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Full text of "Deux-Sèvres"

ïrie Française 




causeret 



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PARIS 

CUREL, COUGIS & C? 



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BIBLIOTHEQUE 
SAINTE | 
GENEVIEVE 




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DEUX-SÈVRES 






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BIBLIOTHEQUE 
SAINTE | 
GENEVIEVE 




GALERIE FRANÇAISE 



i 



DEUX-SÈVRES 



PAR 

Charles CAUSERET 

gUB. ES LETTRES, INSPECTEUR D'ACADÉMIE 




PARIS 

CUREL, GOUGIS & C 

ÉDITEURS 

3 et 5, place de Valois 



Tous droits réservis. 



GALERIE FRANÇAISE 

PUBLIÉE AVEC LA COLLABORATION DE 

Recteurs, Inspecteurs généraux de l'Université, Inspecteurs d'aca- 
démie, Inspecteurs primaires, Doyens de Facultés des lettres, Pro- 
fesseurs agrégés des lycées et collèges, Publicistes, etc., etc. 

Mettre dans les mains de nos écoliers français un livre de 
lecture qui fasse revivre à leurs yeux et grave dans leur esprit, 
le passé historique de la terre natale avec son cortège d'illus- 
trations et de célébrités, tel est le but de la « Galerie Fran- 
çaise ». 

Divisée en quatre-vingt-six volumes -un par département - 
cette Galerie est, au premier chef, une œuvre de patriotisme et 
constitue un précieux instrument d'éducation civique : elle 
élargit heureusement, dans le sens local, jusqu'à ce jour un peu 
néglige, le champ des connaissances historiques de l'écolier- 
elle impose à Vesprit de ce dernier le souvenir des gloires où 
des mérites d'hommes qui sont nés du même sol que lui et ont 
immortalisé ce berceau commun, et, réchauffant par là son 
culte pour la terre de la Patrie, elle exploite noblement, pour 
la plus pure édification de la Jeunesse, le grand héritage de 
"e°on's ereS ' " rïChe m 9l0rieUX exem P l ™, si prodigue de fières 

La rédaction des quatre-vingt-six livrés qui composent la 
« Galerie Française » a été demandée aux plumes les plus au- 
torisées ; il suffira de citer quelques noms : MM. Régis Artaud 
inspecteur d académie, chef du Cabinet de M. le Ministre de 
l Intérieur, président du Conseil; Compayré, recteur de V Aca- 
démie de Poitiers; Causeret, inspecteur d'académie, docteur 
es lettres ; Chanal, inspecteur d'académie; Delaage, professeur 
à la Faculté de Montpellier; Adrien Dupuy, professeur agrégé 
au lycée Lakanal; A.Durand, secrétaire de l'Académie de 
Pans; Duplan, inspecteur général de l'Université; E. des 
Jissarts, doyen de la Faculté des lettres de Cler mont- Ferr and ■ 
* lourens ancien Ministre des Affaires étrangères; Guillon 
agrège d histoire, docteur es lettres; Martel, inspecteur général 
de l Université; Métivier, inspecteur général honoraire ; Fleury- 
Havann Conseiller d'Etat; Riquet, professeurà l'Ecole alsa- 
etenne; André Theuriet; Sevin-Desplaces, conservateur à la 
Bibliothèque nationale; Tranchau, ancien proviseur du lycée 
d Orléans; etc., etc. 

Chacun des livres de la « Galerie Française » forme un in-18 
Jésus <tre sur beau papier, idustré de portraits gravés sur bois 
et cartonné avec titre spécial. 

Prix du volume : 1 fr. 20. 



1 









I, — LE F AYS ET LES GENS 



Le département des Deux-Sèvres doit son nom à 
deux de ses principaux cours d'eau, la Sèvre Mor- 
taise qui, prenant sa source à Sepvret, près de la 
Mothe-Sainte-IIéraye, traverse Niort et se jette à 
l'ouest dans la mer, et la Sèvre Nantaise qui, des- 
cendue des plus hautes collines de la Gâtine, se di- 
rige au nord vers la Loire, à laquelle elle se réunit à 
Nantes. Il a été formé en 1790 de territoires appar- 
tenant à trois des trente-deux provinces entre les- 
quelles la France était alors répartie : les neuf 
dixièmes de sa superficie occupaient le quart de l'an- 
cien Poitou; le reste se rattachait à la Saintonge et 
à l'Aunis. 

Beaucoup plus étendu en longueur qu'en lar- 
geur, le département des Deux-Sèvres se divise en 
trois régions de nature et d'aspect divers : la Gâtine, 
la Plaine et le Marais. 

La Gâtine, que l'on pourrait déterminer par une 
ligne qui, partant de Saint-Maixent, aboutirait àCou- 
longes-sur-1'Autise, est la continuation, dans le dé- 
partement des Deux-Sèvres, du Bocage vendéen ; 
c'est une contrée de collines de moyenne élévation, 
de plateaux peu étendus, séparés les uns des autres 
par des vallées étroites, souvent profondes. Les 
chênes et les châtaigniers, qui partout couvrent le 
sol de leurs puissants rameaux, les haies épineuses 






« DEUX-SEVRES 

et les vastes forêts d'ajoncs, les vallons tortueux, les 
chemins creux et encaissés entre les roches de schiste 
et de granit, tout donne à la Gâtine un aspect sombre 
et morne, un air mystérieux qui prédispose au si- 
lence et à la tristese. 

La Plaine, qui comprend l'arrondissement de 
Melle et la plus grande partie de celui de Niort, pré- 
sente une vaste surface généralement plane, ou 
plutôt légèrement ondulée. La vue s'y étend au loin 
et, dans la belle saison, découvre partout de vastes 
domaines où l'or des céréales se marie heureuse- 
ment au beau vert des prairies de trèfle et de sain- 
foin 1 . 

L'eau est l'élément dominant du Marais : c'est 
elle qui a formé la terre et qui y entretient la fécon- 
dité; c'est par elle que se font toutes les communi- 
cations, les canaux remplaçant les routes, et les 
fossés tenant lieu de chemins et de sentiers. Les 
prairies, que de nombreux cours d'eau arrosent à 
volonté, par le jeu d'une multitude infinie d'écluses, 
sont d'une étonnante fertilité et nourrissent des 
milliers de bestiaux; ailleurs, le sol, fécondé par les 
inondations, produit en abondance des céréales et 
du chanvre. 

On eût trouvé, il y a cent ans à peine, dans ces 
trois contrées, si nettement caractérisées, des popu- 
lations fort différentes les unes des autres; mais au- 
jourd'hui, grâce aux moyens de communication qui 
rapprochent les hommes, grâce aussi aux progrès 
de la civilisation et de la science, les nuances sont 
moins sensibles, les différences s'atténuent de plus 
en plus. Il est vrai qu'elles n'ont pas encore com- 
plètement disparu, et que, pour quiconque connaît 



LE PAYS ET LES GENS 



bien ces trois contrées, il existe encore aujourd'hui 
dans la physionomie des habitants et dans leurs 
mœurs certains caractères essentiels qui ne permet- 
tent pas qu'on les confonde. 

Sombre et replié en lui-même, rêveur et vindi- 
catif, dur comme le granit sur lequel il marche, cou- 
rageux, vaillant, capable de supporter sans se plaindre 
toutes les privations, le paysan du Bocage est bien 
le fils de ce pauvre Gâtineau d'autrefois qui, con- 
damné à la solitude dans ces immenses forêts de 
genêts, de bruyères et d'ajoncs, et perdu au sein 
d'une rude nature, humide et glacée en hiver, brû- 
lante en été, n'avait pour réparer ses forces qu'un 
misérable pain de seigle et les fruits du châtaignier. 

Mollesse et apathie, tel est le caractère essentiel de 
l'habitant du Marais : versatile et peu courageux, 
craintif et inconstant, il est peu propre aux résolu- 
tions viriles. Mouvant comme la contrée qu'il habite, 
il manque de suite dans les idées, et, dans le carac- 
tère, de fermeté et de vigueur. La ligne lortueuse 
lui convient mieux que la ligne droite. Changeant au 
moindre vent, «ondoyant et divers», il adore aujour- 
d'hui ce que, hier, il brûlait, et, s'il est prompt à 
donner sa faveur, il ne l'est pas moins à la retirer : 
honnête au demeurant, d'humeur traitable, ne con- 
naissant ni les haines terribles, ni les implacables 
ressentiments. 

L'existence a toujours été, dans la Plaine, et elle 
est encore aujourd'hui plus facile et plus large. Si 
l'opulence y est rare, l'aisance y est communément 
répandue. Le caractère est plus vif, l'humeur plus 
enjouée. Si on n'y trouve pas l'imagination enthou- 
siaste et la vivacité exubérante du Midi, on y remar- 

t* 






10 



DEUX -SÈVRES 



que quelque chose de cette amabilité charmante- et 
de cette gaieté naturelle et si facilement communi- 
cative, qui n'est pas -un des moindres attraits du 
caractère girondin. Les relations y sont à la fois 
affectueuses et durables. 



II. -AGRICULTEURS 



Le département des Deux-Sèvres étant essentiel- 
lement agricole, nous ne pouvons mieux faire^que de 
consacrer aux agriculteurs le premier' chapitre de 
cette Galerie bioç/raphiqtie . Deux noms commandent 
surtout l'attention : Jean de Laquintinie, le savant 
décorateur des jardins de. Versailles, et le cultivateur 
de Chaloiie, maître Jacques Bujault. 

Laquintinie (de) (1626-1086). 

Jean de Laquintinie naquit à Saint-Loup en 1626. 
Après avoir fait, à Poitiers, de solides études au 
collège des jésuites et pris quelques leçons à l'école 
de droit, il se rendit à Paris où il fut .reçu avocat. 
Chargé par Tambonneau, président à la Cour des 
comptes, de l'édircalion de son fils, il trouva assez 
de loisirs pour se livrer à son étude favorite, l'étude 
de l'agriculture. Il lut Virgile, Varron, Columelle ; 
il y joignit la lecture des modernes, qui ont écrit sur 
l'agriculture, et bientôt il connut tout ce qui avait 
été dit sur cette matière. Il compléta ces éludes 
par des voyages en Italie et en Angleterre, et les con- 



AGRICULTEURS 



11 



naissances générales et, particulièrement, les connais- 
sances agricoles qu'il en rapporta donnèrent à sa 
conversation un charme auquel ne furent insensibles 
ni le grand Condé ni Colbert. Nommé, grâce à l'in- 
fluence de Colbert, directeur général des jardins frui- 
tiers et potagers de toutes les maisons royales, il 
eut toutes les facilités désirables pour appliquer les 




principes dont ses études lui avaient démontré la 
valeur. Il opéra des prodiges dans les jardins de 
de Versailles, en faisant d'un sol ingrat et stérile la 
terre la plus fertile et la plus belle : l'art, entre ses 
mains, triompha de la nature. 

Laquintinie a exposé sa méthode dans un ouvrage 
en deux volumes, que publia son fils en 1690. 



I 



12 



DEUX-SEVRES 



BujauK (1771-1842). 

Jacques Bujault, plus généralement connu sous 
le nom de Maître Jacques, naquit en 1771, à la 
Forêt-sur-Sèvre, près de Bressuire. Successivement 
volontaire en 1792, libraire, imprimeur et avocat à 
Niort, puis à Melle, il exerçait avec honneur, et 
surtout avec désintéressement, cette dernière pro- 
fession quand il se vit soudain en possession d'une 
propriété rurale fort importante. Il renonça peu à 
peu à la chicane, et, suivant dès lors sa véritable 
vocation, il se fit agriculteur. 

La culture du sol était alors dans le plus déplo- 
rable état. Le paysan, ignorant les principes les 
plus élémentaires de la science agricole, ne faisait 
rendre à la terre que le tiers au plus de ce qu'elle 
eût pu produire. Jacques Bujault résolut de l'ins- 
truire, et, en l'instruisant, de le tirer de la misère. 
Après avoir publié, en 1810, un court mémoire où 
il développait quelques-uns des nouveaux principes, 
il fit imprimer à Paris, en 1819, un Projet d'amé- 
lioration de l'agriculture, ouvrage plus important, 
et qui eut l'honneur d'appeler spécialement l'atten- 
tion de Paul-Louis Courier. 

Le mérite personnel de Jacques Bujault et les 
services qu'il rendait à la cause agricole furent ap- 
préciés de ses concitoyens : aussi le choisirent-ils 
deux fois pour les représenter à la Chambre des 
députés, d'abord en 1815, pendant les Cent Jours, 
ensuite, sous la Restauration, en 1822, comme can- 
didat de l'opposition. Dans cette seconde session, il 
ht deux propositions qui firent grand bruit, mais 
qui n'eurent pas de succès. Il demanda que chaque 
ministre voulût bien présenter aux Chambres un état 



AGRICULTEURS 



13 



contenant le nombre des employés et fonctionnaires 
de son département, ainsi que des traitements, gra- 
tifications, frais de tournée et de logement qu'ils 
recevaient. C'était, dans sa pensée, un moyen de 
supprimer les charges et les emplois inutiles et de 
ramener à l'agriculture un grand nombre de jeunes 
gens qui délaissaient leurs terres pour devenir, à 
un titre quelconque, les agents et fonctionnaires 
de l'Etat. Cetie proposition fut repoussée. Bujault 
ne fut pas plus heureux quand il demanda qu'on 
réduisît l'impôt du sel de cinq centimes par kilo- 
gramme en faveur des classes pauvres et de l'agri- 
culteur. On trouve dans le discours qu'il prononça 
à celte occasion, et dont l'impression fut demandée 
et ordonnée par la Chambre, la plupart des argu- 
ments dont on s'est servi depuis pour obtenir la 
réduction de cet impôt : « Le sel n'est point un 
article de luxe, mais de nécessité. Un impôt sur 
cette matière est une véritable capitation qui atteint 
tous les individus. Il pèse particulièrement sur le 
pauvre, sur le cultivateur et sur l'agriculteur. Dans 
les pays de montagnes on donne du sel aux bes- 
tiaux une ou deux fois par semaine; presque par- 
tout on en donne à ceux qu'on engraisse dans les 
étables. L'habitant des campagnes n'a d'autre assai- 
sonnement que le î sel; il lui en faut pour son pain 
et pour ses salaisons annuelles. Plus un individu 
est pauvre, et plus il en consomme; plus il est 
riche, moins il lui en faut. Dans une ferme où il 
y a quinze personnes, on en dépense plus que dans 
la maison d'un maréchal de France où il y eu a 
trente. » 

Dégoûté de la vie politique par le double échec 



i 



14 



DEUX-SÈVRES 



qu'il vient d'essuyer, Jacques Bujault refuse le nou- 
veau mandai que lui offrent ses concitoyens; il quitte 
même définitivement le barreau et se retire dans sa 
ferme de Chaloiie, près de Sainte-Blandine. II était 
resté jusque-là avocat agriculteur. Il se fait alors 
paysan et laboureur dans toute l'acception du mot 
portant grand chapeau, large blouse et sabots. Ap- 
pliquant les principes qu'il avait professés avec ar- 
deur, il multiplie les prairies, introduit dans sa pro- 
priété les plantes fourragères, fait usage des engrais 
et offre bientôt à toute la contrée le spectacle d'une 
véritable ferme-école. Bon et charitable, il ne garde 
pas pour lui les secrets de son art, il en fait part, au 
contraire, à tous ceux qui veulent bien le consulter- 
il prévient même les questions et, pour porter au 
loin la bonne parole, il relate dans plusieurs mé- 
moires et opuscules les résultats de ses recherches. 
fcn 1821, il publie un Mémoire sur le produit des cé- 
réales dam le département des Deux-Sèvres et sur le 
résultat des recensements annuels (in-8° de 40 pages) 
En 1831, paraît 'L'Agriculture populaire ou Méthode 
générale et nouvelle pour l'enseignement et l'amélio- 
ration de l'agriculture, et cet ouvrage est bientôt 
suivi d'un autre que l'on regarde comme le chef 
d œuvre de Maître Jacques : Lettre à tout le monde 
sur l amélioration des mœurs, des cultures et des ani- 
maux domestiques. Mais, si intéressants et si ins- 
tructifs que soient ces différents ouvrages, il s'en 
faut qu'ils aient exercé sur la masse des agriculteurs 
la même influence que les Almanachs du laboureur 
de Uialoiie. Les tout petits volumes sont presque 
toujours ceux qui se prêtent le mieux à la vulgari- 
sation. Maître Jacques le comprit et se mit à com 



AGRICULTEURS 



15 




poser des almanachs où, sous une forme populaire, 
il donnait, chaque année, à ses bons amis les paysans, 
ses leçons et ses conseils. — Le Grand Conseil; 
Grande Colère de Maître Jacques ; le Joli Petit Moyen 
de rendre les petites filles ménagères, les grandes 
aussi, biribi; Grande et Belle Histoire de Sivogait : 
tels sont les titres de quelques-uns de ces écrits pé- 
riodiques. On pourrait peut-être reprocher à l'auteur 
( d'avoir fait quelquefois, dans ces publications, un 
•usage immodéré du grotesque ; mais il s'adressait 
surtout aux paysans et, pour des hommes qui con- 
taient encore des histoires de loups-garous et de 
sorciers, les bizarreries et les récils fantastiques dont 
il assaisonne ses almanachs devaient être un mets 
tout particulièrement délicat. Ce qu'il y a de cer- 
tain, c'est que l'enseignement de l'écrivain campa- 
gnard a porté ses fruits : l'écobuage, qui était en 
honneur dans toute la contrée, fut de plus en plus 
abandonné; les plantes fourragères furent partout 
cultivées; la manière de traiter les engrais, mieux 
comprise. 

Jacques Bujault mit à écrire ses almanachs et 
ses ouvrages agricoles une ardeur infatigable. Il 
écrivit presque jusqu'à son dernier jour. « Mon 
Testament agricole n'est pas achevé, disait-il à un 
ami un an à peine avant de mourir. J'en envoie une 
partie à l'imprimeur. Le reste est en notes et dans la 
tète; si je suis bien portant, il sera fini dans huit 
jours. Je dis toujours : Je me reposerai enfin, car 
rien ne me tue comme de penser sans cesse. » 

Il mourut (24 décembre 1842) comme il avait vécu, 
en faisant du bien : pour que l'enseignement qu'il 
avait donné durant toute sa vie ne fùtpas interrompu, 



16 



DKlW-SliVHES 



il avait fondé un prix de 600 francs en vue de la pu- 
blication d'un almanach agricole; il avait légué des 
sommes considérables aux communes voisines pour 
créer des écoles primaires, abandonné ses droits 
d'auteur, doté les enfants de ses fermiers de Cha- 
loiie et récompensé ses domestiques. 

Il avait réglé lui-même les conditions de ses obsè- 
ques et demandé qu'on l'enterrât « le plus simple- 
ment possible » et qu'on élevât sur sa tombe une 
petite colonne en fonte, avec cette inscription : 
Maître Jacques, laboureur, auteur des Almanachs et 
du Guide des comices. Ses concitoyens crurent, et 
avec raison, que ce n'était pas suffisant ; le buste de 
Jacques jRujault, élavé par souscription publique, se 
dresse depuis longtemps déjà devant la mairie et le 
groupe scolaire de la commune de Sainte-Blandine 
et, depuis quelques années seulement, sur une des 
places de la ville de Melle. 

Jacques ftujault avait, quelque temps avant sa 
mort, reçu lu roi Louis-Philippe la croix de la Lé- 
gion d'honneur. 



Qu'il nous soit permis, à la suite de la biographie 
des deux plus illustres agriculteurs des Deux-Sèvres, 
de dire quelques mots d'un manufacturier de Niort, 
célèbre par les progrès qu'il réalisa dans l'art de la 



mégisserie. 



Main (17.43-1821). 

Thomas-Jean Main, fils de Thomas Main, manu- 
facturier en chamoiserie, à Niort, naquit dans cette 
ville le 28 mars 1745. Il y mourut le 13 mai 1821. 
Voici comment l'auteur de Y Histoire de la ville 



AGRICULTEURS 



17 



de Niort, Hilaire-Alexandre Briquet, apprécie l'œu- 
vre et le mérite de son compatriote : « Au lieu de se 
traîner sur les pas de ses prédécesseurs, il conçut le 
noble projet d'enlever aux Anglais cette supériorité 
qui tenait dans une grande infériorité le commerce 
de la chamoiserie à Niort. Il se transporta dans leur 
île et trouva le moyen de s'approprier leurs pro- 
cédés. Le travail du ponçage ne se fait en France 
que depuis 1765, et c'est Th. -Jean Main, à peine âgé 
de vingt ans, qui l'employa le premier dans sa fa- 
brique à Niort. Par les observations qu'il fut à portée 
de faire en Angleterre sur la mégisserie, sur l'apprêt 
des peaux de veau en tannerie et sur les peaux cha- 
moisées, il se convainquit que la mégisserie se fait 
mieux en France; que les peaux d'agneau et de che- 
vreau y sont plus douces, plus blanches, plus pro- 
pres à être mises en couleur. Le vulgaire, la partie 
la plus nombreuse chez toutes les nations, se laisse 
encore tromper par le luisant et l'espèce d'éclat que 
ces insulaires donnent, aux dépens de la solidité, 
aux peaux d'agneau et de chevreau. Elles sont sèches 
et cassantes, parce que le mégissier anglais, poux- ne 
pas payer autant de droits, économise tout ce qui ne 
manquerait pas de donner plus de poids aux peaux 
qu'il apprête. Il sait pourtant bien qu'en y introdui- 
sant, comme on le fait en France, plus d'huile et de 
dégras, il les rendrait plus fortes, plus souples, 
plus moelleuses, et, par conséquent, d'un meilleur 
usage. » 

On a de Th. Main un Mémoire sur la chamoiserie, 
qui l'a rendu célèbre dans toute la France : ce mé- 
moire fait partie de Y Encyclopédie méthodique sur 
les manufactures et les fabriques, de Roland de la 






**m 



18 



DEUX-SÈVRES 



Platière, inspecteur général des manufactures du 
Lyonnais, Forez et Beaujolais. 



III. -SOLDATS ET MARINS 

Parmi les soldats illustres que le département des 
Deux-Sèvres a produits, il en est six qui nous pa- 
raissent mériter une notice spéciale : le marquis 
Charles Delaporle, qui fut un des plus brillants offi- 
ciers de Louis XIII; de Lescure et le comte Duver- 
gfier de la Rochejaquelein, qui mirent au service de 
1 insurrection vendéenne toute leur intrépidité et 
toute leur science du métier des armes; le général 
Chabot, qui, après avoir combattu les Vendéens ré- 
voltés fut chargé de défendre les colonies françaises 
des îles Ioniennes ; Charles Aymé, général tout . 
particulièrement apprécié de Bonaparte, et dont il 
lut 1 utile auxiliaire en Egypte, en Syrie et dans 
1 Lurope centrale. 

Aux noms de ces généraux illustres, nous ajoute- 
rons celui d'un marin intrépide, Jacques de Liniers 
vice-roi, gouverneur des provinces espagnoles du Rio 
delaPlata. 

Oelaporte (1602-1664). 

Charles Delaporte, marquis, puis duc de la Meille- 
raie '.P air ct maréchal de France, naquit à Niort 
en 1502. Sa parenté avec le cardinal de Richelieu 
dont il était le cousin-germain, lui procura un avan- 



SOLDATS ET MARINS 



19 



cernent brillant. Il fit ses premières campagnes en 
Piémont, obtint en 1632 le gouvernement du château 
de Nantes et en 1634 la charge de grand-maître 

' d'artillerie. 

Nommé lieutenant-général en 1636, il guerroya 
dans l'armée de Bourgogne, sous les ordres du grand 
Condé, soumit plusieurs places de la frontière, se 
fit encore plus' remarquer à l'armée de Picardie, prit 
Bohain, Landrecies, Maubeue-e, investit Hcsdin et 
tut blessé au siège de cette ville. Le roi y entra par 
là brèche et il y fit Delaporte maréchal de France. 

.« Je vous fais maréchal de France, dit Louis XIII au 
marquis de la Meilleraie : voilà le bâton que je vous 
en donne. Les services que vous m'avez rendus 
m'obligent à cela ; vous continuerez à me bien 
servir. » 

Delaporte se montra digne de la faveur dont il 
venait d'être l'objet. En 1640, il contribua beau- 
coup à la prise d'Arras. En 1641, il commanda l'ar- 
mée de Picardie et' de Flandre, investit Aire, la 
Bassée, Bapaume ; puis, l'année suivante, mis à la 
tête de l'armée du Roussillon, conjointement avec ' 
le maréchal de Schomberg, il assiégea Co!lioui-e et 
se distingua au siège de Perpignan qui bientôt ou- 
vrit ses portes. 

Lous XIV n'eut pas moins à se louer des' services 
de la Meilleraie que ne l'avait fait Louis XIII. Lieu- 

. tenant-général, sous le duc d'Orléans, au siège de 
Gravelines et à celui de Courtrai, il se rendit maître 
de ces deux places et prit, peu de temps après, 
Piombino et Porlo-Longon. En récompense de ces 
hauts faits d'armes, le roi le créa duc et pair et éri- 
gea en duché-pairie le marquisat de la Meilleraie 



20 



DEUX-SEVRES 



(décembre 1663). Delaporte ne jouit pas longtemps 
de cette faveur. Il mourut le 8 février 1664, à l'âge 
de soixante deux ans. 

Chabot (1737-1837). 

Il est peu d'hommes qui aient fourni une carrière 
militaire aussi longue que le général Chabot ; il en 
est peu qui aient fait preuve de plus de sang-froid, 
de générosité et de vaillance. 

Né à Niort, le 26 avril 1737, il ne reçut que les 
premiers éléments de l'instruction qui se donnait alors 
dans les collèges et entra, dès l'âge de seize ans, dans 
la gendarmerie de la garde, avec le rang de lieutenant 
de cavalerie. Réformé trois ans après, il reprit bientôt 
du service, devint, le 20 juin 1779, porte-drapeau au 
bataillon de garnison du régiment de Poitou et passa, 
le 5 octobre 1782, sous-lieutenant aux grenadiers du 
même bataillon. Il était cantonné à Saintes, lorsque 
le lieutenant général Latour-du-Pin lui confia le 
commandement de toutes les troupes employées au 
dessèchement des marais de Rochefort et à la sur- 
veillance des travaux. 

Appelé en 1790, par les suffrages à peu près una- 
nimes de ses compatriotes, réunis sur la place de la 
Brèche, au commandement d'une colonne mobile 
dans le département des Deux-Sèvres, il fut élevé, 
le 9 octobre de l'année suivante, au grade de lieute- 
nant du 1 er bataillon de volontaires de ce départe- 
ment; puis, fait capitaine le 20 juin 1792 à l'armée 
du Nord, sous les ordres des généraux Labourdon- 
naye et Miranda, il prit part à la défense de Lille, 
fut blessé d'une balle aux avant-postes, et eut un 
cheval tué sous lui. Son frère, Philippe, capitaine au 



SOLDATS ET MARINS 



21 



même régiment, fut tué auprès de lui, au momen 
où il s'emparaît d'une redoute. L attaque du tort 
de Stewensswert fut pour Chabot l'occasion de nou- 
veaux exploits. Chargé, en mars 1793, de rallier les 
avant-postes de la division Lamarlière,il sut prendre 
les dispositions nécessaires pour protéger le passage 




de la Meuse sous Ruremonde et l'évacuation de cette 

place. , 

' Cependant l'insurrection vendéenne devenait de 
jour en jour plus menaçante, et la Convention et les 
Comités comprenaient qu'il était nécessaire de desi- 
gner pour combattre les rebelles des chefs intrépides 
et expérimentés. Choisi entre tous les capitaines de 
son régiment, Chabot se rend avec cinquante-deux 



m 



aa 



DEUX-SÈVHES 



hommes à l'armée des côtes de la Rochelle, obtient 
/;£? de heutenant -colonel du 2' bataillon (24 mai 
1793) et se signale par tant d'exploits que, quelques 
semaines plus tard, le 14 juin, il est nommé par les 
Conventionnels réunis à Tours général de brigade 

Cet avancement rapide est salué.avec enthousiasme 
par ses anciens compagnons d'armes de l'armée du 
Nord, qui lui font parvenir l'adresse suivante- 
« Nous, officiers, sous-officiers et soldats du l"ba-» 
laillon, certifions que le citoyen Chabot, général de 
hrigade, ci-devant capitaine dans ce régiment y a 
donné l'exemple constant des vertus civiques et mi- 
litaires, et que la récompense due à ses talents qui 
lui a ete accordée par sa- promotion au grade de 
gênerai, n'effacera jamais le regret que nous avons 
ressenti de le perdre et qui s'étendra toujours sur la 
mémoire de Philippe Chabot, son frère„capitaine au 
même régiment, mort sous les murs de Lille les 
armes à la main, en combattant pour sa patrie 
JJonne aux Ecluses de Denslemont, le 20 août 1793 
• l'an II de la République une et "indivisible. — Suivent 
de très nombreuses signatures. » 

II ne nous est pas possible de suivre,Chabot dans 
tous les combats que sa division livra aux Vendéens 
. Qu'il nous suffise .de dire qu'il montra dans cette 
campagne une telle habileté et un si infatigable cou- 
rage, qu'il conquit, le 20 avril 1794, le grade de 
général de division, et que les représentants du 
peuple, réunis à Sablé, en lui conférant ce grade 
portèrent sur lui un témoignage que nous croyons 
devoir reproduire ci-après : « Chabot, est-il dit dans 
1 arrête de nomination provisoire', a montré autant 
d intelligence que de bravoure dans les actions de la 



SOLDATS ET MARINS 



23 



Flèche, de Fouilletourte et du Mans; il a surtout 
fait éclater son intelligence dans les retraites de ces 
différentes actions : le soldat sous ses ordres se bat 
avec confiance. Dans la guerre des Chouans, il déve- 
loppa autant d'intrépidité que d'adresse pour les sur- 
prendre et les envelopper; d'ailleurs un des grands 
titres de Chabot à l'estime des représentants, c'est 
que, depuis qu'il sert la République comme soldat, 
il n'a pas mis le pied dans Paris, ni brigué aucune 
place. » 

Au reste, il n'y avait pas que les représentants du 
peuple qui appréciaient comme il convenait le gé- 
néral Chabot. Kléber lui-même montra* en quelle 
estime il le tenait, quand il lui écrivit de Vitré, le 
4 mai, la lettre suivante : « Un arrêté du Comité. de 
salut public m'appelle à l'armée du Nord. Il me 
charge de remettre, à mon départ, le commandement 
des forces qui m'étaient confiées à l'officier le plus 
instruit de tous ceux que je connais. Tu voudras 
donc bien, mon cher, recevoir cette preuve de l'es 
time de ton frère d'armes, et, avec elle, l'expression 
de ses regrets en te quittant. Le général en chef ■ 
t'engage à ne rien changer, sans l'en instruire, au 
plan que j'avais cru devoir tracer, et à suivre en 
tout le système que j'avais adopté. Tu exécuteras 
d'autant plus aisément cet ordre, que tu sentais 
bien la nécessité des mesures prises, et que toi- 
même me les a présentées en grande partie. » 

Lors de l'expédition des royalistes à Quiberon, 
en 1795, Chabot reçut du général en chef Hoche 
l'ordre de rester à Lorient pour défendre cette ville 
contre toute attaque des ennemis. 

Cependant Chabot commençait à être las de cette 



24 



DEUX-SÈVRES 



guerre fratricide et, quoiqu'il fût heureux et fier de 
combattre sous les ordres d'un homme tel que 
Hoche, il fit prier le Comité du salut public de l'em- 
ployer à l'armée du Nord, du Rhin ou des Alpes La 
demande du général ne reçut satisfaction que lorsque 
Hoche put écrire au Directoire qW l'avait investi de 
pouvoirs illimités : « La Vendée subit les lois de la Ré- 
publique. » De la Rretagne Chabot passa en Italie où 
il commanda, d'abord sous Bonaparte et ensuite 
sous Kilmaine, la première division des troupes au 
blocus de Mantoue, défendue par le feld-maréchal 
Wurmser. 

L'estime de Bonaparte pour le général Chabot 
grandissait de jour en jour : aussi, quand le général 
Centili, commandant des troupes des îles Ioniennes 
eut été admis à la retraite, Bonaparte n'hésita pas 
à lu. donner Chabot pour successeur; mais c'est en 
vain que Chabot se révéla, dans son nouveau com- 
mandement, comme un administrateur habile et un 
vaillant guerrier; « sa bonne volonté » ne suffit 
pas, ain SI qu'il le disait dans un mémoire au mi- 
nistre de la guerre, « pour réparer le désordre d'un 
siècle de négligence et de dilapidations ». Il eut beau 
réclamer à plusieurs reprises, et avec la plus vive 
insistance, des secours tant en argent qu'en hommes 
et approvisionnements de bouche et de guerre >» il 
lui fut bientôt impossible de garder, avec la faible 
armée dont il disposait, toutes nos colonies ionien- 
nes; torce lui fut, surtout après la bataille d'Abou- 
iur, et en présence des désertions sans nombre que 

fe r sTE r déSaStTe ' de SG retirer à Corfou > ^ec 
ies l 800 hommes qui lui restaient. Chabot se con- 
duisit en héros dans la défense de cette place. A 



SOLDATS ET MAHI.NS 



bout de ressources, exténué, n'ayant plus guère 
que 800 hommes pour défendre une place qui, d'a- 
près toutes les règles de l'art, devait être, pour le 
moins pourvue d'une garnison de 10,000 hommes, il 
capitula, mais non sans avoir obtenu du vainqueur 
les conditions les plus honorables; la garnison de- 
vait être renvoyée en France, sur parole de ne point 
servir contre les puissances coalisées pendant dix- 
huit mois, et il fut décidé qu'elle serait transportée 
à Toulon sur des bâtiments fournis par les Russes 
et les Turcs, et à leurs frais. Les amiraux ennemis 
s'étaient d'abord refusés à cette dernière condition, 
dont l'exécution leur paraissait aussi difficile que 
dispendieuse, attendu qu'ils supposaient la garnison 
forte d'au moins 6,000 hommes. Quel ne fut pas 
leur étonnement quand, tout étant réglé, ils appri- 
rent que la place renfermait à peine 800 combat- 
tants ! Lorsque Bonaparte apprit en Egypte la red- 
dition de Corfou : « Chabot est donc mort? » 
s'écria-t-il. Et sur la nouvelle que le général vivait 
encore, il se fit conter les détails de sa longue et 
héroïque résistance. 

Les Vendéens ayant repris les armes, Chabot 
reçut l'ordre de les combattre; puis, quand le délai 
fixé par l'article de la capitulation de Corfou fut 
passé, il demanda et obtint d'aller combattre de nou- 
veau dans l'armée d'Italie. Créé commandeur de la 
Légion d'honneur en juin 1804, il fut attaché, les 
deux années suivantes, à la division de réserve en 
Piémont, obtint, en 1807, le commandement do la 
9 e division militaire, et, en 1808, servit en Catalogne 
sous les ordres de Gouvion-Saint-Cyr. Blessé griè- 
vement dans cette campagne, il fut obligé de quitter 



26 



DEÛX-SÈVRES 



l'armée d'Espagne et de rentrer à Montpellier, chef- 
lieu de sa division. Il y resta jusqu'à la Restaura- 
tion, époque à laquelle il fut admis à la retraite. 
Louis XVIII le créa chevalier de l'ordre royal et 
militaire de Saint-Louis (24 août 1814) et grand- 
officier de la Légion d'honneur (10 mai 1817). Il 
avait été fak baron de l'Empire en 1811. Il mourut 
à Sansais, près Niort, le. 11 mars 1837. 

Lescure (1766-1793). 

Marie-Louis de Lescure, né en 1766 dans le Bas- 
Poitou, d'une des plus illustres et des plus ancien- 




nes familles du Languedoc, entra à l'école militaire, 
y resta trois ans et en sortit à l'âge de seize ans. 



> 



SOLDATS ET MARINS 



27 



Il était dans son château de Clisson, quand le dé- 
cret de l'Assemblée nationale, ordonnant une levée 
de 300,000 hommes, provoque une révolte en Ven- 
dée. Ses opinions étaient très suspectes. On l'arrête 
avec toute sa famille, et on le conduit à Bressuire, 
mais il réussit à s'échapper. Il est un des premiers à 
organiser l'insurrection vendéenne et se distingue 
par son intrépidité à Thouars, à Fontenay, à Sau- 
mur. Blessé au combat de la Tremblaye par une balle 
qui l'atteint au sourcil gauche, il meurt après avoir 
éprouvé les plus vives douleurs (3 novembre 1793)'. 
Il n'était âgé que de vingt-sept ans. 

Aymé (1770-1852). ■ 

Charles Aymé,' né à Melle le 28 janvier 1770, fit 
de brillantes études à l'école royale et militaire de 
Pont-le-Voy, d'où il sortit, en 1788, avec le titre 
d'élève-ingénieur des ponts et chaussées. Bientôt 
après il entra dans le corpsdu génie et prit part, en 
qualité de lieutenant, à l'expédition d'Italie, de 1795 
à 1797. La bravoure dont il fit preuve aux sièges de 
Saorgio, du château de Milan, et devant Mantoue, 
appela sur lui l'attention de Bonaparte, qui le dé- 
signa pour faire partie de l'armée destinée à la cam-. 
pagne d'Egypte: il servit, dans cette campagne, sous 
les ordres du général Lannes et y conquit rapide- 
ment le grade de chef.de bataillon.- 

Dans l'expédition de Syrie, c'est lui qui, à la tète 
d'une compagnie de carabiniers, monta le premier 
sur les murs de Jaffa, défendus par 6,000 Turcs; 
cet acte de bravoure le fit nommer lieutenant-colo- 
nel sur le champ de bataille. 

Bien qu'il eût été blessé à Saint-Jean-d'Acre d'un 






»*B 



28 



nrcrx-SEVRES 






coup de feu au bras gauche et do plusieurs éclats de 
mitraille aux deux jambes, il continua la campagne 
et se fit remarquer au siège du Caire et à la bataille 
d'Héliopolis (19 mars 1800). 

A son retour en France, il fut envoyé à l'armée 
de Naples et nommé, en 1804, chef de l'état-major de 
cette armée ; c'est en cette qualité qu'il fit les campa- 
gnes de 1804, 1805, 1806. 

Aymé venait de prendre part aux batailles d'Iéna 
(14 octobre 1806) et d'Eylau (8 février 1807), quand 
il se signala de nouveau, et d'une façon toute spé- 
ciale, au siège de Dantzig, que dirigeait le maréchal 
Lefebvre. « Le siège, est-il dit dans le Dictionnaire 
des Familles du Poitou, le siège traînait en longueur. 
Les Russes et les Prussiens occupaient l'ile du Holm 
avec des forces considérables, et de cette position, 
qu'ils croyaient inexpugnable, et qui était, en effet' 
fort avantageuse, ils gênaient et entravaient les 
opérations du maréchal Lefebvre ; on avait tenté de 
les en déloger, mais les efforts avaient été inutiles. 
L'adjudant-général Aymé forma le projet de les y 
altaquer et de les surprendre, en effectuant le pas- 
sage de la Vistule, pendant la nuit du 7 mai, sur de 
petits bateaux d'expédition qu'on fit venir du quar- 
tier général, et qui contenaient 250 voltigeurs. Cette 
opération eut le succès le plus complet. 800 Russes 
furent tués et quatre redoutes armées de 40 canons 
furent enlevées à la baïonnette; on compta 1,500 
Russes et 1,000 Prussiens faits prisonniers. La com- 
munication entre les forts et la ville de Dantzig 
étant désormais interceptée, l'empereur considéra le 
coup de main audacieux qui avait valu cet avan- 
tage comme le résultat d'une grande bataille. 11 fit 



SOLDATS ET MARINS 



i 1 .) 



complimenter l'adjudant-général sur sa belle conduite 
et lui envoya la croix d'officier de la Légion d'hon- 
neur. » 

Créé baron le 19 mars 1808 et chevalier de la Cou- 
ronne de fer le 18 décembre suivant, il servit en 
Espagne sous Murât et se distingua particulièrement 
à Cuença. 

Successivement aide do camp, maréchal de camp, 
lieutenant-général, puis chef d'état-major de l'armée 
que commandait le roi de Naples, Murât, il ne voulut 
pas s'associer à la trahison de son souverain envers 
la France, et il aima mieux sacrifier sa haute situa- 
tion que de faire cause commune avec les ennemis 
de la patrie. Il se disposait à rentrer en France 
quand il reçut, à Bologne, une lettre autographe 
qui montre en quelle estime Murât tenait son chef 
d'état-major, et dans laquelle il lui explique les mo- 
tifs qui l'ont décidé à abandonner le parti de Bona- 
parte. 

Le 21 février 1816, Aymé fut nommé maréchal 
de camp en non activité et, deux ans plus tard, réin- 
tégré dans le grade de lieutenant-général. Louis XVIII 
le nomma chevalier de Saint-Louis et l'admit à la 
retraite en 182.'>. 

Betiré à Melle, sa ville natale, Aymé s'occupa, 
avec le plus grand soin, de l'éducation de ses deux 
fils, se fit lui-même professeur pour graver profon- 
dément dans leur cœur les sentiments qui l'avaient 
inspiré toute sa vie et, oubliant pour toujours les 
splendeurs de son ancienne existence, il laissa sa 
porte ouverte à tous ceux, grands et petits, riches 
et pauvres, qui venaient réclamer sa protection ou 
ses conseils. Le jour de sa mort (27 juin 1852) fut 



30 



DEUX-SEVRES 









un jour de deuil pour la cité dont il avait été le 
bienfaiteur. Il avait été élevé, en 1830, au grade 
de commandeur dans l'ordre de la Légion d'hon- 
neur. , 

la Rochcjaqnclein (1772-1794). 

Né le 30 avril 1772 près de Châtillon-sur-Sèvre, le 
comte Duvergier de la Rochejaquelein'fut, après de 




bonnes études faites à Sorèze, admis dans la garde 
constitutionnelle de Louis ^VI. Dans la journée du 
10 août il courut, au château des Tuileries, les plus 
grands dangers et parvint à se retirer au château de 
Clisson, chez son parent et ami Lescure, Là, il prit 
parti pour les insurgés, et remporta tout d'abord 
quelques succès aux Aubiers et à Thouars*. 



I 



SOLDATS ET MARINS 



31 



Battu à Fontenay, il prend sa revanche à Vihiers, 
à Doué et à Saumur ; mais la défaite de l'armée 
royale à Cholet et la déroute que Chabot et Wesler- 
mann lui font éprouver à luir-même à Beaupréau 
l'obligent à passer la Loire avec les débris de 
l'armée. 

Proclamé général en chef après la mortdc Lescure, 
il donne les preuves d'un talent supérieur, bat deux 
fois les troupes républicaines aux environs d'Antrain, 
occupe Laval, la Flèche, le Mans. Forcé dans cette 
dernière ville, il repasse la Loire, ne fait plus dès 
lors qu'une guerre de partisans et est tué en mars 
1794, au combat de Nouailé, près de Cholet : il 
n'était âgé que de vingt-deux ans. On a retenu sa 
harangue à ses soldats lorsqu'ils lui déférèrent le 
commandement : « Si je ' recule, tuez-moî ; si j'a- 
vance, suivez-moi; si je meurs, vengez-moi. » 

De Liniers (1753-1810). ' 

Jacques de Liniers naquit à Niort le 23 juillet 1753. 
J.I manifesta de bonne heure un goût ti*ès accusé pour 
le métier militaire ; aussi, à peine eut-il terminé ses 
études chez les Pères oraloriens, qu'il'entra à l'école 
de Malle, qui était comme l'école militaire de l'Eu- 
rope. En 1768, il obtint le brevet de sous-lieute- 
nant. 

L'Espagne préparait alors une expédition contre la 
régence d'Alger. De Liniers avait vingt-el-un ans; 
,il sollicite et obtient la faveur de faire partie de l'ex- 
pédition. Soit sur terre, soit sur mer, il déploie par- 
tout une activité infatigable, passe enseigne de fré- 
gate, se signale au siège du fort Mahon(îleMinorque), 
d'où les Français, unis aux Espagnols, cherchaient à 



32 



DEUX-SÉVRES 






repousser les Anglais, et s'élève en 1782 (il n'avait 
alors que vingt-neuf ans) au grade de capitaine de 
frégate . 

Aux qualités du soldat, de Liniers joignait les 
manières élégantes et l'éducation du gentilhomme. 
Aussi fut-il l'objet, de la part de la cour d'Espagne, 
d'une faveur toute particulière ; il fut chargé d'oll'rir 
au dey d'Alger, après le traité intervenu entre lui et 
la cour d'Espagne, les présents du roi Charles IV. 
Le dey l'accueillit avec une exquise bienveillance et 
le pria d'accepter, comme témoignage de son estime, 
un damas de grand prix. Heureux de cet accueil, le 
jeune capitaine implora la grâce de plusieurs captifs, 
et il fut assez heureux pour voir ouvrir les portes 
des prisons à un grand nombre de Français, d'Espa- 
gnols et d'Italiens qui se trouvaient détenus sur la 
côle africaine. C'est au retour de celte brillante 
mission qu'il épousa, en 1783, M" c de Menviel, d'ori- 
gine française, née à Malaga. 

En 1788, le roi d'Espagne crut utile à la sûreté 
de ses colonies du Rio de la Plala d'établir sur les 
côles un certain nombre do chaloupes canonnières: 
il en confia le commandement à de Liniers avec le 
grade de capitaine de vaisseau. Une carrière plus 
vaste s'offrit dès lors à l'activité et à l'ambition du 
jeune Niortais. Le bonheur est rarement sans mé- 
lange : sa jeune femme mourut, lui laissant un fils 
de (juatre ans. Peu de temps après son arrivée en 
Amérique, il contracta un second mariage et épousa, 
à Buenos- Ayres, le 3 août 1791, M" e de Sarratea. 
Cette union devait le fixer définitivement vers ces 
belles rives de la Plata, dont le roi d'Espagne lui 
avait confié la garde. 



SOLXATS ET MARINS 



M 



En vue des combats qu'il doit nécessairement 
avoir à soutenir contre les flottes anglaises, il arme 
solidement le port de Montevideo, réussit à écarter 
pendant plusieurs années les bâtiments anglais et 
fait partout respecter son pavillon ; mais, en 1806, il 
ne peut empêcher la prise de Buenos-Ayres, mal 
défendu par le vice-roi Sobremonte. 

Les Anglais jouissaient en paix de leur conquête, 
quand de Liniers quitte sa retraite, expose ses plans 
au gouverneur de Montevideo, lui communique l'ar- 
deur dont il est lui-même animé, électrise les chefs, 
et se met on marche à la tête de 600 hommes d'élite. 
Des pluies torrentielles l'arrêtent tout d'abord; il 
passe en bateaux des lagunes vaseuses, parvient à 
grand'peine à Saint-Joseph, franchit la rivière, gagne 
la colonie du Sacrement, où l'attendent dix goélettes 
de vingt-quatre canons, neuf chaloupes et huit bâti- 
ments de transport, et voit sa petite troupe se grossir 
peu à peu d'un grand nombre de colons, équipés aux 
frais des habitants. Près de commencer l'attaque, il 
fait lire aux troupes cet ordre du jour : « Ce soir, si 
le vent le permet, nous passerons à la côte du Sud. 
Je ne doute pas du patriotisme ni de l'intrépidité des 
officiers et des soldats. Si, contre mon attente, quel- 
qu'un tourne le dos, il y a à l'arri ère-garde deux 
canons chargés à mitraille. La valeur sans disci- 
pline mène à la ruine; des forces soumises à la voix 
qui les dirige obtiennent la victoire; j'ordonne la 
plus stricte obéissance... Buenos-Ayres reconquis, 
agissons avec réserve et douceur. Si quelques traî- 
tres doivent être punis, laissez faire l'autorité. J'es- 
père de mes dignes compagnons d'armes qu'ils me 
donneront la gloire d'exalter devant le trône du roi 



34 



DEUX-SEVRES 



leurs traits de courage aussi bien que de modération. 
Soldats, courez à l'ennemi et faites' retentir sur nos 
forts les noms sacrés de' Dieu et du roi; à votre 
lètc marche de Liniers-Bremond, votre commandant 
général. Il ne recule jamais. » 

La flotille s'ébranle, met en fuite une corvette an- 
glaise, triomphe des vents et des courants contraires 
et jette l'ancre en vue de Buenos-Ayres. Avec' une 
extraordinaire promptitude, l'artillerie et la troupe 
prennent position et commencent l'attaque. Encou- 
ragés par la voix de leur chef qu'ils retrouvent par- 
tout où le péril est le plus grand, les Espagnols cul- 
butent les Anglais, -les mettent en fuite et les refou- 
lent dans les rues de la ville; Le gouverneur de 
Buenos-Ayres fait élever le drapeau blanc et pro- 
pose un armistice, qui est accepté. Les troupes 
espagnoles se forment en bataille 'et, les tambours 
battant, près de l,200prisonniers de guerre déposent 
les armes en défilant sur les glacis du fort. 

Ce glorieux fait d'armes provoque partout autour 
de de Liniers les sentiments d'admiration et de res- 
pect; la cour de Madrid le confirme dans son com- 
mandement, et, en reconnaissance de ses services, 
le nomme d'abord brigadier de marine, puis chef 
descadre, et vice-roi, gouverneur des provinces du 
Rio de la Plata. 

Cependant le temps des amères déceptions et des 
cruelles épreuves approchait. Au moment de la révo- 
lution, opérée en 1808 dans le gouvernement espa-. 
gnol par Napoléon, la junte de Montevideo accuse 
de^ Liniers d'être dévoué à l'usurpateur du trône 
d'Espagne, se déclare en insurrection et soulève 
contre lui plusieurs'provinces. 



SOLDATS ET MARINS 



35 



De Liniers fait face au danger et s'empare des 
chefs du complot; mais, par un coupable aveugle- 
ment, la junte centrale d'Espagne, au lieu d'ap- 
prouver sa conduite, lui envoie un successeur. De 
Liniers supporte cette injustice avec courage, est le 
premier à vanter les mérites du nouveau vice-roi et 
se retire à Cordoue. Il vivait en paix dans cette ville 
quand une insurrection éclate à Buenos-Ayres, à la 
suite de laquelle le vice-roi est chassé et l'indépen- 
dance proclamée.' — Dans cette extrémité, la pre- 
mière pensée de Cisneros, le nouveau directeur, est 
de recourir à de Liniers. C'est en vain que M. de 
Sarratea, son beau-père, le conjure de ne pas céder 
aux sollicitations dont il est l'objet : « Voudriez-vous,. 
lui répond de Liniers; voudriez-vous qu'un général, 
un militaire, qui, pendant trente-six ans, a donné 
des preuves réitérées de son amour et de sa fidélité 
au souverain, le délaissât à la dernière époque de sa 
vie? Ne livrerais-je pas à mes enfants un nom 
marqué au coin de la trahison?. . . Songez à David 
et aux Machabées, la victoire fui le fruit de leur foi. 
Ne vous inquiétez pas, mon cher père; ayez comme 
moi confiance en Dieu. Celui qui m'a protégé dans 

le passé me sauvera de même dans l'avenir 

Partout mes enfants se présenteront sans rougir de 
me devoir la vie, et si je ne leur laisse pas de ri- 
chesse, je leur donnerai un beau nom et de bons exem- 
ples à imiter. Faites connaître mes résolutions à toute- 
personne qui v.ous demandera de mes nouvelles; je 
n'y renoncerai pas, aurais-je le poignard sur la 
gorge. > 

Sans perdre un seul instant, de Liniers dépêche à 
Montevideo son fils, aîné, rassemble tous ceux qui 



36 



DEUX-SEVRES 






sont restés fidèles à la royauté et se dispose à mar- 
cher contre les rebelles; mais la révolution fait de 
jour en jour de nouveaux adeptes, et l'esprit d'insu- 
bordination gagne bientôt ses propres soldats. De 
Liniers, se plaçant à leur tête, les conduit au devant 
des indépendants. A peine sortis de Cordoue, et avant 
même d'être en présence de l'armée ennemie, ils dé- 
sertent. De Liniers est fait prisonnier avec quelques- 
uns de ses compagnons d'armes; mis en jugement 
et condamné à mort, il est fusillé à soixante lieues de 
Buenos-Ayres '26 août 1810). 

. Sa dépouille mortelle fut exhumée en 1862, par 
ordre du président de la République Argentine, 
pour être transférée à Parana, chef-lieu de la Confé- 
dération. Sur les instances du gouvernement espa- 
gnol, elle a été remise à son représentant à Buenos- 
Ayres pour être dirigée vers Cadix. 



IV. — ÉCRIVAINS 



Le département des Deux-Sèvres a produit, et dans 
la plupart des genres littéraires, un grand nombre 
d'écrivains remarquables. C'est à Niort, en effet, 
qu'est né cet Isaac de Beausobre qui, chassé de 
France par la révocation de l'édit de Nantes, alla 
mettre au service de la Hollande d'abord, de la pro- 
vince de Brandebourg ensuite, son activité et son 
intelligence, son amour de l'étude et son immense 
érudition. Niort est également la patrie, et de cette 



ÉCRIVAINS 



:rc 



Françoise d'Aubigné qui, sous le nom de M me de 
Maintenon, joua a la cour de Louis XIV un rôle si 
considérable, et de l'aimable et spirituelle M" 1 " de 
Caylus, non moins fameuse par l'intérêt qui s'attache 
à la lecture de ses Souvenirs que par les témoignages 
flatteurs que les écrivains contemporains ont rendus 
de la distinction de ses manières et de sa beauté, de 
son élégance exquise et de la vivacité de son esprit. 
Enfin, c'est à Niort qu'est né le premier grand- 
maître de l'Université, le marquis de Fontanes. 

Mais au-dessous de ces grands noms, il est pos- 
sible d'en placer d'autres, moins illustres, sans doute, 
et moins retentissants, mais dignes, eux aussi, d'at- 
tention : Yver, l'auteur d'un roman estimable, le 
Printemps d'Yver; Bertram, célèbre par ses travaux 
hébraïques; Babu, prêtre et curé de Soudan, l'auteur 
des Églogues poitevines ; d'Aviau, connu par l'Orai- 
son funèbre de Louis XV; Bourniseaux, auteur d'his- 
toires intéressantes sur les guerres de Vendée, et 
M me Briquet, non moins célèbre par ses Essais poé- 
tiques que par son Dictionnaire historique, littéraire 
et bibliographique. 

Yver (1520-1372). 

Jacques Yver, Seigneur de Plaisance et de la Bi- 
goterie, fils de Jacques Yver, maire de Niort, naquit 
dans cette ville en 1520. Il est connu par un ouvrage 
intitulé le Printemps d'Yver, et qui contient plusieurs 
Histoires disconriies en une noble compagnie au châ- 
teau du Printemps. Le livre est dédié aux belles et 
vertueuses damoiselles de France. « Pour le zèle, y 
est-il dit, que je porte aux vertuz, aux grâces et aux 
muses, j'ay estimé que les vertueuses, gracieuses et 

3 



38 



DEL'X-SEVRES 



bien apprises damoiselles, desquelles noslre France 
se void si heureusement embellie, estoit bien le plus 
digne subject que je pense estre entre les plus 
exquises choses de ce monde. » L'auteur suppose 
que trois gentilshommes, qu'il appelle les sieurs de 
Bel-Acueil, de Fleur-d' Amour et de Ferme-Foy, ar- 
rivent dans un château élevé par la fée Mélusine et 
où demeurent trois daines, Marie, Marguerite et la 
dame du château. On entre en conversation et l'on 
débite des historiettes. Plusieurs de ces contes, écrits 
dans le goût de ceux de Boccace, sont ingénieux et 
charmants; le style en est naïf, et souvent gracieux 
et plein de finesse. « Je n'ai jamais eu, disait, en 
parlant d'Yver, le célèbre Lacroix du Maine, cet heur 
(ce bonheur) de le voir ou cognoître que par ses 
écrits mis en lumière, mais c'est celui que j'ai extrê- 
mement désiré voir, et communiquer avec lui, tant 
j'ai pris de plaisir à sa façon d'écrire. » Jacques 
Yver mourut avant que son livre fût imprimé : de là 
ce quatrain qu'on plaça au bas de son portrait : 

Du pinceau le docte soin 

Me fait vivre à envie ; 

Mais las ! qu'en est-il besoin, 

Puisqu'en mourant facquers vye. 



Bertraui (1531-1394). 

Corneille Bertram naquit à Thouars, l'an 1331, 
d'une famille alliée à la maison de la Trimouille. Il 
fit ses humanités à Poitiers et suivit ensuite, à Pa- 
ris, les leçons du célèbre Ange Caninius, professeur 
de langues orientales. 

De retour dans son pays natal, il recueille la suc- 
cession de son père qui vient de mourir et se rend, 



ECRIVAINS 



39 



en 1570, à Cahors pour étudier l'hébreu sous les 
auspices d'un savant professeur, François Roaldez. 
Dans cette ville, il échappe à grand'peine au mas- 
sacre des protestants, s'enfuit et se réfugie à Ge- 
nève, où il reçoit l'accueil le plus flatteur. Nommé, 
peu de temps après, ministre et professeur de langue 
hébraïque, il se voit forcé, à la suite de quelques 
contrariétés, de quitter Genève, se relire à Franken- 
dal, dans le Palatinat, y reste quelque temps et ob- 
tient la chaire de professeur d'hébreu à Lausanne, 
où il meurt en 1594 ; il était âgé de soixante- 
trois ans. 

Critique excellent, professeur fort instruit, Ber- 
tram est l'auteur de plusieurs écrits estimables. Nous 
citerons notamment : une Dissertation sur la Répu- 
blique des Hébreux, Genève, 1380, Leyde, 1641 ; — 
une Revision de la Rible française de Genève, faite 
sur le texte hébreu, Genève, 1588 ; — un Parallèle 
de la langue hébraïque avec F arabe. 



Baba, mort vers 1700. 

Jean Babu, curé de Soudan, près Saint-Maixent, 
docteur en théologie, se distingua par l'ardeur qu'il 
mit à convertir les calvinistes du Bas-Poitou. Pour 
arriver plus sûrement à ses fms, il composa, sur 
plusieurs questions de controverse religieuse, onze 
dialogues, écrits pour la plupart en vers et en patois 
poitevin. 

Le salut, les commandements de Dieu, l'eucharis- 
tie, la messe, le purgatoire, la confession, etc., etc., 
tels sont les principaux points du dogme catholique 
qui sont traités par Babu. 

Le curé de Soudan mourut vers l'an 1700, sans 



40 



DEUX-SÈVRES 



avoir la satisfaction de voir son ouvrage imprimé. 
C'est de la Terraudière qui se chargea de le publier 
sous le titre suivant : Eglogues poitevines sur diffé- 
rentes matières de controverse, pour l'utilité du vul- 
gaire du Poitou, par feu messire Jean Babu, doc- 
teur on théologie, in-12, de 100 pages. Voici le 
début du poème : 

Mé (moi) qui dans mon iargon lis do (des) vers plus de mille 

Pr'expliquer à nos gens les œuvres de Virgile ; 

Mé qui chanty Titirc, Alexi, Coridon, 

Et Silène endormy so (sous) l'ombre d'in brandon (buisson) 

^ (je) veux do même style expliquer la créance 

Et faire ver (voir) l'esprit des hugueneaux de France. 



M me de Maliitcnon (1635-1719). 

Françoise d'Aubigné, petite-fille d' Agrippa d'Au- 
bigné, compagnon d'armes et ami de Henri IV, na- 
quit le 27 novembre 1635, à la Conciergerie de Niort, 
où était enfermé son père, Constant d'Aubigné, sei- 

Igneur de Surimeau. Son enfance, commencée sous 
d'aussi tristes auspices, fut très malheureuse. M" de 
Villette, tante de Françoise, prit soin de l'élever jus- 
qu'au jour où Constant, sorti de prison par le béné- 
fice de l'amnistie à la mort de Richelieu, partit avec 
sa jeune famille pour l'Amérique. Pendant la tra- 
versée, la petite Françoise tomba dangereusement 
malade, et elle allait être précipitée dans la mer 
quand un hasard heureux fit connaître qu'elle n'était 
pas morte. Revenue en France, et son père mort 
(1647), Françoise passa plusieurs années au château 
de Mursay, près de Niort, chez sa tante M mc de Vil- 
lette. Françoise avait été baptisée catholique. M me de 
Villette, héritière des sentiments généreux, mais 



ECRIVAINS 



11 



aussi des convictions religieuses du calviniste 
Agrippa, éleva sa petite nièce dans la religion pro- 
testante. Confiée plus tard, vers l'âge de douze ans, 
à une autre tante, M me de Neuillant, la petite d'Au- 
bigné fut ramenée et, paraît-il, un peu rudement, à 
la religion catholique. 

Devenue jeune fille, elle rejoignit à Paris sa mère 
qui y vivait d'une rente de 200 livres et de charités 
discrètes. Vive et spirituelle, douce et enjouée, fort 
belle et, comme disait le chevalier de Méré, « d'une 
beauté qui plaît toujours », elle fut distinguée et 
appréciée par les juges les plus difficiles. Scarron 
s'éprit pour elle d'une vive admiration et lui pro- 
posa de l'épouser, en lui reconnaissant 24,000 livres 
de dot par contrat. Le poète était infirme, laid, ma- 
lade; mais sa proposition, c'était l'avenir assuré: 
elle accepta; elle n'avait que seize ans. Elle n'en fit 
pas moins, avec beaucoup de grâce et d'esprit, les 
honneurs de sa maison; elle fut les délices des réu- 
nions fréquentes et choisies qui se tenaient chez son 
époux. Lui-même n'eut qu'à s'applaudir des soins assi- 
dus et des attentions délicates de sa belle compagne. 

Scarron mourut en 1660. Il ne laissait que des 
dettes; les 24,000 livres qu'il avait reconnues à sa 
femme furent contestées par la famille. M m6 Scarron 
ne voulut pas s'exposer aux risques d'un procès, 
elle en fit le sacrifice et se retrouva dans la misère ; 
mais, dans la misère, ses amis ne l'abandonnèrent 
point. On lui témoigna plus de respect et plus d'af- 
fection que jamais; on eut recours à la reine-mère; 
on l'intéressa au sort de la J^vè' 'el/^n\en obtint 
une pension de 2,000 livres, jfi'était presque l'aisance. 

Ici commence pour Françoise d!Aubign£ l'exis- 



u 



DKIX-SEVRES 



teace à laquelle son caractère semblait la destiner. 
Libre de tout souci du côté de la vie matérielle, sans 
parents, elle se multiplie au service des autres, pre- 
nant les intérêts des familles avec lesquelles elle est 
en relations, s'occupant de leurs affaires, instruisant 
et élevant les enfants et, si vif et si désintéressé est 
le plaisir qu'elle prend à obliger ainsi tout le monde, 
que ceux-là même qui craignaient tout d'abord 
d'abuser de sa facilité à rendre service sont les 
premiers ensuite à réclamer ses bons offices. Ce fut 
le beau temps de sa vie. « Je suis heureuse », écri- 
vait-elle à ses amis, et, plus tard, au moment même 
où elle était dans toute sa splendeur, c'est toujours à 
ces heureuses années qu'elle se reporte avec le plus 
de complaisance. 

Cependant le jour était proche où, par le jeu du 
hasard, elle allait être portée au faîte de la puissance 
et des grandeurs. M me de Montespan eut occasion de 
la voir chez les d'Albret. Elle fut éprise de son ac- 
tivité, de son intelligence, surtout de son air réservé 
et discret. Elle lui proposa d'élever les enfants, tout 
jeunes encore et tenus cachés, qu'elle avait eus dans 
sa liaison avec Louis XIV. Indécise et hésitante, 
M me Scarron demanda un ordre du roi. L'ordre fut 
donné. Dans l'accomplissement de, cette difficile et 
délicate mission, Françoise d'Aubigné déploya toutes 
les ressources de sa merveilleuse intelligence et de 
son héroïque volonté. Au reste, on ne fut pas ingrat 
envers el.'e : quand le mystère se fut éclairci et que 
le roi eut reconnu ses enfants, M me Scarron fut 
appelée à Versailles, et elle reçut, comme don de 
joyeux avènement, la terre de Maintenon, avec le 
titre qui y était attaché. 




ECRIVAINS 



Le roi, qui d'abord n'avait eu pour elle que de 
l'estime, subit de plus en plus l'influence de sa haute 
raison, de son bon sens, si rigoureux et si droit; il 
lui trouva même des grâces et un charme qui jus- 
que-là lui avaient échappé : il en vint à l'aimer. « A 
tout autre (1), la tête aurait tourné. M'" e de Mainte- 
non était aussi judicieuse qu'elle avait toujours été, 
et à cet âge (quarante ans), plus assurée dans sa 
raison tranquille et froide qu'elle ne fut jamais. Elle 
ne s'étonnait de rien, et savait tout prévoir, sans 
rien précipiter. Elle sut attendre, montrant au roi ce 
qui le flattait le plus, un dévouement sans tumulte 
et sans faste, une reconnaissance unie et égale, une 
humeur respectueuse et confiante, dans une dignité 
inaltérable. » Mettre un terme aux relations du roi 
avec M me de Montespan et le ramener à la reine, tel 
fut le désir de la marquise de Maintenon! N'eut-elle 
en vue, indépendamment d'une bonne action à ac- 
complir, que la gratitude de la reine et l'estime affec- 
tueuse du roi? Sur une question pareille, il y aurait 
témérité à prendre parti. Elle réussit dans son des- 
sein, et la récompense dépassa ses espérances. Dix- 
huit mois environ après la mort de la reine, un 
mariage secret, mais authentique, unit le .grand roi 
à celle qui avait été la veuve de Scarron. 

M me de Maintenon, elle-même nous l'apprend dans 
ses lettres, était née ambitieuse. Elle en fut bien 
punie par les peines et les dégoûts de toute sorte qui 
sont attachés à la grandeur. Elle regardait un jour 
de petits poissons très malheureux dans l'eau claire 
d'un bassin de Versailles : « Us sont comme moi, 



(1) Emile Faguet, Notices littéraires. 



« 



DEUX-SÈVRES 



d sa vie o Z" ^ b ° Urbe » Et ' vers la fi » 

échanne r r SI . ^ ^^ el Si & énéreus e, laissait 

échappe ces paroles plus attristées encore: « Si l'on 
me tuait le cœur de la poitrine, on le trouverait sec 
et tors comme celui de M. de Louvois » 
Epouse du roi, M" de Maintenon fut, ce qu'elle 

avait toujours été, institutrice; elle le fut plus que 
jamais. Apres avmr ^ P I •- 

1 epanou.ssement complet de sa puissance, à Mont- 
morency d abord puis à Rueil et au château de Noisy 
un certain nombre de jeunes filles pauvres et dé 
« demoiselles », filles de nobles peu fortunés n 
nouvellement converties, elle conçut et, g- ace Î son 
mlluence sur Louis XIV, réalisa le proj tVun gmna 
^ ^--/Pouvant recevoir cin? clnts peSion- 
naues. Ce fut Louvois qui choisit l'emplacement 
Mansardqui dressa les plans, et l'armée quXrnU 

^ st M- 7e 2F? m r ^' IemenlS et P-Vammes 
c est Al de Maintenon qui les rédigea. Louis XIV 

lui-même les revit et voulut bien les corriger 

baint-Cyr devint « le lieu de délices » de M" de 

fn u sT/T, Ià qU 'f & aimait à se "*>«* «e 
ennuis et des fatigues du pouvoir; là, qu'elle ou- 
ïe iamPrt * 1 d " ne - paiX P rofonde > ^ chagrins et 

à Z 0° ' , P 6 " 1816 " 06 fiévreUSe q^Ilo menait 
a la cour Quand l'agonie commença pour le roi et 
qu elle eut reçu l'assurance qu'il ne reprendrait pas 
TnT2 n ll C ' eSt à Saint " C yr qu'elfe se rlg " 

UsïTmT' et cesl Ia qu ' elle mourut le 

vJIT t & Maint , enon est auteur, comme M™ de Sé- 

La" mer'e d" K ^ ™ ^ ^ Sa mort ' 
mère de M de Gngnan est inimitable dans le 



ECRIVAINS 



45 



genre épistolaire, comme La Fontaine dans l'apo- 
logue. Ce n'est pas un motif de ne pas reconnaître à 
M me de Maintenon le mérite qui lui revient. La si- 
tuation où elle s'est trouvée lui commandait beau- 
coup de réserve et de gravité. Ses lettres ont dû s'en 
ressentir. Le style en est simple et précis, net et 
austère. « C'est le style des administrateurs, des di- 
plomates et des hommes d'action. » 

De Bennsobre (1659-1738). 
Isaac de Beausobre naquit à Niort le 8 mars 1659, 
d'une famille originaire, dit-on, du Limousin ou de 




la Provence. On a prétendu que le véritable nom de 
cette famille n'était pas Beausobre, mais Bossart ou 



m 



46 



DEIW-SKVHES 



. Beaussart, et qu'elle se rattachait à la maison des 
barons de Beaux; mais celte fabuleuse généalogie, 
inventée sans doute par quelque descendant du 
grand Beausohre, doit être écartée ; il est établi, en 
effet, qu'Isaac de Beausobre est le fils d'un honnête, 
mais obscur apothicaire. Son goût pour l'étude 
s'étant révélé de bonne heure, ses parents l'envoyè- 
rent à Saumur terminer ses humanités et faire sa 
théologie. En 1679 il est proposant, et en 1683, à 
Tâge de vingt-quatre ans, il se présente au Synode 
de Loudun qui le désigne pour desservir l'Église de 
Châlillon-sur-Indre, où il reçoit l'imposition, des 
mains. 

Il y avait à peine quelques mois que Beausobre 
élait à Châtillon, lorsque, la révocation de l'édit de 
Nantes étant survenue, le temple fut fermé. Dans un 
mouvement d'indignation, le jeune pasteur brise le 
sceau du roi apposé à la porte du temple, et, pour 
échapper aux poursuites dont il est menacé, il prend 
la fuite. Il passe en Hollande, et M me la princesse 
d'Orange, qui connaît bientôt son talent, le place 
comme chapelain auprès de sa fille, la princesse 
Anhalt-Dessau. La princesse, qui a des connaissances 
très étendues et beaucoup d'esprit, apprécie, comme 
il convient, le mérite de Beausobre et l'honore de sa 
confiance. Quant à Beausobre, il profite des loisirs 
que lui laissent ses fonctions à la petite cour de 
Dessau et publie, en 1693, la Défense de la doctrine 
des réformés. Au mois de novembre de cette même 
année, il prononce l'éloge funèbre de Jean-George II, 
prince d'Anhalt. 

Beausobre suit à Berlin la veuve du duc de Des- 
sau. Tout l'invite, d'ailleurs, à s'y rendre 



les 






ÉCRIVAINS 



M 



avantages faits aux réfugiés français, les ressources 
offertes pour ses travaux, la présence de nombreux 
amis, ce sont là autant de raisons qui doivent lui 
rendre agréable le séjour de la capitale du Brande- 
bourg. Après avoir rempli pendant quelque temps 
les fonctions de chapelain de la cour à Orianem- 
baum, il est, en 1695, nommé pasteur de l'Église 
française de Berlin, et il exerce ces fonctions jus- 
qu'en 1705, époque de la mort de la reine Sophie- 
Charlotte. Son époux Frédéric I er , qui partage à 
l'égard du savant prédicateur les sentiments d'es- 
time de sa veuve, le fait entrer en 1707 au Consis- 
toire royal, et, quand paraît en 1709 Fédit confir- 
mant le droit de naturalité déjà accordé aux réfugiés, 
c'est Beausobre qui, à la tète d'une députation, ex- 
prime au roi la gratitude de tous ses coreligion- 
naires. Dans une autre occasion, notre Poitevin se 
fit l'avocat de ses malheureux frères de France. 
Après la bataille d'Hochstedt, en 1704, le Consis- 
toire le députa, avec son collègue Lenfant et deux 
anciens, auprès du duc de Marlborough, l'un des 
vainqueurs de cette journée, pour lui demander 
d'inviter la France à échanger les protestants qui 
gémissaient sur les galères pour cause de religion 
contre autant de prisonniers de guerre. 

Les savants et les lettrés du Befuge ne trouvèrent 
pas auprès du sergent du Brandebourg, Guillaume I er , 
le même accueil qu'auprès de Frédéric, mais la reine 
Sophie-Dorothée se déclara leur protectrice. La ré- 
putation de Beausobre ne fit que s'accroître. Direc- 
teur de la maison française, inspecteur du collège 
français et, plus tard, inspecteur des Eglises fran- 
çaises du ressort de Berlin, il devint un des hommes 









48 



DEUX-SÈVRES 



les plus considérables de cette ville. Il mourut le 
5 juin 1738. Le grand Frédéric, en annonçant cette 
perte a Voltaire, écrivait ce qui suit : « C'était un 
homme d honneur et de probité, grand génie, d'un 
esprit fan et délié, grand orateur, savant dans l'his- 
toire de 1 Eglise et dans la littérature, la meilleure 
plume de Berlin, plein de force et de vivacité, que 
qnatre-vingts ans de vie n'ont pu glacer. >» 

Il nous reste à dire un mot des principaux ou- 
vrages qui ont valu à Beausobre l'autorité littéraire 
et religieuse dont il jouissait. Nous avons déjà cité 
la Défense de la doctrine des réformés, qu'il publia à 
1 occasion de la conversion au calvinisme du prince 
luthérien de Saxe-Barby et où il traite des princi- 
paux sujets de controverse qui divisent les deux com- 
munions. - En 1696, il traduisit, en collaboration 
avec son collègue Lenfant, le Nouveau Testament. — 
L œuvre capitale de Beausobre est son Histoire cri- 
tique de Manichée et du manichéisme, en deux vo- 
lumes in-4", dont le premier parut en 1734 et le 
second en 1739, ouvrage remarquable par l'étendue 
des vues, par la sûreté de la critique et la valeur du 
style. 

M-" de Caylns (1673-1729). 

Marthe-Marguerite de Valois, dame de Caylus, 
fille de Philippe de Valois, seigneur de Villette et 
Mursay et de Marie-Anne-Hippolyte de Châteauneuf 
naquit à Niort en 1673. Elle descendait du célèbre 
Iheodore- Agrippa d'Aubigné, et M"" de Maintenon 
était sa tante à la mode de Bretagne. M. de Villette 
était un huguenot très ardent, et, quoiqu'il eût 
épouse une femme catholique, il fit élever la jeune 



ECRIVAINS 



49 



de Valois, comme ses autres enfants, dans la religion 
protestante. 

M me de Maintenon entreprit de la convertir : elle 
obtint du ministre de la marine que M. de Villette 
fût commandé pour un voyage au long cours, et il 
était à peine embarqué qu'elle fit enlever la jeune 
fille. M me de Caylus raconte elle-même en termes 
piquants comment on s'y prit pour obtenir sa con- 
version « A peine, dit-elle, ma mère fut partie de 
Niort que ma tante, accoutumée de changer de reli- 
gion et qui venait de se convertir pour la seconde 
ou troisième fois, partit de son côté et m'emmena à 
Paris. » 

Sur la route se rencontrèrent d'autres jeunes filles 
plus âgées qu'on voulait aussi convertir et qui se 
montrèrent aussi étonnées qu'affligées de voir leur 
jeune compagne emmenée sans défense. « Pour 
moi, ajoute M mt de Caylus, contente d'aller, sans 
savoir où l'on me menait, je ne l'étais de rien. Nous 
arrivâmes ensemble à Paris, où M me de Maintenon 
vint aussitôt me chercher et m'emmena seule à Saint- 
Germain. Je pleurai d'abord, mais je trouvai la messe 
du roi si belle que je consentis âme faire catholique, 
à la condition que je l'entendrais tous les jours et que 
l'on me garantirait du fouet. » 

A treize ans, la jeune convertie fut mariée à Jean- 
Anne de Tubières, marquis de Caylus. Ivrogne et 
bruta.1, M. de Caylus n'était pas digne de sa femme. 
On l'obligeait à tenir garnison l'hiver, pour qu'il 
n'approchât ni de la cour ni de sa femme, et cet 
homme blasé, dit Saint-Simon, ne demandait pas 
mieux, pourvu qu'il fût toujours ivre. 

Quant à M"" de Caylus, elle fit les délices de la 



t*s 



• 



50 



IJEl'X-SEVRES 



cour; les écrivains du temps ne tarissent pas d'éloges 
sur son compte, et le plus difficile de tous, Saint- 
Simon, va jusqu'à l'admiration : « Jamais, dit-il, un 
visage si spirituel, si touchant, si parlant, jamais 
une franchise pareille, jamais tant de grâce ni tant 
d'esprit, jamais tant de gaieté ni d'amusement, ja- 
mais de créature plus séduisante. » Sainte-Beuve 
est plus enthousiaste encore : « Les portraits qu'on 
a d'elle dans sa jeunesse répondent à l'idée qu'ont 
donnée de sa beauté Saint-Simon, l'abbé de Choisy 
et M me de Coulanges. Soit en habit du matin, soit en 
habit de cour ou en habit d'hiver, elle y paraît fine, 
mince, grande, noble, élégante et jolie, d'une taille 
élevée et qui a tout à fait grand air; une figure un 
peu ronde, une figure d'ange et où la douceur s'allie 
à la malice, une bouche fine où la raillerie se joue 
aisément, de beaux yeux où éclatent l'agrément et 
l'esprit : en tout la grâce et la distinction même. Que 
dirai-je encore? Cette figure-là n'a qu'à choisir, elle 
sera tour à tour et à volonté Esther ou Célimène. » 
Esther est ici une allusion à la part que prit M°" de 
Caylus à la représentation de la tragédie de ce nom : 
c'est, en effet, pour elle que Racine écrivit le prologue 
de la Piété. 

M me de Caylus a laissé, sous le nom de Souvenirs, 
des mémoires intéressants sur la cour de Louis XÎV. 
— M me de Caylus mourut en 1727, à l'âge de cin- 
quante-six ans. 

A fia a Dubois de Sanzay (1736-1826). 

Charles-François d'Aviau naquit au mois d'août 
1736, au château Dubois-de-Sanzay, près Thouars. 
Nommé chanoine de l'église collégiale de Saint- 



ECRIVAINS 



51 



Hilaire-le-Grand, à Poitiers, il devint bientôt après 
premier grand-vicaire. C'est en cette qualité qu'il 
prononça, en 1774, dans la cathédrale de Poitiers, 
et en présence d'une assistance nombreuse et distin- 
guée, l'éloge funèbre de Louis XV, « éloge aussi 
brillant que solide, dit M. Briquet, l'auteur de l'His- 
toire de Niort, et qui intéresse également l'esprit et 
le cœur, le goût et la piété ». 

L'archevêché de Vienne étant devenu vacant en 
1790, le choix du gouvernement se porta, pour oc- 
cuper ce poste, sur le grand- vicaire d'Aviau. Il avait 
à peine pris possession de ce siège que la Révolution 
le força bientôt d'en descendre. 

D'Aviau se réfugia d'abord en Savoie, dans le sé- 
minaire de la ville d'Annecy, puis dans l'abbaye de 
Saint-Macaire, et, un an après, il lit à pied le voyage 
de Rome, où il séjourna plusieurs années. 11 revint 
en France en 1802 pour occuper le siège archiépis- 
copal de Bordeaux, auquel il venait d'être appelé 
par Bonaparte. Sous la Restauration, il fut succes- 
sivement nommé pair de France et commandeur de 
l'ordre du Saint-Esprit. Il mourut le 11 juillet 1826, 
à l'âge de quatre-vingt-dix ans, des suites d'un 
accident. 

Le chevalier d'Aviau de Piolant, neveu du prélat, 
apporta de Bordeaux à Poitiers le cœur de son oncle 
et en fit présent à l'église de Saint-IIilaire, dont 
l'abbé d'Aviau avait été le chanoine. 



Fontanes (1757-1821). 

Jean-Pierre-Louis, marquis de Fontanes, naquit à 
Niort, le 6 mars 1757, d'un père protestant et d'une 
mère catholique. Baptisé à l'église de Notre-Dame 



■ 



32 



DEUX-SEVRES 



par la volonté expresse de sa mère, il fit ses études 
chez les oratoriens. Ses humanités étaient à peine 
achevées qu'il devint le chef de la famille par la mort 
de son père et celle de son frère. 

Comme il ne jouissait d'aucune fortune, il chercha 
dans une position lucrative de quoi subvenir à son 
existence et exerça d'abord les fonctions d'inspecteur 
des manufactures; mais cette, situation ne répondait 
ni à ses aptitudes, ni à ses goûts. 

Sa mère s'étant retirée du couvent des dames hos- 
pitalières à Niort, il règle ses affaires domestiques 
et se rend à Paris, sous prétexte de réclamer une 
pension à raison des services rendus par son père, 
mais, en réalité, pour se consacrer tout entier à l'étude 
des lettres. Il ne tarde pas à s'y faire un nom par 
quelques poésies qu'il fait paraître dans le Mercure 
et dans FAlmanach des Muses. De Paris, Fontanes 
passe en Angleterre, où il commence la traduction 
en vers français de f Essai sur l'homme de Pope, et, 
après un long voyage en Suisse et dans plusieurs 
provinces de France, il vient se fixer définitivement 
à Paris. 

La traduction de l'Essai sur l'homme paraît en 
1783. En 1788, Fontanes publie son poème du Ver- 
ger et, en 1789, son Poème sur l'édit en faveur 
des non-catholiques, que couronne l'Académie fran- 
çaise. 

Marié à la fille d'un marchand miroitier de Lyon, 
il subit dans cette ville toutes les horreurs de la 
guerre civile etrédige au milieu des ruines une pro- 
testation contre les violences et les cruautés de la 
Convention. Il émeut même un instant la redoutable 
Assemblée au récit des atrocités commises par les 



ÉCRIVAINS 



53 



Collot-dïlerbois, Fouché et autres proconsuls. Pros- 
crit lui-même pour cet acte de courage, il ne sort 
qu'après le 9 thermidor du lieu secret où il s'est ré- 
fugié, et il est nommé membre de l'Institut (no- 
vembre 1793) et professeur de littérature à l'École 
centrale des Qualre-Nations. Aux fonctions de 
professeur, il joint les occupations du journaliste et 
paye par la peine de la proscription la part qu'il a 
prise, avec La Harpe et l'abbé Vauxcelle, à la rédac- 
tion du Mémorial, journal hostile au Directoire. 

Revenu dans sa patrie après le 18 brumaire, il en- 
treprend, de concert avec Chateaubriand qu'il a 
connu en exil, la rédaction de la Minerve, et tous 
deux s'adjoignent pour collaborateurs La Harpe, 
Esménard et de Bonald. Admis dans la société élé- 
gante et lettrée de M m " Bacciochi, Élisa Bonaparte, 
il attire sur lui l'attention de Lucien Bonaparte, qui 
lui confie une division de son ministère et le désigne, 
lors des fêtes organisées par le premier consul en 
1 honneur de Washington, pour célébrer l'éloge du 
libérateur de l'Amérique. Cet éloge, qui s'adressait à 
Bonaparte aussi bien qu'à Washington, fixe la répu- 
tation de Fontanes comme orateur, en même temps 
quil lui concilie les bonnes grâces du premier 
consul. C'est à cette amitié puissante qu'il doit 
d être élevé, en 1804, à la présidence du Corps lé- 
gislatif, fonction qu'il exerça, d'une façon continue 
du commencement de 1804 à la fin de 1808. 

Nommé grand-maître de l'Université en 1808 
Fontanes ne put exercer qu'une influence très li- 
mitée sur un système général d'éducation dont 
1 objet principal était de faire des soldats. Le S fé- 
vrier 1810, il est appelé au Sénat : il était déjà comte 



■ 



54 



DEUX-SEVRES 



de l'Empire et commandant de la Légion d'honneur. 
Le Sénat conservateur ayant été, au mois de 
juin 1814, réorganisé sous le nom de Chambre des 
pairs, Fontanes est désigné pour y siéger. 

Cependant des critiques, d'abord dissimulées et 
discrètes, sont bientôt dirigées plus franches et plus 
vives contre le grand-maître de l'Université. Un 
libelle intitulé l'Université et son Grand Maître donne 
le signal de la guerre livrée par la presse à Fon- 
tanes ; une modification dans l'organisation de l'Uni- 
versité devient un prétexte d'en changer le chef. 
On essaye de lui donner une compensation en lui 
conférant le grand-cordon de la Légion d'honneur et 
le titre de marquis ; mais ni l'une ni l'autre de ces 
hautes distinctions ne purent le consoler de sa dis- 
grâce. 

Inactif et absent de Paris pendant les Cent Jours, 
il préside, après le retour du roi, le collège électoral 
du département des deux-Sèvres et, en septem- 
bre 1815, il est nommé ministre d'Etat et membre 
du Conseil privé. Il mourut à Paris le 17 mars 1821, 
à l'âge de soixante-quatre ans. 

Après la mort de Fontanes, tous ses manuscrits 
devinrent la propriété de sa fille unique, M-'la com- 
tesse de Christine. Retirée à Genève depuis plusieurs 
mois, elle ne paraissait pas songer à tirer parti de 
ce précieux dépôt, quand M. de Saint-Beuve, qui 
voyageait alors en Suisse, la décida à lui remettre 
ces œuvres éparses pour les rassembler et les publier. 

Bournlseanx (1769-(?). 

Né à Thouars en juillet 1769, Bourniseaux fit ses 
éludes au collège de la Flèche. Il en était à peine 



ECRIVAINS 



55 



sorti qu'il fit paraître une Héroïde en vers français, 
qui le fit admettre au Musée de Paris : il n'avait 
alors que dix-neuf ans. Reçu en 1802, membre libre 
de la Société des sciences, belles-lettres et arts de 
Paris, il justifia l'honneur qu'on venait de lui faire 
en publiant coup sur coup un grand nombre d'ou- 
vrages, notamment : Précis de l'Histoire de la Vendée, 
Traduction de l'Aminte du Tasse, Histoire des guerres 
de la Vendée, Histoire de la ville de Thouars, Histoire 
de Louis XVI. 



Briquet (1782-1815). 

Marguerite-Ursule Briquet, épouse d'un profes- 
seur de belles-lettres, fille de Louis-Jacques Ber- 
nier, notaire et greffier de la juridiction consulaire 
à Niort, naquit en cette ville le 16 juin 1782. 

Intelligente, vive, spirituelle, instruite, elle n'a- 
vait pas encore dix-sept ans que déjà elle s'était 
signalée par plusieurs essais en prose et en vers, 
notamment par une charmante idylle intitulée la 
Pervenche. L'ode Sur les vertus civiles qu'elle publia 
en 1800 lui valut le litre de membre de la Société 
des belles-lettres de Paris. Peu de temps après 
parut l'ode sur la mort de Dolomieu qu'elle adressa 

à ,l InSt . itut ' mais i'ouvrag' 6 I e plus important de 
M me Briquet est le Dictionnaire historique, littéraire 
et bibliographique des Françaises et des Etrangères 
naturalisées en France, connues par leurs écrits ou 
par la protection qu'elles ont accordée aux gens de 
lettres, depuis rétablissement de la monarchie jus- 
qu'à nos jours (1804); cet ouvrage est dédié au pre- 
mier consul. 

M me Briquet mourut à Niort le 14 mai 1815. 



56 



DEUX-SEVRES 



V.— SAVANTS 

Sous ce tilre, nous grouperons trois médecins, dont 
un surtout, le célèbre Amussat, a droit à notre re- 
connaissance pour les progrès qu'il fit faire à la 
lithotritie, et un avisé et vaillant explorateur, René 
Caillié, de Mauzé. 



I 






Cochon-Dupny (1G7-4-1757). 

Cochon-Dupuy, né à Niort le il avril 1674, mort à 
Rochefort le 10 octobre 1757, fut correspondant de 
l'Académie des sciences. On lui doit plusieurs ouvra- 
ges, parmi lesquels : Histoire d'une enflure au bas- 
ventre, très particulière, Rochefort, 1698; Manuel 
des Opérations de chirurgie, Toulon, 1726. 

Aji-auU (1729-1803). 

Né à Parthenay le 2 février 1729, Louis-Jacques 
Ayrault fit ses premières études au collège de Rres-. 
suire et les termina à Montpellier où il fut reçu doc- 
teur à l'âge de vingt-et-un ans. Marié en 17S9 à une 
jeune fille du Mirbalais, il quitta la ville de Parthe- 
nay où il s'était déjà fait une nombreuse clientèle 
et vint se fixer à Mirebeau. R reçut, en quittant sa 
ville natale, des témoignages touchants d'estime et 
d'affection. Son départ fut surtout sensible aux pau- 
vres, dont il était non seulement le médecin, mais 
l'ami. Sa réputation s'étendit bientôt au loin, et 
l'intendant de Tours réclama son concours pour 
combattre une épidémie qui désolait sa province. 
Ayrault déploya, dans cette circonstance, toute son 



SAVANTS 



activité, et il publia ensuite sur l'épidémie une mé- 
moire que fut très apprécié. A la suite de l'épidémie 
qui sévit en 1785, dans le Mirbalais et dans les envi- 
rons, il publia iin autre mémoire, qui fut couronné 
et imprimé dans les Recueils de la Société royale de 
médecine. 
Ayrault mourut à Mirebeau le 22 juin 1803. 

Amnssat (1790 1838). 

Jean-Zuléma Amussat, chirurgien français, né à 
Saint-Maixcnt le 21 novembre 179G, fut d'abord 
chirurgien sous-aide vers les dernières années de 
l'Empire, puis interne pendant plusieurs années à 
l'hôpital de la Salpêtrière et sous-prosccteur à la 
Faculté de médecine de Paris. Il a perfectionné, 
sinon inventé, plusieurs instruments de chirurgie, 
notamment le rachitome, instrument dont on se sert 
pour mettre à nu la moelle dans le canal rachidien. 
On lui doit aussi l'invention de sondes spéciales 
destinées à broyer les calculs dans la vessie. Enfin, 
il a fait connaître la possibilité d'arrêter les hémor- 
rhagies en tordant les artères et les veines, et signalé 
le danger de l'introduction de l'air dans les veines 
durant les opérations. 

Caillic (1799-1838). 

René Caillié naquit le 19 novembre 1799, de pa- 
rents fort pauvres, à Mauzé, chef-lieu de canton de 
l'arrondissement de Niort. Il ne reçut d'autre édu- 
cation que celle qui se donnait à l'école primaire de 
son village. Dès qu'il sut lire et écrire, on lui fit 
apprendre le métier de cordonnier, mais il laissait 
volontiers les chaussures pour rêver aux choses mer- 



58 



DEUX-SEVRES 



T 



veilleuses dont il avait lu la relation dans les livres 
de voyages qu'on lui avait prêtés. L'histoire de Ro- 
binson le transportait d'admiration ; il brûlait d'avoir 
comme lui des aventures, et déjà il sentait naître 
dans son cœur l'ambition de se distinguer par quelque 
découverte importante. « Ce goût, dit-il lui-même, 
devint une passion pour laquelle je renonçai à tout ; 
je cessai de prendre part aux jeux et aux amuse- 
ments de mes camarades; je m'enfermai les diman- 
ches pour lire des relations et tous les livres de 
voyage que je pouvais me procurer ». Il parla à son 
oncle, qui était son tuteur, du grand désir qu'il 
avait de voyager. L'oncle désapprouva son projet; il 
lui peignit avec force les dangers qu'il courrait, les 
regrets qu'il éprouverait bientôt, loin de son pays, 
de sa famille. Caillié fut sourd à toutes ces obser- 
vations. La carte de l'Afrique, où il ne voyait que 
des déserts, avait plus que toute autre sollicité son 
attention. Il résolut d'explorer une partie de ces 
contrées mystérieuses : la ville de Tombouctou de- 
vint « l'objet continuel de toutes ses pensées, le but 
de tous ses efforts ; sa résolution fut prise de l'at- 
teindre ou de périr ». 

Il ne possédait que 60 francs : ce fut avec cette 
faible somme qu'il se rendit à Rochefort. Il s'em- 
barqua, peu de jours après son arrivée, sur la gabare 
la Loire, qui allait au Sénégal. Au moment où il y 
arriva, le gouvernement anglais formait une expé- 
dition pour explorer l'intérieur de l'Afrique. Elle était 
confiée au major Gray et se dirigeait par mer vers la 
Gambie. Caillié, ne doutant pas que le major n'ac- 
cueillît l'offre de ses services, quoiqu'il fût pour 
lui un étranger, partit de Saint-Louis avec deux ne- 



MHMttWiMar 



SAVANTS 



59 



grès pour gagner la Gambie par terre. « J'étais en- 
core bien jeune, dit le hardi voyageur, et j'avais 
pour compagnons deux vigoureux marcheurs, ce 
qui m'obligeait à courir pour les suivre. Je ne puis 
exprimer la fatigue que j'éprouvai sous le poids 
d'une chaleur accablante, marchant sur un sable 
mouvant et presque brûlant. Si du moins j'avais eu 
un peu d'eau douce pour apaiser la soif qui me dévo- 
rait ! Mais on n'en trouve qu'à quelque distance de 
la mer; et, pour marcher sur un terrain plus solide, 
nous étions forcés de ne pas quitter la plage. Mes 
jambes étaient couvertes d'ampoules, et je crus que je 
succomberais avant d'arriver à Dakar. » Il arrive, 
enfin, à ce village, mais les tourments qu'il vientd'en- 
durer,lefont réfléchir aux souffrances bien plus vives 
encore auxquelles il va s'exposer; aussi, renonçant 
pour quelque temps à son projet, il profile de l'offre 
que lui fait un officier de lui procurer un passage 
gratuit sur un navire marchand qui fait voile vers la 
Guadeloupe; il oblient à Pointe-à-Pitre un petit em- 
ploi, quitte cette ville au bout de six mois pour passer 
à Bordeaux, et de là retourne au Sénégal, vers la fin 
de 1818. 

Le 5 février suivant, Caillié se met à la suite d'un 
détachement qui devait réjoindre la troupe du major 
Gray, alors retenue par le roi de Bondou. Dans la 
relation de son voyage, Caillié fait une peinture 
émouvante des nouvelles souffrances qu'il endura 
dans cette traversée : « Je fus quelquefois à l'extré- 
mité, dit-il ; car, n'ayant pas de monture, j'étais 
oblige de suivre à pied; on m'a dit depuis que 
j avais les yeux hagards, que j'étais haletant, que ma 
langue pendait hors de ma bouche ; pour moi je me 



60 



DEUX-SEVftES 



rappelle qu'à chaque halte je tombais par terre, sans 
force et n'ayant pas même le courage de manger. » 
Enfin, on parvint au Bondou, mais on ne permit pas 
au major Gray de se rendre à Bakel, et on le força de 
prendre la route de Fouta-Toro, pour gagner le Séné- 
gal. Cette retraite fut une déroute. La caravane fail- 
lit périr tout entière. Quant à Caillié, il fut atteint 
par la fièvre, et la maladie prit tout de suite un carac- 
tère si alarmant, qu'il dut s'embarquer sur le Sénégal, 
pour descendre à Saint-Louis. La convalescence fut 
longue et pénible : pour se rétablir complètement, il 
ne vit d'autre moyen que de retourner en France ; il 
partit pour Lorient. 

En 1824, il revint au Sénégal pour y tenter for- 
tune avec une petite pacotille, dont on lui avait fait 
l'avance, et surtout pour donner suite à des projets 
déjà anciens et s'avancer jusqu'à l'intérieur de l'A- 
frique. Le gouverneur de la colonie, M. Roger, 
« dont la philanthropie et l'esprit éclairé promet- 
taient un protecteur de toutes les entreprises grandes 
et utiles », lui accorda quelques marchandises pour 
aller vivre chez les Braknas, y apprendre la langue 
arabe et les pratiques du culte des Maures, afin de 
parvenir plus tard, « en trompant leur jalouse dé- 
fiance, «jusqu'à ces régions inexplorées, qu'il avait 
un si vif désir de connaître. 

Le 3 août 1824, commence le grand voyage de 
Caillié : pendant trois années, il parcourt la partie 
de la Sénégambie comprise entre le Sénégal et le 
Rio-Nunez; puis, en 1827, il franchit les hautes 
montagnes qui séparent la Sénégambie et le Fouta- 
Djalon du Bambura. Arrivé à Timé, village de «e 
dernier pays, il est atteint d'une maladie grave qui 



sommes d'état 



61 



l'y retient cinq mois. Il poursuit son chemin au com- 
mencement de janvier 1828, se dirige par terre jus- 
qu à Jenné, y séjourne treize jours et s'embarque 
sur un bâtiment en partance pour Tombouctou. 
Après un mois de navigation, il débarque le 19 avril 
au port Kabra, à 5 milles de Tombouctou. Dès le 
lendemain, il pénètre dans la ville, étudie les habi- 
tations de cette cité, observe les mœurs, note tout 
ce qui lui paraît digne de remarque, puis s'associe 
a une caravane qui part pour le Maroc. Longue et 
difficile, la route devient plus pénible encore par 
suite des vents brûlants qui soufflent de l'est. Le 
23 juillet, il parvient au Tafilet, continue son» che- 
min avec un guide, gagne la mer, arrive le 17 sep- 
tembre à Tanger, et s'embarque bientôt sur une 
goélette de l'Etat qui le conduit à Toulon. 

La Société de Géographie, section de l'Institut de 
France, décerna, en 1828, à René Caillié, le grand 
prix de 12,000 francs promis au voyageur qui don- 
nerait des renseignements précis sur Tombouctou et 
les rivières du voisinage. Il reçut, en outre, la croix 
de la Légion d'honneur et une pension de 6 000 fr 
Caillié a publié, en 1830, le Journal de son voyaqe 
a Tombouctou et à Jenné, avec une carte itinéraire 
et dr S remarques géographiques (3 vol. in-8°) 



VI. — HOMMES D'ÉTAT 



Ce dernier chapitre de notre galerie historique est 
consacre a ceux qui, aux dilï'érentes époques de l'his- 



6i 



DEUX-SEVRES 



toirc et à des titres divers, ont occupé des fondions 
publiques. Il y sera question et de ceux qui ont mon- 
tré, dans l'administration des affaires municipales, 
une activité et un zèle louables, et de ceux qui, re- 
présentants de leurs concitoyens au sein des Assem- 
blées législatives, ont déployé, sur un théâtre pins 
vaste, leur intelligence et leur énergie. 

4ngier de la Terraudièrc (1638-1710). 

La vie d'Augier (Christophe), sieur de la Terrau- 
dière, est bien simple : elle fut tout entière consa- 
crée à l'administration de la ville de Niort, sa ville 
natale. Il fut honoré de la confiance du duc de la 
Vieuville, des maréchaux de Navailles et d'Estrées, 
qui commandèrent dans le Poitou, des intendants 
de la même province, Baville, Marillac, Labourdon- 
naye, et il se montra digne de leur estime par la 
haute probité et le zèle infatigable dont il fit preuve 
dans l'accomplissement de ses fonctions. 

Il est fâcheux pour sa mémoire qu'il n'ait pas mis 
un moindre zèle à convertir les protestants de son 
pays et qu'il ait été, suivant l'expression de son fils, 
curé de Notre-Dame, à Niort, « l'implacable ennemi 
des huguenots ». 

Augier publia, en 1 673, l'ouvrage suivant: T /trésor 
des titres justificatifs, des privilèges et immunité :, 
droits et revenus de la ville de Nj/ort, ensemble la 
liste de ceux qui ont esté maires ds ladite ville, et 
celle des maire, eschevins et pairs d'à présent 
(vol. in-12, de 452 pages avec la table). Il publia, 
en 1701, les Eç/logues poitevines, du curé Babu. 

Jallei (1732-1791). 

Jacques Jallcl, fils d'un jardinier de la Mothe- 



HOMMES I) ETAT 



63 



Saiute-Héraye, naquit clans ce bourg le 14 décembre 
17IÎ2. Après avoir fait de brillantes études au collège 
des oratoriens, à Niort, il voulut suivre les cours 
de la Faculté de droit de Poitiers, afin d'entrer en- 
suite au barreau; mais un chagrin d'amour le fil 
renoncer brusquement à cette carrière. Épris d'une 
demoiselle de Poitiers, qui appartenait à l'une des 
familles les plus riches et les plus nobles de cette 
ville, il la demanda en mariage à ses parents. 
Ceux-ci, indignés autant que surpris de pareilles 
prétentions, éconduisirent avec hauteur le jeune 
homme, et, pour couper court désormais à toute re- 
lation, ils enfermèrent leur fille dans un couvent, 
où elle mourut de chagrin. Mû par un sentiment de 
généreuse fidélité pour la femme qu'il avait aimée 
d'un amour si profond et qu'il venait de perdre, 
Jallet renonce au monde, entre au séminaire de 
Poitiers, et, après y avoir fait de fortes études théo- 
logiques, il est ordonné prêtre à vingt-sept ans et 
nommé d'abord vicaire à Gençay, puis curé à Ché- 
rigné, bourgade située à une lieue de l'anlique 
Brioux. 

Il vivait en paix dans ce modeste village, où il 
s'était fait de bonne heure une réputation d'homme 
charitable, autant que de théologien et de juriscon- 
sulte distingué, quand la Révolution de 1789 lui 
permit de déployer sur un plus vaste théâtre les 
nombreuses et séduisantes qualités de son intelli- 
gence et de son cœur. 

Le grand-sénéchal du Poitou, M. Beuvier de Pa- 
ligny, ayant, conformément aux ordres du roi, fixé au 
16 mars 1789 l'époque des élections générales, Jallet 
se rendit à Poitiers : « Notre assemblée a com- 



64 



HKI IX-SEVRES 



mencé ses opérations avant-hier, écrivait-il le 18 mars 
à ses amis ; c'était un fort beau spectacle : il y avait 
plus de deux mille personnes. M. le sénéchal ouvrit 
la séance par un discours qui fut fort applaudi ; c'est 
un homme de la plus belle figure.... II y avait dans 
cette assemblée des gens de tous les états, des pay- 
sans, députés de leur paroisse. J'en vis un «assez mal 
vêtu, un gros bâton à la main, assis vis-à-vis un 
gentilhomme et à côté de deux messieurs très bien 
ajustés.... Monseigneur est venu à l'assemblée; il n'y 
a eu ni fauteuil, ni chaise pour lui ; il a été obligé 
de s'asseoir sur un bout de banc, à côté, d'un curé. 
Cela l'a si fort humilié, qu'il a sur-le-champ tiré un 
livre et s'est mis à lire sans s'occuper de l'assemblée. 
Il s'est retiré bientôt après. » 

Dans une seconde lettre, en date du 29 mars, 
Jallet donne les plus curieux détails sur les efforts 
tentés par les évêques pour gagner les curés à leur 
cause; il montre l'hostilité qui éclate à chaque ins- 
tant entre le haut et le bas clergé, à propos de la 
rédaction des cahiers; il parle de curés qui, après 
avoir exprimé hautement leur mécontentement à 
l'égard des évêques, proposaient ensuite d'élire celui 
de Poitiers, et il remarque, non sans une certaine 
ironie, que ce changement d'opinion s'est produit à 
la suite d'un dîner donné par l'évêque et auquel « il 
ne voulut point aller, quoique invité ». 

Les traîtres en furent pour leurs frais ; les évêques 
furent totalement abandonnés. Jallet, qui avait de- 
mandé avec instance que son nom fut rayé de la 
liste des candidats, fut néanmoins proclamé septième 
député du clergé de Poitou, et, un mois après, il 
arriva à Versailles en compagnie de Lecesve, curé 



HOMMES D ETAT 



6K 



de Sainte-Triaise, de Ballard, curé du Poiré, et de 
Dillon, du Vieux-Pouzauge. 

Au sein de l'assemblée du clergé, Jallet exprime, 
dès les premières séances,'r opinion que les pouvoirs 
des députés des trois ordres doivent être vérifiés en 
commun, et, le 12 juin, pendant que l'appel se com- 
mençait à la salle du Tiers, il proteste devant les 
, députés de son ordre, au nom de dix-huit curés 
« contre tout ce que pourraient faire les membres du 
clergé pour se constituer en chambre, par une véri- 
fication accomplie séparément ». — « Il est temps, 
s'écrie-t-il, de sortir d'une inaction qui nous désho- 
nore. Nous devons compte à la patrie de tous nos 
moments ; elle nous a choisis afin de travailler à son 
bonheur, et jusqu'ici nous n'avons rien fait pour 
elle ! » Et le lendemain, 13 juin, il se rend avec ses 
amis Lecesve et Ballard à l'assemblée du Tiers, et 
prend place avec eux sur les bancs destinés au clergé. 
A l'appel de la sénéchaussée du Poitou, les trois 
curés s'avancent vers le bureau, et, en déposant leurs 
pouvoirs, M. Jallet prononce le discours suivant : 
« Messieurs, une parlie des députés du clergé du 
Poitou aux Etats généraux se rend aujourd'hui dans 
la salle de l'assemblée générale. Nous y venons 
prendre communication des pouvoirs de nos codé- 
putés des trois ordres et communiquer nos mandats, 
alin que, les uns et les autres étant vérifiés et légi- 
timés, la nation ait enfin de vrais représentants. Nous 
venons précédés du flambeau de la raison, conduits 
par l'amour du bien public, nous placer à côté de 
nos concitoyens, de nos frères! Nous accourons à la 
voix de la patrie qui nous presse d'établir entre les 
ordres la concorde et l'harmonie, d'où dépend le 

4* 



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i ni i \-si;\ mes 



, succès des États-Généraux et le salut de l'Etat. Puisse 
cette démarche être accueillie par tous les ordres 
avec le môme sentiment qui nous la commande ! 

. Puisse-t-elle être généralement imitée ! Puisse-t-elle 

.enfin nous mériter l'estime de tous les Français! » 

Ce discours est salué par des applaudissements 

enthousiastes. On se presse autour des curés, on les 

. embrasse, et l'admiration qu'ils inspirent est telle 
qu'on acclame le nom de Jallet et qu'on l'invite à 
prendre place au bureau. 

Paris et la province célébrèrent à l'envi la conduite 
des trois Poitevins ; leurs portraits furent répandus 
dans Paris avec cette légende : Tout pour la patrie et 
pour la liberté ! Les grands dignitaires de l'Eglise, 
au contraire, les qualifièrent de transfuges et, par la 
violence de leurs attaques, provoquèrent la publica- 
tion d'un écrit, dû à la plume de Jallet, dans lequel 
ils expliquaient et justifiaient leur conduite. 

Le 20 juin, Jallet est au Jeu de Paume; le 22, à 
la séance de l'église Saint-Louis ; le jour de la prise 
de la Bastille, ses collègues le choisissent pour faire 
partie du Comité des finances ; le 4 août, il montre 
son désintéressement en abandonnant à la nation le 
privilège de la dîme ; au moment où l'on va discuter 
la Déclaration des droits, il publie un nouvel ouvrage, 
Idées élémentaires sur la Constitution, où il formule 
avec une rigoureuse précision ses principes sur les 
devoirs et les droits de l'homme en société. 

Cependant ces luttes incessantes et l'activité qu'il 
déploie avaient altéré profondément sa santé. Le 
13 octobre 1790, il demaude un congé de sept 
semaines, revient à Chérigné, et si vives sont les 
sympathies qu'il inspire que les électeurs réunis à 






IIIPM.MKS I) ETAT 



67 



Niort, les 28, 29,30 novembre et 1" décembre 1790, 
l'appellent à l'évêché constitutionnel dont un décret 
avait fixé le siège à Saint-Maixent. Les suffrages 
presque unanimes ne peuvent le décider à accepter 
ces hautes fonctions ; il revient à Paris, est avec 
l'abbé Grégoire un des premiers à prêter serment à 
la nouvelle constitution du clergé, entre en lutte, en 
1791, avec M. de Mercy, évèque de Luçon, fait 
paraître ses ouvrages Sur la Peine de mort et Sur le 
Mariage des prêtres et, au moment où il va donner 
une seconde édition de ce dernier ouvrage, il meurt 
subitement le 13 août 1791. La veille encore, il sié- 
geait à l'Assemblée nationale. 

Il fut inhumé dans les caves de la nouvelle église 
de la Madeleine. 



Agier (1753-1828). 

Né à Saint-Maixent, je 23 août 1753, Agier fut dé- 
puté du Poitou aux États généraux et membre de 
l'Assemblée constituante. Aux États généraux, il dé- 
buta par un trait de courage ; il se fit porter, quoi- 
que malade, au Jeu de Paume, pour y.prêter, avec 
ses collègues, le serment de ne point se séparer, 
avant d'avoir donné une constitution à la France. 

A la fin de la session de l'Assemblée constituante, 
il fut nommé membre de la Cour de cassation, mais 
il refusa celte haute situation et revint chercher dans 
son pays natal un repos qui, hélas! ne fut que de 
courte durée. Suspect aux anarchistes dont il n'ap- 
prouvait pas les violences, il fut arrêté • et empri- 
sonné. Rendu à la liberté, après le 9 thermidor, il 
fut nommé commissaire du gouvernement près le 
tribunal civil de Niort, puis procureur du roi. Un 



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DEUX-SEVRES 



1827, il fut admis à la retraite avec le titre de prési- 
dent honoraire. — Quand il fut procédé, en audience 
solennelle, à l'installation de son successeur, M. Bru- 
net, le président Chauvin, s'adressant au nouveau 
procureur, prononça les paroles suivantes : « Vous 
succédez à un magistrat qui reste toujours l'ami de 
ses collègues ; vous succédez à un magistrat qui, par 




sa retraite, prive ses collègues d'un zélé collabora- 
teur, et la justice d'un ferme appui. Exprimer notre 
sensibilité à cette double perte, c'est rendre à Agier 
un hommage bien mérité. Dans l'exercice des pénibles 
et importantes fonctions qu'il vous laisse aujour- 
d'hui, il sut toujours allier à la juste sévérité de son 
ministère la modération, la douceur, la clémence, 
aimables vertus inhérentes à son caractère. » 



HOMMES D ETAT 



fif» 



Aux qualités de magistrat, il joignait les qualités 
de Phomme privé ; fils respectueux et aimant, bon 
époux, bon père, il o(ïïit à ses concitoyens le spec- 
tacle d'une conduile professionnelle et privée cons- 
tamment à l'abri de reproches. Obligeant pour tout 
le monde, il doublait la valeur des services rendus 
par la manière délicate dont il savait les rendre : on 
en jugera par le trait suivant. Fontanes était venu, 
en 1814, présidera Niort le collège électoral. Il logea 
chez son ami, le procureur duroiAgier. Un soir qu'ils 
revenaient ensemble à la maison, près d'arriver Fon- 
tanes hâte le pas et sonne. La porte s'ouvre, il va en- 
trer quand Agier l'arrêtant : « Monsieur le comte, lui 
dit-il, vous êtes ici chez vous », et il passe le premier. 

Agier (1781 — ?). 

François-Marie Agier, fils du précédent, né à 
Saint-Maixent le 8 juillet 1781, fut envoyé à Paris 
comme sujet délite des Deux-Sèvres, pour y suivre 
les cours de jurisprudence et d'économie politique. 

Après avoir obtenu au barreau de brillants succès, 
il fut nommé premier conseiller auditeur à la cour 
royale de Paris (1808) et, deux ans après, substitut 
du procureur général près la même cour. 

Élu député en 1824 par le collège électoral de 
Parthenay, il prit, part, à la Chambre, à plusieurs 
discussions; réélu en 1827, il fut élevé à la vice- 
présidence de la Chambre et, en 1828, fut l'un des 
candidats à la présidence. En mars 1830, il se si- 
gnala dans les débats orageux auxquels donna lieu 
l'adresse des 221, et prononça, à cette occasion, un 
discours remarquable et fréquemment interrompu 
par les applaudissements de la gauche. 



70 



DEUX-SEVRES 



Jard-Panvillier (1757-1822). 

Louis-Alexandre Jard-Panvillier, baron, président 
de la Cour des comptes et commandeur de la Légion 
d'honneur, naquit à. Niort, le 7 novembre 1757. Il 
mourut à Paris, le 13 avril 1822. Député des Deux- 
Sèvres pendant plus de vingt ans, il dut à la modé- 
ration de ses principes, à la fermeté de son caractère 
et à son extrême obligeance de conserver, durant cette 
période, l'estime profonde cl l'absolue confiance de 
ses concitoyens. 

Premier maire constitutionnel de Niort, en 1790, 
il y apaisa, par son énergie, une insurrection popu- 
laire provoquée parla cherté du blé. Dans le procès 
de Louis XVI, il fut au nombre de ceux qui vou- 
laient sauver le monarque. Chargé, avant le 31 mai, 
de différentes missions dans les. départements situés 
au sud de la Loire, il fit de louables efforts pour pré- 
venir les désordres de la guerre civile et eut l hon- 
neur d'être dénoncé par Marat comme modéré. En- 
voyé plus tard dans les départements de l'Est, il 
répondit au maire de Metz qui lui demandait com- 
ment il pourrait préserver cette grande cité des 
excès auxquels une faction la poussait par toutes 
sortes d'efforts : « Nous sommes, dit Jard-Panvillier, 
dans le trajet qui, d'un état violent, antisocial, con- 
duira tôt ou tard à un état d'ordre, de concorde et 
de paix. Nous avons encore des lois cruelles, soup- 
çonneuses, inquisitoriales ; gagnez un peu de temps ; 
elles perdront leur autorité et bientôt seront sans 
force. Les lois justes, les lois égales, que les passions 
n'ont point dictées, finissent toujours par reprendre 
leur empire. Faites-les exécuter, ne souffrez aucune 
injustice, et vous préserverez votre commune des 



hommes d'état 



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fléaux dont tant d'autres sont victimes. » Il fut encore 
envoyé, en qualité de commissaire du gouvernement, 
dans plusieurs déparlements, pour y rassurer les 
esprits alarmés de la révolution du 18 brumaire. A 
son retour, il fut nommé membre du Tribunat. En 
1804, il présida la dépulation chargée de porter au 
Sénat le vœu que formait le Tribunat de voir confé- 
rer à Bonaparte la dignité impériale. Lorsque le Tri- 
bunat fut supprimé, il fut nommé président de la 
Cour des comptes, et c'est en cette qualité qu'il vint, 
en 1812, complimenter l'empereur sur son retour dé 
Russie. 



A la suite des hommes d'État dont on vient de 
raconter la vie, disons un mot d'un homme qui a, 
lui aussi, bien mérité de ses concitoyens : nous vou- 
lons parler de Charles-Benjamin Chameau, à qui 
l'on doit l'Institution des Rosières de la Motb'e. 

Chameau (1749-1816). 

M. Chameau naquit à la Mothe-Sainle-Héraye, le 
23 avril 1749, de parents riches et honorables, iî fit 
ses humanités à Poitiers, y suivit ensuite les cours 
de droit, et de là se rendit à Paris, où il prêta ser- 
ment d'avocat au Parlement. Promplemenl enrichi 
par l'achat de ùom royaux et par d'heureux jeux 
de Bourse, il perdit, en 1789, toute sa fortune; mais 
ce desastre était, moins de dix ans après, complète- 
ment réparé. 

Désormais à l'abri du besoin, il élendit de plus en 
plus ses relations et usa bien souvent du crédit dont 
i jouissait pour faire rayer plusieurs gentilshommes 
de la liste des émigrés : si le plus grand nombre de s 



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DEUX-SEVRES 



proscrits, dont il facilita la rentrée en France, lui 
témoignèrent leur reconnaissance, ilyeut bien aussi 
quelques ingrats, comme, par exemple, ce comte 
Louis-Anne Crussol d'Uzès 1 de Monlausier, auquel 
il avait conservé le domaine de Salles, « valant bien 
sept à buit mille livres de renies ». 

Nommé administrateur du bureau de charité de 
l'arrondissement des Tuileries, il légua, en souvenir 
de sa gestion, à cet établissement une rente de 
100 francs, inscrite au grand-livre de la dette; mais 
cette donation est peu de chose en comparaison de 
celle dont il gratifia sa bonne ville de la^Mothe, en 
instituant par testament une rente annuelle de 
2,400 francs, destinée à doter quatre (1) jeunes filles 
de la paroisse « choisies dans la classe des plus indi- 
gents et parmi celles qui seront reconnues avoir, 
depuis leur première communion, donné le plus de 
preuves d'accomplissement de leurs devoirs envers 
Dieu, la patrie et le souverain, leurs parents et l'hu- 
manité, qui seront sages et laborieuses ». 



(t) Une ordonnance royale, en date du 27 août 1817, contresignée 
Laine, rédaf?Qf3&*»^itié le legs universel de M. Chameau, et par con- 
séquenJr,'Ji\c*BKK<14j)P^|re des jeunes filles à marier. 




Paris. — Imprimerie Nouvelle (association ouvrière), 1 1, rue Cadet. — 22î4t93 



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