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Full text of "L'effort russe"

L'EFFORT RUSSE 

par 



Ed. HERRIOT 




PUBLICATIONS DU COMITE 

L'EFFORT DE LA FRANCE 
ET DE SES ALLIÉS " 



BLOUD& G A Y, Editeurs 
PARIS -BARCELONE 




J 



L'EFFORT RUSSE 



" L'HOMMAGE FRANÇAIS " 



EFFORT RUSSE 

PAR 

Edouard HERRIOT 

Sénateur 
Maire de Lyon 

PUBLICATION DU COMITÉ 
" L'EFFORT DE LA FRANCE 
ET DE SES ALLIÉS " 



BLOUD & GAY 

ÉDITEURS 

"PARIS - BARCELONE 

place Salnt-Sulpice 35. CalU del Bruch 

1916 



Tous droits réservés 



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cr 
© 



ÇOl/5 fe «<re : L'Effort de la France et de ses Alliés, il a été 
fondé à Paris, sous la présidence de M. Stéphen Pichon, 
un Comité de Conférences dont le but est d'expliquer au grand 
public le persévérant effort fourni par les Alliés. 

Montrer avec pièces à l'appui que les peuples à qui la' guerre 
fut imposée et qui luttent pour la liberté du monde sont digms les 
uns des autres, faire comprendre ce qu'il y a de grand et de beau 
dans le devoir qu'ils accomplissent, de noble et de profond dans 
l'idée qui les mène, tel est le programme du Comité. 

En rendant ainsi justice à l'héroïsme et à la fidélité de nos 
vaillants compagnons d'armes, le Comité est en droit de compter 
que la France recevra d'eux pareil hommage; aux manifestations 
organisées dans notre pays en l'honneur des Alliés, succéderont 
chez eux des conférences qui diront toute la grandeur de l'effort 
français. 

Les premières conférences organisées sous le patronage au 
Comité ont obtenu, dans les diverses villes où elles furent faites, 
un éclatant succès. Les auditeurs ont, à maintes reprises, exprimé 
le désir d'en posséder le texte qui n'offrira pas moins d'intérêt aux 
personnes n'ayant pu assister à ces réunions. 

Nous avons pensé cependant que nos conférences formeraient 
dans leur ensemble une œuvre plus durable, si on leur enlevait ia 
forme oratoire sous laquelle elles furent d'abord présentées. Nous 
avons donc prié les conférenciers de leur donner l'aspect de traites 
courts et substantiels, avec divisions claires et table des matières. 

Nous reproduirons d'ailleurs, en appendice, les documents relatifs 
à la conférence : programme de la séance, Allocution du ou des 
présidents, etc. 

Ainsi adaptées, nous espérons que les douze études qui, sous le 
titre général : L'Hommage Français, formeront la première série 
des publications du Comité : L'Effort de la France et de ses 
Alliés, trouveront auprès de nombreux lecteurs un accueil encoura- 
geant et de nature à engager leurs promoteurs à en poursuivre le 
développement. 

Paul LABBÉ, 
Secrétaire général du Comité. 



L'EFFORT RUSSE 



! 
t 

■ 

Mesdames et Messieurs, 

Bien des personnes, — et, parmi elles, au premier rang, 
mon ami Paul Doumer, qui veut bien présider cette confé- 
rence, — eussent été, mieux que moi, désignées pour vous 
parler de l'effort russe. Je l'ai senti, mais puisqu'on a voulu 
que le maire d'une ville française saluât dans cette enceinte 
illustre les collègues respectés et aimés que la Russie envoie 
jusqu'à nous, j'ai osé accepter cet honneur. Il m'a semblé 
qu'une parole, qui cherchera surtout à être vraie, pouvait 
ne pas être inutile, qu'elle pouvait agir dans un temps sévère 
où le sort de la justice, du progrès et du droit dépend de 
la fermeté avec laquelle nos deux peuples lieront leur sort 
et s'acharneront dans leur commun devoir. Mon ardente 
affection pour le peuple allié et ami serait mon excuse, si 
je répondais mal à votre attente et à la grandeur du sujet. 

Ce sujet, il est, de toutes façons, immense, et vous 
admettez bien que je pourrai tout au plus l'effleurer. L'Alle- 
magne a provoqué et jeté dans la guerre, en même temps que 
nous, l'Empire russe, c'est-à-dire deux Russies assemblées 
en une seule : Russie d'Europe et Russie d'Asie, entre les- 
quelles les conventions géographiques ne mettent que des 
séparations artificielles. La seule Russie d'Europe comprend 
une superficie de 5 millions et plus de kilomètres carrés, 
c'est-à-dire dix fois environ la superficie de la France ; elle 
représentait, au 1 er janvier 1913, 150 millions d'habitants. 
La population totale de l'Empire s'évaluait, il y a trois ans, 
à 176 millions d'habitants. Tout ici est formidable ; pour 
bien juger des questions russes, il nous faut d'abord faire un 
effort sur nous-mêmes et modifier, pour ainsi dire, les unités 
qui servent de base à nos raisonnements ordinaires. 
De l'Océan glacial arctique à la mer Noire, l'intervalle est 
le même qu'entre le nord de la Norvège et Bordeaux. De 



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L'EFFORT RUSSE 



Varsovie à Moscou, la distance est plus longue que de Paris;? ; ; 
à Rome ; le trajet Saint-Pétersbourg-Odessa équivaut, ei} L 
longueur, au trajet Belgrade-Paris. Assez uniforme dans sorii 
relief, plus variée dans les aspects de son sol (ici le podzot 
grisâtre de l'ouest et du nord-ouest, vêtu de larges forêts? 
et criblé de ces petits lacs ou marais dont il est si souvent ^ 
question dans les communiqués ; là, une terre noire profon-t 
dément nourrie d'humus) ,• plus variée encore dans sal 
végétation ou dans ses produits, la Russie nous apparaît à 
nous, habitants d'une vieille terre historique, sous les aspects 
d'un être jeune et multiforme, ardemment vivant, déjà très 
puissant, destiné à devenir plus puissant encore. Il est né 
dans la Forêt, à l'abri de la Forêt protectrice ; puis il s'est 
installé dans la clairière, luttant avec peine, par sa curieuse ) 1 
organisation du mir, contre les assauts de la nature ou contre ; 
les violences des envahisseurs. Un jour, il s est enhardi, il 
a galopé vers les steppes. Alors, sur le fond encore incertain 
de l'histoire, apparurent ses tsars, ceux que l'on a justement < 
nommés les rassembleurs de la terre russe ; suivant une heu- 
reuse expression, repoussant pied à pied l'envahisseur, 
ils ont, morceau par morceau, arraché tous les lambeaux qui, 
cousus depuis, forment le manteau impérial de la Sainte 
Russie. Dès lors, servi tantôt par un Ivan le Terrible, tantôt 
par un Pierre le Grand, tantôt par une Catherine II, l'être 
magnifique et sain n'a cessé de grandir, de conquérir, d'occu- 
per. Et ce qui se dresse aujourd'hui contre l'Allemagne 
insolente et cruelle, c'est toute cette terre russe si patiem- 
ment, si courageusement rassemblée ; c'est une nation qui 
comprend, depuis le plus simple jusqu'au plus instruit de ses 
enfants qu'elle joue, dans le drame actuel, à la fois tout son 
passé et tout son avenir. 

De loin, la Russie nous paraît presque immobile ; 
nous avons la même illusion lorsque, de l'intérieur des terres, 
nous jetons les yeux vers un océan. En vérité, cette nation 
immense accomplit un travail incessant et formidable. De 
temps en temps, elle se signale au monde par quelque grande 
décision. C'est ainsi que, le 17 octobre 1905, le manifeste 
d'un empereur que les Français de toute opinion doivent 
saluer avec respect, accordait à la nation russe la liberté 




L'EFFORT RUSSE 



civique sur les bases de l'inviolabilité individuelle et de la 
^liberté de conscience, de parole, de réunion et d'association ; 
la. Russie devenait ainsi une monarchie constitutionnelle. 
D'après les lois de l'Etat, le pouvoir législatif s'exerce par 
l'Empereur, conjointement avec le Conseil de l'Empire qui 
forme la première Chambre et la Douma de l'Empire, qui 
forme la deuxième Chambre ; les deux assemblées sont 
convoquées, chaque année, par décret impérial; aucune 
nouvelle loi ne peut être établie sans leur assentiment et sanc 
la sanction de l'Empereur. Le budget doit être délibéré i' 
fixé de la même manière. J'insiste un peu sur ces notion» 
parce qu'elles nous permettent de comprendre la valeur dv. 
la visite que nous recevons aujourd'hui, parce qu elles sont 
indispensables pour comprendre l'histoire de la guerre 
actuelle et enfin, — et surtout, — parce qu'elles opposent 
un argument irréfutable à la thèse allemande suivant 
laquelle nos alliés russes auraient grand besoin, pour s'éman- 
ciper, de l'influence germanique. Chers amis, on veut, comme 
nous-mêmes, vous kulturer. En réalité, la Russie n'a aucun 
besoin de ce service ; elle porte en elle-même tout ce qui 
est nécessaire à son avenir. Et, bien que je veuille ici m'in- 
terdire toute appréciation sur la politique intérieure de la 
Russie, puisque, nous autres, Français, nous croyons à l'auto- 
nomie des nations, je puis bien dire qu'elle a tout intérêt 
à ne dépendre que d'elle-même. La victoire qu'elle poursuit 
avec nous doit lui assurer, non seulement son indépendance 
territoriale, mais sa liberté intérieure sur laquelle, de toute 
évidence, l'Allemagne n'a, malgré ses odieuses tentatives, 
aucun droit. 

De ce point de vue, on peut affirmer aussi que la guerre 
aura rendu à la Russie un service immense puisque, cons- 
ciente déjà de sa grandeur, elle a, dès le début du conflit 
actuel, pris conscience de son unité. Qu'il me soit permis 
de vous en citer, pour preuve, une page, remarquable selon 
moi, empruntée au récent volume publié par le comte Alexis 
Tolstoï sous ce titre : Le lieutenant Demianof, récits de guerre ! 
A ce recueil de nouvelles sincères et charmantes, l'auteur 
a mis une préface dont je vous recommande la lecture. Elle 
a pour titre elle-même : la Patrie. « Personne de nous, déclare 



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L'EFFOF 



l'écrivain, n'était fixé sur ses véritables sentiments envers; 
la patrie russe... Mais voici le 30 juillet 1914, journée que 
rien ne distingue des autres et un événement miraculeux sea 
produit. De Vladivostok aux frontières de l'ouest, de la mer' 
Noire à la mer Blanche, c'est le même élan, à la déclaration 
de la mobilisation et de la guerre. Ce peuple renfermé,' 
somnolent, qui nous inspirait tant de craintes, qui était si; 
rebelle à notre science, se soulève, soudain, courageux, décidé* 
et grave, pour marcher à cette guerre encore sans exemple' 
dans les annales de l'humanité. Ce peuple, jeune mais sage, 
concentré en lui-même, profondément mystique, lourd et 
inculte, mais au cœur si limpide et si tendre, sentit soudai- 
nement, comme par un coup de foudre, toute sa puissance 
et appliqua spontanément toutes ses énergies, grandes et 
saintes, à cet effort sublime qui est la guerre. 

« Et ces hommes sont partis, non pour chercher la 
gloire et assouvir des haines, mais pour collaborer à l'œuvre 
générale, puisque l'heure avait sonné. La Russie est devenue, 
pour ainsi dire, un domaine unique ; les blés étant mûrs, il 
fallait des moissonneurs, et, alors, tous les ouvriers du 
domaine sont accourus comme un seul homme, faucille en 
main et se sont mis au travail. » 

* * 

- Le soldat - Les faits que je vais avoir à vous résu- 

Russe mer ne sont que le commentaire de cette 

page admirable. Oui, les villes et les cam- 
pagnes se sont mises à l'unisson. <* Pendant que la Bel- 
gique agonisait sur son lit de torture, écrit encore le 
comte Alexis Tolstoï, nous avons saisi d'un coup la véritable 
portée du sentiment qui attache l'homme à son sol, à sa 
race, à ses traditions. » Ah ! Mesdames et Messieurs, je ne 
veux certes pas vous faire l'apologie de la guerre que je hais 
pour ses deuils, pour ses destructions brutales, pour l'an- 
goisse indéfinie des mères ; mais sachons du moins reconnaître 
que, si la paix met en œuvre notre raison et par là tend à 
voiler l'âme véritable des peuples sous le décor généralement 
uniforme des institutions, la guerre les découvre dans leur 



L'EFFORT RUSSE 1 1 

sentiment vrai et les fait apparaître tels qu'ils valent, à tra- 
vers le manteau déchiré des conventions. L'humble paysan 
s'élève de toutes les forces de son instinct vers ce but supé- 
rieur que sa conscience pressent ; l'être d'élite rejoint ce 
frère qu'hier encore il croyait inférieur et qu'il ignorai!. 
Ainsi, se forge ou se reforge l ame nationale et les âges qui 
vont suivre se soutiendront par cet élan ; ils se nourriront 
de cette grandeur. 

A l'appel des armes, l'âme russe s'est rassemblée comme, 
jadis, s'était rassemblée la terre. Elle vit, elle se concentre 
dans l'armée. Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de faire 
l'éloge de l'armée russe ; mais comme il est émouvant de 
' la contempler ! — Nous voici sur la chaussée de Mitau en 
hiver. Il neige. Les Allemands sont tout près, dans ces 
tanières où leur Kultur nous a ramenés. Près de l'isba où 
1 etat-major travaille, entre les arbres, une compagnie s'est 
alignée : jeunes hommes à la fois doux et forts comme ceux 
que nous avons récemment acclamés dans nos gares. Sur 
une table recouverte d'une nappe blanche, la croix et l'Evan- 
gile, symboles de la bonté et de l'esprit de sacrifice même 
pour des incroyants. Deux petites icônes. Les recrues vont 
prêter serment. Le colonel parle, de cette façon énergique 
et paternelle à la fois qui marque la manière du chef russe. 
Les obus sifflent. Les flocons tombent. Les chers petits 
soldats ont la joue toute fleurie de neige et leur cœur, j'ima- 
gine, est tout aussi frais que leurs joues. Le prêtre parle 
aussi ; et, sur le seuil de la vieille forêt tutélaire, les hommes, 
la main levée, prêtent avec lenteur le serment. MM. Goutchkof 
et Kroupensky sont là, porteurs du salut de toute la terre 
russe. Ce n'est point le mélodrame allemand avec son mauvais 
goût effroyable, plus redoutable encore que les obus ; ce 
n'est pas l'appel grotesque au vieux Dieu des boucheries. 
Ce sont des âmes qui, sincèrement, se rapprochent et se 
recueillent ; ce sont des hommes qui viennent offrir leur vie 
à la terre, à l'avenir qu'ils ne verront sans doute pas ; et, 
quand, tout à l'heure, il faudra mourir, ces beaux soldats 
héroïques et ingénus se jetteront à corps perdu sur la bête 
allemande dont les yeux mentent, dont le cœur ment. Ce 
sont des sauvages, écrit le professeur allemand de qui toute 



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L'EFFORT RUSSE 



la science est au service du crime. Je dis, moi, Français : ce 
sont des hommes, droits, jeunes, tendres et forts ; et je les 
aime de tout mon cœur. 

Entre eux et nous, quelles affinités ! Sur nos troupes 
courent les flammes de la Marseillaise ; sur les vôtres, amis . 
russes, l'hymne national s'élève comme un encens. Mais, 
ici et là, il y a du cœur et c'est, n'en déplaise à l'Assassin de 
Berlin, le cœur qui fait les grandes armées comme les grands 
pays. Dès qu'ils se rencontrent, vos soldats et les nôtres, 
comme ils se reconnaissent ! Puis- je vous en citer un exemple? 
Je lisais naguère le Journal d'un simple soldat, de mon jeune 
ami Gaston Riou, qui fut prisonnier en Allemagne. La scène 
que je veux vous citer se passe dans une forteresse. Des 
soldats russes doivent rejoindre les Français. Les Allemands 
tentent, par avance, de semer entre eux la haine et 1 esprit 
de division. Voici les Russes qui arrivent. Je lis : 

« Ils ont défilé... La nuit venait. La couleur morte des 
uniformes glissait dans le crépuscule. Le silence était absolu... 
Toutes les Russies passaient. Nous regardions. L'on eût dit 
un songe des neiges. Le pont franchi, ils s'engouffraient dans 
le fort. 

« Dedans, au scandale de nos maîtres, ç'a été l'ordre 
français. Malgré la consigne à la chambre, les « Françous » 
s'entassaient sur le pas des portes pour saluer les « petits 
pères ». « Bonjour, Rouski, criaient-ils, sans souci des Boches. 
Germania Kaput ! Les Karpathes, floup ! » 

« Les Russes n'avançaient guère... Chaque porte était 
une embûche ; chaque Français une entrave. Les cigares et 
les gâteaux pleuvaient sur eux. Et les poignées de main, et 
les bourrades sympathiques ! 

« C'est les Allemands qui riaient jaune. Ils avaient 
escompté la guerre. C'était l'amour. Jusqu'à neuf heures, 
le remue-ménage fut incroyable. Chaque chambrée traitait 
« ses bleus ». Les chambres pauvres offraient des croûtons 
blancs, boulangés en Saintonge ou en 'Basse-Bretagne. Dans, 
les chambres aisées, on cuisait du chocolat aux biscottes... 
Assis sur leurs paillasses pliées en deux, nos alliés digéraient 
les envois des mamans de France... 

« Cette abondance, cette fraternité les grisaient. Emer- 



' L'EFFORT RUSSE 13 



.veillés et muets, ignorant notre langue comme nous igno- 
rions la leur, ne pouvant témoigner autrement leur recon- 
naissance, ils nous baisaient à tout propos, ils se répandaient 
devant nous en prosternements comme au pied de leurs 
icônes. » 

Ces petits faits en disent plus long que tous les raisonne- 
ments, sur l'affinité souvent constatée du soldat français et 
au soldat russe. Ils ont, tous les deux, de lame. Certes, dans 
la bataille, le soldat russe fait son travail sans faiblir. On l'a 
bien vu, une fois de plus, pendant ces deux rudes années de 
guerre, en Prusse orientale, en Pologne, en Galicie. La cam- 
pagne des Carpathes qui fut si glorieuse est pleine d'épisodes 
merveilleux. On citera plus tard des incidents spécialement 
héroïques, tels que la prise de Kemmern, au mois de novembre 
dernier. Sous la neige si familière au soldat russe, à travers 
les marais gonflés d'eau, en face de petites éminences toutes 
•garnies de mitrailleuses, les troupes ont lutté pendant six 
jours sans interruption ; le sixième jour, elles ont attaqué, 
avançant dans l'eau qui leur montait jusqu'à la ceinture. Sur 
le front russe comme sur le nôtre, les Allemands ont mul- 
tiplié les combats de nuit. Petrof, dans le Rouskpe Slovo, nous 
raconte ces assauts tragiques, la préparation de l'ennemi et 
son approche dans les ténèbres, puis soudain la ligne de 
combat tout illuminée ; sur les ambulances automobiles, sur 
les fourgons de munitions qui suivent l'attaque, des torches 
de résine s'enflammant et formant des taches de feu ; les 
cyclistes sautant de leurs machines tout près des tranchées 
russes et, suivant l'expression même de Petrof, « se déversant, 
se répandant le long des lignes comme l'eau qui coule du 
goulot d'une bouteille » ; l'arrivée incessante de nouvelles 
machines et de nouvelles mitrailleuses. Le soldat russe a eu 
durement à souffrir de la technique et de la mécanique alle- 
mandes. Dans les circonstances les plus tragiques, son 
courage ne s'est pas démenti. L'histoire dira certainement 
un jour de quel esprit de sacrifice il a fait preuve lorsqu'il a 
dû, pour un temps, céder devant cette usine en marche 
qu'était l'armée allemande, pendant le tragique été de 1915. 

Le chef vaut le soldat par le courage. Et ce m'est ici 
l'occasion d'exprimer l'ad miration de la France tout entière 



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L'EFFORT RUSSE 



»pour le grand général qui a opposé aux difficultés effroyables ; 
■des circonstances les ressources d'un génie militaire incon- 
testable : j'ai nommé le grand-duc Nicolas. On peut le dire 
dès maintenant, sans même juger le reste de son œuvre : la 
campagne d'Arménie, qui se poursuit chaque jour, deviendr B 
plus tard classique. Elle marque un esprit remarquable de 
décision, un accord toujours rigoureux entre la conception 
et l'exécution. Rappelons-nous la situation de 1 Arménie en 
septembre 1915 ! Dans les vilayets de Siwas, d'Erzeroum 
et de Trébizonde, le massacre ne cessait pas ; ceux qui vou- 
laient échapper à la mort devaient s'enfuir à travers le désert 
de Mésopotamie. La campagne d'extermination menée par 
les Turcs avait été spécialement cruelle sur les bords du lac 
de Van, dans cette haute région si pittoresque avec ses jar- 
dins, ses doux vergers, ses eaux. Les Arméniens, affolés, 
roulaient en torrents vers les frontières russes ; la rencontre 
des soldats du tsar ne suffisait pas à les rassurer. Ils fuyaient 
éperdument, chargeant sur des chariots les traînards et les 
malades, ne s'arrêtant que pour déposer leurs morts. Le 
Kurde féroce se croyait, désormais, le maître ; l'Arménie, 
dans l'épouvante, avait perdu tout espoir. 

Le grand-duc surgit. Sa campagne d'Arménie et de 
Perse a été préparée et menée avec une magnifique énergie. 
Rien n'était plus embrouillé que la situation en Perse ; un 
aventurier suédois, le major Demar, tenait en échec le gou- 
vernement et se préparait à souder les détachements 
persans aux forces turques. Rendez- vous était pris à Hama- 
dan. Les Russes occupent Hamadan ; violemment, ils pren- 
nent Erzeroum et Bitlis ; demain, ils coopéreront avec les 
Anglais sous Bagdad. Aujourd'hui, Trébizonde est russe. 
Les Turcs ont dû quitter la ville plus que vieille où flotte 
un si étrange parfum de fruits, de tabac et d'épices. Le 
pavillon blanc à la croix de Saint-André bleue veille désormais 
sur la rade qu'emplissaient jadis les barques de Rome. 
Vaincue sur la mer, vaincue dans sa montagne, Trébizonde, 
après cinq siècles, échappe au sultanat de Constantinople. 
Et, sur le reste du front arménien, l'avance russe se poursuit 
toujours. L'armée russe a pu avoir ses revers ; mais on 1 a 
vue déjà conquérir la Prusse orientale et la Galicie ; on la voit 



L'EFFORT RUSSE 1 5 



occuper l'Arménie. N est-il pas permis (1) de concevoir toutes 
les espérances pour le temps où cette force renouvelée, sans 
cesse accrue, sans cesse pourvue, se déchaînera contre le 
hideux provocateur? Puissions-nous avoir nous-mêmes la 
force d'attendre, dans une souffrance laborieuse, ce jour 
qui vengera les mauvais jours, cette heure bienheureuse vers 
laquelle toutes nos volontés demeurent tendues ! 

* 
* * 

Le C'est qu'en effet, Mesdames et Mes- 

- - Tsar - - si eurs . dans un drame de cette ampleur et 
de cette conséquence, l'effort des nations 
elles-mêmes doit soutenir à tout moment l'héroïque élan 
des armées. La Russie, comme la France, l'a compris et, 
par quelques exemples, j'ai dessein de vous le prouver. 

Entre l'armée qui combat et la nation qui travaille, la 
fusion s'accomplit tout d'abord dans la personne auguste 
du tsar. Des récits, qui sont venus jusqu'à nous et qui nous 
'ont passionnés, nous l'ont montré, installé soùs sa tente, dès 
l'hiver dernier, en une des villes de la Russie blanche. La 
tente est, en réalité, une petite maison. L'empereur 
y vit dans deux pièces du premier étage dont l'une est 
le bureau, l'autre la chambre à coucher. Quelques hauts 
fonctionnaires demeurent près de lui, dans la même simpli- 
cité. Un petit jardin cerne la maison. Chaque matin, — les 
choses, du moins, se passaient ainsi au mois de novembre 
1915, — un peu après neuf heures, l'Empereur, en chemise 
russe retenue par une ceinture de cuir, chaussé de hautes 
bottes, se rend à l'état-major. Il examine les rapports par- 
venus du front au cours de la nuit. Il travaille là toute la 
matinée avec ses généraux. Vers midi, il rentre dans sa petite 
maison ; après le déjeuner, fort simple, il reprend son labeur. 
Le général auquel j'emprunte ces quelques notes l'appelle 
« l'ouvrier impérial ». On imagine les pensées, les préoccu- 
pations, les sentiments qui ont pu, durant ces deux longues 



(l) Cette conférence dont nous avons tenu à respecter le texte est antérieure 
à la magnifique offensive de Volhynie et de Galicie. 



16 L'EFFORT RUSSE 



années, assaillir le chef responsable de l'immense Empire r 
Les difficultés ne lui ont pas manqué, ni peut-être les décèp- ) 
tions ou les angoisses ou les surprises. Mais, de toute façon, 
il est une justice que l'histoire devra rendre au tsar, c'est 
qu'à travers toutes les complications, toutes les vicissitudes, 
toutes les manœuvres perfides de l'ennemi, il a mis son 
honneur et toute sa conscience à défendre le sentiment 
national sous sa forme la plus pure et la plus indépendante. 
A tout moment, il a personnifié l'âme nationale et, au dehors 
comme au dedans, il l'a protégée avec une loyauté vigoureuse 
qui commande l'admiration et qui impose le respect. 

- L'union - Ce noble exemple a été suivi. Non pas 
Russe - - certes qu'il n'existe en Russie des opinions • 
différentes ou même peut-être des intérêts 
différents. Ce n'est pas nous, Français, si exigeants sur le 
chapitre de la liberté de pensée, de la liberté indivi- 
duelle, de la liberté politique, ce n'est pas nous qui pourrions 
être étonnés d'apprendre qu'une Russie en pleine croissance 
enferme des sentiments variés, des idées souvent divergentes, 
même des tendances opposées. Quoi qu'en disent nos com- 
muns ennemis, il y a beaucoup plus d'indépendance de 
pensée en Russie qu'en Allemagne. Mais (et j'entends vous 
le montrer), ces opinions, jusque dans leur variété et leur 
opposition, se rencontrent toutes dans l'affirmation du même 
devoir qui est le devoir national, de la même volonté qui est 
la volonté de vaincre. Elles ont adopté d'un même cœur cette 
formule à chaque instant répétée : Tout pour la guerre.^ 

C'est dans ce sens que se déclarait, au mois d octobre 
dernier, l'assemblée extraordinaire de la noblesse moscovite. 
« Le peuple, a-t-elle proclamé, doit se fondre dans un travail 
commun au nom d'un but unique : la victoire complète sur 
l'ennemi. » 

C'est dans ce sens que se prononçait le Congrès de 
l'Union des Villes. Les journaux nous ont apporté le texte 
d'un éloquent discours prononcé devant cette assemblée. 
« La Russie, disait l'orateur, n'a pas encore connu d'ennemi 
qui l'ait brisée. Bien des malheurs sont passés sur les têtes 



/ ■ 

L'EFFORT RUSSE 17 



de nos ancêtres. Notre Patrie a supporté bien des pénibles 
épreuves ; mais chaque guerre l'a rendue plus forte et 1 a 
avancée sur la route du progrès... Nous avons devant nous 
un pays libre qui enfante dans la douleur... Toute notre volonté 
ne tend qu'à un but : la victoire sur l'ennemi. Et, pour cela, 
il faut que toutes les forces soient unies, organisées ; alors 
seulement la Russie sera indestructible. C'est une telle réso- 
lution, unique, unanime, obligatoire, que doit rapporter 
notre Congrès ; la forme de la résolution est secondaire. Le 
principal, c'est que nous soyons unis, que personne, aucun 
ennemi, avéré ou caché, ne réussisse de nouveau à disperser 
et à briser les forces de la Grande Russie. » Qui donc pro- 
nonçait de si fermes paroles? Je crois bien, Mesdames et 
Messieurs, que c'est M. le député Chingaref, notre hôte 
d'aujourd'hui ! 

C'est dans ce sens qu'a parlé, à maintes reprises, M. le 
député Milioukov, qui, d'ailleurs, historien, professeur, 
journaliste, largement informé de tout ce qui se passe d'essen- 
tiel dans le monde des faits comme dans le monde de la 
pensée, adonné à notre pays tant de preuves de son affection. 

C'est dans ce sens que s'est affirmé, au mois d'octobre 
1915, au lendemain d'épreuves si dures pour la Russie, le 
Congrès des Zemstvos ; je cite quelques passages de sa 
résolution : « A l'heure menaçante de l'épreuve populaire, 
nous, fondés de pouvoirs des Zemstvos provinciales, nous 
conservons une foi inébranlable dans la force et dans le 
courage de notre vaillante armée ; nous comptons fermement 
sur la victoire finale avant laquelle il ne peut et il ne doit pas 
être question de paix. Pénétrés de la conscience d'une grande 
responsabilité devant la Patrie qui doit réunir tous ses enfants, 
nous continuerons et développerons notre travail avec la 
même ardeur pour le profit de l'armée. » La résolution du 
Congrès de l'Union des Villes est du même ordre et du 
même ton. 

L'Allemagne, l'Autriche et la Turquie ont essayé de 
lancer contre l'union russe quelques révolutionnaires de la 
veille. Grégoire Alexinsky nous a raconté ces démarches, qui 
étaient prévues dans une note secrète de l'état-major alle- 
mand. Elles ont eu lieu tantôt à Genève, tantôt à Lemberg 



18 



L'EFFORT RUSSE 



et même à Constantinople où séjournaient, avant la guerre, 
beaucoup d'Ukrainiens et de Géorgiens. Faut-il le dire? 
Aucune de ces infamies n a réussi. 

Parmi tant de documents qui nous prouvent l'union du 
peuple russe dans sa volonté de travail pour la victoire, je 
vous demande la permission d'en citer un plus spécialement 
parce qu'il m'a beaucoup frappé, provenant d'un parti 
populaire qui s'adresse à la classe ouvrière et paysanne. H 
a paru dans la presse russe des premiers jours d'octobre 1915 : 
« Nous qui signons cet appel, dit le manifeste, nous appar- 
tenons à différentes directions de la pensée populaire russe. 
Nous sommes d'un avis différent sur beaucoup de points. 
Mais nous sommes absolument d'accord sur cette idée que 
la défaite de la Russie dans sa lutte avec l'Allemagne serait 
aussi sa défaite dans la lutte pour la Liberté. Et nous pensons 
que, guidés par cette conviction, nos partisans en Russie 
devraient se grouper au service du peuple, à l'heure du 
danger mortel qu'il traverse. Nous nous adressons aux 
ouvriers conscients, aux paysans, aux artisans, aux employés, 
en un mot à tous ceux qui mangent leur pain à la sueur de 
leur front et qui, souffrant de moyens matériels, cherchent 
à obtenir un meilleur avenir pour eux, pour leurs enfants, 
pour leurs pères. Nous leur envoyons notre salut ardent et 
nous leur demandons de nous écouter à cette heure fatale 
où, après s'être emparé des forteresses de l'ouest de la Russie, 
l'ennemi a occupé une importante partie de son territoire et 
menace Kiev, Petrograd, Moscou, c'est-à-dire les centres 
les plus importants de la vie sociale russe. » 

N'est-elle pas émouvante, cette adjuration conçue en 
termes si simples, si directs, si précis? Tout l'appel est de 
la même inspiration. Il ne se borne pas à persuader ; il 
discute. Il évoque les souffrances que nous avons endurées 
après la guerre de 1870. Ecoutez encore ce passage : « Quand 
les Prussiens ont assiégé Paris et que les produits de première 
nécessité sont parvenus à un prix inabordable, il va de soi 
que les pauvres ont beaucoup plus souffert que les riches. 
Il en a été de même quand l'Allemagne a exigé de la France 
vaincue 5 milliards d'indemnité de guerre. Qui les a payés 
en fin de compte? Ce sont toujours les pauvres puisque, 



il* 

L'EFFORT RUSSE 19 

pour payer cette contribution, on a augmenté les impôts 
indirects dont le poids retombe presque entièrement, comme 
on le sait, sur les basses classes. Mais cela n'est rien. La 
conséquence la plus funeste pour la France a été le ralentisse- 
ment de son développement économique. En d'autres termes, 
la défaite de la France a eu la plus déplorable répercussion 
sur les intérêts de son peuple et, encore plus, sur tout son 
"développement postérieur. » 

Voilà le langage que l'on parle au peuple ouvrier et 
paysan de Russie. En est-il de plus beau? Et les raisonnements 
se succèdent, enchaînés logiquement, irréfutables ; il n'y a 
rien de plus vigoureux dans les grands appels au peuple de 
nos époques héroïques. La Russie se soutient dans son 
ardeur guerrière non seulement par la puissance de ses ins- 
tincts mais par une conviction raisonnée qu'il serait injuste 
de méconnaître. Aussi le peuple russe a-t-il apporté au gou- 
vernement un concours vigoureux. Au mois de janvier 1916, 
l'union des Zemstvos avait créé plus de deux cents hôpitaux, 
de nombreux sanatoria pour les tuberculeux, des détache- 
ments sanitaires ; elle a soutenu les émigrés. Elle a contribué 
à la préparation des munitions. A l'heure présente, les diverses 
forces sociales continuent à déployer la plus grande énergie. 
Petrograd vient d'avoir son congrès de l'industrie de guerre. 
Un récent discours du prince Lvov a provoqué dans toute 
la Russie un légitime enthousiasme. Les Zemstvos viennent 
à nouveau de voter un ordre du jour où je relève cette phrase 
qui résume la pensée commune : « La guerre doit être menée 
jusqu au bout ». Ainsi, comme l'armée, le peuple russe colla- 
bore de toute son âme à l'action libératrice. Et ceux qui 
suivent, d'année en année, les progrès de la Russie, ceux qui 
l'aiment, ceux qui croient à son magnifique avenir, ceux-là 
ne peuvent pas se refuser à constater l'enrichissement pro- 
digieux que cette crise terrible a provoqué dans les ressources 
de ce peuple si peu connu, et souvent même si grossièrement 
défini, si injustement apprécié. 



20 



L'EFFORT RUSSE 



- La Russie - Je voudrais pouvoir vous montrer qu'un 
-au travail- auss i remarquable effort, s'il ne va pas, 
assurément sans incidents ou même sans 
secousses, n'a pas altéré la vie profonde, le force essen- 
tielle de la Russie. L'effort, il est immense. Un histo- 
rien français, dont vous connaissez l'autorité, M. Ernest 
Denis, écrivait récemment : « Je ne crois pas, pour ma part, 
que l'histoire offre de spectacle plus magnifique et rien n'est 
mieux fait pour nous remplir d'admiration et de sympathie 
pour le peuple russe que l'effort qu'il a fourni depuis le mois 
d'août 1914. Rien non plus ne saurait nous inspirer plus de 
confiance dans une victoire complète et durable que le 
tableau splendide du relèvement progressif de ce géant qui, 
d'un vigoureux coup de reins, s'est débarrassé des liens dans 
lesquels l'avait garrotté son adversaire et qui, rassemblant 
peu à peu ses forces, triomphant de toutes les défaillances, 
soufflant son indomptable résolution à ses chefs, se dresse 
aujourd'hui dans son impériale majesté et dans la plénitude 
de ses forces inépuisables. » (1). 

On ne saurait mieux dire. Mais, en même temps qu'elle 
consacre le meilleur de ses forces à soutenir son armée, la 
Russie songe aussi à préparer son avenir. La guerre lui a créé 
des difficultés économiques ; elle a connu le renchérissement 
des prix sur le sucre, sur la viande ; mais, dans l'ensemble, 
sa situation demeure plus que satisfaisante.Grégoire Alexinsky 
nous raconte, dans son livre sur la Russie et la guerre, comment 
les assemblées communales, les mirskié skhody ont aidé les 
familles rurales dont les membres étaient partis pour l'armée. 
En beaucoup d'endroits, c'est la commune, le mir qui a 
terminé les travaux, procédé aux semailles d'automne, dis- 
tribué du bois, engrangé le blé. Dans le gouvernement d'Oufa, 
les habitants de quarante-trois villages russes et bachkirs 
ont fondé une fraternité pour aider les familles des soldats. 
Dans un canton du gouvernement de Poltava, les paysans 
non appelés se rassemblèrent, un jour convenu, dans les 



(1) La nation tchèque, n° du 15 mars 1916. Sur la situation économique de la 
Russie, voir Alexinsky, La Russie moderne, Paris, Flammarion. — Machat, Développe' 
ment économique de la Russie, Paris, Colin, 1902. — Kovalevsky. La Russie à la fin du 
XIX e siècle, Paris, Guillaumin, 1900. 



L'EFFORT RUSSE 21 

- 

champs des mobilisés et terminèrent tous les travaux. A 
Alexandrovka, le skfiod décide que les habitants quitteront 
leurs labeurs pour achever d'abord ceux des réservistes. 
L'union régionale des coopératives de Kouban fonde des 
groupes spéciaux de tuteurs pour les ménages privés de bras. 
On trouverait d'innombrables exemples de cette admirable 
fraternité. 

Nous avons suivi avec intérêt les travaux du Comité 
russe d'exportation qui recherche les moyens d'assurer aux 
marchandises russes un débouché direct sur les marchés 
européens sans avoir recours à des intermédiaires et qui 
voudrait voir remplacer l'exportation des matières à l'état 
brut en les remplaçant par des produits manufacturés. Le 
même comité réclame le développement du réseau des voies 
ferrées et des communications fluviales, en insistant sur la 
nécessité de créer des ports francs sur la mer Noire et en 
Sibérie. Le ministre de l'agriculture vient de solliciter 
d'importants crédits pour améliorer la culture et, si je ne me 
trompe, cette grave question a fait le sujet, tout récemment, 
dune discussion très importante à la Douma. La Russie 
voudra, sans aucun doute, se libérer de l'influence que les 
Allemands avaient prise sur son industrie et son commerce. 
Et, par exemple, les Allemands avaient monopolisé le com- 
merce des graines ; une dizaine de jardins spéciaux viennent 
d'être organisés pour remédier aux conséquences fâcheuses 
de cet accaparement par l'étranger. On nous annonçait même 
tout dernièrement qu'un conseil supérieur avait été 
créé pour s'occuper de la situation économique de la Russie ; 
vous le voyez : le progrès est partout. 

Je note, avec plaisir, que le président de ce comité, 
M. Pokroysky, contrôleur général de l'Empire, a déclaré 
vouloir agir en plein accord avec les Alliés. Je constate avec 
satisfaction que l'opinion publique russe s'intéresse de plus 
en plus à l'accord économique entre les Alliés qui doit 
survivre à l'accord militaire. Cette entente, écrivait M. Timi- 
riaziev, est indispensable « Le poing ganté de fer du mili- 
tarisme allemand sera brisé sur les champs de bataille ; 
mais, après la guerre, il faudra un effort continu de la part 
de la Russie et de ses Alliés pour arriver à triompher de la 



22 



L'EFFORT RUSSE 



prépondérance économique de l'Allemagne. » Et, pour sou- \ 
tenir la même thèse, M. Ivan Ozeroff, membre de la Haute 
Chambre russe, professeur à l'Université et à l'Institut des 
Hautes Sciences Commerciales de Moscou, vient de publier 
un ouvrage que je vous recommande sur les Problèmes écono- 
miques et financiers de la Russie moderne. 

Ce sont là, Mesdames et Messieurs, des questions de 
la plus haute importance et je vous demande la permission 
d y insister au moins un instant. Il est indispensable que, dès 
maintenant, la France et la Russie se préparent à développer' 
leurs relations économiques après la guerre. La Russie vient 
de connaître, au cours des vingt dernières années, un essor 
prodigieux. Elle a bénéficié « des trois grandes réformes qui 
illustreront son histoire économique : l'abolition du servage, 
— la réforme agraire de 1906, — la suppression de l'al- 
cool (1) ». Je vous épargne les chiffres qui sont saisissants ; 
mais je veux cependant vous en donner et vous prier d'en 
retenir quelques-uns qui sont vraiment dramatiques. Les 
importations totales qui, en 1903, étaient de 681 millions de 
roubles, passent, en 1909, à 906 millions, pour arriver, en 
1913, à 1.374 millions de roubles. Sur ces 1.374 millions de 
roubles, l'Allemagne importe 652 millions, la France 57 mil- 
lions. En termes plus simples, l'Allemagne a fourni 50 0/0 
des besoins de la Russie, la France 4 pour 100. 

Réfléchissez à ce contraste. Il vous expliquera bien des 
faits, bien des influences, bien des drames que je ne veux pas 
évoquer. A tout prix, cette situation doit cesser, si nous 
voulons qu'à l'alliance politique succède l'entente écono- 
mique seule capable de la faire durer et de la féconder. Ce 
ne sont pas là des statistiques insignifiantes ; ce sont des 
vérités dominantes. Jeunes gens de France, il vous faudra 
aller en Russie. Pour vous préparer à y voyager utilement, il 
vous faut apprendre la langue russe. Je voudrais bien que 
l'on comprît, chez nous, l'importance de cet enseignement. 
Pour vous, amis Russes, je sais que vous avez constaté comme 
nous les difficultés de l'entente économique ; je sais que la 



(I) Louis Pradel. Développement des relations commerciales avec la Russie. 



L'EFFORT RUSSE 23 



Russie est légitimement jalouse de toutes les formes de sa 
souveraineté. Mais, comme l'a dit M. Viviani, avec beaucoup 
d'intelligence, ce que nous voulons, c'est « une entente assez 
souple pour laisser à chaque pays l'autonomie qui découle 
de cette souveraineté et assez forte pour les empêcher de 
redevenir des tributaires des empires centraux ». Préparer 
cet accord, c'est l'œuvre des élites pensantes et je suis bien 
Sûr que nos hôtes d'aujourd'hui accepteront de travailler 
avec nous de plein cœur à définir ce statut qui doit fournir 
à notre alliance une force nouvelle et des garanties profondes. 

* 
* * 

L'âaie -- Mesdames et Messieurs, je m'excuse 

Russe -- ^ e vous avo * r P aru tro P long peut être ou 
trop sévère. Mais, est-il un sujet plus vaste 
que celui-ci? Dans le temps présent, la parole n'est 
tolérable que si elle agit, elle aussi. J'ai tenté de vous 
résumer, en quelques traits, cette histoire émouvante que 
l'avenir analysera et commentera avec admiration. Dès 
maintenant, vous pourrez la trouver racontée ailleurs et, 
par exemple, dans l'ouvrage remarquable de Grégoire 
Alexinsky. Mais il était bon que ce rapide aperçu fût tenté 
par un Français pour montrer à nos amis et alliés que nous 
essayons de les suivre, de les aider et de les comprendre. 

Concentrons donc une dernière fois notre pensée pour 
l'élever vers cette grande et forte Russie qui lutte et souffre 
avec nous pour une victoire sans laquelle, avec l'avenir de 
nos deux peuples, l'avenir de toute l'Europe serait com- 
promis. Au dessus de toutes les difficultés, au-dessus de tous 
les périls, elle se dresse, elle apparaît aux yeux de qui sait 
voir comme un être moral admirable. Toutes ses crises ont 
été pour elle l'occasion d'un progrès et d'une croissance, 
ainsi que M. Milioukov nous l'a, maintes fois, démontré (1). 
Elle n'a épuisé jusqu'à ce jour ni les ressources d'un sol 
immense, ni les ressources d'une âme, peut-être encore 



(1) Voir, en particulier, La Crise Russe, traduite par Mme Marie Petite, Paris, 
Librairie universelle, 33, rue de Provence. 



24 



ORT RUSSE 



moins fixée que la nôtre mais souple, apte à tout sentir et 
à tout comprendre, et, suivant une célèbre définition de 
Dostoïevsky, toute chargée d'humanité. Il y a, dans Tarasse 
Boulba, de Gogol, une page qui me revient souvent en 
mémoire. C'est une description magnifique des steppes. La 
nature apparaît là comme un océan vert et or, parsemé de 
millions de fleurs. Au-dessus des tiges frêles de l'herbe, 
percent les corolles bleues, les genêts, les trèfles blancs, les 
épis. Des perdrix courent çà et là, le cou dressé ; mille voix 
d'oiseaux emplissent l'air, tandis qu'immobiles et pareils 
à une nuée, des vautours, ailes étendues, fixent sur le sol 
l'immobilité de leurs yeux. Au loin, sur quelque lac, glissent 
des oies sauvages. Et, tout à coup, des profondeurs de l'herbe, 
une mouette s'envole à grands coups mesurés ; elle s'envole 
et se baigne avec volupté dans les vagues limpides de l'air ; 
elle s'élève, elle s élève encore et les yeux la perdent de vue 
Jusqu'à ce que, satisfaite de son extase, elle revienne se poser 
sur le sol. 

Ainsi m'apparaît l'âme russe, dans ses alternatives de 
réalisme et d'élan. Mais, si loin qu'elle s'écarte ou si haut 
qu'elle s'élève, elle revient toujours à la terre, à la terre russe. 
Cet amour du sol national qui fait l'unité profonde de la 
Russie, jamais il ne s'est mieux manifesté, jamais il n'a 
inspiré plus d'héroïsme ou de froide résolution que dans 
ces rouges années de la guerre. J'ai tenté de vous le montrer. 
Aux deux extrémités de l'Europe, la France et la Russie 
représentent l'une et l'autre, chacune à sa manière, ce qu'il 
y a de plus ardemment généreux dans l'humanité. L'Alle- 
magne, qui aime la haine, qui cultive la haine, qui se com- 
plaît dans la haine, a tenté en vain de la séparer. La guerre 
actuelle consacrera et fortifiera l'union de nos deux nations 
et de nos deux races. Nous voici désormais frères par le 
sang et c'est de tout mon cœur de Français que je lance 
ce cri en espérant qu'il volera par-dessus les champs de 
bataille jusqu'au cœur même du peuple ami : Mesdames et 
Messieurs, Vive la Russie ! 



APPENDICE 



--- La --- Le jeudi 25 mai, à quatre heures et demie, 
manifesta- a eu lieu, au Grand Amphithéâtre de la Sor- 
tion Franco- bonne, la première des manifestations solen- 
- - Russe - - ne H es organisées à Paris par le Comité Y Ef- 
fort de la France et de ses Alliés. Elle était 
consacrée à la Russie dont le Comité désirait faire ap- 
précier le persévérant et magnifique effort. 

M. Paul Doumer, sénateur, ancien ministre, présidait, 
assisté de S. Exc. M. Isvolsky, ambassadeur de Russie, de 
M. Stephen Pichon, sénateur, ancien ministre des Affaires 
étrangères et Président du Comité, de M. Protopopov, vice- 
président de la Douma, et des membres de la délégation 
russe du Conseil de l'Empire et de la Douma. 

Mme Raymond Poincaré avait bien voulu accepter 
l'invitation du Comité et M. le Président de la République 
avait tenu à se faire représenter par un officier de sa Maison 
militaire. 

Etaient en outre présents : LL. EExc. MM. Tittoni, 
ambassadeur d'Italie et Matsui, ambassadeur du Japon ; 
MM. Vesnitch, ministre plénipotentiaire de Serbie ; le baron 
Guillaume, ministre plénipotentiaire de Belgique ; Joao 
Chagas, ministre plénipotentiaire de Portugal ; des représen- 
tants de la Grande-Bretagne, les Ministres de Perse et de 
Chine, le personnel de l'Ambassade de Russie et de diverses 
légations, M. Louis Barthou, député, ancien Président du 
Conseil ; MM. Georges Leygues, Albert Lebrun, Charles 
Chaumet, députés, anciens ministres ; Jean Morel, sénateur, 
et André Lebon, anciens ministres ; le général Florentin, 
Grand Chancelier de la Légion d'honneur; le général 
Dubail, Gouverneur militaire de Paris ; M. Liard, vice- 
recteur de l'Académie de Paris ; M. Boutroux, de l'Académie 
Française, Président du Comité Franco-Britannique ; 



26 



MM. Franklin Bouillon et Fournol, président et secrétaire 
général du Comité interparlementaire. Tous les membres 
du Comité occupaient les places de l'estrade ainsi que d'émi- 
nentes personnalités appartenant au monde du Parlement, 
des Académies, des Sciences, des Lettres, des Arts, du Com- 
merce et de l'Industrie. 

Les représentants les plus autorisés de la presse fran- 
çaise et de la presse étrangère étaient venus en grand nombre. 

Toute la colonie russe était présente. 

Le grand amphithéâtre de la Sorbonne était rempli par 
une foule considérable où l'on remarquait plusieurs centaines 
d'élèves des lycées et écoles diverses de la Ville de Paris j 
auxquels des tribunes avaient été réservées, conformément 
au désir du Comité, désireux d'enseigner à la jeunesse 
française le culte du souvenir. 



L'EFFORT RUSSE 



27 



- Discours - Mesdames, Messieurs, 
de M. Paul 

n Le Comité à qui nous devons cette bril- 

- Douraer - , , , i» i 

lante cérémonie se propose d organiser, dans 

les principales villes de notre pays, des conférences faites 
particulièrement pour la jeunesse de nos écoles et qui feront 
connaître l'effort, qui a été fait par la France et par les 
nations alliées, pour soutenir cette guerre et la mener à sa 
fin victorieuse. 

Le Comité donne aujourd'hui sa première conférence. 
D'heureuses circonstances lui ont permis de la faire coïncider 
avec les manifestations auxquelles notre pays se livre si 
chaleureusement en faveur de l'amitié et de l'union franco- 
russe. (Applaudissements.) 

Je salue en effet ici, M. Isvolsky, l'ambassadeur du 
grand empire russe (Applaudissements) et ses collaborateurs. 
Et, avec ces hôtes permanents de notre pays, je suis heureux 
de saluer aussi, en votre nom, les représentants des deux 
assemblées législatives de la Russie, le Conseil de l'Empire 
et la Douma. (Vif s applaudissements. Cris de : Vive la Russieï) 

Ils sont partout, chez nous, les bienvenus. Ils rapporte- 
ront dans leur pays, qui est devenu lointain par la distance, 
du fait de la guerre, mais qui est plus près que jamais de 
notre cœur (Applaudissements), cette impression que la 
France n'a qu'une âme et que cette âme, elle est toute]! à 
la Russie. Ils lui diront que, si notre pays est uni au leur 
depuis longtemps par l'amitié, les aspirations et l'intérêt 
communs, aujourd'hui la France est liée à la Russie par des 
liens indissolubles qui ont été formés par le sang de nos 
héroïques soldats et des soldats russes, combattant sur les 
deux fronts pour la même cause. (Applaudissements.) 

Je dois aussi saluer ceux de nos alliés qui sont présents, 
M. l'ambassadeur d'Italie, dont l'armée se bat si glorieuse- 
ment (Vifs applaudissements), M. l'ambassadeur du Japon 
(Applaudissements), M. le ministre de Serbie (Applaudisse- 
ments), M. le ministre de Belgique (Applaudissements et 
bravos), les représentants de notre grande alliée, l'Angle- 
terre. (Applaudissements.) 



28 



L'EFFORT RUSSE 



Le maître orateur qu'est M. Herriot, a eu un public 
digne de son grand talent. 

Je n'ai pas à remercier M. Herriot de ses éloquentes 
paroles ; vous l'avez fait déjà. Je lui dis simplement au nom 
de tous les Français : « Nous sommes fiers de notre inter- 
prète. » (Applaudissements.) 

Il a dit tout ce que vous pouviez désirer entendre ; il 
n'y a rien à ajouter. 

Je voudrais cependant rappeler ici le souvenir d'un des 
plus nobles enfants de la France, d'un de ses plus vaillants 
soldats, à l'heure où, hélas! il va disparaître, j'ai nommé le 
général Gallieni. (Exclamations.) 

Je voudrais, pensant à lui, saluer à mon tour les efforts 
de l'armée russe qui, dans cette guerre, a fait des prodiges. 
Elle a été glorieuse dans les grandes victoires qu'elle a rem- 
portées en Prusse orientale, en Galicie, sur les Carpathes et 
en Pologne ; elle a été glorieuse même lorsque sous un oura- 
gan de fer et de feu, elle a lutté avec ses moyens industriels 
réduits contre la plus formidable puissance du mal qui ait 
jamais existé. 

Les Allemands s'étaient préparés depuis plus de qua- 
rante ans. Depuis 191 1 surtout.ils multipliaient leurs matériels, 
leurs bataillons, leurs batteries. Ils avaient conçu le projet de 
jeter sur nous d'abord, et tout d'un coup, la grande masse 
qu'on pouvait tirer d'un peuple de près de 70 millions d'âmes. 

Ils avaient formé ce projet parce qu'ils comptaient que, 
de l'autre côté de leurs frontières, le grand empire, notre 
allié, avec ses immenses espaces, avec la nécessité de rassem- 
bler lentement ses armées, avec des moyens de communi- 
cation incomplets, ne pourrait être prêt à entrer en campagne 
que quand le résultat qu'ils espéraient obtenir à l'occident 
aurait été acquis. 

Vous savez quelle fut alors la ruée à travers la Belgique 
et comment l'Allemagne essaya de frapper notre France au 
cœur ; vous savez comment la Russie, sans avoir tous ses 
moyens d'action réunis, mais pour détourner vers elle un peu 
des forces allemandes, lança dans la Prusse orientale des 
armées insuffisamment nombreuses, à peine mobilisées, les 
armées de Rennenkampf et de Samsonov, ce grand soldat 



L'EFFORT RUSSE 



29 



qui est tombé dans les forêts de la Prusse orientale et dont 
je salue la mémoire. 

Vous vous rappelez comment celui qui, ayant à défendre 
notre capitale, à sauvegarder notre France contre la ruée 
allemande, comment le général Galliéni eut la hardiesse de 
jeter la faible garnison de Paris sur l'armée ennemie victo- 
rieuse, de la jeter sur l'Ourcq et de préparer ainsi le succès 
de la Marne. 

A cette heure, étreint par la triste pensée que ce fils 
glorieux de notre France ne pourra plus demain rendre les 
services que nous attendions de lui, je m'excusede ces quelques 
paroles que l'émotion ne met pas à la hauteur des circons- 
tances, mais je tiens encore à remercier, c'est là mon seul 
rôle, les vaillants soldats qui ont aidé Gallieni en combat- 
tant dans la Prusse orientale, à remercier tous ceux qui 
sont venus ici, particulièrement nos amis de Russie qui 
sont nos hôtes et que nous fêtons. 

Je termine en disant à nos grands amis russes : vous 
avez devant vous, en raccourci, notre France ; les hommes 
remarquables présents dans ce Paris que vous aimez ont 
tenu à venir près de vous ; en leur nom je vous salue et vous 
donne l'assurance de notre amitié la plus profonde et de 
notre joie de vous recevoir. (Vifs applaudissements.) 



ALLOCUTION DE M. PROTOPOPOV 

Vice-Président de ta Douma 



Monsieur le Président, 
Messieurs les Ministres, 
Votre Excellence, 
Mesdames, Messieurs, 

Permettez-moi, au nom de tous mes collègues des 
Chambres législatives russes, de vous remercier vivement 
de l'accueil cordial et fraternel que nous rencontrons par- 
tout dans votre pays qui, pendant cette très dure guerre, est 
devenu très sincèrement notre seconde patrie. (Vifs applau~ 
dissements.) Je suis heureux de vous dire que la Russie tout 
entière, sans différence de classe, de religion, d'opinion 
politique ou de nationalité, s'est unie à la sainte cause de la 
défense de la justice et de l'humanité pour laquelle luttent 
si vaillamment votre patrie et votre glorieuse armée. (Applau- 
dissements.) 

Je suis heureux de vous dire que mon pays, par mon 
intermédiaire, vient vous déclarer devant le monde entier, 
que notre alliance est devenue indissoluble et que, pendant 
cette guerre terrible, pour chaque Russe, chaque Français 
est un frère. (Vifs applaudissements.) 



TABLE DES MATIÈRES 



Le Soldat Russe 10 

Le Tsar 15 

L'Union Russe 16 

La Russie au Travail 20 

L'Ame Russe 23 

Appendice 25 



Imp. H. DIÉVAL. Place des Victoires - Pari» 



■ 1 



■ 

1 



PUBLICATIONS DU COMITÉ 

41 L'EFFORT DE LA FRANCE ET DE SES ALLIÉS " 

L'Hommage Français 

L'EFFORT DE L'AFRIQUE DU NORD 

par M. Augustin BERNARD, s 60 

L'EFFORT AUSTRALIEN v 
par M. FRANKLIN-BOUILLON, «p»tf. 50 

L'EFFORT BELGE 

par M. Louis MARIN, départ 50 

L'EFFORT BRITANNIQUE 

par M. André LEBON, uda ahktr* ... 50 

L'EFFORT CANADIEN 

par M. Gaston DESCHAMPS 50 

L'EFFORT COLONIAL FRANÇAIS 

par M. Albert LEBRUN, *£?e22T » 

L'EFFORT DE L'INDE et de l'Union Sud-Africaine 

par M. Joseph CHAILLEY 50 

L'EFFORT ITALIEN 

par M. Louis BARTHOU, 50 

L'EFFORT JAPONAIS 

par M. A. GÉRARD, a»ha««d*iir d. Franc*. 50 

L'EFFORT PORTUGAIS 

par M. Paul ADAM 50 

L'EFFORT RUSSE 

par M. HERRIOT, SanaUnr, lUira d* Lyon. . . 50 

L'EFFORT SERBE 

par M. Paul LABBÉ, ^t^L™^ 50 



BLOVD & GAY, Éditeurs, Parts-Barcelont 

IMP. H. DIÉVAL, Placi DES VlCTOIRU -