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Full text of "La Belgique; étude d'histoire contemporaine"

La Belgique. 

Etude 

d'histoire contemporaine. 



Par Anacharsis le jeune. 



La Belgique. 

Etude d'histoire contemporaine. 



A beaucoup de vous, chers lecteurs, l'histoire de la Bel- 
gique doit être chère comme celle d'une mère: Oh! que cette 
histoire est pleine de sang et de souffrances! Que de fois 
sont passées les armées de toutes les nations sur ce sol fertile 
■ qu'arrosent la Meuse et l'Escaut, depuis que Jules César et les 
^3 Romains subjuguèrent les Belges, dont une partie au moins 
- étaient des Germains et établirent dans le pays romanisé par 
.' la force les deux provinces Belgica et Germania inferior. Les 
Romains cédèrent le pouvoir une autre fois à des Germains, 
les Francs, aïeux des Français comme des Franques d'Aile* 
-; magne; après la mort de Charlemagne, dans la division de 
i l'Empire, l'empereur allemand Lothaire obtint la plus grande 
1 partie des Pays-bas, seuls le comté d'Artois et les Flandres 
l revinrent à la France. La frontière entre la France et l'Alle- 
'^magne était, dès lors, formée par l'Escaut, et cela subsista 
5 jusqu'au XIV me siècle, Anvers faisant partie de l'Allemagne, 
Gand de la France. On chante encore en Belgique les hauts 
faits de Pieter de Koninck de Bruges qui, en 1302 repoussa 
dans la Bataille des éperons l'attaque de Philippe IV, roi de 
France. Pendant un siècle, depuis la fin du XIV me jusqu'à la 
fin du XV me siècle, la Belgique fut incorporée au duché de 
Bourgogne. Mais, après la mort de Charles le Téméraire, 
Marie de Bourgogne, sa fille, ayant épousé l'empereur d'Alle- 
magne, Maximilien, prince de Habsbourg, les Flandres (et aussi 
bien toute la Belgique) devinrent de nouveau territoire allemand. 
r Cependant en 1555, Philippe d'Espagne, fils de Charles-Quint, 



^ acquit avec les possessions espagnoles des Habsbourg, aussi les 
* Pays-Bas. La domination espagnole commença, la période la 




57 , \ ^\ 



i 



plus malheureuse de l'histoire belge. Tout le monde connaît, 
ne fût-ce que par les drames de Schiller et de Goethe, les splen- 
dides récits de Hendrick Conscience et de de Coster, les épou- 
vantables angoisses, les terribles supplices que le peuple subit 
pendant les années de la révolution des Pays-Bas, qui enfin 
amena la division du pays en une partie septentrionale, la Hol- 
lande et une partie méridionale qui resta espagnole. Le fana- 
tisme religieux et la haine politique firent ravages pendant ces 
guerres et l'on comprend facilement que malgré leurs sentiments 
d'indépendance, les infortunés habitants du comté d'Artois et 
de quelques autres petits territoires sur la frontière française 
durent éprouver quelque satisfaction quand, par les traités de 
Pyrénées, d'Aix-la-Chapelle et de Nimègue (1678) ils furer 
réunis à la France. 

La Belgique proprement dite, le Royaume des Pays-Bas, I 
comme elle s'appelait alors, fut, par la paix d'Utrecht de 1713 
assignée à l'Autriche, tandis que les Etats-Généraux hollandais 
obtinrent, par le traité des Barrières, le droit d'occuper les 
forteresses sur la frontière française, droit qui fut aboli en 1782. - 
Ainsi, à la Hollande, échut pendant 70 ans, le devoir de dé- k 
fendre de concert avec l'Autriche l'indépendance des Belges. Le 
pays avait terriblement souffert des batailles que les Anglais I 
avaient livrées à leurs adversaires sur le territoire belge dans la 
guerre de succession d'Espagne et encore de 1744 — 48, pendant 
la guerre de Moravie. Toutefois, sous la domination calme et 
clémente des Autrichiens, le pays se développa beaucoup et ce \ 
fut, d'après le témoignage même des Belges la plus heureuse i 
période de leur histoire. Charles- Auguste, Grand duc de Wei- j 
mar et ami éclairé de Goethe qui, en 1814 fut gouverneur géné- ( 
ral de Bruxelles, nous raconte que le peuple ne demandait pasj 
mieux que de redevenir autrichien; „car les Brabançons, ajoute-f 
t-il, détestent les Anglais, autant que les Français les détestent." ^ 

La révolution qui éclata en 1788 et qui dura deux ans lut] 
uniquement causée par les réformes libérales de l'empereur 
Joseph II auxquelles le parti clérical s'opposa de toute sa force: 
pendant quelques mois il se rendit maître du pays et en chassa, 
les Autrichiens; les libéraux de leur côté appelèrent les Fran- 
çais à leur secours; ceux-ci revinrent, en 1794, cette fois sans^ 
avoir été appelés, et occupèrent la Belgique, de même que l'Ar- 
chevêché de Liège qui avait toujours fait partie de PEmpire_ 



allemand. Le général Dumouriez vainquit les troupes impé- 
riales à Jemmapes, occupa le pays entier et le divisa en 9 dé- 
partements qui répondent à peu près aux 9 provinces d'aujour- 
d'hui. Jusqu'en 1814, la Belgique demeura française. Dans la 
paix de Paris, Napoléon la céda à la Hollande qui, dès lors, 
forma avec la Belgique, pendant quinze ans, le royaume des 
Pays-Bas réunis. Au point de vue géographique cette union 
pouvait sembler tout à fait naturelle. Sous tous les autres points 
elle ne l'était nullement. C'est peut-être le meilleur exemple pour 
prouver combien peut être trompeur le principe de la natio- 
nalité et des frontières naturelles. Il y avait des Flamands en 
Hollande comme en Belgique, mais les différences de la con- 
fession et de la culture étaient si énormes que rien ne pouvait 
les lever. Les Flamands hollandais étaient protestants, com- 
merçants, pasteurs ou agriculteurs, d'un caractère lourd et géné- 
ralement grave, robustes et âpres, même dans leurs plaisirs. Les 
Belges, au contraire, étaient catholiques, agiles, lestes, industriels 
plutôt que commerçants. Rien d'ailleurs ne les attirait hors de 
leur pays qui les nourrissait bien et où, malgré tout, ils vivaient 
paisiblement. Dès les temps les plus reculés, la fabrication des 
laines et des métaux y florissait. De tout temps la partie méri- 
dionale fut habitée par des Wallons parlant le français ou du 
■moins quelque chose qui lui ressemblait, comme me disait un 
jour un professeur français qui évidemment partageait l'avis de 
Baudelaire: „On ne sait pas le français; personne ne le sait, 
mais tout le monde, en Belgique, affecte de ne pas savoir le 
flamand"; tandis que le Nord, Anvers, le Limbourg, les Flan- 
dres et la majeure partie de la province de Brabant, y compris 
Bruxelles, étaient peuplés de Flamands. Il fut un temps où les 
Flamands marchaient pour ainsi dire à la tête de la civilisation: 
leurs peintres, leurs poète» étaient célèbres pendant que les 
Wallons n'étaient connus que comme soldats et guerriers. 
Dans les affreuses guerres de religion du XVI me et du com- 
mencement du XVII me siècle, toute cette culture périt. Les 
meilleures têtes flamandes, devant les persécutions des Espagnols, 
s'exilèrent en Hollande, en Angleterre, en Allemagne. Depuis 
ce temps, le français devint dans les Flandres la langue des 
intellectuels, mais ce ne fut que sous Napoléon I er qu'on osât 
défendre l'usage de la langue flamande, même dans les testa- 
ments et dans la vie privée. Vingt années de pression suffirent 



pour faire apprendre le français aux ouvriers et aux artisans 
dans les villes; le paysan continua à parler le flamand, mais 
il fut ainsi privé de toute instruction, de toute civilisation. Per- 
sonne ne s'inquiétait de lui, si ce n'était le prêtre ou le pasteur. 
Ceux qui se plaignent si amèrement de certaines mesures prises, 
par le gouvernement allemand en Pologne ou en Alsace-Lor- 
raine pour germaniser ces provinces feront bien de se souvenir 
que la France a été le modèle hors d'atteinte pour toutes les 
méthodes qui mettent la législation au profit de l'abolition d'une 
langue. Les Flamands d'abord ne firent guère d'opposition. 
Mais avec l'accession de Guillaume de Hollande, qui voulait 
faire du royaume uni des Pays-Bas un état national unifié, les 
choses changèrent: l'ancienne université de Louvain, fermée par 
les Français, fut réouverte, deux nouvelles furent fondées à 
Oand et à Liège, et toutes les trois mises au profit de la pro- 
pagande flamande. 

Les Wallons durent partout céder le pas aux Hollandais; 
aussi ceux-là se plaignirent-ils amèrement et ne désirèrent-ils 
autre chose que de voir finir la domination hollandaise. Les 
Flamands de leur côté, soupçonnaient les Hollandais protestants 
hérétiques et l'église catholique, voyant l'école soustraite par le 
gouvernement à son influence, poussa les Flamands, catholiques' 
très pratiquants, à la résistance. Les cours de philosophie intro-, 
duits contre la volonté du clergé à l'université de Louvain ex- 
citèrent la populace flamande; dès 1814, l'évêque de Gand, duc 
de Broglie, • avait protesté vivement contre la nouvelle institution 
qui proclamait la liberté des cultes. Le 25 Août 1830, pendant» 
qu'à l'Opéra on donnait „la Muette de Portici" d'Auber, la' 
révolution éclata; déjà le 24, jour de l'anniversaire du roi où 
il y avait toujours fêtes et amusements à Bruxelles, Louis de 
Potter, au nom de la liberté de tous et de tout, avait annoncé) 
un feu d'artifice pour le lundi, des illuminations pour le mardi,' 
et pour le mercredi, la révolution. Les jours suivants, il y eu.tj 
des engagements dans les rues de la capitale, mais les Hollan-I 
dais ne défendirent pas très adroitement leurs droits, le bom-l 
bardement de la ville d'Anvers par le général Chassé, qui tenait' 
la citadelle, acheva tout. Le 18 Octobre, le congrès national 
qui siégeait à Bruxelles déclara l'indépendance de la Belgique. 
Cependant les opinions des révolutionnaires eux-mêmes restaient 
divisées: de Potter voulait la république, Geudebien l'union, 



sous une forme ou une autre avec la France, Nothomb enfin 
la monarchie strictement constitutionnelle, en excluant toutefois 
la maison Nassau - Orange. Cet avis l'emporta et Louis Phi- 
lippe de France, aussi bien que l'Angleterre se déclarèrent contents. 
La France recula devant les protestations de la Prusse, aidée 
de l'Angleterre, et l'indépendance de la Belgique fut sauvée. 
Une conférence des puissances, tenue à Londres, eut bientôt 
fait de désigner le duc Léopold Georges de Cobourg comme 
futur roi des Belges. Le 4 Juin 1831, le congrès national 
approuva ce choix. Les droits du roi de Hollande ainsi que 
les droits de la Confédération Germanique sur le Luxembourg, 
furent formellement sauvegardés; mais, tandis que cette dernière 
était beaucoup trop faible pour intercéder, le roi de Hollande 
ne se contentait pas si facilement, et la France dut intervenir 
par deux fois pour le forcer enfin en 1838 de faire sa paix 
avec la Belgique. Celle-ci obtint les frontières de 1790, la 
liberté de la navigation sur l'Escaut, une neutralité perpétuelle. 
Ce fut le ministre de Prusse, Mr. de Bûlow qui, le premier, 
émit cette idée d'une neutralité imposée par les puissances et non 
volontaire comme celle de la Suisse. On avait fait remarquer 
que la Hollande ne serait plus bien défendue contre les attaques 
de la France, si la Belgique devait succomber entièrement à 
l'influence française, et que par cela même l'état de l'Autriche 
et de la Confédération Germanique serait en danger. Seule la 
neutralité pourrait pourvoir à ces inconvénients. Les forteresses 
furent démantelées; pour dédommager l'Allemagne de la partie 
du Luxembourg incorporée à la Belgique, le duché de Limbourg 
éntra dans la Confédération Germanique. Ainsi naquit le 
royaume des Belges; grâce à la sagesse et à l'honnêteté de son 
%oi, la Belgique, dit un historien moderne, fut longtemps con- 
sidérée comme le modèle d'un état constitutionnel; mais on put 
aussi y trouver le premier exemple où amène la séparation 
.complète entre l'Etat et l'Eglise: le but, une fois atteint, l'union 
factice entre les cléricaux et les libéraux ne tint plus et les plus 
féroces querelles prirent place entre les alliés de 1830. 

Pour les Wallons ce fut la victoire: ,,1'emploi des langues 
' usitées en Belgique est facultatif; il ne peut être réglé que par 
. la loi et seulement pour les actes de l'autorité publique et pour 
les affaires judiciaires" dit l'article 23 de la constitution. Il n'y 
avait donc aucun obstacle pour préférer partout la langue fran- 



5 



çaise; «d'ailleurs les Flamands parlent tant de dialectes différents", 
alléguaient les Wallons, „qu'il est impossible de rédiger un texte 
quelconque compréhensible pour tous." 

Les trois universités furent les premières à se plaindre; Jan 
Frans Willems et ses amis étudièrent, écrivirent le flamand, 
créèrent une littérature néo-flamande. Ils prouvèrent que le 
flamand, quoique apparenté à l'allemand proprement dit, était 
plus qu'un dialecte: le hollandais était non-seulement sa langue 
soeur, mais la seule langue dont l'emploi pouvait rendre aux 
Flamands leur véritable place dans la civilisation. Il fallait* 1 
donc commencer par l'enseigner dans les écoles. En 1840, 
100 000 Flamands demandèrent que la langue flamande dans 
les provinces flamandes fût la langue officielle de l'administration 
et des tribunaux; à l'Université de Gand, ainsi que dans les 
écoles gouvernementales, le hollandais et le français auraient les 
mêmes droits; il fallait créer une académie flamande. 

Cette pétition, qui d'ailleurs n'eut aucune suite, avait été- 
lancée par les libéraux et les anti-cléricaux. Mais l'Eglise, tou-^ 
jours à l'alerte, comprit l'intérêt qu'elle portait. Bientôt elle 
sut gagner le chef des Flamands, le poète Conscience, et les' 
prêtres se mirent à la tête du mouvement. Celui-là perdit na- 
turellement ses attaches avec la Hollande protestante et il en' 
chercha d'autres en Allemagne. Les étudiants de Bonn et de] 
Louvain fraternisèrent, de 1845—47, un journal „de Broederhand", ] 
parut qui prêchait une entente belgo-allemande. La révolution! 
de 1848 qui s'arrêta devant la Belgique, mit fin à ces espérances; 
les Flamands se tournèrent une fois encore vers la Hollande. 
En 1851 les Flamands libéraux fondèrent le Willemsfonds pour 
servir à l'instruction publique des Flamands; beaucoup plus tard 
seulement, quand Léopold II eût pris la succession et que, pen- 
dant la guerre Franco-Allemande, les cléricaux avaient renversé 
le cabinet Frère-Orban, le parti catholique suivit avec le fonds 1 
David. Il gagna de plus en plus du terrain, et aujourd'hui, il 
compte à peu près trois fois autant de membres que le fond 
Willems, de sorte que l'instruction des Flamands se fait actuelle- 
ment pour la plupart dans le sens clérical. A part ces deux 
fonds depuis 1895, l'alliance générale néerlandaise, fondée à 
Gand, mais dirigée aujourd'hui de Dordrecht, en Hollande, 
travaille pour la connaissance de la langue et la civilisation 
néerlandaise, non seulement en Belgique et en Hollande, mais 



encore dans les Flandres françaises et l'état du Congo. Elle 
suit le même but que les congrès qui, de temps en temps, ré- 
unissent, tantôt en Belgique, tantôt en Hollande, les amis de la 
langue et . de la littérature flamandes. Les congrès ont, en 
général, environ 300 membres, professeurs d'universités, pro- 
fesseurs et maîtres d'écoles, écrivains et autres. 

Dès 1857, ou mieux encore dès 1862, où le parti flamand 
conquit Anvers aux élections, le mouvement flamand fut un 
mouvement politique et démocrate. Après Anvers, ce fut le 
tour de Gand, de Bruxelles, de Bruges. Après la victoire 
des cléricaux, en 1884, les Flamands devinrent, en apparence, 
les cléricaux et les Wallons, le, „parti de la France", 
comme on les nommait, les libéraux. Pourtant il y eut tou- 
jours des Flamands libéraux: Ce fut évident quand, après l'in- 
troduction du système proportionnel pour les élections en 1883 
le parti libéral compta à peu près un nombre égal de Wallons 
et de Flamands. 

Toute une série de lois et de prescriptions devait dans les 
dernières trente années régler l'usage de la langue flamande par 
rapport au français et réparer l'injustice qui avait longtemps 
présidé aux mesures gouvernementales. Mais en fait, ces lois 
n'ont presque rien changé: presque tous les employés étant 
Wallons et le gouvernement manquant de force, personne ne 
s'inquiétait du sort des Flamands, de ces pauvres diables qui 
étaient privés de la civilisation française, qui labouraient paisible- 
iment leurs champs ou travaillaient docilement dans les fabriques 
et les usines. Au nom de la fraternité, liberté et égalité, la 
ligue pour la liberté des langues et, „1' Association flamande 
pour la vulgarisation de la langue française", s'efforcèrent, ces 
dernières années encore, à supprimer autant que possible la 
langue flamande, la seule vraiment née dans le pays. L'école, 
surtout les écoles libres, et le clergé supérieur furent toujours 
hostiles au mouvement flamand et virent avec satisfaction que 
les Flamands apportaient parmi les analphabètes de beaucoup 
le nombre le plus considérable. Le petit clergé, au contraire, 
lui-même assez inculte, sympathisait souvent avec les Flamands; 
mais il s'attachait aux dialectes plus qu'à la langue littéraire, la 
langue des hérétiques hollandais. Les universités, dès 1836 
avaient admis certains cours flamands, à Gand une académie 
flamande et presque entièrement cléricale existait depuis 1886; 



les Flamands cultivés, les libéraux aussi bien que les cléricaux 
avaient toujours le rêve d'une université flamande à Gand même, 
mais les Fransquillons s'y opposèrent toujours. Ces Fransquillons 
ne se recrutent pas uniquement parmi les Wallons; il y a parmi 
eux nombre de Flamands; car il s'agit ici d'une différence non 
seulement de politique intérieure, mais tout aussi bien extérieure. 

Les Flamingants n'ont jamais voulu autre chose que la 
restitution de l'ancienne civilisation flamande. Ils ne voulaient 
pas, démocrates, libéraux ou cléricaux, que la langue flamande 
s'éteignît lentement comme le basque ou le ladin; en tant que 
démocrates et libéraux, ils désiraient aussi faire participer le 
pays flamand à la civilisation moderne; ils voulaient le voir 
prendre place dans la vie intellectuelle à côté des Hollandais. 1 
Mais ils lui réservaient sa place parmi le peuple belge et' 
tenaient à l'indépendance de leur patrie. Ils étaient neutres par- 
tradition et par volonté et s'ils espéraient trouver en Hollande 
comme dans l'Empire allemand de la sympathie, ils étaient loin 
de penser à une union quelconque avec l'un ou l'autre de ces pays. 

Bien autre était l'attitude des Wallons. Dès 1907, ils cher-*: 
chaient, d'accord avec les Flamands fransquillons, à se rapprocher 
de la Hollande; on espérait non-seulement obtenir une union 
douanière, mais même une convention militaire qui, naturellement' 
entraînerait la Hollande du côté de ,,1'entente cordiale" et l'éloi- 
gnerait de l'Allemagne. Les Hollandais restèrent sourds à cesi 
propositions, mais les Wallons n'en continuèrent pas moins à 
poursuivre leur vrai but, l'union avec la France. La «Gazette* 
de Charleroi" alla jusqu'à demander l'incorporation de ces pro- 
vinces à la France. „Nous sommes trois millions de Wallons' 
qui aimons la France comme notre vraie patrie" écrivait l'un 
des chefs du mouvement séparatiste. La France fit bon accueil 
à ces sentiments: on n'avait pas oublié les anciennes tentatives] 
pour réunir la Belgique, ou une partie du moins, au propre 
pays; on se souvenait des propositions de Napoléon III répétées' 
et ensuite publiées (en Angleterre) par le prince de Bismarck; 
l'empereur, dès 1851, plus sérieusement encore pendant la guerre 
de Crimée, enfin, très fermement de 1865 — 69 avait pris la ré- 
solution d'occuper la Belgique. Les petits Etats devaient se 
fondre dans les grandes nationalités. „Une nationalité belge 
n'existe pas. Dès que les armées françaises entreront en Belgique, 
l'armée belge passera aux Français et les portes de l'Allemagne 



8 



seront ouvertes à la France." Voilà les propos que Napoléon 
fit entendre. Th. Juste, l'historien belge, constate qu'en livrant 
la Belgique à la France, la Prusse aurait pu éviter la guerre 
franco-allemande. Mais même, sous la République, en 1874, 
1877, 1887, on discuta très sérieusement en France l'idée d'aban- 
donner définitivement PAlsace-Lorraine à l'Allemagne, sous la 
condition formelle que celle-ci consentît à une réunion de la 
Belgique à la France. En 1904, dans la „Grande Revue", Al- 
fonse Jouet proposa la division de la Belgique en trois par- 
ties, dont une reviendrait à la France, l'autre à la Hollande, 
la troisième, la plus petite, y compris le Luxembourg, à l'Alle- 
magne. 

La même année, Mr. Albert Croquez dans „la Revue des 
Flandres et des provinces françaises" espérait que l'alliance 
franco-russe réaliserait le rêve de Napoléon et des Wallons belges. 

On ne comptait guère avec l'opposition de l'Angleterre qui, 
lors de la crise Boulanger en 1887 avait fait savoir par quel- 
ques articles de la „Fortnightly Review" et du „Spectator", que 
pour elle, la neutralité belge ne signifiait que peu de chose et 
qu'elle n'irait jamais jusqu'à la défendre par les armes. „Une 
armée qui ne ferait que passer par le territoire belge sans vou- 
loir l'occuper en permanence ne violerait nullement la neutralité 
belge." Voilà ce qu'exposait un diplomate anglais dans le 
„Standart". En connaissance de ces faits, on comprend facile- 
ment que l'attitude pour ainsi dire théorétique des auteurs fran- 
çais et belges qui ont traîté depuis 1830 de la neutralité belge 
a singulièrement changé. Tandis que, autrefois, on comprenait 
la neutralité belge comme interdisant en temps de paix toute 
alliance avec un autre pays; qu'on s'opposait à la fortification 
des villes et même à toute participation à des entreprises inter- 
nationales, comme la guerre de Crimée ou celle de Chine, voire 
même à la colonisation du Congo, qui, pour cette raison, 
resta si longtemps la propriété personelle du roi Leopold II; 
de plus en plus, on pencha du côté de ceux, qui, comme Ed. 
Descamps considérait que la neutralité n'existait vraiment qu'en 
temps de guerre. Autrement l'état neutre était libre de former 
des alliances défensives, offensives même, selon son gré. Il 
fallait pouvoir défendre scn territoire; il lui fallait donc une 
armée et des forteresses. Les militaires tels que le général 
Brialmont, pensèrent même que le mieux serait d'abandonner la 







neutralité qui, pour son malheur, avait été imposée à la Bel- 
gique. Le professeur Nys, en 1901, l'appelait une brutalité, 
commise dans le plus égoïste intérêt des nations européennes; 
en quoi, peut-être, avait-il raison jusqu'à un certain point. La 
Belgique, selon eux, pouvait, si bon lui semblait, se défaire de 
la neutralité de sa propre volonté. 

Ce qu'il y a de curieux dans tout ceci, c'est que, tandisque, 
d'un côte on regardait la neutralité de plus en plus comme une 
chose très douteuse et qu'on jouait toujours avec la possibilité 
d'une incorporation avec la France, on fortifiait de tout son 
possible les places fortes, mais de façon à empêcher surtout une 
invasion allemande. Mr. Waxweiler nous a raconté comment 
les sympathies des Belges, ces dernières années allaient à l'Aile-, 
magne; comment malgré la concurrence allemande dans presque 
tout le commerce; malgré la prépondérance allemande à Anvers, 
dont beaucoup se plaignaient, les sentiments personnels et, 
ajoute-t-il, politiques des Belges étaient pleins d'admiration et de 
confiance pour la grande nation voisine. Et les déclarations^ 
formelles de l'Allemagne, répétées à plusieurs reprises, de con- 
sidérer la neutralité belge comme un axiome de la politique 
allemande semblaient mériter toute confiance. Mais, à part les 
faits cités plus haut, Mr. Waxweiler ne semble pas avoir re-, 
marqué ce qui n'a pas échappé à l'attention d'autres témoins} 
oculaires, que depuis plusieurs années les vaudevilles, les ciné-, 
matographes, en premier lieu le célèbre Pathé, les journaux 
illustrés et les caricatures non-seulement en Belgique, mais un 
peu partout en terre romande, s'efforçaient de rendre ridicules, 
méprisables même aux yeux des spectateurs les Allemands 
et leurs institutions. Il ne semble non plus avoir pris en con- 
sidération que, depuis 1899 et plus spécialement depuis 1904, 
l'alliance franco-russe s'était, pour ainsi dire, doublée par l'entente 
cordiale: l'Angleterre était entrée en jeu. La Belgique lui avait 
cédé en 1910, sans compensation apparente l'enclave de Lado. 
Autrefois le duc de Wellington avait eu le contrôle sur les 
fortifications du royaume uni des Pays-Bas. On dirait qu'il en 
était toujours de même en lisant les conversations que le chef 
d'état-major belge a eues en 1906 avec l'attaché militaire britan- 
nique et le général Orierson, en feuilletant les documents trouvés 
par les Allemands à Bruxelles, en trouvant dans une lettre 
privée anglaise, datée du 30 Juillet 1914, le passage suivant: 



10 



„Mon fils nous a quittés aujourd'hui pour se rendre en Bel- 
gique auprès de PEtat-major du général French." 

Il n'est pas de coutume, en général, que les Etats-majors 
d'un pays aillent faire des visites à l'étranger, surtout pendant 
une crise comme celle de Juillet 1914, à moins qu'ils n'y aient 
quelque besogne à remplir. Ce qu'ils venaient y faire, Sir 
Edward Grey l'avait très bien dit dans sa dépêche du mois 
d'Avril 1913 dont Mr. Kufferath a entretenu les lecteurs du 
„ Journal de Genève": Ils devaient se rendre compte des mesures 
nécessaires pour défendre la neutralité belge contre les attaques 
d'une puissance quelconque! Mais, si cette puissance se trou- 
vait être l'Angleterre? Et le cas pouvait se présenter, car Lord 

• Roberts dans la „British Review" d'Août 1913, nous a expliqué 
comment en 1911, la flotte anglaise avait été prête pour partir 
immédiatement pour la Flandre afin de sauvegarder le contre- 
poids européen, même si la Belgique ne l'eût pas appelée à son 
secours. En honnête homme, Lord Roberts n'a dit que ce que 
d'autres écrivains et politiciens anglais ont déclaré avant lui et 

• après lui, même au cours de cette guerre, que l'Angleterre 
entrait en jeu, moins pour défendre le principe de la neutralité, 
que pour ne pas permettre à l'Allemagne de devenir plus 
forte, peut-être plus menaçante. 

» Si l'on considère tous les faits ensemble, les sympathies des 
Fransquillons pour une union avec la France, les démarches de 
l'Angleterre et les énonciations des principaux auteurs belges, 
anglais, français au sujet de la neutralité; l'attitude du peuple 
belge et de la politique belge surtout par rapport à l'Angle- 
terre, la conviction devait se former chez les hommes respon- 
sables pour l'Allemagne, que la Belgique, qui n'avait jamais eu 
de conversation intimes avec PEtat-major allemand, mais qui 
avait essayé d'entraîner la Hollande, n'était plus un état neutre; 
pas même un état indépendant, mais une province militaire de 
l'entente cordiale. J'admets volontiers qu'on puisse discuter sur 
la signification de chaque fait isolé; mais l'ensemble des faits 
ne permet pas le doute. Et la suite des événements en rend la 
preuve concluante. Entre le 4 et le 6 Août les troupes alle- 
mandes dépassèrent la frontière belge; le 9 Août, Liège était 
entre les mains de l'ennemi. Le même jour le gouvernement 
allemand fit savoir au gouvernement belge „qu'il priait le roi 
des Belges et le gouvernement belge, après la résistance héroïque 



11 



de l'armée belge, de vouloir bien épargner à la Belgique les 
terribles maux de la guerre. L'Allemagne, n'ayant nullement 
l'intention d'annexer du territoire belge serait prête à chaque 
arrangement compatible avec ses opérations contre la France. 
Elle serait toujours encore prête à évacuer la Belgique dès que 
la situation le permettrait." Si l'on veut bien apprécier cette 
offre généreuse, il faut se rappeler que déjà, d'après les rap- 
ports des soldats et des officiers allemands, des civils belges 
avaient tiré sur les cavaliers et les fantassins allemands. Je sais 
très bien que par la malencontreuse institution des gardes 
civiques, que beaucoup de Belges raisonnables regrettent eux- 
mêmes, qu'il a pu y avoir des malentendus et que les armées 
allemandes n'ont pas toujours su définir le rôle et les droits 
de ces guerriers amphibiens, tantôt soldats, tantôt bourgeois. Je 
veux croire aussi que le gouvernement belge n'a pas officielle- 
ment, et sans doute, pas même officieusement voulu encourager 
les francs-tireurs. Mais, quoiqu'en dise Mr. Waxweiler, sur- 
tout au début de la guerre, les Allemands ont rencontré par- 
tout des francs-tireurs et les autorités locales, le clergé même 
les a encouragés à se défendre de toute façon contre les 
envahisseurs. 

Un document secret du gouvernement allemand dont on 
ne sait comment le correspondant de Cologne du „Tijd d'Amster- 
dam" a eu connaissance le prouve une fois de plus: „Tout ce 
qu'on a dit du côté belge au sujet de soi-disant outrages commis 
par les troupes allemandes peut être regardé comme des in- 
ventions; car on a tu le fait avéré par des centaines de témoins 
et jamais sérieusement contesté par les Belges eux-mêmes, qu'au 
commencement de la guerre les civils ont attaqué, d'accord avec, 
les autorités locales traîtreusement nos troupes. Le septième 
rapport de la commission belge admet maintenant forcément 
qu'au commencement le gouvernement avait fait afficher partout 
des proclamations que la partie moins instruite du peuple ne 
pouvait comprendre autrement que comme un appel à la guerre) 
générale et universelle, la guerre des francs-tireurs. Ainsi, in- 
duite en erreur, la population crut être dans son droit lorsqu' 
elle tirait des arbres, des maisons, de toutes sortes d'autres 
refuges sur nos troupes qu'elle avait reçues peu avant calme et 
paisible; elle gardait ses armes soigneusement cachées sous les 
vêtements et dans les demeures et elle attaqua nos soldats de 



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préférence pendant la nuit. Les prétendues cruautés des Alle- 
mands ne se sont dirigées que contre cette guerre illicite des 
francs-tireurs; cet état de chose a toujours été mal représenté par 
les auteurs belges et, ce qui n'était autre chose que la défense 
légitime et nécessaire contre la guerre des francs-tireurs évoquée 
par le gouvernement belge lui-même a été décrit comme des 
atrocités allemandes, etc. etc." Si l'on veut, on peut trouver 
naturel cet esprit de défense. Mais alors il ne faut pas se 

> plaindre des conséquences. Le gouvernement belge semble avoir 
compris les difficultés de la situation : le 8 Août, il communiqua 
(4 jours après la déclaration de la guerre au gouvernement 
allemand) une sorte de signalement de la garde civique pour 
qu'on la reconnaisse en cas de rencontre. Mais Mr. Wax- 
weiler lui-même remarque que plusieurs changements ont été 
apportés plus tard pour des raisons d'ordre purement intérieur 
dans les règlements des gardes civiques et que leur uniforme 
n'était pas ce que le mot indique, un costume uniforme 
et pour tous le même. C'est peut-être beaucoup demander 

, d'une armée ennemie qu'elle étudie tour à tour les change- 
ments d'équipements qui plaisaient au gouvernement belge. 
Je ne voudrais pas, pour cette fois, poursuivre plus 
loin l'histoire de cette triste guerre qui a détruit une 
partie de Louvain, de Dinant, des rues entières à Anvers, 
à Malines, dans d'autres communes. A tous ceux qui ont lu 
les livres de Waxweiler, de Bédier, les rapports de la commis- 
sion française, je me permets de citer ici les mots d'un collègue 
de l'Université de Bâle, Mr. Wernle. Dans les «Nouvelles 
de Bâle" il dit „que le rapport officiel n'a d'autre valeur psy- 
chologique et historique que de montrer qu'un peuple irrité 
et passionné qui voit l'ennemi dans son propre pays, peut 
croire celui-ci capable en temps de guerre de toutes les mon- 
struosités imaginables et que des gens cultivés, ayant pris sur 
eux d'examiner ces mêmes faits, les croient aveuglement. Pour 
examiner sérieusement les faits il faut, chacun le sait, pouvoir 
interroger les deux parties et écarter autant que possible les 
témoignages incertains, passionnés et personnellement ennemis. 

.Rien de tout cela n'a été fait. Au contraire, on semble s'être 
donné beaucoup de peine pour obtenir un matériel aussi grand 
que possible et on a accepté toutes les accusations!" De même 
il est reconnu que Mr. Bédier s'est laissé tromper plus d'une 

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fois par de fausses traductions. D'ailleurs les tribunaux d'ar- 
bitres nouvellement établis par le gouvernement général et aux- 
quels collaborent des juges belges auront probablement à s'oc- 
cuper de ces questions; car les soi-disant crimes de l'armée 
allemande étant presque toujours des représailles pour des 
outrages belges et la loi belge rendant responsables les com- 
munes pour tout acte de violence commis sur leur territoire, 
il ,va de soi que beaucoup de ces affaires seront jugées devant 
les tribunaux-arbitres et nous saurons bientôt exactement à quoi 
nous en tenir. 

Le résultat de 8 mois de combats et de terreur vous est 
connu: A l'exception de quelque cinquantaine de communes 
dans les Flandres, les Allemands sont les maîtres de toute la 
Belgique qui toujours attend en vain sa libération par ses pro- 
tecteurs, les Anglais et les Français. A Bruxelles réside un 
gouverneur général qui a à ses ordres tout un service civil et 
un service militaire qui travaillent sans relâche au bien du pays. 
Plus la Belgique est prospère, mieux se trouvent les occupants' 
naturellement. Le commerce se relève, car l'armée d'occupation 
donne à travailler; l'argent circule et pour permettre à tout le 
monde de s'occuper, on a facilité la circulation des personnes 
comme celle des marchandises. La bicyclette, autrefois interdite, 
est admise de nouveau. Déjà, la majeure partie des lignes de 
chemins de fer sont ouvertes à nouveau et après le 1 er Mai 
toutes auront été réparées et seront mises à la disposition du 
public. Un horaire existe, pas tout à fait aussi complet qu'atK 
paravant, mais suffisant pour les besoins du moment. On a 
beaucoup facilité les règlements des passeports. La police belge, 
les facteurs belges, les conducteurs belges des tramways font 
leur service et sont heureux de gagner largement leur vie; car 
ils sont bien payés. Voulez-vous visiter des musées, aller au 
concert, au théâtre? Vous trouverez tous ces endroits ouverts 
à des heures fixes et vous pourrez voir devant les chefs-d'oeuvre' 
de vos collections nationales les officiers et les soldats aile- 1 
mands en contemplation, et vous entendrez comme certains 
d'entre eux discutent les problèmes d'esthétique ou d'histoire. 

Ou bien, sortez avec moi hors de la ville, dans les champs 
et les jardins: Vous trouverez les champs labourés, les jardins 
et les rues bien soignés. Là vous rencontrez un berger avec 
ses troupeaux, et il vous contera comment le gouverneur général 



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s'y est pris pour protéger les vaches laitières, pour pousser à 
l'élevage des chevaux. Il vous parlera aussi, peut-être, des 
mesures prises pour secourir les pauvres et les malades, les 
invalides revenus de la guerre, les mères et les nourrissons. 
Bien des règlements qui autrefois existaient, mais qui n'étaient pas 
mis en vigueur, comme l'obligation scolaire, les lois sur les 
assurances doivent maintenant être exécutés soigneusement. Les 
Belges commencent à s'y faire: certainement il n'est pas doux 
de recevoir des ordres d'un gouvernement étranger, moins encore 
sûrement que d'un gouvernement national. Mais ils com- 
prennent qu'après tout l'ordre règne et que cela vaut mieux 
que l'anarchie; et que, plus ils travaillent eux-mêmes à relever 
leur pays de l'état déplorable où il est tombé pendant la guerre, 
plus ils auront eux-mêmes de l'autorité et de l'influence dans 
leur pays. C'est par amour pour leur patrie, plus que par 
respect pour les maîtres actuels ou'ils commencent à reconstruire 
leurs maisons, à labourer leurs champs, à reprendre les affaires. 
Et plus ils travaillent, plus ils pourront eux-mêmes participer 
à l'administration du pays. Déjà beaucoup de fugitifs sont 
revenus, non-seulement les riches que l'amende annoncée par 
le gouverneur général a vite fait retrouver le chemin de la 
patrie, mais pendant le mois de Mars, 16 500 fugitifs sont re- 
tournés de la Hollande. Comme l'Angleterre vient d'expulser 
tous les Belges qui ne sont pas en état de faire le service 
militaire, beaucoup reviendront bientôt et ils se créeront sur 
leur ancien sol sacré et aimé un nouvel avenir qui, nous l'es- 
pérons de tout coeur, sera un avenir heureux et paisible. 



Les pourparlers de Bruxelles en 1907. 

Le fait des pourparlers entre Belges et Hollandais en 1907 
\ était connu depuis longtemps; mais le Journal de Genève du 
. 4 Mai 1915 a bien fait de nous donner d'après une source 
i hollandaise absolument sûre (voyez le No. 136 du Journal de 
Genève en réponse à un soit-disant démenti de l'agence Havas) 
des indications plus précises: „le 5 Novembre 1907, un homme 
jeune encore, mais pétillant d'intelligence, Mr. Heemskerk se 
trouvait à Bruxelles eu présence de l'homme d'Etat belge M. 
. Bernaert afin d'examiner de quelle façon les deux petites nations 



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pouraient se rapprocher au point de vue économique et com- 
mercial. MM. Bernaert et Heemskerk présidaient les commis- 
sions (non officielles) chargées d'étudier cet arrangement. 

Dès les premiers mots du discours d'ouverture du délégué 
belge, les Hollandais eurent l'impression que l'entente projetée 
par leurs voisins avait une base politique; et M. Heemskerk 
crut même discerner, dans l'instrument international que dé- 
siraient forger les Belges, une pointe dirigée contre l'Allemagne. 
N'ayant pas de mission de son gouvernement et ne voulant pas 
compromettre son pays dans une politique qui lui paraissait 
aventureuse il se plaça, dans sa réponse, sur un terrain poli- 
tique strictement neutre, se bornant à parler du rapprochement 
économique des deux pays. Ce fut une grande déception pour 
les Belges, qui en gardèrent rancune aux Hollandais jusqu'au 
moment où ces derniers acquirent des droits à leur reconnais- 
sance en portant secours, au mois d'août dernier à des cen- 
taines de milliers de leurs fugitifs. — Le 9 février 1908 — 
trois mois après l'entrevue de Bruxelles — le cabinet libéral 
hollandais démissionnait et Mr. Heemskerk devenait premier 
ministre. Quelle fut son oeuvre principale? La réorganisation 
de l'armée hollandaise. . . . Rassurés du côté de l'Est (par 
une déclaration du gouvernement Allemand), les hommes d'Etat 
hollandais s'occupèrent des fameuses fortifications de Flessingue, 
qui firent couler des flots d'encre et des torents de paroles . . . 
Dans l'idée du gouvernement Heemskerk, ces fortifications 
n'étaient dirigées contre personne en particulier; elles étaient 
destinées à protéger l'Escaut hollandais contre toute tentative 
d'agression, d'où qu'elle vînt."