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Full text of "Histoire chronologique et dogmatique des conciles de la chrétienté : depuis le concile de Jérusalem... jusqu'au dernier concile tenu de nos jours. 1"

M.ROISSELET 
DE SAUCLIÈRES 



HISTOIRE 

DES CONCILES 



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BIBLIOTHEQUE SAINTE - GENEVIEVE 



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I BIBLIOTHEQUE! 
SAINTE | 
GENEVIEVE 



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HISTOIRE 

HRONOLOGIQIIE ET DOGMATIQUE 




DEPUIS LE CONCILE DE JÉRUSALEM, 

40UHS ; 

CONTENANT 

Les motifs ci 1rs décrets île chaque Concile; 

len et la critique de leurs actes ou la preuve de leur authenticité , 

tirée des auteurs contemporains; 

la définition des hérésies analhématisccs; 

l'exposition du dogme et l'explication de la discipline , 

d'après .les décrets des Papes et des Conciles, 
les Pérès de l'hglise et les écrivains sacrés ou propanes; 
1 iliqne ou la preuve des faits douteux, dogmatiques et historiques; 






PAR 



M. ROISSELET DE SAUCMÈRES. 

Ubi sont duo vel très congrrgali in oomine mto , ibi tara 
io medio eornm. S. Matth., Évang., ch. «vm, v. «0. 



Ouvrage^ dédié à Mgr Duîêtre, évêque de Mevers. 



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TOME PREMIER. 



'SPINAL 

LIBRAIRIE DE BORDES FRÈRES. 
1851 




GENEVIEVE 



BIBLIOTHEQU 
SAINTE | 
GENEVIEVE 





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HR _ N A 
5 «*>^ 2606^(4) 



HISTOIRE 



CHRONOLOGIQUE ET DOGMATIQUE 



CONCILES DE LA CHRÉTIENTÉ. 







j,fr 






BIBLIOTHEQUES- 
SAINTE | 
GENEVIEVE 



IMPRIMERIE DE E.-J. ItAH.I.Y, 

PLACE S0R1I0N.NE, 3. 



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s> î'soe iSoifi (*; 



HISTOIRE 


CHRONOLOGIQUE ET DOGMATIQUE 

DES CONCILES 

DE LA CHRÉTIENTÉ , 

DEPUIS LE CONCILE DE JÉRUSALEM, 

TENU PAR LES APÔTRES L'AN 50, 

JUSQU'AU DERNIER CONCILE TENU DE NOS JOURS; 



PAR 



M. ROISSELET DE SAUCLIÈRES 



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Ujjt sunt rlito vel 1res congregati in 
nntnine uieo, îhi sum în medio eorutu. 
S. Mattïi,, Evuiuj,, v\i, XXVin, v. ?.o t 



TOME PREMIER. 



PARIS. 

PAUL MELLIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 

PLACE SAINT-ANDRÉ-DES-ARTS , il. 

1844. 



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MONSEIGNEUR DUFETRE, 



EVÊQUE DE XEVERS, 



de TC« SMUUttMMM et tl«- ï éiiéVation» 



L'auteur, 
ROISSEX.ET Ail SAUCUERES. 



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ERRATUM. 



Page cxxxix, ligne 5. Peut-il exister surla terre une seule religion qui.,,. Lisez 
Peut-il exister sur la terre une seule relii/lon fausse t/ui 



PRÉFACE. 



Un concile est une assemblée des pasteurs de l'Église où 
l'on décide les questions qui appartiennent à la loi , aux 
mœurs ou a la discipline. 

On distingue les conciles en généraux et en particuliers. 
Un concile est appelé général, lorsque tous les évoques de 
la Chrétienté y ont été convoqués , par le Souverain-Pontife , 
comme pasteur de l'Église universelle, autaut que les cir- 
constances et l'éloignement des lieux ont pu le permettre, 
et qu'il a été présidé par le pape en personne ou par ses 
légats. Il y a cependant plusieurs exemples de conciles aux- 
quels il n'y a eu qu'un certain nombre d'évêques invités, 
mais qui dans la suite ont été réputés généraux , parce que 
les décisions en ont été reçues par toute l'Eglise, et ont ac- 
quis ainsi la même autorité que celle des conciles généraux. 
On lui donne aussi le nom d'œcuménique, c'est- a-dire de 
toute la terre, et quelquefois celui de plénier, qui ne signilie 
aulrc chose que général , complet. Ce dernier terme est 
employé par quelques auteurs ecclésiastiques, pour désigner 
un concile national ou général d'une grande contrée, mais 
non œcuménique. 

Les conciles particuliers se divisent en patriarcaux , natio- 
naux, primatiaux et provinciaux. Le concile est patriarcal, 
lorsqu'un des cinq patriarches assemble ses métropolitains et 
leurs suffragants; il est appelé national, lorsque tous les 
évoques d'une même nation sont convoqués par ordre du 
prince, qui seul en a le droit , parce qu'aucun évêqne de sa 
T. I. a 



\T IV 



- ij - 

lial ion n'ayant juridiction sur tous les autres, ne pourrait va- 
lablement le convoquer; il est primatial , lorsque les évêques 
du ressort d'une primatie sont convoques par leur primat; et 
provincial, lorsqu'il est assemblé par le métropolitain et com- 
posé des seuls évêques d'une province. 

On désigne par le nom de conciliabule une réunion d'hé- 
rétiques, ou une assemblée d'évêques que le défaut de 
quelques-unes des conditions requises pour un concile rend 

illégitime. 

La Providence , toujours attentive à nous manifester la 
volonté de Dieu , nous a donné plusieurs moyens de recon- 
naître ses prescriptions et nos devoirs. Les principaux sont 
les saintes Écritures, les constitutions et les décisions de 
l'Église, les sentiments des Pères et les coutumes apostoli- 
ques fidèlement transmises de siècle en siècle par la tradi- 
tion. C'est par ce lien indissoluble que l'Église unit ses 
enfants à elle, qu'elle retient les uns dans leurs devoirs et 
qu'elle réprime la désobéissance des autres. 

Mais après les livres saints, nous n'avons pas de monu- 
ments plus sacrés que les conciles généraux et particuliers. 
L'étude des conciles est même indispensable pour connaître 
l'esprit et le gouvernement de l'Église, pour apprendre le 
dogme, la morale et la discipline catholique, et pour en 
conserver le dépôt. 

Utilité des conciles louchant le dogme. 



On a toujours distingué dans les conciles , la foi et les 
mœurs. Il y a , en effet , une très-grande différence entre 
des définitions de foi et des règlements de morale; et celte 
division se fait sentir tant par la manière dont les décisions 
sont énoncées, que par leur acceptation et leur pratique. Le 
symbole du concile de Nicée, par exemple, renferme la dé- 
finition de foi ; les canons renferment les mœurs et la diset- 



— !lj — 

pline : et c'est par cette raison que dans la lettre synodale 
adressée aux Églises d'Egypte, les Pères comprennent tous 
les décrets de ce concile dans ces deux mots iWotTÎmv et 

Dans le premier concile de Constantinople, qui est le se- 
cond œcuménique, la même distinction se trouve : le sym- 
bole et les canons. 

Le troisième concile œcuménique assemblé à Épbèse n'a 
de général que ce qui concerne la foi , c'est-à-dire les dé- 
crets rendus par les Pères de cette assemblée contre les 
hérétiques Nestorius et Céleslius. 

Le quatrième œcuménique tenu à Calcédoine distingue 
également les définitions de la foi et les canons de la disci- 
pline. 

Et non-seulement dans ces quatre premiers conciles œcu- 
méniques, mais encore dans le dernier tenu à Trente les 
définitions louchant la loi et les règlements touchant la dis- 
cipline et les mœurs y sont séparés. Ce qui regarde les 
mœurs est appelé par les Pères decretum de reformatione; 
ce qui concerne la foi est divisé en deux parties : la première 
contient les décrets de la foi, c'est-à-dire ce qu'il faut croire; 
la seconde renferme les canons, qui marquent ce qu'il ne 
faut pas croire, ce qu'il faut rejeter sous peine d'analhème. 
Dans les anciens conciles , ces décrets s'appelaient analhé- 
matismes. 

L'empereur Justiuien , en autorisant par sa Novelle 131 u 
les canons des quatre premiers conciles généraux, établit 
manifestement la même distinction par la différence qu'il 
met entre les mots dorjmala et canoncs. Les premiers, 
dit-il, tout aussi immuables que l'Écriture, doivent être 
révérés comme elle; les seconds doivent être observés 
comme les lois, car ils sont de même sujets à quelques 
changements. 

Il faut encore distinguer plusieurs sortes de questions qui 



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— iv — 

peuvent être agitées dans les conciles touchant le dogme. 
Tantôt il s'agit de prouver les principaux articles de foi; 
tantôt un autre point de doctrine qui regarde aussi la foi , 
mais qui n'est qu'une conséquence des principes de la foi ; 
tantôt on y traite des questions théologiques moins impor- 
tantes, et qui ne sont point de foi, parce qu'elles ne sont 
pas contenues clairement dans l'Écriture-Sainte ni dans la 
tradition; tantôt enfin on y condamne des hérétiques et leur 
doctrine. 

Ainsi, le premier concile de Nicée rendit témoignage de 
la croyance universelle de l'Église touchant la divinité de 
Jésus-Christ, et il décida contre la doctrine d'Arius que le 
Fils de Dieu est consuhslanliel à son Père, c'est-à-dire qu'il 
ne lui est pas seulement semblable , mais si semblable , qu'il 
est le même et de plus inséparable de sa substance. 

Le concile général de Constantinople décida, selon le 
témoignage des divines Ecritures et la croyance de l'Église , 
la divinité du Saint-Esprit contre Macédonius qui la niait. 

Le concile d'Éphèse, troisième général , prononça contre 
Nestorius que la sainte Vierge est véritablement et réellement 
la Mère de Dieu. 

Le concile de Calcédoine, quatrième général, reconnut 
Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme, composé d'une âme 
raisonnable et d'un corps, consubstantiel au Père selon la 
divinité, et consubstantiel à nous selon l'humanité, égal à 
nous en tout sans péché. 

Le troisième concile de Constantinople , septième géné- 
ral, décida qu'il y avait deux opérations en Jésus-Christ. 

Le deuxième concile œcuménique de Nieée résolut la 
question relative au culte que l'on doit rendre aux images de 
Jésus-Christ, et définit que, selon la tradition de l'Église 
catholique, la figure delà croix, les saintes images de Jésus- 
Christ , de la Vierge et des saints anges , sont dignes d'être 
proposées aux fidèles pour être honorées, non d'un culte 



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de latrie, mais d'un culte relatif; il décida , en outre, que 
l'on doit avoir beaucoup de vénération pour les traditions de 
l'Église. 

Le quatrième concile général de Constuntinople , en décla- 
rant Photius intrus pour avoir été établi patriarche par la 
puissance séculière, et en regardant Ignace, élu canonique- 
ment et par conséquent chassé injustement, comme un vrai 
patriarche, enseigna que la hiérarchie ecclésiastique est spi- 
rituelle et non séculière, et que son gouvernement qui vient 
de Jésus-Christ son fondateur n'émane point de la puissance 
royale. 

Le premier concile de Latran décida contre l'empereur 
Henri Vque l'Église seule avait le droit d'investiture, que le 
pouvoir temporel avait usurpé. 

Le second concile de Latran jugea que l'élection canoni- 
que d'un pape est celle dont les suffrages joignent le mérite 
à la majorité. 

Le troisième concile de Latran définit qu'il n'y aurait 
d'élection canonique à la papauté que celle qui aurait été 
faite par les deux tiers des cardinaux. 

Les conciles de Constance et de Baie définirent que tout 
fidèle, même le pape, est obligé d'obéir aux décrets d'un 
concile général , assemblé au nom du Saint-Esprit, en ce qui 
concerne la foi, l'extirpation du schisme et la réformation 
générale de l'Église dans le chef et dans les membres. Tou- 
tefois, il convient de dire que celte définition, devenue 
depuis si fameuse par la sanction que lui donnèrent les dé- 
fenseurs des libertés de l'Église gallicane, ne parait point 
avoir été confirmée par le pape Martin V ; car, dans sa bulle 
de confirmation, ce pontife ne parle que de la condamnation 
des erreurs de Wiclef , de Jean Hus et de Jérôme de Prague. 
Pour le reste , il se contente de dire qu'il approuve toutes les 
choses qui ont été faites conciliariler. Et il est encore con- 
troversé, si ce décret du concile de Constance doit s'enten- 



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— vj — 

dre pour le temps du schisme seulement , et lorsqu'on ne sait 
pas quel est le véritable pape, comme c'était alors le cas, ou 
bien si l'on doit aussi l'entendre des autres cas où le pape 
est certain et reconnu par tous les catholiques. 

Le concile de Trente a également défini un grand nombre 
de vérités, qui avaient été légèrement touchées dans les 
conciles précédents. 

La condamnation de l'hérétique Aldebert , au concile tenu 
à Rome, sous le pape Zacharie, l'an 74o, prouve la néces- 
sité de l'usage de la confession auriculaire et sacramen- 
telle. 

Les Pères du concile de Calchul, l'an 787, reconnurent 
aussi la nécessité de la confession à l'extrémité de la vie ; ils 
défendirent de prier pour celui qui mourrait sans confession. 

Le sixième concile de Paris, le deuxième de Châlons, ce- 
lui de Pavie et un grand nombre d'autres encore fournissent 
des preuves de l'antiquité de la confession. 

Au dixième siècle, le concile d'Arras condamna des héré- 
tiques qui ne voulaient honorer que les apôtres et les mar- 
tyrs et décida qu'on rendrait aussi aux saints confesseurs 
l'honneur qui leur est dû. 

Nous pourrions faire une longue énumération des conciles 
qui ont traité les matières de foi ; mais il suffira , pour faire 
comprendre l'importance de l'étude des conciles touchant le 
dogme , d'avoir indiqué les vérités principales de notre reli- 
gion, que l'Église a déterminées dans les saintes assemblées 
de ses pasteurs. 

Les conciles ne servent pas seulement à établir le dogme 
parleurs décisions, ils contiennent quelquefois des faits in- 
contestables qui confirment la croyance de l'Église sur divers 
points de foi. Ainsi , que le Saint-Esprit procède du Père et 
du Fils, c'est un article de foi qui fait partie de la doctrine 
catholique et qui exige notre soumission , aussi bien que les 
mystères de l'incarnation et de la trinilé. Cependant on a 



— vij — 

disputé entre les grecs et les latins pour savoir si la proces- 
sion du Sainl-Esprit, par rapport au Fils, est clairement 
marquée dans saint Basile ; car l'on ne peut douter que cette 
preuve ne soit d'un grand poids. Les grecs schismatiques se 
sont efforcés de la contester, convaincus que le témoignage 
de ce saint Père , s'il est véritable , devait être décisif contre 
eux. Ils ont allégué qu'il ne se trouvait ni dans les manuscrits 
de ce docteur, ni dans aucun exemplaire imprimé; quoique 
la suite des raisonnements de ce Père en démontre l'indubi- 
table authenticité. Mais ce qui se passa dans le concile de 
Florence prouve qu'on le lisait en ce temps-là dans les plus 
anciens exemplaires, et que les grecs mêmes y reconnurent 
le dogme de l'Église catholique, puisqu'il y en eut qui, frap- 
pés de l'évidence de ce témoignage, s'y rendirent et renon- 
cèrent à l'erreur. 

L'étude des conciles est donc indispensable pour connaître 
les règles immuables de la tradition , pour établir ou affermir 
les fondements de la foi catholique ; c'est à ces sources pures 
que nous devons puiser les articles de notre croyance et for- 
tifier notre foi. 

Utilité des conciles touchant la morale. 



A la naissance de l'Église, la morale était toute formée 
sur les préceptes de l'Évangile. On les suivait à la lettre, et 
les fidèles conformaient leur conduite à la vie de Jésus- 
Christ. Ils observaient les commandements du Décalo^ue et 
de la loi naturelle ; la plupart même embrassaient les maximes 
les plus élevées de la perfection chrétienne. Les fidèles s'as- 
semblaient pour les prières publiques ; et ceux que quelque 
obstacle empêchait de se trouvera ces saintes réunions, les 
malades, les prisonniers et les voyageurs, s'assemblaient en 
particulier aussi fréquemment qu'ils le pouvaient. Chaque 
père de famille était dans la sienne comme un pasteur parti- 



- Vllj — 

culier, qui présidait aux prières et aux lectures domestiques, 
instruisait sa femme, ses enfants et ses serviteurs. Tous les 
chrétiens alors regardaient la religion comme la principale et 
l'unique affaire, qui devait les occuper toute leur vie. Ils 
s'abstenaient des livres des païens, des parfums, de l'usage 
trop fréquent des bains , des spectacles du cirque , du théâtre 
et de l'amphithéâtre et de tout ce qui pouvait blesser les 
mœurs; ils consacraient a la pénitence et aux larmes les 
jours destinés par les païens aux superstitions et aux fêtes 
publiques; ils n'allaient aux foires que pour acheter ce qui 
leur était nécessaire à la vie; ils donnaient aux veuves et 
aux pauvres un repas après la communion , et pour prévenir 
la débauche, ils mariaient leurs enfants de bonne heure. 

Quoique cette excellente morale consistât plus dans leurs 
actions que dans les écrits, car leur vie était encore plus 
grande que leurs paroles, cependant, lorsque l'Église eut la 
liberté de s'assembler, on en lit des décrets, soit pour confir- 
mer les règles déjà connues et incontestablement reçues, 
approuvées et autorisées dans l'Église, soit pour décider 
de nouvelles difficultés que la conduite des fidèles faisait 
naître. 

Ainsi , tantôt c'est la continence, la douceur et l'humilité 
que les conciles recommandent aux ministres de l'Église; 
tantôt c'est la débauche et l'apostasie qu'ils punissent très- 
rigoureusement ; tantôt ce sont des cas de conscience qu'ils 
décident; et toujours la sévérité des peines est regardée 
comme une tradition apostolique. Mais lorsque le relâche- 
ment de la discipline, amené par la négligence des pasteurs 
et par les mauvais exemples des ecclésiastiques et des sécu- 
liers, eut introduit parmi les chrétiens la corruption des 
mœurs, les pratiques de vertu devinrent rares alors, et la 
morale évangéliquc fut presque méconnue. Au milieu de ces 
désordres, les lois de l'Église étaient pour la plupart une tyran- 
nie insupportable ; les seigneurs temporels s'emparaient des 



revenus des églises; la simonie élait en honneur; et partout 
la vengeance, toujours féroce, ne cherchait la justice qu'à la 
pointe d'une épée. Mais les efforts de l'enfer ne triomphèrent 
point de l'Église. Gardiens fidèles de la tradition et de la 
parole évangélique, les conciles faisaient sentinelle, au sein 
même de la barbarie, réprimaient les vices, excommuniaient 
les usurpateurs et prescrivaient à tous leurs devoirs. 
. Nous pourrions faire un recueil de toutes les vérités de 
morale enseignées par ces respectables assemblées où l'Eglise 
trouvait une puissance invincible contre la corruption des 
siècles et le dérèglement des mœurs. Leurs sages règlements 
sont également remarquables par leur sublime pureté : l'étude 
seule des conciles peut nous en convaincre. 

Utilité des conciles touchant la discipline. 



Les conciles ont été regardés de tout temps comme l'âme 
de la discipline. Ils en établissent les règles , ils en punissent 
la violation, en empêchent le mépris et réparent les pertes 
insensibles que le temps et le relâchement rendent inévi- 
tables. Il y a un nombre infini de conciles qui n'ont été 
assemblés que pour régler quelques points de discipline. Les 
plus fameux canons de la primitive Église sont ceux des 
apôtres et ceux des conciles d'Ancyre, de Néocé-arée , de 
Gangres, de Nicée, d'Antioche, de Sardique, d'Arles, d'É- 
paone, d'Agde, deConstantinople, de Carlhage , de Valence, 
de Turin, etc. Les plus importantes questions de discipline 
y sont traitées selon les temps et les circonstances, avec une 
prévoyance et une sagesse qui attestent a la t'ois et la divinité 
du Christianisme et les sublimes vertus de ses premiers pas- 
teurs. 

On ne saurait donc trop recommander l'élude des conciles ; 
car ce n'est que par eux que l'on peut connaître la discipline 
ecclésiastique et en comprendre les sages dispositions. 



Utilité des conciles par rapport à l'histoire. 



Si l'étude des conciles est indispensable pour bien connaître 
le dogme, la morale et la discipline de l'Église, elle n'est pas 
moins nécessaire pour connaître également l'histoire; car 
ces assemblées, soit qu'on les considère dans leurs motifs et 
dans leur but, soit qu'on les étudie dans leurs résultats, sont 
une des parties les plus essentielles de l'histoire ecclésiasti- 
que et profane, par le nombre d'événements considérables et 
de faits remarquables qu'elles renferment. Et quoi de plus 
propre a éclaircir même les points les plus obscurs de l'his- 
toire ! Elles nous apprennent non-seulement ce qui se passait 
dans l'Église pendant qu'elles se tenaient, mais encore avant 
et après leur tenue; elles nous forit connaître l'état des 
Églises d'Orient et d'Occident, les empereurs qui ont régné, 
la succession des papes, le temps et la durée de leur pontifi- 
cat, les évêques qui ont occupé les principaux sièges, les 
disputes qui sont nées dans chaque partie du monde, les 
hérésies qui se sont élevées , la bizarrerie de leurs dogmes , 
l'extravagance et l'impiété de leurs principes, l'opiniâtreté 
des sectateurs à les soutenir, la fureur des empereurs idolâtres 
et les excès auxquels ils se sont portés, les persécutions 
qu'ils ont suscitées, les factions qui ont divisé l'Église de 
Jésus-Christ et enfin la victoire qu'elle a toujours remportée 
sur ses ennemis. 

Si l'on veut des faits , on en trouvera de toutes sortes dans 
les collections des conciles. Les personnages ecclésiastiques, 
par exemple , y sont dépeints dans tout leur extérieur ; on y 
voit la description de leurs habits , l'énumération des ordres, 
par où ils doivent passer depuis le premier degré de la 
cléricature jusqu'à l'épiscopat et la désignation des pasteurs 
qui ont le pouvoir de les conférer. On y voit que déjà du 
temps de Charlemagne , l'empire était partage en vingt et une 



— *j — 

métropoles, Home, Ravenne, Milan, Frioul, Grade, Colo- 
gne, Mayence, Juvave(Saltzbourg), Trêves, Sens, Besançon, 
Lyon, Rouen, Rheims, Arles, Vienne, Tarantaise , Em- 
brun , Bordeaux , Tours et Bourges. On y voit aussi l'institu- 
tion des fêtes et des cérémonies et les usages relatifs à l'ad- 
ministration des sacrements et à la canonisation des saints. 
On y trouve même des lumières sur les matières politiques , 
civiles et militaires, sur les dignités temporelles, sur l'état 
des royaumes, des rois, des sujets, des provinces, des 
villes, des églises, et en un mot des affaires publiques et 
particulières. Dans l'un , on écoute les plaintes d'une impéra- 
trice outragée par son époux; dans l'autre, on dispute avec 
les grecs ; là , on adjuge des dîmes; ici , on termine un diffé- 
rend entre une église et un évêque ; l'un juge sur le divorce 
d'un roi ; l'autre condamne les investitures , et d'autres trai- 
tent la fameuse question de la trêve de Dieu. Enfin, l'histoire 
des conciles c'est l'histoire du monde depuis Jésus-Christ, 
des rois comme des sujets , des villes aussi bien que des 
empires. 

Et c'est pour faciliter a nos lecteurs l'étude approfondie 
des conciles que nous allons leur donner un catalogue des 
principaux collecteurs, et des livres concernant cette impor- 
tante matière, avec des remarques sur leurs défauts ou sur 
leur mérite et sur le choix de leurs éditions. 



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CATALOGUE 

DES PRINCIPALES COLLECTIONS DES CONCILES (i). 



Collections ancienne* des conciles et îles canons. 



Saint Athanase , Epislola de synodis Arimini in Ilaliâ 
et Seleuciœ in Isauriâ celebraiis. — Ce Père 
est placé au premier rang parmi les collecteurs de 
conciles; il rapporte dans son livre tous les formu- 
laires de foi de I Arianisme. 
Saint Hu-aire , évêque de Poitiers, Liber de Synodis, scu 
de Fide orienlaiium. 

Joarnes Tilius, Codex canonum, seu Canones sanctissi- 
mornm apostolorum et priscarum synodorum 
Décréta; grœcè; in~4°, Parisiis, 1540. — L'édi- 
teur a tiré ce code d'un manuscrit de saint Hilairc 
de Poitiers. La nouvelle édition de ce code par 
Elie Ehinger, qui parut en 1614, à Witiemberg, 
fut faite sur un manuscrit de la bibliothèque d'Augs- 
bourg. 

Franciscus Pith^us , Codex canonum velus Ecclesiœ ro- 
manœ, in-8", Parisiis IC09. 



(i) LVioile indique que le livre, où elle esl placée, esi utile ou nécessaire pour 
l'élude des conciles. Lorsqu'il y a plusieurs éditions du même ouvrage, nous la- 
vons placée à la meilleure. Nous ne donnons point ici un catalogue de lotis les 
livres concernant les conciles particuliers, rémunération en serait trop longue. 






I 









— XIV — 



* Franciscus Pithjlus, Codex canonum vêtus Ecclesiœ 

romanœ ad veleres manuscriptos restilulus et 
nous illustralus; in-f°. Parisiis, è typographiâ 
regiâ , 1687. — Cette dernière édition donnée par 
Pelletier, contrôleur-général des finances , est très- 
belle et la plus recherchée. 

Theodoretus , Collectio canonum. — Celte collection est 
en manuscrit dans la Bibliothèque du Roi ; on n'en 
a imprimé que la préface dans un recueil de livres 
rares, qui parut en Allemagne, au commencement 
du 18 e siècle. 

GiRisTOPnoRus Justellus, codex canomim Ecclesiœ uni- 
versée à Justiniano imperatore confirmatus, grsecè 
et latine, in-8°. Parisiis, 1610. — Celte collection 
parut en grec peu de temps après le concile de 
Calcédoine; elle contient les canons des conciles 
de Nicée, d'Ancyre, de Néocésarée , deGangres, 
d'Antioche, de Laodicée, du 1 er de Constantinople, 
d'Ephèse et de Calcédoine, qui sont les neuf 
conciles grecs composant l'ancien droit canonique 
des Eglises d'Orient. 

* Dionisius Exiguus , Codex canonum ecclesiasticorum , 

editus a Christophoro Justello, in-8 n . Parisiis, 1628. 
Dionisius Exiguus, Codex canonum ecclesiasticorum, 
editus h Christophoro Justello, in-8°. Parisiis, 1643. 
— Cette collection de Denis-le-Petit , qui est pro- 
prement la traduction et la correction des canons 
dont l'Eglise romaine se servait, est très-estimée. 
La première partie , qui renferme les. canons , se 
trouve dans la Bibliothèque du Droit canonique 
de Voelle, t. I , p. 101 ; la deuxième , qui contient 
les décrets des papes, est dans le même ouvrage , 
t. I,p. 183. 

* Christophorus Justellus, Codex canonum Ecclesiœ 



africanœ , grsecè et latine, in-8°. Parisiis, ICI 4. 
— Voelle et Justel ont corrige plusieurs endroits 
de cette collection dans l'édition qu'ils en ont faite, 
t. I, p. 321 , de la Bibliothèque du droit cano- 
nique. 

Codex canonum ecclesiasticorum et constilulorum sedis 
apostolicce, omnium qui hùc usquè prodierunl ve- 
tustissimus et amplissimus, qui quidem in usu fuit 
in Ecclesiâ romanâ, Innocentio I , Zozimo , etc., ac 
Leone I pontificibus , nunc primùm editus ex ma- 
nuscriptis codicibus Thuanœo et Oxoniensi. — ■ Ce 
code se trouve dans la nouvelle édition des œuvres 
du pape saint Léon par le P. Quesnel, t. II, p. 5, 
édition in-4° de Paris, 1675, et p. I, Appendice, de 
de l'édition in-f de Lyon , 1700. 

Martimjs bracarensis episcopus, Colleclio canonum orien- 
lalium. — Celte collection des canons orientaux et 
de quelques-uns des conciles de Tolède parut vers 
l'an 570 et fut approuvée dans le second concile 
de Brague. Elle se trouve dans h Bibliothèque du 
droit canonique de Voelle, 1. 1 , p. 7, Appendice, 
et t. I, col. 905 de la collection du P. Labbe. Ce 
qui fait que quelques auteurs la citent sous le nom 
de second concile de Lucques en 572, c'est qu'elle 
fut , en effet, envoyée à ce concile. (Voir Baronius, 
Annales, ad annos 569 et 572.) 

Joannes AKTiociiiiisus scholasticus dictus, patriarcha con- 
stantinopolitani, Colleclio canonum, in L titulos 
distribula, grœcè et latine. — Cet abrégé , divisé 
en cinquante titres par ordre de matières, se trouve 
dans la Bibliothèque du droit canonique de 
Voelle, t. II, p. 499, d'après un manuscrit con- 
servé dans la bibliothèque de l'ancien collège des 
jésuites a Paris. Ce collecteur est le premier qui 



— xvj — 

ait inséré dans son ouvrage parmi les canons grecs 
les 85 canons attribués aux apôtres. Il met les 21 
canons de Sardique avant ceux d'Antioche qui sont 
cependant plus anciens. 

Joannes Antiochkhus scholasticus dictus, patriarcha con- 
stantinopolilani, Nomocanum, grœcè et latine.— 
Ce Nomocanum se trouve dans la Bibliothèque 
du droit canonique de Voelle, t. II, p. 605; il 
a été imprimé d'après un manuscrit de la Biblio- 
thèque du roi. Ce patriarche rapporte dans ce re- 
cueil les lois civiles qui ont rapport aux canons. 

Cresconius, liber Canonum. - Cet ouvrage se trouve dans 
la Bibliothèque du droit canonique de Voelle, 
t. I,p. 55. 

Collectio hybernica. — Cette collection se trouve dans le 
Spicilége du P. d'Àchery, t. IX, p. 1 , de l'an- 
cienne édition, et t. I, p. 492, delà nouvelle. Le 
P. Martène y a l'ait des augmentations dans ses 
Anecdotes , t. IV, p. 2. 

Joannes Vendelstinus , Corpus canonum aposlolorum et 
conciliorum ab Adriano I oblatum Carolo Magno, 
in-P.Moguntiœ, 1525.— Celle collection se trouve 
dans celle du P. Labbe, t. VI, col. 1828. 

Nicephorus, constantinopolitani patriarcha, Canones bre- 
viculi. — Leunclaviùs les a donnés en grec et en 
latin dans son Recueil du droit grec et romain. 
Cotelier en a ajouté 57 autres dans ses Monuments 
de l'Église grecque, t. III, p. 445 et 451. 

* Guiixklmus Voellus et Henricus Justellus , BibUolhcca 
juris canonici, in quâ canonum ecclesiasticorum 
collectores antiqui grœci et latini ; item insigniores 
jures canonici collectores grrcci ; omnia cum nolis 
et lalinâ vcrsione ; in-f. Paribiis, 1661, 2 vol. — 
Cette collection , dit Lenglet , quoique peu recher- 



i 



— xvij — 

chce, est très-estimable, parce qu'elle contient tous 
les anciens codes et les premières collections des 
canons. Elle est très-nécessaire pour connaître la 
discipline ancienne des Églises grecque et latine. 

Remebius, curiensis episcopus, Canones. — Les canons, re- 
cueillis par cet évêque de Coire au pays des gri- 
sons , se trouvent dans la collection des écrivains 
allemands de Goldast, p. 157. Notingus, évêque de 
Constance, avait ajouté a. ces canons plusieurs 
capitules pour les Eglises d'Allemagne, mais ils 
sont perdus. 

Florus, diaconus Ecclesiae lugdunensis, Colleclio canonum 
in VII capita divisa. — Celte collection se trouve 
dans le Spicilège du P. d'Achery , t. XII, p. 48 de 
l'ancienne édition, et 1. 1, p. 597 de la nouvelle. 

Herardus, archiepiscopus turonensis, Capitula excerpla ex 
corpore sanclissimorum canonum.— Ce recueil 
de lois ecclésiastiques , tirées des Capitulaires, se 
trouve dans la collection du P. Labbe, t. VIII, 
col. 627, et dans les Capitulaires de Baluze, t. I, 
p. 1183. 

Isaac, lingonensis episcopus, Collectio canonum. — Elle 
se trouve dans les conciles de France du P. Sir- 
mond, t. III, p. 644, dans la collection du P. 
Labbe, t. VIII, col. 598, et dans les Capitu- 
laires de Baluze, t. I, p. 1254. 

Isjdorus-Mercator , Collectio canonum. — Merlin , le 
premier collecteur des conciles, a prétendu donner 
cette collection. 

Wai.tf.rius, episcopus aurelianensis , Capitula. — Ce re- 
cueil de canons que cet évêque avait fait pour son 
diocèse, se trouve dans la collection du P. Labbe , 
t. VIII, col. 657, et dans les notes du P. Cellot , 
a la suite de la relation du premier concile de 
T. I. h 



— xviij — 
Douzy, p. 491, imprimée in4° à Paris en l'an 
1658. 

* Regino , abbas prumiensis , tibri duo de ecclesiaslicis 

disciplinis et religione christianâ. — Il y a 
deux éditions de cet ouvrage ; la première in-4° à 
Helmstad, 1659; la deuxième in-8° à Paris, 1671. 
Celle-ci est préférable à la première à cause des 
notes curieuses de Baluze et des pièces importantes 
que ce savant auteur y a ajoutées. 

Abbo lloriacensis, Collectio , seu Epitome canonum.— 
Le P. Mabillon a publié cette collection dans ses 
Analectes, t. II, p. 248, de l'ancienne édition, et 
p. 135 de la nouvelle. 

Ansfxmus lucensis, Collectio canonum. — Quoique cette 
collection porte le nom d'Anselme , il n'y a pas 
d'apparence qu'elle soit de lui. On en trouve des 
fragments dans la collection romaine d'Holslenius, 
partie première, p. 215, et partie deuxième, 
p. 214. 

* Bukciurdus, wormaciensis episcopus, Decretorum li- 

bri XX sive loci commîmes congesti ex decre- 
torum libris , in-f. Colonise , 1548. 

— Idem, in-8°. Parisiis, 1530. 

— Idem, in-f'. Colonise , 1560. — - Les éditions in-f° de cet 

ouvrage sont les plus estimées et les moins com- 
munes. Outre la connaissance que cette collection 
donne de l'ancien droit canonique , elle peut servir 
à rétablir les canons des conciles qui ne se trouvent 
que dans un petit nombre d'exemplaires manu- 
scrits ou que nous avons d'une manière différente 
de celle dont ce collecteur les rapporte. Cet auteur 
s'est servi de la collection de Réginon à laquelle il a 
ajouté beaucoup de choses. L'ordre en est bon ; 
mais le choix y manque , et il y a plusieurs fautes. 



— xix — 

Yvo carnotensis, Liber decrelorumseu Pannormia, in-4°. 
Basilea3,1499. 

Yvo carnotensis, Pannormia seu decretum insiiiulum, 
correctum et emendatum per Micbaelem à Vosde- 
miano, in-8°. Lovanii , 1577. — Il y avait, au 
commencement du dernier siècle, un manuscrit de 
ce livre dans la bibliothèque de Saint- Victor. Comme 
il est plus ancien que Hugues dc-Châlons, c'est une 
preuve évidente que cet ouvrage n'est pas de cet 
auteur. 

Yvo carnotensis, Decretum, editum cura et studio Joannis 
Molinsei gandensis, in-f°. Lovanii, 1561. — Cette 
compilation est plus étendue que la précédente ; 
elle se trouve dans les œuvres d'Yves de Chartres 
publiées à Paris en 1647 in-f°, la plus estimée et 
la plus correcte de toutes celles qui ont paru. 

* Giutianus, Decretum et décrétâtes. — Lenglet, dans 
son catalogue des auteurs du droit canonique, 
parle avec beaucoup de détail de toutes les édi- 
tions qu'on a faites de cet ouvrage. Celle de Rome 
en 1582, en 4 vol. iu-f, celle de Lyon en 1515, 
en 3 vol., celle de Paris en 1687, en 2 vol., sont 
les plus estimées ; la première , à cause de la beauté 
de ses caractères ; la deuxième, à cause de l'exac- 
titude de l'impression, et la troisième, à cause de 
l'exactitude du texte et des notes de Pilhou. 

Petrus Matth^us , seplimus decretalium liber cum pa- 
ratillis et nous, in-8°. Francofurlii , 1590. 

Antonids Augustinus, antiques decretalium collecliones 
quatuor , commentariis et emendationibus illus- 
trais, in-f. Ilerbae, 1576. 

i— Idem, cum ejusdem Antonii commentariis et Jacob i 
Cujacii notis , in-(°. Parisiis, 1609. 

— Idem, in-f°. Parisiis, 1621. 



•k""* 



— XX 



1nnoce>tiu9 Cironius , quint a colleclio decrctalium Ho- 
nora III , in-f". ToIosîc , 1645. 

* Stephanus Bai.uzius, Capitularia regum fràncbrùm, 

additœ Marculphi monachi et aliorum formuke 
veteres et notse doctissimorum virorum , collecta, 
emendata et notis illustrata , in-f°. Parisiis, 1677 ; 
2 vol. — C'est la plus exacte et la plus complète 
de toutes les éditions des capitulaires de nos rois. 

* Guillelmus Beveregius, Synodicon , sive Pandectœ ca- 

nonum sanclorum aposlolorum et conciliorum 
ab Ecclesiâ grœcâ receptorum , necnon canoni- 
corum sanctissimorum Patrum epistolarum cum 
scholiis antiquorum et scriptis aliis; in-f°. Oxonia?, 
1672, 2 vol. — Ce recueil, qui est fort estimé , 
renferme les commentaires des grecs du moyen 
âge sur les anciens codes et monuments canoni- 
ques de l'Église grecque. 

Laurenhus Bocchellus , Décréta Ecclesiœ gallicanes, 
in-f°. Parisiis, 1609. 

— Idem, in-i°. Parisiis, 1621. — Ce recueil peut être 
regardé comme le code des lois ecclésiastiques du 
royaume de France. On voit d'un coup d'œil et 
par forme de lieux communs ce qu'il y a de plus 
essentiel dans les règlements des conciles nationaux 
et des synodes qui ont été tenus en France , dans 
les ordonnances de nos rois et dans les arrêts des 
parlements. 



II 



Collecii ons générales des conciles. 



Jacobus Mf.rlinus, Colleclio conciliorum, continens, tomus 
primus : quatuor conciliorum generalium , quadra- 
ginla septem conciliorum provincialium aulhenli- 



— x\l — 

corura, decrelorum sexagiula novem ponlilicum , 
ab apostolis et eorumdem canonibus usque ad Zac- 
chariam I , Isidoro autore; 2 vol. in-f°. Parisiis, in 
sedibus Galioti à Prato, 1523. 

— Idem , lomus secundus continens pratica quintse synodi 

constantinopolitanse ; sexta synodus constantino- 
politana ; acta concilii constantiensis ; décréta 
concilii basiliensis ; adprobatio actorura concilii 
basiliensis per N. P. (Nicolaum papam) ; conhï- 
matio constilutionum Frederici et Karolinse, 2 vol. 
in-f°. Parisiis, in œdibus Galioti à Prado, 1524. 

— Idem , in-8°. Coloniœ, 1550. 

— Idem, in-8°. Parisiis, apud Franciscum Regnault, 1555, 

2 vol. — Cette édition n'est pas in-f°, comme l'a 
cru le P. Labbe; elle renferme la bulle d'or de 
Charles IV. 
Petrus Crabbe, Concilia omnia tàm generatia, quàm 
particularia , ab aposlolorum lemporibus in 
hune usque diem à sanctissimis Patribus celé' 
brata , et quorum acta litleris mandata ex ve- 
tustissimis diversarum regionum bibliotliecis 
liaberi potuere, in-f°. Colonise, 1538, 2 vol. 

— Idem, in-f°. Colonise, 1557, 5 vol. 

Laurebtius Surius carthusianus, Concilia omnia tùm ge- 
neralia tùm provincialia alquc particularia , 
quœ jàm indè ab apostolis usque in prœsens 
habita obtineri potuerunt, magnâ insignium 
synodorum aliorumque maxime utilium ac- 
cessione adeô nunc auclorum, ut in tomos 
quatuor distribula sint , aliquot locorum mil- 
libus in synodis et epistolis decretalibus hac- 
tenus edilis , ad vetustissimorum codicum 
fidem diligenter emendatis et reslilulis , in-f". 
Colonise, 1567, 4 vol. 






,m 






— xxij — 

Conciliorum omnium tàm gcneralium quàm provincia- 
lium, quao jàm indè ab apostolorum temporibus 
haclenùs légitimé cclebrata haberi potuerunt, vo- 
lumen in-f°. Venitiis , apud Dominicum Nicolinum, 
1585, 5 vol. 

Concilia gêner alia Ecclesiœ calholicœ, Pauli V ponti- 
ficis maximi anlkorilate édita, in-f°. Romse , 
ex typograpbiâ Vaticanâ, 1604, 4 vol. — Le 
P. Sirmond , étant a Rome , fit la préface de cet 
ouvrage ; et en cela il eut la gloire d'être préféré à 
tous les savants d'Italie. 

R. D. Severinus Rinius, Concilia generalia et provincia- 
lia quœcumque reperiri potuerunt; item epi- 
stolas decretales et romanorum pontificum vitae , 
in-f°. Colonise Agrippinse, 1606, 4 vol. 

— Idem, in-f°. Colonisa, 1618, 4 vol. 

— Idem, in-f°. Parisiis, 1538. 

Conciliorum omnium gcneralium et provincialium col- 
lectio regia, in-f°. Parisiis, 1644, è typographie 
regiâ, 57 vol. 

* PP. Philippcs Labbjeus et Gabriel Cossartius, Sacro- 

sancta concilia ad regiam editionem exacta, quse 
nunc quartâ parte prodit auctor, in-f°. Lutetiae Pa- 
risiorum, 1672, 18 vol. — Cette collection est la 
plus complète que nous ayons. 
P. Harduikus, Collectio maxima conciliorum generalium 
et provincialium, decretalium et constitutionum 
summorum pontificum, grsecè et latine, in-f». Pa- 
risiis, è typograpbiâ regiâ, 1715, 12 vol. 

* Stepuanus Raluzius , Nova collectio conciliorum , cum 

notis et emendationibus ad vètustissima exemplaria 
manuscripta, in-f°. Parisiis , apud Franciscum Mu- 
guet, 1683. — On n'a de cette collection que le 
tome 1 er . Le projet du second fut publié en 4688. 



— xxiij — 

D. Edmundus Martene , Thesauri novi anccdotorum 
tomus quartus in quo continenlur varia concilia, 
episcoporum statuta synodalia, illuslrium monas- 
teriorum ac congregationum édita , prœsertîm in 
capitulis generalibus, in-f°. Lutetiœ Parisiorum, 
1717. 









III 

Collections des conciles particuliers d'un seul royaume ou d'une seule province. 



Joannes Sichardus, Concilia cartilagineuse primum, mi- 
levitanum, nicœnum primum, constantinopo- 
litanum primum , epliesinum , chalcedonense , 
romanum sub Damaso, unà cum constitulio- 
nibus apostolicis, operà Bovii, in-P. Parisiis, 
Nivelle, 1568. 

Conradus Gesnerus, Colleclio , continens partira apostolo- 
rumet tredecim sanctorum et veterum conciliorum 
décréta , in-f°. Tiguri, 1552. — Ces conciles sont 
ceux de Nicée, d'Ancyre, de Néocésarée , de 
Gangres, d'Antioche, de Laodicée, de Constanti- 
nople, d'Ephèse, de Calcédoine, de Sardique, de 
Carthage, in trullo, et le second de Nicée. Ce 
recueil fait partie de l'ouvrage intitulé : Theolo- 
gorum aliquot grœcorum veterum orthodoxo- 
rum libri grœci et iidem latinilate donati, in-f°. 
Ibidem. 

Lucas Holstemus , Collectif) romana bipartila veterum 
aliquot historiae ecclesiasticae monumentorum , 
in-8°. Romae, per Jacobum Dragondellum, 1662. 

* P. Jacobus Sirmohdus , Concilia aiitiqua Galliœ très in 
tomos ordine digesta, cum epistolis pontificum, 
principum conslitutionibus et alias gallicana; rei 
ecclesiasticae monumenlis, in-f°. Parisiis, Cramoisy. 






I 



— xxiv 



1629, 3 vol. — A la fi» de chaque volume de celte 
collection , qui commence au temps de l'empereur 
Constantin, et finit à peu près avec le dixième siè- 
cle , on trouve des notes du P. Sirmond ,\ qui sont 
très-estimées. 

Pethus de la Lande , Conciliorum anliquorum Galliœ à 
Jacobo Sirmondo editorum supplementa , in-f °. 
Parisiis, 1666. 

Ludovicus Odespun de la Méchimère , Concilia novissima 
Galliœ, à tempore concilii tridentini celebrata , 
in-f. Parisiis , 1646. 

* Franciscds Pommeraye , Concilia ac synodalia décréta 
sanciœ Ecclesiœ rolhomagensis , cura notisAn- 
geli Godin, in-4°. Rothomagi, 1677. 
P. Guillelmus Bessin , Concilia rothomagensis provin- 
ciœ, accedunt diœcesanse synodi , pontificum epi- 
stolae, regia pro Normanniae clero diplomata , 
necnon alia ecclesiasticae disciplina monumenta ; 
ex illis non pauca hactenùs inedita ; quœ priùs édita 
fuerant ad manuscriptos codices recognita et 
emendata sunt ; collala qusedam cum autographis ; 
disposita omnia juxtà chronologise ordinem et ob- 
servationibus , ubi convenit. Rothomagi, 1717. 

Joawnes Maan, Concilia provinciœ turonensis. — Ces 
conciles se trouvent a la fin de l'Histoire ecclésias- 
tique de Tours par le même auteur, in-f°. Augustae 
Turonum, 1697. 

Stephanus Baluzius , Concilia Galliœ narbonensis, notis 
illustrata, in-8°. Parisiis, 1668. 

Garsias Loaisa , Collectio conciliorum Hispaniœ, in-f. 
Madriti, 1593. — L'auteur de cette collection s'est 
servi des manuscrits que le cardinal Gaspar Qui- 
roga, archevêque de Tolède, envoya au pape Gré- 
goire XIII à l'époque où il faisait travailler à une 



L 



^ 



— XXV — 



édition correcte du décret de Gralien ; les mêmes 
manuscrits furent communiqués à Baluze par Gas- 
par Mendoza. 

* Joskphus Saenz de Aguirre, Collectio maxima concilio- 

rum omnium Bispaniœ et Novi-Orbis , episto- 
larumque decretalium celebriorum, necnon plu- 
rium monumentorum ad illam spectantium , cum 
notis et dissertationibus, quibus sacri canones, 
historia, ac disciplina ecclesiastica et chronologia 
accuratè illustrantur, in-f 4 vol. Romaî, 1693. 

Franciscus Haroldus, Lima limata concilii , constitulio- 
nibus synodalibus,elc, quibus Toribius Alphon- 
sus Mogroveius archiepiscopus limanus provinciam 
limensem, seu peruanum imperium, elimavit, et 
ad normam canonum composuit; omnia ferè ex 
hispanico latine reddita , notis et scholiis illustraïa. 
Romœ, 1673, in-f°. 

Hewricus Spelman, Concilia, décréta, leges, conslitulio- 
nes, in re ecclesiarum orbis brilannici. — On n'a 
que deux volumes de cette collection. Le premier 
parut l'an 1639; le second l'an 1664. Ce dernier 
est très-rare. 

Guillklmus Lindvood, Provinciale scu constilutiones 
ecclesiasticœ Angliœ. Parisiis, 1502, in-f'. 

— Idem. Antuerpiœ, 1525, in-f. 

— Idem. Oxonii, 1679, in-f°. 

Concilia Ecclesice armenœ. — Cette collection se trouve 
dans l'histoire d'Arménie, publiée par Galanus sous 
le titre de Historia armena ecclesiastica et po- 
litica, et ecclesice armenœ cum romand conci- 
liait. 

* Vincentius Maria Ursinus, cardinalis, Synodicon sancti 

beneventanensis ecclesiœ conlinens conci- 
lia XIX. Benevenli , 1695 , in-f. 






— xxvj — 
IV 

Abrégés et sommaires des conciles. 

Ferrandus Fulgentius, diaconus, Breviatio canonum. — 
Cet abrégé des canons ecclésiastiques se trouve 
dans la Bibliothèque du droit canonique, t. I, 
p. 445 ; dans la Bibliothèque des Pères , édition 
de Lyon , t. IX , p. 486. 

Crescomus , Breviarium canonum. — Il y a eu différentes 
éditions de cet ouvrage ; la première et la plus an- 
cienne est celle de Paris l'an 1588, publiée par 
Pierre Pithou ; la seconde fut faite à Poitiers l'an 
1630 par de Hauteserre; François Chifflet fit pa- 
raître la troisième à Dijon ; enfin cet ouvrage se 
trouve dans la Bibliothèque du droit canonique, 
t. I, p. 456, et dans la Bibliothèque des Pères, 
édition de Lyon, t. IX, p. 486. 

Photius, patriarcha constantinopolitani, Opusculum de 
septem sijnodis. — Cet ouvrage n'est autre chose 
qu'une partie de la lettre que Photius écrivit à Mi- 
chel, roi des bulgares, touchant les devoirs d'un 
prince. Il y en a eu plusieurs éditions. On le trouve 
dans la Bibliothèque du droit canonique, t. II, 
p. 1141 . Le P. Labbe l'a démembré pour le mettre 
à la suite de chaque concile œcuménique. Le 
P. Hardouin l'a publié dans sa collection, t. V, 
col. 1495. 

Opusculum de sex œcumenicis synodis. — Ce petit ou- 
vrage d'un auteur anonyme est imprimé, en grec 
et en latin, dans la Bibliothèque du droit cano- 
nique, t. II, p. 1161 , et dans la collection du P. 
Labbc a la fin de chaque concile , et dans celle de 
Hardouin , t. V, col. 1485. 



L 



~*v" ^ 



— XXV1J — 

Synodicon , seu Libellus synodicus omnes synodos tam or- 
thodoxas quàm hœreticas complectens , a tempore 
apostolorum ad octavam œcumenicam. — Ce re- 
cueil fut d'abord publié en grec et en latin par Jean 
Papyrus. On le trouve aussi dans la Bibliothèque 
du droit canonique, t. II, p. 1166. Les collec- 
teurs des conciles l'ont également publié. 

Michael Psellus , de septem primis conciliis œcumeni- 
cis, grsecè. Basilese, 1536, in-8°. — Cet ouvrage 
se trouve parmi les conciles de Binius, U III, 
9 partie i, p. 400. 

Mattileus Blastaees, Synopsis canonum, grsecè et latine. 

— Cet ouvrage se trouve dans le Synodicon de 
Bévérégius. 

Constantinus Haemenopolus , divinorum et sacrorum ca- 
nonum Epitome, grœcè et latine. — Cet ouvrage 
se trouve dans le recueil de Leunclavius. 

Anastasius Junior , Recensio compendiaria conciliorum. 

— Lambécius a publié cet ouvrage dans ses Corn- 
mentaires sur la bibliothèque de l'empereur, 
t. VIII, p. 444. 

Alexius Aristeaus , Synopsis canonum. — Cette synopse 
se trouve dans la Bibliothèque du droit canoni- 
que, t. II, p. 673. 

Simeon Magister, Epitome canonum. — Cet abrégé est 
imprimé dans la Bibliothèque du droit canoni- 
que, t. II, p. 710.11 continue les mêmes canons 
que celui d'Aristenus, mais dans un autre ordre. 

Arsenius AuTORrANus , divinorum (tanonum Synopsis. — 
L'auteur de cet ouvrage s'attache plus au sens des 
canons et des Pères qu'il cite, qu'a leurs paroles ; 
il a joint aux canons les lois des empereurs. Celle 
synopse est imprimée dans la Bibliothèque du droit 
canonique, t. II, p. 749. 






— xxviij — 

Auuustinus Patricius, Summa conciliorum florentini , 
basiliensis , lausanensis et pisani. — Cette his- 
toire abrégée qui fut composée l'an 1480 par ordre 
de François Piccolomini , cardinal de Sienne, a été 
publiée sur un manuscrit de la Bibliothèque Royale ; 
elle se trouve dans la collection du P. Labbe, 
t. XIII, col. 1488. 

Le Maire , Prompluaire des conciles. Paris, 1546 , in-8". 

Gaspar Contarehus , conciliorum magis illustrium 
Summa. 

Franciscus Joverius , Sanctiones ecclesiasticœ tàm syno- 
dicœ quàm pontificce in très classes distincts. 
Parisiis, 1555 , in-f°. 

Joannes Sagittarius , Collectio canonum. Basileae , 1555 , 
in-f. 

Joannes Sotteallus , Summa pontificalium , synodalium , 
constitulionum , in locos seu titulos communes 
redacla. Lovanii , 1570. 

Bartholom.eus Carranza , Summa conciliorum et sanclis- 
simorum ponlificum , usque ad Julium II. Pari- 
siis, 1555, in-16. 

— Idem , cum accessione ad hœc usque tempora. Ge- 

nevaB, 1600, in-16. 

— Idem, cum appendice conciliorum gallorum à Jacobo 

Sirmondo. Lugduni, 1675, in-8°. 

vEgidius Gonzales d'Avila , Concilia generalia omnia in 
locos communes redacta. 

Abrahamus Scui/tetus, Compendium sanctarum et univer- 
salium synodorum nunc primùm in latinam lin- 
guam conversum ; grsecè et latine, 1604, in-f. 

Conradus Rittershusius , Compendium septem concilio- 
rum universalium. 

Antonius Augustinus, Epilome juris pontifîci veleris. 
Romai, 1611, in-f°. 



— Klern,l6U, 2 vol. 

— Idem, Parisiis , 1611. 

Joachihus Camiîrarius, Compendium sanctiûimanm et 
universalium synodorum , gr.Tcè et latine. 
Helmstadii, 1614. in-8°. — On a joint à cet ou- 
vrage un abrégé intitulé : brevis Enarratio de 
synodis. 

Gaspar Scholanus, brevis Epitome decretorwm , quae in 
valentinis synodis statutasunt. online alphabelico 
digesta. Valenliœ , 1616, în-8°. 

Daniel Angelocrates, Epitome conciliornm et academia- 
rum totius ovins. Francofurtii, 1620, m-4*. 

Francisco Longus , Breviarium chronologicum, pontifi- 
ciim et conciliornm. Lugduni, 1623, in-f". 

J. Prideaux , conciliornm Synopsis. Oxonire, 1651 , in-i". 

Timon Starovolscius, Epitome conciliornm. Romre, 1655, 
in-f°. 

Ijaurentius Brakoatus, Epitome canoninn omnium conci- 
liornm tàm generalium quàm provincialium ordine 
alphabelico digesta, seu index universalis. Romre, 
1659, in-f". 

— Idem. Colonie, 1684, in-f". 

LuDovtcus Bail, Summa concitior uni. Parisiis , 1672, 
in-4°, 2 vol. 

Franciscus Sylvius, Summa conciliornm. Duaci, 1679. 

Josephus Saens d'Aguirre, Notifia compendiaria conci- 
liornm Ilispaniœ. Salmantia 1 , 1681 , in-12. 

Idem, Synopsis conciliornm Ilispaniœ. Romre, 1693, 
in-12. 

Joannes Cabassutius, Notilia conciliornm. Lugduni, 1667 
et 1670, in-8". 
Idem, Notilia ecclesiastica hisloriarum et concilio- 
rnm. Lugduni, 1685, in-f. 

Le P. Esprit André, Conciliornm cecnmenicorum ratio 



— XXX — 



generalis, vel compendium synodicum elucidatio- 
nibus historicis, dogmaticis et criticis illustratum. 
Chamberry, in-8°. 
Deléctus Ecdesiœ universalis, seu nova summa conci- 
liorum , epistolarum , decretorum sanctissimorum 
pontificum, capitularium. Lugduni, 1702, 2 vol. 
in-f. 



Commentaires ou scliolies sur les canons el les conciles. 



Theodorus Balsamon , Sckolia in canones apostolorum , 
conciliorum et epistolas canonicas. — Ces scholies 
se trouvent dans le recueil de Bévérégius , intitulé : 
Pandectœ canonum. 

Idem , Sclwlia in canones Dionysii Alexandrini. — Voir 
Bévérégius. 

Idem, Scholia in canones Pétri Alexandrini. — Le même 
auteur a aussi donné des scholies sur les épîtres 
canoniques de saint Grégoire Thaumaturge, de 
saint Athanase, évêque d'Alexandrie, de saintBasile, 
de saint Grégoire de Nysse , de Timothée, évêque 
dAlexandrie, de Théophile, de saint Cyrille, de 
saint Grégoire le théologien, de Gennade et de 
Taraise , ces deux derniers patriarches de Constan- 
tinople. Ces scholies se trouvent dans les Pandec- 
tes de Bévérégius. 

Idem, Commentaria in Nomocanon Photii. — Ces com- 
mentaires se trouvent dans la Bibliothèque du 
droit canonique, t. II, p. 785. 

Joannes Zonaras , CommeMarii in canones sanctissimorum 
conciliorum tam œcumenicorum quam provincia- 
lium , lalinè ; operâ Joannis Quintini. Parisiis, 
1558,in-4°. 



— xxxj — 

Idem, Mediolani, 1613. 

Idem, graecè et latine. Parisiis , 1618. — Les Commen- 
taires de Zonare se trouvent aussi dans les Pan- 
dectes de Bévérégius. 

Idem, Sclwlia in canones Dionysii Alexandrini. — Les 
scholies se trouvent dans les Pandecles de Bévé- 
régius. 

Idem, Scholia in canones Pétri Alexandrini. — Ces scho- 
lies se trouvent dans les Pandecles de Bévérégius. 

Alexius Aristenus, Scholia in canones apostolorum. — Ces 
scholies se trouvent dans les Pandecles de Bévé- 
régius. 

Idem, Scholia in canones sancti Basilii. —Bévérégius les 
a publiées dans ses Pandecles. 

Guillelmus Durandus , sive Duranlus senior, qui dicilur Spe- 
culator, Commentarius in concilium lugdunense , 
sub GregorioX. Paris, 1569, in-4'- 

Josephus tëgyptius, Proœmia et paraphrasis arabica io 
quatuor priorum generalium conciliorum canones , 
arabicè et latine. — Cette paraphrase se trouve 
dans les Pandecles de Bévérégius. 

Fernandus de Mendoza , Commentarius in concilium illi- 
beritanum, seu de conlirmando eodem concilio 
ad Clementem VIII pontificem maximum libri très. 
Madridi, 1594, in-l°. 

Idem, Lugduni, 1665. —Ce commentaire et ses notes se 
trouvent dans la collection du P. Labbe, t. 1 , col. 
1010. 

Augustinus Bareosa, Colleclanea in concilium tridcnti- 
num. Lugduni, 1657, in-f. 

P. Franciscus Christianus Lupus, Synodorum generalium 
ac provincialium décréta et canones, scholiis, 
notis ac historicâ actorum dissertatione illuslrati. 
Bruxellis, 1673, 5 vol. in-4°. 



— xxxij — 

Idem, Lovanii, 1665, 5 vol. in-4°. — Ces dissertations du 
P. Lupus sont très-estimées, fort savantes et plei- 
nes de recherches. 

Natalis Alesander, Exercilationes in concilia. — Ces 
remarques historiques et critiques se trouvent dans 
Y Histoire ecclésiastique du même auteur. 

Zf.gerus Bernardus Van Espen , Tractatus historicus cano- 
nicus exhibens scholia in omnes canones conciliô- 
rum, tam gra>cos quam latinos, et famosiores ca- 
uonum codices sive collectiones tàm veteres quam 
recentiores. Rothomagi, 1710, in-4". 



VI 

Écrivains qui ont donne l'histoire de tous les conciles ou de quelques-uns 
en particulier. 



L'Histoire en abrégé des quatre premiers conciles 
généraux. Paris, 1676, in-12. 

■ Edmoudus Richerius, Historia concilioriim generalium 
in quatuor libros dislribula. Colonie, 1680, 4, 
vol. in-4". 

Marco Battaglim, Istoria de concilii. Venezia, 1686, in-f . 

Memoria hislorica conciliorum. Veneliis, 1689, in-12. 

Hermakt, Histoire des conciles où l'on voit en abrégé ce 
qui s'est passé de plus considérable dans l'Eglise 
depuis sa naissance jusqu'à présent; in-12. 

* Histoire des conciles généraux et assemblées tenues 
en Orient et en Occident depuis le temps des 
apôtres jusqu'au concile de Trente, avec des dis- 
sertations. Paris, 1699, 2 vol. in-8". 

Gklazius Cyzicenus, Historia concilii Nicœnil. — Celte 
histoire se trouve dans la collection du P. Labbe , 
t. H, col. 103. 



I 



— xx.xiij — 

Jean Bouillet de Saint-Paul , Abrégé historique des con- 
ciles généraux. Moulins, 1705, in-12. 

" Jacques Lenfant, Histoire du concile de Constance, 1714, 
2 vol. in-4°. 

Bourgeois du Chastenet, nouvelle Histoire du concile de 
Constance , avec plusieurs pièces tirées des ma- 
nuscrits des meilleures bibliothèques. Paris, 1718, 
in-4". 

Antonio Baldassari , Concilii tridentini storia compen- 
diosa del concilio di Trento e ristretto de concilii 
ecumenici fuligno; in-12. 

Callisto Puccinelli, Y I storia del 'concilio di Trento di 
Sforza Pallavicino compendiato. Borna, 1660, in-4°. 

Giam Pierro Cataloni , J storia del coîicilio di trento 
scritta dal cardinale Sforza Pallavicino, separata 
dalle parte contenziosa e ridolta in piu brève forma. 
Borna, 1666, in-f». 

VII 

Annotaleurs des concilrs. 



L'abbé de Thésut , Remarques curieuses pour l'intelli- 
gence des conciles. Lyon, 1650, in-12. Binius , 
nolœ. 

Joannes Lydius, Castigaliones in narrationem hislo- 
ricam conciliorum omnium Gabrielis Patroli. 
Lugduni, 1620, in-8°. 

Baluzius , Nolœ. 

Joannes Ludovicus Buellius , Concilia illuslrata cum con- 
tinuatione Joannis Ludovici Hartmann! . Norim- 
bergœ, 1675, 4 vol. in-4°. — Ces notes sont faites 
par des protestants allemands. 

Le P. Poisson , Deleclus aclorum Ecclesiœ universalis. 
Lyon, 1706. 
T. I. c 



///" 



— xxxiv — 

Lenain de Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire 
ecclésiastique, des six premiers siècles. 

Le P. Queskel, Traité de la discipline ecclésiasique. 

François Pithou , Codex Ecclesiœ romanœ, avec des 
notes. 

Chahles-Annibal Fadrot, Notes sur le recueil des ordon- 
nances ou constitutions ecclésiastiques de 
Théodore Balsamon. — Ces notes se trouvent 
dans la Bibliothèque du droit canonique. 

Jean Paphjs, Synodicon complectens omnes synodos tàm 
orthodoxas quàm hœrelicas, grsecè, avec une ver- 
sion latine et des notes. Strasbourg, 1601. 

De Haute-Serre, Notœ ad indiculos canonum Fulgentii 
Ferrandi et Cresconii afri. Piclaviis, 1650, in-4°. 

* Le P. Sirmond, Notes sur les conciles de France. — 
Elles se trouvent dans la collection du P. Labbe à 
la suite de chaque concile. 

Garsias Loaisa, Notes sur les conciles d'Espagne. — 
Elles se trouvent dans la collection du P. Labbe à 
la suite de chaque concile de ce royaume. 

HoLSTEiuus, Notes sur les conciles de Rome. — Labbe les 
a insérées dans sa collection, t. IV, col. 1725. 

Gabriel de l'Aubespine, évêque d'Orléans, dans son édition 
des Œuvres d' Optai a fait quelques remarques 
sur l'histoire des donalisles. Dans cette même 
édition il a donné des notes sur les dix-sept pre- 
miers canons, les 19 e , 21 e , 25 e , 24% 25% 26% 28% 
29% 50% 52% jusqu'au 47" ; les 54% 55% 56% 58% 
59% 60% 61% 63% 65% 67% 68% 69% 72\jusqu'au 
77% 79% 80% 81 e canons du concile d'Elvire; sur 
le 7 e du concile de Sarragosse; sur le 2 e du l 0r con- 
cile de Tolède ; sur le 2 e du concile de Barcelone ; 
sur les 8% 9 e et 10 e du concile de Girone; sur les 
11% 12% 15 e et 19" du 1" concile de Nicée; sur le 



«-C \ M. 



— XXXV — 

11 e du concile de Calcédoine; sur le 17 e du con- 
cile d'Àncyre; sur le 6 e et le 42- du concile de 
Néocésarée ; sur le 2 e du concile d'Aniiochc; sur 
le 2 e du concile de Laodicée ; sur les 5°, 6 e , 7 e , 9 e , 
15 e , 17 e , 23 e du 1 er concile d'Arles; sur les 5% 6% 
12% 14% 18% 20% 26 e du 1 er concile d'Orange; 
sur les 2 e et 8 e du 1 er concile de Vaison; sur les 2% 
9% 10% 12% 27% 56 e du 2 e concile d'Arles; sur le 
5 e du concile de Valence en France ; sur le dernier 
concile d'Epaone ; sur le 5 e et le 4 e du 2« 
concile de Carthage; sur les 2% 4% o% 52% 54 e et 
78 e du 5 e concile de Carthage ; et sur les 78% 80% 
82" du 4 e concile de Carthage. 
Remarques sur les canons apostoliques. Rouen , 1698, 

in-8% 
Emmanuel Gonzalez Tellez , Notes sur le concile d'El- 
vire. — Ces notes ont été imprimées avec ce con- 
cile. Lyon, 1605, in-f". Elles se trouvent aussi dans 
les collections du P. Labhe et du cardinal d'A- 
guirre. 
De Sautour, le Concile de Néocésarée traduit en français 
avec l'explication de ses canons et des notes criti- 
ques. Paris, 1711, in-8'. 
Robert Beixeforest, V Histoire du concile de Nicée , par 
Gélase deCyzique, avec une version latine et des 
notes. Paris, 1599. 
Le P. Peltan , Remarques sur les actes du concile d'É- 

phèse. 
Sclioliœ et notœ ad variorum Patrum epistolas concernentes 
acta ephesini et chalcedonensis concilii nuperrimè 
reperlas in bibliothecâ monasterii cassinensis, et 
nunc primùm in lucem éditas. Lovanii, 1682, in-4°. 
Canones grœci concilii laodiceni cum versionibus Gen- 
tiani Herveti , Dionysii exigui , Isidori Mercaioris 



m 
I 



m 






— xxxvj — 
et observationibus Wtrigangi C.nndlingii. Nori- 
bergan , 1684, in-8°. 

L'abbé Antedh, de l'Origine de l'Église de Fréjus, avec 
des notes sur le troisième concile d'Arles. 

André Dabillok , le Concile de la Grèce , ou Explication 
des canons du second concile d'Orange. Paris, 
1645, in-4". 

Matthjeus Raderus, Actaconcilii gêner alis VIII, grrecè 
et latine, cum notis. Ingolstadt, 1604, in-4". 

Ludovicus Cellotius , Notœ in concilium duzianence I. 
Parisiis, 1558, in-4°. — Ces notes se trouvent dans 
la collection du P. Labbe, t. VIII, col. 1542. 

Robert Creyghton, évêque de Bath et de Wells, Noies 
sur l'histoire du concile de Florence, par Syl- 
vestre Sguropulus. La Haye, 1660. 

Juuus Clemens Scotus (sub nomine Stanislaï Felicis), Notœ 
morales, censoriœ , historicœ, in historiam con- 
cilii tridenlini, Sfortia' Palavicini. Colonise, 1664, 
in-4". — Cet ouvrage est une censure violente de 
Y Histoire du concile de Trente du cardinal Pal- 
lavicini; aussi a-t-il été mis à l'index. 

Joannes Marius, de scliismatum et conciliorum Ecclesiœ 
différentiel. — Cet ouvrage se trouve dans Y His- 
toire du schisme par Thierry de Niem, p. 409. 

Ludovicus Thomassinus, Dissertationum in concilia gène- 
ralia et particularia tomus primus. Parisiis, 
1667, in-4'. 

Jo.wnes Brouet, Staluta synodalia unirersalis Ecclesiœ. 
Parisiis, 1596, in-8". 

Pier Valerio Martorelli , Lezione famigliari sopra la 
storia e i dogmi de concilii generali d'Orienté, 
esposti al suo capitolo è clero délia penna. Urhino, 
1707, in-4". 

Cotelif.r , Remarques sur les conciles généraux et parti- 



L 



-i » «~ 



— xxxvij — 

culiers ; manuscrit de la bibliothèque du roi. — 
Ces remarques peuvent être très-utiles à ceux qui 
veulent faire une étude particulière des conciles. 

Germanus I, constantinopolitani palriarcha, de Sunodis 
œcumenicis. — Cet ouvrage se trouve dans Le 
Moine, Varia sacra, 1. 1, p. 58. 

Didacus Alava Esquivel , de Coneiliis universalibus. Gra- 
nalac, 1552 , iu-f . 

De Coneiliis provincialibus et nationalibus. — Cet ou- 
vrage se trouve dans celui de Marca intitulé : de 
Concordiâ sacerdotii et imperii. 

Pktrus Dii Marca , Dissertatio de antiquis colleclionibus 
canonum antè Bionysianum. 

— Idem, de Senlentiis Sirmondi et Petavii circà annum 
concilii sirmensis. — Ces deux ouvrages se trouvent 
dans les opuscules de cet auteur. Paris , 1681, 
in-8". 

Jacobus Severtius, de Coneiliis tùm] œcumenicis làm 
provincialibus , in quibus praesenles suti'ragium 
tulere RR. lugdunenses archiepiscopi , etc., circà 
arliculos de fide. Lugduni, 1607, in-4\ — Cet ou- 
vrage se trouve dans un autre du même auteur qui 
a pour litre : Clironotogia historien successio- 
nis hierarchicœ aniisiilum lugdunensis archie- 
piscopalùs, etc. 

VIII 

Ecrivains ijui ont donne des dissertation» sur les conciles. 



Cuillelmus Durandus junior (sive Durantus ) , Tractatus 
de modo generalis concilii celebrandi. Parisiis, 
in-8'. — Cet ouvrage se trouve dans le Traclalus 
traclatuum juris , t. I, part, i, f" 15i. 



— xxxviij — 

Matthias Ugonics, episcopusfamaugnstini, de Conciliis sy« 
nodia. Brixiœ, 1541, in-f. 

— Idem. Venitiis, 1565 , in-f. 

— Idem. Venitiis , 1576, in-f. 

Alphonsus Guerrerus , hispani Tractatus de modo et or- 
dine generalis concilii celebrandi. Neapolis , 

1545,in-4\ 
Fredericus Nausea. de Rébus conciliaribus ad PaidumIII. 

Lipsiœ, 1538, in-f. 
Michael Thomasius, de Ratione habendi concilia provin- 

cialia ac diœcesana , Isidori ordo de celebraado 

concilie Roraae, 1565, in-4°. 

— Idem. Venitiis, 1569, in-4°. 

Nicolaus Januarius, de Visilalione ac sijnodis diœcesana 
et provinciali canonicœ conctusiones. Parisiis , 
1620, in-12. 

Bartholojueus Gavantus , Praxis diœcesanœ synodis ce- 
lebrandœ. Parisiis, 1639, in-4". 

Henricus de Bottis, Tractatus de synodo episcopi et de 
statutis episcopi synodalibus. Lugduni, 1529. 

Joannes Antonius Massobrius, Tractatus de synodo diœ- 
cesana seu episcopi Romœ. Romœ, 1627, in-4°. 

* Antonius Augustinus, Dialogideemendatione Graliani, 
cum notis Stephani Baluzii. Parisiis, 1672, in-8°. 

Le Lorin, chapelain de la cathédrale de Rouen, les Conciles 
généraux et particuliers, leur histoire avec des 
remarques sur leurs différentes collections. 
Cologne, 1717, in-8°. — H ya dans cet ouvrage 
une dissertation dans laquelle l'auteur soutient 
contre Voelle, Justel et Bévérigius qu'avant le 
sixième concile de Carthage, l'Afrique n'a point eu 
de code particulier de canons. 

Petrus Josephus Cantelius , Dissertatio de synodis pro- 
vincialibus, nationalibtis, œcumenicis. _— ■ Cette 



~. *\ ^ 






— xxxix — 

dissertation se trouve dans un ouvrage qui a pour 
titre : Metropolilanarum urbiurn Ilistoria avi- 
lis et ecclesiastica. Parisiis, 1684, in-4". 

Emmanuel a Schelsthate, Anliqîdtas illuslrala circ'a conci- 
lia generalia et provincialia. Parisiis, 1678 , in-4°. 
— Cet ouvrage se trouve dans la Bibliothèque des 
auteurs qui ont écrit pour les droits du saint- 
siége , par Roccaberti , t. XI , p. 28. 

Le P. Garnier , Synodi in causa pelagianorum habita' 
vivente sancto Augustino. — Cette dissertation se 
trouve dans les œuvres de MariusMercalor publiées 
par le P. Garnier, part, i, append. 2, p. 165. Lo 
même jésuite a fait une autre dissertation sur les 
conciles tenus contre Neslorius; elle se trouve à la 
pag. 551 de la 2* partie. 

Thomas Hurtado , de germanâ inlclligentiâ quorumdam 
canonum illiberitani concilii. — Cet ouvrage 
se trouve dans le traité théologique du môme au- 
teur, intitulé : Resolutiones orthodoxo-morales. 
Cologne, 1653, in-f. 

Joannes Georgius Dorsch^ius , Exercilalio ad concilium 
nicœnum primum. Argentorati , 1655, in-4". — 
Le même auteur luthérien a fait paraître en 1629 
une dissertation sur le concile de Francfort ; autre 
en 1650, sur celui de Sirmium; une autre en 1652, 
sur celui d'Orange. 

Lucas Holstenius, Disserlalio de locis quibusdam conci- 
lii nicœni. — Cette dissertation se trouve à la lin 
de l'Histoire de Théodoret publiée par de Valois, 
p. 187. 

Gkorgius Bullus, de Patribus ante-nicœnis , inter ejus 
opéra a Joanne Ernesto Grabio édita. Londini, 
1703, in-r. 



;-xl- 

Joanmes Launoius, de reclâ Nicœni canonis sexti intelli- 
gentiâ. Lutetiœ, 1640, in-8° . 

— Idem, Parisiis, 1662, in-8°. 

— Propugnatio dissertationis de rectâ nicœni canonis 

sexli intelligentiâ. Lutetiœ, 1671, in-8°. 
* JacobusSirmundus, Censura conjecturée anonymi scrip- 
toris de suburbicariis regionibns et ecclesiis. 
Parisiis, 1618, in-8°. 

— Propempticum Claudio Salmasio adversùs ejus Eu~ 

cliaristicon de suburbicariis regionibus et ec- 
clesiis. Parisiis, 1622, in-8°. 

Gcaltherus, Diatribe de Constanlini Magni baptismo, 
donatione et legatione ad concilium nicœnum con- 
tra Csesarem cardiualem Baronium. Iense,16l8, 
in-18. 

Balthazar Mentzerus, Exercitalio in concilium nicœ- 
nu m. Gissae Hessorum, 1652, in-4°. 

Dionysius Petavius, Elenchus ulriusque dialribœ Sir- 
mondi de Photino et sirmiense sijnodo. — Voir 
les œuvres du P. Sirmond, t. IV, p. 585. 

— Disserlatio de Photini ejusdem damnatione. — Voir 

les œuvres du P. Sirmond, t. IV, p. 539. 
* Pascasius Quesnel, Dissertalio de conciliis africanis in 
Pelagianorum causa celebratis, ab obitu Innocenta 
papœ I usque ad Zozimi adversùs eosdem senten- 
tiam. Item, de veteri codice Ecclesiœ romanae. 

— De primo usu Codicis canonum Dionysii exigui in 

gallicanis regionibus. — Voir les œuvres de saint 
Léon publiées par le P. Quesnel , Dissertations m, 
xiii et xvi. 
Usserws, Epislolœ. Parisiis, 1665, in-4". — Lesx'etxi' 
lettres de ce savant critique renferment des remar- 
ques importantes sur la première collection des 
canons qui a été en usage dans l'Eglise grecque. 



"Emmanuel A. Schelstrate, Ecclesia a/ricana sub primatu 
carthaginensi. Parisiis, 1679, in-4°. 

* Guillermus Beveregics, Codex canonum Ecclesiee pri- 
mitivœ vindicalus et illustrants. Londini, 1678, 
in-4°. — Cet auteur soutient que le recueil des 
canons des apôtres est au moins du second siècle. 
Cet ouvrage se trouve dans la Bibliothèque des 
Pères apostoliques publiée par Cotelier. 

Joannes Lampadius, Decas prima disputalionum liislo- 
rico-tlieologicarum de conciliis. Bremae, 1615, 
in-8°. — Cet auteur luthérien a fait paraître à 
Brème trois décades sur le même sujet; la pre- 
mière en 1615, la seconde en 1615, et la troisième 
en 1618. 

De Launoy, Epislolœ , lib. vin, epislola 12. — Cet auteur 
montre que les collecteurs ne sont pas d'accord sur 
le nombre des conciles œcuméniques assemblés 
depuis le schisme des grecs. 

Garsias Loaisa, de Primatu Ecclesiœ loletanœ. — Ce 
traité se trouve dans la collection des conciles 
d'Espagne par le même auteur ; dans la collection 
du cardinal d'Aguirre, t. II, p. 457. 

— Idem, Epislola ad Laurenlium Suaresium de pri- 
matu tolelano. — Vide appendic. Baluz. ad Mar- 
cam de primatibus , p. 412. 

Joahises Baptista Perez , Chronologia conciliorum His- 
panice. — Cet ouvrage se trouve dans la collection 
du cardinal d'Aguirre, t. I, p. 13. 

Séries clironologica 17 conciliorum tolelanorum. — Cet 
ouvrage se trouve dans les Commentaires d'Al- 
phonse \illadiego. 

Antonius Augustinus , de Episcopis et conciliis Cœsar- 
augustinis. — Cet ouvrage se trouve, avec uu 
dialogue du même auteur louchant les conciles 



ut 



— xlij — 

d'Espagne, dans la collection du cardinal d'A- 
guirre, t. 1, p. 9. 

Polycarpus Lysbrus, Dissertalio circa historiam concilio- 
rum Mogunlinensium , et in primis concilii anno 
1310 habiti. Helmstadii, 1713, in-4°. 

Thomas Ittigius , Observalio de concilio apostolorum , in 
quo immaculata beatœ virginis Marias conceptio 
décréta perhibelur. — Cette observation se trouve 
à la fin du supplément des œuvres de saint Clément 
d'Alexandrie publiée par le même auteur. Leipsick, 
1700, in-8°. 

— Observatio secundo, de numéro canonum nicœnorum 

ad versus cardinalem d'Aguirre. — Voir ibid. , p. 191 . 

Emmanuel A. Schelstrate , Antioclienum concilium auc- 
toritali suœ restilutum. Autuerpiae, 1681, in-4°. 

Emmanuel Gonzales Tellez , Concilium eliberitanum cum 
discursibus apologeticis Fernandi de Mendoza 
olim editum , adjunctis nunc diversorum notis , 
suisque uberioribus. Lugduni, 1665, in-f°. 

Joannes Launoics Constantiensis , Parisiensis theologi de 
verà ralione plenarii apud Augustinum concilii 
in causa rebaptizantium. Parisiis, 1644, in-8°. 

— Idem, 166l,in-8°. 

— Idem, 1677, in-8 u . 

Confirmalio dissertationis de verâ plenarii apud Augus- 
tinum concilii ratione. Parisiis, 1667, in-8 p . 

— Remarques sur ta dissertation où l'on montre en quel 

temps et pour quelles raisons l'Église universelle 
consentit à recevoir le baptême des hérétiques ; et 
par où l'on découvre ce qui a donné occasion 
aux auteurs , qui ont traité cette matière , de s'être 
égarés dans la recherche qu'ils ont faite du concile 
picoter, qui termina , suivant saint Augustin, cette 
contestation. Paris, 1675. 



- . '% *. 



— xliij — 

David , Réponse aux remarques sur la dissertation du 
concile plénier dont a parlé saint Augustin en 
disputant contre les donatistes. Paris, 1671. 

Examen de la préface et de la réponse de M. David 
aux remarques sur la dissertation du concile plé- 
nier. Paris, 1872, in-8°. 

Joajsnes Nicolaï, Dissertatio de concilia plenario contra 
donatistas. Parisiis, 1667, in-12. 

De concilio teleplensi vel Zellenzi in Africà auno 418 ha- 
bito Dissertatio , in quâ defenditur veritas hujusce 
concilii. — Cette dissertation se trouve a la fin de 
l'ouvrage de Marca intitulé : de Concordiâ saçer- 
dolii et imper ii. 

Léo Allatius, Vindiciœ synodi epliesince et sancti Cy- 
rilli de processione Spiriiûs Sancli. Romae, 1661, 
in-8\ 

Pethus de Marca , Dissertatio de sirmiensi synodo , pro 
anno 357. 

Facujndus, pro Defensione trium capitulorum concilii 
cliatcedonensis cum notis Jacobi Sirmondi. Pari- 
siis, 1629, in-8°. 

Gentiahus Heryetus , de reparandâ ecclesiasticorum 
Disciplina oratio quâ inlerpretatur scxtum cano- 
nem concilii chalcedonensis. Parisiis, 1561, in-8". 

Andréas Chevillerius , Dissertatio in synodum chalce- 
donensem de formulis fidei subscribendis. Parisiis, 
1664,in-4°. 

David Nicetas, cognomento PaplUagonis liber pro sy- 
nodo chalcedonensi contra epistolam régis Ar- 
meniae. — Ce livre se trouve dans l'ouvrage d'AI- 
latius , intitulé : Grœcia orthodoxa , 1. 1, p. 663. 

LuDoviccs Ducinus, Spécimen flbservationum ad nesto- 
rianuni liœresim ac potissimum ad postremara 



'f 11 







— xliv — 

actionem concilii chalcedoneDsis. Parisiis, 1698 , 

in-12. 
Ayaunensis concilii acta an sint supposiiilia ? — Celle 

question esl traitée par les auteurs des actes des 

martyrs de la légion thébéenne. Voir le P. Le 

Cointe, Annales, t. III , et dora Thierry Ruinart, 

Actes sincères des martyrs. 
Joannes Jacobus Chiffletius, de loco leyitimo concilii 

epaonensis Observalio. Lugduni, 1621, in-4". 
Dissertation sur la découverte du lieu d'Épaone où a été 

tenu le concile national des évêques du royaume 

de Bourgogne , l'an 517. 
Jacobus Sirmondus , Anlirrlieticus de canone arausicano 

ad versus Pctri Aurelii responsionem. Parisiis, 

1633, in-8. 
— Anlirrlieticus secundus adversùs Pétri Aurelii anœ- 

reticum. Parisiis, 1654, in-8°. 
Albertus Pighius , Diatriba de actis sexlce et septimœ 

synodorum. — Cette dissertation se trouve parmi 

les controverses de cet auteur, p. 262. 
Frawciscus Combefis , Vindiciœ actorumsexti synodi ge- 

neralis contra Pighium et Baronium. — Voir la 

Dissertation du P. Combefis sur l'histoire des 

monotliélilcs. 
Léo Allatius, de octavà Synodo pkotianâ cum refutalione 

disputationibus apologelicic Joannis Henrici Hol- 

tingui et juvenis Ulmensis exercitationi de Ecclesià 

graecanicâhodiernâ. Rom.e, 1662, in-8°. 
Matthias Raderus , de oclavo Concilio constantinopoli- 

tano; 1604,in-4°. 
Robertis Quatremabtius, Concilii remensis , quod in 

causa Godefridi ambianensis episcopi celebratum 

(anno 1109) lertur, falsilas demonstrata. Parisiis, 

1665, in-8". 



!**?•«•■ 



— xlv — 



Thomas Vane, Vindiciœ rriagni concilii lateranensis con- 
tra Joannem Cosenum. Parisiis, 1650, in-8". 

GlULLELMUS SiNGLETONUS ( LeONARDUS LeSSIUS ) , DlSCUSSio 

decreti in concilio lateranensi de potestate 
Ecclesise in temporalibus. Mogunlia?, 1613, in-8". 
Rogerus VVidringtonus , Discussio discussioTiis decreti 
magni concilii lateranensis ad versus Lessium. 
Auguslœ, 1618, in-8°. 
Dissertation touchant le concile qu'on dit avoir été tenu 
à Lyon en 129". — Voir le livre de Sulpice de 
Mandrinès contre Y Oplalus gallus. 
Franciscus de Zabarellis , de hujus temporis schismalc 
inter lnnocentium VII et Benedictum XIII, et ad 
quem sustinet jus indicendi concilium. Moguntiae, 
1607, in-8°. 
Examen canonis concilii conslantiensis de usu calicis 

interdicto laïcis, 1610, in-8". 
" Antoine Arnaud , Éclaircissements sur l'autorité des 
conciles généraux et des papes , ou Explication 
du vrai sens des trois décrets des sessions iv et v 
du concile général de Constance, 1701, in-8°. 
* Jean Gerbais, Traité du célèbre Panorme sur le con- 
cile de Baie. Paris, 1697, in-8°. 
Cataldinus Boncompagbus , de Translatione concilii basi- 
leensis Ferrariam. — Cet ouvrage se trouve dans 
la Bibliothèque de Roccaberti, t. VI, p. 1, el dans 
le Tractatus traclatuum juris , t. XIH, pari, i 
f° 15. 
Simon Vigorius, de Aucloritale concilii generalis suprà 
papam ex responsione synodi basileœ data oratori- 
bus Eugenii IV. Colonise, 1515, in-8. '. 
Joannes de Turrecremata , de papœ conciliique generalis 
aucloritale ad Basileensum oratorem responsio, 
studio Campegii. — Cet ouvrage se trouve dans les 



MÈÊ& 






— xlvj — 

Opuscules de Nicolas de Clémengis ; dans la Bi- 
bliothèque des écrivains de l'ordre de saint 
Dominique du P. Echard, t. 1", p- 842. 

Gennadius Scholarius, Defensio quinque capilum Flo- 
rentinœ synodi, latine, interprète Fabio Benevo- 
lentio. Romœ, 1539, in-4°. 

— Idem ad usum graecorum, grœco vulgari versum. Romœ, 
1628, in-4°. 

Léo Allatius , Exercitationes in Roberti Creyghtoni appa- 
ratum versionem et notas ad historiam concilii 
florentini scriptara àSylvestroSguropulo de unione 
inter graecos et latinos. Romae, 1665, in-4°. 

AtiîyvxTiç ff£p't tî;ç ô^iaç cuvôiîoij rîjç <lAwpsvTΫç. Remise , 1628, in-12. 

Josf.phus Methonensis episcopus, Apologia pro concilio 

florentino adversùs Marcum Ephesinum. — Cet 

ouvrage se trouve dans la collection du P. Labbe, 

t. XIII , col. 677. 
Franciscus Antonius Missanus, Epislola ad Carolum Quin- 

tum super sacra synodo habendâ. Neapoli, 1541, 

in-4°. 
Dionysius Petavius, Disserlalio de tridenlini concilii in- 

terpretatione et sancti Augustini doctrinâ. Pari- 

siis, 1629,2vol.in-8°. 
Joannes Henricus Heideggerus, Anatome concilii triden- 

tini. Tiguri, 1672, in-8". 
Augustinus Reding, Veritas inextincla concilii tridenlini 

adversùs Joannem Henricum Heideggerum. 1684, 

in-f. 

Jacop.us Layhes, Doctrinâ sacri concilii tridentini de sa- 
cramento ordinis. — Voir la Bibliothèque des 
écrivains de la société de Jésus publiée par le 
P. Soivelle. 



— xlvij — 

Stephanus Weims, Analysis ad XXIV consiitutiones ex 
antiquo jure desumplas per concilium tridentinum 
innovatas. Loyânii, 1626,in-4°. 

Christophorus a Sacroséico, Defensio concilii tridenlini 
et sentenlise Bellarmini de aueloritale vulgatœ édi- 
tions. Antuerpise, 1604, in-8°. 

Joannks Launoius , Dissertalio de mente concilii triden- 
uni circk satisfactionem in sacramento penitenli;c 
Parisiis, 1644, in-8°. 

* — Idem. Parisiis , 1664, in-8 ". 

Jacobus Boonem, Epistola&A cardinales interprètes concilii 
tridentini. Bruxellis, 1637, in-4 ". 

* Sanson, Geograpkia synodica, sive regionum, urhium et 

locorum ubi celebrata sunt concilia œcumenica , 
nationalia, provincialia et synodi diœcesanœ; ta- 
bula geographica prima, quce totius orbis parles 
continet ex conatibus geographicisGuillelmi San- 
son Nicolaï ûlius. 
Syllabus aliquot Synodorum et colloquiorum super 

negolia religionis, 1628. 
Laurentius Brancatus de Laurea, cardinalis, Epitome ca- 

nonitm omnium. Bomœ, 1659, in-t . 
Piiilippus Labbe , omnium conciliorum hislorica Synop- 
sis. Parisiis , 1661, in-4'. 
Catalogua synodorum ecclesiasticartim et epistolarum de- 
cretalium ex collectione Pétri Pithaei jurisconsuhi. 
— Ce catalogue se trouve dans le Code ancien de 
l'Église romaine, p. 374. 
Dojhnicus Maria Pozzobonello , Indiculus sacrorum ca- 
nonum atque conciliorum. — Cet ouvrage est 
encore manuscrit. Voir le P. Ecbard. 
Godefbidus Hermant, Clavis ecclcsiasiicu disciplines seu 
index universalis totius juris ecclesiastici, ad regiam 
non modo, sed ad quameumque aliam conciliorum 



— xlviij — 

editionem accommodatus. Iosulis, 1695, in-f°. 

Petrus Ankatus, de Conciliis. — Ce livre se trouve dans 
un ouvrage du même autour, intitulé : Metliodicus 
ad positivant theologèttm apparatus. Parisiis, 
1700, in4°. 

Paulus Celotti, Conciliorum generalium catena aurea 
publies disputationi exposita. Romœ, 1705, in-4°. 

* Elues Dupin , Table universelle des conciles disposée 
par ordre chronologique, et de leurs actes, lettres, 
formules de foi , canons et capitules. — Voir la 
Bibliothèqtie des auteurs ecclésiastiques du 
même auteur. 

Analyse ou idée générale des conciles œcuméniques et 
particuliers , en deux parties. Cologne, 1706, 2 
vol. in-8°. 

De Limiers, nouvelle Carte des conciles généraux et 
particuliers qui se sont tenus en Europe , en Asie, 
en Afrique et en Amérique, avec des tables qui en 
indiquent le nombre et l'année. — Voir Y Allas 
historique, t. VII. 

Ênuméralion des conciles qui ont été célébrés dans chaque 
siècle de l'Église. — Voir Vallemont, Éléme7ils 
de l'histoire, t. III. 

Le P. Lelong, Liste des conciles et des synodes de 
France par ordre alphabétique. — Voir sa Bi- 
bliothèque historique, livre 2, p. 89. 

D. Bouchard, presbyter, Summida conciliorum genera- 
lium. Parisiis, 1718, in-12. 

De conciliis ecclesiasticis eorumque colle clionibus. — 
— Cet ouvrage se trouve dans la Bibliothèque 
grecque de Jean-Albert Fabricius, t. XI. 

* Salmon, Traité de l'élude des conciles et de leurs col- 

lections. Paris, 1724, in-4°. 

* Dom Rkmi Cf.ili.ier , Histoire générale des auteurs 






— xlix 



sacrés et ecclésiastiques, qui contient l'his- 
toire des conciles tant généraux que particuliers. 
Paris, 1752, 23 vol. in-4°. 



IX 

Éditions particulières de cjuelquee conciles. 

Alpjionsus Pisamjs, concilii nicwni 1 acta et canoncs , 
latine. Dilingae, 1572, in-8". 

— Ejusdem concilii Canones , 80, etc., ex arabico latini 

facti cum Francisci Turriani pntfatione et annota- 
lionibus. Antuerpi;c, 1578, in-f°. 
Peltaots, Conciliam ephesinum, latine. Ingolstadii, 1576, 
in-4°. 

— Idem , grœcè , ex Reuchlianac bibliotheese exemplari 

pervetusto. Heidelbergae, 1591, in-f". 

— Idem, 1591 et 1605, in-f. — L'auteur de celte der- 

nière édition y a joint l'histoire et les actes du 
concile de Nicée par Gélase de Cyzique. 

Christiakus Lupus , ad ephesinum conciliorum variorum 
patrum Epislolœ, edilœ ex codice cassinensi. 
Lavanii, 1642, 2 vol. in-4". — Ces lettres se trou- 
vent dans la nouvelle Collection des conciles de 
Baluze. 

Concilium consianlinopolitanum sub Menna patriarcha , 
graeco-latinè , cum Zonara in canones conciliorum. 
1618, in-f'. 
Sifnodus parisiensis, de imaginibus anno Christi 824. 
Francofurtii, 1596, in-8°. 

Liber carolinus de imaginibus , seu Caroli Magni impe- 
ratoris opus conlrà synodum qua; in partibus Gra- 
cia: pro adorandis imaginibus gesta est. 1549, 
in-16 et in-8'. 
T. 1. ' a 



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Cesla duorum conciliorum quse inter reliqua minus repe- 
riuntur, nempè maguntiaci quod celebratum est 
anno 835 quinto idus junii, et vormaciensis quod 
septimo calendas junii, etc. Basileœ, 1552, in-4°. 

Cellotius, Concilium duziacense primum, anno 871, cum 
notis. Parisiis, 1656, in-4°. 

Concilium remense in causa Arnulfi archiepiscopi. Franco- 
furlii, 1600, in-12. 

*. Concilium pisanum, anno 1409 celebratum ad tollen- 
dum schisma cum concilio senensi anno 1423, etc., 
cum actis inter fionifacium VIII et Pbilippum Pul- 
chrum. Parisiis, 1612, in-4°. 

Apoloyia pro concilio pisano. 1511, in-4°. 

Varia ad concilium pisanum perlinentia , scilicet Phi- 
lippi Deici concilia pro concilio pisano. — Voir 
Goldast, de Monarchiâ, t. II. 

Philippus Deciu s, [aliud Concilium procardinalibus. Pari- 
siis, 1612, in-4°. 

Concilii conslanliensis acla et décréta. In oppido Hague- 
nau, 1500, in-4°. 
Hermanus Vondeuhardt , Magnus et univer salis constan- 
tiense Concilium. Francofurtii et Lipsiae, 1700, 
6 vol. in-f°. 

EMMANtELis a Schelstrate , de sensu et auclorùate De- 
crelorum constantiensis concilii, sess. iv et v 
circà potestatem ecclesiasticam. Rom aï , 1686 , 
in-4°. 

Varia ad Concilium constantiense pertinenlia. — Vide 
Codex juris genlium diplomaticus de Leibnitz , 
p. 130. 

^Cseas Sïlvius, Concilium Basileense, cum commentants. 

Juuanus, cardinal, Epistolœ duœ de concilio Basileense 
ad Eugenium IV. — Ces lettres sont dans le re- 
cueil de Orlhuinus Gratius , f° 28. 



-lj- 

Pius II , Narratio de actis et geslis in concilio Basi- 
liensi. — Idem , f* 1 . 

De coronalione Felicis V in eodem concilio. — Idem , 
f° 27. 

Acia generalis octavœ synodi sub Eugenio IV Ferrariae 
inceptse, Florentiœ peraclae. Romae, 1526,in-f°. 

Concilium florentinum générale graeco-latinum. Romae, 
1577 , 2 vol. in-f°. 

Horatius Justiniancs , concilii florentini Acia cum notis. 
Romse , 1638 , in-f. 

Sguropulus , concilii florenlini Historia , cura versione 
latinâ Roberti Creyghton. Hagae-Comitis , 1600, 
in-f°. 

Concilium laleranense sub Julio II et Leone X celebralum. 
RomaB, 1521,in-f°. 

* Concilium tridenlinum. Rom», 1564, in-f. Antuerpia?, 
1565, in4°;Lugduni, 1566. 

— Idem, cura orationibus. Lovanii, 1567, in-f; Parisiis, 
1667. — L'édition d'Anvers par Planlin, 1640, 
in-12 , est la plus belle. — Ce concile a été traduit 
en français par l'abbé Chanut. Paris, 1674, in-4°; 
1680, in-12. La première édition est rare et ma- 
gnifique. — Fra Paolo Sarpi a fait en italien une 
Histoire de ce concile ; la plus belle édition est 
celle de Londres , 1619 , in-F, publiée sous le nom 
de Pietro Soave-Polano. — La version française de 
Amelot de la Houssaye est estimée , surtout l'édi- 
tion d'Amsterdam, 1686, in-4°. — Le cardinal 
Sforza Pallavicini a très-bien écrit en italien Y His- 
toire du concile de Trente. Rome , 1656 , 2 vol. 
in-f ; 1664 , 3 vol. in-4°. La première édition est 
la plus rechercbée. 

' Dopuy , Mémoires touchant le concile de Trente. Paris , 
1654, in-4\ 






- lij - 

Acla Eccle&iœ bononiensis. 1578 , in-f°. 

Acta Ecclesiœ mediolanensis sub sancto Carolo. Medio- 

Iani, 1599, in4°; Brixiaî, 1603, m-4°. 
Concilium hierosolymitanum contra calvinistas. Parisiis , 

1677, in-8% 
— Idem, cum exercitationibus Samuelis Schelguigii. Lip- 

siae , 1678. 






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INTRODUCTION. 



De toutes les sciences, celle qui nous apprend à connaître 
Dieu, ses lois, son culte et sa religion, est sans contredit la plus 
nécessaire à l'homme , la plus digne de ses recherches et de ses 
méditations , la plus propre à lui inspirer le sentiment de sa fai- 
blesse et à lui faire aimer la vertu. Et c'est pour arriver à la dé- 
monstration de cette vérité, vérité sans laquelle l'élude des con- 
ciles deviendrait inutile et superflue, que nous allons examiner 
ici l'imporlanle question de la liberté des cultes considérée dans 
ses rapports avec la religion; car, si toutes les religions sont 
bonnes, c'est-à-dire si Dieu reçoit avec une égale satisfaction les 
hommages du chrétien et du juif, du mahométan et du païen, 
l'enseignement des conciles n'est plus alors qu'un enseignement 
humain, et la voix de l'Église parlant par eux n'est plus aussi que 
la voix de quelques hommes unis de sentiments, il est vrai, mais 
sans mission et sans pouvoir de Dieu , pour nous obliger à suivre 
l'étendard de la croix plutôt que le croissant de Mahomet. 

Mais pour l'intelligence du sujet que nous avons à traiter dans 
celte Introduction, et pour amener le lecteur à reconnaître que, 
non-seulement Dieu n'autorise point la liberté des cultes , mais 
encore qu'il la condamne et la réprouve, nous allons examiner 
les treize questions suivantes, et passer successivement de la 
démonstration de l'une à la démonstration de l'autre. 

1° L'homme est-il composé de deux substances? 

2° Quelle est la destinée des deux substances de l'homme? 

3° Une religion est-elle utile et nécessaire à l'homme? 

4° Existe-t-il un Dieu? 

5° Quelle a élé la croyance des philosophes et des peuples 
anciens et modernes, touchant l'exislence et l'unité de Dieu? 

6° Une religion révélée de Dieu est-elle nécessaire à l'homme? 

7° Existe-t-il réellement une religion révélée de Dieu ? 
T. 1. a 



— VI — 

8° Caractères essentiels à une religion révélée : le Christia- 
nisme possède-t-il ces caractères? 

9° Peut-il exister sur la terre une seule religion fausse qui 
jouisse des caractères essentiels à la vérité, de manière à trom- 
per invinciblement les hommes? — Caractères de l'erreur. — Pa- 
rallèles des caractères du Protestantisme avec ceux du Catholi- 
cisme. 

10° Le Catholicisme étant la seule religion divine, tous les 
hommes doivent-ils se soumettre à son enseignement, quoiqu'ils 
n'en comprennent pas les mystères ? 

11° Toutes les religions n'étant pas bonnes , parce qu'elles ne 
sont pas toutes vraies, l'homme peut-il obtenir le salut éternel 
hors de l'Église catholique, apostolique et romaine? 

12° La liberté des cultes peut-elle être agréable à Dieu? 

13° L'Église catholique est-elle intolérante en condamnant les 
hérésies qui s'élèvent contre elle? 

Conclusions. 

i" QUESTION. 

L'homme est-il composé de deux substances? 

Le Seigneur Dieu forma l'homme du limon 
de la terre , et il répandit sur son visage un 
souffle de vie , et l'homme devint vivant et 
animé. Genèse, ch. n, v. 7. 

L'homme est composé de deux substances créées ; l'une morte, 
inerte , passive , que l'on nomme matière ; l'autre active , prin- 
cipe de vie, de mouvement, de sentiment et de pensée, qu'on 
appelle âme. Le Seigneur Dieu a formé celle-là du limon de la 
terre ; il l'a pétrie de ses mains , et par sa propre puissance il l'a 
créée homme. Celle-ci est un souffle de vie que le Créateur ré- 
pandit sur le visage du premier homme, et qui le rendit vivant 
et animé (1). 

Le corps, séparé de l'âmef, est essentiellement matière , c'est- 
à-dire qu'il ne possède d'autre qualité que l'existence ; existence 
naturelle, mais forcée; existence qui ne lui est point facultative. 
Dépourvu de l'âme , il ne possède également aucune faculté , il 

(i) Genèse, ch, u, v, 7, 






— vu — 

ne jouit d'aucun sentiment. Les principales facultés de l'âme 
sont l'activité , la sensibilité ou le sentiment, l'intelligence et la 
volonté. Ses deux qualités essentielles sont la spiritualité et l'im- 
mortalité. 

C'est par de tels caractères que le Seigneur Dieu a voulu 
rendre sensible la différence de l'homme d'avec la bête , ainsi 
que nous le prouverons après avoir premièrement démontré 
l'existence et la spiritualité de l'âme. 

Une idée naturelle à l'humanité, dit Bergier (1), et qui nous 
vient par une espèce d'instinct, est la distinction de l'esprit d'a- 
vec la matière; distinction aussi ancienne que le monde, aussi 
étendue que la race des hommes. Plus les hommes sont igno- 
rants et grossiers , plus ils sont portés à supposer des intelli- 
gences dans la nature. Aux yeux des peuples sauvages , tout ce 
qui se meut est animé par un esprit; tout mouvement est spon- 
tané et vient d'une âme ou d'un génie logé dans le corps qui se 
remue. Ainsi, les nations peu instruites ont imaginé que les as- 
tres, les animaux , les plantes , toutes les parties de la nature 
dans lesquelleson voit une espèce d'action, étaient autant d'êtres 
habités par des esprits supérieurs à l'homme. Ce fut à ces in- 
telligences, multipliées à l'infini , que les peuples polythéistes 
adressèrent leur culte; et ce préjugé fut même adopté par les 
anciens philosophes, ces patriarches des hérétiques modernes. 

Mais il ne pouvait avoir lieu chez les premiers hommes in- 
struits par la révélation. Ils avaient appris que Dieu , seul créa- 
teur de l'univers, en est aussi le seul maître et le seul moteur; 
que tous les êtres particuliers sont destinés à l'usage de l'homme;' 
que lui seul a une âme spirituelle et immortelle, et que seul aussi 
il a été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu . 

Moïse nous rend cette vérité sensible par la manière dont il 
nous révèle l'œuvre des six jours. Jusqu'à la création de 
l'homme, le Seigneur Dieu avait tout fait en commandant; il 
avait dit: «Que la lumière soit; que le firmament s'étende au 
« milieu des eaux ; que les eaux se retirent et se rassemblent en 
« un seul lieu; que la terre soit découverte et qu'elle germe; 

(i) Traité de la vraie religion , t. Il , ch. vi. 



— VIII — 

< que de grands luminaires paraissent dans le firmament du ciel, 
f et qu'ils séparent le jour de la nuit; que les oiseaux et les 
« poissons sortent du sein des eaux ; que la terre produise des 
t animaux vivants selon leurs espèces différentes ; et tout cela 
« s'était fait ainsi (l).> Mais lorsqu'il s'agit de produire l'homme, 
l'écrivain sacré fait tenir un nouveau langage an Créateur. 
« Faisons l'homme, » dit l'Eternel. Faisons! ! ! ! Quel est donc, 
dit Bossuet , cet être extraordinaire qui va paraître , pour qu'il 
faille que le Seigneur Dieu se consulte et délibère auparavant en 
lui- même ? Faisons ! ! ! ! mais ce n'est plus celte parole impérieuse 
et dominante qui a fait le ciel, la terre, les animaux et tout ce que 
renferme l'immensité de l'univers : un seul mot les a tirés du néant ; 
et ce mot, c'est celui d'un maître qui parle à ses esclaves. Qu'ils 
soient, avait dit le Seigneur Dieu; et aussitôt ils furent. Mais il 
s'agissait , dans cette nouvelle création , du pontife et du roi de 
l'univers, voilà pourquoi Dieu change de langage et dit : c Fai- 
€ sons l'homme, mais faisons-le à notre image et ressemblance, » 
afin que toute créature s'abaisse en voyant dans la substance 
humaine les traits de la filiation divine et les empreintes de l'ou- 
vrier suprême qui la produit. Dieu crée l'homme alors; il forme 
son corps du limon de la terre , fait naître son âme par l'inspi- 
ration d'un souffle , unit cette noble créature à la matière qu'il 
vient d'organiser; et soudain l'homme est rendu vivant et animé. 

Tel est le récit de Moïse. La philosophie se serait exprimée 
différemment ; mais elle n'aurait pu instruire l'homme d'une 
manière plus palpable. 

Ainsi donc , l'homme , dans sa totalité , se compose de deux 
substances de nature et de création différentes : le corps, formé 
le premier du limon de la terre, et, comme la terre, n'ayant 
d'autre qualité que l'existence , mais une existence qui ne lui 
est point facultative ; puis l'âme , créée d'un souffle de la divi- 
nité , et comme la divinité , mais non point au même degré de 
perfection , car l'une n'est que l'image et la ressemblance de 
l'autre, spirituelle, active, sensible, intelligente et libre. Quelle 
dignité ! et combien la révélation nous fait grands ! 

(i) Genèse, ch. i, v. 3, 6, 9, n, i4, i5, 20, a4. 






IX 



L'âme est donc esprit : la nature de l'esprit parait , en effet , 
dans la cause qui le produit ; et le souffle de la divinité qui l'en- 
gendre , nous la marque évidemment de son origine; car Dieu 
fait sortir chaque chose de ses principes. Le corps de l'homme 
sort de la terre , mais son âme sort de Dieu pour nous repré- 
senter d'une manière sensible qu'elle est esprit , parce qu'elle 
sort de Dieu qui est esprit ; de même que le corps est matière , 
parce qu'il sort de la terre qui est matière. Et c'est ainsi que la 
spiritualité de l'âme résulte de sa descendance de Dieu. 

Lorsque le genre humain , tombé dans l'ignorance après la 
dispersion des peuples , eut oublié la dignité de son origine , le 
préjugé exerça son empire; la croyance des esprits, moteurs de 
la nature , se répandit d'un bout de l'univers à l'autre. 

Les premiers philosophes aperçurent aisément le faible de 
celte opinion. Plus ils étudièrent la nature , mieux ils sentirent 
que la plupart des phénomènes pouvaient être expliqués par des 
causes mécaniques, sans recourir à ces génies dont le peuple 
avait l'imagination frappée. Mais quelques-uns donnèrent dans 
l'excès opposé : le préjugé populaire avait multiplié mal à pro- 
pos les esprits dans la matière; les philosophes matérialistes 
soutinrent, au contraire, qu'il n'y en avait dans aucun corps, 
et que la matière seule était le principe des opérations mêmes 
qui paraissaient les plus opposées à son inertie. Comme s'il était 
possible d'admettre le principe de vie dans la matière , sans être 
obligé de concevoir que la vie peut venir de la mort , le mouve- 
ment du repos et de l'inertie , la pensée de ce qui ne pense pas. 
Mais en dépit des spéculations métaphysiques sur la nature de 
l'esprit et de la matière et des dissertations grammaticales sur 
la signification des mots; en dépit de toutes les rêveries philo- 
sophiques , il est à remarquer qu'il ne s'est encore rencontré sur 
la terre aucun peuple assez stupide pour confondre l'âme ou 
l'esprit avec la matière : la plupart ont mieux aimé donner une 
âme intelligente aux animaux que de la refuser à l'homme. 

Les matérialistes modernes , aussi incrédules et aussi mauvais 
raisonneurs que leurs ancêtres, n'ont également voulu voir dans 
l'homme qu'un peu de matière organisée. Mais ne suffit-il pas à 



— X — 

tout homme raisonnable de réfléchir un instant sur sa propre 
nature pour comprendre que le moi , cette personnalité , cette 
puissance presque divine, douée de vie , de sentiment, d'intelli- 
gence et de liberté , est plus qu'un peu de matière organisée, qui 
vil, qui sent, qui pense et qui agit librement en vertu de l'organi- 
sation même ? Car non-seulement la noblesse de l'homme réside 
dans sa personnalité, dans sa volonté libre, mais encore c'est 
cette personnalité , cette volonté libre , qui donnent à l'homme 
un caractère moral et le rendent responsable de ses actions. 

Or , cette personnalité , ce moi , cette liberté de volition s'é- 
vanouissent et deviennent une simple abstraction dans le sys- 
tème des matérialistes; l'économie admirable de la nature hu- 
maine se trouve alors ramenée à un mécanisme organique, 
subordonné au jeu de ses diverses parties et aux impressions 
des corps environnants ; le cerveau sécrète la pensée , comme 
l'estomac digère les aliments , comme le foie sécrète la bile , 
comme les vaisseaux chylifères pompent la substance nutritive ; 
l'homme n'est qu'un plexus nerveux , un tube digestif, un alam- 
bic, un animal dont le corps est plus parfait que celui des autres 
animaux, une girouette, un je ne sais quoi qui s'imagine être le 
principe, la cause de ses pensées et de ses volitions, tandis qu'il 
ne fait qu'obéir aux lois générales du mouvement comme une 
machine à vapeur; ses organes internes fabriquent, pour ainsi 
dire , la sensation , l'idée , la comparaison , le raisonnement , la 
mémoire , les déterminations , les passions , comme ses mains 
fabriquent toutes sortes de produits (i). 

« Mais si l'homme, dit avec juste raison le savant Priestley (2), 
t est un être purement matériel ; si la faculté de penser est le 
• résultat d'une organisation particulière du cerveau , ne s'en- 
i suit-il pas que toutes ses fonctions doivent être réglées par 
t des lois mécaniques , et dès lors que toutes ses actions sont 
« déterminées par une irrésistible nécessité? ^ 

(r) Le fameux matérialiste Cabanis a osé faire du cerveau une machine à pensées, 
qui « digère , dit-il , les impressions , comme l'estomac digère les aliments , et fait 
« organiquement la sécrétion de la pensée. » Rapports du physique et du moral de 
C homme , t. I, p. i.v>. 

(j) Voir Du jjuald-Stewarl , Essais philosophiques , p. 345. 



— XI — 

Le matérialiste Broussais, à travers son verbiage philosophique, 
admet la même conséquence, t L'irritation nerveuse, dit-il (4), 
« cause les modifications de l'organe qui pense, et les modifica- 
* tions déterminent nécessairement les actes. Nous avons bien la 
t conscience de noire liberté ; mais cette conscience ne prouve rien; 
« car le fou l'a aussi. Quand l'homme, dominé par l'impulsion de 
« l'amour-propre, résiste à une autre impulsion de l'organisme, 
« par la gloriole de dire : je suis libre, c'est que l'encéphale 
« se trouve développé et exercé en lui d'une manière certaine. ■> 

Mais , puisque toutes les actions de l'homme sont déterminées 
par une irrésistible nécessité , cessez donc, matérialistes insen- 
sés, de parler avec nous d'idées nobles et généreuses; d'invo- 
quer les sentiments de délicatesse, d'honneur et de probité; 
d'admirer la piété miséricordieuse qui porte l'homme à s'immo- 
ler pour ses semblables , la religion qui élève l'âme à tous les 
genres d'héroïsme et les affections de famille qui se perpétuent 
au delà du tombeau et unissent par le souvenir les vivants avec 
les morts. Cessez de vous passionner pour les hommes devenus 
célèbres par leurs découvertes , leurs grandes entreprises ou 
leurs vertus; et que le criminel lui-même , malheureuse victime 
d'une irritation nerveuse , ou d'une certaine protubérance du 
cerveau, ne soit plus responsable au tribunal de votre conscience 
de la moralité de ses actions; car vous l'avez dit , le principe de 
toutes choses résulte des combinaisons organiques ; c les quali- 
t tés morales et les facultés intellectuelles sont innées; leur 
f exercice ou leur manifestation dépendent de l'organisation ; le 
t cerveau est l'organe de tous les penchants, de tous les senti- 
c ments et de toutes les facultés ; il est composé d'autant d'or- 
« ganes particuliers qu'il y a de penchants, de sentiments , de 
« facultés qui diffèrent essentiellement entre eux (2): et Tes 
t qualités morales et les facultés intellectuelles se manifestent , 
« augmentent ou diminuent, suivant que leurs organes se déve- 
« loppent, se fortifient ou s'affaiblissent (3). i 



(i) De tirritalion et de la jolie, p. ny, 

(i) Gall, des fonctions du cerveau, t. I, avertissement. 

(3) Idem , idem , t . I , p . 1 9 1 . 



— XII — 

Dominé irrésistiblement par certaines modifications orga- 
niques, l'homme ne peut avoir la liberté de choisir entre le bien 
et le mal moral , entre le vice et la vertu. Tel n'est impie ou 
meurtrier, que parce qu'il a la bosse du crime ou de l'irréligion; 
tel autre n'est pieux et bienfaisant, sensible de cœur et juste , 
que parce qu'il a les protubérances crâniennes qui correspondent 
à ces divers états d'être. Ainsi raisonne du moins la phrénolo- 
gie, cette grande mystification du dix-neuvième siècle. 

Et que l'on ne nous accuse pas de donner une fausse interpréta- 
tion aux paroles des crânologistes, afin de pouvoir les accuser et 
de fatalisme et de matérialisme. Cette étrange doctrine se révèle 
dans tous les livres des pbrénologistes, et le mot de crânologie 
l'indique suffisamment. Ouvrons les livres du Maître et nous 
apprendrons que la chasteté, par exemple, cette vertu qui fut 
toujours la protectrice des bonnes mœurs, n'est que le résultat 
d'un très-faible développement de la nuque. Après avoir cru 
prouver par quelques observations plus ou moins justes que cette 
vertu et le vice qui lui est contraire, résultent de l'organisation 
et du développement plus ou moins considérable du cervelet , 
Gall ajoute (1) : c Est-il étonnant après cela que saint Thomas à- 
« Kempis, dans le portrait duquel je reconnais les mêmes carac- 
t tères (un très-faible développement du cervelet), se soit armé 
f d'un tison pour repousser loin de lui une jeune fille pleine 
« d'attraits? » La chasteté, au lieu d'être une vertu morale, 
n'est donc qu'un vice d'organisation ; t car, dit ce fameux crâ- 
« noiogiste (2), le premier et le plus universel de tous les com- 
e mandements (du Créateur) fut : croissez et multipliez. » 

Aussi, voyez-les ces étranges physiologistes, armés d'une 
balance, d'une règle et d'un compas , dire la bonne aventure à 
tous ces morts dont on leur présente le crâne, et démontrer ma- 
thématiquement qu'aucun d'eux n'a pu vivre autrement qu'il n'a 
vécu (3). Suivez-les au sein des familles ou des pensionnats, et si 



(i) Idem, idem, t. III, p. 26t. 
(1) Des fonctions du cerveau, t. III, p. 325. 

(3) Pour donner une idée des observations crànologiqucs et des erreurs sans 
nombre dans lesquelles peuvent tomber nos prophètes phrénologistes, nous citerons 



— X11I — 

vous voulez savoir ce que deviendront ces petites masses organi- 
sées qu'on appelle des enfants , interrogez l'augure , et aussitôt 
palpant leur tête , il vous prophétisera les facultés, les vices et 
les vertus de chacun; vertus, vices ou facultés qu'ils perdront 
tous, s'ils reçoivent une blessure clans la région des organes qui 






les quatre observations suivantes, dont les résultats auli-phrcuologiques oui du 
porter une rude atteinte au système de Gall. 

I" Observation. — Les tètes de Lacenaire et d'Avril ayant été étudiées avec 
beaucoupde soin par M. Lélut.ce savant docteur a déclaré qu'il n'avait jamais rien 
pu reconnaître de distinctif sur les tètes de ces deux assassins. [Examen comparatif'. 
^Journal de médecine , année t83?, p. 65.) 

2° Observation. — Voici venir la tète d'un homme vraiment extraordinaire sous 
le rapport moral et intellectuel , qui fut diversement jugée par les crânologistcs; 
cette tète vaut, à elle seule, plus de cent autres : c'est la tète de Fieschi. Son crâne 
se remarque par un développement prononcé du diamètre antéro-postérieur, qui , 
suivaut Gall et tous ses disciples , annonce des mœurs douces et des penchants hon- 
nêtes et affectueux ; et les organes de la ruse, de la prudence, de la fermeté, du 
meurtre et de l'orgueil , de l'orgueil surtout, n'existent point ou ne présentent qu'un 
très-faible développement. (M. Lélut , procès-verbal d'autopsie de la tète de Fieschi, 
p. 3.) M. Dumoutier prétend, au contraire, trouver sur la tète de Fieschi les in- 
dices de tout ce qu'était cet homme. [Le Droit, ï-) février ■ 836.) Nous ferons re- 
marquer qu'une science, qui permet à deux hommes , également versés dans son 
étude, de dire l'un oui et l'autre non, sur un même fait soumis à l'épreuve de la 
vue et du toucher, est une furieuse vanité. 

3' Observation. — La tète du général Foi offre , au rapport de M. Amussat , zélé 
partisan de la crànologie , un très-grand développement des parties latérales , daus 
l'endroit où se trouve l'organe du meurtre, tandis que celle de Fieschi est de plue 
d'un pouce moins large que celle du général , et ne présente pas cette protubérance; 
d'où M. le docteur Amussat conclut que « les plus honnêtes gens peuvent avoir 
« l'organe du meurtre. . [Académie de médecine , séance du 10 mai i836.) 

4' Observation. — Jacob Dupont étant tombé dans un état de démence quelque 
temps après avoir prêché l'athéisme, fut conduit à Charenton. M. Daunecy lui ayant 
palpé le crâne, en présence de M. Robert Roche, le déclara atteint de monomanie 

religieuse merveilles de la phréuologie ! 

Nous pourrions citer encore un très-grand nombre d'observations non moins fu- 
nestes à la crànologie; nous pourrions parler également des résultats anti-phrénologi- 
ques auxquels a conduit la tète de Napoléon ; mais ces faits seront peut-être suffisants 
pour prouver que la science phrénologique n'est point inattaquable; et nous termi- 
nerons cette note par la citation suivante : Le matérialiste Rroussais a dit, en pleine 
Académie de médecine , séance du 3 mai 1 836, . qu'un âne a le cerveau fait comme 
. celui d'un philosophe; . mais puisque le cerveau est le seul principe des facultés 
iùtellectuelles et morales, en quoi donc la nature du philosophe diffère-t-elle de la 
nature de l'âne? L'âne serait-il parmi les animaux ce que le philosophe est parmi les 
hommes, ou bien le philosophe serait-il parmi les hommes ce que l'âne est parmi 
les animaux? N'en déplaise à MM. les philosophes , la conséquence est inévitable. 



— XIV — 

les représentent. En vérité, le cœur se soulève de dégoût en 
entendant cet ignominieux verbiage que l'on présente au public 
sous le nom pompeux de science. Nous rougissons de le dire, 
mais ces scènes ignobles et grotesques se sont passées dans une 
multitude de familles et dans plus d'un établissement d'éducation. 

Voilà donc encore de nos jours l'existence même de l'âme 
aux prises avec une prétendue science, qui s'obstine à ne voir 
dans l'homme qu'un peu de matière organisée, qu'une machine 
dont les penchants , les sentiments et les facultés sont propor- 
tionnés au développement de la matière cérébrale, et se mani- 
festent à l'extérieur par des protubérances au crâne ; science 
aussi impie dans ses principes que funeste dans ses conséquences ; 
aussi fausse dans ses résultats , qu'absurde dans son mode de 
recherches. Mais en dépit de toutes les rêveries crânioscopisti- 
ques , l'existence d'une âme spirituelle et indépendante de la 
matière , seule active , sensible , intelligente et libre , sera tou- 
jours une vérité d'autant plus aisée à démontrer, qu'elle nous 
est révélée par la tradition primitive , par le sentiment intérieur 
et par la réflexion sur nos propres opérations. 

La tradition! — La spiritualité de l'âme, aussi bien que l'exis- 
tence de Dieu , est une croyance universelle , un témoignage 
constant que l'humanité se rend à elle-même; c'est la foi du 
genre humain. Qu'elle soit venue de la tradition primitive, du 
sentiment intérieur ou de la réflexion sur nos propres opérations, 
peu importe ; pourquoi ne serait-elle pas venue de ces trois 
sources? Avant qu'il y eût des philosophes, aucun peuple, aucun 
être raisonnable ne s'était persuadé que la matière pût penser, 
aucun même ne s'était imaginé qu'elle pût se mouvoir. Malgré 
les sophismes d'Épicure , la spiritualité de l'être pensant est un 
dogme aussi généralement répandu que dans les premiers âges 
du monde. Et s'il y a une vérité que la nature et la conscience 
dictent à tous les hommes , c'est la différence entre l'esprit et la 
matière; tous les peuples ont des termes divers pour l'exprimer, 
et tous entendent sous le nom d'esprit , un être qui connaît , qui 
se sent exister, qui a la conscience du moi individuel, qui a le 
pouvoir d'agir et de mouvoir la matière. 



L 






XV — 



Rien n'est donc plus risible que de voir des philosophes s'é- 
vertuer pour trouver dans l'antiquité le premier peuple qui a 
cru la spiritualité et l'immortalité de l'âme. Les uns s'arrêtent 
aux égyptiens, d'autres aux thraces ou aux gaulois , quelques- 
uns aux indiens, et tous font gravement la généalogie de ce 
dogme. Il aurait été plus court de citer une nation qui eût pro- 
fessé la croyance contraire : jusqu'à présent l'on n'en a connu 
aucune. Mais c'est justement parce que cette opinion est géné- 
rale que nos raisonneurs se font gloire de lutter contre elle , et 
jugent qu'il est digne d'eux de l'étouffer; mais ils parviendront 
plutôt à dépouiller l'homme de sa propre nature. 

Les matérialistes prétendent que les anciens philosophes fai- 
saient de l'âme humaine une substance matérielle ; mais cette 
assertion est absolument fausse. Toutefois, il est vrai de dire que 
les philosophes de l'antiquité païenne n'ont pas su exprimer aussi 
clairement, aussi exactement, aussi constamment que nous la par- 
faite spiritualité ; qu'ils n'en ont pas toujours aperçu toutes les 
conséquences, et que souvent ils les ont méconnues. Mais l'on ne 
peut soutenir ou qu'ils n'en ont eu aucune notion, ou que ce fait 
est douteux , et qu'il n'y a rien dans leurs écrits qui puisse nous 
en convaincre, parce que cela est faux; car les anciens philoso- 
phes, à l'exception d'un très-petit nombre, croyaient à l'exis- 
tence, à la spiritualité et à l'indissolubilité de l'âme. Nous cite- 
rons, entre autres, les écoles entières de Pythagore , de Platon, 
d'Aristote et leurs nombreux disciples , qui tous ont enseigné 
cette doctrine , selon le témoignage des auteurs païens. Et si la 
plupart ont eu des opinions différentes sur l'essence et sur la na- 
ture de l'âme, c'est qu'ils raisonnaient avec plus de subtilité que 
de vérité. L'assertion générale que tous les anciens philosophes 
faisaient de l'âme une substance matérielle est donc absolument 
fausse (1). 

(l) Plutarque, de Placitis philosophorum. — Cicéron, Tusculanes; Academicorum. 

— Eusèbe, Prœparatio evanyelica; de Incorporait et indivisibili Deo. — Mamertus 
Claudianus, de Naturàumimœ. — Tatianus, Contra grœcos. — Tertullien, de Résur- 
rection carnis ; de Anima. — Saint Augustin , de genesi ; epistola ad Optatum ; de 
anima et ejusoriaine; de quantitale anima ; et alibi pass'im. Iréaéc, contra kœres. 

— Origène, de principiis; exhort. ad martyr. — Constitutions apostoliques — Arnobe, 



— XVI — 

La spiritualité de l'âme se prouve encore par le sentiment in- 
térieur; par l'insensibilité de la matière; par la nature spirituelle 
de la sensibilité qu'on appelle physique, et par la nature de la 
matière qui la rend incapable de pensée, de réflexion , de vo- 
lition et d'aclivi 

Le sentiment intérieur : Il suffit ù tout homme raisonnable. En 
effet, l'idée la plus intime que j'ai est celle de moi, et en appro- 
fondissant cette idée, je reconnais qu'elle me présente un moi 
immatériel. Je pense, donc j'existe ; et par ma pensée je sens 
non-seulement ma propre existence, mais encore l'individualité 
de mort être; je me sens distingué de tout être qui n'est pas moi. 
Mais ce sentiment ne vient pas de la sensibilité physique; il n'est 
pas l'effet d'un mouvement venu du dehors, d'un ébranlement 
excité dans quelqu'un de mes organes par le contact de quelque 
corps extérieur; car s'il était produit par une cause matérielle, 
elle affecterait quelqu'un de mes sens; je la sentirais comme je 
sens l'impression de toutes mes autres sensations. Je sens que 
j'existe, non pas à la manière dont je sens l'existence des autres 
corps, c'est-à-dire par mes organes physiques, mais par la con- 
sidération de ma seule pensée. Je suis donc un moi pensant et 
sentant, indépendamment de mes sens matériels : ce moi est 
donc immatériel. 

Et s'il était vrai que le sentiment de mon existence ne me vînt 
que de la sensibilité physique , je sentirais et l'existence et la 
figure et la structure et le jeu de mon cerveau , et comme je 
devrais aussi sentir l'existence, la figure, la structure et le jeu 
de toutes les parties intérieures de mon corps. Et lorsque je sens 
que je remue mon bras , par exemple , je sentirais que ce mou- 
vement lui est imprimé par un autre corps : or, je ne sens rien 
de tout cela. Je suis donc un moi immatériel, qui pense et qui 
sent , indépendamment de mes sens matériels. 

adveisus gentes. — Lactanee, divina inslituiio. — Saint Hilaire de Poitiers, Iractalus in 
jaahnum 4' et 1 1 8. — Saint Basile, homella in psalmum attende. — Saint Grégoire 
de Nysse , de mortuis ; de anima. — Saint Césaire , NaUameni frater dial. — Saint 
Ambroise, epistola 34. — Saint Jean Chrysostome, in genesim, homelia i3. — Saint 
Jérôme, commenlarlus in Zachar. — Nemesius, de naturâ hominis. — Théodoret, 
dialotjus 2. — Saint Grégoire-Ie-Grand, mat/, moral. 



— XVII — 

Mais pour connaître à fond deux substances , il faut les com- 
parer. Nous connaissons notre âme par le sentiment de ses opé- 
rations qui font sentir, penser, réfléchir, vouloir et mouvoir le 
corps. Nous allons examiner si la matière est capable des mêmes 
opérations. 

L'insensibilité de ta matière. De toutes les opérations de l'âme, 
celle qui a le plus de rapport avec le corps est la sensation ; c'est 
à elle aussi que s'attachent les matérialistes, et c'est celle-là qu'ils 
prétendent être la seule opération de la pensée, et qu'ils nous 
présentent comme une opération purement matérielle. Selon eux , 
toutes les opérations intellectuelles se réduisent à la seule sensi- 
bilité physique, et abusant de ce mot reçu dans les écoles, ils en 
font une faculté absolument physique et corporelle. Nous ne con- 
testons pas la réalité de celte sensibilité qu'on appelle physique, 
qui est la faculté de recevoir les sensations ; mais nous soutenons 
que cette sensibilité est spirituelle en même temps que physique ; 
spirituelle dans sa nature, physique dans son objet; spirituelle 
en ce qu'elle est une faculté de l'esprit , physique en ce qu'elle 
fait connaître à l'esprit les choses corporelles. Prouvons d'abord 
que le corps ou la matière est incapable de sensation ; nous dé- 
montrerons ensuite que la sensibilité physique est une faculté 
de l'ordre spirituel. 

Il est démontré , et aucun matérialiste ne le contestera , 
que l'être sensitif est un être absolument et essentiellement sim- 
ple, et que la matière , au contraire, est un être absolument et 
essentiellement composé : or, nous le demandons, l'être sensitif 
peut-il être matière? 

On dit bien , il est vrai , que tout corps organisé est doué de 
sentiment , et l'on ajoute qu'il n'y a que les corps organisés qui 
éprouvent des sensations. Mais de ce que l'organisation est une 
condition nécessaire pour recevoir les sensations, s'ensuit-il que 
leur siège soit l'organisation animale elle-même?Car nous deman- 
derions alors ce que sent un corps organisé, lorsqu'il est plongé 
dans le sommeil ou dans une méditation profonde; nous demande- 
rions qu'on nous expliquât la différence des caractères, en suppo- 
santavecGall que les qualités moralesetles facultés intellectuelles 






— XVIII — 

sont innées , qu'on nous expliquât aussi la désorganisation des 
corps , c'est-à-dire la mort elle-même. « Si un corps , dit Bayle (1 ), 
f est capable de douleur quand il est placé dans les nerfs ou dans 
t le cerveau , il en sera également capable en quelque endroit 
« qu'il se trouve ; et si un atome d'air est destitué de pensée, il 
« ne peut en être capable en devenant ce qu'on appelle esprits 
t animaux et tout ce qu'on voudra. Comme un être, qui n'a pas 
« de présence locale , ne peut acquérir une présence locale , de 
« même un être non pensant , ne peut devenir un être pensant par 
f une nouvelle situation. Ainsi, ou il faut nier que les corps pen- 
t sent, ou il faut soutenir que tous les corps pensent. Supposé 
t qu'un assemblage d'os et de nerfs sente et raisonne, tout 
t assemblage de matière devra également sentir et raison- 
t ner. L'arrangement des organes se réduisant à un mou- 
« vement local, si les parties organisées n'ont pas le don de 
c penser avant d'être organisées, elles ne l'auront pas après 
e l'organisation , qui n'est qu'une nouvelle position de ces par- 

« ties Et si le sentiment est une pro- 

« priété de certaines portions de matière , cette portion ne peut 
« perdre un sentiment sans en acquérir un autre, comme un 
e corps ne peut perdre une figure sans en acquérir une autre. 
« Si donc une portion de matière sent dans un corps vivant, elle 
« sentira aussi dans un cadavre. » 

Ce qui prouve encore que l'être sensitif n'est point matière , 
c'est que nos sensations sont incommunicables par elles-mêmes, 
ou que pour les communiquer nous sommes forcés d'avoir re- 
cours à la parole et à d'autres signes convenus ; signes qui n'ont 
aucune liaison nécessaire avec nos sensations, puisque nous pou- 
vons nous en servir également pour mentir et pour dire la vérité. 
L'usage forcé de ces signes est mêmeun aveu continuel de l'incom- 
municabilité de nos sensations et de l'individualité de notre âme. 
Mais , puisque l'être sensitif est absolument et essentiellement 
simple , il s'ensuit donc qu'on ne peut supposer un assemblage 
d'êtres qui aient la faculté de sentir , sans reconnaître en même 
temps qu'ils ont cette faculté chacun en particulier; que chacun 

(l) Duiwmw.iii-, au mot DicÉARQDI. 



_, * w 



— XJX — 

d'eux doit sentir à part, et que leurs sensations ne peuvent pas 
elles-mêmes se communiquer de l'un à l'autre. Il s'ensuit égale- 
ment qu'un tout, composé de parties sensitives, ne peut point 
former une âme ou un être sensitif individuel, parce que chacune 
de ces parties sentirait privativement et séparément de l'autre : 
aucune réunion, ni combinaison intime d'idées ne pouvant avoir 
lieu entre elles, l'idée de chacune d'elles serait inconnue aux 
autres. 

Dans une armée de vingt mille hommes, par exemple, chaque 
soldat sent son existence individuelle ; mais il est impossible que 
de tous ces sentiments particuliers et incommunicables, il ré- 
sulte un sentiment général par lequel toute l'armée se sente 
exister comme armée, ait la conscience des sensations de chaque 
soldat. Il est donc évident que dans un composé de matière 
quelconque, quand même chaque atome sentirait sa propre 
existence, il serait impossible qu'en vertu de ces sentiments in- 
dividuels, le toutou le compsé se sentît exister, eût la con- 
science des sensations de chaque atome : donc le sentiment que 
j'ai de mon existence individuelle et des sensations qui affectent 
chacun de mes organes, n'est point et ne peut être le résultat 
des sentiments de plusieurs atonies de matière. La matière est 
donc incapable de sensations. 

Mais, dit-on, la sensibilité physique est une faculté absolument 
corporelle; démontrons le contraire dans la preuve suivante de 
la spiritualité de l'âme. 

La sensibilité, qu'on appelle physique, esl une faculté spirituelle. 
Nous l'avons déjà dit, la sensibilité qu'on appelle physique , qui 
est la faculté de recevoir les sensations , est spirituelle en même 
temps que physique ; elle est spirituelle par sa nature et physique 
par son objet; spirituelle, en ce qu'elle est une faculté de l'es- 
prit; physique, en ce qu'elle fait connaître à l'esprit les choses 
corporelles ; c'est ce que nous allons démontrer par la nature 
même de nos sensations, par leur comparaison entre elles, et 
par le genre des idées qui sont produites en nous par des objets 
absolument incorporels. 
Les matérialistes prétendent que dans chaque sensation il y a 









XX — 



trois choses, l'objet extérieur, l'impression qu'il fait sur les 
nerfs et l'ébranlement que les nerfs produisent dans le cerveau. 
Nous ne combattons pas ce système, qui peut être véritable, 
mais nous soutenons qu'à ces trois choses il faut en ajouter une 
quatrième , qui est l'idée occasionnée par l'ébranlement du cer- 
veau, laquelle constitue proprement la sensation. 

Nous convenons, si les matérialistes le veulent, que le cerveau 
est le moyen et comme le canal par lequel les sensations parvien- 
nent à notre âme ; mais nous nions qu'il soit, dans le sens propre , 
le siège de la sensation : c'est peut-è tre lui qui fait sentir , mais il est 
par sa nature matérielle incapable de sentir. Il existe, d'ailleurs, 
une distinction essentielle entre l'impression et la sensation. Ces 
deux choses se succèdent très-rapidement, et par cette raison 
on peut les confondre ; mais elles sont de nature tout à fait dif- 
férentes, l'une est purement corporelle, l'autre absolument 
spirituelle. En voici la démonstration. 

Tout sentiment , soit moral , soit physique , qui est le résultat 
d'une sensation, est ce que l'on sent. Voilà une première venté 
qui ne sera sûrement pas contestée. Une seconde non moins cer- 
taine, c'est que pour sentir il faut apercevoir ce que l'on sent. 
Un ébranlement non aperçu n'est pas une sensation. Si un corps 
étranger me louche légèrement et que je m'en aperçoive , j'é- 
prouve aussitôt une sensation ; mais un autre me touche plus 
fortement , soit durant le sommeil , soit dans un moment de 
distraction ou de méditation profonde, et sans que je m'en 
aperçoive, je dirai avec vérité que je ne l'ai point senti. Et c'est 
parce que nous ne nous apercevons pas de la circulation du sang 
dans nos veines , que cette sensation ne nous fait éprouver au- 
cune sensation. Une troisième vérité découle des deux précé- 
dentes, c'est qu'à l'ébranlement excité dans nos organes par un 
corps étranger, il faut , pour opérer une sensation , ajouter la 
connaissance, la conscience, la perception de l'ébranlement. Je 
ne puis voir, toucher, entendre , sentir, goûter un objet , si je 
ne sais pas que je le vois, que je le touche, que je l'entends, 
que je le sens , que je le goûte , et si je n'ai pas la conscience de 
ma sensation , je n'ai pas plus de sensation qu'un cadavre livré 
au scalpel qui le dissèque. 



— XXI — 

Mais cette perception de ce que nous sentons est- elle de 
l'ordre spirituel ou du genre corporel? Et n'est-elle, comme le 
disent les matérialistes, qu'une commotion d'une fibre du cer- 
veau? ou bien est-elle l'acte d'une âme spirituelle à l'occasion de 
cette commotion? Essayons de résoudre celte question. L'ébran- 
lement , dont parlent les matérialistes, n'est qu'un mouvemenl , 
plus ou moins accéléré, susceptible de plus ou de moins de 
force, et par conséquent divisible. La fibre elle-même n'est 
qu'une matière aussi déliée qu'on voudra , mais .toujours coin- 
posée de parties divisibles à l'infini. La perception, au contraire, 
est un acte simple, indivisible, instantané, qui, n'ayant point 
de parties, ne peut pas être dans plusieurs parties, à moins 
qu'on ne la suppose tout entière dans chacune de ees parties. 
Dans celte hypothèse, il y aurait autant de perceptions dis- 
tinctes que de particules dans la fibre; et la perception se trou- 
verait ainsi divisée à l'infini : absurdité , qu'aucun matérialiste 
n'osera soutenir. 

De plus, le mouvement, ou l'ébranlement occasionné par les 
nerfs dans le cerveau , ne peut produire que du mouvement ; 
c'est là son effet général; nous pouvons même dire, son effet 
unique. La perception, n'étant pas un mouvement, ne peut 
donc être le résultat d'un mouvement; aussi, il n'y a pas de suc- 
cession dans une simple perception, comme il y en a ineessairv- 
ment dans le mouvemenl; il n'y a pas non plus de déplacement 
comme en opère nécessairement le mouvement. 

Ajoutons à tout cela que dans l'impression qu'ils reçoivent , 
nos organes sont purement passifs.; l'impulsion reçue, c'est le 
moi immatériel, qui seul agit, qui seul réfléchit sur l'impression 
qu'il a reçue , et qui seul aussi en lire les conséquences. Lorsque 
Torricelli eut vu des liqueurs diverses s'élever dans les tubes à 
diverses hauteurs; sa réflexion, agissant d'après celle impres- 
sion, lui fit découvrir la pesanteur de l'air. Ce n'était point là 
une simple impulsion physique reçue d'un ébranlement produit 
dans le cerveau; c'était une action positive: recevoir un choc, 
c'est souffrir; l'apercevoir et, en juger, c'est agir; souffrir et agir 
ne sont pas la même chose. « Sans être maître de sentir ou de 
T. I. b 



i\V 1 9 



XXII 



ne pas sentir, dit Jean-Jacques Rousseau (1), je le suis d'exa- 
miner plus ou moins ce que je sens. Je ne suis donc pas sim- 
plement un être sensitif et passif, mais un être actif et intelli- 
gent. Et quoi qu'en dise la philosophie , j'oserai prétendre à 
l'honneur de penser. • 
Il résulte donc de la nature même de nos sensations, qu'il existe 
en nous une âme spirituelle , sans laquelle il serait impossible de 
rien sentir. Recherchons maintenant si la spiritualité de l'âme 
peut être également prouvée par la comparaison de nos sensa- 
tions entre elles. 

Lorsque j'éprouve au même instant plusieurs sensations diffé- 
rentes , telles que la chaleur du feu , l'odeur et la saveur d'un 
fruit , le plaisir de la musique , la beauté d'un tableau ; non-seu- 
lement je puis réfléchir sur ce que ces sensations me présentent, 
mais encore les discerner, les comparer, les juger et choisir 
entre elles celle qui m'affecte le plus agréablement. Or, ce moi, 
qui discerne, qui compare, qui juge et qui fixe son choix sur 
telle ou telle sensation , est indubitablement un être simple; car 
s'il était composé , il recevrait par ses diverses parties les di- 
verses impressions que chaque sens lui transmettrait. Les nerfs 
de l'œil porteraient à une partie les impressions de la vue; les 
nerfs de l'oreille feraient passer à une autre partie les impressions 
de l'ouïe, et ainsi de suite pour chaque sensation. Mais si nous 
supposons, et il le faut bien dans le système des matérialistes, 
que ce sont les diverses parties de l'organe physique , du cer- 
veau, par exemple , qui reçoivent chacune de leur côté la sen- 
sation, comment s'en fera le rapprochement, la comparaison? 
Et qui est-ce qui les connaîtra toutes pour les juger ?Bayle, rap- 
portant ce raisonnement, ne craint pas de conclure ainsi : « On 
i peut dire, sans hyperbole , que c'est une démonstration aussi 
t assurée que celles de géométrie (2). • 

« Si nous étions purement passifs dans l'usage de nos sens, dit 
« encore Jean-Jacques Rousseau (5) , il n'y aurait entre eux au- 



(i) Emile, livre iv, profession de foi du vicaire savoyard. 
Il) Nouvelles de la république des lettres, août 1684, article 6. 
(3) Emile, livre îv, profession de foi du vicaire savoyard. 



— XXIII — 

« cune communication. 11 nous serait impossible de connaître 
« que le corps que nous touchons et l'objet que nous voyons sont 
t le même. Ou nous ne sentirions jamais rien hors de nous , ou 
c il y aurait pour nous cinq substances sensibles dont nous n'au- 
« rions nul moyen d'apercevoir l'identité. » 

Mais outre les idées des choses sensibles, nous avons aussi des 
idées d'objets absolument incorporels, telles que l'idée de la 
substance simple du pur esprit, l'idée de l'intelligence, de la 
vérité, de la vertu, l'idée de notre pensée ; idées que nous pou- 
vons discerner, comparer, juger sans avoir nullement besoin de 
nous représenter un être corporel , intelligent , véridique, ver- 
tueux, pensant. Or, ces idées ne peuvent pas nous venir des 
sens; car ce qui n'a point de rapport avec les sens, ce qui leur 
est étranger ne peut pas venir des sens, puisqu'il doit y avoir une 
relation entre la cause et l'effet , entre l'occasion et la chose 
occasionnée , entre le principe et la conséquence. Et comme il 
n'y a rien de commun entre une sensation et une pensée méta- 
physique , la sensation ne peut produire cette pensée. 

Les idées de l'ordre spirituel ne pouvant pas être attribuées à 
un principe matériel , il faut donc conclure qu'elles sont certai- 
nement produites par une substance spirituelle. 

Une autrô preuve non moins irrévocable que la sensibilité, 
qu'on appelle physique, est une faculté de l'esprit, c'est que tous 
les actes de la matière sont bornés au temps présent. Elle n'agit, 
ou pour parler exactement, elle ne communique une action que 
dans le moment où elle est remuée; elle ne peut se transporter 
dans le passé par la mémoire et dans l'avenir par la prévision. 
La substance, qui agit ainsi en nous par la mémoire et par la 
prévision , n'est donc point une substance matérielle. 

Les matérialistes prétendent , il est vrai , que la mémoire n'est 
qu'une sensation continuée et affaiblie. Mais s'il est des sensa- 
tions qui se continuent quelque temps en s'affaiblissant, c'est-à- 
dire qui s'affaiblissent en continuant, on ne peut plus dire 
qu'elles continuent, quand elles ont absolument cessé. Par 
exemple, le son d'une cloche excite une vibration qui produit 
dans mes oreilles une continuation de sensibilité, lors même que 






— XXIV — 

la cloche a cessé d'être mue. Cette sensation va en s'affaiblissant 
jusqu'à ce qu'elle finisse; mais quand je n'entends plus aucun 
son , je n'en ai plus la sensation : j'en conserve pourtant le sou- 
venir; mais ce n'est plus mon oreille qui me transmet ce son, 
puisqu'elle n'en est plus frappée. 

Les matérialistes , cherchant à matérialiser aussi le souvenir, 
prétendent encore que mon organe intérieur de l'ouïe est à peu 
près dans la même situation où il était lorsque j'entendais le son 
de la cloche; mais ne peut-il pas être dans une situation toute 
différente , s'il a été frappé d'un son d'un autre genre? Il y au- 
rait donc autant d'organes de l'ouïe, qu'il peut y avoir de modi- 
fications de sons? Absurdité que le plus entêté matérialiste n'o- 
serait soutenir. Et ce que nous disons de l'ouïe, nous pouvons 
également le dire de la vue, du toucher, du goût et de l'odorat. 

Je me souviens quelquefois de choses qui se sont passées il y a 
dix, quinze, vingt, trente ans, auxquelles je n'avais jamais 
pensé dans ce long intervalle de temps. Comment peut-on dire 
que c'est là une sensation continuée ? 

Je me ressouviens d'idées métaphysiques que j'ai eues , d'abs- 
tractions que j'ai faites, de raisonnements quej'ai formés sur des 
objets qui n'avaient aucun rapport avec les sens : ce qui ne fut 
jamais une sensation peut-il être une continuation de sensation ? 

Si nos souvenirs n'étaient que des sensations continuées, ils 
nous ramèneraient constamment sur les mêmes idées, ils nous 
les rappelleraient toujours dans le même ordre. Aulieu de cela, 
notre mémoire ne nous les présente souvent que d'une manière 
confuse et en désordre. 

Il est donc certain qu'un souvenir n'est pas plus une continua- 
tion de sensation qu'une sensation , et que la mémoire n'est pas 
la sensibilité physique. 

Quant à la prévoyance , qui est encore une de nos facultés in- 
tellectuelles, auquel de nos sens les matérialistes la rapporte- 
ront-ils? Des divers organes d'un astronome, quel est celui 
que l'on dira frappé par l'éclipsé qui arrivera dans cinq cents 
ans? Si toute pensée est une sensation, en sorte que la réminis- 
cence de cette pensée soit une sensation continuée, une prévi- 



XXV — 






sion sera donc une sensation anticipée? Que les matérialistes 
nous expliquent ce nouveau mystère de leur système. 

Nous concluons donc que la sensibilité qu'on appelle physique 
est spirituelle par sa nature ; preuve évidente de l'existence d'une 
âme spirituelle dans l'homme. 

La matière est par sa nature incapable de pensée, de réflexion, 
de volition et d'activité. Nous avons démontré, dans la troisième 
preuve de la spiritualité de l'âme, que la matière est par sa na- 
ture même incapable de sensation ; nous devons conclure de 
là qu'elle est nécessairement incapable de pensée , de ré- 
flexion, démolition et d'activité. Et, en effet, l'expérience nous 
démontre chaque jour que la matière est absolument inerte 
et passive, qu'elle ne peut se donner à elle-même un mouve- 
ment, qu'elle ne peut que communiquer celui qu'elle a reçu , et 
qu'il faut que le commencement du mouvement vienne d'ail- 
leurs. On est donc forcé de croire que le mouvement existant 
dans la matière lui a été primitivement imprimé par une sub- 
stance immatérielle. < Nul être matériel, dit Jean-Jacques Rous- 
« seau(l), n'est actif par lui-même; et moi je le suis. On a beau 
« me disputer cela , je le sens; et le sentiment qui me parle est 
t plus fort que la raison qui le combat. » 

Il résulte de toutes ces preuves que l'homme est évidemment 
composé de deux substances d'une nature tout à fait différente ; 
l'une morte, inerte, passive; l'autre principe de vie, de mou- 
vement , d'intelligence, de sentiment et de pensée. 

Après avoir vainement essayé de flétrir la nature humaine 
en lui contestant l'existence de l'âme, la cabale matérialiste, 
dans le délire d'une raison orgueilleuse , s'est efforcée d'en- 
noblir la brute en lui attribuant des facultés semblables à celles 
de l'homme, que dis-je? de dégrader l'homme jusqu'à le 
faire descendre au niveau de la brute. « Quoi ! s'écriait au der- 
< nier siècle un déiste célèbre (2) , je puis observer , connaître 
« les êtres et leurs rapports; je puis sentir ce que c'est qu'or- 
« dre , beauté , vertu; je puis contempler l'univers , m'élever à 

(i) Emile, livre îv, profession de foi du vicaire savoyard. 
(3) Emile, t. III, p. 60. 



a**- 



— XXVI — 

« la main qui le gouverne ; je puis aimer le bien , le faire , et je 
t me comparerais aux bêtes? Ame abjecte ! c'est la triste philo- 
« sophie qui te rend semblable à elles , ou plutôt tu veux en vain 
i t'avilir : ton génie dépose contre tes principes; ton cœur bien- 
e faisant dément ta doctrine, et l'abus même de tes facultés 
« prouve leur excellence en dépit de toi. » 

Pour justifier ses doctrines humiliantes et ses turpitudes phi- 
losophiques , la cabale voltairienne a invoqué le témoignage des 
nations qui ont rendu un culte public aux animaux. Mais parmi 
les nations assez aveugles pour rendre un culte aux animaux , 
s'en est-il rencontré d'assez slupides pour croire que l'homme 
n'est qu'une brute? Vainement on parcourrait et l'histoire pro- 
fane et les livres saints pour y chercher des expressions capables 
de prouverque les juifs, ou un autre peuple, ont mis l'homme au 
rang des animaux ; on n'y trouverait que ce reproche sanglant , 
adressé par les auteurs sacrés aux hommes corrompus ou livrés 
à des passions brutales : * Qu'ils ont oublié leur propre nature et 
t la dignité de leur être; qu'ils se sont comparés aux animaux 
« stupides, et se sont rendus semblables à eux (1). « C'est qu'il y 
a, en effet, une différence essentielle entre l'homme et la bête (2). 

(i) Psaume xlviu , v. i3. 

(2) Pour donner plus de force et plus d'évidence à nos raisonnements, nous ne 
pouvons mieux faire que d'emprunter à M. le docteur Blaud, le tableau comparatif 
des destinées et des facultés de l'homme et des animaux. 



Les animaux sont destinés à servir aux 
besoins de l'homme et à lui obéir. 



Ils ne possèdent point le langage arti- 
culé ; ils ne peuvent acquérir des idées , 
ils ne sont point nés pour connaître. 

Us ne sont point destinés à la vie so- 
ciale. 

Ils doivent naître parfaits, c'est-à-dire 
avec toutes les facultés qui sont néces- 
saires à leur existence. 

Us doivent vivre sans devoirs récipro- 
ques, et, par conséquent, sans lois mo- 
rales, qui leur sont inutiles , et ils sont 



L'homme est destiné à dominer sur les 
animaux , comme sur les autres êtres de 
la nature, et à les employer comme des 
instruments. 

11 possède le langage articulé , il cen- 
çoit des idées, il est né pour connaître. 

Il doit vivre en société. 

11 naît imparfait, mais perfectible. 



Il a des devoirs à remplir, il doit con- 
naître les lois morales et son créateur. 



— XXV11 — 

c L'homme ressemble aux animaux , dit Buffon (1), par ce qu'il 
» a de matériel; comme eux il a un corps; et comme eux ce 



condamnés à ne point connaître leur 
créateur. 

La connaissance des propriétés des 
corps qui les entourent ne leur est point 
nécessaire , puisqu'ils n'ont rien à modi- 
fier au dehors, qu'ils ont dans leur or- 
ganisation , tout ce qui est essentiel pour 
le maintien de leur existence. 

D'après ces destinées, l'intelligence 
leur est inutile ; ils naissent parfaits , ils 
n'ont que des perceptions ; ils sont muets 
et ne peuvent concevoir, par conséquent, 
d'idées; leurpensée est doue très-bornée. 

Ils sont dépourvus d'entendement ; et 
cela est tellement dans leur nature, que 
s'ils venaient tout à coup à donner des 
preuves évidentes d'intelligence, ils se- 
raient pour nous des êtres effrayants. 

Ils sont asservis par leur organisation, 
dont ils ne peuvent dépasser les limites ; 
et voilà pourquoi l'homme les assujettit. 

Ils sont dirigés par l'instinct; il prédo- 
mine en eux; ils ne peuvent le maîtri- 
ser; ils ne le devaient pas; ils vivent 
isolés. 

Leurs affections morales sont instinc- 
tives, comme leurs actes. 

Leurs désirs sont limités par leurs be- 
soins , et sont en rapport avec eux. 

Ils n'ont pour témoigner leurs affec- 
tions, que les mouvementsphysionomiques, 
qui sont très-bornés, et même que le 
plus grand nombre des espèces ne pos- 
sèdent point , la voix y qui n'est propre 
qu'aux animaux à poumons, et qui offre 
très-peu de variétés d'expression , et les 
divers mouvements du corps, qui sont les 
moyens expressifs les plus généralement 
répandus. 



11 doit étudier et connaître les pro- 
priétés des êtres qui l'environnent , pour 
les modifier et les appliquer à ses be- 
soins, que, par son organisation seule, 
il ne pourrait satisfaire. 

D'après ces destinées, l'entendement 
lui est essentiel; il naît imparfait, mais 
perfectible; il parle, et par conséquent , 
il conçoit des idées; sa pensée est sans 
limites. 

11 est intelligent, il connaît; et cela est 
tellement dans sa nature, que lorsqu'il 
perd son intelligence , il devient pour ses 
semblables un objet d'horreur. 

11 est servi par ses organes ; il puise au 
dehors des moyens que ceux-ci ne peu- 
vent lui fournir; et voilà pourquoi il sou- 
met à son pouvoir la nature tout entière. 

11 a été dirigé par la raison , qui pré- 
domine en lui; il peut maîtriser ses im- 
pulsions instinctives ; il le devait : il vit 
dans des rapports intimes avec ses sem- 
blables. 

Ses affections morales sont intellec- 
tuelles comme ses actions. 

Ses désirs s'étendent dans l'infini et ne 
sont point seulement relatifs à ses besoins. 

11 a, pour exprimer au dehors ses 
idées et ses affections , des mouvements 
physionominues très-élcndus et très-va- 
riés, des gestes et des attitudes très- 
nombreux, une infinité d'expressions vo- 
cales, le langage articulé t les arts indus- 
triels et les beaux-arts. 



\i) Traité de l'homme. 



XYV1I1 — 



< corps, cette matière organisée a des sens, de la chair, du 
c sang, du mouvement, et une infinité de choses semblables, 
t Mais l'homme a une substance d'une nature infiniment supé- 
« ricurc, et qui le rend le maître de l'animal ; et celte substance, 
c il la tient de Dieu. N'oublions pas que le plus stupide des 
« hommes suffît pour conduire le plus spirituel des animaux et 
« s'en faire obéir, moins par force et par adresse que par supé- 
« riorité de nature , ou, pour mieux dire, parce qu'il est d'une 
« nature tout à fait différente. » 

Ainsi , l'homme rend par un signe extérieur ce qui se passe au 
dedans de lui ; il communique sa pensée par la parole : ce signe 
est commun à toute l'espèce humaine, l'homme sauvage parle 
comme l'homme policé; tous deux parient naturellement et par- 
lent pour se faire entendre. Aucun des animaux n'a ce signe de 
la pensée : ce n'est pas, comme on le croit communément, dit 
BulTon , faute d'organe; la langue du singe a paru aux anato- 
mistes aussi parfaite que celle de l'homme. F.e singe parlerait, 
s'il pensait ; si l'ordre de ses pensées avait quelque chose de com- 
mun avec les nôtres, il parlerait notre langue; et en supposant 



Leurs fonctions d'expressions sont 
étrangères aux idées des rapports des êtres. 

Us n'ont point une volonté libre ; ils 
ne peuvent résister ni à leurs seusations , 
ni à leurs désirs, ni à leurs penchants; 
ils ne peuvent ni fuir le plaisir, ni résis- 
ter à la douleur; ils obéissent à leurs or- 
ganes, parce qu'ils doivent vivre isolés 
et sans devoirs. 



L'instinct moral et la conscience lui 
sont inconnus. 

Leurs moyens locomoteurs sont pro- 
portionnés à leurs besoins organiques. 



Ses fonctions d'expressions sont pro- 
pres à représenter les idées des tapports 
des vîtes. 

11 veut librement , il résiste aux sen- 
sations les plus vives, aux désirs les plus 
ardents, aux penchants qui ont le plus 
de puissance; il renonce au plaisir, il 
souffre la douleur dans les circonstances 
où la raison l'exige, il se livre même à 
la mort lorsque la vertu lui en fait une 
loi ; enfin il commande à son organisa- 
tion , parce qu'il doit vivre avec ses sem- 
blables, et qu'il a des devoirs à remplir. 

Il possède l'instinct moral et la con- 
science. 

Ses moyens locomoteurs , auxquels 
son intelligence supplée, sont fort au- 
dessus de ses besoius. 



Qui pourrait se refuser, d'après de si grandes dissemblances, à voir dans l'ani- 
mal et dans l'homme deux itres essentiellement distincts? ( Traité élémentaire de 
plijslolorjie phil >sophifptc ,1. 1 , p. 298) 



— XXIX — 

qu'il n'eût que des pensées de singe, il parlerait aux singes; mais 
on ne les a jamais vus s'entretenir ou discourir ensemble, du 
moins que nous sachions. Et si le singe avait la pensée, mémo 
au plus petit degré, il exprimerait les sentiments par des signes 
combinés et arrangés. 

Et il est si vrai que ce n'est pas faute d'organes que les ani- 
maux ne parlent pas , qu'on en connaît de plusieurs espèces aux- 
quels on entend prononcer des mots , et même répéter des phra- 
ses assez longues; et peut-être yen aurait-il un plus grand 
nombre d'autres auxquels on pourrait , si l'on voulait s'en don- 
ner la peine, faire articuler quelques sons. Leibnilz fait mention 
d'un chien auquel on avait appris à prononcer quelques mots en 
allemand et en français. Mais jamais on n'est parvenu à leur faire 
naître l'idée exprimée par les mots qu'ils prononçaient ; ils sem- 
blent ne les répéter et même ne les articuler, que comme un écho 
ou une machine artificielle les répéterait ou les articulerait. C'est 
donc la puissance intellectuelle , c'est la pensée qui manque aux 
animaux. 

Mais où trouver une preuve plus convaincante que les animaux 
sont incapables de former aucune association d'idées, que dans 
ce que l'expérience nous a révélé qu'ils n'inventent ou ne per- 
fectionnent rien. S'ils étaient doués de la puissance de réfléchir, 
même au plus petit degré , ils seraient capables de quelque espèce 
de progrès; ils acquerraient plus d'industrie; les castors d'au- 
jourd'hui, par exemple, bâtiraient avec plus d'art et plus de so- 
lidité que ne bâtissaient les premiers castors; l'abeille perfec- 
tionnerait encore tous les jours la cellule qu'elle habite; il n'y 
aurait aucune uniformité dans tous les ouvrages des animaux ; 
chaque espèce ne ferait jamais la même chose et de la même 
façon ; un individu ferait mieux ou plus mal qu'un autre; et s'il 
n'y avait pas de la perfection , il y aurait au moins de la variété 
dans les ouvrages de chaque individu de la même espèce. C'est 
qu'il faut le dire , l'ordre de leurs actions est tracé dans l'espèce 
entière, il n'appartient point à l'individu. 

La bête, aussi, n'avait besoin ni de la parole, ni de l'intelli- 
gence , ni de la liberté , ni même de l'indépendance dans ses œu- 



CLuiSI 



— XXX — 

vres. Créée pour servir l'hommeetnon pour le glorifier, il fallait, 
au contraire, qu'elle fût esclave, mais esclave par l'essence 
même de sa nature. Aussi , point de loi pour les animaux que 
celle d'obéir servilement à l'homme ; point de droit pour eux que 
celui de satisfaire leurs besoins ; et, depuis la création de l'être 
fait à l'image et ressemblance de Dieu, les animaux de la terre, 
comme les oiseaux du ciel et les poissons de la mer, tous, sur 
toute la surface du globe, obéissant à la loi du Créateur, sont 
frappés de terreur et tremblent devant l'homme. < Dominez sur 
« toute la terre , avait dit au premier homme le Seigneur-Dieu (1) ; 
« dominez sur tous les oiseaux du ciel et sur tous les animaux qui 
« se meuvent sur la terre ; » et après le déluge, il dit à Noé (2) : 
« Que tous les animaux de la terre et tous les oiseaux du ciel 
« soient frappés de terreur et tremblent devant vous. J'ai mis 
t entre vos mains tous les poissons de la mer. > Et cet ordre du 
Créateur s'accomplit sur toute l'immensité du globe. 

L'homme parle, et tous les animaux s'empressent de lui obéir. 
La brebis lui abandonne sa toison et le ver à soie file pour lui sa 
précieuse trame ; l'abeille lui fournit son miel délicieux; le chien 
fait sentinelle à sa porte; le bœuf cultive ses terres; le cheval 
transporte ses fardeaux et le transporte lui-même partout où il 
veut. Quant aux animaux féroces, c'est à lui de les dompter et 
de reprendre sur eux son premier empire ; et , en effet , il les 
apprivoise , les plie à ses usages ou à ses plaisirs. Les plus mons- 
trueux et même les plus féroces, l'éléphant et la baleine, le tigre 
et le lion sont soumis à ses lois et deviennent ses tributaires. 

Et l'homme commande non-seulement aux animaux, mais en- 
core à toutes les créatures insensibles : toutes lui obéissent 
comme à leur roi , et nulle créature ne lui commande; il se sert 
de toutes , aucune ne se sert de lui. 11 se sert des astres pour 
régler ses travaux et pour diriger sa course au milieu de l'Océan 
ou dans les déserts. A sa voix , les chênes descendent du haut 
des montagnes, les pierres, le fer, l'ardoise, l'or et l'argent 
sortent du sein de la terre et viennent former ou embellir sa de- 



(i) Genèse, ch. i, v. 28 
(a) Idem, ch. IX, v. 2. 



— XXXI — 

meure ; le chanvre et le lin se dépouillent de leur écorce pour 
lui fournir des vêtements ; le métal devient docile et se moule 
dans ses mains; le marbre s'amollit sous ses doigts ; les rochers 
volent en éclats et lui livrent passage ; les fleuves se détournent 
de leur lit, arrosent ses prairies et lui servent de puissance mo- 
trice. 

Est-il attaqué? Toute la création vient à son secours : la pierre 
et le bois opposent des remparts à ses ennemis ; le sel , le soufre, 
le fer et le feu conspirent pour le défendre. 

Veut-il changer de climat et passer au delà des mers? L'eau 
et le vent le secondent et le transportent autour du globe entier. 

Veut-il que ses désirs s'accomplissent, sans qu'il ail besoin de 
quitter sa demeure? Un oiseau lui donne sa plume, une plante 
son écorce , un minéral sa couleur ; et avec cela il peint sa pen- 
sée. Son écriture part; elle traverse des millions d'hommes, 
franchit les montagnes, passe les mers et va manifester sa vo- 
lonté à celui de ses semblables qu'il lui plaît de choisir sur toute 
la surface du globe. 

Tantôt, d'un coup de pinceau, il change une toile ingrate en 
une perspective enchantée; tantôt le ciseau et le burin en main, 
il anime le marbre et fait respirer le bronze ; tantôt , à l'aide 
d'un microscope, qu'il a lui-même inventé, il va découvrir de 
nouveaux, mondes dans des atomes invisibles ; tantôt , métamor- 
phosant cet instrument en télescope, il porte ses regards jusque 
dans les cieux et va contempler les astres et leur brillant cortège ; 
puis, revenu sur la terre , il prescrit des lois aux corps célestes , 
marque leur route, mesure la terre et pèse le soleil. 

Tel est l'empire de l'homme sur toutes les créatures, qu'il les 
fait servir à ses usages ou à ses plaisirs contre toute justice et 
équité. 

Qu'ils sont donc coupables ces philosophes impies qui ont osé 
plaider contre l'homme la cause de la brute. L'homme , il est 
vrai, n'est plus aujourd'hui qu'une ruine, mais l'homme-ruine 
est toujours pontife et roi de l'univers ; et c'est aussi pour l'homme-, 
ruine seul que le Christ sur le Calvaire jeta au monde la liberté 
avec son sang. 



- / 



— XXXII — 



Après avoir démontre que l'homme esl composé de deux sub- 
stances, nous allons rechercher quelle est leur destinée. 



2 e QUESTION. 

Quelle esl la destinée des deux substances de l'homme'/ 



/ 



Non , Chaumelte , non , la mort n'est 
point un sommeil ! la mort est' le commen- 
cement de l'immortalité. 

Paroles de Robespiekke. 

Le chaos fécondé par la parole toute-puissante du Verbe 
créateur, venait d'enfanter la terre , dont les mille productions 
entrouvraient déjà le sein; lescieux avaient déroulé dans l'es- 
pace leur riche tenture d'azur avec leur brillant appareil de 
globes en feu ; les abîmes des flots, les solitudes du monde, l'im- 
mensité des airs étaient peuplés d'une multitude innombrable 
d'êtres animés ; l'univers attendait son roi, les animaux leur 
maître, et » Dieu lui-même se sentait dans le tressaillement à la 
t vue de ses œuvres (1), • quand l'homme parut. Le Seigneur bé- 
nit sa créature , et l'ayant placée dans un jardin de délices , il 
lui dit : « Mangez de tous les fruits des arbres de ce paradis, 
t mais ne mangez point du fruit de l'arbre de la science du bien 
« et du mal; car, en même temps que vous en mangerez , vous 
« mourrez très-certainement (2). » 

Mais l'homme, élevé au comble de l'honneur et delà gloire, ne 
comprit pas la noblesse et la dignité de son origine. Séduit par 
ces brillantes paroles de l'esprit tentateur : c Vous serez comme 
des dieux, » il jeta sur lui-même un regard de complaisance et 
d'orgueil ; il se mira dans le reflet humain de sa propre pensée , 
et fier de s'élever jusqu'à la divinité, il enfreignit la loi du Créa- 
teur et rompit lui-même l'alliance qui l'unissait intimement à 
Dieu. 



(i) Psaume, ch. en , v. 3i. 
(j) Genèse, ch. il, v. 16, 17. 



— XXXIII — 

Le juge suprême apparut alors à l'homme dans le paradis ter- 
restre, maudit le serpent et la terre (1), lança contre loute la race 
humaine un analhème de mort (2), et promit à Adam de faire 
naître de la femme un Rédempteur qui écraserait la tête du ser- 
pent (3). Et cette promesse , l'espérance du genre humain, s'est 
transmise par tradition; et tous les peuples ont attendu ce mé- 
diateur, ce personnage mystérieux et divin, qui devait les récon- 
cilier avec le Créateur et leur donner avec le salut l'innocence 
primitive de l'homme et l'immortalité. 

Les livres sacrés attestent la foi des patriarches touchant le 
dogme de la vie future. « Je sais, disait Job (4), que mon Ré- 
« dempteur est vivant, et que je ressusciterai de la terre au 
t dernier jour, et que je serai de nouveau revêtu de ma chair, 
• et dans ma chair je verrai mon Dieu ; je le verrai , moi-même , 
t et non pas un autre , et mes yeux le contempleront : celte espc- 
« rance repose dans mon sein. »— « Les leviers de ma pierre por- 
« teront mon espérance , elle reposera avec moi dans la pous- 
« sière de mon tombeau (5). i 

La croyance des amis de Job n'était pas différente de la sienne. 
Jacob , parlant de sa vie et de la vie de ses pères , l'appelle un 
pèlerinage (6) ; et près de mourir : « J'attends de vous, Seigneur, 
i ma délivrance (7). » Puis il ordonne à ses enfants qu'on l'en- 
terre dans le tombeau d'Abraham et d'Isaac. 

David, dans ses Psaumes, fait très-souvent mention du juge- 
ment que Dieu prononcera sur les hommes : bornons-nous à 
quelques passages où il célèbre la récompense que Dieu accor- 
dera aux justes, t Mon cœur s'est réjoui ; ma langue a chanté 
« des cantiques d'allégresse, et de plus ma chair reposera dans 
« l'espérance, parce que vous ne laisserez pas mon âme dans 



(i) Genèse, ch. n, v. 14, |5. 
(■>) Genèse, ch. n. v. 19. 

(3) Genèse, ch. u, v. i5. 

(4) Ch. xix, t. 25, 26, 27. 

(5) Ch. xvn, v. 16. 

(C) Genèse, ch. xux , v. g. 
(7) Genèse, ch, xlviii, v. ai. 



— XXXIV — 

€ l'enfer, et que vous ne souffrirez pas que votre saint éprouve 
« la corruption. Je paraîtrai devant vos yeux dans la justice : je 
< serai rassasié quand votre gloire m'apparaîtra. Les enfants des 
« hommes seront dans l'espérance sous l'ombre de vos ailes : ils 
« seront enivrés de l'abondance qui est dans votre maison , vous 
t les ferez boire dans le torrent de vos délices ; car la vie est 
• en vous, et nous verrons la lumière clans votre lumière 
t même, etc., etc. (1). » 

Salomon, dans beaucoup d'endroits, annonce aussi le juge- 
ment et ses suites après la mort. Au livre des Proverbes, il dit 
que l'impie sera rejeté à cause de sa malice, mais que le juste 
espère au jour de sa mort (2). Quelle espérance peut concevoir 
celui qui va être anéanti? 

L'Ecclésiasic, le livre de la Sagesse, et les prophètes renfer- 
ment de nombreux témoignages sur la récompense et les peines 
de la vie future. 

Que voulait dire Balaam, lorsqu'il criait : « Que je meure de la 
« mort des justes, et que ma fin dernière soit semblable à la 
e leur (5)? » 

L'universalité, l'antiquité, la perpétuité de celte croyance 
viennent encore en confirmer la vérité. Les philosophes les plus 
éclairés l'ont enseignée, dit Origène (4); les poêles les plus an- 
ciens la célèbrent; et les honneurs funèbres, le respect pour les 
tombeaux, constamment perpétués dans tout le cours des siècles 
et répandus sur toule la surface de la terre, attestent hautement, 
dit Cicéron (6) , son universalité absolue. Le même auteur rend 
aussi témoignage de l'immémoriale antiquité de la persuasion 
d'une vie future qu'il fait remonter jusqu'au temps voisin de la 
divinité (G); et il dit encore que l'opinion contraire est nou- 



(i) Psaume xv, v. 9, 10. — Ps. xvi, v. i5. — Ps. xxxv, 

(2) Ch. xiv, v. 32. 

(3) Nombres, ch. xxm, v. 10. 

(4) Cotnmentaiia in Leviticum, homelia vu, n. C. 

(5) De amicilià, cap. îv. — Tuscitlcmes , lib. 1, cap. 12. 

(6) Tusculanes, lib. I, cap. 12. 



o, y, 



L^ 



^ 



— XXXV — 

velle (1). Selon Plutarque , l'origine de cette doctrine est abso- 
lument inconnue ; elle s'est propagée depuis l'éternité (2). 

Et l'idolâtrie, loin de l'étouffer, lui avait donné une nouvelle 
force; ou plutôt ce dogme , par l'abus qu'on en fit, fut une des 
sources de l'idolâtrie. L'apothéose des grands hommes , l'usage 
de leur rendre les honneurs divins après leur mort, sont très-an- 
ciens chez les peuples polythéistes, et jamais ils ne se seraient 
introduits, si l'on avait cru que l'homme meurt tout entier. Et 
sans cette croyance que signifierait encore les honneurs funèbres 
rendus aux morts même chez les nations barbares. 

Les égyptiens, que l'on regarde comme les premiers auteurs 
de l'idolâtrie, croyaient à une vie future. On connaît leur tar- 
tare, imité par les grecs et adopté par les romains. Les perses , 
les chaldéens , les indiens , les chinois, les scytbes , les gaulois , 
les anciens bretons, les islandais, les américains avaient la 
même croyance. 

Ainsi, l'attente d'un libérateur et d'une vie future est aussi 
ancienne que le monde; et soit que l'on considère les croyances 
des peuples, les témoignages des poêles et des philosophes, les 
institutions religieuses , les rits expiatoires , il est manifeste 
qu'il n'y eut jamais de tradition plus universelle. Malgré sa haine 
pour le Christianisme, Boulanger n'a pu s'empêcher de le re- 
connaître. Il trouve celle opinion profondément enracinée dans 
l'esprit de tous les peuples et il en tire des exemples plus frap- 
panls (5). 

Mais en admettant une vie future, il est impossible de suppo- 
ser que le sort des méchants y sera le même que celui des bons. 
Ce n'a été là l'opinion ni des anciens hébreux , ni d'aucune 
nation; elle est opposée aux idées mutuelles de la justice; 
car est-il juste à un empereur, qui a donné des ordres , de trai- 
ter également et indifféremment ceux qui les enfreignent et ceux 
qui les remplissent? Aussi la croya n ce d'une vie future où les bons 
seront récompensés et les méchants seront punis est aussi an- 

(i) De amicitiu, cap. îv. 

(2) De consol. ad Apollonium . 

(3) L'antiquité dévoilée par ses usages, 1. H, liv. iv, ch. 3,- 



— XXXVI — 

cienne que le monde et aussi étendue que la race des hommes. 
On l'a trouvée jusque chez les sauvages et chez les insulaires, qui 
montraient à peine quelques signes de religion. Cette croyance- 
est indispensable au maintien de la société ; et si le dogme , qui 
en est le fondement , n'existait pas, il faudrait l'inventer. 

L'attente d'une autre vie est , en effet , le seul motif qui puisse 
nous faire supporter patiemment les maux de celle-ci , et nous 
exciter efficacement à la vertu. Exposé ici-bas à des afflictions 
de toute espèce, l'homme serait la plus malheureuse de toutes 
les créatures , s'il n'avait rien à espérer au delà du tombeau : 
mieux eût valu qu'il eût élé privé d'une âme vivante. Et s'il était 
démontré que tout est fini pour l'homme avec la mort , ce serait 
de toutes les vérités la plus triste et la plus humiliante pour l'hu- 
manité; il serait encore à souhaiter qu'elle fût ignorée de tous 
les hommes. Le penchant invincible qui les porte à se croire 
libres et immortels est le plus puissant ressort de leur activité , 
et la source des vertus qui soutiennent la société. L'homme de 
bien est trop intéressé à la vie future pour désirer d'être anéanti; 
le méchant seul peut être tenté d'étouffer dans son cœur un 
pressentiment qui le fait trembler. Mais que les scélérats soient 
désolés, bourrelés, tourmentés de l'idée d'une vie future, est-ce 
là un mal? Cette terreur qui les suit jusqu'au sein de leurs cri- 
minels plaisirs, n'est-elle pas, au contraire, un bienfait signalé 
de la Providence , et pour eux et pour la société dont ils sont 
membres? Disons-le donc, si la doctrine contraire pouvait obte- 
nir du succès, elle serait funeste à l'humanité, pernicieuse et 
pour l'homme isolé et pour l'homme en société, destructive de 
tout bonheur et corruptrice de toute vertu. 

Les philosophes, ceux-là même qui ont attaqué le dogme de 
l'immortalité de l'âme , ont été forcés d'avouer qu'il est néces- 
saire à la société. Épicure n'a jamais osé prétendre que sa doc- 
trine pût être utile à la société, si elle devenait commune; il la 
donnait comme un mystère destiné à faire la félicité d'un philo- 
sophe, comme si un philosophe n'était plus un homme. 

Pline, qui ne croyait ni Dieu ni providence, a cependant 
reconnu l'utilité de cette doctrine, « Il est avantageux , dit- 



_»« - 



«~ mvii ~ 

« S) (1), que l'on croie que les dieux font attention aux choses liu- 

• maines; que si les malfaiteurs tardent si souvent à être punis à 

• cause de la multitude des soins dont Dieu est occupé , ils n'é- 
« chappent jamais au châtiment; que l'homme n'a point été créé 
« semblable à Dieu pour se rapprocher des brutes par ses in* 
<■ clinations. » 

Pomponace, qui ne s'est rendu que trop suspect d'athéisme , 
dit que, si tous les hommes étaient nés avec un excellent carac- 
tère, la beauté de la vertu et ses avantages suffiraient pour les 
engager tous à bien faire; mais que, comme le très-grand nom- 
bre a de mauvaises inclinations, il a fallu, pour le bien com- 
mun, imaginer les peines et les récompenses de l'autre vie, 
parce que cette croyance peut être utile à tous les hommes (2). 

Spinosa parle de même : « Si tous les hommes, dit-il (5), 
t étaient d'un tempérament à ne rien souhaiter que de raisou- 
« nable, il est certain que, pour vivre ensemble, ils n'auraient 
« pas besoin de lois , il suffirait de les instruire d'une bonne nm- 

f raie Mais la nature humaine est bien éloignée de cette 

t modération; tous concourent à leur intérêt et vontaveu- 

c glémenl où leur appétit les entraîne. De là vient que l'autorité 
« et la violence sont le maintien des sociétés, et qu'il y faut 
c absolument des lois qui tiennent en bride la licence effrénée 
« des hommes et répriment leur insolence. » Après avoir remar- 
qué que la crainte est un état violent et un joug que les hommes 
sont toujours tentés de secouer, il ajoute : i Voilà la raison qui 

• obligea Moïse, divinement inspiré, à introduire dans sa ré- 

• publique la religion afin que le peuple fît son devoir, plus par 
« dévotion que par crainte. » Or, la religion serait nulle sans la 
croyance d'une vie future. Enfin il dit que celui qui n'a aucune 
idée de Dieu, ni par l'histoire de la révélation , ni parla lumière 
naturelle, s'il n'est impie et réfractaire, est un brutal qui n'a que 
nom d'homme , et que Dieu n'a doué d'aucune bonne qualité. 



(i) Hist. nat., liv. n , cli. 7. 

(2) De Immortalitate avimœ , p. iî5. Voyez V dùsrrtaUon Urée de H'arbttvloi. 
p. 53, 5-, 

(3) TraiW: théol. politiq,, ch, V. 

T. I. , c 



— XXXVIII — 

Bayle, qui a employé toutes les subtilités possibles pour prou- 
ver qu'une société d'athées pourrait subsister, rend quelquefois 
hommage aux effets salutaires de la religion , et en avoue la né- 
cessité, i On a reconnu de tout temps, dit-il (1), que la religion 
t était un des liens de la société , et que les sujets n'étaient ja- 
€ mais mieux retenus dans l'obéissance que lorsqu'on savait à 
i propos faire intervenir le ministère des dieux... N'en déplaise 
c à Cardan , une société d'athées , incapable qu'elle serait de se 
« servir des motifs de la religion pour se donner du courage , 

• serait bien plus facile à dissiper qu'une société de gens qui ser- 
t vent les dieux ; et quoiqu'il ait quelque raison de dire que la 
t croyance de l'immortalité de l'âme a causé de grands désor- 
t dres dans le monde , par les guerres de religion qu'elle a ex- 

< citées de tout temps , il est faux , même à ne regarder les 
t choses que par des vues de politique , qu'elle ait apporté plus 

< de mal que de bien , comme il voudrait le faire accroire. » 
Bayle cite le traité dans lequel Plutarque a démontré aux épi- 
curiens que la doctrine qui rejette la providence de Dieu et l'im- 
mortalité de l'âme ôte à l'homme une infinité de consolations 
pendant sa vie , et le réduit au désespoir quand il faut mourir; et 
il avoue qne Plutarque a prouvé ce point très-solidement (2). 

Il le confirme ailleurs par l'exemple de Brutus, qui termina 
sa vie en injuriant la vertu et se repentant de l'avoir pratiquée. 

• Ce romain , dit-il (3), n'avait pas tout le tort qu'on s'imagine. 

• Si l'on ne joignait pas à l'exercice de la vertu ces biens à venir 
€ que l'Écriture promet aux fidèles , on pourrait mettre la vertu 
f et l'innocence au nombre des choses sur lesquelles Salomon a 
t prononcé son arrêt définitif : Vanité des vanités, et tout est va- 
c nilé. S'appuyer sur son innocence, serait s'appuyer sur le ci- 
« seau cassé qui perce la main de celui qui veut s'en servir. » 

En parlant des sadducéens, il observe qu'en ruinant le dogme 
de l'immortalité de l'âme , on ôte à la religion toute sa force par 
rapport à la pratique de la vertu ; il le prouve par deux remar- 

(i) Pensées sur la comète , S 108 et |3|. 

(a) Dictionnaire, au mot Epicure, R. 

(3) Idem, au mot Brutus Marcus Jumus, C. D. 



L 



^ 



.- — 






— xxxix — 

ques : « L'une , qu'il n'est presque pas possible de persuader 

< aux gens qu'ils prospéreront sur la terre en vivant bien, et 
c qu'ils seront accablés de la mauvaise fortune en vivant mal, 
« parce que l'expérience paraît contraire; l'autre, que les or- 

• thodoxes peuvent se flatter de cette espérance tout comme 
■ les sadducéens, et qu'ayant de plus la ressource de l'éternité, 

< ils seront plus en état de faire influer la religion sur leur mo- 
c raie pratique (1). > 

Bolingbroke avoue aussi que la doctrine des récompenses et des 
peines futures est propre à donner de la force aux lois civiles , 
et à réprimer les excès des particuliers. < La raison, dit-il (2) , 
t qui ne peut pas l'admettresur les principes de la théologie natu- 
c relie , ne doit pas la rejeter dans les principes de la bonne poli- 
« tique. L'utilité de maintenir la religion et le danger de la né- 
t gliger ont été extrêmement visibles dans toute la durée du 
« gouvernement romain. Quoique la religion établie par Numa 
i fût absurde, cependant la crainte du pouvoir suprême, la 
« croyance d'une Providence qui réglait toutes choses , produi- 
« sirent les merveilleux effets que Polybe , Cicéron , Plutarque 

c et Machiavel leur attribuent L'oubli et le mépris de la reli- 

t gion furent la cause principale des maux que Rome éprouva 
« dans la suite : la religion et l'État déchurent dans la même 

< proportion. » 

Shaftesbury, après avoir soutenu que sans la croyance d'un 
Dieu l'homme peut sentir les avantages de la vertu et en avoir 
une haute idée, ajoute (3) : « Néanmoins, il faut avouer que la 
t pente naturelle de l'Athéisme est très-différente ; il tend à re- 
t trancher toute affection à ce qu'il y a de plus aimable et de 
« plus digne de l'homme. Peut-on être porté à aimer ou à ad- 

• mirer quelque chose , comme ayant rapport à l'ordre de l'uni- 

< vers, quand on regarde l'univers comme un chaos de désor- 
« dre? Rien n'est plus capable d'exciter à la vertu et de dé- 



fi) Dictionnaire, au mot sadducéens , E. — Continuation deipemées diverses, 
S i53. 

(2) OEuvres, t. IV, p. 3î8; t. V, p. 3j2, 48o. 

(3) Beclierclies sur les mérites de la vertu , liv re i , part, 3, S 3, 






— XL — 

« tourner du vice, que la présence d'un Être suprême, témoin 
t et juge de ce qui se passe dans l'univers ; et c'est un grand dé- 
t faut dans l'Athéisme de retrancher ce motif.... Croire que les 

• mauvaises actions auxquelles nous sommes entraînés par des 
t passions violentes sont punies par la justice divine, est le 
« meilleur remède contre le vice, et le plus grand encourage- 
« nient à la vertu. » 

David Hume s'est expliqué d'une manière plus forte : « Ceux 
« qui s'efforcent, dit-il (1), de désabuser le genre humain de ces 
« sortes de préjugés (de religion), sont peut-être de bons rai- 
« sonneurs, mais je ne saurais les reconnaître pour bons ci- 

• loyens ni pour bons politiques, puisqu'ils affranchissent les 
« hommes d'un des freins de leurs passions, et qu'ils rendent 
« l'infraction aux lois de l'équité et de la société, et plus aisée, 
t et plus sûre à cet égard. » 

t Une religion, une société, dit Warburton, qui n'est pas 
e fondée sur la croyance à une autre vie, doit être soutenue par 

• une providence extraordinaire. • 

Même concert parmi les incrédules français. Tous les philoso- 
phes qui ont traité de la nature de l'âme conviennent que l'opi- 
nion de sa mortalité est dangereuse pour ceux qui ont de mau- 
vaises inclinations, et qu'elle peut nuire aux hommes. 

ii'auleur de la Lellre de Tlirasybule à Leuclppe soutient que 
l'opinion de l'existence de Dieu ne sert de rien pour rendre les 
hommes meilleurs ; mais il se rétracte ensuite et convient que 
les fictions de la vie à venir sont très-avantageuses au genre 
humain. « Le commun des hommes, dit-il (2), est trop cor- 
« rompu et trop insensé pour n'avoir pas besoin d'être conduit à 
« la pratique des actions vertueuses, c'est-à-dire à la société, 
« par l'espoir de la récompense , et détourné des actions crimi- 
« nelles par la crainte des châtiments. C'est là ce qui a donné 
« naissance aux lois; mais comme les lois ne punissent ni ne ré- 
« compensent les actions secrètes , et que , dans les sociétés les 



(i) Essai sut l'entendement humain, OEuvres, i. III, p. Soi. 
(a) P. ifîg, a82. 






— XLI — 



f mieux réglées, les coupables puissants et accrédités trouvent 
< le secret de les éluder, il a fallu imaginer un tribunal plus re- 
t doutable que celui du magistral. On a supposé qu'à la mort 
« nous entrions dans une nouvelle vie ... Celle opinion, sans 
« doute , est le plus ferme soutien des sociétés ; c'est elle qui 
« porte les hommes à la vertu et les détourne du vice. » 

Dans les Nouvelles libertés de penser (1), un philosophe, 
après avoir attaqué l'existence de l'âme et l'existence de Dieu , 
soutient que la morale n'est fondée que sur l'amour-propre , ei 
finit par ces mots : « Ce n'est pas que cette morale ne lût dan- 
t gereuse en général ; elle n'est bonne à prêcher qu'aux honnêles 
« gens, et le peuple ne serait pas arrêté par le sentiment déli- 
• cat de l'amour-propre ; mais est-ce la faute de la morale? > Et 
quelle morale plus fautive que celle qui ne convient pas au peu- 
ple, et qui est dangereuse en général? 

L'auteur des Dialogues sur l'âme dit que , pour des hommes 
faibles et corrompus, une religion dogmatique et la supposition 
d'une première cause devient nécessaire; qu'une origine divine 
et l'attente d'un bonheur éternel flattent l'amour-propre et 
peuvent produire de grandes choses (2). 

L'auteur du Système de la nature observe que « dans une so- 
« ciété nombreuse, fixée et civilisée, les besoins venant à se 
« multiplier, et les inlérêls à se croiser, l'on est obligé de re- 
t courir à des gouvernements, à des lois, à des cultes publics, 
t à des systèmes uniformes de religion pour maintenir la con- 
« corde;... qu'ainsi peu à peu la morale et la politique se trou- 
« vent liées au système religieux (3). » 

Dans les Lettres à Sophie, il est dit que l'hypothèse de l'im- 
mortalité de l'âme est de toutes les fictions la plus propre au 
honneur du genre humain en général , et à la félicité des parti- 
culiers qui le composent (4). 

Helvétius est d'avis qu'il faut conserver même aux fausses re- 



(i) P. i5o, i5i. 

(2) P. i35, i36. 

(3) T. II, cli. xni. 

(4) i8« lettre, p. 38, 



— XLII — 



ligions ce qu'elles ont d'utile, qu'il ne faut point détruire le 
tartare, ni l'élysée (1). 

« L'existence des âmes , dit Voltaire , et ensuite leur immor- 
« talité , ayant été une fois admises chez les hommes , rien ne 
« leur paraissait donc plus convenable que de dire : Dieu peut 
« nous récompenser ou nous punir après notre mort selon nos 
« œuvres. Socrate et Platon, qui les premiers développèrent cette 
« idée, rendirent donc un grand service au genre humain , en 
« mettant un frein aux crimes que les lois ne peuvent punir... 
« Aussi, les hommes ne pouvaient rien faire de mieux que d'ad- 
« mettre une religion (le Christianisme) qui ressemblât au meilleur 
« gouvernement politique. Or, ce meilleur gouvernement hu- 
« main consiste dans la juste distribution des récompenses et des 
« peines ; telle devait donc être la religion la plus convenable (2). • 
Dans l'antiquité, Socrate , Platon, Cicéron, Caton, Sénèque, 
Épictète , Marc-Antonin , les stoïciens , et les plus grands hom- 
mes, lorsqu'ils ont parlé en législateurs et en politiques , ont 
senti la nécessité du dogme de la vie future pour appuyer les 
lois et la morale. 

Ce qu'il est important de remarquer, c'est que la croyance d'une 
vie future a toujours fait trembler , à l'heure de la mort , les plus 
intrépides incrédules comme les plus fameux scélérats. Voltaire , 
cet homme, qui se faisait appeler par dérision Chrhl-Moque, 
demandait un prêtre de l'infâme. Robespierre disait devant ses 
accusateurs : « Non, Chaumelte, non, la mort n'est point un 
« sommeil. La mort est le commencement de l'immortalité. » 

Et n'y aurait-il d'autres témoignages d'une vie future que la 
conscience de ces hommes et de leurs pareils, que nous ne de- 
vrions pas hésiter à l'admettre comme une vérité révélée de 
Dieu. 

Mais les deux substances, dont l'homme est composé, doivent- 
elles assister à la vie future? Telle est la question que nous allons 
examiner en traitant de la résurrection de la chair et de l'immor- 
talité de l'âme. 

(i) De l'esprit, i' discours, t. Il, ch. xvii , p.î8î. 

(3) Histoire de rétablissement du Christianisme, ch. xxii. 



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XI, III 



En vain, Épicure, Pythagore, Empédocle, Sénèque, se sont 
pris à nier la seconde vie de l'homme; en vain ont-ils dit que 
tout finit à la mort jusqu'à la mort elle-même ; la croyance uni- 
verselle des peuples est encore là pour attester la destinée future 
de l'homme tout entier, pour proclamer l'immortalité de l'âme 
et la résurrection de la chair. 

Et comment la chair ne ressusciterait-elle pas, dit Terlul- 
lien (1)? Est-ce que l'homme, argile d'abord , a été réellement 
homme, homme tout entier , homme fait à l'image et à la res- 
semblance de Dieu , avant que le Créateur eût répandu sur son 
visage un souffle de vie et lui eût donné une âme vivante? Et 
n'est-ce pas l'homme tout entier, le limon et le souffle, la chair et 
l'âme vivante, unies, que Dieu a placé dans le paradis terrestre, 
ce symbole du paradis éternel? N'est-ce pas aussi l'homme tout 
entier qui en a été chassé après la transgression de la loi? Ce 
limon devenu chair sous le souffle divin serait-il indigne de la 
résurrection? Mais n'est-ce pas par le ministère de la chair que 
l'âme jouit des dons de la nature , des richesses du monde et du 
charme des éléments ? N'est-ce pas par la chair que l'âme est pour- 
vue de l'appareil des sens , la vue , l'ouïe, l'odorat , le goût et le 
toucher? N'est-ce point aussi par elle que l'âme est armée d'une 
puissance divine, capable de t out opérer par la parole et même par 
le langage muet du geste et du regard ? La parole , assurément, 
est un organe de la chair. Mais la chair ! elle est le véhicule des 
arts! elle soutient les sciences et le génie! elle conduit les ac- 
tions , l'industrie , les fonctions ! et toute la vie de l'âme est si 
bien là vie de la chair , que ne plus vivre n'est autre chose pour 
l'âme que sa séparation d'avec la chair. Or , si tout est soumis à 
l'âme par l'entremise de la chair , tout est également soumis à 
la chair : il faut donc nécessairement que l'instrument soit asso- 
cié à la jouissance de la résurrection , et que la chair, compagne 
de l'âme sur cette terre, la base de son salut ou de sa condam- 
nation, soit aussi sa compagne dans l'éternité. 

Mais , pour le chrétien , la chair n'a-t-elle pas encore d'autres 



(i) Traité de la chair. 



— xuv — 

droits à la résurrection ? Et quand l'âme est enrôlée au service 
de Dieu, n'est-ce pas la chair qui lui fait recevoir cet lionneur ? 
C'est la chair, en effet , qui est lavée pour que l'âme soit purifiée , 
c'est la chair sur laquelle on fait les onctions pour que l'âme soit 
consacrée; c'est la chair qui est marquée du signe sacré pour 
que l'âme soit fortifiée; c'est la chair qui est couverte par l'im- 
position des mains pour que l'âme soit illuminée par l'esprit; c'est 
la chair enfin qui se nourrit du corps et du sang de Jésus-Christ , 
pour que l'âme se nourrisse de la substance de son Dieu. Elles 
ne peuvent donc être séparées dans la récompense ou dans la 
punition , puisqu'elles sont associées dans le travail. Les sacrifi- 
ces agréables à Dieu , tels que les laborieux exercices de l'âme , 
les jeûnes, les abstinences, la sobriété, tout ce qui accompagne 
la mortification des sens, c'est la chair qui l'exécute à son dé- 
triment. La virginité , le veuvage , la couche conjugale saintement 
privés de ses droits sont des holocaustes que la chair brûle sur 
ses propres biens en l'honneur de Dieu. La chair a combattu 
pour la foi; elle a été traînée en public et livrée à la haine des 
ennemis du Christianisme; au fond des cachots elle a été torturée 
parla privation si cruelle de la lumière, parsonéloignementdu 
inonde, par la malpropreté, par l'infection, par une mauvaise 
nourriture, n'ayant pas même la liberté du sommeil, garrottée 
sur son grabat; elle a été déchirée avec une ingénieuse cruauté 
par des instruments de toute espèce; elle s'est enfin éteinte dans 
les supplices, pour avoir rendu témoignage de la foi de l'âme en 
Jésus-Christ. 

Et celte chair que Dieu a formée de ses mains , qu'il a animée 
d'un souffle de vie, qu'il a établie dans cet univers pour l'habiter, 
pour en jouir et commander à toutes ses œuvres , qu'il a revêtue 
de ses sacrements et de sa discipline, dont il aime la pureté, 
dont il approuve les mortifications, dont il récompense les souf- 
frances; cette chair, l'œuvre de ses mains, l'objet de son indus- 
trie, l'enveloppe de son souffle, la reine de sa création, l'héri- 
tière de sa libéralité, la prêtresse de sa religion , le soldat de sa 
foi, la sœur du Christ; cette chair ne ressusciterait pas, après 
avoir tant de fois appartenu à Dieu, et Dieu l'abandonnerait à une 



. 



— XLV — 



destruction sans retour! Loin des nous une pareille pensée. 

Aussi la résurrection des corps est la croyance universelle des 
peuples, depuis la création, des païens et des juifs, aussi bien 
que des chrétiens : les livres sacrés nous prouvent que les pa- 
triarches même n'en ont point douté (1). 

Les égyptiens croyaient à la résurrection des corps; et celle 
croyance introduisit chez eux l'usage d'embaumer. Leurs rois , 
par vanité , firent élever les pyramides qui subsistent encore , 
pour y être enfermés après leur mort. Ces monuments, qui ont 
déjà bravé tant de siècles , semblent devoir éterniser, avec l'or- 
gueil de ces princes, leur foi à la résurrection et à une vie future. 
Vainement on a voulu faire honneur aux égyptiens de l'invention 
du dogme de la résurrection du corps et de l'immortalité de 
lame, parce qu'on ne pouvait pas le méconnaître chez eux; les 
chaldéens, les chinois, les iediens, les perses, les scythes, les 
gaulois, les bretons, les islandais, les américains ne sont pas 
allés le prendre en Egypte. 

Dès les premiers temps, les hébreux ont enseveli les morts 
avec autant d'appareil que les égyptiens; le tombeau de Sara , 
épouse d'Abraham, qui devint la sépulture de ce patriarche et 
de ses descendants, est plus ancien que les pyramides. Il est dit, 
en parlant de la mort d'Abraham , qu'il fut réuni à son peuple 
ou à ses pères; cela ne peut pas signifier qu'il fut mis dans le 
même tombeau , puisque ses pères étaient morts dans la Chal- 
dée , et qu'il fut enterré auprès de Sara. Jacob dit de même en 
mourant : Je vais rejoindre mon peuple ou ma famille (2). 

En général , les honneurs funèbres rendus aux morts, le res- 
pect pour les tombeaux sont chez toutes les nations un témoi- 
gnage de leur croyance de la résurrection des corps ; et ce respect 
date de la création. Sur ce point , la religion servait de sauve- 
garde à la morale et au repos de la société. L'homme , pénétré 
d'une frayeur respectueuse pour le cadavre de son semblable , 
concevait plus d'horreur de l'homicide. 



(i) Job , cli. xix, v. ?5. — Daniel, ch. XII, v. 3. — ■>.' Machabèes , ch. vil , v. 
9, i4, '3, 59. — Psaume xv, \. 10 — E*éch„ cli. xvu, v. 1, 2, 3. 



(2) Genèse, ch. XXIII, v, 19; ch. XXV, v. 8; ch. xlix , v. 19. 









— XLVI ' — 

Le dogme de l'immortalité de l'âme a été aussi accueilli par 
toutes les nations, depuis la création du monde; les philosophes 
les plus célèbres de l'antiquité l'ont proclamé , et tout ce que 
le monde des intelligences compte de plus élevé l'a admis comme 
une tradition sacrée. 

Cependant il s'est rencontré des hommes qui ont osé soutenir 
que l'âme périt avec le corps et qu'elle rentre avec lui dans la 
poussière pour ne plus en sortir. 

Mais comment la destruction du corps pourrait-elle entraîner 
celle de l'âme? La vie de l'homme consiste dans l'union de son 
âme avec son corps ; sa mort est la séparation de ces deux sub- 
stances. Mais de ce qu'elles cessent d'exister ensemble , il ae 
s'ensuit pas qu'elles cessent absolument d'exister (1). Leur union 
n'est pas une chose qui leur soit essentielle ; car l'on conçoit un 
corps humain existant sans âme; et l'on conçoit de même une 
substance spirituelle existante sans qu'elle soit unie à la matière. 

A la séparation de l'âme et du corps, l'homme n'est plus homme, 
puisqu'il n'existe plus un composé de corps et d'âme , mais la 
séparation des deux substances n'est pas la destruction , l'anni- 
hilation de ces substances elles-mêmes. Nous en avons la preuve 
dans ce qui arrive au corps lui-même : peu après sa séparation 
d'avec l'âme, il se dissout ; il se corrompt ; les particules de ma- 
tière dont il était composé se séparent les unes des autres : ainsi 
le corps lui-même est détruit (2) ; mais ses parties ne le sont pas ; 
dans leur division, elles continuent d'exister, et vont se réunir à 
d'autres particules de matière pour former d'autres corps. 

Or, si la séparation de substances homogènes , telles que sont 
les particules de la chair humaine, n'entraîne point la destruction 
de ces particules ; à plus forte raison , on ne peut conclure de la 
séparation de deux substances aussi différentes par leur nature 
que le sont l'âme et le corps, que l'âme est détruite et cesse 
d'exister, parce qu'elle cesse d'être unie au corps. Et d'ailleurs, 
l'âme étant absolument simple et indivisible, ne peut être sou- 



(i) Platon, Phadon, 

(2) Cicéron, de tïalurâ deorum, 11b. m, eh. \i. 






— : '•» «_ 



— XLV11 



mise à la dissolution et à la corruption de ses parties , puisqu'elle 
n'a point de parties. C'est donc une absurdité de dire que le 
corps, par sa dissolution , entraîne celle de l'âme ; et il ne serait 
pas moins déraisonnable de soutenir que la destruction du corps, 
qui est , non une annihilation, mais une simple dissolution, pro- 
duisît l'annihilation absolue de l'âme. 

L'âme, indissoluble, dit La Luzerne (1), ne peut être détruite 
que par l'anéantissement; d'où il résulte évidemment qu'elle ne 
peut être détruite par aucun agent naturel. En effet , 1° toutes 
les forces de la nature consistent dans le mouvement ; elles n'a- 
gissent que par le contact; elles ne détruisent les êtres qu'en les 
heurtant , les brisant et divisant leurs parties. Mais la substance 
spirituelle n'est pas susceptible de contact ; elle ne donne aucune 
prise au choc : il est évident que ce qui n'a pas de solidité ne peut 
être heurté; que ce qui n'a pas de parties ne peut pas éprouver 
une division de parties. 2° Ce n'est pas seulement la substance 
spirituelle que les agents naturels sont dans l'impuissance d'a- 
néantir : tout anéantissement est au-dessus de leurs forces. L'in- 
tervalle entre le néant et l'être est infini ; il faut donc, pour le 
franchir et pour faire passer de l'un à l'autre , la puissance infi- 
nie; celui-là seul peut faire rentrer dans le néant, qui seul a pu 
en faire sortir ; l'annihilation, de même que la création, est un 
acte de la toute-puissance divine. L'homme ne peut que compo- 
ser et décomposer ; il est au-dessus de son pouvoir d'ajouter à la 
nature , ou d'en retrancher un seul atome. Puisque la destruction, 
ou , ce qui revient au même , l'annihilation de l'âme ne peut être 
que l'effet de la volonté libre du Tout-Puissant, elle ne peut être 
connue que par une manifestation positive de cette volonté, faite 
parle Tout-Puissant. Incrédules, qui soutenez cet anéantisse- 
ment , il vous est donc nécessaire , pour le prouver, de produire 
une révélation divine qui le déclare. 

Et d'ailleurs , est-ce l'âme qui est faite pour le corps ; et n'est- 
ce pas, au contraire, le corps qui est fait pour l'âme. Tout nous 
le montre : la dignité de l'âme, l'autorité qu'elle a sur le corps , 



(i) Dissertations sur la spiritualité de tâme , etc. 



— XLVIII — 

dont elle commande avec empire tous les mouvoments; l'obéis- 
sance constante du corps à ses ordres, tandis qu'elle reste maî- 
tresse de résister aux impressions que le corps lui communique ; 
son activité naturelle, tandis que le corps est inerte de sa na- 
ture. Le corps n'est qu'un instrument que l'âme, agent libre et 
actif, meut, conduit et applique, selon sa volonté, aux usages 
qui lui plaisent : esl-ce une conséquence naturelle et juste, que 
l'agent soit détruit parce que l'instrument dont il se servait est 
brisé ? 

Mais l'âme n'est-elle destinée qu'à régir le corps, à le conser- 
ver, à le préserver des dangers auxquels l'expose son aveugle 
imbécillité? Et n'a-l-elle pas une autre destinée? Si les soins du 
corps étaient le seul objet de sa création, toutes ses opérations 
n'auraient d'autre but que les besoins du corps ; et jamais ses 
pensées , semblables alors à celles des bêles, ne s'élèveraient au 
delà. De quoi lui servirait, dans ce cas, d'avoir la connaissance 
de son auteur, la notion du bien et du mal moral , le sentiment 
de sa liberté , capable de choisir entre l'un et l'autre? Un créa- 
teur sage lui aurait-il donné ces facultés sans motif et sans des- 
sein? Cela ne peut être : nous en avons pour garant la croyance 
universelle des peuples depuis la création. Écoutons les hommes 
les plus célèbres de l'antiquité nous attester leur croyance et 
celle de toutes les nations. 

Socrate , Platon , Aristote , Plularque, Cicéron, regardaient 
l'immortalité de l'âme, non comme une connaissance acquise par 
le raisonnement, une découverte de leur génie philosophique , 
mais comme une ancienne tradition , comme une opinion sacrée, 
qui se perd dans la nuit des temps , et dont on ne peut pas citer 
l'auteur (1). 

Les stoïciens , toujours peu d'accord avec eux-mêmes , ont 
tantôt admis, tantôt rejeté le dogme de l'immortalité de l'âme. 

Pythagore rend témoignage de sa croyance à l'immortalité de 
l'âme. 

(i) Platon, Phœdon, épîlre 7*; de legibus, lib. îv. — Aristote, de Mundo, cap: vi. 
— Plutarque , de Isir. et Osir.; consol. ad Apollon, — Cicéron , Tuscul., lib. 1 , uuni. 
55, 59. 



— ! \ \ <W 



— XL1X — 

Homère parle de l'âme de Patrocle qui apparaît à Achille (1); 
et ailleurs il dit qu'Ulysse étant descendu dans les enfers, il y vit 
l'image du divin Hercule , c'est-à-dire son âme ( w 2). Dans le même 
livre (3) , l'âme de Tirésias apparaît à Ulysse sur le rivage des 
Cimmériens et boit du sang des victimes qu'Ulysse vient d'immo- 
ler. L'âme d'Agamemnon boit du même sang. La mère d'Ulysse, 
après lui avoir dit comment Pénélope se comporte dans Ithaque, 
se dérobe à ses embrassements , etc., etc. 

Virgile fait dire à Didon que son image, ou son âme, se reti- 
rera après sa mort sous la terre (4). Telle était la philosophie des 
poêles de l'antiquité; et comme tous les poètes sont les échos de 
leur siècle , il est certain que du temps d'Homère , de Virgile , 
la croyance d'une âme immortelle était généralement répandue. 
L'immortalité de l'âme a été crue par les patriarches et par 
les juifs, même après la captivité de Babylone , quoique des 
philosophes matérialistes aient prétendu qu'ils avaient emprunté 
ce dogme aux chaldéens*ou aux perses. Les Livres saints nous en 
rendent témoignage et donnent un démenti aux. philosophes. 
En effet, tous les écrivains sacrés qui ont vécu avant la captivité 
de Babylone tiennent le même langage que ceux qui sont venus 
après. Leur uniformité d'expressions, de conduite, de lois, 
d'usages, nous paraît suffisante pour constater le fait de la 
croyance constante des patriarches et des juifs. 

El quoique la plupart des peuples qui ont perdu la connaissance 
du vrai Dieu, n'aient aucune certitude d'une vie future , ni au- 
cune connaissance de l'état dans lequel doit se trouver l'âme 
séparée du corps , un grand nombre d'entre eux ont admis 
l'immortalité de l'âme. Les païens en ont été persuadés : on 
n'a pas oublié les champsélysées de leurs prêtres. Nous con- 
venons cependant que chez les païens la croyance de l'immortalité 
de l'âme n'a jamais fait partie de la religion publique. AucuDe 
loi ne rendait sacré ce dogme important; on pouvait l'admet- 

(i) Iliade, 13'. 

(2I Odyssée. 

(S) Idem, ->.[\. 

(4) Enéide , livre lv«. 






-L— 



' 



\\V IV 



tre ou le nier sans conséquence et sans courir aucun danger. 

Les égyptiens, les chananéens , les chaldéens , les perses, les 
indiens , les chinois , les scythes , les syriens, les celtes , les an- 
ciens bretons, les gaulois, les grecs et les romains, les sauvages 
même ont cru de tout temps à l'immortalité de l'âme. Toutes ces 
nations ont cru également qu'après la mort l'âme subissait un 
jugement irrévocable, suivi de récompenses ou de châtiments 
éternels , et elles ont toutes admis de plus l'existence d'un état 
intermédiaire, d'un véritable purgatoire, ainsi que Voltaire, 
VVarburton et autres le reconnaissent formellement. 

Les égyptiens mettaient dans la bouche des mourants une 
prière pour demander d'être reçus dans le séjour des immortels. 
Ils priaient pour les morts, comme l'a prouvé Morin par un 
passage de leur liturgie. Ils appelaient l'enfer Ameulhès. C'est 
Yadès des grecs qui, à ce qu'il paraît , empruntèrent d'eux jus- 
qu'au nom de tartare, mot qui , dans la langue égyptienne, si- 
gnifie habitation éternelle. 

On a des preuves que c'était aussi un dogme des étrusques; et 
les marbres , les bas-reliefs , les inscriptions des tombeaux , et 
beaucoup d'autres monuments attestent qu'il n'y eut jamais de 
croyance plus universelle. 

La folie d'interroger les morts, pour apprendre d'eux l'avenir, 
a été une superstition générale. Moïse la défendit sous des pei- 
nes sévères; mais au mépris de. cette interdiction, les israélites 
tombèrent plusieurs fois dans cette superstition (t). Elle était en 
usage chez les chananéens. Le fait le plus remarquable de l'évo- 
cation des morts est celui de Saùl. Ce prince alla trouver une 
pythonisse; et l'âme de Samuel, évoquée et consultée, lui ré- 
pondit et lui annonça sa ruine (2). 

Homère et Virgile parlent de cette superstition comme d'une 
coutume ordinaire chez les païens. L'abus d'un dogme en sup- 
pose la croyance : des matérialistes n'auraient jamais eu cette 
imagination. 



(i) Deutéronome , ch. xvm, v. II. — Eccli., cli. xuvi, v. a3. 
(î) i« livre des Rois, cli. xx\m, v. 7 et suiv. 



L 






Il sérail impossible, dit un philosophe moderne, de trouver 
des peuples chez lesquels l'opinion commune ne donnât pas une 
espèce d'immortalité à nos âmes (1). 

Rien de plus populaire , dit un autre philosophe, que le dogme 
de l'immortalité de l'âme; rien de plus répandu que l'attente 
d'une autre vie; sur ce préjugé sont fondés tous les systèmes 
religieux et philosophiques (2). 

Bolingbroke, quoique ennemi de ce dogme , avoue qu'il est 
plus ancien que nos connaissances historiques (3), 

On en a trouvé des symboles et des preuves , dit l'incrédule 
Bayle , chez des sauvages , qui n'avaient d'ailleurs aucune mar- 
que de culte public (4). 

« Le dogme de l'immortalité de l'âme , a dit un impie au dix- 
t huitième siècle, est l'idée la plus consolante et en même temps 
« la plus réprimante que l'esprit humain ait pu recevoir (5). » 

Aussi , le philosophe qui a osé dire que plusieurs nations ab- 
horrent cette croyance, aurait dû pour son honneur en citer au 
moins une (6). 

Et maintenant, que penser de la destinée des deux substances 
de l'homme? sinon qu'elles ont été créées pour une vie future, 
à laquelle elles se préparent sur cette terre où Dieu leur a laissé 
toute liberté : c'est ce qui nous amène à démontrer l'utilité et la 
nécessité d'une religion. 

5 8 QUESTION. 

Une religion estctle utile et nécessaire à l'homme ? 

Celui qui n'a point de religion est un animal terrible 
qui ne sent sa liberté que lorsqu'il déchire ou qu'il 
de'vore. Montesquieu, Esprit des lois. 

Comme l'homme a été créé libre, dépendant de son propre 
arbitre, se gouvernant par sa propre puissance, placé entre le 

(>) Lettre de Thrasybnle à Leucippe, p. 285. 

(2) Système de la nature, t. I , ch. XMI, p. 260, 275, 279. 

(3) OEuvres posthumes , t. V, p. 23^. 

(4) Contin. des pensées diverses, § i4- 

(5) Voltaire, Dictionnaire plùlosophiaue , au mot AME, section X. 
(G) Dialogua sui lame, p. 4o. 



Util J 






— LU — 

bien ei le mal, il est utile qu'il soit contenu dans les limites d'une 
liberté raisonnable , afin qu'il ne puisse abuser de ses facultés et 
les tourner à sa perte et à son malheur. Au milieu de toutes les 
séductions du mal contre le bien , qui se fût porté vers le bien , 
s'il avait pu le mépriser impunément ? 

C'est , en effet, la religion qui , la première, a dit à l'homme : 
Tu ne tueras point; tu ne commettras point d'adultères; lu 
ne déroberas point ; tu ne porteras point faux témoignage ; 
tu ne désireras point le bien d'autrui ; tu honoreras ton père 
et ta mère ; tu aimeras ton prochain comme toi-même : pré- 
ceptes d'innocence, de pudeur, de justice, de piété filiale 
et d'amour, sans lesquels l'homme ne pourrait vivre au milieu 
de ses semblables. Et si la religion a interdit l'usage de quelques 
viandes , a déclaré immondes quelques animaux , quoique bénis 
dès l'origine du inondé, c'est dans l'intérêt des hommes. Elle 
avait dessein d'exercer la tempérance , de mettre un frein à la 
gourmandise et de prévenir les compagnes ordinaires de l'in- 
tempérance, l'incontinence et la luxure , qui s'apaisent dans 
la sobriété, t Le peuple avait mangé, il avait bu, et il se leva 
« pour danser. » Ces sages prévisions éteignent encore en par- 
tie la soif de l'or , en détruisant le principal prétexte des néces- 
sités de la vie dont s'autorisent les riches pour satisfaire aux 
délices d'une table somptueuse. 

Mais là n'est pas encore tout le mérite de la religion ; écou- 
tons la morale sainte que les prophètes et les apôtres du Très- 
Haut prêchèrent en son nom : « Faites disparaître de votre âme 
t la malice de vos pensées ; apprenez à faire le bien ; recherchez 
« la justice; relevez l'opprimé; protégez l'orphelin; défendez 
c la veuve ; ne rejetez pas qui vous consulte ; fuyez le contact 
t du méchant ; rompez les liens de l'iniquité ; portez les far- 
« deaux de ceux qui sont accablés ; brisez les contrats injustes ; 
t partagez votre pain avec celui qui a faim; recevez sous votre 
, toit ceux qui n'ont point d'asile ; si vous voyez un homme 
t nu, couvrez-le, et ne méprisez point la chair dont vous êtes 
« formé ; préservez votre langue de la calomnie , et vos lèvres 
« des discours artificieux; éloignez- vous du mal ; pratiquez le 






— LUI — 

« bien ; cherchez la paix , et poursuivez-la sans relâche ; etc. » 
Voilà, entre raille, quelques préceptes empruntés aux lois du 
Créateur. 

Sans religion donc , point de moralité, point de frein aux pas- 
sions ; sans religion , point d'amour , point de respect de l'huma- 
nité et par conséquent point de lien social ; sans religion aussi, 
point de consolation dans la vie. 

L'expérience démontre , en effet , que l'homme sans religion 
serait très-peu différent d'un animal ; tels sont les sauvages isolés 
que l'on a trouvés errants dans les forêts ; telles sont deux castes 
d'indiens qui vivent , dit-on, comme les brutes, qui se mêlent 
sans distinction de père ni de mère , de frère ni de sœur (\). 

Un homme sans religion finit par devenir un être inutile au 
genre humain. Suivant le témoignage de toute l'antiquité , les 
épicuriens, les sceptiques , les pyrrhoniens , furent les plus inu- 
tiles et les plus ineptes de tous les hommes. Parfaits modèles de 
ceux du dix-huitième siècle et de leurs disciples, ils n'étaient 
bons qu'à déprimer la vertu et à tourner en ridicule le zèle pour 
le bien public. Dans les révolutions , les hommes les plus à 
craindre sont toujours ceux qui n'ont point de religion. 

L'homme sans religion n'est pas heureux ; sans religion , il est 
seul dans l'univers, seul avec ses peines, ses douleurs, ses 
alarmes continuelles. Il est là dans le domaine de la mort; car il 
n'y a point de vie là où Dieu n'est pas. Et lorsque son âme est 
brisée par la douleur, lorsque sa poitrine est pleine de sanglots, 
il courbe la tête. Qu'on compare un athée souffrant avec un per- 
sonnage tel que Job , rempli de soumission , de résignation , de 
confiance en Dieu, et que l'on nous dise lequel des deux est le 
plus à redouter. 

Après cela , il est bien étonnant qu'il se trouve des hommes, 
soi-disant philosophes, qui tâchent de se rapprocher de l'état de 
stupidité des sauvages ; des hommes qui, peu contents d'abjurer 
tout sentiment de religion, voudraient encore l'étouffer dans 
leurs semblables. Et pour y parvenir , les uns disent que la reli- 



(!) Sonnerat, Voyages dans les Indes, t. I , )iv, i, cli. S, 
T. I, 



— uv — 
gion est née de l'ignorance des causes naturelles et de la crainte ; 
les autres, qu'elle est l'œuvre des prêtres ou des politiques; la 
plupart soutiennent que la religion est fort inutile; plusieurs 
vont plus loin , ils prétendent qu'elle est pernicieuse au genre 
humain, et qu'elle est la principale cause de tous ses maux. Nous 
ne réfuterons pas ici toutes ces monstrueuses et contradictoires 
absurdités ; nous nous contenterons de prouver par quelques 
exemples la fausseté de celte allégation , que la religion divise 
les hommes, cause des haines nationales, arme les peuples les 
uns contre les autres. Les peuples sauvages, qui ont à peine 
quelques notions religieuses, sont plus divisés entre eux et plus 
acharnés à s'entre-détruire que les nations policées et adoucies 
par la religion. Pendant que toutes les nations étaient prévenues 
des mêmes erreurs , toutes polythéistes, idolâtres, elles se sont 
fait la guerre avec plus d'obstination et de cruauté que les peu- 
ples religieux d'aujourd'hui. La vraie cause des divisions et des 
haines nationales est dans les passions des hommes : l'orgueil , 
la jalousie , une ambition insatiable , voilà ces causes. 

Une religion est donc nécessaire à l'homme; mais avant de 
rechercher laquelle lui est la plus utile, démontrons l'existence 
d'un Dieu ; car l'existence de Dieu prouvée , il sera évident que 
le créateur de l'homme aura été aussi son législateur. 

4 e QUESTION. 

Existe-l-il un Dieu ? 

Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'in- 
venter. Voltaire. 

La destinée future des deux substances de l'homme étant dé- 
montrée, on ne saurait nier l'existence d'un Dieu éternel et 
créateur. Mais comme l'homme ne peut pénétrer les mystères de 
la nature divine , et qu'il ne peut embrasser une immensité qui 
cesserait d'être incommensurable, s'il en avait la mesure, il n'est 
pas étonnant que l'homme animal ait quelquefois fermé la porte 
aux dons de Dieu et poussé la folie jusqu'à contester l'existence 
de son créateur et sa toute- puissance. Et d'ailleurs, dès le ber- 



. 









— LV — 

ceau du monde, le premier homme, transgresseur de la loi de 
Dieu , rendu à son élément primitif, esclave relégué dans les pri- 
sons de la terre , condamné à féconder la terre de ses sueurs 
et incessamment courbé vers la terre, a communiqué l'esprit du 
monde, grossière émanation de la terre, à toute sa postérité 
animale comme lui , hérétique comme lui, et comme lui aussi 
fermant son cœur aux dons de Dieu. 

Tous les hommes cependant ont naturellement la connaissance 
d'un Dieu. Ecoutons le témoignage de notre âme; interro- 
geons-la. Malgré la prison qui la captive, malgré les préjugés de 
l'éducation vicieuse qui arrêtent son essor, malgré les passions 
qui l'énervent, et les idoles de toute espèce qui la tiennent en 
esclavage , ne l'entend-on pas souvent s'écrier dans ses différents 
langages : « Grand Dieu ! bon Dieu ! ce qu'il plaira à Dieu ! » et 
dans ses souffrances , regarder le ciel , comme pour attester que 
là est la demeure du Dieu vivant et pour l'implorer? Ce langage 
admirable de l'âme rend témoignage en faveur de l'existence de 
Dieu ; et n'y aurait-il d'autre preuve, que ce sentiment intérieur 
serait suffisant. 

Mais nous pouvons tirer une seconde preuve de l'existence de 
Dieu de l'ordre admirable qui règne dans la nature. La démons- 
tration de cette preuve est si simple, dit La Luzerne (1), elle est 
si naturelle; elle saisit si vivement l'esprit , aussitôt qu'on la pré- 
sente; elle le satisfait si pleinement, quand il l'approfondit , qu'il 
est étonnant qu'il se soit rencontré des hommes qui aient entre- 
pris de la combattre , en traitant de vaines déclamations tout ce 
qu'ont dit de plus éloquent les plus grands génies soit du Chris- 
tianisme, soit même du Paganisme, t II est naturel, a dit Vol- 
« taire, de reconnaître un Dieu, dès qu'on ouvre les yeux ; l'ou- 
« vrage annonce l'ouvrier (2). » 

Rien au monde ne présente un ordre plus admirable, plus par- 
fait, que le monde lui-même. Quatre choses contribuent spécia- 
lement à le rendre plus merveilleux. D'abord son étendue, 
c'est-à-dire la multiplicité et la variété des rapports qui le 

(i) De r existence de Dieu. 

(2) Histoire de f Etablissement du Christianisme , rfi. xxvi. 



— LVI — 

constituent; ensuite, l'exactitude et la juste correspondance 
de ces rapports entre eux ; après cela, leur constante stabilité ; 
enfin, la fécondité, la diversité, l'apparente contrariété des 
moyens qui l'établissent et le conservent. 

En premier lieu , la multiplicité et la variété des rapports ma- 
tériels de ce monde sont telles que notre esprit ne peut s'en 
former l'image. En essayant d'approfondir cette idée , il s'y con- 
fond comme dans l'idée de l'infini. Il n'y a pas un atome de ma- 
tière qui ne se combine avec d'autres. C'est leur réunion qui 
forme les corps , et leur séparation opère la dissolution , pour 
aller ensuite recomposer d'autres corps. Si des éléments nous 
passons aux êtres qu'ils composent, d'abord nous découvrons 
leur nombre immense, leur prodigieuse diversité. Depuis ces 
globes de feu qui roulent sur nos têtes, dont nous avons peine à 
calculer l'énorme grandeur, et en comparaison desquels le globe 
que nous habitons, qui nous semble vaste, est cependant si petit, 
jusqu'à l'immense multitude des êtres microscopiques , devant 
lesquels un grain de sable est une montagne , quelle immense 
quantité de substances , ayant chacune son existence propre et 
individuelle! Le mot innombrable est trop faible pour l'ex- 
primer. 

En second lieu, outre cette immense multiplicité de rapports, 
nous devons spécialement admirer leur exactitude et la justesse 
avec laquelle tous ces êtres divers correspondent entre eux. La 
terre, par exemple, dans la marche qu'elle suit autour du soleil, 
se tient constamment à une distance proportionnée aux influen- 
ces qu'elle, doit en recevoir; et lui présentant successivement ses 
diverses faces , elle tire de lui une variété de température né- 
cessaire à sa fécondité. Les combinaisons variées à l'infini du feu, 
de l'air, de l'eau et de la terre forment tous les corps , les entre- 
tiennent et fournissent à chacun , dans une juste mesure , ce qui 
lui est nécessaire. La structure des plantes est analogue à leur 
manière d'être , de se développer, de s'accroître et de se repro- 
duire. Chacun des animaux a une conformation adaptée à ses 
besoins; elle varie dans eux comme leur différente manière de 
subsister. Jetons (es yeux sur nous-mêmes; il n'est pas un de nos 



— LVII — 



membres dont la construction , la correspondance des différentes 
parties ne soit un prodige. La relation de nos membres entre 
eux , l'utilité dont ils sont les uns aux autres, leur mesure exac- 
tement calculée sur nos besoins, le résultat de leur ensemble , 
sont de nouveaux sujets d'admiration. Dans les vastes parties du 
grand tout, jusqu'aux minutieuses parcelles des plus petits êtres, 
tout est proportionné, tout est à sa place, tout a ce qu'il lui 
faut, ni plus, ni moins , pour concourir à son but et pour l'at- 
teindre. 

En troisième lieu , la constante permanence de cet ordre si 
admirable , qui frappe sans cesse nos regards de la même ma- 
nière, fait que nous n'en sommes pas étonnés; et cependant 
cette stabilité , cette perpétuité du même ordre doivent augmen- 
ter de plus en plus notre ctonnement et notre admiration. Il faut 
que tous les ressorts qui font mouvoir cette immense machine , 
et dans son ensemble et dans la multiplicité de ses parties, soient 
bien fortement constitués, bien sagement ordonnés, pour que , 
depuis un si grand nombre de sièges , l'ordre qu'ils établissent 
se maintienne toujours le même sans éprouver le plus léger 
changement. Nous voyons les astres suivre toujours le même 
cours à travers l'espace , sans jamais se rencontrer ; et les comè- 
tes, qui suivent une marche opposée , ne se trouver sur la route 
d'aucun autre corps. Depuis six mille ans le soleil ne cesse de 
verser des torrents de lumière sans s'épuiser; la terre fait ger- 
mer de nouvelles productions sans altérer sa fécondité ; la mer 
reçoit des fleuves et des pluies sans déborder. Après un si grand 
nombre de siècles , l'ordre du monde , le concert de ses parties 
est le même qu'il était dans les premiers jours de la création. Sa 
constante perpétuité est telle qu'elle est le fondement de la cer- 
titude physique , et que le plus léger dérangement qui y arrive- 
rait serait regardé comme un miracle , dont l'incrédulité rejete- 
rait avec mépris la possibilité. 

En quatrième lieu , ce qui doit achever de donner une grave 
et extraordinaire idée de cet ordre, c'est la singularité et la con- 
trariété apparente des moyens par lesquels il se conserve sans 
interruption. Tous les éléments de la matière sont dans une con- 



LVIII — 



tinuellc opposition, et c'est leur combat qui maintient leur union : 
le mouvement régulier des astres est le résultat de deux mouve- 
ments opposés; en décomposant les minéraux, on y trouve des 
principes contraires , et la même mine donne des substances de 
nature opposée; l'accroissement des plantes est l'effet d'une 
combinaison de froid et de chaud, d'humidité et de sécheresse ; 
le corps des animaux, le nôtre, est composé de fluides et de 
solides, les uns durs, les autres mous, et ayant une différente 
mesure de densité , de fluides de nature contraire , doux et amers, 
alcalins et acides , qui s'unissent merveilleusement sans se con- 
fondre. Tout ce que nous découvrons dans la nature est en oppo- 
sition; et tout, depuis des siècles, se lient dans le plus parfait 
concert. Ce n'est pas tout : cet ordre que nous voyons dans une 
constante régularité est, dans plusieurs de ses parties, l'effet de 
continuelles variations. Voyez, sur la face de la terre, une mul- 
titude d'êtres tomber en dissolution, pour que de leur ruine il 
s'en forme d'autres. Les générations de minéraux , de plantes , 
d'animaux disparaissent successivement , pour être immédiate- 
ment remplacées par d'autres êtres. Toutes ces parties de la na- 
ture deviennent sans cesse différentes, la nature restant toujours 
la même. La constante régularité de leurs mouvements, dans 
une prodigieuse variété , donnant des résultats toujours les mê- 
mes et partout différents, maintient le tout dans le même état, 
par la continuelle succession de ces changements. C'est leur mo- 
bilité perpétuelle qui produit leur immobile permanence. 

Tel est l'ordre que nous ne pouvons nous empêcher de recon- 
naître dans l'univers. Incommensurable dans l'immense multi- 
plicité des êtres qu'il comprend , impossible à suivre dans la pro- 
digieuse variété de leurs rapports, merveilleux dans leur exacte 
correspondance , étonnant dans leur perpétuelle stabilité , con- 
fondant toutes nos pensées par les moyens contraires entre eux 
qui le maintiennent; un tel ordre a-l-il pu se former, pourrait-il 
même se soutenir, s'il n'était l'ouvrage de la toute-puissance di- 
vine, et par conséquent si Dieu n'existait pas ? 

Les athées anciens et modernes ont prétendu que celte ad- 
mirable disposition du monde n'a point d'auteur, et que toutes 






LIX — 



les relations que nous voyons n'ont point été établies dans cer- 
taines vues. Ceux-là ont attribué au hasard tous les phéno- 
mènes de la nature; ceux-ci disent que ce sont les résultats de 
la nécessité. Démontrons l'absurdité de leur système , et nous 
les aurons réfutés ; et il restera certain que les merveilles de la 
nature son t l'œuvre d'une puissance suprême. 

Les athées, qui attribuent au hasard l'harmonie parfaite qui 
règne dans la nature, n'ont pas réfléchi que le hasard ne peut 
être une raison suffisante de l'ordre du monde. Le hasard sup- 
pose un effet , et par conséquent une cause , mais une cause qui 
ignore l'effet qui résultera de son action , et qui n'en a pas le 
projet. Mais le hasard n'est pas un être; il n'est autre chose que 
la négation de connaissance et de dessein dans une cause ; on 
ne peut donc pas dire qu'il est la raison suffisante de quoi que 
ce soit. Une pure négation ne peut pas être un principe d'exis- 
tence ; il est absurde d'imaginer que ce qui n'est pas procure 
l'être. 

D'un autre côté , prétendre que l'ordre du monde est le pro- 
duit du hasard , c'est soutenir que cet ordre s'est formé de 
lui-même, qu'il existe sans cause, sans raison de son existence ; 
c'est dire aussi que c'est le hasard qui maintient l'ordre du monde, 
ce qui est déraisonnable. Les résultats du hasard , c'est-à-dire 
les choses qui se fout sans connaissance et sans projet , ne se 
répètent jamais de la même manière. 

t Qui croira, dit Fénelon , que l'Iliade d'Homère, ce poème 
« si parfait, n'ait jamais été composé par un effort du génie 
« d'un grand poète, et que les caractères de l'alphabeth ayant 
« été jetés en confusion , un coup du pur hasard , comme un 
« coup de dé , ail rassemblé toutes les lettres précisément 

• dans l'arrangement nécessaire pour décrire , dans des vers 
« pleins d'harmonie et de variété, tant de grands événements ; 

• pour les placer et pour les lier si bien ensemble ; pour peindre 
« chaque objet avec tout ce qu'il y a de plus gracieux, de plus noble 
« et de plus touchant ; enfin pour faire parler chaque personne 
« selon son caractère, d'une manière si vive et si passionnée? 
« Qu'on raisonne et qu'on subtilise tant qu'on voudra , jamais 






— LX — 

• on ne persuadera à un homme sensé , que l'Iliade n'ait point 
. d'autre auteur que le hasard. Cicéron en disait autant des 

• Annales d'Ennius; et il ajoutait que le hasard ne ferait jamais 

• un seul vers, bien loin de faire tout un poëme (1). Pourquoi 
« donc cet homme sensé croirait-il de l'univers , sans doute en- 
<> core plus merveilleux que l'Iliade, ce que son bon sens ne lui 
« permettra jamais de croire de ce poëme (2) ? » 

Si nous entendions, dans une chambre, derrière un rideau , 
dit saint Grégoire de Nazianze, un instrument doux et harmo- 
nieux, croirions-nous que le hasard, sans aucune main d'homme, 
pût avoir formé cet instrument? Dirions-nous que les cordes 
d'un violon seraient venues d'elles-mêmes se ranger et s'étendre 
sur un bois , dont les pièces se seraient collées ensemble pour 
former une cavité avec des ouvertures régulières? Soutiendrions- 
nous que l'archet, formé sans art, serait poussé par le vent pour 
toucher chaque corde si diversement et avec tant de justesse ? 
Quel esprit raisonnable pourrait douter sérieusement , si une 
main d'homme toucherait cet instrument avec tant d'harmonie? 
Et ne s'écrierait-il pas , au contraire , qu'une main savante le 
toucherait ? 

i Qui trouverait , dit encore Fénelon pour prouver que la 
c nature montre l'existence de son auteur; qui trouverait dans 
« une île déserte et inconnue à tous les hommes, une belle 
< statue de marbre , dirait aussitôt : Sans doute, il y a eu ici 
« autrefois des hommes; je reconnais la main d'un habile sculp- 
« teur; j'admire avec quelle délicatesse il a su proportionner 
« tous les membres de ce corps , pour leur donner tant de 
« beauté, de grâce, de majesté , de vie, de tendresse, de mou- 
t vement et d'action. Que répondrait un homme, si quelqu'un 
e s'avisait de lui dire : Non , un sculpteur ne fit jamais cette 
t statue. Elle est faite , il est vrai , selon le goût le plus exquis 
« et dans ies règles de la perfection ; mais c'est le hasard tout 
t seul qui l'a faite. Parmi tant de morceaux de marbre , il y en 
« a eu un qui s'est formé ainsi de lui-même ; les pluies et les 



i) De tialuiv duorum, lib. il. 
(3) Dcmonslrullon Je Vexistencc Je Dieu , 



' parue, cli. », 



— lxi — 

« vents l'ont détaché de la montagne; un orage très-violent l'a 
t jeté tout droit sur ce piédestal , qui s'était préparé de lui- 
i même dans cette place : c'est un Apollon pariait comme celui 
« du Belvédère ; c'est une Vénus qui égale celle de Médicis ; 
« c'est un Hercule qui ressemble à celui de Farnèse. Vous croi- 
i riez , il est vrai , que cette figure marche , qu'elle vit, qu'elle 
« pense, et qu'elle va parler : mais elle ne doit rien à l'art ; et 

< c'est un coup aveugle du hasard , qui l'a si bien finie et 
t placée (I). 

« Si on avait devant les yeux , ajoute Fénelon , un beau 
« tableau, qui représentât, par exemple , le passage de la mer 
« Rouge avec Moïse , à !a voix duquel les eaux se fendeni et 
t s'élèvent comme deux murs , pour faire passer les Israélites à 
« pied sec à travers des abîmes : on verrait d'un côté cette mul- 
« titude innombrable de peuple plein de confiance et de joie, 
« levant les mains au ciel; de l'autre côté, l'on apercevrait 

< Pharaon avec les égyptiens pleins de trouble et d'effroi , à la 
t vue des vagues qui se rassembleraient pour les engloutir. En 
« vérité, où serait l'homme qui osât dire qu'une servante bar- 
t bouillant au hasard cette toile avec un balai , les couleurs se 
f seraient rangées d'elles-mêmes pour former ce vif coloris, ces 
« attitudes si variées , ces airs de têtes si passionnés , cette 
« belle ordonnance de figures en si grand nombre , sans confu- 
« sion , cet accommodement de draperies , ces distributions de 
« lumières , ces dégradations de couleurs, celte exacte pers- 
« pective, enfin tout ce que le plus beau génie d'un peintre peut 
« rassembler? Encore s'il n'était question que d'un peu d'écume 
i à la bouche d'un cheval , j'avoue , suivant l'histoire qu'on en 
« raconte , et que je suppose sans l'examiner, qu'un coup de 
t pinceau jeté de dépit par le peintre pourrait une seule fois, 
« dans la suite des siècles , la bien représenter. Mais au moins 
t le peintre avait-il déjà choisi avec dessein les couleurs les plus 
« propres à représenter cette écume, pour les préparer au bout 
« du pinceau. Ainsi ce n'est qu'un peu de hasard qui a achevé 



i) Démonstration de t existence de Dieu , i" partie, ch. vu. 






m 



— LXII — 

c ce que l'art avait déjà commencé. De plus, cet ouvrage de 

t l'art et du hasard tout ensemble , n'était qu'un peu d'écume , 

t objet confus et propre à faire honneur à un coup de hasard; 

t objet informe , qui ne demande qu'un peu de couleur blan- 

t châtre échappée au pinceau, sans aucune figure précise, sans 

t aucune correction de dessin. Quelle comparaison de cette 

i écume avec tout un dessin d'histoire suivie, où l'imagination 

< la plus féconde et le génie le plus hardi , étant soutenus par 
t la science des règles, suffisent à peine pour exécuter ce qui 

< compose un tableau excellent ! > 

11 est donc déraisonnable d'attribuer aux coups capricieux du 
hasard toutes les merveilles de cet univers. 

Le système des athées modernes , qui attribue à la nécessité 
l'admirable disposition de cet univers , est aussi contraire à la 
raison que celui de leurs devanciers. Ce qui est nécessaire d'une 
nécessité absolue, l'est tellement qu'il est impossible de le con- 
cevoir non existant ou existant autrement ; que l'hypothèse 
qu'on voudrait en faire renfermerait une contradiction , et pré- 
senterait l'être ou le non-être. C'est ainsi, par exemple, que sont 
nécessaires les axiomes de géométrie. Il est nécessaire d'une né- 
cessité absolue que tous les points de la circonférence d'un cercle 
soient à une égale distance du centre : on ne peut pas concevoir 
un cercle en excluant cette propriété essentielle. Mais certaine- 
ment l'on peut concevoir un ordre différent dans le monde ; et 
il ne serait pas contradictoire qu'il existât un univers dans lequel 
les astres prendraient leur cours d'occident en orient , dans 
lequel il y aurait quelques genres de plantes , quelques espèces 
d'animaux de plus ou de moins que dans celui-ci , qui serait, en 
un mot, autrement ordonné. Cette supposition ne présente nul- 
lement l'être et le non-être ; il est donc clair que l'ordre du 
monde n'est pas d'une nécessité absolue ; et puisqu'il ne peut 
être l'ouvrage du hasard, il est donc évidemment l'œuvre d'une 
cause intelligente ; et les athées n'en disconviennent pas. Us 
reconnaissent que si l'ordre de la matière est l'effet d'une cause 
pensant et voulant , cette cause ne peut être autre que celle qui 
aura créé la matière elle-même. 



— LXIIl — 



Voltaire, dont le témoignage ne saurait être suspect aux im- 
pies, démontre aussi l'existence de Dieu par l'ordre admirable 
qui règne dans l'univers , et prouve la création par l'existence 
de Dieu même. « Il y a deux manières, dit-il, de parvenir à la 
« notion d'un être qui préside à l'univers. La plus naturelle el la 
« plus parfaite pour les capacités communes , est de considérer , 
« non-seulement l'ordre qui est dans la nature, mais la fin à la- 
. quelle chaque chose paraît se rapporter. Quand je vois une 
« montre dont l'aiguille marque les heures, j'en conclus qu'un 
« être intelligent a arrangé les ressorts de cette machine , afin 
« que l'aiguille marquât les heures. Ainsi, quand je vois les res- 
« sorts du corps humain, je conclus qu'un être intelligent a ar- 
« rangé ces organes pour être reçus et nourris neuf mois dans la 
« matrice; que les yeux sont donnés pour voir, les mains pour 
« prendre, etc., etc. Mais de ce seul argument je ne peux con- 
•< dure autre chose , sinon qu'il est probable qu'un être intelli- 
« gent et supérieur a préparé et façonné la matière avecha- 
<• bilelé. 

« Le second argument est plus métaphysique , moins fait pour 

• être saisi par les esprits grossiers, et conduit à des connais- 
« sances bien plus vastes. J'existe, donc quelque chose existe. 

• Si quelque chose existe , quelque chose a donc existé de toute 
« éternité; car ce qui est, ou est par lui-même, ou a reçu son 
« être d'un autre. S'il est par lui-même, il est nécessairement, il 
« a toujours été nécessairement , et c'est Dieu. S'il a reçu son 
«être d'un autre, et ce second d'un troisième , celui dont ce 

• dernier a reçu son être doit nécessairement être Dieu; car 
« vous ne pouvez concevoir qu'un être donne l'être à un autre , 
« s'il n'a le pouvoir de créer. De plus, si vous dites qu'une chose 
« reçoit, je ne dis pas la forme, mais son existence, d'une autre 
« chose, et celle-là d'une troisième, cette troisième d'une autre 
« encore, et ainsi en remontant jusqu'à l'infini, vous dites une 
« absurdité, car tous ces êtres alors n'auront aucune cause de 
« leur existence. Pris tous ensemble , ils n'ont aucune cause ex- 
« terne de leur existence; pris chacun en particulier, ils n'en 
« ont aucune interne : c'est-à-dire, pris tous ensemble, ils ne 



4 Ma 






' *v 



— LX1V — 

« doivent leur existence à rien ; pris chacun en particulier , au- 
« cun n'existe par soi-même : donc aucun ne peut exister né- 
« cessairement. 

t Je suis donc réduit à avouer qu'il y a un être qui existe né- 
e cessairement par lui-même de toute éternité, et qui est l'ori- 

* ginede tous les autres êtres. Delà, il suit essentiellement que cet 

< être est infini en durée , en immensité , en puissance; car qui 
t peut le borner? Mais, me direz-vous, le monde matériel est 
« précisément cet être que nous cherchons. Examinons de bonne 
t loi si la chose est probable. ^ 

« Si ce monde matériel est existant par lui-même d'une néces- 
« site absolue , c'est une contradiction dans les termes que de 
« supposer que la moindre partie de cet univers puisse être au- 
t trement qu'elle est; car , si elle est en ce moment d'une néces- 

< site absolue, ce mot seul exclut toute autre manière d'être. 
« Or, certainement cette table sur laquelle j'écris, celte plume 
« dont je me sers, n'ont pas toujours été ce qu'elles sont; 
t ces pensées que je trace sur le papier n'existaient pas même 
« il y a un moment , donc elles n'existent pas nécessairement. 

• Or , si chaque partie n'existe pas d'une nécessité absolue , il 
« est donc impossible que le tout existe par lui-même. Je pro- 
« duisdu mouvement, donc le mouvement n'existait pasaupa- 
« ravant ; donc le mouvement n'est pas essentiel à la matière; 

< donc la matière le reçoit d'ailleurs; donc il y a un Dieu qui le 
€ lui donne. De même l'intelligence n'est pas essentielle à la ma- 
c tière; car un rocher ou du froment ne pensent point. De qui 
c donc les parties de la matière qui pensent et qui sentent au- 

< ront-elles reçu la sensation et la pensée? Ce ne peut être d'elles- 
« mêmes, puisqu'elles sentent malgré elles; ce ne peut être de 
« la matière en général, puisque la pensée et la sensation ne 
« sont point de l'essence de la matière : elles ont donc reçu ces 

< dons de la main d'un Être suprême , intelligent , infini , et la 
« cause originaire de tous les êtres. 

t Voilà en peu de mots les preuves de l'existence d'un Dieu. 
« Les arguments contre la création se réduisent à démontrer 

< qu'il nous est impossible de la concevoir , c'est-à-dire d'en 



— LXV — 

. concevoir la manière, mais non pas qu'elle soit impossible en 

• soi ; car, pour que la création fût impossible , il faudrait d'a- 

• bord prouver qu'il est impossible qu'il y ait un Dieu; mais, 
« bien loin de prouver cette impossibilité, on est obligé de re- 
« connaître qu'il est impossible qu'il n'existe pas. Cet argument, 
« qu'il faut qu'il y ait hors de nous un Être infini, éternel, im- 
. mense, tout-puissant , libre, intelligent, et les ténèbres qui 
' accompagnent cette lumière, ne servent qu'à montrer que 

• cette lumière existe; car, de cela même qu'un Être infini 
« nous est démontré , il nous est démontré aussi qu'il doit être 

• impossible à un être fini de le comprendre. 

• Il me semble qu'on ne peut faire que des sophismes et dire 
» des absurdités, quand on veut s'efforcer de nier la nécessité 

• d'un être existant par lui-même , ou lorsqu'on veut soutenir 
« que la matière est cet être (1). • 

Voilà de quelle manière le chef des athées modernes démon- 
trait, il y a un siècle environ, l'existence d'un Dieu éternel et 
créateur. On croirait entendre Fénelon ou La Luzerne com- 
battant la doctrine monstrueuse et extravagante des matéria- 
listes et des athées. 

Examinons maintenant si l'on a cru de tout temps que l'uni- 
vers avait été créé. 

Les livres juifs , dont la haute antiquité leur concilie une auto- 
rité supérieure à celle de tous les autres livres du genre hu- 
main , attestent l'existence d'un Dieu , créateur de toutes les 
choses de ce monde. 

Sanchoniathon , historien phénicien , antérieur à la ruine de 
Troie, parle du chaos ou d'un air ténébreux qui a précédé la 
naissance du monde; il nous représente l'univers dans le limon 
d'une manière absolument semblable à ce que dit Moïse (2). 

Eusèbe donne l'opinion des hébreux , des grecs et des égyp- 
tiens sur la création du monde. Ceux-ci croyaient, dit-il, que les 
premiers hommes avaient été créés en Egypte (3) . 

(i) Traité de métaphysique, ch. il. 
(?.) Histoire de la Phénicie. 

(3) Préparation évangélique, Hv. 1, cli. 7 ; liv, VII, cil, 1 1; liv, XI, chj 23; liv. VI, 
cb, sa; liv. xiii, cb, i3; liv, 11, ch. 1, 2. 



' 



— LXVI — 

Linus a traité en vers de la génération du monde , du cours 
du soleil et de la lune, de la production des animaux, et des 
fruits. Son poëme commence par ces mots :dly eut un temps 
c que toutes choses furent produites à la fois. » 

Orphée , dans ses vers orphiques, enseigne également la doc- 
trine de la création du monde. 

Anaxagore a suivi la même pensée en disant que l'univers fut 
formé dans un même temps, et que cet assemblage confus s'ar- 
rangea par le moyen de l'esprit qui survint. 

Musée l'athénien, et Hécatée, disaient que les dieux avaient 
été engendrés; on sait que par les dieux, ils n'entendaient pas 
l'Etre suprême et Créateur. 

Homère donne le même emblème de l'origine du monde. 

Les égyptiens , au rapport de Diogène de Laérce et de Dio- 
dore de Sicile (1) , croyaient que le monde est corruptible, et 
qu'à sa naissance il n'offrait qu'une masse confuse , d'où les 
animaux avaient été formés, et d'où les éléments avaient été 
tirés par voie de séparation. Ces deux écrivains parlent aussi 
d'un grand mouvement imprimé à l'air , semblable à celui dont 

parle Moïse. 

Hésiode (2), Euripide (5), disciple d'Anaxagore de Clazomène, 
Épicharnis, Aristophane, Ovide (4), nous représentent le monde 
à sa naissance comme un chaos , d'où l'esprit créateur a tiré 
toutes choses. 

Voici comment s'exprime Euripide, au rapport de biodore de 

Sicile (5) : 

« Tout était confondu : mais le mouvement 

.. Ayant du noir chaos tiré chaque élément, 

.. Tout prit forme; bientôt la nature féconde 

,. Peupla d'êtres vivants , le ciel , la terre et l'onde , 

• Fit sortir de son sein ses ornements divers, 

« Et donna l'homme enfin pour maître à tamiini 



(i) Histoire universelle, t. I , liv. i, sect. i, num, 5. 

(2) Théogonie. 

(3) Ménalippe. 

(4) Métamorphoses. 

(5) Hist. univers,, 1. 1, livre I, sect. 1. 



LXVII — 

Anaximandre et Phérécyde le syrien, qui avaient appris cette 
tradition des syriens, parlent de la séparation des eaux et de la 
terre. 

Numésius, philosophe pythagoricien , cité par Porphyre, Py- 
thagore, disciple de Phérécyde, Thaïes, Anaximènes, Platon , 
Zenon, Zénophane, Cléanthe, Clirysippe, Possidonius, Sénè- 
que, Chaleide, ont reconnu la création comme l'œuvre d'une 
cause incréée, principe de toutes les choses de cet univers. 

Au rapport de Strabon, Mégasthènes (1) nous apprend que 
les indiens avaient la même opinion que les grecs sur la création 
du monde. 

Les peuples de toutes les nations septentrionales de l'Europe 
avaient des notions plus ou moins parfaites louchant la création 
du monde. 

UÉrèbe, enfant du chaos, dont le nom répond au mot hé- 
breu qui signifie mal, est placé dans la théologie païenne au 
rang des premières divinités qui ont produit les autres. 

Callimaque , Démocrite , Kurisus, Cicéron, Juvénal, Martial, 
Horace et Virgile font mention que l'homme fut formé de la 
boue et qu'il fut fait à la ressemblance des dieux. 

Certes, voilà bien des autorités capables d'ébranler la doctrine 
la plus solide, et qui prouvent que les juifs et les catholiques ne 
sont pas les seuls à croire à la création du monde. 

Tous les savants géologistes de nos jours ont également cru la 
création. Témoin le savant botaniste de Luc , et le célèbre géo- 
logisteCuvier, qui se sont attachés à prouver que le livre de 
Moïse est la véritable histoire naturelle du monde. Pour confir- 
mer le récit de Moïse, Cuvier dit : « Il n'y a nulle raison pour ne 

< pas attribuer la rédaction de la Genèse à Moïse lui-même 

« Moïse et son peuple sortaient d'Egypte Le législateur des 

« juifs n'avait aucun motif pour abréger la durée des nations, 
« et il se serait discrédité lui-même auprès de la sienne , s'il lui 
« eût enseigné une histoire toute contraire à celle qu'elle devait 

(i) Hisl. des /iic/es. 



— I.XVIII — 

f avoir apprise en Egypte. Il y a donc tout lieu de croire que l'on 
« n'avait point alors en Egypte d'autres idées sur l'antiquité des 
« peuples existants, que celle que la Cenèse présente (1). » 

Une autre preuve que l'histoire de Moïse et la tradition sur la 
création du monde sont véritables , c'est que tous les peuples ont 
sanctifié le septième jour. 

Moïse nous apprend que Dieu bénit et sanctifia le septième 
jour; aussi , depuis la création du monde , cet usage de sanctifier 
le septième jour de la semaine a été constamment observé. 

Les patriarches avaient adopté l'usage de compter les jours 
de la semaine jusqu'à sept et de sanctifier le septième : c'était le 
jour du sabbat. 

Noé demeura sept jours avant de sortir de l'arche; il attendit 
encore sept autres jours , et il envoya de nouveau la colombe 
hors de l'arche : elle revint à lui sur le soir; il attendit néan- 
moins sept autres jours , et il envoya la colombe qui ne revint 
plus à lui (2). 

Les noces de Jacob durèrent sept jours ; ses funérailles de 
même (5). 

Moïse fil renouveler dans le désert la loi de sanctifier le sep- 
tième jour, en mémoire de la création. ■ Car le Seigneur, disait 
• Moïse au peuple juif, a fait en six jours le ciel, la terre, la 
■< mer et tout ce qui y est renfermé, et il s'est reposé le septième 
» jour (4). » 

L'usage de compter les jours de la semaine par sept a été 
observé chez toutes les nations. Et non-seulement les juifs et les 
chrétiens, mais encore les égyptiens, les grecs, les latins, les 
indiens , les chinois , les celtes, les germains, les gaulois, les 
peuples de la Grande-Bretagne, se sont toujours accordés à fêter 
le septième jour. 

Josèphe et Philon ont avancé que le septième jour était un 



(i) Recherches sur tes ossements Jbsstltcs , p. g5, ddil.de i8i->, in-4". 

(j) Genèse, cil. VIII, v. 10, 12. 

('<) Genèse,, ch. xxix , v. 27; cil. t , v. 10. 

(4) Exode, cli. xvi , v. ï'i ; ch. xx , v. 11. 



— LXIX — 

jour de fêle , non seulement pour une ville , ou pour un seul 
pays, mais pour tous les peuples du monde (1). 

Après des témoignages si nombreux et si remarquables par 
leur exacte ressemblance et par leur admirable uniformité, com- 
ment ne pas admetlre l'existence d'un Dieu créateur et principe 
de toutes les choses de ce monde? Et comment l'homme nierait- 
il le cri de sa propre conscience pour se jeter dans les absurdes 
systèmes de l'athéisme? Dieu existe; et s'il n'existait pas, a dit 
l'impie Voltaire , il faudrait l'inventer. 

Recherchons maintenant quelle a été la croyance des nations 
touchant l'existence d'un Dieu; car si Dieu n'existe pas, s'il ne 
s'est pas révélé lui-même , les hommes de tous les pays et de 
tous les siècles ne s'accorderont point pour proclamer son exis- 
tence. 

ij c QUESTION*. 

Quelle a été la croyance des philosophes et des peuples anciens et 
modernes touchant l'existence et l'unité de Dieu? 

« Je crois en un seul Dieu, tont-puiwani, 
« créateur ilu ciel et de la lerre. » 

(Symbole de foi de toutes les nations.) 

L'enseignement le plus universel et le plus constant qui se 
présente dans l'histoire des traditions humaines, c'est l'enseigne- 
ment de l'existence de Dieu. Et tout ce que le Christianisme en- 
seigne touchant ce dogme fondamental de la religion, l'univers 
tout entier l'atteste; car parmi les bizarreries et les monstruosi- 
tés qui forment la croyance de certains peuples, l'idée identique 
d'un Dieu unique et créateur est généralement répandue. Et , 
chose admirable ! le premier article du symbole catholique est 
aussi le symbole de toutes les nations répandues sur la surface 
du globe : toutes confessent un Dieu tout-puissant, créateur du 
ciel et de la terre. 

Aussi loin que puisse percer l'esprit de l'homme dans les sou- 



(i) Josèphe, Histoire des juifs, liv. i, cil, i, mim. ) fô.<-, Léuitirjite , cl), II, V, 5^ 

T. I, e 



I.XX — 



venirs de l'antiquité , il trouve toujours et partout cette croyance 
manifestée par les adorations des peuples et par les témoignages 
de tous les auteurs des temps les plus reculés. Sans parler de 
Moïse, le plus ancien historien qui existe, et des autres écrivains 
hébreux, nous voyons Hérodote, le premier entre les historiens 
profanes, et tous ceux qui l'ont suivi, faire mention de la religion 
de tous les peuples dont ils parlent , quoiqu'ils remontent quel- 
quefois jusqu'aux temps fabuleux. Il en est de même des poètes 
de la plus haute antiquité. Hésiode , Homère et tous les autres 
chantent la religion des peuples et en parlent comme d'une 
chose existante de tout temps. Il y a quelquefois des contradic- 
tions entre ces divers auteurs sur les mœurs, les lois, le gouver- 
nement de ces peuples; il n'y en a point sur leur théisme. Aux 
écrivains nous pouvons joindre les monuments qui nous restent 
des temps antérieurs même à l'histoire. Les hiéroglyphes , les 
statues, les vases égyptiens, étrusques et autres, les ruines de 
plusieurs temples ; tous ces témoins muets de la croyance des 
peuples sur l'existence de Dieu , attestent que l'homme de tous 
les siècles a eu une religion , comme il a eu un corps et une 
raison. 

L'universalité de la tradition, concernant l'existence de Dieu, 
est encore attestée par les anciens philosophes qui avaient une 
vaste connaissance des opinions de tous les peuples. 

Platon prouve l'existence de Dieu par le consentement una- 
nime des grecs et des barbares. Il dit qu'il n'y a jamais eu per- 
sonne qui, dans sa jeunesse jusqu'à sa vieillesse, ait persévéré 
dans l'opinion qu'il n'y a point de Dieu (1). 

Suivant Aristote, * tous les hommes ont une idée de Dieu , et 
t cette notion est transmise aux hommes par une tradition qui 
« remonte à la plus haute antiquité (2). > 

Cicéron, dans ses divers écrits, proclame l'universalité de 
cette tradition. « Ce qui donne la plus grande autorité à la 
t croyance des dieux , c'est , dit-il , qu'il n'est pas de nation 



(>)/)<' leqikus, lih. x. 
(a) De mundo , cap. v. 



. 



— LXX1 — 

c barbare, qu'il n'est pas d'homme abruti, qui n'ait cette no- 
. tion dans l'esprit. Plusieurs à la vérité ont une fausse idée des 
t dieux : c'est une suite des préjugés et des vices de la nature; 
« mais tous croient à l'existence d'un être divin et d'une nature 
t suprême ; et cette opinion n'est imposée ni par la volonté des 
« hommes , ni par des instructions , ni par des lois impérieuses, 
t Or, en toutes choses, le consentement de toutes les nations 
c doit être regardé comme la loi de la nature (1). » Et ailleurs 
il dit encore : < Que cette croyance est commune à tous les 

« hommes et parmi toutes les nations Quelle est la nature 

t des dieux, ils l'ignorent ; mais que les dieux existent, nul ne 
« le nie (2). > Et il trouve des expressions toujours nouvelles 
pour proclamer la même vérité. < Entre toutes les nations , dit- 
« il autre part, il n'en est point qui soit tellement inhumaine, 
« tellement de fer, qu'elle ne sache pas qu'il doit y avoir un 
« Dieu , bien qu'elle ne sache pas quelle est sa nature (3). > 

Sénèque dit de même : « Il n'est point de nation tellement jetée 
t hors de la civilisation et des lois humaines quine croie à l'exis- 
< tence des dieux (4). > 

Plutarque, après avoir attribué la fondation de l'univers à 
une intelligence suprême , ajoute que cette doctrine remonte 
jusqu'aux premiers temps, qu'elle n'est d'aucun auteur connu , 
et qu'elle a toujours été commune aux grecs et aux barbares (5).' 
Il dit ailleurs que, si l'on veut parcourir la terre, on pourra* 
trouver des villes sans murs , sans lettres , sans lois , sans mai- 
sons, sans richesses, sans monnaies, qui ne connaissent ni les 
gymnases, ni les théâtres; mais une ville n'ayant point de tem- 
ples, point de dieux, ne faisant point usage de prières , de ser- 
ments, d'oracles, n'implorant pas le bien par des sacrifices, et ne 
détournant pas les maux par des actes religieux, est ce que per- 
sonne n'a jamais vu (6). 

(i) Tusculanes , liv. 1. 

(î) De nature deorum , lib. u. 

(3) De legibus. 

(4) Epttre H7«. 

(5) De Isir. et Osir. 

(6) Mdv. Col, 



* 



— LXXII — 

Nous avons des témoignages plus démonstratifs encore dans 
les aveux qu'ont faits des hommes intéressés à contester cette 
vérité. Lucrèce loue Épicure d'avoir été le premier à combattre 
la religion parmi les hommes (1) : tous les hommes antérieurs à 
Epicure avaient donc une religion ! 

Lucien , autre ennemi de toute religion , introduit dans ses 
Dialogues Timoclès religieux , disant que s'il n'y a pas de dieux, 
tous les hommes sont trompés ; et Damis incrédule ne conteste 
pas le fait de cette universalité de doctrine ; il nie seulement la 
conséquence qu'en tire son adversaire (2). 

Deux écrivains aussi éclairés que Lucrèce et Lucien n'auraient 
pas avoué que le théisme est la doctrine de tout le genre humain, 
si ce n'eût pas été une vérité reconnue de tous les peuples et de 
tous les siècles ; mais ne niant pas ce fait si contraire à leur 
système , ils en deviennent par là les témoins les plus irrécu- 
sables. 

Sans multiplier inutilement les preuves de cette tradition uni- 
verselle, ne suffit-il pas de lire dans les histoires les croyances 
publiques de tous les peuples de la terre? L'universalité de ces 
croyances n'est pas seulement attestée par les mœurs, les cultes, 
les lois, les temples et les sacrifices des peuples; elle l'est en- 
core par les écrivains de tous les temps dont les témoignages 
sont l'expression de la tradition universelle , bien plus encore 
que l'expression de leur propre croyance. 

En effet, tous n'entreprennent point de démontrer l'existence 
de Dieu par des raisonnements philosophiques, mais on voit 
toujours que tous la supposent, et que par conséquent elle leur 
est connue, sinon comme une vérité démontrée, au moins 
comme une tradition universelle. Ainsi toutes les autorités des 
écrivains anciens que l'on peut recueillir montrent qu'ils parlent 
de Dieu comme d'un être connu de toute la terre; nulle part ils 
prétendent le révéler au monde ; et la manière affirmative dont 
ils parlent de son existence et de ses attributs fait assez entendre 
que leur langage s'adresse à des hommes qui en ont déjà la 

(i) Livre i; 

(i) Tragédie, Jupiter. 



L 



. 



— LXXI1I — 

croyance. Par exemple , c'est attester la croyance universelle de 
Dieu, que de dire avec Xénophon qu'il faut l'honorer (1) ; avec 
Cratès qu'il répand ses dons sur les hommes d'une manière in- 
égale (2) ; avec Polybe qu'il protège ceux qui souffrent pour la 
justice (3) ; avec Caton d'Utique que sa manière d'agir avec les 
hommes est impénétrable (4) ; avec Zenon que la vie criminelle 
d'un libertin ne saurait lui être cachée (5); avec Pline qu'il ne 
peut se porter à ce qui est contraire à la raison (6) ; avec Tacite 
qu'il punit les injures qu'il reçoit des hommes (7) ; avec Simonide 
qu'il est d'une nature incompréhensible (8) ; avec Tite-Live que 
dans nos calamités nous devons mettre en lui notre confiance (9); 
et ces sortes d'autorités sont infinies par leur nombre. Juvénal 
nous avertit de remettre nos besoins entre les mains des 
dieux (10). Claudius s'écrie que rien n'échappe à la Provi- 
dence(ll). Les dieux veulent que nous pensions toujours à la 
mort, dit Martial [(12). Perse demande que nous leur offrions , 
non de l'or, mais un cœur pur (1 3). Libanius enfin nous parle mer- 
veilleusement des bienfaits de Dieu envers les hommes, delà ven- 
geance qu'il exerce sur les méchants, et de l'obéissance qui est 
due à ses ordres (14). 

Ce n'est pas seulement chez les grecs et chez les romains 
qu'on trouve le dogme de l'existence de Dieu ; celle croyance 
s'est transmise fidèlement à toutes les nations dont les noms nous 
sont parvenus. 

Les anciens perses avaient au-dessus du dieu Arimane et du 

(i) Mem., lib. H. 

(2) Diogène-Laè'ree , livre VI. 

(3) Histoire, livre in. 

(4) Apud Plalonem. 

(5) Apud Valerium Maximum. 

(6) Livre n. 

(7) Annales, livre i. 

(8) Cicéron, de naturà deorum. 

(9) Hisl., lib. vu. 

(10) Satyre 10. 

(11) InRuff., 11b. 1. 
(13) InSettum, lib, 1. 
(l3) Safyr. 

(■4) Déclam., t. I. 



— Lxxrv — 

dieu Oromase, le dieu éternel, le grand dieu, l'être suprême, 
premier principe de toutes choses, auquel ils donnèrent le nom 
d'Ormusd (1). 

Le Zend-AvestaAixre sacré des disciples deZoroastre, montre 
l'homme et la femme sortant des mains de Dieu , dans un état de 
pureté céleste, placés dans un lieu de délices; l'ancien serpent 
les trompe, leur apporte des fruits; ils en mangent, et soudain 
ils perdent tous les avantages dont ils jouissaient, etc., etc. 

Les égyptiens publiaient Dieu t avant tous les êtres, incom- 
« préhensible , père de toutes les essences. » 

Les gaulois , les bretons , les celtes , les germains , les étrus- 
ques rendaient hommage c au Dieu suprême. » 

Les indous appellent Brahma t l'être par excellence , l'être 
« absolu, éternel et créateur (2). » Les livres indiens Pouranas 
nomment Adam Adimo , ce] qui veut dire le premier, et sa com- 
pagne procréa, ce qui signifie la même chose que heva en hé- 
breu, c'est-à-dire donnant la vie. Ils représentent Adam et Eve 
dans un magnifique jardin, au sein du bonheur; ils parlent de 
l'arbre dont les fruits devaient donner l'immortalité, du fameux 
serpent, du poison qui fut alors répandu sur la terre. Les indiens 
ont un autre dieu qu'ils nomment Witshnou ; ils le regardent 
comme le plus puissant des habitants des cieux, et le rendent cé- 
lèbre par ses neuf métamorphoses , sous lesquelles il a déjà paru, 
disent-ils , dans le monde. Il doit y paraître pour la dixième fois. 
Ne serait-ce pas Jésus-Christ? 

Les Chinois nomment leur dieu « l'Être existant , l'Être tout- 
être, Tou-Yeou. » Les Kings, ou livres sacrés de la Chine, qui 
contiennent la doctrine et la morale de Confucius , disent que 
l'homme ayant mangé du fruit défendu, il perdit l'intelligence; 
étant dégénéré, les animaux, qui lui obéissaient, lui déclarèrent 
la guerre. De là leur vieux proverbe : « N'écoute pas la femme.» 
Mais où trouverait-on une preuve plus claire et plus précise de 
la croyance des Chinois touchant l'existence de Dieu , que dans 
la pièce suivante, faite par l'empereur Tao-Kouang, en 1832 , à 

(i) Zenâ-Avesta. 

(j) Relations des missionnaires danois. 






LXXV — 



l'occasion d'une grande sécheresse qui désolait i'empire? t Moi, 
« le ministre du ciel, placé au-dessus de la race humaine pour 
« la gouverner, je suis responsable de l'ordre du monde et de 
« la tranquillité de l'empire. Dévoré de chagrin , tremblant 
« d'anxiété, je n'ai pu ni dormir, ni manger ; et pourtant aucune 

• averse copieuse n'est encore tombée je me demande si , 

• dans les sacrifices , j'ai été négligent? si l'orgueil et la pro- 

• digalité se sont glissés dans mon cœur? si j'ai prêté peu d'al- 
« tention aux affaires de mon gouvernement? si j'ai proféré des 

• paroles irrévérencieuses et mérité le blâme? si l'on a observé 

• les lois de l'équité dans la répartition des récompenses et 
« dans l'application des peines? si, en élevant des mausolées et 
« en établissant des jardins, j'ai opprimé le peuple et fait des 
« dégâts dans les propriétés? si, dans la nomination des fonc- 
« tionnaires , je n'ai point choisi des gens capab'es , et rendu 
« par là le gouvernement vexatoire pour le peuple ? si l'opprimé 
« n'a pas trouvé des moyens d'appui? si les largesses octroyées 
« aux malheureuses provinces du Sud ont été distribuées con- 
« venablement , ou si l'on a laissé les indigents mourir dans les 
« fossés? Prosterné, je supplie le ciel impérial de me pardonner 
« mon ignorance et ma stupidité; car des myriades d'innocents 
« sont perdus à cause de moi, à cause d'un seul homme. Mes 
« péchés sont si nombreux que je n'espère point échapper à 
« leurs conséquences. » Un homme qui ne croirait pas en un 
Dieu, rémunérateur de la vertu et vengeur du crime , tiendrait 
un langage bien différent. 

Les thibétains reconnaissent un Dieu f existant par lui-même, 
qui a tout créé. » Leurs livres sacrés font mention de la chute 
de l'homme par un fruit dont il mangea, de la connaissance 
de sa nudité qui lui fut révélée par ce fruit, de la dégrada- 
tion, etc. 

Les chaldéens , les assyriens , les phéniciens , les chananéens, 
les arabes , les peuples du Nord perdus dans leurs forêts , les 
habitants d'Afrique errants au milieu de leurs déserts , tous les 
peuples qu'on aperçoit dans les vieux monuments y apparaissent 
avec leurs autels et leurs dieux , avec leurs sacrifices et leurs 



LXXVI 

expiations, par conséquent avec la croyance d'une divinité quel- 
conque. 

Nous trouvons la même foi parmi les peuples les plus sauva- 
ges. Il n'y a jamais eu aucun barbare, dit Élien, qui n'ait respecté 
la divinité, ou qui ait révoqué en doute s'il y a des dieux, et s'ils 
prennent soin des choses d'ici-bas. Jamais aucun homme, soit 
indien, soit celte ou égyptien, n'a pensé sur cette matière comme 
Émérus le messénien , Diogène le phrygien , Happon , Diagoras, 
Sosias, Épicure. Ces peuples, tombés depuis des temps si re- 
culés dans un état d'ignorance et de brutalité , ne devraient-ils 
pas, ce semble, avoir perdu le souvenir de toutes les traditions 
de la société? Cependant la croyance de Dieu a survécu à leur 
profonde barbarie; et les voyageurs l'ont retrouvée dans toutes 
les contrées les plus ignorées de l'ancien et du nouveau monde. 

Le père Tachart affirme que dans une conférence qu'il eut avec 
les principaux de la nation des hottentots, il reconnut qu'ils 
croyaient à l'existence d'un Dieu (1) ; et cette opinion est con- 
firmée par M. Kolben qui, ayant passé plusieurs années au Cap, 
s'instruisit profondément de leur religion et de leurs mœurs. 

Les voyageurs rapportent de même l'espèce de sacrifice et de 
prière que les nègres de Guinée adressent à leurs divinités (2). 

Les habitants du Ceylan reconnaissent un Dieu souverain qui 
avait d'autres dieux sous ses ordres (3). 

Les peuples d'Amérique , selon le récit de Joseph Acosta (4) , 
avaient la croyance d'un Dieu, maître souverain de toutes choses 
et parfaitement bon. 

Le père Lafitau observe que les sauvages reconnaissent un 
être ou esprit suprême, quoiqu'ils le confondent avec le soleil, 
auquel ils donnent le titre de grand esprit, d'auteur et d'arbitre 
de la vie (5). 

D'autres peuples d'Amérique avaient une idée plus parfaite de 



(i) Relations du Cap de Bonne.Espcrance , l. I, ch. vm. 

(2) Sulmon , Relations de Guinée. 

(3) Voir Knox. 

(4) De pfoc.ind. salut., lib, v, 

(5) Mœurs des aauvarjea. 



— LXXV11 — 

la divinité. Garcilasso de la Vega nous apprend qu'avant l'arri- 
vée des incas au Pérou, les sauvages, habitants de ces contrées, 
croyaient qu'il existait un Dieu suprême , auquel ils donnaient 
le nom de Pacha-kamack ; ils disaient qu'il donnait la vie à toutes 
les choses; qu'il conservait le monde; qu'il était invisible, et 
qu'ils ne pouvaient le connaître (1). 

Qui comptera les voix qui s'élèvent ainsi par toute la terre 
pour proclamer celte universelle croyance des hommes ? On 
la trouve partout , dans les monuments publics, dans les livres 
des historiens, dans les rêveries des philosophes, dans les fictions 
des poètes; et ce serait une recherche curieuse et digne à la 
fois de frapper l'attention des vrais philosophes , que celle de 
tous les témoignages épars dans les ouvrages les plus différents 
par leur objet et par la pensée de leurs auteurs , en faveur de 
cette immortelle tradition du genre humain, qui, remontant à 
l'origine des sociétés, les suit dans leur développement, et ne les 
abandonne pas même dans leur barbarie. 

Celte croyance générale et constante prouve invinciblement 
l'existence de Dieu ; ce consentement universel a une autorité 
absolument décisive. D'abord, il faut qu'un homme ait entière- 
ment perdu la raison pour soutenir qu'il peut seul , et par ses 
seules lumières , contrebalancer l'autorité du genre humain. 
Qui oserait substituer sa raison particulière à la raison générale, 
et se donner soi-même comme infaillible, tout en révoquant en 
doute l'infaillibilité des hommes de tous les temps et de tous les 
pays ? Si l'on suppose que le genre humain tout entier ait pu 
être trompé dans ses croyances, il faudra conclure rigoureuse- 
ment que rien n'est certain pour l'homme ; qu'il est jeté sur la 
terre par je ne sais quel être malfaisant qui a voulu se jouer de 
son intelligence, et le livrer aux rêves et aux chimères de son 
esprit. Alors, par conséquent, il serait superflu de chercher à 
découvrir la vérité ; on n'aurait aucun moyen de s'assurer que 
chaque croyance n'est pas une illusion , que chaque réalité n'est 
pas un prestige des sens. Qui pourrait dire qu'il est certain d'une 



(i) Leland , nouvelles démonstrations évangéUquu > Impartie, ch. il. 



■ j "6 



— Lxxvrn — 
chose, si l'on partait du principe qu'il est des choses où tous les 
hommes ont pu toujours croire l'erreur? Et lorsque l'univers 
tout entier se trompe , où est la raison qui oserait affirmer 
qu'elle seule ne se trompe pas? Et sur quoi se fonderait-elle? 
où serait l'autorité de son témoignage? qui serait contraint de 
le croire? La doctrine générale et constante de tous les peuples 
a été regardée par les plus beaux génies , comme une marque 
certaine de la vérité. 

Aussi , Platon prouve l'existence de Dieu par le consentement 
des grecs et des barbares. Cicéron proclame qu'entre toutes 
choses le consentement des nations doit être regardé comme la 
voix de la nature (1). Il vaut mieux, dit Pline, croire l'universa- 
lité que le particulier : le particulier peut se tromper et être 
trompé; mais personne ne trompe l'universalité, et l'universalité 
n'a jamais trompé personne (2). Sénèque donne le sens commun, 
l'universalité d'une croyance, comme l'indice certain de la vé- 
rité ; il établit l'existence de Dieu par la croyance du genre 
humain (3). Ainsi, la doctrine unanime de toutes les nations et 
de tous les temps prouve invinciblement l'existence de Dieu. 

Le dogme de l'unité d'un être éternel, indépendant, créateur, 
du vrai Dieu, en un mot , s'est aussi conservé chez tous les peu- 
ples. Les païens , il est vrai , adoraient soit des esprits intermé- 
diaires, soit des hommes; mais ils ne les confondaient pas avec 
le Créateur, avec le souverain arbitre du monde. « L'existence 
« de Dieu , dit le savant Huet, d'une cause suprême, principe et 
t fin de toutes choses, a été crue et enseignée si clairement et 
t si constamment par l'antiquité tout entière; tous les peuples 
« la proclament avec une si parfaite unanimité, qu'il semble im- 
« possible de ne pas reconnaître dans cet accord la voix même 
« de la nature (4). « On va voir qu'il n'avance rien qui ne soit 
appuyé sur les monuments les plus authentiques. 

* Il y a un Dieu au-dessus de la fortune et auteur de tous les 



(l) Tusculanes, liv. i, ch. i3. 

(a) Paneg. Traj., num. 62. 

(3) Epitre 117. 

(4) Alnetan. quxst., Iib. Il, cap. 1, p. 97. 



LXXIX 



« biens, dit Platon; il est très-juste de l'honorer principalement 
t et de le prier, comme font tous les démons et les autres 
t dieux (1 ). » Des dieux qui adorent un autre Dieu, qui lui adres- 
sent des prières, n'étaient pas apparemment confondus avec ce 
Dieu à qui l'on devait rendre un culte principal. Ailleurs, Platon 
l'appelle « le véritable seigneur de ceux qui jouissent de leur 
i bon sens (-2). » — « Ce Dieu, ami des hommes, préposa sur 
e eux des démons d'une nature supérieure à la nôtre , qui , en- 
« tretenant la paix, la pudeur, la liberté, la justice, préve- 
« naient les désordres et les séditions , et rendaient heureux le 
< genre humain (5). > Ces démons , si clairement distingués du 
Dieu suprême, étaient au nombre des divinités qu'adoraient les 
païens, et Platon lui-même recommande de ne pas négliger leur 
culte. Du reste, il suffit de parcourir quelques-uns de ses ouvrages 
pour reconnaître combien l'idée qu'avaient les anciens de ces 
êtres intermédiaires, différait de celle qu'ils se formaient du sou- 
verain arbitre du monde. Ce même philosophe , à qui les anciens 
donnèrent le nom de divin, enseigne que l'univers « ayant com- 
« mencé a nécessairement une cause , que celte cause est Dieu 
« créateur et père de tout ce qui est bon , éternel , souveraine- 
« ment intelligent, le souverain monarque de tous les êtres, 
« tout-puissant ; que le monde qui renferme tous les êtres mor- 
« tels et immortels est l'image de ce Dieu inintelligible (4). » 

Anaxagore enseigne qu'une intelligence divine a créé le monde 
et en a ordonné avec sagesse toutes les parties (S). 

Heraclite et Archélaùs professent la même doctrine (6). 

Suivant Solon , « Dieu donne un heureux succès à celui qui fait 
« le bien : roi et seigneur de toutes choses et des immortels 
« même, nul ne l'égale en puissance (7). » 

Pythagore, Empédocle, Philolaùs, Ocellus, Lucanus, Timée 



(i) Eplnom. 

(2) De legibus, lib. IV. 

(3) Idem. 

(4) InTim. 

(5) Diogène-Laërce , in Anaxagoram. 

(6) Plutarch., de plac. philosoph. — Clem. Alexandr., admonit. ad génies. 

(7) Sentent. 



■ 



M 

1 



— I.XXX — 

de Locres, et tous les philosophes de l'école, reconnaissent « un 
« seul Dieu, éternel, immuable, qui ne peut être vu que par 
« l'esprit, qui a tout créé, et qui conserve tout par sa provi- 
« dence. > 

Aristote nous donne la même idée de la divinité. « Seule cause 
« et seul principe de toutes choses, indivisible , incorporel, im- 
« muable, souverainement parfait et intelligent, heureux, non 
« par la jouissance d'aucun bien extérieur, mais par sa propre 
« nature , Dieu possède en lui-même une vie et une éternité per- 
<■ pétuelles, ainsi qu'une puissance infinie, on lui donne diffé- 

• rents noms, quoiqu'il soit un. On l'appelle zeus et dios, comme 
« pour exprimer que c'est par lui que nous vivons; kronos, d'un 
« mot qui signifie le temps , pour marquer qu'il est de l'éternité 
« à l'éternité (1). » 

Thaïes dit que « Dieu est le plus ancien des êtres ; car il n'a 
« point eu de commencement (2). • 

Gicéron représente Dieu comme la raison souveraine , auteur 
de tout ordre et de toute justice. « Comment le concevoir, dit-il, 
« si on ne le conçoit éternel , comme une pure intelligence qui 
« connaît tout et qui meut tout (5) ?» — « De même qu'un Dieu 
« éternel donne le mouvement au monde , qui est périssable en 
« partie, dit-il autre part , ainsi une âme immortelle meut notre 
« corps fragile. Il peut tout; il a tout fait, et tout lui obéit. Encon- 
« sidérant tant de merveilles, pouvons-nous douter qu'il n'existe 

• une intelligence qui a créé ou qui gouverne l'univers (4). » 
Suivant Quintilien, « Dieu est le père de tous les êtres et le 

« créateur du monde (S). » 

Suivant Sénèque, Dieu est un pur esprit , le maître de l'uni- 
vers, le principe de toutes choses, la cause des causes (6). 

« Quel homme est assez insensé, assez stipude, dit Maxime 

(i) Métaphysique, liv. I , ch. 2 ; liv. XII, ch. 7.— République, liv. vu, ch. I. — 
De mundo , cap. vu. 

(2) Diogcne-Laè'rce, in Thalem. 

(3) Tusculanes , liv. 1 , ch. 66. 

(4) Somn. Scipion., ch. vni. — De naturà dtorum, lib. 111, et alibi, 

(5) Llb. 1, cip, \d, 

(6) Pensiu. 



L 



— LXXXI — 

« de Madaure , pour douter qu'il existe un Dieu suprême, éter- 
« nel , père de tout ce qui est, et qui n'a rien produit d'égal à 
c lui-même? Nous l'invoquons sous divers noms, parce que 
« nous ignorons son nom propre. Nous le divisons par la pen- 

< sée , et adressant des prières , pour ainsi dire , à chacune de 

< ses parties , nous l'honorons ainsi tout entier (1). » 

Et saint Augustin reconnaît que le Dieu dont parle Maxime 
est celui que, « selon l'expression des anciens, les savants et les 

< ignorants confessent avec une parfaite unanimité (2). » 
Frappé de cet accord , Maxime de Tyr observe que t si l'on 

i interrogeait tous les hommes sur le sentiment qu'ils ont de la 
« divinité, on ne trouverait pas deux opinions différentes entre 
t eux; que le scythe ne contredirait point ce que dirait le grec, 

t ni le grec ce qu'avouerait l'hyperboréen Dans les autres 

i choses, les hommes pensent fort différemment les uns des 

t autres Mais au milieu de cette différence générale de sen- 

i liment sur tout le reste , malgré leurs disputes éternelles, vous 
t trouverez par tout le monde une unanimité de suffrages en 
t faveur de la divinité. Partout les hommes confessent qu'il y a 
t un Dieu, le père et le roi de toutes choses, et plusieurs dieux 

• qui sont les fils du Dieu suprême, et qui partagent avec lui le 
t gouvernement de l'univers. Voilà ce que pensent et affirment 
« unanimement les grecs et les barbares , les habitants du conti- 
« nent et ceux des côtes maritimes, les sages et ceux qui ne le 
■ sont pas (3). i 

DionChrysostomepensaitcommeMaximedeTyr. < La croyance 

• des dieux , dit-il , et principalement de celui qui préside à 
f toutes choses , est commune à tout le genre humain, tant aux 
« grecs qu'aux barbares (4). > 

Ces témoignages prouvent suffisamment que la tradition de 
l'unité de Dieu s'est toujours conservée chez les anciens. Comme 
on pourrait croire que le peuple ignorait cette doctrine des phi- 



(1) Epist. ad August. inter epislolas , 16. 

(2) Ibid., cpistola 17. 

(3) Diss. 1. 

(4) Oral. 12. 



— I.XXXII — 

losophes , nous allons montrer que les poètes que tout le monde 
lisait, et qui se conformaient aux croyances vulgaires, ensei- 
gnaient sur ce point la même doctrine que les philosophes. 

On lit dans les hijmnes d'Orphée : « L'univers a été produit par 
t Zeus. A l'origine, tout était en lui , l'étendue éthérée et son 
t élévation lumineuse , la mer, la terre , l'Océan , l'abîme du 
t Tarlare, les fleuves, tous les dieux et toutes les déesses im- 
t mortelles, tout ce qui est né et tout ce qui doit naître; tout 
c était renfermé dans le sein suprême (1). » 

Etç ê<rr' aÙToyêViiç, èvoç Eîcyova jrdtvra TÉTU/rai. 
Il naquit de lui-même, et tout est né de lui. 

Ce beau vers d'Orphée a été cité dans toute l'antiquité el 
répété dans tous les mystères. 

Orphée proclame aussi l'unité de Dieu qu'il définit presque 
dans les mêmes termes que saint Jean. € Zeus est le premier et 
t le dernier, le commencement et le milieu , de qui toutes choses 
t tirent leur origine, et l'esprit qui anime toutes choses, le chef 
• et le roi qui les gouverne. » Quelque étoonant que soit ce pas- 
sage, son authenticité ne saurait être douteuse, puisque Aris- 
tote le cite et le commente (2). 

Nous trouvons la même doctrine dans Homère ; il proclame 
t un Dieu très-grand, très-glorieux, très-sage, très-redoutable, 
c père et roi des hommes et des dieux , qui le reconnaissent 
« pour leur souverain et lui adressent leurs prières. Assis au- 
« dessus d'eux, il habite le plus haut sommet de l'Olympe; ses 
t décrets sont irrévocables, et il les cache quand il lui plaît aux 
« dieux mêmes. Il a créé la terre , le ciel , la mer et tous les as- 
t très qui couronnent le ciel. » 

Après avoir parlé des dieux célestes et terrestres « nés dès le 
« commencement et qui engendrèrent ensuite d'autres dieux , » 
Hésiode célèbre le Dieu suprême « père des dieux et des nom- 



(i) Ap. Procl, in Plat. tim. 

(2) Aristote , de mundo, cap. vu. 



L 



*x _ 



I.XXXIII — 



« mes, le plus puissant, dit-il , et le plus grand des dieux (1). » 

< Roi des immortels, i qui le reconnaissent pour leur maî- 
tre (2). 

t Honoré principalement, selon Théognis, à cause de son pou- 
t voir souverain ,tout lui est soumis; il règne sur l'univers, et il 
« connaît les pensées et le fond du cœur de chaque homme (5). » 

< Dans la vérité , dit Sophocle , il n'y a qu'un Dieu qui a fait le 
< ciel, et la terre, et la mer azurée, et les vents impétueux (4). ,. 

Pindare, Phocylide, Euripide, Eschyle, reconnaissent aussi 
et proclament un Dieu unique, éternel, tout-puissant, créateur 
des dieux et des hommes. 

On voit dans les poètes latins , comme dans les poètes grecs , 
un Dieu unique, père des dieux et des hommes , éternel, tout- 
puissant, qui a créé le monde et qui le gouverne par sa provi- 
dence. 

Ovide peint le Dieu créateur, opifex rerum , démêlant le chaos 
à l'origine du monde [5). 

Virgile l'appelle le père et le roi des dieux et des hommes : 

Dlvûm paleratque liominum rex Opaier, ù Iwminum divûm- 

que œierna polestas (G) ; autre part, il le désigne l'esprit vivi- 
fiant qui anime l'univers (7). 

Horace l'appelle le maître de toute la nature, et dont rien 
n'approche dans toute l'étendue des êtres (8) . 

Le titre de Deus opiimus n'a jamais été donné par les romains 

qu'au seul Jupiter, qu'ils désignaient du nom de père des dieux 
et des hommes : Hombium salor aique deorum. 

Quant aux peuples que les grecs et les romains appelaient bar- 
bares, il n'est pas moins certain qu'ils croyaient à l'unité d'un 
être supérieur. 

(i) Tlieoyon, sub init. 

(2) In Eazeb.. prœjiar. evang., lib. xui, cap. i3. 

(3) Sentent, v. 7 o 9 , 72,, 365, 368, 781. - Gnomilici, poète grec , p. 16 5o 
éd. Bruckii. 

(4) In Euseb,, piœpur. euamj., lib. xm , cap. 1 3. 

(5) Métamorphoses. 

16) Enéide, livrei.v. 69; livre II, v. 6',8; livre x,v 7 10 ,43 

(7) Eal. 3. 

(8) Livre i, ode rp. 



— LXXXIV — 

La doctrine des égyptiens , au sujet de l'unité de Dieu , ne peut 
être contestée, puisque Solon , Thaïes, Pythagore, Platon , qui 
ont eux-mêmes enseigné si clairement cette unité, étaient allés 
s'instruire en Egypte des anciennes traditions religieuses, ainsi 
que Plutarque nous l'apprend (1). 

< Selon les égyptiens, dit Jamblique, le premier des dieux a 
€ existé seul avant tous les êtres. Il est la source de toute inlelli- 
« gence et de tout intelligible. Il est le premier principe, se suffi- 
t sant à soi-même , incompréhensible , le père de toutes les es- 
« sences(2). » 

Les habitants de la Thébaïde, au rapport de Plutarque, ne 
reconnaissaient point d'autre dieu que le Dieu éternel qu'ils nom- 
maient Kneph (3). 

Anquetil du Perron a prouvé que les perses reconnaissaient 
l'unité de Dieu , créateur de l'univers. 

C'est aussi le sentiment du savant Hyde (4). 

Suivant Moshin-Pani , « la religion primitive des perses fut une 
• croyance dans un Dieu suprême qui a fait le monde par sa puis- 
€ sance et le gouverne par sa sagesse (5). > 

« Dieu, dit Zoroastre, existait de toute éternité, et était, 
« comme l'infini du temps et de l'espace. Il y avait dans l'univers 
« deux principes , le bon et le mauvais : l'un se désignait sous le 
« nom d'Hormuzd, ce qui dénotait l'agent principal de tout ce 
•< qui est bien ; et l'autre Arimane , le seigneur ou chef du mal. 
« Les agents A'Hormuzd cherchaient à conserver les éléments, 
« les saisons et l'espèce humaine, que ceux d'Arimane cher- 
« chaient à détruire ; mais le principe du bien , le grand Hormuzd 
« était seul éternel, et devait à la fin des choses prévaloir (6). » 

Il subsiste encore aujourd'hui quelques restes du magisme et 
de la religion de Zoroastre parmi les guèbres. Selon Chardin , 



(1) Dé Isir. elOsir. 

(2) De mysl. egvpt. — Eusèlje, prœparat. evangel., lib, m, cap. 2. 

(3) De Isir. elOsr. 

(4) De la religion des anciens perses. 

(5) //<s(, de Perse, par sir John Malcolro, 1. 1. 

(6) Zeml Avrsta.*- Plutarque, de Isir, et Osir, 



- 



— LXXXV — 

dont le témoignage est confirmé par Mandeslo, « ils tiennent 
t qu'il y a un être suprême qui est au-dessus des principes et des 
< causes; ils l'appellent Yerd, mot qu'ils interprètent par celui 
c de Dieu , ou d'âme éternelle (i). » 

Rien n'efface de l'esprit des peuples celte grande et consolante 
idée; elle brille encore au sein même de l'ignorance la plus pro- 
fonde et ne s'éteint que dans les ténèbres d'une science orgueil- 
leuse et corrompue. 

Les chananéens adoraient le vrai Dieu, lorsque Abraham 
vint dans leur pays. Ce que la Genèse raconte de Melchisé- 
dech, roi de Salem, d'Abimélech, roi de Gérare, ne permet 
pas d'en douter. Lorsqu'ils tombèrent dans le polythéisme , Phi- 
Ion de Biblos atteste qu'ils avaient un dieu nommé Elioun, terme 
qu'il rend par celui de Très-Haut. 

Les anciens arabes pensaient comme les chananéens. Job , les 
rois ses amis, Jélhro, beau-père de Moïse, reconnaissaient le 
vrai Dieu ; preuve certaine que telle était en ce temps la religion 
des arabes , parmi lesquels ils vivaient. Lorsque Mahomet s'érigea 
en prophète, les arabes ne reconnaissaient encore qu'un Dieu 
suprême, créateur et maître de l'univers; mais ils honoraient les 
étoiles fixes, les planètes, les anges elles images comme des 
divinités inférieures dont ils imploraient l'intercession, les regar- 
dant comme des médiateurs auprès de Dieu. C'est de cette idolâ- 
trie, de ce culte des divinités inférieures, que Mahomet détourna 
ses compatriotes, établissant chez eux le culte du seul vrai Dieu. 

L'auteur de VEzour-Védan enseigne également, l'unité de Dieu, 
qui a tout créé et qui existait seul avant tous les temps. Éternel, 
immuable, il est la pureté même. Il est le Roi des rois, le Sei- 
gneur des seigneurs, le Maître du inonde, le Père des hommes , 
et n'a ni maître, ni égal , ni père, ni naissance. Seul, il possède 
toutes les perfections ; seul , il mérite notre amour et nos témoi- 
gnages; et quoique invisible de sa nature, tout publie sa puis- 
sance et sa grandeur (2). 

On trouve la même croyance chez les chinois, e La religion de 

(i) Voyage! de Chardin , t. IX. 

(j) Eiour.rédan> livre I, ch, 3 ; livre m, cli, 6 ; livre iv, ch, 3 i livre VI, ch, i , 
T. I. f 



— LXXXVI — 

< ia Chine, dit le père Prémare, est toute renfermée dans les 
i Kings. On y trouve, quant à la doctrine fondamentale, les 
i principes de la loi naturelle , que les anciens chinois avaient 

< reçue des enfants de Noé, ils enseignent à connaître et à ré- 
« vérer un Être suprême. L'empereur y est tout ensemble roi et 

c pontife , comme étaient les patriarches avant la loi écrite 

« Il n'y a proprement que cette religion qu'on puisse appeler 
t Ju-Kiago , religion de la Chine. Toutes les autres sectes répan- 
• dues dans l'empire sont regardées comme étrangères, fausses 
« et pernicieuses, et elles n'y sont que tolérées (1). » 

t Aussi voyons-nous d'abord les chinois, dit de Guignes, adorer 
« l'Être suprême sous le nom de Chang-Ty, de Hoang Tien et de 
c Tien, et lui offrir des sacrifices sur les hauteurs et dans les 

t temples La morale se réduisait alors aux deux vertus ap- 

t pelées Gin et Y,- la première exprimait la vertu envers Dieu 
« et les parents, ou ia bonté envers les hommes; et la seconde 
« signifiait l'équité et la justice (2). » 

Les chinois disent aussi de l'Être suprême qu'il est Tsèe-Yeou, 
l'Être existant par lui-même ; Tou-Yeou , l'Être tout être ; qu'il 
est un, simple, immuable, bon, miséricordieux, puissant, juste 
et sage ; qu'il a tout fait ; qu'il a soin de tout ; qu'il voit tout ; 
qu'il punit et récompense tout; qu'il est un pur esprit, la vérité, 
la vie; qu'il est roi, seigneur et père. € Il n'y a aucun de ces 
« divins attributs, qu'on ne voie clairement marqué dans les an- 
« ciens livres de la Chine, appelés Kings (3). » 

On ne doit pas s'imaginer que cette doctrine soit rejetée ou 
ignorée par les idolâtres de la Chine. Partout le Paganisme allie 
la croyance d'un Dieu suprême avec le culte des esprits ou des 
divinités subalternes. Il paraît même que des sectes , livrées au- 
jourd'hui à ce culte impie , n'adoraient originairement qu'un 
seul Dieu. De Guignes a donné des extraits d'un ouvrage très- 
ancien , attribué à Lao-tse, et qui renferme toute la doctrine de 
l'école de Tao. « Le Tao est la seule divinité dont il y soit fait 

(i) Lettres édifiantes, t. XXII, p. 177, édit. de Toulouse, 1811. 

(2) l r oyaaes à Pékin , t, l,p. 35o. 

(3) lettres édifiantes, t. XXII, p. 17 et 180. 



— LXXXVII — 

« mention. Lao-tse dit que le Tao n'a point de nom , qu'on ne 
< peut le connaître ; qu'il est le principe du ciel et de la terre , 
« la mère de tous les êtres ; qu'il est incompréhensible et très- 
c intelligent (1). » 

Dans un ouvrage intitulé : Tsinçj-Tsing-King , ou Livre de la 
parfaite Pureté, Lao-tse parle ainsi de la perfection de Tao. 
t Le grand Tao n'a point de corps; il a produit et il entretient 

* le ciel et la terre. Le grand Tao n'a point de mouvement , et 
« c'est lui cependant qui fait marcher le soleil et la lune. Le 
« grand Tao n'a point de nom, et c'est lui qui fait croître et qui 
« nourrit toutes choses. J'ignore son véritable nom. Le vrai sec- 

• tateur de Tao doit s'attacher à acquérir toutes ses perfections : 
« ce n'est que par là qu'il peut devenir un chin ou génie (2). >■ 

Ces divers témoignages ne laissent aucun doute sur la croyance 
des chinois ; mais nous en avons encore un monument plus re- 
marquable, en ce qu'il nous fait connaître avec une pleine cer- 
titude la doctrine publique , et pour ainsi dire la doctrine légale 
du gouvernement de la Chine , si respectée par tous ses ha- 
bitants. 

Plusieurs princes de la famille royale ayant embrassé le Chris- 
tianisme , furent déférés aux tribunaux. L'empereur, dans une 
instruction que le père Parennin nous a conservée , prescrivit 
lui-même aux juges la manière de procéder dans cette affaire 
importante, et jusqu'aux discours qu'ils devaient adresser aux 
nouveaux chrétiens , pour essayer de les ramener à la religion 
des Mant-Clieoux. Les juges rendant compte à l'empereur de 
l'exécution de ses ordres, dans un écrit authentique qui ressem- 
ble aux actes des premiers martyrs, s'expriment en ces termes : 
« Nous , vos sujets , nous nous sommes transportés dans la pri- 
« son d'Ourtchen ( un des princes chrétiens ) , et nous lui avons 
t dit : Le Seigneur du ciel et le ciel, c'est la même chose; il n'y 
t a point de nation sur la terre qui n'honore le ciel. Les Mani- 
t Cheoux ont dans leur maison le Tiao-Chin pour l'honorer. 

(i) Essai historique de l'étude de la philosophie chez les chinois, dans les Mémoires 
de l Académie, t. LXXI, p. u4. 
(3) Idem , p. ag. 



— LXXXV1I1 — 

« Vous qui êtes Manl-Cheoux, vous suivez la loi des européens , 
« et vous vous êtes, dites-vous, senti porté à l'embrasser à cause 
« des dix commandements qu'elle propose , et qui sont autant 
« d'articles de cette loi : apprenez-nous ce qu'ils prescrivent. 

« Ourtchen a répondu : Le premier nous ordonne d'honorer 
« et d'aimer le Seigneur du ciel ; le second défend de jurer par 
« le Seigneur du ciel ; le troisième veut qu'on sanctifie les jours 
« de fêle en récitant les prières, et en faisant les cérémonies pour 
« honorer le Seigneur du ciel ; le quatrième commande d'ho- 
« norer le roi, les pères et mères, les anciens, les grands, et 
« tous ceux qui ont autorité sur nous; le cinquième défend 
« l'homicide et même la pensée de nuire aux autres ; le sixième 
« oblige à être chaste et modeste et défend jusqu'aux pensées 
« et aux affections contraires à la pureté ; le septième défend 
« de ravir le bien d'autrui, et la pensée même de l'usurper in- 
« justement; le huitième défend le mensonge , la médisance, 
« les injures ; le neuvième et le dixième défendent de ravir la 
« femme et le bien d'autrui. Tels sont les articles de la loi à la- 
« quelle j'obéis : je ne puis changer. 

« Nous avons dit : Ces dix commandements se trouvent dans 
« tous nos livres , et il n'est personne qui ne les observe , ou si 
« quelqu*un les transgresse , on le punit de la manière que la loi 
« prescrit (1). » 

Au temps de César et de Tacite, les gaulois, les germains et 
les Scandinaves reconnaissaient un Dieu suprême , éternel , invi- 
sible, auteur de tout ce qui existe , à qui tout est soumis (2). 

Celse, d'après Origène, dit que les druides des gaulois, qu'il 
appelle une nation très-sage , avaient les mêmes sentiments sur 
la Divinité que les juifs (3); et ceux-ci reconnaissaient un Dieu 
suprême , éternel et créateur du monde. 

Le Dieu que les celtibériens adoraient n'avait point de nom : 
preuve certaine qu'il était unique; car on ne donne de noms 



(i) Lettres édifiantes, t. XX , p. 129, l3o. — De Lamennais, Essai sur l'indiffé- 
rence en matière de reliaion, t. III, p. 26. 

(2) Tacice, de rnoribus tjermanorum, 

(3) Lib. .. 






— LXXXI.V — 

propres que lorsqu'il faut distinguer plusieurs êtres semblables. 
Il est fort croyable que ce Dieu unique était le vrai Dieu adore 
par les celtes, qui, ayant passé en Espagne, et s'étant unis avec 
les ibères, avaient formé la nation des celtibères ou celtibériens. 

L'Edda, poème islandais qui nous a transmis l'ancienne 
croyance des peuples du nord , contient la même doctrine. On y 
lit qu'il y a un Dieu « suprême maître de l'univers , auquel tout 
« est soumis et obéissant ; qu'il est l'auteur de tout ce qui existe, 
« l'Éternel, l'Être vivant et terrible, scrutateur des choses ca- 
« chées , l'immuable ; qu'il a une puissance infinie, une science 
o sans bornes, une justice incorruptible. » Il y est défendu de 
représenter la Divinité sous une forme corporelle , on n'y ad- 
met pas qu'on la renferme dans une enceinte de murailles ; on y 
enseigne que ce n'est que dans les bois consacrés qu'on peut la 
servir dignement. 

L'Islande, les anciens goths et les autres peuples septentrio- 
naux ont tous reconnu un Être suprême, quoiqu'ils aient adoré 
aussi trois dieux principaux , que l'on pourrait mettre en paral- 
lèle avec autant de divinités grecques ou romaines ; savoir : 
Thor, qui est le Jupiter des romains ; Oden ou Woden , qui est 
leur Mars; et Friga, qui est leur Vénus. 

Le dogme de l'unité de Dieu n'était point inconnu aux améri- 
cains. Ramnusio assure que tous les américains [croient l'exis- 
tence d'un premier moteur, tout-puissant, éternel , invisible. 

Les anciens idolâtres ont tous eu des dieux subalternes, qu'ils 
reconnaissaient pour vicaires ou lieutenants d'un Dieu suprême. 
Ce sentiment , moins extraordinaire que l'athéisme , a passé jus- 
qu'aux idolâtres les plus sauvages. Les voyageurs assurent que 
les peuples du Canada et les autres sauvages de l'Amérique sep- 
tentrionale craignent le diable, et qu'ils reconnaissent des gé- 
nies jusque dans les choses inanimées; cependant ils croient un 
Dieu «qui a créé toutes choses, quoiqu'ils disent qu'outre ce 
« Dieu , il y a un fils , une mère et le soleil , ce qui fait quatre. 
« Dieu , disent-ils encore , est par-dessus tout. Le fils et le soleil 
« sont bons, mais la mère ne vaut rien et les mange; le père 
« n'est pas trop bon. » 



/ f 



— XC — 

Les virginiens croient aussi plusieurs dieux de diverses condi- 
tions , et les soumettent à un Dieu supérieur. 

Il semble que les floridiens reconnaissent le soleil pour dieu 
supérieur, en quoi leur culte se rapporterait à celui de plusieurs 
gentils , qui l'ont regardé comme le plus grand et le plus puis- 
sant de tous les êtres. 

Le Zemès des indiens del'ile Espagnole était soumis à un être 
éternel, immuable, infini. 

Nous pourrions produire un plus grand nombre de témoi- 
gnages; mais il est suffisamment prouvé, ce nous semble, que 
tous les peuples ont reconnu un Être suprême, éternel, indépen- 
dant, créateur et modérateur de l'univers ; que les dieux subal- 
ternes, inférieurs, ne concouraient au gouvernement du monde 
que comme ministres ou lieutenants d'un Être tout-puissant de 
qui ils dépendaient; ce qui l'ait évidemment allusion au ministère 
des anges, dont Dieu se sert dans l'administration du monde. 
Catholiques, protestants, philosophes, tous s'accordent sur ce 
point. « Je vais , dit Beausobre , poser des principes que je ne 
« prouverai pas à présent, parce qu'au fond ils sont assez connus. 
« Ces principes sont : 1° que les païens n'ont jamais confondu 
« leurs dieux célestes ou terrestres avec le Dieu suprême, et ne 
« leur ont jamais attribué l'indépendance et la souveraineté. 
« Cette observation est non-seulement juste, elle est importante. 
« Elle détruit l'objection qu'un philosophe moderne a poussée 
« pour invalider l'argument très-solide de l'existence de Dieu 
« que l'on tire du consentement des peuples. Le polythéisme , 

• dit-on , a eu le consentement de tous les peuples. Cela est 
« faux dans un sens, vrai dans un autre; mais le sens auquel 
« cela est vrai n'affaiblit point l'argument en question. Si par 

• polythéisme on entend plusieurs souverains indépendants , il 
« est faux que les peuples aient jamais cru plusieurs dieux , ils 
« se sont accordés dans l'unité d'un Dieu suprême; mais si par 
« polythéisme on entend plusieurs dieux subalternes , sous un 
« Dieu suprême et maître de tout , il est vrai qu'il y a eu un 

• grand consentement des peuples là-dessus. 2° Que les païens 

• ont bien su que ces dieux n'étaient que des intelligences qui 



— XCI — 

« tiraient leur origine du Dieu suprême, et qui en dépendaient 
« comme étant ses ministres , ou que des hommes illustres par 

• leurs vertus et par les services qu'ils avaient rendus au genre 
« humain ou à leur patrie. 3° Qu'à l'égard de ces derniers, les 
« païens ont cru que ces grandes âmes , en dépouillant le corps 
« mortel dont elles étaient revêtues, n'avaient pas dépouillé 
« l'affection qu'elles avaient eue pour leur patrie ou pour le 
« genre humain en général. 4° Que le Dieu suprême avait per- 
« mis à ces âmes généreuses de demeurer sur la terre, poiir y 
« veiller au salut des peuples qui avaient été les principaux ob- 
« jets de leur affection. 3° Que ces saintes âmes habitaient dans 
« les lieux où reposaient leurs cendres, préférablement à tout 
« autre, et qu'il fallait les honorer surtout dans ces lieux-là (1).» 

Voltaire s'exprime à cet égard d'une manière non moins for- 
melle. « J'ose croire , dit-il , qu'on a commencé d'abord par re- 
« connaître un seul Dieu, et qu'ensuite la faiblesse humaine en 

i a adopté plusieurs Les romains, ajoule-t-il, recon- 

« naissent le deus oplimus, maximus ; les grecs ont eu leur zens, 
« leur Dieu suprême. Toutes les autres divinités n'étaient que des 
« dieux intermédiaires ; on avait placé des héros et des empe- 
« reurs au rang des dieux , c'est-à-dire des bienheureux ; mais 

• il est sûr que Claude , Octave, Tibère etCaligula n'étaient pas 
« regardés comme les créateurs du ciel et de la terre. En un 
« mot, il paraît prouvé que, du temps d'Auguste , tous ceux 
« qui avaient une religion reconnaissaient un Dieu suprême, 
« éternel , et plusieurs ordres de dieux secondaires , dont le 
« culte fut appelé depuis idolâtrie (2). • 

Mais d'où vient cette expression universelle et constante de la 
conscience de tous les hommes en faveur de la divinité? « C'est 
« qu'à l'origine des choses , dit Tertullien , le Dieu qui créa l'u- 
t nivers se révéla en même temps que son œuvre , la création 
« n'ayant eu d'autre but que la manifestation de la divinité. 
< Quoique Moïse, postérieur de peu d'années au berceau du 
« monde , semble avoir le premier consacré le Dieu de l'univers 

(i) Histoire du manichéisme , t. II, liv. ix, cli. 4- 
{■>) Dictionnaire philosophique, article religion. 



— XC1I — 

t dans le temple des saintes Lettres, ne vous imaginez point pour 
« cela que la reconnaissance du vrai Dieu soit née avec le Penta- 
f leuque. En effet , les livres du législateur sacré ne sont que 
« l'histoire de ce nom incommunicable, commençant dans le pa- 
t radis avec Adam , loin qu'il faille dater sa promulgation de 
« l'Egypte ou de Moïse. Voulez-vous une autre preuve? L'im- 
« mense multitude du genre humain n'avait jamais entendu par- 
« 1er du prophète hébreu, encore moins de ses livres; elle 
« connut cependant le Dieu de Moïse. Au milieu des ombres d'un 
« paganisme qui obscurcissaient le règne de la vérité , les na- 
f tions idolâtres distinguent l'Eternel de leurs vaines idoles, et 
« le nomment de son nom : le Dieu des dieux. >• 

Dieu ne voulant pas rester entièrement étranger à ses créa- 
tures , s'est donc révélé à l'homme , dès l'origine du monde; et 
la conscience de l'âme, ce don précieux du Créateur, qui de- 
puis le commencement est toujours la même, n'a pas pu ne point 
proclamer dans l'univers entier l'existence d'un Dieu éternel, 
tout- puissant et créateur. 

Mais puisqu'il existe un Dieu, principe de toutes choses et 
créateur de l'homme, ce Dieu qui a imposé des lois aux ani- 
maux, aux astres et à la matière , et qui s'est révélé lui-même à 
l'homme, sans quoi il n'aurait jamais été connu, ce Dieu a dû sou- 
mettre aussi l'homme à des lois, afin que cette créature n'adorât 
que le souverain maître , et fût un jour digne par sa pureté de 
contempler face à face le Très-Haut. Et ces lois , Dieu a dû les 
révéler à l'homme : nous allons le prouver. 

6 e QUESTION. 

Vue religion révélée de Dieu est-elle nécessaire à l'homme ? 

11 n'y apoinl d'esprit assez pénétrant pour dé- 
couvrir par lui-même des vérités aussi sublimes 
(celles de la religion), si on neles luimonlre pas; 
et cependant elles ne sont pas assez obscures 
pour qu'un bon esprit ne les comprenne parfai- 
tement, lorsqu'on les lui montre. 

Cicèiion , de Orat., lib. m, cap. St. 

Nous avons, démontré la nécessite d'une religion , afin que 
l'homme lût contenu dans les limites d'une liberté raisonnable, 



XCI1I 



el qu'il ne pût abuser de ses facultés au détriment de ses sembla- 
bles, ni les tourner à sa perte et à son malheur. Mais puisqu'il 
existe un Dieu, créateur de toutes les choses de ce monde, ce Dieu 
a dû révéler à l'homme les vérités qu'il eût été impossible à celui- 
ci de découvrir, s'il avait été abandonné à sa raison et à ses pro- 
pres lumières. Et comment l'homme aurait-il su qu'il existe un 
Dieu, tout-puissant, éternel, créateur de l'univers, si Dieu ne 
s'était point révélé? A quoi l'homme aurait-il pu reconnaître que 
Dieu veut être adoré, si Dieu ne le lui avait point prescrit? Au- 
rait-il connu la différence du bien d'avec le mal , si Dieu ne la 
lui avait enseignée? L'homme, abandonné à sa raison el à ses 
propres lumières, était incapable de reconnaître l'existence de 
Dieu et de se créer une religion. Aussi, la religion primitive est 
en même temps une religion naturelle et une religion révélée de 
Dieu; elle est naturelle, dans ce sens qu'elle est conforme aux 
besoins de l'humanité, à la nature de Dieu et à la nature de 
l'homme ; et que , lorsque nous en sommes instruits , nous pou- 
vons par les seules lumières de la raison , en sentir et en démon- 
trer la vérité. Mais elle n'est point naturelle dans ce sens , qu'au- 
cun homme soit parvenu par ses propres recherches à en décou- 
vrir tous les dogmes , tous les préceptes, et à les professer dans 
leur pureté : personne ne l'a connue, si ce n'est ceux qui l'ont 
reçue par la révélation ou par la tradition. 

Une expérience générale, et qui date de six mille ans, doit 
nous convaincre que la raison humaine, privée du secours de la 
révélation, n'est qu'un aveugle qui marche à tâtons dans le plus 
grand jour; car, à proprement parler, la raison n'est rien autre 
chose que la faculté d'être instruit et de sentir la vérité, lors- 
qu'elle nous est proposée; mais ce n'est pas le pouvoir de dé- 
couvrir toute vérité par nous-mêmes et par nos propres réflexions, 
sans aucun secours étranger. La raison n'est dans le fond que la 
connaissance d'un très-petit nombre d'objets; et nous sommes 
forcés de croire une infinité de faits aussi incompréhensibles pour 
nous que les mystères de la religion , sans qu'ils soient pour cela 
contraires à la raison. Ainsi , quand on parle à un aveugle-né des 
couleurs, d'un tableau, d'un miroir, d'une perspective et des 




— XCIV — 

merveilleux effets de la lumière , il n'y comprend pas plus qu'au 
mystère de !a Trinité. Cependant, s'il ne croyait pas au témoi- 
gnage de ceux qui ont des yeux, il serait un insensé. 

La raison livrée à elle-même égare l'homme ; elle le déprave ; 
et c'est en raisonnant très-mal que tous les peuples ont jugé qu'il 
fallait adorer les astres, les éléments, toutes les parties de la 
uature , les âmes des morts , même les animaux. En religion , la 
raison seule n'a enfanté qu'un polythéisme insensé , qu'une ido- 
lâtrie grossière. Et cent fois les philosophes ont avoué que si 
l'homme n'avait d'autre guide que la raison , le genre humain 
périrait bientôt ; car pour la plupart de nos actions naturelles, 
la raison ne nous sert à rien , l'instinct et le sentiment seuls de- 
viennent noire guide. Ainsi , ce n'est point la raison qui nous 
apprend qu'un tel fruit , qu'un tel aliment nous est salutaire ou 
pernicieux, que l'eau peut étancher notre soif , que des habits 
peuvent nous défendre des injures de l'air. Dans les questions de 
fait et d'expérience, la raison ne sert également à rien; nous 
sommes forcés de prendre pour guide le témoignage ou de nos 
propres sens ou de ceux d'aulrui , de nous fier à la certitude 
morale ; et celui qui dans ces circonstances ne voudrait consul- 
ter que sa raison , serait un insensé. Si un homme qui danse sur 
la corde raisonnait sur les règles de l'équilibre , son raisonne- 
ment lui ferait perdre l'équilibre, qu'il garde merveilleusement 
sans raisonner ; et la raison ne lui servirait qu'à tomber par terre. 
A l'égard de la religion , Dieu , dès le commencement du 
monde , s'est fait connaître à l'homme par les sens en l'instrui- 
sant de vive voix , et par conséquent par la révélation. Quel se- 
cours l'homme pouvait-il tirer alors de sa raison? il n'aurait pas 
seulement eu un langage formé si Dieu ne le lui avait donné en 
même temps que la faculté de parler. 11 est donc absolument 
faux que la raison soit le seul guide que Dieu nous ait donné pour 
le connaître, pour nous convaincre de son existence, et pour 
savoir quel culte nous devons lui rendre. 

Il n'est pas également plus vrai de dire avec les incrédules , 
que c'est par la raison seule que nous pouvons savoir si une reli- 
gion est révélée ou non , si elle est vraie ou fausse. C'est , à la 



IL ^ 



% \ . 



— xcv 



vérité, par la raison générale seule, qui ne peut nous conduire 
en erreur, de l'aveu même des philosophes cartésiens , que nous 
devons juger si les preuves d'une révélation sont réelles ou sup- 
posées , solides ou seulement apparentes ; mais ces preuves sont 
des faits. Or , les faits se prouvent par des attestations et par des 
monuments , et non par des raisonnements ou par un examen 
spéculatif de la religion révélée.Cexamen des faits est à la portée 
des hommes les plus ignorants. Il n'en est pas de même de l'exa- 
men de la doctrine ; il faut discuter pour savoir si elle est vraie ou 
fausse, et cette discussion ne peut être faite que par des hommes 
très-instruits; encore sont-ils exposés à se tromper lourdement. 

Avant, d'examiner si telle doctrine est vraie ou fausse en elle- 
même , il faut donc examiner d'abord si elle est révélée ou non , 
et dans le premier cas l'admettre comme divine, bien qu'on n'en 
comprenne pas les mystères. 

S'il était nécessaire , nous n'aurions pas beaucoup de peine à 
démontrer la faiblesse de la raison humaine, et la multitude de 
ses erreurs en fait de morale, €e droit naturel , de lois , d'usages 
et de coutume. Hérodote disait déjà autrefois que si l'on de- 
mandait à des hommes de différentes nations quelles sont les 
meilleurs lois et les coutumes les plus raisonnables, chacun d'eux 
ne manquerait pas de répondre que ce sont celles de son pays. 

Mais examinons le principe de la suffisance de la raison pour 
connaître la totalité des vérités religieuses, et nous aurons dé- 
montré l'absurdité du système des déistes modernes , qui rejet- 
tent toute révélation. 

Toutes les religions qui ont été professées dans le monde ren- 
fermaient des dogmes et des préceptes ; et parmi ces préceptes, 
les uns étaient relatifs au culte à rendre à la Divinité, les autres 
aux devoirs à observer Ainsi l'on peut considérer dans la reli- 
gion trois parties distinctes : la doctrine, le culte et la morale. 
Or la raison est incapable par elle-même et sans aucun enseigne- 
ment extérieur, d'avoir une connaissance exacte et entière d'au- 
cun de ces objets. 

Et d'abord , qui osera soutenir que la raison a en elle-même 
une force suffisante pour découvrir la doctrine de la religion tout 



— XCVI — 

entière , et que l'esprit humain a dans ses seules forces le moyen 
de s'élever à la notion exacte de Dieu , de ses perfections, de 
ses opérations, de ses jugements? qui aura l'absurde prétention 
de dire que , pour acquérir ces hautes connaissances, un se- 
cours divin lui soit inutile (1)? Mais recourons aux faits, exami- 
nons ce que devint la doctrine sacrée , et parmi le peuple , et 
même parmi les hommes éclairs, lorsque, égaré par ses pas- 
sions, l'homme eut perdu la trace de la révélation primitive, et 
que, secouant ce frein religieux, il voulut soumettre sa religion 
à sa raison. Le dogme fondamental de l'existence de Dieu ne pé- 
ril pas à la vérité , parmi le genre humain, soit que les tradi- 
tions primitives en eussent conservé la mémoire, soit plutôt 
qu'un sentiment naturel rappelle si fortement l'homme à son 
auteur , qu'il lui est impossible de l'oublier entièrement. Mais si 
Dieu ne fut pas absolument ignoré , il fut généralement mé- 
connu. L'univers, ce vaste temple , qui ne devait être consacré 
qu'à la gloire du Créateur, se remplit de toutes les espèces d'i- 
doles ; tout, jusqu'aux passions efcaux vices , fut érigé en divi- 
nité, obtint des autels, eut des ministres , se vit offrir des sacri- 
fices , et reçut le culte de l'homme. Ce roi de la nature se pros- 
terna servilement devant les objets les plus vils et les plus infâ- 
mes. Les philosophes eux-mêmes donnèrent l'enseignement et 
l'exemple des plus honteuses absurdités; et, comme si la sa- 
gesse divine eût voulu que la raison acquît par ses propres ef- 
forts la conscience de sa faiblesse , connût l'étendue et les bornes 
de l'esprit humain , elle fit marcher, dans l'ordre des temps , la 
philosophie avant la religion, et avant Jésus-Christ les plus beaux 
génies dont le monde se glorifie. 

Dans le siècle des plus brillantes lumières , la nature semblait 
s'épuiser pour enfanter les talents les plus brillants qui puissent 
exister parmi les hommes, et les génies les plus vastes dont 
l'histoire des siècles fasse mention. Toutes ces puissances intel- 
lectuelles multiplièrent leurs travaux pour découvrir les sublimes 
vérités qui unissent la terre au ciel : mais quel fut l'effet de tant 

(i) Saint Jean Chrysostome , Genèse , homélie 25, num, i4. 4» Sainl Ambroise, 
defide, cap. i, lib. xm, num. 79. 



L 



— XCVIt — 

de grands efforts, le fruit de tant de profondes méditations, 
le produit de tant de veilles? les contradictions les plus palpa- 
bles, les erreurs les plus grossières, le pyrrhonisme, l'athéisme , 
le matérialisme , le fanatisme, le polythéisme, l'abjuration de la 
providence, et d'autres systèmes encore aussi déraisonnables, 
tous fastueusement décorés , dans ces jours comme dans les nô- 
tres, du nom imposant de philosophie. Il vint enfin un temps où 
quelques philosophes plus conséquents que les autres , frappés 
des absurdités où étaient tombés leurs devanciers, sentant et la 
nécessité de la religion et leur impuissance à en trouver une véri- 
table, déclarèrent qu'il fallait abandonner le monde aux erreurs 
établies, et qu'il était nécessaire de le tromper (1). 

Voilà ce que le flambeau de la philosophie, qui avait répandu 
de si vives lumières sur les sciences naturelles , apporta auprès 
des vérités religieuses : une vapeur noire et infecte, qui redoubla 
encore l'obscurité dont elles étaient environnées. 

Jésus-Christ parut , et l'homme sut positivement et avec certi- 
tude tout ce qu'il a besoin de savoir sur la Divinité; et si le Fils 
de Dieu ne lui a pas donné l'explication des mystères, il lui en 
a du moins apporté la connaissance, il lui en a montré ce qu'il 
est nécessaire que la créature sache pour assurer ses relations 
avec son Créateur. 

La raison humaine est donc incapable , par elle-même et sans 
aucun enseignement extérieur, d'avoir une connaissance exacte 
et entière des principales vérités dogmatiques. Une révélation 
est donc nécessaire pour arriver avec certitude à cette connais- 
sance. Maintenant considérons son utilité, sa nécessité même 
relativement au culte dû à la Divinité. 

En admettant l'existence d'un Dieu , personne ne nous con- 
testera qu'il ne soit dû un culte à cet Être suprême, et les déistes 
eux-mêmes conviennent aujourd'hui de cette vérité. Les uns ré- 
duisent le culte de la Divinité aux seuls hommages intérieurs du 
cœur; d'autres, avouant qu'un culte extérieur est convenable 
et nécessaire, prétendent encore que la raison humaine est suf- 
fisante pour le régler, ou que , tout au plus , c'est une affaire de 

(i) Saint Augustin, de clvitate Del , lib, vi , cap, ip, mtra. 3; lib. iv, cap. a;, 



I 



— xcvm — 
police , qui doit être déterminée par les magistrats civils. Telles 
sont les trois assertions du déisme que nous allons examiner. 

Dès qu'il est dû un culte par tous les hommes , ce culte doit 
être un culte commun, et par conséquent un culte extérieur. Ré- 
duire le culte aux seules adorations extérieures, c'est ne vouloir 
véritablement point de culte. Les affections humaines ne sont 
pas des idées métaphysiques; elles tiennent tellement aux sens, 
que, sans leur ministère, elles ne peuvent se maintenir, ni peut- 
être même se former. La sensibilité morale de presque tous les 
hommes a besoin d'être excitée et entretenue par leur sensibilité 
physique. Le culte , s'il n'est fixé par des signes sensibles , ne 
tardera pas à s'égarer; s'il n'en est soutenu, il sera bientôt 
anéanti. Beaucoup d'hommes sont simples; une pompe solen- 
nelle est nécessaire pour élever leurs pensées. La majeure partie 
est faible et a besoin d'exemples qui la raniment; la plupart sont 
légers et frivoles, il faut que des actes extérieurs rappellent leur 
attention. Combien d'hommes sont grossiers et ignorants! ce 
n'est qu'à l'aide des rits solennels que les instructions reli- 
gieuses se graveront dans leur mémoire Tous ont des manières 
de voir et déjuger différentes ; sans assemblées publiques , qui 
est-ce qui les réunira dans une croyance unanime et dans une 
morale commune? Et si le culte extérieur n'est ni un devoir ni 
un besoin pour l'homme , pourquoi tous les législateurs l'ont-ils 
prescrit et réglé ? pourquoi tout ce qui a jamais existé d'hommes 
et de nations a-t-il constamment reconnu, adopté, pratiqué un 
culte? Toutes les histoires des temps anciens et modernes, des 
peuples éclairés et ignorants, nous présentent le genre humain 
rendant à la Divinité des hommages publics, élevant des tem- 
ples, dressant des autels, offrant des sacrifices , formant des 
vœux communs. Les cultes ont varié sur la terre , mais l'exis- 
tence d'un culte extérieur a été invariable en tout temps , 
comme en tout pays. 

Nous convenons cependant que le culte intérieur est le plus 
nécessaire à l'homme et le plus agréable à Dieu; mais ce n'est 
que pour le. maintenir et l'animer que le culte extérieur est éta- 
bli : et de la nécessité d'un culte extérieur résulte la nécessité 



— xcix — 



d'une autorité qui en prescrive les règles. Sans cette interven- 
tion supérieure, comment l'uniformité y serait-elle établie? com- 
ment la décence y serait-elle maintenue? 

Les déistes qui prétendent soumettre exclusivement le culte à 
la raison, n'ont pas fait attention que la raison n'est pas un être 
particulier ayant son existence à part. Chaque homme a sa rai- 
son, qui n'est pas celle des autres. Ainsi , faire de la raison la 
seule règle du culte, c'est rendre chaque individu juge de ce 
qu'il doit à la Divinité; et dès lors que de cultes divers ! Ici, les 
esprits simples dégraderont le culte par leurs pratiques minu- 
tieuses; là, de prétendus beaux esprits le simplifieront jusqu'à 
l'anéantir; ailleurs, des esprits dépravés le corrompront, fe- 
ront de l'hommage rendu à la Divinité le prétexte des plus 
graves offenses envers elle , et de l'acte le plus saint l'occasion 
des plus honteuses dissolutions. Rappelons -nous les myriades de 
cultes imaginés en l'honneur des dieux du paganisme. Et au mi- 
lieu de ce chaos de cultes divers, est-il possible de douter que 
leur diversité ne devienne la source intarissable de divisions, de 
disputes , de querelles? 

Ceux des incrédules qui laissent aux magistrats civils le soin 
de régler le culte, affaiblissent la difficulté, mais sans la résou- 
dre. Ils forment autant de religions que de pays, autant de 
changements dans la religion qu'il y aura de successions parmi 
les magistrats. Et comme dans le Catholicisme le culte divin est 
l'expression du dogme et de la morale, ses variations conti- 
nuelles , dans les divers pays et dans les divers temps, influeront 
nécessairement sur la croyance et sur la pratique. On présentera 
d'autres dogmes à professer, d'autres devoirs à remplir; et dans 
toutes ces fluctuations les abus se glisseront, les vices naîtront, 
et la nature sera aussi violée que la religion blessée. N'était-ce* 
pas sous l'autorité des lois, sous l'empire des gouvernements, 
sous l'inspection des magistrats, que se célébraient les mystères 
impurs qui font rougir la nature, que s'offraient les sacrifices 
humains qui la font frémir? 

L'enseignement de la raison est donc incomplet et insuffisant 
pour établir un culte religieux; il lui faut donc le secours d'une 



révélation supérieure; el ce secours ne lui est pas moins indis- 
pensable pour établir une bonne morale : c'est ce que nous allons 
démontrer. 

Et d'abord , observons la marche artificieuse de l'incrédulité. 
Elle avance que , par ses seules lumières, l'esprit humain peut 
aisément connaître et pratiquer toute religion ; et quand il s'agit 
de prouver son assertion générale , elle la réduit à la morale 
seule. Et comme c'est, en effet, la partie de la religion sur la- 
quelle la raison a le plus de prise, et que l'esprit humain peut 
le plus facilement apercevoir, c'est sur la loi morale que portent 
les principaux sophismes des ennemis de la révélation. Mais en- 
core sur ce point , leur prétention est vaine et leurs arguments 
frivoles ; car la raison humaine est totalement dépourvue de ce 
qu'il lui faudrait, pour réunir le monde dans une morale saine et 
commune; elle n'est suffisante ni pour faire connaître à l'homme 
tous les devoirs moraux , ni surtout pour les lui faire pratiquer. 

Prouvons d'abord que la morale ne trouve pas dans nos pen- 
sées l'évidence que lui attribuent les déistes ; nous démontrerons 
ensuite qu'elle n'y trouve pas également l'autorité. 

Et ici il ne s'agit pas seulement des premiers principes de la 
loi naturelle , qui se présentent naturellement à l'esprit, mais de 
cette loi tout entière , c'est-à-dire et de ces premiers principes et 
de leurs conséquences, soit prochaines, soit éloignées, qui ne 
se découvrent qu'à l'aide de raisonnements plus ou moins com- 
pliqués. 

En effet , si toute la loi naturelle est évidente , pourquoi a-t-elle 
été presque universellement méconnue, tant que le monde n'a 
été éclairé que par la raison, et jusqu'au temps où le soleil de 
vérité a répandu ses rayons sur l'univers? L'histoire de la raison 
humaine, avant que le Christianisme vînt l'instruire, n'est que le 
récit déplorable de ses monstrueuses absurdités. Les passions les 
plus dangereuses formellement autorisées, les actions les plus 
criminelles, non-seulement devenues communes dans la prati- 
que, mais justifiées par l'opinion publique, consacrées par des 
lois, déifiées par la religion ; voilà ce qu'était la morale des peu- 
ples, lorsque Jésus-Christ est venu la réformer. 



Si toute la loi naturelle est évidente , pourquoi, avant l'Évan- 
gile, n'a-t-il jamais paru une collection entière de préceptes , un 
code complet de vertus? Quelques philosophes avaient bien dé- 
couvert , un à un , par la seule force de leur raison , des princi- 
pes de conduite véritablement utiles; mais là fut posée à leurs 
découvertes une barrière que jamais ils ne purent franchir. 

Si toute la loi naturelle est évidente , pourquoi ces philosophes 
si célèbres , qui, à la profondeur du génie , à la force du raison- 
nement, joignaient toute la pompe de l'éloquence la plus per- 
suasive , iv'ont-ils pas eu la force de la faire connaître au monde ? 
Pourquoi , dans un long intervalle de temps, toute leur puissance 
s'est-elle réduite à former un petit nombre d'élèves , tandis qu'en 
peu de temps l'Évangile, avec sa simplicité, a répandu dans le 
monde entier la connaissance et la pratique de toutes les vertus? 

Si toute la loi naturelle est évidente , pourquoi les doutes dont 
sont enveloppées les opinions des philosophes? Pourquoi les con- 
traditions multipliées de leurs diverses écoles sur les fondements 
de la religion et des mœurs? L'Écrilure-Sainte nous présente ces 
génies si vantés , mais privés de la lumière, marchant à tâtons 
dans les ténèbres, errant çà et là, semblables à des hommes 
ivres (i), cherchant avec les mains, comme les aveugles, des 
murs qui les soutiennent et les dirigent, et se heurtant dans les 
ténèbres dont ils sont environnés (2). 

Si toute la loi naturelle est évidente , pourquoi les erreurs sur 
la loi naturelle, où sont tombés les plus beaux génies de l'anti- 
quité? On ne peut, sans déplorer la faiblesse de l'esprit humain, 
lire les absurdités grossières qu'ont avancées ceux mêmes qui 
ont le plus étendu ses connaissances ; on ne peut sans rougir rap- 
peler les maximes infâmes qu'ils ont débitées. 

Si toute la loi naturelle est évidente, pourquoi les aveux de 
ces hommes si célèbres sur leur impuissance à la découvrir, sur 
la nécessité d'un secours divin qui la fasse connaître (5)? 



(i) Job, ch, XII, V. 25. 

(2) haie, ch. lis, y. io. 

(3) Plato in Epeminide. — CiçéVon, Tusculanes, qiiaest., livre ni , ch. a8> rvnm. 
fig, — Id., de nafurd dcorvm , lib, i, cop. 221 num. 60. — Saint Justin, Apalx q, 

T. I. 9 



— Cil -* 

il est donc bien certain qu'avant la publication de l'Évangile , 
la raison humaine n'avait pu faire connaître avec évidence la to- 
talité des préceptes naturels , même aux plus beaux génies, aux 
plus profonds philosophes qui aient existé. Qu'on juge de là si 
elle peut les mettre à la portée des esprits ordinaires , c'est-à- 
dire de la très-grande majorité , de l'universalité morale du genre 
humain! Pour sentir plus vivement encore cette vérité, consi- 
dérons que de choses il faut supposer dans un homme , pour le 
croire capable d'atteindre, par la force de sa raison, la totalité 
des vérités morales? Les lumières avec le talent d'en faire usage ; 
la pratique du raisonnement abstrait; l'attention proportionnée 
à l'importance de l'objet, et qui ne soit ni détournée par l'in- 
souciance , ni distraite par les affaires ou par la dissipation ; l'es- 
prit dégagé des préjugés qui le préoccupent et qui l'égarent; le 
cœur vide des passions qui allèrent sa raison et lui font illusion 
sur ses devoirs. Qui oserait avancer que ces qualités sont inutiles 
pour connaître non-seulement les principes de la loi naturelle , 
mais toutes leurs conséquences? Qui oserait prétendre que tous 
les hommes en sont doués ? ' 

Ce qui a fait illusion à quelques esprits sur le pouvoir de la rai- 
son relativement à la morale , c'est la facilité qu'a la raison hu- 
maine de comprendre tous les préceptes moraux que lui dicte la 
loi divine, d'en reconnaître la sagesse, d'en saisir la convenance, 
d'en sentir l'harmonie et l'union qu'ils ont entre eux. De là on 
a conclu inconséquemment qu'elle a la force de les découvrir. 

Mais il est bien évident que l'homme ne peut trouver la morale 
entière au dedans de lui-même; incapable delà découvrir, il 
faut qu'il en soit instruit par la révélation : fa révélation seule 
tranche tous les raisonnements , termine toutes les disputes ; la 
révélation réforme les idées fausses, rectifie les inexactes, modère 
les exagérées, éclaircit les obscures , fixe les incertaines; elle 
imprime à tout ce qu'elle enseigne ses caractères de clarté , de 
certitude, d'universalité ; elle présente la lumière de la morale, et 



cap. 10. — Origène, contre Celse, livre vu, oum. 4a.— Lactance, institution divine 
livre i,ch. 8. 



-m CI» — 

soudain les ténèbres s'évanouissent, les doutes disparaissent, et 
l'univers éclairé l'adopte. 

Et quand même nous accorderions, contre l'évidence, que la 
raison humaine, par sa propre force etsansaucun secours étranger, 
peut atteindre à la connaissance de la totalité des devoirs moraux, 
elleserait encore insuffisante : une loi n'est pas une simple spécu- 
lation ; elle exige qu'on l'observe : une autorité qui impose l'obliga- 
tion del'observerluiestdoncessentiellementnécessaire. Or,cette 
autorité ne peut pas être dans la raison elle-même , c'est-à-dire 
dans la raison de chaque homme; car une obligation envers soi- 
même, dont on peut se délivrer à son gré, est une pure illusion. 

Les déistes , qui prétendent trouver dans la raison humaine 
l'autorité suffisante, le solide fondement de l'obligation , en ce 
que la raison nous découvre l'existence d'un être suprême dont 
la justice infinie récompense la vertu et punit le vice; ces déistes 
n'ont pas fait attention que tout ce qui résulte de cette connais- 
sance , c'est que nous devons pratiquer l'une et éviter l'autre : ce 
n'est là qu'une idée générale, et même vague, insuffisante pour 
diriger notre conduite. Il ne suffit pas de montrer en général 
qu'il y a une loi , d'établir vaguement qu'il existe un législateur; 
c'est la totalité des articles de cette loi que nous devons connaî- 
tre, afin que nous puissions les observer, sans quoi nous ne pou- 
vons être responsables de leur infraction. 11 est donc nécessaire 
d'appliquer l'autorité obligatoire à tous les articles de la loi , de 
faire voir que chacun de ses commandements émane du législa- 
teur. De quel droit prétendrait-on soumettre les hommes à ce 
qu'on appelle un précepte de la loi naturelle , si on ne leur en 
montre pas clairement que c'est l'auteur de cette loi qui l'a or- 
donné? Et s'il se rencontre des hommes qui , tout en convenant 
que Dieu a donné une loi naturelle , nient qu'il y ait compris ce 
que d'autres s'imaginent de leur prescrire , les préceptes natu- 
rels n'auront plus d'autorité que celle que leur attribuera la rai- 
son capricieuse de chaque individu. Dès lors, tout homme, de- 
venu dépositaire de sa morale et juge de ses devoirs , se créera 
une morale, se donnera des devoirs au gré de ses opinions, de 
ses intérêts, de ses passions : il y aura autant de lois naturelles 



^ 



' 



— CIV — 

que d'hommes; et partout la raison contredira la raison, la loi 
combattra la loi. De la même loi on fera ressortir des règles dia- 
métralement opposées ; souvent même , au nom de la loi natu- 
relle , se commettront les atrocités qui y sont les plus contraires. 
Ici , la piété filiale enfoncera le couteau dans le sein d'un père , 
pour lui épargner les insupportables longueurs de la vieillesse ; 
là , la tendresse paternelle immolera dans le berceau l'enfant mal 
constitué , pour lui sauver les douleurs dont le menace son orga- 
nisation vicieuse. Rappellerons-nous encore tous les crimes com- 
mis par des nations entières avec le sentiment de la vertu, dans 

le vif désir et dans la ferme persuasion de plaire à la divinité? 

Et lorsque la mauvaise foi , se prévalant de ces incertitudes, vou- 
dra ériger ses vices en vertu , quel moyen aura-t-on pour la con- 
fondre? Quand la cupidité , l'ambition, l'orgueil , la vengeance , 
le libertinage , toutes les passions qui agitent l'homme , préten- 
dront qu'en se satisfaisant elles obéissent à ce que leur dicte la 
loi naturelle , de quel droit viendra-t-on les réprimer? La raison 
humaine, dépositaire et seul organe de la morale, arbitre su- 
prême de ses devoirs, n'en est-elle pas le juge en dernier ressort? 

Mais pour se soustraire à ces affreux résultats, qui démontrent 
évidemment l'incohérence et le danger d'un pareil système, on 
prétend que , si la raison particulière de chaque homme ne peut 
ériger en loi toutes les vérités morales , la raison des hommes 
sages et éclairés est capable , en les faisant connaître, de mon- 
trer les devoirs qu'elles imposent; c'est-à-dire que l'autorité de 
la loi naturelle reposera dans la philosophie. Prouvons par trois 
raisons principales que la philosophie est absolument dépourvue 
d'autorité. 

En premier lieu, la philosophie qui autrefois agrandit le cercle 
de la morale naturelle par la découverte de quelques vérités 
nouvelles , eut-elle le pouvoir d'en corroborer l'empire , d'en ren- 
forcer la sanction? Le philosophe propose les idées d'ordre et de 
justice , mais il ne les érige pas en devoirs ; il indique les vertus, 
mais il ne les commande pas; il exhorte à les pratiquer, mais il 
ne les enjoint pas; il fait voir le danger des passions , mais il ne 
les proscrit pas; il peint la difformité du vice, mais il ne le con- 






damne pas. Précepteur et non législateur, il instruit toujours et 
n'ordonne jamais; il ouvre une école, mais il n'élève pas au tri- 
bunal; il donne des leçons, mais il ne dicte pas de préceptes : il 
pourra parvenir à l'autorité de persuasion, s'il en a le talent; 
mais tous ses efforts ne lui feront jamais atteindre l'autorité de 
commandement. 

En second lieu , le philosophe , qui ne peut employer que la 
voie de l'enseignement et de la discussion , ne peut même avoir 
l'autorité de persuasion que vis-à-vis d'un très-petit nombre de 
personnes. Ses leçons ne peuvent être reçues que par ceux qui 
ont assez de loisir pour les suivre , assez de lumières pour les com- 
prendre, assez de sagacité pour entrer dans des raisonnements 
abstraits. Ainsi la majeure partie , la presque totalité du genre 
humain est étrangère aux enseignements philosophiques. 

En troisième lieu , pour que les philosophes pussent acquérir 
de l'autorité, il faudrait au moins qu'ils fussent réunis dans un 
même enseignement. Mais lorsque , sur les points les plus essen- 
tiels, on les voit tous se contredire, quelle puissance peut-on leur 
attribuer? Quel droit a un philosophe de prescrire à l'homme des 
devoirs, que ne prescrit pas un autre philosophe? Si nous con- 
templons toutes les sectes philosophiques , nous les verrons toutes 
divisées d'opinions, se combattant avec acharnement, ayant 
chacune d'elles ses docteurs, ses partisans , ses disciples, ses 
adversaires, entretenant des discussions contradictoires, des 
disputes interminables , des querelles amères ; et c'est l'autorité 
de la philosophie qu'on imposerait à l'homme pour le régir ! Et 
c'est à elle qu'on arrogerait le droit de dicter à la terre tous les 
préceptes de la loi naturelle (1) ! En vérité, le déisme n'est pas 
plus heureux dans son système de la suprématie des philoso- 
phes, que dans celui de la suffisance de la raison humaine. 

Aussi les plus célèbres philosophes de l'antiquité , plus mo- 
destes et de meilleure foi que les modernes , ont reconnu la 
nécessité d'une lumière surnaturelle , pour connaître la nature 
de Dieu , la manière dont il veut être adoré , la destinée et les 

(1) De la Luzerne, Dissertalion sur la rcvdaUon. 



Léim 



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— cvi — 
devoirs de l'homme. Et il est démontré par le fait que , faute 
des secours d'une lumière surnaturelle, les plus savants philoso- 
phes se sont égarés en fait de religion aussi grossièrement que 
le vulgaire , et qu'ils ont consacré par leur suffrage toutes les 
erreurs et toutes les superstitions qu'ils ont trouvées établies. 

Platon donne pour avis à un législateur de ne jamais toucher 
à la religion , « de peur, dit-il , de lui en substituer une moins 
« certaine, car il doit savoir qu'il n'est pas possible à une nature 
t mortelle d'avoir rien de certain sur cette matière (1). » — 
Dans le second Alcibiade, il fait dire à Socrate : i II faut attendre 
c que quelqu'un vienne nous instruire de la manière dont nous 
c devons nous comporter envers les dieux et envers les hom- 

« mes ; jusqu'alors il vaut mieux différer l'offrande des 

« sacrifices , que de ne pas savoir en les offrant si on plaira à 

< Dieu , ou si on ne lui plaira pas. > — Dans le quatrième livre 
des Lois, il conclut qu'il faut recourir à quelque dieu, ou atten- 
dre du ciel un guide , un maître qui nous instruise sur ce sujet. 
— Dans le cinquième livre , il veut que l'on consulte l'oracle 
touchant le culte des dieux : « Car, dit-il , nous ne «avons rien 
t de nous-mêmes sur tout cela. » — Dans le Phédon, parlant de 
l'immortalité de l'âme , il dit que « la connaissance claire de ces 
« choses dans cette vie est impossible , ou du moins très-dif- 

< ficile Le sage doit donc, ajoute-t-il, s'en tenir à ce qui 

« paraît le plus probable, à moins qu'il n'ait des lumières plHS 
t sûres, ou la parole de Dieu lui-même qui lui serve de guide. > 

Cicéron, dans ses Tusculanes, après avoir rapporté ce que les 
anciens ont dit pour et contre le dogme de l'immortalité de 
l'âme, ajoute : t C'est l'affaire d'un Dieu de voir laquelle de ces 
« opinions est la plus vraie ; pour nous , nous ne sommes pas 
t même en état de déterminer laquelle est la plus probable. » 

Plutarque pense , comme Platon et Aristote , que les dogmes 
d'un Dieu auteur du monde, d'une providence, de l'immortalité 
de l'âme, sont d'anciennes traditions, et non des vérités décou- 
vertes par le raisonnement. Il commence son Traité en disant 



(1) Epinomis. 






■ 



— CVII — 

c qu'il convient à un homme sage de demander aux dieux toutes 
< les bonnes choses , mais surtout l'avantage de les connaître 
« autant que les hommes en sont capables , parce que c'est le 
« plus grand don que Dieu puisse faire à l'homme (1). » 

Les stoïciens pensaient de même. Simplicius est d'avis que 
c'est de Dieu lui-même qu'il faut apprendre la manière de nous 
le rendre favorable (2). 

Marc-Aurèle-Antonin attribue à une grâce particulière des 
dieux l'application qu'il avait mise à connaître les véritables rè- 
gles de morale ; et il se flatte d'avoir reçu d'eux non-seulement 
des avertissements, mais des ordres et des préceptes (3). 

Mélisse de Samos, disciple de Parménide, disait que nous ne 
devons rien assurer touchant les dieux, parce que nous ne les 
connaissons pas (4). 

Celse rapporte le passage de Platon , dans lequel il dit qu'il 
est difficile de découvrir le Créateur ou le père de ce monde , 
et qu'il est impossible ou dangereux de le faire connaître à 
tous (5). 

Ce fut aussi l'opinion des nouveaux platoniciens. Jamblique 
avoue que « l'homme doit faire ce qui est agréable à Dieu ; mais 
i il n'est pas facile de le connaître, dit-il, à moins qu'on ne l'ait 
« appris de Djeu lui-même , ou des génies, ou que l'on n'ait été 
« éclairé d'une lumière divine (6). > Il dit ailleurs qu'il n'est 
pas possible de bien parler des dieux , s'ils ne nous instruisent 
pas eux-mêmes (7). 

Porphyre est du même avis (8). 

Selon Proclus, nous ne connaîtrons jamais ce qui regarde la 
divinité , à moins que nous n'ayons été éclairés d'une manière 
céleste (9). 

(i) De Isir. et Osir. 

(2) Manuel cCEpiclète, t. H, p. r 2ii, 212. 

(3) Réflexions morales, livre 1 , à la fin. 

(4) Diog.-Laër., livre îx, § 24. 

(5) Origène, livre vu, num. 47. 

(6) Vie de Pythagore, ch. xxvm. 

(7) Mystères, sect. vin, ch. 18. 

(8) De abstinentiâ, lib. 11, num. 53. 

(9) InPlalon., Theol., cap. 1. 



1%. 



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— cvin — 

L'empereur Julien, ennemi déclaré de la révélation chrétienne, 
convient néanmoins qu'il en faut une. « On pourrait peut-être , 
« dit-il, regarder comme une pure intelligence et plutôt comme 
f un Dieu que comme un homme , celui qui connaîtrait la na- 
t ture de Dieu (1). » — « Si nous croyons l'âme immortelle, dil- 
« il autre part, ce n'est point sur la parole des hommes, mais 
c sur celle des dieux mêmes , qui seuls peuvent connaître ces 
c vérités (2). » 

C'est dans cette persuasion que tous les nouveaux platoni- 
ciens eurent recours à la théurgie , à la magie , à un prétendu 
commerce avec les dieux ou génies, pour en apprendre ce qu'ils 
ne pouvaient découvrir eux-mêmes. Mais, par une inconséquence 
palpable , ils rejetèrent le Christianisme qui leur offrait la con- 
naissance de ce qui leur importait le plus de savoir. 

Le simple peuple sentait le même besoin de la révélation que 
les philosophes , et c'est pour cela qu'il ajoutait foi si aisément 
à tous ceux qui se disaient inspirés , et à tous les moyens par 
lesquels il espérait connaître les volontés du ciel. Et cette cré- 
dulité des peuples démontre le besoin de s'attacher à la vraie 
révélation. 

Parcourons toutes les contrées de la terre ; remontons aux 
temps les plus anciens : où trouverons-nous une nation qui n'ait 
pas eu une religion positive , qui n'ait pas ajouté foi à des com- 
munications avec la divinité ; qui n'ait pas cru tenir directement 
de Dieu une doctrine à professer, des pratiques à observer et 
des règles à suivre ? Il faut que le besoin qu'a l'homme d'une 
révélation ait été bien vivement , bien universellement senti , 
pour réunir tout le genre humain dans une même croyance. Les 
peuples ont varié entre eux sur la révélation , mais ils se sont 
accordés sur la nécessité; ils ont altéré, obscurci, défiguré les 
enseignements positifs de la divinité , mais la persuasion d'un 
enseignement positif est restée constamment parmi eux. Cet 
accord si absolument général de tous les pays et de tous les 



(l) lettre à Tlièmistius, 

(a) Lettre à Théodore, pontife. 



CIX — 



temps, est un aveu solennel, prononcé par tout le genre humain, 
de l'insuffisance de la raison à connaître toute religion. 

Et qui ne reconnaîtrait que si la bonté divine a imposé une loi 
à l'homme, ce n'a été que pour enchaîner l'homme à Dieu par 
son propre intérêt ? Livré ù lui-même et affranchi du joug divin, 
qu'eùt-il semblé? L'expérience nous le démontre : un objet de 
dégoût pour son maître , un autre animal jeté pêle-mêle parmi 
ces animaux stupides qui ont été créés pour lui obéir, et que 
Dieu n'abandonne à leurs libres penchants que pour attester le 
mépris où il les tient. Au lieu de cela, l'éternelle sagesse a voulu 
que l'homme pût se glorifier d'avoir été jugé digne de tenir sa 
loi de Dieu, et que, créature raisonnable, élevée à l'intelligence 
et au raisonnement , il fût contenu dans les limites raisonnables , 
et soumis au monarque qui lui avait soumis la nature tout en- 
tière. 

Dieu avait donc jugé qu'une révélation était nécessaire à 
l'homme; aussi n'attendit-il pas que l'homme raisonnât, pour 
lui révéler, pour lui enseigner une religion : Dieu n'avait pas 
besoin du secours de la raison humaine pour prescrire des de- 
voirs à sa créature. 

7 e QUESTION. 

Exisle-t-il réellement une religion révélée? 

Dans les derniers temps , la montagne sur 
laquelle se bâtira la maison du Seigneur, 
sera fondée sur le haut des monts, et elle 
s'élèvera au-dessus des rochers , et toutes 
les nations y accourront en foule , en disant : 
Allons, montons à la montagne du Seigneur, 
à la maison du Dieu de Jacob; il nous en- 
seignera ses voies, et nous marcherons dans 
sej sentiers , parce que la loi sortira de Sion , 
et la parole du Seigneur de Jérusalem. 
Isaïe, ch. 11, v, a, 3. 



Dieu, disent les Pères de l'Église, donne au genre humain des 
leçons convenables à ses différents âges; comme un père tendre 



' 



■ 



— ex — 

il a égard au degré de capacité de son enfant ; il fait marcher 
l'ouvrage de la grâce du même pas que celui de la nature , pour 
démontrer qu'il est l'auteur de l'un et de l'autre. Tel est le prin- 
cipe duquel il faut partir pour concevoir le plan que la sagesse 
éternelle a suivi en prescrivant aux hommes une religion. 

Ainsi, dans les siècles voisins de la création, le genre humain, 
dans une espèce d'enfance , ne devait avoir d'autre société que 
celle des familles , d'autres lois que celles de la nature, d'autre 
gouvernement que celui des pères et des vieillards. 

Dieu, en donnant l'être à nos premiers parents, ne leur en- 
seigna que ce qu'ils avaient besoin de savoir pour lors ; il leur 
révéla qu'il est le seul créateur du monde , et en particulier de 
l'homme , que seul il gouverne toutes choses par sa providence, 
qu'il est le seul bienfaiteur et le seul législateur suprême , qu'il 
est le vengeur du crime et le rémunérateur de la vertu. Il leur 
apprit qu'il les avait créés à son image et à sa ressemblance , 
qu'ils étaient par conséquent d'une nature très-supérieure à celle 
des brutes , puisqu'il soumettait à leur empire tous les animaux 
sans exception- Il leur prescrivit la manière dont il voulait être 
honoré, en consacrant le septième jour à son culte. Il leur ac- 
corda la fécondité par une bénédiction particulière , en un mot, 
.il leur révéla une religion domestique, peu de dogmes, un culte 
simple , une morale dont il avait gravé les principes au fond du 
cœur. Le chef de famille était le ponlife-né de cette religion 
primitive. Émanée de la bouche du Créateur, elle devait passer 
des pères aux enfants par les leçons de l'éducation. La tradition 
domestique , les pratiques du culte journalier, la marche régu- 
lière de l'univers et la voix de la conscience se réunissaient 
pour apprendre aux hommes à n'adorer qu'un seul Dieu. 

Voilà ce que nous apprenons dans l'histoire même de la créa- 
tion, et ce qu- nous est confirmé par l'auteur de Y Ecclésiastique. 
Après avoir parlé de la création de nos premiers parents, l'écri- 
vain sacré ajoute : « Dieu les a remplis de la lumière , de l'in- 
f telligence , leur a donné la science de l'esprit , a doué leur 
• cœur de sentiment, leur a montré le bien et le mal; il a fait 
« luire son œil sur leurs cœurs, afin qu'ils vissent la magnificence 



— CXI — 

« de ses ouvrages , qu'ils bénissent son saint nom , qu'ils le glo- 
< rifiassent de ses merveilles et de la grandeur de ses œuvres ; 
f il leur a prescrit des règles de conduite , et les a rendus dé- 
« posjtaires de la loi de vie; il a fait avec eux une alliance éter- 
i nelle , leur a enseigné les préceptes de sa justice ; ils ont vu 
« l'éclat de sa gloire , ont été honorés des leçons de sa voix ; il 
t leur a dit : Fuyez toute iniquité ; il a ordonné à chacun d'eux 
« de veiller sur son prochain (1). » Et nous voyons cette religion 
sainte et divine se perpétuer dans la race des patriarches. 

La religion naturelle est donc une religion révélée de Dieu et 
conforme à l'état primitif des hommes. Les hommes ne l'ont 
point inventée ; ils étaient incapables de former une religion 
aussi sage et aussi pure que celle dont parlent les Livres saints. 
Et lorsque les déistes nous présentent la religion naturelle qu'ils 
ont forgée , comme l'ouvrage de la raison seule , ils nous en im- 
posent grossièrement : c'est l'œuvre de la révélation divine 

Autre chose est de dire que la raison humaine une fois éclairée 
par la révélation est capable de sentir et de prouver la vérité 
des dogmes primitifs professés par les patriarches , et autre 
chose de soutenir que la raison toute seule , sans aucun secours 
étranger, peut les découvrir. Un homme avec un certain degré 
d'intelligence est capable de comprendre le système de Newton, 
d'en saisir les preuves , d'en suivre les conséquences ; mais s'en- 
suit-il de là qu'il était en état de l'inventer, quand même on ne 
lui en aurait jamais parlé? 

Deux mille cinq cents ans après la création , le genre humain 
s'était multiplié , les peuplades s'étaient réunies en corps de na- 
tion ; il leur fallait des lois , et une religion qui rendît ces lois 
sacrées. Déjà, la négligence des pères, l'indocilité des enfants, 
la jalousie , l'intérêt , la crainte , passions inquiètes et ombra- 
geuses, avaient fait interrompre peu à peu les pratiques du culte 
commun et oublier la tradition domestique ; déjà , la plupart 
avaient plus ou moins altéré les dogmes essentiels de la région 
primitive ; et n'osant secouer absolument le joug de la révélation 



(i) Ch. Xvii , v. 5 et suiv. 



— CX1I — 

divine, ils avaient cherché à le rendre moins incommode, moins 
gênant pour leurs passions. L'homme devenu polythéiste et ido- 
lâtre , s'était fait autant de divinités qu'il y a d'êtres dans la 
nature ; il ne suivait que son caprice dans le culte qu'il leur ren- 
dait ; et se livrait à tous les désordres dont les erreurs fatales 
du polythéisme et de l'idolâtrie sont la source. Chaque peuplade 
avait sa religion , ses dieux indigènes et nationaux , ses pro- 
tecteurs particuliers ennemis des autres peuplades ; et toutes 
divinisaient leurs rois et leurs fondateurs. Dieu se fit alors con- 
naître aux hébreux sous de nouveaux rapports analogues aux 
circonstances. Non-seulement il renouvela par Moïse et confirma 
les leçons qu'il avait données à leurs pères , mais il y en ajouta 
de nouvelles , relatives au génie d'une nation naissante , qui 
allait bientôt devenir un peuple policé. Le culte ancien fut con- 
servé ; Dieu le rendit seulement plus étendu et plus pompeux , 
et il établit un sacerdoce. Il apprit, en outre, aux hébreux qu'il 
est le fondateur de la société civile , l'auteur et le vengeur des 
lois , l'arbitre du sort des nations , leur seul protecteur et leur 
roi suprême. Il répétait continuellement aux hébreux : « C'est 
« moi qui suis votre seul maître et votre Dieu. > Conséquem- 
ment , dans le code mosaïque , Dieu incorpora ensemble les lois 
religieuses , civiles, politiques et militaires; il imprima aux unes 
et aux autres le sceau de son autorité et leur donna la même 
sanction ; il statua les mêmes peines contre les infracleurs , les 
mêmes récompenses pour ceux qui seraient fidèles à les obser- 
ver. De là , les lois sévères contre l'idolâtrie , la défense de sa- 
crifier aux dieux des autres nations, la peine de mort prononcée 
contre les prévaricateurs. Un israélite coupable d'avoir sacrifié 
à des dieux étrangers , était non-seulement criminel de lèse- 
majesté , mais traître envers sa patrie ; il était censé rendre 
hommage à un roi étranger. 

Ceux qui ont déclamé contre cette théocratie, contre cette re- 
ligion locale, nationale, exclusive, sévère, jalouse, n'étaient ni 
de profonds raisonneurs ni d'habiles politiques. Les peuples 
étaient alors dans l'effervescence des passions de la jeunesse; 
ils ne respiraient que la guerre, les conquêtes, le meurtre, le 



— CXIII — 

brigandage ; ils ne goûtaient que les voluptés grossières ; ils ne 
connaissaient d'autre bien que la satisfaction des sens. H fallait 
donc un frein rigoureux , une législation sévère et menaçante 
pour les réprimer. Iduméens, égyptiens , phéniciens , assyriens , 
tous étaient possédés de la même fureur. Dieu plaça au milieu 
d'eux la république juive , pour leur servir de modèle et pour 
leur montrer ce qu'ils auraient dû faire : ils ont mieux aimé se 
dépouiller et s'entre-détruire, nourrir entre eux des jalousies, 
des inimitiés , des guerres continuelles qui ont été la source de 
tous leurs malheurs. 

Ce fut là la seconde époque de la révélation , et comme, pour 
ainsi dire, la transition à un nouvel ordre de choses qui devait 
commencer à Jésus-Christ. Car la religion juive n'était qu'un 
préparalif à la révélation plus ample et plus générale que Dieu 
voulait donner lorsque le genre humain serait devenu capable de 
la recevoir ; et Dieu n'avait point laissé ignorer à son peuple ce 
qu'il avait résolu de faire dans les siècles suivants : par la bouche 
de ses prophètes , il lui avait annoncé la vocation future de 
toutes les nations à sa connaissance et à son culte. 

Pour amener le genre humain à cette troisième et dernière 
révélation, Dieu s'est servi de la démence générale des peuples, 
de la manie des conquêtes. Vers l'an 4000 du monde, l'empire 
romain avait englouti tous les autres ; la plupart des habitants 
du monde connu étaient devenus sujets du même souverain. Par 
les transmigrations , par les voyages , par les exploits des guer • 
riers , par le commerce , par les arts , par la philosophie , le 
genre humain semblait être parvenu à l'âge mûr. Les peuples 
étaient devenus capables de fraterniser, de former ensemble 
«ne société religieuse universelle : Dieu a daigné l'établir. Il 
avait parlé aux premiers hommes par leur père, aux nations 
naissantes par un législateur; il a parlé à l'univers entier par son 
Fils. Jésus-Christ , fidèle interprèle des volontés de son Père, 
n'est point venu fonder un royaume ni une société temporelle , 
mais le royaume des cieux , le royaume de Dieu, la communion 
des saints. Tout, en effet , dans la religion universelle du Christ, 
se rapporte au salut et à la sanctification de l'homme. Notre di- 



— extv — 

vin Mailre n'a contredit aucun des dogmes révélés dès le com- 
mencement; au contraire, il les a étendus, expliqués, confirmés; 
il n'a révoqué aucune des lois morales prescrites à Adam, à Noé, 
et renfermées dans le Décalogue de Moïse, mais il les a dévelop- 
pées , il en a montré le vrai sens et les conséquences , il en a 
rendu la pratique plus sûre par des conseils de perfection. Au 
culte matériel et grossier qui convenait aux premiers âges du 
monde, il a substitué l'adoration en esprit et en vérité, un culte 
simple, mais majestueux, praticable et utile dans toutes les con- 
trées de l'univers. Cette dernière époque de la révélation est ap- 
pelée par les apôtres, des derniers jours, la plénitude des temps, 
t la consommation des siècles, » parce que c'est le dernier état 
des choses qui doit durer jusqu'à la fin du monde. 

Ce n'est pas connaître le Christianisme , que de l'envisager 
comme une religion nouvelle , isolée, qui ne tient à rien, qui n'a 
ni titres ni ancêtres. Le Christianisme est le couronnement d'un 
édifice commencé à la création , et qui s'est avancé avec les siè- 
cles; le complément d'un plan constamment suivi par la provi- 
dence divine, d'un dessein à l'exécution duquel Dieu a fait servir 
toutes les révolutions de l'univers : ce plan divin embrasse toute 
la durée des siècles. 

Un signe non équivoque de l'opération divine, est la con- 
stance et l'uniformité ; ce caractère brille dans la nature , il n'é- 
clate pas moins dans la religion. Dieu n'a point enseigné aux 
hommes dans un temps le contraire de ce qu'il leur avait dit 
dans un autre ; mais à certaines époques il leur a révélé des 
vérités dont il ne les avait pas encore instruits auparavant. La 
croyance des patriarches n'a point été changée par les leçons de 
Moïse; le symbole des chrétiens, quoique plus étendu, n'est 
point opposé à celui des hébreux. Le code de morale donné à 
Moïse se retrouve dans le Décalogue; Celui-ci a été renouvelé, 
expliqué et confirmé par Jésus-Christ. 

Où est l'erreur religieuse ou philosophique qui jouisse , dès sa 
naissance, d'une perfection immuable comme en jouit la religion 
révélée de Dieu? où est l'homme capable de lui donner une telle 
perfection? Et lorsqu'un imposteur arabe , Mahomet, voulut pu- 



. . I - 







^B 



— exv — 

blier une quatrième révélation, se placer sur ia môme ligne que 
Moïse et Jésus-Christ, quelle liaison a-t-il mise entre cette pré- 
tendue révélation et les trois précédentes? à peine les connais- 
sait-il, et il était trop ignorant pour en saisir l'ensemble. Le 
Muhométisme ne lient à rien ; il est même positivement opposé 
à plusieurs des vérités que Dieu a révélées : or Dieu ne s'est ja- 
mais contredit. Le Mahométisme est une religion purement na- 
tionale, analogue au climat , aux mœurs et au génie des arabes. 
L'auteur était, comme ses compatriotes, ignorant, mais rusé, 
fourbe, voluptueux, violent, avide de brigandage et de rapines: 
il a donné à sa doctrine l'empreinte de son caractère. 

Si nous remontons plus haut , nous retrouvons le même défaut 
dans la religion de Zoroastre. Il ignorait ou il a méconnu ce que 
Dieu avait révélé aux patriarches et aux israélites, et il l'a contre- 
dit dans les points les plus essentiels : tels que l'unité de Dieu et 
sa providence , l'origine de l'âme, la source du mal , etc. , etc. 

Mais pour confondre toutes les religions prétendues révélées , 
il nous suffira de démontrer les caractères essentiels à une reli- 
gion révélée, et de prouver que le Christianisme seul possède 
ces caractères sacrés ; d'où nous tirerons cette conséquence for- 
cée, que toutes les autres religions sont des inventions purement 
humaines , parce que l'unité de Dieu entraîne nécessairement 
l'unité de religion. 

8 e QUESTION. 

Caractères essentiels à une religion révélée : le Christianisme pos- 
sède-t-il ces caractères? 

Oui, Seigneur, si par impossible ma foi 
était une erreur, ce serait vous qui m'auriez 
trompe' , en permettant que le Christianisme 
fût marqué à des caractères où je reconnais 
l'empreinte de votre main toute-puissante. 
Richard de Saint-Victor. 



Dieu n'a pu imposer à l'homme une religion, qui n'aurait pas 
joui d'une manière ineffaçable de tous les caractères de la divi- 



— CXVI 



nité. Un célèbre calviniste devenu déiste en convient, et trace 
lui-même les principaux caractères essentiels à une religion ré- 
vélée. « Lorsque Dieu, dit Jean-Jacques Rousseau, donne aux 
hommes une révélation que tous sont obligés de croire , il faut 
qu'il l'établisse sur des preuves bonnes pour tous, et qui par 
conséquent soient aussi diverses que les manières de voir de 
ceux qui doivent les adopter. Sur ce raisonnement , qui me pa- 
raît juste et simple , on a trouvé que Dieu avait donné à la mis- 
sion de sesenvoyés divers caractères qui rendaient cette mission 
reconnaissable à tous les hommes, petits et grands, sages et 
sots , savants et ignorants. 

t Le premier, le plus important , le plus certain de ces carac- 
tères se tire de la nature de la doctrine , c'est-à-dire de son 
utilité, de sa beauté, de sa sainteté, de sa vérité, de sa pro- 
fondeur et de toutes les autres qualités qui peuvent annoncer 
aux hommes les instructions de la suprême sagesse et les pré- 
ceptes de la suprême bonté. Ce caractère est le plus sûr, le 
plus infaillible ; il porte en lui-même une preuve qui dispense 
de toute autre: mais, il est le moins facile à constater; il 
exige, pour être senti, de l'étude, de la réflexion, des con- 
naissances, des discussions, quine conviennent qu'aux hommes 
sages qui sont instruits et qui savent raisonner, 
t Le second caractère est dans celui des hommes choisis de 
Dieu pour annoncer sa parole; leur sainteté, leur véracité, 
leur justice, leurs mœurs pures et sans tache, leurs vertus 
inaccessibles aux passions humaines, sont, avec les qualités de 
l'entendement, la raison, l'esprit, le savoir, la prudence, au- 
tant d'indices respectables, dont la réunion, quand rien ne s'y 
dénient, forme une preuve complète en leur faveur et dit qu'ils 
sont plus que des hommes. Ceci est le signe qui frappe par 
préférence les gens bons et droits qui voient la vérité partout 
où ils voient la justice , et n'entendent la voix de Dieu que dans 
la bouche de la vertu. 

c Le troisième caractère des envoyés de Dieu est une émana- 
tion de la puissance divine qui peut interrompre et changer 
le cours de la nature à la volonté de ceux qui reçoivent celte 



— cxvu — 
« émanation. Ce caractère est, sans contredit, le plus brillant 
i des trois , le plus frappant , le plus prompt à sauter aux yeux , 

< celui qui, se marquant par un effet subit et sensible, semble 
c exiger le moins d'examen et de discussion : par là ce carac- 
t tère est aussi celui qui saisit spécialement le peuple , incapable 
« de raisonnements suivis, d'observations lentes et sûres , et en 
i toute chose esclave de ses sens. 

« Il est clair que quand tous ces signes se trouvent réunis , 
c c'en est assez pour persuader tous les hommes, les sages , les 
i bons, et le peuple; tous, excepté les fous incapables de rai- 
« son, et les méchants qui ne veulent être convaincus de rien. 

< Ces caractères sont des preuves de l'autorité de ceux en qui 
« ils résident; ce sont les raisons sur lesquelles on est obligé de 
« les croire. Quand tout cela est fait, la vérité de leur mission est 
t établie ; ils peuvent alors agir avec droit et puissance , en qua- 
« lité d'envoyés de Dieu (1). ». 

Recherchons maintenant si le Christianisme présente tous les 
caractères d'une religion révélée, tels que Jean-Jacques Rous- 
seau les exige. 



Première preuve de la d'iv'inùé du Christianisme. 

Une des preuves de la divinité du Christianisme, c'est la liai- 
son intime et frappante qui se trouve entre les trois époques de 
la révélation. Celle que Dieu avait donnée aux premiers hom- 
mes, dès le commencement du monde, était destinée à fonder 
la société naturelle et domestique; elle convenait à des fa- 
milles naissantes, et qui ne pouvaient encore former des peu- 
plades considérables. La seconde , de laquelle Moïse fut l'organe 
et l'apôtre, tendait évidemment à établir une société nationale 
entre les descendants d'Abraham , à fonder sur une même base 
la religion et les lois ; législation remarquable que Dieu plaça 
exprès dans le centre de l'univers connu, et comme un flambeau 
pour éclairer tous les peuples et les amener à la recherche et à 
la connaissance du vrai Dieu. La troisième révélation fut appor- 

(i) 3 e lettre de la Montutjne, 

T. I. I> 



• i: 



1 



1 



m 



— CXVIII — 

tée au monde par Jésus-Christ, lorsque les nations se trouvèrent 
suffisamment policées pour former entre elles une société reli- 
gieuse universelle : et le Christ a dévoilé le dessein de Dieu , 
lorsqu'il a ordonné à ses apôtres d'enseigner toutes les nations. 
L'une de ces révélations a préparé l'autre; et Dieu faisant mar- 
cher l'ouvrage de la grâce du même pas que celui de la nature , 
toutes ont été analogues à l'état dans lequel se trouvait le genre 
humain. ^ 

Deuxième preuve. 

Les prophéties qui ont annoncé avec une précision si remarqua- 
ble la venue du Messie, fournissent une preuve non moins évidente 
de la divinité du Christianisme. C'est encore une chaîne qui com- 
mence à Adam, traverse quarante siècles et se termine à Jésus- 
Christ. La clarté de ces prophéties va toujours en augmentant, 
à mesure que les événements approchent, et leur sens se déve- 
loppe enfin par leur accomplissement. L'une n'a pu servir de 
modèle à l'autre ; car toutes annoncent des événements que Dieu 
seul pouvait opérer. 

Il est important de faire remarquer ici ce qui se passait dans 
le monde quelque temps avant l'arrivée du Messie , dont on re- 
trouve partout la croyance. L'attente générale d'un homme ex- 
traordinaire préoccupait alors tous les esprits. Au milieu du 
triomphe des belles-lettres et des beaux-arts, nous dit l'histoire, 
une immense préoccupation s'emparait de tous les esprits; un 
malaise contagieux gagnait tous les cœurs ; chacun était possédé 
d'une ardente curiosité de l'avenir. Des bruits mystérieux sor- 
taient des villes, circulaient dans les hameaux. On assiégeait les 
astrologues; les jeunes hommes interrogeaient les vieillards; on 
fatiguait les oracles. Les poésies sibyllines étaient exhumées ; 
on citait les traditions cuméennes et judaïques : elles annon- 
çaient un roi qui sortirait de l'est de la Judée pour gouverner 
l'univers; et ces rumeurs, qui de toutes parts sourdaient dans 
l'empire, arrivaient des quatre vents aux barbares. Sous la hutte 
duDace comme aux jardins d'Acadème, sous la lente de l'arabe 
ainsi qu'aux marais du Batave, chacun en son idiome s'enqué- 



— CXIX — 

rait du siècle nouveau. Le docte Whislon a constaté d'une ma- 
nière irréfragable cette recherche générale des prédictions. «On 
€ ne saurait croire, dit le savant commentateur Heyne, à quel 
« point, en ce temps, les hommes de tous les pays du monde 
i étaient préoccupés de prophéties, et en avaient l'esprit 
< frappé. » Les historiens païens, Tacite et Suétone, l'attestent 
formellement. Dans l'Orient, il était dit qu'une étoile merveil- 
leuse conduirait les sages vers le lieu où devait naître l'enfant. 
Un empereur de l'Inde, alarmé de quelques oracles, chargea ses 
émissaires de mettre à mort cet enfant, s'ils venaient à le dé- 
couvrir. Il ne voyait, lui, qu'un conquérant d'empires dans le 
roi annoncé, et il avait peur. Les cités, les cabanes frémissaient, 
impatientes du jour annoncé; jamais on n'avait ouï de telles es- 
pérances, vu de telles agitations ; et; tandis que la savante Athè- 
nes élevait un autel à ce dieu inconnu, dans son lyrique transport, 
Virgile s'écriait : « Voyez le monde chancelant sous le poids de 
€ sa voûte ; les terres , les vastes mers , comme tout se réjouit 

< du siècle qui va naître... L'enfant gouvernera l'orbe pacifié .. 

< le serpent périra- » 

Troisième preuve. 

Une autre preuve encore plus frappante de la divinité de la 
révélation chrétienne est le caractère auguste de Jésus-Christ 
l'héroïsme de ses vertus, l'éclat de ses miracles, et l'exacte pré- 
cision de ses prophéties. En effet, le Fils de Dieu a montré, dans 
toutes les circonstances de sa vie, une sagesse, une sainteté, un 
courage supérieur à l'humanité , et qui ne pouvaient se trouver 
que dans un Dieu fait homme. Il n'avait à l'extérieur ni le crédit 
des prêtres égyptiens , ni la considération dont jouissait Confu- 
cius, ni la politique des philosophes indiens, ni l'ascendant de 
Pythagore, ni l'autorité de Numa; mais il n'a eu non plus ni la 
férocité ambitieuse de Zoroastre, ni la voluptueuse brutalité de 
Mahomet. Son pouvoir était divin : il a persuadé par ses vertus, 
par ses miracles, par ses souffrances. Populaire, affable, indul- 
gent , miséricordieux , charitable , ami des pauvres et des igno- 






}%. 



— cxx — 
ranls; simple dans sa conduite et dans ses leçons , il n'affectait 
point une éloquence fastueuse, ni un rigorisme outré , ni des 
mœurs austères, ni un air réservé et mystérieux : c'est que sa 
mission n'avait d'autre but que la gloire de Dieu son Père, la 
sanctification des hommes , le salut et le bonheur du genre hu- 
main. Patient jusqu'à l'héroïsme, modeste et tranquille dans les 
souffrances, il les a supportées sans faiblesse et sans ostenta- 
tion, et il est mort en demandant grâce pour ses accusateurs, 
pour ses juges et pour ses bourreaux. Le monde avait déjà vu 
des justes persécutés et souffrants , il n'en avait vu aucun bénir 
Dieu dans les supplices et offrir son sang pour l'expiation des 
iniquités de la terre. 

Les miracles de Jésus-Christ prouvent également la divinité de 
sa mission , non-seulement par leur merveilleux éclat , mais en- 
core par leurs effets bienfaisants : ils furent tous des œuvres de 
charité. Le Fils de Dieu n'a voulu user de son pouvoir divin 
que pour guérir des malades , nourrir des pauvres, consoler 
des affligés , ressusciter des morts tendrement aimés ; et il a 
opéré ces prodiges sans intérêt, sans vanité, sans affectation; il 
a même refusé d'en faire , soit pour contenter la curiosité, soit 
pour punir ses ennemis : on les obtenait de lui par les prières , 
par la confiance , par la docilité. 

Nous ne trouvons point ces caractères dans les prodiges fabu- 
leux qu'une aveugle crédulité attribue à des imposteurs. Ceux-ci 
n'aboutissaient qu'à étonner ou à corrompre les hommes; ceux 
du Sauveur étaient destinés à les éclairer et à les sanctifier. 

Doué du don de prophétie , Jésus-Christ l'a fait éclater , non- 
seulement en développant le sens des anciens oracles, et en mon- 
trant leur accomplissement dans sa personne, mais en prédisant 
ce qui devait lui arriver à lui-même, et ce qui devait survenir 
après sa mort dans l'établissement de son Église. 

Quatrième preuve. 

La prédication des apôtres et les circonstances dont elle a été 
accompagnée, leurs qualités personnelles, la certitude de leur 



L 



— CXXI — 

témoignage, les obstacles qu'ils eurent à vaincre, la continuité 
de leurs succès , la mort qu'ils ont subie pour attester la vérité 
des faits qu'ils anDonçaient, la manière dont le Christianisme a 
été attaqué et la manière dont il a été défendu, les révolutions 
arrivées dans la suite des siècles, qui semblaient devoir l'anéan- 
tir, et qui dans le fait ont contribué à sa propagation ; en un 
mot, l'établissement du Christianisme est une des preuves les plus 
sensibles de sa divinité ;[car non-seulement le Christianisme n'a 
dû sa rapide et étonnante propagation à aucun principe humain, 
mais, au contraire, tous les principes humains qui peuvent con- 
courir au succès d'une entreprise se sont opposés au progrès du 
Christianisme. L'histoire attestant la vérité de ces deux propo- 
sitions, l'on est forcé de reconnaître la divinité du Christianisme, 
et de regarder son établissement comme l'ouvrage de Dieu. 

En effet, cet établissement de l'Église, commencé parles mi- 
racles de son fondateur, a été cimenté par ceux de ses disci- 
ples et affermi par ceux des saints. Une religion tellel que le 
Christianisme ne pouvait réunir par un autre moyen des peuples 
si divisés par leurs mœurs, leurs idées, leurs prétentions , leur 
orgueil national. Indépendamment des préjugés anciens, sacrés, 
universels, auxquels le monde entier était asservi , il y avait des 
philosophes : plusieurs ont été convertis. Ces hommes, si pré- 
venus de leur propre mérite , n'ont pas coutume de céder aux 
raisonnements ; ils ont donc été persuadés par des miracles. Que 
les juifs aient consenti à fraterniser avec des païens ; que ceux-ci 
aient pris des juifs pour maîtres; que l'Asie ait été changée par 
des pêcheurs, la Grèce instruite par des ignorants, Rome subju- 
guée par des pauvres , les barbares , apprivoisés par des saints , 
ou ce sont là des miracles, ou il en a fallu pour opérer de tels 
phénomènes. 

Considéré en lui-même , et sans rapport aux prédictions soit 
de l'Ancien , soit du Nouveau Testament , dit Du voisin (1) , l'éta- 
blissement du Christianisme est un phénomène qu'on ne peut 
expliquer sans les miracles de l'Évangile , ou sans recourir à la 



(i) Démonstration évangéllque , ch. vin. 



— cxxu — 

puissance de celui qui dispose de l'esprit et du cœur de l'homme 
comme il veut. Chercherons-nous les causes naturelles de cette 
révolution, ou dans la nature même de la doctrine chrétienne , 
ou dans les qualités personnelles de ceux qui l'enseignaient , ou 
dans les dispositions et les préjugés des peuples à qui elle était 
annoncée, ou dans l'ignorance, la crédulité et les besoins des 
premiers chrétiens, ou enfin dans l'influence du gouvernement? 

1° La doctrine chrétienne n'avait rien qui pût lui promettre 
un pareil succès. Il est vrai que , par la sublimité de ses dogmes 
et par la pureté de sa morale, le Christianisme l'emportait infi- 
niment sur les religions dominantes. Mais ces dogmes sublimes 
n'étaient nullement à la portée du peuple; et les philosophes ne 
pouvaient qu'être révoltés de ces mystères qui confondaient tout 
leur savoir, et ne s'accordaient avec les principes d'aucunesecte. 
Parce qu'ils n'étaient pas idolâtres , les chrétiens furent long- 
temps regardés comme des athées. On porta la haine et la pré- 
vention jusqu'à les accuser de commettre dans leurs assemblées 
les crimes les plus abominables. 

La morale évangélique était trop sévère pour un siècle ou ré- 
gnait la corruption la plus effrénée. Elle ne devait, tout au plus, 
être goûtée que du petit nombre d'hommes raisonnables et ver- 
tueux qui ne font secte nulle part. Le gouvernement ne vit pas 
l'avantage qu'il pouvait en retirer pour les moeurs publiques. 
Jamais il ne se donna la peine de l'examiner. Les princes, les ma- 
gistrats, les philosophes , ne la connurent pas mieux que le vul- 
gaire. Marc-Aurèîe lui-même , stoïcien inconséquent, persécuta 
le Christianisme ; et dans ses Réflexions morales il lui fait un 
crime de la constance qu'il inspire au milieu des tourments. 
Tous les préjugés de l'éducation , de l'habitude et de la politique, 
conspiraient contre la nouvelle religion ; et si aujourd'hui que 
les préjugés n'existent plus , ou plutôt qu'ils existent en faveur 
du Christianisme , nous voyons au milieu de nous un si grand 
nombre d'incrédules , pourquoi supposeriez-vous que les apôtres 
n'ont eu besoin que de proposer leur doctrine pour s'attacher 
une multitude innombrable de prosélytes? 

N'oublions pas une autre considération, bien importante parce 



— cxxiii — 
qu'elle prouve que l'on ne doit établir aucune parité entre le 
Christianisme et les fausses religions. Toutes les religions , ex- 
cepté celle de Moïse qui fait partie du Christianisme, sont fon- 
dées, ou sur des miracles clandestins, ou sur de vieilles traditions 
également inaccessibles à la critique, également propres à nour- 
rir l'enthousiasme et la crédulité. Mais le Christianisme , au 
moment de son origine, n'était que l'histoire de ce qui venait 
de se passer en Judée, sous les yeux de toute la nation, et l'on 
voit d'abord que l'examen d'une histoire si publique et si ré- 
cente donnait moins de prise à l'erreur que les opinions spécu- 
latives*ou traditionnelles des fausses religions. 

2° Par qui la religion chrétienne a-t-elle été annoncée? Jésus 
venait d'expirer sur une croix , et il semblait que sa religion dût 
finir avec lui. Mais il avait ordonné à douze de ses disciples de 
la prêcher dans la Judée et dans tout l'univers. Comment osait-il 
compter sur leur obéissance posihume? quel empire espérait-il 
conserver sur des esprits découragés et désabusés par sa mort? 
Et puis, vit-on jamais un chef de parti choisir plus mal ses coo- 
pérateurs? 

Ce n'était pas trop, pour une pareille entreprise, que la réu- 
nion de toutes les qualités qui peuvent imposer aux hommes, 
les éblouir ou les suhjuguer. La conquête du monde, la création 
d'une monarchie universelle sur les esprits, n'était pas quelque 
chose de si facile que l'on dût en abandonner le soin à des hommes 
vulgaires. Cependant c'est à douze misérables pêcheurs, sans lu- 
mières, sans courage, sansélévation, que Jésus confie l'exécu lion de 
ses vastes desseins. Allez , leur dit-il , instruisez toutes les nations, 
et soumettez-les à ma loi. Quoi ! les juifs qui l'ont crucifié ! les 
grecs, si fiers de leur philosophie! les romains, qui croient de- 
voir à leurs dieux l'empire du monde ! tous ces peuples dont ils 
ne connaissent ni le pays, ni les mœurs, ni la langue! Quel 
étrange commandement ! quelle mission! quels ministres! Ce- 
pendant les apôtres ont obéi , et ils ont vu la doctrine de leur 
maître établie dans toutes les provinces de l'empire romain. 

3° Attribuera-t-on le succès des apôtres aux dispositions favo- 
rables qu'ils trouvèrent dans les esprits? Dira-t-on que les juifs 



.: 



— CXXIV — 

cl tes païens étaient préparés à recevoir la doctrine chrétienne '! 

Ce serait une erreur manifeste. Pour ce qui est des juifs, il est 
certain que jamais ils ne se montrèrent plus attachés à la religion 
de Moïse, qu'à l'époque de la prédication des apôtres. On en 
trouvera la preuve dans tous les livres du Nouveau Testament, 
et dans l'histoire de Josèphe. Il est encore certain que les juifs 
regardaient le Christianisme comme un culte incompatible avec 
celui de Moïse. Ce fut le zèle du peuple pour la loi qui fournit 
aux ennemis de Jésus le prétexte de sa condamnation. Les apô- 
tres eux-mêmes ne furent jamais accusés d'autre crime que de 
blasphémer contre le temple, et de vouloir détruire l'ancienne 
religion. Les préjugés superstitieux du peuple, la politique des 
magistrats, l'intérêt des prêtres, l'honneur de la nation, tout 
s'élevait contre la nouvelle doctrine. 

Les juifs devaient haïr le Christianisme, les païens devaient le 
mépriser. Une religion née dans un pays décrié parmi toutes les 
nations éclairées, comme le berceau d'une superstition triste, 
absurde et odieuse au genre humain (1) ; une religion proscrite 
dans le lieu même de son origine, déshonorée par le supplice de 
son auteur, annoncée par des hommes dépourvus de tout ce qui 
peut inspirer la confiance; une religion austère dans ses précep- 
tes, incompréhensible dans ses dogmes, et qui offrait à ses sec- 
tateurs un Dieu crucifié pour objet de culte et de modèle : le 
Christianisme, en un mot, était peu propre à s'attirer l'attention 
des grecs et des romains. Ces peuples dédaigneux et corrompus 
n'étaient pas disposés à quitter des superstitions anciennes et 
domestiques, qui flattaient leur imagination, les sens , les pas- 
sions, la vanité nationale , pour un culte étranger qui ne respi- 
rait que la pauvreté, les humiliations et la fuite des plaisirs. 

Mais, disent les incrédules, lorsque le Christianisme s'annonça 
dans le monde , l'idolâtrie était tombée dans le plus grand dis- 
crédit. Les philosophes, les orateurs, les poètes s'en moquaient 
ouvertement. Il ne faut donc pas s'étonner que ces esprits fai- 
bles, qui ne peuvent se passer d'une religion , aient accueilli le 



(i) facile. 



— cxsv — 

Christianisme , à qui d'ailleurs la pureté de sa morale et la ré- 
gularité exemplaire de ses premiers disciples donnaient tant 
d'avantage sur le culte idolâtre. 

Au temps de Jésus-Christ et des apôtres , l'idolâtrie était la 
religion de l'empire romain. Ses fêtes, ses pontifes, ses augures, 
toutes les observances de son culte faisaient partie de l'ordre 
public. Les anciennes lois, qui défendaient sous les peines les 
plus sévères l'introduction des cultes étrangers, étaient en pleine 
vigueur; Tibère venait de les renouveler contre les juifs. Quelle 
que fût l'opinion des philosophes et des gens de lettres, le peu- 
ple n'était point désabusé. S'il y avait des esprits qui affectaient 
de se mettre au-dessus des préjugés populaires, leur prétendue 
sagesse ne les menait guère qu'à l'athéisme ou à une indiffé- 
rence totale en matière de religion. Rien n'annonçait que l'ido- 
lâtrie dût tomber d'elle-même ; elle se soutint encore quelque 
temps sous les empereurs chrétiens , malgré la rigueur de leurs 
édits. Les progrès de la philosophie et des lumières n'ont eu au- 
cune part à la chute du paganisme ! Au contraire , ce sont les 
philosophes, c'est un Porphyre, un Jamblique, un Libanius, un 
Julien , qui s'en déclarent les défenseurs , lorsqu'il est près de 
succomber aux attaques du Christanisme. 

Mais quand on supposerait , contre toute raison , que dans 
les circonstances où se trouvaient les apôtres, il ne devait pas 
leur paraître impossible de renverser l'idolâtrie, il reste à ex- 
pliquer ce qu'il y avait de plus difficile dans leur entreprise , 
l'établissement de leur propre religion. Le culte populaire aboli, 
il devait arriver naturellement que les gens éclairés et vertueux 
se fissent une religion philosophique et raisonnable , tandis que 
la foule se serait précipitée dans l'impiété ou dans de nouvelles 
superstitions. L'abjuration de l'idolâtrie ne conduisait pas né- 
cessairement à la profession du Christianisme : elle en éloignait 
bien plutôt tous ceux qui voulaient secouer le joug de la religion. 
Et pour ce qui était du petit nombre des bons esprits capables 
de goûter l'excellence de la morale chrétienne , il leur était fa- 
cile de se l'approprier, en la transportant dans leur philosophie , 
comme ont l'ail Epictèteet les empereurs Marc Aurèle et Julien. 



^ 



— CJHM — 

Le Christianisme était prêché en même temps aux juifs et 
aux gentils. S'il n'eût trouvé de sectateurs que parmi les juifs, 
on ne manquerait pas de rejeter ce succès sur l'ignorance , la 
crédulité, la superstition , si souvent reprochées à cette nation 
par les écrivains profanes. S'il n'eût été embrassé que par des 
grecs et des romains, on pourrait se défier d'une opinion qui se 
serait formée loin du théâtre des événements , mais que répon- 
dre au suffrage réuni des compatriotes et des étrangers? 

4 8 L'opinion des premiers fidèles , dit l'incrédule , mérite peu 
de considération. Le Christianisme, dans son origine, n'a trouvé 
de sectateurs que dans le petit peuple préparé à la séduction , 
non-seulement par son ignorance et sa crédulité , mais encore 
par son infortune et par les espérances , les consolations , les 
aumônes que lui offrait une religion bienfaisante, amie des pau- 
vres et des malheureux. 

Il est vrai que les apôtres comptaient un plus grand nombre 
de prosélytes dans la classe du peuple que parmi les riches et 
les savants. Saint Paul lui-même en fait la remarque dans plu- 
sieurs de ses épîtres. Mais, loin de former un préjugé contre le 
Christianisme, la facilité et l'empressement avec lequel ce grand 
nombre de pauvres et d'ignorants l'ont embrassé , prouveront 
plutôt, que pour y croire, il ne fallait que de la simplicité et de 
la bonne foi. S'il s'agissait d'une doctrine fondée sur le raison- 
nement ou sur des recherches savantes et difficiles , l'opinion 
du peuple ne serait d'aucun poids. xMais lorsqu'il est question de 
faits éclatants et notoires qui ne demandent que des yeux et des 
oreilles, l'homme simple et ignorant peut juger aussi bien que 
le philosophe : et s'il se montre plus disposé à croire, c'est qu'il 
ne s'étudie pas à combattre , par de vaines subtilités , l'impres- 
sion naturelle que fait sur son esprit le rapport de ses sens. 

Cependant il ne faut pas s'imaginer que l'Église chrétienne, 
dans ces premiers temps, ne fût composée que d'ignorants et de 
misérables de la lie du peuple. Le contraire est prouvé par les 
épîtres même de saint Paul , où nous trouvons des préceptes et 
des conseils pour toutes les conditions, pour les maîtres commp 
pour les esclaves, pour les riches comme pour les pauvres, pour 



i_ 



— C XXVII — 

ceux qui s'adonnaient à l'étude de la loi ou de la philosophie , 
aussi bien que pour ceux qui vivaient du travail de leurs mains. 

Parmi les disciples de Jésus, l'histoire évangélique nomme un 
Nicodème, prince des juifs; un Joseph d'Arimathie, noble décn- 
rion, ou, comme porte le texte grec , noble sénateur; un Za- 
chée, homme riche et chef des publicains; un Jaire, prince de la 
synagogtie, et plusieurs autres d'un rang distingué. Nous lisons 
dans le livre des Actes , que dès le commencement de la prédi- 
cation des apôtres, un grand nombre de prêtres, multa turba 
sacerdotum, et même plusieurs pharisiens obéissaient à la foi. 
Le centenier Corneille, l'eunuque de la reine Candace, le pro- 
consul Paul , Denys l'aréopagite, étaient des personnages con- 
sidérables. A Thessalonique , les premiers qui embrassèrent la 
foi tenaient un rang distingué dans la ville, et ils ne se rendirent 
qu'après avoir comparé l'enseignement des apôtres avec la doc- 
trine des Écritures (I). Parmi les éphésiens qui crurent à la 
prédication de saint Paul, il y avait des hommes lettrés, puisque 
plusieurs apportèrent des livres impies ou superstitieux et en 
brûlèrent pour une sommé considérable. 

Le consul Flavius Clément et Domitilla, son épouse, tous deux 
parents de Domilien, périrent dans la persécution allumée pat- 
cet empereur. Pline atteste qu'il y avait en Bithynie des chré- 
tiens de tout rang et de toutes conditions , omnis ordinis. Tertul- 
lien avertit Scapula, proconsul d'Afrique, que parmi les chrétiens 
qu'il veut immoler, il trouvera des sénateurs, des femmes de la 
plus haute naissance, les parents de ses amis. Dans un de ses 
rescrits, l'empereur Valérien reconnaît que des sénateurs et des 
femmes du premier. rang ont embrassé le Christianisme. 

Les monuments qui nous restent des deux premiers siècles de 
l'Eglise, les lettres de saint Clément de Rome, de saint Ignace, 
de saint Polycarpe; les écrits d'Hermas, de saint Justin, d'Athé- 
nagore, sans parler deQuadratus, d'Aristide, de Mélion et d'une 
infinité d'autres dont les ouvrages ont péri, font assez voir que 

(l) Actes ries apôtres , ch. xvw. 



1 



— CXXVill — 

le Christianisme, dans son origine, n'était pas réduit à une mul- 
lilude ignorante et imbécile. 

Dans le troisième siècle, lorsque la preuve des faits évangcli- 
ques conservait encore tout son éclat, 'et que les monuments 
originaux étaient entre les mains de tout le monde, les nom- 
mes les plus savants, les plus beaux génies, un Tertullien, 
unOrigène, un Ammonius d'Alexandrie , Jules africain, saint 
Cyprien, Lactance, Eusèbe de Césarée, consacrent leurs veilles 
à l'étude et à la défense du Christianisme. Depuis sa naissance 
jusqu'à nos jours, la religion de l'Évangile, dédaignée par le bel 
esprit, le demi-savoir et le libertinage, a constamment obtenu 
l'hommage de tout ce qu'il y a eu de plus célèbre par le génie, 
par les lumières et par les vertus. 

Comment l'incrédule osera-t-il compter, parmi les moyens de 
séduction, les espérances, les consolations, et jusqu'aux aumônes 
que le Christianisme offrait à ses prosélytes? 

Les espérances et les consolations de la foi chrétienne n'étaient 
pas de nature à éblouir la multitude; elles ne pouvaient faire 
quelque impression que sur des âmes vertueuses, fortement dé- 
terminées à sacrifier tous les intérêts du monde et des passions, 
au désir du salut éternel. Que le peuple se laisse prendre à l'ap- 
pât de la licence et de l'impunité , c'est une chose naturelle et 
trop ordinaire; mais que, sans motif, sans examen, malgré tous 
ses préjugés, il embrasse une doctrine qui oblige à la vertu la 
plus austère, qui ne lui présente aucun avantage temporel, et 
l'expose à de nouvelles peines et à de nouveaux dangers, c'est 
un genre de séduction dont il n'y avait pas encore eu d'exemple. 

Les aumônes, si souvent recommandées dans les' épîtres de 
saint Paul , étaient un bien faible dédommagement pour la gène 
et les périls inséparables alors de la profession du Christianisme, il 
s'en fallait de beaucoup qu'elles pussent suffire aux besoins de 
tous les convertis, et certainement elles n'étaient pas destinées à 
nourrir l'oisiveté. Car saint Paul fait une loi rigoureuse du tra- 
vail, en disant que celui qui ne travaille pas ne mérite pas de 
manger. Quelle injustice, quel travers d'esprit de chercher un 



— CXXIX — 

argument contre le Christianisme dans une institution où l'on ne 
devrait qu'admirer le désintéressement et la charité qu'il in- 
spire .'Quelle inconséquence, de ranger les aumônes parmi les- 
moyens de séduction, quand on prétend que l'Eglise n'était alors 
composée que de misérables ! Était-ce les juifs ou les païens qui 
en faisaient les fonds? Et si c'étaient les chrétiens, comme il faut 
bien le supposer, par quel motif ces hommes opulents avaient-ils 
été gagnés à la religion? 

5° Enfin attribuera-t-on les progrès du Christianisme à l'in- 
fluence du gouvernement, à la protection des empereurs? Mais 
au contraire, le Christianisme s'est établi dans toutes les parties 
du monde connu, sans aucun secours humain, et malgré tous les 
efforts de la puissance civile. En effet, depuis sa naissance jus- 
qu'au temps de Constantin, le Christianisme n'a presque jamais 
cessé d'être en butte aux plus violentes persécutions. A Jérusa- 
lem les apôtres sont emprisonnés, battus de verges ou mis à 
mort. Partout où ils portent leurs pas, les juifs les poursuivent, 
les accusent devant les tribunaux, ou soulèvent le peuple contre 
eux. Néron rejette sur les chrétiens l'incendie de Rome, et les 
fait expirer dans des supplices affreux ; Domitien, Trajan, Sé- 
vère, Uecius, Valérien, Aurélien, Dioclétien et ses collègues pu- 
blient des édits sanguinaires contre le Christianisme; les gouver- 
neurs des provinces ajoutent à la cruauté des lois impériales. Dans 
toute l'étendue de l'empire, une populace superstitieuse et féroce 
demandée grands cris le sang des chrétiens; leurs tourments font 
partie des spectacles et des jeux publics. L'histoire ecclésiasti- 
que compte dix persécutions générales ordonnées par des édits : 
mais lors même que les empereurs semblaient accorder quelque 
répit aux chrétiens, il s'élevait des persécutions locales, autori- 
sées en quelque sorte par les anciennes lois qui défendaient d'in- 
troduire de nouvelles religions. 

Que dans les légendes apocryphes du moyen âge, on ait exa- 
géré le nombre des martyrs, je le veux bien, mais à s'en tenir 
aux monuments originaux, aux écrits contemporains d'un Ter- 
tullien, d'un saint Cyprien, d'un Lactance, d'un Eusèbe de Césa- 
rée, aux actes authentiques qui sont parvenus jusqu'à nous, aux 



C1XX — 



témoignages même des auteurs profanes, de Tacite, de Pline, 
de Dion, du jurisconsulte Ulpien, de l'empereur Marc-Aurèle , on 
ne peut calculer combien de milliers de victimes ont péri dans 
cette guerre de trois cents ans, où les chrétiens ne montrèrent 
de courage que pour aller au-devant de la mort ou pour la rece- 
voir. Tel était le danger qui menaçait continuellement les secta- 
teurs de la nouvelle religion, que les païens, par une dérision 
barbare, les appelaient hommes de roue, hommes de bûcher, 
Semaxii, Sarmenlilii. 

C'est donc un fait incontestable que la foi s'est étendue et affer- 
mie au milieu des persécutions, et que le sang des martyrs, 
comme dit Tertullien, est devenu une semence féconde. 

Concluons donc que le Christianisme n'a dû ses premiers suc- 
cès ni à la nature de sa doctrine, ni aux qualités personnelles 
de ceux qui l'enseignaient, ni aux dispositions et aux préjugés 
de ceux qui l'ont reçu, ni enfin à l'influence du gouvernement. 
Si, en raisonnant dans l'hypothèse de la fausseté du christianisme, 
nous cherchons à expliquer le phénomène singulier de son éta- 
blissement et de ses progrès avant le règne de Constantin, nous 
ne découvrons aucune proportion entre les moyens et la fin, 
entre la faiblesse des causes et la grandeur de l'effet. Tout ce 
qui se passe, dans cette hypothèse, nous paraît en contradiction 
avec les principes connus de l'ordre moral. Nous ne concevons 
ni la conduite des premiers docteurs de l'Évangile, ni celle 
de leurs prosélytes , ni celle de leurs adversaires ; tous agissent 
constamment contre la penle de toutes les affections humaines , 
et la conversion du monde devient pour nous une sorte de 
prodige plus incroyable que tous les prodiges de l'histoire évan- 
gélique. 

Mais dans l'hypothèse de la vérité du Christianisme toutes les 
difficultés s'aplanissent, toutes les invraisemblances disparais- 
sent. Sans parler de l'action toute-puissante de celui qui plie à 
son grêles cœurs et les esprits, et dont la grâce fécondait la pa- 
role dé ses envoyés, le Christianisme renfermait en lui-même les 
causes et la raison suffisantes de ses conquêtes sur le Judaïsme et 
l'idolâtrie ; la conversion du monde serait un prodige inexplica- 



— cxxxr — 

ble si elle n'avait en pour motifs les prodiges consignés dans les 
annales de l'Eglise. 

Ici se présente trois choses incroyables qui cependant ont eu 
lieu, dit saint Augustin, c II est incroyable que le Christ soit 

< ressuscité dans sa chair, et qu'il soit monté au ciel avec celle 

• même chair; il est incroyable que le monde ait pu croire une 

< chose si incroyable ; il est incroyable que ce soit un petit nom- 
« bre d'hommes ignorants et de la lie du peuple qui aient per- 
» suadé ce fait si incroyable à l'univers et même aux savants. De 

• ces trois choses incroyables, ceux qui disputent contre nous 
« refusent de croire la première ; ils voient la seconde de leurs 

• yeux, et ils ne peuvent dire comment elle s'est faite, à moins 
« d'admettre la troisième. 

« La résurrection de Jésus-Christ et son ascension au ciel avec 

< la chair dans laquelle il est ressuscité, sont publiées et crues 
' dans le monde entier ; si elle n'est pas croyable, pourquoi tout 
s l'univers le croit-il? si un grand nombre desavants et d'hom- 
t mes distingués s'étaient donnés pour témoins de ce prodige, 
« il serait moins étonnant que le monde les en eût crus, et nous 
« ne voyons pas pourquoi l'on refuserait aujourd'hui de les 
t croire. Mais si, comme il est vrai, le monde a cru sur le témoi- 
« gnage d'un si petit nombre d'hommes obscurs et ignorants, 
« comment se trouve-t-il encore des entêtés qui ne veulent pas 
« croire ce qu'a cru le monde entier? Celui qui, pour croire, de- 
< mande de nouveaux prodiges, est lui-même un prodige mon- 
• strueux, puisqu'il résiste seul à la foi de l'univers. Si l'on ne 
« veut pas croire que les apôtres eux-mêmes aient opéré des 
« miracles en preuve de la résurrection et de l'ascension de Jé- 
« sus-Christ, ce sera pour nous un assez grand miracle que toute 
« la terre ait cru sans miracle (I). > 

Cinquième preuve. 

La divinité du Christianisme se prouve encore par le témoi- 
gnage que les martyrs ont rendu à la vérité des faits sur lesquels 

(1) Decivitale Dei, lib. xxn, cap. 2. r >. 



//; 



— CXXXIl — 

celte religion est fondée; témoignage confirmé par les attaques 
même des philosophes , par les aveux forcés des hérétiques et 
par la conduite des apostats. 

Il n'est pas étonnant qu'une religion établie par des moyens 
évidemment surnaturels , ait inspiré aux martyrs le courage de 
mourir pour elle. Ainsi, les disciples de Jésus-Christ, témoins 
oculaires de ses miracles , les premiers martyrs qui avaient vu 
ceux des apôtres , les chrétiens des siècles suivants qui ne pou- 
vaient en douter, en subissant la mort pour une religion à la- 
quelle ces faits servaient de base , en ont scellé de leur sang la 
réalité. Jamais on n'a pu citer l'exemple d'un homme qui se soit 
livré au supplice pour attester la vérité des faits faux et con. 
trouvés, ou incertains, dont il n'avait aucune preuve. L'on peut 
alléguer sans doute des entêtés morts pour des opinions fausses 
dont ils étaient infatués , et desquelles ils ne voulaient pas se 
départir ; mais on n'en connaît point qui aient bravé les tour- 
ments pour soutenir des faits dont ils n'étaient pas convaincus. 
Rien n'est plus aisé que de se tromper sur des opinions ; mais il 
est impossible de se faire illusion sur des faits dont les sens sont 
juges compétents et irrécusables. On peut prendre pour des 
miracles des faits qui sont seulement étonnants et merveilleux ; 
mais ceux de l'Évangile sont de telle nature, que le surnaturel 
en est aussi palpable aux ignorants qu'aux philosophes. 

«• L'Évangile , dit l'incrédule Bayle , prêché par des gens sans 
« nom , sans étude, sans éloquence, cruellement persécutés et 
« destitués de tous les app.uis humains, ne laissa pas de s'établir 
t en toute la terre. C'est un fait que personne ne peut nier, et 
« qui prouve que c'est l'ouvrage de Dieu (l). » 

« De tous les miracles dont Dieu honorait la foi des apôtres et 
€ des martyrs, dit Rousseau, le plus frappant fut la sainteté 
* de leur vie. L'histoire des premiers temps du Christianisme 
« est un prodige continuel. » 



(i) Dhlionnaiie historique et (riitr/ue , au mot Mahomet, remarque O. 



— cxxxrrr — 

Sixième preuve. 

Des dogmes sublimes, une morale sainte, un culte majestueux 
et pur, une discipline sévère, sont encore des preuves de la di- 
vinité du Christianisme : toutes les parties de cette religion se 
soutiennent par un concert admirable et se servent mutuelle- 
ment d'appui. 

Vainement on chercherait une religion utile, belle, sainte et 
raisonnable chez les nations les plus célèbres de l'univers. 
Égyptiens, chinois, indiens, perses, grecs, romains, arabes, 
peuples anciens ou modernes, du nord ou du midi, barbares ou 
policés, ignorants ou philosophes, tous ont donné dans le même 
écueil, l'idolâtrie. Dès qu'ils ont perdu de vue la révélation pri- 
mitive et les leçons de nos premiers pères, un aveuglement, 
général les a saisis; et il s'est augmenté à mesure que les nations 
se civilisaient et s'éclairaient. Les progrès qu'elles ont fait n'ont 
servi qu'à rendre leurs erreurs plus incurables. 

La sagesse , la sainteté et la sublimité de la doctrine évanffé- 
lique en prouvent donc la divinité. Laissons parler Jean-Jacques 
Rousseau ; ses éloges ne sauraient être suspects. « L'Évangile , 
t dit-il , ce livre divin , le seul nécessaire à un chrétien , et le 
e plus utile à quiconque ne le serait pas, n'a besoin que d'être 
e médité pour porter dans l'âme l'amour de son auteur et la 
« volonté d'accomplir ses préceptes. Jamais la vertu n'a parlé 
« un si doux langage , jamais la plus profonde sagesse ne s'est 
t exprimée avec tant d'énergie et de simplicité. On n'en quitte 
« point la lecture sans se sentir meilleur qu'auparavant. 

« Voyez les livres des philosophes avec toute leur pompe : 
c qu'ils sont petits auprès de celui-là ! Se peut-il qu'un livre , à 
• la fois si sublime et si sage , soit l'ouvrage des hommes? se 
« peut-il que celui dont il fait l'histoire ne soit qu'un homme 
t lui-même? Est-ce bien là le ton d'un enthousiaste ou d'un 
e ambitieux sectaire? Quelle douceur, quelle pureté dans ses 
« moeurs ! quelle grâce touchante dans ses instructions ! quelle 
« élévation dans ses maximes ! quelle profonde sagesse dans ses 
T. I. i 



. 



j %*. 



— cxxxrv — 



discours ! quelle présence d'esprit , quelle finesse et quelle 
justesse dans ses réponses! quel empire sur ses passions ! 
Où est l'homme, où est le sage qui sait agir, souffrir et mourir 
sans faiblesse et sans ostentation ? Quand Platon peint son 
juste imaginaire , couvert de tout l'opprobre du crime et di- 
gne de tous les prix de la vertu, il peint trait pour trait Jésus- 
Christ : la ressemblance est si frappante , que tous les Pères 
l'ont sentie, et qu'il n'est pas possible de s'y tromper ! 
t Quels préjugés, quel aveuglement ne faut-il point avoir 
pour oser comparer le fils de Sophronisque au fils de Marie ! 
Quelle dislance de l'un à l'autre ! Socrate, mourant sans dou- 
leur, sans ignominie, soutint aisément jusqu'au bout son per- 
sonnage ; et si cette facile mort n'eût honoré sa vie , on dou- 
terait si Socrate, avec tout son esprit, fût autre chose qu'un 
sophiste. Il inventa, dit-on, la morale. D'autres avant lui l'a- 
vaient mise en pratique; il ne fit que dire ce qu'ils avaient 
fait , il ne fit que mettre en leçons leurs exemples. Aristide 
avait été juste, avant que Socrate eût dit ce que c'était que la 
justice ; Léonidas était mort pour son pays, avant que Socrate 
eût fait un devoir d'aimer la patrie; Sparte était sobre, avant 
que Socrate eût loué la sobriété; avant qu'il eût loué la vertu, 
la Grèce abondait en hommes vertueux. Mais où Jésus avait- 
il pris chez les siens cette morale élevée et pure , dont lui 
seul a donné les leçons et l'exemple? Du sein du plus furieux 
fanatisme la plus haute sagesse se fit entendre; et la simpli- 
cité des plus héroïques vertus honora le plus vil de tous les 
peuples. La mort de Socrate, philosophant tranquillement 
avec ses amis, est la plus douce qu'on puisse désirer ; celle de 
Jésus expirant dans les tourments, injurié , raillé, maudit de 
tout un peuple , est la plus horrible qu'on puisse craindre. 
Socrate, prenant la coupe empoisonnée, bénit celui qui la lui 
présente et qui pleure ; Jésus, au milieu d'un supplice affreux, 
prie pour ses bourreaux acharnés. Oui , si la vie et la mort 
de Socrate sont celle d'un sage, la vie et la mort de Jésus sont 
d'un Dieu. 
« Dirons-nous que l'histoire de l'Évangile est inventée à plai- 



— cxxxv — 

« sir? Ce n'est, pas ainsi qu'on invente; et les faits de Socrate, 
• dont personne ne doute , sont moins attestés que ceux de 
« Jésus-Christ. Au fond, c'est reculer la difficulté, sans la dé- 

< truire. Il serait plus inconcevable que plusieurs hommes d'ac- 
i cord eussent fabriqué ce livre , qu'il ne l'est qu'un seul en ait 

< fourni le sujet. Jamais des auteurs juifs n'eussent trouvé ni ce 
« ton , ni cette morale ; et l'Évangile a des caractères de vérité 
« si frappants , si parfaitement immuables , que l'inventeur en 
t serait plus étonnant que le héros (1). » 

Septième preuve. 

Lorsque Dieu a daigné révéler le Christianisme aux hommes, il 
lui a donné pour principaux caractères essentiels de divinité, l'u- 
nité, l'immutabilité et l'universalité. L'enseignement vivant et 
public de l'Église catholique est, en effet, le même pour les sa- 
vants et pour les ignorants, pour les peuples barbares et pour 
ceux qui sont policés; toutes les autres religions, soit anciennes 
soit modernes, sont appropriées au climat, aux usages et aux 
mœurs de chaque nation. La religion chrétienne, seule, n'a pas 
plus de relation avec une partie du monde qu'avec l'autre ; c'est 
ce qui prouve sa catholicité ou son universalité. 

L'unité de l'Église catholique, sceau visible de son immutabi- 
lité et de son indéfectibilité, se prouve par l'uniformité générale 
et constante de la doctrine évangélique qui règne depuis les 
apôtres jusqu'à nos jours, dans toutes les sociétés chrétiennes 
qu'ils ont fondées; dans le corps des pasteurs, comme dans ce- 
lui des fidèles; et cette unité de foi et de communion est attestée 
dans tous les siècles par les Pères, par les conciles, |par les litur- 
gies, par les confessions de foi, par les auteurs ecclésiastiques et 
par le sang même des martyrs. 

En vain, pour justifier leur révolte contre l'Église, les réfor- 
mateurs et leurs disciples ont osé prétendre que le Christianisme 
avait varié dans sa doctrine, qu'il enseignait aujourd'hui des 

(1) Esprit et maximes. 



fit 



— CXXXVI — 

dogmes inconnus du temps des apôlres, qu'il était tombé dans 
l'erreur, dans l'idolâtrie même, et qu'il n'était plus, en un mot, 
la véritable religion de Jésus-Christ. Mais le témoignage de toute 
l'Église catholique, sa croyance pendant dix-huit siècles sont là 
pour donner un démenti aux prolestants; et si nous pouvions 
exposer ici seulement quelle a été la doctrine des catholiques, 
depuis Jésus-Christ et les apôtres, touchant le dogme de la pré- 
sence réelle, l'erreur convaincue d'imposture , ou jeterait entiè- 
rement le masque, ou se cacherait de honte. 

Huitième preuve. 

La divinité de l'Évangile est encore prouvée par la révolution 
que le Christianisme a opérée dans les mœurs et la civilisation de 
tous les peuples qui l'ont embrassé ; phénomène attesté par la 
différence que nous remarquons entre les nations chrétiennes et 
celles qui ne le sont pas. La police , la décence , la douceur de 
la société , la modération du gouvernement , la liberté civile, la 
culture des sciences et des arts , l'humanité , en un mot , ne se 
trouvent que dans les lieux où Jésus-Christ est adoré. Il y est 
survenu, comme ailleurs, de grandes, de funestes révolutions poli- 
tiques ; mais la religion les a insensiblement réparées. Dans les au- 
tres contrées de l'univers, les maux paraissent incurables; le laps 
des siècles n'a servi qu'à les redoubler ; le genre humain y parait 
aussi peu policé qu'il l'était il y a quatre mille ans. Philosophes, 
voilà de quoi exercer votre zèle ; c'est là qu'il faudrait porter 
vos plans de législation. Les peuples qui ont cessé d'être chré- 
tiens sont retombés dans la barbarie; les sauvages qui ont em- 
brassé le Christianisme se sont rapidement civilisés, et les nations 
qui ont eu le bonheur d'y persévérer ont augmenté leurs avan- 
tages. 

Neuvième preuve- 



Une preuve non moins frappante que les précédentes de la 
vérité du Christianisme , est la chaîne des erreurs qu'il faut par- 
courir, dès qu'on s'écarte du chemin qu'il trace à l'homme et 



CXXXV1I — 



des vérités qu'il lui enseigne. Ceux qui refusent de subir le joug 
de sa foi passent rapidement de l'hérésie au Soeinianisme et au 
Déisme , du Déisme à l'Athéisme et au Matérialisme, pour abou- 
tir enfin au Pyrrhonisme le plus absolu. Cette progression est 
inévitable à tout homme qui se pique de raisonner conséquem- 
ment. 

Ainsi, lorsque Luther, pour détruire l'usage des indulgences , 
se prit à dogmatiser contre la foi catholique, il lui fallut atta- 
quer l'autorité de l'Église chrétienne, rejeter la tradition sur 
laquelle elle se fonde, et ne plus admettre d'autre règle de foi 
que l'Écriture-Sainte entendue selon le degré de capacité et de 
droiture de chaque individu. On sait où cette méthode conduisit 
bientôt les raisonneurs. Ils nièrent la nécessité de la satisfaction 
et des bonnes œuvres , les effets de l'absolution sacramentelle , 
l'efficacité desautres sacrements, le principe de la justification , 
la manière dont les mérites de Jésus-Christ nous sont appli- 
qués, etc. Bientôt le Soeinianisme surgissant du sein de la 
prétendne réforme, on attaqua les mérites et la satisfaction 
de Jésus-Christ même, l'essence de la rédemption, et la 
rédemption réduite à rien a fait douter de la divinité du Ré- 
dempteur. Ainsi s'enchaînent les erreurs. Et le Soeinianisme, à 
force de retrancher des dogmes, a dégénéré en Déisme. Depuis 
un siècle environ , les arguments des déistes contre la révélation 
ou contre la providence de Dieu dans l'ordre surnaturel , sont 
tournés par les athées contre cette même providence dans l'or- 
dre naturel, et par conséquent contre l'existence de Dieu : 
chaîne d'égarement qui aboutit enfin au Pyrrhonisme absolu, vé- 
ritables gémonies de l'intelligence. Luther et Calvin ont donc 
ouvert la porte à l'incrédulité qui règne de nos jours ; la corrup- 
tion des mœurs a fait le reste , et nous a amené la démoralisa- 
tion profonde au milieu de laquelle s'est accroupie la société ac- 
tuelle, n'ayant plus d'autre dieu que l'or, d'autre religion que 
ses passions, d'autre amour que celui de la brute. 

Voilà les preuves les plus authentiques de la divinité du Chris- 
tianisme. Et, puisqu'il y a un Dieu, il n'a pu permettre qu'une 
religion fausse portât un si grand nombre désignes de vérité; 



1 



— cxxxvnr — 
il aurait tendu aux esprits droits et aux cœurs vertueux un piège 
inévitable d'erreur, car aucune autre religion ne porte les ca- 
ractères indélébiles et sacrés que nous trouvons dans le Christia- 
nisme : t Oui, Seigneur, disait Richard de Saint-Victor, si, par 
« impossible , ma foi était une erreur , ce serait vous qui m'au- 
« riez trompé, en permettant que le Christianisme fût marqué 
t à des caractères où je reconnais l'empreinte de votre main 
c toute-puissante. » 

Et s'il s'est rencontré des hommes qui ont osé contester au 
Christianisme ces signes infaillibles de vérité , que l'on ne re- 
trouve dans aucune autre religion ; s'il s'en est rencontré de plus 
ardents et de plus furieux, encore qui ont poussé la folie jusqu'à 
vouloir le détruire ; si depuis dix-huit siècles le Christ et sa doc- 
trine sont en butte aux attaques les plus violentes de l'impiété, 
c'est que, semblable à son divin Auteur , la destinée de cette re- 
ligion divine est de ne jamais jouir de la paix , d'avoir toujours 
des ennemis à combattre ; et elle en aura jusqu'à la fin des siè- 
cles. Depuis dix-huit cents ans elle triomphe : pouvons-nous 
douter de l'avenir en consultant le passé? De même que dans la 
nature la discorde des éléments entretient une harmonie et une 
vie constante , semble renouveler la jeunesse du monde , ainsi la 
religion se soutient, se réveille, se ranime par les coups que 
l'impiété ne cesse de lui porter. La même main qui a créé l'une 
a fondé l'autre ; elle les gouverne de même et les perpétue par 
les mêmes moyens. Également admirable dans ces deux phéno- 
mènes , elle se joue de la folie des hommes , et les fait concourir à 
ses desseins sans qu'ils le sentent : ils servent sa providence lors 
même qu'ils lui insultent et blasphèment contre elle. S'il y a des 
siècles privilégiés pour donner ce spectacle, c'est surtout lors- 
que les peuples, corrompus par le luxe, amollis par la paix et 
l'abondance, abrutis par la volupté, enivrés de leurs prétendues 
connaissances , n'ont plus le courage d'être vertueux. Ils se- 
couent le joug d'une religion qui les confond et les humilie. Ja- 
mais l'homme n'est plus ingrat que quand il regorge de biens, 
plus inquiet que quand il est libre de jouir du repos , plus in- 
sensé que quand il se croit au comble de la sagesse. 



— cxxxix — 

Mais peut-il exister sur la terre une seule religion fausse qui 
jouisse des caractères essentiels à la vérité , de manière à trom- 
per invinciblement les hommes? 

9 e QUESTION. 

Peul-U exister sur la terre une seule religion qui jouisse des 
caractères essentiels à la vérité, de manière à tromper invinci- 
blement les hommes ? 



Un caractère essentiel à l'erreur, 
c'est l'anarchie qui règne dans sa 
doctrine. 

Caractères de i erreur. — Parallèles des caractères du Protestan- 
tisme avec ceux du Catholicisme. 

Toutes les fausses religions du monde , depuis l'idolâtrie des 
peuples sauvages, jusqu'à la religion des célestes houris et au 
Protestantisme du seizième siècle , toutes se croient plus ou moins 
révélées de Dieu (1) , et toutes dans leur aveugle ignorance ne 
voient pas qu'elles portent sur le front le sceau visible de l'er- 
reur. Toutefois, le Protestantisme seul a la haute prétention 
d'être une œuvre de la divine Providence, et de descendre di- 
rectement de Dieu. Nous n'examinerons donc pas si toutes les 
religions, que le Protestantisme reconnaît avec nous et par nous 
comme fausses, sont ou non révélées de Dieu, nous recherche- 
rons seulement si le Protestantisme lui-même, qui aspire à la di- 
vinité, jouit des caractères essentiels à la vérité, que nous avons 
déjà découverts dans le Catholicisme. 

(t) Un ministre de l'Église calviniste de Nîmes , M. Frossard , a osé dire en i 837, 
dans son journal XAmi de la Famille, p. 29, que toutes les religions du monde sont 
plus ou moins révélées de Dieu. Ainsi, Dieu a révélé le Mahomélismc qui nie la di- 
vinité de Jésus-Christ, le Protestantisme , qui tantôt l'admet, tantôt la rejette, le 
Christianisme qui en fait le fondement de toute sa doctrine, l'idolâtrie avec son 
Dieu suprême et ses myriades de dieux intermédiaires , sans même en excepter le 
culte des égyptiens avec leur dieu-chou, leur dieu-carotte , leur dieu-oignon , leur 
dieu-salade , leur dieu-pomme-de-terrc, etc., etc., que nous donnons > chaque jour, 
à manger à nos cochons , à nos bœufs et à nos lapins. 



■ 



— CXL — i 

Et d'abord , il faut admettre , pour n'être pas obligé de nier 
l'existence de Dieu même, que si Dieu permettait à l'erreur de 
posséder pour un seul instant l'un des caractères de la véritable 
religion , de manière à tromper invinciblement les hommes, Dieu 
seul devrait s'accuser coupable des égarements des peuples, puis- 
que l'homme, sans une grâce divine toute particulière, serait 
incapable de reconnaître l'erreur sous le manteau de la vérité. 
Mais comme Dieu, infiniment bon, tout-puissant, juste et par- 
fait , n'a pu vouloir que les œuvres du démon imitassent la per- 
fection des siennes, nous sommes donc forcés de reconnaître 
que l'erreur doit avoir un caractère particulier, visible , ineffa- 
çable; un caractère qui lui est aussi essentiel que la divinité l'est 
au Fils de Dieu , qu'une mission divine l'était aux apôtres ; ce ca- 
ractère, c'est l'anarchie que l'erreur traîne toujours et partout 
après elle, comme un homme flétri porte toujours et partout 
avec lui sa flétrissure, comme un forçat traîne après lui son 
boulet. 

Recherchons donc si le Protestantisme jouit , aussi bien que le 
Christianisme, des caractères essentiels à la vérité; et dans une 
série de parallèles entre les caractères de ces deux religions, fai- 
sons justice des prétentions de l'erreur, et établissons les droits 
divins de la véritable religion. 

Premier parallèle. 

Une des preuves de la divinité du Christianisme , c'est la liaison 
intime qui se trouve entre les trois époques delà révélation (1), 
c'est la connexion bien sensible qui existe entre la loi primitive 
ou naturelle, la loi mosaïque et la loi chrétienne, non-seulement 
dans la morale et dans les vérités révélées de Dieu , mais encore 
dans la manière d'adorer le Tout-Puissant. Depuis Adam jusqu'à 
Jésus-Christ, les sacrifices sanglants ont été, pour les vrais 
croyants comme ils le sont encore pour les païens, l'acte essen- 
tiel de la religion , l'expression du culte que l'homme doit rendre 



(i ) Voir ci-dessus la première preuve île la divinité du Christianisme ,'p. cxvu. 



CXL1 — 



à la divinité, l'adoration proprement dite. Cette expression uni- 
forme de l'adoration par les sacrifices sanglants est d'autant plus 
remarquable, qu'elle est le type du sacrifice de Jésus-Christ. Et 
lorsque le Fils de Dieu vint révéler au monde, par sa mort sur 
la croix, le sens mystique des anciens sacrifices, ceux-ci deve- 
nant désormais inutiles, il les abolit et institua le sacrifice non 
sanglant de l'autel , comme le seul qui pût, à l'avenir, nous être 
propitiatoire auprès de Dieu. 

On a beaucoup déclamé dans le Protestantisme contre celte 
institution divine ; on est allé même jusqu'à la traiter d'abomina- 
ble; et comme la raison humaine ne peut en approfondir le mys- 
tère, on a préféré ne rien croire plutôt que de croire sur la pa- 
role de Dieu , que le pain que Jésus-Christ bénissait était son 
corps, que le vin qu'il bénissait aussi était son sang. Mais quel- 
que incompréhensible que soit le mystère de l'Eucharistie, le 
protestant comprend-il mieux les paroles du Christ bénissant du 
pain qu'il dit être son corps et qui n'est pas son corps , mais qui 
reste du pain , bénissant du vin qu'il dit être son sang et qui n'est 
pas son sang, mais qui reste du vin? Ce qui est certain , c'est 
que, depuis dix-huit siècles, toutes les Églises apostoliques ré- 
pandues sur la surface du globe enseignent le dogme du sacri- 
fice non sanglant avec une admirable unité (i) : c'est un fait 
dont tous les hommes de bonne foi conviennent ; le nier, c'est 
admettre que l'Église chrétienne est tombée dans l'erreur, c'est 
par conséquent refuser la divinité à Jésus-Christ. 

Une autre remarque importante, qui rend témoignage d'une 
connexion non moins sensible entre les trois époques de la révé- 
lation , c'est que depuis la création de l'homme , le vrai croyant 
a cru Dieu sur parole , et n'a jamais demandé à sa raison ce qu'il 
fallait croire ou rejeter dans les mystères incompréhensibles que 
le Créateur a daigné nous révéler. Les patriarches, les juifs et les 
chrétiens, fidèles à la loi divine , ont toujours imposé silence à 
leur raison , lorsque Dieu s'est manifesté à eux ; et ils ne lui ont 
jamais demandé le pourquoi, ni le comment de ses plus impéné- 
trables secrets. 

(i) Voir notre Coup dœil sur l'histoire du Calvinisme en France, p. l55 et suiv. 



CXL1I — 



Mais voyons à quelle époque de la révélation le Protestantisme 
prétend se rattacher. Il descend de Jésus-Christ, dit-il, par les 
apôtres, et des apôtres par Luther et Calvin. Mais des apôtres 
à Luther et à Calvin où donc était le Protestantisme? Dans quelle 
contrée, chez quel peuple, avait-il caché la lumière de son Évan- 
gile? Et son Évangile lui-même dans quel abîme de ténèbres 
était-il enfoui ? Le Protestantisme , cette raison orgueilleuse , sans 
culte comme sans adoration , était dans tous les cœurs superbes, 
et cependant il n'existait pas encore à l'état de religion. Écou- 
tons-le; il nous confesse lui-même naïvement son origine mo- 
derne: «Nous n'avons pas encore trois siècles de notre existence, » 
disait-il en 1775, à la face de toute l'Europe (1); et l'histoire 
nous apprend, en effet, que Luther et Calvin en sont les pre- 
miers apôtres ; elle nous donne même la date précise de sa nais- 
sance. Cette nouveauté est un fait terrible contre le Protestan- 
tisme; c'est l'arrêt de mort de toutes les hérésies, c'est la con- 
fusion de tous les hérésiarques; car « la vérité a existé dès le 
t commencement , dit Tertullien , l'erreur n'est venue qu'après. 
« Dieu sème d'abord le bon grain , et le diable ennemi y mêle 
« de l'ivraie (2). > 

Cette réflexion , qui apporte la conviction avec elle , s'est pré- 
sentée aux bons esprits de tous les siècles. « Les athéniens , dit 
« Cicéron , ayant demandé à l'oracle d'Apollon quelle était la re- 
t ligion à laquelle ils devaient particulièrement s'attacher, l'ora- 
« de répondit : A celle de leurs pères. Mais étant revenus le 
t consulter, alléguant que leurs pères avaient varié, et faisant 
t de nouvelles instances pour savoir à quoi ils devaient s'en tenir, 
t il répondit : A la meilleure. Et certes, ajoute Cicéron, en fait de 
« religion, il faut croire que la meilleure est, en effet, la plus 
« ancienne et la plus proche de Dieu (3). » 

« Quoi ! s'écrie le Protestantisme lui-même /devenu son propre 
« Tertullien; des débris arrachés à nos vieilles Églises, qui ont 



(i) Mémoire des calvinistes de France, adressé à Louis XVI, pour obtenir l'état 
civil. 

(2) Prescriptions , ch. xxxi. 

(3) Traité des lois , livre n. 



— CXLII1 — 

t été se précipitant et se perdant, chaque jour, dans le vaste 
i gouffre de l'indifférence du siècle ! Quoi ! ces hommes sans 
t passé comme sans avenir, ces unitaires, ces universalistes , 
« sans force par leur nombre , sans puissance par la foi ; ces no- 
• vateursqui n'ont pas même pu s'entendre pour composer un 
t symbole; et qui , dans leurs profondes discussions , n'en ont 
« établi d'autre que celui de n'en avoir aucun ! quoi ! ils vien- 
« dront se placer en face de toutes les Églises, en face des dix- 
« huit siècles du Christianisme , et ils diront que leur témoignage 
« a le même poids (1)! » 

Le Protestantisme, qui n'est que d'hier et qui n'était pas il y a 
deux jours , ne tient par aucun lien à aucune des trois époques 
de la révélation. Et quel pourrait être ce lien? Son sacrifice! il 
n'en a pas; et c'est parce qu'il n'a pu comprendre le sacrifice 
chrétien qu'il a abjuré le Christianisme; son culte! il n'en veut 
rendre d'autre à Dieu que dans l'intimité de sa pensée ; et le nom 
même de chrétien, qu'il porte encore pour séduire les simples et 
les ignorants et pour en imposer à la multitude, n'est qu'une usur- 
pation , dont il se lassera un jour. Orgueilleux par essence , il n'a 
voulu croire que ce qu'il croyait comprendre ; et comme il n'a pu 
comprendre beaucoup de choses dans le Christianisme, et entre 
autres le mystère du sacrifice non sanglant, il l'a rejeté comme 
une abominable invention humaine (2). La plupart de ses docteurs 
ont même refusé de croire à la divinité du Christ et à tous les 
mystères qui en sont la conséquence ; et s'ils retiennent encore le 
dogme de l'existence de Dieu et celui de l'immortalité de l'âme , 
c'est plutôt comme un préjugé d'éducation que comme un article 
de croyance. Mais bientôt, s'ils veulent raisonner conséquemment, 
nous les entendrons tous dire d'un commun accord que Dieu 
n'existe pas, et que tout finit à la mort jusqu'à la mort elle- 
même. 

Le Protestantisme, seul, isolé au milieu de toutes les religions 
du monde, est donc forcé de reconnaître qu'il est sans aïeux , 



(i) L'Espérance, journal calviniste. 

(2) Paroles de d'Audelot, frère de l'amiral Coligny, a Henri II , roi de France. 



— tXUV — 

sans liaison intime avec la dernière époque de la révélation à la- 
quelle il ne tient un peu que parce qu'il croit en Dieu , et qu'il 
en a conservé la plupart des prières et des préceptes sacrés. 

Deuxième parallèle. 

Les prophéties , qui , depuis la chute de l'homme , ont annoncé 
avec une précision si remarquable la venue du Messie, fournis- 
sent une preuve irrévocable de la divinité du Christianisme (1). 
Mais Jésus-Christ a-t-il prédit que son Église tomberait dans 
l'erreur? N'a-t-il pas, au contraire dit expressément qu'il serait 
avec elle jusqu'à la consommation des siècles , c'est-à-dire qu'il la 
préserverait de toute erreur? Le Sauveur du monde ou ses apô- 
tres, ou quelques-uns des martyrs ont-ils prophétisé la venue du 
Protestantisme ? Et que l'on ne dise pas que ce n'est qu'une ré- 
forme opérée dans la doctrine chrétienne , un rétablissement du 
véritable Christianisme : le véritable Christianisme a un culte; il 
a une adoration ; et le Protestantisme n'a ni culte , ni adoration. 
Le véritable Christianisme, comme tout ce qui vient de Dieu , a 
des dogmes et des mystères; le Protestantisme, s'il veut raison- 
ner conséquemment . ne peut même avoir ceux de l'existence de 
Dieu et de l'immortalité de l'âme. C'est donc une religion nou- 
velle, inconnue dans son ensemble avant l'an 1517; c'est une 
quatrième révélation, qui se manifeste tout à coup, à la suite 
d'une querelle de couvent, et dont on ne retrouve la prophétie 
que dans ces paroles de saint Paul : « Il faut qu'il y ait des héré- 
« sies , afin que la foi des fidèles soit éprouvée » 

Troisième parallèle. 

La preuve la plus frappante de la divinité du Christianisme, 
c'est le caractère auguste de Jésus-Christ , l'héroïsme de ses 
vertus, l'éclat de ses miracles, l'exacte précision de ses prophé- 
ties , qui prouvent suffisamment à quelle source le Sauveur du 
monde , le prêtre et la victime de la loi nouvelle , avait puisé sa 

(i) Voir ci-dessus la deuxième preuve de la divinité du Christianisme, p. cxvm. 



■ 



— cxi-V — 



mission (1). Moïse avait de même rendu témoignage de sa mis- 
sion auprès du peuple de Dieu. Le Protestantisme étant une re- 
ligion nouvelle , ses fondateurs ont également dû se faire remar- 
quer par leur caractère , par leurs vertus , par leurs miracles et 
par leurs prophéties. Et cette mission extraordinaire , qu'ils pré- 
tendent du reste avoir eue, puisqu'ils se sont appelés les envoyés 
extraordinaires de Dieu; et cette mission extraordinaire leur était 
d'autant plus nécesaire qu'ils venaient, au nom de Dieu, accuser 
d'erreur une Église répandue sur toute la surface du globe. Le 
Tout-Puissant avait convaincu les juifs et les païens par des mi- 
racles; est-il raisonnable de supposer qu'il ne voulut convaincre 
les chrétiens que parla force du raisonnement? Les miracles 
avaient été impuissants contre l'aveuglement des ennemis de 
Jésus-Christ ; le raisonnement n'eût pas été plus efficace pour 
convaincre la multitude toujours ignorante, toujours disposée à 
juger par ce qui frappe ses sens. Mais voyons d'abord par quel- 
ques traits de la vie des fondateurs du Protestantisme, s'ils peu- 
vent être reconnus pour les envoyés de Dieu, pour les apôîres 
de la vérité ; nous rechercherons ensuite quels sont leurs mira- 
cles et leurs prophéties. 

A Dieu ne plaise que nous disions tout ce que les écrits du 
seizième siècle nous révèlent; tout ce qu'ils nous ont conservé de 
flétrissant pour ces hommes, que des écrivains de nos jours ap- 
pellent grands , sans doute parce que s'il y a la grandeur des 
vertus et des services, il y a aussi la grandeur des crimes et des 
calamités ! Nous les jugerons d'après eux-mêmes, d'après Injus- 
tice qu'ils se sont rendue mutuellement. 

Luther. — S'il faut en croire Calvin, « Luther était fort vi- 
« cieux ; plût à Dieu , disait-il , qu'il eût songé davantage à re- 
t connaître ses vices (2) ! » — « On ne peut plus supporter ses 
« emportements; l'amour-propre ne lui permet pas de recon- 
« naître ses défauts (5). > Entendez Luther dans sa colère : 
t J'ai le pape en tète ; j'ai à dos les sacramentaires et les ana- 

(i) Voir ci-dessus la troisième preuve delà divinité du Christianisme 3 p. exiv. 
(2) Schlussemlierg, theoloa. Calvin., t. II, p. 1 26. 
Ci) Lettre de Calvin ;i Bitllinfjer. 



i 



n 



CXLVI — 



« baptistes; mais je marcherai moi seul contre eux tous, je les 
f défierai au combat, je les foulerai aux pieds (1). i — « De quelle 
t manie foudroyante, disait encore Calvin à Mélanchton , est 
« donc malade votre Périclès? Avec tous ces tumultes de pa- 
t rôles, qu'a-t-il fait penser? Qu'il joue un véritable jeu de fou 

< furieux Ce qu'il y a de plus malheureux , c'est qu'il ne se 

i trouve personne pour réprimer ou seulement pour calmer 
« cette fougue insolente (2). t Aussi, tout ce qui l'entourait était 
victime de ses emportements. Mélanchton peint d'un seul mot 
ses souffrances auprès d'un maître si furieux : c Je suis en ser- 
vitude , dit-il , comme dans l'antre d'un cyclope ; car je ne 
puis vous déguiser mes sentiments , et je pense souvent à 
m'enfuir (3). Plût à Dieu que Luther gardât le silence , dit-il 
dans une autre lettre ! J'espérais que l'âge le rendrait plus 
doux, et je vois tous les jours qu'il devient plus violent, 
poussé par ses adversaires et par les disputes où il est obligé 
d'entrer (4). » — « Je tremble, écrivait-il à Théodore, quand 
je songe aux passions de Luther : elles ne le cèdent point en 
violences aux emportements d'Hercule. » Erasme déplorait 
que dans sa vieillesse , et malgré toute sa douceur, il fût con- 
damné à combattre contre cette bêle farouche , ce sanglier 
furieux (5). » — « Cet homme est absolument furieux , disait 
Hospinien , en parlant de Luther; il ne cesse de combattre la 
vérité contre toute justice , même contre le cri de sa con- 
science. » — « Qu'on ne me parle plus de mes emportements, 
écrivait! Luther à Spalatin, au mois de février 1520. Voyez, 
tout ce qu'on fait dans notre siècle avec calme , s'évanouit et 
tombe. » Puis, parlant de ses contradicteurs : « Je veux bien 
leur pardonner pour le moment ; qu'on leur écrive donc de se 
taire et de ne rien faire contre Luther. Qu'ils prennent garde 
à eux ; ils croient éviter la grêle , ils mourront sous une ava- 



(i) Aug.,t. II, p. 4gS- 

(2) Lettre de Calvin à Bucer. 

(3) Lettres, liv. iv, p. 255. 

(4) Lettres, liv. xiv, lettre 28». 
(5} Lettres. 



— r.w.vn — 
« lanclie de neige. Quels imbéciles que vos docteurs de Misnie 
• et de Leipsick ! Est-ce qu'on leur a enlevé le sens commun ? 
i Jamais je n'ai eu de semblables adversaires; quels niais ! » 

Souvent la chaire retentissait de discours les plus capables de 
déshonorer Luther et sou évangile. Nous ne citerons que ces 
paroles inspirées au fondateur du Protestantisme allemand par 
des délibérations qui lui déplaisaient, c Au reste, si vous conti- 
i nuez à faire les choses par ces communes délibérations , je me 
« dédirai sans hésiter de tout ce que j'ai écrit ou enseigné; j'en 
« ferai ma rétractation et je vous laisserai là. Tenez-le-vous pour 
« bien dit, une bonne fois; et, après tout, quel mal vous fait 
« la messe papale? « 

L'humilité de Luther égalait sa douceur. OEcolampade soute- 
nait « qu'il était enflé d'orgueil, d'arrogance et séduit par Sa- 
f tan. » — « Oui , Satan s'est rendu maître de Luther, disait 
f Zwingle , au point de faire croire qu'il en veut à la possession 
« de cet homme tout entier. » Peu savant, il avait une si grande 
opinion de sa science , qu'il écrivit au roi d'Angleterre : t Je 
« dirai sans vanité que , depuis mille ans , l'Écriture n'a jamais 
« été ni si repurgée, ni si bien expliquée, ni mieux entendue 

t qu'elle l'est maintenant par moi Fort de mon savoir, il 

« n'est ni empereur, ni roi, ni diable, à qui je voulusse céder; 
« non, pus même à l'univers entier (1). » On sait comment il 
était devenu si savant : c'est parce qu'il avait , dit-il , le diable 
attaché au cou; et comme Zwingle, Bucer, OEcolampade ne l'a- 
vaient point là , « ils n'étaient que de tristes théologiens (2). •> Il 
fallait bien se garder de trouver quelquefois cette science en dé- 
faut, ou peu de fidélité dans ses interprétations des livres saints; 
alors c'était des torrents d'injures grossières. « Vous êtes fort 
« ému, dit-il un jour à Cochlée , de ce que je dis que nous som- 
t mes justifiés par la foi seule ; bien que ce mot seule ne se 
« trouve pas dans le texte de saint Paul aux romains, ch. m, 
c v. 18; cependant , si un papiste s'en scandalise , je dis qu'un 



(i) Ad malédiction regem Angliœ, t. H , p. 4o8. 1 
(2) In collect, franc., folio 1 58. 



' 



— CXLVII1 — 

< papiste et un âne , c'est une même chose ; la seule raison que 
« j'ai à rendre est qu'ainsi je le veux, qu'ainsi je le commande; 
t que ma volonté serve de raison : Sic volo , sic jubeo , sit pro 
« ratione volunlas. • 

— <• Lutlier nous traite de secte exécrable et damnée, disaient 
t les sacramentaircs; mais qu'il prenne garde qu'il ne se déclare 
f lui-même pour archihérétique, par cela même qu'il ne veut et 
t ne peut s'associer avec ceux qui confessent le Christ. Mais 
t que cet homme se laisse étrangement emporter par ses dé- 
« mons ! que son langage est sale, et que ses paroles sont pleines 

< des diables d'enfer ! Il dit que le diable habite maintenant et 
t pour toujours dans le corps des zwingliens; que les blasphè- 
« mes s'exhalent de leur sein ensatanisé , sursatanisé et persa- 

< tanisé ; que leur langue n'est qu'une langue mensongère , 
t remuée au gré de Satan , infusée , perfusée et transrusée dans 
t son venin infernal : vit-on jamais de tels discours sortis d'un 
« démon en fureur (1)? » — « Il a écrit tous ses livres, disaient 
t les mêmes hérétiques , par l'impulsion et sous la dictée du dé- 
i mon, avec lequel il a eu affaire ; et qui, dans la lutte, paraît 
« l'avoir terrassé par des arguments victorieux. » — « 11 n'est 
« point rare , écrivait Zwingle , de voir Luther se contredire 

« d'une page à l'autre Et à le voir au milieu des siens , vous 

« le croiriez obsédé d'une phalange de démons (2). » 

Parlerons-nous des mœurs dépravées de Luther? Elles étaient 
si connues en Allemagne, que lorsqu'on se livrait à une vie li- 
cencieuse, on avait coutume de dire : « Aujourd'hui, nous vivons 
« à la Luther. Hodiè lutheranicc vivimus (3). » Au reste, sur 
ce point, le réformateur allemand avouait tout; il se rendait 
même justice, et Mélanchton nous apprend « qu'il aurait désiré 
t qu'on l'éloignât du ministère de la prédication (4). > 

t Étant catholique, dit Luther, j'ai passé ma vie en austérités, 
• en veilles, en jeûnes, en oraisons, avec pauvreté, chasteté et 



(i) L'Eglise de Zurich contre lu confession d Àugsbourg , p. Gi 
(a) Bcponse à la conjession de Lutlier, p. 38i, 4^4- 

(3) Murguerlen, Truite de l'Eglise, p. 22. 

(4) Sleidau, Uistoiiv universelle, livre H, an iSso, 



— CXL1X — 

• obéissance (1). » Mais une fois réformé, ce n'est plus le même 
homme. ■ Je brûle, dit-il, de mille feux dans une chair indomp- 
« tée ; je me sens poussé vers les femmes avec une rage qui va 
« presque à la folie. Moi qui devrais être fervent en esprit, je ne 
« le suis qu'en impureté (2). » Voici la belle prière que la Ré- 
forme lui apprit et que l'on trouve à la fin d'une bible conservée 
au Vatican. •< Mon Dieu ! par votre bonté, pourvoyez-nous d'ha- 
<• bits, de capotes et de manteaux; de veaux bien gras, de ca- 
« près, de bœufs, de moulons et de génisses; de beaucoup de 
« femmes et de peu d'enfants; bien boire et bien manger, c'est 
• le moyen de ne pas s'ennuyer. » Celle prière est en allemand 
et écrite de la main de Luther. 

Henri VIII, roi d'Angleterre, lui reprochait en ces termes son 
mariage et son impudicité : <• Je m'esmerveille plus, ô Luther, 
« comment tu n'es honteux à bon escient, et comment tu oses 
« lever les yeux et devant Dieu et devant les hommes, puisque 
» lu as été si léger et si volage de t'eslre laissé transporter, par 
<• l'instigation du diable, à tes folles concupiscences. Toi, frère 
« de l'ordre de saint Augustin, as le premier abusé d'une nonaiu 
« sacrée : lequel péché eût été, le temps passé, si rigoureuse- 
« ment puni, qu'elle eût été enterrée vive, et toi fouetlé jusqu'à 
« rendre l'âme. Mais tant s'en faut que lu ayes corrigé ta faute, 
« qu'encore, chose exécrable! tu l'as publiquement prise pour 
« femme, ayant contracté avec elle des noces incestueuses, et 

« abusé delà pauvre et misérable p , au grand scandale du 

« monde, reproche et vitupère de ta nation, mépris du saint ma- 
« riage, très grand déshonneur et injure des vœux faits à Dieu. 
« Finalement, qui est encore plus détestable, au lieu que le dé- 
« plaisir et honte de ton incestueux mariage te dût abattre et 
« accabler, ù misérable ! tu en fais gloire; et au lieu de requérir 
« pardon de Ion malheureux forfait, provoques tous reli- 
« gieux débauchés par tes lettres, par tes écrits, d'en faire de 
« même (3). > 

(i) OEuvres, t. V, ch. I, ad Gnlad , v. i/j. 

(2) Discours sur le mariage , folio i 19. 

(■I) Floriinond tic Ri-ninnJ , Histoire de l'hérésie . p. 390. 

T. I. 



jgm 






— rx — 

Voilà pour le maître de la Réforme ; mais Calvin valait-il mieux 
que son précurseur? 

Calvin. — Plus dissimulé, plus artificieux, se piquant de mo- 
destie et de modération, le réformateur genevois n'avait pas 
moins d'orgueil, d'emportement et de colère que le moine saxon. 
Luther fut apostat, à cause d'un orgueil froissé, et Calvin parce 
qu'on ne voulut pas le préférer, lui, petit-fils d'un batelier, au 
neveu d'un connétable de France (1). Tout le reste de sa vie est 
empreint de ce caractère. Il faut que tout tremble devant lui, 
qu'il ne voie que des esclaves; malheur à ceux qui osent le con- 
tredire, c'est alors toute la colère de Luther. C'est ce qui faisait 
dire publiquement, à Genève : « Qu'il vaudrait être mieux en 
« enfer avec Bèze, qu'en paradis avec Calvin. » Mais laissons 
parler les disciples et les amis de la Réforme. 

Le luthérien Westphale avait osé douter des talents de Calvin 
et le traiter de déclamateur; il avait osé lui dire : « Je pourrais 
« montrer telles pages où tu as enfermé plus de trente menson- 
« ges et autant d'atroces injures. Chaque mot est imprégné de 
c poison; ce sont là, au reste, comme tout le monde le sait, les 
« ornements de ton style. • Calvin furieux répondit : « Il a beau 
t faire, jamais il ne le persuadera à personne. L'univers sait avec 
« quelle force je presse un argument, avec quelle précision je 
« sais écrire. » Puis s'adressant à son audacieux critique, il lui 
adresse ces mots : « Ton Église n'est qu'une puante étable à 
« pourceaux; m'entends-tu, chien; m'entends-tu, frénétique; 
« m'entends-tu, grosse bête (2). » 

Les saints ont toujours aimé qu'on les avertît de leurs dé- 
fauts ; mais Calvin insulte ses meilleurs amis qui ont la charité de 
l'avertir de ses blasphèmes. « Vous faites Dieu auteur du péché, 
« lui dit un jour son amiChatillon.» — « Jamais homme, lui ré- 
t pond Calvin, profondément blessé, n'a porté plus loin l'orgueil, 
« la perfidie, l'inhumanité ; qui ne te connaît point pour un im- 
t posteur, pour un bouffon, d'une impudence cynique, et tou- 



(i) Voir notre Coup dœil sur l'histoire iln CflWrtfcm? en l'ruw 
(n) Opuscules, p. 838. 



— CM — 

« jours prêt à aboyer contre ia piété, n'est fait pour juger de 

« rien Que le dieu Satan t'apaise, ainsi soit-il. » 

Bucer acusait Calvin, son protégé, de ne juger que selon les 
mouvements de son amitié ou de sa haine. Judicas, lui disait-il, 
prouiamasj vel odisli ; amas atttem, vel odisii, prout libet (1). Il 
fallait, en effet, que Calvin hait, tourmentât, déchirât tout ce qu'i \ 
pouvait atteindre; aussi, Caroli l'appelle un chien enragé; Lu- 
ther, une méchante femme qui ferait mieux de se corriger de 
ses défauts que de blasphémer; Mélanchton , un couard; Osian- 
der, un séducteur, une bête sauvage ; Angillaud, ministre à Mont- 
béliard, un orgueilleux et un emporté ; Cumulus, un homme de 
néant; Memnon, un manichéen. 

Érasme, à qui Bucer présenta Calvin, à Bâle, dans sa première 
jeunesse, disait que l'Église avait élevé, en la personne de ce 
jeune homme, une peste qui lui serait fatale. Video macjnam 
peslem orirï in ecclesiâ conlrà ecclesiam (2). 

Melchior Wolmar, qui avait instruit Calvin à Bourges, et qui, 
avec son grec et son hébreu, l'avait rempli des doctrines de Lu- 
ther, disait de son élève : « Calvin , je le sais, est violent, il est 
« pervers : tant mieux, voilà l'homme qu'il nous faut pour 
« avancer nos affaires. » 

Bèze , loin de cacher les déportemenls de Calvin , son maître , 
veut, au contraire, « qu'on le cognoisse, aGn que les nations 
« voient par là qu'il a esté un excellent instrument en la main 
« de Dieu tout-puissant et tout bon , qui par son ministère a 
' parachevé la réformation de la vraye religion , heureusement 
« encommencée par certains autres quelques années aupara- 
« vant (3). » 

Les mœurs déréglées de Calvin étaient si peu contestées, de 
son vivant même , qu'en France et en Allemagne on s'en entre- 
tenait comme d'un scandale épouvantable (4). 



(i) Vossius , lettre 4 7 8= ou 467', fol. 4os, 

(2) Florimond de Réniond, Histoire de [hérésie. 

(3) Portrait de Calvin, en tète des Opuscules de ee novateur. 

^ (4) Voit- noux disemrs suri ■ crin. , :o „ire imt„re et la flétrissure renroehés a Jean 
Calvin, 



— CLII — 

Baudouin , tout en désapprouvant les opinions de Bucer et de 
Mélanchton , disait qu'il aimait leur modestie, mais qu'il ne 
pouvait souffrir Calvin , à cause de sa trop grande soif pour la 
vengeance et pour le sang : Propier rûmiam vindiclce et snnguinis 
titim. 

Dans un écrit qui parut à Londres vers l'an 1588, composé, ou 
du moins approuvé par les évêques anglicans, contre la secte 
calviniste des puritains, Calvin y est représenté comme un 
homme intolérant et orgueilleux, qui, par révolte ouverte 
contre son prince légitime, avait fondé son Église et prétendait 
dominer toutes les autres avec une tyrannie plus odieuse que 
celle si souvent reprochée par lui aux souverains pontifes, c Heu- 
« reuse, mille fois heureuse notre île, si nul anglais, nul écos- 
€ sais n'avait mis le pied à Genève , s'il n'avait jamais connu un 
« seul de ces docteurs genevois (I) ! > 

t L'ambition de Calvin , dit Patin , a pensé tout renverser ; il 
« était méchant et vindicatif, furieux et enragé (2). » 

Papyre Masson n'a pu s'empêcher de dire de Calvin , dans le 
temps même qu'il en faisait l'éloge : Hœc de vitâ Calvini scri- 
b'mms nequc amici neque inimici , quem si Inbem et pcrniciem 
GaUiœ dixero , nihil menliar , atque ntnvim ont nunquàm nains 
essel aul in pueriûâ mortuus! Tanthm enhn malorum intulil in 
patriam , ut cunabula ejus mérita delestari atque odisse de~ 
béas (3). 

Jurieu , tout en avouant que Calvin était < d'un caractère ai- 
« gre , turbulent et extrêmement violent et colère, » dit que 
« dans ce défaut il estoit louable, en ce qu'il le confessoit publi- 
« quement... » et que d'ailleurs ce vice lui était nécessaire, par 
la raison a que ce grand homme estoit appelé à entreprendre de 
« grandes choses, à soustenir de terribles épreuves, à s'exposer 
« à d'estranges contradictions (4). » 



(i) A suruey o/ tlie jtrelended hoty discipline, p. 44» t>Y biahap B.morofi's arehi- 
bishop of Canlcrbury. 
{2) Paliniana , p. "j3. 

(3) Eloyia, p. /J55. 

(4) Histoire du Calvinisme et celle du Papisme mises en parallèle, t. \, p. oui, 204. 



— CLI1I — 

• Calvin, a dit Jean-Jacques Rousseau , avait tout l'orgueil du 
« génie qui sent sa supériorité, et qui s'indigne qu'on la lui dis- 

♦ pute Quel homme fut jamais plus tranchant , plus impé- 

« rieux , plus décisif, plus divinement infaillible, à son gré, que 
« Calvin , pour qui la moindre opposition , la inoindre objection 
« qu'on osait lui faire était toujours une œuvre de Satan , un 
« crime digne du feu? Ce n'est pas au seul Servet qu'il en a 
t coûté la vie pouravoir osé penser autrement que lui (1). » 

Le traducteur de VHisloire ecclésiastique de Mosheim, parlant 
du savoir et des talents de Calvin, convient qu'il poussa plus 
loin que les autres réformateurs l'opiniâtreté, la rudesse et l'es- 
prit turbulent (2). 

« Orgueilleux et ambitieux à l'excès, dit Voltaire, on le vit 

< brûler de l'ardeur de se signaler et d'obtenir cette domination 
c sur les esprits qui flatte tant l'amour-propre , et qui d'un 
t théologien fait une espèce de conquérant : cependant Calvin 

< n'eut qu'un orgueil froid (3) » Autre part, il l'appelle «un 

« fanatique , un fripon (4). » 

« Calvin était désintéressé, dit Ancillon, parce qu'il ne con- 
« naissait d'autre besoin que celui du pouvoir. Son caractère 
« était despotique , ennemi de toute autorité et jaloux de la 
« sienne. Son esprit dominateur et impatient de toute espèce de 
« contradiction le rendit infidèle , comme la plupart des ré- 
c formateurs, à ses propres principes. Il réclamait pour lui l'in- 
« dépendance des opinions , et voulait asservir les autres à la 
« sienne. On le vit faire condamner et brûler Michel Servet, lui 
« qui s'était élevé avec tant de force contre les persécutions que 
« François I er faisait essuyer à ses disciples (5). » 

Enfin, de nos jours, un réformé de Genève termine le portrait 
de Calvin par celte apostrophe , qui semblerait dire que l'on se 
refroidit un peu, même dans la métropole du Calvinisme : « Que 



(i) i' lettre de la Montarjnc. 

(a) T. IV, note 5 1 . 

(3) Essai sur les mœurs, etc., ch. cxxxm. 

(4) Nouvelle remarque sur C Essai , etc. 

(5) Tableau des révolutions du système politique de l'Europe, t. II , u 



— CUV — 

« veux-tu, Calvin? lui dit M. Calife, convertir la France au 

• Calvinisme, c'est-à-dire à l'hypocrisie, mère de tous les vices? 
« Tu n'y réussiras pas. Que Bèze t'appelle à son aise le prophète 
» du Seigneur , c'est un mensonge. Chasse de France , tu seras 
« recueilli à Cenève, où l'on le comblera de tous les honneurs 
« imaginables, toi qui parles de pauvreté ! Tu t'y acquerras une 
« autorité illimitée par toutes sortes de moyens ; et dès que tu 
« seras sûr d'un parti puissant, tu confisqueras la réformation 
« à ton profit; tu feras bannir les fondateurs de l'indépendance 
« genevoise, qui avaient donné leur sang et leurs biens pour la 
« liberté ; tu leur crieras en chaire , à ces âmes patriotes : Ba- 
« laufres, bélitres, chiens! tu feras brûler, décapiter, noyer et 
« pendre ceux qui voudront résister à ta tyrannie (1) ! » 

Le dernier trait au portrait de Calvin peut se tirer de deux 
lettres qu'il écrivit au marquis de Poët , grand chambellan du 
roi de Navarre. Dans l'une de ces lettres, qui est datée de Ge- 
nève, 14 septembre 1561 (2), on lit les paroles suivantes : 
t Surtout , ne faites faute de défaire le pays de ces zélés fa- 

» quins (les catholiques) pareils monstres doivent estre 

c estouffés , comme fis icy en l'exécution de Michel Servet , es- 
t pagnol. » 

Zwingle. — Zwingle s'est peint en quelques mots : t Si l'on 
« vous dit que je pèche par orgueil , par gourmandise et par 
« impureté , croyez-le sans peine , car je suis sujet à ces vices et 
« à d'autres encore ; cependant , il n'est pas vrai que j'enseigne 
««le mal pour de l'argent (5). » Sur quoi M. de Haller ajoute : 
« C'est donc ce dernier vice qu'il n'avait pas : il enseignait le 
« mal pour le mal , et non pour de l'argent. » 

« Je ne saurais , dit-il encore , dissimuler le feu qui me brûle 
« et me pousse à l'incontinence , puisqu'il est vrai que ses effets 

• ne m'ont déjà que trop attiré des reproches déshonorants 

• parmi les Églises (4). » 



( i) Lettre à un pi-atesUmt. 

(3) Voir notre Co'ip'^dœil sur F histoire du Calvinisme en Fmme, p. 3j, à U note. 

(3) Opuscules aux frères île Fogtjcnbourr/. 

(4) In purames. ai helwlios, l. 1, p. n3. 



CLV — 

Luther disait que t Zwingle était une progéniture de l'enfer, 
« un associé d'Arius, un homme qui ne méritait pas qu'on priât 
« pour lui... Zwingle est mort damné; car il a voulu , comme 
« un larron séditieux, contraindre les autres par les armes à 
« suivre son erreur (1). • 

A la vue des fondateurs du Protestantisme , qui se jettent à la 
face toutes leurs turpitudes, qui se souillent ainsi de leurs pro- 
pres mains , comme s'ils voulaient apprendre à tous les siècles 
ce qu'ils furent, on doit reconnaître que la Providence est juste : 
il fallait à ces hommes un châtiment à part , et celui-là est bien 
le plus ignominieux. 

Mais ces hommes, qui ne possédaient point la grâce des ver- 
tus, ont-ils eu, du moins, le don des miracles ou des prophéties? 
Car Dieu ne révèle pas immédiatement sa volonté à tous les 
hommes ; il leur, parle par ses envoyés , et ces envoyés ont 
toujours, pour preuve de leur mission, le pouvoir de faire des 
miracles. Moïse , Jésus-Christ et les apôtres ont ainsi rendu té- 
moignage de la divinité de leur mission ; de nos jours , saint Fran- 
çois-Xavier, l'apôtre des Indes, a prouvé par ses miracles et par 
ses prophéties qu'il était envoyé pour prêcher la parole d'un Dieu 
tout-puissant. Et toutes les fois que Dieu enverra l'un de ses ser- 
viteurs enseigner le Christianisme à une nation , pour laquelle il 
aura toujours été inconnu, ce serviteur opérera des miracles; et 
s'il se pouvait qu'il n'en fit point , les peuples auraient le droit de 
rejeter son enseignement ; et Dieu ne pourrait leur demander 
compte de leur endurcissement. 

Et le don des miracles était d'autant plus nécessaire aux pre- 
miers réformateurs, que « lorsqu'ils commencèrent à se faire 
« entendre, dit Jean-Jacques Rousseau, l'Eglise universelle était 
« en paix; tous les sentiments étaient unanimes; il n'y avait pas 
• un dogme essentiel débattu parmi les chrétiens. Dans cet état 
« tranquille, tout à coup deux ou trois hommes élèvent leurs 
« voix , et crient dans toute l'Europe : Chrétiens, prenez garde à 
« vous; on vous trompe, on vous égare, on vous mène dans le 



(i) Florimond de fiémomt, Histoire du C Itérés*',?, igo, 



— CLY'l — 

« chemin de l'enfer : le pape est l'antechrist, le suppôt de Satan ; 
« son Église est l'école du mensonge. Vous êtes perdus si vous 
« ne nous écoulez (1). •> Nous, apôtres de la vérité, disent-ils 
encore, nous sommes appelés à réformer l'Église de Dieu, et à 
ramener les fidèles de la voie de perdition où les conduisent les 
prêtres. 

Le don des miracles était donc nécessaire aux premiers ré- 
formateurs , puisque la parole de Dieu , telle qu'ils l'enseignaient, 
était alors inconnue aux peuples. Mais, lorsque les catholiques 
leur eurent interdit la prédication , jusqu'à ce qu'ils eussent mon- 
tré leurs lettres de créance et déployé les preuves de leur mis- 
sion , les réformateurs répondirent avec une astuce incroyable : 
«Oui, nous sommes les envoyés de Dieu; mais notre mission 
« n'est point extraordinaire : elle est dans l'impulsion d'une con- 
<• science droite , dans les lumières d'un entendement sain. Nous 
«ne vous apportons point une révélation nouvelle , nous nous 
« bornons à celle qui vous a été donnée, et que vous n'entendez 
« plus. Nous venons à vous , non pas avec des prodiges , qui peu- 
« vent être trompeurs, et dont tant de fausses doctrines se sont 
« étayées, mais avec les signes de la vérité et de la raison, qui 
« ne trompent point , avec ce saint livre, que vous défigurez et 
« que nous vous expliquons. Nos miracles sont des arguments 
« invincibles, nos prophéties sont des démonstrations : nous vous 
« prédisons que si vous n'écoutez la voix de Christ, qui vous 
« parle par nos bouches , vous serez punis comme des serviteurs 
« infidèles , à qui l'on dit la volonté de leur maître et qui ne veu- 
« lent point l'accomplir. » 

Et si , au lieu de s'amuser à chicaner les preuves de leurs ad- 
versaires , les catholiques eussent établi la nécessité des miracles 
en preuve de la mission des envoyés de Dieu qui prêchent une 
doctrine nouvelle , s'ils s'en fussent tenus à leur disputer le droit 
de prouver, la réformation eût été renversée de fond en com- 
ble; mais il fallait dire aux réformateurs, comme Jean-Jacques 
Rousseau le leur a dit au dix-huitième siècle (2) : « Votre ma- 

(i ) 2 e lettre écrite de lu MonUtyne. 
(n) Idem. 



— CLV11 — • 

.. nièrc de raisonner n'est qu'une pétition de principe; car si la 
. force de vos preuves est le signe de votre mission , il s'ensuit , 
. pour ceux qu'elles ne convainquent pas, que votre mission est 
« fausse, et qu'ainsi nous pouvons légitimement, tous tant que 
. nous sommes , vous punir comme hérétiques , comme faux apô- 
« ires, comme perturbateurs de l'Église efdu genre humain. 

« Vous ne prêchez pas, dites-vous, des doctrines nouvelles : 
« eh ! que faites-vous donc en nous prêchant vos nouvelles ex- 
« plications? Donner un nouveau sens aux paroles de l'Écriture , 
« n'est-ce pas établir une nouvelle doctrine? n'est-ce pas faire 
« parler Dieu tout autrement qu'il n'a fait ? Ce ne sont pas les 
. sons, mais le sens des mots, qui sont révélés : changer ses 
. sens reconnus et fixés par l'Église , c'est changer la révélation. 

« Voyez de plus combien vous êtes injustes : vous convenez 
.. qu'il faut des miracles pour autoriser une mission divine; et 
« cependant vous, simples particuliers, de votre propre aveu , 
.< vous venez nous parler avec empire, et comme les envoyés de 
. Dieu. Vous réclamez l'autorité d'interpréter l'Écriture à votre 
« fantaisie, et vous prétendez nous ôter la même liberté. Vous 
« vous arrogez à vous seuls un droit que vous refusez et à chacun 
« de nous , et à nous tous qui composons l'Église. Quel titre avez- 
« vous donc pour soumettre ainsi nos jugements communs à votre 
« esprit particulier? Quelle insupportable suffisance de prétendre 
« avoir toujours raison , et raison seuls contre tout le monde, 
«■ sans vouloir laisser dans leur sentiment ceux qui ne sont pas 
« du vôtre, et qui pensent avoir raison aussi! Les distinctions, 
« dont vous nous payez , seraient tout au plus lolérables si vous 
. disiez simplement votre avis , et que vous en restassiez là ; mais 
« point : vous nous faites une guerre ouverte; vous soufflez le feu 
« de toutes parts. Résister à vos leçons , c'est être rebelle, ido- 
« lâtre, digne de l'enfer. Vous voulez absolument convertir, 
« convaincre, contraindre même. Vous dogmatisez, vous prê- 
« chez, vous censurez , vous anathémalisez, vous excommuniez, 
« vous punissez, vous mettez à mort : vous exercez l'autorité des 
• prophètes, et vous ne vous donnez que pour des particuliers ! 
« Quoi! vous novateurs, sur votre seule opinion, soutenus de 



' 



— tXVIII — 

« quelques centaines d'hommes, vous brûlez vos adversaires! Et 
« nous, avec quinze siècles d'antiquité, et la voix de cent mil- 
» lions d'hommes, nous aurons tort de vous brûler! Non, cessez 
« de parler, d'agir en apôtres, ou montrez vos titres; ou, quand 
« nous serons les plus forts , vous serez très-justement traités en 
« imposteurs. • 

Cependant les fondateurs du Protestantisme ont reconnu la 
nécessité des miracles , lorsque Dieu donne aux hommes une 
révélation que tous sont obligés de croire. Et quand Muncer, 
avec ses anabaptistes, entreprit de s'ériger en pasteur, Luther 
ne voulut pas qu'on en vînt au fond avec ce nouveau docteur, 
ni qu'on l'admît à prouver la vérité de sa doctrine par les Écri- 
tures ; f mais il faut qu'on lui demande, disait-il , qui lui a donné 
« la charge d'enseigner. S'il répond que c'est Dieu : qu'il le 
t prouve par un miracle manifeste ; car c'est par de tels signes 
« que Dieu se déclare , quand il veut changer quelque chose 
c dans la forme ordinaire de la mission (1). » Dans son traité 
sur l' Autorité des magistrats, il dit encore : « Que le magistrat 
c ne devait souffrir ni les assemblées secrètes , ni que personne 
« prêchât sans vocation ; que si l'on avait réprimé les anabap- 

• listes , dès qu'ils répandirent leurs dogmes sans vocation , on 
t aurait épargné bien des maux à l'Allemagne ; qu'aucun homme, 

« vraiment pieux, ne devait rien entreprendre sans vocation 

« Je dis ces choses, poursuit-il, pour avertir les magistrats d'é- 
« viter les discours de ceux qui n'apportent de bons et assurés 
« témoignages de leur vocation ; car il ne faut pas les admettre, 

• quand même ils voudraient prêcher le pur Évangile, ou qu'ils 
t seraient des anges du ciel. » 

Dernièrement encore, la Réforme toujours éloquente quand elle 
voit des sectes chercher à se mettre à sa place, disait aux métho- 
distes (2) : « Qui êtes-vous? d'où venez-vous, où sont vos litres? 

• où sont vos lettres de créance pour publier un autre Évangile 

• que celui qui s'est conservé à travers les âges dans toutes les 



(l) Slt'iil.m. Il'-t.ii, iinii.W/, , lili. v, |i. do, tilil. lie |55.'. 

( ) VBxpérmKc du 26 tepu mine i84a 



— CL1X — 

< communions chrétiennes? Quels miracles faites-vous pour que 
« nous vous croyions? Comptez-vous bien ; si vous n'aviez pas 
« derrière vous des indifférents et des incrédules, non parce 
t qu'ils partagent vos opinions , mais parce qu'ils craignent et 
« haïssent les doctrines orthodoxes , à quelle poignée imper- 
t ceptible de disciples seriez- vous réduits? Et vous parlez de 
« votre autorité ! Et vous prophétisez votre triomphe dans l'a- 

< venir ! Ah ! cette pierre sur laquelle est assis le monde chré- 

< tien , ce rocher des siècles est trop lourd pour vos bras im- 

< puissants ; vous ne le déplacerez pas de sa base immense ; 
« vous ne réussirez pas même à l'ébranler , et vos inutiles efforts 
« ne serviront qu'à constater une fois de plus que l'œuvre de 
« Dieu ne se laisse pas détruire par l'opposition de l'homme, i 

Quatrième parallèle. 

Lorsqu'on met en parallèle les apôtres du Christianisme avec 
ceux de la prétendue Réforme ; la sainteté, la véracité , la jus- 
tice, les mœurs pures et sans tache des premiers, et toutes leurs 
vertus inaccessibles aux passions humaines (1), avec le liberti- 
nage, la fourberie , l'injustice , la dépravation de mœurs et tous 
les vices des derniers ; le Protestantisme ne peut qu'inspirer un 
profond dégoût. Mais pour n'être pas accusé de prévention ou de 
haine contre la Réforme, laissons encore les protestants eux- 
mêmes se stigmatiser , se jeter leurs turpitudes à la face. 

Si nous voulons connaître l'archidiacre Carlostadt , le disciple 
de Luther qui, le premier, donna l'exemple scandaleux des ma- 
riages de prêtres, Mélanchton, le saint de la Réforme, nous 
dira que « c'était un homme brutal , sans esprit , sans science , 
« sans aucune lumière du sens commun; qui , bien loin d'avoir 
<■ quelque marque de l'esprit de Dieu , n'a jamais su ni pratiqué 
« aucun des devoirs de la civilité des hommes. Il paraissait en 
<« lui des marques évidentes d'impiété , toute sa doctrine était 
« judaïque ou séditieuse. Il condamnait toutes les lois faites par 
« les païens; il voulait que l'on jugeât selon la loi de Moïse, 



(i) Voir ci-dessus la quatrième prtum (te ta dwiiutc du Chrhtia 



IlisHit! , [>. tX.Y. 






; 



' 



-, ». I ■ 



— CLX — 

« parce qu'il ne connaissait point la nature de la liberté chré- 
•< tienne. Il embrassa la doctrine fanatique des anabaptistes, aus- 
« sitôt que Nicolas Storck commença de la semer en Allemagne. 
« Une bonne partie de l'Allemagne , ajoute Mélanchton , peut 
<• rendre témoignage que je ne dis rien que de véritable (1). » 

La doctrine de cet hérétique, touchant l'Eucharistie, était si 
perverse, dit Erasme, qu'elle excita du tumulte à Berne, et 
que deux typographes qui imprimèrent ses livres furent mis en 
prison (2). 

Carlostadt avait une doctrine si impie que les luthériens di- 
saient après sa mort : « On ne peut nier qu'il n'ait été étranglé 
• du diable , vu tant de témoins qui le rapportent, tant d'autres 
« qui l'ont mis par écrit, et les lettres des pasteurs de Bâle (3). » 

Mélanchton était sans courage, sans fermeté , et son indif- 
férence pour les dogmes était si grande que ses contemporains 
ne savaient plus en quoi consistait sa foi. Les luthériens eux- 
mêmes ont déclaré, en plein synode, t qu'il avait si souvent 
« changé d'opinion sur la primauté du pape , sur la justification 
« par la foi seule, sur la cène , sur le libre arbitre, que toutes 
t ses incertitudes avaient fait chanceler les faibles dans ces 
f questions fondamentales , empêcher un grand nombre d'em- 
« brasser la confession d'Augsbourg; qu'en changeant et rechan- 
« géant ses écrits , il n'avait donné que trop de sujets aux pon- 
« tificaux (les catholiques) de relever ses variations, et aux 
€ fidèles de ne plus savoir à quoi s'en tenir sur la véritable 
« doctrine. » Ils ajoutent que « son fameux ouvrage sur les 
c lieux théologiques pourrait plus convenablement s'appeler 
t Traité sur les Jeux théologiques (4). » 

Schlussemberg dit que, « frappé d'en haut par un esprit d a- 
€ veuglement et de vertige , Mélanchton ne fit que tomber 
« d'erreur en erreur, et finit par ne plus savoir ce qu'il fallait 
t croire lui-même Manifestement, Mélanchton avait con- 

(i) Epistolu ad Fredericum miss. 

(i) Lettre à Philippe Mélanchton ; recueil des lettres d'Erasme, liv. xxix, p. 818. 

(3) Historia de ccenà Augusl., fol. 4'. 

(4) Colloq. Aliéné., fol. 5oi, Soi, an. 1 568. 



• 



— CLX1 — 

« tredit la vérité divine , à sa propre honle , et à l'ignominie 
« perpétuelle de son nom (1). » 

OEcolampade fut un moine apostat , qui , à l'exemple de Car- 
lostadt et de Luther, couronna son apostasie par son mariage 
avec une vierge consacrée à Dieu. Étant catholique , c'était un 
homme pacifique et de bonnes mœurs. « Mais à peine eut - il 
« embrassé la Réforme, dit Erasme, que son nom devint si odieux , 
« que les imprimeurs ne voulurent plus le laisser paraître à la 
« tête des écrits qu'il publiait , parce que son nom était capable 
« de nuire à la vente d'un livre. » 

Muncer, prêtre apostat, le chef forcené des anabaptistes, ca- 
chait sous des dehors humbles un cœur dévoré d'ambition. Il se 
fit remarquer par son libertinage et par ses crimes, autant que 
par ses extravagantes interprétations de l'Écriture-Sainte : il 
avait à la fois dix-sept femmes. 

Bucer, autre moine apostat de l'ordre des Dominicains, cimenta 
son apostasie par son mariage avec une religieuse. 

Jean Agricola était un homme rempli d'orgueil , de présomp- 
tion et de mauvaise foi. « Il était d'une humeur inquiète et am- 
« bilieuse, dit Bayle(2). » Ministre de la Réforme et principal 
du collège à Isièbe, en Saxe , le comte de Mansfeld , en lui don- 
nant son congé , «l'accusa d'ingratitude, d'avarice et d'ivro- 
« gnerie, dit encore Ravie (3). » Ce ministre, ajoute le même 
écrivain, « était un esprit dangereux et un grand brouillon. » 

Matthias Flacius Illyricus fut un docteur aigre, opiniâtre, 
fougueux et turbulent. « Son humeur turbulente, impétueuse, 
« querelleuse , dit Rayle , gâtait toutes ses bonnes qualités et 
« causait mille désordres dans l'Église protestante, il ne faisait 
« pas difficulté de déclarer qu'il fallait tenir en respect les 
« princes par la crainte des séditions (4). On n'eut pas sujet 

« d'avoir regret à sa mort Quelques-uns ont dit que la seuie 

« bonne action qu'il eût faite, était de mourir (5). » 

(i) Theologin Calvin., lib. 11 , p. 01. 

(2) Dictionnaire , au mot Jean Agkicola. 

(3) Idem. 

(4) Mclanchton , lettre 127% p. 1 34. 

(5) liayle , Btctiormairc , au mut Illyricus. 









»— CLXII — 

Osiander fut un théologien visionnaire, orgueilleux, insolent, 
continuellement en contradiction avec lui-même ; il se distingua 
par son arrogance et par son amour pour la nouveauté. 

Strancarus fut un disputeur turbulent et impétueux ; il excita 
beaucoup de troubles en Pologne, où il s'était retiré. 

« Heshusius fit extrêmement parler de lui par son humeur 
« remuante et impétueuse, dit Bayle (1). » Calvin lui reproche 
son furieux emportement contre Mélanchton, touchant le dogme 
de l'Eucharistie (2) ; il l'accuse d'avoir un caractère extrême- 
ment ambitieux , turbulent , féroce et toujours enclin à la dis- 
pute (3). 

Bèze appelle Eliman, ministre luthérien, « une guenon, un 
« âne coiffé d'un bonnet de docteur, un chien qui nage dans 
« un bain, un sophiste asinissime, un impudent fripon , un sy- 
« cophante , un Polyphème , un monstre à la nature de singe et 
« d'ogre , un animal carnassier, un cyclope , un papiste (4) ! » 
Musculus, l'un des plus célèbres théologiens de la Réforme , 
quitta son couvent et son froc, pour se marier et faire la profes- 
sion ouverte de Luthéranisme. 

Westphale , ministre luthérien , « était , dit Bayle , d'une vio- 
« lence qu'on pourrait nommer brutale. Les luthériens avouent 
« eux-mêmes qu'il y avait de l'excès dans sa manière d'agir (5).» 
Un théologien de Genève , Bibliander, parlant de sa brutalité et 
de son ineptie , disait qu'il ferait mieux de panser des bêtes de 
somme, que d'administrer les sacrements (6). Westphale ayant 
accusé Calvin de gloutonnerie (7) , celui-ci lui répondit sur le 
même ton, en lui reprochant de s'adonner à l'ivrognerie (8). 
Morlin, ministre de Luther et l'un de ses plus rigides secta- 

(i) Dictionnaire , au mot Heshusius. 

(î) Dilucida explicati.i san<e doctrinœ de verà participatione , in tractai, thfoloa., 
p. 84o. 

(3) Tractatus theolog., p. 842, col. 1. 

(4) D'Arligny, iioiiu. mém. d'histoire, t. I , p. i63. 

(5) Dictionnaire, au mol Westphale. 

(6) Seckendorf, llistor. latUeran., lib. 1, p. 58i. — Recueil de Gabbema, let- 
tres 33 et 54. 

(7) Bèze, de cœnà Domini, contra H'estplialum. 

(8) Opuscules de Calvin, p. ^56. 



— CLXII! — 

tours, est représenté par Mélancliton comme étant d'un naturel 
trop impétueux et trop adonné aux contestations. « Je lui ai 
« souvent prédit , disait Mélancliton , qu'il exciterait plus de 

• tempêtes qu'il n'en pourrait apaiser (1). » A propos du zèle 
furieux de ce ministre, Bayle fait les réflexions suivantes : « Met- 

• tons à part les grandes disputes des catholiques romains et 
« des protestants : considérons seulement le Luthéranisme, lîon 
« Dieu ! quelles divisions ne vit-on pas entre les théologiens de 
« ce parti-là, et avec quelle chaleur et quelle aigreur ne furent- 
« elles pas soutenues? Tout ce que l'Afrique et l'Asie ont pro- 
« duit d'esprits ardents n'était que flegme , en comparaison 

« de ces docteurs germaniques Ce qu'il y a d'admirable là- 

« dedans, est que le Luthéranisme se soit maintenu au milieu 
« de tant de disputes violentes (2). » 

Jacques André, célèbre théologien en grande réputation dans 
la Réforme luthérienne, était d'un caractère violent et d'un es- 
prit d'intrigue. 

François Lambert , l'un des premiers moines qui se défroquè- 
rent en France pour embrasser le Luthéranisme et épouser une 
femme, était d'un caractère violent et emponé. Et comme « en 
« ce qui concerne les intérêts d'une secte, dit Bayle, un homme 
« entêté et fougueux est préférable à un homme sage (3) , » ce 
moine apostat fut l'un des principaux instruments dont le land- 
grave de Hesse se servit pour introduire la Réforme dans ses 
États (4). 

Dans le Calvinisme, mêmes caractères , mêmes mœurs. 

Voici l'opinion de Heshusius sur Théodore de Bèze, le disciple 
chéri de Calvin. « Qui ne s'estonnera, dit-il, de l'incroyable ini- 

• pudence de ce monstre, la vie duquel orde et* infâme est 
« connue de toute la France par ses épigrammes plus que cyni- 
« ques? Et néanmoins vous diriez, à l'ouïr parler, que c'est 

• quelque saint homme , un autre Job, ou l'un de ces autres 

(i) Lettre à Albert Hardenherq. 

(i) Dictionnaire, au iiioiMotun , remarquée. 

(3) Idem, au mot Mi'xsnchton, remarque I. 

(4) Sprkentlorf, Jltst, httheran,, lilj. n. 



i 



— CI.XIV — 

. anachorètes du désert , voire plus grand que saint Paul ou 
. saint Jean , tant il trompette partout son exil , ses labeurs , sa 
. pureté et l'admirable sainteté de sa vie (1). <« 

Schlussemberg a fait de ce prédicant un portrait qui n'est 
guère plus flatteur. « Bèze, dit-il, retrace au vif, dans ses écrits, 
« l'image de ces gens ignares et grossiers qui , à défaut de rai- 
« sons et d'arguments, se prennent aux injures; ou de ces hé- 
t reliques dont la dernière ressource est de recourir aux in- 

, su |tes C'est ainsi que , pareil à un démon incarné, cet 

t homme obscène , tout pétri d'artifices et d'impiété , vomit ses 
• blasphèmes satiriques... J'ai passé vingt-trois ans de ma vie à 
lire plus de deux cent vingt productions calviniennes, je n'en 
ai rencontré aucune où les injures et les blasphèmes soient 

aussi accumulés que dans les écrits de cette bête farouche 

Si quelqu'un pouvait en douter, qu'il parcoure ses fameux dia- 
logues contre Heshusius. On ne les croirait jamais écrits par 
un homme, niais par Béelzébuth en personne. J'aurais horreur 
de répéter les obscènes blasphèmes que cet être impur et 
« athée vomit dans le plus grave sujet , avec un mélange dé- 
< goûtant d'impiétés et de bouffonneries : sans doute il avait 
« trempé sa plume dan* une encre infernale (2j. > Bèze avait 
-en effet pour ses adversaires la haine de Luther et de Calvin. 
C'est cependant ce même prédicant qui fut révéré comme un 
des principaux apôtres de la réforme genevoise, et que la secte 
nous montre si brillant et si saint. 

Écoutons le ministre Launay. • Après qu'il se fust souillé en 
. toutes sortes d'infamie et du péché que lui-même n'a pas celé, 

• dit-il, il desbaucha la femme de son prochain, vendit ses béné- 
« ficeset fit sa retraite, pour eschapper, non pas la persécu- 

• tion, mais le supplice et la punition de ses forfaits. Mais avant 
«départir, il déceut ses fermiers, et se fit faire des advances 
« sur le revenu des bénéfices auxquels il n'avoit plus rien; de 
. quoy nous fusmes fort empeschés durant le colloque de Poissy; 



(i) Florimond tle Rrmoml , Histoire dt 
(3) Theoloqiu Cnlfiii., Itb. II. 



Fhêi 



10/48. 






; 



CLXV — 

. car l'une des veufves avec ses enfants vint crier après luy pour 
« esire satisfaite. Ceste pauvre femme me dit qu'il leur avoit em- 
. porté plus de douze cents livres. Pour preuve de sa conversion, 
. et qu'il estoit assisté du Saint-Esprict, il composa l'épîlre de 
« Passavant : belle droslerie contre le président Liset, auquel il 
« vouloit'mal de mort, parce qu'il l'avoit condamné à restituer 
. les calices et les ornemens de la nation de Bourgogne, dont il 
« avoit esté procureur en l'université d'Orléans, et s'en estoit 
« venu les vendre sur le pont au Change, sans dire adieu à ses 
. compagnons qui en obtinrent arrest. ■> 

Bayle a fait tous ses efforts pour justifier Bèze des accusations 
portées contre lui et entre autres du crime de bestialité qu'on lui 
reproche ; mais dans la défense de ce prédicant , comme dans 
celle de Calvin , s'il fallait juger leur procès sur les moyens qu'il 
allègue, le disciple et le maître seraient déclarés coupables des 
crimes qu'on leur impute , et Bayle lui-même serait convaincu de 
mauvaise foi (1). 

Pierre Vermilli , plus connu sous le nom de Martyr, fut un 
moine apostat de l'ordre de saint Augustin. Il quitta son couvent 
et épousa une religieuse défroquée. 

Ochin était général des capucins , lorsque Jean Valdesius , ju- 
risconsulte espagnol , lui enseigna la doctrine de Luther. Il quitta 
le froc et son couvent , et se retira à Genève avec son ami Pierre 
Martyr. Jusqu'à l'époque de son apostasie , Ochin avait joui dans 
son ordre d'une grande réputation par l'austérité de sa vie. 11 
était vénéré comme un saint, et pratiquait exactement (2). Mais, 
à peine eut-il embrassé la Réforme , comme elle souillait tous 
ceux qu'elle touchait, « Ochin, écrivait Bèzc à Diduthius, est 
t devenu un scélérat paillard, fauteur des ariens, moqueur de 
« Christ et de son Église (3)'. > 

Clément Marot, le poète de la rôforme calviniste, avait des 



(i) Voir notre discours sur le crime contre nature et la ^flétrissure reprochés à 
Calvin. 

(2) L'évêque d'Amélia, Histoire du cardinal Coimnendon. — Bayle, Dictionnaire , 
au mot Ochin, remarque B. 

(3) Bèze, OEuvrcs, t, 111 , p. iyo. 

T. I. h 



— CLXV1 — 

mœurs très-dissolues. Relire à Genève pour éviter les poursuites 
dirigées en France contre les partisans des nouvelles opinions, il 
y débaucha son hôtesse, et fut condamné à mort. Calvin, par sa 
recommandation, fit commuer cette peine en celle du fouet. 
Bèze rapporte que Clément Marot ne put jamais se corriger 
des mauvaises mœurs qu'il avait gagnées, dit-il, à la cour de 
France (1). « Cette expression insinue, dit Bayle, que Marot n'é- 
« difia point les genevois par sa chasteté (2). » Bayle avoue 
« qu'il n'y a que trop de pièces obscènes parmi ses œuvres. > 
Mais il croit le justifier en disant : « Il suivait en cela et l'esprit 
t du temps et celui des meilleurs poètes de l'antiquité , et qui 
c pis est, ses mœurs et son train de vie; car il était non-seule- 
« ment un poêle de cour, mais aussi un homme qui aimait les 

« femmes, et qui ne pouvait renoncer au plaisir des sens Ce 

« qu'il y a d'étrange, ajoute naïvement Bayle, c'est que les ta- 
t lents de son esprit, son sel, le tour agréable, vif, aisé, ingé- 
« nieux de sa muse ne se font jamais sentir avec plus de distinc- 
« tion que lorsqu'il traite un sujet sale (3). » 

Spifame.évêque apostat, n'eut pas des mœurs plus pures que 
celles de ses confrères. Il fit divorce avec l'Église catholique 
pour se marier. Un historien calviniste rapporte qu'il eut la 
tête tranchée à Genève, en 1S6G, pour avoir fait un faux contrat 
de mariage, afin de rendre légitime un enfant bâtard qu'il avait 
eu avant son mariage (4). 

Guillaume Farel, l'un des principaux ministres de la réforme 
calviniste, était d'un caractère si turbulent et si peu évangéli- 
que, qu'Érasme disait : >< Je n'ai jamais vu un homme plus men- 
« teur, plus violent et plus séditieux (S). » Il en fait ailleurs un 
portrait hideux (C). Bayle avoue que Farel était < chaud, colère, 

(1) In Iconibus. 

(2) Dictionnaire, au mot Maiiot, remarque H. Bayle cherche à justifier Marot 
de ses adultères, mais il ne donne aucune raison solide en faveur du poète, et ne 
détruit pas le témoignage deCàyet ni celui des autres écrivains. 

(3) Idem, remarque M. 

(4) Spon , Histoire de Genève, livre ni. 

(5) Livre xvm, lettre 3oj livre xxx, lettre 14. 

(G) Bpistola adfrabvs Germante infirioris, lit), xxxi , epistolu 5i). 



L 



*v - 



— (XXVII — 

« bilieux, et qu'il était de ceux qui ont plus besoin de bride que 
« deperon; » mais il ajoute pour excuser ses emportements 
« que sans cela, Luther, Calvin et Farel n'auraient pas sur- 
i monté la résistance (1). • 

Castalion était représenté parle maître de la réforme genevoise 
comme un homme méchant et perfide, un calomniateur, un 
i chien plein d'ignorance et de bestialité, un imposteur, un ini- 
c pie obscène, un brouillon, un voleur, un scélérat (2). » 

Paul Alciat, selon le témoignage de Calvin, était un fou à lier, 
un furieux ; Bèze dit que c'était un homme à vertiges, un fréné- 
tique (3). 

Nous terminerons celte biographie des réformateurs et de 
leurs principaux apôtres par le témoignage suivant du célèbre 
protestant Zanchius (4). « Je suis indigné quandje vois la manière 
« dont plusieurs d'entre nous défendent notre cause; souvent 
« nous obscurcissons à dessein le véritable état delà question, 
« afin qu'elle ne puisse pas être saisie; nous avons l'impudence de 
« nier les choses les plusévidentes ; nous affirmons ce qui est mani- 
t lestement faux ; nous inculquons aux peuples, comme les pre- 

< miers principes de la foi, les doctrines les plus impies, et nous 
« condamnons comme hérétiques des opinions très-orthodoxes. 

< Nous torturons les Écritures pour les faire accorder avec nos 

< inventions, et nous nous vantons d'être les disciples des Pères, 
t en refusant de suivre leur doctrine. La tromperie, la calomnie, 
« l'injure sont choses qui nous sont familières; nous ne nous in- 
« quiétons ni du bien, ni du mal, ni du vrai, ni du faux, pourvu 
« que nous puissions défendre notre cause. » 

Les minisires qu'on plaçait à la tète des nouvelles Eglises res- 
semblent à ces illustres chefs : même caractère, mêmes pen- 
chants , même conduite, c Ce sont , disait Mélanchton (o), 
« des gens ignorants, qui ne connaissent ni piété, ni discipline. 

(i) Dictionnaire, au mot Farel, remarque C. 

(2) Défense de Castalion , p. 5. 

(3) Calvin, tract, theolog., p. 63g; Bèze, lettre 8i. 

(4) Epistolu ad Hormiunt. 

(5) Lib. t et iv, epislola 107. 






«UN 



— CLXVIII — 

t Voilà ceux qui dominent, et je suis comme Daniel dans la fosse 
« aux lions. Leurs mœurs sont telles que pour en parler très- 
« modérément, beaucoup de gens, dans la confusion qu'on voit 
t régner parmi eux, trouvent tout autre état un âge d'or, en corn- 
« paraison de celui où ils nous mettent (1). » 

Luther parle plus clairement. » Êtres déchus, dit-il (2), qui ne 
f pensent qu'à leur ventre , gardiens de chiens plutôt que pas- 
« leurs d'âmes chrétiennes, qui, joyeux d'être débarrassés de leur 
t bréviaire , trouvent trop fatigant de lire , matin et soir, une 
« page du Nouveau Testament, et tombent de lassitude quand 
« ils ont récité l'oraison dominicale. > 

Calvin, dans son livre des Scandales, n'en donne pas une meil- 
leure idée. « Nos pasteurs qui montent dans la chaire sacrée du 
« Christ, et qui devraient édifier les âmes par une pureté sura- 
« bondanle de bonnes mœurs, scandalisent l'Église du Seigneur 
« par leurs dérèglements. Misérables histrions qui s'étonnent 
« que leurs paroles n'obtiennent pas plus d'autorité qu'une fable 
t jouée en public, et que le peuple les montre au doigt et les 

< siffle; ce qui me surprend, moi, c'est la patience des femmes et 
t des enfants qui ne les couvrent pas de boue et d'immondices. » 

Le prédicant Sébastien prêchant un jour devant Calvin et plu- 
sieurs autres de ses confrères, sur ces paroles de saint Paul : 
nous montrant les ministres de Dieu tout pleins de charité, s'écria 
tout à coup (3) : t Serviteurs de Dieu, nous ! Paul , voilà le vé- 
« rilable serviteur ! nous, nous sommes les esclaves de nos appé- 
« tils et de nos passions. Paul veillait la nuit sur sa chère Église, 
f et nous, nous passons la nuit au jeu ; Paul était sobre, et nous, 
t nous nous enivrons ; Paul était tourmenté par les séditions, et 

* nousnousles excitons; Paul était chaste, et nous ; Paul fut 

« mis dans les fers, et nous, nous y jetons ceux qui nous ont 
c offensés; Paul s'appuyait sur le bras du Seigneur, et nous 

< sur un bras de chair ; Paul souffrait, et nous tourmentons les 
« autres. » 



(i) Lib. vin , tfjiitola -j^i. 

(2) Scckcndorf, corn. Hist. de. Lutlieran,, lib. Il, sect. 17. 

^3j E/'istola adFarelum, 3o mai 1 544- 



— CLXIX — 

Voilà ce que lurent les apôtres du Protestantisme. Et mainte- 
nant , nous le demandons aux hommes de foi , est-ce bien eux que 
Jésus-Christ avait en vue, lorsqu'il disait: «Allez, instruisez 
« toutes les nations Je serai avec vous jusqu'à la consom- 

* mation des siècles Qui vous écoute, m'écoute; qui vous 

« méprise, me méprise Je vous envoie comme des brebis au 

• milieu de loups ravissants? » Mais poursuivons nos parallèles , 
et passons aux martyrs de la Réforme. 

Cinquième parallèle. 

Nous avons encore établi la divinité du Christianisme par le 
témoignage que les martyrs ont rendu à la vérité des faits sur 
lesquels celte religion est fondée; témoignage confirmé par les 
attaques des philosophes, et par les aveux forcés des hérétiques 
et par la conduite des apostats (1). Recherchons quelle a été la 
conduite des prétendus martyrs protestants. 

Et d'abord , commençons par démontrer qu'en fait de religion, 
il ne peut y avoir de martyr en dehors du Christianisme. Le mar- 
tyre est, en effet, le sacrifice qu'un homme, plein de l'esprit de 
Dieu, fait de son sang ou de sa vie pour attester la vérité des 
faits sur lesquels le Christianisme est fondé, c'est-à-dire pour 
rendre témoignage que Jésus-Christ est son fondateur, le vrai 
Messie annoncé par les prophètes et le Fils de Dieu; qu'il a prê- 
ché dans la Judée; qu'il a fait des miracles et des prophéties ; 
qu'il est mort, ressuscité et monté au ciel; qu'il a envoyé le 
Saint-Esprit à ses apôtres; qu'il a enseigné telle et telle doctrine; 
qu'il a donné mission aux apôtres et à leurs successeurs de prê- 
cher cette doctrine par toute la terre; qu'il a promis d'être avec 
son Église jusqu'à la consommation des siècles , et que par con- 
séquent elle ne peut tomber dans l'erreur, etc. , etc. 

Or, nous le demandons aux hommes de bonne foi , dans quelle 
religion de l'univers trouve-t-on de tels martyrs? On nous allègue, 
il est vrai, des luthériens, des calvinistes et d'autres héréti- 



(i) Voir ci-dessus la 



cirir/iiicmc preuve rie In divinité du Chtisliamsii 



[>. C.\l,l. 



■ 



ques, des athées même, qui ont mieux aimé mourir que de dé- 
mordre de leurs opinions. Mais qu'avaient-ils vu et entendu? 
que pouvaient-ils attester? Les protestants avaient vu Luther, 
Calvin et autres , se révolter contre l'Église chrétienne, gagner 
des prosélytes , faire avec eux bande à part , remplir l'Europe de 
tumulte et de sédition ; ils les avaient entendus déclamer contre 
les pasteurs catholiques, les accuser d'avoir changé la doctrine 
de Jésus-Christ, perverti le sens des Écritures, introduit dans 
l'Église des erreurs et des abus et s'annoncer pompeusement 
comme des envoyés extraordinaires de Dieu. Et les croyant sut- 
parole, ils avaient embrassé les mêmes opinions. Mais avaient- 
ils vu les chefs du Protestantisme faire des miracles et des pro- 
phéties, découvrir les plus secrètes pensées du cœur, montrer 
dans leur conduite des signes infaillibles de mission divine? Les 
prétendus martyrs du Protestantisme , bien loin de rendre le 
même témoignage que les martyrs chrétiens, ont, au contraire, 
attesté par leur mort que l'Église de Jésus-Christ était tombée 
dans l'erreur et dans l'idolâtrie; qu'elle était devenue la synago- 
gue de Satan , la prostituée de Babylone ; que le successeur de 
saint Pierre , le vicaire du Fils de Dieu sur la terre, n'était plus 
qu'un antechrist; et quepar conséquent Jésus-Christs'était trompé 
ou avait trompé ses disciples, lorsqu'il leur avait promis d'être 
avec son Église jusqu'à la consommation des siècles; que le Saint- 
Esprit descendu sur les apôtres avait été impuissant pour pré- 
server l'Église d'erreur ; et comme Dieu est tout-puissant et qu'il 
ne peut ni se tromper, ni nous tromper, que Jésus-Christ n'était 
point le Fils de Dieu, le véritable Messie, mais seulement un 
homme, un peu plus habile, il est vrai, que Luther et que Calvin ; 
que sa religion , quelque sainte qu'elle soit, ne peut nous obliger 
devant Dieu ; et qu'enfin le Saint-Esprit , le Paraclet promis par 
Jésus-Christ à ses apôtres, ne participait en rien à la divinité. 
Voilà quel a été le témoignage rendu par les martyrs du Protes- 
tantisme; ce témoignage les confondra éternellement. 

Sixième parallèle. 

Nous avons dit que la manière dont le Christianisme s'est 



établi est une des preuves les plus sensibles de sa divinité; et 
nous avons démontré que non-seulement il n'a dû sa rapide et 
étonnante propagation à aucun principe humain , mais , au con- 
traire, que tous les principes humains qui peuvent concourir au 
succès d'une entreprise se sont opposés à ses progrès (1). Le 
Protestantisme offre-t-il les mêmes prodiges dans son établisse- 
ment? ou plutôt la cause de ses succès n'est-elle pas dans la 
nature même de sa doctrine , dans les qualités personnelles de 
ceux qui l'ont enseignée , dans les dispositions et les préjugés 
des peuples à qui elle était prêchée , dans l'ignorance et la cré- 
dulité de ceux qui l'ont embrassée, et enfin dans l'influence des 
grands et des princes ? 

1° Lorsque Luther, sous un vain prétexte d'abus, se prit à 
déclamer contre l'Église chrétienne , la nouvelle doctrine qu'il 
enseigna n'avait rien qui put lui l'aire craindre un échec. Il est 
vrai que par la nouveauté même de sa doctrine et par le relâ- 
chement de sa morale, il ne pouvait espérer d'en imposer aux 
hommes vraiment religieux ; mais la liberté d'examen , dont il 
fit le point fondamental de la Réforme, flattait les beaux esprits ; 
elle séduisait les ignorants et s'accordait parfaitement avec 
toutes les spéculations d'une raison orgueilleuse. Aussi , parce 
qu'on avait soumis les dogmes de l'Église aux raisonnements de 
chaque individu, la plupart des réformés se regardèrent pen- 
dant quelque temps comme les seuls et véritables chrétiens. Ils 
portèrent même l'aveuglement et la prévention jusqu'à accuser 
d'hérésie les catholiques qui ne voulaient point raisonner pour 
croire ce que l'intelligence humaine ne peut comprendre. La 
morale de la Réforme flattait aussi toutes les passions ; elle de- 
vait donc être reçue avec empressement par ces hommes , dont 
le nombre était alors très-grand, qui ne subissent qu'avec peine 
et contrainte le joug d'une religion austère , et qui font secte 
partout où l'on prêche une morale relâchée. Les gouvernements 
ne virent pas , dans les premiers moments de cette explosion 
religieuse , tout le mal qui allait en résulter pour les mœurs pu- 



(i) Voir ci-dessus la quatrième preuve de In divinité du Christianisme, p. t:x\. 



' 



— CLXXII — 

bliques. La Réforme attaquait la religion du pape et des cou- 
vents, c'en était assez pour eux, et ils se réformaient; les uns par 
dépit, les autres par ambition , ceux-ci par libertinage, ceux-là 
par amour des richesses , et tous pour s'affranchir du joug 
d'une religion qui ne pouvait transiger avec leurs vices. Voilà 
pourquoi la Réforme eut d'abord tant de princes, de savants 
et de moines ; la multitude ignorante suivit l'impulsion de ses 
chefs ; elle crut que l'Église catholique était la synagogue de 
Satan , la prostituée de Babylone, la sentine de tous les vices, 
parce qu'on le lui disait sans cesse. Mais la victoire que remporta 
la Réforme fut une victoire de l'enfer. 

2° Mais par qui le Protestantisme a-t-il été annoncé? Un moine 
rebelle à Dieu venait d'élever la voix contre l'Eglise de Jésus- 
Christ , et il semblait que sa parole dût expirer dans l'enceinte 
même de son couvent ; mais ce moine parlait aux passions ; il 
permettait, au nom de Dieu, le pillage des églises aux princes 
et le mariage aux moines; et au nom de la liberté chrétienne, 
il prêchait la révolte à la populace; il déclamait contre le suc- 
cesseur de saint Pierre; il l'attaquait avec son éloquence gros- 
sière et soldatesque , et ne parlait de lui que dans les termes les 
plus outrageants : ses imitateurs et ses disciples suivirent cet 
exemple, et tous prêchaient le nouvel Évangile une torche à la 
main. Comment une telle Réforme, prêchée par des hommes 
audacieux , enflés d'orgueil et d'ambition , n'aurait-elle pas été 
embrassée par les ennemis de l'Église et du Souverain-Pontife ! 

Il faudrait n'avoir aucune notion de l'histoire, pour ne savoir 
que dans les premiers temps , la Réforme n'eut parmi ses plus 
fameux ministres aucun homme sincèrement religieux. Nous 
avons déjà prouvé ce que furent les fondateurs du Protestantisme, 
ce que furent leurs apôtres. 

5° Nous pouvons encore attribuer le succès de la Réforme 
aux dispositions favorables qu'elle trouva dans les esprits. Le 
quinzième siècle venait d'expirer au milieu du torrent des idées 
nouvelles, lorsque Luther parut. A cette époque, l'imprimerie, 
introduite dans la plupart des pays de l'Europe, y faisait circu- 
ler avec une égale rapidité la vérité et l'erreur. D'un côté , les 



— CLXX1U — 

livres que les moines avaient arrachés à la dévastation d'un siè- 
cle barbare et ignorant , et qu'ils conservaient précieusement 
dans leurs cloîtres , comme un dépôt sacré , ces livres avaient 
reparu , et avec eux le goût et l'amour de l'étude des Pères 
grecs et latins s'étaient réveillés ; les beaux-arts et les belles- 
lettres étaient cultivés; et les sciences , filles du temps , fleuris- 
saient de nouveau. D'un autre côté, les prédications de Wiclef 
et de Jean Hus avaient jeté un ferment de discorde dans la so- 
ciété ; l'esprit des savants commençait à se pervertir sous 
l'influence des idées nouvelles de raisonnement et de liberté ; le 
relâchement de la discipline ecclésiastique excitait les peuples à 
la haine contre tout le clergé ; le funeste schisme d'Occident 
avait affaibli le pouvoir du pape au profit de l'autorité monar- 
chique, et la translation du siège pontifical à Avignon leur avait 
fait perdre la force d'opinion que les idées de puissance lui don- 
naient dans l'imagination des peuples au seul nom de Rome ; 
l'amour des richesses et le désir de l'indépendance absolue 
avaient disposé les princes et les grands en faveur d'une doc- 
trine qui favoriserait leur ambition et leur cupidité. Et de plus, 
chaque nation avait des causes particulières et des hommes tout 
prêts à suivre toute révolte contre l'Église de Jésus-Christ. 

Une pareille disposition des esprits devait être favorable à la 
Réforme; et ce serait une erreur manifeste de ne pas attribuer en 
partie les succès du Protestantisme à cette disposition. 

A" Une autre cause du progrès de la Réforme, fut l'ignorance 
et la crédulité du peuple. On lui criait de toutes parts que l'É- 
glise de Jésus-Christ était tombée dans l'erreur; que Luther, 
Calvin et autres possédaient seuls la véritable parole de Dieu ; et 
le peuple, ignorant et crédule, le crut. On lui disait qu'il devait 
chercher sa croyance dans l'Écriture-Sainte, et non dans la tra- 
dition ; on lui parlait de justification, de satisfaction , de répara- 
tion, d'ubiquité, de liberté d'examen, de liberté chrétienne; 
et comme tous ces mots étaient nouveaux pour le peuple , le 
peuple suivit l'impulsion que lui donnaient ses maîtres. Il restait 
catholique avec eux , ou avec eux se réformait selon la doctrine 
de Luther , ou de Zwingle, ou de Muncer , ou de Calvin, ou de 






' li 



— CLXX1V — 



Henri VIII; et le plus souvent il se réformait à la pluralité des 
voix , ou selon le caprice de son souverain. On ne prouvera ja- 
mais que, dans les changements de religion , au seizième siècle , 
le peuple fut convaincu de ce qu'on lui disait. La doctrine qu'on 
lui prêchait flattait ses passions; il était, par conséquent, disposé 
à tout croire : aussi l'on vit des peuples catholiques se faire lu- 
thériens, puis calvinistes, parce que tel était le bon plaisir de 
son prince; et s'il eût osé résister, il n'avait d'autre perspec- 
tive que la potence ou le bûcher; car ce serait une erreur de 
croire que les catholiques seuls eussent des potences et des bû- 
chers : demandez-le plutôt à Calvin et à Henri VIII. 

Nous sommes convaincus que si le peuple avait pu examiner 
la doctrine nouvelle qu'on imposait à sa croyance, il l'aurait re- 
jetée avec mépris , préférant n'avoir aucune religion plutôt que 
d'en avoir une si grossièrement absurde. 

!i a L'influence enfin des gouvernements et la protection des 
princes et des seigneurs assurèrent dans chaque nation le suc- 
cès de la Réforme ; car il est aujourd'hui bien démontré que le 
Protestantisme ne s'est établi en Europe qu'avec le secours de 
la puissance civile et par la force des armes. Le Protestantisme, 
en effet, s'est établi en Allemagne par la protection du land- 
grave de Hesse, et à la faveur du fameux intérim de Charles- 
Quint; en Suède, en Danemarck et en Norwége, par l'autorité 
des rois et des parlements; en Suisse, par le conseil souverain 
de chaque canton, et à la pluralité des voix ; en Angleterre , il 
dut son entrée à la protection que lui accordèrent Edouard VI et 
Elisabeth; et en France, nous savons que, sans la faveur dont il 
jouissait auprès des princes de la maison de Navarre et des Châ- 
tillon, non-seulement il n'aurait jamais pu prendre les armes, 
mais il n'aurait pas même osé se montrer en public, i Le fait est 
c certain, dit Jurieu (1); voilà, non une partie, mais toute la 
t Réformation établie dans le monde par la violence, par la 
t contrainte et par des voies injustes et criminelles î > Et ce qui 
prouve cette assertion , c'est qu'en Espagne et en Italie , où les 



(i) Lollrc 8'', 



— CLXXV — 

souverains eurent assez de force pour le poursuivre, il n'a ja- 
mais pu y pénétrer, quelques efforts qu'il ait fait. Ceci explique 
la prise d'armes des catholiques; car lorsqu'ils virent que les ré- 
formés avaient à leur tête des princes du sang , soit qu'ils fus- 
sent sous les armes, soit en temps de paix, ils choisirent les 
Guise pour leurs défenseurs et prirent aussi les armes, non pour 
propager le Catholicisme, mais seulement pour repousser les at- 
taques des réformés et les empêcher de convertir la France en un 
vaste consistoire. C'est donc à tort, et les protestants le savent 
bien , qu'on a fait rejaillir sur la religion catholique les excès, di- 
sons les crimes , qui ont été commis dans les temps de guerre. 
Les catholiques repoussaient la force par la force : c'était 
leur droit. Et que venait faire le Protestantisme en France , 
puisque la plus grande majorité de la nation ne le voulait pas? 
Il était las de souffrir le martyre, dit-on ; mais puisque ses parti- 
sans prétendaient renouveler la doctrine de l'Église primitive, il 
fallait qu'ils eussent aussi les mœurs des premiers chrétiens , et 
qu'ils attendissent le succès de leur cause de la puissance de 
Dieu, et non de leurs propres armes. Ils prétendaient que leur 
religion était une œuvre de la divine Providence : il importait, 
à plus forte raison, de laisser à Dieu le soin de faire triompher 
sa cause. Les apôtres et leurs disciples n'ont pas eu besoin de 
prendre les armes pour propager la doctrine chrétienne; il fal- 
lait donc suivre cet exemple. Mais les réformés savaient bien qu'ils 
n'avaient d'autres secours à espérer que de la puissance civile et 
de leurs armes; et ils ne pourront jamais effacer cette tache ori- 
ginelle, qui démontre mieux que nos raisonnements que le Pro- 
testantisme n'est point l'œuvre de Dieu. 

H importe encore de faire connaître un fait incontestable , 
c'est que le Protestantisme, au lieu de s'étendre et de s'affermir 
au milieu des persécutions , comme jadis le Christianisme, n'a , 
au contraire, jamais été plus près de sa décadence que lorsque les 
souverains l'ont traité avec rigueur; et s'il avait eu à subir les 
règnes d'un Néron , d'un Domitien , d'un Trajan , d'un Sévère , 
d'un Décius , d'un Valérien , d'un Aurélien , d'un Dioclétien , non- 
seulement le sang de ses martyrs n'aurait pas été une semence 



; 



/ 



F 



— CLXXVI — 



féconde , mais le règne de l'un de ces empereurs aurait suffi 
pour l'exterminer. Ils disent, il est vrai , que Charles IX et que 
Louis XIV furent pour eux des Néron. Sans vouloir faire l'apolo- 
gie de la Saint-Barthélémy , qui ne trouve pas même sa justifica- 
tion comme représailles ou comme acte politique, nous dirons 
qu'il y a de l'absurdité, ou, si l'on veut, de la mauvaise foi , à 
comparer ces deux rois de France à Néron; car le nombre des 
protestants qui ont péri sous leur règne n'est pas à comparer à 
celui des chrétiens morts sous le règne de Néron , nous dirons 
même à celui des catholiques victimes du Protestantisme. Fai- 
sons des rapprochements. D'après les martyrologes protestants, 
on a reconnu qu'il était mort dans toute la France , à l'occasion 
du massacre de la Saint-Barthélémy, sept cent trent-huit calvi- 
nistes. Dans la seule ville de Nîmes , les protestants ont massa- 
cré en 1567, et en une seule nuit, plus de trois cents catholiques; 
et en 1790, en trois jours, neuf cents catholiques environ. Est- 
ce que les massacres de 1567 et de 1790 seraient moins affreux 
que celui de 1572? Ce n'est pas ici le lieu d'examiner cette ques- 
tion ; il nous suffira de dire que s'il y avait un peu moins de mau- 
vaise foi dans les écrivains du parti , qui se plaisent à exagérer 
lestons des catholiques, nous ne nous verrions pas sans cesse 
forcés de nous justifier. Nous ajouterons, avant de terminer ce 
parallèle, que la rigueur extrême que les deux rois de France 
Charles IX et Louis XIV ont été obligés d'employer pour soumet- 
tre les calvinistes, et qui leur a valu la honte d'être comparés à 
Néron, que cette rigueur se trouve aussi dans le Calvinisme ; car 
cette secte a eu ses Nérons, à commencer par Calvin. Sans eux, 
et malgré la protection des princes, le Calvinisme n'aurait jamais 
pu s'établir en France. 

Concluons donc que le Protestantisme n'a dû ses succès qu'à 
la nature de sa doctrine, aux qualités personnelles de ceux qui 
l'ont enseigné , aux dispositions et aux préjugés des peuples qui 
l'ont reçu, à l'ignorance et à la crédulité de la multitude, et en- 
fin à l'influence de l'autorité civile; et si en raisonnant dans l'hy- 
pothèse de la vérité du Protestantisme, nous cherchons à conci- 
lier la bonté et la miséricorde de Dieu avec les moyens qu'il a 



— CLXxvn — 

•employés pour propager cette religion, nous trouverons une 
•contradiction si évidente entre Dieu et son œuvre , que , ne pou- 
vant l'interpréter en faveur de Dieu , notre conscience nous ferait 
rejeter l'idée même de l'existence de Dieu. 

Mais dans l'hypothèse de la fausseté du Protestantisme, nous 
concevons son établissement par des moyens purement humains 
et avec l'aide de toutes les passions réunies : nous avons même 
■en cela une preuve de la bonté de Dieu qui n'a pas voulu que l'er- 
Teur s'établît par les mêmes voies que la vérité ; car alors l'homme 
aurait pu être trompé invinciblement. Et au lieu de renier Dieu, 
nous devons lui témoigner notre reconnaissance de ce qu'il nous 
a indiqué les caractères de ses œuvres. 

Septième parallèle. 

Des dogmes sublimes , une morale sainte , un culte majestueux 
et pur, une discipline sévère , toutes les parties du Christianisme 
qui se soutiennent par un concert admirable et se servent mu- 
tuellement d'appui , sont encore des preuves de la divinité de cette 
religion (I). 

En vain , on chercherait dans le Protestantisme des dogmes 
sublimes, la liberté d'examen y a tout rationalisé , tout détruit , 
et il n'a d'autres dogmes généralement admis dans ses différentes 
sectes que l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. 

Sa morale fut pendant longtemps très-relàchée , et produisit 
•sot les nations qui l'embrassèrent les plus funestes effets. Son 
culte , il le renferme au dedans de lui-même en faisant Dieu indi- 
gne d'un cuite extérieur. Et toutes les parties du Protestantisme 
sont tellement désordonnées que ses disciples eux-mêmes déplo- 
rent le désordre qui y règne. 

Huitième parallèle. 

Nous avons dit que lorsque Dieu a daigné révéler le Christia- 
nisme aux hommes, il lui a donné pour caractères essentiels de 
divinité l'unité, l'immutabilité et l'universalité (2). La Réforme , 

(0 Voir ci-dessus la sixième preuve de la divinité du Christianisme, p. cxxxm. 
(2) Voir ci-dessus !\n septième preuve de la divinité du Christianisme, n, cxxxv. 






\ «L 



— CLXXVIII — 

au contraire, a traîné partout après elle l'anarchie comme un 
caractère perpétuel de réprobation. Ses dogmes, en guerre avec 
eux-mêmes, se combattent, s'excluent, se détruisent les uns les au- 
tres ; tantôt elle confesse la présence réelle , tantôt elle la rejette ; 
tantôt elle soutient que Jésus-Christ n'est qu'en figure sous les 
deux espèces du pain et du vin , tantôt elle avoue la présence 
du propre corps et du propre sang de Jésus-Christ dans le sacre- 
ment de l'Eucharistie; tantôt elle accuse Dieu d'être l'auteur du 
péché, tantôt elle décide que l'homme seul est coupable; tantôt 
elle enseigne que les bonnes œuvres sont contraires au salut , 
lanlôt elle avertit les fidèles qu'on ne peut se sauver sans elles; 
tantôt elle s'élève contre l'autorité du pape, tantôt elle veut 
qu'elle soit rétablie; tantôt elle prêche l'autorité des souverains, 
tantôt elle ne reconnaît que celle du peuple; tantôt elle ordonne 
la soumission aux puissances, tantôt la révolte ; tantôt elle pro- 
clame dans ses synodes des articles de foi auxquels les Églises 
doivent se soumettre, tantôt elle déclare qu'ils ne sont point in- 
faillibles ; tantôt elle dit aux peuples de former leur croyance 
sur la Bible, tantôt elle les soumet à l'autorité des pasteurs; 
tantôt elle nie que l'on puisse se sauver dans l'Église romaine , 
tantôt elle avoue qu'on le peut; en un mot • ils flottent comme 
« des enfants, et tournent à tout vent de doctrine. » Et lorsqu'on 
leur reproche cet arrêt de saint Paul contre l'erreur, ils répon- 
dent « qu'on ne doit point s'étonner s'ils ont si souvent varié 
« dans leur foi , s'il y a chez eux une éternelle anarchie; car ils 
•< ne sont ni inspirés , ni infaillibles (1). » 

Mais écoutons les aveux de la Réforme elle-même. « Nos gens, 
« disait Bèze (2) , sont emportés à tout vent de doctrine , tantôt 
• d'un côté, tantôt d'un autre. En quel point les Églises qui ont 
« déclaré la guerre au pape sont-elles d'accord ensemble ? Si 
« vous preniez la peine de parcourir tous les articles depuis le 
« premier jusqu'au dernier, vous n'en trouveriez aucun qui ne 
« soit reconnu par les uns comme de foi , et rejeté par les autres 



(1) Brunel, Critique de l'histoire des variations, p. - et 8. 

(2) Epistola 1. 



L 



— CLXXIX — 



« comme impie Le vulgaire incertain se partage en des sen- 

- timents contraires, et si Jésus-Christ n'avait pas promis d'être 
« avec nous jusqu'à la consommation des siècles , je craindrais 
. que la religion ne fût tout à fait détruite par ces dissensions ; 
« car il n'y a rien de plus vrai que le sentiment qui dit que la 
« vérité nous échappe par trop de disputes. » 

« Les papistes nous objectent nos dissensions , disait Georges 

• Major (1), j'avoue qu'on ne saurait trop les déplorer; j'avoue 

• aussi que les simples en sont troublés au point de ne plus sa- 
« voir où est la vérité , et s'il est encore à Dieu une Église sur la 
« terre. » 

« Nos périls, disait Mélanchton, me troublent plus que nos 
« fautes. »> — c Luther me cause d'étranges troubles, ajoutait-il, 
« par les longues plaintes qu'il me fait de ses afflictions ; il est 
« abattu et défiguré par des écrits qu'on ne trouve point mé- 

- prisables. Dans la pitié que j'ai de lui , je me sens affligé au 
« dernier point du trouble universel de l'Église. » 

Témoin de cette anarchie et des troubles qu'elle occasionnait 
en Suisse, l'intrépide Conz disait en face à Calvin et à Farel (2) : 
« Vous n'êtes que des brouillons ; l'Église helvétique était en 
« paix , et vous l'avez troublée par les nouveautés que vous lui 
« avez apportées. » 



Neuvième parallèle. 

Nous avons examiné si la révolution que le Christianisme a 
opérée dans les mœurs et dans la civilisation de tous les peuples 
qui l'ont embrassé , pouvait encore être une preuve de sa divi- 
nité, et nous avons prouvé ce phénomène par la différence 
qui existe entre les nations chrétiennes et celles qui ne le sont 
pas (3). Recherchons si le Protestantisme a opéré une révolution 
aussi salutaire dans les mœurs , dans la civilisation , dans la cul- 
ture des sciences et des arts , dans les gouvernements , enfin 

(i) Sur la confession des dogmes. 
{■>.) Contrit FPestphaUum, p. 791. 
(3) Voir ri-iessus I;. huitième preuve delà divinité du Christianisme, p. fcxxxvi, 






ci.xxx — 



dans l'humanilé des peuples. De l'aveu même des réformateurs, 
la Réforme a corrompu les mœurs et dépravé les esprits. « Une 
« chose aussi étonnante que scandaleuse, écrivait Luther (1), 
« est de voir que , depuis que la pure doctrine de l'Évangile a 
« été remise en lumière , le monde s'en aille journellement de 
« mal en pire. » — « Le mal empire tous les jours, et le monde 
« devient plus méchant , dit-il autre part (2) ; les hommes sont 
• aujourd'hui plus acharnés à la vengeance, plus avares, dénués 
. de toute miséricorde , moins modestes et plus incorrigibles , 
« enfin plus mauvais qu'en la papauté. » Les mœurs étaient 
corrompues! Mais Luther n'avait-il pas sanctifié le vol , glorifié 
le rapt, mis l'adultère, l'incontinence et la bigamie en honneur! 
Et n'avail-il pas dit que « les femmes perdues , les prostituées 
« sont plus agréables à Dieu que les filles qui vivent dans les 
» monastères, et qu'une femme grosse, même d'un bâtard, peut 
« se glorifier que ses œuvres sont agréables à Dieu, parce qu'elle 
« a cette parole de Dieu : Croissez et multipliez, qui autorise son 
« action? > 

Calvin déplorait aussi « les honteux exemples de la perver- 
« site et des autres vices » que les ministres donnaient aux peu- 
ples (5). 

« Il y en a parmi nous , disent les actes d'un synode tenu à 
« Berne l'an 1533 , qui portent les habits les plus immodestes 

« qu'il soit possible de voir Il y en a d'autres qui tiennent 

« des discours indécents, qui bouffonnent et plaisantent, ou qui 
o approuvent que d'autres se divertissent , en leur présence , à 
« parler de fornication , d'adultère ou de déshonneur fait à des 
«> vierges; d'autres enfin qu'on voit dans les cabarets avec la 
« canaille, ou à des heures indues , comme si notre ministère ne 
« consistait qu'à boire et à manger. • 

Le savant Erasme écrivait un jour aux frères de la Basse- 
Allemagne (4) , que ceux qui embrassaient la Réforme devenaient 

(i) Sermo conviv. German., fol. 55. 

(■») Postilla suprù primai» dominicain Adventorum, 

(3) Livre sur les scandales. 

(4) Bpistola 59. 



■ 



. 






— CLXXXI — 

libertins , vindicatifs el frivoles, quoiqu'ils eussent jusqu'alors 
mené une vie pure , pleine de candeur et de simplicité. •< Quelle 
« race évangélique est celle-ci , disait-il encore ? jamais on ne 
« vit rien de si licencieux , ni de plus séditieux tout ensemble ; 
« rien enfin de moins évangélique que ces évangélistes préten- 
« dus. Ils retranchent les veilles et les offices de la nuit et du 
« jour; mais il fallait donc les remplacer par quelque chose de 
• meilleur, et ne pas devenir épicuriens à force de s'éloigner du 
« Judaïsme.... Les mœurs sont négligées; le luxe, les débau- 
« ches, les adultères se multiplient plus que jamais; il n'y a ni 
« règle, ni discipline. Le peuple indocile , après avoir secoué le 

« joug des supérieurs, ne veut plus croire à personne J'aime 

« mieux avoir affaire aux papistes, que vous décriez tant 

« Ceux que j'avais cru purs , pleins de candeur et de simplicité , 
« je les ai vus depuis, une fois passés à la secte des évangéli- 
« ques, commencer à parler filles, courir les jeux de hasard, 
« mettre de côté la prière , s'adonner tout entiers à leurs inté- 
« rets, devenus les plus impertinents , vindicatifs et frivoles, 
« changés d'hommes en vipères ; je sais bien ce que je dis. » 

«,L'espiït de l'Évangile, disait encore Erasme, devrait être 
« d'adoucir les mœurs féroces , de changer des séditieux en 
« hommes pacifiques , et je ne vois dans les nouveaux réformés 
« que des furieux , que des ravisseurs du bien d'aulrui , que des 
« hommes qui se font un jeu de la fraude, qui maudissent les 
« gens de bien , que de nouveaux hypocrites, des perturbateurs 
« du repos public, de nouveaux tyrans, et pas le moindre ves- 
« lige de l'esprit de l'Évangile. » 

Les chefs de la Réforme ne se méprenaient pas sur la source 
de cette corruption. Elle venait, selon Mélanchton, « de ce qu'on 
« renversait la police ecclésiastique. » El , selon Luther, • de ce 
« qu'au mot de liberté dans la foi , on se croyait tout per- 
« mis. » 

C'est donc dans l'émancipation même de la raison , c'est-à- 
dire dans le Protestantisme , qu'il faut chercher la cause de ces 
écarts, de celte indiscipline, de celte corruption de l'Église pro- 
testante dès les premiers jours de son existence , puisque d'a- 
T. I. l 






— CLXXXII — 

près Luther « le peuple dans la Réforme était plus corrompu 
• qu'en la papauté. > 

La Réforme n'a pas été moins funeste aux belles-lettres et aux 
beaux-arts. Elle a ralenti le mouvement intellectuel qui entraî- 
nait l'Europe au seizième siècle ; elle l'a ralenti par ses arguties 
et par ses disputes , dan?, lesquelles tant de talents se sont per- 
dus. « Partout où règne le Luthéranisme , disait le profond 
« Erasme , les belles-lettres n'existent plus. » Tous les vastes 
génies que l'Europe possédait alors étaient presque tous dans le 
Christianisme ; car le Protestantisme défleurait les imaginations, 
et ses disputes haineuses et remplies d'animosités absorbaient 
tellement l'entendement humain , qu'il ne lui était pas possible 
de se livrer à d'autres occupations. 

La véritable éloquence n'a été connue dans la religion chré- 
tienne que parmi les catholiques. Les luthériens et les calvinistes 
ont produit des hommes savants et des esprits subtils, mais ja- 
mais de grands orateurs. On peut même observer que la littéra- 
ture des peuples modernes se rapproche et s'éloigne du bon goût 
de la Grèce et de l'Italie ancienne, en raison du plus ou moins 
de rapports que la religion de ces peuples a gardés avec la reli- 
gion catholique. Ainsi les écrivains calvinistes sont, en général, 
plus arides, plus froids que les écrivains luthériens, et ceux-ci 
le sont plus, à leur tour, que les écrivains de l'Église anglicane. 
Blair lui-même, sans en connaître la cause, a senti l'infériorité 
des orateurs protestants. Celle observation renverse de fond en 
comble tout le système de M mc de Staël, qui accorde plus de sen- 
sibilité aux littérateurs du nord de l'Europe (1). 

Et qu'est-ce, en effet, pour le talent, que les Claude, les Ju- 
rieu, les Crouzat, les Abbadie, les Tillotson même, auprès des 
Tertullien, des Augustin, des Chrysostome, des saint Bernard, 
des Bossuet, desFénelon, des Bourdaloue, des Massillon? Pour 
les beaux-arls, les peintres, les architectes, les sculpteurs ont 
tous paru dans la religion catholique. 

C'est, il faut bien le reconnaître, que les sectes séparées de 



(i) De la lillrratnie consignée dans <<>s rapports nuer les institutions sociales. 



— CLXVX1II — 

la communion romaine ont enlevé à leur religion toul le côté poé- 
tique de la religion chrétienne. Tout est dramatique passionné, 
dans l'Église catholique; tout est monotone, triste et froid dans 
le Protestantisme. Aussi, celte secte ne jouit pas des trois prin- 
cipaux caractères qui peuvent engendrer les chefs-d'œuvre des 
arts et du génie ; elle n'est pas, comme l'Église romaine, tendre, 
sublime et mélancolique ; elle ne montre pas toujours l'homme 
au-dessus de la nature, elle n'exige pas de lui des vertus céles- 
tes, elle ne le place pas ainsi dans une espèce de beau idéal qui 
convient merveilleusement à l'écrivain et à l'artiste. 

L'incrédule Diderot a lui-même senti les transports, les ar- 
deurs et les espérances éternelles que la religion catholique fait 
germer dans les cœurs. « J'aime, écrivait-il un jour, une vieille 
« cathédrale couverte de mousse, pleine de tombeaux, et des 
« ombres de nos aïeux. Ses voûtes noircies par les siècles , re- 
« tenlissent du même chant funèbre qu'Athènes entendait sous 
« Périclès (1); l'orgue, les cloches, la voix solennelle des prê- 
« très, les tableaux des Raphaël, desDominiquin, des Lesueur, 
« suspendus aux murailles ; les statues des Michel-Ange cl des 
« Coustou placées à ces autels et sous ces portiques; ces Oeurs, 
« ces feux, ces parfums, cette pompe et cette soie; ces vases d'or 
« et d'argent, ces cérémonies pompeuses et mystiques ; ces en- 
« fants vêtus de lin, et ces hommes de la solitude et du silence, 
« qui retracent les costumes et les mœurs de l'antiquité : tout 
» ce spectacle porte à mon âme des émotions profondes. » 

« La Réformation, dit M. de Chateaubriand, pénétrée de l'esprit 
« de son fondateur, se déclara ennemie des arts... en retranchant 
« l'imagination des facultés de l'homme , elle coupa les ailes au 
« génie, le mit à pied. .. Si la Réformation à son origine eût obtenu 
« un plein succès , elle aurait établi, du moins pendant quelque 
« temps, une autre espèce de barbarie, traitant de superstition la 
« pompe des autels, d'idolâtrie les chefs-d'œuvre de la sculpture, 
« de l'architecture et de la peinture; elle tendait à faire disparaî- 



(i) On croit qàe notre chant grégorien n'est autre chose que la mtlopée des 
recs. 



à 



— CLXIXIV — 

« ire la haule éloquence et la grande poésie, à détériorer le goût 
« parla répudiation des modèles, à introduire quelque chose de 
« froid, de sec, de doctrinaire, de pointilleux dans l'esprit, à 
« substituer une société guindée et toute matérielle à une so- 
• ciélé aisée et toute intellectuelle, à mettre les machines et le 
« mouvement d'une roue en place des mains el d'une opération 
« mentale. » 

Partout où la Réforme a passé elle a troublé la tranquillité des 
nations, ébranlé les empires, divisé les familles et détruit la li- 
berté des peuples , et l'on pourrait la suivre aux traces de sang 
et aux ruines qu'elle a laissées partout sur son passage; car il y 
a dans la Jîéforme, dit Bossuet, un principe de destruction qui 
lui est inhérent. Aussi dans les pays où elle a dominé, elle n'a fait 
que détruire. « L'Europe présentait, au seizième siècle, l'aspect 
« d'une grande famille, dit le président Riambourg (1); elle avait 
« un centre d'unité, et il est à remarquer que le premier effet de 
« la révolte de Luther a été de rompre ce faisceau ; c'est ce qui 

• excitait les regrets de Leîbnitz : c'est aussi ce qui a fait dire à 
c Saint-Simon lui-même que l'Europe a été désorganisée par 
« Luther. » 

t L'union de touies les Eglises occidentales, sous un souve- 
« rain-pontife, dit -il, facilitait le commerce des nations, et ten- 
« dait à faire de l'Europe une vaste république. Le pape et la 
« splendeur du culte, qui appartenaient à un établissement si ri- 

• che, contribuaient en quelqne sorte à l'encouragement des 
« beaux-arts, et commençaient à répandre une élégance gêné- 
« raie de goût, en les conciliant avec la religion. » Mélanchton 
déplorant d'autres pertes , s'écriait avec une vive et inconso- 
lable douleur que l'autorité du pape anéantie, « la discorde 
« serait éternelle, et qu'elle serait suivie de l'ignorance, de la 

• barbarie et de tous les maux. » 

t Sans la Réforme, a dit lord Fitz- William, l'Europe entière 
c professerait aujourd'hui la religion catholique romaine ; toutes 
« les nations qui la composent auraient probablement moins de 



(i) OE livres philosophiques, t. II 



. P. 9°. 






— CIAXXV — 

i guerres entre elles , el certainement une paix plus constante 
* dans leur intérieur; les arts, les sciences, le commerce au- 
« raient fleuri chez elles plus qu'ils n'ont fait jusqu'à présent; et 
« par cet heureux mélange de biens sociaux el de vertus religi'eu- 
« ses, on aurait vu s'accroître le bonheur des peuples, la prospé- 
« rite des états et la gloire des trônes. > 
c Les intérêts qui , jusqu'à la Réformation , avaient été natio- 

f naux, dit Schiller (1), cessèrent de l'être à cette époque 

• Un sentiment plus puissant sur le cœur de l'homme que l'amour 
i même de la patrie, le rendit capable de voir et de sentir hors 
c les limites de celle patrie. Le réformé français se trouva plus 
« en contact avec le réformé anglais, allemand, hollandais, ge- 
nevois, qu'avec son compatriote catholique On prodigua 

« avec zèle à un compagnon de croyance des secours qu'on n'eut 
« accordés qu'avec répugnance à son voisin. » 

Voilà de quels bienfaits les peuples sont redevables à la Réforme 
de Luther; à celte Réforme orgueilleuse qui croyait que la raison 
humaine n'avait qu'à paraître pour tuer le Catholicisme ; à celte 
Réforme haineuse qui a détruit pour le plaisir de détruire, el a 
ébranlé l'Europe , comme pour jouir d'un spectacle qui l'amusait ; 
car il y avait en elle plus de vengeance que de zèle pour le salut 
de ses semblables, plus d'amour de la licence que de désir de la 
vraie réforme : aussi n'a-t-elle été qu'un surcroît de calamités 
pour l'espèce humaine. 



Dixième parallèle. 

Une des preuves non moins frappantes de la divinité du Chris- 
tianisme, c'est la chaîne d'erreurs qu'il faut parcourir dès qu'on 
s'écarte des vérités qu'elle enseigne à l'homme. Nous allons dé- 
montrer que le Protestantisme est le premier anneau de cette 
chaîne d'erreurs, et prouver qu'au nom du libre examen et de 
la souveraineté de la raison, il a traîné l'homme jusqu'au scep- 
ticisme le plus absolu. 

Choqué de quelques abus qui existaient dans la discipline ec- 

(i) Histoire de ta guerre de trente ant. 



— CLXXXVI — 

clésiastique , Luther, au lieu d'y reconnaître l'inévitable effet des 
passions humaines, s'en prit à la doctrine même. Il attaqua un 
point en apparence peu important de la foi catholique; faible 
esprit qui n'apercevait pas la liaison intime des vérités du Chris- 
tianisme. Mais il n'eut pas plutôt détaché un anneau de cette 
chaîne, que la chaîne entière lui échappa. Une erreur en appela 
une autre. Ce ne fut plus seulement quelques dogmes isolés qu'il 
contesta , il ébranla d'un seul coup le fondement de tous les dog- 
mes. La tradition l'embarrassait, il rejeta la tradition; l'Église 
analhématisait sa doctrine , il nia l'autorité de l'Église et déclara 
qu'il n'admettait d'autre règle de foi que l'Écriture; enfin l'Écri- 
ture elle-même le condamnait, il retrancha audacieusement des 
Livres saints une épître apostolique tout entière (1). Et quand on 
lui demanda de quel droit il agissait ainsi , il répondit avec arro- 
gance : « Moi , Martin Luther, je le veux , je l'ordonne , que ma 
« volonté tienne lieu de raison. » Ainsi Luther n'était pas seule- 
ment le fondateur et le chef de la Réforme , il en était encore 
le dieu, puisque sa volonté, sans autre raison, prévalait contre 
les révélations divines renfermées dans un monument authenti- 
que et sacré. 

Toutefois , plusieurs de ses disciples secouèrent le joug de fer 
qu'il prétendait leur imposer. Opposant leurs opinions à ses opi- 
nions , leur orgueil à son orgueil ; ils bravèrent ses fureurs et di- 
visèrent à l'infini son empire. On enseigna toute doctrine, et l'on 
nia toute doctrine ; la confusion de l'enfer n'était pas plus grande, 
ni son désordre plus effrayant. Désespérant alors[d'établir la paix 
dans son empire et de se soutenir par ses propres forces , la Ré- 
forme appela à son secours l'ancienne Église qu'elle avait répu- 
diée ; elle appela les hérétiques de tous les siècles ; elle appela ses 
nombreux enfants, et les rassemblant autour d'elle avec leurs 
haines implacables, leurs ardentes animosités, leurs symboles 
contradictoires , elle essaya de former une seule religion de cet 
amas incohérent de vérités et d'erreurs ; et de cette anarchie 
monstrueuse de partis irréconciliables et de sectes qui se repous- 



(i) Lejiilre de saint Jacques. 



— CLXXWII — 

saient mutuellement, elle essaya de former une seule Église. 
Ainsi , la Réforme cédait , en dépit d'elle-même , à l'insurmonta- 
ble ascendant de ses principes, offrant la paix à toutes les er- 
reurs, tolérant tout , même la vérité , et s'avançant à grands pas 
vers l'indifférence absolue des religions, où le système de son 
principe fondamental la conduisait inévitablement. 

C'est ainsi qu'elle parvint au Christianisme rationnel, si vante 
en Angleterre et en Allemagne. On retrancha de la religion tout 
ce que la raison ne peut concevoir, par conséquent tous les mys- 
tères et tous les dogmes; car il n'est pas un seul dogme qui ne 
renferme quelque mystère, parce qu'il n'en est point qui no 
tienne à l'infini par quelque côté. Alors il ne resta que le déisme. 
Mais la raison ne s'arrêta pas même au déisme : le principe l'en- 
traînait au delà. On fut forcé de faire violence non-seulement à 
l'Écriture, mais à la raison elle-même, à la conscience, au té- 
moignage du genre humain ; on fut forcé de nier Dieu , puisqu'on 
avait été contraint d'avouer que des mystères inconcevables l'en- 
vironnent (1). 

Et lorsque le rationalisme fut parvenu à ce point en suivant le 
principe fondamental de la Réforme , les divisions cessèrent , non 
par l'accord des doctrines, mais parleur anéantissement. La 
discordance des opinions, la diversité infinie des croyances , 
remplirent tout l'espace qui sépare la religion catholique de l'a- 
théisme; car l'unité ne se rencontre qu'à ces deux termes extrê- 
mes; et il y eut, dans l'athéisme, unité d'indifférence, parce que 
l'athéisme n'est au fond que la plénitude de l'erreur, comme il y 
a unité de foi dans la religion catholique, parce qu'elle renferme 
la plénitude de la vérité. 

Et qu'on ne nous accuse pas d'exagérer les conséquences du 
principe fondamental de la Réforme. «11 n'y a nullement à s'éton- 
« ner, dit Jacob Andrœus (2), qu'en Pologne, en Transylvanie, en 

• Hongrie et autres lieux, plusieurs passent à l'Arianisme et quel- 

• ques-unsà Mahomet,» les protestants conviennent eux-mêmes 



(i) Jean-Jacques lîmisseau, Emile, i. III. 
(2) Pnf. conl. l'apnlog, de Vanœus. 



— CLXxxvnr — 
que les doctrines de la Réforme «ouvrent le chemin à l'athéisme. > 
Jurieu fait le même aveu : «Cette abominable philosophie, dit-il (1) 
« (l'examen individuel), favorise même l'athéisme ; car un athée 
«• de bonne foi , qui a cherché Dieu , qui a trouvé que le monde 
« est Dieu et qu'il n'y en a point d'autre , en est quitte pour 
■ cela ; voilà sa vérité toute trouvée. > 

L'Allemagne protestante offre aujourd'hui un spectacle déplo- 
rable. Les luthériens ont fait de la religion chrétienne un pur 
Sentimentalisme, où le Christ n'est plus qu'un mijthe, et l'Évan- 
gile une fable de plus ajoutée aux rêveries de l'ancien Orient. 

Mais écoutons Jean- Jacques Rousseau cherchant à justifier son 
déisme par le principe de la prétendue Réforme , et confondant 
les ministres de Genève, qui s'étaient élevés contre sa doctrine. 
« Qu'est-ce que la religion de l'État? leur dit-il (2). C'est la 
sainte réformalion évangélique. Voilà sans contredit des mots 
bien sonnants. Mais qu'est-ce à Genève aujourd'hui que la sainte 
réformation évangélique? Le sauriez-vous , Monsieur, par ha- 
sard? En ce cas, je vous en félicite. Quant à moi, je l'ignore. J'a- 
vais cru le savoir ci-devant; mais je me trompais ainsi que d'au- 
tres plus savants que moi sur tout autre point , et non moins 
ignorants sur celui-là. 

« Quand les réformateurs se détachèrent de l'Église romaine, 
ils l'accusèrent d'erreur, et , pour corriger cette erreur dans sa 
source , ils donnèrent à l'Ecriture un autre sens que celui que 
l'Eglise lui donnait. On leur demanda de quelle autorité ils s'é- 
cartaient ainsi de la doctrine reçue? Ils dirent que c'était de 
leur autorité propre , de celle de leur raison. Ils dirent que le 
sens de la Bible étant intelligible et clair à tous les hommes en 
ce qui était du salut, chacun était juge compétent de la doctrine, 
et pouvait interpréter la Bible, qui en est la règle, selon son es- 
prit particulier; que tous s'accordaient ainsi sur les choses es- 
sentielles , et que celles sur lesquelles ils ne pourraient s'accor- 
der ne l'étaient point. 

« Voilà donc l'esprit particulier établi pour unique interprète 

(i) OEuvres île Papin, t. 1, p. u3. 
(i) 2 e lettre écrite de lu Montagne. 



— CLXXXIX 



de l'Ecriture; voilà l'autorité de lEglise rejetée ; voilà chacun 
mis, pour la doctrine, sous sa propre juridiction. Tels sont les 
deux points fondamentaux de la Réforme : reconnaître la Bible 
pour règle de sa croyance, et n'admettre d'autre interprète du 
sens de la Bible que soi. Ces deux points combinés forment le 
principe sur lequel les chrétiens réformés se sont séparés de l'E- 
glise romaine , et ils ne pouvaient moins faire sans tomber en 
contradiction : car quelle autorité interprétative auraient-ils pu 
se réserver , après avoir rejeté celle du corps de l'Eglise? 

« Mais, dirat-on , comment sur un tel principe les réformés 
ont-ils pu se réunir? comment , voulant avoir chacun leur façon 
de penser , ont-ils fait corps contre l'Eglise catholique? Ils le de- 
vaient faire : ils se réunissaient en ceci , que tous reconnais- 
saient chacun d'eux comme juge compétent pour lui-même. 
Ils toléraient , et ils devaient tolérer toutes les interprétations, 
hors une , savoir , celle qui ôte la liberté des interprétations. Or 
celte unique interprétation qu'ils rejetaient était celle des ca- 
tholiques. Ils devaient donc proscrire de concert Rome seule , 
qui les proscrivait également tous. La diversité même de leurs 
façons de penser sur tout le reste était le lien commun qui les 
unissait. C'étaient autant de petits états ligués contre une grande 
puissance, et dont la confédération générale n'ôlait rien à l'in- 
dépendance de chacun. 

« Voilà comment la réformation évangélique s'est établie, et 
voilà comment elle doit se conserver. Il est bien vrai que la doc- 
trine du plus grand nombre peut être proposée à tous , comme 
la plus probable et la plus autorisée. Le souverain peut même la 
rédiger en formule et la prescrire à ceux qu'il charge d'enseigner, 
parce qu'il faut quelque ordre, quelque règle dans les instructions 
publiques , et qu'au fond l'on ne gêne en ceci la liberté de per- 
sonne, puisque nul n'est forcé d'enseigner malgré lui ; mais il ne 
s'ensuit pas de là que les particuliers soient obligés d'admettre 
précisément ces interprétations qu'on leur donne et cette doc- 
trine qu'on leur enseigne : chacun demeure seul juge pour lui- 
même, et ne reconnaît en cela d'autre autorité que la sienne 
propre, Les bonnes instructions doivent moins fixer le choix que 



L 



I 



— cxc — 

nous devons faire , que nous mettre en état de bien choisir. Tel 
est le véritable esprit de la réformation, tel en est le vrai fonde- 
ment. La raison particulière y prononce , en tirant la foi de la 
règle commune qu'elle établit, savoir l'Evangile; et il est telle- 
ment de l'essence de la raison d'être libre , que , quand elle vou- 
drait s'asservir à l'autorité , cela ne dépendrait pas d'elle. Portez 
la moindre atteinte à ce principe , et tout l'évangélisme croule à 
l'instant. Qu'on me prouve aujourd'hui qu'en matière de foi je 
suis obligé de me soumettre aux décisions de quelqu'un , dès 
demain je me fais catholique, et tout homme conséquent et 
vrai fera comme moi. 

« Or la libre interprétation de l'Ecriture emporte, non-seule- 
ment le droit d'en expliquer les passages, chacun selon son sens 
particulier , mais celui de rester dans le doute sur ceux qu'on 
trouve douteux , et celui de ne pas comprendre ceux qu'on trouve 
incompréhensibles. Voilà le droit de chaque fidèle, droit sur le- 
quel ni les pasteurs ni les magistrats n'ont rien à voir. Pourvu 
qu'on respecte toute la Bible et qu'on s'accorde sur les points 
capitaux, on vit selon la réformation évangélique. Le serment 
des bourgeois de Genève n'emporte rien de plus que cela. 

« Or je vois déjà vos docteurs triompher sur ces points capi- 
taux et prétendre que je m'en écarte. Doucement, Messieurs, 
de grâce ; ce n'est pas encore de moi qu'il s'agit, c'est de vous : 
sachons d'abord quels sont, selon vous, ces points capitaux , sa- 
chons quel droit vous avez de me contraindre à les voir où je ne 
les vois pas, et où peut-être vous ne les voyez pas vous-mêmes. 
N'oubliez point , s'il vous plaît , que me donner vos décisions 
pour lois , c'est vous écarter de la sainte réformation évangé- 
lique, c'est en ébranler les vrais fondements; c'est vous qui, par 
la loi, méritez punition. 

« La religion protestante est tolérante par principe ; elle est 
tolérante essentiellement, elle l'est autant qu'il est possible de 
l'être, puisque le seul dogme qu'elle ne tolère pas est celui de 
l'intolérance. Voilà l'insurmontable barrière qui nous sépare des 
catholiques, et qui réunit les autres communions entre elles : 
chacune resarde bien les autres comme étant dans l'erreur , 



— CXCI — 



mais nulle ne regarde, ou ne doit regarder cette erreur comme 
un obstacle au salut. 

« Les réformés de nos jours , du moins les ministres, ne con- 
naissent pas ou n'aiment plus leur religion. S'ils l'avaient connue 
et aimée , à la publication de mon livre ils auraient poussé de 
concert un cri de joie, ils se seraient tous unis avec moi , qui 
n'attaquais que leurs adversaires ; mais ils aiment mieux aban- 
donner leur propre cause que de soutenir la mienne : avec leur 
ton risiblement arrogant, avec leur rage de chicane et d'intolé- 
rance, ils ne savent plus ce qu'ils croient, ce qu'ils veulent ni ce 
qu'ils disent. Je ne les vois plus que comme de mauvais valets 
de prêtres", qui les servent moins par amour pour eux que par 
haine contre moi. Quand ils auront bien disputé, bien chamaillé, 
bien ergoté , bien prononcé , tout au fort de leur petit triom- 
phe, le clergé romain, qui maintenant rit et les laisse faire, vien- 
dra les chasser armé d'arguments ad hominem sans réplique, et, 
les battant de leurs propres armes, il leur dira : Cela va bien; 
mais à présent, ôtez-vous de là, médian is intrus que vous êtes, 
vous n'avez travaillé que pour nous. Je reviens à mon sujet. 

« L'Eglise de Genève n'a donc et ne doit avoir, comme ré- 
formée, aucune profession de foi précise , articulée et commune 
à tous ses membres. Si l'on voulait en avoir une , en cela même 
on blesserait la liberté évangélique , on renoncerait au principe 
de la réformation, on violerait la loi de l'Etat. Toutes les Eglises 
protestantes qui ont dressé des formules de profession de foi , 
tous les synodes qui ont déterminé des points de doctrine n'ont 
Voulu que prescrire aux pasteurs celle qu'ils devaient enseigner, 
et cela était bon et convenable. Mais, si ces Eglises et ces synodes 
ont prétendu faire plus par ces formules, et prescrire aux fidèles 
ce qu'ils devaient croire, alors, par de telles décisions, ces as- 
semblées n'ont prouvé autre chose, sinon qu'elles ignoraient 
leur propre religion. 

« L'Eglise de Genève paraissait depuis longtemps s'écarter 
moins que les autres du véritable esprit du Christianisme, et 
c'est sur cette trompeuse apparence que j'honorais ses pasteurs 
d'éloges dont je les croyais dignes ; car mon intention n'était as- 



— CXCII — » 

sûrement pas d'abuser le public. Mais qui peut voir aujourd'hui 
ces ministres, jadis si coulants et devenus tout à coup si rigides, 
chicaner sur l'orthodoxie d'un laïque, et laisser la leur dans une 
si scandaleuse incertitude? On leur demande si Jésus-Christ est 
Dieu, ils n'osent répondre ; on leur demande quels mystères ils 
admettent, ils n'osent répondre. Sur quoi donc répondront-ils, et 
quels seront les articles fondamentaux, différents des miens, sur 
lesquels ils veulent qu'on se décide, si ceux-là n'y sont pas 
compris? 

« Un philosophe jette sur eux un coup d'œil rapide, il les pé- 
nètre, il les voit ariens , sociniens, il le dit et croit leur faire hon- 
neur : mais il ne voit pas qu'il expose leur intérêt temporel , la 
seule chose qui généralement décide ici-bas de la foi des hommes. 
« Aussitôt, alarmés, effrayés, ils s'assemblent , ils discutent, 
ils s'agitent, ils ne savent à quel saint se vouer; et, après force 
consultations, délibérations, conférences, le tout aboutit à un 
amphigouri où l'on ne dit ni oui ni non, et auquel il est aussi peu 
possible de rien comprendre qu'aux deux plaidoyers de Rabelais. 
La doctrine orthodoxe n'est-elle pas bien claire , et ne la voilà- 
l-il pas en de sûres mains? 

« Cependant, parce qu'un d'entre eux, compilant force plai- 
santeries scolastiques aussi bénignes qu'élégantes pour juger 
mon Christianisme, ne craignit pas d'abjurer le sien, tout char- 
més du savoir de leur confrère , et surtout de sa logique , ils 
avouent son docte ouvrage , et l'en remercient par une députa- 
lion. Ce sont, en vérité, de singulières gens que messieurs vos mi- 
nistres! On ne sait ni ce qu'ils croient ni ce qu'ils ne croient pas; 
on ne sait pas même ce qu'ils font semblant de croire : leur seule 

manière d'établir leur foi est d'attaquer celle des autres Au 

lieu de s'expliquer sur la doctrine qu'on leur impute, ils pensent 
donner le change aux autres Eglises en cherchant querelle à leur 
propre défenseur ; ils veulent prouver par leur ingratitude qu'ils 
n'avaient pas besoin de mes soins , et croient se montrer assez 
orthodoxes en se montrant persécuteurs. 

« De tout ceci je conclus qu'il n'est pas aisé de dire en quoi 
consiste à Genève aujourd'hui la sainte réformation. Tout ce 



— «cm — 



qu'on peut avancer de certain sur cet article, est qu'elle doit 
consister principalement à rejeter les points contestés à l'Eglise 
romaine par les premiers réformateurs, et surtout par Calvin. 
C'est là l\~;prit de votre institution ; c'est par là que vous êtes 
un peuple libre, et c'est par ce côté seul que la religion fait chez 
vous partie de la loi de l'Etat. » 

Eu vain les protestants s'efforcent de se maintenir à une égale 
distance entre la révélation divine et l'athéisme, la laison ne 
souffre pas qu'on s'arrête entre ces deux termes extrêmes. To- 
lérer dogmatiquement une seule erreur , c'est s'engager à les 
tolérer toutes. C'est par cette raison que Bayle, quoique intéressé, 
comme protestant, à justifier le système du principe fondamen- 
tal de la Réforme , prouve que, selon ce principe, on ne peut 
exclure du salut dû aux hérétiques , ni les juifs, ni les mahomé- 
tans, ni les païens; c'est-à-dire qu'en abolissant la vérité, au- 
tant que la loi des intelligences, on proclame la liberté absolue 
de croyance , et l'on établit autant de religions qu'il peut naître 
•de pensées dans l'esprit de l'homme; car, le principe du libre 
examen n'admettant point de limites, c'est en vain que l'on lâ- 
•cherait d'en imposera ses conséquences. Et, comme toutes les 
•erreurs se tiennent aussi bien que toutes les vérités, tolérer quel- 
ques erreurs et ne pas tolérer celles qui en dérivent , c'est , dans 
TU) système religieux fondé sur le seul raisonnement, absoudre 
les uns à cause de leur inconséquence , et condamner les autres 
parce qu'ils ont mieux raisonné. En vain le Protestantisme se 
roidira contre le bon sens des hommes , l'inflexible logique 
triomphera de la conscience, et la tolérance universelle, loi 
générale et nécessaire de l'erreur, établira son règne sur les 
ruines de tontes les vérités. 



Il résulte de ces dix parallèles, que non-seulement la Réforme 
a été illégitime dans son principe , criminelle dans ses moyens , 
funeste dans ses effets , mais qu'elle a été de plus l'ouvrage des 
passions humaines et non celui de la grâce divine, et qu'elle 
porte sur son front les marques ineffaçables d'une religion fausse 



a 



I 






— CXCIV — 

el réprouvée de Dieu, de manière à ne pouvoir tromper invinci- 
blement les hommes. 

Mais puisqu'il existe une religion divine , qui possède tous les 
caractères essentiels à une religion révélée de Dieu, les hommes 
doivent-ils se soumettre à son enseignement , quoiqu'ils n'en 
comprennent pas les mystères? Telle est la question que nous 
allons essayer de résoudre. 



10 e QUESTION. 

Le Catholicisme étant la seule religion divine , tous les hommes 
doivent-ils se soumettre à son enseignement, quoiqu'ils n'en 
comprennent pas les mystères ? 

Une révolution anti-chrétienne cm 
au fond de la pensée de ceui dont le 
libre ejamen est la doctrine favorite. 
Chateaubriand , Essai sur ta 
littérature anglaise. 

Nous avons démontré que le Créateur n'a pas tiré l'homme du 
néant pour le faire vivre uniquement de la vie matérielle, mais 
surtout de la vie de la justice, conformément à Dieu et à sa loi ; 
et si l'homme eût été trop faible pour porter le fardeau d'une 
loi , le Seigneur ne le lui aurait pas imposé : contre celui qui 
pouvait alléguer l'excuse de son impuissance , Dieu ne pouvait 
aussi promulguer un décret de mort. 

Mais dira-t-on qu'avant de se soumettre à la religion catho- 
lique , il faut en examiner les preuves? C'est justement ce que 
saint Pierre et saint Paul recommandaient aux juifs (1) , qui, 
avant de se convertir, examinaient avec soin les Écritures, pour 
voir si ce que les apôtres prêchaient était conforme à la vé- 
rilé (2). La religion catholique n'interdit pas l'examen des 
preuves, elle nous y invile, au contraire, à l'exemple et au nom 
de Jésus Christ (3) ; mais ce qu'elle nous interdit formellement , 

(i) i" épttre, ch. m , v. i5, tG. — EpHre aux é/ihésiens, ch. v, v. 8 et 17. 
(a) Actes îles jipôtirs , eh, xvn, v. 11. 
(3) Saint Jean , Evaiu/ile , eh. v, t. 3g. 



— cxcv — 
c'est de voir entre les différentes doctrines, laquelle est la meil- 
leure. « Cet examen est faux , dit Tertullien ; celui qui cherche 
« la vérité ne la tient pas encore, ou il l'a déjà perdue; qui- 
i conque cherche le Christianisme n'est pas chrétien ; qui cher- 
t che la foi est encore infidèle. Nous n'avons plus besoin de 
< curiosité après Jésus-Christ, ni de recherche après l'Évangile ; 
« le premier article de notre foi est de croire qu'il n'y a rien a 
• trouver au delà. S'il faut discuter toutes les erreurs de l'uni- 
« vers , nous chercherons toujours et ne croirons jamais. Cher- 
« chons à la bonne source , non chez les hérétiques , ce n'est 
« point là que Dieu a placé la vérité, mais dans l'Église fondée 
« par Jésus -Christ. Ceux qui nous conseillent les recherches 
t veulent nous attirer chez eux, pour nous faire lire leurs ou- 
« vrages, nous donner des doutes et des scrupules; dès qu'ils 
« nous tiennent , ils érigent en dogmes et prescrivent avec 
« hauteur ce qu'ils avaient fait d'abord semblant de soumettre 
« à notre examen (1). » 

Il n'est donc pas permis au chrétien de chercher plus qu'il ne 
doit découvrir; car il ne peut rien trouver au delà de ce que Dieu 
lui a révélé. Aussi l'Apôtre saint Paul défend ces questions sans 
fin. Après avoir reconnu que Dieu a parlé par Jésus-Christ, met- 
tre en question, si Dieu ayant parlé, doit être cru, serait autant 
une absurdité qu'une impiété. Les preuves du Christianisme admi- 
ses , les dogmes du Christianisme, quelque incompréhensibles 
qu'ils soient , sont démontrés; la religion reconnue vraie, tout 
ce qu'elle enseigne est certain. 

11 est, en effet, contraire à la raison d'examiner les objets de 
la croyance , c'est-à-dire les dogmes révélés de Dieu, parce que 
cet examen est inutile et impossible; inutile, car après avoir re- 
connu que la révélation vient de Dieu, la raison n'a plus de dis- 
cussion à faire sur l'enseignement que lui a donné l'infaillibilité 
divine. La voix de Dieu étant reconnue, il n'y a plus à raison- 
ner : il ne reste qu'à adorer et à recevoir d'elle tout ce qui lui 
plaît de révéler, soit qu'on le comprenne , soit qu'on ne le corn- 



ai) Traité des prescriptions, cli, vin et suiv. 



— CXCVI — 

prenne pas, et à le recevoir passivement, sans résistance, sans 
contradiction, sans murmures, sans observation et sans curiosité. 
Cet examen est encore impossible ; car l'examen intrinsèque des 
objets de la croyance ou des dogmes révélés est impossible à la 
raison humaine, dont la nature bornée l'empêche de saisir par 
ses propres forces et sans un enseignement extérieur, ce qui est 
essentiellement infini. 

Cependant la religion, n'interdit pas l'examen de ses motifs, de 
ses preuves ; et non-seulement elle l'a formellement permis, mais 
elle l'a même recommandé. Écoutons le témoignage des premiers 
docteurs de l'Église. 

Saint Clément , pape , annonce que ce n'est pas par la foi seule 
qu'on reçoit la religion , mais aussi par la raison ; que la vérité 
est toujours appuyée par la raison; que plus on aura de soin aux 
recherches , plus on aura de fermeté dans la conservation de la 
foi (1). 

Saint Justin donne comme un précepte de la raison, que ceux 
qui sont véritablement pieux et philosophes (il ne sépare pas ces 
deux idées)suivent et chérissent uniquement la vérité, rejetant les 
opinions des anciens, s'ils les trouvent mauvaises (2). 

Théophile d'Antioche invite les païens à méditer avec attention 
les prophéties, et à peser, d'une part, les raisons qu'il apporte ; 
de l'autre, celles des adversaires, pour y découvrir la vérité (3). 

Tertullien déclare que toute loi doit compte de ses motifs à 
ceux dont elle exige l'obéissance ; qu'elle est suspecte quand elle 
se refuse à l'examen, vicieuse, si, sans examen, elle prétend 
dominer (4). 

Saint Clément d'Alexandrie enseigne que la roi doit être ac- 
compagnée des recherches, Jésus-Christ ayant dit, cherchez et 
vous trouverez (5). 

Origène , réfutant Celse , qui avait fait la même objection , lui 



(l) Lihrt TecngmUonum , lil>. m. 
(*i) Aj.ol. î, cap. il. 

(3) Ad Autolu: , lib. m, cap. 34. 

(4) Apolog., cap. m. 

(5) Stiomal., lib. v, cap. 1. 



— eicvn — 

répond que, loin de prescrire aux chrétiens la foi, on leur en 
présente les preuves (1). 

Arnobes dit aux païens que vouloir détruire les écrits qui dé- 
montrent la vérité de notre religion, ce n'est pas défendre la 
leur, c'est redouter le témoignage de la vérité (2). 

Laclance réclame, dans la recherche de la religion, les droits 
de la raison, que Dieu a donnée à l'homme pour lui faire décou- 
vrir le vrai (3). 

Saint Ambroise montre que la prérogative de l'homme sur 
les autres animaux est de se voir doué d'une raison par laquelle 
il peut rechercher l'auteur de son être; qu'il est par conséquent 
dans la nature de tous les hommes de rechercher, selon leur por- 
tée , la vérité , et que le désir de la connaissance et de la science 
est un sentiment infus dans eux (4). 

Saint Augustin déplore l'erreur où l'avait jeté , dans ses pre- 
mières années, cette même assertion des manichéens, qu'eux 
seuls n'engageaient dans leur communion, qu'après avoir mon- 
tré la vérité, et que les catholiques , retenus dans leur Église par 
la superstition, exigeaient la foi avant l'usage de la raison. Il dit 
que l'affaire la plus grande, la plus nécessaire est de rechercher 
la vérité ; que tous les droits divins et humains permettent celle 
recherche de la foi catholique; que deux sortes d'hommes sont 
heureux dans la religion : d'abord, et dans le plus haut degré, 
ceux qui l'ont trouvée; ensuite ceux qui la cherchent avec sin- 
cérité et ardeur : les premiers, parce qu'ils sont en possession ; 
les seconds , parce qu'ils sont dans la voie d'y parvenir entière- 
ment (5). 

El lous ces célèbres docteurs, les premiers défenseurs de notre 
sainte foi., avaient reçu cette doctrine des apôtres qui la tenaient 
eux-mêmes de Jésus-Christ. Il est donc certain que l'examen des 
motifs du Christianisme est formellement permis : la religion 

(i) Lib. Vi, niim. 10. 
(2) Adv. rjentes, lib. ni, cap. i. 

(3) Divina inslitutio, lib. m, cap. 8. 

(4) De qff. min., lib. i, cap. 2(i, mira. 124, nS. 

(5) Vf ulllilalc endendi , lib. i, nuin. i,*ca r . 8, mim. t8,'cap. n, linni. 25, — 
Contra Juul., lib. ni, cap. \ tium , 

T. I. 



— CXCVIII — 

règle seulement l'usage que l'on doit faire de la raison, « qui ne 
* trouve ni fond, ni rives , dit Jean-Jacques Rousseau (1), quand 
« elle veut sonder l'abîme des choses. >• 

En vain dira-t-on que le Catholicisme est une religion dégé- 
nérée ; nous répondrons que la vérité ne dégénère jamais que 
dans l'esprit des méchants; et que l'homme, quoique libre et 
parce qu'il est libre, ne peut avoir la liberté de s'affranchir de 
la domination divine et de transgresser impunément les lois 
qu'elle lui a imposées. L'homme doit donc se soumettre à l'en- 
seignement du Catholicisme, quoiqu'il n'en comprenne pas les 
mystères; car toutes les religions n'étant pas bonnes, parce 
qu'elles ne sont pas toutes vraies, l'homme ne peut obtenir son 
salut hors de la véritable Église de Jésus-Christ. 

W QUESTION. 

Toutes les religions ri étant pas bonnes parée qu'elles ne sont pas 
lotîtes vraies, l'homme peut-il obtenir le salut éternel hors de 
l'Église catholique, apostolique et romaine ? 

Hors de l'F.glise, point île salut. 

Il s'est rencontré de nos jours des indifférentistes assez incré- 
dules ou assez ignorants pour oser prétendre que toutes les re- 
ligions sont bonnes et que l'homme peut indifféremment prati- 
quer celle qu'il lui plaira de choisir; système absurde autant 
qu'impie, qui semble dire, ou que toutes les religions sont vraies 
ou qu'elles sont toutes fausses. Examinons d'abord ces deux pro- 
positions, nous rechercherons ensuite si l'infidèle, l'hérétique et 
le schismatique qui connaissent l'Église et refusent d'y entrer, 
ou le réfractaire qui en méprise les commandements et l'autorité, 
peuvent espérer le salut éternel, en persistant dans leur coupa- 
ble opiniâtreté. 

1° Si toutes les religions sont vraies, on fait honorer Dieu par 

(i) Lettre ù Séguier de Stiint-Sri.ssoit, du 71 juillet i;6'(. 



L 



— CXCX1X — 

le mensonge aussi bien que par la vérité, car il est manifeste 
que toutes les religions ne sont pas vraies. On les voit, en elFet, 
opposées les unes aux autres : la religion juive déclare Jésus- 
Christ malfaiteur, séducteur du peuple, et justement puni pour 
ses crimes ; tandis que les chrétiens le regardent comme l'en- 
voyé de Dieu, le libérateur, le sauveur des hommes, annoncé par 
les prophètes, et ils l'adorent comme Dieu sur le même Calvaire 
où les juifs l'ont fait mourir comme un criminel ; les turcs n'ont 
rien de plus sacré que l'Alcoran : c'est le livre envoyé du ciel, et 
pendant qu'ils le vénèrent comme le plus beau présent que 
Dieu ait fait à la terre, voilà que d'autres ont pitié d'eux, et 
foulent aux pieds cet Alcoran divinisé, le signalant comme un 
tissu d'erreurs et d'extravagances, dont un homme de bon sens 
ne peut supporter l'idée. Ces catholiques admettent la présence 
réelle ; ils adorent Jésus-Christ dans le sacrement de l'autel, c'est 
pour eux un dogme essentiel, et l'on ne peut l'attaquer sans 
qu'ils crient à l'impiété, sans qu'ils en appellent au témoignage 
de Dieu; s'ils se trompent, c'est Dieu lui-même qui les a trompés. 
Les calvinistes, au contraire, disent aux catholiques qu'ils sont 
tombés dans une erreur grossière, et quand ils les voient pro- 
sternés devant leurs saints tabernacles , ils les accusent d'idolâ- 
trie. 

Or, il faut bien avouer que, dans ces croyances si opposées, si 
contraires les unes aux autres, quelqu'un se trompe, à moins 
que l'on ne prétende accorder le oui et le non. Vous dites que 
le soleil brille, je soutiens qu'il ne brille pas ; quelqu'un a tort. 
Parmi toutes ces religions, il en est donc qui se trompent, qui 
enseignent le mensonge, qui s'érigent en dogme et en croyance; 
cependant toutes ces religions élèvent les mains vers le ciel ; 
elles adorent toutes Dieu; toutes lui rendent leurs hommages par 
un culte extérieur ; et comme l'on soutient que toutes les religions 
sont bonnes, c'est-à-dire probablement qu'elles sont toutes agréa- 
bles à Dieu, il s'ensuit nécessairement que Dieu, qui est vérité, 
aime le mensonge, qu'il est honoré de ses hommages; un pareil 
système est insoutenable, et un Dieu pareil n'existe pas. 

2» Au contraire, si toutes les religions sont fausses, on ne peut 



- ] 






— f.C — 

pas dire qu'elles sont bonnes; la difficulté serait d'ailleurs tou- 
jours la même, car il est évident qu'on ferait encore honorer 
Dieu par le mensonge; mais ici les embarrasse multiplient : si 
toutes les religions sont fausses, le Christianisme l'est aussi; 
alors, voilà l'erreur bien puissante; que de prodiges elle opère ! 
C'est elle qui éclaire l'univers et dissipe les ténèbres; c'est elle 
qui le console dans tous ses maux, le corrige de tous ses vices, 
et le remplit de toutes les vertus ; c'est elle en un mol qui a fait 
cette révolution mémorable que la sagesse et la puissance de 
tous les philosophes et de tous les rois n'auraient pu faire , que 
le consentement unanime de tous les peuples n'aurait pu opérer. 
Voilà donc l'erreur devenue tout-à-coup bienfaisante, elle qui a 
rempli l'univers de haine, de guerres et de calamités ; elle qui a 
élevé chez toutes les nations des monceaux de ruines et ré- 
pandu des torrents de sang. 

Mais si toutes les religions sont fausses , quelle idée aurons- 
nous de Dieu ? il aime les hommes, il en est l'ami et le père, il a 
tout fait pour eux, il leur a tout donné, tout, excepté la vérité ! 
Était-il indigne du créateur d'éclairer et d'instruire la créature 
faite à son image et à sa ressemblance? et convenait-il mieux à 
ia miséricorde infinie d'un père tout-puissant de laisser des en- 
fants, qui lui sont si chers, errer dans les ténèbres, et ne faire 
usage de leur intelligence et de leur liberté que pour tomber 
dans de monstrueuses erreurs? 

Dans cette hypothèse que toutes les religions sont fausses, on 
est encore forcé d'avouer que Dieu est l'ami du crime, et qu'il 
l'approuve; car il est évident qu'il existe des religions coupa- 
bles, il nous serait facile de faire un livre des abominations que 
la plupart des religions prescrivent, et qui sont pour elles autant 
d'actes religieux. Ainsi il est des peuples qui s'imaginent se ren- 
dre leurs dieux favorables, en se faisant écraser sous les roues 
d'un char qui porte leurs images. D'autres croient se sanctifier 
en égorgeant ieurs semblables qui ne pensent pas comme eux, 
et pour eux,, mourir dans ces massacres, c'est mériter le ciel. 
Ceux-ci immolent sur leurs autels des victimes humaines ; ceux- 
là font offrir dans leurs temples l'honneur de leurs femmes et de 



— cci — 

leurs filles; d'aulres veulent que les épouses et ! les esclaves se 
fassent brûler sur le tombeau de leurs époux ou de leurs maîtres. 

Or, si toutes les religions sont bonnes, celles-là le sont aussi , 
et quoiqu'elles soient sanguinaires, pleines de brigandages et 
d'infamie, elles sont agréables à Dieu ; il aime leurs temples et 
leurs autels, i! accepte leurs vœux et leurs holocaustes. Quel af- 
freux système! Par lui toutes les notions sont oubliées ; on n'a 
plus l'idée de la religion, ni celle de Dieu. La religion doit ren- 
dre les peuples bons, vertueux et amis; ces religions, au con- 
traire, les rendent méchants, libertins et ennemis, et il faut que 
Dieu, le Dieu de sainteté, approuve ces horreurs , sanctionne ces 
excès! Que les partisans de ce système se défendent tant qu'il 
leur plaira, ils ne peuvent échapper à ces conséquences; elles 
sont inévitables. 

Nous entendons nos philosophes incrédules dire que leur 
amour pour toutes les religions « ne s'étend pas jusqu'aux dog- 
« mes contraires à une bonne morale. » Mais les différents peu- 
ples, dont nous venons de parler, croient-ils agir contre la bonne 
morale , au milieu de leurs pratiques religieuses , qui ont pour 
objet la débauche, le brigandage et les sacrifices abominables? 
Nos ancêtres, en inondant de sang humain les autels de leur 
dieu Teutalès; les américains, en dévorant leurs prisonniers; les 
turcs, en égorgeant les chrétiens; les chinois, en sacrifiant leurs 
enfants à l'esprit du fleuve, tous ces peuples croient-ils agir con- 
tre les règles d'une bonne morale? Non, sans doute, leur reli- 
gion prescrit toutes ces pratiques; et loin de craindre d'offenser 
leurs dieux, ils croient par là se les rendre favorables et mériter 
leur protection. 

Et d'ailleurs, à quels signes certains reconnaître les dogmes 
qui sont contraires à une bonne morale? Rousseau indique bien, 
il est vrai, la voix de la conscience ; mais ce guide est inutile, et 
chaque peuple conservera sa religion avec ses dogmes, ses céré- 
monies et ses crimes ; car la conscience du gaulois, de l'améri- 
cain, du turc et du chinois, par exemple, ne lui reproche pas 
ses pratiques sanguinaires, ses criminelles abominations. 

De plus, cet appel à la conscience nous fait entrer dans une 



— CCII — 

forêt de difficultés d'où il n'est plus possible de sortir. Voilà d'a- 
bord chaque homme juge des dogmes et de la morale, ce qui 
ne laisse pas d'avoir ses inconvénients. Que faire alors? S'en rap- 
porter aux sages et aux philosophes de chaque nation ? Mais 
t est-il une absurdité qui n'ait été soutenue par quelques philoso- 
< phes? » Parmi les anciens, les idées ne nous laissent rien à dési- 
rer en fait d'extravagances; et parmi les modernes, personne 
n'ignore leurs erreurs et leurs folies. Que faire donc? Douter de 
tout, nier tout? on l'a fait dans le dernier siècle; mais c'est la 
mort des individus aussi bien que des nations. 

Une troisième conséquence résulte du système de l'indifféren- 
tisme. Si toutes les religions sont bonnes, Dieu se plaît dans le 
désordre et la confusion. Nous l'avons dit, le monde est rempli 
de religions ennemies qui se haïssent, qui se font la guerre, et 
trop souvent une guerre à mort. La religion juive nous révèle 
chaque jour sa haine contre la religion du Christ ; l'histoire nous 
dit toutes les fureurs de l'Arianisme et du Protestantisme contre 
le Catholicisme, et une grande partie du globe, ravagée, dé- 
truite par les soldats de Mahomet, nous rend témoignage de la 
guerre d'extermination qu'ils ont faite aux soldats de la croix ! 

Or, si toutes les religions sont bonnes, elles sont donc aussi 
toutes agréables à Dieu ; il les aime, il les approuve ; et comme 
elles se haïssent, s'insultent, se font la guerre et s'égorgent 
entre elles , Dieu se plaît donc aussi dans celte confusion et dans 
ces batailles. Vraiment c'est donner là une belle idée de Dieu; et 
du Dieu de l'ordre et de la paix , c'est en faire le Dieu du désor- 
dre et de la guerre, qui, du haut de son trône, voit avec com- 
plaisance toutes ces religions, pleines de haine et de vengeance, 
s'anathématiser, se détruire, blasphémer et inonder la terre de 
sang ; qui sourit à cet affreux tableau, bénit tous les efforts de 
ces impies, et leur promet à tous, pour récompense, le ciel ; 
l'erreur, dans son délire, ne peut aller plus loin. 

Autre conséquence : en admettant que toutes les religions 
sont bonnes , les partisans de l'indifférentisme ne font pas atten- 
tion qu'ils soumettent l'homme au dernier imposteur qui se pré- 
sente. Ainsi , après avoir admiré les sublimes vérités de l'Évan- 



L 



— CCIII — 



gile et sa morale si bienfaisante et si pure ; après avoir confessé 
que Jésus-Christ offre des caractères frappants de divinité , et 
qu'il faut, devant lui, fléchir le genou et l'adorer, arrive un 
nouvel apôtre , Luther, par exemple , qui prêche de nouveaux, 
dogmes , une nouvelle morale ; il semble d'abord que nous de- 
vons rejeter sa parole; car si nous avons la vérité, il ne peut 
que prêcher l'erreur; si l'Évangile est divin, sa religion est 
tout humaine ; et il n'est plus qu'un imposteur qui nous séduit 
et nous égare. N'importe , nous pouvons le croire , suivre son 
dogme, favoriser sa prédication; car l'indifférentisme a dit : 
i Toutes les religions sont bonnes. » En vain on nous opposera 
sa qualité de moine rebelle, ses contradictions sans nombre, 
ses absurdités révoltantes; en vain on nous le montrera souf- 
flant partout la rébellion , bouleversant l'Europe sans autre 
mission que celle qu'il tient de son orgueil blessé , nous pouvons 
être de son avis , embrasser sa religion ; son Evangile vaut celui 
que nous allons quitter. 

Après ce prédicateur, un autre fait entendre sa voix ; il nous 
prêche une religion nouvelle. Qu'il s'appelle Carlostadt, Zwingle, 
Muncer, Bucer, Calvin, Socin ou Jansénius; peu importe, toutes 
les religions sont bonnes, nous pouvons suivre son étendard. 

Viennent ensuite les prétendus philosophes qui, vers la fin du 
dernier siècle, résumèrent ainsi toute leur foi , toute leur mo- 
rale : Un Etre suprême et le culte de la raison. Quelle doit être 
notre conduite à leur égard? Refuserons- nous de prendre part 
à leurs assemblées , à leurs orgies ? Invoquerons-nous les sou- 
venirs qu'ils traînent après eux, les larmes , le sang , les ruines 
qui sont entre eux et nous? Non, sans doute; et qu'importe 
après tout que l'Église catholique soit transformée en temple de 
la raison , et qu'une courtisane , une prostituée soit mise à la 
place de Jésas-Christ ? Le symbole de l'indifférentisme est celui 
de toutes les religions; et si le système est bon , nul n'a le droit 
de nous blâmer. 

Quelque vil , quelque méprisable que soit pour un homme le 
rôle de donner sa foi à toutes les religions , le système des in- 
différents n'a pas encore mis un terme à nos misères. Nous 



1 



— CCIV — 

pouvons aussi changer de religion selon le pays ou le climat , 
et faire dépendre la vérité des différents degrés que nous par- 
courons sur le globe. Écoulons l'oracle des indifférents prêcher 
cette singulière doctrine. • Je regarde toutes les religions par- 
. ticulières, dit Jean-Jacques Rousseau (1) , comme autant d'in- 
i slitutions salutaires , qui prescrivent , dans chaque pays, une 
c manière d'honorer Dieu par un culte public, et qui peuvent, 
« toutes, avoir leur raison dans le climat, dans le gouveme- 
« ment, dans le génie du peuple ou dans quelque autre cause 
t locale qui rend l'une préférable à l'autre. » 

Mais voyageons avec un pareil guide. Nous voilà d'abord à 
Genève : là nous sommes calviniste et calviniste sincère; car le 
citoyen philosophe de cette république nous ferait un crime 
« de ne pas professer sincèrement la religion que l'on professe, » 
d'autant plus que cette religion, comme il le dit expressément, 
< est une religion sainte (2). » Nous passons ensuite les Alpes , 
et nous arrivons à Rome, où , trouvant la religion catholique , 
nous nous empressons d'abjurer la doctrine de Calvin pour em- 
brasser toujours sincèrement et de bonne foi celle du pape et de 
tous les fidèles qui participent à sa communion. Il nous en coûte 
sans doute un peu de déserter une religion irès-sainte , c'est-à- 
dire une religion vraie , car la vérité seule est sainte ; d'aban- 
donner sciemment la vérité pour l'erreur, et d'agir contre notre 
propre raison, contre notre conscience en embrassant le Catho- 
licisme, qui , pour nous, à Genève, était une « abominable ido- 
« latrie; > mais il y a une raison locale qui doit nous faire pré- 
férer la religion de Rome à celle de Genève. Et puis, d'ailleurs , 
ne savons-nous pas que toutes les religions sont bonnes? 

Mais voyageons encore et passons à Constantinople. Ici nous 
trouvons une autre religion , une institution salutaire , en rap- 
port avec le climat et le génie de la nation. La croix que nous 
portions dans notre cœur, fait aussitôt place au croissant; 
Jésus-Christ n'est plus le Fils de Dieu ; Dieu seul est Dieu ; Mu- 

(ij Emile, t. III, p. 1 84- 

(?) Idem, p. it>5. 



L 



— ccv — 
liomel est son prophète. Et si quelqu'un le trouve mauvais, nous 
rivons l'arme redoutable de l'indifférentisme, qui tranchera la 
difficulté et fera taire les contradicteurs. 

Après avoir adoré le saint Alcoran, apporté par l'ange Gabriel 
à Mahomet , nous faisons voile vers les Indes pour y adorer et 
abjurer successivement Brahma , le soleil , le feu , les éléments 
et les animaux. Ainsi , faisant le tour du monde , nous passerons 
notre vie à abjurer le lendemain ce que nous aurons adoré la 
veille. Ce rôle est sans doute méprisable et vil ; mais l'indiffé- 
rentisme a écrit sur son drapeau : Toutes les religions sont bon- 
nes, toutes les institutions sont salutaires. Il ne nous est donc 
point permis de cesser d'être le jouet de toutes les extravagances 
et de toutes les erreurs; et si l'on s'avisait d'inventer l'adoration 
de la triple queue des pachas, nous pourrions, nous devrions 
même nous y soumettre , en abordant les pays soumis à leur 
domination. 

Mais si toutes les religions sont bonnes , était-ce bien la peine 
que Jésus-Christ , les apôtres , les martyrs et tant de zélés et de 
saints missionnaires supportassent tant de sacrifices , de dou- 
leurs, de travaux et la mort même pour tirer le monde des té- 
nèbres du Paganisme, pour dissiper toutes les erreurs, corriger 
tous les vices et faire pratiquer toutes les vertus? Ils auraient 
mieux fait de passer doucement leur vie à sacrifier sur l'autel de 
l'indifférence, qui les conviait au repos. 

Indifférents du siècle, avant de suivre votre étendard, ouvrez 
vos rangs et montrez-nous vos disciples; car on connaît l'excel- 
lence d'une cause par ses défenseurs , et la noblesse d'un dra- 
peau par les hommes généreux qui se rallient autour de lui. A 
l'avant-garde de votre armée , nous voyons la phalange des to- 
lérantistes universels, ennemis acharnés de la religion chré- 
tienne, qu'ils ont cherché à détruire par un pur esprit de haine, 
quoiqu'on leur ait prouvé qu'en lui faisant la guerre , ils la fai- 
saient aussi à l'ordre, à la vertu, à la gloire, à la société tout 
entière. A la droite, nous reconnaissons cette foule de disciples 
delà philosophie voltairienne, si fameuse, dans le monde par le 
mal qu'elle a fait à la France, à l'Europe. A la gauche, nous 



(M 



I 



— CCVI — 

trouvons la cohorte indisciplinée de tous les êtres immoraux , 
aux yeux desquels la vertu n'est rien, non plus que l'honneur, la 
fortune , la vie de leurs semblables , lorsqu'il s'agit de leurs plai- 
sirs ou de leurs intérêts. Et votre arrière-garde se compose de 
tous les êtres à face humaine , qui , sous la Convention , s'eni- 
vrèrent de brigandages et d'assassinats, de corruption sous le 
Directoire, d'un honteux servilisme sous l'empire du grand ex- 
terminateur des rois et des peuples , et de trahison sous le règne 
des quinze ans. Tous les vices, tous les forfaits ont leur place 
dans votre camp , frères de l'indifférentisme , et tous vous portez 
pour devise : « Je ne te damne pas; pourquoi me damnes-tu? > 

Hommes de bonne foi, soyez sincères, voici les raisons qui 
vous ont fait embrasser le système des indifférents : les devoirs 
vous pèsent, les passions vous dominent, et pour finir tous les 
combats de votre conscience contre elle-même , vous vous êtes 
enrôlés sous la bannière des lâches, celle de l'indifférentisme, 
donnant une main à l'athéisme et l'autre à la folie. 

Et maintenant que penser de cette maxime des indifférents 
que toutes les religions sont bonnes? sinon qu'elle est absurde , 
méprisable et sacrilège dans son principe, et pernicieuse dans 
ses résultats. La vérité est une ; la vérité seule est bonne j parce 
que seule elle vient de Dieu. C'est donc à elle seule que l'homme 
doit se soumettre s'il veut obtenir le salut éternel. El que l'on ne 
dise pas : c Je veux me passer de la religion de Dieu; je préfère 
t mes doutes à ses vérités, mes ténèbres à ses lumières. » Quand 
les rois de la terre donnent des lois à leurs peuples, il n'est pas 
permis à un sujet de dire : Elles ne me regardent pas. Il en est 
de même de Dieu; il a donné des lois, une religion à l'homme, 
et l'homme ne peut préférer l'erreur à la vérité, le vice à la 
venu. Que si l'homme méprise les décrets du Très-Haut , comme 
les lois civiles punissent ceux qui les enfreignent volontairement, 
les lois divines auront aussi leur punition pour ceux qui les au- 
ront foulées aux pieds, ou qui ne se seront pas donné la peine de 
chercher à connaître les vérités qu'enseigne l'Église de Dieu; car 
«• hors de l'Église point de salut. » 

Mais que doit-on entendre par cette maxime évangélique? Est- 



— CCVII 



ce à dire que les catholiques damnent tous les infidèles, tous les 
hérétiques, tous les schismatiques qui n'appartiennent pas au 
corps de l'Eglise? !\on, sans doute ; car cette maxime, « hors de 
l'Eglise point de salut, » signifie seulement que ceux d'entre les 
infidèles, les hérétiques et les schismatiques qui connaissent l'E- 
glise et refusent d'y entrer , et les chrétiens qui s'en séparent 
par le schisme ou par l'hérésie, se rendent coupables d'une opi- 
niâtreté damnable. On n'encourt les analhèmes de Dieu que lors- 
qu'on est réfractaire à l'Eglise, si Ecclcsiam non aud'ierit (I), et 
qu'on méprise l'autorité divine en méprisant l'autorité de ceux 
que Jésus-Christ a établis pour maintenir l'unité, cl qui vos sper- 
nitj mespernft (2). 

Quant aux infidèles, à qui l'Evangile n'a point été annoncé, 
nous devons croire que Dieu leur a préparé, dans sa miséricorde 
infinie, des moyens suffisants de salut, puisque l'Ecriture en- 
seigne en termes formels que Dieu veut le salut de tous les 
hommes. D'ailleurs, nul n'est obligé de croire ce qu'il ne peut 
connaître, et nul ne peut connaître, à moins d'une révélation 
spéciale , Jésus-Christ et sa doctrine , s'ils ne lui sont point an- 
noncés, Quomodù crcdenl et quem non audienoilï Quomodù au- 
icm aud'ienl sine prœdicanle(ô) ? Les infidèles qui n'ont point con- 
naissance de l'Evangile sont précisément dans l'état où se trou- 
vaient les peuples avant la venue de Jésus-Christ ; ils n'ont point 
d'autres devoirs que ceux qui furent toujours promulgués parla 
tradition générale , et ils peuvent se sauver comme tous les 
hommes pouvaient se sauver antérieurement à la rédemption , 
par une fidèle obéissance à la loi primitivement révélée et uni- 
versellement reconnue. Il serait absurde de penser, dit Ber- 
gier (<i), que la venue de Jésus-Christ sur la terre ail été un mal- 
heur pour aucune créature , et que le salut soit aujourd'hui plus 
difficile à un seul homme qu'il ne l'était avant la prédication de 
l'Evangile. L'infidèle qui croit tous les dogmes que proclame la 



(i) Saint Matthieu, Evangile, cli, xvm, v. 17. 

(2) Saint Lut , Evangile, th. x, v. îG. 

(3) Saint Paul , Epislolu ad romanns , cap, X, V. li, 

(4) Traité de la vraie religion, t. VII, p. l'p. 



1 



I 



— CCV1U — 

tradition universelle, et qui désire sincèrement de connaître la 
vérité, croit par cela même implicitement tout ce que nous 
croyons. Ce n'est pas la foi qui lui manque, mais un enseigne- 
ment plus développé ; par conséquent , s'il observe la loi de Dieu 
telle qu'il la connaît, il se sauvera; mais il se sauvera dans le 
Christianisme , car il appartient à l'Eglise. C'est ainsi qu'il faut 
entendre cette parole de Jésus-Christ : t Hors de l'Eglise point 

< de salut. • 

i!i e QUESTION. 

La liberté des cultes peut-elle être agréable à Dieu? 

Si vous voulez entrer dans la vie, gar- 
dez les commandements. 

S. Matt., Evang., ch. XIX, v. 17. 

Dieu , sans déroger à sa sagesse, à sa justice et à sa bonté, 
n'a pu donner des lois positives à l'homme, tout en lui laissant la 
liberté de s'y soumettre ou de les rejeter impunément. C'est 
pourquoi Jésus-Christ répondit au riche qui le consultait sur ce 
qu'il devait faire pour obtenir la vie éternelle : « Si vous voulez 
« entrer dans la vie , gardez les commandements. » Dans une au- 
tre circonstance il disait aux juifs : t Celui qui croit en moi a la 

c vie éternelle Je suis le pain vivant, qui suis descendu du 

« ciel. Si quelqu'un mange de ce pain , il vivra éternellement 

« Si vous ne mangez la chair du Fils de l'Homme et ne buvez 

< son sang, vous n'aurez point la vie en vous. Celui qui mange 
* ma chair et boit mon sang a la vie éternelle , et je le ressusci- 
« terai au dernier jour (1). > La veille de sa passion, le Fils de 
Dieu disait à ses disciples, assemblés pour la cène : < Celui qui 
t a reçu mes commandements, et qui les garde, c'est celui-là 
c qui m'aime; et celui qui m'aime sera aimé de mon Père, et je 

< l'aimerai aussi , et je me découvrirai même à lui (2). > 

Et comment la liberté des cultes, celte fille de l'erreur, pour- 



(i) Saint Jean, EvanqiU, ch. vi, v. 47. 5i, 52, 54, 55. 
{■>) Idem, irfem, ch, xiv, v. 21. 



— cctx — 
rait-elle êlre agréable à Dieu? N'est-elle pas orgueilleuse et im- 
pie dans son origine , funeste dans ses effets , absurde môme dans 
ses conséquences? Comment pourrait-il être agréable à Dieu que 
la raison humaine s'établit pour unique interprèle de l'Écriture- 
Sainte et rejetât l'autorité de l'Église, cette divine institution du 
Rédempteur des hommes? Dieu aurait condamné les hérésies , 
et il en approuverait le culte! Et l'idolâtrie, car l'idolâtrie a 
aussi son culte particulier que les partisans de la liberté n'ont 
aucun droit de proscrire; et l'idolâtrie, le plus grand crime du 
genre humain , le forfait qui comprend tous les forfaits , la cause 
tout entière de la condamnation de l'homme ; et l'idolâtrie , qui 
adore la brute et la matière, l'homme, les plantes et les astres , 
qui adore tout dans l'univers, tout , excepté le Créateur de tou- 
tes choses; et l'idolâtrie serait agréable à Dieu! et l'Éternel se 
glorifierait! et il se complairait dans les crimes mêmes qu'il a 
punis! Partisans de la liberté des cultes, répondez! Cela se 
peut -il? 

15 e QCESTIOX. 

L'Église catholique esl-clle intolérante en condamnant les hérésies 
qui s'élèvent contre elle ? 






Si quelqu'un vous annonce un Evan- 
gile différent île celui que vous avez 
reçu , qu'il soit auathènic. 

S. Paul, Ép. aux qui., ch. i, ». 9. 



Si quelqu'un vient vers voua, et tu? 
t'ait pas profession de la doctrine de .U- 
sus-Clu-isl , ne le recevez pas dans votre 
maison, et tic le saluez point; car celui 
qui le salue participe à ses mauvaises 
actions. 

S, Jean, %*épîtn, v. 10, 11. 



Nous avons démontré qu'une religion en général est absolu- 
ment nécessaire à l'homme; et après avoir prouvé l'existence 
d'un être éternel, intelligent et créateur, nous avons aussi dé- 
montré la nécessité d'une religion révélée de Dieu; mais d'une 






— ncx — 

religion marquée du sceau de la divinité; et ce sceau, ces ca- 
ractères essentiels, indispensables aune religion révélée de Dieu, 
nous les avons trouvés dans le Christianisme. Puis, dénonçant les 
caractères de l'erreur, nous avons fait voir qu'il ne peut exister 
sur la terre une seule religion fausse qui jouisse des caractères 
essentiels à la vérité de manière à tromper invinciblement les 
hommes, et nous avons enfin reconnu que toute créature faite à 
l'image et à la ressemblance de Dieu doit se soumettre à l'ensei- 
gnement de la religion catholique, quoiqu'elle n'en comprenne 
pas les mystères. Et maintenant, nous le demandons aux hom- 
mes de bonne foi, l'Église catholique, la fille de Dieu, est-elle 
intolérante en anathémalisant l'erreur, en condamnant toutes les 
hérésies qui , même de son sein , s'élèvent contre elle, en réprou- 
vant ce que Dieu réprouve, en punissant ce que Dieu punit? Si 
c'est là de l'intolérance, telle que l'entendent les hommes du siè- 
cle, le père qui châtie son fils coupable de quelque faute, est 
donc intolérant? le prince qui fait des lois pour punir le crime, le 
magistral qui le condamne et le ministre de la loi qui exécute les 
sentences du magistrat sont donc aussi intolérants? Car lajustice 
et la vérité sont inséparables, et le Seigneur, en les envoyant sur 
la terre, leur a dit : Tout ce qui n'est pas avec vous est contre 
vous, tout ce qui ne sort pas de vous, n'est qu'injustice et qu'er- 
reur; et il leur a donné le pouvoir de combattre ces deux enne- 
mis de la révélation divine. Accuser l'Église catholique d'intolé- 
rance, c'est donc faire un crime à Dieu lui-même de condamner 
l'erreur et de ne pas donner le salut éternel à l'hérétique , au 
déiste, à l'athée même, qui tous rejettent sa loi et méprisent 
ses écrits. 

Dans un parallèle impie entre le Catholicisme et le Paganisme, 
quelques philosophes lolérantistes ont osé donner la préférence 
à celui-ci, à cause, disent-ils, de sa tolérance, et parce qu'on 
n'a jamais vu s'allumer dans son sein ces terribles guerres de 
religion qui ont ensanglanté les nations catholiques. Écoutons 
Diderot; il va lui-même répondre à cette injuste accusation. 

« Ces éloges qu'on prodigue au Paganisme, dit-il , dans la vue 
c de rendre odieux le Christianisme , ne peuvent venir que de 



— CCXI — 



l'ignorance profonde où l'on est sur ce qui constitue deux re- 
ligions si opposées entre elles par leur génie et leur caractère. 
Préférer les ténèbres de l'une aux lumières de l'autre, c'est un 
excès dont on n'aurait jamais cru des philosophes capables , 
si notre siècle ne nous les eût montrés dans ces prétendus 
beaux esprits, qui se croient d'autant meilleurs citoyens qu'ils 
sont moins chrétiens. L'inlolérance de la religion chrétienne 
vient de sa perfection, comme la tolérance du Paganisme 
avait sa source dans son imperfection. Mais , parce que la 
religion chrétienne est intolérante, et qu'en conséquence elle 
a un grand zèle pour s'établir sur les ruines des autres reli- 
gions, vous avez tort d'en conclure qu'elle produise tous les 
maux que votre prévention vous fait attacher à son intolérance. 
Elle ne consiste pas , comme vous pourriez vous l'imaginer, à 
contraindre les consciences et à forcer les hommes à rendre à 
Dieu un culte désavoué par leur cœur , parce que l'esprit n'en 
connaît pas la vérité. En agissant ainsi , le Christianisme irait 
contre ses propres principes, puisque la Divinité ne saurait 
agréer un hommage hypocrite, qui lui serait rendu par ceux 
que la violence, et non la persuasion, ferait chrétiens. L'into- 
lérance du Christianisme se borne à ne pas admettre dans sa 
communion ceux qui voudraient lui associer d'autres religions, 
et non à les persécuter. 

« Le Christianisme a eu des guerres de religion , et les flam- 
mes en ont été souvent funestes aux sociétés; cela prouve 
qu'il n'y a rien de si bon dont la malignité humaine ne puisse 
abuser. Le fanatisme est une peste qui reproduit de temps en 
temps des germes capables d'infecter la terre ; mais c'est 
l'œuvre des particuliers, et non du Christianisme, qui par sa 
nature est également éloigné des fureurs outrées du fanatisme 
et des craintes imbéciles de la superstition. La religion rend le 
païen superstitieux et le mahométan fanatique ; leurs cultes les 
conduisent là naiurellemenl ; et lorsque le chrétien s'abandonne 
à l'un ou à l'autre de ces deux excès, dès lors il agit contre ce 
que lui prescrit sa religion. Mais en ne croyant rien que ce 
qui lui est proposé par l'autorité la plus respectable qui soit 



L 



«x- (1^ 



— c.cxn — 



t sur la terre, je veux dire l'Eglise catholique, il n'a point à 

i craindre que la superstition vienne remplir son esprit de pré- 

f jugés et d'erreurs. Elle est le partage des esprits faibles et 

« imbéciles, et non de celte société d'hommes qui, perpétuée 

« depuis Jésus-Christ jusqu'à nous, a transmis dans tous les 

« âges la révélation dont elle est la fidèle dépositaire. En se con- 

e formant aux maximes d'une religion toute sainte et toute en- 

« nemie de la cruauté, d'une religion qui s'est accrue par le 

t sang de ses martyrs , d'une religion enfin qui n'affecte sur les 

« esprits et les cœurs d'autre triomphe que celui de la vérité, 

t qu'elle est bien éloignée de faire recevoir par des supplices, il 

« ne sera ni fanatique ni enthousiaste ; il ne portera point dans 

« sa patrie le fer et la flamme , et il ne prendra point le couteau 

« sur l'autel , pour faire des victimes de ceux qui refuseront de 

f penser comme lui (1). » 

(i) ÙEimres, Uiitiomiaiie encyclopiditjM , au mot Christianisme. 



CONCLUSION. 



El maintenant, que conclure de l'examen des treize questions 
précédentes? Nous avons démontré l'existence dans l'homme de 
deux substances d'une nature absolument et essentiellement dif- 
férente; nous avons prouvé l'immortalité de l'une, pendant la 
mort et la désorganisation de l'autre; nous avons également 
prouvé la résurrection de celle-ci; et pénétrant jusqu'au sein de 
la divinité même, nous avons montré le .luge suprême punissant 
les crimes des hommes ou récompensant leurs vertus. Nous 
avons ensuite fait voir l'éternel créant cet immense et magnifique 
univers et lui imposant l'homme pour roi , puis , nous avons ad- 
miré la Sagesse divine se révélant elle-même à la plus parfaite 
de ses créatures et lui dictant des lois, qu'elle a daigné marquer 
du sceau ineffaçable de son éternelle perfection, afin que l'homme 
put les reconnaître au milieu de toutes les erreurs qui allaient 
envahir la terre, et qu'il pût les pratiquer. Enfin, nous avons 
montré la nécessité où nous sommes de nous soumettre à l'en- 
seignement divin de la religion catholique , quoique nous n'en 
comprenions pas les mystères; car le Libérateur du genre hu- 
main a dit : « Celui qui ne garde pas mes commandements , 
« n'aura pas la vie éternelle. • 

Oh! combien est donc grande la folie de ces hommes qui pré- 
fèrent leur raison particulière à la raison divine , qui rejettent 
avec un présomptueux dédain la loi catholique et qui disent avec 
un orgueil insensé : < Il n'y a que les lâches et les superstitieux 
« qui envoient chercher un prêtre (1)! » Qu'ils sont coupables 

(i) Voltaire, Examen important de milord Boltngbroke , auant-propos , \" note. 
T. 1. 



S 



— CCXIV — 

aussi ces athlètes de l'impiété, qui nous donnent chaque jour le 
scandale de leur révolte sacrilège contre la religion et qui pro- 
fanent les dogmes divins avec cette même intelligence qui leur a 
été donnée pour glorifier Dieu ! 

Mais d'où vous vient cette fureur acharnée contre la religion 
du Saint de Dieu? Répondez, philosophes impies. Pourquoi trai- 
ter en ennemie la bienfaitrice des nations, la protectrice des 
droits du peuple et la gardienne de la liberté? Est-il un bienfait 
sur la terre qu'elle n'ait elle-même apporté? est-il une institution 
salutaire qu'elle n'ait fondé , ou qu'elle ne vivifie par la nourri- 
ture céleste de sa parole? est-il un esclave dont elle n'ait cherché 
à briser les fers? est-il enfin un malheureux qu'elle n'ait consolé ; 
un crime qu'elle n'ait puni; une vertu qu'elle n'ait récompensé? 
Mais écoutez le récit de quelques-uns de ses innombrables bien- 
faits; et puis, si vous l'osez encore, vous jetterez à la face de la 
fille du Très-Haut la bave de votre parole impure. 

A peine la voix du Christ eut retenti dans le monde, que l'af- 
franchissement de l'homme fut proclamé sur toute la terre , et il 
s'accomplit sans tumulte et sans sédition. La femme sortit de sa 
condition déprimée et reprit auprès de son époux la place d'Eve 
avant sa chute ; elle devint la compagne fidèle de l'homme. 

Avant le Christ , l'homme libre se servait de l'homme esclave 
comme d'un jouet; et l'histoire nous fait connaître le sort dé- 
plorable des esclaves sous l'empire du Paganisme. Les uns étaient 
destinés à combattre dans l'arène contre des bêtes féroces, aux- 
quelles ils servaient le plus souvent de pâture ; les autres en- 
graissaient de leur chair les ours ou les murènes de ses réser- 
voirs : nul refuge', nulle protection contre la fureur du maître. 
Mais le Christ, par ses souffrances et par sa mort , avait libéré 
l'homme; l'homme, à son tour, libéra l'esclave; et quand l'en- 
seignement des apôtres se fit entendre dans l'empire romain , les 
païens rougirent de la dureté de leur cœur, touchés qu'ils 
étaient de la douceur des chrétiens. On n'osa plus assimiler aux 



— Nou» prouve autre part que Voltaire mourant avait demandé un ministre de cette 
infâme qu'il avait jure d'exterminer. Voir la Gazette de Flandres et d'Artois, mai 
et juin i8/|4. 



^* 



— CCXV — 

animaux ceux que le divin Rédempteur avait rachetés de son 
sang, ceux qui avaient au ciel le même père et sur la terre le même 
Sauveur. L'empereur Adrien défendit de tuer sans motif l'es- 
clave; Anlonin lui donna des juges; Constantin le mit en liberté. 
Il y eut même des lois pour les esclaves ; il fut interdit de les 
plonger dans les basses fosses , au fond des cachots humides ; 
leurs prisons devaient être saines. On défendit aussi de les for- 
cer à s'égorger au cirque pour servir aux divertissements pu- 
blics. Ainsi , l'égalité devant la loi divine avait préparé l'égalité 
devant la loi humaine. 

Le Paganisme, aussi, n'eut point d'entrailles. Les illustres ro- 
mains, ces fiers conquérants du monde , ignoraient la plus com- 
mune pitié. Virgile trouvait que « le sage ne doit pas compatir 
« à l'indigence; » Sénèque recommandait de bonne foi de ne 
pas se lamenter avec ceux qui pleurent ; le vertueux Caton 
lui-même faisait périr sans scrupule ses esclaves , quand les ans 
avaient affaibli leurs forces : oublieux de leurs services et de leur 
longue commensalité , il devenait cruel et ingrat par principe 
d'économie ; et Auguste, si renommé par sa clémence, qui con- 
trastait singulièrement avec sa cruauté lorsqu'il s'appelait Oc- 
lave ; Auguste fit crucifier sur un navire un de ses trésoriers 
d'Egypte pour avoir acheté et mangé une caille dressée à com- 
battre ; l'histoire du Paganisme renferme une infinité d'actes 
horribles. Mais lorsque la charité divine se révéla, la subli- 
mité du dévouement des chrétiens, qui repoussaient l'injure en 
la pardonnant , et qui souffraient la persécution en priant Dieu 
pour leurs bourreaux ; cette sublimité amollit l'égoïsme et l'or- 
gueil intronisés chez les nations. On vit des filles de consuls , 
de généraux, de patriciens illustres, venir dans les hospices 
fondés par les disciples de Jésus-Christ consoler les misères 
de l'homme; on les vit , ces filles saintes , surmontant tous les 
dégoûts, panser des plaies hideuses et fétides : c'est que la cha- 
rité régnait alors. 

Où trouvera-t-on une secte religieuse ou philosophique qui ait 
fait tant de bien à l'espèce humaine , et qui lui ait en même 
temps épargné tant de maux ; une secte qui condamne tous les 



— CCXVI — 

vices et qui enseigne toutes les vertus ; une secte qui réunisse 
toutes les classes de la société , sans distinction d'âge , de rang, 
de talent , de naissance , comme en une même famille sous les 
yeux de Dieu, leur Père commun , pour les instruire de leurs 
devoirs , pour les consoler de leurs peines ; une secte qui ap- 
prenne au pauvre à être résigné , au riche à être compatissant , 
au vieillard à sanctifier les restes d'une vie qui lui échappe , au 
jeune homme à se défier des illusions de son âge ; une secte 
enfin qui ait pour devise cette sublime expression de la charité 
chrétienne : « Venez à moi , vous tous qui souffrez? . 

Cessez donc, philosophes impies, d'outrager la bienfaitrice des 
hommes, la fille de Dieu ; elle seule nous assure la véritable féli- 
cité de l'autre monde, tout en contribuant à notre bonheur dans 
celui-ci ; elle seule a sauvé l'humanité ; elle seule entretient dans 
nos cœurs le feu céleste de la charité ; elle seule aussi, après nous 
avoir appris à vivre , nous apprend encore à mourir. 



■ 



HISTOIRE 

CHRONOLOGIQUE ET DOGMATIQUE 



DES 



CONCILES DE LA CHRÉTIENTÉ. 



/ 

N° 4. 
CONCILE DE JÉRUSALEM. 

(iEROSOLYMITANUM.) 

(L'an 50.)— Saint Paul et saint Barnabe étaient de retour à Aniiocbe, 
après avoir converti au Christianisme une multitude de juifs et de gen- 
tils, lorsque des chrétiens, mal dépouillés de l'orgueil judaïque et 
pleins d'une vaine confiance dans les œuvres de la Loi et dans leurs 
propres efforts , enseignèrent qu'on ne pouvait être sauvé sans la cir- 
concision et l'observation des cérémonies légales , prescrites par Moïse 
au peuple de Dieu (1). Les deux disciples de Jésus-Christ s'opposèrent 
fortement à cette doctrine, et soutenant que le Sauveur était venu 
affranchir les fidèles des anciennes pratiques de la Loi, ils dirent que 
vouloir les assujettir encore à cette pénible servitude , c'était détruire 
la grâce de la rédemption. Mais comme la division continuait et que la 
dispute s'échauffait de plus en plus, malgré la sage conduite et le zèle 
charitable devint Paul, on résolut que ce dernier et saint Barnabe iraient 
à Jérusalem avec quelques-uns des chrétiens judaïsans , pour faire dé- 
cider cette question d'une manière solennelle par les apôtres. Étant 
arrivés dans la ville sainte avec Tile , disciple chéri de Paul , la plupart 
des pharisiens , qui avaient embrassé la foi chrétienne , défendirent 
avec chaleur l'opinion que le Docteur des nations avait combattue , et 
soutinrent qu'il fallait absolument circoncire les gentils convertis et les 
obliger à l'observation de la loi mosaïque. Ils insistèrent forteme nt pour 
imposer cette obligation à Tite, qui était gentil; mais comme ils vou- 

(i) L'hérésiarque Cérintlie était le chef de ceux qui demandaient la circoncision. 

T. I. 1 






_ 2 — 

laient en faire un devoir, saint Paul défendit la liberté de l'Évangile , et 
ne voulut point que Tite se fit circoncire, quoiqu'il fût disposé à le per- 
mettre, si l'on n'eût pas prétendu rendre obligatoire ce qui ne devait 
être que toléré. 

Les apôtres , les évoques et les prêtres , qui se trouvaient réunis à 
Jérusalem , s'assemblèrent donc avec saint Paul et saint Barnabe pour 
décider celte importante question. Saint Pierre , comme vicaire de Jé- 
sus-Christ, fut le chef de cette auguste assemblée ; les apôtres saint Jean 
et saint Jacques-le-Mineur, évêque de Jérusalem, y assistèrent , selon 
le témoignage de saint Luc et de saint Paul (1); et il y en eut encore 
d'autres , ainsi que le supposent avec beaucoup de vraisemblance plu- 
sieurs Pères de l'Église (2). On y appela les prêtres et quelques-uns des 
plus anciens ministres de la religion , non pour décider la question 
avec les Pères du concile , ce droit n'appartient qu'aux évêques , mais 
pour éclairer l'assemblée en rapportant ce qu'ils avaient appris des 
apôtres absents ou de Jésus-Christ lui-même. 

Après qu'on eut longtemps délibéré, saint Pierre se leva et prononça, 
le premier, son jugement en ces termes : « Mes frères , vous savez que 
« Dieu m'a choisi depuis longtemps pour faire entendre l'Évangile aux 
gentils par ma bouche ; et celui qui connaît les cœurs a rendu témoi- 
gnage à leur foi , en leur donnant le Saint-Esprit comme à nous , 
sans établir aucune différence. Pourquoi donc maintenant tentez-vous 
Dieu , en imposant aux disciples un joug que nos pères ni nous n'a- 
« vous pu porter? Nous espérons être sauvés par la grâce de Notre 
« Seigneur Jésus-Christ aussi bien qu'eux. > Saint Pierre dit , et la 
multitude se tut. Saint Paul et saint Barnabe prirent ensuite la parole 
pour raconter ce qu'ils avaient fait parmi les gentils et les nombreux 
miracles qui avaient confirmé leurs prédications. Puis, saint Jacques, 
montrant , par le témoignage des prophètes sur la vocation des gentils, 
que le jugement de saint Pierre était conforme aux Écritures : i C'est 
« pourquoi, dit-il, je juge que l'on ne doit point inquiéter les gentils 
c convertis, mais leur écrire seulement qu'ils s'abstiennent de la souil- 
t lure des idoles, de la fornication , des chairs étouffées et du sang. » 
Toute l'assemblée porta le même jugement, et il fut résolu qu'on 
enverrait à Antioche deux des principaux disciples, Jude, surnommé 
Barsabas, et Silas, afin de notitier aux fidèles la décision suivante du 

(i) Êpître aux Gâtâtes. 

(2) Saint Clément d'Alexandrie suppose que tous les apôtres y étaient, puisqu'il 
dit que la lettre synodale fut écrite au nom de tous; mais l'Ecriture ne parle que 
de cinq. 



concile : « Il a semble bon au Saint-Esprit et à nous de ne point vous 
« imposer d'autres charges que celles-ci, qui sont nécessaires; savoir : 

< de vous abstenir de vlmdes immolées aux idoles , de bûtes étouffées, 

< du sang et de la fornication ; vous ferez bien de vous en garder ; 

< adieu (1).... » On crut devoir comprendre cette dernière défense 
dans le décret, parce que la corruption du Paganisme avait tellement 
obscurci les lumières naturelles , que plusieurs regardaient la fornica- 
tion comme une chose indifférente , les lois civiles ne défendant que 
l'adultère. Quant à la défense de manger du sang, l'Église jugea con- 
venable de la conserver pendant quelque temps, comme une preuve 
qu'elle ne condamnait point la loi ancienne en la déclarant abolie , et 
peut-être aussi à cause de la superstition des païens, qui croyaient 
que les âmes des morts aussi bien que les dieux se nourrissaient de 
sang. Cette défense, qui n'est qu'une loi de discipline, est encore en 
vigueur dans une partie de l'Orient ; elle le fut en Angleterre jusqu'au 
temps de Bède. 

Tel fut le premier concile de l'Église catholique, qui , dans la suite, 
servit de modèle aux conciles généraux. Saint Pierre le convoque, y 
préside et parle le premier, comme chef de l'Église et prince des apô- 
tres. Saint Jacques porte ensuite son jugement, et la décision , formée 
par le consentement commun , est envoyée aux Églises particulières , 
comme la décision du Saint-Esprit , non pour être examinée , mais pour 
être reçue et exécutée avec une entière soumission (2). 



i 



N° 2. 

CONCILE DANTIOCHE. 

(antiochenum.) 

Nous ne parlerons point de ce concile, ni de plusieurs autres attri- 
bués faussement aux apôtres. On en lit neuf canons dans le P. Labbe ; 
mais ce concile , quoique cité au second de Nicée , en 787, est sup- 
posé (3). 

Il) -Actes des apôtres , en. stv, v. 20, 29. — Voir au sujet de celte décision du 
concile de Jérusalem, sur le sens de laquelle les cuninientaleurs ont longtemps 
disputé, la judicieuse dissertation de Spencer : De letjibus Iwbr. ritualibus , lib. XI, 
p. 435. 

(2) Les auteurs sacrés et tous les collecteurs font mention de ce concile. 

(i) Doui Ceillier, Histoire îles auteurs sacrés , t. 111 , p. 544 et suivante». 



— 4 



N° S. 
CONCILE DE PERGAME (1). 

(PERCAMENUM.) 

(L'an 152.)-Marc et Colarbase, disciples de l'hérésiarque Valentin, 
mêlaient aux: dogmes et aux rêveries de leur maître des dogmes et des 
rêveries non moins absurdes et non moins impies. Colarbase enseignait 
que la naissance et la^ie des hommes étaient soumises à l'influence des 
sept planètes, et que toute la perfection et la plénitude de la vérité 
reposait dans l'alphabet grec , puisque Jésus-Christ était nommé alpha 
et oméga. Marc, son disciple, ou selon d'autres son maître, et le chef 
de la secte des marcosiens, développait le même système. Il admettait, 
pour premier principe de toutes choses, un être souverain qui était ', 
selon lui, unequaternilé composée de l'ineffable, du silence, du père et 
delà vérité, et qui ensuite avait produit les autres éons ou intelligences 
immortelles par l'efficacité de sa parole. Il supposait que les mots avaient 
une vertu ou une force naturelle, et delà il concluait qu'en parvenant 
à combiner les lettres de manière à reproduire les mots prononcés par 
ce premier être , on pouvait participer à son pouvoir et opérer des pro- 
diges en commandant aux esprits qui animent toute la nature. Aussi, 
son système reposait tout entier sur les prétendues propriétés des lettres 
et des nombres , et n'était qu'un mélange des rêveries de la cabale et 
des opinions de Pythagore. C'était d'après ces idées qu'il recommandait 
les pratiques de la magie et qu'il s'y livrait lui-même. Un prestige qu'il 
opérait à l'aide de quelque préparation chimique , fit croire aisément 
qu'il avait , en effet , trouvé le secret de faire des miracles. Il mettait de 
l'eau et du vin dans un petit vase; puis , ayant prononcé quelques pa- 
roles mystérieuses , il versait la liqueur dans un vase plus grand qu'elle 
remplissait tout entier et se répandait ensuite au dehors par une espèce 
d'ébullition ; et comme cette liqueur prenait alors une teinte plus fon- 
cée, il prétendait qu'elle s'était changée en sang. Il faisait opérer par 
des femmes ce prétendu prodige pour leur persuader qu'elles recevaient 
de lui un pouvoir surnaturel , et joignant à quelques potions capables de 
troubler les sens, des invocations et des gestes bizarres, il exaltait 

(i) Dom Ceillier, Histoire des auteurs sacrés , t. III, p. 546 et 54 7 , rejelte ce 
concile, dont il n'est fait mention , dit-il , > que dans le Prœdestinatu's du P. Sir- 
« mond, écrivain sans nom et sans aulorilé, qui ne mérite guère qu'on le croie 
- dans les choses qu'il avance seul et qu'on ne peut vérifier, puisque dans celles 
• qu'on peut vérifier il se trouve presque toujours faui. » 



— 5 — 
l'imagination de ces femmes, qui se croyaient alors en état de prophé- 
tiser. C'est par ce moyen qu'il parvint à en séduire un grand nombre 
dont il abusait pour satisfaire ses passions ; car, à l'exemple des autres 
gnostiques, il rangeait les actions les plus infâmes au nombre des choses 
indifférentes. Il initiait ses disciples , tantôt par des invocations pronon- 
cées sur un lit nuptial , tantôt par des formules hébraïques, quelquefois 
enfin par un baptême administré au nom de l'être inconnu , père de 
toutes choses, au nom de la vérité, mère de tout, et au nom de la 
puissance descendue dans Jésus. Quelques-uns d'entre ses disciples 
regardaient toutes ces cérémonies comme inutiles, prétendant que la 
connaissance de leur doctrine opérait la véritable rédemption , et qu'on 
ne pouvait figurer par des signes extérieurs le mystère des choses spi- 
rituelles et invisibles; ce principe était également admis par les ar- 
chontiques. 

Telle était la doctrine de Colarbase et de Marc que les Pères du 
concile de Pfergame anathématisèrent comme abominable et impie. 






N° 4. 

CONCILE D'HIER APLE, EN PHRYGIE. 
(hierapolitanum.) 

(L'an 475.)-L'anl71 (l)de Jésus-Christ, on vit paraître dans le bourg 
d'Ardaban, en Phrygie, un eunuque, nouvellement converti, appelé 
Montan. Son ambition pour les premières dignités de l'Église lui faisait 
désirer ardemment la prélature, malgré son défaut naturel et sa qualité 
de néophyte , qui l'en excluaient. Mais ce désir immodéré des honneurs 
ayant ouvert son âme au démon, il eu devint réellement possédé, et se 
trouva tout à coup agité comme un furieux et transporté hors de lui- 
même par des accès qui lui ôtaient l'usage de la raison. Dans cet état 
il se mit à proférer, avec une espèce d'enthousiasme, des discours 
extraordinaires et inouis, qui furent regardés comme l'effet d'une in- 
spiration , et le firent passer pour un prophète aux yeux d'une populace 
ignorante et grossière. A cet homme vinrent se joindre deux femmes 
nobles et riches, mais débauchées, nommées Priscille et Maximille 
qui commencèrent par abandonner leurs maris pour être plus libres de' 
s'attacher aux extravagantes illusions de leur enthousiasme. Possédées 
du démon aussi bien que Montan, et parlant comme lui sans ordre et 
sans jugement , mais avec une exaltation pleine de fanatisme , ces deux 

(i) Eusclic, m Chronkis , p. 17 o, dit en l'an 172. 



■ 



1 .'/' 



I 



— 6 — 

femmes se disaient, à l'exemple de leur maître , inspirées de l'Esprit de 
Dieu (1). 

Entre autres extravagances impies , Montan se préférait à tous les 
anciens prophètes et aux saints apôtres ; il se vantait d'avoir seul reçu 
la plénitude de l'Esprit de Dieu , ou le Paraclet promis par le Rédemp- 
teur. Ses sectateurs lui donnaient même le nom divin de Paraclet et le 
faisaient passer pour la troisième personne de la Sainte-Trinité. Ds por- 
taient l'impiété jusqu'à soutenir que Dieu , n'ayant pu sauver le monde 
ni par Moïse , ni par les prophètes , ni même par l'incarnation de Jésus- 
Christ , était enfin descendu par le Saint-Esprit dans les auteurs de la 
nouvelle doctrine , afin de consommer son ouvrage , en répandant par 
eux la plénitude de la grâce et de la lumière. Montan condamnait les 
secondes noces comme un acte de débauche, et s'arrogeait aussi le 
droit de dissoudre les mariages. Affectant une austérité excessive , il 
ordonnait de nouveaux jeûnes, établissait trois carêmes au lieu d'un , 
prescrivait une foule d'abstinences rigoureuses et ne permettait pas aux 
chrétiens de se livrer à l'étude des sciences profanes. Il défendait de fuir 
ou de se cacher pendant la persécution , et voulait même qu'on se pré- 
sentât spontanément au martyre. Enfin , il rejetait presque entière- 
ment la pénitence , refusant la réconciliation à tous ceux qui , après 
leur baptême , étaient tombés dans des péchés considérables (2). 

Ce fut pour condamner cet imposteur et le chasser solennellement de 
l'Eglise avec tous ses disciples, que saint Apollinaire, évêque d'Hiéraple, 
assembla dans cette ville un concile de vingt-six évêques , qui excom- 
munièrent Montan et ses principaux sectateurs et anathématisèrent sa 
doctrine (3). 

Les Pères de ce concile condamnèrent anssi Théodote le Corroyeur, 
de Bysance , qui niait la divinité de Jésus-Christ. 



N" S. 
CONCILE DE LYON. 

(SYNODUS MARTYRUM MJGDUNENSIUM.) 

(L'an 177.) — Pendant que les martyrs de Lyon étaient retenus en 

(i) Ensèbe, Hîstoria ecclesiastica , lib. v, cap. 16. 

(2) Saint Jérôme, Lettre 37 e à Marcellus. — Philastrius, de hœresibus, cap. 1, 
part. 2, t. V, bibl. palnim. — Saint Augustin, de Hœresibus, t. VIII. — Eusèbe, 

Hlst., lib. v, cap. 18. — Théodoret, Hœrelic.fubular., lib. m, cap. 2 TerlullieD, 

de Pudicitate , cap. 21. — Ici., de Fugâ in persecutione. 

(3) Synodicon apud Justellum , t. II, p. 1168, 



L 



— 7 — 

prison , les confesseurs (\) de Jésus-Christ tinrent un concile dans cette 
ville et condamnèrent Montan avec sa prophétesse Maximille (2). 

N" 6. 
CONCILE DE VIENNE ET DE LYON, A LYON. 

(S\NODUS VIINNENSIS AG LUGDUNENSIS ECCLESIARIJM.) 

(L'an 177.) — On rédigea dans ce concile l'histoire du supplice des mar- 
tyrs de Lyon, qu'on envoya aux Églises d'Asie , avec plusieurs lettres des 
martyrs contre l'hérésie de Montan et le jugement que les Pères du 
précédent concile avaient porté contre la doctrine de cet imposteur (3). 

N° 7. 

CONCILE DE ROME. 

(romanom.) 

(L'an 196.) — Ce concile fut tenu par le pape saint Victor au sujet de la 
pâque que les Églises d'Asie-Mineure célébraient, comme les juifs, le 14 e 
jour de la lune du premier mois, c'est-à-dire de mars , tandis que toutes 
les autres Églises, et particulièrement celle de Rome, ne la célébraient 
que le dimanche qui suivait le 14 e jour, observant en cela l'usage qu'elles 
tenaient des apôtres. Mais pour bien comprendre le véritable objet de la 
dispute soulevée par les asiatiques, dispute qui a rendu célèbre le pon- 
tificat de saint Victor, nous allons remonter à l'origine de la pâque (4). 

La pâque fut instituée en mémoire du passage de l'ange extermina- 
teur, qui tua dans une nuit tous les premiers-nés des égyptiens et 
épargna ceux des hébreux ; miracle suivi du passage de la mer Rouge. 
« C'est la pâque, dit Moïse dans l'Exode, c'est-à-dire le passage du 
i Seigneur (5). » 

Voici de quelle manière il fut ordonné aux hébreux de la célébrer 
en Egypte pour la première fois. Le 10 e jour du premier mois du prin- 
temps , nommé nisan , chaque famille choisit un agneau mâle et sans 
défaut, et le garda jusqu'au 14 e jour du même mois. Sur le soir de ce 

(i) On appelait alors confesseurs ceux qui avaient déclaré leur foi devant les 
magistrats, ou qui avaient été soumis aux supplices, el l'ou donnait le nom de mar- 
tyr* à ceux qui avaient péri dans les tourments, ou qui étaient dans les fers et des- 
tinés à la mort. (Eusèbe , Histori. , lib. v, cap. 2.) 

(2) Synodkon apud Justcllum, t. II, p. 1168. 

(3) Eusèbe, Historia, lib. v, cap, 4. 

(4) Le mot hébreu phase et le syriaque pasen signifient ptissagr. 

(5) Ch. xii, v. ît. 



I 



M 



— 8 — 

jour, l'agneau fut égorgé , et après le coucher du soleil on le fit rôtir 
pour le manger la nuit suivante avec des pains sans levain et des laitues 
amères. Comme les hébreux devaient partir de l'Egypte immédiatement 
après ce repas , ils n'eurent pas le temps de faire lever de la pâte : ce 
pain sans levain et insipide est appelé dans l'Écriture-Sainte « un pain 
d'affliction, i parce qu'il était destiné à faire souvenir les hébreux des 
peines qu'ils avaient souffertes en Egypte , et c'est pour la même raison 
qu'ils devaient y joindre des laitues amères. 

Il leur fut encore ordonné de manger cet agneau tout entier dans une 
même maison , sans en rien transporter au dehors ; d'avoir les reins 
ceints , des souliers aux pieds , un bâton à la main , et par conséquent 
l'équipage et la posture de voyageurs prêts à partir. Mais Moïse leur re- 
commanda surtout de teindre du sang de l'agneau le linteau et les deux 
jambages de la porte de chaque maison, afin qu'à la vue de ce sang l'ange 
exterminateur passât outre et épargnât les enfants des hébreux, pen- 
dant qu'il mettrait à mort ceux des égyptiens. 

Enfin, les hébreux reçurent l'ordre de renouveler chaque année 
celte même cérémonie, afin de perpétuer parmi eux le souvenir de leur 
délivrance miraculeuse d'Egypte et du passage de la mer Rouge. Ils de- 
vaient s'abstenir de manger du pain levé pendant toute l'octave de cette 
fête , etne briser aucun des os de l'agneau. L'obligation de la célébrer 
était si sévère , que quiconque aurait négligé de le faire , devait être 
condamné à mort (i). C'était une des grandes solennités des juifs , et 
pour participer au festin de l'agneau , il fallait absolument être circon- 
cis. Cette fête se nommait aussi la fête des azymes (2). 

Les hébreux mangèrent, pour la seconde fois , la pâque dans le dé- 
sert de Sinaï , l'année qui suivit leur sortie d'Egypte (5) ; et Josué la fit 
célébrer en sortant du désert pour entrer dans la Terre-Promise (4). 
Ainsi , cette cérémonie fut observée d'année en année par les témoins 
oculaires des événements qu'elle attestait , par les aînés des familles qui 
avaient été préservés eux-mêmes des coups de l'ange exterminateur. Il 
leur était ordonné d'instruire soigneusement leurs enfants des raisons 
et du sens de cette fête religieuse (5). 



(i) Nombres, ch. IX, v. i3. 

(2) Dans la suite, les juifs ajoutèrent plusieurs observances minutieuses à celles 
qui étaient formellement ordonnées par la Loi.— Reland, Antlquit, sacr. veter. hebr., 

p. 250. 

(3) Nombres , ch. ix , v. 5. 

(4) Josué, ch. v, v. 10. 

(5) Exode , ch. xu, v. 26. 



— 9 — 

Les évangélistes nous apprennent que Jésus-Christ a célébré, plu- 
sieurs fois pendant sa vie , celte fête , pour laquelle les juifs se rendaient 
de toutes parts à Jérusalem , et qu'il fit encore la pâque avec ses disci- 
ples la veille de sa mort. Mais à cette cérémonie il en substitua une plus 
auguste, celle de l'Eucharistie, pour être jusqu'à la fin des siècles la 
réalité de la figure , la rénovation perpétuelle du sacrifice de son corps 
et de son sang. C'est pourquoi le Docteur des nations dit du Fils de Dieu 
qu'il a été immolé pour être notre pâque (1) : le véritable agneau pascal 
des chrétiens est , en effet , Jésus-Christ. 

Dans l'Église chrétienne , on appelle paques , la fête qui se célèbre en 
mémoire de la résurrection de Jésus-Christ. On lui a donné ce nom , 
parce qu'il est arrivé plusieurs fois, dans les premiers temps de l'Église, 
que les chrétiens la faisaient en même temps que les juifs célébraient 
leur pâque; et aussi parce que le divin Sauveur a été notre pâque, c'est- 
à-dire notre passage de l'état de péché à l'état de grâce, de l'état de 
mort à l'état de vie. 

Les plus anciens monuments nous attestent que cette solennité est de 
même date que la naissance du Christianisme; qu'elle a été établie du 
temps des apôtres , témoins oculaires de la résurrection du Sauveur, et 
qui, placés sur le lieu même où ce grand miracle s'était opéré, ont pu 
se convaincre invinciblement de l'événement important qu'elle attestait. 

Aussi , dès les premiers siècles , la fête de pàques fut regardée comme 
la plus grande et la plus auguste fête de la religion catholique ; elle ren- 
fermait les huit jours que nous nommons la Semaine-Sainte, et l'octave 
entière du jour de la résurrection , et l'on s'y préparait, comme l'on 
fait aujourd'hui, par le jeûne solennel de quarante jours , appelé carême. 

Au second siècle , il y eut de la variété entre les différentes Églises , 
quant à la manière de célébrer cette fêle. Celles de l'Asie-Mineure la 
faisaient comme les juifs , le 14 e jour de la lune de mars (2) ; l'Église 
romaine , toutes celles d'Occident et des autres parties du monde la cé- 
lébraient le dimanche suivant. Les asiatiques prétendaient avoir reçu 
leur usage de saint Jean l'Évangéliste et de saint Philippe; les occiden- 
taux alléguaient en leur faveur l'autorité de saint Pierre et de saint 
Paul. Et quand on dit que les asiatiques faisaient la pâque le 14 e jour 
de la lune de mars, cela ne signifie point que ce jour- là ils célébraient 
la fête de la résurrection, mais qu'ils mangeaient l'agneau pascal, rom- 
pant ainsi le jeûne de la sainte quarantaine avant la fête de la résurrec- 

f i) Première cpllrc aux corinthiens, ch. iv, v. 17. 

(2) On dit que ecl usage subsiste encore chez les anneuiens, chez les coptes et 
chez d'autre» peuples orientaux. 






— 10- 
tion (1). Les occidentaux , et toutes les Églises qui se conformaient à 
leur discipline , retardaient le repas de l'agneau pascal jusqu'à la nuit 
de samedi, afin de le joindre à la joie du mystère de la résurrection. 

Nous ne traiterons point de superstition la coutume de manger un 
agneau pascal dans cette solennité; cet usage n'avait rien de commun 
avec celui des juifs , puisque les chrétiens ne s'y proposaient rien autre 
chose que d'imiter le repas que Jésus-Christ fit avec ses apôtres la veille 
de sa mort. 

Quoique cette différence de rit n'intéressât point le fond de la reli- 
gion , ce pouvait être néanmoins un sujet de scandale pour les infidèles, 
ou l'occasion de tourner nos saints mystères en ridicule, et la marque 
d'une espèce de schisme entre deux Églises , qui donnaient en même 
temps dans leur culte extérieur, l'une des signes de joie, pendant que 
l'autre , plongée dans un deuil religieux à cause de la mort du Sauveur, 
jeûnait et faisait pénitence. Aussi l'on jugea, dit Eusèbe (2), qu'une fête 
aussi solennelle devait être célébrée uniformément, avec d'autant plus 
de raison qu'elle sert à régler le cours de toutes les autres fêtes mobiles. 

Le pape saint Anicet et saint Polycarpe, évêque de Smyrne, ne pu- 
rent se persuader l'un l'autre de choisir le même jour ; mais l'union ne 
fut pas pour cela rompue , et chacun retint dans la paix et la concorde la 
coutume de sa propre Église : c'est qu'alors la dispute n'était qu'entre 
les catholiques. Mais sous le pontificat de saint Victor, la diversité de rit 
sur ce point parut favoriser l'hérésie. L es montanistes enseignèrent 
qu'on ne pouvait, sans erreur^ célébrer îâ pâque un autre jourjjûèje 



3 £ jour dé" la lunellël HâiL-fiiflii'ainsi l'ordonnait Je Paraclet. Blastus, 
prêtre de l'Église romaine , fit également schisme pour cette cause et 
entraîna à sa suite un grand nombre de fidèles. 

Le pape saint Victor, résolu d'établir sur ce point dans l'Église la 
même discipline, assembla un concile à Rome, l'an 196 (3), où il fut 
décidé que la pâque devait être célébrée le dimanche après le 14 e jour 

(i) Voir le P. Daniel, Dissertation sur la discipline des ouartodécimans , dam le 
Recueil de ses divers ouvrages philos., théolog., elc, t. III, p. 473- — Mosheini, 
Hist. ceci., siècle ti*, partie a=, paragr. 9. 

(a) De vità Conslantini, lib. 111, cap. 18. 

(3) Le Pontifical, atlribué au pape Damasc, p. 591, et la Vie des papes, par 
Anastase le bibliothécaire, p. 6, disent que saint Victor fit venir au concile de Rome 
Théophile, éveque d'Alexandrie; mais c'est une erreur; car le premier évéque de ce 
nom n'occupa le siège d'Alexandrie que plus de 200 ans après. Peut-être ce» deux 
auteurs out-ils voulu dire Théophile de Césaréc. Mais comment cet évéque, occupé 
à tenir un concile dans sa ville épiscopale avec les autres evéques de Palestine , au- 
rait-il pu dans le même temps se trouver au concile de Rome? 






— H — 

de la lune de mars , en mémoire de la résurrection de Notre-Seigneur 
Jésus-Christ. Mais cette question ne fut définitivement décidée qu'au 
concile œcuménique de Nicée , en 525 (1). 

N° 8. 
CONCILE DE CËSARÉE , EN PALESTINE. 

(CESAREENSE PALESTINUM.) 

(L'an 196.)— Ce concile décida , conformément à celui de Rome , que 
la pâque devait être célébrée le dimanche après le 14 e jour de la lune de 
mars (-2). 



N° 9. 
CONCILE DE PONT, EN ACHAIE. 

(PONTICCM.) 

(L'an 196.) —Ce concile décida que la pâque devait être célébrée le 
dimanche après le 14 e jour de la lune de mars (3). 

N° 10. 
CONCILE DE CORINTHE. 

(C0RINTH1NUM.) 

(L'an 196.) — Ce concile décida que la pâque devait être célébrée le 
dimanche après le 14 e jour de la lune de mars (4). 



N° 11. 

CONCILE DE LYON OU DES GAULES. 

(lugdunense vel gallicanuh.) 






(L'an 196.) — Le saint et savant évêque de Lyon, Irénée, accepta, dans 
ce concile des prélats delà Gaule, le décret du pape saint Victor au 
sujet de la célébration de la pâque. 

(i) Eusèbe, Hist. eccl., lib. V, cap. 23. 

(2) Id., idem, lib. v, cap. 23. — Saint Jérôme, De viris illustribus, p. 1 18. — 
Bcda, De vemali œquinoctio, apud Bucherium': Commenlario in canonem paschalem, 
p. 469 et sequentes. 

(3) Eusèbe, Hist. ceci., lib. v, cap. 23. 

(4) ld., idem, idem. 



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— 12 



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N° 12. 

CONCILE DE LYON. 

(lugdunense.) 



(L'an 196.)-Ce concile, présidé par saint Irénée, décida que la pâque 
devait être célébrée le dimanche après le 14' jour de la lune de mars (1). 

N° 15. 
CONCILE D'OSRHOENE. 

(OSRHOENUM.) 

(L'an 196.) -Ce concile fut assemblé pour faire célébrer la pâque le 
dimanche après le 14 e jour de la lune de mars (2). 

N° 14. 

* CONCILE D'ÉPHÈSE. 

(ephesindm.) 

(L'an 196.)-Polycrate, évêque d'Ëphèse , assembla les évêques d'A- 
sie à la prière du pape saint Victor, pour faire connaître le sentiment de 
son Eglise dans la question relative à la célébration de la pâque. Mais 
comme ce prélat était très-attaché à faire la pâque le W jour de la 
lune de mars , se fondant sur l'usage établi dans son Église, disait-il 
par les apôtres saint Jean et saint Philippe , et suivi par plusieurs saints* 
éveques le Concile décida que la pâque continuerait d'être célébrée 
dans les Eglises de l'Asie-Mineure le 14 e jour de la lune (3). 

N e 15. 
CONCILE DE ROME. 

(ROMAN UM.) 

(Vers l'an 197.) — Témoin de l'obstination des asiatiques quartodéci- 
mans, le pape saint Victor tint un concile à Rome et tenu, dit Eu- 

(i) Eusébe, BUt. ecct., lib. v, c. 23. 

(a) Id., idem, idem. L'auteur anonyme du Synodicon met un concile en Mésopo- 
tamie , de 18 évêque», dont la décision sur la question de la pâque fut conforme à 
celle des églises de l'Osrhoëne. Mais on ne connaît ni celui qui y présida, ni le lieu 
où il se tint. (Voir Sjnodicon apud Juslellum , t. II, p. 117U.) 

(3) Eusèbe, Hist., lib. v, cap. 34. 



— 13 — 

sèbe ({), d'excommunier tous ceux qui ne voulaient point se conformer 
à la décision du premier concile de Rome. Mais cette menace d'excom- 
munication fut blâmée par plusieurs autres évêques , et en particulier 
par saint Irénée de Lyon (2). 



N° 16. 

CONCILE DE LYON. 

(lugdunense.) 



r 



(Vers l'an 197 (3).) — Ce fut par suite de la décision de ce concile 

(i) Hist. eccl., lib. v, cap. 23, ^4, a5. Voiries notes de Valait. 

(a) H y a contestation entre les savants , pour savoir jusqu'où le pape saint Vic- 
tor poussa son zèle dans cette question. Les uns, surtout les protestants, disent 
qu'il excommunia de fait les asiatiques, mais qne cette censure fut méprisée par tous 
les autres évêques ; d'autres soutiennent qu'il se contenta de les menacer ; c'est la, 
disent-ils, le sens du mot dont se sert Eusèbe : il tenta de les excommunier. Mos- 
heim pense que ce pape retrancha en effet les asiatiques de sa communion , et qu'il 
tenta seulement de les priver par là de la communion des autres évêques, mais que 
ceux-ci ne voulurent pas l'imiter. 

Quoi qu'il en soit, les protestants ont saisi cette occasion de déclamer contre ce 
saint pontife. Mais avant de condamner ce pape, il aurait fallu du moins convenir 
des faits que nous apprend Eusèbe. i» Ce pontife n'agissait point de son propre 
mouvement; avant qu'il procédât contre les asiatiques quartodécimans, il y avait 
eu plusieurs conciles tenus à ce sujet , et tous avaient décidé qu'il ne fallait point 
faire la pàque avec les juifs. Un canon de ces conciles, qui se trouve au nombre 
des canons apostoliques , porte que . si uuévéque, un prêtre ou un diacre célèbre 

• le saint jour de pâques avant l'équinoxe du printemps comme les juifs, il 

• doit être déposé. » (Canon 8.) Ces conciles ne regardaient donc point alors la 
question comme indifférente; les choses n'étaient plus, en effet, au même état que 
du temps du pape saint Anicet et de saint Polycarpe ; et saint Irénéea bien pu ignorer 
ces circonstances quand il écrivit au pape saint Victor. 2° Ni saint Polycarpe , ni 
saint Irénée, ne reprochent au pape de s'attribuer une autorité qui ne lui appar- 
tenait pas. 3» Il est, d'ailleurs, évident que la tradition sur laquelle se fondaient 
Polycrate et les évêques de sa province était très-apocryphe. Cet évêque n'allègue, 
en effet, que l'usage qu'il avait trouvé établi; mais saint Philippe et saint Jean , 
dont il invoque le témoignage , pouvaient bien avoir seulement toléré celte coutume 
sans l'approuver positivement; car toutes les autres Églises alléguaient une tra- 
dition contraire. Celte discipline n'était donc point arbitraire, comme le veulent 
les protestant,. 4» Une preuve que le pape saint Victor n'avait point tort de vouloir 
détruire par un décret celle diversité de rit louchant la célébration de la pâque, c'est 
que le concile général de Nicée , en 3aS , confirma son jugement et décida que dé- 
sormais toutes les Eglises célébreraient uniformément la fêle de pâques, le dimanche 
après le .4" jour de la lune de mars, et non le même jour que les juifs. Ceux qui 
ne voulurent point se conformer à la décision du concile de Nicée furent dès lors 
regardés comme schismaliques et comme révoltés contre l'Eglise catholique. 

(3) L'année de ce concile est incertaine : Baluze et les auteurs de Vjrt de véri- 






— 14 — 

que saint Irénée écrivit au pape saint Victor pour l'exhorter fortement 
à suivre l'exemple de ses prédécesseurs en ne rompant point la commu- 
nion avec les asiatiques quartodécimans (1). 

N* 17. 

CONCILE DE LYON (2). 

(lugdu.nense.) 

(L'an 198.) — Ce concile, présidé par saint Irénée, s'occupa de la 
pâque et du jeûne des quarante jours. 









N° 18. 

CONCILE DE LYON (5). 
(lugdunense.) 



(L'an 199.) — Saint Irénée présida ce concile et y fit condamner l'hé- 
résie des valentiniens. 



N° 19. 
* CONCILE DE CARTHAGE OU D'AFRIQUE. 

(CARTHAGI.NENSE VEL AFRICANUM.) 

(Vers l'an 200 (4).)— Les contestations au sujet de la célébration de la 
fête de pâques venaient de finir, lorsqu'il s'en éleva de nouvelles dans 
l'Église pour savoir si le baptême administré par des hérétiques était 
valide. Agrippin, évêquede Carthage, fut le premier qui en contesta la 
validité , et qui introduisit l'usage de rebaptiser tous ceux qui avaient 

fier les claies le portent à l'an 197 ; mais les Bénédictins, dans la Nouvelle collée- 
lection des conciles des Gaules, l'ont placée avant l'an 196. 

(1) Eusèbe, Hisl., lib. v, cap. 24. 

(2) Dom Ceillier, Hist. des auteurs sacrés, t. III , p. 548, révoque en doute l'exis- 
tence de ce concile, dont il n'est parlé , dit-il , que dans le Synodicon. (Voir Syno- 
diconapudJusiellum, bibliot. juris canonici veteris, t. II, p. 1169, édit. de 1661.)— 
Eusèbe , Hist, lib. v, cap. 24, parle d'une lettre que saint Irénée écrivit au pape 
saint Victor au nom de quelques évêques de la Gaule. Longueval, Hist. de l'Eglise 
Gall., rapporte cette lettre sur le témoignage d'Eusèbe. Voilà, ce nous semble, 
une indication suffisante de la tenue de ce concile. 

(3) Dom Ceillier, idem, rejette également ce concile par la même raison que le 
précédent. Toutefois, le P. Halloix, Vila Irenœi, p. 624, dit avoir trouvé quelque 
monument d'un de ces deux conciles dans la bibliothèque du Vatican. 

(4) Tillemont place ce concile vers l'an 280, d'autres eu 2i5 ou 216. 




— 15 — 

reçu le baptême de la main des hérétiques, contrairement à l'ancienne 
coutume reçue des apôtres par la tradition (1). 11 se fondait sur ce prin- 
cipe que celui qui n'a pas en lui le Saint-Esprit ne peut le donner ; 
maxime fausse, de laquelle il s'ensuivrait qu'un homme en état de pé- 
ché ne peut administrer validement aucun sacrement, et que l'efiicacilé 
de ce rit sacré dépend du mérite personnel du ministre. Mais avant de 
rien innover sur ce point, il tint à Carthage un concile de 70 évoques 
venus de toutes les provinces d'Afrique et de Numidie , et ce concile 
décida, contrairement à ce qui s'était pratiqué jusque-là dans l'Église, 
qu'il ne fallait point recevoir sans baptême ceux qui l'avaient reçu hors 
de l'Église (2). 

N 20. 
CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTHAGINENSE.) 

(Vers l'an 217.)— Ce concile, convoqué par Agrippin, évèque de cette 
ville, défendit de nommer aucun ecclésiastique pour tuteur ou curateur. 
Ce fut en vertu de ce canon que saint Cyprien défendit de prier pour 
Géminius Victor, qui par son testament avait institué pour curateur de 
ses enfants un prêtre, son parent , nommé Géminius Faustin (3). 

N° 21. 

CONCILE D'ALEXANDRIE. 

(alexandrinum.) 

(L'an 231.) Origène , étant encore jeune, poussa si loin l'amour de 
la chasteté , que , peu content de se préserver des chutes contraires à 
cette vertu , il voulut se délivrer des tentations mêmes. Et l'inexpé- 
rience de son âge lui ayant fait prendre à la lettre ce que l'Évangile dit 
des eunuques qui se sont faits tels pour le royaume des deux , de ses 
mains il mit ce conseil prétendu à exécution. Malgré le secret qu'il prit 
soin de garder, la nouvelle de celte mutilation parvint à la connais- 
sance de Démétrius , évèque d'Alexandrie , qui l'en blâma , mais qui , 
pour lors , trouva cette simplicité digne d'indulgence. Plusieurs années 
après, Origène, âgé de 45 ans, ayant été ordonné prêtre à Césarée, 

(r) Saint Augustin , de Baptismo, lib. il, cap. 2. 

(2) Epttres. 

(3) Saint Cyprien , tettre à Quintus. 



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— 16 - 

en Palestine , par Théoctïste , évéque de cette ville , et par Alexandre , 
évêque de Jérusalem , Démétrius , soit par jalousie , soit par zèle pour 
la discipline ecclésiastique , s'en tint offensé et divulgua la faute qu'Ori- 
gène avait commise dans sa jeunesse (1). Œt comme cette mutilation 
était défendue par les lois de l'Église et rendait irrégulier celui qui s'en 
était rendu coupable , Démétrius assembla un concile d'évêques et de 
prêtres , qui firent défense à Origène d'enseigner à Alexandrie et même 
d'y demeurer, soit à cause de plusieurs erreurs renfermées dans ses 
livres, soit à cause de l'irrégularité de son ordination (2). 

N° 22. 

CONCILE D'ALEXANDRIE. 

(alexandrinum.) 

(L'an 231.) — Peu de temps après le premier concile d'Alexandrie, 
Démétrius en tint un second de quelques évoques d'Egypte , dans lequel 
Origène fut déposé du sacerdoce et excommunié (3). Mais les évêques de 
Palestine, de Grèce, d'Arabie et quelques-uns de Cappadoce, refusèrent 
de confirmer cette sentence, dont ils jugèrent sans doute les motifs 
insuffisants (i). 

N° 23. 
* CONCILE D'ICONE, EN LYCAONIE. 

(lCO.MENSE.) 

(Vers l'an 251 (5).) — Il fut décidé dans ce concile, composé des évê- 
ques de la Cappadoce, de la Cilicieet des provinces voisines , que tout 
baptême administré par des bérétiques est nul , et que par conséquent 
il faut le donner à ceux qui veulent être admis à la communion de 
l'Église (6). 



( l) Saint Jérôme , De vins Ultislribus , cap. 54. 
(a) Photius, Cod. 118, p. 598. 

(3) Photius , Cod. 1 18. — Saint Jérôme, Apoloqia advers. Rufin., lib. 11. 

(4) Saint Jérôme , De viris illustribus. 

(5) Tillemont place ce concile vers l'an a3o, cl le P. Pagi à la fin du règne d'A- 
lexandre-Sévère, mort en 235. 

(6) Lettre de Firrnilien à saint Gyprien. 



— 17 — 

N° 24. 
* CONCILE DE SYNNADE, EN PHRYG1E. 

(SYNNADENSE.) 

(Vers l'an 231 (1).)— Ce concile décida qu'il fallait administrer le bap- 
tême à ceux qui l'avaient reçu hors de l'Église (2). 

N° 2S. 

CONCILE DE (5). 

(alexandrinum.) 

(Vers l'an 235.)— Ce concile, présidé par Héraclas, évêque d'Alexan- 
drie , ramena à la foi catholique l'évêque Ammonius , qui s'en était 
écarté. 

N° 26. 

CONCILE DE LAMBÈSE, EN AFRIQUE. 

(lambesitanum.) 

(Vers l'an 240.) — Ce concile , composé de 90 évoques , condamna 
Privât, évêque hérétique de Lambèse, et, après l'avoir déposé , le re- 
trancha de la communion catholique (4). 



N° 27. 
CONCILE DE PHILADELPHIE OU DE BOSTRE , EN ARABIE. 

(PHILADELPHIENSE.) 

(L'an 242.)— Bérylle , savant évêque de Bostre, après avoir gouverné 
pendant longtemps son église avec édification , tomba dans une hérésie 
analogue au Sabellianisme (5) .11 prétendit qu'avant son incarnation Jésus- 
Christ n'avait point eu d'existence propre et personnelle; qu'il n'avait 
commencé d'être Dieu qu'en naissant de la Vierge, et même qu'il n'était 

(i) Tillemont place ce concile vers l'an s3o, et le P. Pagi à la fin du règne d'A- 
lexandre-Sévère , mon en l'an 235. 

(2) Eusèbe, HisU, lib. vu, cap. 7. 

(3) La ville de cet évêque, où le concile fut tenu , n'e»t point nommée par les col- 
lecteurs. Le P. Labbe dit seulement : incerti loci. 

(4) Saint Cyprien , Lettre 54« au pape saint Corneille. 

(5) Saint Jérôme, De viris itlustribus, etc , cap xx 

T. I. , 



I 



— 18 - 

Dieu que par une sorte d'union avec le Père, qui résidait en lui d'une 
manière particulière. Il anéantissait ainsi la personne du Verbe éter- 
nel , et par conséquent le mystère de la Trinité aussi bien que la divi- 
nité de Jésus-Christ et la rédemption du genre humainT(i). 

Ce fut pour condamner cette doctrine hérétique que plusieurs évêques 
d'Arabie s'assemblèrent en concile àBostre, l'an 242. Origène pressa 
Bérylle par des raisons si fortes et présentées avec !ant d'art et de dou- 
ceur, qu'il le convainquit et le ramena à la foi catholique. 

On voyait encore , au temps d'Eusèbe , les actes du concile tenu au 
sujet de Bérylle , et les conférences qu'Origène eut avec lui dans l'église 
de Bostre (2). 



N' 28. 

CONCILE D'EPHÈSE. 

(ephesinum.) 

(L'an 245.)— Au commencement du iii c siècle, l'hérétique Noët se mit 
à enseigner que Dieu le Père s'était uni à Jésus-Christ homme , était 
né, avait souffert, était mort avec lui; il prétendit aussi qu'il n'y avait 
point do distinction entre les personnes divines de la Sainte-Trinité, et 
que la môme personne était appelée tantôt le Père , tantôt le Fils, selon 
les circonstances et le besoin. Les évêques du concile d'Ephèse con- 
damnèrent cette doctrine et retranchèrent Noët et ses disciples de la 
communion de l'Église (3). 

N° 29. 

CONCILE D'ARABIE. 

(arabicum.) 

(L'an 247 ou l'an 248.)— Ce concile, assemblé la quatrième année du 
règne de l'empereur Philippe , condamna des hérétiques, désignés sim- 
plement sous le nom d'arabicns, qui prétendaient que l'âme mourait 

(i) lvusèbe, Uistoria, lib. vi , cap. 33. — Socrale, Hist., lib. lu , cap. 7. 

(3) Le Synodicon fait mention de ce concile, et dit, sans apparence de vérité', 
que ce fut Origène qui le convoqua. — Srnodicon apud Juslellum , t. H, p. 11-0. 

(3) Saint Épiphane, Ilœres. 5;. — Saint Hippolyte , Contra Noëtum. — Théo- 
doret, Hœret. jabid., I. IV, lib. 111. — Nous ne parlerons pas du concile que le 
Srnodicon dit avoir été tenu à Rome par le pape saint Victor contre Noët, car cène 
fut que longtemps aprîs la mort de ce pape que l'hérésiarque Noët commença à 
répandre ses erreurs. 



L 



-**v.^ 



V 



— 19 — 

avec le corps et devait ressusciter avec lui. Origène parla sur cette 
question avec tant de force , qu'il retira de l'erreur tous ceux qui l'a- 
vaient embrassée (1). 

Les Pères de ce concile condamnèrent aussi les elcésaïies, qui ve- 
naient alors de paraître en Arabie. Elxaï, leur chef, se donnant pour 
inspiré, n'admettait qu'une partie de l'Ancien et du Nouveau Testament, 
et rejetait les Épîtres de saint Paul. Il avait un livre qu'il disait avoir été 
apporté du ciel pour enseigner aux hommes la véritable religion et les 
seuls moyens de salut, et il prétendait que celui qui y croyait recevait 
la rémission de ses péchés. Il contraignait ses sectateurs au mariage ; il 
condamnait les sacrifices, le feu sacré, les autels, la coutume de manger 
la chair des victimes , et soutenait que tout cela n'était ni commandé 
par la Loi , ni autorisé par l'exemple des patriarches. Il enseignait à ses 
disciples des prières et des formes de jurements absurdes , et leur or- 
donnait de croire que l'on pouvait sans péché céder à la persécution , 
dissimuler sa foi, adorer les idoles, pourvu que le cœur n'y eût point 
de part. 11 disait que le Christ était le grand roi , et donnait au Saint- 
Esprit le sexe féminin , parce que le mot Rouach , esprit , est féminin 
en hébreu. On prétend que ses sectateurs se joignirent aux ébionites, 
qui soutenaient la nécessité de la circoncision et des autres cérémonies 
de la loi mosaïque. 

N° 50. 

CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTnAGINENSE.) 

(L'an 249.) — Les Pères de ce concile, présidé par saint Cyprien, dé- 
fendirent aux ecclésiastiques , conformément au décret du concile de 
Carthage, de l'an 217, les tutelles testamentaires, afin qu'ils ne 
fussent point détournés de leurs fonctions et qu'ils pussent y vaquer 
nuit et jour. Et Géminius Victor ayant nommé pour tuteur testamen- 
taire le prêtre Géminius Faustin , les évoques décidèrent que l'on ne 
ferait ni oblation , ni prière pour le repos de son âme , parce que , di- 
rent-ils , celui-là ne mérite pas d'être nommé à l'autel dans la prière 
des prêtres, qui a voulu détourner les prêtres de l'autel ; car il est écrit : 
« Celui qui s'est enrôlé au service de Dieu , ne s'embarrasse point dans 
« les affaires séculières , pour ne s'occuper qu'à plaire à celui à qui il 
i s'est donné (2).» 

([) Eusèbe, Historia , lib. vi, cap. 37. 

(s) 2« JÊpître à Timotliée, ch. 11, v. 4. — Saint Cyurien , lettre 65". 





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- 20 — 

N° 51. 

CONCILE D'ACHAIE. 

(achaïcum.) 

(L'an 250.)— Vers le milieu du lit* siècle, on vit paraître, en Arabie, 
des sectaires opiniâtres et dangereux , appelés valésiens , du nom de 
leur chef, Valens ou Valésius. C'était un philosophe arabe qui soutenait 
que la concupiscence anéantit la liberté de l'homme , et que pour être 
sauvé il fallait supprimer la source des tentations en se rendant eu- 
nuques. Tous ses disciples pratiquaient cette maxime sur eux-mêmes ; 
on les accusait aussi de mutiler par violence les étrangers qui pas- 
saient chez eux. Ils adoptaient sur beaucoup d'autres points les infâmes 
principes des gnostiques, et rejetaient comme eux l'Ancien Testa- 
ment (1). 

Les Pères du concile d'Achaïe condamnèrent la doctrine de ces héré- 
tiques (2). 



N° 52. 
I er CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTHAGINENSE 1.) (3) 

(L'an 251.)— Ce premier concile de Carthage, assemblé par saint Cy- 
prien pour régler les affaires de l'Église, examina, adhéra à l'élection 
du pape saint Corneille et rejeta l'antipape Novatien, qui, sous pré- 
texte que l'élection de Corneille était défectueuse , venait de se faire 
élire pape par trois évêques ivres (4). Le diacre Félicissime , qui récon- 
ciliait les apostats sans les obliger à aucune pénitence , et les cinq prê- 
tres qui l'avaient suivi dans son schisme furent ouïs, condamnés et 
excommuniés (5). Saint Cyprien écrivit à ce sujet aux fidèles de son 
église de se garder de la séduction des schismatiques , comme d'une 

(i) Saint Epiphane, Hœres. 58 e . 

(2) Ce concile n'est rapporté que par le Prcedeninatus du P. Sirmond. On voit 
bien par saint Epiphane que ces hérétiques furent chassés de l'Eglise, mais il ne dit 
pas si ce fut par l'autorité d'un concile. 

(3) I,e P. Pagi prétend que ce concile, le premier tenu à Carihage par saint Cy- 
prien, a duré longtemps, a été interrompu et repris plusieurs fois. 11 commença 
peu de jours après les fêtes de pâques, c'est-à-dire avant l'élection du pape saint 
Corneille , élu au mois de juin. 

(4) Saint Cyprien, lettie 4i". 

(5) Saint Cyprien, lettre* 3f, 3ç,«, 4i« 






— 21 — 

persécution plus dangereuse que celle des païens. « Il n'y a qu'un Dieu, 
« leur disait-il, un Christ, une Église et une chaire fondée sur Pierre 
« par la parole du Seigneur. » 

La cause des apostats, ou de ceux qui étaient tombés dans la persé- 
cution (1), fut ensuite discutée avec beaucoup de soin. On examina 
tous les passages de l'Écriture qui pouvaient être allégués de part et 
d'autre, et enfin le Concile décida que les libetlatiques , c'est -à-dire 
ceux qui avaient seulement pris des billets portant qu'ils avaient sacrifié 
aux idoles, pourraient être admis dès lors à la communion, s'ils avaient 
demandé la pénitence peu de temps après leur faute ; que ceux qui 
avaient réellement sacrifié seraient traités plus sévèrement , sans qu'on 
leur ôiât néanmoins l'espérance du pardon, de peur que, voyant l'Église 
fermée pour eux, ils ne prissent le parti de retourner dans le Paganisme 
ou de se jeter dans le Schisme ; que l'on examinerait les causes de cha- 
cun , les circonstances de la faute , les dispositions et les besoins des 
coupables, pour déterminer, selon les cas, la durée de la pénitence; 
que cependant on ne refuserait point la réconciliation , en danger de 
mort, à ceux dont la pénitence était commencée; qu'on devrait aussi 
la leur accorder si la persécution se renouvelait; mais que pour ceux 
qui n'avaient point témoigné leur repentir pendant qu'ils étaient en 
santé , on ne leur accorderait pas même à la mort la réconciliation 
qu'ils demanderaient dans la maladie (2). Quant aux évoques, aux 
prêtres et autres ministres de l'Église qui s'étaient rendus coupable» 

(i) L'antiquité chrétienne donnait particulièrement le nom de laps ou de tombes 
à ceux qui avaient succombé dans la foi pendant la persécution. Ils étaient divi- 
sés en plusieurs clases : i» ceux qui amenés devant le magistrat et présentés devant 
l'autel des faux dieux y avaient sacrifié ou brûlé de l'encens , ihuriferati, sacrifi- 
cali; 20 ceux qui , joignant le blasphème à l'infidélité , avaient chargé d'opprobres 
le nom de Jésus-Christ, apostate; 3» ceux qui n'avaient point sacrifié, mais qui 
avaient reçu des billets où il était attesté qu'ils avaient sacrifié , libellatici. 

(a) Quelques-uns croient que la réconciliation dont il s'agit ici doit s'entendre 
même de l'absolution des péchés, et ce sens paraît d'abord assez vraisemblable, si 
on ne considère que le texte de cette disposition, telle qu'elle est rapportée dans 
saint Cypiien, Epître à Antonien; mais si on la rapproche de quelques autres dé- 
crets de l'Eglise et surtout d'un canon du concile œcuménique de Nicée , qui nous 
apprennent que c'était une loi ancienne, et générale d'accorder la grâce de la com- 
munion, en danger de mort, à tous cenx qui se montreraient bien disposés, on re- 
connaîtra que dans ce règlement du concile de Carthage , il ne s'agit point de 
l'absolution sacramentelle, mais de la réconciliation par laquelle les pécheurs . 
après leur pénitence, étaient rétablis complètement dans la communion des fidèles, 
ou dans le droit de participer à tous les biens spirituels de l'Eglise ; il pouvait pré- 
senter ses offrandes à l'autel et recevoir l'Eucharistie , c. on prononçait son nom 
avec celui des autres fidèles dont on faisait mémoire au sacrifice. 






I 



— 2Î — 

d'idolâtrie , il fut statué qu'on pourrait les admettre à la pénitence , 
mais qu'ils demeureraient absolument exclus du clergé et de toutes 
fonctions ecclésiastiques. Après avoir décidé que la pénitence devrait 
être déterminée d'après un examen de toutes les circonstances , le Con- 
cile jugea convenable d'établir certaines règles qui seraient appliquées 
selon les différents cas ; par exemple , aux apostats qui se seraient pré- 
sentés d'eux-mêmes pour sacrifier; à ceux qui n'auraient succombé 
qu'après avoir longtemps supporté la violence des tourments (I) , etc. 

Ces canons furent envoyés au pape saint Corneille , qui les approuva 
dans un concile tenu à Rome, au mois d'octobre de la même année; 
et la plupart des évoques les ayant adoptés dans les autres provinces, 
ils devinrent ainsi une loi générale et furent compris parmi les canons 
qu'on appelle pénitentiaux , comme servant de règle pour la pénitence 
publique. 

A ce concile assistèrent un grand nombre d'évêques. 



N° 33. 

CONCILE DE ROME. 

(roi/anum.) 

(L'an 251, mois d'octobre.) — Le pape saint Fabien étant mort , les 
évéques , au nombre de 16, qui se trouvaient alors à Rome , et le clergé 
de celte ville lui choisirent pour successeur, avec l'approbation de tout 
le peuple présent , un des plus anciens prêtres de Rome qui avait passé 
par tous les postes et exercé successivement toutes les fonctions du 
ministère dans celte Église : il se nommait Corneille. Ses lumières et 
ses vertus avaient seules contribué à le faire élever au pontificat, et quoi- 
qu'il eût toutes les qualités nécessaires pour occuper dignement ce rang 
suprême , il était si loin de l'avoir brigué , et telle était sa modestie , 
qu'il avait fallu lui faire violence pour l'obliger de l'accepter. 

Cependant Novatien , un des prêtres de Rome , se déclara ouverte- 
ment contre cette élection. Philosophe stoïcien, il jouissait d'une grande 
réputation de savoir et d'éloquence ; son excessive vanité lui fit croire 
qu'on lui avait lait une injustice en lui préférant Corneille pour remplir 
le siège de Rome , et les flatteries du schismatique Novat , homme intri- 
gant , brouillon , hypocrite et ambitieux , contribuèrent beaucoup à 
l'entretenir dans cette idée. Excité par Novat et cédant aux inspirations 
de son orgueil blessé, Novatien répandit contre le pape saint Corneille 

(i) Lettres y, io*, de saint Cyprieo, 



A > 



— 25 — 

des calomnies odieuses, l'accusant d'avoir pris un billet des magistrats 
comme les libetlaiiques , pour éviter la persécution , et d'avoir entretenu 
la communion avec des évêques qui s'étaient rendus coupables d'idolâ- 
trie. A l'aide de ces fausses accusations , Novatien parvint à entraîner 
dans son schisme une partie du peuple , quelques prêtres et même plu- 
sieurs confesseurs , qui se laissèrent séduire par le zèle apparent qu'il 
témoignait pour la discipline ecclésiastique. Manifestant alors publique- 
ment son ambition , il n'hésita pas à se faire ordonner évêque de Rome, 
quoique Corneille fût déjà reconnu de toute l'Église. Pour accomplir 
son dessein , il fit venir d'une petite province d'Italie trois évêques , 
simples et crédules, à qui l'on persuada que leur présence était néces- 
saire pour la pacification des troubles de l'Église. Dès qu'ils furent ar- 
rivés à Rome , Novatien les fit conduire dans un logement où il eut soin 
de les tenir en quelque sorte prisonniers , et sans autre communication 
qu'avec ses partisans. On leur avait préparé un repas somptueux , et 
l'on chercha surtout à les faire boire avec excès. Quand on les eut à 
moitié enivrés , on leur lit croire que l'élection de Corneille était défec- 
tueuse , et que par conséquent le siège épiscopal était vacant ; et sur le 
vœu des sectaires , qui désignaient Novatien par acclamation , ils n'hé- 
sitèrent pas à lui imposer les mains. 

Élevé à l'épiscopat par une ordination sacrilège , Novatien ne recula 
pas devant la profanation des plus augustes mystères de la religion pour 
retenir ses partisans. Après l'oblation du Saint-Sacrifice , et lorsqu'il 
leur distribuait l'Eucharistie , il leur prenait les deux mains , et les 
obligeait de jurer par le corps et le sang de Jésus-Christ de ne jamais 
le quitter pour retourner à Corneille. 

Au schisme Novatien joignait l'hérésie ; il soutenait que l'Église ne 
pouvait accorder le pardon à ceux qui étaient une fois tombés dans la 
persécution , quelque pénitence qu'ils fissent , et qu'il n'était jamais 
permis de communiquer avec eux , parce que c'était participer à leur 
crime. 11 condamnait aussi les secondes noces , à l'exemple des monta- 
nistes , qui , déjà , avaient également contesté à l'Église le pouvoir de 
remettre certains péchés, tels que ceux contre le Saint-Esprit ; et celte 
sévérité servit à lui attirer beaucoup de partisans. 

L'antipape s'étant empressé de faire connaître son élection aux 
évêques des principaux sièges , le trouble se manifesta dans presque 
toutes les églises. Ce fut alors que le pape saint Corneille se hâta de con- 
voquer à Rome un concile où se trouvèrent 60 évêques et un plus grand 
nombre de prêtres et de diacres. On y condamna le schisme et la doc- 
trine de Novatien ; et comme cet hérésiarque , malgré toutes les in- 



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-24- 

stances qu'on lui fit pour le ramener à l'unité, ne voulut point se rendre 
au jugement des évêques, ni renoncer à la loi inhumaine qu'il s'effor- 
çait d'établir, on le retrancha de la communion de l'Église avec tous 
ceux qui suivraient les mêmes sentiments que lui. 

C'est dans ce concile que furent confirmés les règlements du premier 
concile de Carthage, touchant les apostats (1).' 



N° 34. 

CONCILE DE ROME. 

(romanuh.) 

(L'an 251, mois de novembre.)— Novatien condamné et excommunié , 
les confesseurs schismatiques ne tardèrent pas à reconnaître leur faute. 
Saint Cyprien et saint Denis, évêque d'Alexandrie, leur avaient écrit 
des lettres pressantes pour les exhorter à se réunir à l'Église; et l'am- 
bition de Novatien , sa duplicité et ses intrigues leur ouvrirent enfin les 
yeux. Ils s'adressèrent aux prêtres catholiques pour obtenir leur par- 
don, témoignant un vif repentir d'avoir autorisé, par leur consente- 
ment, l'ordination de l'antipape, et protestant qu'on avait abusé de 
leur confiance pour écrire en leur nom des lettres calomnieuses, dont 
ils ignoraient le contenu. 

Instruit de leurs dispositions, le pape saint Corneille assembla son 
clergé avec cinq évêques pour délibérer sur ce qu'il convenait de faire 
en celte circonstance. Les confesseurs ayant été introduits dans cette 
assemblée , firent publiquement l'abjuration du schisme , après quoi ils 
furent rétablis dans la communion de l'Église en présence des fidèles qui 
étaient accourus en foule , et qui les félicitaient de leur retour avec les 
témoignages d'une joie inexprimable. L'exemple des confesseurs en- 
traîna un grand nombre de schismatiques. 

Ce qui s'est fait pour cette réunion peut passer pour un concile. 

(i) Eusèbe, Hist., lib. vi, cap. 43. — Théodoret, Hœret.fabul., t. IV, lib. m, 
p. 229.— Saint Jérôme, m catalogo, cap. lxvi, parle d'un concile d'Italie, qu'il dis- 
lingue de celui que saint Corneilie tint à Rome. 11 est probable que les évêques de 
cette province, qui ne purent se trouver à Rome, s'assemblèrent dans une autre 
ville d'Italie pour concourir par leurs suffrages à ce qui avait été décidé conlre 
Novatien par le concile de Rome. Et cette opinion nous parait d'autant plus fon- 
dée , qu'Eusèbe rapporte {I/ist.,\ih. vi , cap. 43), que les évêques examinèrent dans 
chaque provmce la décision du concile de Rome, et qu'ils prirent partout les mêmes 
résolutions. 



— 25 



N° 53. 



CONCILE D'ANTIOCHE. 

(antiocuenum.) 

(L'an 252.)— Ce concile fut convoqué par Fabien, évêque d'Amioche, 
sur l'invitation du pape saint Corneille. Fabien étant mort avant la tenue 
de ce concile, Démétrius, son successeur, y fit condamner et déposer 
l'hérésiarque Novatien (1). 



N° 56. 
H* CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTIIACINENSE II.) 

(L'an 252 , 15 mai.)— Saint Cyprien , à la tête de 42 évêques, ouvrit 
ce second concile de Carthage. Les tombés , qui étaient demeurés dans 
l'Église pleurant leur chute, furent traités avec indulgence, à cause de 
l'approche d'une nouvelle persécution dont plusieurs évêques étaient 
avertis depuis quelque temps par des visions et par des révélations 
fréquentes ; et le Concile ordonna d'accorder incessamment la réconci- 
liation aux tombés. On jugea que dans ce péril imminent il ne fallait 
pas refuser aux chrétiens vraiment pénitents le secours de l'Eucharistie, 
si nécessaire pour les fortifier dans le combat , ni exposer à mourir 
sans la paix de l'Église ceux qui fuiraient dans les déserts en renonçant 
à leurs biens pour conserver leur foi. 

Voici la lettre synodale que saint Cyprien écrivit au pape saint Cor- 
neille , au nom du concile de Carthage (2) : 

« Cyprien , etc., à leur frère Corneille, salut. Frère bien-aimé, nous 
avions arrêté, il y a déjà longtemps, et d'après une délibération com- 
mune, que ceux qui, pendant la persécution, s'étaient laissé surpren- 
dre par l'ennemi, étaient tombés dans ses pièges et avaient souillé leur 
conscience par des sacrifices illégitimes , subiraient les épreuves d'une 
longue pénitence, mais qu'en cas de maladie et sous le coup delà mort, 
ils recevraient la réconciliation. La bonté paternelle du Seigneur et la 
divine miséricorde ne nous permettaient pas de fermer éternellement 
l'Eglise à ceux qui frappaient si instamment à sa porte, de refuser à 

(l) Ce concile n'est rapporté que sur la foi du Synodknn, t. II, p. 1 171. — Doin 
Ceillier penche à croire que ce concile , dont il ne révoque pas en doute l'eiistencc, 
ne se tint que plusieurs années après. (Hist. des auteurs sacrés, t. III , p. 585.) 

(a) Saint Cyprien , lettre 53« au pape saint Corneille. 



leurs larmes et à leurs prières l'espérance du salut , ni de renvoyer au 
Seigneur, sans le bienfait de la communion et de la paix , ceux pour les- 
quels le monde allait disparaître. Le divin Législateur lui-même n'a-t-il 
pas dit que ce qui serait lié sur la terre le serait aussi dans le ciel , et 
que ce qui serait délié sur la terre par les mains de l'Église , le serait 
également dans le ciel ! Mais aujourd'hui que nous voyons s'approcher 
le jour d'une seconde persécution , aujourd'hui que de fréquentes et 
continuelles révélations nous avertissent de nous tenir prêts pour le 
combat que l'ennemi va nous livrer, d'y préparer par nos exhortations 
le peuple confié à nos soins , et de rassembler dans le camp du Seigneur 
les soldats du Christ , qui demandent des armes et soupirent après le 
signal ; pressés par la nécessité , nous avons jugé à propos d'accorder la 
paix à tous ceux qui n'ont point abandonné l'Église , et qui , depuis leur 
première chute, ne cessent de fléchir le Seigneur par les larmes et les 
œuvres de pénitence, afin de les armer ainsi contre le péril qui les menace. 

» Nous avons dû , en effet , nous rendre aux avertissements et aux 
légitimes révélations du ciel , qui ordonnent aux pasteurs , non d'aban- 
donner leur troupeau au moment du danger, mais de le réunir dans le 
même bercail , et d'armer la milice du Seigneur pour les luttes spiri- 
tuelles. Sans doute il était raisonnable de prolonger les épreuves de la 
satisfaction quand la tranquillité publique permettait ces sages délais ; 
on pouvait impunément alors attendre les derniers moments du coupa- 
ble pour le réconcilier. Aujourd'hui , ce n'est plus la maladie , mais la 
rigueur qui réclame ce bienfait indispensable ; ce n'est plus à des mou- 
rants , mais à des vivants qu'il nous faut donner la communion , afin 
qu'au lieu de se présenter nus et désarmés devant l'ennemi , ils mar- 
chent au péril sous la protection du sang et du corps de Jésus-Christ ; 
et puisque la divine Eucharistie a pour but de fortifier ceux qui la re- 
çoivent , rassasions de l'aliment sacré ceux que nous voulons mettre à 
l'abri de l'invasion étrangère. Je le demande, comment les persuader, 
par nos exhortations , de répandre leur sang pour confesser le nom de 
Jésus-Christ, si, prêts à combattre, nous leur refusons le sang de Jé- 
sus-Christ? Comment les rendre capables de boire à longs traits la 
coupe du martyre, si , avec la communion de l'Église , nous ne leur 
donnons pas le droit de s'abreuver à la coupe du Sauveur? 

< II y a ici des différences à établir, frère bien-aimé. Les lâches qui, 
après avoir apostasie , sont retournés à un monde qu'ils avaient abjuré, 
et vivent aujourd'hui à la manière des païens ; ou bien ces misérables 
déserteurs qui ont été grossir le camp de l'hérésie , et lèvent tous les 
jours contre l'Église des armes parricides , ne peuvent pas être confon- 



b«tdl 



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— 27 — 

dus avec ces pénitents qui , attachés, pour ainsi dire, au seuil de l'É- 
lise , implorent avec larmes et sans interruption les consolations pater- 
nelles , déclarent que les voilà prêts à marcher contre l'ennemi , à com- 
battre vaillamment pour le nom de Dieu et pour leur immortalité. La 
paix que nous leur accordons est la paix , non du sommeil , mais de la 
vigilance ; non de la mollesse , mais de l'énergie ; non du repos , mais 
du champ de bataille. Si, comme ils le promettent et comme nous l'es- 
pérons, ils combattent vaillamment et terrassent avec nous l'ennemi 
dans la lutte , nous n'aurons point à nous repentir d'avoir donné la ré- 
conciliation à des athlètes si braves. Que dis-je ! il sera glorieux à des 
évèques d'avoir accordé la paix à des martyrs. Prêtres du Seigneur, 
occupés à lui offrir tous les jours des sacrifices , nous lui aurons préparé 
de vivantes hosties. 

i Mais si, puisse le Seigneur détourner de nos frères un tel mal- 
heur ! si quelqu'un d'entre eux nous surprenait une communion frau- 
duleuse , sans avoir le dessein de combattre vaillamment au jour du 
danger, qu'il le sache bien ! c'est lui-même qu'il trompe le premier par 
un langage que dément le fond de son cœur. Pour nous, autant qu'il 
nous est donné de voir et de juger, nous apercevons les dehors sans 
pouvoir pénétrer dans le secret des cœurs et des consciences ; nous 
abandonnons le jugement à celui qui descendra bientôt, à celui qui 
sonde les reins et met à nu les replis les plus secrets de l'âme. Toute- 
fois la malice des méchants ne doit pas nuire aux intérêts des bons; au 
contraire, il appartient à la vertu de plaider en faveur du crime. Il ne 
faut pas interdire la réconciliation aux martyrs , parce qu'il s'en trouve 
à côté d'eux qui nieront le Seigneur; au contraire, c'est une raison, à 
mon avis, d'en investir tous les combattants. Refusez-la ; peut-être que 
votre ignorance a exclu le front marqué pour la couronne. 

« Mais j'entends dire : le martyr est lavé dans son baptême sanglant! 
« pourquoi l'évoque lui donnerait-il une réconciliation superflue? Sa 
« réconciliation à lui , c'est sa gloire ; et la bonté divine le destine à 
« une récompense bien supérieure. » 

« D'abord on est peu propre au martyre quand l'Église n'a pas 
armé l'athlète pour le combat ; et l'âme , que le pain eucharistique ne 
soutient, ni n'enflamme, tombe bientôt dans la défaillance. Écoutons 
Jésus-Christ dans son Évangile : « Quand on se saisira de vos personnes, 
« ne vous mettez point en peine de vos réponses. Elles vous seront 
t suggérées d'en haut à l'heure même ; car ce n'est pas vous qui par- 
ti lez , c'est l'esprit de votre Père qui parle par votre bouche. > Puisque, 
selon le langage divin , c'est l'esprit du Père qui s'exprime par la bouche 



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,'i . 









— 28 — 
de quiconque esl remis aux mains des juges et souffre pour son nom 
apportera-t-il à une confession généreuse les conditions nécessaires , 
celui qui , marchant à l'ennemi , dépourvu de la paix , se présente par 
conséquent sans cet esprit de force qui parle et confesse par notre voix? 
Mais voici d'autres motifs : abandonnant tous ses biens , il fuit , il se 
cache au loin dans la solitude , et tombe entre les mains des brigands, 
ou bien la maladie le surprend , une fièvre l'emporte. N'aurons-nous pas 
l'odieux d'avoir laissé mourir sans réconciliation ce généreux soldat 
qui avait tout abandonné , sa maison, ses enfants, les auteurs de ses 
jours, pour voler sur les traces du Seigneur? Ne serons-nous pas accu- 
sés de cruauté ou de négligence, au jour du jugement, pour n'avoir 
pas voulu soigner, pendant la paix, les brebis confiées à nos soins, ni 
les armer pendant la guerre? N'entendrons-nous pas sortir de la bouche 
du Seigneur ce terrible reproche, qu'il nous crie par son prophète : 
« Vous mangiez le lait du troupeau , et vous vous couvriez de la laine ; 
t vous preniez les brebis les plus grasses pour les tuer, et vous ne paissiei 
t pas mon troupeau. Vous ne fortifiiez point les faibles ; vous ne guéris- 
c siez pas les blessés ; vous n'avez point relevé celles qui étaient tom- 
t bées ; vous n'avez point cherché celles qui étaient perdues ; loin de 
« là, vous avez épuisé de travail et de fatigue celles qui étaient ro- 
« bustes , mes brebis ont été dispersées parce qu'elles n'avaient point 
i de pasteurs, et elles sont devenues la proie de tous les animaux des 
« champs ; et nul ne s'est trouvé qui les cherchât ou qui les rappelât, 
t C'est pourquoi , voilà ce que dit le Seigneur : — Je viens moi-même à 
t ces pasteurs ; je redemanderai mon troupeau à leurs mains , et j'em- 
< pécherai qu'ils ne paissent mon troupeau ; et désormais ils ne le mè- 
c neront plus à la pâture , et j'arracherai mes brebis à leur bouche , et 
t je les ferai paître avec sagesse. » 

« Conséquemment , pour éviter que les brebis confiées à nos soins par 
le Seigneur soient un jour redemandées à notre bouche , si, armés de 
refus , nous opposions une rigueur tout humaine aux paternelles con- 
descendances de Dieu , cédant aux suggestions de l'Esprit saint et aux 
fréquentes révélations qui nous montrent l'orage prêt à gronder, nous 
avons trouvé bon de rassembler dans le camp de Jésus-Christ tous ses 
soldats , et , après avoir entendu la cause de chacun , d'accorder la paix 
à ceux qui sont tombés, je me trompe, de fournir des armes aux com- 
battants. Nous avons la conGance que cette mesure ne vous déplaira 
point , au souvenir de la miséricorde toute paternelle de Dieu. Si quel- 
qu'un de nos collègues refusait dans l'imminence du danger d'admettre 
nos frères et nos sœurs à la réconciliation , au jour du jugement il ren- 






— 29 — 



dra compte à Dieu de sa sévérité Intempestive ainsi que de son inexo- 
rable rigueur. Pour nous, la foi, la charité, la sollicitude pastorale 
nous imposent le devoir de publier hautement que le jour de la lutte est 
proche ; qu'un ennemi violent va se lever contre nous , et qu'enfin la 
guerre qui nous menace sera encore plus acharnée et plus sanglante que 
celles qui l'ont précédée (1). Voilà ce que nous annoncent fréquemment 
les manifestations divines; voilà les avertissements répétés que nous 
donne la Providence et la miséricorde du Seigneur. Nous qui mettons 
en lui notre confiance , nous en avons la certitude , le même Dieu , qui, 
pendant la paix, donne à ses soldats le signal de la guerre , ne leur ré- 
inséra point la force nécessaire pour triompher sur le champ de ba- 
i aille. 

« Nous souhaitons , frère bien-aimé , que votre santé soit toujours 
florissante. » 

L'hérétique Privât , qui avait été déposé et excommunié comme hé- 
rétique par le concile de Cambise, vers l'an 240, vint se présenter à 
ce concile de Carthage pour demander la révision de son jugement. Il 
était accompagné du faux évêque Félix, qu'il avait ordonné depuis son 
schisme , et de plusieurs autres évoques condamnés comme coupables 
d'idolâtrie ou pour d'autres crimes. Mais on ne jugea pas à propos de 
les recevoir, ni de revenir sur des condamnations légitimement pronon- 
cées. C'est alors que de dépit ils ordonnèrent Fortunat comme évêque 
de Carthage (2). 

Quelques auteurs confondent à tort ce concile avec celui qui suit, 
en disant que le second de Carthage paraît avoir duré longtemps; car 
la lettre synodale de ce concile fut signée de 4-2 évoques , tandis que 
celle du suivant fut souscrite par 66 évêques. 






N° 57. 
III e CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTIUGINENSE III.) 

(L'an 253 ou l'an 254.) — Ce concile, composé de 66 évêques et présidé 
par saint Cyprien, confirma la défense déjà faite à tout fidèle d'instituer 
par testament un clerc pour tuteur ou curateur, et l'on y ajouta celle de 

(i) Les révélations du saint évêque ne furent que trop fidèles. L'empereur Va- 
lenlinien donna des édits de persécution que le proconsul Valère Maxime, succes- 
seur de Paternus, fit exécuter en Afrique avec plus de violence que jamais. Saint 
Cyprien fut lui-même une des victimes de la persécution. 

(i) Saint Cyprien , lettre 54' au pape saint Corneille. 



i 






- 30 — 

célébrer les saints mystères pour le repos de celui qui aurait contrevenu 
à cette sage disposition. Il est donc incontestable que les prières pour 
les morts sont des pratiques très-anciennes. 

Voici maintenant une preuve non moins authentique de la foi de l'É- 
glise touchant le péché originel. Un évêque, nommé Fidus, dans une 
lettre écrite au concile, exprimait l'opinion que les enfanis ne devaient 
être baptisés que huit jours après leur naissance, suivant la loi établie 
pour la circoncision. Mais il n'y eut pas un évêque qui partageât son 
sentiment, et saint Cyprien fit, au nom du concile, la réponse sui- 
vante (1) : 

« Cyprien et les 66 évoques qui ont assisté au concile de; Carthage, 
à Fidus , leur frère , salut. 

« Nous avons lu, frère bien-aimé, la lettre où vous nous parlez d'un 
certain Victor qui a perdu la qualité de prêtre , et auquel notre collègue 
Thérapius , par une imprudente précipitation , a donné la réconciliation 
avant que le coupable eût accompli entièrement sa pénitence et payé à 
la justice divine la dette de la satisfaction. Nous ne le cacherons pas, 
cette infraction à l'autorité de notre décret, cette réconciliation accor- 
dée avant le temps déterminé pour la réparation du crime , sans la par- 
ticipation et la demande du peuple, lorsque aucune maladie ne la rendait 
nécessaire , ne nous a pas médiocrement surpris. Néanmoins , après 
avoir longtemps examiné le parti qu'il y avait à prendre, nous avons 
jugé qu'il suffirait de censurer notre collègue Thérapius , en lui prescri- 
vant plus de réserve à l'avenir. Cette paix, départie par un évêque, 
n'importe comment , ni à quel titre , nous avons cru devoir la respecter, 
et laisser à Victor la communion dont elle l'a mis en jouissance. 

J'en viens au baptême des enfanis. On ne doit pas le leur conférer, 
dites-vous, deux ou trois jours après leur naissance; il faut attendre le 
huitième pour consacrer le nouveau-né , ainsi que l'ordonnait la circon- 
cision antique. Notre assemblée , loin de souscrire à l'opinion que vous 
adoptez , a prononcé unanimement dans un sens contraire à celui-là. 
Nous avons été tous d'accord qu'il ne fallait refuser la grâce et la mi- 
séricorde divine à personne. « Le Fils de l'homme n'est pas venu pour 
« perdre les âmes, dit Noire Seigneur dans son Évangile, mais pour les 
« sauver. » A son exemple , tâchons de n'en laisser périr aucun , autant 
qu'il est en noire pouvoir. En effet , que manque-t-il à l'être une fois 
formé par les mains de Dieu dans les entrailles maternelles ? Celui qui 
naît semble grandir et se développer avec le progrès des jours et des 



(i) Lettre 58'. 



années; ainsi l'aperçoivent nos yeux mortels; mais il n'en va pas ainsi 
pour Dieu. Tout ce qu'il crée , il l'empreint de sa majesté et de sa per- 
fection. Les Saintes-Écritures nous montrent bien visiblement que les 
dons d'en haut sont également applicables à tous les hommes , sans 
distinction d'âge. Voyez le prophète Elisée ! il commence par invoquer 
Dieu ; puis il s'étend sur le fils inanimé de la Sunamite ; il applique sa 
tête contre sa tête, son visage contre son visage, ses pieds contre ses 
pieds. Tous les membres de l'homme de Dieu répondent à ceux du 
mort. A considérer cette action d'après les lois physiques de notre na- 
ture, le corps d'un enfant ne pouvait se mesurer à celui du prophète, 
ni des membres délicats s'adapter exactement à des membres d'une 
plus grande dimension. Mais, sous cet emblème, se cache l'égalité des 
dons spirituels. Les hommes sortent tous égaux des mains de la Provi- 
dence; la différence des âges peut bien, aux yeux du monde, établir 
des différences dans nos corps; mais il n'y en a point pour Dieu, à moins 
qu'on ne prétende aussi que la grâce du baptême coule plus abondante 
ou plus restreinte, selon l'âge du néophyte. Mais non, le Saint-Esprit 
se communique également à tous ; la bonté et l'indulgence du Créateur 
n'y imposent aucune réserve. L'âge, de même que la personne, dispa- 
raît devant ses regards ; père de tous , il se donne à tous sans mesure. 

« Mais vous ajoutez : « Les enfants, au sortir du sein maternel, ne 
< sont pas encore purs; chacun de nous aurait horreur de leur donner 
« dans ce moment le baiser de paix. > Est-ce là un empêchement à la 
réception de la grâce ? Nous ne le pensons pas , attendu qu'il est écrit : 
« Tout est pur pour quiconque est pur. > Pourquoi avoir horreur d'une 
créature que Dieu n'a pas dédaigné de former? L'enfant porte encore, 
il est vrai , les traces de sa naissance d'hier ; niais ici la religion vient 
au secours de nos répugnances; elle nous apprend à baiser dans les 
mains débiles de l'enfant les mains encore récentes de la divinité , qui 
viennent de former un homme. 

< Vous insistez. La circoncision judaïque s'observait le huitième jour. 
Ombre figurative d'un sacrement plus auguste, elle a disparu, quand 
l'avènement de Jésus-Christ lui eût donné la vérité qu'elle attendait. Le 
huitième jour, c'est-à-dire le lendemain du sabbat, était précisément le 
jour de Notre Seigneur, le jour où il devait nous ressusciter, et nous 
imprimer, en nous enfantant à la vie véritable, une circoncision 
spirituelle. La loi antique , qui n'était qu'un symbole de la loi nouvelle, 
consacrait d'avance ce huitième jour dans ses prescriptions ; mais l'image, 
nous le répétons, est tombée devant la réalité. Des règlements abrogés 
n'ont rien à démêler avec la loi nouvelle , qui n'exclut personne. La 



— 32 — 

circoncision de la chair ne doit pas empêcher la circoncision de l'esprit, 
suivant la parole de Pierre , aux Actes des apôlres : < Le Seigneur m'a 
« dit de n'appeler aucun homme profane ou impur. » 

« D'ailleurs , si quelque chose pouvait empêcher la réception du bap- 
tême , ce seraient surtout les péchés des adultes et des personnes avan- 
cées en âge. Si donc , les plus grands pécheurs , lorsqu'ils embrassent 
la foi, reçoivent le pardon des crimes longtemps prolongés; si tous 
peuvent se laver dans le bain salutaire, à plus forte raison ne doit-on 
pas interdire cette grâce à l'enfant qui , venant de naître , incapable en- 
core de pécher par lui-même , n'apporte à la lumière que la souillure 
héréditaire d'Adam , condition de sa naissance charnelle , qui enfin a 
d'autant plus de droits au pardon , que c'est une faute , non pas person- 
nelle , mais étrangère , qui va lui être remise. 

a Voilà , mon frère bien-aimé , ce que nous avons décidé dans notre 
concile. Dieu est bon et miséricordieux. Loin de nous le dessein d'en- 
traver sa miséricorde et sa bonté ! Cette règle obligatoire à l'égard de 
tous les hommes sans nulle exception , s'applique bien plus encore à des 
enfants dont l'âge réclame noire assistance , qui paraissent mieux mé- 
riter les complaisances du Père céleste ; faibles créatures, dont les larmes 
et les vagissements, au début de la vie, semblent implorer cette fa- 
veur (1). i 



N° 38. 
IV e CONCILE DE GARTHAGE. 

(CAKTHAGINENSE IV.) 

(L'an 254 (2).) Deux évêques d'Espagne , Basilide de Léon et Martial 
de Mérida , s'étaient rendus coupables de plusieurs actes d'idolâtrie pour 
lesquels ils avaient été déposés et réduits au rang des laïques. Mais 
après avoir accepté ce jugement, ils voulurent ensuite se faire rétablir, 
et Basilide était allé à Rome solliciter son rétablissement auprès du pape 
saint Etienne , qui , trompé par des mensonges , lui avait accordé des 
lettres favorables. Martial avait longtemps fréquenté les festins impurs 
et la compagnie des païens ; il avait enterré ses enfants dans leurs se- 






(l) Saint Jérôme ei saint Augustin se sont servis de l'autorité de cette lettre con- 
tre le» pélagiens , qui niaient le péché originel ; et ce dernier dit que leur décision 
touchant le baptême des enfants n'est pas un nouveau décret; mais la foi de l'E- 
glise. 

(î) Ce concile parait avoir été tenu après les fêtes de pâques. 



■ 



— 53 — 

pulcres profanes; il avait déclaré, par acte public, devant le procura- 
teur ducénaire , qu'il obéissait à l'ordre do sacrifier aux idoles, et qu'il 
reniait Jésus-Christ. 

Comme Basilide et Martial s'efforçaient toujours de rentrer dans leurs 
sièges, les Églises de Léon et de Mérida s'adressèrent à saint Cyprien , 
qui , après avoir examiné l'affaire dans un concile composé de 56 évê- 
ques , déclara que ces deux évoques avaient été légitimement déposés 
comme libellatiques , et que les ordinations de Sabin et de Félix, mis 
à leurs places , étaient valides. Et le Concile n'eut point égard aux lettres 
que Basilide avait obtenues du pape saint Etienne, pour être rétabli: 
« Lettres , dit saint Cyprien , qui ne servent qu'à rendre Basilide plus 
« criminel pour avoir usé de surprise. > 

Voici la lettre synodale qui fut envoyée par saint Cyprien au peuple et 
au clergé d'Espagne (1) : 

« Nous avons lu, frères bien-aimés, dans une assemblée publique , 
la lettre que vous nous avez fait parvenir par nos collègues dans l'épi- 
scopat, Félix et Sabinus, et où, témoignant de l'intégrité de votre foi 
et de votre crainte de Dieu , vous nous notifiez que Basilide et Martial , 
libellatiques souillés d'idolâtrie et de plus sous le poids de forfaits nom- 
breux, ne peuvent plus exercer l'épiscopat ni gouverner le sacerdoce 
de Dieu. Vous n3iis consultez à ce sujet, aûn que notre réponse con- 
sole ou appuie par le secours de notre opinion vos justes et légitimes 
sollicitudes. Au désir que vous manifestez nous répondrons moins par 
nos propres conseils que par les préceptes divins et la loi de Dieu , ora- 
cles, célestes, qui ont établi depuis longtemps quelles sont les qualités 
nécessaires dans ceux qui servent à l'autel et offrent des sacrifices. En 
effet , Dieu parle ainsi à Moïse dans VExode et lui donne cet avertisse- 
ment : « Que les prêtres qui s'approchent du Seigneur soient sanctifiés, 
« de peur que le Seigneur ne les abandonne, i Et ailleurs : • Quand ils 
« s'approchent pour servir à l'autel du Saint des saints, ils n'apporte- 
« ront pas de péchés en eux-mêmes , de peur qu'ils ne meurent. » 
Même recommandation dans \eLéoitique : t L'homme qui aura une tache 
« ou un défaut corporel ne s'approchera point pour offrir à Dieu ses 
• dons. » Puisque telles sont les déclarations manifestes des préceptes 
divins, il .faut nécessairement nous y soumettre, et les ménagements ou 
les condescendances de l'homme , en pareille matière , doivent se taire 
là où la volonté divine intervient et fixe la loi. En effet, il nous est im- 
possible d'oublier ce que le Seigneur a dit aux juifs , par la bouche du 



(l) Lettre 67'. 

T. 1. 



>ï 



prophète Isaïe , lorsqu'il leur reproche avec indignation de mépriser 
les préceptes divins pour suivre les doctrines de l'homme : < Ce peuple, 
i dit-il , m'honore des lèvres , mais son cœur est loin de moi. Vainement 
i il me sert, s'il enseigne les maximes et les traditions humaines. > Le 
Seigneur, dans l'Évangile , répèle le même oracle : « Vous rejetez les 
c ordonnances de Dieu pour suivre une tradiliou que vous avez établie 
« vous-mêmes. > 

« Les yeux constamment fixés sur ces préceptes , et le cœur plein 
de ces religieuses pensées , nous ne devons élire et consacrer que des 
évêques d'une vertu irréprochable, qui, oll'rant à Dieu des sacrifices 
sans tache , puissent être exaucés dans les prières qu'ils lui adressent 
pour le salut du peuple. Car il est écrit : a Dieu n'exauce point le per- 
« vers ; mais si quelqu'un est le serviteur de Dieu et l'ait sa volonté, il 
< l'exauce. » Voilà pourquoi nous devons apporter la plus religieuse at- 
tention à ne conférer le sacerdoce de Dieu qu'à des hommes dont le 
Seigneur aime à exaucer les prières. 

« Et que le peuple ne s'imagine pas que communiquer avec un évêque 
prévaricateur, ou donner son assentiment à ses injustices ainsi qu'à ses 
violences, ce soit être innocent, non; interprète des menaces et des 
vengeances divines, Osée s'exprime ainsi: • Leurs sacrifices seront 
i comme le pain des funérailles ; tous ceux qui y touchent seront souil- 
i lés. » Il nous montrait par là que les imprudents qui participent aux 
sacrifices d'un évêque illégitime et scandaleux, se souillent de sa con- 
tagion. 

« Les Nombres nous attestent la même vérité , lorsque Choré, Daihan 
et Abiron , usurpant les droits d'Aaron , osèrent offrir un sacrifice loin 
de lui. Que fit le Seigneur ? il enjoignit au peuple , par la bouche de 
Moïse , de se séparer des coupables , de peur de partager la même ruine : 
i Retirez-vous des lentes de ces hommes impies , et ne touchez rien 
« de ce qui est à eux , de peur que vous ne soyez enveloppés dans leurs 
« péchés. > Injonction formidable , qui ordonne à tout peuple soumis 
aux préceptes du Seigneur et docile à sa crainte , de se séparer d'un 
chef prévaricateur, en repoussant toute participation à ses sacrifices , 
puisque c'est le peuple surtout qui a le pouvoir de choisir les bons 
évêques et d'écarter les indignes. En effet , nous voyons dériver de 
l'autorité divine la loi qui veut que l'évêque soit élu en présence du 
peuple et sous les yeux de tous , afin que ses vertus et ses titres soient 
approuvés par un jugement et un témoignage publics, ainsi que le Sei- 
gneur l'ordonne à Moïse dans les Nombres : « Prends Aaron ton frère et 
« son fils Éléazar ; tu les conduiras sur la montagne. Et quand tu auras 



— 5S - 

« dépouillé Aaron de ses vêtements, lu en revêtiras Éléazar, son fils ; 
« Aaron sera réuni à ses pères , et mourra en ce lieu. » Pourquoi veut- 
il que le Grand-Prêtre soit institué en face de toute la synagogue? il 
nous montre par là que l'ordination sacerdotale ne doit être conférée que 
sous les yeux du peuple assemblé, afin que les crimes des méchants 
soient dénoncés de même que les vertus des hommes de bien reconnus , 
et que l'élection , ainsi consacrée par l'examen et les suffrages de tous , 
soit tenue pour sainte et légitime. 

« Les Actes des apôtres témoignent déjà de cet usage , fondé sur les 
enseignements divins; témoin Pierre , parlant au peuple quand il s'agit 
de choisir un apôtre à la place de Judas : « Pierre se leva au milieu des 
« disciples; ils étaient environ cent vingt. • Au reste, remarquons-le, 
les apôtres ne se conformaient pas à celle pratique pour l'élection des 
évoques et des prêtres seulement, mais encore pour celle des diacres. 
Les mêmes Actes en font également foi : « C'est pourquoi les douze apô- 

« 1res, ayant appelé la multitude des disciples, dirent > Pourquoi 

tant de soin et de circonspection? pourquoi tout le peuple assemblé? 
pour empêcher tout sujet indigne d'envahir le ministère de l'autel et les 
honneurs du rang sacerdotal. Que des ministres indignes soient ordon- 
nés quelquefois, moins d'après la volonté de Dieu que d'après la pré- 
somption et l'orgueil de l'homme, mais aussi que les élections , qui ne 
sont ni justes, ni légitimes, soient repoussées par Dieu, il le déclare 
formellement lui-même par le prophète Osée : i Ils se sont choisi un roi 
« que je n'ai pas choisi. » 

« Ainsi, conformément à une coutume qui a sa source dans l'insti- 
tution divine, usitée par les apôtres eux-mêmes et observée encore au- 
jourd'hui dans toutes les provinces , il faut , quand il s'agit de créer un 
évêque, que les évèques de la même province , les plus voisins, se ras- 
semblent , et qu'il soit procédé à l'élection en présence de ce même peu- 
ple sous les yeux duquel a vécu chacun des aspirants , et qui par là même 
n'ignore rien de ce qu'ils ont fait. Vous avez vous-mêmes suivi celle 
coutume dans l'ordination de Sabinus, notre collègue. Car on ne lui a 
imposé les mains , à la place de Basilide , que d'après les suffrages uni- 
versels, en vertu du jugement des évêques qui tous étaient présents, 
et vous avaient d'avance recommandé ce choix. Une ordination, revêtue 
de ces formes , ne peut être cassée. Vainement Basilide , après la décou- 
verte de ses prévarications , et l'aveu qui lui a été arraché par sa con- 
science, se dirige versUome; vainement il y surprend la religion d'E- 
tienne , placé loin des événements et de la vérité qu'il ne pouvait con- 
naître ; vainement il essaie de remonter par l'intrigue sur un siège d'où 



— 36 — 

la justice l'a fait descendre; qu'a-t-il gagne par toutes ces manœuvres? 
Loin d'anéantir ses crimes , il les a comblés ; à toutes les infamies de sa 
vie précédente , il a joint la perfidie et l'imposture. La faute en est bien 
moins à celui qui s'est laissé surprendre par défaut d'examen qu'au 
traître qui l'a trompé ! Toutefois , si Basilide a pu tromper les bommes , 
il n'en va pas ainsi de Dieu. Car il est écrit : j On ne se joue pas impu- 
f nément du Très-Haut. » 

< Les manœuvres de Martial ne lui profiteront pas davantage. La 
gravité de ses prévarications l'exclut de l'épiscopat ; car l'Apôtre a dit : 
* Il faut que l'évêque soit irréprochable, comme étant le dispensateur 
« et l'économe de Dieu. » 

< Ainsi , mes frères bien-aimés , puisque d'après les déclarations de 
votre lettre , et comme nous l'assurent Félix et Sabinus , nos collègues , 
et comme nous l'a mandé un autre Félix de César-Auguste (1), illustre 
défenseur de la foi et de la vérité , Basilide et Martial ont participé à 
l'idolâtrie , comme libellatiques ; puisque Basilide , outre ce premier 
crime, a blasphémé dans la maladie , ainsi qu'il l'a confessé lui-même ; 
puisque, cédant aux remords d'une conscience troublée, il a déposé vo- 
lontairement l'épiscopat pour se mettre au rang des pénitents et fléchir la 
colère deDieu.s'estimant trop heureux d'obtenir la réconciliation comme 
simple laïque ; puisque Martial , non content d'avoir assisté aux banquets 
infâmes des païens, d'avoir fréquenté longtemps leurs réunions , d'avoir 
inhumé les enfants dans des sépulcres profanes , avec les rites et les cé- 
rémonies des nations étrangères , a déclaré lui : même , par des actes 
signés chez le ducénaire , qu'il avait renié publiquement Jésus-Christ ; 
enfin, puisque ces deux misérables sont souillés de forfaits nombreux, 
ils essaient vainement de revendiquer l'épiscopat. De pareils hommes, 
cela n'est que trop manifeste , ne peuvent plus gouverner l'Église de Jé- 
sus-Christ ni offrir à Dieu des sacrifices. D'ailleurs, il y a déjà longtemps 
que Corneille, notre collègue, pontife ami de la paix et de la justice, 
et honoré par Dieu de la couronne du martyre, a décidé de concert avec 
nous et tous les évèques répandus dans le monde , que l'on pouvait ad- 
mettre à la pénitence ces sortes de prévaricateurs , mais qu'ils étaient 
exclus pour toujours des honneurs de la cléricalure et du sacerdoce. 

f Et ne vous étonnez pas , mes frères bien-aimés , que vers la fin des 
temps, la foi de quelques-uns glisse et chancelle ; que la crainte de Dieu 
faiblisse dans les cœurs, ou que les liens pacifiques soient brisés. La voix 
du Seigneur et le témoignage des apôtres nous ont prédit qu'au déclin 



(0 Aujourd'hui Sarragosse. 



— 37 — 

du monde et aux approches de l'antcclirist, la vertu s'éteindrait et le 
vice marcherait la tète haute. Mais, quoique nous touchions aux derniers 
jours, la vigueur évangélique, la foi chrétienne ne sont ni tellement 
asservies, ni tellement en défaillance dans l'Église, qu'il ne s'y trouve 
toujours des évoques qui , debout sur ces ruines et parmi les naufrages 
de la foi, maintiennent avec une généreuse fermeté la majesté divine et 
la dignité sacerdotale. Malhias, nous le rappelons, défendait vaillam- 
ment la loi sainte, pendant que les autres fléchissaient. Elie demeura 
forme et combattit avec intrépidité au milieu de la désertion générale 
des juifs. Daniel , sur une plage étrangère, ne se laissa point abattre j.ar 
les rigueurs de la captivité, ni par les douleurs d'une persécution 
toujours renaissante. Loin de là ! il marcha plusieurs fois à un glorieux 
martyre. Les trois jeunes hommes de la fournaise , surmontant la fai- 
blesse de leur âge et les menaces par lesquelles on voulait les intimi- 
der, entrèrent pleins de foi dans les flammes de Babylonc ; et, plus 
forts qu'elles , triomphèrent jusqu'au sein de la captivité d'un monarque 
victorieux. Laissons grossir le nombre des prévaricateurs et des traîtres ! 
Qu'ils sortent de l'Église pour s'armer contre elle ! Qu'ils ébranlent des 
mêmes coups la vérité et la foi ! il reste toujours des serviteurs zélés , 
qui gardent une fidélité entière, une âme sans souillure, un cœur qui 
ne vit que pour Dieu et Jésus-Christ. L'infidélité des autres, au lieu 
d'abattre et de ruiner dans leur âme la foi chrétienne , ne fait que les 
animer davantage et les exciter à la gloire , conformément à cette ex- 
hortation du bienheureux Apôtre : i Car enfin, si quelques-uns ont cessé 
« de croire, leur infidélité anéantira-t-elle la fidélité de Dieu? Non, sans 
i doute ; Dieu est véritable , et tout homme est menteur. » Si tout 
homme est menteur, si Dieu seul est véritable, serviteurs , et surtout 
prêtres de Dieu , que devons-nous faire , sinon répudier l'erreur et le 
mensonge de l'homme , pour nous attacher inviolablement aux préceptes 
de Dieu , et nous enraciner dans la vérité? 

« Je le répète, frères bien-aimés, si quelques-uns de nos collègues, 
trahissant la discipline , communiquent imprudemment avec Dasilide et 
Martial , ce spectacle n'a rien qui doive troubler notre foi , puisque 
l'Esprit saint prononce contre eux ces menaces par la bouche du Psal- 
miste : « Tu hais l'ordre , et tu as rejeté ma parole derrière toi. Si tu 
« voyais un voleur, tu courrais à lui : tu as partagé l'héritage des adul- 
« lères. i Par là il nous montrait que , se joindre aux prévaricateurs , 
c'est se déclarer leur complice. L'apôtre Paul répèle le même oracle 
dans une de ses épttres : « Calomniateurs , ennemis de Dieu , railleurs, 
« superbes, hautains, inventeurs du mal, homme» qui, connaissan 









— 58 — 

e bien la justice de Dieu , n'ont pas compris que ceux qui font de telles 
< choses méritent la mort ; et non-seulement ceux qui les font , mais 
« encore ceux qui approuvent ceux qui les font. » Cette condamnation 
est-elle assez claire? La mort saisira non-seulement ceux qui commet- 
tent la prévarication , mais ceux qui l'approuvent ; tous ceux qui , de- 
meurant dans une même communion illégitime avec les méchants , les 
pécheurs et les rebelles qui ne font pas pénitence , se souillent par là 
même de leur contagion ; ils ont partagé leur faute , ils partageront leur 
châtiment. 

c Voilà pourquoi , frères bien-nimés , nous louons et nous approuvons 
l'éclatant témoignage que vous avez donné de l'intégrité de votre foi. 
Nous vous exhortons de tout notre pouvoir par celte lettre , à vous in- 
terdire toute communion sacrilège avec des évêques souillés de profa- 
nation , et à conserver inviolablement celte crainte religieuse de l'inté- 
grité de votre foi. » 

N° 59. 
CONFÉRENCE D'ARSINOË. 

(Vers l'an 255.) — On peut mettre au rang des conciles la conférence 
que saint Denis d'Alexandrie eut dans le canton d'Àrsinoë , au sujet des 
erreurs que Népos y avait répandues. Cet hérétique enseignait avec les 
millénaires que Jésus-Christ régnerait sur la terre pendant mille ans , et 
que durant ce temps les saints jouiraient de tous les plaisirs du corps. 
Prévenu de ces vils sentiments qu'il croyait faussement être ceux de saint 
Jean dans Y Apocalypse , il expliquait d'une manière toute charnelle et 
judaïque les promesses de Jésus-Christ, touchant la félicité de l'autre 
vie ; et comme il s'était fait une grande réputation en Egypte par la gran- 
deur de sa foi, par son ardeur pour le travail et par son application à 
l'étude des divines Écritures , il inspira aisément ses erreurs à un grand 
nombre de personnes , et même après sa mort des Églises entières en 
demeurèrent infectées. Ce fut pour remédier à ce désordre que saint 
Denis d'Alexandrie se rendit à Arsinoë, où il assembla les prêtres et les 
docteurs. Après trois jours passés à examiner avec eux la doctrine de 
Népos et à réfuter les raisons sur lesquelles ses partisans s'appuyaient, il 
leur fit reconnaître leur erreur et rétablit parmi eux des sentiments 
conformes à la foi catholique. 



— 39 — 



N° 40. 
* I e ' CONCILE DE CARTHACE. 

,(CARTHAG1NENSE I.) 

(L'an 255.) — La bonne intelligence avait existé jusqu'alors entre 
le pape et le primat d'Afrique ; mais elle fut troublée par les contestations 
qui s'élevèrent au sujet de la validité du baptême donné par les héréti- 
ques. Cette question avait été déjà plusieurs fois agitée; mais les discus- 
sions qui avaient eu lieu à ce sujet s'étaient renfermées dans quelques 
provinces. L'Église avait toujours cru, comme elle croit encore, que le 
baptême , imprimant un caractère ineffaçable , ne pouvait être conféré 
qu'une seule fois, et c'était aussi un dogme constant parmi les chrétiens 
que ce sacrement tirait toute sa vertu de l'institution divine ; en sorte 
qu'il produisait son effet par l'efficacité que cette institution lui donne , 
indépendamment des mérites du ministre, qui n'agit pas en son nom, mais 
au nom de Jésus-Christ. De là on concluait, conformément à la croyance 
de l'Église , que le baptême était également valide et imprimait tou- 
jours le même caractère , quel que fût celui qui l'administrât , pourvu 
qu'il ne changeât rien au rit que Jésus-Christ avait institué, et que 
versant l'eau sur la tête du baptisé , il prononçât ces paroles sacramen- 
telles : < Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » Cette 
croyance de l'Eglise était constatée par l'usage constamment suivi de ne 
point conférer de nouveau le baptême , mais d'imposer seulement la 
pénitence à ceux qui revenaient à l'Église après avoir été baptisés , selon 
ce rit , par les hérétiques. 

Cependant , comme plusieurs hérétiques des premiers siècles , et sur- 
tout ceux qui s'élevèrent en Orient sous le nom de gnostiques , n'ad- 
mettaient ni le même Dieu , ni lemême Christ que les chrétiens , quelques- 
uns changèrent aussi le rit ou la forme du baptême , et cette altération 
obligea les évêques d'Afrique de regarder comme nulle et de nulle valeur 
une cérémonie qui n'était plus le sacrement institué par Jésus-Christ (1). 

(i) Ce sacrement fut même rejeté par plusieurs anciens hérétiques des premiers 
siècles, tels nue les ascrodutes , les marcosiens, les valentiniens, les quinliliens , 
qui pensaient tous que la Grâce, quTest un don spirituel, ne pouvait être commu- 
niquée ni exprimée par des signes sensibles. Les archontiques le rejetaient comme 
une mauvaise invention du dieu SaflahotH, r'est-à-dire du dieu des juifs", qu'ils re- 
gardaient comme un mauvais principe. Les sélcuciens et les liermieus ne vou- 
laient pas qu'on le Honnit avec de l'eau ; ils employaient le feu , sous prétexte que 
saint Jcait-Baplistc avait assuré que le Clirisl baptiserait -■s disciples dans le feu. 



I 



\ t 






— 40 — 

Il fallut donc baptiser, selon la forme ordinaire, ceux d'entre les héréti- 
ques qui se présentaient pour être admis dans l'Église catholique. Après 
la naissance de l'hérésie des montanistes, des doutes s'élevèrent sur la va- 
lidité de leur baptême, et la question l'ut examinée dans le concile de Car- 
thage , vers l'an 200 , dans ceux d'Icône et de Synnade, l'an 251, et dans 
plusieurs autres dont on ne sait ni le lieu ni le temps. Quelques évêques 
inclinaient à regarder le baptême de ces hérétiques comme valide, parce 
que les montanistes reconnaissaient , selon l'expression de saint Firmi- 
lien, évêque de Césaréeen Cappadoce, le même Père et le même Fils 
que les catholiques ; mais la plupart le rejetaient comme nul , peut-être 
parce que les montanistes, au lieu de baptiser an nom du Saint-Esprit, 
baptisaient au nom du Paracïet, c'est-à-dire au nom de Monta n. Ces 
conciles se prononcèrent donc contre la validité du baptême des monta- 
nistes, et faisant une règle générale de l'usage suivi à l'égard de ceux 
qui changeaient la forme du sacrement, ils décidèrent, contrairement 
à la tradition catholique, que l'on devait rejeter comme nul tout baptême 
donné par les hérétiques , et qu'il fallait par conséquent rebaptiser tous 
ceux qui revenaient à l'Église. 

Vers le milieu du troisième siècle , saint Cyprien fut successivement 
consulté à ce sujet par un laïque nommé Magnus, par plusieurs évêques 
de Numidieet par un évêque de Mauritanie, nommé Quintus. La question 
proposée par Magnus ne se rapportait qu'aux novaiiens, qui n'altéraient 
point la forme du baptême , et cette consultation prouve clairement que 
la tradition repoussait, même en Afrique, la coutume introduite par 
Agrippin; ce qui , du reste, paraît encore évident par la réponse même 
de saint Cyprien ; car en soutenant qu'on ne doit pas hésiter à rebaptiser 
les novatiens , il ne manqua pas de prévoir l'objection qu'on pouvait lui 
faire , que ces hérétiques reconnaissaient le même Père , le même Fils et 
le même Saint-Esprit , c'est-à-dire qu'ils administraient le baptême selon 
la forme ordinaire et avec l'intention de faire ce que fait l'Église. Or, 
cette objection n'est que l'expression exacte et rigoureuse de la tradition 



Les manichéebs , les paulicient , les massaliens le rejetaient également. D'autres en 
altérèrent la forme. Ménandre baptisait en son propre nom ; les éluséens invoquaient 
les démons ; les montanistes joignaient le nom de Montan leur chef et de Priscille 
leur prophétesse, au* noms sacrés du Père et du Fils. Les sabelliens , les disciples de 
Paul de Samosate, les eunomiens , et quelques autres hérétiques ennemis de la 
Saintc-'lrinité, ne baptisaient point au nom des trois personnes diviues. C'est pour- 
quoi l'Kglise rejeta leur baptême, tout en admettant celui des autres hérétiques qui 
n'altéraient point lu forme prescrite pour l'administration de ce sacrement , quelles 
que fussent d'ailleurs leurs erreurs sur le fond des mystères. 



— 41 — 
catholique, dont il constatait ainsi la permanence par le soin qu'il pre- 
nait de la réfuter (1). 

La lettre des évoques de Numidie posait la question d'une manière 
plus générale et relativement à tous les hérétiques. Aussi , saint Cyprien, 
pour donner plus d'autorité à sa réponse, assembla un concile de trente- 
deux évêques de l'Afrique proconsulaire , dans lequel on décida , confor- 
mément à son opinion, que personne ne pouvait être légitimement baptisé 
hors de l'Eglise, et que par conséquent les évêques de Numidie devaient 
suivre la pratique établie par leurs prédécesseurs de rebaptiser les hé- 
rétiques ou les schismatiques , avant de les admettre à la communion de 
l'Eglise (2). Saint Cyprien fit la même réponse à l'évêque Quintus, en 
lui envoyant la lettre synodale de ce concile (5). 

Voici les lettres qui furent écrites par saint Cyprien à l'occasion de ce 
concile. 

Lettre de saint Cyprien à Magnus, son {ils, salut. 

c Votre religieuse sollicitude a fait un appel à notre faiblesse , mon 
frère bien-aimé , pour savoir si les disciples de Novatien sont assimilés 
aux autres hérétiques , et s'il faut baptiser du légitime baptême de l'E- 
glise ceux qui viennent à nous , couverts de ce baptême sacrilège. Au- 
tant que la capacité de notre foi est appelée à le décider et que la vérité 
des divines Ecritures nous le suggère , notre sentiment est que les héré- 
tiques ou les schismatiques n'ont ni droit, ni pouvoir (i). Ainsi , point 
d'exception pour Novatien. Séparé de l'Église , rebelle à la paix et à la 
charité du Christ , il s'est placé lui-même au nombre des ennemis et des 
antechrists. En effet, quand Notre-Seigneur déclare dans son Évangile 
qu'il a pour ennemi quiconque n'est pas avec lui , il n'a spécifié aucune 
hérésie en particulier. Il a montré sans distinction que tous ceux qui , au 
lieu de rester avec lui et de moissonner avec lui, dispersaient son troupeau, 
étaient ses ennemis déclarés. « Celui qui n'est pas avec moi est contre 



(i) Saint Cyprien, lettre -]S'. — Voir aussi la lettre 72 e à Jubaien. 
(3) Lettre 70'. 

(3) Lettre 69". 

(4) Sans doute les hèréti'/ues on les scliismatii/ues n'ont ni droits ni pouvoirs [dans 
l'Église; mais toutes les fois qu'ils administrent le baptême selon le rit approuve 
par l'Église, et avec l'intention de faire ce que fait l'Église, ils ont le droit et le pou- 
voir de conférer le baptême , puisque les grâces attachées à ce sacrement opèrent 
leur effet, indépendamment des mérites de celui qui les confère : telle est la 
croyance de l'Église. 







g y.'/; 



« moi, dit-il; celui qui n'amasse pas avec moi, dissipe (l).i Consultez en- 
core le bienheureux apôtre Jean : il n'établit ni degré dans le schisme, ni 
différences dans l'hérésie ; il flétrit du nom d'anlechrists tous ceux qui se 
jettent hors de l'Église (2) pour se révolter contre elle : « Vous avez oui 
« dire que l'antechrist doit venir ; maintenant aussi il y a plusieurs an- 
« techrists ; nous connaissons par là que la dernière heure approche. Ils 
« sont sortis du milieu de nous , mais ils n'étaient pas de nous ; car/s'ils 
« eussent été de nous, ils seraient demeurés avec nous, s II suit de là qu'il 
y a autant d'ennemis du Seigneur, autant d'antechrists , qu'il y a de dé- 
serteurs de la charité et de l'unité catholiques. « Si quelqu'un méprise 
« l'Eglise , dit le Seigneur dans son Évangile, qu'il soit pour nous comme 
< un païen et un publicain. » Si quiconque méprise l'Église doit être tenu 
pour un païen et un publicain , à plus forte raison faut-il regarder comme 
tels ceux qui dressent de faux autels , révêtent un sacerdoce illégal , 
offrent un sacrifice impie , et se parent insolemment de noms étrangers 
et nouveaux, puisque des hommes moins criminels, et coupables de mépris 
seulement envers l'Église , sont déclarés par oracle du Seigneur des 
païens et des publicains (3). 

« Que l'Église soit une, l'Esprit-Saint le déclare dans le Cantique des 
cantiques , lorsqu'il fait parler ainsi Jésus-Christ : « Ma colombe est 
« unique , elle est parfaite ; il n'y a qu'elle pour sa mère ; elle est le choix 
« de celle qui l'a engendrée. » Puis il ajoute : « Ma sœur, mon épouse , 
« c'est un jardin fermé , une fontaine scellée , un puits d'eau vive. « Si 
l'épouse de Jésus-Christ , c'est-à-dire l'Église , est un jardin fermé , une 
chose qui est fermée ne peut s'ouvrir à des étrangers et à des profanes. 
Si elle est une fontaine scellée, l'infortuné qui est dehors ne pourra 
venir y boire ni en rompre le sceau , puisqu'il est impossible d'en appro- 
cher. Si elle est un puits d'eau vive, mais un puits unique, enfermé 
dans l'intérieur de l'édifice, quiconque est dehors ne peut recevoir la 



(i) Mais l'hérétique ou le schismatique qui donne le baptême avec la matière , la 
forme et les cérémonies de l'Église , n'étant point , dans l'administration de ce sa- 
crement , hérétique ni schismatique, puisqu'il a l'intention de faire ce que fait l'É- 
glise , cette parole de l'Écriture rapportée par saint Cyprien ne saurait donc lui 
être applicable. 

(?) Celui qui baptise au nom dn Père et du Fils et du Saint-Esprit, c'est-à-dire 
celui qui , dans l'administration du baptême, professe la croyance de l'Église, celui- 
là ne se révolte point contre elle, en tant que ministre de ce sacrement. 

(3) Nous le répétons : il n'est point antechrist, il n'est point païen ni publicain , 
l'antechrist , le païen ou le publicain qui administre le baptême selon le rit de l'E- 
glise de Jésus-Christ ; car, nons l'avons déjà dit , les effets de ce sacrement ne dé- 
pendent point de la sainteté de sou ministre, mais uniquement de son intention. 



— 43 — 

v ie et se sanctifier par des eauxxiont l'usage n'est permis qu'à ceux qu; 
sont en dedans. Écoutez Pierre ; il va prouver que l'Église est une , et 
,| U 'il faut être dans l'Eglise pour participer à son baptême. « Peu de 
personnes, c'est-à-dire huit seulement, se sauvèrent au milieu des 
« eaux ; c'était la ligure du baptême qui vous sauvera, i II nous attestait 
par là que l'arche de Noë , qui fut une, est le symbole de l'Église qui 
est une. Si, hors de l'arche, on peut être sauvé dans le baptême uni- 
versel qui lava les souillures du monde, il sera vrai de dire que celui qui 
n'est pas dans l'Eglise , à laquelle' seule appartient le droit de baptiser, 
peut être vivifié par le baptême. Mais l'apôtre Paul , dans son Epîlre aux 
êphêsiens, manifestera la même vérité plus formellement encore : « Jé- 
« sus-Christ , dit-il , a aimé l'Église jusqu'à se livrer lui-même pour elle, 
« afin de la sanctifier en la purifiant dans le baptême de l'eau. » S'il n'y a 
qu'une Église qui soit aimée de Jésus-Christ et purifiée par son bap- 
tême, comment peut-on être aimé de Jésus-Christ, et lavé et purifié 
par son baptême , si l'on n'est pas dans l'Église. Conséquemment , puis- 
que l'Église seule possède l'eau vivifiante et avec elle la puissance de 
laver et de baptiser l'homme , avant de dire que l'on peut être baptisé 
et sanctifié dans le camp de Novatien , il faut prouver d'abord que Nova- 
tien est dans l'Église ou gouverne l'Église. Car, si l'Église est une , il en 
résulte qu'elle ne peut être à la fois en dedans et en dehors. Est-elle du 
côté de Novatien? Donc elle n'était point avec Corneille. Mais, si elle 
était avec Corneille , légitime successeur de Fabien , et honoré de la 
double palme du sacerdoce et du martyre, donc Novatien n'est point 
dans l'Église. Verrait-on par hasard en lui un évêque? Mais, foulant 
aux pieds les traditions de l'Évangile et des apôtres , il ne succède à 
personne et commence à lui-même. Par quel moyen gouvernerait-il 
l'Église, celui qui a reçu son ordination hors de l'Église? Or, que celle- 
ci ne puisse être ni dehors , ni divisée contre elle-même , mais quelle 
forme un assemblage inséparable , une maison où toutes les parties 
s'enchaînent dans une indestructible unité , l'Écriture nous le prouve 
visiblement dans le sacrement de la pàque et de l'agneau, emblème de 
Jésus-Christ. « La victime sera mangée dans une seule maison, et vous 
« ne transporterez point sa chair au dehors. » Même représentation dans 
Rahab , qui était aussi le type de l'Église. Elle reçoit cet ordre : s Tu 
« rassembleras dans ta maison ton père , ta mère , tes frères , et toute la 
« parenté. Quiconque franchira le seuil de ta maison , son sang sera sur 
« sa tête. > Symbole auguste où nous voyons tous ceux qui veulent 
échapper à la mort du monde et vivre de la vie spirituelle, obligés de 
s'abriter dans la maison unique de l'Eglise. En d'autres termes , quicon- 






1 



— u — 

que , après avoir reçu la grâce dans l'Église , la trahit par une lâche dé- 
sertion , ne devra imputer sa ruine qu'à lui-même. C'est ce que saint 
Paul nous explique en nous recommandant de fuir l'hérétique comme un 
méchant et un prévaricateur, déjà condamné par sa propre sentence. 
Car il est coupable de sa propre perte , celui qui, sans avoir été chassé 
par l'évêque, se jette volontairement hors de l'Église, court de plein gré 
à l'hérésie , et se condamne par son propre orgueil. Voilà pourquoi le 
Seigneur voulant nous apprendre que l'unité émane de l'autorité divine, 
nous dit : i Mon Père et Moi, nous ne sommes qu'un. » Et, réduisant 
son Église à la même unité, il ajoute : < Il n'y aura qu'un troupeau et 
« qu'un seul pasteur. » Il n'y a qu'un troupeau , l'Évangile est formel. 
Comment donc associer au troupeau celui qui n'en fait point partie? Ya-t-il 
un seul prétexte pour regarder comme pasteur le profane qui, alors que 
le légitime pasteur vivait encore, alors qu'il siégeait dans la chaire su- 
prême par une ordination régulière , sans prédécesseur et commençant 
à lui-même , vient troubler la paix du Seigneur, déchirer son unité par 
ses dissidences , et se bannir de la maison de Dieu , c'est-à-dire de l'É- 
glise , asile de paix et de concorde , destiné seulement aux cœurs unis , 
comme le Saint-Esprit l'atteste par la bouche du Psalmiste : a Dieu ras- 
« semble dans une même maison ceux qu'unit un même sentiment. > 

« Le sacrifice institué par Notre-Seigneur Jésus-Christ témoigne en- 
core de l'unanimité de sentiment qui doit régner parmi les chrétiens. 
Lorsque le Seigneur appelle son corps ce pain formé d'une multitude de 
grains de blé , il nous montre l'union de notre peuple , qu'il portait 
dans sa personne. Il en est de même du vin. Quand il appelle son sang 
ce vin , qui a été exprimé de plusieurs grappes et de plusieurs grains, 
pour se confondre en un seul et même breuvage, il désigne encore notre 
troupeau , formé par le mélange et la réunion de la multitude. Novaticn 
est-il uni au pain du Seigneur ? est-il mêlé à son calice? S'il est prouvé 
qu'il garde l'unité de l'Église, il pourra dès lors posséder la grâce du 
baptême unique , du baptême de l'Église. 

« Enfin, que le sacrement de l'unité soit indivisible ; que ceux-là aient 
renoncé à toute espérance , et se jettent dans l'abîme de la perdition , en 
excitant contre eux la colère du Seigneur, qui établissent un schisme et 
abandonnent l'évêque pour se créer hors de l'Eglise un fantôme d'auto- 
rité, la divine Écriture nous le déclare encore au litre des rois, lorsque 
dix tribus se séparèrent de Juda et de Benjamin , et abandonnèrent le 
roi pour s'en choisir un autre. « Le Seigneur, est-il dit , s'indigna contre 
a tous les enfants d'Israël ; il les rejeta de devant sa face , et il les livra 
f en proie à leurs ennemis, pour les punir de s'être séparés de la maison 



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— 45 — 
« de David et d'avoir élu pour roi Jéroboam , fils Je Nabath. » Vous 
l'entendez , la colère du Seigneur s'allume , et il livre à la dévastation les 
enfants d'Israël , parce qu'ils avaient rompu l'uniié et s'étaient choisi un 
autre roi. Telle fut sa colère contre les auteurs de ce schisme , que 
l'homme de Dieu , député vers Jéroboam pour lui reprocher son crime 
et lui annoncer le châtiment qui l'attendait , reçut la défense de mander 
de leur pain et de boire de leur eau dans leur maison. Celui-ci, au lieu 
d'obéir à cet ordre , et ayant mangé avec eux contre le précepte de 
Dieu , fut déchiré à son retour par un lion. Et on vient nous dire après 
cela que l'eau salutaire du baptême et la grâce céleste peuvent nous être 
communes avec les schismatiques , quand les aliments qui soutiennent 
la vie du corps ne le sont même pas ! Notre-Seigneur confirme cette vérité 
dans l'Évangile ; que dis-je ! il l'éclairé de nouvelles lumières, en mettant 
au nombre des païens et des profanes tous ceux qui rompirent avec Juda 
et Benjamin et abandonnèrent Jérusalem pour se retirer à Samarie. La 
première fois qu'il envoie ses disciples exercer le ministère du salut , il 
leur dit expressément : « N'allez point vers les nations , et n'entrez 
« point dans les villes des samaritains, j II les envoie donc aux juifs 
d'abord, avec l'ordre de laisser de côté encore les geniils; mais, lors- 
qu'il ajoute : i Vous n'entrerez point dans les villes des samaritains , » 
où se trouvaient les schismatiques , il prouve que schisntalique et païen, 
c'est la même chose. 

« Novatien , objecte-t-on , garde la même loi que l'Eglise catholique , 
baptise avec le même symbole que nous , reconnaît le même Dieu pour 
Père, le même Jésus- Christ comme Fils, le même Saint-Esprit ; et l'inter- 
rogation de son baptême , ne différant en rien du nôtre , lui donne le 
droit de l'administrer. D'abord , il n'est pas vrai que les schismatiques 
aient le même symbole que nous et les Mêmes interrogatoires. En effet , 
cetle question : i Croyez-vous à la rémission des péchés et à la vie éter- 
« nelle par la sainte Eglise? » ils ne peuvent la prononcer sans mentir h 
eux-mêmes , puisque l'Eglise n'est pas de leur côté. En second lieu , ils 
proclament par leur propre bouche que la rémission des péchés ne se 
donne que par l'Eglise. Du moment qu'ils n'ont pas l'Eglise de leur 
côté , ils déclarent que les péchés ne sont pas remis parmi eux. Ils re- 
connaissent avec nous , dit-on , le même Dieu pour Père, le même Jésus- 
Christ pour Fils , le même Saint-Esprit. Et qu'importe la communauté 
des croyances ? Choré, Dathan et Abiron reconnaissaient, invoquaient 
le même Dieu qu'Aaron et Moïse , le Dieu unique , le Dieu véritable. 
Us avaient même loi, même culte, et néanmoins, parce que, franchis- 
sant la limite de leur ministère, ils s'élevèrent contre Aaron , investi 



ahu. SA 



- 4G - 

par Dieu lui-même d'un légitime sacerdoce , et usurpèrent audacieuse- 
ment la sacrificature , la céleste vengeance les atteignit au milieu de leur 
sacrilège entreprise. Dieu ne pouvait ni ratifier, ni rendre profitables 
des sacrifices impies , attentatoires à l'ordonnance établie par lui-même. 
Ce n'est pas tout : les encensoirs qui avaient reçu ces oblations illégales, 
fondus par l'ordre du Seigneur et purifiés de leurs souillures , furent 
réduits en lames et suspendus auprès de l'autel , afin qu'à l'avenir nulle 
main sacerdotale ne les louchât ; souvenir terrible pour la postérité , 
monument d'indignation et de vengeance! Au reste, l'Ecriture-Sainte 
nous le dit : « Qu'ils deviennent un monument qui rappelle aux enfants 
a d'Israël , que tout homme étranger à la race d'Aaron ne doit pas s'ap- 
< procher pour offrir l'encens au Seigneur, s'il ne veut pas souffrir 
« comme Choré. > Et cependant ils n'avaient pas créé un schisme; 
ils ne s'étaient pas révoltés à main armée contre les prêtres du 
Seigneur , après avoir fait scission entre eux ; bien moins coupa- 
bles que ceux qui déchirent l'Eglise , violent avec la paix l'unité di- 
vine , s'efforcent d'établir une chaire illégale , envahissent l'épisco- 
pat , usurpent le baptême et le sacrifice. Mais quel succès attendent- 
ils de leur criminelle audace? Comment obtiendront-ils quelque faveur 
d'un Dieu contre lequel ils sont en guerre? Ainsi , tous ceux qui pacti- 
sent avec le baptême de Novatien ou de ses pareils, affirment en vain 
qu'on peut être lavé et sanctifié par le baptême salutaire , là où il est 
avéré que celui qui baptise n'a ni droit, ni pouvoir. L'Ecriture-Sainte va 
nous faire comprendre avec quelle rigueur Dieu châtie cette hardiesse. 
En effet , la vengeance ne se borne pas aux chefs et aux premiers auteurs 
de la rébellion , elle va frapper chacun de leurs complices , s'ils ne sé- 
parent pas leur cause de la cause des coupables. Ecoutez le Seigneur 
s'expliquant là-dessus par la bouche de Moïse : i Retirez-vous des tentes 
i de ces hommes impies , et ne touchez à rien de ce qui est à eux , de 
a peur d'être enveloppés dans leurs péchés. » La menace que le Seigneur 
avait prononcée par la bouche de Moïse, eut son accomplissement. Qui- 
conque ne se sépara point de Choré, Dathan et Abiron , fut frappé à 
l'heure même pour celte communion sacrilège. Leçon formidable , d'où 
il résulte que s'associer aux sacrilèges emportements de l'hérésie, et s'ar- 
mer avec elle contre l'autorité dont Dieu a investi son Eglise , c'est courir 
au même châtiment. Le Saint-Esprit nous le témoigne encore par la 
bouche d'Osée : • Leurs sacrifices ressemblent au pain des funérailles ; 
« quiconque en mange est souillé par ce contact. » C'était nous dire en 
d'autres termes que tout est commun entre le complice et le chef, crime 
et châtiment. Je le demande , quel crédit auront-ils auprès do Dieu ceux 



— 47 — 

auxquels il inflige de si terribles supplices? Comment donneront-ils la 
justice, la sainteté à ceux qu'ils baptisent, eux , les ennemis des prêtres, 
les usurpateurs d'un pouvoir sur lequel ils n'ont aucun droit? Leur dé- 
pravation nous explique la ténacité de leurs attentats. Leur opiniâtreté 
n'est pas ce qui m'étonne. Chacun défend nécessairement ses œuvres 
et l'homme , même convaincu au fond de sa conscience , ne cède pas 
volontiers la victoire. Mais ce qui doit exciter la surprise , ou plutôt 
l'indignation et la douleur publiques, c'est de voir des chrétiens favoriser 
des antechrists et des prévaricateurs de la foi, des- traîtres à l'Eglise 
combattre l'Eglise jusque dans son enceinte. Esprits opiniâtres et indo- 
ciles d'ailleurs , ils confessent cependant que nul hérétique, nul schis- 
matique ne possède l'Esprit saint , et qu'ainsi ils ne peuvent le commu- 
niquer, quoiqu'ils leur accordent le baptême. Mais ici nous les réfutons 
par leurs propres aveux , et nous démontrons que là où manque le 
Saint-Esprit , là aussi manque le pouvoir de baptiser. La rémission des 
péchés ayant lieu au baptême, Noire-Seigneur déclare dans son Evan- 
gile que ceux-là seulement peuvent remettre les péchés qui ont le Saint- 
Esprit (1). Lorsqu'après sa résurrection il envoie ses apôtres, il leur parle 
ainsi : « Comme mon Père m'a envoyé , moi je vous envoie. » Après qu'd 
eut dit ces paroles , il souffla sur eux et leur dit : i Recevez le Saint- 
« Esprit. Les péchés seront remis à ceux auxquels vous les remettrez, et 
« ils seront retenus à ceux auxquels vous les retiendrez. » Point de bap- 
lême sans le Saint-Esprit , ce passage nous le prouve. Enfin Jean , ap- 
pelé à l'honneur de baptiser Notre- Seigneur lui-même , recul auparavant 
le Saint-Esprit , lorsqu'il était encore dans le sein de sa mère , afin qu'il 
fût bien constaté que l'on n'a pas le pouvoir de baptiser avant d'avoir le 
Saint-Esprit. Partisans des hérétiques et des schismatiques, répondez- 
nous? Ont-ils l'Esprit saint , oui ou non ? S'ils l'ont , à quoi bon imposer 
les mains sur celui qu'ils ont baptisé (2), lorsqu'il vient à nous, et faire 
descendre dans son cœur le Saint-Esprit, puisqu'il doit déjà l'avoir 



(0 Ceci est vrai pour le sacrement Je pénitence seulement, qui n'a d'autre mi- 
nistre que 1 evêque ou le prêtre. Quant au baptême, qui , dans les cas de nécessité, 
peut être administré par toutes sortes de personnes, et même par des femmes, 
selon la croyance de l'Église depuis le temps des apôtres, il n'est point vrai de dire 
que le pouvoir de baptiser manque là où manque le Saint-Esprit. 

(ï)J quoi bon! à confirmer dans la foi les fidèles baptisés, et a leur donner, 
non-seulement la grâce sanctifiante et tes dons .lu Saint-Kspril , mais encore des 
grâces spéciales pour confesser le nom de Jésus-Christ, ainsi que le témoignent les 
papes , les conciles , les Pères de l'Église, et saint Cyprien lui-même dans sa Uttir à 
Pompéius, 



— 48 — 

reçu là où il a pu être donné , s'il y était. Mais s'ils ne l'ont pas , si à 
leurs transfuges on n'impose les mains que pour le leur communiquer, 
il sort évidemment de tout cela que l'homme auquel manque le Saint- 
Esprit n'a pas davantage le pouvoir de conférer le baptême. J'ai donc 
raison de conclure qu'il faut baptiser indistinctement du baptême de 
l'Eglise quiconque passe du camp des antecbrisls dans l'Eglise de Jésus- 
Christ , afin que , conformément à l'institution divine et à la vérité évan- 
gélique , il obtienne le pardon de ses offenses , et que la justification con- 
sacre à Dieu ce nouveau sanctuaire. 

< Vous me demandez aussi, mon fils bien-aimé, mon opinion sur ceux 
qui reçoivent le baptême dans leur lit pour cause d'infirmité ou de ma- 
ladie. Ils n'ont pas été, dites-vous, plongés dans l'eau régénératrice; elle 
n'a fait que les arroser; conséquemment doivent- ils être réputés chré- 
tiens? Ici, par une juste défiance de nous-mêmes et une réserve bien lé- 
gitime, nous ne prétendons imposer notre avis à qui que ce soit. Chacun 
est libre dans cette matière d'agir et de penser comme il lui plaira. Pour 
nous, autant que le sentiment de notre faiblesse nous le suggère, nous 
estimons que les dons de Dieu ne souffrent ni affaiblissement, ni altéra- 
tion, et que là où il y a plénitude et consommation de la foi, les grâces 
célestes coulent aussi avec une libre, et pleine effusion. Le sacrement 
auguste, qui purifie les souillures de l'âme, n'agit pas à la manière du 
bain vulgaire qui lave le corps. 11 ne lui faut, pour exercer son action, 
ni piscine, ni escabeau, ni aucun de ces instruments ou de ces parfums 
en usage. C'est sur l'âme qu'il opère par les mérites de la foi. Dans les 
sacrements qui donnent la vie, la munificence divine, lorsque la néces- 
sité est pressante, supplée aux formes qui manquent, et confère à ceux 
qui croient l'intégrité de la grâce. Peu importe donc que le malade ne 
reçoive qu'une simple aspersion au lieu de l'immersion, lorsqu'il est ad- 
mis à la participation des grâces du Seigneur, puisque l'Écriture nous 
parle ainsi par la bouche du prophète Ézéchiel : « Je répandrai sur vous 
< une eau pure, et vous serez purifiés de toutes vos souillures, et je vous 

• délivrerai de toutes vos idoles. Je vous «tonnerai un cœur nouveau, et 
« je mettrai un esprit nouveau au milieu de vous. » De même, dans les 
Nombre» : c Celui qui demeurera impur jusqu'au soir , se purifiera le 
i troisième et le septième jour, après quoi il sera pur. S'il ne se puri- 
« fie pas le troisième et le septième jour, il ne sera pas pur, et celte âme 

• sera exterminée du milieu d'Israël, parce que l'eau de l'aspersion n'a 
« point coulé sur son corps. » Et ailleurs : « Le Seigneur parla à Moïse, 
« et lui dit : Prends les Lévite» du milieu des enfants d'Israël, et purifie- 
« les. Voici de quelle manière tu les purifieras : tu répandras autour 



— 49 — 

i d'eux l'eau de la purification. » Et encore : « L'eau de l'aspersion est 
« une purification. » 

< J'en conclus que la simple aspersion équivaut à l'immersion dans 
le bain régénérateur, et que si le sacrement est administré dans l'Eglise, 
où la foi de celui qui donne et de celui qui reçoit est entière, tout a eu 
sa consommation et sa plénitude par la majesté du Seigneur et la vérité 
de la foi. 

. Plusieurs , je le sais, refusent le nom de chrétiens pour n'accorder 
que celui de cliniques à ces malades qui ont obtenu la grâce divine dans 
une eau salutaire et par la vérité de la foi. Où ont-ils pris cette désigna- 
tion ? Je l'ignore, à moins que ces hommes , familiarisés avec les con- 
naissances les plus secrètes , ne l'aient empruntée à Hippocrate ou à 
Soranus. Pour moi , qui ne connais d'autre clinique que celui de l'Evan- 
gile , je sais bien que l'infirmité de ce paralytique, enchaîné pendant de 
longues années sur la couche de ses douleurs , ne l'empêcha pas de re- 
cevoir une vigueur toute céleste, et que non-seulement la miséricorde 
divine l'arracha à son grabat, mais renouvela ses forces jusqu'à lui oer- 
mettrede l'emporter sur ses épaules. En conséquence, autant qu'il est 
donné à notre foi de le comprendre et de le décider, mon avis est qu'il 
faut réputer légitime chrétien quiconque a reçu la grâce divine dans l'E- 
glise d'après les conditions et en vertu de la foi. Ou si l'on pense que ces 
malades n'ont rien reçu parce que l'eau du salut n'a fait que les arro- 
ser, et conséquemment les a laissés vides et dépourvus de toute grâce , 
qu'on ne trompe pas leurs désirs, et qu'on les rebaptise aussitôt qu'ils 
seront rendus à la santé. Mais si on ne peut rebaptiser ceux qui ont été 
déjà sanctifiés par le baptême de l'Eglise, pourquoi les troubler dans leur 
foi et la possession des divines miséricordes? 

« Dira-l-on qu'à la vérité ils ont obtenu la grâce du Seigneur des mi- 
séricordes, mais que l'Esprit saint s'est donné à eux dans une mesure 
plus restreinte, et que s'ils sont chrétiens, au moins ne faut-il pas les 
assimiler aux autres ? Erreur ! le Saint-Esprit ne se communique point 
avec parcimonie ; il descend dans le cœur du croyant avec la plénitude 
de ses dons. Si le jour naît également pour tous les hommes ; si le soleil 
verse indistinctement sa lumière sur toutes les parties du monde, à com- 
bien plus forte raison Jésus-Christ, notre jour véritable et flambeau uni- 
que de son Eglise , distribue-t-il également dans son Eglise les rayons 
de la vie éternelle ! L'iode nous fournit une image et une preuve de 
cette sainte égalité, dans larnanne qui tombait du ciel, emblème d'un 
avenir mystérieux , figure prophétique du pain céleste et du banquet de 
Jésus-Christ qui allait apparaître. Là, sans distinction de sexe ou d'âge, 
T. I. 4 



— 50 - 

chacun recueillait une pari égale de celte nourriture symbolique , aûn de 
nous apprendre que les dons de Dieu qui lui seraient substitués , étaient 
indifféremment départis à tout le peuple sacré , sans distinction d'âge ou 
de sexe , comme sans acceptions de personnes. 

« Sans doute la grâce spirituelle , égale pour tous les croyants dans les 
eaux baptismales, peut s'accroître ou diminuer ensuite en raison de nos 
œuvres. Ainsi, dans l'Evangile, la semence du père de famille tombe 
également sur toutes les parties du cbamp, mais, grâce à la différence 
du sol , une partie est stérile , une autre partie produit du fruit en abon- 
dance , et rend trente , soixante et même cent pour un. Ailleurs , chaque 
ouvrier de la vigne se présente pour recevoir le même denier. Pourquoi 
donc l'interprétaiion humaine affaiblirait-elle les égales répartitions du 
Seigneur '.' 

« Au fidèle qui verrait avec élonnement qu'après son baptême le ma- 
lade baptisé dans son lit soit encore travaillé par des esprits immondes, 
je dirais que la malice obstinée du démon lutte en nous jusqu'au bain 
réjœnérateur, mais que son poison s'éteint dans la vertu de ses eaux. 
Considérez ce qui arriva à Pharaon : il s'opiniâtra dans sa perfidie ; il se 
débattit longtemps sous la main toute-puissante, jusqu'à ce qu'il fût 
vaincu et pérît misérablement. Le bienheureux Apôtre voit l'image du 
sacrement de baptême dans la mer qui engloutit le parjure. « Vous ne 
a devez pas ignorer, mes frères , que nos pères ont tous été sous la 
« nuée ; qu'ils ont tous passé la mer, et qu'ils ont tous été baptisés , sous 
« la conduite de Moïse , dans la nuée et dans la mer. > Puis il ajoute : 
« Toutes ces choses ont été des figures de ce qui nous regarde. » Au- 
jourd'hui encore , nous en sommes les témoins. La voix de l'exorciste , 
s'armant sous nos yeux de la majesté divine , flagelle , brûle et torture 
chaque jour le démon. Quoique celui-ci , semblable à l'orgueilleux et 
perfide Egyptien, mente souvent quand il promet de sortir sur-le-champ 
et d'abandonner l'homme de Dieu, aussitôt néanmoins qu'on en vient à 
l'eau salutaire et à la puissance baptismale , nous devons tenir pour 
certain que l'ennemi du salut y est étouffé , et que le néophyte, consacré 
au Seigneur, est délivré de sa présence. En effet, jetons les yenx 
sur les scorpions et les serpents : sur terre , ils conservent leur vi- 
gueur ci leur faculté de nuire ; mais , plongés dans l'eau , ils deviennent 
impuissants. De même il est hors de doute que les malins esprits , que 
l'Ecriture-Sainte appelle des serpents et des scorpions, et que nous fou- 
ions aux pieds avec le secours d'en haut , ne peuvent séjourner dans le 
corps qui a été baptise , sanctifié , et où le Saint-Esprit a déjà établi sa 
demeure. Enfin , et nous en faisons tous les jours l'expérience , ceux que 



— 51 — 

la nécessité nous a contraints de baptiser dans leur lit, souvent sont 
affranchis de l'esprit immonde qui les obsédait auparavant, deviennent 
l'exemple de l'Eglise, et grâce aux accroissements de la foi avancent 
de jour en jour dans la vertu. Au contraire , il arrive souvent à ceux 
qui ont été baptisés dans la santé , d'être renversés par les assauts du 
démon, qui les envahit de nouveau, s'ils viennent à pécher : preuve 
convaincante qu'il est chassé dans le baptême par la loi du néophyte , 
et que si cette foi vient à défaillir , il reprend possession de son antique 
domaine. 

c Trouverait-on plus raisonnable par hasard de valider le baptême 
de ceux qui ont été souillés dans une eau profane, et d'aflirmer que 
l'enfant de l'Eglise , baptisé dans son sein , reçoit une grâce moindre que 
la leur? Ménagerait-on assez les hérétiques pour ne pas s'informer s'ils 
ont reçu le baptême par immersion ou par aspersion , s'ils sont cliniques 
ou péripatéliciens , tandis qu'on affaiblit à dessein le mérite de la foi 
parmi nous et qu'on dérobe au baptême de l'Église sa majesté et sa sain- 
teté? 

i J'ai répondu à vos demandes , mon fils bien-aimé , autant que notre 
faiblesse et notre incapacité nous l'ont permis : je vous ai exposé mon 
opinion , sans prétendre l'imposer à personne comme une règle obliga- 
toire. Je laisse chacun de mes collègues en user dessus comme il lui 
plaira , sauf à rendre compte de sa conduite au jour du Seigneur suivant 
la recommandation de l'Apôtre dans son Évitre aux romains : < Chacun 
i de nous rendra compte à Dieu pour soi ; ne nous jugeons donc plus les 
« uns les autres. > 

n Je souhaite, mon fils bien-aimé, que votre santé soit toujours flo- 
i lissante. » 

Lettre synodale du Concile à Janvier et aux autres évêques de Numidie. 

« Comme nous nous trouvions réunis en concile , nous avons lu , 
frères bien-aimés, la lettre que vous nous avez adressée pour savoir s'il 
faut baptiser ceux qui ont reçu chez les hérétiques et les schismatiques 
un prétendu baptême , quand ils reviennent à l'Eglise catholique , qui 
est une et véritable. Vous observez là-dessus la règle invariable qui est 
prescrite par l'Eglise universelle (1 ), je le sais. Toutefois, puisqu'en vertu 
de l'affection commune qui nous unit les uns aux autres , vous avez cru 



(i) La règle invariable universellement reçue iluns l'Église catholique, à l'cïcep- 
tion toutefois de l'Eglise d'Afrique seulement depuis l'épiscopat d'Agrippin , était 
de ne point rebaptiser ceux qui avaient reçu un baptême valide chez les hérétiques. 



•i» 



— 52 — 

devoir nous consulter sur ce point, nous vous exposons notre sentiment, 
non pas comme quelque chose de nouveau , mais comme une pratique 
qui a pour elle depuis longtemps la sanction de nos prédécesseurs (i ) , et à 
laquelle nous nous sommes conformés nous-mêmes , ainsi que vous. 
Nous tenons pour certain que nul ne peut être baptisé hors de l'Eglise (2), 
puisqu'il n'y a qu'un baptême institué dans la sainte Eglise , et qu'il est 
écrit sous l'inspiration du Seigneur: i Ils m'ont abandonné, moi, la 
■» source d'eau vive , pour se creuser des citernes , fosses entr'ouvertes 
c qui ne peuvent retenir l'eau. » Et ailleurs la divine Ecriture nous 
donne cet avertissement : « Garde-toi de l'eau étrangère, et n'y trempe 
« pas tes lèvres. >• Il faut donc que l'eau ait été purifiée et sanctifiée par 
le prêtre, pour qu'elle ait la vertu de laver les péchés de celui qui est 
b.iptisé (3) ; témoin cette parole du Seigneur dans le prophète Ezéchiel : 
< Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés de toutes 
« vos souillures et je vous délivrerai de tontes vos idoles, et je vous don- 
« nerai un cœur nouveau, et je mettrai un esprit nouveau au milieu do 
vous. » Or, je le demande, comment pourra- t-il purifier et sanctifier 
l'eau, celui qui lui-même est impur, et dans lequel n'habite pas l'Esprit 
saint, puisque le Seigneur dit dans les Nombres : « Tout ce qu'aura lou- 
« ché l'homme impur, sera impur. » Ou bien , comment celui qui admi- 
nistre le baptême pourra-t-il conférer à un autre la rémission rie ses pé- 
chés, puisque lui-même ne peutse décharger du fardeau des siens hors de 
l'Eglise (1)1 



• N'innovons rien , disait à ce sujet le pape saint Etienne, tenons-nous-en à la ira- 

* tlilion.» Kt celle règle invariable est encore suivie dans toute l'Eglise. 

(i) Agrippiu, évêque de Cannage, tut le premier qui contesta la validité du bap- 
tême des hérétiques, et qui introduisît dans son Église l'usage de rebaptiser tons 
ceux qui avaient reçu le baptême citez les hérétiques, contrairement a l'ancienne 
coutume reçue des apôtres par la tradition. — Voir plus haut, p. 1 i et 15. 

[i) Sans doute, mil ne peut être baptisé hors de l'Église, c'est-à-dire buis de la 
croyance de l'Église; mais îl n'est point baptisé hors de l'Eglise celui à (pli Ton 
confère le baptême institué dans la sainte Église catholique, apostolique et ro- 
maine. 

(3) Il n'est pas nécessaire*pour la validité du baptême, que l'eau dont ou se sert 
dans l'administration de ce sacrement ait été purifiée et sanctifiée par le prêtre. Le 
sentiment universel de l'Église est que l'eau naturelle de fontaine, de rivière ou 
de pluie, non bénite, est suffisante pour administrer validement le baptême. Mais 
l'Église chrétienne , toujours attentive à professer sa foi par ses cérémonies , a été , 
dès les premiers siècles, dans l'usage de purifier, de sanctifier l'eau baptismale par 
des prières particulières ; et c'a été , de la part des protestants , une témérité très- 
condamnable de supprimer et de blâmer cette bénédiction. 

(4) L'Église a décidé qu'un païen même peut baptiser validement , ei par consé- 
quent remettre ainsi les péchés. 



— 00 — 

« Mais l'interrogatoire même , qui a lieu dans le baptême , atteste celle 
vérité. Quand nous disons : Croyez-vous à la vie éternelle et à la remis 
sion des péchés par la sainte Eglise, nous comprenons que la rémission 
des péchés ne se donne que dans l'Eglise, niais que, parmi les héréti- 
ques, là où n'est pas l'Eglise, les péchés ne peuvent être remis ( I). Que les 
partisans du baptême hérétique changent donc cette formule, ou bien 
qu'ils reviennent à la vérité, à moins qu'en accordant le baptême aux 
sectaires, ils ne leur accordent aussi la vérité de l'Eglise. 

< De plus , il faut que le baptisé soit oint (i), alin que le chrême, c'est- 
à-dire l'onction qu'il reçoit , fasse de lui l'oint de Dieu , et l'investisse de 
la grâce de Jésus-Christ. Or l'huile destinée aux onctions baptismales , 
ne recevant la consécration eucharistique que sur l'autel , et par la con- 
sécration la sanctification, celui-là n"a pu consacrer l'huile, qui n'a ni 
autel, ni église. Donc, point d'onctions spirituelles parmi les hérétiques, 
puisqu'il est certain que, chez eux, manquent les invocations néces- 
saires pour cette consécration. Nous devons savoir et nous souvenir qu'il 
est écrit : « L'huile du pécheur ne coulera pas sur ma tête. » Prophéti- 
que avertissement que le Saint-Esprit mettait dans la bouche du Psal- 
niiste, de peur que des imprudents , en s'écartanl des voies de la vérité, 
n'allassent recevoir l'onction sainte chez les hérétiques et les ennemis 
de Jésus-Christ. 

i D'ailleurs, quelle invocation peut faire sur le baptisé un prêtre 
sacrilège et prévaricateur (3), puisqu'il est écrit : « Dieu n'exauce point le 
« pervers; mais si quelqu'un est serviteur de Dieu et fait sa volonté, il 
« l'exauce? t Enfin, qui peut donner ce qu'il n'a pas? ou comment celui 
qui a perdu l'Esprit saint le communiquera- t-il à un autre? Il faut donc 
baptiser celui qui vient à l'Eglise ; il faut renouveler en lui le vieil 
homme, afin qu'il soit sanctifié au dedans par ceux qui sont saints, puis- 
qu'il est écrit : « Soyez saiûls , parce que je suis saint, » dit le Seigneur, 



(i) Voir la note 1, à la page .47. 

(2) L'oncliou du sainl-chrème ne faisant point partie essentielle de la matière du 
sacrement de baptême, cet argument de saint Cyprien contre la validité du bap- 
tême des hérétiques est donc sans aucun fondement. 

(H) L'Église catholique a décidé qu'il n'est pas nécessaire pour la validité d'un 
sacrement que le ministre soit en état de grâce ; il faut seulement que celui qui l'ad- 
ministre ait au moins l'intention de faire ce que lait l'Église. Les vaudois et les 
protestants enseignaient aussi celte erreur, qu'un prêtre en état de péché était in- 
capable d'administrer validement les sacrements de baptême , de pénitence, d'eu- 
charistie , etc. Le salut des fidèles sciait, en effet, trop hasardé, et il» seraient ex- 
posés à des inquiétudes continuelles, si Dieu avait voulu que lu validité des sacre- 
ment» dépendit de |.i sainteté des minis(rcs de I Église. 



— 54 — 

Par là , celui qui a été entraîné dans l'erreur et baptisé au dehors , dé- 
posera , dans le baptême véritable de l'Eglise , la souillure nouvelle qu'il 
a contractée en tombant aux mains perfides d'un ministre prévaricateur, 
lorsque l'homme venait à Dieu et cherchait son prêtre. Au reste , c'est 
approuver le baptême des hérétiques et des schismatiques que de tolérer 
le baptême qu'ils confèrent (1). Il ne peut y avoir là un côté mauvais et un 
côté régulier. Si l'hérétique a pu baptiser, il a pu donner aussi le Saint- 
Esprit. S'il n'a pu donner le Saint-Esprit, parce que placé hors de l'E- 
glise , il n'habite pas avec l'Esprit saint , il ne peut non plus baptiser 
celui qui se présente , puisque le baptême est un , de même que l'Esprit 
saint est un , de même que l'Eglise est une, l'Eglise que Notre-Seigneur 
fonda originairement sur Pierre dans le ciment de l'unité. 11 suit de là 
que tout ce qui se fait parmi eux étant vanité , mensonge et illusion , 
nous ne devons approuver aucune de leurs pratiques. En effet, comment 
ce qu'ils l'ont pourra-t-il être légitime et valide devant Dieu , lorsque le 
Seigneur les déclare ses ennemis dans son Evangile : « Celui qui n'est 
< pas avec moi , est contre moi ; celui qui ne moissonne pas avec moi , 
« dissipe ? » Le bienheureux apôtre Jean , fidèle aux préceptes du Sei- 
gneur, écrit aussi dans une de ses Épîtres : « Vous avez ouï dire que 
« Pantechrist doit venir ; maintenant aussi , il y a plusieurs antechrists ; 
« ce qui nous lait connaître que la dernière heure approche. Ils sont 
t sortis du milieu de nous ; mais ils n'étaient pas de nous ; car, s'ils eus- 
« sent été de nous, ils eussent demeuré avec nous. > 

i Concluons. Les ennemis du Seigneur, ceux qu'il appelle lui-même 
des antechrists , peuvent-ils communiquer la grâce de Jésus-Christ? Nous 
donc , qui sommes avec le Seigneur, nous qui gardons son unité , nous 
qui , grâce à sa divine miséricorde , exerçons dans l'Eglise le ministère 
sacerdotal, répudions, comme chose profane, tout ce que pratiquent 
ses adversaires et les antechrists. Ensuite, à ceux qui abandonnent l'er- 
reur et reconnaissent la foi véritable de l'Eglise unique , nous devons 
conserver, par tous les sacrements de la grâce divine, la vérité de l'u- 
nité ainsi que de la foi. 

< Mous souhaitons, frères bien-aimés, que votre santé soit toujours flo- 
rissante. » 



(t) Mais pourquoi n'approuverait-on pas le baptême des hérétiques ci des schis- 
maliques, lorsqu'ils emploient, dans l'administration de ce sacrement, la matière , 
la forme et les cérémonies de l'Eglise; en un mot, lorsqu'ils ont l'intention de faire 
ce que fait l'Église ? Condamner leur baptême, ne serait-ce pas condamner aussi 
celui de l'Eglise catholique? 



55 



Lettre à Qiiintus. 

« Cyprien à Quintus , son frère , salut. 

i Lucien , notre frère dans le sacerdoce , nous a fait part , frère bien- 
aimé, du désir que vous avez de connaître notre opinion sur ceux qui 
ont reçu un prétendu baptême chez les hérétiques et les schismatiques. 
Afin de vous faire connaître la décision que nous avons prise , il y a quel- 
ques jours, dans un concile où, prêtres et évoques, nous avons mûre- 
ment discuté cette matière , je vous envoie la lettre que nous avons 
écrite à ce sujet. 

« Je ne saurais m'expliquer la présomption de plusieurs de nos collè- 
gues qui, sous le prétexte que le baptême est un , ne veulent pas que 
l'on baptise ceux qui ont été lavés par les ennemis de notre foi. S'il n'y 
a qu'un baptême , et ils l'avouent , l'Eglise catholique étant une , il ne 
peut se trouver hors de son enceinte. Au contraire , que le baptême 
des hérétiques soit valide, on en crée nécessairement deux. Or, accor- 
der ce point, c'est donner les mains à l'iniquité, c'est confesser que les 
antagonistes de Jésus-Christ ont le pouvoir de sanctifier l'homme. Mais 
nous, quel est notre langage? Nous ne rebaptisons pas , nous conférons 
pour la première fois le baptême à ceux qui abandonnent les rebelles 
pour venir à nous. Ils ne reçoivent rien là où il n'y a rien; mais ils pui- 
sent chez nous aux sources de la grâce et de la vérité , parce qu'il n'y a 
pas deux grâces, deux vérités. Cependant, plutôt que d'embrasser cet 
avis, quelques-uns de nos collègues aiment mieux faire cet honneur à 
l'hérésie; et, sous prétexte de maintenir l'unité du baptême, en refusant 
de baptiser ceux qui passent dans nos rangs, ils créent deux baptêmes, 
le baptême de l'Eglise et celui de l'erreur (4); ou.ee qui est plus grave en- 
core , ils préfèrent au baptême véritable , légitime , unique , une ablution 
sacrilège et pleine de souillures , sans se souvenir qu'il est écrit : « Que 
« sert la purification à celui qui est lavé par un mort? i> 11 est manifeste 
que tous ceux qui ne sont point dans l'Eglise de Jésus-Christ sont regar- 
dés comme morts ; et que, dépossédés delà vie, ils ne peuvent vivifier 
personne (2), puisque l'Eglise seule , étant en possession des grâces éter- 
nelles , vit éternellement et communique la vie au peuple de Dieu. 



(i) Ce n'est pas créer deuK baptêmes , que île reconnaître pour véritable et va Iule 
celui que les hérétiques confèrent selon la croyance de l'Eglise catholique ; c'est , 
au contraire, ce nous semble, maintenir l'unité ilu sacrement. 

(V) Comme c'est Jésus-Christ, et nnii le ministre tlu baptême, qui donne à ce > i- 
crenunt la force d'effacer le pcclie, c'csl donc Jésus-Chrisi seul qui donne au^si la 



/ 'nta 



— 56 — 

« Nous nous conformons à la coutume ancienne, disent-ils. Chez nos 
pères, qui ont vu commencer les premiers schismes et les premières 
hérésies , on ne haplisait point ceux qui , ayant abandonné l'Église 
après avoir été baptisés , y revenaient ensuite et pleuraient leur sépa- 
ration dans les larmes de la pénitence. 

« D'accord. Cette règle , nous l'observons encore aujourd'hui : ceux 
qui , ayant été notoirement baptisés parmi nous , passèrent ensuite dans 
le camp de l'hérésie , reconnaissant plus tard leur faute et dissipant les 
nuages de l'erreur, reviennent-ils enfin à la vérité et au sein qui les a 
nourris, il suffit alors de leur imposer les mains. Brebis vagabondes et 
détachées du bercail, mais brebis néanmoins, le pasteur les a reçues 
dans son troupeau. 11 n'en est pas de même de celui qui vient de l'hé- 
résie à nous ; il n'a pas été baptisé d'abord dans l'Église ; c'est un étran- 
ger, c'est un profane ; il faut donc le baptiser avec cette eau unique qui 
fait les brebis du Seigneur, et ne coule que dans l'Église. Conséquem- 
ment , puisque le mensonge n'a rien de commun avec la vérité, les té- 
nèbres avec la lumière, la mort avec l'immortalité, l'antechrist avec 
Jésus-Christ, nous devons garder inviolablement en tout point l'unité de 
l'Église catholique, sans rien céder aux ennemis de la foi et de la vérité. 
Regardez ! quand Pierre choisi par le Seigneur pour être le fondement 
sur lequel il bâtirait son Église , est divisé d'opinion avec Paul au sujet 
de la circoncision, Pierre ne s'élève point avec orgueil, et il ne réclamé 
point les droits de sa primauté, en disant que les nouveaux venus de- 
vaient lui obéir. Il n'oppose point le mépris aux raisonnements de Paul, 
sous le prétexte que Paul avait d'abord persécuté l'Église. Loin de là! 
il se rend aux conseils de la sagesse et adopte volontiers la raison légi- 
time que Paul avait fait prévaloir. Exemple mémorable de concorde et 
de condescendance, qui nous apprenait, non pas à nous attacher opi- 
niâtrement à notre avis, mais à embrasser, comme s'ils venaient de 
nous-mêmes, les avis qui nous viennent de nos frères et de nos col- 
lègues , lorsqu'ils sont avoués par la sagesse et la raison. Paul n'était 
pas moins animé de cet esprit de paix et de concorde , quand il dit 
dans une de ses Épîtres : t Pour ce qui est des prophètes , que deux ou 
« trois seulement parlent , et que les autres jugent. Que s'il se fait quel- 
i que révélation à un autre^de ceux qui sont assis parmi vous, que celui 
« qui parlait auparavant se taise. » 

« Il nous montrait par là qu'il peut se rencontrer bien des points où 

vie à celui que lave l'eau du haprémc. Qu'importe alors que le ministre soit préva- 
ricateur et plein de souillures, pourvu qu'il ait l'intention de faire ce que l'ail IK • 
((lise, et qu'il le fasse selon le rit de l'jîglije? 



— 57 — 

les autres sont plus éclairés que nous , et qu'au lieu de s'atiacher avec 
une orgueilleuse obstination à ce qu'il avait conçu d'abord , chacun de 
nous doit embrasser avec plus de plaisir l'avis le plus raisonnable et le 
plus utile. Nous présenter un avis meilleur, ce n'est pas nous vaincre , 
c'est nou Instruire , surtout dans ce qui touche l'unité de l'Église , et 
la vérité de notre foi ainsi que de notre espérance ; surtout quand il faut 
que nous , prêtres de Dieu, et chargés par lui du gouvernement de son 
Église , nous sachions bien que la rémission des péchés ne peut se don- 
ner que dans l'Église , et que les ennemis de Jésus-Christ n'ont rien à 
prétendre sur cette grâce. Telle est la décision qu'a prise autrefois 
Agrippin, de vertueuse mémoire, de concert avec ses collègues qui 
gouvernaient alors l'Église de Dieu dans l'Afrique et la Numidie. Elle 
fut le résuliat d'une longue délibération , où les raisons furent long- 
temps balancées de part et d'autre ; décision sainte, légitime, pleine de 
sagesse, en harmonie avec la foi et conforme à l'Église catholique. Nous 
n'avons fait que nous y conformer. Nous vous envoyons une copie de 
notre lettre, afin que vous sachiez tout ce que nous avons écrit sur cette 
matière , et que vous la communiquiez aux évèques de votre province , 
au nom de notre affection commune. 

« Je souhaite , frère bien-aimé , que votre santé soit toujours floris- 
sante. » 

Lettre de saint Cyprien au pape saint Etienne. 

i Cyprien et ses collègues , au pape Etienne , leur frère , salut. 

« Quelques dispositions qui réclamaient une délibération commune, 
frère bien-aimé, nous ont forcé de réunir plusieurs évoques, afin de 
tenir un concile. Un grand nombre de questions y ont été discutées et 
résolues; mais, comme l'une d'elles intéresse à un haut degré l'autorité 
sacerdotale , ainsi que l'honneur de l'Église , qui a son origine dans 
l'institution divine elle-même , nous avons cru devoir en conférer avec 
votre sagesse et votre expérience. Nous avons décidé que tous ceux qui 
auraient été baptisés hors de l'Église parmi les hérétiques et les schis- 
matiques, ou, pour mieux dire, plongés par leurs mains dans une eau 
profane et impure, seraient baptisés quand ils reviendraient à nous et à 
l'unité de l'Église, parce qu'il ne suffit pas de leur imposer les mains 
pour faire descendre sur eux l'Esprit saint, s'ils ne reçoivent le baptême 
de ses légitimes dispensateurs. La justification n'est pleine et entière , 
ils ne sont vraiment les enfants de Dieu , qu'aulant qu'ils sont régénérés 
par ce double sacrement ; car il est écrit : « Si quelqu'un ne renait de 
» l'eau et de l'esprit, il ne peut avoir le royaume de Dieu. » Aussi nous 



I 



— 58 — 
lisons au livre des Actes que telle était la coutume qu'observaient les 
apôlres pour garder intact la vérité de la foi. La maison du centurion 
Corneille avait vu l'Esprit saint descendre sur tous les païens qui s'y 
trouvaient. Embrasés de la foi la plus ardente , croyant au Seigneur de 
tout leur cœur, pleins de l'Esprit saint qui échauffait leur âme, ils bé- 
nissaient le Seigneur en différentes langues ; néanmoins le bienheureux 
apôtre Pierre, qui se souvenait des préceptes divins de l'Évangile, voulut 
qu'on baptisât ceux-là même qui étaient remplis de l'Esprit saint, afin 
que rien d'essentiel ne fût omis , et que nos maîtres dans la foi nous 
apprissent par leur exemple à respecter l'intégrité de l'Évangile. 

a Que le baptême des hérétiques soit vain et illusoire , que la grâce 
du Christ ne réside pas au milieu de ses ennemis , nous l'avons pleine- 
ment démontré, il y a peu de temps , dans la lettre que bous avons écrite 
à ce sujet à Quinlus , notre collègue de Mauritanie , et dans celle que 
nos collègues avaient adressée auparavant aux évêques deNumidie. Vous 
recevrez une copie de l'une et de l'autre. 

« Nous avons, en outre, arrêté dans une délibération commune, 
frère bien- aimé, que ceux des prêtres et des diacres qui, après avoir 
été ordonnés dans l'Église , lèveraient ensuite contre l'Église l'étendard 
de la perûdie et de la révolte, ou qui, ayant été ordonnés parmi les hé- 
rétiques par de faux évêques et des antechrists , au mépris des ordon- 
nances de Jésus-Christ , auraient essayé d'offrir des sacrifices impies , 
étrangers , réprouvés par l'autel unique et divin , ne pouvaient être ad- 
mis qu'à la communion laïque , s'ils demandaient à revenir parmi nous. 
Ennemis de la paix tout à l'heure, il doit leur suffire d'avoir obtenu la 
paix , sans aspirer encore à des dignités et des honneurs dont ils ont 
l'ait des armes contre nous. L'autel ne veut que des prêtres et des mi- 
nistres exempts de toute souillure, puisque le Seigneur dit au Lévitique: 
« L'homme qui aura un défaut corporel n'approchera point pour offrir 
< des dons à Dieu. » Même injonction dans l'Exode : « Les prêtres qui 
« approcheront du Seigneur seront sanctifiés , de peur que le Seigneur 
« r.e les abandonne. > Et ailleurs : i Lorsqu'ils s'approcheront de l'autel 
« du Saint des saints , ils n'apporteront en eux aucun péché , de peur 
« qu'ils ne meurent. » Quel crime plus énorme ou quelle tache plus 
honteuse que de s'être révolté contre Jésus-Christ ; que d'avoir dissipé 
l'Église acquise, et fondée par son sang ; que d'être infidèle à la paix et 
à la charité évangélique et d'avoir pris les armes pour semer la division 
parmi le peuple de Dieu , où régnait l'union , la concorde? Ils reviennent 
à l'Église , il est vrai ; mais ramènent-ils avec eux les victimes de la sé- 
duction que la mort a frappées d;ms l'intervalle, et surprises sans la 



— 59 — 
réconciliation et la paix? Au jour du jugement , ces mêmes âmes seront 
redemandées aux mains qui les ont perdues. Qu'ils se contentent donc 
.lu pardon , quand ils frappent à la porte de l'Église. Dans le séjour de 
la foi , les distinctions ne sont pas pour la periidie. Quelle faveur tien- 
drons-nous donc en réserve pour l'innocence , la vertu, la fidélité, si 
nous honorons le crime, le parjure, la rébellion? 

c Nous avons porté à votre connaissance ces décisions , mon frère 
bien-aimé, dans l'intérêt de notre dignité commune , et, pour obéir à la 
charité que nous nous devons mutuellement; bien convaincus aussi que 
des ordonnances inspirées par la loi et la piété ne manqueraient pas de 
plaire à votre piété et à votre zèle pour la foi. Au reste , il en est , nous 
le savons, qui ne veulent point renoncer aux opinions dont ils sont une 
fois prévenus, et qui, sans rompre avec leurs collègues, restent atta- 
chés à leurs premières coutumes. Sur ce point nous ne faisons le procès 
ni n'imposons des lois à personne , puisque chaque évèquc est libre de 
gouverner son Église selon sa volonté , sauf à rendre un jour compte au 
Seigneur de sou administration. 

« Nous souhaitons , frère bien-aimé , que votre santé soit toujours 
florissante. > 

N° Al. 

♦ II" CONCILE DE CARÏHAGE 

(CARTHAGINENSE II.) 

(L'an 256.) — Cependant, comme la décision du premier concile de 
Carthage, touchant l'invalidité du baptême donné par les hérétiques, 
n'avait point apaisé les contestations et amené tous les esprits à son 
sentiment, saint Cyprien tint un second concile auquel assistèrent 
soixante-et-onze évèques d'Afrique et de Numidie. On y confirma ce 
qui avait été décidé dans le concile précédent, et l'on décida, en outre, 
que les prêtres ou les diacres qui avaient reçu l'ordination chez les hé- 
rétiques ne seraient admis dans l'Église qu'au rang des laïques ; ce qui 
probablement était encore une suite du même pi incipe(l), quoique ce pût 
n'être aussi qu'une mesure de discipline ; car on décida la même chose 
relativement à ceux qui seraient tombés dans l'hérésie , après avoir été 
ordonnés dans l'Église catholique. 



(i) Voir à la (lanc 62 de celte lltsto : re, l'opinion de Novat , evcijue de Tliamii- 
>;adc. 



— 60 



N° 42. 



CONCILE DE HOME. 

(romanum.) 

(L'an 25a.) — Après la tenue du second concile de Carihage , saint 
Cyprienen envoya les décisions au pape saint Etienne (1), avec la lettre 
synodale du premier concile et la réponse qu'd avait adressée à l'évèque 
Quintus sur le même sujet. Dès leur réception , le souverain pontife 
assembla un concile à Rome , où l'on condamna la décision des évèques 
d'Afrique. « Si quelqu'un, disait le pape dans sa réponse à saint Cy- 
i prien , vient à nous de quelque hérésie que ce soit, que l'on garde 
« sans rien innover l'ancienne tradition , qui est de lui imposer les 
» mains pour la pénitence (2). i Et il menaça d'excommunication saint 
Cyprien et les évêques de son parti , s'ils ne renonçaient à leur opinion. 

N° 45. 
* IIP CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTHAGINENSE III.) 

(L'an 2S6, 1 er septembre.) — Quoique saint Cyprien vît son opinion 
rejetée par le pape saint Etienne , il ne voulut pas encore y renoncer; 
mais jugeant , à tort, qu'il ne s'agissait que d'un point de discipline sur 
lequel chaque Église pouvait garder sa coutume, tant il y avait de confu- 
sion et d'obscurité dans ses idées sur cette question , il crut pouvoir , en 
conséquence , essayer une nouvelle tentative pour amener le pape à 
approuver la coutume de l'Église d'Afrique , à laquelle adhéraient un 
grand nombre d'évêques d'Orient (3). Il convoqua donc un troisième 

(i) Saint Cyprien, lettre 7I«. 

(2) Quelques critiques téméraires oui prétendu que saiut Etienne avait approuve 
par là tout baptême donné par les hérétiques, sans en excepter ceux qui en alté- 
raient la forme. Mais celte opinion est suffisamment réfutée par le témoignage 
d'Eusèbe, de saint Augustin.de saint Vincent de Lérins et de plusieurs autres Pères 
de l'Eglise, qui attestent unanimement que le pape saint Etienne n'avait soutenu 
que la doctrine catholique. Si les termes dont il se sert dans le passage que nous 
venons de citer, paraissent offrir quelque ambiguité , lorsqu'on les prend isolé- 
ment, leur sens devient clair par l'objet même de la discussion , et il est certain, 
d'ailleurs, qu'il s'expliquait d'une manière non équivoque dans le reste de sa lettre 
que nous n'avons plus, ainsi qu'on le voit par ces paroles de Firmilien à saint Cy- 
prien : « Ils soutiennent, lui disait-il dans une lettre , qu'on ne doit point s'infor- 
« mer qui administre le baptême, pourvu qu'il soit conféré au nom du Père , du 
« Fils et du Saint-Esprit. » 
(S) On peut croire que saint Cyprien se trompait sur ce fait en prenant pour 






— Cl — 

concile , où furent appelés , outre les évoques de l'Afrique proconsu- 
laire, ceux de Numidie et de Mauritanie. Ils se rassemblèrent au 
nombre de quatre-vingt-cinq, dont quinze avaient confessé la foi devant 
les tribunaux. Un grand nombre de prêtres et de diacres y furent admis 
avec une partie du peuple, selon l'ancien usage dérégler presque toutes 
les affaires , non par leur avis , mais en leur présence. On y lut toutes 
les pièces concernant la question , et les décisions précédentes furent 
conlirmées à l'unanimité , lorsque tous les évoques eurent individuelle- 
ment exprimé leur avis personnel sur cette question. 

1. Cécilius, évèque de Bilta, parlant le premier, dit (1) : a Je ne 
connais qu'un baptême dans l'Église; je n'en vois point ailleurs. Ce bap- 
tême unique se trouve du côté de l'espérance véritable et de la loi indé- 
fectible. Car il est écrit : « Il n'y a qu'une loi, qu'une espérance, qu'un 
« baptême, » Rien de tout cela ne convient à l'hérésie, où l'espérance 
n'existe pas ; où la foi est erronée; où tout devient mensonge, impos- 
ture; où le démoniaque exorcise ; oii le sacrilège, dont la bouche souille 
la contagion et la mort , adresse l'interrogation sacramentelle; où l'iuli- 
dèle communique la foi ; où le criminel remet les crimes; où l'anie- 
christ baptise au nom de Jésus-Christ , oii l'homme de la malédiction 
bénit; où la mort promet la vie; où l'infracteur de la paix donne la 
paix ; où le blasphémateur invoque Dieu ; où le profane exerce les 
fondions sacerdotales ; où l'impie dresse un autel. A tous ces désordres 
ajoutez un autre mal. Les pontifes du démon osent créer l'Eucharistie , 
ou bien les fauteurs de l'hérésie sont réduits à soutenir que nous venons 
de la calomnier par des imputations dépourvues de vérité. Déplorable 
maxime de l'Église , de se voir contrainte à communiquer avec ceux 
qui n'ont reçu ni le baptême ni la rémission de leurs fautes ! Évitons ee 
malheur, mes frères; gardons-nous de participer à un si grand crime, 
et maintenons l'unité du baplème que Dieu a donné exclusivement à son 
Église (2) ! » g, 

2. Primus de Migirpa ; « Il faut baptiser tout homme qui abandonne 
l'hérésie ; telle est mon opinion. Vainement celui qui vient à nous se 
berce de l'illusion qu'il a été baptisé par les hérétiques ; il n'y a qu'un 

une règle applicable à tous les hérétiques l'usage où l'on élaii de rcbapliser ceux 
qui altéraient le baplème. 

(i) Celte question nous a paru trop importante pour ne pas donner l'opinion tle 
chaque évêque en particulier, exprimée individuellement dans ce concile. — Elirait 
des œuvres de saint Cyprien. 

(3) Comme le baptême est absolument nécessaire au salut, l'Église, instruite 
sans doute par les apôtres, a jugé que toute personne raisonnable est capable de 
l'administrer validctnent, pourvu qu'elle ait l'intention de faire ce que fait l'Église, 



— 62 — 

baptême légitime , véritable ( I ) : il est dans l'Église ; car il n'y a qu'un 
Dieu , qu'une foi , qu'une Église dépositaire du baptême unique , de la 
sainteté et de toutes les grâces. Tout ce qui se pratique en dehors est 
stérile pour le salut. » 

3. Polycarpe d'Adrumèle : « Approuver le baptême des hérétiques , 
c'est anéantir le nôtre (2). » 

4. Novat de Thamugade : « Les Écritures , tout en rendant témoi- 
gnage au baptême et à son efficacité , ne nous dispensent pas de mani- 
fester notre loi ; la voici : on doit laver dans les eaux de la fontaine 
éternelle les hérétiques et les schismatiques, qui n'ont reçu qu'un bap- 
tême illusoire. D'après l'autorité des Livres saints et le décret porté par 
nos collègues , de vertueuse mémoire , il faut baptiser les hérétiques et 
les schismatiques qui reviennent à l'Église (3), et recevoir au rang de sim- 
ples laïques ceux qui ont reçu parmi eux un simulacre d'ordination. > 

5. Némésien de Thubunes : « Que le baptême administré par les 
schismatiques et les hérétiques ne soit point un baptême valable , les 
saintes Ecritures le déclarent à chaque page (4). Les ministres de ce bap- 
tême, parmi les sectaires , ne sont que de faux christs , de faux pro- 
phètes , suivant l'oracle du Seigneur exprimé par Salomon : « Mettre sa 
« confiance dans l'erreur , c'est se jouer avec les vents , c'est courir 
« après l'oiseau qui s'envole. Un tel homme abandonne les sentiers de 
ce sa vigne , et s'égare du chemin de son champ ; il s'enfonce dans des 
i lieux inhospitaliers , à travers des terres arides , et ses mains se con- 

et qu'elle le fasse selon le rit de l'Église. C'est donc maintenir l'unité du baptême, 
que d'exiger pour sa validité qu'on emploie la matière, la forme et les cérémonies 
usitées dans l'Église. 

(i) Ce baptême légitime et véritable , c'est celui que l'on confère au nom du PêH 
et du Fils et du Saint-Esprit; et ce baptême , en effet, ne se trouve que dans li- 
glise catholique. Mais le pouvoir de l'administrer appartient à tout homme raison- 
nable : telle est la croyance de toutes les Eglises de la Chrétienté. louant à l'opi- 
nion d'un oirde plusieurs évéques en particulier sur l'importante question de la 
validité du baptême des hérétiques , elle ne peut constituer une tradition divine, 
uue croyance universelle et invariable, à laquelle toutes les Eglises soient obligées 
de se soumettre avec respect et sans examen. 

(■>.) Ce n'est pas anéantir le baptême de l'Eglise catholique que d'exiger delà 
part des hérétiques, pour la validité de ce sacrement , l'observation du rit consacré 
par l'Eglise ; ce n'est pas non plus approuver le bapléme des hérétiques, puisque ce 
baptême n'est autre que celui de l'Eglise du Christ : c'est approuver chez les héré- 
tiques ce qu'ils ont pris a l'Eglise elle-même. 

(3) On ne trouve nulle part, dans les Livres saints, qu'il faille rebapliser les héré- 
tiques elles schismatiques qui reviennent à l'Eglise. 

(4) Les saintes Ecritures ne déelarent point invalide le baptême administré par 
les hérétiques et par les schismatiques selon la croyance de l'Eglise. 



— 65 — 

« sumentdans des labeurs sans fruit. » Et ailleurs : < Abstiens-toi de 
a l'eau étrangère; ne va pas tremper tes lèvres à la fontaine d' autrui, 
« alin que tes jours soient nombreux , et qu'il soit ajouté aux années de 
« ta vie. t Notre-Seigneur parle ainsi lui-même dans son Evangile : 
a Nul n'entrera dans le royaume des cieux , s'il ne renaît dans l'eau et 
« par l'esprit, > C'est le même Esprit qui , à l'origine des choses , était 
porté sur l'abîme ; car l'esprit ne peut agir sans l'eau , ni l'eau sans l'es- 
prit. Ainsi , ils se trompent ceux qui prétendent que l'imposition des 
mains leur confère , avec le Saint-Esprit , l'entrée de l'Eglise , puisque , 
évidemment, pour renaître dans l'Eglise , il faut l'action des deux sacre- 
ments. A cette condition seule, ils pourront se proclamer les enfants de 
Dieu , suivant cette parole de l'Apôtre : « Travaillez avec soin à garder 
« l'unité d'un même esprit par le lien de la paix. Vous ne faites tous 
« qu'un même corps et qu'un même esprit , comme vous êtes tous appe- 
« lés à une même espérance. Il n'y a qu'un Seigneur , qu'une foi , 
« qu'un baptême, qu'un Dieu. » Tel est le langage de l'Eglise catholique. 
Notre-Seigneur dit encore dans l'Evangile : < Ce qui est né de la chair 
« est chair ; ce qui est né de l'esprit est esprit ; parce que Dieu est es- 
« prit , et il est né de Dieu, t II s'ensuit que toutes les œuvres du schis- 
matique et de l'hérétique sont des œuvres de la chair. Or l'Apôtre va 
nous apprendre à les distinguer : « Les œuvres de la chair sont faciles à 
« reconnaître : ce sont la fornication , l'impureté , l'inceste , l'idolâtrie , 
« qui est une servitude, les empoisonnements, les inimitiés, les que- 
« relies , les jalousies, la colère, les schismes , l'hérésie , et tout ce qui 
« leur ressemble. Je vous l'ai déjà dit, et je vous le répète encore : tous 
« ceux qui les commettent n'auront point de part au royaume des 
« cieux. > Vous l'entendez ! l'Apôtre flétrit avec tous les autres crimes 
l'hérésie et le schisme. Concluons. Les hérétiques ne pourront être sau- 
vés, à moins de se laver dans le baptême salutaire de l'Eglise catholi- 
que (1), qui est une. Au jour des vengeances du Christ , ils seront con- 
damnés avec tous les hommes charnels. » 

6. Janvier de Lambès : « D'après le témoignage des saintes Écri- 
tures (2), je suis d'avis qu'il faut baptiser tous les hérétiques, et les 
admettre ainsi dans l'Église, » 

1. Lucius de Castra-Galba : « Notre Seigneur a dit dans son Évan- 
gile : s Vous êtes le sel de la terre; si le sel vient à s'affadir, avec quoi 
« le salera-t-on? Dès lors il n'est plus bon qu'à être jeté dehors et 

(i) Le baptême administré par les hérétiques selon la croyance et avec l'intention 
de faire ce que fait l'Eglise, n'est autre que le baptême de l'Eglise du Christ. 
(i) Voir à la page 0?. de cette Histoire , les notes 3 et l\. 



1 



— 64 — 

« foulé aux pieds des hommes. » Ailleurs, quand Jésus-Christ donne 
aux apôtres leur mission : « Toute puissance , dit-il , m'a été donnée au 
i ciel et sur la terre. Allez donc, instruisez tous les peuples , et les 
« baptisez au nom Père et du Fils et du Saint-Esprit.» Puisque la foi des 
hérétiques, c'est-à-dire des ennemis de Jésus-Christ, est incomplète et er- 
ronée sur le sacrement (1) ; puisque les schismatiques ne peuvent plus 
donner le sel de la sagesse spirituelle , affadis qu'ils sont et rebelles à 
l'Église, en s'éloignant de son unité , qu'il leur soit fait comme il a clé 
écrit : i La maison des hommes opposés à la loi sera purifiée. » Ainsi 
l'exige la justice. Purifions d'abord et bapiisons ensuite quiconque a été 
souillé par le baptême d'un ennemi de Jésus-Christ. » 

8. Crescens de Cirta : « On vient de lire dans cette nombreuse assem- 
blée de vénérables pontifes, les lettres de notre bien-aimé Cyprien à 
Jubaïen et à Etienne ; elles contiennent tant de témoignages empruntes 
aux saintes Écritures , que des hommes unis ensemble par la grâce de 
Dieu ne peuvent se dispenser d'y souscrire. Mon avis est que tout héré- 
tique, tout schismalique , qui voudra rentrer dans l'Église, n'y doit être 
admis qu'après l'exorcisme et le baptême. J'en excepte, comme il con- 
vient, celui qui aurait été baptisé auparavant dans l'Église catholique; 
néanmoins on lui imposera les mains pour l'admettre à la pénitence 
avant de le réconcilier avec l'Église, i On voit ici la coutume des exor- 
cismes avant le baptême. 

9. Nicomède de Sègermes : i Les hérétiques , en revenant à l'Église, 
devront être baptisés , parce que, hors de l'Église et chez les pécheurs, 
la rémission des péchés est impossible (2). Telle est mon opinion. » 

10. Munnulus de Girba : « La vérité de l'Église catholique , notre mère 
commune , mes frères , est toujours demeurée et demeure encore parmi 
nous, mais surtout dans la liinité du baptême , puisque Notre-Seigneur 
a dit : « Allez, baptisez toutes les nations, au nom du Père, du Fils et du 
<■ Saint-Esprit. » Les hérétiques n'ayant ni le Père, ni le Fils, ni le Saint- 
Esprit, comme cela est manifeste, il s'ensuit que leurs prosélytes, en 
revenant à l'Église , doivent y prendre par le baptême une seconde nais- 
sance réelle, afin que tout soit lavé dans le bain salutaire, et la lèpre 
qui les souillait, et la colère de la damnation qui pesait sur eux, et 
l'erreur pernicieuse où ils sont tombés. » 

11. Secundinus de Cédias : « Notre-Seigneur Jésus-Christ a dit : « Qui 



fi) Celui qui baptise au nom du Père el du Fils et du Saint-Esprit , et qui a 
l'intention défaire ce que fait l'Eglise, n'a point une foi incomplète et erronée sur 
le sacrement du baptême. 

(3) Puisque la rémission des péchés est impossible chez les pécheurs, un ministre 



L 






65 — 



« n'est pas avec moi esl contre moi ; » et l'apôtre Jean flétrit du nom 
d'antechrist ceux qui font scission avec l'Église. Il est donc hors de 
doute que les ennemis du Christ, c'est-à-dire des hommes appelés an- 
techrists, ne peuvent conférer la grâce salutaire du baptême (1). Ainsi , 
quiconque brise les filets dont l'avait enlacé l'hérésie , pour se réfugier 
dans l'Église , doit être , à mon avis , baptisé par nous , que Dieu , dans 
sa miséricorde, daigne honorer du titre d'amis, t 

12. Félix deBagaï : « Si un aveugle conduit un aveugle, tous deux 
tomberont dans le précipice. Ainsi, qu'un hérétique en baptise un au- 
tre , tous deux se jettent dans la mort. Baptisons donc l'hérétique ; don 
nons la vie à ce cadavre, si les vivants ne veulent pas communiquer 
avec les morts. » 

13. Polien de Milée : < Il est juste qu'un hérétique soit baptisé dans 
l'Église. » 

14. Théogène d'Hippone : a Conformément au sacrement de la grâce 
céleste dont nous avons été incrustés , nous croyons à un seul baptême, 
et il est dans la sainte Église. » 

15. Dalivus de Bades : « Autant qu'il est en notre pouvoir, nous ne 
communiquons point avec les hérétiques, à moins qu'ils n'aient été 
baptisés dans l'Église, et qu'ils n'y aient reçu la rémission de leurs 
péchés. » 

16. Successus d'Abbir : « Les hérétiques n'ont aucun droit, ou les ont 
tous. Peuvent-ils baptiser? Dès lors ils peuvent aussi conférer le Saint- 
Esprit. Mais s'ils ne peuvent conférer le Saint-Esprit parce qu'il n'est 
pas en leur possession , il leur est tout aussi impossible de baptiser spi- 
rituellement. Nous nous fondons sur ce principe pour administrer le 
baptême aux enfants de l'hérésie. > 

17. Forlunat de ïhucaboris : « Jésus-Christ, notre Seigneur et notre 
Dieu, fils de Dieu le Père, le Créateur, a bâti son église sur la pierre, 
et non sur l'hérésie. Ce sont les apôlrcs et non les hérétiques qu'il a 
investis du pouvoir de baptiser. Qu'en conclure ? Ceux qui sont hors de 
l'Église, ceux qui se révoltent contre Jésus-Christ, dispersent ses bre- 
bis et son troupeau, ne peuvent baptiser au dehors. > 

18. Sedat de Thuburbe : i Autant l'eau , sanctifiée dans l'Église par la 
prière sacerdotale, lave les péchés , autant celle que souille la parole 
hérétique, semblable à une lèpre hideuse , accroît le nombre des iautes. 



i 



eu état de péché ne peut donc administrer les sacrements! ce qui est évidemment 
contraire à la croyance de l'Eglise catholique. 

(i) Mais ce n'est pas être contre Jésus-Christ, que de baptiser au nom du Père 
et du Fils et du Saint-Esprit. 

T. I. 5 



— 66 — 
C'est pourquoi nous recourons à toutes les voies de la douceur et de la 
persuasion pour engager le malheureux qui a été infecté de la conta- 
gion du baptême hérétique, à ne pas se refuser au baptême légitime de 
l'Eglise ; en y renonçant, on s'exclut du royaume des cieux. s On voit 
ici l'usage de l'eau sanctifiée dans l'Église par la prière de l'évêque 
pour le baptême. 

19. Privatien de Sufelute : « A quiconque accorde aux hérétiques la 
validité du baptême, je demanderai auparavant : D'où vient l'hérésie? 
Emane- t-elle de Dieu? Dès lors elle peut avoir la grâce divine (1). Si, au 
contraire, elle n'a pas sa source dans Dieu, il est impossible qu'elle 
possède sa grâce ou la communique à personne. » 

20. Privât de Sûtes : « Approuver le baptême des hérétiques , qu'est- 
ce autre chose qu'être en communion avec l'hérésie (2) ? i 

21. Hortensianus de Larès : « Combien y a-t-il de baptêmes? Je laisse 
aux présomptueux et aux parlisans de l'hérésie le soin de le décider. 
Pour nous , nous n'en reconnaissons qu'un , et ce baptême unique , nous 
l'attribuons à l'Église. Ils baptisent au nom de Jésus-Christ , dit-on; 
mais comment cela se pourrait-il? Jésus-Christ les appelle lui-même ses 
antagonistes. » 

22. Cassius de Macomade : « Deux baptêmes ne peuvent exister à la 
fois; accorder le baptême aux hérétiques (5), c'est s'en dépouiller soi- 
même. Voici donc mon avis. Les enfants de l'hérésie qui, après s'être souil- 
lés misérablement de ses tristes poisons , reviendront à l'Eglise, seront 
baptisés. Une fois purifiés dans le bain régénérateur et illuminés des 
rayons de la vie , recevons-les non plus comme des ennemis , mais comme 
des cœurs pacifiques; non plus comme des étrangers, mais comme in- 
corporés à la maison de la foi ; non plus comme les enfants de la forni- 
cation , mais comme les enfants de Dieu ; non plus enfin comme la proie 
de l'erreur, mais comme la conquête du salut. Nous dispensons du bap- 
tême les déserteurs qui ont passé de l'Eglise aux ténèbres de l'hérésie ; 
il suffira de l'imposition des mains pour les réhabiliter. » 



(i) Non, sans doute, l'hérésie n'émane pas de Dieu; mais qui oserait soutenir 
que c'est être hérétique que de baptiser au nom du l'ère et du Fils et du Saint- 
Esprit, et de plus avec l'intention de faire ce que fait l'Eglise dans l'administration 
du sacrement de baptême? 

(2) Même erreur : d'après cette opinion , la validité du baptême dépendrait de 
la sainteté du ministre, et non de son intention ! 

(3) L'Église n'accorde pas aux hérétiques un baptême différent du sien ; mais 
comme ce sacrement est un moyen de salut absolument nécessaire, elle a donné à 
tout homme raisonnable le pouvoir de l'administrer, à la seule condition d'em- 
ployer le rit et d'avoir la croyance et l'intention de l'Eglise. 



— 67 — 

23. Un antre Janvier de Vie-César : « Si l'erreur ne veut pas obéir à 
la vérité , à plus forte raison la vérité ne doit-elle pas donner la main à 
l'erreur. C'est pourquoi il y a obligation pour nous de soutenir l'Eglise 
que nous gouvernons, et de baptiser ceux qu'elle n'a point plongés dans 
son baptême , afin de lui conserver sa féconde et salutaire immersion 
comme son domaine exclusif. » 

24. Un autre Secundinus de Carpes : « Les hérétiques sont-ils chré- 
tiens, oui ou non? S'ils sont chrétiens, pourquoi ne sont-ils pas dans 
l'Eglise? S'ils ne sont pas chrétiens, comment peuvent-ils engendrer 
des chrétiens? Que deviendra cet oracle de Notre-Seigneur ? < Qui n'est 
« pas avec moi est contre moi ; qui n'amasse pas avec moi dissipe. » 11 
est manifeste par là que la seule imposition des mains ne suffit pas pour 
faire descendre le Saint-Esprit sur les enfants du mensonge et la race de 
l'antechrist , puisque évidemment les hérétiques n'ont point de bap- 
tême. » 

25. Victorinus de Tabraca : « S'il est permis aux hérétiques de bapti- 
ser et d'accorder la rémission des péchés , pourquoi les flétrir du nom 
d'hérétiques ? « 

26. Un autre Félix d'Utbines : i II n'y a point de cloute , mes vénéra- 
bles collègues , l'orgueil de l'homme doit s'incliner devant la sainte et 
redoutable majesté de Dieu. Ainsi, pour aller au-devant du péril, nous 
ne sommes pas seulement obliges d'observer, mais encore de confirmer 
par nos suffrages la règle (1) qui prescrit de baptiser tout hérétique, lors- 
qu'il vient se jeter dans les bras de l'Eglise , afin que cette âme, long- 
temps infectée par les poisons de l'hérésie , dépose sa souillure et se re- 
nouvelle dans l'eau sanctifiante. » 

27. Quiétus de Baruch : « La foi étant notre vie, nous devons croire 
et mettre docilement en pratique tous les préceptes qui ont pour but de 
nous instruire. Or, il est écrit dans Salomon : « Que sert d'être lavé à 
« qui est lavé par un mort? » Maxime qu'il faut entendre, et de l'héré- 
tique qui baptise et de celui qui reçoit son baptême; car si l'eau baptis- 
male confère parmi eux la vie éternelle par la rémission des péchés , 
pourquoi viennent-ils à l'Eglise? Si, au contraire, l'œuvre d'un mort 
est absolument stérile pour le salut , si c'est dans celte conviction que , 
reconnaissant leur illusion , ils reviennent à la vérité par les voies de la 
pénitence , sanctifions-les par le baptême unique et vital , légitime pos- 
session de l'Eglise catholique. » 



(l) Cette règle comptait alors à peine un demi-siècle d'existence. 



— 68 - 

28. Castus de Sicca : < Abandonner la vérité pour suivre la coutume (1 ), 
c'est se montrer, à mon avis , ou jaloux de ses frères auxquels la vérité se 
révèle, ou ingrat envers Dieu qui gouverne l'Eglise par ses inspirations. » 

29. Euchratius de Thènes : < Notre foi , la grâce du baptême , et la 
règle qui gouverne l'Eglise, ont eu leur consommation le jour où Jésus- 
Christ , notre Dieu et notre Seigneur, dit à ses apôtres : i Allez , instrui- 
t sez toutes les nations, et baptisez-les au nom du Père et du Fils et du 
« Saint-Esprit. « Nous devons donc rejeter loin de nous et tenir pour 
détestable et pernicieux le baptême mensonger des hérétiques. Leur 
bouche , au lieu de donner la vie et la grâce , vomit le poison et les blas- 
phèmes contre ia Trinité (2). Voilà pourquoi, quand ils reviennent à l'E- 
glise, il faut les baptiser du baptême entier de l'Eglise catholique, afin que, 
purifiés de leur orgueil et de leurs blasphèmes , ils puissent être réfor- 
més par la grâce du Saint-Esprit. » 

30. Labosus de Vaga : « Le Seigneur a dit dans son Evangile : « Je 
« suis la vérité. » Il n'a pas dit : Je suis la coutume (3). La vérité a brillé 
dans tout son jour : que la coutume fléchisse donc devant elle. Si quel- 
qu'un jusqu'ici ne baptisait pas les hérétiques dans l'Eglise , qu'il ait à se 
conformer à la règle du jour. » 

31. Lucius de Thébcste : « Les hérétiques sont des blasphémateurs , 
des pervers , qui corrompent par tous les moyens possibles les saintes 
paroles des Ecritures. Je les tiens pour abominables (i), et veux qu'on les 
soumette à l'exorcisme et au baptême. > 

32. Eugène d'Amniedère : i Je suis du même sentiment ; il faut bap- 
tiser les hérétiques. » 

33. Un autre Félix d'Amaccore : i Et moi aussi , m'appuyant sur 
i'autorité des divines Ecritures , j'estime que l'on doit baptiser les enfants 



(i) La coutume ! mais elle fut introduite par Agrippin Je Carthage dans l'Eglise 
«d'Afrique ; rouluute qui n'existait auparavant dans aucune Eglise du inonde. 

(a) Le baptême conféré au nom du Père , et du Fils , et du Saint-Esprit , ne sau- 
rait être détestable, ni pernicieux, ni mensonger , et encore moins blasphématoire 
contre la sainte Trinité. 

{3) En matière de dogme, l'Eglise catholique ne dit jamais: Je suis la cou- 
'tunte , car elle n'a pas de règle du jour; elle dit seulement : Je suis la tradition 
UiposioU^nr , je suis la vérité, je déclare donc valide le baptême conféré par les hé- 
ît'liques au nom du Père et du Fils et du Saint-Espril, et de plus avec l'intenliou de 
faireice<qne je fais Tel est le langage de l'Eglise , soit qu'elle parle par son souve- 
rain-pontife, soit qu'elle décide par ses conciles généraux. Ceux-là seuls suivent Itt 
* autume qui -se conforment à la règle du jour. 

(4) L'erceur.cst toujours la même : l.a validité du baptême dépend uniquement 
de la sainteté de celui qui l'administre. 



— 69 — 

de l'hérésie, non-seule ent de l'hérésie, mais du schisme. Car, si notre 
fonlaine, d'après l'institution de Jésus-Christ, nous eu propre et exclu- 
sive, que les ennemis de notre foi le sachent bien, elle ne peut apparte- 
nir;'» des étrangers, et le pasteur d'un troupeau unique ne pourrait désal- 
térer deux peuples dans ses eaux salutaires. Il est donc évident que les 
hérétiques et les schismatiques ne reçoivent des pécheurs retranchés de 
l'Eglise aucune grâce céleste. Là où le pouvoir de donner manque, le 
don est stérile (1). » 

54. Un autre Janvier de Muzule : « Une chose m'étonne : c'est que 
tous étant d'accord sur l'unité du baptême, tous ne comprennent pas les 
conséquences de cette unité. L'Eglise et l'hérésie sont deux assemblées 
différentes. Si les hérétiques ont le baptême, nous ne l'avons pas ; s'il est 
en notre possession, les hérétiques ne peuvent l'avoir (2). Or, incontesta- 
blement , l'Eglise seule possède le baptême de Jésus- Christ , parce que , 
seule , elle est investie de sa grâce et de sa vérité. > 

55. Adelphius de Thasvalte : « Quelques-uns , pour attaquer la vérité, 
emploient une expression odieuse, et prétendent que nous rebaptisons (5); 
il y a là injustice et erreur. L'Eglise ne rebaptise pas ; elle baptise les hé- 
rétiques. > 

36. Démétrius d'Aleptiminia : < Nous ne reconnaissons qu'un baptême, 
parce que nous voulons maintenir la seule Eglise catholique dans la pos- 
session de ses droits. Accorder aux hérétiques la vérité et la légitimité 
du baptême, c'est introduire plusieurs baptêmes. Comme il s'élève une 
infinité d'hérésies, il y aura bientôt autant de baptêmes que de sectes. » 

37. Vincent de Thibaris : « Les hérétiques sont pires que les païens , 
nous le savons. Si , cédant à la voix du repentir, ils veulent revenir au 
Seigneur, nous avons en main la règle de la vérité. Notre-Seigneur nous 
l'a donnée dans ces paroles divines qu'il adressait aux apôtres . t Allez , 
« imposez les mains en mon nom, chassez les esprits impurs. • Et ailleurs : 
« Allez, instruisez les nations , bapiisez-les au nom du Père et du Fils et 



(0 Les fidèles laïques et les diacres eux-mêmes, qui n'out pas le pouvoir de re- 
mettre les péchés dans le sacrement de la pénitence , avaient néanmoins du temps 
des apôtres, comme ils l'ont encore aujourd'hui , le pouvoir de conférer le baptême. 
Ce sacrement peut donc être administré par toute personne raisonnable , même hé- 
rétique ou païenne, pourvu qu'elle ait l'intention de faire ce que fait l'Eglise. Telle 
est, en effet, la croyance de l'Eglise. 

(2) Mais si le baptême est le même chez les hérétiques qui l'ont reçu de l'Eglise 
aussi bien que les fidèles, comment l'unité du baptême pourrait-elle être rompue? 

(i) N'est-ce pas rebaptiser que de baptiser de nouveau ceux qui l'ont déjà été 
au nom du Père et du Eils cl du Saint-Esprit? 



_ é 



— 70 — 

« du Saint-Esprit (1). «J'en conclus que l'imposition desmains dans l'exor- 
cisme, et ensuite la régénération baptismale, peuvent seules les con- 
duire aux promesses divines. Selon moi , on ne saurait en user autre- 
ment. » 

38. Marc de Mactaris : i Les hérétiques , ennemis déclarés de la vérité, 
s'arrogent un droit et un pouvoir usurpés. Qu'y a-t-il là d'étonnant ? Mais 
ce qui me paraît plus étrange , c'est de voir quelques-uns des nôtres , 
traîtres à la vérité , appuyer l'hérésie de leurs suffrages , et combattre 
les disciples du Christ. Voilà pourquoi nous voulons que l'on baptise les 
hérétiques, i 

39. Sattius de Siciliba : i Si les hérétiques sont lavés de leurs péchés 
dans leur baptême, pourquoi venir à l'Eglise (2)? En effet, au jour du ju- 
gement, sur quoi tombera la punition? sur les fautes. Les hérétiques 
n'auraient donc pas sujet de redouter la sentence de Jésus-Christ , puis- 
qu'ils auraient obtenu la rémission de leurs crimes (3). » 

40. Victor de Cor : « Les péchés n'étant pardonnes que dans l'Eglise, 
admettre l'hérétique à la communion sans la formalité du baptême , c'est 
commettre une double prévarication , souillure pour le chrétien , absence 
de purification pour l'hérétique. > 

•41. Aurélius d'Utique : « L'Apôtre a dit : Abstenez-vous de toute par- 
« ticipation aux péchés d'autrui. t Mais communiquer avec les hérétiques 
sans qu'ils aient reçu le baptême de l'Eglise, n'est-ce pas se mettre en 
communion avec le pécheur? Voici donc mon avis : Il faut baptiser les 
hérétiques pour leur conférer le pardon de leurs péchés, afin qu'ainsi 
réhabilités , npus puissions communiquer avec eux. i 

42. JambuS de Germacienne : < Quiconque approuve le baptême des 
hérétiques condamne le nôtre , en niant qu'il soit nécessaire de baptiser 
dans l'Eglise des hommes , je ne dirai pas lavés , mais souillés par l'im- 
mersion étrangère, i 

43. Lucien de Rucume : i 11 est écrit : Dieu vit que la lumière était 



(i) Une des principales conditions de la validité du baptême, c'est donc qu'il soit 
administré au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. 

(2) Pourquoi! parce que le baptême, quoiqu'il soit absolument nécessaire au 
salut, n'est pas cependant la seule chose nécessaire pour le salut de celui qui ne 
meurt pas immédiatement après l'administration de ce sacrement. 

(3) Le baptême ne lave que les péchés déjà commis. Quant à ceux qui sont posté- 
rieurs à l'administration de ce sacrement, à l'Eglise seule, c'esl-a-dire aux succès- 
seurs des apôtres seuls appartient le droit et le pouvoir de les remettre par l'abso- 
lution , en vertu de celle parole de notre divin Seigneur : « Tout ce que vous liera 
« sur la terre sera lié dans le ciel , tout ce que vous délierez sur la terre sera délié 
> dans le ciel. > 



— 71 — 

« bonne, et il sépara la lumière d'avec les ténèbres. > Si la'f lumière et 
les ténèbres peuvent s'accorder, il y a aussi communauté entre nous et 
les hérétiques. Voilà pourquoi il faut les baptiser. » 

44. Pélagien de Lupercienne : c II est écrit : Votre Dieu , c'est le Sei- 
gneur ou Baal. « J'en dis autant aujourd'hui : Ou l'Eglise est l'Eglise, ou 
l'hérésie est l'Eglise. Mais si l'hérésie n'est point l'Eglise, comment le 
baptême de l'Eglise se trouverait-il parmi les hérétiques ? » 

45. Jader de Midila : « Il n'y a qu'un baptême dans l'Eglise catholique, 
nous le savons. Qu'en résulte-t-il? Que nous ne devons admettre parmi 
nous l'hérétique qu'après le baptême ; autrement il s'imaginerait qu'il a 
été réellement baptisé hors de l'Eglise catholique. » 

46. Un autre Félix de Mazazane : < Il n'y a qu'une foi et qu'un baptême, 
propriété exclusive de l'Eglise catholique , à laquelle seule il appartient 
de baptiser. » 

47. Paul d'Obba : « 11 s'en trouve qui ne soutiennent pas la foi de 
l'Eglise et la vérité; mais cela n'a rien qui m'étonne. l'Apôtre a dit : 
« Si quelques-uns n'ont pas cru , leur infidélité anéantira-t-elle la fidélité 
« de Dieu ? Non sans doute ; Dieu est véritable , et tout homme est men- 
ti [teur. > Mais si Dieuîest véritable , comment le baptême légitime se ren- 
contrerait-il parmi les hérétiques avec qui Dieu n'est pas (1) ? i 

48. Pomponius de Dionysienne : « Les hérétiques n'ayant aucun pou- 
voir pour lier ou délier ici-bas, il est manifeste qu'ils ne peuvent nibap- 
tiser, ni conférer le pardon des péchés (2). • 

49. Vénantiusde Timise : < Qu'un mari, en partant pour un voyage 
lointain , recommande son épouse à son ami , cet ami la prendra sous 
sa protection et préservera soigneusement la couche nuptiale de tout 
attentat. Jésus-Christ, en remontant vers son Père, nous a confié le 
soin de son Epouse. La garderons-nous toujours pure et inviolable , ou 
bien livrerons-nous sa chasteté aux agressions de l'adultère et du cor- 
rupteur? L'image est fidèle. C'est abandonner l'Epouse de Jésus-Christ 
à des adultères , que de dire : le baptême de l'Eglise lui est commun avec 
les hérétiques. > 

50. Aliymne d'Ausvaga : « Un baptême unique nous a été légué; nous 
l'administrons comme tel. C'est introduire deux baptêmes que d'accor- 
der aux hérétiques le droit de baptiser. » 

(i) Puisque Dieu n'est pas avec le pécheur, un ministre en élat de pêche ne 
pourrait administrer validementle baptême, ce qui est contraire a la croyance uni- 
verselle de l'Eglise et des rebaptisants eux-mêmes. 

{i) Un diacre n'a aucun pouvoir pour lier ou délier ici-bas au sacrement de la 
pénitence; cependant, du temps des apôtres, les diacres et les fidèles laïques même 
pouvaient conférer validement le baptême. 



I 



— 72 — 

51. Saturnin de Victorianne : « Est-il permis aux hérétiques de bap- 
tiser? Dès lors ils ont leur excuse; leurs illégalités sont couvertes. Et je 
me demande pourquoi le Christ les appelle ses ennemis , ou l'Apô- 
tre des antechrists. i 

52. Autre Saturnin de Thucca : t Les païens, quoique idolâtres, ne 
laissent pas de reconnaître et de proclamer le Dieu souverain , Père et 
Créateur. Eh quoi ! Marcion le blasphème et le déshonore ! et cependant 
Marcion trouve des approbateurs de son baptême ! honte ! Comment 
des prêtres de ce caractère peuvent-ils conserver et défendre le sacer- 
doce divin , puisqu'ils ne baptisent point ses ennemis , et ne rougissent 
point de communiquer avec eux ? > 

53. Marcellus de Zama : « Les péchés n'étant remis que dans le bap- 
tême de l'Eglise (1) , s'abstenir de conférer le baptême à un hérétique, 
c'est se mettre en communion avec le pécheur. 

54. Irénée d'Ululé : < Si l'Eglise ne baptise pas un hérétique , parce 
qu'on prétend qu'il est déjà baptisé , on tombe dans une hérésie plus 
grande que la sienne. » 

55. Donat de Ciballienne : c Je ne connais qu'une Eglise et un baptême 
unique, qui appartient à l'Eglise. La grâce du baptême se trouve parmi 
les hérétiques, dites-vous! Montrez-moi auparavant que l'Eglise réside 
parmi eux. » 

56. Zozime de Tharasse : a Aujourd'hui que la vérité s'est montrée 
au grand jour, que l'erreur disparaisse devant elle. Pierre, qui prati- 
quait la circoncision , ne céda-t-il point aux légitimes enseignements de 
Paul ? » 

57. Julien de Télepte : c II est écrit : L'homme ne peut rien recevoir 
i qui ne lui ait été donné du ciel. » L'hérésie vient-elle du ciel (2) ? alors 
elle peut donner le baptême. » 

58. Faustus de Timida-Régia : « Fauteurs de l'hérésie , ne vous le 
dissimulez pas ; en vous opposant au baptême de l'Eglise pour défendre 
celui des hérétiques , vous les faites chrétiens ; et nous , vous nous dé- 
clarez hérétiques. » 

59. Géminius de Furnes : i Libre à quelques-uns de nos collègues de 
préférer les hérétiques à eux-mêmes ; mais qu'ils ne fassent pas si bon 



(i) Tout baptême administre selon le rit de l'Eglise et avec l'intention de faire 
ce qu'elle fait, est nécessairement le baptême de l'Eglise. 

(2) Non sans doute , l'hérésie ne vient pas du ciel; mais le baptême de l'Eglise ad- 
ministré selon rit ctlacroyai.ee de l'Eglise , ne devient point hérétique par cela 
seul qu'il a pour minisire un hérétique. 



L^ 



-,* 



— 73 — 

marché de nous. C'est pourquoi nous maintenons notre premier décret , 
et nous baptisons les hérétiques qui viennent à nous. > 

60. Rogatien de Nova : « L'Eglise est l'œuvre de Jésus-Christ ; l'hérésie, 
l'œuvre du démon. A quel titre la synagogue de Satan possédera-t-elle le 
baptême de Jésus-Christ? v 

61. Thérapius de Bulla : a L'homme qui accorde et livre le baptême 
de l'Eglise aux hérétiques , est pour moi un nouveau Judas qui trahit 
l'Epouse du Christ. » 

62. Un autre Lucius de Membrèze : < Il est écrit : « Nous savons que 
« Dieu n'exauce point les demandes du pécheur. » L'hérétique est un 
pécheur (I) : comment Dieu l'exaucera-t-il au baptême ? » 

65. Un autre Félix de Bussacène : « Ne laissons pas prévaloir la cou- 
tume sur la raison et la vérité , pour admettre les hérétiques sans les laver 
du baptême de l'Eglise. La coutume ne prescrit jamais contre la vérité 
et la raison. > 

64. Un autre Saturnin d'Avilines : « Si l'antechrist ne peut conférer 
la grâce du Christ , dès lors les hérétiques, qui sont appelés antechrists, 
ont certainement ce pouvoir. > 

6o. Quintus d'Aggya : < Quiconque possède peut donner (2). Mais que 
peuvent donner les hérétiques? N'est-il pas constant que leurs mains 
sont vides ? i 

66. Un autre Julien de Marcellienne : « Si l'homme peut servir deux 
maîtres , Dieu et l'argent, le baptême peut aussi profiter au chrétien et 
à l'hérétique. » 

67. Ténax d'Horriscèle : < Il n'y a qu'un baptême , c'est celui de l'E- 
glise. Partout où n'est pas l'Eglise le baptême manque. > 

68. Un autre Victor d'Assurés : t II est écrit : < Il n'y a qu'un Dieu , 
< qu'un Christ , qu'une Eglise , qu'un baptême. > Comment donc sera-t-on 
baptisé là où il n'y a point unité de Dieu, de Christ et d'Eglise? > 

69. Donatule de Capse : < J'ai toujours élé d'avis que les hérétiques 
ne pouvant recevoir aucune grâce hors de l'Eglise, il faut les baptiser 
quand ils reviennent à elle. » 

70. Vérulus de Russicade : i L'hérétique ne peut donner ce qu'il n'a 
pas , encore moins les schismatiques ; il a perdu ce qu'il avait. • 

71. Pudentianus de Cuiculi : t Honoré tout récemment de l'épiscopat, 
frères tendrement aimés , j'ai été bien aise d'attendre le jugement de 



(i) Donc le baptême conféré par un ministre orthodoxe en état de péché n'est 
point valide : étrange doctrine que l'Eglise catholique a toujours condamnée. 

(■i) Mais ce n'est pas le ministre du baptême qui donne la grâce, c'est Jesus- 
Christ, le divin instituteur de ce sacrement. 



- 74 — 

mes anciens. Les hérétiques ne possèdent rien, ne peuvent rien ; cela 
est manifeste. Vous avez donc fait sagement en voulant que le baptême 
soit administré à quiconque abandonne l'hérésie, i 

72. Pierre d'Hippodiarite : « Il n'y a qu'un baptême : il se trouve 
dans l'Eglise catholique , hors de laquelle il est évident qu'on ne peut 
être baptisé. Je suis donc d'avis qu'il faut laver quiconque se présente à 
elle avec le baptême des scliismatiques et des hérétiques. » 

75. Un autre Lucius d'Ausafe : s Si je m'en rapporte à mon juge- 
ment et aux inspirations de l'Esprit saint , l'unité de Dieu , père de 
Notre-Seigneur Jésus-Christ, l'unité du Christ , l'unité d'espérance , l'u- 
nité de l'Eglise , entraînent aussi l'unité du baptême. Mon opinion est 
donc qu'il faut casser et annuler les actes de l'hérésie (1), et baptiser dans 
l'Eglise tous ceux qui reviennent à elle. » 

74. Un autre Félix de Gurgilès : c Suivant la prescription des saintes 
Ecritures , j'estime que tout homme baptisé illégalement par les héré- 
tiques hors de l'Eglise devra recevoir l'eau baptismale qui se donne lé- 
gitimement dans l'Eglise, quand il viendra chercher un refuge dans le 
camp de Jésus-Christ. • 

75. Pusillus de Lamasba : « Le baptême du salut ne se trouve que 
dans l'Eglise catholique : telle est ma foi. Hors d'elle, tout est mensonge 
et imposture (2). » 

76. Salvicn de Gazaufale : « Les hérétiques ne possèdent rien ; ils ne 
viennent à nous que pour recevoir les grâces qui leur manquent. » 

77. Honoré de Tucca : « Le Christ étant la vérité, embrassons la 
vérité au lieu de suivre la coutume , et sanctifions par le baptême les 
hérétiques qui viennent chercher parmi nous des secours , absents par- 
tout ailleurs. » 

78. Victor d'Octave : i Vous le savez , je suis évêque depuis peu de 
temps; voilà pourquoi j'attendais l'avis de mes maîtres. Je pense donc 
avec eux qu'il faut indubitablement baptiser quiconque vient de l'hé- 
résie à l'Église. » 

79. Clarus de Mascula : < Les paroles que Notre-Seigneur Jésus-Christ 
adresse à ses apôtres au moment où il les envoie, et communique à eux 
seuls la puissance qu'il tenait de son Père, sont claires et précises. Soc- 



(i) Il ne (ail point arlc d'hérésie celui qui baptise au nom du Père ei du Fili et 
du Saint-Ksprit , cl de plus avec l'intention de faire ce que fait l'Eglise. Ce baptême, 
c'est celui de l'Fglise; il n'est point hérétique. 

(a) Mais la vérité , lorsqu'elle est enseignée par un hérétique , ne peut jamais 
devenir dans la bouche un mensonge et une imposture, par cela seul qu'elle e»t 
professée par un hérétique. 



— 75 — 
ccsseurs des apôtres , investis de la même puissance , nous gouvernons 
l'Église de Dieu et baptisons les fidèles au même litre ; de là vient que 
les hérétiqnes, n'ayant ni le pouvoir, ni l'Église de Jésus Christ, ne peu- 
vent baptiser personne de son baptême. » 

80. Secondien de Thambées : « N'allons pas tromper les hérétiques 
par une aveugle présomption. Si nous ne les baptisons pas dans l'Église 
de Jésus-Christ , s'ils n'obtiennent pas le pardon de leurs péchés dans 
le bain salutaire, ils nous accuseraient , au jour du jugement, d'avoir 
frustré leurs espérances, cil n'y a qu'une Église, qu'un baptême. » 
Quand ils reviennent à nous, donnons-leur, en entrant dans l'Église , le 
baptême de l'Église. » 

81. Un autre Aurélius de Chullabis : « L'apôtre Jean a dit dans son 
Èpitre : « Si quelqu'un vient chez vous et n'y porte pas la doctrine de 
a Jésus-Christ , ne le recevez pis dans votre maison et ne le saluez pas 
i même ; car celui qui le salue participe à ses crimes. » Téméraires que 
nous sommes! admettrions nous dans la maison de Dieu des hommes que 
l'Évangile repousse du seuil de notre porte ? A quel titre communique- 
rions-nous avec ceux que n'a point encore sanctifiés le baptême de l'É- 
glise , quand une simple parole , « Je te salue , > nous associe à leur 

malice. » 

82. Litléus de Cemelles : i Si un aveugle conduit un aveugle , tous 
« deux tombent dans le précipice. > Les hérétiques sont des aveugles , 
impuissants par conséquent à éclairer qui que ce soit. Leur baptême 
n'est donc pas valide. » 

83. M, 85. Natalis d'Oëa : « Moi, Nalalis d'Oëa, en mon nom privé et 
au nom de Pompée de Sabrate et de Dioga de Leptimagne, qui, absents 
de corps , mais présents d'esprit , m'ont donné leurs pleins pouvoirs , 
nous sommes de l'avis de nos confrères. Nous croyons tous les trois 
que les hérétiques ne peuvent être admis à notre communion avant d'a- 
voir été baptisés du baptême de l'Eglise. » 

86. Junius deNaples : « Le décret qui a été porté fait ma loi. Bapti- 
sons les hérétiques qui reviennent à l'Église. > 

87. Cyprien de Carthage : « La lettre que j'ai écrite à mon collègue 
Jubaien développe longuement mon opinion. Lorsque les hérétiques, ap- 
pelés dans l'Évangile, par les apôtres, ennemis de Jésus-Christ et anle- 
christs , reviennent à l'Église , il faut leur conférer le baptême unique 
de l'Eglise, afin que cette eau salutaire fasse d'an ennemi et d'un ante- 
christ un ami et un chrétien. » 

Après que tous les évêques eurent exprimé leur avis personnel , le 
Concile envoya deux députés au pape pour lui exposer les motifs de ce 



— 76 — 

nouveau jugement ; mais saint Etienne refusa de les recevoir, et défendit 
même aux chrétiens de Rome d'avoir aucun rapport avec eux. 

On ignore quelles furent les suites de cette dispute. Saint Augustin 
penche à croire que saint Cyprien rétracta son sentiment ; et cela parait, 
en effet, assez probable, quand on connaît l'amour de la paix et de l'u- 
nité qui animait le saint évêque de Carthage. Mais la discussion conti- 
nua encore avec les évêques d'Orient , sous le pontificat de Sixte II, 
successeur de saint Etienne, ainsi que le prouvent plusieurs lettres que 
saint Denis d'Alexandrie lui écrivit à ce sujet. Cependant l'usage de re- 
baptiser s'abolit peu à peu ; les évêques d'Afrique renoncèrent bientôt 
à leur opinion , et firent même un décret pour la condamner ; la plu- 
part des orientaux ne tardèrent pas à se rétracter, et enfin la question 
fut entièrement terminée en Occident par un décret du concile d'Arles, 
cn5U, et peu de temps après dans toute l'Église, par le concile de 
Nicée. 

N» 44. 

CONCILE DE ROME. 

(IIOMANIM.) 

(Vers l'an 258 (1).) — Le pape Sixte II fit condamner dans ce concile 
l'hérésie de Noct, déjà condamnée par le concile d'Éphèse. 

N° 45. 
CONCILE DE ROME. 

(itOMANUM.) 

(Vers l'an 260.) — Saint Denis, évêque d'Alexandrie , accusé par les 
évêques de la Pentapole d'enseigner que le Verbe n'était pas consub- 
stantiel au Père, fut condamné dans ce concile. Mais le pape saint De- 
nis lui ayant demandé de s'expliquer sur les points qui avaient donné 
lieu à des soupçons, l' évêque d'Alexandrie se justifia pleinement de 
cette accusation en démontrant la consubstantialité du Verbe. < Il est 
« vrai , dit-il , que je n'ai trouvé ce mot dans aucun endroit de l'Écri- 
i ture; mais j'ai dit plusieurs choses qui reviennent au même sens, et 
c qui ne laissent pas de doute sur ma pensée. J'ai enseigné la doctrine 
i que ce mot signifie , quand j'ai fait voir que le Fils est un en sub- 
c stance avec le Père , quand j'ai dit que le Fils est dans le Père et le 

(i) C'est à ton que le Sjnodicon place ce concile au temps du pape Victor. — 
Voir Baluie, Nova Coliectio, etc. 






— 77 — 

« Père dans le Fils ; que le Fils n'est point une créature , et qu'il n'a 
« point été fait, mais engendré comme étant la lumière et la sagesse du 
a Père , lumière éternelle comme lui , et qui en est inséparable. Car 
« de même que le soleil n'est point sans sa lumière, le Père non plus n'a 
i jamais été sans le Verbe , qui est sa splendeur éternelle , qui est tou- 
« jours en lui, et qui est engendré sans commencement. » 

Saint Atbanase, qui rapporte ces passages, ajoute avec raison qu'il 
était impossible de condamner d'une manière plus formelle la doctrine 
des ariens. 

Il est important de remarquer , au sujet de cette accusation portée 
contre saint Denis et de sa justification , que l'usage ordinaire avaitdéja 
introduit dans les discussions tbéologiques l'emploi du mot consubstan- 
tict, qui fut ensuite consacré par la décision du concile de Nicée(l). 

N° 46. 
CONCILE DE NARBONNE. 

(îURBONNENSE.) 

(Vers l'an 260.)— Saint Paul, évêque de Narbonne, fut miraculeu- 
sement justifié dans ce concile d'une accusation d'incontinence que deux 
de ses diacres avaient injustement formée conlre lui (% : les diacres, 
coupables eux-mêmes du crime qu'ils reprochaient à leur évêque , con- 
fessèrent, comme malgré eux, en plein concile et son innocence et leur 
culpabilité. 

N° 47. 

l tr CONCILE D'ANTIOCHE. 
(antioche.num r.) 

(Mois de septembre de l'an 264.)— Paul de Samosaie, devenu évêque 
d'Aniioche vers l'an 2G2 , entreprit de convertir à la foi chrétienne Zé- 
nobie, reine de Palmyre, dont il avait su gagner les bonnes grâces, et qui 
s'était adressée à lui pour connaître la doctrine des chrétiens. Mais pour 
s'accommoder aux préjugés de cette princesse, qui se. montrait peu dis- 
posée à croire des vérités incompréhensibles à sa raison , il dépouilla 
le Christianisme de ses mystères de l'Incarnation et de la Trinité ; et , 



(l) Saint Alhanase, de Synoilis, p. 71*7 ; — id., Epistola de sententid Dionysii. 
(a) Du Bosquet, Hist. Eccl. gallicanœ, lib. V, p. jo6. — Tillemont, Hist. eecl., 
t. IV, p. 46g, 474. 



/ _ 









— 78 — 

rejetant la distinction réelle des trois personnes divines , il enseigna que 
Jésus-Christ n'était qu'un pur homme, auquel la sagesse divine s'était 
communiquée par une abondance extraordinaire de grâces et de lu- 
mières , sans néanmoins s'unir à lui hypostatiquement , de sorte qu'il 
n'était fils de Dieu que par adoption , et non pas par nature. Le Verbe 
divin et le Saint-Esprit n'étaient, suivant cet hérétique, que les attributs 
par lesquels la personne du Père se manifestait en agissant au dehors , 
de la même manière que la pensée et la volonté révèlent l'âme humaine, 
sans avoir une personnalité propre qui les distinguât. Jésus-Christ, di- 
sait encore Paul , n'avait rien dans sa nature qui l'élevât au-dessus des 
autres hommes, quoiqu'il eût eu le privilège d'être dirigé par l'action 
immédiate et incessante de la sagesse divine qui opérait en lui , mais 
sans union personnelle ou bypostatique entre la divinité et l'huma- 
nité (1). 

Cet hérésiarque ne déshonorait pas moins son ministère par le dérè- 
glemenl de ses mœurs que par l'impiété de sa doctrine (2). Il avait 
amassé des richesses immenses , en dépouillant les fidèles par des ex- 
torsions sacrilèges. 11 étalait partout un faste et un orgueil insupporta- 
bles; on ne le voyait en public que suivi d'un nombreux cortège et ac- 
compagné de valets chargés d'écarter la foule pour lui faire place. Il 
employait dans l'église des artifices de théâtre , et , pour s'attirer l'ad- 
miration des simples, il se plaçait sur un trône élevé, déclamait avec 
une affectation profane , disposait autour de lui ses créatures pour l'ap- 
plaudir par des battements de mains , et ne rougissait pas de se donner 
publiquement des louanges ou de se faire exalter par d'autres, ni même 
de faire chanter des hymnes en son honneur au lieu des cantiques sacrés. 
Il gardait chez lui de jeunes femmes dont il se faisait accompagner par- 
tout, et souffrait, ou plutôt encourageait de semblables désordres chez 
ses piètres, afin que la communauté des mêmes vices les empêchât de 
l'accuser. Et ceux même que sa conduite révoltait , se contentaient , 
pour la plupart, de gémir en secret , dans la crainte de sa tyrannie. 

Ce fut pour remédier au scandale et arrêter les progrès de l'erreur, 
que les évèques d'Orient s'assemblèrent à Antioche, l'an 264. Parmi 
les plus illustres prélats qui assistèrent à ce concile , oq remarque saint 
Grégoire-Thaumaturge ; saint Alhénadore, son frère ; saint Firmilien, de 
Césarée en Cappadoce ; Hélénus , de Tarse ; Hyménée , de Jérusalem ; 

(î)Eusèbc, Hist., lib. vu, cap. 3o. — Saint Athanase, de Synodis, p. ;5o; 
— De Dccretis Nicœnœ Synod., t. I; p. iiC). —Saint Kpiphane, llœres. G5. — 
Saint Hilaire, de Synodis. — Tlicodoret, Hœrct, Fabul,, t. IV, lib. n, cap. 1. 

(a) Eusèbe, Hist., lib. vu, cap, 27. 



— 79 — 

Théotecne, de Césarée en Palestine. Saint Denis d'Alexandrie ne put 
s'y rendre, à cause de ses infirmités (1). 

La doctrine de Paul y fut examinée , discutée et condamnée ; mais cet 
hérésiarque déguisa si bien ses sentiments, affirma avec tant d'assurance 
qu'il n'avait jamais enseigné les erreurs qu'on lui imputait, et protesta 
si fort de son attachement à la foi des apôtres , que les évéques ne pro- 
noncèrent pas de sentence contre lui , dans l'espoir que cette affaire 
s'étoufferait ainsi sans éclat. Mais l'on ne tarda pas à reconnaître que 
l'hérésiarque n'avait changé ni de mœurs ni de principes. 



N° 48. 
II e CONCILE D'ANTIOCHE. 

(\NT10CI1EMM II.) 

(L'an 269.) — Les évêques d'Orient , après avoir vainement es- 
sayé par leurs lettres de ramener Paul de Sainosate à la discipline et à 
la foi catholiques, s'assemblèrent (2) à Antioche, sur la fin de l'an 2G9, 
pour prononcer leur jugement contre cet hérétique. Un prêtre d' Antio- 
che, nommé Malchion , très-habile dans la dialectique, et fort instruit 
de la doctrine chrétienne, contribua beaucoup à développer les artifices 
de Paul, et le réduisit à l'exposition nelie et à l'aveu de ses véritables 
sentiments. L'hérésiarque fut alors déposé et excommunié; et l'on élut 
à sa place Domne , fils de Démélrius , qui avait si glorieusement gou- 
verné l'Église d'Antioche avant l'épiscopat de Paul. Le concile fit en- 
suite connaître celte décision par une lettre synodale adressée à toutes 
les Églises, et spécialement au pape saint Denis (5). 

(i) Eusèbe, Hist., lib, vil, cap. 27, 58. 

(2) Soixante-dix évoques se trouvèrent à ce concile, selon le témoignage de 
saint Alhanasc, de Synodis, pag. y?,y. — D'après saint Ililairc, de Synodis , 
p. 1200, et d'après Facuntlus, pro défaisions trium capitulorum, lib. x, cap.fi, 
p. 45o, il yen eut quatre-vingts. — Lediacre saint Basile, dans sa requête aux em- 
pereurs Théodose et Valcntinien, en porte le nombre à cent quatre-vingts. Labbe, 
Sacrosancta concilia, t. III, p. ^ï5. C'est sans doute une faute de copiste, dit Tille- 
mont, Hist. eccl., t. IV, p. 297; car, outre l'autorité des plus anciens, il y a peu 
d'apparence que cent quatre-vingts évêques se soient assemblés sous un empe- 
reur païen. 

(3) Ce qu'il est important de remarquer ici, c'est que, dans son décret, ce concile 
n'aurait point employé le mot censubslantiel;ïet Pères auraient craint que l'un en abu- 
sât pour confondre les personnes de la sainte Trinité ou pour supposer que le Père 
et le Fils étaient formés d'une même matière préexistante; c'est la raison qu'en donne 
saint Athanase (de Synodis, t. II, p. 757). 

Eusèbe a inséré dans son Histoire, liv. vu , chap. 3o, un fragment de celte lettre 



— 80 — 

Sur ces entrefaites , le pape saint Denis étant mort, saint Félix, son 
successeur, approuva la condamnation de Paul de Saniosate, et écrivit à 
ce sujet une leitre à Maxime , évêque d'Alexandrie , dans laquelle il éta- 
blissait la doctrine de l'Église sur l'éternité du Verbe et sur son union 
hypostatique avec l'humanité. « Nous croyons en Noire-Seigneur Jésus- 
t Christ, né de la Vierge Marie, disait le pape saint Félix ; nous croyons 
« que lui-même est le Fils éternel de Dieu et le Verbe ; non pas un 
« homme que Dieu ait pris , en sorte que cet homme soit un autre que 
« lui. Car le Fils de Dieu étant Dieu parfait , a été fait homme parfait, 
i étant incarné de la Vierge. » Ce passage, le seul qui nous reste de 
cette lettre (1), est cité par saint Cyrille (2) et par le concile d'Éphèse. 

L'exposition de foi contre Paul de Samosate , rapportée parmi les 
actes de ce concile d'Éphèse , est faussement attribuée aux Pères du 
concile d'Anlioche (3). La consubstantialité du Fils y est trop clairement 



relatif aui moeurs de Paul de Samosate ; mais il ne dit rien qui puisse donner lieu 
de soupçonner que le concile d'Antioche ait condamné le mot consubslanliel, comme 
on le croit communément. Ce silence d'Eusèbe semble jeter des doutes sur ce fait, 
qui n'a été rapporté longtemps après par saint Athanase , par saint Basile et par 
saint Hilaire, que sur le témoignage de semi-ariens, dont on peut bien suspecter d 
eel égard la véracité. Quoi qu'il en soit, si le fait est vrai, ou ne peut pas douter du 
moins que le Concile n'ait eu en vue seulement l'abus que Paul faisait de ce ternis 
pour établir qu'il n'y avait point de distinction réelle entre le Père et le Fils; car 
celte circonstance repose sur les mêmes témoignages que le fait principal. Béraul- 
Bercastel, Hist. de tEgl., avance d'une manière très-positive, que le mot consubstan- 
tiel fut en effet rejeté par ce concile à cause du sens grossier dans lequel Paul l'en- 
tendait ; et cependant il dit , non moins expressément, que cet bérélique niait la 
consubstantiabilité du Fils avec le Père , ce qui signifie qu'il n'appliquait cette 
expression au Fils dans aucun sens. 

(r) In Apoioyeticà. 

(a) Quelques auteurs l'ont attribuée, mais sans aucune preuve, à Félix, qui fut mis 
par les ariens à la place du pape Libère, en l'an 354, et d'autres aux apollinaris- 
tes. Mais il n'a existé d'autre Félix qui ait occupé le siège pontilical de Rome, dans 
le même temps que Maxime remplissait celui d'Alexandrie , que celui qui succéda 
immédiatement au pape saint Denis, en 269. El puisque c'est à lui que le concile 
d'Éphèse, saint Cyrille, Marius Mercator, Vincent de Lérins et Hippace, évêque d'E- 
phèse, attribuent celle lettre, nous ne croyons pas qu'on doive la lui disputer. Hip- 
pace sut bien distinguer le passage qu'on avait cité de celle lettre au concile d'É- 
phèse d'avec ceux que les sévériens citèrent sous le nom de ce sainl pape dans la 
eonférence de l'an 533 ; car ces hérétiques avaient fabriqué des lettres sous son nom. 
Depuis, on lui eu a supposé trois, qui ont pris rang parmi les fausses décrétales. 

(3) 11 est certain que les Pères du concile d'Antioche ont formellement ensei- 
gné que le Fils de Dieu est égal à son Père , et qu'ils ont fait profession de suivre 
en ce point la doctrine des apôtres et de l'Eglise universelle. (Bullus, Defensio fidei 
Nicœna, sect. m, cap. iv, paragr. 5, et sect. iv, cap. », paragr. 7.) 



— 81 — 
établie pour croire que celte pièce ait été écrite par les mêmes évoques 
auteurs de la lettre synodale du concile d'Anlioclie , qui, au rapport de 
saint Basile , niait que le Fils fût consubstantiel au Père , quoique dans 
un sens bien différent , ainsi que nous l'avons démontré. Aussi n'est- 
elle point attribuée dans les conciles aux Pères d'Antiochc , mais à ceux 
de Nicée , qui , toutefois , ne paraissent pas en être les auteurs ; car 
l'hérésie de Nestorius est clairement condamnée dans ce symbole , dont 
le but n'est que de prouver l'union des deux natures de Jésus-Christ 
en une seule personne. « Jésus-Christ , dit cette exposition de foi , est 
« Dieu tout entier , même avec son corps , mais non selon son corps ; 
« il est homme tout entier avec sa divinité, mais non selon sa divinité ; 
« il est adorable et il adore ; il est incréé , même avec son corps , mais 
« non selon son corps ; il est tout entier consubstantiel à Dieu avec son 
» corps , mais non selon son corps ; il nous est consubstantiel selon la 
« chair , avec la divinité , mais non selon la divinité, i II est donc pro- 
bable que ce symbole appartient à quelque concile postérieur à l'hérésie 
de Nestorius. • 

On trouve dans les mêmes actes du concile d'Éphèse une protestation 
dressée par un laïque nommé Eusèbe, que Léonce de Dysancc croit être 
celui qui fut depuis évêque de Doryléc, et dans laquelle cet Eusèbe fait le 
parallèle de la doctrine de Paul avec celle de Nestorius , et montre par 
leurs propres paroles la conformité de leurs sentiments touchant l'in- 
carnation du Verbe. A la suite de cette protestation, on lit l'abrégé d'un 
symbole d'Antiochc, où la consubstantialité du Fils est nettement ensei- 
gnée. Mais s'il est vrai que le concile d'Antiochc , en condamnant la 
doctrine de Paul de Samosatc, ne se soit point servi du mot consubstan- 
tiel , dont cet hérésiarque abusait , ce symbole est faussement attribué 
aux Pères de ce concile. Toutefois il paraît être le même que celui qui 
était en usage dans l'Église d'Anlioclie, au temps du concile d'Éphèse. 
Cassien le rapporte tout entier (1). 

N° 49. 
CANONS DES APOTRES. , 

(Vers le commencement du quatrième siècle.) — L'Église catholique 
possède , sous le nom de Canons des apôtres, un recueil de règlements 
en soixante-seize ou quatre-vingt-cinq canons, félon les différentes ma- 
nières de les partager, qui concernent la discipline des premiers siècles 

(i) De Incarnations, lib. vi, c. 3, in Dililioth. Patrum , t. VII. 

T. I. 6 






— X2 — 

de l'Église; mais il n'y a aucune apparence que les apôires eux-mêmes 
les aient faits , ni tous , comme Turrien a essayé de le prouver (1) ; ni 
en partie , comme l'ont prétendu Binnius , Sixte de Sienne , Baronius , 
Bellarmin et Possevin. Ce qui prouve que ces canons n'ont point les 
apôtres pour auteurs , c'est qu'ils n'ont jamais été mis par l'Eglise au 
rang des divines Écritures, et qu'aucun Père, ni aucun concile avant ce- 
lui d'Éphèse ne les ont cités sous le nom des apôtres. Plusieurs auteurs 
prétendent même qu'à l'endroit où il en est parlé dans ce dernier con- 
cile , au lieu de Canons des apôtres, il faut lire Canons des Pères. Et , en 
effet, les anciens qui s'en sont servis les ont simplement appelés Canont 
anciens, Canons des Pères, Canons ecclésiastiques ; et si quelquefois on 
les a nommés ou intitulés Canons apostoliques, ce n'est pas qu'on ail cru 
qu'ils avaient été dressés par les apôtres mêmes : il suffirait que quel- 
ques-uns eussent été faits par des évoques qui touchaient au temps des 
apôtres ; car c'était la coutume de nommer hommes apostoliques ceux 
qui avaient vécu avec les apôtres, ou peu de temps après eux. 

Une autre preuve que ces canons n'ont point les apôtres pour au- 
teurs , c'est qu'il y est fait mention de certaines cérémonies que l'on nu 
voit point usitées du temps des apôtres. Telles sont , par exemple , 
celles dont il est parlé dans les 3 e et V canons. Le canon 36 e , qui dé- 
fend à un évoque de faire des ordinations dans les villes ou villages 
hors de sa juridiction , ne convient pas au siècle des apôtres , où les 
limites des diocèses n'étaient pas encore fixées , chaque apôtre exerçant 
sa mission par toute la terre, suivant le pouvoir qu'ils en avaient reçu 
de Jésus-Christ. Le 51 e et le 53 e concernent évidemment l'hérésie des 
manichéens; le 52 e , celle des novaliens et des raonlanistcs ; hérésies 
qui n'ont affligé l'Eglise que longtemps après la mort des apôtres. Le 
M'y et le 47 e , qui ordonnent de déposer un évoque ou un prêtre qui au- 
rait admis comme valide le baptême des hérétiques , et le 8«, relatif à la 
célébration de la pâque, ne sont point applicables au temps des apôtres. 

Mais quoiqu'il n'y ait aucune preuve que ces canons aient été dressés 
par les apôtres mêmes, leur autorité est néanmoins incontestable dans 
l'Eglise. Daillé et quelques autres protestants ont fait de vains efforts 
pour prouver que ces canons sont absolument supposés , et qu'ils n'ont 
commencé à être connus et cités qu'au quatrième ou au cinquième 
siècle. Leur prétendue supposition n'est qu'une équivoque sur laquelle 
quelques écrivains protestants ont très-maladroitement joué. Ces canons 
sont apocryphes, dans ce sens qu'ils n'ont été écrits ni par les apôtres , 



(i ) Defimsiv pro canoniliis apostoiieis. 



— 83 — 

ni par saint Clément, à qui ils sont attribués; mais ils sont vrais et au- 
thentiques , dans ce sens qu'ils renferment véritablement la discipline 
qui passait, au second et au troisième siècle , pour avoir été établie par 
les apôtres. Le savant théologien anglican Bévéridgc, évêque de Saint- 
Asaph , a démontré que ces règlements ont été faits par les conciles du 
second et du troisième siècle; qu'ils sont , par conséquent, antérieurs 
au premier concile de Nicée, et que ce concile les a suivis et s'y est con- 
formé (1). La collection , telle qu'elle existe, à quelques additions prçs 
qui y ont été glissées dans la suite, s'en fit au plus tard vers le commen- 
cement du quatrième siècle ; c'est ce dont rendent témoignage les Pères 
et les conciles du quatrième et du cinquième siècle, qui appuient leurs 
décisions de l'autorité de ces canons, qu'ils nomment toujours Canons 
apostoliques, Canons anciens, Canons ecclésiastiques, Canons des Pères (S). 

1 er canon. Un évêque doit être ordonné par trois évoques , ou par 
deux au moins. 

. 2 e canon. Un seul évêque suffit pour l'ordination d'un prêtre, d'un 
diacre, ou de quelque autre clerc que ce soit. 

5 e canon. Si un évêque ou un prêtre offre sur l'autel , pour le sacri- 
fice, autre chose que ce qui a été prescrit par le Seigneur ; c'est-à-dire, 
au lieu du pain et du vin mêlé d'eau , du miel , ou du lait , ou des li- 
queurs, ou des oiseaux, ou des animaux , qu'il soit déposé. 

4 e canon. Il n'est point permis aux simples fidèles de mettre en of- 
frande sur l'autel autre chose que des épis nouveaux , des raisins, de 
l'huile pour le luminaire de l'église , et de l'encens pour brûler pendant 
la célébration de l'oblation sainte (3). 

5 e canon. Les fidèles sont obligés de porter les prémices de leurs 
fruits à l'évêque et aux prêtres dans leurs maisons , non point pour être 
offerts sur l'autel, mais pour être partagés entre eux et les diacres et les 
autres clercs. 

(i) Codex canonum Ecries, primil. PP. apostol., t. I, p. 44' >'■", part. 2, p. c. 

{1) Lettre d'Alexandre d'Alexandrie à Alexandre de Conslantinople, dans Théo- 
dore, Hist. eccl., lib. 1, cap. 2, p. 5-26. — F.usèbe, de vitâ Constant., lib. m, cap. 
61. — Concile d'Antioelie tenu en 34' > canon ■)«. — 11" concile de Nicée. — 1" 
concile deConstantinople. — Concile intrullo, — Concile de Cartilage, en 38 r, etc. 
— Saint Athanase, Epistola encyclica ail Episcopos. — Saint Basile, F.pistola ad Am- 
philoch. ;— Epistola Innocenta ad episcopos Macedoniœ. — Hincmar, archevêque de 
Reims, Opuscul., t, II, eap. 24. — Justinien , Novelk àEpiphane, patriarche de 
Constantmoplc , etc.,ete. 

(3) Saint Ambroise dit au iv« siècle que c'était une coutume déjà établie d'encen- 
ser les autels pendant le saint Sacrifice. Comment, sur saint Luc , cb. 1. — On voit 
encore des traces de cet usage dans le livre de la consommation du monde , attribué 
a. saint Hippolyte , l'un des Pères les plus illustres du troisième siècle. 



Ji- - 






— 81 — 
G- canon. Un évêqac ou un prêtre ne doit point chasser s:» propre 
femme, sous prétexte de religion. S'il le lait, il géra excommunié; et 
s'il persiste à ne pas vouloir la reprendre, il sera déposé. 

7= canon. Un évoque, ou un prêtre, ou un diacre , ne doivent point se 
charger d'affaires séculières, sous peine de déposition. 

8. canon. Si un évêque, ou un prêtre, ou un diacre , célèbre le saint 
jour de pâques avant l'équinoxe du printemps , à la manière des juifs , 
qu'il soit déposé. 

9 e canon. Si un évêque , ou un prêtre, ou un diacre, ou tout autre 
clerc , refuse de communier lorsqu'il assiste au sacrifice , ou il donnera 
le motif de ce refus, pour en obtenir le pardon , si l'excuse est trouvée 
raisonnable; ou bien, s'il ne le dit pas, il sera privé de la communion, 
à cause du scandale qu'il aura occasionné parmi le peuple, en lui don- 
nant lieu de soupçonner que celui qui a sacrifié ne l'a pas bien fait. 

10 e canon. Tous les fidèles qui entreront dans l'église pour assister à 
la lecture des Écritures saintes, mais qui en sortiront avant la fin des 
prières, ou qui ne recevront point la sainte communion, en seront privés. 
H° canon. Si quelqu'un prie dans une maison particulière avec un 
excommunié , celui-là subira lui-même la peine de l'excommunication. 
12e CAN0N . S i q U eiq U ' un pr i e avec un clerc dé pose ^ comme 8 .j, etaj , 
encore clerc , il sera excommunié. 

13 e canon. Si un clerc ou un laïque excommunié ou non excommunié 
est reçu dans une église voisine sans lettres de recommandation de son 
évêque , ceux qui l'auront reçu et celui qui aura été reçu seront pri- 
vés de la communion. 

U e cano.m. Il n'est point permis à un évêque de quitter sa paroisse 
pour passer dans une autre, à moins qu'il n'y soit obligé par de fortes 
raisons ; toutefois qu'il ne le fasse pas de lui-même , mais d'après le ju- 
gement de plusieurs évêques et sur les instantes prières du peuple. 

15' canon. Si un prêtre, ou un diacre, ou un autre ministre de l'Église 
abandonne sa propre paroisse pour passer dans une autre , sans le con- 
sentement de son évêque , on ne doit point souffrir qu'il exerce le mi- 
nistère dans la paroisse où il est étranger ; et si, rappelé par son évêque, 
il persiste dans sa désobéissance, il sera déposé et réduit à la commu- 
nion laïque , 

16 e canon. Et l'évêque , qui les recevra comme clercs, malgré l'inter- 
dit prononcé contre eux , sera privé de la communion.' 

17 e canon. Si quelqu'un, après le baptême, convole à de secondes 
noces ou à une concubine, il ne pourra être évêque, ni prêtre, ni dia- 
cre, ni être attaché au ministère sacré. 



— 85 — 
18 e canon. Si quelqu'un épouse une veuve , ou une femme répudiée, 
ou une i'emme de mauvaise vie, ou sa servante, il ne pourra êlre 
évoque, ni prêtre, ni diacre, ni attaché au ministère sacré. 

19 e canon. Celui qui épousera les deux sœurs ou la lillc de son frère , 
ne pourra être reçu dans les ordres sacrés. 

20 e canon. Un clerc qui se sera rendu caution pour quelqu'un , sera 
retranché du corps de l'Église. 

21 e canon. Celui qui est devenu eunuque par la violence des hommes, 
ou qui est né ainsi, pourra être promu à l'épiscopat,s'il en est jugé digne. 

22 e canon. Mais si quelqu'un s'est fait eunuque, il ne pourra entrer 
dans les ordres, parce qu'il est homicide de lui-même, et ennemi de 
de l'œuvre de Dieu. 

25 e canon. Si un clerc se fait eunuque, qu'il soit tout à fait déposé, 
parce qu'il est homicide de lui-même. 

24 e canon. Si un laïque se fait eunuque , il sera privé de la commu- 
nion pendant trois ans, parce qu'il est meurtrier de sa vie. 

25 e canon. Un évêque , ou un prêtre , ou un diacre qui sera reconnu 
coupable de fornication , de parjure ou de vol , sera déposé , mais on ne 
le privera pas de la communion ; car il est écrit dans l'Écriture : Le Sei- 
gneur ne tirera pas une double vengeance d'un même crime (l). 

26 e canon. Les autres clercs , reconnus coupables des mêmes crimes , 
seront soumis à la même punition. 

27 e canon. Les lecteurs et les chantres seuls ont la liberté de se ma- 
rier, après leur ordination. 

28 e canon. Nous ordonnons de déposer l'évêque, ou le prêtre , ou le 
diacre qui frapperait quelqu'un des fidèles tombant dans une faute, ou 
un infidèle qui l'injurierait, parce que le Seigneur ne leur a nulle part en- 
seigné cela ; au contraire, on le frappait et il ne frappait point, on l'inju- 
riait et il n'injuriait point, on le faisait souffrir et il ne se vengeait point 

29 e canon. Si un évoque, ou un prêtre, ou un diacre légitimement 
déposé pour des crimes dont il a clé convaincu , ose continuer les fonc- 
tions du saint ministère , qu'il soit retranché absolument de l'Église. 

50' canon. Si un évêque , ou un prêtre ou un diacre obtient sa dignité 
pour de l'argent , qu'il soit déposé et excommunié ainsi que l'ordinateur 
avec lui , comme Simon le magicien le fut par Pierre. 

(i) Les anciens Pères, auteurs de ces canons, ne prenaient pas toujours a la lettre 
rcs paroles de l'Ecriture sainte, ainsi qu'on va le voir par le 3o° canon qui dépose et 
excommunie les éveques coupables de simonie. On peut néanmoins assurer que ces 
paroles n'ont pas etc ajoutées à ce ?.:>'■ canon, puisqu'elles y étaient au temps de 
saint Basile. (Voir sa teUre à Ampliitonue.) 



— 86 — 

51 e canon. Si un évèquc, protégé par la puissance séculière, s'esi 
emparé d'une église, qu'il soit déposé, et que tous ceux qui communi- 
queront avec lui soient retranchés de la communion de l'Église. 

52 e canon. Si un prêtre , méprisant injustement son évêque , fait des 
assemblées à part et élève autel contre autel , qu'il soit déposé comme un 
ambitieux ; que tous les clercs de son parti le soient également ; mais 
pour les laïques, qu'ils soient retranches de la communion de l'Église. 
Toutefois , celle sentence ne doit être prononcée qu'après trois moni- 
tions de la part de l'évèque. 

33 e canon. Si un prêtre, ou un diacre a été retranché de la commu- 
nion par son évoque, il ne doit point y être admis par un autre, mais 
par celui-là seulement qui aura prononcé l'excommunication , à moins 
qu'il soit mort. 

3i c canon. On ne doit recevoir dans une église aucun évèque , ni 
prêtre , ni diacre étrangers , s'ils ne soin munis de lettres de recom- 
mandation; et même lorsqu'ils sont porteurs de ces lettres, on doit, 
avant de les recevoir, examiner avec soin s'ils enseignent la véritable 
doctrine ; sinon , il est défendu de leur fournir les choses même néces- 
saires à la vie et de les admettre à la communion. 

35 e canon. 11 doit y avoir dans chaque paroisse un évêque qui tiendra 
Je premier rang parmi les autres et qui en sera comme le chef; et les 
autres évoques ne doivent rien entreprendre au delà des affaires de leur 
paroisse et des villes qui leur sont soumises , sans l'en avoir auparavant 
averti ; mais celui-ci ne doit rien faire sans le consentement des évêques 
ses co-provinciaux , aiin que l'unité règne et que Dieu soit glorifié par 
Jésus-Christ dans le Saint-Esprit (1). 

36 e canon. Un évêque ne doit point faire des ordinations dans des 
villes qui ne sont point soumises à sa juridiction ; et s'il le fait sans le 
consentement des évêques à qui ces villes sont soumises , il sera déposé, 
et avec lui ceux qu'il aura ordonnés. 

37 e canon. Si un évêque ne prend pas soin de l'église qui lui a été 
confiée, il sera privé de la communion , jusqu'à ce qu'il consente à 
remplir tous les devoirs de sa charge. Un prêtre ou un diacre , coupables 
de la même faute, seront punis de la même manière. Mais si le peuple, 
par méchanceté , refusait avec obstination de le recevoir, il conservera 
sa qualité d'évêque , et l'on excommuniera tous les clercs de la ville , 
comme coupables de n'avoir pas instruit le peuple de l'obéissance duc 
aux supérieurs. 



(i) On voit ici une preuve tic l'antiquité des droits du métropolitain. 



— 87 — 

38 e canon. Les évoques célébreront deux conciles chaque année pour 
régler les affaires de l'Eglise : le premier pendant la 4° semaine de la pen- 
tecôte; le second le I des ides d'octobre , c'est-à-diro le 12 de ce mois. 

39 e canon. L'évéque sera chargé du soin des affaires et de la dispensa- 
lion des biens de l'Eglise ; mais il ne leur est point du tout permis d'en 
détourner une partie à son proflt ou pour ses parents. S'ils sont pauvres, 
il les soulagera comme les autres pauvres de son Eglise. 

40 e canon. Les prêtres et les diacres ne pourront rien faite sans le 
consentement de leur évoque ; car le peuple du Seigneur a été confié à 
lui seul , et lui seul doit en rendre compte à Dieu. Mais que les biens du 
patrimoine de l'évéque ne soient point confondus avec ceux de l'Eglise , 
afin qu'à sa mort il puisse en disposer comme il le jugera convenable. 

41 e canon. Nous ordonnons que l'évéque ait sous sa puissance tous les 
biens de l'Eglise, afin que par ses ordres les prêtres et les diacres les 
distribuent aux pauvres. Toutefois , s'il est pauvre , il s'en réservera une 
partie pour ses besoins personnels, et une autre paitie pour les besoins 
des frères qui le visitent ; car, suivant la loi de Dieu, celui qui sert l'autc 
doit vivre de l'autel : et le soldat ne fait point la guerre à ses dépens 

42 e canon. Un évêque , ou un prêtre, ou un diacre, adouné aux jeux de 
hasard et à l'ivrognerie, sera déposé. 

43 e canon. Un sous-diacre, ou un lecteur, ou un chantre, ou même un 
laïque , adonné aux jeux de hasard et à l'ivrognerie, sera excommunié. 

44 e canon. Un évêque , ou un prêtre, ou un diacre , qui se rendra 
coupable d'usure , sera déposé. 

45 e canon. Un évêque , un prêtre ou diacre qui aura seulement prié 
avec les hérétiques, sera excommunié ; mais s'il leur a permis d'exercer 
quelque fonction ecclésiastique , il sera déposé. 

46 e canon. Nous ordonnons de déposer un évêque ou un prêtre qui 
confessera la validité du baptême des hérétiques. 

47 e canon. Un évêque ou un prêtre qui baptisera une seconde Ibis 
celui qui aura été baptisé selon la foi catholique , ou s'il n'administre le 
baptême à celui qui aura été souillé du baptême des impies, sera déposé. 

48 e canon. Si un laïque répudie sa femme pour en épouser une autre, 
ou qui épouse une femme répudiée par son mari, sera excommunié. 

49 e canon. Si un évêque ou un prêtre ne baptise point , selon le com- 
mandement du Seigneur, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, 
mais au nom de trois principes sans commencement , ou de trois fds ou 
de trois paraclels , il sera retranché du corps de l'Eglise. 

50 e canon. Si un évêque ou un prêlre administre !o, baptême par une 
seule immersion , c'est-à-dire en la mort du Seigneur, au lieu de baptiser 



par trois immersions, il sera déposé. Car le Seigneur ne nous a point 
dit : Baptisez en ma mort; mais allez, enseignez toutes les nations et 
baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. 

51 e canon. Si un évoque, ou un prêtre, ou un diacre, ou tout autre 
clerc , ou même un laïque , s'abstient de la chair, du vin et du mariage 
en le regardant , par un blasphème contre le Créateur , comme choses 
mauvaises , ou il se corrigera, ou il sera déposé et retranché de la com- 
munion de l'Eglise. 

52 e canon. Si un évèque ou un prêtre refuse de recevoir un pécheur 
converti , il sera déposé. 

53* canon. Si un évêque, ou un prêtre, ou un diacre, s'abtient, dans 
les jours de fêles , de manger de la chair ou de boire du vin , en les re- 
gardant comme choses mauvaises, il sera déposé. 

54 e canon. Si un clerc est trouvé mangeant dans un cabaret, il sera 
excommunié, à moins qu'il n'y ait été forcé par la nécessité du voyage. 

55' canon. Si un clerc insulte injustement un évêque , il sera déposé ; 
car l'Ecriture dit : Tu n'injurieras point le chef de ton peuple. 

56 e canon. Si un clerc insulte un prêtre ou un diacre, il sera retran- 
ché de la communion de l'Eglise. 

57 e canon. Si un clerc ou un laïque tourne en dérision le sourd , ou 
le muet , ou l'aveugle , ou celui qui est privé d'un de ses membres , on 
celui qui est infirme, il sera retranché de la communion de l'Eglise. 

58 e canon. Un évêque ou un prêtre qui négligera d'instruire le clergé 
ou le peuple, sera retranché de la communion de l'Eglise ; et s'il persé- 
vère dans sa négligence , il sera déposé. 

59 e canon. Si un évêque ou un prêtre ne subvient pas aux besoins 
des clercs indigents, il sera retranché de la communion de l'Eglise ; et 
s'il persévère, il sera déposé comme meurtrier de son frère. 

60« canon. Le ministre de l'Eglise qui publiera , pour la perdition du 
peuple et des clercs, les livres des hérétiques , en les faisant passer comme 
des livres saints , sera déposé. 

Gl c canon. Tout homme convaincu de fornication , d'adultère, ou de 
quelque autre crime , ne pourra être promu à la cléricaturc. 

62° canon. Si un clerc , dans la crainte de quelque violence de la part 
d'un païen, d'un juif ou d'un hérétique , nie qu'il soit chrétien, qu'il 
soit retranché de la communion de l'Eglise; s'il a nié qu'il fût clerc, 
qu'il soit déposé; il fera pénitence, jusqu'à ce qu'il puisse être reçu à la 
communion laïque. 

G3' canon. Si un évêque , ou un prêtre, ou un diacre , ou tout autre 
rlerc, est convaincu d'avoir mangé de la chair d'une bêle étouffée ou 



— 89 — 

niorle naturellement , ou prise par une autre bête , qu'il soit déposé. Si 
c'est un laïque , qu'il soit retranché de la communion de l'Eglise. 

<U e canon. Si un clerc est trouvé jeûnant le dimanche ou le samedi , 
à l'exception du samedi saint , qu'il soit déposé. Si c'est un laïque , qu'il 
soit retranché de la communion de l'Eglise (1). 

65 e canon. Si un clerc ou un laïque est convaincu d'ôtre entré dans 
une synagogue des juifs ou des hérétiques pour y prier, le clerc sera 
déposé, et le laïque retranché de la communion de l'Eglise. 

6'6 e canon. Si un clerc, étant en querelle, a frappé son adversaire et 
l'a tué d'un seul coup , qu'il soit déposé ; si c'est un laïque , qu'il soit re- 
tranché de la communion de l'Église (2). 

67 e canon. Si quelqu'un a fait violence à une vierge non mariée , qu'il 
soit retranché de la communion de l'Eglise ; et de plus qu'il soit tenu de 
l'épouser, quoiqu'elle soit pauvre. 

68 e canon. Si un évêque, ou un prêtre, ou un diacre a fait réitérer son 
ordination , qu'il soit déposé et avec lui l'évêque ordinateur, à moins 
qu'il ne prouve que la première ordination a été faite chez les héréti- 
ques ; car on ne doit point tenir pour chrétiens ou pour clercs , ceux qui 
auront été baptisés ou ordonnés par les hérétiques. 

C9 e canon. Si un évêque , ou un prêtre , ou un diacre , ou un lecteur, 
ou un chantre , ne jeûne pas la sainte quarantaine ou le mercredi , ou le 
vendredi , qu'il soit déposé, à moins qu'il en ait été empêché par les infir- 
mités de son corps. Si c'est un laïque, qu'il soit retranché de la commu- 
nion de l'Eglise. 

70 e canon. Si un évêque ou un autre clerc observe les jeûnes des 
juifs, ou garde leurs fêtes, ou pratique leurs cérémonies, comme de 
manger du pain azyme dans le temps de la paque, qu'il soit déposé. Si 
c'est un laïque, qu'il soit retranché de la communion de l'Eglise. 

71 e canon. Si un chrétien a porté de l'huile au temple des païens ou à 
la synagogue des juifs,- ou allumé des lampes aux jours de leurs fêtes, 
qu'il soit retranché de la communion de l'Eglise. 

72 e canon. Si un clerc ou un laïque a pris dans une église de la cire 
ou de l'huile , qu'il soit retranché de la communion de l'Eglise et qu'il 
rende ce qu'il a pris en y ajoutant cinq fois autant. 

73" canon. 11 est défendu de convertir à son propre usage les vases et 



(i) Tcrlullicn dit que la coutume de ne pas jeûner ni de prier à genoux le diman- 
che venait «le la tradition des apôtre». I.ib. de Cortmû milita, cap. m. Quant au 
samedi, il nous apprend que les catholiques n'en jeûnaient point d'autres que celui 
qui précède la fête de pâques, tib. de Jijuniis, cap. xiv. 

(2) Il s'agit dans ce canon d'un homicide involontaire. 



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A 



— 90 - 

les ornements consacrés à Dieu , qu'ils soient d'or, d'argent ou de lin. Si 
quelqu'un est convaincu de s'en être rendu coupable, qu'il soit excom- 
munié. 

74' canon. Si un évêque est accusé d'un crime par des hommes dignes 
de foi , il doit être cité par les autres évoques ; s'il ne comparait pas, il 
sera cité une seconde et même une troisième fois par deux évêques qui 
se rendront auprès de lui ; et s'il persiste dans son refus , le Concile pro- 
noncera la peine qu'il jugera convenable. 

75 e canon. On ne doit point recevoir le témoignage d'un hérétique 
contre un évêque, ni même celui d'un fidèle, lorsqu'il est seul à l'accuser. 

76 e canon. 11 n'est point permis à un évêque de distribuer à son gré la 
dignité de l'épiscopat soit à son frère , soit à son fils , soit à son parent ; 
car il ne doit point considérer, dans des vues humaines , l'Eglise du 
Christ comme son propre héritage. Si un évêque contrevient à cette dé- 
fense , que l'ordinalion qu'il aura faite soit nulle , et que lui-même soit 
puni de l'excommunication. 

77 e et 78" canons. Celui qui aura perdu un œil , ou qui sera estropié 
d'une jambe, pourra être élevé à l'épiscopat, s'il en est trouvé digne; 
car ce ne sont pas les vices du corps qui souillent l'âme , mais bien les 
iniquités de celle-ci. Mais que le sourd, le muet, ou l'aveugle ne soit 
point évêque , de peur qu'il ne puisse remplir les devoirs de sa charge. 

79 e canon. Que l'énergumène soit exclu de la cléricature et des assem- 
blées où les fidèles prient ; mais lorsqu'il aura été délivré du démon, qu'il 
y soit reçu ; et s'il en est jugé digne, qu'il soit admis à la cléricature. 

80 e canon. On n'élèver3 point à l'épiscopat les nouveaux convertis , à 
moins que la grâce divine n'ait éclaté en eux. 

81' canon. Un évoque ne doit point s'embarrasser dans l'administra- 
tion des affaires publiques et séculières ; mais il doit être entièrement 
livré aux soins de son Eglise. S'il contrevient à cette défense , qu'il soit 
dépose ; car, dit le Seigneur, personne ne peut servir deux maîtres. 

82 e canon. Il n'est point permis à un évêque d'admettre des esclaves à 
la cléricature sans le consentement de leur maître. 

85 e canon. Si un évêque, ou un prêtre, ou un diacre, pourvu d'uu 
emploi militaire , veut retenir sa charge dans les armées et sa dignité 
dans l'Eglise , qu'il soit déposé. 

84 e canon. Si un clerc manque de respect aux rois et aux princes , 
qu'il soit déposé ; si c'est un laïque , qu'il soit excommunié. 

85 e canon. Vous tous, clercs et laïques, lisez avec vénération et regar- 
dez comme sacrés , parmi les livres de l'Ancien Testament, la Genèse, 
YExode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome , Josuô, les Juges, 



- 



— 9i — 

Ruth, les quatre livres des Rois, les Paralipomcncs, Esdras, Eslher , Ju- 
dilh(l),\csMachabées, Job, les Psaumes, les Proverbes ,VEcclésiaste , 
le Cantique des cantiques, la Sagesse , haïe , Jcrémie et llaruch , Ezi- 
chlel , Daniel , Osée , Joël , Amos , Abdias , Jonas , Niellée , Nalmm , 
Habacuc , Sophonie , Aggêe , Zacharie , et Matachic ; parmi les livres du 
Nouveau Testament , les quatre Evangiles de saint Mattùcu, saint Marc, 
saint Luc et saint Jean , les quatorze E pitres de saint Paul , les deux 
Epttres de saint Pierre, les trois Epîtres de saint Jean, VE pitre de saint 
Jacques , YEpitre de saint Judc , les deux Epltrcs de siinl Clément , les 
Constitutions Apostoliques et les Actes des Apôtres. 



N° JÎO. 
CONCILE D'ELVIRE (2). 

( ELIBERITANUM OU ILL1BEIUTA.NUM. ) 

( Vers l'an 300.) — La persécution étant apaisée en Occident, les 
évêques d'Espagne s'assemblèrent à Elvire, au nombe de dix-neuf, ou 
de quarante-trois, suivant Piihou, parmi lesquels se tnuvaient le célèbre 
Osius de Cordouc et le fameux confesseur Valère de saragossc. Vingt- 
six prêtres y assistèrent également , assis comme les éfêques ; les diacres 
restèrent debout , ettout le peuple fut présent. On fit dans ce concile 
plusieurs règlements sur la pénitence publique , sur b baptême , sur les 
ordinations et sur d'autres points de discipline ; les vo'ci : 

1 er canon. Celui qui /après avoir reçu le baptême et étant en âge de 
raison , entrera dans un temple païen pour sacrifier ;ux idoles , ne rece- 
vra pas la communion (c'est-à-dire la réconciliation sdcnnellc, que le pé- 

(i) Il y a îles exemplaires des Canons îles a/iotus où il l'est point mention dn 
livre de Judith ni des deux livres des Machabées, (Voir Olelicr, Pires npostoti- 
l'ies, t. I, p. /fhi.) 

(2) On trouve dans ["Histoire de Pline deux villes du nomd'Elvirc , l'une dans la 
province narbonnaiso (lih. 3, cap. 4, p. 3l}, l'autre dans lalidlique (lih. 3, ca p. i, 
p. 3o). La première, qui est située au pied des Pyrénées .«près avoir été ruinée 
pendant plusieurs siècles, fut rétablie vers l'an 980; elle «t connue aujourd'hui 
sons le nom de Collioures. L'autre, dont ou voit quelques racs sur une montagne, 
et qui porte encore le nom d'Elvirc , n'était qu'à deux ou lois lieues de Grenade. 
Fleury, Tillemont et Mcndoia disent que ce fut dans Elvir de la Bétique que se 
tint ce concile, le premier qui se soit tenu en EspaRne. liiutres soutiennent , nu 
contraire , qu'il fut assemblé dans Elvire Illiberis , de la praince narbonnaisc , ap- 
pelée depuis son rétablissement par Constantin Elnc ou klena, en mémoire de 
l'impératrice Hélène, sa femme. (Voir Vaisselle, Histoire Mnrujuedve, t. 1, p. i43, 
607. — Zonare, annales, t. 2. — Marca, Jtispunica, col. 1822,24, 'i^H. - GaWa 
dhristww, 1. i], col. io3o.) 



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• 









- 92 — 

chcur soumis à la pénitence publique recevait par l'imposition des mains, 
et l'Eucharistie) même à la mort. 

2 e canon. Les «aminés, ou pontifes des faux dieux, qui, après s'être 
convertis à la foi et avoir reçu le baptême, ont sacrifié aux idoles, ne 
recevront pas la communion (c'est-à-dire la réconciliation et l'Eucharis- 
tie) même à la nort. 

3' canon. Les lamines qui n'auront point sacrifié aux idoles , mais qui 
auront sculemeni donné des spectacles (i) , recevront la communion au 
moment de la mert , s'ils ont fait une pénitence légitime. Mais si , après 
leur pénitence , ib ont commis un adultère , la communion leur sera re- 
fusée même à la nort. 

V canon. Les famines qui seront restés trois ans catéchumènes et 
qui pendant tout b temps n'auront point sacrifié, seront admis au bap- 
tême. 

5 e canon. Si me femme , étant en colère , frappe sa servante à coups 
de verges , et quecelle-ci meure trois jours après, on lui imposera sept 
ans de pénitence, si elle a volontairement donné la mort, et cinq ans, 
si elle n'a pas eu h volonté de donner la mort. Mais si pendant le temps 
de sa pénitence eue femme tombe malade, on lui donnera la commu- 
nion. 

6 e canon. Si quelqu'un tue par maléfice, comme on ne peut se rendre 
coupable de ce criue sans idolâtrie (c'est-à-dire sans invoquer la puis- 
sance du démon) , m ne lui donnera pas la communion même à la mort. 

7 e canon. Si un idèle , mis en pénitence pour avoir commis un adul- 
tère , retombe dans la fornication , on ne doit point lui donner la com- 
munion même à la nort. 

8 e canon. Les fidjles qui , sans aucune cause , quitteront leurs époux 
pour en épouser d'aitrcs , ne recevront pas la communion même à la 
mort. 

9 e canon. Si unefemme fidèle quitte son mari pour cause d'adultère 
et en épouse un aure, clic sera privée de la communion jusqu'à la mort 
de son premier mat ; mais on la lui donnera , si elle tombe dangereuse- 
ment malade. 

10 e canon. Si un femme, répudiée par son mari encore catéchumène, 
en épouse un autre elle peut être reçue au baptême. De même , si un 
mari, abandonné pr sa femme encore catéchumène, en épouse une au- 
tre , il peut être reu au baptême. Mais si une femme épouse un homme 

(i) Munui : nous rodons ce terme par celui de spectacle, en nous Tondant sur 
divers endroits des aietiis sacrés et profanes qui s'en sont servis dans le même 
sens. 






~ 95 - 

qui aura lui-même quitté sa femme sans cause légitime, on ne lui don- 
nera pas la communion même à la mon. 

11 e canon. Et si c'est une catéchumène, on différera son baplêmo de 
cinq ans , à moins qu'il ne lui survienne une maladie dangereuse, auquel 
cas on ne doit pas le lui refuser. 

12 e canon. Tout fidèle qui prostituera des filles , sera privé de la com- 
munion même à la mort. 

13' canon. Les vierges, consacrées à Dieu, qui auront violé leur 
vœu de virginité et vécu dans la débauche , ne recevront pas la commu- 
nion même à la mort. Mais si elles ne sont tombées qu'une fois, par 
faiblesse ou par séduction , et qu'elles aient fait pénitence toute leur vie, 
elles recevront la communion à la mort. 

14 e canon. Si les filles , qui n'ont point gardé leur virginité, épousent 
ceux qut les ont violées, comme elles n'ont violé que les noces (c'est- 
à-dire l'intégrité du mariage chrétien , sans lequel il n'est point permis à 
une femme d'avoir commerce avec un homme), elles seront réconciliées 
après un an de pénitence (1). Mais si elles ont connu d'autres hommes , 
elles ne seront admises à la communion qu'après cinq ans de pénitence! 
15° canon. Il est défendu de donner en mariage à des gentils des filles 
chrétiennes, de peur de les exposer à la fleur de leur âge à l'adultère 
spirituel (c'est-à-dire à l'idolâtrie). 

10 e canon. 11 est également défendu de donner en mariage des filles 
catholiques à des hérétiques qui ne veulent pas se réunir à l'Église, ni 
à des juifs, nia des sebismatiques , parce qu'il ne peut y avoir aucune 
société possible entre le fidèle et l'infidèle; et les parents qui contre- 
viendront à cette défense seront privés de la communion pendant ciim 
ans (2). ' 

17 e canon. Si un chrétien donne ses filles à des sacrificateurs d'idoles, 
on ne doit pas lui donner la communion même à la mort. 

(0 11 y a dans plusieurs collisions de conciles : r ost Omiutrius pœniàntiam. Lé 
1. L»bbc dit : pou anuum sine pwnilcnlm, ce qui fait un sens bien différent Mais 
1 autorité de l'anonyme, collecteur des canons penilcmiaux {colleclio ohthfuâ «mo- 
ntra pœmlentmm), que l'on croit avoir vécu avant le neuvième siècle, et celle de lia 
ban-Ma„r(lib. pœnitentium), de Burchard (lib. dea'etcrum), et d'Ive, de Chartres 
Vih.dccretorum), qui rapportent ce canon avec ces paroles : pint pœnitenHam unius 
nm»i, rendent le premier sens préférable. 

(a) L'Église n'a jamais approuvé ni autorisé par aucune loi les mariages des 
chreuens avec k* païens et des catholiques avec les hérétiques ; elle n'a fait que to- 
lérer ccux-c, lorsque les circonstances lcxi C caient impérieusement. Tertullien traite 
d adultères les marian.es avec les B en,il, , et soutient que ceux qui les contractent 
«foirent cire séparés de la communion des fidèles. (Lib. H, ad Vxora», cap m )> 



M 



^.JÀ 



-94 - 

18' canon, Les évêques , les prêtres et les diacres ne quitteront point 
leurs églises pour trafiquer, et ils ne voyageront point par les provinces 
pour fréquenter les foires et les marchés. Il leur est néanmoins permis 
d'envoyer leur fils, leur affranchi , ou quelque autre personne pour ache- 
ter ce qui est nécessaire à leur subsistance et même pour trafiquer dans 
leur province. 

19 e canon. Si l'on découvre qu'un évêque, un prêtre ou un diacre, 
ait commis un adultère depuis son ordination , on lai refusera la com- 
munion même à la mort, tant pour le crime que pour le scandale. 

20" canon. Si un clerc est convaincu de prêter à usure, qu'il soit 
dégradé et excommunié. Si un laïque se rend coupable du même péché, 
et qu'il refuse de se corriger, qu'il soit chassé de l'Église. i 

21 "canon. Celui qui étant dans la ville ne viendra pas à l'église pendant 
trois dimanches , sera privé de la communion pendant autant de temps. 

22 e canon. Si quelqu'un passe de l'Église catholique à une hérésie, et 
qu'il revienne à l'Église, on ne lui donnera la communion qu'après dix ans 
de pénitence. Mais les petits enfants qui auront été entraînés à une héré- 
sie, seront reçus sans délai à la communion, pareequ'ils n'ont point péché. 

23 e canon. On célébrera les doubles jeûnes , appelés superposition» (1 ), 
tous les mois , excepté les mois de juillet et d'août , à cause de la fai- 
blesse de quelques uns. 

24' canon. On ne pourra être promu à la cléricature que dans la pro- 
vince où l'on aurait été baptisé , afin que les mœurs de celui qui se pré- 
sente pour recevoir les Ordres soient connues. 

25 e canon. Pour éviter l'abus que quelques-uns font du nom de confes- 
seurs, l'évêquc donnera des lettres de communion à ceux qui vont en 
voyage , mais il n'y marquera point qu'ils ont confessé'Jésus-Cbrist. 

2C C canon. On célébrera le double jeûne le samedi. 

27 e canon. Un évêque ou tout autre clerc pourra avoir avec lui sa 
sœur, ottsa fille , pourvu qu'elle soit vierge et consacrée à Dieu , mais 
non point une femme étrangère. 

28" canon. Les évêques ne recevront point de présents de celui qui 
n'est pas admis à la communion. 

29* canon. Le nom d'un énergumène ne doit point être prononce à 
l'autel au moment de l'oblation , et on ne doit point lui permettre qu'il 
serve de sa main dans une église (2). 

(1) On les appelait aussi double» ou renforcés, parte qu'on passait les jours tout 
entiers sans manger. 

(2) Les évêques d'Afrique donnaient aux énerffumenes le soin de batayer le pavé" 
de l'église. 






— 95 - 

30' canon. On ne doit point ordonner sous-diacre celui qui a commis 
un adultère dans sa jeunesse ; si on l'a ordonné , qu'il soit déposé. 

31' canon. Les jeunes gens qui, après leur baptême, sont tombés dans 
quelque péché d'impureté, seront admis à la communion lorsqu'ils au- 
ront fait pénitence et qu'ils se seront mariés. 

52' canon. Celui qui tombera dans une faute mortelle ne recevra pas 
la pénitence du prêtre, mais de l'évêque; mais en cas de maladie un 
prêtre ou un diacre pourra lui donner la communion , si l'évêque l'a ainsi 
ordonné. 

33' canon. Il est généralement ordonné aux évêques , aux prêtres , 
aux diacres et à tous les clercs qui servent dans le ministère de s'abste- 
nir de leurs femmes ; celui qui aura contrevenu à celte défense sera privé 
de l'honneur de la cléricature (1). 

34' canon. Il est défendu d'allumer en plein jour des cierges dans les 
cimetières , afin de ne pas inquiéter l'esprit des saints (c'est-à-dire trou- 
bler soit les fidèles qui priaient dans les cimetières, soit les ministres 
de l'Église qui y offraient des sacrifices, et qui étaient troublés par la 
grande quantité de luminaires qu'on y allumait pendant le jour). 

35 e canon. Il est défendu aux femmes de passer les nuils dans les ci- 
metières, parce que souvent , sous prétexte de prier, elles commettaient 
des crimes en secret. 

30" canon. Il est défendu de mettre des peintures dans les églises , de 
peur que ce qui est l'objet du culte et de l'adoration des fidèles ne soit 
peint sur les murailles (2). 

37' canon. Les possédés du démon , se trouvant à l'article de la mort, 
recevront le baptême s'ils sont catéchumènes! et la communion s'ils sont 
fidèles; mais il leur est défendu d'allumer publiquement des lampes dans 
l'église. S'ils contreviennent à celte défense , qu'ils soient privés de la 
communion. 

38 e canon. Dans un voyage sur mer, ou si l'église est éloignée , il est 
permis à un fidèle qui n'a pas violé l'intégrité de son baptême et qui n'est 
pas bigame (5) , de baptiser un catéchumène en cas de nécessité ; mais si 



(i) L'Eglise n"avait point encore publié de loi générale qui obligeât indistincte- 
ment tous les deres à la continence. 

(a) Peut-être craignait-on que ces peintures ne pouvant être enlevées dans les 
Temps de persécution, ne fussent profanées par les Infidèles. 

{3) Quoique les bigames fussent exclus de tontes fonctions cléricales, il est néan- 
moins Ji présumer que ce canon ne leur défend de baptiser en c.iv de nécessité, que 
lorsqvt'll y aura d'autres personnes qui pourront le faiiv. 



f 



■ 



- % — 

Je baptisé survit, il doit le présenter à l'évêquc afin qu'il lui impose les 
mains pour le perfectionner (c'est-à-dire pour le confirmer). 

39° canon. Si un gentil , étant malade , demande qu'on lui impose les 
mains, on le fera chrétien (c'est-à-dire catéchumène), s'il a mené une vie 
honnête. 

40 e canon. Il est défendu aux propriétaires des terres de passer en 
compte ce qui aura été offert aux idoles; celui qui contreviendra à cette 
défense sera retranché de la communion de l'Église pendant cinq ans. 

41 e canon. Les fidèles ne doivent point souffrir des idoles dans leurs 
maisons, autant que cela leur sera possible ; mais s'ils craignent la vio- 
lence de leurs esclaves , en leur ôtant leurs idoles , ils doivent au moins 
8e conserver eux-mêmes purs d'idolâtrie ; s'ils ne le font pas, ils doivent 
être considérés comme étrangers dans l'Église. 

42 e canon. Ceux qui se présentent pour embrasser la foi , s'ils sont de 
bonnes mœurs , seront reçus à la grâce du baptême après deux ans d'é- 
preuve , à moins que la nécessité n'oblige de les secourir plus tôt. 

43' canon. Il faut célébrer la pentecôte , suivant l'autorité des Écri- 
tures , le cinquantième jour après pâques et non le quarantième ; celui 
qui ne le fera pas sera noté comme introduisant une nouvelle hérésie 
dans l'Église (1 ). 

44 e canon. Si une femme, prostituée publique, mais depuis mariée, 
vient à la foi , on la recevra sans délai. 

45 e canon. Un catéchumène, qui pendant un temps infini ne sera point 
venu à l'Église , pourra recevoir le baptême, pourvu toutefois que quel- 
qu'un du clergé le reconnaisse pour chrétien , ou que quelques fidèles en 
soient témoins. 

40" canon. Si un fidèle devenu apostat n'est point venu à l'Église 
pendant un temps infini , et qu'il y revienne sans être tombé dans l'ido- 
lâtrie , il recevra la communion après dix ans. 

47 e canon. Si un fidèle marié a commis plusieurs adultères, on ira le 
trouver à l'article de la mort, et s'il promet de se corriger, on lui don- 
nera la communion. Mais si , après être guéri , il retombe dans son pé- 
ché , on ne souffrira pas qu'il se joue davantage de la communion. 

48 e canon. On corrigera la coutume de mettre de l'argent dans les 
fonts en recevant le baptême , do peur que l'évêquc ne semble vendre 



(l) C'était pour détruire une mauvaise coutume mlrodnitc-cn Espagne de célé- 
brer ta pentecôte le quarantième jour après pâques; c'était alors l'usage de traiter 
d'hérésie l'erreur sur ces cérémonies principales. — Ëpiphanc, llœres. 5o, — Plii- 
latrcs,J«Y Hœresibus in Bibliol. Palrum, t. V, p. 708. — Saint Augustin, de Hairc- 
siOux. 



— 97 — 

ce qu'il a reçu gratuitement. Les pieds du baptisé seront lavés par les 
clercs et non par les évêques (1). 

W canon. Il est défendu aux fidèles qui possèdent des terres d'en 
laisser bénir les fruits par les juifs , comme s'ils voulaient rendre inu- 
tile la bénédiction du prèlre. Ceux qui contreviendront à cette défense 
seront retranchés de la communion de l'Église (2). 

50 e canon. Si un clerc ou un fidèle est trouve mangeant avec des 
juifs, il sera privé de la communion. 

51 e canon. Il est défendu d'admettre dans le clergé un fidèle , de quel- 
que hérésie qu'il vienne ; et s'il se rencontre un évèque qui l'ordonne , 
qu'il soit déposé. 

52° canon. Si quelqu'un est trouvé déposant des libelles diffamatoires 
dans l'Église , qu'il soit analhématisé. 

50 e canon. L'excommunié ne pourra cire reçu à la communion que 
par l'évèque qui l'en aura privé. Si un autre évèque osait le recevoir sans 
le consentement de celui qui aurait prononcé la sentence d'excommuni- 
cation, il en rendrait compte à ses confrères sous peine de déposition. 

54 e canon. Les parents qui fausseront la foi des fiançailles seront re- 
tranchés pour trois ans de la communion de l'Église , à moins que le 
liancé ou la fiancée ne se trouvent coupables d'un crime (3). 

55 e canon. Les prêtres des faux dieux qui auront seulement porté la 
couronne , mais qui n'auront point sacrifié ni contribué au culte des 
idoles, seront reçus à la communion après deux ans. 

56 e canon. L'entrée de l'église sera défendue aux décemvirs pendant 
l'année de leur magistrature (i). 

57 e canon. Il est défendu aux femmes et à leurs maris de donner leurs 

(i) On lavaii les jiieds du baptisé en plusieurs endroits île l'Occident , à Milan et 
dans les Gaules, mais non point à Home. (Saint Ambroisc, lib. lu , de Sacramentis, 
cap- i. — Mabillon, in Missal. yothica et gatlicana veteri. 

En Afrique, ceux qui devaient être baptises la veille île piques, se baignaient le 
jour du Jeudi-Saint, pour éviter l'indécence qu'il y aurait eu à se présenter aux 
fonts sacrés, le corps étant sale. (Saint Augustin, Epistota f>4 ud Janiiarium.) 

(luant à la coutume de donner quelques présents à celui de qui on recevait le 
baptême, elle subsistait encore du temps de saint Grégoire de Nazianze, qui re- 
marque qu'on donnait même à manger à l'évêquc et à ceux qui l'avaient aidé dans 
l'administration du baptême. — Saint Grégoire, Oratio 4o. 

(2) Ce canon donne lieu de croire que c'était dès lors la coutume dans l'Eglise 
île bénir les fruits de la campagne. 

(3) Ainsi celait alors l'usage de fiancer avant le mariage, cl l'Église avait droit de 
punir ceux qui sans cause légitime révoquaient les promesses de fiançailles. 

(4) Parce que, dans le temps de leur déeemvirnt, ils ne pouvaient se dispenser 
d'assister à quelque cérémonie païenne. 

T. I. 7 



— 98 — 

habits pour l'ornement d'une pompe séculière (c'est-à-dire païenne) , 
sous peine d'ëlre privés de la communion pendant trois ans. 

58 e canon. Les évoques, mais principalement l'évêque métropolitain, 
interrogeront ceux qui viennent à eux porteurs de lettres de commu- 
nion, afin de connaître par leur témoignage l'élatdes Églises de chaque 
province. 

59 e canon. Il est défendu aux chrétiens de monter au capitole des 
païens pour y voir sacrifier; si un fidèle l'a fait, il ne recevra la com- 
munion qu'après dix ans de pénitence. 

GO* canon. Il est défendu de mettre au rang des martyrs celui qui 
aura été tué en brisant des idoles ; car cette violence n'est pas autorisée 
par l'Évangile , et on ne trouve nulle part que les apôtres aient jamais 
rien fait de semblable (1). 

61 e canon. Celui qui après la mort de sa femme en épousera la sœur, 
sera privé de la communion pour cinq ans , à moins que la gravité d'une 
maladie n'oblige de la lui accorder plus tôt (2). 

02 e canon. Si un cocher du cirque ou un pantomime veulent se con- 
vertir, qu'ils renoncent premièrement à leur métier, sans espérance d'y 
retourner ; et s'ils tentent de braver cette défense , après avoir été reçus, 
qu'ils soient chassés de l'Église. 

63 e canon. Si une femme , devenue grosse d'adultère , fait périr son 
fruit , on lui refusera la communion même à la mort , à cause du double 
crime. 

Ci* caxon. Si une femme a vécu dans l'adultère jusqu'à la mort, elle 
ne recevra pas la communion. Mais si elle a quitté l'homme avec lequel 
elle commettait le crime, on lui donnera la communion après dix ans de 
pénitence. 

05 e canon. Si la femme d'un clerc est tombée en adultère , et que son 
mari ne la chasse point de chez lui , dès qu'il connaîtra son crime , il ne 
recevra pas la communion à la mort. 

GO' canon. Celui qui commettra un inceste, en épousant la lille de sa 
lemme , ne recevra pas la communion à la mort. 



(i) Ce canon ne regarde pas les chrétiens prisonniers qui, amenés devant le juge, 
jetaient par terre ou brisaient les idoles qu'on voulait leur faire adorer ; et c'est sans 
fondement qu'on dit que sainte Eulalie vierge, martyrisée en Espagne, l'an 3o3 ou 
3o4, donna occasion à ce règlement, parce qu'étant conduite devant l'idole, elle lui 
donna nn coup de pied, au rapport de Prudence, et cracha sur le visage du juge, 
(fn hymno de martyrio sanctœ Eulaliœ. Ruinait, aclu Martyr., p. 453.) 

(2) On voit par saint Basile que ces sortes de mariages avaient toujours été dé- 
fendus dans l'église de Césarée, (Epislolu tCo ai Biodorum.) 



- 99 — 

07 e canon. Il est défendu aux femmes, soil fidèles, soit catéchumènes, 
d'avoir à leurs gages des comédiens ou des joueurs de théâtre. Celles 
qui mépriseront cette défense seront retranchées de la communion. 

68 e canon. Une catéchumène, coupable d'adultère , qui aura étouffé 
son fruit, ne recevra le baptême qu'à la mort. 

69 e canon. Si un homme marié tombe une fois dans le péché d'adul- 
tère , il ne sera réconcilié qu'après cinq ans de pénitence , à moins qu'on 
ne soit obligé, pour cause de maladie, de lui accorder la communion 
avant l'expiration de ce délai. On observera la même discipline à l'égard 
de la femme. 

70 e canon. Le mari, complice de l'adultère de sa femme, ne recevra 
pas la communion même à la mort ; mais s'il quille sa femme , il sera 
admis' à la communion après dix ans de pénitence. 

71 e canon. Ceux qui abusent des jeunes garçons ne recevront pas la 
communion même à la mort. 

72 e canon. Si une veuve épouse celui avec qui elle aura péché , elle 
ne sera admise à la communion qu'après cinq ans de pénitence. Si elle 
le quitte pour en épouser un autre, elle ne recevra pas la communion 
même à la mort ; mais si celui-ci est fidèle , on lui donnera la communion 
après dix ans de pénitence , à moins qu'une maladie dangereuse ne force 
de l'admettre avant ce temps. 

73 e canon. Un fidèle qui par une dénonciation fera proscrire ou met- 
tre à mort quelqu'un, ne recevra pas la communion même à la mort. Si 
la cause est légère, il sera admis après cinq ans. Si leur dénonciateur est 
catéchumène , on lui donnera le baptême après cinq ans. 

74 e canon. Le faux témoin sera puni selon la gravité de l'accusation. 
Si le crime doni il a été accusé n'enlraine pas la peine de mort et qu'il 
prouve qu'il a gardé longtemps le silence , on doit le retrancher de la 
communion pour deux ans ; mais s'il ne peut le prouver en présence du 
clergé , il fera pénitence pendant cinq ans. 

75* canon. Si quelqu'un porte une fausse accusation contre un évê- 
que , ou un prêtre ou un diacre , et qu'il ne puisse la prouver, on ne lui 
donnera pas la communion même à la mort. 

70 e canon. Si un diacre s'est laissé ordonner étant coupable d'un 
crime digne de mort, et qu'il confesse lui-même sa faute, on ne doit 
l'admettre à la communion qu'après trois ans de pénitence. Si un autre 
l'a dénoncé , sa pénitence sera de cinq ans , après lesquels on le recevra 
à la communion laïque (mais il sera déposé pour toujours de la cléri- 
cature). 

77 e canon. Si un diacre, gouvernant un peuple, a baptisé quelques 






ï 



— 100 — 
personnes sans évèque et sans préire, l'évoque doit les perfectionner par 
sa bénédiction ; niais s'ils meurent auparavant , chacun pourra être sauvé 
selon sa foi. 

78 e canon. Lefidèle marié qui aura commis un adultère avec une juive 
ou avec une païenne , sera retranché de la communion (pour trois ans , 
s'il confesse lui-même son crime) (1) ; s'il en est accusé par un autre, on 
ne doit l'admettre à la communion qu'après cinq ans de pénitence. 

79 e canon. Si un fidèle joue de l'argent aux dés , il sera retranché de 
la communion ; et s'il se corrige , on pourra le réconcilier après un an de 
pénitence. 

80 e canon. Il est défendu d'ordonner les affranchis, dont les patrons 
sont dans le siècle (c'est-à-dire païens). 

81 e canon. Les femmes (des évoques) ne doivent point donner ni re- 
cevoir des lettres (de communion) au nom de leurs maris. 

Ces canons sont tous dignes d'antiquité. Ce sont les plus anciens qui 
soient venus jusqu'à nous. Comme la plupart sont très-diiliciles à enten- 
dre, beaucoup de savants se sont appliqués à les éclaircir, entre autres 
Dinius, Cabassulius, de l'Aubespine, Gardas, le cardinal d'Aguire et 
don Fcrnand de Mendoza. On trouve dans le P. Labbe (2) onze autres 
canons attribués à ce concile par Gratien , par Ives de Chartres et par 
Burchard ; mais la plupart de ces canons sont du concile d'Arles ; 
d'autres appartiennent à des conciles plus récents. 

N° SI. 

CONCILE D'ALEXANDRIE. 
(alexanmunum.) 

(Vers l'an 501.) — Mélècc, évoque de Lycopolis en Tliébaïde, con- 
vaincu d'avoir abandonné la loi , commis plusieurs crimes et sacrifié aux 
idoles, lut déposé dans ce concile par saint Pierre, évoque d'Alexan- 
drie (5). 

C'est tout ce que l'on sait de ce concile, dont les actes ne sont point 
parvenus jusqu'à nous. 

Mélècc ne se soumit point à cette sentence et ne se mit nullement en 
peine de se justifier. Mais se voyant soutenu, il se fit chef de parti, se 

(i)Ccs paroles : Si spcntcfucrUconfcssus, per tiicnnium , ne se trouvent point 
dans le canon ; mais le sens et la teneur du 76 e canon autorise cette addition. (Voir 
Mendoza, Commentai lus in O.nsilium Illiberitanum.) 

(2) Sacrostmcta Concilia, t. 1. 

(3) Saint Ailianase , Apoioij. contra aiianos. — Socrate, Historia ecclesiastica, 
lib. I, cap. (>. 



— 101 — 

déclara indépendant de l'évëquc d'Alexandrie , ci commença ce fameux 
schisme qui troubla l'Église d'Egypte et durait encore cent cinquante 
ans après (1). 

N° JJ2. 

CONCILE DE SUN CESSE. 

( SI.NUESSANUM. ) 

(L'an 305.) — Nous ne parlerons pas de ce faux concile, nj de sa 
prétendue sentence contre le pape saint Marcellin , dont on a si souvent 
démontré avec tant d'évidence la supposition (2). 

N° oô. 
* CONCILE DE CJRTHE OU CONSTANTINE EN NUMIDIE. 

(CIRTENSE.) 

(L'an 305 (5).) — La persécution élant apaisée en Afrique , onze ou 
douze évêques de Numidie, tous coupables d'avoir livré, pendant la 
persécution, les saintes Écritures, d'où ils reçurent le nom de Tradi- 
teurs , s'assemblèrent à Cirthe , pour donner un successeur à l'cvèque 
Paul qui venait de mourir. Ils confessèrent publiquement et sans honte 
leur crime, et s'en donnèrent tous réciproquement l'absolution et élu- 
rent ensuite pour évèque le sous-diacre Sylvain , clerc traditeur, dont le 
peuple ne voulut point reconnaître l'élection , à cause de son crime. 

Les évoques traditeurs de ce concile furent les premiers auteurs du 
schisme des donatistes ; et dans la suite , les évêques catholiques se ser- 
virent avantageusement contre les schismatiques des actes du concile de 
Cirthe. 

(i) Théodore!, llisl. eccl.,l. III, lib. i, cap. 8.— Socralc, I/isl. tect., Iili. I, cap. 6. 

(a) Voirclom Ceillicr, Uisl. des auteurs sacres, t. III, p. G81 cl suiv. 

(3) On lit dans les actes de ce concile, qu'il se tint le 5 mars, Diodéiicn clant con- 
sul pour la huitième fois, cl Maximien pour la septième, ce qui revient à l'an 3o3 
de Jésus-Christ. Mais on ne peut douter qu'il n'y ail ici une erreur de date, ci 
saint Augustin, qui la rapporte dans ses livres (contre Crcsconius), remarque ailleurs 
que dans l'exemplaire de ces actes produits et examines avec soin dans la confé- 
rence de Carlhagc, on lisait qu'il avait été assemblé l'année après le neuvième con- 
sulat de Dioclctien, et le huitième de MaximicD, le troisième des noues de mars, le 
5 mars 3o"5. Ce qui corrobore le témoignage de saint Augustin, c'est qu'il est cer- 
tain que les évêques s'assemblèrent à Cirthe pour élire un évèque à la place de 
Paul qui venait de mourir. Or, Paul était encore plein de vie le 19 mai 3o3, comme 
on le voit par les actes de Munacc Félix, premier magistrat de Cirthe et Iljiuiuc 
perpétuel. 

Saint Augustin, in Breviculn collationis cùm donalislis, cap. ivii, opéra, t. 1\.— 
Art de vérifier les dates ;Aom Ceillicr, llisl. des auteurs >nrrrs, t. III. p. 69G, 



— 102 — 

N° 84. 
CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTHAGINENSE.) 

(L'an 312.) — L'Église d'Afrique étant en paix , les évoques s'assem- 
blèrent à Carthage , pour élire un évoque à la place de Mensurius. Céci- 
Jien , archidiacre de celte ville , fut choisi par le suffrage unanime du 
peuple et ordonné évoque par Félix d'Aplonge , en présence cl du con- 
sentement des évoques de la province. 



N u 36. 
* CONCILIABULE DE CARTHAGE, 

(L'an 312.) — Quelque légitime que fût l'élection de Cécilien à l'épi- 
scopat de Carthage , une brigue puissante s'éleva contre elle. Les deux 
prêtres Bolrus et Céleusius , qui aspiraient à cette dignité , refusèrent de 
la reconnaître et entreprirent de la faire annuler ; une femme , riche et 
puissante, nommée Lucile , se joignit à eux pour se venger de Cécilien 
qui , n'étant que diacre , l'avait vivement irritée , en la reprenant d'une 
pratique superstitieuse; quelques vieillards de Carthage entrèrent dans 
cette cabale contre l'évèquc , parce qu'il les obligea de restituer les vases 
sacrés de l'église , que Mensurius leur avait confiés en partant pour Rome 
sur l'ordre de Maxence, et dont ils avaient espéré s'enrichir, dans la 
persuasion que personne n'avait connaissance de ce dépôt ; et Donat , 
évêque des Cases-Noires en Numidie , se mit à la tête de ce parti dans 
lequel il entraîna tous les évêques de sa province. 

Ces ennemis de Cécilien , poussés par des passions diverses , ne né- 
gligèrent aucun moyen , aucune intrigue pour arriver à leurs fins. Ils 
attaquèrent d'abord son élection comme ayant eu lieu en l'absence des 
évêques de Numidie, dont ils prétendaient sans raison que le concours 
était nécessaire ; puis , ils contestèrent la validité de son ordination, sous 
prétexte qu'elle avait été faite par un évêque traditeur ; car ils accusèrent 
faussement Félix d'Aptonge d'avoir livré les saintes Écritures et les vases 
sacrés pendant la persécution de Diocléticn ; et , suivant la doctrine des 
rebaptisants admise encore dans quelques Églises d'Afrique, cette apo- 
stasie devait rendre invalide et nulle l'ordination conférée par un évêque 
qui en était coupable. Us imputèrent aussi à Cécilien des crimes person- 
nels qui devaient le faire regarder comme indigne de l'épiscopat. Ayant 
imaginé ces moyens et ne doutant pas de leur succès , ils assemblèrent 



- 103 — 

à Carthage les évêques de Numidie , au nombre de soixanie-dix , firent 
condamner dans ce conciliabule Félix d'Àpiongc , déposer Cécilien et 
ordonner à sa place un nommé Majorin , domestique de Lucile (1). 

Telle fut l'origine du fameux schisme des donatisles, ainsi nommé à 
cause de Donat des Cases-Noires et d'un autre Donat qui succéda à Ma- 
jorin dans le titre d'évèque de Carthage, et dont les talents et quelques 
vertus apparentes contribuèrent beaucoup à grossir ce parti. 



N° S6. 

CONCILE DE ROME. 

(romanum.) 

(2 octobre, l'an 315.) — Constantin, devenu lcmaitrc de l'empire par 
la défaite de Maxcnce , prit aussitôt des mesures pour éteindre ou affai- 
blir le schisme dans cette province. Il accorda des largesses et des pri- 
vilèges aux évêques et aux autres ministres de la religion qui demeuraient 
unis à Cécilien , et sur une requête des donatistes qui demandaient des 
juges choisis parmi les évoques des Gaules, il désigna Materne , évêque 
de Cologne , Marin d'Arles et Rhétieius d'Autun , tous trois célèbres par 
leurs talents et leurs vertus. Mais il voulut que le pape présidât lui-même 
à la décision d'une cause si importanie , et il écrivit pour cet objet à 
Miltiade qui occupait alors le siège apostolique. Il ordonna en même 
temps au proconsul d'Afrique d'envoyer à Rome Cécilien avec deux évo- 
ques de son parti et le même nombre d'évêques schismaliques. 

Le concile fut ouvert le 2 octobre par le pape Miltiade , en présence 
des trois évêques des Gaules et de quinze autres évêques d'Italie. Dans 
la première séance, les ennemis de Cécilien présentèrent un mémoire 
d'accusation contre lui , au nom du peuple de Carthage ; mais comme il 
ne contenait que les cris confus de la populace qui suivait le parti de 
Majorin , les Pères du concile exigèrent des témoins et des accusateurs 
connus, alin qu'on pût discuter leur témoignage. Mais ceux que les schis- 
matiques amenèrent devant le concile les couvrirent de honte, en dé- 
clarant qu'ils ne pouvaient rien alléguer de certain contre Cécilien ; 
Donat des Cases-Noires n'osa plus reparaître au concile. Cécilien , à son 
tour, accusa cet évêque d'avoir commencé le schisme à Carthage sous 
l'épiscopat de Mensurius , d'avoir rebaptisé et imposé de nouveau les 
mains à des évêques tombés dans l'idolâtrie ; et Donat, réduit à répondre 



(i) Sainl Augustin, île Unilalc Ecctes. contra donalist. 
Contra Crescon. — In Breviculo collât. — Contra donat. 
{jesiis puraat. Cœcil, 



■ ld., Epistola 4 3. — 
Oplal de Milcvc, in 



Jj 



Ml 



— 104 — 

aux deux derniers chefs et ne pouvant se justifier du premier, évita par 
sa fuite la honte de la condamnation dont il se sentait menacé. 

Dans la seconde séance , quelques personnes se présentèrent avec un 
autre mémoire contre Cécilien ; mais après une discussion approfondie , 
on reconnut qu'il ne renfermait que des allégations destituées de 
preuves. 

Enfin, dans la troisième , on examina le conciliabule de Carthage, dont 
les schismatiqnes vantaient l'autorité, soit à cause du grand nombre 
d'évôques qui s'y étaient trouvés réunis , soit parce qu'étant tous du pays 
ils avaient jugé en connaissance de cause. Mais comme il était notoire 
que les évoques, animés par la passion et se faisant l'instrument d'une 
femme vindicative , s'étaient déclarés tout d'abord les ennemis de Céci- 
lien ; qu'ils l'avaient sommé de comparaître sans observer les formalités 
voulues, et qu'ils l'avaient condamné sans l'entendre, quoiqu'il eût des 
raisons légitimes pour ne point obéir à leur sommation , puisqu'il ne pou- 
vait pas même se présenter avec sûreté pour sa personne , on crut ne 
devoir tenir compte d'un jugement dicté par la haine et prononcé contre 
un absent, après des procédures si visiblement irrégulières. On jugea 
inutile de discuter la cause de Félix d'Aptonge et d'examiner s'il était 
réellement traditeur ; car c'était une maxime constante qu'un évêque 
coupable même d'apostasie , peut légitimement , tant qu'il est en place , 
sans être condamné ni déposé par un jugement canonique, faire des 
ordinations et toutes les autres fonctions épiscopales. Quant au grief de 
n'avoir point appelé les évoques de Numidie pour l'ordination de Céci- 
lien, il ne paraît pas que le Concile s'en soit occupé ni que les schismati- 
ques aient alors insisté sur ce point, parce que c'était un usage depuis 
longtemps établi que l'évêque de Carthage , comme tous ceux des grands 
sièges , fût ordonné par un évoque de la province et non par le métropo- 
litain d'une province voisine. Et comme on n'avait pu fournir aucune 
preuve des crimes imputés à Cécilien, le Concile n'hésita pas à le décla- 
rer innocent et à le maintenir dans la communion de l'Église , en rati- 
fiant son ordination. Cependant il s'abstint de prononcer aucune sen- 
tence contre les éveques du parti contraire , et pour éteindre plus faci- 
lement toute division , il les autorisa même à garder leur siège en re- 
nonçant au schisme, voulant que dans toutes les Églises où se trouvaient 
deux évoques, l'un ordonné par les catholiques, l'autre par les donatis- 
tes, on conservât le plus ancien et qu'on pourvût l'autre d'un nouveau 
siège dès qu'il surviendrait une vacance. Il n'y eut que Donat des Cases- 
Noires qui fut condamné comme auteur de tout ce désordre et convaincu 
de prévarication» inexcusables. Le Concile informa Constantin de ce ju- 



— 105 — 
gcmcnt et envoya deux évoques en Afrique pour travailler au rétablisse- 
ment de l'unité. Mais la division continua de régner comme aupara- 
vant (1). 

N° «7. 

CONCILE D'ARLES. 

(arelatense.) 

(1 er août de Tan 514.) — Les donatistes protestaient contre la déci- 
sion du concile de Rome , en alléguant qu'il n'avait pas été assez nom- 
breux pour que son jugement dût prévaloir contre l'autorité beaucoup 
plus imposante du conciliabule de Carthage. Fatigué de leurs plaintes 
continuelles , Constantin résolut d'assembler dans les Gaules un concile 
plus nombreux , afin d'ôter par là tout prétexte de tumulte aux schisma- 
tiques, et de les réduire à l'obéissance. Il écrivit des lettres de convo- 
cation aux évoques de toutes les provinces qui faisaient partie de son 
empire , et il manda à son vicaire d'Afrique de faire partir Cécilien et 
s es adversaires pour Arles , où le concile devait se réunir. 

Il s'y trouva des évoques de toutes les parties du monde où s'étendait 
l'empire de Constantin, des Gaules, d'Afrique, d'Italie, de Sicile, de 
Sardaigne, d'Espagne et d'Angleterre. Le pape Sylvestre y envoya quatre 
légats (2) ; mais l'empereur Constantin , occupé des préparatifs de la 
guerre contre Licinius , ne put y assister. 

Les Pères de ce concile, dont les actes ne sont point parvenus jusqu'à 



(l) Saint Augustin, in Breviculo collât., diei 3, cap. xvji. — Id., Epistola 43 et 88. 
— Optât Je Milève, lib. I. — Flcury, llist. eccl. 

(i) L'abbé Cumin (Usscrius, in sylloije cpistolarum Itibernicarum), qui vivait au 
septième siècle , et Adon de Vienne (m Chronicis ; Vide Bibliolh. Patrum, t. XVI, 
p. 7g3), au neuvième, portent le nombre des Pères de ce concile à six cents. On 
trouve le même nombre dans deux manuscrits, l'un de Lyon, l'autre de Corbic, 
rites par le P. Sirmond (in nolis posthumis in concilium Arclatcnsc) , et à la tête de 
Il lettre synodale envoyée par le concile au pape Sylvestre (I)om Coûtant, Recueil 
îles épitres décrétâtes, cpître uu Souverain- Pontije, 1. 1, p. 3/p). — Baronius [Annales, 
ad annum 3i/| , n" 4g) réduit ce nombre à deux cents, 'en se fondant sur un pas- 
sage de saint Augustin (ancienne édition) qui parlait que deux cents évoques avaient 
assisté, non pas au concile d'Arles, comme l'a cru ce savant cardinal, mais au con- 
cile de Home, sous le pape Miltiade. Ce passage est tire du premier livre contre l'c- 
pîlre de Parménien, ch. v, où on lisait dans l'ancienne édition : Usque adeo dé- 
mentes sunt hommes ut ducentns judices vietis litiaatoribus credant esse postponcn- 
dos. Mais les bénédictins de Saint-Maur ont corrigé cet endroit de saint Augustin 
sur un manuscrit très-correct tic la bibliothèque du Vatican, et ont mis au lieu de 
ut ducentos judices, ul comra judices upuil auos vieil sunt vietis Utir/atoiibus credant. 
(S. August., opvia, t. IX, p. \-j, novie edilionis.) 



- 106 - 
nous, examinèrent dans tous ses détails, et avec le plus grand soin, la 
cause de Cécilien. Les donatistes reproduisirent encore les accusations 
qu'ils avaient imaginées contre lui personnellement et contre les évèqucs 
qui l'avaient ordonné ; mais ils ne purent en donner aucune preuve , et 
leur insistance sur le dernier grief parut d'autant plus inexcusable, que 
la plupart de ceux qui accusaient Félix d'Aptonge d'avoir livré les 
saintes Écritures et les vases sacrés étaient eux-mêmes des traditeurs , 
d'après leur propre aveu devant le concile de Cirthe. Cécilien fut dé- 
claré innocent , et ses accusateurs condamnés. 

Quelques évêques donatistes abandonnèrent alors le schisme pour se 
rattacher à l'unité catholique ; mais un grand nombre , persistant avec 
opiniâtreté dans leur égarement , osèrent en appeler à l'empereur , qui 
les fit rigoureusement condamner au concile de Milan , l'an 316. 

La cause de Cécilien jugée , les Pères du concile d'Arles firent divers 
règlements de discipline , qu'ils adressèrent au pape saint Sylvestre 
avec une lettre synodale, en le priant d'user de son autorité pour les 
faire recevoir dans toutes les Eglises du monde chrétien. Ces canons , 
devenus célèbres depuis, sont au nombre de vingt-deux. Les voici : 

1" canon. La fête de Pâques sera observée par tous les fidèles le 
même jour (c'est-à-dire le dimanche après le 14 e jour de la lune de 
mars) , et , suivant la coutume , le pape enverra des lettres à tous ( les 
évoques d'Occident (1)). 

2 e canon. Les ministres de l'Église demeureront dans le lieu où ils 
auront clé ordonnés. 

3 e canon. Les soldats qui quitteront les armes durant la paix (de l'É- 
glise, sans le congé de leurs capitaines), seront privés de la communion. 
i° canon. Les fidèles qui conduiront des chariots dans le cirque se- 
ront retranchés de la communion , tant qu'ils demeureront dans ces 
professions. 

5 e canon. Les fidèles qui exerceront la profession de comédien, seront 
retranchés de la communion , jusqu'à ce qu'ils renoncent à leur état. 

6 e canon. On imposera les mains à ceux qui, étant malades, veulent 
embrasser la foi catholique ( c'est-à-dire qui demandent à être reçus 
catéchumènes). 

T canon. Les fidèles qui seront élevés à des charges publiques , et 
même à des gouvernements , prendront des lettres de communion de 
leur évêque, afin de prouver qu'ils sont dans la communion de l'Église. 



(i)Quant aux éveques d'Oricnl, il était d'usage que levéque d'Alexandrie leur 
fit savoir, chaque année, le jour où ils devaient célébrer la fête de piques. 



— 107 — 
Toutefois l'évêque du lieu où ils exerceront leur charge prendra soin 
d'eux , et pourra , s'ils font quelque chose de contraire à la discipline, 
les retrancher de la communion. 

8« canon. Quant aux africains (1) qui sont dans l'usage de rebaptiser 
les hérétiques (2), sL un hérétique vient à l'église , on lui demandera le 
symbole ; et si l'on trouve qu'il a été baptisé au nom du Père et du Fils 
et du Saint-Esprit, on lui imposera seulement les mains , afln qu'il re- 
çoive le Saint-Esprit. Mais, s'il ne répond pas suivant la foi de la Trinité, 
qu'il soit baptisé. 

9 e canon. 11 est défendu aux fidèles de prendre des lettres de recom- 
mandation des confesseurs , au lieu des lettres de communion qu'ils 
doivent recevoir de leur évêque. 

10 e canon. On exhortera les maris chrétiens et jeunes qui surprennent 
leur femme en adultère , de ne pas en épouser d'autres du vivant de 
la femme adultère. 

11 e canon. Les filles chrétiennes qui épouseront des païens , seront 
séparées durant quelque temps de la communion de l'Église. 

12 e canon. Les ministres de la religion qui prêteront à usure, seront 
retranchés de la communion , selon la loi de Dieu. 

13 e canon. Ceux qui seront reconnus authentiquement coupables d'a- 
voir livré les Écritures ou les vases sacrés, ou qui auront déféré leurs 
frères, seront déposés delà cléricature; et s'ils ont validement ordonné 
quelqu'un , cette ordination ne pourra leur nuire. 

14* canon. Ceux qui accuseront leurs frères à faux , ne recevront la 
communion qu'à la mort, j 

15- canon. Les diacres ne doivent point offrir le Sacrifice. 

16= canon. Ceux qui auront été retranchés de la communion de l'É- 
glise pour quelque crime, ne pourront rentrer dans la communion qu'au 
môme lieu où ils en auront été privés, 

17= canon. Afin qu'aucun évêque n'entreprenne rien sur les droits 
d'un autre évêque. 

18« canon. Les diacres de la ville épiscopale ne feront rien sans l'avis 
des prêtres. 

(ij On accuse les donaiislcs d'avoir corrompu ce caiiou, et d'avoir substitue le 
mot ariens à celui d'africains, comme on le Voit encore dans quelques éditions et 
dans de très-anciens manuscrits cités par le P. dom Coûtant. (Episl. Summ. Pont., 
t. I, p. 3/, 7 

(î) On voit par ce canon que l'Église d'Afrique avail retenu jusqu'alors la cou- 
tume de rebaptiser les hérétiques , qu'elle avait reçue d'Agrippin environ cent ans 
auparavant; mais les évêques dç cette province cédèrent à l'autorité et aux raisons 
du concile d'Arles. 



■ 



- 408 — 

19 e canon. Si un évoque étranger vient dans une ville, on doit lui 
laisser l'honneur d'offrir le Sacrifice. 

20 e canon. Aucun évoque ne doit s'attribuer le pouvoir d'ordonner 
tout seul un évêque ; il doit en prendre avec lui sept autres, ou trois au 
moins. 

21 e canon. Les prêtres ou les diacres qui abandonneront le lieu où 
ils auront été ordonnés, pour passer dans un autre , seront déposés. 

22 e canon. Ceux qui , après avoir apostasie , ne se présentent plus à 
l'Église , pas même pour demander la pénitence, et qui, étant malades, 
demandent la communion, on doit la leur refuser, à moins que, revenus 
en santé , ils ne fassent de dignes fruits de pénitence. 

Tels sont les canons du concile d'Arles, le plus illustre que l'Église ait 
tenu jusqu'alors , et le plus important par les questions qu'on y traita 
et par l'étendue des provinces qui y furent représentées. Un concile tenu 
dans la même ville en 452 l'appelle un grand concile. C'est probable- 
ment de ce concile que saint Augustin parle , lorsqu'il dit que la ques- 
tion du baptême des hérétiques fut terminée par un concile plénier de 
toute la terre et de toute l'Église , tenu avant sa naissance (1). Quel- 
ques auteurs veulent que ce concile plénier dont parle saint Augustin 
soit le concile de Nicée. Mais comment rapporter au concile de Nicéc 
tout ce que saint Augustin dit du concile plénier qu'il ne nomme point? 
et d'ailleurs ce Père n'a jamais combattu les donatistes par l'autorité ex- 
presse du concile de Nicée , mais souvent par celui d'Arles. 

La seule objection raisonnable qu'on puisse faire , c'est sur le titre de 
plénier ou d'universel que saint Augustin attribue au concile qu'il ne 
nomme point ; mais dans sa lettre 45s ce Père insinue assez clairement 
qu'il entendait parler du concile d'Arles. Ce concile a bien pu , en effet, 
être appelé par saint Augustin plénier, car il s'y trouva, dit le 2 e concile 
d'Arles, des cvèqucs de toutes les parties du monde ; et quand même il 
n'y aurait eu que les éveques des provinces d'Occident, ce qui n'est pas 
prouvé, le consentement donné par toutes les Églises delà Chrétienté au 
jugement qui y fut rendu contre les donaiislcs , suffirait pour que ce 
Père lui donnât le nom de plénier, comme on a donné celui d'œcumé- 
nique au premier concile de Consianlinoplc, quoiqu'il ne fût composé 
que d'évèques orientaux , mais dont les éveques d'Occident adoptèrent 
les décisions. 



(l) Lib. I, fie Baptismo coniiu donalist., cap. vil et IX. — Epist. contra Parmcn., 
lib. Il, cap. xili. 






— 109 — 

N° 38. 

CONCILE D'ANCYRE, EN GALATIE. 

(ancyranum.) 

(Vers l'an 31i.) — Le dernier persécuteur des chrétiens, Maximtn 
Daïa, étant mort vers le mois d'août de l'an 313, les évoques d'Orient 
profitèrent de la liberté des Églises pour travailler au rétablissement de 
la discipline ecclésiastique , dont la vigueur avait été énervée dans ces 
temps malheureux de persécution. Ils tinrent à cet effet , dit Eusèbe ( I) , 
un grand nombre de conciles, dont la plupart ne sont point parvenus 
jusqu'à nous. Un des premiers fut celui d'Ancyre , capitale de la Galatie, 
où se trouvèrent des évêques de la Cilicie , de l'Hellespont , du Pont , 
de la Bilhynie , de la Lycaonie , de la Phrygie , de la Pisidie , de la Pam- 
philie, de la Cappadoce , de la Syrie , de la Palestine et de la Grande- 
Arménie , en sorte qu'il peut passer pour un concile général de l'Orient. 

Un des principaux objets de ce concile fut de régler la pénitence qui 
devait être imposée aux fidèles tombés dans l'idolâtrie ; on y fit aussi des 
règlements pour la pénitence des autres crimes , et sur quelques points 
on adoucit ia rigueur de l'ancienne discipline. Ces canons sont au nom- 
bre de vingt-quatre , suivant la version latine de Denis-le-Petit , et de 
vingt-cinq dans le texte grec et dans la traduction d'Isidore, où le canon 
vingt-deuxième est divisé en deux. Gratien en ajoute un autre qui ne se 
trouve ni dans les manuscrits , ni dans les imprimés; liinius l'attribue 
au pape Daniase , de même qu'un autre canon touchant l'homicide, que 
le P. Labbc , dans sa collection , a joint aux canons du concile d'Ancyre. 

1 er canon. S'il est des prêtres qui , touchés de douleur et de repentir, 
après avoir sacrifié aux idoles , reviennent au combat de bonne foi et 
sans arlilices, ils seront conservés dans l'honneur de leur rang; mais il 
ne leur sera point permis d'offrir, ni de prêcher, ni de faire aucune 
fonction sacerdotale. 

2 e canon. Les diacres qui auront sacrilié aux idoles ne seront point 
privés de l'honneur du diaconat, mais ils cesseront l'exercice de leurs 
fonctions saci écs. Toutefois , il est permis à l'évèquc d'user d'une plus 
grande indulgence envers les coupables, s'ils s'en montrent dignes soit 
par leurs travaux , soit par leur douceur et par leur humilité. 

3 e canon. Ceux qui étant en fuite ont été pris ou livrés par leurs do- 
mestiques; ceux qui ont souffert les tourments ou la prison , à qui l'on a 



(i) llist, eccl., lili. x, c.ip. 3. 



— 110 — 

mis par force de l'encens dans les mains ou des viandes immolées dans 
la bouche , tandis qu'ils se proclamaient hautement chrétiens , et qui de- 
puis ont manifesté leur douleur ; ceux-là n'ayant point péché , ne doivent 
pas être privés de la communion. Mais s'ils en ont été privés soit par 
ignorance soit par trop d'exactitude , qu'ils soient reçus sans délai , les 
laïques aussi bien que les clercs. On pourra même promouvoir les laïques 
aux ordres sacrés , pourvu que leur vie entière soit sans reproche. 

i e canon. Ceux qui , après avoir été forcés de sacrifier aux idoles, ont 
encore mangé à la table où l'on sert des viandes immolées , s'ils y ont 
assisté en habit de fête et en témoignant de la joie , ils seront pendant un 
an au rang des auditeurs (ou catéchumènes) , prosternés pendant trois 
ans, participants aux prières pendant deux autres années, sans offrir ni 
communier, après quoi ils seront reçus à la grâce de la perfection (à la 
communion). Mais s'ils sont montés aux temples des idoles en habit de 
deuil , et s'ils n'y ont mangé qu'avec un visage triste et en fondant en 
larmes, ils feront trois ans de pénitence dans le degré de prostration, et 
seront ensuite admis aux prières sans offrir. S'ils n'ont point mangé , ils 
seront deux ans prosternés , un an participants aux prières sans oblation, 
et la quatrième année ils recevront la perfection (la communion). Mais il 
est au pouvoir de l'évêque d'allonger ou d'abréger ce temps, selon la 
ferveur des pénitents et après s'être informé de leur vie passée. 

5 e canon. Quant à ceux qui ont sacrifié dans la crainte des tourments 
ou de l'exil ou de la perte de leurs biens , et qui n'ont songé à faire pé- 
nitence ou à se convertir que dans ce temps même du concile, qu'ils 
aient rang parmi les auditeurs jusqu'au grand jour de pâques , qu'ensuite 
ils soient trois ans prosternés , deux autres années participants aux priè- 
res , sans offrir ni communier, et qu'au bout de ces six ans on les re- 
çoive à la communion. Et s'il en est qui , avant la tenue de ce concile , 
aient été reçus à la pénitence , on comptera les six années depuis ce 
temps-là. Mais les uns et les autres seront admis à la communion, s'ils 
se trouvent dans quelque danger, ou péril de mort. 

G c canon. Ceux qui, aux jours des fêtes païennes, ont mangé, dans 
le lieu destiné chez les infidèles à cet usage , les viandes qu'ils y avaient 
eux-mêmes apportées , seront reçus après deux ans de prostralion. 

7 e canon. Ceux qui ont sacrifié par force deux ou trois fois , seront 
quatre ans prosternés , deux ans participants aux prières sans offrir, et 
la septième année ils seront reçus à la communion. 

8' canon. Ceux qui non-seulement ont apostasie , mais encore qui y 
ont contraint leurs frères, ou qui ont été cause qu'on les y a contrainte, 
seront trois ans auditeurs , six ans prosternés , un an participants sans 



— 111 — 

offrir, et après ces dix ans de pénitence pendant lesquels on examinera 
leur vie , ils seront reçus à la communion. 

9 e canon. Les diacres qui déclarent, au moment de leur ordination , 
qu'ils ne peuvent passer leur vie dans le célibat, peuvent se marier en- 
suite , sans avoir à craindre d'être exclus du ministère , puisque l'évèque 
le leur a permis. Mais ceux qui s'abstiennent de faire celte déclaration 
et qui se marient, après avoir reçu l'imposition des mains et l'ait vœu de 
continence, ceux-là seront déposés du ministère (1). 

10 e canon. Lesfdles qui seront enlevées après les fiançailles, doivent 
être rendues à leurs fiancés , quand même les ravisseurs en auraient 
abusé. 

11 e canon. Ceux qui auront sacrifié avant leur baptême , pourront être 
promus aux ordres sacrés , après avoir été baptisés ; car le baptême ef- 
face tous les péchés. 

12' canon. Il est défendu aux chorévèques d'ordonner des prêtres ou 
des diacres , et aux prêtres de la ville de rien faire dans les paroisses sans 
une permission par écrit de l'évèque (2). 

13 e canon. Les prêtres ou les diacres qui s'abstiennent de manger de 
la cliair, seront tenus au moins d'en goûter. Mais s'ils s'en abstiennent , 
comme d'une chose mauvaise, de sorte qu'ils refusent même les herbes 
cuites avec de la graisse, comme si les règlements ne les y obligeaient 
pas, ils seront déposés (5). 

U e canon. Si les prêtres , pendant la vacance du siège épiscopal, ven- 
dent une partie des biens de l'Église, elle doit y rentrer. Mais c'est à 

(0 On voit par ce règlement que la continence était imposée généralement à ceux 
qu, entraient dans le ministère, et que si quelques-uns pouvaient être dispensés Je 
cette olj|ir-- : 



cette ow, C auon, ce netait que par des exceptions particulières , et lorsque l'évèque 
jugea.t à propos de déroger à la règle générale , dans un cas de besoin ou pour IV 
tdite de 1 Eglise. 

(-.) C'est la première fois qu'il est fait mention des chorévèques, dont l'inslilu- 
>n parait néanmoins beaucoup plus ancienne. Ce terme signifie proprement évéque 
: la campagne, et l'on croit qu'en général c'étaient des prêtres a qui l'évèque con- 
nu son autorité pour l'administration d'un canton rural dépendant de son diocèse ; 



( 3 ) C'est la première fois qu'il est fait mention des chorévèques, dont l'institu- 
tion parait néanmoins beaucoup plus ancienne. Ce terme signifie propret, 
de la ( 

' aU r— •-—'■■•««■ «uuuuhq canton rural dépendant uc son diocèse • 

mais ils étaient quelquefois revêtus d'un caractère épiscopal, comme on le voit par 
les dispositions du concile de Nicée, qui veut qu'on reçoive avec le titre et les fonc- 
tions de chorévêque ou de prêtre, ceux dés évêques novatiens qui reviendraient à 
l'Eglise. Dans tous les cas cependant ils n'étaient que les vicaires de l'évèque de la 
ville, et comme plusieurs cherchaient à étendre leur autorité , nous verrons dans la 
suite d'autres conciles obligés de faire encore des règlements pour les maintenir 
dans la subordination. 

(3) Ce canon fut fait à cause de certains hérétiques qui , far superstiuon , s'abs- 
tenaient de la cliair comme d'une chose mauvais.'. 



— 112 



I 



l'cvêque à juger s'il lui est plus avantageux de recevoir le prix ou les fonds 
aliénés. 

15 e canon. Ceux qui avant l'âge de vingt ans auront commis des pé- 
chés contre nature , seront quinze ans prosternés et cinq ans sans offrir. 
S'ils sont tombés dans les mêmes crimes après l'âge de vingt ans et étant 
mariés , ils seront vingt-cinq ans prosternés et cinq ans sans offrir. S'ils 
ont commis le crime après l'âge de cinquante ans et étant mariés , ils ne 
recevront la communion qu'à la mort. 

16 e canon. Si par ces sortes de péchés ils ont contracté des lèpres, 
ils seront séparés de toute communication avec les pénitents qu'ils pour- 
raient infecter de leurs ordures (1). 

17 e canon. Ceux qui étant ordonnés évêques n'auront pas été reçus par 
le peuple auquel ils étaient destinés , et qui , pour s'emparer d'un antre 
diocèse, y exciteraient des séditions contre l'évêque établi, seront re- 
tranchés de la communion de l'Église. S'ils veulent prendre rang parmi 
les prêtres , là où ils étaient auparavant , on leur laissera cet honneur ; 
mais s'ils y excitent des séditions , ils seront déposés et excommuniés. 

18 e canon. Ceux qui se marieront au mépris de leur vœu de virginité, 
seront regardés comme bigames. Il est défendu aux vierges de loger avec 
des hommes sous le nom de sœurs. 

19" canon. Celui dont la femme aura commis un adultère et qui lui- 
même aura commis le crime , fera sept ans de pénitence en, passant par 
les quatre degrés (des pleurs, des écoutants, de la prostration et de la 
consistance) (2). 

20° cahon. Les femmes qui, pour détruire le fruit de leur débauche , 
se feront avorter, et qui suivant l'ancienne discipline ne devaient commu- 
nier qu'à la fin de leur vie, feront dix ans de pénitence dans les degrés 
ordinaires. 



(i) On leur assignait apparemment un endroit particulier pour accomplir lem 
pénitence , hors de l'enceinte de l'église , oit ils étaient exposés à la pluie et aux au- 
tres injures de l'air. Tcrlullicn remarque [de Pudicitiâ, cap. iv ) que de son 
•lemps on ne souffrait sous aucun toit de l'église ceux qui étaient coupables de ces 
sortes d'impuretés. Le texte grec de ce canon appelle ces pénitents lépreux Uicmcm- 
tes, parce qu'ils étaient obligés de demeurer à l'air, afin que leur mauvaise odeur 
ne pût nuire à personne. 

(s) La femme adultère ne passait point par les trois premiers de ces degrés; mais 
tout le temps qu'elle aurait dû y demeurer, elle le passait dans celui de la consis- 
tance, où l'on était seulement privé de l'offrande et de la communion. Comme 
.plusieurs s'y mettaient souvent par piété et par humilité, les adultères ne pou- 
vaient >ire découvertes par celte sorte de pénitence, qui leur était commune avec 
beaucoup de personnes innocentes. (Saint Basile , Epist. canonien 3.) 



— 115 — 

21° canon. L'homicide volontaire demeurera jusqu'à la mort dans la 
prostraiion et ne recevra la communion qu'à la fin de sa vie. 

22 e canon. L'homicide involontaire , que l'ancienne discipline soumet- 
lait à sept ans de pénitence après lesquels il était admis à la communion, 
n'en fera plus que cinq. Il est permis aux évêques de diminuer ou d'aug- 
menter la durée de ce temps de pénitence. 

25 e canon. Ceux qui suivent les superstitions des païens et consultent 
les devins , ou introduisent des gens chez eux pour découvrir quelque 
chose par malélices , seront cinq ans en pénitence , trois ans prosternés 
et deux ans sans offrir. 

24 e canon. Celui qui abuse de la sœur de sa fiancée et la rend grosse, 
s'il épouse ensuite sa fiancée et que de désespoir la femme qu'il aura sé- 
duite se pende , il fera dix ans de pénitence , en passant par les degrés 
ordinaires. Ses complices seront soumis à la même peine (1). 

N° 89. 
CONCILE DE NÉOCÉSARÉE, DANS LE PONT. 

(«EOC.4SAREENSE.) 

(L'an 314 ou 515.) — Peu de temps après le concile d'Ancyre, Vital , 
évoque d'Antioche, en assembla un autre à Néocésarée, où l'on fit plu- 
sieurs règlements concernant les devoirs des prêtres. 

1" canon. Si un prêtre se marie, il sera déposé. S'il Commet une 
fornication ou un adultère , il sera mis en pénitence. 

2 e canon. Une femme qui épousera les deux frères ne recevra la com- 
munion qu'à la mort ; toutefois à la condition , si elle revient à la santé, 
de quitter ce mari et de faire pénitence. 

5 e canon. Ceux qui épouseront successivement plusieurs femmes , se- 
ront mis en pénitence selon les règlements; mais si leur repentir est 
sincère, on abrégera le temps de la pénitence. 

■i e canon. Celui qui a désiré une femme sans accomplir son mauvais 
désir, paraît avoir été conservé par la grâce de Dieu. 

5" canon. Si un catéchumène pèche depuis qu'il est admis à prier à ge- 
noux dans l'église , qu'il soit mis au rang des simples auditeurs; s'il pè- 
che encore en cet élat , qu'il soit chassé. 

O canon. On doit baptiser une femme enceinte quand elle le désire ; 
et l'enfant sera baptisé séparément ; car chacun répond pour soi dans le 
baptême. 

(0 Ce canon est la solution d'un ca» de conscience qu'on' avait proposa aux Eères 
du concile d'Ancyre. 



- m — 

7 e canon. Il no. convient pas aux prêtres d'assister aux noces des bi- 
games , parce que ceux qui se marient plusieurs fois sont mis en péni- 
tence. 

8° canon. On ne pourra ordonner un laïque dont la femme sera con- 
vaincue d'adultère. Si elle le commet après l'ordination de son mari et 
qu'il ne la quitte pas , il sera déposé du ministère (1). 

9 e canon. Si un prêtre confesse qu'il a commis un péché de la chair 
avant son ordination , il n'offrira plus le sacrifice , mais il gardera le reste 
de ses avantages , à cause de son mérite. 

10 e canon. Le diacre qui se trouvera dans le même cas sera mis au 
rang des ministres inférieurs. 

11 e canon. L'ordre de la prêtrise ne sera conféré qu'à trente ans, 
quelque digne que soit celui qui se présente pour le recevoir; car Notre- 
Seigneur Jésus-Christ n'a commencé d'enseigner qu'à cet âge, après son 
baptême. 

12 e canon. Celui qui aura été baptisé durant une maladie ne peut être 
ordonne prêtre , parce qu'il semble n'avoir pas embrassé la foi avec une 
liberté entière ; on pourra toutefois l'ordonner à cause de son mérite ou 
de la rareté des sujets. 

15 e canon. Le prêtre de la campagne ne pourra offrir le sacrifice dans 
l'église de la ville en présence de l'évêque ou des prêtres de la ville , ni 
donner le pain ou le calice dans la prière ; mais en l'absence de ceux-ci , 
il le peut. Les chorévêques, qui sont institués sur le modèle des soixante- 
dix disciples , offriront le sacrifice par préférence, à cause du soin qu'ils 
prennent des pauvres. 

14 e canon. Il ne doit y avoir que sept diacres dans chaque ville , quel- 
que grande qu'elle soit , suivant la première institution (2). 

N° 60. 
CONCILE DE ROME. 

( ROMANUM. ) 

(L'an 315.) — Il est fait mention d'un concile de Rome dans les Actes 
de saint Sylvestre cilés dans le décret de Gélase , dans une lettre du 
pape Adrien à Charlemagne , par Zonare (3) , par Nicéphore Calixte (4) 



(i) Ceci doit s'entendre des clercs inférieurs qui pouvaient se marier. 
(u) Ou l'a toujours gardée à Rome. — Fleury, Hist. eccl. 

(3) annales, t. H , p. 6. 

(4) Hist. eccles., lib. vu, cop. 36. 



* 



- lli» — 

et par quelques aulres écrivains postérieurs (I). Maison convient au- 
jourd'hui que ces Actes ne méritent aucune croyance et qu'ils sont rem- 
plis d'absurdités. 

N° Gi. 

I er CONCILE D'ALEXANDRIE. 

(alexandmnum.) 

(Vers l'an 521.) — Le démon, qui avait engagé les hommes dans le 
culte des Taux dieux , voyant ses artifices découverts et ce culte diminuer 
de jour en jour par les efforts que taisaient les empereurs, devenus 
chrétiens , pour étendre et Caire lleurir celui du vrai Dieu , entreprit de 
réduire le Créateur au rang des créatures , ne pouvant plus taire rendre 
aux créatures l'honneur qui n'est dû qu'à Dieu. Le ministre dont il se 
servit pour établir cette monstrueuse impiété, l'ut Arius, prêtre d'Alexan- 
drie. Cet hérésiarque avait déjà suivi le schisme des méléciens ; mais il 
l'avait bientôt abandonné pour se réunir à l'Église. Ordonné diacre par 
saint Pierre d'Alexandrie, il ne tarda pas à être excommunié , parce qu'il 
blâmait cet évêque d'exclure les méléciens de sa communion. Après 
le martyre de saint Pierre, l'an 514 , son successeur saint Achillas, se 
laissant tromper par quelques témoignages de repentir, consentit au ré- 
tablissement d'Arius, l'ordonna prêtre, et lui conlia le soin d'une des 
principales églises d'Alexandrie. Saint Achillas étant mort vers l'an 515, 
on élut pour lui succéder saint Alexandre , qui avait mérité l'estime gé- 
nérale par ses talents et par ses vertus. Mais Arius , vivement blessé d'un 
choix qui trompait son ambition, résolut de s'en venger sur le nouvel 
evêque , et ne trouvant rien à reprendre dans ses mœurs , il chercha 
l'occasion d'attaquer sa doctrine. 

Dans une des conférences publiques que ce patriarche faisait souvent, 
pour instruire lui-même son clergé des mystères de la foi, il disait, en 
parlant du mystère de la sainte Trinité , que le Fils de Dieu est égal au 
Père et de même substance que lui ; qu'on ne doit reconnaître en Dieu 
qu'une seule essence ou seule nature, et qu'ainsi il y a unité dans la Tri- 
nité. Arius, interrompant le saint évêque , traita sa doctrine de Sabellia- 
nismeet prélendit que la distinction des personnes divines ne serait plus 
que nominale si l'on adoptait l'unité de nature. Mais comme il n'est pas 
possible d'admettre dansla divinité trois substances distinctes et égales sans 



(i) Metaphr. die a januarii. — Glycas, in Aniialibus. — Cedrenus, in coniper» 
dio, apud baronins, Annal, ad atumm 3|5. — Joan. de Polcmar., De civili dommv 
clericorum, apud f.abbp, t. III, p. (18- et iSg'î. 



m 



— 116 — 
admettre trois Dieux , Arius fut forcé de soutenir que le Fils n'est point 
éternel ni engendré de la subsiance de Dieu, mais tiré du néant; qu'il est 
par conséquent au nombre des créatures, et qu'il a eu un commencement 
comme toutes choses ; d'où il suit que le Fils n'est pas proprement Dieu , 
ni Fils de Dieu par sa nature, niais seulement par adoption. 

Arius ne professa pas d'abord ouvertement les conséquences révoltan- 
tes de sa propre doctrine; il se contenta de la répandre et de la déve- 
lopper dans les entretiens particuliers ; et comme il ne manquait pas 
d'instruction , ni surtout d'adresse et d'activité , et que , d'ailleurs , il 
n'est point de doctrine, quelque extravagante qu'elle soit, qui ne trouve 
des défenseurs, les propositions d' Arius, tout impies qu'elles étaient, 
trouvèrent des partisans , amateurs de la nouveauté et prévenus en sa 
faveur. Dès qu'il eut trouvé des sectateurs, cet hypocrite n'hésita plus à 
prêcher publiquement ses erreurs. Saint Alexandre, quelque horreur 
qu'il eût de ces impiétés , essaya d'abord de le ramener à la foi par des 
avertissements charitables, et dans l'espoir de l'éclairer il proposa deux 
conférences où il permit à cet hérésiarque d'exposer et de défendre la doc- 
trine. Mais comme elles n'eurent pas le résultat qu'il en attendait , il prit 
enfin le parti de condamner Arius et ses partisans ; et il les excommunia 
pour la première l'ois dans une assemblée de son clergé (1). 



N° G2. 

II" CONCILE D'ALEXANDRIE. 

(alexandrinum II.) 

(L'an 521). — L'hérésie d'Arius s'était renfermée, à sa naissance, 
dans la ville d'Alexandrie; mais devenue plus hère et plus entrepre- 
nante, à mesure que le nombre de ses sectateurs augmentait, elle en- 
vahit l'Egypte , la Haute-Thébaïdc , la Libye , et de là toutes les provinces 
d'Orient. Elfrayé de ses rapides progrès, saint Alexandre reconnut enfin 
que la douceur et la raison sont impuissantes pour ramener un hérésiar- 
que à la vérité ; et comme dans ce péril imminent la voix de l'Église 
pouvait arrêter bien des fidèles prêts à tomber dans l'erreur, il tint un 
concile à Alexandrie, des évèques de l'Egypte, de laThébaïde et de la 
Libye, qui s'y rendirent au nombre de cent environ, avec un grand 
nombre de prêtres. Arius appelé y comparut ; et pour la première fois 
/ y fut interrogé juridiquement sur sa doctrine et sur sa foi. Cet impie , 

(i) Tbcodorct, ffirt. ccc l., lib. i. - Saint EpipW, Hœres. G . — Sonate 
Hist. ceci., lib. i, cap. 5, 6, , sS.-Sozomènc, Hist. ceci,, lib. i, cap. i5._Gelase' 
de Ciziqne, Htst.. concilii Niaeni , lib. il , cap. i. 



— H7 — 

loin de rcconnaîlre ses erreurs et de les désavouer, exposa , au contraire, 
sans déguisement, et soutint avec impudence tous les blasphèmes dont 
ou l'accusait ; il en ajouta même de nouveaux qui firent horreur à toute 
l'assemblée. « Le Verbe n'est point Dieu de sa nature , dit-il , mais une 
a créature tirée du néant, sujette au changement et capable de péché 
« comme toutes les autres. » Ces impiétés et beaucoup d'autres parurent 
si abominables aux Pères du concile, qu'ils frappèrent unanimement 
Arius et ses sectateurs d'anathème, après l'avoir déposé, et les décla- 
rèrent séparés de l'Église et de la foi catholiques (1). 

On croit que ce lut dans ce concile qu'Arius interrogé par un évêque 
si le Verbe de Dieu pouvait changer comme le Diable avait changé , il 
n'eut pas honte de répondre qu'il le pouvait, parce qu'il était d'une na- 
ture sujette au changement (2). 



N° G5. 
* CONCILE DE BITHYNIE. 

(BITniNIENSE.) 

(L'an 521.) — Après l'anathème prononcé contre Arius et ses parti- 
sans par les Pères du concile d'Alexandrie , cet hérésiarque se retira 
dans la Palestine , où , par ses intrigues , il trouva des prolecteurs parm i 
les évêques de cette province. De ce nombre furent Eusèbe de Césaréc, 
Paulin deTyr, Patrophile de Scythopolis, Aëtius de Lydda; Théodole 
de Laodicée en Syrie , Athanase d'Anazarbe en Cilicie , Grégoire de lîc- 
ryte , Narcisse de Néroniadc en Cilicie , Ménophantc d'Éphèse , Théognis 
de Nicéc , Maris de Calcédoine , se déclarèrent également en sa faveur (3). 
Mais un des évoques qui prirent avec le plus de zèle la défense de sa 
doctrine, fut Eusèbe, évêque dcNicomédic, dont il avait élé le condis- 
ciple sous un Lucien , que plusieurs historiens croient être le célèbre 
martyr de ce nom , prêtre d'Antiochc. Cet Eusèbe, qui joua plus tard 
un si grand rôle dans l'Arianisme, avait élé d'abord évêque de Bcryte, 
d'où il s'était fait transférer à Nicomédie, en Dilhynie, résidence ordi- 
naire des empereurs d'Orient. Son ambition et sa jalousie contre le saint 
évêque d'Alexandrie , dont il cherchait à contrebalancer l'autorité , le 

(i) Saint Épiphane, Hœrcs. GS. — Socratc, HisL, lib. I, cap. 6. _ Saint Allia - 
nase, Epistola ad episcopos /ErjypU. — Sozomcnc , Ilist., lib. i, cap. i5. — Il se 
tint plusieurs autres conciles en Éfiyplc contre Arius; mais les historiens ne non. 
font connaître ni leurs décisions ni même les lieux où ils furent assemblés. 

(i) Socratc, Ilist., lib. i, cap. r .. — Tillcmont, Mémoires; t. VI. 

(3) Théodore!, Ilist. ceci., lib. i , cap. 3. 



— 118 — 

porièreni à prendre l'hérésiarque sous sa protection et à défendre ou- 
vertement sa cause et sa doctrine. 

Informé des intrigues d'Arius et de la protection qu'il trouvait auprès 
d'Eusèbe de Nicomédie , saint Alexandre écrivit une lettre circulaire à 
tous les évêques de l'Église catholique , pour les prémunir contre les faux 
rapports qui pourraient leur être faits par les hérétiques (1). 

De son côté, Arius ne négligeait rien pour augmenter le nombre de 
ses partisans. II composa plusieurs cantiques , plus dignes d'un bouffon 
que d'un prêtre , sur l'air des chansons obscènes de Sotade , afin d'insi- 
nuer plus facilement les erreurs dans l'esprit des personnes même les 
plus ignorantes; et comme l'excommunication prononcée contre lui 
l'empêchait d'obtenir la communion de tous les évêques sincèrement 
catholiques, et nuisait par conséquent à la propagation de sa doctrine, il 
ne cessait d'intriguer en même temps pour faire lever Panathème fou- 
droyant du concile d'Alexandrie. 11 écrivit plusieurs fois au patriarche 
saint Alexandre pour solliciter cette grâce ; mais bien loin de rétracter 
ou de déguiser ses erreurs , il eut l'impudente effronterie de les attri- 
buer à ce prélat et de paraître en quelque sorte se glorifier de les avoir 
apprises de lui (2). Voici l'une de ces lettres ; il est important de la rap- 
porter tout entière , parce qu'elle renferme la profession de foi d'Arius. 

« Au bienheureux pape Alexandre , notre évêque , les prêtres et les 
diacres, salut en Notre-Seigneur. 

< Voici , bienheureux Père , la foi que nous avons reçue de nos ancê- 
tres , et que nous avons apprise de vous. Nous reconnaissons un Dieu , 
seul non engendré , seul éternel , seul sans principe , seul véritable , seul 
immortel, seul sage, seul bon, seul puissant, juge de tous, qui con- 
duit et gouverne tout , immuable, inaltérable, juste et bon, le même 
Dieu de la Loi des prophètes et du Nouveau Testament , qui a engendré 
son Fils avant les temps des siècles , par qui il a fait les siècles mêmes 
et toutes les autres créatures. 

« Nous confessons qu'il l'a engendré , non en apparence seulement , 
mais en effet et en vérité ; qu'il lui a donné l'être par sa propre volonté , 
et l'a rendu immuable et inaltérable ; qu'il est sa créature parfaite , mais 
non comme une des autres créatures ; qu'il est son Fils , mais non 
comme un de ses autres Fils ; qu'il n'est pas sorti du Père par émission, 
comme Valentin l'a enseigné; qu'il n'est pas, comme Manèsll'a inventé , 
une partie consubstantielle au Père , ni comme l'a imaginé Sabellius , 

(i) Sozomène, Hisl. ceci., lib. i, cap. i5. — Théodore!, Hisl. eccl., Iib, i , eau. 
3 cl 4- — Saint Épiphanc, Heures. 69. — Saint Athanase , De Synodis, 
(2) Saint Athanase , De Synodis. — Saint Épiphanc, Hceres. 69. 



• 






— H9 — 

qui , divisant l'unité , a dit qu'il est Fils et l'ère tout ensemble , ni comme 
l'a rêvé Hiéracas, une lampe qui tire sa lumière d'une autre lampe, ou 
un flambeau partagé en deux ; qu'il n'a pas été engendré et créé Fils 
par une nouvelle création postérieure à son être. Vous-même , bienheu- 
reux Père, avez souvent condamné, au milieu de l'Église et dans l'as- 
semblée des prêtres , ceux qui introduisaient ces erreurs. 

« Mais nous disons qu'il a été créé par la vertu de Dieu , avant les 
temps et avant les siècles ; qu'il a reçu du Père la vie , l'être et la gloire, 
çudé Père lui a conférés en même temps; car le Père en lui donnant 
a possession de toutes choses , ne s'est pas privé de ce qu'il a en lui- 
même comme non engendré. Il est la source de tout ; en sorte qu'il y a 
trois hypostases, le Père , le Fils et le Saint-Esprit. Dieu étant la cause 
de tout , est seul sans principe. 

< Le Fils engendré hors le temps par le Père , créé et fondé avant les 
siècles , n'était pas avant que d'être engendré ; mais il subsiste par le 
Père , seul engendré hors le temps avant toutes choses. 11 n'est pas éter- 
nel , ni coéternel au Père , ou non engendré comme lui , et il n'a pas 
l'être en même temps que son Père , comme quelques-uns disent des 
choses relatives, introduisant deux principes non engendrés. Mais comme 
l'unité est le principe de tout, ainsi Dieu est avant touies choses. C'est 
pourquoi il est aussi avant le Fils , comme vous nous l'avez enseigné , 
prêchant au milieu de l'Église. Donc, en tant qu'il lient de Dieu l'être , 
la gloire et la vie, et qu'il en a reçu toutes choses, c'est ainsi que Dieu 
est son principe ; car il le précède puisqu'il est son Dieu et qu'il lui a 
donné l'être. 

« Si nous prenons ces expressions : Je vous ai engendré de mon sein ; 
je suis sorti de mon Père et je viens (1), dans le sens que quelques-uns 
leur donnent , comme si elles marquaient une portion consubstantielle, 
ou une émission de substance , il s'ensuivra nécessairement que le Père 
est un être composé , divisible et muable ; il s'ensuivra encore que Dieu, 
qui est incorporel , est un corps sujet à toutes les infirmités de la nature 
corporelle. Nous souhaitons, bienheureux Père, que vous vous portiez 
bien dans le Seigneur. » Six prêtres , six diacres et deux évoques sous- 
crivirent à cette règle. 

Saint Alexandre ne répondit pas à la profession de foi d'Arius ; mais 
il écrivit aux évêques orthodoxes de son patriarcat et à ceux de di- 
verses provinces, pour confirmer l'avis qu'il leur avait déjà donné do la 
sentence d'excommunication fulminée par le concile d'Alexandrie contre 

(i) Psaume 119, v, 3. — Saint Jean, Évangiles ch. xvi , v. 28. 



.1 /; 



— 120 — 

Arius et ses sectateurs, a L'ambition et l'intérêt , dit le saint patriar- 
che (1), ont accoutumé de porter les méchants à briguer le gouverne- 
ment des grandes églises, en même temps que sous divers prétextes 
ils attaquent l'Église même dans la religion. Possédés du démon , ils se 
portent avec fureur vers le plaisir, qui fait l'objet de leur passion. Ils re- 
noncent à toute sorte de sentiments de piété , et n'ont aucune crainte 
des jugements de Dieu. L'expérience que j'en fais m'oblige à vous en 
donner avis , afin que vous évitiez ces sortes de gens , et que vous pre- 
niez garde que ni eux ni aucun de leur secte n'aient la hardiesse d'en- 
trer dans vos paroisses. Ces imposteurs savent l'art de dissimuler et de 
surprendre la bonne foi des personnes simples par des lettres sédui- 
santes et remplies de mensonge?. 

« Ariuset Achillasont depuis peu formé une conspiration, et donné 
un exemple beaucoup plus pernicieux que ne l'a fait l'ambitieux Collu- 
thus, qu'ils ont voulu imiter. Colluthus, qui les condamne, semble avoir 
quelque prétexte dans sa malheureuse entreprise. Arius et Achillas, 
voyant le trafic que celui-ci faisait des choses saintes , ont aussi voulu 
secouer le joug de l'Église. Ils se sont bâti des cavernes de voleurs , où 
ils tiennent de fréquentes assemblées , et où ils inventent nuit et jour 
les calomnies qu'ils font contre Jésus-Christ et contre nous. Ils censu- 
rent toute la doctrine des apôtres , et , à l'exemple des perfides juifs , 
ils se préparent à combattre la divinité de Jésus-Christ notre Sauveur, 
et à faire voir qu'il n'a rien au-dessus du reste des hommes. Dans ce 
dessein, ils ramassent tout ce qu'il y a dans l'Écriture-Sainte touchant 
le mystère de son incarnation et de l'abaissement auquel il a bien voulu 
se soumettre pour l'amour de nous ; ils s'en servent pour appuyer les 
impiétés qu'ils débitent dans leurs prédications, et corrompent les pas- 
sages où il est parlé de sa divinité éternelle et de la gloire ineffable qu'il 
possède dans le sein de son Père. Ils confirment les sentiments que les 
gentils et les juifs ont de Jésus-Christ ; et pour mériter leur approba- 
tion , ils s'étudient à les imiter dans toutes les railleries qu'ils font 
contre nous. Ils excitent chaque jour des séditions , des persécutions 
contre nous. Tantôt ils nous traduisent devant les tribunaux de la jus- 
tice, en employant des femmes débauchées qu'ils ont séduites. Tantôt ils 
déshonorent la religion chrétienne par les scandales que donnent les 



(i) Thcodorel, Tlist. eccl., lib. i, cap. 4, nous a conserve cette excellente pièce, 
que Cassiodorc cl Nicépliorc ont insérée dans leurs histoires. Quelques-uns preten* 
dent que cette lettre fut adressée à Alexandre de lîysancc (de Constantinoplc), d'au- 
tres soutiennent que ce fut une lettre circulaire adressée à tous les éveques tic Ja 
Thracc et peut-être à tous les éveques de la Clirélicnté. 



— 121 — 

jeunes filles de leur cabale, qu'ils font courir sans aucune lionle par 
toutes les rues de la ville. Ils ont porté leur attentat jusqu'à mettre en 
pièces la tunique de Jésus-Christ , cette tunique sans couture et d'un 
seul tissu , que ses bourreaux eux-mêmes avaient épargnée. 

« Nous avons appris un peu tard le dérèglement de leur vie et leurs 
entreprises criminelles, parce qu'ils ont pris un soin particulier de nous 
les cacher; mais dès que nous en avons été informés, nous qui fat- 
sons profession d'adorer la divinité de Jésus-Christ, nous les avons re- 
tranchés de l'Église d'un consentement unanime. Depuis ce temps-là , 
ils ont couru de toutes parts pour cabaler contre nous. Ils se sont adres- 
sés aux évêques qui suivent notre doctrine, sous prétexte de les sup- 
plier de faire leur paix , mais uniquement pour tâcher , par la douceur 
de leurs paroles , de les infecter de leurs erreurs. Ils en ont extorque 
de longues lettres qu'ils lisent à ceux qu'ils ont séduits, pour les tenir 
dans l'état d'impénitence où ils sont et les accoutumer à l'impiété , par 
cette considération qu'il y a des évêques qui professent la même foi. Ils 
n'ont garde de leur avouer la mauvaise doctrine qu'ils ont enseignée, ni 
la vie déréglée qu'ils ont menée parmi nous , les deux véritables causes 
qui nous ont obligés à les chasser ; mais, ou ils ne leur en parlent point, 
ou ils les leur déguisent par des discours et par des écrits artificieux. 
Pour engager les personnes simples dans leurs erreurs , ils cachent le 
poison sous des paroles pleines de douceur, et qui n'ont que l'apparence 
de la vérité. Ils ne laissent passer aucune occasion de nous noircir par 
leurs calomnies. Cet artifice a été cause que quelques-uns ont signé 
leurs lettres , et qu'ils les ont reçus eux-mêmes à leur communion. 
Mais nous pouvons dire que ceux de nos collègues qui ont été si témé- 
raires ont donné une grande atteinte à leur réputation , puisqu'ils ont 
violé les canons des apôtres (1), et favorisé les efforts diaboliques que 
des impics font contre Jésus-Christ. 

« Ces désordres m'ont fait résoudre , mes très-chers frères , à vous 
donner incessamment avis de l'infidélité de ceux qui disent : 11 a été un 
temps que le Fils de Dieu n'était pas; il a été après n'avoir pas été au- 
paravant ; et quand il a été fait, il a été l'ait et il est né comme tous les au- 
tres hommes ; parce que, disent-ils, comprenant dans une même masse 
le Fils de Dieu même et toutes les créatures , tant celles qui ont de la 
raison que celles qui n'en ont point, Dieu a fait toutes choses de rien. Ils 
ajoutent ensuite que le Fils est naturellement sujet à changer et capable 
du bien et du mal. Par cette supposition , que le Fils de Dieu a éic fait 



(i) Voir le 33e canon. 



— i22 — 

de rien , ils ruinent les passages de l'Écriture-Sainte qui établissent 
l'éternité, l'immutabilité et la divinité de la sagesse du Verbe, qui est 
Jésus-Christ. 

« Nous pouvons nous-mêmes , disent ces scélérats , devenir fils de 
Dieu aussi bien que lui ; car il est écrit : J'ai engendré des enfants et je 
les ai élevés ; mais quand on leur oppose les paroles qui suivent : et après 
cela, ils m'ont méprisé, ce qui ne peut pas se dire du Sauveur, qui de 
sa nature est immuable, ils renoncent à tous les sentiments de religion, 
et répondent que Dieu ayant prévu que ce Fils ne le mépriserait point , 
l'a choisi entre toutes les créatures ; que ce choix n'est pas un effet de 
quelque qualité naturelle qui le distingue du reste de ses enfants ; car 
Dieu, disent-ils , n'a point de fils naturel ; qu'il n'est pas non plus une 
suite de quelque propriété d'excellence qui l'approche de lui ; mais que 
le Père a choisi le Fils en vue du soin particulier que ce Fils devait 
prendre, quoique sujet au changement , de se détourner du mal et de 
s'attacher constamment au bien. De sorte que si Paul ou Pierre avaient 
eu le même soin, leur filiation serait égale à la sienne. 

« Pour établir cette doctrine extravagante , ils abusent des divines 
Écritures , et se servent de ces paroles du psaume où le Prophète, par- 
lant de Jésus-Christ, dit: Vous avez aimé la justice et haï l'iniquité , 
c'est pourquoi le Seigneur votre Dieu vous a sacré d'une huile de joie d'une 
manière plus excellente que tous ceux qui participent à votre gloire (1). 

t Saint Jean l'Évangéliste nous enseigne assez clairement que le Fils de 
Dieu n'a pas été fait de rien , et qu'il n'y a jamais eu de temps auquel il 
ne fut point , quand il écrit en parlant de lui : Cest le Fils unique qui 
est dans le sein du Père. En effet, ce divin Maître, pour nous apprendre 
que le Fils et le Père sont inséparables, a dit que le Fils est dans le sein 
du Père , et pour nous faire voir que le Verbe de Dieu n'est point compté 
parmi les créatures qui ont été faites de rien , le même Evangélislc 
ajoute que toutes choses ont été faites par lui , et il exprime clairement 
son hyposlase particulière par ces paroles : Au commencement était le 
Verbe, et le Verbe était avec Dieu. Toutes choses ont été faites par lui, et 
rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui. Mais si toutes choses ont été 
faites par lui , comment se peut-il faire qu'il y ait eu un temps auquel 
celui qui a donné l'être à toutes les créatures ne l'ait pas eu lui-même ? 
On ne saurait comprendre que le Verbe qui crée soit de la même nature 
que la chose qu'il crée. En effet , il était au commencement ; toutes 
choses ont été faites par ' >ù , et il les a créées de rien. Ce qui était avant 

(1) Psaume 44. 



h-m. 



» 



— 123 — 

lotîtes choses paraît fort différent et fort éloigné de ce qui a été fait de 
rien. Tout cela fait voir qu'il n'y a point de distance entre le Père et le 
Fils, et que l'esprit ne saurait même concevoir qu'il y en ait aucune. 
Or, que le monde ait été créé de rien , cela fait voir qu'il a été fait dans 
le temps, puisque toutes choses ont reçu l'être du Père par le Fils. Saint 
Jean, considérant donc la subsistance antérieure du Verbe de Dieu 
au-dessus de la capacité de tous les esprits créés , n'a pas voulu parler 
de sa génération et de sa production , de peur d'être obligé de se servir 
des mêmes termes pour exprimer la production de l'ouvrier et celle de 
l'ouvrage. Ce n'est pas que le Fils ne soit engendré; car il n'y a que le 
Père qui ne le soit point ; mais c'est que la manière ineffable dont le Fils 
de Dieu est produit surpasse la connaissance des évangélistes et l'intelli- 
gence même des anges. C'est pourquoi ceux qui sont assez téméraires 
pour porter jusque-là leurs raisonnements, ne méritent point, selon moi, 
d'être mis au nombre des personnes de piété , puisqu'ils refusent de 
suivre l'avis du Sage : Ne cherchez point ce qui est au-dessus de vous , 
et ne tâchez point de pénétrer ce qui surpasse vos forces (1). Car , si la 
connaissance de plusieurs autres choses bien moindres que celle-là est 
au-dessus de l'esprit de l'homme, par exemple, ce que dit saint Paul, 
que l'œil n'a point vu , l'oreille n'a point entendu , et le cœur de l'homme 
n'a jamais conçu ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment (2) ; ce que 
dit Abraham du nombre des étoiles qu'on ne saurait compter (5) ; ce que 
nous lisons encore ailleurs : Qui a compté le sable de la mer et les gouttes 
de la pluie (4) ? si , dis-je, ces connaissances passent les forces de l'esprit 
humain , se pourra-t-il trouver une personne raisonnable qui entre- 
prenne de pénétrer dans le mystère de la subsistance du Verbe de Dieu, 
de laquelle un prophète dit : Qui racontera sa génération (S) ? Notre Sau- 
veur, pour favoriser ses apôtres , qu'il a établis comme les colonnes du 
monde chrétien, a bien voulu les décharger du soin de rechercher celte 
sorte de connaissance. C'est pour cela qu'il leur a dit que ce divin mys- 
tère était au-dessus de la portée de leur esprit , et réservé au Père seul. 
Nul, dit-il, ne connaît le Fils, que le Père; comme nul ne connaît le Père, 
que le Fils (6). Et c'est, à mon sens, de cela même que parle le Père, 
quand il dit : Mon secret est pour moi (7). 

(i) Ecoles., ch. III, 

(a) I" Epitre aux Corinthiens , ch. 11. 

(3) Genèse, ch. XV. 

(4) Eccles., ch. 1. 

(5) Isaïe , ch. Lin. 

(6) Sainl Matthieu, Evangile, ch, xi. 

(7) Isaïe , ch. XXIV. 



— 124 — 

« Au reste , que ce soit une folie extrême d'imaginer que le Fils a été 
fait de rien, et que la production de sa substance est temporelle; ces 
paroles qu'ils avancent : Fait de rien, le marquent manifestement, quoi- 
que ces stupides n'en comprennent pas l'extravagance. Car enfin, il faut 
nécessairement qu'ils entendent ces paroles , il n'était point, ou d'un 
temps déterminé , ou de quelque espace indéterminé compris dans l'é- 
tendue des siècles. Or, s'il est vrai que toutes choses ont été faites par 
lui, il est évident que tous les siècles , tous les temps , tous les espaces 
et le temps même déterminé ou indéterminé, dans lesquels ce qu'ils 
entendent par ces paroles, il n'était point, est compris; que tout 
cela , dis-je, a été fait par lui. N'est-il donc pas ridicule de dire qu'il va 
eu un temps auquel celui qui a fait et les temps , et les siècles , et leurs 
moments favorables dans lesquels est renfermé l'espace auquel on pré- 
tend qu'il n'était point , n'était pas lui-même ? Car on ne saurait soute- 
nir raisonnablement , et sans marquer une ignorance extrême , que le 
principe d'une chose ait une origine postérieure à celle de son effet. 
Selon leur sentiment , l'espace du temps auquel ils prétendent que le 
Fils n'était point engendré par le Père , a donc précédé la sagesse 
divine qui a créé toutes choses, et ils démentent l'Écriture-Sainte qui 
déclare par la bouche de saint Paul qu'/7 est né avant toutes les créa- 
tures (1). Le même Apôtre, parlant encore de lui, dit en termes égale- 
ment clairs et magnifiques , que Dieu l'a établi héritier de toutes choses 
et qu'il a fait les siècles par lui (2) ; et ailleurs : tout a été créé par lui 
dans te ciel et dans la terre ; les choses visibles et les invisibles ; les Princi- 
pautés , les Puissances , les Dominations , tes Trônes , tout a été créé par tut 
et pour lui , et il est avant toutes choses (5). 

« La supposition qu'ils font , que le Fils a été créé de rien , est donc 
manifestement remplie d'impiété ; il faut nécessairement avouer que le 
Père a été toujours Père ; car le Père est Père par l'existence actuelle 
de son Fils, par lequel il est appelé Père. Or, le Fils étant toujours 
actuellement existant , le Père est toujours Père d'une manière très- 
parfaite , et il ne lui manque rien pour la perfection de cette qualité. Il 
n'a engendre son Fils unique , ni dans le temps , ni dans aucun inter- 
valle de temps , ni du néant. N'est-ce pas une impiété de dire , qu'il y 
ait eu un temps auquel la sagesse de Dieu n'ait point été ; celte sagesse 
qui dit d'elle-même : J'étais avec lui, et je réglais avec lui toutes choses; 

(1) Êpitrc aux Coloss,, ch. I. 

(2) Efjître aux Hébreux, ch. 1. 

(3) Hpître aux Coloss., ch. 1. 



. 



— 125 — 

j'étais avec lui, et j'étais l'objet de sa joie (1)? N'est-ce pas aussi une 
impiété de dire que la puissance de Dieu n'a pas toujours été, ou qu'il y 
a eu un temps que son Verbe était imparfait, et de nier les autres no- 
tions qui expriment la filiation de ce Verbe et la paternité et son Père? 
Celui qui nie l'existence de la splendeur de la gloire, détruit en même 
temps la source de la lumière d'où procède la splendeur. Si l'image de 
Dieu n'a pas toujours été, il est clair que celui dont elle est l'image n'a 
pas non plus été toujours. Si le Fils n'a pas été toujours la figure de la 
substance de Dieu , il s'ensuit que celui qui est parfaitement exprimé 
par cette figure , n'a pas toujours été lui-même. D'où il paraît manifes- 
tement que la filiation de notre Sauveur n'a rien de commun avec la filia- 
tion du reste des créatures. Car comme par une excellence tout à fait 
singulière, sa substance ineffable est au-dessus de toutes les créatures à 
qui il a donné l'être ; de même sa filiation, qui est, aussi bien que la pa- 
ternité, d'une nature divine, surpasse par une excellence qu'on ne saurait 
exprimer la filiation de tous les enfants adoptifs du Père. 11 est d'une 
nature immuable , il est infiniment parfait et il n'a besoin de rien ; au 
lieu que les autres , sujets comme ils sont au changement , et capables 
<le se tourner au bien et au mal , ont besoin de son secours. Quel pro- 
grès pourrait faire la sagesse de Dieu ? Que pourrait apprendre la vérité 
<ou le Verbe de Dieu? Quel surcroît de vigueur ou de clarté pourrait 
recevoir la vie et la lumière éternelle? Que si cela est ainsi , combien 
est-il plus absurde de dire , qu'il y ait eu un temps auquel la sagesse ait 
été capable de folie ; auquel la puissance de Dieu ait été accompagnée 
de faiblesse; auquel la raison ait été obscurcie par de faux raisonne- 
ments; auquel les ténèbres aient été mêlées avec la lumière même? L'A- 
potre ne dit-il pas pour celte raison : Quel commerce peut-il y avoir entre 
la lumière et les ténèbres ; ou quel accord entre Jésus-Clirist et Bétial (2) ? 
Salomon ne dit-il pas encore qu'ri est impossible de reconnaître la trace 
du serpent stir la pierre (5) , qui , selon saint Paul , est Jésus-Christ ? 

« Mais à l'égard des bommes et des anges, qui sont ses créatures, ils 
ont reçu la bénédiction pour croître en s'exerçant à la pratique de la 
vertu , et les commandements de la Loi pour éviter le péché. C'est pour- 
quoi Noire-Seigneur étant le Fils naturel du Père est adoré par les anges 
et par les autres hommes. Mais ceux-ci ayant quitté l'esprit de servitude, 
et ayant reçu l'esprit d'adoration pour récompense de leurs belles ac- 
tions et des progrès qu'ils ont faits dans la vertu, deviennent par la grâce 

(i) Pmverbes , ch. vin. 

(2) II e Epitrc aux Corinthiens , ch. VI. 

(3) Proverbes, ch. XXX. 



■ 
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■ 






— 126 — 

du Fils naturel les enfants adoptits. Saint Paul explique très-clairement 
celle filiation véritable, propre, naturelle et excellente, lorsqu'il parle 
de Dieu en ces termes : // n'a pas épargné son propre Fils, mais il l'a tivn 
à la mort pour nous (1). Ces paroles de l'Apôtre nous font voir que nous 
ne sommes pas les enfants naturels du Père ; il ne Fappelle propre Fils , 
que pour le distinguer de ceux qui ne le sont pas ; nous lisons encore 
dans l'Évangile : C'est mon Fils bien-aimé, dans lequel j'ai mis toute 
mon affection (2). Et le Sauveur dit , en parlant de lui-même : Le Sei- 
gneur m'a dit : Vous êtes mon Fils (3). 11 exprime clairement par ces ter- 
mes sa qualité de Fils, et il marque en même temps qu'elle ne convient 
qu'à lui. Et ces paroles : Je vous ai engendré de mon sein avant l'aurore ( lj 
ne font-elles pas voir qu'il a été engendré naturellement du Père , et que 
celle filiation n'est pas un effet des soins qu'il a pris de s'avancer dans la 
vertu , et des progrès qu'il a faits, mais un avantage singulier de la na- 
ture? De là vient que le Fils unique du Père ne peut point perdre sa 
qualité de Fils; au lieu qu'il paraît par l'Écriiure-Sainte que l'adoption 
des créatures raisonnables n'est pas une qualité qu'elles aient de leur 
nature, mais un effet de leur probité et de la libéralité de Dieu, et que. 
par conséquent elles peuvent la perdre. Les enfants de Dieu, dit Moïse, 
voyant les filles des hommes , les prirent pour leurs femmes (5). Dieu a dit 
aussi par Isaîe : J'ai engendré des enfants , et je les ai élevés , et après cela 
ils m'ont méprisé (G). 

« Je laisse , mes irès-chers frères , plusieurs autres choses que je pour- 
rais ajouter ici , parce que je craindrais de manquer contre la bienséance, 
si j'usais de plus longs discours pour avertir des docteurs qui sont dans 
104 mêmes sentiments que nous. Vous avez été enseignés de Dieu même, 
et vous n'ignorez pas que la doctrine qui s'est élevée depuis peu de temps 
contre l'Église, n'est autre chose que ce qu'Ebion (7) et Artemas (8) 
avaient déjà enseigné, et qu'une imitation de Paul de Samosate , qui 

(1) Epitreaux Romains, eh. VIII. 

(2) Saint Matthieu, ch. ni. 
(i) Psaume a. 

(4) Psaume 109. 

(5) Genèse, ch. VI. 

S Ehion' ^ vivait sur la fin du ,* si.de , soutenait que le Fils de Dieu ** 
Juu pur ho«L , qu'il avait été enfiendré d'un père et dW mère, qu d e.a.t 
comme les autres , et qu'il ne s'était disun G ué que par sa vertu. 

(8) Artemas , que d'autres appellent Artemou , ense.gna vers la fin du ns.ec 
q „e ésus-Christ avait été, a la vérité, conçu par l'operat.on du *£*£* 
dans le sein d'une vierge ; mais qu'il n'était qu'un pur homme à qu. cet he, uque 
Î ^ , seulement quelques titre, dWl.ence et de mente par dessus les prophètes. 




— 127 — 

a élé retranché de l'Église par le jugement de tous les évoques assem- 
blés à Antioche dans un concile. Lucien , qui lui succéda , demeura long- 
temps séparé de l'Église durant le siège de trois évêques. Ceux qui ont 
suivi les erreurs de ces impies , et qui disent que le Fils de Dieu a été 
tiré du néant, savoir Arius , Achillas et le reste de leur détestable ca- 
bale , sont sortis d'eux comme leurs rejetons cachés , et se sont élevés 
parmi nous. Ce qui les a animés à porter leurs excès plus loin , c'est 
l'approbation que leur donnent trois évêques de Syrie qu'on a ordonnés, 
je ne sais comment, et dont la cause vous doit être réservée. Ils savent 
Tort bien les passages de l'Écriture qui regardent la passion de notre 
Sauveur, ses humiliations, son anéantissement, sa pauvreté et toutes 
les misères dont il s'est chargé pour l'amour de nous , et ils s'en servent 
pour combattre sa divinité éternelle. Mais ils oublient ceux qui marquent 
sa gloire naturelle, la noblesse de sa naissance et sa demeure dans le 
sein du Père. Par exemple celui-ci : Mon Père et moi sommes une même 
chose (t) ; paroles que le Seigneur a dites , non pas pour marquer qu'il 
est lui-même le Père, ni pour faire voir que la nature du Père et celle 
du Fils ne font qu'une personne, mais pour nous apprendre que le Fils 
est une expression fidèle du Père ; qu'il a de sa nature une entière res- 
semblance avec lui ; qu'il est son image parfaite , et une copie achevée 
de ce divin original. A l'occasion de ces paroles, Philippe ayant témoi- 
gné le désir qu'il avait de voir le Père, le Seigneur le lui lit voir mani- 
festement; car ce disciple lui disant : Montrez-nous votre Père , Jésus lui 
répondit : Celui qui m'a vu a vu mon Père (2) ; parce qu'en effet le Père 
est vu dans le Fils, qui est son image, comme dans un miroir pur et 
animé. Les saints s'expriment, dans les psaumes, d'une manière qui a 
beaucoup de rapport à cela , quand ils disent: Nous verrons la lumière 
dans votre lumière (5). C'est pourquoi on dit avec raison : Quiconque 
honore le Fils honore aussi le Père ; parce que toutes les impiétés qu'on 
a la témérité d'avancer contre le Fils retombent sur le Père. 

« Après cela , qui sera surpris de ce qui nous reste à vous faire savoir, 
mes très-chers frères , touchant les calomnies qu'on a inventées contre 
moi , et contre la religion çt la piéié des fidèles de notre Église. 11 n'est 
pas, en effet, surprenant qu'ils aient assez d'ingratitude pour nous 
charger d'injures , après avoir eu assez d'impiété pour attaquer la divinité 
du Fils de Dieu. Pleins d'orgueil et de présomption , ils ne veulent point 
être comparés à qui que ce soit des anciens, et ils souffrent impaliem- 

(i) Saint Jean, Evangile, ch. x. 

(2) Saint Jean , Evangile, olj, xiv. 

(3) Psaume i:">. 



— 12S — 

ment d'être égalés à ceux que nous avons eu pour mailrcs dans noire 
jeunesse. Ils ne croient pas qu'il y ait un seul évoque dans le monde d'un 
savoir même médiocre. A les entendre , il n'y a qu'eux de sages; il n'y 
a qu'eux qui soient détachés des choses de la terre. Ils sont les seuls au- 
teurs delà bonne et saine doctrine; et jamais jusqu'à eux personne n'a 
pénétré dans les mystères qui leur ont été révélés; arrogance impie, 
folie extrême, vanité extravagante, orgueil diabolique, qui possède 
leurs âmes criminelles. Ils n'ont pas eu honte de s'opposer aux témoi- 
gnages les plus clairs et les plus exprès de la sainte antiquité. La piété 
de tant d'évêques qui prêchent la même doctrine que nous , touchant la 
divinité de Jésus-Christ, n'a pas été capable de réprimer l'audace avec 
laquelle ils s'élèvent contre lui. Les démons même auront peine à souf- 
frir leur impiété , car ils n'osent prononcer aucun blasphème contre le 
Fils de Dieu. 

f Voilà ce que nous avions à dire présentement, pour repousser autant 
qu'il nous est possible l'insolence de ceux qui s'exercent à combattre Jé- 
sus-Christ dans des matières où ils n'entendent rien, et qui tâchent par 
leur calomnie à décréditer les sentiments de piété que nous avons de lui. 
Nous ne pouvons souffrir le blasphème exécrable et contraire à toutes 
les divines Écritures, qu'ils avancent contre Jésus-Christ, en disant qu'il 
a été fait de rien. C'est pour cela que ces inventeurs de fables impertinen- 
tes nous font dire que nous reconnaissons deux êtres qui n'ont point été 
engendrés. Ces ignorants soutiennent qu'il s'ensuit nécessairement de 
notre doctrine, ou qu'il a été fait de rien, ou qu'il y a deux êtres qui 
n'ont point été engendrés. Peu versés qu'ils sont dans ces matières, ils M 
voient pas la grande dislance qu'il y a entre le Père qui n'a point été en- 
gendré, et toutes les créatures, raisonnables ou non, qu'il a tirées du 
néant ; ils ignorent le milieu qui se rencontre entre ces deux extrêmes, 
savoir : la nature du Dieu- Verbe seul engendré du Père, et par qui le 
l'ère a fait toutes choses. C'est ce que le Seigneur a témoigné lui-même : 
Celui qui aime te l'ère aime aussi le Fils (i) qui a été engendré de lui. 

« Voici quelle est notre foi : nous croyons , comme croit l'Église 
apostolique, en un seul Père qui n'a point élé engendré, qui n'a reçu son 
être de personne, qui n'est sujet ni au changement ni à conversion, de- 
meurant toujours le même et dans un même état; incapable de progrès 
et de diminution ; qui a donné la Loi, les prophètes et les évangiles, qui 
est le Seigneur des patriarches, des apôtres et de tous les saints ; et en 
un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, qui n'a pas été fait 



(i) Saint Jean, Evangile, ch. V. 



— 129 — 

de rien, mais qui a élé engendré du Père, non pas comme les corps par 
excision, par écoulement de divisions, en la manière que l'onl imaginée 
Sabellius et Valenlin, mais d'une façon ineffable et qu'on ne saurait ex- 
primer par des paroles, comme dit le prophète : Qui racontera sa géné- 
ration (I) ? 11 n'y a point d'esprit créé capable de comprendre la sub- 
sistance du Fils, comme il n'y en a point qui puisse comprendre celle du 
Père ; parce qu'un esprit créé ne saurait comprendre la manière dont le 
Père engendre le Fils. Mais des personnes conduites par l'esprit de vérité 
n'ont pas besoin d'apprendre de moi cette doctrine, puisque la voix de 
Jésus-Christ se fait assez entendre là-dessus par ces paroles : Nul ne 
connaît qui est le Père que le Fils, ni qui est le Fils que te Père (2). Nous 
avons appris que l'un et l'autre sont incapables de changement et de 
conversion , que ni l'un ni l'autre n'ont besoin de rien ; que le Fils est 
parfait, et parfaitement semblable au Père, et qu'il n'est différent de lui, 
qu'en ce qu'il est seul engendré : c'est l'image du Père, son image li- 
dèle, et qui ne lui est en rien dissemblable ; car il est certain qu'il est 
une image qui contient tout ce qui peut rendre une ressemblance par- 
faite, comme le Seigneur l'a enseigné lui-même lorsqu'il a dit : Mon 
Père est plus grand que moi (ô). C'est pour cela que nous croyons encore 
que le Fils procède toujours du Père, parce qu'îï est la splendeur de su 
gloire et le caractère de sa substance (4). Il ne faut pas néanmoins con- 
clure de cette procession éternelle ce que s'imaginent ces aveugles d'es- 
prit, savoir : que le Fils n'a point été engendré ; car ces paroles de l'É- 
criture : Le Verbe était, il a toujours été avant les siècles, ne signilient 
par la même chose que celles-ci : Il n'a pas été engendré ; l'esprit hu- 
main ne saurait même inventer un terme qui les puisse exprimer. 

« L'opinion que j'ai de la droiture de votre esprit dans toute sorte de 
choses, me persuade que vous êtes vous-même de ce sentiment, parce 
qu'en effet aucune de ces expressions ne signifie ce que porte celle-ci : 
// n'a point élé engendré. Ces autres paroles ne semblent signifier qu'une 
extension de temps, et elles ne peuvent exprimer dignement la divinité, 
ou, pour ainsi dire, l'ancienneté du Fils unique de Dieu. C'est pour cela 
que les saints, expliquante mystère, chacun selon sa capacité, ont raison 
de demander pardon à leurs auditeurs, et de s'excuser en leur disant : 
Voilà jusqu'où notreesprit a pu aller. Mais si quelqu'un s'attend à des ex- 
pressions qui soient au-dessus de l'intelligence humaine, s'imaginant que 

(i) haie, cli. lui. 

(2) Saint Luc, Evangile , eh, x. 

(3) Saint Jean, Evanjile , ch. xrv. 

(4) Epîlre aux Hébreux , cli. i. 

T. 1. o 



— 130 — 

la connaissance de ces mystères a été perdue et qu'il ne nous en reste que 
des lumières sombres et imparfaites , il est clair que celles-ci : II était 
et toujours et avant les siècles, répondront fort peu à son attente. Quoi 
qu'il en soit, quelque expression qu'on ait employée, il est certain 
qu'elle ne saurait jamais signifier la même chose que celle de non engen- 
dré. Il faut donc conserver à ce Père cette propriété d'excellence de 
n'être point engendré, et confesser qu'il n'a aucun principe de son être. 
Mais il faut aussi rendre au Fils l'honneur qui lui est dû, reconnaître que 
la génération par laquelle il procède du Père n'a pointde commencement, 
lui déférer le culte que nous avons dit, et expliquer de lui ces paroles : /( 
était et toujours et avant tous les siècles, dans un sens qui soit conforme 
au respect que nous lui devons. Il ne faut point nier sa divinité, il 
faut , au contraire , lui attribuer, comme à l'image et à la figure du 
Père, une ressemblance fidèle et entière; il faut aussi reconnaître 
comme une propriété du seul Père, qu'il n'a point été engendré, 
parce que le Sauveur dit lui-même : Mon Père est plus grand que 
moi (1). 

« Outre celte saine doctrine qui regarde le Père et le Fils, nous con- 
fessons un seul Saint-Esprit, comme les divines Écritures l'enseignent, 
qui a renouvelé les saints de l'Ancien Testament et les divins docteurs 
de celui qu'on appelle le Nouveau ; une seule Église catholique, apostoli- 
que toujours invincible, au-dessus de tous les efforts de tout l'univers, 
et victorieuse de toutes les entreprises impies des hérétiques qui s'élè- 
vent contre elle, encouragée qu'elle est par ces paroles de son époux : 
Ayez confiance, /'ci vaincu le monde (2). Après cela , nous reconnaissons 
la résurrection des morts, dont Notre -Seigneur Jésus-Christ a été les 
prémices. Jésus-Christ qui a pris de Marie ua corps véritable, et non 
pas seulement apparent, qui à la fin des siècles s'est uni à la nature hu- 
maine pour effacer le péché ; qui a été crucifié, qui est mort sans au- 
cune lésion de sa divinité ; qui est ressuscité d'entre les morts, qui est 
monté aux cieux; qui est assis à la droite de la majesté du Père. 

t Je n'ai fait que toucher ces choses dans cette lettre, parce qu'étant 
vous-mêmes très-instruits , ainsi que je vous l'ai déjà dit , je pourrais 
vous ennuyer, si je voulais traiter ces matières au long et dans tout leur 
détail. 

i Voilà la doctrine que nous enseignons ; voilà ce que nous prêchons; 
Voilà les dogmes apostoliques de l'Église, pour la défense desquels nous 



(i) Sainl Jea'.i , Evangile, cli. xiv. 
(?) Idem, idem, ch. xvi. 






— 131 — 

sommes prêts à souffrir la mort, sans craindre la violence de ceux qui 
veulent nous y faire renoncer, ni tous les tourmenis qu'ils pourraient 
nous faire endurer pour nous y forcer et pour nous faire perdre la con- 
fiance que nous inspire cette doctrine. 

i Arius et Achillas et les autres ennemis de la vérité, qui se sont 
opposés à celte foi pour s'éloigner de nos sentiments , ont été chassés de 
l'Eglise, suivant le commandement de saint Paul : Si quelqu'un vous an- 
nonce un Evangile différent de celui que vous avez reçu , qu'il soit ana- 
thème, quand il vous dirait qu'il est un ange descendu du ciel (1). Bien 
davantage : Si quelqu'un enseigne une doctrine différente ,. et n'embrasse 
pas les saintes instructions de Noire-Seigneur Jésus-Christ et la doctrine 
qui est selon la piété , il est enflé d'orgueil , il ne sait rien. Que personne 
d'entre vous ne communique avec ces sortes de gens-là que nos frères 
ont excommuniés. Que nul de vous ne les écoute ni ne lise leurs écrits. 
Ces imposteurs mentent toujours, et ne disent jamais la vérité. Ils vont 
de ville en ville sous prétexte d'amilié et de paix ; mais en effet sans au- 
tre dessein que de donner des lettres et d'en recevoir, pour achever de 
faire tomber dans l'erreur quelques femmes chargées de péchés. 

« Évitez donc , mes très-chers frères , ces personnes qui commettent 
tant et de si grands attentats contre Jésus-Christ ; qui se moquent pu- 
bliquement de notre religion ; qui noircissent la réputation des fidèles 
dans les tribunaux où ils les obligent de comparaître ; qui, au milieu de 
la paix, s'efforcent d'exciter une persécution contre nous; qui affaiblis- 
sent le mystère ineffable de la génération de Jésus-Christ. Joignez vos 
suffrages aux nôtres contre ces furieux et ces téméraires, à l'exemple 
des évoques, qui sont dans la dernière indignation contre eux, comme 
ils me l'ont témoigné par leurs lettres , et qui ont approuvé par leur si- 
gnature l'écrit que je leur ai envoyé. 

i Je vous ai député Apion , mon fils, diacre, pour vous apporter ces 
lettres (2) et cet écrit signé d'eux. Il y en a de divers endroits de l'E- 
gypte et de la Thébaïde ; il y en a aussi de la Libye et de la Pcntapole ; 
quelques-uns de la Syrie et même delà Lycie et de la Pamphilie, de 
l'Asie , de la Cappadoce et de diverses autres provinces voisines. J'es- 
père qu'à leur exemple vous m'enverrez aussi les vôtres. Après avoir 
appliqué divers remèdes aux blessures que le peuple a reçues à cette oc- 



(i) Epilre aux Gnlales , cli. i. 

(2) Il n'esc pas croyable que le diacre Apion , qui porta celle letire d'Alexandre 
d'Alexandrie à Alexandre de Bysance (Constanlinople ), l'ail aussi portée a tous les 
autres évêques à qui nous avons dil qu'elle fut envoyée. Peut-être qu'il la porta 
seulement aux évêques de la Tlirace. 



— 152 — 

casion , j'ai cru que ce consentement unanime des évèques achèverait 
de guérir ceux qu'ils ont trompés; qu'ils y déféreraient; et qu'ils re- 
viendraient à pénitence. Saluez-vous les uns les autres, et saluez aussi 
les frères qui sont avec vous. Je souhaite, mes très-chers frères, que 
vous vous portiez bien en notre Seigneur, et que je reçoive quelques 

fruits du zèle et de l'amour que vous avez pour Jésus-Christ (1). i 

Irrités de voir leurs démarches inutiles , Eusèbe et les évoques de 
son parti s'assemblèrent en concile dans la Bilhynie (2) , et après avoir 
donné leur approbation à la doctrine d'Arius , et lavé l'excommunica- 
tion fulminée contre sa personne , ils écrivirent à tous les évèques de la 
Chrétienté pour attester son orthodoxie , et les engager à communi- 
quer avec lui et à presser l'évêque saint Alexandre de le rétablir (ô). 



■ 



N° 64. 
* CONCILE DE CÉSARÉE , EN PALESTINE. 

(PALESTINUM.) 

(L'an 521 .) — Le patriarche d'Alexandrie demeurant inflexible , Eu- 
sèbe de Nicomédie et ses partisans assemblèrent un second concile à 
Césarée en Palestine , dans lequel Arius obtint d'Eusèbe de Césarée , 
au mépris de l'autorité épiscopale et de toutes les règles canoniques, la 
permission d'établir en Palestine des églises particulières pour y assem- 
bler les iidèles de son parti (4). 



N° GS. 
CONCILE D'ALEXANDRIE. 

( ALEXANDRINUM. ) 

(L'an 32L) — Cependant les prétentions scandaleuses des évèques 
ariens qui jetaient le trouble et la division dans l'Église, et les discus- 
sions téméraires d'une foule de personnes ignorantes et de femmes 
même , qui dissertaient avec assurance sur les mystères de la religion, 
devinrent pour les païens un sujet continuel de dérision et de railleries 

(i) Celle lelirc ilu patriarche d'Alexandrie ne porle point de date dans Tliéo- 
doret. Mais il csl vraisembable qu'elle fut écrite environ l'an 3a3, deux ans avant 
le concile de Nicée. 

(2) Nicétas dit que le concile se tint à Nicomédie (lib. v, Thesauri, in Bihlioth. 
Patrum, t. XXV). Cet auteur dit que s5o évèques eusébiens se trouvèrent à celle 
assemblée. 

(3) Sozomèuc, Hist. ceci., lib, 1, cap. i5. 

(4) Idem. 



— 135 — 

insultantes; ils ne craignirent pas de jouer publiquement le Christia- 
nisme sur leurs théâtres cl d'outrager même 1rs statues de l'empereur 
qui l'avait embrassé. Vivement allligé de ce désordre universel , Cons- 
tantin s'occupa d'y apporter remède, et, pour cet effet, il envoya le 
célèbre Osius (1) en Egypte , l'an 524 , avec une lettre où il blâmait 
tout à la fois saint Alexandre et Arius, les exhortant à se réconcilier et 
à se pardonner leurs torts réciproques, afin, disait-il, de ne pas troubler 
l'Église par des disputes de mots ou pour des questions frivoles et inin- 
telligibles (2). On reconnaît aisément dans cette lettre les idées et les 
inspirations artificieuses d'Eusèbe de Nicomédie , qui était parvenu à 
une grande faveur auprès de Constantin par le crédit de Constanlia , 
sœur de ce prince. Comme les disputes avaient commencé à l'occasion 
des termes de substance et d'hypostase , dont la signification n'était pas 
encore rigoureusement déterminée , il persuada facilement à Constantin, 
peu instruit d'ailleurs des mystères de la religion , puisqu'il n'était pas 
encore baptisé , que les dissentiments ne portaient que sur l'emploi ou 
le sens de ces mots , et par conséquent sur des questions qui n'intéres- 
saient nullement la foi. Il se gardait bien d'ajouter qu'en expliquant ces 
termes à sa manière et en tirant les conséquences de ses explications , 
Arius enseignait des impiétés odieuses qui introduisaient l'idolâtrie dans 
le Christianisme. 

Arrivé à Alexandrie , Osius trouva le désordre à son comble. Arius y 
était revenu, et, quoiqu'il fût excommunié et déposé, il faisait publi- 
quement , malgré le patriarche , toutes les fonctions de prêtre et de curé 
dans l'église de Baucale ; son parti , devenu fort et puissant , y balançait 
celui des catholiques ; les méléciens même, quoique ennemisdes ariens 
et de leur doctrine , s'étaient joints à eux pour se venger d'Alexandre 
et pour se fortifier contre lui; les sabelliens troublaient encore l'Église 



(i) Osius, évêque de Cordoue , avait été commis , en qualité «le légat à lalere du 
pape saint Sylvestre , pour tâcher d'apaiser par sa présence les troubles de l'Eglise 
d'Orient. Celait l'homme de son siècle le plus consomme dans les grandes affaires. 
Sa pénétration , sa capacité, son expérience , sa sagesse , l'avaient déjà fait choisir 
pour présider plusieurs conciles nationaux et provinciaux contre les donatisles et 
contre plusieurs autres sectes d'hérétiques ; ses éminentes qualités l'avaient fait aussi 
regarder comme un des principaux Pères des conciles d'Elvirc, d'Ailes cl de Néo- 
césaréc; sa constance dans le bannissement et dans les prisons , où Uiocléticn lui 
avait fait souffrir divers tourments, lui avai t acquis l'illuslrc nom de confesseur de 
Jésus-Christ; et ses longs travaux pour la défense de la religion contre les idolâtres 
et contre les hérétiques , celui de défenseur de lu foi. 

(5) Euscbe, lib. 11, île viui Constantini , cap. lxiii. — Socratc , ijist. ceci., lih. i, 
— Sozomène , Hist. ceci., lib. i , cap. iG 






I 



— 134 — 
d'Egypte , et celle d'Alexandrie en particulier était divisée par le schisme 
des colluthiens ; le prêtre Colluthus , leur chef , qui , sans ordina- 
tion , s'était fait de lui-même un épiscopat imaginaire , ordonnait les 
diacres et les prêtres, et ajoutant au schisme l'hérésie, il avait inventé 
une théologie toute nouvelle et enseignait que Dieu n'est point l'auteur 
des maux , des peines et des afflictions de celte vie ; proposition héré- 
tique , qui fit dans la suite un des principaux dogmes de l'hérésie des 
manichéens. Au milieu de tout ce désordre , le patriarche était resté 
inébranlable dans sa foi et inviolablement attaché à soutenir contre tous 
la doctrine et la tradition apostolique , attendant du ciel , du pape et de 
l'empereur le remède à tant de maux. 

Pour calmer ces troubles et terminer ces divisions , le légat du Saint- 
Père tint un concile nombreux à Alexandrie , après avoir vainement 
tenté la voie de la négociation. Un si grand nombre d'évêques y assis- 
tèrent que saint Athanase ne fait point de difficulté de lui donner le 
nom de concile général (1). On y examina avec le plus grand soin les 
dogmes de l'Arianisme , la juridiction et l'indépendance que Mélèce avait 
usurpée sur l'Église d'Alexandrie , l'hérésie de Sabellius , et l'attentat 
du prêtre Colluthus ; on y définit solennellement contre Arius que le 
Fils de Dieu est engendré de toute éternité de la propre substance de 
son Père; on y expliqua, pour la première fois dans les conciles, les 
mots substance, essence et hypostase, qui ont fait tant de bruit dans la 
suite , de manière à lever toute équivoque et à prévenir toutes les fausses 
interprétations, afin de rendre impossible l'accusation de Sabellianisme 
intentée par les ariens contre le saint patriarche d'Alexandrie ; mais 
comme elle n'était pour eux qu'un prétexte, le zèle et l'habileté d'Osius 
échouèrent contre Ieur;obstination ; la doctrine d'Arius y fut condamnée 
et cet hérésiarque excommunié avec tous ses complices ; les méléciens y 
furent condamnés comme schismatiques ; les troubles occasionnés en 
Egypte par un reste dé sabelliens furent entièrement pacifiés par ce 
concile, qui termina aussi la cause des colluthiens (2) , Jen ramenant le 
prêtre Colluthus à son devoir et réduisant au rang de laïques tous ceux 
que ce prêtre avait ordonnés. A l'égard des divisions qui existaient en- 
core au sujet de la pâque , et que le légat du pape avait mission de 
terminer ; car un certain nombre d'orientaux s'obstinaient toujours à 
célébrer cette fête, à l'imitation des juifs, le 14 e jour de la lune de mars, 

(i) 2 e Apologie. 

(2) On trouve néanmoins qu'en 335 quelques collulliicns se joignirent avec 
les méléciens et les ariens contre saint Athanase , qui défendait l'Eglise catholique. 
(Saint Athanase, Apolog. contra arian., p. 194, 197.) 






— 135 — 

et non le dimanche suivant ; Osius et le Concile ne purent vaincre l'en- 
têtement des quartodécimans (1). 

|N° 66. 
I" CONCILE OECUMÉNIQUE DE NICÉE , EN BITHYNIE. 

(NICjENUM.) 

(L'an 325.) — Les Pères du concile d'Alexandrie s'étant séparés , 
Osius écrivit au pape saint Sylvestre pour lui rendre compte de sa mis- 
sion en Egypte. De retour auprès de Constantin, il lui fit également 
connaître le véritable état des choses, et lui conseilla d'assembler un 
concile général de tous les évêques de la Chrétienté , afin de confirmer 
la doctrine catholique par un jugement plus solennel , et de remédier 
ainsi plus facilement aux divisions qui troublaient l'Église. Le saint pa- 
triarche d'Alexandrie étant venu corroborer , par une lettre adressée à 
l'empereur , le témoignage de l'illustre évêque de Cordouc , ce prince , 
après s'être concerté avec le pape saint Sylvestre (2), envoya aux évê- 



(i) Socrate, //lit. ecci., lib. I, cap. 8; lib. ni , cap. 7. — Saint Augustin, de 
Hœres.y cap. 65. — Saint Aihanase, Apolog. contra arian. — Sozomène, Hist. eccl., 
lib. 1 , cap. 16. — Saint Epiphane , Hœres. 69. — Pbilastrius, de Hœres., in Bibî. 
Palrum, t. V.— Philostorge , lib 1 , cap. 7, raconte que saint Alexandre s'étant ren- 
contré à Nicomédie avec Osius, y fit décider que le Fils de Dieu est de même sub- 
stance que le Père. Mais cet historien a été mal informé et a confondu le concile de 
Bithynie ou de Nicomédie , dans lequel la doctrine d'Arius tut approuvée et celle 
de l'Eglise condamnée par 25o évêques, avec celui qu'Osiustint à Alexandrie, lors- 
qu'il y futenvoyé par l'empereur; car il n'y a pas d'apparence que saint Alexandre 
eût eu assez d'autorité dans un concile, assemblé dans la ville même dont Eusèbc 
était évêque, pour y taire rendre une semblable décision. 

(2) L'intervention du pape saint Sylvestre dans la convocation du concile de 
Nicée ne saurait être mise en doute , quoiqu'elle ne soit pas expressément attestée 
par des témoignages contemporains. En effet, comme c'est au Souverain-Pontife 
qu'appartient incontestablement le droit de convoquer les conciles généraux , en 
vertu de sa suprématie sur toute l'Eglise, l'exercice de ce droit n'a pas besoin d'être 
énoncé positivement, et son évidence même sert à expliquer le silence des histo- 
riens à cet égard. Cette intervention est d'ailleurs constatée par le témoignage du 
sixième concile général, tenu à Conslantinople (acte »8 e ); et de plus, on en trouve 
une preuve manifeste dans la présence de plusieurs évêques tpii durent se rendre à 
Nicée sur une autre convocation que celle de Constantin , puisqu'ils étaient étran- 
gers à son empire. Si les historiens attribuent cette convocation à l'empereur, c'est 
qu'en effet il y prit une très-grande part en écrivant aux évêques et en leur four- 
nissant des voitures pour leur voyage. Les historiens attribuent de même aux empe- 
reurs la convocation du concile de Sardique; et l'on sait néanmoins, par le témoi- 
gnage positif de saint Aihanase [Epistola ad Salit.), que le pape Jules leur avait 



— 136 — 
qucs de son empire des lettres respectueuses pour les inviter à se ren- 
dre prompicment dans la ville de Nicéc en Bithynie, pour la tenue d'un 
concile général , dont l'ouverture fut fixée pour le 19 e jour de juin de 
l'an 325(1). 

Trois cent dix -huit évoques, les plus illustres de toute l'Église par 
leur science et leur éloquence , ou par la sainteté de leur vie et l'éclat 
de leurs miracles, se trouvèrent à cette célèbre assemblée. La plupart 
étaient de l'Orient, de la Grèce et des provinces voisines. Les Gaules n'y 
envoyèrent qu'un seul évoque, Nicaise de Die. Cécilien , évêque de Car- 
tilage et métropolitain de l'Afrique, fut chargé d'y représenter les Églises 
de cette province ; ^Erostane y vint au nom des Églises d'Arménie; 
Jean y fut envoyé par celles de la Perse, et Théophile par celles dû 
pays des goths. L'âge avancé et les infirmités du pape saint Sylvestre 
l'ayant empêché de s'y trouver lui-même en personne, Vitus (2) et Vin- 
cent, prêtres de l'Église de Rome, furent nommés ses légats pour y 
maintenir son autorité, y conserver son rang et sa qualité de vicaire de 
Jésus-Christ et de chef de l'Église catholique ; le célèbre Osius , sur- 
nommé par les Pères de l'Église le Père des conciles (3), fut aussi chargé 
de le représenter dans ce concile et d'y présider en son nom (i). Per- 
sonne n'y parut de la part des donatistes , soit qu'ils craignissent une 



écrit pour cel objet , en sorte qu'elle eut lieu par le moyen des empereurs , maïs du 
consentement et par l'autorité du Souverain-Pontife. Du reste , on ne peut nier 
qu'en envoyant ses légats au concile de Nicée , le pape saint Sylvestre n'en ait au 
moins ratifie ainsi la convocation. 

(i) Eusèbc , de vitâ Constantini , cap. vi. — Socrate, Hist., lib. 1, cap. i3. 

(a) Il avait été légat du pape saint Sylvestre au concile d'Arles, l'an 3i4. 

(3) Il assista, en qualité de légat du pape Libère, au concile d'Arles de l'an 
353 , et eut le malheur de consentir à la condamnation de saint Athanase, persécuté 
par les ariens, et dont il connaissait mieux que personne la foi , le mérite et l'inno- 
cence. Sa mémoire serait autant en horreur, qu'elle est en vénération , s'il n'avait 
effacé la honte de cette action par la constance inébranlable qu'il fit paraître depuis 
au concile de Rimini , ou il s'opposa généreusement aux décrets impics de ce con- 
ciliabule. 

(4) Saint Athanase, Epistola ad afros; Jpol. 2. — Saint Hilairc, contra Con- 
stant.; contia arianos. — Saint Grégoire de Nazianze, in funcre Patium, oratio 
19. — Théodoret, Hist., lib. 1. — Rufin, Hisl., lib. 1.— Socrate, Hist. ceci, lib, 1. 

— Sozomènc , Hist. eccl., lib. 1. — Eusèbe , de vitâ Constantini , lib. 111 Gélase 

dcCyziquc, qui a écrit l'histoire du concile de Nicéc , dit expressément qu'Osius 
tenait avec les prêtres Vitus et Vincent la place de Sylvestre, évoque de Home (lib. 
11, cap. .S); et ce témoignage d'nn auteur grec ne saurait être suspect. Il est impor- 
tant de remarquer que dans tous les conciles œcuméniques, dont nous avons les 
actes , on trouve en tète la souscription des légats du pape ; et c'est presque toujours 
un évêque avec deux prêtres. 



— 137 - 

nouvelle condamnation , soit plutôt qu'on ne les y eût pas appelés, 
comme étant déjà séparés de l'Eglise. Les novatiens y députèrent révo- 
que Accse et un prêtre appelé Auxanon. Il y eut vingt-deux évoques 
ariens. Les plus fameux sont : Eusèbe de Nicomédie, Eusèbe de Césaréc 
en Palestine, Paulin de Tyr, Théognis de Nicée , Maris de Calcédoine , 
Tliéodotc de Laodicée en Syrie, Athanase d'Anazarche, Narcisse de Né- 
roniade, Grégoire de Béryte, Aëlius de Diospolis, Ménophante d'Éphèse 
en Ionie , Patrophile de Scytliople , Théonas de Marmarique , Second de 
Plolémaïde, et Paul de Larde. 

Outre les évoques, une multitude de prêtres, de diacres, parmi les- 
quels était saint Athanase-le-Grand , de ministres inférieurs , et même 
de simples laïques versés dans la dialectique et dans l'étude de la reli- 
gion, assistèrent au concile de Nicée. Ils avaient été amenés , non pour 
prendre part aux délibérations et au jugement de l'assemblée, mais pour 
soutenir la discussion et confondre les subtilités des hérétiques. Arius 
lui-même y était présent avec la plupart de ses disciples, et défendit en 
personne sa doctrine. Quelques philosophes païens vinrent aussi à Ni- 
cée, soit par curiosité, soit pour disputer contre les évêques et fomenter 
les divisions; et l'on rapporte qu'un d'entre eux, qui ne cessait d'atta- 
quer la foi chrétienne avec beaucoup d'acharnement, fut converti par les 
paroles d'un vieillard simple laïque et ignorant (1). Ce saint confesseur, 
ne pouvant souffrir le faste de ce philosophe, lui répondit en ce termes : 
« Philosophe, écoute au nom de Jésus-Christ : Il n'y a qu'un Dieu, 
créateur du ciel et de la terre , de toutes les choses visibles et invisibles ; 
qui a tout fait par la vertu de son Verbe, et a tout affermi par la sain- 
teté de son Esprit. Ce Verbe, que nous appelons le Fils de Dieu, ayant 
pitié des hommes et de leur vie brutale, a bien voulu naître d'une 
femme , converser avec les hommes et mourir pour eux ; et il viendra 
encore pour juger comment chacun a vécu. Voilà ce que nous croyons 
avec sincérité. Ne te fatigue donc pas en vain pour chercher des raisons 
contre les vérités de la foi , ou pour examiner comment cela peut s'être 
fait ou non; mais réponds-moi sincèrement si tu le crois : c'est ce que 

(i) Socrate, Sozomunc, Gélasc , Ruffin , Nicépliorc cl Zonare , parlent de ce saint 
vieillard avec le plus grand éloge; ils convicnncnl tous qu'il était d'un :'. 6 c fort 
avancé , et peu versé dans la pl.ilosophic et la tliéolo C ie. Mais ils ne sont pas d'ac- 
cord sur sa profession. Socrate dit qu'il était laque ; Sozomènc et Cclase semblent 
être de son avis , puisqu'ils ne lui donnent tous deux que la qualité de bon et saint 
vieillard; Ruffin le met au nombre des évèques du concile de Nicée; Niccpliorc 
avance que ce fut le grand et célèbre Spiridion , mais il ne paraît pas en être as- 
suré; et Zonare, prétendant avoir été mieux informé que tous les autres, assure, 
sans aucune preuve, que ce fut Spiridion , évéque de Trémilhoutc. 



— 138 - 

je le demande. » — « Je le crois, i répondit le philosophe étonne ; et 
aussitôt il se déclara chréiien. Et ayant rendu grâces au saint vieillard , 
il engagea ses disciples à l'imiter , assurant avec serment qu'il s'était 
senti poussé par une inspiration divine à faire cette réponse et à se con- 
vertir (1). 

Avant le jour ûxé pour la, première séance publique du concile, le» 
évoques tinrent des conférences particulières où ils appelèrent Arius. 
Cet hérésiarque exposa crûment toutes ses erreurs , et n'hésita pas a 
soutenir que le Fils de Dieu a été tiré du néant ; qu'il n'a pas toujours 
existé ; qu'il n'est pas véritablement Dieu , et ne participe point à la na- 
ture du Père ; qu'il est sujet au changement et capable de péché comme 
toutes les créatures ; que Dieu l'a produit, comme tout le reste, par un 
effet libre de sa volonté , et pour être son ministre dans la création du 
monde, en sorte qu'on peut bien dire qu'il a été produit avant tous les 
siècles, mais non de toute éternité et sans commencement. Il ajouta que 
le Fils ne connaît le Père qu'imparfaitement, et selon la mesure de son 
intelligence bornée ; qu'il ne saurait le comprendre, ni même connaître 
à fond sa propre substance. Ces blasphèmes excitèrent l'indignation gé- 
nérale ; mais on n'en laissa pas moins à l'hérésiarque et à ses adhérents 
toute liberté de s'expliquer et de défendre leur doctrine impie , afin de 
pouvoir combattre leurs sophismes, détruire leurs subterfuges et mettre 
là vérité catholique dans un jour plus éclatant. Saint Athanase, diacre 
d'Alexandrie, fut un de ceux qui se signalèrent le plus dans ces discus- 
sions particulières. Il combattit avec autant de force que d'habileté toutes 
les chicanes et les subtilités des ariens, principalement d'Eusèbede 
Nicomédie ; et c'est là ce qui le rendit dans la suite, pour la secte, l'ob- 
jet d'une haine implacable. 

Sur ces entrefaites, plusieurs évoques présentèrent à Constantin des 
mémoires contenant des plaintes ou des accusations contre leurs 
confrères : il est probable qu'il s'agissait de griefs allégués par les ariens 
contre des évoques catholiques. L'empereur fit envelopper et cacheter 
ces mémoires , en promettant de les examiner plus tard. En attendant , 
il s'occupa de réconcilier les évoques qui se plaignaient les uns des au- 
tres ; puis, au jour indiqué, il leur présenta le paquet cacheté et le brûla 
en leur présence, les exhortant de nouveau à l'union, et protestant avec 
serment qu'il n'avait lu aucun de ces mémoires, parce que les fautes des 
évoques devaient rester inconnues. Il ajouta même que, s'il voyait un 



(i) Socralc, //(>(., Iil>. i, Bip. 8.— Soiomrne, Hat., lib. i, c»y. 17, |S. — nuf- 
fin, BUt, lib. I, c»p. 1.— Cilasc.tc Cy/.ii|iie, Hist. rom. Niciciû, lib. M, c»p. |3. 



— 139 — 

évêque manquer à la chasteté, il le couvrirait de sa pourpre pour en dé- 
rober la connaissance au public et empêcher le scandale (\). 

Le 19 e jour de juin étant arrivé, Constantin, vêtu de pourpre à la ro- 
maine, avec un manteau impérial, et tout couvert d'or et de pierreries, 
se rendit sans garde dans la salle où les évêques étaient assemblés. Saint 
Eustathe, patriarche d'Antioche, fit l'ouverture du concile, et prononça 
la harangue suivante (2) : a Très-bon empereur , nous rendons à Dieu 
« de publiques actions de grâces de ce qu'il vous a donné l'empire de 
< l'univers , et de ce qu'il s'est servi de la force de votre bras pour 
• abolir le culte des idoles, et pour donner la paix à l'Église. On n'offre 



(i) Ruffin, Hist., lib. i. — Théodoret , Hist., lib. i. — Sozomène, Hist., lib. i, 
cap. 17. — Socrale, Hist., lib. i , cap. 8. — Quelques historiens, enlre autres So- 
cralc et Sozomène, soutiennent que ces libelles furent brûles à la Kn de la pre- 
mière séance; d'autres, parmi lesquels Théodoret, disent a la fin du concile. 

(2) Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'évêque qui prononça le discours d'ou- 
verture du concile. Les uns veulent que ce fut Osius , évêque de Cordouc , et ils 
appuient lcnr sentiment sur la qualité qu'on lui donne de président de l'assemblée. 
Les autres, et parmi eux Nicétas , prétendent, sur le témoignage de Théodore de 
Mopsucste, que ce fut Alexandre, évêque d'Alexandrie , qui harangua les Pères 
du concile; et ceux qui suivent celte opinion se fondent, en outre, sur sa qualilé 
de premier patriarche de l'Eglise d'Orient, sur le témoignage de la lettre synodale 
du concile même, qui dit que ce patriarche en était le maître, et enfin sur ce 
qu'il n'y avait que lui dans l'assemblée qui put faire un rapport fidèle de l'affaire 
d'Ariiis et de celle de Mélècc, les deux principales causes de la convocation du 
concile de Nicée. 

Sozomène {Hist,, lib. 1, cap. 19) prétend que ce fut Eusèbc de Césaréc qui fit 
ce discours, et ceux qui soutiennent son parti rapportent le témoignage d'Eusèbe 
même, qui assure en termes expris dans la Fie de Constantin (t. III , cap. xi), que 
l'empereur harangua le concile après qu'il eut lui-même prononcé une courte ha- 
rangue à la louange de ce prince. 

Mais le témoignage de Théodoret [Hist., lib. I, cap. 7), qui était d'Antioche et 
mieux informé que personne de ce qui regardait les évêques de cette ville , doit 
sans doute l'emporter sur celui de tous les historiens qui sont d'un sentiment dif- 
férent. Il dit expressément que le» Pères de Nicée choisirent pour cette importante 
action le grand Eustathe d'Antioche. 

Eusèbe même, de vilâ Constantini , le désigne assez clairement quand il dit que 
ce fut 1 'évêque , assis à la tête des Pères du côlé droit en entrant dans la salle du 
concile, qui prononça la harangue. Or, le patriarche d'Antioche occupait, en effet, 
cette place, qui ne pouvait nullement convenir au patriarche d'Alexandrie, ni au 
président Osius, ni à plus forte raison à Eusèbe de Césarée. 

Pour concilier l'opinion de Sozomène avec celle de Théodore!, Cassiodore pré- 
tend qu'il se fil deux harangues pour l'ouverture du concile, et qu'Eusèbe pro- 
nonça la sienne après Eustathe. Mais celle opinion est combattue par le témoi- 
gnage d'Eusèbe lui-même, qui ne parle que d'une harangue pour l'ouverture de 
l'assemblée. 



— 140 — 

« plus d'encens aux démons ; la fausse religion des païens est détruite , 

« les ténèbres de l'impiété sont dissipées , la lumière de la connaissance 

« de Dieu est répandue par tout le monde. Le Père en est glorifié , le 

« Fils est adoré avec le Père, le Saint-Esprit est annoncé. On prêche 

« partout la Trinité consubstantielle, un Dieu en trois personnes ; et ce 

o Dieu s'est servi de vous pour opérer toutes ces merveilles. C'est lui 

« qui vous a donné la force pour défendre la foi de ces mystères. Con- 

« servez-nous cette foi tout entière et dans toute sa pureté. Que nul 

c d'entre les hérétiques qui se glissent dans l'Église , n'entreprenne de 

« retrancher aucune des trois personnes de la Trinité : ce serait désho- 

« norer celles qui resteraient. Arius, dont le nom même nous marque la 

« fureur, a été la principale cause de cette assemblée , et il fait le sujet 

« principal du discours que j'ai l'honneur de prononcer devant vous. Il 

c a été fait prêtre d'Alexandrie , mais par surprise , en nous cachant ses 

« véritables sentiments , qui sont tout à fait contraires à la doctrine des 

< apôtres et des prophètes. Il ose soutenir que le Fils unique, le Verbe 

i du Père, n'est pas égal au Père, ni de même substance que lui; il 

c adore la créature et en même temps met le Créateur au nombre des 

« choses créées. Tâchez de lui persuader , ô empereur , de changer de 

« sentiment et de suivre la foi des apôtres ; ou , s'il, persiste dans l'er- 

c reur impie dont il a été convaincu, chassez-le de votre assemblée, qui 

i est aussi celle de Jésus-Christ, de peur que ce brouillon ne surprenne, 

i par ses paroles flatteuses , les esprits des personnes simples. » 

Après cette harangue, Constantin répondit aux Pères du concile pour 
leur témoigner sa joie de se trouver dans une si sainte assemblée et son 
désir ardent de les voir tous unis de sentiment ; puis il les invita à com- 
mencer en toute liberté l'examen des questions sur lesquelles ils de- 
vaient prononcer leur jugement. 

Interrogé le premier sur sa doctrine, Arius ne dissimula point ses 
erreurs, et il les soutint avec une impudence inouïe, à la face de tout le 
concile et en présence de l'empereur. Ceux qui avaient embrassé son 
parti cherchèrent, par des expressions artificieuses et des subtilités phi- 
losophiques, à défendre ses impiétés et à couvrir par de belles paroles ce 
qu'elles avaient d'odieux ; mais ils furent bientôt forcés de se contredire 
eux-mêmes, de se combattre mutuellement, et de rougir des blasphèmes 
qui découlaient de leurs principes. Les évoques catholiques les pressèrent 
de justifier leur doctrine par l'autorité de l'Écriture-Sainte ou de la tra- 
dition, et, détruisant leurs vains raisonnements, ils expliquèrent, à leur 
tour, la foi de l'Église, d'après les témoignages des Livres saints et l'en- 
seignement unanime des anciens docteurs. Comme Eusèbe de Nicomé- 



• 



^^ 



— 141 — 

«lie se montrait un des plus ardents défenseurs de l'Arianisme, et qu'il 
•était la véritable cause des grands progrès de cette secte, dont il s'était 
toujours porté le chef, les Pères du concile donnèrent lecture d'une 
lettre où il développait sa doctrine et qui conienait manifestement l'hé- 
résie. Celle lettre souleva une telle indignation dans l'assemblée qu'on 
la déchira publiquement, ce qui couvrit Eusèbe de confusion, et lui lit 
craindre d'être déposé par le concile ; on déchira également une profes- 
sion de foi que les ariens avaient présentée au conciie, et dont les erreurs 
ou le sens équivoque excitèrent des murmures universels (I). 

Pour opposer aux termes impies dont se servaient les ariens, un 
symbole exprimant la foi catholique par les paroles que l'Écriture ou 
l'usage habituel de l'Église avait consacrées, le Concile dit que le Fils 
né de Dieu est aussi Dieu lui-même ; et comme les ariens, en admettant 
ces expressions, les expliquaient dans un sens qui pouvait s'appliquer 
aux hommes, on leur demanda s'ils croyaient que le Fils est la vertu du 
Père, son unique sagesse et son image éternelle; qu'il lui est semblable 
en tout , quïl est immuable et subsistant toujours en lui , enfin qu'il est 
véritablement Dieu. Les ariens n'osèrent contredire ni rejeter ces ex- 
ipressions, qui sont en effet les propies termes de l'Écriture; mais ils 
cherchèrent encore à les interpréter dans un sens qui pût aussi les ren- 
dre applicables aux créatures, puisque, selon les Livres saints, l'homme 
■est lui-même l'image de Dieu ; que nous subsistons en lui ; que l'Écri- 
ture parle de plusieurs vertus célestes, et qu'enfin on peut dire que le 
■Fils c=l vrai Dieu, puisqu'il l'est devenu véritablement. Mais le Concile 
•voyant la dissimulation et la mauvaise foi des ariens, jugea nécessaire 
«l'exprimer nettement la génération éternelle du Fils, en disant qu'il est 
■engendré de la substance du Père, et non tiré du néant, ce qui le distin- 
gue essentiellement de toutes les créatures; et pour renfermer la doc- 
trine catholique et le sens des Écritures dans un mot qui ne permît au- 
cune équivoque, on adopta le terme de consubstaniiel, en grec, Î|aooû<tik, 
mit devenu depuis si célèbre, dont la précision devait couper court 
à toutes les subtilités des hérétiques. Il exprime en effet l'unité de sub- 
stance dans la nature divine ; il dit clairement que le Fils est non- 
seulement semblable et égal au Père, mais qu'ils n'ont l'un et l'autre 
qu'une seule et même divinité, en sorte que le Fils subsiste toujours dans 
le Père, comme le Père dans le Fils, sans commencement, ni change- 
ment, ni division, également distingués et unis dans l'identité d'une 
même substance. Cette expression était d'autant plus convenable et né- 

(i) Tliùodoret, Ilist., lib. i , vi et xn. — Saint Atlianase, de Décret. Synodi Ni- 
•cœn, — Saint Ambroise, de Fide , lib. i et ni , cap. 7 et |3, 



1 



— 142 — 

cessaiie, qu'elle résumait tout le fond de la dispute entre les ariens et 
les catholiques ; car ceux-là ne voulaient admettre aucunement l'identité 
de nature ; et pour soutenir que le Fils n'est point éternel et incréé, mais 
qu'il a été tiré du néant comme toutes les créatures, ils disaient que l'on 
ne pouvait penser autrement sans être forcé de soutenir que le Fils est 
consubstantiel au Père : c'était l'inconvénient qu'Eusèbe de Nicomédie 
availsurtout relevé dans sa lettre qui excita les murmures duConcile(l). 
Ainsi les évoques de Nicée se servirent contre Eusèbe de l'épée qu'il avait 
tirée lui-même. 

Les ariens, voyant donc qu'il ne leur restait plus aucun moyen de re- 
courir à leurs subtilités ordinaires , rejetèrent avec mépris ce terme de 
consubstantiel, parce qu'il ne se trouvait pas, dirent-ils, dans l'Écriture, 
qu'il offrait une explication grossière et fausse de la génération du Verbe, 
et qu'il était nouveau (2). L'identité de substance dans le principe et dans 
ce qui en provient, ne peut se concevoir, ajoutent-ils, que de trois ma- 
nières : ou par division , comme deux ou trois coupes d'une seule masse 
d'or ; ou par production ou développement , comme la plante de la ra- 
cine ; ou par écoulement ou émanation , comme les enfants des pères. 
Or, le Fils ne procède de son Père en aucune de ces manières ; mais les 
catholiques, repoussant toutes ces misérables chicanes, firent compren- 
dre sans peine à l'empereur lui-même que des raisonnements tirés de 
l'exemple des choses sensibles ne pouvaient point s'appliquer à la géné- 
ration du Verbe divin, qu'elle s'était produite d'une manière ineffable 
et toute spirituelle, dont rien ne peut donner l'idée dans la nature, et 
qu'elle n'avait point été assujétie aux conditions et aux lois que l'on ob- 
serve dans la production des êtres créés. Et pour répondre au reproche 
qu'on leur faisait de se servir d'un mot qui ne se trouvait point dans l'É- 
criture, les évêques catholiques dirent que si le mol de consubstantiel 
ne se trouve pas dans les Livres saints, ils en exprimaient la même chose 



(1) Saint Aihanase , de Decretis Synodi Nicœnœ; Epistola ad afros. — Théodo- 
rel, Hist., lib. I , cap. 8. — Saint Grégoire de Nazianze , Oratio Si. — Saint Am- 
broise, de Vide, lib. m, cap. i5. — Ruffin, Hist,, lib. i, cap. 5.— Socrate, Hist., 
lib. !. — Sozomène, Hist., lib. i. 

(a) On trouve dans plusieurs auteurs que les ariens s'élevèrent aussi contre le 
mot de consubstantiel, comme ayant été condamné par le 2 e concile d'Antioclie, 
tenu contre Paul de Samosate , l'an 269. Mais il parait certain que ce prétexte ne 
fut mis en avant que longtemps après. Les passages de saint Basile et de saint 
Athannse, que ces auteurs indiquent pour appuyer leur assertion , ne concernent 
point le concile de Nicée , et regardent principalement les semi-ariens. Ou reste , 
nous avons remarqué au concile d'Antioche qu'il est au moins fort douteux qu'on 
ait condamné l'usage du mot consubstantiel. 



■ 






— 145 — 
par une foule de locutions et de phrases, dont il résume le sens avec la 
précision la plus rigoureuse ; que d'ailleurs les ariens eux-mêmes em- 
ployaient bien d'autres expressions qui ne sont pas tirées de l'Écriture, 
puisqu'elle ne dit nulle part que le Fils n'ait pas toujours existé, ou qu'il 
soit tiré du néant ; enlin ils ajoutèrent que cette expression n'était pas 
nouvelle, et que plusieurs anciens docteurs, entre autres le pape saint 
Denis, et saint Denis d'Alexandrie, s'en étaient servis pour condamner les 
hérésies qui attaquaient la divinité du Verbe (1). Eusèbe de Césarée, en 
Palestine, futobligé d'en convenir (2); il voulut néanmoins proposer une 
formule de foi où le mot de consubsiantiel ne se trouvait point ; mais 
comme elle se bornait à des expressions dont les ariens dénaturaient le 
sens, pour les appliquer aux créatures, les évèques catholiques refusè- 
rent de l'adopter, et c'est peut-être la même qui fut déchirée publique- 
ment par le Concile (5). 

Après avoir répondu à toutes les objections que les ariens élevaient 
contre le mot de consubstantiel , les Pères du Concile commirent Osius 
pour dresser le symbole de foi, qui fut conçu en ces termes : • Nous 
« croyons en un seul Dieu , Père tout-puissant, créateur de toutes choses 
« visibles et invisibles (i) , et en un seul Seigneur Jésus-Christ , Fils 
« unique de Dieu , engendré du Père , c'est-à-dire de la substance du 
« Père ; Dieu de Dieu , lumière de lumière , vrai Dieu de vrai Dieu ; 
i engendré et non l'ait, consubsiantiel au Père; par qui toutes choses 
t ont été faites au ciel et sur la terre ; qui, pour nous hommes et pour 
« notre salut , est descendu des deux , s'est incarné et s'est fait homme ; 
» a souffert , est ressuscité le troisième jour , est monté aux cieux et 
« viendra juger les vivants et les morts. Nous croyons aussi au Saint- 
i Esprit. Quant à ceux qui disent : il fut un temps où le Fils n'était pas ; 
« ou bien , il n'était pas avant que d'èire engendré , il a été tiré du néant ; 
« ou qui prétendent que le Fils de Dieu est d'une autre hyposlase ou 
« d'une autre substance ; qu'il est muable ou altérable , la sainte Eglise 
« catholique et apostolique leur dit anathème (5). » 



(i) Uuffin, Hisl., lib. i, cap. 5. — Sozomène, Hist., lib. i , cap. 20. — Socraie , 
Hisl,, lib. 1, cap. 8. — Théodoret, Hisl., lib. 1 , cap. 12. — Saint Atbauasc, Epi- 
stola ad afros ; de Synodis. — Saint Basile , Epistola 3oo. 

(a) Socratc , Hist., lib. 1 , cap. 8. — Saint Athan.ise , ICpislula ad afim.— Théo- 
dore!, Hisl., lib. 1 , cap. 12. 

(3) Voir plus loin, a la p:ige 201. 

(4) Ces expressions furent adoptées pour condamner les erreurs des sectes gaos- 
tiques, qui admettaient l'éternité de la matière , et qui attribuaient la formation du 
monde à des génies inférieurs au Dieu suprême. 

(!>) Saint Athanase, E/iist. ad Jovmianum. — Euscbe de Césarée, lipist.— Saint 



/ 



— 144 — 
Tel est ce grand et invincible symbole , dit saint Basile (1) , contre 
lequel toutes les vagues de l'hérésie se sont brisées et réduites en 
écume (2). Tous les évêques du concile l'approuvèrent , à l'exception 
d'un petit nombre d'ariens : il s'en trouva d'abord dix-sept qui refusè- 
rent d'y souscrire ; mais ils furent bientôt réduits à cinq ; savoir : Eusèbe 
de Nicomédie , Théognis de Nicée , Maris de Calcédoine , et les deux 
évêques de Libye , Second de Plolémaïde et Théonas de Marmarique , 
déjà condamnés avec Arius au dernier concile d'Alexandrie. Eusèbe de 
Césarée, après avoir combattu le mot de consubsiantiel, se décida 
enfin , soit par conviction , soit par politique , à l'approuver ; Eusèbe de 
Nicomédie et avec lui Maris et Théognis prirent aussi le parti d'y sou- 
Basile , Epist. ad Eustalh. — Ruffin, Hist., lib. i , cap. 6. — Socrate, Hist., lib. i 
cap. 8. — Gélase de Cyzique, Comment, act. Nicœn, lib. II, — Saint Léon, pape, 
Epist. ad Léon, imper. — Théodore! , Hist., lib. 1 , cap. 13. — Cassiodore , lib. 11 , 
cap. 9. 

11 n'y a dans ce symbole qu'un seul mot touchant le Saint-Esprit, parce que 
jusqu'alors il ne s'était élevé aucune dispute, ni aucune hérésie sur ce point ( saiul 
Basile, Epist. 2a5); mais ce que les Pères du concile de Nicée en disent établit 
suffisamment la croyance universelle dosa divinité; puisque, selon la remarque de 
saint Basile (Epist. 90) , on lui rend dans ce symbole le même honneur et la même 
adoration qu'au Père et au Fils. 

L'Eglise catholique dit ce symbole à la messe avec ce que les conciles y oui 
ajoute , par voie d'explication , louchant la divinité et la procession du Saint-Esprit. 
Nous trouvons dans Gélase plusieurs différentes dates de ce symbole, celle de 
l'empire de Constantin, celle du consulat de Paulin et de Julien , celle du règne 
d'Alexandre, l'an 636, le 1 3 e avant les calendes de juillet; mais toutes ces dates re- 
viennent au 19 juin 3î5 de l'au de Jésus-Christ , jour où fut célébrée la première 
séance du concile de Nicée. Néanmoins, on tient pour constant que les Pères de 
celle sainte assemblée ne voulurent marquer aucune date à la tète de leur symbole, 
parce qu'ils jugèrent avec raison, que , puisqu'il s'agissait de la foi, qui est tou- 
jours la même dans tous les temps et dans tous les siècles , on ne devait point dé- 
terminer la date de ce symbole , de peur que la croyance de l'Eglise ne parût por- 
ter avec elle un caractère de nouveauté. 

L'Eglise d'Orient ne chanta d'abord ce symbole dans l'office divin qu'une fois 
l'année, le Vendredi-Saint. On ne trouve point à quelle époque elle commença de 
s'en servir, comme elle l'a fait depuis. Théodore , surnommé le lecteur, rapporte 
dans sa bibliothèque des Pères , que Timolhéc, évêque de Constantinoplc, ordonna 
qu'on le chantât dans toutes les assemblées où les fidèles se trouveraient pour assister 
à l'office divin , afin de les fortifier contre les erreurs de Macédonius. Peu de temps 
après, l'Eglise d'Occident suivit l'exemple de celle d'Orient; de sorle que, depuis 
fort longtemps, l'Eglise universelle dit a la messe le symbole de Nicée avec ce que 
les conciles y ont ajouté , par voie d'explication , touchant la divinité et la proces- 
sion du Saint-Esprit. 

(1) Epist. $1. 

(2) Concile de Calcédoine. 



— i'i'i — 

scrirc, dans la crainte d'être déposés et bannis ; car l'empereur , voyant 
une si grande unanimité parmi les évoques , menaça de l'exil ceux qui 
refuseraient d'adhérer à la décision du Concile. Les deux évéques de 
Libye , Théonas et Second, furent donc les seuls qui persistèrent opiniâ- 
trement dans le parti d'Arius. Eusèbe de Nicomédie avait intrigué jus- 
qu'au dernier moment en faveur de cet hérésiarque ; il avait employé tout 
son crédit auprès de Constantin , et comme il ne lui parut plus possible 
de le défendre , il s'était résigné à souscrire la profession de foi du Con- 
cile , dans la crainte d'être déposé lui-même ; mais on prétend qu'il ne 
voulut point adhérer à la condamnation d'Arius , et que même dans sa 
souscription au symbole , ajoutant l'hypocrisie à l'impiété , il trouva 
moyen de substituer au mot fywoûotoî, par l'addition d'un iota, le mot 
cuxioûaio? , qui signifie semblable en substance , et qui fut depuis adopté 
par tout le parti (1). L'anathème prononcé contre Arius s'étendit égale- 
ment aux autres personnes déjà condamnées par le dernier concile d'A- 
lexandrie, entre autres aux deux évoques de Libye, Théonas et Second , 
au diacre Euzoius, que les sectaires élevèrent plus tard sur le siège 
d'Antioche, et à Piste, qui fut placé sur celui d'Alexandrie. On condamna 
aussi les écrits d'Arius , et , par un édit , l'empereur ordonna de les 
brûler et défendit de les conserver sous peine de mort (2). 

L'affaire de l'Arianisme étant terminée, le Concile s'occupa du schisme 
des méléciens, qui, depuis un quart de siècle, remplissaient l'Egypte de 
tumulte et de trouble, et fortifiaient le parti des ariens en intriguant avec 
eux contre les catholiques. L'auteur de ce schisme , Mélèce , évêque de 
Lycopolis dans la Thébaïde , avait été déposé par saint Pierre d'Alexan- 
drie au concile d'Alexandrie, tenu vers l'an 501 ; mais il ne s'était point 
soumisà ce jugement, et se séparant de la communion de l'Église, il avait 
usurpé les fonctions de métropolitain dans la Haute-Egypte et ordonné 
un grand nombre d'évêques. Le concile de Nicée usa d'indulgence à 
l'égard de Mélèce, pour le maintien de la paix ; mais en lui permettant 
de demeurer dans sa ville de Lycopolis, avec le litre d'évèque, on lui 
défendit d'en sortir pour exercer ailleurs aucune fonction. Quant aux 



(i) Philostorfje, auteur arien, lîb. I, cap. y. 

(■>.) Ituffin, Ilist., lib. 1, cap. 5. — Sozcanène, Bist., lib. 1, cap. 20.— Socrale , 
Il ht., lib, 1 , cap. S cl y. — Théodorel, llist., lib. 1, cap. 7 et ly. — Nieéphore , 
lib. vin, cap. 16. — Saint Athanase, de Synodis; Ajiotoijla 2; Epistola ad Jo- 
vkmum ; Epiât, ad nfros. — Nous avons suivi pour ce qui regarde la souscription du 
symbole l'opinion de Tlicodorcl, qui est la seule véritable; et la lettre synodale du 
concile que nous rapportons est un témoignage authentique de la véracité de ecl 
historien, 

T. I. 10 



— 1iG — 
évêques qu'il avait ordonnés , on décida qu'après avoir été réhabilités 
par une plus sainte imposition des mains (1) , il leur serait permis de 
conserver leur litre et d'exercer leurs fondions , en restant toutefois 
subordonnés à ceux qui avaient reçu l'ordination de l'évêque d'Alexan- 
drie. On leur défendit surtout de se donner des successeurs ni de faire 
aucune élection ou ordination , sans le consentement de l'évèquc. Néan- 
moins, on décida qu'ils pourraient être appelés à de nouveaux sièges , 
pourvu que leur élection fût faite régulièrement et confirmée par l'é- 
vêque d'Alexandrie (2). 

La question de la pâque , qui avait été un des principaux motifs de 
la convocation du concile de Nicée, et le plus important après l'hérésie 
d'Arius , fut ensuite examinée. Les évèques décidèrent que toutes les 
Églises devaient célébrer la fête de pàques le même jour ; mais au lieu 
de se servir de la formule consacrée dans l'Église pour la définition du 
dogme : t Nous croyons , et telle est la doctrine ou l'enseignement de 
l'Église catholique ; i ils établirent la discipline en disant : » Nous avons 
« résolu , » pour montrer qu'il s'agissait d'une ordonnance rendue pour 
l'avenir, tandis qu'à l'égard de la foi on ne faisait que constater la tra- 
dition apostolique ; c'est saint Athanase lui-même qui a remarqué cette 
différence. En mémoire de la résurrection de Notre-Seigneur Jésus- 
Christ, la fête de pàques fut fixée au dimanche après le quatorzième 
jour de la lune de mars, ou, en d'autres termes, après la pleine lune qui 
coïncide avec l'équinoxe du printemps, ou qui le suit de plus près; et 
cet équinoxe fut lui-même fixé au 21 mars. Pour trouver le premier 
jour de la lune , et par conséquent le quatorzième, le Concile ordonna 
qu'on se servirait du cycle de dix-neuf ans, parce qu'après ce terme , 
les nouvelles lunes reviennent à peu près aux mê;nes jours de l'année 
solaire (5). 

(i) te concile entendait probable,»™, parler ,1e l'imposition des mains quo» 
accordait aux pénitents. 

(■>) Théodoret , met., lib. , , eap. 8. -Saint Atbanase , de SynodU; Apoloq 
contra ariews. — Saint Épiphane , Bores. fi8. - Sotomène, //.*(., lib. ,, eap. 54. 
— Socrate, Hisl., lib. 1, cap. <j. 

(3) Saint Atbanase, de SynotHs. — Théodore! , Sut, lib. 1. — Eusèbe de 
vit,} Consumant, lib. in , cap. lo.-Saint Épiphanc, Ha-res. ;„.- Ce cycle, nommé 
en grec Ennea decatétldè, avait éti propos, longtemp. auparavant par laine Ana- 
tole de Laodicée, cl inventé il y avait environ 7 5o ans par un atbénien nommé 
Méton, qui l'avait fait commencer avec la première année de la 8 7 « olympiade. 
43î ans avant la naissance de J, sus-Christ , l'année même du commcncen.cnl de la 
guerre du Péloponèse , entre les républiques d'Athènes et de I.n.édémone. C'est ce 
cycle lunaire qu'on a depuis nommé nombrt tm, parce q„'„ n s'accoutuma a mar- 



— Ul — 

Il fut en outre résolu dans le Concile que comme les égyptiens pas- 
saient universellement pour les plus habiles astronomes qu'il y eill an 
monde , l'Eglise d'Alexandrie indiquerait tous les ans à celle de Rome 
le jour de pâques (\), et que l'Église de Rome, à son tour, apprendrait à 
toute la Chrétienté le jour fixé par l'autorité apostolique pour la célébra- 
tion de cette fête (2). 

Les orientaux, qui avaient suivi jusqu'alors un usage contraire, pro- 
mirent de se conformer à la pratique universelle ; mais il y eut néanmoins 
quelques chrétiens, surtout dans la Mésopotamie , qui demeurèrent 
opiniâtrement attachés à leur ancienne coutume , d'où ils reçurent le 
nom de quartodécimans. Ils eurent pour chef un vieillard nommé Au- 
dius, qui se sépara de la communion de l'Église et créa la secte des an- 
thropomorphites , qui donnaient à Dieu un corps de figure humaine (5). 



quer en lettres d'or dans les calendriers les jours des nouvelles lunes. Saint Jérôme 
{in Calai. , eau. Ci J attribue la composition de ce cycle à Eusèbe de Césarée en Pa- 
lestine , qui en avait pris l'idée dans le canon de saint Hippolytc , qui était de 16 
ans. Saiut Ambroise [Eplst. î3) en fait honneur aux Pères du concile de Nicée in- 
distinctement. Mais il est plus probable qu'Eusèbe de Césarée, qui avait la répu- 
tation d'être un des hommes les plus savants de l'Eglise, fut chargé par le Concile 
d'examiner le cycle de iy ans inventé par l'athénien Melon, et de régler sur ce 
cycle le jour auquel on devait célébrer la (été de piques. 

Quoique le Concile eut nommé de très-habile» astronomes, au rapport de saint 
Ambroise, pour examiner cette question , on a trouvé néanmoins par l'expérience 
que ce cycle de 19 ans était défectueux, et qu'il n'est pas vrai que le soleil et la lune 
se rencontrent de 10 ans en 19 ans précisément dans la nouvelle lune. Le défaut di- 
re cycle , quoiqu'il ne fût chaque année que de quelques minutes , était devenu 
dans la suite des temps si considérable, qu'il avait changé le temps de pâques et 
l'avait retardé de dix jours entiers sur la liu du x\i' siècle ; et II serait arrivé, dans 
la suite des temps , qu'on aurait célébré cette fête plusieurs lunes après celle de mars. 
C'est ce qui obligea le pape Grégoire XIII d'ordonner aux plus savants mathémati- 
ciens du xvi c siècle de travailler à la information du calendrier, et de chercher un 
moyen exact et sur de trouver le véritable équinoxe du printemps. Mais pour re- 
mettre la fêle de pâques au jour naturel auquel elle tombait en l'an i58î , il fallut 
supposer dix jours qu'on avait passé sans les compter; cl le pape ordonna qu'après 
les quatre premiers jours du mois d'octobre, on compterait, pour cette année-là seu- 
lement, i5 et non pas 5. Toute l'Eglise reçut celte réformalion de Grégoire XIII. 

(1) Les lettres d'avis du patriarche au pape furent appelées pascales. Les diacres 
les lisaient à Iînme dans l'église , au jour de l'Epiphanie , en présence des fidèles. Le 
pape les envoyait aux méiropoliiains, et ccui-ri les signifiaient k leurs suffraganls. 
Celle coutume a duré autant de temps que l'Eglise d'Alexandrie est resle'e attachée 
au Saint-Siège de Home. 

(2) Saint Cyrille d'Alexandrie , de Cyclis jmsculibus , in Bucheiium, p. 48i. 

(3) Saint Epipbaue, Ua-ivs. ya. — Théodorel , //«(,. lib. iv , cap. y. — Sailli 
Chrvsoslouie , Orutia 3. 



4te~ 



EL 



— 14-8 — 

Le concile de Nicéc fil encore plusieurs autres règlements touchant la 
discipline de l'Église ; mais toutes ses décisions ont été réduites à vingt 
canons que Théodore! appelle les vingt lois de la police ecclésiastique (1). 
Les voici tels qu'ils nous ont été conservés par les grecs, et tels aussi 
que l'Eglise les reçoit universellement pour authentiques (2). 

1 er canon. Que personne ne soit mis hors du clergé pour avoir été fait 
eunuque , soit par l'opération des médecins dans quelque maladie , ou 
par la violence des barbares. Mais si quelqu'un étant en santé s'est mu- 
tilé lui-même, il faut, s'il est dans la cléricalurc, lui en interdire les 
fonctions , et n'y recevoir à l'avenir aucun de ceux qui , de dessein 
prémédité, se seront traités de la sorte (3). 

2 e canon. Parce que la nécessité ou l'importunilé ont fait faire bien 
des choses contre les règles de l'Église, entre autres de présenter au 
lavoir spirituel des personnes qui , venues depuis peu du Paganisme à 
la foi , n'avaient pas eu le temps de se faire instruire des mystères de la 
religion , et de les élever, immédiatement après leur baptême , à la prê- 
trise ou à l'épiscopat, le Concile ordonne que rien de semblable ne soit 

(i) tfist. ceci., lib. i, cap. y. 

(a) Il est constant que le concile de Nicéc renferma , comme en uu corps à part , 
toutes ses défiuitions de foi dans le symbole. Les conciles qui ont élé tenus depuis, 
les Pères de l'Eglise, les écrivains sacrés , tous sont d'accord sur cette vérité. Mais il 
n'en est pas de même de ses décrets touchant la discipline. Cependant l'histoire de 
l'antiquité rend témoignage qu'il ne fut dressé dans ce concile que vingt décrets sous 
le nom de canons, pour régler la police de l'Eglise. Les actes du G° concile de Car- 
tilage, Iemien4i8, portent (y cimou) que Cécilien, évêque de cette ville d'A- 
lriquc, et l'un îles Pères du i' 1 concile œcuménique de Nicée, n'apporta dans son 
Eglise que 20 canons. Les Eglises d'Alexandrie et de Couslaminoplc n'en envoyèrent 
<|tte 20 à ce même concile de Cartilage (voir les canons 102 et toi), qui leur avait 
député des ecclésiastiques pour les prier de lui envoyer tout ce qu'elles avaient de 
.canons de Nieée. Théodoret, qui écrivait son histoire vers le même temps, dit en 
termes exprès ( lib. 1, cap. o) que les évêques assemblés à Nicée firent 20 canons 
touchant la discipline de l'Eglise. Gélase de Cyziquc , qui vivait vers la fin du V' 
siècle , n'en reconnaît et n'en rapporte que 20 dans le commentaire (lib. 11 , cap. 3a) 
quil a l.iii sur les actes de ce premier concile œcuménique. Les anciens ailleurs 
grecs et les écrivains latins n'eu ont pas reconnu, ni traduit un plus grand nom- 
bre , si I un eu excepte liullin, qui en rapporte 22, à peu près semblables aux -.o 
canons authentiques. Des manuscrits arabes, conservés à la Itihliothèquc du Vati- 
can , portent le nombre des canons à 80. Nous les donnons à la suite de ceux-ci; 

(3) Ce canon regardait la secte des valésiens, dont il a été parlé au concile 
il'Achaie , tenu l'an 25o (voir le n° 3i). — Ce fut en vertu de ce canon qu'on 
déposa de la prêtrise Léonce, qui s'était mutilé lui-même, pour vivre plus librement 
avec une femme , nommée Euslolie, dont il avait abusé (Théodoret, Hist., lib. n , 
cap. ly). Mais l'empereur Constance, dit Socratc [Hist.i lib. 11, cap. 16), l'flèva 
quelque temps après sur le siège d'Antioehe, à la persuasion des ariens. 



— m — 

fait à l'avenir (1). Et s'il fautdu temps à un catéchumène pour o'instruiic, 
il en faut encore plus, après le baptême, pour s'éprouver ; car l'Apôtre 
l'a dit : « Qu'on n'ordonne point de néophyte, de peur que l'orgueil ne 
« le fasse tomber dans la condamnation et dans le piège du diable (2). s 
Mais si, dans la suite du temps, celui qu'on aura ainsi ordonné se trouve 
coupable de quelque péché de l'âme (3), et qu'il en soit convaincu par le 
témoignage dedeux ou de trois personnes, qu'il s'abslicnne des fonctions 
de son mïnislère. Et celui qui violera ce décret du graud Concile , 
s'exposera à perdre le rang qu'il lient dans le clergé. 
•' 5 e canon. Le grand Concile défend absolument à l'évoque , au prêtre , 
au diacre et à tous ceux qui sont dans la cléricalure, d'avoir chez eux 
aucune femme , si ce n\sl leur mère, leur sœur, leur tante, ou telles 
autres personnes qui ne puissent causer aucun soupçon (4). 



(i)Le concile de Laodicée (3' canon), se fondant sur ces paroles de saint Paul : 
« N'imposez les mains à personne , » consacra la même discipline. Nous trouvons 
néanrnoinsqu'on y dérogea vers la fin du i\° siècle, en faveur de saint Ambroise, élu 
évêque de Milan par les fidèles de cette Église, et en faveur de saint Nectaire, choisi 
évêque de Conslantinople par l'empereur Théodore, quoiqu'ils ne fussent l'un et 
l'autre que catéchumènes. — C'est à tort que l'auteur du livre intitulé : tes conciles 
généraux, t. I, p. 622, dit que le concile de Laorlicée avait déjà établi ce point de 
discipline. Ce concile ne fut tenu que vers l'an 366, c'est-a-dirc 4 1 ans environ après 
celui de Pfccée. 

(2) 1"> Epître à Timothee , ch. in. 

(3) Peccatum animale. Les auteurs sont partages louchant l'explication de ces 
mots. Théodore Iîalsamont les prend pour toutes sortes de péchés qui privent l'âme 
de la vie de la grâce. Plusieurs autres , avec plus de raison , les entendent seulement 
des péchés pour lesquels on mettait autrefois les laïques en pénitence et on interdi- 
sait les ecclésiastiques des fonctions de leur ministère : c'est cette sorte de péchés que 
les anciens Pères et les conciles appelaient, par antonomase , péchés mortels. Mais , 
-selon les meilleurs auteurs, Il faut expliquer ces mois, peccatum animale , du péché 
consommé de la chair. Celte opinion est conforme aux canons y et 10 e du concile 
de Néocésaréc et au 19 e de celui d'Elvire. 

(4; Sans doute, les plus proches parentes , dit liuflin (llist., hh. t, cap. G). Les 
historiens Socratc et Sozomèuc rapportent (lib. 1, cap. 1 1, et tïb. 1, cap. 23), que le 
concile de Nicéc voulant faire une loi générale pour défendre à ceux qui étaient 
dans les ordres sacrés d'habiter avec les femmes qu'ils avaient épousées étant 
laïques, un évêque de laThébaïdc. nommé Paphnucc, qui avait toujours vécu dans 
la continence , représenta qu'il ne fallait point imposer aux ministres de l'Église un 
joug si pesant, et qu'il suffirait qu'un laïque, une fois ordonné clerc , n'eût plus la 
liberté de se marier, suivant l'ancienne tradition . sans l'Obligera se séparer de la 
femme qu'il avait épousée auparavant. Ces historiens ajoutent que sur les représen- 
tations de ce saint et illustre évêque, le Concile s'abstint de faire il cet égard une loi 
générale, cl que chaque Eglise eut la liberté de suivre ses usages ; rar Socrate pré- 
tend que les coutumes étaient différentes sur ce point (lib. v, cap. 32)'; qu'en Thcs- 



— 150 — 

4 e canon. Il est à propos que l'évêque soit ordonné par tous ceux de 
la province. Mais si cela se trouve difficile , à cause de quelque nécessité 
pressante , ou de la longueur du chemin , il faut du moins que trois 
d'entre eux , assemblés en un même lieu , fassent l'ordination (1) avec 
le suffrage et le contentement par écrit des évêques absents ; mais que 
l'autorité de le confirmer appartienne dans chaque province au métro- 
politain. 

5 e canon. A l'égard des excommuniés , soit du clergé , soit des lai- 



salic, cil Macédoine et en Achaie, ou excommuniait un clerc qui habitait avec sa 
femme, quoiqu'il l'eût épousée avant son ordination; mais qu'en Orient, quoique les 
clercs mariés s'abstinssent généralement de leurs femmes, ils n'y étaient cependant 
obligés par aucune loi , et que plusieurs en effet , même des évêques , continuaient 
d'habiter avec elles. On peut suspecter avec raison ce récit de Socrate et de Soio- 
mène, que Baronius et d'autres critiques n'hésitent pas même à rejeter comme une 
fable ; car ni Ruffin , ni Théodorel , ni d'autres auteurs plus anciens , qui ont parlé 
de Paphnuce et de ce qui s'est passé au concile de Nicée, ne disent rien qui ait le 
moindre rapport au fait rapporté par Socrate et Sozomène. Quant à la différence 
des coutumes dont parle Socrate , elle est démentie par le témoignage formel de 
saint Épiphane et de saint Jérôme, plus anciens que cet historien. Saint Jérôme dit 
expressément que dans les Églises de l'Orient, de l'Egypte et dans tout l'Occident, 
on n'élevait aux ordres que ceux qui n'étaient point mariés, ou qui cessaient de 
vivre avec leurs femmes (adversus Vigilant., cap. i). Saint Epiphane témoigne aussi 
que tel était l'usage général; et il ajoute que si dans quelques lieux on s'en écar- 
tait, c'était un abus contraire aux lois de l'Eglise, qui ne le tolérait que dans la 
crainte de manquer de ministres (Jiœres. 5g, n° 4). 

(1) 11 n'y a proprement et véritablement qu'un seul ministre de l'ordination 
épiscopalc , savoir l'évêque qui , imposant les mains sur le nouvel élu , prononce les 
paroles de la consécration. Ses assistants ne sont, pour ainsi dire, que des minis- 
tres honoraires, qu'on appelle comme témoins, pour rendre l'ordination plus so- 
lennelle; et leur imposition des mains n'est qu'une cérémonie. 

Les théologiens ne laissent pas de disputer sur ce point, pour savoir si le nombre 
de trois évêques est d'une nécessité absolue pour la validité de l'ordination épisco- 
palc, ou seulement de nécessité de précepte. Quelques-uns soutiennent qu'il est de 
droit divin, et par conséquent indispensable , que l'évêque soit ordonné par trois 
autres évêques ; d'autres disent qu'un évêque peut validement , quoique illicitement, 
imposer les mains à un prêtre et le consacrer évêque. Ceux-ci fondent leur opinion, 
qui est assurément la mieux établie, sur les caywns apostoliques (can. i), qui veu- 
lent que cette imposition soit faite par deux ou par trois évêques; sur la pratique 
des apôtres mêmes, et sur celle de leurs premiers successeurs, qui, durant les per- 
sécutions, furent plusieurs fois obligés d'ordonner seuls des évêques, ce qui fait 
voir, disent-ils, que cela peut se faire même licitement dans quelque occasion; et 
c'est pour cela qu'ils tiennent communément que le Saint-Siège et les conciles gé- 
néraux sont au-dessus de la loi ecclésiastique , et qu'ils peuvent dispenser, comme 
ils l'ont souvent fait, de l'obligation qu'elle impose, et permettre à un évêque d'or- 
donner seul un autre évêque. 



— m — 

ques, que les évèques observent dans chaque province le canon qui dé- 
fend que les uns reçoivent ceux que les antres ont chassés. Mais on doit 
examiner si ce n'est point par faiblesse , par animosité , ou par quelque 
passion semblable, que l'évêque les a excommuniés. Et afin que cet 
examen puisse se faire dans l'ordre , il a été jugé à propos d'ordonner 
qu'il se tienne tous les ans deux conciles dans chaque province , où tous 
les évèques comprovinciaux assemblés connaîtront de ces sortes de 
questions. Ainsi tout le monde reconnaîtra pour légitimement excom- 
muniés ceux qui seront convaincus d'avoir offensé leur évoque , jusqu'à 
ce que l'assemblée trouve bon de donner en leur faveur un jugement 
moins rigoureux. Ces conciles se tiendront, l'un avant la quarantaine (1), 
afin qu'ayant banni toute sorte d'animosité, l'offrande qu'on fera à Dieu 
soit pure ; l'autre vers la saison de l'automne ("2). 

6 e canon. Que l'on garde en Egypte , en Libye et dans la Pentapole , 
l'ancienne coutume. Que l'évêque d'Alexandrie y ait la primauté , suivant 
l'usage de l'évêque même de Rome. Que l'on conserve aussi à l'Eglise 
d'Antioche et à celles des autres provinces leurs anciennes prérogatives, 
et que tout le monde sache que , selon la décision du grand Concile , 
nul ne peut être évoque sans l'approbation du métropolitain. Mais si 
deux ou trois, par esprit de contradiction, s'opposent à une élection 
que tous les autres auront faite d'un commun accord , conformément à 
la raison et aux règles de l'Eglise, la pluralité des voix doit l'empor- 
ter (3). 



(i) On peut remarquer dans ce canon qu'il est parlé du carême comme d'un 
temps observé dans toule l'Eglise, et connu déjà sous le nom de quaranlainc. 

(2) L'altcntat d'Eusèbe de Nicomédic et de ses conciliabules, qui avaient levé 
l'excommunication lancée contre Arius par le premier concile d'Alexandrie , donna 
occasion à ce 5 e canon de Nicée. Un excommunié ne pouvait rentrer dans l'Eglise 
qu'en faisant lever l'excommunication par l'évêque qui l'avait lancée, ou en appe- 
lant à un tribunal supérieur. Mais par cette appellation, la sentence d'excommu- 
nication n'était ni suspendue ni annulée; l'affaire était seulement dévolue à un juge 
qui avait pouvoir de décider en dernier ressort. 

(3) Ce canon a donné lieu à une infinité de disputes entre 1rs théologiens catho- 
liques et les protestants : ceux-ci croient en tirer de grands avantages contre le 
Saint-Siège et la suprématie du pape ; ceux-là ont cherché à expliquer le véritable 
sens de ce canon, et ont fait voir que , bien loin d'être contraire aux prérogatives 
de l'Église de Rome, il leur est entièrement favorable. 

Mais parmi les catholiques, il en est qui soutiennent que dans les éditions grec- 
ques de ce canon il y manque les mots qui en font , disent-ils , le commencement, 
cl qui signifient que V Église de Rome n eu de tout loups la primauté. Ils les tirent 
d'un ancien manuscrit que l'on conserve dans l.i bibliothèque du Vatican : c'est ce- 
lui que Pascasinus, évêque de Lilybée en Sicile, apporta au concile de Calcédoine , 



— 152 — 
7 e canon. Puisque par la coutume et l'ancienne tradition l'évèque 



où il fut envoyé en qualité de légal par le pape saint Léon. Ces mêmes critiques 
prétendent que l'Eglise de Rome se servait de ce manuscrit du temps de Jules 1", 
élu pape douze ans après le concile de Nicée. D'autres veulent que le commence- 
ment de ce canon soit conçu en ces termes : Que l'Eglise de Rome ait toujours la 
primauté j et ils prennent ces mots d'un autre ancien manuscrit conservé dans la 
bibliothèque du Vatican : c'est le Code des canons que le P. Quesnel a publié. Il y 
a cette différence entre ces deux expressions , que la première suppose la primauté 
du pape établie de tout lemps , au lieu que la seconde est en forme de décret pour 
l'éiablir. Les uns et les autres se servent, pour appuyer leur opinion, d'une consti- 
tution de l'empereur Valcnlinien contre saint Hilairc, évêque d'Arles, qui porte : «Le 
« saint concile (celui de Nicée; a confirmé par son autorité la primauté du siège 
« apostolique, que Jésus-Christ avait accordée au mérite de saint Pierre, et qui est 
« le premier fleuron de la couronne épiscopale et l'ornement de la ville de Rome; * 
mais ils la fondent principalement sur le concile œcuménique de Calcédoine , qui , 
expliquant le 6° canon, déclare que les Pères de Nicée ont défini que le siège de Rome 
est en tout et partout le premier. Quelques critiques pensent que ces paroles, qui re- 
gardent la prééminence de l'Eglise de Rome, ne firent d'abord que le titre du canon, 
et qu'elles furent dans la suite, on ne sait comment ni en quel temps, insérées dans 
le texte. Mais l'opinion la plus commune les rejette, non-seulement du corps , mais 
encore du litre de ce canon. L'Eglise même de Rome, qui avait le plus d'intérêt à les 
défendre , semble avoir reconnu cette vérité en recevant la collection de Denis-le- 
Pclit, le premier des compilateurs latins qui a omis ces paroles, et les autres édi- 
tions des canons qui ont été faites depuis, et où l'on ne trouve ni l'un ni l'autre de 
ces dcui commencements dont parlent les théologiens catholiques. Elle a cru que 
son autorité avaii été suffisamment établie par Jésus-Christ, par les apôtres, et 
même par ce G' canon, et qu'elle n'avait pas besoin de ce secours pour faire recon- 
naître sa primauté dans toul le monde chrétien. 

Quoi qu'il en soit de ces opinions , il est toujours certain que le saint concile de 
Nicée suppose, et même établit eu quelque sorte dans ce canon, que l'évèque de 
Rome a sur tous les évoques de la Chrétienté une primauté, non-seulcmcut d'hon- 
neur et de prééminence, mais encore d'autorité et de juridiction; et le témoignage du 
concile de Calcédoine , que nous venons de rapporter , en fournit une preuve in- 
vincible , comme l'a très-bien remarqué un savant auteur (de Marca , de Concor- 
dià sacerdotii et imperii, lib. V, cap. to). 

Mais là n'est point encore la grande difficulté de ce canon. Ce qui en a toujours 
rendu l'explication très-difficile, c'csld'abord la manière dont le Concile compare les 
Églises d'Antiochc et d'Alexandrie avec celle de Rome , sans indiquer expressément 
ni la supériorité de celle-ci , ni la subordination et la dépendance des deux autres; 
ensuite, c'est de ne pas savoir ce que les Pères de Nicée ont entendu par celte pri- 
mante qu'ils ont voulu que l'évèque d'Alexandrie eût en Egypte, en Libye et dans la 
Pcutapole , cl qu'ils comparent avec la primauté de l'évèque de Rome. 

Les ariens, dans leur faux concile de Sardique, se servirent de ce canon pour dé- 
truire l'autorité du Souverain-Pontife, et pour faire voir que les Tèrcs avaient dé- 
claré que l'état de l'Eglise de Jésus-Christ n'était nullement monarchique, mais ab- 
solument aristocratique , et que, pour cette raison , ils avaient divisé par ce canon 
toute la Chrétienté en trois Eglises principales, avec un pouvoir égal , cl sans au- 



— 155 — 
d'.Elia (de Jérusalem) (1) a quelque prérogative d'honneur, qu'il con- 

runc dépendance ni subordination. C'est sur ce même canon que Phoiius fonda le 
funeste schisme d'Orient qui, depuis tant de siècles, sépare l'Église grecque de l'É- 
glise latine. Ce fut un des prétextes que les protestants , animés en cela du même 
esprit que les ariens, prirent pour justifier leur révolte contre le Saint-Siège. En un 
mot , c'est un des endroits par où tous les ennemis de l'Église romaine l'ont toujours 
attaquée. 

Pour bien entendre ce canon, il faut savoir que les Églises de Rome, d'Anliocheet 
d'Alexandrie ont toujours été reconnues pour les trois premières Églises du monde 
chrétien, en prééminence et en dignité. L'autorité de leurs évéques s'étendait, non- 
seulement sur plusieurs provinces , mais encore sur plusieurs diocèses ; mais nous 
ne trouvons nulle part que les Pères ni les conciles, avant celui de Calcédoine, leur 
aient donné d'autre nom de distinction et de dignité que ceux d'évêque et de mé- 
tropolitain. L'honneur d'avoir été fondées par le Prince des apôtres et d'avoir leurs 
sièges dans les trois premières villes de l'empire, les distinguait beaucoup plus que 
les titres les plus honorables qu'on eût pu leur donner, et c'en était assez d'entendre 
nommer l'évèque de Piome , l'évêque d'Alexandrie, l'évèque d'Aniioche , pour 
connaître l'éminence de la dignité et l'étendue de la juridiction de ces trois pre- 
miers prélats du monde chrétien. 

Comme la ville de Home était la capitale de l'empire et du monde, que par celte 
raison saint Pierre la choisit pour y étahlir sou siège , qu'il en gouverna l'Église en 
qualité d'évêque jusqu'à sa mort, et qu'il la consacra par son glorieux martyre , les 
évéques de Rome, seuls, ont été ses successeurs à titre singulier, et par ces motifs, 
l'Église les appelle singulièrement apostoliques. Ils ont comme saint Pierre , par 
cette succession , la primauté de juridiction dans toute l'Eglise. Le Prince des apô- 
tres la tenait immédiatement de Jésus-Christ; l'évèque de Rome la possède de 
même : aussi a-t-il toujours été reconnu comme vicaire de Jésus-Christ sur la terre 
et comme chef de l'Eglise universelle ; et en cette qualité, sa juridiction spirituelle 
s'est toujours étendue de droit divin, non-seulement dans lotit l'empire, comme celle 
des empereurs, mais encore dans toute la Chrétienté, comme celle de Jésus-Christ. 
Mais il n'en est pas de même de sa juridiction patriarcale. Elle était anciennement 
resserrée dans des bornes plus étroites ; et l'opinion la plus favorable ne lui donne 
pour ressort de son patriarcat que l'Occident , c'est-à-dire l'Italie , l'illyrie entière , 
les Gaules, l'Afrique, l'Espagne et le Septentrion. C'est re qu'on appelait l'Église 
occidentale, par opposition à l'Église orientale , qui comprenait les provinces de 
Thrace; île Pont, d'Asie, d'Orient et d'Egypte, 

Alexandrie était la seconde ville de l'empire et la capitale de l'Egypte. Son siège 
épiscopal était aussi le second de toute l'Église, Le Prime des apôtres qui le fonda, 
y établit pour premier évcqifc son disciple saint Marc, qui avait été aussi un des dis- 



(i) L'empereur Tilc fit raser Jérusalem vers l'an 7?. île Jésus-Christ, eten trans- 
féra la dignité de métropole à Césaréc en Palestine. Adrien la fit rebâtir environ 
soixante ans après, la nomma j'Elia, de son nom /Elius, et défendit sous peine de 
mort qu'on l'appelât autrement. Les Pères du Concile ne voulurent point l'appeler 
Jérusalem , par respect pour les lois de l'empire, quoique sous le grand Constan- 
tin ils eussent pu violer celle loi sans avoir à en redouter l'excessive rigueur. 



~ /, 



— 154 — 
serve le rang qu'il tient , sans préjudice néanmoins à la dignité de mé- 
tropolitain (qui élait l'évêque de Césarée en Palestine) (1). 

ciples de Jésus-Christ. Les successeurs de ce saint Évangéliste avaient sous leur 
juridiction l'Egypte, la Thébaïde, la Maréote , la Libye, le pays des Ammonites et 
la Pcntapole, ainsi nommée à cause de ses cinq villes : Bérénice, Arsinoc , Ptolé- 
maide, Apollonie, Cyrène ou Cyrénaïque. 

Antioche, qu'or, appelait la reine de l'Orient, élait la troisième ville de l'empire. 
Saint Pierre y établit sa première chaire , et l'occupa environ sept ans. Ses succes- 
seur» dans celte Église patriarcale Gouvernaient le diocèse ecclésiastique d'Orient, 



(i) Avant le concile de Nicée, l'évêque de Jérusalem avait rang, dans les conciles 
ualiouaux, après les évoques des trois premiers sièges de l'Église catholique, 
Rome, Antioche et Alexandrie. Il y avait, par conséquent, la préséance sur tous les 
autres évêques, quoique plus anciens que lui, et même sur celui de Césarée , son 
métropolitain. Ce fut par cette raison que saint Macaire, évéque de Jérusalem , eut 
place au concile de Nicée après les trois patriarches. Les avantages qui rendaient 
Jérusalem l'une des plus célèbres villes du monde, avaient donné lieu à cette pieuse 
coutume. Elle était la ville capitale de la Judée; les fidèles avaient nne vénération 
toute particulière pour cette sainte cité, où Dieu avait opéré de si grandes mer- 
vedles , où l'Eglise chrétienne avait pris naissance par la descente du Saint-Esprit 
sur les apôtres ; l'Église de Jérusalem reconnaissait Jésus-Christ même pour son fon- 
dateur particulier ; et c'est pour cela que les premiers chrétiens l'appelèrent la 
mère de toutes les Eglises. 

Néanmoins, comme la ville de Jérusalem relevait pour le civil de celle de Césa- 
rée , qui était la métropole de toute la Palestine, il est certain que, dès les premiers 
siècles, son Eglise et son évéque, malgré leurs prééminences, dépendirent aussi pour 
le spirituel de la métropole et du métropolitain de Cé.sarce, et que celui-ci avait 
sur 1 evêque de Jérusalem la même juridiction que sur tous ses autres suffragants. 

Cependant l'histoire de l'Eglise nous apprend que l'évêque de Césarée ne fut pas 
toujours paisible dans la jouissance de ses droits : les évêques de Jérusalem se servi- 
rent souvent des avantages de leur Église pour refuser de reconnaître aucun métro- 
politain et pour aspirer même à une indépendance égale à celle des plus grands pa- 
triarches. Du temps du concile de Nicée, cette affaire divisait les évêques de ces deux 
Eglises. Les Pères réglèrent donc, par ce canon, les prérogatives de l'une et de 
l'autre. Ils autorisèrent les droits honorifiques que la coutume et la tradition an- 
cienne avaient acquis à l'évêque de Jérusalem , et confirmèrent à celui de Césarée 
sa juridiction entière de métropolitain. 

Ce règlement dura jusqu'au concile œcuménique d^Calcédoine , qui érigea l'E- 
glise de Jérusalem, de patriarcale honoraire qu'elle était, en véritable patriarcale; 
et par cette érection, il lui soumit une partie des Eglises de la Palestine , qui furent 
démembrées de la métropole sans le consentement du Sainl-Siége. Le pape saint 
Léon s'y opposa, et ne voulut jamais la confirmer. Mais ses successeurs, a la prière 
de l'empereur Justinien, levèrent celte opposition, et érigèrent eux-mêmes, au com- 
mencement du sixième siècle, l'Église de Jérusalem et celle de Constanlinople en 
métropolitaines et en patriarcales, et leurs évêques en métropolitains et en patriar- 
ches, avec toute l'autorité et la jnridictiou de ces deux dignités. 



snt i 't* w 



— 155 — 

8 e canon. Le saint et grand Concile veut qne lorsque ceux qui se don- 
nent le nom de cathares , c'est-à-dire de purs (les novatiens), retournent 

r|ui comprenait les Églises de Syrie, de Célcsyric, de Mésopotamie et de» deux Ci 
licic, divisées en quinze provinces. 

Les droits de ces trois prélats étaient de se faire ordonner eux-mêmes dans leurs 
Églises patriarcales par leurs suffragants, de faire et de confirmer les or dination s 
des évoques de leur patriarcat, de convoquer les conciles nationaux, d'établir des 
lois ecclésiastiques , de juger des causes majeures , et de faire exécuter les canons 
dans toute l'étendue du ressort de leur juridiction. 

On doit aussi remarquer qu'on peut considérer le pape sous quatre noms divers, 
et revêtu d'autant de dignités différentes. 11 est évéque particulier de la ville de 
Rome; il est métropolitain, ou archevêque d'une province particulière; il est pri- 
mat, ou patriarche d'Occident; enfin il est vicaire de Jésus-Christ sur la terre , 
successeur de saint Pierre, et chef de l'Eglise catholique ; et en cette dernière qua- 
lité , il a nne primauté non-seulement honorifique, mais encore de juridiction, sur 
toutes les Églises de l'univers, qui ne forment le corps mystique de Jésus-Christ 
que par l'union et la communication qu'elles ont entre elles, le Saint-Siège aposto- 
lique de Rome étant le centre de l'unité de l'Église catholique. Et c'est aussi par 
cette raison qu'il a seul entre tous les évèques de la Chrétienté le droit de convoquer 
les conciles œcuméniques , de les confirmer, et d'y présider par lui-uiènie ou par 
ses légats. 

11 faut encore, peur l'intelligence de ce canon, se rappeler , d'abord , que Mélècc , 
évéque de Lycopolis, prétendait être indépendant de la juridiction de l'Eglise patriar- 
cale d'Alexandrie, et qu'il usurpait les droits du patriarche, non-seulement dans toute 
laThébaide, dont il était métropolitain, mais encore dans les autres provinces d'E- 
gypte voisines de sa métropole ; et ensuite, que ce fut pour prévenir de semblable? 
attentats contre la juridiction épiscopale, cl pour rétablir le patriarche d'Alexan- 
drie dans son autorité, que les Pères du Concile donnèrent ce G* canon , dont voici 
maintenant le Sens : 

Que l'on garde en Egypte, en Libye et dans la Pentepole, l'ancienne coutume ; 
que l'éveque cC Alexandrie y ait la primauté, suivant Vusaye de l'éveque même de 
Rome; c'est-à-dire, que le patriarche ou primat d'Alexandrie gouverne les Églises de 
ces provinces, qui sont, comme il paraît par l'ancien usage, dans le ressort de sa 
primatie j avec la même autorité que l'éveque de Rome , en qualité de patriarche , 
gouverné celles qui dépendent de son patriarcat. 

Le pape n'est considéré, dans cette comparaison que le Concile fait de lui avec 
l'éveque d'Alexandrie , que comme patriarche , et nullement comme successeur de 
saint Pierre et chef de l'Église. Les dignités de souverain-pontife et de patriarche, 
quoique réunies dans une même personne, ont néanmoins leurs droits et leurs pri- 
vilèges tout différents. Le Concile a donc pu comparer sans inconvénient l'éveque de 
Rome en qualité de patriarche avec les autres patriarches, et reconnaître entre eux 
une parfaite égalité de juridiction et de pouvoir; et c'est, en effet, ce que les Pè- 
res de Nicée déclarent dès le commencement de ce canon, où ils règlent les droits pa- 
triarcaux des évêques d'Antioche et d'Alexandrie sur la pratique de l'éveque même 
de Rome, c'est-à-dire de l'éveque qui , tout chef de l'Église qu'il est, ne laisse pas 
de renfermer ses droits de patriarche dans son ressort particulier, sans les étendre 
dans les ressorts des autres patriarcats. 



— 156 — 
à l'Eglise catholique et apostolique , ils demeurent dans le cierge , après 
avoir reçu l'imposition des mains (1). Mais il ordonne qu'avant toutes 

Il est encore important de remarquer que le Concile tire ici nne chose disputée 
et moins connue d'une chose notoire et nullement controversée; en voici la preuve- 
Mc'lècc faisait le métropolitain indépendant et le primat. Pour réduire sa métro- 
pole à ses anciennes bornes , et régler les droits légitimes des patriarches d'Antioche 
et d'Alexandrie, et ceux des exarcals d'Éphèse, d'Héraclius et de Césarée en Cappa- 
doce , le Concile voulut établir et confirmer ces différentes juridictions par l'exem- 
ple incontestable de l'évêque de Rome. Dans ce but , il ordonna que , pour ce q«i 
regardait l'étendue du patriarcat et l'autorité du patriarche d'Alexandrie, on devait 
s'en tenir à l'ancien usage suivi en Egypte, en Libye et dans la Pentapo'le , comme 
il était constant que l'évêque de Rome , en qualité de patriarche , s'en tenait, quoi- 
que chef de toute l'Église, à l'ancienne coutume des Églises de son patriarcat , et 
pour l'étendue de son ressort , et pour l'exercice de son autorité patriarcale. 

Ruffin {Hist, lib. i, cap. 6), vers la fin du quatrième siècle, et les collecteurs des 
canons de ce concile, vers le milieu du cinquième , ne comparent pas seulement 
l'Église d'Alexandrie avec celle de Rome, mais ils déterminent aussi les bornes de 
l'une et de l'autre , et disent que l'autorité de l'évêque d'Alexandrie s'étend sur 
toute l'Egypte, comme celle de l'évêque de Rome s'étend sur les Eglises suburbi- 
caires. Ce dernier mot a donné lieu à beaucoup de commentaires de la part des 
écrivains ecclésiastiques qui ont entrepris d'expliquer ce qu'on entendpar ces Églises 
suburbicaires , et quelle était leur étendue. Les uns n'ont étendu les régions subur- 
bicaires qui faisaient le ressort de ces Églises, qu'à cent milles autour de Rome, en 
n'y comprenant que les quatre provinces qui faisaient le déparlement du préfet 
urbique, savoir : la campagne de Rome, une partie du Samnium qu'on appelle au- 
jourd'hui l'Abruzze, la Toscane et le Piccnum suburbicaire, appelé maintenant 
la Marche d'Ancône ; les autres leur ont donné dix provinces : les quatre que 
dous venons de nommer, plus le reste du Samnium , la Pouillc, la Calabre, la 
Lucanie , le pays des bruliens , aujourd'hui la Basilicatc , et les îles de Sicile , de 
Sardaignc et de Corse. Ces écrivains ajoutent que l'évêque de Rome avait droit de 
métropolitain sur les quatre premières provinces , qui par conséquent ne faisaient 
qu'une province ecclésiastique, et qu'il avait droit de primat et de chef de diocèse 
sur toutcô les dix, comme l'évêque d'Alexandrie l'avait sur l'Egypte, sur la Libye 
et sur la Pentapolc. Les auteurs protestants , qui prétendent que l'Église de Rome 
n'a nulle primauté de juridiction sur les autres Eglises, et que celle qu'on lui défère 
est seulement de droit ecclésiastique positif et même moderne , sont partagés entre 
ces deux opinions. Les écrivains catholiques, au contraire, posent comme un principe 
de foi que la primauté de 1 evéque de Rome sur tous les autres cvêques est de droit 
divin , et ils entendent communément par ces régions suburbicaires tout le détroit 
impérial, c'est-à-dire toutes les provinces de l'Occident qui faisaient, comme nousl'a- 

(') " s ' a G'l <ci du sacrement de la confirmation que les novaliens ne conféraient 
pas, et non d'une bénédiction, et encore moins d'une seconde ordination, ainsi 
que quelques critiques l'ont pense. Le pape Innocent 1" (Epist. 3 2, cap. 8), le 
■?.' concile de Nicée, y œcuménique, et saint Jérôme (rliatorj. advenus lueijerianos), 
expliquent ainsi le mot grec qui fait le sujet de la difficulté. Le témoignage de ces 
grandes autorités nous prouve que Gralien l'a fort mal rendu dans son décret. 



— 157 — 

choses, ils déclarent par écrit qu'ils se soumettent aux décrets de l'E- 
glise catholique , c'cst-à-dirc à communiquer avec les higames et les 
lombes durant la persécution, dont on a déterminé et réglé la pénitence, 
alin qu'ils se conforment en tout aux ordres de l'Eglise catholique. Et 
i'il arrive qu'il n'y ait qu'eux de clercs, soit dans les villages , soit dans 
les villes, qu'ils y tiennent dans le clergé le même rang qu'ils avaient 
auparavant. Mais s'il y vient un clerc, lorsqu'il y a déjà un évoque, ou 
un prêtre de l'Eglise catholique, cet évêque doit avoir seul la dignité 
épiscopale. Et quant à celui qu'on appelait évêque parmi ceux qui pren- 
nent le nom de purs, il n'aura que l'honneur de prêtre, à moins que 
l'évêque veuille bien lui faire part du nom d'évêque; mais s'il ne lui plaît 
pas de le faire, qu'il lui trouve une place ou de chorévêque (1) ou de 
prêtre, afin qu'il paraisse qu'il est véritablement du corps du clergé, et 
qu'il n'y ait pas deux évêques dans la même ville. 

9 e canon. Si quelqu'un a été fait prêtre sans avoir été examiné , ou si 
dans l'examen il a été trouvé coupable de quelque crime (2) , et qu'on lui 
ait imposé les mains contrairement aux règles de l'Eglise, le canon ne 
le reconnaît pas ; car l'Eglise catholique n'autorise que ce qui est exempt 
de reproche. 

10 e canon. L'ordination des tombés ne donne nulle atteinte au canon 
ecclésiastique , soit que ceux qui les ont ordonnés aient ignoré leur chute, 
soit qu'ils l'aient dissimulée; car, étant reconnus, on les dépose. 

ÎT canon. Quant à ^ceux qui. ont prévariqué sans y avoir été cou 
trainis, ni par violence, ni par l'enlèvement de leurs biens, ni par le 
danger, ni par aucune autre chose semblable, comme il est arrivé sous la 
tyrannie de Licinius, le Concile a trouvé à propos qu'on usât envers eux 
d'indulgence, quoiqu'ils en soient indignes. Ceux donc qui se repenti- 
ront sincèrement passeront^), quoique iidèles (c'est-à-dire quoique 

vous dit (-voir plus haut, page ï53J, le patriarcal île l'évéqne île Rome, cl qu'on 
appelait l'Eglise d'Occident, par opposition à celle d'Orient. 

Mais quand même ce mot de l'.uflîn, qui, depuis tant de siècles, passe parmi les 
plus savants critiques pour nue explication de ce canon, ferait partie ilu texte, il 
serait toujours constant qu'il ne s'agit point de la juridiction du l'eveqnc de Itoiiie 
considéré comme chef de l'Église, ni même de celle qu'il a comme patriarche par- 
ticulier, si ce n'est pour lui comparer celle du patriarche d'Alexandrie, dont le 
Concile voulait rétablir l'autorité. 

(i) Pour les fonctions de chorévéques, voir Marca, de Cancor. s'aient, et imper. 

(2) Le mot trime est ici pour péché mortel, suivant l'explication du concile de 
Valence de l'an 3 7 4 ; et suivant les Pères de l'Église , pour l'un de ces trois péchés 
mortels capitaux, l'homicide, l'adultère et l'idolâtrie. 

(3) Les Iidèles, que l'Eglise recevait à la pénitence publique, avaient coutume 
de passer, dès le premier siècle, par quatre différentes stations. 



— 158 — 

baptisés) , trois années dans le rang des catéchumènes à ouïr leurs in- 
structions , sept ans ensuite dans l'humiliation duTprosternement , et 



JlH 



I. a première était celle des pleurants, c'est-à-dire des pécheurs, qui, touchés d'un 
sincère repentir d'avoir sacrifié aux idoles, ou commis quelque autre crime qui les 
avait fait retrancher de la communion des fidèles , s'affligeaient eux-mêmes pu 
loules sortes d'austérités, se teDaient hors la porte de l'Eglise, dans le vestibule, uu 
ils confessaient publiquement leur crime, se jetaient aux pieds non-seulement de 
l'évéque, des prêtres et des autres clercs, mais même des laïques, embrassaient 
les genoux de ceux qui entraient, elles suppliaient avec larmes de prier pour eus 
et de leur obtenir la grâce d'être reçus à faire pénitence. Comme dans celle pre- 
mière station les pécheurs ne faisaient que se disposer à la pénitence, toutes lo 
austérités qu'ils y faisaient étaient libres, et on ne leur en prescrivait aucune. L'E- 
glise grecque avait réglé le temps qu'ils devaient rester dans cette première classe . 
mais l'Église latine n'avait rien déterminé à ce sujet. Elle les y laissait plus ou moins, 
selon les marques de ferveur et de repenlir qu'ils donnaient; et elle ne les en reli- 
rait jamais qu'après les avoir éprouvés dans ce premier degré durant un temps con- 
sidérable , et après qu'ils avaient bien postulé, prié et pressé pour être admis dan> 
le second. 

La deuxième slalion était celle des écoulants, c'est-à-dire des pécheurs pénitents, 
qui n'étaient reçus dans l'église qu'à entendre l'évangile et l'homélie de l'évéque 
avec les catéchumènes du dernier rang. Leur place élail au bas de la nef. On n'u- 
sait d'aucune imposition des mains , ni d'aucune prière sur eux ni sur les pleuranb 
ce qui a fait croire à quelques écrivains que ce second ordre n'était qu'une dernière 
préparation à la pénitence canonique. 

La troisième était celle des prosternés. Ceux-ci avaient leur place dans l'église 
au-dessus des écoulants , d'où ils entendaient la messe des catéchumènes, qui coui- 
prenail ce qui se dit depuis le commencement de la messe jusqu'à l'homélie quou 
faisait après l'évangile. Après cola le diacre les faisait sortir de l'église avec tous les 
catéchumènes , les écoutants et les possédés. On les appelait prosternés, parce qu il- 
avalent coutume de se prosterner par humilité sur le seuil de la porte , pour elle 
foulés aux pieds des fidèles qui entraient dans l'église, et pour demander leur in- 
tercession auprès de l'évéque , qui seul avait droit d'abréger le temps de leur péni- 
tence. Ils étaient aussi appelés de ce nom, parce qu'avant de sortir de l'église ils se 
jetaient aux pieds de l'évéque pour recevoir l'imposition des mains. 11 faut ici re- 
marquer que cette imposition des mains élail fort différente de celle dont on se 
servait lorsque les pénitents, après avoir rempli le temps de leur pénitence, 
étaient réconciliés à l'Eglise. Celle-ci était accompagnée des paroles de l'absolution, 
qui , de la manière absolue dont elles sont conçues, marquent le pouvoir des chefs 
et la venu efficace , aussi bien que l'effet du sacrement; au lieu que les paroles 
dont on usait dans l'autre imposition des mains n'étaient que de simples prières 
que l'évéque prononçait sur ces prosternés, pour demander à Dieu la grâce de leur 
réconciliation. 

La quatrième élail ta station des_consi stants , ou de ceux qui assistaieut debout , 
comme les fidèles, à tout le sacrifice de lamessèTlls communiquaient aux prières de 
l'Eglise , et n'étaient privés que de la participation aux saints mystères, c'est-a-dire 
de l'Eucharistie , à laquelle ils étaient enfin reçus en sortant de cette même station. 

A l'égard du temps que la pénitence publique devait durer , il faut remarquer, 



**WA 



— 159 - 
deux ans enfin dans la seule communion de prières avec le peuple , 
sans participer à l'oblaiion (c'est-à-dire au corps de Jésus-Christ)." 

12' canon. A l'égard de ceux qui , appelés par la grâce, ont, par un 
effet de leur première ferveur, quitté les emplois de la guerre, qui les 
exposaient à l'idolâtrie , et qui sont ensuite retournés , comme les chiens, 
à ce qu'ils ont vomi, employant même pour rentrer dans leurs char- 
ges de l'argent et des présents, le Concile ordonne qu'après avoir 
passé trois années parmi les .écoulants, ils en demeurent encore dix 
parmi les prosternés, en ayant soin d'examiner avec quel esprit et de 
quelle manière ils accomplissent leur pénitence. Ceux donc qui , par leur 
crainte , par leurs larmes, par leur persévérance , par leurs bonnes œu- 
vres , donnent des marques d'une conversion sincère et non pas seule- 
ment apparente , doivent être reçus à la communion des prières, après 
qu'ils seront restés parmi les écoutants le temps qui leur est prescrit : 

en premier lieu, quel-Église, au commencement , usait de beaucoup plus d'indul- 
gence qu'elle ne fit dans la suite ; les fréquentes rechutes des fidèles qui se pion- 
(jeaien, de nouveau dans l'idolâtrie et dans les autres crimes qu'on punissait d'une 
pénitence publique, robli c èrcm a les éprouver plus lo„ G ,emps et à les punir plus 
r. B oureusement. Eu second lieu , dès qu'un peniten, avait passe le temps dan s ces 
qtWtre stations il ne dépendait pas de lui d'entrer dans la suivante , Citait uuc^ace 
qud falla.t qu.l d.mandàt, et une affaire qui de, ai, e„e ju,ee par l'évéque, sur le 
témoignée que les fidèles rendaient de sa ferveur. 

L'habit des pénitent, était une espèce de sac noir qu'ils couvraient ,1e cendres ■ 
m mettaient dessous des ciliées ou des hères. Eu quelques lieux, .1s avaient la W „I 
nme de porter leurs cheveux longs et hérisses; eu d'autres endrous, ib lesrasaien, 
scoueba.en, durement .jeûnaient au pain et a l'eau , passaient les nuits dans les 
acnés, dans les vedles et en toutes sortes d'austérités. Ils étaient privés de l'usape 
du mar,a C e , des bains, de., festins et de l'honneur de la milice 6 

L.ndu.gence dont use le Concile envers les pécheurs qui se repentent d'avoir sa- 
crifie aux ulules, consiste à les recevoir a la pénitence. L'Église refusa,, ancienuc- 
men de les , admOre, et .es fiissail toute leur vi, dans la prenne,, s.ation , a.ee 
s pleurams, a moins que pour de G randes raisons elle jugeât a propos d'aduu- 
«r cette rigueur, eu usant de dispense. Les mou.aniste, et les novatiens leur fer- 
ma,™, pour toujours la porte de la réconc.liatiou sacralueiHclle , conférée par le 
ouvoir des clefs, sous le p^xte que ceUc ,udu,,e„ce passa.t les ,„,,,s de ,., 
puissance ecclésiastique. 

11 faut ici remarquer que les canons on, toujours exempte les femmes de la peni- 
eiice publique, a cause de h, faiblesse de leur sexe. Les ecclésiastiques, a raison de 
U y a, de leur état commencèrent à jouir du même privilège au commencement 
an q„a,r,eine siècle. Pour leur pénitence, ou les .déposai,, et quelquefois on les cn- 
fcpM. dans un monastère. Le pape Jean |) en fit ,,„ règlement exprès dans son 
cp.tr, a saint Cesaire, evéque d'Arles, et le conede d'Agde , tenu l'an 5oC, en lit le 

:r, c ;" n' 10 '" " "' y "^ ' l0 ' 1C ** '" '— >-i- Vi '-en, mis en 
peu .leuce publique. 



— ICO ~- 

l'évêque pouvant même user envers eux d'une indulgence encore plus 
grande. Quant à ceux qui ont porté avec indifférence l'état de pénitents, 
et qui ont cru que celle seule pénitence extérieure , d'êire privés de 
l'entrée de l'église , sullirait pour leur conversion , ils doivent remplir 
tout le temps ordonné. 

13' canon. Pour ce qui est des mourants, que l'on garde la loi an- 
cienne et canonique , qui porle que , si quelqu'un vient à mourir, il ne 
soit pas privé du dernier viatique (1) qui lui est nécessaire. Mais si, 
après avoir obtenu la grâce de la communion , lorsqu'on désespérait de 
sa vie , il revient en santé , qu'il demeure daus le rang de ceux qui parti- 
cipent seulement à la communion des prières. L'évêque doit en général 
accorder la participation de l'Eucharistie (2) à lous les fidèles qui la de- 
mandent à l'extrémité de leur vie , mais néanmoins après qu'il les aura 
éprouvés avec soin. 

14 e cvnon. Touchant les catéchumènes qui sont tombés, le saint et 
grand Concile ordonne qu'ils passent trois années parmi ceux qui sont 
admis seulement à entendre l'instruction ; après quoi ils seront reçus à 
prier avec les autres catéchumènes (3). 

15 e canon. A cause des troubles et des séditions qui arrivent souvent, 
il a été jugé absolument nécessaire d'abolir une coutume qui s'est intro- 
duite en divers endroits , contrairement à la règle de l'Eglise, et de dé- 
fendre que ni un évêque , ni un prêtre, ni un diacre passent d'une vilfe 



(i) Quelques critiques ont entendu par ces mots, dernier viatique, l'Eucharistie ; 
et ils font observer que ce canon se sert tic trois expressions différentes pour dési- 
gner cet auguste sacrement. Ils l'appellent dernier viatique, communion et Eucliarh 
ie. Ceux qui ajoutent à la fin île ce canon, 1711';/ participe ù T ablation, en trouvent nue 
quatrième, savoir, celle de Vublutlon. Mais ce sentiment n'est guère soutenahle I.< 
Souverains-Pontifes, les Conciles et les Pères de l'Eglise n'entendent communément 
par ces mots, dernier viatique, que le sacrement de pénitence. Celui-là , en effet, e I 
proprement le viatique nécessaire, et celui dont le Concile parle dans ce canon, di 
peut encore entendre par ces mots, dernier viatique, l'absolution et la participation 
a la sainte Eucharistie , ces deux choses ayant été inséparables dans les premiers 
siècles, cl regardées comme nécessaires aux mourants, 

(2) Cette ordonnance du Concile semble nous montrer que l'Eglise avait alors 
continue de conserver, comme elle le fait encore maintenant , le corps de Jcsu>- 
Christ sous les espèces sacramentelles, pour être administré à toute heure aux 
«naïades qui le demandaient. 

(3) H y avait deux classes de catéchumènes. La première était composée tleccni 
qui n'étaient admis qu'à entendre les instructions ou catéebéses, qu'on aipelail 
pour cela écoulants; la seconde, de ceux qui étaient reçus aux prières et à la Tletie 
des catéchumènes. On nommait ceux-ci prosternés , aussi bien que les pénitent! de 
la troisième station. 



— 161 — 
à une autre. Et si quelqu'un , après la défense du saint et grand Concile, 
entreprend rien de semblable, ou favorise à une pareille entreprise,' 
tout ce qui aura été fait sera nul, et il sera rendu à l'Eglise, dont il 
avait été ordonné auparavant ou évêque, ou prêtre, ou diacre. 

16 e canon. Les prêtres, les diacres, et généralement tous ceux dont 
les noms sont inscrits dans le catalogue des clercs , qui, témérairement 
et sans avoir devant les yeux ni la crainte de Dieu , ni les canons ecclé- 
siastiques, abandonnent leur Eglise, ne doivent point être reçus dans 
une autre; maison doit les contraindre absolument à retourner dans 
leurs propres paroisses , ou les excommunier s'ils s'obstinent à demeurer. 
Et si quelqu'un entreprend d'enlever un clerc de la juridiction d'un au- 
tre, et de l'ordonner dans son église, sans le consentement de l'évèque 
qu'il a quitté , que cette ordination soit nulle. 

17 e canon. Parce que plusieurs de ceux qui sont engagés dans l'état 
ecclésiastique, oubliant l'Ecriture-Sainte qui dit : il n'a point prêté son 
argent à usure (1), s'abandonnent à l'avarice et à un intérêt sordide, et 
dans leur trafic exigent les centièmes (2); le saint et grand Concile or- 
donne que, si après le règlement il se trouve quelqu'un qui prenne 
quelque usure, à raison du prêt, ou qui cherche quelque manière sem- 
blable de gagner; qui exige un et demi pour un qu'il a prêté (5) , ou qui 
invente quelque autre moyen honteux de faire du profit , qu'il soit chassé 
du clergé, et ne soit plus compté parmi les ecclésiastiques. 

18 e canon. Il est venu à la connaissance du saint et grand Concile , 
qu'en certains lieux eten certaines villes, les diacres donnent l'Eucharistie 
aux prêtres , quoique ni les canons , ni la coutume ne permettent à ceux 
qui n'ont pas le pouvoir d'offrir le corps de Jésus-Christ de le donner à 
ceux qui l'offrent (4). Il a été aussi rapporté qu'il y a même des diacres \ 
qui prennent l'Eucharistie avant les évèques. Qu'on abolisse donc ces * 



(i) Psnutnr xiv, v. 5. 

(2) C'est l'usure pécuniaire , cl le gain d'un pour cent par mois; de sorle âne 
dans cent mois, c'est-à-dire dans huit ans et quatre mois, l'intérêt égale le prin- 
cipal. 

(3) C'est le (;ain qu'on retirait par an des fruits qu'on avait prêtés. La jurispru- 
dence appelle celte usure sexcuple , parce qu'elle consiste dans un profit qui est en 
proportion sexcupleavec le principal. On prenait, par exemple , un setier et demi 
de ble pour un qu'on avait prèle. 

(4) Les catholiques se servent de ce canon pour établir, contre les calvinistes la 
preuve d'un sacrifice dans l'Église. 11 suit manifestement en effet , de ces paroles, 
qu'avant le concile de Nicée il y avait des prêtres qui offraient le corps de Jésus- 
Chr.st; qu',1 y ava.t, par conséquent, un sacrifice , et que la dignité de prêtre don- 
nait un pouvoir que le diaconat ne donnait pas 

T. I. H 



— 162 — 

abus , et que les diacres demeurent dans les bornes de leurs fonctions , 
s comme étant les ministres des évoques et inférieurs aux prêtres; qu'ils 
reçoivent l'Eucharistie en leur rang, après les prêtres, de la main de 
l'évêque ou du prêtre ; qu'ils ne se permettent pas non plus de s'asseoir 
parmi les prclres ; car cette pratique est contre les canons et contre 
l'ordre. Et si quelqu'un refuse d'obéir à ce règlement, qu'il soit interdit 
du diaconat. 

19 e canon. Quant aux paulianisies (i) qui retournent à l'Eglise catho- 
lique , il est ordonné absolument qu'ils soient rebaptisés. Et si quelques- 
uns d'entre eux faisaient parlie du clergé de leur secte , et qu'ils soient 
de moeurs irréprochables , ils seront , après le baptême , ordonnés par 
un évèque de l'Eglise catholique. Mais s'ils n'en sont pas jugés dignes, il 
faut les exclure du clergé. On observera la même règle à l'égard de 
leurs diaconesses , et généralement à l'égard de tous ceux qui appartien- 
nent à leur clergé. Riais touchant ces diaconesses, comme elles n'ont 
reçu aucune imposition des mains , que celles qui seront trouvées dans 
ce rang soient mises absolument parmi les laïques. 

20 e canon. Parce qu'il y en a quelques-uns (2) qui , le dimanche et les 
cinquante jours du temps de pâques, fontla prière à genoux; le saint 
Concile , pour faire garder l'uniformité dans toutes les paroisses , ordonne 
que ces jours-là on prie Dieu debout (3). 



(i) Les paulianisies étaient sectateurs de Paul de Samosate, évêque d'Antioche. 
Saint Jérôme [Dialorj. contrit huiferianos) nous apprend que le concile de Nicec 
reçut le baptême de tous les hérétiques, excepté celui des paulianistes et des autres 
qui altéraient la forme de ce sacrement. Leur baptême était nul , parce qu'ils ne 
reconnaissaient en Dieu qu' une seul e^n^ujrj^tjuu^seule perso nne sous trois nogis 
différents, et qu'ils ne se servaient point , en le conférant, des paroles de l'Évangile 
consacrées par Jésus-Christ à cet usage , et essentielles à ce sacrement. 

(a) C'étaient les quartodécimans , qui , contre la coutume et la tradition aposto- 
t lique , faisaient leurs prières à genoux le dimanche et les cinquante jours du temps 
de pâques, c'est-à-dire depuis le jour de pâques jusqu'à la peulecôte. 

(3) Le Concile autorise par ce canon l'ancien usage de l'Eglise , qui, pour mar- 
quer la résurrection de Jésus-Christ à la vie glorieuse et celle du pécheur à la vie de 
la grâce, avait coutume de faire, ce jour-là, toutes ses prières publiques debout. 
Les autres jours, elle priait à genoux, aun de marquer la bassesse de l'état du pé- 
cheur depuis la chute du premier homme. Les pénitents des trois premières stations 
faisaient pour cette raison en tout temps leurs prières à genoux. 



tei 



Canons du concile de Nicêe , tirés des manuscrits arabes (■!). 

1 er canon. Nous faisons défense d'admettre à fa cléricilure ceux qui 
ont été insensés , et nous ordonnons de déposer ceux qui le sont , à 
moins que la folie n'ait été occasionnée par des remèdes violents donnés 
par les médecins dans quelque maladie. Et comme cette sorte de 
démence ne vient ni d'eux, ni de la possession du démon, le Concile ne 
défend point de les recevoir dans le clergé et n'ordonne point de les en 
chasser ; mais ceux qui ont été on qui sont énergumènes , en sont 
exclus. 

2<? canon. Si un chrétien esclave d'un infidèle vient à quitter son 
maître , sans son consentement , parce qu'il est traité avec trop de 
rigueur, il né doit être reçu entre les clercs qu'après avoir été affranchi, 
et s'il est jugé digne de la cléricature. 

5" canon. Celui qui est baptisé depuis peu de temps et qui n'est pas 
encore assez instruit des vérités de la foi , ne doit point être élevé à 
l'épiscopat, ni au sacerdoce, ni au diaconat, avant qu'il ail acquis une 
intelligence suffisante des Livres sacrés et qu'il ait donné des marques 
du fruit qu'il en a tiré. On ne doit pas non plus recevoir à ces ordres 
ceux qui ne sont pas encore d'un âge assez môr. Que si un évéque 
ordonne quelqu'un sans l'avoir bien éprouvé , et que celui qui a été ainsi 
légèrement ordonné, vienne ensuite à être convaincu d'avoir commis 
quelque grand péché, l'ordinateur et l'ordonné doivent être déposés. 
Quiconque contreviendra à ce canon , soit prêtre , soit évêque , qu'il soit 
aussi déposé et qu'il encoure l'anaihème du Concile. 

•i" canon. Nous défendons àl'évêque et au prêtre veuf de loger avec des 
femmes, de les fréquenter, de vivre familièrement avec elles, des'attacher 
à les servir, de les regarder avec complaisance. La même défense est faite 
au prêtre qui n'a point été marié, et au diacre qui est veuf, et elle doit s'en- 
tendre des jeunes femmes, des jeunes filles et mêmedesjeunesorphelines 



(ij L'authenticité de ces canons n'a jaunis été suffisamment prouvée par les ha- 
liil