Skip to main content

Full text of "A nos amis des Etats-Unis; poème"

See other formats


L HOMMAGE FRANÇAIS 




Nos Amis des Etats-Unis 



POEME 



pur 



SAINT-GEORGES 

de BOUHELIER 





PUBLICATIONS DU COMITÉ 

" L'EFFORT DE LA FRANCE 
ET DE SES ALLIÉS n 

M 

•BLOUD ô GAY, Éditeurs 

PARIS-BARCELONE 



ri 
cr 

© 

cr 



A NOS AMIS DES ÉTATS-UNIS 



"C - — 



ouoooooooooooo 



Est-il vrai qu'au-delà de la mer Atlantique, 
Sous les climats féconds où chantent vos vigueurs, 
O travailleurs géants d'une terre athlétique, 
Défricheurs, constructeurs, tisseurs de fantastique, 
11 batte un peu de nous dans le fond de vos coeurs ? 

Est-il vrai que l'Idée immortelle des âges, 
La Fraternité sainte ayant dit : « En avant ! » 
O frères, vous soyez accourus sous l'orage 
Des mitrailles de fer qui sans fin faisaient rage 
Sur nos peuples, comme un déluge au loin crevant ! 

Parmi nos champs saignés d'affreuses meurtrissures 
Vous veniez — serviteurs des pauvres, — assistants 
Des malades, — porteurs de l'eau pour les blessures 
Et du linge pour les figures dont s'azure 
Et verdit dans la mort la peau de pénitent... 

O nobles compagnons, ô frères prophétiques, 
La Destinée, alors, n'avait pas dit son mot, 
Elle se tenait coi sous le sombre portique, 
Et pourtant, mus déjà de frissons magnétiques, 
Vous agitiez vers nous l'éclat vert des rameaux. 

Vous ne saviez de nous que de bien pauvres choses : 
La France avait au front son masque de carton, 
On nous croyait chargés d'un sang blanc de chlorose 
Et beaucoup nous blâmaient, parmi les gens moroses, 
D'avoir si peu souci des bons qu'en dira-t-on ! 

Si vous n'aviez rien fait, nul n'aurait rien pu dire... 
Les vieux morts d'autrefois, dans leur tombe irrités, 
Peut-être auraient levé la main pour vous maudire, 
Mais qui donc l'aurait su, sauf dans 1; noir Empire, 
L'Ange de la Justice et de la Liberté ! 



•2 - 

Si vous aviez laissé la Belgique innocente 
Egarer ses foyers le long des grands chemins 
Et, ne trouvant partout qu'une pitié absente, 
Rôder de seuil en seuil, malheureuse passante, 
Qui s'en fût étonné, hier comme demain ? 

Si la Serbie, ainsi qu'une vierge indomptée, 
Qui fuit dans les forêts, un couteau dans le dos, 
N'avait pu qu'exhaler sa plainte lamentée 
Et, loin de tout secours, âpre déshéritée, 
Etait tombée un jour, faute de pain et d'eau, 

Si son peuple meurtri, dans ses fières guenilles 
Avait dû, dispersé mais non pas abattu, 
Tendre de porte en porte une avare sébille, 
Comme les rois déchus, les pauvres sans famille, 
Qui donc, en vérité, vous en aurait voulu ? 

Qui donc l'eût trouvé mal par les temps où nous sommes ? 

Oui ou non, vivons-nous en un siècle d'acier ? 

Nos docteurs d'Outre-Rhin n'ont-ils pas dit des hommes 

Que la plupart ne sont que des bêtes de somme 

Dont se moque la Force et qu'elle aime à railler ! 

Ne vont-ils pas clamant que son sceptre nous mène, 
Qu'au mépris du bon droit elle nous fait marcher, 
Et que, sur l'océan des angoisses humaines, 
Lorsqu'elle a pris la barre, elle est le Capitaine 
Impassible que rien ne saurait plus toucher ! 

Mais ce n'est pas ainsi que dans nos Républiques 
En jugent les esprits qui ne sont pas malsains, 
Pour vous comme pour nous, prendre la voie oblique 
Est une triste chose et notre politique 
Va comme la Nature à de nobles desseins. 

Pour vous comme pour nous, la Science a beau faire, 
Et, sans doute, en s'aidant des secrets du démon, 
Elle pourra forger de l'or avec des pierres, 
Rendre la glace chaude et froide la lumière 
Et nous permettre enfin de déplacer les monts ! 



Mais quant à nous ôter l'amour de la justice, 

Quant à nous extirper la passion du Beau, 

C'est un rêve — il faut bien qu'on les en avertisse 

Ces durs théoriciens de la Force, complices 

Du mal qui veut régner sur un monde en lambeaux ! 

O libres citoyens de la rude Amérique, 
Vous n'êtes pas de ceux qu'aime la déraison, 
Vous n'êtes pas de ceux dont le cerveau fabrique 
Des nuages où court un désir chimérique : 
La Terre vous a faits, vous êtes ses garçons ! 

Dans vos cités de fer et de verre s'exalte 

Et bout sans fin, multipliée au long des temps, 

La Vie aux fièvres d'or, de lave et de basalte, 

Et jamais le Travail fatigué n'y fait halte 

Et c'est ainsi partout sous vos cieux éclatants ! 

Mais vous savez très bien qu'il est au cœur de l'homme 

Un principe plus fort que son ambition 

Et que, lorsque le Droit s'y réveille, c'est comme 

Un maître qui dormait: il est là qui nous somme 

De remplir près de lui notre humble mission ! 

Les peuples sont conduits par l'Idée immortelle... 
Ils ont l'air assoupis dans leurs petits métiers, 
Ils sont là, palpant l'or et tremblant de cautèle, 
Mais, malgré ce qu'on pense, ils ont une âme telle 
Qu'ils entendent partout la Justice crier ! 

Camarades lointains — mystiques camarades ! — 
Vous qui vivez là-bas sous ce clair pavillon, 
Vous n'êtes pas pour nous des amis de parade, 
Vos serments ne sont pas des boniments d'estrade ! 
La Vérité vous vêt de ses graves rayons ! 

Pour vous comme pour nous, c'est une chose infâme 
Que de prendre d'assaut de paisibles vaisseaux, 
De n'avoir point souci des enfants ni des femmes, 
Et de les envoyer se noyer dans les lames 
De la mer, où les nuits viendront baiser leur os. 



Pour vous comme pour nous, — au prix même du monde ! 

Donner l'ordre à la Mort de quitter ses caveaux, 

Et, la faulx à la main, de faucher à la ronde 

— Sans raison ! — ce n'est guère une action féconde 

Et là n'est pas le but de nos hommes nouveaux ! 

Pour vous comme pour nous, songer que sur la terre 
Nous aurions pu causer ces stupides fléaux, 
Ce ne serait jamais qu'une tristesse amère, 
Et devant la douleur, alors, de tant de mères, 
Nous ne resterions pas, certes, le front si haut ! 

Fière Démocratie, ô déesse hautaine, 

Marche donc au grand jour, car ton cœur bien placé 

N'aurait jamais nourri l'ambition malsaine 

D'entrer chez tes voisins pour les charger de chaînes... ! 

Mais lorsqu'on t'a blessée, on ne peut t'apaiser ! 

Belle démocratie aux superbes mamelles, 
Tes bras forts sont bâtis pour les embrassements ; 
La Justice et la Paix sont tes filles jumelles 
Mais comment tolérer que l'étranger se mêle 
De vouloir te plier à ses commandements ? 

Grande comme la vie et comme la nature, 
Tu formes pour l'amour les générations, 
Mais malheur à celui qui veut qu'on te rature 
De ce monde, où ton lait nourrit les créatures 
Et les prépare au jour des résurrections ! 

Malheur à qui se rit de toi. Démocratie, 
Mère pleine de force, en ta riche saison ! 
Tu peux par la bonté ressembler au Messie: 
On t'offense parfois sans que tu t'en soucies 
Mais malheur à qui vient te frapper sans raison ! 

C'est ainsi que laissant ta robe de futaine. 

Te voilà maintenant en costume guerrier 

O France — et tu combats ! — toi qui vivais sans haine ! 

Et l'on te voit là-bas manœuvrer dans la plaine, 

Au milieu des canons, couverte de lauriers!.. 

Saint-Gecrges de Bouhelier 



I 



1 



PUBLICATIONS DU COMITÉ 

" L'EFFORT DE LA FRANCE ET DE SES ALLIÉS 



L'Hommage Français 
L'EFFORT DE L'AFRIQUE DU NORD 

pur M. Augustin BERNARD, k SlS^i™ ■ ■ ■ 50 

L'EFFORT AUSTRALIEN 

pur M. FRANKLIN-BOUILLON, député 50 

3 L'EFFORT BELGE 

par M Louis MARIN, député 50 

f i L'EFFORT BRITANNIQUE 

par M. André LEBON, ancien ministre 50 

L'EFFORT CANADIEN 

par M. Gaston DESCHAMPS 50 

s ^L'EFFORT COLONIAL FRANÇAIS 

pal' M. Albert LEBRUN, ancien ministre des Colonies. 60 

L'EFFORT DE L'INDE et de l'Union Sud-Africaine 

par M. Joseph CHAILLEY 50 

L'EFFORT ITALIEN 

par M. Louis BARTHOU, 1 ,' . 50 

? L'EFFORT JAPONAIS 

par M. A. GÉRARD, ambassadeur de France 60 

l" L'EFFORT PORTUGAIS 

par M. Paul ADAM 60 

L'EFFORT RUSSE 

par X 60 

L'EFFORT SERBE 

par M. Paul LABBÉ. Ki " é . ral dc la So f M 60 

' de (.léographie commerciale. 

1 L'EFFORT ROUMAIN 

, par M. Jean CRUPPI, ancien ministre 50 

L'EFFORT CHARITABLE DES ETATS-UNIS 

par M. MILLERAND, ancien ministre 50 

BLOUD & GAY, Éditeurs, Paris-Barcelone 

Tro ' Imp. Art. « |,ux » .3i, bnnl. 13t-Michsl, Paris. 

'1 Lut-tort H fana . 
^ A' e-tt~o r t OilS - Lr r *m 



Gaylord Bros. 

Makers 

Syracuse, N. Y. 

MI. IAH. 21. 1908