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Full text of "Strasbourg illustré ou Panorama pittoresque, historique et statistique de Strasbourg et de ses environs"

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BIBLIOTHEQUE 
SAINTE | 

_ GENEVIEVE 










STRASBOURG ILLUSTRÉ 



PANORAMA PITTORESQUE , HISTORIQUE ET STATISTIQUE 



DE STRASBOURG ET DE SES ENVIRONS. 






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1 GENEVIEVE 























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Panorama Ae Strasbourg. Faubourgs. Page i. 




,ith.pa.r Mph Oiuquet d'aprèstm croquis lie TH/Muller 



Vue des anciennes fortifications de la Ville derrière la fonderie el des faux remparts en 1830 



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STRASBOURG ILLUSTRÉ 



ou 



PANORAMA PITTORESQUE, HISTORIQUE ET STATISTIQUE 



DE STRASBOURG ET DE SES ENVIRONS, 



PAR 



FRÉD. PITON. 



TOME II. 

PROMENADES DANS LES FAUBOURGS. — DESCRIPTION DES ENVIRONS. 



STRASBOURG, 

CHEZ L'AUTEUR, RUE DU TEMPLE-NEUF, 15, ET CHEZ LES PRINCIPAUX LIBRAIRES. 



PARIS, 

LIBRAIRIE DE L'ÉCOLE DES CHARTES DE i. B. DUMOULIN 

Quai des Augustins, 13. 

BALE. LIBRAIRIE NEUKIRCH. 
1855. 



LEIPZIG, 



CHEZ MATHEY ET GEORGE, 

Libraires. 




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STRASBOURG, IMPRIMERIE DE G. SILBERMANÎi. 






PROMENADE 



DANS LES FAUBOURGS. 



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PROMENADE 



DANS LES FAUBOURGS. 



Quand, du haut des remparts, entre la porte des Juifs et le quartier de la Finckmatt, 
on jette ses regards sur la ville, on aperçoit les vastes bâtiments de la fonderie de 
canons avec leurs hautes cheminées fumantes. 

Ces constructions sont assises, du côté du quai, sur le premier mur d'enceinte de la 
ville. Au coin de la rue de la Fonderie, ce mur avec ses contreforts s'élève et retient 
les terres du jardin de l'ancien couvent de Sainte-Claire, accumulées derrière, et 
formant un cavalier, qui dominait le rempart moins élevé qu'aujourd'hui, et qui, en 
1546 , entourait la ville depuis la porte de Pierre jusqu'à celle des Juifs. 

L'antique tour démolie il y a deux ans, et dont nous donnons un dessin, servait 
autrefois de prison pour les lansquenets et les autres troupes au service de la ville, 
jusqu'à ce que la prison militaire eût été transférée, à la fin du dix-septième siècle, 
dans la tour où elle existe encore. Un fossé double qui longeait ces anciens murs, et 
qui sert de nos jours de canal de navigation, défense inutile, lorsqu'on eut entouré les 
faubourgs de fortifications, fut remplacé, en 1546, par un autre fossé, creusé hors des 
remparts, et qui reçut le nom de Fossé des XIII'. 

C'était une époque bien critique pour notre ville , qui ne parvint qu'au prix d immenses 
sacrifices à conserver son indépendance. Lié depuis la confédération de Smalcalde au 
parti protestant, en Allemagne, et par sa foi religieuse et par sa politique comme 
ville libre impériale, Strasbourg, ainsi que les autres villes et les princes ses alliés, 
subit les conséquences fatales de la bataille de Mùhlberg, que Charles-Quint gagna sur 
eux, en 1547. 



La Fonderie. 



Ancienne 
prison militaire 



1 Une des chambres gouvernementales de noire ancienne administration républicaine formée Je treize membres , 
reçut le nom de chambre des XIII. 



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Ancienne 
prison militaire. 



Porte des Juifs. 



4 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

D'un côté, il avait à craindre les armes impériales, de l'autre, à se méfier de 
Henri II, protecteur intéressé de la liberté germanique (1552), qui, de concert avec le 
connétable de Montmorency et à la faveur de son protectorat, s'était emparé de Metz, 
de Toul et de Verdun. 

Après la conquête de ces places, l'armée française s'approcha du Rhin; et alors 
la population déploya une activité étonnante pour mettre la ville en état de défense. 
C'est à cette occasion que fut construite la porte des Juifs, ainsi que le bastion qui 
domine le rempart derrière le théâtre. 

On employa, faute de mieux, les pierres couvertes de vieilles épitaphes des églises 
du couvent de Sainte-Claire, de Saint- Augustin et d'autres qu'on démolit alors. 

En commémoration de ces faits, on grava sur cette porte l'inscription suivante; 
peut-être la pierre qui la contient est-elle de nos jours couverte par le rempart : 

HENRICO GALLORUM REGE, MILITEM IN CAROLO V 
IMPERATORUM AUGUSTUM PER HANC GERMANISE 
PARTEM DESCENTE. S. P. Q. ARGENT. PORTAM. HANC 
AGGERE ET FOSSA MUNIRE FACIT. ANNO MDLII. 
MENSE MAJO. 

Deux autres inscriptions que l'on voit encore, en dehors, à droite et à gauche de la 
porte, témoignent de l'état des esprits à cette époque: 



TERRORI HOSTIBUS. 



PRESIDIO CIVIBUS. 



Les années 1556 et 1563 indiquent l'achèvement complet de cette tour 1 . 

Un chroniqueur contemporain raconte que les corporations des métiers se relevaient 
pour travailler. On démolit la maison des arquebusiers et des arbalétriers, située hors 
de cette porte, ainsi que les tuileries, la fonderie de cloches, les moulins, les maisons 
de campagne. On abattit tous les arbres, on ne fêta pas même les saints jours de 
Pâques, et l'activité était telle , qu'on pouvait à peine voir la ville à travers les nuages de 
poussière qui l'enveloppaient de toutes parts. Aussi ces efforts furent-ils couronnés 
de succès, car lorsque l'armée française s'approcha (c'était le 6 mai), la ville fit gronder 
ses canons sur les remparts, toute la population était sur pied pour la défense, et on ne 
permit l'entrée qu'au roi et à sa suite. 

Laissons parler F. Rabutin, homme d'armes dans le corps du duc de Nevers, qui 
dit dans ses mémoires: «Sa Majesté était logée en dedans le bourg (Hausbergen) et à 

Après la construction de celte porte , qui fut achevée en 1556 , on voyait bien qu'elle n'était pas assez imposante ; 
l'architecte de la ville, Fiaweler, releva la lour et construisit un corps-de-garde au grenier, en 1563. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 5 

«l'entour, les princes, grands seigneurs, gentilshommes et les gardes, le reste campa Porte des Juifs. 
«aux environs, M. le connétable de Montmorency avec lavant-garde un quart de lieue 
«en avant, la gendarmerie s'étendait jusqu'à une petite lieue de Strasbourg. Quant à 
«décrire certainement la situation et murs de la ville, je ne puis, pour n'en avoir 
«approché d'une lieue; car les citoyens ne voulaient permettre entrer personne, ne 
«seulement à la portée de canon. Quant à l'opinion en laquelle communément on la 
«tient, on ne l'estime que l'un des villages de l'Allemagne; à la voir chacun pouvait 
«croire et juger que c'est une fort belle, riche et grande ville et très-forte , comme elle 
« en a le bruit, assis en lieu plat de tous côtés. » 

Henri II voyant qu'il ne pouvait pas se rendre maître de cette ville par un coup de 
main, et s'étant assuré lui-même de l'énergie de sa population et des moyens de 
défense, en cas d'attaque, fit lever le camp à son armée, qui se dirigea vers Landau. 

Une modeste maison située dans le chantier du sieur Klotz et adossée au rempart, Charnier Kloiz. 
est contemporaine de cette porte. Nous lisons au-dessus d'une petite entrée qui conduit 
à un escalier en spirale la date de 1558. Elle fut construite alors pour servir à la 
compagnie des arbalétriers, à laquelle la ville avait cédé une partie du terrain, entre la 
porte des Juifs et la rivière de 1*111 , lorsque le tir fut momentanément déplacé, par la 
raison que nous avons indiquée plus haut. 

Protégé de nos jours, d'un côté par le rempart, de l'autre par le canal de navigation Faux-Remparts 
et par l'Ill vers l'est, ce terrain se trouvait dans le quinzième siècle hors de l'enceinte 
de la ville. Le faux-rempart ou terre-plein de six mètres de largeur encaissé entre deux 
murs, qui prenait naissance à l'entrée de la rivière dans la ville, près de Saint-Jean 
(Maison-de-Force) , pour aboutir derrière l'église de Saint-Élienne , était fortifié à son 
extrémité par une tour, appelée Sloltzeneck. C'est là que les deux fossés qui le 
longeaient intérieurement et extérieurement, venaient déverser leurs eaux clans le 
bras principal de la rivière. Cette partie des anciennes fortifications qui étaient en 
beaucoup d'endroits tombées en ruines, fut entièrement démolie en 1831 et 1832, 
lorsque la ville fit construire les quais de la rive droite du canal de navigation. Les 
terres servirent alors de remblais à ces derniers. La construction du pont près de la 
courtine des Juifs, du barrage, du sas avec ses écluses, termina ces grands travaux. 

Quelques religieuses formèrent sur cette île un modeste établissement en 1299, en 
face du couvent plus riche et plus opulent de Saint-Étienne, et y bâtirent une chapelle. 
Dans la seconde moitié du siècle suivant, les institutions religieuses s'étant enrichies à 
la suite de la peste qui avait décimé la population , les nonnes élevèrent , sous l'invocation 
de sainte Claire, une église et un couvent, qui prirent le nom de Sainte-Claire-en-1'Ile, 
pour les distinguer de Sainte-Claire-au-Marché-aux-Chevaux. Le couvent exista jusqu'en 
1525, époque où la majeure partie des maisons religieuses fut abolie; il subit le même 
sort; son emplacement fut entouré d'un mur avec des rondelles, ainsi que d'un fossé. 



Couvent 
Sainte-Claire. 



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6 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Les deux anciennes tours qui protègent la ville, à droite et à gauche de la sortie de 
la rivière, et que nous connaissons encore, de nos jours, sous les noms de Tour-des- 
Pêcheurs et de Tour-dans-le-Sac , furent élevées en 1476. 
Porte des Pêcheurs. La Tour des Pêcheurs subit , en 1840 , les transformations que l'on y voit aujourd'hui. 
La terrasse et l'escalier extérieur de cette construction datent de la même année. 

Pour mieux garantir encore la rivière des attaques du dehors, on éleva, sur ses deux 
rives, des murs percés de meurtrières (1558-1563), dont les traces étaient naguère 
encore visibles près de la porte des Pêcheurs. Ils existèrent jusqu'en 1772, année où 
fut construit le Pont-Royal (aujourd'hui Pont-National). 

Le premier pont jeté en cet endroit sur la rivière fut construit en 1674, avec herses 
et pont-levis. Son peu de largeur en bornait l'usage aux piétons. Il fut remplacé par un 
autre pont en bois plus large et voiturable. Celui qui est assis sur six arches en pierres 
et que le génie militaire fit construire en 1 840 , est donc le troisième depuis celte époque. 

Speclin, notre ingénieur militaire, fit combler, en 1577, le fossé qui coupa l'île 
Sainte-Claire , en élevant le rempart, et un jardin , que la ville avait cédé à l'Ammeister 
Wickram , orna alors la pointe qu'occupent de nos jours les chantiers et les magasins 
de bois du sieur Gœrner 1 , et où les bateaux à vapeur viennent amarrer. 
Pontonniers. En 1740 , le tir fut supprimé , et l'architecte de la ville se logea sur son emplacement. 

La construction du quartier des Juifs date de la même époque, et la ville contribua pour 
cent vingt mille francs à la construction de cette caserne, occupée aujourd'hui par le 
corps des pontonniers. 

Disons quelques mots de ce corps, qui a rendu de si grands services à l'armée 
pendant les longues guerres de la république et de l'empire, et qui doit à l'Alsace sa 
première formation. 

En 1792, le gouvernement créa deux compagnies de bateliers du Rhin, pour faciliter 
les opérations des armées sur cette partie de nos frontières. 

Le général Custine fut chargé de l'organisation de ce corps, dont le premier 
commandant fut un sieur Hoffet, Strasbourgeois. Grand nombre de bateliers de notre 
ville, même des pères de famille, qui à cette époque se trouvaient sans travail, à cause 
de l'interruption du commerce, s'y enrôlèrent. Les bateliers du Rhin furent distribués 
sur les principaux points de défense. Fort-Louis, Gambsheim, Strasbourg, Brisach et 
Hunin^ue en reçurent leur part; aussi furent-ils appelés plus tard matelots du Rhin. 

En 1795, le corps fut formé en bataillon de pontonniers sur le Rhin. Il avait toujours 
son dépôt à Strasbourg, et depuis celte époque il a pris droit de cité parmi nous, car 
les eaux du Rhin et de l'Ill sont essentiellement favorables à ses travaux. Depuis le 



* Ces magasins ont été construits au commencement du dix-huitième siècle, par l'architecte de la ville, Mollinger, 
auquel nous devons aussi la construction de l'Hôpital civil. 



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Strasbourg illustré Faubourgs. Page 6 & 56. 




/, Aiivicii bastion au sortir de la rue dAusterltiz. ?, Débouche' de la rue de la Madeleine-- .9. Wàiseru/ralen . à. Fau.r rempart -au- lequel soat a^suar l&r maisons 
intérieures de ta me des û/pl/j>lijzs. £ Hue- des Orphelins, Josse comité ', de rrUm* r/ua le lialswu/jnAe/?, . fi', flaes d'AustertiU . 7. Mur d'enceÙiU <fi'l j-jclsle encore 
derrière la Caserne- ■ d Artillerie . iï.Porle dAu.rteri/lz . .î? 3/iw d'âftceifzl» inférieur duquel il ««* erw-ora une' j)ar-li& derrière la Madeleine . 

Porte des Bouchers et Fortifications environnantes. 




/ Porte dix- PèeJu'Mrs. 3, T&UT dan,? U S»C S, Le SlolUenaelc. .pointe dos Faujc remparts. -",, Mur rù- fortification 'du, 
ç/Mti de.? -Pécheurs. S, -fil rw/ere ■ 

Porte des Pêcheurs et Fortifications environnantes. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. ? 

commencement des guerres de la république jusqu'en 1815, pendant cette grande 
époque de gloire, achetée au prix de tant de sang, les pontonniers se signalèrent 
par leur intrépidité et leur dévouement. Les services qu'ils rendirent à l'armée de 
Sambre-et-Meuse, les passages du Rhin et du Danube, à l'île de Lobau, et la 
construction des ponts sur la Bérézina , pour sauver les débris de cette grande armée, 
poursuivie et vaincue bien plus par le froid que par le fer de l'ennemi, sont de belles 
pages dans notre histoire militaire contemporaine. Trente ans après ces campagnes, 
nous sommes heureux de posséder encore parmi nous des restes vivants de ce corps 
héroïque. Ce sont: le commandant Heckmann, qui construisit le pont de bateaux sur 
l'île de Lobau à la bataille de Wagram; G. Braun, qui jeta, par-dessus les f^°™^ 
s'entrechoquaient, un des ponts de la Bérézina, sous les ordres du gênerai Eble et 
sous les yeux de Napoléon lui-même; le capitaine Hofîet; le lieutenant Dneu, aujourd hui 
général d'artillerie; Murr, Groetzinger, qui servaient tous dans la 3e compagnie du 

1 er bataillon 1 . 

Après avoir passé le Pont-Royal, et avant de remonter sur les remparts, jetons un 
coup d'œil sur le quartier de la Krutenau, qui, sauf l'agrandissement qu'il subit sous 
Louis XIV, est le dernier qui se soit placé sous l'égide murale de l'ancien Strasbourg, 
au commencement du quinzième siècle. Depuis la tour des Pêcheurs jusqu'au canal du 
Rhin, qui se jette dans 1TÎ1 sous le Pont-aux-Chats, ce terrain était anciennement 
connu sous le nom général de Krotenowe, Krutenau. 

Par l'aspect seul des maisons qui forment des ruelles étroites et des impasses 
tortueuses on voit que la population, primitivement composée de pêcheurs et de 
bateliers s'était fixée le long de la rivière, qui fournissait à sa subsistance. Le reste 
de ce terrain n'est occupé que par de grands bâtiments et de vastes jardms; la on se 
sent à l'aise , on respire avec plus de liberté , tandis que du côté du canal , le moyen âge 
étroit et sombre vous attriste et vous oppresse. 

Ainsi que les jardiniers dans d'autres faubourgs, la populat.on de ce quartier a 
conservé son originalité et son patois dur et rude. A sa robuste constitution, à son 
teint halé, à la force de ses bras, à la largeur de ses épaules, on reconnaît aisément 
la race infatigable de nos bateliers. 

L'Ill et surtout le Rhin , cette grande artère de l'Allemagne , n ont jamais cesse d être 

nour la batellerie strasbourgeoise et pour celle des villes riveraines une source de 

richesses Mais comme tout est assujetti aux influences des époques , des mœurs et des 

révolutions politiques, la batellerie, elle aussi, a traversé des temps plus heureux 

' u'ourd'hui , n'étant plus protégée, comme autrefois, par d'importants privilèges. De 

ons rédigé ces lignes , la mort a enlevé une grande partie de ces braves. Murr est mort 
i Depuis que nous ^ Braun, en 1850, à l'âge de soixante dix-sept ans; et le capitaine Hoffet, en 

en 1848; Heckmann, en îoo , j 

1852. 



Pontonniers 



La Krutenau. 



Navigation 
sur le Rhin. 



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navigation 
sur le .Khin. 



8 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

tout temps les bateliers strasbourgeois ont joui d'une grande réputation et par la 
scrupuleuse attention qu'ils mettaient à surveiller la construction de leurs solides 
bateaux, et par l'habileté pratique avec laquelle ils savaient les diriger. Depuis 1463 les 
calfats et les constructeurs de bateaux furent incorporés à leur tribu. Anciennement 
la navigation sur le Rhin, depuis Bâle jusqu'à Neubourg, leur appartenait, et quelquefois 
même jusqu'à Spire et Mayence; ils s'étaient chargés de maintenir le fleuve navigable , 
en enlevant tous les obstacles que pouvait amasser son cours impétueux. 

En 831 déjà, Louis-le-Débonnaire les dispensa des péages; les empereurs Henri IV 
et Frédéric II, en 1195 et en 1236, les exemptèrent des droits qu'avaient les riverains 
sur les bateaux naufragés. Dans la seconde moitié du treizième siècle et dans le 
quatorzième et le quinzième surtout, le commerce et la batellerie déployèrent une 
grande activité et une énergie guerrière. 

La ligue anséalique des villes du nord s'était formée ; Cologne , comme ville du Rhin, 
en faisait partie. A l'exemple de cette vaste association , et à la vue de la puissance , des 
richesses et de la considération qu'elle acquit, les villes du Rhin se constituèrent aussi 
en confédération , pour se soustraire au joug que faisaient peser sur elles les électeurs , les 
grands vassaux de l'empire et la noblesse. La politique impériale favorisa ce dévelop- 
pement de force, et une série d'empereurs, depuis Rodolphe de Habsbourg, en 1275, 
jusqu'à Wenzeslas, en 1379, leur accordèrent leur protection et des privilèges 
d'exemption des droits de péage. Cologne, Mayence, Spire, Oppenheim, Worms, 
Francfort, Strasbourg et Bâle se prêtèrent secours pour la défense commune. D'autres 
villes libres impériales, celles de l'Alsace , du bas Rhin , les villes de la Suisse , plus tard 
celles de la Souabe et à leur tête les chefs du commerce de l'Allemagne centrale, 
Nuremberg, Augsbourg et Ulm, grossirent cette ligue, et ainsi se forma une association 
compacte de soixante et dix villes. 

Armés pour la défense comme pour l'attaque, s'imposant réciproquement des 
contributions pour entretenir les escortes nécessaires à la sûreté du commerce, pour 
subvenir à l'entretien d'hommes d'armes et pour armer les bateaux qui devaient 
naviguer sur les principales rivières , ces bourgeois commencèrent à saper la féodalité 
et jetèrent, suivant les circonstances, leur épée ou leur or dans la balance de l'État. 

Ces villes médiatisées eurent siège et voix délibérative aux diètes impériales ; la 
noblesse fut plus ou moins éloignée de leur administration intérieure; le haut clergé 
perdit de son influence dominante, et les négociants et les corporations des métiers 
animèrent de leur vie laborieuse ou défendirent de leurs bras vigoureux ces municipes 
qui s'assirent sur des bases plus solides. 

C'est dans ce concours de forces isolées, au milieu d'une solidarité d'intérêts et de 
rapports incessants, que l'épée fut souvent tirée du fourreau et ensanglanta les villages , 
les campagnes et les manoirs des parties belligérantes. Le Rhin fut témoin de ces scènes 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



Navigation 
sur le Rhin. 



guerrières. Les péages qu'avaient établis les princes riverains sur les bords, étaient 
souvent très-onéreux pour le commerce et pour les bateliers; maintes fois ceux-ci 
furent même attaqués et pillés dans leurs courses, malgré la protection que leur 
accordaient les empereurs; alors éclatèrent les vengeances, et les princes de l'empire 
avec leurs vassaux ne trouvèrent pas indigne d'eux de s'associer aux villes confédérées, 
soit pour punir un affront personnel, soit pour ruiner un ennemi, soit même dans 
l'intérêt de la puissance impériale, selon les exigences diverses de leur politique. C'est 
ainsi qu'en 1271 toutes les maisons de péages, depuis Bàle jusqu'à Cologne, furent 
démolies et qu'au commencement du siècle suivant beaucoup de châteaux forts des 
bords du Rhin furent pris et détruits. En 1351 , l'empereur Charles IV avait engagé 
pour 45,000 florins le péage de Spire à l'évêque de cette ville, qui chargea d'un impôt 
onéreux les bateliers et le commerce. Lésés dans leurs intérêts, ceux-ci quittèrent cette 
voie et l'échangèrent contre le transport par terre. Le magistrat de Strasbourg fit barrer 
le fleuve avec des palissades et des chaînes doubles , et interdit pendant deux ans toute 
navigation, jusqu'à ce que justice eût été rendue. 

Ce développement d'activité et de force devait porter ses fruits, et les villes libres, 
riches et puissantes, brillèrent d'un vif éclat. Des lois sages et équitables les régissaient; 
le commerce devint leur propriété, les foires y attirèrent des milliers d'étrangers. C'est 
surtout dans le quinzième siècle , que la navigation sur le Rhin fut activée par le transit 
des marchandises qui affluaient de l'autre côté des Alpes, de la riche et puissante 
Venise, sur les bords du Rhin et passaient de là vers le Nord, vers la Lorraine et la 
Bourgogne, et vers le centre de la France et de l'Allemagne. 

Après ce petit aperçu historique, jetons un coup d'ceil sur les règlements qui Statuts des bateliers, 
régissaient la corporation des bateliers en notre ville, et l'on verra qu'ils étaient puisés 
dans les besoins et les mœurs de la société d'alors , et qu'ils témoignent d'un rare esprit 
d'ordre et de prévoyance. S'ils portent par fois le cachet d'une excessive minutie, ils 
assurent aussi des gai^anties précises au commerce , à l'état et à la batellerie , non- 
seulement de Strasbourg , mais encore des autres villes associées , imposant de fortes 
amendes à ceux qui les avaient enfreints. 

Primitivement les bateliers ne faisaient pas partie des corporations des métiers; ils 
appartenaient à la classe des Constof fiers , classe intermédiaire entre les nobles et les 
artisans 1 . En 1331 . ils entrèrent dans les rangs de ces derniers et formèrent la première 
corporation des métiers. Leur poêle était sur le quai des Bateliers, à l'enseigne de 






1 Es ist zu wissende das die Schiffslùte zu Strosburg sinl gewesen je und je also lang die Statt Strosburg gewesen 
ist und dienent mit keim Antwerke unze in das Johr do man zàlt nach Gottes geburt 1331 Johr. Do wurdent die 
Schifflùt zu Strosburg zu einem Antwerke gemacht. Es ist ouch zu wissende dass aile di Recht und Artikel und 
Gewonheit , so in diesem Buch geschrieben stont die Schifflùle zu Strosburg also lang gehalten liant also die Statt 
gestanden ist, und das die zu ewigen Tagen soltent gehalten werden. 

{Zunft und Artikelbuch. Archives de la mairie.) 

FAUBOURGS. 2 



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10 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Statuts des bateliers. Y Ancre, dont le nom est resté à la ruelle voisine. Leur nombre s'étant considérablement 
accru , on y ajouta encore, en 1350, quatre autres maisons de réunion. 

A la tête de celte corporation se trouvait un conseil de treize membres assermentés, 
élu tous les ans dans son sein et présidé par un membre du sénat; ce conseil connaissait 
de tous les conflits qui s'élevaient dans la corporation et les jugeait. Cinq autres 
membres assermentés, connus sous le nom de Ferliger (apprêteurs), devaient présider 
au chargement des bateaux; ils étaient responsables de cette opération envers les 
propriétaires. Ni les bateliers, ni les pilotes, ni aucun de leurs parents n'étaient admis 
à y prendre part. Les apprêteurs étaient en outre obligés, avant le chargement, de 
s'enquérir de la hauteur de 1111 et du Rhin, afin qu'il fût en harmonie avec le jaugeage 
et l'état des eaux; ils prescrivaient même le nombre des matelots nécessaires au voyage 
et à la manœuvre du bateau. 

Comme dans toutes les tribus des métiers strasbourgeois, les bateliers nommaient 
encore dans leur sein treize membres, les Ruger (dénonciateurs), qui étaient chargés 
de surveiller l'exécution des statuts et de dénoncer au sénat toute contravention , afin 
que réprimande ou punition s'ensuivît. 

L'ouverture de la batellerie marchande se faisait le jour de Saint-Martin, et à la 
Saint-Michel commençait le quartier d'hiver. 

Celui qui entrait dans la corporation était obligé de verser à la caisse commune 
deux livres pfennings et sept schillings , ou 9 fr. 40 c; ce qui petit être évalué , comparati- 
vement à la valeur actuelle du numéraire, à une somme vingt fois plus forte. Il était 
interdit à tous ceux qui n'en faisaient point partie, défaire transporter, contre salaire, 
du vin ou d'autres marchandises sur le Rhin et sur lïll, dans les limites fixées entre 
les villes riveraines. Néanmoins, les négociants pouvaient faire charger leurs 
marchandises sur des bateaux à eux appartenant, mais ils étaient obligés de les faire 
conduire par des bateliers de la corporation. Les voyages se faisaient à tour de rôle, 
et deux bateliers, agissant en commun, ne pouvaient charger plus de deux bateaux. 
Les contrevenants payaient quatre livres pfennings ou 16 fr. d'amende. Il était défendu 
à tout batelier de se servir d'autres pilotes que de ceux qui faisaient partie de leur 
corps, à moins qu'il n'en trouvât point à l'instant même sur la place. 

Un batelier étranger arrivant à Strasbourg avec un chargement pouvait le remplacer, 
s'il trouvait des marchandises à charger dans les trois jours qui suivaient son déchar- 
gement ; sinon , il devait retourner à vide ; mais si sa destination l'appelait a un point en 
amont de la ville, il perdait ce droit au retour. Les bateliers de 1*111 étaient exemptés 
de cette mesure. Les bateliers de Râle et de Brisach sur le Rhin , comme ceux de 
Schlestadt et de Colmar sur 1*111, arrivant avec des chargements à destination en aval 
de Strasbourg, étaient obligés de les transmettre à la batellerie de cette ville. Ce 
droit fut plus tard contesté par la ville de Bâle et abrogé par un jugement d'une 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



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commission mixte en faveur des bateliers bàlois, qui conservèrent une part de la Statuts des bateliers. 
navigation en aval de Strasbourg. 

Les princes riverains qui faisaient transporter par eau leurs vins , leurs grains ou 
d'autres denrées à leur propre usage, n'étaient point soumis à ce règlement. 

Pour garantir sa sûreté personnelle pendant ses voyages, ainsi que celle de la ville et de 
son territoire, chaque membre de la corporation , s'il avait plus de vingt livres pfennings , 
ou 80 fr. de fortune, était obligé d'entretenir une armure, composée d'un casque, 
d'une cotte de maille, d'une cuirasse , de cuissards et de brassards , d'un glaive ou d'une 
masse d'arme; une inspection qui se faisait, au moins deux fois par an, en constatait 
le bon état, et les contrevenants étaient punis d'une amende de cinq schillings ou 1 fr. 
Nous venons d'indiquer les principaux articles des anciens statuts qui régissaient 
l'ordre intérieur, et le mouvement de la batellerie marchande à des époques réglées 
et à tour de rôle entre les parties intéressées; vient ensuite le transport des voyageurs 
et des nombreux pèlerins qui choisissaient la voie du Rhin , pour se rendre à Notre- 
Dame-de-l'Hermilage en Suisse, ou qui fréquentaient les pèlerinages de l'Alsace, de 
Cologne, de Trêve, d'Aix-la-Chapelle et tant d'autres lieux que recherchait la foi 
religieuse, pour y trouver la consolation et le pardon. Ces passages étaient plus 
lucratifs que le transport des marchandises; mais ils dépendaient de l'arrivée, souvent 
incertaine , des pèlerins. La règle commune ne pouvant pas être mise en pratique dans 
ces circonstances , fit naître un usage basé sur les chances du hasard. 

Lorsque les pèlerins ou autres voyageurs étaient arrivés en ville, le bedeau de la 
corporation [Harrer), se rendait auprès d'eux et faisait marché pour le transport. 
Puis il assemblait les bateliers au poêle , et le sort désignait celui ou ceux qui devaient 
conduire les voyageurs aux conditions du marché conclu par le bedeau auquel revenait 
un florin de courtage. Trois heures après, à moins que le retard ne provînt des 
voyageurs, le règlement les obligeait à lever l'ancre. 

A cette vie rude, énergique, pleine de périls en tout genre, que présentait alors la 
navigation sur un fleuve , auquel l'art et la main de l'homme ont su depuis mettre un 
frein, se mêlaient aussi des plaisirs non moins rudes et bruyants. 

Les poêles ou maisons de réunion étaient témoins de leurs fêtes patronales, de leurs Fêtes des batelier 
festins de corps, de leurs libations et de leurs rixes, tandis que sur 1T11, ces hommes 
forts et robustes engageaient des luttes pacifiques entre eux et avec l'élément qu'ils 
avaient journellement à combattre. 

Tous les ans, quelques jours avant le 20 juillet, les corps des bateliers et des pêcheurs , 
maîtres, pilotes, limonniers et garçons, les uns costumés en toile blanche, ornés de 
rubans et de fleurs, d'autres affublés de travestissements grotesques, sortaient en 
cortège de la Krulenau , musique en tête avec les bannières de leurs corporations. De 
là ils parcouraient la ville , se présentaient chez les Slàdtmeister et chez F Ammeister, 



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12 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

!-êtes <Us bateliers, chez les sénateurs, chez les négociants, avec lesquels ils étaient en relation d'intérêts, 
pour les inviter à leurs jeux , et les garçons bateliers, en récitant le formulaire d'usage, 
ne manquaient pas de faire un appel à la bourse des conviés. Le 20 juillet se réunissait 
sur les quais des Pêcheurs, sous les hangars des marchands de bois, situés alors en face 
et sur les ponts , une foule de curieux qui assistaient à ces jeux. De légères barques, 
conduites par d'adroits rameurs, se croisaient en tout sens, chacune portant son 
jouteur, qui, l'œil fixé sur son adversaire, la longue perche à bouton rembourré en 
arrêt, lâchait de le renverser et de le jeter à l'eau. Alors des acclamations bruyantes 
encourageaient le vainqueur, qui renouvelait la lutte avec un autre adversaire, pour 
remporter les prix. A ces naumachies succédaient des jeux de bagues ou carrousels, 
exécutés de même sur l'eau. Puis venaient des exercices gymnastiques ; on grimpait sur 
des mâts de beaupré frottés de suif, on s'efforçait d'enlever des pièces d'étoffe attachées 
au sommet; les moins adroits perdaient pied et tombaient dans la rivière. C'était ensuite 
le jeu de l'oie. A une certaine hauteur au-dessus du niveau de l'eau était tendue , d'une 
rive à l'autre, une corde à laquelle on avait attaché légèrement par les pattes une oie 
vivante. Les concurrents, placés chacun dans une nacelle, au moment où, à force de 
rames, elle passait au-dessous de la corde, s'élançaient rapidement pour saisir leur proie ; 
mais le pauvre animal qui s'agitait avec terreur, leur échappait presque toujours, et 
alors, comme la barque qui avait continué sa marche, venait souvent à manquer sous 
leurs pieds quand ils retombaient, les maladroits joueurs allaient se débattre dans 
l'eau au milieu des éclats de rire et des huées de l'immense foule des spectateurs. Baccbus 
sur un tonneau vide, qui flottait sur les eaux, et d'autres divinités grotesques qui 
naviguaient dans des cuvettes ou sur des planches, animaient encore ces solennités 
populaires, auxquelles présidait une folle gaîté. Ces fêtes qui avaient bien aussi leur 
mérite , se sont perdues depuis; le peuple a cessé de les rappeler, et ce n'est que lorsque 
tous les dix ou vingt ans quelque illustre étranger vient visiter notre ville, qu'une de ces 
représentations officielles est commandée, faible et pâle image du temps passé, et qui 
n'offre plus cette fraternelle émulation, cette franche bonhomie, ce vif entrain qui 
naissent du concours spontané de tous et que l'on ne rencontre plus que dans les fêtes 
militaires. La planche ci-jointe, copiée d'un tableau du commencement du dix-septième 
siècle, et qui provient d'une ancienne famille de bateliers strasbourgeois , donne une 
idée de ces scènes populaires et représente en même temps l'église Saint-Guillaume et 
le quai des Pêcheurs tels qu'ils étaient alors 1 . 

Au quinzième siècle et dans la première moitié du seizième, la batellerie strasbour- 
geoise était arrivée au faîte de sa prospérité. Les principales causes qui la firent déchoir 
furent les convulsions politiques et religieuses des seizième et dix-septième siècles, la 



Décadence 
de la batellerie. 



1 Nous devons ce tableau à l'obligeante communication de M. Jung , professeur à la faculté de théologie protestante 
et bibliothécaire de la ville. 



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Panorama de Strasbourg, Faubourgs, l'âge 1' 





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Décadence 
de la batellerie 



PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 13 

nouvelle direction que prit le commerce, qui peu à peu quitta la route des états 
maritimes d'Italie , pour se porter de nouveau vers le nord , dans les ports de la Hollande 
et de la Flandre, et la perte de presque tous les privilèges, causée par la concurrence 
d'autres villes, d'autres étals riverains. Ce fut surtout Jean-Philippe, électeur et 
archevêque de Mayence, qui, en protégeant beaucoup la batellerie de cette , capitale et 
en accordant, en 1651, à elle seule le droit de transport des marchandées qui y 
arrivaient, soit en amont, soit en aval , porta un coup funeste a cette mstxtuUon. Par 
suite des plaintes portées par les villes de Cologne, de Francfort e de Strasbourg 
des transactions qui eurent lieu à ce sujet, cette dernière ville fut encore avonsee; 

, t rf} sWo nu'elle n'était plus qu'un enfant perdu de l'Allemagne, 
mais trente ans plus tard, aloi s queue ne . h , . . YIV 

sur la rive gauche du Rhin et entourée de l'Alsace soumise a la puissance de Loms XIV, 

elle fut oblieée de plier. . 

La batellerie marchande ne conserva plus que le droit de transport deux fois par 
an pendant six semaines, à l'époque de la foire de Francfort-sur-Mein. Grâce aux 
efforts que fit le gouvernement de Louis XIV, elle obtint quelques autres droits, tel que 
l'emploi des pilotes et garçons bateliers strasbourgeois pour la manœuvre et la conduite 
des bateaux venant du bas Rhin ; ce qui n'occupa que quelques bras de plus, sans donner 
plus d'importance à la corporation. Vinrent les guerres de la révolution et les campagnes 
sur le Rhin , qui , en suspendant tout d'un coup toute l'activité des ports du Rhin , firent 
de ces bateliers de bons et braves soldats 1 . 

Sous le gouvernement de Napoléon, le commerce par terre ayant pris un developpe- 

• r A n*r suite du blocus continental, le mouvement de la navigation rhénane 
ment torce, pai &uuc <ju 

se ranima un instant ; mais comme une lampe expirante dans laquelle on verse un peu 
• la faire revivre momentanément, la batellerie strasbourgeoise se releva 
DenlntZèlques aimées pour être anéantie plus tard par la vapeur, qui la domine de 
s iours L'ouverture du canal du Rhône-au-Rhin avait bien laisse quelque espoir a 
l'industrie batelière et au développement de son activité, mais sur ce nouveau terrain 
,11e se trouvait d'un côté en concurrence avec le haut commerce, qui cherchait a s en 
nnnroprier le monopole, et d'un autre côté , les bateliers étaient trop pleins de leurs 
anciens préjugés pour se plier aux exigences de leur nouvelle position; ils ne pensaient 
ms que malheureusement pour eux, les maîtrises et les jurandes n'existaient plus, 
aussi peu que le protectorat qui favorisa leurs aïeux. Autres temps, autres mœurs! 
' En traversant une de ces ruelles étroites qui aboutissent à la rue de la Krutenau , Pont-aux-Chats 
ous arrivez au Pont-aux-Chats et au canal du Rhin. Ce bras se détache du fleuve en 

> i ™tit nont du Rhin , d'où il communique avec 1111 ; il a servi de tout temps de 
amont du peut puni uu * 

• ♦• „ onirpres deux cours d'eau, mais seulement pour des bateaux de médiocre 
communication enirc cesucu^ 



i Voyez Pontonniers. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



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Poiit-aux-Chats. dimension; afm de le rendre navigable en toute saison et pour toute embarcation, on le 
canalisa en 1734. A celte époque on construisit les deux sas, l'un en dehors de la ville, 
près de la route de Kehl, et l'autre près du Pont-aux-Chats. En 1368 il est déjà fait 
mention de ce pont, et dans le bon vieux temps, où l'on croyait encore aux spectres et 
aux revenants, personne n'aurait osé passer pendant une nuit sombre clans ce quartier 
mal famé de la ville. Quelques personnes noyées et quelques assassinats commis en ce lieu, 
firent naître des contes à faire dresser les cheveux; le diable s'en mêla aussi, quand au 
passage d'un convoi funèbre ce pont se rompit et que vingt-quatre personnes, le prêtre 
entête, tombèrent dans l'eau. Malgré toute sa bonne volonté, l'esprit malin ne put venir 
à bout de ce tour diabolique, car les vingt-quatre hommes furent sauvés, et personne 
ne périt. Arnold, dans son Pfingslmontag, a su profiter de ces traditions pour imaginer 
sa charmante scène du Magister Mehlbruje. 

Le pont voûté en pierre, qui unit de nos jours les deux quais, date de 1818; c'est 
le dernier dans notre ville qui ait été construit sur pilotis; les grands travaux en ce genre 
qui ont été faits depuis reposent sur des fondements de chaux hydraulique. 

Nous nous trouvons ici sur la limite du troisième agrandissement de Strasbourg, sur 
la rive droite de 1*111 , connu anciennement sous les noms de Finckweiler (hameau de 
Fink), Sanct-Marx et Sanct- Elisabelhenau (pré de Saint-Marc et de Sainte-Elisabeth) et de 
Enlenpfûhl (mare des canards). 

Déjà un grand nombre de maisons s'étaient élevées sur ce terrain; elles y formèrent 
un faubourg pendant le treizième siècle, lorsque le second agrandissement au delà du 
Fossé-des-Tanneurs fut exécuté. On commença en 1312 à entourer ce nouveau faubourg 
de murs crénelés, et munis à l'intérieur de galeries, pour le service des archers et des 
arbalétriers. Ce travail fut achevé en 1334; il se prolongea de la rive droite de l'Ill au 
point où la rivière entre en ville , vers les portes de Sainte-Elisabeth , de l'Hôpital, des 
Bouchers, et de là en ligne droite vers l'endroit où est de nos jours le pont de Sainte- 
Catherine , pour se diriger en angle droit le long du bras du Rhin jusqu'au Pont-aux- 
Chats. 

De larges fossés défendaient l'approche de ces murs ; ils furent comblés à la fin du 
siècle dernier et au commencement de celui-ci, et transformés tant en jardins qu'en 
rues, sous les noms de fossé et place des Orphelins et rue Derrière-les-Murs , en 
longeant le côté méridional des maisons de la rue des Bouchers. 
Campagne En 1476, lorsque Strasbourg se vit menacé d'une attaque de Charles-le-Téméraire, ces 

Charies-le-Téméraire murs furent flanqués de quatorze tours carrées , qui servirent autant à défendre la ville 
qu'à observer l'ennemi au dehors. Il restait encore trois de ces tours au commencement 
de ce siècle; l'une près de la porte de l'Hôpital, qu'on avait exhaussée pour en faire 
un observatoire astronomique, la tour de Sainte-Catherine à l'angle, près du pont, 
démolie depuis, et la Tour-des-Florins (Guldenthurm) , appelée faussement en français 






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Panorama de Strasbourg. Faubourgs.Page'W 




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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



15 



Tour -des -Martyrs, que nous avons sous les yeux, avec une partie resiée intacte Campague 
de ces fortifications primitives. La Tour-des-Martyrs où était établie la torture, Charles-le-Téméraiie 
avec tous les terribles instruments de supplice en usage dans ces temps heureusement 
loin de nous, était située dans la rue de la Prison, derrière l'hospice de Saint-Marc 
(Dâumellhurm). 

A l'époque de la construction de cette tour, nos hommes d'armes, au nombre de deux 
mille, avec une nombreuse artillerie et sous les ordres de Pierre Schott, combattaient 
avec les Suisses contre l'armée de Charles-le-Téméraire, à Fléricourt, à Blâmont et à 
Granson. Le 22 juin 1476, à la bataille de Morat, qui abattit la puissance et l'orgueil 
du duc de Bourgogne , Strasbourg avait envové cinq cent cinquante cavaliers , trois cents 
arquebusiers et douze pièces de canon, sous les ordres du comte Louis dEptingen et 
du capitaine Guillaume Herder. L'un d'eux commanda, à côté d'Oswald de Thierstein, 
la cavalerie, et l'autre, à côté de Hans Waldmann de Zurich, le corps de bataille des 
alliés. Après cette victoire , les Strasbourgeois s'associèrent de nouveau aux cantons 
suisses , pour aider, avec douze cents hommes et moyennant un prêt de dix mille ducats, 
le duc René de Lorraine à reconquérir ses états par la bataille de Nancy. 

Cette partie de la ville réveille des souvenirs touchants de l'esprit de fraternité , qui 
liait pendant des siècles la petite république strasbourgeoise aux républiques suisses , 
tandis que la maison de Lorraine n'a pas gardé longue mémoire, dans les siècles 
suivants, des services que Strasbourg avait rendus à sa cause. C'était en 1576, les 
dissensions religieuses, poussées de part et d'autre jusqu'au fanatisme, avaient séparé 
la société en différents camps, qui se faisaient une guerre acharnée, ou s'observaient 
avec une soupçonneuse inquiétude. 

Entre la France et l'Allemagne , l'Alsace était devenue, pour ainsi dire, une place 
d'armes où les partis se recrutaient et où les intrigues de cour avaient leur jeu. Des 
armées s'y assemblèrent, pour combattre soit dans les rangs du roi de France et des 
Guises , soit dans ceux des Huguenots ; dans l'armée de l'empereur comme dans celle des 
princes protestants de l'Allemagne. Le pays fut dévasté par ces bandes de soudards, 
qui prêtaient leurs bras à la défense de ces diverses causes, et la famine et les maladies 
ajoutèrent leurs ravages à ceux de l'ennemi. Au milieu de tous ces malheurs, Strasbourg 
demeura sain et sauf et protégeait de tout son pouvoir ceux qui venaient se réfugier 
dans ses murs. Bien plus, pour faire oublier ces scènes terribles et mêler quelque joie 
à tant de douleurs, elle avait fait , au mois de février de cette même année , un appel à 
toutes les villes et aux seigneurs, ses alliés, et les avait conviés à un grand tir et à des 
fêtes publiques. De tels amusements répondaient à l'esprit guerrier qui dominait alors 
la société et cette invitation fraternelle réunit en nos murs près de quatre cents 
étrangers, de la Souabe , du margraviat de Bade, de la Bavière, des villes du Rhin et 
du Mein et de la Suisse. 



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Voyage 
des Zurichois. 



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16 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Le tir à l'arbalète commença le 25 mai et dura jusqu'au 11 juin, où il fut remplacé 
par le tir à l'arquebuse , et les fêtes finirent par une grande loterie que l'on commença 
à tirer le 13 juin. 

Pendant les deux mois que durèrent ces exercices et ces divertissements variés , qui 
occupaient une société si hétérogène, tant par la nationalité que par les diverses classes 
des populations qui la composait, la paix et la concorde régnèrent dans nos murs, 
et en rentrant dans leurs foyers domestiques, tous vantaient à l'envi l'hospitalité 
strasbourgeoise. 

Il vint entête à quelques jeunes Zurichois, enthousiasmés par ces nouvelles, de 
faire une visite à leurs alliés et en même temps à leurs compatriotes, qui se trouvaient 
au tir au nombre de plus de soixante, sous la conduite de Conrad Grosmann et de 
Hans Brâm, leur respectable bourguemestre. 

Le voyage fut arrêté et fixé à l'époque de l'anniversaire de la bataille de Morat; 
quarante-huit bourgeois de Zurich de toutes conditions, présidés par l'Obmann, Caspar 
Thoman, s'associèrent en s'adjoignant un corps de musique , composé de trois trompettes , 
de deux tambours et d'un fifre. Les noms des voyageurs ont été consignés dans les 
chroniques du temps. Un costume uniforme devait faire oublier les différences sociales 
qui les séparaient, tout en les distinguant dans la masse du peuple avec lequel ils 
venaient fraterniser. 

Un grand bateau fut équipé pour ce voyage, et des bateliers de relai furent 
commandés à Lauffenbourg , à Bâle et à Brisach. Grâce au progrès des sciences et de 
l'industrie on peut faire de nos jours le trajet de Zurich à Strasbourg par terre en dix- 
sept heures ; à cette époque il fallait quatre jours, et trois pour l'exécuter par la Limmat , 
par l'Aar et par le Rhin. Ces hardis nautonniers voulurent l'effectuer en un seul jour, à 
l'exemple de quelques-uns de leurs ancêtres qui l'avaient déjà entrepris en 1456, mais 
avec moins de solennité. Des provisions en tout genre furent embarquées pour soutenir 
les forces des voyageurs: trois cents craquelins et un chaudron rempli d'un millet 
chaud, cuit au lait et posé dans un tonneau rempli de sable chauffé, devaient être 
présentés a Strasbourg, les uns pour être distribués aux enfants de la ville, et l'autre 
pour être servi sur la table des nombreux convives Le jour de l'expédition fut fixé au 
mercredi 20 juin, et annoncé d'avance à Strasbourg. 

Le matin, vers les deux heures, les courageux nautonniers se mirent en route, à la 
faveur d'un ciel étincelant d'étoiles, et aux acclamations d'une nombreuse population. 
Les rives de la Limmat et de l'Aar fuyaient avec vitesse devant le bateau, poussé par 
tant de bras vigoureux. Déjà au lever du soleil le Rhin les avait reçus, et ils glissaient 
rapidement sur ses flots verdâtres. Arrivé à Lauffenbourg, ils déchargèrent leur bateau 
au-dessus des tournants du Rhin et en chargèrent un autre, préparé au bas. Lorsque 
dix heures sonnèrent , ils passaient sous le pont de Bâle ; une décharge d'artillerie les 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



17 



salua de la part de la ville , et mille voix les félicitèrent de. leur courageuse entreprise. 
Dès lors ils purent espérer d'arriver avant le coucher du soleil à l'antique cité qui 
devait les recevoir. Épuisés par la chaleur du jour et par la fatigue, un repas, pris au 
milieu du fleuve , en vue de Vieux-Brisach, répara leurs forces. Us passèrent rapidement 
devant les châteaux de Sponeck et de Limbourg qui baignent leurs pieds dans les 
flots du Rhin. Là, ils quittèrent les rives montueuses du fleuve et virent s'élever de 
loin 'la flèche grandiose de la cathédrale de Strasbourg. A cet aspect leur courage se 
ranima, et à sept heures du soir ils firent leurs adieux au Rhin et entrèrent dans le 
bras d'eau qui le joint à l'Ill. 

Contents et fiers de la réussite de leur voyage qui s'est accompli sans obstacles et par 
un temps magnifique, ils se préparent à la réception. Après avoir arboré la bannière 
bleue et blanche aux armes de Zurich, ils jettent le manteau de velours noir sur leurs 
pourpoints et leurs chausses rouges, et ornent leurs chapeaux de plumes; les trompettes, 
les tambours et le fifre entonnent une musique guerrière, et ils entrent en ville au 
mouvement cadencé de leurs rames. 

Cette antique tour et ces petites maisons en bois sculpté qui y sont adossées, nous 
raconteraient, si elles pouvaient parler, l'étonnement et l'allégresse, les cris et les hourras 
qui accueillirent ces intrépides nautonniers. Mais laissons parler le vieux Fischart, poëte 
de ces temps , qui a décrit en vers cette expédition et le séjour des cinquante-quatre 
en notre ville'. 



« Weil man aber liât vernommen 
«Das die Geselschaft an soit kommen , 
«Auch etlich Gwett drauf waren bschehen. 
« Wo man sic heut wird kommen sehn , 
« Da stund vom Giesen zwar herauf 
« Zum Kaufliaus zu ein solcher Hauf, 
« Von Mann und Weibern jung und ait 
« Das es sah wie am Gslad ein Wald. 



« Welcher Hauf als ers sah herkommen 
« Mit iren Trommeten und Trommen , 
« Do sprach er: Allhie sind die Leut 
« Die wir heut han erwart so weit , 
« Hie sind dieselben Eidgenossen 
«Welche vollprachten was sie bschlossen. 
« Wer will forihin meh kônnen sagen 
«Dass Arbeit nicht konnt ails erjagen? etc. 



Voyage 
des Zurichois. 



«Puisqu'on savait que la société devait arriver en ce jour, et que beaucoup de 
paris étaient même ouverts, sur la possibilité de l'exécution, de ce voyage dans un 
si court délai, la foule qui se pressait sur les quais, depuis le canal jusqu'à la douane, 
était si compacte, qu'elle ressemblait de loin à une épaisse forêt d'hommes et de 
femmes de tout âge. Quand on vit arriver la barque avec ces nombreux visiteurs , et 
qu'on entendit le son de leur musique, des cris d'étonnement s'élevèrent, et l'on salua 
les confédérés qui osaient réaliser leur téméraire projet en répétant l'adage : Vouloir 
c'est pouvoir ! » 

Après qu'ils eurent amarré leur bateau, quelques membres du sénat vinrent les 

1 Das glùckhaft Schiff von Zurich. Ein Lobspruch von der glùcklichen wohlferligen Schiffahrt, 21. Juni 1576 von 
Fischart. 

FAUBOUKGS. 3 



Leur arrivée. 



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1 1 

m 



Voyage 
des Zurichois. 



Leur séjour. 



[ 



18 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

complimenter au nom de la ville et de ses nombreux convives. Caspar Thomann 
répondit: Qu'en amenant du millet encore chaud, de Zurich à Strasbourg, en dix-sept 
heures, ils voulaient prouver par là à leurs amis combien ils seraient prompts a venir 
à leur secours lorsque le danger l'exigerait. Paroles touchantes et naïves qui contrastent 
avec le langage ambigu et froidement officiel de la diplomatie moderne. Les événements 
prouvèrent plus tard qu'ils étaient hommes à tenir parole. 

Le convoi se mit en marche accompagné de la foule, à laquelle les arrivants 
distribuaient les craquelins cuits à Zurich; il se rendit au Poêle -des -Maçons (sur 
l'emplacement duquel est bâti de nos jours la préfecture), où se trouvait prépare un 
grand banquet , présidé par les Ammeister et les Stâdtmeister , et auquel le sénat et une 
grande partie des convives étaient invités. Le plat d'honneur était naturellement le 
millet national suisse; il fut servi tout brûlant. 



s Sie liesscn auch gleiclt pringen dar 
« Den Hirs der zu Zurich kocht war, 
« Und liessen dess auf jeden Tisch 



«Ein Platt voll tragen , warm und frisch, 
« Dessen sich mancher gwundert hat 
« Wenn er in am Mund brennen that. » 



Ce repas joyeux se prolongea fort avant dans la nuit, puis, à la lueur des torches, 
on reconduisit la députation à l'auberge du Petit-Cerf, près de la cathédrale. En 
lisant le journal de leur voyage, en voyant les honneurs que Strasbourg leur rendit, 
les repas et les collations qui leur furent offerts, on peut dire avec le bon Lafontaine: 
« On laisse à penser la vie que firent ces bons amis. » 

Le lendemain jeudi , on les reçut au tir, hors la porte des Juifs; l'après-midi, on leur 
montra l'arsenal, les greniers d'abondance, les caves de la ville , et le soir, le bour- 
guemestre Hans Brâm les invita à un festin au Poêle-des-Tailleurs , où logeaient les 
arquebusiers suisses. 



« Dan sie dahin lud dass man kâm , 
«Von Zurich der Burgermeister Brâm, 



« Weil daselbst wern losiret ein 
< AU Eidgnosschùtzen die da sein. : 



Le vendredi ils furent conduits dans l'intérieur de la cathédrale, où on leur montra 
la belle horloge astronomique achevée seulement, deux années auparavant, par 
Dasipodius 1 et les frères Habrecht de Schaffhouse, et on passa le reste de la matinée 
sur la plate-forme de la cathédrale, où une collation était préparée. L'après-midi on 
leur fit voir l'Hôtel-de-Ville/les écuries et l'hôpital, où leur furent présentés des 
vins d'honneur qui y reposaient depuis plus de cent ans. 



« Folgends man inns Spital sie leit , 
5 Da ein Abendtrunck war bereit , 



«Auch Wein von hundert vierzig Jar, 
«Welchem noch graul kein har. » 



Le samedi 23, dernier jour de leur séjour en notre ville, ils déjeunèrent avec le 

' Lors de la loterie tirée à l'occasion de ces fêtes, le grand lot de la valeur de 415 florins fut gagné par Cléophée 
Issler, servante chez le professeur Dasipodius; le comte palatin Jean Casimir, qui avait pris onze cents billets, ne 
gagna rien. 



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Strasbourg illustré Faubourgs Pa°el9 et 31. 



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m 






I) 




SOUS - COUPE 

enarôent ciselé, représentant l'arrivée des Zurichois à Strasbourg, leur présence au tir, la 
distribution des fanions et leur départ , avec les médailles que la Ville avait fait frapper à cette occasion . 

Nofe: Mas devons ce dessin à l'obligeante' commumaUwn, de- M r IûJler juge d Zurich-, peut-être m descwxùuit du Docteur Jory lùlkf: memireetktstonm.de cette eTpédidûn. 





La Franee fermée aux Allemands. 



Mef nos Alliés à couvert & bride les ennemis. 



MEBAILLES FRAPPEES 
en l'honneur de la reddition de Strasbourg a- delà Construction de la Citadelle et du Fort de Keh.1 



LiLh d'£ Simon a Strasbourg. 



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2 3 4 5 



9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 



PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 19 

sénat à l'Hôtel-de- Ville; là on leur distribua, en souvenir de ces fêtes, des médailles en 
argent et des fanions en soie aux couleurs de la ville de Strasbourg. 

Les adieux furent touchants, pleins d'une franche cordialité, et de part et d'autre les 
plus vives assurances d'amitié furent échangées. 

Six voitures préparées par la ville et accompagnées de deux de ses soldats à cheval , 
chargés, l'un, de payer les frais de voyage, et l'autre, d'arrêter les logements, 
attendaient les convives à la porte de leur auberge. Ils retournèrent dans leur ville 
natale pleins de doux souvenirs, et y firent leur rentrée triomphale le jeudi 28 juin 1576. 



Voyage 

des Zurichois. 

Leur séjour. 



M 



« Zwey Soldner von Strasburg der Stadt , 
« Deren der ein den Befelcli hat 
« Dass er sollt der Furierer sein , 



« Der ander sollt bis Zurich hinein 
« Zalen beides fur Ross und Mann , 
« Welch's do beid Soldner han gethan. » 



De nos jours, il ne reste comme témoins de ces scènes des temps passés, que cette 
vieille tour, l'auberge du Petit-Cerf, le Poêle-des-Tailleurs près du Broglie, quelques 
médailles et le chaudron en fonte; en passant dans la rue du Vieux-Marché-aux-Vins, 
devant les bains de Spire, vous y trouvez aussi , à gauche de la porte d'entrée et scellée 
dans le mur, une pierre avec une inscription, annonçant que cette maison fut 
construite lorsque les Suisses vinrent à Strasbourg avec le millet chaud , en 1576. 



DAS HAUS STOT IN GOTTES HANT 

UND IST IM SPIRBAD GNENT DO 

DIE WAND MIT QUADERSTEINEN 

GMACHT WAR ZALT MAN 1576 

IN DER ZIT WAS ES VOLENT DO DIE 

SCHWITZER VON ZIRCH GNENT 

FUOREN IN EIM DAG HERAB MIT GWALT 

BRACHTEN MIT INEN EIN HIRSEN IN 

RECHTER GSTALT DER WAR NOCH 



WARM UND SIES, DO ZU STROS 
BURG WAR DAS SCHIESEN DAS SAG 
ICH ON VERMESEN UF DER MUR 
RERSTUB WARD ER GEGESEN DIE 
GESCHRIFT IST DARAN GEMACHT 
WER DOFIR GOT DAS ER BEDACHT 
WAN DAS SCHIESEN WARD VO 
LENT DOMIT BRING ICH DEN 
RIMEN ZUM END. 



Retournons sur nos pas et visitons cette église aux murs noircis et percés de hautes 
fenêtres en ogive et de deux rosaces gothiques à droite et à gauche de sa porte d'entrée : 
c'est l'église Saint-Guillaume. Les maisons à la droite jusqu'à la rue du Filet 1 formaient 
anciennement le couvent des Guillemites; l'église fut bâtie de .1300 à 1306, par une 
des familles nobles les plus riches et les plus puissantes de notre viile , celle des 
Mùllenheim, dont on y trouve encore les armoiries. 

Au commencement du quatorzième siècle, des frères de l'ordre de Saint-Guillaume 
ou Guillemins, Guillemites, ordre institué cinquante années auparavant par le pape 
Alexandre IV, vinrent à Strasbourg sous la protection de l'évêque Frédéric de 
Lichtenberg. Dotés par les landgraves d'Alsace, Philippe et Ulrich de Werth, et d'autres 

1 Vulgairement appelée Eammengassel dans l'idiome strasbourgeois : elle reçut son nom de Nicolas Hamman 
archidiacre en 1416, nom que la traduction française changea totalement; au lieu de lui conserver le nom dé 
rue Hamman , on traduisit le mot Hammen en Filet. 



Saint-Guillaume. 



10 11 12 13 14 15 16 17 li 



19 20 21 22 23 24 25 26 



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20 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Saint-Guillaume, seigneurs , ils obtinrent cette église et bâtirent à côté leur couvent en 1311. Il fut rebâti 
en pierre, sous leur prieur Erard Steinbach, en 1502, suivant cette inscription qui se 
trouve dans l'intérieur, au-dessus de la porte : 

DVRCH ERHART STEYNBACH PRIOR VND PROVINCIAL 

WARD VOLLBRACHT D1SSER BVWE VBER AL 

VND WAS XV VND H DIE JOR ZAL 

ALSO BLIBT DAS SPRICHWORT BY DEM ORDEN 

WOLT ICH ARBEITEN ICH WER EIN WILHELMER VORDEN. 

SVB ALEXANDRO VI ET MAXIMILIANO ROM. REGE. 



Couvent 
des Guillemites. 



Ces pères qu'on aimait beaucoup dans notre ville , s'occupèrent surtout de l'instruction 
de la jeunesse, mais ils ne restèrent pas à l'abri de la corruption des mœurs qui 
souilla les établissements religieux pendant la seconde moitié du quinzième siècle, de 
sorte que le prieur Jacques Messinger fut obligé de porter plainte contre eux à l'évêque 
Robert et au pape Sixte IV. Dans les sermons de Geiler de Kaisersberg, le prédicateur 
de la cathédrale, nous trouvons des paroles sévères et pleines d'indignation contre ces 
religieux. Leur discipline fut changée par une bulle papale de 1482, contre celle plus 
rigide de Citeaux; mais huit ans après ils parvinrent à faire révoquer cette bulle, 
et reprirent leur ancienne règle. L'avant-dernier prieur, Dithmar, élu en 1514, adopta 
la doctrine de Luther, et bientôt après, en 1533, ces moines, après avoir traité avec 
le magistrat de la ville, quittèrent leur couvent et l'église , et rentrèrent en grande partie 
dans la vie civile 1 ; Jean Rixinger, leur dernier chef, resta seul fidèle aux règles de 
l'ordre jusqu'à sa mort, en 1543. 

Après le départ de ces religieux, les bâtiments de Saint-Guillaume subirent des 
destinées bien diverses. L'église fut cédée au culte luthérien et devint un temple 
paroissial, dont les pasteurs héritèrent des rentes des biens de Saint- Etienne, e' 
eurent la direction spirituelle de cette maison d'éducation de dames nobles 2 . 

Les bâtiments du couvent eurent aussi une destination religieuse; on y forma , d'après 
les dogmes de la réforme, une pépinière de jeunes ecclésiastiques. Hédion et Bucer, 
réformateurs à Strasbourg, s'appliquèrent à fonder ce séminaire, qui devait recevoir 
surtout des jeunes gens de familles pauvres, mais bien famées, et qui montraient 
d'heureuses dispositions pour les études. Un appel fut fait à toutes les personnes 
charitables et à toutes les institutions religieuses, et cet appel fut entendu. L'hôpital 
civil et l'hospice des pauvres fournirent de la literie et des meubles de cuisine; les trois 
couvents de femmes à Strasbourg, un contingent de blés; les frères Chartreux s'enga- 

1 La ville leur paya , comme à tous les religieux et religieuses qui avaient quitté leur couvent , une pension 
annuelle de GO florins et une rente en blé. 

2 Voyez Saint-Étienne. 



PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



21 



Couvent 
des Guillemites. 



Séminaire 



gèrent à fournir par semaine un certain nombre de pains ; les chevaliers de Saint-Jean 
de Jérusalem donnèrent cinquante florins. Saint-Thomas institua en faveur de cet 
établissement une prébende de soixante sacs de blé et cinquante florins; et des quêtes 
faites à domicile et dans les églises réunirent des fonds suffisants pour loger, nourrir 
et instruire vingt-quatre jeunes gens qui se vouaient aux fonctions ecclésiastiques , dont 
douze de la ville et douze étrangers. L'inauguration en fut faite à la fin de l'année 1544. 
L'économie sévère et l'austère discipline qui régnaient dans celte institution forment 
un contraste frappant avec la vie et les mœurs des étudiants de nos jours. Ainsi , les de SaiIlt -Guiiiaume. 
étudiants qui manquaient alors à la prière du matin et du soir ou à l'un des trois 
sermons du dimanche , étaient frappés de verges; l'entretien de la propreté des dortoirs 
était à leur charge ; ils étaient même obligés de porter l'eau à la cuisine , et l'on exigeait 
d'eux qu'ils se servissent de la langue latine pour leur usage habituel. 

Plus lard, ce séminaire devint plus considérable encore. En 1660, il fut transféré 
dans l'ancien couvent des Dominicains, où il existe encore de nos jours, sous son 
ancien nom de Wilhelmitanum. 

Ces bâtiments restèrent vides depuis 1660 jusqu'en 1682, où ils furent convertis en 
maison de refuge et de travail pour les enfants et pour les adultes pauvres. En 1747, on 
y logea les enfants trouvés, qui y demeurèrent jusqu'en 1769, où fut achevé le grand 
bâtiment élevé à leur intention , et qui est devenu de nos jours le siège de l'Académie. 
En 1776, ils furent restaurés, et aujourd'hui ce carré de maisons conligu à l'église et 
entrecoupé de petits jardins, sert de logement aux trois pasteurs de cette paroisse et à 
l'instituteur qui y lient son école; une seule devint propriété particulière, sous le nom 
de Poêle-des-JardiniersK 

L'église en elle-même, dans son intérieur, sous le rapport archilectonique, ne 
présente rien de curieux , à l'exception du porche ; on y peut déplorer seulement les ' 
mutilations faites par les mains des hommes. Mais ce qu'il y a de remarquable , ce sont 
de beaux vitraux qui datent de différentes époques; ceux qui représentent des scènes 
de l'Écriture sainte, sont plus antiques qu'une série de tableaux représentant la vie de 
saint Guillaume, exécutés avec une finesse de dessin et un brillant de couleur prodigieux. 
Au fond du chœur on voit encore le tombeau d'Ulrich et de Philippe de Werth, 
landgraves d'Alsace, sculpté en grès rouge par Meister Wolvelin de Ruffach, en 1344. 
Ce tombeau consiste en deux pierres tumulaires superposées , dont la supérieure est 
soutenue par deux lions; sur le haut repose Ulrich, dans le costume de son temps, 
portant la cotte de mailles, recouverte de la cotte d'armes à gueule avec la barre 



Église 
Saint-Guillaume 



'Sachons gré à l'instituteur actuel, M. Reussner, qui depuis trente-sept ans dirige cette école, des soins 
généreux et désintéressés qu'il a mis depuis 1818 à l'éducation gratuite de sourds-muets pauvres de la ville et de la 
banlieue. Ces soins avaient déjà porté d'heureux fruits , quand M. Jacoulot créa à la Robertsau son institut de sourds- 
muets, subventionné par le département et par la ville. 



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22 



PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



Eglise 
de Saint-Guilla 



académie, 



d'argent engrefflée d'or, armoiries des landgraves d'Alsace. Sa tête repose sur 
son casque, et à ses côtés sont placés ses gantelets d'acier et sa longue épée. 
Philippe est couché en costume de clerc sur la pierre inférieure. Plus loin, une autre 
curiosité artistique attire nos regards: c'est un grand tableau du quinzième siècle, 
sculpté en bois , qui représente saint Guillaume quittant son armure à la porte d'un 
monastère et se revêtant du costume religieux, sous lequel, suivant la légende, il fit 
river sa cotte de mailles , pour la porter pendant toute sa vie. Ce bas-relief peint ne se 
distingue pas moins par la naïveté de la composition que par sa belle exécution. 

Parmi un grand nombre d'épitaphes plus ou moins effacées par le temps , ressortent 
cependant celles de l'antique famille des Bock et de quelques autres. Nous n'avons pas 
pu y retrouver celle de Jean Mentelin et de ses épouses 1 . Son fds a illustré ce nom, 
comme ayant exercé, le premier, l'art de l'imprimerie à Strasbourg. Une autre 
inscription lapidaire nous rappelle Jacques Wimpheling, un des savants de notre 
pays, auteur du catalogue des évêques de Strasbourg et de tant d'autres ouvrages 
historiques et critiques; né à Schlestadt, il était ami de Beatus Rhenanus, son 
compatriote, illustre comme lui, de Geiler de Kaisersberg, de Bucer, d'Erasme et de 
tant d'hommes distingués de son temps , précurseurs de la réformation. Wimpheling 
partagea leurs idées, mais resta néanmoins fidèle'à la religion de ses pères et mourut 
à Schlestadt, en 1528. Après avoir logé chez les Guillemites, pour s'occuper tranquille- 
ment de ses études, depuis 1501 jusqu'en 1503, il fut plus tard précepteur de Jacques 
Sturm de Sturmeck, dont le nom se rattache à la monographie de la rue Brûlée. 

Il serait à désirer que l'on imitât dans toutes les églises l'usage établi à Saint- 
Guillaume , où l'on conserve sur un grand tableau les noms des pasteurs qui s'y sont 
succédé depuis 1544; c'est toujours un précieux document historique. 

Si votre sentiment archi tectonique se trouvait blessé à la vue de la tour inclinée, bâtie 
en 1667 sur la principale façade, rassurez-vous sur le goût des constructeurs de 
l'époque, en apprenant que déjà alors cette infraction aux premières règles de l'art 
valut au charpentier qui s'en rendit coupable, une bonne volée de coups de la part du 
maçon chargé de la construction. 

En débouchant de la rue Saint-Guillaume, nous avons à notre droite l'École de 
pharmacie, organisée en 1835, et dont le bâtiment fut élevé en 1841 et 1842; à côté 
se trouve l'hôtel de l'Académie. 

Ces grands bâtiments, dont nous avons indiqué l'origine dans l'article précédent, 
contiennent les salles des cours des facultés de théologie protestante, de droit, de 
médecine, des sciences et des lettres; les musées d'histoire naturelle, d'anatomie et de 
physique, et les bibliothèques de droit et de médecine; établissements auxquels ils ont 



Ces épitaphes sont citées par Huber dans son Histoire de l'église Saint-Guillaume 



Strasbourg illustré Faubouros.Paôe 22-54. 




il 1 11 an ni e quittant son Armure. 

Bas-relief sculpté en bois, 



' ! .v deStrojè. 



Sur une échelle deo, 002 m.p'.m. 



ûiirJt'ivh' ('{ilu nr! 

An litii ambre 
frouipaise 



(Itlunct (hintrroùp 



Grand l'abbiei français 



Salle de rc'crpliorr 



Tnmc 



Gnrde/whp Czèinel 

__ , il . 



Orct/nl (aèi/iet anlrirhim 



CzSinel (wden>b& 

au/ri c/ifi'/iii? 



Cote' de A'c/d 



Plan des Salles de réception de Marie Antoinette 

élevées sur l'île du Rhin en 1770. 



d'après un ancien Plan clans les Archives de la Ville 



: . ' _ 



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cm 



9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 



PROMENADE DANS LES FAUBOURGS; 



23 



été appropriés en 1826. Pendant les guerres de la révolution, sur les bords du Rhin, 
cet édifice fut évacué et disposé pour recevoir les soldats blessés et malades, et devint 
ainsi le siège primitif de l'une des trois écoles de santé, fondées par une loi de 1794, 
et qui furent établies à Paris, à Montpellier et à Strasbourg. Après ces guerres, une 
partie des bâtiments fut souslouée, et une autre, revenant à sa- destination précédente, 
redevint maison de refuge, de travail et hospice d'enfants trouvés. 

En 1806, lors de l'institution des écoles de droit en France, Strasbourg fut doté de 
l'un de ces établissements de haut enseignement, et après que Napoléon eut créé 
l'Université impériale, en 1807, les facultés de théologie, des lettres et des sciences y 
furent organisées. Bientôt, à cette époque où le territoire de la France s'étendait 
jusqu'aux bords de l'Elbe et de l'Escaut, la nouvelle académie s'éleva florissante et 
-peuplée de nombreux étudiants; les noms des Koch, des Fodéré , des Schweighœuser, 
des Lauth et des Lobstein figurèrent dignement à côté de ceux des Schertz, des 
Obrecht, des Sclîilter, des Spielmann, des Schœpflin, des Oberlin et des Hermann de 
l'ancienne université. 

Hermann est le fondateur du beau cabinet d'histoire naturelle, dont les premiers 
éléments étaient sa propriété. Après sa mort, en 1800, le professeur Hammer, son 
gendre, en devint propriétaire et le vendit à la ville. Celte collection, peu importante 
dans son origine, s'est depuis immensément accrue par un grand nombre de dons, 
d'acquisitions, et parles soins de MM. Duvernoy, Voltz et Lereboullet; en dernier lieu 
surtout, les relations étendues de M. Schimper, notre infatigable voyageur, ont consi- 
dérablement contribué à l'enrichir 1 . 

La rue qui lon w e le jardin de l'École de pharmacie, et qui relie la rue de l'Académie 
à celle des Poules, fut percée le 16 mars 1846 ; elle fut prise sur une partie du terrain 
qu'occupait le vaste jardin de la maison tfournay, dont la ville avait fait l'acquisition 
en 1844, en vue des constructions futures qui y eurent lieu. 

Les bâtiments de l'antique abbaye de Saint- Etienne, où était placée la fabrique 
des tabacs, se trouvaient dans'un état de délabrement menaçant ruine, et l'administration 
songea à les reconstruire; mais, comme d'un côté, l'église, dont le chœur et le transsept 
sont d'un style pur d'architecture romane, était classée dans la série des monuments 

i Le Intiment de l'Académie dont les greniers sont éclairés par des fenêtres couchées aplat, et s' ouvrant à 
tabatière' nous rappelle les immenses dégâts que fit en notre ville l'ouragan qui s'étendit sur elle dans l'après-midi 
du 2" juin 1840, deux jours avant les belles fêles célébrées en l'honneur de Gulenberg, inventeur de l'imprimerie, 
n" mémoire d'iiômme , on n'avait vu tomber des grêlons aussi volumineux ; on en a ramassé qui étaient de la grosseur 
v m6 f oix avec son écale. On peut voir encore aujourd'hui sur la façade du bâtiment de la manutention les 

U . nC ° r ? [[s i nl p r i m èrent sur le mur. L'ouragan , chassé par un fort vent d'ouest, brisa toutes les vitres exposées à 

tac les qu î ^ vitrjer de la v i lle eut à remplacer au bâtiment de l'Académie , principalement à la toiture , 

803° "itreT aîu'serres du Jardin-Botanique 1315, et en général aux bâtiments dont l'entretien est à la charge de 

•11 1 T^ vitres M™ veuve Gall, marchande de verre, au coin de la rue des Dentelles et du pont Saint-Martin , 

acheta 6 'à elle seule 5 000 quintaux métriques de fragments de vitres, provenant de cet orage. 



Académie. 



Manufactura 

des tabacs 



10 11 12 13 14 15 16 17 li 



19 20 21 22 23 24 25 26 



Manufacture 
des tabacs. 



24 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

nationaux, dont le comité historique interdit la démolition, et que, d'un autre côté, 
l'augmentation de la population nécessitait rétablissement d'une nouvelle église 
paroissiale catholique, le projet de reconstruction fut abandonné et une transaction 
eut lieu entre M& r l'évêque de Strasbourg et l'administration. 

L'église de Saint-Étienne, abandonnée depuis la révolution , devait être rendue au 
culte, et les bâtiments adjacents , restaurés bu rebâtis, étaient destinés à servir de 
séminaire; M» r l'évêque Rsess fit un appel aux ouailles de son diocèse dans le but 
d'obtenir, par des collectes, la somme nécessaire pour acheter un terrain propre à la 
construction d'une manufacture de tabacs, et de l'offrir en échange de Saint-Étienne à 
l'administration, échange qui. fut autorisé par une loi de 1846. Ce Icri-ain se trouva 
entre la rue des Poules, celle des Filets et la Krutenau, et une somme de cinquante et un 
mille cinq cents francs ayant été payée par l'évêché comme indemnité à l'État, l'admi- 
nistration des tabacs fit l'acquisition de ce terrain et des maisons dont il était surbâti, 
à l'exception de quelques propriétés qui tôt ou tard seront englobées dans celle enceinte. 

La révolution de février 1848 ayant privé de travail un grand nombre d'ouvriers qui 
en réclamaient avec instance, on accéléra l'entreprise des travaux de démolition des 
maisons, du nivellement des terrains et du creusement des fondations, et ces travaux 
furent poussés avec tant de vigueur, que , commencés le 1 8 juin , les murs des fondements 
s'élevèrent à la fin de la campagne d'un mètre au-dessus du sol. Pendant la campagne 
de 1849, les nouveaux bâtiments furent mis sous toit, et en 1850 et 1851 on acheva 
de même l'autre partie des constructions du côté de la Krutenau , de manière qu'après 
la pose des nombreuses machines, mues par la vapeur, cet imposant édifice put être 
livré au service en 1852. 

Les noms de MM. Rolland, ingénieur-inspecteur des manufactures de tabacs en 
France, et d'A.Weyer, architecte, s'atlachenfhonorablement à l'exécution de ces travaux. 

Qui aurait pu croire , alors que Konigsmann introduisit chez nous la culture du tabac 1 , 
qu'un peu plus de deux siècles après, l'usage de cette plante narcotique, coupée et 
râpée, ferait vivre des milliers de personnes, et rapporterait au budget de l'État la 
somme énorme de plus de quatre-vingts millions! 

La culture et la fabrication du tabac, encore aujourd'hui d'un rapport marquant 
pour notre département, sont loin d'avoir atteint les sommes qu'elles y déversaient 
avant 1811, époque à laquelle le monopole fut établi. 

Au commencement de ce siècle, il se trouvait à Strasbourg quarante-cinq fabriques 
de tabacs, tant à priser qu'à fumer. Cette fabrication occupait, dans les deux départements 
du Rhin, plus de dix mille personnes des deux sexes, sans compter celles qui 
s'adonnaient à la culture et à la récolte des feuilles. 

1 Voyez Englocndiscli Hof. 






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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 25 

Jetons un coup d'œil rétrospectif sur ce vaste emplacement en face de l'Académie, 
occupé de nos jours par le Jardin-Botanique, la Manutention, la caserne de Saint- 
Nicolas et celle des Pêcheurs. 

L'église Saint -Guillaume était construite longtemps avant que ce terrain fît 
partie de l'enceinte de la ville. Exposé aux fréquentes inondations du Rhin et de 
l'Ill, il était très-peu cultivé et formait des terrains vagues, des marécages et de 
grandes flaques d'eau qui lui firent donner le nom de In Undis (dans les ondes), comme 
nous l'indiquent les noms des couvents de Saint-Nicolas et de Saint-Jean-in-Undis ; 
deux tours, entourées de fossés, vedettes avancées qui protégeaient la ville contre 
l'ennemi, étaient alors les seules fortifications connues de ce côté de la ville 1 . En 1387, 
on commença à creuser un fossé, depuis la tour des Pêcheurs jusqu'au point où est 
de nos jours l'extrémité orientale de la caserne; il se dirigeait en formant un angle, 
à droite, par la ligne des maisons dont se compose le côté extérieur de la rue des 
Maisons-Rouges, vers l'hôpital militaire 2 , et venait aboutir au delà du canal du Rhin à 
la porte des Bouchers, en tournant le couvent de Sainte-Catherine (bâtiments qui 
aboutissent au quartier d'Austerlitz), et en longeant extérieurement la rue des Orphelins. 
Ce fossé fut garni intérieurement de palissades et l'enceinte eut quatre ouvertures, 
connues sous les noms de portes des Pêcheurs, de Saint-Nicolas , de Saint-Jean et de 
Sain le- Catherine. 

Après les attaques réitérées qu'eut à subir notre ville de la part de son évêque, de la 
noblesse ennemie et de l'empereur, dans les guerres de 1391 à 1394 , le magistrat sentit 
le besoin de fortifier celte faible enceinte, et fit élever à la place des palissades une 
forte et haute muraille. Les chroniques nous rapportent que ce travail fut commencé 
le jour de Saint-Matthieu 1404, et achevé le jour de Saint-Gall 1441. Ce fut, comme 
nous l'avons dit au commencement de cet article , au sujet de la Krutenau , le cinquième 
agrandissement de Strasbourg. Pendant l'été de 1516, qui fut très-sec, on put élargir 
les fossés depuis la porte des Pêcheurs jusqu'à celle de Sainte-Catherine. Le salaire des 
ouvriers qui y travaillaient était alors d'un schelling ou de 20 c. par jour. Dans le 
courant de ce siècle, ces fortifications subirent de notables changements, conformes 
aux progrès qu'avait faits la science militaire pour la défense des places. Ces travaux 
furent provoqués par la nécessité de défendre notre ville contre les attaques ennemies , 
et par le besoin de donner du travail et du pain aux nombreux ouvriers qui 
en manquaient. C'est ainsi qu'en 1529, où, pressés par la famine qui ravagea le 
pays , une foule de malheureux vinrent se réfugier dans notre ville pour y chercher 
des moyens d'existence, le magistrat fit commencer la construction des remparts en 



Quartier 

Sainl- Nicolas. 






i Voyez Plaine-des-Bouchers. 

^Lo'rsqu'en 1844 on fit des constructions dans l'enceinte qui contient les magasins et les ateliers militaires, 
trouva des Iraces de ces anciens murs d'enceinte. 

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FAUBOURGS. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



Portes Saint-Nico- 
las , Saint-Jean et 
Porte-Neuve. 



H 


1 





terre-plein derrière le mur d'enceinte, près de la porte des Pêcheurs ; ce rempart reçut 
le nom de rempart des Turcs [Turkenwall], en commémoration de l'envahissement de la 
Hongrie et du siège de Vienne par les armées du Croissant. Ces malheureux ouvriers 
reçurent pour unique salaire la nourriture et l'entretien. 

On continua à élever des fragments de rempart aux angles et près des portes , à 
diverses époques du même siècle. Le génie militaire en fit plus tard des bastions casemates, 
liés par des courtines, qui entrèrent dans le plan général de l'enceinte de la ville, 
dressé, en 1633, par le général suédois Horn. 

En 1530 , on supprima les deux portes de Saint-Nicolas et de Saint-Jean, entre celles 
des Pêcheurs et de Sainte-Catherine, et elles furent remplacées par une seule porte, 
sous le nom de Porte-Neuve. Sur un plan en relief de Speclin , daté de 1577, qui se 
trouve à la bibliothèque de la ville, nous trouvons déjà, transformé en bastion, le 
rempart à droite de la porte des Pêcheurs. En 1644, sous la conduite de Christophe Heer, 
dont le nom paraîtra plus souvent dans l'historique des fortifications de notre ville , on 
y ajouta un second bastion; l'un, le plus rapproché de la porte, reçut le nom de 
Klapperbollwerk , et l'autre, celui de Gelbeneck (le coin de Gelb). Lorsque la citadelle fut 
construite, le gouvernement français, pour la relier à la ville, fit raser ces murs et ces 
remparts, depuis le Gelbeneck jusqu'au canal du Rhin. 

A une époque bien antérieure à la construction de cette enceinte, la foi religieuse 
avait fondé sur ce terrain, sous l'invocation de la Sainte-Vierge, une chapelle, que nos 
chroniqueurs appellent Notre-Dame-des-Prés. En 1252, elle fut transformée en couvent 
de religieuses de l'ordre de Saint-Dominique, sous l'invocation de saint Nicolas, nom 
conservé jusqu'à nos jours à ce quartier. En 1592, seize religieuses l'habitaient encore; 
huit parmi elles rentrèrent dans la vie civile, les huit autres furent transférées dans le 
couvent de Sainte-Marguerite, et les bâtiments furent clos à l'exception de l'église. 
Celle-ci fut remise aux troupes suisses à la solde de la ville, qui par leur capitulation 
s'étaient réservé le libre exercice du culte calviniste officiellement aboli par le sénat 
en 1580, lorsqu'il adopta la formule du concordat saxon. L'intolérance était poussée si 
loin à cette époque , que l'on défendait aux calvinistes de Strasbourg de fréquenter cette 
église. 
Jardin-Botanique. Au milieu du siècle suivant, par les soins du professeur Salzinann, l'Université 
employa le jardin du couvent de Saint-Nicolas à la création d'un jardin botanique pour 
l'instruction des étudiants ; le docteur Marc Mappus en publia le premier catalogue 
en 1691 1 . La partie des bâtiments donnant sur la rue fut employée depuis 1677 à la 
manutention des vivres militaires. L'église devint, en 1691 , la proie des flammes, et le 



Couvent 
Saint-Nicolas. 



1 C'est dans le jardin de ce couvent, où il était allé voir sa sœur le 16 juillet 1301 , que mourut Tauler, célèbre 
prédicateur dominicain. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



27 



reste de cette enceinte claustrale servit de casernement, jusqu'à ce qu'en 1781 le tout 
fût rasé pour faire place à des constructions modernes. 

De 1781 à 1783, le gouvernement fit bâtir la grande caserne qui était percée de Caserne, 
trente-sept croisées dans sa longueur; la ville y contribua pour 428,600 fr. En 1843, 
on démolit les maisons contiguës à ce bâtiment, en majeure partie brasseries, cabarets 
et autres bouges qui occupaient ce terrain jusqu'en face de la rue Neuve , et la caserne 
fut prolongée vers l'ouest de vingt et une croisées. Pour exécuter ces constructions, on 
rasa les vieilles barraques qui longeaient la rue vis-à-vis de l'Académie, et qui conte- 
naient des fours auxiliaires pour la fabrication du pain de munition, ainsi que des 
moulins à bras. Ce service était devenu nécessaire du temps de la république et de 
l'empire , où parfois cinquante à cent mille hommes de troupes traversaient Strasbourg , 
et séjournaient dans la ville et dans les environs. 

Aujourd'hui l'ancienne place Saint-Nicolas , convertie en un parc d'artillerie , vaste 
carré, ayant pour base l'immense bâtiment de la caserne, encadré des deux côtés par 
deux ailes d'écuries spacieuses et bien aérées , et fermé sur le devant par une grille , 
forme, comme quartier d'artillerie, avec tous ces bâtiments et ceux des anciens 
magasins de fourrages, un imposant établissement militaire. 

Avant de quitter ce quartier, entrons un instant dans la rue Neuve (quai des Pêcheurs), Maisons Prechter. 
et visitons à sa gauche ces douze modestes maisonnettes à un étage. Nous y verrons 
encore un monument de l'inépuisable esprit de charité qui a distingué de tous temps 
la population strasbourgeoise. N'est-ce pas en effet une pensée pieuse et providentielle 
que de réserver un asile, jusqu'à la fin de leurs jours, à de pauvres vieillards 
sans famille , sans abri et sans pain; de leur ménager une modeste retraite et ce calme 
qui plaît tant à la vieillesse? Dans chacun de ces petits réduits se trouvaient, au rez-de- 
chaussée comme au premier étage, deux chambres et une cuisine, et derrière, tout le 
long de ces douze maisonnettes, un jardin contenant un puits commun, et divisé en 
autant de petits jardinets que les habitants de ce modeste asile pouvaient cultiver à 
leur profit. 

Cette institution philanthropique est due à deux anciennes familles , les Schaffner et 
les Prechter. Cette dernière jouissait du droit de bourgeoisie dans notre ville depuis le 
quatorzième siècle. Elle devint une famille riche et influente, et son nom figure plus 
d'une fois dans notre ancien sénat, parmi les Stàdtmeister et les membres de la 
chambre des XIII et des XV. Charles-Quint lui donna des titres de noblesse, et c'est à 
peu près à cette époque , de 1555 à 1558, que ces maisonnettes furent élevées et dotées 
des capitaux nécessaires à leur entretien. Par un testament du 13 juillet 1550, une 
dame Elisabeth Schaffner, mariée à un sieur Balthasar Kônig , bourgeois de notre ville , 
institua par legs un capital de 9630 florins et une rente de cinquante sacs de blés , 
destinés à des œuvres de charité. Dans cette somme étaient compris 1500 florins qui 



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Quartier 

des Pêcheurs. 






28 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Maisons Prcchier. devaient servir à acheter un terrain convenable et à y établir douze maisonnettes, dont 
chacune, composée de deux chambres, une cuisine et une cave, devait être louée à 
raison d'un florin par an à des personnes pauvres et âgées, jouissant d'une bonne 
réputation. La belle-fille de la testatrice, mariée à un membre de la famille Prechter, et 
nommée légataire universelle, fit exécuter ces constructions que les Prechter agran- 
dirent. Plus tard, cette fondation fut gérée par un Stàdtmeister et par un membre du 
sénat, sous la surveillance du magistrat, et transmit le nom des Prechter jusqu'à 
nos jours. Pourquoi quelques personnes riches, sans enfants et sans proches, n'en 
feraient-elles pas l'acquisition, pour les transmettre dans le même but à la postérité? 

Vis-à-vis des maisons Prechter, Saint-Étienne avait établi son cimetière, qui disparut 
lors de la construction du quartier des Pêcheurs, pour lequel la ville paya sa part de 
86,000 fr. 

Avant de poursuivre notre promenade au delà de la rue des Maisons-Rouges et du 
quartier des ouvriers, en nous dirigeant de TAcadémie vers l'ancienne grande balance 
à foin, entrons dans la belle maison de maître à côté de la brasserie de l'Agneau, et 
saluons notre poëte alsacien , M. A. Lamey, ancien juge, dont l'âge, quoique avancé, n'a 
pas encore tari les inspirations poétiques. 

Près du bâtiment qui sert d'école normale pour la formation de jeunes institutrices 
protestantes, qui appartient à notre époque et qui est due au zèle infatigable de 
M. Willm , inspecteur de l'Académie , nous sortons de l'enceinte de l'ancien Strasbourg 
et nous arrivons sur le terrain où le gouvernement français, après la capitulation 
de la ville, établit la citadelle avec ses glacis et ses travaux extérieurs. Pendant les 
tourmentes politiques qui, depuis 1632, précédèrent cette époque, le sénat de la ville 
de Strasbourg avait adopté dans sa politique une neutralité sévère entre les parties 
belligérantes, neutralité qu'il eut souvent beaucoup de peine à soutenir, soit par les 
armes, soit par les transactions diplomatiques. 

Conquise par les Suédois et cédée aux armées françaises parle traité de 1634, 
l'Alsace, à l'exception de Strasbourg, fut maintenue par la paix de Westphalie, en 1648 , 
sous la domination de Louis XIV (Erstein , fortifié par les Suédois, conserva seul 
garnison suédoise). Le traité de Nimègue de 1678 sanctionna celte conquête de la 
France, mais les chambres de réunion instituées près des conseils souverains par le 
roi, interprétèrent ces cessions de provinces et de villes dans un sens beaucoup plus 
large que ne l'avaient compris les plénipotentiaires de Munster et d'Osnabrûck, en y 
attachant la souveraineté pleine et entière. C'est par suite de ces interprétations que 
Louvois procura à son maître la forteresse de Strasbourg avec Kehl, sa tête de pont, 
en les enlevant par un coup de main en pleine paix 1 . 



Citadelle. 



1 Voyez Illkirch et porte de l'Hôpital. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 29 

On peut juger de l'effet que produisit la capitulation de Strasbourg, en France et 
surtout en Allemagne, par le grand nombre de réclamations, de libelles, d'accusations 
et de plaidoyers, publiés alors pour et contre cet acte du roi conquérant; mais il tenait 
la ville entre ses mains, et il n'était pas homme à abandonner sa conquête. La 
population strasbourgeoise conserva, comme par le passé, son ancienne administration 
et ses prérogatives. Quoique Strasbourg fût désarmé et exempt dès alors de tout service 
militaire, quoique ses arsenaux fussent vidés, il était néanmoins de l'intérêt du 
gouvernement français de s'armer contre toute tentative hostile du dedans comme du 
dehors, d'autant plus que la reddition de la ville, favorisée par quelques membres du 
sénat , était considérée comme un acte de trahison dans l'opinion de la masse du peuple 
qui restait allemand au fond du cœur. 

La citadelle est la seule trace qui nous reste des constructions militaires qu'une juste 
méfiance commanda alors pour maintenir la population , le fort Blanc et le fort de 
Pierre, bâtis à l'angle ouest et à l'angle nord de la ville ayant été démolis depuis. Tout 
le terrain entre la ville et la citadelle, sauf les glacis, fut occupé à partir de 1780 et 
pendant les années suivantes, par les arsenaux, les ateliers et les vastes magasins 
militaires. En 1843 , on enleva, dans l'intérêt de la santé publique , les dernières traces 
de la fortification de l'hôpital militaire, en comblant le fossé bourbeux qui l'entourait. 
Cet hôpital fut construit en 1693 ; la ville contribua alors pour 150,000 fr. à sa création, 
et lorsqu'il fut agrandi , en 1731, elle fournit encore une somme de 109,371 fr. L'hôpital 
était mis à l'abri d'un coup de main par ses fossés et son pont-levis. 

Trois semaines après la capitulation de Strasbourg, le 23 octobre 1681 , Louis XIV 
arriva lui-même en cette ville. A peine descendu de voiture, et pendant que la reine, 
les princesses et leurs dames étaient allées faire leurs dévotions au couvent de la 
Madeleine , il monta à cheval pour visiter sa nouvelle conquête. Il se rendit sur les glacis, 
hors la porte des Bouchers (porte d'Auslerlitz). accompagné des princes du sang, des 
maréchaux et généraux de Vauban , de Montclar, de Chamilly, de Tarrade, de Frézilière, 
du ministre Louvois et d'une brillante suite d'officiers de tout rang; là , il prit possession 
des deux cent soixante-quatre pièces de canons, des dix-sept mortiers, qui l'avaient 
salué d'une triple salve à son entrée, et qui furent alors pour la plupart transportés à 
Brisach et à Paris, pour y être refondus et coulés du calibre français. On laisse à penser 
quelle triste impression dut faire sur ces fiers républicains strasbourgeois l'enlèvement 
de leur belle artillerie qui , dans cette circonstance, n'avait servi qu'à rendre les honneurs 
souverains à celui qui venait en maître dans leur ville, désormais dépossédée du titre de 
ville libre impériale, sur ces hommes dont les ancêtres s'étaient soulevés cent trente- 
trois ans auparavant, lorsque le sénat fit embarquer pour Spire douze grandes pièces 
qu'il avait promises à Charles-Quint. 

Des o-lacis, cette nombreuse suite se rendit au pré de Saint-Jean, où Vauban avait 



Citadelle. 



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(aladelle. 






Canal 
de la Bruche. 



30 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

fait faire le tracé de la citadelle, vaste pentagone, dont trois bastions avec leurs 
ouvrages à corne et leurs demi-lunes avancent vers le Rhin , et deux autres, tournés 
vers la ville, se lient par de longues courtines aux fortifications déjà existantes. Après 
un examen long et détaillé des plans de l'habile ingénieur, Louis XIV les sanctionna et 
donna ordre, sur les lieux mêmes, de commencer immédiatement les travaux. 

L'œuvre sitôt entreprise, les travaux furent poussés avec activité et menés rapide- 
ment à leur fin; ils montrent de quelles immenses ressources ce roi pouvait disposer à 
cette époque, car, pour ne parler ici que des travaux exécutés dans notre province, 
Louis XIV fit construire en trois ans, la citadelle, deux grandes redoutes sur 
l'île du Rhin, le fort de Kehl, et creuser le canal de la Bruche. Non-seulement la 
promptitude et l'habileté avec lesquelles ces travaux furent exécutés, mais aussi 
l'organisation nouvelle qu'on leur avait donnée, étonnèrent ces bons bourgeois qui ne 
connaissaient que les privilèges acquis, dont jouissaient chez eux les maîtrises et les 
jurandes, et qui ne dérogeaient pas à ces usages invétérés. Tout se fit par adjudication 
et par entreprise, et les annales de ces temps, en nous citant le nom de Martin comme 
adjudicataire général de l'entreprise, n'oublient pas de nous apprendre qu'il y gagna 
de fortes sommes. 

Les ingénieurs en chef de Tarrade et Filet dirigèrent ces travaux, auxquels furent 
employés une partie de l'armée et un grand nombre de paysans , pris à tour de rôle 
dans les différentes communes. On exécuta les fouilles et les terrassements, et on 
gazonna provisoirement les escarpes et les contre-escarpes, en attendant l'achèvement 
du canal de la Bruche, entrepris pour servir au transport des moellons, des pierres de 
taille et des pierres calcaires qui devaient être employés à cette masse de remparts , de 
voûtes, de casemates, de casernes et de maisons. 

La construction de ce canal , destiné à remplacer la Bruche qui n'était pas navigable, 
avait déjà été projetée au commencement du quinzième siècle par l'évêque Guillaume 
de Diest; mais ce projet ne fut pas exécuté. Les grandes ressources que les environs 
de Soultz et de Wolxheim présentent en matériaux de construction , le mauvais état 
des routes, et l'économie qui naissait du transport par eau , décidèrent le gouvernement 
à tenter cette entreprise (un bateau pouvait contenir la charge de six voitures attelées 
de quatre chevaux; deux ou trois hommes avec leur bateau remplaçaient donc six 
voitures et vingt-quatre chevaux). Des milliers d'ouvriers, de soldats et de paysans 
étaient requis journellement; ils étaient nourris et logés dans des camps, établis sur le 
terrain où s'exécutaient les travaux. Le même principe d'exécution admis pour la 
construction de la citadelle, présidait aussi aux travaux du canal, et les sieurs Racine 
comme entrepreneur de l'exploitation des carrières, Philippe comme maçon , Langevin 
comme charpentier et Bergerot comme terrassier, sont cités comme ayant été chargés 
de ces entreprises. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



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Ce canal a 17 kilomètres et 50 hectomètres ou 9000 toises de développement; 
alimenté par les eaux de la Mossig et de la Bruche, il suit le cours de cette dernière 
rivière en commençant près de Soultz-les-Bains, tourne les hauteurs deWolxheim, 
d'Ergersheim, de Hangenbieten et d Achenheim, et de là, prenant la direction de l'est , 
en passant devant Schseffolsheim , Wolfisheim et Eckbolsheim, il joint 1*111 en amont de 
la Tour-Verte. La chute des eaux, forte de quarante et quelques mètres, est réglée 
par douze écluses que la ville est chargée d'entretenir. 

C'est par ce canal , comme nous venons de le dire , que se fit l'arrivage des matériaux ; 
de là , on les transporta par les fossés des fortifications , en tournant le côté méridional 
de la ville, sur les lieux de construction, tant de la citadelle que de Kebl et des redoutes 
sur l'île des Épis, en employant le bras de jonction de l'Ill au Rhin. La même 
voie fut employée en 1689, lorsque Fort-Louis fut élevé, et on creusa alors la 
communication connue sous le nom de Canal-Français, qui traverse de nos jours 
le canal de la navigation de l'Ill au Rhin à JaRobertsau, et qui n'est plus d'aucune 
utilité. 

Le caractère de grandeur, de force et de puissance dont étaient empreintes ces 

fortifications de notre ville, devait nécessairement exciter la jalousie et la convoitise 

de l'empire. L'anecdote suivante que rapporte Happelius, dans ses éphémérides 

contemporaines, prouve que Louis XIV ne les craignait pas. En 1683, un ingénieur 

impérial fut chargé par son gouvernement de s'introduire à Strasbourg sous un faux 

nom et avec la qualité de négociant, pour prendre connaissance de l'état des 

fortifications nouvelles. Le roi en fut informé par ses agents secrets en Allemagne, et 

donna ordre au comte de Chamilly, commandant militaire de la province , de faire 

un bon accueil à l'agent impérial. Informé de son arrivée, le gouverneur le fit venir 

chez lui , l'accueillit par son vrai nom et l'instruisit lui-même de ses intentions secrètes. 

L'agent secret effrayé et craignant d'être traité en espion , implora sa grâce; pour toute 

réponse le comte de Chamilly le fit entrer clans sa salle à manger, où un nombreux 

état-major était réuni , le présenta comme officier impérial , et l'invita à prendre part 

au joyeux repas, qui sans doute ne lui fit pas oublier sa position équivoque. Le. banquet 

terminé, le comte informa l'officier allemand qu'il avait reçu ordre de son roi , instruit 

de ses plans secrets, de lui faire montrer toutes les nouvelles constructions, et de lui en 

communiquer même les plans, afin qu'il pût, en retournant chez l'empereur, le 

convaincre que Strasbourg était si bien fortifié, qu'avec toutes les forces réunies de 

l'empire on ne pourrait pas parvenir à s'en rendre maître, ni la détacher du territoire 

de la France. Plus d'un siècle et demi s'est écoulé, cinq fois le pied de l'ennemi a 

foulé le sol de notre province, et la prédiction de Louis XIV est restée vraie jusqu'à nos 

jours Le gouvernement fit frapper en l'honneur de la construction de la citadelle et de 

la reddition de la ville deux médailles dont nous donnons les dessins. 



Canal 
de la Bruche. 



Citadelle. 



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tfT — 



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32 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Arsenaux. En revenant de la citadelle, entrons un moment dans ces trois grands bâtiments 

parallèles qui contiennent les arsenaux. Aux rez-de-chaussée sont placés les affûts, les 

caissons, les forges de campagne avec les mille roues qui les transportent, chargées de 

celte nombreuse artillerie, qui repose paisiblement comme un beau collier de bronze 

dans cette enceinte. Les premiers étages renferment des milliers de fusils , de carabines , 

de pistolets, de sabres, de lances et de cuirasses, qui, disposés dans un ordre parfait 

et classés avec un goût admirable, sont l'orgueil du Français et l'effroi de l'étranger. 

Vis-à-vis et de l'autre côté de la rue se trouvent les ateliers de l'arsenal avec les 

forgerons , les serruriers, les charrons, lescalfats, les charpentiers, etc., qui y préparent 

ce grand matériel de guerre. Les magasins de cordages, madriers, pontons et autres 

sont construits sur le terrain qu'occupait un couvent de capucins, créé sous 

Louis XIV et détruit par la révolution (1684-1790). Ces pères entretenaient dans leurs 

jardins un parc aux escargots, et dans la saison ils témoignaient leur gratitude aux 

personnes chez lesquelles ils faisaient la quête pendant l'année , en les régalant de ces 

limaces qu'ils savaient parfaitement accommoder. Le service religieux de l'hôpital 

militaire leur était confié; ils desservaient de même la prison militaire, et étaient obligés 

de donner les dernières consolations aux criminels qui en sortaient condamnés à mort. 

En continuant notre promenade, nous passons un pont à l'usage des piétons, connu 

sous le nom de Pont-du-Brochei , et nous nous enfonçons dans des ruelles étroites et 

tortueuses qui portent les dénominations bizarres de rue du Renard-Prêchant, rue de 

l'Épouvantail et quartier des Souabes [SchwowelândeV), pour déboucher dans la rue 

des Orphelins. Ce quartier est rendu malsain, en été, par les exhalaisons des eaux 

stagnantes de ce canal. 

1 La rue du Renard-Prêchant , sur les bords du canal de l'IU-au-Rhin , reçut son nom d'une maison portant encore 
aujourd'hui cette enseigne, dont la tradition populaire nous a laissé l'origine que nous communiquons à nos lecteurs. 

Un pêcheur habitait jadis celte maison; il était pauvre en écus , mais riche d'une nombreuse progéniture. Le 
malheureux avait beau jeter ses filets , mais les goujons , et par ci par là quelques perches qu'il en retirait , suffisaient 
à peine au strict nécessaire de la famille ; le rôti ragoûtant était un hors d'œuvre chez eux et le maigre restait du 
commencement jusqu'à la fin de l'année à l'ordre du jour du ménage. 

Quand il vit constamment une compagnie de beaux canards bien blancs , bien proprets, bien gras, qui appartenaient 
à un riche voisin, prendre leurs ébats dans l'eau devant sa maison, le pauvre diable, le cOeur navré, se livra à de 
profondes réflexions sur la capricieuse disproportion des fortunes d'ici-bas. Il ne disait pas : la propriété est un 
vol , mais sa conscience était assez élastique et sa logique d'une simplicité toute naïve qu'il fit un jour ce beau raison- 
nement: Voici des canards qui avalent les poissons qui devraient être la proie de mes filets , pourquoi n'aurais-je pas 
le droit de faire ma pêche au fond de l'estomac de ces maudits volatils? Et, pour y parvenir, il fixa de grand malin 
de petits morceaux de lard à des ficelles attachées au bord de l'eau , et quand les canards voraces y curent mordu , 
il les retira avec le poisson. 

Depuis cette précieuse découverte, la table du pauvre pêcheur était souvent garnie d'une pièce savoureuse, qui 
faisait les délices des siens , et sa femme ramassa avec soin le tendre duvet pour en gratifier les lits de ses enfants. 
Mais le troupeau de la gent volatile diminua sensiblement , et le riche voisin ayant été aux aguets pour on connaître la 
cause , il surprit le pêcheur en flagrant délit. La logique du pauvre diable ne trouva pas raison devant la justice, qui 
n'admit pas la légalité de pêcher les goujons dans l'estomac des canards , et il fut condamné. Un de ses amis , pauvre 
rapin , lui tendit fraternellement la main , en lui prêtant son pinceau pour se venger de la justice , et peignit l'enseigne 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



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Hospice 
des Orphelins. 



Une partie des antiques bâtiments avec leurs murs noircis et lézardés qui longeaient Sainte-Uatherin* 
cette rue à gauche, formait le couvent de Sainte-Catherine, établi hors de l'enceinte 
de la ville en 1243. Il devint la proie des flammes en 1397, le jour de Saint-Julien , mais 
fut reconstruit peu après; des religieuses de l'ordre de Saint-Dominique l'habitaient. 
A l'époque de la réformation ce couvent fut aboli , et on y institua un hospice des 
orphelins , qui fut doté d'un grand nombre de biens provenant des maisons religieuses 
sécularisées alors. L'intérieur de l'église fut divisé en deux par un plancher, et servit 
depuis de grenier pour la conservation des blés; des figures de saints peintes en fresques 
avec leurs auréoles dorées ornaient, dans des proportions gigantesques, les murs de 
ce temple. Il y a une trentaine d'années, en montant à l'étage supérieur, on pouvait 
encore distinguer les bustes imposants de ces figures assez bien conservés. Au-dessus 
de la porte d'entrée, on remarquait un figuier en style d'ornementation, beau morceau 
de sculpture que le temps avait respecté 1 . 

L'hospice des orphelins de notre ville ne date pas seulement de l'époque de la réforma- 
tion, car déjà dans la rue Utto ou de la Madeleine une maison servait ultérieurement d'asile 
à ces malheureux. En 1492, un J. d'Erstein fit une donation en faveur des pauvres 

du Renard-Prêchant-aux-Canards; cette idée ingénieuse valut une réputation à la maison , où dans un temps passé 
on accourut pour manger la bonne friture qu'apprêtait la femme du pêcheur. 

Expliquons en même temps la raison qui donna à ce quartier le nom de Pays des Souabes [Schwowelândel dans 
notre idiome strasbourgeois). 

Les nombreux Allemands qui se sont de tout temps établis en notre ville , parvinrent généralement , en exerçant 
leur industrie , à acquérir une fortune relative par une parcimonieuse économie et par un travail assidu ; leur 
caractère pliant et plus discipliné que celui des habitants de vieille roche y a sans doute contribué pour beaucoup. 
Aussi ces derniers les voyaient-ils toujours de mauvais œil, et les désignèrent de tout temps du nom de Souabes, 
qu'ils fussent nés sur les bords du Weser, de l'Elbe , du Main , ou sur ceux du Necker ou du Danube , de même qu'ils 
appelaient du nom de Welsch les Français de l'intérieur. Les Prussiens, les Autrichiens, les Saxons, de même 
appellent dédaigneusement Souabes tout autre Allemand qui n'appartient pas à leur nationalité politique, quoiqu'il 
ne soit pas né dans l'ancien cercle de la Souabe ; mais rien de plus injuste que d'attribuer une moindre dose d'esprit 
aux habitants du Wurtemberg qu'aux autres enfants de l'Allemagne ; ils sont au contraire rusés, insinuants, doués 
d'une persévérante ténacité qui leur fait atteindre tôt ou tard leur but , et ils ne montrent une certaine jactance que 
lorsque la prospérité leur sourit. Nous devons chercher ce séparatisme dans l'amour-propre des nationalités qui 
divisent encore beaucoup trop la race germanique, comme jadis les Romains, dans la fierté de leur civilisation , 
appelaient barbares tous les autres peuples qui n'appartenaient pas à leur race. 

Quand Strasbourg devint ville française , le gouvernement favorisa beaucoup l'établissement d'étrangers dans celte 
ville pour augmenter le nombre de ses habitants , dont une grande partie , par aversion pour la domination française , 
surtout dans les rangs des familles nobles et patriciennes, s'était expatriée 1 . Par sa capitulation la bourgeoisie avait 
conservé ses prérogatives, et pour en jouir il fallait acheter le droit de bourgeoisie comme auparavant , de sorte que 
la grande partie de cette population affluente n'étant que des gens pauvres, fut regardée comme manants (Augsburger), 
et cherchait des quartiers déserts près des remparts, près des casernes, pour s'y fixer et y bâtir leurs modestes 
habitations. Cette partie de la ville , entre le bras de rivière et les fortifications, fut choisie pour séjour par beaucoup 
d'Allemands et reçut par cette raison le nom de Pays des Souabes. 

' Ouand on démolit ces bâtiments , il y a quelques années, pour faire place aux constructions militaires qui s'y 
élèvent on eut l'heureuse idée de conserver quelques beaux fragments de sculpture, provenant de l'église Sainte- 
CathTrine, en les scellant dans ces nouvelles bâtisses. 

i ii„ n Hp Strasbourg sans compter la noblesse et le clergé, était de 5,1 19 catholiques, 19,859 luthériens, 
,;^SïïÏÏ«l, En »& 1» population s'était é.evée au chiffre de 43,000. 

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FACBODRGS. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



Hospice 
des Orphelins. 






orphelins; en 1517, Nicolas Berer légua une somme dont l'emploi fut fixé en ces termes : 
«Pour faire plaisir aux pauvres orphelins, je veux que chacun reçoive pour étrennes, 
le jour de Saint-Nicolas, une paire de souliers neufs et une belle pomme, dans 
laquelle on mettra un pfenning en argent nouvellement frappé (Silberpfennig) ; je les 
engage à prier pour le salut de mon âme. » Des lettres d'indulgence de 1515 et de 1518 
font de même mention des orphelins. 

Cet établissement de charité reçut néanmoins une plus grande extension au seizième 
siècle. Il fut soumis à l'administration civile , et un ancien Stâdtmeister ou Ammeister 
en était ordinairement le directeur (Waisenhaus-Schaffner). Dans la série de ces directeurs 
figurent les noms très-honorables d'anciennes familles, tels que ceux des Zorn, des 
Wurmser, des Landsperg et autres. L'instruction primaire y fut introduite, et les 
règlements sévères qui régissaient cet établissement respirent le puritanisme religieux 
qui dominait à Strasbourg pendant le seizième siècle. Trois fois par an les orphelins, 
accompagnés de leurs surveillants (Waisenvaler et Waisenmutler) , faisaient la quête en 
ville, en chantant devant les maisons pour recueillir les dons en argent et en nature, 
que la charité des habitants s'empressait de leur faire; on appelait ces jours: die 
Umgangstàge (jours de tournée). Une ancienne peinture sur verre conservée dans 
l'hospice , et qui a été reproduite par la gravure , nous donne un tableau exact de cette 
cérémonie. Lorsque Strasbourg advint à la France, la conservation de cet hospice fut 
garantie par la capitulation, et ses propriétés restèrent à l'abri des orages de notre 
première révolution. 

En 1837, la ville céda au ministère de la guerre, pour y élever une vaste caserne, 
les bâtiments et le terrain de l'hospice des orphelins, en échange des bâtiments du 
couvent de la Madeleine , occupés alors par les magasins d'équipement militaire. Les 
orphelins furent transférés dans ce dernier local, que l'on appropria à sa nouvelle 
destination par de belles constructions, une vaste cour et un beau jardin. 

Près de deux cents de ces malheureux enfants des deux sexes y trouvent un asile, 
y sont proprement logés, bien nourris, et reçoivent leur instruction, les enfants 
catholiques à l'école paroissiale de Sainte-Madeleine et les protestants à celle de Saint- 
Guillaume. A l'âge de quinze ans on les place en apprentissage, sous la surveillance de 
la commission administrative des hospices, après quoi ils reçoivent leur trousseau et 
une modique somme d'argent. Maints enfants sont sortis de cet établissement, où, après 
avoir trouvé un dédommagement de la perle prématurée de leurs parents, ils sont 
devenus des citoyens utiles à la société. 

Les maisons qui forment l'autre côté de la rue des Orphelins sont toutes de cons- 
truction moderne , et sont assises sur l'emplacement qu'occupait le fossé de fortification K 



1 Voyez la planche représentant l'ancienne porte des Bouchers. 



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A l'une d'elles se rattache le souvenir d'un événement encore récent dans notre cité : 
c'est celle qui porte le n° 4. 

Dans la nuit du 29 au 30 octobre 1 836 s'étaient réunis en conciliabule, dans cette maison, 
plusieurs jeunes gens , pour la plupart officiersdela garnison , etquelques anciens soldats 
de l'empire; ils avaient à leur tête un jeune prince de la famille Bonaparte, le prince 
Louis-Napoléon , fils de l'ex-roi de Hollande, et leur projet était de renverser le gouver- 
nement de Louis-Philippe, et de lui substituer un gouvernement impérial. Ils sortirent 
le malin avant la pointe du jour de cette maison pour se transporter dans le quartier 
d'Austerlitz, occupé alors par le 4 e régiment d'artillerie, duquel partit le mouvement 
insurrectionnel. 

Nous renvoyons aux journaux de l'époque les personnes qui voudraient connaître 
plus intimement les détails de celte affaire et le procès qui en fut la conséquence. 

A quelques pas de cette maison , dans le mois d'octobre aussi , mais cent cinquante- 
cinq années auparavant, s'exécuta une véritable prise de possession détrône; ce n'était 
pas un trône impérial, mais un trône épiscopal sur lequel vint s'asseoir son titulaire 
avec tout l'éclat et le luxe des pompes de l'église. 

La rue Neuve qui débouche du quai des Bateliers dans la rue des Orphelins n'existait 
pas alors 1 ; elle avait-son entrée sur le quai, et ne formait qu'une impasse fermée par des 
jardins. Dans cette impasse tranquille s'élevait à gauche , au fond , un vaste hôtel , qui 
donnait par derrière sur le canal du Rhin, et auquel appartenait encore la maison du 
quai, portant le n° 10, appelée anciennement au Fil-de-Soie [zum Seidenfaden), maison 
qui en fut détachée et vendue à la fin du dix-septième siècle 2 . Cet hôtel appartenait 
antérieurement aux princes de Nassau; mais à l'époque dont nous parlons, il était la 
propriété des margraves de Baden-Baden, et était habité souvent, soit par le prince 
Louis de Bade, lorsqu'il venait se reposer de ses campagnes contre les Turcs et des 
victoires remportées sur eux , à la tête de l'armée impériale , soit par la princesse Marie- 
Françoise de Furstenberg, mariée à Léopold-Guillaume de Bade et sœur de l'évêque 

de Strasbourg. 

La consécration épiscopale de Henri de Hohenstein, en 1507, fut la dernière 
grande cérémonie religieuse en ce genre que vit la cathédrale sous ses voûtes antiques, 
si l'on en excepte toutefois la grand'messe à laquelle assistèrent Charles-Quint et 
sa suite, en 1552, du temps de l'intérim. Depuis, le dogme de Luther ayant envahi la 
population strasbourgeoise, et le nouveau culte s'étant emparé du temple métropolitain, 



Hospice 
des Orphelins. 



Rue Neuve. 



- fit en 1835 les quais à l'entour de Saint-Élienne , les marchands de bois furent obligés de céder les 

Lorsquon ^ de m radmin i st ration municipale leur afferma alors une partie de ce 

rt pour f Œ leurs magasins. La belle maison de maître qui y a été construite par M. F . Arnold , architecte , 

e 1 Cet Xnlslljourd'bui propriété de M Bergmann , professeur de littérature étrangère. 



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Une Neuve 



Entrée d'Egon 
Fûrsteobere 



36 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

les évêques avaient quitté cette ville schismalique. Érasme de Limbourg, Jean de 
Manderscheid, Charles de Lorraine et Léopold d'Autriche, qui succédèrent à Henri 
de Hohenstein, résidaient tantôt à Molsheim, tantôt au château de Hoh-Barr, à 
Saverne, ou dans les grandes villes d'Allemagne, lorsqu'en 1663 Egon de Fûrstenberg 
fut élu évêque. 

Outre la dignité épiscopale dont il venait d'être investi , ce prélat était encore grand- 
doyen et grand-prévôt du chapitre de Cologne, prévôt de l'église de Saint Géréon dans 
la même église , grand-prévôt de Hildesheim , abbé et prince de Stablo , de Malmédy , de 
Murbach, de Luders et principal ministre de l'archevêque-électeur de Cologne, 
Maximilien-Henri de Bavière. C'est en cette dernière qualité surtout qu'Egon de Fûrs- 
tenberg et son frère et successeur, qui avaient leur résidence à Cologne, rendirent 
de grands services diplomatiques à Louis XIV. Le monarque français ne se montra pas 
ingrat envers eux; deux choses lui tenaient essentiellement à cœur après l'occupation 
de la ville: les fortifications de sa nouvelle conquête et l'installation de son évêque 
dans le dôme que la foi catholique y avait érigé et qu'il avait revendiqué par l'art. 3 
de la capitulation. 

de Lesrichesrevenusdontjouissaitceprélatluiavaientservicàreleverl'éclatetlapuissance 
temporelle de l'épiscopat, et si depuis, par les révolutions et les transformations des 
moeurs et des usages , cette puissance , cet éclat , se sont évanouis, la dignité épiscopale en 
elle-même n'a du moins rien perdu de son action morale et évangélique. C'est au milieu 
de cette pompe et de ce prestige de luxe qui parlent tant à l'imagination , qu'Egon de 
Fûrstenberg fit son entrée solennelle en cette ville le 20 octobre 1681. Il avait quitté 
ce jour-là Saverne, et se rendit à Oberhausbergen , où il fut reçu par le marquis de 
Chamilly. Le cortège était composé de la manière suivante : En tête, le contrôleur de la 
cour épiscopale, accompagné d'un gentilhomme et de huit cuirassiers du roi ; les valets 
de la noblesse conduisant des chevaux richement harnachés , suivis du grand maréchal 
du palais, avec grand nombre de mulets ornés et caparaçonnés ; le grand écuyer avec 
dix superbes chevaux de selle, suivi d'un gentilhomme de sa cour à la tête de quinze 
valets à cheval. Venaient ensuite, escortés d'un escadron de cuirassiers, et précédés 
d'une musique guerrière, les conseillers épiscopaux et les comtes formant le grand- 
chapitre, et après eux , les nobles et les vassaux de l'évêché, magnifiquement équipés. 
L'évêque , ayant à ses côtés le prince de Nassau , doyen du grand-chapitre, occupait une 
calèche ouverte, traînée par six chevaux et entourée d'un grand nombre de pages 
à cheval, splendidement vêtus. Ce groupe était suivi d'un escadron de cuirassiers, du 
capitaine des gardes du corps du prélat avec sa compagnie, et de huit carrosses, attelés 
chacun de six chevaux, et conduisant les membres de la famille de Fûrstenberg, les 
comtes Philippe et Eberhardt de Lœwenstein , de Salm, les barons de Lerchenfeld , 
d'Elsenheim, de Wangen . Vice-Dom et grand nombre de gentilshommes, conseillers, 






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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



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officiers d'Église , d État et de chambre. Deux voitures chargées de vivres et de bagages Entrée d'Egon de 
fermaient ce brillant cortège, dont les annales du temps nous ont laissé le tableau. 

Le cortège entra par la porte de Saverne, traversa la place d Armes, reçut, en 
défdant devant la cathédrale, une salve d'honneur de vingt-quatre coups de canon, et 
vint s'arrêter devant l'hôtel de Baden-Baden, qui donna l'hospitalité au prélat, parce que 
l'ancien hôtel épiscopal , qui , depuis cent cinquante ans, avait cessé de loger les évêques 
de Strasbourg, n'était pas en état de le recevoir dignement ; il était réservé aux Rohans, 
successeurs des Fùrstenberg dans la dignité épiscopale, de construire le château actuel. 

Le lendemain de celte entrée eut lieu la prise de possession et la purification de 
la cathédrale avec toute la pompe et le cérémoniel de l'église catholique. Grandidier, 
dans ses Essais sur la Cathédrale, nous a laissé une description détaillée de cette 
cérémonie. La procession sortit de la rue Neuve et retourna à l'hôtel de Bade ; l'évêque , 
souffrant de la goutte, s'y fit porter sous un dais en velours cramoisi, richement brodé 
en or, tenu par quatre gentilshommes et suivi de pages et de gardes du corps. 

Ce n'étaient là que les préliminaires de la cérémonie royale , qui eut lieu dans ce 
temple le 24 du même mois, pour la réception de Louis XIV, de la reine et de toute 
la cour; solennité qui fait vraiment époque dans l'histoire de la cathédrale. Tout le 
clergé régulier et séculier, des députations des archiprêlres et des collégiales du 
diocèse, dix prélats et abbés mitres, de même que la noblesse catholique de la 
Basse Alsace et toute la garnison, assistèrent à cette cérémonie, qui avait attiré en 
outre dans nos murs une grande partie de la population des villes et des villages des 
différents bailliages épiscopaux. Les habitants de Strasbourg, à l'exception des quelques 
familles catholiques qui y vivaient alors , furent privés de ce spectacle imposant , une 
ordonnance royale ayant défendu aux Strasbourgeois , qui suivaient la communion 
luthérienne, d'entrer dans la cathédrale, sous peine d'une amende de cinq livres. Cet 
acte d'autorité n'était autre chose qu'un acte de représailles contre les règlements 
de police de l'ancien sénat de la ville, qui défendaient aux citoyens de fréquenter 
d'autres églises que celles du culte luthérien. 

La cour fut reçue avant la grand'messe et le Te Deum, sous le portique principal, 
par le clergé ayant à sa tête le cardinal de Bouillon et le prince-évêque qui salua le 
roi et la reine par le discours suivant: 

«C'est présentement, Sire, me voyant remis par vos mains royales en possession 
« de ce temple, dont la violence des ministres de l'hérésie nous a tenus si longtemps 
« exilés , moi et mes prédécesseurs , que j'ai lieu de dire à Votre Majesté , à l'exemple du 
« bon Si'méon, que j'attendrai dorénavant la fin de mes jours en repos , et que je pourrai, 
« lorsqu'il plaira à Dieu de m'appeler à lui, quitter le monde avec beaucoup de consolation. 
« Cette illustre église doit sans doute , Sire, une bonne partie de son établissement à vos 
« augustes prédécesseurs, Clovis et Dagobert, desquels l'un a placé la première pierre 



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38 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Entrée d'Egon de « de ce somptueux vaisseau , et l'autre l'a fait ériger en évêché, en le dotant de plusieurs 



«terres et revenus. Mais Votre Majesté, parce qu'elle a fait aujourd'hui, s'en rend comme 
«le nouveau fondateur d'une manière encore plus glorieuse. Je souhaiterais, Sire, 
«d'avoir assez d'éloquence pour pouvoir vous exprimer l'excès de ma joie, que moi et 
« mon chapitre, dont une partie est présente, ressentons pour l'avantage que cette grande 
«action et vraiment digne de la piété d'un roi très-chrétien , va procurer, tant pour la 
«gloire de Dieu que pour la réputation de Votre Majesté. Mais, manquant de termes 
«et de facilité de m'expliquer en cette langue-ci, je suis contraint, Sire, délaisser 
«renfermés dans nos cœurs mille sentiments de respect, de reconnaissance, de 
«tendresse, si j'ose le dire, et de vénération pour la très-auguste personne de Votre 
«Majesté, et de l'assurer simplement que nous ne cesserons jamais, comme très- 
« obéissants, très-fidèles serviteurs et sujets, de pousser continuellement nos vœux au 
« ciel dans celte maison de Dieu , où elle vient rétablir le véritable culte, afin qu'il plaise 
« à la divine Majesté de vous combler, Sire, de prospérité et de bénédiction. » 

A ce discours, disent les annales de ce temps, Sa Majesté répondit fort bénignement, 
et promit de faire sentir dans l'occasion les effets de sa bienveillance. Malheureusement 
pour ce prélat, qui mourut à Cologne six mois après, à l'âge de cinquante-six ans, il ne 
devait pas faire l'épreuve des effets de l'union si splendide de l'autel et du trône ; mais 
il était réservé à son frère Guillaume qui lui succéda, de recevoir des preuves de la 
munificence royale, en reconnaissance de laquelle la statue du grand roi fut placée, 
plus d'un siècle après, sur la façade principale de la cathédrale. 

Le 10 septembre 1698 , Louis XIV fit remettre à l'évêque une brillante parure d'église, 
consistant en deux dais magnifiques, en un costume complet de grand'messe en satin 
blanc et en velours rouge et vert, le tout orné de riches broderies d'or, en relief; il y 
avait joint une croix et des candélabres en argent doré massif. Quarante ouvriers 
brodeurs avaient travaillé pendant trois ans à cette riche parure, qui était d'un poids 
si lourd que l'on ne put s'en servir que très-rarement. Ce don royal était évalué à une 
somme de 2,400,000 livres tournois. 

L'hôtel de Bade ne jouit pas longtemps de la splendeur qui l'avait attaché momenta- 
nément à la vie intérieure de la cathédrale. Les évêques l'avaient quitté lorsque le 
cardinal de Rohan l'acheta , en 1741, pour le démolir. Il fit élever sur son emplacement 
les belles écuries que nous y voyons , occupées par quelques chevaux d'artillerie qui 
remplacent les riches attelages et les brillants chevaux de course et de bataille que les 
évêques et, après la révolution, les princes régnants y logeaient lors de leur passage 
en noire ville. 
Quai des Bateliers. La maisonnette assise sur pilotis au bord du quai des Bateliers, que nous voyons sur 
la planche 2 du panorama, vis-à-vis de la maison qu'habitait Hirtz, notre poète popu- 
laire, avait son pendant au débouché de la rue Neuve. Celle dernière maisonnette existait 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 39 

encore au commencement de ce siècle, et nous en parlerons parce qu'elle doit son Quai des Bateliers. 
origine à un de ces types qui peignent si bien notre bourgeoisie des temps passés. Son 
constructeur logeait alors dans la rue même , à côté de l'ancien hôtel de Bade, dans une 
maison en pierre, bien propre, dont l'entrée est surmontée d'un balcon, orné de 
grandes écrevisses et de poissons ciselés en fer, indiquant l'état de son propriétaire. 

Le droit de pêche, dans l'intérieur de la ville, depuis l'église de Saint-Thomas jusqu'à 
l'église de Saint-Étienne, appartenait anciennement aux évêques; mais, pendant la 
longue absence des titulaires , la ville l'avait usurpé. A la première réclamation, en 1686, 
elle opposa toutes les difficultés imaginables à la reprise de possession de l'évêché; il 
fallut faire intervenir la justice, et le conseil souverain d'Alsace rendit, en 1713, un 
arrêt par lequel l'évêque fut de nouveau réintégré dans ses droits et privilèges. 

Dans ces temps, l'ambition d'un bourgeois de naissance roturière n'aspirait tout au 
plus qu'à amasser des écus, ou à gagner un siège au sénat; protégés par les maîtrises , 
les fils héritaient de l'état de leur père; ils figuraient sur les registres de la même tribu, 
et si l'un ou l'autre, par vocation ou par pauvreté, se vouait à la théologie et obtenait 
une cure , il faisait la joie et l'orgueil de sa famille. Dans ces temps de privilèges et 
d'inégalités sociales, le talent trouvait plus difficilement à se faire jour qu'aujourd'hui 
où le principe d'égalité a si profondément pénétré dans toutes les couches de la société 
française. Il était donc naturel que le même métier, la même profession se perpétuassent 
souvent pendant des siècles dans les mêmes familles , et nous pourrions même citer des 
noms de Strasbourgeois de vieille roche, exerçant encore aujourd'hui l'état qui 
nourrissait leurs arrière-grands-pères en l'an de grâce 1681. 

Dans la corporation des pêcheurs et des marchands de gibier, les plus aisés avaient à 
cœur de se distinguer par la belle et grande quantité de poissons qu'ils tenaient dans 
leurs réservoirs; de même que dans nos pays vignobles, ou dans les chalets de la Suisse, 
on voit encore aujourd'hui le père remplir un tonneau de vin exquis à la naissance de 
son enfant ou mettre de côté quelques-uns de ses meilleurs fromages, et réserver ce 
trésor pour l'ajouter plus tard à la dot du nouveau-né, les marchands de poissons 
choisissaient ce qu'ils avaient de plus beau en fait de carpes , brochets, anguilles , lottes , 
etc et les conservaient pour en gratifier leurs héritiers. De nos jours encore l'on peut 
voir chez Artzner, chez Dûrr et d'autres marchands de poissons, des provisions de ces 
vieillards de la gent aquatique, qui leur ont été légués par leurs pères, aïeuls ou bis- 
aïeuls et parfois une carpe de quatre-vingts à cent ans , tirée d'un des réservoirs de 
Strasbourg , vient-elle figurer sur la table de quelque festin princier. 

Revenons à notre maisonnette de la rue Neuve. La location de la pèche dans 1 intérieur 
de h ville que le prélat avait accordée à Jean-Louis Dûrr, avait aidé à l'enrichir, et son 
vœu' le plus ambitieux était exaucé: il brillait dans la chaise curule. Dans les réunions 
du sénat où il dominait par son gros bon sens, Dûrr résistait avec obstination contre 



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40 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Quai des Bateliers, toute déviation de l'ancien système gouvernemental , mais en vrai parvenu il était 
hautain et querelleur. Lorsque la contribution foncière fut établie chez nous , notre 
sénateur, furieux de cette innovation, mais ne pouvant s'y soustraire pour sa maison 
assise sur un fondement solide, eut une idée ingénieuse qu'il se hâta de mettre à 
exécution, et à laquelle la cassine dont nous parlons dut son origine. Il fit construire 
quelques grands bateaux à réservoir, qu'il amarra au quai , et y logea sa ménagerie 
ichthyologique; sur ces fondements flottants il fit bâtir une maison à terrasse où il 
jouissait avec une orgueilleuse satisfaction de la fraîcheur des soirées, au milieu de la 
verdure du petit jardin qu'il y avait planté. 

Le fisc, cependant, avait mesuré la longueur et la largeur de sa construction , et le 
receveur des contributions lui fit signifier de payer. L'obstiné sénateur s'y refusa, et 
plaida sa cause, en se fondant sur ce que la contribution foncière, qui ne frappait 
que les immeubles bâtis sur un sol ferme , n'était pas applicable à son châtelet assis 
sur des barques; il gagna son procès, et, riant dans sa barbe, continua de rester ennemi 
juré de toute innovation. Cette cassine, néanmoins, qui avait tant fait parler d'elle à sa 
naissance , n'inspira pas la muse dont le chant élégiaque salua d'un dernier adieu 
celle figurant sur notre dessin, et qui fut démolie en 1842'. 

1 DAS WUNDERHJÎUSCHEIV. 



Wohl kennt ihr das Hâuslein in h-eimischer Stadt , 
Darin seine Wohnung kein Sterblicher hat , 
Nur pfeifende Ratzen und Mâuse? 
Es bietet fûnf Thûren zum Eintritt uns an , 
Doch stehn nicht bezeichnende Nummern daran , 
Nach lôblicher Ordnung und Weise. 

Zwei kreischende Fàhnlein verkûnden den Wind ; 
Sie knarren so schaurig , das Hertzblut gerinnt 
In nâchtlicher Slille vor Grausen ! 
Und eines der Fàhnlein bewalirel die Spur 
Des Drachen , der zischend die Liifte durchfuhr, 
Buntfarbig , mit mâchtigem Brausen. 

Gar lieblich hat Flora das Hàuschen geschmùckt ; 
Viel Kinder der freundlichen Gôttin erblickt 
Auf niedrigem Dach unser Auge. 
Sie schimmern und blinken auf wanckendem Stiel, 
Es treibt mit den Blùmchen der Zéphyr sein Spiel , 
Und JEol mit kùhlendem Hauche. 



Schôn pranget am Hàuschen ein stattlicher Hut , 
Der stând' einem tapferen Kriegesmann gut , 
Hat goldene Quasten und Borten. 
Von Gessler, dem Landvogt, ward er nicht gesteckt, 
Damit man ihm Ehrc bezeug' und Respect ; 
Durch Malershand ist er geworden. 

Auch ist unser Hàuschen wohl ein Phânomen , 
Man mag es von vorn und von hinten besehn; 
Es zâhlt zum Amphibien-Geschlechte : 
Auf spârlichem Lande sein Vordertheil ruht , 
Sein Hintertheil aber auf griinlicher Flulh , 
Uud drunter ein Lustort der Hechte. 

Wohl jeder das einsame Hâuslein nun kennt , 
Darinnen kein Feuer, kein gastliches, brennt , 
S'ist tâglich zu schauen am Staden. 
Es steht so verlassen , es steht so allein ; 
Gott gebe, das doch der Gemeinde-Rath sein 
Erbarmen sich môge in Gnaden ! 



Damit bald sein Stûndlein, sein letztes, ihm schlag% 
Auflôsend der Knôchler von hinnen es trag', 
Zu scinen enlschwundenen Brùdern ! 
Die Nachbarscbaft freute gar hertzlich sich drob , 
Und spendete reichliches , rûhmliches Lob 
Des Rathes wohlwollenden Gliedern. 

D. Hirli (1839). 



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il 



deSainte-Madeleine 



La pièce de poésie que nous venons de lire , a suggéré en faveur de la vieille masure , ^JJJJ 
menacée de démolition, la spirituelle défense que nous reproduisons ci-dessous». 

L'église de la Madeleine, dont les jardins donnent dans la rue Neuve, est le dernier 
monument de l'architecture gothique en notre ville. Quoique dans les bâtiments contigus, 
qui formaient le couvent, on ait fait beaucoup de transformations pour les approprier à 
l'hospice des orphelins, on retrouve encore de beaux fragments d'ornementations dans 
les ogives de l'ancien cloître \ La rue , sur laquelle donne la principale façade de l'église , 
en a reçu son nom ; antérieurement elle s'appelait rue d'Utton , en souvenir d'un évêque , 



1 Et loi poëte aussi!... contre moi tout conspire , 
L'eau , le ciel et les rats : faut-il donc que ta lyre , 
Sans pitié devançant l'arrêt municipal 
De ma proscription donne encor le signal , 
As-tu donc méconnu ion noble ministère? 
As-tu donc oublié que l'âge et la misère 
N'ont droit qu'à ta pitié, mais non à tes mépris; 
Que lorsqu'en son chemin il rencontre un débris , 
Le poêle lui doit une douleur amie , 
Que de toute infortune il est le Jérémie, 
Et qu'il n'a jamais su , transfuge du malheur, 
Dénoncer une ruine au fer démolisseur? 
Dis , crains-tu que des vents l'implacable tourmente 
N'ébranle qu'à demi mon antique charpente? 
Crains-tu que la rivière et ses flots indolents , 
Qui minent à bruit sourd mes étais chancelants , 
Ne puissent assez tôt m'arracher au rivage , 
Quand par un jour d'hiver, d'équinoxe ou d'orage , 
Ils viendront, redoublant leurs efforts envieux , 
M'emporter jusqu'au Rhin qui m'attend avec eux? 
Ou crains-tu que des rats les hordes affamées 
Ne fatiguent sur moi leurs dents envenimées , 
Et prises tout à coup d'un vertueux remords , 
De mes ais vermoulus ne s'exilent en corps , 
Pour me laisser en paix pourrir ma destinée? 
Et qui t'a dit , cruel , que mon heure est sonnée ? 
Et qui t'a dit, cruel , que je voulais mourir? 
Non , je veux vivre encor, je veux encor jouir, 
Faire chanter au loin ma double girouette 
Lorsque l'aile des vents en passant la fouette , 
Diaprer mon vieux toit de riantes couleurs , 
Me parer de gazon , de mousses et de fleurs , 
Abriter le poisson qui dans l'onde étincelle, 
Accueillir au retour la première hirondelle , 
Voir glisser sur les eaux maint batelet joyeux, 
Et passer sur mon quai mainte fille aux doux yeux , 



Qui sourit en voyant sur mes vieilles fenêtres 
Le tricorne étoffé que ses graves ancêtres 
Arboraient au sommet de leurs toupets poudreux 
Dans un temps où j'étais jeune et fière comme eux. 
Hélas ! j'ai vu depuis se croiser à mon ombre 
Des révolutions et des chapeaux sans nombre , 
Et pourtant (Dieu le veut !) je suis encor debout. 
Oh! ne m'abattez point ! et qu'importe après tout. 
Que de mon écriteau la naïve hardiesse 
D'un triple barbarisme affiche la richesse! 
C'est peu pour le génie : il ne s'occupe point 
Si l'« de chaque mot est coiffé de son point, 
- Mais il sait discerner par sa puissante vue 
L'esprit qui vivifie et la lettre qui tue. 
Poêle mon voisin , montre-toi généreux ; 
Il est beau de venir en aide aux malheureux : 
De mon pauvre vieux toit embrasse la défense , 
Ce bienfait n'aura point perdu sa récompense. 
Oh ! que je sois ta muse , et bientôt tu verras 
Que si mes murs caducs sont hantés par les rats, 
J'abrite aussi parfois de riantes chimères : 
Et quand je t'enverrai leurs cohortes légères , 
Quelles douces chansons, quels récits merveilleux 
Elles feront pleuvoir sur ton front soucieux ! 
Leurs magiques accents descendus dans ton âme 
En feront rejaillir la poétique flamme , 
Et les beaux vers alors suivront à flots pressés 
De ton agile tour les orbes cadencés... 
Va donc , va maintenant , sonne l'heure fatale , 
Appelle sur mon toit le marteau du vandale , 
Mais songe qu'après moi je laisse des vengeurs ! 
Quand je ne serai plus , tous mes hôtes rongeurs 
Iront porter chez toi leur sape infatigable : 
Malheur à ton bahut, à ton lit, à ta table! 
Malheur à tes écrits qui par mille lambeaux 
Descendront tout vivants dans autant de tombeaux !. 

Cil. Desirais (18 mai 1839). 



« En 1846, pendant qu'on faisait des plantations dans le jardin de cet établissement, on trouva quelques 



monnaies romaines de l'empereur Valérien. 

FAUBOURGS 




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Église homme savant, qui, suivant Kônigshoven, doit y avoir logé; une chapelle construite 

de Sainte-Madeleine „ ... , , . , , ,, , . TT n , i ■■• 

par ce prélat, et qui existait encore dans la propriété dun certain Hans Ulenklin, 

fut achetée par la ville, et cédée par elle, en 1478, avec tout le terrain, à une 

congrégation de femmes repenties , qui s'y établirent. La maison qu'occupaient 

auparavant ces religieuses, au Waseneck [zu den Reuerinnen), hors de la porte des 

Juifs, sur les bords de 1*111 , subit, en 1475, le même sort que beaucoup d'autres: elle 

fut démolie. 

La pierre fondamentale de cette église fut posée en grande cérémonie, en présence 
de Geiler de Kaisersberg, prédicateur de la cathédrale. Après la réformation, elle resta 
consacrée au culte catholique comme église paroissiale, et le chœur demeura aux 
religieuses, dont l'ordre dépendait directement de la cour de Rome. 

Dans ces temps d'effervescence religieuse où de l'intolérance à la persécution il n'y 
avait qu'un pas, les nonnes de Sainte-Madeleine et de Sainte-Marguerite eurent beaucoup 
à souffrir de la population et du sénat, qui employa promesses et menaces pour les 
engager à abandonner leur séjour; mais, à l'exception de quelques-unes, qui rentrèrent 
dans la vie civile et se marièrent, la plupart d'entre elles restèrent fidèles à leur foi 1 . 
Pendant tout ce temps, ces maisons se maintinrent comme couvents de femmes jusqu'à 
ce que la domination française vînt leur assurer une protection efficace. 

Lors de la révolution, l'église de Sainte-Madeleine hérita des riches ornements et 
des belles boiseries en chêne de l'église de Saint -Etienne, enlevée au culte. On en 
décora les murs de Sainte-Madeleine, non sans couvrir maladroitement beaucoup de 
pierres sépulcrales d'anciennes familles, qui avaient contribué à doter leur paroisse. 
Nous en trouvons encore le souvenir dans les brillantes peintures sur verre des fenêtres 
ogivales de cette église; elles semblent dater de la même époque et avoir été faites 
par la même main que celles de l'église de Saint-Guillaume, dont nous avons déjà 
parlé, 
j. Ch. Cûnteer. Les armoiries des d'Andlau, des Wurmser, des Merschwein et des Vôlsches nous 
rappellent ces familles, dont la plupart sont éteintes aujourd'hui. A l'entrée dans 
l'église , à gauche, on voit le seul monument qui y existe encore, c'est celui de l'ancien 
syndic de la ville, Jean-Christophe Gûntzer, que ses contemporains avaient accusé de 
trahison , pour avoir favorisé les plans de Louvois dans la capitulation de Strasbourg. 
A en juger par la faveur dont Gûntzer jouit auprès de Louis XIV, après la réunion, par 
la pension dont il fut doté; par les titres de noblesse qui lui furent octroyés avec la 
moitié du village de Plobsheim , à titre de fief, on a bien le droit de croire que cette 

1 On obligea les religieuses de Sainte-Madeleine d'assister au prêche luthérien , sur une galerie grillée attenante 
à leur couvent. On raconte que pour se soustraire à cet acte , qui violentait leurs consciences, elles eurent l'ingé- 
nieuse idée de tromper les yeux de leurs persécuteurs , en mettant à leur place de grandes poupées , affublées du 
costume religieux. 



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accusation n'était pas sans fondement, et qu'il avait chaudement servi les vues du 
ministre français dans cette affaire. 

Une autre pierre sépulcrale dans cette église , ment.onnee par Kunast, couvra.t les 
p . estes d'un homme de guerre distingué, qui , victime d'une trahison , eut une fin bien 
trapue: c'est celle du colonel Haugwitz. Il commandait, en 1675, la petite ville et le 
château de Dachstein , sur les bords de la Bruche, près de Wolxheim. Une garn.son 
de 1 200 hommes de troupes impériales s'y défendit vigoureusement contre les attaques 
non moins vigoureuses des troupes françaises , sous les ordres du marquis de Vaubrun. 
Quelques assauts avaient coûté plus de 1,000 hommes aux assiégeants sans qu ils eussent 
pu se rendre maîtres du château, et Haugwitz avait juré de se défendre jusqu a la 
dernière extrémité. Malheureusement il avait auprès de lui un traître qui se a.ssa 
corrompre par les assiégeants: c'était le commandant en second, Contanni, qui le tua 
d'un coup de pistolet, le soir, pendant qu'il faisait la ronde. Lorsqu'on trouva, la nuit, 
le corps inanimé du vaillant soldat, Contarini assembla le conseil de guerre et conclut 
à la reddition de la place, qui eut lieu le 30 janvier, et la garnison s'achemina vers 
Strasbourg avec le corps de son colonel , qui fut inhumé dans l'église de la Madeleine 
avec tousses honneurs militaires dus à son rang. Le château et ses fortifications, tombes 
entre les mains des Français, furent rasés du 17 au 27 mars suivant , et Dachstein cessa 

depuis d'être ville 

Cependant le lâche assassinat commis par Contarini et les vrais motifs de la prompte 
reddition de la ville ne demeurèrent pas longtemps secrets. Le margrave Hermann de 
Bade général de l'artillerie impériale , accusa cet officier et provoqua la réunion d'un 
conse'ifde guerre , qui condamna encore à mort quatre autres officiers de la garn.son < . 
L'assassin pour se soustraire à la vengeance des lois, se brûla la cervelle dans l'auberge 
du Petit-Cerf près de la cathédrale, où il logeait; il fut déclaré infâme , et son corps, 
enveloppé dans une peau de vache , fut traîné à la voirie. 

Parmi les legs de Saint-Étienne à l'église de la Madeleine, se trouvait aussi la main de 
sainte Attale sa première abbesse. La légende qui s'y rattache est très-ancienne , et nous 
reporte vers' ces temps éloignés où la foi chrétienne était encore dans sa naïve et 

touchante simplicité. 

Au commencement du huitième siècle, Adalbert, fils dAtt.c, comte d Alsace et 
frère de sainte Odile, fonda sur les ruines de l'ancien Argentoratum romain le 
monastère de Saint-Etienne, et sa fille Attale, élevée par sa tante, en fut nommée 
abbesse Elle se distingua par une vie modeste et austère , et servit d'exemple aux dames 
nobles qui avaient pris le voile et s'étaient groupées autour d'elle. Quand elle mourut 
Tlâ^e de' cinquante-quatre ans, son corps fut exposé pendant cinq semaines aux 

. Ils furent arrêtés à Strasbourg, et transportés et exécutés à Fribourg en-Brisgau. 



Haugwitz. 



Sainte Attale. 



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4* PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Sainte Attale. regards du public, et les miracles qu'il opéra répandirent au loin sa réputation de 
sainteté. Werendrut, abbesse de Sainte-Odile," qui était liée d'amitié avec elle, voulait 
posséder une partie du corps d'Attale, pour la conserver comme une sainte relique 
et un pieux souvenir; dans ce but , elle chargea un homme de s'introduire 
pendant la nuit dans la chapelle mortuaire, de couper une main du cadavre et 
de la lui rapporter. La légende nous dit que cet homme s'étant approché des restes 
inanimés de la sainte, vit qu'elle lui présentait la main droite; il la saisit et la coupa. 
Chargé de sa proie, il s'en retourna par une nuit sombre et orageuse vers Werendrut; 
mais s'étant égaré dans les ténèbres, il erra longtemps, tourmenté par la peur et par 
les remords, et se retrouva à la pointe du jour dans la chapelle où reposait Attale. I! 
rendit sur-le-champ aux religieuses éplorées la main qu'il avait volée. Celte main 
fut enchâssée, et on l'expose encore aujourd'hui aux fidèles, le 3 décembre de chaque 
année; mais on n'entend plus parler de ces cures miraculeuses qu'elle opérait autrefois. 
La Chronique de Kônigshoven , commentée par Schilter, nous en a transmis un dessin 
fidèle, gravé par SeupeP. 
Hôtel du Corbeau. En sortant de la rue de la Madeleine et en longeant le quai des Bateliers, nous 
arrivons à l'hôtel du Corbeau , le doyen d'âge des hôtels de notre ville; nous le trouvons 
cité dans l'énumération des auberges qui existaient déjà en 1306, avec l'hôtel portant 
l'enseigne du Saint-Esprit, près du pont Saint-Nicolas. Ce dernier a été enlevé à sa 
destination il y a quelque temps et a laissé au Corbeau seul la gloire d'un service de 
cinq siècles. 

A cette époque et plus tard encore, celte maison portait l'enseigne Zum Rappen , 
c'est-à-dire, d'après l'ancienne orthographe allemande, au Corbeau, et d'après 
l'orthographe moderne , au Cheval-Noir. Au seizième siècle elle devait être vendue à un 
négociant qui voulait la consacrer à son industrie et en faire disparaître l'antique 
inscription. Mais le magistrat n'y consentit pas, par la raison que cette auberge était 
trop renommée et que beaucoup de seigneurs avaient l'habitude d'y loger (Weil da viel 
vornehmer herrn absligen). A la vue de la façade principale, renouvelée depuis, on ne 
se douterait pas de l'âge de ce bâtiment; mais si l'on pénètre dans ce boyau long et 
étroit, qui forme la cour, avec ses galeries en bois et son antique charpente sculptée, 
l'on y retrouve l'image de ces auberges du temps passé, qui logeaient des princes et 
des barons, et dout l'aspect paraîtrait bien mesquin à côté de la fastueuse magnificence 
et du confort des hôtels de nos 'jours. On y remarque de vastes écuries, pouvant 
contenir les chevaux de tout un escadron; c'est pour cette raison sans doute que 

'En 1600, la maison vis-à-vis de cette église ayant aussi une issue dans la rue de l'Ancre, le Kohlenhof, 
appartenait au Jungherr Hans Ludwig Surger {Allmentbuch 1600, Uttengasse et Enkhergasslein). Les trois avant- 
dernières maisons de la rue de la Madeleine, à la droite, en partant du quai, appartenaient, en 1600, à l'hospice 
des orphelins [Allmentbuch 1600, dans les Archives de la ville). 



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la poste aux chevaux s'y établit clans le siècle passé' et y resta jusqu'à sa translation 
dans la rue des Juifs et de là à l'ancien hôtel de l'Espnt. 

Jetons un coup d'œil rétrospectif sur le sen.ce postal, tel quil s est forme 
et développé en notre ville, en attendant que les chemins de fer, qui se multiplient 
chaaue iour, détrônent complètement cette institution. 

Dins les temps reculés, l'éducation sociale n'exigeait pas ces fréquentes relation, 
d'intérêts , cet échange continuel des idées , qui sont devenus un des besoins principaux 
de notre société moderne. Les transactions commerciales se faisaient pendant les foires 
par les intéressés eux-mêmes; les sciences, avant la création des acadennes et des 
nniversités, florissaient dans l'ombre des monastères, et les correspondances scien- 
tifiques se transmettaient de couvent en couvent, grâce aux soins et a 1 activité d un 
nombreux clergé. Les villes et la haute noblesse, dans leurs relations entre elle 
ou avec les empereurs, étaient servies par des délégués qui ; chevauchaten i de 
cité en cité, ou bien elles employaient des messagers attitrés (Laufboten) pou le 
transport des missives; la bourgeoisie, grossière, illettrée et gnernere, trouva.t dan 
son sein des hommes qui se chargeaient ordinairement des commissions dont elle 
avait besoin de s'acquitter: c'étaient les bouchers ; par leur profession même , ils eta.ent 
obligés de parcourir les campagnes, pour faire leurs achats de bétail, et, en partant 
pour ces excursions, ils se chargeaient du transport des lettres, qu'ils remettant eux- 
mêmes ou faisaient remettre à destination par des confrères qu'ils rencontraient. Au 
transport des lettres ils avaient joint l'entretien des chevaux pour le transport des 
voyageurs, et cet usage leur avait assuré une position privilégiée 

Les Metzgerposten, postes des Bouchers, se sont conservées chez nous, comme nous 
,e verrons plu" loin, jusqu'à la fin du dix-septième siècle- même de nosmurs, le cornet 
L po-te le postillon allemand, et dont il sonne à l'approche des relais et pour 
amusement des vovageurs, n'est qu'une tradition du temps passe, ou les bouchers 
étaient munis de même d'un cornet, qui annonçait leur présence dans une commune, 
et rappelait des champs les paysans qui avaient du bétail à vendre. 

Fn Frince l'université de Paris avait depuis longtemps étabh un service de messagers 
DO ur l'envoi des lettres , quand Louis XI créa dans son royaume, en 1464 les premières 
no tes consistant en relais de chevaux, échelonnés de quatre en quatre heues sur les 
Indes routes, et surveillés par des hommes privilégiés, connus sous le nom de 
ZtZ tenant les chevaux courants pour le service du roi, tandis qu en Allemagne les 
moyens de communication, en usage depuis des siècles, étaient restes les mêmes 

■ „ fnrbeau était encore un des premiers hôtels de notre ville ; en 1775, l'archiduc Maximilien , 
f Dans le siècle passe, ic uu ^ ^^ ^ ^^ _ ^ g ^ de Vannée suival)te j l'empereur lui-même , en passant 

frère de l'empereur Joseph , y oge ^ ^^ ^ ' Fa ikenstein , accompagné du prince de Coloretto et du comte de 
par Strasbourg incognito , sous t ^ uemorabiUa, Argent. , t. XVII). 

Cobenzel , y mit pied a terre 



Les Postes. 



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Les Postes. 



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46 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

jusqu a ce que l'empereur Maximilien W, et après lui Charles-Quint, à la lête de son vasie 
empire , eurent suivi l'exemple de Louis XI. Pour faire mouvoir plus rapidement et plus 
facilement les ressorts de son gouvernement en Allemagne et dans les Pays-Bas, ce 
dernier monarque créa une route postale de Vienne à Bruxelles, par Rheinhausen, 
vis a-vis Spire, Worms et Creutznach et par Francfort sur le Bas-Rhin. François de la 
Tour-Taxis fut chargé de l'organisation de ces postes ; il eut pour successeur Léonard , 
son parent, qui fut nommé en 1542 directeur général des postes des Pays-Bas. Ce n'est 
qu'en 1615 qu'un de leurs descendants, Lamoral de Taxis, reçut en fief de l'empire la 
direction générale des postes, privilège dont jouit plus ou moins encore aujourd'hui 
cette foulle dans les divers États de l'Allemagne, où, comme l'on sait, les services 
de messageries et du transport des lettres sont demeurés entreprises gouverne- 
mentales. 

Au seizième siècle on commença à tenter dans notre ville quelques faibles améliora- 
is dans le service postal ; le postillon de la ville {Posl-Reuter, comme on l'appelait alors) 
nomme et assermenté par le magistrat, était chargé de recueillir les lettres; il expédiait 
lui-même les missives à la destination de Bâle, Heidelberg, Spire, Worms et des villes 
intermédiaires ; celles qui allaient plus loin étaient déposées par lui à Rheinhausen, et 
expédiées de là par la poste impériale; mais à partir de Strasbourg il n'existait pas de 
relais, et le pauvre postillon chevauchait à petites journées sur son bidet, et rapportait 
la correspondance destinée au Haut-Rhin. 

Vers la fin du même siècle ; le commerce de notre ville , pour avoir plus de sûreté et 
d ordre dans le départ de sa correspondance , choisit un négociant, Jean de Tiirkheim 
qu il chargea de la recevoir et de la réunir en paquets pour l'expédier aux différentes 
destinations. Lorsque sous son successeur, Jean Linsenmeyer, la poste impériale 
fut instituée, et que celui-ci se fut placé tacitement sous la dépendance du maître de 
poste générale à Francfort, le magistrat le rappela à l'ordre; plus tard encore, quand 
le chancelier suédois Torstenson eut fait en Allemagne des améliorations dans le système 
postal , la ville ne se laissa jamais imposer un maître de poste étranger; le magistrat le 
nommait; cet agent devait jouir du droit de bourgeoisie, et se soumettre aux lois qui 
régissaient notre république; ce n'est que par son service qu'il dépendait de l'adminis- 
tration centrale de Francfort, à laquelle il rendait ses comptes, et dont il recevait son 
traitement. 

En 1674, le maître de poste français, Charlier, vint à Strasbourg, et conclut un 
traité avec son confrère de celte ville pour la taxe des lettres de Saverne (dernière ville 
du territoire français) , à Philippsbourg et à Brisach, occupés par l'armée française. 
Le transport des paquets se fit à deux schellings (40 centimes), le poids d'une demi- 
once; valeur en argent d'aujourd'hui, 2 fr. 75 c. 

Pendant que le nouveau mode d'expédition s'organisait avec plus d'ordre et de célérité, 






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les voyageurs, exposés aux intempéries des saisons, se faisaient transporter à cheval 
par l'entreprise de la poste des Bouchers. On ne connaissait pas alors ces calèches 
légères et commodes , bien rembourrées , bien suspendues, et dans lesquelles le voyageur 
brave aujoud'hui la pluie et le froid; on avançait lentement d'étape en étape, comme 
un régiment de cavalerie. 

Nous joignons à l'historique du développement du système postal la lettre ci-après; 
elle sera un tableau fidèle de la manière de voyager dans ces temps et porte le cachet 
de l'époque. Ailleurs nous aurons occasion de parler plus amplement des rapports qui 
existaient entre l'empereur Sigismond, qui sut gagner les bonnes grâces des dames 
de Strasbourg et de la ville elle-même, dans les conflits qui s'étaient élevés entre elle 
et les chanoines de la cathédrale contre l'évêque Guillaume de Diest. C'est à cette 
occasion que le sénat envoya une missive à ce prince par son syndic Ulrich Meyer, et 
les dames de Strasbourg en profitèrent pour lui adresser, en retour des bagues d'or 
qu'il leur avait laissées en souvenir, deux ans auparavant, une chaîne du même métal. 
Cette lettre date de 1416 ■'. 



Les Postes. 



'Aux très -honorés, prévoyants et sages maître et 
sénat de Strasbourg , mes gracieux et arnés sei- 
gneurs. 

Honorés , prévoyants , sages et amés seigneurs , d'a- 
près les très-humbles et les très-dévoués services que 
je vous dois , je vous annoncerai que j'ai suivi à cheval 
le roi bien loin , et plus loin que je ne croyais , car lors- 
que j'arrivai dans le comté de Savoie , transformé au- 
jourd'hui en duché , le roi était déjà parti et s'était di- 
rigé vers Lyon. Quand j'arrivai à Lyon , le roi n'y était 
plus ; il se trouvait dans le pays du duc de Bourbon ; 
à mon arrivée dans ce pays , il se trouvait déjà dans le 
duché de Berry ; quand j'arrivai là , il était à Orléans ; 
je le suivis à Orléans; il était parti pour le royaume 
de Navarre, et quand j'arrivai dans ce royaume, il 
était reparti pour Paris, en France. Il y a fait son en- 
trée huit jours avant le carnaval, et le duc de Berry 
et la bourgeoisie sont venus à sa rencontre. Au car- 
naval je suis arrivé moi-même à Paris après avoir 
chevauché pendant vingt et un jours , n'ayant pris 
qu'un seul jour de repos ; mais Dieu merci je me porte 
bien , de même que ma suite et nos chevaux. 

Mes gracieux seigneurs, comme nous étions en 
carnaval, je me présentai le soir même au roi, en 
m'acquittant de la commission de nos dames. Le roi 
en fut content et de bonne humeur, et me chargea de 
lire à haute voix la missive des dames de Strasbourg , 



Den Ersamen fûrsihlîgen vnd wisen meister vnd 
Rat zu Straszburg minen genadlgen lieben 
herren. 

Ersamen fursihtigen vnd wisen lieben herren , nach 
minem vndertœnigen / schuldigen vnd willigen dienst , 
wellendwisszen dz ich minem herren dem Kung / ferre 
nach geritten bin vnd ferrer dann ich wande dz es 
were / dane do ich in desz grafen von Saplioye der 
nun ein hertzog ist lant kame / do wasz der Kung von 
dannen vnd wasz gen Liigdun / do ich do gen Lûg- 
dun kam / do wasz er dannen vnd wasz in des her- 
tzogen von Burbon lant , do ich da hin kam do wasz 
er dannen vnd wasz in des hertzogen von Berri lant / 
do ich da hin kam do wasz er von dannen vnd wasz 
gon Orlientz / vnd do ich da hin in dasz selbe lant 
kame do wasz er in des Kunges von Nafarn lant , 
vnd do ich da hin kame do wasz er gen Paris , in 
Frankenrich geritlen , Also reit er zu Parisz vf der 
pfaffen vasznaht / in die stat vnd ritten im der her- 
tzog von Berri vnd die burger herlich engegen vnd 
ich kam vf die rehten vasznaht ouch gen Parisz vnd 
hett XXI tag geritten dz ich nie tag slille gelag dann 
einen , doch so môgent ich vnd die kneht und pfert 
noch wol von gotes gnaden. Genedigen herren die 
wil es nun die vasznaht wasz do trat ich fur den Kung 
vf den abent vnd woltnun der frowen sache fur mich 
niemen / als ich ouch tett do ward er zu mal frôlich 
vnd hiesz mich der frowen brief lut lesen , dasz es 
menclichen hôrt vnd hett grosen frôde / vnd mut da- 
rabe , also gab ich im der frowen cleinot dz tette er 



10 11 12 13 14 15 16 17 li 



19 20 21 22 23 24 25 26 



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Les Posies. 



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48 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Parmi bien des preuves nombreuses que nous pourrions présenter sur le mode de 
voyager, et sur le temps qu'on employait à franchir les distances, nous citerons encore 
le fait suivant : 

En 1523 , lorsque la ville de Strasbourg envoya une députation à l'empereur Charles- 
Quint, en Espagne, cette députation, partie le 18 mai, arriva à Valadolid le 6 août; il 
fallait donc alors soixante-dix-neuf jours pour faire ce voyage. 

La première notion de carrosses, que nous ayons trouvée dans nos annales , date 
de 1570 , où arriva en notre ville le duc de Mecklembourg avec huit voitures de ce genre. 
Bûhler nous dit dans sa chronique : « Uff Montag den 6 Tag 96m ist allhier der Hertzog 
« von Mechelburg inzogen mit 8 Gutzen ' und ist im giilden Schaaf zu Herberg gelegen. » 
On laisse à penser ce que pouvaient être ces véhicules montés sur quatre pieds roulants; 
mais il paraît que, malgré leur imperfection, ces premières voitures ne tardèrent pas 
à se multiplier, puisque sept ans plus tard, quand l'électeur palatin de Bavière et le 
margrave de Bade arrivèrent chez nous en carrosse, ils purent en louer d'autres, qui 
les transportèrent à Rastadt (Und haben inen abermals frische Gutzen und Pferd geliehen). 



afin que chacun pût l'entendre. Je lui remis le bijou 
dont j'étais chargé ; il le pendit à son cou et le porta 
pendant toute la nuit. Les personnes de sa suite me 
disaient que durant tout le voyage, ils n'avaient vu leur 
maître aussi réjoui que l'avaient rendu les dames de 
Strasbourg ; il fit même danser les gens de sa suite 
devant lui, dans sa chambre , parce que dans la ville 
et dans tout le pays régnait grand deuil à cause de la 
guerre. Il promit d'envoyer ou d'apporter lui-même aux 
dames de Londres beaucoup de choses, car il ne voulait 
pas rentrer sans avoir été en Angleterre. En sus- 
pendant ce bijou à son cou , il fit le vœu de faire à 
l'aide de Dieu et de ce bijou la guerre aux Turcs , 
dans un an d'ici, et engagea ceux qui voulaient com- 
battre pour Dieu et pour l'honneur des dames à se 
joindre à lui. 

Donné le vendredi soir, après le carnaval 1416, 
par votre très-humble, 

Ulrich Meiger de Wasse.neck. 
Le roi loge au Louvre , dans le palais des rois. 



an den halsz vnd trug es die gantzen nahl vnd spra- 
chen die gesellen si hetten in vf diser vart nie so 
frôlich gesenchen als in die frowen von Stroszburg 
gemachet hetten / vnd er hies die gesellen in siner 
Kamer vor im tantzen daim grosz leide in stat vnd 
in lande des stritles halb ist, vnd er sprach er wôlt 
den frowen von Lunders / vsz Engellant erst vil dingos 
schiken oder selber bringen dann er wôlt nit heim er 
were dann vor zu Engenlant gewesen, vnd do er dz. 
cleinot an den halsz gehieng / do sprach er nùn vvil ich 
mit disem cleinot ob gol wil von hut vber ein jor / 
vf den Tûrken ligen, dar vmb wer durch got / vnd 
durch ère oder vmb frowen willen mit den Turken 
vohten welle / der sol vf die zit bi mir sin und bes- 
chach vil rede da.... 

(Suivent d'autres détails concernant le procès entre 
l'évêque Guillaume et la ville de Strasbourg.) 

Gebenvffritag zu aubent vor dergrossen vastnacht / 
anno etc. M. CCCC. XVI von Ewerm demûtigen 
schr (iber). Vlricii Meiger von Wasszneke. 

NB. Item der Kung lit zu Lulfers in des Kungcs 
burg zu Herberge. 



Nous devons la communication de cette lettre à M. L. Schnéegans , archiviste de la ville, que nous aimons à 
remercier ici de l'empressement avec lequel il a toujours secondé nos fréquentes recherches dans ces archives qui 
nous ont offert un riche trésor de documents et de données historiques. 

Ne trouverait-on pas dans cette ancienne orthographe du mot allemand Kutschen l'étymologie de ce mot, par 
l'abréviation de Gut-si-tzen? 









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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 49 

Celle amélioration dans le transport des voyageurs resta néanmoins pendant longtemps 
le privilège des hautes classes de la société, et les exemples que nous avons recueillis 
ne s'appliquent qu'à des princes et à des évêques. 

Ce n'est qu'en 1619 qu'un service régulier de coches, qui partaient deux fois par 
semaine, s'établit de Francfort à Strasbourg. En 1631, un nommé Pierre Romain, 
privilégié par Louis XIII , créa le premier un service de Strasbourg à Paris , par Nancy , 
lequel fut bientôt interrompu par les guerres continuelles qui désolèrent le pays. 

Dans la seconde moitié du dix-septième siècle, les coches se multiplièrent considé- 
rablement; de tous côtés on roulait en voiture; mais si l'on songe dans quel état se 
trouvaient alors les routes, on peut se faire une idée de la lenteur de ce mode de 
transport. Claude Lefèvre obtint, en 1659, le privilège de partir une fois par semame 
en hiver, et deux fois en été , de Strasbourg pour Paris et vice versa ; des coches allaient 
à Bàle, à Heidelberg, à Francfort, etc. La maison de poste qui , jusqu'alors avait ete 
hors de la porte des Bouchers , fut transférée dans l'intérieur de la ville, et les postillons 
de la cité commencèrent à payer une contribution pour le privilège attaché à leur 

emploi. 

En 1671, trois bouchers, Abraham Hansmetzger , Antoine Schmidt et Guillaume 
Gœppel , tenaient , dans la maison de ce dernier, soixante chevaux équipés pour le 
service public , lorsque quelques personnes de la ville firent au sénat la proposition de 
payer pour la concession de ce privilège 400 florins par an; mais les titulaires s'élant 
engagés à verser annuellement 100 rixthalers au trésor , la préférence leur fut accordée, 
et un nommé J. Fischer s'associa avec eux , en fournissant dix chevaux de plus à la 
société. Un règlement formel leur fut imposé et une taxe fixa ce service ; il n'est pas 
sans intérêt de connaître le prix de location des chevaux à cette époque; nous allons 
en donner un extrait. 



Pour Colmar, par cheval. 

» Brisach . ■ • • 

» Montbéliard . . • 

» Bàle 

> Zurzach à la foire . 

» Genève *0 - 

» Lyon 16 ~ 

j Nancy 6 ~~ 

. . 6 - 



Flor. Schel. 

— 12 

2 & 
5 - 

3 5 
5 - 



ou 



Fr. C. 

2 m 

4 80 
10 - 

7 — 
10 - 
20 - 
32 — 
12 — 
12 — 



Flor. Schel. 

15 — 

4 — 



Pour Paris , par cheval . 

» Tubingue et Stuttgart 

> Haguenau .... — 8 

» Wissembourg ... 2 — 

» Landau 2 5 

» Spire 3 5 

» Worms 4 S 

» Mayence G — 

» Francfort-sur-Mein. . 6 5 



ou 



Fr. C. 

30 — 

8 — 
1 60 

4 - 

5 - 
7 — 

9 — 

12 - 

13 — 



Les Postes. 



» Metz 

il nnlPche se louait à 3 batz ou 45 cent. Un carrosse à 5 schellings ou 1 fr. par jour, et le salaire du valet ou 
conducteur envoyé en voyage avec les chevaux, était de 1 rixthaler par semaine. (Le florin de Strasbourg à 2 fr.,le 
schelling à 20 cent.) 

En nous servant du moyen ordinaire pour comparer la valeur relative de l'argent 
d'une époque à l'autre, par la valeur des blés, nous arrivons à un résultat qui nous 

FAUBOURGS. 



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Les Postes. 



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50 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

démontre que les voyages à cheval ou en voiture coûtaient énormément dans ces temps 
là , et que les grandes fortunes seules pouvaient se les permettre. La valeur moyenne du 
prix du froment des quatorze années qui précèdent celle de 1671, est de dix-huit 
schellings ou 3 fr. 60 c. le rézal; la moyenne des quatorze années qui précèdent celle 
de 1852, est de 23 fr. 10 c. ou 19 fr. 92 c. l'hectolitre ; la valeur de l'argent était donc 
alors de 6 5/12 fois plus grande que de nos jours. Supposons un voyage de Strasbourg à 
Paris, dans un carrosse attelé de deux chevaux, loués à 30 florins ou 60 fr.; multiplié 
par 6 5/12, ce prix équivaut à 385 fr. Il fallait bien quinze jours, en faisant huit lieues par 
jour, pour l'exécuter, eu égard à l'état des chemins; en comptant la location du carrosse 
à 15 fr. et le salaire du conducteur pour deux semaines à 7 fr. 50 c. , multipliés de même 
par 6 5/12, nous arrivons à une somme de 529 fr. 35 c. qu'une ou plusieurs personnes 
avaient à dépenser pour le transport seulement , sans compter, pendant ces deux longues 
semaines, qu'elles cheminaient sur les routes, l'entretien des voyageurs et des 
chevaux. 

Au point de perfectionnement où ces divers moyens de transport sont arrivés, 
nous devons admirer les immenses progrès qui ont été réalisés de nos jours. Avant 
l'établissement du chemin de fer, la voiture du courrier des dépêches (malle-poste) 
franchissait cette distance en trente-six heures, et l'on payait 82 fr. 95 c; aujourd'hui, 
grâce à la vapeur, on paie de 29 à 52 fr. pour faire le même trajet en douze heures. 

Aujourd'hui vous lisez une lettre écrite il y a sept jours seulement à Alger, 
qui a traversé la Méditerranée et voyagé de Toulon aux bords du Rhin, et pour ce 
trajet de plus de cinq cents lieues vous payez 25 cent., ce qui coûtait auparavant 
1 fr. 10 c. 

Nous ne voulons pas préjuger la révolution complète qui s'opérera dans la civili- 
sation humaine, lorsqu'un jour les chemins de fer sillonneront en tout sens le vaste sol 
de l'Europe, et que la locomotive entraînera partout dans le même convoi, avec la 
même vitesse, prince et paysan, et transportera au besoin toute une armée d'une 
frontière à l'autre; tout cela cependant aura été l'œuvre d'une seule génération pendant 
un demi-siècle. 

Revenons à nos postes des bouchers, pour raconter les causes et les circonstances 
de leur suppression. 

En 1682, quand Strasbourg fut devenu ville française, M. de Courcelle, maître de 
poste privilégié par le roi, protesta contre le droit qu'avaient les bouchers détenir des 
chevaux de louage, au service public, en faisant observer qu'ils portaient préjudice à 
son privilège ; il défendit l'emploi de ces chevaux à Strasbourg et dans les villes et 
villages dépendant de son ressort, sous peine de 300 livres d'amende, à moins d'une 
autorisation spéciale, qu'il faisait payer à raison de 2 rixlhalers par cheval et par 
trimestre. Le magistrat eut beau réclamer, en se fondant sur les anciens us et coutumes, 




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Les Posles. 



PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 51 

le monopole aristocratique tua le monopole de bas-étage, et quoique l'impôt sur les 
chevaux de louage fût réduit à 1 rixthaler par an , les bouchers durent cesser cette 
exploitation , mais ils furent dédommagés à leur tour par le privilège qu'ils obtinrent 
de fournir la viande à une garnison de 8 à 10,000 hommes, qui séjournait constam- 
ment dans nos murs. 

Depuis, l'institution postale a suivi chez nous la même marche progressive que dans 
le reste de la France, pour arriver au point que nous avons indiqué. 

Vis-à-vis du pont du Corbeau l'on voyait briller, il y a peu d'années , en gros caractères Hôtel du Rhin 
ces mots: Hôtel du Rhin, sur une grande maison nouvellement construite de 1842 
à 1845, sur l'emplacement de cinq maisons, acquises par le docteur Schaller et démolies 
pour rectifier l'alignement de ce pont sur la rue du Vieux-Marché-aux-Poissons. 
Auparavant cet hôtel portait le nom de Carpe-Bridée; sur ses murs était peinte en 
fresque une énorme carpe , montée par un petit amour, guidant sur les flots le poisson, 
qui tenait un mors dans sa large gueule. 

Nous ne connaissons pas les raisons qui ont fait changer au propriétaire le nom de 
cette auberge, mais nous avouons que nous aurions préféré lui voir conserver son 
antique et originale dénomination , au lieu de la nouvelle et banale enseigne qui se 
retrouve à chaque pas le long de ce fleuve cher aux touristes. Dans l'idiome allemand 
de notre ville on l'appelait Gerten/isch, ce qui, traduit en bon allemand, voulait dire 
Gegiirteten Fisch (poisson sanglé ou bridé). 

Nous avons trouvé dans les archives de la ville le mot de cette énigme : An der 
Schindbrucke ist ein Eckhus juxla domum olim dictam zu Ilerrn Gerhart dem Vischernunc 
vero temporis zu den Gerten Vischern 1466. (Au pont du Corbeau il y a une maison qui 
fait le coin, à côté de Gérard, le pêcheur, aujourd'hui au Gerten Vischem, 1466.) 

Anciennement beaucoup de rues avaient reçu leurs noms d'établissements publics, 
soit religieux, soit profanes, situés à proximité, d'autres de leur principale maison, 
d'autres encore de noms propres de personnes marquantes qui y demeuraient; alors 
chaque maison était désignée par un nom , qui, s'il se prêtait à une représentation ou à 
une traduction graphique, était sculpté ou peint sur les murs, et donnait à ces rues un 
caractère original et pittoresque, tel que nous le retrouvons à Schaffhouse , à Bâle et 
dans quelques autres villes de la Suisse et de l'Allemagne , surtout dans la ville de 
Nuremberg, restée si pure dans son architecture des temps passés. 

L'art du blason avait déjà consacré la coutume de figurer les noms , et comme l'usage 
des armoiries avait passé des familles nobles aux familles bourgeoises, il s'était aussi 
étendu des sigillés aux maisons. Il était en vigueur chez nous depuis des siècles , quand 
il fut aboli, en 1785, par une ordonnance de police, qui prescrivit le numérotage des 
maisons. Cette même ordonnance fit enlever les enseignes qui faisaient saillie sur la rue 
et les tuyaux saillants ou gargouilles qui déversaient les eaux de pluie du haut des toits. 



Numérotage 
des maisons. 



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52 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Numérotage Les fresques qui ornaient les maisons étaient souvent peintes par des artistes dis- 
îles maisons. <;,,_,,' -i , , 

tingues, il ne nous en reste presque plus de traces; cependant on en voit un échantillon 
restauré à la brasserie ,du Géant, clans la Krutenau, et récemment encore, lors de la 
démolition des maisons du Marais-Vert, au débarcadère du chemin de fer, une autre 
fresque représentant des flotteurs de bois, très-bien peinte, par Heimlich, a disparu. 
On distingue encore sur quelques vieux et noirs pignons crénelés, des traces presque 
effacées de losanges peints, avec les armoiries qui en ornaient les faîtes. 

La sculpture nous en a conservé davantage. Au-dessus d'une porte, dans la rue des 
Faisans, on trouve sculpté dans la pierre l'oiseau qui a donné son nom à cette rue; 
puis le sanglier à la maison qui fait le coin de la rue du Sanglier et de celle des 
Hallebardes {Zum Hauer) ; la mésange , vis-à-vis de l'hôtel de la Ville-de Paris ; une botte 
d'ail au dessus d'une porte de la rue du même nom, traduction graphique du nom de 
Knobloch, ancienne famille strasbourgeoise probablement éteinte. Nous pourrions encore 
citer beaucoup de noms propres qui se sont dénaturés par la traduction française, et 
que l'on a eu tort de traduire littéralement: tels que Kalbsgass, en rue des Veaux, 
Sallzmansgass, en rue de l'Homme-de-Sel, Hammansgass (Hammengâssel) , en rue dû 
Filet, etc. On trouverait ridicules ces métamorphoses, si l'on pensait que dans quelques 
siècles d'ici on pourrait traduire quai Kellermann par quai de l'Homme-de-la-Cave, 
quai Kléber en quai du Colleur, etc. Les Kalb étaient une ancienne famille noble, qui 
fonda un hôpital chez nous, de même que les Sallzmann illustrèrent, comme savants, 
notre ancienne université. 

A l'exemple de la Carpe-Bridée, une maison sur le quai des Bateliers nous offre un 
fait analogue d'une transformation de nom : c'est la brasserie du Chant-des-Oiseaux , 
grande maison nouvellement construite. 

Sur celle qui existait précédemment, on voyait peint un groupe d'oiseaux ouvrant 
leurs becs, en saluant l'aurore de leurs chants muets. Cette enseigne dérivait aussi du 
nom du propriétaire, comme le démontre le Stadtbuch de 1364, où nous lisons: « Husz 
gelegen gynesile Brùsche, an der site nebent Fritschen Vogelsang. En 1513, Caspar, diclus 
Vix Casper hospes hospilii zum Vogelgesang.» (Maison située de l'autre côté de la Bruche 
à côté de Fritsch Vogelsang; en 1513, Caspar dit Vit Caspar, aubergiste au Chant-des- 
Oiseaux.) 

Le nom de l'auberge du Rocher-aux-Sapins, vis-à-vis des Petites-Boucheries {Zum 
Tannenfels), a aussi subi une traduction graphique : Johanni dicto Dannenfeils hospiti 
civis argentin, et Gerburgieius uxori legitim. 1413, etc. 
Quai Saint-Nicolas. Vis-à-vis des quatre vieilles maisons, sur les bords de l'HI, qui se pressent comme 
quatre sœurs délaissées, craignant l'action destructive des eaux et de la hache de 
l'homme, et de l'autre côté du pont du Corbeau, une maison démolie parla même 
raison que la Carpe-Bridée, nous a laissé un souvenir sur le col de sa cave : c'est une 









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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 53 

inscription conservée à la bibliothèque de la ville, et qui nous indique à quelle époque Quai Saint-Nicolas. 
les quais qui bordent la rivière ont été revêtus de pierres : 

DAS WERG WART ANGEFAN- 

GEN VO DEM GVLDIN DVRN, VNTZE 

AN HER THEN HOFF VON ENDIN- 

GEN ANNO DMI. MCCCCXI. 
(Cet ouvrage fut commencé depuis la Tour-des-Florins jusqu'à l'hôtel des Endingen, 
en 1411.) 

On pourrait y ajouter aujourd'hui les années 1840 à 1846, où le quai des Pêcheurs 
et celui des Bateliers ont été nouvellement revêtus de pierres de taille et rehaussés de 
beaucoup, pour être mis à l'abri des inondations. 

Aucune rue de notre ville n'a subi autant de changements de noms que celle où nous Rue d'àusteriiiz. 
allons entrer, pour continuer notre promenade sur les remparts. Aucune aussi n'a été 
traversée par autant d'illustres personnages, venant de la rive droite du Rhin. 

En 1379, nous la trouvons citée sous le nom de Viehgass (rue des Bestiaux), à l'occasion 
d'un grand incendie qui ravagea tout ce quartier, habité alors par les bouchers , d'où 
proviennent les noms de rue des Bouchers, porte des Bouchers, Poêle-des-Bouchers , 
rue des Bestiaux , rue des Bœufs et Plaine-des-Bouchers , donnés à cette partie de 
l'intérieur et de l'extérieur de la ville '. 

Dans l'espace de cent trente ans, Strasbourg eut l'honneur de recevoir cinq princesses 
étrangères, qui y passèrent pour s'asseoir sur le trône de France, où malheureusement 
bien des déceptions les attendaient, et où aucune d'entre elles n'a trouvé le bonheur, 
plus rare encore dans cette haute position que partout ailleurs. 

En 1680, le 21 février, arriva dans notre ville Marie-Anne-Victoire de Bavière, que le 
Dauphin , fils de Louis XIV, avait choisie pour son épouse ; elle y fut reçue par le 
maréchal de Créquy. Cette princesse ne devait pas voir la mort de celui dont l'histoire 
disait qu'il fut fils de roi, père de roi, sans avoir été roi lui-même. 

En 1725, Strasbourg salua sa première reine en la personne de Marie Lesczynska, 
fille de Stanislas, roi proscrit de Pologne, et fiancée de Louis XV; elle s'y maria par 
procuration au duc d'Orléans 2 . Tout le monde connaît la vie privée de ce roi débauché 
et le caractère dévot de cette reine. 

En 1747, la première épouse du Dauphin, fils de Louis XV, étant morte, il se maria 

i En 1527 trois maisons , qui s'adossèrent à la Carpe-Bridée , devinrent la proie des flammes; on eut beaucoup de 
peine à sauver celte auberge {Biihler Chronique, t. II, p. 319). 
2 Voyez quai Saint-Nicolas. 



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HP-"- 



54 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Kue d'Austeriitz. en secondes noces à Marie-Joséphine , fille de Frédéric-Auguste , électeur de Saxe et 
successeur de Stanislas au trône de Pologne ; elle aussi passa par notre ville , et mourut 
veuve sans avoir porté la couronne, mais en laissant trois fils, qui furent Louis XVI, 
Louis XVIII et Charles X *, 

En 1770, la fille de Marie-Thérèse fit son entrée à Strasbourg comme fiancée du 
Dauphin , depuis Louis XVI. C'est alors que la rue des Bestiaux reçut le nom princier 
de rue Dauphine. Elle le conserva jusqu'à la révolution, qui l'appela rue du Dix-Août. 
Gœthe, qui se trouvait alors en cette ville comme jeune étudiant, nous a laissé dans 
ses mémoires l'impression que fit sur lui la décoration des salles et des appartements, 
élevés sur l'île du Rhin , pour recevoir cette jeune princesse de quinze ans; le choix des 
Gobelins qui couvraient les parois de la salle d'honneur lui fit pronostiquer la fin mal- 
heureuse de cette reine. M me de Campan nous parle aussi du cérémonial de réception, 
et nous avons encore retrouvé le plan de la maison, construite alors en charpente, par 
laquelle Marie-Antoinette entra Autrichienne et d'où elle sortit Française 2 . 

L'extrait suivant du protocole de la Chambre des XIII de notre sénat, rédigé à cette 
occasion , n'est pas sans intérêt : « Ferner erkannt dass Ilerr General Advokal Hold zu 
« ersuchen , die Madame la Dauphine bey hochdero Ankunft allhier zu haranguiren. Ingleichen 
« werden die hochw. und wohlverordneten Herrn Cancellarii und Scholarchœ Universitatis 
« besorgt seyn, einen Herrn Professoren so der franzôsischen Sprache wohl kundig zu 
«Ferrichtung des nehmlichen zu ersuchen. (Plus il a été arrêté que l'on inviterait 
l'avocat général Hold à haranguer M me la Dauphine à son arrivée. De même que 
MM. les chanceliers et scolarques de l'université auront soin d'adresser pareille invitation 
à un professeur qui sache bien la langue française.) 

Après que le sceptre de l'empereur eut apaisé l'orage de la révolution , et lorsqu'une 
armée , envoyée en poste du camp de Boulogne , arrivant sur le Rhin , passa par 
Strasbourg, cette rue vit, en septembre 1805, défiler ces héros immortels, qui partaient 

1 A Colmar, où elle passa avant d'arriver en notre ville , on fit les rimes suivantes : 



Die Tochter Augusti des Kônigs in Polen 

Als des durchlauehtigslen Dauphin sebr schône Braut 

Die Er, als Ihm vertraut, gar pràchlig liess abholen 

Hat man mit grosser Freud in Colmar angeschaut. 

Und diesses ist geschehn als fast zu Ende gienge 

Des Januarii sehr rauhe Witterung , 

das dies liohe Paar im Weinmonat empfienge 

Ein schônes Liebespfand in der Verehlichung. 

dass der grosse Gott der ailes wohl regieret , 



Als der allmâchtige Verschaffer aller Ding 

Den wir um dies Geschenk auflehn wie sichs gebùhrt, 

Den wohlgemeinten Wunsch in die Erfùllung bring. 

27 janvier 1747, Colmariau Augusti régis nata alque 
Delphino nubensvisa venusta fuit [potenti. 

Tuncque adventabal finis Januarii inertis 
Utrique Octobri pignus amoris erit 
Deus omnipotens , pie Rex qui erunta gubernas 
Nostra tibi , quœso , sinl pia vota rata. 



2 Elle était construite à gauche de la route de Strasbourg à Kehl , à peu près vis-à-vis de la campagne Gelb. Voyez 
la planche page 22. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 55 

pour vaincre l'empereur d'Autriche. C'étaient cinq divisions de cavalerie, composées Rue TAusteriiu. 
de carabiniers, de cuirassiers et de dragons, commandées par les généraux Nansouty, 
d'Hautpoult, Klein, Walter et Beaumont, sous les ordres de Murât, avec le corps du 
maréchal Lannes , composé des divisions Oudinot et Suchet. 

Le 1- octobre eut lieu le passage du grand parc d'artillerie, puis vmrent la garde 
impériale , commandée par le maréchal Bessières et Napoléon , lui-même. 

Le 25 janvier suivant, l'empereur revint de cette courte et brillante campagne, 
accompagné de Joséphine. La ville leur fit alors une réception digne du vainqueur ; la 
porte et la rue par lesquelles ils avaient fait leur eutrée reçurent le nom d Auster litz 

Joséphine , aussi , déchut de sa haute position , lorsqu'en 1810 Napoléon épousa la fille 
de cet empereur qui était le neveu de Marie-Antoinette, et qui pendant s. longtemps 
subit la loi de son vainqueur; Marie-Louise fut la cinquième princesse qui passa par 
notre ville, pour s'asseoir sur ce trône, qui s'écroula quelques années après. 

Sous la restauration, lorsque Louis XVIII prit les rênes du gouvernement en 1814, 
vingt et unième année de son règne, comme il disait alors, et que tout le passe glorieux 
de la France dut être effacé , la rue d'Austerlitz reprit le nom de rue Dauphine. Mais le 
nom de cette mémorable victoire , repris en 1830 , a été gravé en caractères monumen- 
taux, en 1845, quand on construisit la double porte d'entrée de la ville. Désormais .1 
appartient à l'histoire, et marque pour ainsi dire le seuil de la France, s. souvent 
franchi par ses armées victorieuses. Toutes ces réceptions se firent avec plus ou moins 
de pompe; elles eurent leurs arcs de triomphe en bois et en toiles peintes , leurs feux 
d'artifice , leurs harangues officielles et leurs flatteries de commande. 

Cette rue s'est embellie, depuis quelques années, par des constructions nouvelles; 
sa partie extérieure se terminait anciennement par un bastion voûte, adosse al hôte 
de l'Ours-Noir, flanqué de rondelles et surmonté d'une haute tour <pu en ferma* 
feutrée. Ce bastion, élevé en 15**, fut démoli en 1771; la hache de 1 homme na 
cependant pas enlevé tous les restes des temps passés, et quelques anciennes maisons 
témoins de tant de grandeurs déchues sont encore debout depuis des siècles. 
' Arrivé sur les remparts, derrière le quartier d'Austerlitz, nous allons jeter un coup 
d'oeil sur cette partie des fortifications et en retracer l'histoire. Dans l'article Pont-aux- 
Chats nous avons donné le tracé du premier mur d'enceinte de la ville , depuis 1 entrée 
de l'Ili jusqu'au bras du Rhin, avant que la Krutenau y fût jointe. Dans l'article Saint- 
Nicolas, nous avons décrit l'enceinte de ce faubourg, avec les changements qu'elle a 
subis- nous en présentons ici la continuation. 

Avant la construction de la citadelle , le mur qui partait de l'angle de droite du quartier Fortifications 
Saint' Nicolas en longeant les maisons extérieures de la rue des Maisons-Rouges, 
s'adossait au 'canal du Rhin. Cette entrée était défendue par une herse et un corps 
de garde- elle fut remplacée depuis, plus à l'extérieur, par les formations , connues 



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56 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Fortifications, sous le nom de Communicalion-de-droite. Au delà de ce bras du Rhin, ce mur suivait 
l'alignement actuel de l'hôpital militaire , vers l'angle intérieur du Bastion-des-Bouchers. 
et de là descendait vers la porte du même nom. Ces murs étaient couverts extérieure- 
ment par un fossé, qui coupait le terrain dans la direction de la rue Salpétrière, et 
communiquait avec l'ancien fossé , appelé Waisengraben , dont nous avons parlé dans 
l'article Rue des Orphelins. De cette manière l'ancien couvent de Sainte-Catherine avec 
les maisons adjacentes, était assis sur un îlot entouré par le canal du Rhin et par des 
fossés de fortifications. 

Cette construction subsista depuis le commencement du quinzième siècle jusqu'au 
milieu du seizième, où l'on fit combler le fossé qui longeait la rue Salpétrière, ce qui 
lia le terrain de Sainte-Catherine au terrain que nous appelons de nos jours Place 
d'Austerlitz. Un dessin que Speclin nous a laissé nous donnera une idée plus exacte de 
ces fortifications. En même temps un bastion en terre-plein fut établi derrière les 
jardins du couvent; on renforça les murs, qui furent percés de meurtrières, et on 
enleva quelques parties de remparts. 

De nos jours on voyait encore les traces de ces constructions , derrière la caserne , et 
en 1845 on démolit les fragments du mur qui longeait la rue Salpétrière, et sur lequel 
étaient bâties les maisons qui la formaient. Ce mur était flanqué à l'un de ses angles 
d'une élégante tourelle, couverte en tuiles glacées en couleurs , et appelée Tour-sur-la- 
Pointe {Thurm auf dem Spitz), à cause des supports qui la soutenaient. Le niveau des 
meurtrières nous montre le peu d'élévation qu'avait alors ce terrain '. 

Au dix-septième siècle, les fortifications ayant été renforcées par les remparts 
casemates, d'après un système de défense plus conforme aux véritables principes de la 
stratégie , l'ingénieur Kermann construisit, de 1664 à 1669 , le bastion que nous voyons 
encore derrière la caserne, et l'ingénieur de la ville, Schwender, en éleva à la même 
époque un autre, appelé alors Bastion de Sainte-Catherine ; ce dernier subit depuis des 
changements , par suite de la jonction de la citadelle à la ville. 
Pone d'Austeriitz. La porte d'Austerlitz ou anciennement des Bouchers, dont la base est carrée, 
surmontée d'une tour octogone, semble cependant, par son style d'architecture, remonter 
au delà du seizième siècle 2 . Avant cette époque, une tour plus forte et plus élevée 
donnait entrée en ville. Un chroniqueur nous dit à ce sujet: «1548. Nach Sanct- 
« Andras Tag hat man den Melzig thurm anheben abbrechen, der halte einen schonen helm 
« mit griinen glacirten Ziegeln und vier neben Erker, war ein lustiger Thurm.» 

* Les deux grandes écuries qui forment angle avec la caserne, furent bâties, en 1847 et 1848, sur ce terrain 
déblaye. En 1849, au printemps , on démolit la poudrière, bâtie du temps de Louis XIV, et on construisit l'écurie 
qui lie les deux autres ailes. 

C'est un architecte que la ville fil venir de Francfort , qui en est le constructeur ; il était logé et nourri aux frais 
de la ville, dans l'auberge du Bœuf-Rouge, aujoud'hui hôtel de Bade. 



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Panorama de StrasLouPê, Faubourgs. Page 56. 




Tour sut la pointe , anciennes fortifications. 




Porte de l'hôpital, démolie en 1769 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



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Avant Speclin, la majeure partie de ces travaux fut dirigée par le comte Guillaume Porte d'Aasteriit/.. 
de Fùrstenberg , commandant des troupes à la solde de la ville et homme de guerre 
expérimenté' ; le capitaine Daniel Silberkrâmer l'assista dans ces travaux. On avait établi 
aussi près de cette porte un gibet , sur lequel on affichait les noms des déserteurs. 
(Woran man die Namen der durchgegangenen Guardi Knecht angeschlagen.) 



La caserne d'artillerie fut construite dans les années 1753 et suivantes , et agrandie 



Caserne 
d'Austerlitz. 



1681. 



en 1785. La ville y contribua pour la somme de 238,000 livres. La réputation dont 
jouissait Strasbourg, fut confirmée par Louis XV, quand il organisa le corps de l'artillerie ; 
par une ordonnance du 13 août 1765, ce roi convertit les sept brigades de l'artillerie 
française en autant de régiments, qui prirent les noms des villes où les écoles étaient 
établies, et s'appelèrent régiments de La Fère, de Metz, de Strasbourg, de Grenoble , de 
Besançon, d'Auxerre et de Toul. En 1790, un décret de l'Assemblée nationale donna au 
corps de l'artillerie une nouvelle organisation , et le régiment de Strasbourg prit le n° 5 
dans la série des sept régiments de canonniers. 

En nous approchant de la porte de l'Hôpital et des deux anciennes tours , nous voyons Le 30 septembre 
sur le faîte d'une maison, à côté de celle qui est couverte de tuiles creuses, plusieurs 
petits cavaliers moulés en terre. Déjà comme enfant nous avions cherché , mais 
inutilement, à connaître la raison qui avait pu faire placer ces figurines sur un toit; 
mais comme depuis on a bien souvent gratté et récrépi cet édifice , en respectant toujours 
religieusement ces petites figures, nous avons voulu prendre des informations chez le 
propriétaire, M. Kolb, maîtré-maçon , Strasbourgeois de bonne vieille souche et 
membre du conseil municipal jusqu'à sa mort. Voilà ce qu'il nous dit : «Vous voulez 
« savoir l'origine de ces figurines , je vous la ferai connaître ; mais avant tout il faut vous 
« faire observer que je ne la connais que par la tradition de mon grand-père. Aimant 
«comme vous à conserver les souvenirs des temps passés, j'ai toujours respecté ces 
« statuettes comme de bons gardiens de mon toit. » 

Dans cette maison logeait , en 1681, un tailleur, qui , après avoir fait de longs voyages 
pour s'exercer dans sa profession et servi dans différents régiments impériaux , 
pendant la guerre de trente ans , retourna dans sa ville natale, où il parvint à occuper 
une place de maître , devenue vacante dans la série des tailleurs de Strasbourg , et se 
mit en ménage. Une des faiblesses de cet 'homme était une haine violente contre les 
Français, et surtout contre les cuirassiers dont il avait à se plaindre, ayant été 
maltraité par eux dans une charge de cavalerie. 

Le 30 septembre 1681, il avait mis son habit de dimanche et s'était rendu à l'église, 
ne présumant pas qu'il se trouverait ce même jour face à face avec ses ennemis mortels. 
Pendant le prêche on entendit des coups de canon , le tocsin sonna , et tout le monde 



1 Voyez ville, rue des Pucelles. 

FAUBOURGS. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



Le 30 septembre quitta les temples pour connaître la cause de cette alerte inattendue. Dans les rues 
régnait une animation extraordinaire; au son funèbre des cloches , la bourgeoisie armée 
se réunissait aux postes dans l'intérieur de la ville et sur les remparts; les constables 
(canonniers) couraient à leurs pièces, les sénateurs s'étaient empressés d'accourir à 
l'Hôlel-de-Ville, les portes furent fermées; les échevins furent convoqués dans les poêles 
de leurs tribus; Christophe de Janeck, commandant les soldats delà ville, et qui s'était 
mis à leur tête, fut mandé auprès du sénat; une panique générale s'était emparée 
de la bourgeoisie. Les causes de ce mouvement étaient la prise, par un corps de 
cavalerie française , d'une redoute mal gardée dans l'île du Rhin, sans qu'il eût été fait la 
moindre dénonciation d'hostilité , et la sommation du ministre Louvois de rendre la ville 
le même jour, à des conditions honorables, à son maître Louis XIV. Au cas contraire, 
disait-il, et si un seul coup de canon était tiré, il se rendrait maître de Strasbourg 
par la force des armes, et ne ménagerait pas même l'enfant dans le sein de sa mère. 

La porte des Bouchers s'ouvrit et des voitures sortirent avec le Stadtmeister de 
Zedlitz et les sénateurs Dietrich, Frœreisen, Schmidt, Richshofer, Slœr, Frantz et le 
syndic de la ville Gùntzer, pour se porter au quartier-général français à lllkirch, 
afin de défendre l'indépendance de la ville. Mais leurs démarches furent vaines, et le 
hautain ministre répéta ses menaces , en se fondant surtout sur ce qu'une forte armée 
impériale étant en marche vers le Rhin, il était d'un intérêt incontestable pour son roi 
d'avoir Strasbourg sous sa dépendance. 

Pendant ce temps les sénateurs et les échevins attendaient avec anxiété le retour de 
leurs délégués. On calcula les forces de la ville et ses moyens de défense , et on trouva que 
de 4,000 habitants propres à porter les armes, 300 des plus riches et des plus influents 
étaient à la foire de Francfort; le nombre de 800 et souvent de 1,500 hommes de troupes 
à la solde de la ville, avait été réduit a 400; les communications avec la Suisse étaient 
coupées, de même qu'avec les bailliages relevant de Strasbourg, qui pouvaient fournir 
des défenseurs robustes aux remparts. De plus, les eaux étant très-basses, on ne 
pouvait remplir les fossés des fortifications et inonder les environs. 

Le commandant de Janeck, vieille lame aguerrie, animait les Strasbourgeois à la 
défense, mais on lui objecta qu'une fois une brèche faite parle canon français, tout était 
perdu , les fossés ne pouvant pas être mis sous eau; que la garnison n'était pas assez 
forte pour résister à un ou plusieurs assauts, et qu'enfin il ne fallait pas s'attendre à un 
secours de l'armée impériale. 

Les chefs du sénat conclurent donc à la reddition, en acceptant les modifications 
que Louvois pouvait proposera la capitulation. Les 300 échevins furent consultés, comme 
cela se pratiquait dans les cas graves, et durent céder à la décision du sénat. 

Dans l'après-midi les mêmes voitures sortirent de nouveau et ramenèrent les 
députés à lllkirch, où ils signèrent la capitulation, dont voici l'original: 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



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Le soir à quatre heures les troupes françaises commencèrent à faire Jeur entrée en Le 30 septembre 
ville; trois escadrons de cuirassiers, tous bien montés, et portant chacun, comme 1681 

cela se pratique en campagne , une botte de foin et de l'avoine, arrivèrent sur la place 
d'Armes (alors Barfiisserplatz), où ils bivouaquèrent pendant deux jours; l'infanterie 
prit possession des remparts et des postes militaires, en bivouaquant de même jusqu'à 
ce que tous fussent logés chez la bourgeoisie; une discipline sévère les maintenait 
dans l'obéissance et dans l'ordre ; aucun soldat n'osait quitter son poste sous peine 
de mort. 

Pendant toute cette journée d'angoisses, le peuple criait à la trahison, les hommes 
armés demandaient de la poudre et des balles; les canonniers, sur les remparts, 
réclamaient à grands cris des munitions , mais poudrières et arsenal restèrent fermés. 
Cependant des rassemblements se formaient devant l'Hôtel-de-Ville et devant les maisons 
des principaux sénateurs et du résident français, Frischmann, auquel on avait donné 
le conseil secret de partir, et que l'on tenait caché. Déjà des pierres étaient lancées 
contre les vitres, ou était sur le point d'attaquer, et beaucoup de gens s'indignaient à 
la pensée que cette ville si forte dût se rendre sans la moindre résistance. De ce nombre 
était aussi notre tailleur, dont la fureur monta à son comble, lorsqu'il vit entrer des 
cuirassiers, ses ennemis implacables; il se retira dans sa maison près de la porte de 
l'Hôpital , et après avoir chargé ses armes , et juré que la ville ne se rendrait pas sans 
que le sang de l'ennemi ne coulât , il fit feu , tua et blessa quatre soldats , et se sauva. 
Quelques temps après il revint, quand l'affaire fut oubliée, et fit placer en souvenir 
de sa vengeance ces figurines sur le faîte de son toit. 

Content d'avoir satisfait notre curiosité , nous avons promis à notre obligeant conteur 
de consigner avec reconnaissance cette tradition dans les notes historiques que nous 
rassemblions alors sur l'histoire de notre ville. 

Si les hôpitaux sont les preuves les plus évidentes des misères , qui furent et qui Hôpital civil, 
seront toujours le partage de l'espèce humaine, ils attestent en retour les progrès de 
l'esprit philanthropique, les résultats consolants de la charité chrétienne des habitants 
d'une ville et l'abondance de ses ressources financières. Sous tous ces rapports, l'hôpital 
civil de Strasbourg mérite une des premières places. Il y a deux siècles déjà qu'il fut 
cité comme modèle à côté de celui d'Amsterdam , tant pour son étendue et ses ressources 
que pour son organisation intérieure. Au commencement du dix-septième siècle, ses 
recettes lui permettaient de subvenir aux besoins journaliers de 1,500 malades et 
pensionnaires, mais par la terrible guerre de trente ans et les luttes armées qui la 
suivirent, cet établissement perdit beaucoup de ses biens; il était même tellement 
endetté, que le magistrat ordonna des quêtes dans les églises, pour subvenir à ses 
besoins. Silbermann nous cite une quête qui fut faite le 22 juillet 1697, et qui rapporta 
539 livres pfennings ou 2156 fr. Plus tard encore, par le partage des pays qui suivit 



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64 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Hôpital civil, la paix de Lunéville et la formation de la confédération germanique, en 1806 , l'hôpital 
de Strasbourg perdit encore un grand nombre de ses biens d'outre-Rhin, perte que 
l'indemnité ne compensa jamais. 

La première trace que nos annales nous laissent de la formation d'un hôpital en 
notre ville, date de 1103 à 1122. Levêque Cuno en fut le fondateur et ses successeurs 
Gérard et Burkard le dotèrent magnifiquement; cet hôpital avec une chapelle, sous 
l'invocation de saint Evrard , fut établi dans la petite rue qui débouche dans la rue 
Mercière , et qui en porte encore le nom. Quelle idée peut-on se faire des connaissances 
hjgiéniques d'une époque où l'on ne trouvait , pour un hôpital , de meilleur emplacement, 
qu'une ruelle sombre, étroite, privée d'air, et bordée dans toute sa longueur d'un fossé 
(ancien fossé d'enceinte de la ville romaine) , que nous connaissons encore sous le nom 
ô'Ulmergraben, et dans lequel se déversaient les matières fécales. 

Parmi les droits et les privilèges dont jouissait alors notre hôpital , celui de donner 
asile aux meurtriers poursuivis par la loi était l'un des principaux. Ce fut en 1291 que 
l'empereur Adolphe de Nassau lui conféra ce droit. De plus , ses administrateurs et ses 
employés ne dépendaient que de la juridiction ecclésiastique. 

En 1316 , après quelques années de disette , de famine et de maladies épidémiques , qui 
enlevèrent, s'il faut en croire les annales de ces temps, 14,000 habitants de notre ville, 
on transféra l'hôpital hors de l'enceinte , près de la porte de ce nom ; mais la guerre que 
la ville eut à soutenir, en 1392, contre son évêque Frédéric de Blankenheim et contre 
la noblesse 1 , l'obligea à le démolir. Pendant sept ans , les malades furent soignés dans 
le Stadlhoff ou Herrenstall, au Finckwiller, jusqu'à ce que l'hôpital fût définitivement 
établi sur l'emplacement qu'il occupe encore aujourd'hui. Outre les soins que l'on y 
donnait aux malades et aux pauvres de la ville, l'hôpital fut d'un immense avantage 
pendant les guerres qui se succédèrent au dix-septième siècle. Là beaucoup de 
malheureux, blessés sur les champs de bataille, trouvèrent les secours de l'art et les 
bienfaits de la charité. Après la bataille d'Ensheini et celles qui la suivirent, quelques 
milliers de soldats allemands et français y furent soignés. Un auteur contemporain 
en fait même monter le chiffre, sans doute exagéré, à 20 ou 30,000. 

Le 6 novembre 1716 , un incendie qui éclata le matin à cinq heures , près de la phar- 
macie , consuma tous les bâtiments , à l'exception des écuries , de la boulangerie , des 
caves et de la chapelle de Saint-Evrard, qui avait été transformée, en 1676, en 
amphithéâtre anatomique. On fut assez heureux pour pouvoir sauver les malades et les 
infirmes, à l'exception de trois, dont une femme de cent deux ans, qui devinrent la 
proie des flammes, ainsi qu'une provision de 11,000 sacs de blés, de 150 balles de 
toiles et tout le mobilier; les bureaux et les archives restèrent intacts, les malades 



Voyez Plaine-des-Bouchers. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 65 

trouvèrent un nouvel asile au Herrenstall et dans le Lazaret, sur la Plaine-des- 
Bouchers. L'architecte de la ville, Mollinger, fut alors chargé delà reconstruction de 
l'hôpital actuel, qui fut commencé en 1718, et achevé en 1724. 

Depuis le quatorzième siècle, l'administration de l'hôpital était dingée par trois 
membres du sénat et placée sous la surveillance de ce corps. L'histoire nous cite une 
punition sévère qui frappa l'un de ces membres, convaincu de concussion. En 1553, 
Abraham Bos de Molsheim, receveur de l'hospice, fut accusé d'avoir soustrait une 
somme de 1,500 florins des fonds qui lui étaient confiés. Le procès fut instruit, et le 
sénat le condamna à être pendu. Cependant on commua sa peine en une détention 
perpétuelle. Ayant trouvé moyen de s'évader de sa prison, il put se réfugier dans le 
Bruderhof, près de la cathédrale, qui jouissait du droit d'asile; mais assiège et 
surveillé pendant plusieurs jours par les agents de la police, il fut livre par le 
chapitre à l'autorité, à condition qu'on épargnerait sa vie; on l'exposa au carcan , et 
le bourreau, après lui avoir coupé les oreilles, l'emmena hors de la ville, d'où il fut 

exilé à perpétuité. 

Il n'est pas sans intérêt de consigner un ancien usage qui se rattache à l'hôpital, et 
qui manifeste les sentiments de nos pères envers les malheureux. Après le jour de 
prestation de serment à la charte qui régissait notre petite république, cérémonie qui 
avait lieu tous les ans devant la cathédrale , le premier mardi de l'année, le receveur 
delà ville, accompagné du doyen des huissiers et de deux valets du Pfenniglhurm 
(recette) se présentait à l'hôpital et distribuait aux pauvres l'aumône que la ville 
leur faisait à cette occasion. Le même jour, le receveur de l'hôpital donnait un dîner 
au receveur de la ville, et le caviste était autorisé à servir ses meilleurs vins. 

La révolution de 1790 ayant placé la ville de Strasbourg sous le droit commun 
de la France, l'administration de l'hôpital subit l'influence de cette législation. De nos 
jours, des commissions d'administration, qui remplissent ces fonctions gratuitement, 
soignent les intérêts de l'hôpital, comme tous les établissements de bienfaisance, et leur 
sage gestion en a fait prospérer l'état financier. L'hôpital dispose aujourd'hui d'un 
revenu annuel de 330 à 360,000 fr., suivant la valeur des blés. 

Quatre cent cinquante à quatre cent quatre-vingts personnes âgées, des deux sexes, 
Y trouvent un asile jusqu'à la fin de leurs jours, comme pensionnaires gratuits ou 
comme pensionnaires payants. De soixante - dix à cent pensionnaires externes 
obtiennent des secours de dix francs par mois. Cinq à six cents malades et blessés y 
reçoivent habituellement la nourriture et les soins de l'art, et en outre la caisse des 
hospices subvient aux frais des médicaments prescrits par les médecins cantonaux 
de la ville en faveur des pauvres qui sont traités à domicile. Ces frais s'élèvent à 
12 000 fr., et sont payés par les soins du bureau de bienfaisance. En totalité, plus 
de' onze cents personnes y sont entretenues, y compris vingt-sept sœurs de charité, 

9 
FAUBOURGS. 



Hôpital civil. 



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I' 



66 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Hôpital civil, les élèves en médecine et en pharmacie qui y sont de garde , les élèves sages-femmes, 
les servantes et les infirmiers 1 . 

Les salles des malades sont vastes , hautes et bien aérées, les planchers sont cirés, 
et une propreté exemplaire préside à l'entretien de la literie, du linge et de la cuisine 2 . 

Il y a quelques années que j'eus occasion de m'entretenir longtemps avec un 
inspecteur général des hospices en tournée à Strasbourg. Voici ce qu'il me dit au 
sujet de notre hôpital: «Je regrette que mes fonctions ne m'aient pas conduit plus 
«tôt dans votre ville, car je les aurais remplies avec beaucoup plus de fruit, après 
«avoir vu votre vaste établissement, que je puis bien appeler un des plus beaux et des 
«mieux administrés de la France.» Éloge honorable dans la bouche d'un homme qui 
avait déjà visité tant d'établissements charitables. 

La partie souterraine de l'hôpital n'est pas moins intéressante à visiter que la partie 
supérieure. Les caves magnifiques, seuls restes de l'ancien bâtiment, ne sont plus aussi 
garnies que par le passé, où de grandes provisions de vins de tout âge et de toute 

nature y reposaient. 

Kùnast, qui nous alaissé beaucoup de notes manuscrites sur l'état de notre ville à la 
fin du dix-septième siècle, nous cite, entre autres vins vieux qui y étaient conservés 
de son temps, ceux de 1472, de 1519 et de 1525. Ne dirait-on pas que ces vénérables 
produits de nos vignobles ont fait trébucher la muse inspiratrice du poète qui composa 
les rimes gravées sur les tonneaux de l'hôpital, et que nous transcrivons ici pour la 
curiosité du fait? 



L1EBE FREUND ICH THUE EUCH HIEMIT KUND 

HIER LIEGT EIN WEIN UM DIESE STUND 

DER WUCHS SAG ICH GEWISS UND WAHR. 

ALS MAN ZiEHLET 1472 JAHR, 

KAM ER IN DEN SPITAL HINEIN 

DA DER BURGUNDER KRIEG IST GESEYN. 



DIESER ZETTUL ZEIGT UNS MIT MASZ 

WIE LANG DER WEIN IN DIESEM FASS 



* Depuis 1840 , le local de l'hôpital civil s'est agrandi par l'acquisition de trois ma.sons de la rue du Bouc, et 
d'une maison du quai Saint-Nicolas , ce qui a permis de placer près de tro.s cents lits de plus. 

* La consommation journalière de la cuisine est d'environ 150 kil. de viandes de toutes espèces, outre a vola 11 . 
On emploie par an 7,000 kil. de beurre fondu et 500 kil. de graisse fondue. Les pensmnna.res pauvres reçoivent, 
à sept heures du matin, une bonne ration de soupe et un morceau de pain mi-seigle et nu-froment ; à d.x heures, 
soupe, légumes et pain; à quatre heures, soupe et pain. Les dimanches et les jeudis on leur sert de la v.ande et 
un verre de vin à leur dîner. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 67 

GELEGT IST. SAG ICH FÙWAHR, 

SEIT M AN Z^HLT 1519 JAHR 

DA DER WÙRTENBERGER VERTR1EBEN 

WIE MAN EIN SOLCHES FIND GESCHRIEBEN. 

EUCH SOLL DER WEIN SEYN WOHL BEKANT 
DASS ER DER BAURENKRIEG GENANNT 
DAHER ER AUCH HAT SE1NEN NAHMEN 
WEIL DAMALS KAMEN VIIEL BAUREN ZUSAMMEN 
DIE WAREN ERSCHLAGEN DAS IST WAHR 
ALS MAN ZjEHLET 1525 JAHR. 

Ces vins ont été bus depuis et les tonneaux sont devenus la proie des vers, mais on 
conserve encore aujourd'hui, dans un baril ovale, un échantillon de celui de 1472; 
l'odeur en est très-forte , un peu rance, de même que le goût, qui est amer, et approche 
un peu de celui d'un vieux madère. 

Les beaux tonneaux que l'on y voit aujourd'hui, portent les dates du siècle passe, 
et ont été faits par Jean Hartmann, de Pfaffenheim , tonnelier de l'hôpital, et ses 
successeurs. Le plus grand contient 600 mesures ou 300 hectolitres, comme nous 
l'indique la morale gravée sur le devant: 

SECHS HUNDERT OHMEN WERD ICH ALLZEIT FASSEN 

WAS ABER DRÙBER IST NICHT IN MICH GIESEN LASSEN. 

O LESER! NIMM MICH STETS ZU DEINEM BEISPIEL AN 

EIN SCHELM WER MEHR VERSCHLURT ALS ER VERTRAGEN KAN. 1773. 

Une autre inscription, plus bachique, exprime, en souvenir de Noé, les vœux sincères 

du caviste: 

MIT GOTTES SEEGEN SAG ICH VORAN. 

NOA DER GOTTES MANN 

NACH DEM WEIN DIE FASS BEDACHT 

DASS ER AUCH DAS ERST GEMACHT. 

GOTT GEBE SEINEN SEEGEN HEREIN 

VON JAHR ZU JAHR MIT GUTEM WEIN. 1715. 

Outre ces chefs-d'œuvre colossaux de l'art du tonnelier, il y a encore d'autres fûts 
de moindre dimension, dont l'un, avec un côté en ellipse et l'autre en forme d'œuf, 



Hôpital civil. 



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68 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Hôpital civil, un second, octogone d'un côté et ovale de l'autre, puis un troisième, qui est lié sans 

cercles. 

En quittant cette cave, et après avoir lu ces diverses inscriptions, peut-on douter du 
proverbe: In vino veritas? On pourrait y faire un cours d'histoire, le verre en main, 
et si dans la partie supérieure de l'hôpital la tristesse vous saisit devant le tableau des 
douleurs et des misères humaines , votre front se déridera à l'aspect de ces tonneaux. 

Avant de faire nos adieux à l'hôpital civil, passons au fond, derrière les maisons qui 
servaient autrefois de refuge aux aliénés, transférés en 1835 et 1836 à Stephansfeld , 
près Brumalh. Nous voyons là une porte qui donne sur les remparts , et qu'on pourrait 
prendre pour l'antique poterne, appelée Bundethôrlein, qui donnait issue à la ville par 
la rue du Bouc; mais à son style d'architecture on reconnaît le dix-septième siècle. Le 
vulgaire assure que c'est là la porte par laquelle Louis XIV entra pour la première fois 
en notre ville, après que l'on eut rasé cette partie des remparts, pour le faire passer 
en conquérant sur une brèche; il n'en est rien; ce roi est entré par la porte des 
Bouchers, dans un beau et vaste carrosse, traîné par huit chevaux superbes, sans faire 
subir à notre ville une pareille humiliation; mais cette porte n'en doit pas moins son 
origine à l'une de ces flagorneries, dont notre ancien magistrat, qui avait perdu toute 
l'énergie des temps passés, donna tant de preuves au dix-septième et au dix-huitième 

siècle. 

En voici l'origine comme nous l'enseigne en partie l'inscription qui s'y trouve. La 
ville avait cédé un bandeau de terrain vague, qui longeait l'hôpital entre ce bâtiment 
et le fossé en deçà du rempart, à M. de la Bastie, commandant militaire, qui logeait 
alors clans la rue Sainte-Elisabeth, où est de nos jours la maison de M. le professeur 
Hepp , n° 27. M. de la Bastie avait planté des arbres fruitiers sur ce terrain , parfaitement 
bien exposé au soleil du matin , et à l'abri des vents, et comme il désirait avoir un passage 
pour venir de son logement visiter ses arbres chéris , cette porte fut construite à son 
intention et ornée du buste du roi, que la révolution renversa. Tout cela valait-il la 
peine d'y mettre tant d'ostentation et de faire les frais de cette inscription monumentale 
latine, gravée sur la porte: 

HOS FRUCTUS PEPERIT CONCORDIA MARTIS ET URBIS. 

Et à côté , extérieurement : 

CAROLUS DE MARNAYS LABAST1E SUMMiE REI MILITARI 
IN URBE ARGENTINENSI PRiEFECTUS, REGII ORDINIS LUDOVICI 
EQUES, PROMOENIUM HOC ANTEA VACUUM ET INCULTUM 
A MAGISTRATU SIBI SUISQUE HEREDIBUS ANNO DOMINI 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 
MDCXCIX QUARTO IDUS NOVEMB. SUB ANNUI CENSUS ONERE 
IN PERPETUUM PACTO CONCESSUM SUA CURA ET 1MPESIS 
GRAVIBUS IN HORTUM POMIFERIS ARBORIBUS CONSITUM COMMUTAVIT. 



69 



Hôpital civil. 



Anciennes 
Fortifications. 



Les jardins que possèdent les belles maisons qui longent d'un côté la rue Sainte- 
Élisabeth, donnent à cette rue ce calme et cet air de campagne que l'on rencontre si 
rarement dans les grandes villes, et ils présentent sans contredit une des plus belles 
vues sur le rempart; partout ailleurs l'œil embrasse des constructions militaires, des 
cassines, à proximité des casernes des bouges en tout genre; du côté des Marais , des 
toits enfumés et couverts de mousse, des maisons de jardiniers, quelques échappées de 
vue dans l'intérieur de la ville; mais là on aime à se reposer dans sa promenade sur 
les remparts , et à jouir en même temps de la vue au dehors. 

Quand de ce point on regarde les bâtiments de l'hôpital, on retrouve facilement les 
traces d'anciennes fortifications, sur lesquelles cet édifice est assis. Silbermann nous a 
laissé le dessin d'une ancienne porte, sans doute, à en juger par le style d'architecture, 
l'une des portes primitives de notre ville au moyen âge, et dont les armoiries sont 
grossièrement taillées dans la pierre. Elle fut démolie en 1769, lors de la construction 
de la voûte qui continue le rempart. 

Quittons ces lieux pour quelque temps et rapprochons-nous de l'intérieur de la ville , 
en restant néanmoins sur la rive droite de la rivière. 

^ A côté de l'hôpital civil, une maison, qui est habitée par un des médecins de cet 
établissement, montre au-dessus de sa porte deux chasse-mouches en sautoir, taillés 
dans la pierre; elle s'appelait anciennement: Zu den Muckenwedlen. C'était l'hôtel de la 
nrélature d'Ettenheimmunster, au delà du Rhin ; il servait de pied à terre aux religieux, 
nuand ils venaient en notre ville, où leurs rapports avec l'évêque les appelaient souvent, 
et était ordinairement habité par un receveur, qui soignait leurs intérêts dans la 

°R-en ne s'efface moins de la mémoire que les impressions que l'homme a reçues Écoles françaises. 
Hans son jeune âge; elles vivent avec lui et il aime à s'y attacher. C'est en passant par 
, rue Saint-Nicolas qu'un de ces souvenirs se réveille dans l'esprit du Strasbourgeois 
narvenu aujourd'hui à l'âge de maturité, et, en le rejetant vers les années où ,1 
-rait sur les bancs de l'école, lui fait comparer l'enseignement et la discipline de 
no^nstitutions scolastiques modernes à ce qui était en usage au commencement de ce 

■ forme l'angle de la rue vis-à-vis , connu sous l'ancien nom de Gruneck , était anciennement 
iLe grand bâ ^ en ^ otTe _ Bi)ime \unserer lieben Frauen Kornhaus oder Leuthaus). Détruit par le feu, lors du 
le grenier de 1( * u " ~ ful en lie rebàti en UOS; les dates du seizième et du dix-septième siècle qui s'y 
grand incendie ™ "" ■ assez les diverses époques de sa reconstruction (Kûnast, t. 1 sq). 

trouvent de nos jours , muni« 



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70 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Écoles françaises, siècle. Alors l'enseignement primaire dans les écoles paroissiales ne s'étendait pas 
jusqu'à l'étude de la langue française, et ceux des parents qui voulaient faire apprendre 
cette langue à leurs enfants, les mettaient en pension au Ban-de-la-Roche , à Saint-Die, 
et dans d'autres villes de la Lorraine, ou bien les envoyaient chez le sieur Reinbold, 
pasteur à l'hôpital civil, qui logeait dans cette antique maison en pierre, à côté d'une 
autre non moins ancienne, occupée de nos jours par un loueur de carrosses. En y 
pénétrant, on arrivait à gauche, au rez-de-chaussée, dans une grande chambre noire 
et sombre, qui recevait un peu de jour par une fenêtre donnant dans une étroite cour, 
et par deux autres, donnant dans la rue , entre lesquelles un vieux drapeau tricolore 
en serge enfumée, avec l'inscription Vive la nation ! étalait le chaud patriotisme du 
régent de cette école. C'était un beau vieillard à ailes de pigeons bien poudrées, portant 
toujours la culotte courte en soie noire, des souliers à larges boucles en argent, et une 
longue veste en molleton blanc. Ses bas en soie noire ou en coton blanc étaient pour 
nous enfants le baromètre de son humeur, car s'il descendait à l'école en bas blancs et 
en chevelure non frisée, nous savions d'avance que ce jour-là les coups ne nous manque- 
raient pas , et que le baculus, dont il était toujours armé, laisserait maintes traces sur nos 
jeunes peaux; par contre, quand sa belle tête avait une expression de sérénité, quand 
le perruquier avait déjà mis la main à l'œuvre et l'avait blanchie d'une bonne couche de 
poudre, et qu'un bas de soie chaussait sa jambe bien faite , alors c'était le meilleur 
homme du monde. Dans ce temps on ne séparait pas les écoliers d'après leur sexe et 
leur âge; garçons et filles, depuis l'âge de quatre ans jusqu'à celui de dix-sept, suivaient 
ensemble le même enseignement, et sur ces bancs se formaient déjà des amourettes, 
qui quelques années après finirent par le mariage. 

La méthode d'enseignement du pasteur consistait à écrire les mots et les phrases sur 
un tableau , devant lequel les élèves, debout, lisaient à haute voix; le maître se tenait au 
fond de la salle, ayant en main une longue gaule, avec laquelle il frappait sur la tête 
de celui qui prononçait mal. Pour bien exercer nos gosiers germaniques a la 
prononciation française, il faisait répéter trente ou quarante fois le même mot a toute 
la classe; ainsi, par exemple, dans le mot Guillaume, pour bien faire sent.r les « 
mouillés, il donnait le signal avec son bâton et tous de crier Me Jusqu'à ce qu'un autre 
coup sur la table commandât le silence. Il procédait de même avec les mots composes 
et avec les adjectifs, tels que ragoûtant, dégoûtant, complaisant, déplaisant, etc., et 
toute la classe les répétait ensemble, en faisant un vacarme à rompre la tête. La 
sévérité du régent ne se bornait pas aux coups de bâton et de gaule, il condamna.! 
encore ses jeunes disciples à des flagellations sur la partie charnue du corps, et ces 
exécutions se faisaient toujours au fond de la cour, avec un cérémonial imposant, par 
quatre des élèves des plus âgés. Une de ses manies , qui n'était cependant pas sans but, 
était de nous intéresser aux grands faits de cette époque, et le journal qui les annonçait 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 71 

était toujours lu à haute voix, et servait même de texte à une traduction qu'il accompagnait Écoles françaises. 
d'un commentaire. De cette manière nous y prenions une part plus active. 

Lorsque, en 1805, Napoléon passa par notre ville pour entreprendre la première 
campagne d'Allemagne, notre vieux maître, qui nous avait déjà mis au courant des 
victoires du général Bonaparte et du premier consul, nous ordonna de vemr 
endimanchés à l'école, munis chacun d'une paire de castagnettes (Klepperle); de la 
il nous conduisit, son vieux drapeau en tête, dans la rue des Bouchers, où il nous plaça 
en ligne, garçons et filles, derrière la haie que formait la troupe. Quand passa la voiture 
impériale, sur le devant de laquelle était assis Roustan, le mamelouck, il nous fit crier 
à tue-tête, Vive Vempereur! en commandant en même temps un roulement de 

Avant la révolution, lorsque Strasbourg avait encore sa propre constitution, la 
langue française n'était enseignée que chez les personnes riches ou aisées; le peuple 
ne l'apprenait et ne la parlait point; le tableau que nous venons d'esquisser d'une école 
française après la révolution, n'est pas fait non plus pour donner une haute idée de 
ce qu'était l'enseignement de cette langue au commencement de ce siècle. Que 1 on ne 
s'étonne donc pas de la lenteur de ses progrès dans la population strasbourgeoise. 

A deux pas de cette maison , en continuant notre promenade dans cet ancien quartier Arnold, 
anguleux, nous arrivons à celle qui fait le coin vis-à-vis de l'école Saint-Nicolas; elle 
fut le berceau d'Arnold, professeur de droit à l'académie de Coblence, sous l'empire, 
et plus tard doyen de la faculté de droit de Strasbourg, auteur des Elemenla Juris 
civilis Justinianei, de quelques poésies fugitives et du Pfingslmonlag (le lundi de la 
Pentecôte). Cette pièce de théâtre, qui dépeint si spirituellement et d'une manière si 
caractéristique les moeurs des différentes classes de la société, dans la seconde moitié % 

du dix-huitième siècle , est en même temps, par un heureux emploi de nos expressions 
populaires, un beau monument de notre idiome strasbourgeois, et lui valut les éloges 

d'un iuge expert , de Gœthe. 

L'éolise Saint-Nicolas, que nous avons devant nous, n'est pas un de ces monuments Saint- Nicolas. 
hrillants et grandioses de l'architecture gothique ; construction plus modeste , elle nous 
montre cependant ce que doivent avoir été les églises paroissiales dans un temps 
reculé comparativement à ce qu'un temps plus avancé nous a légué. L'édifice actuel 
date dé la seconde moitié du quatorzième siècle, de 1371 à 1381 , époque a laquelle 
Lieues églises furent reconstruites en notre ville. La crainte de la mort, qu'inspirèrent 
Ls ce siècle les ravages des maladies épidémiques , avait enrichi le sacerdoce par 
de nombreuses donations; des vœux, en faveur de l'autel, et des successions en 
déshérence fournirent de larges ressources pour démolir les anciens temples, bât.ments 
chétifs construits en bois, et pour les relever plus dignement et d'après les règles 
architectoniques de ces temps; de ce nombre fut aussi celle dont nous parlons. 



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72 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

saint-Nicolas. Deux siècles auparavant, un bourgeois de notre ville, Walter Spender, avait fait 
bâtir en l'honneur de Dieu, de la sainte Vierge , de sainte Madeleine, de saint Maur.ce 
et de saint Nicolas , une petite église sur cet emplacement, où il avait une ferme. Cette 
église fut incorporée en 1314 au chapitre de Saint-Thomas, dont un chanoine y est 
encore de nos jours prédicateur. Les changements de construction n'y sont pas 
nombreux; on y a seulement ajouté, en 145* et 1455 , la partie basse du chœur et le 
clocher, qui date de 1585, en remplacement de l'ancien, qui menaçait ruine. Les noms 
contemporains de deux hommes distingués comme théologiens et comme orateurs 
sacrés , se rattachent à cette église , ce sont ceux de Haffner et de Bruch. La reconnaissance 
y a élevé au premier un monument, dû au ciseau de F. Rirstein fila. Notre poète épique 
Dùrrbach y remplit aussi les fonctions de pasteur. 
< Juai shoota, Après avoir débouché sur le quai Saint-Nicolas, nous ^ ^^^ 
une longue série de belles et grandes maisons, occupées de nos jours, a 1 exception du 
presbytère, par des commerçants'. C'est la finance qui s'est logée dans les hôtels de la 
noblesse des temps passés. Quoique alors le commerce fût plus florissant qùaujourd hui, 
ceux qui s'y livraient et qui s'étaient enrichis par le négoce ou par des spéculations, 
restaient néanmoins modestement dans la classe de la bourgeoisie et trouva.ent leur 
rfoire et leur honneur à figurer dans les chambres permanentes de notre gouvernement, 
ou à occuper la première place à la tête de la république. Nous trouvons dans la 
série des Ammeister, qui se sont suivis pendant près de cinq siècles, beaucoup de 
commerçants, mais les maisons qu'ils habitaient n'étaient que des habitations 
bourgeoises, bien loin de ressembler par leur style et leur étendue à celles que 
la noblesse et le clergé firent élever à côté d'elles. La cause en résidait essentiel ement 
dans la forme démocratique de nos institutions, et dans les conditions dehg.bihte qu. 
en étaient la base. Les honneurs et les fonctions civiques n'étaient que temporaires, et 
le citoyen qui ne pouvait en jouir que pendant un certain temps, retournait ensuite 
dans la classe de la société où la loi lavait placé, ou s'ornait du palncial. La 
bourgeoisie, qui était l'élément actif et prédominant, formait une phalange compacte, 
dans laquelle l'ambition ne pouvait pas se frayer un chemin , ni usurper une position 
de supériorité; nous en voyons une preuve flagrante à l'occasion de la construction 
du pont Saint-Nicolas , vis-à-vis de l'église de ce nom. En 1433 , lorsque les piliers en 
pierre furent posés, l'Ammeister Hug de Dosenheim, homme alt.er, fit tailler dans la 
pierre son nom et ses armoiries, pour les transmettre à la postérité; ma.s le sénat, 
frappé de cet acte d'arrogance inouï jusque-là, les fit effacer par l'architecte. 

Si donc nous voyons, en nous promenant dans les rues de notre antique cite, de 
grandes et vastes maisons de maître à porte cochère, construites il y a un ou plusieurs 

A n „„c mnisnn<; ont reçu d'autres propriétaires ; alors 
"Depuis que nous avons écrit ces lignes, quelques-unes de ces ma.sons ont rcçi v F 

elles appartenaient à MM. Stribeck, Robert, Sauvage, Geck, Maurice Hecht et Moog, tous négociants. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 73 

siècles nous pouvons en toute confiance, à quelques rares exceptions près, nous les Quai Saint-Nicolas. 

représenter habitées par des hommes à épée et à blason, ou par quelque chanoine 

domiciliaire ou capitulaire de la cathédrale et d'autres chapitres'. Celles que nous avons 

devant nous, étaient habitées, au dix-septième siècle, par les Baumann d'Offenbourg, 

par les Landsperg, par les Wurmser de Vendenheim et par les Bock de Gersthe.m, 

anciennes familles, dont les noms figurent dans la série de nos Sta.dtmeister , et dans 

les dix que la noblesse adjoignit aux vingt membres plébéiens du sénat. 

Les mœurs changent avec les temps; nous voyons aujourd'hui des fmanc.ers vivre 
en grands seigneurs , et des hommes à blason s'occuper d'entreprises commerciales 
et de spéculations , que leurs ancêtres , il y a quelques siècles , auraient trouvées indignes 



de leur rang 



Au commencement de ce siècle on pouvait encore voir, sur le même quai deux 

types purs d'architecture, legs des temps passés. C'étaient les deux coins de la rue 

d'Or; l'un nous représentait la modeste demeure de l'artisan avec son atelier de 

forgeron au rez-de-chaussée, avec ses avances, sa charpente sculptée, ses restes de 

peintures en fresque et ses petites croisées à carreaux ronds; l'autre , flanque a 1 angle 

d'une tourelle, à toit élancé, nous représentait la maison de maître. Nous trouvons 

cette dernière déjà citée au quinzième siècle, sous le nom du Nesselbach; elle s'adossait 

à l'ancien hôtel de la famille noble des Pfaffenlapp». Le Nesselbach fut donne en fiel , 

en 1461, par le comte palatin Frédéric, à un nommé Ulrich Rùcker, aubergiste; il 

paraît même que c'était un hôtel de premier ordre, puisque des rois et des princes ne 

dédaignaient pas d'y loger. Vendu au seizième siècle par Henri Kogmann, aubergiste, 

à Balthasar Marstaller, négociant, qui la fit approprier à son industrie, elle reprit 

en 1577 son ancienne destination, par suite de la faillite et de la fuite du propriétaire. 

La maisonnette de l'artisan a été démolie depuis longtemps et remplacée par une 

oZZ nouvelle; le Nesselbach, aussi , a disparu nouvellement et M. D.etr.c 
épder a construit sur son terrain l'édifice qui est aiqourdhui ornement de ce 

,W et forme un imposant contraste avec l'antique douane, qui lui fait face. 
^ 'on avait à élever un monument à l'instabilité des choses humaines , on ne pourrait Hôte, du Dragon. 
Taire due d'y consacrer celui que nous avons devant nous, sur les bords de 1 111 , 
tauequouj _ ,,-..„ -. „„ „™„j 01 ,p nnswfi. i a encore 



mieux 



à côté de l'église 
conservé 



s Saint-Louis. Quoique déchu de sa grandeur passée, il a encore 
des dehors imposants; a l'extérieur il ressemble à un vieillard mme et caduc, 



p 1, vaste et belle maison de maître, derrière l'église Saint-Nicolas à droite, occupée 

«On objecterait que la ^ e me mbre du Corps législatif , appartenait jadis a un Amme.ster , mais le 

aujourd'hui par M. Renonartt ne , ^ ^.^ ^ ^ ^ dg ceg fonctionnaires avan t la révolution. 

banquier Franck, son granu-pere, n i ^ ^^ & ^ ^^ de fabrique de tabaC; avanl p a bolition de la 

* Cette maison, de "°Y% S f ™ B elle —tenait aux Schellenberg , et en 4743, au XIII Reichard (Riinast , 
libre fabrication; après les Plalleniapp, vi> 



t. II, 527). 



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FAUBOURGS. 



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jsr~_ 




74 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Hôtel du Dragon, sur le front duquel on distingue encore les traces d'une mâle énergie, et à 1 intérieur, 
à l'un de ces seigneurs dorés, poudrés et guindés du dix-huitième siècle, qui, perdu 
par le jeu et les fredaines, porte sur ses épaules l'habit râpé et usé de ses beaux jours. 
Pauvre bâtiment, dans lequel on fait laver et raccommoder de nos jours la literie des 
casernes, comme la destinée a changé! Pour faire connaître la gloire, nous allons jeter 
un regard rétrospectif sur ton passé, puisque le présent ne parle plus à notre cœur. 

L'édifice dont nous parlons, appelé anciennement au Dragon\ et qui légua son nom 
à la rue qui le longe de nos jours, est connu sous le nom de Vieux- Gouvernement. 
Au quinzième siècle, il élait la propriété de la noble famille des Endingen , qui y 
tenaient leur cour. C'est dans cet hôtel que logea , pendant quatre semaines, en 
1418, l'empereur Sigismond, lorsqu'il arriva dans notre ville, de retour du concile 
de Constance ; Speclin nous l'indique comme appartenant de son temps à une autre 
famille, les Spender, et au dix- septième siècle, les margraves de Bade-Durlach en 
firent leur hôtel, quand ils vinrent séjourner à Strasbourg. Le margrave George- 
Frédéric y mourut le 14 septembre 1638; ce fut le pendant de l'hôtel de Bade-Bade, 
dont nous avons parlé sous l'article de la rue Neuve. Ce dernier ouvrit gracieusement 
ses portes à l'évêque, lorsqu'il reprit possession de son siège, et celui que nous avons 
sous les yeux, donna l'hospitalité à Louis XIV, quand il vint pour la première fois 
comme roi dans nos murs, accompagné de la reine et de sa cour. Il n'y avait alors ni 
château, ni mairie, ni préfecture, pour abriter ces hôtes illustres, et la noblesse, 
inquiète et ombrageuse, avait quitté la ville, ne sachant pas si elle devait rendre 
hommage à son nouveau maître. Ce fut donc grâce à la courtoisie du margrave, qui 
voulut agir en bon voisin, que Louis XIV trouva une demeure convenable à Strasbourg, 
et plus d'un siècle après, Napoléon payait, sans s'en douter, la dette de reconnaissance 
du grand roi, en mettant la couronne grand-ducale sur la tête des margraves de Bade. 
La ville prit alors cet hôtel en location pour y loger le gouverneur militaire de la 
province d'Alsace; en 1683, elle l'acheta, dans le même but, pour la somme de douze 
mille écus d'empire, et fit de grands frais pour l'arranger et le meubler convenablement. 
Le marquis de Chamilly fut le premier gouverneur qui y logea; plus tard , les maréchaux 
de France , qui remplirent les mêmes fonctions , habitèrent l'hôtel où siège aujourd'hui 
le tribunal; de là le nom de Vieux- Gouvernement {Bas aile Gouvernement) , qu'on 
donna au premier. En 1725, cet hôtel fut témoin des fêles brillantes qui furent 
célébrées à l'occasion du mariage de Louis XV avec la fille d'un roi proscrit. 

Compagnon de fortune et d'adversité de Charles XII, Stanislas Lesczynski , roi de 
Pologne, après avoir erré dans toute l'Europe, vivait depuis onze ans comme simple 
particulier à Deux-Ponts et à Wissembourg, lorsque le petit-fils de Louis XIV, enfant 



1 Nous l'avons trouvé cité sous le nom Zum Drachen , et sous le nom Zum Drachenfels , château dans le Rhingau . 



cm 



9 10 11 12 13 14 15 16 17 li 



19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 75 

de quinze ans, demanda en mariage sa fille Marie, âgée de vingt-deux ans; alors des Hôtel du Dragon, 
jours plus heureux commencèrent à luire pour ce roi infortuné, qui plus tard, comme 
duc de Lorraine et de Bar, montra, par les qualités de l'esprit et du cœur, qu'il était 
bien apte à gouverner un peuple, mais un peuple plus docile que les Polonais. 

Le 30 mai, la déclaration de mariage du roi arriva au maréchal du Bourg ; il la fit 
annoncer par une salve de toute l'artillerie des remparts, et le soir toute la ville fut 
illuminée. Le 4 juillet, Stanislas, la reine et leur fille, accompagnés de Madame Mère, 
firent leur entrée solennelle par la porte de Pierre , escortés des brigades de carabiniers 
de Parabère et de Pardaillon. Dans tout le parcours des rues, l'infanterie avait formé 
la haie; à la porte, le sénat les complimenta, et les mêmes honneurs leur furent 
rendus dans cet antique bâtiment par le cardinal de Rohan et par tous les corps 
ecclésiastiques et militaires. 

Le journal de leur séjour jusqu'au 4 août nous montre cette famille dans sa vie 
d'intérieur. Quelques vieillards nous ont raconté avoir appris par tradition, que 1 on 
voyait souvent alors la fille de Stanislas sur le balcon qui donne sur la rivière, assise 
à son rouet, et s'occupant modestement des travaux de son sexe. Le journal nous les 
montre, accomplissant leurs devoirs de piété, visitant les différentes congrégations et 
maisons religieuses, et assistant, au collège des Jésuites, à des pièces de théâtre avec 
danses, dont ces pères leur offrirent la distraction, puis à une grande messe et au 
panégyrique de Saint-Ignace où officia pontificalement le prélat de Murbach. Déjà 
grand nombre de seigneurs de la cour de France et de cours étrangères, et des 
détachements des gardes du corps et des cent-suisses étaient arrivés dans notre ville; 
les ducs d'Antin et de Beauveau , nommés ambassadeurs extraordinaires chargés de 
demander officiellement, au nom du roi , d'après l'étiquette de la cour, la main de 
Marie Lesczynska, avaient fait leur entrée, et le cardinal de Rohan avait remis à 
Stanislas le cordon bleu, que Louis XV lui avait envoyé. Le 4 août, les ambassadeurs 
eurent leur audience publique, le grand-maréchal était allé les prendre à la 
commanderie de Saint-Jean, où logea le duc d'Antin, avec un carrosse du roi de 
Pologne ; Stanislas et sa famille les reçurent sur une estrade et sous un dais couverts de 
velours cramoisi, brodés d'or, et répondirent gracieusement aux discours des 
ambassadeurs. Le soir , la famille royale de Pologne soupa chez le duc d'Antin , où il 
y eut bal. Enfin ce fut le 12 que le duc d'Orléans qui devait épouser, au nom du roi , la 
princesse , fit son entrée avec une magnificence royale et logea chez le maréchal du 
Bourg ; il passa en revue toutes les troupes, et donna , au nom du roi , cinquante louis 
de ^ratification à chaque bataillon. Pendant tout son séjour, la ville fut illuminée et des 
fêtes sans nombre se succédèrent jusqu'au 15, où eut lieu la cérémonie de mariage , 
pour laquelle la princesse s'était disposée par deux jours de retraite qu'elleavait passés 
avec sa mère 



dans le monastère de Sainte-Barbe. 



10. 



10 11 12 13 14 15 16 17 lï 



19 20 21 22 23 24 25 26 27 



76 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Hôtel du Dragon. Cette cérémonie est la seule de ce genre que Strasbourg ait vue dans ses murs. Elle 
eut lieu dans la cathédrale, richement décorée par des gobelins envoyés de Paris , et fut 
annoncée par tous les canons des remparts et par le son des cloches de toutes les 
églises. Vers les onze heures, le duc d'Orléans, les ambassadeurs, le grand-maréchal, 
le duc de Wurtemberg et le margrave de Bade avec leurs fils, le prince palatin de 
Birkenfeld , toute la noblesse et le sénat avec leur suite, depuis les pages jusqu'aux 
heiducs, enfin un cortège immense, brillant d'or et de pierreries, accompagné des 
gardes du corps et des cent-suisses, se rendit de la place Saint-Pierre-le-Jeune vers 
notre hôtel, pour chercher la famille royale de Pologne. De là, il se rendit à la 
cathédrale. Sous son portail un clergé non moins brillant et illustre les attendait: 
c'était le cardinal de Rohan avec les vingt-quatre comtes-chanoines de la cathédrale, le 
grand-prieur de France, les prélats et les abbés de Murbach, d'Altorf, de Marmoutier, 
de Gengenbach, de Neubourg et d'Allerheiligen, et tout ce clergé auquel la munificence 
de Louis XIV avait rendu son ancienne splendeur. 

Les annales de ces temps nous disent que la princesse portait une robe de cour 
en drap d'argent avec quantité de pierreries, que la comtesse de Linange tenait la 
queue de sa robe, et la comtesse de Rosen , celle de la reine de Pologne. Après la 
cérémonie , et lorsque le cardinal eut prononcé la phrase solennelle : Ego vos conjungo , 
l'acte de mariage fut inscrit dans les registres de la paroisse de Saint-Laurent et de 
Saint-Louis, et se trouve encore dans les archives de la ville; nous en donnons un fac 

simile. 

Le même soir, la ville et la flèche de la cathédrale furent illuminées et un brillant 
feu d'artifice fut tiré sur l'Ill , devant cet hôtel , comme pour en fêter la dernière gloire , 
comme pour lui dire que son éclat avait été aussi éphémère que celui de la fusée qui 
sort resplendissante de son cylindre de carton. 

Deux jours après, la reine quitta sa famille et, accompagnée de sa cour, prit le 
chemin de Paris pour se marier la seconde fois à Fontainebleau , avec son jeune et 
timide époux dont l'histoire a consigné les vertus, mais aussi les grands vices. 
Dix-neuf ans après, lorsqu'elle arriva pour la seconde fois à Strasbourg, elle se 
souvint sans doute avec amertume des paroles que lui avait adressées le duc d'Antin 
dans la grande salle du Vieux Gouvernement : « Le roi vous attend , Madame , pour faire 
« le bonheur de sa vie et la félicité de ses sujets. » 

L'entretien et l'ameublement de ces bâtiments étant devenus une charge pour la 
ville , d'autant que les titulaires ne les occupaient plus et les sous-louaient h leur bénéfice, 
elle parvint, en transigeant avec eux, à en reprendre possession en 1771, contre une 
indemnité annuelle de 3,000 livres, et peu de temps après se présenta l'occasion d'en 
tirer parti. 

Parmi les charges pesantes que le gouvernement avait imposées à notre cité, se 



cm 



9 10 11 12 13 14 15 16 17 li 



19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



t'ai simile le l'acte de Mariage de Maria Lesozynska avec Louis XV , 
représenté par le Prince Louis d'Orléans. 



Elirait des Archiva n'r la liii'r Je. Strasbourg .1726 '. 



Panorama de Strasbourg. Ikabm&Âfa 76. 



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Panorama de Strasbourg. Ta-utJOUTès.ïage 77 . 




Dessiné et lithographie par Alfted Tcrachemolm 



An lu en Hôtel du Dragon 



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2 3 4 5 6 7 



9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 



PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 77 

tmnv.it celle de la fourniture des lits militaires, que le sénat avait donné par 
Indication à des compagnies d'entrepreneurs; on trouva de l'avantage à affecter à ce 
• 'l bâtiment du Vieux-Gouvernement. Depuis, et quoique le gouvernement se 
"Trille lui-même, depuis 1785, de l'entretien des lits militaires par adjudication, 
Lue la'ville n'eût qu'à payer, l'entrepreneur était resté en possession de ce local , 
lont h propriété est en ce moment en litige. Aujourd'hui nous voyons figurer 
annuellement dans les dépeuses au budget de la ville, pour casernement et blene, la 
somme de quarante et quelques milliers de francs. 

„. , . , „„* hôtel l'architecture nous conserve des types, depuis le 
Dans imteneop ^ de cet ho . ^ ^^ ^ ^^ ^ ^ ^^ 

temps ou ses hab.tanls y ^ ^^ ^ ^^ ^ ^^ de ^ 

jusqu'aux contemporains ^ ^ ^ ^.^ ^^ ^ ^^ ^ ^^ 
seigneurs musqués, ec de yient chercher 

poudrés et de rubans , jusqu a nos jours , 

sa literie. an tique, construite en charpente et très-délabrée, celle 

Dans la partie a p us '^^ ' encore que lques petites portes à ogives, à accolade 

donnant sur la rivière, ^^ ^ ^ ^ quinzième siecle _ La partie qu i est 

et à ornement en branctî ^ ^ conslruite en pierre et semble dater de l'époque où 
représentée sur notre p » anc ^ ^^ ^^ propriétaires. Quoiqu'en 1629 et en 
les margraves de Bade-Dur ^ ravageSj e i| e nous laisse encore des traces de deux 
1704 le feu y eût fait λJ^^ Jègue ce bel esca|ier en spirale) qui monte 
styles d'architecture. La mil , ésime 1571 au-dessus de la porte qui donne dans le 

dans la tourelle; on y voi ^ ^^ ^ per ron qui conduit de la première cour 

jardin, et des ornements en s^ ^ échanLi n ns de ce style bâtard, qu'on appelle 
vers l'escalier. Nous y voy °" S ]eg apparteme nts boisés, et dans un vaste corridor, sans 
vulgairement rococo; ce S °" tion } une immense cheminée, sur le devant de laquelle 
doute autrefois la salle de recei . ^ c [e& attr ibuls de la guerre et des 

nn bas-relief en stuc représente la 
beaux arts'. ^ Dra „ on nt aussi subi bien des changements. L'église Saint- 

Les bâtiments à côte du g ma ison à côté, où vous lisez: Fabrique 

Louis est de construction nouvelle, 

dans les archives de la ville, quelques-uns des bâtiments en face de 

. D'après un ancien plan que nous avons vu ^ ^^ ^ ^ ^ it cimeliè it des 

l'hôtel du Dragon faisaient encore l****^, couve nt à proximité. M. Wetzel facteur d'orgues dans la rue 

C rm Utes soit des Dominicains qu. «^ j constructions dans sa propriété, trouva, a une profondeur 

SCS! en faisant fai^e en -18^^^ 

de près de deux mètres , dix-huit ^ e e *** de la couche de terre qui contenait ces restes humains , on trouva 
Sre occupait ^«^T^if^»-*-, et quelques autres tombes dans l'une desquelles on 
beaucoup de fragments de polene e £ JjJ^ cn bois pétrifié , et un fragmen de casque. En fat d ancenn 
ramTsa le fer d'une lance avec un deb« de m ^ ^ ^ ^ qui ge du , geait souterra]neme „t d'un cote a 
maçonnerie on trouva un F-*» ^ - 

l'autre de la rue , mats qu. était i 



Hôtel du Dragon . 



Couvent 
des Carmes. 



Couvent 
des Carmes. 



78 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

d 'équipements militaires de Karcher et C ie , avait de même une destination religieuse, 
quoiqu'elle n'en porte plus le caractère ; ce n'est que dans ses caves que l'on découvre 
une architecture plus ancienne. En 1831, le propriétaire actuel, en faisant faire des 
constructions, déterra une niche murée, dans laquelle on trouva un squelette assis, 
dont les coudes, appuyés sur les genoux, soutenaient la tête, que la mort avait depuis 
longtemps rendue méconnaissable. Tristes souvenirs des punitions affreuses qu'infligeait 
souvent à de pauvres religieux encloîtrés la sévérité d'un ordre ou la jalousie et la 
haine de leurs frères, et contre lesquelles se révolterait la civilisation actuelle. C'était 
peut-être un frère Carme,- qui a dû attendre sa dernière heure avec une résignation 
bien stoïque, pour qu'on ait pu le retrouver dans cette pose quelques siècles après. 
L'ordre des Carmes, qui a pris naissance au Mont-Carmel, du temps où des milliers 
de chrétiens affluèrent vers l'Orient, pour se rendre maîtres de la Terre-Sainte, avait 
une discipline très-sévère. Il habita ce bâtiment depuis 1475 jusqu'à la réformation, 
et donna lieu au calembour allemand, que l'on met dans la bouche du savant 
Stsedtmeister Sturm, et qui fit tant rire Charles-Quint. Au reproche adressé à la diète 
de Spire, de ce que les Strasbourgeois s'étaient emparés des biens de ces religieux et 
les avaient expulsés de la ville , Sturm doit avoir répondu , que tant que les frères de Notre- 
Dame (Unser Frauen Briider) s'étaient contentés d'être les frères de nos dames, on les 
avait estimés beaucoup, mais que , lorsqu'ils se furent arrogé le droit d'être les amants 
de nos dames, on les avait chassés. Diverses aventures galantes que l'on mettait sur le 
compte de ces religieux, donnèrent lieu à cette réplique. Il paraît que nos pères étaient 
moins tolérants envers leurs dames que les Italiens. 

Les frères du Mont-Carmel arrivèrent à Strasbourg en 1307; on leur assigna alors 
une place dans le Blinde g asslein, ruelle à proximité de l'hôpital civil actuel, mais ils 
n'y restèrent pas longtemps; car en 1326 , favorisés par des donations et par des secours 
que leur offrit la foi religieuse, ils s'installèrent dans le couvent qu'ils avaient fait 
élever hors la porte Sainte-Elisabeth, et qui fut démoli lorsque la ville craignit les 
attaques de Charles-le-Téméraire. C'est alors qu'ils achetèrent de levêque Robert , 
moyennant une somme de 12,000 florins, l'hôpital de Phyna ou de Sainte-Barbe, 
qu'en 1311 un chevalier Erb, dit Kalb, et sa sœur Phyna avaient fondé sur les bords 
de l'Ill, près du pont Saint-Thomas, pour dix personnes âgées, un prêtre et les gens 
de service. L'évêque transféra alors cet hôpital dans les bâtiments de la chapelle de 
Sainte-Walburge , qui en reçut le nom de Sainte-Barbe 1 . 

Il paraît qu'après que ces religieux eurent quitté leur séjour , leur couvent devint 
propriété privée, car nous trouvons dans la Chronique de Biihler. qu'en 1578 le 
Stsedtmeister Henri de Mûllenheim mourut dans son hôtel, l'ancien couvent des frères 



2 Voyez cet article. 



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Couvent 
des Carmes. 



PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 79 

Carmes m- les bords de la Bruche, près dn pont Saint-Thomas. Cependant, lorsque notre cité 
passa sous la domination française, Louis XIV érigea l'église de ce couvent .en église 
paroissiale pour le culte catholique, sous l'invocation de saint Louis , et les bâtiments 
adjacents furent donnés à six chanoines réguliers de la congrégation de notre 
Sauveur, qui tenaient un pensionnat où la noblesse étrangère entrait volontiers. Les 
deux frères Metternich , lorsqu'ils firent leurs études dans notre vdle avec leur 
gouverneur Simon, y étaient logés (1789). 

Pendant la révolution, ces maisons furent vendues comme domaines nationaux , 
l'église devint la proie des flammes en 1805, et servit, après qu'elle eut ete réparée 
de magasin de tabac, jusqu'à ce que, sous la restauration, elle fut rebâtie et rend^au 
culte. Elle doit au pinceau et au ciseau de nos deux artistes Gabriel Guenn et André 
Friederich, deux monuments qui leur font honneur. Le j uueil hoi 

Dans le pâté de maisons , entre le Finckwiller et la rue ^ff^^ 
un groupe qui avait une issue sur le Finckwiller, 9 , avant la construct.on de la chapelle 
du^tit-slnaircune seconde issue derrière la brasserie des H**, 
troisième vis-à-vis de la rue du Dragon , et une quatrième dans une „>p «k de a ru 
Sainte-Elisabeth, comme si ses habitants, craignant les ^ d J^,~2 
voulu se ménager de tous côtés une retraite. Tout cet amalgame de bat.sses s appelait 
le Judenhof (hôtel des Juifs) ; nous allons en raconter l'origine. 

Après le cruel holocauste, dont les juifs' furent les victimes en notre ville en 1349 
tous e nfants d'Israël, ainsi que nous lavons dit, furent bannis. Kômgshoven, dans 
n> ITnous rapporte cependant que. ette proscription ne fut que tempora.re , 

:: sniTJïïr- * l. u* - «** ** >- ^ «* — 

Tiï Œ o^sX^tus l'exemple de plusieurs autres grandes villes. 
Ce delà, exp.re, on n su P ^.^ .^ ^^ œmme le 

Au lieu de parquer *« . . prague et à Francfort , Ù n les 

Ghetto a Rome, e les «es on leur défendit absolument d'habiter la 

enfermait pendant la nuit e ^ , ^ ^ ^^ de la Vû]e de 

ville. Depuis celte W e ' lmr resta défendu ; il leur était interdit d'acquérir 

Strasbourg que sur son te ^.^ ^ ^ ^ ^ ou d , échange avec un 

des immeubles, de taire . fas8ent autorisées pari' Ammeister. Cependant, 

chrétien, à moins que les d eu <p ^ ^ au commerce des bestiaux et des 

il Y avait une exception a g ^^ un .^^ pour cause de 

comestibles. Lorsqu un cnreti^ ^ ^^ ^ ^ ^^ ^^ d , uae 

transactions commerça es ^ ^ ^ ^ ^ ^^ de ]a somme Qu de ]a 
amende de 50 livres ptei g 



1 Voyez rue des Juifs- 



10 11 12 13 14 15 16 17 li 



19 20 21 22 23 24 25 26 



80 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Le Judenhof. marchandise, objet de la plainte '. Sous ce rapport les anciens arrêtés du sénat étaient 
conséquents, car, tout en défendant aux israélites le trafic et l'usure, ils mettaient 
l'habitant de la ville à l'abri de leurs actes , soit loyaux , soit frauduleux , par cette même 
défense et par les fortes amendes qu'elle prononçait. Même dans les cas licites, une 
dette envers un israélite se prescrivait par dix et souvent par cinq ans; ceux d'entre 
eux qui avaient reçu à la porte un sauf-conduit, qu'ils étaient obligés de payer pour 
faire leurs affaires à Strasbourg pendant le jour, étaient forcés de quitter la ville avant 
la nuit; une pénalité de 50 livres pfenning frappait le citoyen qui leur donnait asile. 

Une trompe que les gardiens sonnaient sur la plate-forme de la cathédrale, et qui 
est encore conservée à notre bibliothèque, leur donnait le signal de sortie. En butte à 
toutes les avanies et à toutes les tribulations, ce peuple vécut en véritables parias , 
au milieu de la société, pendant quatre siècles. En faisant l'historique de la cruelle 
persécution des juifs pendant le quatorzième siècle, nous en avons assez dit, pour n'avoir 
plus à retracer ici le tableau des misères qui présentent souvent les scènes les plus 
dramatiques, fruit de l'ignorance, de la haine et du fanatisme, ni à citer la longue série 
d'ordonnances de police et de dissertations juridiques qui ont trait aux juifs pendant 
ces siècles écoulés et dont nous avons pris connaissance. Dans cet état de choses, les 
israélites en général se couvraient du manteau de la pauvreté pour ne pas exciter 
l'avidité des chrétiens. Une famille juive cependant, celle de Cerf Bser, faisait exception 
tant par sa fortune que par sa position sociale. 

Fournisseur général pour le gouvernement en Alsace, banquier du roi et de beaucoup 
de «rands seigneurs dans notre province, Cerf Bœr avait une fortune colossale. L'abbé 
Georgel, secrétaire du dernier prince-évêque Louis de Rohan, nous rapporte que, 
lorsque son maître fut incarcéré à la Bastille dans l'affaire du Collier, il laissa deux 
millions de dettes, et que, dans le nombre de ses créanciers, ce juif figurait, à lui seul, 
pour la somme de 300,000 livres tournois. Protégé par le prélat et par le gouvernement , 
en logeant à Bischheim, à proximité de la ville, il avait en vain demandé à plusieurs 
reprises au sénat la permission d'acquérir un immeuble dans l'intérieur de la cité pour y 
loger; il fallut l'intervention du roi lui-même, par l'organe du maréchal de Contades, 
commandant la province, pour faire autoriser en 1771 Cerf Bœr, son fils Marx Baer, ses 
deux gendres Alexandre et Levy, avec leurs familles, le rabbin, leurs commis et leur 
domesticité, en tout soixante-huit personnes, à résider à Strasbourg. Cette famille 
voulut alors acheter l'hôtel des anciens comtes de Ribeaupierre, dans la rue de la 
Nuée-Bleue, qui était à vendre, mais notre magistrat se révolta à la pensée que des 

'Mcht wechslen, vertauschen , verpfânden , kaufen, verkaufen, enllehnen , verbùrgen, etc., ausscrhalb was 
Essenspeis uni baar Geld und die Pfcrdhandlung betrifït um 50 Pfund Pfenning, oder wohl noch einer hohern Straf 
uffSeitendesChristenundVerlustdesGeldes Schuld oder erhandeltcn Guts uff Seiten des Juden (Strasburger 
Verordnungen). 



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T 



PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 81 

enfants d'Israël pussent posséder le domaine d'une anliqee et illustre famille d'Alsace, u M. * 

et on ne leur permit l'acquisition que d'un certain nombre de maisons dans un quartier 
retiré de la ville, local auquel ils donnèrent, en s'y installant, le nom de Juâenhof. 

L'autorisation du sénat fut mal vue par la bourgeoisie; nous eu trouvons la preuve 
dans une pétition de m*, signée par un grand nombre d'habitants de la rue des 
Serruriers dans laquelle la famille Cerf Bter voulait acheter ou louer deux matsons 
pour servir d'annexé à celles qu'elle possédai, déjà. Les pétitionnaires protestèrent 
énergiquement, en disant entre autres qu'on avait déjà niché assez de, uns dans le 
„ nhof au FinckwiUer, pour les dispenser d'avoir un voisinage auss, tmpur et auss, 

qja vu au commencement de ce siècle cette race d hommes sales, en ha,l ons v I 

ous le poids des préjugés des temps passés, parcourir nos rues <~V£^£ 

des vieilles guenilles. Contre ces haines invétérées .1 fallut, une rêve tau» — * 

qui a passé sur le sol de la France, pour émanciper ««ta eree £*££"£ 

Qui aurai, cru alors que soixante-dix ans plus tard nn des ^"f/J^ 

officier supérieur dans l'armée française, serai, élu députe ans cette ,•» * e 
Lesbà.imeu.sdnJudeuhofdevinrentplns.ardunefabrtquede.abe.uuetabhsmen 

de mécanique', et eu dernier lieu une partie en fu. achetée par cette jeune co.ome 

,L-»„ai, .„.„«. de la S ,,«>,r„r z,u.„ d. » sepu-r. t»3 dé—ra — — » *»<• « » 

juifs : 

Hier, vers midi, les jeunes gens de Strasbourg, 
depuis l'âge de dix-huit ans jusqu'à celui de vingt- 
cinq, se sont mis en marche. Pères, mères sœurs, 
fiancées, tout le monde pleurait; la grande «ouïe qui 
s'était réunie autour d'eux était profondement émue 
Ils étaient suivis d'un riche approvisionnement ne 
vivres, mais plus riche encore était le concert des 
bénédictions qui partait de tous les cœurs sympa- 
thiques. Le père Cerf EUcr, dont la fam.Ue ant sous 
l'ancienne que sous la nouvelle constitution a t re 
plus de profits de la nation que les père s d to, s les 
fils qui partent avec ce bataillon , avait eu to magna 
nimité d'envoyer vingt-trois usures de n a » ; 
mais purifié. La municipalité a cru devon r fuser 
un don patriotique d'une pareille mun.ficen ce et mm 
nous croyons de notre côté • jlg«£* S et 
connaissance de tous les fils d ADranai" , 
de Jacob le nom du généreux donateur. ^ ^^ ^.^ .^^ en ^ vi „ e ( quand un 

Quelle différence avec les sommes considéra , J ^ , 

appel est fait aux sentiments charitables et gène. .^.^ ^ ^ ^ r(jche Schle8inger) ancien 

2L e 6 novembre 1846 fut enterré en »*^»W cent et un ans à sa mort; il logeait chez un de ses fils, 
instituteur, qui naquit en 1745 , et «^Jjfï ne vécut que de bon vieux vin , de biscuits et de macarons , 
rue du Jeu-des-Enfants; dans ses derniei 
et fumait du tabac pendant toute la journée. ^ ^.^ ^ ^.^ avant de les transférer dans la 

BAloïse Quintenz y établit ses atel.e. s , lorsq 
rue des Charpentiers. 

FAUBOURGS. 



Gestern um 12 Uhr begaben sich die Sobne Stras- 
bnrss von 18 bis 25 Jahren auf den Marsch. Vater, 
Mùtter SchwesternundBrâuteweinten. Die grosse 
g die sich um sie versammelte war tief geruhrt. 
Ein eicher Vorrath von Lebensmitteln folgte mnen 
nach, noch reicher war der Segen aller gefuhlvol en 
Seelen. Der Vater Cerf Jter, dessen Fam.l.e bei der 
alten so wie bei der neuen Verfassung mehr an der 
Nation gewonnen als die Vâter aller Sohne welche 
mit diesem Bataillon ziehn , natte die Grossmulh 
?3 Maas sauren aber kauschern Wein beizusteuern , 
so ebs rares von einem patriotischen Beitrag glauble 
die Municipalitât wieder zuriickschicken zu mùssen, 
und wir glauben uns verpflichtet den Namen e.nes 
grossmùthigen Gebers allen Sôhnen Abrahams , Isaacs 
und Jacobs bekannt zu machen. 



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82 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

prêtres qui se forma sous l'inspiration de l'abbé Bautain, et dont firent partie quelques 
Israélites convertis à la foi catholique , placés à présent à la tête de la maison d'éducation 
de Juilly, près Paris. Us y créèrent le petit séminaire, qui existe encore aujourd'hui. 
Ch. J. Koch. La maison à côté, n° 9, qui est occupée par un commissionnaire de roulage, était 

antérieurement la tranquille demeure d'un de nos illustres savants. Quelle est la 
personne au fait des études historiques qui ne connaisse pas le continuateur de Dumont, 
l'auteur de ÏHisloire des traités de paix, de Y Histoire des révolutions et des Tableaux 
chronologiques et généalogiques, Chrétien Guillaume Koch? Disciple et ami de Schœpflin, 
il continua sa laborieuse carrière comme professeur de droit public à l'ancienne 
université ; c'est à ses savantes leçons qu'affluèrent, parmi tant de jeunes gens studieux 
de toutes les nations, les Metternich , les Ségur, les Cobeulzel, les Benjamin Constant, 
les Stachelberg , les Traci, les Galitzin, les Tolstoï , les Narbonne, les Pfeffel, les Custine 
et bien d'autres disciples, qui se distinguèrent plus tard dans les carrières politique et 
scientifique. Au commencement de la révolution , Koch se rendit à Paris, comme député 
extraordinaire des protestants d'Alsace; dans cette position il fut à même de leur rendre 
de grands services par ses hautes connaissances; il fut membre du comité diplomatique 
et plus tard du tribunal, jusqu'à la suppression de ce corps, en 1807. De retour à 
Strasbourg, il y vécut retiré, comme recteur honoraire, s'occupant de ses travaux 
historiques, jusqu'en 1813, où la mort vint l'enlever à ses nombreux amis, à l'âge de 
soixante-seize ans. 
Saint-Marc. Au fond de la rue Saint-Marc, dans une impasse, nous entrons dans les bâtiments 

qui donnèrent le nom à cette rue. C'est le digne pendant de notre hôpital civil , l'hospice 
des pauvres ou plutôt l'Aumônerie et le Bureau de bienfaisance. 

D'après notre chroniqueur Speclin , ce fut en 1495, et d'après Herzog, en 1499, 
que vinrent dans notre province des bandes de troupes congédiées et errantes , qui 
avaient aidé Charles VDI à faire la conquête de Naples; ces bandes de soudards 
importèrent chez nous la maladie syphilitique. Inconnue auparavant, elle fil des 
ravages d'autant plus terribles qu'on ne pouvait y trouver de remède , à défaut de 
moyens curatifs connus. Les malades qui en étaient affectés mouraient misérablement 
dans les rues, dans les champs , sous les ponts, enfin partout où ils s'étaient retirés, 
et personne n'osait les secourir à cause de la contagion. La source d'où elle émanait 
avait fait donner à cette maladie le nom de mal napolitain ou des Français. 

Un citoyen honorable de notre ville, Sébastien Erb, se dévoua à ces malheureux et en 
recueillit beaucoup dans une maison retirée, qu'il transforma en hôpital, à l'emplacement 
où de nos jours se trouve l'hospice de Saint-Marc. Il reçut le nom de Blatterhaus 
(maison des pustuleux) ou Domus pustulosus. Erb fut bientôt aidé dans son œuvre 
charitable par un grand nombre de dons, et quelques années après, lorsque les moyens 
de guérison furent connus, la ville institua des médecins attachés à cet établissement. 



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"■JpUB"- 



PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 83 

Ces Esculapes n'étaient pas des savants qui avaient acquis dans les universités l'art de 
guérir; il n'en existait pas encore chez nous: c'étaient tout bonnement des empiriques 
qui donnaient les soins que la pratique leur avait enseignés. 

Léonard Reimlin de Kœnigshoffen , tisserand , est un de ces noms qui sont arrivés a 
nous La ville fit avec lui un traité, par lequel il était logé et chauffé dans une maison 
delà rue delà Fontaine, zum Kochloffel (à la cuillère à pot), maison que l'œuvre 
de Saint-Pierre-le-Vieux avait aussi cédée pour y établir un hôpital. Il reçut pour chaque 
malade qu'il était obligé de soigner et de nourrir, 3 schillings ou 60 centimes par 

SGÏÏltllÏÏC 

Par un autre traité fait avec un chirurgien , Adolf Meng, l'administration de l'Aumône 
lui alloua, en 1546, 19 livres pfennings ou 76 fr. d'appointements par an avec 

2 florins de cadeau de foire. 

En 1 525 , la ville fit acheter 107 kilogrammes de bois de Guayac (Bockenholz) , comme 

remède contre ce mal. 

Il paraît que tous ces établissements furent insuffisants contre les ravages de cette 
maladie , car il nous reste encore des traces d'autres institutions pareilles. Une maison 
occupée par des béguines, rue du Fossé-des-Tanneurs, fut évacuée et transformée en 
hôpital En 1503, un nommé Caspar Hofimeister fut chargé des soins a donner aux 
malheureux syphilitiques , hommes et femmes , couchés misérablement dans une ma.son 
de la rue Thomann (Thomanloch). 

Dans ces divers lazarets, l'aumône de la ville secourut indistinctement tous les 
malades, soit qu'ils fussent étrangers ou qu'ils appartinssent à la ville. L'hôpital cm ne 
reçut que ceux qui jouissaient du droit de bourgeoisie. Le B.atterhaus resta cependant 
le principal établissement ; il fut agrandi , doté dune chapelle , et Er en ut nomme 
ce n'est qu'en 1687 que cet hôpital fut transféré ailleurs. Voici les raisons 
receveur, ce nés quen ^ lWn cmmmt de 

tZt^^X^ - *■ où se ~ réglise de Sain T et \ 

Saint-Marc aubo ^ ^ ^ ^ ^^ ^ ^ . ^ du ^^ 

Mont-de-P,et Elle y «*W ^ accommodement) à céder tout ce terrain avec ses 
souverain d Alsace : qu ^ ^^ ^ ^ dédommagement des balim en,s 

constructions a 1 ordr Mie ^^ ^ ^^ ^ ^^ ^ fortifications 

^fc'e st Zl ue es malades du Blatterhaus furent transférés dans des maisons 
Ll sur L SI d'un bras de IT11. vis-a-vis de la rue du Bain-aux-Plantes, ce qu, 



fit donner à ce quartier le 



nom zum Franzôsel ou Klein-Frankreich (Petite-France), 



ar lequel on le désigne aujourd'hui, tandis que, dans le langage 
nom vulgaire par leq ^ ^ ^^ ^ ^ ^ syphilitiques qui y avaienl 

officiel il s appe e q . és a hôpital civil , et ces maisons furent vendues 

été traites jusqu aloi s, iiuw« r 

à des particuliers. 



Saint-Marc. 



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Sainl -Marc. 



84 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

L'Anmônerie avec ses bureaux, sa boulangerie et une partie de ses greniers, 
s'installa clans l'ancien Blatterhaus et lui donna sa dénomination de Saint-Marc. Cette 
institution, aussi bien que l'hôpital civil, mérite d'être citée comme l'un des ornements 
philanthropiques de notre ville; à tous deux viennent se rattacher les noms de tant 
d'honorables citoyens qui ont laissé à la postérité des moyens pour subvenir aux 
maux qui frappent la classe indigente. Ils ont dignement secondé les soins 
paternels que portait aux pauvres notre ancien sénat , et si de nos jours notre 
administration municipale et la commission de bienfaisance s'efforcent par tous les 
moyens possibles de guérir les plaies du paupérisme, c'est en partie aux legs et aux 
traditions des temps passés qu'elles doivent leurs moyens d'action. 

En passant en revue le grand nombre de règlements de police qui depuis des siècles, 
et même à des époques très-critiques, ont régi la mendicité, on est étonné de cette 
sollicitude qui entre dans les plus petits détails et qui porte des secours partout où le 
besoin l'exige. C'est que la cause en réside essentiellement dans la forme démocratique 
du gouvernement de la ville libre impériale et dans l'organisation de la société. Élément 
dominant dans cette commune, vivant de ses propres moyens, et où elle formait un tout 
homogène, réunie par les mêmes intérêts, quoique divisée en corporations, la 
bourgeoisie avait par cela même d'autant plus de moyens de connaître les maux et les 
besoins qui frappaient l'un ou l'autre de ses membres, et de s'entr'aider avec plus de 
connaissance de cause. 

Analysons un de ces règlements qui date de 1628, époque où la guerre de trente 
ans promenait ses ravages sur le centre de l'Europe, et nous verrons quel rôle utile 
remplissaient les corporations des métiers dans l'organisation des secours. 

La mendicité dans les rues était formellement défendue; il n'y avait d'exceptions 
que pour quelques personnes ayant charge de famille, et auxquelles l'Aumônerie et 
les hospices ne pouvaient accorder que des secours insuffisants, ou bien pour de 
malheureux estropiés, incapables de se nourrir par le travail. Ceux-là furent pourvus 
d'une autorisation de mendier les mardis et samedis après midi, munis de plaques 
portées au bras comme signe distinctif. Un même signe distinctif attaché aux portes , 
désignait a la charité privée les maisons habitées par de pauvres honteux ou par des 
malades indigents. Un article de ce règlement met essentiellement à la charge des 
chefs des corporations (Zunftmeister) la recherche des pauvres existant dans leur sein 
et qui avaient besoin de secours pour subvenir à leur existence; il les oblige à dresser 
tous les trimestres un état nominatif de ces nécessiteux, avec l'indication de leur 
profession, de leur position de famille, de leur moralité et de la nature des subventions. 

Les ouvriers passant par la ville (Wanderburschen , Ilandwerksburschen) étaient 
obligés de s'adresser à leurs métiers respectifs, qui leur assuraient les frais de séjour 
et de roule; les étudiants ambulants {Fahrende Schiller) s'adressaient au séminaire de 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 85 

Saint-Guillaume, où ils trouvaient gîte , nourriture et viaticum, et tout autre passant 
pauvre était conduit, à son arrivée, par les sergents de Saint-Marc [Allmosenknecht) 
à l'hospice des pauvres (Elendenherberg) , où ils trouvaient de même gîte et nourriture 
pendant un jour, et, en partant, un pfenning en argent pour continuer leur route. 
Ceux qui séjournaient plus longtemps en ville, ce qui arrivait souvent en ces temps de 
guerre où beaucoup de gens de la campagne s'y réfugiaient, étaient hébergés et 
nourris , mais ils étaient obligés , par contre , de travailler pour le compte de la vile, qu, 
les employait ordinairement aux travaux des fortifications. De celte manière, bourgeois 
et manants , voyageurs et réfugiés, femmes et enfants, trouvaient dans les mstitut.ons 
charitables de notre cité les secours que réclame l'humanité. 

De nos jours l'hospice de Saint-Marc et le bureau de bienfaisance disposen 
annuellement, en faveur de près de six mille nécessiteux, d'une somme de 80 a 
90,000 fr., tant en argent comptant qu'en bois de chauffage, en bouillons et en p m 
Tous les ans près de 250,000 kilogrammes de pain deux tiers froment et un tiers 
seisle , sont fabriqués dans sa boulangerie et distribués 1 . 

Nous venons de faire connaître la manière dont nos ancêtres avaient organise 
distribution des œuvres de charité, et d'indiquer les moyens dont dispose aujou c h 
la commune pour subvenir aux besoins du paupérisme. A côté des ^^T * ^" 
de charité, il nous reste à indiquer le but spécial des diverses sociétés de ^^ 
qui se sont formées à Strasbourg, soit dans le sein des «f™™^^^' 
soit dans le monde séculier, par le seul sentiment de compassion envers le malheur 
et nous apprendrons à connaître leur action vivifiante et consolant, o 

actuelle esfallee plus loin ; elle a compris que * -— £ Z^ZZ 
l'instruction sont des moyens efficaces pour empech 1 ^™ ^ent donner 

nécessité de demander des secours a au ru. BUe ne eu ^ ^ ^ 

l'aumône , elle veut aussi tendre la main a homme qu, s en ^ 

par une bonne conduite, par "-~-^ ^ beaux exemp les de 

cité de Strasbourg donne, et ^ ^.^^^ sonsein tant de nécessiteux ambulants 
charité chrétienne; raison peut-e J ^ ^ dmné p comme 

et vagabonds, qu'une police v.gdante^^^ ^ ^ continuation de route. Dans une 
jadis, des moyens de séjour m ^ pro diguent tant de secours à 

ville où la charité communale j ^ ^^ 1nnfftenips être abolie. 

l'indigence, la 



Saint-Marc. 



:^;r:::Vs™e S devrai. dep uiS ,on gt e n ,p Sêtreal ,oH, 



t' ns des métiers dans l'inspection des pauvres et la 

« L'action qu'avaient anciennement les ^"^d\vision de la vi.le de Strasbourg en quatre cantons et en 

distribution des secours , est remplacée «V^J l seclion a seS inspecteurs des pauvres dont le nombre 

quarante sections , en sus deux sect.ons extra ^ ^ ^ ^.^ ^ de ]eurs lumières , e bureau de bienfaisance , 

est de cent soixante-sept membres ,J J dans ses œuvres charitables, 

composé de quatre membres et d'un pressent, 



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Action 
des Sociétés 
charitables. 



86 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Jetons un aperçu sur l'application pratique de cette charité : 

L'homme marié pauvre: 

S'il est uni par les liens légitimes du mariage , il a d'autant plus de droit au secours 
des diverses sociétés charitables; s'il contracte des liens illégitimes, s'il vit dans 
l'immoralité du concubinage, s'il produit des enfants naturels , la Société de Saint-Régis 
travaille à régulariser l'union conjugale , à légitimer les enfants par cette même union , 
dans le sein de la population catholique ; cette même Société , de concert avec la Société du 
Bon-Pasteur , lâche de ramener a une vie vertueuse de jeunes ûlles tombées dans la 
débauche, de même que la Société de refuge des filles protestantes repenties s'intéresse à 
faire rentrer dans la bonne voie et a secourir les filles perdues qui appartiennent a ce culte. 

La mère pauvre accouche : 

La Société de charité maternelle prend soin d'elle quand elle a déjà deux enfants, lui 
fournit pendant dix jours une nourriture fortifiante, soigne le linge nécessaire, fait 
traiter le malade par le médecin cantonal , s'il le faut ] , et supporte les frais d'accouchement ; 
en outre, la mère reçoit un décistère de bois de chauffage. Cette Société dispose 
annuellement, en faveur de trois à quatre cents accouchées, d'une somme d'à peu près 
10,000 francs, réunie tant par souscription que par les subventions de la caisse 
gouvernementale et municipale. 

La mère est obligée de travailler au dehors pour gagner sa vie : 

C'est alors que l'établissement des crèches vient à son secours ; il reçoit le faible 
nourrisson contre une rétribution de 15 centimes par jour, le surveille avec la ten- 
dresse maternelle, soigne sa propreté, les besoins du corps, le (ait allaiter trois fois 
par jour par sa mère , ou le nourrit autrement , et le rend le soir a celle qui , sans cette 
institution toute maternelle, n'aurait pas pu gagner sa journée par le travail , ou aurait 
été obligée de confier sa faible créature a des mains mercenaires ou a des enfants 
incapables de la soigner. 

L'enfant pauvre grandit et marche : 

Il est alors reçu dans les salles d'asile des deux sexes et des deux cultes ; là il est 
habitué à la propreté, aux bonnes moeurs; on forme son caractère, et il reçoit , tout en 
jouant et en chantant , l'instruction tout élémentaire et le goûtpour un travail quelconque . 
Quand le jour de la distribution des prix ou de Noël arrive, on voit ces petites filles et 
ces petits garçons, à la figure radieuse, accompagnés de leurs parents, emportant des 
prix et des dons , en vêtements chauds , en souliers , en chemises que les soins toujours 

1 Quatre médecins cantonaux pour les quatre cantons ou subdivisions de la ville , deux médecins , l'un pour le 
Neuhof, l'autre pour la Robertsau, et un chirurgien, sont payés par la caisse municipale pour le traitement des 
malades indigents à domicile et la vaccine de leurs enfants. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 87 

assidus des dames patronesses leur ont préparés et qui sortent des mains des femmes 
pauvres, qui les ont confectionnés, soit a domicile, soit dans les ouvroirs, pour gagner 
leur pitance journalière. 

L'esprit de l'enfant se développe; il a besoin d'instruction: 

A cette époque de sa vie, l'instruction gratuite le reçoit dans les écoles communales , à 

l'amélioration desquelles la ville a apporté dans les derniers temps tousses soins, 

grâce à l'active initiative de M. Charles Bœrsch , membre du conseil municipal, pour 

tout ce qui concerne l'instruction , et grâce à l'agrandissement de l'école de la Madeleine, 

et de la construction des trois grandes et vastes maisons d'école de Sainte-Aurélie , de 

S ' Tean et du Fossé-des-Tanneurs. Dans le nombre des élèves qui fréquentent ces 

diverses écoles communales, plus de deux mille enfants pauvres reçoivent l'instruction 

t La aussi des dames patronesses visitent les jeunes élèves, séparés d'après 

elles stimulent leur zèle, et les jeunes filles apprennent en outre à manier 

. • -n i i..;pnt et le rouet. Des prix en vêtements , en bas , en chemises , en souliers , 
1 aiguille, le h icui ci i^ 

„ • - ,i„„ c ipe flivers ouvroirs. sont la récompense d'une bonne conduite et de 
confectionnes dans iu> uiv^ , r 

l'application a l'étude. 
L'enfant arrive à l'Age d'apprendre un métier: 

rents dépourvus des moyens de placer leurs enfants en apprentissage, sont 

* '„ n *A nnr les Sociétés de Saint-Vincent de Paul et de Saint-Joseph , 
secourus a cet egaiu pm 

.i î-nnoc et nar la Société privée de bienfaisance , s'ils appartiennent au culte 
s'ils sont catnonqueb , ci y 

i mpmhres de ces diverses sociétés prennent les élevés sous leur patronage , 

V ' „,,„:.„ Pt les stimulent au travail tout en les garantissant contre la 

surveillent leur conduite, ci 

8 ., d , une domination abusive du maître; en même temps ils se mettent en 

P ' ' . «.rents et apprennent par la à mieux connaître leurs besoins et a 

nnnort avec lespaiein») rr 

, | il( i de leur intérieur. En outre, une autre société s occupe du p acemenl 
observer la mon î . gsage d > orphelins pai]V res et d'enfants abandonnés âgés de 

en pension e ^ ^ ^ ^ ^^ . ]g ^ goni p]ug reç(]g dang , eg hospices Les 

plus de douze aDS ' . , e ain du bureau de bienfaisance pendant leur 

apprentis pauvres reçoive 

apprentissage- ^ ^ ^^ ^ \'OEuore de la Providence, par celui des Dames 

Les filles cat lorça^ ^^ _ ^ ^ d(J cuUe protestan t 5 dans y Asile pour les jeunes 
delà Croix e ^ ^ VImt ituiion des diaconesses. Dans ces diverses maisons, dans 
filles P roteslan ^ ncs flI]es entrent comme pensionnaires , on leur donne avant tout une 
lesquelles les jeu ^ morale) et loul en continuant leur instruction élémentaire, on 
éducation religieuje^ ^ ^^ ^^ ménagère a besoin de connaître; on leur 
les famlll ^ ,S c e uJs a j ' nei |e , avage , le repassage; elles apprennent à confectionner des 
enseigne^ a J l J ^ ^ ^ ^^ a fi | er5 a broc ier, à soigner les malades. Celles de ces 
vêtements, a » lion aillent donner leurs soins aux malades, en sortent 

jeunes filles qui , pat 



Action 
des Sociétés 
charitables. 



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Action 
des Sociétés 
charitables. 



88 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

comme sœurs de charité; d'autres qui sont portées vers l'instruction, continuent leurs 
études en entrant dans les écoles spéciales des sœurs institutrices, des diaconesses, ou 
dans l'école normale, et sont placées dans l'enseignement, après avoir subi leurs 
examens. D'autres, après avoir passé quelque temps dans les établissements, sont 
premièrement louées à la journée , à la semaine , dans de bonnes maisons pour s'habituer 
au service, et en sortent comme femmes de chambre, cuisinières ou domestiques 
ordinaires. 



Il est apprenti: 

Outre le patronage sous lequel il est placé , l'apprenti continue de recevoir l'instruction 
du soir a VÉcole de Saint-Joseph et peut suivre un cours de science pratique à la mairie , 
le dimanche un cours de dessin et de modelage , et une salle de lecture lui est ouverte 
à la Réunion-des-Arts et dans la rue Sainte-Hélène, où un choix de bons livres aide à 
étendre le cercle de ses connaissances; en outre, la salle de lecture de la bibliothèque 
de la ville, ouverte tous les soirs de six a neuf heures, met ses riches trésors à la 
disposition de celui qui tend à pousser ses études plus loin. 

Nous venons d'esquisser à larges traits l'action qu'une charité éclairée étend sur la 
population indigente de cette cité; elle se saisit de l'homme dès sa plus tendre enfance ; 
elle l'instruit, elle le moralise, elle l'habille, elle le chauffe, elle tâche de faire de cette 
faible créature un homme utile à la société, apte à gagner sa vie par le travail 
manuel, comme par le travail de l'intelligence. Si dans le nombre de ces futurs citoyens 
de la commune patrie il s'en trouve qui se distinguent par des dispositions d'esprit 
exceptionnelles , si une conduite régulière a guidé leurs pas et a attiré individuellement 
l'estime de leurs maîtres, comme de leurs patrons, les moyens d'alimenter cette ardeur 
pour les études ne manquent pas non plus, et nous avons parmi nous maint citoyen 
respectable, qui, après avoir été couché dans le berceau de l'indigence, est arrivé par 
les bourses privées, communales et départementales, à développer son esprit dans le 
vaste domaine des sciences et des arts. 

Que la gratitude envers leur ville natale ne fasse jamais défaut à ceux qui ont profité 
de ces soins paternels, et que ceux qui les ont donnés se nourrissent toujours de cette 
noble satisfaction d'avoir contribué à former d'une pierre brute une pierre utile à 
l'édifice social. Grâce soit rendue à ce sexe compatissant, dont le cœur maternel se 
multiplie à l'aspect de ces innocentes créatures qu'il forme dès leur tendre enfance. 
Mais souvent aussi il est triste et désolant de voir que ces soins charitables ne sont pas 
toujours secondés par les parents, et que le germe du bien qu'on aime à planter dans 
ces jeunes cœurs , est étouffé par les mauvais exemples de fainéantise , de débauche , 
d'ivrognerie et de dégradation de mœurs de ceux qui naturellement devraient être le 
plus intéressés à les faire entrer dans la bonne voie. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 89 

La forme gouvernementale plus populaire qui sortit de la révolution de 1830, donna 
une nouvelle impulsion aux institutions charitables de Strasbourg. D'un côté, le système 
électif remplaça , pour la formation des conseils municipaux, le mode par nomination 
directe du gouvernement, précédemment en vigueur; l'élection fit entrer dans le sein 
du conseil de notre cité des représentants des diverses classes de la population qui 
connaissaient beaucoup mieux ses besoins et s'occupèrent plus activement à les secourir; 
d'un autre côté, le manque de travail, conséquence naturelle de toute crise politique, 
ayant multiplié les besoins delà classe ouvrière, il fallait les satisfaire. L'administration 
municipale d'alors, à la tête de laquelle se trouvait M. F. de Tùrckheim, maire, fit 
entreprendre les grands travaux de démolition des anciens Faux-Remparts et la 
construction des quais le long du canal de navigation, pour donner du travail à 
tant de bras inactifs, et les dames que l'esprit de charité sait rendre si fécondes en 
inventions utiles, créèrent la loterie des pauvres, dont le produit net s'élève 
annuellement, depuis cette époque, de 8 à 10,000 fr., et est monté, en 1852, jusqu'à 
15 000 fr Cette loterie de charité est devenue le moyen d'action le plus efficace de la 
charité privée; secondée bientôt après par l'institution des quêtes à domicile et les bals 

„n a a produit les résultats les plus heureux. La mendicité fut 
au profit des pauvres, elle a proau p 

, , . ^ e travaux, mais il restait toujours des invalides inaptes au 

travail sédentaire; pour ceux-là on créa la maison de refuge , qui occupait une partie 
du local de la Maison de Force, et dans laquelle on fit cuire les soupes que 1 on distribue 

• v „ to pnnr donner plus d'extension à cette branche de la charité, 
en hiver à la classe indigente. t-ouLi r 

1 enu maire plus tard, proposa a 1 administration municipale 
M. Schùtzenberger, ev ^ ^ ^ ^ ^^ appartenant a , a ^ 

de transformer en ciianp ^^ ^ ^^ ^.^ ^^^ donl nong 

d'un produit presque m • , ^ ^.^ ^ fa ^ ^^ nous ^ ^ . 

àUcll Tlelo^Z institution particulière qu'y créa de même la charité 

^2 faire de malheureuses veuves , de filles pauvres , de femmes abandonnées, 

Mais que idiie ^ ^ ^ ^ ^ Q mventeur des dames de Strasbourg 

que faire de leurs entants ^ ^^ ^ ^ ^^ et ^ jeunes ^ 

trouva des ressources , ei ^ ^ disponibles, du chanvre , du lin , du coton , de 

elles achetèrent , avec .une p ^ ^ ^.^ ^ ^.^ ^ occupation 

la laine , qu'elles font **** * dans ses magasins tous ces éléments fabriqués 

et la commission des ou J ^ domicile aux plus nécessiteux de travail, soit aux 
pour les distribuer de no ^^^ en chemises , e n bas, en vêtements , servant 
élèves des onvroirs, qui ^ ^ , , ^ confectionner et qui , en outre , ont gagné 

à couvrir ceux-ia iueuioa 4 f i i romité des écolps 

leur part à la fabrication. Dans ce même but se foi ma alo s le comité des écoles, 
leur pan a •* • - à ce aue , comme nous lavons indique ci-dessus, 

qui rendit de grands services, jusqua ce qu , 

FAUBOURGS. 



Acliou 
des Sociétés 
charitables. 



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«*■•— 



Action 
des Sociétés 
charitables. 



Hue Saint-Marc, 



90 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

la ville se fût chargée des frais d'instruction, en laissant néanmoins le patronage et la 
surveillance au comité des écoles et aux dames inspectrices. 

Enfin, mentionnons encore l'action philanthropique découlant des caisses des diverses 
paroisses: nommons la Société pour les malades israélites, la Société de bienfaisance 
des dames israélites et l'École d'arts et métiers attachée aux institutions bienfaisantes 
de cette communauté; en outre, d'autres associations nombreuses dans la classe de la 
population ouvrière et même aisée de notre cité, qui ont formé entre elles des caisses 
d'assurance mutuelle pour procurer des secours en cas de maladie, ou les frais 
d'enterrement en cas de mort , et nous aurons un aperçu complet des institutions qui 
tendent à alléger les douleurs frappant la vie humaine. On peut bien dire qu'à Strasbourg 
on joue la comédie et la loterie pour les pauvres, qu'on y fait la musique, qu'on y 
danse et qu'on y mange même à leur intention , car combien de dîners de corps n'y a- 
t-il pas dans l'année, où, pendant le joyeux repas, on fait la quête, en rappelant les 
devoirs de charité! 

Si toutes ces institutions, si toutes ces associations, qui fonctionnent et rivalisent 
aujourd'hui dans un but de charité éclairée, sont connues par ceux qui reçoivent, 
comme par ceux qui donnent , cependant une grande partie de notre population reste 
encore étrangère à leur action bienfaisante; nous aimons à la lui faire connaître, pour 
la stimuler à y prendre part, en la consignant en même temps dans ce livre comme un 
bel ornement du présent et comme un digne pendant à côté des institutions charitables 
que nos ancêtres nous ont léguées et dont nous venons de retracer l'historique. 

Depuis la création des caisses d'épargne, en 1835, les bureaux de cette administration 
étaient établis dans les bâtiments de Saint-Marc , et si nous voyions , les mardis et jeudis , 
des centaines de nécessiteux animer cette rue ordinairement silencieuse et déserte, 
pour y chercher les dons de la bienfaisance, les dimanches matin nous offraient 
par contre un tableau plus consolant 1 : c'était le travail , l'ordre, l'économie qui venaient 
y porter leurs faibles épargnes, lesquelles, s'accumulant en capitaux , aident à soulager 
l'homme , quand le poids de l'âge lui rend le travail onéreux. Le temps nous apprendra 
si cette institution portera vraiment les fruits que l'on avait le droit d'en attendre; s'il 
en est ainsi , les fonds de Saint-Marc pourront être employés à des actes philanthropiques 
d'un ordre supérieur. 

Le petit clocher, qui s'élève tout près, est celui de la chapelle d'une maison de 
correction de femmes de mauvaise vie , fondée il y a quelques années seulement par 
le sentiment religieux de quelques personnes charitables, et dont l'action bienfaisante 
est déjà entrée dans le réseau qu'entoure l'indigence 2 . 

1 Aujourd'hui les bureaux de la caisse d'épargne sont établis dans des salles basses du château , du côté de la 
terrasse. 

2 Cette maison a une annexe très-vaste à la Robertsau, agréablement située sur le canal Français. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 91 

Lorsque la possession de l'Alsace fut assurée à la France par le traité de paix de 
Nimègue, le gouvernement, entre autres créations, essaya d'établir des haras pour 
l'amélioration de la race chevaline dans cette belle province , mais tantôt les guerres 
continuelles absorbèrent les fonds , tantôt le manque de chevaux pour la cavalerie 
fit mettre la main sur les étalons stationnés dans les diverses communes, et cette 
première tentative n'eut pas de suite. 

Ce n'est qu'en 1748, qu'un baron Bock de Bœcklinsau donna l'idée à M. de Vanolles , 
intendant de la province, de proposer de nouveau au ministère la formation d'un 
haras. Le projet fut admis, et il en fut établi un à la Robertsau; mais l'inutilité de ces 
chevaux pendant huit mois de l'année détermina à les employer pendant l'hiver à une 
école d'équitalion. Le manège de la ville existait déjà sur ce terrain dans la rue Sainte- 
Elisabeth , dont le magistrat fit la cession au roi , par acte du 5 février 1756. C'est alors 
que l'on construisit le bâtiment qui sert aujourd'hui de dépôt impérial des étalons; 
les écuries en furent primitivement peuplées de vingt, nombre qui s'augmenta 

,:, cnivnnle Le baron Bock en fut nommé directeur, et le manège 
successivement jusqu a soixau ' . . 

fut transformé en académie de haute eqmtation , fréquentée alors par un grand nombre 

de seigneurs et de gentilshommes qui faisaient leurs études à l'université de Strasbourg, 

• • , ^nnc Ips régiments de la garnison, 

ou qui servaient dans tes icgiu 

S ' te-Élisabeth , dans laquelle nous entrons pour un moment, reçut son 

'. KUccpnipnt des dominicains en notre ville. Après la fondation de 
nom du nremier etaDiiootfiucui 

l . „. P ip na ne Honoré IIL, en 1216, ces religieux créèrent une 

cet ordre et sa sanction par ie [>^ < 

. (0 ,a nil ; s à Metz, en 1222; il en arriva a Strasbourg sous 1 eveque 

maison à Paris , en 1 220 , puis 

Henri de Veringen.^ ^ ^ ^ Hongrie, qui avait épousé Louis -le -Saint, 
Elisabeth, 611e n l Tnu ringe, se trouvait alors en Alsace, pour visiter les 
landgrave de Hesse e ^ ^ l'acquisition d'un terrain au Finckwiller où ces 

monastères de cette proviiJ i . ^ ^ Eckbolsheim pour des religieuses de cet ordre, 
religieux s'installèrent, e ^ ^ ^^ ^ ^ dans ]a mQ de œ nQm 

Ils n'y restèrent pas longtemp ^ retrouver , après des siècles, l'emplacement de 

de 1234 à 1238. On aurait deU* ^ ^ j& ^^ ^.^ du diMeptième 

cette maison primitive, si ^ j^ ^ ^ ^^ manuscrites sur notre ville. Il y 
siècle, ne nous en eut la.sse ^^ ^ ^^ ^^ chapeUe et de que i ques 

dit que, de son temps, on £ ^ ^ ^ ^ .^^ ^ ^^ ^ Holzapfd de 
bâtiments monastiques ans ^ ^ hôtel fut plug tard occupé par les comtes 

Herxheim, famille ^" te ^ résida en cette ville i, puis il fut habité par M. de La 
palatins du Rhin, quan ^^ ^ ^ ^ dey]nl |a proie deg flammes 

Bastie, comme nous 1 avons mu 4 

■ ■ Hps Herrn Pfaltzgrafen Adolph Johann's frau Gemahlin hof zu halten , jetzt 
iHolzapfelsche hof worin gegenwart.g ndant allhier zu res idieren pflegt (Kûnast, t. II. p. 527). 

monseigneur la Bastie , lieutenant du rot ( 2> 



Le Haras. 



Rue 
Sainte-Elisabeth. 



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Rue 
Sainle-Élisabeth. 



École Normale. 



92 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

en mars 1705. En 1713 , la maison actuelle fut bâtie par Perthois, habile serrurier et 
entrepreneur, auquel nous devons la belle grille ciselée qui séparait le chœur de la 
cathédrale de la nef, et qui repose sur ses greniers. Au commencement de ce siècle, 
un sieur Mannberger y eut sa fabrique de tabac, et aujourd'hui cette maison est 
la propriété de M. Hepp, professeur de droit des gens, auteur de la Théorie de la vie 
sociale et de quelques opuscules sur le haut enseignement. 

Dans la seconde moitié du treizième siècle , les dominicains quittèrent de nouveau 
leur établissement et bâtirent leur monastère et leur église au centre de la ville 1 . 

L'administration n'aurait pas pu choisir un local plus convenable pour l'École 
Normale que celui qu'elle occupe dans cette rue large, tranquille, bien aérée, où, 
jouissant, en outre, de l'avantage de posséder un vaste jardin , elle est beaucoup mieux 
logée que dans le local qu'elle occupait lors de sa formation en 1810. Cette institution , 
de laquelle sont sortis tant d'hommes qui ont rendu d'éminents services dans 
l'instruction primaire, a été fondée dans notre département par un préfet à jamais 
regrettable. Après s'être établie solidement à Strasbourg , elle a fait depuis le tour 
de la France et a valu au Bas-Rhin l'insigne honneur d'être placé un des premiers 
dans la statistique de l'enseignement primaire. Lézay de Marnésia, auparavant 
préfet à Coblence, la forma en arrivant à la tête de l'administration départementale 
du Bas-Rhin. Cet homme actif et éclairé disait souvent que les écoles sont au 
moral ce que les routes sont au physique, pour vivifier une nation comme un pays. 
Aussi, dirigea-t-il tous ses efforts vers ces deux branches de prospérité réelle. 
Il fit construire des chemins vicinaux, forma une école pour les piqueurs, institua 
des cantonniers pour l'entretien des routes. Dans les hôpitaux il introduisit de 
sensibles améliorations; il connaissait bien le cœur aimant des femmes, et le sentiment 
religieux qui les guide; il savait bien que leur dévouement pour les malades, que les 
soins continus qu'elles savent donner avec tant de douceur, sont tout autres que ceux 
que l'on peut attendre des mains mercenaires et souvent dures des infirmiers des 
hôpitaux ; il y fit entrer les sœurs de charité de Saint- Vincent-de-Paul. 

En ville comme à la campagne il créa des médecins cantonaux pour la propagation 
de la vaccine et pour donner les secours de l'art aux pauvres à domicile. Son zèle 
pour améliorer la culture du tabac et de la garance et pour les progrès de l'agriculture 
en général, le fit appeler le préfet laboureur. Cet homme distingué trouva une fin 
tragique en accompagnant le duc de Berry, dans son voyage en Alsace, en 1814. Les 
chevaux de sa voiture s'étant emportés, la firent verser, la lame de son épée se 
brisa, lui perça l'aine et mit fin à ses jours. Son corps embaumé repose encore 
dans un sépulcre de famille, à Krautergersheim , sans que personne de ses proches 



1 Voyez Temple-Neuf. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 93 

l'ait réclamé depuis, et le département, auquel il avait rendu tant de services, ne lui École Normale. 
a pas même élevé un modeste monument qui transmît à la postérité les traits et le 
souvenir de ce préfet modèle. 

Pour créer l'École Normale, Lézay de Marnésia envoya en Allemagne un pédagogue 
érudit de notre ville, M. Ferber, avec la mission d'étudier à fond la méthode 
d'enseignement, et de l'introduire chez nous avec les modifications nécessaires. Les 
élèves occupèrent alors les mansardes du grand Séminaire, et l'école, dont l'abbé Jœglé 
fut le premier directeur, ne tarda pas à produire les plus heureux résultats, grâce à 
l'active impulsion de M. Levrault, recteur de l'Académie, et de M. le conseiller de 
préfecture Pothier, membre de la commission de surveillance. Depuis la création de 
l'école, en 1810, ce respectable vieillard est resté , jusqu'à sa mort 1 , un soutien aussi 
zélé que désintéressé de cette utile institution , qui fut gérée, après la mort du premier 
directeur, par MM. Poinsignon, Magin, et plus tard par M. Vivien, aujourd'hui recteur 
de l'Académie du Haut-Rhin ; ce dernier eut la satisfaction de voir couronner ses efforts 
et ceux de ses prédécesseurs par les mesures prises par le gouvernement de 1830, qui, 
meilleur appréciateur que ses devanciers des services que rendent au peuple les 
instituteurs primaires, se fit un devoir d'améliorer leur sort sous le rapport pécuniaire 
et de leur assurer une position plus indépendante. 

En sortant de la rue Sainte-Elisabeth , nous avons à notre gauche la maison Nithard 
et les belles maisons Lamey, occupées par le frère et la nièce de notre poète Auguste 
Lamey ; la première fut transformée récemment en maison de santé, desservie par des 
sœurs diaconesses protestantes. Ce que nous avons dit sous l'article quai Saint-Nicolas 
s'applique à ces édifices, qui , au seizième siècle, étaient habités par les familles nobles 
des Beger et des Landsperg. 

Anciennement une porte fermait cette rue, dont elle tenait aussi le nom de 
porte Sainle-Élisabeth; elle se lie à l'historique des fortifications que nous allons 

continuer. . 

Près de l'hôpital civil nous avons vu les restes du premier mur d enceinte; nous les 
retrouvons aussi à la droite, le long du haras et des bâtiments de Saint-Marc qui s'y 
ndossent et les jardins situés dans le bas-fond nous désignent les anciens fossés qui 
les longeaient Les vestiges du second remaniement des travaux de défense, au 
seizième siècle' sont plus rares , et ne consistent qu'en une hauteur occupée par une 
maison et son jardin; celte hauteur est une partie de rempart comme on avait alors 
l'habitude d'en élever près des portes et sur les angles des fortifications, et dont notre 
dessin nous donne une idée plus exacte. 

En 1845, lorsque le génie militaire, dans ses travaux de reconstruction, arriva a ^n™^ 



Porte 
Sainte-Élisabeili. 



- Il mourut à l'âge de quatre-vingt-un ans , le 22 janvier 1850. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



Anciennes. 
Fortifications 



cette partie des fortifications 1 , on retrouva toute la ligne du mur extérieur, qui, en 
formant près de la porte Sainte-Elisabeth un angle très-ouvert, se dirigeait vers la 
vieille tour servant de prison militaire. Vient enfin la troisième époque des fortifications, 
telles qu'elles existent de nos jours; elles datent du dix-septième siècle et consistent 
dans les bastions en face de l'hôpital et de la rue Sainte-Elisabeth , qui ont reçu leurs 
noms de leurs vis-à-vis. Le premier, ainsi que la partie de rempart à laquelle il se rattache, 
fut élevé de 1636 à 1663, par les ingénieurs Arhard et Kernmann, et le second, de 
1657 à 1676, par Wall Jacob; c'est aussi à cette époque que furent démolies la porte 
et les tours et rondelles qui l'environnaient. L'enceinte se dirigea alors vers 1*111 , vis-à- 
vis la pointe que forme le bastion en face des Ponts-Couverts et en dehors de la tour 
mentionnée ci-dessus. Un ingénieur, au service de Hollande, Adrien, qui avait fortifié 
Berg-op-Zoom et d'autres villes de ce pays, avait été recommandé par le général Horn 
à notre sénat , qui l'employa à ces travaux. 

Dans le rapport qu'il adressa à la Chambre des XIII sur les fortifications existantes 
et sur les moyens de les perfectionner, l'ingénieur Adrien insista surtout pour que 
l'entrée de la rivière fût protégée plus efficacement, et proposa d'élever un grand 
bastion casemate sur la rive droite; cet ouvrage ne fut exécuté que de 1650 à 1676 par 
le même Wall Jacob, mais n'exista pas longtemps, car lorsqu'on construisit, sous la 
domination française, le bâtiment à cheval sur l'HP, muni de poutrelles pour se rendre 
maître des eaux, l'ancien bastion fut démoli et avancé vers l'extérieur, comme on le 
voit de nos jours. 

La caserne qui est construite sur cette partie de terrain, que l'on pourrait appeler 
avec la citadelle le sixième agrandissement de Strasbourg, date de 1789; la part 
des frais que supporta la ville fut de 234,670 fr. Le nom de quartier des Suisses 
[Schweilzer Caserne), que celle caserne portait alors, provenait de ce qu'elle était presque 
toujours occupée par un des régiments suisses à la solde de la France. En 1818, le 
régiment qui se trouvait alors à Strasbourg, ayant eu des rixes sanglantes avec d'autres 
corps de la garnison, fut éloigné, et depuis lors jusqu'à la révolution de Juillet, où les 
troupes suisses furent toutes congédiées , ils n'y tinrent plus garnison. 
Les Glacières. Ce fragment de rempart, dont nous avons parlé, servait, au siècle passé, de 
glacières et en porte encore aujourd'hui le nom , bien que depuis longtemps il ait 
cessé d'être employé à cet usage. Arrêtons-nous un moment à la maison qui occupe 
cet emplacement, et qui a, sans doute, une des plus belles expositions dans notre 



'Le revêtement du mur d'enceinte de la ville en moellons, posé devant les anciens murs en pierres cuites , le 
rehaussement des remparts , la construction de murs avec meurtrières , etc. , furent commencés à gauche de la 
porte Nationale, en 1824 , et achevés près du quartier, à l'entrée de 1*111 , en 4846. 

2 Ce bâtiment, qui s'appelle en allemand Mehlschleusen , était destiné à emmagasiner les farines servant de 
provision à la garnison. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



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ville sous le rapport de la vue 1 . C'est là que fut inventé un instrument, qui , par son Les CacSères. 

utilité pratique, a fait depuis le tour du inonde; c'est la balance à bascule. Cette 

invention, que nous devons à Aloïse Quintenz, qui habitait cette maison et y avait son 

atelier, nous prouve que le génie mécanique si riche en productions, s'il n'est pas 

secondé par des capitaux suffisants pour son exploitation, ressemble à une terre inculte 

que la main de l'homme seule peut faire fructifier, de même que l'argent sans emploi 

ne reste qu'un métal inutile. 

La nécessité du concours du génie et du capital pour faire fructifier cette invention , Aloïse Quintenz. 
amena en notre ville un artiste de premier ordre, M. Schwilgué, auquel nous devons 
la construction de la belle horloge astronomique de la cathédrale , ce chef d'œuvre de 
l'art. 

Quintenz, fils d'un horloger de Gengenbach , avait montré, dès son jeune âge, une 
grande aptitude pour l'étude des sciences mathématiques. Son père voulant qu'il 
entrât au couvent des bénédictins de sa ville natale, il y prit les ordres, et dans cet 
asile il ne négligea rien pour cultiver les dispositions dont la nature l'avait si 
heureusement doté ; ses progrès le firent distinguer par le prince prélat, qui lui confia 
l'enseignement des mathématiques aux novices, et lui permit de s'occuper de 
mécanique pratique. A la suppression des couvents dans le grand-duché de Bade, 
en 1804, le jeune bénédictin, pourvu d'une pension qui assurait son existence, chercha 
dans le monde une sphère plus vaste et plus active pour le développement et 
l'application de ses connaissances et se rendit dans ce but à Strasbourg. 

Entre autres travaux, auxquels il se livra en notre ville, il porta essentiellement 
ses études vers l'invention de machines pour filer le chanvre et le lin, invention à 
laquelle Napoléon avait attaché une prime de deux millions, sans cependant pouvoir 
atteindre un résultat complet. Le nouveau système de balance que Quintenz inventa 
ensuite , s'appliqua premièrement à des ponts à bascule, dont une première commande 
de six pièces lui fut faite pour les principales routes du grand-duché de Bade, et qu'il 
construisit dans la redoute, hors la porte Nationale , à la droite de la route de Barr, 
connue sous le nom de Pâle (Pastel) , que le génie militaire avait mise à sa disposition. 
11 étendit ensuite son système à des balances portatives, auxquelles il donna 
premièrement la forme carrée , qu'il changea plus tard en trapèze, afin de les rendre 
plus lé-ères Quand l'utilité de son invention et l'exactitude de son instrument furent 
démontrées »t que beaucoup d'industriels de notre ville et du Haut-Rhin en eurent 
hit l'application, Quintenz songea à en tirer profit, et le 6 février 1822, ,1 obtint 
un brevet d'invention pour s'en garantir la propriété ; mais à peine fut-il en possession 
de ce brevet qu'il mourut subitement , le 28 avril , à l'âge de quarante-huit ans. 

Quintenz n'avait pas de fortune privée; il avait donc été obhgé, pour fa.re face à ses 

•Elle appartient aujourd'hui à M. Dauvet, aneien commandant de la citadelle. 



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96 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Aloïse Quintenz. nombreux essais et à sa fabrication , de faire un appel à des capitaux étrangers , que lui 
procura un de ses intimes amis, lié avec lui depuis son arrivée à Strasbourg; c était 
M. Rollé, directeur des affaires de la compagnie des salines de l'Est en notre ville. 
Propriétaire du brevet d'invention , mais complètement étranger à l'art mécanique , 
M. Rollé se trouvait dans une position critique , et il lui fallait un homme de la trempe 
de son premier associé pour faire fructifier la découverte ; il le trouva dans la personne 
d'un modeste horloger de Schlestadt, et M. Schwilgué, en remplaçant le créateur de 
cette invention , contribua d'abord par ses conseils et par l'organisation des ateliers a 
la mettre en œuvre, jusqu'au moment où, s'associant à la fabrication, il créa le bel 
établissement d'horlogerie que nous avons signalé vis-à-vis de l'ancien hôtel de Deux- 
Ponts, dans la rue Brûlée. 

Le Lnumelthurm. En nous rapprochant de la rue du Finckwiller, nous voyons encore à notre gauche un 
échantillon de ces constructions chétives qui donnaient asile à une foule d'habitants 
pauvres , favorisés par le gouvernement français après la reddition de la ville (Usburger, 
Ausburger, manans) , et qui portaient ombrage au magistrat et à cette population de 
vieille roche qui jouissait du droit de bourgeoisie avec tous les avantages qui y 
étaient attachés, espèce de parias dans la société , vivant au jour le jour et cherchant à 
s'abriter au milieu d'une grande population, pour y trouver quelques fragments 
d'existence. Beaucoup de ces maisonnettes furent démolies il y a seulement quelques 
années, pour faire place à la construction des magasins de fourrage que le génie 
militaire y éleva. Les maisons à droite, de construction moderne , sont assises sur 
l'ancien fossé des fortifications 1 , et derrière se trouvait, contiguë au Herrenstall , une 
antique tour, sur la même ligne , faisant pendant à celle qui sert de prison militaire. 
Cette tour s'appelait le Dâurnelthurm (Tour des Pouceltes ou des Martyrs), où l'on 
appliquait la torture aux criminels. Elle fut démolie à la fin du siècle passé, de même 
qu'il y a une vingtaine d'années, on a démoli le Herrenstall et quelques maisons 
adjacentes pour faire place aux grandes constructions que la régie des tabacs y a 
élevées pour établir ses magasins. 
Le Herrenstall. A propos du Herrenstall, dont nous venons de parler, donnons quelques notions 
sur ces anciens bâtiments qui ont disparu; ils formaient un triangle irrégulier de 
maisons avec une vaste cour au milieu. Le mot composé de Herren-Slall , que nous 
traduirions en écurie des seigneurs, avait cependant dans son origine une tout autre 
signification. Le mot Stall, Slallum, Slallus, Eslallagium , désignait une place, un siège, 
conféré par un droit quelconque, tel que la stalle dans le chœur d'une église, l'étal 
ou les étaux (estaux) dans une boucherie, sur un champ de foire; il désignait le siège 

i Celle portant le n° Il , appartenant à M. Blanck , architecte, est habitée par notre artiste-peintre Klein, 
des produits duquel nous aurons occasion de parler dans le cours de notre ouvrage. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 97 

d'un noble châtelain, d'une recette (Burgstall, Zollstall), et c'est cette dernière LeHerrenstaii. 
destination qui lui a fait donner le nom de Herrenstall ou siège de la recette, où la 
noblesse en notre ville payait ses contributions. Kônigsboven, dans sa Chronique, nous 
le désigne aussi sous le nom : Der Steltehof bei der gedeketen Bruken. De même que le 
Pfenniglhurm, où la bourgeoisie non noble s'acquittait d'une partie de ses contributions, 
était sous la surveillance de trois membres du sénat, les Dreyer, chargés de la 
réception hebdomadaire des fonds perçus par les administrations fiscales, le 
Herrenstall se trouvait sous la surveillance de trois membres de la noblesse que l'on 
désignait sous le nom de adelige Dreyer. 

Ces bâtiments servirent aussi deux fois de refuge aux malades , comme nous l'avons 
indiqué sous l'article Hôpital , et en 1334, quand la ville fit confectionner des voitures 
pour le transport des hommes d'armes à pied dans les expéditions lointaines , elles y 
furent remisées, ainsi que le furent, au dix-septième et au dix-huitième siècle, les 
voitures de gala du Magistrat , que la populace mit en pièces lors du pillage de la 

Pfalzen 1789. 

En 1399, quand Strasbourg se trouva en guerre avec son évêque et avec la haute 
noblesse, une ordonnance du Magistrat enjoignit à tout citoyen faisant partie des 
corporations de métiers, de tenir un cheval de monture à son usage. La ville avait alors 
un millier de cavaliers, qui faisaient des excursions sur les terres de l'évêque en deçà 
et au delà du Rhin , où ils portaient les ravages de la guerre. Cette ordonnance nomma 
trois chefs écuyers, chargés de soigner les chevaux malades ou blessés, aux frais de la 
ville. Plus tard , celle-ci y tint ses écuries , à la tête desquelles se trouvait X Oberstallherr 
ou Marstallherr, qui était aussi le capitaine des hommes d'armes à la solde de la 

" Différents règlements régissaient ces écuries plus ou moins peuplées de chevaux , 
suivant les besoins, soit que les habitants restassent sur la défensive derrière les murs 

„ • ., ,., . , „„„„ n „ riplinrs En 1617, le nombre en fut réduit 

d enceinte, soit quils portassent la guerre au denois. jmi '»". 

de vingt-deux à seize , outre les quatre chevaux de carrosse , et par ce même règlement 

le Magistrat se ménagea le droit de disposer de ces chevaux pour- une promenade de 

quelques heures, sans demander, v était-il dit, la permission de l'écuyer. Neanmo.ns, 

dans toutes les circonstances, l'ancien sénat disposa des chevaux des part.cuhers qui 

en tenaient, soit pour leur industrie, soit pour leur plaisir, et les propriétaires , tant 

ii , • r . t - î , „ nml! Ap cavalerie jusqu'en 1681 , où la 

nobles que roturiers, firent partie du corps ae cavai^ j h 

i ,■ e . i- - n e i ^„ («i anand Louis XV vint à Strasbourg; , 

population fut désarmée. Ce ne fut quen 174+ , quauu ^^ g« 

i ■ r ► e ' » „A™ant pi à grands frais ; c'était une carde 

qu une cavalerie lut formée momentanément ei a &'•»'«» » s 

d'honneur, composée de cinq corps différents, savoir: de 86 négociants, de 53 bouchers, 

de 49 aubergistes, de 70 brasseurs et de 32 jeunes gens portant le costume 



Corps 
de Cavalerie 



des hussards. L'uniforme variait selon les corps ; 



les officiers étaient vêtus de velours , 



13 



FAUBOURGS. 



10 11 12 13 14 15 16 17 li 



19 20 21 22 23 24 25 26 






Corps 
de Cavalerie. 



98 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

galonné d'or et d'argent, et le luxe que déploya à cette occasion la bourgeoisie laissa 
de tristes lacunes dans bien des bourses 1 . 

Quand, au commencement de la révolution, la garde nationale se forma et couvrit le 
sol de la France de légions de citoyens armés, Strasbourg ne resta pas en arrière; 
l'ancien esprit républicain se réveilla, et ses habitants, au chant de la Marseillaise, se 
mêlèrent aux troupes de ligne pour la défense de nos frontières sur le Rhin. Un corps 
de cavalerie faisait partie de la milice citoyenne strasbourgeoise qui, toujours active au 
temps du danger où chacun payait de sa personne, rendit de grands services, soit au 
dedans, soit au dehors de la place; mais le danger passé, l'usage de se faire remplacer 
pour les gardes et les services effectifs y introduisit un élément de dissolution. 

Lorsque l'impératrice Joséphine arriva en notre cité et y passa quelques mois, en 
1805 et 1800, pendant les campagnes d'Allemagne, il s'y forma une garde d'honneur 
à pied et à cheval pour le service de sa personne. Ce corps se composait de citoyens 
notables et aisés et se distingua par sa belle et noble tenue. 

Après la malheureuse bataille de Leipzig, les armées coalisées s'étant rapprochées du 
Rhin pendant l'hiver de 1813-1814, la garde nationale de notre cité montra de 
nouveau , dans sa tenue et dans son instruction, cet esprit martial qui fut de tout temps 
l'apanage des enfants de Strasbourg. Pendant le blocus de 1814 , elle fit conjointement 
avec la faible garnison, minée par le typhus, le service de la place et du fort de Kehl; 
mais, à cette époque, il n'y eut pas de corps de cavalerie, parce que la mise en 
réquisition de tous les chevaux, depuis les chevaux deluxe jusqu'à ceuxdelagendarmerie , 
avait à peu près dépeuplé toutes les écuries de la ville. 

Toute la cavalerie, appelée à faire le service dans les reconnaissances et les sorties, 
formait à peine deux escadrons, composés de débris du 8» hussards, de quelques 
chasseurs du 7 e , de gardes d'honneur et de carabiniers Marie-Louise, nobles et 
malheureux débris de cette belle armée, montés sur des chevaux amaigris et écloppés. 
L'année suivante/quand Napoléon revint de l'île d'Elbe et pendant les cent-jours, il se 
forma de nouveau un corps de cavalerie de la garde nationale qui fit le service avec 
celle de la ligne pendant le blocus de la ville , mais qui fut licencié, avec toute la milice 
citoyenne, en 1817. Quand arriva la commotion politique de 1830, la garde nationale 
reparut de nouveau dans nos murs, forte de six mille hommes bien équipés et bien 
exercés, avec un beau corps de cavalerie ; mais la méfiance du gouvernement ne larda 
pas à la dissoudre quatre années après. 

A la suite de la révolution de février 1848, la garde nationale se reforma comme 
par enchantement. Le dimanche 27 février, une grande partie de cette garde civique 
se trouva sous les armes, fière d'avoir reconquis ses droits. Elle fut de nouveau dissoute 
par décret du 8 mars 1851. 

1 Voyez aussi place Gulenberg. 



cm 



9 10 11 12 13 14 15 16 17 li 



19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



Garde civique à chevaj de Slrasbour! 



Strasbourg j/Iusfrs, Faubourgs, Ag'e SS. 




Besamè et lith.par Alfred Touchemolin 



Litk E . Simon à SiTf.sbourë 



1744. 



CoTps des Négociants et des Bouchers . Corps des Brasseurs . Corps les Hussards . Corps des Aubergistes . 



1790. 



cm 



2 3 4 5 6 7 



9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 




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cm 



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2 3 



/s..^: 



iiii|iiii iiii|iiii iiii|iiii iiii|iiii iiii|iiii iiii|iiii iiii|iiii iiii|iiii iih^ 

5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 



m 



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9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 





T^K" 



PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 99 

Nous avons recueilli en quelques planches les divers uniformes que portaient nos 
cavaliers, pensant qu'ils rappelleraient en partie de chers souvenirs à ceux de nos 
concitoyens qui les ont portés à diverses époques de ce demi-siècle, le plus riche, 
peut-être, en grands faits que l'histoire ait jamais présenté. 

Après cette légère digression et avant de quitter le Finckwiller, faisons observer 
encore qu'au commencement du siècle passé ce quartier anguleux ne renfermait pas 
autant de maisons que de nos jours. Kùnast, dans ses notes manuscrites, nous y cite 
comme curiosités à voir en notre ville, sept grands et beaux jardins, sous les noms de 
Jardins Lemp, Flach, du sénateur Kaufmann, du pharmacien Spielmann, de Lobslein, 
Sébilz et Reichshoffer. Arrêtons- nous encore un moment à côté du chantier Stuber, 
devant celte modeste maison où nous lisons: Jacob, peintre; elle était habitée dans 
le siècle passé par notre digne Jean-André Silbermann , célèbre facteur d'orgues, auteur 
de l'Histoire locale de Strasbourg, de la Description de la montagne Sainte-Odile, et auquel 
nous devons notre gratitude pour le riche trésor de dessins, de monnaies et de notes 
historiques , archéologiques et descriptives , qu'il a laissé à notre ville. Ce n'est pas 
seulement comme savant et artiste que Silbermann mérite tout notre respect, mais 
encore comme homme privé; l'archiviste Gambs nous dit dans ses Memorabilia 
Argenlinensia 1754-1763, qu'il était d'une honnêteté et d'une probité exemplaires, 
d'une grande aménité sociale et qu'il s'était attiré l'affection et l'estime de toutes les 
personnes de sa connaissance. 

Les trois îles qui présentent leur front à l'entrée de l'III, portent encore aujourd'hui, 
à leur pointe, le cachet de l'architecture militaire des temps passés. Pour défendre et 
dominer la rivière, on construisit, vers la fin du douzième siècle, des tours à plaies- 
formes crénelées, avec des escaliers extérieurs, pareilles au modèle que nous en a laissé 
l'ancienne porte de l'hôpital. Celles que nous avons sous les yeux datent de la seconde 
moitié du quinzième; ces tours, d'une solide construction, ont servi de prisons jusqu'au 
moment où fut bâtie la maison d'arrêt derrière le Palais-de-Justice; aujourd'hui elles 
ne sont plus d'aucune utilité, et il serait à désirer qu'on réalisât un jour le projet de 
M. Sers, ancien préfet, qui voulait en faire des tours d'eau avec de vastes réservoirs, que 
des pompes hydrauliques, établies à leur pied, rempliraient facilement. Ces eaux, 
découlant de cette hauteur et conduites dans tous les quartiers de la ville, contribueraient 
beaucoup à son assainissement, à sa propreté, et pourraient encore alimenter des 
fontaines, dont on ornerait quelques places publiques; de cette manière on conserverait, 
en les utilisant, ces monuments des anciennes fortifications. 

En 1332, lorsque les corporations des métiers arrachèrent le pouvoir à la noblesse, 
événement dont nous avons parlé plus amplement à l'article de la rue Brûlée, les pointes 
en avant des tours furent garnies de murs crénelés, qu'on remplaça, au seizième 
siècle, par des constructions à meurtrières. Les premiers ponts qui relièrent ces îles 



Jardins. 



Ponts-Couverls. 



13. 



10 11 12 13 14 15 16 17 li 



19 20 21 22 23 24 25 26 



100 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Poms-Couverts. datent de la même époque et étaient construits en bois; dans les années 1438 et 
suivantes ils furent reconstruits en pierre et munis à l'extérieur de parapets crénelés ; 
en 1567, on rebcàtit en bois les ponts couverts et on les garnit de herses. W. Hollar 
nous a laissé en quatre belles planches gravées d'après les dessins d'L van de Velden, 
des vues de notre ville, représentant les quatre saisons; pour l'automne il choisit la 
douane où débarquaient les bateliers du Haut-Rhin pour y vendre leurs vins; 
une partie de traîneaux, faisant le tour de la place des Cordeliers (place Kléber), 
nous donne les plaisirs de l'hiver ; le tir public avec son tilleul séculaire et la foule de 
ses promeneurs représente le printemps, et pour l'été il avait fait choix des Ponts- 
Couverts avec le Wœrthel (îlot) et la rivière vivifiée de barques et de baigneurs. 
Avant la construction de l'écluse, la rivière était extérieurement barrée déchaînes, 

en temps de guerre. 
Faubourg National. Le faubourg National , dans lequel nous allons entrer, était anciennement désigné 
par le nom: lu den untern Wagnern (aux charrons inférieurs); il fut appelé plus tard 
faubourg Blanc, du nom de la porte Blanche (Weisen-Thurm), construite au seizième 
siècle et qui existe encore aujourd'hui. De même que les faubourgs de Saverne et de 
Pierre , il ne fut compris dans l'enceinte murale de la ville que pendant la seconde 
moitié du quatorzième siècle (1374-1390), lors de l'invasion de notre pays par les 
Anglais. Avant cette époque, la ville était fermée par un haut mur crénelé, dont nous 
voyons encore une partie complète derrière la maison curiale de Saint-Pierre-le-Vieux, 
et qui était flanqué de dix-huit tours depuis 1*111 jusqu'à Saint-Élienne ; le double fossé 
avec le Faux-Rempart formait la première ligne de défense et trois hautes tours, garnies 
de herses et de pont-levis, servaient de portes de ce côté. Elles s'appelaient Porte du 
Péage {Zolllhor) près Saint-Pierre-le-Vieux, Porte de Spire près du faubourg de Saverne, 
et Porte du Fort {Burglhor) près du faubourg de Pierre. 

Du temps qu'existaient encore ces Faux-Remparts, dont nous avons parlé à l'article 

Sainte-Claire-en-llle, on y arrivait par un pont près de la tour, sur la pointe du dernier 

îlot; en face, un petit pont couvert donnait entrée à la commanderie de Saint-Jean, et 

un troisième, se détachant à la pointe du Faux-Rempart, servait de communication 

avec le faubourg, au bas du rempart 1 . 

Sainte-Trinité. Jetons un coup d'oeil rétrospectif sur le terrain qu'occupent aujourd'hui les maisons 

de correction et de refuge. La légende nous rapporte que dans les temps où la force et 

la puissance des municipes ne s'étaient pas encore développées, où des rivalités 

sanglantes divisaient le pouvoir ecclésiastique et la noblesse qui dominait dans ses 

châteaux forts, un comte Werner de Hunebourg, maréchal ou avoyer de l'évêque, y 

fonda une église avec couvent, sous l'invocation de la Sainte-Trimte. 

'Voyez la planche. 



cm 



9 10 11 12 13 14 15 16 17 li 



19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 






Panorama de Strasbourg . Faubourgs, Page 100. 





Anciennes Tours de Fortification et Ponts- couverts. 




Partie de l'ancien mur l'encein- 



te vis à vis de l'Église de Si Pierre le vieux 



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2 3 4 5 6 7 



9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



101 



Ce Werner, homme rude et altier, avait lait beaucoup de mal à notre cité par ses 
entreprises hostiles; poussé par le repentir, il voulut expier par cette œuvre de piété 
les iniquités qu'il avait commises. Il mourut en 1166 et s'y fit enterrer; sa pierre 
tumulaire nous donne l'année 1150 comme celle de la fondation de cette œuvre. 

DA MAN ZjEHLT VON GEBURT CIIRISTI MCLXVI STARB UND 
WAR BEGRABEN DER EDEL UND WOHL GEBOHREN HERR 
MARSCHALK WERNER VON HUNEBURG DER DIESE 
KIRCH MIT IHREM CHOR ZU ALLERERST HAT GETHAN 
BAUEN UND WIHEN IN DER EHR DER HEIL1GEN DRIE- 
FALTIGKEIT ZU DER ZIT ALS MAN Z^HLT MCL. 
BITTEN GOTT FUR IHN. 



Sainte-Trinité. 



Les dynasles de Hunebourg nous fournirent, vingt-quatre années après, un des 
membres de leur famille dans la série de nos évêques, sous le nom de Conrad ; ce prélat 
fut entraîné par l'esprit chevaleresque et en même temps si religieux qui caractérise 
l'époque où les Hohenstauffen ont occupé le trône impérial. Dans les conflits qui 
s'élevèrent après la mort du fils de Frédéric Barberousse, entre Olhon de Saxe et 
Philippe de Souabe, qui se disputaient la couronne impériale, Conrad de Hunebourg 
épousa la cause du premier; Philippe, pour s'en venger, entra en Alsace, assiégea 
Strasbourg et ravagea les terres de l'évêque, qui fut forcé de se soumettre jusqu'à ce 
que la main régicide d'Othon de Wittelsbach eût mis fin aux jours de cet empereur. 

C'est à ce même Conrad que nous devons l'établissement des fortifications, dont 
nous avons parlé ci-dessus, et, en comméralion de son constructeur, la porte de Spire 
fut ornée du buste du prélat avec l'inscription suivante: 



CONRADUS DE HUNEBURG FIDELIS ARGENTINENSIS EPISCOPUS. 

Au couvent fondé par le comte Werner et dans lequel résidaient quelques chanoines 
réguliers du couvent de Saint-Arbogast, fut adjoint, en 1280, par un écuyer Cuntz von 
der Mâgde, un hôpital pour douze vieilles femmes pauvres, qui devaient y servir Dieu 
jour et nuit; c'est également dans cette retraite que fut rédigé, en 1322, le premier 
code qui régit notre ville libre impériale 1 . 

Dans ce même siècle, l'ordre des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem , arrivé à Commande™ 
l'apogée de sa puissance par la conquête de Rhodes et par sa courageuse défense contre de Sai «t-^«- 
les attaques réitérées des armées du Croissant, jouissait d'une grande considération et 



1 Voyez place Gutenberg. 



cm 



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19 20 21 22 23 24 25 26 



102 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Conimanderie avait des propriétés étendues sur divers points de la vallée du Rhin, dont une grande 
de Smnt-Jean. p art j e ]ui était parvenue par }a sup p ress ion de l'ordre des Templiers. En Alsace il 
avait déjà établi des comuianderies près de Doiiisheim, à Schlestadt, à Cohnar, à Soultz , 
à Issenheim , sans posséder toutefois de siège dans sa capitale, quand Rulmann 
Merswein, d'une famille noble de Strasbourg, guidé par des sentiments de piété, acheta 
en 1371 le terrain dans l'île Verte i ainsi que la maison fondée par Wérner de Hunebourg , 
qui était presque tombée en ruines. Il fit bâtir l'église, la dédia à saint Jean, y ajouta 
des bâtiments, des jardins, et les donna à l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, à 
condition que les frères chapelains de cet ordre y feraient à perpétuité l'office divin. 
Cette donation fut acceptée par Conrad de Brunsberg, grand-prieur d'Allemagne, et 
confirmée par le grand-maître Raymond Bérenger dans son chapitre général. Le grand- 
prieur y choisit sa résidence ordinaire, en devint le principal bienfaiteur par ses 
libéralités et donna l'habit de l'ordre et la croix à Rulmann et à ses compagnons, qui 
furent reçus au nombre des religieux; Rulmann y vécut jusqu'à sa mort, en 1382, et y 
fut enterré; il laissa beaucoup de livres religieux et mystiques écrits de sa main; 
une partie s'en trouve encore à la bibliothèque de la ville, qui du temps de la 
révolution recueillit celle de cette commanderie. 

Raymond du Puy, premier grand-maître, avait séparé en trois classes YOrdre des 
chevaliers hospitaliers près du tombeau du Christ en terre sainte (nom qu'il portait avant 
la conquête de l'île de Rhodes), la première, celle des nobles, destinée à la profession 
des armes; la seconde , celle des prêtres ou chapelains, consacrée au service divin dans 
les églises conventuelles, et la troisième, les frères servants d'armes, employée à faire 
la guerre. C'est surtout la seconde classe qui avait sa résidence en notre ville ; la vie 
réglée qu'ils menaient, et une observation sévère de leurs statuts, leur firent obtenir 
des privilèges dont ne jouissaient pas les autres maisons. Le rang de commandeur de 
l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem était donné soit de justice (par ancienneté), soit de 
grâce, c'est-à-dire par le grand-maître ou par les grands-prieurs d'une langue , en vertu 
du droit attaché à leur dignité ; néanmoins celui de l'Ile- Verte à Strasbourg était élu 
par les chapelains et avait le- droit de porter la mitre, la crosse et les autres 
ornements pontificaux. 

En 1434, une autre preuve de haute confiance échut à cette commanderie. D'autres 
maisons de l'ordre voulaient démembrer quelques-unes des propriétés de la commanderie 
de notre ville, mais le grand-maître Antoine Fluvian chargea le grand-prieur de 
France, Hugues de Lart, avec quelques chevaliers, de faire la visite de l'ordre 
d'Allemagne; celui-ci convoqua le chapitre de celte langue à l'Ile- Verte et ordonna 
que cette commanderie, qui était du nombre des maisons exemptées, restât en son 

1 0n appela cet établissement Sainl-Jean-en-1'Ile- Verte du nom de ce terrain et pour le distinguer d'un autre couvent 
de Saint-Jean qui existait alors sur remplacement de la citadelle. 



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.Strasbourg iJJuslré Faubourgs, Page 10.3. 




l'L AN ET RELIEF 
du Couvent des Chevaliers de S! Jean de Jérusalem à .Strasbourg, en 1630. 




cm 



2 3 4 5 6 7 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 103 

entier, de peur, dit-il dans son décret, que cet unique signe de l'observance de la Gommanéeriè 
religion de Saint-Jean-de- Jérusalem en fût obscurci. En examinant le plan de cette de Saint " Jean - 
maison telle qu'elle était en 1630, avec son église, son hôpital , ses logements, écuries, 
jardins et dépendances, on peut se faire une idée du caractère grandiose de cet 
établissement mi-religieux et mi-militaire : aussi fut-il alors souvent choisi comme 
séjour par les hautes sommités de l'époque. 

Le pape Jean XXIII y séjourna en 1415, sous une garde de cinquante hommes, 
alors qu'après avoir révoqué son abdication au concile de Constance, il fut détrôné 
de fait et remis comme prisonnier entre les mains de Louis de Bavière, comte 
palatin, qui le retint ensuite, jusqu'en 1419, à son château de Heidelberg et de 
Mannheim. Dans le courant de ce même siècle, levêque de Païenne, député au concile 
de Bâle; le cardinal d'Arles, président de ce même concile, en 1497; le cardinal 
Raymond, légat du pape Alexandre Borgia, qui arriva en notre ville où il débita force 
indulgences, y trouvèrent un accueil hospitalier 1 ; mais l'hôte le plus illustre de cette 
commanderie fut l'empereur Maximilien I er , qui y résida, à diverses reprises, depuis 
1 492 jusqu'en 1 507 2 . 

Parmi les nombreux seigneurs et prélats qui accompagnèrent ce monarqne pour 
assister au sacre de l'évèque Guillaume de Hohenstein , se trouvèrent un comte de 
Zollern, un comte de Wurtemberg et le prévôt de la cathédrale d'Augsbourg, qui y 
logèrent également avec leurs nombreuses suites. 

Les chapelains de Saint-Jean s'évertuèrent de se rendre agréables à l'empereur ; 

caves et cuisines furent mises à sa disposition, et la situation pittoresque de leur maison, 

sur le bord de la rivière, contribua beaucoup à lui faire aimer ce séjour 3 . Derrière la 

commanderie, une tour de fortification, appelée la Tour-du- Diable, fut transformée en 

maison de plaisance, d'où l'empereur aimait à jouir de la vue du riant paysage 

entrecoupé des bras de Mil et de la Bruche et fermé par les lignes onduleuses des 

Vosges et de la Forêt-Noire. Si la grande salle de la commanderie qu'ornait une vue 

générale de Jérusalem, peinte à fresque, retentissait de joyeux banquets et du bruit 

n * ta tnnr retirée fut témoin des études de Maximilien; là, entouré de 
des armures, cette toui îeuic „.,-,„ , , 

livres, il s'entretenait avec l'austère et savant Geiler de Kaysersberg sur les dogmes 



ip HKii ant Érasme, alors conseiller de Charles-Quint à Bruxelles, y logea en passant par notre ville 

En 151 4, le sav jm imeur Froben, à Bâle, où il se fixa plus tard. Il fut reçu avec distinction par les 

pour se rendre c w s0 desqU els Wimpheling le harangua, 

savants de Strasnouig, ^ ^ se trouva une vin giaine de fois en notre ville (voyez Plaine-des-Bouchers). 

a Pendant son règne, J SlI ,, sl , our „. ie mercredi 21 février 1507, avec cinq cents chevaux , la ville lui fil 

3 On on d IVniDCl'CUr 3 IN VU « oucisuuui^ ) *'-' 

v , ,„„„«„„» de vin de cent rézeaux d'avoine, de quatre bœufs et de cent poissons; sa fille, qui 

linmma«o de douze tonneaux ue vin. «^ ,.,-.• • a ' - 

uuinuidge uv ^ ^ tonneaux de vin , cinquante rezeaux d'avoine et cinquante poissons. Outre quelques 

arriva le len emain , - aue lques parties de chasse qu'il fit dans notre province , son séjour se prolongea 

petits vovages a Haguenau , eic. , ci h h . * 
jusqu'au 21 avril suivant. (Wencker, Chromque manuscnte.) 



fea 



10 11 12 13 14 15 16 17 li 



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104 



PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



Commanderie religieux, sur les inspirations de lame, sur l'ébranlement de l'Église déjà prévu aux 
conciles de Constance et de Bàle et accéléré encore par certains de ses chefs, qui 
menaient une vie peu conforme aux préceptes de leur divin maître. Les promenades 
sur l'eau faisaient aussi partie des divertissements de l'empereur, qui, d'après le récit 
que nous en laisse dans son journal Erhardt Kienig, commandeur de Saint-Jean-en- 
l'Ile, allait souvent en bateau, accompagné d'une nombreuse suite, pour se rendre chez 
sa fille, la duchesse douairière de Savoie, qui logeait à l'auberge de l'Esprit. Le même 
Erhardt Kienig s'émerveille beaucoup du trésor impérial que lui montra Maximilien, et 
cite entre autres un collier de perles et de pierreries de la valeur de 24,000 florins, une 
croix qui en valait 60,000, et une perle d'une grosseur prodigieuse qui en avait coûté 
100,000. Avant son départ, l'empereur leur fit don de riches étoffes de velours et de 
brocart d'or et leur envoya de Constance son portrait avec une lettre autographe 1 . Comme 
on le pense bien, le séjour prolongé de ce prince dut coûter bien cher à l'ordre, et on 
attribue à Geiler cette réponse caustique faite aux chevaliers, qui se plaignaient de leur 
pauvreté: « Quand on est pauvre, on ne possède pas de maisons royales, et quand on 
en possède, il faut s'attendre à loger des rois 2 . » 

Pendant les secousses religieuses et politiques de ce même siècle, les chevaliers de 
Saint-Jean , auxquels le sénat défendit de faire publiquement l'office religieux, restèrent 
néanmoins en possession de leur établissement; mais, lorsque la guerre de trente ans 
vint porter ses ravages en Alsace, ils furent obligés de l'évacuer; on démolit leur 
église ainsi qu'une partie des bâtiments , et la ville leur abandonna, comme séjour, la 
prévôté de Saint-Pierre-le-Jeune. Le terrain fut alors occupé par les fortifications que 
nous y voyons encore aujourd'hui. 

Les chevaliers avaient perdu l'île de Rhodes , en échange de laquelle Charles-Quint 
leur avait donné celle de Malte, rocher inculte, qu'ils transformèrent en une vaste 
citadelle; le prestige qui, dans les temps passés, s'était attaché à leur renommée, 
ne vivait plus que dans l'histoire, leur nombre même avait diminué; aussi les bâtiments 
de la commanderie de Strasbourg qui étaient restés sur pied et dans lesquels ils 
rentrèrent en 1649, furent-ils assez vastes pour les recevoir; faute de chapelle, on 
leur alloua l'église de la Madeleine pour l'exercice de leurs devoirs religieux. 

Quand Strasbourg devint ville française, les chevaliers de Malte revendiquèrent leurs 



'Ce portrait, peint à l'huile par Jean Holbein , peut-être, existe encore à Strasbourg et fait partie de la collection 
de M. Schœnlaub. La tète, représentée de profil, est ornée de la couronne impériale, un manteau cache une partie 
de l'armure , de la main droite il tient le sceptre et la gauche repose sur le pommeau de son glaive. Une inscription 
en caractères d'or fait mention du don de Maximilien et de la date de la réception. 

-Sic beklagten sich deswegen Doctor Keisersberger und begehrten seinen Roth wie der Sach ahzuhclfen , mil 
Ermelten sie als arme Brader wûrdens in die lange nicht erschwingen môgen , darauf cr sagt: Haltet ihr gebaul 
wie arme Briider so hâttet ihr dièse Gaste nicht , weil ihr aber gcbaut wie Fùrsten , ists auch billig das ihr solehe 
beherbergt. (Wencker, Chronik 1507.) 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 105 

droits, et on fut obligé de leur céder en compensation l'Auraônerie ou couvent de Commanderie 
Saint-Marc, qu'ils rebâtirent et dans lequel ils demeurèrent jusqu'à la révolution 1 . de Saint - Jean - 

En 1766, on bâtit sur le terrain de l'ancienne Commanderie la maison de détention 
et de correction; en y entrant, on retrouve encore sur les murs du bâtiment de gauche 
à l'angle donnant sur le canal, des fresques dans le style de la Renaissance; c'est 
l'hôpital construit, en 1547, par le commandeur Grégoire Beyt, seul reste de cette 
maison. Si un jour on vient à fouiller la terre dans l'église actuelle de Saint-Jean, en 
dehors du chœur, à côté de l'autel de la Sainte-Vierge, on trouvera un cercueil en 
étain, contenant les ossements du fondateur Rulmann Merswein, qui avaient reposé 
en paix jusqu'en 1766, où, la construction des bâtiments actuels ayant été commencée, 
ces restes furent exhumés et transportés par les chevaliers dans leur nouvelle demeure. 
Tels sont, avec quelques vieux livres poudreux, les seuls vestiges que nous aient laissés 
ces pieux chevaliers , dont les hauts faits sur terre et sur mer ont retenti jadis dans le 
monde entier. L'ordre de Malte est disséminé de tous côtés; un conquérant catholique 
s'est emparé de son île, un empereur schismatique, dans un accès de folie chevaleresque, 
a voulu le reconstituer, et une reine protestante domine à Malte. 

Dans le temps où nous vivons, il en coûterait peu aux puissances chrétiennes de 
reconquérir la terre sainte et classique du Christ; on n'ose le vouloir. On donnerait 
la Palestine avec les tombeaux d'Abraham, d'isaac et de Jacob au peuple de Dieu, qu'il 
n'en voudrait pas davantage, et si aujourd'hui la ferveur religieuse ne s'exprime plus 
en persécutions et en guerres sanglantes, les nations ne sont pas moins chrétiennes 
qu'alors, mais moins barbares et plus civilisées. 

En suivant l'étroite rue de Saint-Jean, qui débouchait dans le faubourg National 2 , 
on arrivait à l'ancien couvent des moines Augustins, situé en face de la Commanderie. 
Il n'existe plus aujourd'hui la moindre trace de cette maison religieuse, et sur le terrain 
qu'elle occupait jadis, s'élève l'auberge de la ville de Nancy avec ses dépendances 
et quelques autres constructions. Ces moines s'y établirent en 1265 et y prospérèrent 
par les offrandes que leur firent les fidèles; mais au siècle suivant ils subirent l'influence 
des événements politiques qui agitaient l'Allemagne. Les foudres du Vatican, lancées 
successivement par trois papes sur l'empereur Louis de Bavière , avaient retenti jusqu'en 
notre ville. La noblesse s'était divisée en deux camps 3 , et la population, profitant de 
ces querelles intestines et lasse de porter le joug qui depuis si longtemps pesait sur 
elle, s'émancipa par une révolution qui lui mit en mains les rênes du gouvernement. 
D'accord avec d'autres princes et d'autres villes hostiles à la maison d'Autriche, elle 



Couvent 
des Auguslins. 



1 Voyez Saint-Marc. 

2 La série de maisons depuis le pont jusqu'à la maison de détention fut achetée et abattue en 1847 pour y établir 
un quai , le long du canal de navigation. La maison du coin près du pont était occupée par l'auberge du Tilleul. 

3 Voyez place Gutenberg. 



'AUBOUUUS. 



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Couvent 
des Auguslins. 



106 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

soutint avec énergie la cause de l'empereur excommunié, tandis que l'évêque et le 
clergé défendaient la cause du chef de l'Église. On s'entre-heurlait, on bataillait, et 
pendant ces dissensions continuelles, les temples étant fermés, la religion n'y trouvait 
plus la consolation que l'Église lui refusait. Ce fait nous est rapporté très-naïvement 
par un de nos historiens qui nous dit que, du temps de Louis de Bavière, les Auguslins 
étant restés dix-sept ans sans chanter, la population les abandonna , en même temps 
que leurs biens diminuèrent; mais qu'après qu'ils eurent recommencé leurs chants, les 
fidèles revinrent et avec eux les offrandes qui continuèrent à les enrichir. 

Une autre crise les attendait en 1524; Treger, leur provincial, s'était élevé comme 
champion infatigable contre la nouvelle doctrine que prêchait son confrère, le professeur 
de Wittemberg. Il fit imprimer à Strasbourg ses Paradoxes ou cent disser laitons 
théologiques, les distribua dans un voyage qu'il fit à Fribourg, sa ville natale, et en 
d'autres villes de la Suisse, et engagea les prédicateurs de la réforme à Strasbourg à 
une controverse dans laquelle il voulait combattre leur nouveau dogme. Le gant fut 
relevé par ces derniers, qui demandèrent au sénat l'autorisation d'entrer eu lutte avec 
lui; chacun, à l'appui de ses opinions, interprétait à sa manière la Bible et les pères 
de l'Église, et cherchait à convaincre son antagoniste. Comme juges dans cette lutte de 
la pensée, de l'érudition et de la foi, le sénat nomma dans son sein une commission 
de trois membres: Jean de Mitlelhausen , Martin Herlin et Jacques Lauffenberger; il 
fixa en outre le jour et choisit pour le lieu de la discussion le couvent des Augustins 
même. Mais Treger refusa de prendre part à celle polémique, alléguant pour raison la 
défense qui lui en avait été faite par l'évêque. Peut-être agissait-il avec sagesse, car 
des hommes de cette trempe auraient longtemps pu discuter sans tomber d'accord et 
sans pouvoir se convaincre; l'expérience ne nous le prouve-t-elle pas lorsque nous 
jetons les yeux sur les querelles scolastiques? Bucer, un des réformateurs, publia alors 
une réponse aux Paradoxes de Treger; Capilo et Zell, ses collègues d'un côté, Murner, 
le prieur des Cordeliers et celui des Dominicains de l'autre , s'en mêlèrent aussi , et 
ces champions de la foi s'échauffèrent au point d'échanger les plus grossières insultes 
au nom d'un Dieu d'amour et de paix; les écrits de Murner surtout sont remarquables 
sous ce rapport. Les choses n'en restèrent pas là : le peuple , excité et provoqué en chaire 
par le clergé, prit part à ces disputes; il lisait avec anxiété le grand nombre d'écrits 
publiés alors, et, comme disait un chroniqueur contemporain : « L'Évangile commençait 
«à lutiner dans les têtes de ces bons bourgeois quand ils étaient assis le soir dans leurs 
«poêles, près de la bouteille.» Le beau sexe, ordinairement si doux et si passif, se 
mêla très-activement à ces luttes, et la pétition suivante, adressée par des femmes aux 
réformateurs , nous prouve à quel point l'exaltation religieuse s'était emparée de leur 
esprit: 

«Dignes docteurs et prédicateurs , nous femmes, nous vous prions en l'honneur de 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 1()7 

« la volonté divine de nous faire accorder par l'autorité la permission de chasser de 
« l'église, quand ils disent la messe, ces blasphémateurs impies et hérétiques, les prêtres 
« papistes. Nous ne demandons d'autres armes que nos quenouilles, il nous suffit de 
« marcher sous l'égide du Dieu tout-puissant. Nos hommes ou maris n'en doivent subir 
<• aucun reproche, et, si nous y parvenons, nous serons seules responsables. Que le Dieu 
« tout-puissant éclaire les cœurs, afin qu'on nous le permette, nous ne voulons point 
« de la participation des hommes , car de tous les quatre coins de la ville les femmes se 
« réuniront. Amen.» 

Comme on le pense bien, l'autorité se montra sourde à la voix de ces amazones à 
quenouilles, qui furent rappelées à l'ordre. Pendant tous ces événements qui préparaient 
le schisme de l'Église, le sénat eut à remplir une charge aussi pénible que délicate; 
convaincu des abus qui s'étaient glissés dans le clergé, il avait à ménager à la fois 
et sa position politique vis-à-vis de l'empire et de ses alliés, les cantons suisses, et sa 
position religieuse vis-à-vis de son évèque, et en outre il devait chercher à calmer 
1 exaltation des partis. Inaccessible à la passion et guidé par la saine raison , il resta à 
la hauteur de sa mission conciliatrice; craignant toutefois que Treger, qui avait une 
grande influence en Suisse, et qui voulait y retourner, ne pût nuire aux intérêts de la 
ville, ,1 donna ordre de s'assurer de sa personne. La populace excitée s'était déjà 
transportée en masse dans la rue Saint-Jean , avait envahi le couvent des Augustins et mis 
la main sur le provmcial qu'elle amena prisonnier à l'Hôtel-de-Ville; de là elle s'était 
rendue chez les Dominicains, dont elle se vengea en arrêtant plusieurs de ces religieux 
et en vidant leurs caves; elle avait de même envahi la demeure de Murner. 

Pendant ce temps, la bourgeoisie, rassemblée dans ses tribus, protestait contre cet 
acte de rébellion et de vengeance personnelle , que le sénat réprima sévèrement- Treger 
et Murner furent obligés de quitter la ville, après avoir juré de ne jamais rien 
entreprendre d'hostile contre elle, soit par actes, soit par écrits. En même temps 
une ordonnance de police obligea les ecclésiastiques , à l'exception des chapitres et du 
grand-chœur de la cathédrale, à se faire inscrire sur la liste de la bourgeoisie et à se 
soumettre comme tels aux lois qui la régissaient. 

Dans cette même année, les théologiens réformateurs commencèrent à dire les 
formules des sacrements et la messe en langue allemande jusqu'en 1530, où h 
langue farine fut totalement abolie par décision du sénat qui avait consulté le collège 
des trois cents échevins. Beaucoup de moines et de nonnes quittèrent leurs couvents 
se marièrent et entrèrent dans la vie civile, d'autres furent pensionnés par la ville, qui ' 
par un motif d'intérêt général , s'empara des biens des institutions religieuses. Ce fut 
le sort du couvent des Augustins, qui, en 1534, fut converti en gîte des pauvres 
{Elenden Uerberg), établissement dont voici l'origine: Un grand nombre des pèlerins 
qui visitaient les lieux saints de l'Alsace, arrivaient en notre ville dans un triste état 



14. 



Couvent 
des Auguslins. 



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Couvent 
des Augustin». 



Chapelle du 
Saint-Sépulcre. 



108 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

de dénûment; le sort de ces malheureux toucha vivement Ettelin d'Utlenheim , 
vicaire de la cathédrale, qui, en 1360, consacra une partie de sa fortune, augmentée 
par des quêtes, à la création d'une maison dans la rue Sainte- Elisabeth, destinée à 
héberger les pèlerins indigents. Les ravages des guerres et des famines forçaient 
souvent dans ces temps les gens de la campagne à chercher un abri sous les murs de 
la ville, ou à faire appel à son hospitalité, de même que les persécutions religieuses, 
qui suivirent la réforme, en engagèrent d'autres à se mettre sous sa protection. 

Les besoins s'agrandirent, le cercle des secours et l'auberge des pauvres au profit des 
étrangers indigents, devinrent des institutions municipales, pareilles à l'Aumônerie 
établie dans l'ancien couvent de Saint-Marc au profit des habitants de notre ville qui 
jouissaient des droits de bourgeoisie. Ces maisons ne suffisaient pas toujours à les abriter; 
on était alors obligé, pour y subvenir, de construire des baraques en bois dans le Marais- 
Vert. Speclin et Kunast nous citent, dans leurs siècles, une série d'années, comme 
époques auxquelles la pitié de nos ancêtres se signala le plus par les secours qu'elle offrit 
aux étrangers indigents. On logea et on nourrit temporairement chez nous 1800 pauvres 
étrangers en 1529, 33,548 en 1530, 1500 en 1563, 19,453 en 1582, 41,058 en 1586 
et 7906 en 1603. 

En 1630, le gîte des pauvres fut de nouveau transféré de l'ancien couvent des 
Augustins au Vieux-Marché-aux-Vins, et une partie des bâtiments fut employée comme 
maison de correction, jusqu à la construction de celle dont nous' avons parlé dans 
l'article précédent, qui reçut alors les condamnés. L'autre partie fut démolie, et les 
dames de la congrégation du Saint-Sauveur y bâtirent un nouveau couvent et s'y 
installèrent en 1729. Ces religieuses, qui s'occupaient essentiellement de l'éducation de 
jeunes demoiselles, étaient venues de Longwy et s'étaient fixées en 1688 à Molsheim. 
La volonté de Louis XIV les appela en notre ville , où elles restèrent jusqu'à la 
révolution. 

Outre leur église, les Augustins possédaient dans leur jardin, en face de la 
Commanderie de Saint- Jean, une petite chapelle bâtie, en 1378, par un frère de leur 
ordre, Jean de Schaftolsheim ; elle était de forme octogonale et ressemblait h la chapelle 
du Saint-Sépulcre à Jérusalem. Grandidier, dans ses Essais sur la Cathédrale , nous dit 
que les statues de grès formant le groupe des disciples du Christ sur la montagne des 
Oliviers dans la crypte de cet édifice 1 , proviennent de la chapelle du Saint-Sépulcre des 
Augustins , d'où on les enleva pour les poser dans ce souterrain , lorsqu'au seizième 
siècle cette chapelle fut transformée en poudrière. Elles n'y ont cependant jamais 
existé, car ces statues doivent leur création à Nicolas Rœder de Diersbourg, qui les 
avait commandées à un artiste dont le nom nous est resté inconnu, et qui par son 



1 Elles furent enlevées en 1846 , quand l'architecte de la cathédrale, G. Klolz , restaura la crypte et le chœur. 



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tannrama 



de Strasbourg, Faubcrurgs.PagelOîi. 




Ancienne Chapelle du Saint - Sépulcre . 





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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 109 

testament, daté de la veille de Saint-André 1498, voulut qu'elles fussent placées pies 
de sa tombe, au cimetière derrière Saint-Thomas. La tribu du Miroir que Rœder 
avait instituée légataire pour le cas où le chapitre de Saint-Thomas ne remplirait pas 
les conditions à lui imposées, les y fit placer en 1530. Par une raison inconnue, elles 
furent transférées rue Sainte -Elisabeth, dans une maison de Béguines, appelée 
Schâfelsheimerhof , où elles restèrent jusqu'en 1667, époque à laquelle la cathédrale les 
reçut; nous en parlerons plus amplement autre part. 

Une autre chapelle vers l'ouest et à côté du couvent dont nous venons de parler, 
avançait sur la principale rue du faubourg; elle faisait mentir le premier principe de 
l'art de l'architecture, qui consiste à construire avant tout sur un fondement solide; 
elle en manquait complètement, ce qui ne l'empêcha pas de rester sur pied pendant 
un millier d'années. Silbermann, qui s'intéressait tant à tout ce qui entrait dans le 
domaine de l'art et de l'histoire dans notre ville, la vit démolir en 1767; il fut tout 
étonné de cette construction de murs massifs qui n'avaient d'autre base que l'éminence 
de terre sur laquelle ils étaient assis et que l'on appelait le Michelsbûhl. Pendant 
l'opération du creusement et de l'enlèvement de la terre pour le nivellement, un pan 
de mur s'affaissa et faillit tuer quelques ouvriers. 

L'origine de cette chapelle remonte à ces temps où le miraculeux se confond si 
facilement avec la vérité. Nous allons laisser raconter cette légende à notre chroniqueur 
Kônigshoven, sans nous occuper à relever tous les anachronismes que l'historien 
pourrait critiquer: 

«A l'époque où saint Amand , premier évèque de Strasbourg, exerçait une grande 
influence sur le caractère du roi Dagobert, qui résidait souvent alors dans notre 
province, saint Arbogast vivait comme anachorète dans son ermitage sur les bords de 
1*111 près de la ville, où il n'était bruit que de ses vertus 1 . 

«Sigebert, fils du roi, chassait un jour dans les épaisses forêts qui avoisinaient 
Ebersheim; entraîné par son ardeur à la poursuite du gibier, il se détache de sa 
suite , et son cheval , lancé au galop , s'arrête tout à coup devant un énorme sanglier. Le 
coursier se cabre d'effroi , désarçonne le jeune prince avec tant de violence qu'il reste 
étendu comme mort dans le fourré; on le trouve dans ce triste état, et on l'emporte en 
sa demeure où il expire le lendemain. Les parents éplorés se souviennent alors du saint 
homme qui demeurait sur les bords de 1111, non loin du royal Palladium; on le fait 
venir, et Arbogast, se jetant à genoux devant l'enfant inanimé, lui rend la vie par ses 
prières. Dagobert et son épouse voulurent exprimer leurs sentiments de gratitude par 
une récompense royale; mais, sur le refus du saint homme, le roi l'appela à l'épiscopat 
vacant et y ajouta le mundat de Rouffach, dans le Haut-Rhin, avec toutes ses terres et 



Chapelle du 
Saint-Sépulcre. 



Chapelle 
de Saint-Michel. 



1 Voyez Montagne- Verte. 



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Chapelle 
de Saint-Michel. 



110 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

dépendances. Sur la place où le malheur avait frappé son fds, il fit élever, en l'honneur 
de Dieu, une abbaye qu'il dota de riches biens. En souvenir de ce fait, on la nomme 
encore aujourd'hui Ebersmiinster (monastère du sanglier), et elle porte un sanglier dans 
ses armes. » 

Pendant le peu d'années qu'Arbogast resta à l'évêché, il remplit son ministère avec 
beaucoup de zèle; âgé et maladif, il voyait approcher sa fin, lorsqu'un jour se présenta 
chez lui une pauvre veuve pour implorer ses prières en faveur du salut de son fils 
exécuté innocemment et enterré sous la potence élevée sur la colline du Michelsbûbl, 
que l'on appelait alors le HenckersbuhV . Saint Arbogast, pour la consoler, demanda à 
être enterré à côté de lui, puisque Jésus-Christ lui-même était mort sur le champ des 
supplices, hors de Jérusalem. Sa volonté fut faite, et par vénération pour ses restes 
on érigea, en 668, sur sa tombe cette chapelle en l'honneur de saint Michel et on 
transféra la potence au Marais- Vert. 

Dans la fondation pieuse du couvent de Sainte-Barbe , en partie construit et 
approprié depuis une vingtaine d'années sur l'emplacement qu'occupait le Michelsbùhl, 
des pensionnaires des deux sexes y sont traités avec beaucoup de soins et d'égards; une 
ruelle étroite le sépare de l'ancien couvent de Sainte-Marguerite. 
Sainte- Marguerite. Cette église et ces cellules, où retentissaient jadis le plain-chant et les prières des 
dames nobles de l'ordre de Saint Dominique, reçurent, du temps de la république et 
de l'empire, des soldats malades et blessés; en 1840 elles furent transformées en caserne 
et occupées par le 7 e bataillon de chasseurs de Vincennes. Comme nous l'avons déjà 
dit à l'article de la rue Sainte-Elisabeth, les nonnes de cet ordre eurent leur premier 
couvent à Eckbolsheim, sur un emplacement qui appartenait auparavant au chapitre de 
Saint-Thomas ; mais elles entrèrent en ville , après avoir acheté du prélat d'Altorf le terrain 
sur lequel elles firent construire leur maison et une église, qui furent achevées en 1322. 
Dans la série des religieuses qui ont habité ce couvent, nous trouvons les noms de 
beaucoup de familles nobles d'Alsace, tels que les Bock, les Neueneck, les Schauenbourg , 
les Surger de Molsheim, les Wurmser, les Zorn, les Weitersheim, etc. Cette maison 
obtint les propriétés et immunités des couvents de Sainte-Agnès et de Sainte-Elisabeth , 
démolis en 1475, et reçut dans son sein les nonnes qui les avaient habités, de même 
que celles du couvent de Saint-Nicolas, dans la Krutenau, supprimé en 1592. L'histoire 
ne nous a rien légué de marquant sur la vie calme et claustrale de ses habitants; elles 
restèrent en majeure partie attachées à leur foi religieuse et prolestèrent contre toutes 
les innovations que le sénat et les prédicateurs voulurent introduire chez elles. 

Nous avons également peu à dire sur les chevaliers teutoniques, dontla maison s'élevait 
à l'endroit où se trouve de nos jours la place au bas des Remparts, en dehors de la 






Chevaliers 
teuloniques. 



1 Cette seconde partie de la légende nous est rapportée par Speclin , dans ses Collectanea manuscrites. 



PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



111 



fabrique de cire de M. Zabern; les nobles de Blumenau y avaient un castel qu'ils cédèrent 
aux chevaliers en 1206. Quelques auteurs prétendent que c'est à cet endroit que 
s'élevait le Palladium des rois francs; d'autres le placent plus loin, sur la hauteur à 
gauche de la route de Paris , où se trouve maintenant l'auberge à l'enseigne du Kônigshof 
ou Kônigshoffen, village qui occupait ce terrain et qui s'étendait vers ce faubourg. Le 
jour de Saint-Jacques 1373, un incendie ravagea le côté méridional de ce faubourg, 
composé, à l'exception des maisons religieuses, de misérables baraques en bois, en 
terre glaise, couvertes de chaume et habitées alors par des cultivateurs 1 ; sept semaines 
plus tard, l'autre côté devint également la proie des flammes, qui se communiquèrent 
même au village de Kônigshoffen. Ce village était un fief impérial , engagé alors à la famille 
noble des Kurnagel ; comme on avait l'intention d'enceindre ces faubourgs de murs , 
sa proximité était devenue très-gênante pour celte opération; le sénat profita de la 
présence de l'empereur Charles IV pour lui rembourser les sommes avancées et racheter 
ce fief aux Kurnagel. Les maisons qui étaient restées sur pied furent abattues, et le 
terrain, déblayé, fut transformé en champs labourables. 

Les chevaliers teutoniques, que nous venons de citer et dont l'ordre avait été institué 
pour combattre le paganisme et était régi à peu près par les mêmes règles que celui des 
chevaliers de Jérusalem, furent loin de jouir en notre ville de la même considération 
que ces derniers. Les deux proverbes suivants, qui vivaient dans la bouche du peuple, 
nous donnent une idée de leur moralité: 



Chevaliers 
teutoniques. 



Kleid ans, Kleidan ) essen, Irinken, schlafen gan, 
Ist die Arbeit so die deutschen Herren han. 

{ occupation des chevaliers teutoniques consiste à faire la toilette, à manger, à boire et à dormir.) 

'u wo deulsche Ilerrn sind, eine Metze vorn und eine Hinterthiir , der hat nur ein Jalir daran 

zu essen. 

(Celui qui, a proximité des chevaliers teutoniques, possède une belle femme, une maison avec étal de boucher sur 

le devant et une porte de derrière , n'en aura que pour une année.) 

Leur propriété, beaucoup moins vaste que celle de leurs confrères, subit en 1633 
le sort de cette dernière par suite des mêmes circonstances. 

Nous venons de jeter un aperçu rétrospectif sur le côté du faubourg où s'élevait dans $ 

les temps passés un couvent noble à côté d'un couvent de roturiers, qui tous deux ont de Sainte-Aurélie. 
également disparu ; l'église de Sainte-Aurélie seule , comme église paroissiale , a survécu ; 
mais celle que nous voyons devant nous, sauf toutefois le clocher, date de 1765 

< Une preuve de la mauvaise construction de ces maisons et des éléments combustibles qui y étaient employés 
se trouve dans le règlement de la tribu des jardiniers de U42 , où une amende de 30 schillings frappe celui qui i' 
jour ou la nuit, circulait dans les rues de ce faubourg , de même que dans l'intérieur des maisons , avec des chandelles 
allumées ou flambeaux et qui ne portait pas de lanterne. 



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112 



PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



Église année dans laquelle elle fut consacrée le mardi 18 mai. Son origine remonte aussi à la 

e- nuit des temps, et la légende nous raconte qu'en 666 sainte Aurélie, une des onze mille 
vierges, venant de Bàle pour se rendre à Cologne, passa par notre ville et y mourut; 
on éleva sur sa tombe une chapelle qui porta son nom ; d'autres font reposer ses restes 
ailleurs. Nous laissons à ces vétérans de l'Église, ainsi qu'à ceux des armées, le soin 
de rechercher leurs ossements épars, quand arrivera le grand jour de la résurrection, 
les uns dans les lieux saints, les autres sur les champs de bataille. En 1219, cette 
chapelle fut remplacée par une église , et l'évêque Henri de Veringen la concéda au 
chapitre de Saint-Thomas, duquel elle dépend encore. 

Dans les presbytères qui y sont attachés, logèrent Jean Pollion, prédicateur de la 
cathédrale, et Bucer, les premiers pasteurs qui prêchèrent, en noire ville, la doctrine 
de Luther; Sainte-Aurélie fut de même la première église protestanle reconnue par 
le sénat 1 . 
Les Jardiniers. De nos jours, ce faubourg présente un tout autre aspect; heaumes et cuirasses, froc 
et tonsure, tout a disparu ; les misérables baraques sont remplacées par des maisons 
plus solides, dont les habitants déploient une grande activité; aubergistes, commerçants, 
brasseurs, toutes les industries s'y meuvent et vivifient cette rue que les diligences, 
les rouliers et les voitures en tout genre sillonnent du matin jusqu'au soir; comme 
noyau de tout ce mouvement, les jardiniers pur sang y vivent depuis des siècles sous 
le patronage de la ville, à travers toutes les phases par lesquelles elle a passé comme 
ville libre impériale allemande, ville française royale, ville républicaine, puis impériale, 
royale, de nouveau républicaine et encore impériale; et leurs charrues n'ont pas 
cessé de labourer nos champs et d'en retirer les riches produits. 

On est obligé de chercher au delà du Rhin, chez nos voisins les Badois, les noms 
nobles des Bock, dés Rceder, des Bergheim, des Berstredt, des d'Andlau , des Reinach , 
et on trouve encore dans nos faubourgs les noms des Rœubel , des Nessmann , des 
Friedolsheim, des Heidel , des Ruhlmann , des Lix, des Ohl, dont les ancêtres 
figuraient clans la tribu des jardiniers à l'époque où le peuple envahit le couvent des 
Augustins et où Treger voulut faire la controverse avec Capilo. Prenez l'architecture 
pour guide, parcourez la rue du Faubourg-National , demandez à chaque façade la 

'Presque contemporains de ces temps, nous voyons s'élancer, à côté d'une des maisons curialcs, deux sapins , 
et l'on se demande comment ces hôtes des forêts se soûl perdus dans l'étroite enceinte d'un petit jardin ? La légende 
nous dit qu'elles doivent leur séjour hospitalier à une main charitable qui les piaula ; elle raconte que , dans ce 
siècle de troubles et de guerres , où le meurtre et l'incendie portèrent leur ravage dans nos campagnes , un pauvre 
enfant , miné par la faim et par la misère, arracha de la forêt de jeunes plantes de sapins , en forma une botte et 
vint les offrir aux citadins pour recueillir quelques oboles , quelques morceaux de pain ; les larmes aux yeux et la 
misère creusée sur ses jeunes traits , il émut le cœur d'un des habitants de ce faubourg qui lui donna un pain en 
échange de ces arbrisseaux elles planta dans ce jardin. La terre couvre depuis longtemps les restes du donateur et 
du donataire , et ces arbres vigoureux pousseront encore longtemps et seront peut-être , pendant des siècles , un 
exemple de charité chrétienne. Voyez Stœber , Elsiissisches Sagenbuch (Lamcy). 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



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date de sa construction, et vous vous arrêterez devant cette maison imposante qui élève Les Jardiniers. 

fièrement son pignon sur rue, surmonté d'un grave guerrier s'appuyant sur sa hallebarde , 

et qui depuis trois siècles semble être le gardien vigilant de ce faubourg : c'est l'ancien 

Poêle-des-Jardiniers [Zu den unler Wagnern, aux charrons inférieurs); il en existait 

encore un au faubourg de Pierre et un autre dans la Krutenau, mais la tribu de ce 

faubourg était la principale et la plus riche. Ce poêle était anciennement propriété de 

la corporation , régie par son Zunftgericht (conseil de la tribu) , auquel étaient attachés 

un secrétaire et le Ruger ou dénonciateur, et dont un membre faisait partie du sénat. A 

elle aussi appartenaient le mobilier, le linge, les bouteilles, cannettes et verres, les 

ustensiles de cuisine, jusqu'aux chandelles, au fromage et au beurre, et l'aubergiste 

assermenté qui y était placé, en était responsable et comptable vis-à-vis d'elle; il était 

tenu de fournir toujours le pain frais, et les vins servis sur la table des convives devaient 

toujours être goûtés et agréés par les maîtres du conseil de la tribu. Les jours de semaine, 

l'aubergiste jouissait du droit d'y héberger d'autres personnes, d'y tenir noces et festins; 

mais les dimanches et jours de fête, la maison devait rester à la disposition des maîtres 

jardiniers qui venaient s'y réunir. Là étaient transportées, pour la vérification, les 

diverses graminées et autres semences , fruits de leur culture , avec lesquelles ils faisaient 

un grand commerce, et dont ils alimentaient les diverses foires et marchés 1 . C'étaient le 

fenouil, l'anis, la coriandre, le cumin, les pois, lentilles, maïs, pavots et surtout les 

graines d'oignons, de choux, de raves et de navettes; ces dernières jouissaient d'une 

grande réputation; avant leur expédition, un syndicat en reconnaissait la bonne 

qualité , et c'était sous la surveillance d'un membre de la Chambre des XV que les 

sacs étaient cachetés du sceau de la corporation, comme garantie pour l'acheteur 2 . Le 

marché aux graines se trouvait alors devant la façade principale de la cathédrale et 

était connu sous le nom de Seckelmarki; pour la vente des légumes trois places diverses 

leur étaient assignées; la rue qui longe le château épiscopal vers la rivière, la place 

Saint-Martin près de l'ancien Hôtel-de-Ville , et, dans la Grand'rue, l'emplacement 

près du pont du Fossé-des-Tanneurs. 

Alors comme aujourd'hui les légumes que plantaient nos jardiniers étaient recherchés 
et s'expédiaient au loin; car à Colmar comme à Mulhouse, à Bade comme à Carlsruhe, 



1 Ce sont ces vieilles relations commerciales qui sans doute ont fait contracter à nos jardiniers l'habitude de donner 
à leurs produits agricoles le nom de marchandises (Waare). Aller aux champs, c'est ce qu'ils appellent in die Waare 
fjehen (aller en marchandise). 

2 Dans l'ancien règlement des jardiniers , la culture de la semence d'oignons était limitée ; celui qui possédait vingt- 
cinq arpents et plus, pouvait en employer un demi-arpent à cette culture; celui qui n'en possédait que de dix à 
vingt-quatre arpents, ne devait s'en réserver qu'un quart, et celui qui n'en avait que neuf et au-dessous, un huitième. 
Quand plus tard le produit de cette culture cessa d'être en rapport avec la vente , et qu'on fut même obligé de jeter 
de la graine à l'eau, un arrêté de 1683 réduisit de moitié l'emploi du terrain. En 1612, le rézal de ces graines 
d'oignons valait 20 fr. à la foire de Francfort-sur-Mein. 

FAUBOURGS. lj 



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Les Jardiniers. 



114 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

si l'on est assis à une table bien servie, les artichaux et les asperges, les choux-fleurs 
et les haricots verts, les scorsonères et les primeurs quelconques qui y figurent sont 
pour la plupart fournis par les jardiniers de Strasbourg. Alors comme aujourd'hui 
aussi la culture des blés et, depuis le dix-septième siècle, celle du tabac entrèrent 
pour une grande part dans l'exploitation des terres de nos jardiniers. Ce sont les 
champs en dehors de ces trois faubourgs qui y servent essentiellement, les terres 
étant très-lourdes et grasses, tandis que celles à l'est et au sud de la ville, hors les 
portes de l'Hôpital, d'Austerlitz et des Juifs surtout, plus légères et chargées de parties 
graveleuses, sont plus propres à la culture des légumineuses. Un point distinctif de leur 
culture , c'est qu'ils retirent chaque année , par leur engrais et par la disposition de leurs 
plantations, une triple récolte de la plupart de leurs champs; chacun tient un registre 
à colonnes, dans lequel il inscrit, année par année, le genre de culture de ses terres, 
la manière dont il dispose de chaque arpent et son rapport. La pomme de terre, cette 
providence du citadin comme du campagnard , n'est cultivée chez nous que depuis la 
première moitié du siècle passé; c'est au Ban-de-la-Roche que nous sommes redevables 
de cet excellent tubercule. Le pasteur Walter l'y avait introduit en 1709, et son beau- 
frère, le docteur en droit Fels, allant parfois le voir, et sachant en apprécier les bonnes 
qualités nutritives, en apporta dans notre ville des échantillons qu'il servit chez lui, 
ainsi que sur diverses tables des premières familles, dont les cuisiniers en savaient tirer 
un excellent parti. C'était alors un mets inconnu et rare qui ne figurait qu'aux dîners 
aristocratiques du maréchal Dubourg, de M. d'Angerville et d'autres seigneurs; ce n'est 
que de 1726 à 1730 qu'on commença à le cultiver dans les environs de la ville, et qu'il 
se vulgarisa par la suite. 

Comme composition bizarre et originale, mais d'une belle exécution , il nous est 
resté encore quatre tableaux qui ornaient anciennement le Poêle-des-Jardiniers, et qui 
sont déposés aujourd'hui dans la salle capitulaire de l'église de Sainte-Aurélie : ce sont 
quatre têtes représentant les quatre saisons, exclusivement composées de légumes et 
de fruits cultivés chez nous; la pomme de terre seule y manque; et si , par la coupe de 
la barbe, de la fraisette et du costume, nous ne placions pas cette peinture dans la 
seconde moitié du seizième siècle, une pareille lacune nous prouverait déjà qu'ils ont 
été peints avant que cette plante utile fût connue chez nous, car autrement l'artiste 
n'aurait pas manqué de la grouper dans ce salmigondis fructigraphique et d'en profiter 
pour en former des nez de toutes façons. 

Après l'énumération de ces produits de l'agriculture et de l'horticulture, il est juste 
que nous nous occupions aussi de cette caste d'hommes laborieux, de ces remueurs de 
terre qui habitent le faubourg National En retraçant leurs mœurs actuelles, nous 
dépeindrons celles des siècles passés, car si tout se meut, si tout change autour de 
nous, si la société se transforme par les influences politiques, le jardinier reste toujours 






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Panorama de Strasbourg, faubourgs. Page 114. 




Copié otréluitparF Piton. 



LitKTpar - J^-Bupck. 

LES QUATRE SAISONS 
d'après quatre tableaux qui se trouvaient dans l'ancien poêle des Jardiniers à Strasbourg 



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Panorama de Strasbourg, ïaut>ourès,ïaêe1lË. 




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J.itli p d'après un dessin l'ajrès nature de Mï Brion 



LiOi X Simon à Slrastm 



Ferme de Jardinier. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



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le même, ses occupations ne varient point; son âme, c'est le travail et l'argent qu'il Les Jardiniers 

rapporte, son bonheur, la prospérité de ses champs. La mode capricieuse et volage 

n'a aucune influence sur lui, il ne se laisse pas dominer par elle et s'en moque plutôt 

par sa froide constance, car, après avoir décrit son cercle fantastique, elle revient 

toujours à son point de départ. Voyez donc le frac à larges pans, à boutons passementés, 

de même coupe que ceux portés sous Louis XVI, qui habille le dimanche nos jardiniers, 

n'est-il pas de mise actuellement? Le tricorne de l'ancien régime, ainsi que le tricorne 

impérial, depuis si longtemps remplacés par le chapeau rond, ornaient, il n'y a pas 

longtemps, la tête du jardinier de Strasbourg quand il allait à l'église; le pantalon a eu 

beau détrôner la culotte, notre jardinier est resté fidèle à celte dernière; les bottes à 

la Suwarow, celles à revers jaunes , bien luisants , ont fait place à la bottine que les 

armées alliées firent adopter chez nous, et pourtant le pied du jardinier est encore 

chaussé de bottes collantes bien graissées ou de souliers à boucles d'argent. 

Les compagnes des jardiniers, comme eux, restent fidèles aux traditions des temps 
passés. Le chapeau en taffetas, en velours, en satin, n'a pas encore paré leur tête; 
elles ne connaissent que le chapeau de paille rond , qui les garantit des rayons du 
soleil ou des averses de la pluie; elles ne se coiffent que du bonnet ouaté, orné, le 
dimanche et les jours de fête ou de deuil, de riches broderies d'or, d'argent ou de jais 
noirs. Si elles font du luxe, c'est un luxe solide, en colliers de grenats, en or et en 
diamants, en livres de cantiques à riches fermoirs, couverts de maroquin ou de velours, 
enchâssés d'or et d'argent, qui passent en héritage de génération en génération. Ne 
cherchez pas chez elles le corset qui marque la taille cambrée , ni le cachemire aux 
mille couleurs , ni la fragile cotonnade , mais bien la serge solide , le mérinos et la soie , 
et soyez bien sûr que si, désirant faire des emplettes pour elle et sa famille, une 
jardinière entre dans un magasin, elle marchandera jusqu'à l'extrémité, mais achètera 
ce qu'il y aura de plus beau et de plus solide, et paiera toujours comptant. Comme 
elles ne sont pas esclaves de la mode, leur robe de noces dure constamment jusqu'à la 
fin de leurs jours; c'est leur robe de dimanche ou de fête, mais dont elles ne se parent 
que pour aller au temple, et qu'elles se hâtent de remplacer par le costume domestique 
dès leur rentrée de l'église. 

Entrez dans l'intérieur de leurs fermes, et vous trouverez que le logement y prend la 
moindre place; tout est occupé par les granges, les écuries, les chambres à conserver 
et à sécher leurs graines, leurs oignons, par les hauts tas de fumier dont ils parfument 
leurs cours. En automne, ces fermes sont ornées et parées avec une élégance parlante- 
de bas en haut s'entrelacent, avec une grande richesse de couleurs, des guirlandes de 
feuilles de tabac et de bottes de maïs, et leurs greniers regorgent de leurs provisions 
de blés. 

A quelques exceptions près dans la jeune génération de nos jardiniers, les logements 



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Les Jardiniers. 



116 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

sont restés les mêmes qu'il y a un siècle ; ni le papier peint, ni le plâtre ou le vernis y 

ont accès; de sombres boiseries, dans lesquelles les punaises et les souris ont établi 

leur séjour, couvrent les parois des murs. Sauf de rares exceptions aussi, la forme 

du mobilier n'a pas changé 1 ; la chaise en bois, à dossier sculpté, n'a pas été expulsée 

par la chaise de jonc ou de paille; dans le grand fauteuil, couvert de basane ou de 

veau, dans lequel s'asseyait l'arrière-grand-père , le petit-fds vient encore se reposer 

de ses travaux du jour, méditant, comme son aïeul, le SchimmeP à ses côtés, sur les 

éventualités de ses récoltes. Dans l'angle de sa chambre s'élève une pyramide étagée, 

portant des brocs, des cannettes, des verres, des porcelaines de toutes formes, comme 

on n'en rencontrerait plus dans nos magasins les mieux assortis. C'est aussi cette 

même chambre qui lui sert de salle à manger, ainsi qu'à ses garçons et filles de labour; 

à la droite du maître s'asseoit l'épouse , à sa gauche le premier valet de culture ; à chaque 

repas ce dernier vide son verre de vin, en portant la double santé de ses maîtres, et 

lorsqu'il ferme son couteau de poche, c'est, pour les autres domestiques, le signal de se 

lever de table, que leur estomac soit contenté ou non. Gardez-vous bien de vous récrier 

sur l'irréligion de ce siècle, le jardinier vous démentirait; il est bien religieux dans 

la forme, car il ne manque aucun prêche, et sa femme, non contente du libre examen 

en fait de religion que prêcha Luther, condamne le catholicisme et se nourrit de la 

grâce et de la révélation qu'enseigne le piétisme. Avant de se mettre au frugal repas 

qu'il fait servir, il ne manquera pas de donner lecture d'un verset de la Bible pour 

l'édification de sa domesticité, et cette lecture est rarement interrompue par les cris 

de ses enfants, par la raison bien simple qu'il n'en a jamais beaucoup: deux ou trois, 

c'est le maximum de sa progéniture, et si vous voulez en connaître la cause, consultez 

l'alcôve dans laquelle s'élève le haut et large lit nuptial, voilé de rideaux en serge. 

L'archéologue et l'amateur de meubles antiques parcourent l'Europe entière , heureux 
s'ils peu vent déterrer quelque vieille armoire seul ptée , quelque bahut à belles tabletteries , 
quelque dais de lit à colonnes torses, et en faire l'acquisition à prix d'or. Chez nos 
jardiniers, il en trouverait encore abondamment, en beau bois de noyer sculpté et 
incrusté , couverts de leurs chiffres et armoiries et bien garnis de ballots de beau 
linge et de futaine , que les soins de ses ancêtres lui ont légués et dont il ne fait aucun 
usage. Depuis longtemps les assignats, les louis simples, les doubles louis, les écus de 
trois et de six livres n'ont plus cours chez nous; le jardinier n'a pas eu hâte de les 



'Une exception d'autant plus honorable qu'il en est lui-même l'auteur, c'est le beau mobilier en bois de noyer et 
de palissandre avec incrustations que possède M. Daniel Rseubel. Cet homme de goût et d'intelligence s'occupe , dans 
ses moments de loisir, d'ébénisterie ; il fait lui-même les dessins de ses meubles, qui sont d'une exécution et 
d'un goût parfaits et qui ne dépareraient pas l'appartement d'un grand seigneur. 

s Ils appellent Schimmel une petite cruche blanche en faïence , avec laquelle ils vont à la cave pour chercher du 
vin , qu'ils offrent aux personnes qui viennent leur faire visite. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 117 

échanger; avec les uns il n'a pas osé allumer sa pipe et les autres reposent en paix Les Jardiniers. 
dans ses sacs 1 . 

L'antiquaire, le collecteur numismatique, y trouveraient des exemplaires depuis le 
règne de Louis XIV et même d'une époque antérieure jusqu'à nos jours ; c'est que 
l'économie et l'égoïsme vivent en lui à l'état de corrélation; il accumule toujours et 
ne jouit d'aucune manière, car il y en a peu dans leur caste qui connaissent les 
douces jouissances intellectuelles. 

On pourrait leur faire la même question que Gellert, le moraliste, adresse dans 
sa fable à l'avare : 

« Le singe qui voyait toujours l'avare compter ses écus, se trouvant un jour seul, les 
jeta par la fenêtre ; son maître survint plein de colère et menaça de mort son fidèle 
compagnon. Gellert lui dit alors: Modérez votre courroux, l'argent ne sert à aucun de 
vous deux: l'un l'enferme sous les verroux, et l'autre le jette par la croisée; lequel de 
vous est le plus sage? » 

Quand une calamité publique frappe l'humanité , et qu'un appel est fait aux cœurs 
charitables , quand les quêteurs s'empressent de passer de maison en maison, et que 
l'honnête artisan dépose sa pièce de cent sous dans le tronc de l'indigence, le jardinier 
se gardera bien de le dépasser ou de l'imiter seulement; l'homme qui possède une 
fortune, donnera, s'il est bien généreux, sa pièce de deux francs au quêteur stupéfait. 
Nous ne voulons pas calomnier ces pauvres jardiniers, bien d'autres sont encore à 
ranger dans la même catégorie; on n'a qu'à consulter la série des journaux qui 
consignent la liste des offrandes, et on pourra se convaincre de notre véracité. 

Les grandes fortunes que possèdent beaucoup de nos jardiniers, et qu'ils savent aussi 
conserver et agrandir, sont dues essentiellement au travail et à une rigoureuse 
parcimonie. Ni l'usure ni la spéculation hasardée n'ont de prise sur lui ; une honorable 
droiture le distingue dans ses transactions ; il ne spéculera jamais sur la misère 
publique. Quand, dans une année défavorable pour la culture, les blés ne réussissent 
pas et haussent de prix, le jardinier se gardera bien de retenir les siens pour les laisser 
arriver à un taux exorbitant; il les vendra avec un honnête bénéfice; s'il hait l'usure, 
il n'en sera jamais la dupe , et si nos paysans suivaient son bon exemple , l'usurier, cette 
plaie de nos campagnes, ne serait jamais le ver rongeur de leur fortune. Le jardinier 
n'achète jamais à terme, il n'agrandit ses terres que quand l'occasion s'en présente et 
toujours au comptant; il ne fait jamais d'emprunts. S'il a besoin d'un cheval ou d'une 
vache, il sait où les trouver sans avoir recours à ces rusés courtiers qui tôt ou tard 



'A l'un des passages de Napoléon en notre ville, la maison F. de Tiirckheim , banquier, qui soignait les 
expéditions des fonds de l'armée , reçut ordre de tenir prêles quelques centaines de mille francs en or pour le 
service personnel de l'empereur. L'or était rare sur place et le terme trop court pour en faire venir; le banquier 
s'adressa aux jardiniers, et dans les vingt-quatre heures la somme fut fournie (traditionnel). 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



Les Jardiniers, savent retirer la crème du marché; aussi se garderont-ils bien de mettre le pied 
dans la ferme d'un de nos bons jardiniers. 

Le citadin repose encore longtemps, que déjà ce faubourien se meut activement; en 
été, il va aux champs à l'ouverture des portes, et, à cinq heures du matin , pendant que 
le maître surveille ses domestiques, ou met lui-même la main à l'œuvre, la maîtresse 
vend déjà aux revendeuses ses provisions de marché, et s'occupe , en rentrant, des soins 
de la cuisine. A dix heures du matin, tout le monde dîne; on retourne aux champs; 
à six heures on soupe, puis commencent les travaux domestiques qui continuent jusqu'à 
ce que le sommeil les reçoive dans ses bras. L'on voit, par l'emploi de la journée et par 
les occupations diverses qui se partagent la vie du jardinier, que la femme est pour 
lui un aide actif qui contribue puissamment au développement de son industrie; aussi 
n'épousera-t-il jamais qu'une femme de sa caste, il reste pur sang; ce serait une 
mésalliance que de s'unir à une jeune personne d'au delà des ponts, c'est-à-dire hors 
des faubourgs. Le mariage chez eux est de plus une garantie de prospérité; car un 
jardinier qui, en mariant son fils, lui donne en dot vingt ou trente arpents de terre, 
exigera toujours que la fiancée en reçoive autant de ses parents, et qu'elle apporte 
en ménage autant de sacs de blé, autant de linge et autant d'argent que le fiancé; 
c'est à ces conditions seulement que la promesse de mariage se donne et est rendue 
officielle, quand le jeune homme attend sa fiancée le dimanche devant l'église pour 
l'accompagner chez elle. Aux fiançailles, ils se donnent réciproquement un beau 
manteau qui dure toute leur vie; et, est-ce un symbole ou non , le jeune homme pare 
sa fiancée d'une chaîne d'or et celle-ci lui offre une montre d'or et une paire de 
boucles de souliers d'argent. Le lendemain des noces, il conduit de la maison 
paternelle dans la sienne une voiture avec deux chevaux nouvellement harnachés ; les 
parents de sa fiancée doivent lui fournir un chariot attelé d'un cheval. 

La physiologie des jardiniers que nous venons de tracer et qui commence à perdre 
dans la jeune génération quelque chose de ce caractère patriarcal , peut aussi s'appliquer 
à la majeure partie des anciennes familles strasbourgeoises. Droiture et honnêteté 
dans les transactions , franchise dans le caractère, prévoyance et économie dans les 
ménages, amour du travail, de la liberté et de l'indépendance dans la vie politique: 
telles étaient les vertus qui les distinguaient. Ces mœurs ont changé en grande partie par 
l'effet des révolutions, par l'accroissement de la population , parles éléments étrangers 
qui s'y sont mêlés, mais c'est chez les jardiniers que ces éléments de prospérité 
nationale se sont le plus longtemps conservés, et on devrait croire que les paroles 
providentielles prononcées par les Ammeister, quand ils faisaient anciennement leurs 
visites à tous les poêles des vingt tribus après le nouvel an, retentissent encore à leurs 
oreilles: 

« Liebe Friind und liebe Bûrger , ich will iïch auch friendlich pilten, das einjeder, der das 






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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 119 

vermag, sich welle versehn in denen Joren so die Frucht in ein ziemlichen Kauff ist , domit Les Jardiniers. 
Ir nilt etwan nacher umb zwey Gellt Kauff en mùssen, das lr zuvor umb eins wol hetlen 
bekhommen mœgen. » 

(Chers amis et concitoyens, je vous prie que chacun fasse ses provisions de blé 
quand il est à bon compte, afin que vous ne soyez pas obligés d'acheter à double prix 
d'argent ce que vous auriez pu avoir pour moitié.) 

Aujourd'hui le jardinier est très-paisible, mais dans les temps où chaque citoyen 
était soldat, où il était obligé de porter les armes pour la défense commune, leur 
corporation fournissait son bon contingent ; ils étaient batailleurs comme les autres 
et allaient souvent aux champs le glaive au côté. Leurs anciens statuts de 1442 
prescrivaient l'armement que nous avons mentionné chez les bateliers , suivant la 
fortune de chacun. En 1524, quand les paysans se soulevèrent partout, en deçà et 
au delà du Rhin, contre le joug oppresseur temporel et spirituel des nobles et du 
clergé, nos faubouriens cultivateurs, quoique ne souffrant pas des mêmes oppressions, 
auraient volontiers voulu faire cause commune avec eux, et le sénat eut beaucoup 
de peine à les retenir dans l'obéissance des lois et dans le respect des propriétés; 
il statua même un exemple très-sévère sur la personne d'un jardinier qu'il fit 
fouetter de verges et reléguer à vie de la ville. Lorsque les Chartreux, dans leur 
couvent hors la porte Nationale, où est de nos jours la campagne de M. Gravelotte, 
voulant mettre leur propriété à l'abri des rapines et des dévastations des paysans , la 
sauvèrent dans l'intérieur de la ville, une troupe de ces faubouriens se jeta sur une 
voiture chargée de vin, enfonça les tonneaux et se gorgea de leur contenu; poussés 
par les fumées du vin, ils se jetèrent sur les moines et sur tous ceux qui voulaient 
s'opposer à leurs perturbations et crièrent à la révolte, jusqu'à ce que l'Ammeister 
survint avec la garde et fit mettre la main sur quelques-uns, qui furent livrés à la 
justice. 

En 1507, quand l'empereur Maximilien I er se trouva chez nous, comme nous l'avons 
dit en faisant la description de la Commanderie de Saint-Jean, les jardiniers faillirent 
brouiller la ville avec ce prince , qui était toujours en si bon rapport avec elle. Beaucoup 
de gens de sa suite, avec quelques centaines de chevaux, qui formaient alors le cortège 
obligé d'un empereur en voyage, étaient logés dans ce faubourg; pendant qu'il était 
allé à Haguenau , les jardiniers se prirent de querelle avec eux et les abîmèrent 
terriblement de coups, qu'un d'eux resta mort sur place; Maximilien. courroucé contre 
cet acte de brutalité, ne rentra plus à Strasbourg, demanda qu'on lui envoyât à 
Offenbourg le trésor impérial, et, dans la lettre adressée au sénat, réclama une 
complète satisfaction par la sévère punition des coupables. Une députation du sénat 
alla l'y rejoindre et demanda excuse, ce qui rétablit la bonne harmonie. Sous la porte 
Nationale, une pierre scellée dans le mur, avec une inscription lapidaire gothique 



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120 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Les Jardiniers, allemande, nous est encore une preuve parlante de leur caractère turbulent. En voici 
l'origine : 

Le chapitre de Saint-Thomas retirait la dîme des récoltes faites sur les champs 
appartenant à la banlieue de l'ancien village de Kœnigshoffen , hors de cette porte, 
et un ancien usage faisait offrir un repas aux jardiniers qui avaient ces champs sous 
leur culture, quand ils amenaient sur les greniers de ce chapitre les dixièmes des 
gerbes. En 1418, la récolte fut très-riche, mais les bons chanoines qui tenaient à 
cœur d'abolir cet usage qui mettait leur cave et leur cuisine à contribution, s'abstinrent 
de l'invitation ordinaire. Quand les jardiniers, en amenant les premières voitures 
chargées d'épis, se virent frustrés de leur jouissance gastronomique, ils se vengèrent 
en mettant le feu aux gerbes qui restaient encore sur les champs. La charité divine, 
l'avarice des prêtres et la méchanceté des paysans furent alors consignées dans cette 
inscription lapidaire : 

GOTTES BARMHERZIGKE1T, 

DER PFAFFEN GRITTIGKEIT, 

VND DER BAVREN BOSHEïT, 

DVRCHGRVND N1EMAND BEY MEINEM EID. 1418. 

Celte pierre fut trouvée, en 1460, lors des constructions faites au moulin des Huit- 
Tournants, et, quand la porte Blanche fut bâtie, on la scella dans le mur. Elle nous 
fait faire nos adieux aux habitants de ce faubourg et nous amène à continuer l'historique 
des fortifications. 
Les Fortifications. Ces portes se lient au premier remaniement de l'enceinte fortifiée; nous avons vu, 
vers la fin du quatorzième siècle, que ces faubourgs ont été entourés de murs crénelés 
avec des galeries à l'intérieur et des fossés à l'extérieur; ils restèrent en cet état 
jusqu'au seizième siècle, époque à laquelle ce système subit de grandes modifications. 

En 1544, on éleva le cavalier que nous voyons sur l'emplacement de la Commanderie 
de Saint-Jean; dans cette même année et les suivantes, la ville acheta beaucoup de 
maisons et de propriétés dans l'intérieur du mur d'enceinte, entre la porte Blanche 
et celle de Saverne, pour pouvoir faire élever des remparts qui s'y appuyaient. 
La même chose se fit, en 1568, du côté méridional de la porte Blanche, près de 
l'église de Sainte-Aurélie et de la Commanderie des chevaliers teutoniques. On se 
procura la terre pour ces remparts au dehors, près du cimetière de Saint-Gall et des 
hauteurs à gauche de la route de Paris; c'est à cette occasion qu'on trouva beaucoup 
d'antiquités romaines, une vingtaine de cercueils de pierre, des lampes, des monnaies 
d'or et d'argent, des vases, des armes et des fragments de pierres sculptées. 

La tour derrière la Marguerite date aussi de cette époque, et une autre à l'angle 



A 



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Panorama de Strasbourg. Taiabo"urês,Page 121. 




Dessins â après nature etlith" par Th. "Mu 



Litb-E- Simon à Stra-sbourg . 



La Porte blanche intérieure : construite en 1555. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 121 

sud-ouest porta, à cause du beau point de vue dont on y jouit, le nom de Lug ins 
Land-Thurm; elle fut démolie un siècle après. 

Les premières notions que nous ayons trouvées sur le moulin des Huit-Tournants Faubourg National. 
datent de 1 4-42, au moment où il fut loué par la ville qui l'avait fait bâtir. Il est alimenté Porte Nationale. 
par les eaux de la Bruche, dont un bras s'en détache avant qu'elle se jette dans FUI; 
il fournit l'eau aux fossés des fortifications au nord-ouest et au nord de Strasbourg , et 
se jette, près du Contades, dans un bras de l'Ill, connu sous le nom de YAar. Déjà 
alors ce moulin était mis à l'abri d'une attaque du dehors par un mur; mais en 1530 on 
construisit un bastion avec les pierres des couvents de Saint- Arbogast et des Cordeliers, 
rasés alors, et depuis ces temps ce moulin glapissait dans sa tombe baslionnée. En 1749, 
la ville le vendit à cause des charges d'entretien ; il devint propriété du génie militaire, 
qui le fit démolir en 1850. A ce dernier travail se lie aussi la construction des deux 
portes qui nous restent comme deux monuments d'architecture militaire. La porte 
extérieure, avec ses murs taillés en diamant, sa guérite en pierre et ses deux rondelles , 
consacre, par une inscription lapidaire, un souvenir de l'époque où elles furent 
construites: 

CAROLO V AVG. COPIAS A GERMANIA 

IN TVRCAM PANNONIAS INVADENTEM DVCENTE. 

RESP. ARG. PORTAM HANC AGGERE 

ET FOSSA MVNIRE FECIT. ANN° 1532. 






(«Lorsque Charles-Quint conduisit les troupes de la Germanie contre les Turcs qui 
«envahissaient la Hongrie, la république de Strasbourg fit fortifier cette porte par un 
«rempart et un fossé en 1532.») 

Sur les deux rondelles, à droite et à gauche, se trouvent les inscriptions suivantes: 

HOSTIBVS ARCENDIS. CIVIBVS TUEND1S. 



(« Pour éloigner les ennemis, pour défendre les citoyens. ») 

La porte intérieure, pi us massive, avec sa tour plus élevée, est ornée d'une meurtrière 
grimaçante qui semble jeter le défi à tous ceux qui oseraient l'attaquer. Ces deux 
portes ont perdu de leurs belles proportions par l'abaissement du terrain qui les rend 
trop hautes et les fait paraître trop étroites. 

En 1632, quand le général suédois Horn se trouva en Alsace, il chargea le 
lieutenant-colonel du génie Mershaeuser, sur la demande du Magistrat, de faire les 
dessins et plans pour améliorer le système de défense de la place de Strasbourg 
D'après ces nouveaux plans, que l'on suivit pendant tout ce siècle, jusqu'à ce que 



Fortifications. 



FAUBOURGS. 



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122 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Fortifications, la ville fût tombée sous la domination française, Ch. Heer construisit le bastion en 
avant de la Commanderie de Saint-Jean, sur la rive gauche de 1*111, appelé Deulsch-Au- 
Bollwerk (bastion du pré allemand), nom du terrain hors de cette porte, et, en 1672, 
un autre, à l'angle de la tour dite: Lug ins Land. A cette occasion, on combla une 
source minérale qui se trouvait en dehors de la ville, sous ses murs; elle était 
sulfureuse et ferrugineuse, et avait été employée avec avantage contre les maladies de 
la peau , les obstructions, l'affaissement dans les membres, etc. 

Vauban fit couper les courtines qui attachaient ce bastion à l'enceinte et en fit un 
fort détaché , faisant aussi face à la ville , lequel eut sa petite garnison et prit le nom de 
Fort-Blanc, et dans l'idiome strasbourgeois Schiinlzel, que cet emplacement a conservé 
depuis. Cet ouvrage, de même que le fort à la droite de la porte de Pierre dont on voit 
encore les murs intérieurs, était tourné contre la ville, et a toujours porté ombrage 
à ses habitants; aussi, lorsque la révolution éclata par la prise et la destruction de la 
Bastille, ils se hâtèrent de suivre l'exemple des Parisiens, en démolissant les deux forts 
qu'ils considéraient comme une menace permanente dressée contre eux. 

C'était le 14 septembre 1791 , les députés à l'Assemblée législative venaient d'être élus, 
et ces élections furent closes par celle d'un procureur général, syndic du département, 
en la personne de M. Xav. Laur. Levrault 1 . 

Elles eurent lieu à la mairie (de nos jours château impérial), et l'après-midi à quatre 
heures, les électeurs s'y réunirent et se dirigèrent en cortège, ayant à leur tête le 
maire Dietrich, la municipalité, le général Luckner, avec son état-major, vers le 
Fort-Blanc. Un bataillon de la garde nationale, avec sa musique, les accompagnait. 
Dans son enthousiasme pour la liberté naissante et l'heureux avenir qu'elle promettait 
à la France, le maire prononça un discours inspiré par un chaleureux patriotisme, 
vivement applaudi par la foule qui l'environnait; pelles et pioches passaient de main 
en main, et chacun amenait une brouettée de cette terre qui sentait les chaînes d'une 
soupçonneuse méfiance. Le cortège , rangé dans le même ordre dans lequel il était 
arrivé, retourna à la mairie, où un grand banquet l'attendait en plein air sur la 
terrasse; le soir, la ville fut illuminée, et un bal termina cette fête de délivrance. 
Le lendemain et les jours suivants, le Schântzel ressemblait à un camp d'ouvriers: 
hommes, femmes, enfants de tout âge et de toute condition, militaires et civils, même 
des paysans de nos villages, travaillaient à celte œuvre de démolition; la musique 
et de joyeux et patriotiques refrains, chantés en chœur, animaient le travail, et les 
libations, dans les nombreuses cantines établies sur les lieux, ne faisaient pas défaut 
à la fête. 

1 Homme de science et de mérite , il créa avec son frère la maison de librairie , imprimerie , fonderie de 
caractères et lithographie existant encore sous le nom de sa fille, M me veuve Berger-Levrault. Successeur de M. de 
Montbrison , premier recteur de l'Académie de Strasbourg, après la création de l'Université, il mourut en 1821. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 123 

Luckner fut nommé maréchal de France dans cette même année, et trois ans après , Fortifications. 
lui et Dietrich étaient tombés sous la hache du tribunal révolutionnaire. 

Lors de la formation des gardes départementales sous l'empire, on construisit près 
de ce bastion une petite caserne pour y loger la compagnie du Bas-Rhin. 

En remontant les remparts, à la droite de la porte Nationale, pour nous diriger vers 
celle de Saverne, nous rencontrons quelques tours assises sur l'escarpe, qui y 
subsistent depuis le seizième siècle, et un bastion avec un cavalier qui est l'œuvre du 
génie militaire du dix-septième siècle. Vauban augmenta essentiellement ce front de 
fortification par les travaux extérieurs et par les deux grands ouvrages à corne qui en 
font partie. 

Si nous portons nos regards vers l'intérieur de la ville, nous embrassons un Marais-Kageneck. 
assemblage de vieilles constructions avec des jardins, s'emboîtant les unes dans les 
autres, sans plan et sans règle; ce sont les fermes de nos jardiniers cultivateurs; elles 
forment ce que l'on appelle encore aujourd'hui le Marais-Kageneck (nom d'une famille 
noble qui y avait sans doute son castel). C'est le pendant du Marais- Vert, au delà du 
faubourg de Saverne. 

Le nom de marais ou Bruch (terre marécageuse, inculte, submergée), que porte 
encore ce terrain, nous désigne assez l'état dans lequel il se trouvait anciennement, 
lorsqu'il fut réuni à la ville. Situé entre le bras de la Bruche et le fossé extérieur des 
fortifications, il était assujetti à de fréquentes inondations, de même que IaKrutenau 
du côté oriental de la ville, dont nous avons déjà parlé ; Speclin nous cite surtout celles 
de 1480 et de 1570, où l'on fut obligé d'y circuler en nacelles; aujourd'hui il est à 
l'abri de ces accidents par le rehaussement dont il a été l'objet à différentes époques. 
D'autres noms analogues désignent les quartiers de ce faubourg, tels que le Vieux- 
Marais, le Marais-de-la-Fontaine, le Marais-Aride, le Marais -d'Allerhèiligen (de 
l'église de la Toussaint), et le Marais-Désert; ces diverses dénominations se sont 
perdues depuis. 

Les rues irrégulières qui coupent le Marais-Kageneck nous en rappellent également 
l'ancien état: Rue de la Course, rue des Païens [Heidengass) , fausse traduction du mot 
allemand Heiden et qu'on devrait rectifier par la dénomination plus exacte de rue des 
Landes, et rue Déserte {Seellosgass.) Quoique ce faubourg fût déjà compris depuis un 
siècle dans l'enceinte murale de la ville, il était bien désert et n'avait qu'une faible 
population. Ce n'est qu'après la démolition, en 1475, de quelques centaines de maisons 
dans ses environs, quand on craignit une attaque de Charles de Bourgogne, qu'un 
grand nombre de leurs anciens propriétaires sans asile s'y réfugièrent et les 
rebâtirent clans ce quartier. En examinant ces maisons, nous en avons trouvé un 
bon nombre qui portent le cachet de celte époque avec quelques légères modifications. 

De bien tristes souvenirs s'attachent à une partie de l'emplacement qu'occupe la FossedesHréii 



I 



16. 



•24 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

MaiaiS Foïe neCk ' CaSerne du faubour g de Saverne, bâtie en 1722, et à la construction de laquelle la 
des Hérétiques. vi,le contribua pour une somme de 170,000 livres. 

Longtemps après que l'ignorance et le fanatisme religieux y eurent commis leurs 
horribles excès , on l'appela encore la Fosse des Hérétiques (die Ketzergrub). Kleinlawel, 
dans sa Chronique rimée de 1625, nous raconte ce drame en ces termes: 



1212. In dieser Zeit waren im Land 

Yiel Leut die man Waldenser nannt, 
Die sagten dass der Pabst im Lehren, 
Die gantz heilig Sehrift thât verkehren. 
Drum wurden sie aile verbaunt, 



Und wo man sie bekam verbrannt. 
Und in diesem zwôlften Jahr bat 
Man auch zu Strasburg vor der Stadt 
Achtzig auf einen Tag verbrennl. 
Wird noch die Ketzergrub genennt. 



Les Vaudois dont il s'agit, ou Apostoliques, Henriciens, Albigeois, Arnaudistes 
et autres noms qu'ils reçurent, soit de ceux qui prêchaient leur doctrine, soit du pays 
qu'ils habitaient, avaient primitivement leur séjour dans le nord de l'Italie, où Claude, 
évêque de Turin, qui vivait du temps de Charlemagne et de Louis-le-Pieux, desquels 
il était l'ami, enseignait leur dogme. Ils ont probablement reçu leur nom de 
Pierre Waldo, riche négociant de Lyon, qui appartenait à leur secte et qui vécut trois 
siècles plus tard. L'Église les accusa d'hérésie; eux par contre alléguaient que l'Église 
était devenue hérétique, puisqu'elle avait dévié dans son dogme de cette pureté 
évangélique du christianisme primitif à laquelle ils prétendaient être restés fidèles. Ils 
jouissaient généralement de la réputation de braves et d'honnêtes gens, de mœurs 
pures et menant une vie paisible; leurs ennemis les plus acharnés même étaient 
obligés de leur rendre justice sur ce point, mais le grand grief de l'Église contre eux , 
c'est qu'ils n'admettaient pas tous les dogmes qu'elle enseignait. Ils ne croyaient pas à la 
transsubstantiation dans l'Eucharistie, et n'admettaient pas le purgatoire; ils disaient 
que le baptême ne profitait en rien aux petits enfants, et n'était pas un égide contre 
le péché; qu'il fallait rompre la croix, puisqu'il n'était pas juste pour des chrétiens de 
révérer les instruments de la passion de Jésus-Christ; que la messe n'était qu'une 
invention humaine, et que les prières et les aumônes ne profitaient en rien aux morts. 
D'après leurs principes, il ne fallait pas d'intermédiaire entre 1 homme et Dieu; 
l'homme dans ses actions n'était responsable qu'envers son Créateur; l'adoration 
des saints et des reliques était digne du paganisme, et aucun homme au monde, 
fût-ce même le pape, dont ils ne reconnaissaient pas l'autorité spirituelle, ne pouvait 
faire rémission des péchés par des indulgences ou des absolutions ; ils donnaient à leurs 
barbes ou prédicateurs la faculté de se marier 1 et déviaient encore en divers autres 
points de l'Église romaine. 

Ce n'est qu'en 1074. que le pape Grégoire VII interdit le mariage aux prêtres ; auparavant il leur était permis de 
se marier, mais l'abstinence et le célibat étaient néanmoins toujours considérés pour eux comme une vertu. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 125 

Ces sectaires, en très-grand nombre, s'étaient répandus pendant des siècles en Marais-Kageneck. 
Savoie, dans le Béarn , le Languedoc, le Toulousin, la Gascogne et le Dauphiné, Fosse 

quand le pape Innocent III publia, en 1208, une croisade contre eux. Alors les évêques * eret ' ques ' 
et prélats et surtout le moine espagnol Dominique Guzman et l'Italien François 
Bernardon, qui furent canonisés plus tard comme créateurs des deux ordres religieux 
des Dominicains et des Franciscains , parcoururent les pays, et par leurs prédications 
soulevèrent contre eux les peuples. A Toulouse on établit le terrible tribunal de 
l'inquisition, et, pendant que des milliers d'hommes se ruaient vers l'Orient pour 
combattre en Terre-Sainte les enfants de Mahomet, des milliers d'autres faisaient une 
guerre affreuse et exterminatrice à des chrétiens leurs frères, comme si la société 
d'alors n'avait connu ni la voix du cœur, ni celle de la raison. 

Le chef de la croisade était Simon, comte de Montfort, auquel l'Église avait donné 
le nom d'Athlète du Christ. De son côté, la secte des Albigeois ou Vaudois, dans le midi 
de la France, avait un puissant appui dans la noblesse et dans le comte Raimond de 
Toulouse, cet intrépide compagnon des successeurs de Godefroi de Bouillon, dont elle 
disait: «Qu'il se comportait comme membre du diable, comme fds de perdition ; qu'il 
«était premier né de Satan, ennemi de la croix et persécuteur de l'Église, champion des 
«hérétiques, ministre de damnation, apostat de la foi, rempli de crimes et vrai magasin 
« de toutes espèces dépêchés! ! !» — C'était le langage chrétien d'alors, à côté de cet autre 
langage si sublime, si poétique, que nous a laissé dans le même temps l'architecture 
dans ses monuments religieux. 

Les plus grands crimes furent commis au nom de la religion de charité, d'amour, 
de résignation. Glaives et potences , chaînes et prisons , poignards et bûchers , toutes 
les tortures, tous les supplices furent employés pour convertir ou pour tuer, et si l'on 
n'était pas sûr de la sincérité d'une conversion , on brûlait néanmoins: « Pour que le feu 
servît en expiation des péchés, et, si l'on avait menti, on souffrirait le talion pour sa 
perfidie, » comme dit Pierre, moine de Vaulx-Cernay . qui retraça ces horreurs avec 
un sang-froid incroyable. 

Plus de soixante -dix mille Albigeois périrent dans cette guerre; d'antres ne 
laissèrent pas de se répandre en France, en fuyant leurs foyers et la persécution; 
mais , comme l'inquisition les força de quitter le royaume , un grand nombre d'entre eux 
se retirèrent en Suisse, chez leurs frères dans les vallées de la Savoie, en Angleterre, 
en Bohème, en Pologne et en Allemagne. Il en arriva aussi en Alsace et à Strasbourg, 
où beaucoup de monde, surtout des nobles et des clercs, avait admis leurs dogmes 
religieux; on envoya même, d'après l'auteur de l'Histoire des Vaudois, des jeunes 
gens de cette province dans les vallées du Piémont, pour y être instruits et se 
former comme prédicateurs. A Strasbourg, on comptait plus de cinq cents de ces 
sectaires; ils se réunissaient nuitamment pour être à l'abri des persécutions et 






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Fosse 
des Hérétiques. 



126 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Maiais-Kageneck. s'entre-aidaient fraternellement. Un ancien prêtre, du nom de Jean , les instruisait dans 
leur dogme par ses prédications, mais là aussi ils ne purent rester longtemps 
tranquilles ; des moines dominicains, arrivés en 1212, commencèrent à prêcher contre 
eux; on alla à leur recherche et on en incarcéra un grand nombre; d'autres restèrent 
inconnus, d'autres encore abjurèrent, mais près d'une centaine de ces malheureux, 
qu'on accusait d'hérésie, le prêtre Jean en tête, furent condamnés par le tribunal 
ecclésiastique à être brûlés vifs et remis pour l'exécution de cette peine entre les 
mains de l'autorité séculaire. La justice se rendait alors dans l'ancien château épiscopal 
sur le Frohnhof. On conduisit ces infortunés, hommes et femmes, nobles et roturiers, 
vieillards et jeunes gens, tous en chemise et la torche en main, devant la Pfallz, où 
on leur lut encore une fois près de trois cents articles de dogme religieux , qu'ils 
devaient abjurer; mais ni les prières, ni les larmes de leurs proches et amis, ni la 
crainte delà mort, ne purent les convaincre ou les arrêter, et le lugubre cortège se mit 
en marche vers le lieu de l'exécution; là on avait creusé une fosse profonde remplie de 
bûches, auxquelles on avait mis le feu. La conviction de ces sectaires était tellement 
forte, qu'on ne fut pas même obligé d e les jeter dans les flammes; martyrs de leur foi, 
ils s'y jetèrent de leur propre volonté, en envoyant vers le ciel des hymnes religieuses. 
Depuis bien des siècles que la terre couvre ces cendres, l'histoire nous a souvent 
enseigné que ces persécutions atroces qui font la honte de la chrétienté, ont toujours 
été impuissantes à faire fléchir les convictions profondes que la foi religieuse grave dans 
le cœur humain, et le jour n'est pas encore venu où l'homme de l'Église , à quelque culte 
qu'il appartienne, ait voulu comprendre que la tyrannie la plus odieuse est la tyrannie 
de la conscience, où dans chaque pays civilisé le législateur n'ait pris à tâche que de 
réprimer les crimes et les délits qui déshonorent l'homme dans ses actions, tout en 
respectant sa foi, qui est son bonheur intérieur, sa consolation. 

Près de la fosse des Hérétiques se trouvait la potence, cet instrument de supplice 
des temps passés, qui y fut transférée, comme nous l'avons dit, après que saint 
Arbogast se fut fait enterrer au Michelsbuhl, et qui y resta jusqu'en 1422; elle fut 
élevée alors hors la porte de Saverne, à la droite de la route de Hausbergen, où elle 
resta de nouveau jusqu'à la révolution, et il n'y a pas longtemps que le vulgaire appelait 
encore le bastion rapproché: Bastion de la Potence (Galgenschantz). 

A côlé se trouvait une éminence murée qui contenait au fond les instruments 
de supplice, servant aux exécutions par le glaive, par la roue et par le feu, et le 
tout était entouré d'un mur, afin que les loups et les chiens ne pussent ronger ou 
emporter les ossements des squelettes qui tombaient, pièce par pièce, en lambeaux, 
décomposés par le temps ou dévorés par les oiseaux de proie; tableau hideux qui 
répugnerait à la civilisation moderne. 

Les exécutions étaient souvent si fréquentes pour cause de vol et d'assassinat, que, 



La Potence. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

si ces expositions dégoûtantes avaient pu agir sur l'imagination des malfaiteurs, elles 
auraient sans doute porté leurs fruits salutaires; mais, quoique les peines fussent alors 
beaucoup plus rigoureuses que de nos jours, les crimes n'en étaient pas plus rares. La 
Caroline, ou le code criminel de Charles-Quint, qui ne ménageait certes pas les supplices 
et les mutilations de tout genre, se trouvait en vigueur chez nous depuis le seizième 
siècle et succédait à un code criminel plus barbare encore. Les chroniqueurs de celle 
époque ne laissent pas de nous donner des énuméralions d'exécutions nombreuses et 
fréquentes en tout genre. L'un d'eux nous dit qu'en 1581 il y eut tant de voleurs et de 
brigands, qu'on n'était nulle part sûr de sa propriété ou de sa personne. Dans cette 
même année on pendit chez nous à la fois sept malfaiteurs le 2 juin, neuf le 4 août et 
cinq le 22. Les exécutions par la potence devinrent même si nombreuses qu'on fut 
obligé de détacher les cadavres pour faire place à de nouveaux suppliciés, et en outre 
il y eut encore chaque semaine deux ou trois décapitations. 

Aussi longtemps que Strasbourg fut régi par sa propre législation jusqu'en 1790, 
les exécutions capitales se faisaient avec beaucoup plus de solennité qu'aujourd'hui ; le 
patient était conduit de la prison, près des Ponts-Couverts, devant l'Hôtel-de- Ville 
sur la place Saint-Martin (place Gulenberg), où le sénat était réuni. Du haut de 
l'escalier, l'Ammeister en exercice, accompagné des procureurs, des avocats et du 
syndic de la ville, lui lisait à haute voix sa sentence, et rompait, comme symbole 
de la condamnation à mort, une baguette blanche qu'il lui jetait devant les pieds, puis 
du haut de la cathédrale la cloche des pénitents (Armensiinderglôcklein) commençait à 
faire entendre son tintement lugubre, et annonçai (partout la nouvelle d'une exécution; 
les gardes de la ville en armes, commandés par leur capitaine, se mettaient en route' 
avec le condamné , portant une chemise blanche sur ses vêtements et coiffé d'un bonnet 
blanc avec un ruban noir autour de la tête; ils étaient accompagnés par le secrétaire 
du sénat qui devait y retourner après l'exécution et annoncer que justice était faite, 
par les geôliers et l'exécuteur des hautes œuvres, armé de son grand glaive et entouré 
de ses valets. Le cortège sortait par la Grand'rue, passait par la porte intérieure près 
de Saint-Pierre-le- Vieux et les ponts et se dirigeait par le Marais -Kageneck vers la 
porte de Saverne. Avant la réforme il y avait sous cette porte une chapelle qui fut 
démolieen 1530, et dans laquelle un prêtre était obligé de dire une messe, et d'attendre 
pour l'élévation, l'arrivée du pénitent, afin que celui-ci pût encore recevoir le Deus 
vobiscum. On appelait cette cérémonie religieuse la bénédiction de Saint-Jean, et le 
prêtre officiant était convié ce jour-là à dîner à l'OEuvre-Notre-Dame, aux frais de la 
fabrique de la cathédrale. 

En 1613, la dernière volonté d'un condamné à mort fit naître un autre usage qui 
resta en vigueur jusqu'à la révolution. La maison au coin du quai Saint-Jean et de la 
Grande-rue-de-Ia-Course appartenait alors à un jardinier du nom d'Augustin Trenss 




Exéculions 



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19 20 21 22 23 24 25 26 27 



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Exécutions. 



128 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Son fils y avait mis le feu et une partie des bâtiments devint la proie des flammes; il fut 
condamné à avoir la tête tranchée. Quand il passa devant la maison paternelle pour 
aller au supplice, il demanda la grâce d'y entrer pour voir une dernière fois ses 
parents et d'y faire sa dernière collation; sa demande lui fut accordée, et par la suite 
on offrit, aux frais de la ville, à tout criminel condamné à mort, à son passage devant 
cette maison, une petite collation avec du vin. Dans une chambre basse on conservait 
un gobelet, une assiette en étain et un couvert, qui étaient spécialement destinés à cet 
usage. Le prélat de Moyen-Moulier, qui acheta plus tard cette maison pour en faire 
son hôtel, demanda au sénat l'abolition de celte servitude, qui sans doute n'était pas 
fréquemment exercée; mais il subit un refus, et la maison est encore appelée par les 
anciens de ce quartier: La Maison des Pénitents {das Armensûnderhaus). 

Outre la potence, bâtie hors la porte de Saverne, on en établit une seconde, en 1552, 
dans le Marais- Vert, tout près du Hundshop , pour le service de la justice militaire des 
troupes à la solde de la ville. Pour les assises du tribunal, l'on dressait une table et des 
bancs sous un vieux tilleul , et des barrières étaient élevées , entre lesquelles le pénitent 
recevait la bastonnade. 

Les peines n'étaient pas moins sévères alors pour les militaires que dans l'ordre 
civil, surtout dans leur application à des troupes qui s'engageaient pour un temps 
plus ou moins long, à telle ou telle ville, à tel ou tel capitaine qui les enrôlait pour le 
service d'une puissance quelconque. 

Pour maintenir dans la disciplineces soudards mercenaires, qui trafiquaient de leurs 
services en se mettant à la solde du plus offrant , qui se bataillaient pour toutes causes, 
qui vivaient en partie de la rapine et du pillage , il fallait une pénalité en harmonie avec 
leurs mœurs débauchées et sauvages et leur rude métier. L'échelle de ces peines était 
adaptée aux crimes et délits suivant leur gravité. La punition la plus légère était 
l'emprisonnement à l'eau et au pain, les mains et les pieds enchaînés aux fers; la 
seconde était la monture sur l'âne pour un ou deux jours; à cet effet, on enchaînait le 
pénitent, légèrement chaussé, à califourchon et les jambes pendantes sur un morceau 
de tronc d'arbre, taillé à dos d'âne et monté sur quatre pieds. La troisième était la 
mise au tronc, un bras et une jambe tirés en l'air avec une chaîne, de sorte que le 
corps ne reposait que sur une seule jambe. Ce supplice avait souvent des conséquences 



J Le Hundshof et le Tappenhof étaient deux antiques maisons situées, à droite et à gauche, vis-à-vis du débouché 
de la rue de la Toussaint dans le Marais ; elles furent démolies lors de la construction de la gare du chemin de fer. Le 
premier de ces bâtiments était habité anciennement par l'exécuteur des hautes œuvres, chargé aussi de la voieric; 
il abattait les animaux malades, les chiens enragés et divagants, ce qui fit donner à la maison le nom de Hundshof. 
Le second servait anciennement à l'entrepreneur des transports militaires ; du mot d'étapes , il reçut son nom 
allemand de Tappenhof. A juger de son style d'architecture, ses murs crénelés, les meneaux de ses croisées, elle 
était peut-être le seul souvenir d'architecture qui nous soit resté de l'époque où ce faubourg n'était pas enclos 
dans les murs d'enceinte de la ville. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 129 

mortelles, le sang tombant sur la poitrine et étouffant le cœur quand le criminel était 
trop longtemps dans cette position. D'autres peines, celle de passer par les verges et 
l'estrapade, entraînaient aussi fréquemment la mort. En subissant la première, le 
condamné, le haut du corps nu, passait une ou plusieurs fois entre deux fdes de vingt- 
cinq ou de cinquante hommes, armés de baguettes, qui lui déchiraient le dos à coups 
forcés. La seconde n'était pas moins cruelle: les bras liés sur le dos, le patient était 
attaché à une corde qui passait à une certaine hauteur sur une poulie; les exécuteurs 
qui tenaient l'autre bout de la corde, le hissaient en l'air pour le laisser ensuite 
retomber à terre de toute la pesanteur de son corps, et la violence de la chute 
occasionnait souvent la rupture des vaisseaux sanguins, ou la fracture d'un bras ou 
d'une jambe. Enfin, au criminel vulgaire l'on infligeait le supplice de la pendaison, et 
les nobles jouissaient du privilège d'avoir la tête tranchée par le glaive. Des exécutions 
de criminels non militaires se firent également sur ce lieu de supplice. 

En 1565, le 7 août, l'exécuteur des hautes-œuvres lui-même, Bastien Rosenkrantz, 
de Soleure, eut la tête tranchée par son confrère Melchior; il était complice d'une 
bande de voleurs, ainsi que sa femme, qui, après avoir été exposée au carcan, fut 
chassée de la ville et menacée d'être noyée si elle y rentrait. 

Biihler nous cite, en 1569, un ouvrier- brodeur qui travaillait chez Daniel 
Speclin (probablement le père de notre architecte militaire), et qui fut condamné 
comme blasphémateur à avoir la langue arrachée et à être ensuite brûlé vif; il avait dit 
que si Jésus-Christ n'avait pas été un larron, les juifs ne l'auraient pas crucifié. Sa 
peine ayant été commuée, on lui trancha la tête, et sa langue, qui ne fut arrachée 
qu'après l'exécution, fut clouée à un poteau, et le corps livré aux flammes. En 1574, 
on y décapita un pêcheur de la Krutenau qui avait, comme nous l'avons dit à l'article 
du Pont du Corbeau, des relations intimes avec la mère de sa femme. En 1588, un 
faux monnayeur y subit la même peine (dans le siècle précédent, en punition de ce 
crime, on plongeait les coupables vivants dans un chaudron d'huile bouillante), et 
plusieurs sorcières y furent brûlées, etc. Walter nous cite entre autres, dans sa 
Chronique, un juif qui faisait partie d'une bandede voleurs de grand chemin et qui eut 
la tête tranchée, le 15 avril 1665, après qu'on lui eut fait abjurer le judaïsme pour sauver 
son âme. En 1670, la même peine fut infligée à une jeune fille pour infanticide. Nous 
pourrions encore longtemps prolonger cette liste funèbre de crimes et de supplices; 
mais nous nous bornons à ces citations, par lesquelles nous avons cru devoir faire 
connaître quel luxe de tortures en tout genre la législation pénale avait imaginé dans 
ce bon vieux temps, tant pour réprimer le mal que dans le but de l'étouffer dans son 
germe par l'intimidation. 
Dans une autre partie de nos promenades, nous serons obligé d'y revenir 1 , et nous 

'Voyez Ville, Pont du Corbeau. 

FAUBOURGS. . 17 



Exécutions. 



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Eglise Saint-Jean 






130 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

quittons avec plaisir ces lugubres tableaux du passé pour nous arrêter devant l'église 
de Saint-Jean dont nous avons déjà eu occasion de parler à l'article Saint-Marc et 
Saint- Jean-en-V Ile- Verte. 

La première fondation du couvent de Saint-Marc, actuellement Saint-Jean, remonte 
à l'année 1202, où Jean Engelbrecht, doyen de Saint-Thomas, le fit bâtir près de 
Saint-Arbogast pour y donner asile à quelques religieuses, qui bientôt après quittèrent 
ce séjour pour s'établir, en 1245 , hors de la ville aussi , entre la porte de l'Hôpital et celle 
des Bouchers, près de Sainte-Agnès, sous la protection privilégiée du pape Innocent IV. 
Cette maison y exista jusqu'en 1475, comme nous l'avons indiqué dans l'historique de 
la Plaine-des-Bouchers. Lors de leur rentrée en ville, un écuyer (Edelknecht) , du nom 
de Jean Voltz, qui avait cinq filles dans cette institution de dames nobles, les aida à 
construire leur couvent dans le faubourg de Saverne; elles l'occupèrent jusqu'en 1529, 
où il fut transformé en aumônerie. 

En 1538, un gymnase composé de dix classes avait été institué en notre ville, et, 
vingt-huit ans plus tard, l'empereur Maximilien II, à la diète d'Augsbourg, lui 
accordait les privilèges d'une académie. Cet établissement attira bientôt beaucoup de 
jeunes gens du dehors qui venaient y faire leurs études. Dans le nombre de ces 
étudiants , surtout parmi les théologiens , se trouvaient beaucoup de jeunes gens pauvres , 
obligés de gagner misérablement leur existence, soit en mendiant dans les rues, soit 
en chantant devant les maisons des psaumes et d'autres cantiques religieux. Le 
Magistrat eut pitié de ces infortunés et donna asile et nourriture à l'hospice de Saint- 
Marc à un grand nombre d'entre eux, suivant ses moyens; ils reçurent chacun par 
an un vêtement et par semaine six miches de pain avec un schelling. L'usage humiliant 
de chanter et de faire de la musique devant les portes, au jour de l'an et à d'autres fêtes, 
continua néanmoins jusqu'à ce qu'il fut défendu, en 1586, par une ordonnance qui 
institua, au bénéfice des étudiants indigents, des quêtes faites dans les églises paroissiales 
le jour de Noël. Leur sort fut aussi amélioré, depuis 1608 , par une donation entre vifs 
que leur fit de toute sa fortune, qui était considérable, un nommé Maurice Ueberhen , 
prévôt de Saint-Pierre-le-Jeune, qui s'était converti au protestantisme. De nos jours 
encore quelques théologiens luthériens jouissent du bénéfice de celte dotation, connue 
sous le nom de Stipendium Maurilianum\ Nous avons ajouté ces détails pour compléter 

Maurice Ueberhen faisait partie de la société des Phonasques ou ileistersanger à Strasbourg; dans leur album 
conservé à la bibliothèque , cette donation est mentionnée dans la pièce de poésie atlachée à son nom : 



Er ùberbringet eine feine Summ . 
An Baarschaft die dcr Herr so frum 
Giebt hin, freundlich, ledig und frey, 
AchttausendGulden, dass es sey 
Ein ewiges Slipendium 
Genennet Mauritianum. 
Daraus hinfort erzogen werden 



Acht Bûrgersôhn die mit Beschwerden 

Wegen der armen Eltern ail 

Unter frommen StudenlenzaI 

Nicht konnten gliicklich kommen fort, 

Weil Geld mangell bald hie bald dort, 

Der allmachtig und giilig Gott 

Ilin fur aller Gefahr und Nolli , 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



131 



Faubourg 
de Saverne. 



le tableau de la vie des e'tudiants pauvres dans les temps passés, dont nous avons parlé 
dans l'historique de Saint-Guillaume. 

La création du Mont-de -Piété, qui occupe aujourd'hui les vastes salles des anciens Mont-de-Piété. 
chevaliers de Malte, date de 1829, époque à laquelle la ville céda ce local pour un loyer 
de 1500 fr. Le premier directeur de cet établissement fut M. le baron de Miinck, gendre 
de M. de Kentzinger, alors maire; les intérêts des capitaux engagés en nature étaient 
de 12 0/0. Dans les années 1846 et 1847, la ville fit construire dans la même enceinte 
une école paroissiale catholique. 

Si vous vous promenez sur ce quai , ne manquez pas d'aller visiter l'atelier de notre 
sculpteur André Friedrich qui loge à côté de l'ancienne commanderie, et qui gratifie le 
pays de Bade des produits de son art 1 . 

L'ancienne route postale qui conduisait à Saverne donna le nom à la porte et à la rue 
dans laquelle nous allons entrer; ce n'est que depuis la première révolution que cette 
roule fut changée, en partant par la porte Nationale pour traverser Marlenheim etWas- 
selonne. Le nom allemand de cette rue du faubourg, Kronenburger-Slrass , provient d'un 
castel situé sur une des collines du Kochersberg, près de Neugartheim , appartenant 
autrefois à l'évêque , mais dont il n'existe plus la moindre trace. Cette rue est devenue 
une des plus larges et des plus régulières de notre ville, par suite de deux incendies qui 
y firent leurs ravages , l'un le 6 octobre 1693 , et l'autre le 7 octobre 1782. Ce dernier 
donna lieu au règlement de police qui enjoignit aux gardiens de la cathédrale de 
sonner le quart et de faire jour et nuit, après avoir sonné, le tour de la plate-forme, 
pour s'assurer qu'il n'y avait pas d'incendie dans la ville ou dans les environs, et pour 
donner l'alarme en cas de sinistre. L'exécution de ce règlement commença le 1 er jan- 
vier 1783. Le feu , qui éclata dans la rue de Kuhn par un fort vent du nord , dévora vinst- 
sept maisons d'habitation et vingt-huit granges pleines de blés et de fourrages; par ce 
sinistre, quarante familles, composées de deux cents personnes, restèrent sans abri. 
La quête faite à leur profit rapporta 36,000 livres; l'évêque, cardinal de Rohan, avait 
donné 6000 livres, et le grand-duc de Russie, à son passage par cette ville, 100 louis d'or. 
Le Marais-Vert, derrière la rue du Faubourg-de-Saverne jusqu'à la rue de la Toussaint, 
a changé complètement de face depuis 1845. L'application et l'exploitation du gaz et de 
la vapeur, ces grandes inventions modernes, ont demandé à juste titre place dans notre 
antique cité, et, pour y établir leur séjour, ont entraîné la démolition de tout un quar- 



Marais-Yert. 



Allzeit gnadiglïch bewabr, 

Auch ferner der Gesangmeisler-Schaar 

Zum besten erweck solche Lcut, 



Die zutragen dergleichen Beut, 
Wùnsch ici) geslern , und wiïnsch es heut. 
St. Job. 1597. 

Le portrait de Maurice Ueberhen existe encore dans une armoire à deux battants dans les bureaux de Saint-Marc. 
1 Outre le monument de Turenne à Sasbach et la statue d'Erwin à Steinbach dont nous avons déjà parlé , il a placé 
sur le cimetière de Bade la statue d'un fossoyeur et à Offenbourg celle de Frantz Dracke, l'introducteur des pommes 
de terre en Europe. 

17. 



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19 20 21 22 23 24 25 26 27 



&- 





Marais-Vert. 



132 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

tier. La ville a été loin de perdre à ce changement , car, lorsqu'on était placé sur le 
rempart au-dessus de l'entrée actuelle du chemin de fer, l'œil plongeait dans un dédale 
de misérables maisonnettes et dans les décombres d'écuries militaires, devenues la 
proie des flammes quelques années auparavant. 
Bientôt un monde tout nouveau s'offrira à nos regards, quand cet immense empla- 
Chemins de fer. cernent sera occupé par la station avec ses vastes et belles salles d'attente, par les remises 
et ateliers de réparation de quelques centaines de locomotives, tenders et voitures en 
tout genre, par les magasins et docks qui contiendront des marchandises de toutes les 
parties du monde et par des milliers de voyageurs affluant de tout côté. 

Déjà longtemps Bàle est lié à Strasbourg par une voie ferrée; depuis un an , le Havre 
se rattache à Paris et Paris au Rhin par une même voie 1 ; mais quand un jour quatre 

'Dans la description des points de notre panorama que l'œil saisit au dehors de la ville , nous avons déjà parlé 
de 1 inauguration du chemin de fer d'Alsace ; ajoutons quelques mots sur son tracé. Son développement de Strasbourg 
abale est de 140 kilomètres, dont 45 jusqu'à Schlestadt, en desservant les stations principales d'Erstein et de 
Benleld, 07 jusqu'à Colmar, 103 jusqu'à Lutterbach (d'où se détache un embranchement de 14 kilomètres de 
longueur, mettant Thann, à l'entrée de la vallée de Saint-Amarin , en communication avec Mulhouse); jusqu'à 
Mulhouse 108, et jusqu'à Saint-Louis, sur la frontière suisse ,137. 

Quoique d'immenses travaux d'art, de remblais, de terrassements, de nivellements , furent occasionnés surtout 
a prox.rn.te de la base des Vosges , au concessionnaire de ce chemin de fer, M. Nicolas Kœchlin, on n'eut cependant 
a laire aucune percée de souterrain. 

Le chemin de fer de Strasbourg à Paris a un développement de 511,942 dans le département du Bas-Rhin. En 
qu.ttant Strasbourg, il rejoint le bassin de la Zorn , à Brumath, et le suit jusqu'au delà de Saverne, où il le quitte 
pour entrer a dro.te dans un vallon latéral jusqu'à son entrée dans le grand souterrain d'Arschwiller d'où il sort 
près Hommarting , après avoir passé une longueur de 2,678 mètres sous terre , et en croisant , aussi souterrainement 
te canal de la Marne-au-Rhin qui passe sur la voie ferrée. (Nous parlerons plus longuement des beautés des travaux 
d art et de la nature qu'offre ce chemin de fer quand nous ferons la description des environs de Saverne.) 

De Hommart.ng, le chemin de fer dessert Sarrebourg , et , en contournant la vallée de la Vézouse , il arrive à 
Lu„ev.lle, dans la vallée de la Meurthe, où il rejoint le canal à Varangeville , avant Nancy. De là, en suivant la 
Meurthe au nord jusqu'à Frouard, à l'embranchement du chemin de fer de Metz et de Forbach il se dirige à 
gauche vers Toul , en passant différentes fois la Moselle et le canal de la Marne par des ponts d'une grande hardiesse 
de construct.on. De Toul, le chemin de fer passe dans le souterrain de Foug, de 1120 mètres de long, par la vallée 
de T ingressin, traverse le souterrain de Pagny (570 mètres) , et vient desservir Commercy sur la Meuse En quittant 
cette dernière ville , il se rapproche de nouveau du canal, passe les cols de Coutance-aux-Bois et de Loxéville par 
une profonde percée à jour, et gagne Bar-le-Duc par la vallée de l'Ornain qu'il suit pour entrer dans celle de la Saulx 
et pour se diriger sur Châlons-sur-Marne , en longeant Vitry-le-Français. De là, en suivant la rive gauche de la 
Marne , ,1 dessert Jalon , Epernay, Dormans et arrive à Château-Thierry, après avoir de nouveau passé cette rivière. La 
section de Château-Thierry jusqu'à Paris , en passant devant Meaux , présente un grand nombre de travaux d'art et de 
difficultés d exécution le chemin saute bien des fois d'une rive à l'autre de la Marne, et passe les souterrains de 
Chezy (440 mètres), de Nanteuil (937 mètres) et d'Armentières (672 mètres). Enfin, après avoir quitté à Chelles 
es rives de la Marne , on arrive à la magnifique station au nord de Paris , entre les faubourgs Saint-Denis et Saint-Martin 
La d.stance ent.ere de Strasbourg à la capitale est de 501 kilomètres, et est franchie aujourd'hui en dix heures 
grâce a 1 action de la vapeur, et cependant il y a encore des personnes qui préféreraient les coches et lespataches du 
Bon vieux temps. 

La concession pour l'exécution de ces immenses travaux a été donnée par une loi de 1842, et en 1852, donc en 
1 1 1' Ce , Chemm de fer fut achevé > et inau S» r é solennellement le 18 juillet en présence de S. A. I. le prince 
ouïs -iNapoleon alors encoreprésident de la république. Les fêtes brillantes qui vivifièrent Strasbourg àcelte occasion 

la descHpIn dan! ce M^ * *"" *" ' * "? * ^ "*• *" P ° m ' *" nOTS Cr ° yi ° nS *** e " dm ™ 



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Lithf par Kr. d'après un dessin de ffl Brion 



Lith. £. Simon à Strasbour 



Vue de l'ancien marais vert prise sur le rempart a l'entrée du chemin de fer. 






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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 133 

grandes veines de fer, vivifiées par la vapeur, aboutiront à Strasbourg; quand, du pied Chemins de fer. 
des Pyrénées, une longue ligne parcourra le midi de la France et aboutira par Dijon 
à la ligne alsacienne; quand celle de Mayence, après avoir desservi la Bavière rhénane 
viendra se joindre à celle même ligne, et qu'un jour le chemin de fer badois, en com- 
munication avec le nord et le sud de l'Allemagne, nous tendra la main, alors 
Strasbourg , par sa position géographique , sera le centre entre les deux grandes nations 
à la tête de la civilisation européenne. Dans son sein, des peuples de toutes races 
se tendront la main , comme jadis le firent sous ses murs les fils de Louis-le-Débonnaire, 
à la tête de leurs armées de races gauloise et germaine. 

On voudrait faire sortir de leurs tombes quelques-uns de ces barbares guerriers, 
ou de ces fiers bourgeois de la ville libre impériale, et, les prenant par la main, 
les conduire dans l'état actuel de la société. Ils demanderaient qui a produit ces 
prodiges modernes qui les entourent? On leur répondrait: c'est la civilisation, ce 
sont les progrès de l'esprit , de l'intelligence , qui se sont fait jour avec une rapidité 
étonnante, en rompant dans leur marche ascendante les barrières de l'ancien édifice 
social. 

Trop longtemps les guerres ont séparé les peuples, ont fait naître entre eux des 
haines implacables; des princes absolus, souvent entraînés par un caprice, par 
l'impétuosité de leur caractère, par l'ambition, par la passion des batailles, par des 
intérêts de famille, les ont lancés les uns sur les autres comme des bêtes fauves, et le 
carnage ne cessait que lorsque les deux partis mutilés, las de combats, avaient déposé 
les armes sur les ruines fumantes de leurs maisons. Ces temps sont déjà loin de nous 
et espérons qu'ils ne reviendront pas de sitôt. Plus les gouvernements représentatifs 
prendront racine sur le sol de l'Europe civilisée, plus les peuples auront voix délibé- 
rative dans l'action gouvernementale, et moins ce fléau anti-chrétien , antihumanitaire, 
désolera la société, car les peuples comprennent fort bien que la guerre, sauf les 
guerres de principes, les guerres d'indépendance nationale, est toujours désastreuse, 
quelle qu'en soit l'issue, et que la paix, au contraire, unit et fait fleurir le travail matériel 
comme celui de l'intelligence. 

L'importante et noble mission de Strasbourg dans le rapprochement des deux 
grandes nations franco-germanique a déjà été comprise par quelques hommes d'élite 
en deçà et au delà du Rhin 1 . De l'usage des deux langues que parlent ses habitants, 
naissent pour eux de précieux avantages dans leurs relations avec l'Allemagne. D'un 
côté, ils y puisent le bien-être matériel fondé sur des liens d'échange et de commerce; 
de l'autre, placé entre deux peuples divergents d'esprit et de caractère, mais 
fraternisant par les besoins matériels et de l'intelligence, le Strasbourgeois , par son 

1 Voyez Ville, Congrès scientifique 1812. 



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134 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Chemins do fer. contact incessant avec la France et l'Allemagne, devient pour elles nn puissant agent 
aa intermédiaire obligé, indispensable en quelque sorte, dans les hautes questions de' 
transactions commerciales. Dans ses rapports continuels avec les deux rives du Rhin, il 
trouve d'autres avantages encore que ceux du commerce. Il s'identifie avec l'esprit des 
deux nations, étudie leurs moeurs, leurs usages, les idées nouvelles qui surgissent et 
les tendancesqui les caractérisent. Ce cosmopolitisme, dans lequel on retrouve un heu- 
reux alliage du Franc et du Germain, a placé l'habitant de Strasbourg dans une des 
conditions les plus heureuses, en lui donnant sur le terrain des sciences politiques et 
human.taires, comme dans le vaste domaine des sciences et des arts, ce beau rôle 
d activité dont il est fier à juste titre. Nul doute que, par l'importance topographique de 
Strasbourg, ce grand cercle d'activité et de prépondérance , qui a marqué si heureusement 
ses premiers pas dans l'ère nouvelle , ne s'étende et s'agrandisse dans un avenir pro- 
chain , développé par le génie inventeur de Watt et par les relations internationales 
dues a une longue paix; alors Strasbourg, par le concours d'éléments aussi puissants' 
étant presque devenu par la vapeur un faubourg de la capitale sur le Rhin , doit s'élever 
dans le monde de la civilisation et du progrès des lumières au rang des premières 
cites. 

e.pavtgfSU. ; ^P apJaDtd T e ,uffiières > H»» ^tracerons d'une manière succincte l'établissement 
de 1 éclairage des rues en notre ville , mais nous serons obligé de nous replonger dans 
les ténèbres des temps pour en faire l'historique. 

Vous parcourez la nuit > les places , les rues et les quais de la ville , éclairés par ces 
belles flammes sans huiles et sans mèches, sans suif et sans salpêtre ; sous la tulipe 
radieuse d un bec de gaz , vous pouvez bien lire votre journal si l'envie vous en prend , 
et s. vous entrez dans une rue où les tuyaux en fer n'ont pas encore conduit cet air 
combustible, et qu'un réverbère ancien style projette parcimonieusement sa lumière 
rougeatre et enfumée, vous faites fi de cet éclairage du passé. 

Vous battez le pavé dans vos courses, vos dames, finement chaussées de brodequins 
recherchent soigneusement les trottoirs en asphalte, pour y poser leurs pieds plus ou' 
moins mignons, sans penser à l'état de nos rues dans les siècles passés, et sans vous 
inqu.eter de savoir comment les pieds de nos ancêtres se tiraient d'affaire quand l'au- 
.' tourne avec ses pluies et ses brouillards, et l'été avec ses averses, inondaient nos rues 
et quon ne connaissait pas encore ces toits portatifs en soie qui nous abritent. Si le 
temps est trop mauvais et que vous ne possédiez pas équipage et chevaux, privilège 
exclusif de l'opulence , vous vous placez commodément , pour le prix modique de quel- 
ques centimes, dans une citadine qui s'arrêtera devant la maison que vous indiquerez. 

astre e se>rflS qUelqU , eS J ° U1 ' S ^ Pré ° èdent ° U Sulvent Ia P loinc lune > l'éclairage de la ville est suspendu et cet 

^Lr::;;i::;r ^ïr ner à la placc du saz; en T^^r nuagcsdc ^ 






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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 135 

Mais si vous saviez cependant quelles peines il a coûté à nos ancêtres pour vaincre Éclairage 
les habitudes invétérées de la routine, pour arriver au pavage et à l'éclairage de nos et pavage des n "' s 
rues , vous les béniriez de leurs efforts. 

On s étonne que dans une cité siriche, si opulente même, comme l'était Strasbourg dans 
les temps passés, cité qu'Eneas Sylvius Piccolomini , plus tard le pape Pie II, plaçait 
avec Nuremberg , Cologne et Augsbourg , au rang des belles villes de sa patrie , que 
l'historien grec, Leonicus Chalkondylas, citait de même avec Nuremberg comme la plus 
riche ville de l'Allemagne, dont Machiavel disait qu'elle avait beaucoup de millions 
de florins dans ses caisses ; dans une ville qui fut chantée par les poètes de tous les 
siècles et dont ils prônaient la force militaire, le bon ordre dans l'administration, les 
institutions charitables , les lois sages qui la régissaient, on s'étonne, disons-nous, que 
dans cette ville on ait pataugé dans les rues sales, non pavées jusqu'en l'an de grâce 
1683, et que pas une seule lumière ne les ait éclairées jusqu'en 1770, aux rares 
lampes près qui étaient placées au-dessus de la porte de l'aubergiste , du cabaretier , 
du brasseur et du pharmacien. 

Lecteur, vous nous demanderez comment on s'arrangeait pour ne pas avoir les pieds 
mouillés, les chaussures sales, pour ne pas être pris d'un rhume? — Nous vous 
répondrons que les hommes de naissance roturière allaient modestement à pied aussi 
bien que possible, etque les femmes suivaient leur exemple quand elles étaient obligées 
de sortir. Les hommes de condition noble ou les membres du haut clergé allaient à 
cheval ou à dos de mule, et les dames se faisaient porter en litière. S'il pleuvait, 
on marchait à l'abri des nombreuses avances que projetaient les étages supérieurs 
des maisons, ou bien l'on se couvrait d'un manteau de cuir ou de feutre, avant que les 
carrosses fussent en usage chez nous, comme nous l'avons indiqué à l'article de 
l'Hôtel du Corbeau. L'empereur Charles-Quint, quand il arriva en notre ville en 1552, 
et que toute son armée campa dans les villages environnants, alla à cheval avec 
toute sa suite, le soir, à Hœnheim, par une pluie battante, sous un manteau de 
feutre ■ et cependant c'était un empereur qui faisait trembler le monde , qui aimait le 
luxe et qui avait avec lui sa garde-robe et tous ses équipages. 

Les premières traces de pavage de la ville que nous ayons trouvées , c'est sur la place 
des Cordeliers (place Kléber), en 1555; plus tard, dans d'autres quartiers, comme par 
exemple dans la rue de la Douane, où les commerçants avaient le Pflastergeld, droit de 
pavage, à payer, et dans la rue du Dôme, dans laquelle on trouva en 1839, lorsqu'on y 
plaça les conduits de gaz, un pavé complet, à quelques pieds au-dessous du niveau 
actuel , et qui ne ressemblait en rien au pavé de grosses pierres carrées dont les Romains 
ont laissé des traces dans notre province. Mais en 1683 , quand Strasbourg était devenu 
ville française, une ordonnance du sénat, que nous avons trouvée dans les procès- 
verbaux de la chambre des XXI , régla une mesure générale: elle enjoignit le pavage 




cm 



10 11 12 13 14 15 16 17 li 



19 20 21 22 23 24 25 26 27 



*"— 



136 



PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



etpavatSVue, ] "*.*"»,* a tmt Propriétaire, le long de sa maison , jusqu'au milieu de la rue H ce 
dernier n exécutait pas l'amélioration prescrite , la ville s'en chargeait elle-même et 
s en fa.sa.t rembourser les frais , sub executione, y est-il dit , par les propriétaires. Cepen- 
dant le pavage, tout en facilitant singulièrement la circulation, et en rendant les rues 
plus propres et plus saines, par la disparition des miasmes d'un terrain fangeux et 
bourbes, eta.t encore incomplet; les gros cailloux pointus que l'on y employait, et 
qui ont même rendu le pavé de Strasbourg proverbial , donnaient au terrain une sur- 
face roca.lleuseetple.ne d'aspérités , ce qu, faisait beaucoup souffrir les pieds même fa. 
moins délicats. 

Depuis 1830 , l'administration municipale fit faire divers essais de pavage avec des 
p.erres amenées des Vosges et du basait du Kaiserstuhl, mais leur cherté n'en permit 
pe.nl ample, prat.que , et les cailloux que le Rhin, la Bruche et la Kintzig nous four- 
rassent en abondance, sont restés en usage; par l'élêtement, l'emploi en devient plus 
commode pour les p.etons, et cette manipulation, dont les débris servent avantageu- 
sement a 1 amélioration des chaussées , n'augmenta que très-peu la dépense 

Introduction des trottoirs , dont les premiers essais datent aussi de cette même 
époque, a contribue beaucoup à rendre le mouvement dans les rues plus commode 
Plus sur et plus propre. Divers essais aussi en ont été faits en bitumage , en dallage ' 

"s leX r^^ 6 ÏTK Gn bitUme Semb,ait êlre le PIUS ^ filab,e ' et - « -i 
cas le plus sec ma.s le défaut d'entretien en a rendu en certains endroits l'usage dan- 
gereux, jusque éveiller même la muse indignée d'un de nos savants professeurs qu 
en une pétition en vers, a signalé le mal et invoqué la paternelle sollicitude dé 
ladm.mstrauon mun.c.pale pour le faire disparaître. Profitons en attendant de 
cette ameJ.oral.on, jusqu'à ce que le mouvement continuel de notre terre conduise 
peut-être un jour nos arrière-descendants sous un climat plus chaud , plus sec , plus 
agréable , moins brumeux et moins humide. 

Nous venons de voir comment l'habitant de notre cité pouvait se tirer d'affaire dans 
nos rues il y a quelques siècles, nous verrons quels moyens il employait la nuit 
lorsque la vi le entière était plongée dans les ténèbres et que la lune n'avait pas pitié' 

es pauvres umains, pour ne pas se heurter contre une masse d'avances de ca 
d escal.ers , de bout.ques et d'autres angles plus ou moins saillants qui donnaient sur la' 
voie pubhque. Comme l'administration n'avait pas eu soin de faire éclairer les ru s 1 
eut au mo.ns celui d'y défendre la circulation tardive 

he u ;T nCienS ' règ, rT tS ^ P ° liCe étaiem SéYèreS S0US Ce W « ^ver, à neuf 
on 1 ' Gn 6te ' " ' Cha<ÎUe PerS ° mie n ° n P 01 ' teur d '" ne himi ère, ou masquée, 

corns H; 11 T\ Par ,GS S ° ldalS dU gUeL LeS n ° CeS ' Ies feslins ' les *™P«"» *> 
œrps et le bals dans les curies, poêles des métiers et maisons de particuliers, devaient 

a s,x heures en hiver et à sept heures en été ; il est vrai que ces mêmes règlements 









19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 





PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 137 

fixent le commencement des repas à onze heures du matin, même sous une amende Éclairage 
de vingt francs inflige'e à l'aubergiste, si le retard provenait de lui, et un don au ot pavage de ° s rues ' 
bénéfice des pauvres à la charge des convives retardataires. On ne mangeait qu'une 
seule fois, et il fallait avoir les organes digestifs bien solides pour pouvoir résister à 
une action gastronomique d'aussi longue durée. 

Nous nous étendrons autre part plus longuement sur ces minutieuses ordonnances 
surchargées d'amendes , et nous continuons notre chapitre. Ce n'est qu'en cas d'incen- 
die, d'alerte, d'attaque, que chaque citoyen était obligé d'éclairer sa maison, et sur 
les places de ralliement , des torches de résine projetaient leurs lumières rougeâtres. 
Aux clochers des églises de Saint-Guillaume, de Saint-Pierre et de Sainte-Aurélie , on voit 
encore des bras de fer qui servaient à ce genre d'éclairage ; c'est là que les habitants 
de ces quartiers se réunissaient en armes. Quant à l'éclairage individuel, chaque classe 
de la population l'employait à sa manière; l'homme du peuple, qui sortait la nuit, por- 
tait des copeaux résinés de sapin allumés; le bourgeois prenait une lanterne, et le 
noble , le chanoine ou le prélat se faisaient précéder par un laquais tenant à la main un 
flambeau. Plus lard, quand on roula carrosse, le flambeau était porté par un coureur 
en livrée, qui, de l'autre main, tenait une grande canne de tambour-major, avec 
laquelle il éloignait insolemment les passants pour faire place à la voiture de son maître , 
et le pauvre diable était obligé de rivaliser de vitesse avec les chevaux qui la traînaient ; 
cet usage barbare a passé de mode , mais nous nous souvenons encore de l'avoir vu en 
vigueur à la cour de Vienne, en 1818. Il nous reste, à quelques anciennes maisons 
de maître, des traces de l'usage des flambeaux: ce sont de grands cônes creux en tôle 
qui servaient à les éteindre. 

Lorsque Strasbourg fut devenu ville française , et que le pavage général fut ordonné, 
on voulut en même temps suivre l'exemple de la capitale et introduire les réverbères; 
mais ce projet ne fut pas réalisé. Cependant, en 1728, il occupa de nouveau le sénat; 
les corporations furent consultées, et la chambre des XIII et celle des XXI le prirent 
en considération; mais comment en couvrir les frais? La population tout entière 
allait jouir du bienfait de l'éclairage public, et pourtant les propriétaires des 3753 
maisons qui composaient notre cité, devaient seuls supporter la charge de premier 
établissement, en proportion des toises de largeur de leurs façades. Cet impôt, basé sur 
un principe injuste de répartition, souleva contre lui la noblesse et le clergé, qui 
possédaient alors les plus vastes et les plus belles maisons de la ville, comme nous 
avons déjà eu et aurons encore souvent occasion de le dire. 

Us portèrent plainte au gouvernement, et , par leur influence , l'arrêté du sénat futcassé 
avec l'observation que Sa Majesté avait été très-mécontente en apprenant que le Magistrat 
s'était arrogé le droit de créer un nouvel impôt, droit dont il ne jouissait plus depuis sa 
capitulation, sans l'autorisation gouvernementale; les choses en restèrent donc là. 




FAUBOURGS. 



18 



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19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



Ëclairege 
et pavage des rues. 






138 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Enfin, après diversautres essais aussi infructueux les uns que les autres, et grâce à 
une brutalité qui fut commise dans la rue, à la faveur des ténèbres, sur une pauvre 
fille, la servante du professeur d'histoire Lorentz , le maréchal de Contades, commandant 
la province d'Alsace, levêque-cardinal de Rohan, le prince de Hesse-Darmstadt et le 
prince Maximilien de Deux-Ponts, colonels de deux régiments en garnison en notre 
ville, parvinrent, en 1778, à obtenir du gouvernement le fiât lux si désiré, par 
l'autorisation d'éclairer les rues de la ville du 1er octobre au ler avril) depuis , a chute 
du jour jusqu'à une heure du matin. Cette autorisation enjoignit à tous les propriétaires 
de maisons de payer leur part de contribution, et n'en exempta aucune propriété, ni 
publique ni privée '. Le prince de Deux-Ponts souscrivit pour 200 livres et s'engagea à 
payer annuellement pour sa part la moitié de cette somme 2 . Une fois sorti de l'ornière 
de la routine, l'éclairage delà ville subit des modifications progressives jusqu'à ce que 
le gaz, a son tour, délogeât l'huile en 1839. Alors il y avait 523 lanternes à 1243 becs 
qu, illuminaient la ville, avec 72 lanternes à 142 becs, devant les édifices publics; elles 
coûtaient annuellement 52,000 fr. d'entretien payés à l'entreprise. 

« Cette innovation si utile qu'elle fût, accompagnée de la mauvaise gestion des affaires publiques des charges 

zssrjiïzsz e zr vévisme ' qui prit un — -**»—» - »- - e , iiss 

Als unsre Stadt im Wohlsiand sass n 1 1. ■ , 

Quand l'aisance régnait en notre ville, 



Da war es flnster auf der Strass , 
Doch als das Unglùck angefangén , 
Hat man Laternen aufgehangen , 
Damit der arme Bûrgersmann 
Des Nachts zum bettlen sehen kann. 
Wir brauchen die Laternen nicbt , 
Wir sehn' das Elend ohne Licht. 
1 Après divers renseignements pris à Nancy et à Metz, 



Il faisait sombre dans les rues , 

Mais quand le malheur commença , 

On alluma des lanternes , 

Afin que le pauvre bourgeois vît clair 

La nuit pour pouvoir mendier. 

Nous n'avons pas besoin de lanternes, 

Nous voyons la misère sans lumière. 



, ainsi qu'à Francfort s/M, le sénat, avec des délégués de 
la noblesse c du cierge , fit un traite avec nn sieur Tourtille Sangrain, entrepreneur de l'éclairage de Paris de 

IZTt t r treS p 1165 ^ CÔteS ^ FranC6 ' H f ° Urnit 49 ° la * UerneS aV6C H9S beCS > à »««» *» * liv,es la 
pièce, d2,340 hvres. Poteaux , potences , boîtes , cordes , poulies, etc., 89G8 livres, total, 41,308 livres de frais 

26 ZTJ T\ U PrîX ^ ''^^^ à hU " e dG C6S H9S beCS à 22 livres P° ur les six ««* ■ ™nta à 

-6 290 livres par an. Les frais annuels de l'éclairage de la ville furent couverts par une partie de YAllmendgeld , 

cest-a-direpar des contributions que payaient les personnes qui avaient des propriétés bâties sur le terrain 
ommunal ou en location de la ville , et par des sois additionnels par livre. La répartition , pour couvri les f 
d établissement , fut faite de la manière suivante 



G00 toises de façade , bâtiments du roi 



en se basant sur le mode primitivement rejeté : 

Livres. 

à 31 sols 9 1/3 deniers 953 

de la ville, id 3 g 91 

de la bourgeoisie , id 30 833 

du clergé, id ' 4 ' 083 

de la noblesse , id \ 032 

de l'ordre de Malte, id 325 

de l'hôtel d'Andlau, id 41 

de l'hôtel de Moyenmoutier, id 
20,000 toises à 31 sols 9 1/3 deniers formant . 



2,512 


id. 


id. 


19,407 


id. 


id. 


2,570 


id. 


id. 


650 


id. 


id. 


205 


id. 


id. 


26 


id. 


id. 


30 


id. 


id. 



47 



Suis, 


Dénie 


G 


8 


5 


4 


11 


» 


9 


» 


15 


6 


14 


2 


G 


2 


13 


4 






Total. . . . 41,311 \ 

Procès-verbaux de la chambre des XXI, 1778 et 1779.) 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 139 

Une compagnie lyonnaise traita le 27 juin 1 838 avec M. F. Schûtzenberger , alors maire Éclairage 
de notre ville, pour l'éclairage au gaz; cette concession , faite pour dix-huit années, etpavage des rues- 
commença à courir du 1 er janvier 1840. L'usine à gaz s'installa au Marais-Vert et 
occupe un terrain de 50 ares. Dix fourneaux à trois cornues sont en état de fonctionner; 
trois cuves servant de réfrigérants reçoivent successivement le gaz, qui passe de là 
aux épuraleurs, pour se rendre ensuite dans les deux gazomètres, dont l'un contient 
1800 et l'autre 1000 mètres cubes. 

Le prix du mètre cube ou mille litres de gaz se vend à 54 centimes. Il est aussi livré 
aux particuliers , par abonnement, à 6 centimes le bec et par heure. 

Les travaux furent conduits avec une telle rapidité qu'audit jour, 1 er janvier 1840, 
les rues des Grandes-Arcades, des Hallebardes, du Dôme, la rue Brûlée, celle de la 
Mésange, les rues Mercière, du Vieux-Marché-aux-Poissons, la place Gutenberg et la 
promenade du Broglie furent éclairées par cet air combustible. Dans les premières 
années, on le préparait avec l'huile de schiste et de l'eau; mais l'entrepris©, qui fit des 
pertes considérables, renonça à ce système et produit depuis 1843 le gaz par la 
distillation de la houille, opération simplifiée et plus lucrative. 

Ce mode d'éclairage a pris depuis une grande extension , et à la fin de 1846, époque 
à laquelle nous avons écrit ces lignes , il y avait 17 kilomètres, près de quatre lieues, de 
tuyaux en fonte de fer posés sous le pavé de Strasbourg, 377 lanternes à gaz éclairant 
les rues , places et quais , 2548 flammes chez les particuliers , y compris 333 qui éclairaient 
le théâtre, et il ne restait plus que 340 lanternes à 765 becs à huile au service de 
l'éclairage; on les appelait des becs municipaux, comparativement à la lumière du gaz. 
Aujourd'hui, quoique les canalisations n'aient plus continué depuis la fin de l'année 
1848, ces tuyaux occupent 21 kilomètres d'étendue, auxquels il suffirait d'ajouter 
encore 10,000 mètres, pour arriver à chasser le gaz souterrainement dans toutes les 
rues de la ville, à l'exception du chemin de ronde au pied des remparts; 86 lanternes 
ont été ajoutées aux 377, et le chiffre des becs desservant les maisons particulières 
s'est augmenté progressivement de 2548 à 4821 , dont 4237 abonnés au compteur, 116 
abonnés à l'année, et le reste au théâtre. L'entreprise doit s'attendre à une bien plus 
forte consommation de gaz, quand les expériences pour faire servir cet air combustible 
au chauffage et même à l'emploi de la cuisine, auront conduit à une théorie complète 
et sûre; sous ce point de vue, nous signalerons les expériences progressives qu'a 
faites eu notre ville M. Hugueny, pharmacien. 

Les progrès incessants des sciences et des arts nous feront peut-être arriver un jour, 
au moyen de la lumière électrique ou de toute autre flamme durable, à un mode 
d'éclairage d'une intensité égale à celle des feux de bengale, et qui , du haut de la flèche 
de la cathédrale et de quelques autres tours, illuminera la ville entière et fera à son 
tour abandonner le gaz qui brille le soir dans nos rues. 

18. 











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19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



Marais- Vert. 



HalIe-aux-Blés. 






140 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Sous l'article Marais-Vert, nous avons parlé de la démolition de tout un quartier de 
la ville, pour y asseoir la station du chemin de fer et le gazomètre. En faisant ces 
démolitions, on découvrit au fond de la petite rue des Gerbes (Garbengâssel) , derrière 
le gazomètre , des traces de l'ancienne chapelle zum elenden Kreutz , à la croix des 
pauvres. Elle était de petite proportion, carrée et voûtée, et on y entrait par une porte 
ogivale à accolades; l'intérieur était peint de guirlandes de palmes et de fleurs sur un 
fond blanc avec quelques inscriptions allemandes, mais rendues illisibles par l'humidité. 
A celte chapelle était adossée une maison à embrasures de fenêtres sculptées; au 
premier étage, on voyait peintes en grisailles des colonnes entre lesquelles se trouvaient 
des carrés en relief imitant les boiseries, et dans un coin de chambre, un arquebusier 
mettant son arme à mèche en joue. Cet arquebusier, ceint d'une épée et portant la 
cuirasse et le costume suisse à culottes à tonnelet, nous a rappelé la maison du tir 
public établie au Marais-Vert jusqu'en 1480, où, pour cause d'accidents funestes arrivés 
par les armes, elle fut transférée hors la porte des Juifs, au Schutzenrain , aujourd'hui 
promenade du Contades. 

Ne quittons pas ce quartier sans nous arrêter devant la Halle-aux-BIés, l'un des 
monuments des temps modernes les mieux compris et les mieux exécutés, et qui se 
distingue surtout par la hardiesse de la charpente de sa toiture, admirée par bien des 
architectes touristes. Elle fut construite en 1826, sous l'administration municipale de 
M. de Kentzinger, maire d'alors '. M. Villot , architecte de la ville , dont le nom s'attache 
déjà honorablement à la construction du théâtre , en est le créateur. Ce beau bâtiment, 
qui va bientôt perdre sa destination primitive , a coûté à la ville la somme de 406,147 fr. 
payés en quatre annuités. 

La série de maisons sises depuis le Marais- Vert jusqu'au faubourg de Pierre subit 
aussi le sort de la démolition , quand on commença à exécuter le projet d'établissement 
d'un quai sur la rive gauche du canal, sous l'administration de M. F. Schùtzenberger. 
Parmi elles, il y en a une qui ne doit pas demeurer dans l'oubli, car un des hommes 
vaillants qui ont illustré la cité de Strasbourg l'habita pendant son jeune âge. Elle 

'M. de Kentzinger a été pendant quinze ans maire de la ville de Strasbourg; une notice nécrologique que lui 
consacra notre compatriote, Th. Stœber, nous fera connaître le mérite de cet administrateur intègre- 
nt. Antoine-François-Xavier de Kentzinger naquit à Strasbourg en avril 17S9; il fit ses premières études au 
«coilege de Nancy. Fils d'un homme distingué par ses hautes connaissances dans la jurisprudence, il marcha sur 
« ses traces et suivit la carrière du barreau , où il défendit ses clients avec autant de talent que de désintéressement 
<■ En 1 ,90 ,1 fut nommé membre du conseil général et il y soutenait avec courage les intérêts de ses concitoyens. 
« En 1 /92 il quitta sa patrie , sans prendre aucune part aux événements politiques du temps. Après le régime de la 
« terreur , il rentra dans son pays natal et remplit les fonctions d'avocat près de la direction des douanes à Strasbourg 
•< hans trahir sa consc.ence, il sut défendre le commerce contre les exigences fiscales; au milieu des tentations et 
« ces promesses les plus séduisantes , il resta homme intègre, homme d'honneur, et sortit de cette administration 
« es mains pures. En septembre 1815 , il fut nommé maire de Strasbourg. La salle de spectacle, le quai Kléber 
«la lialle-aux-Bles, la communication du quai des Pêcheurs, l'Académie, etc., sont les monuments de son 
« administration , qui de tout temps a été sage et paternelle. M. de Kentzinger aimait sincèrement les Slrasboui-eois • 






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9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



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' ■: : , :. 





Ancienne Tannerie, 

la danse des Paysans, (Zura BauernUnzJ ou fut élevé le général Kléb 



er 



Pa^e, 146. 




An ci 



enne maison au Coin du Font, el du Faubourg .de P 



ierre 



MB£gg99B£ 










PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 141 

était située à la gauche du pont qui remplace de nos jours, à quelques mètres plus en 
amont, celui qui conduisait dans la rue de l'Arbre- Vert. En dernier lieu, elle servait de 
tannerie et conserva son ancien nom , zum Baurentanz , à la danse des paysans. 

Jean-Baptiste Kléber, né le 6 mars 1753, y fut élevé par sa mère, qui s'était mariée 
en secondes noces à un sieur Burger, propriétaire de cette maison. Ses parents étaient 
alors loin de se douter qu'un jour cet enfant porterait le nom de son père à la postérité , 
en y attachant cette auréole de gloire militaire qui plus lard ceignit son front. Dans la 
guerre de la Vendée, il fallut à ce républicain courageux, énergique, aussi bien que 
généreux et juste, tout son génie pour lui concilier, à la tête du parti des bleus, l'estime 
des blancs , qui leur étaient opposés , et ce fut son noble courage qui le rendit à Héliopolis 
le sauveur de cette poignée de braves laissés par Bonaparte sur les sables arides de l'Egypte. 
Si le poignard d'un musulman fanatique n'avait pas mis fin à ses jours, il eût été plus 
tard envoyé en exil , comme Moreau , le vainqueur de Hohenlinden , car cette nature de fer 
ne se serait sans doute pas pliée devant le manteau de pourpre de son ancien général. 

Une révolution avait formé le héros, une révolution aussi devait rendre hommage à 
son souvenir. L'armée française , en évacuant l'Egypte, avait emporté les restes embaumés 
de son commandant en chef, qui furent déposés au fort de Lagarde, à Marseille; ils 
y restèrent oubliés jusqu'en 1818, et furent transportés alors à Strasbourg, où les 
caveaux de la chapelle Saint-Laurent, dans la cathédrale, les reçurent pendant 
quelques années. Enfin , à l'aide des fonds que l'armée entière avait réunis dans ce 
but, augmentés du produit de nouvelles souscriptions, on ouvrit plus tard un concours 
pour l'exécution tardive du monument qui devait être élevé à la mémoire du héros 
alsacien. Ce monument orne aujourd'hui une des places de sa ville natale, et sa statue, 
exécutée par notre habile artiste Grass, représente les traits martials et héroïques de 
cet homme de guerre, qui, sans sa fin tragique et prématurée, aurait, de l'aveu de 
Napoléon même, pu seul conserver l'Egypte à la France. Le 13 décembre 1838, le 
corps de Kléber fut transféré avec pompe de la cathédrale dans le caveau sur lequel 
sa statue a été élevée et inaugurée deux années après '. 

« il préféra la magistrature de sa ville natale à des fonctions supérieures et brillantes ; il fut l'ami , le conseil , le 
« père de ses administrés , et , par sa fermeté inébranlable , il sut les garantir des réactions royalistes qu'un général 
« et un préfet, de sinistre mémoire (le général Pamphile Lacroix et le préfet Bouthillier), cherchèrent à exercer dans 
«nos murs paisibles, à l'instar des horreurs de Grenoble, Nîmes et Avignon. Grâce à son énergie et à sa force de 
o caractère , le sang n'a pas coulé à Strasbourg. Durant son administration , M. de Kentzinger a fait beaucoup de 
«bien et empêché beaucoup de mal. 

« A la révolution de juillet , il se démit de ses fonctions de maire ; tout homme* d'honneur , n'importe son opinion 
« politique , approuvera cet acte de probité et de délicatesse. M. de Kentzinger ne connut jamais la dissimulation ; 
« dans toutes les circonstances , il sut maintenir sa dignité d'homme de bien ; quant à sa vie privée , elle fut consacrée 
« tout entière au soulagement de l'indigence ; sa bienfaisance était aussi modeste que généreuse. Des malheurs 
« cruels et désastreux fondirent sur lui dans les dernières années de sa vie ; sa force morale le soutint longtemps ; 
« enfin , la faux impitoyable du temps trancha le fil de cette vie sans tache , vouée au bonheur de ses administrés et 
«de sa famille: il mourut le 24 mars 1832.» 

1 Fils d'un maître-maçon de cette ville, Kléber embrassa la carrière de son père et se rendit déjà à l'âge de seize 



J. B. Kléber. 






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142 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS 

" ,fc "' ros A s r'r s p ? d ir" où s, * vaii ja<,is ,a ™ is °» *»■ ■—****. *< «, 

Ce ™ ™ , T r l aÇa<1CS m0de,TCS qUi ° nl ~* COmm « P» enchante,,. 

Ion» d Z e ' e t ' 853, ° n arriVe danS h ™ d6S Mi « *««" h* le 

loi 1 !""■'• " ' eXiS ' ait U " e VaS ' e Pr0priélé ' m0ins raMleste 1™ celle don, 
nous venons de nous „eenpe r , e, qui donna le non, à cette n,e. De nos Jones, le terrain 

1,1,77,"' SeS VaS,eSiardi " S 6St ™™^ ^ Pilonna, de Notre-Dame, avec son 

P o r te d 0n M qU ,' T""' 6 ' aCl,aPe " e ' y " Ch ° isi "»*"' Paisibte; mais, dans la 
propreté de M. de Wangen , à eôte, nous re.ronvons encore .ancienne maison de 

vol-e à Z T , M SPira ' e ■"" m °" te da " S ' a '°" relle - D " s — »• "-se, 

Z 1„ T ' qUe Pr ° P ™ lai '' e a ftil reSlaUrCT ' ' a *"« ™* te s ™'P'ée porte 

ecusson de son cous.ructeur : deux marteaux de mineur en san.oic , avec deux éioiles 

élZr T " ' e mi " éSime ,557 - IS ™' M ° nCkel é ' ait S0 " "°">^ lni e> son père 
•hlelMl' rrr""" °" "l**"»™ °e « (B er 9terrai) , d'où.o» appela 
I hôtel BergkerrenKof. Mnnckel aïs é,ai, alliéanx familleslesplus „o,ables de „o,re cité 
a tome e,a,, a fille de lAmmeister Arg e, sa sœur é.ai, variée à Thiéban,, Jean é 
Mundo shem, Stadtmeister de Strasbourg. Bôhler, dans sa Chronique contemporaine 
nous dit qu „ eployau nu ,„ xe digne du seigneur le plus opulent, qne ses écurie é, Z,' 
peuplées de chevaux superbes, que ses meubles étaient couverts de damas de 
étoffes de s„,e , e, que sa table brillai, de vaisse„e eu argent ,e plus p„, En Zm^Te 

insulte,, Kléterp "dSl« IvZ âdtr" *"""" d '"" e8 iean "' e »° s * « K * *• «Ja- 

de, noble, c,,™ mneSddZmrï "«"^teiSMCo.ragemdév.aemeatl.iattiralareconnaiie 
e. ,.n apttote S «*, I d. toZ M M™"T * "* "" li ' a "'' î * M °° iC,, ' °" " se «•**« P» »» '*» 

M. d-A,„ce, ta p„«e ^ÎEr £££ÏÏK tria^^X^' "? "T" ' 

dans la Vendée comme général de divkinn, , ' " accom P a g na la garnison de Mayence 

du Nord et dans c r d eTl e e ,-Me e VlSïïLÎ " tT ^ ^^ ° ^ ^ S ^ é ° 

Louvain, d U fameux poste «dT» X^ en S'" t ÏTV "T ^ ^^ * 
emporta après onze jours de tranchée Fn 17Q^i n , , ' ' S ' ege devant Mœstricbt , qu'il 

au succès de Jourdau ° dis b ^ a, — de 70r ," k^^ '" Rhin * DtiSSe ' d ° rf • COntribua Rudement 

Francfort. En poursuit llTIi en tïi " S ^ ^ * BUUbaCh ' - '"»" d ° 
Dégoûté du service , i, se démit de son commandement retourna 1 ! s ce Tlis tïïîî "T^ , Can °"- 
après le traité de paix de Campo-Formio, Bonaparte le choisit po^ ^ 1^ ".71^^ H'^fT-î 
débarqua, devant Alexandrie le 30 inin 17QS Fn 170Q -, , . campagne dEgypte, ou il 

f éralen chef aumont Thahol, r^Z^^^^^l^lJ^ ]{%£ " ^^^ f 

1838 on ouvr 1 c " ^r d e I Se d T' 8 " ' ï V™ ^ ^ leS ^ du ^tier-général. Lorsqu'on 

traits du héros mon flé ts ÏÏS .de ^ta 3 d Saint - L ; Urent ' °" P 0uvait ««« ^s-bien reconnaJe les 

traces des trois coups de poignard qui avaient mis fin à ses jours. 



19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 




1 "3P**Ç" 



PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 143 

rapport vraiment prodigieux des mines d'argent , de cuivre et de plomb dans nos Vosges Rue des Mineurs. 

pendant le seizième siècle, avec sa valeur relative, il n'est pas étonnant que celui qui 

les exploitait ait dû acquérir d'immenses richesses. Nous en parlerons encore dans 

nos promenades dans la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines. Munckel mourut d'une mort 

subi te en 1 569 , laissant en apparence une fortune très-prospère. Mais comme le proverbe : 

Tout ce qui reluit n'est pas or , était vrai autrefois comme aujourd'hui , quand l'inventaire 

fut fait, avec tout son crédit et son opulence, il laissa un passif excédant de beaucoup 

l'actif de sa fortune. Il fut déclaré en faillite , et ses biens , meubles et immeubles, furent 

vendus au profit de ses nombreux créanciers, qui perdirent cependant encore de fortes 

sommes. L'hôtel du mineur fut alors acheté par l'archevêque de Spire, qui y établit 

son pied-à-terre à Strasbourg; il resta sa propriété jusqu'au commencement du siècle 

suivant, où il fut acquis par la famille des comtes palatins de Deux-Ponts, Veldenz, 

Lautereck et La Petite-Pierre, branche latérale des électeurs palatins de Bavière, qui 

avaient leur résidence dans l'opulent château dont nous admirons encore les ruines à 

Heidelberg. Les chefs de cette famille , comme de celle de Birkenfeld , s'étaient convertis 

au protestantisme du temps de la réforme et entretenaient de bons rapports d'amitié avec 

la ville. En 1452, nous trouvons déjà dans nos annales une preuve des bonnes relations 

qui existaient entre elle et ces dynastes par l'invitation que fit un comte de Veldenz au 

sénat de tenir sur les fonts de baptême, comme parrain , un de ses enfants nouveau-nés. 

Le sénat, flatté de cet honneur, envoya alors une députation composée du Stâdtmeister 

G. J. Wurmser, de l'Ammeister P. Storck et de l'avocat général de la république, F. 

Schmidt, au château de La Petite-Pierre (Lulzelstein) , pour assistera celte cérémonie; 

la ville fit hommage au nouveau-né, comme présent de baptême, d'une chaîne d'or 

à douze rangs avec un médaillon du même métal aux armoiries de Strasbourg. 

La famille régnante de Suède était parente par alliance avec les comtes palatins; déjà 
en 1578, Jean III, roi de Suède, passa par Strasbourg pour voir sa sœur Marie, mariée 
à Jean-George, comte palatin de La Petite-Pierre; il logea alors, comme nous l'avons 
indiqué, du 12 au 15 mars, à l'auberge du Petit-Cerf, près de la cathédrale. 

Dans l'été de 1620, Gustave- Adolphe, dont la sœur Catherine avait épousé Jean- 
Casimir, de cette même famille 1 , et qui venait d'être fiancé à Marie-Éléonore de 
Brandebourg, vint faire un voyage sur le Rhin pour voir ses parents; il habita pendant 
quelques jours notre hôtel. Pour conserver l'incognito aux yeux du public, il prit le 
nom de Gars, nom composé des initiales Gustavus Adolphus rex Suevorum, Le beau 
portrait de ce roi que possède la Bibliothèque daterait-il de celte époque ou de celle 
où les Suédois envahirent le pays douze années plus tard ? Rusdorf , ministre de l'électeur 
palatin ; raconte, dans une lettre au chancelier Oxensliern, l'incognito de ce prince et 

1 Leur fils Charles-Gustave monta sur le trône de Suède en 1654; mort en 1660. 






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iU PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Rue des Mi„e„,. rentrelien suivant qu'il avait eu avec lui. Il lui dit : «Je m'appelle Gars et je suis 
«capitaine dans la troupe du roi, mon souverain. Si jamais la fortune vous amène en 
«Suéde, je me ferai un vrai plaisir de vous rendre tous les services qui dépendront de 
«mon petit pouvoir., Rusdorf n'apprit que par la suite qu'il s était entretenu avec ce roi 
chevaleresque. Quand ce souverain arriva sur le Rhin avec ses armées, pendant Ja 
guerre de trente ans , il ne put revoir notre antique cité et le toit hospitalier qui l'avait 
reçu. ^ 

Le 29 septembre 1 694 mourut dans cet hôtel , à l'âge de soixante-neuf ans , Léopold- 
Lou,s, dernier mâle des comtes de Veldenz, Lautereck et La Petite-Pierre. Saviefutun 
long tissu de malheurs , de procès de succession et de souffrances morales. Orphelin dès 
sa plus tendre enfance , il fut élevé sous la direction d'un tuteur , et son jeune âge se passa 
dans les orages de cette guerre trentenaire, qui lui enleva tous ses domaines; ils lui 
furent restitues par la paix de Westphalie; cependant il n'en profita pas longtemps , car 
.1 eut a sub.r la haine que Louis XIV portait à sa famille , haine signalée par le ravage du 
Palatinat, cette tâche ineffaçable dans la vie du grand monarque; il vint se réfugier à 
Strasbourg, après avoir vu séquestrer de nouveau tous ses domaines. Père de onze 
enfants, dont beaucoup étaient morts en bas-âge, dont d'autres avaient trouvé une fin 
prématurée sur les champs de bataille , il éprouva des chagrins domestiques qui vinrent 
encore jeter le trouble dans celle vie agitée. 

Sous la domination française de Strasbourg, le comte de Veldenz y avait conservé 
sa résidence avec l'agrément du gouvernement; mais avec elle commença aussi la 
réaction relieuse et la fureur des conversions. L'article 3 de la capitulation avait 
garant, le libre exercice de la religion protestante aux habitants de cette ville- mais 
I Eglise employa tous les moyens occultes et même publics, par les prêches et les 
controverses, pour attaquer le protestantisme; elle dressa aussi ses filets autour de 
la fam.lle de Veldenz et parvint à convertir leur fille Anne-Sophie, qui entra dans un 
couvent. Happélius, dans ses Éphémérides, nous rapporte que l'aumônier du comte 
dans un sermon exhorta ses auditeurs à ne pas se laisser entraîner, par des 
promesses et des honneurs mondains, à changer de religion ; il les conjura de rester 
fidèles a la foi de leurs pères et à supporter plutôt le martyre des huguenots français 
que de changer. Le marquis de Montglas demanda, au nom de son gouvernement la 
punition du courageux orateur, comme instigateur de l'hérésie. Le comte, sommé'de 
quitter la ville, s'il ne voulait pas livrer son aumônier, s'exila avec lui , mais revint 
cependant quelques années après pour mourir dans son hôtel , comme nous l'avons dit 
ci-dessus , de même qu'en 1723 y mourut sa fille Dorothée, épouse de Gustave-Samuel , 
comte de Deux-Ponts. Après que son mari se fut converti à la religion catholique il 
divorça avec elle, la même année de sa mort, et se remaria avec Louise-Dorothée de 
Hotmann. Ces tristes commotions , engendrées de part et d'autre par l'intolérance et le 



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"■ 




de-Pierre. 



PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 145 

fanatisme religieux , excitées par les hommes de l'Église, avaient fait oublier les grands Rue des Mineurs, 
préceptes de charité et de fraternité qu'enseigna le divin maître. Ce n'était autre 
chose que les représailles du catholicisme contre le protestantisme, car, en 1588 
l'arrière-grand-père du comte de Deux-Ponts avait chassé tous les catholiques de ses 
États et y avait introduit le calvinisme. 

Les bons rapports qu'entretenaient avec la ville de Strasbourg les membres de cette 
famille, dont quelques-uns étaient entrés au service militaire de France, continuèrent 
pendant tout ce siècle, et nos pères se souviennent avec plaisir du prince Max de Deux- 
Ponts, colonel du régiment d'Alsace, que la fortune fit monter sur le trône de Bavière 1 . 
Après l'extinction des Veldenz, leurs domaines furent morcelés et vendus, et l'hôtel 
dont nous venons de parler fut acquis , au commencement de ce siècle, par M. Wangen 
de Geroldseck, d'une ancienne famille noble d'Alsace, dont nous avons déjà rencontré 
le nom dans nos récits. M. de Wangen a été maire de Strasbourg de 1806 à 1810, et 
son fils aîné occupe encore l'ancien hôtel Veldenz. 

En débouchant dans le faubourg de Pierre, nous avons vis-à-vis de nous , à côté des Rue du Faubourg- 
magnifiques magasins de fer de M. Hey, qui attestent dans toute sa grandeur le 
développement moderne de la fabrication de ce métal, la brasserie d'Alsace, n° 87. 
Quoique de construction plus modeste que celle dont nous venons de parler, cette 
maison a bien changé de face depuis; mais nous retrouvons néanmoins intacte la 
partie de droite delà grande porte-cochère qui conduisait dans la vaste cour d'honneur, 
et au fond la maison de maître avec son fronton , qui n'est plus en harmonie avec 
d'autres constructions élevées depuis pour l'exploitation de l'industrie du propriétaire 
actuel. Cette maison rappelle le nom du dernier membre de la famille Klinglin qui ait 
habité Strasbourg. En parlant de cette famille à l'article de la rue des Juifs, nous avons 
dit : « Son jeune fils, enfant de neuf ans, innocent des actions de son père, eut encore 
« à subir les fatalités du destin ; nous en parlerons autre part. » Ce jeune fils embrassa 
la carrière des armes, et arriva, par de hautes protections, au grade de maréchal-de- 
camp et commanda comme tel en notre ville, sous les ordres du maréchal de Rochambau 
quand la populace pilla l'Hôtel-de-Ville en 1789. Il était le constructeur de cet hôtel et 
l'habita quand deux années après, lorsque la famille royale se prépara à quitter 
secrètement le sol de la France, son dévouement lui fit accepter du marquis de 
Bouille l'honorable mission d'exécuter une partie des ordres dans le plan de sa fuite; 
mais l'arrestation de Louis XVI et de Marie-Antoinette à Varennes fit lancer un 
mandat d'amener contre lui. Le général Klinglin eut encore le temps de se sauver et 
prit rang dans l'armée de Condé, au delà du Rhin; l'hôtel fut alors vendu comme 
domaine national. Son nom reçut une certaine réputation par la prise de ses fourgons 




1 Voyez ville, rue Brûlée, division militaire. 

FAUBOUROS. 



19 



146 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

RUe de-Pieïe° Urg ^ ar ^ hUSSards Ç ^™ ' sous »- «*»■ de Moreau , à Offenbourg, le 2 floréal an V 
On sait que celle prise amena la découverte de toute la correspondance secrète entre 
Pichegru, le prince de Condé, le libraire Fauché Borel. l'anglais Wickham et autres 
chefs et intermédiaires , qui , en dévoilant la trahisou de Pichegru , compromit aussi son 
ami Moreau et bien d'autres. Lors du licenciement de l'armée de Condé, le général 
Khnghn fut nommé général-major au service d'Autriche et il mourut en émigration 

Loin des intngues de la cour et des orages politiques qui ont pendant si longtemps 
poursuivi ses pères, son fils vit aujourd'hui au delà des Vosges, à Plain-de-Valsch, ou 
Valei lethal , propriétaire d'immenses forêts et d'une belle manufacture de cristaux et 
nous lu, devons l'importation en France de la fabrication des verres de couleur dits 
de Bohême, que la manufacture de Saint-Louis produit aussi avec tant de goût et de 
variété dans les formes et les ornements. 

Avant de quitter la rue du Faubourg-de-Pierre, entrons pour un moment dans cette 
rue parallèle a celle des Mineurs , et qui conduit de même au Marais. Quatre maisons 
la séparent aujourd'hui du canal ; deux ont été démolies quand on construisit le quai 
et nous avons conservé en dessin celle du coin, près du pont, type d'architecture du' 
seizième siècle, qui devient de jour en jour plus rare dans notre cité. 
RuedetaToussaim. La rue de la Toussaint, si tranqui.le, si silencieuse, bordée de belles maisons avec 
jardins, a conservé une physionomie aristocratique et une teinte de riante jeunesse. 

reculé" Tr* etl ? T nCeS " ^-^^lenrséjour.Les monuments des temps 
recules ont disparu a la fin du siècle passé, par la démolition d'une petite église et de 
quelques bâtiments dépendants, dont la rue reçut le nom; cette église occupait le 
terrain des maisons n<» 19 bis et 20. Elle doit son origine à l'un de ces vœux que l'homme 
aune a faire quand le danger le menace, quand la crainte de la mort ou une grande 
douleur le font rentrer en lui-même et le placent devant Dieu , le juge de ses actions ; 
inspirations du cœur et de la conscience qui sont si souvent oubliées dès que des 
moments plus prospères font espérer un meilleur avenir. Un Henri de Mùllenheim 
peut-être le même qui fit construire à cette époque l'église de Saint-Guillaume, d'une' 
famille dont la généalogie remonte au douzième siècle, et qui est arrivée jusqu'à nous 
en la,ssant bien des souvenirs dans notre histoire, en fut le pieux fondateur. Il s'était 

haWtée et Fes, e 1 m n ^ ^ "^ " "' y * P3S e " COre une dizaine d ' al ^es, la maison n» 4 était 

Ï tri e Bau T 1 Z fTS ' ff ^ * '* " de ,h ' 0it ; dans celle n ° 6 • » * ^vait le »™™™ de 
e^enco e hit Tr , Aufsdlla » er ' en face ' celui ^ ^ Barbenès ; celle portant le J. 46, était et 

S "t d re ce ri récolte ÎT * ^ *■*"**» ' « " "° ™ *' "■"* * ^' P"*^* 
a.recteur de 1 école de pharmacie. Cette rue était alors , comme on voit , la véritable retraite de la science. 




-y«r 



PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 147 

joint à ces preux chevaliers, ornés de la croix, que Louis IX entraîna au delà des mers Rue de la Toussaint. 
dans sa sainte passion pour entreprendre la huitième croisade contre les infidèles, 
dernier et vain effort pour leur arracher le tombeau du Christ, où ce roi trouva une 
mort déplorable et son armée tant de misères. 

L'histoire nous a laissé ignorer si c'est devant l'antique Carthage ou en défendant Saint- 
Jean-d'Acre, dernier rempart des chrétiens, que Mûllenheim avait fait le vœu de 
construire une église dans sa ville natale , s'il parvenait un jour à la revoir. Il put 
retourner dans le sein de sa famille après bien des souffrances et réalisa son vœu en 1328. 
Primitivement il y attacha une prébende pour sept prêtres, dont le nombre s'accrut 
jusqu'à dix-neuf, par des donations subséquentes de Walter de Mûllenheim, en 1355, 
et de sa famille. 

Une inscription lapidaire au-dessus de la porte en avait conservé le souvenir : 

DIES MVNSTER IST GEWIEDMET AVF PR1ESTER 
VON HEINRICH VON MVLLENHEIM EINEM BVRGER 
ZV STRASBVRG. 

Le mouvement des croisades qui, pendant deux siècles, agitèrent comme une fièvre 
belliqueuse la société européenne tout entière, depuis les rois jusqu'aux manants, 
depuis les prélats jusqu'aux moines les plus obscurs, eut aussi son retentissement en 
Alsace. 

En 1095 , l'empereur Henri IV tint une diète à Strasbourg pendant les jours de Noël ; 
exaltés parles prédications de Pierre-l'Hermite, des centaines de chevaliers descen- 
dirent des châteaux forts de nos montagnes, et des milliers d'hommes, dans les rangs 
du peuple, s'enrôlèrent avec eux dans les rangs des croisés. Au printemps de l'année 
suivante plus de 80,000 hommes se réunirent en notre cité pour entrer en campagne; 
l'évêque Olhon de Hohen-Stauffen et les comtes de Linange se placèrent à la tête de 
celle armée, qui de là se mit en branle pour marcher vers l'Orient. 

En 1144, saint Bernard prêcha chez nous la seconde croisade, et trois ans après, 
l'empereur Conrad de Hohen-Stauffen, accompagné de son neveu Frédéric Barberousse, 
d'une foule de comtes, de seigneurs, de barons et d'une nombreuse armée portant la 
croix, quitta Haguenau , élevé par lui au rang de ville, et où il aimait à résider au 
milieu de ses vastes forêts, théâtre du noble plaisir des chasses. 

Les dissensions continuelles entre les empereurs d'Allemagne et les papes, les guerres 
contre l'Italie qui en furent les conséquences, les pertes immenses que causaient les 
croisades, soit en argent, soit en hommes, enlevés par le fer des Sarrazins, parles 
fatigues, la faim, les maladies épidémiques, avaient ralenti de beaucoup cette ardeur 
primitive , qui lançait les peuples d'Occident contre ceux de l'Orient, car peu de monde 

19. 



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148 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Kuede.aTo.sain, revenait de ces expéditions lointaines. En France, où elle était entretenue par la piété 
un roi et par le caractère plus vif, plus aventureux et plus guerrier de la nation, 
cette exaltation dura plus longtemps; elle se communiqua même des pères aux mères 
et aux enfants, car près de trente mille de ces derniers quittèrent leurs familles 
en 1213. L Allemagne fournit son contingent d'une vingtaine de mille de ces malheu- 
reuses victimes de l'ignorance et des préjugés de leurs parents; ils se réunissaient en 
longues processions, le bâton de voyage en main, croyant vaincre les armées du 
ero.ssant par des hymnes religieux, chantés de leurs voix juvéniles, comme jadis le 
son des trompes Israélites avait fait crouler les murs de Jéricho. Plus de seize cents 
de ces enfants furent enlevés de cette manière à l'Alsace. Comme les antres jeunes 
croises de l'Allemagne, ils se dirigèrent sur Rome, mais périrent presque tous de 
misère .avant même d'avoir pu atteindre la ville éternelle, ou bien furent dépouillés 
par des brigands et enlevés au troupean , pour ne plus jamais revoir leurs foyers. Ceux 
de France subirent un sort plus triste encore: embarqués à Marseille , ils devaient être 
condu.ts gratuitement en Palestine; mais deux des vaisseaux firent naufra-e et les 
autres les transportèrent en Egypte, où des marchands d'esclaves, chrétiens comme 
eux, les vendirent traîtreusement. 

• TT°Z ■ VY ^ ^ k T0USSaint JUSqU ' à rép ° que de la réfo ™ e ' ce »e œuvre de la 
pieté d un Mùllenheim avait compté dans le nombre des six églises de la ville auxquelles 
étaient attaches des chapitres; les cinq autres étaient la cathédrale, Saint-Thomas, 
Samt-Pierre-Ie-Vieux, Saint-Pierre-le-Jeune, Saint-Étienne. Mais l'église de la Toussaint 
ne pouvait pas être élevée en chapitre collégial, la famille s étant toujours réservé le 
droit de patronage et de nomination aux douze prébendes existantes alors 

C est par la même raison , quand le dogme de Luther fut introduit en cette ville que 
le sénat ne put, comme il lavait fait à l'égard d'institutions religieuses semblables 
assigner aux biens de la Toussaint une autre destination pieuse ou charitable, sans 
porter atteinte aux droits de tiers, la famille des Mùllenheim jouissant du droit de 
bourgeoisie en cette ville, et dont quelques membres avaient adopté la nouvelle 
doctrine. Néanmoins, divers conflits s'étant élevés entre cette famille, la ville et 
eveche, relativement aux prébendes de la Toussaint, une composition amiable entre 
les trois partis régla cette affaire en 1657. Les douze prébendes furent données à 
titre d encouragement aux études, à six étudiants catholiques et à autant d'étudiants 
protestants, après un examen constatant leur aptitude. Us étaient nommés par la 
famille des Mùllenheim avec la sanction du Magistrat. Les choses en restèrent là 
jusquen 1685, où l'église délaissée , après avoir subi des réparations, futrendue, par 
ordonnance royale, au cuite catholique. Les Mùllenheim aussi revinrent au culte de 
leurs arnere-grands-pères. La révolution fit vendre comme biens nationaux les maisons 
qui en dépendaient, et l'église fut démolie. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 149 

Après cette grande commotion politique de la France, le dernier prince-évêque, le KuedelaToussaim 
cardinal Louis René de Rohan, avait émigré et était mort à Eltenheim, comme nous l'avons 
indiqué dans les souvenirs qui se rattachent à celte petite ville badoise. Son successeur, 
l'évêque constitutionnel Brendel, ne resta pas longtemps en place, car le régime de la 
terreur vint abolir le libre exercice des différents cultes. La devise: Liberté, égalité, 
fraternité, inscrite dans le code de l'Évangile, était depuis longtemps devenue un vain 
mot dans l'histoire des hommes. La révolution française l'inscrivit de nouveau sur 
son drapeau ; elle devait niveler et unir la société entière sous le point de vue politique 
et matériel, de même qu'elle devait faire disparaître la différence des sectes religieuses. 
Mais on voulut remplacer par l'action seule de la raison les sentiments du cœur, de la 
conviction, de la foi qui gouvernent l'homme individuellement; c'est à la raison seule 
que les temples furent consacrés, c'est la déesse de la Raison, la déesse de la Liberté 
qu'on y adorait, et on vivait sous l'empire d'un despotisme sanguinaire; flagrante ironie 
des plus saints et des plus nobles préceptes religieux et moraux! 

De même que les préjugés, les abus, les erreurs qui se glissent lentement dans les 
mœurs de la société, ne peuvent être extirpés d'un jour à l'autre, de même les 
doctrines de la justice, de l'équité, de la charité, de l'amour fraternel ne peuvent s'enra- 
ciner qu'avec le temps. Pour qu'une législation soit comprise, pour qu'elle soit efficace, 
il faut aussi que les éléments qu'elle doit régir soient mûrs pour la comprendre ou la 
supporter, et aptes à en profiter. Il faut une base solide, sur laquelle l'édifice social 
soit construit pour empêcher qu'il ne s'écroule , ou qu'il ne soit à la merci des orages 
politiques et religieux. La révolution qui avait bouleversé tout l'ancien édifice social, 
ne trouva pas le terrain préparé pour s'y asseoir avec stabilité, et elle subit par 
conséquent la force des circonstances. 

Parmi les institutions qui vinrent bientôt surnager dans ce grand naufrage du passé, 
l'Église se constitua de nouveau, mais sous d'autres auspices , sous d'autres conditions. 
Le concordat que Bonaparte, premier consul, signa en 1801 avec le pape, créa de 
nouveau, en France, soixante archevêques et évêques, et l'évêché de Strasbourg reprit 
sa place; mais ce n'était plus pour avoir à sa tête un prince français ou du saint 
empire germanique, issu de sang illustre, ayant sa garde prétorienne, et se nourrissant 
d'un budget de plus d'un million, avec ses grosses prébendes; le nouveau prélat n'était 
plus qu'un chef spirituel à la tête de son troupeau. Le premier évêque nommé à cette 
dignité, après le concordat, fut Jean Pierre Saurine, auparavant évêque constitu- 
tionnel du département des Landes, qui avait fait partie des États-Généraux, de la 
Convention et du Corps législatif. Lorsqu'il arriva en cette ville le 17 prairial de 
l'an X de la république , les biens du clergé avaient été vendus au profit de l'État , et le 
prélat dut se loger momentanément dans le Grand-Séminaire, transformé en école de 
médecine, puis dans la Grand'rue, n° 8, à côté du Poêle-des-Maréchaux , alors maison 






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Rue des Cerceaux. 



150 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Ruede.aToussaint. Brentano, puis il habita pendant quelques années, jusqu'à sa mort, la maison n° 8 de 
la rue de la Toussaint. 

Sa destinée ne voulait pas lui faire subir l'humiliation qui l'aurait attendu s'il avait 
vécu une année de plus, car les Bourbons revenus sur le trône de France l'auraient 
ev.nce de sa pos.Lon, à cause de ses principes politiques et religieux. Il mourut à Soullz, 
dans le Haut-Rhin, en tournée de confirmation, le 9 mai 1813. Le siège épiscopal 
resta vacant jusqu'en 1820 , où le prince Gustave Maximilien de Croï, grand-aumônier 
de France, vint en prendre possession et s'installa dans le château. Dans l'intervalle le 
d.ocese ava.t été administré par quatre vicaires généraux, capitulaires de la cathédrale. 
Dans cette même maison dans laquelle ses fils tiennent aujourd'hui un pensionnat 
pour préparer des jeunes gens à la carrière du commerce et de l'industrie J F 
Aufschlager père, homme aussi modeste qu'honorable, écrivit son Histoire topogra- 
phique et statistique de V Alsace, et beaucoup d'autres ouvrages qui servent avec fruit à 
1 instruction secondaire. Aufschlager mourut en 1833 *. 

Pour arriver à la caserne de la Finckmatt , après avoir passé le pont du faubourg il 
y avait anciennement deux chemins; l'un que prenait la troupe, en marchant parle 
flanc ou par pelotons, était celui du Faux-Rempart, qui communiquait en droite ligne 
avec la caserne par un petit pont en pierre à une arche; l'autre y conduisait par la 
rue des Cerceaux, ruelle étroite, sombre et sale, formée de maisons de construction 
variée et b.zarre, dont le derrière donnait sur le fossé; elles furent démolies en 1845 
et 1846 pour la construction du quai. Ce quai prit le nom de la rue qu'il remplace, et 
qui avait été ainsi appelée d'un bain qui s'y trouvait anciennement: au Bain-des- 
Cerceaux [zum Reifbad). 

Quoique les neuf bains publics qui se trouvent à Strasbourg ne puissent pas être 
comparés aux établissements élégants, confortables, que l'on rencontre dans beaucoup 
de grandes villes, ils sont néanmoins tenus avec propreté et sont de beaucoup 
supérieurs aux bains en usage du temps de nos ancêtres, et auxquels était aussi 
attaché le privilège de la petite chirurgie; on y rasait, on y saignait, on y appliquait 
des ventouses; deux bassins en cuivre jaune, autour desquels flottaient des bandeaux 
en drap écarlate, formaient leur enseigne. 
Avant 1634, les personnes aisées se baignaient dans des vannes en bois, et le peuple, 

J Son gendre qui demeure dans la même maison , Charles Scinder, graveur, auteur des belles planches le Barde 
devant une famtl.e roya e , la Fille de Jephté , !a Madonne du Corrége, commencée par notre compatriote Mûl.er , à 
Pans et de beaucoup de planches gravées pour des publications en Allemagne, est le fils aîné du graveur Cl, L. 
ZÏÏT tw ■ ^ f . a LiChtenthal ; le frère cadet > Édouard Seller, graveur, réside encore à Lichtenthal: leur 
ZZ- T r he ° pMe . Schulei '> P eintre > était graveur aussi, mais a échangé le burin et la pointe contre le pinceau 
m ,!; : ' " e ma ' SOn a l0gé aussi le colonel du S énie Épailly , dans les bureaux duquel se fit la belle carte des 

MM lll r :T U ' e Fr l" Ce Ct le « rand - duchtl de Bad e, travail auquel s'attachent honorablement les noms de 
MM. Iramel.n et Martener , officiers d'état-major, enfants de l'Alsace. 



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Panorama de StradiourS FauhourSs. îaije 150. 






Vue de l'ancienne rue des Cerceaux et de la Caserne de la ftnkmatt. 



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Le Marais vert. 



Faiibtmi^s. Pa^je 




Le Eundshof. 



le TappenAof. 




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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 151 

hommes et femmes, pêle-mêle, faisaient leurs ablutions dans des réservoirs murés et Rue des Cerceaux. 

dallés, tels que nous les avons déjà décrits en parlant du bain des Juifs. Une ordonnance 

de police de cette année changea cet usage en séparant les deux sexes; trois maisons 

de bains furent assignées aux femmes et deux au service des hommes; les unes eurent 

à leur usage les Drusen, Pflantz et Reifbad (bains de la lie, des plantes et des cerceaux); 

les autres, les Rosen et Speierbad (bains des roses et de Spire), dont les rues portent 

encore les noms , quoiqu'ils n'existent plus. 

La caserne de la Finckmatt nous ramène à l'historique des fortifications. Nous avons La Finckmati. 
vu que les faubourgs de ce côté avaient été compris dans l'enceinte murale de la ville 
pendant le dernier quart du quatorzième siècle; la direction du mur depuis l'angle , à 
droite de la porte de Pierre, appelé anciennement le Roseneck, jusque vis-à-vis de cette 
vieille tour de fortification, au bout de la rue du Fort, appelée im Rausch, que nous 
voyons encore sur le dessin en tête de l'historique des faubourgs, s'est conservée en 
ligne droite; elle n'a subi aucun changement et forme de nos jours la courtine du 
rempart. Une poterne qui donnait issue dans la campagne, à peu près à la hauteur du 
commencement du corps de bâtiment intérieur de la caserne, en reçut le nom de 
Rauscherthorlein , mais elle est supprimée depuis 1560. 

Le terrain du dehors, appelé Finckmatt (pré de Finck) donna aussi le nom à la 
caserne et à 1 ouvrage à corne extérieur. Ce mur, crénelé primitivement, muni de 
galeries, était planté intérieurement de tilleuls; l'approche du dehors en était défendu 
par un double fossé, entre lesquels un terre-plein, muni en dehors aussi d'un mur 
crénelé, mais seulement à hauteur d'homme, servait de défense contre les attaques des 
béliers, des catapultes et des balistes. Vers la fin du seizième siècle, ce terre-plein fut 
rehaussé et transformé en rempart par Speclin, qui établit en même temps un cavalier 
à la droite de la porte. En 1634, lors du troisième remaniement des fortifications par 
l'ingénieur en chef suédois Mershauser, l'ouvrage à corne extérieur, avec ses deux 
bastions, renforça les fortifications, mais il n'était qu'en terre gazonnée. C'est depuis la 
domination française seulement que ce front a reçu un revêtement de murs en pierres 
de taille, quand on'coupa les courtines pour isoler et établir le Fort-de-Pierre, dont on 
peut encore voir les murs intérieurs avec leurs contreforts. Le fossé intérieur, qui était 
resté, fut comblé à cette même époque, et sur son emplacement on construisit, depuis 
1746 jusqu'en 1756, la vaste caserne, la plus grande en notre ville, et pour laquelle 
Strasbourg contribua pour 760,000 livres. 

Pour compléter l'historique des fortifications de notre ville , dont nous avons parlé 
successivement, depuis notre départ du bastion derrière la fonderie, près de la porte 
des Juifs, jusqu'au point où nous sommes arrivé, il nous reste encore à parler des 
portes de Pierre et de Saverne, en jetant un coup d'œil sur les ouvrages extérieurs qui 
existaient quand Strasbourg se rendit à la France. 







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Porte de Pierre 



Porte de Saverne. 



152 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

La construction de la première tour forte sur le mur d'enceinte qui enclavait les 

faubourgs et qui donnait ouverture vers Schiltigheim, de ce côté, date de 1440; elle ne 

resta que quarante années sur pied , et nous montre quels ravages les inondations 

faisaient en notre ville avant l'élévation de cette longue digue , le fossé de Ripperg, qui 

la garantit depuis du côté du sud et sur lequel on donne quelques détails sous 

l'historique de la plaine des Bouchers. Dans l'hiver de 1480, des masses de neige 

étaient tombées chez nous et en Suisse ; au printemps , le dégel se fit subitement par des 

pluies chaudes , et les eaux s'accrurent avec une prodigieuse impétuosité, comme de 

mémoire d'homme on n'en avait pas eu d'exemple, disent les chroniqueurs. En peu de 

temps , le Rhin , l'Ill , la Bruche et toutes les autres rivières descendant des Vosges et de la 

Forêt-Noire, sortirent de leurs lits et transformèrent la plaine en une large nappe d'eau, 

ravageant et désolant la campagne. La ville ne fut pas ménagée , les courants qui s'étaient 

jetés dans les fossés de fortification minèrent les murs , et les eaux firent irruption par 

les portes des Bouchers, de l'Hôpital et de Sainte-Elisabeth, traversèrent en torrents les 

rues de la ville et s'écoulèrent par les portes de Pierre et de Saverne , qu'il fallut laisser 

ouvertes jour et nuit; on circulait en bateau dans presque toute la ville. A cette 

occasion, les fondements de la tour dont nous venons de parler, furent minés an point 

qu'elle s'écroula le dimanche matin après la Saint-Jacques et écrasa dans sa chute la 

maison de péage. Cet éboulement ne tua heureusement personne, tous les habitants de 

cette maison s'étant trouvés en ce moment à la messe. 

La porte de Pierre, surmontée d'une tour 'haute et solide, fut alors reconstruite 
depuis 1486 jusqu'en 1516, et coûta à la ville 10,000 livres Pfenning. A cause de son 
toit, couvert de tuiles vertes glacées, on l'appela la Tour-Verte. Plus tard, quand on 
s'aperçut que cette masse de pierres si élevée ne servait en rien à la défense de la place, 
et qu'au contraire, en cas de bombardement, elle pouvait faire beaucoup de mal en 
secroulant, ou en démolit la moitié supérieure en 1549, et depuis elle resta dans 
l'état dans lequel elle existe encore, abritant à sa partie supérieure le consigne 
militaire, qui y tient son logement, comme sur la majeure partie de nos anciennes 
portes. 

La tour de la porte de Saverne et cette longue voûte décrivant une courbe sous 
laquelle on passe , ne sont pas non plus d'un seul jet de construction ; l'art de 
l'ingénieur y a successivement corrigé. La tour avec ses meurtrières et à grimace à 
balle en bouche est de première création; à elle s'adossa dans le seizième siècle (1530) 
à droite et à gauche le rempart; hors la porte, on arrivait par un pont jeté sur le fossé 
dans une voûte qui passait sous la demi -lune défendant ce point. Dans les travaux de 
fortification du dix-septième siècle, ce fossé intérieur fut comblé, et la demi-lune fut 
liée au rempart par la continuation de la voûte chargée de terre jusqu'à la tour, et une 
avancée fut construite au dehors. La construction de ce tunnel au-dessous du rempart 



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La Porte de Saverne construite en 1530. 



PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 153 

est faite en briques , et nous remarquerons à ce sujet que tous les murs des fortifications 
élevés antérieurement à l'occupation française de Strasbourg, sont construits avec ces 
mêmes matériaux, tandis que pour ceux élevés depuis, on a employé le moellon piqué. 

Comme nous l'avons indiqué dans l'historique de la Citadelle , le canal de la Bruche, Fortiflcaii 
creusé alors, facilita beaucoup le transport de ces matériaux, tirés des flancs des 
Vosges, tandis qu'auparavant la terre argileuse que l'on trouve à proximité de 
notre cité, transformée en briques, cuites dans les tuileries de la ville, servait 
a la construction civile, militaire et même religieuse; car nous ne possédons que 
quelques églises élevées en pierres de taille, que, dans des temps reculés, l'espoir de 
gagner le ciel au moyen de pénibles labeurs faisait transporter par des routes à peine 
frayées sur le terrain de construction. Au fur et à mesure que les travaux de 
fortification avançaient dans le dix-septième siècle, les remparts furent plantés d'arbres 
fruitiers et les fossés peuplés de carpes. Les procès-verbaux de la chambre des XIII de 
1636 mentionnent même la location des diverses parties des fortifications, au profit de la 
caisse publique, à des particuliers, tels que jardiniers, cultivateurs, architectes et autres 
qui y plantaient des légumes ou les transformaient en prairies. L'ouvrage à corne de 
la Finckmalt, d'une superficie de vingt r trois arpents et demi, était loué à l'OEuvre- 
Notre-Dame pour 50 florins par an. 

En parlant de la Finckmalt, nous avons louché jusque-là le seul point des fortifications 
extérieures delà ville avant l'occupation française; jetons un coup d'œil sur ce qui 
existait alors, et laissons à Vauban et à ses successeurs le mérite de ce qu'ils ont créé 
et amélioré depuis, et surtout celui d'avoir su employer avec art et discernement la 
grande ressource dans la défense des places, l'eau, qui nous manque rarement. C'est 
en fermant l'HI par la construction du grand bâtiment à cheval sur cette rivière et muni 
de poutrelles, que ce savant ingénieur a su se rendre maître des eaux de celle rivière. La 
défense les dirige à volonté par des écluses avec lesquelles elle peut donner des chasses 
d'une force d'entraînement irrésistible dans les fossés des fortifications, en empêchant 
en même temps l'approche de I'altaque souterraine des mineurs par des inondations 
du sud au sud-est et au sud-ouest de la ville. 

En fait d'ouvrages de défense extérieurs, il y avait, avant 1681 , des demi-lunes en 
dehors de chaque porte, à l'exception de celle des Bouchers ou d'Austerlilz; un 
demi-bastion construit par l'ingénieur Heer à la gauche de la sortie de 1*111 de la ville; 
un aulre vis-à-vis, construit par l'ingénieur impérial Rumpler, remplacé depuis par 
le fort Mutin; l'entrée du canal du Rhin et la porte Neuve étaient défendues par une 
demi-lune et deux demi-bastions, mais la construction de la citadelle sur ce terrain 
les fit supprimer; enfin , il y avait encore un bastion à gauche de l'entrée de la rivière 
en ville, portant le nom de Deulsch-Bollwerk ; un ouvrage à corne entre les porles 
Blanche et de Saverne, et un bastion qui défendait le front d'atlaque en dehors de la 



FAUBOURGS. 



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154 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

porte de Pierre, se liant à la Finckmatt. Tous ces travaux étaient élevés en terre-plein 
et en ma Jeure partie revêtus de gazons sur les faces et sur les flancs. 
ïvkemiikai're 16 Demère ces mu, s et ces fortifications, dont nous avons retracé successivement les 
diverses phases depuis les siècles les plus reculés, la population guerrière a bravé 
courageusement les attaques du dehors, et plus le danger était grand, plus elle trouvait 
des ressources, soit dans des alliances qu'elle savait se ménager, soit dans ses propres 
forces, dans la richesse de ses arsenaux et dans une législation sage, prévoyante et 
energ.que. Quelques extraits des ordonnances du sénat nous démontreront quels 
sacrifices la population s'imposait pour la conservation de son indépendance et pour la 
défense de ses foyers. 

Depuis 1 âge de vingt jusqu'à soixante ans chaque bourgeois était obligé d'être armé, 
ainsi que nous lavons mentionné en parlant de la tribu des bateliers et des jardiniers • 
lorsque casque et cuirasse, cuissards et brassards, glaive et massue d'arme, furent 
mis hors d'usage par l'emploi plus meurtrier des armes à feu, il fut prescrit à chacun 
d'avoir son arquebuse et son épée en bon état, et, lorsqu'il montait la garde de se 
munir d'une demi-livre de poudre, de huit balles et de huit aunes de mèche. Le père 
de famille devait armer ses fils, et même, en temps de guerre, ses domestiques et ses 
ouvners , et celui auquel ses moyens pécuniaires ne le permettaient pas , recevait de la 
ville des armes contre un cautionnement de 25 schellings ou 5 fr. par pièce. Outre les 
troupes a la solde de la cité, qui étaient enrôlées par elle ou tirées des bailliages placés 
sous sa domination, les étudiants qui fréquentaient en grand nombre son université 
au seizième et au dix-septième siècle , étaient obligés de concourir à sa défense et ses 
arsenaux s'ouvraient pour leur donner des armes et des munitions. La population 
était d.visée, dans le principe, par tribus, qui marchaient ensemble au combat, plus 
tard par quartiers, en compagnies, dont chacune était commandée par un capitaine, 
un lieutenant, et avait un porte-drapeau en premier et un en second, deux sergents' 
et sur neuf hommes un caporal (Rottenmeùter) , plus deux tambours ; un membre de la' 
chambre des XXI avait le commandement en chef de la compagnie. Les nominations à 
ces grades se faisaient par l'élection. Tout homme qui, en changeant de logement 
allait habiter un autre quartier de la ville, était obligé de quitter sa compagnie pour 
entrer dans celle de sa nouvelle circonscription ; il en était de même de l'officier, qui 
néanmoins, conservait son grade en servant dans la nouvelle compagnie sous le titre 
d'officier à la suite, jusqu'à ce qu'une place fût devenue vacante. 

Pendant la journée l'habitant pouvait vaquer à ses affaires, et quand son tour de 
garde arrivait , il allait individuellement , le soir, au poste auquel il était commandé , et 
ne le quittait que le matin. Le sort décidait des postes de faction derrière les murs et 
sur les remparts. Pour s'assurer de la vigilance des factionnaires, on établit, en 1567 
a chaque guérite, une petite cloche qu'ils étaient obligés de mettre en branle quand on 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



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sonnait l'heure, et de donner l'éveil lorsqu'ils entendaient sonner la cloche d'alarme. Règlement sur le 
Ces mêmes précautions étaient prescrites dans les règlements {Wachtordnungen) de service mililaire - 
1672, dont une particularité caractéristique mérite d'être notée. Il y était expressé- 
ment défendu de s'entretenir au corps de garde de questions ou de discussions 
religieuses, et d'y fumer ou , comme le portent les termes officiels, de boire du tabac 
(Taback Irinken). Aussitôt que les hommes de garde, sur les tours des portes et autres, 
apercevaient un mouvement hostile de troupes au dehors, soit de jour, soit de nuit, ou 
quelque autre cause d'alarme, l'Ammeister en fonction, qui se trouvait toujours à 
l'Hôtel-de-Ville , en était instruit; il tenait la clef du beffroi , et lorsque le son pénétrant 
de cette cloche (Mordglocke) se faisait entendre , tout le monde courait aux armes et allait 
se réunir sur les places de ralliement respectives. Les Ammeister, les Slàdlmeister et les 
membres du sénat parcouraient la ville à cheval , portaient des ordres et s'assuraient 
de la présence de la bourgeoisie à ses postes, ainsi que de l'exécution des ordres de 
défense et d'attaque. En temps de guerre , les sénateurs faisaient, à tour de rôle, la ronde 
sur les remparts avant minuit, et les échevins des diverses tribus après minuit; en 
temps de paix, les premiers étaient dispensés de ce service, et les rondes de nuit 
n'étaient confiées qu'aux échevins. 

En énumérant les souvenirs historiques qui se rattachent à la Plaine-des-Bouchers, Phases militaires. 
à l'article Pont-aux-Chats, à celui de la Krutenau, à Hausbergen et à divers autres 
points des environs de la ville, nous avons déjà eu occasion de retracer la vie 
militaire de nos ancêtres ; jetons encore un coup d'oeil sur les principales pages de cette 
partie de notre histoire, alors que coup sur coup appel fut fait à leur patriotisme. Ce 
n'est que grâce à sa sage législation et au courageux dévouement de ses habitants que 
la république de Strasbourg a pu traverser cinq siècles, en faisant face à tant d'attaques, 
que les iniquités humaines ont fait naître sur le terrain politique et religieux, et 
cependant il n'y avait pas d'épaulettes ou d'habits chamarrés d'or à gagner sur les 
champs de bataille, ni de décorations ou de croix, suspendues à des rubans de toutes 
couleurs, à conquérir à la pointe de l'épée. Le citoyen se battait pour l'honneur de sa 
ville, pour son indépendance, pour sa gloire, et déposait ses armes au foyer domestique, 
de même que le chef de l'État se retirait dans son comptoir, dans son cabinet d'études, 
dans son atelier, après avoir payé son tribut de zèle, de temps et de connaissances 
à la cause publique. 

A peine la ville de Strasbourg était-elle sortie de la lutte qu'elle avait à soutenir 
contre son évêque, Frédéric de Blankenheim , secouru par les grands dynastes, ses 
voisins; à peine s'était-elle libérée par le paiement d'une somme de 30,000 florins du 
ban que l'empereur Wenceslas avait lancé sur elle à la fin du quatorzième siècle, que 
déjà un nouvel orage s'accumula sur sa tête. 
En 1415, les Strasbourgeois, avec quelques membres du grand-chapitre de la 

20. 








dSrHi 






156 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Ph.es m i,i,,e, cathédrale, avaient fait prisonnier à Molsheim leur évêque , Guillaume de Diest, connu 
par ses dilapidations des biens de levêche'*; ils le tenaient en chartre privée dans le 
Pfennmgtkurm, et plus tard dans une chambre à côté du chœur de la cathédrale. 
L archevêque de Mayence et le margrave de Bade arrivèrent en notre ville, en 1416 
pour mtervenir en sa faveur, mais ce fut en vain ; des délégués du concile de Constance 
ne furent pas plus heureux dans leur intervention , et ce ne fut que sur la réclamation 
personnelle de l'empereur Sigismond et sous son sauf-conduit, qu'on relâcha le 
prisonnier ; Guillaume de Diest se présenta alors comme accusateur devant le concile 
et la v,lle fut excommuniée le 3 juin de la même année. L'intercession de l'empereur 
qui reçut pour ce service la somme de 50,000 florins, fit lever le ban de l'Église le' 
14 novembre de l'année suivante, et Strasbourg fut condamné, en outre des dépens à 
payer a la chambre apostolique 6000 ducats ou florins d'or. Le prélat vindicatif rentra 
dans sa d.gn.te, jurant une haine implacable à ceux qui avaient osé mettre une main 
profane sur sa sainte personne. Alors commença pour les Strasbourgeois une série 
d années bien orageuses, durant lesquelles leur indépendance et leurs droits furent 
longtemps menacés, et qui mirent à une rude épreuve leur énergie et leur courage 
car ils avaient un double ennemi à combattre. & ' 

En ,419 des plaintes très-graves furent portées contre la noblesse jouissant des droits 
de bourgeon dans notre ville libre impériale, et qui, malgré le serment de fidélité 
et cl obéissance qu a ce titre elle avait prêté, n'était pas moins hostile par ses actes à 
cette puissance protectrice. Maintes fois, quand leurs intérêts personnels l'exigeaient les 
nobles reclamèrent l'assistance du plus fort; d'autres fois ils s'alliaient aux ennemis 
de la commune du dehors, ou regardaient avec orgueil et dédain ces bourgeois riches 
et puissants par leur commerce et leur industrie. Pour mettre un terme à ces trahisons 
et taire respecter la sainteté du serment, le sénat renouvela les règlements et les 
ordonnances de 1332, de 1346 et autres, dont nous avons parlé sous l'article de la rue 
Brulee. LAmmeister Rulmann-Barpfenning, et les Stâdtmeister André Wirich, Henri 
de Mullenheim, René de Landsperg et Walter Baumann, à la tête du sénat, firent prêter 
le serment de fidélité et d'obéissance à toute la bourgeoisie, même aux jeunes gens 
au-dessous de vingt ans. Ceux qui s'en défendirent, quoique portés sur la liste de 
a bourgeoisie furent déclarés parjures et déchus de leurs droits. En conséquence, il 
leur fut s.gmfie de quitter la ville dans les vingt-quatre heures, et défense leur fut faite 
de res.der dans sa banlieue et à sa proximité , d'y être propriétaires de maisons et d'y 

co^t«r«^ U ^ ,e ' " fî ^ ° béré ^ deUeS l0rSq " e le Pape G ^° ire * le n 0mma à l-évéché 
arriva *«MI»M 6 S0 " aDCien dr0it ' aV3it ë ' U Burcard > comte de la Petite-Pierre. En 

pour avoir deFarSi il T, "^ ^ P ar Ies S»erres qu'avait eu à soutenir son prédécesseur • 

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1533 , où reloue Gui^ d e m^^t ^ ' ** ^^ * ^ "*" ^ h ™ ^« 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



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loger comme tels, et il fut interdit à tout citoyen, à l'exception des aubergistes, de les Phases militaires. 
recevoir et de leur fournir gîte, nourriture et hospitalité quelconque. 

Les Zorn, les Miillenheim, les Bserstett, les Endingen, les Kageneck et autres, au 
nombre de trente familles nobles, quittèrent notre cité, et plus de soixante-dix autres 

familles, stimulées par eux, suivirent leurexemple, renoncèrent aux droits de bourgeoisie 
et se constituèrent hostilement, sous le nom de Chevalerie confédérée [Vereinigte Ritter- 
schaft), hors de Strasbourg. Après l'évacuation de cette population riche et puissante au 
dehors par ses alliances , le sénat prit un arrêté par lequel toutes ces familles seraient à 
tout jamais déchues des droits dont elles faisaient si bon marché, à moins que celles 
qui voudraient de nouveau les acquérir ne fissent amende honorable; leurs biens 
furent saisis, et les troupes que le sénat avait pris à sa solde furent casernées dans leurs 
hôtels abandonnés. 

La noblesse rédigea contre la ville de Strasbourg un acte d'accusation en 64 articles, 
dans lequel elle reprochait surtout aux Ammeister et aux différentes tribus des métiers 
de s'être arrogés des pouvoirs qui ne leur appartenaient pas ; elle se plaignait aussi 
d'avoir été dépouillée, sous un gouvernement devenu absolument démocratique, de 
tous les droits et privilèges dont elle avait joui , et de ne plus posséder qu'un tiers des voix 
dans le-sénat, tandis que les métiers jouissaient d'une majorité de deux tiers dans tous 
les débats concernant les intérêts généraux de la cité, etc. Strasbourg se défendit 
contre ces accusations, en faisant valoir, de son côté , ses griefs contre la noblesse. 

Guillaume deDiest, profitant de ces graves mésintelligences, s'allia aux émigrés et 
aux expulsés, et alors commencèrent ces petites guerres de ravages et de dévastations 
dont le moyen âge nous donne tant d'exemples. Les pauvres paysans, encore serfs, et 
dont les chaumières et les récoltes étaient dévorées par l'incendie ou saccagées par les 
combattants, en furent les principales victimes. Dans les diverses rencontres qui s'en 
suivirent, les chances de la guerre favorisèrent tantôt les uns, tantôt les autres; les 
Strasbourgeois, voulant s'emparer de la petite ville deMutzig, furent battus par les 
troupes épiscopales, et obligés de se retirer dans Molsheim, qui se trouvait alors entre 
leurs mains; le château et le village d'Osthoffen, qui leur appartenaient aussi, furent 
brûlés et ravagés; par contre ils s'emparèrent du château de Ramstein, à l'entrée du val 
de Ville, propriété d'un Zorn de Bulach; avec l'aide des habitants de Dambach ils se 
rendirent maîtres de celui de Bernstein, qui domine la petite ville de même nom au 
pied des Vosges. Les castels et villages de Herrlisheim , d'Illkirch , de Kolbsheim , de 
Wickersheim, de Wangen et autres, appartenant à la noblesse hostile, devinrent la 
proie des flammes et de la dévastation. 

Tous ces chocs et ces ravages des terres, plus rudes pour les gens à blason que pour 
les Strasbourgeois qui se retiraient toujours derrière leurs murs après leurs excursions 
engagèrent les deux partis à une transaction, conclue sous la médiation de l'archevêque 











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158 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS 

Ph.es mililaires . Conrad de Mayence et du margrave Bernard de Bade, et qui fut signée à Spire le 
23 avril 1422. 

Par cette transaction, néanmoins, la paix ne fut pas conclue avec l'évoque de Diest, 
qui y était resté étranger, et le théâtre de la guerre s'étendit sur une plus vaste échelle 
par la puissance des parties belligérantes qui se coalisèrent. L'électeur palatin du Rhin 
ennemi de Bernard de Bade , profita de ces troubles , et s'allia contre lui avec les villes 
de Bâle, de Fribourg, de Brisach et de Strasbourg. Celui-ci appela à son secours 
1 eveque, les dynastes de Bitche, de Lichtenberg, les comtes de Salin et le duc de 
Lorraine. Non content de rester sur la défensive, les Strasbourgeois fournirent un 
contingent de 1,000 hommes et 100 bouches à feu*. Le pont du Rhin leur fut enlevé 
momentanément par leurs ennemis, mais ils s'en rendirent de nouveau maîtres et 
pour frapper d'un seul coup leurs plus rudes adversaires, ils portèrent leurs armes 
outre-Rhm, sur le territoire badois et dans les bailliages épiscopaux. Ils marchèrent 
avec leur artillerie sur Oberkirch, assiégé par le margrave de Bade, et le forcèrent à 
a retraite après lui avoir enlevé dix de ses pièces ; le château de Mûhlburg, sur le Rhin 
fui assiégé et pris, et les villages d'Appenweier, de Renchen, de Nussbach subirent h' 
lorce de leurs armes. 

Enfin , cette guerre désastreuse vit sa fin par l'entremise du même archevêque de 
Mayence, qui fit signer la paix à Spire en 1429. 

C'est pendant ces hostilités que nous trouvons la mention d'établissement de ponts- 
lev.s et de herses aux portes de la ville; le système des ponts-Ievis a subi depuis de 
notables changements , et les herses ont été entièrement supprimées. Silbermann nous 
donne, dans son Histoire locale de Strasbourg, la description détaillée de celles qui 
exista.ent encore de son temps, mais qui n'étaient plus employées. 

En 1431 , les Strasbourgeois fournirent leur contingent à l'armée impériale, contre 
Procope, le farouche chef des Hussites , et un grand nombre d'entre eux succombèrent 
devant Nauenbourg. 

Treize années après, une armée de 50,000 Français, sous les ordres du fils de 
Charles VII, vint envahir l'Alsace, après la bataille de Saint- Jacques; pendant les six 
mo.s que ces troupes occupèrent et dévastèrent notre province, les Strasbourgeois se 
tenaient tantôt sur la défensive derrière leurs murs, tantôt sur l'offensive par des 
sorties et des courses dans le pays ; c'est à l'attaque et à la prise d'assaut du château de 
Mar enheim, le 17 décembre 1444, que leur Ammeister, Jean de Meislersheim et le 
Stadtme.ster, Martin Zorn, trouvèrent une mort glorieuse. Le premier fut précipité de 

^îztz^;:tzt mchsen! qu,il faudrait piutô1 traduire par grandcs ^^ ^ *» «« —, 

re„o m Je ^r ; , °a Z^ZZ^ T f "^ f*"** 1- "» ville de Strasbourg, quoique déjà 
nécessaire à la défense de à p ce " ' * ^^ * "* ^ de Can ° nS ' SanS COm P ter ''« 




PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 159 

l'échelle en montant à l'assaut; Je fossé étant gelé, la glace se brisa et il se noya; le Pbases militaires, 
second mourut d'un coup de feu qu'il reçut au genou. Cette guerre porte dans nos 
annales le nom de guerre des Armagnacs. 

En 1474, la position de notre cité devint encore plus critique, et nous avons déjà 
souvent eu occasion de parler des grands préparatifs de défense et des immenses 
sacrifices qu'elle fut obligée de faire, pour résister à la puissance de Charles-le- 
Téméraire , duc de Bourgogne. Dans ces campagnes , elle resta à la hauteur de l'ennemi 
qu'elle avait à combattre, et des alliés dans les rangs desquels elle tenait une place 
honorable. 

Maint historien, en parlant de cette lutte entre les Suisses et le duc de Bourgogne, 
a retracé les hauts faits d'armes d'une guerre dont le théâtre était loin de notre pro- 
vince ; nous nous référons donc à ce que nous avons déjà dit des sièges de Héricourt et 
de Blàmont, et des batailles de Granson, de Morat et de Nancy, d'où nos pères 
revinrent couronnés de lauriers, couverts de nobles cicatrices, et chargés de trophées 
et d'un riche butin *. Nous nous arrêterons plus longtemps sur les causes de ces guerres 
qui avaient pris en partie naissance en Alsace. 

Quand on visite la bibliothèque de Colmar, entre autres curiosités on y montre sous 
verre une tête desséchée, dont des moustaches rousses couvrent la lèvre supérieure. 
C'est, dit-on , celle du tyran qui, pendant six années, commit toutes les cruautés et les 
exactions les plus révoltantes sur la population de cette ville; nous ne garantissons 
pas l'exactitude du fait, mais nous pouvons assurer que c'est l'exécuteur des hautes 
œuvres de Colmar qui a tranché la tête de Pierre de Hagenbach qu'elle doit représenter. 

L'empereur Frédéric III, en 1469, avait engagé au duc de Bourgogne, pour la 
somme de 80,000 florins, que celui-ci lui avait avancée, les terres que la maison 
archiducale d'Autriche possédait dans le Haut-Rhin, et dont Ensisheim était le chef-lieu, 
sous la condition expresse que toutes les villes et communes en général devaient 
conserver leurs droits et prérogatives. Pierre de Hagenbach en fut nommé gouverneur. 
Raconter les crimes et les atrocités commises par ce gouverneur, ce serait dérouler le 
tableau de toutes les infamies qui dégradent l'espèce humaine: brutalités, viol, vol, 
meurtre, rien ne fut ménagé pour pousser au désespoir les populations que la terreur 
qu'il inspirait pouvait seul empêcher d'éclater. Il abusa des plus belles femmes du pays, 
soit qu'il les trouvât au sein de leur famille ou dans le sanctuaire des couvents. A 
Thann , il fit désarmer et jeter dans les prisons les notables de la ville ; trente d'entre 
eux devaient avoir la tête tranchée , et l'exécuteur s'était déjà mis à l'œuvre en sa 
présence, lorsque, après la cinquième tête abattue, les vociférations de la foule, qui 
s'ameuta, empêchèrent la continuation de ces assassinats; elle délia les chaînes de ses 



1 Voyez Faubourgs, page 15. 



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160 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Phases .inuires. concitoyens, qui, couverts de sa protection, eurent la vie sauve, mais leurs biens 
turent confisqués*. Il séquestra les propriétés de la noblesse et des communes; les 
Strasbonrgeois aussi furent en butte à ses actes de brigandage; il voulait leur défendre 
ci élue le sénat et de mettre à la tête de la république un membre des corporations des 
métiers Dans ses messages, dédaignant leur puissance , il les menaçait de les réduire 
sous la dommation de son maître, Charles de Bourgogne, qui alors épuisait ses forces 
mil.ta.res et sa patience au long siège de Nuys, près de Dùsseldorf, dont il ne put se 
rendre maître; Hagenbach s'empara des propriétés de Strasbourg dans les vallées de 
la L.epvre et de Ville et du château d'Ortenberg, à l'entrée de ces vallées 

Enfin poussées à bout, les populations supplièrent l'archiduc Sigismond d'Autriche 
de les délivrer du joug de ce tyran. Ce prince fit un appel aux évoques et aux villes de 
Baie et de Strasbourg, à celles de Colmar, de Mulhouse, de Tûrkheim, de Schlestadt, 
de Kaysersberg etc., et demanda à faire un emprunt des 80,000 florins que Charles 
de Bourgogne lu, avait prêtés, afin de pouvoir dégager ses terres et rentrer dans s.s 
propriétés U réussit à recueillir cette somme, qui fut déposée à Bà.e , mais Hagenbach 
neta,t pas homme a lâcher la proie qu'il exploitait depuis si longtemps. Le fort de 
Rnsach, sur une colhne aux bords du Rhin, qu'il avait occupé avec ses troupes va.onnes 

iTv-r; tr PPm ^ ° Pérati011S mimaireS; fl * C ^ il « *«° s *rete' 

B ris 1 i Tb m 7 aUente ' Une m ° rt **"***»*■ P - -ux fortifier 

Rut; a i ; ; e creuser un ,ar§e fossé > ^^ ** *» -* d« 

Ls bie"; u' 66 a œS traVaUX ' H V ° UlUt fairG fe, ™ e ' ,eS P° rt es et s'emparer 
des inens de celle-ci, ma.s Vôgelin, capitaine de ses troupes, qui depuis longtemps 

nava,ent pas reçu de solde, communiqua ce plan perfide aux habitants, les engagea • 

s armer et a s emparer de son maître sur un signal donné. Ce coup de main rélsit, et 

Hagenbach , les fers aux mains et aux pieds, fut jeté en prison. Cette heureuse nouvelle 

lut aussitôt communiquée aux villes de l'Alsace et aux confédérés suisses, qui 

envoyèrent a Brisach des délégués, pour se constituer en cour de justice, sous la 

Hagenbach f t condamne a mort, et, après qu'un héraut d'armes lui eut enlevé tous 
es ms.gnes de noblesse, il fut décapité dans la soirée du 25 avril 1474, à là lueur des 
orches , et devant une affluence de plusieurs milliers de spectateurs. Délivrée dé son 

Tù liTTrï' 1 i A1SaCG ' aIHëe aVGC ^ braVeS Cant ° nS SUÎSSes ' avec ,e -ntingent 
de a ma-son d Autriche et avec René , duc de Lorraine , s'arma pour braver le courroux 

la pu.ssance de Charlesde-Téméraire, et alors s'alluma cette guerre qui brisa l'orgueil 
de'œ c^e^Ï n ^ n ° S Chr ° ni <ï"; *«"*" **— à .a femme de Pierre de Hagenbach la cessation 




r 



PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 161 

de ce prince hautain , et qui finit après qu'il eût trouvé la mort sur le champ de bataille Phases militaires. 
de Nancy *. 

Nous ne nous arrêterons pas aux hostilités qui éclatèrent de 1446 à 1448 entre les 
Strasbourgeois et les comtes de Fénétrange, ni à quelques autres démêlés de peu 
d'importance qui obligèrent ceux-là à mettre les armes à la main; ces hostilités 
eurent pour résultat le siège, la prise et la démolition du château de Wasselonne, 
événements dont nous avons parlé ailleurs 2 . 

Avec le siècle suivant commence une ère nouvelle dans l'histoire. L'aspect politique 
de l'Europe s'élargit dans des proportions plus grandioses; les petits Étals, représentés 
par les princes de l'Église , les évêques et les prélats, par les comtes et les barons, par 
les villes et les communes jouissant de leur forme gouvernementale indépendante; en 
un mot, l'individualisme politique, qui avait régi l'Europe pendant des siècles, est 
obligé de s'incliner devant deux hommes qui se disputent la monarchie universelle. 
Pleins d'ambition tous les deux, l'un, de sang allemand et espagnol , avait aussi les 
qualités qui caractérisent ces deux peuples; doué d'une haute intelligence, ferme et 
constant dans ses entreprises , usant parfois de ruse et d'astuce , il eut le dessus sur son 
rival; celui-ci, de sang français, généreux, brillant, chevaleresque, d'une action 
prompte et hardie, ne possédait pas les qualités qui font réussir les plans souvent 
mystérieux de la diplomatie. Charles-Quint et François I er se disputaient la couronne 
de l'empire germanique, devenue vacante par la mort de Maximilien; le premier 
emporta le suffrage des princes électeurs, et réunit sous son sceptre l'Espagne, les 
Pays-Bas et l'Allemagne. 

Cette puissance et cette unité politique , qui s'étaient fait jour par le génie de Charles- 
Quint, étaient cependant neutralisées par le schisme de l'Église. Luther et Zwinoli 
étaient les deux champions qui commençaient à miner, par leurs doctrines de libre 
examen, les fondements solides du catholicisme défendus par les deux rivaux. 

Si , pendant tout le seizième siècle , l'histoire de la ville de Strasbourg ne nous fournit 
plus que très-peu d'exemples de ces petites guerres, dans lesquelles elle était si 
souvent impliquée , et qui se vidaient les armes à la main par le ravage des campagnes , 
pour ainsi dire sous les yeux de notre cité même, c'est que son individualisme 
politique s'était aussi absorbé dans les grandes questions d'État. Rapprochée de la 
France, elle fut flattée par les missives et les témoignages réitérés d'estime et d'affection 
que François I er et ses successeurs adressèrent à « leurs chers et grans amys, confédérez 
et alliez , les maître et sénat de la république de la ville de Strasbourg » ; d'un autre côté, 
ménagée avec une soupçonneuse inquiétude par Charles-Quint , elle était néanmoins 

1 La tradition rapporte que c'est un membre de la tribu des boulangers de Strasbourg qui doit l'avoir tué dans 
les marais des environs de la ville. 

2 Voyez Ville, pages 59 et suivantes. 

FAUBOURGS. 21 




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*- — 












162 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

*- — ■ obligée de fournir son contingent en troupes et en effets d armement , et avait à payer 
sa part de l'empire*. Mais, dans les questions religieuses, elle conserva sa position 
indépendante en prenant fait et cause, tant par les secours en hommes qu'en argent 
quelle envoya aux princes et villes alliés, pour la défense des nouveaux dogmes 
de Ja reforme auxquels elle avait adhéré dès le principe. 

Les chaires de notre cité retentirent alors des disputes ardentes et envenimées que la 
o, religieuse faisait naître dans ses controverses, mais les champs de bataille sur 
lesquels se vidaient ces questions religioso-politiques étaient loin de nous 

S, .comme nous l'avons déjà fait observer autre part, l'Alsace eut considérablement 
a souffrir du séjour momentané et du passage des troupes enrôlées dans les armées 
belhgerantes , soit françaises , soit allemandes , soit catholiques , soit protestantes, notre 
eue n était pas moins obérée par les charges que ces occupations militaires faisaient 
peser sur les communes rurales formant ses bailliages et par les nombreuses troupes 
qu elle tenan à sa solde pour garde,- ses murs et pour tenir en respect ces divers corps 
de reitres et de lansquenets de toutes nationalités qui rôdaient à l'entour, avides de 
pillage et de rapine. 

Malheureusement pour lui, vers la fin de ce même siècle, le sénat de Strasbourg 
perdu de vue un sage axiome qui y avait pris naissance, qui lavait toujours guidé et 
devait I avertir du mauvais pas dans lequel il s'engagea sous l'inspiration de son clergé* 
Une guerre digne des temps de la féodalité en fut la triste conséquence 

A l'h.storique du Gûrtlerhofet du Bruderhof*, nous avons déjà eu occasion de retracer 
la pos.t.on dans laquelle se trouvait Strasbourg dans ses rapports avec le grand 
chapitre, scindé en deux fractions , qui se disputaient avec archarnement leurs intérêts 
financiers et temporels sous le manteau de la religion. 

A travers les siècles, la ville s était affranchie de la puissance temporelle de ses évoques 
tantôt par les armes, tantôt en se libérant par de grosses sommes payées au fisc 
ep.scopal, tantôt en profitant adroitement des positions critiques dans lesquelles ses 

1En J5J2, elle donna à Charles-Quint douze pièces de gros calibre pour le siège de Metz- elle lui avait enW. 

zxzrjzz : surs- îe™ z:è tr? L « 



-Quand lansquenets font festin , 
Que clergé se mêle du mondain , 
Quand femmes tiennent rênes en main, 
Tout arrive à mauvaise fin. 



Wo Reiter und Landsknecht sieden und brateh , 
Wo Pfaffen in weltliche Sachen rathen, 
Wo Weiber fûbren das Régiment, 
Do giebt es selten ein gutes End. 



"Voyez Ville, pages 53 et 94. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 163 

chefs spirituels étaient engagés par les guerres qu'ils avaient à soutenir comme chefs Phases tmtomœ. 

temporels et landgraves d'Alsace. Par le schisme de l'Église, a» commencement de ce 

siècle, elle était de même devenue indépendante de leur pouvoir spirituel et nommait 

et installait son clergé, appartenant, par un arrêté du sénat, aux rangs de sa 

bourgeoisie. Le sénat était le chef de l'administration politique, tout aussi bien que de 

l'administration ecclésiastique de la république, et les membres du chapitre de la 

cathédrale se trouvaient absolument, comme princes de l'empire, en dehors de ses 

pouvoirs, comme en dehors de ses intérêts. Si ce corps politique avait suivi le conseil 

de l'empereur Rodolphe II, il serait resté neutre dans ces conflits entre les intérêts des 

chanoines catholiques et des chanoines protestants. Il avait longtemps employé son 

influence à concilier les deux partis , mais enfin , mal influencé et mal conseillé , il eut 

le tort de se mêler de ces disputes, et la ville et le pays payèrent chèrement la part 

qu'ils y prirent. 

Le 2 mai 1592 , l'évêque J. de Manderscheid mourut d'une mort subite à son château 
de Saverne. Les sept chanoines catholiques qui s'y trouvaient , firent aussitôt part de cet 
événement à l'empereur, qui leur enjoignit de surseoir à la nomination d'un successeur 
jusqu'à ce que des commissaires impériaux eussent réglé la position respective des 
deux partis intéressés prétendant à la succession. Les chanoines de Saverne, comme 
il fallait s'y attendre, refusèrent de venir à Strasbourg, afin de concourir, avecl eurs 
collègues du parti opposé, à l'élection d'un évêque, et ces derniers, au nombre 
de huit, se réunirent en conclave dans la cathédrale, occupée par la bourgeoisie en 
armes et armures le 30 mai , et élirent comme administrateur postulant à l'évêché et 
landgrave d'Alsace Jean-George, fils du margrave Joachim de Brandebourg. Il fut de 
suite proclamé comme tel et conduit dans les formes usitées au château épiscopal, 
où le sénat lui offrit les dons que la ville était dans l'habitude de faire dans ces 
circonstances. 

Le cas d'une vacance du siège épiscopal était depuis longtemps prévu , et les partis 
s'étaient préparés à soutenir, les armes à la main, leurs prétentions. Bientôt après cette 
élection , le 4 juin , les portes de Strasbourg furent fermées le soir à quatre heures , afin 
que toute communication fût rompue avec le dehors, et dans cette même nuit sortirent 
par la porte de Saverne quatre compagnies de troupes à pied avec quatre-vingts 
cavaliers et treize pièces d'artillerie, qui allèrent camper le malin autour du château 
épiscopal sur le Kochersberg, et sommèrent sa faible garnison de quinze hommes 
d'armes et six paysans à le remettre entre leurs mains, ce qui eut lieu après qu'on eut 
échangé quelques coups de canon. Trois jours après, les troupes s'emparèrent de la 
petite ville et du château de Dachstein , des castels de Geispolsheim, et à la sommation 
qu'on fit à Saverne de se rendre aux troupes brandebourgeoises, il fut répondu que 
cette ville ne se soumettrait qu'après décision impériale. 



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164 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Phases mfc . Le 10 juin, les sept capitulais à Saverne, réunis en conclave , élurent , de leur côté 
e cardinal Louis de Lorraine, évêque de Metz, comme successeur de J. de Manderscheid ; 
Us envoyèrent un trompette avec un héraut d'armes à Strasbourg pour communiquer le 
résultat de leur élection et sommer les chanoines luthériens de rendre les villes et 
places fortes episcopales dont ils s'étaient emparés; ceux-ci s'empressèrent de faire 
occuper militairement les autres villes, et le 15 les troupes brandebourgeoises se 
rendirent maîtres d'Enté». Ces occupations eurent lieu pour ainsi dire sans opposition 
et sans que l'on rencontrât un ennemi à combattre. Mais bientôt les forces lorraines 
descendirent de la hauteur de Saverne et occupèrent celle ville et le château de 
Haut-Barr; les paysans des divers bailliages épiscopaux furent requis pour conduire 
lart.llene de siège et de campagne devant servir à défendre cette place et la ville de 
Molshe.m et aux opérations ultérieures. Des patrouilles lorraines infestèrent déjà le 
pays et vinrent se montrer sous les murs de Strasbourg; le premier combat sérieux 
eut lieu a Schaeffolsbeim, occupé par une compagnie de troupes brandebourgeoises 
qui fut surprise et baltue après une vive défense par 600 lanciers et 1,000 arquebusiers' 
lorrains, et le malheureux village devint la proie des flammes. 

Les hostilités une fois commencées, les armées se renforcèrent de part et d'autre 
Au sud de Strasbourg, les villages d'Illkirch et de Graffenstaden, défendus par 1111 
devinrent un point de ralliement pour les troupes et un camp fortifié , de même que là 
RoW.sau el ]a Wantzenau un aulre ^ de fmmmm au nûrd . Au mois de -^ 

500 hommes du Brandebourg avec 160 cavaliers passèrent le Rhin ; le 30 du même mois, 
J000 Suisses firent leur entrée à Strasbourg et furent logés chez les bourgeois de la ville ■ 
d autres contingents arrivèrent d'autre part pour les capitulaires intéressés, et grand 
nombre de cana.lle, lansquenets et reitres vagabonds, vinrent s'enrôler pour passer à 
1 .ennemi et s'y enrôler de nouveau. Les Guises, avec leur armée aguerrie, envoyèrent 
des secours à Louis de Lorraine ; la guerre commença , et une armée d'une vingtaine de 
nulle hommes de part el d'autre ravagea et dévasta le malheureux pays. Le château 
du Kochersberg fut repris par les Lorrains et la garnison massacrée; Dachstein 
Geispolsheim et Erstein se rendirent de même aux troupes lorraines. 

Le 7 du mois d'août, un corps d'armée strasbourgeois investit la ville de Molsheim 
et commença à en faire le siège avec une nombreuse artillerie; mais habitants et 
garnison se défendirent avec vigueur, et les assiégeants se retirèrent, après que les 
Lorrains eurent surpris, pillé et brûlé, entre Dûtllenheim elEnsheim, un convoi 
de vingt-quatre voitures , chargées de vivres, de munitions et de 10,000 florins, devant 
servir a la solde de la troupe. Ce convoi était accompagné du sénateur J. Zeysolff, 

PhUil! ie !l2 il ^M T 7 ChS r SdeWaIdpUrg ' ÉV1 ' ard Ct Arnold ' COmles de Mandcrscheid-Blantenheim, Jcan- 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 



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payeur du Bruderhof, d'une trentaine de cavaliers et d'une compagnie de troupes, Phases militaires. 
dont la majeure partie fut massacrée ou faite prisonnière; ZeysolfT dut se libérer par 
une forte rançon 1 . 

De part et d'autre celte guerre fut dirigée sans méthode et sans plan stratégique ; 
c'étaient des marches et des contre-marches depuis le Rhin jusqu'aux montagnes; ces 
corps se dirigeaient ordinairement du côté où l'on savait ne pas rencontrer l'ennemi , 
et ces campagnes de quelques jours finissaient par des escarmouches entre quelques 
centaines d'hommes, et surtout par le pillage et l'incendie qui frappaient les malheu- 
reuses gens de la campagne. L'armée lorraine avait l'avantage d'être commandée par 
des hommes de guerre expérimentés, tandis que l'armée confédérée, formée d'éléments 
hétérogènes, n'avait personne qui sût diriger ses opérations; les Strasbourgeois 
reprirent néanmoins courage à l'arrivée du prince Chrétien d'Anhalt, qui vint de 
l'intérieur de la France, où il avait commandé un corps subsidiaire, et auquel on 
confia le commandement en chef des troupes confédérées. Toutefois cette centralisation 
sous un chef expérimenté ne tourna pas à l'avantage de leurs armes; il est vrai que 
Molsheim, assiégé une seconde fois, fut forcé de capituler, fait d'arme le plus brillant 
de cette guerre désastreuse, dont le théâtre s'était étendu depuis Rhinau, Benfeld et 
Dambach, au sud, jusqu'à Hochfelden, Haguenau et le Rhin, au nord. Mais les 
communes de Rhinau, de Barr, de Schaeffolsheim , de Wasselonne , de Dorlisheim, de 
Wolxheim, d'Ergersheim, de Weyersheim , sans compter des centaines de maisons 
isolées, étaient devenues la proie des flammes; les cruautés les plus atroces avaient été 
commises de part et d'autre sur les hommes de guerre comme sur les campagnards, 
dont grand nombre avait cherché un refuge en ville. Pourchassés, molestés, pillés à 
tout moment, frappés de contributions écrasantes, il ne restait pas même à ces derniers 
les moyens de cultiver leurs champs, et quand arriva le temps de la moisson, où un 
bien petit nombre pouvait espérer encore de rentrer une faible récolte, des cavaliers 
fourrageurs l'avaient coupée en herbe pour en nourrir leurs chevaux. Même nos 
jardiniers , sous le canon de la place , ne pouvaient sortir qu'en troupes et armés et 
tout à l'entour on avait coupé les arbres et rasé les maisons pour éclaircir la vue et 
garantir la ville des surprises de l'ennemi. La misère et la famine étaient à leur comble, 
et le sac de blé se payait au prix exorbitant de 70 à 100 fr., valeur d'argent 
d'aujourd'hui. 

Pendant tout le temps que durèrent ces hostilités, des commissaires impériaux 

' Il doit encore exister entre les mains de la famille Zeysolff, descendant de ce sénateur, une lettre adressée par 
lui à l'Ammeister Abraham Heldt de Strasbourg /dans laquelle il dépeint sa triste position , les dangers qu'il a courus 
et demande qu'on lui rende la liberté en envoyant la rançon exigée par les Lorrains. Nous avons vu cette lettre dans 
le temps, mais il nous a été impossible de la retrouver, et nous saurions gré au détenteur, si elle existe e 
de nous en donner communication. ' 






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166 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 

Phases m iiiiaires. allaient de Strasbourg à Saverne et de Saverne à Strasbourg, dans l'intention de faire 
déposer les armes et d'arriver à un arrangement par voie de conciliation. Des délégués 
des villes libres impériales d'Alsace et des cantons suisses, craignant que la guerre ne 
vînt s'étendre sur tout le pays et détruire complètement les récoltes, offrirent de même 
leur appui à une transaction amiable; mais tout fut en vain , et si , d'un côté , le cardinal 
Louis de Lorraine se montrait disposé à accueillir des paroles de conciliation, le sénat 
de Strasbourg renvoyait aux chanoines du Bruderhof et ceux-là au sénat; personne ne 
voulut avoir tort, et rien ne put se conclure. Les troupes suisses, qui aimaient à se 
battre franchement en pleine campagne , fatiguées d'une guerre sans honneur et sans 
gloire pour eux et surtout sans résultat, demandèrent à rentrer dans leurs foyers, et 
furent rappelées en décembre et en janvier. Pour les remplacer, le margrave Ernest- 
Frédéric de Bade passa le Rhin avec une armée de 2,000 hommes à pied et de 900 à 
cheval, qui ne furent pas plus heureux que leurs devanciers et qui se mirent à piller 
ce qui restait encore à prendre. 

Enfin , quand la discorde se fut introduite au sein du sénat par des accusations 
réciproques sur cette guerre calamiteuse, que la bourgeoisie se vit obligée de donner 
son or, son argent et ses métaux pour frapper monnaie, et que les caisses de la ville 
se trouvèrent vides, on commença à écouter des propositions de paix, et le 27 février 
1593 un traité fut conclu, par lequel on devait déposer les armes de part et d'autre 
pendant dix ans, et abandonner à une diète de l'empire le soin de régler le différend 
entre les chanoines de Saverne et ceux de Strasbourg, en laissant en attendant 
profiter chaque parti de la moitié des revenus du chapitre. La ville de Strasbourg se 
retira de ce conflit après avoir fait la triste expérience qu'il n'est pas prudent de se 
mêler des affaires de l'Église, et nous terminons ce récit par la conclusion d'un 
chroniqueur contemporain, dont le journal est du plus haut intérêt: «En Somme, 
«notre armée combattante était au moins de 10,000 hommes à pied; c'étaient 
«trente-deux compagnies de Suisses et de lansquenets, 1,600 hommes à cheval, et 
«nous avons dépensé en cette guerre à peu près seize tonnes d'or (1,600,000 fr. ou 
« approchant à 16 millions, valeur de nos jours) sans aucun résultat.*. » 

Quoique Strasbourg se gardât bien de se mêler par la suite de ces tristes affaires, il y 
eut encore des collisions pendant les dix années suivantes, jusqu'à ce que, sous la 
médiation de Frédéric, duc de Wurtemberg, une paix définitive fut conclue en 1604, 
à Haguenau, par laquelle Jean-George de Brandebourg fut obligé de renoncer à ses 
prétentions, et qui laissa Louis de Lorraine seul possesseur del'épiscopat de Strasbourg, 
moyennant concession à la ville de ses anciens droits et privilèges, acquis pendant 

Un Summa, unsers Kriegsfolks so wir gehabl haben, so zum Streit gehorig , ist zum aller wenigsten gewesen 
10,000 zu Fuss; seindt 32 fendlin Schweilzer und Landsknecht gewesen, 1,600 zu Pferd; und haben ungeferlich 
nf 16 thonnen goldes verkriegt , und nit vil usgericht. 



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PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 167 

des siècles. Par ce même traité , Strasbourg rentra dans une partie des fonds avancés Phases militaires. 

pendant les hostilités, tant par des paiements des parties intéressées que par des 

garanties données pour l'avenir 1 . Néanmoins, cette guerre désastreuse avait porté une 

grave atteinte à sa prospérité financière ; elle avait de même miné pour longtemps celle 

des communes sous son autorité seigneuriale , qui ne se relevèrent plus pendant tout le 

dix-septième siècle, dont les calamités guerrières achevèrent de les ruiner de fond en 

comble. Cette guerre, à laquelle nos annales donnent le nom de Guerre épiscopale (der 

bisch'ôflich Krieg) , fut la dernière dans nos phases militaires dans laquelle Strasbourg 

joua un rôle actif, et son individualisme s'absorba, comme nous l'avons dit, dans 

les grandes questions d'État qui intéressèrent le centre de l'Europe. 

Pendant les hostilités qui éclatèrent par la succession de Juliers et de Clève, l'Alsace 
fut de nouveau , mais pour peu de temps, à la merci de troupes étrangères; arriva la 
désastreuse et fratricide guerre de trente ans, où, dès le début, en 1620, le duc 
Ernest de Mansfeld infesta de ses armées le Palatinat et notre province, et dans la 
seconde phase de laquelle Strasbourg subit le même sort par les armées suédoises, 
françaises et impériales. Dans ces circonstances difficiles, le sénat de notre cité, se 
maintenant dans une stricte neutralité, s'attacha à ne garder qu'une position purement 
passive, tâcha de louvoyer par une habile diplomatie, et chercha à se disculper 
entre les reproches et les prétentions des divers partis: situation épineuse au milieu de 
laquelle le canon était sans cesse braqué sur les remparts, tandis qu'une forte garnison 
soldée défendait les murs et le territoire de la ville, et que le courage et la vigilance 
de la bourgeoisie étaient mises journellement à de dures épreuves. Si souvent le sénat 
fut obligé de payer des sommes considérables, ou d'envoyer du pain et des vivres en 
tout genre aux diverses armées, pour sauvegarder ses communes rurales, il se garda 
bien de fournir des munitions de guerre et des armes, el fit défendre avec prudence 
ses remparts et le passage du pont du Rhin. 

Telles sont, en abrégé, les phases militaires que nous avons cru devoir attacher à 
l'historique de l'enceinte fortifiée à une époque où notre ville jouissait de son 
indépendance d'action politique. 






Nous avons commencé notre promenade dans les faubourgs à gauche de notre 
panorama , derrière la fonderie de canons , près de la porte des Juifs. En passant sur la 
rive droite de 1*111 , nous avons tour à tour parcouru la KrUtenau et les quais qui 
longent cette rivière jusqu'aux Ponts-Couverts, en évoquant l'historique de la fondation 



Résumé. 



'Nous renvoyons nos lecteurs , qui veulent connaître à fond ce traité de paix, au t. n, part. 2, pages 43 et suiv 
du Corps universel diplomatique du droit des gens de J. Dumont. Amsterdam 1728, in-folio. 



cm 



10 11 12 13 14 15 16 17 li 



19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



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168 PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 




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Résumé, des diverses églises, de l'hospice des orphelins, des hôpitaux , de l'inslitulion de Saint- 
Marc , légués aux temps modernes par la foi et la philanthropie de nos ancêtres. Maint 




co — = 


tableau, ma.nt épisode des mœurs des temps passés, a trouvé sa place dans cette 
visite des anc.ennes maisons qu'ils habitaient. De ce côté, l'historique de la construction 




eO — 


de la citadelle éta.t la pierre précieuse, dans l'enceinte fortifiée de laquelle nous avons 




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tracé le développement progressif pendant des siècles. 




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Du Finkwiller, nous passons sur la rive gauche du canal de navigation. Après 
l'énumération des souvenirs des institutions religieuses qui vivifiaient jadis le faubourg 




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National, nous avons jeté un coup d'œil sur les mœurs de ses actifs habitants, sur la 




h- 1 = 

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législation et sur les exécutions criminelles, dont le Marais-Vert fut jadis le théâtre. Un 




h- 1 = 


regret nous reste, c'est de n'avoir pas pu donner un tableau plus positif, plus vivace 




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une description architectonique de la gare du chemin de fer en construction, et une 




h- 1 = 


statistique comparative du mouvement des voyageurs et des marchandises. Nous n'avons 




J^. = 


pu que conjecturer ce que l'avenir réserve à notre ville par la locomotion à la vapeur. 




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En quittant ce quartier, nous désignons, comme partout dans nos promenades 
des maisons autrefois habitées par des hommes qui furent la gloire de la ville de 




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Strasbourg. A propos de la fondation de l'ancienne église de la Toussaint, nous jetons 




1 — 1 ~ 


un regard rétrospectif sur les croisades, et nous achevons la description du faubourg 




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de Pierre en terminant en même temps l'historique de l'enceinte fortifiée de la ville par 
les antiques portes, le fort de pierre, le bastion et la caserne de la Finckmatt. Cet 




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aperçu nous ramené vers le point d'où nous sommes parti et nous fait faire la clôture 




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de notre promenade dans les faubourgs. 




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FIN DE LA PROMENADE DANS LES FAUBOURGS. 




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Cette feuille remplacera l'inlroduction qui sera supprimée. 














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-• 



INTRODUCTION. 







I 

1 
» 1 









De retour dans ma ville natale après des voyages lointains que j'avais entrepris dans 
ma jeunesse, j'étais resté touriste par goût, C'est en cette qualité que je parcourus 
notre belle vallée du Rhin depuis Bàle jusqu'à Wissembourg, que je visitai successi- 
vement toutes les vallées des Vosges et de la Forêt-Noire, et que j'en gravis les 
sommets. J'appris à connaître les mœurs, les usages et l'industrie des habitants de 
ces contrées, j'étudiai leurs costumes variés et souvent pittoresques, je visitai les 
souvenirs ruinés de l'Église et de la féodalité, et, au retour de ces courses fréquentes, 
j'aimais à revoir, du haut de notre cathédrale, les points qui vivaient encore 
fraîchement dans ma mémoire. Un jour que je parcourais mes journaux de voyages, 
mes albums et les souvenirs que j'ai rapportés de mes excursions, je conçus l'idée de 
réunir tous ces éléments épars en un seul faisceau. 

Je choisis naturellement pour centre la cathédrale de Strasbourg, et j'essayai de 
dessiner ce vaste panorama, voulant conserver ainsi l'image exacte de ce qui existe 
maintenant. 

J'employai à ce travail mes heures de loisirs, et, après quatre années de persévérance, 
qu'une volonté ferme et opiniâtre a seule pu soutenir, je suis parvenu à créer le tableau 
que je présente aujourd'hui au public. Oui , il m'a fallu une volonté bien ferme pour 
vaincre les nombreux obstacles que j'ai rencontrés dans l'exécution de mon projet. 
Que de fois n'ai-je pas été obligé de gravir les trois cent trente et une marches qui 
conduisent à la plate-forme de la cathédrale? Que de fois un soleil ardent ne m'a-t-il 
pas rendu le travail pénible? Que de fois l'ouragan ne m'a-t-il pas fait quitter mon 
crayon et mes planches pour me réfugier dans la casine des gardiens, qui, à force 
de me voir au milieu d'eux, me considéraient presque comme faisant partie de leur 
corps? Que de fois, quand ma lunette devait percer les distances pour vérifier une 
donnée, la brunie ou un nuage n'est-il pas venu subitement dérober à mes recherches 
le point qu'il s'agissait absolument de déterminer avec exactitude, pour pouvoir 
continuer ma besogne? Ma volonté n'eût pu suffire à mener à fin ce travail si long et 

ENVIRONS. 1 









1 








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4 


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2 INTRODUCTION. 


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si minutieux, et que l'amour de mon pays a seul pu me faire entreprendre, si je n'eusse 
été soutenu par mon goût pour les études historiques. 


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Je me mis à fouiller dans nos anciennes chroniques, à lire nos annales, à 
déchiffrer de vieux écrits et des parchemins pâlis par le temps. 

Dès lors un clocher que je découvrais dans le lointain, ne fut plus pour moi seulement 
un centre d'agglomération de maisons peuplées; à son existence vinrent se rattacher 
les souvenirs du passé. 


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Je ne considérais plus uniquement les arceaux d'un cloître tombé en ruines comme un 
entassement de pierres pittoresquement groupées: les styles de l'art de bâlir s'y 
dévoilèrent à mes yeux; je le rêvais encore habité par de riches chanoines, par de 
savants Bénédictins, par ces fiers Dominicains, qui de tout temps se sont querellés avec 
notre population, ou par ces ordres mendiants, degré inférieur dans la hiérarchie 
ecclésiastique. 


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Au donjon délaissé et tombé en ruines , venaient se joindre les tableaux des croisades 
et de la vie aventureuse de la chevalerie. 


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Telle plaine devint pour moi un champ de bataille, telle maison le type d'une époque 
d'architecture ou le séjour de quelque illustre personnage; enfin, mon tableau 
s'anima, parla, mon panorama devint un monde dans lequel successivement chaque 
génération vint jouer son rôle. 


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C'est dans ce monde que je me propose de conduire mes lecteurs. Prenons la 
longue-vue en main, et analysons ce riche et beau paysage qui se déroule sous nos 
yeux, en commençant du côté du nord et en nous arrêtant de préférence sur les 
lieux auxquels se rattache plus particulièrement l'histoire de notre ville. 


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F. PITON. 


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FRANCE. 



Vers le nord s'étend, dans le lointain , la forêt de Haguenau , qui couvre une superficie 
de terrain de dix-sept lieues, ou près de soixante-dix kilomètres de circonférence. Cette 
forêt, aujourd'hui une source de richesse pour la ville de Haguenau, portait ancienne- 
ment le nom de Sylva Sancla, la forêt sainte; elle fut ainsi appelée à cause du séjour 
qu'y firent les premiers apôtres du christianisme qui apparurent dans notre province. 
Ils s'étaient établis sous ses sombres voûtes et y vivaient heureux en anachorètes, 
cultivant la terre et adorant le Christ, dont ils prêchaient la douce doctrine aux 
populations barbares qui les entouraient. Saint Arbogast s'y était retiré quand Dagobert, 
qui habitait, à cette époque, l'Alsace, instruit de ses vertus, lui remit la crosse épiscopale 
de Strasbourg en 673. Les abbayes de Rônigsbruck, de Valbourg, de Biblisheim, de 
NeubourgetdeSurbourg, dont on voit encore des restes, plus ou moins bien conservés, 
témoignent de la ferveur, de la foi et de la munificence des princes de ces temps reculés. 

Bien des souvenirs de gloire, mais de malheurs aussi, se rattachent à l'histoire de 
Haguenau. Cette petite ville, après avoir recueilli l'héritage de ses jours de prospérité, 
est assise aujourd'hui comme une riche rentière au milieu de ses domaines. Vous n'y 
entendez pas retentir le martellement des forges, vous n'y voyez pas luire le brasier des 
hauts-fourneaux, vous n'y apercevez pas la haute cheminée fumante, qui attestent le 
développement et le mouvement de l'industrie; elle est calme et insouciante, derrière 
ses murs, que baignent les eaux limpides de la Moder, et qui sont les seuls restes de 
ses anciennes fortifications. 

Depuis l'époque où les empereurs de la maison de Hohenstauffen , Conrad et Frédéric 
Barberousse, y résidèrent, où ils y construisirent leur somptueux palais de marbre, où 
leurs chasses retentirent dans ces vastes forêts, jusqu'aux guerres du siècle passé, 
Haguenau , comme point stratégique , eut souvent à subir les funestes conséquences de la 



guerre. 



Cette ville fut le siège de la justice impériale dans la Basse-Alsace, et donna son nom 
à la Landvogley ou préfecture du Bas-Rhin , de même qu'Ensisheim donna le sien a celle 
du Haut-Rhin. 



Haguenau. 



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Haguenau. 



Scbirrhein , Schirr- 



Le Pigeonnier 
(ScherholJ. 



4 FRANCE. 

^ Jadis aussi les sciences y brillèrent d'un vif éclat: le savant Jérôme de Guebwiller 
était à la tête de son école; Firn et Capito, ces intrépides défenseurs de la doctrine 
de Luther, y virent le jour, et les presses typographiques de H. Crann, de Kobia, de 
Seccer et d'Anselme concoururent , avec celles de Strasbourg, à répandre et à multiplier 
les œuvres classiques de l'antiquité. 

On remarque à Haguenau deux belles églises, dédiées l'une à Saint-George et l'autre 
à Saint-Nicolas, datant toutes deux de l'époque où le style lombard et le style ogival se 
disputaient la suprématie dans le centre de l'Europe; et, parmi les monuments de 
création moderne, nous mentionnons une maison de détention pour femmes, une 
salle de spectacle et la bibliothèque. 

Sur la lisière du bois s'élèvent les clochers de Schirrhein , Schirrhoffen et Souffelnheim , 
heinT îeln " où Fon fabr 'que la poterie de terre, colportée en notre ville, et où sont établies de' 
nombreuses tuileries; plus loin les clochers de Rittershoffen et de Betschdorf délimitent, 
au nord , cette vaste forêt. 

Sur la ligne de l'horizon, qui s'étend devant nous, le Pigeonnier, situé au-dessus de 
Wissembourg, est le dernier point culminant de la chaîne des Vosges, qui prend dans 
la Bavière rhénane le nom de Hardt. Par un temps bien clair, on distingue, du haut 
de la cathédrale, sur la pente de ces montagnes, les châteaux de Gutenberg la 
Madenbourg et le Trifels, au pied desquels sont, situées, dans de riants paysages 
entourées de riches vignobles, la forteresse de Landau , ancienne clef de la France, sur 
la Queich, ainsi que les petites villes de Neustadt et de Frankenthal. 

Trifels nous rappelle les mêmes souvenirs que Haguenau; c'est dans ce château 
que le fils de Frédéric Barberousse retint captif, pendant plus d'un an, le vaillant 
Richard-Cœur-de^Lion, pour se venger de l'affront que, pendant la troisième croisade, 
il avait fait, à Saint- Jean-d'Acre, à la bannière d'Autriche. Grâce à sa voix mélodieuse,' 
le fidèle Blondel parvint à découvrir le séjour de son maître chéri, et décida les seigneurs 
anglais h le délivrer au prix d'une riche rançon (1194). C'est aussi à Trifels, comme à 
Haguenau, que furent conservés, pendant longtemps, les joyaux de la couronne 
impériale. 

Sur celte même ligne de l'horizon, un groupe de peupliers, que l'œil découvre avec la 
longue-vue, nous indique le Geisberg, colline située près de Wissembourg, témoin de la 
bataille qui fil quitter le sol de la France à l'armée de Wurmser. Aprèsavoir forcé les 
lignes de Wissembourg, sur la Lauler 1 , que le maréchal Villars avait fait établir, 
Wurmser, à la tête de l'armée impériale , envahit l'Alsace , occupa Haguenau , qui le reçut 
à bras ouverts, et vint camper aux portes de Strasbourg. Hoche, le jeune commandant 
de l'armée de Sambre-et-Meuse, déboucha de ces montagnes, força à la retraite le 

1 Frontière actuelle de la France. 



Madenbourg el 
Trifels. 



Le Geisberg. 



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9 10 11 12 13 14 15 16 17 li 



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Panorama de Strasbourg. Environs . Page 3. 




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Ferme habitée par Voltaire en 1753-1754. 



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Hauteur 

de Surbourai 



Bischwiller. 



FRANCE. 5 

général ennemi et cueillit ainsi un laurier de plus (1793). Quelques tilleuls, plantés sur 
la hauteur, entre Surbourg et SouItz-sous-Forêts, nous indiquent le lieu où, vinot-deux ans 
plus tard, Rapp, enfant de l'Alsace, livra bataille aux troupes wurtember»eoises. Ses 
forces ne s'étant pas trouvées suffisantes, il se vit obligé de se retirer sur Strasbourg 

Vers la droite, vous voyez s'étendre, au milieu de prairies, de champs de houblon et 
de garance, la petite ville de Bischwiller ; cette localité est, ainsi que Hanhoffen, qui la 
touche, en grande partie peuplée de descendants de huguenots fugitifs, auxquels le 
pfaltzgraf Chrétien II donna asile et protection; ils y importèrent, en échange de 
l'hospitalité qu'ils reçurent, le commerce et l'industrie qui la vivifient de nos jours. 
Bischwiller se distingue essentiellement parla fabrication des draps, industrie qui y 
a pris, depuis quelques années, un grand développement, tant sous le rapport de la 
qualité que de la quantité des marchandises confectionnées. Cette ville fut autrefois la 
résidence des comtes palatins de Veldenz-Birckenfeld, et l'association des musiciens de 
la Basse-Alsace, dont ils étaient les patrons, y tenait sa fête annuelle, sous le nom de 
Pfeifferstag, de même que celle du Haut-Rhin se réunissait, dans le même but, à 
Ribeauvillé , sous la protection des comtes de Deux-Ponts. 

Rapprochons-nous de Strasbourg. 

Vous voyez cette ferme isolée, située au milieu des champs, à la gauche de la route Ferme Voita 
qui conduit à Schiltigheim, vis-à-vis de la tannerie de M. Herrenschmidt, au Wacken, 
et tout près, vers la droite, celte belle maison de campagne, entourée d'un bouquet 
d'arbres. 

L'une était l'humble habitation du philosophe de Ferney, qui s'y consolait de la 
disgrâce du philosophe de Sans-Souci. C'est dans cette ferme, en effet, que Voltaire 
commença à écrire ses Annales de l'empire en 1753 et 1754, après avoir quitté Berlin 
et Francfort, où Frédéric-le-Grand l'avait fait arrêter. L'autre, l'île Jars, était le château 
de M. de Lutzelbourg, qu'habitaient les maréchaux de Coigny et de Contades et où 
Voltaire passait ses soirées en société du maréchal, de la famille de l'ex-préteur 
Klinglin , de Schcepflin et de tout ce que Strasbourg possédait alors d'illustre dans les 
sciences, les arts et la noblesse 1 . L'île Jars fut achetée, du temps de la révolution, par 
M. Pacquet, et arriva, par donation, à la famille Schertz, qui la vendit au propriétaire 
actuel , M. Ch. Schùtzenberger, professeur à la faculté de médecine. 

'Dans la dix-neuvième lettre de sa correspondance, 1753, Voltaire écrit à M me de Lutzelbourg: «La destinée 
« Madame , qui joue avec les pauvres humains comme avec des balles de paume , m'a amené dans votre voisinage à 
«la porte de Strasbourg. Je suis dans une petite maison appartenant à M me Léon.» 

M me de Lutzelbourg était la fille du préteur Klinglin père. Voltaire, en venant habiter cette maison isolée, croyait 
y trouver le calme crue réclamaient ses sérieuses études , mais il fut déçu dans son espoir ; il s'en plaint en ces termes 
dans sa vingtième lettre en disant : «J'entends beaucoup raisonner dans mon hermitage, où il vient beaueoun de 
« monde et où je ne voulais voir personne.» Il échangea ce séjour contre celui de la vallée de Munster, où MM. Kiener 
ont établi aujourd'hui leur papeterie. 



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Jars. 





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Knglàmlisch Hof 



l.eContades. 






b FRANCE 

Une autre belle maison de campagne, à la droite, sur la lisière du bois, est l'hôtel 

Angleterre (Englândisch Hof); ce nom lui a été donné en commémoration de Robert 

Komgsmann, qui établit une ferme sur ces terrains, appelés anciennement Wach Wœrth. 

Ce fut lui qui introduisit dans notre pays la culture du tabac, dont il avait rapporté, en 

1620, les premiers plants d'Angleterre, où il avait fait un long séjour. En 1700, ce bien 

eta.t la propriété du banquier et sénateur de Dielrich , auquel est due la construction du 

château actuel. Pendant la révolution, il fut confisqué, et un sieur Rurger, beau-père 

du général Kléber, eu fit l'acquisition; il devint plus tard la propriété du général 

DuhesmeetdeM.Marocco, fabricant de tabac, dont le neveu, M. Polidoro, le possesseur 

actuel, le recueillit en succession. 

Les arbres touffus qui s'étendent, comme une épaisse forêt, hors des murs de la ville, 
forment deux belles promenades; l'une porte le nom du maréchal de Contades' 
commandant militaire de l'Alsace en 1764, l'autre reçut le sien de Robert Bock, qui y 
possédait un petit castel au treizième siècle. 

Depuis 1480, la population guerrière de Strasbourg s'exerçait au métier des armes 
hors la porte des Juifs. Les différentes corporations se réunissaient, sous un tilleul 
séculaire, pour le tir de l'arbalète et de la carabine. Ces corps dépendaient d'une 
jund.ct.on de sept membres, établie sous le nom de Siebnergericht , et qui connaissait 
des conflits qui pouvaient s'élever entre les tireurs ; le chef de celte juridiction s'appelait 
le Siebner-Meister. 

Les grands tirs publics qui se tenaient au Schulzenrein (nom que portait alors le 
Contades), et auxquels le sénat invitait des députations des villes libres impériales et des 
cantons suisses, avec lesquels Strasbourg s'était souvent allié pour la défense de son 
indépendance, sont relatés dans les annales de notre histoire 1 . 

Dans ces occasions solennelles, Strasbourg aimait, comme encore aujourd'hui , à offrir 
à ses hôtes une hospitalité franche et cordiale. Tobias Stimmer, le peintre de l'ancienne 
horloge de la cathédrale, nous a laissé une gravure sur bois qui représente le grand tir 
public de 1576. Cette œuvre remarquable vaudrait bien 1 honneur d'une reproduction. 
Dans le siècle suivant, J. Van den Velden nous a laissé une vue de cette même promenade 
avec le tilleul traditionnel , gravé par Hollard; il vit encore sur une eau-forte du siècle 
passé, et ce vieux tronc, sous lequel nos arrière -grands -pères ont fraternisé, 
nous recevrait peut-être encore sous son ombre protectrice, s'il n'avait été abattu, 
lorsqu'en 1793, l'ennemi s'étant rapproché de la ville, tout fut rasé dans le rayon des 
fortifications 2 . On avait déjà ménagé ce tilleul en 1552, lorsque Henri II vint envahir 

1 Voyez Pont-aux-Chats et Plaine-des-Bouchers. 

2 La promenade du Contades était beaucoup moins belle que de nos jours. Après avoir dépassé les glacis de la ville 

droit T ne , JU ' fS ' ° n arHvait SUr U ° len ' ain VagUe que rem Placenl aujourd'hui les jardins qui se trouvent à 
et a gauche de la route; un chemin planté de peupliers conduisait vers Schiltigheim , et en face une double 



cm 



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FRANCE. 7 

noire province 1 ; mais à cette époque les traditions étaient plus respectées qu'en 1793, Le Contades. 
où le corps des carabiniers de Strasbourg était déjà dissous depuis passé un siècle. 

Les plantations actuelles datent de la dernière année du dix-huitième siècle, à 
l'exception de la partie qui longe la rivière ; c'est sur cet emplacement qu'étaient réduites 
en cendres, sous l'empire , les marchandises anglaises , saisies en contrebande, en vertu 
du système continental. 

A la Robertsau se rattachent des souvenirs moins reculés. Dans ce vaste jardin , où La Robertsau. 
l'humble habitation du cultivateur se range à côté de l'opulente campagne du financier 
et du petit coin de terre dans lequel le citadin aime à cultiver ses fleurs, nous 
distinguons surtout le bel édifice qui contient les orangers que les landgraves de Hesse- 
Darmstadt possédaient à Bouxwïller. La ville lefitbâtir pour abriter ces plantes exotiques, 
et l'impératrice Joséphine y logea, en 1806 et en 1809, pendant que Napoléon était 
occupé à gagner des batailles en Allemagne. Cette infortunée princesse, qui se fit tant 
aimer chez nous par sa bonté, son aménité, ses grâces, et qui vivait alors au comble de 
la splendeur et de la gloire qu'elle partageait avec son époux vainqueur, ne se doutait pas 
qu'une année plus lard , elle serait déchue du trône et vivrait délaissée à Fontainebleau. 
Lenôtre, le créateur des jardins de Versailles, fit le plan de cette promenade, el les 
tilleuls qu'il fit planter, ombragèrent les vainqueurs d'Austerlilz et d'Iéna, à un grand 
banquet, où les Strasbourgeois fraternisèrent avec vingt mille hommes de la grande 
armée, lors de leur passage de Tilsit à Madrid. 

Nous devons à M. F. Schùtzenberger, ancien maire, l'établissement du beau jardin 
anglais qui entoure d'une manière si gracieuse le bcâtiment de l'Orangerie, el que la 
main habile de M. Grass, statuaire, notre compatriote, a embelli du beau groupe 
représentant l'Alsace s'appuyant sur la France. 

Tous les habitants de Strasbourg connaissent les beaux travaux d'art exécutés, 
depuis quelques années, par la percée du canal de jonction de llll-au-Rhin , les ponts 
de divers styles d'architecture moderne qui traversent le canal et le barrage si simple- 
ment et si ingénieusement conçu , destiné à dominer les eaux en aval du pont suspendu. 

allée conduisait à l'auberge du Schiessrein, qui était assise sur le terrain du grand rond-point , vis-à-vis le Jardin Lips. 
A côté de cette auberge se trouvait le tir, et la promenade était close à la hauteur de la route, près du Jardin 
Kammerer, par une haute charmille. Avant la révolution , c'est derrière cette charmille que se vidaient ordinairement 
les affaires d'honneur des officiers de la garnison. Tout près, à gauche, le long du bras de la Bruche, se trouvait 
alors un beau café avec balcons , appelé Café-ce Été; un bain en faisait partie , et , dans la belle saison, cet établissement 
était fréquenté assidûment par le beau monde. Sur la pointe , entre les deux bras de la rivière , Amand Kônig , libraire , 
possédait un jardin. L'établissement Lips occupe la place où quelques particuliers de la ville avaient leurs maisons de 
campagne. Au nombre des monuments qu'un décret de la république avait ordonné d'ériger à la mémoire des grands 
capitaines se trouvait celui de Moreau: il devait s'élever au Contades. Les fondations de ce monument sont encore 
enfouies à la place qu'occupe aujourd'hui le rond-point planté de bouleaux; mais les rivalités qui éclatèrent entre 
Moreau et Bonaparte , furent la cause qu'il ne fut point achevé. 

{Communiqué par le major G. L. Braun, fils de l'ancien aubergiste du Schiessrein.) 
'Voyez porte des Juifs. 






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19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



La Wantzenau. 



8 FRANCE. 

Le village de la Robertsau dépendait de tout temps de l'administration municipale de 
la vil e de Strasbourg. Une inscription taillée dans la pierre, nous apprend que c'est 
sous le Stadtmeister Swarber, qu'y fut construite en 1330 la première église' 

La forêt de la Robertsau s'étend entre 1 III et le Rhin ; au confluent de ces deux rivières 
est S1 tue le village de la Wantzenau , dont les habitants élèvent les nombreuses volailles 
qui fournissent nos marchés. Turenne y campa avec son armée la veille de la bataille 
dEnsheun. Lors de l'invasion de Wurmser, ce village fut occupé par un corps franc 
autrichien , les manteaux rouges (Rolhmantel) ; ils furent, de même que l'avaient été les 
Pandoures, un demi-siècle auparavant, la terreur des campagnes environnantes par la 
rapine et le pillage. C'est au delà de B ischheim que s'étendait alors la ligue des avant- 
postes ennemis. 

Suivons de l'œil le cours du Rhin avec ses sinuosités et ses bords boisés, où le 
sanglier, le chevreuil, le faisan, une multitude de cauards sauvages et d'oiseaux de 
passage, présentent au chasseur un riche butin 2 . 
Ga.bshei.et Diers- Nous distinguons sur la rive gauche Gambsheim et vis-à-vis le clocher de Diersheim 
Ces deux villages sont connus par les passages du Rhin de l'armée française en 1796 
et 1797, auxquels s'attachent si honorablement les noms de Moreau, de Desaix de 
Monlrichard , etc. k ' 

Plus loin , sur une île du Rhin , dans laquelle Frédéric Rarberousse avait bâti un castel 
Vauban construisit en 1 689 la forteresse qui portait son nom et celui de son roi , et que 
le gênerai Lauer prit et fit sauter pendant les guerres de la révolution 

Le village de Reinheim vit naître le général Schramm , fils d'un pauvre habitant de celle 
commune; ,1 acquit tous ses grades sur les champs de bataille; après les guerres de 
I empire, ,1 se retira dans son lieu natal, y fit bâtir un château et y vécut paisiblement 
jusqu a la fin de sa carrière. Son nom se perpétue honorablement dans l'armée en la 
personne de son fils, général de division, ancien ministre de la guerre. 

Les clochers de Drusenheim et de Seltz, que nous apercevons au bout de l'horizon 
nous rappellent la domination des Romains dans les Gaules ; Drusus donna son nom au 
premier de ces endroits et le second s'appelait Salelio. Adélaïde, la belle et vertueuse 
épouse d'Othon-le-Grand , fonda à Sehz une riche abbaye , dans laquelle elle termina ses 
jours. Drusenheim fut entouré de fortifications, par les Suédois, pendant la guerre de 
trente ans; aujourd'hui il ne reste plus aucune trace de ces travaux. 

Ne quittons pas Drusenheim sans jeter un regard, à gauche, sur le clocher de 
Sessenhe.m, et sur son presbytère, construit il y a seulement quelques années et pour 
lequel le jeune et jovial Gœthe avait déjà tracé un plan dans le but de gagner les bonnes 

'Voyez l'historique de la révolution de 1332 

-sas sr^'-ïïiiïïïr: n " ta rt ~ °" ins " d ' tot,c - -■ — - " ■* 



Fort-Louis. 



Eeinheim. 



Drusenheim et Seltz 



Sessenlieim 



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19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



■ 



FRANCE. 9 

grâces du père de sa chère Frédérique. Un vieux sureau, taillandé en tout sens par les 
admirateurs du grand poëte, est le seul témoin qui reste de ses amours. 

Nous n'avons pas parlé de quelques autres points de notre panorama , parce que rien 
d'intéressant ne s'y rattache; cependant faisons encore mention du clocher de Betten- 
hoffen. L'amateur, qui par un état anormal de l'atmosphère, c'est-à-dire quand l'air est 
bien transparent, voudra voir le Kônigsstuhl près de Heidelberg, n'aura qu'à braquer 
sa lunette sur ce clocher; il apercevra au bout de l'horizon et dans un pâle lointain 
une éminence surmontée d'une tour, c'est le point en recherche , à 624 mètres au-dessus 
du niveau de la mer. 



Le Kônigsstuhl. 



ENVIRONS. 



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Mt 






Iffetsheim. 



Hastadt. 



9 



Durlach. 



PAYS DE BADE. 



Passons sur la rive droite du Rhin. 

Hùgolsheim et Iffetsheim désignent le point où les bateaux à vapeur débarquent les 
voyageurs om descendent le Rhin pour se rendre à Bade, située à dix kilomètres de cet 
endroit; cette distance est franchie en voiture. 

Au-dessus d'un vieux chêne isolé sur les bords du Rhin, vous distinguez une ville 
plus moderne : c'est Rastadt, que le margrave Louis de Bade, le plus grand guerrier de 
sa fannlle , éleva lui-même , comme point stratégique, à l'embouchure de la vallée de la 
Murg et a cheval sur la route de Strasbourg à Francfort-sur-Mein. Le beau château 

ath d P r l 01 r; r C °u Cher , dU S ° ,eiI ' " 0US aperCeVOnS ' du haut de ,a Plate-forme de la 
cathédrale, la tourelle et la statue dorée qui la surmonte, contient encore les trophées 
conquis dans maintes batailles livrées aux Turcs. 

La forêt témoin muet de l'assassinat commis, par des hommes portant l'uniforme 
àes hussards de Seckler, sur la personne des délégués français au congrès de Rastadt 
n presque entièrement disparu; mais le souvenir de ce crime restera à jamais gravé 
dans les annales de l'histoire. g 

Rastadt a été transformé en forteresse fédérale allemande, et le point clair que nous 
apercevons sur le flanc de l'Eichelberg, dernier point culminant de la Forêt-Noire 
au-dessus de Muggenslurm , désigne les carrières d'où furent extraits les nombreux 
matériaux nécessaires à sa construction. 

C'est de la révolte des soldats de la garnison de Rastadt contre leurs officiers et de 
la fête d'Offenbourg, qui eut lieu le lendemain 13 mai 1849, que date le commence- 
ment de la révolution badoise, qui eut de si malheureuses conséquences pour ce pays 
Comme pendant au Kônigssluhl, s'élève, à gauche de la pente septentrionale de la 
ForeMScre, le Thurmberg de Durlach, à une lieue de Carlsruhe; c'est une antique 
tour que les Romains construisirent, ainsi que Pfortzheim, Ortenberg, Robur près 
«aie, etc., pour se défendre contre l'irruption des peuples germains de la Forêt-Noire 
(Sylva Hercymana). A Durlach, celte chaîne de montagnes ne forme presque plus que 
des collines et se relie insensiblement à la chaîne de iOdenwald 



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Environs de Kehl . [ Baillaêe de Wilslàdl.J 



Panorama de Strasbourg. Environs '.Page 11 




nomnimé n i" |>«r»ll' I' ihui 



! 'relieur. 



Filles paysannes. Garçon paysan 

Costume de fête. Costume d'intérieur. 



F.ift « Slmoaj 5W* 

[''lutteurs de bois . 




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Panorama de Strasbourg. Environs. Pareil. 







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Chapelle de S r Nicolas à Achern 




-"■ II tfrtphU par Alph Ctoiml 



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[ommient de Turenne à Sasbach. 



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PAYS DE BADE. j j 

A la droite de l'Eichelberg, on aime à voir les montagnes qui avoisinent le charmant Bade. 

séjour de Bade: depuis passé dix siècles, l'humanité souffrante vient puiser la santé 
à ses sources thermales. Nous ne pouvons distinguer la ville de Bade avec son vieux 
château en ruine; mais nous remarquons le rendez-vous de chasse, à l'entrée de la 
vallée, le Fremersberg, avec son ancien couvent, transformé aujourd'hui en auberge 
confortable, le Mercure et le château d'Ibourg, ruiné, en 1524, pendant la guerre des 
paysans. 

Au bas du Fremersberg, le clocher brillant de Steinbach attire nos regards. Ce fut steinbach 
dans cette petite ville que naquit, d'après la tradition, l'architecte qui a conçu l'idée 
hardie et grandiose de la tour de Strasbourg, du haut de laquelle l'œil embrasse cette 
immense plaine. Par vénération pour ce grand maître , notre sculpteur André Friedrich 
y a élevé, à ses frais, en 1844, la statue d'Ervin; elle fut inaugurée le 30 août 1 . 

Sur les bords du Rhin, nous voyons encore Bischofsheim; son château, que le Bisehofekem,, 
dernier comte de Hanau-Lichtenberg fit élever, et dans lequel il mourut sans descendants 
mâles en 1735, fut démoli il y a quelques années seulement. Son comté passa après 
sa mort, comme nous l'avons dit dans l'historique du Broglie, à la maison de Hesse- 
Darmsladt. Une partie des vastes terres possédées par les dynastes de Hanau-Lichtenberg 
s'étendait, de l'autre côté du Rhin, depuis près d'Offenbourg jusqu'à Licbtenau, et 
formait les bailliages de Bischofsheim et de Wilstàdt sur un terrain de quatre lieues 
carrées, avec 12,500 habitants. Le traité de Lunéville enleva ces possessions au 
landgrave de Hesse et les donna à Charles-Frédéric, margrave de Bade. 

Quoique depuis longtemps sous la domination badoise, cette population est toujours 
encore désignée sous le nom d'habitants du Hanau, et elle a conservé l'originalité de 
ses mœurs, la bâtisse de ses maisons et son costume pittoresque. Une aisance qui se 
dénote partout, est le fruit de l'activité qu'elle déploie, et le chanvre qu'elle cultive avec 
un soin particulier, est très-recherché et transformé en câbles jusque dans les 
corderies de Toulon, de Brest, de Cherbourg et des ports delà Hollande. Cette culture, 
en général , est d'un riche rapport sur les deux rives du Rhin. 

Passons devant Lincks et Auenbeim, appartenant anciennement au même comté, Wiudeck 
et dirigeons-nous de nouveau vers les montagnes qui s'élèvent à l'horizon. Là nous 
rencontrons les ruines de deux châteaux, le vieux Windeck et le nouveau Windeck, 
dont nous avons parlé en faisant l'histoire du Broglie, à l'occasion de l'enlèvement 
d'un comte d'Ochsenslein par René de Windeck, et de la guerre des Strasbourgeois 
contre ces dynastes. C'était en 1370. 
Au printemps de 1592 passait par notre ville, en s'acheminant vers ce château un 

'A cette occasion, Friedrich reçut de la part de la commune, le diplôme de bourgeois honoraire de Steinbaol 
une coupe en vermeil, et de la part du grand-duc Léopold de Bade, la décoration de l'ordre du Lion-de-Zaîlirin» 
Le 30 août de l'année suivante , cette statue fut inaugurée par les francs-maçons des deux rives du Rhin 

2. 




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Windeck. 



Sasbacli. 






Achern. 



Renchéri. 



12 PAYS DE BADE. 

val ee de Rappel; ,1 amena,, avee lui les dépouilles moelles d„ dernier des Windeek. 

^nnte ST am ' S ,' f dœ ^ C ° n ° aissa " ces « d'aventures, avaient parcouru 
ensemble 1 Allemagne, la France, l'Espagne e. 1 Italie; ils s'étaient embarqués dans ee 
der„,er pa ,s, pour !ire ,„ pè|erinage ; , e ^^ J ^ 

de remue a Ven.se, ,1s se réjouissaieu, de revoir bientôt leur pat e, lorsque tout à c„„o 
George de Wmdeck tomba malade et mourut. Son ami ne voulut pas lelis er e pos ë 
en terre étrangère e, ramena ses res.es mortels. En vous arréj à Otterswei pou 
™..er les bams hydropathiques de la Hub, situés agréablement à rentrée de la val é 
de K eusatz, entrez dans .'église d'un aneien eouvent de dames Ursuliues, et, à eôté d 

Zt'JZ T rcemi 7 lombe sur laquelle %urem ,es armohies de Wô**. « 

qu, perpelue le souven.r de cet acte de dévouement de l'amitié 

A la droite d'Ottersweier, arrêtons-nous à Sasbaeh. au pied de cette pyramide en 
gramt, qu, a auss, été taillée par le ciseau de Friedrich, e, qui indique . lieu où 
Turenue term.ua sa glorieuse carrière, en mesurant son génie militaire avec ce M d 

S, nous nous sentons péniblement émus au souvenir des scènes lugubres de cette 
o gue guerre q„, désola notre beau pays et le Palatiuat, la réalité „„„ 
lorsque nous portons nos regards sur la petite vi„e d'Achern , à ,'entrée de la vZ de 

Médecins, psychologues, philanthropes, arrèlez-vous dans cette contrée pour aller 
,,er Ullenau magnifique hospice d'aliénés dont le grand-duc Léopold a f 
Icxecuuon are .tectonique à M. Voss, e. les dispositions médicales à M. le docte 
Bol.er, et ans lequel plus de cinq cents malheureux peuvent trouver la guérison te 
P us crue e des maladies, ou au moins un séjour salubre et des soins bien entendu 
Ces, un etabhssement modèle, élevé au milieu d'un paysage riant, e. pour la création 
duquel arclntecte e. le médecin on, visité les maisons d'aliénés les p us r colm 
dables de la France, de l'Allemagne et de l'Angleterre recomman- 

A côté d'Achern se trouve Renchen ; cette petite ville, jadis épiscopale s,rasbo„rgeoise 
fut specmtr.ce , eu 1 796 , de la bataille qui précéda celle de Eastadt. Ici Desaix et Z 

2^7**7 r re !' a r- ; la - rarc,,iduc cha * set *~» - «- 

«cône. C est a 1 auberge de l'Aigle que l'armée de Condé e. ^nombreux émigrés qui 

^juillet 1675. 
r«ÏiSLr NiCOla8 ' ' AChern ' S ° nt dép0SdCS ' CS enlra « leS de T ~. Son corps et son cœor 



.. ; 



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Ferme d G ScWtzler et Château de la Brigitte. 



Un o rama de Strasbourg. Environs. Page. 13 




Paysannes de Sasbachwald 

et environs 
Anc.Ëvêché de Strasbourg. 



Paysan des environs 
d'Offenbourtf 



Lift.E îiimon à Slrasbtmvg 



Paysan el Paysanne 
de la Vallée dfi la Rench 



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2 3 4 5 6 7 



9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 



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PAYS DE BADE. 



13 



Renclien. 






Château 
de Hohenrod. 



résidaient dans ces environs, après avoir connu la fin malheureuse de Louis XVI et de 
son fils, proclamèrent roi de France (1795) Monsieur, comte de Provence. Ce n'est que 
dix-neuf ans plus tard qu'il monta sur le trône sous le nom de Louis XVIII. 

Armons-nous du bâton de voyage et visitons ce beau rideau de montagnes, dont la 
Hornisgrùnd forme le sommet et Achern et Sasbach la base. 

A Sasbach, nous entrons dans la vallée de Sasbachwalden, où nous visitons Erlenbad, Anbach etEdenbad. 
séjour favori des Strasbourgeois , et, à mi-côte, le château d'Aubach, propriété de 
M. Hecht, notre compatriote. M. de Harder, l'ancien propriétaire du château d'Aubach, 
en transformant en maison de campagne le pèlerinage delà Trinité (Dreyfalligkeii), 
qui se trouve tout près, s'y est créé un séjour plus modeste, mais néanmoins plein de 
charmes. 

En côtoyant les Omers et Groppenkopf, nous nous acheminons vers les ruines de 
Hohenrod, ou du château de la Brigitte. Asseyons-nous devant la ferme qui se trouve 
au pied de cette ruine pour contempler la nature grandiose qui nous entoure, et où 
les légendes des temps de la chevalerie se présentent en foule à l'imagination; nous 
vous raconterons une scène tragique dont cette ferme fut témoin. Ce récit vient à 
l'appui des observations que fit le docteur Canal, dans les sables de l'Egypte, sur le 
dessèchement du corps humain. 

Trois ou quatre générations habitent cette ferme {Schmellzlershof); les plus jeunes 
prennent gaîment leurs ébats sur la pelouse qui entoure la maison paternelle, et les 
doyens d'âge , deux frères, qui accumulent sur leurs têtes cent quatre-vingt-dix années, 
étaient déjà du nombre des paysans qui, en 1794, embusqués derrière des rochers' 
et soldés par l'argent des émigrés, défendaient, au moyen de leurs carabines, la vallée 
de Rappel contre l'invasion d'une colonne française. 

Le fils d'un de ces vieillards avait quitté le pays lors de l'invasion des armées alliées 
en 1814, et s'était engagé, comme domestique, au service d'un officier hongrois. Pendant 
de longues années, ses parents n'avaient pas reçu de ses nouvelles et ils le croyaient 
mort, lorsqu'un beau jour il reparut dans la ferme de ses pères. Habitué à la 
fainéantise, le travail rude des champs ne pouvait plus lui convenir, et, associé à quelques 
maraudeurs de sa trempe, il comptait, pour subvenir h ses dépenses, sur les riches 
trésors qu'il espérait trouver en faisant, à l'heure de minuit , des fouilles dans les ruines 
du château situé à proximité. Ces fouilles avaient déjà occasionné quelques éboulements 
de murs lorsque le bailli d'Achern intenta un procès à ces chercheurs de trésors, et notre 
homme fut condamné à la prison et à la schlague, correction encore en usage à 
celte époque. 

En butte à la risée de ses camarades, honteux de la peine corporelle qu'il avait subie 
et déçu de ses espérances, cet homme devint triste, morose et taciturne, et un jour 
d'automne il disparut. 









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19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 









Château 
(le Hohenrod. 



14 PAYS DE BADE. 

Toutes les recherches que l'on fit pour le découvrir furent vaines, et sa famille , croyant 

qu il elait retourné auprès de son ancien maître, s'était déjà consolée de sa disparution 

lorsque, l'année suivante, leur maigre récolte d'avoine et d'orge ne pouvant sécher, à 

cause des plu.es fréquentes de l'arrière-saison , ces braves gens eurent l'idée d'employer 

1 atre et le feu pour sauver de la pourriture ces gerbes humides. En montant dans la 

cheminée pour fixer la corde et la poulie qui devaient servir à cette opération ils y 

trouvèrent pendu le cadavre du chercheur d'or, noir comme la fumée, sec comme 

un hareng et dur comme du parchemin. 

Comme c'est la coutume, dans ce pays, pour les suicidés, il fut enterré, sans aucune 
cérémonie religieuse, dans un coin du cimetière de Sasbach, au pied du mur 
d enceinte; quand on démolit ce mur, il y a quelques années, pour l'agrandissement 
du cimetière, on ouvrit accidentellement cette tombe et l'on retrouva le corps momifié 
parfaitement conservé et ne présentant pas la moindre trace de putréfaction 

Le buste de femme que forme la silhouette du seul pan de mur qui subsiste encore du 
château de Hohenrod, a peut-être donné lieu à la légende qui est racontée par ces 
montagnards et qui a fait surnommer ces ruines le château de la Brigitte 
Us prétendent que jadis ce château fut habité par un seigneur dont l'épouse portait 



nom 



ce 



Vivant isolé dans ce nid d'aigle, il ne s'accommodait pas trop du caractère triste et 
« de la noble châtelaine; une jeune et belle amie qu'elle avait, et don les pi 
restent au château de Bosenstein, situé au fond de la vallée de Kappe, , a Zt 
passer ses journées à Hohenrod, et impressionna vivement le propriétaire de ce manoir 
par ses chants et par la gaîté de ses inspirations. Un soir, au moment où le soleil se 
couchait derrière les cimes des Vosges et dorait de ses rayons empourprés les créneaux 
du castel isole, la jeune fille, après avoir chanté une de ses plus belles ballades, déposa 
tpstement sa gmtarre et laissa errer ses regards passionnés sur le vaste panorama qui 
setenda.t devant elle. Le chevalier lui saisit la main et lui demanda s'il oserait 
compter sur son amour, dans le cas où la mort lui enlèverait son épouse? Elle se 
«rahit par son regard, et dès ce moment le châtelain ne cessa de nourrir la criminelle 
pensée de se défaire de sa femme. Un jour, au retour de la chasse, il vint se reposer 
dans la cellule qu avait établie dans les gorges sauvages où gît aujourd'hui le village 
le Sasbachwald un anachorète, qui avait été anciennement soldat, et qui avait embrassé 
ce genre de vie pour faire pénitence des crimes et des péchés qui avaient souillé sa 
passée Le chevalier lui ordonna de tuer son épouse la première fois qu'elle viendrait 
air se S devoUons d Ja pelite chape]]e ^^ , ^ ^^ ^ ^.^ 

chôme promu d'obéir à l'ordre du puissant seigneur; mais quand la châtelaine vint 
.races du Seigneur, quelque endurci que fût son cœur, le solitaire non-seulement eut 



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Château 
tli» Hohcnroi]. 



PAYS DE BADE. 15 

Pitié d'elle, mais, se précipitant à ses pieds, il lui fit part des projets criminels de son 
époux. 

Brigitte se dépouilla de quelques pièces de ses vêtements, quelle remit à l'anachorète 
en lu. ordonnant de les tremper dans le sang d'une bête fauve, et de les porter nu 
château comme preuve de l'accomplissement de son crime. Puis elle se retira au couvent 
d Ottersweier. 

Quelque temps après, se célébrait le mariage du chevalier de Hohenrod avec la jeune 
damedeBosenstein. De nombreux convives étaient réunis; agenouillés devant l'autel les 
fiances attendaient la bénédiction nuptiale, lorsque le prêtre qui officiait, interrompant 
la cérémonie, demandai trois reprises, si personne n'avait à s'opposer à cette union. 
A peine avait-il terminé sa troisième interpellation qu'une voix lugubre et solennelle 
se fit entendre, et, vêtue d'habits de deuil , Brigitte apparut, comme un spectre, devant 
la nombreuse assemblée. 

Tous les assistants furent terrifiés à cet aspect inattendu ; l'époux criminel disparut 
pour toujours; la jeune fiancée resta morte de frayeur sur les dalles de l'autel et la 
châtelaine vengée reprit possession de son manoir. Elle y vécut encore longtemps, en 
semant, a pleines mains, les bienfaits dans la contrée, et légua en mourant ses biens à 
I Eglise. 

Après sa mort , le château de Hohenrod, abandonné, tomba en ruine. Assis aujourd'hui 
sur ces fragments de murs, vous découvrez au sud le dôme de Strasbourg et au nord 
celui de Spire, rares témoins qui restent, dans ces contrées, des scènes de la vie du 
moyen âge. 

Entre le château de Hohenrod e, la Hernisgrund , „ ral ,ée de GrimmerswaM dëbo „ che u 
dans celle de Rappel ; on la tourne, sur un col , au nord pour arriver au haut du plateau 
qui domine cette contrée. 

Depuis ces montagnes jusqu'au Rhin, c'est la partie la plus étroite de cette longue 
bande de pays, formée en 1806 par l'Ortenau, le Brisgau, les débris du Palaîinat, du 
comté de Hanau, des possessions appartenant outre-Rhin à l'évêché de Strasbourg, 
et du territoire de quelques princes et seigneurs médiatisés, joints au margraviat de' 
Bade. Il s'étend le long du Rhin , depuisWeinheim , au-dessous de Heidelberg, jusqu'au 
lac de Constance, et forme le grand-duché de Bade actuel. 

La montagne la plus élevée de cette chaîne, dans le Bas-Rhin, est la Hornisgrùnd 
que nous apercevons devant nous à 1174 mètres au-dessus du niveau de la mer. C'esi 
vers ce sommet que convergent les vallées de Buhl, de Neusatz, de Sasbach , de 
Sasbachwald et de Rappel. La nature sévère de ces hauteurs, qui sont composées de 
terrain spongieux et tourbeux, couverts de forêts, de genêts et de bruyères, et qui 
s'élèvent entre des blocs de granit et de grès, contraste avec les rampes rapides des 
vallons, parsemés d'habitations de formes variées, entourées de champs bien cultivés 



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16 PAYS DE BADE. 

r. Hon^und. ou de vertes prairies: c'est le côté badois; sur l'autre versaut de ces montagnes, dans 
le pays de Wurtemberg, l'œil n'embrasse qu'une immensité de forêts de sapins au 
milieu desquelles apparaît çà et là une oasis verte entourant la maison isolée du forestier, 
ou une pittoresque scierie. 

La vue dont on jouit sur le point culminant de la Hornisgrund, près d'une élévation 
en maçonnerie, construite pour les travaux géométriques, est remarquable. Toute la 
vallée du Rhin se déroule à vos pieds comme une vaste carte géographique, et la vue 
s étend jusque par-dessus les Vosges; vers le sud , des montagnes en nombre immense 
se superposent jusqu'aux cimes blanchies des glaciers de la Suisse et les pics de 
Hohenwiel et de Hohenkrân , sur le lac de Constance ; vers le nord , enfin , l'œil s'arrête 
aux montagnes lointaines de l'Odenwald et de la Hardt. 

Les terrains qui s'étendent aux pieds de ces montagnes du côté badois, sont riches 
en vignes et en arbres fruitiers; un excellent vin blanc, connu sous le nom de vin du 
Scheltzberg, se cultive sur une colline située à l'entrée de la vallée de Sasbachwakl. 

A la droite de la Hornisgrund , derrière le Katzenkopf et derrière le Sackmanslerer 
se cachent le Mummelsee et le Wildsee, sombres entonnoirs tout garnis à l'enlour de' 
noirs sapins, et au fond desquels reposent les eaux cristallines de ces lacs, dont 
Scnreiber raconte si poétiquement les traditions. 

Rapprochons-nous de Strasbourg. 

Vis-à-vis de cette ville vous apercevez, sur la rive droite du Rhin, les maisons 
blanches de Kehl, rebâties entièrement à neuf depuis 1815, après les désastres que lui 
avait fait subir la guerre. 4 

L'homme perd promptement le souvenir des maux qui l'ont frappé, et on le voit se 
fixer de nouveau sur les bords du cratère dont les flammes hier encore dévoraient sa 
cabane. 

Si Kehl n'a plus aujourd'hui son ancienne étendue, il s'est cependant relevé des 
malheurs qui l'ont frappé, à tant de reprises différentes, depuis la guerre de trente ans 

Ainsi que Schilligheim , Bischheim et Hœnheim, qui s'étendent au nord de Strasbourg 
et ne semblent former qu'une seule ville, Kehl, Iringheim et Hundsfeld s'étendaient 
anciennement à l'est sur les bords du Rhin. La première de ces communes subsiste seule 
encore, les deux dernières ont disparu à différentes époques. 

Pendant une malheureuse année du quatorzième siècle, le Rhin , grossi par la fonte 
des neiges, déborda, et , dans son cours impétueux , il entraîna Iringheim et les champs 
qm 1 entouraient. Hundsfeld fut démoli, au seizième siècle, par la main des hommes 
qm vengèrent la société en détruisant les habitants de ce village, qui étaient tous' 
voleurs et assassins. 

La position topographique de Kehl et les fréquents passages du Rhin, souvent si 
opiniâtrement défendus, ont été autant de causes de malheurs pour cette ville et les 



Kehl. 



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PAYS DE BADE. 17 

villages environnants. Il n'entre pas dans notre plan d'écrire l'histoire de Kehl ; nous ne 
comptons en énumérer que les principaux faits. 

En 1619, au commencement de la guerre de trente ans, on éleva aux environs de 
cette ville quelques redoutes. Le général Horn, qui parut sur le Rhin, à la tête des 
armées suédoises, en 1632, entoura une partie de Kehl de murs et de fossés désignés 
sous le nom de Kehler-Schanlz (redoute de Kehl). 

En 1678, le maréchal de Créqui s'empara de cette ville. Trois années plus lard, le 
baron d'Asfeld la prit de nouveau, et Vauban allia à la citadelle et aux fortifications de 
Strasbourg la tête de pont de cette ville en y construisant un fort carré avec deux 
ouvrages à corne 1 . La paix de Ryswick l'enleva pour peu de temps aux Français, car en 
1703, à l'ouverture de la guerre de la succession d'Espagne, le maréchal de Villars s'en 
empara de nouveau, et construisit sur l'île du Rhin le fort Mabile, qui donna au petit 
Rhin le nom de bras Mabile. Redevenu possession allemande par la paix de Rastadt, 
Kehl fut repris par le maréchal de Berwick en 1733, et rendu de nouveau à l'empire 
en 1737. A peine cette malheureuse ville avait-elle eu le temps de se remettre des 
désastres sanglants d'un siècle entier de guerres, que la révolution française éclata, et 
les années 1792 et 1793 anéantirent le calme dont elle jouissait. En 1796 eut lieu le 
fameux siège de Kehl, dirigé avec une méthode parfaite , malgré un temps affreux , par 
l'archiduc Charles. Ce siège, pendant lequel les Autrichiens tirèrent contre le fort cent 
mille coups de canon et y lancèrent vingt-cinq mille bombes et obus, fait autant 
d'honneur à celui qui emporta la place, qu'à Desaix qui fut obligé de capituler après la 
résistance la plus héroïque. Plus de dix mille hommes y perdirent la vie de part et 
d'autre. Nous ne parlerons ni des passages du Rhin par Moreau et Desaix en 1797, ni 
de celui de Jourdan en 1799, et, pour ne point nous arrêter plus longtemps à ces scènes 
de carnage, nous mentionnerons simplement le dernier siège qui eut lieu en 1814 et 
la démolition du fort par décision du congrès de Vienne. Il avait été reconstruit par les 
ordres de Napoléon en 1808. — Que Dieu préserve Kehl de nouveaux revers! 

Par suite des ravages pour ainsi dire continuels que la guerre lui a fait subir, Kehl 
ne se fait remarquer par aucune construction dont les formes antiques commandent le 
respect ou excitent l'admiration; mais le nom de cette ville n'en est pas moins connu 
du monde scientifique , grâce à l'entreprise typographique la plus vaste peut-être qui ait 
jamais été formée , et à la tête de laquelle se trouvait Beaumarchais. 

Les sommes dépensées par cette entreprise, connue sous le nom de Société littéraire 
et typographique, et qui a duré de 1784 à 1789, ont dépassé trois millions de francs. 
Elle a édité les œuvres de J. J. Rousseau et de quelques autres auteurs; mais ce sont 



Kohi. 



1 Vauban agrandit de même les fortifications sur l'île des Épis , y existant déjà antérieurement sous le nom de 
Zollet Sternschaniz (redoute du Péage et redoute de l'Étoile). 

ENVIRONS. ■> 



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tfT — 



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PAYS DE BADE. 



Kohi. 



Pont du Rhin 



nrtou ce les de Voltaire qui occupèrent ses presses. Elle en fi. paraître une édition en 

sotxante-dtx volumes i„-8« et nne an.re en quatre-vingt-douze volumes in-12, et toutes 
deux f t . de ïing( m . ||e exemp|a . reS] ce m ^^ 

volumes sortts dans l'espace de cinq années des presses de Kehl 

sélTlt qaUle T T'""" 5 de Keh ' ' je '°" s » co "P d 'œi. sur nie des Épis, qui 
s pare le Rhm en deux iras eu.re Strasbourg et la rive droite, et sur les ponts qui 
établissent une communication entre les deux rives 

date a d P e e .T4 reme " li0n ?7°"r r " R " in *" "° USa5 ' 0nS UOmée dans »"-»•-. 
date de 1313 année ou les Strasbourgeois passèrentce fleuve pour aller faire la guerre 

au comte de Gero seck e, pour assiéger la ville de Sehutteru. La construction d 

pont, qu, était etabl, sur bateaux et sur pilotis, est attribuée à maître Clans Cari 

La navtgalton sur ce fleuve, à une époque surtout où tel était l'unique moyeu de 

nsp„r,p„„ r les hommes etles marchandises, depuis Bàle jusqu'à Mayen ee, dgue 

e.a„, en parue a cause des droits de péage qui y étaient attachés, d'nn immense bS 

pour nne vtlle commerçante e, forte comme Strasbourg. Anssi était-elle jalouse dé 

permettre ou de défendre .e passage du Rhin, e, ce fut un jour de fête p„ r el. ,„ 

ce u, ou 1 empereur Wenceslas lui accorda, eu i 393, .e droit régalien sur ,e pou, e, 

d P Zse U ' ^ ^ ^ C '" aiem " Je riCheS " *™ - <*". «« Pour s'i 

Ce pont était déjà établi en partie sur pilais, et ce qui le prouve, c'est qne l'année 
précédente evéque Frédéric de Blanltenheim étant en guerre avec Strasbourg d rig 
s rcepon. , es baleaux incendiaires , q „ e lesStrasbourgeoisparvinrent cepend n.àto 
P^er en dessous sans que le feu y prit, ce qui n'aurai, pas pu se pratiquer s'il avai 
ete constru,, sur des bateaux. Eu 1566. le Rhin se trouva tellement grossi par la foute 
desne,gesdelaS„issequilenleva,lel4j„i„,„eufpiIiersdupont 

Pendant les guerres qui ravagèrent la vallée du Rhin an dix-septième siècle, ce pool 
qnotqne garant, en amont par des chaînes tendues et attachées à des pienx , eut à subir' 
a dtverses rçpnses, le feu des brûlots, que les Français lancèrent contre lui pour le 
detrmre, et lors de la prise de Kehl par le maréchal de Créqni, en 1678 il fa 
brûle complètement. A sa reconstruction , qui eu, lieu en 1 679, s'attachent les premières 
données posmves que nons ayons trouvées sur le pont du Rhin e. sur l'île des Éois 
Ancennementcette île n'avait pas .es dimensions qne nous lui voyons aujourd hui car' 
d après les cartes du d,x-sep,ième siècle, elle ne formait à cette époque qu'un banc de 
graver. Eu mspectan.les iienx mêmes , on aperçoit facilement les conquêtes de ter ain 

du pou, que nous p 0sse d „s, e,q„, mdiqnent ,rois époqnes de raccourcissement de la 
vote de cotnmumcatton el par conséquent d'accroissement de terrain 
Nous pntsons les premières données exactes sur ce sujet dans nn petit livre, très-rare 



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et très-intéressant, qui a pour litre: Eigentlicher Bericht von Befesligung dcr iveitberiihmten Pont du Rhin. 
Stadl Strasburg, Frank fur t-am-Main 1683, et les détails que nous y trouvons sont assez 
intéressants pour que nous croyions devoir les rapporter. 

Le petit pont du Rhin était assis sur quatorze palées, formées chacune de sept 
pilots, reliés par des moises; il avait donc quinze travées; les poutrelles de travées de 
13 mètres de longueur, ou, comme dit l'ouvrage, de vingt-neuf pas, donnaient à ce 
pont l'étendue de 195 mètres; la culée de gauche se trouvait à la hauteur du mâchicoulis , 
qui forme aujourd'hui la caserne des douaniers, et celle de droite au commencement 
du jardin de la maison Schcelhammer, sur l'île des Épis. 

Le grand pont du Rhin était assis sur cinquante et une palées , formées de sept pilots , 
reliés par des moises; il avait donc cinquante-deux travées; les poutrelles de travée de 
13 mètres de longueur donnaient à ce pont une étendue de 676 mètres; la culée de 
gauche était placée en dehors de l'ancienne digue que nous voyons encore aujourd'hui , 
et celle de droite près du corps-de-garde de Kehl. 

Kùnast, qui vivait à cette époque, a laissé une description moins détaillée de ce pont, 
et il fait remarquer que c'était le treizième et dernier jeté sur ce fleuve, depuis sa 
source. 

11 est facile de concevoir que les guerres de la révolution et les prises fréquentes de 
Kehl s'opposèrent à la conservation de ce pont, auquel la hache et le feu firent si 
souvent des ravages 1 . 



'Qu'il nous soit permis de raconter ici un fait qui s'est passe, pendant les guerres de la révolution, près d'une 
redoute que nous voyons au delà du monument élevé à la mémoire de Desaix 1 . Cette anecdote, que nous tenons 
de la bouche d'un témoin oculaire, prouve l'esprit de fraternité qui animait alors l'armée et la garde civique de 
Strasbourg. 

Le 13 septembre 1793 les canonniers de la garde nationale strasbourgeoise servaient les pièces de gros calibre 
établies dans les batteries qu'on avait élevées dans cette île, tandis que les mortiers étaient dirigés par l'artillerie 
de la ligne. L'heure de relever les postes arriva , mais au lieu d'être remplacés par leurs camarades , les canonniers 
reçurent l'ordre de commencer le feu sur Kehl. Les bombes et les boulets sont lancés , et les Autrichiens [Kaiserlic 
comme on les appelait alors) répondant par un feu nourri , quelques canonniers tombent et d'autres sont emportés 
en ville grièvement blessés. 

Pendant que la canonnade se faisait entendre dans les murs de Strasbourg , le bruit ne tarda pas à s'y répandre 
que l'armée devait passer le Rhin le lendemain à la pointe du jour, et aussitôt les parents s'empressèrent d'envoyer 
à leurs fils, les épouses à leurs maris, des comestibles de tout genre, pour les aider à supporter plus facilement 
les fatigues qui les attendaient. 

Un jeune homme , nommé Heitzenberger, boucher de son état , et ancien hussard Chamborand (c'est lui qui nous 
a raconté cette anecdote), se trouvait dans les rangs de la garde civique. Vers le matin, le feu ayant cessé, il 
était assis avec quelques camarades dans la redoute qui se trouve au delà du monument Desaix, et ils étaient 
occupés à faire honneur aux provisions qu'on leur avait fait parvenir, lorsqu'un volontaire de la demi-brigade 
stationnée à la pointe de l'île , rôdant autour de leur poste , vint flairer la bonne chère que faisaient les enfants de 

Strasbourg. 

«Que veux-tu, camarade? lui demandèrent ceux-ci. — Ah ça, vous autres canonniers, vous avez de quoi vous 

1 Les beaux bas-reliefs de ce monument, qui représentent les principaux épisodes de la glorieuse carrière de Desaix , 
sont dus à l'habile ciseau d'Ohmacht. 

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PAYS DE BADE. 



Ponl du Rhin. 



Un arrêté du gouvernement du 27 ventôse an XI décréta la reconstruction du ponl 
du Rhin. Ce nouveau pont, véritable chef-d'œuvre de charpente, avait trente travées 
en forme d'arches de 13 mètres d'ouverture, et, par conséquent, 395 mètres de 
longueur, et il s'adossait aux deux rives, là où l'on voit de nos jours les deux corps-de- 
garde. Il avait une largeur de 12 mètres, était à triple voie pour les voitures, et muni, 
des deux côtés, de trottoirs pour les piétons; l'élévation du plancher était de 2 mètres 
au-dessus des plus hautes eaux ; il coûta plus d'un million , quoique le devis ne portât 
l'élévation de sa construction qu'à 700,000 fr. Napoléon fit sévèrement sentir à l'ingénieur 
en chef, Kastner, qui était chargé de ce travail, la différence entre le prix définitif et le 
chiffre d'estimation. Paré d'arcs-de-triomphe, de verdure et de guirlandes lors du passage 
de l'empereur, de Joséphine et de Marie-Louise, ce pont présentait un aspect vraiment 
magnifique! Hélas, il subit le sort de toutes les choses humaines! Quand les hostilités 
éclatèrent entre la France et l'Allemagne, au retour de Napoléon de l'île d'Elbe, et 
qu'une seconde invasion se prépara, le gouvernement badois commença à lé démolir de 
son côté. Quoique la partie allemande fût coupée , la partie française subsista encore 
pendant quelques années; mais elle dépérit peu à peu par le manque d'entretien, et, 
enfin, elle fut complètement enlevée, à l'exception des brise-glaces, qui garantissent 
encore aujourd'hui le pont de bateaux. 

Les deux jetées dans le Rhin formant de petits ports sur les deux rives, ont permis 
de raccourcir de beaucoup ce dernier moyen de communication; il est assis sur 
quarante-cinq bateaux , dont vingt-trois appartiennent à la France et vingt-deux au 
gouvernement badois; large de 7 m ,10 et à deux voies, il a une étendue, dans l'état 
normal des eaux, de 240 mètres, tandis qu'en 1679, il en comptait 676, ce qui fait 
436 mètres gagnés à cet endroit sur la largeur du fleuve. 

Quand Strasbourg perdit sa souveraineté, il perdit aussi la propriété du pont du 
Rhin et les riches recettes que produisait le péage qui y était établi ; une ferme située à 
la droite de la route du Rhin, tout près du canal qui forme une communication entre 



& 



« rassasier , tandis que depuis vingt-quatre heures nous en sommes réduits , pour tromper la faim , à nous serrer 
« l'estomac. » — Aussitôt Heitzenberger lui donne un petit gigot de mouton rôti qui leur restait, un autre lui offre du 
pain et une bouteille d'eau-de-vie, en l'engageant à partager ces comestibles avec ses camarades. Le volontaire, 
content de cette bonne aubaine, se retire les bras chargés et le cœur pénétré de reconnaissance. 

Mais à peine fait-il jour que le même homme se présente de nouveau dans la batterie et s'adressant à celui qui 
lui avait généreusement fait don du gigot: 

«Dis-donc, citoyen canonnier, lui dit-il, voilà deux pièces de six livres que je t'apporte. — Vous ai-je vendu à 
«toi et à tes camarades les comestibles qui ont servi à votre déjeuner? Garde ton argent, camarade. - Cet argent 
«n'est pas à nous, il t'appartient. — Et comment donc? — Tu as bien voulu nous donner un gigot, et nous t'en 
«sommes profondément reconnaissants; mais tu n'avais sans doute pas l'intention de nous faire présent de l'argent 
«dont il était farci , et voilà pourquoi je te le rapporte , citoyen canonnier. » 

Le mot de cette énigme est facile à deviner: Les parents de Heitzenberger craignant que leur fils ne fût dépourvu 
d'argent au moment de passer le Rhin, avaient, pour lui ménager une surprise, inséré, au moyen d'entailles 
adroitement recouvertes, ces deux pièces de six livres dans l'intérieur du gigot. 



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Panorama de Strasbourg. Environs. Page 20. 




I.il.lt' |i.i.i '11- Mulltr ■!'.i|H'i.!>: ~TftTÂks:-.in i.'.oiitfunpuram rie W. Wissanrikpèr 



l.uh E. Simon à Strasbourg. 



Vue de l'ancien Pont rlu Rhm avec l'arc de triomphe élevé à Napoléon. ( 18 09 ) 



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PAYS DE BADE. 



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ce fleuve et l'Ill , porte encore le nom de Bruckhof; cet emplacement servait de chantier Pont du Rhin. 
pour la conservation des matériaux nécessaires à l'entretien du pont; aujourd'hui c'est 
le corps des pontonniers qui est chargé du soin de le maintenir en bon état. 

Nous devons constater ici les heureux fruits que produira, dans un avenir très- 
rapproché, l'entente cordiale qui existe entre les deux gouvernements de France 
et de Bade. Tous les ans, à la crue des eaux, le Rhin change de thalweg; il jette 
alors son courant impétueux tantôt vers l'une, tantôt vers l'autre rive, et engloutit des 
terrains considérables. Anciennement, en présence de ce danger, on mettait tout en 
œuvre pour détourner le courant par des travaux d'art, et l'on se faisait ainsi réci- 
proquement une guerre acharnée. Heureusement on a fini par comprendre qu'en 
employant dans un but d'intérêt général les bras et les immenses sommes qu'absorbaient 
annuellement ces travaux, on arriverait à un résultat satisfaisant pour les deux partis. 
Une commission mixte d'ingénieurs du Rhin fut nommée, et, grâce a leurs connais- 
sances, les travaux d'endiguement entrepris, il y a quelques années, sur un plan arrêté, 
transformeront le Rhin en un canal, large de 200 mètres près de Bàle, et qui va en 
s élargissant jusqu'à près de 300 mètres vers Lauterbourg. De cette manière, ce fleuve 
se creusera lui-même un lit plus profond , et des milliers de hectares de terrains seront 
conquis à la culture des forêts et des champs; en réglant le nouveau cours du fleuve , 
on a soin de laisser un passage dans les profondeurs de son ancien lit, pour servir de 
frayères aux poissons 1 . 

Quittons ces lieux pour aller nous reposer dans la belle vallée de la Rench , qui s'ouvre , Vallée de la Rend, 
au-dessus de Kehl , au pied des montagnes. 

A l'entrée même de la vallée, nous apercevons Oberkirch, chef-lieu de l'ancien 
bailliage épiscopal de Strasbourg, dont faisaient partie les communes d'Oppenau, 
Renchen, Rappel, Sasbach, Sasbachwald, Ulm et Waldulm. 

Oberkirch et ses environs composent un délicieux panorama: de vastes prairies, 
arrosées par la Rench, en forment le fond; à droite et à gauche s'élèvent de riches 
vignobles, parsemés d'une quantité d'habitations champêtres et couronnés par de 
hautes montagnes boisées, sur lesquelles se détachent les ruines des châteaux de 
Fùrsteneck et de Schauenbourg, détruits par les Français en 1689. Le château de 
Schauenbourg est la souche de cette antique famille qui s'est partagée en trois branches : 
les Schauenbourg-Gaisbach , qui résident encore dans le petit village avoisinant adossé 
contre la montagne, les Schauenbourg-Luxembourg et les Schauenbourg d'Alsace, 
dont le nom se rattache à la gloire militaire de notre pays. Le père était général sous 
la république et sous l'empire, et le fils, officier de cavalerie distingué, fut un des 
créateurs et le colonel du premier régiment des chasseurs d'Afrique. 

1 Nous recommandons aux personnes qui s'inléressent plus particulièrement à ce genre de travaux la lecture 
d'un mémoire que M. Couturat, ingénieur en chef, a publié à ce sujet. 



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Vallée de ia Rencli 



Le Kniebis. 



22 PAYS DE BADE. 

Une belle route parcourt la vallée de la Rench, dans toute sa longueur, en passant 
par Lautenbach, remarquable par une cbannante petite église gothique, qui date de la 
seconde monté du quinzième siècle et qui est ornée de vitraux peints; à Oppenau, cette 
roule se dirige vers le sommet du Kniebis, et met ainsi la vallée du Rhin en commu- 
nication avec Freudenstadt et le haut plateau du pays du Wurtemberg. Cette route est 
surtout animée en été; elle est fréquentée par les voyageurs qui affluent en grand 
nombre aux sources gazeuses de Petersthal , de Griesbach , d'Antogast et de Rippoldsau , 
siluees dans des vallons latéraux , et par ceux qui vont visiter les ruines de l'antique 
abbaye d'AHerheiligen, auxquelles on parvient par le petit bain de Soultzbach, ou par 
la vallée de Lierbach, en quittant Oppenau'. L'abbaye d'AHerheiligen (dédiée à tous 
les saints) au bas du Melkereykopf, est, en quelque sorte, une seconde Chartreuse , 
perdue dans une gorge profonde, et entourée de forêts immenses et solitaires, et 
remarquable par ses cascades 2 . Un peintre qui se fixerait pour quelque temps à 
Oberk.rch, à Oppenau ou à Ottenhôfen (au fond de la vallée de Rappel), où l'on 
rencontre de bonnes auberges et des aubergistes affables, trouverait, au milieu de 
cette nature grandiose de riches sujets d'études. 

Même sur les plateaux du Kniebis, où le silence de la solitude n'est interrompu que 
par les cm du coq de bruyère ou de l'aigle qui plane dans les airs, ou par le son des 
clochet.es suspendues au cou des troupeaux, on rencontre des traces des guerres 
passées. 

Sur Je Rossbùhl , point le plus élevé du Kniebis, on remarque la redoute des Suédois, 
que le général Horn fît construire pendant la guerre de trente ans, et celle d'Alexandre 
qui date de 1734 et 1735, et à laquelle le duc Alexandre de Wurtemberg donna son 
nom. A 3 kilomètres vers le sud est située la redoute des Souabes, construite en 1795. 
La seconde de ces redoutes vit s'accomplir une de ces actions d'éclat qui témoignent 
du courage des soldats français. Le 2 juillet 1796, le général Laroche monta sur ces 
hauteurs, par une nuit noire et orageuse, avec un bataillon de braves qui s'empa- 

'AUerbeiligen, situé à US mètres au-dessus du niveau de la mer, était une ancienne abbaye de moines 
premontres, fondée par Jutta de Scbauenbourg , en tl96. Abandonnée par les religieux en 1802 après la séculari 
sation des couvents du pays de Bade , elle fut la proie du feu du ciel, le 6 juin 1803. 

a Dans les premières courses que j'ai faites dans ces montagnes , j'ai souvent été obligé de demander l'hospitalité 
au forestier d'AHerheiligen, heureux de trouver un gîte dans cette solitude et ne prévoyant guère qu'un jour elle 
serait visitée par de nombreux voyageurs. Cette affluence est due aux cascadelles que forme le Lierbach en se 
précipitant avec fracas dans une gorge étroite. Pour entrevoir ces chutes, il fallait à cette époque se coucher à 
Plat ventre sur le sommet du précipice et plonger ses regards dans l'abîme, du fond duquel s'élevaient des arbres 
séculaires. Ce sont des ouvriers italiens qui ont rendu cette gorge accessible , et voici comment : Ils avaient entrepris 
■a construction de la route d'Oppenau par la vallée de Lierbach , route qui devait servir à l'exploitation des forêts , et 
jour arriver plus promptement à leur gîte , ils coupèrent des arbres , taillèrent des marches dans le roc et établirent 
es échelles pour gravir les rochers. L'ingénieur qui inspectait ces travaux fut surpris des beautés sauvages de ces 
contrées ; il en fit un rapport au gouvernement , et bientôt des travaux de sûreté et de commodité pour les voyageurs 
lurent entrepris , et l'on peut aujourd'hui jouir de ce spectacle sans courir aucun danger. 



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MM 




Panorama de Strasbourg. E 



nviruns. Pa^e 23. 







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Château de Stauffenberg, . 

Vue pris, » ta.™* bhHm VUB rlu llauN fc]£ ^ .^ ^ Stoboi 




iith.K Simon a Strasbourg, 







Château d'Ortenberg 



Viapris» à Icavirs la]ongue™> du haut do la Cathedra], do Slrasboui 









wm- 









PAYS DE BADE. 



23 



Stailllenliei 



rèrent de la redoute à la baïonnette, firent cinq cents prisonniers, et prirent trois Le Knnhis 
pièces d'artillerie. Ce fait d'armes et la prise de Freudenstadt, où les Français trouvèrent 
vingt-cinq pièces d'artillerie, engagèrent le gouvernement wurtembergeois à se 
détacher de la coalition formée contre la France et à négocier la paix. En outre, il en 
résulta encore pour les Français la possibilité de jeter des troupes dans la vallée de la 
Mu rg, afin d'agir sur les derrières du prince Charles, qui occupait la position de 
Rastadt. 

A la droite de la Holtzwàlderhôh que l'on traverse pour se rendre, en passant Edeimannskopf. 
devant la cascade , des bains de Griesbach à ceux de Rippoldsau , l'Edelsmannskopf , les 
trois points culminants de la Moos et le Kniebis, encaissent le fond de la vallée de la 
Rench. Sur l'Edelsmannskopf on jouit d'une vue magnifique sur cette vaste chaîne de 
montagnes et sur la large vallée du Rhin. 

Dans la vallée de Durbach s'élève une montagne plantée de vignes qui produisent 
un vin blanc très-eslimé, ainsi que tous ceux qui croissent dans ces environs, et qui 
sont connus sous le nom de Klingelberger, Dudelsberger et vin rouge de Zell, et dont 
M. Pfsehler, à Offenboung, fait un commerce très-étendu. 

Sur le point culminant de cette montagne est situé le château de Slauffenberg , 
soutenu par d'immenses murs crénelés. Il reçut son nom d'Othon de Hohen-Stauffen , 
évêque de Strasbourg, qui le fit construire vers la fin du quatorzième siècle, lorsque 
son frère Frédéric eut reçu temporairement de l'empereur Henri IV l'Ortenau comme 
fief impérial. 

De même que le château de Schauenbourg et celui de Bosenstein, situé au fond de 
la vallée de Kappel, ce manoir formait au treizième siècle un Ganerbiat des seigneurs 
de Stauffenberg, de Bock, d'Owe, de Kolb, de Winterbach, de Hummel, de Sloll et 
de Schenk. 

L'association des Ganerben avait pour but de concentrer les forces de la petite 
noblesse, afin de pouvoir les opposer avec succès aux attaques des puissants dynastes 
et à cette partie turbulente de la chevalerie qui ne se faisait pas scrupule de piller les 
manoirs et de détrousser les voyageurs sur les grands chemins. 

Les membres de la petite noblesse avaient élevé ces murs à frais communs , dans le 
but d'y trouver un asile sûr et un point central pour leurs excursions; mais loin de leur 
assurer plus de repos que par le passé, ces fortifications fédérales leur attirèrent, par 
les liens qu'elles établirent entre eux, des attaques plus nombreuses; ces liens 
réciproques les rendirent aussi mutuellement feudataires des grands seigneurs, dont 
chacun d'eux relevait, et comme tels ils étaient obligés de prendre tous part à leurs 
fréquentes querelles et d'en subir les tristes conséquences. 

Le château de Stauffenberg nous en fournit un exemple frappant; trois fois assiégé, 
dans le courant du quatorzième siècle, par l'évêque de Strasbourg et les Strasbourgeois, 







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Stauflenberg 



PAYS DE BADE. 



■ 



Willslîedt. 



so s e S mu a chateau dans b qii . nz .. me s .. cle _ ^ ^^ arec J 

2 ' , " ? qU ',' e CaraC,ëriSe ' U " e de Cœ Cam P a «' MS I" 1 d ° rai -' q«elq..es semaines 
ou seulement quelques jours, et qui se terminaient ordinairement par le ravage exereé 
au moyen du feu et du fer, sur une plus ou moins vaste étendue de terrai, I Zs' 
m rodm, dans Intérieur de ee eastel, e, nous fait voir les dispositions prises, pour sa 
défense, par les ouvriers et par le Biichsenmeister (bombardier) Hans Graseck, dont nous 
trouverons le nom cité dans les relations du siège de Wasseloune, et q e ceux q„ 
défendaient Stauflenberg avaient fait venir de Strasbourg. 

Dans un poème du quinzième sièele (ier miter von sLffenberg), notre compatriote, 
M. Engelhaidt, nous montre la chevalerie sous un autre point de vue. Ce charma,, 
oman, ou , a Féelutelaire, embellissant les loisirs du preux chevalier de Stauffeuber" 

e so n easTe, p, i":o p :;; T- ° ous re,race Ia ïie menëe par - •*»*' <*"« «-22; 

de son eastel ,1 nous fmt assister a ses jeux d'amour et de folâ.rerie; puis nous sommes 
emoms des lancers qu'il cueille sur les champs de bataille, e. nous le voyons fete p, 
es belles lorsqud sort vainqueur des tournois auxquels i, assiste. Nous iJcomp „„' 
encore a la cour nnpér.ale, où, infidèle au serment qu'il a préle à^a proteS 1 

cher hJ e „ f !" T"' ,' S °" Ven1, * ^'^ Ce «™ ">**<>* — -uns 

cherche, sur les plafonds ho.ses, les traces qu'y doi.avoir laissées, d'après la tradition 

e Pied mignon de la belle fée, lorsqu'elle vin, annoncer à son aman, ingrat la mon 
quil avait encourue par son infidélité'. m mon 

Jnl le', 6 ' ' ' '; T aUffenber 8 a M>» rtie "' » '» '™-n de Me, et doit su restauration au 
grand-duc Leopold, q,„ annait à venir s'y reposer des fatigues du gouvernement. 

la pi-fine" 8 C6S X Plei ° S C ' eS S ° UVeni, ' S d " tel " PS *" méaesMs ' «' Rendons dans 

ilZf 'd' "."r 5 , e ?" d ' de Wi,,dsd,te «' de ^^'-. *> Hesselhurs, «beaucoup 
d autres dont les clochers, de formes variées, apparaissent tantôt au milieu d'un 
groupe de ma.sons ou d'un vaste verger, tantôt derrière une forêt don, ils dominent 
les arbres par lesquels son, masquées les habitations champêtres, nous distinguons 

js«£î. xr:* t sr^ 1 v r s< ""™"" d »» - —■ «—■ »»-' 

prepoaa de de,,„i, s „„ ell E, ,^ IL ?■*/'»»'•»«». de k vallée. Épris de ses eh.nnes, I lui 

d'élL résida., dan l3°. Ues de ,e 1° " »>par.e«,i, pas à e. monde, maisà „ne espèee 

P™, de leurs -S!* 1 ^ KL'TS ZZl^T "''^ """'" ' " "°"'" S 
dévouement. Enfin cédant à ses nresJn.P* in!, , P S chaudes P rolest »lions d'amour et de 

prêter un serment so „„e L M tTete , ' ° le , C ° nSenlit à ré P » dre à s * Presse, après lui avoir fait 

d'infidélité l'arrêt de nmr lui s e *Zt T ^^ ^ Vi ° laU ' 3 foi J ' Urée ; dle Iui "<* 1 u ' e » «- 
manquerait à son serment F ^V.*^ P"PPamion de son pied sur le plafond de la chambre où il 

bonlLr dan 2^2^Z^LZT&i e f ^ d ' Un taliSman: '^ « bagU6 ^ " lui *>«" 

se. entreprises et la faire apparaître a ses yeux , dès qu'il la mettrait au doigt. 



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PAYS DE BADE. 



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Willslsedt {Villa-Villiharii). Celte localité était anciennement une petite ville avec Wiltetsedt. 
murs d'enceinte, fossés et donjons, et était la résidence d'un bailli. Dans les querelles 
intestines qui se succédèrent pendant des siècles, Willstaedt subit le sort de la plupart 
des villes et des villages environnants; mais ce qui a marqué son nom dans l'histoire, 
c'est le traité de paix qui y a été signé, le 27 août 1610, après la mort de Henri IV, 
entre les princes catholiques et protestants de l'Allemagne, de la France et de la 
Hollande. Le brandon des guerres de religion et d'intérêts politiques,qui avait de nouveau 
été agité par la succession de Juliers et de Clèves, se trouva ainsi éteint momentané- 
ment; mais il se ralluma avec plus de force, neuf ans après, et embrasa l'Europe 
entière (1618, guerre de trente ans). 

Turenne se fortifia à Willstsedt le jour même de son passage du Rhin , le 8 juin 1 675 , 
et y resta jusqu'au 26 juillet, observant son adversaire Montecuculi. H y fit son dernier 
somme, en rêvant peut-être pour le lendemain combats et victoires; le lendemain, il 
s'endormait dans les bras de la mort à Sasbach. 

Sur la gauche, à l'entrée de la vallée de la Kintzig, nous apercevons Offenbourg, Offenbourg. 
ancienne ville libre impériale, fondée, dans le douzième siècle, par Berthold III, comte 
de Zœhringen , à la place où existait autrefois le castel d'un prince breton , Uffo ou Offo , 
dont elle reçut le nom. Dans le cours des siècles, elle subit souvent la force des armes 
et perdit plusieurs fois son indépendance. Mais ce fut en 1689 qu'elle fut frappée du 
plus grand malheur qu'elle eut à endurer. Après une résistance opiniâtre , elle fut forcée 
de se rendre aux Français, qui la livrèrent au pillage et aux flammes. Excepté le couvent 
des capucins et une maison adjacente , toute la ville fut brûlée. Les annales contempo- 
raines estiment la perte que lui causa ce désastre à 1,132,291 florins. 

Depuis lors la paix a guéri toutes ces plaies. Aujourd'hui Offenbourg est une 
charmante petite ville, nouvellement bâtie, riante; ses fossés, ses murs et ses tourelles 
crénelées ont été transformés en jardins, dont les belvédères et les tonnelles sont 
entourés par le lierre , qui a pris racine dans ces murs lézardés. 

A la droite d'Offenbourg se fait remarquer le clocher du village d'Ortenberg, et tout Ortenberg. 
près, sur une colline, le château du même nom, rebâti, il y a quelques années, dans sa 
forme primitive et féodale , par le propriétaire actuel , M. de Bergholz. Depuis le 1 er juillet 
1668, où le maréchal de Créqui le fit sauter, ce château était resté en ruine. 

Près d'Offenbourg s'ouvre, large et bien cultivée, la vallée de la Kintzig avec de petites Vallée de la Kintzig 
vallées latérales. 

Non -seulement des sites variés et pittoresques la rendent très-intéressante à 
l'amateur des beautés de la nature , au touriste et au peintre ; mais de plus elle présente 
à celui qui se livre aux études historiques et industrielles, de riches sujets d'observations. 

A peine le voyageur a-t-il dépassé la colline sur laquelle s'élève le château d'Ortenberg, 
que la petite ville de Gengenbach, avec ses tours et ses tourelles, se présente à sa vue. 

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ENVIRONS. ■ ._ _, ,„, 



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PAYS DE BADE. 






v a iiée de la Kinczig. sur le Castelberg, qui domine la ville, on aperçoit une chapelle qui, au dire delà 
tradition , a remplacé le temple que les Romains avaient élevé sur cette montagne , 
dans l'intérieur de leur castrum, en l'honneur de Jupiter. 

Son Hôtel-de-Ville, quelques maisons à pignons crénelés et habitées par des familles 
nobles, son hôpital, les vastes bâtiments d'une antique abbaye de Bénédictins, ses 
portes surmontées d'un beffroi, ses murs, enfin, que baignent les eaux limpides de la 
Kintzig, donnent à celte petite ville un caractère pittoresque, qui porte le cachet des 
temps passés. 

Vis-à-vis de Gengenbach, est situé, adossé à une montagne couronnée de forêts et 
entourée de riches prairies, le village de Berghaupten, remarquable par ses houillières. 
Plus loin on aperçoit celui de Bieberach, d'où se détache, à gauche, une route qui, 
s'enfonçant dans une vallée latérale, conduit à Zell, ancienne ville libre impériale. Pour 
la distinguer d'autres villes de même dénomination, on l'appelle Zell-sur-le-Hammers- 
bach, nom du ruisseau qui arrose la vallée. La belle manufacture de faïence de 
MM. Lenz et Schnitzler, la taille des grenats et le pèlerinage de Notre-Dame-à-la-Chaîne 
donnent à Zell une animation extraordinaire. 

A la droite de Bieberach, une autre chaussée, construite il y a une vingtaine d'années, 
conduit au chétif village de Printzbach. Celte localité, qui n'a conservé de ce qu'elle fut 
jadis que le nom, élait, dans les temps reculés, une ville très-florissante, grâce à ses 
mines d'argent, exploitées déjà par les Romains et convoitées plus tard par les évoques 
de Strasbourg, par les dynastes de Hoh-Geroldseck et par d'autres seigneurs. Brûlée 
et saccagée, en 1677, par les troupes du maréchal de Créqui, cette ville ne s'est plus 
relevée de ses ruines. De Printzbach la route monte, franchit en zig-zag le Schcenberg, 
passe devant les ruines de Hoh-Geroldseck 1 , et, rejoignant la ville commerçante ei 
industrieuse de Lahr, met la vallée de la Kintzig en communication avec celle de la 
Schutter. 

De Bieberach on arrive, par Steinach et Haslach, à Hausach, petite ville située au 
pied des ruines du château de Husen, détruit par les Français en 1643. A peine a-t-on 

aperçu les cheminées saillantes de ses hauts- fourneaux, que déjà l'on entend retentir 
le bruit des forges. 

Les localités dont nous venons de parler et celles qui les environnent, à l'exception 
de Hornberg, ancienne petite ville wurtembergeoise , appartenaient, avant qu'elle fût 
médiatisée, à la principauté de Fûrstenberg, dont le nom figure souvent dans l'histoire 
de Strasbourg. 

Au delà de Hausach, la vallée de la Kintzig se divise en trois grandes branches, qui 
vont en se rétrécissant, et prennent un caractère plus âpre et plus sauvage; on y 

« Masqué par une montagne voisine, nommée le Silbereck, le château de Geroldseck n'est pas visible du haut de 
la cathédrale. 



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Tôt et noire. Yerme àe la dallée supérieure àe la ^mtzitf. 



Panorama de Strasbourg. Environs. Page 37. 







PAYS DE BADE. 



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remarque moins de terrains cultivés, mais une ve'gélalion plus vigoureuse et plus Vallée de la Kintzig 
robuste. De vastes forêts couvrent les flancs des montagnes, de riches prairies, 
abondamment arrosées , bordent les deux côtés des ruisseaux qui descendent dans la 
plaine en bondissant de roche en roche, et les habitations, disséminées et surmontées 
de larges toits en chaume, s'élèvent sous le noyer ou sous l'érable protecteur. Le fruit 
noir, et brillant comme du jais, du cerisier sauvage, qui croît en abondance dans ces 
contrées, fournit une liqueur spiritueuse et estimée, connue sous le nom de Kirsch- 
wasser de la Forêl-Noire, et expédiée dans toutes les parties du monde. 

Lorsqu'on suit le cours de la Guttach, qui se dirige du sud au nord, et qui se jette, 
près de Hausach, dans la Kintzig, on arrive à Hornberg, engouffré entre deux 
montagnes, sur l'une desquelles se trouve un petit château féodal transformé aujourd'hui 
en brasserie. 

En gravissant les montagnes qui s'étendent à gauche de Hornberg, on parvient, 
par Schiltach et Schramberg, sur les hauts plateaux du pays de Wurtemberg; ou bien, 
en s'enfonçant dans des gorges sauvages, mais pittoresques, on atteint Triberg. Cette 
petite ville industrieuse est connue par sa fabrication d'horloges, par son pèlerinage 
à Notre-Dame-au-Sapin et par sa belle cascade. Cette cascade et celle du Zwerrenbach , 
près de Simonswald, au pied du Kandel, sont les plus élevées et les plus intéressantes 
du pays de Bade. 

AWolfach, la Kintzig est rejointe par la Schappach; on remonte le cours de ce 
torrent rapide sur une chaussée bien battue, en suivant le revers oriental du Kniebis, 
et, en cinq heures démarche, on atteint les bains de Rippoldsau. Cet établissement 
confortable est fréquenté, pendant la belle saison, par un grand nombre de personnes, 
qui viennent puiser la santé à ses sources gazeuses et jouir des beautés de cette nature 
grandiose. 

Outre les villes et les villages que nous avons déjà mentionnés, la vallée de la Kintzig 
et ses embranchements contiennent un grand nombre de hameaux (Zmkeri) , tantôt 
paisiblement groupés dans le fond des vallons, tantôt dispersés sur les hautes mon- 
tagnes qui les avoisinenl. Les habitants de ces contrées sont gais, actifs et robustes. 
Rien de plus pittoresque que de les voir, un jour de pèlerinage ou de foire, à Tryberg, à 
Zell ou à Hornberg, réunis par centaines et vêtus de leurs costumes nationaux. Les 
jeunes filles, au teint frais et rose, se coiffent de chapeaux de paille soufrés, et 
portent un corset de velours noir, coquettement brodé, une jupe de serge noire à courte 
taille et à mille plis, et des bas de laine rouge; les hommes, dont le regard est fier et 
vif, ont la tête couverte d'un chapeau de feutre rond à large bord , et orné d'une plume 
d'aigle ou de coq de bruyère; ils portent un gilet écarlate, une petite capote noire, une 
culotte de peau noire brodée de blanc, des bas blancs ou de laine grise, qui couvrent 
un mollet ferme et musclé. Ce costume , qui est commun aux habitants des vallées 

4. 






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28 PAYS DE BADE. 

Vallée de la Kiutzig. supérieures et de la montagne, diffère de celui des habitants des vallées inférieures, 
en ce que chez ceux-ci, comme chez les habitants de la plaine, le chapeau à trois cornes 
remplace le feutre rond , et les étoffes de lin ou de cotonnade rouge, le drap et la serge, 
étoffes plus chaudes, nécessitées par la température des régions élevées. 

Dans ces réunions, composées d'hommes de races et de types divers, il est aisé de 
distinguer ceux qui se nourrissent du labeur de la terre, de ceux dont les travaux 
s'accomplissent au milieu des forêts ou qui font le commerce des bois, ou qui , adonnés 
aux soins des troupeaux, mènent une vie plus douce sur la montagne. Les habitants 
de la plaine ont le teint hâlé et des manières plus douces, plus polies, tandis que les 
montagnards se distinguent par des passions plus ardentes, une franche bonhomie 
et un langage plus rude; mais s'ils diffèrent en ces points, il en est un qui leur est 
commnn, c'est l'accomplissement scrupuleux de leurs devoirs religieux. 

Trouvez-vous un dimanche matin sur les plus âpres de ces montagnes, au milieu des 
sentiers les plus isolés et traversés tout au plus, pendant les jours de la semaine, par 
des bûcherons ou par quelques colporteurs, et vous verrez les chemins couverts de 
paysans et de paysannes, vêtus de leurs habits de fête, et s'acheminant, dans un 
silencieux recueillement, le livre de prière ou le rosaire en main, vers l'église la plus 
rapprochée ; ils font ainsi , les dimanches et les jours de fêtes, jusqu'à deux et trois lieues 
de chemin , pour aller réciter leurs prières dans le temple du Seigneur. 

La Kintzig, la Guttach et la Schappach aident beaucoup à l'exploitation des richesses 
de ce pays monlueux. Si l'agriculture, les mines de fer, de houille et d'argent, si 
quelques verreries, du reste assez peu marquantes, et l'éducation des bestiaux contri- 
buent au bien-être des habitants de ces contrées , la culture des forêts y a aussi une riche 
part, et ce sont les torrents que nous venons de nommer qui aident à les exploiter , et 
qui mettent en mouvement beaucoup de scieries et d'autres usines. 

Des hauteurs de Triberg, ainsi que de celles de Rippoldsau, la Thalsol a une pente 
très-rapide vers Hausach, situé à 245 mètres au-dessus du niveau de la mer, tandis 
que Triberg est à une hauteur de 700, et Rippoldsau de 570 mètres. Les rivières qui 
arrosent ces vallées, ont, par conséquent, un cours très-précipité; des barrages 
construits, de distance en distance, avec des troncs de sapins, et munis d'écluses, 
arrêtent les eaux et forment des bassins, dans lesquels sont lancés les plus grands 
troncs d'arbres et le bois qui sert de combustible. 

Le flottage des bois offre un spectacle des plus curieux à l'habitant de la plaine, qui 
se trouve dans ces montagnes à l'époque où il a lieu. 

Aussitôt que le bassin est rempli de pièces de bois et que l'eau est à la hauteur voulue , 
l'écluse est ouverte; l'eau franchit cette barrière avec une force prodigieuse; les vagues, 
blanches d'écume, bondissent sur les rochers et entraînent avec fracas des milliers de 
troncs d'arbres et de bûches de bois, qui se heurtent avec violence, se poussent, 



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grajffl 







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PAYS DE BADE. 



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Zunsweier 
et Diersbourg. 



s'entrechoquent en tous sens et finissent quelquefois par former eux-mêmes une barrière Vallée de la Kintzi 

qui s'oppose au cours impétueux du torrent. Alors une masse d'ouvriers, armés de 

longues gaffes et de crochets, s'élancent de rocher en rocher, et s'enfoncent souvent 

dans l'eau jusqu'au-dessus de la ceinture pour dégager ces bois et les rendre de nouveau 

au courant. C'est de celte manière que ces riches produits sont flottés jusqu'au point où 

la vallée et la rivière, devenant plus larges, permettent de transporter le bois de 

chauffage sur des chariots, et les bois de construction et de marine sous forme de 

radeaux. 

En traçant cet aperçu général de la vallée de la Kintzig, l'une des plus longues et des 
plus intéressantes de la chaîne de la Forêt-Noire, nous avons indiqué, autant que le 
permettait le plan de cet ouvrage, les principaux points à visiter dans ces contrées; 
nous ajouterons, que dans toutes les excursions que nous y avons faites, nous avons 
trouvé partout de bonnes auberges, où le voyageur est toujours reçu avec politesse et 
prévenance , et où il est sûr de trouver bonne table et bon gîte. 

Continuons l'analyse du paysage qu'on aperçoit au-dessus de la ligne violâtre des 
forêts qui bordent les rives du Rhin, et à travers laquelle on voit par intervalles 
scintiller ses eaux colorées par le reflet du soleil. 

A la droite de l'entrée de la vallée de la Kintzig s'élèvent les sommets boisés du 
Bôllen, du Stauffenkopf, du Silbereck et de la Steinfirst, dont les parties inférieures 
sont plantées de vignes, et qui renferment de riches houillères. Les ouvertures de ces 
houillères sont situées à Zunsweier et à Diersbourg, et, au revers de la montagne, à 
Berghaupten , que nous avons déjà mentionné plus haut. 

La petite vallée de Diersbourg se dérobe à notre vue; mais nous apercevons le 
châtelet de l'ancienne famille des Rœder 1 , dont il est souvent question dans l'histoire 
de Strasbourg. Les Rœder résident encore à Diersbourg, et nous devons tout récemment 
à l'un des membres de cette famille l'histoire du margrave Louis de Bade, redouté à 
juste titre par les Turcs. 

Marlenheim {Maris Legio) , où les Romains avaient établi un port fortifié , s'étend le 
long du Rhin; tout près, s'y mire modestement le petit village de Goldscheuer, qui tire 
son nom des paillettes d'or mêlées au sable que ce fleuve charrie. Les habitants de cette 
localité , et de beaucoup d'autres situées sur la rive droite du Rhin , se sont créé une 
branche d'industrie par le lavage de ce sable: l'or qu'ils en retirent, est extrêmement 
pur et ne contient aucun alliage. 

Plus loin, sur la même ligne, se trouve Altenheim, où l'armée française, privée 
de son chef, le grand Turenne, repassa le Rhin après un combat terrible, qui coûta 
8000 hommes aux deux armées; le général Vaubrun, qui, après avoir été blessé, 

'Il fut détruit, en 1668, par les Français. 



Marlenheim 
et Goldscheuer. 



Altenheim. 



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tf-— 




Schuttern. 






30 PAYS DE BADE. 

s'était fait attacher sur son cheval pour continuer à combattre, trouva une mort 
glorieuse dans cette bataille. 

En suivant la base des montagnes, nous découvrons les clochers de Hofweier, de 
Mu lien, et, à gauche du Schutterlindenberg, le village de Schuttern, situé au pied 
de 1 Altvater et où se trouvait , il y a peu d'années encore , une antique et riche abbaye de 
Bened.ctms. Elle avait été fondée, en 603, par Uffo ou Offo, et s'appelait primitivement 
Offomszella; plus tard, elle prit le nom de la rivière sur laquelle elle est située 

Dotée par la munificence ecclésiastique et séculière, elle s'éleva bientôt à un haut 
degré de splendeur. Autour du château, que le fondateur avait fait construire pour la 
Protection des religieux, se forma Schuttern, village transformé en ville, en 1327 par 
les passants dynastes de Hoh-Geroldseck , qui en étaient les avoyers. Les longs et 
sanglants démêlés qu'ils eurent avec la ville de Strasbourg, pendant la seconde moitié 
du trememe et pendant le quatorzième et le quinzième siècle, exposèrent la ville de 
Schuttern amsi que l'abbaye, à de terribles représailles delà part des Strasbourgeois. 
fcn 1333 et en 1372 , nos ancêtres s'en emparèrent et y mirent le feu 
En 1469, l'archiduc d'Autriche Sigismond engagea à Charles-le-Téméraire le Sundgau 
pour le prêt d une somme de 80,000 florins. Les habitants de cette contrée eurent' 
beaucoup a souffr.r du despotisme exercé par le mandataire de ce prince, Pierre de 
Hagenbach , qu, réduisit de plus en plus les droits dont ils avaient joui jusqu'alors et 
fit peser sur eux un joug de fer. ^ ' 

Les vi i Ies libres impériaIes de ,, Alsace) croyant ayoir à cra . ndre ^^ 

s alherent contre Charles-le-Téméraire , avec Sigismond , l'évêque et la ville de Bàle et' 
les cantons suisses. Nous parlerons plus tard, en traitant des phases militaires de 
Strasbourg, de 1 issue de ces querelles 1 . 

C'est pendant cette alliance que Je comte de Geroldseck arrêta un jour une petite 
caravane de marchands suisses, qui traversaient ses domaines pour se rendre à la foire 
de Francfort-sur-Mein; il s'empara de leurs marchandises et les retint prisonniers dans 
son château de Schuttern, en leur déclarant qu'il ne leur rendrait la liberté que 
moyennant une rançon de 10,000 florins. Mais les Strasbourgeois, blessés du procédé 
déloyal dont avaient eu à souffrir leurs alliés , passèrent le Bhin , assiégèrent et prirent 
Schuttern, en démolirent les murs et le château, et conservèrent cette ville sous leur 
dommanon, jusqu'à ce qu'un jugement impérial la rendît, en 1476, à Thibaud de 
Geroldseck; depuis cette époque, Schuttern a été sans cesse en déclinant et n'est plus 
aujourdhui qu'un simple village. 

En parcourant les annales de Strasbourg, nous trouvons plusieurs faits semblables, 
q«. prouvent que nos ancêtres étaient toujours prêts à tirer une éclatante vengeance 

•Voyez aussi Pont-aux-Chats. 



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2 3 



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PAYS DE BADE. 



31 



de la plus légère offense faite à leur honneur, du moindre tort causé à leur indépendance 
civique. 

Quant à l'abbaye de Schuttern , fondée, comme nous l'avons déjà dit, en 603, elle a 
résisté pendant de longs siècles à l'action du temps et des révolutions qui se sont succédé 
dans ces contrées, et ce n'est que lorsque l'Ortenau , possession impériale, a été réuni 
au grand-duché de Bade, qu'elle a été supprimée. 

Les bâtiments furent démolis il n'y a que peu d'années; mais l'église , qui date de 1770 , 
et qui est d'un beau style d'architecture, a été conservée et témoigne de la splendeur à 
laquelle était parvenu ce couvent, dont le dernier prélat, Placide III, homme d'un grand 
mérite et de profondes connaissances, se retira à Fribourg-en-Brisgau , où il jouit 
jusqu'à la fin de ses jours d'une honorable pension. 

A la droite du Schutternlindenberg, au sommet duquel se trouve un banc ombragé 
de tilleuls et d'où l'on jouit d'une vue charmante, est située la vallée de la Schutler, 
dans laquelle on parvient en traversant Dinglingen, qui n'est, pour ainsi dire, qu'un 
faubourg de Lahr. 

Cette ville, entourée de jolis jardins, et dont les maisons ont un aspect tout à fait 
confortable, se distingue par l'activité de ses habitants et par son commerce étendu. 
On y trouve des fabriques de chicorée, de cuir, de vins mousseux et de tabac à priser. 

Parmi ces dernières on remarque celle de MM. de Lolzbeck , anciennement établis à 
Strasbourg, et qui ont transporté leur industrie à Lahr, lorsque la libre fabrication du 
tabac fut aboli en France et remplacée par le monopole. 

Les ruines des châteaux de Geroldseck et de Lùtzelhardt sont les seuls monuments 
qui rappellent les siècles passés dans la vallée de la Schutter, vivifiée par l'industrie 
moderne depuis son ouverture jusqu'à Schweighausen , qui la termine et qui est situé 
au pied du Gaisberg et du Huhnerseddel. Le premier, que le maréchal de Créqui fit sauter 
en 1677, fut bâti par Gerold, fondateur de trois branches puissantes: les Geroldseck- 
Lahr et Mahlberg, les Geroldseck des Vosges et ceux du Walgau (Tyrol). Strasbourg 
compte trois membres de cette famille dans la série de sesévêques: Conrad, sous 
lequel fut bâtie l'abbaye de Niedermunster, au pied de la montagne Sainte-Odile, en 
1179; Walter, qui porta d'une main la crosse épiscopale, et de l'autre le glaive des 
batailles, et sous lequel notre ville secoua le joug sacerdotal à la journée de Hausbergen , 
en 1262; enfin Henri, animé de sentiments pacifiques, et qui s'efforça de réparer les 
maux causés par son prédécesseur. 

La ruine du château de Lùtzelhardt se rattache aux événements historiques dont 
nous allons rendre compte et qui font le sujet d'une des intéressantes nouvelles en 
prose de Pfeffel. 

En 1 160, un seigneur de Lùtzelhardt était en guerre avec Walter de Geroldseck: il 
le surprit un jour à la chasse , et, après lui avoir fait parcourir, pendant quelques heures, 



Schuttern. 



Lahr. 



3 



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Geroldseck. 



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Geroldseck. 



Kippenheim. 



Stufz. 



32 PAYS DE BADE. 

les yeux bandés, les montagnes des environs, pour l'empêcher de connaître le lieu de 
sa captivité, il le fit enfermer dans son château. Geroldseck gémissait déjà depuis deux 
ans dans cette prison, lorsque Riebel, son geôlier, reconnut enfin en lui son ancien 
seigneur; il l'aida à s'échapper et prit la fuite avec lui. Walter ne songea plus qu'à se 
venger de son ennemi; il réunit à cet effet ses vassaux, s'empara du château de 
Lutzelhardt et le fit détruire. Pour reconnaître le service signalé que Riebel lui avait 
rendu, il accorda à sa famille des biens et des privilèges considérables. 

Le voyageur en venant de Mahlberg et en entrant à Kippenheim aperçoit, à droite de 
la chaussée, sur une hauteur, un beau monument en fer de fonte; il s'en approche, 
pensant y lire le nom de quelque homme d'État ou de quelque savant distingué; mais 
bientôt il est détrompé. Sur ce monument, que la commune de Kippenheim a fait 
élever, pour honorer la mémoire d'un de ses enfants, qui fut le bienfaiteur de son 
pays natal, sont sculptés une paire de ciseaux de tailleur, une abeille, symbole du 
travail, une corne d'abondance, emblème des avantages qu'il procure, et des versets de 
la Bible, en guise de texte explicatif. 

L'homme dont le souvenir est ainsi perpétué par la reconnaissance publique se 
nomme Stulz. Né à Kippenheim en 1768 , il apprit l'état de son père, et il était simple 
ouvrier tailleur lorsqu'il quitta sa commune, le sac traditionnel sur le dos, et le 
bâton de voyage à la main; il parcourut une partie de l'Allemagne et de la Suisse.' Étant 
sans ouvrage à Genève, il entra , en qualité de valet de chambre, au service d'un riche 
Anglais, voyagea quelque temps avec lui et l'accompagna à Londres; il y travailla de 
son état, pendant plusieurs années, chez un de ses compatriotes. Celui-ci étant venu à 
mourir, Stulz recueillit son héritage, et s'établit pour son propre compte. Patronné, 
auprès du monde aristocratique, par son ancien maître, il vit promptement sa clientèle' 
s'agrandir, et bientôt il acquit une telle réputation que non-seulement il devint l'arbitre 
souverain de la mode à Londres, mais que, de plus, les produits de ses ateliers furent 
recherchés par les élégants de tous les pays de l'Europe. De nombreuses fournitures 
qu'il entreprit pour le compte du gouvernement anglais, augmentèrent encore consi- 
dérablement sa fortune. En 1814, il quitta l'Angleterre et vint fixer son séjour à Hyères, 
pour y rétablir sa santé chancelante. Dans cette retraite , il sut habilement profiter, pour 
accroître ses richesses, des événements politiques qui s'accomplirent à cette époque en 
France. Napoléon quitte l'île d'Elbe. A peine a-t-il débarqué à Cannes, que les rentes 
tombent à 50. Stulz s'empresse d'en acheter pour une somme considérable. Trois mois 
après, la bataille de Waterloo est perdue; les Bourbons rentrent en France; aussitôt les 
fonds publics dépassent le pair. Stulz réalise ainsi d'immenses profits, et sa fortune, 
qui se montait déjà à plusieurs millions , se trouve doublée. 

En récompense des bienfaits qu'il répandit sur son pays natal, Stulz fut nommé 
successivement, par le grand-duc de Bade, baron d'Ortenberg et chevalier de l'ordre 



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Panorama de Strasbourg. Environs. Page 32 et 34. 








lonumeirt de Stullz à Kippenheim. 



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Maison habilée par le Duc d'Enghien à Ellenheim. 



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PAYS DE BADE. 



33 



Stulz. 



Mahlberg. 



du Lion-de-ZaBhringen. Il mourut en 1832, laissant à sa famille une immense succession 
après s être signalé par de nombreux actes de charité, parmi lesquels nous citerons 
les suivants: Il donna à la ville d'Hyères, dont les pauvres reçurent de fréquentes preuves 
de sa générosité, une somme de 10,000 fr. pour la construction dune fontaine et 
5000 fr. a la fabrique de l'église catholique, pour l'acquisition d'un orgue. A Toulon 
il fit élever à ses frais une chapelle consacrée au culte protestant. Kippenheim lui doit 
la fondation d un hôpital, la reconstruction de son église et un capital de passé 25 000 fr 
dont les rentes sont employées an soulagement des pauvres. Il accorda à l'institua 
polytechnique de Carlsruhe 30,000 fr., à la fondation de Léopold et de Sophie, de la 
même ville, 52,000 fr., et enfin il consacra 200,000 fr. pour l'établissement d'un 
hospice d'orphelins à Lichtenthal. 

Au delà de Kippenheim, le paysage se perd dans les vapeurs bleuâtres du lointain; 
pour que lœ.l puisse en saisir les détails, il faut qu'il s'arme de la longue vue ou 
quil soit favorisé par certains effets de lumière. Quand en été des nuages noirs 
charges de pluie et d'orage , traversent la vallée du Rhin et projettent de larges bandes' 
d ombre sur cette vaste étendue de pays, le soleil, en perçant les déchirures de ce 
voile humide, éclaire de sa vive clarté quelques parcelles de terrain; alors chaque 
clocher, chaque maison se détache assez vigoureusement sur le fond du paysan 
pour être aperçu par l'œil de l'observateur. Ce n'est aussi que dans cet é.at de 
1 atmosphère que se distingue Mahlberg, ainsi que le promontoire sur lequel il est 
assis , et tout près de là l'église d'Ettenheim , construite sur une hauteur 

Mahlberg nous rappelle les lits de justice que tinrent, dans nos contrées, les rois 
francs et les comtes d'Alsace et de l'Ortenau [Mallaberg). 

Ettenheim, situé sur la limite du Brisgau , est lié plus intimement à notre histoire 
C'était le chef-lieu du bailliage épiscopal de Strasbourg du même nom, auquel appar- 
tenaient les villages de Ringsheim, Gravenhausen , Cappel-sur-Ie-Rhin, Ettenheim- 
weiler et Ettenheimmunster. Engagé, en 1414, par l'évêque Guillaume de Diest, à la 
ville de Strasbourg, il resta sous sa domination jusqu'en 1533, époque à laquelle 
Guillaume de Hohenstein le racheta. 

Ettenheim et ses environs nous intéressent sous plusieurs rapports; là les souvenirs EtteiAehmmmster 
des temps les plus reculés se marient aux souvenirs des temps modernes. Les vieilles 
légendes y font entendre leur antique voix, soit qu'on s'enfonce dans la vallée d'Elten- 
heimmùnster et qu'on visite les bains si confortables de Saint-Landolin et la source 
qui doit avoir jailli du sol, à l'endroit où ce saint, un des premiers apôtres du 
christianisme, fut tué; soit qu'on s'arrête devant les grands bâtiments de l'abbaye 
de Bénédictins, en partie ruinés; elles nous rappellent Etton, fils du comte Attic et 
frère de sainte Odile, et toute cette famille, qui, animéed'un pieux dévouement, fonda 
tant de maisons religieuses dans notre pays. Quand on se promène dans les rues de la 





Ettenheim. 



ENVIRONS. 



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19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



34 PAYS DE BADE. 

Ettenheimmùnster. ville, le moyen âge s'y dessine par le caractère architecte-nique de quelques maisons 
à pignons crénelés, à tourelles et à balcons; d'autres plus modernes témoignent du luxe 
du dernier prince-évêque de Strasbourg. Disgracié par la cour de France, poursuivi 
par la révolution, ce prélat se retira dans son bailliage d'Ettenheim , jouissant de son 
double titre de prince de l'Empire germanique, et y mourut le 16 février 1803. 

Louis-René, cardinal de Rohan, nous reste comme un type de la noblesse dépravée 
de la régence et du règne de Louis XV. Opulent à l'excès , de mœurs plus qu'équivoques , 
mêlé à toutes les intrigues de cour, prodigue et généreux outre mesure, protégeant 
les arts et les sciences, on trouve en lui le courtisan accompli, mais on cherche 
en vain l'homme de Dieu et de l'église. Son ambassade à Vienne, où, représentant 
extraordinaire de la France, au sein des plaisirs dans lesquels il était plongé, il vit 
s'accomplir, sans s'en douter, ce honteux traité du partage de la Pologne, que Marie- 
Thérèse signa à son insu , et le procès scandaleux du collier de la reine , dans lequel il 
joua un rôle de dupe, sont autant de tristes documents qu'il a légués à l'histoire. 

En quittant l'Hôtel-de- Ville d'Ettenheim, pour monter vers sa belle église, on passe 
devant une modeste maison qu'on ne peut contempler sans gémir sur les actes que 
la politique voile du nom de raison d'État: c'est celle qu'habitait le duc d'Enghien 
lorsqu'il fut arrêté par ordre de Bonaparte, premier consul , pour aller mourir dans 
les fossés de Vincennes. 

Quittons la plaine et remontons vers les montagnes qui longent cette partie de 
l'horizon. Sur la première ligne nous avons vu le Bœllen et le Stauffenkopf, qui séparent 
la vallée de la Kintzig de celle du Rhin; à la droite du Schutterlindenberg et plus 
rapprochée d'Ettenheim, la Langenhart sépare la vallée de la Schutter de la plaine. 
Cette ligne se perd en déclinant, jusqu'à ce qu'elle forme la pointe vers Kentzingen et 
encadre d'un côté le vaste demi-cercle dans lequel domine Fribourg avec sa belle 
flèche transparente, qui malheureusement n'est pas visible de chez nous. Au-dessus 
de ces divers points, les montagnes de l'Oberland badois élèvent leurs têtes blanchies 
pendant six à sept mois de l'année. 

En portant nos regards plus vers la gauche, nous apercevons les montagnes qui 
avoisinent Tryberg, Furtwangen et Neustadt, c'est-à-dire une étendue de terrain 
montueux d'à peu près trente-deux kilomètres de long. C'est sans contredit la partie 
la plus intéressante de la Forêt-Noire. Si d'autres points de cette chaîne présentent au 
peintre des sites plus pittoresques, des parties de rochers plus sauvages, une plus 
grande variété d'études de forêts, là on trouve la vie d'association industrielle qui s'y 
développe avec une activité remarquable. 

Les vallées de Simonswald , de 1 Eltz , de la Prège , de Giittenbach , et bien d'autres sont 
des miniatures plus ou moins ressemblantes à celle de la Kintzig, dont nous avons 
donné un aperçu succinct ; mais les hauteurs portent un tout autre caractère. Quoique 



Environs 
(te Tryberg. 



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Environs deTriberg 



Panorama de Strasbourg. Environs . Page. Se 




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Horlogere deNeustadt. 

Paysannes de la Vallée de l'Eltz . 



Lith. d'E. Simon* Strasbourg 



Paysan de la Vallée 
de Simonswald. 



Horloger 
Colporteur 



Paysanne de la Vallée 
de Simonswald . 



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PAYS DE BADE. 



35 



1 



Environs 
de Tryberg. 



Fabrication 



ces plateaux soient aussi élevés que le Kniebis, on n'y rencontre pas cette morne 
solitude, où l'on chercherait vainement quelques vestiges d'habitation. C'est la région 
alpine de la Suisse, avec les tristes forêts de sapins de la Norvège, moins les chalets 
avec l'oisif vacher, et moins les barraques à demi enfoncées dans le sol, couvertes 
d ecorce et entourées d'un troupeau de rennes. 

Ici, presque à chaque quart de lieue, le voyageur rencontre des maisons isolées avec 
leurs étables, et tout près une chapelle et un moulin, que l'habile habitant de ces 
montagnes construit lui-même, et qu'un filet d'eau met en mouvement, triples 
constructions qui caractérisent la simplicité de ses besoins. Dans l'une, il travaille avec 
sa famille et ses ouvriers ; elle l'abrite chaudement dans ces âpres régions et conserve 
ses provisions; dans l'autre, il prie devant son Dieu ou son saint , tandis que le moulin 
broie son orge, quand, pendant cinq ou six mois de l'année, enfoncé dans les neiges, 
il vit dans l'isolement le plus absolu, sans communication aucune avec les vallées et 
la plaine. 

C'est là que se fabriquent ces horloges, ces pendules que les actifs habitants de la 
contrée vont colporter dans toutes les parties du monde , et qui appellent au travail du des horlo ? es de la 
matin le colon des bords du Missouri comme le paysan d'Alsace , l'ouvrier russe comme "' 

I habitant de la Sierra Morena. Chacune de ces maisons isolées est un atelier. En entrant 
dans 1 une d'elles, on y trouve le fondeur qui moule dans le sable et coule les rouages 
en cuivre et la clochette au timbre sonore; dans l'autre, on les voit passer au tour et 
tailler sur la machine les engrenages ; dans la troisième , l'ouvrier construit les carcasses 
des horloges en bois et tourne les cadrans; dans une quatrième, une famille de peintres 
les orne de dessins variés et les colorie de mille nuances diverses, selon le goût 
des nations auxquelles ces produits industriels sont destinés. Saint Jacques de 
Compostelle, saint Antoine de Padoue , saint Népomucène, avec leurs attributs, brillent 
sur les horloges qui feront le voyage d'Espagne, d'Italie et d'Autriche; les litho- 
graphies de Charlet, de Bellanger, d'Adam, la statue de Napoléon, transportées sur le 
vernis, sont destinées à flatter l'esprit national des Français , tandis que des trophées de 
liberté ou le portrait de Washington décoreront les horloges transatlantiques , ou 
qu'un bariolage éclatant de fleurs, de ciselures et de dorures, ira charmer le goût 
moins exigeant du vulgaire. Enfin, on arrive à l'atelier de l'ajusteur, qui reçoit par 
douzaines le contingent de tous, réunit les diverses pièces éparses, et en forme un 
ensemble tant à coucou, à jeu de danse, à serinette et bien d'autres, dont la valeur 
varie de deux francs à soixante francs et au-dessus. Voilà la fabrication qui est arrivée 
à un haut point de perfection ; reste la part du génie. 

Celui qui a visité Furtwangen se souviendra toujours avec intérêt de cette maison Maître Blessa 
isolée dans un vallon latéral, entourée d'une vaste prairie, et du respectable vieillard 
qui l'habite, de Martin Blessing, le Schwilgué de la Forêt-Noire. 










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Maître Blessing. 









Historique 

de la fabrication. 



an 

PAYS DE BADE. 

L'auteur, en 1827, fut assez heureux de voir dans cette modeste demeure le chef- 
d œuvre de cet artiste sans prétention, une grande horloge, formant meuble, et qui 
marquait Je cours des astres , les secondes, les minutes, les heures et les années , avec- 
orgue a deux cylindres de rechange, qui faisait entendre deux ouvertures à grand 
orchestre et vingt-quatre antres pièces de musique. Il vendit ce grand travail pour 
15,000 florins'. Le nom de Blessing, dans ces montagnes, est un nom d'artiste; 
Constantin a Langenbach, Jean-Jacques à Kirnach, le cèdent peu à leur Nestor; il faut 
ranger encore parmi ces ouvriers d élite, Duflner à Tryberg, Schapperle à Lentzkirch, 
Hock a .chonach et tant d'autres. A peine une composition musicale est-elle en vogue 
a Paris ou a Vienne, à Naples ou à Berlin, que déjà les agents de cette vaste association 
mdustnelle, qm se trouvent partout, en envoient les partitions à Furtwangen. C'est là 
que 1 intéressante famille de Placide Kreutzer, composée de peintres et de musiciens 
s en einpare, arrange la musique selon les exigences de l'instrument, et la donne en 
manuscrit aux fabricants d'orgues, qui la piquent sur les cylindres 

Apres cet aperçu sommaire sur la fabrication des horloges de la Forêt-Noire, jetons 
un coup d œil sur son historique et sur ses résultats. Toute invention , tout art a son 
enfance et ses phases qu'il doit traverser pour arriver à la perfection. Dans les beaux- 
ar ts , il y a loin des pages de Cimabue et de Giotto à celles de Raphaël et de Michel-An*, 
*u construit et orna en même temps la plus riche coupole de la chrétienté. H y a' 
loin des premières montres de Nuremberg aux chefs-d'œuvre de nos jours. Quel espLe 
mmense n a pas franchi l'invention du marquis de Worcester, depuis 1663 alo s'qu 
h premier ,1 eut l'idée d'employer la vapeur pour faire fonctionner une machine 
jusqua nos jours où les steamers sillonnent les mers, et où la locomotive traîne avec 
une vitesse prodigieuse de longs convois de voyageurs et de marchandises sur les rails 
de fer? C est a 1 époque où Papin perfectionna ces machines , vers la fin du dix-septième 
siècle, quune ère nouvelle de prospérité s'ouvrit pour ces montagnards affamés et 
désoles par les desastres d'une longue guerre. Depuis la Suisse jusqu'au Palatinat, ces 
riches plaines ne présentaient plus aucune ressource aux nombreuses troupes de toutes 
nations tantôt victorieuses, tantôt vaincues, qui s'y faisaient la guerre. Le soldat était 
oblige de se jeter dans ces gorges de montagnes pour trouver des moyens d'existence : 
il eta.t encore attiré par l'espoir du pillage des riches abbayes établies dans ces solitudes,' 

sur 18 pied de hlu LZme S£ ' T ' œhrenbach - Cet inslru ™nt forme meuble de 12 pieds de large 
depuis IZn le 1 doux u Z^r , ^7' " imitant t0US ^ ^^^ ™» ^ modulations, 

que .'ouverture „ "ZZiZZ TZ 7 » ^T™' """^ d '° UVerlUreS deS P * US M ' anteS ' lel,es 
Xorrna, Fra Diavolo l Cr J on 'v , v ' ** ^t 1 ™™ ™' de Z( ™^> enlèvement eu Serait, 

fut achevé en P l ?*"*".' daU ' reS morceaux > des valses, des polkas, e.e. L'instrument, cm 

Odessa ' 6t qU °" 3 PU V °' r Gt emendre en »"« «"» » Cari^he, a été vendu pour 30,000 flor ns 



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PAYS DE BADE. ^ 

boisées d'épaisses forêts, où il n'y avait d'industrie que la fabrication de la soude 
quelques verreries et l'exploitation des mines. 

C'est alors qu'un marchand de verroteries qui vendait à l'étranger ses productions 
apporta dans ces montagnes une pendule en bois, qu'un ouvrier de la Bohème -mit 
grossièrement exécutée. Elle fut imitée par un menuisier de Waldau. Ces habitants 
prévirent 1 avantage qu'ils pourraient retirer de cet art, et au commencement du dix- 
hmt.eme s.ecle les Dinger et les Doffner de Schœnwald et Lôffler de Guttenbach se mirent 
a 1 œuvre en s'associant pour la fabrication des horloges. Ils peuvent être envisagés de 
droit comme les fondateurs de cette branche d'industrie, si riche en produits et si 
remarquable par ses immenses perfectionnements artistiques et mécaniques 

Vers 1730, Frédéric Dinger d'Urach se rendit à Paris, et acquit pendant une année 
de séjour dans cette capitale des arts, de grandes connaissances en horlogerie, 
qu ,1 adapta a leur fabrication. Caspar Doser fut le premier qui exécuta une horloge 
m rquant le cours des astres. En 1768 , Jean Wehrlé de Neukirch en construisit une 

de o ;r TV ^T ^ mUSiqUe ' aU MOyen d ' Un C ^ lindre ' dont le —ment 
de rotatton fa.sait mouvoir a son tour de petits marteaux frappant sur des clochettes 

en verre. En 1770, Salomon Scherzinger adopta l'orgue, et ces intelligents ouW 

vendent surtout puiser aux sources des sciences et de l'instruction musicale q e 

^::::T ye ; de saint : pierre ■ de saint - Geor ^ et de «-«*- « ££ 

un plaisir de mettre a leur portée. Leur génie inventeur et leur habileté d'exécution se 
perfectionnèrent de plus en plus; ils surent trouver des débouchés pour leurs pr" 
ductions, et établirent des relations au dehors; leur perspicacité devinait Je goût des 
nations avec lesquelles ils se mettaient en rapport. Ceux d'entre eux qui n'avaient 
pas le goût du travail sédentaire, animés par un esprit aventureux, quittaient cps 
montagnes avec une pacotille, consistant en quelques caisses d'horloges fran- 
chissaient les mers, et revenaient au bout de quelques années riches dune fortune 
acquise par l'échange , après avoir établi des comptoirs, où d'autres, avides des mêmes 
profits, venaient les remplacer. 

Cette activité et ce développement intellectuel firent succéder le bien-être à la 
pauvreté ; la culture de la pomme de terre qu'ils introduisirent chez eux vers le milieu 
du siècle passé les garantit de la famine; leur rudesse primitive s'adoucit au contact de 
la civilisation des villes, dont ils empruntèrent bientôt les formes polies; l'instruction 
lit chez eux des progrès rapides, et le voyageur est souvent étonné en arrivant le 
dimanche dans une auberge d'un des centres de ces contrées, d'y trouver attablés des 
hommes auprès d'une bouteille de vin de Bourgogne ou de Bordeaux, causant affaires 
et parlant presque toutes les langues vivantes; ce sont ceux qui, après dix ou quinze 
années d'absence , sont revenus dans leurs foyers avec une petite fortune amassée en 
faisant le commerce en pays étranger, et qu'ils font valoir dans ces spéculations 



Historique 
de la fabrication. 















cm 



10 11 12 13 14 15 16 17 lï 



19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



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I 



38 PAYS DE BADE. 

de laScïtion. ^ danS IeS bai,,ia 8 es de Tryberg et de Neustadt, formés de quarante-trois 
communes , ayant 15,300 habitants , que cette industrie s'exerce par plus de douze cents 
maîtres, leurs familles et leurs ouvriers. D'après Gôrlach, il s'y fabrique par semaine 
trois cents quintaux d'horloges de la valeur de 100 florins le quintal, ce qui donne une 
valeur annuelle de 1,560,000 florins. D'autres renseignements recueillis par nous-même, 
chez M. Faller père, le commerçant par excellence et aubergiste au Lion de Tryberg, 
nous ont appris qu'on expédie par semaine à Kehl et à Strasbourg quarante caisses 
d'horloges de la valeur de 800 florins chacune, c'est-à-dire une valeur de 32,000 
florins par semaine et de 1,664,000 florins par an. En prenant la moyenne de ces 
chiffres, on arrive à une somme de 1,612,000 florins ou de 3,473,000 fr. par an, dont 
à déduire , d'après la statistique de Poppe , valeur en matières premières employées 
pour la fabrication des pendules et horloges, tant en bois de sapin, de hêtre, en cuivre , 
zinc, étain, qu'en charbons, couleurs, fils de fer, creusets, etc., un montant de 258,431 
florins, ce qui donne un bénéfice net, y compris la main-d'œuvre, les intérêts des 
capitaux d'établissement, de machines et d'outils, de 1,353,569 florins ou 2,916,781 fr., 
produit par la seule fabrication des pendules et horloges. Quelle immense progression' 
depuis un siècle et demi ' ! 
Chapeaux de paille. Dans ces mêmes bailliages, les habitants exploitent encore une autre industrie 
également lucrative, et qui occupe les adultes comme les enfants. Le petit pâtre, assis 
sur un bloc de rocher eu gardant son troupeau, la petite fille qui surveille ses chèvres, 
tout aussi bien que la mère assise au berceau de son enfant, emploient tous leurs loisirs à 
confectionner des tresses de paille. Tous ces filets plus ou moins finement tressés sont 
envoyés ensuite dans les fabriques, où ils sont convertis en cabas , en casquettes et en 
chapeaux de paille de la valeur de quelques kreulzer jusqu'à celle de vingt et trente 
florins. Dans cette partie se dislingue surtout l'établissement de MM. Tritschler, Faller 
et C ie à Lenzkirch. 
Conclusion morale. Nous voyons de quel immense avantage matériel ces diverses industries sont pour 
ces populations, maltraitées par la nature, sur un sol rocailleux, sous un climat âpre 
et rude, où la terre ne paie qu'avec parcimonie les peines et les travaux du cultivateur. 
Et quelle grande leçon le moraliste et l'économiste ne peuvent-ils pas puiser au milieu 

1 Des informations prises à la douane de Strasbourg constatent annuellement l'entrée suivante des horloges et 
pendules de la Forêt-Noire en France; on verra cependant que le chiffre en est décroissant depuis 1835. La cause 
de cette décroissance gît-elle dans le développement qu'a pris l'horlogerie en France, ou bien le transport trans- 
atlantique a-t-il pris une autre voie que celle de nos ports de mer? Nous l'ignorons. 



Ponr h coDsomnialiouen France. 


Pour le transit 


1835 — 70,500 


100,800 


1840 — 69,900 


71,100 


1845 — 65,300 


45,300 


1850 - 39,900 


4,600 



cm 



10 11 12 13 14 15 16 17 lf 



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9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 




wSmwWSBÊÊm 




Panorama ie Strasbourg. Environs. Page . 39. 







Dessiné d'après nature par F. Piton, ligures et lUho^r\ a par Ait? Touche molm 



npJS.Simtmâ Strasbourg. 



Vue du Saut-du-Cerf à l'entrée des (jorées du Val d'Enfer. 



cm 



2 3 4 5 6 7 



9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 







PAYS DE BADE. 39 

de cette population industrieuse? On ne voit pas là , comme dans nos villes manufactu- Conclusion fflwate 
rieres, des centaines et des milliers d'hommes au teint pâle, livide, enfermés dans 
d'immenses salles, des enfants sans force, sans instruction et sans mœurs, croupir 
dans la misère; population imprévoyante et débauchée, qui dépense en grande partie 
dans les orgies du dimanche et du lundi le salaire péniblement gagné pendant la semaine 
Ces malheureux ne connaissent pas la vie d'intérieur, le bonheur du ménage, l'éco- 
nomie et le bien-être qui en résultent , et donnent leurs forces et leurs sueurs à quelques 
grands manufacturiers, dont les uns s'enrichissent, et dont les autres, aventurant 
des capitaux confiés, finissent par la banqueroute et réalisent souvent, par une 
concurrence effrénée, la fable du pot de terre et du pot de fer. Chez les industriels de 
la Forêt-Noire l'association est la base de leur industrie, de leurs profits, comme 
de leurs pertes, car si une concurrence quelconque s'établit à l'extérieur, s'ils sont 
obliges de baisser le prix de tel ou tel article, les intéressés sont convoqués le 
dimanche, et si Ion est forcé de réduire le tarif en vue de la concurrence, le salaire 
de 1 ouvrier est diminuéen proportion , ainsi que la commission du débitant; là chacun 
supporte sa part. 

En continuant l'analyse de cette ligne étendue de montagnes, nous découvrons à la 
gauche du Kandel , le Rosseck , au fond du Prechthal , et le Hôrnliberg. L'œil armé d'une 
longue vue , distingue sur ce dernier les ruines d'une chapelle et de quelques bâtiments 
adjacents que le feu du ciel réduisit en cendres il y a une trentaine d'années. Elles 
durent leur construction à un officier français, qui , guidé par de pieux sentiments, les 
lit élever pendant les guerres du dix-septième siècle et les dota. 

Beaucoup de pèlerins y affluaient autrefois; aujourd'hui ce n'est que la belle vue 
dont on y jouit qui peut récompenser le touriste parcourant la vallée de l'EIlz de 
l'ascension pénible à laquelle l'oblige cette excursion. Entre la vallée de Simonswald et 
celle du Glotterthal , s'élève le Kandel, à 1268 mètres au-dessus du niveau de la mer; en 
descendant du côté oriental de ce point élevé vers la Platte, auberge isolée non loin de 
l'antique abbaye de Saint-Pierre 1 , on arrive à la cascade du Zwerrenbach, une des plus 
considérables et des plus pittoresques de la Forêt-Noire. 

La ligne de montagnes qui s'abaisse à la droite du Kandel nous marque les profon- Le val d'Enfer 
deurs de la vallée de la Dreisam et de l'Enfer; c'est par cette gorge étroite et sauvage 
dont le maréchal de Villars disait, en écrivant à l'électeur de Bavière , qu'il n'est pas assez 
diable pour y passer avec son armée, que Moreau fit sa savante retraite. La campagne 

i L'abbaye de Saint-Pierre fut fondée à Weilheim, dans le pays de Wurtemberg, par Berthold I , comte de ZaBhrin-en 
ma.s son f.Is Berthold II la transféra, en 1093, dans la haute Forêt-Noire; elle exista comme telle iusou'en âm 
époque à laquelle elle subit le même sort que Schutlern et les autres couvents de ce pays. 

II y a quelques années que l'archevêque de Fribourg fit transférer dans cette solitude le séminaire itmri '"- ■ 
l'université de Fribourg en Brisgau. auacne a 



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19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



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40 PAYS DE BADE. 

Levau-Enfe, de 1796 commença par le passage du Rhin à Kehl, et finit en octobre de la même 
année par cette retraite qu'il opéra, après la bataille de Bieberach, depuis le centre de 
iaBavere jusqu'à la frontière française. Harassée de fatigues, marchant la nuit et se 
battant le jour, cette armée de braves déboucha , dans le plus grand ordre, dans la 
vallée du Rhin, aux portes de Fribourg. 

Moreau avait l'intention de s'appuyer sur ce point et de manœuvrer avec son armée 
sur la nve dro.te du Rhin, entre Fribourg et Kehl ; mais le prince Charles, qui avait 
prévu ses plans, s'était hâté d'arriver du Bas-Rhin avec les divisions de l'armée 
autrtchtenne et de celle de Condé, et lui barra le passage, entre la Forêt-Noire et le 
Katserstuhl. Nous voyons du haut de la cathédrale le promontoire qui descend dans la 
plame , entre Ettenheim , Emmendingen et Kent Z ingen , où se livra la bataille qui força 
Moreau au passage du Rhin à Brisach et à Huningue, après un second combat meurtrier 
sur Je promontoire de Schliengen. 

Le géant de la Forêt-Noire, le Feldberg , avec ses ramifications qui s'étendent jusau'au 
Belchen ou Ballon d'Allemagne, s'élève a la droite a 1493 mètre! au-dessus du ZZ 
de la mer. Le géologue, le botaniste, le peintre, en se logeant pour quelques jours 
dans un des chalets de Mentzenschwand ou de Todnau, où s'abritent pendant vZ d 
nombreux troupeaux sur cette cime alpestre, trouveraient de riches compe, s Irions 

E z:: ;™ ose • à ,a — - — * - — ^ ;:::: 

Sur son sommet l'œil embrasse cette mer de montagnes qui s'étend au nord jusqu'à 
Alp 7r ' * T 7 ^ haUtS P,atGaUX dU P ^ S dG W " rtembe ^ el " i^e- 

Alp, au sud jusqu au lac de Constance et aux cimes blanchies de la Suisse, et à IWst 
jusquaux Vosges lointaines, qui ferment le large bassin dans lequel le Rhin suit 
scmtdlant son cours tortueux , à travers des champs et des prairies. L'œil repose sur 
des nnlhers de clochers de villes et de villages, de fermes et de maisons isolées 
indiquant la demeure de l'homme, le tout harmonieusement étendu à nos pieds 
comme une vaste carte géographique sur laquelle brillent encore à l'est le Feldsee le 
Schluchsee et le Titisee, petits lacs resserrés dans les montagnes 

La Wiese, illustrée par les chants de Hebel, prend sa source dans les flancs du 
Feldberg et, arrosant la charmante valléequi porte son nom, débouche à Lôrrach pour 
se jeter dans le Rhin non loin de Bàle'. 

le nL d 7V^ll^lT e ^Z S Une * !" PrÔS dU PetU ViUage de Hasel ■ les proues connues sous 
fantastique Zs^iT^ZJ S/T '"^ LCS <*°«'e« d « cochers, les Formes grotesques et 
murmure les inï de c sn CGS V ° lUCS ' ' e t0n ' e,,t Gt le P etit lac 1 ui interrompent par leurs 

H n'y a q e le ^tes d oie T" S '/'Tonnent * ™ beaUtés de la nalure 1 ue le tou - le encontre rarement 
puis entlu l r g °e p ,2 f ' anS ' a Fl ' anChe - C0mlé • et «*» de Baumann , dans les montagnes du Harts, qui 



Le Feldberg. 



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2 3 



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PAYS DE BADE. u 

Dans cette vallée, au pied du Feldberg et du Ballon, dans celle de Saint-Biaise', une Le Feldbers 
industrie , moins artistique sans doute que la fabrication des horloges , présente encore 
a ces montagnards des ressources qui suppléent à l'insuffisance de l'agriculture et de 
l'éducation des bestiaux. C'est là qu'on donne aux bois de leurs forêts ces mille formes 
d'ustensiles , qui figurent sur nos marchés et qu'on exporte au loin. De ces vallées nous 
arrivent les baquets, les cuveaux, les fonds de cribles, les douves de sapin et de chêne 
les cuillères en bois, les boîtes à sel, etc., connus sous le nom de boissellerie de laForêl 
Noire; les habitants joignent à cette fabrication celle des brosses et de l'amadou 

Le promontoire qui descend des flancs abruptes du Ballon vers la plaine, sépare la 
vallée de Munster de celle de Badenweiler, dont les bains romains et modernes et 
I antique château ruiné offrent beaucoup d'intérêt. Tout près <Je l'entrée de cette 
première vallée est située la petite ville de Sulzbourg, où naquit, en 1694, un homme 
cher a 1 historien et à l'archéologue, et dont la scieuce éteudue a illustré notre ville 
natale: cest Jean-Daniel Schœpflin, l'historiographe de Louis XV, l'auteur de VAlsatia 
érudÎts ^ ¥ ° maliCa ' de YHiSt ° ria Z <* h ™go-Badensis et de divers autres ouvrages 

du E Lt n „ f T nt T ^ r""^ MÛnSter ' lG ™^*«*^ -ec intérêt, au pied Vallée * m—. 
du Ballon, les puits et les galeries du Teufelsgrund , mines d'argent et de plomb 
exploitées par une société, à la tête de laquelle se trouve le banquier Hawer de Car sruhe ' 
mmera, que l'on en retire devient article de commerce, sous la forme de litharg 
rapporte a peu près 17 000 florins par an; une école des mines est attachée à t' 
établissement Non lom de là , l'antique abbaye de Saint-Trudpert nous ramène vers les 
siècles ou la foi religieuse éleva tant de monuments à la gloire de Dieu et de ses saints 
martyrs. Saint-Trudpert reçut son nom de son fondateur, Irlandais de naissance, qui 
comme saint Landolin et saint Florent, ses compatriotes, vint prêcher le christianisme' 
chez nous, au septième siècle. D'abord simple ermitage, ce couvent s'agrandit, et 
exista jusqu'en 1806; Colomban Chrétien, qui mourut en 1810, en était le dernier 
abbé-prieur. 

Nous arrivons enfin au dernier point élevé de la chaîne de la Forêt-Noire oui se 
déroule a nos regards sur la plate-forme de la cathédrale , depuis le Thurmberg près de 

a hL L vrrs r Rr iparc r rt ia vaiiée de ia wiese ' ne man<fuera p as de visiter ' ^ une * «*&*. r*»*,™ 

abbaye de Sa nt-B aise , , lustrée par tant de religieux , qui y cultivaient les sciences et les arts , et parmi 1 sque Tse 
distingua surtout l'avant-dernier prélat, Martin Gerber, auquel on doit VUistoire <le la ForU-Noire, que q ï au r 
ouvragesh,slonquesc untrauéinta^ 

eghse, richement ornée dans son intérieur des marbres de toutes espèces que produisent ces mon agnes° e qu 
nous rappelle , par les formes grandioses de sa coupole , le Panthéon de Paris et la Chiesa-di-Santa-Maria-della-Rot nd 
a Rome. Notre compacte SUbermann construisit pour ee prélat un orgue, véritable chef-d'œuvre qui doit Z 
trouver aujourdhu. a Carlsruhe. Les bâtiments de l'abbaye sont devenus le siège d'une manufacture établie 2 
M. dEichthal, ou 1 ingénieur Fourneron plaça la première turbine de son invention, si utile dans le dévelonJL, t 
contemporain de la mécanique. le aevelo PPement 

ENVIRONS. 



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10 11 12 13 14 15 16 17 lï 



19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



HHHBBJi 




Le Blauen. 



Le Kaiserstabl. 



19 

PAYS DE BADE. 

Durlach sur une longueur d'environ 160 kilomètres (quarante lieues): c'est le Blauen 
au fond du Brisgau, à 25 kilomètres en deçà de Bâle, que les nombreux visiteurs des 
bains de Badenweder aiment à gravir, pour y jouir du beau point de vue qui s'étend 
jusque dans la Suisse et embrasse une grande partie de la vallée du Bhin. Au pied de 
cette montagne et sur nne étendue de quelques lieues, se cultive , dans ce pays si riche 
en productions de la terre, cet excellent vin blanc, connu sous le nom de vin du Mar- 
graviat, un des meilleurs et des plus sains crus de l'Allemagne 

Le géologue, en explorant les deux chaînes de montagnes qui bornent l'horizon à 
I ouest et a est, reconnaît au granit, aux grès, aux pierres calcaires, les diverses 
périodes de la formation du squelette de notre globe; le groupe de montagnes vers le 
sud-ouest, et, plus rapproché que le Blauen, le Kaiserstuhl , lui indiquent les traces de 

ZuZ T TTZ qUÎ S ' étaîent fait JOUI ' ' ,a SUrfaCG deS — ' dans ,es *»P- 
fabuleux, ou la vallée du Rhin formait probablement un immense lac, depuis les Alpes 

sTntToXr 8 étr0heS ^ Rhinga " ' à tr3VerS lGSqUel,eS CG fleUVG SGSt Creusé de P uis 
Le groupe de montagnes dont les points culminants sont l'Eichelspitz , la montage 
couronnée de la chapelle de Sainte-Catherine, et le plus élevé, le Kaiserstuhl ouïs 
Neuf- filleuls, a cote duTodtenkopf, est de formation doléritique, basaltique, trachytique 
et de Khngstein * I, s'élève à pic sur la rive droite du Rhin , entre Colmar t Fribourg 
ur une ongueur d'à peu près 18 kilomètres, depuis Brisach Jusqu'à Riegel , et sur une' 
largeur d environ 9 kilomètres , de Burgheim à Oberschaffhausen. 

Les fragments pierreux provenant de la prompte décomposition d'une grande partie 
de ces roches, quand elles viennent au jour, mêlés au lœss, forment un terreau extrê- 
mement fertile en blés, en maïs, en pommes de terre, en oignons et légumineuses 
mais surtout en vignes et en arbres fruitiers. C'est aussi la raison pour laquelle sur 
ce petit espace de terrain près de 30,000 habitants, disséminés dans trois petites 
villes et vingt villages, trouvent l'aisance par leur travail agricole; il n'y a que les 
plantes fourragères, le trèfle excepté, qui n'y réussissent pas, faute de sources pour 
1 irrigation, les rares petits filets d'eau qui descendent de ces hauteurs étant tout au 
plus suffisants pour mouvoir quelques moulins. Dans le Kaiserstuhl, par une bonne 
vendange ce manque d'eau est devenu proverbial , et l'on dit qu'il y a plus de vin que 
d eau limpide». Par des temps d'orage, les pluies sont très-nuisibles à ce terrain, formé 
par la culture en terrasses étagées de cinq à six mètres de largeur, entrecoupées de 

*££2Z ^'Tr V^ ' ** *— "^ ^^ de '^ • de ^ nat ™ r > de «**■*. etc. 
oyez fcisenlohi, DescnpUon géologique du Kaiserstuhl (1829) 

sa», l, L„ iTTCu T,rjZ^7iZT ' ""' les ""*■ '"°" l " es —* m ' m - m 



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10 11 12 13 14 15 16 17 lf 



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Panorama de Strasbourg Environs Page 43 



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Chai eau de Sponeck. 




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au de . Lirnhouup. 



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F i^J 



PAYS DE BADE. 



43 



chemins creux, dans lesquels les eaux se roulent en torrents, et entraînent souvent Le Kaise.su.hi. 
hommes, chevaux et voitures. 

Outre l'intérêt qu'il offre sous le rapport géologique et agronomique, le Kaiserstuhl 
présente du côté du Rhin des sites variés et pittoresques; c'est surtout à la ruine du 
château de Sponeck et à son auberge, assises sur des pans de rochers, boisés de forêts 
de pins, et d'où l'œil embrasse la plaine de l'Alsace et la ligne des Vosges, que l'artiste 
trouve un séjour agréable et un calme bienfaisant pour ses études'. On y parvient 
facilement, soit en quittant le chemin de fer badois à Riegel, en traversant la petite ville 
d'Endingen et le vidage d'Ichtingen, soit en se détachant à Schlestadt ou à Guemar 
du chemin de fer français, et en se dirigeant sur Artolsheim, où se trouve un bac. Les 
armées alliées avaient formé, sur ce même point, un passage lors des invasions de 
1814 et de 1815. 

Non loin de là, près de Sasbach sur le Rhin, nous distinguons du haut de la plate- : c - 

forae.de la cathédrale, à la droite de ce groupe de montagnes, deux collines, le 
Lùtzelberg, dont la cime est surmontée d'une chapelle, et le Scheibenberg qui porte la 
ruine du château de Limbourg, où mourut, en 1075, Berthold, duc de Zsehringen, 
dont les descendants bâtirent les villes de Berne et de Fribourg-en-Brisgau , et où naquit! 
le ly mai 1216 , Rodolphe de Habsbourg cet empereur auquel Strasbourg dut une 
partie de ses privilèges, qui devinrent plus tard la base de sa puissance. 

Le point culminant de ce groupe de montagnes, les Neuf-Tilleuls, offre un séjour 
plein de charmes, à l'ombre de ces neuf troncs d'arbres séculaires, sortant d'une même 
racine, et qui forment une coupole de verdure magnifique. La tradition rapporte que 
sur cette hauteur, d'où l'on dislingue aux quatre points cardinaux les cathédrales de 
Strasbourg, de Colmar, de Fribourg et de Vieux-Brisach, les anciens empereurs germains 
tenaient leurs plaids ou lits de justice, d'où la montagne a reçu le nom de Kaiserstuhl 
siège de l'empereur. 

Le touriste qui descend decettemontagneauxbainsd'Oberschaffhausen, poursediriger 
vers Fribourg-en-Brisgau , passe par Umkirch, où la princesse douairière, Stéphanie 
de Bade, possède un beau château et un parc. Non loin de ce village, sur une prairie , 
une croix à moitié enterrée, et dont l'inscription est effacée par le temps, marque la 
place où fut tué Conrad de Lichtenberg, évêque de Strasbourg, sous l'épiscopat duquel 
Erwin de Steinbach commença la construction de la façade de la cathédrale. Ce prélat 
était venu avec ses hommes d'armes secourir son beau-frère Egon, comte d'Urach et 
de Fribourg, qui était en guerre avec les habitants de cette ville; lors d'une sortie qu'ils 
firent le 4 janvier 1299, un boucher le perça de sa lance; le corps de lëvêque fut 

1 Parmi les magnifiques carrières exploitées au Kaiserstuhl, se distinguent surtout celles d'Oberbergheim 
d'Oberschaffhausen, celles situées le long du Rhin, près de Sponeck et de Sasbach; ces dernières fournissent en 
grande partie les matériaux pour les travaux d'enrochement de ce fleuve. 

6. 



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WÊUbêBBsBBb 





Meissenheim. 



■■■ .1 ' 



Wittenweiôr 







Ottenheira. 



44 PAYS DE BADE. 

TiZT à S ' raSb0arg ' ° Ù ' 0n TOil encore so » '«"^au dans une chapelle latérale 
Descendons de ces hauteurs et parcourons la plaine 

auouelTr.,,, 6 ," T Pa ° 0rama • "°" S aV0 " S renC ° nW le docher de Sessenheim, 
auquel se rattache le souvemr des amours de Goethe et de Frédérique, ce roman de 

a unesse du grand écrivain allemand. Le fils du patricien de Francfort, qui, depuis, 

es I ustre par tan, de chefs-d'œuvre littéraires, est mer, octogénaire au si d la gll 

et des honneurs, e, a l'ombre du clocher de Meissenheim repose, sous un tertre fie gazon 

la modeste fille du pasteur, qui pleura plus de quarante années son aman, inconstant >. 

W„.e„„e,er, sur les bords du Rhin, de même que Meissenheim, nous ramène 

laquelle la pohttque et le fanat.sme religieux semèrent la désolation dans une grande 

a olde detr ' SaCh é 'f ""* Par ICS lr0 " PeS du d " C de Saxe-Weimar alors 
a la solde de la France, e, par l'armée du maréchal de Guebriant, dans laquelle Turenne 
serva,t comme heutenant-général ; la garnison impériale, commandée par le brave 
Remach» e a,t décunée par la famine et des maladies contagieuses, lorsque ,e 
gênerai W, déboucha de la vallée de la Kintzig avec 20,000 hommes . un » ï0 
dun ntdher de vo.tures, chargées de vivres, pour veniran secours decette forteresse 

i: ::*;: ™ a sa ™ e avec ,mo ° hM ™ s - «■•" ** «•«££ 

Ta h ta 1 , i "T " ™ re "' "* PriSeS à ^«enweler, le 9 août .638. 

La batadlefu, «err,ble, e, plus de 2,000 impériaux trouvèrent la mort sous lesconps des 
armes germano-suédoises ou dans les flous du Rhin ; . ,500 furent faits prisonniers Gœtz 
perd, tome son artillerie, son immense provision do vivres, et pu, [peine se sauv 

leurs ou ,"" S / 'T C °" PS -, LeS R ° mainS ' ° PrèS ™ e ba ' aille «»*• -P» d -» 
eurs offrandes dans le temple de Mars; les Peaux-Ronges présentent au grand Esprit 

les scalpes des , tes de leurs ennemis tués ; l'armée weimarienne se mi, à genoux sur e 
champ de batadle, fumant encore du sang des tnés et des blessés, e. chanta le m. 
psaume en I honneur du Dieu des chrétiens ! A ;la suite de ce combat meurtrier oui 
empêcha .armée tmpériale de ravitailler Brisach , et après quelques autres essais 
«fructueux, cette ville se rendit, quatre mois plus tard, après avoir subi toute 
horreurs d'un s.ége et de la plus cruelle famine. 

Parmi les villages de Nounenweier, de Rappel , de Bust e. de Wiswvl , situés sur les ■ 
bords du Rhm et don, les habitants viven, essentiellement de la culture du chanvre 
de la pèche et de la batellerie, nous distinguons encore le haut clocher d'Ottenheim ; ii 

Me'JÏÏÏÏT Br '°° m °""" '" "' 3 ' * '' âge " e ««»'«-"* »». A ««» be»-UÔ,«,e pa,, e „„,»„ , 






cm 



2 3 



10 11 12 13 14 15 16 17 lf 



19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 









cm 



2 3 4 5 6 7 



9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



Panorama de Sirask 



<ourô 



i Environ s, Pzae 4-5, 




dessine par F. Piton 



Tableau comparatif des Hauteur, appremes du Belcke, h RI 



L'tl, deû BalbwiStr^.u^ 



2 3 



9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 






PAYS DE BADE. 



45 



nous désigne le point où Turenne passa le fleuve avec son armée, le 8 juin 1675, pour 
aller se fortifier à Willstsedt. 

Si nous portons nos regards vers le sud-ouest, la vallée s'ouvre de même que vers 
le nord- est; ce n'est que bien rarement, quand l'atmosphère est dans un état anormal, 
par un temps orageux ou précurseur de la pluie, qu'une ligne droite et plus élevée 
paraît dans le lointain et lie les Vosges au Kaiserstuhl ; cette ligne est la chaîne du 
Jura, dont un point culminant vient se placer entre les Neuf-Tilleuls et le Todtenkopf 
du Kaiserstuhl : c'est la Rothi , derrière le Weisenstein , d'où l'on jouit d'une magnifique 
vue, qui embrasse le bassin du Rhin dans la direction septentrionale. Les cimes blanchies 
des Alpes de l'Oberland bernois, les plus rapprochées des Alpes de la Suisse , de même 
que celles plus éloignées de la vallée du Rhône que nous avons souvent distinguées 
dans nos fréquentes excursions sur les Vosges et sur la Forêt-Noire , ne sont pas visibles 
de la plate-forme de la cathédrale de Strasbourg; nous ne les avons jamais aperçues 
pendant notre séjour multiplié sur ce point dominant. Un travail mathématiquement 
exécuté nous a donné la conviction , que ce qui pourrait parfois , en été , sembler être 
la chaîne des Alpes avec ses pics pointus, n'est autre chose qu'un amas de nuages 
lointains, qui se colorent suivant la position du soleil, mais qui varient de forme 
quand on les observe longtemps. Par leur position géographique en rapport avec 
Strasbourg , les montagnes les plus élevées de l'Oberland bernois, telles que le Finster- 
aarhorn , les Schreckhôrner, la Jungfrau , le Mônch et la Blùmlisalp , se placent derrière 
les montagnes de l'Oberland badois. 

Ces cimes se trouvent à une distance d'à peu près 220,000 mètres ou cinquante-cinq 
lieues de poste en ligne droite; à cette distance la dépression ou la sphéricité de la terre 
détermine une différence de 2,634 mètres sur la hauteur réelle. Le Finsteraarhorn et la 
Jungfrau, qui ont une hauteur, l'un de 4,297 et l'autre de 4,180 mètres au-dessus du 
niveau de la mer, ne paraissent plus avoir, à ce même degré d'éloignement, qu'une 
hauteur de 1,663 et de 1,546 mètres. Si la terre était plane , ces cimes seraient parfai- 
tement visibles chez nous , puisqu'elles le sont sur quelques collines , au pied des Vosges , 
à trois ou quatre lieues plus à l'ouest; mais entreposons les montagnes de l'Oberland 
badois , telles que le Ballon et le Feldberg , à une distance de 90,000 mètres ou vingt-deux 
lieues, avec la dépression de 533 mètres, le premier qui est élevé de 1,401 mètres, et 
l'autre de 1,493, ne paraîtront plus qu'à 868 et 960 mètres de hauteur. 

Traçons une ligne droite, depuis la plate-forme de la cathédrale, à 211 mètres au- 
dessus du niveau de la mer, point A; que cette ligne forme tangente avec les points 
élevés de l'Oberland badois, désignés B et G; continuons-la jusqu'à une distance de 
130,000 mètres plus loin , au point D , et nous aurons acquis la conviction que les cimes 
des glaciers de l'Oberland bernois ne sont plus visibles chez nous, sauf peut-être au- 
dessus du Blauen, un point culminant présentant si peu de surface qu'il reste impercep- 



Le Jura. 



Les Alpes. 



10 11 12 13 14 15 16 17 lï 



19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



Les Alpes. 





1 











46 PAYS DE BADE. 

tible à cette distance dans notre atmosphère vaporeuse. Nous aurons en même temps la 

preuve qu'en appuyant de trois ou quatre lieues vers l'ouest, les montagnes de l'Oberland 

badois ne formant plus rideau à la vue, on peut voir s'élever ces cimes majestueuses 

au-dessus de la ligne lointaine du Jura. Coupons en ligne droite la vallée du Rhin, 

nous arrivons à celle de la Bruche ; prenons à son entrée le Dreyspitz ou le Rangenberg, 

près de Dorlisheim, dont le dernier a 380 mètres de haut, point E, et nous pouvons 

nous assurer à quelle hauteur ces montagnes sont visibles au-dessus de la chaîne du 

Jura. Par cette même raison de la sphéricité de la terre, la vue dans la plaine vers le 

sud ne s'étend pas très-loin ; la cathédrale de Schlestadt, à neuf lieues de chez nous , est 

le clocher le plus éloigné que nous distinguions ; celle de Colmar, à quatorze lieues, n'est 

pas visible sur la plate-forme, mais on peut encore la découvrir quand on monte aux 

quatre tourelles. 

Quittons maintenant le pays de Bade et passons sur la rive gauche du Rhin, pour 
commencer par l'historique de la Plaine-des-Bouchers, aux portes de Strasbourg, la 
description de cette partie de notre panorama. 









cm 



9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 



y i v ■ 



FRANCE. 



Au sud-est et au sud de Strasbourg , depuis le pont du Rhin jusqu'à cette longue ligne P | a ine 
de peupliers qui se perd dans le lointain et ombrage le canal de jonction du Rhône- des Bouchers. 
au-Rhin, le paysage présente plus de variété qu'aucun autre des environs de la ville. 
Des champs, des prés, des jardins, des bouquets d'arbres qui cachent des maisons de 
campagne, des auberges, des cassines de jardiniers, des lignes de verdures qui dessinent 
les chaussées, couvrent cet espace, qu'entrecoupent quelques bras du Rhin. Il s'adosse 
à la forêt de la ville {Herrenwald), qui s'étend sur les bords de ce fleuve jusque près 
du village d'Eschau. 

11 a fallu des siècles et le travail de l'homme pour niveler et transformer en terre 
productive ce sol, en majeure partie ingrat et sillonné de larges veines de gravier, traces 
des courants du Rhin, de marais et de bas-fonds. 

En effet, la terminaison des dénominations que portaient anciennement ces divers 
terrains, nous offre la preuve de sa stérilité antérieure, et la légère couche de terre 
végétale qui recouvrait ce gravier, se prêtait tout au plus à la prairie ou à de vains 
pâturages (Allmend). 

Si les couvents et les chapelles sanctifient les lieux où ils sont élevés , on pourrait avec 
raison appeler cette partie de la banlieue de Strasbourg la terre sainte de la ville, à 
cause du grand nombre de maisons consacrées à Dieu, qui y existaient il y a quatre ou 
cinq siècles. Sur l'emplacement de la citadelle un couvent de religieuses fut fondé, en 
1252, sous l'invocation de saint Jean; plus près, vers la droite, se trouvait une chapelle 
consacrée à saint Urbain, dont le nom se rattache encore au cimetière, établi, déjà 
en 1527, sur ce terrain. Là, où se trouvent de nos jours les glacis, entre la porte 
d'Austerlitz et celle de l'Hôpital, s'étaient établies, au treizième siècle, des religieuses 
sous l'invocation de saint Marc et de sainte Agnès; entre cette porte et l'Ul, des 
Dominicains, sous l'invocation de sainte Elisabeth , et des frères Carmes se fixèrent au 
treizième et au quatorzième siècle. Toutes ces maisons religieuses donnèrent leurs 
noms aux terrains sur lesquels elles étaient établies: Pré Saint-Jean , pré de Saint-Urbain 
de Saint-Marc et de Sainte-Elisabeth (Sanct-Johanms-Au, Urbans-Âu, Marx-Au et Sanct- 
Elisabethen-Au). 



10 11 12 13 14 15 16 17 lï 



19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



JET — 





Plaine 
des Boucliers. 



Fossé de Ripberg 









Les Flagellants. 



48 FRANCE. 

La vie austère et isolée du monde que menaient les hommes et les femmes qui 
habitaient ces monastères, n'a laissé parvenir jusqu'à nous aucun nom, aucun fait 
marquant se rattachant à ces établissements. Ils furent démolis en 1475, en même 
temps qu'on fit disparaître, dans un vaste rayon à l'entour de la ville , six cent quatre- 
vingts maisons, afin de la mettre en état de défense contre les attaques qu'on redoutait 
de la part de Charles-le-Téméraire. Les habitants de ces maisons furent admis dans 
1 inteneur des murs de Strasbourg, où d'autres asiles les reçurent'. Les noms que 
portaient ces terrains se sont insensiblement perdus; un seul s'est conservé: c'est celui 
de la Pla.ne-des-Bouchers (Metzger-Au), dont on désigne la vaste étendue de terrain qui 
s'étend entre le Rhin tordu et le canal, à droite et à gauche de la route de Colmar. 

Anciennement la Plaine-des-Bouchers ne s'étendait que jusqu'au Rhin tordu \ entre 
le pre de Saint-Urbain et celui de Saint-Marc, et elle reçut le nom qu'elle porte, du 
droit qu'ava.ent les bouchers de la ville d'y faire paître leurs troupeaux, ainsi que le 
prouve le § 2 de l'ordonnance de 1321 , sur le droit des bergers 3 . 

En sortant par la porte d'Austerlitz , et en laissant à sa gauche la colonne miliaire 

qui porte cette inscription: Route de Vienne, et qu'on respecte comme monument 

h.stonque, car elle date de l'empire, on parvient à un fossé, qui établit une communi- 

cat,on entre le Rhin et l'HI. Ce fossé fut creusé en 1524, et muni d'une forte digue du 

cote de la ville, pour en garantir les environs ravagés anciennement par de fréquentes 

inondations. Son nom primitif, fossé de Ripberg (Ripberger Graben) , lui vint d'une 

parcelle de terrain qu'il traverse; mais bientôt l'usage lui en attribua un autre, qu'on 

peut traduire , en employant un mot français , en usage dans ces temps , par l'expression 

de Fossé-des-Ribaudes (Hurengraben). Voici le motif qui lui fit donner ce nom : En 1521 , 

la maladie syphilitique faisait des ravages terribles à Strasbourg; les femmes de 

mauvaise vie qui s'y trouvaient furent obligées, par ordre du magistrat, d'en sortir et 

de fixer leur séjour sur le terrain qui nous occupe 4 . 

A l'ancienne Plaine-des-Bouchers se rattachent plusieurs événements remarquables 
de notre histoire locale. Closner et Kônigshoven la citent dans leurs chroniques, en 
parlant des faits qui s'y passèrent en 1349. La peste décimait à cette époque nos popu- 
lations; un grand nombre de juifs, victimes du fanatisme et de la cupidité, furent 
brûlés à cette occasion. Le désespoir s'était emparé des habitants de Strasbourg 
lorsqu'on vit arriver dans nos contrées des bandes nombreuses, composées d'Italiens de' 
Suisses et d'Allemands; ces hommes, auxquels on donnait le nom de Flagellants , et que 

1 Voyez Marais- Vert. 

2 Krumme-Rhein ou Krimmeri dans l'idiome strasbourgeois. 

„'££ "SeT? Ft h , a r R r ht ^ Vi6h ZU Mten ' UDt nR d6r V ° rher ' by UnS6r Fr0W6n HUSS im GieSSC « «'«« 
4 v T Sanct-Cathanna unze an Sanct-Ehannes Kloster (Saint- Jean-in-Undis) . 

Voyez Saint-Marc, au Finkwiller. 



FRANCE. 49 

réunissaient le repentir et la crainte de la mort , se portaient, dans le but d'expier leurs Plaine 

péchés, aux plus grandes extravagances religieuses. La population qui les regardait des Bouchers - 
comme des sauveurs que lui envoyait la miséricorde divine , se porta tout entière à leur Les Flagellants. 
rencontre, et ils furent reçus dans nos murs au son des cloches de toutes les églises et 
de toutes les chapelles. Pendant le temps qu'ils passèrent à Strasbourg, les Flagellants et 
leurs adeptes se rendaient deux fois par jour à la Plaine-des-Bouchers-C'était un spectacle 
lugubre que ce cortège d'hommes aux longs cheveux et à la longue barbe, macérés par 
le jeûne et les pratiques d'une dévotion outrée, qui, revêtus de chemises blanches avec 
une croix rouge sur la poitrine et souillés de leur propre sang, tenant d'une main 
la discipline dont ils ne cessaient de se frapper, et de l'autre un cierge allumé, 
s'avançaient processionnellement en faisant retentir l'air d'hymnes religieuses et de 
gémissements plaintifs. 

En tête de ce cortège marchait le clergé, croix et bannières déployées, et les sons 
solennels des cloches, retentissant au loin, accompagnaient ces chants de repentir et 
de désespoir. La population qui suivait les Flagellants se prosternait pâle et livide dans 
la poussière, et reculait souvent épouvantée à la vue d'une voiture chargée de cadavres 
couverts de bubons pestilentiels, que l'on déposait dans de larges fossés creusés à cet 
effet dans l'intérieur de la ville. Arrivés à la Plaine-des-Boucbers, les Flagellants, après 
avoir mis à nu le haut de leur corps, se frappaient à coups de discipline, en jetant des 
cris de douleur, jusqu'à ce que le sang ruisselât; puis ils se couchaient par terre en 
cercle et imitaient, par leurs pantomimes et leurs gestes, les péchés et les crimes qu'ils 
avaient commis et qu'ils s'efforçaient d'expier. 

Closner, spectateur de ces scènes désolantes, raconte que le parjure brandissait, 
en la maudissant, la main qui s'était parjurée; que l'ivrogne feignait de boire à pleines 
gorgées en grimaçant la répugnance , et que le voleur ouvrait et fermait convulsivement 
la main qui s'était emparée du bien d'autrui. 

Tous ces témoignages de fausse piété n'ayant pas arrêté les ravages de la peste, et 
les recettes des troncs d'église ayant souffert par la concurrence des Flagellants , le clergé 
sédentaire lui-même demanda leur expulsion. Ils se dispersèrent sans que leur présence 
eût profité au bien-être hygiénique ou moral de la population. 

A la fin du même siècle et pendant les siècles suivants, la Plaine-des-Boucbers nous 
offre d'autres tableaux. En 1392, Strasbourg, mis au ban de l'empire par Wenceslas , se 
trouvait en guerre avec son évêque Frédéric de Blankenheim, le margrave Bernard 
de Bade, Evrard , comte de Wurtemberg, les comtes de Kybourg, de Dierstein , de Hoch- 
berg, de Bitche et avec beaucoup d'autres seigneurs qui croyaient pouvoir s'emparer 
de cette ville importante, peuplée d'hommes éminemment remuants et fiers de leur 
indépendance. D'après ce que rapportent les chroniqueurs de ces temps, les ennemis 
passèrent le Rhin tordu, vinrent occuper la Plaine-des-Bouchers et dirigèrent leurs 

ENVIRONS. 7 




Frédéric 
de Blankenheim. 



10 11 12 13 14 15 16 17 lï 



19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 





1 






■ 







Plaine 
des Bouchers. 

Frédéric 
de Blankenheim. 



Guerre 
des Armagnacs. 



Ancienne artillerie 



50 FRANCE. 

attaques contre la ville et contre le pont du Rhin, dont ils cherchèrent à se rendre 
maîtres A cette époque la Krutenau n'était pas encore comprise dans l'enceinte murée 
de la ville, mais au moyen des bombardes (grosse Buchsen) ou grandes arquebuses 
placées sur les tours, on dirigea sur les agresseurs un feu si bien nourri qu'on la 
garantit contre leurs attaques, et que, saisis de frayeur, ils prirent la fuite. C'est dans 
la relat.on de cette guerre qu'il est pour la première fois fait mention des armes à feu 
dans nos annales 1 . 

Cette défense vigoureuse, les fréquentes excursions faites par les habitants de 
Strasbourg dans le pays de Bade et dans les contrées d'outre-Rhin appartenant à 
1 eveque, les ravages qu'ils y exercèrent, l'intervention de plusieurs puissants seigneurs, 
et surtout quelques tonneaux de bon vin de France dont les délégués de la ville 
appuyèrent leurs négociations diplomatiques à Prague auprès de l'empereur, oui, 
comme on sait, était adonné à l'ivrognerie, firent lever le ban et conclure la paix de 
Haguenau a l'avantage do Strasbourg ^. 

Frédéric de Blankenheim , auquel cette paix n'accordai, aucun dédommagement 
seau engage pour de fortes sommes envers ses alliés. Après avoir demandé au pape 
un autre eveche, , obtint le siège dUtrech. et se sauva, pour se soustraire aux 
exigences de ses créanciers , comme nous disent les chroniqueurs , dans h nui, de saint 
Arbogast, 1 an de grâce 1393. 

Le 13 novembre 1444, les troupes ennemies vinrent encore camper sur la Plaine-des- 
Bouchers et guerroyer contre la ville qui leur avait refusé le passage. C'était Pierre de 
Bnsac avec s,x mdle Armagnacs. Ils faisaient partie de l'armée que commandait Louis, 
Dauphm de France, et qui , revenant de la bataille de Saint-Jacques , avait envahi notre 
provmce On voyait alors souvent du haut de la flèche de la cathédrale, qu'on venait à 
pe.ne d achever, s'élever hors de l'enceinte de nos murs des colonnes de fumée et les 
flammes dévorer des maisons et des villages entiers. Ces écorcheurs indisciplinés avides 
de sang et de rapine , restèrent pendant quelques mois le fléau du pays, sans cependant 
pouvoir s emparer de notre ville. 

Dans le seizième siècle, la Plaine-des-Bouchers servait de champ de manœuvre à 
1 artdlene Déjà alors celle-ci avait pris un rang dans l'art de la guerre et jouait son grand 
rôle dans les batailles, tandis qu'au commencement du quinzième elle n'était employée 
que comme moyen de battre en brèche les murs, en remplacement des catapultes, 
des béliers et autres machines. Cependant elle n'était encore qu'à l'état d'enfoncé 



canon Te 1" iL ' T ^ ^^ ScW ' Z qU ' eSl «^^ent attribuée l'invention de la poudre à 

sTége deM uT ZSSZ T 7 T P,0i d8nS " gU6rreS d3tent d " Siége de ^in-™ (.338) ; du GueseHn 
^. siège Meulan ,l o6 3) et les Angla.s ava,ent des canons à la bataille de Crecy (1346J et an siège de Romorantin 

2 Voyez aussi Pont du Rhin. 



cm 



9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 



FRANCE. 



51 



comparativement aux progrès qu'ont faits jusqu'à nos jours la fabrication et l'emploi Plaine 

des bouches à feu. Les bombardes (Scharfmelzen) , les basilics, les duplicanes, aussi des Bouchers - 
rossignols ou chanteuses, et les quartanes étaient de longues et lourdes pièces de canon Ancienne artillerie. 
qui lançaient des projectiles du poids de 12 jusqu'à 50 kilogrammes; elles étaient 
traînées par seize à dix-huit chevaux, et servaient dans les sièges. Les pièces de 
campagne: couleuvres (Nolhschlangen) , couleuvrines, falcanes ou demi-couleuvrines et 
falconettes chassaient des boulets du poids de 1 jusqu'à 9 kilogrammes. Des attelages 
lourds traînaient avec peine ces canons en bronze, souvent en fer et même en bois 
cerclé. 

Si le corps de l'artillerie jouit dans les armées modernes de plus de considération 
que tous les autres corps, les bombardiers d'alors n'étaient pas moins favorisés, et on 
leur avait accordé une foule de privilèges, en compensation des connaissances 
qu'exigeaient d'eux les grands-maîtres de l'artillerie (Feldzeugmeisler) qui les enrôlaient. 
Les règlements militaires de cette époque les soumettaient à des examens théoriques au 
tir à la cible, tout en leur demandant des preuves de services antérieurs, des passe-ports 
en règle, et un bon bombardier devait pouvoir tirer trente à quarante coups dans la 
journée, avant d'être admis à prêter serment de fidélité (l'artillerie de la garde à elle 
seule, à la bataille de Leipzig, lira 80,000 coups de canon). Par contre, l'artillerie 
jouissait du droit de donner asile, dans les camps comme en marche, à tout cavalier 
et lansquenet condamné à mort, ou à une autre peine. A deux hommes on accordait 
un domestique pour le pansage de leurs chevaux; à la prise d'une ville, toute la poudre 
restée dans les tonneaux entamés leur appartenait, ainsi que la cloche du tocsin, 
et une gratification d'un mois de solde leur était accordée de droit, en sus de leur paie 
ordinaire. 

Il n'est pas étonnant que la petite république de Strasbourg, dont les caisses étaient 
si riches, et dont les habitants, animés d'un esprit guerrier, étaient habitués à manier 
les armes, ait été fière du relief et de l'avantage que donnait alors à une ville la 
possession d'une nombreuse artillerie; Strasbourg jouissait sous ce rapport d'une haute 
réputation, qui, comme nous l'avons déjà dit, était devenue proverbiale, et aimait à 
montrer, en toute occasion, sa supériorité. 

De même que le Contades (Schiilzenverem) voyait nos pères s'exercer au tir à l'arbalète , Fêtes militaires, 
à la carabine et à l'arquebuse, la Plaine-des-Bouchers entendit gronder le canon et vit 
ces grandes évolutions des masses qui s'échelonnaient en colonnes, se développaient en 
longues lignes de bataille, et exécutaient enfin toutes les manœuvres que comportait le 
métier de la guerre. Ces grandes fêtes militaires étaient en même temps des divertisse- 
ments publics, et nos annales nous en citent un grand nombre: celles de 1507, de 
1516, de 1573, de 1590, de 1616, etc., et le souvenir de ces fêtes a été conservé 
parmi nous , soit par des dessins qui existent encore , soit par des médailles que la 




7. 



10 11 12 13 14 15 16 17 lï 



19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 




Plaine 
des Bouchers. 

Fêles militaires, 



I 












£9 

FRANCE. 

ville fit frapper; celle de 1507 fut particulièrement remarquable par une animation 
extraordinaire et par le luxe qui y fut déployé. 

Près de douze mille étrangers étaient accourus à Strasbourg pour voir sacrer l'évêque 
Gmllaume de Hohenstein, cérémonie dont l'éclat allait encore être rehaussé par la 
présence d hôtes dlustres. L empereur Maximilien 1 , avec sa fille la princesse douairière 

de B 7T 'l^" T " C ° Ur ChGZ lGS ChGVaIierS dG Saint " Jean de Jérusalem; l'électeur 
de B andebourg, les princes de Juliers et d'Anhalt, les archevêques de Magdebourg et 

séta em?,' " P f ^ dDq Cen,S Prë ' atS ' C ° mteS ' *™> Sei ^ S «*™ suL 
seta.ent également rendus en notre ville pour assister au sacre 

La pompe et la richesse de Rome rejaillissaient alors sur toute l'Élise; aussi nos 

annales citent ce sacre comme une des plus somptueuses solennités 'religieuses dont 

A élague ait ete témoin. (Dergleichen bischofliche Wihung hatte man in Deutschland 

nicht v l elgesehn dte also herrlich vollbracht war. - Buhler Chronique) Chez nous ce 

ut pour longtemps la dernière cérémonie de ce genre; vingt années après, le dogme 

le Luther ayant dom.né à Strasbourg, la simplicité du culte protestante succéda aux 

fastueuses solennités du catholicisme, et il faut traverser un espace de près ded 

s.ecles pour retrouver (1681) la célébration d'une pareille fête' 

Devant cet empereur, preux chevalier, qui cultivait en même temps les sciences et 
es arts Strasbourg voulut déployer sa force militaire. La Plaine-des-Bouchers reçu 
d innombrables visiteurs; elle se para du luxe guerrier des armures étincelant s e 
trembla sous le poids d'étalons fringants, chevaux de bataille et de tournois, col 
de larges housses brodées et blasonnées; on y vit briller les riches tuniques «es co 
1 armes avec les costumes de velours d'Orient, de soie, ornés de broderies que portaien 

lu'dtr t "" Patri t enS ' Gt *"* B ^ raei - — -présente dans les dessins 
qu d fit pour I autobiographie de cet empereur, le Weiss-Kùnig. Les manœuvres se firent 
avec d.x p.eces d'artillerie de gros calibre; la jeunesse eut sa part de cette fête 
guerrière et le soir deux cent vingt-cinq jeunes garçons traînèrent fièrement un canon 
a 1 arsenal, 

Peu de temps après, Maximilien , se souvenant de cet accueil de la ville libre impériale 
vint lu, demander des secours en argent et en hommes pour sa campagne contrôles 
Vénitiens et pour son couronnement à Rome 

L ™4 m £ aC a - En qUÎttant rancien » e P'aiue-des-Bouchers pour nous rendre à celle que nous 
connaissons aujourd'hui sous ce nom, nous passons devant un groupe de maisons 
a auche de la grande route de Cohnar et en deçà du pont sur le Rhin tordu où 
stat.onna.ent en 1814 les vedettes russes et badoises. C'était anciennement une bergerie 
appartenant a Jean Kornmann, négociant à Strasbourg, que la ville acheta en 1674, 

1 Voyez hôtel de Bade, rue Neuve. 



cm 



9 10 11 12 13 14 15 16 17 li 



19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 



r*<r 



Plaine 
des Bouchers. 



ture de toiles à 
voiles. 



Guerre 
de trente ans. 



FRANCE. 53 

pour y établir un lazaret où l'on déposait les militaires affectés de maladies conta- 
gieuses, tous les hôpitaux dans l'intérieur de la ville étant remplis de blessés et de 
malades par suite de la bataille d'Entzheim et de l'accumulation de nombreuses armées Lazaret inamifac 
dans les environs. Ces bâtiments, après avoir servi par la suite à divers usages, furent 
achetés au siècle dernier par un sieur Gau qui y établit une manufacture de toiles à voiles. 

Il y a déjà nombre d'années que cette manufacture a cessé de fonctionner ; cependant 
c'est sous ce nom et sous son ancien nom de lazaret que l'on désigne encore de nos 
jours ce bâtiment dont on ignore généralement la destination passée. Avant la 
révolution, il y avait en France trois grandes manufactures de voiles qui étaient établies 
a Agen, à Angers et à Strasbourg. Cette dernière fournissait toute la voilerie pour 
Toulon et occupait à elle seule cent métiers. Pendant la guerre d'Amérique elle occupait 
deux cents métiers et plus de six mille fileuses, et fournissait de deux à trois cent mille 
aunes de toile. 

Revenons à notre Plaine. 

La terrible guerre de trente ans qui depuis treize années avait ravagé la Bohème et 
une partie de l'Allemagne, avait jusque-là épargné notre contrée, lorsqu'un souverain 
protestant, à l'instigation de la France catholique, jeta son épée clans cette lutte 
sanglante de la politique des princes, et arriva en vainqueur sur le Rhin. Le général 
Horn, en suivant la rive droite, passa le pont de Kehl, le 31 août 1632, et fit son 
entrée le soir à Strasbourg avec le rhingrave Olhon et deux compagnies de cavalerie 
qui lui servaient d'escorte. Il fut reçu par le magistrat avec tous les honneurs dus à 
son rang et à sa position comme général défendant sa cause religieuse; les présents 
d'usage lui furent offerts, mais on lui signifia en même temps que la ville garderait sa 
neutralité, et les portes restèrent fermées à toute troupe étrangère. 

Le lendemain , 3000 hommes de cavalerie suédoise reçurent sur la Plaine-des- 
Bouchers une distribution de vivres et se dirigèrent vers le Haut-Rhin. Quelques jours 
après, 6000 hommes d'infanterie les suivirent avec tout le parc d'artillerie et les 
bagages, et y vinrent camper pendant quelques heures. C'était un dimanche, et les 
Strasbourgeois sortirent en foule pour voir ces soldats du Nord et assister au prêche 
et à leurs cérémonies religieuses. L'armée marcha ensuite sur Nieder et Ober-Ehnheim 
et la guerre commença sur les bords du Rhin, guerre désastreuse, dans laquelle Horn , 
Wetmar, Rosen, Turenne, Montecucculi , Créquy, se disputèrent la victoire pendant tout 
le dix-septième siècle, et par suite de laquelle la ville de Strasbourg devint ville française. 

La Plaine-des-Bouchers resta toujours champ de manœuvres et d'exercices, et devait 
comme telle être spectatrice de la fête la plus belle et la plus imposante. 

La révolution française, arrivée à sa seconde période, était encore pure de tout 
excès; le grand principe de l'égalité politique, l'abolition des privilèges, l'égalité des 
cultes , étaient proclamés par l'Assemblée nationale. 



Fête 
de la Confédération. 



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54 



FRANCE. 



Plaine 
des Bouchers. 



Fêle 
de la Confédération 






Le serment du Jeu-de Paume, cet élan patriotique de cœurs généreux, allait se 
repeter dans la nation entière, et la fête de la Fédération, instituée pour consacrer le 
souvent de la prise de la Bastille, devait unir dans uu même sentiment le peuple 
français tout entier et en faire une grande famille de frères 

Cette fête fut célébrée à Strasbourg le 13 juillet 1790. L'artillerie (régiment Stras- 
bourg o.) avait élevé sur la Plaine-des-Bouchers un immense tertre couvert de gazon et 
orne de gu.rlandes, sur lequel reposait l'autel. La veille , cent cinquante-six députations 
de gardes nat.onalesdu département et des départements environnants étaient arrivées 
en notre ville; Paris avait envoyé six hommes; la garde nationale de Nantes même 
ava.t lait acte de présence en envoyant son drapeau que devaient accompagner les 
Bretons qu, servaient dans les régiments en garnison dans notre ville. Tous ces visiteurs 
turent reçus et logés avec empressement par la population strasbourgeoise. 

Le 13, a s.x heures du matin, 20,000 hommes de gardes nationaux et de troupes 
de hgne, tambours et musique en tête, défilèrent par les portes de la ville et vinrent se 
ranger en un immense carré sur trois lignes de bataille dans cette plaine qui avait reçu 
le nom de Pré-de-la-Confédération. 4 avait ieçu 

Le corps municipal le maire Dietrich en tête , les états-majors et les autorités civiles 
I s su,va,en, Des estrades qui y avaient été établies, reçurent des milliers de spectateurs 
< une multitude innombrable stationnait encore sur ce vaste terrain et sur la route de' 
Colmar qu, 1 avo.sme. En même temps une flottille pavoisée et ornée de fleurs et de 

Z"™T; T^ ' b ° rd ' y C ° ndUiSit Par ,G Rhi " t0, ' du *"•* ce » ts d ^es aux 
brassards Incolores, et les jardinières en costume blanc et vert, portant des corbeilles 

de fleurs, de fruits et de légumes. Les pêcheurs, les jardiniers, des députations de la 
campagne, vinrent offrir sur l'autel les produits de leurs travaux et de leur industrie 
pendant que des vieillards, des mères de famille et des enfants y prêtaient le serment' 
civique en déposant les plus nobles vœux pour le bien de la patrie. 

Sur un signal donné par un coup de canon, tous les porte-drapeau se détachèrent 
de leurs corps respectifs et portèrent leurs bannières flottantes sur le tertre où 
groupées à l'entour de celle de la Confédération, elles reçurent la bénédiction au son 
.cl hymnes religieux et patriotiques, chantés par des chœurs de jeunes gens et de jeunes 
filles ; les ecclésiastiques de tous les cultes se donnèrent le baiser de paix et d'union 

Apres cette cérémonie touchante, les autorités civiles et militaires prêtèrent le 
serment de fidélité à la nation, à la loi et au roi. Les drapeaux vinrent ensuite se placer 
au centre de leurs régiments dont chacun prêta le même serment. Des milliers de 
mains s élevèrent à la fois vers le ciel , et les cris, mille fois répétés de vive la Nation ' 
vtoe le Roi! donnèrent à celte fête, éclairée par un ciel pur et serein, un caractère de 
grandeur et d enthousiasme dont jamais fête n'avait offert jusque-là d'exemple. Après 
'a revue, les divers corps défilèrent et rentrèrent en ville. 



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FRANCE. 55 

Le 14, la même cérémonie fut répétée par ceux qui étaient restés pour la garde de 



Plaine 
îles Bouchers. 



Fête 
de la Confédération. 



la ville, et le 16 eut lieu le baptême de deux enfants mâles, l'un catholique, du nom 
de Brotard, et l'autre protestant, du nom de Kohler 1 . Ce baptême, mi-religieux et mi- 
militaire, caractérise l'esprit de ce temps; les officiers se réunirent en cercle autour de 
ces enfants, et tirant leurs épées en formèrent au-dessus d'eux une voûte d'acier, sur 
laquelle flottait le drapeau de la Confédération. Le plus âgé des officiers prononça alors 
ces paroles : « Mon enfant , je te reçois garde national , sois brave et bon citoyen comme 
« ton parrain. » A ce baptême assistèrent toute l'armée et une grande partie des 
députations qui étaient encore restées à Strasbourg, ainsi que le bataillon des deux 
cents enfants de la patrie. 

Là s'arrêtent les grands souvenirs qui se rattachent à la Plaine-des-Bouchers , souvenirs 
dont chacun porte, pour ainsi dire, le cachet d'une époque. 

Pendant les guerres de l'empire, la Plaine-des-Bouchers resta de même champ de Courses de chevaux 
manœuvre. Le gouvernement de la restauration avait d' autres tendances; le calme de 
la paix jela l'activité nationale vers les beaux-arts, vers l'agriculture, les travaux 
spéculatifs et les améliorations matérielles. Dans l'intérêt de l'amélioration de la race 
chevaline, un arrêté ministériel créa, en 1820, les courses de chevaux et institua des 
prix a distribuer aux propriétaires des meilleurs coursiers. La circonscription de 
Strasbourg comprenait douze départements qui devaient envoyer tous les ans les 
meilleurs chevaux élevés à ces courses. La Plaine-des-Bouchers fut alors transformée en 
hippodrome d'une surface de 20 hectares, et l'on y pouvait voir tous les ans, au mois 
d'août, une faible imitation de ces horse races des Anglais. Le développement de la ligne 
à parcourir était de 2025 mètres. 

Ces courses, n'ayant en rien contribué à l'amélioration des chevaux dans notre 
département, cessèrent en 1827, et l'année d'après la charrue passa sur tout ce 
terrain et le rendit à l'agriculture ; toute la Plaine-des-Bouchers a aujourd'hui une surface 
de 149 hectares, est propriété de la ville, et lui rapporte annuellement près de 12,000 fr. 

C'est aussi à cette paix, à la stabilité des affaires, que nous devons l'achèvement du Canal 

canal qui encadre la Plaine-des-Bouchers du côté de l'ouest, travail gigantesque digne 
des hommes qui en eurent la première idée. 

11 y a dix-huit siècles que Lucius Vêtus, qui commandait les légions romaines sur 
le Haut-Rhin, voulant occuper ses soldats, eut l'idée de faire creuser un canal qui 
joignît la Saône à la Moselle , et de cette manière le Rhône au Rhin, travail qui ne fut 
pas exécuté, parce qu'il craignit que la hardiesse de son plan ne portât envie à Néron. 

Ce qui ne devait pas se faire alors, fut entrepris de nos temps, mais sur le revers des 
Vosges. 

'Le premier est mort depuis, mais le second vit encore et est aujourd'hui employé de la ville, à la Grande- 
Boucherie; il reçut alors les Drénoms de Frédéric-François, heureux citoyen. 







du Rhône-au-Rhin. 



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19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 




56 



FRANCE. 



I! 






.lu Rhône-au-Rbb. _ S o usLouis XVet sous Louis XVI, lestravauxpréparatoires furent commencés, le général 
Lach.che et l'inspecteur général des ponts et chaussées Bertrand s'acquirent des titres 
a la reconna 1S sance, par leurs savantes combinaisons. En 1792, le trésor alloua une 
somme de 25,000 fr. pour la levée des plans, et les ingénieurs Carvaignac et Fournel 
furent chargés de la continuation de ces travaux en Alsace. L'honneur du commence- 
ment d exécution revient à Napoléon, dans les premières années de son règne. Mais 
les bras manquaient alors souvent pour cette entreprise colossale; la masse de la 
population valide portait les armes. Il en trouva lui , et envoya , pendant les campagnes 
de 1808 a 1810, tous les prisonniers de guerre espagnols sur les bords du Rhin et du 
Rhône, et on vit alors des milliers de ces enfants halés de la Grenade, de la Catalogne 
et de la Murcie, travailler à cette œuvre qui devait unir la mer qui baigne les côtes de 
leur patrie à la mer du Nord. 

Survinrent les années désastreuses de 1812 à 1815, et ces travaux restèrent de 
nouveau en suspens jusqu'en 1821 , où MM. Humann, Florent Saglio et Renouard de 
Bussiere, tous trois députés du Bas-Rhin, proposèrent au gouvernement une avance de 
fonds de dix millions pour l'achèvement complet du canal Napoléon, appelé en 1814 
canal Monsieur». Il fut déjà en partie remis à la navigation en 1828. Le partage des 
eaux qui 1 ahmentent se fait à Valdieu , sur un col transversal , qui joint les Vosges à la 
chaîne du Jura , entre Montbéliard et Mulhouse. De ce point culminant il se dirige vers 
le sud par les vallons de Montreux, d'Halène et du Doubs, et vers Je nord, par ceux 
de la Largue et de l'Ill. L'une des embouchures est à Saint-Jean-de-Losne , sur la Saône 
et I autre a Strasbourg, sur l'Ill. 

Son développement, depuis la Saône jusqu'au Rhin, y compris le tronçon de Mulhouse 
a Baie, est de 330,686 mètres. 

Le canal du Rhône-au-Rhin ne lie pas seulement les deux mers, mais par celui de la 
Bourgogne, Strasbourg a reçu une communication navigable avec Bordeaux Nantes 
Pans et le Havre, outre le canal de la Marne-au-Rhin , duquel nous prévovons prochai- 
nement 1 exécution complète , et dont nous parlerons ailleurs. 

A cette navigation se rattache honorablement le nom d'un de nos concitoyens de la 
tribu des bateliers : c'est celui de Jean-Jacques Jung, le premier qui fit le voyage par 



' ^ actions étaient de 1000 fr, il en fallait donc 10,000, qui furent prises dans les proportions suivantes : 

MM. Florent Saglio .... 
Renouard de Bussiere . 

Humann 

Tburet & C ie , à Paris . 
Belhmann , à Francfort-sur- 
Paravey & O, à Paris . 

Total. 



Mein 



1,500 
800 
3,200 
1,500 
1,000 
2,000 



10,000 



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Panorama de SbasÊonrJ. Ettopsiis Paée 62 fr 57 



Il II 










Maison a Jllkirch, 
ou la Capitulation de Strasbourg Fut signée en 1663. 




la Memau. 



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2 3 4 5 6 7 



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FRANCE. 57 

eau de Strasbourg à Lyon , en 1834 ; il est aussi le premier qui fit flotter le pavillon aux 
armes de notre ville sur les bords de la Seine, à Paris 1 . 

A la gauche de la route de Colmar et au-dessus des bâtiments de l'ancienne 
manufacture de toiles à voile, nous distinguons, isolé au milieu des champs et de 
bouquets d'arbres, un bâtiment grandiose. Élevé à peine il y a un demi-siècle, combien 
depuis lors sa destinée a subi de changements, combien la splendeur, qui l'entourait 
à son jeune âge, s'est effacée ! Nous allons raconter son origine et les phases à travers 
lesquelles il a passé. 

Sur ce terrain , près du Rhin tordu, était établi, depuis des temps immémoriaux , 
une canardière, dont il porte encore aujourd'hui le nom allemand d'Enlenfang. 
En 1806, après les campagnes d'Austerlitz et d'iéna, M. Ch. Schulmeister, alors 
commissaire général des armées impériales, en fit l'acquisition et y ajouta successi- 
vement plus de 200 hectares; la forêt et l'étang furent transformés en un parc 
magnifique, entrecoupé de bras d'eau, et en 1807 et 1808 il y éleva le château actuel 
avec son péristyle imposant, sur les plans du célèbre Weinbrenner, architecte de la 
cour, à Carlsruhe. 

La Meinau, nom que lui avait donné M. Schulmeister, était destinée, dans la pensée 
de son fondateur, à servir de lieu d'étape à Napoléon; c'était un pavillon de plaisance 
sur une large échelle; un rez-de-chaussée vaste, un premier étage somptueux avec 
un magnifique salon de 11 mètres d'élévation , orné des statues de Flore et de Vénus 2 
en marbre blanc, produit de l'habile ciseau d'Ohmacht, en faisaient une habitation digne 
de celui auquel elle était destinée. Dans le nombre des statues qui ornaient le parc, un 
Faune et un Neptune colossal sur un groupe de rochers, au milieu du lac, étaient dus 
au même artiste. 

Pendant son séjour en notre ville en 1809, l'impératrice Joséphine vint souvent 
visiter ces lieux, avec sa fille, la reine Hortense, et, de retour à la Malmaison, elle y 
envoya les fleurs et les arbustes les plus rares pour l'embellir. Les événements politiques 
qui vinrent coup sur coup frapper la destinée de la France, après la malheureuse 
campagne de Russie, marchèrent plus vile que les travaux des artistes et des artisans, 
et la Meinau n'était pas encore achevée, quand l'invasion de 1814 la fit piller et dévaster 
par les troupes alliées, de même que le château du Piple, près de Paris, appartenant 
au même propriétaire, qui ne put sauver même ce que l'homme a de plus cher. 
La Meinau avait dès lors perdu ses beaux jours, et en 1836 les champs qui l'entouraient 
furent plantés de betteraves, que l'on transformait en sucre dans les bâtiments 



La Meinau. 



1 En parlant des nautonniers, qui vinrent, il y a trois siècles, de Zurich à Strasbourg, nous avons désigné les 
antiques maisons à côté de cette vieille tour, près du Pont-aux-Chats ; ce sont celles qu'habitent encore sa famille. 



* Cette Flore et cette Vénus appartiennent aujourd'hui au musée de la ville. 



ENVIRONS. 



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19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



Le Neuhof. 



Le, Polygone. 



Le, Ncudorf. 



Eschan. 



58 FRANCE. 

d'exploitation. Cette industrie n'ayant pas prospéré, le domaine fut vendu et est 

aujourdhui la propriété de MM. Chabert et Becquet, conservateur des forêts. 

Tout près, sur la lisière des bois, se groupe le petit village du Neuhof, d'à peu 

près 1800 hab.tants, qui dépend, de même que la Robertsau, de l'administration 
municipale de Strasbourg. Il y a un peu plus d'un siècle, qu'on n'y voyait qu'une 
simple ferme appartenant aux Jésuites. La proximité des eaux et de la forêt, présentant 
d agréables ressources au pêcheur et au chasseur, a fixé dans cette commune 
quelques hab.tants de notre ville, qui y ont établi leurs maisons de campagne et 
quelques usines sur le bras du Rhin. Les deux églises, destinées l'une au culte 
catholique, lautre au culte luthérien, ne furent construites que depuis 1842, et ne 
figurent que sur la planche de notre panorama de 1852. Depuis 1825, des personnes 
chantab.es du culte luthérien ont créé au Neuhof un établissement d'éducation 
d enfants pauvres, ou orphelins abandonnés; ils y sont logés, nourris, reçoivent 

lu,struct,on primaire , et apprennent , soit un méfier , soit les principes de l'agronomie 
Cet etabhssement, qui contient de soixante-dix à quatre-vingts pensionnaires est' 
subventionne en outre par des souscriptions annuelles. 

A gauche du Neuhof s'étend une vaste plaine, sur laquelle on aperçoit deux hautes 
buttes en terre : c'est le Polygone, champ de manœuvre actuel de l'artillerie et des 
grandes évolutions militaires. Il fut établi en 1720 et agrandi en 1766. Nos contem- 
porains se souviennent sans doute des grandes manœuvres qui v eurent lieu lors de 
la présence en noire ville des ducs de Berry et d'Angoulême, de Charles X, de Louis- 
Pnihppe et de Louis-Napoléon. En 1831 , lors de la présence du roi et de sa famille, 
30 000 hommes de gardes nationales et de troupes de ligne y furent passés en revue 
Ne quittons pas Je Polygone, sans déposer une couronne d'immortelles sur le 
monument de Kléber, notre compatriote , le héros d'Héliopolis'. 

Entre la ville et le polygone, tout près du cimetière militaire, s'est formé depuis 
une trentame d'années, une agglomération de maisons habitées généralement par des 
ouvriers travaillant en ville, et d'un assez grand nombre d'auberges et cabarets- dans 
le principe on donna à ce hameau le nom peu flatteur dans l'idiome strasbourgeois de 
Ralzendbrfel; aujourd'hui qu'il forme une petite commune, on y a construit une 
église et on l'appelle officiellement le Neudorf. 

En promenant nos regards vers la gauche et vers la ligne de l'horizon, nous 
rencontrons le clocher d'Eschau. 

Eschau , situé au-dessus de la forêt de la ville, le Herrenwald, modeste village entre 
le Rhin et 1 111, nous a conservé un des plus antiques monuments de l'art: c'est le chœur 

de 'm^ZTT'J^ V* 1 " 1 ^ ° éSaiX ' SUrl ' lle deS Épis ' a U mètres de haul et a ^ construit sur les pl ans 
de M. Reiner, architecte du département , et les sculptures exécutées par Malade. 



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FRANCE. 



59 



de son église et la châsse en pierre de saint Rémi, beau-frère de Hugon, comte 
d'Alsace et contemporain de Charlemagne. Saint Rémi figure comme vingt-cinquième 
dans le catalogue des évêques de Strasbourg, par Wimpheling; la légende dit qu'il voulut 
établir dans son diocèse un asile sûr et permanent, où le sexe fût à couvert des séductions 
du monde et à l'abri (Je la pauvreté. Dans ce but , il fonda à Eschau une église et un 
monastère, auquel il légua tous ses biens, que vinrent encore grossir ceux de ses 
nièces, qui en furent nommées les premières abbesses. Les reliques des trois fdles de 
sainte Sophie, Spes, Fides et Caritas, reliques dont le pape lui fit cadeau pendant un 
voyage que ce prélat fit à Rome, attirèrent la foule. des pèlerins au couvent d'Eschau, 
et donnèrent dans ces temps beaucoup de relief à cet établissement religieux. Saint 
Rémi y fut enterré en 783. 

Aux communes d'Erslein , de Lipsheim, de Sermersheim et de Limersheim, que 
nous voyons sur l'horizon à droite, se rattachent de même des souvenirs de ces temps 
reculés. Ces trois derniers villages, dont les habitants nous fournissent aujourd'hui, par 
leur culture, ces grosses têtes de choux', transformées en choucroute, que Strasbourg 
expédie au loin, et s'occupent aussi de la recherche des truffes, qui ne valent pas 
celles du Périgord, figurent dans la série des villes royales, sous les rois des deux 
premières races. Schœpflin nous les cite sous les noms de Liulpoleshaim et Lupolteshem, 
Samarshein et Samaresheim. Le même auteur range le château d'Erstein, Herislein, 
dans la série des palais que ces monarques possédaient en Alsace. La tradition nous 
rapporte que Charlemagne, vers la fin de son long règne , séjournant momentanément 
à Heristein, alla chasser dans ses environs, avec Irmengarde, l'épouse de son fils 
Louis, et sa petite-fille Hermengarde, lorsque cette dernière, charmée dubeau paysage, 
de ces sombres forêts et de ces vertes prairies sur les bords de 1*111 , exprima à son 
grand-père le désir d'habiter ces lieux, en se retirant du monde et en vouant ses 
jours au service de Dieu. Le vieillard, se rendant au désir de sa petite-fille, fit construire 
dans ces lieux un magnifique couvent, en l'honneur de sainte Irmengarde , le peupla 
de religieuses de haute naissance, et les plaça sous la règle de saint Benoît. Louis-le- 
Débonnaire le dota des revenus de douze villes et villages, et le pape Léon III y envoya 
en 810 les ossements de saint Urbain, de sainte Cécile et autres. Huit années plus 
lard, la reine, malade et infirme, se trouvant à Heristein avec Louis, son époux, et ses 
fils, ceux-ci lui promirent d'achever la construction de cette maison de Dieu, dans 
laquelle Hermengarde était abbesse; elle y termina ses jours et y trouva sa sépulture 
royale. En 951, l'empereur Othon I er donna cette abbaye royale à Berthe , reine de 
la Bourgogne transjurane, et mère de son épouse Adélaïde, qui avait fondé l'abbaye 
de Seltz , dont nous avons déjà parlé. 



Eschau. 



1 II y en a du poids de huit à dix kilogrammes. 



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Ëschau. 




Illkircl). 



60 FRANCE. 

Pendant longtemps les religieuses qui habitaient cet asile, jouirent d'une haute 
reputat.on de vertu; mais plus tard la pureté de leurs mœurs se corrompit, et elles se 
Avisèrent en vierges sages et en vierges folles; à la mort de leur supérieure, les unes 
dirent une sage , et les autres une folle comme abbesse , et la discorde s'y mêla. L'évêque 
de Mayence fut nommé arbitre dans leur querelle; mais ces dernières lui ayant envoyé 
leur plus précieuse relique, la tête de sainte Cécile, il se déclara en leur faveur Le 
vice triompha, le monastère perdit son éclat, ses biens furent dissipés et un incendie 
qu, consuma en 1343 une partie d'Erstein, dévora aussi ce que Charlemagne et ses 
descendants y avaient fondé. 

Cette petite ville épiscopale , entourée de murs pendant le moyen âge, subit souvent 
les lois de la guerre, dans ces temps de continuelles discordes. En 1735 elle devint la 
proie d'un incendie terrible; mais une de ces catastrophes épouvantables, et par 
bonheur b.en rares, frappa Erstein à la fin du siècle passé. Le 6 thermidor an V 
(20 juillet 1 797), un convoi de douze voitures , chargées de six à sept cents myriagrammes 
de poudre, traversant au grand trot cette commune à une heure de relevée, le feu prit 
a 1 un de ces caissons, et se communiqua à neuf autres; deux seulement échappèrent 
parcequeheureusementils venaient détourner un coin de rue. La destruction fut terrible ' 
six canonmers quinze charretiers et six habitants restèrent morts sur place avec trente- 
deux chevaux du convoi, et vingt-sept charretiers et habitants furent plus ou moins 
gnevement blesse, Cette explosion ayant communiqué le feu à l'endroit, quarante-cinq 
ba, mente furent brûlés ou s'écroulèrent, et plus de trente autres furent fortement 
endommagés. 

Le village d'Illkirch , au-dessus de la ligne du canal , à six kilomètres de Strasbourg 
taisait partie de ses domaines seigneuriaux avant la révolution; il était le siège du 
tannage auquel appartenaient le village de ce nom, Illwickersheim ou Saint-Oswald 
Graffenstaden', Iltenheim, Handschuheim , Schiltigheim, Niederhausbergen et 
Eckbolsbe.m; le bailli, institué par le sénat, était presque toujours un membre de 
la Chambre des XIII, des XV ou des XXL Le beau château , ainsi que les jardins qui 
y attiennent, appartenant aujourd'hui à la famille Gast, étaient dans le siècle 
passé la propriété des Klinglin, dont nous avons parlé dans l'historique de la ville 
F. J. de Klmglin, préteur royal, qui possédait le village de Hœnheim, avait l'intention 
de s'approprier ceux d'Illkirch et de Graffenstaden, qui étaient d'un rapport beaucoup 
plus avantageux que le premier; sachant bien que Strasbourg n'entrerait jamais 
dans ses vues, il fit demander au roi, par l'entremise du maréchal du Bourg, son 
beau-frere, l'autorisation d'échanger ce domaine contre Hœnheim, dans l'intérêt de 

bien^lwrîlT T Si§naler ° nS le M établissement de constructions mécaniques, qui, après avoir passé par 

^1^^l!s^ ,,M, est aujourd ' hui en pieine prospérHé - d appanient a m - Ren ° uard de Bussier -' « «* 



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2 3 4 5 



9 10 11 12 13 14 15 16 17 li 



19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 



FRANCE. 61 

la ville même, ce qui lui fut accordé, et le magistrat y fut engagé par une lettre du 
gouvernement. 

Le sénat, faible et corrompu, voyait bien que cet échange était préjudiciable aux 
intérêts communaux; mais, de crainte de déplaire au gouvernement et à son 
représentant, le préteur même, il céda, et le jour de Saint-Michel 1735 la ville prit 
possession de la seigneurie de Hœnheim , et Klinglin s'empara d'Illkirch-Graffenstaden 
et des forêts qui en faisaient partie ; il donna au sénat , dans son château d'Illkirch , 
un grand banquet que la ville dut payer plus tard 1149 livres. 

La seigneurie d'Illkirch rapportait annuellement la somme de 8581 livres, et celle de 
Hœnheim 5860 livres seulement; mais Klinglin fit tant, en pressurant les pauvres 
paysans par des contributions, des corvées, des exploitations et ventes de bois, qu'il 
en retira près de 20,000 livres. Ces malheureux habitants, regrettant l'administration 
tutélaire de Strasbourg, restèrent dans celte dure condition jusqu'en 1765, où, après 
la chute des Klinglin, et un long procès avec sa famille, la ville fit casser cet échange 
frauduleux et rentra dans sa propriété. 

Friese raconte dans la Vaterlàndische Geschichte qu'à une vente publique qui eut lieu 
en 1793, les habitants d'Illkirch achetèrent le portrait du préteur Klinglin, pour 
conserver à leurs descendants les traits du tyran qui les avait rendus pauvres et 
malheureux. 

Après la bataille d'Ensheim, gagnée par Turenne, le 4 octobre 1674, l'armée 
française se retira sur la ligne de la Zorn, et l'armée impériale rentra dans son camp 
à Illkirch; c'était l'aile droite, commandée par le duc de Beurnouville, qui attendait 
l'armée de l'électeur de Brandebourg, commandée par ce prince en personne, 
devant arriver d'outre-Rhin. Outre ces deux corps d'armée, qui se joignirent le 14 du 
même mois, on vit se réunir sur la plaine en deçà d'Illkirch, vers la haute tour, les 
troupes des ducs de Lorraine, de Zell-Limbourg, de Reuss, du margrave de Bade- 
Durlach, de Bareith, etc. L'électeur de Brandebourg passa en revue cette armée, qui 
s'ébranla vers ses diverses positions dans le Haut et le Bas-Rhin, croyant y faire 
tranquillement ses quartiers d'hiver, mais il n'en fut rien. La combinaison stratégique 
de Turenne, à la suite de ces mouvements, est peut être une des plus belles pages de 
la vie militaire de ce capitaine. 

Pour s'assurer le passage des Vosges et se ménager la ligne d'opération sur la Zorn et 
la Moder, il avait jeté de fortes garnisons dans Saverne et dans Haguenau, et s'était 
retiré avec son armée en Lorraine, laissant croire à son adversaire qu'il prendrait de 
même ses quartiers d'hiver. 

Dans celte province, il trouva plus de ressources que dans la vallée du Rhin, où la 
guerre avait porté ses ravages. Avec les renforts qu'il avait reçus , il tourna le revers 
des Vosges au milieu des neiges et des frimas d'un hiver rigoureux, et vint déboucher 



Illkirch. 



cm 



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19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 






Illklrch 








Hiittenlieim. 



Benfeld. 



62 

FRANCE. 

ItÏZl 7 h "** ^ Sainl - Amari " à Tha " n ' fe * "-mbre. Quelques combats 

c ; m :zz ec 8uccès ' r èren ' son armée s ° r ,a ««- * ■"**. - 

avaîch ieZ , • "T,"',, *""*""• E " '«urnautla position , ue l'ennemi 
aHiée 1U sCd B h r, /h """^ ^ ViC '° ire éC ' a,a " te ' * ( °^ i,a ™- 

à re X c e prr str : S b!:;' a,ssa " ,de — rAi - «*» » *~ n «*.*». 
Ce.~i e « faubourgs de ,a vi,ie ' près de ia p ° rie de ih ^' • * '•»--„ 

quelques petits cavaliers enterre cuite, qui surmoulent le faite d'un toit „„„. 

îiSL'ïïïïrXE i d 3r nt «-.'-■— - * 

dane en Pierre, scellée dans ,e mur, ,e fa^nUe ™ £3. r^ "" " 
A œil nu, „„ e asperilë pareille à u „ e ^ co||ine ^ 

hor, on; en braquant la lunette sur ce point, on distingue un immense bâtiment vec 

ces. a filature de Hu.tenhcnu , dirigée par M. Schirmer, l'établissement le plus 
considérable et le plus prospère en ce genre dans notre département. ' 

P us rapproché de nous, s élève le clocher de Benfeld, anciennement chef-lien du 
bailliage episcopal de ce nom'; il fut engagé à la ville de Strasbourg, en 1395 par si 
eveque Guillaume de Die»., pour la somme de 70,000 florins L jusq^ ,53s 

l; ::z:« ht"- le , ,il,éra etie mforiir,er - Dans •» ^ «™ 

siècle se t,„ a Benfeld, entre les seigneurs et les députés des villes d Alsace un 
consed dans ,eq„e, furent résolues l'expulsion et l'extermination des juifs e'q, 
fut suivi du terrible auto-da-fé dont nous avons parlé a l'article de la rue des u 
Le nom de cette petite ville donna heu à m, jeu de mots, que l'on me. dans la bouche 

Bimle,»«Bltobeto. **»*<•••*****«*. Herbsbeim, RossloUen, Friesenheta, Witii*™. 



cm 



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FRANCE. 63 

du cardinal Arleati. Quand ce prélat retourna des Pays-Bas au concile de Bàle, avec Benfeki. 
une longue suite de quatre-vingts hommes, de chevaux et de mules, il fut attaqué et 
volé sur la route par les comtes d'Eberstein et de la Petite-Pierre, avec leurs <?ens 
d'armes, qui, ayant eu connaissance de son passage, s'étaient cachés dans une 
embuscade. Une partie de sa suite fut faite prisonnière, et le prélat, défroqué et 
détroussé, parvint à se retirer à Benfeld ; s'étant informé du nom de son lieu de refuge 
et faisant allusion au malheur qui venait de le frapper, bene valet pro nobis, s'écria-t-il, 
content d'avoir échappé au péril et de pouvoir continuer sa route. 

Le 8 septembre 1 632 , après le passage du Rhin par l'armée suédoise , le général Horn 
somma la ville de Benfeld de se rendre; elle était commandée par un Nicolas Zorn de 
Bulach, à la tête d'une garnison de 800 hommes, de 140 chevaux et de beaucoup 
d'artillerie et de munitions. Le quartier-général de l'armée assiégeante était à Sand, 
la cavalerie à Kogenheim et à Sermersheim. Malgré une défense vigoureuse, la ville ne 
put résister aux attaques réitérées de l'armée suédoise : elle se rendit par capitulation, 
et la garnison en sortit avec tous les honneurs de la guerre, le 29 octobre. Benfeld 
resta place d'armes suédoise jusqu'en 1650, où, après qu'elle eut été désarmée à la 
suite du traité de paix de Westphalie, les fortifications en furent démolies. Aujourd'hui 
on n'en voit plus que quelques traces et une partie des fossés. Le château, ancienne 
résidence des évêques, est transformé en magasin de tabac; il date de deux époques 
de construction: la première nous est désignée par le millésime 1541 , où Guillaume 
de Hohenstein le fit bâtir, et la seconde date des Rohan, dans le siècle passé. L'Hôtel- 
de-Ville de Benfeld, dont le rez-de-chaussée nous représente ces marchés ou halles 
couvertes des temps passés, porte à son fronton une horloge, dont les heures sont 
sonnées par la mort et les quarts-d'heure par un chevalier ; imitation de l'horloge 
de l'ancien hôtel de la monnaie de Strasbourg. 

L'église, modernisée dans son intérieur, a cependant conservé une inscription 
lapidaire, qui nous indique que sa construction fut commencée en 1352, sousl'évêque 
Berthold de Bucheck, et achevée sous son successeur, Jean de Lichtenberg. 

Au village d'Osthausen se rattache de même le nom de Zorn et de Bulach, dont Osthausen. 
nous venons de parler. Il est bien rare qu'à travers les guerres, les révolutions, les 
mutations de fortune, les extinctions mortuaires, une propriété reste pendant un 
siècle dans la même famille. Nous avons déjà trouvé en 1 507 un Zorn d'Osthausen dans les 
rangs de la noblesse, qui accompagna Guillaume de Hohenstein quand il prit possession 
du siège épiscopal à Strasbourg; Bûhler nous dit dans sa Chronique qu'un Zorn de 
Bulach, brave et digne seigneur qu'il connaissait très-bien, mourut au même siècle 
dans son hôtel, rue des Veaux, et qu'il fut transporté, pour recevoir sa sépulture 
dans le rite catholique, à son château d'Osthausen; aujourd'hui encore ce château 
appartient à la même famille. 






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19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



Osthausen. 





64 

FRANCE. 



résident ^o . , KUUCI s et ue Ia reute-Fierre , anciennes 

^ZlJZJ " ", même "° m da " S " 0S V ^s, 1™ -"« encore 
u Ips de Î TI7- ^^ d6 '' A ' SaCe C " L °™ De ' <°» s les —s château* 
Pite el es « rf t n " "**• " M prëSe " te "' plus *» «- «*». 
le He31^ , 6S ' , ^r' ' eS renardS ' ,CS hib °" X « ,es *-*». « "on, 

a r e o g ;z , t sa y T re ,es mars i&ard& ces — - «>— *- <« 

-ZrZH,.r"' ""*• e " t0UréS de """' S « de *-*. e, don, le 

.tnsZn ion, 7 r ' P °" r ° ' *™ * "'"^ co °*-.ions, ou ont subi de S 

toâ. D Zr H"" " »>"«»»« •*-"■ défère seigneuriale de celui nui 

P us m e , 7 " S S 6t de S6S VaSSaUX - N °" S " e «™» aiss °- *» - genre 

châ ZX* qU :f M C ° nSe,Vé ,e "" in ^ ralilë -hiteetouique; c'est 

L ,Z :1 r™ e ' d6 Than, ' illé • appar,e " a "' à la *»"• Cas te* 

•rouve é „ 7 7" °" e "f PlllS a "' iq,,eS da ° S fes faffiil "® «M- d'Alsace; on 

.rouve déjà nu Zoru au .ouruo, de Worms, en .,27; dans ce même siècle des Zorn 
Scbulthe.s de Strasbourg; en ,262, « la bataibe de Hansbergen , un Zorn onda "e 
destroupes de la ville; enfin, partout dans nos annales cenom fin, une plce bo o b 
us la mag.strature de la ville libre impériale comme SUedtmeister; dans ,—t 

v en, a onru.r aux empereurs , pour soutenir leurs guerres contre les étrangers, dans 

Zzz t- cs - le sang des zorn a couié sur ious ■- ^ *° ^xz 

les preben ,ers des ,ns.,t„„ons religieuses ; dans les anciens chanoines de SahH-Pierre 
d amt-Thomas; dans les couvents de femmes, partout les Zorn avaient leur Z' 
En raversan des s.ècles pour arriver jusqu'à nous, cette famille s'est divisée eu une 
mult, nde de branches, dont le cimier, qui surmonte I ecnssou, divisé or e. g„eu,e av 
une etode a hu,t rayons, fait la distinction. „ y aïai , des cklus . Zo „ n> des L ^ ™ 

les Zor, Pamphde, des Zor„-le-Je„ne, Zcrmle-Blanc, des Zorn-d'Ekerich , d EpHg de' 
S ho eck , de D lze „ hei , ni de Wejersbergi de Kineck] Zom I ; 

Plobshcm, etc. Toutes ces branches sou. éteintes, à l'exception des deux dernières 

Il es, des noms qui deviennent chers à I historien, quand il les voit enlacés dans l'es 
phases de Ih.sto.re de son pays, e.qui, les trouve inscrits sur chaque page de la d 
a socete, sur es décombres de laquelle la société nouvelle a construit sou édiflc S 
les famdles nobles sont déshéritées aujourd'hui des privilèges, de la puissance de 1 
cons.derat.on qu,, pendant des s.ècles, favorisaient leur position sociale, II do 
es o„, , ngl „ së abas ,_ Mus devons ^ parue ^^ aibres e d 

e aux a ,. cl ie ces m , mes fam . (|es ^ coniia . ssance des ï. 

IZZ t * ' eS SiWeS reCUlëS ' ° Ù ' a S ° Ailé élail d ™-e en castes, Il 

Imd.v.dnabsnte domma.t partout, quand les nobles, d'hommes libres q„ ils étaient 



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2 3 



9 10 11 12 13 14 15 16 17 li 



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FRANCE. 



65 



dans le principe, étaient devenus vassaux de leurs grands feudataires, nous les voyons 

alors fiers, puissants, à la tête de riches domaines, couverts de fer, maniant la lance et 

le glaive des batailles, on bien, inspirés par un pieux dévouement, fondant, pour 

gagner le ciel , des églises, des prébendes et des maisons religieuses; plus tard, nous 

les voyons prendre siège dans la magistrature et se vouer au culte des sciences et des 

arts que leurs ancêtres avaient dédaignés. Mais la devise: Noblesse oblige, inscrite sur 

leur écusson, s'étant perdue avec le temps, quand le mâle tournois , avec ses règlements 

austères sur l'honneur et les mœurs, s'était transformé en jeu de carrousel; quand de 

gentilshommes, ils étaient devenus des gentillâtres efféminés, descendant de leurs 

manoirs et s'attachant aux princes et à la corruption des cours; quand ils n'avaient plus 

que les titres et perdu les terres qui s'y attachaient, alors aussi l'éclat de beaucoup de 

ces familles s'est effacé et elles se sont confondues dans la société entière et vulgarisées. 

Néanmoins nous rencontrons encore de ces types où les traditions des anciens temps se 

sont conservées avec une sainte constance, et clans le commerce du monde leurs 

nobles manières, leur éducation soignée, les font distinguer facilement de ces parvenus 

à la morgue hautaine. 

C'est en entrant dans le castel d'Osthausen qu'on se sent transféré dans la demeure 
du gentilhomme de vieille roche. Le fossé qui l'entoure, peuplé de carpes séculaires, 
l'entrée défendue par des rondelles ornées des blasons de la famille, la vaste cour, la 
maison à pignon crénelé, la tourelle élancée dans laquelle l'escalier en pierre, montant 
en spirale, conduit dans les vastes appartements, ornés des portraits des ancêtres, 
dans lesquels le maître de la maison vous offre une aimable hospitalité avec l'urbanité 
traditionnelle de sa race; la chapelle à vitraux peints 1 , où les générations qui s'y sont 
suivies, reçurent le baptême, où les jeunes mariés se promirent fidélité devant l'autel 
et où brûla l'encens sur le cercueil des arrière-grands-pères, tout cela porte un parfum 
de vétusté de mœurs et de souvenirs héraldiques qui vous attire vers ces temps 
passés. Ajoutez à cela un domaine cultivé avec soin , des étables peuplées de grasses 
bêtes à cornes, des écuries remplies de beaux chevaux, la basse-cour fourmillant de 
volaille, de vastes bâtiments d'économie rurale; une seule chose manque pour compléter 
l'illusion: c'est la salle d'armes, garnie de brillantes armures, de glaives, d'épées, de 
lances, de cottes de maille; elle est remplacée de nos temps par un bel attirail de chasse 
et par une nombreuse bibliothèque habillée en vélin, en veau et en maroquin. Noblesse 
oblige est encore inscrit sur le fronton de cette maison , et le proverbe tel le maître tel le 



Osthausen. 



1 MM. Ritter et Mûller, peintres-verriers en notre ville , ont embelli cette chapelle de deux grandes verrières , 
l'une représentant la sainte Vierge, palronesse de Strasbourg, et l'autre sainte Odile, palronesse de l'Alsace ' 
entourées d'armoiries des familles alliées aux Zorn. Un autre artiste, M. Klein, a de même représenté, en trois 
grands tableaux , aussi vrais de composition que sévères de style , des épisodes de la bataille de Hausbergen en 1262 
où un Zorn commanda dans les rangs des Strasbourgeois. 



ENVIRONS. 



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m 



Le Haut-Rhin. 










66 FRANCE. 

valet y est une vérité, car depuis les fermiers, les garçons de labour, les garde-chasses, 

jusqu'au valet de chambre, tout le monde parle avec politesse. 

Au delà des points que nous venons de décrire , nous ne distinguons plus de clochers, 
et l'horizon vers le sud ne forme plus qu'une ligne droite jusqu'à ce que nous 
arrivions vers les Vosges, dont la hauteur la plus éloignée que puisse saisir l'œil , est 
la montagne au dessus de Soultz, à la gauche de la vallée de Guebwiller. 

Pour nous rapprocher de ces lieux, profitons du chemin de fer, et, en faisant notre 
description de la contrée , replaçons-nous de préférence au 19 septembre 1841. Ce 
jour-là fut inauguré le chemin de fer de Bâle à Strasbourg; stations, maisonnettes de 
cantonniers, locomotives, tenders, voitures, étaient encore tout frais, neufs, 
brillants et ornés de fleurs, de guirlandes, de trophées, de drapeaux et de flammes 
flottantes. Ce jour-là, Mulhouse faisait les honneurs de la fête, car c'est à un fils de 
Mulhouse, à M. Nicolas Kœchlin , qu'est dû l'établissement de ce chemin ferré , un des 
premiers qui sillonna le sol de la France. Des trains venant de Bâle et de Strasbourg 
amenaient avec une célérité inconnue jusqu'alors des milliers de curieux et d'invités' 
en uniformes militaires, en habits brodés, en habits noirs, en costumes campagnards 
Ces étalons de fer frémissaient de leur feu intérieur, et, chassant de leurs naseaux des 
bouffées de fumée, suivaient docilement l'impulsion que leur donnait le machiniste et 
se soumettaient humblement à la bénédiction religieuse de l'évêque de Strasbourg 
M«*Rw , enfant de l'Alsace. Les sons mélodieux de chœurs , chantés par des amateurs dé 
Mulhouse, variaient avec les musiques guerrières de la garde nationale de cette ville, 
de celle de Bâle et des dragons en garnison à Huningue, qui prenaient part à cette 
fête; c'était un coup d'œil ravissant, plein de vie, que cette multitude assemblée pour 
voir mouvoir pour la première fois ces machines mues par la vapeur, devant lesquelles 
chevaux et bestiaux prenaient la fuite et dont la prodigieuse force motrice était 
attribuée au diable par les masses ignorantes du peuple qui la regardait avec une 
soupçonneuse inquiétude. Après cette cérémonie, la ville de Mulhouse reçut ses hôtes à 
un grand banquet servi sous un vaste hangar qui abritait encore quelques jours 
auparavant des ballots de coton, de l'indigo, du bois de couleur, et qu'on transforma 
pour cette circonstance en une élégante salle, drapée avec goût de cotonnade rouge 
et blanche; un bal termina cette journée. 

Le lendemain matin, tout ce monde officiel fut entraîné par la vapeur vers 
Strasbourg, qui, à son tour, reçut ces hôtes au son des cloches de toutes les églises et 
du tonnerre du canon des remparts. A Mulhouse, c'étaient les produits de l'industrie 
qui partout servaient de décor; à Strasbourg, on ne voyait que des trophées d'armes, 
des canons, des boulets , qui indiquaient la ville forte, la ville deguerre. AMulhouse, on 
avait transformé un magasin en salle de banquet; à Strasbourg, ce fut la majestueuse 
Halle-aux-Blés, dont les pilastres étaient ornés d'armoiries, d'écussons et de drapeaux, 



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FRANCE. 



67 



qui reçut les invités à un gigantesque festin. A Mulhouse , l'ancienne population se 
perdait parmi ces milliers d'ouvriers, population nouvelle dont les bras servent aux 
puissants moteurs des machines; à Strasbourg, ville de science, d'arts et métiers , ville 
commerciale secondaire, la population endimanchée portait tout un autre cachet; tous 
cependant prenaient une vive part à cette innovation; les uns se réjouissant de la 
suppression des distances , les autres calculant les immenses avantages qu'en retirerait 
la civilisation, quelques-uns la maudissant à cause de la perte de leur industrie. 

Quittons tout ce bruit des villes et prenons en attendant cette voie pour nous 
transporter en deux heures au delà de Colmar, à la station d'Eguisheim, au pied des 
Vosges. 

Nous traverserons à la hâte 'ce village habité par des vignerons, pour gravir la 
montagne sur laquelle sont assis les trois châteaux , qui portent vulgairement le nom 
des Trois Eguisheim {Drey Exen), que l'on confond souvent avec les Trois-Épis {Drey 
Aehren), pèlerinage au-dessus de Tùrckheim. En sortant de la forêt, on est étonné de 
la hauteur de ces tours qui d'en bas ne semblent être que des pans de mur et qui se 
dressent sur cette montagne chauve et rocailleuse comme trois squelettes blanchis et 
mousseux, ossements robustes des temps féodaux. Au commencement du onzième 
siècle, époque de guerres et de troubles, un comte Hugues d'Eguisheim, qui avait sa 
résidence au bas de la montagne , et cousin germain de la mère de l'empereur Conrad- 
le-Salique, les éleva sur cette roche ; le château du sud porta le nom de Wegmund , 
celui du milieu, celui de Wahlenbourg, et le troisième était appelé Dagsbourg ou 
Tagesbourg, en souvenir sans doute du comte Hugues IV, qui avait épousé une comtesse 
de cette famille du Bas-Rhin et en avait recueilli de vastes domaines. C'est de ce 
mariage qu'est issu Léon IX, évêque de Toul en Lorraine, le seul Alsacien qui ait eu 
l'honneur de porter la tiare papale. Pendant les cinq ans que ce pape guerrier siégea 
sur le trône romain, il visita plusieurs fois notre province, et nous aurons souvent 
occasion de signaler des maisons religieuses dont il bénit l'inauguration; la légende 
même rapporte qu'il bénit une chapelle dans un de ces châteaux. On a de la peine à 
retrouver dans ces ruines les traces de murs d'enceinte d'un ensemble de fortifications 
ou de fortifications séparées, car depuis quatre siècles que les Mulhousiens 1 , alliés à 
d'autres villes, s'emparèrent des châteaux d'Eguisheim et les ruinèrent, chaque année, 
chaque orage ont contribué à leur anéantissement. 

'Un meunier, du nem de Klée, s'étant pris de querelle à propos d'un cours d'eau avec la ville de Mulhouse, 
parvint à intéresser à sa cause une partie de la noblesse du Haut-Rhin, qui commença par s'emparer de quelques 
habitants de cette ville, les incarcéra et déclara la guerre aux Mulhousiens. Ceux-là à leur tour s'associèrent aux 
villes libres impériales de l'Alsace , de Bâle et de Soleure , et dans ces conflits à main armée assiégèrent , avec les 
habitants de Tùrckheim et de Kaysersberg , les châteaux d'Eguisheim , défendus par Klée en personne. Ils furent pris 
d'assaut le jour de la Fête-Dieu 1466 , et l'instigateur de ces hostilités y fut pendu ignominieusement avec quelques 
gentilshommes. 



Le Haut-Rhin. 



Les 
Trois Eguisheim. 



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19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



unMHnH 




Le Schauenberg. 




Rouffach. 





il 


il] 



Vieux-Iinsach. 



68 

FRANCE. 



Schaupnh»™ --—— ., » ..«,.« .oreis, monls e< vaux, au pèlerinage du 

au 2' I? Pa T"' 8 T d6S ™ ] " eS dU CM ' eaU de *«— * 1- » P-eLm 

l'o 2 d ce eSS " S de « UeberSch " ih '' — « »»«<.»« ^lise _. Soi, que 

hl u r Jelr'r 1 " ^ SOi ' <" l0 " arriVe "" *»*> de WW.I. 
* o^iecs de pèlerins, „„ er mite ^^"S^H^ 

l: ::,.;:r: e i; r abri,e sur ,a ,e ™° — *• ^ - «^ »- 

oya e„ r qm qume Baie ,„s<,„ a ee qu'il arme dans le Bas-Bhin l'aperçoit louiours à 

P ™res, ,e mnDdal sup , rieur don, BoXh ^Tl" reSSUSC " é '" "' "'"* 
et ses tours e, ,ou s de o.^e T" ' T T *"" J " SqU ' à S6S ' Mis °" s li*- 

— i- s .^::r::r:r;o ;;:::; i^i:r;r urg qui ,a 

remplacée aujourd'hui par une maison ,1p , enlieiement d.sparu et est 

' 2 Voyez Strasbourg, Faubourgs, chapelle Saint-Michel 

^S^XI^hL: I t t tdCl ï ** 6XemPt d ° ' a *""*« *"» 
le district des environs de Wissembourg. " S ParI ° n8 ' et le ********** (Bas-Mundat) , 



cm 



9 10 11 12 13 14 15 16 17 li 



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FRANCE. 



69 



la domination romaine, Brisacum était situé sur une île, puis, jusqu'au treizième siècle, vieuvBrisach. 
sur la rive gauche du Rhin; ce fleuve capricieux s'est creusé depuis un autre lit et a 
jeté cette colline sur la rive droite ; là s'arrêtaient les légions quand elles marchaient 
du pays des Helvètes, des Rauraques, vers celui des Sequaniens, des Médiomatriciens 
et vers leurs possessions dans le Bas-Rhin, en traversant Augusta Rauracorum 
Argentovaria, Eli, Argenloralum , Saletio, Tabernœ rhénan, pour arriver à Moguntia que' 
Drusus avait fortifiée. Derrière le Kaiserstuhl s'élève la chaîne de la haute Forêt-Noire 
et TOberland badois dont nous avons déjà fait la description. A la droite du Blauen' 
descend le promontoire de Schliengen, et les roches d'Istein se baignent dans le Rhin , 
au-dessus duquel file de tunnel en tunnelle chemin de fer badois qui se rapproche de la 
Suisse. A la droite de ce promontoire sort des brouillards du Rhin la cathédrale de 
Baie, vdle dans laquelle, il y a plus de quatre siècles, les plus savants théologiens se Bâle 

disputèrent en concile pendant des années sans arriver à aucun résultat; où le fils de 
Charles VII, avec sa nombreuse armée, dut lutter contre une poignée de Suisses à la 
bata.lle de Saint-Jacques , livrée sous les murs de la ville ; où Holbein peignit ses chefs- 
d'œuvre et où les Mérian nous laissèrent leurs magnifiques publications illustrées 
Aujourd'hui ses habitants vivent dans une calme quiétude, encore protégés par les 
jurandes et les maîtrises; des milliers de bibles sortent de ses presses typographiques 
pour se répandre dans toutes les parties du monde, et ses richards prêtent leurs 
millions aux plus offrants d'intérêts. 

A côté de Bâle, Huningue , dépouillé de ses murs et de ses remparts envie cet 
ornement guerrier à Neuf-Brisach, étoile fortifiée par les ordres de Louis XIV, en face 
de son aînée. A la droite, au pied de sa colline, nous voyons Rixheim, où l'industrie des 
Zuber jette dans la machine le bouillon blanc du chiffon macéré, pour en faire sortir 
les plus beaux papiers peints, qui vont tapisser la modeste chambre du bourgeois 
comme le brillant salon princier. Au pied de la même colline nous dislinguons°une 
ligne de cheminées à vapeur : c'est Mulhouse , l'industrieuse , la travailleuse , la bruyante Mulhouse 
et ses annexes Dornach et Lutterbach. Jadis petite république , dont les noms illustres 
viennent de revivre dans le Burgerbuch, publié par l'archiviste de cette ville, 
Mulhouse appartenait jusqu'en 1798 à la Confédération helvétique. Que les Kôchlin , 
les Schlumberger, les Dollfus se consolent de la perte du titre de citoyen de la fière' 
et remuante république dont leurs ancêtres se glorifiaient ; ils sont devenus aujourd'hui 
les rois de l'industrie du Haut-Rhin. 

Devant nous, et à peu de distance, nous indiquons Ensisheim.où Rodolphe de Ensishein, 
Habsbourg fit bâtir un vaste château qui devint la résidence du landgraviat d'Alsace 
de la maison d'Autriche, comme Haguenau dans le Bas-Rhin. Aujourd'hui un millier de 
détenus mâles occupent la prison centrale, jadis couvent des Jésuites, de même que 
Haguenau possède une maison centrale de détention pour les femmes. 




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Ensisheim. 






Thann. 



70 FRANCE. 

Une ligne lointaine de montagnes s'étend depuis Bâle et se lie à notre droite aux 
Vosges: c'est le Hauenstein et le Jura entre Bâle et Soleure, entre Bâle et Bienne; 
deux points clairs s'y distinguent à mi-hauteur: Landscron, sur le territoire de 
Porentruy, que Louis XIV avait pris en fief des margraves de Bade pour y tenir garnison 
française, et le château de Ferrette, ancien séjour des puissants comtes de ce nom, 
dont nous avons encore connu un dernier rejeton vivant à sa campagne près de 
Fnbourg-en-Brisgau, et qui rappelait, par sa taille athlétique, les hommes de fer du 
temps de la féodalité, ses aïeux. 

Au-dessus de la chaîne du Jura, le tableau se termine par les pics blanchis des Alpes, 
depuis le Mont-Blanc jusqu'aux cimes de l'Oberland bernois. Nous distinguons, vers 
la droite, les coteaux d'où descendent les rivières de l'HI et de la Largue, et que 
franchit le canal du Rhône-au-Rhin pour descendre vers le comté de Montbéliard , la 
patrie du grand Cuvier, autrefois possession des comtes de Wurtemberg , de même que 
sur la gauche de notre tableau, la petite ville de Riquewihr, au milieu de riches 
vignobles. Plus rapprochées de nous, les hautes cheminées à vapeur nous indiquent 
l'industrieuse petite ville de Cernay, tout près de l'entrée de la vallée de Saint-Amarin 
Le Rangenberg nous masque Thann avec sa cathédrale gothique, bâtie, s'il faut en 
croire la tradition, au quinzième siècle, sur les plans d'Erwin, le constructeur de la 
tour de celle de Strasbourg. 

Qu'on nous permette, à cette occasion, de briser sur cette hauteur une lance toute 
courtoise avec M. Schreiber, l'historien du pays de Bade et de la cathédrale de 
Strasbourg même. En fait d'idées et d'hypothèses on ne peut pas toujours être d'accord ; 
si les sources de preuves positives manquent, et si l'on doit arriver par le raisonnement 
a la connaissance de la vérité, chacun a le droit de choisir les arguments qui lui 
paraissent les plus convainquants. M. Schreiber prétend dans ses écrits qu'Erwin est 
né dans la petite ville de Steinbach, au pied du Fremersberg, en deçà de Bade, point 
quenousavons indiqué sur notre panorama, alléguant que Steinbach était, au treizième 
siècle, une ville plus considérable que de nos jours, et qu'elle était renommée par ses 
carrières: donc il y avait des tailleurs de pierre, donc le grand architecte y est né, 
y a travaillé et s'y est formé dans son jeune âge. Tout le monde sait que beaucoup 
d'architectes du moyen âge prenaient leurs noms du lieu de leur naissance, comme 
Jacques de Landshut, Gérard de Cologne, Eudes de Montreuil, Wenceslas de Neubourg 
Hultz de Cologne , Perrat de Metz , et bien d'autres que nous pourrions citer, usage qui 
s est même continué jusqu'à nos jours dans les corporations des architectes, des 
tailleurs de pierre, des charpentiers en Allemagne, où ils se désignent encore toujours 
sous le nom de Frère: Bruder Hamburger, Bruder Bremer, Bruder Nurenberger, etc. 
Nous sommes donc d'accord avec M. Schreiber sur ce point qu'Erwin est né à 
Steinbach, mais quel Steinbach? Il y a quelques communes de ce nom dans le pays de 



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FRANCE. 



71 



Bade, il y en a quelques-unes en Alsace. Nous avons donc à rechercher laquelle a 
donné le jour à ce grand architecte, et nous avouons que nous donnerions la préférence 
à Steinbach, près de Thann. En voici les raisons: A l'époque où naquit Erwin, époque 
que nous plaçons entre l'année 1240 et 1250, car, d'après la tradition, il arriva à un 
âge très-avancé et mourut en 1318, il n'y avait pas encore dans les villes ou villages 
d'écoles où l'élève pouvait acquérir des connaissances en mathématique, en statique, 
en construction et en ornementation, et les pierres ne s'apprêtaient pas dans les 
carrières, mais bien sur les lieux de construction mêmes. Les sciences et les arts étaient 
cultivés seulement dans les institutions religieuses et surtout dans les couvents de 
Bénédictins; c'est à ces sources de connaissances que puisaient les grands maîtres du 
temps; or nous n'en connaissons aucune à proximité de Steinbach outre-Rhin où le 
jeune élève, que la Providence avait doté de ce génie, ait pu le cultiver, le développer. 
Serait-ce au couvent rapproché d'Oltersweir ? il ne fut institué qu'au dix-septième siècle 
pour l'ordre des Jésuites, ou bien au couvent de Lichtenthal, près de Bade? c'était un 
couvent de dames nobles. Serait-ce peut-être au couvent du Fremersberg? mois c'était 
une retraite de frères de l'ordre de Saint-François, ordre qui avait fait le vœu de 
pauvreté et dont le fondateur ne vécut qu'au treizième siècle. Ce n'est donc qu'au 
couvent de Schwartzach, abbaye de Bénédictins, qui existait déjà longtemps avant 
cette époque qu'Erwin aurait pu recevoir son éducation; mais aussi brillante que fut 
cette abbaye dans les temps antérieurs, aussi malheureux fut son état dans ce siècle, 
où elle fut détruite à différentes reprises par des incendies, et où ses avoyers, les comtes 
de Geroldseck et les nobles de Windeck lui firent subir le droit du plus fort par les 
armes et par des rapts de territoire. Il n'est donc pas présumable que dans ces temps 
de malheur ces religieux aient pu s'occuper d'études, moins encore d'instruction; en 
outre tout ce territoire était sous l'obédience des évêques de Spire. Si , par contre, nous 
faisons naître Erwin à Steinbach, près de Thann , nous trouvons le développement 
progressif de son génie tout pratique et tout naturel, en même temps qu'il trouvait, 
comme à Steinbach outre-Rhin , des carrières en grande quantité sur les flancs des 
Vosges, où il a pu manier la pierre brute comme ouvrier. Notre Steinbach, près de 
Thann, est tout rapproché de la riche abbaye de Bénédictins de Murbach, située dans 
la vallée de Guebwiller, qui lui appartenait; son territoire enclavait la vallée de Saint- 
Amarin et beaucoup de villages et châteaux au pied des Vosges; c'était une abbaye qui 
devint plus tard princière, et ses prélats eurent siège et voix aux diètes impériales, de 
même qu'elle fournit son contingent aux armées des empereurs. A Murbach les sciences 
et les arts furent toujours heureusement cultivés , et il en sortit de savants théologiens 
et des évêques érudits. C'est donc à cette école que le jeune homme, dont le génie 
naissant a bien pu être connu par les religieux, travailla à son développement. A côté 
des riches propriétés de l'abbaye s'étendaient les vastes terres des puissants comtes de 



Thann. 



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Thann. 









Uollwiller 



70 

FRANCE. 

Habsbourg, dont Rodolphe monta sur le trône impérial, à l'époque où Erwin élevait à 
Strasbourg son chef-d'œuvre d'architecture. Après s'être formé à 1 école des Bénédictins 
de Murbach , a la tête desquels se trouvait alors le puissant prélat Berthoid de Steinbronn 
Je jeune artiste, d'après la tradition, travailla à la cathédrale de Fribourg-en-Brisoau 
qui est s.tué en face, à une dizaine de lieues de distance, et que l'œil aperçoit facilement 
du haut de ces montagnes. Fribourg faisait alors partie des domaines des comtes de 
Fribourg et d'Urach, après l'extinction de la ligue directe de la maison de ZaBhringen 
a laquelle les Habsbourg étaient alliés. L'évêque de Strasbourg, Conrad de Lichtenberg', 
eta, beau-frere des comtes de Fribourg; il était naturellement à même de connaître 
le talent de 1 architecte qui travaillait à la construction de cette cathédrale, il le fit venir 
a Strasbourg pour lui confier la construction de la tour de ce temple, en 1275, et en 
1277 les travaux d'exécution commencèrent. 

La tradition dit qu'Erwin doit avoir dressé le plan de l'église de Thann , et cela est 
très-probable, car, en la comparant à celle de Fribourg, Ion voit bien que les flèches 
se ressemblent, que la première n'est qu'une miniature de l'autre, et que l'architecte 
tout en travaillant à lune s'inspirait pour l'autre. Tous ceux qui ont étudié l'historique de' 
la cathédrale de Strasbourg savent que la flèche est une déviation du plan primitif et 
que cest Hultz de Cologne qui la construisit telle que nous la voyons aujourd'hui Or 
que mterê t Erwin de Steinbach d'outre-Rhin avait-il de gratifier "d'un p. „ d^ e la 
petue v, le de Thann? Le lui avait-elle commandé, pouvait-elle h/eu conV 
construction, quand elle ne la fit construire que longtemps après * 

Mais s, nous faisons naître Erwin à Steinbach, près de Thann, on peut regarder ce 
plan .comme , un monument de gratitude envers son pays natal, de gratitude envers 
J abbaye de Murbach, qui l'avait formé et protégé, de gratitude envers les Habsbourg 
et envers Conrad de Lichtenberg, auquel appartenait le mundat tout rapproché Mais 
que tu so.s né en deçà ou au delà du Rhin, au pied des Vosges ou de la Forêt-Noire 
ton œuvre, grand maître, a été l'admiration des siècles passés,*, à nous Strasbourgeois ' 
reviennent l'honneur et le mérite de sa conservation à l'admiration des siècles futurs »' 
Apres cette courte digression, descendons à Bollwiller pour commencer par ce 
point nos pérégrinations dans la partie des Vosges que l'on peut apercevoir du haut 
de la cathédrale de Strasbourg, puis pour déboucher à Colmar. 

Le jour de l'inauguration du chemin de fer, la station de Bollwiller, élevée d'une 
vingtaine de mètres au-dessus du niveau du sol, était transformée en un riant jardin 
orne d arbustes, d'arbres, de plantes et de fleurs exotiques les plus rares et les plus 
brillantes; MM. Baumann avaient ce jour-là vidé les serres de leur vaste établissement 
d Horticulture et avaient paré cette gare de leur riche végétation. Jadis les Européens 
etud,aient en Orient l'art d'embellir leurs jardins; de nos jours le pacha d'Egypte eut 
recours au talent des Baumann d'Alsace pour créer ses magnifiques plantations 



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FRANCE. 



73 



Entre ces palmiers, ces aloës, ces mimosa, ces lauriers et ces plantes grimpantes, nos 
regards planaient sur de riches prairies qui s'étendaient à nos pieds d'un côté, peuplées 
de troupeaux, et de l'autre sur ce pittoresque rideau de montagnes, dont les sommets 
sont boisés de sombres forêts , et dont les pieds fournissent d'excellents vins. 

Les derniers points culminants des Vosges, qne l'on distingue depuis la plate-forme 
de la cathédrale, s'élevant de la plaine vers le sud, c'est le Hartmanswillerkopf, 
au-dessus du beau château d'Ollwiller, anciennement propriété des comtes Waldner 
de Freundstein , après qu'ils furent descendus de leur manoir féodal , du fond des 
montagnes, et qui appartient aujourd'hui à M. Gros père, de Wesserling 1 ; c'est encore la 
montagne au-dessus de Soultz, à mi-hauteur de laquelle est situé le pèlerinage de 
Thierbach, et à sa droite le Mulchern, crêtes boisées qui séparent la vallée de Saint- 
Amarin du Florival. 

Commençons notre description de la chaîne des Vosges, en montant par cette 
dernière vallée, arrosée par la Lauch. 

La petite ville de Guebwiller, qui est située au débouché de la vallée, est certainement 
la seule petite ville d'Alsace qui présente autant de monuments d'architecture sacrée; 
elle possède trois dignes représentants de l'art de bâtir dans les siècles passés; le plus 
antique, l'église de Saint-Léger, en est la perle. Sa façade principale se divise en largeur 
en trois parties égales; celle du milieu est formée par la nef principale , dont le pignon 
du toit forme un fronton orné de lozanges et entouré d'arcadures; en dessous, cinq 
hautes baies en plein cintre, divisées par de charmantes colonnettes, envoient le jour 
dans l'intérieur de l'église. Les deux parties latérales sont formées par de hautes tours 
carrées, dont les deux étages supérieurs sont percés, de chaque côté, de deux fenêtres 
à plein cintre, avec colonnettes en retrait. La partie inférieure de cette façade forme 
porche ou narlhex; on y entre sous cinq arcs, dont celui du milieu est cintré et les 
quatre latéraux à ogives, séparés par des piliers à trumeaux et à colonnes, et à l'angle 
par des contreforts. La principale porte qui donne entrée dans la nef, est riche en 
ornementations dans le style grec; mais les figures du tympan, représentant sans 
doute saint Léger et ses disciples , démontrent l'enfance dans l'art de représenter les 
figures humaines. Une tour octogone, percée de même aux deux étages de fenêtres 
cintrées, soutenues d'une colonnette au milieu, est assise sur la croisée du transept, 
et contribue beaucoup à donner à ce monument d'architecture mi-byzantine et mi- 
ogivale un cachet de grandeur. Les abbés de Murbach le firent construire dans la 
seconde moitié du douzième siècle, et une inscription nous apprend qu'il vient d'être 
restauré il y a seulement quelques années; dans celte restauration on n'a pas voulu 



Bollwiller. 



Guebwiller. 



1 M. Gros , de la vallée de Saint-Amarin , un des industriels les plus distingués du Haut-Rhin , y a créé une école 
agricole. 

ENVIRONS. 10 



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19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



Guebwiller. 









1 il 









74 FRANCE. 

faire tort à l'inscription qui se trouve sur le cadran solaire de la tour de droite ' , et on 
a ménagé les peintures qui représentent d'un côté les fleurs de lis , armes de la France 
royale, et de l'autre la mitre abbatiale et la crosse, insignes du prince-prélat; au milieu 
le bonnet, armoiries de la ville de Guebwiller, et au-dessous les mots allemands: 
Vivre libre ou mourir, 1791 , traces fugitives du passé. 

Le second monument d'architecture est l'église des Dominicains en style gothique, 
portant le cachet de toutes les églises de l'ordre des Prêcheurs ; celle-là est abandonnée; 
mais les bâtiments du couvent sont transformés aujourd'hui en hôpital. 

Le troisième est de fraîche date et ressemble beaucoup, par son style de construction 
à l'église de Saint-Sulpice à Paris. Commencée en 1763 par l'architecte Bequen, celte 
église n'était pas encore achevée quand la révolution interrompit complètement les 
travaux; une de ses tours vient d'être terminée il y a quelques ans, et l'autre attend 
encore sa construction. L'intérieur est d'une richesse remarquable; des galeries 
qui régnent tout à l'entour sont supportées par des colonnes d'ordre corinthien; au 
fond du chœur elles sont en marbre, et du maître-autel s'élance d'un cercueil vers le 
ciel la sainte Vierge , portée par des anges sur des nuages. Le tout est richement orné 
de stuc et de dorures. Derrière et à l'entour de cette église de belles maisons de maître 
et le château servaient, au siècle passé, d'habitation au prince-prélat et aux chanoines 
de Mnrbach». Ce chapitre, d'une antique création, n'était composé que de membres 
d une illustre noblesse; il fallait la prouver par seize quartiers, et sept chevaliers étaient 
obliges de jurer sur l'autel que le récipiendaire avait les titres requis pour y entrer. 
Aujourd'hui les princes de l'industrie moderne ont remplacé les princes de l'Église, 
car, si l'on monte sur Y Oberlinger , montagne qui domine Guebwiller et qui fournil un 
excellent vin blanc, et qu'on laisse errer ses regards dans la vallée, on voit s'élever 
d'immenses constructions avec leurs cheminées à vapeur. Ici c'est la filature et le tissage 
de MM. Frey, Witz et C* qui ferme presque la vallée; là l'immense établissement de 
constructions mécaniques de M. Nicolas Schlumberger, qui à lui seul occupe une petite 
armée de plus de 3,000 ouvriers; celui de MM. Debary, Mérian et C ! «, qui fabriquent les 
beaux rubans de soie façonnés qui ornent les chapeaux de nos dames et de nos 
paysannes; plus loin, le nouvel établissement de M. Burkard, construit en pierres, en 
fer et en verre, et, vers le fond de la vallée, la filature de MM. Astruc et C ie , qui 
ont fait percer, à leurs frais, un tunnel à travers la montagne, pour régulariser la chute 
des eaux qui alimentent leur usine; tout près, un fils d'Albion y fait fabriquer du fil 
cl Ecosse et s'amuse à pêcher des truites. 

1 relut wnbra fugit (le temps fuit comme l'ombre). 

2 Silbermann, qui comme facteur d'orgues y était souvent appelé , nous dit que de son temps le prince-prélat 
jouissait dun revenu de mille louis; le doyen de douze mille livres , le grand-chantre de six mille et les autres 
cnauoines de quatre mille livres, outre leur logement et des revenus en vins et en comestibles. Les chanelains 
desservants avaient K00 livres d'appointements. 



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B» 



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Pèlerinage ' au Schauenl 



Panorama le StrasTaour^. Environs, ïage 75. 



«•É. 




Abbaye de Murbach, 
côté septentrional., état actuel 



Kf lise io iiuhl. 



Abbaye de Murbach. 
côté méridional 1745. 





■ 



FRANCE. 



75 



% 



Après avoir passé devant les ruines des châteaux d'Angreth et de Hugstein 1 , demeures GuebwiUer. 
des prélats du temps de la féodalité, on s'enfonce à gauche, avant d'arriver au village 
de Bùhl, dans un vallon latéral qui se rétrécit de plus en plus et ne forme plus qu'une 
gorge étroite, dans laquelle le ruisseau bondit de roche en roche, et où l'étroit sentier 
suit avec peine les sinuosités des ravins. De même que le voyageur est surpris en 
s'enfonçant dans la vallée de Saint-Biaise, dans la Forêt-Noire, d'y rencontrer la 
grandiose coupole de cette antique abbaye , de même il est étonné de trouver au fond 
de cette gorge les deux hautes tours carrées qui flanquent le chœur de l'antique 
abbaye de Murbach, siège primitif de ce noble chapitre. Quoique la nef de cette église 
soit démolie et serve aujourd'hui de cimetière à d'humbles montagnards, le chœur, 
d'un style pur d'architecture byzantine, semble encore vouloir rivaliser de grandeur 
avec les montagnes qui l'avoisinent. L'âme est saisie d'un solennel recueillement, quand , 
au milieu des ruines de cette splendide abbaye, le tintement de la cloche et le plain- 
chant de quelques pauvres villageois viennent interrompre le silence de cette solitude ' 2 . 
Involontairement on est ramené dans sa pensée vers les premiers siècles de l'histoire 
chrétienne de notre province, où saint Firmin, Écossais de naissance, vint avec ses 
pieux disciples se fixer clans ce désert pour y prier Dieu, prêcher en humble apôtre les 
doctrines de charité et de vertu du Christ et enseigner aux barbares habitants de ces 
lieux les premiers éléments de la civilisation. 

A peu de distance de Bùhl , vers le fond de la vallée, on rencontre encore un beau Lautenbach. 
monument de l'architecture byzantine, c'est l'ancienne église chapitrale de Lautenbach, 
relevant dans le temps de l'abbaye de Honau, à proximité de Strasbourg 3 . Celle-ci est 
encore debout tout entière; mais, ce que le temps et les guerres ont ménagé, a été 
malheureusement dégradé par l'ignorance des restaurateurs, et il est à déplorer que 
le badigeon et le plâtre masquent en partie les ornements en billettes, en arcadures, en 
fleurons et en entrelacements de cordes qui caractérisent cette époque. Une intelligente 
restauration devrait, en faisant justice de ces dégradations, rétablir les ornements 
dans leur état primitif et démasquer le porche si intéressant de cette église. Nous 
aimons ici exprimer le vœu qu'à l'enseignement donné au clergé dans les Séminaires, 
on joigne un cours dhistoire de l'architecture et d'archéologie qui apprenne à nos 



'À 



' Le château de Hugstein fut habité en U50 par le prélat Bartholoraé d'Andlau, en 1483 par Achate de Griesheim , 
et restauré en 1564 par le prélat George de Massevaux. 

2 Le chœur sert encore au culte, et ce n'est que dans le siècle passé que les chanoines de Murbach ont quitté leur 
retraite dans ces montagnes pour se fixer à Guebwiller, où ils firent construire l'église et les bâtiments dont 
nous avons parlé. 

3 Beatus Rhenanus , le savant de Schlestadt , trouva dans la bibliothèque de cette abbaye , en 1515 , le manuscrit 
de Velleius Paterculus et le publia. On dit que Delille , en venant de Sainl-Dié , avant de quitter le sol de la France 
du temps de la révolution , y a séjourné pendant quelque temps , et y a commencé ses Jardins et V Homme des 

Champs. 

10. 



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19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



Le Florhal. 



11 






f.c Ballon 



FRANCE, 
jeunes lévite à distinguer les différents slyles e. les diverses époques de Par, de bâtir 

■Z7T ', eUX ' qUl SOmSOllTCnt !es sei "* h»»» instruits de leur paroisse, ils 
ter , l conservation des églises et ne deviennen, pas eux-mêmes parfois 

les .promoteurs d'une la.de dégradation, sous prétexte d'embellissement 

plaint 2 7" éeS ^ G "f " i " W " de MÛDS ' er ' " Ui déb0Uche " 1 P-allèlemeu. dans la 
p -, sou, fermées par les e.mes du Ballon et du Lauchen; elles portent cependant 

h rëmiér" 7h Par ' iCU ' ier ' qU °' >e '"""' aSt " e '° S VMe e " P a " ie «"•» >- ««i 
s ncs I T T m °' nSS0Umise à Inculture agricole que l'autre; on rencontre 

dTu aune °T SCS T" ,aS ° eS C ° UVerlS de r ° cheS el de l*»™. «■*«■ lue 

teuso. m ' qUa ' eg ' " *" f ° rêlS> l ' rrigali0n 6t ' es P eines *> '* «*»• 'es on. 

où mn "" h 7"'" P"'™ 8 ' SUr les 1 aelles de maguiflquesbeteaeon.es 

ba„d™„ ,!, "T e "°° mtUre ' Da " S " Premiè '' e ' S6S lMbi '»»' s « P-Oue 
abaudone leur costume campagnard (la veste et l'habit du citadin leur servent de 

vêtement,, lamhs que dans la vallée de Munster ou aime encore à les voir dans leur 

costume national si pittoresque, les femmes avec leur coiffure coquette, la rosâ e 

ruban sur e front e, les hommes pcrtau, leur rustique tricorue; aussi le habita,,! de 

la vallee de Mflnster çnl-ils Pair plus robuste, plus for, que ceux a v | e d 

Guebwdler, ou mo.ns d'aisance semble leur rendre la vie plus dure 

des , „es et de la culture ugr.cole, ou s'enfonce dans les forêts ; les derniers arbres 

::*- •*■•* par paciion dœ vems ^ * •*— *«*» >- - 

v ,d, „ S °° ' enCOmre ' eS ,égi0nS a " leSlres; d<! ■««« nappes d'une 

h e7rTtr" rent ' eS " a " CS ^ CeS D,0mag,leS ' »"««">*» * »» «e 

rocher, e , les babttattoM q„ ou y voit sont petites, chétives e. garanties coulre 

intempérie et la r.gueur de ce climat par des couches de mousse e, de branches de 

apnts • p us ou monte , plus elles devient,», rares , e. sou, enflu remplacées par les 

lern ïtnZX™ S ' habilali ° nS qUi " e f ° m «" '- abH - '™1-™- danJ 
Le Ballon de Guebwiller ou de Soullz, que l'on nomme ainsi pour le distinguer de 

son frère, dans la vallée de Giromaguj , mais qui es, hors de notre rayon vLel a 

42 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la mer; c'est le point le plus élevé d 

a chame des Vosges, de même que le Feldberg est le géant delà Forêt-Noire- ce 

dernier cependant le dépasse en hauteur de 67 mètres, mais le Ballon de Guebwiller 

es, de 2o mètres plus élevé que celui d'Allemagne. Sur ce point culminant, on joui, 
pu près de la même vue sur le Jura e. les Alpes, sur la vallée du Rhin; mais vers 
es. la vue setend sur les cimes des Vosges e, sur le vaste plateau de la Lorraine. Il a 
e même que le Feldberg son petit lac, profond entonnoir garni de sombres sapin, 

qui reçoi, les eaux limpides descendant de sou flanc oriental. Sur ses hauteurs on' 



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FRANCE. 



77 



Le Lauchen 
et le Rotlakic. 



croit être tout à coup transporté clans la nature alpestre des montagnes de la Suisse; on 
y rencontre la même végétation, le vacher dans son chalet enfumé, des troupeaux de 
cinquante, de cent, de cent vingt vaches qui font retentir l'air de l'harmonie de leurs 
clochettes, et le fromage qu'on y fabrique ressemble par la forme, si ce n'est pas tout 
à fait par le goût, à celui que l'Emmenthal et l'Entlibuch nous fournissent. 

Pour nous rendre du Ballon vers les hautes lignes de montagnes que nous 
distinguons depuis Strasbourg, nous passons sur le Lauchen , au fond de la vallée de 
Munster, sur le Rottabac, au revers duquel on descend vers les lacs de Blanchemer, 
de Retournemer, de Longemer et vers Gerardmer, le plus étendu de ces vastes 
réservoirs d'eau, pendants au Titi et au Schluchsee de la Forêt-Noire. 

Nous arrivons alors aux immenses rochers qui couronnent le Hoheneck. Là, la Le Hoheneck. 
nature présente au touriste un affreux chaos; elle prend un aspect rude, sauvage, 
qu'il ne rencontre sur nul autre point de cette chaîne de montagnes. Soit qu'on arrive 
sur cette cime par la nouvelle route non encore achevée, connue sous le nom de la 
Schluchl, qui monte depuis Sultzern et conduit en Lorraine, route que MM. Hartmann 
à Munster ont en partie fait construire, soit que l'on y monte de la vallée d'Orbey sur 
les lacs Blanc et Noir, on n'y rencontre que la solitude du désert. Ces deux lacs 
reposent entourés d'un collier d'âpres rochers, dans une solitude tout au plus 
vivifiée par la présence de quelques troupeaux qui y passent trois ou quatre mois de 
l'été , les seuls où la neige n'a pas couvert d'une nappe glacée ces hautes régions. Le 
peintre qui voudrait étudier les formes grandioses et souvent grotesques de ces murs 
de granit, des cascades, la capricieuse marche des vapeurs et des brouillards qui 
frôlent les flancs de ces montagnes, ou de larges vues de lointain à une élévation de 
plus d'un millier de mètres, y trouverait de riches trésors pour ses toiles. Mais, à la 
différence des montagnesde la Suisse, sur aucun de ces points culminants il ne trouvera 
d'auberge , si ce n'est la Roll , grande ferme au fond de la vallée de Lautenbach , et il 
faudrait qu'il se contentât de l'hospitalité que peut lui offrir le pâtre auprès de son feu 
dans une chétive chaumière , avec ses pots de lait, de crème, ses fromages et ses pommes 
de terre. 

Dirigeons- nous du Hoheneck sur le Linge et sur le Hohnack, et restons sur ces Vallée de Munster, 
régions élevées en suivant le promontoire qui domine dans toute sa longueur le côté 
gauche de la vallée de Munster, arrosée par la Fecht. 

Sur la cime du Hohnack, auprès de ses riches carrières, nous jetons avec plaisir un 
regard sur cette vallée si pittoresque et si attrayante par sa culture aussi belle que 
variée. Dans les temps les plus reculés, où ces montagnes étaient couvertes de sombres 
forêts, où l'ours et le castor y avaient leur résidence, quelques pieux anachorètes 
vinrent s'y fixer comme dans les gorges solitaires de Murbach ; la prière et le 
recueillement religieux y cherchaient un asile; au septième siècle, Childéric II y 



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78 

FRANCE. 

*- ^. fonda l'abbaye de Saint-Grégoire on de Munster (Monasieriurn) , en la dotant de terres 
et de revenus; elle était de l'ordre de Saint-Benoît, et il sortit de son sein, pour s'asseoir 
sur le siège de Strasbourg, plusieurs prélats distingués'. Dom Calmet, l'historien de 
la Lorraine, y était sous-prieur. 

La ville de Munster elle-même, anciennement entourée de murs et de fossés 
faisan, depuis le treizième siècle, partie de la Décapole des villes libres impériales' 
d Alsace, et les villages et hameaux au fond des deux vallées qui se réunissent en une 
seule près de cette ville, appartenaient à sa juridiction et formaient la cité de Munster 
La commotion religieuse du seizième siècle enleva à l'abbaye son éclat, et l'abbé 
Burckart Nagel, son prieur, embrassa les doctrines de Luther, se maria et introduisit 
la reJorme dans les communes appartenant à la cité. 

Le grand nombre de manoirs de la féodalité, dont les ruines couronnent aujourd'hui 
les cimes des montagnes environnantes, nous sont un témoignage frappant de la 
puissance nobi.iaire, qui se partagea dans les anciens temps ces terraTns et ses 
habitants. Au-dessus de Munster, sur une montagne transformée par M. F. Hartmann 
en un vaste jardin anglais, dans lequel est établie une charmante maison rustique style 
cha et suisse, avec une vacherie peuplée de magnifique bétail de ce pays, est perché le 
c a eau de Schwartzenberg. Roesselmann, le prévôt de Colmar, lia un , 01 
détention dans les cachots de ce caslel et y mourut ». 

'Saint Just, saint Maximin, saint Ansoald, Eddon , saint Rémi et Ragion 

première et avait pris le commandement de ses l.vZg^iLTT^Z de TS, TîT" ^ * " 

Strasbourg avaient r^rZ^ ZZ^Z^ ^T^iSf^f *?%*"*** ** 
présence de Rodolphe avec ses forces mi.itaires dans ,e ÈniiSJj^S^S^ E£? KS^S 
1 avait banni. Un soir ,1 y entra, caché dans un tonneau, fit armer en silence les hommes de son parti' et n M 
popu.ation fut plongée dans le sommeil , ils s'emparèrent d'une porte, devant laquelle à al Tl 'nul' ie m 
mbusques les hommes d'armes de Rodolphe; des tas de paille allumés dans les rues de I ^e par ^ tffldÏ 
devinrent le signal auquel ces troupes entrèrent au cri de Habsbourg et se rendirent de L™ a , 

Colmar, où Rodolphe fit son entrée le lendemain. Peu après ce hardi oupSe maTn le n 7 *l ** 

semblab.e stratagème; ses troupes occupaient déjà quelques rues/jlid R œsse Tm M ^luT" " ^ 
acharné ; il parvint à les en chasser, mais paya de sa vie cette cou agTsë déZ ^Twi£5o^ï î- 
succéda dans ses fonctions et jura fidélité à l'empereur Adolphe de Nassau aZZ^to^Sl^T* 

U.o.ie. qu, avau parjure, attachée à un piquet, i, fut transporté au château dont nous avons paXt enl'mé à vT 
" Voyez Environs , Hausberr>-en. 



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FRANCE. 



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A cinq kilomètres plus loin, près du village de Wihr, s'ouvre un vallon latéral dans Vallée de Munster 
lequel est situé Soultzbach, renommé par ses eaux minérales, qu'il ne faut pas 
confondre avec Soultzmatt, autre source minérale située près de Rouffach; ces deux 
bains sont beaucoup visités dans la belle saison, à cause de leur effet salutaire. 

Dans ces environs on rencontre les ruines de Schrankenfels , le Burgstallschloss et 
celles de Wasserbourg, au-dessus du village de ce nom. Avant d'arriver à Wintzenheim, 
à l'embouchure de la vallée de Munster, vis-à-vis de Tiirckheim, s'élève la tour ruinée 
du château de Plixbourg, ancienne résidence des Reichsvœgt de Kaysersberg, fief 
impérial concédé à Caspar Schlick, chancelier de l'empereur Sigismond , et aux comtes 
de Ribeaupierre. Au bas de Plixbourg est situé Saint-Gilles, dans un paisible vallon 
entouré de vertes prairies; on aime à s'y arrêter pendant la semaine et à profiter de 
son auberge hospitalière; mais les dimanches Bacchus y a fixé sa résidence, et l'on voit 
beaucoup de ses adorateurs s'en retourner le soir chancelants et avinés à Colmar. Au- 
dessusdeWettolsheim, tout prèsde Wintzenheim, les ruinesde Hohlandspurg dominent 
la plaine ; le passé élève sa voix quand on se promène sur le robuste mur qui forme la 
vaste enceinte de ces fortifications; elles ne sont pas à comparer à ces nids d'aigles 
humains assis sur des rochers escarpés dont nous venons de faire mention; l'on voit 
bien qu'elles furent élevées à une époque où la poudre exerçait déjà son action 
destructrice, et qu'un homme de guerre expérimenté y avait mis la main pour les mettre 
à la hau teur des besoins stratégiques de son temps. Cet homme c'était Lazare de Schwendi , 
illustre général sous Charles-Quint, sous Ferdinand, sous Maximilien II et sous son 
successeur Rodolphe; il en fit l'acquisition en 1563. A ses grandes qualités militaires, 
Schwendi joignit un caractère conciliant, un esprit cultivé et la finesse diplomatique. 
Charles-Quint l'envoya souvent en mission vers Strasbourg et les villes libres d'Alsace , 
où il gagna l'estime des magistrats; comme homme de guerre, il eut pendant quelque 
temps le commandement de la forteresse de Brisach et apprit à connaître dans ces 
diverses relations notre belle province , de même que ses affections de cœur contribuèrent 
beaucoup à l'aimer, car il avait épousé une dame Bôcklin de Bôcklinsau, appartenant 
à la noblesse d'Alsace. Il s'y fixa dans l'intervalle de ses campagnes et après avoir 
abandonné le rude métier des armes, pratiqué en Hongrie, en Turquie, en Flandre, 
en France et en Allemagne. Dans ses moments de repos, il échangea la plume contre 
l'épée et écrivit un traité sur le gouvernement de l'empire, sur les libertés religieuses, 
et une méthode de faire la guerre aux Turcs, basée sur sa longue expérience. Dans 
nos promenades à Strasbourg nous aurons occasion de signaler l'hôtel qu'il y habita 
avec son fils Guillaume de Schwendi, dont l'épouse était une comtesse de Fùrstenberg. 
Lazare de Schwendi mourut à Kirchhoffen , dans le Brisgau, et, en arrivant à 
Kientzheim, nous visiterons la tombe qui couvre ses restes et ceux de son fils dans 
l'église où il fut enterré comme Reichsvogt impérial. 



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I 



80 FRANCE. 

vai.ee doMunstor. Enfin nous citerons encore le château de Hohnaok, sur une cime de montagne 
rapprochée de celle qui en porte le nom et qui est d'une hauteur de 980 mètres. 

L industrie cotonnière moderne vivifie aujourd'hui cette vallée, et de véritables 
palais, flanqués de hautes cheminées fumantes, s'élèvent le long de la Fecht, car eau 
et vapeur concourent à mettre en mouvement des milliers de métiers de filature et de 
tissage. Les établissements de MM. Hartmann occupent, à eux seuls, plus de quatre 
mille ouvriers de tout âge et de tout sexe, dont un grand nombre est obligé de faire 
le soir une ou deux lieues de chemin, pour joindre , dans la montagne, leur chétive 
chaumière, qu'ils quittent le matin avant la pointe du jour, souvent au milieu des plus 
affreuses bourrasques de pluie ou de neige. Au nom des Hartmann s'allie celui des 
Kiener dans l'industrie de la vallée de Munster; à deux kilomètres en deçà de cette 
ville, une vaste filature est exploitée par ces messieurs, et au delà , près de Luttenbach 
une active papeterie à la main et à la mécanique fournit de très-beaux produits. Dans 
1 ancienne enceinte de cet établissement on voyait encore, il y a une vingtaine d'années 
le logement qu'occupa Voltaire, où, après avoir quitté Strasbourg, il continua décrire 
les Annales de l'empire. Le savant Schœpflin profita de même du calme de celte 
vallée pour s'y livrer temporairement à ses études. 

Comme nous l'avons déjà dit, l'agriculture a sa belle part dans l'aisance des habitants 
de cette vallée, la fabrication des fromages crémeux dans les communes de Sondernach 
de Metzeral, de Miihlbach , de Slosswyr, de Sultzern et autres, est aussi pour eux une' 
source de prospérité; ce sont surtout les pays du nord qui les recherchent, et on mange 
ce fromage aux tables les plus opulentes de la Suède et de la Russie, comme chez nous 
le Chester et le Roquefort. 

En descendant du Hohnack , on a à sa gauche un haut plateau qui s'incline vers la vallée 
deKaysersberg, parsemé d'habitations rustiques, comme si le géant de la montagne les 
avait jetées, à pleines mains, tantôt sur une verte prairie, tantôt dans un bouquet 
d'arbres, tantôt sous une roche protectrice ou sur la lisière d'un noir bois de sapins. 
Toutes ces maisonnettes éparpillées forment la commune de La Baroche, dont les 
habitants s'occupent essentiellement de l'élève des bestiaux et de la fabrication du 
fromage. 

Enfin on arrive au prieuré des Trois-Épis [Drey Mhren), dernier point culminant de 
ce promontoire. Abrité par la montagne du côté du nord, on embrasse tout un monde 
près de ce paisible séjour; c'est la nature grandiose qui nous entoure; on jouit de la 
montagne et en même temps le regard plane sur d'immenses distances, sur le large 
bassin du Rhin , jusqu'aux cimes blanchies des Alpes de la Suisse. Le bruit de ce monde 
n arrive pas à nous; on reste dans une calme contemplation, et on ne s'étonne pas que 
des hommes, guidés par des sentiments religieux, y aient fixé leur séjour, aussi bien 
que d'autres dans les gorges de Murbach et de Munster. Cette église , où affluent beaucoup 



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de pèlerins, et les bâtiments claustraux qui l'entourent étaient jadis une commanderie 
d'Antoniles, dont nous avons déjà parlé dans nos promenades dans Strasbourg 1 . 

Nous quittons à contre cœur le silencieux séjour de la montagne et nous nous dirigeons 
sur Tùrckheim, ancienne ville libre impériale, renommée par son excellent vin rouçe 
et ses bonnes truites. 

Depuis Tùrckheim jusqu'à Colmar une ligne presque non interrompue d'usines et 
d'immenses manufactures suit les bords d'un bras de la Fecht, le Logelbach. Ce 
terrain, aujourd'hui vivifié par l'industrie, fut en 1675 le théâtre d'une sanglante 
bataille. 

A l'occasion de Sasbach, de Wilslsedt, d'Ottenheim et d'illkirch, nous avons déjà 
parlé des exploits guerriers du grand Turenne; à l'aspect de ce terrain nous parlerons 
de la bataille de Tùrckheim, dont le résultat fut l'occupation définitive de l'Alsace par 
les armes françaises. Turenne avait débouché inopinément au milieu des neiges par la 
vallée de Saint-Amarin , au mois de décembre 1674, et fêtait son dernier jour de l'an, 
1675, en Alsace. Belfort était le point de ralliement de son armée, composée d'une 
trentaine de mille hommes qui marchaient par corps détachés, et après les avoir réunis 
il poussa de fortes reconnaissances vers Mulhouse et Bâle. Après plusieurs combats avan- 
tageux pour les armes françaises, il coupa une partie de l'armée coalisée, cantonnée sur 
la frontière méridionale de l'Alsace, l'empêcha de se rallier sur le centre et la força à 
une retraite par Bâle, sur la rive droite du Rhin. D'autres corps, surpris à l'improviste , 
furent faits prisonniers de guerre, et Beurnonville, qui commandait les forces impériales 
et lorraines, abandonna Ensisheim et se replia sur l'armée du margrave de Brandebourg, 
à Colmar. De cette manière, ayant le dos libre, Turenne pouvait avancer la droite 
appuyée sur 1*111 et la gauche sur la montagne; il s'empara de Rouffach et de Pfaffenheim, 
et arriva le 5 janvier, avec le gros de l'armée, devant Colmar, après avoir laissé filer 
le long des vignes et des ravins de la montagne des détachements qui occupèrent 
l'entrée de la vallée de Munster, vis-à-vis de Tùrckheim. Beurnonville et le marerave de 
Brandebourg, ayant le Logelbach devant eux, s'y étaient fortifiés et avaient établi des 
batteries sur cette ligne; leur gauche appuyée sur Colmar et la droite sur Tùrckheim et 
la montagne, lui barraient le passage. 

La bataille s'engagea vers le soir par l'attaque du comte de Lorges, qui commanda 
l'aile droite vers Colmar, en simulant une attaque sur cette ville; mais huit bataillons 
d'infanterie, sous les ordres du lieutenant-général Foucault, renforcés encore par 
d'autres, passèrent la Fecht et se lancèrent sur Tùrckheim, dont ils délogèrent les 
troupes impériales après un combat acharné et sanglant , et s'emparèrent de même des 
hauteurs du Florimont, où des batteries françaises s'établirent. Quand la nuit survint, 



Tùrckheim. 



1 Voyez Strasbourg , Ville, rue de I'Arc-en-Ciel. 

ENVIRONS. 






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Tûrckheim 



Colmar 
à vol d'oiseau 



82 FRANCE. 

l'armée impériale se trouva tournée sur sa droite et risquait pour le lendemain une 
attaque de front et de flanc, ce qu'elle évita par une retraite nocturne sur Schlestadt. 
Le lendemain Turenne occupa Colmar, où il trouva 3,000 blessés; mais Foucault et 
le marquis de Mouchi avaient trouvé la mort sur le champ de bataille avec bien 
d'autres à cette audacieuse prise de Tûrckheim. 

Après avoir réuni toutes ses forces et son matériel , Beurnohville se dirigea , sans être 
attaqué, par Benfeld sur Strasbourg, où il passa le Rhin avec toute l'armée. Le 14, 
Giintzer, le syndic de Strasbourg, arriva au quartier-général du vainqueur, lui annonçant 
cette retraite, et assura en même temps la neutralité de la ville, de sorte que cette 
campagne extraordinaire, au milieu des frimas d'un hiver rude, ne dura pas même un 
mois, et se décida par cette seule bataille, en donnant au génie militaire de Turenne 
un immense relief. 
Entrons à Colmar. 

Cette ville est hors de notre rayon visuel du haut de la plate-forme de la cathédrale, 

comme nous le voyons sur le tableau comparatif de la hauteur des montagnes, joint à 

ce livre, et comme nous le prouve le fait en lui-même. Du haut de l'église Saint-Martin, 

le clocher le plus élevé, on ne peut apercevoir que la flèche de la cathédrale de' 

Strasbourg, c'est-à-dire la partie qui s'élève au-dessus de la plate-forme, et il y a 

quelques années nous avons pratiquement constaté le fait à Strasbourg, à l'occasion 

d'une fête agricole célébrée à Colmar, où des feux de bengale devaient briller sur sa tour; 

nos lunettes braquées ne pouvaient les découvrir sur la plate-forme, tandis qu'on les 

distingua parfaitement au haut des quatre tourelles. Quoique nous n'ayons fait 

qu'indiquer sur notre panorama la direction de Colmar, comme celle de Fribourg en 

Bnsgau, nous croirions manquer à nos sentiments patriotiques, en ne parlant pas 

de notre voisin, le chef-lieu du département du Haut-Rhin, qui n'est plus distant que 

de deux heures de Strasbourg , grâce au chemin de fer. 

Colmar est une ville à ruelles étroites, à rues anguleuses , percées pour ainsi dire au 
hasard, au caprice des maisons existantes; elle porte le cachet de l'individualisme du 
moyen âge, et sa seule rue large et régulière trahit déjà par son nom (rue de Turenne) 1 
son origine moderne dans le dernier faubourg de la ville, la Krutenau, pendant à ce 
dernier agrandissement de Strasbourg, ancien séjour des bateliers et des pêcheurs. 
Outre ces rues tortueuses, nous y retrouvons de même ce qui caractérise ces anciens 
municipes dotés des privilèges impériaux : les églises, monuments de la foi de ses pères; 
1 ancien Hôtel-de-Ville , où la bourgeoisie, divisée en corporations, se réunissait pour 
discuter les intérêts politiques et juridiques ; l'hôpital, asile des malades et des infirmes, 
et le Neu-Bau, construction du dix-septième siècle. Comme à Strasbourg, on devine à 

1 Les noms de Vauban, de Kléber, de Rapp , ont été donnés depuis 1789 seulement à de fort anciennes rues oui 
avaient porte d'autres noms jusque-là. 




«.* 






FRANCE. 83 

l'architecture civile un grand nombre de maisons habitées par la noblesse et le patriciat; 
mais on y trouve plus fréquemment que dans cette première ville des exemplaires purs 
de style et riches de sculpture, des inscriptions ornant les avances et d'élégantes tourelles 
à encorbellement qui flanquent les angles des rues. La renaissance y a laissé de beaux 
souvenirs en architecture civile, de même que le gothique en architecture sacrée, 
et la noblesse de robe, qui composait jadis le conseil souverain d'Alsace, y a fait 
construire quelques imposantes maisons en style rococo du siècle passé. Le théâtre, 
quelques casernes et d'élégantes maisons de maître appartiennent à l'époque contem- 
poraine. 

Enlevez à Colmar sa Cour impériale, avec le personnel qui s'y rattache, et vous y 
retrouverez encore les mêmes classes de population des anciens temps, c'est-à-dire 
des commerçants, des rentiers, des artisans, des pêcheurs, des vignerons et des 
agriculteurs; le Colmarien de bonne vieille roche est mi-citadin et mi-cultivateur, il 
possède sa vigne , son jardin, son champ, où il cultive son vin , ses fruits et ses légumes ; 
tout à l'entour de la ville un vaste terrain est coupé en petites parcelles soumises à une 
culture soignée , et le matin vous y voyez encore le pâtre réunir ses troupeaux dans 

les rues. 

Quand l'antique Argentuaria (Horbourg) était peuplée par les légions romaines, 
Colmar, aujourd hui son voisin, n'était pas encore connu dans l'histoire , et ce n'est que 
sous le règne de Charlemagne que paraît Columbarium, gynécée ou villa royale. Plus 
tard il reparaît sous les noms de Colilumbur, Cholonpurum, Columbra, etc., qui déroutent 
toutes les conjectures des philologues sur l'étymologie de ces noms barbares. Ce n'est 
qu'en 1220 que le Landvogt ou préfet impérial Wôlfell ou Wôlfelin fit entourer Colmar 
de murs ; il reçut alors le nom et les privilèges de ville libre impériale. Depuis la fin de ce 
même siècle, l'histoire de Colmar se lie intimement à celle de Strasbourg avec laquelle elle 
a beaucoup d'analogie. Il traverse avec lui les phases guerrières de l'émancipation des 
communes, il était son allié dans la confédération des villes libres du Rhin et de la 
Souabe, et sa bannière à la massue d'arme sur champ de gueules et de sinople flolla 
souvent sur les champs de bataille à côté de celle de Strasbourg, et plus tard sur ceux de 
Morat et de Granson. Ses bourgeois livrèrent des combats dans l'intérieur de la ville 
pour arracher le pouvoir des mains de l'oligarchie nobiliaire et de la domination 
épiscopale. Sa population se divisait en dix tribus ou corporations, dont chacune élisait 
deux sénateurs; chez nous la noblesse avait la Haute-Montée et la Meule comme curies 
principales; à Colmar elle se réunissait h la Couronne et au Wagkeller; elle élisait 
quatre membres dans le sénat et avait ses Stâdlmeister qui gouvernaient trimestriel- 
lement; la population plébéienne avait son Schullheiss, ses échevins et son Zunftmeister ou 
chef de la tribu comme à Strasbourg, et, sous la domination française, son préteur royal. 
Seulement moins fort et moins puissant que son allié du Bas-Rhin, Colmar eut à 



Colmar 
à vol d'oiseau. 



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Colmar 

à vol d'oiseau 






84 FRANCE. 

subir plus souvent la force des armes. Notre compatriote Speclin eut sa part à l'élévation 

des fortifications de cette ville au seizième siècle; d'après les principes de l'art de défense 

de ces temps, il transforma ses murs en remparts flanqués de treize bastions et de 

cinq cavaliers que Louis XIV fit raser en 1673, époque où Colmar cessa d'être ville 

fortifiée. 

Sortons des rues anguleuses de la ville que purifie une eau vive qui les rafraîchit en 
même temps , et montons les trois cent trois marches qui nous conduisent à une hauteur 
de près de 47 mètres sur la galerie qui entoure la maison du gardien au haut de l'église 
Saint-Martin. Cette collégiale fut fondée par Frédéric , abbé de Munster, et sa cons- 
truclion commença dans la seconde moitié du treizième siècle et put être achevée, 
grâce aux nombreux dons de la chrétienneté offerts de près et de loin. Un incendie 
qui éclata dans l'intérieur de la tour en 1572, nécessita la démolition de la partie 
supérieure de sa flèche et la mit dans l'état dans lequel nous la voyons aujourd'hui. 

La belle chaîne des Vosges, dont la ville n'est éloignée que de quelques kilomètres, 
embellit essentiellement le coup d'oeil dont on jouit sur ce point dominant. Elle se' 
déroule en festons bleuâtres depuis les environs de; Barr dans le Bas-Rhin , en se 
dessinant de plus en plus nettement vers l'entrée de la vallée de Munster, le' Haut- 
Landspurg, pour se perdre de nouveau dans les vapeurs du Ballon et des montages des 
environs de Guebwiller. De ce point s'élève alors, vers la gauche, la ligne du Jura, qui 
semble lier ces montagnes à la Forêt-Noire, occupant la partie orientale de notre 
Panorama, au-dessus de laquelle brillent vers le sud les cimes blanchies des Alpes. 

En plongeant nos regards dans la ville vers le nord et en saisissant les principaux 
bâtiments qui sortent des groupes de maisons, on est frappé par la différence de leur 
destination primitive à leur emploi postérieur. Ce sont encore d'antiques vêlemenls 
qui habillent des personnages du temps présent. Nous avons devant nous l'hôtel de 
l'antique abbaye de Pairis dans la vallée de Kaysersberg, avec son fronton moderne, 
occupé aujourd'hui par le siège de l'administration départementale du Haut-Rhin; en 
deçà, dans la rue Saint-Nicolas, une école communale déjeunes filles est installée clans 
les bâtiments où jadis les religieux de l'abbaye de Marbach avaient leur pied-à-lerre. 
En face, dans la même rue, nous voyons la maison où mourut Rewbel, qui, d'abord 
bâtonnier de l'ordre des avocats au conseil souverain d'Alsace, puis député dé Colmar 
a l'Assemblée constituante et à la Convention, se lança à travers les orages politiques de 
son temps jusqu'à la dignité de directeur, à la tête du gouvernement de la République. 
Rewbel était un jurisconsulte distingué, un orateur éloquent et hardi , et un républicain 
qui combattit les excès du terrorisme ; mais son caractère orgueilleux et raide lui attira de 
nombreux ennemis, dont la haine fut à peine satisfaite quand, après quatre années de 
fonctions, la constitution le fit descendre de sa haute dignité dans laquelle il fut remplacé, 
en 1 799, par Sièyes. Le 1 8 brumaire le délivra des persécutions don t il était l'objet, et il se 



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FRANCE. 



85 



retira à Colmar, où il mourut en 1810'; la maison qu'habita le rigide représentant du 
peuple au siège de Mayence et à l'armée de la Vendée appartient aujourd'hui à un 
paisible commerçant, M. Hosemann. 

Au-dessus, sur la limite de la ville, nous voyons les vastes bâtiments d'un quartier 
de cavalerie, l'un des plus beaux de France, qui fut construit, il y a peu d'années, 
dans un vaste triangle, entre les deux routes de Lyon et de Strasbourg, où stationnait 
jadis la potence. C'est sur un terrain élevé, non loin de là . que Louis XIV, revenant 
de Brisach, s'arrêta pour voir de ses yeux le travail du démolissement des fortifi- 
cations qu'il venait d'ordonner; il n'entra pas dans la ville. En nous tournant vers 
la gauche, nous avons sous les yeux un beau bâtiment, style moderne, avec quatre 
colonnes et balcon qui ornent sa façade , où nous lisons : Quincaillerie, Taillanderie de 
J. A. Beyer fils; il nous rappelle le mouvement de la bourgeo'sie des temps passés, où 
elle se réunissait dans ses poêles respectifs; cette maison, appelée A t Aigle, était le 
Poêle-des-Tisserands 2 . 

Au-dessus, un grand bâtiment carré, autour duquel domine à l'intérieur un cloître 
à arceaux gothiques, en partie fracassés par la main des hommes, nous laisse deviner 
un ancien couvent. En 1232, des religieuses de l'ordre de Saint-Augustin, plus tard de 
l'ordre de Saint-Dominique, vinrent se fixer sous les murs de Colmar et firent construire- 
vingt ans après, ce couvent dans l'intérieur de la ville, sous l'invocation de saint Jean; 
il portait de tout temps le nom su den Unlerlinden, aux Tilleuls-Inférieurs. Après la révo- 
lution, ces bâtiments servirent de caserne de cavalerie jusqu'à la construction de celle 
• dont nous venons de parler. Aujourd'hui son église est transformée en Musée des beaux- 
arts et présente à l'entrée un coup d'oeil imposant. Un des peintres, créateurs de l'école 
allemande, et précurseur d'Albert Durer, y est dignement représenté par ses œuvres; 
Martin Schcen ou Schoengauer est né à Colmar au quinzième siècle; le grand nombre 
de ses tableaux, parfaitement conservés, grâce aux soins du président Marquaire, qui les 
sauva du temps de la révolution, où tant d'objets d'art furent détruits, se distinguent 
par l'énergie de leur composition et par la raideur de la forme, empruntée à l'art 
plastique de son siècle. Malgré ce défaut, l'artiste a cependant exprimé, d'une manière 
étonnante de vérité, dans ses physionomies, les passions qui les animent. Sur ses figures 
le vice est retracé dans sa hideuse abjection , aussi bien qu'il y a idéalisé la vertu. Le 

1 Son beau-frère Rapinat fut dans ces temps commissaire du gouvernement français en Suisse , et par les odieuses 
exactions dont ce peuple fut l'objet de la part des chefs de l'expédition , fit naître sur son compte , à cause de 
son nom , la spirituelle épigramme suivante : 



Un pauvre Suisse que l'on ruine , 
Demandait que l'on décidât 



Si Rapinat vient de rapine . 
Ou rapine de Rapinat. 



2 Les dix poêles étaient : i° A la Fidélité ou des Tailleurs; 2» au Géant ou des Tonneliers; 3» aux Agriculteurs ; 
i" au Dévidoir ou des Jardiniers; 5» aux Vignerons; 6» à la Guirlande {zum Krantz) ou des Boulangers; 7» au Lion 
ou des Boucliers; 8» à la Bonne-Vie {zum Wohlleben) ou des Cordonniers; 9° à l'Aigle ou des Tisserands- 10° au 
Sureau ou des Maréchaux. 



Colmar 
à vol d'oiseau. 



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Calmar 

: vol d'oiseau 



86 FRANCE. 

style des larges draperies de ses figures saintes et le costume dans lequel il représente 
es hommes de guerre, ses bourgeois et profanes personnages, donnent à ses compo- 
sions le monte d y pouvoir faire une large récolte d'études de vêtements de son temps. 
Cohnar est heureux de posséder ces trésors de l'art allemand , avec quelques autres 
types a fond do, Nous faisons des vœux pour que son nouveau Musée, auquel elle a 
donne le nom de Musée Schœngauer, en l'honneur de ce peintre, et qui n'est qu'à sa 
forma .on élémentaire, puisse recevoir un agrandissement graduel dans ces temps où le 
culte des beaux-arts occupe moins les esprits que bourse, banque et actions. Le premier 
e âge du clo.tre des Unterlinden doit être, dit-on, occupé par la bibliothèque publique. 
Cette collecta d anciens livres qui reposent encore dans les bâtiments du colleW s'est 
accrue çonsKlérablement, dans les dernières années, sous la direction de M Hugot 
son b.bhotheea.re, tant par les fonds de la ville que par de nombreux dons du 
gouvernement et de particuliers; elle s'est enrichie en outre dune nombreuse collection 
d objets dart et d histoire naturelle qu'y a déposée M. Hausmann, enfant de Cohnar 
envoyé par hndustrie du Haut-Rhin à prendre part à l'expédition de la Chine en 1844 
A cote de cet ancien couvent de femmes, la ville fit construire, tout récemment, une* 
salle de spectacle, sur les plans de M. Boltz, élève de M. Henri Labrouste, et constructeur 
des belles eghses d Altkirch et de Bussey, en Franche-Comté. Si, comme on l'affirme la 

Z£! T^r; aUSSl bîen S " r ,GS P ' ancheS dW **«« *» *» la chaire d'une 
egl.se, et s.I est vra,, comme disaient les anciens, que le théâtre corrige les mœurs 

en r,ant, ridendo castigat mores, ces deux bâtiments, l'un inspiré par le style religieux 
gothique et l'autre par le style grec, auraient un but commun par leur tendance d'agir 
sur lamel.orat.oii des hommes par la critique du vice; mais ce qui jure à côté de ces 
deux monuments de la religion et de l'art, ce sont les misérables masures de ÏAckerhof 
et des dépendances du couvent, qui l'étouffent de tous côtés; il en coule si peu à une 
adm.n.stration municipale de faire disparaître ce qui choque la vue et ce qui froisse le 
sentiment de sa propre dignité , et il en revient tout l'avantage à la commune » 

En deçà de ce couvent s'élève un autre bâtiment religieux, que l'on reconnaît de 
suite a sa nef et a son chœur pour une église de l'ordre des Prêcheurs; elle fut recons- 
tru.te en 1260. Le recteur Billing, l'ami de Pfeffel, dit dans sa description de l'Alsace' 
que c'était autrefois la plus belle église de Colmar, quand elle possédait les magnifiques 
v'trauxqu. ornent aujourd'hui l'église Saint-Martin, et les beaux tableaux de Schœngauer 
dont nous avons parlé. Les religieux de ce couvent ont écrit les annales de Colmar, qui' 
retracent une époque très-intéressante de son histoire (121 1 à 1303)1; il s'en prépare en 
ce moment une nouvelle édition. Aujourd'hui l'église des Dominicains est dans un état 
complet de délabrement : le vent souffle à travers ses fenêtres ogivales, les paysans y 

1 Gechichte und Besehreibung des Elsasses. 1 vol. in-8», Basel 1782. 



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FRANCE. 



87 



déposent le jour de marché leurs provisions de blés, et la gendarmerie occupe les 
cellules qu'occupaient jadis ces religieux , dont le pouvoir spirituel faisait trembler bien 
des âmes. 

Plus loin, tout près de la porte de Rouffach, dans la partie occidentale de la ville, 
un clocheton gothique, à charmantes découpures, qui mériterait bien une restauration, 
nous indique un troisième monument religieux: c'est l'ancien couvent de femmes, 
également de l'ordre de Saint-Dominique et dédié à sainte Catherine. Ces religieuses 
se fixèrent, eu 1311, à Colmar, en quittant leur résidence d'Ammerswihr, sous la 
protection de l'empereur Henri VII et de l'évêque de Râle. Dans ce cloître, qui 
retentissait jadis du plain-chant des nonnes, se promènent aujourd'hui des soldats 
malades, et l'hôpital militaire qui occupait , avant la révolution , une partie de l'hôpital 
civil , y a été installé. 

En sortant par la porte de Rouffach, on arrive au Champ-de-Mars, place de manœuvres 
de la garnison de Colmar , à côté de laquelle une plantation d'arbres de très-bon goût , 
la seule promenade publique, à l'exception des boulevards, plantés aussi d'arbres, qui 
entourent la ville , est très-peu visitée par les Colmariens de vieille roche , qui préfèrent 
diriger leurs pas vers leurs jardins et leurs cassines champêtres. De ce côté une 
charmante maison neuve, style renaissance, attire nos regards; elle appartient au 
docteur Birckel, et donne sur le boulevard ; en deçà, tout à côté, est l'ancien hôtel du 
baron de Spon, dernier premier président du conseil souverain d'Alsace; la tradition 
nous rapporte que Voltaire logea au rez-de-chaussée de la maison principale , dans la 
rue des Juifs, quand, après son séjour à proximité de Strasbourg, il habita Colmar et 
la vallée de Munster, et qu'il y travailla aux Annales de l'empire et à l'Orphelin de 
la Chine. 

Plus loin , dans la rue des Juifs et dans la rue des Blés , quelques grandes maisons de 
maître nous rappellent de même le souvenir des illustres familles parlementaires de 
Salomon, de Corberon , de Boug, auxquelles s'allie celui de Colbert de Croissy, frère du 
grand Colbert, qui tous appartiennent à ce tribunal suprême institué par Louis XIV 
après la reddition de l'Alsace à la France. L'hôtel de Corberon seul est resté fidèle aux 
disciples de Thémis, et est encore habité par M. Rossée, premier président honoraire de 
la Cour impériale. 

Au milieu de ces divers séjours de la noblesse à robe et à hermine, dont l'emblème 
était une femme aux yeux bandés, se trouvait celui d'un aveugle aussi, dont la plume 
ne retraçait pas des arrêts de justice , mais bien des poésies et de charmantes nouvelles, 
dont les doux accents rappellent le bon et spirituel La Fontaine et le moraliste Gellert: 
c'était l'excellent et aimable Pfeffel , à la tête de sa maison d'éducation 1 , et dont on aime 

1 Le descendant d'un de ces anciens conseillers du conseil souverain d'Alsace , M. de Golbéry, auteur des Antiquités 
du Baut-Hhin , dit : « Aveugle comme Homère , il eut avec Pindare un rapport plus flatteur : sa mémoire préserva 



Colmar 
à vol d'oiseau. 



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Colmar 

h vol d'oiseau 



1 



ce 

FRANCE. 

encore visiter, en son souvenir, la Bagatelle, son ancienne maison de campagne 
cachée sous une touffe de verdure sur les bords du Logelbacb 

tenZ\?Z7v7 0re "T' 1 CGS maiS ° nS ^ P- licu,ie -> -lie à toit brillant, appar- 
ue Su 7 "n mi,,e n ° b,e dGS G ° llen ' P,US lard P-P"^ d » généra. 

^ Zr " rati ° nS mmtaireS ^ ^^^^ - faCe de Ce » e P-Pneté, 

oui " dZ "H e ; Ch 7f g ° thiqUe GSt ° CCU P é P ar des -**■» d'pne maison de 

! lem I" t 1 J a maiS ° n de reCeUe dGS CheVa,ierS de Saint-Jean-de- 

Jeru lem, une tro.steme, ancenne propriété de l'opulent chapitre d'Arlesbeim près 

e Bale , appartenant à la famille de M. Metzger , qui a laissé à Colmar des souvent d'u 
homme aimant à se rendre utile à ses concitoyens 

A l'angle sud-ouest de la ville s'étend un vaste bâtiment entouré de Jardins; il est assis 

ë P i r;;;r Uel "r^: 6 P,US amîqUe S ° UVenir de ^narAertrade, épouse 

Pierre, msUtufcon qu, s agrand.t de plus en plus en terres et en domaines par la 

z :r; ses r es r rs - La reine Berthe de B °-^ e « fit *" ^ 

lé W F ' aM PaJS ^ ^^ ' Gt ,GS m ° ineS bénédicti " S ** ^paient le 
pneine de Sa mt-Pierre, restèrent sous l'obédience de cette même abbaye jusqu'en 1536 

r h ïK£r ce pays> et vendirent ce ^ « ies -~ * 3ïï2 

Dans l'historique du Brudertof el de l'hôtel Luckner à Strasbourg nous avons 

srr " faite ' a rordre des jésuites - *» — Mtim^ts ;::i ; 

et mel' J™^™"*»™" * » collège; ces bâtiments à Colmar subirent 
e même sort que ceux de Strasbourg. Louis XIV, pour dédommager le grand-chapitre 
e cette dermère ville de sa perte, lui fit cessions 17,4, du prieuré d & e Sam S 
et du terruœre de Wasserbourg et de Saint-Gilles qui en dépendait 

La seigneurie de Hoh-Landspurg, ancien domaine de la famille des Schwendi qui 
après loccupaUon française de .Alsace, fut donnée en fief à diverses familles se 
trouva.l a cette époque entre les mains de M- | a maréchale Du Bourg. Le roi lui fit 
payer, par la province, la somme de 60,000 livres, et céda ce domaine à la ville de 
Colmar en mdemmté de sa perte, avec les droits seigneuriaux qui y étaient attachés 
ces drous ayant été annulés par la révolution, Colmar ht casse/ cet échange 2 
"» jugement et rentra de nouveau dans son ancienne possession 

A l'mstar de ce qu'ils avaient fait à Strasbourg du Bruderhof, les jésuites s'étaient 
■nstal.es dans le prieuré de Saint-Pierre et y avaient créé un coljge , en démolissant ils 

épient attacha o«p om^sTla courTn 'p ^ ^^ ' U père et le frôre aî « é du V** 

mourut à Colmar en ï 80 f "T , e soTx" e frT ' î" "? * ^ ^ "* ***** de Bavière - Pfeffel 

un ans. ° soixante-treize ans , après avoir été frappé de cécité depuis l'âge de vingt et 



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FRANCE. 



89 



anciennes constructions et en élevant les beaux bâtiments que nous y voyons encore 
aujourd'hui, servant tantôt sous le nom d'école centrale ou de collège à l'instruction 
de la jeunesse, après leur expulsion de la France. 

En deçà du collège, sur la même ligne, nous voyons, en face du tribunal civil, 
bâtiment moderne, les lieux où psalmodiaient des moines Augustins , et où s'élève 
aujourd'hui la maison d'arrêt. 

A la maison d'arrêt est contigu le palais de la Cour impériale, l'ancien Wagkeller, 
où siégea longtemps le Magistrat de la ville et qu'occupa ensuite le parlement ou 
conseil souverain d'Alsace, depuis 1698 jusqu'à sa suppression, après avoir siégé 
successivement à Ensisheim, à Brisach et à l'Ile-de-Paille. De l'autre côté de la place, 
au pied de l'église Saint-Martin, du côté méridional, un antique bâtiment, qui sert 
aujourd'hui aux bureaux de la police, se distingue par son perron saillant et armorié, 
avec six charmantes colonnettes qui séparent les cinq arceaux portant la toiture. C'est 
du haut de cette tribune que se faisait la proclamation solennelle des actes constitutifs 
de la cité et du renouvellement de ses magistrats. 

Au-dessus, on aperçoit les bâtiments où résidaient jadis de preux chevaliers, qui, 
raidis par l'âge, avaient déposé leurs épées ébréchées, et venaient attendre en repos 
la mort qui les avait épargnés dans leurs combats par mer et par terre sous la bannière 
de Saint-Jean-Baptiste. A côté se développe un long bâtiment à un étage, précédé d'une 
cour, ancien gymnase, et aujourd'hui encore école protestante. 

En deçà, vers la droite, se dresse le pignon de l'ancien hôtel du gouverneur de fa 
ville, aujourd'hui maison de M. le docteur Macker. Plus loin , dans le dernier faubourg 
dont s'accrut Colmar, tout près du nouvel Hôtel-de-Ville et de la porte de Bâle, 
M. Kônig, jardinier-fleuriste, a élevé, près de ses serres, sa maison d'étage en étage, 
de balcon en balcon ou de terrasse en terrasse, pour mieux jouir de la vue ravissante 
vers les Vosges, comme s'il avait voulu imiter en miniature les jardins suspendus de 
l'antiquité. 

Au-dessus de l'ancienne habitation des chevaliers de Saint-Jean, sur la limite de la 
ville, on aperçoit encore une belle propriété particulière, entourée de jardins; elle 
était aussi habitée, avant la révolution, par une famille parlementaire, dont le 
descendant, M. le général Athalin, était l'ami de la famille royale déchue, de même 
que Rapp était celui de l'empereur. 

En face du palais de la Cour impériale, un antique bâtiment du quinzième siècle, à 
galeries gothiques qui contournent la toiture, nous ramène vers les temps où Colmar 
jouissait encore de son titre de ville libre impériale. Il porte le millésime de 1480. 
Après avoir servi de douane, il devint le siège du Magistrat de la cité, lorsque celui-ci 
dut céder le Wagkeller au conseil souverain. Le tribunal civil y était installé avant 
qu'il fût établi dans son bâtiment moderne. Une bonne et judicieuse restauration 



ENVIRONS. 



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Colmar 
à vol d'oiseau. 






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Colmar 
à vol d'oiseau 



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90 FRANCE. 

rendrait cet édifice au siège de l'administration municipale, tout en le conservant aux 
temps futurs comme souvenir des temps passés. Dans une dépendance de cet ancien 
Hôtel-de-Ville , on montre encore le logement où est né Rapp. 

Ce type de l'officier français, chevaleresque, intrépide, généreux, vit le jour à 
Colmar en 1772. A seize ans il portait déjà l'uniforme et maniait le sabre, à vingt-six ans 
il était aide-de-camp du vaillant Désaix et annonça la triste nouvelle de la mort de 
son général sur le champ de bataille de Marengo à son général en chef. Bonaparte 
l'attacha de même comme aide-de-camp à sa personne et eut en lui un loyal et dévoué 
serviteur dont la courageuse franchise osa dire à son empereur bien des vérités 
que de mielleux courtisans s'empressaient de lui voiler. Criblé de coups de sabre après 
la brillante charge sur les chevaliers-gardes russes, il gagna l'épaulette de général 
de division à la bataille d'Austerlitz , attacha son nom héroïque au siège et à la défense 
de Danizigi, devint comte de l'empire, et après avoir été disgracié sous les Bourbons, 
en 1816, après les cent jours, qui le rallièrent à son empereur, il retourna dans sa 
patrie en 1817, fut nommé pair de France , et mourut à la force de l'âge , en 1823 Si , 
étranger à Colmar, vous ne savez que faire de votre temps, et si vous prenez de' 
l'intérêt aux illustrations de cette longue époque de guerres, de gloires et de malheurs, 
sortez par la porte de Brisach, acheminez-vous vers le cimetière et déposez une 
couronne d'immortelles sur la tombe de ce brave , qui y repose à côté de son fils , non 
loin de la tombe du docteur Morel, monument de l'amour conjugal, élevé à la mémoire 
d'un homme qui se distingua dans sa ville natale comme habile médecin et comme 
maire. 

On y cherche en vain la tombe d'une autre illustration colmarienne de l'époque 
guerrière de l'empire, c'est celle du général de division de Reizet, qui commença sa 
carrière militaire comme simple soldat, sous la protection de Kléber, l'ami de sa 
famille. Il fit les campagnes de la république, s'illustra à la bataille d'Iéna, commanda 
en Espagne les braves dragons contre la belle cavalerie de Wellington, acquit, par ses 
exploits, à la tête d'une brigade de cavalerie, à la bataille de Dresde, l'admiration de 
Napoléon, qui s'écria pour récompenser sa valeur: Demandez-moi tout ce que vous 
voudrez, vous l'aurez, ei le nomma baron de l'empire. Sous la restauration, il fit pour la 
seconde fois la campagne d'Espagne , commanda Barcelonne , et déposa son épée quand la 
révolution de juillet fit quitter le trône et la France à la branche aînée des Bourbons; 
il mourut, au sein de sa famille, en 1836, à l'âge de soixante et un ans, à Rouen, où 
son frère avait été receveur général \ L'ami de l'art plastique ne se repentira pas d'avoir 

• Pendant ce siège , il eut à ses côtés, comme aide-de-camp, un brave officier de hussards , enfant de Strasbourg , 
h. de Turckheim , qui mourut, retiré du service, à sa campagne, l'ancienne abbaye de Truttenhausen, au pied de 
la montagne Sainte-Odile. 

2 C'est aussi loin de sa ville natale où il déploya sa rare activité, que reposent les restes de M. Hausmann père, 
un des Nestors de l'industrie du Haut-Rhin , enterré au cimetière de Sainte-Hélène à Strasbourg. 



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jii 



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Colmar 
à vol d'oiseau. 



fait cette promenade toujours chère à l'homme penseur, car il y trouvera un chef- 
d'œuvre digne de son attention, qui fut créé quand Schœngauer peignait ses 
beaux tableaux. C'est le Christ à la croix, et à ses pieds la sainle Vierge et sainte 
Madeleine, groupe plein d'art et de sentiment, qui porte le millésime de 1504. La tête 
du Christ a une énergie de composition religieuse et une profondeur de modelé 
magnifique; la couronne d'épines et les flots de cheveux qui descendent des deux côtés 
de la tète inclinée, font ressortir cette physionomie souffrante et pleine d'abnégation 
mondaine, pour s'élever vers Dieu, le Père éternel. L'anatomie du corps est étudiée 
et sculptée comme Holbein peignait ses Christ, et cette tête est d'un effet tel que 
Rembrandt l'aurait rendue par le pinceau. Ce groupe sortirait-il du ciseau de l'artiste 
qui créa celui qui orne encore aujourd'hui le champ de repos de Bade? En tout cas, il 
y a beaucoup d'analogie entre ces deux créations artistiques. 

A la gauche du Neu-Bau , nous voyons encore un legs charitable. 

Au seizième siècle, la peste et d'autres maladies épidémiques avaient fait à deux 
reprises des ravages terribles à Colmar, et plus de huit mille personnes en étaient 
devenues la proie ; le couvent de l'ordre de Saint-François , établi dans cette ville depuis 
le treizième siècle, fut dépeuplé complètement, et le père provincial étant seul resté, 
pleurant la perte de ses frères, vendit en 1543 son couvent et son église à l'hôpital, 
avec le consentement du Saint-Siège et de l'empereur, à condition qu'on y donnerait 
l'hospitalité à tout religieux de son ordre à son passage par Colmar. 

L'église Saint-François sert aujourd'hui au culte luthérien, et après que la foudre eut 
incendié en 1735 les bâtiments du couvent transformé en hôpital, la ville le fit recons- 
truire en grand et y annexa l'hospice des orphelins et des enfants trouvés. 

Descendons de notre tour après avoir décrit de ce point élevé l'allié de Strasbourg 
dans le Haut-Rhin, et serrons la main, avant de partir, à quelques amis; car, où est le 
Strasbourgeois ou le Colmarien de vieille souche qui n'ait pas quelque Velter ou Base 
à voir quand il se transporte d'une ville à l'autre? ouest l'Alsacien, auquel l'histoire du 
pays est chère, qui ne rencontre dans le département voisin une confratern.te 
svmpathique parmi ses concitoyens qui aiment à se nourrir des études du passe? Et 
puis, on trouve dans l'habitant de Colmar un mélange de franchise et de bonhomie qui 
attire, une rudesse de langage, un accent sundgauvien qui indique déjà le vois.nage 
de la Suisse, et qu'Arnold, dans son Pftngstmonlag , a si bien personnifié en Glœsler, 
ce type du véritable Colmarien. 

Retournons vers les Vosges et entrons dans la vallée de Kaysersberg. En nous ^^^ 
approchant de la montagne , nous nous trouvons sur le point de l'Alsace que signalait golsheim . 
Han, dans son seelzagendes Elsass, comme une des curiosités de notre province 1 . Là 



i Drey Schlôsser auf einem Berge , 
Drey Kirchen auf einem Kirchhoffe , 



Drey Siâtt in einem Thaï , 
Isl das ganz Elsass uberall. 



12. 



10 11 12 13 14 15 16 17 li 



19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 




92 



FRANCE. 












f£SSttà- T aV ° nS deVam n ° US ' SUr " ne m0ntagne ' leS trois châteaux de BibeanTiUé; trois 
goisheim. ailles dans une vallée, Ammerschwihr, Kientzheim et Kaysersberg; mais nous ne 
retrouvons plus les trois églises dans la même enceinte , si ce n'est à Riquewihr C'est 
que deux siècles, avec leur cortège de guerres et de révolutions , ont passé sur le sol 
de notre pays, depuis que cet auteur s'est lamenté sur son sort après la terrible guerre 
de trente ans. Aujourd'hui celte embouchure de vallée est plus riante qu'au temps où 
Horn et Weimar y commandaient leurs armées dévastatrices , et ces petites villes, avec 
le village de Sigolsheim (Savamont), s'étendent paisiblement au pied de ces riches 
vignobles au-dessus desquels s'élèvent de hautes montagnes boisées. 

Ammerschwihr figure déjà comme villa royale dans une charte de 869, sous le nom 
de Amarici villa; Kientzheim faisait partie du territoire de la seigneurie de Hoh- 
Landspurg, au qu.nzième siècle, et les comtes de Lupfen, les Schwendi, y avaient leur 
résidence. Dans l'église paroissiale, ne manquons pas de visiter les tombes de cet 
homme de guerre distingué et de son fils dont nous avons attaché le souvenir au 
château de Hoh-Landspurg ; ces tombes n'ayant jamais été reproduites par le burin 
nous nous faisons un devoir de leur donner une place dans notre livre pour les sauver 
de oubli auquel elles semblent vouées dans celte modeste église de village. Sigolsheim 
a donne le jour à l'évêque actuel de Strasbourg, M» R œs , qui a choisi , comme 
armâmes doublement parlantes, la vigne symbolique du Seigneur qu'il cultive comme 
preire, el Ja v.gne qui produit le vin généreux de ces côtes. Si Han vivait encore il 
n aurait pas besoin de chercher ses trois châteaux sur la montagne de Ribeauvillé, il les 
trouverait réunis en un seul faisceau dans cette embouchure de vallée ; car voici d'un 
cote le château épiscopal, de l'autre celui qu'habite M. de Golbéry, ancien conseiller à 
la Cour impenale de Colmar, l'auteur des Antiquités du Haut-Rhin, puis le magnifique 
établissement religieux pour l'éducation de jeunes demoiselles (le pensionnat du Sacré- 
Cœur ; il est vrai que ces édifices ne portent pas le cachet rude des manoirs de la 
feodahte, mais ils se dessinent bien frais sur le fond de verdure des montagnes 
environnantes. 

Kaysersberg a conservé le caractère de ces petites villes du moyen âge, entourées 
de murs, ayant pris racine sur un fond de rocher sur lequel bondit la Weis qui arrose 
la vallée; des ruelles étroites et tortueuses, des maisons noires, enfumées, construites 
tantôt en p.erre de taille à pignon sur rue, tantôt à charpente sculptée à figures et 
ornementations grotesques, et où l'on rencontre souvent le millésime du seizième 
siècle , donnent à ces petites villes qui longent la montagne de ce côté, un aspect tout 
particulier qu'on ne voit pas dans la plaine, où de vastes granges, des écuries, sont 
accessoire indispensable de l'habitant cultivateur. L'habitation du vigneron est moins 
étendue, son industrie n'a besoin que de son cellier, de sa cave et du pressoir obligé 
dont la vis ne fonctionne qu'une seule fois dans l'année, et qui, le reste du temps est 



Kaysersberg. 



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I 



anorama de Strasbourg Environs, Page 9 



Ée 95. 













Dessiné et lii-.h.08r*paT Th Muller 



Vue rie Kayserslerg. 



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FRANCE. 



93 



encombré de provisions de bois et de fagots de ceps de vignes, formant un pittoresque Kaysersbcrg 
désordre. A l'aspect de ces rues, de ces murs, des ruines du château fort qui domine 
celte petite ville et de ses habitants à figures rudes et rubicondes , on croit encore 
reconnaître le bourgeois travailleur, buveur et batailleur des anciennes villes libres 
impériales dont Kaysersberg faisait partie depuis que le Landvogt Wœlfel ou Wœlfelin 
l'entoura de murs, et depuis que Frédéric Barberousse fit bâtir ce château fort à 
l'embouchure de la vallée pour la défendre contre les Lorrains. Depuis, ce château 
a été la résidence des Reichsvœgt ou avoyers qui gouvernaient le pays au nom des 
empereurs, sous l'autorité supérieure des Landvœgt , préfets d'Alsace à Haguenau, 
jusqu'à ce que la guerre de trente ans le mît en ruine. Jadis il donna l'hospitalité à 
Rodolphe de Habsbourg, à Adolphe de Nassau et à l'empereur Charles IV, quand ils 
vinrent séjourner temporairement en Alsace. Geiler, le prédicateur de la cathédrale 
avant la réforme , duquel nous y voyons la pierre sépulcrale, bien que né à Schaff- 
house, ajouta à son nom celui de Kaysersberg où il avait été élevé; mais son 
successeur, Zell, un des plus fervents propagateurs de la doctrine de Luther à 
Strasbourg, y vit le jour. 

A deux kilomètres de là , en montant de Kaysersberg vers le fond de l'étroite vallée, Aispach. 
on rencontre à sa droite quelques vestiges des ruines de l'ancien couvent de femmes 
d'Alspach. Ces restes d'architecture et de sculpture trahissent l'époque reculée de sa 
fondation à laquelle se rattachent les noms des comtes d'Éguisheim et du pape Léon IX , 
Alsacien de naissance. Aujourd'hui le bruit des roues et des machines d'une vaste 
filature, bâtie sur l'enceinte du couvent, interrompt le silence de la vallée qui reten- 
tissait jadis du plain-cbant des religieuses dans l'église dont on voyait encore la ruine 
au siècle passé , et que Silbermann nous a conservée dans ses dessins. Qui n'a pas 
répandu de douces larmes en lisant le Ritter de Toggenburg de Schiller? Cette même 
légende vit aussi dans la mémoire des montagnards de ces lieux, et on nous montre, 
tout près d'Alspach, Saint-Jean, pieux hermitage, élevé par un amour malheureux 1 . 

En suivant une belle chaussée, à côté de laquelle coule un ruisseau limpide qui , par La Vallée. 

1 La légende rapporte qu'un jeune étranger qui s'était uni de cœur à une jeune et belle fille de la vallée , la quitta 
pour aller chez ses parents chercher le consentement à leur mariage, après avoir fixé un terme à son retour. 
Les jours et les mois s'étaient suivis sans que l'amant eût pu rejoindre l'objet de ses désirs les plus chers . et le 
terme fatal était écoulé depuis longtemps. La malheureuse jeune fille ayant attendu avec anxiété le retour de son 
amant, le croyait enfin mort ou infidèle, et alla s'enfermer dans les murs claustraux d'Alspach, pour oublier sa 
douleur dans les prières ; elle avait déjà pris le voile pour toujours , quand l'étranger retourna pour s'unir avec elle, 
mais il était trop tard, elle s'était mariée par ses vœux à la sainte Vierge. L'amant désespéré se bâtit une clause et 
une chapelle, en vue des murs qui cachaient l'objet de son bonheur perdu et de ses plus tendres regrets, et quand le soir, 
à f Angélus ou à la prière , la cloche du couvent retentissait dans la vallée solitaire , il répondait par le tintement de la 
clochette de sa chapelle , et joignait ses prières à celles de sabien-aimée. Depuis des années, il avait suivi le cours de 
cette vie solitaire, et tous les soirs sa cloche se mariait aux sons mélodieux de celle du couvent; un jour qu'elle avait 
cessé de retentir, on le trouva à genoux, privé de vie, fixant encore de ses yeux éteints les murs du couvent 
d'Alspach. 






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La Vallée. 






1 



94 FRANCE. 

sa chute, met en mouvement un grand nombre d'usines, on arrive, en trois heures 
de marche, au col du Bonhomme 1 , au delà duquel est situé Plainfaing avec sa belle 
papeterie, la première qui ait fabriqué le papier sans fin dans nos contrées; à sa droite 
on rejoint Saint-Dié, la charmante petite ville aux souvenirs du roi Stanislas, et à sa 
gauche on arrive à Gérardmer, sur son lac si riche en truites saumonées. A Hachimette, 
avant d'arriver au petit village de Lapoutroye, un chemin se détache à gauche de la 
route principale, et conduit, toujours en montant, dans un vallon latéral, au village 
d'Orbey, dont l'auberge hospitalière et confortable est très-bien vue du touriste qui 
explore ces montagnes; on aime à s'y reposer et à s'y munir de provisions pour gravir, 
en passant devant les ruines de l'ancien couvent de moines Citeaux, l'abbaye de Pairis , 
les rochers âpres qui entourent le lac Blanc et le lac Noir*. A droite, avant d'arriver à 
Hachimette, un autre chemin conduit dans la montagne à Fréland. Quand on gagne 
ces hauteurs, on reste bien convaincu que les montagnes forment les véritables limites 
qui séparent les races, et que les fleuves ne forment que des limites territoriales, 
car vraiment on ne sait dans quelle langue parler à ces bons montagnards. On entre' 
dans une de leurs modestes habitations, on leur adresse la parole en allemand, et 
ils vous répondent en un patois français inintelligible; ailleurs on leur parle français , 
et ils vous répondent en un patois allemand, qu'on ne comprend pas davantage! 
puis, quand vous avez épuisé toutes les ressources de votre érudition philologique! 
il vous reste pour dernier moyen de vous faire comprendre, le langage primitif 
des signes. Aussi ces villages environnants portent tous deux noms, le nom allemand 
et le nom patois , et vous êtes heureux si le hasard ou une certaine étude de physio- 
nomie et de costume vous guident bien, car tel villageois que vous aborderez pour 
lui demander le chemin de Lapoutroye, ne saura pas vous répondre, parce qu'il 
est allemand, et que dans sa langue ce village s'appelle Schnierlach, tout comme un 
autre fera l'étonné si vous le questionnez sur Altwyhr qu'il ne connaît que sous le nom 
d'Aubure, parce qu'il est français ; il en est de même du village de Diedelshofen qu'il 
traduira par Bonhomme, de celui d'Urbach qui l'appelle Fréland, de celui d'Echelmer 
qu'il nomme Hachimette, etc. 

Ces plateaux élevés nous ont souvent rappelé les hauts plateaux de la Forêt-Noire; 
c'est là le climat sibérien de l'Alsace où ne végètent que l'orge, l'avoine et la pomme de' 
terre , et si dans la vallée vous pouvez arroser un ragoûtant plat de truites d'un bon 
verre de vin rouge ou blanc, vous ne rencontrez là que l'eau pure des sources 

Jtïllu dU , B ?i 1 ,°r e 6St d ?" e élëVaUOn dG UÇ> œètreS ' Ka > sersber § de 240 mètres, de sorte que la pente de 
cette vallée , de 18 kilomètres de long , est de 709 mètres. 

nl,l C l d ^ l3CS SOnt . silués à l,ne élévation de lm et de 950 mètres au-dessus du niveau de la mer; ils sont les 
mètres "* Pet " S ^ da " S ^ V ° S8eS ? ** Fe ' dSCe ' "" pied du Feldber »« est situé à une élévation d e "05 



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abondantes et un verre de Kirsch, excellent il est vrai , s'il est vieux , car c'est là le pays 
du cerisier et du pommier sauvage. 

De Fréland , en suivant le cours du ruisseau à travers roches et forêts , on arrive sur Le Bressoir. 
la chne du Bressoir, d'où se découvre enfin une immense étendue de pays sur une 
hauteur de 1231 mètres au-dessus du niveau de la mer, ou de 1091 au-dessus du sol 
de Strasbourg. L'œil se perd dans l'immensité des mamelons et des cimes qui bordent 
les vallées d'Orbey jusqu'au Hohenack, le Hoheneck et le Ballon de Guebwiller au sud , 
et jusqu'à ceux du Val-de-la-Lièpvre et de Ville au nord ; il embrasse la plaine de 
l'Alsace jusqu'à la Forêt-Noire et les cimes des Alpes lointaines, et se perd dans celle de 
la Lorraine dans un horizon éloigné. On gravit le Bressoir par un autre chemin plus 
court et moins pénible, en suivant la route de la vallée jusqu'au Bonhomme où l'on 
tourne à droite, et en montant toujours par un vallon latéral pour descendre vers 
Sainte-Marie-aux-Mines par Eschery. Nous visiterons plus tard celte petite ville , en 
faisant la description de la vallée de la Lièpvre, et en restant sur la hauteur nous 
dirigerons nos pas parle petit Bressoir et sur une végétation alpestre, au-dessus de la 
région des forêts, vers Aubure. On est étonné de trouver dans cette commune pauvre et 
isolée deux modestes églises, appartenant l'une au culte catholique et l'autre au 
culte protestant , élevées dans ces âpres régions par la foi religieuse. 

En quittant Aubure, on entre bientôt dans de sombres forêts que l'on suit jusqu'à ce 
que l'on arrive au château ruiné du Bilstein, où l'on domine de nouveau une grande 
partie de la vallée du Rhin. Ce château , isolé de toute habitation humaine, fut pris et 
détruit par les troupes impériales en 1 636 , et doit avoir servi jadis de prison aux bandits 
et aux voleurs de grand chemin qui infestèrent le pays. De là nous descendons au pied 
des montagnes, et nous visitons la petite ville de Ribeauvillé. 

Au temps où nous vivons, Ribeauvillé et ses puissants seigneurs de Ribeaupierre , Ribeauvillé 
dont la belliqueuse énergie se mettait à l'abri des vengeances de leurs insolentes 
prouesses dans les nids d'aigle posés sur des rochers qui menacent encore aujourd'hui 
d'écraser la ville à leurs pieds, n'inspirent plus la terreur qu'ils semaient jadis dans le 
pays. Depuis longtemps le vent souffle à travers les embrasures des fenêtres, d'où ces 
fiers chevaliers jetaient leurs regards dans la plaine, pour guetter leur proie, toujours 
prêts à fondre sur elle, armés de pied en cap; d'où, le matin, ils se lançaient des 
flèches d'un manoir à l'autre, signal de rendez-vous, quand ils voulaient chasser avec 
leurs meutes de chiens dans les sombres forêts d'alentour 1 . Depuis longtemps le hibou 
et l'épervier, le renard et la martre, se sont logés dans les tours et dans les salles, qui 

J La légende raconte que deux frères, tous les deux passionnés'chasseurs , habitaient , l'un le château de Girsberg 
et l'autre celui de Saint-Ulrich ; ils avaient l'habitude de se réveiller en décochant une flèche d'une fenêtre à l'autre : 
lorsqu'un jour une flèche fut lancée ainsi au moment où l'un des frères ouvrait la fenêtre , elle lui perça le cœur 
et il tomba raide mort. Près de Dusenbach , ruines d'une ancienne église , située dans un vallon latéral, à 2 kilomètres 
de Ribeauvillé, à une immense roche qui descend à pic, s'attache de même un souvenir de la passion pour la chasse 






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RibeauviUé. 






96 FRANCE. 

retentissaient jadis du bruit des armes et des chants bachiques de leurs nobles habitants. 
Ces temps de fer et ces rudes mœurs ont disparu. Dans cette contrée, où bataillaient 
jadis des maîtres altiers , fleurit de nos jours l'industrie paisible de la cotonnade , mais 
ce qu. est resté du vieux temps, c'est ce sol généreux qui produit encore aujourd'hui 
les excellents vins auxquels RibeauviUé doit son antique réputation. 

Nous ne nous occuperons pas de la généalogie des seigneurs de Ribeaupierre , et 
nous renvoyons nos lecteurs qui aiment à connaître les fastes de cette illustre et robuste 
famille au chroniqueur Herlzog, à ÏAlsatia illuslrata de Schœpflin et à l'ouvrage érudil 
et en même temps pittoresque, mais plus moderne, du châtelain de Kientzheim ; nous 
d.rons seulement que le château supérieur de ces trois manoirs, perchés en triangle 
sur leurs bases de rochers, prend son origine dans la nuit des temps, et qu'un Rappoll 
doit l'avoir construit au huitième siècle, d'où lui serait venu le nom de Rappolli pelra, 
que les Allemands ont traduit en Rappoltslein et les Français en Ribeaupierre. Des 
Rappoltstein se trouvent déjà dans les rangs des chevaliers qui figurent dans les premiers 
tournois allemands, dont Rùxner attribue l'origine à Henri-l'Oiseleur ; on les voit dans 
les rangs de la noblesse alsacienne qui se revêtit de la croix , mais la généalogie positive 
de ces dynastes ne commença que par Égenolphe de Rappoltstein, vers la fin du 
douz,eme siècle. Depuis cette époque les seigneurs de Ribeaupierre figurent souvent 
dans les annales guerrières de Strasbourg. Deux siècles plus tard , quand les bourgeois 
de cette ville se débattaient encore contre le haut clergé et contre la noblesse, pour 
conserver leur indépendance conquise en 1332, ce fut un Rruno de Ribeaupierre qui 
les entraîna à une guerre acharnée, dont nous avons parlé à l'article de la Plaine-des- 
Bouchers et des phases militaires de notre ville. 

Bruno y avait acquis le droit de bourgeoisie et s'était rendu maître dans ses 
excursions belliqueuses d'un chevalier anglais, Jean Harleston, que d'anciens chroni- 
queurs appellent aussi Hertenstein, et l'enferma dans son manoir en 1388. Le roi Richard 
s'intéressa au prisonnier et demanda au sénat strasbourgeois d'user de son pouvoir sur 
un chevalier qui était dans les rangs de sa bourgeoisie, pour le forcer de rendre son 
prisonnier, mais soit par orgueil de parvenu, soit par déférence pour un si puissant 
dynaste, il n'y fit attention, sachant bien que les armes anglaises n'iraient pas venger 
cette injure. L'affaire alla plus loin que le sénat ne lavait cru , car, sur la plainte & de 
Richard, l'empereur Wenceslas , à la diète d'Eger, mit la ville au ban de l'empire, et 
lui imposa une amende de 4,500 florins. En courtois gentilhomme, Bruno, après avoir 
rendu son prisonnier, en 1391, se joignit aux ennemis de ces bourgeois pour les 
combattre, et s'empara du château de Guémar, fief d'un Mùllenheim, qui, comme nous 

de ces seigneurs. La légende rapporte qu'en poursuivant à cheval un cerf dans ces montagnes , il disparut tout à 
coup aux regards du chasseur, dont le cheval lancé disparut de même dans l'abîme, sans que le cavalier souffrît 
Jucun dommage de ce saul périlleux, qui a quelque analogie avec le saut du prince Charles, sur la côte de Saverne 



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ranOTama le Stras\ionr|.ï 1 -iivîîaii£,'Saèe S7 



Co 



: en vermeil qui se trouvent â la Mairie de Rïbea-uviHé. 
Don des Comtes de Ribeaumerre. 



G»tr| fnefc'ci vnd Joïmr. Jac== fi-lirïdervcmaappiilstHn 

oerehren, dit* GesAu-r- tum/ Gcdàdunui uf aïe/ 

JtaA-tuic m, RappolUneUer 2639 



ïlisHisrd Hiir wîajptdstsnimd Smliseci am"ïassidiH; 
verefaô dzes zum evigttn, 'SedAchtnass ajtf' k'u 



RiUhjixiat i 



ilUmuler Mil . 




Tomleau de Lazare de Schwendé dans l'Eglis 
de Kaen.tzh.eim. 



Vase en grès , 



Hmvirono, p. 79 & 9 'i 
Tombeau de Guillaume de Schwendé son fils 
dans l'Eglise de Kientzheim . 



uth e p ar H, M„n 



Lilh.E Simon a Slrasbaur6 




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FRANCE. 



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•v-N 






l'avons déjà vu, se trouvait dans les rangs des Strasbourgeois. Ceux-ci , pour se venger, Ribeauvillé. 
marchèrent contre Bruno et reprirent le château , en ravageant le territoire du seigneur 
de Ribeaupierre. Un autre membre de celte famille eut l'honneur d'être nommé 
prolecteur du concile de Bâle en 1436; d'autres furent attachés à la cour des ducs de 
Bourgogne; Guillaume de Ribeaupierre, qui jouit, comme Lazare de Schwendi , de la 
confiance des empereurs Maximilieu, Charles-Quint et Ferdinand I er , se distingua par 
sa valeur militaire , et fut grand-maître de leur cour et chevalier de la Toison-d'Or. 

Par la mort des deux fils d'Eberhardl de Ribeaupierre, George-Frédéric et Jean- 
Jacques 1 , cette famille s'éteignit dans les mâles, et la fille de Jacques, épouse d'un 
comte de Veldenz-Birkenfeld , entra, à la mort de son père, dans l'année 1673, en 
possession de ses domaines et de ses nombreux fiefs ; mais ce ne fut pas pour longtemps, 
car nous avons vu que bientôt après les Birkenfeld s'éteignirent de même clans les mâles, 
et que leurs biens acquis, consistant dans les bailliages de Ribeauvillé, de Guémar, de 
Zellcnberg, de Bergheiin , de Heitersheim , de Wihr, d'Orbey et de Sainle-Marie-aux- 
Mines, en deçà de la Lièpvre, furent recueillis par la maison palatine de Deux-Ponts 2 . 
Quoique Ribeauvillé ait subi à son entrée quelques changemeiils par la démolition de 
la porte orientale et de quelques parties de ses anciennes fortifications, son intérieur 
porte encore le cachet de ces petites villes dont nous avons parlé à l'article Kaysersberg; 
des portes à hautes tours, qui séparent encore la ville en diverses parties, rappellent ses 
agrandissements successifs et les diverses juridictions sous lesquelles l'avait placée les 
intérêts des suzerains; car, si nous retournons de quelques siècles en arrière, nous 
trouvons pour presque chacune des diverses communes environnantes un autre 
seigneur. Nous avons vu que Rientzheim et Kaysersberg étaient la propriété de la 
seigneurie de Hoh-Landspurg, fief de la maison d'Autriche; que Ribeauvillé et 



1 Les scigueurs de Ribeaupierre et ceux de Ferrette étaient dans les anciens temps les dynastes les plus puissants 
dans le Haut-Rhin, comme les comtes de Lichtenberg l'étaient dans le Bas-Rhin. 

Les châteaux suspendus sur des masses de rochers forment, pour ainsi dire, l'échelle descendante de leur puissance 
nobiliaire et féodale; Rappolstein, le seul que l'on puisse distinguer depuis la plate-forme de la cathédrale et le plus 
élevé , qui prit son origine dans la nuit des temps , fut aussi le premier qu'abandonnèrent ces seigneurs ; le Girsperg, 
et le plus vaste , le château do Saint-Ulrich , bâti sur l'emplacement d'une chapelle de ce nom , furent construits à 
la suite; Girsberg devint la proie du feu du ciel et Saint-Ulrich fut abandonné au seizième siècle; ces seigneurs 
construisirent alors au haut de la ville de Ribeauvillé leur quatrième château comme une résidence plus en harmonie 
avec les mœurs de leur siècle, résidence où, avant la révolution, le prince Maximilien de Deux-Ponts tenait sa cour 
avant de monter sur le trône de Bavière; il est occupé aujourd'hui par un pensionnat déjeunes demoiselles. Dans 
l'IIôtel-de-Ville de Ribeauvillé on conserve encore quelques vases donnés en souvenir par les comtes de Ribeau- 
pierre à la commune; ils se distinguent tant par leur forme originale que par la belle ciselure et gravure du métal, 
de manière à nous engager à en donner un dessin. M. Ileitz, imprimeur, possède aussi un beau vase en terre cuite 
avec les armoiries de cette famille et de familles alliées, trouvé dans les fouilles du château; il date du seizième 
siècle. Les seigneurs de Ribeaupierre étaient jadis les patrons des ménestrels ou musiciens du Haut-Rhin, et ces 
derniers se réunissaient en fête à Ribeauvillé , le jour de la Nativité de la Sainte-Vierge , jour qui est encore fêlé 
aujourd'hui sous le nom de Pfeifferstag. 

2 Voyez Strasbourg, Faubourgs, rue des Mineurs. 

ENVIRONS. 13 



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98 FRANCE. 

Ribeamiiié. Zellenberg appartenaient aux comtes de Ribeaupierre, et Riquewihr, Hunawihr, 
Beblenheim, Mittelwihr, etc., au comté de Horbourg, depuis 1324 propriété des 
comtes de Wurtemberg, qui, depuis 1397, avaient recueilli par mariage le comté de 
Montbéliard, dont il faisait partie. A Riquewihr s'élève encore fièrement le château 
habité jadis par les comtes de Wurtemberg : c'est un grand bâtiment en style renaissance 
et à pignons historiés; un escalier en spirale monte dans une tourelle, an-dessus de 
la porte de laquelle on lit encore : 

GEORG GRAVE ZV WIRTEMBERG VND ZV MVMPPELLGART, 1540 

{George, comte de Wurtemberg et de Montbéliard, 1540) , 

et sur un ruban qui enlace les armoiries de celte maison la devise : 

DIE STVND BRINGT'S END 

[L'heure amène la fin). 

A un kilomètre de Riquewihr, Zellenberg, que l'on voit de loin pilloresquement 
perché à mi-côte sur un promontoire, mérite d'être visité de près, car c'est la seule de 
ces petites villes entourées de murs qui n'ait qu'une porte d'entrée à sa partie supérieure 
Sahue-Mane-aux- En quittant l'ancienne résidence des ducs de Deux-Ponts pour remonter la vallée vers 
Sainte-Mane-aux-Mmes, nous passons devant les vastes établissements d'industrie coton- 
mere deMM.Weisgeber, Saltzmann et Weis, Kœhler etL. Steiner qui nourrissent un grand 
nombre des habitants de celte ville. En trois heures de marche sur une belle chaussée, à 
travers monls et forêts, en arrivant au revers de la montagne, on a devant soi, au fond 
de la vallée de la Lièpvre , Sainle-Marie-aux-Mines. Si cette petite ville ne portait pas ce 
nom d'ancienne date , on n'aurait plus aucune raison pour le lui donner aujourd'hui , et 
on l'appellerait plus volontiers Sainle-Marie-aux-Cotons ou à la Siamoise , car ses mines 
sont taries et ne déversent plus leurs richesses comme jadis où des milliers.d'ouvriers 
tiraient l'argent, le plomb, le cuivre, la houille, le cobalt, l'arsenic et même l'or de ses 
puits et de ses galeries souterraines. A Fertrupt, à Saint-Pierre, à Saint-Philippe, à 
Faunoux, à Sainte-Croix-des-Mines , on marche sur un sol fouillé depuis que les Romains 
avaient établi leur puissance dans ce pays. Jadis on entendait retentir partout les coups 
saccadés des bocards, la fumée des fourneaux de fonte obscurcissait l'air, et des 
escouades de mineurs en leur costume noir donnaient à ces vallons , couverts de 
sombres forêts, un caractère non moins sombre. Aujourd'hui de larges nappes de pièces 
d'étoffes de lin, de chanvre et de coton , qui brillent de loin, semblent remplacer en 
été la froide nappe de neige qui couvre le sol en hiver. 

Il n'entre pas dans le plan de notre ouvrage de faire une longue description historique 
de l'exploitation de ces mines, ni de leur rapport souvent prodigieux , qui leur donnait 
une réputation européenne; il nous suffit d'appeler l'attention du touriste sur les 



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99 



richesses de l'industrie et sur les beautés de la nature de ce coin de terre, et nous Sainte-Marie-aux- 
renvoyons nos lecteurs, qui prennent un intérêt scientifique à ces exploitations , à 
l'intéressant travail dont M. Risler a gratifié cette vallée 1 . Nous nous bornerons 
seulement à retracer le résumé historique qu'il en donne dans ces lignes : 

« Si maintenant, après les détails historiques que nous avons donnés sur les mines 
« de Sainte-Marie , nous résumons l'histoire de leur exploitation , nous trouvons qu'elle 
« a eu cinq grandes époques. 

« La première fut celle des Romains, qui nous est révélée par les travaux souterrains 
« qu'ils exécutèrent dans nos montagnes ; sans pouvoir préciser au juste le temps qu'elle 
«dura, nous pensons que cette exploitation peut être placée entre les deuxième et 
« cinquième siècles de 1ère chrétienne , c'est-à-dire à l'époque où les Romains , maîtres 
« de l'Alsace, y avaient formé leurs nombreuses colonies, 

« La deuxième époque est celle où les solitaires d'Echery exploitèrent les mines 
« d'argent de ces vallées au neuvième siècle. 

« La troisième époque comprend l'exploitation par les seigneurs d'Echery entre les 
« dixième et quatorzième siècles. 

«La quatrième époque est celle de cette grande exploitation des seizième et dix- 
« septième siècles, laquelle, ayant commencé en 1502 et fini en 1636, avait duré 
« cent trente-quatre ans. Elle eut lieu par les seigneurs de Ribeaupierre et les archiducs 
« d'Autriche, ainsi que par diverses compagnies, pour les mines de la partie alsacienne 
« de la vallée, et par les ducs de Lorraine pour celles situées sur le côté lorrain. 

« La cinquième époque , enfin, fut celle où les mines furent exploitées par différentes 
«compagnies, depuis le commencement du dix-huitième siècle jusqu'à la révolution 
«française de 1789,* 

Dans la quatrième phase de l'exploitation de ces mines on peut juger de leur riche 
rapport par ce qu'en dit Munster dans sa Cosmographie. Il les avait visitées en 1545, et 
le directeur Hubinsack l'introduisit dans les principaux puits et galeries , et lui montra 
avec détail toute l'exploitation. Il y avait alors dix fourneaux à fonte qui fonctionnaient 
jour et nuit; plus de 3,000 ouvriers étaient occupés souterrainement, au bocage et au 
lavage du minerai , et en peu d'années plus de douze cents maisons furent construites à 
Fertrupt (Fortelbach) et clans les vallons environnants. On trouvait alors, surtout dans 
la mine de Saint-Guillaume et dans celle du Four, des morceaux d'argent pur, d'un 
poids d'un à trois quintaux, que les orfèvres pouvaient employer sans autre raffinage. 
Depuis 1525 jusqu'en 1545, où Munster visita ces mines, le produit annuel ne monta 
pas à moins de 6 à 7000 marcs d'argent pur, sans compter le rapport du plomb, du 
cuivre et d'autres métaux. 

1 Histoire de l'industrie dans la vallée de Lièpvre , département du Haut-Rhin , par D. Risler. Sainte-Marie-aux- 
Mines, 1851, brochure in-8°. 

13. 



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Sainle-Marie-aux 
Mines. 















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Non-seulement Munster, mais d'autres historiens et savants s'accordent à faire 
ressortir les richesses des mines de ces vallons. Wencker nous dit, dans sa Chronique 
manuscrite, qu'en 1523 on en retirait parfois par jour deux ou trois quintaux de minerai 
d'argent; un autre nous rapporte qu'en 1524 la ville de Strasbourg envoya à Fribourg en 
Brisgau une députation auprès de Ferdinand, frère de Charles-Quint, pour faire sanc- 
tionner les propriétés qu'elle possédait dans la vallée de la Lièpvre, où les mines étaient 
dans un état tellement florissant qu'elles produisaient souvent un à trois quintaux 
d'argent pur. 

Mais à celte période de prospérité succéda ensuite une époque où le marteau des 
actifs mineurs ne frappait plus que le roc et où les filons métallurgiques avaient 
complètement disparu; on abandonnait un puits, une galerie improductive pour en 
attaquer une autre. Des incendies calamiteux qui avaient ravagé à diverses reprises 
Sainte-Marie-aux-Mines et les hameaux environnants, les guerres, les maladies 
épidémiques furent de nombreuses causes de cessation temporaire des travaux, qui 
se relevèrent de nouveau; au commencement de ce siècle il s'était même formé 
une compagnie pour la reprise de l'exploitation, dont le résultat ne fut néanmoins 
plus que l'ombre de ce qu'il avait été précédemment, et qui cessa enfin totalement 
en 1826. Quand deux années plus tard, dans une tournée que nous fîmes dans ces 
montagnes, la curiosité nous poussa à explorer ces souterrains, de même que nous 
avions parcouru les mines de plomb et d'argent de Gozlar, dans le Hartz, et celles de 
VOberland hadois, un vieux mineur nous servit de guide dans nos pérégrinations dans 
le sein de la terre. Le vieillard nous affubla du costume noir d'usage, nous couvrit la 
tête d'une espèce de bonnet fourré; après nous avoir muni d'une lampe, et avant 
d'entrer dans la mine, il joignit ses mains et prononça la prière avec le Gluck auf! 
d'usage. On voyait bien à la nombreuse boiserie pourrie, à l'humidité des eaux qui 
suintaient partout dans ces galeries, que l'entretien en était très-négligé et devait être 
énormément coûteux; à notre sortie nous avions les poches chargées d'échantillons de 
minerai et de fragments de chaux fluatée de formes grotesques; à notre séparation le 
bon vieux mineur, que nous avions invité à boire un verre de vin à l'auberge de 
Faunoux, nous serra tristement la main, en disant que l'esprit de la montagne 
avait abandonné les mineurs et leur avait voilé ses trésors. «Dieu sait, dit-il, quand 
il aura de nouveau pitié de nous autres pauvres mineurs.» Ce mélange de foi religieuse 
et de croyance aux esprits bienfaisants et malfaisants qui président à ces souterrains, 
nous rappela la charmante légende que le poète A. Stœber reproduisit plus tard dans 
YElsàssisch Sagenbuch 1 . Depuis nous voulûmes revoir ces mines et aller à la recherche 

1 Le gnome de la montagne rencontra un jour une jeune et belle fille se mirant dans les eaux transparentes d'une 
source et lui déclara son amour, en lui promettant de la faire reine de son cœur et de ses trésors; mais la jeune 
i le se rit de lui , car elle était déjà éprise d'un jeune et beau mineur, qui bientôt devait l'épouser. L'esprit, courroucé 



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du vieux mineur; mais il avait payé son tribut à la mort, en même temps que la Saime-Marie-aux- 
source de ces richesses souterraines était tarie, et on nous assura que l'état de ces S " 

galeries abandonnées présentait trop de dangers pour qu'on pût en permettre l'entrée 
au touriste curieux. 

Outre l'industrie métallurgique, la fabrication du cobalt et le raffinage de l'arsenic, 
la vallée de Sainle-Marie-aux-Mines se livrait, au siècle passé, à la fabrication des galons 
d'or et d'argent, à celle de la coutellerie, qui n'arrivèrent cependant jamais à un état 
florissant, jusqu'à ce qu'en 1755 J. G. Reber y posa la base de l'industrie cotonnière, 
dont le développement prit depuis d'énormes proportions avec la fabrication de draps 
et la teinturerie, qui occupent aujourd'hui des milliers de tisserands et d'ouvriers. 

Les anciens souvenirs religieux de fondations d'églises et de monastères remontant 
aux premiers siècles du christianisme en notre province, et dont nous trouvons tant 
de traces dans d'autres vallées des Vosges, ont tous disparu, si ce n'est la ruine d'Echery. 
En nous dirigeant vers le commencement de la vallée, à trois kilomètres de Sainte- 
Marie, nous arrivons à Sainte-Croix-des-Mines que nous avons déjà citée. A ce petit 
village se rattache un épisode de l'invasion désastreuse des Armagnacs en Alsace. 
Sachant qu'un corps de ces troupes dévastatrices devait se retirer en Lorraine, en 
traversant ces gorges, 500 hommes de troupes strasbourgeoises, de Schlestadt et de 
paysans armés de Ville, se réunirent, se mirent en embuscade dans la montagne, le 
18 mars 1445, et fondirent sur l'ennemi avec une telle impétuosité qu'ils en tuèrent 
plus de 300, et ramenèrent prisonniers plus de 400 hommes et 16 chevaux, après 
s'être partagé un butin de plusieurs canons et de drapeaux, de cuirasses, d'armes et 
de beaucoup de valeurs en argenterie, qu'ils traînèrent avec eux sur des chariots. 

Au village de Lièpvre, renommé jadis par un monastère, que fonda, au huitième Val de Ville, 
siècle, Fulrade, abbé de Saint-Denis , nous quittons cette vallée pour la retrouver vers 
son embouchure, et nous gravissons un chemin charmant, en passant par l'Allemand- 
Rombach sur laWantzel. Sur cette montagne, qui sépare la vallée de la Lièpvre du val de 
Ville, et que nous distinguons parfaitement bien sur notre panorama , on jouit d'un coup 
d'œil ravissant vers Sainte-Marie-aux-Mines, entourée des nombreuses blanchisseries 
qui brillent au loin, et sur la côte, au fond de la vallée, que traverse une route en zigzag 
se dirigeant vers Saint-Dié. En descendant au delà, à travers de belles forêts, on arrive 
à Breitenau, petit village dans le vallon d'Urbeis, embranchement du val de Ville, qui 
monte du sud vers le nord-ouest entre la Wantzel et la montagne derrière Dambach 
et l'Ungei-sberg. Ici le voyageur est frappé de l'absence de toutes ces industries qui 

de ce refus, alla à la recherche de l'amant et le jeta dans un puits, où il trouva une mort misérable, et la jeune 
fille en mourut de chagrin. Depuis ce temps , pour se venger de l'ingratitude des humains , les souverains de la 
montagne cachèrent leurs trésors, qu'une jeune fille, disposée à donner son cœur à l'un d'eux, pourra seule faire 
retrouver de nouveau. 



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FRANCE. 

de chercher ses J^^£nX^ f, ^T'' , ' habi ' a,1, *" "^ 
les régions inKrieures „ ccl.iveenco , X„ ,1 ". "^""T* ** h le '™ ; da " s 
de forêts , et la scierie v remnl ,!! 7 T ', reg '°° S ^P" 1 ™'^ «»' couvertes 

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que nous avons passée avec quelques amis, amateurs des études historiques et des iioh-Kô„i g sbourg. 

beautés de la nature, dans les ruines de ce manoir. Le silence de la solitude qui 

nous entourait, la pâle lumière de la lune qui projetait de larges ombres dans la 

plaine, se prêtaient si bien aux vagues rêveries inspirées par les souvenirs du passé; 

plus tard des feux de bengale que nous allumâmes dans son enceinte vinrent 

éclairer de leurs feux rougeâtres les anciens appartements lézardés, et les silhouettes 

des croisées extérieures se détachèrent vivement sur la façade principale , dont les 

hautes tours s'élevaient dans les airs comme de noirs fantômes; enfin, ce fut un coup 

d'oeil ravissant et grandiose, quand le matin , vers trois heures, pendant que les vallées 

de la Lièpvre et de Ville étaient encore plongées dans les sombres vapeurs du malin , 

le ciel commença à se rougir à l'orient , et quand le soleil vint dorer les cimes lointaines 

des Alpes, et, se levant radieux derrière la Forêt-Noire, éclaira successivement les 

points culminants des Vosges, et apporta enfin la chaleur de ses rayons bienfaisants 

dans notre gîte humecté par la rosée, au milieu des feux expirants de quelques tisons 

qui s'éteignaient. 

En parcourant ces vastes ruines, on aime à y retrouver la destination primitive de ses 
enclos intérieurs; les corbeaux qui font saillie dans le mur indiquent encore l'empla- 
cement où reposait la charpente des divers étages; là se retrouvent la vaste cheminée 
autour de laquelle étaient assis ses anciens maîtres , écoutant les chants héroïques des 
ménestrels ; l'embrasure de fenêtre avec ses deux sièges d'où la châtelaine laissait errer 
ses regards dans l'étendue de la vallée; on y reconnaît les fortifications extérieures 
les murs de circonvallation flanqués de tours et de rondelles. A l'ensemble de ce qui 
reste de ce manoir on devine les divers siècles dont chacun y a laissé des traces de 
construction, depuis les massifs souterrains à l'arc cintré * jusqu'à la magnifique tour, 
dont les pierres taillées en diamant semblent être élevées d'hier; depuis le donjon à 
encorbellement jusqu'aux escaliers en spirale, qui montent à l'angle nord sur la terrasse 
voûtée, sur la galerie qui domine tout à l'entour, et d'où l'on jouit de la vue la plus 
étendue. L'histoire de ce château se perd dans l'époque romaine; elle reparaît sous 
Charlemagne et ses successeurs sous le nom d'Esluphin, sous celui de Castrum Kune- 
gesberg, de Cunisberg, etc. Speclin nous rapporte, dans ses Colleclanea, qu'il était habité, 

^ j Dans les Antiquités du Bas-Bkin , publiées par le digne confrère de M. de Golbérv, feu M. G. Schweighaeuser 
1 artiste , en donnant une vue de ces caveaux souterrains , y a placé dans son imagination quelques bandits en quête 
de leur proie ; nous n'y avons jamais fait une rencontre pareille, mais nous signalerons cependant une aventure qui 
nous y est arrivée , pour servir de leçon à d'autres personnes. Piqué par la curiosité de bien voir ces sombres réduits 
nous y entrâmes muni de quelques boîtes de feu de bengale, mais à peine ce feu éclairait-il de sa vive lumière 
ces voûtes noires, que des nuées de chauves-souris et de bibous vinrent voltiger autour de nous et nous battre h 
ligure de leurs coups d'ailes, de manière à nous forcer de couvrir des deux mains les veux, pour les garant dé 
leurs insolentes caresses. En combattant ces botes inattendus, l'odeur du soufre, chassée par le vent dans ces 
gorges , manqua de nous asphixier et nous força à une bien prompte retraite, heureux de pouvoir en sortir «m* 
être suffoqué ou aveuglé. ""«sans 



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FRANCE. 



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Hoh-Kônigsbourg. au milieu du quinzième siècle, par quelques chevaliers, qui en firent un repaire de 
brigandage de grand chemin, et que, pour mettre fin à leurs insolentes rapines, 
l'archiduc d'Autriche Sigismond, l'évêque de Strasbourg, la ville de Bâle et les seigneurs 
de Ribeaupierre réunirent leurs hommes d'armes et s'emparèrent du château , qui fut 
en partie de'moli. 

En 1479, la ville de Strasbourg aida à la reconstruction de Hoh-Kônigsbourg, et 
depuis cette époque des seigneurs, dont les noms marquent dans l'histoire, y ont 
attaché leur nom. L'empereur Frédéric III le donna en fief à Oswald de Thierstein , qui 
arma de l'éperon d'or de la chevalerie le duc René de Lorraine à la bataille de Morat, 
où il commanda la cavalerie, qui lança l'armée bourguignonne dans le lac. En 1522, il 
fut donné aux fils de François de Sickingen, ce vaillant ami de Gœtz à la main de fer. 
Un siècle après, ce fief fut acheté par Rodolphe de Bollwiller, qui le transmit à son 
gendre, le comte Ernest de Fugger, descendant de celte illustre famille commerçante 
de laquelle Charles-Quint disait , quand François W lui fit montrer les trésors de la 
couronne de France, qu'il avait à Augsbourg un tisserand assez riche pour les payer 
au comptant. Les Fugger n'en jouirent que peu d'années, car les armes suédoises 
se rendirent maître de ce château, en 1633, et le détruisirent. 

II serait à désirer que cette ruine fût entretenue, au moins dans l'état dans lequel elle 

se trouve, ce qui pourrait se faire à très-peu de frais, car ce monument d'architecture 

féodale est sans contredit le plus complet dans toute la partie des Vosges, si nous 

faisons exception de la vaste enceinte du Hoh-Landspurg, beaucoup moins intéressante, 

•t des ruines du château de Flekenstein , au fond des montagnes , à quelques kilomètres 

le Wissembourg, sur la frontière de la Bavière-Rhénane. Ce dernier n'est pas si 

mposant sous le rapport des constructions d'architecture, mais il l'est d'autant plus 

par la fouille dans le roc vif, dans lequel la main patiente des hommes a creusé de 

nombreux réduits et des escaliers en spirale. 

Le touriste, qui veut se diriger du Hoh-Konigsbourg vers Ribeauvillé, trouve un 
chemin charmant à mi-hauteur de la montagne par le village de Thannenkirch et le 
Schlûsselstein , roche d'agate, tout près de celle dernière ville; l'archéologue choisira un 
chemin plus long et plus pénible en gravissant la cime du Thângel à la droite, et en 
visitant les constructions celtiques ou romaines d'un antique mur cyclopéen; nous 
dirigerons nos pas vers les ruines du château de Kientzheim, situées au bas de la 



Kienlzheim. 



montagne. 



Pour y arriver, on se promène comme dans un vaste jardin anglais à travers la forêt, 
et tout à coup on s'arrête devant cette ruine où, entre des sapins, des chênes et des 
bouleaux, on voit fleurir au printemps des touffes de lilas et en automne le dahlia 
aux mille couleurs, que l'on est étonné de rencontrer parmi ces hôtes de la montagne; 
c'est que le propriétaire de ce château , M. Mathieu de Faviers, a eu soin d'embellir par 




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FRANCE. 



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Orlenberg 
et Ramsleiu. 



l'art cette partie de ses propriétés; il a fait enlever les épaisses broussailles qui Kientzheim 
en obstruaient l'intérieur, y a fait ménager des terrasses garnies de bancs, où l'on 
aime à se reposer, en jouissant de la vue dans la plaine, et à côté des guirlandes 
de lierre indigène, qui grimpent le long de ces murs, on trouve celles de l'odorante 
clématite exotique. Le châtelet de Kientzheim n'a pas l'air d'une ruine, où à tout 
moment on craint les écoulements des pierres; il ressemble plutôt à une construction 
solide, par laquelle le caprice du propriétaire a voulu orner son vaste parc, en 
souvenance des temps passés; aussi, pour l'empêcher de dégénérer en ruine, est-il 
toujours fermé à clef; mais on ne la refuse jamais au touriste désireux de le visiter. 

En descendant de la montagne, nous traversons le village de Kientzheim, situé 
au milieu de riches vignobles , que nous côtoyons jusqu'à Châtenois. Là , le voyageur 
préfère le séjour du bain à proximité, à celui de cette ancienne petite ville épiscopale, 
qui ne présente rien de confortable ni d'hospitalier. Ce petit coin de terre, qui se 
dislingue par son site pittoresque, à l'entrée des vallées de la Lièpvre et de Ville, 
est en même temps remarquable par une foule de souvenirs historiques qui s'y 
pressent. A la gauche se présente la cime conique ornée des ruines de Hoh-Kbnigs- 
bourg; en face, sur un promontoire de la Wantzel, qui sépare les deux vallées, est 
située la ruine du château de Frankenbourg, ancienne propriété des comtes de Werd, 
landgraves d'Alsace, et plus tard du grand-chapitre de la cathédrale de Strasbourg, 
détruit parle feu en 1582. A notre droite, sur une montagne chauve, entrecoupée de 
masses de roches de granit, stationnent comme deux vedettes avancées, pour surveiller 
l'entrée dans ces gorges, les tours ruinées d'Ortenberg et de Ramstein , au-dessous 
desquelles nous retrouvons, sur un mamelon chauve, les restes d'une recloute élevée 
par les Suédois, et au pied de la montagne repose, entouré de vignes, le village de 

Scherwiller. 

Ortenbere et Ramstein subirent la force des armes des Strasbourgeois; le premier 
château fut pris par eux, en 1420, quand ils étaient à se batailler contre la noblesse, qui 
avait quitté la ville et s'était constituée hostilement au dehors; ils s'étaient emparés du 
second en 1335. Ortenberg était la propriété d'un Mùllenheim, bourgeois de Strasbourg, 
et fut assiégé et pris, en 1474, par Pierre de Hagenbach, préfet de Charles-le-Témé- 
raire; mais, après que Hagenbach eut été décapité à Brisach, et que Charles eut trouvé la 
mort à la journée de Nancy, les Strasbourgeois reprirent ce château avec leurs 
propriétés dans la vallée de la Lièpvre. Dans celle même guerre, un Marx d'Eckwers- 
heim, capitaine des troupes de notre ville, fit prisonnier, à la bataille de Nancy, un 
comte Louis de Nassau ; au lieu de remettre son prisonnier entre les mains de la 
puissance qui l'avait engagé, il le retint, dans l'espoir d'une forte rançon, au château 
de Bilstein; selon Speclin et selon Kûnast, au château de Ramstein. L'Ammeister 
Schott, à la tête d'une troupe armée, se rendit devant le château, parvint à y entrer 










ENVIRONS. 



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Ortenberg 

et Ranistein 



Guerre 

des paysans. 



106 FRANCE. 

sans bruit, au moyen d'intelligences secrètes qu'il avait dans l'intérieur, et qui 
lui en ouvrirent la porte, et surprit le capitaine attablé, en bonnes dispositions 
gastronomiques. Celui-ci, tout surpris en voyant entrer l'Ammeister, accompagné de 
quelques sénateurs, leur demanda si le diable les avait introduits à son insu; mais 
Schott lui répondit, en riant, que la main de Dieu les avait guidés pour prendre part 
au repas ; Marx fit bonne mine à mauvais jeu , en les invitant à partager son dîner, et 
en y conviant de même son noble prisonnier, le comte de Nassau. La journée se passa 
gaîment, et le lendemain la troupe retourna à Strasbourg avec le prisonnier, que l'on 
garda, avec tous les honneurs dus à son rang, dans le Pfenninglhurm , jusqu'à ce qu'il 
se fût libéré, moyennant une rançon de 30,000 florins. 

Nous nous trouvons ici au centre d'action des hordes insurgées des paysans d'Alsace, 
en 1524 et 1525. Leurs actes de brutale dévastation jetèrent l'épouvante dans les 
manotrs des nobles comme dans les couvents du clergé, dans les villes comme dans 
les villages , firent mettre les armes à la main , aux uns pour l'attaque, aux autres pour 
la défense, et donnèrent lieu à cette guerre que nos annales appellent la guerre des 
paysans, la Jaquerie, der Baurenkrieg , der Baurenlàrm. Les causes de celte insurrection 
résidaient depuis longtemps dans la position misérable dans laquelle se trouvaient les 
gens de la campagne, caste abjecte, entretenue dans la plus abrutissante ignorance et 
sous un brutal despotisme. Le paysan n'appartenait pas à la race des hommes; il était 
une chose attachée au sol , un meuble , une machine à travailler, corvéable et taillable à 
merci, un corps de chair et d'os animé, dont le sang était bon à verser pour le compte du 
seigneur, qui l'avait acheté ou reçu en héritage avec son territoire, pour celui des abbayes 
et des couvents auxquels il appartenait. Depuis longtemps les municipes s'étaient éman- 
cipés, et avaient conquis à force de combats et d'argent une position indépendante et 
privilégiée, quand l'habitant de la campagne était encore serf, vivant misérablement 
sous son toit de chaume, à tout moment mis en cendres clans les guerres intestines de 
baron à baron, de seigneur à prélat et des villes contre tous les deux. S'il désertait 
sa commune pour se soustraire aux traitements souvent intolérables de son maître, 
s'il allait chercher un refuge sous les murs d'une ville hospitalière, il était pourchassé,' 
réclamé, et la recherche de ces malheureux parias, qui étaient heureux de pouvoir 
v,vre au dernier rang des bourgeois d'une ville, donnait souvent lieu à des querelles 
vidées les armes à la main , ou par des compromis et par des décisions impériales aux 
diètes *. 

Vers la fin du quinzième siècle et au commencement du seizième, leur sort devint 
encore plus intolérable. La noblesse et le haut clergé voulaient imiter le luxe des 
Espagnols, auxquels l'or affluait à foison des mines du Nouveau-Monde, et des riches 

'Voyez Weneker, D/ssertatio de Pfahiburgerîs. Argent. 1698 ; m-¥. 



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FRANCE. 



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Vénitiens, qui s'étaient rendus maîtres du commerce productif avec l'Asie; l'invention 
de la poudre à canon et son emploi dans les sièges et dans les batailles avaient changé 
la face du système militaire, et obligé les suzerains d'avoir à leur gage des soldats 
expérimentés, aguerris, des lansquenets soldés, en place de leurs rustres vassaux. 
Ces diverses raisons enfantèrent des besoins nouveaux, inconnus jusque-là, et par 
suite des dépenses dont on extorquait le montant, par des contributions et des 
corvées, aux malheureux serfs de la campagne. Les moines qui, dans le principe, 
avaient si bien mérité de l'humanité par les progrès qu'ils avaient fait faire à la 
civilisation, qui, tout en servant Dieu, avaient, par le travail des champs, transformé 
des contrées sauvages en oasis cultivées, qui avaient pratiqué les sciences et les arts, 
vivaient en majeure partie dans une démoralisante indolence et dans une ignorance 
complète, au détriment du campagnard, qui regardait les uns d'un œil envieux et les 
autres avec dédain. L'imprimerie travaillait de ses mille bras, et lançait dans le monde 
des idées qui commençaient à germer et à fermenter en Allemagne, berceau de son 
invention. En voyant les villes fleurir par l'industrie et le commerce, la noblesse et le 
clergé se nourrir de la sueur de leurs fronts, il était bien naturel que ces pauvres 
hères, comme on les appelait, songeassent à secouer les étreintes de leur joug 
oppresseur, à se venger des affronts et des actes de cruauté dont ils étaient victimes, 
en agissant comme agissent les rustres, de leurs forts poignets. En Thuringe, en West- 
phalie, en Souabe , dans la Forêt-Noire , des paysans s'étaient déjà révoltés contre leurs 
maîtres en H99, en 1500, en 1509, en 1511 à 1514; mais ces actions disséminées, ces 
révoltes partielles furent facilement étouffées dans leur principe par le fer. 

Quelques années plus tard, les doctrines de la réformation commencèrent à ébranler 
la société. Ces doctrines, à vrai dire, n'étaient pas nouvelles, mais ce qu'enseignaient 
ces hardis athlètes de l'esprit était depuis longtemps oublié et altéré par les hommes, et 
quand ils prêchaient du haut de leurs chaires que le Christ, par son divin enseignement, 
avait aboli l'esclavage et rendu aux hommes leur liberté morale par son propre sacrifice, 
les malheureux paysans rustres comparaient ces principes du christianisme avec leur 
abjecte position matérielle. Le dogme chrétien de l'égalité de l'homme devant son 
Créateur, si souvent exprimé par les anciens maîtres dans leurs danses macabres, ce 
sentiment de dignité qui relève l'espèce humaine, s'embrouillèrent dans ces têtes 
abruties par une crasse ignorance et par la longue oppression du servage. C'est 
pourquoi aussi cette révolte prit chez les uns une couleur d'inspiration et même de 
fanatisme religieux, chez les autres une teinte politique, et commença surtout à agir 
là où l'oppression était la plus insupportable, et où le sentiment de l'envie était 
alimenté davantage par la dislance des positions sociales. Longtemps avant que les 
idées religieuses étaient venues s'en mêler, les haines et les vengeances des paysans 
s'étaient dirigées contre la noblesse, contre les moines et contre les juifs, qui s'étaient 



Guerre 

des paysans. 






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Guerre 

(les paysans. 






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FRANCE. 

moLsnè s Tr ,' , t " leUe '" Ste esis <™«! «P^ donc les nobles e. les 

iTtenan "• P °" r " r " er e " S " ile S "'- >' "■"-. « 'e Brisgan e. 

Placés à ,a *, de ces diflër entes ban^fr v tel e, le 7"" ^ S '" aie "' 
exigences se formaient , p e „ près en ces ZLX *•*"" Prétt " li °" S « 

con.pléte de la dtoe et des caTc 1, ri 7 C C °" SolaIe, "' s < l « | E™> g ile. Abolition 
par 20 florins ces. à ire à 71^' ' " "" •"" * ' '"' érêt à ' «»™ 

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ne tenrs b.ens. On vo,t déjà par ces divers articles , dont chacnn devait tarer la strict 
observance, par ,neile contasion des idées religieuses, sociales et po biqles ce^h rte 
insurgées voula.en, se frayer nn cbentin vers nn meilleur avenir 

cel, evlttltl SPaCb : da , nS ' a ïa " e ' e " e ^*»<m oe Hugshoflen , dans 
Ville, d Ittenwdler, près d'Epfig ; de Saint-Léonard et dAltorf, près de Beersch 



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et de Dorlisheim; les abbayes de Marmoutier, près de Saverne, et celles de la forêt 
de Haguenau, Kônigsbruck, Biblisheim , Wallbourg, Neubourg, Surbourg; celles de 
Stùrtzelbronn, de Seltz, de Reinhardsmiinster, de Marienbronn, dans le Bas-Rhin , et 
bien d'autres encore. Chanoines, moines, juifs, vinrent s'abriter dans le sein des 
villes; d'autres jetèrent le froc et firent cause commune avec les paysans. Les barons 
et varlets quittèrent leurs châteaux forts dans la montagne, pour chercher également 
un refuge dans les cités où beaucoup d'entre eux avaient recherché le droit de 
bourgeoisie. Strasbourg, Colmar, Mulhouse, Haguenau, fourmillaient alors dune 
multitude de gens qui y étaient venus de loin et de près, pour échapper à la brutalité 
de l'insurrection; nobles et prêtres y cherchaient l'hospitalité et la sûreté, les uns 
dans les hôtels de leurs proches et amis, les autres dans les couvents. 

Ce fut en vain qu'on tenta de réagir contre toutes ces forces agressives, qui 
dominaient en maîtres dans le pays. Les Landvœgt impériaux du Haut et du Bas-Rhin 
n'avaient pas d'armées à mettre en campagne , et les délégués de la noblesse , du clergé 
et des dix villes libres impériales d'Alsace , convoqués à diverses reprises , se perdirent 
en de vaines discussions , et se quittèrent sans avoir pu tomber d'accord sur les moyens 
d'opposer une digue à cette vaste levée de boucliers. D'ailleurs, le secours des petites 
villes d'Alsace, avec leur contingent d'hommes et d'armes, allait leur échapper; car 
dans ces villes, qui avaient été fermées d'abord pour les préserver de l'invasion des 
campagnards, les autorités eurent bientôt peine à contenir les habitants , qui , en voyant 
camper devant leurs murs des armées de 1 à 1 5,000 paysans , finirent par faire cause 
commune avec eux, et leur envoyèrent des armes, des munitions, des provisions de 
bouche et des tonneaux de vin, pour empêcher le pillage et la dévastation. La peur 
d'un côté, de l'autre le levain de la discorde et l'espoir de la rapine, firent ouvrir les 
portes et baisser les ponts -le vis; de cette manière, Soultz, Rouffach, Bergheim, 
Hunawihr, Riquewihr, Ribeauvillé , et en dernier lieu , Kaysersberg, Saverne et d'autres 
petites cités d'Alsace se rangèrent du côté de l'insurrection. Les habitants des villes 
qui, depuis longtemps, jouissaient d'une position plus avantageuse, voyaient bien que les 
griefs des gens de la campagne n'étaient pas sans fondement; la ville de Strasbourg 
surtout, dont les sénateurs s'étaient mis en campagne pour amener une réconciliation 
joua un beau rôle de médiateur dans cette occurrence. Ils engagèrent premièrement la 
noblesse et le clergé à faire des concessions au malheureux sort des paysans , à leur 
promettre des garanties pour l'avenir et un généreux pardon, s'ils voulaient déposer les 
armes et rentrer dans leurs foyers. Parfois ils avaient le bonheur de trouver des 
sentiments d'humanité qui répondaient sympathiquement à leurs démarches concilia- 
trices; mais souvent aussi ces essais de pacification étaient repoussés avec une mor<n ie 
hautaine et un insolent orgueil. 

Dans l'intérieur de Strasbourg quelques velléités de prendre part à l'insurrection 



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des paysans. 



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des paysans. 



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FRANCE. 

s'étaient fait jour parmi certaines tribus de sa population; mais elles furent de suite 
sévèrement réprimées; le Magistrat répondit par un refus formel à une demande 
d armes et de munitions qu'avaient faite les insurgés; il fît aussi saisir des drapeaux et 
des bannières., commandés en ville par divers corps des paysans. 

Depuis quelques mois une anarchie complète avait gagné des populations tout 
enueres. Les habitants valides des villages avaient quitté forcément ou volontairement 
leurs foyers, pour aller grossir les bandes de paysans, réunis par milliers et divisés 
en corps sous la conduite de leurs chefs , par communes et par cantons, sans que des 
moyens de repression pussent être réunis pour arrêter les actes de pillage et les 
excès qu'ds commettaient partout. Le duc Antoine de Lorraine prépara une armée au 
delà des Vosges, dans le double but de comprimer l'insurrection qui commençait à 
attendre ses propres populations campagnardes et de l'envoyer en Alsace pour étouffer 
la révolte dans son foyer. Saverne et ses environs étaient un point de ralliement 
denv.ron 30,000 paysans. Dans la matinée du lundi, 15 mai, lavant-garde de l'armée 
lorrame descendit des hauteurs, mit garnison dans le château épiscopal du Haut-Barr 
pour observer de ce point élevé le mouvement de l'ennemi , et occupa en même temps 
la posmon de Saint-Jean, à la gauche, d'où l'on attaqua la place par une forte 
canonnade, en même temps que l'on établit des batteries à I endroit où est situé de 
nos jours la fabnque du Zornhof. Les ducs Antoine de Lorraine , de Guise et de Vandl 
mon ava.ent leur quartier-général à Steinbourg, et les nombreux corps de Stradiotes , 
1 Albanais, dltahens, de lansquenets allemands et flamands, qui faisaient partie de 
eur armée, se répandirent dans la plaine, en livrant de nombreux combats aux bandes 
de paysans disséminées , qui toutes se hâtèrent de se réunir dans Saverne. Dans l'après- 
midi un carnage affreux eu t lieu à cinq kilomètres de Steinbourg, au village de Lupstein 
situe sur une hauteur, en face de Deltwiller. En avant de ce village, quelques milliers 
de paysans s'étaient mis en bataille derrière une fde de voitures de bagages, d'où ils 
reçurent 1 ennemi avec un feu meurtrier. Les ducs de Guise et de Vaudemont avec 
une nombreuse cavalerie et de l'infanterie italienne, les chargèrent vigoureusement 
et les forcèrent à la retraite derrière les retranchements du village. La , un combat 
acharné s'engagea, la cavalerie lorraine avait été repoussée à diverses reprises 
quand le duc de Vaudemont lança lui-même son cheval dans les retranchements et 
suivi par les siens, parvint à faire lâcher pied aux insurgés, après un combat opiniâtre 
et sanglant. L'égl.se et chaque maison étaient devenues un point de défense 
derrière lequel les paysans luttaient encore corps à corps, lorsque tout à coup le 
eu fut mis aux quatre coins du village, et les flammes vinrent anéantir ceux que 
le fer et les balles avaient épargnés. Une multitude de femmes, de filles et d'enfants 
périrent dans l'incendie, après avoir subi l'outrage des vainqueurs, et plus de 6,000 
Paysans, les armes à la main, y trouvèrent la mort. Un orage affreux mêlait sa voix 



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grondante aux hurlements et aux gémissements des mourants et des combattants, et 
des ruisseaux de sang et d'eau descendaient des rues de Lupslein vers la Zorn. 

Celte intervention imprévue des forces lorraines, opposant une armée aguerrie et 
disciplinée à un nombre quintuple d'hommes mal armés, sans discipline et sans chefs 
expérimentés, jeta la panique dans les rangs de l'insurrection. Des bandes en marche sur 
Savernese dispersèrent à la nouvelle de l'arrivée des Lorrains; d'autres cherchèrent 
un refuge dans les montagnes. Bien des paysans, saisis d'un effroi superstitieux, en enten- 
dant le tonnerre de l'orage se mêler à celui du canon , laissèrent tomber les bras et 
crurent y voir une juste punition du ciel en courroux contre eux. Vers le soir, Érasme 
Gerber, placé comme commandant en chef de forces qui, bien armées et disciplinées, 
auraient pu anéantir les Lorrains, parlementait avec le chef de cette expédition; il fut 
conclu qu'il désarmerait ses bandes, qu'il évacuerait le lendemain Saverne, et laisserait 
cent paysans en otage à Antoine de Lorraine. Celui-ci, de son côté, leur promit le 
pardon, s'ils voulaient se disperser et rentrer tranquillement dans leurs communes, 
leur garantissant en outre toute cessation d'hostilité, et son intervention auprès de 
leurs seigneurs et maîtres s'ils se soumettaient à l'Église. 

La journée du lendemain, 17 mai, promettait une fin pacifique à celte levée de 
boucliers; mais, pendant que Gerber faisait semblant de se repentir et s'engageait a 
renvoyer ses troupes dans leurs villages, il conçut l'idée de les réunir sur un autre 
point en nombre plus considérable, s'appuyant sur le contingent d'oulre-Rhin qui 
devait lui arriver, et sur celui de la Haute-Alsace. Biais déjà, dans cette même matinée, 
ses plans secrets étaient connus, car les troupes légères de la Lorraine qui battaient sans 
cesse la campagne avaient arrêté des paysans portant des ordres. Le matin, les paysans 
sortirent de la ville escortés par des lansquenets allemands et flamands, après y avoir 
laissé leurs armes, et se réunirent sur une grande plaine; mais là des menaces et des 
imprécations, lancées contre les Lorrains, donnèrent lieu à des scènes qui se termi- 
nèrent par un carnage affreux. Tout à coup il se fit entendre dans les rangs lorrains le 
cri : tombez dessus ! et plus de 1,800 lansquenets se jetèrent sur ces bandes désarmées, 
qui, n'ayant pas d'autre moyen de fuite, voulurent retourner en ville pour se saisir de 
leurs armes et se défendre; en peu de temps le sol fut jonché de morts et de blessés, 
et rustres et soldats rentrèrent pêle-mêle à Saverne, où le massacre continua, au point 
qu'on ne ménagea pas même les habitants, dont un grand nombre fut passé au fil de 
l'épée. Ce fut une véritable boucherie , des monceaux de cadavres obstruaient les rues 
et les maisons; le feu avait déjà pris sur divers points; le meurtre et le pillage étaient 
partout, et Saverne aurait subi le même sort que Lupstein, si les princes de Lorraine 
n'étaient pas accourus pour mettre fin à ces scènes de carnage. Vingt et quelques mille 
hommes furent tués dans celle terrible réaction ; le nom de lansquenet resta longtemps 
en horreur dans le pays, et aujourd'hui encore, hors de Saverne, la colline qui descend 



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des paysans. 



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Guerre 
«les paysans 



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vers Detlwiller, et où avait commencé le carnage, porte le nom de Montagne du 
Martyre (der Marterberg). 

Gerber et quelques autres chefs, que l'on saisit dans le château épiscopal, furent 
pendus; le prem.er, avant de subir sa peine, lança encore de terribles imprécations 
contre ses ennemis, et avoua que s'il avait pu en échapper, il aurait réuni 60,000 
hommes des siens, avec lesquels il aurait écrasé l'armée lorraine, en transformant en 
même temps tout l'ordre social. 

Le lendemain de cette sanglante journée , toute l'armée lorraine campa à Marmoutier 
et dans les villages environnants , en laissant garnison à Saverne. De là elle passa par 
Wasselonne et le Kronlhal, et, longeant le pied des Vosges, s'arrêta le soir dans les 
environs de Dachstein et de Molsheim ; le samedi 20 mai, vers le soir, elle arriva en 
vue de Scherwiller. Partout sur son passage une terreur panique s'était emparée des 
populations, car on pendait au premier arbre venu , sans autre forme de procès tout 
individu dont on pouvait se rendre maître, et qui avait l'air suspect. 

Près d'Epfig, l'avant-garde lorraine signala un grand mouvement dans la direction 
de Scherwiller, où se concentraient des voitures en masse et de fortes bandes de 
paysans; on entendit en même temps sonner le tocsin dans toutes les communes 
environnantes. C'étaient des milliers de paysans qui stationnaient sur le Landaraben 
ancienne limite entre la Haute et la Basse-Alsace. 

Quoique fatiguée par la marche et par la chaleur du jour, l'armée lorraine, après s'être 
restaurée, s apprêta au combat. Cette fois elle trouva une résistance plus vigoureuse et 
une lutte plus digne du soldat; près dune centaine de bouches à feu en tout genre 
placées derrière les retranchements des paysans, devaient aider à une vigoureuse 
défense; mais mal desservies par des hommes inexpérimentés, les projectiles qu'elles 
lançaient passèrent par dessus les tètes de l'ennemi. Appuyés à la montagne aux 
villages de Scherwiller et de Châtenois, les insurgés défendaient l'entrée de la vallée 
et occupaient en même temps le terrain défendu à la droite par les murs de Schlesladf' 
leur position était des plus avantageuses. En avant de Scherwiller, sur la roule des 
retranchements, occupés par 2,000 paysans, furent pris par 1,200 lansquenets; après 
un combat opiniâtre de deux heures, les Lorrains s'emparèrent du village' dont 
les flammes éclairaient le vaste champ de bataille; mais un nouveau combattait à 
livrer contre les masses qui avaient leur position derrière le village, masquées par de 
nombreuses voilures; mais là aussi la science de la guerre triompha du nombre; 
1 infanterie italienne, qui s était approchée des rangs des paysans en rampant sur le sol et 
dans les fossés, et les lansquenets allemands et flamands, en se baissant, tiraient, les uns 
couches par terre et les autres à genoux , et leur feu fut toujours plus meurtrier, tandis 
que celui de leurs adversaires manquait de justesse. De part et d'autre on se battait 
avec acharnement; enfin, une charge vigoureuse de cavalerie lorraine, sur une des 



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barricades de voitures, et un assaut d'infanterie, commandé par le seigneur de 
Beaulieu, sur une autre, parvinrent à enfoncer les rangs des paysans, qui prirent la 
fuite, poursuivis par la cavalerie, mais à l'abri des ténèbres protecteurs ; cependant 
12,000 des leurs, tant tués que blessés, restèrent sur le champ de bataille, et beaucoup 
de Lorrains trouvèrent également la mort. 

Le dimanche, l'armée lorraine retourna dans son pays par la vallée de la Lièpvre, 
et cette malheureuse semaine, qu'elle avait passée en Alsace, coûta la vie à plus de 
40,000 hommes. Saverne et Scherwiller sont leurs tombes, et le paysan, dont la 
charrue, en traçant ses sillons, déterre encore aujourd'hui leurs ossements desséchés, 
doit toujours remercier la Providence de lui avoir accordé une meilleure position 
sociale que celle dont jouissaient ses malheureux devanciers; si de nos jours, comme 
autrefois, le laboureur gagne encore son pain à la sueur de son front, du moins est-il 
maître de sa personne, et le pénible travail de ses mains profite à lui et à sa famille. 

Avant d'entrer à Schlestadt, transportons-nous, à quatre kilomètres vers la gauche, 
à Dambach, entouré de murs d'enceinte au milieu de vignobles. L'esprit guerrier qui 
anima jadis sa population fournit encore aujourd'hui de bons soldais à l'armée, et la 
jeunesse de cette ville a joui de tout temps de la réputation d'intrépides batailleurs. 
En 1444, hommes et femmes se défendirent vigoureusement contre toute une armée, 
qui vint l'investir, sous le commandement de Louis XI, encore dauphin de France, 
après la bataille de Saint-Jacques ; ce prince y fut même blessé d'un coup de flèche au 
genou. Après trois jours d'une défense opiniâtre, la place capitula et serait devenue 
la proie des flammes, sans l'intervention de 1 evêque Conrad de Busnang, qui offrit 
deux chevaux au chef de l'armée, avec prière de ménager cette ville appartenant à 
son territoire. 

Pendant la guerre de trente ans , elle fut occupée par les troupes impériales, sous 
les ordres du général Schultz; en 1636, elle fut prise par les Suédois, qui y tinrent 
garnison, et en 1642, elle se défendit avec succès, commandée par le colonel Moser, 
pendant quatre jours contre le duc de Lorraine, qui renonça à s'en emparer. 

L'origine de Dambach comme ville date de 1340; elle donna refuge aux habitants 
de deux villages voisins, Altenweiler et Oberkirch , qui avaient été détruits dans les 
guerres intestines du siècle précédent; c'est alors que l'évêque Berlhold de Bucheck 
l'entoura de murs, de même que la petite ville de Bœrsch ; aussi chaque pas que l'on 
fait dans ses rues montueuses rappelle les siècles écoulés; il en reste partout des 
traces, depuis ses murs d'enceinte, ses portes, jusqu'à son Hôtel-de-Ville à pignon 
crénelé, surmonté d'un campanile et orné des armoiries urbaines: deux ours au pied 
d'un sapin ; depuis son église , ses maisons antiques à charpente sculptée , jusqu'aux 
fontaines jaillissantes. On est étonné de rencontrer dans une chapelle rustique , en 
dehors de la ville, sur une éminence, un véritable chef-d'œuvre de sculpture en bois, 



Guerre 

des paysans. 



Dambach. 



ENVIRONS. 



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Dambach. 



Bernstein. 



Schlesladt 
à vol d'oiseau. 



114 FRANCE. 

qui à lui seul vaut la peine d'un pèlerinage artistique à Dambach : c'est son autel. Ce 
travail semble dater du dix-septième siècle, et nous regrettons de ne pouvoir, malgré 
toutes nos recherches, proclamer le nom honorable de celui qui a ciselé dans le bois 
avec tant de goût et de délicatesse ces fleurs et ces feuillages. Le dessin que nous 
donnons n en exprime qu'une idée vague et imparfaite; il n'a pu reproduire les milliers 
de boutons de fleurs, de fruits et de guirlandes dont il est paré. Les colonnes torses 
quil encadrent forment un gracieux entrelacement; au milieu se trouve, dans une 
niche l'enfant Jésus entre la sainte Vierge et sainte Madeleine; le Saint-Esprit, sous 
le symbole de la Colombe, forme comme la pierre de voûte de ce cintre fleuri, et 
au-dessus plane, au milieu de nuages et d'anges, la vénérable figure raphaëlesque de 
Dieu le Père , donnant sa bénédiction des deux mains. Saint Etienne, percé de flèches 
attache a un palmier, forme le couronnement de cet autel. Peut-être l'artiste a-t-iî 
voulu fa,re oublier, par ce monument de paix et d'innocentes beautés, les sanglantes 
souillures de la guerre de trente ans qui venait d'inonder le pays de ses horreurs 
et auxquelles ramène involontairement, quand on fait le tour de la chapelle, l'ossuaire' 
dans sa crypte. Depuis longtemps ces ossements reposent dans leur sombre demeure 
et sur ces crânes desséchés on chercherait en vain s'ils appartenaient à l'armée de 
Horn ou de Montecuculi , de Gœlz ou de Weimar; le bon homme qui loge dans la même 
enceinte nous a dit qu'ils n'avaient pas la gloire d'avoir appartenu à ces arml 
conquérantes de l'Europe, mais que c'étaient les restes des 12,000 paysans moissonné 
par la mort a la bataille de Schenviller, et qu'on y transporta après la démolition de 
I ancien ossuaire, élevé près de ce village. 

Au-dessus de Dambach planent les ruines du château de Bernstein, au milieu d'une 
magnifique forêt, aujourd'hui propriété de M. Dartein. Dans ces murs granitiques 
logeaient jadis les baillis épiscopaux qui gouvernaient au nom de leurs puissants 
seigneurs et qui, plus tard, vinrent résider à Benfeld. Après avoir joui du coup d'œil 
imposant dans la plaine, sur sa tour, à l'ombre d'un sapin, dont les racines sont 
cramponnées depuis des siècles dans les murs crevassés, on aime à se reposer dans la 
chambre hospitalière du garde, qui habite avec sa jeune famille les ruines de ce 
manoir et qui vous offre l'eau de la même source cristalline dont se désaltéraient ses 
nobles devanciers. Vis-à-vis du château , contre la montagne , près d'une grande pierre 
au bord du chemin , un écho surprenant rend mot par mot la phrase qu'on lance dans 
espace, et on croit s'entretenir dans cette solitude avec les ombres des anciens 
habitants de Bernstein. 

Retournons sur nos pas et continuons nos pérégrinations dans la plaine. 

A l'aspect de Schlesladt , avec ses imposants remparts , les guérites en pierre de taille 
qui en flanquent les angles, ses cavaliers qui cachent et abritent les maisons de 
1 intérieur, à ses portes à l'affiche du style d'architecture militaire de Vauban, à ses 



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Panorama de Strasliourê, Environs. Page 114. 




AUTEL SCULPTE EN BOIS 
dans la Chapelle de S 1 Sébastien à Dambach. 






I 












FRANCE. 



1 15 



larges fossés, on reconnaît une place forte qui doit pouvoir présenter une vigoureuse 
résistance aux attaques de l'ennemi. En 1814 et 1815, quand Schlestadt fut assiégé et 
bombardé par les troupes bavaroises et impériales, l'intrépidité de sa garnison et le 
courageux dévouement de ses habitants en ont donné des preuves. 

En pénétrant parla porte de Colmar, et après avoir dépassé les voûtes retentissantes 
de cette porte, on croit entrer dans une ville moderne; une large avenue, bordée de 
belles maisons, lui donne un aspect de jeunesse, mais ce n'est qu'un faubourg enclavé 
dans l'enceinte des fortifications actuelles; en tournant à gauche , on retrouve le même 
cachet qui caractérise Colmar, rues étroites, anguleuses et tortueuses, impasses sans 
nombre; s, l'architecture civile n'y a pas laissé autant de monuments dignes d'intérêt que 
dans cette dernière ville, c'est que clans le temps passé les constructions religieuses 
occupant la moitié du terrain de Schlestadt; quelques-unes d'entre elles existent 
encore, mais vieilles et délabrées; d'autres ont été démolies ou bien ont subi, en 
changeant de destination , une transformation qui les rend méconnaissables. 

Parmi les monuments religieux, le plus antique est l'église de Sainte-Foi et le plus 
imposant est celle de Saint-George ; occupons-nous de ce dernier. Sa façade principale 
est formée par une haute tour d'architecture gothique, divisée en sa hauteur par des 
galènes en trois étages, dont les angles sont armés de contreforts en retrait, ornés de 
pinacles; mais ces derniers n'ont pas reçu les statues qui devaient y trouver leur place 
Entre les contreforts sont inscrites, aux deux élages supérieurs, de hautes fenêtres 
ogivales à meneaux élancés. Tout en haut, la tour carrée se transforme en octogone, 
dont le couronnement, sans doute d'après le plan primitif, devait consister en une' 
flèche transparente qui n'a jamais existé; une voûte s'élevant en pointe, ornée d'un 
fleuron , en fait aujourd'hui la clôture et abrite les gardiens de cette tour. La oalerie 
gothique qui la contourne est ornée aux huit angles par des pinacles. Cette brusque 
clôture donne à ce monument, qui n'est pas dépourvu de belles proportions et d'élégants 
détails , un aspect lourd , et le fait ressembler de loin à un immense sac de blé. La partie 
basse de la tour est formée par la porte ogivale, ornée de statues dans son intrados et 
dans son tympan; elle fait saillie couronnée d'une galerie gothique et forme porche, 
au-dessus duquel une élégante rosace laisse entrer la lumière dans l'intérieur de l'église. 
Deux transepts, flanqués de clochetons aux angles, entre lesquels s'élève le gable 
triangulaire, complètent la principale façade. 

La partie orientale de cet édifice est du même style que celle que nous venons de 
décrire, avec celte différence néanmoins que la tour sur la croisée, derrière laquelle 
s'étend le chœur, à sol plus élevé, est de construction et de toiture moderne, recouverte 
d'ardoises, ce qui jure avec l'ensemble de ce monument: c'est la tour Sainte-Anne. 

La nef principale, qui lie ces deux parties, appartient à la même époque de 
construction du quatorzième siècle, mais les bas-côtés sont d'une époque antérieure 

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• Schlestadt 
à vol d'oiseau. 






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Schlesladt 
à vol d'oiseau. 



116 FRANCE. 

et semblent appartenir à la première moitié du treizième siècle, où Schlestadt fut 
entoure de murs et reçut le nom de ville. Le style de la porte cintrée, au centre de cette 
construction, les colonnettes à anneau et les sculptures qui ornent les fûts sont trop 
homogènes pour qu'il soit permis d'en douter. Il serait à désirer que l'historien de 
Schlestadt put trouver dans les documents de la ville les causes de celte interruption 
d un siècle dans les bâtisses, où l'art de l'architecture passa du style byzantin au genre 
appelé gothique. & 

L'intérieur de l'église de Saint-George est imposant par la voûte élancée de sa nef et 
par les vitraux tant anciens que modernes qui la décorent. Parmi les épitaphes qui s'y 
trouvent et qui rappellent des noms illustres de celte ville, nous ne citerons que celle 
qm contient, avec un médaillon de l'empereur Maximilien i-r, ceux de Wimpheliiw de 
Spiegel et de Mai, savants distingués et secrétaires-conseillers intimes dune série 
d empereurs d'Allemagne. 

DEO OPT. MAX. 
JACOBO WIMPHELINGIO THEOLOGO QUI JVVENTVTEM 
AD MELIORA STVDIA SACERDOTES AD VITAM SANCTIO- 
REM, AD OPTIMAS LEGES ET INSTITVTA RES PVBLIGAS 

EDITIS ETIAM MONVMENTIS INVITARE EXHORTARI 

REVOCARE NVNQVAM CESSA VIT 

JAC. SPIEGEL, AC JOAN. MAJVS FRATRES, CMS. 

AVG. SECRETARII AVVNCVLO B. M. MVNVS EXTREMVM 
PERSOLVERVNT. 

VIXIT ANNOS LXXVIII MENS. III. D. XXI 

OBIIT XVII K. DEC. MDXXVIII. 



Mon tons -sur la tour de cette église, en passant devant les trois cloches, dont deux 
furent fondues, en 1599 et 1603, par Jean-Jacques Miller de Strasbourg, et jetons un 
coup d'œ.l sur la ville, en en faisant ressortir les points les plus intéressants 

Au nord de l'horizon pointe la flèche de la cathédrale de Strasbourg que l'on 
distmgue depuis la galerie au-dessus des apôtres. Au nord et au nord-est de la ville le 
terram est occupé par un grand nombre de petits jardins , parsemés de cassines , où le 
citadin aime a cultiver ses fleurs et ses légumes. 

Au delà s'étendent à perte de vue de vertes prairies sur les bords de l'Ill , où paissent 
de nombreux troupeaux, appartenant aux habitants de Schlestadt, et la forêt 

re°vT Un m ^r PareiHe " CeIledeHa 8~- «si pour eux une riche source de 
revenus, et les dispensait de payer l'impôt municipal de l'octroi, en leur fournissant 
même gratuitement toutes les années une partie de leur bois de consommation. 



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Au pied de cette église, nous plongeons nos regards sur la fabrique de tissus 
métalliques de M. Roswag et C ie ; plus loin, une riante construction moderne, entourée 
d'un jardin, nous désigne l'école des jeunes filles; à notre droite, la sous-préfecture 
de Scblestadt est installée dans l'ancien hôtel des dames nobles de l'abbaye d'Andlau et 
de Honcourt [Hugshoffen). 

Au-dessus de la tour Sainte-Anne, à la droite de la porte de Strasbourg, nous 
apercevons une antique tour à trois étages, ancienne porte de la ville, connue sous le 
nom de Niederthor. Tout près, nous arrivons à une grande maison sans apparence, 
dont l'escalier, montant dans une tourelle, nous indique une ancienne habitation 
nobiliaire: le Rappenkopfhof; elle sert aujourd'hui d'oratoire au petit nombre de 
protestants qui habitent la ville de Schlesladt. 

L'hôtel où siège le tribunal était jadis un collège dirigé par les Jésuites , sur lequel 
l'administration municipale revendiqua ses droits de propriété, lors de la vente des 
biens du clergé , parce que la ville l'avait fait bâtir à ses frais. 

Vers le sud , nous avons à nos pieds l'église de Sainte-Foi; ce monument d'architecture 
byzantine est remarquable sous plus d'un rapport; il est seulement à regretter qu'il ne 
soit pas plus complet. La façade est formée du fronton de la nef principale, avec deux 
tours carrées qui s'élèvent à droite et à gauche sur les absides; elles sont percées de 
fenêtres à plein-cintre, séparées par des colonnettes à fûts ornées, avec des tores ou des 
archivoltes en billeltes. La tour de droite a deux étages , appartenant à la construction 
primitive, et qui plus tard ont été surbâlis d'un troisième étage avec un toit; celle de 
gauche n'a qu'un étage, recouvert d'une toiture à tuiles creuses. Ces tours a-t-il fallu 
les abattre par suite d'un incendie, dont on peut encore voir la trace, ou bien n'ont- 
elles jamais existé? On l'ignore; mais, à en juger par celle qui est octogone, élevée sur 
la croisée du chœur et surmontée d'un toit en forme de mitre, elles seraient d'un effet 
imposant. Les portes sont ornées de sculptures en entrelacements et en figurines 
grotesques, et des nervures en simples tores qui longent les arêtes des voûtes cintrées 
de la nef et des absides, sont en harmonie de style avec l'époque de construction de 
celte église. Elle est attribuée au pieux dévouement de Hildegarde, comtesse de Souabe, 
mère du duc d'Alsace et de Souabe de la maison des Hohenstauffen , et de son fils 
Othon II, évêque de Strasbourg, qui avait entrepris la première croisade à la fin du 
onzième siècle, avec l'empereur Henri IV. Une charte qui soumet l'église de Sainte-Foi 
à Schlestadt au monastère de Conques en Rouergues, dit qu'elle fut construite à 
l'instar du Saint-Sépulcre à Jérusalem, en 1094; Speclin nous dit dans ses Collectanea 
qu'elle ne fut construite qu'en 1099, quand Othon revint de la croisade, d'après les 
plans de ce lieu saint, qu'il avait visité lui-même; cependant nous n'avons trouvé 
aucune ressemblance entre cette église et les plans et dessins de celle de Jérusalem qui 
nous ont été transmis par les voyageurs, et nous aimons à croire avec Beatus Rhenanus 



Schlestadt 
à vol d'oiseau. 



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Sehlestadt 
à vol d'oiseau. 






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FRANCE. 

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et dans la confédération que formèrent les villes de la Souabe, de la Suisse et des bords 

du Rhin. Dans ces temps de troubles et de guerres intestines celte ville fut assiégée 

par l'évêque, mais en vain, une fois pour s'être rangée , comme Strasbourg, du côté de 

l'empereur Louis de Bavière contre Frédéric-le-Beau; une autre fois pour avoir fait 

prisonnier un haut personnage de la cour épiscopale; comme Strasbourg elle fut aussi 

mise au ban de l'empire par Wenceslas, vers la fin du quatorzième siècle. Dans la guerre 

de trente ans, Schlestadt, commandé par le colonel Breitenbach, fut assiégé pendant 

près de quatre semaines par les troupes suédoises; pendant ce siège les troupes 

impériales voulurent secourir et ravitailler la ville, en partant de Brisach; mais elles 

furent complètement battues dans un combat qui eut lieu près de Marckolsheim, le 

26 novembre 1632, et elles perdirent beaucoup de monde, quelques officiers et sept 

drapeaux. Par suite de ce combat, la garnison, composée de 600 mousquetaires et de 

deux compagnies de cavalerie, rendit la place aux Suédois le 13 décembre suivant. 

Par la paix de Westphalie, l'Alsace, à l'exception de Strasbourg, était devenue 

possession française, sanctionnée par la paix de Nimègue, en 1678; les anciennes 

fortifications de Schlestadt furent rasées comme celles de Colmar. Mais sa position 

stratégique à cheval sur la route principale de l'Alsace, à l'entrée de deux vallées 

franchissant les Vosges, défendue par l'ill et de nombreux marais, fit relever ces 

fortifications par le génie deVauban, telles que nous les voyons encore en grande 
partie. 

Perché sur celte tour, pour retracer ces anciens souvenirs, nous fûmes tout à coup 
surpris par le son du tocsin, et nous cherchâmes en vain à nos pieds une trace 
d'incendie qui eût pu donner lieu à cette alarme, quand notre obligeant compagnon 
nous rassura , en nous disant qu'un usage provenant des siècles reculés imposait encore 
de nos jours aux gardiens de cette tour l'obligation de sonner la cloche d'alarme 
quand ils voient arriver des troupes vers la ville, pour en prévenir la population. En 
effet, braquant la longue-vue sur la route de Strasbourg, nous vîmes s'acheminer 
vers Schlestadt, entouré d'un nuage de poussière, une batterie d'artillerie. 

A la droite de l'antique bâtiment auquel nous avons dû attacher cet aperçu sur 
l'histoire de Schlestadt, s'élève une ancienne église de Minorités, avec un campanile 
gothique transparent; ce monument religieux, construit dans le style des églises 
des Dominicains, n'offre aucun intérêt architectonique et nous nous bornerons à dire 
qu'd date de 1280 et des années suivantes, et qu'abandonné plus tard par les 
religieux de cet ordre , les Récollets en prirent possession au dix-septième siècle. 
Délabrée , ouverte à tous les vents , elle sert aujourd'hui , avec les bâtiments claustraux 
qui l'entourent, de magasin au génie militaire. Afin de compléter l'énumération de tous 
les ordres religieux qui auraient dû jadis béatiser cette petite ville , nous mentionnerons 
encore un couvent de Dominicains, fondé à la même époque que le précédent, mais 



Schlestadt 
à vol d'oiseau. 



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Sehlestadt 
à vol d'oiseau. 






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qui fut démoli, et dont l'emplacement est occupé parla place d'armes, un beau corps de 
garde a péristyle à colonnes, par l'hôtel de la Mairie et les bâtiments modernes qui 
1 entourent. Un autre encore, c'est l'ancienne commanderie des chevaliers deSaint-Jean- 
de-Jerusalem , établie en 1265, dotée en 1307 des" biens de l'ordre du Temple h 
Bergheim; ces bâtiments servent aujourd'hui de collège. A ces souvenirs de la vie 
monacale, nous ajouterons encore un beau bâtiment à portail richement orné, en 
style renaissance, connu aujourd'hui sous le nom de Prœlatenhof: c'est l'ancien hôtel 
de la Prelature d'Ebersmùnster dont nous allons bientôt parler. A quelques pas de là, 
au pied de l'éghse Saint-George, une maison, servant d'école paroissiale, retentissait 
a Ja fin du quinzième et au commencement du seizième siècle des savantes dissertations 
a hommes qm, comme un météore, firent briller Sehlestadt dans le monde littéraire 
et se.ent.nqne d'une lumière éclatante mais éphémère, qui s'éteignit bientôt après. 
De même que dans le moyen âge, une confraternité guerrière s'était établie entre 
Sehlestadt et Strasbourg, il se forma, à celte époque de renaissance des lettres, une 
confraternité d'érudition littéraire entre ces deux villes, et les hommes qui avaient 
puise a la source scientifique de l'école de Sehlestadt et de Fribourg-en-Brisgau 
vinrent se fixer à Strasbourg, ou étaient recherchés à la cour des empereurs 

Du nombre des premiers furent Jérôme de Guebwiler, Jacques Wimpheling, Jean 
Sapidus, Martin Bucer,BeatusRhenanus, l'ami d'Érasme; parmi les derniers on remarque 
Jean Hugon , chapelain de l'empereur Maximilien I-, Jacques Villinger de Schauenberg, 
conseiller et trésorier du même; Beatus Arnoald, secrétaire du même et de Charles-Quint ■ 
Jacques OEchsel, secrétaire intime de Ferdinand I*. Maximilien II et Rodolphe II ele' 
Beatus Rhenanus mourut en 1547 à Strasbourg et légua sa belle et nombreuse 
bibliothèque précieux trésor pour ces temps, à sa ville natale; ces manuscrits, ces 
doyens d âge de imprimerie, augmentés de beaucoup d'autres ouvrages provenant des 
couvents sécularisés du temps de la révolution, furent sauvés de l'oubli, classés et 
catalogues, grâce aux soins intelligents de M. Dorlan, avocat, possesseur d'un riche 
medailler alsacien, et auquel Sehlestadt doit un précis historique et un éloge de Jean 
Mentel ou Mentelin, dont nous avons parlé dans notre aperçu sur l'invention de 
1 imprimerie; les savantes traditions de ces temps vivent encore en lui. 

La Halle-aux-Blés, de construction moderne, nous est une preuve de la centralisation 
du commerce d'un rayon assez étendu des environs de Sehlestadt; la pratique des 
métiers, quelques fabriques, la sous-préfecture, le tribunal dont elle est le sié«e et 
la garn.son v.vifient aujourd'hui cette petite ville forte, sur la limite méridionale du 
département du Bas-Rhin. 

A sept kilomètres au nord, nous avons encore à visiter un autre monument religieux, 
qui. quoique de construction moderne, rappelle d'antiques souvenirs de l'établissement 
du christianisme dans notre province: c'est Ebersmimster. 






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Dans notre promenade dans les Faubourgs, en relevant l'origine de l'ancienne 
chapelle de Saint-Michel, nous avons raconté la légende qui se rattache à l'abbaye 
d'Ebersmùnsler 1 , et qui place le fait sous l'épiscopat de saint Arbogast. Or, comme 
nous l'avons fait remarquer, il y a là évidemment un anachronisme, car la jeunesse 
de Sigebert, le héros de celte légende, né dans la première moitié du septième siècle, 
s'était écoulée bien avant l'épiscopat d' Arbogast, qui ne fut évêque de Strasbourg que 
de 673 à 679. A cette tradition se rattache une autre relative à saint Materne, le 
fondateur de l'église de Saint-Pierre-le-Vieux, qui doit avoir jeté les idoles du paga- 
nisme dans l'ill, tout près d'Ebersmûnster, en s'écriant en allemand: Ihr Teufel fort ! 
(Arrière les diables!) d'où l'on fait dériver le nom d'un endroit dans le voisinage, 
appelé encore aujourd'hui die Teufelsfurlh (le gué du diable); mais il n'est guère à 
présumer que saint Materne, venant de Rome, ait employé la langue allemande, en 
présence des soldats romains et gaulois qui occupaient alors l'Alsace, pour lancer son 
courroux contre leurs dieux et prêcher celui des chrétiens. Il est vrai que dans ces 
localités se trouvaient et se trouvent encore aujourd'hui beaucoup de traces en 
monnaies et en iumuli qui indiquent que les Romains et les Gaulois y avaient un centre 
d'habitations sous le nom de Novienlum, que portent les titres primitifs de cette abbaye, 
qui prit plus lard le nom d'Apri Monasterium. 

Les notions les plus positives qui nous soient parvenues à travers l'obscurité des 
temps, sur les faits relatifs à cette légende, nous apprennent que sous ce même évêque 
Arbogast, Attic, comte d'Alsace, et son épouse Bereswinde, aidés du concours de sainte 
Odile, leur fille, doivent avoir fondé à Ebersmùnster une abbaye de l'ordre de Saint- 
Benoît, dont saint Théodate, plus tard fondateur de Saint-Dié, fut le premier abbé. 
Une preuve de cette liaison spirituelle entre Ebersnninsler et Hohenbourg semble 
résulter de ce fait, que l'on a toujours révéré dans cette église une partie des reliques 
d'Allic, et que les religieux de cette abbaye, aux fêtes de Noël, de Pâques et de 
Pentecôte, desservaient l'église de Hohenbourg, où l'abbé devait officier lui-même le 
jour de la Nativité de la Sainle-Vierge. 

Richement doté d'abord par Attic et sa famille et plus tard par la munificence 
d'autres seigneurs, cet établissement religieux s'éleva à un haut degré de splendeur et 
maintint son existence à travers les siècles jusqu'au temps où la révolution supprima 
les couvents. Il eut beaucoup à souffrir par les guerres qui dévastèrent le pays; en 1444, 
par l'invasion des Armagnacs; en 1524, en devenant le quartier général des paysans 
révoltés d'Epfig, de Dambach et des communes environnantes, qui s'y livrèrent à 
d'énormes déprédations. En 1632, les Suédois, qui assiégeaient Schléstadt, établirent 
leur hôpital dans les bâtiments de l'abbaye, et en l'évacuant, après la prise de cette 



Ebersmùnster. 



'Voyez Faubourgs, page 109 et 110. 

ENVIRONS. 



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*-*». ville, ils y mirent le feu ainsi qu'au vi „ age , et ce n'est qu'en 1645 que le monastère et 
iegl.se furent reconstruits en bois sous l'abbé Specling. Au commencement de la 
révolution de 1789, le 22 juillet et jours suivants, la fureur des paysans de la 
commune et des environs se rua de nouveau sur l'abbaye; ils réclamèrent tumultueuse- 
ment 1 abolition de la dîme , du droit de pêche et de chasse , de main-morte , ainsi que la 
restitution de divers biens dont ils se disaient spoliés par les religieux. Le tumulte 
eta,t a son comble, les paysans se livraient à tous les excès, et ils étaient même sur le 
point de pendre le père Maurus Werner , cellérier; mais ce religieux, qui déjà avait la 
corde au cou, dut la vie a sa présence d'esprit, en leur objectant qu'ayant tous les litres 
et arch.ves sous sa main, il ne pourrait leur faire rendre justice s'ils exécutaient leur 
criminel projet. Cet argument arrêta leurs mains homicides ; le calme fut enfin rétabli 
par l'arnvée d'un détachement de troupes, venu de Schléstadt, qui mit fin à ces 
scènes de barbarie. Cependant l'année d'après, le couvent ayant été supprimé, les vingt 
et un religieux et les cinq novices qui s'y trouvaient furent obligés de le quitter en 
emportant les meubles de leurs cellules; les calices, les ostensoirs, les burettes la 
statue de la Sainte-Vierge en argent massif doré et les six cloches furent saisis' et 
transportés à la Monnaie de Strasbourg ; les costumes sacerdotaux, meubles, tonneaux, 
autels tableaux, subirent le mêm esort, et, pendant les guerres de la révolution sur le 
Rhin, les bâtiments furent convertis en hôpital militaire jusqu'en 1797 

Ces bâtiments ayant été vendus en 1801 , les trois cinquièmes en furent démolis et 
>l * en reste plus sur pied que la partie formant avec l'église un vaste parallélogramme 
laquelle devint fabrique de tabac jusqu'en 1811 , où, après l'introduction du monopole 
du tabac, elle servit de magasin jusqu'en 1815. 

La magnifique église abbatiale, dont nous distinguons parfaitement bien les trois 
clochers depuis la plate-forme du dôme, est une œuvre d'architecture moderne et 
témoigne de la richesse de cette abbaye de Bénédictins; cette église fut construite au 
commencement du siècle passé, sous les abbés Rottelin et Fronhoffer. Les peintures en 
fresque, qui en ornaient l'intérieur, ne furent achevées qu'en 1752, par un peintre 
nommé Mœges; ce que l'on en voit encore aujourd'hui*, a été conservé par le 
représentant du peuple Bailly, qu'une tournée faite dans le département amena à 
Ebersmunster au moment où ces peintures disparaissaient sous le badigeon révolution- 
naire, et qui ordonna la cessation de ce vandalisme, mais malheureusement quand la 
plus grande partie en avait déjà été détruite. Des nombreux tableaux à l'huile vendus 
et lacères dans ces temps, il en existe encore un très-beau , représentant la nativité du 
Chnst. Sous l'administration préfectorale de M. Laumont, cette église fut convertie en 
église paroissiale, et le produit de l'ancienne église communale, qui fut démolie, fut 

eûïs:s^;:^r^:-£ Visions de sai,n jcan > ,a ^-^ *>»-*» «* ^^ 



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employé, en 1811, à réparer l'orgue, beau travail d'A. Silbermann, qui avait été Ebersmiinster. 
dégradé par les brutalités révolutionnaires. Les bâtiments claustraux, abandonnés 
depuis 1815, furent achetés en 1830 par M. Rothéa et forment aujourd'hui une maison 
de noviciat des frères des écoles chrétiennes de Sainte-Marie de Bordeaux, où l'on 
forme aussi de jeunes élèves pour l'agronomie 1 . 

Après avoir fait la description du Haul-Rhin, la partie méridionale de notre Ostwaid. 
panorama, rapprochons-nous de Strasbourg et continuons nos investigations dans ses 
environs, à la droite du canal du Rhône-au-Rhin, où nous nous sommes arrêté. Là 
pointe, au milieu de forêts et de prairies sur les bords de l'Ill, le clocher de la commune 
d'Ostwald. Ce nom que nous avons jusqu'à présent employé pour la désigner est le nom 
vulgaire qui vit clans la bouche du peuple, nom corrompu de Saint-Oswald , que reçut 
celte commune d une fontaine à laquelle affluaient dans les temps reculés beaucoup 
de pèlerins; on la désigne aussi sous le nom d'Illwickersheim. Elle appartenait au 
territoire de la ville de Strasbourg et au bailliage d'illkirch et possédait, du temps de la 
féodalité, son castel, détruit dans les guerres avec l'évêque Henri de Vehringen, au 
commencement du treizième siècle. A raison de sa situation agréable sur les bords de 
la rivière, de ses îlots et de sa forêt, Ostwald a été de tout temps un lieu visité par les 
Strasbourgeois, et mainte barque pavoisée y conduit, dans la belle saison, de joyeuses 
sociétés qui y font des fêtes champêtres ou s'y régalent d'une fraîche friture. C'est par 
cette même raison que ces citadins y ont établi leurs maisons de campagne , auxquelles 
se rattachent depuis 1610 jusqu'à 1700 les noms patriciens des Prechter, des 
Zugmantel, des Mueg et des Bock de Gerstheim. Le châtelet d'Ostwald, entouré d'un 
beau jardin, est aujourd'hui propriété de M. Schcettel-Kiem. Strasbourg, en perdant 
ses droits seigneuriaux sur Ostwald, resta néanmoins propriétaire d'une partie de sa 
forêt, dont les arbres de haute futaie avaient généralement disparu du temps de la 
révolution. 

En parlant de l'action des sociétés charitables en notre ville , nous avons fait mention Colonie agricole. 
de l'impulsion qui leur fut donnée en 1830 et dans les années suivantes par l'administra- 
tion municipale, et de la création de la colonie agricole d'Ostwald 2 . M. F. Schùtzenberger, 
alors maire, eut l'idée de transformer ce terrain, d'environ 104 hectares de superficie, 
vague, marécageux, graveleux, d'un rapport presque nul, en un terrain rendu 
productif par la culture, et d'occuper, pour mettre fin à la mendicité, tous les bras 
oisifs à ce travail, qui fournit à un grand nombre de malheureux une honnête 
existence, asile et nourriture. 

Après avoir élaboré avec soin son plan, il le présenta, le 23 décembre 1839, au 



'Nous devons ces détails sur Ebersmiinster à l'obligeante communication d'un respectable vieillard, M. Hûrstel. 
spectateur de ces- scènes. 
2 Voyez Faubourgs, page 89. 

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FRANCE. 

par Tri." , 6 JefnChement de b foré '. P» *" nivellements, des rehaussai, 
de g' avier '" S ' "' "" '" *" f" C " emi " S Cre " S& P-WM— et replia 

delrr/rr ia " din poiag r p,ani,! en fer a ^ ° ù m * ri — >- *•*• 

ave d ,f s e l r e , U " e T ™ e ' C0 ' ,SiS ' a ' ,, 6 " ^ ■* ri H ««—■« 

,"* a ''? S " dr °' le et a «"<**< ^rvan, de dortoirs, pouvaat loger chacune eue 

qe aptame de colons, e, en quelques bâtiments servant d'ateliers. Chacun Isdëux 

etables, b,en tsposées et aérées, peut contenir soixante bétes à cornes et nnTvaste 

range sert a la conservation des provisions. Les bâ,i m e„,a, construit " 

s,..o„ des bétes à cornes, des chevaux, etc., coûta à la ville n Z "m ^ r T" 
les préfères années elle fn, obligée de faire les avances de fonds m aTs au „l r d 
ZZ, ","" ^ ^ -«—'—-•exploitation, ce dotT s^n 

m albe„,, U seL„ r s „ ns l vi ,0 " " *" *"""* » S °" «*■*«■ d °" 1 

En .entrant d Ostwald, après avoir passé devant la charmante campagne ombrée 

commencement de ce siècle. ueuione au 

L'existence de ces tours qui environnaient la ville, prit naissance en même temps 
ue ses prem.ers nmrsdencemte; elles étaient p.acées en debors, comme dlveeu 
avancées tant pour la défense de la cité que ponr l'observation de l'ennemi "là a 
a hedrale, ce pbare de la vnllée du Rhin, n'était pas encore construite , et' I 
eghses qtn s'y tronvept aujourd'hui étaient de chétifs bâtiments 

Plus tard, ]„rs de l'agrandissement de la ville, quelques-opes de ces tours-si.oaux 
urep. com da „ s ,, ncciDle de sk [mii el, , acq • 

1 end e actuelle, o„ en construisit six autres au quinzième siècle servant à I X 
tourna , on. L une sur ,'emplacemep, de la tuilerie, à la droite de ,„ ronte de , e Tu ■ 

cow B n ; T" de près du Rhi - lo " du - a «-*• «° » " »" 

m2; a TJ",Z ° e , '° UrS S ' aPPe ' aient daS WiC " ha ™>- ~ '-rompu de 

meunaus, Wackmurm; la tro.stème, la Haute-Tour (floWtt) , sur la même route 



Tour-Verte. 



Tours-Signaux. 



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en deçà d'IIlkirch, aujourd'hui auberge de ce nom; elle fut détruite, en 1678, par les Touos-Signaux. 

Français; la quatrième était la Tour-Verte (Griinwarth) , construite en 1429 , reconstruite 

en 1537, après qu'elle eut été incendiée et fendue par la foudre; la cinquième, 

la seule qui existe encore, se trouve sur les bords d'un bras de la Bruche [le Breuscheck); 

elle était, dans le premier quart de ce siècle, avec son belvédère, l'ornement d'une 

charmante campagne, propriété du professeur en médecine Th. Lauth, où lesLauth, 

les Schweighseuser, les Ehrmann et les Engelhardt, toute une famille de savants, 

avaient leurs réunions; la sixième de ces tours, la Tour-Rouge [der rothe Thurm) , s'élevait 

sur l'emplacement du cimetière de Sainte-Hélène et donna le nom à une petite église 

fondée dans le temps à proximité. 

Ces tours étaient environnées d'un fossé palissade avec ponl-levis, qui mettaient 
leur petite garnison à l'abri d'un coup de main. Dans les guerres avec les évèques 
Fréd. de Blankenheim et Guillaume de Diest, dans celle des Armagnacs, etc., elles 
sont souvent citées dans nos annales; une perche, à laquelle on fixait un panier, était 
le signal pour avertir les jardiniers- cultivateurs travaillant dans les champs de se 
retirer en ville, quand les factionnaires qui les montaient voyaient approcher l'ennemi. 
Des croix en pierre, plantées ordinairement près de ces tours, servaient à désigner la Croix des Bannis, 
limite qu'il était défendu au banni de la ville de franchir (Aechterkreulz); saisi en deçà, 
il était traité comme coupable de rupture de ban. Ces croix ont toutes disparu depuis 
longtemps; Kunast nous en cite encore six qui existaient à la fin du dix-septième 
siècle: l'une près de la Haute-Tour; l'autre près la Tour- Verte et la Montagne-Verte; 
la troisième sur le chemin d'Eckbolsheim , à la hauteur de l'ancien couvent des 
Chartreux; la quatrième près de la potence, hors la porte de Saverne; la cinquième 
près de la Tour-Rouge, et la sixième en dehors de la promenade actuelle du Contades, 



sur le chemin de Schiltigheim. 



Nous venons de nommer la Montagne-Verte, que nous distinguons du haut de la 
cathédrale, au-dessus de l'église de Saint-Thomas, au bouquet d'arbres qui l'ombrage; 
de même que la Tour-Verte, ce n'est plus qu'une auberge portant cette enseigne, où 
le dimanche, en été, on entend le son du violon animer les danseurs; c'est là que les 
soldats de la garnison aiment de préférence à se délasser des fatigues de la vie militaire • 
des souvenirs plus solennels s'y rattachent dans les temps passés. Nous avons déjà eu 
occasion de désigner ce lieu , alors solitaire, sur les bords de 1*111 , où saint Arbogast vécut 
comme anachorète, avant d'arriver à l'épiscopat. En 1060, ce refuge, qui avait conservé 
son odeur de sainteté , étant en état de délabrement, deux chanoines de la cathédrale, 
du nom de Charles et d'Evrard, peu jaloux de suivre l'exemple de leurs collègues, qui 
quittaient la règle austère de leur communauté pour vivre dans le monde, y fondèrent 
un couvent en souvenir de cet évoque. Ce couvent exista jusqu'en 1530, où, d'après le 
chroniqueur Bûhler, les chanoines réguliers de Saint-Arbogast, sous le dernier prévôt 



Montagne- Verie. 



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126 

FRANCE. 

Mo ntagne -v er , George W h remirent entre les mains du Magistrat, après que ,e plus grand nombre 

«entre eux furent rentres dans le monde et engagés dans les liens du mariage. Le 

b en S 'T a *™ -e pension viagère de 60 florins sur leurs revenus , et leurs 

b en r iS V a(,m,mSlrati0n de ^««^ Lorsque Pévêque revendiqua ces 

IZetol ' Mag,Strat ^ dém ° lir Ie C ° UVent et ***■ ■"*«** d'e deux 

hautes tours, sous prétexte qu'ils pouvaient servir aux ennemis contre la ville en 

Zl f Uerre ' 1 " '"^ fU, ' eilt empl ° yéeS ' ,a «■*««* ^ ,a porte Blanche. 
S hertz dans ses Annotations à la Topographie de Bernegger, nous dit qua la fin du 

Zrr , " eXiStak PlUS qUG ' e PUitS ' °" ^ de Saint-Jacques, et 

quelques fragments de maçonnerie; déjà alors il y avait une auberge, et le pont actuel 
remplace un bac sur lequel on passait la rivière en payant un Pfenning de droit. 

Pendant que ces religieux occupaient encore leur couvent, Gutenberg, le Mavençais 
v^t dans ces heux avec sa fem me Annele, de f 434 a 144, C'est *£ cette Z ri 1 
que, tout en s occupant d alchimie, de la politure des glaces et des pierres fines il 
-nventa le moyen de mu.tip.ier les manuscrits par la presse typographie, inven on 
d n nous avons parlé p,us amplement dans nos promenades en ville à l'article d 
1 Auberge du Parc, sur la place du Château-Épiscopal 
LeSe hnack e nI oe h Une des promenades des plus belles et des plus variées que Ion puisse faire à 

coZ 1 1 g ' 3 ^^ ChamPS ' Prairi6S arr ° SéeS P - dGS — tS d '-' 

c ea et jardms, c est, sans contredit, quand on quitte la Tour-Verte en passant le 

pont du ruisseau qu. longe la chaussée. 

Un bras de la Bruche alimente dans ces environs un moulin appelé Moulin des 

Cireux situe à proximité de cet ancien couvent et aujourd'hui propriété de 

M. D. Lauth; un autre, propriété de M. Mùller, négociant, qui sert à casser les bois de 
te.nture; pu,s un martinet de cuivre, et anciennement un quatrième près de la route 
v.s-a-vis du bast.on connu sous le nom de Pâté, au milieu des marécages , c'était le petit 
moulm des Huit-Tournants, démoli depuis. Sur l'emplacement de la troisième de ces 
usines que nous avons devant nous en passant le pont ci-dessus mentionné, il existait 
une papeter.e , un foulon et un remoulage ; mais ces bâtiments furent démolis en 1 677 à 
«approche de l'armée française. En 1685, après la reddition de Strasbourg, Nie Hertïèn 
tty^ banquiers ' firent l'acquisition de ce terrain et du droit de cours d'eau pour 
3000 florins et y établirent ce martinet de cuivre. Tout près , une usine servait à la ville 
pour sa fabneation de poudre à canon ; elle fut vendue à la même époque à des particuliers 
pour 636 florins et était connue sous le nom de Mansische ou Reichard'sche Pulvermùhle. 
We la , nous arrivons à une maison solitaire , ancienne auberge , sise dans un bas-fond , 
entourée de touffes d'arbres sur les bords de l'eau, ce qui lui a sans doute donné le 
nom de Schnackenloch , à cause des milliers de cousins qui , en été , vous y incommodent 

e leurs p.qures, inconvénient que, du reste, on trouve partout autour de la ville à 



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FRANCE. 



127 



proximité des eaux courantes et des marécages. C'est notre fléau à nous, comme les Les Anabaptistes: 
moustiques aux habitants des tropiques. Celle maison isolée, de même que la forêt 
d'Ostwald et celle d'Eckbolsheim, servait de point de réunion aux nombreux anabap- 
tistes qui, sous la conduite d'un de leurs chefs, Nicolas Storck, ancien moine et ami de 
Miintzer et de Pfeiffer , vinrent dans le pays, en 1526, après l'exécution de ces deux 
derniers et après la rude bataille où beaucoup de ces sectaires avaient trouvé la mort. 
Le sénat, tolérant et hospitalier envers tous les réfugiés pour cause de persécution 
religieuse, les reçut à bras ouverts et leur accorda même à bas prix le droit de 
bourgeoisie. Strasbourg fourmilla alors de ces chefs de sectes, dont chacun proclamait 
son dogme le meilleur et le seul vrai. 

On y vit arriver alors Balthazar Hubmôr, un des plus savants et des plus spirituels 

dans la secte des anabaptistes, qui, par ses sermons et son exemple, avait poussé les 

habitants de Waldshut , sur le Rhin , à prendre pari à laguerre des paysans; Jacob Gross , 

pelletier, aussi de Waldshut ; Guillaume Echsel, cordonnier du Valais ; George Tucher , 

de Wissembourg; Michel Sattler, de Stauffen, eu Suisse; Jean Denck, recteur de 

Nuremberg, homme savant; Louis Hâtzer, ancien prêtre, poëte et savant de Bischofs- 

zell, en Thurgovie. Tous ces hommes avaient leurs adhérents, qui se réunissaient, les 

uns dans les églises, les autres en conciliabule dans des maisons particulières, entre 

autres, chez un tailleur du nom de Ziegler, au faubourg de Pierre. Ils prêchaient contre 

le baptême, contre le droit des autorités, contre la peine de mort, contre le serment; 

il y en avait même qui proclamaient la liberté illimitée pour chacun de faire ce qu'il 

voulait. Un des illuminés les plus turbulents, qui était venu de Benfeld, se laissa même 

aller à des voies de fait, en voulant jeter en bas de la chaire, à la cathédrale, le 

prédicateur Zell. Enfin le Magistrat, fatigué de ces extravagances et voulant mettre fin 

aux désordres qui en résultaient, expulsa de la ville tous ces sectaires et fit même 

condamner à mort, comme blasphémateurs, quelques-uns d'entre eux qui avaient 

attaqué la divinité de Jésus-Christ et la sainteté de la Bible. Balthazar Hubmôr alla en 

Suisse et de là à Vienne, où il fut brûlé vif en 1529; Michel Sattler subit le même sort 

à Rolhenbourg, sur la Tauber, en 1527, et les anabaptistes, qui étaient restés dans le 

pays, eurent leurs réunions et prêches dans ces diverses localités. 

Celte secte, si farouche à l'époque de sa naissance, s'est transformée complètement; 
ce sont aujourd'hui des gens paisibles, laborieux, habitant généralement des fermes 
isolées et cultivant les terres environnantes avec soin et intelligence , en pratiquant aussi 
l'art vétérinaire; ils se distinguent par une probité rigide, par l'amour de l'ordre et de 
la propreté; le touriste, qui visite nos montagnes, est sûr de rencontrer dans leurs 
habitations une franche hospitalité, une pureté de mœurs, une simplicité patriarchale 
qui parle au cœur et à la raison. Au commencement de ce siècle on en rencontrait 
encore beaucoup comme fermiers dans des campagnes de laRobertsau, à l'ancien 



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Cimetière 
de Saint-Gall. 



128 FRANCE. 

Les Anabaptistes, couvent des Chartreux et autres lieux des environs de la ville; mais aujourd'hui ils ont 
disparu, et même dans nos montagnes ils deviennent de plus en plus rares; c'est que 
depuis longtemps ils ont formé l'avant-garde de ces milliers d'émigrants qui quittent le 
sol de l'Europe pour chercher un meilleur avenir dans les régions encore incultes et 
moins peuplées des États-Unis; ils sont allés rejoindre les quakers, leurs confrères, 
et un anabaptiste, à longue barbe, en capote grise à agrafe en place des boutons, sa 
femme à bonnet noir et jupe bleue ou grise, aux manches de chemise resplendissantes 
de blancheur, est aussi rare à rencontrer en ville qu'un frère capucin. 

En quittant l'ancienne auberge du Schnackenloch , on tourne par un sentier l'ancienne 
campagne Lauth et on arrive au cimetière des Israélites, où les pierres tumulaires, 
tournées vers l'Orient, désignent, d'un côté en caractères hébraïques, au revers en 
caractères français ou allemands, les tombes des défunts. De ce lieu de repos, en 
suivant le sentier et en longeant les bords du ruisseau, on arrive sur une éminence 
d'où l'on domine au sud un riant paysage entrecoupé de bouquets d'arbres, et a l'est la 
ville avec ses églises, ses fortifications, ses casernes, et au fond la chaîne onduleuse de 
la Forêt-Noire. De ce point et de la hauteur de Schiltigheim, on jouit du point de vue 
le plus pittoresque sur Strasbourg. Par un chemin creux, en longeant des jardins, on 
arrive à un autre Campo sanio: c'est le cimetière de Saint-Gall avec ses sombres allées 
de sapins et de tuyas qui ombragent les tombes. Ce cimetière, comme nous lavons 
déjà indiqué autre part, fut établi par ordonnance du sénat, en 1527, près d'une 

chapelle dédiée à saint Gall eten reçut le nom 1 . Le dimanche 19 septembre 1444 , quand 
les Armagnacs occupaient le pays, un brouillard épais reposait le matin sur la 
campagne, et quand la porte de ce faubourg fut ouverte et qu'un corps de 600 
bourgeois armés en sortit pour faire une reconnaissance, tout à coup un autre corps 
ennemi, caché dans les sinuosités de terrain de Saint-Gall, fondit sur eux, en tua 
quelques-uns et fut sur le point d'entrer pêle-mêle avec eux en ville, quand les 
Jardiniers-faubouriens accoururent et les forcèrent à la retraite. 

Dans l'historique de ce faubourg, nous avons déjà dépeint l'état de ces lieux, quand 
de ce côté s'étendait, en dehors de la ville, le village de Kcenigshoffen , dont il ne nous 
reste pour tout souvenir que l'enseigne de l'auberge, au-dessus du rendez-vous des 
anabaptistes, à gauche de la route de Paris. Il y a une trentaine d'années, cette auberge 
était tout isolée sur la roule; depuis, une agglomération de cassines s'y est formée et 
ressemble presque a un hameau prédestiné à former plus tard une nouvelle commune, 
comme le Neudorf, au sud de la ville. 

Au nord-ouest de Strasbourg, entre la route de Paris et celle de Mayence, s'ouvre 
une vaste plaine, d'une lieue de largeur, qui s'étend depuis la limite des fortifications 

'Elle fut fondée, en 1282, par Goselin Kurnagel, chanoine de Saint-Thomas. 



Kônigslioffen. 



Plaine 
de Hausbers;en 



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* T 






FRANCE. 



129 



Plaine 



jusqu'à la colline au pied de laquelle sont situés les trois villages de Hausbergen et de 
Mundolsheim ; elle n'est coupée que par une seule ligne d'arbres qui bordent la de Hausber S en - 
route du Kochersberg, ancienne route postale, par les chemins de fer de Bâle 
et de Paris, et pas le moindre cours d'eau n'en interrompt la continuité. C'est la partie 
la moins intéressante a l'œil de notre panorama, mais la plus riche, par contre, sous 
le rapport de la culture ; car elle se compose des meilleures terres de nos jardiniers- 
cultivateurs, et un arpent de ce terrain ne vaut pas moins de deux à trois mille 
francs. Celte vaste plaine a servi, à diverses époques, de champ de bataille, et nous 
ne voulons pas parler ici de ces combats d'escarmouche que nous avons eu souvent 
occasion de signaler dans nos guerres intestines du moyen âge , alors qu'une poignée 
d'hommes d'armes se ruait sur l'autre, et que l'incendie, la dévastation et le pillage 
étaient le cortège obligé de ces luttes déplorables. La première de ces batailles , dont 
nous allons faire la description, ne nous apprend pas seulement à connaître l'art 
stratégique de ces temps, mais elle fut un de ces faits d'armes qui décident du sort 
des parties belligérantes. Elle eut lieu à une époque où l'Allemagne entière était livrée 
à une profonde anarchie, d'où elle ne fut tirée que parla main énergique de Rodolphe 
de Habsbourg, élu sur le trône en 1273. La puissance spirituelle des papes et la puissance 
temporelle des empereurs se livraient de rudes combats; excommunications et destitu- 
tions étaient à l'ordre du jour, et au milieu de ce conflit, petits et grands, réalisant le 
proverbe: tel maître, tel valet, travaillaient tous à s'agrandir par l'usurpation. De 
ce frottement continu, par lequel les puissances sacerdotale, impériale et féodale 
s'affaiblissaient réciproquement à l'intérieur, pendant qu'elles s'épuisaient au dehors 
par les croisades, sortit l'émancipation robuste des communes, commencée parla 
formation de la ligue anséatique dans le nord de l'Allemagne, et dont auparavant 
déjà l'Italie avait donné l'exemple. 

Les évêques Henri de Vehringen, Berthold de Teck et Henri de Stahleck, qui 
occupèrent le siège épiscopal de Strasbourg, depuis 1207 jusqu'en 1260, armés delà 
puissance cléricale et temporelle, avaient perdu dans ce vaste naufrage anarchique et dans 
ces usurpations une partie de leurs pouvoirs, quand Walter (Gauthier) de Géroldseck, de 
la puissante maison des Géroldseck Mahlberg et Lahr, dont nous avons déjà parlé 1 , devint 
leur successeur. Cet homme d'Église, d'un caractère allier, dominant et belliqueux 
déploya un grand luxe en prenant possession de son siège. Sa première messe fut célébrée 
avec une pompe inusitée jusqu'alors; son neveu, l'abbé de Saint-Gall, fit son entrée à 
Strasbourg avec mille hommes à cheval ; son oncle, abbé de la riche abbaye deMurbach , 
avec cinq cents, et une nombreuse suite de comtes, barons et seigneurs y prit part. 

Mais à peine ce prélat s'était-il saisi des rênes de son gouvernement, qu'il revendiqua 



'Voyez Environs, page 31. 

ENVIRONS. 



17 



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Plaine 



130 FRANCE. 

d'anciens droits dont avaient joui ses prédécesseurs, et que la noblesse et les hommes 
libres, composant le sénat, s'étaient arrogés insensiblement. L'un, fort de ses droits, les 
autres, forts de leur pouvoir, ne voulurent pas céder; l'évêque, résidant au dehors, se 
tourna alors vers les corps de métiers, et, dans un manifeste qu'il leur adressa, leur 
dépeignit l'oppression que faisait peser sur eux l'oligarchie nobiliaire, et vanta le régime 
paternel dont, selon lui , ils avaient toujours joui sous le pouvoir de l'Église. La lecturede 
cette proclamation fut défendue sous peine de mort , et le peuple prit mi intérêt plus vif 
et plus actif à la cause de ses foyers qu'à celle du prélat ; les deux partis s'armèrent, 
l'évêque lança l'anathème sur la ville , et une guerre acharnée , qui éclata au printemps 

de 1 261 , du t vider cette querelle. Le clergé et sa noblesse feudataire quittèrent Strasbourg, 
à l'exception du grand-doyen et du grand-chantre des chanoines delà cathédrale, Henri' 
deGéroldseck, le cousin de Walter, de la branche des Géroldseck des Vosges, qui tenait 
àrester en bons rapports avec la ville, etqui en recueillit plus tard les fruits en devenant 
le successeur de son fougueux parent; le sénat lui adjoignit quelques autres prêtres 
étrangers à l'autorité épiscopale qu'il fit venir pour la desservance des églises. 

L'armée épiscopale fut très-nombreuse; tous les nobles, ses vassaux , l'archevêque 
de Trêves avec une armée de 1700 hommes, les abbés de Saint-Gall et de Murbach 
avec leurs contingents, y prirent part. Rodolphe de Habsbourg, puissant dynaste delà 
Suisse, déshérité par son oncle, le comte de Kybourg, qui avait légué ses terres à 
leveche de Strasbourg, amena de même un fort contingent à l'évêque, clans l'espoir 
de les regagner par cet acte de dévouement. Strasbourg fut serré de près , et l'armée 
assiégeante vint camper à Eckbolsheim, à Kœnigshoffen , à Hausbergen et dans les 
environs; toutes les communications avec la ville furent interceptées pour empêcher 
l'introduction des provisions de bouche; dès le commencement des hostilités, les 
Strasbourgeois , dans une sortie, démolirent de fond en comble, en nivelant' ses 
fossés, le château épiscopal de Haldenbourg, au-dessus deMundolsheim , dont il reste 
encore quelques pierres pour toute trace; ils prirent un convoi d'armes et d'armures 
appartenant à l'archevêque de Trêves, et se tinrent sur une respectable défensive. 
Après un petit combat sans résultat , qui eut lieu près de l'église de Sainte-Aurélie , entre 
les Strasbourgeois et les troupes épiscopales , dont l'intention était de forcer l'entrée 
de la ville, une (rêve fut conclue, sous la médiation dequelques chanoines et d'autres 
seigneurs , pour le temps de la moisson et des vendanges. A la reprise des hostilités, 
en automne, la position de Strasbourg s'était améliorée de beaucoup. L'évêque, par sa 
morgue hautaine, s'était aliéné Othon et Bourcard d'Ochsenstein, Walter de Gierbaden, 
Conrad de Fribourg, Henri de Neubourg, qui le désertèrent avec leurs hommes 
d'armes pour se rallier à la ville. 

L^abbé de Saint-Gall, Hartmann, comte de Kybourg, et Rodolphe de Habsbourg, 
suivirent leur exemple, tant par dépit que par intérêt; ce dernier, qui avait réclamé, 



Bataille 
de Hausbereen. 



cm 



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FRANCE. 



131 



pour prix de ses services, la restitution des domaines dont son oncle l'avait déshérité 
dans un accès de colère , fit le serment, au refus de Walter, qu'aussi longtemps qu'il 
pourrait manier l'épée, l'évêque aurait en lui un ennemi mortel. Rodolphe accepta de suite 
la charge de capitaine des troupes de la ville, que lui offrit le sénat, charge dont il avait 
déjà été investi, en 1228, comme jeune homme de dix-huit ans, et tous ces seigneurs, 
avec leurs vassaux, firent leur entrée solennelle à Strasbourg, au son des cloches et aux 
applaudissements de toute la population , et jurèrent , devant la cathédrale , une alliance 
offensive et défensive contre l'évêque et ses alliés , avec un dédit de 4000 marcs d'argent 
contre celui qui la romprait; c'était le 21 septembre 1261. 

Quoique les moissons et les vendanges eussent rendu abondamment, le défaut de 
débouchés fit néanmoins beaucoup souffrir les campagnards, qui non-seulement ne 
pouvaient écouler leurs produits en ville, mais étaient encore continuellement exposés 
à se les voir enlever par les Strasbourgeois, dont les nombreuses sorties, courageuse- 
ment tentées sur le territoire épiscopal, en deçà et au delà du Rhin, avaient surtout 
pour but de faire de pareilles captures. A l'une de ces sorties, versBreuschwickersheim, 
dans l'intention d'y détruire le château, l'évêque accourut de Molsheim avec ses 
troupes, et força à la retraite les Strasbourgeois, dont un grand nombre, ayant goûté 
outre mesure le vin nouveau, trouvèrent la mort dans les caves; dans leur retraite ils 
mirent le feu aux villages d'Achenheim, de Schaeffolsheim et de Wolfisheim. L'évêque, 
de son côté, incendia les villages appartenant à la noblesse strasbourgeoise, détruisit 
leurs moissons et leurs vignes et distribua leurs biens à ses feudataires. 

Ce n'est pas seulement sur le territoire des environs de Strasbourg que s'étendirent 
les opérations guerrières ; Rodolphe de Habsbourg envahit le Haut-Rhin avec ses alliés 
et tâcha d'y agrandir ses domaines au préjudice de ceux de l'évêché; il s'empara de 
Colmar', de Mulhouse, de Kaysersberg et d'autres points; c'est pendant qu'il était 
occupé à ces actes de vengeance et d'intérêt personnel que les Strasbourgeois 
remportèrent la victoire éclatante de Hausbergen. 

Comme nous l'avons déjà vu, Haldenbourg était tombé sous les coups des ouvriers 
strasbourgeois; un autre point stratégique qui leur portait ombrage et dominait la 
route de Brumath et de Haguenau, c'était l'église de Mundolsheim avec sa haute tour, 
son cimetière et son enceinte murée. Le mercredi 8 mars, une expédition militaire 
sortit à pied et à cheval , avec un transport d'ouvriers en tout genre pour démolir ces 
quasi-fortifications. L'évêque en ayant reçu avis à sa résidence au château de Dachstein , 
les cloches d'alarme furent aussitôt mises en branle dans toutes les communes envi- 
ronnantes, pour appeler sous les armes soldats et vassaux; en quelques heures 
6000 hommes s'étaient rassemblés, et 300 chevaliers, armés de pied en cap, sur leurs 



Bataille 
de Hausbergen. 



1 Voyez Environs, page 78, noie. 



n 



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FRANCE. 

* £3*. dtZ'dt r a -' a "n - T'? ,ère " t le Prëla '' Sl "' le -*• du ^' "°« ai -' * Plu«™ 
ces To ,t T ^"^ C0 '" me ""• du dësir < le abattre en rase oampagae 

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T ? i, l "' C ° le ' aV6rliS de ''W^ d '™ a™ée, envoyèrent des 

S,«in ' 10CSi " SO " na ' M penda " t ^ e ''^laacba urbaine 

grossissant incessamment, sorlait bannières déployées de la ri,é „„ ■ 

des leurs , cens-ci se rephan, sur Obe^eT^ ^TLl^ 

sz::! e :;: for,s d ; ,a t- au ~ °- ia — «ir* 

cre T , " e ae ''" ièle ' ™ ya " CeS bt,u ''8 eois ^cendre de la colline 

,a :::;:: s prenai r ' la fui,e deïa - 1 e,,x ; mais * ■*- «»< - - 

aaauuer sans le concours de sa nombreuse infanterie, quelle- avait laissée derrière 

■ Le capitaine Raimband Liebenzeller, qui commandait l'expédition de Muudolsheim 
serra cord.a emçn, a main à NicolasZorn , arrivant à ,a tète de ,„ pbalanglu , 

•«.et, et vos robustes poignets vous préservent! ,e serai le premier à c,lr mon 
■sang et ma vie pour nos familles! . 1 et a sacnlte. mon 

Apres cette chaleureuse allocution , Liebenzeller ordonna le plan de baille- Il 
dtvtsa les 300 archers e. arbalétriers en deux cerps, qni devaient 11 nqnet la v lerië 
strasbourgeotse, e, alterner leur tir, de manière que, pendant q„'„, e moi, St ai 

a a, 11,, par le flèches, fut tenue en échec e. empêchée de prendre par, au combat. Le 
g. os de 1 nfan.er.e pr„ P os,„o„ derrière la cavalerie pour la soutenir e, pour tuer les 
chevaux de leurs adversaires e, désarçonner les cavaliers ; car, disait-i, , si vous mel à 

p,ed cette chovalene couverte de fer, non-seulement elle sera à vous, mais ZZZ» 

pas a la cramdre an cas que vous soyez obligés à la relraite 
Hugon Kuchenmeister et Henri Eiche furent nonces chefs des archers e. de 

lmfa„.er,e, e,ces deux corps leur pré,èren, le serment d'obéissance Quel* 

guerrmrs expér.men.és de la chevalerie épiscopale, en voyant le nombr d^s S,™ 

uTrr;, :i :t u r s q ,;' ils avaiem prises pou - ie * «-«« « X 

cugâLdé h »^™« h foug-nx évêque, les traitant de lâches, les 

engagea dedatgneusemen, a se retirer, s'ils n'avaieu, pas le courage de se battre à ses 






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-; 



FRANCE. 133 

côtés; ils restèrent dans les rangs et y trouvèrent la mort. Enfin l'infanterie épiscopale 
approcha. 

Pendant que les deux armées étaient en vue l'une de l'autre , le chevalier Marx 
d'Eckwersheim sortit des rangs slrasbourgeois, et, la lance en arrêt, attaqua le chevalier 
Beckelar dans les rangs épiscopaux; le choc fut terrible, les lances se brisèrent en éclats 
et les deux chevaux tombèrent morts surplace ; les Strasbourgeois présentent un autre 
cheval à Marx, dont l'adversaire fut tué en combattant; après ce duel, la mêlée devint 
générale. L'évêque Walter donna l'exemple d'une bravoure chevaleresque; après 
avoir eu deux chevaux tués sous lui, l'épée en main, il combattit longtemps à pied; 
mais, docile aux ordres de Liebenzeller, l'infanterie strasbourgeoise , et surtout les 
corporations des bouchers et des pelletiers , s'attaquant particulièrement aux chevaux , 
leur coupaient les jarrets, et en peu de temps une grande partie de la chevalerie 
épiscopale, obligée de combattre à pied sous ses lourdes cuirasses et cottes de mailles, 
tomba sous les coups de l'infanterie. En vain Walter appela-t-il la sienne au combat ; 
retenue parla pluie de flèches que les Strasbourgeois lui décochaient sans cesse, elle 
n'osa s'approcher, et bientôt le sort de la bataille se décida en faveur des habitants de 
la ville. 

L'évêque enjamba un troisième cheval, et, accompagné de Bourcard Murnhart et de 
Wolf Meygenreich, il prit la fuite, poursuivi par les nôtres jusque sur la colline; mais 
ils ne purent l'atteindre. Ce fut le signal d'une déroute complète, pendant laquelle les 
armes strasbourgeoises firent encore de terribles ravages. Treize cents hommes de 
l'infanterie épiscopale furent trouvés morts sur le champ de bataille avec soixante et 
dix chevaliers. Parmi les nombreux prisonniers, il y en avait quatre-vin^t-six de la 
noblesse, et notamment le landgrave Philippe de Werd , le grand-maréchal de 
l'évêque, seigneur de Hunebourg, trois de la famille de Landsperg, des d'Andlau etc. 
Les mains leurfurent liées avec les mêmes cordes que l'évêque, dit-on, avait apportées 
avec lui pour pendre le sénat de cette ville récalcitrante. Après le pillage du champ de 
bataille et l'inhumation d'une partie des morts, les héros de la journée, chargés d'un 
riche butin, firent le soir leur rentrée triomphale en ville, au son de toutes les cloches 
et aux acclamations des femmes, des enfants et des hommes restés pour sa défense. 
Au dire du chroniqueur, qui relate cette victoire avec tous ses détails, il n'en manquait 
qu'un seul à l'appel : c'était un boucher du nom de Bilgerlein, fait prisonnier de «uerre 
et massacré à Geispolsheim. 

Fiers de leur bravoure et couverts de sang et de blessures, ces bourgeois guerriers 
se dirigèrent vers la cathédrale pour remercier le ciel de la victoire qu'il leur avait 
accordée, emmenant avec eux leurs prisonniers nobles qui furent enfermés au fond du 
chœur et dans les dortoirs du Bruderhof. 

Dans la nuit , l'évêque fit visiter le champ de bataille et enterrer un grand nombre 



Bataille 
de Hausbergen. 



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19 20 21 22 23 24 25 26 27 2! 



A 






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134 FRANCE. 

deHaSgen. J 6 ^.cherchant à trouver parmi eux son frère Hermann Okef de Géroldseck 
Landvogt d Alsace, afin de lui faire donner une sépulture honorable, conforme à son 
rang eleve; mais ne le trouvant pas , il le supposa prisonnier dans les mains de ses 
ennenns. Le lendemain, atterré par celte perle et par l'humiliation qu'il avait subie, il 
envoya quelques chanoines à Strasbourg, leva l'anathème et fit faire des propositions 
de paix , en réclamant , pour son frère et pour les nobles prisonniers , les ménagements 
des vainqueurs. Ce dernier, ne se trouvant pas parmi les prisonniers, le séuat promit une 
recompense de cent marcs d'argent à celui qui le présenterait, en menaçant de la 
peme de 1 exil et de la saisie de tous ses biens tout bourgeois de la ville qui le 'retiendrait 
prisonnier sans en faire la reddition. Dès lors un pauvre homme se montra devant le 
sénat et fit la déclaration qu'il avait trouvé après la bataille, gisant par terre parmi les 
morts et moribonds et couvert du sang provenant d'une large blessure à la tête un 
chevalier a riche armure ; que celui-ci lui avait fait connaître sa haute dignité et promis 
une récompense pour les soins qu'il lui donnerait; mais, sachant alors que c'était le 
frère de 1 évêque, il l'avait tué impitoyablement, et ne pouvant ôter les précieux bijoux 
qu.1 portai à ses doigts, il lui avait coupé les deux poignets et lavait jeté dans une 
osse avec d autres victimes de la journée. A l'appui de ce qu'il disait, il présenta les 
deux mains ensanglantées du Landvogt et montra Je lieu de son enterrement. On retira 
le cadavre de sa tombe et on l'envoya à Walter, qui le fit inhumer dans l'église de 
Dorhshe.m ou, onze mois plus tard, laitier prélat, miné par le chagrin que lui 
causèrent 1 abandon de tous ses alliés et sa propre humiliation, trouva de même sa 
tombe a côté de celle de son frère. Le pauvre bourgeois reçut la récompense promise 
Cette victoire éclatante donna un immense relief guerrier aux armes des Strasbour- 
geo.s; partout où ils arrivaient dans leurs excursions, la panique les précédait et le 
nombre de leurs alliés s'accrut de jour en jour. Les sommités ecclésiastiques, les 
cap.tula.res de la cathédrale, des grands seigneurs, jusqu'à l'empereur Richard et le 
père du prélat, le comte de Géroldseck, intervinrent pour amener la conclusion dîme 
paix durable; mais le caractère indomptable et vindicatif de l'évêque, le ressentiment 
qu il nourrissait dans le cœur, ne purent le décider qu'à d'insuffisantes concessions qui 
n étaient pas même franches , car, à une diète réunie à Haguenau , il lança des paroles 
de colère contre Strasbourg et promit de prendre une terrible revanche quand les 
quatre-vingt-six prisonniers retenus par elle seraient affranchis. Les délégués stras- 
bourgeois , puisant des soupçons dans ces paroles menaçantes , rentrèrent promptement 
en ville; on visita les dortoirs des prisonniers, et on trouva qu'ils avaient coupé leurs 
chaînes avec des limes, et que sous la paille, servant de gîte à l'un d'eux, ils avaient 
pratique une large ouverture communiquant à une cave et à un passage souterrain 
creuse dans une maison voisine qui devait bientôt leur servir de chemin de fuite. Cette 
neureuse découverte, provoquée par les paroles indiscrètes du prélat, augmenta la 



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JL:.*'t 



FRANGE. 



135 



rigueur de leur détention, et ce n'est qu'après la mort de Walter, le mercredi des Bataille 
cendres 1263, qu'ils furent rendus à la liberté contre de fortes rançons, grâce à de Hausbergen - 
l'intervention de leurs familles alliées aux Strasbourgeois et au caractère conciliant de 
Henri de Géroldseck, successeur du belliqueux prélat dont le passage de quelques 
années sur le siège épiscopal avait jeté le malheur et la désolation dans le pays. 

En souvenir de la victoire de Hausbergen , le sénat ordonna l'érection de quatre 
statues, qu'il fit placer contre des maisons, l'une près de l'église Saint-Nicolas, l'autre 
dans la rue de l'Homme-de-Pierre, qui en reçut le nom, la troisième dans la rue du 
Bouclier, contre la maison habitée anciennement par le général de Rosen, et la 
quatrième dans la rue Sainte-Etienne. Un buste colossal d'évêque et d'empereur au 
musée archéologique de la bibliothèque de la ville doit provenir, dit-on , de ce temps. 
Dans les litres de propriété de la maison de M. Bœswilwald, au coin de la rue des 
Orfèvres et des Hallebardes, nous avons trouvé que celle en face appartenait à la fin du 
treizième siècle à un Liebenzeller. Était-ce alors l'habitation du vaillant capitaine qui 
commandait en chef à la bataille de Hausbergen? Nous l'ignorons; mais aujourd'hui 
ce nom ne vit plus dans la population strasbourgeoise. 

A cette même plaine vient se rattacher le souvenir de deux autres batailles livrées Bataille 
dans les temps modernes et dont un grand nombre parmi nos concitoyens ont de la Souffeibach. 
été témoins ou même acteurs. 

Quand , après le retour de Napoléon de l'île d'Elbe, une nouvelle coalition se forma 
contre la France, il ordonna la création d'une armée d'opération sur le Rhin , sous le 
commandement du général Rapp. L'effectif de 40,000 hommes, auquel devait être 
portée cette armée, n'exista que sur le papier, et Rapp, en se retirant des lignes de 
Wissembourg devant des forces beaucoup supérieures, ne put pas même se tenir sur 
la ligne de la Moder après le combat de Surbourg, le 25 juin 1815, et se replia sur 
notre ville. Il occupa les villages de Schiltigheim , Bischheim et Hœnheim, Illkirch et 
Graffensladen , et établit un camp retranché dans la pointe du triangle que forment 
les routes de Brumalh et du Rhin, sur le cimetière de Sainte-Hélène, qui en porte 
encore la trace dans le profond fossé qui le longe au nord; ces points avaient été occupés 
l'année précédente par les troupes alliées quand elles bloquaient Strasbourg. Ne pouvant 
pas opérer par l'attaque, il prit le parti de rester sur la défensive avec d'autant plus de 
raison que le Haut-Rhin était envahi de même par des forces ennemies bien supérieures. 
Déjà la désastreuse bataille de Waterloo du 18 juin avait de nouveau abattu les dernières 
chances de fortune de Napoléon, et l'ennemi était en pleine marche sur Paris, 
quand, le 28, l'armée alliée, formée de troupes wurtembergeoises et autrichiennes, 
sous le commandement en chef du prince de Wurtemberg, aujourd'hui roi, attaqua 
l'armée de Rapp; c'était par une chaude journée d'été, et les champs de blé, sur le 
point de mûrir, couvraient celle vaste plaine. Pendant qu'au dehors on entendait 



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Bataille 
de la Souffelbach 




136 FRANCE. 

la 22Zlu " f T" ade ' e ", " e " anS ^ * Ti " e " gé " é "" e ™° hU °™ "- —s 
Jd garnison et Ja garde nationale. 

sW,T ^ * 'T ^ bi " ai " " 6S FranÇaiS ' ' Cheïa ' SUr h ™' e ^ ■"»•<■. 
27 7 ' "' ' a gaUChe S " r L »™P»*«»». Mundbtaheim e. Nie- 

"t vtt s ' eDgagea sor iome ,a ,i »" M ' au mii - «* - «»»». 

de Mes a la gauche de la route de Brumalh, de vigoureuses charges de cavalerie 

mur le 2 rg 7r 0rCèr0n ' n " fa " lerie fra " ÇaiSe »^<™ ea,4 ponrsonten 
eur choc les .roupes françaises turent obligées d'abandonner les villages de 

uuT" e ' m !" Sm ^ eM " ' » «-- * •* %ne de ba.aille, en 

tau<l, S que le gênerai Beurmann se soutenait courageusement avec le 10- léger à 
Mundolshe.m. M a,s, du cô,é de Hcenheim , raillerie et une vigoureuse charge de nos 
dragons, m.ren, en fuite l'aile gauche ennemie s„ r Ja route d„ Rhin, et nos tëês 
r mes purent attaquer de flanc ses colonnes sur la route de Brumad, no, e g at 
echelo ee en carres, se reforma e. avança,, appuyée par le ,0- léger soc an, de 
Mundoshcm, de sorte que le gros de l'armée wurtembergeoise, attaqué de fla c de 

'T,r : g :: s ° t \r\ r de T: ,e temia • quand ie «*■*»' *» ^ - 

No,, e inf X s" , i ! *TT' "" '"' *™ '""^"^ « " bo '"— 

Snnflel T , , S P0?eC SUr '°"' e la "P" dra ha °"^ <=n deçà de la 

ff bach , tand.s que la cavalerie s'étai, je.ée dans le ravin au delà des aubL de 
S « weyershemt, don, les mnrs, percés par les balles e, les boulets, ressemble 
UO c, ,ble. Ce point présenta,! un spec.acle affreux : le feu de notre infanterie porta,, „ar 
sa pos,„„„, vers la ,é,e des fan.assins ennemis, ,a„dis que leurs balles, Xm ^ 
erre ou ne blessau, qu'aux jambes , faisaien, un fen bien moins meur, rier; ne, 

arge ,mpe,ue„se de cavalerie contribua encore à joncher le terrain de morts e, 
blesses D après le cappor, du général Rapp, ce„e bataille de la Souffelbach a con.eaux 
Fr nça.s qua.ee p.èccs de canon avec 7»0 hommes hors de combat, tandis que la pe,, 
de Icnnem, fui évaluée à plus de 1500 morts et aman, de blessés 

démé„ a ,ié' a 7"TT d ' Une alla< " ,e • ^ benU<:OU P prieure « "ombre, ne peu, pas être 
demenue, a défense sou.enne pac la valeur, se .ransforman, d'un autre côte en 
attaque par le succès, prouve que l'enthousiasme dans nue acmée bien aguerrie supplée 
a nombre; car nous avons toujours sous nos veux ces solda* français en pantalons 
blancs, couvées de sueur e, de poussière, sortir des nombreuses ambulances formées 
pardes eh,r„cg,en S milbaires e, civils, après avoirfai, panser leurs blessures saignant*,, 

etournec an combat aux cris de ,w l'erreur! Quand le fen eu, cessé vers le soir, 
ce ne f„, pas cbose hae de recnei| „ r |es Wess , s sur M vasie ^ ^ 

aûènL , CeSmag ° ^ Chamî>S de MéS 'O"' 4 * aux P ie ' ,s fe comba„a„,s. Le 
sdenee de la „„„ e,a„ souven, interrompu par leurs gémissements, e, même deux jours 



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Bataille 
de la Souffclbach. 



FRANCE. , 37 

après l'on trouvait encore de ces malheureux que les soins des hôpitaux ramenèrent à 
la guérison. A ces terribles scènes de guerre se joignit le lendemain un spectacle non 
moins désolant; des colonnes de fumée et de flammes dévoraient la commune de 
Souffelweyersheim , que le prince de Wurtemberg fit incendier, sous prétexte que ses 
habitants avaient pris partait combat, assertion complètement dépourvue de vérité. 

Une courageuse démarche faite par le pasteur Dannenberger, de Vendenheim, 
auprès du prince de Wurtemberg, arrêta l'incendie et sauva la vie à une douzaine 
d'habitants qui devaient être fusillés 1 . Les sentiments patriotiques dont était animé cet 
ecclésiastique se dessinent par la réponse qu'il donna an même prince, quand celui-ci 
voulut le charger de la proposition à Rapp de livrer la place de Strasbourg; elle honore 
autant l'un comme l'autre: 

«Monseigneur, lui dit-il, le général Rapp est Alsacien et par conséquent bon Français; 
«jamais il ne consentira à déshonorer sa carrière militaire. En conséquence, je prie 
«Votre Altesse de charger tout autre que moi de ce message. » 

Rapp justifia la bonne opinion qu'avait eue de lui le pasteur de Vendenheim par la 
réponse qu'il donna au général Vacant, chargé de lui faire personnellement celte 
proposition. 

«Je ne rendrai la place que quand mes soldats auront mangé des cuisses 
« autrichiennes, comme ceux que j'avais à Dantzig en ont mangé de russes. » 

Qu'on taxe cette réponse d'anthropophage, elle caractérise énergiquement l'esprit 
patriotique qui animait alors les populations alsaciennes. Toutefois les choses n'arrivèrent 
pas à ce point; le 6 juillet, les troupes alliées avaient fait leur entrée à Paris, et deux 
jours après, Louis XVIII revenait pour la seconde fois dans sa capitale; Rapp, déjà 
informé clés désastres de l'armée française, voulait ménager le sang de nos braves 
soldats; mais ceux-ci, qui lui reprochaient de ne pas avoir profité de la victoire de la 
Souffelbach, le poussèrent à les conduire de nouveau au combat. 

Le même terrain qui vit la lutte des Strasbourgeois contre leur évêque, fut, six cent Seconde bataille 
cinquante-trois ans plus tard, témoin d'un des derniers combats de cette longue de Hausbergen. 
série de guerres qui avaient ensanglanté l'Europe. 

Le 8 juillet, à la pointe du jour, la population strasbourgeoise fut réveillée en sursaut 
par le bruit de la canonnade et de la mousqueterie; on croyait à une attaque de la place; 
mais c'étaient nos troupes qui, la veille dans la nuit, ayant reçu ordre de quitter en 
silence leurs quartiers, s'étaient emparées, à la faveur des ténèbres, des deux villages 
de Hausbergen, en tuant à la baïonnette les avant-postes, et sans qu'on tirât un seul 
coup de canon. La surprise était complète et tout ce qui ne pouvait fuir était voué à la 



1 II fut décoré plus tard, par Louis XVIII, pour cet acte de dévouement, et lorsqu'il mourut, en 1841, comme 
pasteur à Schiltigheim , une dépulation d'habitants de Souffelweyersheim, guidée par la gratitude accompagna 



sa dépouille mortelle jusqu'à sa tombe 

ENVIRONS. 



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138 



FRANCE. 



Seconde bataille 
de Hausbergen. 



Hausbergcn. 



mort. L ancienne maison de campagne de M. Sauner, à Oberhausbergen , qui était 
alors le quarUer-général ou la grande-garde, était jonchée de morts; on tuait les 
soldats sur leurs lits de camp, des officiers furent faits prisonniers, d'autres durent 
senfu.r en chem.se; les pièces furent enclouées à la hâte, et l'infanterie alliée, qui 
occupa.t un camp retranché entre les deux villages, dut battre en retraite. 

La mort avait déjà fait de terribles ravages dans les rangs ennemis par cette surprise 
nocturne, quand l'armée alliée se reforma, renforcée parles colonnes qui occupaient Jes 
villages dernère la colline de Hausbergen, et fondit à son tour sur les nôtres. La 
brigade du général Grouvel avait déjà culbuté la cavalerie ennemie, mais une charge 
de cu.rass.ers autrichiens mit en péril le 18° régiment d'infanterie commandé par le 
brave colonel Voirol que nous avons revu, en 1836, commandant la division militaire 
a Strasbourg; d battit en retraite de Mittelhausbergen, lorsque le colonel Schneider 
arriva a son secours avec un bataillon ; le 10e léger, le 3 2 e et le 57° de ligne ne purent 
être entamés par les forces supérieures des troupes alliées , et se retirèrent en bon ordre 
sous le canon de la place. 

Dans nos promenades en ville, nous avons fait mention de la manière dont ce 
corps d'armée s'est dissous 1 . 

Ajoutons encore deux mots sur les trois villages de Hausbergen , situés au pied d'un 
coteau planté de vignes et d'arbres fruitiers. Oberhausbergen a une origine très-antique; 
déjà en 920, lévêque Richvinus en fit donation au chapitre de Saint-Thomas; çum bannis 
et mams ac cum perpetuus perlinenle servitto, dit le livre salique de ce chapitre. Cette 

donation futconfirmée, en 1163, par lempereurFrédéricBarberousse;maisla possession 
perpétuelle qu elle conférait fut contestée plus tard par la puissante famille des Zorn, 
a laquelle Schmassmann de Ribeaupierre avait donné ce village en fief en 1446, et 
provoqua des procès entre les deux parties, ce qui n'empêcha pas les Zorn de Plobsheim 
de porter le titre de prévôt (Fogt) de Hausbergen. 

Mittelhausbergen appartenait aux nobles de Mundolsheim , et Niederhausbergen était 
un village libre impérial (Freireichsdorf). L'origine de ce privilège est inconnue ; quelques 
auteurs l'attribuent aux couches que doit avoir faites une impératrice d'Allemagne dans 
ce village ; mais nos annales se taisent absolument sur ce fait, et il n'est pas présumable 
qu'une souveraine ait pris le parti d'accoucher dans un petit village, quand elle avait à 
sa proximité une grande ville comme Strasbourg. Toujours est-il que celte commune 
était sous la protection de cette dernière ville, et libre de toutes charges, corvées et 
contributions à l'empire, et que les habitants étaient même exempts de toutes 
contributions sur leurs vins et jouissaient du droit de le débiter en détail dans leurs 
maisons , jusqu'à ce que notre cité fût devenue française , époque à partir de laquelle les 

'Voyez Strasbourg Ville, pages 119 et suivantes. 



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FRANCE 



139 



habitants de Niederhausbergen furent obligés de payer les mêmes contributions que Harasbergea. 
les autres communes dépendant de son autorité seigneuriale. 

Ammien Marcellin , l'historien de Rome et compagnon d'armes de l'empereur Julien, 
raconte qu'en 357 après Jésus-Christ, cet empereur occupa Tabernœ (Saverne) avec ses 
légions, et qu'ayant reçu la nouvelle que les Germains avaient franchi le Rhin près 
à'Argentoratum, quitta, à l'aube d'une chaude journée d'été, sa place forte, pour 
allfer à leur rencontre; il arriva le soir sur une hauteur en vue (YArgentoratum, où ses 
éclaireurs aperçurent, au milieu de champs de blés, les hordes germaines. Craignant 
que ses troupes ne fussent trop fatiguées de leur marche, il voulut remettre le combat 
au lendemain; mais l'armée était animée d'une telle ardeur de se mesurer avec l'ennemi, 
qu'il ne put y résister, et il ordonna le plan de bataille. Les Germains, de beaucoup 
supérieurs en nombre aux légions romaines, et commandés par sept de leurs rois, parmi 
lesquels Chnodomaire, qui avait déjà battu les Romains en diverses rencontres, furent 
complètement culbutés, et la cavalerie romaine fit un si terrible carnage dans leurs 
rangs, que tous ceux qui ne furent pas lancés dans le Rhin, trouvèrent la mort sur le 
champ de bataille; Chnodomaire lui-même fut fait prisonnier. Quel a été le théâtre de 
ce champ de bataille? Est-ce la hauteurdeHausbergen? hypothèse la plus vraisemblable; 
ou bien la Musau , en deçà d'Itlenheim? ou bien encore la plaine élevée derrière Schiltig- 
heim? De savantes dissertations ont opiné pour l'une et pour l'autre de ces localités. Quoi 
qu'il en soit, nous tenions à faire revivre de la nuit des temps ce fait d armes pour l'ajouter 
aux batailles que nous venons de décrire et dont le vieux Strasbourg a été témoin. 

Sur l'emplacement du cimetière Sainte-Hélène, que Rapp avait transformé en camp 
retranché, existait, comme nous l'avons déjà dit, une ancienne tour-signal et une petite 
église servant d'église paroissiale à la commune de Schiltigheim, et, à côté d'elle, des 
bâtiments formaient un petit hôpital , où l'on recevait des passagers malades qui n'avaient 
pas le droit d'être reçus dans l'hospice civil ; on y donnait aussi asile à des pensionnaires 
aisés qui aimaient le séjour de la campagne et le jardinage. L'Église Rouge ou de Sainte- 
Hélène fut démolie en 1531, et les autres bâtiments en 1678, à l'approche des années 
françaises. 

Tout près s'étendait anciennement le village d'Adelshofen qui touchait à celui de 
Schiltigheim , appartenant, comme nous l'avons déjà vu, au territoire de Strasbourg. Il 
n'en existe plus la moindre trace , et son nom ne vit plus que dans les rôles cadastrales de 
la commune ; ravagé par les flammes , à diverses reprises , dans les guerres continuelles , 
comme sa voisine, Adelshofen fut démoli complètement, et le terrain sur lequel il 
était bâti servit de remblai aux remparts, aux diverses époques de leur élévation , 
tandis que Schiltigheim s'est agrandi considérablement. Ce dernier village , qui en 1690 
ne comptait que 170 feux , forme aujourd'hui une commune de près de 3000 habitants, 
où se déploient le commerce, l'industrie et une riche agriculture. 



Cimetière 

Sainte-Hélène. 



Adelshofen. 
Schiltigheim. 



18. 



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Adelshofen. 
Schiltigheim 



Bischheim, 
Hœnheim. 



Canal de la 
Marne-au-Rhin 



Entzheim. 






U ° FRANCE. • 

(châlT'r, 116 T""' < rèM S™ablemen t simée, ^nnue sous le „„„, de ScUœssel 
da le,), elail „, fos „„ cas[e| ham ^ te ^ 

se «jrr e , W »^*— "*»»«*•. «- FUch; i, avai, un pendan 
u t e S ou,'; m T"'-»"/.— le — d * ***■ »* depuis des siècles „„s 
Mcetres ] ont fa,, de„,ol,r, pour Eure jusliee des vols de grand chemin et des dépréda- 
t.ous dont ses propriétaires s'étaient rendus coupables P 

Dç même que Schiltigheim, Bischheim e, [tauheiu, ont acquis un aran d 

îïïïttî au poi :■ r les habiia,ions des tiois *«- - '»-'-' - - «ï 

lie de ee c *"*''""?«*» — "»* «" •» -pare, tandis qbau.refoi 

chacune de ces communes avau un autre mai.,,, Bischheim avait pour seigneur les 

Bœcklm de Bmck.msan, et Hœnheim, d'abord flef du chapitre de la ca hedTale 

ossede pendant longtemps par les Ituenheim deRamstein, advint. e„ ^ p s ' 

.Simenon des mâles de cette famille, aux Kathsamhausen à la Boche (Ss.àTZ 

fut acheté en IW| , par Louis de Chamlay, maréchal-des-logis des arméef d" roT 

Plus tard , ,1 tomba en partage aux Klinglin e. donna lieu à l'échange ,l„„ 1 ,"' 

parlea ,'ar,,c,e Hlkirch ; dernier vestige de la féodalité, abolie par la X mon Z ^ 

Le H, e H terratu bas, submersible, ancien lit du Rhin q„,' / , lge ces J^^TZ 

de c e caual etat, déjà projeté en ,804, c. Marcel Prault Saint-Germain en es, la ,1 " 
ce e navtgaltou devai, avoir , „ beues e, demie détendue , e, .raverser le dé",,; 
de sente de Seme-ePOise, de Seine-et-Marne , de l'Aisue, de la Marne , de a M 
et du Bas-Bhm pour se joindre an Rlnn a Onendorf, eu traversant la vallée de la Z n 
Le p an prtm,, a sub, quelques modifications dans notre dépataemem, en ce queTe 

a, sut, para élément le chemin de fer jusqu'à Vendeubeim , où i, s'en sépare e, p I 
a d tectton , a la gauche de la rou.e de Br„ma,h, vers Reichs.c, SouffelJeyersheim e, 
e Rtet , raverse un bras de ,'„,, ,' !le du Wacken, se je„e dans la rfvière I 
al Robertsau et arrtve au Rhin par un prolongement qui coupe ce terrain derrière' 
1 Orangerte. Aujourd'hui , ce canal est en pleine exploitation 

Nous avons commencé la description des approches de Slrasbourg, à la gauche de 
notre panorama par l'ile aars e, par la ferme Vobaire, au milieu de/champH^ 
de Ide du Wacken, appartenant à la ville. Maimeuau, que nous avons fait le ,„„ 
nous poursuivrons „n,re iuspecion , en suivant la route de Barr, pour nous rapproché; 

£é~ t 1 : 'r e d ; ho " izon - passons pa - LiB8o,shei - * - r^~ 

u b m de ', arrel °," S - n0US m m0menl à E " lz "eim. ^ village présen.e encore 
glortxT;^' " C6S1 ' e de '" ie " da " S nM " e ** "' "*- «— '« "«m 



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FRANCE. 



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Après la terrible dévastation du Palatinat, ordonnée par la haine de Louis XIV, Baurilied-Enisheim 
l'armée française passa sur la rive gauche, après avoir laissé une bonne garnison dans 
Philippsbourg, et vint camper dans les environs de Landau et de Wissembourg, pour 
défendre l'Alsace, en juillet 1674. L'armée impériale, commandée en chef par le duc 
de Beurnouville, sous les ordres duquel se trouvaient le prince Herrmann de Bade, le 
duc de Lorraine avec son armée, et le général Caprera, tous généraux expérimentés, 
se jeta sur cette même rive et remonta ce fleuve; mais, se croyant trop faible pour 
attaquer les Français dans leur position, elle le repassa près de Spire, en marchant 
vers Strasbourg. Turenne, sûr de la neutralité du sénat strasbourgeois pendant celte 
guerre, mais instruit que le prince de Hohenlohe, résident impérial, avait fait son 
possible pour représenter à la population les pernicieuses conséquences qui résulteraient 
pour elle de l'opposition au passage de l'armée impériale, voulut le prévenir à son tour. 
Il détacha de son armée deux bataillons, cinq cents dragons et quelques pièces d'ar- 
tillerie, sous le commandement du marquis de Vaubrun, avec ordre de faire toute 
diligence et de s'emparer, par un coup de main, de la tête de pont de Kebl, c'est à- 
dire des redoutes sur l'île des Épis; lui-même le suivit avec un renfort. Mais au moment 
où les Français passèrent l'IIl, à la Wanlzenau, et se jetèrent inaperçus dans la 
Hobertsau, pour réaliser leur plan, l'armée impériale avait déjà exécuté le passage et 
pris position au sud de la ville, à Illkirch, Graffenstaden et points environnants. 

Forte d'une quarantaine de mille hommes, et attendant encore la jonction des vingt 
mille du margrave de Brandebourg, auxquels Turenne n'avait qu'une vingtaine de 
mille hommes à opposer, cette armée pouvait envahir tout le Haut-Rhin, se jeter soit 
dans la Franche-Comté, soit dans la Lorraine, et gagner le centre de la France. 
Turenne reçut ordre du roi d'abandonner l'Alsace et de se retirer en deçà des Vosges; 
mais l'audacieux général , non content de se tenir sur' la défensive et d'occuper la ligne 
de la Moderou de la Zorn, en se ménageant au pis-aller le passage des Vosges, voulut 
attaquer l'ennemi avant la jonction de l'armée de Brandebourg, espérant, par ses 
manœuvres, le forcer à repasser le Rhin. Il ne put y parvenir que l'année suivante 
après la bataille de Tiirckheim dont nous avons déjà donné la relation. 

Turenne avait fait quitter à ses troupes leur position dans le Bas-Rhin, et les avait 
concentrées à la Wantzenau , en laissant garnison à Haguenau sur la Moder. Après 
quelques jours de repos , il leva son camp dans la nuit du 2 au 3 octobre ; sa cavalerie 
passa par les villages de Hausbergen , son infanterie et ses bagages derrière la colline, 
et se dirigea, par des chemins argileux et détrempés par la pluie, vers Ac!:enheim. 
Au soir, son armée avait occupé les hauteurs de Hangenbielen et de Kolbshelm , ayant 
la Bruche devant eux. 

Beurnouville, à la nouvelle de l'approche de son adversaire, avait quitté ses campe- 
ments à Illkirch et à Graffenstaden, et prit position derrière Entzheim, son centre 






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142 FRANCE. 

Bata „ eim protégé ce village retranché, sa gauche appuyée a une petite forêt et sa droite à 

Terve 1 f " hT ^ "^ a '° rS * ^ de *"■»»"* S °" ™' e ' ™ »■ 
eserve ela.t échelonnée en tro.s lignes profondes; la droite commandée par Caprera 

la gauche par ,e duc de Holstein-P, œn; lui-même s , lait ^ , e com J nâ JJ £ 

Turenne se mit en bataille le lendemain 4 octobre, à la pointe du jour, au delà de 
la Bruche, dans la plame , sur deux lignes, son infanterie, formant le centre, appuyée 
par cmq escadrons de cavalerie, avec dix-sept escadrons formant les deux ailes. Entre 
les deux escadrons qui formaient les ailes de la seconde ligne, il avait échelonné des 
pelotons de grenadiers; trente pièces formaient son artillerie, avec trois bataillons el 
quatre escadrons de réserve. Si l'armée impériale avait l'avantage du nombre et de sa 
pos, -on sur un terram accidenté derrière le vi.lage qui pouvait masquer ses mouve- 
ments, 1 armée française avait celui d'être homogène et formée d officiers et de 
soldais aguems, pleins de confiance en leur chef, tandis que l'autre était composée 
dune foule de contingente de troupes nouvellement levées dans toutes les parties de 
lemp,re germanique. Turenne commença l'attaque par une forte canonnade, et vit de 
su, e qu il fallait s emparer de la petite forêt à la gauche de l'ennemi, afln de pouvoir 
attaquer par le flanc; i, y envoya cinq cems grenadiers, des dragons de la second 

gne et quelques pièces d artillerie; mais la défense fut aussi énerg que que l'att ' 
eux o lte orêt fu{ reprise> ]e combat avak ^^ J g q J eS) je 

part e d autre des troupes fraîches d'infanterie furent lancées les unes sur les autres- 
une pluie battante arrêta pour quelque temps le feu de la mousquelerie , et ce n'es! 
que lorsque Turenne eut détaché toute son infanterie de la seconde ligne de bataille 
que les Français purent s'en rendre maîtres , avec les retranchements et quelques pièces 
qu.ls trouvèrent derrière celte ligne, en combattant sur des monceaux de cadavres 
Beurnouville, voulant profiter de l'affaiblissement de la seconde ligne de bataille de' 
Turenne , attaqua de front le centre de l'armée française , et Caprera fit un mouvement 
pour tourner sa gauche ; il avait déjà culbuté une partie de la cavalerie française , quand 
la reserve et quelques autres escadrons le forcèrent à la retraite. 

La nuit surprit les combattants sur le terrain qu'ils avaient choisi le matin pour se 
livrer bataille; chacun s'attribua la victoire, et le seul avantage de la journée fut la prise 
de la foret. Elle fut signalée par la perle de 3000 hommes du côté de l'armée des 
confédérés impériaux et de 2000 du côté des Français ; une multitude de blessés encom- 
brèrent les divers hôpitaux de Strasbourg. Harassés par la fatigue, par les marches el 
contremarches sur un terrain détrempé par une pluie presque continue', chacun des 
deux parus chercha le repos. Turenne laissa le champ de bataille , en avant de la Bruche, 
occupe par quelques troupes , et renvoya son armée dans les villages environnants. De 
son cote, Beurnouville profita de la nuit pour se diriger vers Strasbourg, en passant 



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FRANCE. 



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derrière l'iU. C'est à cette occasion que les villages de Dûttlenheim, de Dùppigheim et de Bataille d'Entzheim. 
Blsesheim devinrent en partie la proie des flammes. 

Le 8 octobre, Turenne quitta ses cantonnements, délogea la garnison strasbourgeoise 
du château de Wasselonne et s'en rendit maître; il occupa la gorge du Kronthal et 
établi t son quartier-général à Dettwiller, sur la Zorn , au centre de Bruma th , de Haguenau 
et de Saverne. L'armée confédérée ayant reçu des renforts par la jonction de celle du 
margrave de Brandebourg, et se montant à soixante mille hommes, quitta ses quartiers 
et marcha vers l'ennemi; elle s'empara de Wasselonne, mais n'osant attaquer la ligne 
retranchée q