbourg, il y vécut retiré, comme recteur honoraire, s'occupant de ses travaux
historiques, jusqu'en 1813, où la mort vint l'enlever à ses nombreux amis, à l'âge de
soixante-seize ans.
Saint-Marc. Au fond de la rue Saint-Marc, dans une impasse, nous entrons dans les bâtiments
qui donnèrent le nom à cette rue. C'est le digne pendant de notre hôpital civil , l'hospice
des pauvres ou plutôt l'Aumônerie et le Bureau de bienfaisance.
D'après notre chroniqueur Speclin , ce fut en 1495, et d'après Herzog, en 1499,
que vinrent dans notre province des bandes de troupes congédiées et errantes , qui
avaient aidé Charles VDI à faire la conquête de Naples; ces bandes de soudards
importèrent chez nous la maladie syphilitique. Inconnue auparavant, elle fil des
ravages d'autant plus terribles qu'on ne pouvait y trouver de remède , à défaut de
moyens curatifs connus. Les malades qui en étaient affectés mouraient misérablement
dans les rues, dans les champs , sous les ponts, enfin partout où ils s'étaient retirés,
et personne n'osait les secourir à cause de la contagion. La source d'où elle émanait
avait fait donner à cette maladie le nom de mal napolitain ou des Français.
Un citoyen honorable de notre ville, Sébastien Erb, se dévoua à ces malheureux et en
recueillit beaucoup dans une maison retirée, qu'il transforma en hôpital, à l'emplacement
où de nos jours se trouve l'hospice de Saint-Marc. Il reçut le nom de Blatterhaus
(maison des pustuleux) ou Domus pustulosus. Erb fut bientôt aidé dans son œuvre
charitable par un grand nombre de dons, et quelques années après, lorsque les moyens
de guérison furent connus, la ville institua des médecins attachés à cet établissement.
cm
9 10 11 12 13 14 15 16 17 li
19 20 21 22 23 24 25 26 27 2!
"■JpUB"-
PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 83
Ces Esculapes n'étaient pas des savants qui avaient acquis dans les universités l'art de
guérir; il n'en existait pas encore chez nous: c'étaient tout bonnement des empiriques
qui donnaient les soins que la pratique leur avait enseignés.
Léonard Reimlin de Kœnigshoffen , tisserand , est un de ces noms qui sont arrivés a
nous La ville fit avec lui un traité, par lequel il était logé et chauffé dans une maison
delà rue delà Fontaine, zum Kochloffel (à la cuillère à pot), maison que l'œuvre
de Saint-Pierre-le-Vieux avait aussi cédée pour y établir un hôpital. Il reçut pour chaque
malade qu'il était obligé de soigner et de nourrir, 3 schillings ou 60 centimes par
SGÏÏltllÏÏC
Par un autre traité fait avec un chirurgien , Adolf Meng, l'administration de l'Aumône
lui alloua, en 1546, 19 livres pfennings ou 76 fr. d'appointements par an avec
2 florins de cadeau de foire.
En 1 525 , la ville fit acheter 107 kilogrammes de bois de Guayac (Bockenholz) , comme
remède contre ce mal.
Il paraît que tous ces établissements furent insuffisants contre les ravages de cette
maladie , car il nous reste encore des traces d'autres institutions pareilles. Une maison
occupée par des béguines, rue du Fossé-des-Tanneurs, fut évacuée et transformée en
hôpital En 1503, un nommé Caspar Hofimeister fut chargé des soins a donner aux
malheureux syphilitiques , hommes et femmes , couchés misérablement dans une ma.son
de la rue Thomann (Thomanloch).
Dans ces divers lazarets, l'aumône de la ville secourut indistinctement tous les
malades, soit qu'ils fussent étrangers ou qu'ils appartinssent à la ville. L'hôpital cm ne
reçut que ceux qui jouissaient du droit de bourgeoisie. Le B.atterhaus resta cependant
le principal établissement ; il fut agrandi , doté dune chapelle , et Er en ut nomme
ce n'est qu'en 1687 que cet hôpital fut transféré ailleurs. Voici les raisons
receveur, ce nés quen ^ lWn cmmmt de
tZt^^X^ - *■ où se ~ réglise de Sain T et \
Saint-Marc aubo ^ ^ ^ ^ ^^ ^ ^ . ^ du ^^
Mont-de-P,et Elle y «*W ^ accommodement) à céder tout ce terrain avec ses
souverain d Alsace : qu ^ ^^ ^ ^ dédommagement des balim en,s
constructions a 1 ordr Mie ^^ ^ ^^ ^ ^^ ^ fortifications
^fc'e st Zl ue es malades du Blatterhaus furent transférés dans des maisons
Ll sur L SI d'un bras de IT11. vis-a-vis de la rue du Bain-aux-Plantes, ce qu,
fit donner à ce quartier le
nom zum Franzôsel ou Klein-Frankreich (Petite-France),
ar lequel on le désigne aujourd'hui, tandis que, dans le langage
nom vulgaire par leq ^ ^ ^^ ^ ^ ^ syphilitiques qui y avaienl
officiel il s appe e q . és a hôpital civil , et ces maisons furent vendues
été traites jusqu aloi s, iiuw« r
à des particuliers.
Saint-Marc.
11.
10 11 12 13 14 15 16 17 li
19 20 21 22 23 24 25 26
Sainl -Marc.
84 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
L'Anmônerie avec ses bureaux, sa boulangerie et une partie de ses greniers,
s'installa clans l'ancien Blatterhaus et lui donna sa dénomination de Saint-Marc. Cette
institution, aussi bien que l'hôpital civil, mérite d'être citée comme l'un des ornements
philanthropiques de notre ville; à tous deux viennent se rattacher les noms de tant
d'honorables citoyens qui ont laissé à la postérité des moyens pour subvenir aux
maux qui frappent la classe indigente. Ils ont dignement secondé les soins
paternels que portait aux pauvres notre ancien sénat , et si de nos jours notre
administration municipale et la commission de bienfaisance s'efforcent par tous les
moyens possibles de guérir les plaies du paupérisme, c'est en partie aux legs et aux
traditions des temps passés qu'elles doivent leurs moyens d'action.
En passant en revue le grand nombre de règlements de police qui depuis des siècles,
et même à des époques très-critiques, ont régi la mendicité, on est étonné de cette
sollicitude qui entre dans les plus petits détails et qui porte des secours partout où le
besoin l'exige. C'est que la cause en réside essentiellement dans la forme démocratique
du gouvernement de la ville libre impériale et dans l'organisation de la société. Élément
dominant dans cette commune, vivant de ses propres moyens, et où elle formait un tout
homogène, réunie par les mêmes intérêts, quoique divisée en corporations, la
bourgeoisie avait par cela même d'autant plus de moyens de connaître les maux et les
besoins qui frappaient l'un ou l'autre de ses membres, et de s'entr'aider avec plus de
connaissance de cause.
Analysons un de ces règlements qui date de 1628, époque où la guerre de trente
ans promenait ses ravages sur le centre de l'Europe, et nous verrons quel rôle utile
remplissaient les corporations des métiers dans l'organisation des secours.
La mendicité dans les rues était formellement défendue; il n'y avait d'exceptions
que pour quelques personnes ayant charge de famille, et auxquelles l'Aumônerie et
les hospices ne pouvaient accorder que des secours insuffisants, ou bien pour de
malheureux estropiés, incapables de se nourrir par le travail. Ceux-là furent pourvus
d'une autorisation de mendier les mardis et samedis après midi, munis de plaques
portées au bras comme signe distinctif. Un même signe distinctif attaché aux portes ,
désignait a la charité privée les maisons habitées par de pauvres honteux ou par des
malades indigents. Un article de ce règlement met essentiellement à la charge des
chefs des corporations (Zunftmeister) la recherche des pauvres existant dans leur sein
et qui avaient besoin de secours pour subvenir à leur existence; il les oblige à dresser
tous les trimestres un état nominatif de ces nécessiteux, avec l'indication de leur
profession, de leur position de famille, de leur moralité et de la nature des subventions.
Les ouvriers passant par la ville (Wanderburschen , Ilandwerksburschen) étaient
obligés de s'adresser à leurs métiers respectifs, qui leur assuraient les frais de séjour
et de roule; les étudiants ambulants {Fahrende Schiller) s'adressaient au séminaire de
cm
9 10 11 12 13 14 15 16 17 li
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 85
Saint-Guillaume, où ils trouvaient gîte , nourriture et viaticum, et tout autre passant
pauvre était conduit, à son arrivée, par les sergents de Saint-Marc [Allmosenknecht)
à l'hospice des pauvres (Elendenherberg) , où ils trouvaient de même gîte et nourriture
pendant un jour, et, en partant, un pfenning en argent pour continuer leur route.
Ceux qui séjournaient plus longtemps en ville, ce qui arrivait souvent en ces temps de
guerre où beaucoup de gens de la campagne s'y réfugiaient, étaient hébergés et
nourris , mais ils étaient obligés , par contre , de travailler pour le compte de la vile, qu,
les employait ordinairement aux travaux des fortifications. De celte manière, bourgeois
et manants , voyageurs et réfugiés, femmes et enfants, trouvaient dans les mstitut.ons
charitables de notre cité les secours que réclame l'humanité.
De nos jours l'hospice de Saint-Marc et le bureau de bienfaisance disposen
annuellement, en faveur de près de six mille nécessiteux, d'une somme de 80 a
90,000 fr., tant en argent comptant qu'en bois de chauffage, en bouillons et en p m
Tous les ans près de 250,000 kilogrammes de pain deux tiers froment et un tiers
seisle , sont fabriqués dans sa boulangerie et distribués 1 .
Nous venons de faire connaître la manière dont nos ancêtres avaient organise
distribution des œuvres de charité, et d'indiquer les moyens dont dispose aujou c h
la commune pour subvenir aux besoins du paupérisme. A côté des ^^T * ^"
de charité, il nous reste à indiquer le but spécial des diverses sociétés de ^^
qui se sont formées à Strasbourg, soit dans le sein des «f™™^^^'
soit dans le monde séculier, par le seul sentiment de compassion envers le malheur
et nous apprendrons à connaître leur action vivifiante et consolant, o
actuelle esfallee plus loin ; elle a compris que * -— £ Z^ZZ
l'instruction sont des moyens efficaces pour empech 1 ^™ ^ent donner
nécessité de demander des secours a au ru. BUe ne eu ^ ^ ^
l'aumône , elle veut aussi tendre la main a homme qu, s en ^
par une bonne conduite, par "-~-^ ^ beaux exemp les de
cité de Strasbourg donne, et ^ ^.^^^ sonsein tant de nécessiteux ambulants
charité chrétienne; raison peut-e J ^ ^ dmné p comme
et vagabonds, qu'une police v.gdante^^^ ^ ^ continuation de route. Dans une
jadis, des moyens de séjour m ^ pro diguent tant de secours à
ville où la charité communale j ^ ^^ 1nnfftenips être abolie.
l'indigence, la
Saint-Marc.
:^;r:::Vs™e S devrai. dep uiS ,on gt e n ,p Sêtreal ,oH,
t' ns des métiers dans l'inspection des pauvres et la
« L'action qu'avaient anciennement les ^"^d\vision de la vi.le de Strasbourg en quatre cantons et en
distribution des secours , est remplacée «V^J l seclion a seS inspecteurs des pauvres dont le nombre
quarante sections , en sus deux sect.ons extra ^ ^ ^ ^.^ ^ de ]eurs lumières , e bureau de bienfaisance ,
est de cent soixante-sept membres ,J J dans ses œuvres charitables,
composé de quatre membres et d'un pressent,
10 11 12 13 14 15 16 17 li
19 20 21 22 23 24 25 26
£■--
Action
des Sociétés
charitables.
86 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Jetons un aperçu sur l'application pratique de cette charité :
L'homme marié pauvre:
S'il est uni par les liens légitimes du mariage , il a d'autant plus de droit au secours
des diverses sociétés charitables; s'il contracte des liens illégitimes, s'il vit dans
l'immoralité du concubinage, s'il produit des enfants naturels , la Société de Saint-Régis
travaille à régulariser l'union conjugale , à légitimer les enfants par cette même union ,
dans le sein de la population catholique ; cette même Société , de concert avec la Société du
Bon-Pasteur , lâche de ramener a une vie vertueuse de jeunes ûlles tombées dans la
débauche, de même que la Société de refuge des filles protestantes repenties s'intéresse à
faire rentrer dans la bonne voie et a secourir les filles perdues qui appartiennent a ce culte.
La mère pauvre accouche :
La Société de charité maternelle prend soin d'elle quand elle a déjà deux enfants, lui
fournit pendant dix jours une nourriture fortifiante, soigne le linge nécessaire, fait
traiter le malade par le médecin cantonal , s'il le faut ] , et supporte les frais d'accouchement ;
en outre, la mère reçoit un décistère de bois de chauffage. Cette Société dispose
annuellement, en faveur de trois à quatre cents accouchées, d'une somme d'à peu près
10,000 francs, réunie tant par souscription que par les subventions de la caisse
gouvernementale et municipale.
La mère est obligée de travailler au dehors pour gagner sa vie :
C'est alors que l'établissement des crèches vient à son secours ; il reçoit le faible
nourrisson contre une rétribution de 15 centimes par jour, le surveille avec la ten-
dresse maternelle, soigne sa propreté, les besoins du corps, le (ait allaiter trois fois
par jour par sa mère , ou le nourrit autrement , et le rend le soir a celle qui , sans cette
institution toute maternelle, n'aurait pas pu gagner sa journée par le travail , ou aurait
été obligée de confier sa faible créature a des mains mercenaires ou a des enfants
incapables de la soigner.
L'enfant pauvre grandit et marche :
Il est alors reçu dans les salles d'asile des deux sexes et des deux cultes ; là il est
habitué à la propreté, aux bonnes moeurs; on forme son caractère, et il reçoit , tout en
jouant et en chantant , l'instruction tout élémentaire et le goûtpour un travail quelconque .
Quand le jour de la distribution des prix ou de Noël arrive, on voit ces petites filles et
ces petits garçons, à la figure radieuse, accompagnés de leurs parents, emportant des
prix et des dons , en vêtements chauds , en souliers , en chemises que les soins toujours
1 Quatre médecins cantonaux pour les quatre cantons ou subdivisions de la ville , deux médecins , l'un pour le
Neuhof, l'autre pour la Robertsau, et un chirurgien, sont payés par la caisse municipale pour le traitement des
malades indigents à domicile et la vaccine de leurs enfants.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 87
assidus des dames patronesses leur ont préparés et qui sortent des mains des femmes
pauvres, qui les ont confectionnés, soit a domicile, soit dans les ouvroirs, pour gagner
leur pitance journalière.
L'esprit de l'enfant se développe; il a besoin d'instruction:
A cette époque de sa vie, l'instruction gratuite le reçoit dans les écoles communales , à
l'amélioration desquelles la ville a apporté dans les derniers temps tousses soins,
grâce à l'active initiative de M. Charles Bœrsch , membre du conseil municipal, pour
tout ce qui concerne l'instruction , et grâce à l'agrandissement de l'école de la Madeleine,
et de la construction des trois grandes et vastes maisons d'école de Sainte-Aurélie , de
S ' Tean et du Fossé-des-Tanneurs. Dans le nombre des élèves qui fréquentent ces
diverses écoles communales, plus de deux mille enfants pauvres reçoivent l'instruction
t La aussi des dames patronesses visitent les jeunes élèves, séparés d'après
elles stimulent leur zèle, et les jeunes filles apprennent en outre à manier
. • -n i i..;pnt et le rouet. Des prix en vêtements , en bas , en chemises , en souliers ,
1 aiguille, le h icui ci i^
„ • - ,i„„ c ipe flivers ouvroirs. sont la récompense d'une bonne conduite et de
confectionnes dans iu> uiv^ , r
l'application a l'étude.
L'enfant arrive à l'Age d'apprendre un métier:
rents dépourvus des moyens de placer leurs enfants en apprentissage, sont
* '„ n *A nnr les Sociétés de Saint-Vincent de Paul et de Saint-Joseph ,
secourus a cet egaiu pm
.i î-nnoc et nar la Société privée de bienfaisance , s'ils appartiennent au culte
s'ils sont catnonqueb , ci y
i mpmhres de ces diverses sociétés prennent les élevés sous leur patronage ,
V ' „,,„:.„ Pt les stimulent au travail tout en les garantissant contre la
surveillent leur conduite, ci
8 ., d , une domination abusive du maître; en même temps ils se mettent en
P ' ' . «.rents et apprennent par la à mieux connaître leurs besoins et a
nnnort avec lespaiein») rr
, | il( i de leur intérieur. En outre, une autre société s occupe du p acemenl
observer la mon î . gsage d > orphelins pai]V res et d'enfants abandonnés âgés de
en pension e ^ ^ ^ ^ ^^ . ]g ^ goni p]ug reç(]g dang , eg hospices Les
plus de douze aDS ' . , e ain du bureau de bienfaisance pendant leur
apprentis pauvres reçoive
apprentissage- ^ ^ ^^ ^ \'OEuore de la Providence, par celui des Dames
Les filles cat lorça^ ^^ _ ^ ^ d(J cuUe protestan t 5 dans y Asile pour les jeunes
delà Croix e ^ ^ VImt ituiion des diaconesses. Dans ces diverses maisons, dans
filles P roteslan ^ ncs flI]es entrent comme pensionnaires , on leur donne avant tout une
lesquelles les jeu ^ morale) et loul en continuant leur instruction élémentaire, on
éducation religieuje^ ^ ^^ ^^ ménagère a besoin de connaître; on leur
les famlll ^ ,S c e uJs a j ' nei |e , avage , le repassage; elles apprennent à confectionner des
enseigne^ a J l J ^ ^ ^ ^^ a fi | er5 a broc ier, à soigner les malades. Celles de ces
vêtements, a » lion aillent donner leurs soins aux malades, en sortent
jeunes filles qui , pat
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88 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
comme sœurs de charité; d'autres qui sont portées vers l'instruction, continuent leurs
études en entrant dans les écoles spéciales des sœurs institutrices, des diaconesses, ou
dans l'école normale, et sont placées dans l'enseignement, après avoir subi leurs
examens. D'autres, après avoir passé quelque temps dans les établissements, sont
premièrement louées à la journée , à la semaine , dans de bonnes maisons pour s'habituer
au service, et en sortent comme femmes de chambre, cuisinières ou domestiques
ordinaires.
Il est apprenti:
Outre le patronage sous lequel il est placé , l'apprenti continue de recevoir l'instruction
du soir a VÉcole de Saint-Joseph et peut suivre un cours de science pratique à la mairie ,
le dimanche un cours de dessin et de modelage , et une salle de lecture lui est ouverte
à la Réunion-des-Arts et dans la rue Sainte-Hélène, où un choix de bons livres aide à
étendre le cercle de ses connaissances; en outre, la salle de lecture de la bibliothèque
de la ville, ouverte tous les soirs de six a neuf heures, met ses riches trésors à la
disposition de celui qui tend à pousser ses études plus loin.
Nous venons d'esquisser à larges traits l'action qu'une charité éclairée étend sur la
population indigente de cette cité; elle se saisit de l'homme dès sa plus tendre enfance ;
elle l'instruit, elle le moralise, elle l'habille, elle le chauffe, elle tâche de faire de cette
faible créature un homme utile à la société, apte à gagner sa vie par le travail
manuel, comme par le travail de l'intelligence. Si dans le nombre de ces futurs citoyens
de la commune patrie il s'en trouve qui se distinguent par des dispositions d'esprit
exceptionnelles , si une conduite régulière a guidé leurs pas et a attiré individuellement
l'estime de leurs maîtres, comme de leurs patrons, les moyens d'alimenter cette ardeur
pour les études ne manquent pas non plus, et nous avons parmi nous maint citoyen
respectable, qui, après avoir été couché dans le berceau de l'indigence, est arrivé par
les bourses privées, communales et départementales, à développer son esprit dans le
vaste domaine des sciences et des arts.
Que la gratitude envers leur ville natale ne fasse jamais défaut à ceux qui ont profité
de ces soins paternels, et que ceux qui les ont donnés se nourrissent toujours de cette
noble satisfaction d'avoir contribué à former d'une pierre brute une pierre utile à
l'édifice social. Grâce soit rendue à ce sexe compatissant, dont le cœur maternel se
multiplie à l'aspect de ces innocentes créatures qu'il forme dès leur tendre enfance.
Mais souvent aussi il est triste et désolant de voir que ces soins charitables ne sont pas
toujours secondés par les parents, et que le germe du bien qu'on aime à planter dans
ces jeunes cœurs , est étouffé par les mauvais exemples de fainéantise , de débauche ,
d'ivrognerie et de dégradation de mœurs de ceux qui naturellement devraient être le
plus intéressés à les faire entrer dans la bonne voie.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 89
La forme gouvernementale plus populaire qui sortit de la révolution de 1830, donna
une nouvelle impulsion aux institutions charitables de Strasbourg. D'un côté, le système
électif remplaça , pour la formation des conseils municipaux, le mode par nomination
directe du gouvernement, précédemment en vigueur; l'élection fit entrer dans le sein
du conseil de notre cité des représentants des diverses classes de la population qui
connaissaient beaucoup mieux ses besoins et s'occupèrent plus activement à les secourir;
d'un autre côté, le manque de travail, conséquence naturelle de toute crise politique,
ayant multiplié les besoins delà classe ouvrière, il fallait les satisfaire. L'administration
municipale d'alors, à la tête de laquelle se trouvait M. F. de Tùrckheim, maire, fit
entreprendre les grands travaux de démolition des anciens Faux-Remparts et la
construction des quais le long du canal de navigation, pour donner du travail à
tant de bras inactifs, et les dames que l'esprit de charité sait rendre si fécondes en
inventions utiles, créèrent la loterie des pauvres, dont le produit net s'élève
annuellement, depuis cette époque, de 8 à 10,000 fr., et est monté, en 1852, jusqu'à
15 000 fr Cette loterie de charité est devenue le moyen d'action le plus efficace de la
charité privée; secondée bientôt après par l'institution des quêtes à domicile et les bals
„n a a produit les résultats les plus heureux. La mendicité fut
au profit des pauvres, elle a proau p
, , . ^ e travaux, mais il restait toujours des invalides inaptes au
travail sédentaire; pour ceux-là on créa la maison de refuge , qui occupait une partie
du local de la Maison de Force, et dans laquelle on fit cuire les soupes que 1 on distribue
• v „ to pnnr donner plus d'extension à cette branche de la charité,
en hiver à la classe indigente. t-ouLi r
1 enu maire plus tard, proposa a 1 administration municipale
M. Schùtzenberger, ev ^ ^ ^ ^ ^^ appartenant a , a ^
de transformer en ciianp ^^ ^ ^^ ^.^ ^^^ donl nong
d'un produit presque m • , ^ ^.^ ^ fa ^ ^^ nous ^ ^ .
àUcll Tlelo^Z institution particulière qu'y créa de même la charité
^2 faire de malheureuses veuves , de filles pauvres , de femmes abandonnées,
Mais que idiie ^ ^ ^ ^ ^ Q mventeur des dames de Strasbourg
que faire de leurs entants ^ ^^ ^ ^ ^^ et ^ jeunes ^
trouva des ressources , ei ^ ^ disponibles, du chanvre , du lin , du coton , de
elles achetèrent , avec .une p ^ ^ ^.^ ^ ^.^ ^ occupation
la laine , qu'elles font **** * dans ses magasins tous ces éléments fabriqués
et la commission des ou J ^ domicile aux plus nécessiteux de travail, soit aux
pour les distribuer de no ^^^ en chemises , e n bas, en vêtements , servant
élèves des onvroirs, qui ^ ^ , , ^ confectionner et qui , en outre , ont gagné
à couvrir ceux-ia iueuioa 4 f i i romité des écolps
leur part à la fabrication. Dans ce même but se foi ma alo s le comité des écoles,
leur pan a •* • - à ce aue , comme nous lavons indique ci-dessus,
qui rendit de grands services, jusqua ce qu ,
FAUBOURGS.
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Hue Saint-Marc,
90 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
la ville se fût chargée des frais d'instruction, en laissant néanmoins le patronage et la
surveillance au comité des écoles et aux dames inspectrices.
Enfin, mentionnons encore l'action philanthropique découlant des caisses des diverses
paroisses: nommons la Société pour les malades israélites, la Société de bienfaisance
des dames israélites et l'École d'arts et métiers attachée aux institutions bienfaisantes
de cette communauté; en outre, d'autres associations nombreuses dans la classe de la
population ouvrière et même aisée de notre cité, qui ont formé entre elles des caisses
d'assurance mutuelle pour procurer des secours en cas de maladie, ou les frais
d'enterrement en cas de mort , et nous aurons un aperçu complet des institutions qui
tendent à alléger les douleurs frappant la vie humaine. On peut bien dire qu'à Strasbourg
on joue la comédie et la loterie pour les pauvres, qu'on y fait la musique, qu'on y
danse et qu'on y mange même à leur intention , car combien de dîners de corps n'y a-
t-il pas dans l'année, où, pendant le joyeux repas, on fait la quête, en rappelant les
devoirs de charité!
Si toutes ces institutions, si toutes ces associations, qui fonctionnent et rivalisent
aujourd'hui dans un but de charité éclairée, sont connues par ceux qui reçoivent,
comme par ceux qui donnent , cependant une grande partie de notre population reste
encore étrangère à leur action bienfaisante; nous aimons à la lui faire connaître, pour
la stimuler à y prendre part, en la consignant en même temps dans ce livre comme un
bel ornement du présent et comme un digne pendant à côté des institutions charitables
que nos ancêtres nous ont léguées et dont nous venons de retracer l'historique.
Depuis la création des caisses d'épargne, en 1835, les bureaux de cette administration
étaient établis dans les bâtiments de Saint-Marc , et si nous voyions , les mardis et jeudis ,
des centaines de nécessiteux animer cette rue ordinairement silencieuse et déserte,
pour y chercher les dons de la bienfaisance, les dimanches matin nous offraient
par contre un tableau plus consolant 1 : c'était le travail , l'ordre, l'économie qui venaient
y porter leurs faibles épargnes, lesquelles, s'accumulant en capitaux , aident à soulager
l'homme , quand le poids de l'âge lui rend le travail onéreux. Le temps nous apprendra
si cette institution portera vraiment les fruits que l'on avait le droit d'en attendre; s'il
en est ainsi , les fonds de Saint-Marc pourront être employés à des actes philanthropiques
d'un ordre supérieur.
Le petit clocher, qui s'élève tout près, est celui de la chapelle d'une maison de
correction de femmes de mauvaise vie , fondée il y a quelques années seulement par
le sentiment religieux de quelques personnes charitables, et dont l'action bienfaisante
est déjà entrée dans le réseau qu'entoure l'indigence 2 .
1 Aujourd'hui les bureaux de la caisse d'épargne sont établis dans des salles basses du château , du côté de la
terrasse.
2 Cette maison a une annexe très-vaste à la Robertsau, agréablement située sur le canal Français.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 91
Lorsque la possession de l'Alsace fut assurée à la France par le traité de paix de
Nimègue, le gouvernement, entre autres créations, essaya d'établir des haras pour
l'amélioration de la race chevaline dans cette belle province , mais tantôt les guerres
continuelles absorbèrent les fonds , tantôt le manque de chevaux pour la cavalerie
fit mettre la main sur les étalons stationnés dans les diverses communes, et cette
première tentative n'eut pas de suite.
Ce n'est qu'en 1748, qu'un baron Bock de Bœcklinsau donna l'idée à M. de Vanolles ,
intendant de la province, de proposer de nouveau au ministère la formation d'un
haras. Le projet fut admis, et il en fut établi un à la Robertsau; mais l'inutilité de ces
chevaux pendant huit mois de l'année détermina à les employer pendant l'hiver à une
école d'équitalion. Le manège de la ville existait déjà sur ce terrain dans la rue Sainte-
Elisabeth , dont le magistrat fit la cession au roi , par acte du 5 février 1756. C'est alors
que l'on construisit le bâtiment qui sert aujourd'hui de dépôt impérial des étalons;
les écuries en furent primitivement peuplées de vingt, nombre qui s'augmenta
,:, cnivnnle Le baron Bock en fut nommé directeur, et le manège
successivement jusqu a soixau ' . .
fut transformé en académie de haute eqmtation , fréquentée alors par un grand nombre
de seigneurs et de gentilshommes qui faisaient leurs études à l'université de Strasbourg,
• • , ^nnc Ips régiments de la garnison,
ou qui servaient dans tes icgiu
S ' te-Élisabeth , dans laquelle nous entrons pour un moment, reçut son
'. KUccpnipnt des dominicains en notre ville. Après la fondation de
nom du nremier etaDiiootfiucui
l . „. P ip na ne Honoré IIL, en 1216, ces religieux créèrent une
cet ordre et sa sanction par ie [>^ <
. (0 ,a nil ; s à Metz, en 1222; il en arriva a Strasbourg sous 1 eveque
maison à Paris , en 1 220 , puis
Henri de Veringen.^ ^ ^ ^ Hongrie, qui avait épousé Louis -le -Saint,
Elisabeth, 611e n l Tnu ringe, se trouvait alors en Alsace, pour visiter les
landgrave de Hesse e ^ ^ l'acquisition d'un terrain au Finckwiller où ces
monastères de cette proviiJ i . ^ ^ Eckbolsheim pour des religieuses de cet ordre,
religieux s'installèrent, e ^ ^ ^^ ^ ^ dans ]a mQ de œ nQm
Ils n'y restèrent pas longtemp ^ retrouver , après des siècles, l'emplacement de
de 1234 à 1238. On aurait deU* ^ ^ j& ^^ ^.^ du diMeptième
cette maison primitive, si ^ j^ ^ ^ ^^ manuscrites sur notre ville. Il y
siècle, ne nous en eut la.sse ^^ ^ ^^ ^^ chapeUe et de que i ques
dit que, de son temps, on £ ^ ^ ^ ^ .^^ ^ ^^ ^ Holzapfd de
bâtiments monastiques ans ^ ^ hôtel fut plug tard occupé par les comtes
Herxheim, famille ^" te ^ résida en cette ville i, puis il fut habité par M. de La
palatins du Rhin, quan ^^ ^ ^ ^ dey]nl |a proie deg flammes
Bastie, comme nous 1 avons mu 4
■ ■ Hps Herrn Pfaltzgrafen Adolph Johann's frau Gemahlin hof zu halten , jetzt
iHolzapfelsche hof worin gegenwart.g ndant allhier zu res idieren pflegt (Kûnast, t. II. p. 527).
monseigneur la Bastie , lieutenant du rot ( 2>
Le Haras.
Rue
Sainte-Elisabeth.
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Rue
Sainle-Élisabeth.
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en mars 1705. En 1713 , la maison actuelle fut bâtie par Perthois, habile serrurier et
entrepreneur, auquel nous devons la belle grille ciselée qui séparait le chœur de la
cathédrale de la nef, et qui repose sur ses greniers. Au commencement de ce siècle,
un sieur Mannberger y eut sa fabrique de tabac, et aujourd'hui cette maison est
la propriété de M. Hepp, professeur de droit des gens, auteur de la Théorie de la vie
sociale et de quelques opuscules sur le haut enseignement.
Dans la seconde moitié du treizième siècle , les dominicains quittèrent de nouveau
leur établissement et bâtirent leur monastère et leur église au centre de la ville 1 .
L'administration n'aurait pas pu choisir un local plus convenable pour l'École
Normale que celui qu'elle occupe dans cette rue large, tranquille, bien aérée, où,
jouissant, en outre, de l'avantage de posséder un vaste jardin , elle est beaucoup mieux
logée que dans le local qu'elle occupait lors de sa formation en 1810. Cette institution ,
de laquelle sont sortis tant d'hommes qui ont rendu d'éminents services dans
l'instruction primaire, a été fondée dans notre département par un préfet à jamais
regrettable. Après s'être établie solidement à Strasbourg , elle a fait depuis le tour
de la France et a valu au Bas-Rhin l'insigne honneur d'être placé un des premiers
dans la statistique de l'enseignement primaire. Lézay de Marnésia, auparavant
préfet à Coblence, la forma en arrivant à la tête de l'administration départementale
du Bas-Rhin. Cet homme actif et éclairé disait souvent que les écoles sont au
moral ce que les routes sont au physique, pour vivifier une nation comme un pays.
Aussi, dirigea-t-il tous ses efforts vers ces deux branches de prospérité réelle.
Il fit construire des chemins vicinaux, forma une école pour les piqueurs, institua
des cantonniers pour l'entretien des routes. Dans les hôpitaux il introduisit de
sensibles améliorations; il connaissait bien le cœur aimant des femmes, et le sentiment
religieux qui les guide; il savait bien que leur dévouement pour les malades, que les
soins continus qu'elles savent donner avec tant de douceur, sont tout autres que ceux
que l'on peut attendre des mains mercenaires et souvent dures des infirmiers des
hôpitaux ; il y fit entrer les sœurs de charité de Saint- Vincent-de-Paul.
En ville comme à la campagne il créa des médecins cantonaux pour la propagation
de la vaccine et pour donner les secours de l'art aux pauvres à domicile. Son zèle
pour améliorer la culture du tabac et de la garance et pour les progrès de l'agriculture
en général, le fit appeler le préfet laboureur. Cet homme distingué trouva une fin
tragique en accompagnant le duc de Berry, dans son voyage en Alsace, en 1814. Les
chevaux de sa voiture s'étant emportés, la firent verser, la lame de son épée se
brisa, lui perça l'aine et mit fin à ses jours. Son corps embaumé repose encore
dans un sépulcre de famille, à Krautergersheim , sans que personne de ses proches
1 Voyez Temple-Neuf.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 93
l'ait réclamé depuis, et le département, auquel il avait rendu tant de services, ne lui École Normale.
a pas même élevé un modeste monument qui transmît à la postérité les traits et le
souvenir de ce préfet modèle.
Pour créer l'École Normale, Lézay de Marnésia envoya en Allemagne un pédagogue
érudit de notre ville, M. Ferber, avec la mission d'étudier à fond la méthode
d'enseignement, et de l'introduire chez nous avec les modifications nécessaires. Les
élèves occupèrent alors les mansardes du grand Séminaire, et l'école, dont l'abbé Jœglé
fut le premier directeur, ne tarda pas à produire les plus heureux résultats, grâce à
l'active impulsion de M. Levrault, recteur de l'Académie, et de M. le conseiller de
préfecture Pothier, membre de la commission de surveillance. Depuis la création de
l'école, en 1810, ce respectable vieillard est resté , jusqu'à sa mort 1 , un soutien aussi
zélé que désintéressé de cette utile institution , qui fut gérée, après la mort du premier
directeur, par MM. Poinsignon, Magin, et plus tard par M. Vivien, aujourd'hui recteur
de l'Académie du Haut-Rhin ; ce dernier eut la satisfaction de voir couronner ses efforts
et ceux de ses prédécesseurs par les mesures prises par le gouvernement de 1830, qui,
meilleur appréciateur que ses devanciers des services que rendent au peuple les
instituteurs primaires, se fit un devoir d'améliorer leur sort sous le rapport pécuniaire
et de leur assurer une position plus indépendante.
En sortant de la rue Sainte-Elisabeth , nous avons à notre gauche la maison Nithard
et les belles maisons Lamey, occupées par le frère et la nièce de notre poète Auguste
Lamey ; la première fut transformée récemment en maison de santé, desservie par des
sœurs diaconesses protestantes. Ce que nous avons dit sous l'article quai Saint-Nicolas
s'applique à ces édifices, qui , au seizième siècle, étaient habités par les familles nobles
des Beger et des Landsperg.
Anciennement une porte fermait cette rue, dont elle tenait aussi le nom de
porte Sainle-Élisabeth; elle se lie à l'historique des fortifications que nous allons
continuer. .
Près de l'hôpital civil nous avons vu les restes du premier mur d enceinte; nous les
retrouvons aussi à la droite, le long du haras et des bâtiments de Saint-Marc qui s'y
ndossent et les jardins situés dans le bas-fond nous désignent les anciens fossés qui
les longeaient Les vestiges du second remaniement des travaux de défense, au
seizième siècle' sont plus rares , et ne consistent qu'en une hauteur occupée par une
maison et son jardin; celte hauteur est une partie de rempart comme on avait alors
l'habitude d'en élever près des portes et sur les angles des fortifications, et dont notre
dessin nous donne une idée plus exacte.
En 1845, lorsque le génie militaire, dans ses travaux de reconstruction, arriva a ^n™^
Porte
Sainte-Élisabeili.
- Il mourut à l'âge de quatre-vingt-un ans , le 22 janvier 1850.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Anciennes.
Fortifications
cette partie des fortifications 1 , on retrouva toute la ligne du mur extérieur, qui, en
formant près de la porte Sainte-Elisabeth un angle très-ouvert, se dirigeait vers la
vieille tour servant de prison militaire. Vient enfin la troisième époque des fortifications,
telles qu'elles existent de nos jours; elles datent du dix-septième siècle et consistent
dans les bastions en face de l'hôpital et de la rue Sainte-Elisabeth , qui ont reçu leurs
noms de leurs vis-à-vis. Le premier, ainsi que la partie de rempart à laquelle il se rattache,
fut élevé de 1636 à 1663, par les ingénieurs Arhard et Kernmann, et le second, de
1657 à 1676, par Wall Jacob; c'est aussi à cette époque que furent démolies la porte
et les tours et rondelles qui l'environnaient. L'enceinte se dirigea alors vers 1*111 , vis-à-
vis la pointe que forme le bastion en face des Ponts-Couverts et en dehors de la tour
mentionnée ci-dessus. Un ingénieur, au service de Hollande, Adrien, qui avait fortifié
Berg-op-Zoom et d'autres villes de ce pays, avait été recommandé par le général Horn
à notre sénat , qui l'employa à ces travaux.
Dans le rapport qu'il adressa à la Chambre des XIII sur les fortifications existantes
et sur les moyens de les perfectionner, l'ingénieur Adrien insista surtout pour que
l'entrée de la rivière fût protégée plus efficacement, et proposa d'élever un grand
bastion casemate sur la rive droite; cet ouvrage ne fut exécuté que de 1650 à 1676 par
le même Wall Jacob, mais n'exista pas longtemps, car lorsqu'on construisit, sous la
domination française, le bâtiment à cheval sur l'HP, muni de poutrelles pour se rendre
maître des eaux, l'ancien bastion fut démoli et avancé vers l'extérieur, comme on le
voit de nos jours.
La caserne qui est construite sur cette partie de terrain, que l'on pourrait appeler
avec la citadelle le sixième agrandissement de Strasbourg, date de 1789; la part
des frais que supporta la ville fut de 234,670 fr. Le nom de quartier des Suisses
[Schweilzer Caserne), que celle caserne portait alors, provenait de ce qu'elle était presque
toujours occupée par un des régiments suisses à la solde de la France. En 1818, le
régiment qui se trouvait alors à Strasbourg, ayant eu des rixes sanglantes avec d'autres
corps de la garnison, fut éloigné, et depuis lors jusqu'à la révolution de Juillet, où les
troupes suisses furent toutes congédiées , ils n'y tinrent plus garnison.
Les Glacières. Ce fragment de rempart, dont nous avons parlé, servait, au siècle passé, de
glacières et en porte encore aujourd'hui le nom , bien que depuis longtemps il ait
cessé d'être employé à cet usage. Arrêtons-nous un moment à la maison qui occupe
cet emplacement, et qui a, sans doute, une des plus belles expositions dans notre
'Le revêtement du mur d'enceinte de la ville en moellons, posé devant les anciens murs en pierres cuites , le
rehaussement des remparts , la construction de murs avec meurtrières , etc. , furent commencés à gauche de la
porte Nationale, en 1824 , et achevés près du quartier, à l'entrée de 1*111 , en 4846.
2 Ce bâtiment, qui s'appelle en allemand Mehlschleusen , était destiné à emmagasiner les farines servant de
provision à la garnison.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
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ville sous le rapport de la vue 1 . C'est là que fut inventé un instrument, qui , par son Les CacSères.
utilité pratique, a fait depuis le tour du inonde; c'est la balance à bascule. Cette
invention, que nous devons à Aloïse Quintenz, qui habitait cette maison et y avait son
atelier, nous prouve que le génie mécanique si riche en productions, s'il n'est pas
secondé par des capitaux suffisants pour son exploitation, ressemble à une terre inculte
que la main de l'homme seule peut faire fructifier, de même que l'argent sans emploi
ne reste qu'un métal inutile.
La nécessité du concours du génie et du capital pour faire fructifier cette invention , Aloïse Quintenz.
amena en notre ville un artiste de premier ordre, M. Schwilgué, auquel nous devons
la construction de la belle horloge astronomique de la cathédrale , ce chef d'œuvre de
l'art.
Quintenz, fils d'un horloger de Gengenbach , avait montré, dès son jeune âge, une
grande aptitude pour l'étude des sciences mathématiques. Son père voulant qu'il
entrât au couvent des bénédictins de sa ville natale, il y prit les ordres, et dans cet
asile il ne négligea rien pour cultiver les dispositions dont la nature l'avait si
heureusement doté ; ses progrès le firent distinguer par le prince prélat, qui lui confia
l'enseignement des mathématiques aux novices, et lui permit de s'occuper de
mécanique pratique. A la suppression des couvents dans le grand-duché de Bade,
en 1804, le jeune bénédictin, pourvu d'une pension qui assurait son existence, chercha
dans le monde une sphère plus vaste et plus active pour le développement et
l'application de ses connaissances et se rendit dans ce but à Strasbourg.
Entre autres travaux, auxquels il se livra en notre ville, il porta essentiellement
ses études vers l'invention de machines pour filer le chanvre et le lin, invention à
laquelle Napoléon avait attaché une prime de deux millions, sans cependant pouvoir
atteindre un résultat complet. Le nouveau système de balance que Quintenz inventa
ensuite , s'appliqua premièrement à des ponts à bascule, dont une première commande
de six pièces lui fut faite pour les principales routes du grand-duché de Bade, et qu'il
construisit dans la redoute, hors la porte Nationale , à la droite de la route de Barr,
connue sous le nom de Pâle (Pastel) , que le génie militaire avait mise à sa disposition.
11 étendit ensuite son système à des balances portatives, auxquelles il donna
premièrement la forme carrée , qu'il changea plus tard en trapèze, afin de les rendre
plus lé-ères Quand l'utilité de son invention et l'exactitude de son instrument furent
démontrées »t que beaucoup d'industriels de notre ville et du Haut-Rhin en eurent
hit l'application, Quintenz songea à en tirer profit, et le 6 février 1822, ,1 obtint
un brevet d'invention pour s'en garantir la propriété ; mais à peine fut-il en possession
de ce brevet qu'il mourut subitement , le 28 avril , à l'âge de quarante-huit ans.
Quintenz n'avait pas de fortune privée; il avait donc été obhgé, pour fa.re face à ses
•Elle appartient aujourd'hui à M. Dauvet, aneien commandant de la citadelle.
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Aloïse Quintenz. nombreux essais et à sa fabrication , de faire un appel à des capitaux étrangers , que lui
procura un de ses intimes amis, lié avec lui depuis son arrivée à Strasbourg; c était
M. Rollé, directeur des affaires de la compagnie des salines de l'Est en notre ville.
Propriétaire du brevet d'invention , mais complètement étranger à l'art mécanique ,
M. Rollé se trouvait dans une position critique , et il lui fallait un homme de la trempe
de son premier associé pour faire fructifier la découverte ; il le trouva dans la personne
d'un modeste horloger de Schlestadt, et M. Schwilgué, en remplaçant le créateur de
cette invention , contribua d'abord par ses conseils et par l'organisation des ateliers a
la mettre en œuvre, jusqu'au moment où, s'associant à la fabrication, il créa le bel
établissement d'horlogerie que nous avons signalé vis-à-vis de l'ancien hôtel de Deux-
Ponts, dans la rue Brûlée.
Le Lnumelthurm. En nous rapprochant de la rue du Finckwiller, nous voyons encore à notre gauche un
échantillon de ces constructions chétives qui donnaient asile à une foule d'habitants
pauvres , favorisés par le gouvernement français après la reddition de la ville (Usburger,
Ausburger, manans) , et qui portaient ombrage au magistrat et à cette population de
vieille roche qui jouissait du droit de bourgeoisie avec tous les avantages qui y
étaient attachés, espèce de parias dans la société , vivant au jour le jour et cherchant à
s'abriter au milieu d'une grande population, pour y trouver quelques fragments
d'existence. Beaucoup de ces maisonnettes furent démolies il y a seulement quelques
années, pour faire place à la construction des magasins de fourrage que le génie
militaire y éleva. Les maisons à droite, de construction moderne , sont assises sur
l'ancien fossé des fortifications 1 , et derrière se trouvait, contiguë au Herrenstall , une
antique tour, sur la même ligne , faisant pendant à celle qui sert de prison militaire.
Cette tour s'appelait le Dâurnelthurm (Tour des Pouceltes ou des Martyrs), où l'on
appliquait la torture aux criminels. Elle fut démolie à la fin du siècle passé, de même
qu'il y a une vingtaine d'années, on a démoli le Herrenstall et quelques maisons
adjacentes pour faire place aux grandes constructions que la régie des tabacs y a
élevées pour établir ses magasins.
Le Herrenstall. A propos du Herrenstall, dont nous venons de parler, donnons quelques notions
sur ces anciens bâtiments qui ont disparu; ils formaient un triangle irrégulier de
maisons avec une vaste cour au milieu. Le mot composé de Herren-Slall , que nous
traduirions en écurie des seigneurs, avait cependant dans son origine une tout autre
signification. Le mot Stall, Slallum, Slallus, Eslallagium , désignait une place, un siège,
conféré par un droit quelconque, tel que la stalle dans le chœur d'une église, l'étal
ou les étaux (estaux) dans une boucherie, sur un champ de foire; il désignait le siège
i Celle portant le n° Il , appartenant à M. Blanck , architecte, est habitée par notre artiste-peintre Klein,
des produits duquel nous aurons occasion de parler dans le cours de notre ouvrage.
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d'un noble châtelain, d'une recette (Burgstall, Zollstall), et c'est cette dernière LeHerrenstaii.
destination qui lui a fait donner le nom de Herrenstall ou siège de la recette, où la
noblesse en notre ville payait ses contributions. Kônigsboven, dans sa Chronique, nous
le désigne aussi sous le nom : Der Steltehof bei der gedeketen Bruken. De même que le
Pfenniglhurm, où la bourgeoisie non noble s'acquittait d'une partie de ses contributions,
était sous la surveillance de trois membres du sénat, les Dreyer, chargés de la
réception hebdomadaire des fonds perçus par les administrations fiscales, le
Herrenstall se trouvait sous la surveillance de trois membres de la noblesse que l'on
désignait sous le nom de adelige Dreyer.
Ces bâtiments servirent aussi deux fois de refuge aux malades , comme nous l'avons
indiqué sous l'article Hôpital , et en 1334, quand la ville fit confectionner des voitures
pour le transport des hommes d'armes à pied dans les expéditions lointaines , elles y
furent remisées, ainsi que le furent, au dix-septième et au dix-huitième siècle, les
voitures de gala du Magistrat , que la populace mit en pièces lors du pillage de la
Pfalzen 1789.
En 1399, quand Strasbourg se trouva en guerre avec son évêque et avec la haute
noblesse, une ordonnance du Magistrat enjoignit à tout citoyen faisant partie des
corporations de métiers, de tenir un cheval de monture à son usage. La ville avait alors
un millier de cavaliers, qui faisaient des excursions sur les terres de l'évêque en deçà
et au delà du Rhin , où ils portaient les ravages de la guerre. Cette ordonnance nomma
trois chefs écuyers, chargés de soigner les chevaux malades ou blessés, aux frais de la
ville. Plus tard , celle-ci y tint ses écuries , à la tête desquelles se trouvait X Oberstallherr
ou Marstallherr, qui était aussi le capitaine des hommes d'armes à la solde de la
" Différents règlements régissaient ces écuries plus ou moins peuplées de chevaux ,
suivant les besoins, soit que les habitants restassent sur la défensive derrière les murs
„ • ., ,., . , „„„„ n „ riplinrs En 1617, le nombre en fut réduit
d enceinte, soit quils portassent la guerre au denois. jmi '»".
de vingt-deux à seize , outre les quatre chevaux de carrosse , et par ce même règlement
le Magistrat se ménagea le droit de disposer de ces chevaux pour- une promenade de
quelques heures, sans demander, v était-il dit, la permission de l'écuyer. Neanmo.ns,
dans toutes les circonstances, l'ancien sénat disposa des chevaux des part.cuhers qui
en tenaient, soit pour leur industrie, soit pour leur plaisir, et les propriétaires , tant
ii , • r . t - î , „ nml! Ap cavalerie jusqu'en 1681 , où la
nobles que roturiers, firent partie du corps ae cavai^ j h
i ,■ e . i- - n e i ^„ («i anand Louis XV vint à Strasbourg; ,
population fut désarmée. Ce ne fut quen 174+ , quauu ^^ g«
i ■ r ► e ' » „A™ant pi à grands frais ; c'était une carde
qu une cavalerie lut formée momentanément ei a &'•»'«» » s
d'honneur, composée de cinq corps différents, savoir: de 86 négociants, de 53 bouchers,
de 49 aubergistes, de 70 brasseurs et de 32 jeunes gens portant le costume
Corps
de Cavalerie
des hussards. L'uniforme variait selon les corps ;
les officiers étaient vêtus de velours ,
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FAUBOURGS.
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Corps
de Cavalerie.
98 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
galonné d'or et d'argent, et le luxe que déploya à cette occasion la bourgeoisie laissa
de tristes lacunes dans bien des bourses 1 .
Quand, au commencement de la révolution, la garde nationale se forma et couvrit le
sol de la France de légions de citoyens armés, Strasbourg ne resta pas en arrière;
l'ancien esprit républicain se réveilla, et ses habitants, au chant de la Marseillaise, se
mêlèrent aux troupes de ligne pour la défense de nos frontières sur le Rhin. Un corps
de cavalerie faisait partie de la milice citoyenne strasbourgeoise qui, toujours active au
temps du danger où chacun payait de sa personne, rendit de grands services, soit au
dedans, soit au dehors de la place; mais le danger passé, l'usage de se faire remplacer
pour les gardes et les services effectifs y introduisit un élément de dissolution.
Lorsque l'impératrice Joséphine arriva en notre cité et y passa quelques mois, en
1805 et 1800, pendant les campagnes d'Allemagne, il s'y forma une garde d'honneur
à pied et à cheval pour le service de sa personne. Ce corps se composait de citoyens
notables et aisés et se distingua par sa belle et noble tenue.
Après la malheureuse bataille de Leipzig, les armées coalisées s'étant rapprochées du
Rhin pendant l'hiver de 1813-1814, la garde nationale de notre cité montra de
nouveau , dans sa tenue et dans son instruction, cet esprit martial qui fut de tout temps
l'apanage des enfants de Strasbourg. Pendant le blocus de 1814 , elle fit conjointement
avec la faible garnison, minée par le typhus, le service de la place et du fort de Kehl;
mais, à cette époque, il n'y eut pas de corps de cavalerie, parce que la mise en
réquisition de tous les chevaux, depuis les chevaux deluxe jusqu'à ceuxdelagendarmerie ,
avait à peu près dépeuplé toutes les écuries de la ville.
Toute la cavalerie, appelée à faire le service dans les reconnaissances et les sorties,
formait à peine deux escadrons, composés de débris du 8» hussards, de quelques
chasseurs du 7 e , de gardes d'honneur et de carabiniers Marie-Louise, nobles et
malheureux débris de cette belle armée, montés sur des chevaux amaigris et écloppés.
L'année suivante/quand Napoléon revint de l'île d'Elbe et pendant les cent-jours, il se
forma de nouveau un corps de cavalerie de la garde nationale qui fit le service avec
celle de la ligne pendant le blocus de la ville , mais qui fut licencié, avec toute la milice
citoyenne, en 1817. Quand arriva la commotion politique de 1830, la garde nationale
reparut de nouveau dans nos murs, forte de six mille hommes bien équipés et bien
exercés, avec un beau corps de cavalerie ; mais la méfiance du gouvernement ne larda
pas à la dissoudre quatre années après.
A la suite de la révolution de février 1848, la garde nationale se reforma comme
par enchantement. Le dimanche 27 février, une grande partie de cette garde civique
se trouva sous les armes, fière d'avoir reconquis ses droits. Elle fut de nouveau dissoute
par décret du 8 mars 1851.
1 Voyez aussi place Gulenberg.
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Garde civique à chevaj de Slrasbour!
Strasbourg j/Iusfrs, Faubourgs, Ag'e SS.
Besamè et lith.par Alfred Touchemolin
Litk E . Simon à SiTf.sbourë
1744.
CoTps des Négociants et des Bouchers . Corps des Brasseurs . Corps les Hussards . Corps des Aubergistes .
1790.
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T^K"
PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 99
Nous avons recueilli en quelques planches les divers uniformes que portaient nos
cavaliers, pensant qu'ils rappelleraient en partie de chers souvenirs à ceux de nos
concitoyens qui les ont portés à diverses époques de ce demi-siècle, le plus riche,
peut-être, en grands faits que l'histoire ait jamais présenté.
Après cette légère digression et avant de quitter le Finckwiller, faisons observer
encore qu'au commencement du siècle passé ce quartier anguleux ne renfermait pas
autant de maisons que de nos jours. Kùnast, dans ses notes manuscrites, nous y cite
comme curiosités à voir en notre ville, sept grands et beaux jardins, sous les noms de
Jardins Lemp, Flach, du sénateur Kaufmann, du pharmacien Spielmann, de Lobslein,
Sébilz et Reichshoffer. Arrêtons- nous encore un moment à côté du chantier Stuber,
devant celte modeste maison où nous lisons: Jacob, peintre; elle était habitée dans
le siècle passé par notre digne Jean-André Silbermann , célèbre facteur d'orgues, auteur
de l'Histoire locale de Strasbourg, de la Description de la montagne Sainte-Odile, et auquel
nous devons notre gratitude pour le riche trésor de dessins, de monnaies et de notes
historiques , archéologiques et descriptives , qu'il a laissé à notre ville. Ce n'est pas
seulement comme savant et artiste que Silbermann mérite tout notre respect, mais
encore comme homme privé; l'archiviste Gambs nous dit dans ses Memorabilia
Argenlinensia 1754-1763, qu'il était d'une honnêteté et d'une probité exemplaires,
d'une grande aménité sociale et qu'il s'était attiré l'affection et l'estime de toutes les
personnes de sa connaissance.
Les trois îles qui présentent leur front à l'entrée de l'III, portent encore aujourd'hui,
à leur pointe, le cachet de l'architecture militaire des temps passés. Pour défendre et
dominer la rivière, on construisit, vers la fin du douzième siècle, des tours à plaies-
formes crénelées, avec des escaliers extérieurs, pareilles au modèle que nous en a laissé
l'ancienne porte de l'hôpital. Celles que nous avons sous les yeux datent de la seconde
moitié du quinzième; ces tours, d'une solide construction, ont servi de prisons jusqu'au
moment où fut bâtie la maison d'arrêt derrière le Palais-de-Justice; aujourd'hui elles
ne sont plus d'aucune utilité, et il serait à désirer qu'on réalisât un jour le projet de
M. Sers, ancien préfet, qui voulait en faire des tours d'eau avec de vastes réservoirs, que
des pompes hydrauliques, établies à leur pied, rempliraient facilement. Ces eaux,
découlant de cette hauteur et conduites dans tous les quartiers de la ville, contribueraient
beaucoup à son assainissement, à sa propreté, et pourraient encore alimenter des
fontaines, dont on ornerait quelques places publiques; de cette manière on conserverait,
en les utilisant, ces monuments des anciennes fortifications.
En 1332, lorsque les corporations des métiers arrachèrent le pouvoir à la noblesse,
événement dont nous avons parlé plus amplement à l'article de la rue Brûlée, les pointes
en avant des tours furent garnies de murs crénelés, qu'on remplaça, au seizième
siècle, par des constructions à meurtrières. Les premiers ponts qui relièrent ces îles
Jardins.
Ponts-Couverls.
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100 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Poms-Couverts. datent de la même époque et étaient construits en bois; dans les années 1438 et
suivantes ils furent reconstruits en pierre et munis à l'extérieur de parapets crénelés ;
en 1567, on rebcàtit en bois les ponts couverts et on les garnit de herses. W. Hollar
nous a laissé en quatre belles planches gravées d'après les dessins d'L van de Velden,
des vues de notre ville, représentant les quatre saisons; pour l'automne il choisit la
douane où débarquaient les bateliers du Haut-Rhin pour y vendre leurs vins;
une partie de traîneaux, faisant le tour de la place des Cordeliers (place Kléber),
nous donne les plaisirs de l'hiver ; le tir public avec son tilleul séculaire et la foule de
ses promeneurs représente le printemps, et pour l'été il avait fait choix des Ponts-
Couverts avec le Wœrthel (îlot) et la rivière vivifiée de barques et de baigneurs.
Avant la construction de l'écluse, la rivière était extérieurement barrée déchaînes,
en temps de guerre.
Faubourg National. Le faubourg National , dans lequel nous allons entrer, était anciennement désigné
par le nom: lu den untern Wagnern (aux charrons inférieurs); il fut appelé plus tard
faubourg Blanc, du nom de la porte Blanche (Weisen-Thurm), construite au seizième
siècle et qui existe encore aujourd'hui. De même que les faubourgs de Saverne et de
Pierre , il ne fut compris dans l'enceinte murale de la ville que pendant la seconde
moitié du quatorzième siècle (1374-1390), lors de l'invasion de notre pays par les
Anglais. Avant cette époque, la ville était fermée par un haut mur crénelé, dont nous
voyons encore une partie complète derrière la maison curiale de Saint-Pierre-le-Vieux,
et qui était flanqué de dix-huit tours depuis 1*111 jusqu'à Saint-Élienne ; le double fossé
avec le Faux-Rempart formait la première ligne de défense et trois hautes tours, garnies
de herses et de pont-levis, servaient de portes de ce côté. Elles s'appelaient Porte du
Péage {Zolllhor) près Saint-Pierre-le-Vieux, Porte de Spire près du faubourg de Saverne,
et Porte du Fort {Burglhor) près du faubourg de Pierre.
Du temps qu'existaient encore ces Faux-Remparts, dont nous avons parlé à l'article
Sainte-Claire-en-llle, on y arrivait par un pont près de la tour, sur la pointe du dernier
îlot; en face, un petit pont couvert donnait entrée à la commanderie de Saint-Jean, et
un troisième, se détachant à la pointe du Faux-Rempart, servait de communication
avec le faubourg, au bas du rempart 1 .
Sainte-Trinité. Jetons un coup d'oeil rétrospectif sur le terrain qu'occupent aujourd'hui les maisons
de correction et de refuge. La légende nous rapporte que dans les temps où la force et
la puissance des municipes ne s'étaient pas encore développées, où des rivalités
sanglantes divisaient le pouvoir ecclésiastique et la noblesse qui dominait dans ses
châteaux forts, un comte Werner de Hunebourg, maréchal ou avoyer de l'évêque, y
fonda une église avec couvent, sous l'invocation de la Sainte-Trimte.
'Voyez la planche.
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Panorama de Strasbourg . Faubourgs, Page 100.
Anciennes Tours de Fortification et Ponts- couverts.
Partie de l'ancien mur l'encein-
te vis à vis de l'Église de Si Pierre le vieux
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
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Ce Werner, homme rude et altier, avait lait beaucoup de mal à notre cité par ses
entreprises hostiles; poussé par le repentir, il voulut expier par cette œuvre de piété
les iniquités qu'il avait commises. Il mourut en 1166 et s'y fit enterrer; sa pierre
tumulaire nous donne l'année 1150 comme celle de la fondation de cette œuvre.
DA MAN ZjEHLT VON GEBURT CIIRISTI MCLXVI STARB UND
WAR BEGRABEN DER EDEL UND WOHL GEBOHREN HERR
MARSCHALK WERNER VON HUNEBURG DER DIESE
KIRCH MIT IHREM CHOR ZU ALLERERST HAT GETHAN
BAUEN UND WIHEN IN DER EHR DER HEIL1GEN DRIE-
FALTIGKEIT ZU DER ZIT ALS MAN Z^HLT MCL.
BITTEN GOTT FUR IHN.
Sainte-Trinité.
Les dynasles de Hunebourg nous fournirent, vingt-quatre années après, un des
membres de leur famille dans la série de nos évêques, sous le nom de Conrad ; ce prélat
fut entraîné par l'esprit chevaleresque et en même temps si religieux qui caractérise
l'époque où les Hohenstauffen ont occupé le trône impérial. Dans les conflits qui
s'élevèrent après la mort du fils de Frédéric Barberousse, entre Olhon de Saxe et
Philippe de Souabe, qui se disputaient la couronne impériale, Conrad de Hunebourg
épousa la cause du premier; Philippe, pour s'en venger, entra en Alsace, assiégea
Strasbourg et ravagea les terres de l'évêque, qui fut forcé de se soumettre jusqu'à ce
que la main régicide d'Othon de Wittelsbach eût mis fin aux jours de cet empereur.
C'est à ce même Conrad que nous devons l'établissement des fortifications, dont
nous avons parlé ci-dessus, et, en comméralion de son constructeur, la porte de Spire
fut ornée du buste du prélat avec l'inscription suivante:
CONRADUS DE HUNEBURG FIDELIS ARGENTINENSIS EPISCOPUS.
Au couvent fondé par le comte Werner et dans lequel résidaient quelques chanoines
réguliers du couvent de Saint-Arbogast, fut adjoint, en 1280, par un écuyer Cuntz von
der Mâgde, un hôpital pour douze vieilles femmes pauvres, qui devaient y servir Dieu
jour et nuit; c'est également dans cette retraite que fut rédigé, en 1322, le premier
code qui régit notre ville libre impériale 1 .
Dans ce même siècle, l'ordre des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem , arrivé à Commande™
l'apogée de sa puissance par la conquête de Rhodes et par sa courageuse défense contre de Sai «t-^«-
les attaques réitérées des armées du Croissant, jouissait d'une grande considération et
1 Voyez place Gutenberg.
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102 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Conimanderie avait des propriétés étendues sur divers points de la vallée du Rhin, dont une grande
de Smnt-Jean. p art j e ]ui était parvenue par }a sup p ress ion de l'ordre des Templiers. En Alsace il
avait déjà établi des comuianderies près de Doiiisheim, à Schlestadt, à Cohnar, à Soultz ,
à Issenheim , sans posséder toutefois de siège dans sa capitale, quand Rulmann
Merswein, d'une famille noble de Strasbourg, guidé par des sentiments de piété, acheta
en 1371 le terrain dans l'île Verte i ainsi que la maison fondée par Wérner de Hunebourg ,
qui était presque tombée en ruines. Il fit bâtir l'église, la dédia à saint Jean, y ajouta
des bâtiments, des jardins, et les donna à l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, à
condition que les frères chapelains de cet ordre y feraient à perpétuité l'office divin.
Cette donation fut acceptée par Conrad de Brunsberg, grand-prieur d'Allemagne, et
confirmée par le grand-maître Raymond Bérenger dans son chapitre général. Le grand-
prieur y choisit sa résidence ordinaire, en devint le principal bienfaiteur par ses
libéralités et donna l'habit de l'ordre et la croix à Rulmann et à ses compagnons, qui
furent reçus au nombre des religieux; Rulmann y vécut jusqu'à sa mort, en 1382, et y
fut enterré; il laissa beaucoup de livres religieux et mystiques écrits de sa main;
une partie s'en trouve encore à la bibliothèque de la ville, qui du temps de la
révolution recueillit celle de cette commanderie.
Raymond du Puy, premier grand-maître, avait séparé en trois classes YOrdre des
chevaliers hospitaliers près du tombeau du Christ en terre sainte (nom qu'il portait avant
la conquête de l'île de Rhodes), la première, celle des nobles, destinée à la profession
des armes; la seconde , celle des prêtres ou chapelains, consacrée au service divin dans
les églises conventuelles, et la troisième, les frères servants d'armes, employée à faire
la guerre. C'est surtout la seconde classe qui avait sa résidence en notre ville ; la vie
réglée qu'ils menaient, et une observation sévère de leurs statuts, leur firent obtenir
des privilèges dont ne jouissaient pas les autres maisons. Le rang de commandeur de
l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem était donné soit de justice (par ancienneté), soit de
grâce, c'est-à-dire par le grand-maître ou par les grands-prieurs d'une langue , en vertu
du droit attaché à leur dignité ; néanmoins celui de l'Ile- Verte à Strasbourg était élu
par les chapelains et avait le- droit de porter la mitre, la crosse et les autres
ornements pontificaux.
En 1434, une autre preuve de haute confiance échut à cette commanderie. D'autres
maisons de l'ordre voulaient démembrer quelques-unes des propriétés de la commanderie
de notre ville, mais le grand-maître Antoine Fluvian chargea le grand-prieur de
France, Hugues de Lart, avec quelques chevaliers, de faire la visite de l'ordre
d'Allemagne; celui-ci convoqua le chapitre de celte langue à l'Ile- Verte et ordonna
que cette commanderie, qui était du nombre des maisons exemptées, restât en son
1 0n appela cet établissement Sainl-Jean-en-1'Ile- Verte du nom de ce terrain et pour le distinguer d'un autre couvent
de Saint-Jean qui existait alors sur remplacement de la citadelle.
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.Strasbourg iJJuslré Faubourgs, Page 10.3.
l'L AN ET RELIEF
du Couvent des Chevaliers de S! Jean de Jérusalem à .Strasbourg, en 1630.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 103
entier, de peur, dit-il dans son décret, que cet unique signe de l'observance de la Gommanéeriè
religion de Saint-Jean-de- Jérusalem en fût obscurci. En examinant le plan de cette de Saint " Jean -
maison telle qu'elle était en 1630, avec son église, son hôpital , ses logements, écuries,
jardins et dépendances, on peut se faire une idée du caractère grandiose de cet
établissement mi-religieux et mi-militaire : aussi fut-il alors souvent choisi comme
séjour par les hautes sommités de l'époque.
Le pape Jean XXIII y séjourna en 1415, sous une garde de cinquante hommes,
alors qu'après avoir révoqué son abdication au concile de Constance, il fut détrôné
de fait et remis comme prisonnier entre les mains de Louis de Bavière, comte
palatin, qui le retint ensuite, jusqu'en 1419, à son château de Heidelberg et de
Mannheim. Dans le courant de ce même siècle, levêque de Païenne, député au concile
de Bâle; le cardinal d'Arles, président de ce même concile, en 1497; le cardinal
Raymond, légat du pape Alexandre Borgia, qui arriva en notre ville où il débita force
indulgences, y trouvèrent un accueil hospitalier 1 ; mais l'hôte le plus illustre de cette
commanderie fut l'empereur Maximilien I er , qui y résida, à diverses reprises, depuis
1 492 jusqu'en 1 507 2 .
Parmi les nombreux seigneurs et prélats qui accompagnèrent ce monarqne pour
assister au sacre de l'évèque Guillaume de Hohenstein , se trouvèrent un comte de
Zollern, un comte de Wurtemberg et le prévôt de la cathédrale d'Augsbourg, qui y
logèrent également avec leurs nombreuses suites.
Les chapelains de Saint-Jean s'évertuèrent de se rendre agréables à l'empereur ;
caves et cuisines furent mises à sa disposition, et la situation pittoresque de leur maison,
sur le bord de la rivière, contribua beaucoup à lui faire aimer ce séjour 3 . Derrière la
commanderie, une tour de fortification, appelée la Tour-du- Diable, fut transformée en
maison de plaisance, d'où l'empereur aimait à jouir de la vue du riant paysage
entrecoupé des bras de Mil et de la Bruche et fermé par les lignes onduleuses des
Vosges et de la Forêt-Noire. Si la grande salle de la commanderie qu'ornait une vue
générale de Jérusalem, peinte à fresque, retentissait de joyeux banquets et du bruit
n * ta tnnr retirée fut témoin des études de Maximilien; là, entouré de
des armures, cette toui îeuic „.,-,„ , ,
livres, il s'entretenait avec l'austère et savant Geiler de Kaysersberg sur les dogmes
ip HKii ant Érasme, alors conseiller de Charles-Quint à Bruxelles, y logea en passant par notre ville
En 151 4, le sav jm imeur Froben, à Bâle, où il se fixa plus tard. Il fut reçu avec distinction par les
pour se rendre c w s0 desqU els Wimpheling le harangua,
savants de Strasnouig, ^ ^ se trouva une vin giaine de fois en notre ville (voyez Plaine-des-Bouchers).
a Pendant son règne, J SlI ,, sl , our „. ie mercredi 21 février 1507, avec cinq cents chevaux , la ville lui fil
3 On on d IVniDCl'CUr 3 IN VU « oucisuuui^ ) *'-'
v , ,„„„«„„» de vin de cent rézeaux d'avoine, de quatre bœufs et de cent poissons; sa fille, qui
linmma«o de douze tonneaux ue vin. «^ ,.,-.• • a ' -
uuinuidge uv ^ ^ tonneaux de vin , cinquante rezeaux d'avoine et cinquante poissons. Outre quelques
arriva le len emain , - aue lques parties de chasse qu'il fit dans notre province , son séjour se prolongea
petits vovages a Haguenau , eic. , ci h h . *
jusqu'au 21 avril suivant. (Wencker, Chromque manuscnte.)
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Commanderie religieux, sur les inspirations de lame, sur l'ébranlement de l'Église déjà prévu aux
conciles de Constance et de Bàle et accéléré encore par certains de ses chefs, qui
menaient une vie peu conforme aux préceptes de leur divin maître. Les promenades
sur l'eau faisaient aussi partie des divertissements de l'empereur, qui, d'après le récit
que nous en laisse dans son journal Erhardt Kienig, commandeur de Saint-Jean-en-
l'Ile, allait souvent en bateau, accompagné d'une nombreuse suite, pour se rendre chez
sa fille, la duchesse douairière de Savoie, qui logeait à l'auberge de l'Esprit. Le même
Erhardt Kienig s'émerveille beaucoup du trésor impérial que lui montra Maximilien, et
cite entre autres un collier de perles et de pierreries de la valeur de 24,000 florins, une
croix qui en valait 60,000, et une perle d'une grosseur prodigieuse qui en avait coûté
100,000. Avant son départ, l'empereur leur fit don de riches étoffes de velours et de
brocart d'or et leur envoya de Constance son portrait avec une lettre autographe 1 . Comme
on le pense bien, le séjour prolongé de ce prince dut coûter bien cher à l'ordre, et on
attribue à Geiler cette réponse caustique faite aux chevaliers, qui se plaignaient de leur
pauvreté: « Quand on est pauvre, on ne possède pas de maisons royales, et quand on
en possède, il faut s'attendre à loger des rois 2 . »
Pendant les secousses religieuses et politiques de ce même siècle, les chevaliers de
Saint-Jean , auxquels le sénat défendit de faire publiquement l'office religieux, restèrent
néanmoins en possession de leur établissement; mais, lorsque la guerre de trente ans
vint porter ses ravages en Alsace, ils furent obligés de l'évacuer; on démolit leur
église ainsi qu'une partie des bâtiments , et la ville leur abandonna, comme séjour, la
prévôté de Saint-Pierre-le-Jeune. Le terrain fut alors occupé par les fortifications que
nous y voyons encore aujourd'hui.
Les chevaliers avaient perdu l'île de Rhodes , en échange de laquelle Charles-Quint
leur avait donné celle de Malte, rocher inculte, qu'ils transformèrent en une vaste
citadelle; le prestige qui, dans les temps passés, s'était attaché à leur renommée,
ne vivait plus que dans l'histoire, leur nombre même avait diminué; aussi les bâtiments
de la commanderie de Strasbourg qui étaient restés sur pied et dans lesquels ils
rentrèrent en 1649, furent-ils assez vastes pour les recevoir; faute de chapelle, on
leur alloua l'église de la Madeleine pour l'exercice de leurs devoirs religieux.
Quand Strasbourg devint ville française, les chevaliers de Malte revendiquèrent leurs
'Ce portrait, peint à l'huile par Jean Holbein , peut-être, existe encore à Strasbourg et fait partie de la collection
de M. Schœnlaub. La tète, représentée de profil, est ornée de la couronne impériale, un manteau cache une partie
de l'armure , de la main droite il tient le sceptre et la gauche repose sur le pommeau de son glaive. Une inscription
en caractères d'or fait mention du don de Maximilien et de la date de la réception.
-Sic beklagten sich deswegen Doctor Keisersberger und begehrten seinen Roth wie der Sach ahzuhclfen , mil
Ermelten sie als arme Brader wûrdens in die lange nicht erschwingen môgen , darauf cr sagt: Haltet ihr gebaul
wie arme Briider so hâttet ihr dièse Gaste nicht , weil ihr aber gcbaut wie Fùrsten , ists auch billig das ihr solehe
beherbergt. (Wencker, Chronik 1507.)
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droits, et on fut obligé de leur céder en compensation l'Auraônerie ou couvent de Commanderie
Saint-Marc, qu'ils rebâtirent et dans lequel ils demeurèrent jusqu'à la révolution 1 . de Saint - Jean -
En 1766, on bâtit sur le terrain de l'ancienne Commanderie la maison de détention
et de correction; en y entrant, on retrouve encore sur les murs du bâtiment de gauche
à l'angle donnant sur le canal, des fresques dans le style de la Renaissance; c'est
l'hôpital construit, en 1547, par le commandeur Grégoire Beyt, seul reste de cette
maison. Si un jour on vient à fouiller la terre dans l'église actuelle de Saint-Jean, en
dehors du chœur, à côté de l'autel de la Sainte-Vierge, on trouvera un cercueil en
étain, contenant les ossements du fondateur Rulmann Merswein, qui avaient reposé
en paix jusqu'en 1766, où, la construction des bâtiments actuels ayant été commencée,
ces restes furent exhumés et transportés par les chevaliers dans leur nouvelle demeure.
Tels sont, avec quelques vieux livres poudreux, les seuls vestiges que nous aient laissés
ces pieux chevaliers , dont les hauts faits sur terre et sur mer ont retenti jadis dans le
monde entier. L'ordre de Malte est disséminé de tous côtés; un conquérant catholique
s'est emparé de son île, un empereur schismatique, dans un accès de folie chevaleresque,
a voulu le reconstituer, et une reine protestante domine à Malte.
Dans le temps où nous vivons, il en coûterait peu aux puissances chrétiennes de
reconquérir la terre sainte et classique du Christ; on n'ose le vouloir. On donnerait
la Palestine avec les tombeaux d'Abraham, d'isaac et de Jacob au peuple de Dieu, qu'il
n'en voudrait pas davantage, et si aujourd'hui la ferveur religieuse ne s'exprime plus
en persécutions et en guerres sanglantes, les nations ne sont pas moins chrétiennes
qu'alors, mais moins barbares et plus civilisées.
En suivant l'étroite rue de Saint-Jean, qui débouchait dans le faubourg National 2 ,
on arrivait à l'ancien couvent des moines Augustins, situé en face de la Commanderie.
Il n'existe plus aujourd'hui la moindre trace de cette maison religieuse, et sur le terrain
qu'elle occupait jadis, s'élève l'auberge de la ville de Nancy avec ses dépendances
et quelques autres constructions. Ces moines s'y établirent en 1265 et y prospérèrent
par les offrandes que leur firent les fidèles; mais au siècle suivant ils subirent l'influence
des événements politiques qui agitaient l'Allemagne. Les foudres du Vatican, lancées
successivement par trois papes sur l'empereur Louis de Bavière , avaient retenti jusqu'en
notre ville. La noblesse s'était divisée en deux camps 3 , et la population, profitant de
ces querelles intestines et lasse de porter le joug qui depuis si longtemps pesait sur
elle, s'émancipa par une révolution qui lui mit en mains les rênes du gouvernement.
D'accord avec d'autres princes et d'autres villes hostiles à la maison d'Autriche, elle
Couvent
des Auguslins.
1 Voyez Saint-Marc.
2 La série de maisons depuis le pont jusqu'à la maison de détention fut achetée et abattue en 1847 pour y établir
un quai , le long du canal de navigation. La maison du coin près du pont était occupée par l'auberge du Tilleul.
3 Voyez place Gutenberg.
'AUBOUUUS.
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Couvent
des Auguslins.
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soutint avec énergie la cause de l'empereur excommunié, tandis que l'évêque et le
clergé défendaient la cause du chef de l'Église. On s'entre-heurlait, on bataillait, et
pendant ces dissensions continuelles, les temples étant fermés, la religion n'y trouvait
plus la consolation que l'Église lui refusait. Ce fait nous est rapporté très-naïvement
par un de nos historiens qui nous dit que, du temps de Louis de Bavière, les Auguslins
étant restés dix-sept ans sans chanter, la population les abandonna , en même temps
que leurs biens diminuèrent; mais qu'après qu'ils eurent recommencé leurs chants, les
fidèles revinrent et avec eux les offrandes qui continuèrent à les enrichir.
Une autre crise les attendait en 1524; Treger, leur provincial, s'était élevé comme
champion infatigable contre la nouvelle doctrine que prêchait son confrère, le professeur
de Wittemberg. Il fit imprimer à Strasbourg ses Paradoxes ou cent disser laitons
théologiques, les distribua dans un voyage qu'il fit à Fribourg, sa ville natale, et en
d'autres villes de la Suisse, et engagea les prédicateurs de la réforme à Strasbourg à
une controverse dans laquelle il voulait combattre leur nouveau dogme. Le gant fut
relevé par ces derniers, qui demandèrent au sénat l'autorisation d'entrer eu lutte avec
lui; chacun, à l'appui de ses opinions, interprétait à sa manière la Bible et les pères
de l'Église, et cherchait à convaincre son antagoniste. Comme juges dans cette lutte de
la pensée, de l'érudition et de la foi, le sénat nomma dans son sein une commission
de trois membres: Jean de Mitlelhausen , Martin Herlin et Jacques Lauffenberger; il
fixa en outre le jour et choisit pour le lieu de la discussion le couvent des Augustins
même. Mais Treger refusa de prendre part à celle polémique, alléguant pour raison la
défense qui lui en avait été faite par l'évêque. Peut-être agissait-il avec sagesse, car
des hommes de cette trempe auraient longtemps pu discuter sans tomber d'accord et
sans pouvoir se convaincre; l'expérience ne nous le prouve-t-elle pas lorsque nous
jetons les yeux sur les querelles scolastiques? Bucer, un des réformateurs, publia alors
une réponse aux Paradoxes de Treger; Capilo et Zell, ses collègues d'un côté, Murner,
le prieur des Cordeliers et celui des Dominicains de l'autre , s'en mêlèrent aussi , et
ces champions de la foi s'échauffèrent au point d'échanger les plus grossières insultes
au nom d'un Dieu d'amour et de paix; les écrits de Murner surtout sont remarquables
sous ce rapport. Les choses n'en restèrent pas là : le peuple , excité et provoqué en chaire
par le clergé, prit part à ces disputes; il lisait avec anxiété le grand nombre d'écrits
publiés alors, et, comme disait un chroniqueur contemporain : « L'Évangile commençait
«à lutiner dans les têtes de ces bons bourgeois quand ils étaient assis le soir dans leurs
«poêles, près de la bouteille.» Le beau sexe, ordinairement si doux et si passif, se
mêla très-activement à ces luttes, et la pétition suivante, adressée par des femmes aux
réformateurs , nous prouve à quel point l'exaltation religieuse s'était emparée de leur
esprit:
«Dignes docteurs et prédicateurs , nous femmes, nous vous prions en l'honneur de
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« la volonté divine de nous faire accorder par l'autorité la permission de chasser de
« l'église, quand ils disent la messe, ces blasphémateurs impies et hérétiques, les prêtres
« papistes. Nous ne demandons d'autres armes que nos quenouilles, il nous suffit de
« marcher sous l'égide du Dieu tout-puissant. Nos hommes ou maris n'en doivent subir
<• aucun reproche, et, si nous y parvenons, nous serons seules responsables. Que le Dieu
« tout-puissant éclaire les cœurs, afin qu'on nous le permette, nous ne voulons point
« de la participation des hommes , car de tous les quatre coins de la ville les femmes se
« réuniront. Amen.»
Comme on le pense bien, l'autorité se montra sourde à la voix de ces amazones à
quenouilles, qui furent rappelées à l'ordre. Pendant tous ces événements qui préparaient
le schisme de l'Église, le sénat eut à remplir une charge aussi pénible que délicate;
convaincu des abus qui s'étaient glissés dans le clergé, il avait à ménager à la fois
et sa position politique vis-à-vis de l'empire et de ses alliés, les cantons suisses, et sa
position religieuse vis-à-vis de son évèque, et en outre il devait chercher à calmer
1 exaltation des partis. Inaccessible à la passion et guidé par la saine raison , il resta à
la hauteur de sa mission conciliatrice; craignant toutefois que Treger, qui avait une
grande influence en Suisse, et qui voulait y retourner, ne pût nuire aux intérêts de la
ville, ,1 donna ordre de s'assurer de sa personne. La populace excitée s'était déjà
transportée en masse dans la rue Saint-Jean , avait envahi le couvent des Augustins et mis
la main sur le provmcial qu'elle amena prisonnier à l'Hôtel-de-Ville; de là elle s'était
rendue chez les Dominicains, dont elle se vengea en arrêtant plusieurs de ces religieux
et en vidant leurs caves; elle avait de même envahi la demeure de Murner.
Pendant ce temps, la bourgeoisie, rassemblée dans ses tribus, protestait contre cet
acte de rébellion et de vengeance personnelle , que le sénat réprima sévèrement- Treger
et Murner furent obligés de quitter la ville, après avoir juré de ne jamais rien
entreprendre d'hostile contre elle, soit par actes, soit par écrits. En même temps
une ordonnance de police obligea les ecclésiastiques , à l'exception des chapitres et du
grand-chœur de la cathédrale, à se faire inscrire sur la liste de la bourgeoisie et à se
soumettre comme tels aux lois qui la régissaient.
Dans cette même année, les théologiens réformateurs commencèrent à dire les
formules des sacrements et la messe en langue allemande jusqu'en 1530, où h
langue farine fut totalement abolie par décision du sénat qui avait consulté le collège
des trois cents échevins. Beaucoup de moines et de nonnes quittèrent leurs couvents
se marièrent et entrèrent dans la vie civile, d'autres furent pensionnés par la ville, qui '
par un motif d'intérêt général , s'empara des biens des institutions religieuses. Ce fut
le sort du couvent des Augustins, qui, en 1534, fut converti en gîte des pauvres
{Elenden Uerberg), établissement dont voici l'origine: Un grand nombre des pèlerins
qui visitaient les lieux saints de l'Alsace, arrivaient en notre ville dans un triste état
14.
Couvent
des Auguslins.
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Couvent
des Augustin».
Chapelle du
Saint-Sépulcre.
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de dénûment; le sort de ces malheureux toucha vivement Ettelin d'Utlenheim ,
vicaire de la cathédrale, qui, en 1360, consacra une partie de sa fortune, augmentée
par des quêtes, à la création d'une maison dans la rue Sainte- Elisabeth, destinée à
héberger les pèlerins indigents. Les ravages des guerres et des famines forçaient
souvent dans ces temps les gens de la campagne à chercher un abri sous les murs de
la ville, ou à faire appel à son hospitalité, de même que les persécutions religieuses,
qui suivirent la réforme, en engagèrent d'autres à se mettre sous sa protection.
Les besoins s'agrandirent, le cercle des secours et l'auberge des pauvres au profit des
étrangers indigents, devinrent des institutions municipales, pareilles à l'Aumônerie
établie dans l'ancien couvent de Saint-Marc au profit des habitants de notre ville qui
jouissaient des droits de bourgeoisie. Ces maisons ne suffisaient pas toujours à les abriter;
on était alors obligé, pour y subvenir, de construire des baraques en bois dans le Marais-
Vert. Speclin et Kunast nous citent, dans leurs siècles, une série d'années, comme
époques auxquelles la pitié de nos ancêtres se signala le plus par les secours qu'elle offrit
aux étrangers indigents. On logea et on nourrit temporairement chez nous 1800 pauvres
étrangers en 1529, 33,548 en 1530, 1500 en 1563, 19,453 en 1582, 41,058 en 1586
et 7906 en 1603.
En 1630, le gîte des pauvres fut de nouveau transféré de l'ancien couvent des
Augustins au Vieux-Marché-aux-Vins, et une partie des bâtiments fut employée comme
maison de correction, jusqu à la construction de celle dont nous' avons parlé dans
l'article précédent, qui reçut alors les condamnés. L'autre partie fut démolie, et les
dames de la congrégation du Saint-Sauveur y bâtirent un nouveau couvent et s'y
installèrent en 1729. Ces religieuses, qui s'occupaient essentiellement de l'éducation de
jeunes demoiselles, étaient venues de Longwy et s'étaient fixées en 1688 à Molsheim.
La volonté de Louis XIV les appela en notre ville , où elles restèrent jusqu'à la
révolution.
Outre leur église, les Augustins possédaient dans leur jardin, en face de la
Commanderie de Saint- Jean, une petite chapelle bâtie, en 1378, par un frère de leur
ordre, Jean de Schaftolsheim ; elle était de forme octogonale et ressemblait h la chapelle
du Saint-Sépulcre à Jérusalem. Grandidier, dans ses Essais sur la Cathédrale , nous dit
que les statues de grès formant le groupe des disciples du Christ sur la montagne des
Oliviers dans la crypte de cet édifice 1 , proviennent de la chapelle du Saint-Sépulcre des
Augustins , d'où on les enleva pour les poser dans ce souterrain , lorsqu'au seizième
siècle cette chapelle fut transformée en poudrière. Elles n'y ont cependant jamais
existé, car ces statues doivent leur création à Nicolas Rœder de Diersbourg, qui les
avait commandées à un artiste dont le nom nous est resté inconnu, et qui par son
1 Elles furent enlevées en 1846 , quand l'architecte de la cathédrale, G. Klolz , restaura la crypte et le chœur.
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tannrama
de Strasbourg, Faubcrurgs.PagelOîi.
Ancienne Chapelle du Saint - Sépulcre .
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 109
testament, daté de la veille de Saint-André 1498, voulut qu'elles fussent placées pies
de sa tombe, au cimetière derrière Saint-Thomas. La tribu du Miroir que Rœder
avait instituée légataire pour le cas où le chapitre de Saint-Thomas ne remplirait pas
les conditions à lui imposées, les y fit placer en 1530. Par une raison inconnue, elles
furent transférées rue Sainte -Elisabeth, dans une maison de Béguines, appelée
Schâfelsheimerhof , où elles restèrent jusqu'en 1667, époque à laquelle la cathédrale les
reçut; nous en parlerons plus amplement autre part.
Une autre chapelle vers l'ouest et à côté du couvent dont nous venons de parler,
avançait sur la principale rue du faubourg; elle faisait mentir le premier principe de
l'art de l'architecture, qui consiste à construire avant tout sur un fondement solide;
elle en manquait complètement, ce qui ne l'empêcha pas de rester sur pied pendant
un millier d'années. Silbermann, qui s'intéressait tant à tout ce qui entrait dans le
domaine de l'art et de l'histoire dans notre ville, la vit démolir en 1767; il fut tout
étonné de cette construction de murs massifs qui n'avaient d'autre base que l'éminence
de terre sur laquelle ils étaient assis et que l'on appelait le Michelsbûhl. Pendant
l'opération du creusement et de l'enlèvement de la terre pour le nivellement, un pan
de mur s'affaissa et faillit tuer quelques ouvriers.
L'origine de cette chapelle remonte à ces temps où le miraculeux se confond si
facilement avec la vérité. Nous allons laisser raconter cette légende à notre chroniqueur
Kônigshoven, sans nous occuper à relever tous les anachronismes que l'historien
pourrait critiquer:
«A l'époque où saint Amand , premier évèque de Strasbourg, exerçait une grande
influence sur le caractère du roi Dagobert, qui résidait souvent alors dans notre
province, saint Arbogast vivait comme anachorète dans son ermitage sur les bords de
1*111 près de la ville, où il n'était bruit que de ses vertus 1 .
«Sigebert, fils du roi, chassait un jour dans les épaisses forêts qui avoisinaient
Ebersheim; entraîné par son ardeur à la poursuite du gibier, il se détache de sa
suite , et son cheval , lancé au galop , s'arrête tout à coup devant un énorme sanglier. Le
coursier se cabre d'effroi , désarçonne le jeune prince avec tant de violence qu'il reste
étendu comme mort dans le fourré; on le trouve dans ce triste état, et on l'emporte en
sa demeure où il expire le lendemain. Les parents éplorés se souviennent alors du saint
homme qui demeurait sur les bords de 1111, non loin du royal Palladium; on le fait
venir, et Arbogast, se jetant à genoux devant l'enfant inanimé, lui rend la vie par ses
prières. Dagobert et son épouse voulurent exprimer leurs sentiments de gratitude par
une récompense royale; mais, sur le refus du saint homme, le roi l'appela à l'épiscopat
vacant et y ajouta le mundat de Rouffach, dans le Haut-Rhin, avec toutes ses terres et
Chapelle du
Saint-Sépulcre.
Chapelle
de Saint-Michel.
1 Voyez Montagne- Verte.
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Chapelle
de Saint-Michel.
110 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
dépendances. Sur la place où le malheur avait frappé son fds, il fit élever, en l'honneur
de Dieu, une abbaye qu'il dota de riches biens. En souvenir de ce fait, on la nomme
encore aujourd'hui Ebersmiinster (monastère du sanglier), et elle porte un sanglier dans
ses armes. »
Pendant le peu d'années qu'Arbogast resta à l'évêché, il remplit son ministère avec
beaucoup de zèle; âgé et maladif, il voyait approcher sa fin, lorsqu'un jour se présenta
chez lui une pauvre veuve pour implorer ses prières en faveur du salut de son fils
exécuté innocemment et enterré sous la potence élevée sur la colline du Michelsbûbl,
que l'on appelait alors le HenckersbuhV . Saint Arbogast, pour la consoler, demanda à
être enterré à côté de lui, puisque Jésus-Christ lui-même était mort sur le champ des
supplices, hors de Jérusalem. Sa volonté fut faite, et par vénération pour ses restes
on érigea, en 668, sur sa tombe cette chapelle en l'honneur de saint Michel et on
transféra la potence au Marais- Vert.
Dans la fondation pieuse du couvent de Sainte-Barbe , en partie construit et
approprié depuis une vingtaine d'années sur l'emplacement qu'occupait le Michelsbùhl,
des pensionnaires des deux sexes y sont traités avec beaucoup de soins et d'égards; une
ruelle étroite le sépare de l'ancien couvent de Sainte-Marguerite.
Sainte- Marguerite. Cette église et ces cellules, où retentissaient jadis le plain-chant et les prières des
dames nobles de l'ordre de Saint Dominique, reçurent, du temps de la république et
de l'empire, des soldats malades et blessés; en 1840 elles furent transformées en caserne
et occupées par le 7 e bataillon de chasseurs de Vincennes. Comme nous l'avons déjà
dit à l'article de la rue Sainte-Elisabeth, les nonnes de cet ordre eurent leur premier
couvent à Eckbolsheim, sur un emplacement qui appartenait auparavant au chapitre de
Saint-Thomas ; mais elles entrèrent en ville , après avoir acheté du prélat d'Altorf le terrain
sur lequel elles firent construire leur maison et une église, qui furent achevées en 1322.
Dans la série des religieuses qui ont habité ce couvent, nous trouvons les noms de
beaucoup de familles nobles d'Alsace, tels que les Bock, les Neueneck, les Schauenbourg ,
les Surger de Molsheim, les Wurmser, les Zorn, les Weitersheim, etc. Cette maison
obtint les propriétés et immunités des couvents de Sainte-Agnès et de Sainte-Elisabeth ,
démolis en 1475, et reçut dans son sein les nonnes qui les avaient habités, de même
que celles du couvent de Saint-Nicolas, dans la Krutenau, supprimé en 1592. L'histoire
ne nous a rien légué de marquant sur la vie calme et claustrale de ses habitants; elles
restèrent en majeure partie attachées à leur foi religieuse et prolestèrent contre toutes
les innovations que le sénat et les prédicateurs voulurent introduire chez elles.
Nous avons également peu à dire sur les chevaliers teutoniques, dontla maison s'élevait
à l'endroit où se trouve de nos jours la place au bas des Remparts, en dehors de la
Chevaliers
teuloniques.
1 Cette seconde partie de la légende nous est rapportée par Speclin , dans ses Collectanea manuscrites.
PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
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fabrique de cire de M. Zabern; les nobles de Blumenau y avaient un castel qu'ils cédèrent
aux chevaliers en 1206. Quelques auteurs prétendent que c'est à cet endroit que
s'élevait le Palladium des rois francs; d'autres le placent plus loin, sur la hauteur à
gauche de la route de Paris , où se trouve maintenant l'auberge à l'enseigne du Kônigshof
ou Kônigshoffen, village qui occupait ce terrain et qui s'étendait vers ce faubourg. Le
jour de Saint-Jacques 1373, un incendie ravagea le côté méridional de ce faubourg,
composé, à l'exception des maisons religieuses, de misérables baraques en bois, en
terre glaise, couvertes de chaume et habitées alors par des cultivateurs 1 ; sept semaines
plus tard, l'autre côté devint également la proie des flammes, qui se communiquèrent
même au village de Kônigshoffen. Ce village était un fief impérial , engagé alors à la famille
noble des Kurnagel ; comme on avait l'intention d'enceindre ces faubourgs de murs ,
sa proximité était devenue très-gênante pour celte opération; le sénat profita de la
présence de l'empereur Charles IV pour lui rembourser les sommes avancées et racheter
ce fief aux Kurnagel. Les maisons qui étaient restées sur pied furent abattues, et le
terrain, déblayé, fut transformé en champs labourables.
Les chevaliers teutoniques, que nous venons de citer et dont l'ordre avait été institué
pour combattre le paganisme et était régi à peu près par les mêmes règles que celui des
chevaliers de Jérusalem, furent loin de jouir en notre ville de la même considération
que ces derniers. Les deux proverbes suivants, qui vivaient dans la bouche du peuple,
nous donnent une idée de leur moralité:
Chevaliers
teutoniques.
Kleid ans, Kleidan ) essen, Irinken, schlafen gan,
Ist die Arbeit so die deutschen Herren han.
{ occupation des chevaliers teutoniques consiste à faire la toilette, à manger, à boire et à dormir.)
'u wo deulsche Ilerrn sind, eine Metze vorn und eine Hinterthiir , der hat nur ein Jalir daran
zu essen.
(Celui qui, a proximité des chevaliers teutoniques, possède une belle femme, une maison avec étal de boucher sur
le devant et une porte de derrière , n'en aura que pour une année.)
Leur propriété, beaucoup moins vaste que celle de leurs confrères, subit en 1633
le sort de cette dernière par suite des mêmes circonstances.
Nous venons de jeter un aperçu rétrospectif sur le côté du faubourg où s'élevait dans $
les temps passés un couvent noble à côté d'un couvent de roturiers, qui tous deux ont de Sainte-Aurélie.
également disparu ; l'église de Sainte-Aurélie seule , comme église paroissiale , a survécu ;
mais celle que nous voyons devant nous, sauf toutefois le clocher, date de 1765
< Une preuve de la mauvaise construction de ces maisons et des éléments combustibles qui y étaient employés
se trouve dans le règlement de la tribu des jardiniers de U42 , où une amende de 30 schillings frappe celui qui i'
jour ou la nuit, circulait dans les rues de ce faubourg , de même que dans l'intérieur des maisons , avec des chandelles
allumées ou flambeaux et qui ne portait pas de lanterne.
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Église année dans laquelle elle fut consacrée le mardi 18 mai. Son origine remonte aussi à la
e- nuit des temps, et la légende nous raconte qu'en 666 sainte Aurélie, une des onze mille
vierges, venant de Bàle pour se rendre à Cologne, passa par notre ville et y mourut;
on éleva sur sa tombe une chapelle qui porta son nom ; d'autres font reposer ses restes
ailleurs. Nous laissons à ces vétérans de l'Église, ainsi qu'à ceux des armées, le soin
de rechercher leurs ossements épars, quand arrivera le grand jour de la résurrection,
les uns dans les lieux saints, les autres sur les champs de bataille. En 1219, cette
chapelle fut remplacée par une église , et l'évêque Henri de Veringen la concéda au
chapitre de Saint-Thomas, duquel elle dépend encore.
Dans les presbytères qui y sont attachés, logèrent Jean Pollion, prédicateur de la
cathédrale, et Bucer, les premiers pasteurs qui prêchèrent, en noire ville, la doctrine
de Luther; Sainte-Aurélie fut de même la première église protestanle reconnue par
le sénat 1 .
Les Jardiniers. De nos jours, ce faubourg présente un tout autre aspect; heaumes et cuirasses, froc
et tonsure, tout a disparu ; les misérables baraques sont remplacées par des maisons
plus solides, dont les habitants déploient une grande activité; aubergistes, commerçants,
brasseurs, toutes les industries s'y meuvent et vivifient cette rue que les diligences,
les rouliers et les voitures en tout genre sillonnent du matin jusqu'au soir; comme
noyau de tout ce mouvement, les jardiniers pur sang y vivent depuis des siècles sous
le patronage de la ville, à travers toutes les phases par lesquelles elle a passé comme
ville libre impériale allemande, ville française royale, ville républicaine, puis impériale,
royale, de nouveau républicaine et encore impériale; et leurs charrues n'ont pas
cessé de labourer nos champs et d'en retirer les riches produits.
On est obligé de chercher au delà du Rhin, chez nos voisins les Badois, les noms
nobles des Bock, dés Rceder, des Bergheim, des Berstredt, des d'Andlau , des Reinach ,
et on trouve encore dans nos faubourgs les noms des Rœubel , des Nessmann , des
Friedolsheim, des Heidel , des Ruhlmann , des Lix, des Ohl, dont les ancêtres
figuraient clans la tribu des jardiniers à l'époque où le peuple envahit le couvent des
Augustins et où Treger voulut faire la controverse avec Capilo. Prenez l'architecture
pour guide, parcourez la rue du Faubourg-National , demandez à chaque façade la
'Presque contemporains de ces temps, nous voyons s'élancer, à côté d'une des maisons curialcs, deux sapins ,
et l'on se demande comment ces hôtes des forêts se soûl perdus dans l'étroite enceinte d'un petit jardin ? La légende
nous dit qu'elles doivent leur séjour hospitalier à une main charitable qui les piaula ; elle raconte que , dans ce
siècle de troubles et de guerres , où le meurtre et l'incendie portèrent leur ravage dans nos campagnes , un pauvre
enfant , miné par la faim et par la misère, arracha de la forêt de jeunes plantes de sapins , en forma une botte et
vint les offrir aux citadins pour recueillir quelques oboles , quelques morceaux de pain ; les larmes aux yeux et la
misère creusée sur ses jeunes traits , il émut le cœur d'un des habitants de ce faubourg qui lui donna un pain en
échange de ces arbrisseaux elles planta dans ce jardin. La terre couvre depuis longtemps les restes du donateur et
du donataire , et ces arbres vigoureux pousseront encore longtemps et seront peut-être , pendant des siècles , un
exemple de charité chrétienne. Voyez Stœber , Elsiissisches Sagenbuch (Lamcy).
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date de sa construction, et vous vous arrêterez devant cette maison imposante qui élève Les Jardiniers.
fièrement son pignon sur rue, surmonté d'un grave guerrier s'appuyant sur sa hallebarde ,
et qui depuis trois siècles semble être le gardien vigilant de ce faubourg : c'est l'ancien
Poêle-des-Jardiniers [Zu den unler Wagnern, aux charrons inférieurs); il en existait
encore un au faubourg de Pierre et un autre dans la Krutenau, mais la tribu de ce
faubourg était la principale et la plus riche. Ce poêle était anciennement propriété de
la corporation , régie par son Zunftgericht (conseil de la tribu) , auquel étaient attachés
un secrétaire et le Ruger ou dénonciateur, et dont un membre faisait partie du sénat. A
elle aussi appartenaient le mobilier, le linge, les bouteilles, cannettes et verres, les
ustensiles de cuisine, jusqu'aux chandelles, au fromage et au beurre, et l'aubergiste
assermenté qui y était placé, en était responsable et comptable vis-à-vis d'elle; il était
tenu de fournir toujours le pain frais, et les vins servis sur la table des convives devaient
toujours être goûtés et agréés par les maîtres du conseil de la tribu. Les jours de semaine,
l'aubergiste jouissait du droit d'y héberger d'autres personnes, d'y tenir noces et festins;
mais les dimanches et jours de fête, la maison devait rester à la disposition des maîtres
jardiniers qui venaient s'y réunir. Là étaient transportées, pour la vérification, les
diverses graminées et autres semences , fruits de leur culture , avec lesquelles ils faisaient
un grand commerce, et dont ils alimentaient les diverses foires et marchés 1 . C'étaient le
fenouil, l'anis, la coriandre, le cumin, les pois, lentilles, maïs, pavots et surtout les
graines d'oignons, de choux, de raves et de navettes; ces dernières jouissaient d'une
grande réputation; avant leur expédition, un syndicat en reconnaissait la bonne
qualité , et c'était sous la surveillance d'un membre de la Chambre des XV que les
sacs étaient cachetés du sceau de la corporation, comme garantie pour l'acheteur 2 . Le
marché aux graines se trouvait alors devant la façade principale de la cathédrale et
était connu sous le nom de Seckelmarki; pour la vente des légumes trois places diverses
leur étaient assignées; la rue qui longe le château épiscopal vers la rivière, la place
Saint-Martin près de l'ancien Hôtel-de-Ville , et, dans la Grand'rue, l'emplacement
près du pont du Fossé-des-Tanneurs.
Alors comme aujourd'hui les légumes que plantaient nos jardiniers étaient recherchés
et s'expédiaient au loin; car à Colmar comme à Mulhouse, à Bade comme à Carlsruhe,
1 Ce sont ces vieilles relations commerciales qui sans doute ont fait contracter à nos jardiniers l'habitude de donner
à leurs produits agricoles le nom de marchandises (Waare). Aller aux champs, c'est ce qu'ils appellent in die Waare
fjehen (aller en marchandise).
2 Dans l'ancien règlement des jardiniers , la culture de la semence d'oignons était limitée ; celui qui possédait vingt-
cinq arpents et plus, pouvait en employer un demi-arpent à cette culture; celui qui n'en possédait que de dix à
vingt-quatre arpents, ne devait s'en réserver qu'un quart, et celui qui n'en avait que neuf et au-dessous, un huitième.
Quand plus tard le produit de cette culture cessa d'être en rapport avec la vente , et qu'on fut même obligé de jeter
de la graine à l'eau, un arrêté de 1683 réduisit de moitié l'emploi du terrain. En 1612, le rézal de ces graines
d'oignons valait 20 fr. à la foire de Francfort-sur-Mein.
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si l'on est assis à une table bien servie, les artichaux et les asperges, les choux-fleurs
et les haricots verts, les scorsonères et les primeurs quelconques qui y figurent sont
pour la plupart fournis par les jardiniers de Strasbourg. Alors comme aujourd'hui
aussi la culture des blés et, depuis le dix-septième siècle, celle du tabac entrèrent
pour une grande part dans l'exploitation des terres de nos jardiniers. Ce sont les
champs en dehors de ces trois faubourgs qui y servent essentiellement, les terres
étant très-lourdes et grasses, tandis que celles à l'est et au sud de la ville, hors les
portes de l'Hôpital, d'Austerlitz et des Juifs surtout, plus légères et chargées de parties
graveleuses, sont plus propres à la culture des légumineuses. Un point distinctif de leur
culture , c'est qu'ils retirent chaque année , par leur engrais et par la disposition de leurs
plantations, une triple récolte de la plupart de leurs champs; chacun tient un registre
à colonnes, dans lequel il inscrit, année par année, le genre de culture de ses terres,
la manière dont il dispose de chaque arpent et son rapport. La pomme de terre, cette
providence du citadin comme du campagnard , n'est cultivée chez nous que depuis la
première moitié du siècle passé; c'est au Ban-de-la-Roche que nous sommes redevables
de cet excellent tubercule. Le pasteur Walter l'y avait introduit en 1709, et son beau-
frère, le docteur en droit Fels, allant parfois le voir, et sachant en apprécier les bonnes
qualités nutritives, en apporta dans notre ville des échantillons qu'il servit chez lui,
ainsi que sur diverses tables des premières familles, dont les cuisiniers en savaient tirer
un excellent parti. C'était alors un mets inconnu et rare qui ne figurait qu'aux dîners
aristocratiques du maréchal Dubourg, de M. d'Angerville et d'autres seigneurs; ce n'est
que de 1726 à 1730 qu'on commença à le cultiver dans les environs de la ville, et qu'il
se vulgarisa par la suite.
Comme composition bizarre et originale, mais d'une belle exécution , il nous est
resté encore quatre tableaux qui ornaient anciennement le Poêle-des-Jardiniers, et qui
sont déposés aujourd'hui dans la salle capitulaire de l'église de Sainte-Aurélie : ce sont
quatre têtes représentant les quatre saisons, exclusivement composées de légumes et
de fruits cultivés chez nous; la pomme de terre seule y manque; et si , par la coupe de
la barbe, de la fraisette et du costume, nous ne placions pas cette peinture dans la
seconde moitié du seizième siècle, une pareille lacune nous prouverait déjà qu'ils ont
été peints avant que cette plante utile fût connue chez nous, car autrement l'artiste
n'aurait pas manqué de la grouper dans ce salmigondis fructigraphique et d'en profiter
pour en former des nez de toutes façons.
Après l'énumération de ces produits de l'agriculture et de l'horticulture, il est juste
que nous nous occupions aussi de cette caste d'hommes laborieux, de ces remueurs de
terre qui habitent le faubourg National En retraçant leurs mœurs actuelles, nous
dépeindrons celles des siècles passés, car si tout se meut, si tout change autour de
nous, si la société se transforme par les influences politiques, le jardinier reste toujours
ïfwS
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Panorama de Strasbourg, faubourgs. Page 114.
Copié otréluitparF Piton.
LitKTpar - J^-Bupck.
LES QUATRE SAISONS
d'après quatre tableaux qui se trouvaient dans l'ancien poêle des Jardiniers à Strasbourg
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Panorama de Strasbourg, ïaut>ourès,ïaêe1lË.
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J.itli p d'après un dessin l'ajrès nature de Mï Brion
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Ferme de Jardinier.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
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le même, ses occupations ne varient point; son âme, c'est le travail et l'argent qu'il Les Jardiniers
rapporte, son bonheur, la prospérité de ses champs. La mode capricieuse et volage
n'a aucune influence sur lui, il ne se laisse pas dominer par elle et s'en moque plutôt
par sa froide constance, car, après avoir décrit son cercle fantastique, elle revient
toujours à son point de départ. Voyez donc le frac à larges pans, à boutons passementés,
de même coupe que ceux portés sous Louis XVI, qui habille le dimanche nos jardiniers,
n'est-il pas de mise actuellement? Le tricorne de l'ancien régime, ainsi que le tricorne
impérial, depuis si longtemps remplacés par le chapeau rond, ornaient, il n'y a pas
longtemps, la tête du jardinier de Strasbourg quand il allait à l'église; le pantalon a eu
beau détrôner la culotte, notre jardinier est resté fidèle à celte dernière; les bottes à
la Suwarow, celles à revers jaunes , bien luisants , ont fait place à la bottine que les
armées alliées firent adopter chez nous, et pourtant le pied du jardinier est encore
chaussé de bottes collantes bien graissées ou de souliers à boucles d'argent.
Les compagnes des jardiniers, comme eux, restent fidèles aux traditions des temps
passés. Le chapeau en taffetas, en velours, en satin, n'a pas encore paré leur tête;
elles ne connaissent que le chapeau de paille rond , qui les garantit des rayons du
soleil ou des averses de la pluie; elles ne se coiffent que du bonnet ouaté, orné, le
dimanche et les jours de fête ou de deuil, de riches broderies d'or, d'argent ou de jais
noirs. Si elles font du luxe, c'est un luxe solide, en colliers de grenats, en or et en
diamants, en livres de cantiques à riches fermoirs, couverts de maroquin ou de velours,
enchâssés d'or et d'argent, qui passent en héritage de génération en génération. Ne
cherchez pas chez elles le corset qui marque la taille cambrée , ni le cachemire aux
mille couleurs , ni la fragile cotonnade , mais bien la serge solide , le mérinos et la soie ,
et soyez bien sûr que si, désirant faire des emplettes pour elle et sa famille, une
jardinière entre dans un magasin, elle marchandera jusqu'à l'extrémité, mais achètera
ce qu'il y aura de plus beau et de plus solide, et paiera toujours comptant. Comme
elles ne sont pas esclaves de la mode, leur robe de noces dure constamment jusqu'à la
fin de leurs jours; c'est leur robe de dimanche ou de fête, mais dont elles ne se parent
que pour aller au temple, et qu'elles se hâtent de remplacer par le costume domestique
dès leur rentrée de l'église.
Entrez dans l'intérieur de leurs fermes, et vous trouverez que le logement y prend la
moindre place; tout est occupé par les granges, les écuries, les chambres à conserver
et à sécher leurs graines, leurs oignons, par les hauts tas de fumier dont ils parfument
leurs cours. En automne, ces fermes sont ornées et parées avec une élégance parlante-
de bas en haut s'entrelacent, avec une grande richesse de couleurs, des guirlandes de
feuilles de tabac et de bottes de maïs, et leurs greniers regorgent de leurs provisions
de blés.
A quelques exceptions près dans la jeune génération de nos jardiniers, les logements
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Les Jardiniers.
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sont restés les mêmes qu'il y a un siècle ; ni le papier peint, ni le plâtre ou le vernis y
ont accès; de sombres boiseries, dans lesquelles les punaises et les souris ont établi
leur séjour, couvrent les parois des murs. Sauf de rares exceptions aussi, la forme
du mobilier n'a pas changé 1 ; la chaise en bois, à dossier sculpté, n'a pas été expulsée
par la chaise de jonc ou de paille; dans le grand fauteuil, couvert de basane ou de
veau, dans lequel s'asseyait l'arrière-grand-père , le petit-fds vient encore se reposer
de ses travaux du jour, méditant, comme son aïeul, le SchimmeP à ses côtés, sur les
éventualités de ses récoltes. Dans l'angle de sa chambre s'élève une pyramide étagée,
portant des brocs, des cannettes, des verres, des porcelaines de toutes formes, comme
on n'en rencontrerait plus dans nos magasins les mieux assortis. C'est aussi cette
même chambre qui lui sert de salle à manger, ainsi qu'à ses garçons et filles de labour;
à la droite du maître s'asseoit l'épouse , à sa gauche le premier valet de culture ; à chaque
repas ce dernier vide son verre de vin, en portant la double santé de ses maîtres, et
lorsqu'il ferme son couteau de poche, c'est, pour les autres domestiques, le signal de se
lever de table, que leur estomac soit contenté ou non. Gardez-vous bien de vous récrier
sur l'irréligion de ce siècle, le jardinier vous démentirait; il est bien religieux dans
la forme, car il ne manque aucun prêche, et sa femme, non contente du libre examen
en fait de religion que prêcha Luther, condamne le catholicisme et se nourrit de la
grâce et de la révélation qu'enseigne le piétisme. Avant de se mettre au frugal repas
qu'il fait servir, il ne manquera pas de donner lecture d'un verset de la Bible pour
l'édification de sa domesticité, et cette lecture est rarement interrompue par les cris
de ses enfants, par la raison bien simple qu'il n'en a jamais beaucoup: deux ou trois,
c'est le maximum de sa progéniture, et si vous voulez en connaître la cause, consultez
l'alcôve dans laquelle s'élève le haut et large lit nuptial, voilé de rideaux en serge.
L'archéologue et l'amateur de meubles antiques parcourent l'Europe entière , heureux
s'ils peu vent déterrer quelque vieille armoire seul ptée , quelque bahut à belles tabletteries ,
quelque dais de lit à colonnes torses, et en faire l'acquisition à prix d'or. Chez nos
jardiniers, il en trouverait encore abondamment, en beau bois de noyer sculpté et
incrusté , couverts de leurs chiffres et armoiries et bien garnis de ballots de beau
linge et de futaine , que les soins de ses ancêtres lui ont légués et dont il ne fait aucun
usage. Depuis longtemps les assignats, les louis simples, les doubles louis, les écus de
trois et de six livres n'ont plus cours chez nous; le jardinier n'a pas eu hâte de les
'Une exception d'autant plus honorable qu'il en est lui-même l'auteur, c'est le beau mobilier en bois de noyer et
de palissandre avec incrustations que possède M. Daniel Rseubel. Cet homme de goût et d'intelligence s'occupe , dans
ses moments de loisir, d'ébénisterie ; il fait lui-même les dessins de ses meubles, qui sont d'une exécution et
d'un goût parfaits et qui ne dépareraient pas l'appartement d'un grand seigneur.
s Ils appellent Schimmel une petite cruche blanche en faïence , avec laquelle ils vont à la cave pour chercher du
vin , qu'ils offrent aux personnes qui viennent leur faire visite.
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échanger; avec les uns il n'a pas osé allumer sa pipe et les autres reposent en paix Les Jardiniers.
dans ses sacs 1 .
L'antiquaire, le collecteur numismatique, y trouveraient des exemplaires depuis le
règne de Louis XIV et même d'une époque antérieure jusqu'à nos jours ; c'est que
l'économie et l'égoïsme vivent en lui à l'état de corrélation; il accumule toujours et
ne jouit d'aucune manière, car il y en a peu dans leur caste qui connaissent les
douces jouissances intellectuelles.
On pourrait leur faire la même question que Gellert, le moraliste, adresse dans
sa fable à l'avare :
« Le singe qui voyait toujours l'avare compter ses écus, se trouvant un jour seul, les
jeta par la fenêtre ; son maître survint plein de colère et menaça de mort son fidèle
compagnon. Gellert lui dit alors: Modérez votre courroux, l'argent ne sert à aucun de
vous deux: l'un l'enferme sous les verroux, et l'autre le jette par la croisée; lequel de
vous est le plus sage? »
Quand une calamité publique frappe l'humanité , et qu'un appel est fait aux cœurs
charitables , quand les quêteurs s'empressent de passer de maison en maison, et que
l'honnête artisan dépose sa pièce de cent sous dans le tronc de l'indigence, le jardinier
se gardera bien de le dépasser ou de l'imiter seulement; l'homme qui possède une
fortune, donnera, s'il est bien généreux, sa pièce de deux francs au quêteur stupéfait.
Nous ne voulons pas calomnier ces pauvres jardiniers, bien d'autres sont encore à
ranger dans la même catégorie; on n'a qu'à consulter la série des journaux qui
consignent la liste des offrandes, et on pourra se convaincre de notre véracité.
Les grandes fortunes que possèdent beaucoup de nos jardiniers, et qu'ils savent aussi
conserver et agrandir, sont dues essentiellement au travail et à une rigoureuse
parcimonie. Ni l'usure ni la spéculation hasardée n'ont de prise sur lui ; une honorable
droiture le distingue dans ses transactions ; il ne spéculera jamais sur la misère
publique. Quand, dans une année défavorable pour la culture, les blés ne réussissent
pas et haussent de prix, le jardinier se gardera bien de retenir les siens pour les laisser
arriver à un taux exorbitant; il les vendra avec un honnête bénéfice; s'il hait l'usure,
il n'en sera jamais la dupe , et si nos paysans suivaient son bon exemple , l'usurier, cette
plaie de nos campagnes, ne serait jamais le ver rongeur de leur fortune. Le jardinier
n'achète jamais à terme, il n'agrandit ses terres que quand l'occasion s'en présente et
toujours au comptant; il ne fait jamais d'emprunts. S'il a besoin d'un cheval ou d'une
vache, il sait où les trouver sans avoir recours à ces rusés courtiers qui tôt ou tard
'A l'un des passages de Napoléon en notre ville, la maison F. de Tiirckheim , banquier, qui soignait les
expéditions des fonds de l'armée , reçut ordre de tenir prêles quelques centaines de mille francs en or pour le
service personnel de l'empereur. L'or était rare sur place et le terme trop court pour en faire venir; le banquier
s'adressa aux jardiniers, et dans les vingt-quatre heures la somme fut fournie (traditionnel).
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Les Jardiniers, savent retirer la crème du marché; aussi se garderont-ils bien de mettre le pied
dans la ferme d'un de nos bons jardiniers.
Le citadin repose encore longtemps, que déjà ce faubourien se meut activement; en
été, il va aux champs à l'ouverture des portes, et, à cinq heures du matin , pendant que
le maître surveille ses domestiques, ou met lui-même la main à l'œuvre, la maîtresse
vend déjà aux revendeuses ses provisions de marché, et s'occupe , en rentrant, des soins
de la cuisine. A dix heures du matin, tout le monde dîne; on retourne aux champs;
à six heures on soupe, puis commencent les travaux domestiques qui continuent jusqu'à
ce que le sommeil les reçoive dans ses bras. L'on voit, par l'emploi de la journée et par
les occupations diverses qui se partagent la vie du jardinier, que la femme est pour
lui un aide actif qui contribue puissamment au développement de son industrie; aussi
n'épousera-t-il jamais qu'une femme de sa caste, il reste pur sang; ce serait une
mésalliance que de s'unir à une jeune personne d'au delà des ponts, c'est-à-dire hors
des faubourgs. Le mariage chez eux est de plus une garantie de prospérité; car un
jardinier qui, en mariant son fils, lui donne en dot vingt ou trente arpents de terre,
exigera toujours que la fiancée en reçoive autant de ses parents, et qu'elle apporte
en ménage autant de sacs de blé, autant de linge et autant d'argent que le fiancé;
c'est à ces conditions seulement que la promesse de mariage se donne et est rendue
officielle, quand le jeune homme attend sa fiancée le dimanche devant l'église pour
l'accompagner chez elle. Aux fiançailles, ils se donnent réciproquement un beau
manteau qui dure toute leur vie; et, est-ce un symbole ou non , le jeune homme pare
sa fiancée d'une chaîne d'or et celle-ci lui offre une montre d'or et une paire de
boucles de souliers d'argent. Le lendemain des noces, il conduit de la maison
paternelle dans la sienne une voiture avec deux chevaux nouvellement harnachés ; les
parents de sa fiancée doivent lui fournir un chariot attelé d'un cheval.
La physiologie des jardiniers que nous venons de tracer et qui commence à perdre
dans la jeune génération quelque chose de ce caractère patriarcal , peut aussi s'appliquer
à la majeure partie des anciennes familles strasbourgeoises. Droiture et honnêteté
dans les transactions , franchise dans le caractère, prévoyance et économie dans les
ménages, amour du travail, de la liberté et de l'indépendance dans la vie politique:
telles étaient les vertus qui les distinguaient. Ces mœurs ont changé en grande partie par
l'effet des révolutions, par l'accroissement de la population , parles éléments étrangers
qui s'y sont mêlés, mais c'est chez les jardiniers que ces éléments de prospérité
nationale se sont le plus longtemps conservés, et on devrait croire que les paroles
providentielles prononcées par les Ammeister, quand ils faisaient anciennement leurs
visites à tous les poêles des vingt tribus après le nouvel an, retentissent encore à leurs
oreilles:
« Liebe Friind und liebe Bûrger , ich will iïch auch friendlich pilten, das einjeder, der das
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 119
vermag, sich welle versehn in denen Joren so die Frucht in ein ziemlichen Kauff ist , domit Les Jardiniers.
Ir nilt etwan nacher umb zwey Gellt Kauff en mùssen, das lr zuvor umb eins wol hetlen
bekhommen mœgen. »
(Chers amis et concitoyens, je vous prie que chacun fasse ses provisions de blé
quand il est à bon compte, afin que vous ne soyez pas obligés d'acheter à double prix
d'argent ce que vous auriez pu avoir pour moitié.)
Aujourd'hui le jardinier est très-paisible, mais dans les temps où chaque citoyen
était soldat, où il était obligé de porter les armes pour la défense commune, leur
corporation fournissait son bon contingent ; ils étaient batailleurs comme les autres
et allaient souvent aux champs le glaive au côté. Leurs anciens statuts de 1442
prescrivaient l'armement que nous avons mentionné chez les bateliers , suivant la
fortune de chacun. En 1524, quand les paysans se soulevèrent partout, en deçà et
au delà du Rhin, contre le joug oppresseur temporel et spirituel des nobles et du
clergé, nos faubouriens cultivateurs, quoique ne souffrant pas des mêmes oppressions,
auraient volontiers voulu faire cause commune avec eux, et le sénat eut beaucoup
de peine à les retenir dans l'obéissance des lois et dans le respect des propriétés;
il statua même un exemple très-sévère sur la personne d'un jardinier qu'il fit
fouetter de verges et reléguer à vie de la ville. Lorsque les Chartreux, dans leur
couvent hors la porte Nationale, où est de nos jours la campagne de M. Gravelotte,
voulant mettre leur propriété à l'abri des rapines et des dévastations des paysans , la
sauvèrent dans l'intérieur de la ville, une troupe de ces faubouriens se jeta sur une
voiture chargée de vin, enfonça les tonneaux et se gorgea de leur contenu; poussés
par les fumées du vin, ils se jetèrent sur les moines et sur tous ceux qui voulaient
s'opposer à leurs perturbations et crièrent à la révolte, jusqu'à ce que l'Ammeister
survint avec la garde et fit mettre la main sur quelques-uns, qui furent livrés à la
justice.
En 1507, quand l'empereur Maximilien I er se trouva chez nous, comme nous l'avons
dit en faisant la description de la Commanderie de Saint-Jean, les jardiniers faillirent
brouiller la ville avec ce prince , qui était toujours en si bon rapport avec elle. Beaucoup
de gens de sa suite, avec quelques centaines de chevaux, qui formaient alors le cortège
obligé d'un empereur en voyage, étaient logés dans ce faubourg; pendant qu'il était
allé à Haguenau , les jardiniers se prirent de querelle avec eux et les abîmèrent
terriblement de coups, qu'un d'eux resta mort sur place; Maximilien. courroucé contre
cet acte de brutalité, ne rentra plus à Strasbourg, demanda qu'on lui envoyât à
Offenbourg le trésor impérial, et, dans la lettre adressée au sénat, réclama une
complète satisfaction par la sévère punition des coupables. Une députation du sénat
alla l'y rejoindre et demanda excuse, ce qui rétablit la bonne harmonie. Sous la porte
Nationale, une pierre scellée dans le mur, avec une inscription lapidaire gothique
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Les Jardiniers, allemande, nous est encore une preuve parlante de leur caractère turbulent. En voici
l'origine :
Le chapitre de Saint-Thomas retirait la dîme des récoltes faites sur les champs
appartenant à la banlieue de l'ancien village de Kœnigshoffen , hors de cette porte,
et un ancien usage faisait offrir un repas aux jardiniers qui avaient ces champs sous
leur culture, quand ils amenaient sur les greniers de ce chapitre les dixièmes des
gerbes. En 1418, la récolte fut très-riche, mais les bons chanoines qui tenaient à
cœur d'abolir cet usage qui mettait leur cave et leur cuisine à contribution, s'abstinrent
de l'invitation ordinaire. Quand les jardiniers, en amenant les premières voitures
chargées d'épis, se virent frustrés de leur jouissance gastronomique, ils se vengèrent
en mettant le feu aux gerbes qui restaient encore sur les champs. La charité divine,
l'avarice des prêtres et la méchanceté des paysans furent alors consignées dans cette
inscription lapidaire :
GOTTES BARMHERZIGKE1T,
DER PFAFFEN GRITTIGKEIT,
VND DER BAVREN BOSHEïT,
DVRCHGRVND N1EMAND BEY MEINEM EID. 1418.
Celte pierre fut trouvée, en 1460, lors des constructions faites au moulin des Huit-
Tournants, et, quand la porte Blanche fut bâtie, on la scella dans le mur. Elle nous
fait faire nos adieux aux habitants de ce faubourg et nous amène à continuer l'historique
des fortifications.
Les Fortifications. Ces portes se lient au premier remaniement de l'enceinte fortifiée; nous avons vu,
vers la fin du quatorzième siècle, que ces faubourgs ont été entourés de murs crénelés
avec des galeries à l'intérieur et des fossés à l'extérieur; ils restèrent en cet état
jusqu'au seizième siècle, époque à laquelle ce système subit de grandes modifications.
En 1544, on éleva le cavalier que nous voyons sur l'emplacement de la Commanderie
de Saint-Jean; dans cette même année et les suivantes, la ville acheta beaucoup de
maisons et de propriétés dans l'intérieur du mur d'enceinte, entre la porte Blanche
et celle de Saverne, pour pouvoir faire élever des remparts qui s'y appuyaient.
La même chose se fit, en 1568, du côté méridional de la porte Blanche, près de
l'église de Sainte-Aurélie et de la Commanderie des chevaliers teutoniques. On se
procura la terre pour ces remparts au dehors, près du cimetière de Saint-Gall et des
hauteurs à gauche de la route de Paris; c'est à cette occasion qu'on trouva beaucoup
d'antiquités romaines, une vingtaine de cercueils de pierre, des lampes, des monnaies
d'or et d'argent, des vases, des armes et des fragments de pierres sculptées.
La tour derrière la Marguerite date aussi de cette époque, et une autre à l'angle
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Panorama de Strasbourg. Taiabo"urês,Page 121.
Dessins â après nature etlith" par Th. "Mu
Litb-E- Simon à Stra-sbourg .
La Porte blanche intérieure : construite en 1555.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 121
sud-ouest porta, à cause du beau point de vue dont on y jouit, le nom de Lug ins
Land-Thurm; elle fut démolie un siècle après.
Les premières notions que nous ayons trouvées sur le moulin des Huit-Tournants Faubourg National.
datent de 1 4-42, au moment où il fut loué par la ville qui l'avait fait bâtir. Il est alimenté Porte Nationale.
par les eaux de la Bruche, dont un bras s'en détache avant qu'elle se jette dans FUI;
il fournit l'eau aux fossés des fortifications au nord-ouest et au nord de Strasbourg , et
se jette, près du Contades, dans un bras de l'Ill, connu sous le nom de YAar. Déjà
alors ce moulin était mis à l'abri d'une attaque du dehors par un mur; mais en 1530 on
construisit un bastion avec les pierres des couvents de Saint- Arbogast et des Cordeliers,
rasés alors, et depuis ces temps ce moulin glapissait dans sa tombe baslionnée. En 1749,
la ville le vendit à cause des charges d'entretien ; il devint propriété du génie militaire,
qui le fit démolir en 1850. A ce dernier travail se lie aussi la construction des deux
portes qui nous restent comme deux monuments d'architecture militaire. La porte
extérieure, avec ses murs taillés en diamant, sa guérite en pierre et ses deux rondelles ,
consacre, par une inscription lapidaire, un souvenir de l'époque où elles furent
construites:
CAROLO V AVG. COPIAS A GERMANIA
IN TVRCAM PANNONIAS INVADENTEM DVCENTE.
RESP. ARG. PORTAM HANC AGGERE
ET FOSSA MVNIRE FECIT. ANN° 1532.
(«Lorsque Charles-Quint conduisit les troupes de la Germanie contre les Turcs qui
«envahissaient la Hongrie, la république de Strasbourg fit fortifier cette porte par un
«rempart et un fossé en 1532.»)
Sur les deux rondelles, à droite et à gauche, se trouvent les inscriptions suivantes:
HOSTIBVS ARCENDIS. CIVIBVS TUEND1S.
(« Pour éloigner les ennemis, pour défendre les citoyens. »)
La porte intérieure, pi us massive, avec sa tour plus élevée, est ornée d'une meurtrière
grimaçante qui semble jeter le défi à tous ceux qui oseraient l'attaquer. Ces deux
portes ont perdu de leurs belles proportions par l'abaissement du terrain qui les rend
trop hautes et les fait paraître trop étroites.
En 1632, quand le général suédois Horn se trouva en Alsace, il chargea le
lieutenant-colonel du génie Mershaeuser, sur la demande du Magistrat, de faire les
dessins et plans pour améliorer le système de défense de la place de Strasbourg
D'après ces nouveaux plans, que l'on suivit pendant tout ce siècle, jusqu'à ce que
Fortifications.
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122 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Fortifications, la ville fût tombée sous la domination française, Ch. Heer construisit le bastion en
avant de la Commanderie de Saint-Jean, sur la rive gauche de 1*111, appelé Deulsch-Au-
Bollwerk (bastion du pré allemand), nom du terrain hors de cette porte, et, en 1672,
un autre, à l'angle de la tour dite: Lug ins Land. A cette occasion, on combla une
source minérale qui se trouvait en dehors de la ville, sous ses murs; elle était
sulfureuse et ferrugineuse, et avait été employée avec avantage contre les maladies de
la peau , les obstructions, l'affaissement dans les membres, etc.
Vauban fit couper les courtines qui attachaient ce bastion à l'enceinte et en fit un
fort détaché , faisant aussi face à la ville , lequel eut sa petite garnison et prit le nom de
Fort-Blanc, et dans l'idiome strasbourgeois Schiinlzel, que cet emplacement a conservé
depuis. Cet ouvrage, de même que le fort à la droite de la porte de Pierre dont on voit
encore les murs intérieurs, était tourné contre la ville, et a toujours porté ombrage
à ses habitants; aussi, lorsque la révolution éclata par la prise et la destruction de la
Bastille, ils se hâtèrent de suivre l'exemple des Parisiens, en démolissant les deux forts
qu'ils considéraient comme une menace permanente dressée contre eux.
C'était le 14 septembre 1791 , les députés à l'Assemblée législative venaient d'être élus,
et ces élections furent closes par celle d'un procureur général, syndic du département,
en la personne de M. Xav. Laur. Levrault 1 .
Elles eurent lieu à la mairie (de nos jours château impérial), et l'après-midi à quatre
heures, les électeurs s'y réunirent et se dirigèrent en cortège, ayant à leur tête le
maire Dietrich, la municipalité, le général Luckner, avec son état-major, vers le
Fort-Blanc. Un bataillon de la garde nationale, avec sa musique, les accompagnait.
Dans son enthousiasme pour la liberté naissante et l'heureux avenir qu'elle promettait
à la France, le maire prononça un discours inspiré par un chaleureux patriotisme,
vivement applaudi par la foule qui l'environnait; pelles et pioches passaient de main
en main, et chacun amenait une brouettée de cette terre qui sentait les chaînes d'une
soupçonneuse méfiance. Le cortège , rangé dans le même ordre dans lequel il était
arrivé, retourna à la mairie, où un grand banquet l'attendait en plein air sur la
terrasse; le soir, la ville fut illuminée, et un bal termina cette fête de délivrance.
Le lendemain et les jours suivants, le Schântzel ressemblait à un camp d'ouvriers:
hommes, femmes, enfants de tout âge et de toute condition, militaires et civils, même
des paysans de nos villages, travaillaient à celte œuvre de démolition; la musique
et de joyeux et patriotiques refrains, chantés en chœur, animaient le travail, et les
libations, dans les nombreuses cantines établies sur les lieux, ne faisaient pas défaut
à la fête.
1 Homme de science et de mérite , il créa avec son frère la maison de librairie , imprimerie , fonderie de
caractères et lithographie existant encore sous le nom de sa fille, M me veuve Berger-Levrault. Successeur de M. de
Montbrison , premier recteur de l'Académie de Strasbourg, après la création de l'Université, il mourut en 1821.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 123
Luckner fut nommé maréchal de France dans cette même année, et trois ans après , Fortifications.
lui et Dietrich étaient tombés sous la hache du tribunal révolutionnaire.
Lors de la formation des gardes départementales sous l'empire, on construisit près
de ce bastion une petite caserne pour y loger la compagnie du Bas-Rhin.
En remontant les remparts, à la droite de la porte Nationale, pour nous diriger vers
celle de Saverne, nous rencontrons quelques tours assises sur l'escarpe, qui y
subsistent depuis le seizième siècle, et un bastion avec un cavalier qui est l'œuvre du
génie militaire du dix-septième siècle. Vauban augmenta essentiellement ce front de
fortification par les travaux extérieurs et par les deux grands ouvrages à corne qui en
font partie.
Si nous portons nos regards vers l'intérieur de la ville, nous embrassons un Marais-Kageneck.
assemblage de vieilles constructions avec des jardins, s'emboîtant les unes dans les
autres, sans plan et sans règle; ce sont les fermes de nos jardiniers cultivateurs; elles
forment ce que l'on appelle encore aujourd'hui le Marais-Kageneck (nom d'une famille
noble qui y avait sans doute son castel). C'est le pendant du Marais- Vert, au delà du
faubourg de Saverne.
Le nom de marais ou Bruch (terre marécageuse, inculte, submergée), que porte
encore ce terrain, nous désigne assez l'état dans lequel il se trouvait anciennement,
lorsqu'il fut réuni à la ville. Situé entre le bras de la Bruche et le fossé extérieur des
fortifications, il était assujetti à de fréquentes inondations, de même que IaKrutenau
du côté oriental de la ville, dont nous avons déjà parlé ; Speclin nous cite surtout celles
de 1480 et de 1570, où l'on fut obligé d'y circuler en nacelles; aujourd'hui il est à
l'abri de ces accidents par le rehaussement dont il a été l'objet à différentes époques.
D'autres noms analogues désignent les quartiers de ce faubourg, tels que le Vieux-
Marais, le Marais-de-la-Fontaine, le Marais-Aride, le Marais -d'Allerhèiligen (de
l'église de la Toussaint), et le Marais-Désert; ces diverses dénominations se sont
perdues depuis.
Les rues irrégulières qui coupent le Marais-Kageneck nous en rappellent également
l'ancien état: Rue de la Course, rue des Païens [Heidengass) , fausse traduction du mot
allemand Heiden et qu'on devrait rectifier par la dénomination plus exacte de rue des
Landes, et rue Déserte {Seellosgass.) Quoique ce faubourg fût déjà compris depuis un
siècle dans l'enceinte murale de la ville, il était bien désert et n'avait qu'une faible
population. Ce n'est qu'après la démolition, en 1475, de quelques centaines de maisons
dans ses environs, quand on craignit une attaque de Charles de Bourgogne, qu'un
grand nombre de leurs anciens propriétaires sans asile s'y réfugièrent et les
rebâtirent clans ce quartier. En examinant ces maisons, nous en avons trouvé un
bon nombre qui portent le cachet de celte époque avec quelques légères modifications.
De bien tristes souvenirs s'attachent à une partie de l'emplacement qu'occupe la FossedesHréii
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16.
•24 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
MaiaiS Foïe neCk ' CaSerne du faubour g de Saverne, bâtie en 1722, et à la construction de laquelle la
des Hérétiques. vi,le contribua pour une somme de 170,000 livres.
Longtemps après que l'ignorance et le fanatisme religieux y eurent commis leurs
horribles excès , on l'appela encore la Fosse des Hérétiques (die Ketzergrub). Kleinlawel,
dans sa Chronique rimée de 1625, nous raconte ce drame en ces termes:
1212. In dieser Zeit waren im Land
Yiel Leut die man Waldenser nannt,
Die sagten dass der Pabst im Lehren,
Die gantz heilig Sehrift thât verkehren.
Drum wurden sie aile verbaunt,
Und wo man sie bekam verbrannt.
Und in diesem zwôlften Jahr bat
Man auch zu Strasburg vor der Stadt
Achtzig auf einen Tag verbrennl.
Wird noch die Ketzergrub genennt.
Les Vaudois dont il s'agit, ou Apostoliques, Henriciens, Albigeois, Arnaudistes
et autres noms qu'ils reçurent, soit de ceux qui prêchaient leur doctrine, soit du pays
qu'ils habitaient, avaient primitivement leur séjour dans le nord de l'Italie, où Claude,
évêque de Turin, qui vivait du temps de Charlemagne et de Louis-le-Pieux, desquels
il était l'ami, enseignait leur dogme. Ils ont probablement reçu leur nom de
Pierre Waldo, riche négociant de Lyon, qui appartenait à leur secte et qui vécut trois
siècles plus tard. L'Église les accusa d'hérésie; eux par contre alléguaient que l'Église
était devenue hérétique, puisqu'elle avait dévié dans son dogme de cette pureté
évangélique du christianisme primitif à laquelle ils prétendaient être restés fidèles. Ils
jouissaient généralement de la réputation de braves et d'honnêtes gens, de mœurs
pures et menant une vie paisible; leurs ennemis les plus acharnés même étaient
obligés de leur rendre justice sur ce point, mais le grand grief de l'Église contre eux ,
c'est qu'ils n'admettaient pas tous les dogmes qu'elle enseignait. Ils ne croyaient pas à la
transsubstantiation dans l'Eucharistie, et n'admettaient pas le purgatoire; ils disaient
que le baptême ne profitait en rien aux petits enfants, et n'était pas un égide contre
le péché; qu'il fallait rompre la croix, puisqu'il n'était pas juste pour des chrétiens de
révérer les instruments de la passion de Jésus-Christ; que la messe n'était qu'une
invention humaine, et que les prières et les aumônes ne profitaient en rien aux morts.
D'après leurs principes, il ne fallait pas d'intermédiaire entre 1 homme et Dieu;
l'homme dans ses actions n'était responsable qu'envers son Créateur; l'adoration
des saints et des reliques était digne du paganisme, et aucun homme au monde,
fût-ce même le pape, dont ils ne reconnaissaient pas l'autorité spirituelle, ne pouvait
faire rémission des péchés par des indulgences ou des absolutions ; ils donnaient à leurs
barbes ou prédicateurs la faculté de se marier 1 et déviaient encore en divers autres
points de l'Église romaine.
Ce n'est qu'en 1074. que le pape Grégoire VII interdit le mariage aux prêtres ; auparavant il leur était permis de
se marier, mais l'abstinence et le célibat étaient néanmoins toujours considérés pour eux comme une vertu.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 125
Ces sectaires, en très-grand nombre, s'étaient répandus pendant des siècles en Marais-Kageneck.
Savoie, dans le Béarn , le Languedoc, le Toulousin, la Gascogne et le Dauphiné, Fosse
quand le pape Innocent III publia, en 1208, une croisade contre eux. Alors les évêques * eret ' ques '
et prélats et surtout le moine espagnol Dominique Guzman et l'Italien François
Bernardon, qui furent canonisés plus tard comme créateurs des deux ordres religieux
des Dominicains et des Franciscains , parcoururent les pays, et par leurs prédications
soulevèrent contre eux les peuples. A Toulouse on établit le terrible tribunal de
l'inquisition, et, pendant que des milliers d'hommes se ruaient vers l'Orient pour
combattre en Terre-Sainte les enfants de Mahomet, des milliers d'autres faisaient une
guerre affreuse et exterminatrice à des chrétiens leurs frères, comme si la société
d'alors n'avait connu ni la voix du cœur, ni celle de la raison.
Le chef de la croisade était Simon, comte de Montfort, auquel l'Église avait donné
le nom d'Athlète du Christ. De son côté, la secte des Albigeois ou Vaudois, dans le midi
de la France, avait un puissant appui dans la noblesse et dans le comte Raimond de
Toulouse, cet intrépide compagnon des successeurs de Godefroi de Bouillon, dont elle
disait: «Qu'il se comportait comme membre du diable, comme fds de perdition ; qu'il
«était premier né de Satan, ennemi de la croix et persécuteur de l'Église, champion des
«hérétiques, ministre de damnation, apostat de la foi, rempli de crimes et vrai magasin
« de toutes espèces dépêchés! ! !» — C'était le langage chrétien d'alors, à côté de cet autre
langage si sublime, si poétique, que nous a laissé dans le même temps l'architecture
dans ses monuments religieux.
Les plus grands crimes furent commis au nom de la religion de charité, d'amour,
de résignation. Glaives et potences , chaînes et prisons , poignards et bûchers , toutes
les tortures, tous les supplices furent employés pour convertir ou pour tuer, et si l'on
n'était pas sûr de la sincérité d'une conversion , on brûlait néanmoins: « Pour que le feu
servît en expiation des péchés, et, si l'on avait menti, on souffrirait le talion pour sa
perfidie, » comme dit Pierre, moine de Vaulx-Cernay . qui retraça ces horreurs avec
un sang-froid incroyable.
Plus de soixante -dix mille Albigeois périrent dans cette guerre; d'antres ne
laissèrent pas de se répandre en France, en fuyant leurs foyers et la persécution;
mais , comme l'inquisition les força de quitter le royaume , un grand nombre d'entre eux
se retirèrent en Suisse, chez leurs frères dans les vallées de la Savoie, en Angleterre,
en Bohème, en Pologne et en Allemagne. Il en arriva aussi en Alsace et à Strasbourg,
où beaucoup de monde, surtout des nobles et des clercs, avait admis leurs dogmes
religieux; on envoya même, d'après l'auteur de l'Histoire des Vaudois, des jeunes
gens de cette province dans les vallées du Piémont, pour y être instruits et se
former comme prédicateurs. A Strasbourg, on comptait plus de cinq cents de ces
sectaires; ils se réunissaient nuitamment pour être à l'abri des persécutions et
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Fosse
des Hérétiques.
126 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Maiais-Kageneck. s'entre-aidaient fraternellement. Un ancien prêtre, du nom de Jean , les instruisait dans
leur dogme par ses prédications, mais là aussi ils ne purent rester longtemps
tranquilles ; des moines dominicains, arrivés en 1212, commencèrent à prêcher contre
eux; on alla à leur recherche et on en incarcéra un grand nombre; d'autres restèrent
inconnus, d'autres encore abjurèrent, mais près d'une centaine de ces malheureux,
qu'on accusait d'hérésie, le prêtre Jean en tête, furent condamnés par le tribunal
ecclésiastique à être brûlés vifs et remis pour l'exécution de cette peine entre les
mains de l'autorité séculaire. La justice se rendait alors dans l'ancien château épiscopal
sur le Frohnhof. On conduisit ces infortunés, hommes et femmes, nobles et roturiers,
vieillards et jeunes gens, tous en chemise et la torche en main, devant la Pfallz, où
on leur lut encore une fois près de trois cents articles de dogme religieux , qu'ils
devaient abjurer; mais ni les prières, ni les larmes de leurs proches et amis, ni la
crainte delà mort, ne purent les convaincre ou les arrêter, et le lugubre cortège se mit
en marche vers le lieu de l'exécution; là on avait creusé une fosse profonde remplie de
bûches, auxquelles on avait mis le feu. La conviction de ces sectaires était tellement
forte, qu'on ne fut pas même obligé d e les jeter dans les flammes; martyrs de leur foi,
ils s'y jetèrent de leur propre volonté, en envoyant vers le ciel des hymnes religieuses.
Depuis bien des siècles que la terre couvre ces cendres, l'histoire nous a souvent
enseigné que ces persécutions atroces qui font la honte de la chrétienté, ont toujours
été impuissantes à faire fléchir les convictions profondes que la foi religieuse grave dans
le cœur humain, et le jour n'est pas encore venu où l'homme de l'Église , à quelque culte
qu'il appartienne, ait voulu comprendre que la tyrannie la plus odieuse est la tyrannie
de la conscience, où dans chaque pays civilisé le législateur n'ait pris à tâche que de
réprimer les crimes et les délits qui déshonorent l'homme dans ses actions, tout en
respectant sa foi, qui est son bonheur intérieur, sa consolation.
Près de la fosse des Hérétiques se trouvait la potence, cet instrument de supplice
des temps passés, qui y fut transférée, comme nous l'avons dit, après que saint
Arbogast se fut fait enterrer au Michelsbuhl, et qui y resta jusqu'en 1422; elle fut
élevée alors hors la porte de Saverne, à la droite de la route de Hausbergen, où elle
resta de nouveau jusqu'à la révolution, et il n'y a pas longtemps que le vulgaire appelait
encore le bastion rapproché: Bastion de la Potence (Galgenschantz).
A côlé se trouvait une éminence murée qui contenait au fond les instruments
de supplice, servant aux exécutions par le glaive, par la roue et par le feu, et le
tout était entouré d'un mur, afin que les loups et les chiens ne pussent ronger ou
emporter les ossements des squelettes qui tombaient, pièce par pièce, en lambeaux,
décomposés par le temps ou dévorés par les oiseaux de proie; tableau hideux qui
répugnerait à la civilisation moderne.
Les exécutions étaient souvent si fréquentes pour cause de vol et d'assassinat, que,
La Potence.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
si ces expositions dégoûtantes avaient pu agir sur l'imagination des malfaiteurs, elles
auraient sans doute porté leurs fruits salutaires; mais, quoique les peines fussent alors
beaucoup plus rigoureuses que de nos jours, les crimes n'en étaient pas plus rares. La
Caroline, ou le code criminel de Charles-Quint, qui ne ménageait certes pas les supplices
et les mutilations de tout genre, se trouvait en vigueur chez nous depuis le seizième
siècle et succédait à un code criminel plus barbare encore. Les chroniqueurs de celle
époque ne laissent pas de nous donner des énuméralions d'exécutions nombreuses et
fréquentes en tout genre. L'un d'eux nous dit qu'en 1581 il y eut tant de voleurs et de
brigands, qu'on n'était nulle part sûr de sa propriété ou de sa personne. Dans cette
même année on pendit chez nous à la fois sept malfaiteurs le 2 juin, neuf le 4 août et
cinq le 22. Les exécutions par la potence devinrent même si nombreuses qu'on fut
obligé de détacher les cadavres pour faire place à de nouveaux suppliciés, et en outre
il y eut encore chaque semaine deux ou trois décapitations.
Aussi longtemps que Strasbourg fut régi par sa propre législation jusqu'en 1790,
les exécutions capitales se faisaient avec beaucoup plus de solennité qu'aujourd'hui ; le
patient était conduit de la prison, près des Ponts-Couverts, devant l'Hôtel-de- Ville
sur la place Saint-Martin (place Gulenberg), où le sénat était réuni. Du haut de
l'escalier, l'Ammeister en exercice, accompagné des procureurs, des avocats et du
syndic de la ville, lui lisait à haute voix sa sentence, et rompait, comme symbole
de la condamnation à mort, une baguette blanche qu'il lui jetait devant les pieds, puis
du haut de la cathédrale la cloche des pénitents (Armensiinderglôcklein) commençait à
faire entendre son tintement lugubre, et annonçai (partout la nouvelle d'une exécution;
les gardes de la ville en armes, commandés par leur capitaine, se mettaient en route'
avec le condamné , portant une chemise blanche sur ses vêtements et coiffé d'un bonnet
blanc avec un ruban noir autour de la tête; ils étaient accompagnés par le secrétaire
du sénat qui devait y retourner après l'exécution et annoncer que justice était faite,
par les geôliers et l'exécuteur des hautes œuvres, armé de son grand glaive et entouré
de ses valets. Le cortège sortait par la Grand'rue, passait par la porte intérieure près
de Saint-Pierre-le- Vieux et les ponts et se dirigeait par le Marais -Kageneck vers la
porte de Saverne. Avant la réforme il y avait sous cette porte une chapelle qui fut
démolieen 1530, et dans laquelle un prêtre était obligé de dire une messe, et d'attendre
pour l'élévation, l'arrivée du pénitent, afin que celui-ci pût encore recevoir le Deus
vobiscum. On appelait cette cérémonie religieuse la bénédiction de Saint-Jean, et le
prêtre officiant était convié ce jour-là à dîner à l'OEuvre-Notre-Dame, aux frais de la
fabrique de la cathédrale.
En 1613, la dernière volonté d'un condamné à mort fit naître un autre usage qui
resta en vigueur jusqu'à la révolution. La maison au coin du quai Saint-Jean et de la
Grande-rue-de-Ia-Course appartenait alors à un jardinier du nom d'Augustin Trenss
Exéculions
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128 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Son fils y avait mis le feu et une partie des bâtiments devint la proie des flammes; il fut
condamné à avoir la tête tranchée. Quand il passa devant la maison paternelle pour
aller au supplice, il demanda la grâce d'y entrer pour voir une dernière fois ses
parents et d'y faire sa dernière collation; sa demande lui fut accordée, et par la suite
on offrit, aux frais de la ville, à tout criminel condamné à mort, à son passage devant
cette maison, une petite collation avec du vin. Dans une chambre basse on conservait
un gobelet, une assiette en étain et un couvert, qui étaient spécialement destinés à cet
usage. Le prélat de Moyen-Moulier, qui acheta plus tard cette maison pour en faire
son hôtel, demanda au sénat l'abolition de celte servitude, qui sans doute n'était pas
fréquemment exercée; mais il subit un refus, et la maison est encore appelée par les
anciens de ce quartier: La Maison des Pénitents {das Armensûnderhaus).
Outre la potence, bâtie hors la porte de Saverne, on en établit une seconde, en 1552,
dans le Marais- Vert, tout près du Hundshop , pour le service de la justice militaire des
troupes à la solde de la ville. Pour les assises du tribunal, l'on dressait une table et des
bancs sous un vieux tilleul , et des barrières étaient élevées , entre lesquelles le pénitent
recevait la bastonnade.
Les peines n'étaient pas moins sévères alors pour les militaires que dans l'ordre
civil, surtout dans leur application à des troupes qui s'engageaient pour un temps
plus ou moins long, à telle ou telle ville, à tel ou tel capitaine qui les enrôlait pour le
service d'une puissance quelconque.
Pour maintenir dans la disciplineces soudards mercenaires, qui trafiquaient de leurs
services en se mettant à la solde du plus offrant , qui se bataillaient pour toutes causes,
qui vivaient en partie de la rapine et du pillage , il fallait une pénalité en harmonie avec
leurs mœurs débauchées et sauvages et leur rude métier. L'échelle de ces peines était
adaptée aux crimes et délits suivant leur gravité. La punition la plus légère était
l'emprisonnement à l'eau et au pain, les mains et les pieds enchaînés aux fers; la
seconde était la monture sur l'âne pour un ou deux jours; à cet effet, on enchaînait le
pénitent, légèrement chaussé, à califourchon et les jambes pendantes sur un morceau
de tronc d'arbre, taillé à dos d'âne et monté sur quatre pieds. La troisième était la
mise au tronc, un bras et une jambe tirés en l'air avec une chaîne, de sorte que le
corps ne reposait que sur une seule jambe. Ce supplice avait souvent des conséquences
J Le Hundshof et le Tappenhof étaient deux antiques maisons situées, à droite et à gauche, vis-à-vis du débouché
de la rue de la Toussaint dans le Marais ; elles furent démolies lors de la construction de la gare du chemin de fer. Le
premier de ces bâtiments était habité anciennement par l'exécuteur des hautes œuvres, chargé aussi de la voieric;
il abattait les animaux malades, les chiens enragés et divagants, ce qui fit donner à la maison le nom de Hundshof.
Le second servait anciennement à l'entrepreneur des transports militaires ; du mot d'étapes , il reçut son nom
allemand de Tappenhof. A juger de son style d'architecture, ses murs crénelés, les meneaux de ses croisées, elle
était peut-être le seul souvenir d'architecture qui nous soit resté de l'époque où ce faubourg n'était pas enclos
dans les murs d'enceinte de la ville.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 129
mortelles, le sang tombant sur la poitrine et étouffant le cœur quand le criminel était
trop longtemps dans cette position. D'autres peines, celle de passer par les verges et
l'estrapade, entraînaient aussi fréquemment la mort. En subissant la première, le
condamné, le haut du corps nu, passait une ou plusieurs fois entre deux fdes de vingt-
cinq ou de cinquante hommes, armés de baguettes, qui lui déchiraient le dos à coups
forcés. La seconde n'était pas moins cruelle: les bras liés sur le dos, le patient était
attaché à une corde qui passait à une certaine hauteur sur une poulie; les exécuteurs
qui tenaient l'autre bout de la corde, le hissaient en l'air pour le laisser ensuite
retomber à terre de toute la pesanteur de son corps, et la violence de la chute
occasionnait souvent la rupture des vaisseaux sanguins, ou la fracture d'un bras ou
d'une jambe. Enfin, au criminel vulgaire l'on infligeait le supplice de la pendaison, et
les nobles jouissaient du privilège d'avoir la tête tranchée par le glaive. Des exécutions
de criminels non militaires se firent également sur ce lieu de supplice.
En 1565, le 7 août, l'exécuteur des hautes-œuvres lui-même, Bastien Rosenkrantz,
de Soleure, eut la tête tranchée par son confrère Melchior; il était complice d'une
bande de voleurs, ainsi que sa femme, qui, après avoir été exposée au carcan, fut
chassée de la ville et menacée d'être noyée si elle y rentrait.
Biihler nous cite, en 1569, un ouvrier- brodeur qui travaillait chez Daniel
Speclin (probablement le père de notre architecte militaire), et qui fut condamné
comme blasphémateur à avoir la langue arrachée et à être ensuite brûlé vif; il avait dit
que si Jésus-Christ n'avait pas été un larron, les juifs ne l'auraient pas crucifié. Sa
peine ayant été commuée, on lui trancha la tête, et sa langue, qui ne fut arrachée
qu'après l'exécution, fut clouée à un poteau, et le corps livré aux flammes. En 1574,
on y décapita un pêcheur de la Krutenau qui avait, comme nous l'avons dit à l'article
du Pont du Corbeau, des relations intimes avec la mère de sa femme. En 1588, un
faux monnayeur y subit la même peine (dans le siècle précédent, en punition de ce
crime, on plongeait les coupables vivants dans un chaudron d'huile bouillante), et
plusieurs sorcières y furent brûlées, etc. Walter nous cite entre autres, dans sa
Chronique, un juif qui faisait partie d'une bandede voleurs de grand chemin et qui eut
la tête tranchée, le 15 avril 1665, après qu'on lui eut fait abjurer le judaïsme pour sauver
son âme. En 1670, la même peine fut infligée à une jeune fille pour infanticide. Nous
pourrions encore longtemps prolonger cette liste funèbre de crimes et de supplices;
mais nous nous bornons à ces citations, par lesquelles nous avons cru devoir faire
connaître quel luxe de tortures en tout genre la législation pénale avait imaginé dans
ce bon vieux temps, tant pour réprimer le mal que dans le but de l'étouffer dans son
germe par l'intimidation.
Dans une autre partie de nos promenades, nous serons obligé d'y revenir 1 , et nous
'Voyez Ville, Pont du Corbeau.
FAUBOURGS. . 17
Exécutions.
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Eglise Saint-Jean
130 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
quittons avec plaisir ces lugubres tableaux du passé pour nous arrêter devant l'église
de Saint-Jean dont nous avons déjà eu occasion de parler à l'article Saint-Marc et
Saint- Jean-en-V Ile- Verte.
La première fondation du couvent de Saint-Marc, actuellement Saint-Jean, remonte
à l'année 1202, où Jean Engelbrecht, doyen de Saint-Thomas, le fit bâtir près de
Saint-Arbogast pour y donner asile à quelques religieuses, qui bientôt après quittèrent
ce séjour pour s'établir, en 1245 , hors de la ville aussi , entre la porte de l'Hôpital et celle
des Bouchers, près de Sainte-Agnès, sous la protection privilégiée du pape Innocent IV.
Cette maison y exista jusqu'en 1475, comme nous l'avons indiqué dans l'historique de
la Plaine-des-Bouchers. Lors de leur rentrée en ville, un écuyer (Edelknecht) , du nom
de Jean Voltz, qui avait cinq filles dans cette institution de dames nobles, les aida à
construire leur couvent dans le faubourg de Saverne; elles l'occupèrent jusqu'en 1529,
où il fut transformé en aumônerie.
En 1538, un gymnase composé de dix classes avait été institué en notre ville, et,
vingt-huit ans plus tard, l'empereur Maximilien II, à la diète d'Augsbourg, lui
accordait les privilèges d'une académie. Cet établissement attira bientôt beaucoup de
jeunes gens du dehors qui venaient y faire leurs études. Dans le nombre de ces
étudiants , surtout parmi les théologiens , se trouvaient beaucoup de jeunes gens pauvres ,
obligés de gagner misérablement leur existence, soit en mendiant dans les rues, soit
en chantant devant les maisons des psaumes et d'autres cantiques religieux. Le
Magistrat eut pitié de ces infortunés et donna asile et nourriture à l'hospice de Saint-
Marc à un grand nombre d'entre eux, suivant ses moyens; ils reçurent chacun par
an un vêtement et par semaine six miches de pain avec un schelling. L'usage humiliant
de chanter et de faire de la musique devant les portes, au jour de l'an et à d'autres fêtes,
continua néanmoins jusqu'à ce qu'il fut défendu, en 1586, par une ordonnance qui
institua, au bénéfice des étudiants indigents, des quêtes faites dans les églises paroissiales
le jour de Noël. Leur sort fut aussi amélioré, depuis 1608 , par une donation entre vifs
que leur fit de toute sa fortune, qui était considérable, un nommé Maurice Ueberhen ,
prévôt de Saint-Pierre-le-Jeune, qui s'était converti au protestantisme. De nos jours
encore quelques théologiens luthériens jouissent du bénéfice de celte dotation, connue
sous le nom de Stipendium Maurilianum\ Nous avons ajouté ces détails pour compléter
Maurice Ueberhen faisait partie de la société des Phonasques ou ileistersanger à Strasbourg; dans leur album
conservé à la bibliothèque , cette donation est mentionnée dans la pièce de poésie atlachée à son nom :
Er ùberbringet eine feine Summ .
An Baarschaft die dcr Herr so frum
Giebt hin, freundlich, ledig und frey,
AchttausendGulden, dass es sey
Ein ewiges Slipendium
Genennet Mauritianum.
Daraus hinfort erzogen werden
Acht Bûrgersôhn die mit Beschwerden
Wegen der armen Eltern ail
Unter frommen StudenlenzaI
Nicht konnten gliicklich kommen fort,
Weil Geld mangell bald hie bald dort,
Der allmachtig und giilig Gott
Ilin fur aller Gefahr und Nolli ,
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
131
Faubourg
de Saverne.
le tableau de la vie des e'tudiants pauvres dans les temps passés, dont nous avons parlé
dans l'historique de Saint-Guillaume.
La création du Mont-de -Piété, qui occupe aujourd'hui les vastes salles des anciens Mont-de-Piété.
chevaliers de Malte, date de 1829, époque à laquelle la ville céda ce local pour un loyer
de 1500 fr. Le premier directeur de cet établissement fut M. le baron de Miinck, gendre
de M. de Kentzinger, alors maire; les intérêts des capitaux engagés en nature étaient
de 12 0/0. Dans les années 1846 et 1847, la ville fit construire dans la même enceinte
une école paroissiale catholique.
Si vous vous promenez sur ce quai , ne manquez pas d'aller visiter l'atelier de notre
sculpteur André Friedrich qui loge à côté de l'ancienne commanderie, et qui gratifie le
pays de Bade des produits de son art 1 .
L'ancienne route postale qui conduisait à Saverne donna le nom à la porte et à la rue
dans laquelle nous allons entrer; ce n'est que depuis la première révolution que cette
roule fut changée, en partant par la porte Nationale pour traverser Marlenheim etWas-
selonne. Le nom allemand de cette rue du faubourg, Kronenburger-Slrass , provient d'un
castel situé sur une des collines du Kochersberg, près de Neugartheim , appartenant
autrefois à l'évêque , mais dont il n'existe plus la moindre trace. Cette rue est devenue
une des plus larges et des plus régulières de notre ville, par suite de deux incendies qui
y firent leurs ravages , l'un le 6 octobre 1693 , et l'autre le 7 octobre 1782. Ce dernier
donna lieu au règlement de police qui enjoignit aux gardiens de la cathédrale de
sonner le quart et de faire jour et nuit, après avoir sonné, le tour de la plate-forme,
pour s'assurer qu'il n'y avait pas d'incendie dans la ville ou dans les environs, et pour
donner l'alarme en cas de sinistre. L'exécution de ce règlement commença le 1 er jan-
vier 1783. Le feu , qui éclata dans la rue de Kuhn par un fort vent du nord , dévora vinst-
sept maisons d'habitation et vingt-huit granges pleines de blés et de fourrages; par ce
sinistre, quarante familles, composées de deux cents personnes, restèrent sans abri.
La quête faite à leur profit rapporta 36,000 livres; l'évêque, cardinal de Rohan, avait
donné 6000 livres, et le grand-duc de Russie, à son passage par cette ville, 100 louis d'or.
Le Marais-Vert, derrière la rue du Faubourg-de-Saverne jusqu'à la rue de la Toussaint,
a changé complètement de face depuis 1845. L'application et l'exploitation du gaz et de
la vapeur, ces grandes inventions modernes, ont demandé à juste titre place dans notre
antique cité, et, pour y établir leur séjour, ont entraîné la démolition de tout un quar-
Marais-Yert.
Allzeit gnadiglïch bewabr,
Auch ferner der Gesangmeisler-Schaar
Zum besten erweck solche Lcut,
Die zutragen dergleichen Beut,
Wùnsch ici) geslern , und wiïnsch es heut.
St. Job. 1597.
Le portrait de Maurice Ueberhen existe encore dans une armoire à deux battants dans les bureaux de Saint-Marc.
1 Outre le monument de Turenne à Sasbach et la statue d'Erwin à Steinbach dont nous avons déjà parlé , il a placé
sur le cimetière de Bade la statue d'un fossoyeur et à Offenbourg celle de Frantz Dracke, l'introducteur des pommes
de terre en Europe.
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&-
Marais-Vert.
132 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
tier. La ville a été loin de perdre à ce changement , car, lorsqu'on était placé sur le
rempart au-dessus de l'entrée actuelle du chemin de fer, l'œil plongeait dans un dédale
de misérables maisonnettes et dans les décombres d'écuries militaires, devenues la
proie des flammes quelques années auparavant.
Bientôt un monde tout nouveau s'offrira à nos regards, quand cet immense empla-
Chemins de fer. cernent sera occupé par la station avec ses vastes et belles salles d'attente, par les remises
et ateliers de réparation de quelques centaines de locomotives, tenders et voitures en
tout genre, par les magasins et docks qui contiendront des marchandises de toutes les
parties du monde et par des milliers de voyageurs affluant de tout côté.
Déjà longtemps Bàle est lié à Strasbourg par une voie ferrée; depuis un an , le Havre
se rattache à Paris et Paris au Rhin par une même voie 1 ; mais quand un jour quatre
'Dans la description des points de notre panorama que l'œil saisit au dehors de la ville , nous avons déjà parlé
de 1 inauguration du chemin de fer d'Alsace ; ajoutons quelques mots sur son tracé. Son développement de Strasbourg
abale est de 140 kilomètres, dont 45 jusqu'à Schlestadt, en desservant les stations principales d'Erstein et de
Benleld, 07 jusqu'à Colmar, 103 jusqu'à Lutterbach (d'où se détache un embranchement de 14 kilomètres de
longueur, mettant Thann, à l'entrée de la vallée de Saint-Amarin , en communication avec Mulhouse); jusqu'à
Mulhouse 108, et jusqu'à Saint-Louis, sur la frontière suisse ,137.
Quoique d'immenses travaux d'art, de remblais, de terrassements, de nivellements , furent occasionnés surtout
a prox.rn.te de la base des Vosges , au concessionnaire de ce chemin de fer, M. Nicolas Kœchlin, on n'eut cependant
a laire aucune percée de souterrain.
Le chemin de fer de Strasbourg à Paris a un développement de 511,942 dans le département du Bas-Rhin. En
qu.ttant Strasbourg, il rejoint le bassin de la Zorn , à Brumath, et le suit jusqu'au delà de Saverne, où il le quitte
pour entrer a dro.te dans un vallon latéral jusqu'à son entrée dans le grand souterrain d'Arschwiller d'où il sort
près Hommarting , après avoir passé une longueur de 2,678 mètres sous terre , et en croisant , aussi souterrainement
te canal de la Marne-au-Rhin qui passe sur la voie ferrée. (Nous parlerons plus longuement des beautés des travaux
d art et de la nature qu'offre ce chemin de fer quand nous ferons la description des environs de Saverne.)
De Hommart.ng, le chemin de fer dessert Sarrebourg , et , en contournant la vallée de la Vézouse , il arrive à
Lu„ev.lle, dans la vallée de la Meurthe, où il rejoint le canal à Varangeville , avant Nancy. De là, en suivant la
Me dans l'ère nouvelle , ne s'étende et s'agrandisse dans un avenir pro-
chain , développé par le génie inventeur de Watt et par les relations internationales
dues a une longue paix; alors Strasbourg, par le concours d'éléments aussi puissants'
étant presque devenu par la vapeur un faubourg de la capitale sur le Rhin , doit s'élever
dans le monde de la civilisation et du progrès des lumières au rang des premières
cites.
e.pavtgfSU. ; ^P apJaDtd T e ,uffiières > H»» ^tracerons d'une manière succincte l'établissement
de 1 éclairage des rues en notre ville , mais nous serons obligé de nous replonger dans
les ténèbres des temps pour en faire l'historique.
Vous parcourez la nuit > les places , les rues et les quais de la ville , éclairés par ces
belles flammes sans huiles et sans mèches, sans suif et sans salpêtre ; sous la tulipe
radieuse d un bec de gaz , vous pouvez bien lire votre journal si l'envie vous en prend ,
et s. vous entrez dans une rue où les tuyaux en fer n'ont pas encore conduit cet air
combustible, et qu'un réverbère ancien style projette parcimonieusement sa lumière
rougeatre et enfumée, vous faites fi de cet éclairage du passé.
Vous battez le pavé dans vos courses, vos dames, finement chaussées de brodequins
recherchent soigneusement les trottoirs en asphalte, pour y poser leurs pieds plus ou'
moins mignons, sans penser à l'état de nos rues dans les siècles passés, et sans vous
inqu.eter de savoir comment les pieds de nos ancêtres se tiraient d'affaire quand l'au-
.' tourne avec ses pluies et ses brouillards, et l'été avec ses averses, inondaient nos rues
et quon ne connaissait pas encore ces toits portatifs en soie qui nous abritent. Si le
temps est trop mauvais et que vous ne possédiez pas équipage et chevaux, privilège
exclusif de l'opulence , vous vous placez commodément , pour le prix modique de quel-
ques centimes, dans une citadine qui s'arrêtera devant la maison que vous indiquerez.
astre e se>rflS qUelqU , eS J ° U1 ' S ^ Pré ° èdent ° U Sulvent Ia P loinc lune > l'éclairage de la ville est suspendu et cet
^Lr::;;i::;r ^ïr ner à la placc du saz; en T^^r nuagcsdc ^
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Mais si vous saviez cependant quelles peines il a coûté à nos ancêtres pour vaincre Éclairage
les habitudes invétérées de la routine, pour arriver au pavage et à l'éclairage de nos et pavage des n "' s
rues , vous les béniriez de leurs efforts.
On s étonne que dans une cité siriche, si opulente même, comme l'était Strasbourg dans
les temps passés, cité qu'Eneas Sylvius Piccolomini , plus tard le pape Pie II, plaçait
avec Nuremberg , Cologne et Augsbourg , au rang des belles villes de sa patrie , que
l'historien grec, Leonicus Chalkondylas, citait de même avec Nuremberg comme la plus
riche ville de l'Allemagne, dont Machiavel disait qu'elle avait beaucoup de millions
de florins dans ses caisses ; dans une ville qui fut chantée par les poètes de tous les
siècles et dont ils prônaient la force militaire, le bon ordre dans l'administration, les
institutions charitables , les lois sages qui la régissaient, on s'étonne, disons-nous, que
dans cette ville on ait pataugé dans les rues sales, non pavées jusqu'en l'an de grâce
1683, et que pas une seule lumière ne les ait éclairées jusqu'en 1770, aux rares
lampes près qui étaient placées au-dessus de la porte de l'aubergiste , du cabaretier ,
du brasseur et du pharmacien.
Lecteur, vous nous demanderez comment on s'arrangeait pour ne pas avoir les pieds
mouillés, les chaussures sales, pour ne pas être pris d'un rhume? — Nous vous
répondrons que les hommes de naissance roturière allaient modestement à pied aussi
bien que possible, etque les femmes suivaient leur exemple quand elles étaient obligées
de sortir. Les hommes de condition noble ou les membres du haut clergé allaient à
cheval ou à dos de mule, et les dames se faisaient porter en litière. S'il pleuvait,
on marchait à l'abri des nombreuses avances que projetaient les étages supérieurs
des maisons, ou bien l'on se couvrait d'un manteau de cuir ou de feutre, avant que les
carrosses fussent en usage chez nous, comme nous l'avons indiqué à l'article de
l'Hôtel du Corbeau. L'empereur Charles-Quint, quand il arriva en notre ville en 1552,
et que toute son armée campa dans les villages environnants, alla à cheval avec
toute sa suite, le soir, à Hœnheim, par une pluie battante, sous un manteau de
feutre ■ et cependant c'était un empereur qui faisait trembler le monde , qui aimait le
luxe et qui avait avec lui sa garde-robe et tous ses équipages.
Les premières traces de pavage de la ville que nous ayons trouvées , c'est sur la place
des Cordeliers (place Kléber), en 1555; plus tard, dans d'autres quartiers, comme par
exemple dans la rue de la Douane, où les commerçants avaient le Pflastergeld, droit de
pavage, à payer, et dans la rue du Dôme, dans laquelle on trouva en 1839, lorsqu'on y
plaça les conduits de gaz, un pavé complet, à quelques pieds au-dessous du niveau
actuel , et qui ne ressemblait en rien au pavé de grosses pierres carrées dont les Romains
ont laissé des traces dans notre province. Mais en 1683 , quand Strasbourg était devenu
ville française, une ordonnance du sénat, que nous avons trouvée dans les procès-
verbaux de la chambre des XXI , régla une mesure générale: elle enjoignit le pavage
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
etpavatSVue, ] "*.*"»,* a tmt Propriétaire, le long de sa maison , jusqu'au milieu de la rue H ce
dernier n exécutait pas l'amélioration prescrite , la ville s'en chargeait elle-même et
s en fa.sa.t rembourser les frais , sub executione, y est-il dit , par les propriétaires. Cepen-
dant le pavage, tout en facilitant singulièrement la circulation, et en rendant les rues
plus propres et plus saines, par la disparition des miasmes d'un terrain fangeux et
bourbes, eta.t encore incomplet; les gros cailloux pointus que l'on y employait, et
qui ont même rendu le pavé de Strasbourg proverbial , donnaient au terrain une sur-
face roca.lleuseetple.ne d'aspérités , ce qu, faisait beaucoup souffrir les pieds même fa.
moins délicats.
Depuis 1830 , l'administration municipale fit faire divers essais de pavage avec des
p.erres amenées des Vosges et du basait du Kaiserstuhl, mais leur cherté n'en permit
pe.nl ample, prat.que , et les cailloux que le Rhin, la Bruche et la Kintzig nous four-
rassent en abondance, sont restés en usage; par l'élêtement, l'emploi en devient plus
commode pour les p.etons, et cette manipulation, dont les débris servent avantageu-
sement a 1 amélioration des chaussées , n'augmenta que très-peu la dépense
Introduction des trottoirs , dont les premiers essais datent aussi de cette même
époque, a contribue beaucoup à rendre le mouvement dans les rues plus commode
Plus sur et plus propre. Divers essais aussi en ont été faits en bitumage , en dallage '
"s leX r^^ 6 ÏTK Gn bitUme Semb,ait êlre le PIUS ^ filab,e ' et - « -i
cas le plus sec ma.s le défaut d'entretien en a rendu en certains endroits l'usage dan-
gereux, jusque éveiller même la muse indignée d'un de nos savants professeurs qu
en une pétition en vers, a signalé le mal et invoqué la paternelle sollicitude dé
ladm.mstrauon mun.c.pale pour le faire disparaître. Profitons en attendant de
cette ameJ.oral.on, jusqu'à ce que le mouvement continuel de notre terre conduise
peut-être un jour nos arrière-descendants sous un climat plus chaud , plus sec , plus
agréable , moins brumeux et moins humide.
Nous venons de voir comment l'habitant de notre cité pouvait se tirer d'affaire dans
nos rues il y a quelques siècles, nous verrons quels moyens il employait la nuit
lorsque la vi le entière était plongée dans les ténèbres et que la lune n'avait pas pitié'
es pauvres umains, pour ne pas se heurter contre une masse d'avances de ca
d escal.ers , de bout.ques et d'autres angles plus ou moins saillants qui donnaient sur la'
voie pubhque. Comme l'administration n'avait pas eu soin de faire éclairer les ru s 1
eut au mo.ns celui d'y défendre la circulation tardive
he u ;T nCienS ' règ, rT tS ^ P ° liCe étaiem SéYèreS S0US Ce W « ^ver, à neuf
on 1 ' Gn 6te ' " ' Cha<ÎUe PerS ° mie n ° n P 01 ' teur d '" ne himi ère, ou masquée,
corns H; 11 T\ Par ,GS S ° ldalS dU gUeL LeS n ° CeS ' Ies feslins ' les *™P«"» *>
œrps et le bals dans les curies, poêles des métiers et maisons de particuliers, devaient
a s,x heures en hiver et à sept heures en été ; il est vrai que ces mêmes règlements
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 137
fixent le commencement des repas à onze heures du matin, même sous une amende Éclairage
de vingt francs inflige'e à l'aubergiste, si le retard provenait de lui, et un don au ot pavage de ° s rues '
bénéfice des pauvres à la charge des convives retardataires. On ne mangeait qu'une
seule fois, et il fallait avoir les organes digestifs bien solides pour pouvoir résister à
une action gastronomique d'aussi longue durée.
Nous nous étendrons autre part plus longuement sur ces minutieuses ordonnances
surchargées d'amendes , et nous continuons notre chapitre. Ce n'est qu'en cas d'incen-
die, d'alerte, d'attaque, que chaque citoyen était obligé d'éclairer sa maison, et sur
les places de ralliement , des torches de résine projetaient leurs lumières rougeâtres.
Aux clochers des églises de Saint-Guillaume, de Saint-Pierre et de Sainte-Aurélie , on voit
encore des bras de fer qui servaient à ce genre d'éclairage ; c'est là que les habitants
de ces quartiers se réunissaient en armes. Quant à l'éclairage individuel, chaque classe
de la population l'employait à sa manière; l'homme du peuple, qui sortait la nuit, por-
tait des copeaux résinés de sapin allumés; le bourgeois prenait une lanterne, et le
noble , le chanoine ou le prélat se faisaient précéder par un laquais tenant à la main un
flambeau. Plus lard, quand on roula carrosse, le flambeau était porté par un coureur
en livrée, qui, de l'autre main, tenait une grande canne de tambour-major, avec
laquelle il éloignait insolemment les passants pour faire place à la voiture de son maître ,
et le pauvre diable était obligé de rivaliser de vitesse avec les chevaux qui la traînaient ;
cet usage barbare a passé de mode , mais nous nous souvenons encore de l'avoir vu en
vigueur à la cour de Vienne, en 1818. Il nous reste, à quelques anciennes maisons
de maître, des traces de l'usage des flambeaux: ce sont de grands cônes creux en tôle
qui servaient à les éteindre.
Lorsque Strasbourg fut devenu ville française , et que le pavage général fut ordonné,
on voulut en même temps suivre l'exemple de la capitale et introduire les réverbères;
mais ce projet ne fut pas réalisé. Cependant, en 1728, il occupa de nouveau le sénat;
les corporations furent consultées, et la chambre des XIII et celle des XXI le prirent
en considération; mais comment en couvrir les frais? La population tout entière
allait jouir du bienfait de l'éclairage public, et pourtant les propriétaires des 3753
maisons qui composaient notre cité, devaient seuls supporter la charge de premier
établissement, en proportion des toises de largeur de leurs façades. Cet impôt, basé sur
un principe injuste de répartition, souleva contre lui la noblesse et le clergé, qui
possédaient alors les plus vastes et les plus belles maisons de la ville, comme nous
avons déjà eu et aurons encore souvent occasion de le dire.
Us portèrent plainte au gouvernement, et , par leur influence , l'arrêté du sénat futcassé
avec l'observation que Sa Majesté avait été très-mécontente en apprenant que le Magistrat
s'était arrogé le droit de créer un nouvel impôt, droit dont il ne jouissait plus depuis sa
capitulation, sans l'autorisation gouvernementale; les choses en restèrent donc là.
FAUBOURGS.
18
cm
10 11 12 13 14 15 16 17 li
19 20 21 22 23 24 25 26 27 2!
Ëclairege
et pavage des rues.
138 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Enfin, après diversautres essais aussi infructueux les uns que les autres, et grâce à
une brutalité qui fut commise dans la rue, à la faveur des ténèbres, sur une pauvre
fille, la servante du professeur d'histoire Lorentz , le maréchal de Contades, commandant
la province d'Alsace, levêque-cardinal de Rohan, le prince de Hesse-Darmstadt et le
prince Maximilien de Deux-Ponts, colonels de deux régiments en garnison en notre
ville, parvinrent, en 1778, à obtenir du gouvernement le fiât lux si désiré, par
l'autorisation d'éclairer les rues de la ville du 1er octobre au ler avril) depuis , a chute
du jour jusqu'à une heure du matin. Cette autorisation enjoignit à tous les propriétaires
de maisons de payer leur part de contribution, et n'en exempta aucune propriété, ni
publique ni privée '. Le prince de Deux-Ponts souscrivit pour 200 livres et s'engagea à
payer annuellement pour sa part la moitié de cette somme 2 . Une fois sorti de l'ornière
de la routine, l'éclairage delà ville subit des modifications progressives jusqu'à ce que
le gaz, a son tour, délogeât l'huile en 1839. Alors il y avait 523 lanternes à 1243 becs
qu, illuminaient la ville, avec 72 lanternes à 142 becs, devant les édifices publics; elles
coûtaient annuellement 52,000 fr. d'entretien payés à l'entreprise.
« Cette innovation si utile qu'elle fût, accompagnée de la mauvaise gestion des affaires publiques des charges
zssrjiïzsz e zr vévisme ' qui prit un — -**»—» - »- - e , iiss
Als unsre Stadt im Wohlsiand sass n 1 1. ■ ,
Quand l'aisance régnait en notre ville,
Da war es flnster auf der Strass ,
Doch als das Unglùck angefangén ,
Hat man Laternen aufgehangen ,
Damit der arme Bûrgersmann
Des Nachts zum bettlen sehen kann.
Wir brauchen die Laternen nicbt ,
Wir sehn' das Elend ohne Licht.
1 Après divers renseignements pris à Nancy et à Metz,
Il faisait sombre dans les rues ,
Mais quand le malheur commença ,
On alluma des lanternes ,
Afin que le pauvre bourgeois vît clair
La nuit pour pouvoir mendier.
Nous n'avons pas besoin de lanternes,
Nous voyons la misère sans lumière.
, ainsi qu'à Francfort s/M, le sénat, avec des délégués de
la noblesse c du cierge , fit un traite avec nn sieur Tourtille Sangrain, entrepreneur de l'éclairage de Paris de
IZTt t r treS p 1165 ^ CÔteS ^ FranC6 ' H f ° Urnit 49 ° la * UerneS aV6C H9S beCS > à »««» *» * liv,es la
pièce, d2,340 hvres. Poteaux , potences , boîtes , cordes , poulies, etc., 89G8 livres, total, 41,308 livres de frais
26 ZTJ T\ U PrîX ^ ''^^^ à hU " e dG C6S H9S beCS à 22 livres P° ur les six ««* ■ ™nta à
-6 290 livres par an. Les frais annuels de l'éclairage de la ville furent couverts par une partie de YAllmendgeld ,
cest-a-direpar des contributions que payaient les personnes qui avaient des propriétés bâties sur le terrain
ommunal ou en location de la ville , et par des sois additionnels par livre. La répartition , pour couvri les f
d établissement , fut faite de la manière suivante
G00 toises de façade , bâtiments du roi
en se basant sur le mode primitivement rejeté :
Livres.
à 31 sols 9 1/3 deniers 953
de la ville, id 3 g 91
de la bourgeoisie , id 30 833
du clergé, id ' 4 ' 083
de la noblesse , id \ 032
de l'ordre de Malte, id 325
de l'hôtel d'Andlau, id 41
de l'hôtel de Moyenmoutier, id
20,000 toises à 31 sols 9 1/3 deniers formant .
2,512
id.
id.
19,407
id.
id.
2,570
id.
id.
650
id.
id.
205
id.
id.
26
id.
id.
30
id.
id.
47
Suis,
Dénie
G
8
5
4
11
»
9
»
15
6
14
2
G
2
13
4
Total. . . . 41,311 \
Procès-verbaux de la chambre des XXI, 1778 et 1779.)
19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29
PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 139
Une compagnie lyonnaise traita le 27 juin 1 838 avec M. F. Schûtzenberger , alors maire Éclairage
de notre ville, pour l'éclairage au gaz; cette concession , faite pour dix-huit années, etpavage des rues-
commença à courir du 1 er janvier 1840. L'usine à gaz s'installa au Marais-Vert et
occupe un terrain de 50 ares. Dix fourneaux à trois cornues sont en état de fonctionner;
trois cuves servant de réfrigérants reçoivent successivement le gaz, qui passe de là
aux épuraleurs, pour se rendre ensuite dans les deux gazomètres, dont l'un contient
1800 et l'autre 1000 mètres cubes.
Le prix du mètre cube ou mille litres de gaz se vend à 54 centimes. Il est aussi livré
aux particuliers , par abonnement, à 6 centimes le bec et par heure.
Les travaux furent conduits avec une telle rapidité qu'audit jour, 1 er janvier 1840,
les rues des Grandes-Arcades, des Hallebardes, du Dôme, la rue Brûlée, celle de la
Mésange, les rues Mercière, du Vieux-Marché-aux-Poissons, la place Gutenberg et la
promenade du Broglie furent éclairées par cet air combustible. Dans les premières
années, on le préparait avec l'huile de schiste et de l'eau; mais l'entrepris©, qui fit des
pertes considérables, renonça à ce système et produit depuis 1843 le gaz par la
distillation de la houille, opération simplifiée et plus lucrative.
Ce mode d'éclairage a pris depuis une grande extension , et à la fin de 1846, époque
à laquelle nous avons écrit ces lignes , il y avait 17 kilomètres, près de quatre lieues, de
tuyaux en fonte de fer posés sous le pavé de Strasbourg, 377 lanternes à gaz éclairant
les rues , places et quais , 2548 flammes chez les particuliers , y compris 333 qui éclairaient
le théâtre, et il ne restait plus que 340 lanternes à 765 becs à huile au service de
l'éclairage; on les appelait des becs municipaux, comparativement à la lumière du gaz.
Aujourd'hui, quoique les canalisations n'aient plus continué depuis la fin de l'année
1848, ces tuyaux occupent 21 kilomètres d'étendue, auxquels il suffirait d'ajouter
encore 10,000 mètres, pour arriver à chasser le gaz souterrainement dans toutes les
rues de la ville, à l'exception du chemin de ronde au pied des remparts; 86 lanternes
ont été ajoutées aux 377, et le chiffre des becs desservant les maisons particulières
s'est augmenté progressivement de 2548 à 4821 , dont 4237 abonnés au compteur, 116
abonnés à l'année, et le reste au théâtre. L'entreprise doit s'attendre à une bien plus
forte consommation de gaz, quand les expériences pour faire servir cet air combustible
au chauffage et même à l'emploi de la cuisine, auront conduit à une théorie complète
et sûre; sous ce point de vue, nous signalerons les expériences progressives qu'a
faites eu notre ville M. Hugueny, pharmacien.
Les progrès incessants des sciences et des arts nous feront peut-être arriver un jour,
au moyen de la lumière électrique ou de toute autre flamme durable, à un mode
d'éclairage d'une intensité égale à celle des feux de bengale, et qui , du haut de la flèche
de la cathédrale et de quelques autres tours, illuminera la ville entière et fera à son
tour abandonner le gaz qui brille le soir dans nos rues.
18.
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19 20 21 22 23 24 25 26 27 2!
Marais- Vert.
HalIe-aux-Blés.
140 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Sous l'article Marais-Vert, nous avons parlé de la démolition de tout un quartier de
la ville, pour y asseoir la station du chemin de fer et le gazomètre. En faisant ces
démolitions, on découvrit au fond de la petite rue des Gerbes (Garbengâssel) , derrière
le gazomètre , des traces de l'ancienne chapelle zum elenden Kreutz , à la croix des
pauvres. Elle était de petite proportion, carrée et voûtée, et on y entrait par une porte
ogivale à accolades; l'intérieur était peint de guirlandes de palmes et de fleurs sur un
fond blanc avec quelques inscriptions allemandes, mais rendues illisibles par l'humidité.
A celte chapelle était adossée une maison à embrasures de fenêtres sculptées; au
premier étage, on voyait peintes en grisailles des colonnes entre lesquelles se trouvaient
des carrés en relief imitant les boiseries, et dans un coin de chambre, un arquebusier
mettant son arme à mèche en joue. Cet arquebusier, ceint d'une épée et portant la
cuirasse et le costume suisse à culottes à tonnelet, nous a rappelé la maison du tir
public établie au Marais-Vert jusqu'en 1480, où, pour cause d'accidents funestes arrivés
par les armes, elle fut transférée hors la porte des Juifs, au Schutzenrain , aujourd'hui
promenade du Contades.
Ne quittons pas ce quartier sans nous arrêter devant la Halle-aux-BIés, l'un des
monuments des temps modernes les mieux compris et les mieux exécutés, et qui se
distingue surtout par la hardiesse de la charpente de sa toiture, admirée par bien des
architectes touristes. Elle fut construite en 1826, sous l'administration municipale de
M. de Kentzinger, maire d'alors '. M. Villot , architecte de la ville , dont le nom s'attache
déjà honorablement à la construction du théâtre , en est le créateur. Ce beau bâtiment,
qui va bientôt perdre sa destination primitive , a coûté à la ville la somme de 406,147 fr.
payés en quatre annuités.
La série de maisons sises depuis le Marais- Vert jusqu'au faubourg de Pierre subit
aussi le sort de la démolition , quand on commença à exécuter le projet d'établissement
d'un quai sur la rive gauche du canal, sous l'administration de M. F. Schùtzenberger.
Parmi elles, il y en a une qui ne doit pas demeurer dans l'oubli, car un des hommes
vaillants qui ont illustré la cité de Strasbourg l'habita pendant son jeune âge. Elle
'M. de Kentzinger a été pendant quinze ans maire de la ville de Strasbourg; une notice nécrologique que lui
consacra notre compatriote, Th. Stœber, nous fera connaître le mérite de cet administrateur intègre-
nt. Antoine-François-Xavier de Kentzinger naquit à Strasbourg en avril 17S9; il fit ses premières études au
«coilege de Nancy. Fils d'un homme distingué par ses hautes connaissances dans la jurisprudence, il marcha sur
« ses traces et suivit la carrière du barreau , où il défendit ses clients avec autant de talent que de désintéressement
<■ En 1 ,90 ,1 fut nommé membre du conseil général et il y soutenait avec courage les intérêts de ses concitoyens.
« En 1 /92 il quitta sa patrie , sans prendre aucune part aux événements politiques du temps. Après le régime de la
« terreur , il rentra dans son pays natal et remplit les fonctions d'avocat près de la direction des douanes à Strasbourg
•< hans trahir sa consc.ence, il sut défendre le commerce contre les exigences fiscales; au milieu des tentations et
« ces promesses les plus séduisantes , il resta homme intègre, homme d'honneur, et sortit de cette administration
« es mains pures. En septembre 1815 , il fut nommé maire de Strasbourg. La salle de spectacle, le quai Kléber
«la lialle-aux-Bles, la communication du quai des Pêcheurs, l'Académie, etc., sont les monuments de son
« administration , qui de tout temps a été sage et paternelle. M. de Kentzinger aimait sincèrement les Slrasboui-eois •
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■
p,
' ■: : , :.
Ancienne Tannerie,
la danse des Paysans, (Zura BauernUnzJ ou fut élevé le général Kléb
er
Pa^e, 146.
An ci
enne maison au Coin du Font, el du Faubourg .de P
ierre
MB£gg99B£
PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 141
était située à la gauche du pont qui remplace de nos jours, à quelques mètres plus en
amont, celui qui conduisait dans la rue de l'Arbre- Vert. En dernier lieu, elle servait de
tannerie et conserva son ancien nom , zum Baurentanz , à la danse des paysans.
Jean-Baptiste Kléber, né le 6 mars 1753, y fut élevé par sa mère, qui s'était mariée
en secondes noces à un sieur Burger, propriétaire de cette maison. Ses parents étaient
alors loin de se douter qu'un jour cet enfant porterait le nom de son père à la postérité ,
en y attachant cette auréole de gloire militaire qui plus lard ceignit son front. Dans la
guerre de la Vendée, il fallut à ce républicain courageux, énergique, aussi bien que
généreux et juste, tout son génie pour lui concilier, à la tête du parti des bleus, l'estime
des blancs , qui leur étaient opposés , et ce fut son noble courage qui le rendit à Héliopolis
le sauveur de cette poignée de braves laissés par Bonaparte sur les sables arides de l'Egypte.
Si le poignard d'un musulman fanatique n'avait pas mis fin à ses jours, il eût été plus
tard envoyé en exil , comme Moreau , le vainqueur de Hohenlinden , car cette nature de fer
ne se serait sans doute pas pliée devant le manteau de pourpre de son ancien général.
Une révolution avait formé le héros, une révolution aussi devait rendre hommage à
son souvenir. L'armée française , en évacuant l'Egypte, avait emporté les restes embaumés
de son commandant en chef, qui furent déposés au fort de Lagarde, à Marseille; ils
y restèrent oubliés jusqu'en 1818, et furent transportés alors à Strasbourg, où les
caveaux de la chapelle Saint-Laurent, dans la cathédrale, les reçurent pendant
quelques années. Enfin , à l'aide des fonds que l'armée entière avait réunis dans ce
but, augmentés du produit de nouvelles souscriptions, on ouvrit plus tard un concours
pour l'exécution tardive du monument qui devait être élevé à la mémoire du héros
alsacien. Ce monument orne aujourd'hui une des places de sa ville natale, et sa statue,
exécutée par notre habile artiste Grass, représente les traits martials et héroïques de
cet homme de guerre, qui, sans sa fin tragique et prématurée, aurait, de l'aveu de
Napoléon même, pu seul conserver l'Egypte à la France. Le 13 décembre 1838, le
corps de Kléber fut transféré avec pompe de la cathédrale dans le caveau sur lequel
sa statue a été élevée et inaugurée deux années après '.
« il préféra la magistrature de sa ville natale à des fonctions supérieures et brillantes ; il fut l'ami , le conseil , le
« père de ses administrés , et , par sa fermeté inébranlable , il sut les garantir des réactions royalistes qu'un général
« et un préfet, de sinistre mémoire (le général Pamphile Lacroix et le préfet Bouthillier), cherchèrent à exercer dans
«nos murs paisibles, à l'instar des horreurs de Grenoble, Nîmes et Avignon. Grâce à son énergie et à sa force de
o caractère , le sang n'a pas coulé à Strasbourg. Durant son administration , M. de Kentzinger a fait beaucoup de
«bien et empêché beaucoup de mal.
« A la révolution de juillet , il se démit de ses fonctions de maire ; tout homme* d'honneur , n'importe son opinion
« politique , approuvera cet acte de probité et de délicatesse. M. de Kentzinger ne connut jamais la dissimulation ;
« dans toutes les circonstances , il sut maintenir sa dignité d'homme de bien ; quant à sa vie privée , elle fut consacrée
« tout entière au soulagement de l'indigence ; sa bienfaisance était aussi modeste que généreuse. Des malheurs
« cruels et désastreux fondirent sur lui dans les dernières années de sa vie ; sa force morale le soutint longtemps ;
« enfin , la faux impitoyable du temps trancha le fil de cette vie sans tache , vouée au bonheur de ses administrés et
«de sa famille: il mourut le 24 mars 1832.»
1 Fils d'un maître-maçon de cette ville, Kléber embrassa la carrière de son père et se rendit déjà à l'âge de seize
J. B. Kléber.
cm
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142 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS
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Ce ™ ™ , T r l aÇa<1CS m0de,TCS qUi ° nl ~* COmm « P» enchante,,.
Ion» d Z e ' e t ' 853, ° n arriVe danS h ™ d6S Mi « *««" h* le
loi 1 !""■'• " ' eXiS ' ait U " e VaS ' e Pr0priélé ' m0ins raMleste 1™ celle don,
nous venons de nous „eenpe r , e, qui donna le non, à cette n,e. De nos Jones, le terrain
1,1,77,"' SeS VaS,eSiardi " S 6St ™™^ ^ Pilonna, de Notre-Dame, avec son
P o r te d 0n M qU ,' T""' 6 ' aCl,aPe " e ' y " Ch ° isi "»*"' Paisibte; mais, dans la
propreté de M. de Wangen , à eôte, nous re.ronvons encore .ancienne maison de
vol-e à Z T , M SPira ' e ■"" m °" te da " S ' a '°" relle - D " s — »• "-se,
Z 1„ T ' qUe Pr ° P ™ lai '' e a ftil reSlaUrCT ' ' a *"« ™* te s ™'P'ée porte
ecusson de son cous.ructeur : deux marteaux de mineur en san.oic , avec deux éioiles
élZr T " ' e mi " éSime ,557 - IS ™' M ° nCkel é ' ait S0 " "°">^ lni e> son père
•hlelMl' rrr""" °" "l**"»™ °e « (B er 9terrai) , d'où.o» appela
I hôtel BergkerrenKof. Mnnckel aïs é,ai, alliéanx familleslesplus „o,ables de „o,re cité
a tome e,a,, a fille de lAmmeister Arg e, sa sœur é.ai, variée à Thiéban,, Jean é
Mundo shem, Stadtmeister de Strasbourg. Bôhler, dans sa Chronique contemporaine
nous dit qu „ eployau nu ,„ xe digne du seigneur le plus opulent, qne ses écurie é, Z,'
peuplées de chevaux superbes, que ses meubles étaient couverts de damas de
étoffes de s„,e , e, que sa table brillai, de vaisse„e eu argent ,e plus p„, En Zm^Te
insulte,, Kléterp "dSl« IvZ âdtr" *"""" d '"" e8 iean "' e »° s * « K * *• «Ja-
de, noble, c,,™ mneSddZmrï "«"^teiSMCo.ragemdév.aemeatl.iattiralareconnaiie
e. ,.n apttote S «*, I d. toZ M M™"T * "* "" li ' a "'' î * M °° iC,, ' °" " se «•**« P» »» '*»
M. d-A,„ce, ta p„«e ^ÎEr £££ÏÏK tria^^X^' "? "T" '
dans la Vendée comme général de divkinn, , ' " accom P a g na la garnison de Mayence
du Nord et dans c r d eTl e e ,-Me e VlSïïLÎ " tT ^ ^^ ° ^ ^ S ^ é °
Louvain, d U fameux poste «dT» X^ en S'" t ÏTV "T ^ ^^ *
emporta après onze jours de tranchée Fn 17Q^i n , , ' ' S ' ege devant Mœstricbt , qu'il
au succès de Jourdau ° dis b ^ a, — de 70r ," k^^ '" Rhin * DtiSSe ' d ° rf • COntribua Rudement
Francfort. En poursuit llTIi en tïi " S ^ ^ * BUUbaCh ' - '"»" d °
Dégoûté du service , i, se démit de son commandement retourna 1 ! s ce Tlis tïïîî "T^ , Can °"-
après le traité de paix de Campo-Formio, Bonaparte le choisit po^ ^ 1^ ".71^^ H'^fT-î
débarqua, devant Alexandrie le 30 inin 17QS Fn 170Q -, , . campagne dEgypte, ou il
f éralen chef aumont Thahol, r^Z^^^^^l^lJ^ ]{%£ " ^^^ f
1838 on ouvr 1 c " ^r d e I Se d T' 8 " ' ï V™ ^ ^ leS ^ du ^tier-général. Lorsqu'on
traits du héros mon flé ts ÏÏS .de ^ta 3 d Saint - L ; Urent ' °" P 0uvait ««« ^s-bien reconnaJe les
traces des trois coups de poignard qui avaient mis fin à ses jours.
19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29
1 "3P**Ç"
PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 143
rapport vraiment prodigieux des mines d'argent , de cuivre et de plomb dans nos Vosges Rue des Mineurs.
pendant le seizième siècle, avec sa valeur relative, il n'est pas étonnant que celui qui
les exploitait ait dû acquérir d'immenses richesses. Nous en parlerons encore dans
nos promenades dans la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines. Munckel mourut d'une mort
subi te en 1 569 , laissant en apparence une fortune très-prospère. Mais comme le proverbe :
Tout ce qui reluit n'est pas or , était vrai autrefois comme aujourd'hui , quand l'inventaire
fut fait, avec tout son crédit et son opulence, il laissa un passif excédant de beaucoup
l'actif de sa fortune. Il fut déclaré en faillite , et ses biens , meubles et immeubles, furent
vendus au profit de ses nombreux créanciers, qui perdirent cependant encore de fortes
sommes. L'hôtel du mineur fut alors acheté par l'archevêque de Spire, qui y établit
son pied-à-terre à Strasbourg; il resta sa propriété jusqu'au commencement du siècle
suivant, où il fut acquis par la famille des comtes palatins de Deux-Ponts, Veldenz,
Lautereck et La Petite-Pierre, branche latérale des électeurs palatins de Bavière, qui
avaient leur résidence dans l'opulent château dont nous admirons encore les ruines à
Heidelberg. Les chefs de cette famille , comme de celle de Birkenfeld , s'étaient convertis
au protestantisme du temps de la réforme et entretenaient de bons rapports d'amitié avec
la ville. En 1452, nous trouvons déjà dans nos annales une preuve des bonnes relations
qui existaient entre elle et ces dynastes par l'invitation que fit un comte de Veldenz au
sénat de tenir sur les fonts de baptême, comme parrain , un de ses enfants nouveau-nés.
Le sénat, flatté de cet honneur, envoya alors une députation composée du Stâdtmeister
G. J. Wurmser, de l'Ammeister P. Storck et de l'avocat général de la république, F.
Schmidt, au château de La Petite-Pierre (Lulzelstein) , pour assistera celte cérémonie;
la ville fit hommage au nouveau-né, comme présent de baptême, d'une chaîne d'or
à douze rangs avec un médaillon du même métal aux armoiries de Strasbourg.
La famille régnante de Suède était parente par alliance avec les comtes palatins; déjà
en 1578, Jean III, roi de Suède, passa par Strasbourg pour voir sa sœur Marie, mariée
à Jean-George, comte palatin de La Petite-Pierre; il logea alors, comme nous l'avons
indiqué, du 12 au 15 mars, à l'auberge du Petit-Cerf, près de la cathédrale.
Dans l'été de 1620, Gustave- Adolphe, dont la sœur Catherine avait épousé Jean-
Casimir, de cette même famille 1 , et qui venait d'être fiancé à Marie-Éléonore de
Brandebourg, vint faire un voyage sur le Rhin pour voir ses parents; il habita pendant
quelques jours notre hôtel. Pour conserver l'incognito aux yeux du public, il prit le
nom de Gars, nom composé des initiales Gustavus Adolphus rex Suevorum, Le beau
portrait de ce roi que possède la Bibliothèque daterait-il de celte époque ou de celle
où les Suédois envahirent le pays douze années plus tard ? Rusdorf , ministre de l'électeur
palatin ; raconte, dans une lettre au chancelier Oxensliern, l'incognito de ce prince et
1 Leur fils Charles-Gustave monta sur le trône de Suède en 1654; mort en 1660.
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19 20 21 22 23 24 25 26 27 2!
[
iU PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Rue des Mi„e„,. rentrelien suivant qu'il avait eu avec lui. Il lui dit : «Je m'appelle Gars et je suis
«capitaine dans la troupe du roi, mon souverain. Si jamais la fortune vous amène en
«Suéde, je me ferai un vrai plaisir de vous rendre tous les services qui dépendront de
«mon petit pouvoir., Rusdorf n'apprit que par la suite qu'il s était entretenu avec ce roi
chevaleresque. Quand ce souverain arriva sur le Rhin avec ses armées, pendant Ja
guerre de trente ans , il ne put revoir notre antique cité et le toit hospitalier qui l'avait
reçu. ^
Le 29 septembre 1 694 mourut dans cet hôtel , à l'âge de soixante-neuf ans , Léopold-
Lou,s, dernier mâle des comtes de Veldenz, Lautereck et La Petite-Pierre. Saviefutun
long tissu de malheurs , de procès de succession et de souffrances morales. Orphelin dès
sa plus tendre enfance , il fut élevé sous la direction d'un tuteur , et son jeune âge se passa
dans les orages de cette guerre trentenaire, qui lui enleva tous ses domaines; ils lui
furent restitues par la paix de Westphalie; cependant il n'en profita pas longtemps , car
.1 eut a sub.r la haine que Louis XIV portait à sa famille , haine signalée par le ravage du
Palatinat, cette tâche ineffaçable dans la vie du grand monarque; il vint se réfugier à
Strasbourg, après avoir vu séquestrer de nouveau tous ses domaines. Père de onze
enfants, dont beaucoup étaient morts en bas-âge, dont d'autres avaient trouvé une fin
prématurée sur les champs de bataille , il éprouva des chagrins domestiques qui vinrent
encore jeter le trouble dans celle vie agitée.
Sous la domination française de Strasbourg, le comte de Veldenz y avait conservé
sa résidence avec l'agrément du gouvernement; mais avec elle commença aussi la
réaction relieuse et la fureur des conversions. L'article 3 de la capitulation avait
garant, le libre exercice de la religion protestante aux habitants de cette ville- mais
I Eglise employa tous les moyens occultes et même publics, par les prêches et les
controverses, pour attaquer le protestantisme; elle dressa aussi ses filets autour de
la fam.lle de Veldenz et parvint à convertir leur fille Anne-Sophie, qui entra dans un
couvent. Happélius, dans ses Éphémérides, nous rapporte que l'aumônier du comte
dans un sermon exhorta ses auditeurs à ne pas se laisser entraîner, par des
promesses et des honneurs mondains, à changer de religion ; il les conjura de rester
fidèles a la foi de leurs pères et à supporter plutôt le martyre des huguenots français
que de changer. Le marquis de Montglas demanda, au nom de son gouvernement la
punition du courageux orateur, comme instigateur de l'hérésie. Le comte, sommé'de
quitter la ville, s'il ne voulait pas livrer son aumônier, s'exila avec lui , mais revint
cependant quelques années après pour mourir dans son hôtel , comme nous l'avons dit
ci-dessus , de même qu'en 1723 y mourut sa fille Dorothée, épouse de Gustave-Samuel ,
comte de Deux-Ponts. Après que son mari se fut converti à la religion catholique il
divorça avec elle, la même année de sa mort, et se remaria avec Louise-Dorothée de
Hotmann. Ces tristes commotions , engendrées de part et d'autre par l'intolérance et le
19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29
"■
de-Pierre.
PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 145
fanatisme religieux , excitées par les hommes de l'Église, avaient fait oublier les grands Rue des Mineurs,
préceptes de charité et de fraternité qu'enseigna le divin maître. Ce n'était autre
chose que les représailles du catholicisme contre le protestantisme, car, en 1588
l'arrière-grand-père du comte de Deux-Ponts avait chassé tous les catholiques de ses
États et y avait introduit le calvinisme.
Les bons rapports qu'entretenaient avec la ville de Strasbourg les membres de cette
famille, dont quelques-uns étaient entrés au service militaire de France, continuèrent
pendant tout ce siècle, et nos pères se souviennent avec plaisir du prince Max de Deux-
Ponts, colonel du régiment d'Alsace, que la fortune fit monter sur le trône de Bavière 1 .
Après l'extinction des Veldenz, leurs domaines furent morcelés et vendus, et l'hôtel
dont nous venons de parler fut acquis , au commencement de ce siècle, par M. Wangen
de Geroldseck, d'une ancienne famille noble d'Alsace, dont nous avons déjà rencontré
le nom dans nos récits. M. de Wangen a été maire de Strasbourg de 1806 à 1810, et
son fils aîné occupe encore l'ancien hôtel Veldenz.
En débouchant dans le faubourg de Pierre, nous avons vis-à-vis de nous , à côté des Rue du Faubourg-
magnifiques magasins de fer de M. Hey, qui attestent dans toute sa grandeur le
développement moderne de la fabrication de ce métal, la brasserie d'Alsace, n° 87.
Quoique de construction plus modeste que celle dont nous venons de parler, cette
maison a bien changé de face depuis; mais nous retrouvons néanmoins intacte la
partie de droite delà grande porte-cochère qui conduisait dans la vaste cour d'honneur,
et au fond la maison de maître avec son fronton , qui n'est plus en harmonie avec
d'autres constructions élevées depuis pour l'exploitation de l'industrie du propriétaire
actuel. Cette maison rappelle le nom du dernier membre de la famille Klinglin qui ait
habité Strasbourg. En parlant de cette famille à l'article de la rue des Juifs, nous avons
dit : « Son jeune fils, enfant de neuf ans, innocent des actions de son père, eut encore
« à subir les fatalités du destin ; nous en parlerons autre part. » Ce jeune fils embrassa
la carrière des armes, et arriva, par de hautes protections, au grade de maréchal-de-
camp et commanda comme tel en notre ville, sous les ordres du maréchal de Rochambau
quand la populace pilla l'Hôtel-de-Ville en 1789. Il était le constructeur de cet hôtel et
l'habita quand deux années après, lorsque la famille royale se prépara à quitter
secrètement le sol de la France, son dévouement lui fit accepter du marquis de
Bouille l'honorable mission d'exécuter une partie des ordres dans le plan de sa fuite;
mais l'arrestation de Louis XVI et de Marie-Antoinette à Varennes fit lancer un
mandat d'amener contre lui. Le général Klinglin eut encore le temps de se sauver et
prit rang dans l'armée de Condé, au delà du Rhin; l'hôtel fut alors vendu comme
domaine national. Son nom reçut une certaine réputation par la prise de ses fourgons
1 Voyez ville, rue Brûlée, division militaire.
FAUBOUROS.
19
146 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
RUe de-Pieïe° Urg ^ ar ^ hUSSards Ç ^™ ' sous »- «*»■ de Moreau , à Offenbourg, le 2 floréal an V
On sait que celle prise amena la découverte de toute la correspondance secrète entre
Pichegru, le prince de Condé, le libraire Fauché Borel. l'anglais Wickham et autres
chefs et intermédiaires , qui , en dévoilant la trahisou de Pichegru , compromit aussi son
ami Moreau et bien d'autres. Lors du licenciement de l'armée de Condé, le général
Khnghn fut nommé général-major au service d'Autriche et il mourut en émigration
Loin des intngues de la cour et des orages politiques qui ont pendant si longtemps
poursuivi ses pères, son fils vit aujourd'hui au delà des Vosges, à Plain-de-Valsch, ou
Valei lethal , propriétaire d'immenses forêts et d'une belle manufacture de cristaux et
nous lu, devons l'importation en France de la fabrication des verres de couleur dits
de Bohême, que la manufacture de Saint-Louis produit aussi avec tant de goût et de
variété dans les formes et les ornements.
Avant de quitter la rue du Faubourg-de-Pierre, entrons pour un moment dans cette
rue parallèle a celle des Mineurs , et qui conduit de même au Marais. Quatre maisons
la séparent aujourd'hui du canal ; deux ont été démolies quand on construisit le quai
et nous avons conservé en dessin celle du coin, près du pont, type d'architecture du'
seizième siècle, qui devient de jour en jour plus rare dans notre cité.
RuedetaToussaim. La rue de la Toussaint, si tranqui.le, si silencieuse, bordée de belles maisons avec
jardins, a conservé une physionomie aristocratique et une teinte de riante jeunesse.
reculé" Tr* etl ? T nCeS " ^-^^lenrséjour.Les monuments des temps
recules ont disparu a la fin du siècle passé, par la démolition d'une petite église et de
quelques bâtiments dépendants, dont la rue reçut le nom; cette église occupait le
terrain des maisons n<» 19 bis et 20. Elle doit son origine à l'un de ces vœux que l'homme
aune a faire quand le danger le menace, quand la crainte de la mort ou une grande
douleur le font rentrer en lui-même et le placent devant Dieu , le juge de ses actions ;
inspirations du cœur et de la conscience qui sont si souvent oubliées dès que des
moments plus prospères font espérer un meilleur avenir. Un Henri de Mùllenheim
peut-être le même qui fit construire à cette époque l'église de Saint-Guillaume, d'une'
famille dont la généalogie remonte au douzième siècle, et qui est arrivée jusqu'à nous
en la,ssant bien des souvenirs dans notre histoire, en fut le pieux fondateur. Il s'était
haWtée et Fes, e 1 m n ^ ^ "^ " "' y * P3S e " COre une dizaine d ' al ^es, la maison n» 4 était
Ï tri e Bau T 1 Z fTS ' ff ^ * '* " de ,h ' 0it ; dans celle n ° 6 • » * ^vait le »™™™ de
e^enco e hit Tr , Aufsdlla » er ' en face ' celui ^ ^ Barbenès ; celle portant le J. 46, était et
S "t d re ce ri récolte ÎT * ^ *■*"**» ' « " "° ™ *' "■"* * ^' P"*^*
a.recteur de 1 école de pharmacie. Cette rue était alors , comme on voit , la véritable retraite de la science.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 147
joint à ces preux chevaliers, ornés de la croix, que Louis IX entraîna au delà des mers Rue de la Toussaint.
dans sa sainte passion pour entreprendre la huitième croisade contre les infidèles,
dernier et vain effort pour leur arracher le tombeau du Christ, où ce roi trouva une
mort déplorable et son armée tant de misères.
L'histoire nous a laissé ignorer si c'est devant l'antique Carthage ou en défendant Saint-
Jean-d'Acre, dernier rempart des chrétiens, que Mûllenheim avait fait le vœu de
construire une église dans sa ville natale , s'il parvenait un jour à la revoir. Il put
retourner dans le sein de sa famille après bien des souffrances et réalisa son vœu en 1328.
Primitivement il y attacha une prébende pour sept prêtres, dont le nombre s'accrut
jusqu'à dix-neuf, par des donations subséquentes de Walter de Mûllenheim, en 1355,
et de sa famille.
Une inscription lapidaire au-dessus de la porte en avait conservé le souvenir :
DIES MVNSTER IST GEWIEDMET AVF PR1ESTER
VON HEINRICH VON MVLLENHEIM EINEM BVRGER
ZV STRASBVRG.
Le mouvement des croisades qui, pendant deux siècles, agitèrent comme une fièvre
belliqueuse la société européenne tout entière, depuis les rois jusqu'aux manants,
depuis les prélats jusqu'aux moines les plus obscurs, eut aussi son retentissement en
Alsace.
En 1095 , l'empereur Henri IV tint une diète à Strasbourg pendant les jours de Noël ;
exaltés parles prédications de Pierre-l'Hermite, des centaines de chevaliers descen-
dirent des châteaux forts de nos montagnes, et des milliers d'hommes, dans les rangs
du peuple, s'enrôlèrent avec eux dans les rangs des croisés. Au printemps de l'année
suivante plus de 80,000 hommes se réunirent en notre cité pour entrer en campagne;
l'évêque Olhon de Hohen-Stauffen et les comtes de Linange se placèrent à la tête de
celle armée, qui de là se mit en branle pour marcher vers l'Orient.
En 1144, saint Bernard prêcha chez nous la seconde croisade, et trois ans après,
l'empereur Conrad de Hohen-Stauffen, accompagné de son neveu Frédéric Barberousse,
d'une foule de comtes, de seigneurs, de barons et d'une nombreuse armée portant la
croix, quitta Haguenau , élevé par lui au rang de ville, et où il aimait à résider au
milieu de ses vastes forêts, théâtre du noble plaisir des chasses.
Les dissensions continuelles entre les empereurs d'Allemagne et les papes, les guerres
contre l'Italie qui en furent les conséquences, les pertes immenses que causaient les
croisades, soit en argent, soit en hommes, enlevés par le fer des Sarrazins, parles
fatigues, la faim, les maladies épidémiques, avaient ralenti de beaucoup cette ardeur
primitive , qui lançait les peuples d'Occident contre ceux de l'Orient, car peu de monde
19.
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148 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Kuede.aTo.sain, revenait de ces expéditions lointaines. En France, où elle était entretenue par la piété
un roi et par le caractère plus vif, plus aventureux et plus guerrier de la nation,
cette exaltation dura plus longtemps; elle se communiqua même des pères aux mères
et aux enfants, car près de trente mille de ces derniers quittèrent leurs familles
en 1213. L Allemagne fournit son contingent d'une vingtaine de mille de ces malheu-
reuses victimes de l'ignorance et des préjugés de leurs parents; ils se réunissaient en
longues processions, le bâton de voyage en main, croyant vaincre les armées du
ero.ssant par des hymnes religieux, chantés de leurs voix juvéniles, comme jadis le
son des trompes Israélites avait fait crouler les murs de Jéricho. Plus de seize cents
de ces enfants furent enlevés de cette manière à l'Alsace. Comme les antres jeunes
croises de l'Allemagne, ils se dirigèrent sur Rome, mais périrent presque tous de
misère .avant même d'avoir pu atteindre la ville éternelle, ou bien furent dépouillés
par des brigands et enlevés au troupean , pour ne plus jamais revoir leurs foyers. Ceux
de France subirent un sort plus triste encore: embarqués à Marseille , ils devaient être
condu.ts gratuitement en Palestine; mais deux des vaisseaux firent naufra-e et les
autres les transportèrent en Egypte, où des marchands d'esclaves, chrétiens comme
eux, les vendirent traîtreusement.
• TT°Z ■ VY ^ ^ k T0USSaint JUSqU ' à rép ° que de la réfo ™ e ' ce »e œuvre de la
pieté d un Mùllenheim avait compté dans le nombre des six églises de la ville auxquelles
étaient attaches des chapitres; les cinq autres étaient la cathédrale, Saint-Thomas,
Samt-Pierre-Ie-Vieux, Saint-Pierre-le-Jeune, Saint-Étienne. Mais l'église de la Toussaint
ne pouvait pas être élevée en chapitre collégial, la famille s étant toujours réservé le
droit de patronage et de nomination aux douze prébendes existantes alors
C est par la même raison , quand le dogme de Luther fut introduit en cette ville que
le sénat ne put, comme il lavait fait à l'égard d'institutions religieuses semblables
assigner aux biens de la Toussaint une autre destination pieuse ou charitable, sans
porter atteinte aux droits de tiers, la famille des Mùllenheim jouissant du droit de
bourgeoisie en cette ville, et dont quelques membres avaient adopté la nouvelle
doctrine. Néanmoins, divers conflits s'étant élevés entre cette famille, la ville et
eveche, relativement aux prébendes de la Toussaint, une composition amiable entre
les trois partis régla cette affaire en 1657. Les douze prébendes furent données à
titre d encouragement aux études, à six étudiants catholiques et à autant d'étudiants
protestants, après un examen constatant leur aptitude. Us étaient nommés par la
famille des Mùllenheim avec la sanction du Magistrat. Les choses en restèrent là
jusquen 1685, où l'église délaissée , après avoir subi des réparations, futrendue, par
ordonnance royale, au cuite catholique. Les Mùllenheim aussi revinrent au culte de
leurs arnere-grands-pères. La révolution fit vendre comme biens nationaux les maisons
qui en dépendaient, et l'église fut démolie.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 149
Après cette grande commotion politique de la France, le dernier prince-évêque, le KuedelaToussaim
cardinal Louis René de Rohan, avait émigré et était mort à Eltenheim, comme nous l'avons
indiqué dans les souvenirs qui se rattachent à celte petite ville badoise. Son successeur,
l'évêque constitutionnel Brendel, ne resta pas longtemps en place, car le régime de la
terreur vint abolir le libre exercice des différents cultes. La devise: Liberté, égalité,
fraternité, inscrite dans le code de l'Évangile, était depuis longtemps devenue un vain
mot dans l'histoire des hommes. La révolution française l'inscrivit de nouveau sur
son drapeau ; elle devait niveler et unir la société entière sous le point de vue politique
et matériel, de même qu'elle devait faire disparaître la différence des sectes religieuses.
Mais on voulut remplacer par l'action seule de la raison les sentiments du cœur, de la
conviction, de la foi qui gouvernent l'homme individuellement; c'est à la raison seule
que les temples furent consacrés, c'est la déesse de la Raison, la déesse de la Liberté
qu'on y adorait, et on vivait sous l'empire d'un despotisme sanguinaire; flagrante ironie
des plus saints et des plus nobles préceptes religieux et moraux!
De même que les préjugés, les abus, les erreurs qui se glissent lentement dans les
mœurs de la société, ne peuvent être extirpés d'un jour à l'autre, de même les
doctrines de la justice, de l'équité, de la charité, de l'amour fraternel ne peuvent s'enra-
ciner qu'avec le temps. Pour qu'une législation soit comprise, pour qu'elle soit efficace,
il faut aussi que les éléments qu'elle doit régir soient mûrs pour la comprendre ou la
supporter, et aptes à en profiter. Il faut une base solide, sur laquelle l'édifice social
soit construit pour empêcher qu'il ne s'écroule , ou qu'il ne soit à la merci des orages
politiques et religieux. La révolution qui avait bouleversé tout l'ancien édifice social,
ne trouva pas le terrain préparé pour s'y asseoir avec stabilité, et elle subit par
conséquent la force des circonstances.
Parmi les institutions qui vinrent bientôt surnager dans ce grand naufrage du passé,
l'Église se constitua de nouveau, mais sous d'autres auspices , sous d'autres conditions.
Le concordat que Bonaparte, premier consul, signa en 1801 avec le pape, créa de
nouveau, en France, soixante archevêques et évêques, et l'évêché de Strasbourg reprit
sa place; mais ce n'était plus pour avoir à sa tête un prince français ou du saint
empire germanique, issu de sang illustre, ayant sa garde prétorienne, et se nourrissant
d'un budget de plus d'un million, avec ses grosses prébendes; le nouveau prélat n'était
plus qu'un chef spirituel à la tête de son troupeau. Le premier évêque nommé à cette
dignité, après le concordat, fut Jean Pierre Saurine, auparavant évêque constitu-
tionnel du département des Landes, qui avait fait partie des États-Généraux, de la
Convention et du Corps législatif. Lorsqu'il arriva en cette ville le 17 prairial de
l'an X de la république , les biens du clergé avaient été vendus au profit de l'État , et le
prélat dut se loger momentanément dans le Grand-Séminaire, transformé en école de
médecine, puis dans la Grand'rue, n° 8, à côté du Poêle-des-Maréchaux , alors maison
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I
Rue des Cerceaux.
150 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Ruede.aToussaint. Brentano, puis il habita pendant quelques années, jusqu'à sa mort, la maison n° 8 de
la rue de la Toussaint.
Sa destinée ne voulait pas lui faire subir l'humiliation qui l'aurait attendu s'il avait
vécu une année de plus, car les Bourbons revenus sur le trône de France l'auraient
ev.nce de sa pos.Lon, à cause de ses principes politiques et religieux. Il mourut à Soullz,
dans le Haut-Rhin, en tournée de confirmation, le 9 mai 1813. Le siège épiscopal
resta vacant jusqu'en 1820 , où le prince Gustave Maximilien de Croï, grand-aumônier
de France, vint en prendre possession et s'installa dans le château. Dans l'intervalle le
d.ocese ava.t été administré par quatre vicaires généraux, capitulaires de la cathédrale.
Dans cette même maison dans laquelle ses fils tiennent aujourd'hui un pensionnat
pour préparer des jeunes gens à la carrière du commerce et de l'industrie J F
Aufschlager père, homme aussi modeste qu'honorable, écrivit son Histoire topogra-
phique et statistique de V Alsace, et beaucoup d'autres ouvrages qui servent avec fruit à
1 instruction secondaire. Aufschlager mourut en 1833 *.
Pour arriver à la caserne de la Finckmatt , après avoir passé le pont du faubourg il
y avait anciennement deux chemins; l'un que prenait la troupe, en marchant parle
flanc ou par pelotons, était celui du Faux-Rempart, qui communiquait en droite ligne
avec la caserne par un petit pont en pierre à une arche; l'autre y conduisait par la
rue des Cerceaux, ruelle étroite, sombre et sale, formée de maisons de construction
variée et b.zarre, dont le derrière donnait sur le fossé; elles furent démolies en 1845
et 1846 pour la construction du quai. Ce quai prit le nom de la rue qu'il remplace, et
qui avait été ainsi appelée d'un bain qui s'y trouvait anciennement: au Bain-des-
Cerceaux [zum Reifbad).
Quoique les neuf bains publics qui se trouvent à Strasbourg ne puissent pas être
comparés aux établissements élégants, confortables, que l'on rencontre dans beaucoup
de grandes villes, ils sont néanmoins tenus avec propreté et sont de beaucoup
supérieurs aux bains en usage du temps de nos ancêtres, et auxquels était aussi
attaché le privilège de la petite chirurgie; on y rasait, on y saignait, on y appliquait
des ventouses; deux bassins en cuivre jaune, autour desquels flottaient des bandeaux
en drap écarlate, formaient leur enseigne.
Avant 1634, les personnes aisées se baignaient dans des vannes en bois, et le peuple,
J Son gendre qui demeure dans la même maison , Charles Scinder, graveur, auteur des belles planches le Barde
devant une famtl.e roya e , la Fille de Jephté , !a Madonne du Corrége, commencée par notre compatriote Mûl.er , à
Pans et de beaucoup de planches gravées pour des publications en Allemagne, est le fils aîné du graveur Cl, L.
ZÏÏT tw ■ ^ f . a LiChtenthal ; le frère cadet > Édouard Seller, graveur, réside encore à Lichtenthal: leur
ZZ- T r he ° pMe . Schulei '> P eintre > était graveur aussi, mais a échangé le burin et la pointe contre le pinceau
m ,!; : ' " e ma ' SOn a l0gé aussi le colonel du S énie Épailly , dans les bureaux duquel se fit la belle carte des
MM lll r :T U ' e Fr l" Ce Ct le « rand - duchtl de Bad e, travail auquel s'attachent honorablement les noms de
MM. Iramel.n et Martener , officiers d'état-major, enfants de l'Alsace.
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Panorama de StradiourS FauhourSs. îaije 150.
Vue de l'ancienne rue des Cerceaux et de la Caserne de la ftnkmatt.
.
Le Marais vert.
Faiibtmi^s. Pa^je
Le Eundshof.
le TappenAof.
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 151
hommes et femmes, pêle-mêle, faisaient leurs ablutions dans des réservoirs murés et Rue des Cerceaux.
dallés, tels que nous les avons déjà décrits en parlant du bain des Juifs. Une ordonnance
de police de cette année changea cet usage en séparant les deux sexes; trois maisons
de bains furent assignées aux femmes et deux au service des hommes; les unes eurent
à leur usage les Drusen, Pflantz et Reifbad (bains de la lie, des plantes et des cerceaux);
les autres, les Rosen et Speierbad (bains des roses et de Spire), dont les rues portent
encore les noms , quoiqu'ils n'existent plus.
La caserne de la Finckmatt nous ramène à l'historique des fortifications. Nous avons La Finckmati.
vu que les faubourgs de ce côté avaient été compris dans l'enceinte murale de la ville
pendant le dernier quart du quatorzième siècle; la direction du mur depuis l'angle , à
droite de la porte de Pierre, appelé anciennement le Roseneck, jusque vis-à-vis de cette
vieille tour de fortification, au bout de la rue du Fort, appelée im Rausch, que nous
voyons encore sur le dessin en tête de l'historique des faubourgs, s'est conservée en
ligne droite; elle n'a subi aucun changement et forme de nos jours la courtine du
rempart. Une poterne qui donnait issue dans la campagne, à peu près à la hauteur du
commencement du corps de bâtiment intérieur de la caserne, en reçut le nom de
Rauscherthorlein , mais elle est supprimée depuis 1560.
Le terrain du dehors, appelé Finckmatt (pré de Finck) donna aussi le nom à la
caserne et à 1 ouvrage à corne extérieur. Ce mur, crénelé primitivement, muni de
galeries, était planté intérieurement de tilleuls; l'approche du dehors en était défendu
par un double fossé, entre lesquels un terre-plein, muni en dehors aussi d'un mur
crénelé, mais seulement à hauteur d'homme, servait de défense contre les attaques des
béliers, des catapultes et des balistes. Vers la fin du seizième siècle, ce terre-plein fut
rehaussé et transformé en rempart par Speclin, qui établit en même temps un cavalier
à la droite de la porte. En 1634, lors du troisième remaniement des fortifications par
l'ingénieur en chef suédois Mershauser, l'ouvrage à corne extérieur, avec ses deux
bastions, renforça les fortifications, mais il n'était qu'en terre gazonnée. C'est depuis la
domination française seulement que ce front a reçu un revêtement de murs en pierres
de taille, quand on'coupa les courtines pour isoler et établir le Fort-de-Pierre, dont on
peut encore voir les murs intérieurs avec leurs contreforts. Le fossé intérieur, qui était
resté, fut comblé à cette même époque, et sur son emplacement on construisit, depuis
1746 jusqu'en 1756, la vaste caserne, la plus grande en notre ville, et pour laquelle
Strasbourg contribua pour 760,000 livres.
Pour compléter l'historique des fortifications de notre ville , dont nous avons parlé
successivement, depuis notre départ du bastion derrière la fonderie, près de la porte
des Juifs, jusqu'au point où nous sommes arrivé, il nous reste encore à parler des
portes de Pierre et de Saverne, en jetant un coup d'œil sur les ouvrages extérieurs qui
existaient quand Strasbourg se rendit à la France.
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Porte de Pierre
Porte de Saverne.
152 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
La construction de la première tour forte sur le mur d'enceinte qui enclavait les
faubourgs et qui donnait ouverture vers Schiltigheim, de ce côté, date de 1440; elle ne
resta que quarante années sur pied , et nous montre quels ravages les inondations
faisaient en notre ville avant l'élévation de cette longue digue , le fossé de Ripperg, qui
la garantit depuis du côté du sud et sur lequel on donne quelques détails sous
l'historique de la plaine des Bouchers. Dans l'hiver de 1480, des masses de neige
étaient tombées chez nous et en Suisse ; au printemps , le dégel se fit subitement par des
pluies chaudes , et les eaux s'accrurent avec une prodigieuse impétuosité, comme de
mémoire d'homme on n'en avait pas eu d'exemple, disent les chroniqueurs. En peu de
temps , le Rhin , l'Ill , la Bruche et toutes les autres rivières descendant des Vosges et de la
Forêt-Noire, sortirent de leurs lits et transformèrent la plaine en une large nappe d'eau,
ravageant et désolant la campagne. La ville ne fut pas ménagée , les courants qui s'étaient
jetés dans les fossés de fortification minèrent les murs , et les eaux firent irruption par
les portes des Bouchers, de l'Hôpital et de Sainte-Elisabeth, traversèrent en torrents les
rues de la ville et s'écoulèrent par les portes de Pierre et de Saverne , qu'il fallut laisser
ouvertes jour et nuit; on circulait en bateau dans presque toute la ville. A cette
occasion, les fondements de la tour dont nous venons de parler, furent minés an point
qu'elle s'écroula le dimanche matin après la Saint-Jacques et écrasa dans sa chute la
maison de péage. Cet éboulement ne tua heureusement personne, tous les habitants de
cette maison s'étant trouvés en ce moment à la messe.
La porte de Pierre, surmontée d'une tour 'haute et solide, fut alors reconstruite
depuis 1486 jusqu'en 1516, et coûta à la ville 10,000 livres Pfenning. A cause de son
toit, couvert de tuiles vertes glacées, on l'appela la Tour-Verte. Plus tard, quand on
s'aperçut que cette masse de pierres si élevée ne servait en rien à la défense de la place,
et qu'au contraire, en cas de bombardement, elle pouvait faire beaucoup de mal en
secroulant, ou en démolit la moitié supérieure en 1549, et depuis elle resta dans
l'état dans lequel elle existe encore, abritant à sa partie supérieure le consigne
militaire, qui y tient son logement, comme sur la majeure partie de nos anciennes
portes.
La tour de la porte de Saverne et cette longue voûte décrivant une courbe sous
laquelle on passe , ne sont pas non plus d'un seul jet de construction ; l'art de
l'ingénieur y a successivement corrigé. La tour avec ses meurtrières et à grimace à
balle en bouche est de première création; à elle s'adossa dans le seizième siècle (1530)
à droite et à gauche le rempart; hors la porte, on arrivait par un pont jeté sur le fossé
dans une voûte qui passait sous la demi -lune défendant ce point. Dans les travaux de
fortification du dix-septième siècle, ce fossé intérieur fut comblé, et la demi-lune fut
liée au rempart par la continuation de la voûte chargée de terre jusqu'à la tour, et une
avancée fut construite au dehors. La construction de ce tunnel au-dessous du rempart
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La Porte de Saverne construite en 1530.
PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 153
est faite en briques , et nous remarquerons à ce sujet que tous les murs des fortifications
élevés antérieurement à l'occupation française de Strasbourg, sont construits avec ces
mêmes matériaux, tandis que pour ceux élevés depuis, on a employé le moellon piqué.
Comme nous l'avons indiqué dans l'historique de la Citadelle , le canal de la Bruche, Fortiflcaii
creusé alors, facilita beaucoup le transport de ces matériaux, tirés des flancs des
Vosges, tandis qu'auparavant la terre argileuse que l'on trouve à proximité de
notre cité, transformée en briques, cuites dans les tuileries de la ville, servait
a la construction civile, militaire et même religieuse; car nous ne possédons que
quelques églises élevées en pierres de taille, que, dans des temps reculés, l'espoir de
gagner le ciel au moyen de pénibles labeurs faisait transporter par des routes à peine
frayées sur le terrain de construction. Au fur et à mesure que les travaux de
fortification avançaient dans le dix-septième siècle, les remparts furent plantés d'arbres
fruitiers et les fossés peuplés de carpes. Les procès-verbaux de la chambre des XIII de
1636 mentionnent même la location des diverses parties des fortifications, au profit de la
caisse publique, à des particuliers, tels que jardiniers, cultivateurs, architectes et autres
qui y plantaient des légumes ou les transformaient en prairies. L'ouvrage à corne de
la Finckmalt, d'une superficie de vingt r trois arpents et demi, était loué à l'OEuvre-
Notre-Dame pour 50 florins par an.
En parlant de la Finckmalt, nous avons louché jusque-là le seul point des fortifications
extérieures delà ville avant l'occupation française; jetons un coup d'œil sur ce qui
existait alors, et laissons à Vauban et à ses successeurs le mérite de ce qu'ils ont créé
et amélioré depuis, et surtout celui d'avoir su employer avec art et discernement la
grande ressource dans la défense des places, l'eau, qui nous manque rarement. C'est
en fermant l'HI par la construction du grand bâtiment à cheval sur cette rivière et muni
de poutrelles, que ce savant ingénieur a su se rendre maître des eaux de celle rivière. La
défense les dirige à volonté par des écluses avec lesquelles elle peut donner des chasses
d'une force d'entraînement irrésistible dans les fossés des fortifications, en empêchant
en même temps l'approche de I'altaque souterraine des mineurs par des inondations
du sud au sud-est et au sud-ouest de la ville.
En fait d'ouvrages de défense extérieurs, il y avait, avant 1681 , des demi-lunes en
dehors de chaque porte, à l'exception de celle des Bouchers ou d'Austerlilz; un
demi-bastion construit par l'ingénieur Heer à la gauche de la sortie de 1*111 de la ville;
un aulre vis-à-vis, construit par l'ingénieur impérial Rumpler, remplacé depuis par
le fort Mutin; l'entrée du canal du Rhin et la porte Neuve étaient défendues par une
demi-lune et deux demi-bastions, mais la construction de la citadelle sur ce terrain
les fit supprimer; enfin , il y avait encore un bastion à gauche de l'entrée de la rivière
en ville, portant le nom de Deulsch-Bollwerk ; un ouvrage à corne entre les porles
Blanche et de Saverne, et un bastion qui défendait le front d'atlaque en dehors de la
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154 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
porte de Pierre, se liant à la Finckmatt. Tous ces travaux étaient élevés en terre-plein
et en ma Jeure partie revêtus de gazons sur les faces et sur les flancs.
ïvkemiikai're 16 Demère ces mu, s et ces fortifications, dont nous avons retracé successivement les
diverses phases depuis les siècles les plus reculés, la population guerrière a bravé
courageusement les attaques du dehors, et plus le danger était grand, plus elle trouvait
des ressources, soit dans des alliances qu'elle savait se ménager, soit dans ses propres
forces, dans la richesse de ses arsenaux et dans une législation sage, prévoyante et
energ.que. Quelques extraits des ordonnances du sénat nous démontreront quels
sacrifices la population s'imposait pour la conservation de son indépendance et pour la
défense de ses foyers.
Depuis 1 âge de vingt jusqu'à soixante ans chaque bourgeois était obligé d'être armé,
ainsi que nous lavons mentionné en parlant de la tribu des bateliers et des jardiniers •
lorsque casque et cuirasse, cuissards et brassards, glaive et massue d'arme, furent
mis hors d'usage par l'emploi plus meurtrier des armes à feu, il fut prescrit à chacun
d'avoir son arquebuse et son épée en bon état, et, lorsqu'il montait la garde de se
munir d'une demi-livre de poudre, de huit balles et de huit aunes de mèche. Le père
de famille devait armer ses fils, et même, en temps de guerre, ses domestiques et ses
ouvners , et celui auquel ses moyens pécuniaires ne le permettaient pas , recevait de la
ville des armes contre un cautionnement de 25 schellings ou 5 fr. par pièce. Outre les
troupes a la solde de la cité, qui étaient enrôlées par elle ou tirées des bailliages placés
sous sa domination, les étudiants qui fréquentaient en grand nombre son université
au seizième et au dix-septième siècle , étaient obligés de concourir à sa défense et ses
arsenaux s'ouvraient pour leur donner des armes et des munitions. La population
était d.visée, dans le principe, par tribus, qui marchaient ensemble au combat, plus
tard par quartiers, en compagnies, dont chacune était commandée par un capitaine,
un lieutenant, et avait un porte-drapeau en premier et un en second, deux sergents'
et sur neuf hommes un caporal (Rottenmeùter) , plus deux tambours ; un membre de la'
chambre des XXI avait le commandement en chef de la compagnie. Les nominations à
ces grades se faisaient par l'élection. Tout homme qui, en changeant de logement
allait habiter un autre quartier de la ville, était obligé de quitter sa compagnie pour
entrer dans celle de sa nouvelle circonscription ; il en était de même de l'officier, qui
néanmoins, conservait son grade en servant dans la nouvelle compagnie sous le titre
d'officier à la suite, jusqu'à ce qu'une place fût devenue vacante.
Pendant la journée l'habitant pouvait vaquer à ses affaires, et quand son tour de
garde arrivait , il allait individuellement , le soir, au poste auquel il était commandé , et
ne le quittait que le matin. Le sort décidait des postes de faction derrière les murs et
sur les remparts. Pour s'assurer de la vigilance des factionnaires, on établit, en 1567
a chaque guérite, une petite cloche qu'ils étaient obligés de mettre en branle quand on
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
155
sonnait l'heure, et de donner l'éveil lorsqu'ils entendaient sonner la cloche d'alarme. Règlement sur le
Ces mêmes précautions étaient prescrites dans les règlements {Wachtordnungen) de service mililaire -
1672, dont une particularité caractéristique mérite d'être notée. Il y était expressé-
ment défendu de s'entretenir au corps de garde de questions ou de discussions
religieuses, et d'y fumer ou , comme le portent les termes officiels, de boire du tabac
(Taback Irinken). Aussitôt que les hommes de garde, sur les tours des portes et autres,
apercevaient un mouvement hostile de troupes au dehors, soit de jour, soit de nuit, ou
quelque autre cause d'alarme, l'Ammeister en fonction, qui se trouvait toujours à
l'Hôtel-de-Ville , en était instruit; il tenait la clef du beffroi , et lorsque le son pénétrant
de cette cloche (Mordglocke) se faisait entendre , tout le monde courait aux armes et allait
se réunir sur les places de ralliement respectives. Les Ammeister, les Slàdlmeister et les
membres du sénat parcouraient la ville à cheval , portaient des ordres et s'assuraient
de la présence de la bourgeoisie à ses postes, ainsi que de l'exécution des ordres de
défense et d'attaque. En temps de guerre , les sénateurs faisaient, à tour de rôle, la ronde
sur les remparts avant minuit, et les échevins des diverses tribus après minuit; en
temps de paix, les premiers étaient dispensés de ce service, et les rondes de nuit
n'étaient confiées qu'aux échevins.
En énumérant les souvenirs historiques qui se rattachent à la Plaine-des-Bouchers, Phases militaires.
à l'article Pont-aux-Chats, à celui de la Krutenau, à Hausbergen et à divers autres
points des environs de la ville, nous avons déjà eu occasion de retracer la vie
militaire de nos ancêtres ; jetons encore un coup d'oeil sur les principales pages de cette
partie de notre histoire, alors que coup sur coup appel fut fait à leur patriotisme. Ce
n'est que grâce à sa sage législation et au courageux dévouement de ses habitants que
la république de Strasbourg a pu traverser cinq siècles, en faisant face à tant d'attaques,
que les iniquités humaines ont fait naître sur le terrain politique et religieux, et
cependant il n'y avait pas d'épaulettes ou d'habits chamarrés d'or à gagner sur les
champs de bataille, ni de décorations ou de croix, suspendues à des rubans de toutes
couleurs, à conquérir à la pointe de l'épée. Le citoyen se battait pour l'honneur de sa
ville, pour son indépendance, pour sa gloire, et déposait ses armes au foyer domestique,
de même que le chef de l'État se retirait dans son comptoir, dans son cabinet d'études,
dans son atelier, après avoir payé son tribut de zèle, de temps et de connaissances
à la cause publique.
A peine la ville de Strasbourg était-elle sortie de la lutte qu'elle avait à soutenir
contre son évêque, Frédéric de Blankenheim , secouru par les grands dynastes, ses
voisins; à peine s'était-elle libérée par le paiement d'une somme de 30,000 florins du
ban que l'empereur Wenceslas avait lancé sur elle à la fin du quatorzième siècle, que
déjà un nouvel orage s'accumula sur sa tête.
En 1415, les Strasbourgeois, avec quelques membres du grand-chapitre de la
20.
dSrHi
156 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Ph.es m i,i,,e, cathédrale, avaient fait prisonnier à Molsheim leur évêque , Guillaume de Diest, connu
par ses dilapidations des biens de levêche'*; ils le tenaient en chartre privée dans le
Pfennmgtkurm, et plus tard dans une chambre à côté du chœur de la cathédrale.
L archevêque de Mayence et le margrave de Bade arrivèrent en notre ville, en 1416
pour mtervenir en sa faveur, mais ce fut en vain ; des délégués du concile de Constance
ne furent pas plus heureux dans leur intervention , et ce ne fut que sur la réclamation
personnelle de l'empereur Sigismond et sous son sauf-conduit, qu'on relâcha le
prisonnier ; Guillaume de Diest se présenta alors comme accusateur devant le concile
et la v,lle fut excommuniée le 3 juin de la même année. L'intercession de l'empereur
qui reçut pour ce service la somme de 50,000 florins, fit lever le ban de l'Église le'
14 novembre de l'année suivante, et Strasbourg fut condamné, en outre des dépens à
payer a la chambre apostolique 6000 ducats ou florins d'or. Le prélat vindicatif rentra
dans sa d.gn.te, jurant une haine implacable à ceux qui avaient osé mettre une main
profane sur sa sainte personne. Alors commença pour les Strasbourgeois une série
d années bien orageuses, durant lesquelles leur indépendance et leurs droits furent
longtemps menacés, et qui mirent à une rude épreuve leur énergie et leur courage
car ils avaient un double ennemi à combattre. & '
En ,419 des plaintes très-graves furent portées contre la noblesse jouissant des droits
de bourgeon dans notre ville libre impériale, et qui, malgré le serment de fidélité
et cl obéissance qu a ce titre elle avait prêté, n'était pas moins hostile par ses actes à
cette puissance protectrice. Maintes fois, quand leurs intérêts personnels l'exigeaient les
nobles reclamèrent l'assistance du plus fort; d'autres fois ils s'alliaient aux ennemis
de la commune du dehors, ou regardaient avec orgueil et dédain ces bourgeois riches
et puissants par leur commerce et leur industrie. Pour mettre un terme à ces trahisons
et taire respecter la sainteté du serment, le sénat renouvela les règlements et les
ordonnances de 1332, de 1346 et autres, dont nous avons parlé sous l'article de la rue
Brulee. LAmmeister Rulmann-Barpfenning, et les Stâdtmeister André Wirich, Henri
de Mullenheim, René de Landsperg et Walter Baumann, à la tête du sénat, firent prêter
le serment de fidélité et d'obéissance à toute la bourgeoisie, même aux jeunes gens
au-dessous de vingt ans. Ceux qui s'en défendirent, quoique portés sur la liste de
a bourgeoisie furent déclarés parjures et déchus de leurs droits. En conséquence, il
leur fut s.gmfie de quitter la ville dans les vingt-quatre heures, et défense leur fut faite
de res.der dans sa banlieue et à sa proximité , d'y être propriétaires de maisons et d'y
co^t«r«^ U ^ ,e ' " fî ^ ° béré ^ deUeS l0rSq " e le Pape G ^° ire * le n 0mma à l-évéché
arriva *«MI»M 6 S0 " aDCien dr0it ' aV3it ë ' U Burcard > comte de la Petite-Pierre. En
pour avoir deFarSi il T, "^ ^ P ar Ies S»erres qu'avait eu à soutenir son prédécesseur •
e« les s Zln i z zt::^: s rr ^ï iage dpiscopai du km ^> ia ^* **2
1533 , où reloue Gui^ d e m^^t ^ ' ** ^^ * ^ "*" ^ h ™ ^«
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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
157
loger comme tels, et il fut interdit à tout citoyen, à l'exception des aubergistes, de les Phases militaires.
recevoir et de leur fournir gîte, nourriture et hospitalité quelconque.
Les Zorn, les Miillenheim, les Bserstett, les Endingen, les Kageneck et autres, au
nombre de trente familles nobles, quittèrent notre cité, et plus de soixante-dix autres
familles, stimulées par eux, suivirent leurexemple, renoncèrent aux droits de bourgeoisie
et se constituèrent hostilement, sous le nom de Chevalerie confédérée [Vereinigte Ritter-
schaft), hors de Strasbourg. Après l'évacuation de cette population riche et puissante au
dehors par ses alliances , le sénat prit un arrêté par lequel toutes ces familles seraient à
tout jamais déchues des droits dont elles faisaient si bon marché, à moins que celles
qui voudraient de nouveau les acquérir ne fissent amende honorable; leurs biens
furent saisis, et les troupes que le sénat avait pris à sa solde furent casernées dans leurs
hôtels abandonnés.
La noblesse rédigea contre la ville de Strasbourg un acte d'accusation en 64 articles,
dans lequel elle reprochait surtout aux Ammeister et aux différentes tribus des métiers
de s'être arrogés des pouvoirs qui ne leur appartenaient pas ; elle se plaignait aussi
d'avoir été dépouillée, sous un gouvernement devenu absolument démocratique, de
tous les droits et privilèges dont elle avait joui , et de ne plus posséder qu'un tiers des voix
dans le-sénat, tandis que les métiers jouissaient d'une majorité de deux tiers dans tous
les débats concernant les intérêts généraux de la cité, etc. Strasbourg se défendit
contre ces accusations, en faisant valoir, de son côté , ses griefs contre la noblesse.
Guillaume deDiest, profitant de ces graves mésintelligences, s'allia aux émigrés et
aux expulsés, et alors commencèrent ces petites guerres de ravages et de dévastations
dont le moyen âge nous donne tant d'exemples. Les pauvres paysans, encore serfs, et
dont les chaumières et les récoltes étaient dévorées par l'incendie ou saccagées par les
combattants, en furent les principales victimes. Dans les diverses rencontres qui s'en
suivirent, les chances de la guerre favorisèrent tantôt les uns, tantôt les autres; les
Strasbourgeois, voulant s'emparer de la petite ville deMutzig, furent battus par les
troupes épiscopales, et obligés de se retirer dans Molsheim, qui se trouvait alors entre
leurs mains; le château et le village d'Osthoffen, qui leur appartenaient aussi, furent
brûlés et ravagés; par contre ils s'emparèrent du château de Ramstein, à l'entrée du val
de Ville, propriété d'un Zorn de Bulach; avec l'aide des habitants de Dambach ils se
rendirent maîtres de celui de Bernstein, qui domine la petite ville de même nom au
pied des Vosges. Les castels et villages de Herrlisheim , d'Illkirch , de Kolbsheim , de
Wickersheim, de Wangen et autres, appartenant à la noblesse hostile, devinrent la
proie des flammes et de la dévastation.
Tous ces chocs et ces ravages des terres, plus rudes pour les gens à blason que pour
les Strasbourgeois qui se retiraient toujours derrière leurs murs après leurs excursions
engagèrent les deux partis à une transaction, conclue sous la médiation de l'archevêque
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158 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS
Ph.es mililaires . Conrad de Mayence et du margrave Bernard de Bade, et qui fut signée à Spire le
23 avril 1422.
Par cette transaction, néanmoins, la paix ne fut pas conclue avec l'évoque de Diest,
qui y était resté étranger, et le théâtre de la guerre s'étendit sur une plus vaste échelle
par la puissance des parties belligérantes qui se coalisèrent. L'électeur palatin du Rhin
ennemi de Bernard de Bade , profita de ces troubles , et s'allia contre lui avec les villes
de Bâle, de Fribourg, de Brisach et de Strasbourg. Celui-ci appela à son secours
1 eveque, les dynastes de Bitche, de Lichtenberg, les comtes de Salin et le duc de
Lorraine. Non content de rester sur la défensive, les Strasbourgeois fournirent un
contingent de 1,000 hommes et 100 bouches à feu*. Le pont du Rhin leur fut enlevé
momentanément par leurs ennemis, mais ils s'en rendirent de nouveau maîtres et
pour frapper d'un seul coup leurs plus rudes adversaires, ils portèrent leurs armes
outre-Rhm, sur le territoire badois et dans les bailliages épiscopaux. Ils marchèrent
avec leur artillerie sur Oberkirch, assiégé par le margrave de Bade, et le forcèrent à
a retraite après lui avoir enlevé dix de ses pièces ; le château de Mûhlburg, sur le Rhin
fui assiégé et pris, et les villages d'Appenweier, de Renchen, de Nussbach subirent h'
lorce de leurs armes.
Enfin , cette guerre désastreuse vit sa fin par l'entremise du même archevêque de
Mayence, qui fit signer la paix à Spire en 1429.
C'est pendant ces hostilités que nous trouvons la mention d'établissement de ponts-
lev.s et de herses aux portes de la ville; le système des ponts-Ievis a subi depuis de
notables changements , et les herses ont été entièrement supprimées. Silbermann nous
donne, dans son Histoire locale de Strasbourg, la description détaillée de celles qui
exista.ent encore de son temps, mais qui n'étaient plus employées.
En 1431 , les Strasbourgeois fournirent leur contingent à l'armée impériale, contre
Procope, le farouche chef des Hussites , et un grand nombre d'entre eux succombèrent
devant Nauenbourg.
Treize années après, une armée de 50,000 Français, sous les ordres du fils de
Charles VII, vint envahir l'Alsace, après la bataille de Saint- Jacques; pendant les six
mo.s que ces troupes occupèrent et dévastèrent notre province, les Strasbourgeois se
tenaient tantôt sur la défensive derrière leurs murs, tantôt sur l'offensive par des
sorties et des courses dans le pays ; c'est à l'attaque et à la prise d'assaut du château de
Mar enheim, le 17 décembre 1444, que leur Ammeister, Jean de Meislersheim et le
Stadtme.ster, Martin Zorn, trouvèrent une mort glorieuse. Le premier fut précipité de
^îztz^;:tzt mchsen! qu,il faudrait piutô1 traduire par grandcs ^^ ^ *» «« —,
re„o m Je ^r ; , °a Z^ZZ^ T f "^ f*"** 1- "» ville de Strasbourg, quoique déjà
nécessaire à la défense de à p ce " ' * ^^ * "* ^ de Can ° nS ' SanS COm P ter ''«
PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 159
l'échelle en montant à l'assaut; Je fossé étant gelé, la glace se brisa et il se noya; le Pbases militaires,
second mourut d'un coup de feu qu'il reçut au genou. Cette guerre porte dans nos
annales le nom de guerre des Armagnacs.
En 1474, la position de notre cité devint encore plus critique, et nous avons déjà
souvent eu occasion de parler des grands préparatifs de défense et des immenses
sacrifices qu'elle fut obligée de faire, pour résister à la puissance de Charles-le-
Téméraire , duc de Bourgogne. Dans ces campagnes , elle resta à la hauteur de l'ennemi
qu'elle avait à combattre, et des alliés dans les rangs desquels elle tenait une place
honorable.
Maint historien, en parlant de cette lutte entre les Suisses et le duc de Bourgogne,
a retracé les hauts faits d'armes d'une guerre dont le théâtre était loin de notre pro-
vince ; nous nous référons donc à ce que nous avons déjà dit des sièges de Héricourt et
de Blàmont, et des batailles de Granson, de Morat et de Nancy, d'où nos pères
revinrent couronnés de lauriers, couverts de nobles cicatrices, et chargés de trophées
et d'un riche butin *. Nous nous arrêterons plus longtemps sur les causes de ces guerres
qui avaient pris en partie naissance en Alsace.
Quand on visite la bibliothèque de Colmar, entre autres curiosités on y montre sous
verre une tête desséchée, dont des moustaches rousses couvrent la lèvre supérieure.
C'est, dit-on , celle du tyran qui, pendant six années, commit toutes les cruautés et les
exactions les plus révoltantes sur la population de cette ville; nous ne garantissons
pas l'exactitude du fait, mais nous pouvons assurer que c'est l'exécuteur des hautes
œuvres de Colmar qui a tranché la tête de Pierre de Hagenbach qu'elle doit représenter.
L'empereur Frédéric III, en 1469, avait engagé au duc de Bourgogne, pour la
somme de 80,000 florins, que celui-ci lui avait avancée, les terres que la maison
archiducale d'Autriche possédait dans le Haut-Rhin, et dont Ensisheim était le chef-lieu,
sous la condition expresse que toutes les villes et communes en général devaient
conserver leurs droits et prérogatives. Pierre de Hagenbach en fut nommé gouverneur.
Raconter les crimes et les atrocités commises par ce gouverneur, ce serait dérouler le
tableau de toutes les infamies qui dégradent l'espèce humaine: brutalités, viol, vol,
meurtre, rien ne fut ménagé pour pousser au désespoir les populations que la terreur
qu'il inspirait pouvait seul empêcher d'éclater. Il abusa des plus belles femmes du pays,
soit qu'il les trouvât au sein de leur famille ou dans le sanctuaire des couvents. A
Thann , il fit désarmer et jeter dans les prisons les notables de la ville ; trente d'entre
eux devaient avoir la tête tranchée , et l'exécuteur s'était déjà mis à l'œuvre en sa
présence, lorsque, après la cinquième tête abattue, les vociférations de la foule, qui
s'ameuta, empêchèrent la continuation de ces assassinats; elle délia les chaînes de ses
1 Voyez Faubourgs, page 15.
cm
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IF—
160 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Phases .inuires. concitoyens, qui, couverts de sa protection, eurent la vie sauve, mais leurs biens
turent confisqués*. Il séquestra les propriétés de la noblesse et des communes; les
Strasbonrgeois aussi furent en butte à ses actes de brigandage; il voulait leur défendre
ci élue le sénat et de mettre à la tête de la république un membre des corporations des
métiers Dans ses messages, dédaignant leur puissance , il les menaçait de les réduire
sous la dommation de son maître, Charles de Bourgogne, qui alors épuisait ses forces
mil.ta.res et sa patience au long siège de Nuys, près de Dùsseldorf, dont il ne put se
rendre maître; Hagenbach s'empara des propriétés de Strasbourg dans les vallées de
la L.epvre et de Ville et du château d'Ortenberg, à l'entrée de ces vallées
Enfin poussées à bout, les populations supplièrent l'archiduc Sigismond d'Autriche
de les délivrer du joug de ce tyran. Ce prince fit un appel aux évoques et aux villes de
Baie et de Strasbourg, à celles de Colmar, de Mulhouse, de Tûrkheim, de Schlestadt,
de Kaysersberg etc., et demanda à faire un emprunt des 80,000 florins que Charles
de Bourgogne lu, avait prêtés, afin de pouvoir dégager ses terres et rentrer dans s.s
propriétés U réussit à recueillir cette somme, qui fut déposée à Bà.e , mais Hagenbach
neta,t pas homme a lâcher la proie qu'il exploitait depuis si longtemps. Le fort de
Rnsach, sur une colhne aux bords du Rhin, qu'il avait occupé avec ses troupes va.onnes
iTv-r; tr PPm ^ ° Pérati011S mimaireS; fl * C ^ il « *«° s *rete'
B ris 1 i Tb m 7 aUente ' Une m ° rt **"***»*■ P - -ux fortifier
Rut; a i ; ; e creuser un ,ar§e fossé > ^^ ** *» -* d«
Ls bie"; u' 66 a œS traVaUX ' H V ° UlUt fairG fe, ™ e ' ,eS P° rt es et s'emparer
des inens de celle-ci, ma.s Vôgelin, capitaine de ses troupes, qui depuis longtemps
nava,ent pas reçu de solde, communiqua ce plan perfide aux habitants, les engagea •
s armer et a s emparer de son maître sur un signal donné. Ce coup de main rélsit, et
Hagenbach , les fers aux mains et aux pieds, fut jeté en prison. Cette heureuse nouvelle
lut aussitôt communiquée aux villes de l'Alsace et aux confédérés suisses, qui
envoyèrent a Brisach des délégués, pour se constituer en cour de justice, sous la
Hagenbach f t condamne a mort, et, après qu'un héraut d'armes lui eut enlevé tous
es ms.gnes de noblesse, il fut décapité dans la soirée du 25 avril 1474, à là lueur des
orches , et devant une affluence de plusieurs milliers de spectateurs. Délivrée dé son
Tù liTTrï' 1 i A1SaCG ' aIHëe aVGC ^ braVeS Cant ° nS SUÎSSes ' avec ,e -ntingent
de a ma-son d Autriche et avec René , duc de Lorraine , s'arma pour braver le courroux
la pu.ssance de Charlesde-Téméraire, et alors s'alluma cette guerre qui brisa l'orgueil
de'œ c^e^Ï n ^ n ° S Chr ° ni <ï"; *«"*" **— à .a femme de Pierre de Hagenbach la cessation
r
PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 161
de ce prince hautain , et qui finit après qu'il eût trouvé la mort sur le champ de bataille Phases militaires.
de Nancy *.
Nous ne nous arrêterons pas aux hostilités qui éclatèrent de 1446 à 1448 entre les
Strasbourgeois et les comtes de Fénétrange, ni à quelques autres démêlés de peu
d'importance qui obligèrent ceux-là à mettre les armes à la main; ces hostilités
eurent pour résultat le siège, la prise et la démolition du château de Wasselonne,
événements dont nous avons parlé ailleurs 2 .
Avec le siècle suivant commence une ère nouvelle dans l'histoire. L'aspect politique
de l'Europe s'élargit dans des proportions plus grandioses; les petits Étals, représentés
par les princes de l'Église , les évêques et les prélats, par les comtes et les barons, par
les villes et les communes jouissant de leur forme gouvernementale indépendante; en
un mot, l'individualisme politique, qui avait régi l'Europe pendant des siècles, est
obligé de s'incliner devant deux hommes qui se disputent la monarchie universelle.
Pleins d'ambition tous les deux, l'un, de sang allemand et espagnol , avait aussi les
qualités qui caractérisent ces deux peuples; doué d'une haute intelligence, ferme et
constant dans ses entreprises , usant parfois de ruse et d'astuce , il eut le dessus sur son
rival; celui-ci, de sang français, généreux, brillant, chevaleresque, d'une action
prompte et hardie, ne possédait pas les qualités qui font réussir les plans souvent
mystérieux de la diplomatie. Charles-Quint et François I er se disputaient la couronne
de l'empire germanique, devenue vacante par la mort de Maximilien; le premier
emporta le suffrage des princes électeurs, et réunit sous son sceptre l'Espagne, les
Pays-Bas et l'Allemagne.
Cette puissance et cette unité politique , qui s'étaient fait jour par le génie de Charles-
Quint, étaient cependant neutralisées par le schisme de l'Église. Luther et Zwinoli
étaient les deux champions qui commençaient à miner, par leurs doctrines de libre
examen, les fondements solides du catholicisme défendus par les deux rivaux.
Si , pendant tout le seizième siècle , l'histoire de la ville de Strasbourg ne nous fournit
plus que très-peu d'exemples de ces petites guerres, dans lesquelles elle était si
souvent impliquée , et qui se vidaient les armes à la main par le ravage des campagnes ,
pour ainsi dire sous les yeux de notre cité même, c'est que son individualisme
politique s'était aussi absorbé dans les grandes questions d'État. Rapprochée de la
France, elle fut flattée par les missives et les témoignages réitérés d'estime et d'affection
que François I er et ses successeurs adressèrent à « leurs chers et grans amys, confédérez
et alliez , les maître et sénat de la république de la ville de Strasbourg » ; d'un autre côté,
ménagée avec une soupçonneuse inquiétude par Charles-Quint , elle était néanmoins
1 La tradition rapporte que c'est un membre de la tribu des boulangers de Strasbourg qui doit l'avoir tué dans
les marais des environs de la ville.
2 Voyez Ville, pages 59 et suivantes.
FAUBOURGS. 21
10 11 12 13 14 15 16 17 li
19 20 21 22 23 24 25 26 27 2!
*- —
162 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
*- — ■ obligée de fournir son contingent en troupes et en effets d armement , et avait à payer
sa part de l'empire*. Mais, dans les questions religieuses, elle conserva sa position
indépendante en prenant fait et cause, tant par les secours en hommes qu'en argent
quelle envoya aux princes et villes alliés, pour la défense des nouveaux dogmes
de Ja reforme auxquels elle avait adhéré dès le principe.
Les chaires de notre cité retentirent alors des disputes ardentes et envenimées que la
o, religieuse faisait naître dans ses controverses, mais les champs de bataille sur
lesquels se vidaient ces questions religioso-politiques étaient loin de nous
S, .comme nous l'avons déjà fait observer autre part, l'Alsace eut considérablement
a souffrir du séjour momentané et du passage des troupes enrôlées dans les armées
belhgerantes , soit françaises , soit allemandes , soit catholiques , soit protestantes, notre
eue n était pas moins obérée par les charges que ces occupations militaires faisaient
peser sur les communes rurales formant ses bailliages et par les nombreuses troupes
qu elle tenan à sa solde pour garde,- ses murs et pour tenir en respect ces divers corps
de reitres et de lansquenets de toutes nationalités qui rôdaient à l'entour, avides de
pillage et de rapine.
Malheureusement pour lui, vers la fin de ce même siècle, le sénat de Strasbourg
perdu de vue un sage axiome qui y avait pris naissance, qui lavait toujours guidé et
devait I avertir du mauvais pas dans lequel il s'engagea sous l'inspiration de son clergé*
Une guerre digne des temps de la féodalité en fut la triste conséquence
A l'h.storique du Gûrtlerhofet du Bruderhof*, nous avons déjà eu occasion de retracer
la pos.t.on dans laquelle se trouvait Strasbourg dans ses rapports avec le grand
chapitre, scindé en deux fractions , qui se disputaient avec archarnement leurs intérêts
financiers et temporels sous le manteau de la religion.
A travers les siècles, la ville s était affranchie de la puissance temporelle de ses évoques
tantôt par les armes, tantôt en se libérant par de grosses sommes payées au fisc
ep.scopal, tantôt en profitant adroitement des positions critiques dans lesquelles ses
1En J5J2, elle donna à Charles-Quint douze pièces de gros calibre pour le siège de Metz- elle lui avait enW.
zxzrjzz : surs- îe™ z:è tr? L «
-Quand lansquenets font festin ,
Que clergé se mêle du mondain ,
Quand femmes tiennent rênes en main,
Tout arrive à mauvaise fin.
Wo Reiter und Landsknecht sieden und brateh ,
Wo Pfaffen in weltliche Sachen rathen,
Wo Weiber fûbren das Régiment,
Do giebt es selten ein gutes End.
"Voyez Ville, pages 53 et 94.
19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29
PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 163
chefs spirituels étaient engagés par les guerres qu'ils avaient à soutenir comme chefs Phases tmtomœ.
temporels et landgraves d'Alsace. Par le schisme de l'Église, a» commencement de ce
siècle, elle était de même devenue indépendante de leur pouvoir spirituel et nommait
et installait son clergé, appartenant, par un arrêté du sénat, aux rangs de sa
bourgeoisie. Le sénat était le chef de l'administration politique, tout aussi bien que de
l'administration ecclésiastique de la république, et les membres du chapitre de la
cathédrale se trouvaient absolument, comme princes de l'empire, en dehors de ses
pouvoirs, comme en dehors de ses intérêts. Si ce corps politique avait suivi le conseil
de l'empereur Rodolphe II, il serait resté neutre dans ces conflits entre les intérêts des
chanoines catholiques et des chanoines protestants. Il avait longtemps employé son
influence à concilier les deux partis , mais enfin , mal influencé et mal conseillé , il eut
le tort de se mêler de ces disputes, et la ville et le pays payèrent chèrement la part
qu'ils y prirent.
Le 2 mai 1592 , l'évêque J. de Manderscheid mourut d'une mort subite à son château
de Saverne. Les sept chanoines catholiques qui s'y trouvaient , firent aussitôt part de cet
événement à l'empereur, qui leur enjoignit de surseoir à la nomination d'un successeur
jusqu'à ce que des commissaires impériaux eussent réglé la position respective des
deux partis intéressés prétendant à la succession. Les chanoines de Saverne, comme
il fallait s'y attendre, refusèrent de venir à Strasbourg, afin de concourir, avecl eurs
collègues du parti opposé, à l'élection d'un évêque, et ces derniers, au nombre
de huit, se réunirent en conclave dans la cathédrale, occupée par la bourgeoisie en
armes et armures le 30 mai , et élirent comme administrateur postulant à l'évêché et
landgrave d'Alsace Jean-George, fils du margrave Joachim de Brandebourg. Il fut de
suite proclamé comme tel et conduit dans les formes usitées au château épiscopal,
où le sénat lui offrit les dons que la ville était dans l'habitude de faire dans ces
circonstances.
Le cas d'une vacance du siège épiscopal était depuis longtemps prévu , et les partis
s'étaient préparés à soutenir, les armes à la main, leurs prétentions. Bientôt après cette
élection , le 4 juin , les portes de Strasbourg furent fermées le soir à quatre heures , afin
que toute communication fût rompue avec le dehors, et dans cette même nuit sortirent
par la porte de Saverne quatre compagnies de troupes à pied avec quatre-vingts
cavaliers et treize pièces d'artillerie, qui allèrent camper le malin autour du château
épiscopal sur le Kochersberg, et sommèrent sa faible garnison de quinze hommes
d'armes et six paysans à le remettre entre leurs mains, ce qui eut lieu après qu'on eut
échangé quelques coups de canon. Trois jours après, les troupes s'emparèrent de la
petite ville et du château de Dachstein , des castels de Geispolsheim, et à la sommation
qu'on fit à Saverne de se rendre aux troupes brandebourgeoises, il fut répondu que
cette ville ne se soumettrait qu'après décision impériale.
21.
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164 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Phases mfc . Le 10 juin, les sept capitulais à Saverne, réunis en conclave , élurent , de leur côté
e cardinal Louis de Lorraine, évêque de Metz, comme successeur de J. de Manderscheid ;
Us envoyèrent un trompette avec un héraut d'armes à Strasbourg pour communiquer le
résultat de leur élection et sommer les chanoines luthériens de rendre les villes et
places fortes episcopales dont ils s'étaient emparés; ceux-ci s'empressèrent de faire
occuper militairement les autres villes, et le 15 les troupes brandebourgeoises se
rendirent maîtres d'Enté». Ces occupations eurent lieu pour ainsi dire sans opposition
et sans que l'on rencontrât un ennemi à combattre. Mais bientôt les forces lorraines
descendirent de la hauteur de Saverne et occupèrent celle ville et le château de
Haut-Barr; les paysans des divers bailliages épiscopaux furent requis pour conduire
lart.llene de siège et de campagne devant servir à défendre cette place et la ville de
Molshe.m et aux opérations ultérieures. Des patrouilles lorraines infestèrent déjà le
pays et vinrent se montrer sous les murs de Strasbourg; le premier combat sérieux
eut lieu a Schaeffolsbeim, occupé par une compagnie de troupes brandebourgeoises
qui fut surprise et baltue après une vive défense par 600 lanciers et 1,000 arquebusiers'
lorrains, et le malheureux village devint la proie des flammes.
Les hostilités une fois commencées, les armées se renforcèrent de part et d'autre
Au sud de Strasbourg, les villages d'Illkirch et de Graffenstaden, défendus par 1111
devinrent un point de ralliement pour les troupes et un camp fortifié , de même que là
RoW.sau el ]a Wantzenau un aulre ^ de fmmmm au nûrd . Au mois de -^
500 hommes du Brandebourg avec 160 cavaliers passèrent le Rhin ; le 30 du même mois,
J000 Suisses firent leur entrée à Strasbourg et furent logés chez les bourgeois de la ville ■
d autres contingents arrivèrent d'autre part pour les capitulaires intéressés, et grand
nombre de cana.lle, lansquenets et reitres vagabonds, vinrent s'enrôler pour passer à
1 .ennemi et s'y enrôler de nouveau. Les Guises, avec leur armée aguerrie, envoyèrent
des secours à Louis de Lorraine ; la guerre commença , et une armée d'une vingtaine de
nulle hommes de part el d'autre ravagea et dévasta le malheureux pays. Le château
du Kochersberg fut repris par les Lorrains et la garnison massacrée; Dachstein
Geispolsheim et Erstein se rendirent de même aux troupes lorraines.
Le 7 du mois d'août, un corps d'armée strasbourgeois investit la ville de Molsheim
et commença à en faire le siège avec une nombreuse artillerie; mais habitants et
garnison se défendirent avec vigueur, et les assiégeants se retirèrent, après que les
Lorrains eurent surpris, pillé et brûlé, entre Dûtllenheim elEnsheim, un convoi
de vingt-quatre voitures , chargées de vivres, de munitions et de 10,000 florins, devant
servir a la solde de la troupe. Ce convoi était accompagné du sénateur J. Zeysolff,
PhUil! ie !l2 il ^M T 7 ChS r SdeWaIdpUrg ' ÉV1 ' ard Ct Arnold ' COmles de Mandcrscheid-Blantenheim, Jcan-
19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29
■7
PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
165
payeur du Bruderhof, d'une trentaine de cavaliers et d'une compagnie de troupes, Phases militaires.
dont la majeure partie fut massacrée ou faite prisonnière; ZeysolfT dut se libérer par
une forte rançon 1 .
De part et d'autre celte guerre fut dirigée sans méthode et sans plan stratégique ;
c'étaient des marches et des contre-marches depuis le Rhin jusqu'aux montagnes; ces
corps se dirigeaient ordinairement du côté où l'on savait ne pas rencontrer l'ennemi ,
et ces campagnes de quelques jours finissaient par des escarmouches entre quelques
centaines d'hommes, et surtout par le pillage et l'incendie qui frappaient les malheu-
reuses gens de la campagne. L'armée lorraine avait l'avantage d'être commandée par
des hommes de guerre expérimentés, tandis que l'armée confédérée, formée d'éléments
hétérogènes, n'avait personne qui sût diriger ses opérations; les Strasbourgeois
reprirent néanmoins courage à l'arrivée du prince Chrétien d'Anhalt, qui vint de
l'intérieur de la France, où il avait commandé un corps subsidiaire, et auquel on
confia le commandement en chef des troupes confédérées. Toutefois cette centralisation
sous un chef expérimenté ne tourna pas à l'avantage de leurs armes; il est vrai que
Molsheim, assiégé une seconde fois, fut forcé de capituler, fait d'arme le plus brillant
de cette guerre désastreuse, dont le théâtre s'était étendu depuis Rhinau, Benfeld et
Dambach, au sud, jusqu'à Hochfelden, Haguenau et le Rhin, au nord. Mais les
communes de Rhinau, de Barr, de Schaeffolsheim , de Wasselonne , de Dorlisheim, de
Wolxheim, d'Ergersheim, de Weyersheim , sans compter des centaines de maisons
isolées, étaient devenues la proie des flammes; les cruautés les plus atroces avaient été
commises de part et d'autre sur les hommes de guerre comme sur les campagnards,
dont grand nombre avait cherché un refuge en ville. Pourchassés, molestés, pillés à
tout moment, frappés de contributions écrasantes, il ne restait pas même à ces derniers
les moyens de cultiver leurs champs, et quand arriva le temps de la moisson, où un
bien petit nombre pouvait espérer encore de rentrer une faible récolte, des cavaliers
fourrageurs l'avaient coupée en herbe pour en nourrir leurs chevaux. Même nos
jardiniers , sous le canon de la place , ne pouvaient sortir qu'en troupes et armés et
tout à l'entour on avait coupé les arbres et rasé les maisons pour éclaircir la vue et
garantir la ville des surprises de l'ennemi. La misère et la famine étaient à leur comble,
et le sac de blé se payait au prix exorbitant de 70 à 100 fr., valeur d'argent
d'aujourd'hui.
Pendant tout le temps que durèrent ces hostilités, des commissaires impériaux
' Il doit encore exister entre les mains de la famille Zeysolff, descendant de ce sénateur, une lettre adressée par
lui à l'Ammeister Abraham Heldt de Strasbourg /dans laquelle il dépeint sa triste position , les dangers qu'il a courus
et demande qu'on lui rende la liberté en envoyant la rançon exigée par les Lorrains. Nous avons vu cette lettre dans
le temps, mais il nous a été impossible de la retrouver, et nous saurions gré au détenteur, si elle existe e
de nous en donner communication. '
10 11 12 13 14 15 16 17 li
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166 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
Phases m iiiiaires. allaient de Strasbourg à Saverne et de Saverne à Strasbourg, dans l'intention de faire
déposer les armes et d'arriver à un arrangement par voie de conciliation. Des délégués
des villes libres impériales d'Alsace et des cantons suisses, craignant que la guerre ne
vînt s'étendre sur tout le pays et détruire complètement les récoltes, offrirent de même
leur appui à une transaction amiable; mais tout fut en vain , et si , d'un côté , le cardinal
Louis de Lorraine se montrait disposé à accueillir des paroles de conciliation, le sénat
de Strasbourg renvoyait aux chanoines du Bruderhof et ceux-là au sénat; personne ne
voulut avoir tort, et rien ne put se conclure. Les troupes suisses, qui aimaient à se
battre franchement en pleine campagne , fatiguées d'une guerre sans honneur et sans
gloire pour eux et surtout sans résultat, demandèrent à rentrer dans leurs foyers, et
furent rappelées en décembre et en janvier. Pour les remplacer, le margrave Ernest-
Frédéric de Bade passa le Rhin avec une armée de 2,000 hommes à pied et de 900 à
cheval, qui ne furent pas plus heureux que leurs devanciers et qui se mirent à piller
ce qui restait encore à prendre.
Enfin , quand la discorde se fut introduite au sein du sénat par des accusations
réciproques sur cette guerre calamiteuse, que la bourgeoisie se vit obligée de donner
son or, son argent et ses métaux pour frapper monnaie, et que les caisses de la ville
se trouvèrent vides, on commença à écouter des propositions de paix, et le 27 février
1593 un traité fut conclu, par lequel on devait déposer les armes de part et d'autre
pendant dix ans, et abandonner à une diète de l'empire le soin de régler le différend
entre les chanoines de Saverne et ceux de Strasbourg, en laissant en attendant
profiter chaque parti de la moitié des revenus du chapitre. La ville de Strasbourg se
retira de ce conflit après avoir fait la triste expérience qu'il n'est pas prudent de se
mêler des affaires de l'Église, et nous terminons ce récit par la conclusion d'un
chroniqueur contemporain, dont le journal est du plus haut intérêt: «En Somme,
«notre armée combattante était au moins de 10,000 hommes à pied; c'étaient
«trente-deux compagnies de Suisses et de lansquenets, 1,600 hommes à cheval, et
«nous avons dépensé en cette guerre à peu près seize tonnes d'or (1,600,000 fr. ou
« approchant à 16 millions, valeur de nos jours) sans aucun résultat.*. »
Quoique Strasbourg se gardât bien de se mêler par la suite de ces tristes affaires, il y
eut encore des collisions pendant les dix années suivantes, jusqu'à ce que, sous la
médiation de Frédéric, duc de Wurtemberg, une paix définitive fut conclue en 1604,
à Haguenau, par laquelle Jean-George de Brandebourg fut obligé de renoncer à ses
prétentions, et qui laissa Louis de Lorraine seul possesseur del'épiscopat de Strasbourg,
moyennant concession à la ville de ses anciens droits et privilèges, acquis pendant
Un Summa, unsers Kriegsfolks so wir gehabl haben, so zum Streit gehorig , ist zum aller wenigsten gewesen
10,000 zu Fuss; seindt 32 fendlin Schweilzer und Landsknecht gewesen, 1,600 zu Pferd; und haben ungeferlich
nf 16 thonnen goldes verkriegt , und nit vil usgericht.
cm
9 10 11 12 13 14 15 16 17 li
19 20 21 22 23 24 25 26 27 2!
■■■■■I
PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 167
des siècles. Par ce même traité , Strasbourg rentra dans une partie des fonds avancés Phases militaires.
pendant les hostilités, tant par des paiements des parties intéressées que par des
garanties données pour l'avenir 1 . Néanmoins, cette guerre désastreuse avait porté une
grave atteinte à sa prospérité financière ; elle avait de même miné pour longtemps celle
des communes sous son autorité seigneuriale , qui ne se relevèrent plus pendant tout le
dix-septième siècle, dont les calamités guerrières achevèrent de les ruiner de fond en
comble. Cette guerre, à laquelle nos annales donnent le nom de Guerre épiscopale (der
bisch'ôflich Krieg) , fut la dernière dans nos phases militaires dans laquelle Strasbourg
joua un rôle actif, et son individualisme s'absorba, comme nous l'avons dit, dans
les grandes questions d'État qui intéressèrent le centre de l'Europe.
Pendant les hostilités qui éclatèrent par la succession de Juliers et de Clève, l'Alsace
fut de nouveau , mais pour peu de temps, à la merci de troupes étrangères; arriva la
désastreuse et fratricide guerre de trente ans, où, dès le début, en 1620, le duc
Ernest de Mansfeld infesta de ses armées le Palatinat et notre province, et dans la
seconde phase de laquelle Strasbourg subit le même sort par les armées suédoises,
françaises et impériales. Dans ces circonstances difficiles, le sénat de notre cité, se
maintenant dans une stricte neutralité, s'attacha à ne garder qu'une position purement
passive, tâcha de louvoyer par une habile diplomatie, et chercha à se disculper
entre les reproches et les prétentions des divers partis: situation épineuse au milieu de
laquelle le canon était sans cesse braqué sur les remparts, tandis qu'une forte garnison
soldée défendait les murs et le territoire de la ville, et que le courage et la vigilance
de la bourgeoisie étaient mises journellement à de dures épreuves. Si souvent le sénat
fut obligé de payer des sommes considérables, ou d'envoyer du pain et des vivres en
tout genre aux diverses armées, pour sauvegarder ses communes rurales, il se garda
bien de fournir des munitions de guerre et des armes, el fit défendre avec prudence
ses remparts et le passage du pont du Rhin.
Telles sont, en abrégé, les phases militaires que nous avons cru devoir attacher à
l'historique de l'enceinte fortifiée à une époque où notre ville jouissait de son
indépendance d'action politique.
Nous avons commencé notre promenade dans les faubourgs à gauche de notre
panorama , derrière la fonderie de canons , près de la porte des Juifs. En passant sur la
rive droite de 1*111 , nous avons tour à tour parcouru la KrUtenau et les quais qui
longent cette rivière jusqu'aux Ponts-Couverts, en évoquant l'historique de la fondation
Résumé.
'Nous renvoyons nos lecteurs , qui veulent connaître à fond ce traité de paix, au t. n, part. 2, pages 43 et suiv
du Corps universel diplomatique du droit des gens de J. Dumont. Amsterdam 1728, in-folio.
cm
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168 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
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Résumé, des diverses églises, de l'hospice des orphelins, des hôpitaux , de l'inslitulion de Saint-
Marc , légués aux temps modernes par la foi et la philanthropie de nos ancêtres. Maint
co — =
tableau, ma.nt épisode des mœurs des temps passés, a trouvé sa place dans cette
visite des anc.ennes maisons qu'ils habitaient. De ce côté, l'historique de la construction
eO —
de la citadelle éta.t la pierre précieuse, dans l'enceinte fortifiée de laquelle nous avons
h- 1 =
tracé le développement progressif pendant des siècles.
O r=
Du Finkwiller, nous passons sur la rive gauche du canal de navigation. Après
l'énumération des souvenirs des institutions religieuses qui vivifiaient jadis le faubourg
h- 1 =
I— 1 =
National, nous avons jeté un coup d'œil sur les mœurs de ses actifs habitants, sur la
h- 1 =
ro =
législation et sur les exécutions criminelles, dont le Marais-Vert fut jadis le théâtre. Un
h- 1 =
regret nous reste, c'est de n'avoir pas pu donner un tableau plus positif, plus vivace
CO =
une description architectonique de la gare du chemin de fer en construction, et une
h- 1 =
statistique comparative du mouvement des voyageurs et des marchandises. Nous n'avons
J^. =
pu que conjecturer ce que l'avenir réserve à notre ville par la locomotion à la vapeur.
h- 1 =
en =
En quittant ce quartier, nous désignons, comme partout dans nos promenades
des maisons autrefois habitées par des hommes qui furent la gloire de la ville de
h- 1 =
o^ =
Strasbourg. A propos de la fondation de l'ancienne église de la Toussaint, nous jetons
1 — 1 ~
un regard rétrospectif sur les croisades, et nous achevons la description du faubourg
-J E=
de Pierre en terminant en même temps l'historique de l'enceinte fortifiée de la ville par
les antiques portes, le fort de pierre, le bastion et la caserne de la Finckmatt. Cet
h- 1 =
co —
aperçu nous ramené vers le point d'où nous sommes parti et nous fait faire la clôture
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de notre promenade dans les faubourgs.
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FIN DE LA PROMENADE DANS LES FAUBOURGS.
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DESCRIPTION DES ENVIRONS.
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Cette feuille remplacera l'inlroduction qui sera supprimée.
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-•
INTRODUCTION.
I
1
» 1
De retour dans ma ville natale après des voyages lointains que j'avais entrepris dans
ma jeunesse, j'étais resté touriste par goût, C'est en cette qualité que je parcourus
notre belle vallée du Rhin depuis Bàle jusqu'à Wissembourg, que je visitai successi-
vement toutes les vallées des Vosges et de la Forêt-Noire, et que j'en gravis les
sommets. J'appris à connaître les mœurs, les usages et l'industrie des habitants de
ces contrées, j'étudiai leurs costumes variés et souvent pittoresques, je visitai les
souvenirs ruinés de l'Église et de la féodalité, et, au retour de ces courses fréquentes,
j'aimais à revoir, du haut de notre cathédrale, les points qui vivaient encore
fraîchement dans ma mémoire. Un jour que je parcourais mes journaux de voyages,
mes albums et les souvenirs que j'ai rapportés de mes excursions, je conçus l'idée de
réunir tous ces éléments épars en un seul faisceau.
Je choisis naturellement pour centre la cathédrale de Strasbourg, et j'essayai de
dessiner ce vaste panorama, voulant conserver ainsi l'image exacte de ce qui existe
maintenant.
J'employai à ce travail mes heures de loisirs, et, après quatre années de persévérance,
qu'une volonté ferme et opiniâtre a seule pu soutenir, je suis parvenu à créer le tableau
que je présente aujourd'hui au public. Oui , il m'a fallu une volonté bien ferme pour
vaincre les nombreux obstacles que j'ai rencontrés dans l'exécution de mon projet.
Que de fois n'ai-je pas été obligé de gravir les trois cent trente et une marches qui
conduisent à la plate-forme de la cathédrale? Que de fois un soleil ardent ne m'a-t-il
pas rendu le travail pénible? Que de fois l'ouragan ne m'a-t-il pas fait quitter mon
crayon et mes planches pour me réfugier dans la casine des gardiens, qui, à force
de me voir au milieu d'eux, me considéraient presque comme faisant partie de leur
corps? Que de fois, quand ma lunette devait percer les distances pour vérifier une
donnée, la brunie ou un nuage n'est-il pas venu subitement dérober à mes recherches
le point qu'il s'agissait absolument de déterminer avec exactitude, pour pouvoir
continuer ma besogne? Ma volonté n'eût pu suffire à mener à fin ce travail si long et
ENVIRONS. 1
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2 INTRODUCTION.
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si minutieux, et que l'amour de mon pays a seul pu me faire entreprendre, si je n'eusse
été soutenu par mon goût pour les études historiques.
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KO — =
h- 1 =
o =
Je me mis à fouiller dans nos anciennes chroniques, à lire nos annales, à
déchiffrer de vieux écrits et des parchemins pâlis par le temps.
Dès lors un clocher que je découvrais dans le lointain, ne fut plus pour moi seulement
un centre d'agglomération de maisons peuplées; à son existence vinrent se rattacher
les souvenirs du passé.
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h- 1 —
h- 1 =
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i— > =
co =
i— > =
m
Je ne considérais plus uniquement les arceaux d'un cloître tombé en ruines comme un
entassement de pierres pittoresquement groupées: les styles de l'art de bâlir s'y
dévoilèrent à mes yeux; je le rêvais encore habité par de riches chanoines, par de
savants Bénédictins, par ces fiers Dominicains, qui de tout temps se sont querellés avec
notre population, ou par ces ordres mendiants, degré inférieur dans la hiérarchie
ecclésiastique.
i— > =
Au donjon délaissé et tombé en ruines , venaient se joindre les tableaux des croisades
et de la vie aventureuse de la chevalerie.
Cn =
h- 1 =
o^ =
h- > =
-j =
Telle plaine devint pour moi un champ de bataille, telle maison le type d'une époque
d'architecture ou le séjour de quelque illustre personnage; enfin, mon tableau
s'anima, parla, mon panorama devint un monde dans lequel successivement chaque
génération vint jouer son rôle.
h- > =
co —
h- 1 =
ID =
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C'est dans ce monde que je me propose de conduire mes lecteurs. Prenons la
longue-vue en main, et analysons ce riche et beau paysage qui se déroule sous nos
yeux, en commençant du côté du nord et en nous arrêtant de préférence sur les
lieux auxquels se rattache plus particulièrement l'histoire de notre ville.
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FRANCE.
Vers le nord s'étend, dans le lointain , la forêt de Haguenau , qui couvre une superficie
de terrain de dix-sept lieues, ou près de soixante-dix kilomètres de circonférence. Cette
forêt, aujourd'hui une source de richesse pour la ville de Haguenau, portait ancienne-
ment le nom de Sylva Sancla, la forêt sainte; elle fut ainsi appelée à cause du séjour
qu'y firent les premiers apôtres du christianisme qui apparurent dans notre province.
Ils s'étaient établis sous ses sombres voûtes et y vivaient heureux en anachorètes,
cultivant la terre et adorant le Christ, dont ils prêchaient la douce doctrine aux
populations barbares qui les entouraient. Saint Arbogast s'y était retiré quand Dagobert,
qui habitait, à cette époque, l'Alsace, instruit de ses vertus, lui remit la crosse épiscopale
de Strasbourg en 673. Les abbayes de Rônigsbruck, de Valbourg, de Biblisheim, de
NeubourgetdeSurbourg, dont on voit encore des restes, plus ou moins bien conservés,
témoignent de la ferveur, de la foi et de la munificence des princes de ces temps reculés.
Bien des souvenirs de gloire, mais de malheurs aussi, se rattachent à l'histoire de
Haguenau. Cette petite ville, après avoir recueilli l'héritage de ses jours de prospérité,
est assise aujourd'hui comme une riche rentière au milieu de ses domaines. Vous n'y
entendez pas retentir le martellement des forges, vous n'y voyez pas luire le brasier des
hauts-fourneaux, vous n'y apercevez pas la haute cheminée fumante, qui attestent le
développement et le mouvement de l'industrie; elle est calme et insouciante, derrière
ses murs, que baignent les eaux limpides de la Moder, et qui sont les seuls restes de
ses anciennes fortifications.
Depuis l'époque où les empereurs de la maison de Hohenstauffen , Conrad et Frédéric
Barberousse, y résidèrent, où ils y construisirent leur somptueux palais de marbre, où
leurs chasses retentirent dans ces vastes forêts, jusqu'aux guerres du siècle passé,
Haguenau , comme point stratégique , eut souvent à subir les funestes conséquences de la
guerre.
Cette ville fut le siège de la justice impériale dans la Basse-Alsace, et donna son nom
à la Landvogley ou préfecture du Bas-Rhin , de même qu'Ensisheim donna le sien a celle
du Haut-Rhin.
Haguenau.
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Haguenau.
Scbirrhein , Schirr-
Le Pigeonnier
(ScherholJ.
4 FRANCE.
^ Jadis aussi les sciences y brillèrent d'un vif éclat: le savant Jérôme de Guebwiller
était à la tête de son école; Firn et Capito, ces intrépides défenseurs de la doctrine
de Luther, y virent le jour, et les presses typographiques de H. Crann, de Kobia, de
Seccer et d'Anselme concoururent , avec celles de Strasbourg, à répandre et à multiplier
les œuvres classiques de l'antiquité.
On remarque à Haguenau deux belles églises, dédiées l'une à Saint-George et l'autre
à Saint-Nicolas, datant toutes deux de l'époque où le style lombard et le style ogival se
disputaient la suprématie dans le centre de l'Europe; et, parmi les monuments de
création moderne, nous mentionnons une maison de détention pour femmes, une
salle de spectacle et la bibliothèque.
Sur la lisière du bois s'élèvent les clochers de Schirrhein , Schirrhoffen et Souffelnheim ,
heinT îeln " où Fon fabr 'que la poterie de terre, colportée en notre ville, et où sont établies de'
nombreuses tuileries; plus loin les clochers de Rittershoffen et de Betschdorf délimitent,
au nord , cette vaste forêt.
Sur la ligne de l'horizon, qui s'étend devant nous, le Pigeonnier, situé au-dessus de
Wissembourg, est le dernier point culminant de la chaîne des Vosges, qui prend dans
la Bavière rhénane le nom de Hardt. Par un temps bien clair, on distingue, du haut
de la cathédrale, sur la pente de ces montagnes, les châteaux de Gutenberg la
Madenbourg et le Trifels, au pied desquels sont, situées, dans de riants paysages
entourées de riches vignobles, la forteresse de Landau , ancienne clef de la France, sur
la Queich, ainsi que les petites villes de Neustadt et de Frankenthal.
Trifels nous rappelle les mêmes souvenirs que Haguenau; c'est dans ce château
que le fils de Frédéric Barberousse retint captif, pendant plus d'un an, le vaillant
Richard-Cœur-de^Lion, pour se venger de l'affront que, pendant la troisième croisade,
il avait fait, à Saint- Jean-d'Acre, à la bannière d'Autriche. Grâce à sa voix mélodieuse,'
le fidèle Blondel parvint à découvrir le séjour de son maître chéri, et décida les seigneurs
anglais h le délivrer au prix d'une riche rançon (1194). C'est aussi à Trifels, comme à
Haguenau, que furent conservés, pendant longtemps, les joyaux de la couronne
impériale.
Sur celte même ligne de l'horizon, un groupe de peupliers, que l'œil découvre avec la
longue-vue, nous indique le Geisberg, colline située près de Wissembourg, témoin de la
bataille qui fil quitter le sol de la France à l'armée de Wurmser. Aprèsavoir forcé les
lignes de Wissembourg, sur la Lauler 1 , que le maréchal Villars avait fait établir,
Wurmser, à la tête de l'armée impériale , envahit l'Alsace , occupa Haguenau , qui le reçut
à bras ouverts, et vint camper aux portes de Strasbourg. Hoche, le jeune commandant
de l'armée de Sambre-et-Meuse, déboucha de ces montagnes, força à la retraite le
1 Frontière actuelle de la France.
Madenbourg el
Trifels.
Le Geisberg.
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Panorama de Strasbourg. Environs . Page 3.
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Ile J
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Ferme habitée par Voltaire en 1753-1754.
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Hauteur
de Surbourai
Bischwiller.
FRANCE. 5
général ennemi et cueillit ainsi un laurier de plus (1793). Quelques tilleuls, plantés sur
la hauteur, entre Surbourg et SouItz-sous-Forêts, nous indiquent le lieu où, vinot-deux ans
plus tard, Rapp, enfant de l'Alsace, livra bataille aux troupes wurtember»eoises. Ses
forces ne s'étant pas trouvées suffisantes, il se vit obligé de se retirer sur Strasbourg
Vers la droite, vous voyez s'étendre, au milieu de prairies, de champs de houblon et
de garance, la petite ville de Bischwiller ; cette localité est, ainsi que Hanhoffen, qui la
touche, en grande partie peuplée de descendants de huguenots fugitifs, auxquels le
pfaltzgraf Chrétien II donna asile et protection; ils y importèrent, en échange de
l'hospitalité qu'ils reçurent, le commerce et l'industrie qui la vivifient de nos jours.
Bischwiller se distingue essentiellement parla fabrication des draps, industrie qui y
a pris, depuis quelques années, un grand développement, tant sous le rapport de la
qualité que de la quantité des marchandises confectionnées. Cette ville fut autrefois la
résidence des comtes palatins de Veldenz-Birckenfeld, et l'association des musiciens de
la Basse-Alsace, dont ils étaient les patrons, y tenait sa fête annuelle, sous le nom de
Pfeifferstag, de même que celle du Haut-Rhin se réunissait, dans le même but, à
Ribeauvillé , sous la protection des comtes de Deux-Ponts.
Rapprochons-nous de Strasbourg.
Vous voyez cette ferme isolée, située au milieu des champs, à la gauche de la route Ferme Voita
qui conduit à Schiltigheim, vis-à-vis de la tannerie de M. Herrenschmidt, au Wacken,
et tout près, vers la droite, celte belle maison de campagne, entourée d'un bouquet
d'arbres.
L'une était l'humble habitation du philosophe de Ferney, qui s'y consolait de la
disgrâce du philosophe de Sans-Souci. C'est dans cette ferme, en effet, que Voltaire
commença à écrire ses Annales de l'empire en 1753 et 1754, après avoir quitté Berlin
et Francfort, où Frédéric-le-Grand l'avait fait arrêter. L'autre, l'île Jars, était le château
de M. de Lutzelbourg, qu'habitaient les maréchaux de Coigny et de Contades et où
Voltaire passait ses soirées en société du maréchal, de la famille de l'ex-préteur
Klinglin , de Schcepflin et de tout ce que Strasbourg possédait alors d'illustre dans les
sciences, les arts et la noblesse 1 . L'île Jars fut achetée, du temps de la révolution, par
M. Pacquet, et arriva, par donation, à la famille Schertz, qui la vendit au propriétaire
actuel , M. Ch. Schùtzenberger, professeur à la faculté de médecine.
'Dans la dix-neuvième lettre de sa correspondance, 1753, Voltaire écrit à M me de Lutzelbourg: «La destinée
« Madame , qui joue avec les pauvres humains comme avec des balles de paume , m'a amené dans votre voisinage à
«la porte de Strasbourg. Je suis dans une petite maison appartenant à M me Léon.»
M me de Lutzelbourg était la fille du préteur Klinglin père. Voltaire, en venant habiter cette maison isolée, croyait
y trouver le calme crue réclamaient ses sérieuses études , mais il fut déçu dans son espoir ; il s'en plaint en ces termes
dans sa vingtième lettre en disant : «J'entends beaucoup raisonner dans mon hermitage, où il vient beaueoun de
« monde et où je ne voulais voir personne.» Il échangea ce séjour contre celui de la vallée de Munster, où MM. Kiener
ont établi aujourd'hui leur papeterie.
ire et
Jars.
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Knglàmlisch Hof
l.eContades.
b FRANCE
Une autre belle maison de campagne, à la droite, sur la lisière du bois, est l'hôtel
Angleterre (Englândisch Hof); ce nom lui a été donné en commémoration de Robert
Komgsmann, qui établit une ferme sur ces terrains, appelés anciennement Wach Wœrth.
Ce fut lui qui introduisit dans notre pays la culture du tabac, dont il avait rapporté, en
1620, les premiers plants d'Angleterre, où il avait fait un long séjour. En 1700, ce bien
eta.t la propriété du banquier et sénateur de Dielrich , auquel est due la construction du
château actuel. Pendant la révolution, il fut confisqué, et un sieur Rurger, beau-père
du général Kléber, eu fit l'acquisition; il devint plus tard la propriété du général
DuhesmeetdeM.Marocco, fabricant de tabac, dont le neveu, M. Polidoro, le possesseur
actuel, le recueillit en succession.
Les arbres touffus qui s'étendent, comme une épaisse forêt, hors des murs de la ville,
forment deux belles promenades; l'une porte le nom du maréchal de Contades'
commandant militaire de l'Alsace en 1764, l'autre reçut le sien de Robert Bock, qui y
possédait un petit castel au treizième siècle.
Depuis 1480, la population guerrière de Strasbourg s'exerçait au métier des armes
hors la porte des Juifs. Les différentes corporations se réunissaient, sous un tilleul
séculaire, pour le tir de l'arbalète et de la carabine. Ces corps dépendaient d'une
jund.ct.on de sept membres, établie sous le nom de Siebnergericht , et qui connaissait
des conflits qui pouvaient s'élever entre les tireurs ; le chef de celte juridiction s'appelait
le Siebner-Meister.
Les grands tirs publics qui se tenaient au Schulzenrein (nom que portait alors le
Contades), et auxquels le sénat invitait des députations des villes libres impériales et des
cantons suisses, avec lesquels Strasbourg s'était souvent allié pour la défense de son
indépendance, sont relatés dans les annales de notre histoire 1 .
Dans ces occasions solennelles, Strasbourg aimait, comme encore aujourd'hui , à offrir
à ses hôtes une hospitalité franche et cordiale. Tobias Stimmer, le peintre de l'ancienne
horloge de la cathédrale, nous a laissé une gravure sur bois qui représente le grand tir
public de 1576. Cette œuvre remarquable vaudrait bien 1 honneur d'une reproduction.
Dans le siècle suivant, J. Van den Velden nous a laissé une vue de cette même promenade
avec le tilleul traditionnel , gravé par Hollard; il vit encore sur une eau-forte du siècle
passé, et ce vieux tronc, sous lequel nos arrière -grands -pères ont fraternisé,
nous recevrait peut-être encore sous son ombre protectrice, s'il n'avait été abattu,
lorsqu'en 1793, l'ennemi s'étant rapproché de la ville, tout fut rasé dans le rayon des
fortifications 2 . On avait déjà ménagé ce tilleul en 1552, lorsque Henri II vint envahir
1 Voyez Pont-aux-Chats et Plaine-des-Bouchers.
2 La promenade du Contades était beaucoup moins belle que de nos jours. Après avoir dépassé les glacis de la ville
droit T ne , JU ' fS ' ° n arHvait SUr U ° len ' ain VagUe que rem Placenl aujourd'hui les jardins qui se trouvent à
et a gauche de la route; un chemin planté de peupliers conduisait vers Schiltigheim , et en face une double
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FRANCE. 7
noire province 1 ; mais à cette époque les traditions étaient plus respectées qu'en 1793, Le Contades.
où le corps des carabiniers de Strasbourg était déjà dissous depuis passé un siècle.
Les plantations actuelles datent de la dernière année du dix-huitième siècle, à
l'exception de la partie qui longe la rivière ; c'est sur cet emplacement qu'étaient réduites
en cendres, sous l'empire , les marchandises anglaises , saisies en contrebande, en vertu
du système continental.
A la Robertsau se rattachent des souvenirs moins reculés. Dans ce vaste jardin , où La Robertsau.
l'humble habitation du cultivateur se range à côté de l'opulente campagne du financier
et du petit coin de terre dans lequel le citadin aime à cultiver ses fleurs, nous
distinguons surtout le bel édifice qui contient les orangers que les landgraves de Hesse-
Darmstadt possédaient à Bouxwïller. La ville lefitbâtir pour abriter ces plantes exotiques,
et l'impératrice Joséphine y logea, en 1806 et en 1809, pendant que Napoléon était
occupé à gagner des batailles en Allemagne. Cette infortunée princesse, qui se fit tant
aimer chez nous par sa bonté, son aménité, ses grâces, et qui vivait alors au comble de
la splendeur et de la gloire qu'elle partageait avec son époux vainqueur, ne se doutait pas
qu'une année plus lard , elle serait déchue du trône et vivrait délaissée à Fontainebleau.
Lenôtre, le créateur des jardins de Versailles, fit le plan de cette promenade, el les
tilleuls qu'il fit planter, ombragèrent les vainqueurs d'Austerlilz et d'Iéna, à un grand
banquet, où les Strasbourgeois fraternisèrent avec vingt mille hommes de la grande
armée, lors de leur passage de Tilsit à Madrid.
Nous devons à M. F. Schùtzenberger, ancien maire, l'établissement du beau jardin
anglais qui entoure d'une manière si gracieuse le bcâtiment de l'Orangerie, el que la
main habile de M. Grass, statuaire, notre compatriote, a embelli du beau groupe
représentant l'Alsace s'appuyant sur la France.
Tous les habitants de Strasbourg connaissent les beaux travaux d'art exécutés,
depuis quelques années, par la percée du canal de jonction de llll-au-Rhin , les ponts
de divers styles d'architecture moderne qui traversent le canal et le barrage si simple-
ment et si ingénieusement conçu , destiné à dominer les eaux en aval du pont suspendu.
allée conduisait à l'auberge du Schiessrein, qui était assise sur le terrain du grand rond-point , vis-à-vis le Jardin Lips.
A côté de cette auberge se trouvait le tir, et la promenade était close à la hauteur de la route, près du Jardin
Kammerer, par une haute charmille. Avant la révolution , c'est derrière cette charmille que se vidaient ordinairement
les affaires d'honneur des officiers de la garnison. Tout près, à gauche, le long du bras de la Bruche, se trouvait
alors un beau café avec balcons , appelé Café-ce Été; un bain en faisait partie , et , dans la belle saison, cet établissement
était fréquenté assidûment par le beau monde. Sur la pointe , entre les deux bras de la rivière , Amand Kônig , libraire ,
possédait un jardin. L'établissement Lips occupe la place où quelques particuliers de la ville avaient leurs maisons de
campagne. Au nombre des monuments qu'un décret de la république avait ordonné d'ériger à la mémoire des grands
capitaines se trouvait celui de Moreau: il devait s'élever au Contades. Les fondations de ce monument sont encore
enfouies à la place qu'occupe aujourd'hui le rond-point planté de bouleaux; mais les rivalités qui éclatèrent entre
Moreau et Bonaparte , furent la cause qu'il ne fut point achevé.
{Communiqué par le major G. L. Braun, fils de l'ancien aubergiste du Schiessrein.)
'Voyez porte des Juifs.
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La Wantzenau.
8 FRANCE.
Le village de la Robertsau dépendait de tout temps de l'administration municipale de
la vil e de Strasbourg. Une inscription taillée dans la pierre, nous apprend que c'est
sous le Stadtmeister Swarber, qu'y fut construite en 1330 la première église'
La forêt de la Robertsau s'étend entre 1 III et le Rhin ; au confluent de ces deux rivières
est S1 tue le village de la Wantzenau , dont les habitants élèvent les nombreuses volailles
qui fournissent nos marchés. Turenne y campa avec son armée la veille de la bataille
dEnsheun. Lors de l'invasion de Wurmser, ce village fut occupé par un corps franc
autrichien , les manteaux rouges (Rolhmantel) ; ils furent, de même que l'avaient été les
Pandoures, un demi-siècle auparavant, la terreur des campagnes environnantes par la
rapine et le pillage. C'est au delà de B ischheim que s'étendait alors la ligue des avant-
postes ennemis.
Suivons de l'œil le cours du Rhin avec ses sinuosités et ses bords boisés, où le
sanglier, le chevreuil, le faisan, une multitude de cauards sauvages et d'oiseaux de
passage, présentent au chasseur un riche butin 2 .
Ga.bshei.et Diers- Nous distinguons sur la rive gauche Gambsheim et vis-à-vis le clocher de Diersheim
Ces deux villages sont connus par les passages du Rhin de l'armée française en 1796
et 1797, auxquels s'attachent si honorablement les noms de Moreau, de Desaix de
Monlrichard , etc. k '
Plus loin , sur une île du Rhin , dans laquelle Frédéric Rarberousse avait bâti un castel
Vauban construisit en 1 689 la forteresse qui portait son nom et celui de son roi , et que
le gênerai Lauer prit et fit sauter pendant les guerres de la révolution
Le village de Reinheim vit naître le général Schramm , fils d'un pauvre habitant de celle
commune; ,1 acquit tous ses grades sur les champs de bataille; après les guerres de
I empire, ,1 se retira dans son lieu natal, y fit bâtir un château et y vécut paisiblement
jusqu a la fin de sa carrière. Son nom se perpétue honorablement dans l'armée en la
personne de son fils, général de division, ancien ministre de la guerre.
Les clochers de Drusenheim et de Seltz, que nous apercevons au bout de l'horizon
nous rappellent la domination des Romains dans les Gaules ; Drusus donna son nom au
premier de ces endroits et le second s'appelait Salelio. Adélaïde, la belle et vertueuse
épouse d'Othon-le-Grand , fonda à Sehz une riche abbaye , dans laquelle elle termina ses
jours. Drusenheim fut entouré de fortifications, par les Suédois, pendant la guerre de
trente ans; aujourd'hui il ne reste plus aucune trace de ces travaux.
Ne quittons pas Drusenheim sans jeter un regard, à gauche, sur le clocher de
Sessenhe.m, et sur son presbytère, construit il y a seulement quelques années et pour
lequel le jeune et jovial Gœthe avait déjà tracé un plan dans le but de gagner les bonnes
'Voyez l'historique de la révolution de 1332
-sas sr^'-ïïiiïïïr: n " ta rt ~ °" ins " d ' tot,c - -■ — - " ■*
Fort-Louis.
Eeinheim.
Drusenheim et Seltz
Sessenlieim
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FRANCE. 9
grâces du père de sa chère Frédérique. Un vieux sureau, taillandé en tout sens par les
admirateurs du grand poëte, est le seul témoin qui reste de ses amours.
Nous n'avons pas parlé de quelques autres points de notre panorama , parce que rien
d'intéressant ne s'y rattache; cependant faisons encore mention du clocher de Betten-
hoffen. L'amateur, qui par un état anormal de l'atmosphère, c'est-à-dire quand l'air est
bien transparent, voudra voir le Kônigsstuhl près de Heidelberg, n'aura qu'à braquer
sa lunette sur ce clocher; il apercevra au bout de l'horizon et dans un pâle lointain
une éminence surmontée d'une tour, c'est le point en recherche , à 624 mètres au-dessus
du niveau de la mer.
Le Kônigsstuhl.
ENVIRONS.
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Mt
Iffetsheim.
Hastadt.
9
Durlach.
PAYS DE BADE.
Passons sur la rive droite du Rhin.
Hùgolsheim et Iffetsheim désignent le point où les bateaux à vapeur débarquent les
voyageurs om descendent le Rhin pour se rendre à Bade, située à dix kilomètres de cet
endroit; cette distance est franchie en voiture.
Au-dessus d'un vieux chêne isolé sur les bords du Rhin, vous distinguez une ville
plus moderne : c'est Rastadt, que le margrave Louis de Bade, le plus grand guerrier de
sa fannlle , éleva lui-même , comme point stratégique, à l'embouchure de la vallée de la
Murg et a cheval sur la route de Strasbourg à Francfort-sur-Mein. Le beau château
ath d P r l 01 r; r C °u Cher , dU S ° ,eiI ' " 0US aperCeVOnS ' du haut de ,a Plate-forme de la
cathédrale, la tourelle et la statue dorée qui la surmonte, contient encore les trophées
conquis dans maintes batailles livrées aux Turcs.
La forêt témoin muet de l'assassinat commis, par des hommes portant l'uniforme
àes hussards de Seckler, sur la personne des délégués français au congrès de Rastadt
n presque entièrement disparu; mais le souvenir de ce crime restera à jamais gravé
dans les annales de l'histoire. g
Rastadt a été transformé en forteresse fédérale allemande, et le point clair que nous
apercevons sur le flanc de l'Eichelberg, dernier point culminant de la Forêt-Noire
au-dessus de Muggenslurm , désigne les carrières d'où furent extraits les nombreux
matériaux nécessaires à sa construction.
C'est de la révolte des soldats de la garnison de Rastadt contre leurs officiers et de
la fête d'Offenbourg, qui eut lieu le lendemain 13 mai 1849, que date le commence-
ment de la révolution badoise, qui eut de si malheureuses conséquences pour ce pays
Comme pendant au Kônigssluhl, s'élève, à gauche de la pente septentrionale de la
ForeMScre, le Thurmberg de Durlach, à une lieue de Carlsruhe; c'est une antique
tour que les Romains construisirent, ainsi que Pfortzheim, Ortenberg, Robur près
«aie, etc., pour se défendre contre l'irruption des peuples germains de la Forêt-Noire
(Sylva Hercymana). A Durlach, celte chaîne de montagnes ne forme presque plus que
des collines et se relie insensiblement à la chaîne de iOdenwald
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Environs de Kehl . [ Baillaêe de Wilslàdl.J
Panorama de Strasbourg. Environs '.Page 11
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Filles paysannes. Garçon paysan
Costume de fête. Costume d'intérieur.
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PAYS DE BADE. j j
A la droite de l'Eichelberg, on aime à voir les montagnes qui avoisinent le charmant Bade.
séjour de Bade: depuis passé dix siècles, l'humanité souffrante vient puiser la santé
à ses sources thermales. Nous ne pouvons distinguer la ville de Bade avec son vieux
château en ruine; mais nous remarquons le rendez-vous de chasse, à l'entrée de la
vallée, le Fremersberg, avec son ancien couvent, transformé aujourd'hui en auberge
confortable, le Mercure et le château d'Ibourg, ruiné, en 1524, pendant la guerre des
paysans.
Au bas du Fremersberg, le clocher brillant de Steinbach attire nos regards. Ce fut steinbach
dans cette petite ville que naquit, d'après la tradition, l'architecte qui a conçu l'idée
hardie et grandiose de la tour de Strasbourg, du haut de laquelle l'œil embrasse cette
immense plaine. Par vénération pour ce grand maître , notre sculpteur André Friedrich
y a élevé, à ses frais, en 1844, la statue d'Ervin; elle fut inaugurée le 30 août 1 .
Sur les bords du Rhin, nous voyons encore Bischofsheim; son château, que le Bisehofekem,,
dernier comte de Hanau-Lichtenberg fit élever, et dans lequel il mourut sans descendants
mâles en 1735, fut démoli il y a quelques années seulement. Son comté passa après
sa mort, comme nous l'avons dit dans l'historique du Broglie, à la maison de Hesse-
Darmsladt. Une partie des vastes terres possédées par les dynastes de Hanau-Lichtenberg
s'étendait, de l'autre côté du Rhin, depuis près d'Offenbourg jusqu'à Licbtenau, et
formait les bailliages de Bischofsheim et de Wilstàdt sur un terrain de quatre lieues
carrées, avec 12,500 habitants. Le traité de Lunéville enleva ces possessions au
landgrave de Hesse et les donna à Charles-Frédéric, margrave de Bade.
Quoique depuis longtemps sous la domination badoise, cette population est toujours
encore désignée sous le nom d'habitants du Hanau, et elle a conservé l'originalité de
ses mœurs, la bâtisse de ses maisons et son costume pittoresque. Une aisance qui se
dénote partout, est le fruit de l'activité qu'elle déploie, et le chanvre qu'elle cultive avec
un soin particulier, est très-recherché et transformé en câbles jusque dans les
corderies de Toulon, de Brest, de Cherbourg et des ports delà Hollande. Cette culture,
en général , est d'un riche rapport sur les deux rives du Rhin.
Passons devant Lincks et Auenbeim, appartenant anciennement au même comté, Wiudeck
et dirigeons-nous de nouveau vers les montagnes qui s'élèvent à l'horizon. Là nous
rencontrons les ruines de deux châteaux, le vieux Windeck et le nouveau Windeck,
dont nous avons parlé en faisant l'histoire du Broglie, à l'occasion de l'enlèvement
d'un comte d'Ochsenslein par René de Windeck, et de la guerre des Strasbourgeois
contre ces dynastes. C'était en 1370.
Au printemps de 1592 passait par notre ville, en s'acheminant vers ce château un
'A cette occasion, Friedrich reçut de la part de la commune, le diplôme de bourgeois honoraire de Steinbaol
une coupe en vermeil, et de la part du grand-duc Léopold de Bade, la décoration de l'ordre du Lion-de-Zaîlirin»
Le 30 août de l'année suivante , cette statue fut inaugurée par les francs-maçons des deux rives du Rhin
2.
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Windeck.
Sasbacli.
Achern.
Renchéri.
12 PAYS DE BADE.
val ee de Rappel; ,1 amena,, avee lui les dépouilles moelles d„ dernier des Windeek.
^nnte ST am ' S ,' f dœ ^ C ° n ° aissa " ces « d'aventures, avaient parcouru
ensemble 1 Allemagne, la France, l'Espagne e. 1 Italie; ils s'étaient embarqués dans ee
der„,er pa ,s, pour !ire ,„ pè|erinage ; , e ^^ J ^
de remue a Ven.se, ,1s se réjouissaieu, de revoir bientôt leur pat e, lorsque tout à c„„o
George de Wmdeck tomba malade et mourut. Son ami ne voulut pas lelis er e pos ë
en terre étrangère e, ramena ses res.es mortels. En vous arréj à Otterswei pou
™..er les bams hydropathiques de la Hub, situés agréablement à rentrée de la val é
de K eusatz, entrez dans .'église d'un aneien eouvent de dames Ursuliues, et, à eôté d
Zt'JZ T rcemi 7 lombe sur laquelle %urem ,es armohies de Wô**. «
qu, perpelue le souven.r de cet acte de dévouement de l'amitié
A la droite d'Ottersweier, arrêtons-nous à Sasbaeh. au pied de cette pyramide en
gramt, qu, a auss, été taillée par le ciseau de Friedrich, e, qui indique . lieu où
Turenue term.ua sa glorieuse carrière, en mesurant son génie militaire avec ce M d
S, nous nous sentons péniblement émus au souvenir des scènes lugubres de cette
o gue guerre q„, désola notre beau pays et le Palatiuat, la réalité „„„
lorsque nous portons nos regards sur la petite vi„e d'Achern , à ,'entrée de la vZ de
Médecins, psychologues, philanthropes, arrèlez-vous dans cette contrée pour aller
,,er Ullenau magnifique hospice d'aliénés dont le grand-duc Léopold a f
Icxecuuon are .tectonique à M. Voss, e. les dispositions médicales à M. le docte
Bol.er, et ans lequel plus de cinq cents malheureux peuvent trouver la guérison te
P us crue e des maladies, ou au moins un séjour salubre et des soins bien entendu
Ces, un etabhssement modèle, élevé au milieu d'un paysage riant, e. pour la création
duquel arclntecte e. le médecin on, visité les maisons d'aliénés les p us r colm
dables de la France, de l'Allemagne et de l'Angleterre recomman-
A côté d'Achern se trouve Renchen ; cette petite ville, jadis épiscopale s,rasbo„rgeoise
fut specmtr.ce , eu 1 796 , de la bataille qui précéda celle de Eastadt. Ici Desaix et Z
2^7**7 r re !' a r- ; la - rarc,,iduc cha * set *~» - «-
«cône. C est a 1 auberge de l'Aigle que l'armée de Condé e. ^nombreux émigrés qui
^juillet 1675.
r«ÏiSLr NiCOla8 ' ' AChern ' S ° nt dép0SdCS ' CS enlra « leS de T ~. Son corps et son cœor
.. ;
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Ferme d G ScWtzler et Château de la Brigitte.
Un o rama de Strasbourg. Environs. Page. 13
Paysannes de Sasbachwald
et environs
Anc.Ëvêché de Strasbourg.
Paysan des environs
d'Offenbourtf
Lift.E îiimon à Slrasbtmvg
Paysan el Paysanne
de la Vallée dfi la Rench
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PAYS DE BADE.
13
Renclien.
Château
de Hohenrod.
résidaient dans ces environs, après avoir connu la fin malheureuse de Louis XVI et de
son fils, proclamèrent roi de France (1795) Monsieur, comte de Provence. Ce n'est que
dix-neuf ans plus tard qu'il monta sur le trône sous le nom de Louis XVIII.
Armons-nous du bâton de voyage et visitons ce beau rideau de montagnes, dont la
Hornisgrùnd forme le sommet et Achern et Sasbach la base.
A Sasbach, nous entrons dans la vallée de Sasbachwalden, où nous visitons Erlenbad, Anbach etEdenbad.
séjour favori des Strasbourgeois , et, à mi-côte, le château d'Aubach, propriété de
M. Hecht, notre compatriote. M. de Harder, l'ancien propriétaire du château d'Aubach,
en transformant en maison de campagne le pèlerinage delà Trinité (Dreyfalligkeii),
qui se trouve tout près, s'y est créé un séjour plus modeste, mais néanmoins plein de
charmes.
En côtoyant les Omers et Groppenkopf, nous nous acheminons vers les ruines de
Hohenrod, ou du château de la Brigitte. Asseyons-nous devant la ferme qui se trouve
au pied de cette ruine pour contempler la nature grandiose qui nous entoure, et où
les légendes des temps de la chevalerie se présentent en foule à l'imagination; nous
vous raconterons une scène tragique dont cette ferme fut témoin. Ce récit vient à
l'appui des observations que fit le docteur Canal, dans les sables de l'Egypte, sur le
dessèchement du corps humain.
Trois ou quatre générations habitent cette ferme {Schmellzlershof); les plus jeunes
prennent gaîment leurs ébats sur la pelouse qui entoure la maison paternelle, et les
doyens d'âge , deux frères, qui accumulent sur leurs têtes cent quatre-vingt-dix années,
étaient déjà du nombre des paysans qui, en 1794, embusqués derrière des rochers'
et soldés par l'argent des émigrés, défendaient, au moyen de leurs carabines, la vallée
de Rappel contre l'invasion d'une colonne française.
Le fils d'un de ces vieillards avait quitté le pays lors de l'invasion des armées alliées
en 1814, et s'était engagé, comme domestique, au service d'un officier hongrois. Pendant
de longues années, ses parents n'avaient pas reçu de ses nouvelles et ils le croyaient
mort, lorsqu'un beau jour il reparut dans la ferme de ses pères. Habitué à la
fainéantise, le travail rude des champs ne pouvait plus lui convenir, et, associé à quelques
maraudeurs de sa trempe, il comptait, pour subvenir h ses dépenses, sur les riches
trésors qu'il espérait trouver en faisant, à l'heure de minuit , des fouilles dans les ruines
du château situé à proximité. Ces fouilles avaient déjà occasionné quelques éboulements
de murs lorsque le bailli d'Achern intenta un procès à ces chercheurs de trésors, et notre
homme fut condamné à la prison et à la schlague, correction encore en usage à
celte époque.
En butte à la risée de ses camarades, honteux de la peine corporelle qu'il avait subie
et déçu de ses espérances, cet homme devint triste, morose et taciturne, et un jour
d'automne il disparut.
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Château
(le Hohenrod.
14 PAYS DE BADE.
Toutes les recherches que l'on fit pour le découvrir furent vaines, et sa famille , croyant
qu il elait retourné auprès de son ancien maître, s'était déjà consolée de sa disparution
lorsque, l'année suivante, leur maigre récolte d'avoine et d'orge ne pouvant sécher, à
cause des plu.es fréquentes de l'arrière-saison , ces braves gens eurent l'idée d'employer
1 atre et le feu pour sauver de la pourriture ces gerbes humides. En montant dans la
cheminée pour fixer la corde et la poulie qui devaient servir à cette opération ils y
trouvèrent pendu le cadavre du chercheur d'or, noir comme la fumée, sec comme
un hareng et dur comme du parchemin.
Comme c'est la coutume, dans ce pays, pour les suicidés, il fut enterré, sans aucune
cérémonie religieuse, dans un coin du cimetière de Sasbach, au pied du mur
d enceinte; quand on démolit ce mur, il y a quelques années, pour l'agrandissement
du cimetière, on ouvrit accidentellement cette tombe et l'on retrouva le corps momifié
parfaitement conservé et ne présentant pas la moindre trace de putréfaction
Le buste de femme que forme la silhouette du seul pan de mur qui subsiste encore du
château de Hohenrod, a peut-être donné lieu à la légende qui est racontée par ces
montagnards et qui a fait surnommer ces ruines le château de la Brigitte
Us prétendent que jadis ce château fut habité par un seigneur dont l'épouse portait
nom
ce
Vivant isolé dans ce nid d'aigle, il ne s'accommodait pas trop du caractère triste et
« de la noble châtelaine; une jeune et belle amie qu'elle avait, et don les pi
restent au château de Bosenstein, situé au fond de la vallée de Kappe, , a Zt
passer ses journées à Hohenrod, et impressionna vivement le propriétaire de ce manoir
par ses chants et par la gaîté de ses inspirations. Un soir, au moment où le soleil se
couchait derrière les cimes des Vosges et dorait de ses rayons empourprés les créneaux
du castel isole, la jeune fille, après avoir chanté une de ses plus belles ballades, déposa
tpstement sa gmtarre et laissa errer ses regards passionnés sur le vaste panorama qui
setenda.t devant elle. Le chevalier lui saisit la main et lui demanda s'il oserait
compter sur son amour, dans le cas où la mort lui enlèverait son épouse? Elle se
«rahit par son regard, et dès ce moment le châtelain ne cessa de nourrir la criminelle
pensée de se défaire de sa femme. Un jour, au retour de la chasse, il vint se reposer
dans la cellule qu avait établie dans les gorges sauvages où gît aujourd'hui le village
le Sasbachwald un anachorète, qui avait été anciennement soldat, et qui avait embrassé
ce genre de vie pour faire pénitence des crimes et des péchés qui avaient souillé sa
passée Le chevalier lui ordonna de tuer son épouse la première fois qu'elle viendrait
air se S devoUons d Ja pelite chape]]e ^^ , ^ ^^ ^ ^.^
chôme promu d'obéir à l'ordre du puissant seigneur; mais quand la châtelaine vint
.races du Seigneur, quelque endurci que fût son cœur, le solitaire non-seulement eut
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WÈ
Château
tli» Hohcnroi].
PAYS DE BADE. 15
Pitié d'elle, mais, se précipitant à ses pieds, il lui fit part des projets criminels de son
époux.
Brigitte se dépouilla de quelques pièces de ses vêtements, quelle remit à l'anachorète
en lu. ordonnant de les tremper dans le sang d'une bête fauve, et de les porter nu
château comme preuve de l'accomplissement de son crime. Puis elle se retira au couvent
d Ottersweier.
Quelque temps après, se célébrait le mariage du chevalier de Hohenrod avec la jeune
damedeBosenstein. De nombreux convives étaient réunis; agenouillés devant l'autel les
fiances attendaient la bénédiction nuptiale, lorsque le prêtre qui officiait, interrompant
la cérémonie, demandai trois reprises, si personne n'avait à s'opposer à cette union.
A peine avait-il terminé sa troisième interpellation qu'une voix lugubre et solennelle
se fit entendre, et, vêtue d'habits de deuil , Brigitte apparut, comme un spectre, devant
la nombreuse assemblée.
Tous les assistants furent terrifiés à cet aspect inattendu ; l'époux criminel disparut
pour toujours; la jeune fiancée resta morte de frayeur sur les dalles de l'autel et la
châtelaine vengée reprit possession de son manoir. Elle y vécut encore longtemps, en
semant, a pleines mains, les bienfaits dans la contrée, et légua en mourant ses biens à
I Eglise.
Après sa mort , le château de Hohenrod, abandonné, tomba en ruine. Assis aujourd'hui
sur ces fragments de murs, vous découvrez au sud le dôme de Strasbourg et au nord
celui de Spire, rares témoins qui restent, dans ces contrées, des scènes de la vie du
moyen âge.
Entre le château de Hohenrod e, la Hernisgrund , „ ral ,ée de GrimmerswaM dëbo „ che u
dans celle de Rappel ; on la tourne, sur un col , au nord pour arriver au haut du plateau
qui domine cette contrée.
Depuis ces montagnes jusqu'au Rhin, c'est la partie la plus étroite de cette longue
bande de pays, formée en 1806 par l'Ortenau, le Brisgau, les débris du Palaîinat, du
comté de Hanau, des possessions appartenant outre-Rhin à l'évêché de Strasbourg,
et du territoire de quelques princes et seigneurs médiatisés, joints au margraviat de'
Bade. Il s'étend le long du Rhin , depuisWeinheim , au-dessous de Heidelberg, jusqu'au
lac de Constance, et forme le grand-duché de Bade actuel.
La montagne la plus élevée de cette chaîne, dans le Bas-Rhin, est la Hornisgrùnd
que nous apercevons devant nous à 1174 mètres au-dessus du niveau de la mer. C'esi
vers ce sommet que convergent les vallées de Buhl, de Neusatz, de Sasbach , de
Sasbachwald et de Rappel. La nature sévère de ces hauteurs, qui sont composées de
terrain spongieux et tourbeux, couverts de forêts, de genêts et de bruyères, et qui
s'élèvent entre des blocs de granit et de grès, contraste avec les rampes rapides des
vallons, parsemés d'habitations de formes variées, entourées de champs bien cultivés
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16 PAYS DE BADE.
r. Hon^und. ou de vertes prairies: c'est le côté badois; sur l'autre versaut de ces montagnes, dans
le pays de Wurtemberg, l'œil n'embrasse qu'une immensité de forêts de sapins au
milieu desquelles apparaît çà et là une oasis verte entourant la maison isolée du forestier,
ou une pittoresque scierie.
La vue dont on jouit sur le point culminant de la Hornisgrund, près d'une élévation
en maçonnerie, construite pour les travaux géométriques, est remarquable. Toute la
vallée du Rhin se déroule à vos pieds comme une vaste carte géographique, et la vue
s étend jusque par-dessus les Vosges; vers le sud , des montagnes en nombre immense
se superposent jusqu'aux cimes blanchies des glaciers de la Suisse et les pics de
Hohenwiel et de Hohenkrân , sur le lac de Constance ; vers le nord , enfin , l'œil s'arrête
aux montagnes lointaines de l'Odenwald et de la Hardt.
Les terrains qui s'étendent aux pieds de ces montagnes du côté badois, sont riches
en vignes et en arbres fruitiers; un excellent vin blanc, connu sous le nom de vin du
Scheltzberg, se cultive sur une colline située à l'entrée de la vallée de Sasbachwakl.
A la droite de la Hornisgrund , derrière le Katzenkopf et derrière le Sackmanslerer
se cachent le Mummelsee et le Wildsee, sombres entonnoirs tout garnis à l'enlour de'
noirs sapins, et au fond desquels reposent les eaux cristallines de ces lacs, dont
Scnreiber raconte si poétiquement les traditions.
Rapprochons-nous de Strasbourg.
Vis-à-vis de cette ville vous apercevez, sur la rive droite du Rhin, les maisons
blanches de Kehl, rebâties entièrement à neuf depuis 1815, après les désastres que lui
avait fait subir la guerre. 4
L'homme perd promptement le souvenir des maux qui l'ont frappé, et on le voit se
fixer de nouveau sur les bords du cratère dont les flammes hier encore dévoraient sa
cabane.
Si Kehl n'a plus aujourd'hui son ancienne étendue, il s'est cependant relevé des
malheurs qui l'ont frappé, à tant de reprises différentes, depuis la guerre de trente ans
Ainsi que Schilligheim , Bischheim et Hœnheim, qui s'étendent au nord de Strasbourg
et ne semblent former qu'une seule ville, Kehl, Iringheim et Hundsfeld s'étendaient
anciennement à l'est sur les bords du Rhin. La première de ces communes subsiste seule
encore, les deux dernières ont disparu à différentes époques.
Pendant une malheureuse année du quatorzième siècle, le Rhin , grossi par la fonte
des neiges, déborda, et , dans son cours impétueux , il entraîna Iringheim et les champs
qm 1 entouraient. Hundsfeld fut démoli, au seizième siècle, par la main des hommes
qm vengèrent la société en détruisant les habitants de ce village, qui étaient tous'
voleurs et assassins.
La position topographique de Kehl et les fréquents passages du Rhin, souvent si
opiniâtrement défendus, ont été autant de causes de malheurs pour cette ville et les
Kehl.
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PAYS DE BADE. 17
villages environnants. Il n'entre pas dans notre plan d'écrire l'histoire de Kehl ; nous ne
comptons en énumérer que les principaux faits.
En 1619, au commencement de la guerre de trente ans, on éleva aux environs de
cette ville quelques redoutes. Le général Horn, qui parut sur le Rhin, à la tête des
armées suédoises, en 1632, entoura une partie de Kehl de murs et de fossés désignés
sous le nom de Kehler-Schanlz (redoute de Kehl).
En 1678, le maréchal de Créqui s'empara de cette ville. Trois années plus lard, le
baron d'Asfeld la prit de nouveau, et Vauban allia à la citadelle et aux fortifications de
Strasbourg la tête de pont de cette ville en y construisant un fort carré avec deux
ouvrages à corne 1 . La paix de Ryswick l'enleva pour peu de temps aux Français, car en
1703, à l'ouverture de la guerre de la succession d'Espagne, le maréchal de Villars s'en
empara de nouveau, et construisit sur l'île du Rhin le fort Mabile, qui donna au petit
Rhin le nom de bras Mabile. Redevenu possession allemande par la paix de Rastadt,
Kehl fut repris par le maréchal de Berwick en 1733, et rendu de nouveau à l'empire
en 1737. A peine cette malheureuse ville avait-elle eu le temps de se remettre des
désastres sanglants d'un siècle entier de guerres, que la révolution française éclata, et
les années 1792 et 1793 anéantirent le calme dont elle jouissait. En 1796 eut lieu le
fameux siège de Kehl, dirigé avec une méthode parfaite , malgré un temps affreux , par
l'archiduc Charles. Ce siège, pendant lequel les Autrichiens tirèrent contre le fort cent
mille coups de canon et y lancèrent vingt-cinq mille bombes et obus, fait autant
d'honneur à celui qui emporta la place, qu'à Desaix qui fut obligé de capituler après la
résistance la plus héroïque. Plus de dix mille hommes y perdirent la vie de part et
d'autre. Nous ne parlerons ni des passages du Rhin par Moreau et Desaix en 1797, ni
de celui de Jourdan en 1799, et, pour ne point nous arrêter plus longtemps à ces scènes
de carnage, nous mentionnerons simplement le dernier siège qui eut lieu en 1814 et
la démolition du fort par décision du congrès de Vienne. Il avait été reconstruit par les
ordres de Napoléon en 1808. — Que Dieu préserve Kehl de nouveaux revers!
Par suite des ravages pour ainsi dire continuels que la guerre lui a fait subir, Kehl
ne se fait remarquer par aucune construction dont les formes antiques commandent le
respect ou excitent l'admiration; mais le nom de cette ville n'en est pas moins connu
du monde scientifique , grâce à l'entreprise typographique la plus vaste peut-être qui ait
jamais été formée , et à la tête de laquelle se trouvait Beaumarchais.
Les sommes dépensées par cette entreprise, connue sous le nom de Société littéraire
et typographique, et qui a duré de 1784 à 1789, ont dépassé trois millions de francs.
Elle a édité les œuvres de J. J. Rousseau et de quelques autres auteurs; mais ce sont
Kohi.
1 Vauban agrandit de même les fortifications sur l'île des Épis , y existant déjà antérieurement sous le nom de
Zollet Sternschaniz (redoute du Péage et redoute de l'Étoile).
ENVIRONS. ■>
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tfT —
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PAYS DE BADE.
Kohi.
Pont du Rhin
nrtou ce les de Voltaire qui occupèrent ses presses. Elle en fi. paraître une édition en
sotxante-dtx volumes i„-8« et nne an.re en quatre-vingt-douze volumes in-12, et toutes
deux f t . de ïing( m . ||e exemp|a . reS] ce m ^^
volumes sortts dans l'espace de cinq années des presses de Kehl
sélTlt qaUle T T'""" 5 de Keh ' ' je '°" s » co "P d 'œi. sur nie des Épis, qui
s pare le Rhm en deux iras eu.re Strasbourg et la rive droite, et sur les ponts qui
établissent une communication entre les deux rives
date a d P e e .T4 reme " li0n ?7°"r r " R " in *" "° USa5 ' 0nS UOmée dans »"-»•-.
date de 1313 année ou les Strasbourgeois passèrentce fleuve pour aller faire la guerre
au comte de Gero seck e, pour assiéger la ville de Sehutteru. La construction d
pont, qu, était etabl, sur bateaux et sur pilotis, est attribuée à maître Clans Cari
La navtgalton sur ce fleuve, à une époque surtout où tel était l'unique moyeu de
nsp„r,p„„ r les hommes etles marchandises, depuis Bàle jusqu'à Mayen ee, dgue
e.a„, en parue a cause des droits de péage qui y étaient attachés, d'nn immense bS
pour nne vtlle commerçante e, forte comme Strasbourg. Anssi était-elle jalouse dé
permettre ou de défendre .e passage du Rhin, e, ce fut un jour de fête p„ r el. ,„
ce u, ou 1 empereur Wenceslas lui accorda, eu i 393, .e droit régalien sur ,e pou, e,
d P Zse U ' ^ ^ ^ C '" aiem " Je riCheS " *™ - <*". «« Pour s'i
Ce pont était déjà établi en partie sur pilais, et ce qui le prouve, c'est qne l'année
précédente evéque Frédéric de Blanltenheim étant en guerre avec Strasbourg d rig
s rcepon. , es baleaux incendiaires , q „ e lesStrasbourgeoisparvinrent cepend n.àto
P^er en dessous sans que le feu y prit, ce qui n'aurai, pas pu se pratiquer s'il avai
ete constru,, sur des bateaux. Eu 1566. le Rhin se trouva tellement grossi par la foute
desne,gesdelaS„issequilenleva,lel4j„i„,„eufpiIiersdupont
Pendant les guerres qui ravagèrent la vallée du Rhin an dix-septième siècle, ce pool
qnotqne garant, en amont par des chaînes tendues et attachées à des pienx , eut à subir'
a dtverses rçpnses, le feu des brûlots, que les Français lancèrent contre lui pour le
detrmre, et lors de la prise de Kehl par le maréchal de Créqni, en 1678 il fa
brûle complètement. A sa reconstruction , qui eu, lieu en 1 679, s'attachent les premières
données posmves que nons ayons trouvées sur le pont du Rhin e. sur l'île des Éois
Ancennementcette île n'avait pas .es dimensions qne nous lui voyons aujourd hui car'
d après les cartes du d,x-sep,ième siècle, elle ne formait à cette époque qu'un banc de
graver. Eu mspectan.les iienx mêmes , on aperçoit facilement les conquêtes de ter ain
du pou, que nous p 0sse d „s, e,q„, mdiqnent ,rois époqnes de raccourcissement de la
vote de cotnmumcatton el par conséquent d'accroissement de terrain
Nous pntsons les premières données exactes sur ce sujet dans nn petit livre, très-rare
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PAYS DE BADE.
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et très-intéressant, qui a pour litre: Eigentlicher Bericht von Befesligung dcr iveitberiihmten Pont du Rhin.
Stadl Strasburg, Frank fur t-am-Main 1683, et les détails que nous y trouvons sont assez
intéressants pour que nous croyions devoir les rapporter.
Le petit pont du Rhin était assis sur quatorze palées, formées chacune de sept
pilots, reliés par des moises; il avait donc quinze travées; les poutrelles de travées de
13 mètres de longueur, ou, comme dit l'ouvrage, de vingt-neuf pas, donnaient à ce
pont l'étendue de 195 mètres; la culée de gauche se trouvait à la hauteur du mâchicoulis ,
qui forme aujourd'hui la caserne des douaniers, et celle de droite au commencement
du jardin de la maison Schcelhammer, sur l'île des Épis.
Le grand pont du Rhin était assis sur cinquante et une palées , formées de sept pilots ,
reliés par des moises; il avait donc cinquante-deux travées; les poutrelles de travée de
13 mètres de longueur donnaient à ce pont une étendue de 676 mètres; la culée de
gauche était placée en dehors de l'ancienne digue que nous voyons encore aujourd'hui ,
et celle de droite près du corps-de-garde de Kehl.
Kùnast, qui vivait à cette époque, a laissé une description moins détaillée de ce pont,
et il fait remarquer que c'était le treizième et dernier jeté sur ce fleuve, depuis sa
source.
11 est facile de concevoir que les guerres de la révolution et les prises fréquentes de
Kehl s'opposèrent à la conservation de ce pont, auquel la hache et le feu firent si
souvent des ravages 1 .
'Qu'il nous soit permis de raconter ici un fait qui s'est passe, pendant les guerres de la révolution, près d'une
redoute que nous voyons au delà du monument élevé à la mémoire de Desaix 1 . Cette anecdote, que nous tenons
de la bouche d'un témoin oculaire, prouve l'esprit de fraternité qui animait alors l'armée et la garde civique de
Strasbourg.
Le 13 septembre 1793 les canonniers de la garde nationale strasbourgeoise servaient les pièces de gros calibre
établies dans les batteries qu'on avait élevées dans cette île, tandis que les mortiers étaient dirigés par l'artillerie
de la ligne. L'heure de relever les postes arriva , mais au lieu d'être remplacés par leurs camarades , les canonniers
reçurent l'ordre de commencer le feu sur Kehl. Les bombes et les boulets sont lancés , et les Autrichiens [Kaiserlic
comme on les appelait alors) répondant par un feu nourri , quelques canonniers tombent et d'autres sont emportés
en ville grièvement blessés.
Pendant que la canonnade se faisait entendre dans les murs de Strasbourg , le bruit ne tarda pas à s'y répandre
que l'armée devait passer le Rhin le lendemain à la pointe du jour, et aussitôt les parents s'empressèrent d'envoyer
à leurs fils, les épouses à leurs maris, des comestibles de tout genre, pour les aider à supporter plus facilement
les fatigues qui les attendaient.
Un jeune homme , nommé Heitzenberger, boucher de son état , et ancien hussard Chamborand (c'est lui qui nous
a raconté cette anecdote), se trouvait dans les rangs de la garde civique. Vers le matin, le feu ayant cessé, il
était assis avec quelques camarades dans la redoute qui se trouve au delà du monument Desaix, et ils étaient
occupés à faire honneur aux provisions qu'on leur avait fait parvenir, lorsqu'un volontaire de la demi-brigade
stationnée à la pointe de l'île , rôdant autour de leur poste , vint flairer la bonne chère que faisaient les enfants de
Strasbourg.
«Que veux-tu, camarade? lui demandèrent ceux-ci. — Ah ça, vous autres canonniers, vous avez de quoi vous
1 Les beaux bas-reliefs de ce monument, qui représentent les principaux épisodes de la glorieuse carrière de Desaix ,
sont dus à l'habile ciseau d'Ohmacht.
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PAYS DE BADE.
Ponl du Rhin.
Un arrêté du gouvernement du 27 ventôse an XI décréta la reconstruction du ponl
du Rhin. Ce nouveau pont, véritable chef-d'œuvre de charpente, avait trente travées
en forme d'arches de 13 mètres d'ouverture, et, par conséquent, 395 mètres de
longueur, et il s'adossait aux deux rives, là où l'on voit de nos jours les deux corps-de-
garde. Il avait une largeur de 12 mètres, était à triple voie pour les voitures, et muni,
des deux côtés, de trottoirs pour les piétons; l'élévation du plancher était de 2 mètres
au-dessus des plus hautes eaux ; il coûta plus d'un million , quoique le devis ne portât
l'élévation de sa construction qu'à 700,000 fr. Napoléon fit sévèrement sentir à l'ingénieur
en chef, Kastner, qui était chargé de ce travail, la différence entre le prix définitif et le
chiffre d'estimation. Paré d'arcs-de-triomphe, de verdure et de guirlandes lors du passage
de l'empereur, de Joséphine et de Marie-Louise, ce pont présentait un aspect vraiment
magnifique! Hélas, il subit le sort de toutes les choses humaines! Quand les hostilités
éclatèrent entre la France et l'Allemagne, au retour de Napoléon de l'île d'Elbe, et
qu'une seconde invasion se prépara, le gouvernement badois commença à lé démolir de
son côté. Quoique la partie allemande fût coupée , la partie française subsista encore
pendant quelques années; mais elle dépérit peu à peu par le manque d'entretien, et,
enfin, elle fut complètement enlevée, à l'exception des brise-glaces, qui garantissent
encore aujourd'hui le pont de bateaux.
Les deux jetées dans le Rhin formant de petits ports sur les deux rives, ont permis
de raccourcir de beaucoup ce dernier moyen de communication; il est assis sur
quarante-cinq bateaux , dont vingt-trois appartiennent à la France et vingt-deux au
gouvernement badois; large de 7 m ,10 et à deux voies, il a une étendue, dans l'état
normal des eaux, de 240 mètres, tandis qu'en 1679, il en comptait 676, ce qui fait
436 mètres gagnés à cet endroit sur la largeur du fleuve.
Quand Strasbourg perdit sa souveraineté, il perdit aussi la propriété du pont du
Rhin et les riches recettes que produisait le péage qui y était établi ; une ferme située à
la droite de la route du Rhin, tout près du canal qui forme une communication entre
&
« rassasier , tandis que depuis vingt-quatre heures nous en sommes réduits , pour tromper la faim , à nous serrer
« l'estomac. » — Aussitôt Heitzenberger lui donne un petit gigot de mouton rôti qui leur restait, un autre lui offre du
pain et une bouteille d'eau-de-vie, en l'engageant à partager ces comestibles avec ses camarades. Le volontaire,
content de cette bonne aubaine, se retire les bras chargés et le cœur pénétré de reconnaissance.
Mais à peine fait-il jour que le même homme se présente de nouveau dans la batterie et s'adressant à celui qui
lui avait généreusement fait don du gigot:
«Dis-donc, citoyen canonnier, lui dit-il, voilà deux pièces de six livres que je t'apporte. — Vous ai-je vendu à
«toi et à tes camarades les comestibles qui ont servi à votre déjeuner? Garde ton argent, camarade. - Cet argent
«n'est pas à nous, il t'appartient. — Et comment donc? — Tu as bien voulu nous donner un gigot, et nous t'en
«sommes profondément reconnaissants; mais tu n'avais sans doute pas l'intention de nous faire présent de l'argent
«dont il était farci , et voilà pourquoi je te le rapporte , citoyen canonnier. »
Le mot de cette énigme est facile à deviner: Les parents de Heitzenberger craignant que leur fils ne fût dépourvu
d'argent au moment de passer le Rhin, avaient, pour lui ménager une surprise, inséré, au moyen d'entailles
adroitement recouvertes, ces deux pièces de six livres dans l'intérieur du gigot.
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Panorama de Strasbourg. Environs. Page 20.
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l.uh E. Simon à Strasbourg.
Vue de l'ancien Pont rlu Rhm avec l'arc de triomphe élevé à Napoléon. ( 18 09 )
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PAYS DE BADE.
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ce fleuve et l'Ill , porte encore le nom de Bruckhof; cet emplacement servait de chantier Pont du Rhin.
pour la conservation des matériaux nécessaires à l'entretien du pont; aujourd'hui c'est
le corps des pontonniers qui est chargé du soin de le maintenir en bon état.
Nous devons constater ici les heureux fruits que produira, dans un avenir très-
rapproché, l'entente cordiale qui existe entre les deux gouvernements de France
et de Bade. Tous les ans, à la crue des eaux, le Rhin change de thalweg; il jette
alors son courant impétueux tantôt vers l'une, tantôt vers l'autre rive, et engloutit des
terrains considérables. Anciennement, en présence de ce danger, on mettait tout en
œuvre pour détourner le courant par des travaux d'art, et l'on se faisait ainsi réci-
proquement une guerre acharnée. Heureusement on a fini par comprendre qu'en
employant dans un but d'intérêt général les bras et les immenses sommes qu'absorbaient
annuellement ces travaux, on arriverait à un résultat satisfaisant pour les deux partis.
Une commission mixte d'ingénieurs du Rhin fut nommée, et, grâce a leurs connais-
sances, les travaux d'endiguement entrepris, il y a quelques années, sur un plan arrêté,
transformeront le Rhin en un canal, large de 200 mètres près de Bàle, et qui va en
s élargissant jusqu'à près de 300 mètres vers Lauterbourg. De cette manière, ce fleuve
se creusera lui-même un lit plus profond , et des milliers de hectares de terrains seront
conquis à la culture des forêts et des champs; en réglant le nouveau cours du fleuve ,
on a soin de laisser un passage dans les profondeurs de son ancien lit, pour servir de
frayères aux poissons 1 .
Quittons ces lieux pour aller nous reposer dans la belle vallée de la Rench , qui s'ouvre , Vallée de la Rend,
au-dessus de Kehl , au pied des montagnes.
A l'entrée même de la vallée, nous apercevons Oberkirch, chef-lieu de l'ancien
bailliage épiscopal de Strasbourg, dont faisaient partie les communes d'Oppenau,
Renchen, Rappel, Sasbach, Sasbachwald, Ulm et Waldulm.
Oberkirch et ses environs composent un délicieux panorama: de vastes prairies,
arrosées par la Rench, en forment le fond; à droite et à gauche s'élèvent de riches
vignobles, parsemés d'une quantité d'habitations champêtres et couronnés par de
hautes montagnes boisées, sur lesquelles se détachent les ruines des châteaux de
Fùrsteneck et de Schauenbourg, détruits par les Français en 1689. Le château de
Schauenbourg est la souche de cette antique famille qui s'est partagée en trois branches :
les Schauenbourg-Gaisbach , qui résident encore dans le petit village avoisinant adossé
contre la montagne, les Schauenbourg-Luxembourg et les Schauenbourg d'Alsace,
dont le nom se rattache à la gloire militaire de notre pays. Le père était général sous
la république et sous l'empire, et le fils, officier de cavalerie distingué, fut un des
créateurs et le colonel du premier régiment des chasseurs d'Afrique.
1 Nous recommandons aux personnes qui s'inléressent plus particulièrement à ce genre de travaux la lecture
d'un mémoire que M. Couturat, ingénieur en chef, a publié à ce sujet.
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Vallée de ia Rencli
Le Kniebis.
22 PAYS DE BADE.
Une belle route parcourt la vallée de la Rench, dans toute sa longueur, en passant
par Lautenbach, remarquable par une cbannante petite église gothique, qui date de la
seconde monté du quinzième siècle et qui est ornée de vitraux peints; à Oppenau, cette
roule se dirige vers le sommet du Kniebis, et met ainsi la vallée du Rhin en commu-
nication avec Freudenstadt et le haut plateau du pays du Wurtemberg. Cette route est
surtout animée en été; elle est fréquentée par les voyageurs qui affluent en grand
nombre aux sources gazeuses de Petersthal , de Griesbach , d'Antogast et de Rippoldsau ,
siluees dans des vallons latéraux , et par ceux qui vont visiter les ruines de l'antique
abbaye d'AHerheiligen, auxquelles on parvient par le petit bain de Soultzbach, ou par
la vallée de Lierbach, en quittant Oppenau'. L'abbaye d'AHerheiligen (dédiée à tous
les saints) au bas du Melkereykopf, est, en quelque sorte, une seconde Chartreuse ,
perdue dans une gorge profonde, et entourée de forêts immenses et solitaires, et
remarquable par ses cascades 2 . Un peintre qui se fixerait pour quelque temps à
Oberk.rch, à Oppenau ou à Ottenhôfen (au fond de la vallée de Rappel), où l'on
rencontre de bonnes auberges et des aubergistes affables, trouverait, au milieu de
cette nature grandiose de riches sujets d'études.
Même sur les plateaux du Kniebis, où le silence de la solitude n'est interrompu que
par les cm du coq de bruyère ou de l'aigle qui plane dans les airs, ou par le son des
clochet.es suspendues au cou des troupeaux, on rencontre des traces des guerres
passées.
Sur Je Rossbùhl , point le plus élevé du Kniebis, on remarque la redoute des Suédois,
que le général Horn fît construire pendant la guerre de trente ans, et celle d'Alexandre
qui date de 1734 et 1735, et à laquelle le duc Alexandre de Wurtemberg donna son
nom. A 3 kilomètres vers le sud est située la redoute des Souabes, construite en 1795.
La seconde de ces redoutes vit s'accomplir une de ces actions d'éclat qui témoignent
du courage des soldats français. Le 2 juillet 1796, le général Laroche monta sur ces
hauteurs, par une nuit noire et orageuse, avec un bataillon de braves qui s'empa-
'AUerbeiligen, situé à US mètres au-dessus du niveau de la mer, était une ancienne abbaye de moines
premontres, fondée par Jutta de Scbauenbourg , en tl96. Abandonnée par les religieux en 1802 après la séculari
sation des couvents du pays de Bade , elle fut la proie du feu du ciel, le 6 juin 1803.
a Dans les premières courses que j'ai faites dans ces montagnes , j'ai souvent été obligé de demander l'hospitalité
au forestier d'AHerheiligen, heureux de trouver un gîte dans cette solitude et ne prévoyant guère qu'un jour elle
serait visitée par de nombreux voyageurs. Cette affluence est due aux cascadelles que forme le Lierbach en se
précipitant avec fracas dans une gorge étroite. Pour entrevoir ces chutes, il fallait à cette époque se coucher à
Plat ventre sur le sommet du précipice et plonger ses regards dans l'abîme, du fond duquel s'élevaient des arbres
séculaires. Ce sont des ouvriers italiens qui ont rendu cette gorge accessible , et voici comment : Ils avaient entrepris
■a construction de la route d'Oppenau par la vallée de Lierbach , route qui devait servir à l'exploitation des forêts , et
jour arriver plus promptement à leur gîte , ils coupèrent des arbres , taillèrent des marches dans le roc et établirent
es échelles pour gravir les rochers. L'ingénieur qui inspectait ces travaux fut surpris des beautés sauvages de ces
contrées ; il en fit un rapport au gouvernement , et bientôt des travaux de sûreté et de commodité pour les voyageurs
lurent entrepris , et l'on peut aujourd'hui jouir de ce spectacle sans courir aucun danger.
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Panorama de Strasbourg. E
nviruns. Pa^e 23.
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Château de Stauffenberg, .
Vue pris, » ta.™* bhHm VUB rlu llauN fc]£ ^ .^ ^ Stoboi
iith.K Simon a Strasbourg,
Château d'Ortenberg
Viapris» à Icavirs la]ongue™> du haut do la Cathedra], do Slrasboui
wm-
PAYS DE BADE.
23
Stailllenliei
rèrent de la redoute à la baïonnette, firent cinq cents prisonniers, et prirent trois Le Knnhis
pièces d'artillerie. Ce fait d'armes et la prise de Freudenstadt, où les Français trouvèrent
vingt-cinq pièces d'artillerie, engagèrent le gouvernement wurtembergeois à se
détacher de la coalition formée contre la France et à négocier la paix. En outre, il en
résulta encore pour les Français la possibilité de jeter des troupes dans la vallée de la
Mu rg, afin d'agir sur les derrières du prince Charles, qui occupait la position de
Rastadt.
A la droite de la Holtzwàlderhôh que l'on traverse pour se rendre, en passant Edeimannskopf.
devant la cascade , des bains de Griesbach à ceux de Rippoldsau , l'Edelsmannskopf , les
trois points culminants de la Moos et le Kniebis, encaissent le fond de la vallée de la
Rench. Sur l'Edelsmannskopf on jouit d'une vue magnifique sur cette vaste chaîne de
montagnes et sur la large vallée du Rhin.
Dans la vallée de Durbach s'élève une montagne plantée de vignes qui produisent
un vin blanc très-eslimé, ainsi que tous ceux qui croissent dans ces environs, et qui
sont connus sous le nom de Klingelberger, Dudelsberger et vin rouge de Zell, et dont
M. Pfsehler, à Offenboung, fait un commerce très-étendu.
Sur le point culminant de cette montagne est situé le château de Slauffenberg ,
soutenu par d'immenses murs crénelés. Il reçut son nom d'Othon de Hohen-Stauffen ,
évêque de Strasbourg, qui le fit construire vers la fin du quatorzième siècle, lorsque
son frère Frédéric eut reçu temporairement de l'empereur Henri IV l'Ortenau comme
fief impérial.
De même que le château de Schauenbourg et celui de Bosenstein, situé au fond de
la vallée de Kappel, ce manoir formait au treizième siècle un Ganerbiat des seigneurs
de Stauffenberg, de Bock, d'Owe, de Kolb, de Winterbach, de Hummel, de Sloll et
de Schenk.
L'association des Ganerben avait pour but de concentrer les forces de la petite
noblesse, afin de pouvoir les opposer avec succès aux attaques des puissants dynastes
et à cette partie turbulente de la chevalerie qui ne se faisait pas scrupule de piller les
manoirs et de détrousser les voyageurs sur les grands chemins.
Les membres de la petite noblesse avaient élevé ces murs à frais communs , dans le
but d'y trouver un asile sûr et un point central pour leurs excursions; mais loin de leur
assurer plus de repos que par le passé, ces fortifications fédérales leur attirèrent, par
les liens qu'elles établirent entre eux, des attaques plus nombreuses; ces liens
réciproques les rendirent aussi mutuellement feudataires des grands seigneurs, dont
chacun d'eux relevait, et comme tels ils étaient obligés de prendre tous part à leurs
fréquentes querelles et d'en subir les tristes conséquences.
Le château de Stauffenberg nous en fournit un exemple frappant; trois fois assiégé,
dans le courant du quatorzième siècle, par l'évêque de Strasbourg et les Strasbourgeois,
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Stauflenberg
PAYS DE BADE.
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Willslîedt.
so s e S mu a chateau dans b qii . nz .. me s .. cle _ ^ ^^ arec J
2 ' , " ? qU ',' e CaraC,ëriSe ' U " e de Cœ Cam P a «' MS I" 1 d ° rai -' q«elq..es semaines
ou seulement quelques jours, et qui se terminaient ordinairement par le ravage exereé
au moyen du feu et du fer, sur une plus ou moins vaste étendue de terrai, I Zs'
m rodm, dans Intérieur de ee eastel, e, nous fait voir les dispositions prises, pour sa
défense, par les ouvriers et par le Biichsenmeister (bombardier) Hans Graseck, dont nous
trouverons le nom cité dans les relations du siège de Wasseloune, et q e ceux q„
défendaient Stauflenberg avaient fait venir de Strasbourg.
Dans un poème du quinzième sièele (ier miter von sLffenberg), notre compatriote,
M. Engelhaidt, nous montre la chevalerie sous un autre point de vue. Ce charma,,
oman, ou , a Féelutelaire, embellissant les loisirs du preux chevalier de Stauffeuber"
e so n easTe, p, i":o p :;; T- ° ous re,race Ia ïie menëe par - •*»*' <*"« «-22;
de son eastel ,1 nous fmt assister a ses jeux d'amour et de folâ.rerie; puis nous sommes
emoms des lancers qu'il cueille sur les champs de bataille, e. nous le voyons fete p,
es belles lorsqud sort vainqueur des tournois auxquels i, assiste. Nous iJcomp „„'
encore a la cour nnpér.ale, où, infidèle au serment qu'il a préle à^a proteS 1
cher hJ e „ f !" T"' ,' S °" Ven1, * ^'^ Ce «™ ">**<>* — -uns
cherche, sur les plafonds ho.ses, les traces qu'y doi.avoir laissées, d'après la tradition
e Pied mignon de la belle fée, lorsqu'elle vin, annoncer à son aman, ingrat la mon
quil avait encourue par son infidélité'. m mon
Jnl le', 6 ' ' ' '; T aUffenber 8 a M>» rtie "' » '» '™-n de Me, et doit su restauration au
grand-duc Leopold, q,„ annait à venir s'y reposer des fatigues du gouvernement.
la pi-fine" 8 C6S X Plei ° S C ' eS S ° UVeni, ' S d " tel " PS *" méaesMs ' «' Rendons dans
ilZf 'd' "."r 5 , e ?" d ' de Wi,,dsd,te «' de ^^'-. *> Hesselhurs, «beaucoup
d autres dont les clochers, de formes variées, apparaissent tantôt au milieu d'un
groupe de ma.sons ou d'un vaste verger, tantôt derrière une forêt don, ils dominent
les arbres par lesquels son, masquées les habitations champêtres, nous distinguons
js«£î. xr:* t sr^ 1 v r s< ""™"" d »» - —■ «—■ »»-'
prepoaa de de,,„i, s „„ ell E, ,^ IL ?■*/'»»'•»«». de k vallée. Épris de ses eh.nnes, I lui
d'élL résida., dan l3°. Ues de ,e 1° " »>par.e«,i, pas à e. monde, maisà „ne espèee
P™, de leurs -S!* 1 ^ KL'TS ZZl^T "''^ """'" ' " "°"'" S
dévouement. Enfin cédant à ses nresJn.P* in!, , P S chaudes P rolest »lions d'amour et de
prêter un serment so „„e L M tTete , ' ° le , C ° nSenlit à ré P » dre à s * Presse, après lui avoir fait
d'infidélité l'arrêt de nmr lui s e *Zt T ^^ ^ Vi ° laU ' 3 foi J ' Urée ; dle Iui "<* 1 u ' e » «-
manquerait à son serment F ^V.*^ P"PPamion de son pied sur le plafond de la chambre où il
bonlLr dan 2^2^Z^LZT&i e f ^ d ' Un taliSman: '^ « bagU6 ^ " lui *>«"
se. entreprises et la faire apparaître a ses yeux , dès qu'il la mettrait au doigt.
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Willslsedt {Villa-Villiharii). Celte localité était anciennement une petite ville avec Wiltetsedt.
murs d'enceinte, fossés et donjons, et était la résidence d'un bailli. Dans les querelles
intestines qui se succédèrent pendant des siècles, Willstaedt subit le sort de la plupart
des villes et des villages environnants; mais ce qui a marqué son nom dans l'histoire,
c'est le traité de paix qui y a été signé, le 27 août 1610, après la mort de Henri IV,
entre les princes catholiques et protestants de l'Allemagne, de la France et de la
Hollande. Le brandon des guerres de religion et d'intérêts politiques,qui avait de nouveau
été agité par la succession de Juliers et de Clèves, se trouva ainsi éteint momentané-
ment; mais il se ralluma avec plus de force, neuf ans après, et embrasa l'Europe
entière (1618, guerre de trente ans).
Turenne se fortifia à Willstsedt le jour même de son passage du Rhin , le 8 juin 1 675 ,
et y resta jusqu'au 26 juillet, observant son adversaire Montecuculi. H y fit son dernier
somme, en rêvant peut-être pour le lendemain combats et victoires; le lendemain, il
s'endormait dans les bras de la mort à Sasbach.
Sur la gauche, à l'entrée de la vallée de la Kintzig, nous apercevons Offenbourg, Offenbourg.
ancienne ville libre impériale, fondée, dans le douzième siècle, par Berthold III, comte
de Zœhringen , à la place où existait autrefois le castel d'un prince breton , Uffo ou Offo ,
dont elle reçut le nom. Dans le cours des siècles, elle subit souvent la force des armes
et perdit plusieurs fois son indépendance. Mais ce fut en 1689 qu'elle fut frappée du
plus grand malheur qu'elle eut à endurer. Après une résistance opiniâtre , elle fut forcée
de se rendre aux Français, qui la livrèrent au pillage et aux flammes. Excepté le couvent
des capucins et une maison adjacente , toute la ville fut brûlée. Les annales contempo-
raines estiment la perte que lui causa ce désastre à 1,132,291 florins.
Depuis lors la paix a guéri toutes ces plaies. Aujourd'hui Offenbourg est une
charmante petite ville, nouvellement bâtie, riante; ses fossés, ses murs et ses tourelles
crénelées ont été transformés en jardins, dont les belvédères et les tonnelles sont
entourés par le lierre , qui a pris racine dans ces murs lézardés.
A la droite d'Offenbourg se fait remarquer le clocher du village d'Ortenberg, et tout Ortenberg.
près, sur une colline, le château du même nom, rebâti, il y a quelques années, dans sa
forme primitive et féodale , par le propriétaire actuel , M. de Bergholz. Depuis le 1 er juillet
1668, où le maréchal de Créqui le fit sauter, ce château était resté en ruine.
Près d'Offenbourg s'ouvre, large et bien cultivée, la vallée de la Kintzig avec de petites Vallée de la Kintzig
vallées latérales.
Non -seulement des sites variés et pittoresques la rendent très-intéressante à
l'amateur des beautés de la nature , au touriste et au peintre ; mais de plus elle présente
à celui qui se livre aux études historiques et industrielles, de riches sujets d'observations.
A peine le voyageur a-t-il dépassé la colline sur laquelle s'élève le château d'Ortenberg,
que la petite ville de Gengenbach, avec ses tours et ses tourelles, se présente à sa vue.
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ENVIRONS. ■ ._ _, ,„,
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PAYS DE BADE.
v a iiée de la Kinczig. sur le Castelberg, qui domine la ville, on aperçoit une chapelle qui, au dire delà
tradition , a remplacé le temple que les Romains avaient élevé sur cette montagne ,
dans l'intérieur de leur castrum, en l'honneur de Jupiter.
Son Hôtel-de-Ville, quelques maisons à pignons crénelés et habitées par des familles
nobles, son hôpital, les vastes bâtiments d'une antique abbaye de Bénédictins, ses
portes surmontées d'un beffroi, ses murs, enfin, que baignent les eaux limpides de la
Kintzig, donnent à celte petite ville un caractère pittoresque, qui porte le cachet des
temps passés.
Vis-à-vis de Gengenbach, est situé, adossé à une montagne couronnée de forêts et
entourée de riches prairies, le village de Berghaupten, remarquable par ses houillières.
Plus loin on aperçoit celui de Bieberach, d'où se détache, à gauche, une route qui,
s'enfonçant dans une vallée latérale, conduit à Zell, ancienne ville libre impériale. Pour
la distinguer d'autres villes de même dénomination, on l'appelle Zell-sur-le-Hammers-
bach, nom du ruisseau qui arrose la vallée. La belle manufacture de faïence de
MM. Lenz et Schnitzler, la taille des grenats et le pèlerinage de Notre-Dame-à-la-Chaîne
donnent à Zell une animation extraordinaire.
A la droite de Bieberach, une autre chaussée, construite il y a une vingtaine d'années,
conduit au chétif village de Printzbach. Celte localité, qui n'a conservé de ce qu'elle fut
jadis que le nom, élait, dans les temps reculés, une ville très-florissante, grâce à ses
mines d'argent, exploitées déjà par les Romains et convoitées plus tard par les évoques
de Strasbourg, par les dynastes de Hoh-Geroldseck et par d'autres seigneurs. Brûlée
et saccagée, en 1677, par les troupes du maréchal de Créqui, cette ville ne s'est plus
relevée de ses ruines. De Printzbach la route monte, franchit en zig-zag le Schcenberg,
passe devant les ruines de Hoh-Geroldseck 1 , et, rejoignant la ville commerçante ei
industrieuse de Lahr, met la vallée de la Kintzig en communication avec celle de la
Schutter.
De Bieberach on arrive, par Steinach et Haslach, à Hausach, petite ville située au
pied des ruines du château de Husen, détruit par les Français en 1643. A peine a-t-on
aperçu les cheminées saillantes de ses hauts- fourneaux, que déjà l'on entend retentir
le bruit des forges.
Les localités dont nous venons de parler et celles qui les environnent, à l'exception
de Hornberg, ancienne petite ville wurtembergeoise , appartenaient, avant qu'elle fût
médiatisée, à la principauté de Fûrstenberg, dont le nom figure souvent dans l'histoire
de Strasbourg.
Au delà de Hausach, la vallée de la Kintzig se divise en trois grandes branches, qui
vont en se rétrécissant, et prennent un caractère plus âpre et plus sauvage; on y
« Masqué par une montagne voisine, nommée le Silbereck, le château de Geroldseck n'est pas visible du haut de
la cathédrale.
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Tôt et noire. Yerme àe la dallée supérieure àe la ^mtzitf.
Panorama de Strasbourg. Environs. Page 37.
PAYS DE BADE.
27
remarque moins de terrains cultivés, mais une ve'gélalion plus vigoureuse et plus Vallée de la Kintzig
robuste. De vastes forêts couvrent les flancs des montagnes, de riches prairies,
abondamment arrosées , bordent les deux côtés des ruisseaux qui descendent dans la
plaine en bondissant de roche en roche, et les habitations, disséminées et surmontées
de larges toits en chaume, s'élèvent sous le noyer ou sous l'érable protecteur. Le fruit
noir, et brillant comme du jais, du cerisier sauvage, qui croît en abondance dans ces
contrées, fournit une liqueur spiritueuse et estimée, connue sous le nom de Kirsch-
wasser de la Forêl-Noire, et expédiée dans toutes les parties du monde.
Lorsqu'on suit le cours de la Guttach, qui se dirige du sud au nord, et qui se jette,
près de Hausach, dans la Kintzig, on arrive à Hornberg, engouffré entre deux
montagnes, sur l'une desquelles se trouve un petit château féodal transformé aujourd'hui
en brasserie.
En gravissant les montagnes qui s'étendent à gauche de Hornberg, on parvient,
par Schiltach et Schramberg, sur les hauts plateaux du pays de Wurtemberg; ou bien,
en s'enfonçant dans des gorges sauvages, mais pittoresques, on atteint Triberg. Cette
petite ville industrieuse est connue par sa fabrication d'horloges, par son pèlerinage
à Notre-Dame-au-Sapin et par sa belle cascade. Cette cascade et celle du Zwerrenbach ,
près de Simonswald, au pied du Kandel, sont les plus élevées et les plus intéressantes
du pays de Bade.
AWolfach, la Kintzig est rejointe par la Schappach; on remonte le cours de ce
torrent rapide sur une chaussée bien battue, en suivant le revers oriental du Kniebis,
et, en cinq heures démarche, on atteint les bains de Rippoldsau. Cet établissement
confortable est fréquenté, pendant la belle saison, par un grand nombre de personnes,
qui viennent puiser la santé à ses sources gazeuses et jouir des beautés de cette nature
grandiose.
Outre les villes et les villages que nous avons déjà mentionnés, la vallée de la Kintzig
et ses embranchements contiennent un grand nombre de hameaux (Zmkeri) , tantôt
paisiblement groupés dans le fond des vallons, tantôt dispersés sur les hautes mon-
tagnes qui les avoisinenl. Les habitants de ces contrées sont gais, actifs et robustes.
Rien de plus pittoresque que de les voir, un jour de pèlerinage ou de foire, à Tryberg, à
Zell ou à Hornberg, réunis par centaines et vêtus de leurs costumes nationaux. Les
jeunes filles, au teint frais et rose, se coiffent de chapeaux de paille soufrés, et
portent un corset de velours noir, coquettement brodé, une jupe de serge noire à courte
taille et à mille plis, et des bas de laine rouge; les hommes, dont le regard est fier et
vif, ont la tête couverte d'un chapeau de feutre rond à large bord , et orné d'une plume
d'aigle ou de coq de bruyère; ils portent un gilet écarlate, une petite capote noire, une
culotte de peau noire brodée de blanc, des bas blancs ou de laine grise, qui couvrent
un mollet ferme et musclé. Ce costume , qui est commun aux habitants des vallées
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Vallée de la Kiutzig. supérieures et de la montagne, diffère de celui des habitants des vallées inférieures,
en ce que chez ceux-ci, comme chez les habitants de la plaine, le chapeau à trois cornes
remplace le feutre rond , et les étoffes de lin ou de cotonnade rouge, le drap et la serge,
étoffes plus chaudes, nécessitées par la température des régions élevées.
Dans ces réunions, composées d'hommes de races et de types divers, il est aisé de
distinguer ceux qui se nourrissent du labeur de la terre, de ceux dont les travaux
s'accomplissent au milieu des forêts ou qui font le commerce des bois, ou qui , adonnés
aux soins des troupeaux, mènent une vie plus douce sur la montagne. Les habitants
de la plaine ont le teint hâlé et des manières plus douces, plus polies, tandis que les
montagnards se distinguent par des passions plus ardentes, une franche bonhomie
et un langage plus rude; mais s'ils diffèrent en ces points, il en est un qui leur est
commnn, c'est l'accomplissement scrupuleux de leurs devoirs religieux.
Trouvez-vous un dimanche matin sur les plus âpres de ces montagnes, au milieu des
sentiers les plus isolés et traversés tout au plus, pendant les jours de la semaine, par
des bûcherons ou par quelques colporteurs, et vous verrez les chemins couverts de
paysans et de paysannes, vêtus de leurs habits de fête, et s'acheminant, dans un
silencieux recueillement, le livre de prière ou le rosaire en main, vers l'église la plus
rapprochée ; ils font ainsi , les dimanches et les jours de fêtes, jusqu'à deux et trois lieues
de chemin , pour aller réciter leurs prières dans le temple du Seigneur.
La Kintzig, la Guttach et la Schappach aident beaucoup à l'exploitation des richesses
de ce pays monlueux. Si l'agriculture, les mines de fer, de houille et d'argent, si
quelques verreries, du reste assez peu marquantes, et l'éducation des bestiaux contri-
buent au bien-être des habitants de ces contrées , la culture des forêts y a aussi une riche
part, et ce sont les torrents que nous venons de nommer qui aident à les exploiter , et
qui mettent en mouvement beaucoup de scieries et d'autres usines.
Des hauteurs de Triberg, ainsi que de celles de Rippoldsau, la Thalsol a une pente
très-rapide vers Hausach, situé à 245 mètres au-dessus du niveau de la mer, tandis
que Triberg est à une hauteur de 700, et Rippoldsau de 570 mètres. Les rivières qui
arrosent ces vallées, ont, par conséquent, un cours très-précipité; des barrages
construits, de distance en distance, avec des troncs de sapins, et munis d'écluses,
arrêtent les eaux et forment des bassins, dans lesquels sont lancés les plus grands
troncs d'arbres et le bois qui sert de combustible.
Le flottage des bois offre un spectacle des plus curieux à l'habitant de la plaine, qui
se trouve dans ces montagnes à l'époque où il a lieu.
Aussitôt que le bassin est rempli de pièces de bois et que l'eau est à la hauteur voulue ,
l'écluse est ouverte; l'eau franchit cette barrière avec une force prodigieuse; les vagues,
blanches d'écume, bondissent sur les rochers et entraînent avec fracas des milliers de
troncs d'arbres et de bûches de bois, qui se heurtent avec violence, se poussent,
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Zunsweier
et Diersbourg.
s'entrechoquent en tous sens et finissent quelquefois par former eux-mêmes une barrière Vallée de la Kintzi
qui s'oppose au cours impétueux du torrent. Alors une masse d'ouvriers, armés de
longues gaffes et de crochets, s'élancent de rocher en rocher, et s'enfoncent souvent
dans l'eau jusqu'au-dessus de la ceinture pour dégager ces bois et les rendre de nouveau
au courant. C'est de celte manière que ces riches produits sont flottés jusqu'au point où
la vallée et la rivière, devenant plus larges, permettent de transporter le bois de
chauffage sur des chariots, et les bois de construction et de marine sous forme de
radeaux.
En traçant cet aperçu général de la vallée de la Kintzig, l'une des plus longues et des
plus intéressantes de la chaîne de la Forêt-Noire, nous avons indiqué, autant que le
permettait le plan de cet ouvrage, les principaux points à visiter dans ces contrées;
nous ajouterons, que dans toutes les excursions que nous y avons faites, nous avons
trouvé partout de bonnes auberges, où le voyageur est toujours reçu avec politesse et
prévenance , et où il est sûr de trouver bonne table et bon gîte.
Continuons l'analyse du paysage qu'on aperçoit au-dessus de la ligne violâtre des
forêts qui bordent les rives du Rhin, et à travers laquelle on voit par intervalles
scintiller ses eaux colorées par le reflet du soleil.
A la droite de l'entrée de la vallée de la Kintzig s'élèvent les sommets boisés du
Bôllen, du Stauffenkopf, du Silbereck et de la Steinfirst, dont les parties inférieures
sont plantées de vignes, et qui renferment de riches houillères. Les ouvertures de ces
houillères sont situées à Zunsweier et à Diersbourg, et, au revers de la montagne, à
Berghaupten , que nous avons déjà mentionné plus haut.
La petite vallée de Diersbourg se dérobe à notre vue; mais nous apercevons le
châtelet de l'ancienne famille des Rœder 1 , dont il est souvent question dans l'histoire
de Strasbourg. Les Rœder résident encore à Diersbourg, et nous devons tout récemment
à l'un des membres de cette famille l'histoire du margrave Louis de Bade, redouté à
juste titre par les Turcs.
Marlenheim {Maris Legio) , où les Romains avaient établi un port fortifié , s'étend le
long du Rhin; tout près, s'y mire modestement le petit village de Goldscheuer, qui tire
son nom des paillettes d'or mêlées au sable que ce fleuve charrie. Les habitants de cette
localité , et de beaucoup d'autres situées sur la rive droite du Rhin , se sont créé une
branche d'industrie par le lavage de ce sable: l'or qu'ils en retirent, est extrêmement
pur et ne contient aucun alliage.
Plus loin, sur la même ligne, se trouve Altenheim, où l'armée française, privée
de son chef, le grand Turenne, repassa le Rhin après un combat terrible, qui coûta
8000 hommes aux deux armées; le général Vaubrun, qui, après avoir été blessé,
'Il fut détruit, en 1668, par les Français.
Marlenheim
et Goldscheuer.
Altenheim.
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Schuttern.
30 PAYS DE BADE.
s'était fait attacher sur son cheval pour continuer à combattre, trouva une mort
glorieuse dans cette bataille.
En suivant la base des montagnes, nous découvrons les clochers de Hofweier, de
Mu lien, et, à gauche du Schutterlindenberg, le village de Schuttern, situé au pied
de 1 Altvater et où se trouvait , il y a peu d'années encore , une antique et riche abbaye de
Bened.ctms. Elle avait été fondée, en 603, par Uffo ou Offo, et s'appelait primitivement
Offomszella; plus tard, elle prit le nom de la rivière sur laquelle elle est située
Dotée par la munificence ecclésiastique et séculière, elle s'éleva bientôt à un haut
degré de splendeur. Autour du château, que le fondateur avait fait construire pour la
Protection des religieux, se forma Schuttern, village transformé en ville, en 1327 par
les passants dynastes de Hoh-Geroldseck , qui en étaient les avoyers. Les longs et
sanglants démêlés qu'ils eurent avec la ville de Strasbourg, pendant la seconde moitié
du trememe et pendant le quatorzième et le quinzième siècle, exposèrent la ville de
Schuttern amsi que l'abbaye, à de terribles représailles delà part des Strasbourgeois.
fcn 1333 et en 1372 , nos ancêtres s'en emparèrent et y mirent le feu
En 1469, l'archiduc d'Autriche Sigismond engagea à Charles-le-Téméraire le Sundgau
pour le prêt d une somme de 80,000 florins. Les habitants de cette contrée eurent'
beaucoup a souffr.r du despotisme exercé par le mandataire de ce prince, Pierre de
Hagenbach , qu, réduisit de plus en plus les droits dont ils avaient joui jusqu'alors et
fit peser sur eux un joug de fer. ^ '
Les vi i Ies libres impériaIes de ,, Alsace) croyant ayoir à cra . ndre ^^
s alherent contre Charles-le-Téméraire , avec Sigismond , l'évêque et la ville de Bàle et'
les cantons suisses. Nous parlerons plus tard, en traitant des phases militaires de
Strasbourg, de 1 issue de ces querelles 1 .
C'est pendant cette alliance que Je comte de Geroldseck arrêta un jour une petite
caravane de marchands suisses, qui traversaient ses domaines pour se rendre à la foire
de Francfort-sur-Mein; il s'empara de leurs marchandises et les retint prisonniers dans
son château de Schuttern, en leur déclarant qu'il ne leur rendrait la liberté que
moyennant une rançon de 10,000 florins. Mais les Strasbourgeois, blessés du procédé
déloyal dont avaient eu à souffrir leurs alliés , passèrent le Bhin , assiégèrent et prirent
Schuttern, en démolirent les murs et le château, et conservèrent cette ville sous leur
dommanon, jusqu'à ce qu'un jugement impérial la rendît, en 1476, à Thibaud de
Geroldseck; depuis cette époque, Schuttern a été sans cesse en déclinant et n'est plus
aujourdhui qu'un simple village.
En parcourant les annales de Strasbourg, nous trouvons plusieurs faits semblables,
q«. prouvent que nos ancêtres étaient toujours prêts à tirer une éclatante vengeance
•Voyez aussi Pont-aux-Chats.
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PAYS DE BADE.
31
de la plus légère offense faite à leur honneur, du moindre tort causé à leur indépendance
civique.
Quant à l'abbaye de Schuttern , fondée, comme nous l'avons déjà dit, en 603, elle a
résisté pendant de longs siècles à l'action du temps et des révolutions qui se sont succédé
dans ces contrées, et ce n'est que lorsque l'Ortenau , possession impériale, a été réuni
au grand-duché de Bade, qu'elle a été supprimée.
Les bâtiments furent démolis il n'y a que peu d'années; mais l'église , qui date de 1770 ,
et qui est d'un beau style d'architecture, a été conservée et témoigne de la splendeur à
laquelle était parvenu ce couvent, dont le dernier prélat, Placide III, homme d'un grand
mérite et de profondes connaissances, se retira à Fribourg-en-Brisgau , où il jouit
jusqu'à la fin de ses jours d'une honorable pension.
A la droite du Schutternlindenberg, au sommet duquel se trouve un banc ombragé
de tilleuls et d'où l'on jouit d'une vue charmante, est située la vallée de la Schutler,
dans laquelle on parvient en traversant Dinglingen, qui n'est, pour ainsi dire, qu'un
faubourg de Lahr.
Cette ville, entourée de jolis jardins, et dont les maisons ont un aspect tout à fait
confortable, se distingue par l'activité de ses habitants et par son commerce étendu.
On y trouve des fabriques de chicorée, de cuir, de vins mousseux et de tabac à priser.
Parmi ces dernières on remarque celle de MM. de Lolzbeck , anciennement établis à
Strasbourg, et qui ont transporté leur industrie à Lahr, lorsque la libre fabrication du
tabac fut aboli en France et remplacée par le monopole.
Les ruines des châteaux de Geroldseck et de Lùtzelhardt sont les seuls monuments
qui rappellent les siècles passés dans la vallée de la Schutter, vivifiée par l'industrie
moderne depuis son ouverture jusqu'à Schweighausen , qui la termine et qui est situé
au pied du Gaisberg et du Huhnerseddel. Le premier, que le maréchal de Créqui fit sauter
en 1677, fut bâti par Gerold, fondateur de trois branches puissantes: les Geroldseck-
Lahr et Mahlberg, les Geroldseck des Vosges et ceux du Walgau (Tyrol). Strasbourg
compte trois membres de cette famille dans la série de sesévêques: Conrad, sous
lequel fut bâtie l'abbaye de Niedermunster, au pied de la montagne Sainte-Odile, en
1179; Walter, qui porta d'une main la crosse épiscopale, et de l'autre le glaive des
batailles, et sous lequel notre ville secoua le joug sacerdotal à la journée de Hausbergen ,
en 1262; enfin Henri, animé de sentiments pacifiques, et qui s'efforça de réparer les
maux causés par son prédécesseur.
La ruine du château de Lùtzelhardt se rattache aux événements historiques dont
nous allons rendre compte et qui font le sujet d'une des intéressantes nouvelles en
prose de Pfeffel.
En 1 160, un seigneur de Lùtzelhardt était en guerre avec Walter de Geroldseck: il
le surprit un jour à la chasse , et, après lui avoir fait parcourir, pendant quelques heures,
Schuttern.
Lahr.
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Geroldseck.
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Geroldseck.
Kippenheim.
Stufz.
32 PAYS DE BADE.
les yeux bandés, les montagnes des environs, pour l'empêcher de connaître le lieu de
sa captivité, il le fit enfermer dans son château. Geroldseck gémissait déjà depuis deux
ans dans cette prison, lorsque Riebel, son geôlier, reconnut enfin en lui son ancien
seigneur; il l'aida à s'échapper et prit la fuite avec lui. Walter ne songea plus qu'à se
venger de son ennemi; il réunit à cet effet ses vassaux, s'empara du château de
Lutzelhardt et le fit détruire. Pour reconnaître le service signalé que Riebel lui avait
rendu, il accorda à sa famille des biens et des privilèges considérables.
Le voyageur en venant de Mahlberg et en entrant à Kippenheim aperçoit, à droite de
la chaussée, sur une hauteur, un beau monument en fer de fonte; il s'en approche,
pensant y lire le nom de quelque homme d'État ou de quelque savant distingué; mais
bientôt il est détrompé. Sur ce monument, que la commune de Kippenheim a fait
élever, pour honorer la mémoire d'un de ses enfants, qui fut le bienfaiteur de son
pays natal, sont sculptés une paire de ciseaux de tailleur, une abeille, symbole du
travail, une corne d'abondance, emblème des avantages qu'il procure, et des versets de
la Bible, en guise de texte explicatif.
L'homme dont le souvenir est ainsi perpétué par la reconnaissance publique se
nomme Stulz. Né à Kippenheim en 1768 , il apprit l'état de son père, et il était simple
ouvrier tailleur lorsqu'il quitta sa commune, le sac traditionnel sur le dos, et le
bâton de voyage à la main; il parcourut une partie de l'Allemagne et de la Suisse.' Étant
sans ouvrage à Genève, il entra , en qualité de valet de chambre, au service d'un riche
Anglais, voyagea quelque temps avec lui et l'accompagna à Londres; il y travailla de
son état, pendant plusieurs années, chez un de ses compatriotes. Celui-ci étant venu à
mourir, Stulz recueillit son héritage, et s'établit pour son propre compte. Patronné,
auprès du monde aristocratique, par son ancien maître, il vit promptement sa clientèle'
s'agrandir, et bientôt il acquit une telle réputation que non-seulement il devint l'arbitre
souverain de la mode à Londres, mais que, de plus, les produits de ses ateliers furent
recherchés par les élégants de tous les pays de l'Europe. De nombreuses fournitures
qu'il entreprit pour le compte du gouvernement anglais, augmentèrent encore consi-
dérablement sa fortune. En 1814, il quitta l'Angleterre et vint fixer son séjour à Hyères,
pour y rétablir sa santé chancelante. Dans cette retraite , il sut habilement profiter, pour
accroître ses richesses, des événements politiques qui s'accomplirent à cette époque en
France. Napoléon quitte l'île d'Elbe. A peine a-t-il débarqué à Cannes, que les rentes
tombent à 50. Stulz s'empresse d'en acheter pour une somme considérable. Trois mois
après, la bataille de Waterloo est perdue; les Bourbons rentrent en France; aussitôt les
fonds publics dépassent le pair. Stulz réalise ainsi d'immenses profits, et sa fortune,
qui se montait déjà à plusieurs millions , se trouve doublée.
En récompense des bienfaits qu'il répandit sur son pays natal, Stulz fut nommé
successivement, par le grand-duc de Bade, baron d'Ortenberg et chevalier de l'ordre
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Panorama de Strasbourg. Environs. Page 32 et 34.
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Maison habilée par le Duc d'Enghien à Ellenheim.
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PAYS DE BADE.
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Stulz.
Mahlberg.
du Lion-de-ZaBhringen. Il mourut en 1832, laissant à sa famille une immense succession
après s être signalé par de nombreux actes de charité, parmi lesquels nous citerons
les suivants: Il donna à la ville d'Hyères, dont les pauvres reçurent de fréquentes preuves
de sa générosité, une somme de 10,000 fr. pour la construction dune fontaine et
5000 fr. a la fabrique de l'église catholique, pour l'acquisition d'un orgue. A Toulon
il fit élever à ses frais une chapelle consacrée au culte protestant. Kippenheim lui doit
la fondation d un hôpital, la reconstruction de son église et un capital de passé 25 000 fr
dont les rentes sont employées an soulagement des pauvres. Il accorda à l'institua
polytechnique de Carlsruhe 30,000 fr., à la fondation de Léopold et de Sophie, de la
même ville, 52,000 fr., et enfin il consacra 200,000 fr. pour l'établissement d'un
hospice d'orphelins à Lichtenthal.
Au delà de Kippenheim, le paysage se perd dans les vapeurs bleuâtres du lointain;
pour que lœ.l puisse en saisir les détails, il faut qu'il s'arme de la longue vue ou
quil soit favorisé par certains effets de lumière. Quand en été des nuages noirs
charges de pluie et d'orage , traversent la vallée du Rhin et projettent de larges bandes'
d ombre sur cette vaste étendue de pays, le soleil, en perçant les déchirures de ce
voile humide, éclaire de sa vive clarté quelques parcelles de terrain; alors chaque
clocher, chaque maison se détache assez vigoureusement sur le fond du paysan
pour être aperçu par l'œil de l'observateur. Ce n'est aussi que dans cet é.at de
1 atmosphère que se distingue Mahlberg, ainsi que le promontoire sur lequel il est
assis , et tout près de là l'église d'Ettenheim , construite sur une hauteur
Mahlberg nous rappelle les lits de justice que tinrent, dans nos contrées, les rois
francs et les comtes d'Alsace et de l'Ortenau [Mallaberg).
Ettenheim, situé sur la limite du Brisgau , est lié plus intimement à notre histoire
C'était le chef-lieu du bailliage épiscopal de Strasbourg du même nom, auquel appar-
tenaient les villages de Ringsheim, Gravenhausen , Cappel-sur-Ie-Rhin, Ettenheim-
weiler et Ettenheimmunster. Engagé, en 1414, par l'évêque Guillaume de Diest, à la
ville de Strasbourg, il resta sous sa domination jusqu'en 1533, époque à laquelle
Guillaume de Hohenstein le racheta.
Ettenheim et ses environs nous intéressent sous plusieurs rapports; là les souvenirs EtteiAehmmmster
des temps les plus reculés se marient aux souvenirs des temps modernes. Les vieilles
légendes y font entendre leur antique voix, soit qu'on s'enfonce dans la vallée d'Elten-
heimmùnster et qu'on visite les bains si confortables de Saint-Landolin et la source
qui doit avoir jailli du sol, à l'endroit où ce saint, un des premiers apôtres du
christianisme, fut tué; soit qu'on s'arrête devant les grands bâtiments de l'abbaye
de Bénédictins, en partie ruinés; elles nous rappellent Etton, fils du comte Attic et
frère de sainte Odile, et toute cette famille, qui, animéed'un pieux dévouement, fonda
tant de maisons religieuses dans notre pays. Quand on se promène dans les rues de la
Ettenheim.
ENVIRONS.
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34 PAYS DE BADE.
Ettenheimmùnster. ville, le moyen âge s'y dessine par le caractère architecte-nique de quelques maisons
à pignons crénelés, à tourelles et à balcons; d'autres plus modernes témoignent du luxe
du dernier prince-évêque de Strasbourg. Disgracié par la cour de France, poursuivi
par la révolution, ce prélat se retira dans son bailliage d'Ettenheim , jouissant de son
double titre de prince de l'Empire germanique, et y mourut le 16 février 1803.
Louis-René, cardinal de Rohan, nous reste comme un type de la noblesse dépravée
de la régence et du règne de Louis XV. Opulent à l'excès , de mœurs plus qu'équivoques ,
mêlé à toutes les intrigues de cour, prodigue et généreux outre mesure, protégeant
les arts et les sciences, on trouve en lui le courtisan accompli, mais on cherche
en vain l'homme de Dieu et de l'église. Son ambassade à Vienne, où, représentant
extraordinaire de la France, au sein des plaisirs dans lesquels il était plongé, il vit
s'accomplir, sans s'en douter, ce honteux traité du partage de la Pologne, que Marie-
Thérèse signa à son insu , et le procès scandaleux du collier de la reine , dans lequel il
joua un rôle de dupe, sont autant de tristes documents qu'il a légués à l'histoire.
En quittant l'Hôtel-de- Ville d'Ettenheim, pour monter vers sa belle église, on passe
devant une modeste maison qu'on ne peut contempler sans gémir sur les actes que
la politique voile du nom de raison d'État: c'est celle qu'habitait le duc d'Enghien
lorsqu'il fut arrêté par ordre de Bonaparte, premier consul , pour aller mourir dans
les fossés de Vincennes.
Quittons la plaine et remontons vers les montagnes qui longent cette partie de
l'horizon. Sur la première ligne nous avons vu le Bœllen et le Stauffenkopf, qui séparent
la vallée de la Kintzig de celle du Rhin; à la droite du Schutterlindenberg et plus
rapprochée d'Ettenheim, la Langenhart sépare la vallée de la Schutter de la plaine.
Cette ligne se perd en déclinant, jusqu'à ce qu'elle forme la pointe vers Kentzingen et
encadre d'un côté le vaste demi-cercle dans lequel domine Fribourg avec sa belle
flèche transparente, qui malheureusement n'est pas visible de chez nous. Au-dessus
de ces divers points, les montagnes de l'Oberland badois élèvent leurs têtes blanchies
pendant six à sept mois de l'année.
En portant nos regards plus vers la gauche, nous apercevons les montagnes qui
avoisinent Tryberg, Furtwangen et Neustadt, c'est-à-dire une étendue de terrain
montueux d'à peu près trente-deux kilomètres de long. C'est sans contredit la partie
la plus intéressante de la Forêt-Noire. Si d'autres points de cette chaîne présentent au
peintre des sites plus pittoresques, des parties de rochers plus sauvages, une plus
grande variété d'études de forêts, là on trouve la vie d'association industrielle qui s'y
développe avec une activité remarquable.
Les vallées de Simonswald , de 1 Eltz , de la Prège , de Giittenbach , et bien d'autres sont
des miniatures plus ou moins ressemblantes à celle de la Kintzig, dont nous avons
donné un aperçu succinct ; mais les hauteurs portent un tout autre caractère. Quoique
Environs
(te Tryberg.
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Environs deTriberg
Panorama de Strasbourg. Environs . Page. Se
.iiKfpdr Touchera
Horlogere deNeustadt.
Paysannes de la Vallée de l'Eltz .
Lith. d'E. Simon* Strasbourg
Paysan de la Vallée
de Simonswald.
Horloger
Colporteur
Paysanne de la Vallée
de Simonswald .
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PAYS DE BADE.
35
1
Environs
de Tryberg.
Fabrication
ces plateaux soient aussi élevés que le Kniebis, on n'y rencontre pas cette morne
solitude, où l'on chercherait vainement quelques vestiges d'habitation. C'est la région
alpine de la Suisse, avec les tristes forêts de sapins de la Norvège, moins les chalets
avec l'oisif vacher, et moins les barraques à demi enfoncées dans le sol, couvertes
d ecorce et entourées d'un troupeau de rennes.
Ici, presque à chaque quart de lieue, le voyageur rencontre des maisons isolées avec
leurs étables, et tout près une chapelle et un moulin, que l'habile habitant de ces
montagnes construit lui-même, et qu'un filet d'eau met en mouvement, triples
constructions qui caractérisent la simplicité de ses besoins. Dans l'une, il travaille avec
sa famille et ses ouvriers ; elle l'abrite chaudement dans ces âpres régions et conserve
ses provisions; dans l'autre, il prie devant son Dieu ou son saint , tandis que le moulin
broie son orge, quand, pendant cinq ou six mois de l'année, enfoncé dans les neiges,
il vit dans l'isolement le plus absolu, sans communication aucune avec les vallées et
la plaine.
C'est là que se fabriquent ces horloges, ces pendules que les actifs habitants de la
contrée vont colporter dans toutes les parties du monde , et qui appellent au travail du des horlo ? es de la
matin le colon des bords du Missouri comme le paysan d'Alsace , l'ouvrier russe comme "'
I habitant de la Sierra Morena. Chacune de ces maisons isolées est un atelier. En entrant
dans 1 une d'elles, on y trouve le fondeur qui moule dans le sable et coule les rouages
en cuivre et la clochette au timbre sonore; dans l'autre, on les voit passer au tour et
tailler sur la machine les engrenages ; dans la troisième , l'ouvrier construit les carcasses
des horloges en bois et tourne les cadrans; dans une quatrième, une famille de peintres
les orne de dessins variés et les colorie de mille nuances diverses, selon le goût
des nations auxquelles ces produits industriels sont destinés. Saint Jacques de
Compostelle, saint Antoine de Padoue , saint Népomucène, avec leurs attributs, brillent
sur les horloges qui feront le voyage d'Espagne, d'Italie et d'Autriche; les litho-
graphies de Charlet, de Bellanger, d'Adam, la statue de Napoléon, transportées sur le
vernis, sont destinées à flatter l'esprit national des Français , tandis que des trophées de
liberté ou le portrait de Washington décoreront les horloges transatlantiques , ou
qu'un bariolage éclatant de fleurs, de ciselures et de dorures, ira charmer le goût
moins exigeant du vulgaire. Enfin, on arrive à l'atelier de l'ajusteur, qui reçoit par
douzaines le contingent de tous, réunit les diverses pièces éparses, et en forme un
ensemble tant à coucou, à jeu de danse, à serinette et bien d'autres, dont la valeur
varie de deux francs à soixante francs et au-dessus. Voilà la fabrication qui est arrivée
à un haut point de perfection ; reste la part du génie.
Celui qui a visité Furtwangen se souviendra toujours avec intérêt de cette maison Maître Blessa
isolée dans un vallon latéral, entourée d'une vaste prairie, et du respectable vieillard
qui l'habite, de Martin Blessing, le Schwilgué de la Forêt-Noire.
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Maître Blessing.
Historique
de la fabrication.
an
PAYS DE BADE.
L'auteur, en 1827, fut assez heureux de voir dans cette modeste demeure le chef-
d œuvre de cet artiste sans prétention, une grande horloge, formant meuble, et qui
marquait Je cours des astres , les secondes, les minutes, les heures et les années , avec-
orgue a deux cylindres de rechange, qui faisait entendre deux ouvertures à grand
orchestre et vingt-quatre antres pièces de musique. Il vendit ce grand travail pour
15,000 florins'. Le nom de Blessing, dans ces montagnes, est un nom d'artiste;
Constantin a Langenbach, Jean-Jacques à Kirnach, le cèdent peu à leur Nestor; il faut
ranger encore parmi ces ouvriers d élite, Duflner à Tryberg, Schapperle à Lentzkirch,
Hock a .chonach et tant d'autres. A peine une composition musicale est-elle en vogue
a Paris ou a Vienne, à Naples ou à Berlin, que déjà les agents de cette vaste association
mdustnelle, qm se trouvent partout, en envoient les partitions à Furtwangen. C'est là
que 1 intéressante famille de Placide Kreutzer, composée de peintres et de musiciens
s en einpare, arrange la musique selon les exigences de l'instrument, et la donne en
manuscrit aux fabricants d'orgues, qui la piquent sur les cylindres
Apres cet aperçu sommaire sur la fabrication des horloges de la Forêt-Noire, jetons
un coup d œil sur son historique et sur ses résultats. Toute invention , tout art a son
enfance et ses phases qu'il doit traverser pour arriver à la perfection. Dans les beaux-
ar ts , il y a loin des pages de Cimabue et de Giotto à celles de Raphaël et de Michel-An*,
*u construit et orna en même temps la plus riche coupole de la chrétienté. H y a'
loin des premières montres de Nuremberg aux chefs-d'œuvre de nos jours. Quel espLe
mmense n a pas franchi l'invention du marquis de Worcester, depuis 1663 alo s'qu
h premier ,1 eut l'idée d'employer la vapeur pour faire fonctionner une machine
jusqua nos jours où les steamers sillonnent les mers, et où la locomotive traîne avec
une vitesse prodigieuse de longs convois de voyageurs et de marchandises sur les rails
de fer? C est a 1 époque où Papin perfectionna ces machines , vers la fin du dix-septième
siècle, quune ère nouvelle de prospérité s'ouvrit pour ces montagnards affamés et
désoles par les desastres d'une longue guerre. Depuis la Suisse jusqu'au Palatinat, ces
riches plaines ne présentaient plus aucune ressource aux nombreuses troupes de toutes
nations tantôt victorieuses, tantôt vaincues, qui s'y faisaient la guerre. Le soldat était
oblige de se jeter dans ces gorges de montagnes pour trouver des moyens d'existence :
il eta.t encore attiré par l'espoir du pillage des riches abbayes établies dans ces solitudes,'
sur 18 pied de hlu LZme S£ ' T ' œhrenbach - Cet inslru ™nt forme meuble de 12 pieds de large
depuis IZn le 1 doux u Z^r , ^7' " imitant t0US ^ ^^^ ™» ^ modulations,
que .'ouverture „ "ZZiZZ TZ 7 » ^T™' """^ d '° UVerlUreS deS P * US M ' anteS ' lel,es
Xorrna, Fra Diavolo l Cr J on 'v , v ' ** ^t 1 ™™ ™' de Z( ™^> enlèvement eu Serait,
fut achevé en P l ?*"*".' daU ' reS morceaux > des valses, des polkas, e.e. L'instrument, cm
Odessa ' 6t qU °" 3 PU V °' r Gt emendre en »"« «"» » Cari^he, a été vendu pour 30,000 flor ns
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PAYS DE BADE. ^
boisées d'épaisses forêts, où il n'y avait d'industrie que la fabrication de la soude
quelques verreries et l'exploitation des mines.
C'est alors qu'un marchand de verroteries qui vendait à l'étranger ses productions
apporta dans ces montagnes une pendule en bois, qu'un ouvrier de la Bohème -mit
grossièrement exécutée. Elle fut imitée par un menuisier de Waldau. Ces habitants
prévirent 1 avantage qu'ils pourraient retirer de cet art, et au commencement du dix-
hmt.eme s.ecle les Dinger et les Doffner de Schœnwald et Lôffler de Guttenbach se mirent
a 1 œuvre en s'associant pour la fabrication des horloges. Ils peuvent être envisagés de
droit comme les fondateurs de cette branche d'industrie, si riche en produits et si
remarquable par ses immenses perfectionnements artistiques et mécaniques
Vers 1730, Frédéric Dinger d'Urach se rendit à Paris, et acquit pendant une année
de séjour dans cette capitale des arts, de grandes connaissances en horlogerie,
qu ,1 adapta a leur fabrication. Caspar Doser fut le premier qui exécuta une horloge
m rquant le cours des astres. En 1768 , Jean Wehrlé de Neukirch en construisit une
de o ;r TV ^T ^ mUSiqUe ' aU MOyen d ' Un C ^ lindre ' dont le —ment
de rotatton fa.sait mouvoir a son tour de petits marteaux frappant sur des clochettes
en verre. En 1770, Salomon Scherzinger adopta l'orgue, et ces intelligents ouW
vendent surtout puiser aux sources des sciences et de l'instruction musicale q e
^::::T ye ; de saint : pierre ■ de saint - Geor ^ et de «-«*- « ££
un plaisir de mettre a leur portée. Leur génie inventeur et leur habileté d'exécution se
perfectionnèrent de plus en plus; ils surent trouver des débouchés pour leurs pr"
ductions, et établirent des relations au dehors; leur perspicacité devinait Je goût des
nations avec lesquelles ils se mettaient en rapport. Ceux d'entre eux qui n'avaient
pas le goût du travail sédentaire, animés par un esprit aventureux, quittaient cps
montagnes avec une pacotille, consistant en quelques caisses d'horloges fran-
chissaient les mers, et revenaient au bout de quelques années riches dune fortune
acquise par l'échange , après avoir établi des comptoirs, où d'autres, avides des mêmes
profits, venaient les remplacer.
Cette activité et ce développement intellectuel firent succéder le bien-être à la
pauvreté ; la culture de la pomme de terre qu'ils introduisirent chez eux vers le milieu
du siècle passé les garantit de la famine; leur rudesse primitive s'adoucit au contact de
la civilisation des villes, dont ils empruntèrent bientôt les formes polies; l'instruction
lit chez eux des progrès rapides, et le voyageur est souvent étonné en arrivant le
dimanche dans une auberge d'un des centres de ces contrées, d'y trouver attablés des
hommes auprès d'une bouteille de vin de Bourgogne ou de Bordeaux, causant affaires
et parlant presque toutes les langues vivantes; ce sont ceux qui, après dix ou quinze
années d'absence , sont revenus dans leurs foyers avec une petite fortune amassée en
faisant le commerce en pays étranger, et qu'ils font valoir dans ces spéculations
Historique
de la fabrication.
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38 PAYS DE BADE.
de laScïtion. ^ danS IeS bai,,ia 8 es de Tryberg et de Neustadt, formés de quarante-trois
communes , ayant 15,300 habitants , que cette industrie s'exerce par plus de douze cents
maîtres, leurs familles et leurs ouvriers. D'après Gôrlach, il s'y fabrique par semaine
trois cents quintaux d'horloges de la valeur de 100 florins le quintal, ce qui donne une
valeur annuelle de 1,560,000 florins. D'autres renseignements recueillis par nous-même,
chez M. Faller père, le commerçant par excellence et aubergiste au Lion de Tryberg,
nous ont appris qu'on expédie par semaine à Kehl et à Strasbourg quarante caisses
d'horloges de la valeur de 800 florins chacune, c'est-à-dire une valeur de 32,000
florins par semaine et de 1,664,000 florins par an. En prenant la moyenne de ces
chiffres, on arrive à une somme de 1,612,000 florins ou de 3,473,000 fr. par an, dont
à déduire , d'après la statistique de Poppe , valeur en matières premières employées
pour la fabrication des pendules et horloges, tant en bois de sapin, de hêtre, en cuivre ,
zinc, étain, qu'en charbons, couleurs, fils de fer, creusets, etc., un montant de 258,431
florins, ce qui donne un bénéfice net, y compris la main-d'œuvre, les intérêts des
capitaux d'établissement, de machines et d'outils, de 1,353,569 florins ou 2,916,781 fr.,
produit par la seule fabrication des pendules et horloges. Quelle immense progression'
depuis un siècle et demi ' !
Chapeaux de paille. Dans ces mêmes bailliages, les habitants exploitent encore une autre industrie
également lucrative, et qui occupe les adultes comme les enfants. Le petit pâtre, assis
sur un bloc de rocher eu gardant son troupeau, la petite fille qui surveille ses chèvres,
tout aussi bien que la mère assise au berceau de son enfant, emploient tous leurs loisirs à
confectionner des tresses de paille. Tous ces filets plus ou moins finement tressés sont
envoyés ensuite dans les fabriques, où ils sont convertis en cabas , en casquettes et en
chapeaux de paille de la valeur de quelques kreulzer jusqu'à celle de vingt et trente
florins. Dans cette partie se dislingue surtout l'établissement de MM. Tritschler, Faller
et C ie à Lenzkirch.
Conclusion morale. Nous voyons de quel immense avantage matériel ces diverses industries sont pour
ces populations, maltraitées par la nature, sur un sol rocailleux, sous un climat âpre
et rude, où la terre ne paie qu'avec parcimonie les peines et les travaux du cultivateur.
Et quelle grande leçon le moraliste et l'économiste ne peuvent-ils pas puiser au milieu
1 Des informations prises à la douane de Strasbourg constatent annuellement l'entrée suivante des horloges et
pendules de la Forêt-Noire en France; on verra cependant que le chiffre en est décroissant depuis 1835. La cause
de cette décroissance gît-elle dans le développement qu'a pris l'horlogerie en France, ou bien le transport trans-
atlantique a-t-il pris une autre voie que celle de nos ports de mer? Nous l'ignorons.
Ponr h coDsomnialiouen France.
Pour le transit
1835 — 70,500
100,800
1840 — 69,900
71,100
1845 — 65,300
45,300
1850 - 39,900
4,600
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wSmwWSBÊÊm
Panorama ie Strasbourg. Environs. Page . 39.
Dessiné d'après nature par F. Piton, ligures et lUho^r\ a par Ait? Touche molm
npJS.Simtmâ Strasbourg.
Vue du Saut-du-Cerf à l'entrée des (jorées du Val d'Enfer.
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PAYS DE BADE. 39
de cette population industrieuse? On ne voit pas là , comme dans nos villes manufactu- Conclusion fflwate
rieres, des centaines et des milliers d'hommes au teint pâle, livide, enfermés dans
d'immenses salles, des enfants sans force, sans instruction et sans mœurs, croupir
dans la misère; population imprévoyante et débauchée, qui dépense en grande partie
dans les orgies du dimanche et du lundi le salaire péniblement gagné pendant la semaine
Ces malheureux ne connaissent pas la vie d'intérieur, le bonheur du ménage, l'éco-
nomie et le bien-être qui en résultent , et donnent leurs forces et leurs sueurs à quelques
grands manufacturiers, dont les uns s'enrichissent, et dont les autres, aventurant
des capitaux confiés, finissent par la banqueroute et réalisent souvent, par une
concurrence effrénée, la fable du pot de terre et du pot de fer. Chez les industriels de
la Forêt-Noire l'association est la base de leur industrie, de leurs profits, comme
de leurs pertes, car si une concurrence quelconque s'établit à l'extérieur, s'ils sont
obliges de baisser le prix de tel ou tel article, les intéressés sont convoqués le
dimanche, et si Ion est forcé de réduire le tarif en vue de la concurrence, le salaire
de 1 ouvrier est diminuéen proportion , ainsi que la commission du débitant; là chacun
supporte sa part.
En continuant l'analyse de cette ligne étendue de montagnes, nous découvrons à la
gauche du Kandel , le Rosseck , au fond du Prechthal , et le Hôrnliberg. L'œil armé d'une
longue vue , distingue sur ce dernier les ruines d'une chapelle et de quelques bâtiments
adjacents que le feu du ciel réduisit en cendres il y a une trentaine d'années. Elles
durent leur construction à un officier français, qui , guidé par de pieux sentiments, les
lit élever pendant les guerres du dix-septième siècle et les dota.
Beaucoup de pèlerins y affluaient autrefois; aujourd'hui ce n'est que la belle vue
dont on y jouit qui peut récompenser le touriste parcourant la vallée de l'EIlz de
l'ascension pénible à laquelle l'oblige cette excursion. Entre la vallée de Simonswald et
celle du Glotterthal , s'élève le Kandel, à 1268 mètres au-dessus du niveau de la mer; en
descendant du côté oriental de ce point élevé vers la Platte, auberge isolée non loin de
l'antique abbaye de Saint-Pierre 1 , on arrive à la cascade du Zwerrenbach, une des plus
considérables et des plus pittoresques de la Forêt-Noire.
La ligne de montagnes qui s'abaisse à la droite du Kandel nous marque les profon- Le val d'Enfer
deurs de la vallée de la Dreisam et de l'Enfer; c'est par cette gorge étroite et sauvage
dont le maréchal de Villars disait, en écrivant à l'électeur de Bavière , qu'il n'est pas assez
diable pour y passer avec son armée, que Moreau fit sa savante retraite. La campagne
i L'abbaye de Saint-Pierre fut fondée à Weilheim, dans le pays de Wurtemberg, par Berthold I , comte de ZaBhrin-en
ma.s son f.Is Berthold II la transféra, en 1093, dans la haute Forêt-Noire; elle exista comme telle iusou'en âm
époque à laquelle elle subit le même sort que Schutlern et les autres couvents de ce pays.
II y a quelques années que l'archevêque de Fribourg fit transférer dans cette solitude le séminaire itmri '"- ■
l'université de Fribourg en Brisgau. auacne a
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40 PAYS DE BADE.
Levau-Enfe, de 1796 commença par le passage du Rhin à Kehl, et finit en octobre de la même
année par cette retraite qu'il opéra, après la bataille de Bieberach, depuis le centre de
iaBavere jusqu'à la frontière française. Harassée de fatigues, marchant la nuit et se
battant le jour, cette armée de braves déboucha , dans le plus grand ordre, dans la
vallée du Rhin, aux portes de Fribourg.
Moreau avait l'intention de s'appuyer sur ce point et de manœuvrer avec son armée
sur la nve dro.te du Rhin, entre Fribourg et Kehl ; mais le prince Charles, qui avait
prévu ses plans, s'était hâté d'arriver du Bas-Rhin avec les divisions de l'armée
autrtchtenne et de celle de Condé, et lui barra le passage, entre la Forêt-Noire et le
Katserstuhl. Nous voyons du haut de la cathédrale le promontoire qui descend dans la
plame , entre Ettenheim , Emmendingen et Kent Z ingen , où se livra la bataille qui força
Moreau au passage du Rhin à Brisach et à Huningue, après un second combat meurtrier
sur Je promontoire de Schliengen.
Le géant de la Forêt-Noire, le Feldberg , avec ses ramifications qui s'étendent jusau'au
Belchen ou Ballon d'Allemagne, s'élève a la droite a 1493 mètre! au-dessus du ZZ
de la mer. Le géologue, le botaniste, le peintre, en se logeant pour quelques jours
dans un des chalets de Mentzenschwand ou de Todnau, où s'abritent pendant vZ d
nombreux troupeaux sur cette cime alpestre, trouveraient de riches compe, s Irions
E z:: ;™ ose • à ,a — - — * - — ^ ;::::
Sur son sommet l'œil embrasse cette mer de montagnes qui s'étend au nord jusqu'à
Alp 7r ' * T 7 ^ haUtS P,atGaUX dU P ^ S dG W " rtembe ^ el " i^e-
Alp, au sud jusqu au lac de Constance et aux cimes blanchies de la Suisse, et à IWst
jusquaux Vosges lointaines, qui ferment le large bassin dans lequel le Rhin suit
scmtdlant son cours tortueux , à travers des champs et des prairies. L'œil repose sur
des nnlhers de clochers de villes et de villages, de fermes et de maisons isolées
indiquant la demeure de l'homme, le tout harmonieusement étendu à nos pieds
comme une vaste carte géographique sur laquelle brillent encore à l'est le Feldsee le
Schluchsee et le Titisee, petits lacs resserrés dans les montagnes
La Wiese, illustrée par les chants de Hebel, prend sa source dans les flancs du
Feldberg et, arrosant la charmante valléequi porte son nom, débouche à Lôrrach pour
se jeter dans le Rhin non loin de Bàle'.
le nL d 7V^ll^lT e ^Z S Une * !" PrÔS dU PetU ViUage de Hasel ■ les proues connues sous
fantastique Zs^iT^ZJ S/T '"^ LCS <*°«'e« d « cochers, les Formes grotesques et
murmure les inï de c sn CGS V ° lUCS ' ' e t0n ' e,,t Gt le P etit lac 1 ui interrompent par leurs
H n'y a q e le ^tes d oie T" S '/'Tonnent * ™ beaUtés de la nalure 1 ue le tou - le encontre rarement
puis entlu l r g °e p ,2 f ' anS ' a Fl ' anChe - C0mlé • et «*» de Baumann , dans les montagnes du Harts, qui
Le Feldberg.
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Dans cette vallée, au pied du Feldberg et du Ballon, dans celle de Saint-Biaise', une Le Feldbers
industrie , moins artistique sans doute que la fabrication des horloges , présente encore
a ces montagnards des ressources qui suppléent à l'insuffisance de l'agriculture et de
l'éducation des bestiaux. C'est là qu'on donne aux bois de leurs forêts ces mille formes
d'ustensiles , qui figurent sur nos marchés et qu'on exporte au loin. De ces vallées nous
arrivent les baquets, les cuveaux, les fonds de cribles, les douves de sapin et de chêne
les cuillères en bois, les boîtes à sel, etc., connus sous le nom de boissellerie de laForêl
Noire; les habitants joignent à cette fabrication celle des brosses et de l'amadou
Le promontoire qui descend des flancs abruptes du Ballon vers la plaine, sépare la
vallée de Munster de celle de Badenweiler, dont les bains romains et modernes et
I antique château ruiné offrent beaucoup d'intérêt. Tout près <Je l'entrée de cette
première vallée est située la petite ville de Sulzbourg, où naquit, en 1694, un homme
cher a 1 historien et à l'archéologue, et dont la scieuce éteudue a illustré notre ville
natale: cest Jean-Daniel Schœpflin, l'historiographe de Louis XV, l'auteur de VAlsatia
érudÎts ^ ¥ ° maliCa ' de YHiSt ° ria Z <* h ™go-Badensis et de divers autres ouvrages
du E Lt n „ f T nt T ^ r""^ MÛnSter ' lG ™^*«*^ -ec intérêt, au pied Vallée * m—.
du Ballon, les puits et les galeries du Teufelsgrund , mines d'argent et de plomb
exploitées par une société, à la tête de laquelle se trouve le banquier Hawer de Car sruhe '
mmera, que l'on en retire devient article de commerce, sous la forme de litharg
rapporte a peu près 17 000 florins par an; une école des mines est attachée à t'
établissement Non lom de là , l'antique abbaye de Saint-Trudpert nous ramène vers les
siècles ou la foi religieuse éleva tant de monuments à la gloire de Dieu et de ses saints
martyrs. Saint-Trudpert reçut son nom de son fondateur, Irlandais de naissance, qui
comme saint Landolin et saint Florent, ses compatriotes, vint prêcher le christianisme'
chez nous, au septième siècle. D'abord simple ermitage, ce couvent s'agrandit, et
exista jusqu'en 1806; Colomban Chrétien, qui mourut en 1810, en était le dernier
abbé-prieur.
Nous arrivons enfin au dernier point élevé de la chaîne de la Forêt-Noire oui se
déroule a nos regards sur la plate-forme de la cathédrale , depuis le Thurmberg près de
a hL L vrrs r Rr iparc r rt ia vaiiée de ia wiese ' ne man<fuera p as de visiter ' ^ une * «*&*. r*»*,™
abbaye de Sa nt-B aise , , lustrée par tant de religieux , qui y cultivaient les sciences et les arts , et parmi 1 sque Tse
distingua surtout l'avant-dernier prélat, Martin Gerber, auquel on doit VUistoire <le la ForU-Noire, que q ï au r
ouvragesh,slonquesc untrauéinta^
eghse, richement ornée dans son intérieur des marbres de toutes espèces que produisent ces mon agnes° e qu
nous rappelle , par les formes grandioses de sa coupole , le Panthéon de Paris et la Chiesa-di-Santa-Maria-della-Rot nd
a Rome. Notre compacte SUbermann construisit pour ee prélat un orgue, véritable chef-d'œuvre qui doit Z
trouver aujourdhu. a Carlsruhe. Les bâtiments de l'abbaye sont devenus le siège d'une manufacture établie 2
M. dEichthal, ou 1 ingénieur Fourneron plaça la première turbine de son invention, si utile dans le dévelonJL, t
contemporain de la mécanique. le aevelo PPement
ENVIRONS.
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HHHBBJi
Le Blauen.
Le Kaiserstabl.
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PAYS DE BADE.
Durlach sur une longueur d'environ 160 kilomètres (quarante lieues): c'est le Blauen
au fond du Brisgau, à 25 kilomètres en deçà de Bâle, que les nombreux visiteurs des
bains de Badenweder aiment à gravir, pour y jouir du beau point de vue qui s'étend
jusque dans la Suisse et embrasse une grande partie de la vallée du Bhin. Au pied de
cette montagne et sur nne étendue de quelques lieues, se cultive , dans ce pays si riche
en productions de la terre, cet excellent vin blanc, connu sous le nom de vin du Mar-
graviat, un des meilleurs et des plus sains crus de l'Allemagne
Le géologue, en explorant les deux chaînes de montagnes qui bornent l'horizon à
I ouest et a est, reconnaît au granit, aux grès, aux pierres calcaires, les diverses
périodes de la formation du squelette de notre globe; le groupe de montagnes vers le
sud-ouest, et, plus rapproché que le Blauen, le Kaiserstuhl , lui indiquent les traces de
ZuZ T TTZ qUÎ S ' étaîent fait JOUI ' ' ,a SUrfaCG deS — ' dans ,es *»P-
fabuleux, ou la vallée du Rhin formait probablement un immense lac, depuis les Alpes
sTntToXr 8 étr0heS ^ Rhinga " ' à tr3VerS lGSqUel,eS CG fleUVG SGSt Creusé de P uis
Le groupe de montagnes dont les points culminants sont l'Eichelspitz , la montage
couronnée de la chapelle de Sainte-Catherine, et le plus élevé, le Kaiserstuhl ouïs
Neuf- filleuls, a cote duTodtenkopf, est de formation doléritique, basaltique, trachytique
et de Khngstein * I, s'élève à pic sur la rive droite du Rhin , entre Colmar t Fribourg
ur une ongueur d'à peu près 18 kilomètres, depuis Brisach Jusqu'à Riegel , et sur une'
largeur d environ 9 kilomètres , de Burgheim à Oberschaffhausen.
Les fragments pierreux provenant de la prompte décomposition d'une grande partie
de ces roches, quand elles viennent au jour, mêlés au lœss, forment un terreau extrê-
mement fertile en blés, en maïs, en pommes de terre, en oignons et légumineuses
mais surtout en vignes et en arbres fruitiers. C'est aussi la raison pour laquelle sur
ce petit espace de terrain près de 30,000 habitants, disséminés dans trois petites
villes et vingt villages, trouvent l'aisance par leur travail agricole; il n'y a que les
plantes fourragères, le trèfle excepté, qui n'y réussissent pas, faute de sources pour
1 irrigation, les rares petits filets d'eau qui descendent de ces hauteurs étant tout au
plus suffisants pour mouvoir quelques moulins. Dans le Kaiserstuhl, par une bonne
vendange ce manque d'eau est devenu proverbial , et l'on dit qu'il y a plus de vin que
d eau limpide». Par des temps d'orage, les pluies sont très-nuisibles à ce terrain, formé
par la culture en terrasses étagées de cinq à six mètres de largeur, entrecoupées de
*££2Z ^'Tr V^ ' ** *— "^ ^^ de '^ • de ^ nat ™ r > de «**■*. etc.
oyez fcisenlohi, DescnpUon géologique du Kaiserstuhl (1829)
sa», l, L„ iTTCu T,rjZ^7iZT ' ""' les ""*■ '"°" l " es —* m ' m - m
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Panorama de Strasbourg Environs Page 43
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1
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Chai eau de Sponeck.
Chat f
au de . Lirnhouup.
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F i^J
PAYS DE BADE.
43
chemins creux, dans lesquels les eaux se roulent en torrents, et entraînent souvent Le Kaise.su.hi.
hommes, chevaux et voitures.
Outre l'intérêt qu'il offre sous le rapport géologique et agronomique, le Kaiserstuhl
présente du côté du Rhin des sites variés et pittoresques; c'est surtout à la ruine du
château de Sponeck et à son auberge, assises sur des pans de rochers, boisés de forêts
de pins, et d'où l'œil embrasse la plaine de l'Alsace et la ligne des Vosges, que l'artiste
trouve un séjour agréable et un calme bienfaisant pour ses études'. On y parvient
facilement, soit en quittant le chemin de fer badois à Riegel, en traversant la petite ville
d'Endingen et le vidage d'Ichtingen, soit en se détachant à Schlestadt ou à Guemar
du chemin de fer français, et en se dirigeant sur Artolsheim, où se trouve un bac. Les
armées alliées avaient formé, sur ce même point, un passage lors des invasions de
1814 et de 1815.
Non loin de là, près de Sasbach sur le Rhin, nous distinguons du haut de la plate- : c -
forae.de la cathédrale, à la droite de ce groupe de montagnes, deux collines, le
Lùtzelberg, dont la cime est surmontée d'une chapelle, et le Scheibenberg qui porte la
ruine du château de Limbourg, où mourut, en 1075, Berthold, duc de Zsehringen,
dont les descendants bâtirent les villes de Berne et de Fribourg-en-Brisgau , et où naquit!
le ly mai 1216 , Rodolphe de Habsbourg cet empereur auquel Strasbourg dut une
partie de ses privilèges, qui devinrent plus tard la base de sa puissance.
Le point culminant de ce groupe de montagnes, les Neuf-Tilleuls, offre un séjour
plein de charmes, à l'ombre de ces neuf troncs d'arbres séculaires, sortant d'une même
racine, et qui forment une coupole de verdure magnifique. La tradition rapporte que
sur cette hauteur, d'où l'on dislingue aux quatre points cardinaux les cathédrales de
Strasbourg, de Colmar, de Fribourg et de Vieux-Brisach, les anciens empereurs germains
tenaient leurs plaids ou lits de justice, d'où la montagne a reçu le nom de Kaiserstuhl
siège de l'empereur.
Le touriste qui descend decettemontagneauxbainsd'Oberschaffhausen, poursediriger
vers Fribourg-en-Brisgau , passe par Umkirch, où la princesse douairière, Stéphanie
de Bade, possède un beau château et un parc. Non loin de ce village, sur une prairie ,
une croix à moitié enterrée, et dont l'inscription est effacée par le temps, marque la
place où fut tué Conrad de Lichtenberg, évêque de Strasbourg, sous l'épiscopat duquel
Erwin de Steinbach commença la construction de la façade de la cathédrale. Ce prélat
était venu avec ses hommes d'armes secourir son beau-frère Egon, comte d'Urach et
de Fribourg, qui était en guerre avec les habitants de cette ville; lors d'une sortie qu'ils
firent le 4 janvier 1299, un boucher le perça de sa lance; le corps de lëvêque fut
1 Parmi les magnifiques carrières exploitées au Kaiserstuhl, se distinguent surtout celles d'Oberbergheim
d'Oberschaffhausen, celles situées le long du Rhin, près de Sponeck et de Sasbach; ces dernières fournissent en
grande partie les matériaux pour les travaux d'enrochement de ce fleuve.
6.
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WÊUbêBBsBBb
Meissenheim.
■■■ .1 '
Wittenweiôr
Ottenheira.
44 PAYS DE BADE.
TiZT à S ' raSb0arg ' ° Ù ' 0n TOil encore so » '«"^au dans une chapelle latérale
Descendons de ces hauteurs et parcourons la plaine
auouelTr.,,, 6 ," T Pa ° 0rama • "°" S aV0 " S renC ° nW le docher de Sessenheim,
auquel se rattache le souvemr des amours de Goethe et de Frédérique, ce roman de
a unesse du grand écrivain allemand. Le fils du patricien de Francfort, qui, depuis,
es I ustre par tan, de chefs-d'œuvre littéraires, est mer, octogénaire au si d la gll
et des honneurs, e, a l'ombre du clocher de Meissenheim repose, sous un tertre fie gazon
la modeste fille du pasteur, qui pleura plus de quarante années son aman, inconstant >.
W„.e„„e,er, sur les bords du Rhin, de même que Meissenheim, nous ramène
laquelle la pohttque et le fanat.sme religieux semèrent la désolation dans une grande
a olde detr ' SaCh é 'f ""* Par ICS lr0 " PeS du d " C de Saxe-Weimar alors
a la solde de la France, e, par l'armée du maréchal de Guebriant, dans laquelle Turenne
serva,t comme heutenant-général ; la garnison impériale, commandée par le brave
Remach» e a,t décunée par la famine et des maladies contagieuses, lorsque ,e
gênerai W, déboucha de la vallée de la Kintzig avec 20,000 hommes . un » ï0
dun ntdher de vo.tures, chargées de vivres, pour veniran secours decette forteresse
i: ::*;: ™ a sa ™ e avec ,mo ° hM ™ s - «■•" ** «•«££
Ta h ta 1 , i "T " ™ re "' "* PriSeS à ^«enweler, le 9 août .638.
La batadlefu, «err,ble, e, plus de 2,000 impériaux trouvèrent la mort sous lesconps des
armes germano-suédoises ou dans les flous du Rhin ; . ,500 furent faits prisonniers Gœtz
perd, tome son artillerie, son immense provision do vivres, et pu, [peine se sauv
leurs ou ,"" S / 'T C °" PS -, LeS R ° mainS ' ° PrèS ™ e ba ' aille «»*• -P» d -»
eurs offrandes dans le temple de Mars; les Peaux-Ronges présentent au grand Esprit
les scalpes des , tes de leurs ennemis tués ; l'armée weimarienne se mi, à genoux sur e
champ de batadle, fumant encore du sang des tnés et des blessés, e. chanta le m.
psaume en I honneur du Dieu des chrétiens ! A ;la suite de ce combat meurtrier oui
empêcha .armée tmpériale de ravitailler Brisach , et après quelques autres essais
«fructueux, cette ville se rendit, quatre mois plus tard, après avoir subi toute
horreurs d'un s.ége et de la plus cruelle famine.
Parmi les villages de Nounenweier, de Rappel , de Bust e. de Wiswvl , situés sur les ■
bords du Rhm et don, les habitants viven, essentiellement de la culture du chanvre
de la pèche et de la batellerie, nous distinguons encore le haut clocher d'Ottenheim ; ii
Me'JÏÏÏÏT Br '°° m °""" '" "' 3 ' * '' âge " e ««»'«-"* »». A ««» be»-UÔ,«,e pa,, e „„,»„ ,
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Panorama de Sirask
<ourô
i Environ s, Pzae 4-5,
dessine par F. Piton
Tableau comparatif des Hauteur, appremes du Belcke, h RI
L'tl, deû BalbwiStr^.u^
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PAYS DE BADE.
45
nous désigne le point où Turenne passa le fleuve avec son armée, le 8 juin 1675, pour
aller se fortifier à Willstsedt.
Si nous portons nos regards vers le sud-ouest, la vallée s'ouvre de même que vers
le nord- est; ce n'est que bien rarement, quand l'atmosphère est dans un état anormal,
par un temps orageux ou précurseur de la pluie, qu'une ligne droite et plus élevée
paraît dans le lointain et lie les Vosges au Kaiserstuhl ; cette ligne est la chaîne du
Jura, dont un point culminant vient se placer entre les Neuf-Tilleuls et le Todtenkopf
du Kaiserstuhl : c'est la Rothi , derrière le Weisenstein , d'où l'on jouit d'une magnifique
vue, qui embrasse le bassin du Rhin dans la direction septentrionale. Les cimes blanchies
des Alpes de l'Oberland bernois, les plus rapprochées des Alpes de la Suisse , de même
que celles plus éloignées de la vallée du Rhône que nous avons souvent distinguées
dans nos fréquentes excursions sur les Vosges et sur la Forêt-Noire , ne sont pas visibles
de la plate-forme de la cathédrale de Strasbourg; nous ne les avons jamais aperçues
pendant notre séjour multiplié sur ce point dominant. Un travail mathématiquement
exécuté nous a donné la conviction , que ce qui pourrait parfois , en été , sembler être
la chaîne des Alpes avec ses pics pointus, n'est autre chose qu'un amas de nuages
lointains, qui se colorent suivant la position du soleil, mais qui varient de forme
quand on les observe longtemps. Par leur position géographique en rapport avec
Strasbourg , les montagnes les plus élevées de l'Oberland bernois, telles que le Finster-
aarhorn , les Schreckhôrner, la Jungfrau , le Mônch et la Blùmlisalp , se placent derrière
les montagnes de l'Oberland badois.
Ces cimes se trouvent à une distance d'à peu près 220,000 mètres ou cinquante-cinq
lieues de poste en ligne droite; à cette distance la dépression ou la sphéricité de la terre
détermine une différence de 2,634 mètres sur la hauteur réelle. Le Finsteraarhorn et la
Jungfrau, qui ont une hauteur, l'un de 4,297 et l'autre de 4,180 mètres au-dessus du
niveau de la mer, ne paraissent plus avoir, à ce même degré d'éloignement, qu'une
hauteur de 1,663 et de 1,546 mètres. Si la terre était plane , ces cimes seraient parfai-
tement visibles chez nous , puisqu'elles le sont sur quelques collines , au pied des Vosges ,
à trois ou quatre lieues plus à l'ouest; mais entreposons les montagnes de l'Oberland
badois , telles que le Ballon et le Feldberg , à une distance de 90,000 mètres ou vingt-deux
lieues, avec la dépression de 533 mètres, le premier qui est élevé de 1,401 mètres, et
l'autre de 1,493, ne paraîtront plus qu'à 868 et 960 mètres de hauteur.
Traçons une ligne droite, depuis la plate-forme de la cathédrale, à 211 mètres au-
dessus du niveau de la mer, point A; que cette ligne forme tangente avec les points
élevés de l'Oberland badois, désignés B et G; continuons-la jusqu'à une distance de
130,000 mètres plus loin , au point D , et nous aurons acquis la conviction que les cimes
des glaciers de l'Oberland bernois ne sont plus visibles chez nous, sauf peut-être au-
dessus du Blauen, un point culminant présentant si peu de surface qu'il reste impercep-
Le Jura.
Les Alpes.
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Les Alpes.
1
46 PAYS DE BADE.
tible à cette distance dans notre atmosphère vaporeuse. Nous aurons en même temps la
preuve qu'en appuyant de trois ou quatre lieues vers l'ouest, les montagnes de l'Oberland
badois ne formant plus rideau à la vue, on peut voir s'élever ces cimes majestueuses
au-dessus de la ligne lointaine du Jura. Coupons en ligne droite la vallée du Rhin,
nous arrivons à celle de la Bruche ; prenons à son entrée le Dreyspitz ou le Rangenberg,
près de Dorlisheim, dont le dernier a 380 mètres de haut, point E, et nous pouvons
nous assurer à quelle hauteur ces montagnes sont visibles au-dessus de la chaîne du
Jura. Par cette même raison de la sphéricité de la terre, la vue dans la plaine vers le
sud ne s'étend pas très-loin ; la cathédrale de Schlestadt, à neuf lieues de chez nous , est
le clocher le plus éloigné que nous distinguions ; celle de Colmar, à quatorze lieues, n'est
pas visible sur la plate-forme, mais on peut encore la découvrir quand on monte aux
quatre tourelles.
Quittons maintenant le pays de Bade et passons sur la rive gauche du Rhin, pour
commencer par l'historique de la Plaine-des-Bouchers, aux portes de Strasbourg, la
description de cette partie de notre panorama.
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y i v ■
FRANCE.
Au sud-est et au sud de Strasbourg , depuis le pont du Rhin jusqu'à cette longue ligne P | a ine
de peupliers qui se perd dans le lointain et ombrage le canal de jonction du Rhône- des Bouchers.
au-Rhin, le paysage présente plus de variété qu'aucun autre des environs de la ville.
Des champs, des prés, des jardins, des bouquets d'arbres qui cachent des maisons de
campagne, des auberges, des cassines de jardiniers, des lignes de verdures qui dessinent
les chaussées, couvrent cet espace, qu'entrecoupent quelques bras du Rhin. Il s'adosse
à la forêt de la ville {Herrenwald), qui s'étend sur les bords de ce fleuve jusque près
du village d'Eschau.
11 a fallu des siècles et le travail de l'homme pour niveler et transformer en terre
productive ce sol, en majeure partie ingrat et sillonné de larges veines de gravier, traces
des courants du Rhin, de marais et de bas-fonds.
En effet, la terminaison des dénominations que portaient anciennement ces divers
terrains, nous offre la preuve de sa stérilité antérieure, et la légère couche de terre
végétale qui recouvrait ce gravier, se prêtait tout au plus à la prairie ou à de vains
pâturages (Allmend).
Si les couvents et les chapelles sanctifient les lieux où ils sont élevés , on pourrait avec
raison appeler cette partie de la banlieue de Strasbourg la terre sainte de la ville, à
cause du grand nombre de maisons consacrées à Dieu, qui y existaient il y a quatre ou
cinq siècles. Sur l'emplacement de la citadelle un couvent de religieuses fut fondé, en
1252, sous l'invocation de saint Jean; plus près, vers la droite, se trouvait une chapelle
consacrée à saint Urbain, dont le nom se rattache encore au cimetière, établi, déjà
en 1527, sur ce terrain. Là, où se trouvent de nos jours les glacis, entre la porte
d'Austerlitz et celle de l'Hôpital, s'étaient établies, au treizième siècle, des religieuses
sous l'invocation de saint Marc et de sainte Agnès; entre cette porte et l'Ul, des
Dominicains, sous l'invocation de sainte Elisabeth , et des frères Carmes se fixèrent au
treizième et au quatorzième siècle. Toutes ces maisons religieuses donnèrent leurs
noms aux terrains sur lesquels elles étaient établies: Pré Saint-Jean , pré de Saint-Urbain
de Saint-Marc et de Sainte-Elisabeth (Sanct-Johanms-Au, Urbans-Âu, Marx-Au et Sanct-
Elisabethen-Au).
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JET —
Plaine
des Boucliers.
Fossé de Ripberg
Les Flagellants.
48 FRANCE.
La vie austère et isolée du monde que menaient les hommes et les femmes qui
habitaient ces monastères, n'a laissé parvenir jusqu'à nous aucun nom, aucun fait
marquant se rattachant à ces établissements. Ils furent démolis en 1475, en même
temps qu'on fit disparaître, dans un vaste rayon à l'entour de la ville , six cent quatre-
vingts maisons, afin de la mettre en état de défense contre les attaques qu'on redoutait
de la part de Charles-le-Téméraire. Les habitants de ces maisons furent admis dans
1 inteneur des murs de Strasbourg, où d'autres asiles les reçurent'. Les noms que
portaient ces terrains se sont insensiblement perdus; un seul s'est conservé: c'est celui
de la Pla.ne-des-Bouchers (Metzger-Au), dont on désigne la vaste étendue de terrain qui
s'étend entre le Rhin tordu et le canal, à droite et à gauche de la route de Colmar.
Anciennement la Plaine-des-Bouchers ne s'étendait que jusqu'au Rhin tordu \ entre
le pre de Saint-Urbain et celui de Saint-Marc, et elle reçut le nom qu'elle porte, du
droit qu'ava.ent les bouchers de la ville d'y faire paître leurs troupeaux, ainsi que le
prouve le § 2 de l'ordonnance de 1321 , sur le droit des bergers 3 .
En sortant par la porte d'Austerlitz , et en laissant à sa gauche la colonne miliaire
qui porte cette inscription: Route de Vienne, et qu'on respecte comme monument
h.stonque, car elle date de l'empire, on parvient à un fossé, qui établit une communi-
cat,on entre le Rhin et l'HI. Ce fossé fut creusé en 1524, et muni d'une forte digue du
cote de la ville, pour en garantir les environs ravagés anciennement par de fréquentes
inondations. Son nom primitif, fossé de Ripberg (Ripberger Graben) , lui vint d'une
parcelle de terrain qu'il traverse; mais bientôt l'usage lui en attribua un autre, qu'on
peut traduire , en employant un mot français , en usage dans ces temps , par l'expression
de Fossé-des-Ribaudes (Hurengraben). Voici le motif qui lui fit donner ce nom : En 1521 ,
la maladie syphilitique faisait des ravages terribles à Strasbourg; les femmes de
mauvaise vie qui s'y trouvaient furent obligées, par ordre du magistrat, d'en sortir et
de fixer leur séjour sur le terrain qui nous occupe 4 .
A l'ancienne Plaine-des-Bouchers se rattachent plusieurs événements remarquables
de notre histoire locale. Closner et Kônigshoven la citent dans leurs chroniques, en
parlant des faits qui s'y passèrent en 1349. La peste décimait à cette époque nos popu-
lations; un grand nombre de juifs, victimes du fanatisme et de la cupidité, furent
brûlés à cette occasion. Le désespoir s'était emparé des habitants de Strasbourg
lorsqu'on vit arriver dans nos contrées des bandes nombreuses, composées d'Italiens de'
Suisses et d'Allemands; ces hommes, auxquels on donnait le nom de Flagellants , et que
1 Voyez Marais- Vert.
2 Krumme-Rhein ou Krimmeri dans l'idiome strasbourgeois.
„'££ "SeT? Ft h , a r R r ht ^ Vi6h ZU Mten ' UDt nR d6r V ° rher ' by UnS6r Fr0W6n HUSS im GieSSC « «'««
4 v T Sanct-Cathanna unze an Sanct-Ehannes Kloster (Saint- Jean-in-Undis) .
Voyez Saint-Marc, au Finkwiller.
FRANCE. 49
réunissaient le repentir et la crainte de la mort , se portaient, dans le but d'expier leurs Plaine
péchés, aux plus grandes extravagances religieuses. La population qui les regardait des Bouchers -
comme des sauveurs que lui envoyait la miséricorde divine , se porta tout entière à leur Les Flagellants.
rencontre, et ils furent reçus dans nos murs au son des cloches de toutes les églises et
de toutes les chapelles. Pendant le temps qu'ils passèrent à Strasbourg, les Flagellants et
leurs adeptes se rendaient deux fois par jour à la Plaine-des-Bouchers-C'était un spectacle
lugubre que ce cortège d'hommes aux longs cheveux et à la longue barbe, macérés par
le jeûne et les pratiques d'une dévotion outrée, qui, revêtus de chemises blanches avec
une croix rouge sur la poitrine et souillés de leur propre sang, tenant d'une main
la discipline dont ils ne cessaient de se frapper, et de l'autre un cierge allumé,
s'avançaient processionnellement en faisant retentir l'air d'hymnes religieuses et de
gémissements plaintifs.
En tête de ce cortège marchait le clergé, croix et bannières déployées, et les sons
solennels des cloches, retentissant au loin, accompagnaient ces chants de repentir et
de désespoir. La population qui suivait les Flagellants se prosternait pâle et livide dans
la poussière, et reculait souvent épouvantée à la vue d'une voiture chargée de cadavres
couverts de bubons pestilentiels, que l'on déposait dans de larges fossés creusés à cet
effet dans l'intérieur de la ville. Arrivés à la Plaine-des-Boucbers, les Flagellants, après
avoir mis à nu le haut de leur corps, se frappaient à coups de discipline, en jetant des
cris de douleur, jusqu'à ce que le sang ruisselât; puis ils se couchaient par terre en
cercle et imitaient, par leurs pantomimes et leurs gestes, les péchés et les crimes qu'ils
avaient commis et qu'ils s'efforçaient d'expier.
Closner, spectateur de ces scènes désolantes, raconte que le parjure brandissait,
en la maudissant, la main qui s'était parjurée; que l'ivrogne feignait de boire à pleines
gorgées en grimaçant la répugnance , et que le voleur ouvrait et fermait convulsivement
la main qui s'était emparée du bien d'autrui.
Tous ces témoignages de fausse piété n'ayant pas arrêté les ravages de la peste, et
les recettes des troncs d'église ayant souffert par la concurrence des Flagellants , le clergé
sédentaire lui-même demanda leur expulsion. Ils se dispersèrent sans que leur présence
eût profité au bien-être hygiénique ou moral de la population.
A la fin du même siècle et pendant les siècles suivants, la Plaine-des-Boucbers nous
offre d'autres tableaux. En 1392, Strasbourg, mis au ban de l'empire par Wenceslas , se
trouvait en guerre avec son évêque Frédéric de Blankenheim, le margrave Bernard
de Bade, Evrard , comte de Wurtemberg, les comtes de Kybourg, de Dierstein , de Hoch-
berg, de Bitche et avec beaucoup d'autres seigneurs qui croyaient pouvoir s'emparer
de cette ville importante, peuplée d'hommes éminemment remuants et fiers de leur
indépendance. D'après ce que rapportent les chroniqueurs de ces temps, les ennemis
passèrent le Rhin tordu, vinrent occuper la Plaine-des-Bouchers et dirigèrent leurs
ENVIRONS. 7
Frédéric
de Blankenheim.
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19 20 21 22 23 24 25 26 27 2!
1
■
Plaine
des Bouchers.
Frédéric
de Blankenheim.
Guerre
des Armagnacs.
Ancienne artillerie
50 FRANCE.
attaques contre la ville et contre le pont du Rhin, dont ils cherchèrent à se rendre
maîtres A cette époque la Krutenau n'était pas encore comprise dans l'enceinte murée
de la ville, mais au moyen des bombardes (grosse Buchsen) ou grandes arquebuses
placées sur les tours, on dirigea sur les agresseurs un feu si bien nourri qu'on la
garantit contre leurs attaques, et que, saisis de frayeur, ils prirent la fuite. C'est dans
la relat.on de cette guerre qu'il est pour la première fois fait mention des armes à feu
dans nos annales 1 .
Cette défense vigoureuse, les fréquentes excursions faites par les habitants de
Strasbourg dans le pays de Bade et dans les contrées d'outre-Rhin appartenant à
1 eveque, les ravages qu'ils y exercèrent, l'intervention de plusieurs puissants seigneurs,
et surtout quelques tonneaux de bon vin de France dont les délégués de la ville
appuyèrent leurs négociations diplomatiques à Prague auprès de l'empereur, oui,
comme on sait, était adonné à l'ivrognerie, firent lever le ban et conclure la paix de
Haguenau a l'avantage do Strasbourg ^.
Frédéric de Blankenheim , auquel cette paix n'accordai, aucun dédommagement
seau engage pour de fortes sommes envers ses alliés. Après avoir demandé au pape
un autre eveche, , obtint le siège dUtrech. et se sauva, pour se soustraire aux
exigences de ses créanciers , comme nous disent les chroniqueurs , dans h nui, de saint
Arbogast, 1 an de grâce 1393.
Le 13 novembre 1444, les troupes ennemies vinrent encore camper sur la Plaine-des-
Bouchers et guerroyer contre la ville qui leur avait refusé le passage. C'était Pierre de
Bnsac avec s,x mdle Armagnacs. Ils faisaient partie de l'armée que commandait Louis,
Dauphm de France, et qui , revenant de la bataille de Saint-Jacques , avait envahi notre
provmce On voyait alors souvent du haut de la flèche de la cathédrale, qu'on venait à
pe.ne d achever, s'élever hors de l'enceinte de nos murs des colonnes de fumée et les
flammes dévorer des maisons et des villages entiers. Ces écorcheurs indisciplinés avides
de sang et de rapine , restèrent pendant quelques mois le fléau du pays, sans cependant
pouvoir s emparer de notre ville.
Dans le seizième siècle, la Plaine-des-Bouchers servait de champ de manœuvre à
1 artdlene Déjà alors celle-ci avait pris un rang dans l'art de la guerre et jouait son grand
rôle dans les batailles, tandis qu'au commencement du quinzième elle n'était employée
que comme moyen de battre en brèche les murs, en remplacement des catapultes,
des béliers et autres machines. Cependant elle n'était encore qu'à l'état d'enfoncé
canon Te 1" iL ' T ^ ^^ ScW ' Z qU ' eSl «^^ent attribuée l'invention de la poudre à
sTége deM uT ZSSZ T 7 T P,0i d8nS " gU6rreS d3tent d " Siége de ^in-™ (.338) ; du GueseHn
^. siège Meulan ,l o6 3) et les Angla.s ava,ent des canons à la bataille de Crecy (1346J et an siège de Romorantin
2 Voyez aussi Pont du Rhin.
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FRANCE.
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comparativement aux progrès qu'ont faits jusqu'à nos jours la fabrication et l'emploi Plaine
des bouches à feu. Les bombardes (Scharfmelzen) , les basilics, les duplicanes, aussi des Bouchers -
rossignols ou chanteuses, et les quartanes étaient de longues et lourdes pièces de canon Ancienne artillerie.
qui lançaient des projectiles du poids de 12 jusqu'à 50 kilogrammes; elles étaient
traînées par seize à dix-huit chevaux, et servaient dans les sièges. Les pièces de
campagne: couleuvres (Nolhschlangen) , couleuvrines, falcanes ou demi-couleuvrines et
falconettes chassaient des boulets du poids de 1 jusqu'à 9 kilogrammes. Des attelages
lourds traînaient avec peine ces canons en bronze, souvent en fer et même en bois
cerclé.
Si le corps de l'artillerie jouit dans les armées modernes de plus de considération
que tous les autres corps, les bombardiers d'alors n'étaient pas moins favorisés, et on
leur avait accordé une foule de privilèges, en compensation des connaissances
qu'exigeaient d'eux les grands-maîtres de l'artillerie (Feldzeugmeisler) qui les enrôlaient.
Les règlements militaires de cette époque les soumettaient à des examens théoriques au
tir à la cible, tout en leur demandant des preuves de services antérieurs, des passe-ports
en règle, et un bon bombardier devait pouvoir tirer trente à quarante coups dans la
journée, avant d'être admis à prêter serment de fidélité (l'artillerie de la garde à elle
seule, à la bataille de Leipzig, lira 80,000 coups de canon). Par contre, l'artillerie
jouissait du droit de donner asile, dans les camps comme en marche, à tout cavalier
et lansquenet condamné à mort, ou à une autre peine. A deux hommes on accordait
un domestique pour le pansage de leurs chevaux; à la prise d'une ville, toute la poudre
restée dans les tonneaux entamés leur appartenait, ainsi que la cloche du tocsin,
et une gratification d'un mois de solde leur était accordée de droit, en sus de leur paie
ordinaire.
Il n'est pas étonnant que la petite république de Strasbourg, dont les caisses étaient
si riches, et dont les habitants, animés d'un esprit guerrier, étaient habitués à manier
les armes, ait été fière du relief et de l'avantage que donnait alors à une ville la
possession d'une nombreuse artillerie; Strasbourg jouissait sous ce rapport d'une haute
réputation, qui, comme nous l'avons déjà dit, était devenue proverbiale, et aimait à
montrer, en toute occasion, sa supériorité.
De même que le Contades (Schiilzenverem) voyait nos pères s'exercer au tir à l'arbalète , Fêtes militaires,
à la carabine et à l'arquebuse, la Plaine-des-Bouchers entendit gronder le canon et vit
ces grandes évolutions des masses qui s'échelonnaient en colonnes, se développaient en
longues lignes de bataille, et exécutaient enfin toutes les manœuvres que comportait le
métier de la guerre. Ces grandes fêtes militaires étaient en même temps des divertisse-
ments publics, et nos annales nous en citent un grand nombre: celles de 1507, de
1516, de 1573, de 1590, de 1616, etc., et le souvenir de ces fêtes a été conservé
parmi nous , soit par des dessins qui existent encore , soit par des médailles que la
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Plaine
des Bouchers.
Fêles militaires,
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FRANCE.
ville fit frapper; celle de 1507 fut particulièrement remarquable par une animation
extraordinaire et par le luxe qui y fut déployé.
Près de douze mille étrangers étaient accourus à Strasbourg pour voir sacrer l'évêque
Gmllaume de Hohenstein, cérémonie dont l'éclat allait encore être rehaussé par la
présence d hôtes dlustres. L empereur Maximilien 1 , avec sa fille la princesse douairière
de B 7T 'l^" T " C ° Ur ChGZ lGS ChGVaIierS dG Saint " Jean de Jérusalem; l'électeur
de B andebourg, les princes de Juliers et d'Anhalt, les archevêques de Magdebourg et
séta em?,' " P f ^ dDq Cen,S Prë ' atS ' C ° mteS ' *™> Sei ^ S «*™ suL
seta.ent également rendus en notre ville pour assister au sacre
La pompe et la richesse de Rome rejaillissaient alors sur toute l'Élise; aussi nos
annales citent ce sacre comme une des plus somptueuses solennités 'religieuses dont
A élague ait ete témoin. (Dergleichen bischofliche Wihung hatte man in Deutschland
nicht v l elgesehn dte also herrlich vollbracht war. - Buhler Chronique) Chez nous ce
ut pour longtemps la dernière cérémonie de ce genre; vingt années après, le dogme
le Luther ayant dom.né à Strasbourg, la simplicité du culte protestante succéda aux
fastueuses solennités du catholicisme, et il faut traverser un espace de près ded
s.ecles pour retrouver (1681) la célébration d'une pareille fête'
Devant cet empereur, preux chevalier, qui cultivait en même temps les sciences et
es arts Strasbourg voulut déployer sa force militaire. La Plaine-des-Bouchers reçu
d innombrables visiteurs; elle se para du luxe guerrier des armures étincelant s e
trembla sous le poids d'étalons fringants, chevaux de bataille et de tournois, col
de larges housses brodées et blasonnées; on y vit briller les riches tuniques «es co
1 armes avec les costumes de velours d'Orient, de soie, ornés de broderies que portaien
lu'dtr t "" Patri t enS ' Gt *"* B ^ raei - — -présente dans les dessins
qu d fit pour I autobiographie de cet empereur, le Weiss-Kùnig. Les manœuvres se firent
avec d.x p.eces d'artillerie de gros calibre; la jeunesse eut sa part de cette fête
guerrière et le soir deux cent vingt-cinq jeunes garçons traînèrent fièrement un canon
a 1 arsenal,
Peu de temps après, Maximilien , se souvenant de cet accueil de la ville libre impériale
vint lu, demander des secours en argent et en hommes pour sa campagne contrôles
Vénitiens et pour son couronnement à Rome
L ™4 m £ aC a - En qUÎttant rancien » e P'aiue-des-Bouchers pour nous rendre à celle que nous
connaissons aujourd'hui sous ce nom, nous passons devant un groupe de maisons
a auche de la grande route de Cohnar et en deçà du pont sur le Rhin tordu où
stat.onna.ent en 1814 les vedettes russes et badoises. C'était anciennement une bergerie
appartenant a Jean Kornmann, négociant à Strasbourg, que la ville acheta en 1674,
1 Voyez hôtel de Bade, rue Neuve.
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Plaine
des Bouchers.
ture de toiles à
voiles.
Guerre
de trente ans.
FRANCE. 53
pour y établir un lazaret où l'on déposait les militaires affectés de maladies conta-
gieuses, tous les hôpitaux dans l'intérieur de la ville étant remplis de blessés et de
malades par suite de la bataille d'Entzheim et de l'accumulation de nombreuses armées Lazaret inamifac
dans les environs. Ces bâtiments, après avoir servi par la suite à divers usages, furent
achetés au siècle dernier par un sieur Gau qui y établit une manufacture de toiles à voiles.
Il y a déjà nombre d'années que cette manufacture a cessé de fonctionner ; cependant
c'est sous ce nom et sous son ancien nom de lazaret que l'on désigne encore de nos
jours ce bâtiment dont on ignore généralement la destination passée. Avant la
révolution, il y avait en France trois grandes manufactures de voiles qui étaient établies
a Agen, à Angers et à Strasbourg. Cette dernière fournissait toute la voilerie pour
Toulon et occupait à elle seule cent métiers. Pendant la guerre d'Amérique elle occupait
deux cents métiers et plus de six mille fileuses, et fournissait de deux à trois cent mille
aunes de toile.
Revenons à notre Plaine.
La terrible guerre de trente ans qui depuis treize années avait ravagé la Bohème et
une partie de l'Allemagne, avait jusque-là épargné notre contrée, lorsqu'un souverain
protestant, à l'instigation de la France catholique, jeta son épée clans cette lutte
sanglante de la politique des princes, et arriva en vainqueur sur le Rhin. Le général
Horn, en suivant la rive droite, passa le pont de Kehl, le 31 août 1632, et fit son
entrée le soir à Strasbourg avec le rhingrave Olhon et deux compagnies de cavalerie
qui lui servaient d'escorte. Il fut reçu par le magistrat avec tous les honneurs dus à
son rang et à sa position comme général défendant sa cause religieuse; les présents
d'usage lui furent offerts, mais on lui signifia en même temps que la ville garderait sa
neutralité, et les portes restèrent fermées à toute troupe étrangère.
Le lendemain , 3000 hommes de cavalerie suédoise reçurent sur la Plaine-des-
Bouchers une distribution de vivres et se dirigèrent vers le Haut-Rhin. Quelques jours
après, 6000 hommes d'infanterie les suivirent avec tout le parc d'artillerie et les
bagages, et y vinrent camper pendant quelques heures. C'était un dimanche, et les
Strasbourgeois sortirent en foule pour voir ces soldats du Nord et assister au prêche
et à leurs cérémonies religieuses. L'armée marcha ensuite sur Nieder et Ober-Ehnheim
et la guerre commença sur les bords du Rhin, guerre désastreuse, dans laquelle Horn ,
Wetmar, Rosen, Turenne, Montecucculi , Créquy, se disputèrent la victoire pendant tout
le dix-septième siècle, et par suite de laquelle la ville de Strasbourg devint ville française.
La Plaine-des-Bouchers resta toujours champ de manœuvres et d'exercices, et devait
comme telle être spectatrice de la fête la plus belle et la plus imposante.
La révolution française, arrivée à sa seconde période, était encore pure de tout
excès; le grand principe de l'égalité politique, l'abolition des privilèges, l'égalité des
cultes , étaient proclamés par l'Assemblée nationale.
Fête
de la Confédération.
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FRANCE.
Plaine
des Bouchers.
Fêle
de la Confédération
Le serment du Jeu-de Paume, cet élan patriotique de cœurs généreux, allait se
repeter dans la nation entière, et la fête de la Fédération, instituée pour consacrer le
souvent de la prise de la Bastille, devait unir dans uu même sentiment le peuple
français tout entier et en faire une grande famille de frères
Cette fête fut célébrée à Strasbourg le 13 juillet 1790. L'artillerie (régiment Stras-
bourg o.) avait élevé sur la Plaine-des-Bouchers un immense tertre couvert de gazon et
orne de gu.rlandes, sur lequel reposait l'autel. La veille , cent cinquante-six députations
de gardes nat.onalesdu département et des départements environnants étaient arrivées
en notre ville; Paris avait envoyé six hommes; la garde nationale de Nantes même
ava.t lait acte de présence en envoyant son drapeau que devaient accompagner les
Bretons qu, servaient dans les régiments en garnison dans notre ville. Tous ces visiteurs
turent reçus et logés avec empressement par la population strasbourgeoise.
Le 13, a s.x heures du matin, 20,000 hommes de gardes nationaux et de troupes
de hgne, tambours et musique en tête, défilèrent par les portes de la ville et vinrent se
ranger en un immense carré sur trois lignes de bataille dans cette plaine qui avait reçu
le nom de Pré-de-la-Confédération. 4 avait ieçu
Le corps municipal le maire Dietrich en tête , les états-majors et les autorités civiles
I s su,va,en, Des estrades qui y avaient été établies, reçurent des milliers de spectateurs
< une multitude innombrable stationnait encore sur ce vaste terrain et sur la route de'
Colmar qu, 1 avo.sme. En même temps une flottille pavoisée et ornée de fleurs et de
Z"™T; T^ ' b ° rd ' y C ° ndUiSit Par ,G Rhi " t0, ' du *"•* ce » ts d ^es aux
brassards Incolores, et les jardinières en costume blanc et vert, portant des corbeilles
de fleurs, de fruits et de légumes. Les pêcheurs, les jardiniers, des députations de la
campagne, vinrent offrir sur l'autel les produits de leurs travaux et de leur industrie
pendant que des vieillards, des mères de famille et des enfants y prêtaient le serment'
civique en déposant les plus nobles vœux pour le bien de la patrie.
Sur un signal donné par un coup de canon, tous les porte-drapeau se détachèrent
de leurs corps respectifs et portèrent leurs bannières flottantes sur le tertre où
groupées à l'entour de celle de la Confédération, elles reçurent la bénédiction au son
.cl hymnes religieux et patriotiques, chantés par des chœurs de jeunes gens et de jeunes
filles ; les ecclésiastiques de tous les cultes se donnèrent le baiser de paix et d'union
Apres cette cérémonie touchante, les autorités civiles et militaires prêtèrent le
serment de fidélité à la nation, à la loi et au roi. Les drapeaux vinrent ensuite se placer
au centre de leurs régiments dont chacun prêta le même serment. Des milliers de
mains s élevèrent à la fois vers le ciel , et les cris, mille fois répétés de vive la Nation '
vtoe le Roi! donnèrent à celte fête, éclairée par un ciel pur et serein, un caractère de
grandeur et d enthousiasme dont jamais fête n'avait offert jusque-là d'exemple. Après
'a revue, les divers corps défilèrent et rentrèrent en ville.
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FRANCE. 55
Le 14, la même cérémonie fut répétée par ceux qui étaient restés pour la garde de
Plaine
îles Bouchers.
Fête
de la Confédération.
la ville, et le 16 eut lieu le baptême de deux enfants mâles, l'un catholique, du nom
de Brotard, et l'autre protestant, du nom de Kohler 1 . Ce baptême, mi-religieux et mi-
militaire, caractérise l'esprit de ce temps; les officiers se réunirent en cercle autour de
ces enfants, et tirant leurs épées en formèrent au-dessus d'eux une voûte d'acier, sur
laquelle flottait le drapeau de la Confédération. Le plus âgé des officiers prononça alors
ces paroles : « Mon enfant , je te reçois garde national , sois brave et bon citoyen comme
« ton parrain. » A ce baptême assistèrent toute l'armée et une grande partie des
députations qui étaient encore restées à Strasbourg, ainsi que le bataillon des deux
cents enfants de la patrie.
Là s'arrêtent les grands souvenirs qui se rattachent à la Plaine-des-Bouchers , souvenirs
dont chacun porte, pour ainsi dire, le cachet d'une époque.
Pendant les guerres de l'empire, la Plaine-des-Bouchers resta de même champ de Courses de chevaux
manœuvre. Le gouvernement de la restauration avait d' autres tendances; le calme de
la paix jela l'activité nationale vers les beaux-arts, vers l'agriculture, les travaux
spéculatifs et les améliorations matérielles. Dans l'intérêt de l'amélioration de la race
chevaline, un arrêté ministériel créa, en 1820, les courses de chevaux et institua des
prix a distribuer aux propriétaires des meilleurs coursiers. La circonscription de
Strasbourg comprenait douze départements qui devaient envoyer tous les ans les
meilleurs chevaux élevés à ces courses. La Plaine-des-Bouchers fut alors transformée en
hippodrome d'une surface de 20 hectares, et l'on y pouvait voir tous les ans, au mois
d'août, une faible imitation de ces horse races des Anglais. Le développement de la ligne
à parcourir était de 2025 mètres.
Ces courses, n'ayant en rien contribué à l'amélioration des chevaux dans notre
département, cessèrent en 1827, et l'année d'après la charrue passa sur tout ce
terrain et le rendit à l'agriculture ; toute la Plaine-des-Bouchers a aujourd'hui une surface
de 149 hectares, est propriété de la ville, et lui rapporte annuellement près de 12,000 fr.
C'est aussi à cette paix, à la stabilité des affaires, que nous devons l'achèvement du Canal
canal qui encadre la Plaine-des-Bouchers du côté de l'ouest, travail gigantesque digne
des hommes qui en eurent la première idée.
11 y a dix-huit siècles que Lucius Vêtus, qui commandait les légions romaines sur
le Haut-Rhin, voulant occuper ses soldats, eut l'idée de faire creuser un canal qui
joignît la Saône à la Moselle , et de cette manière le Rhône au Rhin, travail qui ne fut
pas exécuté, parce qu'il craignit que la hardiesse de son plan ne portât envie à Néron.
Ce qui ne devait pas se faire alors, fut entrepris de nos temps, mais sur le revers des
Vosges.
'Le premier est mort depuis, mais le second vit encore et est aujourd'hui employé de la ville, à la Grande-
Boucherie; il reçut alors les Drénoms de Frédéric-François, heureux citoyen.
du Rhône-au-Rhin.
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FRANCE.
I!
.lu Rhône-au-Rbb. _ S o usLouis XVet sous Louis XVI, lestravauxpréparatoires furent commencés, le général
Lach.che et l'inspecteur général des ponts et chaussées Bertrand s'acquirent des titres
a la reconna 1S sance, par leurs savantes combinaisons. En 1792, le trésor alloua une
somme de 25,000 fr. pour la levée des plans, et les ingénieurs Carvaignac et Fournel
furent chargés de la continuation de ces travaux en Alsace. L'honneur du commence-
ment d exécution revient à Napoléon, dans les premières années de son règne. Mais
les bras manquaient alors souvent pour cette entreprise colossale; la masse de la
population valide portait les armes. Il en trouva lui , et envoya , pendant les campagnes
de 1808 a 1810, tous les prisonniers de guerre espagnols sur les bords du Rhin et du
Rhône, et on vit alors des milliers de ces enfants halés de la Grenade, de la Catalogne
et de la Murcie, travailler à cette œuvre qui devait unir la mer qui baigne les côtes de
leur patrie à la mer du Nord.
Survinrent les années désastreuses de 1812 à 1815, et ces travaux restèrent de
nouveau en suspens jusqu'en 1821 , où MM. Humann, Florent Saglio et Renouard de
Bussiere, tous trois députés du Bas-Rhin, proposèrent au gouvernement une avance de
fonds de dix millions pour l'achèvement complet du canal Napoléon, appelé en 1814
canal Monsieur». Il fut déjà en partie remis à la navigation en 1828. Le partage des
eaux qui 1 ahmentent se fait à Valdieu , sur un col transversal , qui joint les Vosges à la
chaîne du Jura , entre Montbéliard et Mulhouse. De ce point culminant il se dirige vers
le sud par les vallons de Montreux, d'Halène et du Doubs, et vers Je nord, par ceux
de la Largue et de l'Ill. L'une des embouchures est à Saint-Jean-de-Losne , sur la Saône
et I autre a Strasbourg, sur l'Ill.
Son développement, depuis la Saône jusqu'au Rhin, y compris le tronçon de Mulhouse
a Baie, est de 330,686 mètres.
Le canal du Rhône-au-Rhin ne lie pas seulement les deux mers, mais par celui de la
Bourgogne, Strasbourg a reçu une communication navigable avec Bordeaux Nantes
Pans et le Havre, outre le canal de la Marne-au-Rhin , duquel nous prévovons prochai-
nement 1 exécution complète , et dont nous parlerons ailleurs.
A cette navigation se rattache honorablement le nom d'un de nos concitoyens de la
tribu des bateliers : c'est celui de Jean-Jacques Jung, le premier qui fit le voyage par
' ^ actions étaient de 1000 fr, il en fallait donc 10,000, qui furent prises dans les proportions suivantes :
MM. Florent Saglio ....
Renouard de Bussiere .
Humann
Tburet & C ie , à Paris .
Belhmann , à Francfort-sur-
Paravey & O, à Paris .
Total.
Mein
1,500
800
3,200
1,500
1,000
2,000
10,000
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Panorama de SbasÊonrJ. Ettopsiis Paée 62 fr 57
Il II
Maison a Jllkirch,
ou la Capitulation de Strasbourg Fut signée en 1663.
la Memau.
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FRANCE. 57
eau de Strasbourg à Lyon , en 1834 ; il est aussi le premier qui fit flotter le pavillon aux
armes de notre ville sur les bords de la Seine, à Paris 1 .
A la gauche de la route de Colmar et au-dessus des bâtiments de l'ancienne
manufacture de toiles à voile, nous distinguons, isolé au milieu des champs et de
bouquets d'arbres, un bâtiment grandiose. Élevé à peine il y a un demi-siècle, combien
depuis lors sa destinée a subi de changements, combien la splendeur, qui l'entourait
à son jeune âge, s'est effacée ! Nous allons raconter son origine et les phases à travers
lesquelles il a passé.
Sur ce terrain , près du Rhin tordu, était établi, depuis des temps immémoriaux ,
une canardière, dont il porte encore aujourd'hui le nom allemand d'Enlenfang.
En 1806, après les campagnes d'Austerlitz et d'iéna, M. Ch. Schulmeister, alors
commissaire général des armées impériales, en fit l'acquisition et y ajouta successi-
vement plus de 200 hectares; la forêt et l'étang furent transformés en un parc
magnifique, entrecoupé de bras d'eau, et en 1807 et 1808 il y éleva le château actuel
avec son péristyle imposant, sur les plans du célèbre Weinbrenner, architecte de la
cour, à Carlsruhe.
La Meinau, nom que lui avait donné M. Schulmeister, était destinée, dans la pensée
de son fondateur, à servir de lieu d'étape à Napoléon; c'était un pavillon de plaisance
sur une large échelle; un rez-de-chaussée vaste, un premier étage somptueux avec
un magnifique salon de 11 mètres d'élévation , orné des statues de Flore et de Vénus 2
en marbre blanc, produit de l'habile ciseau d'Ohmacht, en faisaient une habitation digne
de celui auquel elle était destinée. Dans le nombre des statues qui ornaient le parc, un
Faune et un Neptune colossal sur un groupe de rochers, au milieu du lac, étaient dus
au même artiste.
Pendant son séjour en notre ville en 1809, l'impératrice Joséphine vint souvent
visiter ces lieux, avec sa fille, la reine Hortense, et, de retour à la Malmaison, elle y
envoya les fleurs et les arbustes les plus rares pour l'embellir. Les événements politiques
qui vinrent coup sur coup frapper la destinée de la France, après la malheureuse
campagne de Russie, marchèrent plus vile que les travaux des artistes et des artisans,
et la Meinau n'était pas encore achevée, quand l'invasion de 1814 la fit piller et dévaster
par les troupes alliées, de même que le château du Piple, près de Paris, appartenant
au même propriétaire, qui ne put sauver même ce que l'homme a de plus cher.
La Meinau avait dès lors perdu ses beaux jours, et en 1836 les champs qui l'entouraient
furent plantés de betteraves, que l'on transformait en sucre dans les bâtiments
La Meinau.
1 En parlant des nautonniers, qui vinrent, il y a trois siècles, de Zurich à Strasbourg, nous avons désigné les
antiques maisons à côté de cette vieille tour, près du Pont-aux-Chats ; ce sont celles qu'habitent encore sa famille.
* Cette Flore et cette Vénus appartiennent aujourd'hui au musée de la ville.
ENVIRONS.
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Le Neuhof.
Le, Polygone.
Le, Ncudorf.
Eschan.
58 FRANCE.
d'exploitation. Cette industrie n'ayant pas prospéré, le domaine fut vendu et est
aujourdhui la propriété de MM. Chabert et Becquet, conservateur des forêts.
Tout près, sur la lisière des bois, se groupe le petit village du Neuhof, d'à peu
près 1800 hab.tants, qui dépend, de même que la Robertsau, de l'administration
municipale de Strasbourg. Il y a un peu plus d'un siècle, qu'on n'y voyait qu'une
simple ferme appartenant aux Jésuites. La proximité des eaux et de la forêt, présentant
d agréables ressources au pêcheur et au chasseur, a fixé dans cette commune
quelques hab.tants de notre ville, qui y ont établi leurs maisons de campagne et
quelques usines sur le bras du Rhin. Les deux églises, destinées l'une au culte
catholique, lautre au culte luthérien, ne furent construites que depuis 1842, et ne
figurent que sur la planche de notre panorama de 1852. Depuis 1825, des personnes
chantab.es du culte luthérien ont créé au Neuhof un établissement d'éducation
d enfants pauvres, ou orphelins abandonnés; ils y sont logés, nourris, reçoivent
lu,struct,on primaire , et apprennent , soit un méfier , soit les principes de l'agronomie
Cet etabhssement, qui contient de soixante-dix à quatre-vingts pensionnaires est'
subventionne en outre par des souscriptions annuelles.
A gauche du Neuhof s'étend une vaste plaine, sur laquelle on aperçoit deux hautes
buttes en terre : c'est le Polygone, champ de manœuvre actuel de l'artillerie et des
grandes évolutions militaires. Il fut établi en 1720 et agrandi en 1766. Nos contem-
porains se souviennent sans doute des grandes manœuvres qui v eurent lieu lors de
la présence en noire ville des ducs de Berry et d'Angoulême, de Charles X, de Louis-
Pnihppe et de Louis-Napoléon. En 1831 , lors de la présence du roi et de sa famille,
30 000 hommes de gardes nationales et de troupes de ligne y furent passés en revue
Ne quittons pas Je Polygone, sans déposer une couronne d'immortelles sur le
monument de Kléber, notre compatriote , le héros d'Héliopolis'.
Entre la ville et le polygone, tout près du cimetière militaire, s'est formé depuis
une trentame d'années, une agglomération de maisons habitées généralement par des
ouvriers travaillant en ville, et d'un assez grand nombre d'auberges et cabarets- dans
le principe on donna à ce hameau le nom peu flatteur dans l'idiome strasbourgeois de
Ralzendbrfel; aujourd'hui qu'il forme une petite commune, on y a construit une
église et on l'appelle officiellement le Neudorf.
En promenant nos regards vers la gauche et vers la ligne de l'horizon, nous
rencontrons le clocher d'Eschau.
Eschau , situé au-dessus de la forêt de la ville, le Herrenwald, modeste village entre
le Rhin et 1 111, nous a conservé un des plus antiques monuments de l'art: c'est le chœur
de 'm^ZTT'J^ V* 1 " 1 ^ ° éSaiX ' SUrl ' lle deS Épis ' a U mètres de haul et a ^ construit sur les pl ans
de M. Reiner, architecte du département , et les sculptures exécutées par Malade.
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de son église et la châsse en pierre de saint Rémi, beau-frère de Hugon, comte
d'Alsace et contemporain de Charlemagne. Saint Rémi figure comme vingt-cinquième
dans le catalogue des évêques de Strasbourg, par Wimpheling; la légende dit qu'il voulut
établir dans son diocèse un asile sûr et permanent, où le sexe fût à couvert des séductions
du monde et à l'abri (Je la pauvreté. Dans ce but , il fonda à Eschau une église et un
monastère, auquel il légua tous ses biens, que vinrent encore grossir ceux de ses
nièces, qui en furent nommées les premières abbesses. Les reliques des trois fdles de
sainte Sophie, Spes, Fides et Caritas, reliques dont le pape lui fit cadeau pendant un
voyage que ce prélat fit à Rome, attirèrent la foule. des pèlerins au couvent d'Eschau,
et donnèrent dans ces temps beaucoup de relief à cet établissement religieux. Saint
Rémi y fut enterré en 783.
Aux communes d'Erslein , de Lipsheim, de Sermersheim et de Limersheim, que
nous voyons sur l'horizon à droite, se rattachent de même des souvenirs de ces temps
reculés. Ces trois derniers villages, dont les habitants nous fournissent aujourd'hui, par
leur culture, ces grosses têtes de choux', transformées en choucroute, que Strasbourg
expédie au loin, et s'occupent aussi de la recherche des truffes, qui ne valent pas
celles du Périgord, figurent dans la série des villes royales, sous les rois des deux
premières races. Schœpflin nous les cite sous les noms de Liulpoleshaim et Lupolteshem,
Samarshein et Samaresheim. Le même auteur range le château d'Erstein, Herislein,
dans la série des palais que ces monarques possédaient en Alsace. La tradition nous
rapporte que Charlemagne, vers la fin de son long règne , séjournant momentanément
à Heristein, alla chasser dans ses environs, avec Irmengarde, l'épouse de son fils
Louis, et sa petite-fille Hermengarde, lorsque cette dernière, charmée dubeau paysage,
de ces sombres forêts et de ces vertes prairies sur les bords de 1*111 , exprima à son
grand-père le désir d'habiter ces lieux, en se retirant du monde et en vouant ses
jours au service de Dieu. Le vieillard, se rendant au désir de sa petite-fille, fit construire
dans ces lieux un magnifique couvent, en l'honneur de sainte Irmengarde , le peupla
de religieuses de haute naissance, et les plaça sous la règle de saint Benoît. Louis-le-
Débonnaire le dota des revenus de douze villes et villages, et le pape Léon III y envoya
en 810 les ossements de saint Urbain, de sainte Cécile et autres. Huit années plus
lard, la reine, malade et infirme, se trouvant à Heristein avec Louis, son époux, et ses
fils, ceux-ci lui promirent d'achever la construction de cette maison de Dieu, dans
laquelle Hermengarde était abbesse; elle y termina ses jours et y trouva sa sépulture
royale. En 951, l'empereur Othon I er donna cette abbaye royale à Berthe , reine de
la Bourgogne transjurane, et mère de son épouse Adélaïde, qui avait fondé l'abbaye
de Seltz , dont nous avons déjà parlé.
Eschau.
1 II y en a du poids de huit à dix kilogrammes.
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■KRa« ■hw
Ëschau.
Illkircl).
60 FRANCE.
Pendant longtemps les religieuses qui habitaient cet asile, jouirent d'une haute
reputat.on de vertu; mais plus tard la pureté de leurs mœurs se corrompit, et elles se
Avisèrent en vierges sages et en vierges folles; à la mort de leur supérieure, les unes
dirent une sage , et les autres une folle comme abbesse , et la discorde s'y mêla. L'évêque
de Mayence fut nommé arbitre dans leur querelle; mais ces dernières lui ayant envoyé
leur plus précieuse relique, la tête de sainte Cécile, il se déclara en leur faveur Le
vice triompha, le monastère perdit son éclat, ses biens furent dissipés et un incendie
qu, consuma en 1343 une partie d'Erstein, dévora aussi ce que Charlemagne et ses
descendants y avaient fondé.
Cette petite ville épiscopale , entourée de murs pendant le moyen âge, subit souvent
les lois de la guerre, dans ces temps de continuelles discordes. En 1735 elle devint la
proie d'un incendie terrible; mais une de ces catastrophes épouvantables, et par
bonheur b.en rares, frappa Erstein à la fin du siècle passé. Le 6 thermidor an V
(20 juillet 1 797), un convoi de douze voitures , chargées de six à sept cents myriagrammes
de poudre, traversant au grand trot cette commune à une heure de relevée, le feu prit
a 1 un de ces caissons, et se communiqua à neuf autres; deux seulement échappèrent
parcequeheureusementils venaient détourner un coin de rue. La destruction fut terrible '
six canonmers quinze charretiers et six habitants restèrent morts sur place avec trente-
deux chevaux du convoi, et vingt-sept charretiers et habitants furent plus ou moins
gnevement blesse, Cette explosion ayant communiqué le feu à l'endroit, quarante-cinq
ba, mente furent brûlés ou s'écroulèrent, et plus de trente autres furent fortement
endommagés.
Le village d'Illkirch , au-dessus de la ligne du canal , à six kilomètres de Strasbourg
taisait partie de ses domaines seigneuriaux avant la révolution; il était le siège du
tannage auquel appartenaient le village de ce nom, Illwickersheim ou Saint-Oswald
Graffenstaden', Iltenheim, Handschuheim , Schiltigheim, Niederhausbergen et
Eckbolsbe.m; le bailli, institué par le sénat, était presque toujours un membre de
la Chambre des XIII, des XV ou des XXL Le beau château , ainsi que les jardins qui
y attiennent, appartenant aujourd'hui à la famille Gast, étaient dans le siècle
passé la propriété des Klinglin, dont nous avons parlé dans l'historique de la ville
F. J. de Klmglin, préteur royal, qui possédait le village de Hœnheim, avait l'intention
de s'approprier ceux d'Illkirch et de Graffenstaden, qui étaient d'un rapport beaucoup
plus avantageux que le premier; sachant bien que Strasbourg n'entrerait jamais
dans ses vues, il fit demander au roi, par l'entremise du maréchal du Bourg, son
beau-frere, l'autorisation d'échanger ce domaine contre Hœnheim, dans l'intérêt de
bien^lwrîlT T Si§naler ° nS le M établissement de constructions mécaniques, qui, après avoir passé par
^1^^l!s^ ,,M, est aujourd ' hui en pieine prospérHé - d appanient a m - Ren ° uard de Bussier -' « «*
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FRANCE. 61
la ville même, ce qui lui fut accordé, et le magistrat y fut engagé par une lettre du
gouvernement.
Le sénat, faible et corrompu, voyait bien que cet échange était préjudiciable aux
intérêts communaux; mais, de crainte de déplaire au gouvernement et à son
représentant, le préteur même, il céda, et le jour de Saint-Michel 1735 la ville prit
possession de la seigneurie de Hœnheim , et Klinglin s'empara d'Illkirch-Graffenstaden
et des forêts qui en faisaient partie ; il donna au sénat , dans son château d'Illkirch ,
un grand banquet que la ville dut payer plus tard 1149 livres.
La seigneurie d'Illkirch rapportait annuellement la somme de 8581 livres, et celle de
Hœnheim 5860 livres seulement; mais Klinglin fit tant, en pressurant les pauvres
paysans par des contributions, des corvées, des exploitations et ventes de bois, qu'il
en retira près de 20,000 livres. Ces malheureux habitants, regrettant l'administration
tutélaire de Strasbourg, restèrent dans celte dure condition jusqu'en 1765, où, après
la chute des Klinglin, et un long procès avec sa famille, la ville fit casser cet échange
frauduleux et rentra dans sa propriété.
Friese raconte dans la Vaterlàndische Geschichte qu'à une vente publique qui eut lieu
en 1793, les habitants d'Illkirch achetèrent le portrait du préteur Klinglin, pour
conserver à leurs descendants les traits du tyran qui les avait rendus pauvres et
malheureux.
Après la bataille d'Ensheim, gagnée par Turenne, le 4 octobre 1674, l'armée
française se retira sur la ligne de la Zorn, et l'armée impériale rentra dans son camp
à Illkirch; c'était l'aile droite, commandée par le duc de Beurnouville, qui attendait
l'armée de l'électeur de Brandebourg, commandée par ce prince en personne,
devant arriver d'outre-Rhin. Outre ces deux corps d'armée, qui se joignirent le 14 du
même mois, on vit se réunir sur la plaine en deçà d'Illkirch, vers la haute tour, les
troupes des ducs de Lorraine, de Zell-Limbourg, de Reuss, du margrave de Bade-
Durlach, de Bareith, etc. L'électeur de Brandebourg passa en revue cette armée, qui
s'ébranla vers ses diverses positions dans le Haut et le Bas-Rhin, croyant y faire
tranquillement ses quartiers d'hiver, mais il n'en fut rien. La combinaison stratégique
de Turenne, à la suite de ces mouvements, est peut être une des plus belles pages de
la vie militaire de ce capitaine.
Pour s'assurer le passage des Vosges et se ménager la ligne d'opération sur la Zorn et
la Moder, il avait jeté de fortes garnisons dans Saverne et dans Haguenau, et s'était
retiré avec son armée en Lorraine, laissant croire à son adversaire qu'il prendrait de
même ses quartiers d'hiver.
Dans celte province, il trouva plus de ressources que dans la vallée du Rhin, où la
guerre avait porté ses ravages. Avec les renforts qu'il avait reçus , il tourna le revers
des Vosges au milieu des neiges et des frimas d'un hiver rigoureux, et vint déboucher
Illkirch.
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Hiittenlieim.
Benfeld.
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FRANCE.
ItÏZl 7 h "** ^ Sainl - Amari " à Tha " n ' fe * "-mbre. Quelques combats
c ; m :zz ec 8uccès ' r èren ' son armée s ° r ,a ««- * ■"**. -
avaîch ieZ , • "T,"',, *""*""• E " '«urnautla position , ue l'ennemi
aHiée 1U sCd B h r, /h """^ ^ ViC '° ire éC ' a,a " te ' * ( °^ i,a ™-
à re X c e prr str : S b!:;' a,ssa " ,de — rAi - «*» » *~ n «*.*».
Ce.~i e « faubourgs de ,a vi,ie ' près de ia p ° rie de ih ^' • * '•»--„
quelques petits cavaliers enterre cuite, qui surmoulent le faite d'un toit „„„.
îiSL'ïïïïrXE i d 3r nt «-.'-■— - *
dane en Pierre, scellée dans ,e mur, ,e fa^nUe ™ £3. r^ "" "
A œil nu, „„ e asperilë pareille à u „ e ^ co||ine ^
hor, on; en braquant la lunette sur ce point, on distingue un immense bâtiment vec
ces. a filature de Hu.tenhcnu , dirigée par M. Schirmer, l'établissement le plus
considérable et le plus prospère en ce genre dans notre département. '
P us rapproché de nous, s élève le clocher de Benfeld, anciennement chef-lien du
bailliage episcopal de ce nom'; il fut engagé à la ville de Strasbourg, en 1395 par si
eveque Guillaume de Die»., pour la somme de 70,000 florins L jusq^ ,53s
l; ::z:« ht"- le , ,il,éra etie mforiir,er - Dans •» ^ «™
siècle se t,„ a Benfeld, entre les seigneurs et les députés des villes d Alsace un
consed dans ,eq„e, furent résolues l'expulsion et l'extermination des juifs e'q,
fut suivi du terrible auto-da-fé dont nous avons parlé a l'article de la rue des u
Le nom de cette petite ville donna heu à m, jeu de mots, que l'on me. dans la bouche
Bimle,»«Bltobeto. **»*<•••*****«*. Herbsbeim, RossloUen, Friesenheta, Witii*™.
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FRANCE. 63
du cardinal Arleati. Quand ce prélat retourna des Pays-Bas au concile de Bàle, avec Benfeki.
une longue suite de quatre-vingts hommes, de chevaux et de mules, il fut attaqué et
volé sur la route par les comtes d'Eberstein et de la Petite-Pierre, avec leurs <?ens
d'armes, qui, ayant eu connaissance de son passage, s'étaient cachés dans une
embuscade. Une partie de sa suite fut faite prisonnière, et le prélat, défroqué et
détroussé, parvint à se retirer à Benfeld ; s'étant informé du nom de son lieu de refuge
et faisant allusion au malheur qui venait de le frapper, bene valet pro nobis, s'écria-t-il,
content d'avoir échappé au péril et de pouvoir continuer sa route.
Le 8 septembre 1 632 , après le passage du Rhin par l'armée suédoise , le général Horn
somma la ville de Benfeld de se rendre; elle était commandée par un Nicolas Zorn de
Bulach, à la tête d'une garnison de 800 hommes, de 140 chevaux et de beaucoup
d'artillerie et de munitions. Le quartier-général de l'armée assiégeante était à Sand,
la cavalerie à Kogenheim et à Sermersheim. Malgré une défense vigoureuse, la ville ne
put résister aux attaques réitérées de l'armée suédoise : elle se rendit par capitulation,
et la garnison en sortit avec tous les honneurs de la guerre, le 29 octobre. Benfeld
resta place d'armes suédoise jusqu'en 1650, où, après qu'elle eut été désarmée à la
suite du traité de paix de Westphalie, les fortifications en furent démolies. Aujourd'hui
on n'en voit plus que quelques traces et une partie des fossés. Le château, ancienne
résidence des évêques, est transformé en magasin de tabac; il date de deux époques
de construction: la première nous est désignée par le millésime 1541 , où Guillaume
de Hohenstein le fit bâtir, et la seconde date des Rohan, dans le siècle passé. L'Hôtel-
de-Ville de Benfeld, dont le rez-de-chaussée nous représente ces marchés ou halles
couvertes des temps passés, porte à son fronton une horloge, dont les heures sont
sonnées par la mort et les quarts-d'heure par un chevalier ; imitation de l'horloge
de l'ancien hôtel de la monnaie de Strasbourg.
L'église, modernisée dans son intérieur, a cependant conservé une inscription
lapidaire, qui nous indique que sa construction fut commencée en 1352, sousl'évêque
Berthold de Bucheck, et achevée sous son successeur, Jean de Lichtenberg.
Au village d'Osthausen se rattache de même le nom de Zorn et de Bulach, dont Osthausen.
nous venons de parler. Il est bien rare qu'à travers les guerres, les révolutions, les
mutations de fortune, les extinctions mortuaires, une propriété reste pendant un
siècle dans la même famille. Nous avons déjà trouvé en 1 507 un Zorn d'Osthausen dans les
rangs de la noblesse, qui accompagna Guillaume de Hohenstein quand il prit possession
du siège épiscopal à Strasbourg; Bûhler nous dit dans sa Chronique qu'un Zorn de
Bulach, brave et digne seigneur qu'il connaissait très-bien, mourut au même siècle
dans son hôtel, rue des Veaux, et qu'il fut transporté, pour recevoir sa sépulture
dans le rite catholique, à son château d'Osthausen; aujourd'hui encore ce château
appartient à la même famille.
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Osthausen.
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résident ^o . , KUUCI s et ue Ia reute-Fierre , anciennes
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.tnsZn ion, 7 r ' P °" r ° ' *™ * "'"^ co °*-.ions, ou ont subi de S
toâ. D Zr H"" " »>"«»»« •*-"■ défère seigneuriale de celui nui
P us m e , 7 " S S 6t de S6S VaSSaUX - N °" S " e «™» aiss °- *» - genre
châ ZX* qU :f M C ° nSe,Vé ,e "" in ^ ralilë -hiteetouique; c'est
L ,Z :1 r™ e ' d6 Than, ' illé • appar,e " a "' à la *»"• Cas te*
•rouve é „ 7 7" °" e "f PlllS a "' iq,,eS da ° S fes faffiil "® «M- d'Alsace; on
.rouve déjà nu Zoru au .ouruo, de Worms, en .,27; dans ce même siècle des Zorn
Scbulthe.s de Strasbourg; en ,262, « la bataibe de Hansbergen , un Zorn onda "e
destroupes de la ville; enfin, partout dans nos annales cenom fin, une plce bo o b
us la mag.strature de la ville libre impériale comme SUedtmeister; dans ,—t
v en, a onru.r aux empereurs , pour soutenir leurs guerres contre les étrangers, dans
Zzz t- cs - le sang des zorn a couié sur ious ■- ^ *° ^xz
les preben ,ers des ,ns.,t„„ons religieuses ; dans les anciens chanoines de SahH-Pierre
d amt-Thomas; dans les couvents de femmes, partout les Zorn avaient leur Z'
En raversan des s.ècles pour arriver jusqu'à nous, cette famille s'est divisée eu une
mult, nde de branches, dont le cimier, qui surmonte I ecnssou, divisé or e. g„eu,e av
une etode a hu,t rayons, fait la distinction. „ y aïai , des cklus . Zo „ n> des L ^ ™
les Zor, Pamphde, des Zor„-le-Je„ne, Zcrmle-Blanc, des Zorn-d'Ekerich , d EpHg de'
S ho eck , de D lze „ hei , ni de Wejersbergi de Kineck] Zom I ;
Plobshcm, etc. Toutes ces branches sou. éteintes, à l'exception des deux dernières
Il es, des noms qui deviennent chers à I historien, quand il les voit enlacés dans l'es
phases de Ih.sto.re de son pays, e.qui, les trouve inscrits sur chaque page de la d
a socete, sur es décombres de laquelle la société nouvelle a construit sou édiflc S
les famdles nobles sont déshéritées aujourd'hui des privilèges, de la puissance de 1
cons.derat.on qu,, pendant des s.ècles, favorisaient leur position sociale, II do
es o„, , ngl „ së abas ,_ Mus devons ^ parue ^^ aibres e d
e aux a ,. cl ie ces m , mes fam . (|es ^ coniia . ssance des ï.
IZZ t * ' eS SiWeS reCUlëS ' ° Ù ' a S ° Ailé élail d ™-e en castes, Il
Imd.v.dnabsnte domma.t partout, quand les nobles, d'hommes libres q„ ils étaient
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dans le principe, étaient devenus vassaux de leurs grands feudataires, nous les voyons
alors fiers, puissants, à la tête de riches domaines, couverts de fer, maniant la lance et
le glaive des batailles, on bien, inspirés par un pieux dévouement, fondant, pour
gagner le ciel , des églises, des prébendes et des maisons religieuses; plus tard, nous
les voyons prendre siège dans la magistrature et se vouer au culte des sciences et des
arts que leurs ancêtres avaient dédaignés. Mais la devise: Noblesse oblige, inscrite sur
leur écusson, s'étant perdue avec le temps, quand le mâle tournois , avec ses règlements
austères sur l'honneur et les mœurs, s'était transformé en jeu de carrousel; quand de
gentilshommes, ils étaient devenus des gentillâtres efféminés, descendant de leurs
manoirs et s'attachant aux princes et à la corruption des cours; quand ils n'avaient plus
que les titres et perdu les terres qui s'y attachaient, alors aussi l'éclat de beaucoup de
ces familles s'est effacé et elles se sont confondues dans la société entière et vulgarisées.
Néanmoins nous rencontrons encore de ces types où les traditions des anciens temps se
sont conservées avec une sainte constance, et clans le commerce du monde leurs
nobles manières, leur éducation soignée, les font distinguer facilement de ces parvenus
à la morgue hautaine.
C'est en entrant dans le castel d'Osthausen qu'on se sent transféré dans la demeure
du gentilhomme de vieille roche. Le fossé qui l'entoure, peuplé de carpes séculaires,
l'entrée défendue par des rondelles ornées des blasons de la famille, la vaste cour, la
maison à pignon crénelé, la tourelle élancée dans laquelle l'escalier en pierre, montant
en spirale, conduit dans les vastes appartements, ornés des portraits des ancêtres,
dans lesquels le maître de la maison vous offre une aimable hospitalité avec l'urbanité
traditionnelle de sa race; la chapelle à vitraux peints 1 , où les générations qui s'y sont
suivies, reçurent le baptême, où les jeunes mariés se promirent fidélité devant l'autel
et où brûla l'encens sur le cercueil des arrière-grands-pères, tout cela porte un parfum
de vétusté de mœurs et de souvenirs héraldiques qui vous attire vers ces temps
passés. Ajoutez à cela un domaine cultivé avec soin , des étables peuplées de grasses
bêtes à cornes, des écuries remplies de beaux chevaux, la basse-cour fourmillant de
volaille, de vastes bâtiments d'économie rurale; une seule chose manque pour compléter
l'illusion: c'est la salle d'armes, garnie de brillantes armures, de glaives, d'épées, de
lances, de cottes de maille; elle est remplacée de nos temps par un bel attirail de chasse
et par une nombreuse bibliothèque habillée en vélin, en veau et en maroquin. Noblesse
oblige est encore inscrit sur le fronton de cette maison , et le proverbe tel le maître tel le
Osthausen.
1 MM. Ritter et Mûller, peintres-verriers en notre ville , ont embelli cette chapelle de deux grandes verrières ,
l'une représentant la sainte Vierge, palronesse de Strasbourg, et l'autre sainte Odile, palronesse de l'Alsace '
entourées d'armoiries des familles alliées aux Zorn. Un autre artiste, M. Klein, a de même représenté, en trois
grands tableaux , aussi vrais de composition que sévères de style , des épisodes de la bataille de Hausbergen en 1262
où un Zorn commanda dans les rangs des Strasbourgeois.
ENVIRONS.
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Le Haut-Rhin.
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valet y est une vérité, car depuis les fermiers, les garçons de labour, les garde-chasses,
jusqu'au valet de chambre, tout le monde parle avec politesse.
Au delà des points que nous venons de décrire , nous ne distinguons plus de clochers,
et l'horizon vers le sud ne forme plus qu'une ligne droite jusqu'à ce que nous
arrivions vers les Vosges, dont la hauteur la plus éloignée que puisse saisir l'œil , est
la montagne au dessus de Soultz, à la gauche de la vallée de Guebwiller.
Pour nous rapprocher de ces lieux, profitons du chemin de fer, et, en faisant notre
description de la contrée , replaçons-nous de préférence au 19 septembre 1841. Ce
jour-là fut inauguré le chemin de fer de Bâle à Strasbourg; stations, maisonnettes de
cantonniers, locomotives, tenders, voitures, étaient encore tout frais, neufs,
brillants et ornés de fleurs, de guirlandes, de trophées, de drapeaux et de flammes
flottantes. Ce jour-là, Mulhouse faisait les honneurs de la fête, car c'est à un fils de
Mulhouse, à M. Nicolas Kœchlin , qu'est dû l'établissement de ce chemin ferré , un des
premiers qui sillonna le sol de la France. Des trains venant de Bâle et de Strasbourg
amenaient avec une célérité inconnue jusqu'alors des milliers de curieux et d'invités'
en uniformes militaires, en habits brodés, en habits noirs, en costumes campagnards
Ces étalons de fer frémissaient de leur feu intérieur, et, chassant de leurs naseaux des
bouffées de fumée, suivaient docilement l'impulsion que leur donnait le machiniste et
se soumettaient humblement à la bénédiction religieuse de l'évêque de Strasbourg
M«*Rw , enfant de l'Alsace. Les sons mélodieux de chœurs , chantés par des amateurs dé
Mulhouse, variaient avec les musiques guerrières de la garde nationale de cette ville,
de celle de Bâle et des dragons en garnison à Huningue, qui prenaient part à cette
fête; c'était un coup d'œil ravissant, plein de vie, que cette multitude assemblée pour
voir mouvoir pour la première fois ces machines mues par la vapeur, devant lesquelles
chevaux et bestiaux prenaient la fuite et dont la prodigieuse force motrice était
attribuée au diable par les masses ignorantes du peuple qui la regardait avec une
soupçonneuse inquiétude. Après cette cérémonie, la ville de Mulhouse reçut ses hôtes à
un grand banquet servi sous un vaste hangar qui abritait encore quelques jours
auparavant des ballots de coton, de l'indigo, du bois de couleur, et qu'on transforma
pour cette circonstance en une élégante salle, drapée avec goût de cotonnade rouge
et blanche; un bal termina cette journée.
Le lendemain matin, tout ce monde officiel fut entraîné par la vapeur vers
Strasbourg, qui, à son tour, reçut ces hôtes au son des cloches de toutes les églises et
du tonnerre du canon des remparts. A Mulhouse, c'étaient les produits de l'industrie
qui partout servaient de décor; à Strasbourg, on ne voyait que des trophées d'armes,
des canons, des boulets , qui indiquaient la ville forte, la ville deguerre. AMulhouse, on
avait transformé un magasin en salle de banquet; à Strasbourg, ce fut la majestueuse
Halle-aux-Blés, dont les pilastres étaient ornés d'armoiries, d'écussons et de drapeaux,
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qui reçut les invités à un gigantesque festin. A Mulhouse , l'ancienne population se
perdait parmi ces milliers d'ouvriers, population nouvelle dont les bras servent aux
puissants moteurs des machines; à Strasbourg, ville de science, d'arts et métiers , ville
commerciale secondaire, la population endimanchée portait tout un autre cachet; tous
cependant prenaient une vive part à cette innovation; les uns se réjouissant de la
suppression des distances , les autres calculant les immenses avantages qu'en retirerait
la civilisation, quelques-uns la maudissant à cause de la perte de leur industrie.
Quittons tout ce bruit des villes et prenons en attendant cette voie pour nous
transporter en deux heures au delà de Colmar, à la station d'Eguisheim, au pied des
Vosges.
Nous traverserons à la hâte 'ce village habité par des vignerons, pour gravir la
montagne sur laquelle sont assis les trois châteaux , qui portent vulgairement le nom
des Trois Eguisheim {Drey Exen), que l'on confond souvent avec les Trois-Épis {Drey
Aehren), pèlerinage au-dessus de Tùrckheim. En sortant de la forêt, on est étonné de
la hauteur de ces tours qui d'en bas ne semblent être que des pans de mur et qui se
dressent sur cette montagne chauve et rocailleuse comme trois squelettes blanchis et
mousseux, ossements robustes des temps féodaux. Au commencement du onzième
siècle, époque de guerres et de troubles, un comte Hugues d'Eguisheim, qui avait sa
résidence au bas de la montagne , et cousin germain de la mère de l'empereur Conrad-
le-Salique, les éleva sur cette roche ; le château du sud porta le nom de Wegmund ,
celui du milieu, celui de Wahlenbourg, et le troisième était appelé Dagsbourg ou
Tagesbourg, en souvenir sans doute du comte Hugues IV, qui avait épousé une comtesse
de cette famille du Bas-Rhin et en avait recueilli de vastes domaines. C'est de ce
mariage qu'est issu Léon IX, évêque de Toul en Lorraine, le seul Alsacien qui ait eu
l'honneur de porter la tiare papale. Pendant les cinq ans que ce pape guerrier siégea
sur le trône romain, il visita plusieurs fois notre province, et nous aurons souvent
occasion de signaler des maisons religieuses dont il bénit l'inauguration; la légende
même rapporte qu'il bénit une chapelle dans un de ces châteaux. On a de la peine à
retrouver dans ces ruines les traces de murs d'enceinte d'un ensemble de fortifications
ou de fortifications séparées, car depuis quatre siècles que les Mulhousiens 1 , alliés à
d'autres villes, s'emparèrent des châteaux d'Eguisheim et les ruinèrent, chaque année,
chaque orage ont contribué à leur anéantissement.
'Un meunier, du nem de Klée, s'étant pris de querelle à propos d'un cours d'eau avec la ville de Mulhouse,
parvint à intéresser à sa cause une partie de la noblesse du Haut-Rhin, qui commença par s'emparer de quelques
habitants de cette ville, les incarcéra et déclara la guerre aux Mulhousiens. Ceux-là à leur tour s'associèrent aux
villes libres impériales de l'Alsace , de Bâle et de Soleure , et dans ces conflits à main armée assiégèrent , avec les
habitants de Tùrckheim et de Kaysersberg , les châteaux d'Eguisheim , défendus par Klée en personne. Ils furent pris
d'assaut le jour de la Fête-Dieu 1466 , et l'instigateur de ces hostilités y fut pendu ignominieusement avec quelques
gentilshommes.
Le Haut-Rhin.
Les
Trois Eguisheim.
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19 20 21 22 23 24 25 26 27 2!
unMHnH
Le Schauenberg.
Rouffach.
il
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Vieux-Iinsach.
68
FRANCE.
Schaupnh»™ --—— ., » ..«,.« .oreis, monls e< vaux, au pèlerinage du
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oya e„ r qm qume Baie ,„s<,„ a ee qu'il arme dans le Bas-Bhin l'aperçoit louiours à
P ™res, ,e mnDdal sup , rieur don, BoXh ^Tl" reSSUSC " é '" "' "'"*
et ses tours e, ,ou s de o.^e T" ' T T *"" J " SqU ' à S6S ' Mis °" s li*-
— i- s .^::r::r:r;o ;;:::; i^i:r;r urg qui ,a
remplacée aujourd'hui par une maison ,1p , enlieiement d.sparu et est
' 2 Voyez Strasbourg, Faubourgs, chapelle Saint-Michel
^S^XI^hL: I t t tdCl ï ** 6XemPt d ° ' a *""*« *"»
le district des environs de Wissembourg. " S ParI ° n8 ' et le ********** (Bas-Mundat) ,
cm
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FRANCE.
69
la domination romaine, Brisacum était situé sur une île, puis, jusqu'au treizième siècle, vieuvBrisach.
sur la rive gauche du Rhin; ce fleuve capricieux s'est creusé depuis un autre lit et a
jeté cette colline sur la rive droite ; là s'arrêtaient les légions quand elles marchaient
du pays des Helvètes, des Rauraques, vers celui des Sequaniens, des Médiomatriciens
et vers leurs possessions dans le Bas-Rhin, en traversant Augusta Rauracorum
Argentovaria, Eli, Argenloralum , Saletio, Tabernœ rhénan, pour arriver à Moguntia que'
Drusus avait fortifiée. Derrière le Kaiserstuhl s'élève la chaîne de la haute Forêt-Noire
et TOberland badois dont nous avons déjà fait la description. A la droite du Blauen'
descend le promontoire de Schliengen, et les roches d'Istein se baignent dans le Rhin ,
au-dessus duquel file de tunnel en tunnelle chemin de fer badois qui se rapproche de la
Suisse. A la droite de ce promontoire sort des brouillards du Rhin la cathédrale de
Baie, vdle dans laquelle, il y a plus de quatre siècles, les plus savants théologiens se Bâle
disputèrent en concile pendant des années sans arriver à aucun résultat; où le fils de
Charles VII, avec sa nombreuse armée, dut lutter contre une poignée de Suisses à la
bata.lle de Saint-Jacques , livrée sous les murs de la ville ; où Holbein peignit ses chefs-
d'œuvre et où les Mérian nous laissèrent leurs magnifiques publications illustrées
Aujourd'hui ses habitants vivent dans une calme quiétude, encore protégés par les
jurandes et les maîtrises; des milliers de bibles sortent de ses presses typographiques
pour se répandre dans toutes les parties du monde, et ses richards prêtent leurs
millions aux plus offrants d'intérêts.
A côté de Bâle, Huningue , dépouillé de ses murs et de ses remparts envie cet
ornement guerrier à Neuf-Brisach, étoile fortifiée par les ordres de Louis XIV, en face
de son aînée. A la droite, au pied de sa colline, nous voyons Rixheim, où l'industrie des
Zuber jette dans la machine le bouillon blanc du chiffon macéré, pour en faire sortir
les plus beaux papiers peints, qui vont tapisser la modeste chambre du bourgeois
comme le brillant salon princier. Au pied de la même colline nous dislinguons°une
ligne de cheminées à vapeur : c'est Mulhouse , l'industrieuse , la travailleuse , la bruyante Mulhouse
et ses annexes Dornach et Lutterbach. Jadis petite république , dont les noms illustres
viennent de revivre dans le Burgerbuch, publié par l'archiviste de cette ville,
Mulhouse appartenait jusqu'en 1798 à la Confédération helvétique. Que les Kôchlin ,
les Schlumberger, les Dollfus se consolent de la perte du titre de citoyen de la fière'
et remuante république dont leurs ancêtres se glorifiaient ; ils sont devenus aujourd'hui
les rois de l'industrie du Haut-Rhin.
Devant nous, et à peu de distance, nous indiquons Ensisheim.où Rodolphe de Ensishein,
Habsbourg fit bâtir un vaste château qui devint la résidence du landgraviat d'Alsace
de la maison d'Autriche, comme Haguenau dans le Bas-Rhin. Aujourd'hui un millier de
détenus mâles occupent la prison centrale, jadis couvent des Jésuites, de même que
Haguenau possède une maison centrale de détention pour les femmes.
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Ensisheim.
Thann.
70 FRANCE.
Une ligne lointaine de montagnes s'étend depuis Bâle et se lie à notre droite aux
Vosges: c'est le Hauenstein et le Jura entre Bâle et Soleure, entre Bâle et Bienne;
deux points clairs s'y distinguent à mi-hauteur: Landscron, sur le territoire de
Porentruy, que Louis XIV avait pris en fief des margraves de Bade pour y tenir garnison
française, et le château de Ferrette, ancien séjour des puissants comtes de ce nom,
dont nous avons encore connu un dernier rejeton vivant à sa campagne près de
Fnbourg-en-Brisgau, et qui rappelait, par sa taille athlétique, les hommes de fer du
temps de la féodalité, ses aïeux.
Au-dessus de la chaîne du Jura, le tableau se termine par les pics blanchis des Alpes,
depuis le Mont-Blanc jusqu'aux cimes de l'Oberland bernois. Nous distinguons, vers
la droite, les coteaux d'où descendent les rivières de l'HI et de la Largue, et que
franchit le canal du Rhône-au-Rhin pour descendre vers le comté de Montbéliard , la
patrie du grand Cuvier, autrefois possession des comtes de Wurtemberg , de même que
sur la gauche de notre tableau, la petite ville de Riquewihr, au milieu de riches
vignobles. Plus rapprochées de nous, les hautes cheminées à vapeur nous indiquent
l'industrieuse petite ville de Cernay, tout près de l'entrée de la vallée de Saint-Amarin
Le Rangenberg nous masque Thann avec sa cathédrale gothique, bâtie, s'il faut en
croire la tradition, au quinzième siècle, sur les plans d'Erwin, le constructeur de la
tour de celle de Strasbourg.
Qu'on nous permette, à cette occasion, de briser sur cette hauteur une lance toute
courtoise avec M. Schreiber, l'historien du pays de Bade et de la cathédrale de
Strasbourg même. En fait d'idées et d'hypothèses on ne peut pas toujours être d'accord ;
si les sources de preuves positives manquent, et si l'on doit arriver par le raisonnement
a la connaissance de la vérité, chacun a le droit de choisir les arguments qui lui
paraissent les plus convainquants. M. Schreiber prétend dans ses écrits qu'Erwin est
né dans la petite ville de Steinbach, au pied du Fremersberg, en deçà de Bade, point
quenousavons indiqué sur notre panorama, alléguant que Steinbach était, au treizième
siècle, une ville plus considérable que de nos jours, et qu'elle était renommée par ses
carrières: donc il y avait des tailleurs de pierre, donc le grand architecte y est né,
y a travaillé et s'y est formé dans son jeune âge. Tout le monde sait que beaucoup
d'architectes du moyen âge prenaient leurs noms du lieu de leur naissance, comme
Jacques de Landshut, Gérard de Cologne, Eudes de Montreuil, Wenceslas de Neubourg
Hultz de Cologne , Perrat de Metz , et bien d'autres que nous pourrions citer, usage qui
s est même continué jusqu'à nos jours dans les corporations des architectes, des
tailleurs de pierre, des charpentiers en Allemagne, où ils se désignent encore toujours
sous le nom de Frère: Bruder Hamburger, Bruder Bremer, Bruder Nurenberger, etc.
Nous sommes donc d'accord avec M. Schreiber sur ce point qu'Erwin est né à
Steinbach, mais quel Steinbach? Il y a quelques communes de ce nom dans le pays de
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Bade, il y en a quelques-unes en Alsace. Nous avons donc à rechercher laquelle a
donné le jour à ce grand architecte, et nous avouons que nous donnerions la préférence
à Steinbach, près de Thann. En voici les raisons: A l'époque où naquit Erwin, époque
que nous plaçons entre l'année 1240 et 1250, car, d'après la tradition, il arriva à un
âge très-avancé et mourut en 1318, il n'y avait pas encore dans les villes ou villages
d'écoles où l'élève pouvait acquérir des connaissances en mathématique, en statique,
en construction et en ornementation, et les pierres ne s'apprêtaient pas dans les
carrières, mais bien sur les lieux de construction mêmes. Les sciences et les arts étaient
cultivés seulement dans les institutions religieuses et surtout dans les couvents de
Bénédictins; c'est à ces sources de connaissances que puisaient les grands maîtres du
temps; or nous n'en connaissons aucune à proximité de Steinbach outre-Rhin où le
jeune élève, que la Providence avait doté de ce génie, ait pu le cultiver, le développer.
Serait-ce au couvent rapproché d'Oltersweir ? il ne fut institué qu'au dix-septième siècle
pour l'ordre des Jésuites, ou bien au couvent de Lichtenthal, près de Bade? c'était un
couvent de dames nobles. Serait-ce peut-être au couvent du Fremersberg? mois c'était
une retraite de frères de l'ordre de Saint-François, ordre qui avait fait le vœu de
pauvreté et dont le fondateur ne vécut qu'au treizième siècle. Ce n'est donc qu'au
couvent de Schwartzach, abbaye de Bénédictins, qui existait déjà longtemps avant
cette époque qu'Erwin aurait pu recevoir son éducation; mais aussi brillante que fut
cette abbaye dans les temps antérieurs, aussi malheureux fut son état dans ce siècle,
où elle fut détruite à différentes reprises par des incendies, et où ses avoyers, les comtes
de Geroldseck et les nobles de Windeck lui firent subir le droit du plus fort par les
armes et par des rapts de territoire. Il n'est donc pas présumable que dans ces temps
de malheur ces religieux aient pu s'occuper d'études, moins encore d'instruction; en
outre tout ce territoire était sous l'obédience des évêques de Spire. Si , par contre, nous
faisons naître Erwin à Steinbach, près de Thann , nous trouvons le développement
progressif de son génie tout pratique et tout naturel, en même temps qu'il trouvait,
comme à Steinbach outre-Rhin , des carrières en grande quantité sur les flancs des
Vosges, où il a pu manier la pierre brute comme ouvrier. Notre Steinbach, près de
Thann, est tout rapproché de la riche abbaye de Bénédictins de Murbach, située dans
la vallée de Guebwiller, qui lui appartenait; son territoire enclavait la vallée de Saint-
Amarin et beaucoup de villages et châteaux au pied des Vosges; c'était une abbaye qui
devint plus tard princière, et ses prélats eurent siège et voix aux diètes impériales, de
même qu'elle fournit son contingent aux armées des empereurs. A Murbach les sciences
et les arts furent toujours heureusement cultivés , et il en sortit de savants théologiens
et des évêques érudits. C'est donc à cette école que le jeune homme, dont le génie
naissant a bien pu être connu par les religieux, travailla à son développement. A côté
des riches propriétés de l'abbaye s'étendaient les vastes terres des puissants comtes de
Thann.
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Thann.
Uollwiller
70
FRANCE.
Habsbourg, dont Rodolphe monta sur le trône impérial, à l'époque où Erwin élevait à
Strasbourg son chef-d'œuvre d'architecture. Après s'être formé à 1 école des Bénédictins
de Murbach , a la tête desquels se trouvait alors le puissant prélat Berthoid de Steinbronn
Je jeune artiste, d'après la tradition, travailla à la cathédrale de Fribourg-en-Brisoau
qui est s.tué en face, à une dizaine de lieues de distance, et que l'œil aperçoit facilement
du haut de ces montagnes. Fribourg faisait alors partie des domaines des comtes de
Fribourg et d'Urach, après l'extinction de la ligue directe de la maison de ZaBhringen
a laquelle les Habsbourg étaient alliés. L'évêque de Strasbourg, Conrad de Lichtenberg',
eta, beau-frere des comtes de Fribourg; il était naturellement à même de connaître
le talent de 1 architecte qui travaillait à la construction de cette cathédrale, il le fit venir
a Strasbourg pour lui confier la construction de la tour de ce temple, en 1275, et en
1277 les travaux d'exécution commencèrent.
La tradition dit qu'Erwin doit avoir dressé le plan de l'église de Thann , et cela est
très-probable, car, en la comparant à celle de Fribourg, Ion voit bien que les flèches
se ressemblent, que la première n'est qu'une miniature de l'autre, et que l'architecte
tout en travaillant à lune s'inspirait pour l'autre. Tous ceux qui ont étudié l'historique de'
la cathédrale de Strasbourg savent que la flèche est une déviation du plan primitif et
que cest Hultz de Cologne qui la construisit telle que nous la voyons aujourd'hui Or
que mterê t Erwin de Steinbach d'outre-Rhin avait-il de gratifier "d'un p. „ d^ e la
petue v, le de Thann? Le lui avait-elle commandé, pouvait-elle h/eu conV
construction, quand elle ne la fit construire que longtemps après *
Mais s, nous faisons naître Erwin à Steinbach, près de Thann, on peut regarder ce
plan .comme , un monument de gratitude envers son pays natal, de gratitude envers
J abbaye de Murbach, qui l'avait formé et protégé, de gratitude envers les Habsbourg
et envers Conrad de Lichtenberg, auquel appartenait le mundat tout rapproché Mais
que tu so.s né en deçà ou au delà du Rhin, au pied des Vosges ou de la Forêt-Noire
ton œuvre, grand maître, a été l'admiration des siècles passés,*, à nous Strasbourgeois '
reviennent l'honneur et le mérite de sa conservation à l'admiration des siècles futurs »'
Apres cette courte digression, descendons à Bollwiller pour commencer par ce
point nos pérégrinations dans la partie des Vosges que l'on peut apercevoir du haut
de la cathédrale de Strasbourg, puis pour déboucher à Colmar.
Le jour de l'inauguration du chemin de fer, la station de Bollwiller, élevée d'une
vingtaine de mètres au-dessus du niveau du sol, était transformée en un riant jardin
orne d arbustes, d'arbres, de plantes et de fleurs exotiques les plus rares et les plus
brillantes; MM. Baumann avaient ce jour-là vidé les serres de leur vaste établissement
d Horticulture et avaient paré cette gare de leur riche végétation. Jadis les Européens
etud,aient en Orient l'art d'embellir leurs jardins; de nos jours le pacha d'Egypte eut
recours au talent des Baumann d'Alsace pour créer ses magnifiques plantations
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Entre ces palmiers, ces aloës, ces mimosa, ces lauriers et ces plantes grimpantes, nos
regards planaient sur de riches prairies qui s'étendaient à nos pieds d'un côté, peuplées
de troupeaux, et de l'autre sur ce pittoresque rideau de montagnes, dont les sommets
sont boisés de sombres forêts , et dont les pieds fournissent d'excellents vins.
Les derniers points culminants des Vosges, qne l'on distingue depuis la plate-forme
de la cathédrale, s'élevant de la plaine vers le sud, c'est le Hartmanswillerkopf,
au-dessus du beau château d'Ollwiller, anciennement propriété des comtes Waldner
de Freundstein , après qu'ils furent descendus de leur manoir féodal , du fond des
montagnes, et qui appartient aujourd'hui à M. Gros père, de Wesserling 1 ; c'est encore la
montagne au-dessus de Soultz, à mi-hauteur de laquelle est situé le pèlerinage de
Thierbach, et à sa droite le Mulchern, crêtes boisées qui séparent la vallée de Saint-
Amarin du Florival.
Commençons notre description de la chaîne des Vosges, en montant par cette
dernière vallée, arrosée par la Lauch.
La petite ville de Guebwiller, qui est située au débouché de la vallée, est certainement
la seule petite ville d'Alsace qui présente autant de monuments d'architecture sacrée;
elle possède trois dignes représentants de l'art de bâtir dans les siècles passés; le plus
antique, l'église de Saint-Léger, en est la perle. Sa façade principale se divise en largeur
en trois parties égales; celle du milieu est formée par la nef principale , dont le pignon
du toit forme un fronton orné de lozanges et entouré d'arcadures; en dessous, cinq
hautes baies en plein cintre, divisées par de charmantes colonnettes, envoient le jour
dans l'intérieur de l'église. Les deux parties latérales sont formées par de hautes tours
carrées, dont les deux étages supérieurs sont percés, de chaque côté, de deux fenêtres
à plein cintre, avec colonnettes en retrait. La partie inférieure de cette façade forme
porche ou narlhex; on y entre sous cinq arcs, dont celui du milieu est cintré et les
quatre latéraux à ogives, séparés par des piliers à trumeaux et à colonnes, et à l'angle
par des contreforts. La principale porte qui donne entrée dans la nef, est riche en
ornementations dans le style grec; mais les figures du tympan, représentant sans
doute saint Léger et ses disciples , démontrent l'enfance dans l'art de représenter les
figures humaines. Une tour octogone, percée de même aux deux étages de fenêtres
cintrées, soutenues d'une colonnette au milieu, est assise sur la croisée du transept,
et contribue beaucoup à donner à ce monument d'architecture mi-byzantine et mi-
ogivale un cachet de grandeur. Les abbés de Murbach le firent construire dans la
seconde moitié du douzième siècle, et une inscription nous apprend qu'il vient d'être
restauré il y a seulement quelques années; dans celte restauration on n'a pas voulu
Bollwiller.
Guebwiller.
1 M. Gros , de la vallée de Saint-Amarin , un des industriels les plus distingués du Haut-Rhin , y a créé une école
agricole.
ENVIRONS. 10
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Guebwiller.
1 il
74 FRANCE.
faire tort à l'inscription qui se trouve sur le cadran solaire de la tour de droite ' , et on
a ménagé les peintures qui représentent d'un côté les fleurs de lis , armes de la France
royale, et de l'autre la mitre abbatiale et la crosse, insignes du prince-prélat; au milieu
le bonnet, armoiries de la ville de Guebwiller, et au-dessous les mots allemands:
Vivre libre ou mourir, 1791 , traces fugitives du passé.
Le second monument d'architecture est l'église des Dominicains en style gothique,
portant le cachet de toutes les églises de l'ordre des Prêcheurs ; celle-là est abandonnée;
mais les bâtiments du couvent sont transformés aujourd'hui en hôpital.
Le troisième est de fraîche date et ressemble beaucoup, par son style de construction
à l'église de Saint-Sulpice à Paris. Commencée en 1763 par l'architecte Bequen, celte
église n'était pas encore achevée quand la révolution interrompit complètement les
travaux; une de ses tours vient d'être terminée il y a quelques ans, et l'autre attend
encore sa construction. L'intérieur est d'une richesse remarquable; des galeries
qui régnent tout à l'entour sont supportées par des colonnes d'ordre corinthien; au
fond du chœur elles sont en marbre, et du maître-autel s'élance d'un cercueil vers le
ciel la sainte Vierge , portée par des anges sur des nuages. Le tout est richement orné
de stuc et de dorures. Derrière et à l'entour de cette église de belles maisons de maître
et le château servaient, au siècle passé, d'habitation au prince-prélat et aux chanoines
de Mnrbach». Ce chapitre, d'une antique création, n'était composé que de membres
d une illustre noblesse; il fallait la prouver par seize quartiers, et sept chevaliers étaient
obliges de jurer sur l'autel que le récipiendaire avait les titres requis pour y entrer.
Aujourd'hui les princes de l'industrie moderne ont remplacé les princes de l'Église,
car, si l'on monte sur Y Oberlinger , montagne qui domine Guebwiller et qui fournil un
excellent vin blanc, et qu'on laisse errer ses regards dans la vallée, on voit s'élever
d'immenses constructions avec leurs cheminées à vapeur. Ici c'est la filature et le tissage
de MM. Frey, Witz et C* qui ferme presque la vallée; là l'immense établissement de
constructions mécaniques de M. Nicolas Schlumberger, qui à lui seul occupe une petite
armée de plus de 3,000 ouvriers; celui de MM. Debary, Mérian et C ! «, qui fabriquent les
beaux rubans de soie façonnés qui ornent les chapeaux de nos dames et de nos
paysannes; plus loin, le nouvel établissement de M. Burkard, construit en pierres, en
fer et en verre, et, vers le fond de la vallée, la filature de MM. Astruc et C ie , qui
ont fait percer, à leurs frais, un tunnel à travers la montagne, pour régulariser la chute
des eaux qui alimentent leur usine; tout près, un fils d'Albion y fait fabriquer du fil
cl Ecosse et s'amuse à pêcher des truites.
1 relut wnbra fugit (le temps fuit comme l'ombre).
2 Silbermann, qui comme facteur d'orgues y était souvent appelé , nous dit que de son temps le prince-prélat
jouissait dun revenu de mille louis; le doyen de douze mille livres , le grand-chantre de six mille et les autres
cnauoines de quatre mille livres, outre leur logement et des revenus en vins et en comestibles. Les chanelains
desservants avaient K00 livres d'appointements.
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Pèlerinage ' au Schauenl
Panorama le StrasTaour^. Environs, ïage 75.
«•É.
Abbaye de Murbach,
côté septentrional., état actuel
Kf lise io iiuhl.
Abbaye de Murbach.
côté méridional 1745.
■
FRANCE.
75
%
Après avoir passé devant les ruines des châteaux d'Angreth et de Hugstein 1 , demeures GuebwiUer.
des prélats du temps de la féodalité, on s'enfonce à gauche, avant d'arriver au village
de Bùhl, dans un vallon latéral qui se rétrécit de plus en plus et ne forme plus qu'une
gorge étroite, dans laquelle le ruisseau bondit de roche en roche, et où l'étroit sentier
suit avec peine les sinuosités des ravins. De même que le voyageur est surpris en
s'enfonçant dans la vallée de Saint-Biaise, dans la Forêt-Noire, d'y rencontrer la
grandiose coupole de cette antique abbaye , de même il est étonné de trouver au fond
de cette gorge les deux hautes tours carrées qui flanquent le chœur de l'antique
abbaye de Murbach, siège primitif de ce noble chapitre. Quoique la nef de cette église
soit démolie et serve aujourd'hui de cimetière à d'humbles montagnards, le chœur,
d'un style pur d'architecture byzantine, semble encore vouloir rivaliser de grandeur
avec les montagnes qui l'avoisinent. L'âme est saisie d'un solennel recueillement, quand ,
au milieu des ruines de cette splendide abbaye, le tintement de la cloche et le plain-
chant de quelques pauvres villageois viennent interrompre le silence de cette solitude ' 2 .
Involontairement on est ramené dans sa pensée vers les premiers siècles de l'histoire
chrétienne de notre province, où saint Firmin, Écossais de naissance, vint avec ses
pieux disciples se fixer clans ce désert pour y prier Dieu, prêcher en humble apôtre les
doctrines de charité et de vertu du Christ et enseigner aux barbares habitants de ces
lieux les premiers éléments de la civilisation.
A peu de distance de Bùhl , vers le fond de la vallée, on rencontre encore un beau Lautenbach.
monument de l'architecture byzantine, c'est l'ancienne église chapitrale de Lautenbach,
relevant dans le temps de l'abbaye de Honau, à proximité de Strasbourg 3 . Celle-ci est
encore debout tout entière; mais, ce que le temps et les guerres ont ménagé, a été
malheureusement dégradé par l'ignorance des restaurateurs, et il est à déplorer que
le badigeon et le plâtre masquent en partie les ornements en billettes, en arcadures, en
fleurons et en entrelacements de cordes qui caractérisent cette époque. Une intelligente
restauration devrait, en faisant justice de ces dégradations, rétablir les ornements
dans leur état primitif et démasquer le porche si intéressant de cette église. Nous
aimons ici exprimer le vœu qu'à l'enseignement donné au clergé dans les Séminaires,
on joigne un cours dhistoire de l'architecture et d'archéologie qui apprenne à nos
'À
' Le château de Hugstein fut habité en U50 par le prélat Bartholoraé d'Andlau, en 1483 par Achate de Griesheim ,
et restauré en 1564 par le prélat George de Massevaux.
2 Le chœur sert encore au culte, et ce n'est que dans le siècle passé que les chanoines de Murbach ont quitté leur
retraite dans ces montagnes pour se fixer à Guebwiller, où ils firent construire l'église et les bâtiments dont
nous avons parlé.
3 Beatus Rhenanus , le savant de Schlestadt , trouva dans la bibliothèque de cette abbaye , en 1515 , le manuscrit
de Velleius Paterculus et le publia. On dit que Delille , en venant de Sainl-Dié , avant de quitter le sol de la France
du temps de la révolution , y a séjourné pendant quelque temps , et y a commencé ses Jardins et V Homme des
Champs.
10.
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Le Florhal.
11
f.c Ballon
FRANCE,
jeunes lévite à distinguer les différents slyles e. les diverses époques de Par, de bâtir
■Z7T ', eUX ' qUl SOmSOllTCnt !es sei "* h»»» instruits de leur paroisse, ils
ter , l conservation des églises et ne deviennen, pas eux-mêmes parfois
les .promoteurs d'une la.de dégradation, sous prétexte d'embellissement
plaint 2 7" éeS ^ G "f " i " W " de MÛDS ' er ' " Ui déb0Uche " 1 P-allèlemeu. dans la
p -, sou, fermées par les e.mes du Ballon et du Lauchen; elles portent cependant
h rëmiér" 7h Par ' iCU ' ier ' qU °' >e '"""' aSt " e '° S VMe e " P a " ie «"•» >- ««i
s ncs I T T m °' nSS0Umise à Inculture agricole que l'autre; on rencontre
dTu aune °T SCS T" ,aS ° eS C ° UVerlS de r ° cheS el de l*»™. «■*«■ lue
teuso. m ' qUa ' eg ' " *" f ° rêlS> l ' rrigali0n 6t ' es P eines *> '* «*»• 'es on.
où mn "" h 7"'" P"'™ 8 ' SUr les 1 aelles de maguiflquesbeteaeon.es
ba„d™„ ,!, "T e "°° mtUre ' Da " S " Premiè '' e ' S6S lMbi '»»' s « P-Oue
abaudone leur costume campagnard (la veste et l'habit du citadin leur servent de
vêtement,, lamhs que dans la vallée de Munster ou aime encore à les voir dans leur
costume national si pittoresque, les femmes avec leur coiffure coquette, la rosâ e
ruban sur e front e, les hommes pcrtau, leur rustique tricorue; aussi le habita,,! de
la vallee de Mflnster çnl-ils Pair plus robuste, plus for, que ceux a v | e d
Guebwdler, ou mo.ns d'aisance semble leur rendre la vie plus dure
des , „es et de la culture ugr.cole, ou s'enfonce dans les forêts ; les derniers arbres
::*- •*■•* par paciion dœ vems ^ * •*— *«*» >- -
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intempérie et la r.gueur de ce climat par des couches de mousse e, de branches de
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lern ïtnZX™ S ' habilali ° nS qUi " e f ° m «" '- abH - '™1-™- danJ
Le Ballon de Guebwiller ou de Soullz, que l'on nomme ainsi pour le distinguer de
son frère, dans la vallée de Giromaguj , mais qui es, hors de notre rayon vLel a
42 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la mer; c'est le point le plus élevé d
a chame des Vosges, de même que le Feldberg est le géant delà Forêt-Noire- ce
dernier cependant le dépasse en hauteur de 67 mètres, mais le Ballon de Guebwiller
es, de 2o mètres plus élevé que celui d'Allemagne. Sur ce point culminant, on joui,
pu près de la même vue sur le Jura e. les Alpes, sur la vallée du Rhin; mais vers
es. la vue setend sur les cimes des Vosges e, sur le vaste plateau de la Lorraine. Il a
e même que le Feldberg son petit lac, profond entonnoir garni de sombres sapin,
qui reçoi, les eaux limpides descendant de sou flanc oriental. Sur ses hauteurs on'
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Le Lauchen
et le Rotlakic.
croit être tout à coup transporté clans la nature alpestre des montagnes de la Suisse; on
y rencontre la même végétation, le vacher dans son chalet enfumé, des troupeaux de
cinquante, de cent, de cent vingt vaches qui font retentir l'air de l'harmonie de leurs
clochettes, et le fromage qu'on y fabrique ressemble par la forme, si ce n'est pas tout
à fait par le goût, à celui que l'Emmenthal et l'Entlibuch nous fournissent.
Pour nous rendre du Ballon vers les hautes lignes de montagnes que nous
distinguons depuis Strasbourg, nous passons sur le Lauchen , au fond de la vallée de
Munster, sur le Rottabac, au revers duquel on descend vers les lacs de Blanchemer,
de Retournemer, de Longemer et vers Gerardmer, le plus étendu de ces vastes
réservoirs d'eau, pendants au Titi et au Schluchsee de la Forêt-Noire.
Nous arrivons alors aux immenses rochers qui couronnent le Hoheneck. Là, la Le Hoheneck.
nature présente au touriste un affreux chaos; elle prend un aspect rude, sauvage,
qu'il ne rencontre sur nul autre point de cette chaîne de montagnes. Soit qu'on arrive
sur cette cime par la nouvelle route non encore achevée, connue sous le nom de la
Schluchl, qui monte depuis Sultzern et conduit en Lorraine, route que MM. Hartmann
à Munster ont en partie fait construire, soit que l'on y monte de la vallée d'Orbey sur
les lacs Blanc et Noir, on n'y rencontre que la solitude du désert. Ces deux lacs
reposent entourés d'un collier d'âpres rochers, dans une solitude tout au plus
vivifiée par la présence de quelques troupeaux qui y passent trois ou quatre mois de
l'été , les seuls où la neige n'a pas couvert d'une nappe glacée ces hautes régions. Le
peintre qui voudrait étudier les formes grandioses et souvent grotesques de ces murs
de granit, des cascades, la capricieuse marche des vapeurs et des brouillards qui
frôlent les flancs de ces montagnes, ou de larges vues de lointain à une élévation de
plus d'un millier de mètres, y trouverait de riches trésors pour ses toiles. Mais, à la
différence des montagnesde la Suisse, sur aucun de ces points culminants il ne trouvera
d'auberge , si ce n'est la Roll , grande ferme au fond de la vallée de Lautenbach , et il
faudrait qu'il se contentât de l'hospitalité que peut lui offrir le pâtre auprès de son feu
dans une chétive chaumière , avec ses pots de lait, de crème, ses fromages et ses pommes
de terre.
Dirigeons- nous du Hoheneck sur le Linge et sur le Hohnack, et restons sur ces Vallée de Munster,
régions élevées en suivant le promontoire qui domine dans toute sa longueur le côté
gauche de la vallée de Munster, arrosée par la Fecht.
Sur la cime du Hohnack, auprès de ses riches carrières, nous jetons avec plaisir un
regard sur cette vallée si pittoresque et si attrayante par sa culture aussi belle que
variée. Dans les temps les plus reculés, où ces montagnes étaient couvertes de sombres
forêts, où l'ours et le castor y avaient leur résidence, quelques pieux anachorètes
vinrent s'y fixer comme dans les gorges solitaires de Murbach ; la prière et le
recueillement religieux y cherchaient un asile; au septième siècle, Childéric II y
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*- ^. fonda l'abbaye de Saint-Grégoire on de Munster (Monasieriurn) , en la dotant de terres
et de revenus; elle était de l'ordre de Saint-Benoît, et il sortit de son sein, pour s'asseoir
sur le siège de Strasbourg, plusieurs prélats distingués'. Dom Calmet, l'historien de
la Lorraine, y était sous-prieur.
La ville de Munster elle-même, anciennement entourée de murs et de fossés
faisan, depuis le treizième siècle, partie de la Décapole des villes libres impériales'
d Alsace, et les villages et hameaux au fond des deux vallées qui se réunissent en une
seule près de cette ville, appartenaient à sa juridiction et formaient la cité de Munster
La commotion religieuse du seizième siècle enleva à l'abbaye son éclat, et l'abbé
Burckart Nagel, son prieur, embrassa les doctrines de Luther, se maria et introduisit
la reJorme dans les communes appartenant à la cité.
Le grand nombre de manoirs de la féodalité, dont les ruines couronnent aujourd'hui
les cimes des montagnes environnantes, nous sont un témoignage frappant de la
puissance nobi.iaire, qui se partagea dans les anciens temps ces terraTns et ses
habitants. Au-dessus de Munster, sur une montagne transformée par M. F. Hartmann
en un vaste jardin anglais, dans lequel est établie une charmante maison rustique style
cha et suisse, avec une vacherie peuplée de magnifique bétail de ce pays, est perché le
c a eau de Schwartzenberg. Roesselmann, le prévôt de Colmar, lia un , 01
détention dans les cachots de ce caslel et y mourut ».
'Saint Just, saint Maximin, saint Ansoald, Eddon , saint Rémi et Ragion
première et avait pris le commandement de ses l.vZg^iLTT^Z de TS, TîT" ^ * "
Strasbourg avaient r^rZ^ ZZ^Z^ ^T^iSf^f *?%*"*** **
présence de Rodolphe avec ses forces mi.itaires dans ,e ÈniiSJj^S^S^ E£? KS^S
1 avait banni. Un soir ,1 y entra, caché dans un tonneau, fit armer en silence les hommes de son parti' et n M
popu.ation fut plongée dans le sommeil , ils s'emparèrent d'une porte, devant laquelle à al Tl 'nul' ie m
mbusques les hommes d'armes de Rodolphe; des tas de paille allumés dans les rues de I ^e par ^ tffldÏ
devinrent le signal auquel ces troupes entrèrent au cri de Habsbourg et se rendirent de L™ a ,
Colmar, où Rodolphe fit son entrée le lendemain. Peu après ce hardi oupSe maTn le n 7 *l **
semblab.e stratagème; ses troupes occupaient déjà quelques rues/jlid R œsse Tm M ^luT" " ^
acharné ; il parvint à les en chasser, mais paya de sa vie cette cou agTsë déZ ^Twi£5o^ï î-
succéda dans ses fonctions et jura fidélité à l'empereur Adolphe de Nassau aZZ^to^Sl^T*
U.o.ie. qu, avau parjure, attachée à un piquet, i, fut transporté au château dont nous avons paXt enl'mé à vT
" Voyez Environs , Hausberr>-en.
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A cinq kilomètres plus loin, près du village de Wihr, s'ouvre un vallon latéral dans Vallée de Munster
lequel est situé Soultzbach, renommé par ses eaux minérales, qu'il ne faut pas
confondre avec Soultzmatt, autre source minérale située près de Rouffach; ces deux
bains sont beaucoup visités dans la belle saison, à cause de leur effet salutaire.
Dans ces environs on rencontre les ruines de Schrankenfels , le Burgstallschloss et
celles de Wasserbourg, au-dessus du village de ce nom. Avant d'arriver à Wintzenheim,
à l'embouchure de la vallée de Munster, vis-à-vis de Tiirckheim, s'élève la tour ruinée
du château de Plixbourg, ancienne résidence des Reichsvœgt de Kaysersberg, fief
impérial concédé à Caspar Schlick, chancelier de l'empereur Sigismond , et aux comtes
de Ribeaupierre. Au bas de Plixbourg est situé Saint-Gilles, dans un paisible vallon
entouré de vertes prairies; on aime à s'y arrêter pendant la semaine et à profiter de
son auberge hospitalière; mais les dimanches Bacchus y a fixé sa résidence, et l'on voit
beaucoup de ses adorateurs s'en retourner le soir chancelants et avinés à Colmar. Au-
dessusdeWettolsheim, tout prèsde Wintzenheim, les ruinesde Hohlandspurg dominent
la plaine ; le passé élève sa voix quand on se promène sur le robuste mur qui forme la
vaste enceinte de ces fortifications; elles ne sont pas à comparer à ces nids d'aigles
humains assis sur des rochers escarpés dont nous venons de faire mention; l'on voit
bien qu'elles furent élevées à une époque où la poudre exerçait déjà son action
destructrice, et qu'un homme de guerre expérimenté y avait mis la main pour les mettre
à la hau teur des besoins stratégiques de son temps. Cet homme c'était Lazare de Schwendi ,
illustre général sous Charles-Quint, sous Ferdinand, sous Maximilien II et sous son
successeur Rodolphe; il en fit l'acquisition en 1563. A ses grandes qualités militaires,
Schwendi joignit un caractère conciliant, un esprit cultivé et la finesse diplomatique.
Charles-Quint l'envoya souvent en mission vers Strasbourg et les villes libres d'Alsace ,
où il gagna l'estime des magistrats; comme homme de guerre, il eut pendant quelque
temps le commandement de la forteresse de Brisach et apprit à connaître dans ces
diverses relations notre belle province , de même que ses affections de cœur contribuèrent
beaucoup à l'aimer, car il avait épousé une dame Bôcklin de Bôcklinsau, appartenant
à la noblesse d'Alsace. Il s'y fixa dans l'intervalle de ses campagnes et après avoir
abandonné le rude métier des armes, pratiqué en Hongrie, en Turquie, en Flandre,
en France et en Allemagne. Dans ses moments de repos, il échangea la plume contre
l'épée et écrivit un traité sur le gouvernement de l'empire, sur les libertés religieuses,
et une méthode de faire la guerre aux Turcs, basée sur sa longue expérience. Dans
nos promenades à Strasbourg nous aurons occasion de signaler l'hôtel qu'il y habita
avec son fils Guillaume de Schwendi, dont l'épouse était une comtesse de Fùrstenberg.
Lazare de Schwendi mourut à Kirchhoffen , dans le Brisgau, et, en arrivant à
Kientzheim, nous visiterons la tombe qui couvre ses restes et ceux de son fils dans
l'église où il fut enterré comme Reichsvogt impérial.
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vai.ee doMunstor. Enfin nous citerons encore le château de Hohnaok, sur une cime de montagne
rapprochée de celle qui en porte le nom et qui est d'une hauteur de 980 mètres.
L industrie cotonnière moderne vivifie aujourd'hui cette vallée, et de véritables
palais, flanqués de hautes cheminées fumantes, s'élèvent le long de la Fecht, car eau
et vapeur concourent à mettre en mouvement des milliers de métiers de filature et de
tissage. Les établissements de MM. Hartmann occupent, à eux seuls, plus de quatre
mille ouvriers de tout âge et de tout sexe, dont un grand nombre est obligé de faire
le soir une ou deux lieues de chemin, pour joindre , dans la montagne, leur chétive
chaumière, qu'ils quittent le matin avant la pointe du jour, souvent au milieu des plus
affreuses bourrasques de pluie ou de neige. Au nom des Hartmann s'allie celui des
Kiener dans l'industrie de la vallée de Munster; à deux kilomètres en deçà de cette
ville, une vaste filature est exploitée par ces messieurs, et au delà , près de Luttenbach
une active papeterie à la main et à la mécanique fournit de très-beaux produits. Dans
1 ancienne enceinte de cet établissement on voyait encore, il y a une vingtaine d'années
le logement qu'occupa Voltaire, où, après avoir quitté Strasbourg, il continua décrire
les Annales de l'empire. Le savant Schœpflin profita de même du calme de celte
vallée pour s'y livrer temporairement à ses études.
Comme nous l'avons déjà dit, l'agriculture a sa belle part dans l'aisance des habitants
de cette vallée, la fabrication des fromages crémeux dans les communes de Sondernach
de Metzeral, de Miihlbach , de Slosswyr, de Sultzern et autres, est aussi pour eux une'
source de prospérité; ce sont surtout les pays du nord qui les recherchent, et on mange
ce fromage aux tables les plus opulentes de la Suède et de la Russie, comme chez nous
le Chester et le Roquefort.
En descendant du Hohnack , on a à sa gauche un haut plateau qui s'incline vers la vallée
deKaysersberg, parsemé d'habitations rustiques, comme si le géant de la montagne les
avait jetées, à pleines mains, tantôt sur une verte prairie, tantôt dans un bouquet
d'arbres, tantôt sous une roche protectrice ou sur la lisière d'un noir bois de sapins.
Toutes ces maisonnettes éparpillées forment la commune de La Baroche, dont les
habitants s'occupent essentiellement de l'élève des bestiaux et de la fabrication du
fromage.
Enfin on arrive au prieuré des Trois-Épis [Drey Mhren), dernier point culminant de
ce promontoire. Abrité par la montagne du côté du nord, on embrasse tout un monde
près de ce paisible séjour; c'est la nature grandiose qui nous entoure; on jouit de la
montagne et en même temps le regard plane sur d'immenses distances, sur le large
bassin du Rhin , jusqu'aux cimes blanchies des Alpes de la Suisse. Le bruit de ce monde
n arrive pas à nous; on reste dans une calme contemplation, et on ne s'étonne pas que
des hommes, guidés par des sentiments religieux, y aient fixé leur séjour, aussi bien
que d'autres dans les gorges de Murbach et de Munster. Cette église , où affluent beaucoup
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de pèlerins, et les bâtiments claustraux qui l'entourent étaient jadis une commanderie
d'Antoniles, dont nous avons déjà parlé dans nos promenades dans Strasbourg 1 .
Nous quittons à contre cœur le silencieux séjour de la montagne et nous nous dirigeons
sur Tùrckheim, ancienne ville libre impériale, renommée par son excellent vin rouçe
et ses bonnes truites.
Depuis Tùrckheim jusqu'à Colmar une ligne presque non interrompue d'usines et
d'immenses manufactures suit les bords d'un bras de la Fecht, le Logelbach. Ce
terrain, aujourd'hui vivifié par l'industrie, fut en 1675 le théâtre d'une sanglante
bataille.
A l'occasion de Sasbach, de Wilslsedt, d'Ottenheim et d'illkirch, nous avons déjà
parlé des exploits guerriers du grand Turenne; à l'aspect de ce terrain nous parlerons
de la bataille de Tùrckheim, dont le résultat fut l'occupation définitive de l'Alsace par
les armes françaises. Turenne avait débouché inopinément au milieu des neiges par la
vallée de Saint-Amarin , au mois de décembre 1674, et fêtait son dernier jour de l'an,
1675, en Alsace. Belfort était le point de ralliement de son armée, composée d'une
trentaine de mille hommes qui marchaient par corps détachés, et après les avoir réunis
il poussa de fortes reconnaissances vers Mulhouse et Bâle. Après plusieurs combats avan-
tageux pour les armes françaises, il coupa une partie de l'armée coalisée, cantonnée sur
la frontière méridionale de l'Alsace, l'empêcha de se rallier sur le centre et la força à
une retraite par Bâle, sur la rive droite du Rhin. D'autres corps, surpris à l'improviste ,
furent faits prisonniers de guerre, et Beurnonville, qui commandait les forces impériales
et lorraines, abandonna Ensisheim et se replia sur l'armée du margrave de Brandebourg,
à Colmar. De cette manière, ayant le dos libre, Turenne pouvait avancer la droite
appuyée sur 1*111 et la gauche sur la montagne; il s'empara de Rouffach et de Pfaffenheim,
et arriva le 5 janvier, avec le gros de l'armée, devant Colmar, après avoir laissé filer
le long des vignes et des ravins de la montagne des détachements qui occupèrent
l'entrée de la vallée de Munster, vis-à-vis de Tùrckheim. Beurnonville et le marerave de
Brandebourg, ayant le Logelbach devant eux, s'y étaient fortifiés et avaient établi des
batteries sur cette ligne; leur gauche appuyée sur Colmar et la droite sur Tùrckheim et
la montagne, lui barraient le passage.
La bataille s'engagea vers le soir par l'attaque du comte de Lorges, qui commanda
l'aile droite vers Colmar, en simulant une attaque sur cette ville; mais huit bataillons
d'infanterie, sous les ordres du lieutenant-général Foucault, renforcés encore par
d'autres, passèrent la Fecht et se lancèrent sur Tùrckheim, dont ils délogèrent les
troupes impériales après un combat acharné et sanglant , et s'emparèrent de même des
hauteurs du Florimont, où des batteries françaises s'établirent. Quand la nuit survint,
Tùrckheim.
1 Voyez Strasbourg , Ville, rue de I'Arc-en-Ciel.
ENVIRONS.
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Tûrckheim
Colmar
à vol d'oiseau
82 FRANCE.
l'armée impériale se trouva tournée sur sa droite et risquait pour le lendemain une
attaque de front et de flanc, ce qu'elle évita par une retraite nocturne sur Schlestadt.
Le lendemain Turenne occupa Colmar, où il trouva 3,000 blessés; mais Foucault et
le marquis de Mouchi avaient trouvé la mort sur le champ de bataille avec bien
d'autres à cette audacieuse prise de Tûrckheim.
Après avoir réuni toutes ses forces et son matériel , Beurnohville se dirigea , sans être
attaqué, par Benfeld sur Strasbourg, où il passa le Rhin avec toute l'armée. Le 14,
Giintzer, le syndic de Strasbourg, arriva au quartier-général du vainqueur, lui annonçant
cette retraite, et assura en même temps la neutralité de la ville, de sorte que cette
campagne extraordinaire, au milieu des frimas d'un hiver rude, ne dura pas même un
mois, et se décida par cette seule bataille, en donnant au génie militaire de Turenne
un immense relief.
Entrons à Colmar.
Cette ville est hors de notre rayon visuel du haut de la plate-forme de la cathédrale,
comme nous le voyons sur le tableau comparatif de la hauteur des montagnes, joint à
ce livre, et comme nous le prouve le fait en lui-même. Du haut de l'église Saint-Martin,
le clocher le plus élevé, on ne peut apercevoir que la flèche de la cathédrale de'
Strasbourg, c'est-à-dire la partie qui s'élève au-dessus de la plate-forme, et il y a
quelques années nous avons pratiquement constaté le fait à Strasbourg, à l'occasion
d'une fête agricole célébrée à Colmar, où des feux de bengale devaient briller sur sa tour;
nos lunettes braquées ne pouvaient les découvrir sur la plate-forme, tandis qu'on les
distingua parfaitement au haut des quatre tourelles. Quoique nous n'ayons fait
qu'indiquer sur notre panorama la direction de Colmar, comme celle de Fribourg en
Bnsgau, nous croirions manquer à nos sentiments patriotiques, en ne parlant pas
de notre voisin, le chef-lieu du département du Haut-Rhin, qui n'est plus distant que
de deux heures de Strasbourg , grâce au chemin de fer.
Colmar est une ville à ruelles étroites, à rues anguleuses , percées pour ainsi dire au
hasard, au caprice des maisons existantes; elle porte le cachet de l'individualisme du
moyen âge, et sa seule rue large et régulière trahit déjà par son nom (rue de Turenne) 1
son origine moderne dans le dernier faubourg de la ville, la Krutenau, pendant à ce
dernier agrandissement de Strasbourg, ancien séjour des bateliers et des pêcheurs.
Outre ces rues tortueuses, nous y retrouvons de même ce qui caractérise ces anciens
municipes dotés des privilèges impériaux : les églises, monuments de la foi de ses pères;
1 ancien Hôtel-de-Ville , où la bourgeoisie, divisée en corporations, se réunissait pour
discuter les intérêts politiques et juridiques ; l'hôpital, asile des malades et des infirmes,
et le Neu-Bau, construction du dix-septième siècle. Comme à Strasbourg, on devine à
1 Les noms de Vauban, de Kléber, de Rapp , ont été donnés depuis 1789 seulement à de fort anciennes rues oui
avaient porte d'autres noms jusque-là.
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FRANCE. 83
l'architecture civile un grand nombre de maisons habitées par la noblesse et le patriciat;
mais on y trouve plus fréquemment que dans cette première ville des exemplaires purs
de style et riches de sculpture, des inscriptions ornant les avances et d'élégantes tourelles
à encorbellement qui flanquent les angles des rues. La renaissance y a laissé de beaux
souvenirs en architecture civile, de même que le gothique en architecture sacrée,
et la noblesse de robe, qui composait jadis le conseil souverain d'Alsace, y a fait
construire quelques imposantes maisons en style rococo du siècle passé. Le théâtre,
quelques casernes et d'élégantes maisons de maître appartiennent à l'époque contem-
poraine.
Enlevez à Colmar sa Cour impériale, avec le personnel qui s'y rattache, et vous y
retrouverez encore les mêmes classes de population des anciens temps, c'est-à-dire
des commerçants, des rentiers, des artisans, des pêcheurs, des vignerons et des
agriculteurs; le Colmarien de bonne vieille roche est mi-citadin et mi-cultivateur, il
possède sa vigne , son jardin, son champ, où il cultive son vin , ses fruits et ses légumes ;
tout à l'entour de la ville un vaste terrain est coupé en petites parcelles soumises à une
culture soignée , et le matin vous y voyez encore le pâtre réunir ses troupeaux dans
les rues.
Quand l'antique Argentuaria (Horbourg) était peuplée par les légions romaines,
Colmar, aujourd hui son voisin, n'était pas encore connu dans l'histoire , et ce n'est que
sous le règne de Charlemagne que paraît Columbarium, gynécée ou villa royale. Plus
tard il reparaît sous les noms de Colilumbur, Cholonpurum, Columbra, etc., qui déroutent
toutes les conjectures des philologues sur l'étymologie de ces noms barbares. Ce n'est
qu'en 1220 que le Landvogt ou préfet impérial Wôlfell ou Wôlfelin fit entourer Colmar
de murs ; il reçut alors le nom et les privilèges de ville libre impériale. Depuis la fin de ce
même siècle, l'histoire de Colmar se lie intimement à celle de Strasbourg avec laquelle elle
a beaucoup d'analogie. Il traverse avec lui les phases guerrières de l'émancipation des
communes, il était son allié dans la confédération des villes libres du Rhin et de la
Souabe, et sa bannière à la massue d'arme sur champ de gueules et de sinople flolla
souvent sur les champs de bataille à côté de celle de Strasbourg, et plus tard sur ceux de
Morat et de Granson. Ses bourgeois livrèrent des combats dans l'intérieur de la ville
pour arracher le pouvoir des mains de l'oligarchie nobiliaire et de la domination
épiscopale. Sa population se divisait en dix tribus ou corporations, dont chacune élisait
deux sénateurs; chez nous la noblesse avait la Haute-Montée et la Meule comme curies
principales; à Colmar elle se réunissait h la Couronne et au Wagkeller; elle élisait
quatre membres dans le sénat et avait ses Stâdlmeister qui gouvernaient trimestriel-
lement; la population plébéienne avait son Schullheiss, ses échevins et son Zunftmeister ou
chef de la tribu comme à Strasbourg, et, sous la domination française, son préteur royal.
Seulement moins fort et moins puissant que son allié du Bas-Rhin, Colmar eut à
Colmar
à vol d'oiseau.
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Colmar
à vol d'oiseau
84 FRANCE.
subir plus souvent la force des armes. Notre compatriote Speclin eut sa part à l'élévation
des fortifications de cette ville au seizième siècle; d'après les principes de l'art de défense
de ces temps, il transforma ses murs en remparts flanqués de treize bastions et de
cinq cavaliers que Louis XIV fit raser en 1673, époque où Colmar cessa d'être ville
fortifiée.
Sortons des rues anguleuses de la ville que purifie une eau vive qui les rafraîchit en
même temps , et montons les trois cent trois marches qui nous conduisent à une hauteur
de près de 47 mètres sur la galerie qui entoure la maison du gardien au haut de l'église
Saint-Martin. Cette collégiale fut fondée par Frédéric , abbé de Munster, et sa cons-
truclion commença dans la seconde moitié du treizième siècle et put être achevée,
grâce aux nombreux dons de la chrétienneté offerts de près et de loin. Un incendie
qui éclata dans l'intérieur de la tour en 1572, nécessita la démolition de la partie
supérieure de sa flèche et la mit dans l'état dans lequel nous la voyons aujourd'hui.
La belle chaîne des Vosges, dont la ville n'est éloignée que de quelques kilomètres,
embellit essentiellement le coup d'oeil dont on jouit sur ce point dominant. Elle se'
déroule en festons bleuâtres depuis les environs de; Barr dans le Bas-Rhin , en se
dessinant de plus en plus nettement vers l'entrée de la vallée de Munster, le' Haut-
Landspurg, pour se perdre de nouveau dans les vapeurs du Ballon et des montages des
environs de Guebwiller. De ce point s'élève alors, vers la gauche, la ligne du Jura, qui
semble lier ces montagnes à la Forêt-Noire, occupant la partie orientale de notre
Panorama, au-dessus de laquelle brillent vers le sud les cimes blanchies des Alpes.
En plongeant nos regards dans la ville vers le nord et en saisissant les principaux
bâtiments qui sortent des groupes de maisons, on est frappé par la différence de leur
destination primitive à leur emploi postérieur. Ce sont encore d'antiques vêlemenls
qui habillent des personnages du temps présent. Nous avons devant nous l'hôtel de
l'antique abbaye de Pairis dans la vallée de Kaysersberg, avec son fronton moderne,
occupé aujourd'hui par le siège de l'administration départementale du Haut-Rhin; en
deçà, dans la rue Saint-Nicolas, une école communale déjeunes filles est installée clans
les bâtiments où jadis les religieux de l'abbaye de Marbach avaient leur pied-à-lerre.
En face, dans la même rue, nous voyons la maison où mourut Rewbel, qui, d'abord
bâtonnier de l'ordre des avocats au conseil souverain d'Alsace, puis député dé Colmar
a l'Assemblée constituante et à la Convention, se lança à travers les orages politiques de
son temps jusqu'à la dignité de directeur, à la tête du gouvernement de la République.
Rewbel était un jurisconsulte distingué, un orateur éloquent et hardi , et un républicain
qui combattit les excès du terrorisme ; mais son caractère orgueilleux et raide lui attira de
nombreux ennemis, dont la haine fut à peine satisfaite quand, après quatre années de
fonctions, la constitution le fit descendre de sa haute dignité dans laquelle il fut remplacé,
en 1 799, par Sièyes. Le 1 8 brumaire le délivra des persécutions don t il était l'objet, et il se
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retira à Colmar, où il mourut en 1810'; la maison qu'habita le rigide représentant du
peuple au siège de Mayence et à l'armée de la Vendée appartient aujourd'hui à un
paisible commerçant, M. Hosemann.
Au-dessus, sur la limite de la ville, nous voyons les vastes bâtiments d'un quartier
de cavalerie, l'un des plus beaux de France, qui fut construit, il y a peu d'années,
dans un vaste triangle, entre les deux routes de Lyon et de Strasbourg, où stationnait
jadis la potence. C'est sur un terrain élevé, non loin de là . que Louis XIV, revenant
de Brisach, s'arrêta pour voir de ses yeux le travail du démolissement des fortifi-
cations qu'il venait d'ordonner; il n'entra pas dans la ville. En nous tournant vers
la gauche, nous avons sous les yeux un beau bâtiment, style moderne, avec quatre
colonnes et balcon qui ornent sa façade , où nous lisons : Quincaillerie, Taillanderie de
J. A. Beyer fils; il nous rappelle le mouvement de la bourgeo'sie des temps passés, où
elle se réunissait dans ses poêles respectifs; cette maison, appelée A t Aigle, était le
Poêle-des-Tisserands 2 .
Au-dessus, un grand bâtiment carré, autour duquel domine à l'intérieur un cloître
à arceaux gothiques, en partie fracassés par la main des hommes, nous laisse deviner
un ancien couvent. En 1232, des religieuses de l'ordre de Saint-Augustin, plus tard de
l'ordre de Saint-Dominique, vinrent se fixer sous les murs de Colmar et firent construire-
vingt ans après, ce couvent dans l'intérieur de la ville, sous l'invocation de saint Jean;
il portait de tout temps le nom su den Unlerlinden, aux Tilleuls-Inférieurs. Après la révo-
lution, ces bâtiments servirent de caserne de cavalerie jusqu'à la construction de celle
• dont nous venons de parler. Aujourd'hui son église est transformée en Musée des beaux-
arts et présente à l'entrée un coup d'oeil imposant. Un des peintres, créateurs de l'école
allemande, et précurseur d'Albert Durer, y est dignement représenté par ses œuvres;
Martin Schcen ou Schoengauer est né à Colmar au quinzième siècle; le grand nombre
de ses tableaux, parfaitement conservés, grâce aux soins du président Marquaire, qui les
sauva du temps de la révolution, où tant d'objets d'art furent détruits, se distinguent
par l'énergie de leur composition et par la raideur de la forme, empruntée à l'art
plastique de son siècle. Malgré ce défaut, l'artiste a cependant exprimé, d'une manière
étonnante de vérité, dans ses physionomies, les passions qui les animent. Sur ses figures
le vice est retracé dans sa hideuse abjection , aussi bien qu'il y a idéalisé la vertu. Le
1 Son beau-frère Rapinat fut dans ces temps commissaire du gouvernement français en Suisse , et par les odieuses
exactions dont ce peuple fut l'objet de la part des chefs de l'expédition , fit naître sur son compte , à cause de
son nom , la spirituelle épigramme suivante :
Un pauvre Suisse que l'on ruine ,
Demandait que l'on décidât
Si Rapinat vient de rapine .
Ou rapine de Rapinat.
2 Les dix poêles étaient : i° A la Fidélité ou des Tailleurs; 2» au Géant ou des Tonneliers; 3» aux Agriculteurs ;
i" au Dévidoir ou des Jardiniers; 5» aux Vignerons; 6» à la Guirlande {zum Krantz) ou des Boulangers; 7» au Lion
ou des Boucliers; 8» à la Bonne-Vie {zum Wohlleben) ou des Cordonniers; 9° à l'Aigle ou des Tisserands- 10° au
Sureau ou des Maréchaux.
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Calmar
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style des larges draperies de ses figures saintes et le costume dans lequel il représente
es hommes de guerre, ses bourgeois et profanes personnages, donnent à ses compo-
sions le monte d y pouvoir faire une large récolte d'études de vêtements de son temps.
Cohnar est heureux de posséder ces trésors de l'art allemand , avec quelques autres
types a fond do, Nous faisons des vœux pour que son nouveau Musée, auquel elle a
donne le nom de Musée Schœngauer, en l'honneur de ce peintre, et qui n'est qu'à sa
forma .on élémentaire, puisse recevoir un agrandissement graduel dans ces temps où le
culte des beaux-arts occupe moins les esprits que bourse, banque et actions. Le premier
e âge du clo.tre des Unterlinden doit être, dit-on, occupé par la bibliothèque publique.
Cette collecta d anciens livres qui reposent encore dans les bâtiments du colleW s'est
accrue çonsKlérablement, dans les dernières années, sous la direction de M Hugot
son b.bhotheea.re, tant par les fonds de la ville que par de nombreux dons du
gouvernement et de particuliers; elle s'est enrichie en outre dune nombreuse collection
d objets dart et d histoire naturelle qu'y a déposée M. Hausmann, enfant de Cohnar
envoyé par hndustrie du Haut-Rhin à prendre part à l'expédition de la Chine en 1844
A cote de cet ancien couvent de femmes, la ville fit construire, tout récemment, une*
salle de spectacle, sur les plans de M. Boltz, élève de M. Henri Labrouste, et constructeur
des belles eghses d Altkirch et de Bussey, en Franche-Comté. Si, comme on l'affirme la
Z£! T^r; aUSSl bîen S " r ,GS P ' ancheS dW **«« *» *» la chaire d'une
egl.se, et s.I est vra,, comme disaient les anciens, que le théâtre corrige les mœurs
en r,ant, ridendo castigat mores, ces deux bâtiments, l'un inspiré par le style religieux
gothique et l'autre par le style grec, auraient un but commun par leur tendance d'agir
sur lamel.orat.oii des hommes par la critique du vice; mais ce qui jure à côté de ces
deux monuments de la religion et de l'art, ce sont les misérables masures de ÏAckerhof
et des dépendances du couvent, qui l'étouffent de tous côtés; il en coule si peu à une
adm.n.stration municipale de faire disparaître ce qui choque la vue et ce qui froisse le
sentiment de sa propre dignité , et il en revient tout l'avantage à la commune »
En deçà de ce couvent s'élève un autre bâtiment religieux, que l'on reconnaît de
suite a sa nef et a son chœur pour une église de l'ordre des Prêcheurs; elle fut recons-
tru.te en 1260. Le recteur Billing, l'ami de Pfeffel, dit dans sa description de l'Alsace'
que c'était autrefois la plus belle église de Colmar, quand elle possédait les magnifiques
v'trauxqu. ornent aujourd'hui l'église Saint-Martin, et les beaux tableaux de Schœngauer
dont nous avons parlé. Les religieux de ce couvent ont écrit les annales de Colmar, qui'
retracent une époque très-intéressante de son histoire (121 1 à 1303)1; il s'en prépare en
ce moment une nouvelle édition. Aujourd'hui l'église des Dominicains est dans un état
complet de délabrement : le vent souffle à travers ses fenêtres ogivales, les paysans y
1 Gechichte und Besehreibung des Elsasses. 1 vol. in-8», Basel 1782.
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déposent le jour de marché leurs provisions de blés, et la gendarmerie occupe les
cellules qu'occupaient jadis ces religieux , dont le pouvoir spirituel faisait trembler bien
des âmes.
Plus loin, tout près de la porte de Rouffach, dans la partie occidentale de la ville,
un clocheton gothique, à charmantes découpures, qui mériterait bien une restauration,
nous indique un troisième monument religieux: c'est l'ancien couvent de femmes,
également de l'ordre de Saint-Dominique et dédié à sainte Catherine. Ces religieuses
se fixèrent, eu 1311, à Colmar, en quittant leur résidence d'Ammerswihr, sous la
protection de l'empereur Henri VII et de l'évêque de Râle. Dans ce cloître, qui
retentissait jadis du plain-chant des nonnes, se promènent aujourd'hui des soldats
malades, et l'hôpital militaire qui occupait , avant la révolution , une partie de l'hôpital
civil , y a été installé.
En sortant par la porte de Rouffach, on arrive au Champ-de-Mars, place de manœuvres
de la garnison de Colmar , à côté de laquelle une plantation d'arbres de très-bon goût ,
la seule promenade publique, à l'exception des boulevards, plantés aussi d'arbres, qui
entourent la ville , est très-peu visitée par les Colmariens de vieille roche , qui préfèrent
diriger leurs pas vers leurs jardins et leurs cassines champêtres. De ce côté une
charmante maison neuve, style renaissance, attire nos regards; elle appartient au
docteur Birckel, et donne sur le boulevard ; en deçà, tout à côté, est l'ancien hôtel du
baron de Spon, dernier premier président du conseil souverain d'Alsace; la tradition
nous rapporte que Voltaire logea au rez-de-chaussée de la maison principale , dans la
rue des Juifs, quand, après son séjour à proximité de Strasbourg, il habita Colmar et
la vallée de Munster, et qu'il y travailla aux Annales de l'empire et à l'Orphelin de
la Chine.
Plus loin , dans la rue des Juifs et dans la rue des Blés , quelques grandes maisons de
maître nous rappellent de même le souvenir des illustres familles parlementaires de
Salomon, de Corberon , de Boug, auxquelles s'allie celui de Colbert de Croissy, frère du
grand Colbert, qui tous appartiennent à ce tribunal suprême institué par Louis XIV
après la reddition de l'Alsace à la France. L'hôtel de Corberon seul est resté fidèle aux
disciples de Thémis, et est encore habité par M. Rossée, premier président honoraire de
la Cour impériale.
Au milieu de ces divers séjours de la noblesse à robe et à hermine, dont l'emblème
était une femme aux yeux bandés, se trouvait celui d'un aveugle aussi, dont la plume
ne retraçait pas des arrêts de justice , mais bien des poésies et de charmantes nouvelles,
dont les doux accents rappellent le bon et spirituel La Fontaine et le moraliste Gellert:
c'était l'excellent et aimable Pfeffel , à la tête de sa maison d'éducation 1 , et dont on aime
1 Le descendant d'un de ces anciens conseillers du conseil souverain d'Alsace , M. de Golbéry, auteur des Antiquités
du Baut-Hhin , dit : « Aveugle comme Homère , il eut avec Pindare un rapport plus flatteur : sa mémoire préserva
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Colmar
h vol d'oiseau
1
ce
FRANCE.
encore visiter, en son souvenir, la Bagatelle, son ancienne maison de campagne
cachée sous une touffe de verdure sur les bords du Logelbacb
tenZ\?Z7v7 0re "T' 1 CGS maiS ° nS ^ P- licu,ie -> -lie à toit brillant, appar-
ue Su 7 "n mi,,e n ° b,e dGS G ° llen ' P,US lard P-P"^ d » généra.
^ Zr " rati ° nS mmtaireS ^ ^^^^ - faCe de Ce » e P-Pneté,
oui " dZ "H e ; Ch 7f g ° thiqUe GSt ° CCU P é P ar des -**■» d'pne maison de
! lem I" t 1 J a maiS ° n de reCeUe dGS CheVa,ierS de Saint-Jean-de-
Jeru lem, une tro.steme, ancenne propriété de l'opulent chapitre d'Arlesbeim près
e Bale , appartenant à la famille de M. Metzger , qui a laissé à Colmar des souvent d'u
homme aimant à se rendre utile à ses concitoyens
A l'angle sud-ouest de la ville s'étend un vaste bâtiment entouré de Jardins; il est assis
ë P i r;;;r Uel "r^: 6 P,US amîqUe S ° UVenir de ^narAertrade, épouse
Pierre, msUtufcon qu, s agrand.t de plus en plus en terres et en domaines par la
z :r; ses r es r rs - La reine Berthe de B °-^ e « fit *" ^
lé W F ' aM PaJS ^ ^^ ' Gt ,GS m ° ineS bénédicti " S ** ^paient le
pneine de Sa mt-Pierre, restèrent sous l'obédience de cette même abbaye jusqu'en 1536
r h ïK£r ce pays> et vendirent ce ^ « ies -~ * 3ïï2
Dans l'historique du Brudertof el de l'hôtel Luckner à Strasbourg nous avons
srr " faite ' a rordre des jésuites - *» — Mtim^ts ;::i ;
et mel' J™^™"*»™" * » collège; ces bâtiments à Colmar subirent
e même sort que ceux de Strasbourg. Louis XIV, pour dédommager le grand-chapitre
e cette dermère ville de sa perte, lui fit cessions 17,4, du prieuré d & e Sam S
et du terruœre de Wasserbourg et de Saint-Gilles qui en dépendait
La seigneurie de Hoh-Landspurg, ancien domaine de la famille des Schwendi qui
après loccupaUon française de .Alsace, fut donnée en fief à diverses familles se
trouva.l a cette époque entre les mains de M- | a maréchale Du Bourg. Le roi lui fit
payer, par la province, la somme de 60,000 livres, et céda ce domaine à la ville de
Colmar en mdemmté de sa perte, avec les droits seigneuriaux qui y étaient attachés
ces drous ayant été annulés par la révolution, Colmar ht casse/ cet échange 2
"» jugement et rentra de nouveau dans son ancienne possession
A l'mstar de ce qu'ils avaient fait à Strasbourg du Bruderhof, les jésuites s'étaient
■nstal.es dans le prieuré de Saint-Pierre et y avaient créé un coljge , en démolissant ils
épient attacha o«p om^sTla courTn 'p ^ ^^ ' U père et le frôre aî « é du V**
mourut à Colmar en ï 80 f "T , e soTx" e frT ' î" "? * ^ ^ "* ***** de Bavière - Pfeffel
un ans. ° soixante-treize ans , après avoir été frappé de cécité depuis l'âge de vingt et
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anciennes constructions et en élevant les beaux bâtiments que nous y voyons encore
aujourd'hui, servant tantôt sous le nom d'école centrale ou de collège à l'instruction
de la jeunesse, après leur expulsion de la France.
En deçà du collège, sur la même ligne, nous voyons, en face du tribunal civil,
bâtiment moderne, les lieux où psalmodiaient des moines Augustins , et où s'élève
aujourd'hui la maison d'arrêt.
A la maison d'arrêt est contigu le palais de la Cour impériale, l'ancien Wagkeller,
où siégea longtemps le Magistrat de la ville et qu'occupa ensuite le parlement ou
conseil souverain d'Alsace, depuis 1698 jusqu'à sa suppression, après avoir siégé
successivement à Ensisheim, à Brisach et à l'Ile-de-Paille. De l'autre côté de la place,
au pied de l'église Saint-Martin, du côté méridional, un antique bâtiment, qui sert
aujourd'hui aux bureaux de la police, se distingue par son perron saillant et armorié,
avec six charmantes colonnettes qui séparent les cinq arceaux portant la toiture. C'est
du haut de cette tribune que se faisait la proclamation solennelle des actes constitutifs
de la cité et du renouvellement de ses magistrats.
Au-dessus, on aperçoit les bâtiments où résidaient jadis de preux chevaliers, qui,
raidis par l'âge, avaient déposé leurs épées ébréchées, et venaient attendre en repos
la mort qui les avait épargnés dans leurs combats par mer et par terre sous la bannière
de Saint-Jean-Baptiste. A côté se développe un long bâtiment à un étage, précédé d'une
cour, ancien gymnase, et aujourd'hui encore école protestante.
En deçà, vers la droite, se dresse le pignon de l'ancien hôtel du gouverneur de fa
ville, aujourd'hui maison de M. le docteur Macker. Plus loin , dans le dernier faubourg
dont s'accrut Colmar, tout près du nouvel Hôtel-de-Ville et de la porte de Bâle,
M. Kônig, jardinier-fleuriste, a élevé, près de ses serres, sa maison d'étage en étage,
de balcon en balcon ou de terrasse en terrasse, pour mieux jouir de la vue ravissante
vers les Vosges, comme s'il avait voulu imiter en miniature les jardins suspendus de
l'antiquité.
Au-dessus de l'ancienne habitation des chevaliers de Saint-Jean, sur la limite de la
ville, on aperçoit encore une belle propriété particulière, entourée de jardins; elle
était aussi habitée, avant la révolution, par une famille parlementaire, dont le
descendant, M. le général Athalin, était l'ami de la famille royale déchue, de même
que Rapp était celui de l'empereur.
En face du palais de la Cour impériale, un antique bâtiment du quinzième siècle, à
galeries gothiques qui contournent la toiture, nous ramène vers les temps où Colmar
jouissait encore de son titre de ville libre impériale. Il porte le millésime de 1480.
Après avoir servi de douane, il devint le siège du Magistrat de la cité, lorsque celui-ci
dut céder le Wagkeller au conseil souverain. Le tribunal civil y était installé avant
qu'il fût établi dans son bâtiment moderne. Une bonne et judicieuse restauration
ENVIRONS.
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rendrait cet édifice au siège de l'administration municipale, tout en le conservant aux
temps futurs comme souvenir des temps passés. Dans une dépendance de cet ancien
Hôtel-de-Ville , on montre encore le logement où est né Rapp.
Ce type de l'officier français, chevaleresque, intrépide, généreux, vit le jour à
Colmar en 1772. A seize ans il portait déjà l'uniforme et maniait le sabre, à vingt-six ans
il était aide-de-camp du vaillant Désaix et annonça la triste nouvelle de la mort de
son général sur le champ de bataille de Marengo à son général en chef. Bonaparte
l'attacha de même comme aide-de-camp à sa personne et eut en lui un loyal et dévoué
serviteur dont la courageuse franchise osa dire à son empereur bien des vérités
que de mielleux courtisans s'empressaient de lui voiler. Criblé de coups de sabre après
la brillante charge sur les chevaliers-gardes russes, il gagna l'épaulette de général
de division à la bataille d'Austerlitz , attacha son nom héroïque au siège et à la défense
de Danizigi, devint comte de l'empire, et après avoir été disgracié sous les Bourbons,
en 1816, après les cent jours, qui le rallièrent à son empereur, il retourna dans sa
patrie en 1817, fut nommé pair de France , et mourut à la force de l'âge , en 1823 Si ,
étranger à Colmar, vous ne savez que faire de votre temps, et si vous prenez de'
l'intérêt aux illustrations de cette longue époque de guerres, de gloires et de malheurs,
sortez par la porte de Brisach, acheminez-vous vers le cimetière et déposez une
couronne d'immortelles sur la tombe de ce brave , qui y repose à côté de son fils , non
loin de la tombe du docteur Morel, monument de l'amour conjugal, élevé à la mémoire
d'un homme qui se distingua dans sa ville natale comme habile médecin et comme
maire.
On y cherche en vain la tombe d'une autre illustration colmarienne de l'époque
guerrière de l'empire, c'est celle du général de division de Reizet, qui commença sa
carrière militaire comme simple soldat, sous la protection de Kléber, l'ami de sa
famille. Il fit les campagnes de la république, s'illustra à la bataille d'Iéna, commanda
en Espagne les braves dragons contre la belle cavalerie de Wellington, acquit, par ses
exploits, à la tête d'une brigade de cavalerie, à la bataille de Dresde, l'admiration de
Napoléon, qui s'écria pour récompenser sa valeur: Demandez-moi tout ce que vous
voudrez, vous l'aurez, ei le nomma baron de l'empire. Sous la restauration, il fit pour la
seconde fois la campagne d'Espagne , commanda Barcelonne , et déposa son épée quand la
révolution de juillet fit quitter le trône et la France à la branche aînée des Bourbons;
il mourut, au sein de sa famille, en 1836, à l'âge de soixante et un ans, à Rouen, où
son frère avait été receveur général \ L'ami de l'art plastique ne se repentira pas d'avoir
• Pendant ce siège , il eut à ses côtés, comme aide-de-camp, un brave officier de hussards , enfant de Strasbourg ,
h. de Turckheim , qui mourut, retiré du service, à sa campagne, l'ancienne abbaye de Truttenhausen, au pied de
la montagne Sainte-Odile.
2 C'est aussi loin de sa ville natale où il déploya sa rare activité, que reposent les restes de M. Hausmann père,
un des Nestors de l'industrie du Haut-Rhin , enterré au cimetière de Sainte-Hélène à Strasbourg.
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fait cette promenade toujours chère à l'homme penseur, car il y trouvera un chef-
d'œuvre digne de son attention, qui fut créé quand Schœngauer peignait ses
beaux tableaux. C'est le Christ à la croix, et à ses pieds la sainle Vierge et sainte
Madeleine, groupe plein d'art et de sentiment, qui porte le millésime de 1504. La tête
du Christ a une énergie de composition religieuse et une profondeur de modelé
magnifique; la couronne d'épines et les flots de cheveux qui descendent des deux côtés
de la tète inclinée, font ressortir cette physionomie souffrante et pleine d'abnégation
mondaine, pour s'élever vers Dieu, le Père éternel. L'anatomie du corps est étudiée
et sculptée comme Holbein peignait ses Christ, et cette tête est d'un effet tel que
Rembrandt l'aurait rendue par le pinceau. Ce groupe sortirait-il du ciseau de l'artiste
qui créa celui qui orne encore aujourd'hui le champ de repos de Bade? En tout cas, il
y a beaucoup d'analogie entre ces deux créations artistiques.
A la gauche du Neu-Bau , nous voyons encore un legs charitable.
Au seizième siècle, la peste et d'autres maladies épidémiques avaient fait à deux
reprises des ravages terribles à Colmar, et plus de huit mille personnes en étaient
devenues la proie ; le couvent de l'ordre de Saint-François , établi dans cette ville depuis
le treizième siècle, fut dépeuplé complètement, et le père provincial étant seul resté,
pleurant la perte de ses frères, vendit en 1543 son couvent et son église à l'hôpital,
avec le consentement du Saint-Siège et de l'empereur, à condition qu'on y donnerait
l'hospitalité à tout religieux de son ordre à son passage par Colmar.
L'église Saint-François sert aujourd'hui au culte luthérien, et après que la foudre eut
incendié en 1735 les bâtiments du couvent transformé en hôpital, la ville le fit recons-
truire en grand et y annexa l'hospice des orphelins et des enfants trouvés.
Descendons de notre tour après avoir décrit de ce point élevé l'allié de Strasbourg
dans le Haut-Rhin, et serrons la main, avant de partir, à quelques amis; car, où est le
Strasbourgeois ou le Colmarien de vieille souche qui n'ait pas quelque Velter ou Base
à voir quand il se transporte d'une ville à l'autre? ouest l'Alsacien, auquel l'histoire du
pays est chère, qui ne rencontre dans le département voisin une confratern.te
svmpathique parmi ses concitoyens qui aiment à se nourrir des études du passe? Et
puis, on trouve dans l'habitant de Colmar un mélange de franchise et de bonhomie qui
attire, une rudesse de langage, un accent sundgauvien qui indique déjà le vois.nage
de la Suisse, et qu'Arnold, dans son Pftngstmonlag , a si bien personnifié en Glœsler,
ce type du véritable Colmarien.
Retournons vers les Vosges et entrons dans la vallée de Kaysersberg. En nous ^^^
approchant de la montagne , nous nous trouvons sur le point de l'Alsace que signalait golsheim .
Han, dans son seelzagendes Elsass, comme une des curiosités de notre province 1 . Là
i Drey Schlôsser auf einem Berge ,
Drey Kirchen auf einem Kirchhoffe ,
Drey Siâtt in einem Thaï ,
Isl das ganz Elsass uberall.
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f£SSttà- T aV ° nS deVam n ° US ' SUr " ne m0ntagne ' leS trois châteaux de BibeanTiUé; trois
goisheim. ailles dans une vallée, Ammerschwihr, Kientzheim et Kaysersberg; mais nous ne
retrouvons plus les trois églises dans la même enceinte , si ce n'est à Riquewihr C'est
que deux siècles, avec leur cortège de guerres et de révolutions , ont passé sur le sol
de notre pays, depuis que cet auteur s'est lamenté sur son sort après la terrible guerre
de trente ans. Aujourd'hui celte embouchure de vallée est plus riante qu'au temps où
Horn et Weimar y commandaient leurs armées dévastatrices , et ces petites villes, avec
le village de Sigolsheim (Savamont), s'étendent paisiblement au pied de ces riches
vignobles au-dessus desquels s'élèvent de hautes montagnes boisées.
Ammerschwihr figure déjà comme villa royale dans une charte de 869, sous le nom
de Amarici villa; Kientzheim faisait partie du territoire de la seigneurie de Hoh-
Landspurg, au qu.nzième siècle, et les comtes de Lupfen, les Schwendi, y avaient leur
résidence. Dans l'église paroissiale, ne manquons pas de visiter les tombes de cet
homme de guerre distingué et de son fils dont nous avons attaché le souvenir au
château de Hoh-Landspurg ; ces tombes n'ayant jamais été reproduites par le burin
nous nous faisons un devoir de leur donner une place dans notre livre pour les sauver
de oubli auquel elles semblent vouées dans celte modeste église de village. Sigolsheim
a donne le jour à l'évêque actuel de Strasbourg, M» R œs , qui a choisi , comme
armâmes doublement parlantes, la vigne symbolique du Seigneur qu'il cultive comme
preire, el Ja v.gne qui produit le vin généreux de ces côtes. Si Han vivait encore il
n aurait pas besoin de chercher ses trois châteaux sur la montagne de Ribeauvillé, il les
trouverait réunis en un seul faisceau dans cette embouchure de vallée ; car voici d'un
cote le château épiscopal, de l'autre celui qu'habite M. de Golbéry, ancien conseiller à
la Cour impenale de Colmar, l'auteur des Antiquités du Haut-Rhin, puis le magnifique
établissement religieux pour l'éducation de jeunes demoiselles (le pensionnat du Sacré-
Cœur ; il est vrai que ces édifices ne portent pas le cachet rude des manoirs de la
feodahte, mais ils se dessinent bien frais sur le fond de verdure des montagnes
environnantes.
Kaysersberg a conservé le caractère de ces petites villes du moyen âge, entourées
de murs, ayant pris racine sur un fond de rocher sur lequel bondit la Weis qui arrose
la vallée; des ruelles étroites et tortueuses, des maisons noires, enfumées, construites
tantôt en p.erre de taille à pignon sur rue, tantôt à charpente sculptée à figures et
ornementations grotesques, et où l'on rencontre souvent le millésime du seizième
siècle , donnent à ces petites villes qui longent la montagne de ce côté, un aspect tout
particulier qu'on ne voit pas dans la plaine, où de vastes granges, des écuries, sont
accessoire indispensable de l'habitant cultivateur. L'habitation du vigneron est moins
étendue, son industrie n'a besoin que de son cellier, de sa cave et du pressoir obligé
dont la vis ne fonctionne qu'une seule fois dans l'année, et qui, le reste du temps est
Kaysersberg.
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anorama de Strasbourg Environs, Page 9
Ée 95.
Dessiné et lii-.h.08r*paT Th Muller
Vue rie Kayserslerg.
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encombré de provisions de bois et de fagots de ceps de vignes, formant un pittoresque Kaysersbcrg
désordre. A l'aspect de ces rues, de ces murs, des ruines du château fort qui domine
celte petite ville et de ses habitants à figures rudes et rubicondes , on croit encore
reconnaître le bourgeois travailleur, buveur et batailleur des anciennes villes libres
impériales dont Kaysersberg faisait partie depuis que le Landvogt Wœlfel ou Wœlfelin
l'entoura de murs, et depuis que Frédéric Barberousse fit bâtir ce château fort à
l'embouchure de la vallée pour la défendre contre les Lorrains. Depuis, ce château
a été la résidence des Reichsvœgt ou avoyers qui gouvernaient le pays au nom des
empereurs, sous l'autorité supérieure des Landvœgt , préfets d'Alsace à Haguenau,
jusqu'à ce que la guerre de trente ans le mît en ruine. Jadis il donna l'hospitalité à
Rodolphe de Habsbourg, à Adolphe de Nassau et à l'empereur Charles IV, quand ils
vinrent séjourner temporairement en Alsace. Geiler, le prédicateur de la cathédrale
avant la réforme , duquel nous y voyons la pierre sépulcrale, bien que né à Schaff-
house, ajouta à son nom celui de Kaysersberg où il avait été élevé; mais son
successeur, Zell, un des plus fervents propagateurs de la doctrine de Luther à
Strasbourg, y vit le jour.
A deux kilomètres de là , en montant de Kaysersberg vers le fond de l'étroite vallée, Aispach.
on rencontre à sa droite quelques vestiges des ruines de l'ancien couvent de femmes
d'Alspach. Ces restes d'architecture et de sculpture trahissent l'époque reculée de sa
fondation à laquelle se rattachent les noms des comtes d'Éguisheim et du pape Léon IX ,
Alsacien de naissance. Aujourd'hui le bruit des roues et des machines d'une vaste
filature, bâtie sur l'enceinte du couvent, interrompt le silence de la vallée qui reten-
tissait jadis du plain-cbant des religieuses dans l'église dont on voyait encore la ruine
au siècle passé , et que Silbermann nous a conservée dans ses dessins. Qui n'a pas
répandu de douces larmes en lisant le Ritter de Toggenburg de Schiller? Cette même
légende vit aussi dans la mémoire des montagnards de ces lieux, et on nous montre,
tout près d'Alspach, Saint-Jean, pieux hermitage, élevé par un amour malheureux 1 .
En suivant une belle chaussée, à côté de laquelle coule un ruisseau limpide qui , par La Vallée.
1 La légende rapporte qu'un jeune étranger qui s'était uni de cœur à une jeune et belle fille de la vallée , la quitta
pour aller chez ses parents chercher le consentement à leur mariage, après avoir fixé un terme à son retour.
Les jours et les mois s'étaient suivis sans que l'amant eût pu rejoindre l'objet de ses désirs les plus chers . et le
terme fatal était écoulé depuis longtemps. La malheureuse jeune fille ayant attendu avec anxiété le retour de son
amant, le croyait enfin mort ou infidèle, et alla s'enfermer dans les murs claustraux d'Alspach, pour oublier sa
douleur dans les prières ; elle avait déjà pris le voile pour toujours , quand l'étranger retourna pour s'unir avec elle,
mais il était trop tard, elle s'était mariée par ses vœux à la sainte Vierge. L'amant désespéré se bâtit une clause et
une chapelle, en vue des murs qui cachaient l'objet de son bonheur perdu et de ses plus tendres regrets, et quand le soir,
à f Angélus ou à la prière , la cloche du couvent retentissait dans la vallée solitaire , il répondait par le tintement de la
clochette de sa chapelle , et joignait ses prières à celles de sabien-aimée. Depuis des années, il avait suivi le cours de
cette vie solitaire, et tous les soirs sa cloche se mariait aux sons mélodieux de celle du couvent; un jour qu'elle avait
cessé de retentir, on le trouva à genoux, privé de vie, fixant encore de ses yeux éteints les murs du couvent
d'Alspach.
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La Vallée.
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94 FRANCE.
sa chute, met en mouvement un grand nombre d'usines, on arrive, en trois heures
de marche, au col du Bonhomme 1 , au delà duquel est situé Plainfaing avec sa belle
papeterie, la première qui ait fabriqué le papier sans fin dans nos contrées; à sa droite
on rejoint Saint-Dié, la charmante petite ville aux souvenirs du roi Stanislas, et à sa
gauche on arrive à Gérardmer, sur son lac si riche en truites saumonées. A Hachimette,
avant d'arriver au petit village de Lapoutroye, un chemin se détache à gauche de la
route principale, et conduit, toujours en montant, dans un vallon latéral, au village
d'Orbey, dont l'auberge hospitalière et confortable est très-bien vue du touriste qui
explore ces montagnes; on aime à s'y reposer et à s'y munir de provisions pour gravir,
en passant devant les ruines de l'ancien couvent de moines Citeaux, l'abbaye de Pairis ,
les rochers âpres qui entourent le lac Blanc et le lac Noir*. A droite, avant d'arriver à
Hachimette, un autre chemin conduit dans la montagne à Fréland. Quand on gagne
ces hauteurs, on reste bien convaincu que les montagnes forment les véritables limites
qui séparent les races, et que les fleuves ne forment que des limites territoriales,
car vraiment on ne sait dans quelle langue parler à ces bons montagnards. On entre'
dans une de leurs modestes habitations, on leur adresse la parole en allemand, et
ils vous répondent en un patois français inintelligible; ailleurs on leur parle français ,
et ils vous répondent en un patois allemand, qu'on ne comprend pas davantage!
puis, quand vous avez épuisé toutes les ressources de votre érudition philologique!
il vous reste pour dernier moyen de vous faire comprendre, le langage primitif
des signes. Aussi ces villages environnants portent tous deux noms, le nom allemand
et le nom patois , et vous êtes heureux si le hasard ou une certaine étude de physio-
nomie et de costume vous guident bien, car tel villageois que vous aborderez pour
lui demander le chemin de Lapoutroye, ne saura pas vous répondre, parce qu'il
est allemand, et que dans sa langue ce village s'appelle Schnierlach, tout comme un
autre fera l'étonné si vous le questionnez sur Altwyhr qu'il ne connaît que sous le nom
d'Aubure, parce qu'il est français ; il en est de même du village de Diedelshofen qu'il
traduira par Bonhomme, de celui d'Urbach qui l'appelle Fréland, de celui d'Echelmer
qu'il nomme Hachimette, etc.
Ces plateaux élevés nous ont souvent rappelé les hauts plateaux de la Forêt-Noire;
c'est là le climat sibérien de l'Alsace où ne végètent que l'orge, l'avoine et la pomme de'
terre , et si dans la vallée vous pouvez arroser un ragoûtant plat de truites d'un bon
verre de vin rouge ou blanc, vous ne rencontrez là que l'eau pure des sources
Jtïllu dU , B ?i 1 ,°r e 6St d ?" e élëVaUOn dG UÇ> œètreS ' Ka > sersber § de 240 mètres, de sorte que la pente de
cette vallée , de 18 kilomètres de long , est de 709 mètres.
nl,l C l d ^ l3CS SOnt . silués à l,ne élévation de lm et de 950 mètres au-dessus du niveau de la mer; ils sont les
mètres "* Pet " S ^ da " S ^ V ° S8eS ? ** Fe ' dSCe ' "" pied du Feldber »« est situé à une élévation d e "05
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abondantes et un verre de Kirsch, excellent il est vrai , s'il est vieux , car c'est là le pays
du cerisier et du pommier sauvage.
De Fréland , en suivant le cours du ruisseau à travers roches et forêts , on arrive sur Le Bressoir.
la chne du Bressoir, d'où se découvre enfin une immense étendue de pays sur une
hauteur de 1231 mètres au-dessus du niveau de la mer, ou de 1091 au-dessus du sol
de Strasbourg. L'œil se perd dans l'immensité des mamelons et des cimes qui bordent
les vallées d'Orbey jusqu'au Hohenack, le Hoheneck et le Ballon de Guebwiller au sud ,
et jusqu'à ceux du Val-de-la-Lièpvre et de Ville au nord ; il embrasse la plaine de
l'Alsace jusqu'à la Forêt-Noire et les cimes des Alpes lointaines, et se perd dans celle de
la Lorraine dans un horizon éloigné. On gravit le Bressoir par un autre chemin plus
court et moins pénible, en suivant la route de la vallée jusqu'au Bonhomme où l'on
tourne à droite, et en montant toujours par un vallon latéral pour descendre vers
Sainte-Marie-aux-Mines par Eschery. Nous visiterons plus tard celte petite ville , en
faisant la description de la vallée de la Lièpvre, et en restant sur la hauteur nous
dirigerons nos pas parle petit Bressoir et sur une végétation alpestre, au-dessus de la
région des forêts, vers Aubure. On est étonné de trouver dans cette commune pauvre et
isolée deux modestes églises, appartenant l'une au culte catholique et l'autre au
culte protestant , élevées dans ces âpres régions par la foi religieuse.
En quittant Aubure, on entre bientôt dans de sombres forêts que l'on suit jusqu'à ce
que l'on arrive au château ruiné du Bilstein, où l'on domine de nouveau une grande
partie de la vallée du Rhin. Ce château , isolé de toute habitation humaine, fut pris et
détruit par les troupes impériales en 1 636 , et doit avoir servi jadis de prison aux bandits
et aux voleurs de grand chemin qui infestèrent le pays. De là nous descendons au pied
des montagnes, et nous visitons la petite ville de Ribeauvillé.
Au temps où nous vivons, Ribeauvillé et ses puissants seigneurs de Ribeaupierre , Ribeauvillé
dont la belliqueuse énergie se mettait à l'abri des vengeances de leurs insolentes
prouesses dans les nids d'aigle posés sur des rochers qui menacent encore aujourd'hui
d'écraser la ville à leurs pieds, n'inspirent plus la terreur qu'ils semaient jadis dans le
pays. Depuis longtemps le vent souffle à travers les embrasures des fenêtres, d'où ces
fiers chevaliers jetaient leurs regards dans la plaine, pour guetter leur proie, toujours
prêts à fondre sur elle, armés de pied en cap; d'où, le matin, ils se lançaient des
flèches d'un manoir à l'autre, signal de rendez-vous, quand ils voulaient chasser avec
leurs meutes de chiens dans les sombres forêts d'alentour 1 . Depuis longtemps le hibou
et l'épervier, le renard et la martre, se sont logés dans les tours et dans les salles, qui
J La légende raconte que deux frères, tous les deux passionnés'chasseurs , habitaient , l'un le château de Girsberg
et l'autre celui de Saint-Ulrich ; ils avaient l'habitude de se réveiller en décochant une flèche d'une fenêtre à l'autre :
lorsqu'un jour une flèche fut lancée ainsi au moment où l'un des frères ouvrait la fenêtre , elle lui perça le cœur
et il tomba raide mort. Près de Dusenbach , ruines d'une ancienne église , située dans un vallon latéral, à 2 kilomètres
de Ribeauvillé, à une immense roche qui descend à pic, s'attache de même un souvenir de la passion pour la chasse
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RibeauviUé.
96 FRANCE.
retentissaient jadis du bruit des armes et des chants bachiques de leurs nobles habitants.
Ces temps de fer et ces rudes mœurs ont disparu. Dans cette contrée, où bataillaient
jadis des maîtres altiers , fleurit de nos jours l'industrie paisible de la cotonnade , mais
ce qu. est resté du vieux temps, c'est ce sol généreux qui produit encore aujourd'hui
les excellents vins auxquels RibeauviUé doit son antique réputation.
Nous ne nous occuperons pas de la généalogie des seigneurs de Ribeaupierre , et
nous renvoyons nos lecteurs qui aiment à connaître les fastes de cette illustre et robuste
famille au chroniqueur Herlzog, à ÏAlsatia illuslrata de Schœpflin et à l'ouvrage érudil
et en même temps pittoresque, mais plus moderne, du châtelain de Kientzheim ; nous
d.rons seulement que le château supérieur de ces trois manoirs, perchés en triangle
sur leurs bases de rochers, prend son origine dans la nuit des temps, et qu'un Rappoll
doit l'avoir construit au huitième siècle, d'où lui serait venu le nom de Rappolli pelra,
que les Allemands ont traduit en Rappoltslein et les Français en Ribeaupierre. Des
Rappoltstein se trouvent déjà dans les rangs des chevaliers qui figurent dans les premiers
tournois allemands, dont Rùxner attribue l'origine à Henri-l'Oiseleur ; on les voit dans
les rangs de la noblesse alsacienne qui se revêtit de la croix , mais la généalogie positive
de ces dynastes ne commença que par Égenolphe de Rappoltstein, vers la fin du
douz,eme siècle. Depuis cette époque les seigneurs de Ribeaupierre figurent souvent
dans les annales guerrières de Strasbourg. Deux siècles plus tard , quand les bourgeois
de cette ville se débattaient encore contre le haut clergé et contre la noblesse, pour
conserver leur indépendance conquise en 1332, ce fut un Rruno de Ribeaupierre qui
les entraîna à une guerre acharnée, dont nous avons parlé à l'article de la Plaine-des-
Bouchers et des phases militaires de notre ville.
Bruno y avait acquis le droit de bourgeoisie et s'était rendu maître dans ses
excursions belliqueuses d'un chevalier anglais, Jean Harleston, que d'anciens chroni-
queurs appellent aussi Hertenstein, et l'enferma dans son manoir en 1388. Le roi Richard
s'intéressa au prisonnier et demanda au sénat strasbourgeois d'user de son pouvoir sur
un chevalier qui était dans les rangs de sa bourgeoisie, pour le forcer de rendre son
prisonnier, mais soit par orgueil de parvenu, soit par déférence pour un si puissant
dynaste, il n'y fit attention, sachant bien que les armes anglaises n'iraient pas venger
cette injure. L'affaire alla plus loin que le sénat ne lavait cru , car, sur la plainte & de
Richard, l'empereur Wenceslas , à la diète d'Eger, mit la ville au ban de l'empire, et
lui imposa une amende de 4,500 florins. En courtois gentilhomme, Bruno, après avoir
rendu son prisonnier, en 1391, se joignit aux ennemis de ces bourgeois pour les
combattre, et s'empara du château de Guémar, fief d'un Mùllenheim, qui, comme nous
de ces seigneurs. La légende rapporte qu'en poursuivant à cheval un cerf dans ces montagnes , il disparut tout à
coup aux regards du chasseur, dont le cheval lancé disparut de même dans l'abîme, sans que le cavalier souffrît
Jucun dommage de ce saul périlleux, qui a quelque analogie avec le saut du prince Charles, sur la côte de Saverne
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ranOTama le Stras\ionr|.ï 1 -iivîîaii£,'Saèe S7
Co
: en vermeil qui se trouvent â la Mairie de Rïbea-uviHé.
Don des Comtes de Ribeaumerre.
G»tr| fnefc'ci vnd Joïmr. Jac== fi-lirïdervcmaappiilstHn
oerehren, dit* GesAu-r- tum/ Gcdàdunui uf aïe/
JtaA-tuic m, RappolUneUer 2639
ïlisHisrd Hiir wîajptdstsnimd Smliseci am"ïassidiH;
verefaô dzes zum evigttn, 'SedAchtnass ajtf' k'u
RiUhjixiat i
ilUmuler Mil .
Tomleau de Lazare de Schwendé dans l'Eglis
de Kaen.tzh.eim.
Vase en grès ,
Hmvirono, p. 79 & 9 'i
Tombeau de Guillaume de Schwendé son fils
dans l'Eglise de Kientzheim .
uth e p ar H, M„n
Lilh.E Simon a Slrasbaur6
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•v-N
l'avons déjà vu, se trouvait dans les rangs des Strasbourgeois. Ceux-ci , pour se venger, Ribeauvillé.
marchèrent contre Bruno et reprirent le château , en ravageant le territoire du seigneur
de Ribeaupierre. Un autre membre de celte famille eut l'honneur d'être nommé
prolecteur du concile de Bâle en 1436; d'autres furent attachés à la cour des ducs de
Bourgogne; Guillaume de Ribeaupierre, qui jouit, comme Lazare de Schwendi , de la
confiance des empereurs Maximilieu, Charles-Quint et Ferdinand I er , se distingua par
sa valeur militaire , et fut grand-maître de leur cour et chevalier de la Toison-d'Or.
Par la mort des deux fils d'Eberhardl de Ribeaupierre, George-Frédéric et Jean-
Jacques 1 , cette famille s'éteignit dans les mâles, et la fille de Jacques, épouse d'un
comte de Veldenz-Birkenfeld , entra, à la mort de son père, dans l'année 1673, en
possession de ses domaines et de ses nombreux fiefs ; mais ce ne fut pas pour longtemps,
car nous avons vu que bientôt après les Birkenfeld s'éteignirent de même clans les mâles,
et que leurs biens acquis, consistant dans les bailliages de Ribeauvillé, de Guémar, de
Zellcnberg, de Bergheiin , de Heitersheim , de Wihr, d'Orbey et de Sainle-Marie-aux-
Mines, en deçà de la Lièpvre, furent recueillis par la maison palatine de Deux-Ponts 2 .
Quoique Ribeauvillé ait subi à son entrée quelques changemeiils par la démolition de
la porte orientale et de quelques parties de ses anciennes fortifications, son intérieur
porte encore le cachet de ces petites villes dont nous avons parlé à l'article Kaysersberg;
des portes à hautes tours, qui séparent encore la ville en diverses parties, rappellent ses
agrandissements successifs et les diverses juridictions sous lesquelles l'avait placée les
intérêts des suzerains; car, si nous retournons de quelques siècles en arrière, nous
trouvons pour presque chacune des diverses communes environnantes un autre
seigneur. Nous avons vu que Rientzheim et Kaysersberg étaient la propriété de la
seigneurie de Hoh-Landspurg, fief de la maison d'Autriche; que Ribeauvillé et
1 Les scigueurs de Ribeaupierre et ceux de Ferrette étaient dans les anciens temps les dynastes les plus puissants
dans le Haut-Rhin, comme les comtes de Lichtenberg l'étaient dans le Bas-Rhin.
Les châteaux suspendus sur des masses de rochers forment, pour ainsi dire, l'échelle descendante de leur puissance
nobiliaire et féodale; Rappolstein, le seul que l'on puisse distinguer depuis la plate-forme de la cathédrale et le plus
élevé , qui prit son origine dans la nuit des temps , fut aussi le premier qu'abandonnèrent ces seigneurs ; le Girsperg,
et le plus vaste , le château do Saint-Ulrich , bâti sur l'emplacement d'une chapelle de ce nom , furent construits à
la suite; Girsberg devint la proie du feu du ciel et Saint-Ulrich fut abandonné au seizième siècle; ces seigneurs
construisirent alors au haut de la ville de Ribeauvillé leur quatrième château comme une résidence plus en harmonie
avec les mœurs de leur siècle, résidence où, avant la révolution, le prince Maximilien de Deux-Ponts tenait sa cour
avant de monter sur le trône de Bavière; il est occupé aujourd'hui par un pensionnat déjeunes demoiselles. Dans
l'IIôtel-de-Ville de Ribeauvillé on conserve encore quelques vases donnés en souvenir par les comtes de Ribeau-
pierre à la commune; ils se distinguent tant par leur forme originale que par la belle ciselure et gravure du métal,
de manière à nous engager à en donner un dessin. M. Ileitz, imprimeur, possède aussi un beau vase en terre cuite
avec les armoiries de cette famille et de familles alliées, trouvé dans les fouilles du château; il date du seizième
siècle. Les seigneurs de Ribeaupierre étaient jadis les patrons des ménestrels ou musiciens du Haut-Rhin, et ces
derniers se réunissaient en fête à Ribeauvillé , le jour de la Nativité de la Sainte-Vierge , jour qui est encore fêlé
aujourd'hui sous le nom de Pfeifferstag.
2 Voyez Strasbourg, Faubourgs, rue des Mineurs.
ENVIRONS. 13
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Ribeamiiié. Zellenberg appartenaient aux comtes de Ribeaupierre, et Riquewihr, Hunawihr,
Beblenheim, Mittelwihr, etc., au comté de Horbourg, depuis 1324 propriété des
comtes de Wurtemberg, qui, depuis 1397, avaient recueilli par mariage le comté de
Montbéliard, dont il faisait partie. A Riquewihr s'élève encore fièrement le château
habité jadis par les comtes de Wurtemberg : c'est un grand bâtiment en style renaissance
et à pignons historiés; un escalier en spirale monte dans une tourelle, an-dessus de
la porte de laquelle on lit encore :
GEORG GRAVE ZV WIRTEMBERG VND ZV MVMPPELLGART, 1540
{George, comte de Wurtemberg et de Montbéliard, 1540) ,
et sur un ruban qui enlace les armoiries de celte maison la devise :
DIE STVND BRINGT'S END
[L'heure amène la fin).
A un kilomètre de Riquewihr, Zellenberg, que l'on voit de loin pilloresquement
perché à mi-côte sur un promontoire, mérite d'être visité de près, car c'est la seule de
ces petites villes entourées de murs qui n'ait qu'une porte d'entrée à sa partie supérieure
Sahue-Mane-aux- En quittant l'ancienne résidence des ducs de Deux-Ponts pour remonter la vallée vers
Sainte-Mane-aux-Mmes, nous passons devant les vastes établissements d'industrie coton-
mere deMM.Weisgeber, Saltzmann et Weis, Kœhler etL. Steiner qui nourrissent un grand
nombre des habitants de celte ville. En trois heures de marche sur une belle chaussée, à
travers monls et forêts, en arrivant au revers de la montagne, on a devant soi, au fond
de la vallée de la Lièpvre , Sainle-Marie-aux-Mines. Si cette petite ville ne portait pas ce
nom d'ancienne date , on n'aurait plus aucune raison pour le lui donner aujourd'hui , et
on l'appellerait plus volontiers Sainle-Marie-aux-Cotons ou à la Siamoise , car ses mines
sont taries et ne déversent plus leurs richesses comme jadis où des milliers.d'ouvriers
tiraient l'argent, le plomb, le cuivre, la houille, le cobalt, l'arsenic et même l'or de ses
puits et de ses galeries souterraines. A Fertrupt, à Saint-Pierre, à Saint-Philippe, à
Faunoux, à Sainte-Croix-des-Mines , on marche sur un sol fouillé depuis que les Romains
avaient établi leur puissance dans ce pays. Jadis on entendait retentir partout les coups
saccadés des bocards, la fumée des fourneaux de fonte obscurcissait l'air, et des
escouades de mineurs en leur costume noir donnaient à ces vallons , couverts de
sombres forêts, un caractère non moins sombre. Aujourd'hui de larges nappes de pièces
d'étoffes de lin, de chanvre et de coton , qui brillent de loin, semblent remplacer en
été la froide nappe de neige qui couvre le sol en hiver.
Il n'entre pas dans le plan de notre ouvrage de faire une longue description historique
de l'exploitation de ces mines, ni de leur rapport souvent prodigieux , qui leur donnait
une réputation européenne; il nous suffit d'appeler l'attention du touriste sur les
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richesses de l'industrie et sur les beautés de la nature de ce coin de terre, et nous Sainte-Marie-aux-
renvoyons nos lecteurs, qui prennent un intérêt scientifique à ces exploitations , à
l'intéressant travail dont M. Risler a gratifié cette vallée 1 . Nous nous bornerons
seulement à retracer le résumé historique qu'il en donne dans ces lignes :
« Si maintenant, après les détails historiques que nous avons donnés sur les mines
« de Sainte-Marie , nous résumons l'histoire de leur exploitation , nous trouvons qu'elle
« a eu cinq grandes époques.
« La première fut celle des Romains, qui nous est révélée par les travaux souterrains
« qu'ils exécutèrent dans nos montagnes ; sans pouvoir préciser au juste le temps qu'elle
«dura, nous pensons que cette exploitation peut être placée entre les deuxième et
« cinquième siècles de 1ère chrétienne , c'est-à-dire à l'époque où les Romains , maîtres
« de l'Alsace, y avaient formé leurs nombreuses colonies,
« La deuxième époque est celle où les solitaires d'Echery exploitèrent les mines
« d'argent de ces vallées au neuvième siècle.
« La troisième époque comprend l'exploitation par les seigneurs d'Echery entre les
« dixième et quatorzième siècles.
«La quatrième époque est celle de cette grande exploitation des seizième et dix-
« septième siècles, laquelle, ayant commencé en 1502 et fini en 1636, avait duré
« cent trente-quatre ans. Elle eut lieu par les seigneurs de Ribeaupierre et les archiducs
« d'Autriche, ainsi que par diverses compagnies, pour les mines de la partie alsacienne
« de la vallée, et par les ducs de Lorraine pour celles situées sur le côté lorrain.
« La cinquième époque , enfin, fut celle où les mines furent exploitées par différentes
«compagnies, depuis le commencement du dix-huitième siècle jusqu'à la révolution
«française de 1789,*
Dans la quatrième phase de l'exploitation de ces mines on peut juger de leur riche
rapport par ce qu'en dit Munster dans sa Cosmographie. Il les avait visitées en 1545, et
le directeur Hubinsack l'introduisit dans les principaux puits et galeries , et lui montra
avec détail toute l'exploitation. Il y avait alors dix fourneaux à fonte qui fonctionnaient
jour et nuit; plus de 3,000 ouvriers étaient occupés souterrainement, au bocage et au
lavage du minerai , et en peu d'années plus de douze cents maisons furent construites à
Fertrupt (Fortelbach) et clans les vallons environnants. On trouvait alors, surtout dans
la mine de Saint-Guillaume et dans celle du Four, des morceaux d'argent pur, d'un
poids d'un à trois quintaux, que les orfèvres pouvaient employer sans autre raffinage.
Depuis 1525 jusqu'en 1545, où Munster visita ces mines, le produit annuel ne monta
pas à moins de 6 à 7000 marcs d'argent pur, sans compter le rapport du plomb, du
cuivre et d'autres métaux.
1 Histoire de l'industrie dans la vallée de Lièpvre , département du Haut-Rhin , par D. Risler. Sainte-Marie-aux-
Mines, 1851, brochure in-8°.
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Sainle-Marie-aux
Mines.
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Non-seulement Munster, mais d'autres historiens et savants s'accordent à faire
ressortir les richesses des mines de ces vallons. Wencker nous dit, dans sa Chronique
manuscrite, qu'en 1523 on en retirait parfois par jour deux ou trois quintaux de minerai
d'argent; un autre nous rapporte qu'en 1524 la ville de Strasbourg envoya à Fribourg en
Brisgau une députation auprès de Ferdinand, frère de Charles-Quint, pour faire sanc-
tionner les propriétés qu'elle possédait dans la vallée de la Lièpvre, où les mines étaient
dans un état tellement florissant qu'elles produisaient souvent un à trois quintaux
d'argent pur.
Mais à celte période de prospérité succéda ensuite une époque où le marteau des
actifs mineurs ne frappait plus que le roc et où les filons métallurgiques avaient
complètement disparu; on abandonnait un puits, une galerie improductive pour en
attaquer une autre. Des incendies calamiteux qui avaient ravagé à diverses reprises
Sainte-Marie-aux-Mines et les hameaux environnants, les guerres, les maladies
épidémiques furent de nombreuses causes de cessation temporaire des travaux, qui
se relevèrent de nouveau; au commencement de ce siècle il s'était même formé
une compagnie pour la reprise de l'exploitation, dont le résultat ne fut néanmoins
plus que l'ombre de ce qu'il avait été précédemment, et qui cessa enfin totalement
en 1826. Quand deux années plus tard, dans une tournée que nous fîmes dans ces
montagnes, la curiosité nous poussa à explorer ces souterrains, de même que nous
avions parcouru les mines de plomb et d'argent de Gozlar, dans le Hartz, et celles de
VOberland hadois, un vieux mineur nous servit de guide dans nos pérégrinations dans
le sein de la terre. Le vieillard nous affubla du costume noir d'usage, nous couvrit la
tête d'une espèce de bonnet fourré; après nous avoir muni d'une lampe, et avant
d'entrer dans la mine, il joignit ses mains et prononça la prière avec le Gluck auf!
d'usage. On voyait bien à la nombreuse boiserie pourrie, à l'humidité des eaux qui
suintaient partout dans ces galeries, que l'entretien en était très-négligé et devait être
énormément coûteux; à notre sortie nous avions les poches chargées d'échantillons de
minerai et de fragments de chaux fluatée de formes grotesques; à notre séparation le
bon vieux mineur, que nous avions invité à boire un verre de vin à l'auberge de
Faunoux, nous serra tristement la main, en disant que l'esprit de la montagne
avait abandonné les mineurs et leur avait voilé ses trésors. «Dieu sait, dit-il, quand
il aura de nouveau pitié de nous autres pauvres mineurs.» Ce mélange de foi religieuse
et de croyance aux esprits bienfaisants et malfaisants qui président à ces souterrains,
nous rappela la charmante légende que le poète A. Stœber reproduisit plus tard dans
YElsàssisch Sagenbuch 1 . Depuis nous voulûmes revoir ces mines et aller à la recherche
1 Le gnome de la montagne rencontra un jour une jeune et belle fille se mirant dans les eaux transparentes d'une
source et lui déclara son amour, en lui promettant de la faire reine de son cœur et de ses trésors; mais la jeune
i le se rit de lui , car elle était déjà éprise d'un jeune et beau mineur, qui bientôt devait l'épouser. L'esprit, courroucé
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du vieux mineur; mais il avait payé son tribut à la mort, en même temps que la Saime-Marie-aux-
source de ces richesses souterraines était tarie, et on nous assura que l'état de ces S "
galeries abandonnées présentait trop de dangers pour qu'on pût en permettre l'entrée
au touriste curieux.
Outre l'industrie métallurgique, la fabrication du cobalt et le raffinage de l'arsenic,
la vallée de Sainle-Marie-aux-Mines se livrait, au siècle passé, à la fabrication des galons
d'or et d'argent, à celle de la coutellerie, qui n'arrivèrent cependant jamais à un état
florissant, jusqu'à ce qu'en 1755 J. G. Reber y posa la base de l'industrie cotonnière,
dont le développement prit depuis d'énormes proportions avec la fabrication de draps
et la teinturerie, qui occupent aujourd'hui des milliers de tisserands et d'ouvriers.
Les anciens souvenirs religieux de fondations d'églises et de monastères remontant
aux premiers siècles du christianisme en notre province, et dont nous trouvons tant
de traces dans d'autres vallées des Vosges, ont tous disparu, si ce n'est la ruine d'Echery.
En nous dirigeant vers le commencement de la vallée, à trois kilomètres de Sainte-
Marie, nous arrivons à Sainte-Croix-des-Mines que nous avons déjà citée. A ce petit
village se rattache un épisode de l'invasion désastreuse des Armagnacs en Alsace.
Sachant qu'un corps de ces troupes dévastatrices devait se retirer en Lorraine, en
traversant ces gorges, 500 hommes de troupes strasbourgeoises, de Schlestadt et de
paysans armés de Ville, se réunirent, se mirent en embuscade dans la montagne, le
18 mars 1445, et fondirent sur l'ennemi avec une telle impétuosité qu'ils en tuèrent
plus de 300, et ramenèrent prisonniers plus de 400 hommes et 16 chevaux, après
s'être partagé un butin de plusieurs canons et de drapeaux, de cuirasses, d'armes et
de beaucoup de valeurs en argenterie, qu'ils traînèrent avec eux sur des chariots.
Au village de Lièpvre, renommé jadis par un monastère, que fonda, au huitième Val de Ville,
siècle, Fulrade, abbé de Saint-Denis , nous quittons cette vallée pour la retrouver vers
son embouchure, et nous gravissons un chemin charmant, en passant par l'Allemand-
Rombach sur laWantzel. Sur cette montagne, qui sépare la vallée de la Lièpvre du val de
Ville, et que nous distinguons parfaitement bien sur notre panorama , on jouit d'un coup
d'œil ravissant vers Sainte-Marie-aux-Mines, entourée des nombreuses blanchisseries
qui brillent au loin, et sur la côte, au fond de la vallée, que traverse une route en zigzag
se dirigeant vers Saint-Dié. En descendant au delà, à travers de belles forêts, on arrive
à Breitenau, petit village dans le vallon d'Urbeis, embranchement du val de Ville, qui
monte du sud vers le nord-ouest entre la Wantzel et la montagne derrière Dambach
et l'Ungei-sberg. Ici le voyageur est frappé de l'absence de toutes ces industries qui
de ce refus, alla à la recherche de l'amant et le jeta dans un puits, où il trouva une mort misérable, et la jeune
fille en mourut de chagrin. Depuis ce temps , pour se venger de l'ingratitude des humains , les souverains de la
montagne cachèrent leurs trésors, qu'une jeune fille, disposée à donner son cœur à l'un d'eux, pourra seule faire
retrouver de nouveau.
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que nous avons passée avec quelques amis, amateurs des études historiques et des iioh-Kô„i g sbourg.
beautés de la nature, dans les ruines de ce manoir. Le silence de la solitude qui
nous entourait, la pâle lumière de la lune qui projetait de larges ombres dans la
plaine, se prêtaient si bien aux vagues rêveries inspirées par les souvenirs du passé;
plus tard des feux de bengale que nous allumâmes dans son enceinte vinrent
éclairer de leurs feux rougeâtres les anciens appartements lézardés, et les silhouettes
des croisées extérieures se détachèrent vivement sur la façade principale , dont les
hautes tours s'élevaient dans les airs comme de noirs fantômes; enfin, ce fut un coup
d'oeil ravissant et grandiose, quand le matin , vers trois heures, pendant que les vallées
de la Lièpvre et de Ville étaient encore plongées dans les sombres vapeurs du malin ,
le ciel commença à se rougir à l'orient , et quand le soleil vint dorer les cimes lointaines
des Alpes, et, se levant radieux derrière la Forêt-Noire, éclaira successivement les
points culminants des Vosges, et apporta enfin la chaleur de ses rayons bienfaisants
dans notre gîte humecté par la rosée, au milieu des feux expirants de quelques tisons
qui s'éteignaient.
En parcourant ces vastes ruines, on aime à y retrouver la destination primitive de ses
enclos intérieurs; les corbeaux qui font saillie dans le mur indiquent encore l'empla-
cement où reposait la charpente des divers étages; là se retrouvent la vaste cheminée
autour de laquelle étaient assis ses anciens maîtres , écoutant les chants héroïques des
ménestrels ; l'embrasure de fenêtre avec ses deux sièges d'où la châtelaine laissait errer
ses regards dans l'étendue de la vallée; on y reconnaît les fortifications extérieures
les murs de circonvallation flanqués de tours et de rondelles. A l'ensemble de ce qui
reste de ce manoir on devine les divers siècles dont chacun y a laissé des traces de
construction, depuis les massifs souterrains à l'arc cintré * jusqu'à la magnifique tour,
dont les pierres taillées en diamant semblent être élevées d'hier; depuis le donjon à
encorbellement jusqu'aux escaliers en spirale, qui montent à l'angle nord sur la terrasse
voûtée, sur la galerie qui domine tout à l'entour, et d'où l'on jouit de la vue la plus
étendue. L'histoire de ce château se perd dans l'époque romaine; elle reparaît sous
Charlemagne et ses successeurs sous le nom d'Esluphin, sous celui de Castrum Kune-
gesberg, de Cunisberg, etc. Speclin nous rapporte, dans ses Colleclanea, qu'il était habité,
^ j Dans les Antiquités du Bas-Bkin , publiées par le digne confrère de M. de Golbérv, feu M. G. Schweighaeuser
1 artiste , en donnant une vue de ces caveaux souterrains , y a placé dans son imagination quelques bandits en quête
de leur proie ; nous n'y avons jamais fait une rencontre pareille, mais nous signalerons cependant une aventure qui
nous y est arrivée , pour servir de leçon à d'autres personnes. Piqué par la curiosité de bien voir ces sombres réduits
nous y entrâmes muni de quelques boîtes de feu de bengale, mais à peine ce feu éclairait-il de sa vive lumière
ces voûtes noires, que des nuées de chauves-souris et de bibous vinrent voltiger autour de nous et nous battre h
ligure de leurs coups d'ailes, de manière à nous forcer de couvrir des deux mains les veux, pour les garant dé
leurs insolentes caresses. En combattant ces botes inattendus, l'odeur du soufre, chassée par le vent dans ces
gorges , manqua de nous asphixier et nous força à une bien prompte retraite, heureux de pouvoir en sortir «m*
être suffoqué ou aveuglé. ""«sans
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Hoh-Kônigsbourg. au milieu du quinzième siècle, par quelques chevaliers, qui en firent un repaire de
brigandage de grand chemin, et que, pour mettre fin à leurs insolentes rapines,
l'archiduc d'Autriche Sigismond, l'évêque de Strasbourg, la ville de Bâle et les seigneurs
de Ribeaupierre réunirent leurs hommes d'armes et s'emparèrent du château , qui fut
en partie de'moli.
En 1479, la ville de Strasbourg aida à la reconstruction de Hoh-Kônigsbourg, et
depuis cette époque des seigneurs, dont les noms marquent dans l'histoire, y ont
attaché leur nom. L'empereur Frédéric III le donna en fief à Oswald de Thierstein , qui
arma de l'éperon d'or de la chevalerie le duc René de Lorraine à la bataille de Morat,
où il commanda la cavalerie, qui lança l'armée bourguignonne dans le lac. En 1522, il
fut donné aux fils de François de Sickingen, ce vaillant ami de Gœtz à la main de fer.
Un siècle après, ce fief fut acheté par Rodolphe de Bollwiller, qui le transmit à son
gendre, le comte Ernest de Fugger, descendant de celte illustre famille commerçante
de laquelle Charles-Quint disait , quand François W lui fit montrer les trésors de la
couronne de France, qu'il avait à Augsbourg un tisserand assez riche pour les payer
au comptant. Les Fugger n'en jouirent que peu d'années, car les armes suédoises
se rendirent maître de ce château, en 1633, et le détruisirent.
II serait à désirer que cette ruine fût entretenue, au moins dans l'état dans lequel elle
se trouve, ce qui pourrait se faire à très-peu de frais, car ce monument d'architecture
féodale est sans contredit le plus complet dans toute la partie des Vosges, si nous
faisons exception de la vaste enceinte du Hoh-Landspurg, beaucoup moins intéressante,
•t des ruines du château de Flekenstein , au fond des montagnes , à quelques kilomètres
le Wissembourg, sur la frontière de la Bavière-Rhénane. Ce dernier n'est pas si
mposant sous le rapport des constructions d'architecture, mais il l'est d'autant plus
par la fouille dans le roc vif, dans lequel la main patiente des hommes a creusé de
nombreux réduits et des escaliers en spirale.
Le touriste, qui veut se diriger du Hoh-Konigsbourg vers Ribeauvillé, trouve un
chemin charmant à mi-hauteur de la montagne par le village de Thannenkirch et le
Schlûsselstein , roche d'agate, tout près de celle dernière ville; l'archéologue choisira un
chemin plus long et plus pénible en gravissant la cime du Thângel à la droite, et en
visitant les constructions celtiques ou romaines d'un antique mur cyclopéen; nous
dirigerons nos pas vers les ruines du château de Kientzheim, situées au bas de la
Kienlzheim.
montagne.
Pour y arriver, on se promène comme dans un vaste jardin anglais à travers la forêt,
et tout à coup on s'arrête devant cette ruine où, entre des sapins, des chênes et des
bouleaux, on voit fleurir au printemps des touffes de lilas et en automne le dahlia
aux mille couleurs, que l'on est étonné de rencontrer parmi ces hôtes de la montagne;
c'est que le propriétaire de ce château , M. Mathieu de Faviers, a eu soin d'embellir par
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Orlenberg
et Ramsleiu.
l'art cette partie de ses propriétés; il a fait enlever les épaisses broussailles qui Kientzheim
en obstruaient l'intérieur, y a fait ménager des terrasses garnies de bancs, où l'on
aime à se reposer, en jouissant de la vue dans la plaine, et à côté des guirlandes
de lierre indigène, qui grimpent le long de ces murs, on trouve celles de l'odorante
clématite exotique. Le châtelet de Kientzheim n'a pas l'air d'une ruine, où à tout
moment on craint les écoulements des pierres; il ressemble plutôt à une construction
solide, par laquelle le caprice du propriétaire a voulu orner son vaste parc, en
souvenance des temps passés; aussi, pour l'empêcher de dégénérer en ruine, est-il
toujours fermé à clef; mais on ne la refuse jamais au touriste désireux de le visiter.
En descendant de la montagne, nous traversons le village de Kientzheim, situé
au milieu de riches vignobles , que nous côtoyons jusqu'à Châtenois. Là , le voyageur
préfère le séjour du bain à proximité, à celui de cette ancienne petite ville épiscopale,
qui ne présente rien de confortable ni d'hospitalier. Ce petit coin de terre, qui se
dislingue par son site pittoresque, à l'entrée des vallées de la Lièpvre et de Ville,
est en même temps remarquable par une foule de souvenirs historiques qui s'y
pressent. A la gauche se présente la cime conique ornée des ruines de Hoh-Kbnigs-
bourg; en face, sur un promontoire de la Wantzel, qui sépare les deux vallées, est
située la ruine du château de Frankenbourg, ancienne propriété des comtes de Werd,
landgraves d'Alsace, et plus tard du grand-chapitre de la cathédrale de Strasbourg,
détruit parle feu en 1582. A notre droite, sur une montagne chauve, entrecoupée de
masses de roches de granit, stationnent comme deux vedettes avancées, pour surveiller
l'entrée dans ces gorges, les tours ruinées d'Ortenberg et de Ramstein , au-dessous
desquelles nous retrouvons, sur un mamelon chauve, les restes d'une recloute élevée
par les Suédois, et au pied de la montagne repose, entouré de vignes, le village de
Scherwiller.
Ortenbere et Ramstein subirent la force des armes des Strasbourgeois; le premier
château fut pris par eux, en 1420, quand ils étaient à se batailler contre la noblesse, qui
avait quitté la ville et s'était constituée hostilement au dehors; ils s'étaient emparés du
second en 1335. Ortenberg était la propriété d'un Mùllenheim, bourgeois de Strasbourg,
et fut assiégé et pris, en 1474, par Pierre de Hagenbach, préfet de Charles-le-Témé-
raire; mais, après que Hagenbach eut été décapité à Brisach, et que Charles eut trouvé la
mort à la journée de Nancy, les Strasbourgeois reprirent ce château avec leurs
propriétés dans la vallée de la Lièpvre. Dans celle même guerre, un Marx d'Eckwers-
heim, capitaine des troupes de notre ville, fit prisonnier, à la bataille de Nancy, un
comte Louis de Nassau ; au lieu de remettre son prisonnier entre les mains de la
puissance qui l'avait engagé, il le retint, dans l'espoir d'une forte rançon, au château
de Bilstein; selon Speclin et selon Kûnast, au château de Ramstein. L'Ammeister
Schott, à la tête d'une troupe armée, se rendit devant le château, parvint à y entrer
ENVIRONS.
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Ortenberg
et Ranistein
Guerre
des paysans.
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sans bruit, au moyen d'intelligences secrètes qu'il avait dans l'intérieur, et qui
lui en ouvrirent la porte, et surprit le capitaine attablé, en bonnes dispositions
gastronomiques. Celui-ci, tout surpris en voyant entrer l'Ammeister, accompagné de
quelques sénateurs, leur demanda si le diable les avait introduits à son insu; mais
Schott lui répondit, en riant, que la main de Dieu les avait guidés pour prendre part
au repas ; Marx fit bonne mine à mauvais jeu , en les invitant à partager son dîner, et
en y conviant de même son noble prisonnier, le comte de Nassau. La journée se passa
gaîment, et le lendemain la troupe retourna à Strasbourg avec le prisonnier, que l'on
garda, avec tous les honneurs dus à son rang, dans le Pfenninglhurm , jusqu'à ce qu'il
se fût libéré, moyennant une rançon de 30,000 florins.
Nous nous trouvons ici au centre d'action des hordes insurgées des paysans d'Alsace,
en 1524 et 1525. Leurs actes de brutale dévastation jetèrent l'épouvante dans les
manotrs des nobles comme dans les couvents du clergé, dans les villes comme dans
les villages , firent mettre les armes à la main , aux uns pour l'attaque, aux autres pour
la défense, et donnèrent lieu à cette guerre que nos annales appellent la guerre des
paysans, la Jaquerie, der Baurenkrieg , der Baurenlàrm. Les causes de celte insurrection
résidaient depuis longtemps dans la position misérable dans laquelle se trouvaient les
gens de la campagne, caste abjecte, entretenue dans la plus abrutissante ignorance et
sous un brutal despotisme. Le paysan n'appartenait pas à la race des hommes; il était
une chose attachée au sol , un meuble , une machine à travailler, corvéable et taillable à
merci, un corps de chair et d'os animé, dont le sang était bon à verser pour le compte du
seigneur, qui l'avait acheté ou reçu en héritage avec son territoire, pour celui des abbayes
et des couvents auxquels il appartenait. Depuis longtemps les municipes s'étaient éman-
cipés, et avaient conquis à force de combats et d'argent une position indépendante et
privilégiée, quand l'habitant de la campagne était encore serf, vivant misérablement
sous son toit de chaume, à tout moment mis en cendres clans les guerres intestines de
baron à baron, de seigneur à prélat et des villes contre tous les deux. S'il désertait
sa commune pour se soustraire aux traitements souvent intolérables de son maître,
s'il allait chercher un refuge sous les murs d'une ville hospitalière, il était pourchassé,'
réclamé, et la recherche de ces malheureux parias, qui étaient heureux de pouvoir
v,vre au dernier rang des bourgeois d'une ville, donnait souvent lieu à des querelles
vidées les armes à la main , ou par des compromis et par des décisions impériales aux
diètes *.
Vers la fin du quinzième siècle et au commencement du seizième, leur sort devint
encore plus intolérable. La noblebre venu , sans autre forme de procès tout
individu dont on pouvait se rendre maître, et qui avait l'air suspect.
Près d'Epfig, l'avant-garde lorraine signala un grand mouvement dans la direction
de Scherwiller, où se concentraient des voitures en masse et de fortes bandes de
paysans; on entendit en même temps sonner le tocsin dans toutes les communes
environnantes. C'étaient des milliers de paysans qui stationnaient sur le Landaraben
ancienne limite entre la Haute et la Basse-Alsace.
Quoique fatiguée par la marche et par la chaleur du jour, l'armée lorraine, après s'être
restaurée, s apprêta au combat. Cette fois elle trouva une résistance plus vigoureuse et
une lutte plus digne du soldat; près dune centaine de bouches à feu en tout genre
placées derrière les retranchements des paysans, devaient aider à une vigoureuse
défense; mais mal desservies par des hommes inexpérimentés, les projectiles qu'elles
lançaient passèrent par dessus les tètes de l'ennemi. Appuyés à la montagne aux
villages de Scherwiller et de Châtenois, les insurgés défendaient l'entrée de la vallée
et occupaient en même temps le terrain défendu à la droite par les murs de Schlesladf'
leur position était des plus avantageuses. En avant de Scherwiller, sur la roule des
retranchements, occupés par 2,000 paysans, furent pris par 1,200 lansquenets; après
un combat opiniâtre de deux heures, les Lorrains s'emparèrent du village' dont
les flammes éclairaient le vaste champ de bataille; mais un nouveau combattait à
livrer contre les masses qui avaient leur position derrière le village, masquées par de
nombreuses voilures; mais là aussi la science de la guerre triompha du nombre;
1 infanterie italienne, qui s était approchée des rangs des paysans en rampant sur le sol et
dans les fossés, et les lansquenets allemands et flamands, en se baissant, tiraient, les uns
couches par terre et les autres à genoux , et leur feu fut toujours plus meurtrier, tandis
que celui de leurs adversaires manquait de justesse. De part et d'autre on se battait
avec acharnement; enfin, une charge vigoureuse de cavalerie lorraine, sur une des
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barricades de voitures, et un assaut d'infanterie, commandé par le seigneur de
Beaulieu, sur une autre, parvinrent à enfoncer les rangs des paysans, qui prirent la
fuite, poursuivis par la cavalerie, mais à l'abri des ténèbres protecteurs ; cependant
12,000 des leurs, tant tués que blessés, restèrent sur le champ de bataille, et beaucoup
de Lorrains trouvèrent également la mort.
Le dimanche, l'armée lorraine retourna dans son pays par la vallée de la Lièpvre,
et cette malheureuse semaine, qu'elle avait passée en Alsace, coûta la vie à plus de
40,000 hommes. Saverne et Scherwiller sont leurs tombes, et le paysan, dont la
charrue, en traçant ses sillons, déterre encore aujourd'hui leurs ossements desséchés,
doit toujours remercier la Providence de lui avoir accordé une meilleure position
sociale que celle dont jouissaient ses malheureux devanciers; si de nos jours, comme
autrefois, le laboureur gagne encore son pain à la sueur de son front, du moins est-il
maître de sa personne, et le pénible travail de ses mains profite à lui et à sa famille.
Avant d'entrer à Schlestadt, transportons-nous, à quatre kilomètres vers la gauche,
à Dambach, entouré de murs d'enceinte au milieu de vignobles. L'esprit guerrier qui
anima jadis sa population fournit encore aujourd'hui de bons soldais à l'armée, et la
jeunesse de cette ville a joui de tout temps de la réputation d'intrépides batailleurs.
En 1444, hommes et femmes se défendirent vigoureusement contre toute une armée,
qui vint l'investir, sous le commandement de Louis XI, encore dauphin de France,
après la bataille de Saint-Jacques ; ce prince y fut même blessé d'un coup de flèche au
genou. Après trois jours d'une défense opiniâtre, la place capitula et serait devenue
la proie des flammes, sans l'intervention de 1 evêque Conrad de Busnang, qui offrit
deux chevaux au chef de l'armée, avec prière de ménager cette ville appartenant à
son territoire.
Pendant la guerre de trente ans , elle fut occupée par les troupes impériales, sous
les ordres du général Schultz; en 1636, elle fut prise par les Suédois, qui y tinrent
garnison, et en 1642, elle se défendit avec succès, commandée par le colonel Moser,
pendant quatre jours contre le duc de Lorraine, qui renonça à s'en emparer.
L'origine de Dambach comme ville date de 1340; elle donna refuge aux habitants
de deux villages voisins, Altenweiler et Oberkirch , qui avaient été détruits dans les
guerres intestines du siècle précédent; c'est alors que l'évêque Berlhold de Bucheck
l'entoura de murs, de même que la petite ville de Bœrsch ; aussi chaque pas que l'on
fait dans ses rues montueuses rappelle les siècles écoulés; il en reste partout des
traces, depuis ses murs d'enceinte, ses portes, jusqu'à son Hôtel-de-Ville à pignon
crénelé, surmonté d'un campanile et orné des armoiries urbaines: deux ours au pied
d'un sapin ; depuis son église , ses maisons antiques à charpente sculptée , jusqu'aux
fontaines jaillissantes. On est étonné de rencontrer dans une chapelle rustique , en
dehors de la ville, sur une éminence, un véritable chef-d'œuvre de sculpture en bois,
Guerre
des paysans.
Dambach.
ENVIRONS.
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Dambach.
Bernstein.
Schlesladt
à vol d'oiseau.
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qui à lui seul vaut la peine d'un pèlerinage artistique à Dambach : c'est son autel. Ce
travail semble dater du dix-septième siècle, et nous regrettons de ne pouvoir, malgré
toutes nos recherches, proclamer le nom honorable de celui qui a ciselé dans le bois
avec tant de goût et de délicatesse ces fleurs et ces feuillages. Le dessin que nous
donnons n en exprime qu'une idée vague et imparfaite; il n'a pu reproduire les milliers
de boutons de fleurs, de fruits et de guirlandes dont il est paré. Les colonnes torses
quil encadrent forment un gracieux entrelacement; au milieu se trouve, dans une
niche l'enfant Jésus entre la sainte Vierge et sainte Madeleine; le Saint-Esprit, sous
le symbole de la Colombe, forme comme la pierre de voûte de ce cintre fleuri, et
au-dessus plane, au milieu de nuages et d'anges, la vénérable figure raphaëlesque de
Dieu le Père , donnant sa bénédiction des deux mains. Saint Etienne, percé de flèches
attache a un palmier, forme le couronnement de cet autel. Peut-être l'artiste a-t-iî
voulu fa,re oublier, par ce monument de paix et d'innocentes beautés, les sanglantes
souillures de la guerre de trente ans qui venait d'inonder le pays de ses horreurs
et auxquelles ramène involontairement, quand on fait le tour de la chapelle, l'ossuaire'
dans sa crypte. Depuis longtemps ces ossements reposent dans leur sombre demeure
et sur ces crânes desséchés on chercherait en vain s'ils appartenaient à l'armée de
Horn ou de Montecuculi , de Gœlz ou de Weimar; le bon homme qui loge dans la même
enceinte nous a dit qu'ils n'avaient pas la gloire d'avoir appartenu à ces arml
conquérantes de l'Europe, mais que c'étaient les restes des 12,000 paysans moissonné
par la mort a la bataille de Schenviller, et qu'on y transporta après la démolition de
I ancien ossuaire, élevé près de ce village.
Au-dessus de Dambach planent les ruines du château de Bernstein, au milieu d'une
magnifique forêt, aujourd'hui propriété de M. Dartein. Dans ces murs granitiques
logeaient jadis les baillis épiscopaux qui gouvernaient au nom de leurs puissants
seigneurs et qui, plus tard, vinrent résider à Benfeld. Après avoir joui du coup d'œil
imposant dans la plaine, sur sa tour, à l'ombre d'un sapin, dont les racines sont
cramponnées depuis des siècles dans les murs crevassés, on aime à se reposer dans la
chambre hospitalière du garde, qui habite avec sa jeune fanus, l'ami d'Érasme; parmi les derniers on remarque
Jean Hugon , chapelain de l'empereur Maximilien I-, Jacques Villinger de Schauenberg,
conseiller et trésorier du même; Beatus Arnoald, secrétaire du même et de Charles-Quint ■
Jacques OEchsel, secrétaire intime de Ferdinand I*. Maximilien II et Rodolphe II ele'
Beatus Rhenanus mourut en 1547 à Strasbourg et légua sa belle et nombreuse
bibliothèque précieux trésor pour ces temps, à sa ville natale; ces manuscrits, ces
doyens d âge de imprimerie, augmentés de beaucoup d'autres ouvrages provenant des
couvents sécularisés du temps de la révolution, furent sauvés de l'oubli, classés et
catalogues, grâce aux soins intelligents de M. Dorlan, avocat, possesseur d'un riche
medailler alsacien, et auquel Sehlestadt doit un précis historique et un éloge de Jean
Mentel ou Mentelin, dont nous avons parlé dans notre aperçu sur l'invention de
1 imprimerie; les savantes traditions de ces temps vivent encore en lui.
La Halle-aux-Blés, de construction moderne, nous est une preuve de la centralisation
du commerce d'un rayon assez étendu des environs de Sehlestadt; la pratique des
métiers, quelques fabriques, la sous-préfecture, le tribunal dont elle est le sié«e et
la garn.son v.vifient aujourd'hui cette petite ville forte, sur la limite méridionale du
département du Bas-Rhin.
A sept kilomètres au nord, nous avons encore à visiter un autre monument religieux,
qui. quoique de construction moderne, rappelle d'antiques souvenirs de l'établissement
du christianisme dans notre province: c'est Ebersmimster.
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Dans notre promenade dans les Faubourgs, en relevant l'origine de l'ancienne
chapelle de Saint-Michel, nous avons raconté la légende qui se rattache à l'abbaye
d'Ebersmùnsler 1 , et qui place le fait sous l'épiscopat de saint Arbogast. Or, comme
nous l'avons fait remarquer, il y a là évidemment un anachronisme, car la jeunesse
de Sigebert, le héros de celte légende, né dans la première moitié du septième siècle,
s'était écoulée bien avant l'épiscopat d' Arbogast, qui ne fut évêque de Strasbourg que
de 673 à 679. A cette tradition se rattache une autre relative à saint Materne, le
fondateur de l'église de Saint-Pierre-le-Vieux, qui doit avoir jeté les idoles du paga-
nisme dans l'ill, tout près d'Ebersmûnster, en s'écriant en allemand: Ihr Teufel fort !
(Arrière les diables!) d'où l'on fait dériver le nom d'un endroit dans le voisinage,
appelé encore aujourd'hui die Teufelsfurlh (le gué du diable); mais il n'est guère à
présumer que saint Materne, venant de Rome, ait employé la langue allemande, en
présence des soldats romains et gaulois qui occupaient alors l'Alsace, pour lancer son
courroux contre leurs dieux et prêcher celui des chrétiens. Il est vrai que dans ces
localités se trouvaient et se trouvent encore aujourd'hui beaucoup de traces en
monnaies et en iumuli qui indiquent que les Romains et les Gaulois y avaient un centre
d'habitations sous le nom de Novienlum, que portent les titres primitifs de cette abbaye,
qui prit plus lard le nom d'Apri Monasterium.
Les notions les plus positives qui nous soient parvenues à travers l'obscurité des
temps, sur les faits relatifs à cette légende, nous apprennent que sous ce même évêque
Arbogast, Attic, comte d'Alsace, et son épouse Bereswinde, aidés du concours de sainte
Odile, leur fille, doivent avoir fondé à Ebersmùnster une abbaye de l'ordre de Saint-
Benoît, dont saint Théodate, plus tard fondateur de Saint-Dié, fut le premier abbé.
Une preuve de cette liaison spirituelle entre Ebersnninsler et Hohenbourg semble
résulter de ce fait, que l'on a toujours révéré dans cette église une partie des reliques
d'Allic, et que les religieux de cette abbaye, aux fêtes de Noël, de Pâques et de
Pentecôte, desservaient l'église de Hohenbourg, où l'abbé devait officier lui-même le
jour de la Nativité de la Sainle-Vierge.
Richement doté d'abord par Attic et sa famille et plus tard par la munificence
d'autres seigneurs, cet établissement religieux s'éleva à un haut degré de splendeur et
maintint son existence à travers les siècles jusqu'au temps où la révolution supprima
les couvents. Il eut beaucoup à souffrir par les guerres qui dévastèrent le pays; en 1444,
par l'invasion des Armagnacs; en 1524, en devenant le quartier général des paysans
révoltés d'Epfig, de Dambach et des communes environnantes, qui s'y livrèrent à
d'énormes déprédations. En 1632, les Suédois, qui assiégeaient Schléstadt, établirent
leur hôpital dans les bâtiments de l'abbaye, et en l'évacuant, après la prise de cette
Ebersmùnster.
'Voyez Faubourgs, page 109 et 110.
ENVIRONS.
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*-*». ville, ils y mirent le feu ainsi qu'au vi „ age , et ce n'est qu'en 1645 que le monastère et
iegl.se furent reconstruits en bois sous l'abbé Specling. Au commencement de la
révolution de 1789, le 22 juillet et jours suivants, la fureur des paysans de la
commune et des environs se rua de nouveau sur l'abbaye; ils réclamèrent tumultueuse-
ment 1 abolition de la dîme , du droit de pêche et de chasse , de main-morte , ainsi que la
restitution de divers biens dont ils se disaient spoliés par les religieux. Le tumulte
eta,t a son comble, les paysans se livraient à tous les excès, et ils étaient même sur le
point de pendre le père Maurus Werner , cellérier; mais ce religieux, qui déjà avait la
corde au cou, dut la vie a sa présence d'esprit, en leur objectant qu'ayant tous les litres
et arch.ves sous sa main, il ne pourrait leur faire rendre justice s'ils exécutaient leur
criminel projet. Cet argument arrêta leurs mains homicides ; le calme fut enfin rétabli
par l'arnvée d'un détachement de troupes, venu de Schléstadt, qui mit fin à ces
scènes de barbarie. Cependant l'année d'après, le couvent ayant été supprimé, les vingt
et un religieux et les cinq novices qui s'y trouvaient furent obligés de le quitter en
emportant les meubles de leurs cellules; les calices, les ostensoirs, les burettes la
statue de la Sainte-Vierge en argent massif doré et les six cloches furent saisis' et
transportés à la Monnaie de Strasbourg ; les costumes sacerdotaux, meubles, tonneaux,
autels tableaux, subirent le mêm esort, et, pendant les guerres de la révolution sur le
Rhin, les bâtiments furent convertis en hôpital militaire jusqu'en 1797
Ces bâtiments ayant été vendus en 1801 , les trois cinquièmes en furent démolis et
>l * en reste plus sur pied que la partie formant avec l'église un vaste parallélogramme
laquelle devint fabrique de tabac jusqu'en 1811 , où, après l'introduction du monopole
du tabac, elle servit de magasin jusqu'en 1815.
La magnifique église abbatiale, dont nous distinguons parfaitement bien les trois
clochers depuis la plate-forme du dôme, est une œuvre d'architecture moderne et
témoigne de la richesse de cette abbaye de Bénédictins; cette église fut construite au
commencement du siècle passé, sous les abbés Rottelin et Fronhoffer. Les peintures en
fresque, qui en ornaient l'intérieur, ne furent achevées qu'en 1752, par un peintre
nommé Mœges; ce que l'on en voit encore aujourd'hui*, a été conservé par le
représentant du peuple Bailly, qu'une tournée faite dans le département amena à
Ebersmunster au moment où ces peintures disparaissaient sous le badigeon révolution-
naire, et qui ordonna la cessation de ce vandalisme, mais malheureusement quand la
plus grande partie en avait déjà été détruite. Des nombreux tableaux à l'huile vendus
et lacères dans ces temps, il en existe encore un très-beau , représentant la nativité du
Chnst. Sous l'administration préfectorale de M. Laumont, cette église fut convertie en
église paroissiale, et le produit de l'ancienne église communale, qui fut démolie, fut
eûïs:s^;:^r^:-£ Visions de sai,n jcan > ,a ^-^ *>»-*» «* ^^
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employé, en 1811, à réparer l'orgue, beau travail d'A. Silbermann, qui avait été Ebersmiinster.
dégradé par les brutalités révolutionnaires. Les bâtiments claustraux, abandonnés
depuis 1815, furent achetés en 1830 par M. Rothéa et forment aujourd'hui une maison
de noviciat des frères des écoles chrétiennes de Sainte-Marie de Bordeaux, où l'on
forme aussi de jeunes élèves pour l'agronomie 1 .
Après avoir fait la description du Haul-Rhin, la partie méridionale de notre Ostwaid.
panorama, rapprochons-nous de Strasbourg et continuons nos investigations dans ses
environs, à la droite du canal du Rhône-au-Rhin, où nous nous sommes arrêté. Là
pointe, au milieu de forêts et de prairies sur les bords de l'Ill, le clocher de la commune
d'Ostwald. Ce nom que nous avons jusqu'à présent employé pour la désigner est le nom
vulgaire qui vit clans la bouche du peuple, nom corrompu de Saint-Oswald , que reçut
celte commune d une fontaine à laquelle affluaient dans les temps reculés beaucoup
de pèlerins; on la désigne aussi sous le nom d'Illwickersheim. Elle appartenait au
territoire de la ville de Strasbourg et au bailliage d'illkirch et possédait, du temps de la
féodalité, son castel, détruit dans les guerres avec l'évêque Henri de Vehringen, au
commencement du treizième siècle. A raison de sa situation agréable sur les bords de
la rivière, de ses îlots et de sa forêt, Ostwald a été de tout temps un lieu visité par les
Strasbourgeois, et mainte barque pavoisée y conduit, dans la belle saison, de joyeuses
sociétés qui y font des fêtes champêtres ou s'y régalent d'une fraîche friture. C'est par
cette même raison que ces citadins y ont établi leurs maisons de campagne , auxquelles
se rattachent depuis 1610 jusqu'à 1700 les noms patriciens des Prechter, des
Zugmantel, des Mueg et des Bock de Gerstheim. Le châtelet d'Ostwald, entouré d'un
beau jardin, est aujourd'hui propriété de M. Schcettel-Kiem. Strasbourg, en perdant
ses droits seigneuriaux sur Ostwald, resta néanmoins propriétaire d'une partie de sa
forêt, dont les arbres de haute futaie avaient généralement disparu du temps de la
révolution.
En parlant de l'action des sociétés charitables en notre ville , nous avons fait mention Colonie agricole.
de l'impulsion qui leur fut donnée en 1830 et dans les années suivantes par l'administra-
tion municipale, et de la création de la colonie agricole d'Ostwald 2 . M. F. Schùtzenberger,
alors maire, eut l'idée de transformer ce terrain, d'environ 104 hectares de superficie,
vague, marécageux, graveleux, d'un rapport presque nul, en un terrain rendu
productif par la culture, et d'occuper, pour mettre fin à la mendicité, tous les bras
oisifs à ce travail, qui fournit à un grand nombre de malheureux une honnête
existence, asile et nourriture.
Après avoir élaboré avec soin son plan, il le présenta, le 23 décembre 1839, au
'Nous devons ces détails sur Ebersmiinster à l'obligeante communication d'un respectable vieillard, M. Hûrstel.
spectateur de ces- scènes.
2 Voyez Faubourgs, page 89.
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par Tri." , 6 JefnChement de b foré '. P» *" nivellements, des rehaussai,
de g' avier '" S ' "' "" '" *" f" C " emi " S Cre " S& P-WM— et replia
delrr/rr ia " din poiag r p,ani,! en fer a ^ ° ù m * ri — >- *•*•
ave d ,f s e l r e , U " e T ™ e ' C0 ' ,SiS ' a ' ,, 6 " ^ ■* ri H ««—■«
,"* a ''? S " dr °' le et a «"<**< ^rvan, de dortoirs, pouvaat loger chacune eue
qe aptame de colons, e, en quelques bâtiments servant d'ateliers. Chacun Isdëux
etables, b,en tsposées et aérées, peut contenir soixante bétes à cornes et nnTvaste
range sert a la conservation des provisions. Les bâ,i m e„,a, construit "
s,..o„ des bétes à cornes, des chevaux, etc., coûta à la ville n Z "m ^ r T"
les préfères années elle fn, obligée de faire les avances de fonds m aTs au „l r d
ZZ, ","" ^ ^ -«—'—-•exploitation, ce dotT s^n
m albe„,, U seL„ r s „ ns l vi ,0 " " *" *"""* » S °" «*■*«■ d °" 1
En .entrant d Ostwald, après avoir passé devant la charmante campagne ombrée
commencement de ce siècle. ueuione au
L'existence de ces tours qui environnaient la ville, prit naissance en même temps
ue ses prem.ers nmrsdencemte; elles étaient p.acées en debors, comme dlveeu
avancées tant pour la défense de la cité que ponr l'observation de l'ennemi "là a
a hedrale, ce pbare de la vnllée du Rhin, n'était pas encore construite , et' I
eghses qtn s'y tronvept aujourd'hui étaient de chétifs bâtiments
Plus tard, ]„rs de l'agrandissement de la ville, quelques-opes de ces tours-si.oaux
urep. com da „ s ,, ncciDle de sk [mii el, , acq •
1 end e actuelle, o„ en construisit six autres au quinzième siècle servant à I X
tourna , on. L une sur ,'emplacemep, de la tuilerie, à la droite de ,„ ronte de , e Tu ■
cow B n ; T" de près du Rhi - lo " du - a «-*• «° » " »"
m2; a TJ",Z ° e , '° UrS S ' aPPe ' aient daS WiC " ha ™>- ~ '-rompu de
meunaus, Wackmurm; la tro.stème, la Haute-Tour (floWtt) , sur la même route
Tour-Verte.
Tours-Signaux.
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en deçà d'IIlkirch, aujourd'hui auberge de ce nom; elle fut détruite, en 1678, par les Touos-Signaux.
Français; la quatrième était la Tour-Verte (Griinwarth) , construite en 1429 , reconstruite
en 1537, après qu'elle eut été incendiée et fendue par la foudre; la cinquième,
la seule qui existe encore, se trouve sur les bords d'un bras de la Bruche [le Breuscheck);
elle était, dans le premier quart de ce siècle, avec son belvédère, l'ornement d'une
charmante campagne, propriété du professeur en médecine Th. Lauth, où lesLauth,
les Schweighseuser, les Ehrmann et les Engelhardt, toute une famille de savants,
avaient leurs réunions; la sixième de ces tours, la Tour-Rouge [der rothe Thurm) , s'élevait
sur l'emplacement du cimetière de Sainte-Hélène et donna le nom à une petite église
fondée dans le temps à proximité.
Ces tours étaient environnées d'un fossé palissade avec ponl-levis, qui mettaient
leur petite garnison à l'abri d'un coup de main. Dans les guerres avec les évèques
Fréd. de Blankenheim et Guillaume de Diest, dans celle des Armagnacs, etc., elles
sont souvent citées dans nos annales; une perche, à laquelle on fixait un panier, était
le signal pour avertir les jardiniers- cultivateurs travaillant dans les champs de se
retirer en ville, quand les factionnaires qui les montaient voyaient approcher l'ennemi.
Des croix en pierre, plantées ordinairement près de ces tours, servaient à désigner la Croix des Bannis,
limite qu'il était défendu au banni de la ville de franchir (Aechterkreulz); saisi en deçà,
il était traité comme coupable de rupture de ban. Ces croix ont toutes disparu depuis
longtemps; Kunast nous en cite encore six qui existaient à la fin du dix-septième
siècle: l'une près de la Haute-Tour; l'autre près la Tour- Verte et la Montagne-Verte;
la troisième sur le chemin d'Eckbolsheim , à la hauteur de l'ancien couvent des
Chartreux; la quatrième près de la potence, hors la porte de Saverne; la cinquième
près de la Tour-Rouge, et la sixième en dehors de la promenade actuelle du Contades,
sur le chemin de Schiltigheim.
Nous venons de nommer la Montagne-Verte, que nous distinguons du haut de la
cathédrale, au-dessus de l'église de Saint-Thomas, au bouquet d'arbres qui l'ombrage;
de même que la Tour-Verte, ce n'est plus qu'une auberge portant cette enseigne, où
le dimanche, en été, on entend le son du violon animer les danseurs; c'est là que les
soldats de la garnison aiment de préférence à se délasser des fatigues de la vie militaire •
des souvenirs plus solennels s'y rattachent dans les temps passés. Nous avons déjà eu
occasion de désigner ce lieu , alors solitaire, sur les bords de 1*111 , où saint Arbogast vécut
comme anachorète, avant d'arriver à l'épiscopat. En 1060, ce refuge, qui avait conservé
son odeur de sainteté , étant en état de délabrement, deux chanoines de la cathédrale,
du nom de Charles et d'Evrard, peu jaloux de suivre l'exemple de leurs collègues, qui
quittaient la règle austère de leur communauté pour vivre dans le monde, y fondèrent
un couvent en souvenir de cet évoque. Ce couvent exista jusqu'en 1530, où, d'après le
chroniqueur Bûhler, les chanoines réguliers de Saint-Arbogast, sous le dernier prévôt
Montagne- Verie.
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Mo ntagne -v er , George W h remirent entre les mains du Magistrat, après que ,e plus grand nombre
«entre eux furent rentres dans le monde et engagés dans les liens du mariage. Le
b en S 'T a *™ -e pension viagère de 60 florins sur leurs revenus , et leurs
b en r iS V a(,m,mSlrati0n de ^««^ Lorsque Pévêque revendiqua ces
IZetol ' Mag,Strat ^ dém ° lir Ie C ° UVent et ***■ ■"*«** d'e deux
hautes tours, sous prétexte qu'ils pouvaient servir aux ennemis contre la ville en
Zl f Uerre ' 1 " '"^ fU, ' eilt empl ° yéeS ' ,a «■*««* ^ ,a porte Blanche.
S hertz dans ses Annotations à la Topographie de Bernegger, nous dit qua la fin du
Zrr , " eXiStak PlUS qUG ' e PUitS ' °" ^ de Saint-Jacques, et
quelques fragments de maçonnerie; déjà alors il y avait une auberge, et le pont actuel
remplace un bac sur lequel on passait la rivière en payant un Pfenning de droit.
Pendant que ces religieux occupaient encore leur couvent, Gutenberg, le Mavençais
v^t dans ces heux avec sa fem me Annele, de f 434 a 144, C'est *£ cette Z ri 1
que, tout en s occupant d alchimie, de la politure des glaces et des pierres fines il
-nventa le moyen de mu.tip.ier les manuscrits par la presse typographie, inven on
d n nous avons parlé p,us amplement dans nos promenades en ville à l'article d
1 Auberge du Parc, sur la place du Château-Épiscopal
LeSe hnack e nI oe h Une des promenades des plus belles et des plus variées que Ion puisse faire à
coZ 1 1 g ' 3 ^^ ChamPS ' Prairi6S arr ° SéeS P - dGS — tS d '-'
c ea et jardms, c est, sans contredit, quand on quitte la Tour-Verte en passant le
pont du ruisseau qu. longe la chaussée.
Un bras de la Bruche alimente dans ces environs un moulin appelé Moulin des
Cireux situe à proximité de cet ancien couvent et aujourd'hui propriété de
M. D. Lauth; un autre, propriété de M. Mùller, négociant, qui sert à casser les bois de
te.nture; pu,s un martinet de cuivre, et anciennement un quatrième près de la route
v.s-a-vis du bast.on connu sous le nom de Pâté, au milieu des marécages , c'était le petit
moulm des Huit-Tournants, démoli depuis. Sur l'emplacement de la troisième de ces
usines que nous avons devant nous en passant le pont ci-dessus mentionné, il existait
une papeter.e , un foulon et un remoulage ; mais ces bâtiments furent démolis en 1 677 à
«approche de l'armée française. En 1685, après la reddition de Strasbourg, Nie Hertïèn
tty^ banquiers ' firent l'acquisition de ce terrain et du droit de cours d'eau pour
3000 florins et y établirent ce martinet de cuivre. Tout près , une usine servait à la ville
pour sa fabneation de poudre à canon ; elle fut vendue à la même époque à des particuliers
pour 636 florins et était connue sous le nom de Mansische ou Reichard'sche Pulvermùhle.
We la , nous arrivons à une maison solitaire , ancienne auberge , sise dans un bas-fond ,
entourée de touffes d'arbres sur les bords de l'eau, ce qui lui a sans doute donné le
nom de Schnackenloch , à cause des milliers de cousins qui , en été , vous y incommodent
e leurs p.qures, inconvénient que, du reste, on trouve partout autour de la ville à
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proximité des eaux courantes et des marécages. C'est notre fléau à nous, comme les Les Anabaptistes:
moustiques aux habitants des tropiques. Celle maison isolée, de même que la forêt
d'Ostwald et celle d'Eckbolsheim, servait de point de réunion aux nombreux anabap-
tistes qui, sous la conduite d'un de leurs chefs, Nicolas Storck, ancien moine et ami de
Miintzer et de Pfeiffer , vinrent dans le pays, en 1526, après l'exécution de ces deux
derniers et après la rude bataille où beaucoup de ces sectaires avaient trouvé la mort.
Le sénat, tolérant et hospitalier envers tous les réfugiés pour cause de persécution
religieuse, les reçut à bras ouverts et leur accorda même à bas prix le droit de
bourgeoisie. Strasbourg fourmilla alors de ces chefs de sectes, dont chacun proclamait
son dogme le meilleur et le seul vrai.
On y vit arriver alors Balthazar Hubmôr, un des plus savants et des plus spirituels
dans la secte des anabaptistes, qui, par ses sermons et son exemple, avait poussé les
habitants de Waldshut , sur le Rhin , à prendre pari à laguerre des paysans; Jacob Gross ,
pelletier, aussi de Waldshut ; Guillaume Echsel, cordonnier du Valais ; George Tucher ,
de Wissembourg; Michel Sattler, de Stauffen, eu Suisse; Jean Denck, recteur de
Nuremberg, homme savant; Louis Hâtzer, ancien prêtre, poëte et savant de Bischofs-
zell, en Thurgovie. Tous ces hommes avaient leurs adhérents, qui se réunissaient, les
uns dans les églises, les autres en conciliabule dans des maisons particulières, entre
autres, chez un tailleur du nom de Ziegler, au faubourg de Pierre. Ils prêchaient contre
le baptême, contre le droit des autorités, contre la peine de mort, contre le serment;
il y en avait même qui proclamaient la liberté illimitée pour chacun de faire ce qu'il
voulait. Un des illuminés les plus turbulents, qui était venu de Benfeld, se laissa même
aller à des voies de fait, en voulant jeter en bas de la chaire, à la cathédrale, le
prédicateur Zell. Enfin le Magistrat, fatigué de ces extravagances et voulant mettre fin
aux désordres qui en résultaient, expulsa de la ville tous ces sectaires et fit même
condamner à mort, comme blasphémateurs, quelques-uns d'entre eux qui avaient
attaqué la divinité de Jésus-Christ et la sainteté de la Bible. Balthazar Hubmôr alla en
Suisse et de là à Vienne, où il fut brûlé vif en 1529; Michel Sattler subit le même sort
à Rolhenbourg, sur la Tauber, en 1527, et les anabaptistes, qui étaient restés dans le
pays, eurent leurs réunions et prêches dans ces diverses localités.
Celte secte, si farouche à l'époque de sa naissance, s'est transformée complètement;
ce sont aujourd'hui des gens paisibles, laborieux, habitant généralement des fermes
isolées et cultivant les terres environnantes avec soin et intelligence , en pratiquant aussi
l'art vétérinaire; ils se distinguent par une probité rigide, par l'amour de l'ordre et de
la propreté; le touriste, qui visite nos montagnes, est sûr de rencontrer dans leurs
habitations une franche hospitalité, une pureté de mœurs, une simplicité patriarchale
qui parle au cœur et à la raison. Au commencement de ce siècle on en rencontrait
encore beaucoup comme fermiers dans des campagnes de laRobertsau, à l'ancien
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Cimetière
de Saint-Gall.
128 FRANCE.
Les Anabaptistes, couvent des Chartreux et autres lieux des environs de la ville; mais aujourd'hui ils ont
disparu, et même dans nos montagnes ils deviennent de plus en plus rares; c'est que
depuis longtemps ils ont formé l'avant-garde de ces milliers d'émigrants qui quittent le
sol de l'Europe pour chercher un meilleur avenir dans les régions encore incultes et
moins peuplées des États-Unis; ils sont allés rejoindre les quakers, leurs confrères,
et un anabaptiste, à longue barbe, en capote grise à agrafe en place des boutons, sa
femme à bonnet noir et jupe bleue ou grise, aux manches de chemise resplendissantes
de blancheur, est aussi rare à rencontrer en ville qu'un frère capucin.
En quittant l'ancienne auberge du Schnackenloch , on tourne par un sentier l'ancienne
campagne Lauth et on arrive au cimetière des Israélites, où les pierres tumulaires,
tournées vers l'Orient, désignent, d'un côté en caractères hébraïques, au revers en
caractères français ou allemands, les tombes des défunts. De ce lieu de repos, en
suivant le sentier et en longeant les bords du ruisseau, on arrive sur une éminence
d'où l'on domine au sud un riant paysage entrecoupé de bouquets d'arbres, et a l'est la
ville avec ses églises, ses fortifications, ses casernes, et au fond la chaîne onduleuse de
la Forêt-Noire. De ce point et de la hauteur de Schiltigheim, on jouit du point de vue
le plus pittoresque sur Strasbourg. Par un chemin creux, en longeant des jardins, on
arrive à un autre Campo sanio: c'est le cimetière de Saint-Gall avec ses sombres allées
de sapins et de tuyas qui ombragent les tombes. Ce cimetière, comme nous lavons
déjà indiqué autre part, fut établi par ordonnance du sénat, en 1527, près d'une
chapelle dédiée à saint Gall eten reçut le nom 1 . Le dimanche 19 septembre 1444 , quand
les Armagnacs occupaient le pays, un brouillard épais reposait le matin sur la
campagne, et quand la porte de ce faubourg fut ouverte et qu'un corps de 600
bourgeois armés en sortit pour faire une reconnaissance, tout à coup un autre corps
ennemi, caché dans les sinuosités de terrain de Saint-Gall, fondit sur eux, en tua
quelques-uns et fut sur le point d'entrer pêle-mêle avec eux en ville, quand les
Jardiniers-faubouriens accoururent et les forcèrent à la retraite.
Dans l'historique de ce faubourg, nous avons déjà dépeint l'état de ces lieux, quand
de ce côté s'étendait, en dehors de la ville, le village de Kcenigshoffen , dont il ne nous
reste pour tout souvenir que l'enseigne de l'auberge, au-dessus du rendez-vous des
anabaptistes, à gauche de la route de Paris. Il y a une trentaine d'années, cette auberge
était tout isolée sur la roule; depuis, une agglomération de cassines s'y est formée et
ressemble presque a un hameau prédestiné à former plus tard une nouvelle commune,
comme le Neudorf, au sud de la ville.
Au nord-ouest de Strasbourg, entre la route de Paris et celle de Mayence, s'ouvre
une vaste plaine, d'une lieue de largeur, qui s'étend depuis la limite des fortifications
'Elle fut fondée, en 1282, par Goselin Kurnagel, chanoine de Saint-Thomas.
Kônigslioffen.
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de Hausbers;en
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jusqu'à la colline au pied de laquelle sont situés les trois villages de Hausbergen et de
Mundolsheim ; elle n'est coupée que par une seule ligne d'arbres qui bordent la de Hausber S en -
route du Kochersberg, ancienne route postale, par les chemins de fer de Bâle
et de Paris, et pas le moindre cours d'eau n'en interrompt la continuité. C'est la partie
la moins intéressante a l'œil de notre panorama, mais la plus riche, par contre, sous
le rapport de la culture ; car elle se compose des meilleures terres de nos jardiniers-
cultivateurs, et un arpent de ce terrain ne vaut pas moins de deux à trois mille
francs. Celte vaste plaine a servi, à diverses époques, de champ de bataille, et nous
ne voulons pas parler ici de ces combats d'escarmouche que nous avons eu souvent
occasion de signaler dans nos guerres intestines du moyen âge , alors qu'une poignée
d'hommes d'armes se ruait sur l'autre, et que l'incendie, la dévastation et le pillage
étaient le cortège obligé de ces luttes déplorables. La première de ces batailles , dont
nous allons faire la description, ne nous apprend pas seulement à connaître l'art
stratégique de ces temps, mais elle fut un de ces faits d'armes qui décident du sort
des parties belligérantes. Elle eut lieu à une époque où l'Allemagne entière était livrée
à une profonde anarchie, d'où elle ne fut tirée que parla main énergique de Rodolphe
de Habsbourg, élu sur le trône en 1273. La puissance spirituelle des papes et la puissance
temporelle des empereurs se livraient de rudes combats; excommunications et destitu-
tions étaient à l'ordre du jour, et au milieu de ce conflit, petits et grands, réalisant le
proverbe: tel maître, tel valet, travaillaient tous à s'agrandir par l'usurpation. De
ce frottement continu, par lequel les puissances sacerdotale, impériale et féodale
s'affaiblissaient réciproquement à l'intérieur, pendant qu'elles s'épuisaient au dehors
par les croisades, sortit l'émancipation robuste des communes, commencée parla
formation de la ligue anséatique dans le nord de l'Allemagne, et dont auparavant
déjà l'Italie avait donné l'exemple.
Les évêques Henri de Vehringen, Berthold de Teck et Henri de Stahleck, qui
occupèrent le siège épiscopal de Strasbourg, depuis 1207 jusqu'en 1260, armés delà
puissance cléricale et temporelle, avaient perdu dans ce vaste naufrage anarchique et dans
ces usurpations une partie de leurs pouvoirs, quand Walter (Gauthier) de Géroldseck, de
la puissante maison des Géroldseck Mahlberg et Lahr, dont nous avons déjà parlé 1 , devint
leur successeur. Cet homme d'Église, d'un caractère allier, dominant et belliqueux
déploya un grand luxe en prenant possession de son siège. Sa première messe fut célébrée
avec une pompe inusitée jusqu'alors; son neveu, l'abbé de Saint-Gall, fit son entrée à
Strasbourg avec mille hommes à cheval ; son oncle, abbé de la riche abbaye deMurbach ,
avec cinq cents, et une nombreuse suite de comtes, barons et seigneurs y prit part.
Mais à peine ce prélat s'était-il saisi des rênes de son gouvernement, qu'il revendiqua
'Voyez Environs, page 31.
ENVIRONS.
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d'anciens droits dont avaient joui ses prédécesseurs, et que la noblesse et les hommes
libres, composant le sénat, s'étaient arrogés insensiblement. L'un, fort de ses droits, les
autres, forts de leur pouvoir, ne voulurent pas céder; l'évêque, résidant au dehors, se
tourna alors vers les corps de métiers, et, dans un manifeste qu'il leur adressa, leur
dépeignit l'oppression que faisait peser sur eux l'oligarchie nobiliaire, et vanta le régime
paternel dont, selon lui , ils avaient toujours joui sous le pouvoir de l'Église. La lecturede
cette proclamation fut défendue sous peine de mort , et le peuple prit mi intérêt plus vif
et plus actif à la cause de ses foyers qu'à celle du prélat ; les deux partis s'armèrent,
l'évêque lança l'anathème sur la ville , et une guerre acharnée , qui éclata au printemps
de 1 261 , du t vider cette querelle. Le clergé et sa noblesse feudataire quittèrent Strasbourg,
à l'exception du grand-doyen et du grand-chantre des chanoines delà cathédrale, Henri'
deGéroldseck, le cousin de Walter, de la branche des Géroldseck des Vosges, qui tenait
àrester en bons rapports avec la ville, etqui en recueillit plus tard les fruits en devenant
le successeur de son fougueux parent; le sénat lui adjoignit quelques autres prêtres
étrangers à l'autorité épiscopale qu'il fit venir pour la desservance des églises.
L'armée épiscopale fut très-nombreuse; tous les nobles, ses vassaux , l'archevêque
de Trêves avec une armée de 1700 hommes, les abbés de Saint-Gall et de Murbach
avec leurs contingents, y prirent part. Rodolphe de Habsbourg, puissant dynaste delà
Suisse, déshérité par son oncle, le comte de Kybourg, qui avait légué ses terres à
leveche de Strasbourg, amena de même un fort contingent à l'évêque, clans l'espoir
de les regagner par cet acte de dévouement. Strasbourg fut serré de près , et l'armée
assiégeante vint camper à Eckbolsheim, à Kœnigshoffen , à Hausbergen et dans les
environs; toutes les communications avec la ville furent interceptées pour empêcher
l'introduction des provisions de bouche; dès le commencement des hostilités, les
Strasbourgeois , dans une sortie, démolirent de fond en comble, en nivelant' ses
fossés, le château épiscopal de Haldenbourg, au-dessus deMundolsheim , dont il reste
encore quelques pierres pour toute trace; ils prirent un convoi d'armes et d'armures
appartenant à l'archevêque de Trêves, et se tinrent sur une respectable défensive.
Après un petit combat sans résultat , qui eut lieu près de l'église de Sainte-Aurélie , entre
les Strasbourgeois et les troupes épiscopales , dont l'intention était de forcer l'entrée
de la ville, une (rêve fut conclue, sous la médiation dequelques chanoines et d'autres
seigneurs , pour le temps de la moisson et des vendanges. A la reprise des hostilités,
en automne, la position de Strasbourg s'était améliorée de beaucoup. L'évêque, par sa
morgue hautaine, s'était aliéné Othon et Bourcard d'Ochsenstein, Walter de Gierbaden,
Conrad de Fribourg, Henri de Neubourg, qui le désertèrent avec leurs hommes
d'armes pour se rallier à la ville.
L^abbé de Saint-Gall, Hartmann, comte de Kybourg, et Rodolphe de Habsbourg,
suivirent leur exemple, tant par dépit que par intérêt; ce dernier, qui avait réclamé,
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de Hausbereen.
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pour prix de ses services, la restitution des domaines dont son oncle l'avait déshérité
dans un accès de colère , fit le serment, au refus de Walter, qu'aussi longtemps qu'il
pourrait manier l'épée, l'évêque aurait en lui un ennemi mortel. Rodolphe accepta de suite
la charge de capitaine des troupes de la ville, que lui offrit le sénat, charge dont il avait
déjà été investi, en 1228, comme jeune homme de dix-huit ans, et tous ces seigneurs,
avec leurs vassaux, firent leur entrée solennelle à Strasbourg, au son des cloches et aux
applaudissements de toute la population , et jurèrent , devant la cathédrale , une alliance
offensive et défensive contre l'évêque et ses alliés , avec un dédit de 4000 marcs d'argent
contre celui qui la romprait; c'était le 21 septembre 1261.
Quoique les moissons et les vendanges eussent rendu abondamment, le défaut de
débouchés fit néanmoins beaucoup souffrir les campagnards, qui non-seulement ne
pouvaient écouler leurs produits en ville, mais étaient encore continuellement exposés
à se les voir enlever par les Strasbourgeois, dont les nombreuses sorties, courageuse-
ment tentées sur le territoire épiscopal, en deçà et au delà du Rhin, avaient surtout
pour but de faire de pareilles captures. A l'une de ces sorties, versBreuschwickersheim,
dans l'intention d'y détruire le château, l'évêque accourut de Molsheim avec ses
troupes, et força à la retraite les Strasbourgeois, dont un grand nombre, ayant goûté
outre mesure le vin nouveau, trouvèrent la mort dans les caves; dans leur retraite ils
mirent le feu aux villages d'Achenheim, de Schaeffolsheim et de Wolfisheim. L'évêque,
de son côté, incendia les villages appartenant à la noblesse strasbourgeoise, détruisit
leurs moissons et leurs vignes et distribua leurs biens à ses feudataires.
Ce n'est pas seulement sur le territoire des environs de Strasbourg que s'étendirent
les opérations guerrières ; Rodolphe de Habsbourg envahit le Haut-Rhin avec ses alliés
et tâcha d'y agrandir ses domaines au préjudice de ceux de l'évêché; il s'empara de
Colmar', de Mulhouse, de Kaysersberg et d'autres points; c'est pendant qu'il était
occupé à ces actes de vengeance et d'intérêt personnel que les Strasbourgeois
remportèrent la victoire éclatante de Hausbergen.
Comme nous l'avons déjà vu, Haldenbourg était tombé sous les coups des ouvriers
strasbourgeois; un autre point stratégique qui leur portait ombrage et dominait la
route de Brumath et de Haguenau, c'était l'église de Mundolsheim avec sa haute tour,
son cimetière et son enceinte murée. Le mercredi 8 mars, une expédition militaire
sortit à pied et à cheval , avec un transport d'ouvriers en tout genre pour démolir ces
quasi-fortifications. L'évêque en ayant reçu avis à sa résidence au château de Dachstein ,
les cloches d'alarme furent aussitôt mises en branle dans toutes les communes envi-
ronnantes, pour appeler sous les armes soldats et vassaux; en quelques heures
6000 hommes s'étaient rassemblés, et 300 chevaliers, armés de pied en cap, sur leurs
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de Hausbergen.
1 Voyez Environs, page 78, noie.
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S,«in ' 10CSi " SO " na ' M penda " t ^ e ''^laacba urbaine
grossissant incessamment, sorlait bannières déployées de la ri,é „„ ■
des leurs , cens-ci se rephan, sur Obe^eT^ ^TLl^
sz::! e :;: for,s d ; ,a t- au ~ °- ia — «ir*
cre T , " e ae ''" ièle ' ™ ya " CeS bt,u ''8 eois ^cendre de la colline
,a :::;:: s prenai r ' la fui,e deïa - 1 e,,x ; mais * ■*- «»< - -
aaauuer sans le concours de sa nombreuse infanterie, quelle- avait laissée derrière
■ Le capitaine Raimband Liebenzeller, qui commandait l'expédition de Muudolsheim
serra cord.a emçn, a main à NicolasZorn , arrivant à ,a tète de ,„ pbalanglu ,
•«.et, et vos robustes poignets vous préservent! ,e serai le premier à c,lr mon
■sang et ma vie pour nos familles! . 1 et a sacnlte. mon
Apres cette chaleureuse allocution , Liebenzeller ordonna le plan de baille- Il
dtvtsa les 300 archers e. arbalétriers en deux cerps, qni devaient 11 nqnet la v lerië
strasbourgeotse, e, alterner leur tir, de manière que, pendant q„'„, e moi, St ai
a a, 11,, par le flèches, fut tenue en échec e. empêchée de prendre par, au combat. Le
g. os de 1 nfan.er.e pr„ P os,„o„ derrière la cavalerie pour la soutenir e, pour tuer les
chevaux de leurs adversaires e, désarçonner les cavaliers ; car, disait-i, , si vous mel à
p,ed cette chovalene couverte de fer, non-seulement elle sera à vous, mais ZZZ»
pas a la cramdre an cas que vous soyez obligés à la relraite
Hugon Kuchenmeister et Henri Eiche furent nonces chefs des archers e. de
lmfa„.er,e, e,ces deux corps leur pré,èren, le serment d'obéissance Quel*
guerrmrs expér.men.és de la chevalerie épiscopale, en voyant le nombr d^s S,™
uTrr;, :i :t u r s q ,;' ils avaiem prises pou - ie * «-«« « X
cugâLdé h »^™« h foug-nx évêque, les traitant de lâches, les
engagea dedatgneusemen, a se retirer, s'ils n'avaieu, pas le courage de se battre à ses
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côtés; ils restèrent dans les rangs et y trouvèrent la mort. Enfin l'infanterie épiscopale
approcha.
Pendant que les deux armées étaient en vue l'une de l'autre , le chevalier Marx
d'Eckwersheim sortit des rangs slrasbourgeois, et, la lance en arrêt, attaqua le chevalier
Beckelar dans les rangs épiscopaux; le choc fut terrible, les lances se brisèrent en éclats
et les deux chevaux tombèrent morts surplace ; les Strasbourgeois présentent un autre
cheval à Marx, dont l'adversaire fut tué en combattant; après ce duel, la mêlée devint
générale. L'évêque Walter donna l'exemple d'une bravoure chevaleresque; après
avoir eu deux chevaux tués sous lui, l'épée en main, il combattit longtemps à pied;
mais, docile aux ordres de Liebenzeller, l'infanterie strasbourgeoise , et surtout les
corporations des bouchers et des pelletiers , s'attaquant particulièrement aux chevaux ,
leur coupaient les jarrets, et en peu de temps une grande partie de la chevalerie
épiscopale, obligée de combattre à pied sous ses lourdes cuirasses et cottes de mailles,
tomba sous les coups de l'infanterie. En vain Walter appela-t-il la sienne au combat ;
retenue parla pluie de flèches que les Strasbourgeois lui décochaient sans cesse, elle
n'osa s'approcher, et bientôt le sort de la bataille se décida en faveur des habitants de
la ville.
L'évêque enjamba un troisième cheval, et, accompagné de Bourcard Murnhart et de
Wolf Meygenreich, il prit la fuite, poursuivi par les nôtres jusque sur la colline; mais
ils ne purent l'atteindre. Ce fut le signal d'une déroute complète, pendant laquelle les
armes strasbourgeoises firent encore de terribles ravages. Treize cents hommes de
l'infanterie épiscopale furent trouvés morts sur le champ de bataille avec soixante et
dix chevaliers. Parmi les nombreux prisonniers, il y en avait quatre-vin^t-six de la
noblesse, et notamment le landgrave Philippe de Werd , le grand-maréchal de
l'évêque, seigneur de Hunebourg, trois de la famille de Landsperg, des d'Andlau etc.
Les mains leurfurent liées avec les mêmes cordes que l'évêque, dit-on, avait apportées
avec lui pour pendre le sénat de cette ville récalcitrante. Après le pillage du champ de
bataille et l'inhumation d'une partie des morts, les héros de la journée, chargés d'un
riche butin, firent le soir leur rentrée triomphale en ville, au son de toutes les cloches
et aux acclamations des femmes, des enfants et des hommes restés pour sa défense.
Au dire du chroniqueur, qui relate cette victoire avec tous ses détails, il n'en manquait
qu'un seul à l'appel : c'était un boucher du nom de Bilgerlein, fait prisonnier de «uerre
et massacré à Geispolsheim.
Fiers de leur bravoure et couverts de sang et de blessures, ces bourgeois guerriers
se dirigèrent vers la cathédrale pour remercier le ciel de la victoire qu'il leur avait
accordée, emmenant avec eux leurs prisonniers nobles qui furent enfermés au fond du
chœur et dans les dortoirs du Bruderhof.
Dans la nuit , l'évêque fit visiter le champ de bataille et enterrer un grand nombre
Bataille
de Hausbergen.
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deHaSgen. J 6 ^.cherchant à trouver parmi eux son frère Hermann Okef de Géroldseck
Landvogt d Alsace, afin de lui faire donner une sépulture honorable, conforme à son
rang eleve; mais ne le trouvant pas , il le supposa prisonnier dans les mains de ses
ennenns. Le lendemain, atterré par celte perle et par l'humiliation qu'il avait subie, il
envoya quelques chanoines à Strasbourg, leva l'anathème et fit faire des propositions
de paix , en réclamant , pour son frère et pour les nobles prisonniers , les ménagements
des vainqueurs. Ce dernier, ne se trouvant pas parmi les prisonniers, le séuat promit une
recompense de cent marcs d'argent à celui qui le présenterait, en menaçant de la
peme de 1 exil et de la saisie de tous ses biens tout bourgeois de la ville qui le 'retiendrait
prisonnier sans en faire la reddition. Dès lors un pauvre homme se montra devant le
sénat et fit la déclaration qu'il avait trouvé après la bataille, gisant par terre parmi les
morts et moribonds et couvert du sang provenant d'une large blessure à la tête un
chevalier a riche armure ; que celui-ci lui avait fait connaître sa haute dignité et promis
une récompense pour les soins qu'il lui donnerait; mais, sachant alors que c'était le
frère de 1 évêque, il l'avait tué impitoyablement, et ne pouvant ôter les précieux bijoux
qu.1 portai à ses doigts, il lui avait coupé les deux poignets et lavait jeté dans une
osse avec d autres victimes de la journée. A l'appui de ce qu'il disait, il présenta les
deux mains ensanglantées du Landvogt et montra Je lieu de son enterrement. On retira
le cadavre de sa tombe et on l'envoya à Walter, qui le fit inhumer dans l'église de
Dorhshe.m ou, onze mois plus tard, laitier prélat, miné par le chagrin que lui
causèrent 1 abandon de tous ses alliés et sa propre humiliation, trouva de même sa
tombe a côté de celle de son frère. Le pauvre bourgeois reçut la récompense promise
Cette victoire éclatante donna un immense relief guerrier aux armes des Strasbour-
geo.s; partout où ils arrivaient dans leurs excursions, la panique les précédait et le
nombre de leurs alliés s'accrut de jour en jour. Les sommités ecclésiastiques, les
cap.tula.res de la cathédrale, des grands seigneurs, jusqu'à l'empereur Richard et le
père du prélat, le comte de Géroldseck, intervinrent pour amener la conclusion dîme
paix durable; mais le caractère indomptable et vindicatif de l'évêque, le ressentiment
qu il nourrissait dans le cœur, ne purent le décider qu'à d'insuffisantes concessions qui
n étaient pas même franches , car, à une diète réunie à Haguenau , il lança des paroles
de colère contre Strasbourg et promit de prendre une terrible revanche quand les
quatre-vingt-six prisonniers retenus par elle seraient affranchis. Les délégués stras-
bourgeois , puisant des soupçons dans ces paroles menaçantes , rentrèrent promptement
en ville; on visita les dortoirs des prisonniers, et on trouva qu'ils avaient coupé leurs
chaînes avec des limes, et que sous la paille, servant de gîte à l'un d'eux, ils avaient
pratique une large ouverture communiquant à une cave et à un passage souterrain
creuse dans une maison voisine qui devait bientôt leur servir de chemin de fuite. Cette
neureuse découverte, provoquée par les paroles indiscrètes du prélat, augmenta la
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rigueur de leur détention, et ce n'est qu'après la mort de Walter, le mercredi des Bataille
cendres 1263, qu'ils furent rendus à la liberté contre de fortes rançons, grâce à de Hausbergen -
l'intervention de leurs familles alliées aux Strasbourgeois et au caractère conciliant de
Henri de Géroldseck, successeur du belliqueux prélat dont le passage de quelques
années sur le siège épiscopal avait jeté le malheur et la désolation dans le pays.
En souvenir de la victoire de Hausbergen , le sénat ordonna l'érection de quatre
statues, qu'il fit placer contre des maisons, l'une près de l'église Saint-Nicolas, l'autre
dans la rue de l'Homme-de-Pierre, qui en reçut le nom, la troisième dans la rue du
Bouclier, contre la maison habitée anciennement par le général de Rosen, et la
quatrième dans la rue Sainte-Etienne. Un buste colossal d'évêque et d'empereur au
musée archéologique de la bibliothèque de la ville doit provenir, dit-on , de ce temps.
Dans les litres de propriété de la maison de M. Bœswilwald, au coin de la rue des
Orfèvres et des Hallebardes, nous avons trouvé que celle en face appartenait à la fin du
treizième siècle à un Liebenzeller. Était-ce alors l'habitation du vaillant capitaine qui
commandait en chef à la bataille de Hausbergen? Nous l'ignorons; mais aujourd'hui
ce nom ne vit plus dans la population strasbourgeoise.
A cette même plaine vient se rattacher le souvenir de deux autres batailles livrées Bataille
dans les temps modernes et dont un grand nombre parmi nos concitoyens ont de la Souffeibach.
été témoins ou même acteurs.
Quand , après le retour de Napoléon de l'île d'Elbe, une nouvelle coalition se forma
contre la France, il ordonna la création d'une armée d'opération sur le Rhin , sous le
commandement du général Rapp. L'effectif de 40,000 hommes, auquel devait être
portée cette armée, n'exista que sur le papier, et Rapp, en se retirant des lignes de
Wissembourg devant des forces beaucoup supérieures, ne put pas même se tenir sur
la ligne de la Moder après le combat de Surbourg, le 25 juin 1815, et se replia sur
notre ville. Il occupa les villages de Schiltigheim , Bischheim et Hœnheim, Illkirch et
Graffensladen , et établit un camp retranché dans la pointe du triangle que forment
les routes de Brumalh et du Rhin, sur le cimetière de Sainte-Hélène, qui en porte
encore la trace dans le profond fossé qui le longe au nord; ces points avaient été occupés
l'année précédente par les troupes alliées quand elles bloquaient Strasbourg. Ne pouvant
pas opérer par l'attaque, il prit le parti de rester sur la défensive avec d'autant plus de
raison que le Haut-Rhin était envahi de même par des forces ennemies bien supérieures.
Déjà la désastreuse bataille de Waterloo du 18 juin avait de nouveau abattu les dernières
chances de fortune de Napoléon, et l'ennemi était en pleine marche sur Paris,
quand, le 28, l'armée alliée, formée de troupes wurtembergeoises et autrichiennes,
sous le commandement en chef du prince de Wurtemberg, aujourd'hui roi, attaqua
l'armée de Rapp; c'était par une chaude journée d'été, et les champs de blé, sur le
point de mûrir, couvraient celle vaste plaine. Pendant qu'au dehors on entendait
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Bataille
de la Souffelbach
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la 22Zlu " f T" ade ' e ", " e " anS ^ * Ti " e " gé " é "" e ™° hU °™ "- —s
Jd garnison et Ja garde nationale.
sW,T ^ * 'T ^ bi " ai " " 6S FranÇaiS ' ' Cheïa ' SUr h ™' e ^ ■"»•<■.
27 7 ' "' ' a gaUChe S " r L »™P»*«»». Mundbtaheim e. Nie-
"t vtt s ' eDgagea sor iome ,a ,i »" M ' au mii - «* - «»»».
de Mes a la gauche de la route de Brumalh, de vigoureuses charges de cavalerie
mur le 2 rg 7r 0rCèr0n ' n " fa " lerie fra " ÇaiSe »^<™ ea,4 ponrsonten
eur choc les .roupes françaises turent obligées d'abandonner les villages de
uuT" e ' m !" Sm ^ eM " ' » «-- * •* %ne de ba.aille, en
tau<l, S que le gênerai Beurmann se soutenait courageusement avec le 10- léger à
Mundolshe.m. M a,s, du cô,é de Hcenheim , raillerie et une vigoureuse charge de nos
dragons, m.ren, en fuite l'aile gauche ennemie s„ r Ja route d„ Rhin, et nos tëês
r mes purent attaquer de flanc ses colonnes sur la route de Brumad, no, e g at
echelo ee en carres, se reforma e. avança,, appuyée par le ,0- léger soc an, de
Mundoshcm, de sorte que le gros de l'armée wurtembergeoise, attaqué de fla c de
'T,r : g :: s ° t \r\ r de T: ,e temia • quand ie «*■*»' *» ^ -
No,, e inf X s" , i ! *TT' "" '"' *™ '""^"^ « " bo '"—
Snnflel T , , S P0?eC SUr '°"' e la "P" dra ha °"^ <=n deçà de la
ff bach , tand.s que la cavalerie s'étai, je.ée dans le ravin au delà des aubL de
S « weyershemt, don, les mnrs, percés par les balles e, les boulets, ressemble
UO c, ,ble. Ce point présenta,! un spec.acle affreux : le feu de notre infanterie porta,, „ar
sa pos,„„„, vers la ,é,e des fan.assins ennemis, ,a„dis que leurs balles, Xm ^
erre ou ne blessau, qu'aux jambes , faisaien, un fen bien moins meur, rier; ne,
arge ,mpe,ue„se de cavalerie contribua encore à joncher le terrain de morts e,
blesses D après le cappor, du général Rapp, ce„e bataille de la Souffelbach a con.eaux
Fr nça.s qua.ee p.èccs de canon avec 7»0 hommes hors de combat, tandis que la pe,,
de Icnnem, fui évaluée à plus de 1500 morts et aman, de blessés
démé„ a ,ié' a 7"TT d ' Une alla< " ,e • ^ benU<:OU P prieure « "ombre, ne peu, pas être
demenue, a défense sou.enne pac la valeur, se .ransforman, d'un autre côte en
attaque par le succès, prouve que l'enthousiasme dans nue acmée bien aguerrie supplée
a nombre; car nous avons toujours sous nos veux ces solda* français en pantalons
blancs, couvées de sueur e, de poussière, sortir des nombreuses ambulances formées
pardes eh,r„cg,en S milbaires e, civils, après avoirfai, panser leurs blessures saignant*,,
etournec an combat aux cris de ,w l'erreur! Quand le fen eu, cessé vers le soir,
ce ne f„, pas cbose hae de recnei| „ r |es Wess , s sur M vasie ^ ^
aûènL , CeSmag ° ^ Chamî>S de MéS 'O"' 4 * aux P ie ' ,s fe comba„a„,s. Le
sdenee de la „„„ e,a„ souven, interrompu par leurs gémissements, e, même deux jours
cm
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Bataille
de la Souffclbach.
FRANCE. , 37
après l'on trouvait encore de ces malheureux que les soins des hôpitaux ramenèrent à
la guérison. A ces terribles scènes de guerre se joignit le lendemain un spectacle non
moins désolant; des colonnes de fumée et de flammes dévoraient la commune de
Souffelweyersheim , que le prince de Wurtemberg fit incendier, sous prétexte que ses
habitants avaient pris partait combat, assertion complètement dépourvue de vérité.
Une courageuse démarche faite par le pasteur Dannenberger, de Vendenheim,
auprès du prince de Wurtemberg, arrêta l'incendie et sauva la vie à une douzaine
d'habitants qui devaient être fusillés 1 . Les sentiments patriotiques dont était animé cet
ecclésiastique se dessinent par la réponse qu'il donna an même prince, quand celui-ci
voulut le charger de la proposition à Rapp de livrer la place de Strasbourg; elle honore
autant l'un comme l'autre:
«Monseigneur, lui dit-il, le général Rapp est Alsacien et par conséquent bon Français;
«jamais il ne consentira à déshonorer sa carrière militaire. En conséquence, je prie
«Votre Altesse de charger tout autre que moi de ce message. »
Rapp justifia la bonne opinion qu'avait eue de lui le pasteur de Vendenheim par la
réponse qu'il donna au général Vacant, chargé de lui faire personnellement celte
proposition.
«Je ne rendrai la place que quand mes soldats auront mangé des cuisses
« autrichiennes, comme ceux que j'avais à Dantzig en ont mangé de russes. »
Qu'on taxe cette réponse d'anthropophage, elle caractérise énergiquement l'esprit
patriotique qui animait alors les populations alsaciennes. Toutefois les choses n'arrivèrent
pas à ce point; le 6 juillet, les troupes alliées avaient fait leur entrée à Paris, et deux
jours après, Louis XVIII revenait pour la seconde fois dans sa capitale; Rapp, déjà
informé clés désastres de l'armée française, voulait ménager le sang de nos braves
soldats; mais ceux-ci, qui lui reprochaient de ne pas avoir profité de la victoire de la
Souffelbach, le poussèrent à les conduire de nouveau au combat.
Le même terrain qui vit la lutte des Strasbourgeois contre leur évêque, fut, six cent Seconde bataille
cinquante-trois ans plus tard, témoin d'un des derniers combats de cette longue de Hausbergen.
série de guerres qui avaient ensanglanté l'Europe.
Le 8 juillet, à la pointe du jour, la population strasbourgeoise fut réveillée en sursaut
par le bruit de la canonnade et de la mousqueterie; on croyait à une attaque de la place;
mais c'étaient nos troupes qui, la veille dans la nuit, ayant reçu ordre de quitter en
silence leurs quartiers, s'étaient emparées, à la faveur des ténèbres, des deux villages
de Hausbergen, en tuant à la baïonnette les avant-postes, et sans qu'on tirât un seul
coup de canon. La surprise était complète et tout ce qui ne pouvait fuir était voué à la
1 II fut décoré plus tard, par Louis XVIII, pour cet acte de dévouement, et lorsqu'il mourut, en 1841, comme
pasteur à Schiltigheim , une dépulation d'habitants de Souffelweyersheim, guidée par la gratitude accompagna
sa dépouille mortelle jusqu'à sa tombe
ENVIRONS.
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138
FRANCE.
Seconde bataille
de Hausbergen.
Hausbergcn.
mort. L ancienne maison de campagne de M. Sauner, à Oberhausbergen , qui était
alors le quarUer-général ou la grande-garde, était jonchée de morts; on tuait les
soldats sur leurs lits de camp, des officiers furent faits prisonniers, d'autres durent
senfu.r en chem.se; les pièces furent enclouées à la hâte, et l'infanterie alliée, qui
occupa.t un camp retranché entre les deux villages, dut battre en retraite.
La mort avait déjà fait de terribles ravages dans les rangs ennemis par cette surprise
nocturne, quand l'armée alliée se reforma, renforcée parles colonnes qui occupaient Jes
villages dernère la colline de Hausbergen, et fondit à son tour sur les nôtres. La
brigade du général Grouvel avait déjà culbuté la cavalerie ennemie, mais une charge
de cu.rass.ers autrichiens mit en péril le 18° régiment d'infanterie commandé par le
brave colonel Voirol que nous avons revu, en 1836, commandant la division militaire
a Strasbourg; d battit en retraite de Mittelhausbergen, lorsque le colonel Schneider
arriva a son secours avec un bataillon ; le 10e léger, le 3 2 e et le 57° de ligne ne purent
être entamés par les forces supérieures des troupes alliées , et se retirèrent en bon ordre
sous le canon de la place.
Dans nos promenades en ville, nous avons fait mention de la manière dont ce
corps d'armée s'est dissous 1 .
Ajoutons encore deux mots sur les trois villages de Hausbergen , situés au pied d'un
coteau planté de vignes et d'arbres fruitiers. Oberhausbergen a une origine très-antique;
déjà en 920, lévêque Richvinus en fit donation au chapitre de Saint-Thomas; çum bannis
et mams ac cum perpetuus perlinenle servitto, dit le livre salique de ce chapitre. Cette
donation futconfirmée, en 1163, par lempereurFrédéricBarberousse;maisla possession
perpétuelle qu elle conférait fut contestée plus tard par la puissante famille des Zorn,
a laquelle Schmassmann de Ribeaupierre avait donné ce village en fief en 1446, et
provoqua des procès entre les deux parties, ce qui n'empêcha pas les Zorn de Plobsheim
de porter le titre de prévôt (Fogt) de Hausbergen.
Mittelhausbergen appartenait aux nobles de Mundolsheim , et Niederhausbergen était
un village libre impérial (Freireichsdorf). L'origine de ce privilège est inconnue ; quelques
auteurs l'attribuent aux couches que doit avoir faites une impératrice d'Allemagne dans
ce village ; mais nos annales se taisent absolument sur ce fait, et il n'est pas présumable
qu'une souveraine ait pris le parti d'accoucher dans un petit village, quand elle avait à
sa proximité une grande ville comme Strasbourg. Toujours est-il que celte commune
était sous la protection de cette dernière ville, et libre de toutes charges, corvées et
contributions à l'empire, et que les habitants étaient même exempts de toutes
contributions sur leurs vins et jouissaient du droit de le débiter en détail dans leurs
maisons , jusqu'à ce que notre cité fût devenue française , époque à partir de laquelle les
'Voyez Strasbourg Ville, pages 119 et suivantes.
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FRANCE
139
habitants de Niederhausbergen furent obligés de payer les mêmes contributions que Harasbergea.
les autres communes dépendant de son autorité seigneuriale.
Ammien Marcellin , l'historien de Rome et compagnon d'armes de l'empereur Julien,
raconte qu'en 357 après Jésus-Christ, cet empereur occupa Tabernœ (Saverne) avec ses
légions, et qu'ayant reçu la nouvelle que les Germains avaient franchi le Rhin près
à'Argentoratum, quitta, à l'aube d'une chaude journée d'été, sa place forte, pour
allfer à leur rencontre; il arriva le soir sur une hauteur en vue (YArgentoratum, où ses
éclaireurs aperçurent, au milieu de champs de blés, les hordes germaines. Craignant
que ses troupes ne fussent trop fatiguées de leur marche, il voulut remettre le combat
au lendemain; mais l'armée était animée d'une telle ardeur de se mesurer avec l'ennemi,
qu'il ne put y résister, et il ordonna le plan de bataille. Les Germains, de beaucoup
supérieurs en nombre aux légions romaines, et commandés par sept de leurs rois, parmi
lesquels Chnodomaire, qui avait déjà battu les Romains en diverses rencontres, furent
complètement culbutés, et la cavalerie romaine fit un si terrible carnage dans leurs
rangs, que tous ceux qui ne furent pas lancés dans le Rhin, trouvèrent la mort sur le
champ de bataille; Chnodomaire lui-même fut fait prisonnier. Quel a été le théâtre de
ce champ de bataille? Est-ce la hauteurdeHausbergen? hypothèse la plus vraisemblable;
ou bien la Musau , en deçà d'Itlenheim? ou bien encore la plaine élevée derrière Schiltig-
heim? De savantes dissertations ont opiné pour l'une et pour l'autre de ces localités. Quoi
qu'il en soit, nous tenions à faire revivre de la nuit des temps ce fait d armes pour l'ajouter
aux batailles que nous venons de décrire et dont le vieux Strasbourg a été témoin.
Sur l'emplacement du cimetière Sainte-Hélène, que Rapp avait transformé en camp
retranché, existait, comme nous l'avons déjà dit, une ancienne tour-signal et une petite
église servant d'église paroissiale à la commune de Schiltigheim, et, à côté d'elle, des
bâtiments formaient un petit hôpital , où l'on recevait des passagers malades qui n'avaient
pas le droit d'être reçus dans l'hospice civil ; on y donnait aussi asile à des pensionnaires
aisés qui aimaient le séjour de la campagne et le jardinage. L'Église Rouge ou de Sainte-
Hélène fut démolie en 1531, et les autres bâtiments en 1678, à l'approche des années
françaises.
Tout près s'étendait anciennement le village d'Adelshofen qui touchait à celui de
Schiltigheim , appartenant, comme nous l'avons déjà vu, au territoire de Strasbourg. Il
n'en existe plus la moindre trace , et son nom ne vit plus que dans les rôles cadastrales de
la commune ; ravagé par les flammes , à diverses reprises , dans les guerres continuelles ,
comme sa voisine, Adelshofen fut démoli complètement, et le terrain sur lequel il
était bâti servit de remblai aux remparts, aux diverses époques de leur élévation ,
tandis que Schiltigheim s'est agrandi considérablement. Ce dernier village , qui en 1690
ne comptait que 170 feux , forme aujourd'hui une commune de près de 3000 habitants,
où se déploient le commerce, l'industrie et une riche agriculture.
Cimetière
Sainte-Hélène.
Adelshofen.
Schiltigheim.
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Adelshofen.
Schiltigheim
Bischheim,
Hœnheim.
Canal de la
Marne-au-Rhin
Entzheim.
U ° FRANCE. •
(châlT'r, 116 T""' < rèM S™ablemen t simée, ^nnue sous le „„„, de ScUœssel
da le,), elail „, fos „„ cas[e| ham ^ te ^
se «jrr e , W »^*— "*»»«*•. «- FUch; i, avai, un pendan
u t e S ou,'; m T"'-»"/.— le — d * ***■ »* depuis des siècles „„s
Mcetres ] ont fa,, de„,ol,r, pour Eure jusliee des vols de grand chemin et des dépréda-
t.ous dont ses propriétaires s'étaient rendus coupables P
Dç même que Schiltigheim, Bischheim e, [tauheiu, ont acquis un aran d
îïïïttî au poi :■ r les habiia,ions des tiois *«- - '»-'-' - - «ï
lie de ee c *"*''""?«*» — "»* «" •» -pare, tandis qbau.refoi
chacune de ces communes avau un autre mai.,,, Bischheim avait pour seigneur les
Bœcklm de Bmck.msan, et Hœnheim, d'abord flef du chapitre de la ca hedTale
ossede pendant longtemps par les Ituenheim deRamstein, advint. e„ ^ p s '
.Simenon des mâles de cette famille, aux Kathsamhausen à la Boche (Ss.àTZ
fut acheté en IW| , par Louis de Chamlay, maréchal-des-logis des arméef d" roT
Plus tard , ,1 tomba en partage aux Klinglin e. donna lieu à l'échange ,l„„ 1 ,"'
parlea ,'ar,,c,e Hlkirch ; dernier vestige de la féodalité, abolie par la X mon Z ^
Le H, e H terratu bas, submersible, ancien lit du Rhin q„,' / , lge ces J^^TZ
de c e caual etat, déjà projeté en ,804, c. Marcel Prault Saint-Germain en es, la ,1 "
ce e navtgaltou devai, avoir , „ beues e, demie détendue , e, .raverser le dé",,;
de sente de Seme-ePOise, de Seine-et-Marne , de l'Aisue, de la Marne , de a M
et du Bas-Bhm pour se joindre an Rlnn a Onendorf, eu traversant la vallée de la Z n
Le p an prtm,, a sub, quelques modifications dans notre dépataemem, en ce queTe
a, sut, para élément le chemin de fer jusqu'à Vendeubeim , où i, s'en sépare e, p I
a d tectton , a la gauche de la rou.e de Br„ma,h, vers Reichs.c, SouffelJeyersheim e,
e Rtet , raverse un bras de ,'„,, ,' !le du Wacken, se je„e dans la rfvière I
al Robertsau et arrtve au Rhin par un prolongement qui coupe ce terrain derrière'
1 Orangerte. Aujourd'hui , ce canal est en pleine exploitation
Nous avons commencé la description des approches de Slrasbourg, à la gauche de
notre panorama par l'ile aars e, par la ferme Vobaire, au milieu de/champH^
de Ide du Wacken, appartenant à la ville. Maimeuau, que nous avons fait le ,„„
nous poursuivrons „n,re iuspecion , en suivant la route de Barr, pour nous rapproché;
£é~ t 1 : 'r e d ; ho " izon - passons pa - LiB8o,shei - * - r^~
u b m de ', arrel °," S - n0US m m0menl à E " lz "eim. ^ village présen.e encore
glortxT;^' " C6S1 ' e de '" ie " da " S nM " e ** "' "*- «— '« "«m
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Après la terrible dévastation du Palatinat, ordonnée par la haine de Louis XIV, Baurilied-Enisheim
l'armée française passa sur la rive gauche, après avoir laissé une bonne garnison dans
Philippsbourg, et vint camper dans les environs de Landau et de Wissembourg, pour
défendre l'Alsace, en juillet 1674. L'armée impériale, commandée en chef par le duc
de Beurnouville, sous les ordres duquel se trouvaient le prince Herrmann de Bade, le
duc de Lorraine avec son armée, et le général Caprera, tous généraux expérimentés,
se jeta sur cette même rive et remonta ce fleuve; mais, se croyant trop faible pour
attaquer les Français dans leur position, elle le repassa près de Spire, en marchant
vers Strasbourg. Turenne, sûr de la neutralité du sénat strasbourgeois pendant celte
guerre, mais instruit que le prince de Hohenlohe, résident impérial, avait fait son
possible pour représenter à la population les pernicieuses conséquences qui résulteraient
pour elle de l'opposition au passage de l'armée impériale, voulut le prévenir à son tour.
Il détacha de son armée deux bataillons, cinq cents dragons et quelques pièces d'ar-
tillerie, sous le commandement du marquis de Vaubrun, avec ordre de faire toute
diligence et de s'emparer, par un coup de main, de la tête de pont de Kebl, c'est à-
dire des redoutes sur l'île des Épis; lui-même le suivit avec un renfort. Mais au moment
où les Français passèrent l'IIl, à la Wanlzenau, et se jetèrent inaperçus dans la
Hobertsau, pour réaliser leur plan, l'armée impériale avait déjà exécuté le passage et
pris position au sud de la ville, à Illkirch, Graffenstaden et points environnants.
Forte d'une quarantaine de mille hommes, et attendant encore la jonction des vingt
mille du margrave de Brandebourg, auxquels Turenne n'avait qu'une vingtaine de
mille hommes à opposer, cette armée pouvait envahir tout le Haut-Rhin, se jeter soit
dans la Franche-Comté, soit dans la Lorraine, et gagner le centre de la France.
Turenne reçut ordre du roi d'abandonner l'Alsace et de se retirer en deçà des Vosges;
mais l'audacieux général , non content de se tenir sur' la défensive et d'occuper la ligne
de la Moderou de la Zorn, en se ménageant au pis-aller le passage des Vosges, voulut
attaquer l'ennemi avant la jonction de l'armée de Brandebourg, espérant, par ses
manœuvres, le forcer à repasser le Rhin. Il ne put y parvenir que l'année suivante
après la bataille de Tiirckheim dont nous avons déjà donné la relation.
Turenne avait fait quitter à ses troupes leur position dans le Bas-Rhin, et les avait
concentrées à la Wantzenau , en laissant garnison à Haguenau sur la Moder. Après
quelques jours de repos , il leva son camp dans la nuit du 2 au 3 octobre ; sa cavalerie
passa par les villages de Hausbergen , son infanterie et ses bagages derrière la colline,
et se dirigea, par des chemins argileux et détrempés par la pluie, vers Ac!:enheim.
Au soir, son armée avait occupé les hauteurs de Hangenbielen et de Kolbshelm , ayant
la Bruche devant eux.
Beurnouville, à la nouvelle de l'approche de son adversaire, avait quitté ses campe-
ments à Illkirch et à Graffenstaden, et prit position derrière Entzheim, son centre
lll|lllllllll|lllllllll|lll
2 3
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142 FRANCE.
Bata „ eim protégé ce village retranché, sa gauche appuyée a une petite forêt et sa droite à
Terve 1 f " hT ^ "^ a '° rS * ^ de *"■»»"* S °" ™' e ' ™ »■
eserve ela.t échelonnée en tro.s lignes profondes; la droite commandée par Caprera
la gauche par ,e duc de Holstein-P, œn; lui-même s , lait ^ , e com J nâ JJ £
Turenne se mit en bataille le lendemain 4 octobre, à la pointe du jour, au delà de
la Bruche, dans la plame , sur deux lignes, son infanterie, formant le centre, appuyée
par cmq escadrons de cavalerie, avec dix-sept escadrons formant les deux ailes. Entre
les deux escadrons qui formaient les ailes de la seconde ligne, il avait échelonné des
pelotons de grenadiers; trente pièces formaient son artillerie, avec trois bataillons el
quatre escadrons de réserve. Si l'armée impériale avait l'avantage du nombre et de sa
pos, -on sur un terram accidenté derrière le vi.lage qui pouvait masquer ses mouve-
ments, 1 armée française avait celui d'être homogène et formée d officiers et de
soldais aguems, pleins de confiance en leur chef, tandis que l'autre était composée
dune foule de contingente de troupes nouvellement levées dans toutes les parties de
lemp,re germanique. Turenne commença l'attaque par une forte canonnade, et vit de
su, e qu il fallait s emparer de la petite forêt à la gauche de l'ennemi, afln de pouvoir
attaquer par le flanc; i, y envoya cinq cems grenadiers, des dragons de la second
gne et quelques pièces d artillerie; mais la défense fut aussi énerg que que l'att '
eux o lte orêt fu{ reprise> ]e combat avak ^^ J g q J eS) je
part e d autre des troupes fraîches d'infanterie furent lancées les unes sur les autres-
une pluie battante arrêta pour quelque temps le feu de la mousquelerie , et ce n'es!
que lorsque Turenne eut détaché toute son infanterie de la seconde ligne de bataille
que les Français purent s'en rendre maîtres , avec les retranchements et quelques pièces
qu.ls trouvèrent derrière celte ligne, en combattant sur des monceaux de cadavres
Beurnouville, voulant profiter de l'affaiblissement de la seconde ligne de bataille de'
Turenne , attaqua de front le centre de l'armée française , et Caprera fit un mouvement
pour tourner sa gauche ; il avait déjà culbuté une partie de la cavalerie française , quand
la reserve et quelques autres escadrons le forcèrent à la retraite.
La nuit surprit les combattants sur le terrain qu'ils avaient choisi le matin pour se
livrer bataille; chacun s'attribua la victoire, et le seul avantage de la journée fut la prise
de la foret. Elle fut signalée par la perle de 3000 hommes du côté de l'armée des
confédérés impériaux et de 2000 du côté des Français ; une multitude de blessés encom-
brèrent les divers hôpitaux de Strasbourg. Harassés par la fatigue, par les marches el
contremarches sur un terrain détrempé par une pluie presque continue', chacun des
deux parus chercha le repos. Turenne laissa le champ de bataille , en avant de la Bruche,
occupe par quelques troupes , et renvoya son armée dans les villages environnants. De
son cote, Beurnouville profita de la nuit pour se diriger vers Strasbourg, en passant
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FRANCE.
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derrière l'iU. C'est à cette occasion que les villages de Dûttlenheim, de Dùppigheim et de Bataille d'Entzheim.
Blsesheim devinrent en partie la proie des flammes.
Le 8 octobre, Turenne quitta ses cantonnements, délogea la garnison strasbourgeoise
du château de Wasselonne et s'en rendit maître; il occupa la gorge du Kronthal et
établi t son quartier-général à Dettwiller, sur la Zorn , au centre de Bruma th , de Haguenau
et de Saverne. L'armée confédérée ayant reçu des renforts par la jonction de celle du
margrave de Brandebourg, et se montant à soixante mille hommes, quitta ses quartiers
et marcha vers l'ennemi; elle s'empara de Wasselonne, mais n'osant attaquer la ligne
retranchée qu'occupait Turenne, elle resta en observation, sans combat marquant,
jusqu'au 19 novembre , où , après avoir laissé garnison à Saverne et à Haguenau , l'armée
française commença à se mettre en marche par la vallée de la Petite-Pierre, laissant
de même garnison dans ce petit fort rocheux, pour être maître de ce passage des
Vosges, et se retira en Lorraine.
Quittons ces champs de bataille et formons des vœux pour que de sitôt ces plaines ,
ces villages, si riches et si fertiles, ne soient point désolés par les horreurs de la
guerre, et rapprochons-nous de la montagne.
Sur la colline du Glœckelsberg, plantée de vignes, on n'aperçoit plus qu'une tour Le Glœckeisberg.
isolée, aujourd'hui signal trigonométrique, clocher de l'ancienne église de Blsesheim ;
abandonnée depuis longtemps et tombée en ruines, elle fut démolie complètement il
y a une vingtaine d'années. Quelques fragments de sculpture que nous y avons encore
vus et les fenêtres géminées à plein-cintre de la tour dévoilent sa haute antiquité, et
quelques pierres sépulcrales sur le cimetière qui l'entoure, rappellent encore les noms
des Bock et des Diirckheim, anciens seigneurs de ce village.
Plus loin, nous arrivons à Niederehnheim, ou vulgairement Niedernai; des murs
d'enceinte délabrés, avec un fossé, nous témoignent que c'était jadis un bourg à l'abri
d'un coup de main , de même qu'une tour et quelques fragments de fortification qui
embellissent aujourd'hui les jardins d'une maison de maître moderne, située à
l'extrémité méridionale du village, désignent le lieu du castel féodal de l'antique et
illustre famille des Landsperg, éteinte dans les mâles et qui vit encore dans les noms
non moins antiques des Reinach et des Gail 1 . Le château fut le point de réunion de la
noblesse de la Basse-Alsace, quand notre province était occupée, à l'exception de
Strasbourg , par les armées de Louis XIV, et c'est dans ce lieu qu'elle prêta serment de
fidélité à son roi, le 12 mai 1681.
Oberehnheim ou Obernai , ancienne ville libre impériale, est situé à deux kilomètres
plus vers la droite, au pied d'un vignoble, dans une charmante contrée; à elle
se rattachent des souvenirs plus intéressants. Dans les temps barbares où les fabuleuses
Niederehnheim.
Oberehnheim.
•Aujourd'hui un Reinach, officier d'artillerie, est aide-de-camp de l'empereur.
Mfc'l
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FRANCE.
Oberelinheim. traditions «p m AL„, „•
par la rés d™ T a qm]q " e * b "" S de «**■ 0her ™ se f -' co™ H"
d la , °" ', C0 "" e A " iC ° U E " id10 "- duC d:Abaœ - P*« «* «U* Odile
dans la seconde nmmé du septième siècle. Le savant Schœpflin prend AMic comme
g.que les faciles regnan.es dn centre de l'Europe. Cependant cette ville beLnn de
•an. de te.es couronnées, es. ..rnbée dans .oubli depuis qu'elle a perdu ses v „ e
comme le bre imp é riale . Le chà.ean qui a dé servir jadis de cLen» „ fd
Quelques archéologues veulent encore trouver, sou.errainemen. dans les caves des
I este a Oberna, m, plus grand nombre de monumems d'architecture de l'époque
qm a succède a ces temps fabuleux, ce son. ses murs d'enceinte arec ses fosT
fonoan. ,ad, s u „ double collier de for.iflca.ions percées de qua.re p or le a •
es,s,ere„, en UM, avec énergie aux a,.a q „es des Armagnac , 2*Z TtoZ
fléchir devant le canon de Mansfeld en lfi=>9 ,.„ - >•, q cluient
r „is ho,,,, eu iïi. ^™;^::z^:tz:j^
nmé,t i ',r < dVr n 7 emS ,e,iSieUS ' 0ber " ai e " P ° SSédait »-«• quatre. Dans
„,e ,em de la vdle, une pe.,.e église-chapelle (Ko^n-Kirck). consulte au lreiziè J
ntel; " r " 1C,Pa ' e : C °' 1S "'" i,e aU <IUi " Zième Siè *' - ** « dehors, e
dObe k h"";' T"' 6 ' "f Ce " S ' linl ,ea "' Si ' Uée da " S " ■"•*« * >» farni,,
Obe.k uch, don elle portelenom <Y Eglise Supérieure , pour la dis.inguer d'une an.re
la MU : ou Eghse des Champs, si.uée en dehors de Niedernai, à end.ranc t ei «
de la route de S.rasbourg à Obernai . qui fl g „ re cnc0l , sur „„„, ram ^ZZT.
a demohe dep.ns, aprèsqu'ellefu. .ransformée en maison d habi.a.ion. Tontes ces ég Les
e présentent qne peu d'in.érè, ar.is.iqne, mais par con.re l'Hotel-de-Vdle , „„ q„
,523 e ' :;,:" T ~^~-e»*que , mi-renaissance, cl,™
en 1523 , et les r,cl,es arch.ves de ce.te antique commune, qui y son. conservées son.
da a Oberehnhe.m, es. e.em.e dans les mâles, e. grâce an respect filial d'un
pem-flls dune baronne d'Oberkirch, M. de Mou.brison, qui vient de p llb , ier , es
memon-es s, m.eressau.s de sa grand'mère sllr „ cour d e Russie , sur celle de
.u.fgar.e.deMon.béliard, dans la seconde moitié du siècle passé, ce nom
douces causenes pleines de charmes e, de sentimen.s délicats d'afTec.ion •
La population d'Oberehnheim é.ai. anciennemeu. divisée en sep. .ribus; elle avait
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FRANCE.
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son sénat et quatre bourguemestres qui le présidaient trimestriellement à tour de rôle, et
un préteur royal depuis 1731. Parmi les divers privilèges dont cette ville fut dotée,
l'empereur Frédéric III lui donna, en 1466, celui de refuge pour les bannis de
l'empire. Les Vepfermann, seigneurs de Barr, tenaient à titre de fief impérial l'exécution
de la haute justice criminelle à Obernai [Ilalsgericht ou Henckerslehn). Cette seigneurie
ayant été donnée en fief à son vice-chancelier Ziegler de Zieglerberg par Charles-
Quint, etla ville de Strasbourg, comme nous le verrons, en ayant ensuite fait l'acquisition,
ce droit y resta attaché. Mais Obernai ne voulut pas reconnaître cette soumission à une
autre ville libre impériale et protesta; en outre, l'une de ces villes étant éminemment
catholique, tandis que l'autre était essentiellement luthérienne, les haines religieuses
vinrent encore envenimer ce conflit que signalèrent de part et d'autre plusieurs actes
d'iniquité; enfin Strasbourg renonça à ce droit contre une somme de 6,000 florins
qu'Obernai lui paya, et l'empereur Léopold en investit celte dernière en 1670. Ces
mauvais rapports font connaître une disposition hospitalière établie d'ancienne date à
Strasbourg. Lorsqu'en 1568 les délégués des dix villes impériales de l'Alsace se
réunirent en notre cité, le vin d'honneur leur fut présenté à tous, à l'exception de
ceux d'Oberehnheim, auxquels le Magistrat dit expressément qu'il ne pouvait pas
leur rendre cet honneur, parce que lui et la population avaient reçu trop d'outrages
et d'affronts de la ville qu'ils représentaient, puis il les engagea à se retirer et à
rendre compte à leurs supérieurs de ce qui s'était passé (Weil viel Schmach und Trolz in
der Stadt und der Burgerschaft bewiesen, mil Vermelden die Gesandten môglennun hinziehn
undsolches ihren Herrn und Obern anzeigen).
Quand on suit la route de Barr, c'est aux approches de Niederehnheim et d'Oberehn-
heim seulement que la culture de la vigne commence, sauf la colline du Glœckelsbere
Avant d'arriver à cette région de viticulture, on parcourt un terrain onduleux
occupé de champs de blés, de colza, de tabac, de trèfles, de pommes déterre, de lumens
solanées et tubercules en tout genre ; en un mot, une culture riche et variée. A la gauche
de la route sont les communes de Geispolsheim, de Blsesheim, de Krauter»ersheim
renommées pour la grosseur de leurs choux, et entre celte route et celle de Colmar
s'étend un large bas-fond, formant une vaste nappe de prairies avec des bouquets de
saules et d'aulnes, couvertes en automne d'innombrables troupeaux. Ce bas-fond est
arrosé par l'Ehn , qui donne son nom aux deux communesoup de frais, il n'y a pas longtemps, pour l'exploi-
tation des vastes forêts, suit les sinuosités de la vallée jusqu'au fond, pendant dix
kilomètres, et permet d'y arriver commodément en char-à-bancs ; mais nous avouons
que, comme touriste, nous avons toujours préféré le chemin rocheux, raboteux,
parfois inondé, qui suivait le limpide ruisseau, sautant d'une rive à l'autre sur de fragiles
ponts, à l'ombre d'aulnes, de sapins, de bouleaux et de hêtres qui le cachent souvent
de leur toit de verdure.
Quand on suit ce chemin, le paysage se pare à tout moment de nouveaux charmes
tantôt on se trouve dans un étroit entonnoir formé par des blocs de rochers, tantôt
l'œil aperçoit les ruines d'Andlau et de Spesbourg qui dominent la vallée, tantôt le
murmure de la cascade en interrompt le silence, et le botaniste aime à cueillir des
branches de lierre, de l'odorant chèvrefeuille, de la brillante digilalis purpurea et du
beau senecio sarracenicus. Plus on arrive vers le fond , plus la nature devient agreste
dans ce vallon, jusqu'à ce qu'on aperçoive au pied du Champ -de -Feu les chalets
et les scieries du hameau du Hohwald, paisible tableau d'un vallon de la Suisse, vivifié
par la chèvre sautillante sur les pans des rochers et par la grave vache qui broute sur
ces vertes prairies. La principale maison que l'on aperçoit sur une éminence est celle
du forestier, où le nom de Marchai vit de génération en génération ; le touriste aimait
à chercher un refuge sous son toit hospitalier, et de joyeuses parties de montagne
prenaient plaisir à s'y caser dans la grande salle à vaste cheminée, bâtie par l'ancien
Magistrat de Strasbourg, quand il y arrivait pour se livrer aux plaisirs de la chasse.
L'estomac affamé voyait déjà en perspective un bon plat de pommes de terre à la crème,
une tranche de jambon bien rose et ragoûtant, la savoureuse truite arrosée d'un bon
verre de vin; mais l'inflexible administration des forêts, à cheval sur ses règlements,
a jeté son interdit sur ces maisons forestières; cette administration, si vigilante et si
soigneuse quand il s'agit des arbres de ses forêts, a moins de charité pour les hommes
et défend au voyageur altéré et affamé par une longue et pénible excursion de'
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Vallée d'Andlau. chercher chez ces gardes la franche hospitalité qui jadis vous y recevait. Défendez
les abus, mais permettez à un forestier dans la montagne, qui habite souvent la seule
maison à quelques lieues à la ronde, de servir un frugal dîner, le verre de vin d'accueil
et le lit de repos au voyageur fatigué et surpris par la nuit inhospitalière.
Tout près de la petite église du Hohwald, on s'enfonce dans une gorge étroite et on
arrive à une charmante cascade. En montant toujours et en passant devant quelques
fermes isolées, on atteint en une heure un promontoire du Champ-du-Feu, le Beilage,
au-dessus de Breilenbach , d'où l'on jouit d'une vue étendue sur le Climont et les
montagnes du Haut-Rhin, vers Saint-Dié. Ou bien, prenez près de l'église un chemin
battu dans la montagne, et en sortant de la forêt, vous apercevez au bord d'une
pelouse bien verte, une autre maison de garde des forêts de Strasbourg, d'où se
déroule, de la fenêtre du modeste salon, un immense panorama sur le hameau
disséminé du Hohwald, au fond du vallon, les montagnes environnantes, au bas
desquelles s'étend la plaine de l'Alsace jusqu'à la Forêt-Noire et jusqu'aux Alpes de la
Suisse au sud 1 . A deux kilomètres de là , à la Rothlach, une troisième maison de garde
vous ouvrait hospitalièrement ses portes, aujourd'hui fermées, et les Strasbourgeois
aimaient à y chercher un point central de leurs excursions. Qu'un souvenir de recon-
naissance vous reste dans ce livre, braves Kuntz et Hertzog, dont le premier est tombé
sous les coups d'un lâche assassin et dont l'autre fut victime de nos dernières
commotions politiques.
La maison forestière de la Rothlach est le point central sur le chemin de la vallée de
Ville, à Grendelbruch, dans celui de la Magel, et le Klingenthal; sur celui de Barr au
Ban-de-la-Roche, à trois lieues de dislance de chacun de ces points extrêmes. Deux
immenses rochers, à deux kilomètres de cette maison, valent la peine d'être visités.;
le Rathsamhausenstein vers l'ouest, d'où l'on jouit d'une vue étendue vers la Lorraine,
et le Neunenstein à l'est, à 973 mètres au-dessus du niveau de la mer, où l'on a la vue
sur le bassin du Rhin. S'il n'est pas permis au garde de réconforter votre estomac, il
ne lui est pas défendu cependant de vous accompagner avec son fusil chargé et d'étonner
votre oreille par le magnifique écho qu'il y produira en lâchant sa détente.
Le Champ-du-Feu. Pour arriver de la Rothlach sur le long plateau du Champ-du-Feu (Ilochfeld), d'où
culminent les chemins vers Rothau ou vers la Hutte et Bellefosse, il n'y a pas loin;
mais on a bien une heure de marche vers son point culminant méridional, à 108i mètres
de hauteur, d'où l'on domine tout le vaste pays environnant; là fleurissent X Arnica et
la Cenlaurea monlana, le Lilium mortagon , des Erica et des Orchidées en tout genre,
et le botaniste trouve une riche récolte de plantes rares et alpestres 2 ; sur le penchant
1 M. Simon a reproduit cette vue, avec quelques autres souvenirs pittoresques du Hohwald, peintes par l'auteur
iu présent, par la polychromolithographie à l'exposition de l'industrie française, à Paris, en 1849
2 Voyez la Flore d'Alsace que publie M. le professeur Kirschleger.
FRANCE.
153
occidental il y a des tourbières, près desquelles on descend pour voir la belle cascade Le Champ -du-Feu.
de la Serva , formée par un petit ruisseau qui prend son cours dans la vallée vers
Naswiller et Rothau. Nous y arriverons plus tard et nous retournons vers la Rothlach,
pour marcher pendant deux heures sur Barr à l'ombre d'une magnifique forêt.
En sortant de la fourrée, on s'arrête stupéfait devant le tableau que l'on a sous les
yeux, tableau où toute l'Alsace est concentrée dans le grandiose que présente la
nature et dans les souvenirs historiques qui remplissent les siècles écoulés.
L'encadrement de gauche est formé par une pente boisée, rapide, qui descend dans
la vallée de la Kirneck; on y aperçoit la ruine de Landsperg, avec le Mônkalb {Mons
Calvus) des Romains; celui de gauche est formé par l'Ungersberg. Au milieu, sur un
promontoire, d'immenses blocs de rochers portent les deux tours du château
d'Andlau; contiguë à ce promontoire, sur un mamelon boisé, nous voyons la ruine de
Spesbourg et deux profondes vallées qui débouchent dans la plaine; elles sont fermées,
l'une par la ville industrieuse de Barr, l'autre par l'ancienne ville sacerdotale d'Andlau,
et puis, dans l'immense plaine qui se déroule, la flèche de la cathédrale de Strasbourg
pointe au nord et celle de Fribourg-en-Brisgau se détache au sud-est de la montagne,
au milieu de centaines de communes, disséminées dans le vaste bassin du Rhin, preuve
de sa nombreuse population et de la fertilité de son sol.
Tourné vers le fond de la vallée d'Andlau, en tirant un coup de fusil sur une grande
roche vis-à-vis de la maison forestière de Tanner, que l'on a devant soi en sortant de
la forêt, un écho curieux se fait entendre. Le coup se répèle quatre ou cinq fois, et,
après quelques secondes de silence, se fait entendre de nouveau en un long roulement
qui semble se perdre dans les montagnes les plus lointaines.
La vallée de Barr ou de la Kirneck, parcourue depuis quelques années par une bonne
route comme celle d'Andlau, est une promenade variée pour celui qui n'aime pas à
grimper la montagne ou qui veut étudier de préférence l'exploitation des forêts. Tout
au fond, au Holtzplatz, il verra, dans la saison, le schlittage et le flottage des bois de
construction et de chauffage. M. Théophile Schuler, dont le crayon a illustré le
Pftngstmontag d'Arnold, a pittoresquement représenté ces scènes de la vie laborieuse et
souvent tragique du forestier, du bûcheron et du charbonnier, dans une série de
planches recueillies pendant une campagne artistique dans ce coin de terre. En y
allant, le promeneur pourra se reposer sous l'immense bloc de rochers , le Hanyenstein,
qui surplombe sur le chemin, sans risque d'en être écrasé.
Pour escalader la montagne de Sainte-Odile, nous dirigeons nos pas à travers vignes Heiiigensiein
,, . ,., i , i i et Truttenbausen.
vers Heiligenstein , village renommé par son excellent vin gentil blanc , connu dans le
pays sous le nom de Heljesteiner Klewer, et nous montons de là à la ruine de l'église
abbatiale de Truttenhausen ; cette église fut fondée, en 11 81, par Herrade de Landsperg,
abbesse de sainte Odile , qui nous est déjà connue par le magnifique manuscrit dont
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ENVIRONS.
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Landsperg
et le Mennelstein.
Heiiigensiein nous avons extrait les costumes strasbourgeois du douzième siècle, que nous repré-
et Trutlenhausen. ° ' i t*
sentons sur une de nos planches. Douze chanoines de l'ordre de Saint-Augustin prirent
siège dans cette abbaye; mais, ravagée par les guerres, consumée par les incendies,
elle perdit sa splendeur et fut réduite à l'état de simple prieuré jusqu'à son abandon
complet, après qu'il fut devenu de nouveau la proie des flammes en 1555. L'église,
qu'au style flamboyant de ses fenêtres ogivales on reconnaît avoir été construite dans
la seconde moitié du quinzième siècle, est aujourd'hui le seul souvenir qui nous soit
resté de ces temps. La ferme que le grand-chapitre de la cathédrale de Strasbourg fit
bâtir avec les débris de ce prieuré, ainsi que le château de Landsperg et le vaste
domaine qui l'entoure, est propriété de la famille de M. G. de Tùrckheim, brave
officier de hussards et aide-de-camp du général Rapp, et est habitée aujourd'hui par
sa veuve, née de Dietrich , dont le nom rappelle celui du premier maire de notre cité.
Les magnifiques prairies bien irriguées, les champs bien cultivés qui entourent la maison
de maître et les bâtiments d'exploitation, prouvent en faveur de la bonne culture de
ce bien, et la vue étendue dont on y jouit sur la plaine est déjà pour le touriste un
pronostic de celle dont il jouira sur la cime de la montagne.
A travers forêts, on arrive à la ruine de Landsperg, château féodal élevé, en 1200,
par un Conrad de cette famille; semblable du reste à beaucoup de ces manoirs qui
nous entourent, elle offre cependant une particularité unique en son genre; c'est qu'on
y voit encore le lieu où trônaient ces illustres châtelains et châtelaines, assis sur des
lunettes taillées en pierre dans un encorbellement au-dessus d'un profond précipice,
au fond duquel on voit le fossé de ses anciennes fortifications. C'étaient de véritables
fosses inodores. Un chemin chariable conduit, en longeant la montagne, de Landsperg
à Sainte-Odile; nous montons directement par un sentier étroit et raide à la cime du
Mennelstein, dont le point culminant méridional a une hauteur de 819 mètres, tandis
que le bloc de roches, sur lequel est assis le couvent, n'a que 753 mètres 1 . Couché sur
le rocher du Mennelstein , que n'atteignent pas même les plus hauts sapins qui croissent
à sa base, on aime à laisser errer ses regards dans ce vaste paysage, dont surtout la
partie occidentale présente un aspect sombre: vaste mer de forêts qui couvrent le
Kienberg, le Rothmanskopf et toutes ces cimes jusqu'aux flancs du Neunenstein et du
Champ-de-Feu, et qui encadrent les vallées de Rarr, de la Magel, le Hagelthal et le
Klingenthal. La Soutte, l'Ochsenlaeger , le Kuhlseger, l'Obernai-Hof, fermes isolées,
entourées de leurs champs, sont les seuls points habités par le forestier ou le fermier
solitaire, tandis que les ruines des châteaux deDreystein, de Birckenfels, de Kagenfels
et le Hagelschloss, nids d'aigles humains, perchés sur des rochers presque inabordables,
' Cette cote n'est pas portée sur la carte de France du dépôt de la guerre ; nous la devons à l'obligeante commu-
nication de M. Alph. Laquiante, fils de l'ancien propriétaire de Sainte-Odile, capitaine du génie en retraite, que la
mort vient d'enlever à ses nombreux amis.
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au milieu d'une sauvage solitude, nous restent comme représentants d'habitations où Le Mennelstein.
jadis une population belliqueuse et bardée de fer avait cherché un refuge contre les
attaques de voisins non moins querelleurs. C'est ainsi que le Hagelschloss ou Waldsberg
était, en 1406, la propriété d'un chevalier Walter Erb, descendant d'une de ces
familles nobles qui avaient quitté hostilement la ville de Strasbourg en lui jetant
le gant; il avait fait prisonnier un Mùllenheim et un Sturm , qui y jouissaient du droit
de bourgeoisie, et lesavait enfermés dans le donjon de Waldsberg. Les Strasbourgeois,
pour venger cette injure, se rendirent devant ce château, munis de béliers et de
catapultes, en firent le siège, et, après s'en être rendus maîtres au bout de huit jours
d'attaques, le démolirent de fond en comble.
Le Mennelstein et le Hagelschloss, distants l'un de l'autre d'à peu près 3,500 mètres ?
sont les deux points extrêmes d'un vaste camp fortifié que les Gaulois avaient établi sili-
ces montagnes , et dont ont dû profiter leurs successeurs , les Romains, après avoir conquis
le pays; car des traces très-bien conservées de routes, construites en blocs de pierre
rangés les uns aux autres, qui y conduisent, ressemblent trop aux traces de routes
romaines que l'on trouve encore dans la plaine pour qu'on puisse douter de cette origine.
Ce vaste mur, construit, comme les routes, en blocs de pierre plus ou moins équarris,
mais dans des proportions beaucoup plus colossales , et reliés par des crampons de
bois de chêne, en forme de doubles queues d'aronde, dont on rencontre souvent les
entailles, est assis sur une base de roches naturelles; il forme trois enceintes distinctes,
divisées à ses étranglements par des murs transversalement élevées. A divers endroits,
surtout quand on y arrive du côté du Neunenstein et du Kienberg, on reconnaît encore
les traces des portes aux entailles dans le roc qui en portaient les gonds et qui
servaient à y fixer des poutres de barrage. Quoique ces fortifications gigantesques,
connues dans le pays sous le nom de Heidenmauer ou Mur païen, qui ont peut-être vingt
siècles d'existence, aient disparu en quelques endroits, qu'ils soient peu abordables en
d'autres, suspendues sur des précipices ou masquées par le touffu de la forêt, M. G.
Schweighaauser, aidé de M. Thomassin, capitaine d'artillerie, en a tracé un plan exact,
qui se trouve dans les Antiquités du Bas-Rhin, publiées par ce savant archéologue.
En suivant le plateau, qui porte le nom de Bios, depuis le Mennelstein, vers le nord, Monastère
à travers une forêt mal entretenue et trop exploitée \ après trois kilomètres de marche , '
on a devant soi un vieux mur percé d'une porte cintrée et quelques modestes
constructions accessoires, couvertes de chétifs bardeaux; elles prennent toute la largeur
du plateau, d'où descend à droite et à gauche un profond précipice: c'est le monastère
de Sainte-Odile ou Hohenbourg.
' Depuis un demi-siècle qu'elle était propriété du chanoine Rumpler, qui l'avait acquise du temps de la révolution,
elle a eu au moins cinq propriétaires, de même que le monastère de Hohenbourg.
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FRANCE.
Monastère
de Sainte-Odile
En entrant dans la vaste cour, ombragée de tilleuls séculaires, à l'aspect des
bâtiments claustraux qui la bordent vers l'est, on est saisi d'un profond sentiment de
respect, comme si l'on entrait dans les voûtes d'une nef gothique. Austère monument
du christianisme primitif dans notre province, douze siècles ont passé sur sa destinée,
et encore aujourd'hui des milliers de pèlerins affluent tous les ans dans ses murs , en
saluant de leurs prières la patronne de l'Alsace. Les pierres autour des sarcophages de
sainte Odile, d'Eltichon et de Bereswinde, qui y reposent, ont été creusées par les
genoux des innombrables pèlerins. Dans ces chapelles, l'antique art de l'architecture
a laissé des souvenirs dans ses voûtes cintrées, dans ses lourdes colonnes à chapiteaux
cubiques, à piédestaux pattes, à ornementations en entrelacements et en figurines
grotesques; puis, en arrivant à l'extrémité septentrionale, sur le bord du précipice qui
entoure la chapelle Saint-Ange, l'œil abandonne ces saintes reliques du passé et se
repaît dans l'immensité du vaste paysage qui s'y déroule.
L'homme à la foi profonde, le penseur, le poète, l'historien, le peintre religieux, le
paysagiste même, pour jouir, pour s'inspirer, doivent éviter de faire la visite de ces lieux
un jour de Pentecôte; ils ne pourraient satisfaire ni leurs goûts, ni leurs sentiments. Là,
Voltaire trouverait plutôt le sujet d'une mordante critique de la religion, telle qu'on là
voit souvent profanée, mal comprise, dans une simple et naïve ignorance, ou bien
exploitée dans un pur intérêt matériel ; là , on rencontre plus d'adorateurs de Bacchus,
de Vénus, de Momus, que d'initiés aux doctrines du divin maître et de ses apôtres;
Teniers, Van Ostade y puiseraient plus de matériaux pour leurs tableaux d'orgies et
de kermesses que Lesueur pour ses grandes compositions ascétiques. Hippocrate même
y trouverait une large récolte pour sa science , car des estropiés en tout genre semblent
sortir des rochers qui vous entourent. Mais faites cette ascension par un beau jour
d'été, quand la nature est parée de ses frais vêtements; allez-y au milieu des frimas de
l'hiver, à travers cette blanche solitude; jouissez-y du coup d'œil imposant du lever et
du coucher du soleil ou de la lune, du calme de la nature comme du grandiose d'un
orage, dont les coups retentissent dans les échos de la montagne, et qui, après avoir
cessé de gronder sur vous, voile la plaine de ses nuages électriques. Alors, la suave et pure
légende de la fondation de celte abbaye en main, vous vous inspirerez de l'essence
divine de la doctrine du Christ, accroupi dans une de ces antiques chapelles. Le
miraculeux s'y mêle comme à tout ce que l'esprit humain ne comprend pas; bien des
plumes depuis son origine l'ont retracée, bien des bouches l'ont racontée, et lorsqu'il y a
quatorze ans, Strasbourg fut témoin des savantes discussions pendant le congrès
scientifique, une voix poétique y a chanté la légende de sainte Odile; c'était une fleur
charmante dans ce brillant bouquet 1 .
* Sainte Odile, légende alsacienne du septième siècle, par M. Delcasso, doyen de la faculté des lettres, président
de la septième section.
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Nous la raconterons à notre tour dans sa naïve pureté, en y mêlant quelques-uns de
ces accents qui retentissent encore à nos oreilles.
Attic, Adalric ou Etticlion, puissant seigneur, dont les ancêtres doivent même avoir
joui de la dignité de maire du palais, fut investi du duché d'Alsace comme successeur
de Gundon et de Boniface , en 666. Son épouse était Bereswinde , parente de saint Léger,
évêque d'Autun, dont le nom est rattaché aux premières dignités de l'État, sous les
jeunes rois qui se succédaient alors. Il avait sa résidence dans son château d'Obernai ,
et sur les rochers de cette montagne, qui dominait tout le pays, un manoir fortifié,
du nom de Hohenbourg.
Le puissant et ambitieux seigneur attendit avec impatience la naissance d'un premier
fils, dans lequel il pût mettre tout son espoir pour continuer sa race et lui léguer
ses vastes domaines; mais cet espoir fut déçu, et le farouche duc vit naître une fille,
ange de beauté, mais frappée d'une cécité complète:
Monastère
de Sainte-Odile.
«Ses traits purs et sereins, sa tête rose et blonde,
« Tout semblait annoncer la bienvenue au monde.
«Dans ce sein délicat qui battait doucement
«Déjà coulait la vie avec le sentiment:
«En son muet langage elle disait: Mon père,
«Pardonnez-moi si Dieu m'envoya la première!
«Je serai simple, bonne et tout amour pour vous,
«Croyez-moi, le baiser d'une fille est bien doux;
«Une voix enfantine a d'ineffables ebarmes,
«Et d'innocentes mains ont séché bien des larmes.
«Vous m'aimerez un jour... Mais le duc furieux
«Loin d'elle s'obstinait à détourner les yeux.
«Terrible, il rompt enfin son silence farouche:
« Des paroles de mort s'échappent de sa bouche.
<i Chacun frissonne; il sort pâle et désespéré.
«Les moments étaient chers; à ce père égaré
« 11 fallait , sans retard , dérober sa victime.
(i Pour sauver cette enfant , pour prévenir un crime ,
«Dans un asile sûr il fallait la cacher.
« Quand de ses bras mourants on osa l'arracher,
«Oh! combien dut souffrir sa mère, et que pour elle
« La vie alors devint vide , sombre , cruelle !
«Elle aurait succombé sous le poids du malheur,
«Mais la grâce d'en haut descendit dans son cœur:
«Elle pria, la foi lui rendit l'espérance.
«Le Seigneur prit pitié de sa longue souffrance;
«De la plaintive épouse il exauça la voix,
«Et bénit son hymen jusques à quatre fois 1 .
La mère, navrée de douleur, pour arracher cette faible créature au ressentiment de
son époux, l'envoya par sa fidèle nourrice à l'abbaye de Palme, ouBaume-les-Dames, en
Franche-Comté, en la confiant aux soins maternels d'une sœur, qui en était abbesse.
Celte enfant, toujours aveugle, avait grandi avec toutes les vertus chrétiennes qui la
paraient, et quand saint Evrard jeta l'eau lustrale du baptême sur sa tête, la légende
'Ses enfants furent Odile, Adalbert, Hugues et Ettichon. Adalbert* succéda à Attic, et son petit-fils Luitfrid
fut le dernier duc d'Alsace. L'administration de cette province fut confiée plus tard à des comtes , qui reçurent le
titre de landgraves. Du duc Allie descendirent les duc£ et comtes d'Eguisheim , de Lorraine, de Roussillon, de
Flandre el de Paris, les comtes et landgraves du Brisgau, d'Altenbourg , de Habsbourg, de Lenlzbourg, de
Zâhringen et de Bade; en ligne féminine, les empereurs d'Allemagne saliques et ceux delà maison de Hohenstauffen
et la maison des Capels en France.
'Vovcz Strasbourg, Ville, page 81.
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FRANCE.
Monastère
de Sainte-Odile.
raconte que Dieu lui donna la vue au nom de sainte Odile qu'elle reçut, et comme dit
le poëte:
«Les anges , dans leur langage,
« Se plaisent à faire usage
« De ce nom mystérieux,
« Mot sacré , qui signifie
« La lumière de la vie ,
«La Clarté, fille des cieux!
Les années avaient fui dans l'abîme, et l'enfant était devenue une vierge , belle comme
le jour et pure comme la lumière; son frère Hugues , auquel la bonne mère avait souvent
raconté les vertus de sa sœur proscrite, allait la voir et se dévoua à braver la haine
invétérée d'Attic; il la chercha dans sa retraite et la ramena dans les bras de celle qui
lui avait donné le jour, mais son dévouement lui coûta la vie : il mourut de la main d'un
père dénaturé. Le poëte rend cette première entrevue moins tragique, quand il raconte
son arrivée à Hohenbourg:
«Un soir, près d'Etliehon la famille assemblée
«Devisait... Tout à coup une fdle voilée
«S'avance à pas craintifs, étouffant ses sanglots.
« Bereswinde s'écrie: « ma fille !» A ces mots
«Le duc s'irrite, il lève un œil sombre et farouche,
«Voit Odile, et la haine expire sur sa bouche.
«Immobile, muet, il pleure, il est dompté.
«L'enfant qu'il repoussait, cet ange de bonté,
«A peine il l'entrevoit, qu'il la respecte, il l'aime;
«Mais d'un amour ardent, impétueux, extrême:
«De ce jour, elle seule est l'âme du manoir.
La grâce et la beauté de la jeune fdle avaient captivé le père; il était fier d'elle et ne
rêvait que fêtes, l'entoura de luxe, et réunit dans son manoir ce qu'il y avait de plus
illustre en valeur et en naissance dans la jeunesse de ses vastes domaines pour choisir
un époux digne de son cœur. Mais Odile n'était pas de ce monde; elle avait fait
vœu de servir l'Église du Christ , et elle chercha les promenades les plus solitaires pour
se recueillir par la prière dans ce saint isolement; elle osa résister à la volonté
paternelle et éveilla de nouveau la colère d'Attic. Un beau matin on ne la retrouva
plus; elle s'était enfuie, et avait porté ses pas, guidée par la main de Dieu, au delà du
Rhin, dans une solitude près de Fribourg, au pied du Rosskopf , où était un prieuré
qui porte encore son nom :
«L'épouse du Sauveur ne sera pas contrainte;
«Sous les haillons du pauvre, en tressaillant de crainte,
«Elle s'enfuit, bravant la fatigue et la faim.
«Partie au soir, l'enfant marcha la nuit entière,
«Et lorsque le matin ramena la lumière,
«Dans le château désert on la cherchait en vain.
«A celte étrange nouvelle,
«Le duc s'irrite, il appelle
« L'écuyer le plus fidèle :
« Sur ses pas je veux aller.
« Vite qu'on selle et qu'on bride
« Un coursier fort et rapide.
«Je veux , sans suite et sans guide ,
«Jour et nuit, courir, voler.
«Déjà, loin du castel, l'auguste mendiante
«Fuyait, versant des pleurs, mais en Dieu confiante.
«Aux passants attendris elle tendait la main ;
«Les temples l'abritaient sous leurs porches antiques,
«Les vilains l'admettaient à leurs tables rustiques,
« Et l'ange du Seigneur lui montrait le chemin.
« Cependant le duc d'Alsace ,
« Sur un dextrier de race ,
«Allait dévorant l'espace,
«Le cœur plein d'un sombre ennui.
« Il franchissait les ravines ,
«Les buissons armés d'épines,
« Les champs , les bois , les collines ,
« Chevauchant droit devant lui.
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FRANCE. 159
Arrivée au bord du Rhin, ce fleuve impétueux fait frémir la fugitive. Comment le
franchir? Une barque l'attend , elle s'y jette confiante dans les vagues qui la déposent à
l'autre rive; Attic le passe à la nage sur son fringant coursier; il la suit toujours et est
sur ie point de l'atteindre au pied d'une roche dans une affreuse solitude:
Monastère
de Sainte-Odile.
« Odile en frémissant a reconnu son père.
«Elle s'écrie: «0 Dieu, toi seul en qui j'espère,
«Sauve-moi des transports d'un injuste courroux!
'.Épargne-moi l'horreur d'un mariage impie:
«Plutôt la mort ! à toi j'ai consacré ma vie ,
» N'es-tu pas mon amour, mon maître, mon époux?»
« Le père irrité s'approche ,
« Il touche au pied de la roche :
o La colère et le reproche
n De ses yeux semblent jaillir.
« Ivre d'une affreuse joie ,
« Il va fondre sur sa proie ;
« Du regard il la foudroie ,
« Et sa main va la saisir.
«Aussitôt le rocher s'ouvre, attire la sainte,
«Doucement la recueille en sa profonde enceinte,
«Et se referme aux yeux du père épouvanté.