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Full text of "Le Grand-duché de Luxembourg vis-à-vis de la France et de l'Allemagne : étude militaire"

F! 



L. GELINET 



LE GMND DUCHÉ de LUXEMBOURG 



VIS -A-VIS 



JOUVET & C 1 ! 



PARIS 



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■.. 






I 



* 






EXTRAIT DU CATALOGUE DE JOUVET ET V- 



Nos Frontières, par le lieutenant-colonel Bureau, ancien profes- 
seur de géographie» l'École de Saint-Cyr. 1 vol. in-lC, accompagne 
de 1? cartes, broché 2 fr. 25. Cartonné à l'anglaise... 2 fr. 50 

Aperçu de Géographie militaire de l'Europe (moins la Fiance), 
par le commandant Gustave Hue, ex-professeur de géographie à 
l'École spéciale militaire de Saint-Cyr. 1 vol. in-lG, orné de il 
cartes ou plans S fr . 

Analyse des principales campagnes conduites en Europe depuis 
Louis XIV jusqu'à nos jours, par le commandant Gustave. Hue, 
ex-professeur de géographie à l'École spéciale militaire do Saint- 
Cyr. 1 vol. in-lC 3 fr. 50 

Géographie physique, historique et militaire de la Région 
française (France, Hollande, Belgique, Suisse, frontière occiden- 
tale de l'Allemagne), par le lieutenant-colonel Bureau, ancien 
professeur de géographie à l'École de Saint-Cyr. Un fort vol. in-10 
de 1 ,000 pages, cartonné à l'anglaise 7 fr. 50 

Atlas de Géographie militaire, adopté par M. le ministre de la 
guerre pour l'École spéciale militaire de Saint-Cyr. Nouvelle édi- 
tion entièrement refondue, contenant 42 cartes imprimées en 
plusieurs couleurs, et publiée sous la direction des professeurs 

de l'École militaire de Saint-Cyr. Prix, cartonné 42 fr. 

Relié en toile rouge, biseaux, titre or 45 fr. 

Les Anglais en Egypte, par le lieutenant-colonel Hennebert 
(l'Angleterre et le Mddhi). 1 vol. in-8, orné de deux cartes tirées 
en lithographie 2 fr. 25 

L'Europe sous les armes, par le lieutenant-colonel Hen:hebert, 
4* édit. 1 vol. in-16, avec 65 cartes et plans, d'après les derniers 
documents 3 fr. 50 

L'Algérie, par le D r F. Quesnoy, médecin inspecteur en retraite 
du service de santé des armées. 1 vol. orné de 100 grav. sur bois 
et d'une carte. Broché 2 fr. 25 









■ 



1 



LE GRAND-DUCHE 



LUXEMBOURG 



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&* 



BIBLIOTHEQUE) 
SAINTE | 

GENEVIEVE 



8973-87. — Cobdeil. Imprimerie CkétS. 



PUBLICATION DE LA KEVUE DU CERCLE MILITAIRE 



LE GRAND-DUCHÉ 

DE LUXEMBOURG 



vis-.v-v: 



DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE 



ÉTUDE MILITAIRE 

Accompagnée de 4 cartes 

1' A R 

L. GÉLINET 

LIEUTENANT AU 15}° HÉGIMENT D'iSrANTJHH 




PARIS 

LIBRAIIIIE I'URA'E 

JOUVET ET C", SUCCESSEURS 

5, RUE PALATINE, 5 

M DCCC LXXXVII 



«Il faut prendre quand on peut, et l'on n'a 
tort que si l'on est obligé de rendre. » 



Frédéric II. 



LE 



UÀHl-DDCif 11 LUÏEIBOUlfi 

VIS-A-VIS 

DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE 






CHAPITRE PREMIER. 





SUR LA FRONTIÈRE. — LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEM- 
BOURG ET LES INTÉRÊTS MILITAIRES DE LA FRANCE ET 
DE L' ALLEMAGNE. — - LES PROJETS ALLEMANDS. 

Si le Grand-Duché de Luxembourg n'a pas 616, 

squ'à ce jour, le théâtre d'opérations militaires 

importantes pour les armées françaises et les 

armées allemandes, en exceptant toutefois le aièga 

et la prise mémorables de Luxembourg- par Vauban, 

1 






10 



LE GRAND-DUCHÉ D! 



en 1084, et par l'armée de la Moselle en 179a, il est 
certain, cependant, que dans l'avenir, ce petit pays 
est destiné à jouer un rôle prépondérant dans un 
conflit éventuel entre la France et la Prusse. 

La modification que le traité de Francfort a fait 
subir au tracé de notre frontière de l'Est assigne, en 
effet, au Luxembourg, une importance militaire tout 
autre que celle qu'il avait antérieurement au désas- 
treux traité qui nous a enlevé la Lorraine. 

Avant 1870, l'invasion en France d'une armée 
allemande par le Luxembourg, dont celle-ci aurait 
violé la neutralité, eût été, sans doute, facilement 
arrêtée par nos places fortes de la Lorraine; au- 
jourd'hui, ces mêmes places fortes sont au pouvoir 
des Allemands. 

Notre nouvelle ligne de défense, qui s'étend de 
Verdun à la frontière belge, offrirait assurément à 
l'ennemi une résistance bien moins sérieuse que 
notre organisation défensive s'étendant de Verdun 
à Toul, de Toul à Epinal et d'Epinal à la fron- 
tière suisse. Pour éviter les ouvrages de notre 
grand front défensif de Lorraine, contre lesquels 
toute tentative ne pourrait réussir, d'ailleurs, 
qu'au prix de grands sacrifices, l'invasion du 



VIS-A-VIS DE LA. Fil ANGE ET DE L'ALLEMAGNE. 11 



Luxembourg combinée avec une attaque par la 
trouée de la Meuse, s'impose d'elle-même (1). 

L'importance du Grand-Duché consiste main- 
tenant dans ce fait que le Luxembourg est la zone 
d'invasion naturelle la plus facile de l'Allemagne 
en France sur Paris, par les vallées de l'Alzette et 
du Cbiers, puis de la Marne, où nous n'avons à 
opposer que des places fortes de second ordre. En 
outre, la violation de son territoire serait une 
uécessité pour l'Allemagne au cas d'une attaque 
par la ligne de la Meuse et de l'Oise (2). 

Nous ne savons s'il entre dans le plan de cam- 
pagne de l'armée allemande de violer le territoire 



Filt- 
rait 



I) Selon le général Brialmont, cette trouée doit être l'objectiJ 
l'armée allemande; l'attaque de front, de ce côté, entraîne- 
rait nécessairement une attaque de flanc dirigée par la section 
entre la Sambro et la Meuse, et naturellement par le territoire 
belge. 

Cette dernière éventualité n'est pas, à notre avis, la con- 
séquence forcée d'une agression allemande par la trouée qui 
s'étend de Verdun à Mézières. Les Allemands auraient tout au 
plus intérêt à violer le territoire du Luxembourg belge. 

(2) « L'Allemagne violera certainement le territoire neutre du 
Grand-Duché de Luxembourg et vraisemblablement le territoire 
neutre de la Belgique, à moins que ce dernier pays n'augmente 
de beaucoup ses moyens de défense. « (Général Bbialmont, l'ru- 
jet de défense de la liyne de la Meuse, 188 7.) 









12 



LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 



neutre du Grand-Duché pour une invasion en 
France, mais il parait certain qu'en raison de F im- 
portance militaire de Luxembourg et de l'impor- 
tance stratégique an Grand-Duché, la possession de 
ce petit territoire excite plus que jamais les convoi- 
tises de la Prusse. La participation de ce pays au 
Zollwerein allemand (1842), le droit de garnison 
prussienne dans Luxembourg, dont le retrait exigé 
par le traité de Londres (1867) a été pour l'Allema- 
gne, de l'aveu même du parlement, « une contrainte 
de reculer sa ligne de défense et d'abandonner une 
ville allemande depuis cinquante ans », l'acquisi- 
tion par les Allemands des chemins de fer stratégi- 
ques du Grand-Duché ( 1871 ), l'obligation d'accepter 
des sujets allemands comme contrôleur général et 
directeur des douanes, l'interdiction faite à la 
France de se relier par voie ferrée au Grand- 
Duché, etc., sont autant de faits qui démontrent 
que la Prusse cherche, par tous les moyens possi- 
bles à se saisir des intérêts luxembourgeois afin 
d'imposer un jour au pays la nécessité de se 
livrer à elle. « La politique d'envahir, écrit Frédé- 
ric II, a établi pour principe que le premier pas 
pour la conquête d'un pays est d'y avoir pied; c'est 






VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 13 

ce qu'il y a de plus difficile; le reste se décide par- 
le sort des armes et par le droit du plus fort. » Celle 
règle de la politique astucieuse du roi de Prusse, 
l'Allemagne l'applique depuis cinquante ans à la 
conquête du Grand-Duché qu'elle tient de plus en 
plus sous son influence. 

En discutant, dans le cours de cette étude, les 
conséquences dangereuses pour la France, au seul 
point de vue militaire, des différentes clauses du 
traité de Francfort, et en rappelant la tentative d'an- 
nexion du Luxembourg faite en 1870, nous verrons 
que l'Allemagne prémédite depuis longtemps la 
possession de l'importante vallée de l'Alzette, 
dont l'annexion renforcerait singulièrement la 
ligne de défense de sa frontière occidentale. 



<&> 



CHAPITRE II. 



IMPORTANCE MILITAIRE DE LA PLACE FORTE DE LUXEM- 
BOURG. IMPORTANCE STRATÉGIQUE DU GRAND-DUCHÉ. 

LE BASSIN DE l'aLZETTE. 



Malgré le traité de Londres de 1867, (1) la place 

(1) Le Grand-Duché de Luxembourg a appartenu à la France de 
1799 à 1815 sous le nom de département des forêts, avec Luxem- 
bourg comme chef-lieu. Par les traités de 1815, il fut donné au 
roi des Pays-Bas, en même temps qu'il faisait partie de la confé- 
dération germanique; la Prusse avait droit de tenir garnison 
dans Luxembourg. Quand les provinces méridionales du royaume 
des Pays-Bas se séparèrent de celui-ci en 1830, pour former le 
royaume indépendant de Belgique, les puissances européennes 
consentirent, en 1839, à un partage du Luxembourg. 

La partie occidentale (Arlon) fut donnée à la Belgique, et la 
partie occidentale (Luxembourg) conserva la même situation 
vis-à-vis de la Hollande et de la confédération germanique. 



VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 15 

forte de Luxembourg, que l'on no peut démanteler 
complètement en raison de la nature même des 
lieux, a une importance militaire assez considé- 
rable pour justifier à elle seule la convoitise de l'Al- 
lemagne sur cette ville et sur le Grand-Duché. 

La deuxième ligne de défense de la frontière oc- 
cidentale de l'Allemagne, Metz-Thionville, sera 
menacée aussi longtemps que les Allemands ne 
posséderont pas Luxembourg. Au-delà, jusqu'au 
Rhin, on ne trouve dans la Prusse rhénane aucune 
place forte capable d'arrêter la marche d'une 
armée française qui aurait victorieusement franchi 
cette ligne pour se diriger sur Coblenlz, Cologne 
ou Maycnce (1). Aussi, après la perte de la place 
fédérale de Luxembourg, avait-il été question chez 






En 1842, le Grand-Duché fil partie de l'Union douanière, le 
Zollwerein; en 1866, il se retira de la confédération. C'est à cette 
date que surgit la question du Luxembourg (voir chap. V) qui 
fut réglée par le traité de Londres (Il mai 1867). 

Ce traité, signé par les cinq grandes puissances continentales 
(France, Grande-Bretagne, Autriche, Prusse et Russie), déclara 
le Grand-Duché neutre, sous la garantie collective des puissances 
contractantes, et prescrivit le retrait de la garnison prussienne, 
ainsi que le démantèlement de la place forte de Luxembourg. 

(I) La Sarre, le Hundsruck et le Hardt, excellentes lignes de 
défense naturelle, sont surtout favorables aux petites opérations. 






IG 



LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 



les Allemands de conslruirc un camp retranché 
près de Trêves, à Conz, au confluent de la Sarre, 
point de jonction de six voies ferrées, position stra- 
tégique de première importance et dont la plaine 
se prête favorablement au déploiement de troupes 
considérables. Ce projet, dont la nécessité s'im- 
pose malgré de grands sacrifices d'argent, a été 
étudié et discuté, mais s'il n'y a pas été donné 
suite, il parait certain que le ferme espoir de s'em- 
parer du Luxembourg a été, jusqu'à ce jour, le 
seul mobile qui en ait retardé l'exécution. 

Luxembourg, fortifié par notre grand ingénieur 
Vauban, n'est plus, il est vrai, à hauteur des exi- 
gences de l'art moderne et des progrès du nouvel 
armement des puissances européennes; la ville n'est 
pas à l'abri d'un bombardement, mais sa position 
stratégique est de première importance en raison 
des nombreuses voies ferrées qui y aboutissent : 



1° Luxembourg-Trêves. 



Goblentz. 
Cologne. 

Metz. 



2° Luxembourg-Thionville.. I Sarrelouis. 

( Longwy. 



VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 17 

3° Luxembourg-Spa .... 

■ï° Luxembourg-Arlon Namur. 



i Aix-la-Chapelle. 
( Liège. 



Luxembourg, situé sur l'Alzelte, osl à l'inter- 
section de neuf grandes routes, à 40 kilomètres 
de Trêves, à 26 d'Arlon et 29 de Thionville et de 
Longwy. 

Ces grandes voies ferrées permettraient de con- 
centrer dans le Luxembourg, à un moment donné 
et avec beaucoup de célérité, de nombreuses 
troupes tirées de la Prusse rhénane, de l'Alsace 
et de la Bavière, et aussi un puissant matériel. On 
ne saurait guère citer de villes placées au centre 
d'un réseau de chemins de fer, d'où il soit possible 
de jeter plus rapidement, dans toutes les direc- 
tions, des troupes en aussi grand nombre. 

Examinons maintenant le but de cette concentra- 
tion de troupes allemandes dans le Grand-Duché. 

De toutes les hypothèses que l'on puisse faire sur 
le plan d'attaque de l'armée allemande, celle qui 
suppose une attaque par le territoire compris entre 
Verdun et la frontière belge mérite plus particu- 
lièrement de fixer notre attention. Si de l'étude de 












18 



LE GRAND-DUCHE DE LUXEMBOURG 



l'organisation défensive de notre frontière du Nord 
et de l'Est, il est permis de conclure avec quelque 
vraisemblance que les Allemands chercheront à 
déboucher entre Toul et Epinal (trouée de la Mo- 
selle), il n'est pas moins vrai qu'ils ont le plus grand 
intérêt militaire à tourner notre grand front défensif 
de Lorraine pour s'avancer en Champagne par l'Ar- 
gonne en nous attaquant entre Verdun et Mé- 
zières (trouée de la Meuse) (1). L'ennemi nous atta- 
quera ou par la Belgique ou par l'une des trouées 
qui s'étendent, la première entre la frontière belge 
et Verdun, la deuxième entre Toul et Épinal, ou 
enfin par la Suisse. Cette dernière hypothèse doit 
être écartée comme nous étant trop favorable. Quant 
, à l'invasion par la Belgique, des complications di- 
plomatiques dont la gravité n'échappe à personne, 



(I) « Ce terrain serait éminemment défavorable et dangereux 
à l'armée française. Défavorable en ce sens, qu'en cas de succès, 
elle ne pourrait aborder la Moselle qu'en face de Metz et de 
Thionville; dangereux, parce qu'en cas de revers, elle s'expo- 
serait a être rejetée vers le nord sur la frontière belge, ou, au 
sud, dans le camp retranché de Verdun. En revanche, cotte li- 
gne est favorable aux opérations des armées allemandes, car 
elle est couverte par Metz et Thionville et aucune forteresse ne 
peut l'arrêter. » (Revue d'infanterie. Neutralité de la Belgique. 
N° 3, p. 254). 




VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 10 
pourraient empêcher les Allemands de violer ce 
territoire neutre à l'indépendance duquel on sait 
que l'Angleterre est très intéressée. Nous revien- 
drons plus loin sur l'hypothèse d'une invasion par 
la ligne de la Meuse (1). 

Des deux trouées qui restent ouvertes à l'inva- 
sion, celle qui touche à la frontière belge est la 
plus faible (2), et, comme sa largeur est d'environ 
30 kilomètres, espace trop étroit pour se prêter 
au déploiement do l'armée ennemie, il y a tout 
lieu de supposer que les Allemands ont pris le 
parti de violer le territoire du Grand-Duché cl 
même du Luxembourg belge. La possession du 






(1) Un projet de loi comportant un crédit de 20 millions pour 
le ministère de la guerre, vient d'être adopté par la Chambre do 
Bruxelles, « le gouvernement estimant que les derniers progrès 
réalisés le forcent à renouveler l'armement de l'infanterie et 
qu'il importe de développer et de transformer les fortifications 
de Liège et de Namur. » Ces fortifications ne pourraient résister 
que quelques heures à l'artillerie de campagne. 

(2) Longœy, Montmédy et plus haut Sedan, Mézières et Givet ne 
sont que de petites places d'arrêt barrant les chemins de fer. 
Le pays compris entre le Cliiers, la Meuse et la Semoy renferme 
un grand nombre de bons chemins qui échappent complètement 
au canon de ces places. Longwy, à qui sa position au point de 
contact des frontières de quatre États semblait assigner un rôle 
de valeur, ne semble avoir aujourd'hui aucune importance. 






m 



20 LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 

Luxembourg serait alors d'un prix inestimable 
pour les Allemands. Il leur servirait de base d'o- 
pérations par les pentes méridionales des Ardennes 
pour pénétrer sur le sol français par deux voies 
d'accès facile, en direction sur Longuyou ; l'une, 
celle de la haute vallée du Chiers, passe par 
Longusy (1), l'autre pénètre en France par les 
sources de l'Alzetlo et la trouée de Tiercelet. On 
appelle ainsi le territoire, devenu allemand en 1871, 
compris entre les sources opposées de l'Alzelie cl 
de la Crune. Celle trouée a toujours été considérée 
comme très dangereuse pour la France ; ell<; l'était 
surtout avant 1867, car, par Luxembourg alors 
place fédérale, l'invasion pouvait tourner nos 
places fortes de la Moselle, du Chiers et de la Meuse, 
pour pénétrer en Champagne par la ligne la plus 
courte et la plus facile d'Allemagne en France. Si 
elle a perdu beaucoup de son importance depuis 

(I) Le Chiers est formé do la réunion à Lougwy des eaux do 
quatre ruisseaux, venant, deux du Luxembourg : le ruisseau 
île Mezancy et le ruisseau du Chiers, et deux de France : le 
ruisseau de la Côte-Rouge, qui forme, sur une longueur de 
C kilomètres, la frontière du Grand-Duché, et le ruisseau du Mou- 
laine qui vient de Tiercelet. 11 reçoit à droite la Tlionne qui 
vient du Luxembourg belge, et dont la vallée est suivie par la 
voie ferrée .Montmédy-Virton-Luxcmbourg. 






VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 21 

que le traité de Londres a reconnu la neutra- 
lité du Grand-Duché et prescrit le retrait de la 
garnison prussienne de Luxembourg, le traité de 
Francfort, en cédant Thionville aux Allemands, 
a fait de nouveau de la région comprise entre 
Thionville et Longwy la partie la plus vulnérable 
de notre frontière nord-est. 

Ces voies d'ingression de l'Alzelte et du Ghicrs 
sont d'autant plus importantes qu'elles renforcent 
singulièrement Thionville qui tient la tète de ligne 
des Ardennes, et que les chemins de fer stratégi- 
ques de Luxembourg à Cologne et à Coblentz per- 
mettent de concentrer rapidement dans le Grand- 
Duché des troupes considérables. Il nous est 
permis de conclure, qu'au cas où la trouée de 
Verdun à Mézières serait l'objectif de l'invasion 
allemande, l'attaque de front de ce côté entraîne- 
rait forcément une attaque de flanc par le Luxem- 
bourg hollandais, et par le Luxembourg belge 
(Virton-Montmédy). 

Supposons, en second lieu, l'invasion de la Bel- 
gique par les Allemands : ce serait pour eux le 
chemin le plus court et le plus facile sur Paris 
par les vallées de la Meuse, de la Sambre et de 



I 











22 LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 

l'Oise, d'aulanl plus que notre frontière nord-ouest 
ne présente pas de défenses naturelles, le long de 
la Belgique (1). Nous admettrons en même temps 
que la brusque attaque de l'Allemagne empêche- 
rait la mobilisation et la concentration des troupes 
belges, et que la Belgique serait amenée à traiter 
d'un modus vivendi qui neutraliserait son armée 
pendant la durée de la guerre. Sous le bénéfice 
de cette hypothèse, la ligne de la Meuse (Liège, 
Namur), serait libre. Nous pourrions encore sup- 
poser que l'attaque parla Belgique vient de France : 
dans ce cas, l'armée belge prêterait son concours 
à l'armée allemande ; autrement dit, les places de 
Liège et de Namur seconderaient la marche des 
troupes allemandes sur la Meuse. 

De quel secours serait alors pour les Allemands 
la violation du territoire Luxembourgeois? ils 
utiliseraient le réseau des grandes voies ferrées 

(1) « La vallée de la Meuse est devenue une ligne d'opérations 
extrêmement importante pour la Belgique, depuis que la France 
a perdu l'Alsace et la Lorraine, car la vallée de la Meuse, ainsi 
que l'a déjà dit M. Thiers, est devenue la ligne d'opérations des 
armées belligérantes dans le cas d'une guerre entre l'Allemagne 
et la France. Si l'Allemagne attaque la France, elle a un intérêt 
immense à passer la Meuse à Liège ou à Namur pour envahir la 
France par le Nord. » (Lieutenant général Liaork, 1880.) 



VIS-A-VIS DE LA. FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 215 

stratégiques du pays qui relient Luxembourg 
aux grandes places fortes allemandes de l'ouest. 
Ces chemins de fer permettraient aux Allemands 
de transporter rapidement sur la Meuse, par les 
lignes Luxembourg-Liège et Luxembourg-Namur, 
des troupes nombreuses tirées de l'Alsace-Lor- 
rainc, de la Bavière et de la Prusse Rhénane. Mais 
les grands travaux de défense que la Prusse a fait 
exécuter en Alsace-Lorraine, les troupes considé- 
rables qu'elle y a rassemblées, les grandes voies 
stratégiques qu'elle a fait aboutir aux pays annexés, 
démontrent assez que le plan des Allemands n'est 
pas d'abandonner leur magnifique base de concen- 
tration, Strasbourg-Sarreboiirg-Thionville, à l'uti- 
lisation de laquelle se rattache si intimement l'hy- 
pothèse d'une invasion combinée par le Luxem- 
bourg (1). 

Avons-nous à examiner, en dernière hypothèse, 
le cas de la violation du territoire luxembourgeois 
par les troupes françaises ? Thionville menace de 
liane toutes les opérations qui, partant de Mont- 

(I) « La base naturelle de l'offensive allemande est et restera 
la ligne de la Moselle entre Metz et Thionville. » [Nette Milïlx- 
rische Blâtler). 



I 






W" 



24 LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 

médy, passeraient par Longwy, Luxembourg et 
Wasserbillig, pour se diriger sur Trêves; une 
opération dans ce sens est donc impossible à tenter. 



§ 2 



L'importance stratégique du Grand-Duché sur 
laquelle nous reviendrons plus loin, est déjà 
justifiée par les précédentes considérations . 
Ajoutons qu'au point de vue de la défense, il 
sera toujours facile de rendre h Luxembourg son 
importance d'autrefois, (lotte ville était naguère 
une place forte de premier ordre (1). En 1795, 
les Français s'en emparèrent après un siège qui ne 

(I) De 1792 à 1795, Luxembourg, grand dépôt des armées 
autrichiennes, fut le pivot de toutes leurs opérations sur cette 
partie de leur frontière. En août 1792, il favorisa le mouve- 
ment offensif de l'armée alliée envahissant la France par la trouée 
de Tiercelet; en octobre de la même année, il couvrit leur 
retraite après la bataille de Valmy. Au printemps de 1794, il 
servit d'appui à Reaulieu pour s'opposer aux entreprises de l'aile 
gauche de l'armée de la Moselle sur Arlon. En août de la même 
année, la place, réduite à ses propres forces par suite de la prise 
d'Arlon et de Trêves, fut investie par trois divisions françaises 
commandées par le général Moreaux et soumise au blocus le 
plus rigoureux d'août 1794 à juin 1795. 



CARTE N° i. 



PLAN 
ici ancien ne Forteresse 




f.a;»*r,+*, dt/ 
















•26 LE GRAND-DI'CIIÉ DE LUXEMBOURG 

dura pas moins de 8 mois cl qui occupa 28,000 
hommes de l'armée de la Moselle. La défense au- 
rait pu braver tous les obstacles, si elle avait été 
secourue ; elle disposait de 1 3,000 hommes, 800 bou- 
ches a feu, plus d'un million de livres de poudre, 
16,000 fusils, pistolets, mousquetons et 336,000 
bombes, boulets, grenades, etc. (1). 

Carnot disait alors de cette ville : « C'esl la plus 
forte place de guerre de l'Europe après Gibraltar, n 
Dans sa relation de la Campagne de France en 
1792, Goethe en fait la description suivante : « Ce- 
lui qui n'a pas vu Luxembourg ne peut se faire 
une idée de ces constructions de guerre enche- 
vêtrées et étagées. L'imagination s'égare quand on 
veut se rappeler leur ensemble varié et étrange 
avec lequel l'œil du visiteur passager parvient h 
peine à se familiariser. Il sera indispensable d'avoir 
sous les yeux des plans et des profds de ces forti- 
lications pour comprendre tant soit peu ce qui va 
suivre. 



(1) Le gouverneur de la place était le feld-maréchal Baron de 
Bemler. qui disait : « Je ne rendrai la place que quand mon 
mouchoir brûlera dans ma poche. » A la capitulation, la garnison 
sortit avec les honneurs de la guerre. 



VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 27 

« Un ruisseau nommé Tétras, d'abord seul, puis 
réuni à une rivière, l'Alzetlo, contourne la ville 
en faisant de nombreux méandres entre les rochers 
é\ en suivanl tantôt son cours naturel, tantôt celui 
que l'art lui a tracé. Sur le plateau de la rive gau- 
che s'étale la vieille ville : avec ses ouvrages de 
défense, du côté de la plaine ouverte, elle ressem- 
ble aux autres villes fortes. Après avoir pourvu à 
sa sécurité sur son front occidental, on remarqua 
qu'il fallait aussi la garantir du côté de la déclivité 
profonde où coulent les eaux : avec les progrès de 
l'ail de la guerre ces défenses naturelles ne suffi- 
saient même plus. Sur la rive droite de la rivière, 
vers le sud, à l'est et au nord, sur les angles ren- 
trants et saillants de rochers irréguliers, il fallut 
construire de nouvelles redoutes se prêtant un 
mutuel appui. 11 en résulta un enchaînement à perte 
de vue de bastions, de redoutes, de demi-lunes, 
de tenailles, et un fouillis inextricable de fortifica- 
tions comme l'art de la défense n'en peut produire 
que dans les cas les plus rares (1). » 

Luxembourg devait encore, à la date du siège 






(1) Cœthe, Campagne de l<vance, 1TJ'2, 1G octobre. 












28 LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 

de 1795, une grande partie de ses fortifications a 
Vauban qui l'avait fortifié après s'en être emparé 
en 1684 (1). Après la prise de la ville, Vauban écri- 
vait à Louvois : « C'est la plus belle et la plus 
glorieuse conquête que le roi ait jamais faite, qui 
mettra notre frontière en tel état qu'elle sera libre 
de tous côtés, et que les Allemands ne pourront 
jamais attaquer le royaume de ce côté-là ; » et il 
ajoutait : « Présentement on peut dire que Char- 
leville et le Mont-Olympe ne sont plus nécessaires, 
que Sedan et Bouillon le sont médiocrement, 
Stenay encore moins, Verdun et Toul point du 
tout, Montmédy etLongwy si peu que rien (2). »> 

(1) Les troupes d'attaque, placées sous le commandement du 
maréchal de Créqui, comprenaient 3i bataillons d'infanterie, 
800 chevaux, un immense parc d'artillerie, et une compagnie 
de 60 ingénieurs sous la conduite de Vauban qui a écrit une re- 
lation de ce siège. 

(•>) C'est à ce siège que Vauban inventa les cavaliers de tran- 
chée et Louvois lui écrivit à ce sujet : « Le roi a admiré l'in- 
dustrie avec laquelle vous êtes venu à bout de faire des loge- 
ments sur la contrescarpe sans perdre personne; vous me ferez 
plaisir de m'envoyer un profil de ces petits cavaliers. » Vauban 
désirait ardemment que Louvois vînt visiter les immenses tra- 
vaux d'approche qu'il avait faits; il lui écrivait : « Je vous de- 
mande par grâce spéciale de vouloir bien vous donner la peine 
de venir voir les tranchées avant qu'on les ait rasées, » et une 
autrefois: « Je vous aurais fait voir de justes sujets d'admiration.» 



VIS-A-VIS DE LA FHANCE ET DE L ALLEMAGNE. 29 



Depuis cette époque, les fortifications de Luxem- 
bourg ont été considérablement augmentées et con- 
solidées par les Espagnols (4698), les Autricbiens 
(1783), les Français (1798) et par les Prussiens, 
pendant leur occupation de cette place jus- 
qu'en 1867. 

Avant les sièges mémorables de 1684 et de 1795, 
elle en avait déjà subi en 1443, 1479, 1542 et 
1543; (Français; Impériaux). C'est dire l'impor- 
tance qu'a toujours eue cette place, poste avancé 
de l'Allemagne sur la France. En 1715, quand 
Luxembourg fut rendue aux Autricbiens, Vauban 
écrivait qu'on perdait ainsi tout espoir de gagner 
te Rhin (1). 

En 1867, cette forteresse pouvait être regardée 
comme un véritable modèle de fortification; tous 
les systèmes de défense qui marquent les trois 
grandes périodes de l'histoire de la fortification y 
étaient représentées : 1° la citadelle romaine (pé- 
riode antérieure à l'invention de la poudre) ; 2° la 
fortification à front bastionné, avec des bastions 






(I) « Nous perdons à jamais l'occasion de nous borner par le 
Rhin; nous n'y reviendrons plus » et ailleurs: « Cette cession 
est une calamité et un déshonneur. » 






I 

I 



30 LE GRAND-DUCnÉ DE LUXEMBOURG 

détachés et un corps de place de Vauban qui avait 
approprié la défense rapprochée à la puissance 
toujours croissante de l'artillerie de siège (période 
des bouches à feu lisses') ; 3° enfin les nouveaux- 
forts prussiens à fortification polygonale en vue de 
la défense éloignée (emploi des bouches à feu 

rayées). 

Les fortifications de Luxembourg bâti sur un 
rocher qui domine à pic la vallée de l'Alzette el 
celle de son petit affluent de gauche le Pehus, 
comprenaient, en 1867 : 1° la forteresse proprement 
dite située sur la rive gauche de l'Alzette et proté- 
gée sur les trois quarts de son pourtour par des 
rochers de 70 mètres de hauteur, et sur le reste 
par une triple ceinture de fortifications ; 2° des 
forts détachés (1). Le traité de Londres a prescrit 
de démanteler la place et de démolir les fortifica- 
tions, mais seulement au fur et à mesure des be- 
soins de l'expansion de la ville. Aujourd'hui, la 
triple enceinte du front occidental qui était dé- 
pourvu de défenses naturelles, est détruite au pro- 
fit de l'agrandissement et de l'embellissement de 



\ 



(1) Voir la carte n° 1. 



VIS-A-VIS DE LA. FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 31 

la ville; mais, comme nous l'avons dit plus haut, il 
est impossible de démanteler la partie qui repré- 
sente les trois quarts de l'enceinte de la ville, mu- 
raille de rocs infranchissables et insensibles aux 
coups les plus meurtriers de l'artillerie ; aussi la 
puissance qui possédera le Grand-Duché pourra- 
t-cllc rendre à Luxembourg, au point de vue de la 
défense, son ancienne importance, et faire de cette 
ville la redoutable place forte d'autre fois. 



§ 3 






Nous n'insisterons pas davantage sur Luxem- 
bourg en tant que place forte. Luxembourg, 
inexpugnable au commencement du siècle, ne le 
serait plus aujourd'hui. Comme toute place forte 
isolée, elle serait facilement réduite en quelques 
heures sous l'action du tir si violemment et si ra- 
pidement destructeur des obus chargés avec les 
nouvelles substances explosives. Le Grand-Duché 
perdrait donc beaucoup de son importance straté- 
gique si tout le système défensif du pays se rédui- 
sait à la seule place forte de Luxembourg fortifiée 






IH 



32 LE GRAND-DUCnÉ DE LUXEMBOURG 

à nouveau, avec une enceinte et des forts déta- 
chés. Mais il y a autour de Luxembourg, dans le 
bassin de l'Alzclte, d'excellentes positions straté- 
giques se prêtant à une solide organisation dé- 
fensive, et que pourraient utiliser, pour couvrir la 
place, des troupes d'observation appuyées en ar- 
rière sur le camp retranché établi sous les murs 
de la ville. Telle serait, au Sud, près de la fron- 
tière franco-luxembourgeoise, la position à'Esch- 
sur-Alzette. Esch est à 20 kilomètres de Tbionville 
et de Longwy, en avant et à ^ kilomètres de I 
Luxembourg; sa position commande la trouée de 
Tiercelet, la vallée de l'Alzette et les voies ferrées 
du bassin supérieur de cette rivière (1). Appuyée à 
gauche aux hauteurs de Besperange, sur la route 
de Tbionville, cette position confinerait à droite 
au plateau de Pctange qui domine la vallée du 
Obiers et bat le chemin de fer et la route venant 
l'un et l'autre de Longwy. En arrière et au centre 
de cette ligne défensive, se trouverait Luxembourg 
dont l'importance serait alors considérablement 
augmentée par les nombreuses voies ferrées du 

(I) Esch est le point de passage le plus important de l'Alzette. 
Voir la carte n° 4. 



VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 33 

plus grand intérêt stratégique qui s'y rencontrent, 
indépendamment de sa valeur proprement dite. 

Les autres positions qui, autour de cette place, 
dans un rayon moyen de 12 kilomètres, pour- 
raient puissamment concourir à sa défense sont : 
1" à l' ouest, les positions de Dipacli et de Sœul (1) 
qui interceptent les routes de Namur et Liège sur 
Luxembourg, c'est-à-dire les communications de 
la Moselle avec le bassin de la Meuse, à travers 
les Ardenncs ; 2°, au nord, les positions de Merscli 
et de Burglinster-Ernster (Grùnewald) (2) qui com- 
mandent les routes d'Aix-la-Chapelle et de Cologne 
à Luxembourg, c'est-à-dire les communications 
avec les plaines de Juliers, par les Ardennes 
et l'Eifel ; enfin, 3° à Y est, les positions de Sand- 
weiler-Contem (3) qui interceptent les routes de 



(1) Dipach est situé sur la route de Luxembourg à Longwy, et 
Sœul sur la route de Luxembourg kJ/PUtz. 

(2) Mevsch, position très forte, au confluent de l'Alzette, de 
l'Eiseh et de la Marner, est situé sur la route de Luxembourg à 
Ettclbriick et à Diekirch; Burglinsler-Ernster, sur les deux 
Er^nz, est à cheval sur la route de Luxembourg à Echtemach\ 

(3) Sandweiter-Contern occupe les routes qui vont de Luxem- 
bourg à la Moselle : à Wasserbillig (position importante, com- 
bat en 1794 entre Français et Impériaux), à Grevenmacher (pris 
par les Français en 1688 et en 1103), et à Remich. 









■H 



34 



LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 



Trêves et de Coblentz, c'est-à-dire les communi- 
cations avec le Rhin, par l'Eifel et le Hundsriick. 

Au point de vue de Y orographie et de Y hydro- 
graphie, le Grand-Duché ne présente aucun de ces 
grands accidents du sol capables d'entraver la 
marche d'une armée ; mais on ne saurait négliger 
de faire entrer en ligne de compte, dans l'exécu- 
tion d'un plan d'opérations qui auraient ce petit 
pays comme théâtre, l'importance des vallées de 
l'Alzette et de la Sure, et celle du massif monta- 
gneux de l'Ardenne luxembourgeoise. 

Le Grand-Duché se divise en deux régions bien 
distinctes : l'une favorable aux opérations offen- 
sives, l'autre se prêtant surtout à la défensive. 

La première, ou région lolharingienne, connue 
sous le nom de Bon / > ays(Gulland), occupe la par- 
tie méridionale du Luxembourg, sous le versant de 
l'Ardenne, qui réunit le massif occidental du 
Grand-Duché aux montagnes de l'Eifel rhénan. 

C'est la région la plus riche, la plus fertile et la 
mieux peuplée du pays. Elle est située dans le 
bassin de l'Alzette, et limitée aux côtés de l'im- 
portant quadrilatère Arlon-Longwy-Sierck-Wasser- 
billig. 'L'Alzette, la rivière la plus importante du 









VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 3o 

Grand-Duché, prend sa source près de Tiercelet; 
par sa direction généralement perpendiculaire à la 
frontière française, sa vallée favorise les opéra- 
tions offensives du nord au sud et réciproquement. 
Ainsi orienté, son cours se trouve sur la ligne 
d'invasion la plus courte et la plus facile de Co- 
blenlz à Longwy, par Trêves et Luxembourg, 
ligne qui tourne les Vosges et la Moselle. Son 
bassin supérieur, praticable dans tous les sens, se 
prête facilement aux manœuvres des trois armes. 
Mais il n'en est pas ainsi de la partie inférieure 
comprise entre Hespérange et Ettelbriick, au con- 
fluent de laSfîfe. 

Les plateaux boisés du Griinevald et du Baum- 
buscb, les vallées profondes et encaissées de la 
Marner et del'Attert, affluents de gauche de l'Al- 
zette, celles non moins encaissées des deux Er^nz, 
affluents de droite de la Sure, sont autant d'obsta- 
cles qui rendent les abords de l'Alzetle difficiles 
dans celte partie du bassin où les colonnes en 
marche ne pourraient s'éloigner des chemins tra- 
cés qu'à de faibles distances. Mais déjà ces vallées 
appartiennent à la région septentrionale du Grand- 
Duché, à la région de YArdenne (Œsling) qui se 










30 



LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 






rattache à l'ouest et au nord à l'Ardenne belge, et 
par celle-ci à l'Ardenne française, et au nord-est 
à l'Eifel prussien. C'est un pays boisé, montueux, 
coupé, offrant peu de ressources et des communi- 
cations médiocres. 

Il comprend la vallée tourmentée de la Stfrê, la 
rivière la plus considérable du Luxembourg- qui 
tient tout entier dans son bassin. Par sa direction 
généralement parallèle à la frontière française, à 
(jf, If kilomètres de distance en moyenne de celle-ci, 
cette vallée forme, sur une longueur d'environ 
100 kilomètres, une bonne ligne de défense pour 
une armée appuyée en arrière sur le Rhin, flan- 
quée à gauche par l'Ardenne et à droite par la 
Moselle. Elle est traversée en son milieu, à Ettel- 
brûck, par la grande ligne d'opérations la moins 
longue entre la France et les sources de la Roè'r, 
ligne qui tourne les massifs du Hundsruck et de 
l'Eifel (1). 

(1) La Sûre (Sauer) se jette dans la Moselle à Wasserbillig 
après un parcours de 1G0 kilomètres de l'ouest à l'est. Elle passe 
près d'Ettelbrûk, à Diekirch et à EchternachV Elle reçoit à 
gauche : 1° la Wiltz qui reçoit elle-même le Clerf (Clervaux) ; 
2° l'Our (Vianden) ; et 3° le PrUm. Ses affluents de droite sont : 
1° l'Alzette (Esch, Luxembourg, Mersch, Ettelnruck) qui reçoit 



CHAPITRE III. 



ANNEXION PRÉMÉDITÉE DE LA VALLÉE DE l'ALZETTE. - 
LNE CLAUSE DU TRAITÉ DE FRANCFORT. — LA TROUÉE 
DE TIERCELET ET LE TERRITOIRE DE HELFORT. 



Nous avons dit qu'une invasion en France par 
la vallée de l'Alzette et du Chiers sur Sedan, étail 
d'autant moins difficile que nous n'avons pas sur 
cette partie de notre frontière des forts d'arrêt 
nombreux à opposer à l'ennemi. Tout autres se- 
raient les difficultés pour les Allemands, si en 
possédant le Luxembourg ou tout au moins en 
violant sa neutralité, ils n'étaient pas maîtres des 

à gauche le Petrus, la Manier, l'Eis.h, l'Attert, le Warck; 81 
2° les deux Erànz. 

La Moselle, qui forme la frontière du Grand-Duché, à l'est, sur 
une longueur de 35 kilomètres, et qui passe à Remich et a Gre- 
veumacher, reçoit à gauche, après la Sure, la Syre et la Ganer. 






38 



LE GRAND-DUCHE DE LUXEMBOURG 



sources de l'Alzette. L'hypothèse d'une invasion 
par le Grand-Duché sérail en clïet inadmissible si 
la région comprise entre Thionville et Villerupt, 
limitrophe du Luxembourg, nous appartenait 
encore. 

Or, ce territoire, c'est-à-dire les sources mêmes 
de l'Àlzelle, les Allemands ont su habilement se 
le faire concéder. Par une clause du traité de 
Francfort (10 mai 1871), la Prusse a précieusement 
obtenu en échange de quelques kilomètres carrés 
du pays de Belfort(l), les importants territoires de 
Hedange, Russange, Audun-le-Tiche, Aumetz et 
Fontoy (2), qu'un premier tracé de notre frontière 
avait laissés à la France (préliminaires de paix, 
26 février 1871) (3). Belfort ayant une importance 
militaire considérable, il fallait par compensation 
que le territoire que l'Allemagne obtenait en 

(1) 6000 hectares, 27CO habitants. 

(2) 10000 hectares, 7000 habitants; contrée très riche eu mine- 
rais, possédant des hauts fourneaux et des établissements métal- 
lurgiques importants. Les gisements de minerais s'étendent de 
Dudelange, dans le Grand-Duché, à Longwy sur une longueur 
de 20 kilomètres et une largeur moyenne de 2 kilomètres. 

(3) C'est par ce territoire {trouée de Tiercelet) que les Prus- 
siens ont envahi la France eu 1792, eu se portant de Luxem- 
bourg sur Longwy par Sierck et Rodemack. 



VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 39 

échange tlo la cession de celte ville, eût également 
au point de vue militaire une valeur stratégique 
indiscutable. En effet, la possession de ces terri- 
toires par la France, nous aurait permis de battre 
les approches de Thionville et de couvrir la ligne 
ferrée des Ardennes, et toute tentative d'invasion 
par le Luxembourg eût été infructueuse dans le 
cas, fort peu probable alors, d'une invasion par 
ce pays (I). 



(1) Aux termes de l'article 1" du traité préliminaire de paix 
(Versailles, 2G février 1871), la ligne de démarcation de la fron- 
tière franco-allemande commençait un peu à l'ouest du village. 
d'Oltonge, près de la frontière luxembourgeoise, et suivait la 
limite occidentale des cantons de Cattenom et do Thionville. 
Nous perdions ainsi 40 kilomètres de frontières le long du Grand- 
Duché, de Sierck à Ottauge. 

Aux termes de l'article 1 er du traité définitif de paix (Franc- 
fort, 11 mai 1871), le gouvernement allemand cédait le territoire 
de Bel fort à la condition que la République française, de son 
côté, consentirait à une rectification de frontière le long des 
limites occidentales des cantons de Cattenom et de Thionville, 
qui laisserait à l'Allemagne le terrain à l'Est d'une ligne partant 
de la frontière du Luxembourg, entre Hussigny et Redange, 
et à. la France les villages de Thil et de Villerupt; cette ligue 
se prolongeant entre Errouville et Aumetz, entre Beuvillers et 
Boulange, entre Trieux et Lommeringen, rejoint le tracé pri- 
mitif de la frontière entre Avril et Moyeuvre. Par cet échange 
de territoires, nous perdions de nouveau lj kilomètres do fron- 
tières le long du Grand-Duché. 












40 



LE GRAND-DUCnÉ DE LUXEMBOURG 



■ 






Par l'acquisition de ces importantes positions, 
l'Allemagne a maintenant un champ libre d'opé- 
rations autour de Thionville. Il en est résulté 
pour cette place des propriétés stratégiques qui 
la font elle-même tète de ligne d'invasion vers 
la Meuse. Thionville se trouve ainsi au centre de 
tous les débouchés qui, par les vallées opposées 
de l'Orne et de l'Othain, de la Fensch et de la 
Crune, de la Sure et du Chiers, mènent aux 
Ardennes (1). Ces propriétés seraient dangereuse- 
ment renforcées par l'annexion du Luxembourg 
qui permettrait d'opérer, dans le même sens, par la 
vallée du Chiers et de l'Alzetto et par la trouée de 
Tiercelet, comme nous l'avons dit au chapitre n. 

Nous ne saurions donc trop faire remarquer la 
clairvoyance des plénipotentiaires allemands qui 
conçurent cette clause du traité de Francfort, dont 
les négociateurs français ne paraissent pas avoir 
compris toute la portée. Mais nous ne saurions 



' 



(1) La gare de débarquement si importante de Thionville se 
trouve sur la rive droite de la Moselle ; elle est couverte a 
gauche par la place (rive gauche) dont l'enceinte est très forte, 
et à droite par un ouvrage extérieur (le fort). Il y a trois ponts 
sur la Moselle à Thionville, dont l'un pour la route, et les deux 
autres pour les chemins de fer. 



CARTE IS° 



TROUEE de TIERCELET 

(Sour-ces de l'AIzette) 







■ 



42 LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 

non plus manquer de découvrir dans les résultats 
quo la diplomatie allemande a obtenus par cet 
échange du territoire d'Aumetz contre celui de 
Belfort, une intention sciemment préméditée du 
gouvernement allemand d'annexer un jour à ce 
même territoire de Redange, d'Aumetz et d'Ot- 
lange, le Grand-Duché lui-même dont l'importance 
militaire dépend intimement de celle de ces terri- 
toires et réciproquement. 



• 









CHAPITRE IV 



CHEMINS DE FER DU LUXEMBOURG. LIGNES STRATÉ- 
GIQUES. UNE DEUXIÈME CLAUSE DU TRAITÉ DE 

FRANCFORT. ISOLEMENT DE LA FRANCE. LE 

ZOLLVERE1N. 



Si le fait de l'échange du territoire de Belfort 
nous dénonce déjà les desseins de l'Allemagne sur 
la vallée de l'Alzette, d'autres considérations, d'une 
importance capitale, nous révèlent, à une date an- 
térieure à 1870, les vues lentes et calculées de la 
Prusse sur le Grand-Duché. 

Nous voulons parler de l'acquisition par la 
Prusse des chemins de fer du Luxembourg, et de 
la participation du Grand-Duché au Zollverein. 

Chacun sait le rôle capital que jouent les che- 
mins de fer en temps de guerre : la rapidité de 
concentration des troupes constitue l'élément le 






■ 



14 LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 

plus certain du succès, el l'armement à longue 
portée dont sont pourvues toutes les puissances 
exige, pour les effectifs énormes du pied de guerre, 
une grande mobilité que peuvent seuls procurer 
les chemins de fer. 

Comme l'explique l'exposé de la loi présentée 
par le gouvernement allemand sur le rachat des 
chemins de fer, « la rapide concentration des forces 
militaires sur les points menacés par une puis- 
sance ennemie, exerce une influence décisive sur 
le succès des opérations stratégiques. C'est, en con- 
séquence, répondre aux intérêts de la défense na- 
tionale que d'organiser le réseau national de telle 
manière qu'il soit possible de concentrer sur toutes 
les frontières menacées, aussi promptement que 
l'exigent les circonstances, les forces nécessaires 
pour repousser l'attaque. La rapide concentration 
des troupes compense souvent leur infériorité nu- 
mérique. » (1) 

Le Luxembourg a-t-il un réseau de chemins de 
fer qui permettent de rassembler en peu de temps 
dans le Grand-Duché des forces militaires consi- 



(0 



Elle bringt im Krieg Heil », proverbe allemand. 



VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 45 

dérables, et, dans le cas de l'affirmative, laquelle 
des deux grandes puissances voisines (France ou 
Allemagne) pourrait utiliser ce puissant facteur 
d'une armée en campagne ? Telle est la question 
qui se pose tout naturellement. 

Jetons les yeux sur une carte du réseau des 
chemins de fer du Luxembourg et sur leurs com- 
munications avec les pays limitrophes; ainsi que 
nous l'avons dit au chapitre n, peu de places fortes 
sont dotées d'un système de voies ferrées aussi 
nombreuses que Luxembourg. Ces lignes qui re- 
lient cette ville à d'importantes places fortes alle- 
mandes, Aix-la-Chapelle, Cologne, Cohlentz, Metz, 
Thionville, permettraient de jeter rapidement 
dans le Luxembourg des masses considérables en 
troupes et en matériel. Nous avons exposé plus 
haut le but de cette concentration. 

On conçoit donc l'intérêt capital qu'aurait la 
Prusse d'avoir, dès le temps de paix, l'exploitation 
des chemins de fer du Luxembourg. Eh bien, les 
Allemands ont su adroitement se faire concéder 
ces chemins de fer en 1871, et imposer en outre 
comme directeur et contrôleur général des doua- 
nes, des sujets allemands. 












I 



4(5 LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 

Les voies ferrées du Grand-Duché se distin- 
guent en lignes principales et en lignes secon- 
daires (1). 

I. — Lignes principales (Réseau Guillaume- 
Luxembourg.) 

Deux grandes lignes de chemins de fer se ren- 
contrent à angle droit à Luxembourg. La pre- 
mière traverse le Grand-Duché dans sa plus grande 
longueur, du nord au sud; elle entre dans le 
Luxembourg près de Gouvy, venant de Spa, c'est- 
à-dire de Liège et d'Aix-la-Chapelle, passe à 
Luxembourg, et entre en Lorraine en deçà de 
Bettemboarg sur Thionville et Metz. 

La deuxième parcourt transversalement le Grand- 
Duché de l'est à l'ouest ; elle pénètre dans le 
Luxembourg à Wasserbillig sur la Moselle, ve- 
nant de Trêves, c'est-à-dire de Cologne et de Co- 
blentz, passe à Luxembourg et entre en Belgique 
en deçà de Bettingen, sur Arlon. 

Ces deux grandes lignes de chemins de fer ap- 



(1) Voir les cartes n os 3 et 4. 



VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 47 
partiennent à la Société allemande Guillaume- 
Luxembourg, donl.le siège est à Strasbourg; le 
gouvernement allemand en a la traction depuis 

1871. 

ABettembourg, sur la ligne Luxembourg-Tlnon- 
ville, se greffent des embranchements qui vont 
dans les minières du Grand-Duché (1). Ce sont : 
l b Bettembourg—Dudelange; — 2° Bettembourg — 
Nœrtzange — Rumelange — Ottange; — 3° Bel- 
tembourg — Nœrtzange — Esch-sur-Alzette — 
Redange — Russange — Audun-lc-Tiche . 

Ces embranchements appartiennent à la même 
Société allemande et ont la même traction. Leur 
exploitation ne semblerait d'aucun intérêt pour les 
Allemands, si nous ne remarquions pas qu'ils 
aboutissent près de la frontière française (2). 

$. — Lignes secondaires {Réseau Prince-Henri.) 
A Esch-sur-Ahette commence le réseau de cein- 



(1) Voir les cartes n 03 2 et 3. 

(2) Nous ajouterons que la construction d'une grande ligne 
prussienne, reliant directement Aix-la-Chapelle au Luxembourg, 
sans passer par le territoire belge, est en projet. 



W 



**•*? 



48 LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 

turc du Prince-Henri qui contourne le Grand- 
Duché sous la forme d'un grand segment de cer- 
cle, d'Esch à Wasserbillig. 

Cette ligne va d'abord à'Esch à Betlingen ou 
elle rencontre la ligne Laxembourg-Arlon , puis de 
Bettingen à Ettelbriick par Steinfort, Eischen, Usel- 
dange, Bissen, Colman-Berg, en suivant la vallée 
de YAttert. Elle suit le cours de la Sure de Diekirch 
à Wasserbillig où elle rejoint les lignes Luxem- 
bourg-Trêves et Trèves-Thionville. 

Au réseau du Prince -Henri appartiennent les 
embranchements : 1° de Kuutembach à Viltz (cette 
ligne est sur le point d'être prolongée jusqu'à Ras- 
togne, en Belgique) ; 2° de Petange à Rodange et à 
Athus, et 3° de Rodange à Longwg. Cette ligne 
n'est achevée, — et pour cause, comme nous allons 
le voir , que sur le territoire luxembour- 
geois. 

Tous ces chemins de fer appartiennent à la So- 
ciété belge Prince-Henri. Les employés sont 
Luxembourgeois, mais la direction et les capitaux^ 
viennent de Belgique. 

Enfin, depuis deux ans il existe un chemin de 
fer à petite section de Luxembourg à Remich sur 



1 



VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 51 

belge et suisse. La France, quoique limitrophe 
du Grand-Duché, no communique même plus di- 
rectement avec le Luxembourg. Pour se rendre de 
France dans le Grand-Duché, il faut prendre la 
ligne Nancy-Metz-TMonville-Lmembourg, c'est-à- 
dire passer par F Allemagne (Lorraine allemande) 
ou rejoindre par Longuyon-Longwy-Athus, la voie 
Bel-e-Arlon ou Virton-Luxcmbourg , c'est-à-dire 
passer par la Belgique. La France a des limites 
communes avec le Luxembourg sur une longueur 
de 10 kilomètres parallèlement à laquelle courent 
deux voies ferrées, l'une française (Longwy-Villc- 
rupt), l'autre luxembourgeoise (Athus-Esch-sur- 
Alzette). Ces deux voies sont distantes entre elles 
de S kilomètres en moyenne et se rapprochent 
même à moins de 2000 mètres. Il serait donc bien 
facile de joindre la station française de Villerupt 
à la station luxembourgeoise d'Esch-sur-Ahette 
qui ne se trouve qu'à 7 kilomètres de la première, 
soit encore Longtvy hRodange. 

Pourquoi ce simple raccordement n'existc-t-il 
pas entre ces deux lignes dont le parallélisme et la 
proximité ont lieu de nous étonner? 

C'est que ce même néfaste traité de Francfort 



r 









w 



52 LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 

qui a cédé à la Prusse, en échange de quelques ki- 
lomètres carrés de Belfort, les sources de TAlzeUe, 
c'est-à-dire les riches territoires de Redange et 
de Russange limitrophes du Luxembourg, nous a 
interdit à l'avenir toute communication par voie 
ferrée avec le Luxembourg. Une clause de ce 
traité porte en effet que la France s'engage à ne 
concéder à la Compagnie de l'Est aucune ligne 
nouvelle qui relie le réseau français de l'Est au 
réseau luxembourgeois (1). Les Allemands s'op- 
poseront donc toujours, dans un intérêt stratégi- 
que, au tracé d'une ligne ferrée directe de la France 
au Grand-Duché. Ce manque de communications 
semble au premier abord plus préjudiciable aux 
Allemands qu'à nous, parce que dans l'hypothèse 
de la violation du territoire luxembourgeois, 
ils seraient les premiers à utiliser cette ligne ; 
mais il faut remarquer qu'une compagnie de leurs 
bataillons de chemins de fer raccorderait d'autant 

(l) « Le Gouvernement français n'accordera des concessions, 
pour les lignes de chemins de fer appartenant a la Compagnie 
de l'Est et situées sur le territoire français, que sous la condi- 
tion expresse que le concessionnaire n'exploite point les lignes 
de Chemins de fer situées dans la Grand-Duché de Luxembourg. » 
(Articles additionnels au traité de Francfort.) 









VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 33 
plus rapidement et plus facilement les deux voies 
parallèles précitées que celles-ci sont très rappro- 
chées, et que déjà elles sont raccordées par des 
voies affectées à l'exploitation des minerais du 

pays. 

Par cette clause du traité de Francfort, 1 Alle- 
magne a réussi à isoler la France du Grand- 
Duché, et, de ce fait, elle s'est créé d'excellentes 
relations commerciales avec ce pays. Ajoutons, 
pour terminer ce chapitre, qu'en 1842, la Prusse 
avait sciemment fait entrer le Luxembourg dans 
son union douanière, le Zollverein, qui, nous 
le reconnaissons, est un bienfait pour le Grand- 
Duché (1). Cette accession du Luxembourg au 
Zollverein pouvait assurément être considérée déjà 
comme un premier pas vers l'absorption de ce petit 
État par la Prusse (2). 

(1) Les douaniers sont nommés par l'administration doua- 
nière allemande, mais ils sont de nationalité luxembourgeoise; 
leur nombre est d'environ deux cents. Les dépenses relatives 
aux douanes se sont élevées à 19 000 te. en 1885 ; la part du Grand- 
Duché, dans les revenus du Zollverein, a été de 1 690 000 r. 

(2) La Hollande ne fait pas partie du Zollverein. « L Allema- 
gne a cherché, depuis quelques années, à négocier avec la Hol- 
lande des conventions douanières spéciales et même, dit-on, a 
faire entrer ce pays dans le Zollverein : c'est par la Hollande, en 



I 


















CHAPITRE V 



NEUTRALITÉ DU GRAND-DUCHÉ. RÔLE DE LA FORCE 

ARMÉE. ANNEXION DU LUXEMBOURG A L'ALLEMAGNE 

PAR LES ARMES. DÉNONCIATION DU TRAITÉ DE 

LONDRES. LA QUESTION DU LUXEMBOURG. 



Jusqu'à quel point l'hypothèse de la violation 
de la neutralité du territoire luxembourgeois par 
les Allemands est-elle admissible? 

Depuis 1867, le Grand-Duché forme un État 

effet, que se fait la majeure partie du commerce extérieur de 
l'Allemagne, particulièrement celui des régions industrielles du 
Rhin. Ces démarches n'ont pas abouti; les Hollandais sont 
jaloux de leur indépendance politique. Ils redoutent aujourd'hui 
la puissance menaçante de l'Allemagne; beaucoup expriment, 
pour cette raison, leur sympathie pour la France, mais, d'autre 
part, on doit reconnaître les tendances allemandes d'une forte 
partie de la population et de beaucoup d'hommes politiques. » 
(Niox, Géographie militaire.) 












VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 58 

„ perpétuellement neutre » de par la volonté «les 
puissances signataires du traité de Londres ( 1). 
Les articles 3 et 5 de ce traité définissent exacte- 
ment la situation militaire du pays. L'article 5 
défend « de rétablir l'importance stratégique du 
Grand-Duché, de maintenir ou de créer à Luxem- 
bourg aucun établissement militaire »; et 1 arti- 
cle 3 subordonne l'effectif de la troupe à entrete- 
nir aux exigences seules de la sécurité intérieure 

du pays. 

Jusqu'à ce jour, l'effectif normal, actuel, de trois 
cents hommes de troupes, a toujours suffi au 
maintien du bon ordre. Cette force armée du 
Grand-Duché est placée sous le commandement 
d'un officier supérieur dont le titre officiel est celui 
« d'aide de camp du roi en service extraordinaire, 
major commandant de la force armée. » (2) 

Elle se compose actuellement de deux compa- 
gnies, l'une de gendarmes, l'autre de volontaires. 
5 La compagnie de gendarmerie (3), comprend : 

(1) France, Grande-Bretagne, Autriche, Prusse et Russie. 
f« C'est actuellement le commandant Crespin. 
3 Le règlement de la gendarmerie est notre règlement sur 
organisation et le service de la gendarmerie du 1- mars .80,. 



I 



M 



I 



50 



LE GRAND-DUCHE DE LUXEMBOURG 



1 Capitaine; 

1 Lieutenant en premier ; 

2 Adjudants sous-officiers; 
1 Maréchal des logis chef; 

1 Fourrier; 
7 Maréchaux de logis; 
26 Brigadiers ; 
2i Gendarmes de l rc classe; 
78 Gendarmes de 2 m ° classe. 
La compagnie exclusivement composé»' de volon- 
taires (1), comprend : 

1 Capitaine; 

V) Lieutenants en premier ou lieutenants; 

2 Adjudants sous-officiers; 
1 Sergent-major; 

1 Fourrier; 

12 Caporaux; 

50 soldats de l rc classe ; 






(I) Les règlements do cette troupe sont ;'i peu près les règle- 
ments français. Le contingent fédéral luxembourgeois a été or- 
ganisé eu 1841, et comme le personnel fut tiré alors de l'armée 
néerlandaise, les règlements hollandais, qui n'étaient autres que 
les règlements français, furent maintenus en vigueur après avoir 
été traduits en allemand. Aujourd'hui, ces règlements sont modi- 
fiés d'après les règlements français et allemands en vigueur. 



VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 57 



95 soldats de 2 m0 classe. 

Ce dernier chiffre peut être porté à 175 dans des 
cas exceptionnels. 

L'effectif total actuel comprend donc : 

9 officiers, 

Et 300 hommes de troupe (1). 

Recrutement. — Aux termes de la loi de 1868, 
le recrutement se fait par le tirage au sort avec 
la facilité du remplacement. Mais, depuis long- 
temps, la loi sur la conscription n'a pas eu d'appli- 
cation par le fait qu'il y a plus de demandes 
d'engagements volontaires qu'il n'y a de places 
vacantes dans les rangs des deux compagnies. 
Actuellement cent cinquante jeunes gens du pays 
sont classés comme candidats volontaires. La cause 
de ces nombreuses demandes tient à ce que les em- 
plois dans les différents services publics et dans 
les douanes sont réservés de préférence aux mili- 
taires de l'armée ; le degré d'instruction dont les 
engagés volontaires doivent justifier pour leur 









(l) Cet effectif peut être porté à 500 hommes en cas de trouble. 
Ajoutons, à titre de renseignement, une musique composée de : 
1 chef de musique, 18 musiciens ayant rang de sous-officiers, 
G ayant rang de caporaux, et 4 musiciens. 

4 



58 LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 

admission dans le corps, complété encore par trois 
heures d'école par jour dans le dit corps, leur 
donne accès dans n'importe quelle administration. 
Pour passer dans la gendarmerie, il faut avoir 
servi quatre à cinq années dans la compagnie de 
volontaires, avoir le grade de sous-officier et 
subir un examen. Tout volontaire doit savoir par- 
ler, lire et écrire l'allemand et le français. Tandis 
que la gendarmerie est répartie sur tout le terri- 
toire du Grand-Duché, la compagnie de volon- 
taires fait le service de place à Luxembourg ainsi 
que le service d'honneur (1). 

Par ce court exposé de la force armée et en rai- 
son de son rôle de police locale, nous voyons qu'à 
rencontre de la Belgique et de la Suisse également 
reconnues neutres et qui ont le droit de se fortifier 
et de s'armer, le Luxembourg n'a pas le droit de se 
mettre en état de défense (2). Mais peut-on croire que 

(1) Les dépenses militaires du Grand-Duché s'élèvent à 

378 000 francs. . 

Luxembourg est le siège d'une haute cour militaire composée 
d'un président et de quatre conseillers assistés d'un auditeur 

militaire. 

(2) La défense du Luxembourg par ses propres forces ne pour- 
rait avoir pour but et pour effet que d'interdire à l'envahisseur 



VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. S9 

vis-à-vis de l'Allemagne cette neutralité soit une 
précieuse sauvegarde de son indépendance? Non, 
car il est bien évident que pour la Prusse dont la 
devise est « la force prime le droit (1) », une neutra- 
lité, toute reconnue qu'elle est, n'est qu'une expres- 
sion politique ; elle doit fatalement être violée si 
elle n'est pas appuyée par la force des armes (2). 

l'accès du territoire en interrompant les voies de communica- 
tion, ou tout au moins de retarder sa marche pour permettre à 
l'armée adverse do faire diversion. 11 faudrait 20 000 hommes 
pour défendre Luxembourg fortifié. 

« En l'état, on ne peut faire encourir une responsabilité au 
Grand-Duché, s'il ne repousse pas une attaque dirigée contre 
lui, puisqu'on lui a rendu la chose impossible ; ce qu'on peut 
exiger seulement, c'est qu'il ne soit pas de connivence avec un 
agresseur, et que, dans le cas d'une agression, il la dénonce et 
proteste. » (Servais, Le Grand-Duché de Luxembourg et le traité 
de Londres.) 

(1) « Macht geht iiber Recht » (Bismarck, 1863). 

(2) « Pour signifier quelque chose, une neutralité doit être 
armée, assez bien armée pour inspirer et, au besoin, imposer 
le respect. Mais il est rare qu'il en soit ainsi ; les petites puis- 
sances européennes élevées au rang de « matelas, de tampons, 
de bouche-trous » ne sont généralement dotées que de forces 
militaires insuffisantes. Dès lors, leur neutralité n'est plus qu'une 
simple expression diplomatique; leur situation de spectateurs 
désintéressés des luttes possibles n'est qu'une simple fiction. 
Il convient de se rappeler le mot de Lord Palmerston : « Je n'at- 
« tache, disait-il, aucune importance à la neutralité désarmée, 
a car j'ai toujours observé que, lorsqu'une guerre éclate et qu'une 



' 



*H 



■ 



60 LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 

Qu'une guerre survienne entre la France et son 
^ennemie héréditaire (1), le Luxembourg .sait Jnen_ 
Ce si la France est victorieuse son indépendance 
^respectée, mais qu'il n'y a rien à attendre de 
TÂHe^ne triomphante : le Grand-Duché serait 
annexé à l'empire Allemand. Qnelle puissance ose- 
rait s'opposer à cette violation « naturelle » du 
traité de 1867? L'Angleterre s'en désintéresse- 
rait à cause de la satisfaction qu'elle aurait de 
voir l'Allemagne ne pas s'engager en Belgique, 

. nation croit utile de traverser en ^^^^^ 

les armes.) .,.,,„„,.„„ est r am i e naturelle de 

to l iliî Ï ÏÏÎXjrS^.- -tes ies 
iSTife l'Empire romain ^^^J^X 
mains, toutes les invasions que la Gaule » «■ P ^ 

siècles où les Barbares on |M^£ £ J 1 ^ qui 

L ° U1S ntfux nr eï supprimer les victoires de la Révolution et 
un diplomate russe.) 




VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 61 
l'Autriche est trop liée à la politique allemande 
pour la contrarier sur l'annexion d'un territoire qui 
lui importe peu, et la Russie est trop loin pour 
prendre intérêt à sauvegarder l'indépendance d'un 
pays qui est moins grand que le plus petit de nos 
départements (1). 

Il n'y a d'ailleurs pas d'illusions possibles sur les 
desseins de la Prusse, etles Allemands eux-mêmes 
ne cachent pas leurs arrogantes prétentions. Les 
traités officiels de géographie n'enseigent-jls pas 
que le Luxembourg est considéré comme dépen- 
dance de l'Allemagne « parce que l'on y parle alle- 
mand, que le Grand-Duché est compris dans les 
frontières naturelles de l'empire, et qu'il a appar- 



0) 



SUPERFICIE 

en 

K1LOM. CABBÉS. 



2587 



POPULATION 
en 1866. 



209570 



DENSITE 
par 

K1LOM. CARRÉ. 



81 



LUXEMBOURG, 



17 000 hab. 



RECETTES. 



G mill. 1/2 



Le Grand-Duché est divisé en trois districts (arrondisse- 
ments) : Luxembourg (avec 4 cantons). Dickirch (5 cantons) 
et Grevenmacher (3 cantons). La chambre des députés com- 
prend 42 membres. 



62 



LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 



tenu jusqu'en 1866 à la confédération germanique, 
dont il n'a été détaché que par la cupidité conqué- 
rante des Français. » (1) 

Il y a, au reste, dans l'histoire contemporaine un 
précédent qui ne doit pas laisser de doute sur 
les intentions maladroitement dissimulées du gou- 
vernement allemand. Les Luxembourgeois doi- 
vent toujours avoir présente à la mémoire la tenta- 
tive de M. de Bismarck en 1870. 

Au mois de décembre 1870, M. de Bismarck 
déclara dans une note menaçante, adressée de 
Versailles au gouvernement grand-ducal, qu'il 
considérait la Prusse libre de tout engagement 
vis-à-vis le Grand-Duché auquel il reprochait d'avoir 
violé sa neutralité, d'abord en ne mettant pas sur 
les frontières les troupes nécessaires pour empêcher 
le passage à travers- le Luxembourg de plus de 

(1) Pour les mêmes raisons, la Belgique et la Hollande sont 
considérées comme dépendances de l'Allemagne, surtout, -cause 
inavouée, - parce qu'elles ont des ports et que l'Allemagne n'en 
n'a pas. Il ne faut pas oublier que la Prusse n'a reconuu la 
neutralité de la Belgique qu'à la condition que des voies fer- 
rées relieraient les grands centres allemands aux ports belges; 
c'était pour se ménager des voies d'invasion. Une grande voie 
ferrée de Mayence à Anvers par Bruxelles va être entreprise; 
Anvers est l'escale des steamers transatlantiques allemands. 



VIS-A-VIS DE LA FfiANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 63 
2000 officiers et soldats français qui rentraient ainsi 
en France en tournant les armées allemandes et 
leurs lignes d'occupation, et en outre en fournissant 
des approvisionnements considérables en vivres à 
Thionvillc. Le chancelier terminait ainsi : « Les 
conditions premières auxquelles le gouvernement 
prussien devait subordonner son respect pour la 
neutralité du Grand-Duché n'existent plus. 

« En conséquence, le soussigné, sur l'ordre de Sa 
Majesté le roi, a l'honneur de déclarer au gouver- 
nement grand-ducal que le gouvernement du roi, 
dans les opérations militaires des armées alleman- 
des, ne se considère plus obligé d'avoir égard à la 
neutralité du Grand-Duché, et qu'il se réserve de 
donner suite à ses réclamations contre le gouver- 
nement luxembourgeois enraison du préjudice que 
luia causé le non-maintien de la neutralité. » Déjà 
les troupes allemandes de Thionville et de Longwy 
étaient prêtes à occuper le Grand-Duché. Le parti 
allemand s'agitait à Luxembourg et demandait 
l'annexion pure et simple (1). 

« Toute l'Allemagne souhaitait cette annexion 



(1) A. Sorel. Histoire diplomatique de la guerre de 1870-71. 






64 LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 

et l'attendait avec impatience, dit avec ingénuité 
un historien allemand de la guerre de 1870-71, afin 
de résoudre une fois pour toutes la question. » Mais 
l'Angleterre intervint (1), et les populations qui 
avaient constitué à Luxembourg un comité patrio- 
tique permanent pour surveiller et déjouer les 
machinations de la presse allemande hostile à la 
neutralité du pays, se prononcèrent pour la neutra- 
lité. Celle dénonciation du traité de Londres doit être 
un avertissement pour le Grand-Duché (2). 

D'autres faits historiques montrent à quel point, 






[0 Lord Granville objecta que la Prusse ne pourrait occuper 
le Luxembourg sans une demande préalable et une autorisation 
des puissances cossignataires du traité de Londres. M. de Bis- 
marck répondit que cette demande préalable éta.t impossible, 
et que si les faits qui s'étaient passés à Thionville venaient à se 
renouveler devant Longwy, une occupation partielle du terri- 
toire luxembourgeois deviendrait inévitable. 

(2) Rapprochons la dénonciation du traité de Londres et la 
déclaration faite au Parlement, par M. de Bismarck, dans la 
séance du 24 septembre 1867 : « Nous avons trouvé une com- 
pensation, pour le droit d'occuper une forteresse qui présentait 
une faible utilité stratégique (en 1867j d'après la conviction de 
nos autorités militaires, dans la neutralisation du Grand-Duché 
et dans la garantie européenne au maintien de laquelle, s'il y 
a lieu d'y recourir, j'ai foi, malgré toutes les chicanes. Cette ga- 
rantie nous dédommage complètement de la perte de notre droit 
de garnison qui était caduc et douteux. » 



VIS-À-VIS DE LA. FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 03 

avant 1870,1c chancelier se jouait du Luxembourg. 

Après la conclusion du traité de Prague (1866), la 
France réclama des compensations territoriales à la 
Prusse. M. de Bismarck feignit d'offrir des compen- 
sations partout où l'on « parlait français; «il devait 
décider le roi à nous abandonner le Luxem- 
bourg (1). 

L'annexion à la France était probablement sur le 
point d'aboutir (1867), quand le parlement alle- 
mand protesta violemment contre cette cession , « qui 
était une contrainte pour la Prusse de reculer sa 
ligne de défense et d'abandonner une ville allemande 
depuis dix ans. » (2). On sait que le gouvernement 
français exigea alors le retrait de la garnison prus- 
sienne; » il renonçait ainsi au territoire dont la ces- 

(0 „ S. M. le roi de Prusse, promet de faciliter à la France 
,-ac uisftion du Luxembourg; a cet effet, la dite »M*l£j« 
en négociations avec S. M. le roi des Pays-Bas pour le déterminer 
a fairf à l'empereur des Français la cession de ses droit, souve- 
rains sur ce duché moyennant une compensât,*. qui sera jugée 
suffisante, ou autrement. Pour faciliter cette transaction, 1 em- 
pereur desFrancais de son côté s'engage à assumer 
ment les charges pécuniaires qu'elle pourrait comporter. » 
(Art. II, Traité Benedetliy . 

1 h) Luxembourg, place fédérale. La garnison prussienne était 
d-environ 5000 tommes, avec un matériel d'arUllene considé- 
rable; elle devait être doublée en cas de guerre. 



■ 









66 



LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 



■ 



sion étaitconsentic en notre faveur par son légitime 
souverain et où nous appelaient les vœux des po- 
pulations. » Cette question du Luxembourg faillit 
être un « casus belli» entre la France et la Prusse, 
mais le conflit fut évité par l'intervention des puis- 
sances qui signèrent le traité de Londres. La solu- 
tion de la question, qui était à la fois un échec pour 
la diplomatie française, et pour les Allemands une 
cruelle déception, excita la haine réciproque de la 
France et de la Prusse. On peut même avancer 
que l'annexion du Grand-Duché à la France en 
1867 aurait peut-être empêché la guerre de 1870, 
car cette possession nous aurait rapprochés de la 
Prusse, et aurait diminué pour nous l'importance 
de la question de la candidature du prince de 
Hollenzollern qui servit de prétexte à la déclara- 
tion de guerre. 



o:*:» 



CHAPITRE VI 

LA LANGUE ALLEMANDE DANS LE GRAND-DUCHÉ DE 
LUXEMBOURG. — LE PRESTIGE MILITAIRE DE LA 

PRUSS E. ESPRIT DES POPULATIONS DU BASSIN DE 

LA MOSELLE. 



Si l'échange du territoire de Belfort contre celui 
des sources del'Alzette, l'acquisition des chemins 
de fer luxembourgeois par les Allemands, la par- 
ticipation du Grand-Duché au Zollverein, l'inter- 
diction imposée à la France par la Prusse de se 
relier directement par une voie ferrée au Luxem- 
bourg, la dénonciation du traité de Londres en 1870 
etc. etc. nous révèlent le projet depuis longtemps 
prémédité par l'Allemagne de s'annexer le Grand- 
Duché, d'autres considérations nous dévoilent 
encore les agissements des Allemands dans ce pays. 









I 



68 



LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 



Nous ne parlerons que de l'expansion de la 
langue allemande dans le Luxembourg. Depuis 1870, 
la langue française a perdu graduellement sur la 
langue allemande, et de ce fait découle la preuve 
la plus manifeste de l'influence progressive de 
l'Allemagne dans le Luxembourg. 

Quelles sont les deux caractéristiques fonda- 
mentales qui définissent la nationalité d'un pays 
comme celle d'un individu? Ce sont sa langue et 
son patriotisme ; ces deux éléments sont fonctions 
réciproques l'un de l'autre. 

Le pays qui perd sa langue, perd son patriotisme, 
et, par suite, sa nationalité, car, sans patriotisme, 
un peuple ne peut plus prétendre compter dans le 
monde (1). 

De tout temps on a plus parlé l'allemand en 
Basse-Alsace qu'en Haute- Alsace, et plus en 
Haute-Alsace qu'en Lorraine. Aussi, constate-t-on 
que l'œuvre de germanisation rencontre bien plus 

(I) <> Défendre sa langue nationale, c'est pour un peuple dé- 
fendre ce qu'il y a de plus immatériel en lui, c'est protéger ce 
qui survit à toutes les catastrophes, à la disparition même de 
l'expression personnelle de ses idées, de son caractère, de son 
génie intellectuel. On sait que telle a été la préoccupation cons- 
tante du tout puissant ministre d'une nation voisine. » (Foncin). 



VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 



60 



de résistance en Lorraine qu'en Alsace (1). Si 1 on 
compare les résultats du recrutement particulier 
aux trois circonscriptions de la Lorraine (Metz), 
de la Haute-Alsace (Colmar) et de la Basse-Alsace 
(Strasbourg), on voit que le recrutement réussit 
moins bien, pour les intérêts allemands, en Lor- 
raine qu'en Alsace, et moins en Haute-Alsace 
qu'en Basse-Alsace (2). 

Il y a plus de réfractaires à la loi militaire dans 
la première de ces circonscriptions que dans la 

(1) , Il ne faut pas oublier que le nombre de gens en Alsace- 
Lorraine connaissant le français diminue «Vannée e»-e^ 
nue bientôt, les générations arriveront a 1 âge d homme sans 
^naVoir ente'ndu un mot. Comme la langue est le grand vé icu te 
de Vidée, il est incontestable qu'à ce moment la un er^ 
aurait été fait dans le sens de la germanisation et que les popu 
lations auront moins de force de résistance. Les Allemands es- 
pèrent. Depuis longtemps, ils ont renonce a agir sur la généra- 
don actuelle, j'entends sur celle qui avait vmgt ans an moment 
de l'annexion et sur celle qui la suit immédiatement, m»ib 
comptent sur les enfants qui viennent de naître ou qui sont . 
naître. Ils pensent, par VÉcole, la Caserne, l'aeUon adnum.tra- 
tive, pétrir leurs cerveaux de telle sorte qu'à la lon ^ * ^ 
auraient des pensées et des sentiments allemands. » (Paul Me- 
lon, Les Allemands en Alsace-Loraine.) 

(2) Le contingent annuel est d'environ 40000 conscrits sur les- 
quels 4900 environ sont incorporés. Le chiffre moyen des enga- 
gés volontaires de trois et quatre ans est de 140, sort une 
moyenne de 17 engagés volontaires sur 1001) appelés. Des pro- 









w 






I 



70 



LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 



deuxième, et plus dans Ja deuxième que dans la 
troisième ; de même il y a moins de réfractaires 
dans la première que dans la deuxième, et moins 
dans la deuxième que dans la troisième. En parti- 
culier, en Lorraine, il y a plus d'insoumis dans le 
territoire de Metz où l'on parlait exclusivement 
le français d'avant 1870, que dans celui de Thion- 
ville où l'on parlait exclusivement l'allemand 
avant la guerre. C'est donc une faute du gouverne- 
ment français d'avant 1870, de n'avoir pas proscrit 
l'allemand dans les départements de l'Alsace et de 
la Moselle. Par l'exemple de l'Alsace, on peut 
comprendre maintenant, en Europe, quels dangers 
courent les pays où, par une funeste incurie de 
l'administration, les classes inférieures de la po- 
pulation continuent à se servir librement du pa- 
tois allemand. C'est par cette néfaste tolérance, 
que les Allemands arrivent à la réalisation du vœu 
national du poète populaire de la guerre de 1813 : 
« Partout où Von entend parler allemand, la terre 

vinces de l'empire qui fournissent le plus grand nombre d'en- 
gagements volontaires, l'Alsace-Lorraine vient en quatrième ligne 
avec un nombre d'engagés double de celui de l'État qui en 
fournit le moins, le grand-duché de Bade. C'est un résultat dont 
les Allemands ne manquent pas de se glorifier. 






VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 71 
est allemande (1). » Cette théorie, que confirment 
les résultats du recrutement dans les provinces 
annexées (2), démontre que le jour où le Luxem- 
bourg aura complètement abandonné la langue 
française pour se servir exclusivement de la 
langue allemande, il sera véritablement acquis 
à l'Allemagne. Quel est l'idiome du Grand-Duché? 
la langue allemande y est universellement parlée ; 
c'est la langue commerciale du pays, tandis que le 
français ne constitue que le langage policé (3). 

L'instruction obligatoire enseignant parallèle- 
ment dans les écoles l'allemand et le français, 
quelle conclusion tirer de ce fait, que sur une po- 



« Was ist des Deutschen Vaterland? . . 
So weit die deulsche Ziinge klingt, 
Das, wackrer Dcutscher, nenne dein. 



(Arndt, 1813). 



(2) Dans les trois circonscriptions d' Alsace-Lorraine, la langue 
allemande est parlée dans les proportions suivantes : Lorraine 
dans 95 p. 100 des communes; Haute-Alsace dans 8c> p. 100 des 
communes; Basse-Alsace dans 49 p. 100 des communes. 

j _ Riffractaii-es à la loi militaire : 

Lorraine 1.05 p. 100, Haute-Alsace 1.00, Basse-Alsace 0.60. 

// — Engagements volontaires: 

Lorraine 0.5 p. 100, Haute-Alsace 0.8, Basse-Alsace 1.2. 

(3) Le pays n'a pas d'idiome particulier. Le patois allemand 
luxembourgeois, qui se parle également en Lorraine, est sans 
originalité. 






72 



LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 







pulation totale de 209,570 habitants, 4,000 à peine cl. 
parlent exclusivement le français dans la^vnr-oT^' 
dinaire, et qu'un tiers de cette population ignore 
complètement la langue française? [ify < • 
/n ^ Vi ' Il nous est permis de conclure que c'est le sen- 
t*^4- ^-timent allemand qui domine chez les populations 
luxembourgeoises. Ce résultat, si favorable aux 
intérêts allemands, est dû surtout aux efforts des 
« sociétés scolaires allemandes. » 

Depuis longtemps les Allemands ont compris 

Les débats à la chambre ont lieu dans les deux langues, mais 
le compte rendu analytique est en allemand. 

Devant les tribunaux, les plaidoiries se fout en français (si on 
peut appeler ainsi un amalgame de mots français, allemands et 
hollandais), mais l'audition des témoins et des prévenus est en 
allemand. Les codes français sont toujours en vigueur dans le 
Grand-Duché. 

« La langue Welsche est devenue d'autant plus facilement 
Vidiome policé du pays, que le mouvement d'émigration tempo- 
raire entraîne surtout vers la France les jeunes Luxembour- 
geois; on en compte environ 25000 sur le territoire français, 
soit la 8<= partie de toute la population du Grand-Duché. Paris 
est la cité vers laquelle se dirigent presque tous les émigrants 
nés sur le bord de la Sure et de l'Àlzelle. » (E. Reclus, Géographie.) 

(I) Cette population se compose comme il suit: 197 027 sont 
Luxembourgeois, 8 412 de nationalité allemande, 1 085 de natio- 
nalité française, 2 548 de nationalité belge, 219 de nationalité 
italienne, 39 de nationalité hollandaise, 240 d'autres nationalité* 
d'Europe. (D'après de Stein.) 



VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 73 

combien la vulgarisation de la langue allemande 
dans un pays étranger, était un procédé efficace 
pour y établir leur influence ; aussi ont-ils cherché, 
depuis 1870, à proscrire le français du Grand- 
Duché, de même qu'en Alsace-Lorraine ils ont 
imposé, par des lois vexatoires, l'enseignement 
obligatoire de l'allemand, et interdit l'enseigne- 
ment du français. Les résultats étonnants obte- 
nus par les sociétés scolaires allemandes, dans 
tous les Etats du monde, mais surtout en Eu- 
rope (1), démontraient à l'avance à la Prusse la 
toute puissance de ce facteur, la langue allemande, 
pour la colonisation du Luxembourg comme pour 
celle des pays annexés. 

Ces associations qui fonctionnent en tous pays, 
ont pour but, comme on le sait, de conserver au 
germanisme les Allemands établis à l'étranger, et 
de les aider à rester Allemands ou à le redevenir, 
en les soustrayant à l'influence des nationalités 
étrangères (2). Les progrès remarquables de l'Alle- 

(1) La langue allemande est parlée sur le continent européen 
par 60 millions d'individus, la langue française par 45 millions. 

(2) « On a pu trouver quelquefois outrées ou puériles les 
mesures que M. de Bismarck a prises pour défendre la langue 
nationale; mais c'est une preuve de plus du soin jaloux avec 

5 









74 LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 

mand en Hollande, dans les Flandres, en Bel- 
gique (1), en Suisse, obtenus par cette œuvre 
d'expansion de l'influence allemande, grâce à la 
création d'écoles, bibliothèques, journaux, cer- 
cles, etc., étaient une garantie certaine pour les 
Allemands, qu'en s'évertuant à faire prédominer 
l'idiome allemand sur l'idiome français dans le 
Grand-Duché, c'était le procédé le plus efficace 
pour refouler les sentiments hostiles à l'Alle- 
magne (2). 

lequel on doit veiller à l'intégrité d'une langue comme on veille 
a l'intégrité des frontières. Cependant la simple défensive ne 
saurait suffire quand il s'agit de la langue d'un pays. Elle est 
soumise, comme les individus et les peuples, à la lutte pour l'exis- 
tence, et c'est par la propagation qu'elle combat. » (P. Foncin). 
H y a en France une association nationale pour la propagation 
de la langue française à l'étranger et aux colonies, c'est : « L'al- 
liance française. » 

(1) En Belgique, les résultats et les efforts de ces sociétés sont 
indiqués d'une manière significative par la promulgation ré- 
cente d'une circulaire du ministre de la guerre qui prescrit à 
l'avenir, dans l'armée belge, l'étude de la langue flamande, alors 
que la langue française avait été jusqu'ici en quelque sorte la 
langue officielle de l'armée. Le flamand a beaucoup d'analogie 
avec le patois bas-allemand, et actuellement un mouvement de 
rapprochement entre ces deux idiomes s'opère activement. 

(2) Sur les six journaux publiés à Luxembourg deux seulement 
sont rédigés en français ; toutes les feuilles locales sont en alle- 
mand. 




M» 






VIS-A-VTS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 75 

Leurs efforts ont été couronnés de succès, et ils 
se félicitent hautement des résultats qu'ils ont 
obtenus. 

Les agissements du parti allemand, l'influence 
de la langue allemande, l'isolement de la France, 
le prestige de la gloire militaire de la Prusse, la 
conviction que l'issue d'une prochaine guerre sera 
de nouveau fatale à la France, sont autant de fac- 
teurs qui concourent puissamment à détruire dans 
le Luxembourg l'influence française et les sympa- 
thies que nous y avions avant la guerre de 1870. 



§2 

Avant la guerre de 1870, le Luxembourg était 
universellement bien disposé pour la France; sa 
population avait gardé le souvenir de l'occupation 
allemande antérieure à 1867 pendant laquelle les 
rapports de la population et de la garnison n'étaient 
pas ceux d'une entente cordiale. A cette époque, 
si pour ne pas pousser les populations luxembour- 
geoises à devenir françaises ou prussiennes mal- 
gré elles, on les avait consultées en organisant un 
plébiscite comme en Savoie en 1860, toutes se 



I 









10 



LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 



seraient prononcées en notre faveur (1). En 1870, 
leurs sympathies pour nous se sont bien affirmées 
encore par l'asile donné à nos réfugiés de Metz et de 
Thionville (2). Mais nos derniers échecs ont sérieu- 
sement atténué ces bonnes relations : il y a eu un 
mouvement bien marqué de sympathies pour l'Al- 
lemagne victorieuse et arrogante. D'ailleurs, le 
Luxembourg ne confine plus à la France que sur 
quelques kilomètres d'étendue à l'est de Longwy. 
H y a lieu d'ajouter que l'influence allemande est 
toute naturelle. Depuis plus de quarante ans, le 
Luxembourg a noué avec l'Allemagne un traité de 
commerce des plus avantageux pour son industrie 

(1) Avant 1795, le Luxembourg avait subi toutes les vicissi- 
tudes des guerres de la royauté française contre la maison d'Au- 
triche : il appartenait, en totalité ou en partie, tantôt à la France, 
tantôt à l'Allemagne. La ville de Luxembourg, avec le territoire 
qui en dépendait, nous appartint de 1444 à 1477, de 1681 à 1698, 
de 1701 à 1715. En outre, de 1659 à 1681, la partie méridionale 
du Grand-Duché, ou Luxembourg français, nous avait appartenu 
avec Thionville et Montmédy. Annexé de nouveau par Bonaparte, 
le Grand-Duché forma le département des Forêts jusqu'en 1815. 
Le Congrès de Vienne le rendit alors à l'Allemagne. 

(î) En 1870, le Luxembourg n'avait pas partagé l'enthousiasme 
général qu'avaient suscité' dans les provinces allemandes les pre- 
miers succès de la Prusse : d'où la colère des Allemands et la 
dénonciation du traité de Londres (chap. V). 






VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE- "7 

et son commerce, et surtout pour sa métallurgie qui 
constitue la richesse principale du pays (24 mil- 
lions). 

Sa participation au Zollverein, c'est sa richesse 
même. Disons en outre que l'annexion de la Lor- 
raine à l'Allemagne a été favorable aux intérêts 
luxembourgeois par le fait de la suppression des 
douanes françaises le long de la frontière franco- 
luxembourgeoise que nous avons perdue. Aussi, la 
classe laborieuse du pays., celle qui comprend les 
industriels, les commerçants et les agriculteurs 
dont tous les intérêts dérivent de ces relations 
avantageuses avec la Prusse, est contraire à la cause 
française; seule, la classe instruite du pays, la 
classe indépendante, « celle qui n'a pas besoin de 
raisonner», se pique de sentiments anti-allemands. 

« Il y a dans le royaume néerlandais, comme 
en Belgique, un parti allemand et un parti fran- 
çais, dit l'auteur A' Avant la bataille. Ici, comme là, 
le premier de ces deux partis s'est formé sur des 
questions d'intérêt : la force, même l'apparence 
seule de la force basée sur la légende, offre tou- 
jours de puissants attraits à ceux qui sont faibles. 
Si l'on y joint l'influence d'une reine, la crainte de la 






I 



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78 



LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 



i 



propagande d'idées républicaines, puis les affaires 
d'un commerce qui a d'autant plus de points de 
contact que les deux pays sont limitrophes, on 
comprendra qu'il y ait en Hollande des amis de 
l'Allemagne. La France compte surtout ses ami- 
tiés dans la partie de la population hollandaise 
qui, tout en s'occupantde négoce, s'inspire de nos 
idées en littérature comme de nos progrès dans 
les sciences et les arts. » 

Eîi théorie, le « nous voulons rester ce que nous 
sommes » de leur chanson patriotique de 1866, 
alors qu'on demandait aux Luxembourgeois s'ils 
voulaient être Français ou Allemands, exprime au 
mieux les sentiments des populations d'un pays 
neutre; mais, en réalité, et contradictoirement, les 
Q aspirations de la majorité des habitants sont gal- 
, lophobes ; ils favorisent ainsi eux-mêmes l'influence 
^ allemande si dangereuse pour leur indépendance. 
Il est hors de doute, et nous l'avons suffisamment 
prouvé dans les chapitres précédents, que si dans 
une prochaine guerre, l'Allemagne l'emportait en- 
core sur la France, la sanction de ce fameux refrain 
de leur chanson populaire serait celle de la loi du 
plus fort. Les Luxembourgeois reverraient l'uni- 



m 














VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 79 

forme prussien dans leurs murs, avec cette diffé- 
rence qu'ils seraient astreints eux-mêmes au régime ç, 
militaire dont l'exonération, clans l'état actuel des 
choses, constitue selon eux le plus beau fleuron de ^ 
leur neutralité. 

M. de Bismarck leur en donne le motif : « l'école 
et le service militaire seront toujours les moyens 
les plus efficaces pour faire disparaître les senti- 
ments d'hostilité entre deux peuples, le vainqueur 
et le vaincu. » 

Doit-on conclure de ce qui précède que le Luxem- 
bourg est asservi à la cause allemande ? Non. La 
classe instruite du pays voit plus loin que la gloire 
militaire de la Prusse pour laquelle la guerre 
n'est qu'une industrie. Elle sent bien les dangers de 
l'immixtion lente et calculée de sa puissante voi- 
sine, et elle se méfie de cette politique allemande 
grossièrement adroite dans l'art de s'affranchir de 
ses devoirs en sacrifiant tous ses engagements à 
ses calculs. 

Elle sait surtout que l'annexion du Luxembourg 
à l'Allemagne aurait pour le pays les mêmes et dé- 
sastreuses conséquences qu'a valu à la Lorraine son 
annexion à l'Empire, savoir : 1° l'appauvrissement 



I 






80 



LE GRA.ND-DUCHE DE LUXEMBOURG 



progressif du pays annexé, et 2° l'abaissement gra- 
duel du niveau moral de ses habitants. Cet abaisse- 
ment est la conséquence de l'affaiblissement du 
patriotisme qui se traduit par l'incorporation 
progressive des jeunes gens du pays dans les 
rangs de l'armée allemande, et qui découle lui- 
même du développement de la langue allemande 
au détriment de la langue française. Il a évi- 
demment son milieu dans la classe moyenne de la 
société. 

Mais ce n'est pas seulement par l'exemple des 
pays annexés que le Grand-Duché se rend compte 
dans quelle situation économique le placerait sa 
réunion à l'empire d'Allemagne. 

Le Luxembourg est un pays où le bien-être a 
toujours fait contraste avec la misère qui règne 
dans le pays allemand de l&rive droite de la Moselle, 
qui la sépare de la Prusse rhénane. Quiconque visi- 
terait cette province ne saurait manquer de décou- 
vrir, chez les populations riveraines de la Moselle, 
une haine occulte contre la Prusse, conséquence de 
l'état précaire des habitants de la campagne, causé, 
comme en Lorraine, par la dépréciation de la pro- 
priété foncière et l'augmentation des charges mili- 










VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 81 

taires (1). Cette haine pourrait se doubler de sym- 
pathies pour la France si on cherchait à travailler 
les esprits dans ce sens (2). Assurément ce ne serait 
pas chose facile que de nous rendre favorables, dans 
la prochaine guerre avec l'Allemagne, ces popula- 
tions qui ont été françaises et qui en sont à regret- 
ter la défaite de la France dans la dernière guerre. 
En 1870, une victoire des Français, au début de la 
campagne, aurait pu nous assurer leur appui et 

(1) Le pays est placé sous le régime du droit à l'assistance. Il 
n'est pas étrange de constater que la misère est une cause ina- 
vouée du nombre considérable de rengagements dans l'armée 
allemande. 

(2) Toutes les populations de la rive gauche du Rhin avaient 
fait d'importantes et d'énergiques protestations contre la guerre 
fratricide de 186G. M. de Bismarck était devenu l'objet do toutes 
les malédictions, et du roi de Prusse lui-même on parlait dans 
les termes les plus offensants malgré les lois par lesquelles il 
était défendu aux habitants de délibérer sur des questions con- 
cernant les affaires politiques. M. de Bismarck se rendait compte 
depuis longtemps de l'antipathie de ces populations allemandes 
pour la Prusse; aussi était-il décidé à céder à la France une 
portion du territoire compris entre le Rhin et la Moselle en 
compensation d'une coopération armée de la France pour ré- 
soudre la question de la Vénétie, du Schlesvig-Holstein et de la 
réforme de la confédération germanique, au cas où avorterait le 
congrès qui devait se réunir à cette fin. On sait que le roi Guil- 
laume s'opposa à ce plan, et que M. de Bismarck proposa dans 
la suite à la France l'annexion du Luxembourg. (Voir l'Histoire 
diplomatique de la guerre de 1870-187 1, par A. Sorel.) 



I 






82 LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 

même celui de beaucoup de petits États vassaux de 
la Prusse, mais aujourd'hui l'Allemagne entière 
roule fascinée dans l'orbite créé par la Prusse, et 
un choc, une victoire, ne l'en ferait pas facilement 
sortir. C'est que toutes ces populations, pour en 
revenir à ce que nous disions au commencement de 
ce chapitre de l'influence de la langue sur le patrio- 
tisme, font avant tout partie de la grande famille 
de langue allemande, et que toutes sont sous la 
fascination et le pouvoir de la Prusse dont le mili- 
tarisme féodal les conduit à l'avilissement et leur 
enlève tout élan vers l'indépendance. Du fait de 
l'annexion du Luxembourg à la Prusse, l'émigra- 
tion et les charges militaires auraient pour le 
Grand-Duché les mêmes résultats. Aussi, la partie/ 
éclairée de la population redoute-t-elle l'annexion,/ 
et tourne-l-elle toutes ses sympathies vers lsJ 
France : elle sait, par l'aveu même des Allemands! 
que le sort de l'indépendance du Luxembourg es! 
lié à celui de la France dans une prochaine 
guerre contre l'Allemagne. Celle-ci ne cache pas 
ses revendications : « Il faut une guerre éner- 
gique et prompte contre la France, une guerre of- 
fensive portée rapidement sur la rive gauche du 



[ 




ASm 



VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 



83 



Rhin ; il ne ^faut pas se croire en paix avant que 
tous les hommes de langue allemande, en Lorraine, 
en Alsace, dans le Luxembourg et les Flandres, 
soient délivrés de la domination française et ren- 
dus à l'empire allemand. Voilà le devoir et le but. 
Si l'on n'atteint pas ce but, rien n'est fait (1). » 

(I) « Rentrez dans vos foyers fiers d'avoir reconquis à l'empire 
allemand les provinces qu'il avait perdues depuis longtemps, » 
dit l'empereur Guillaume dans son ordre à l'armée en quittant 
le sol français. 

Le prince de Hohcnlohe, dans son manifeste électoral aux 
Alsaciens-Lorrains, s'exprime ainsi : « La réunion à l'empire 
d'Allemagne de l'Alsace-Lorraine, ces anciens territoires alle- 
mands, est irrévocable; elle ne pourra cesser qu'avec l'exis- 
tence même de l'empire d'Allemagne. » 

a Malgré sa victorieuse campagne de 1870-71, l'Allemagne n'a 
encore repris qu'une partie des provinces perdues. » (Daniel et 
Kirchhoff, Guide géographique.) 



I 







CHAPITRE VIL 



HÉRITAGE DU DUC DE NASSAU. — LE LUXEMBOURG AUX 
ALLEMANDS. — LA PROCHAINE GUERRE. — (( GALLIA 
RHENANA. )) 



L'influence allemande étant un fait démontré 
avec toutes ses conséquences dangereuses pour le 
Luxembourg, il y a lieu de répondre maintenant 
à la question suivante qui se pose tout naturelle- 
ment. Le roi de Hollande, suzerain du Luxem- 
bourg, dont les sympatbies pour la France ne doi- 
vent pas être suspectées, (1) ne combat-il pas cette 

(1) « La Hollande a tout intérêt à conserver d'excellentes re 
lahons avec la France; outre que cette attitude répond à ses 
préférences, elle lui offre encore la meilleure garantie pour ses 
possessions d'outre-mer, car nous ne sommes point ingrats et 
nous saurions au besoin témoigner notre reconnaissance, dans 



VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 85 

influence qui ne tend rien moins qu'à lui enlever 
le Grand-Duché, et croit-il que la neutralité de ce 
pays est une garantie sérieuse de la possession 
éloignée de son petit royaume? (1) Il est facile 
de répondre, croyons-nous. 

Le Luxembourg n'appartient pas à la Hollande, 
mais au souverain de ce pays, qui en est le grand- 
duc (2). 

Il gère ses affaires comme il l'entend, sans que 
le gouvernement hollandais puisse s'immiscer dans 
son administration; depuis longtemps, il a séparé 
ses intérêts de ceux des Pays-Bas, et auprès des 
grandes puissances il s'est fait représenter par des 
agents directs. La suzeraineté du roi de Hollande 

l'hypothèse d'une conflagration générale, en concourant à la 
défense des colonies hollandaises contre les tentatives des deux 
grandes puissances maritimes qui pourraient convoiter ces colo- 
nies. Ces deux puissances qui n'hésiteraient pas à participer à la 
curée, mais qui se disputeraient vraisemblablement les dépouil- 
ler de la Hollande pour la punir de sa neutralité ou de son iso- 
lement au milieu d'une grande guerre, sont l'Allemagne et l'An- 
gleterre qui, chacun le sait, aiment volontiers profiter de 
l'affaiblissement des autres États ou de leur défaite, pour s'ap- 
proprier ce qui leur convient. » (Barthélémy. L'ennemi chez lui.) 

(1) « Un village sur la frontière vaut mieux qu'une principauté 
à soixante lieues. » (Frédéric II.) 

(2) Par les traités de 1815 et de 1839. 












86 LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 

étant toute nominale, le Grand-Duché n'est d'au- 
cune importance pour le pays. Cette situation ne 
justifierait toutefois point l'indifférence du roi des 
Pays-Bas dans la gérance des affaires politiques 
du Luxembourg, et n'excuserait pas, aux yeux de 
ses sujets, l'attitude toute impartiale qu'il garde 
vis-à-vis des deux grandes puissances également 
intéressées à la possession du Grand-Duché. C'est 
qu'il faut dire que si le lieutenant du roi de Hol- 
lande, qui administre le Grand-Duché, combattait 
dans le Luxembourg l'influence allemande, il ne 
travaillerait pas moins « pour le roi de Prusse ». 
On sait que le roi des Pays-Bas, Guillaume III, 
est vieux (69 ans) et n'a pas d'héritier mâle. Le 
principe de la loi salique étant appliqué au Grand- 
Duché, les droits de souveraineté sur ce pays pas- 
seront, à sa mort, à une famille allemande, à la 
maison de Nassau (d). 



(I) « Le roi Grand-Duc maintient les liens qui attachent le 
Grand-Duché à la maison d'Orange-Nassau, en vertu des traités 
(1815, 1839) qui ont placé cet État sous la souveraineté de sa 
Majesté le roi Grand-Duc, ses descendants et ses successeurs. 

« Les droits que possèdent les agnals de la maison d'Orange- 
Nassau sur la succession du Grand-Duché, en vertu des mêmes 
traités, sont maintenus. » (Art. 1" du traité de Londres). 




VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE 87 

L'héritier est le duc Nassau dépossédé par la 
Prusse en 1866. Celui-ci comprenant que par l'op- 
position qu'il faisait après cette spoliation il jouait 
un jeu dangereux avec M. de Bismarck, s'est 
rallié à l'empire; il est rentré dans les bonnes grâces 
du chancelier qui trouvera en lui le facteur le plus 
puissant à servir les intérêts allemands dans le 
Grand-Duché, quand il sera devenu le suzerain de 
ce pays. 

Mais il est probable qu'au moment de l'avène- 
ment de ce prince, les Allemands revendiqueront 
pour la Prusse la succession du roi de Hollande . 
Les grands événements qui surgiront alors, réta- 
bliront sans doute, d'eux-mêmes, notre ancienne 
influence dans le Luxembourg, par un nouveau 
tracé de notre frontière de l'Est. 

tu 



Nous terminerons cette étude par une dernière 
considération. 

En supposant la lutte entre la France et l'Al- 
lemagne de nouveau désastreuse pour nous, ad- 
mettons entre autres conséquences heureuses pour 



88 LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 

la Prusse l'annexion du Grand-Duché : nous avons 
démontré toute la vraisemblance de cette hypo- 
thèse. Examinons quelle serait, par suite de cette 
annexion, la situation politique de l'Allemagne. 

La situation politique actuelle de l'Allemagne est 
plus que jamais la négation des deux principes de 
vitalité d'une nation : le principe des nationalités 
(autonomie de races) et le principe des frontières 
naturelles. On sait que toutes les guerres, sauf celle 
de Crimée, ont eu pour causes ces principes, et que 
tel sera encore, vraisemblablement, le point de dé- 
part des guerres contemporaines et des guerres de 
l'avenir. Ce sont les Allemands qui, de tous les 
peuples de l'Europe, ont eu le plus à combattre pour 
le principe des nationalités. L'Allemagne, offre en 
effet, l'exemple d'un État composé de plusieurs 
nationalités (Allemands, Français, Polonais et 
i L élusses), tandis que, par un contraste frappant, en 
' France, la nationalité et l'État ne font qu'un. L'Al- 
lemagne, en raison de ses diverses races (latine, 
slave, teutonne), se voit ainsi exposée sur tous les 
points de ses frontières, qui ne sont même pas des 
« frontières naturelles ». tandis que la France, au 
contraire, n'a souci que sur sa frontière Est. A ne 



VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 80 

considérer que les populations de la rive gauche 
du Rhin, celles-ci sont de race gauloise ; la large et 
profonde vallée de ce grand fleuve les sépare des 
populations de race germaine. Le Luxembourg, au 
même titre que tout le pays situé sur la rive gau- 
che du Rhin, ne doit donc pas faire partie des 
Etats allemands. 

Quant aux frontières, l'Allemagne est, par excel- 
lence, le pays dont les confins politiques ne concor- 
dent pas avec les limites naturelles des régions qu'il 
occupe. Ses frontières sont de pure convention. Le 
grandprincipe qui préside à la délimitation d'unpays 
veut que les limites de celui-ci soient tracées par les 
jalons que la nature a placés elle-même : de grands 
fleuves, une mer, des montagnes. D'après cette loi, 
la frontière naturelle de l'Allemagne est encore le 
Rhin, et la possession du Grand-Duché ne lui don- 
nerait qu'une frontière toute conventionnelle (1). 

(1) Le défaut de grands obstacles naturels sur nos frontières 
du nord et du nord-est <c constitue un danger permanent qui 
a exercé sur les destinées de notre pays une influence des plus 
considérables. Car les efforts tentés, et sans cesse renouvelés, 
pour assurer de ce côté la sécurité du territoire, résument toute 
l'histoire extérieure et militaire de la France depuis plusieurs 
siècles, c'est-à-dire sa grandeur, sa gloire et aussi ses plus cruels 
revers. Ainsi, là où il a pour frontières les Pyrénées et les Alpes 

e 






90 



LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 



Nous ne nous étendrons pas plus longuement sur 
cette question si complexe et si souvent débattue des 
frontières. Du principe des nationalités et de celui 
des frontières na tur elles , qui tous deux se conçoivent 
mieux qu'ils ne se définissent, nous déduirons que 
l'annexion du Grand-Duché à l'Allemagne ne sau- 
rait qu'aggraver la situation factice et violente que 
la Prusse s'est créée depuis 1815, en ne tenant 
compte dans ses annexions ni de l'histoire, ni du 
passé, ni des races, ni des affinités géographiques, 
en un mot, de tout ce qui constitue l'entité d'une na- 
tion. Celte situation l'oblige à entretenir, en pleine 
paix, une armée de près d'un million d'hommes! 
C'est dire que la conflagration à laquelle elle 



c'est-à-dire de véritables remparts naturels, notre pays confine 
à des peuples de même race, de même religion, presque de 
même langue, dont une politique imprudente et fausse peut par- 
fois nous susciter l'inimitié, mais avec lesquels les dissentiments 

ne sauraient être que passagers 

.< Au nord-est, au contraire, la France se trouve en contact 
immédiat avec ses ennemis séculaires, les peuples de race teu- 
tonique, dont h; flot, comme une marée montante, déborde sur 
la rive gauche du Rhin. Et non seulement les moyens de défense 
nous font absolument défaut de ce côté, mais, de plus, les 
grandes lignes se retournent contre la frontière et l'ébrèchent dans 
toute son étendue, en ouvrant autant de voies naturelles d'inva- 
sion dans l'intérieur du territoire. » (E. Bureau : Nos frontières. 



VIS-A-VIS DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE. 91 

doit s'attendre sera une guerre compliquée de 
revanche, d'antipathies de races et aussi de ques- 
tions sociales (1). 

Pour nous, la frontière du Rhin donnera à la 
France ses limites véritables, celles dont la pos- 
session par la Prusse sera toujours, pour cette 
puissance, une cause de conflits permanents avec 
sa voisine. La nature nous l'a dévolue ; la première 
Révolution nous l'avait conquise, et les traités 
néfastes de 1815 et de 1871 nous l'ont arrachée. 
Ces traités, il faut les détruire (2). 

La conquête du Rhin peut seule donner à l'ex- 
tension continentale de la France ses proportions 
nécessaires et suffisantes. « Gallia Rhenana », tel a 
été le plan conçu par les plus illustres conqué- 

(1) « L'empire d'Allemagne à peine unifié ira rapidement à sa 
perte, et son écroulement sera le résultat d'une révolution poli- 
tique et sociale. » (Henri Heine). 

(3) « La France est une forte puissance militaire; son armée 
est prête à combattre vaillamment. Si les Français étaient vain- 
queurs, quelles perspectives aurions-nous? Nous nous trouve- 
rions en présence de Français semblables a ceux qui nous ont 
battus de 1807 à 1813. Ils nous épuiseraient de nouveau de telle 
façon que nous serions malades pendant trente ans. On sait ce 
qu'ils nous prendraient du côté du Rhin. La paix conclue en 1870 
ne serait qu'un jeu d'enfant à côté de celle de 1890.» (M. de Bis- 
marck, 11 janvier 1837.) 









92 LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG, ETC. 

rants : César (1), Charlemagne , Louis XIV (2), 
Frédéric II (3) et Napoléon I" (4). C'est dire la 
gloire qu'il y aurait à le réaliser de nouveau, mais 
c'est, en même temps, en faire entrevoir les diffi- 
cultés. 



(1) « La Gaule s'étend du Rhin à l'Océan » (Commentaires). 

(2) Louis XIV n'a rapproché la France du Rhin que par la 
conquête de l'Alsace et du Luxembourg. Les électorats ecclé- 
siastiques de Trêves, de Cobleutzet de Mayence, qui étaient les 
alliés de la France, prolongeaient en quelque sorte son territoire 
jusqu'aux bords mêmes du Rhin. 

(3) Conclusion, chap. vin. 

(4) Consulter la carte de jajiauce après les traités de Campo- 
Formio (1797) et de Luné 




CHAPITRE VIII. 



CONCLUSION. 



« // serait à souhaiter que le RHIN pût con- 
tinuer à faire la lisière de la monarchie fran- 
çaise. Pour cet effet, il se trouverait un petit 
duché de Luxembourg à e/tvahir, un petit élec- 
torat de trêves à acquérir par quelque traité, 
un duché de liège par droit de bienséance » 

Frédéric II. 



I 
I 



FIN. 






TABLE DES MATIÈRES 



CHAPITRE PREMIER 
Sur la frontière. - Le Grand-Duché de Luxembourg et les 
intérêts militaires de la France et de l'Allemagne - Les 
projets allemands 

CHAPITRE II 
Importance militaire de la place forte de Luxembourg. _ 
mportance stratégique du Grand-Duché. - Le bassin de 

1 Alzette 

14 

CHAPITRE III 
Annexion projetée de la vallée de l'AIzette; une clause du 
traité de Francfort. - La trouée de Tiercelet et le territoire 

ae tfellort 

37 

CHAPITRE IV 

Chemins de fer du Luxembourg. _ Lignes stratégiques. - 
Une deuxième clause du traité de Francfort. - Isolement 
de la France. — Le Zollvereiu.. . 

4<J 

CHAPITRE V 

Neutralité du Grand Duché. - La force armée. - Annexion 
du Grand-Duché à l'Allemagne par les armes. - Dénon- 
ciation du traité de Londres. _ La question du Luxem- 

bourg 

54 



LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG 



95 



CHAPITRE VI 

La langue allemande dans le Grand-Duché. — Prestige mili- 
taire de la Prusse. — Esprit des populations du] bassin 
de la Moselle G7 

CHAPITRE VII 

Héritage du duc de Nassau. — Le Luxembourg aux Alle- 
mands. — La prochaine guerre. — Galba Rhenana 84 



CHAPITRE VIII 



CONCLCSIO.N 




03 



ES 



Carte n° I. — Plan de l'ancienne forteresse de Luxembourg. 25 
Carte n° II. — La trouée de Tiercelet (sources de l'Alzette). 41 
Carte n° III. — Voies de communication (chemins de fer;.... 49 
Carte n° IV. — Carte physique et militaire des régions limi- 
trophes du Luxembourg. 






8973-87. — Cohdeil. lmi'rimciie Chbtû. 



• ^i fa 

m I 



. 






Extrait du Catalogue JOUVET et C 1C 

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Martin. 2« édit., 12 grav. 1 beau vol. in-8 cav ... 6 fr. 

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graphie à l'école militaire de Saint-Cyr. Un fort vol. in-16. 3 rr. 50 

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de Saint-Cyr, revu, pour toutes les cartes générales, par M. Mas- 
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Europe physique. 

Europe politique. 

Carte politique de l'Europe centrale. 

Europe centrale (partie occidentale). 

— (partie centrale). 

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Carte géologique de la région fran- 
çaise. 

Carte physique de la région fran- 
çaise. 

Franre forestière. 

France agricole. 

France météorologique. 

Formation du territoire français. 

Carte historique de la région fran- 
çaise. 

France administrative. 

France militaire. 

France industrielle et commerciale. 

Communications rapides du terri- 
toire français. 

Camp retranché de Paris. 

Frontière du Nord-Est de la France. 

Carte des places fortes du Nord et 
de l'Est de la France. 



îî. Frontière du Sud-Est de la France. 

23. Carte des Pyrénées. 

24. France (région du Nord-Ouest). 

25. Algérie et Tunisie. 

26. Colonies françaises. 

27. Iles Britanniques. 

28. Carte de la Suisse. 

29. Italie. 

30. Carte physique et militaire des Alpe 

et du Pô. 

31. Carte de la péninsule ibérique 

32. Russie et pays Scandinaves. 

33. Hongrie et Turquie. 

34. Grèce. 

35. Caucase et Crimée. 

36. Asie. 

37. Afrique. 

38. Amérique septentrionale. 

39. Carte militaire des États Unis (par- 

tie orientale). 

40. Carte militaire des États-Unis (p*r 

tie occidentale). 

41. Amérique méridionale. 
I 42, Océaoifi. 



NOS FRONTIÈRES 

Par le colonel E. Bureau, ancien professeur de géographie à l'École 
de Saint-Cyr. 1 vol. iu-16, orné de 12 caries. Broché... 2 fr. » 
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GÉOGRAPHIE PHYSIQUE 

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APERÇU DE GÉOGRAPHIE MILITAIRE 

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•2. Le Génie du christianisme. 
*3. Les Martyrs. 
*4. Itinéraire de Paris à Jérusalem. 

5. Romans et poésies diverses. 

6. Essai sur la littérature anglaise, le 

Paradis perdu, et Poèmes. 



Tomes 

7. Études historiques. 

8. Analyse raisonnée de l'histoire da 

France et Mélanges politiques. 

9. Voyages et mélanges littéraires 

10. Congrès de Vérone. 

11. Polémique et Mélanges politiques. 

12. Opinions et Dis ours, et Vie de Rancè. 



ŒUVRES DE LAMARTINE 
(Chaque ouvrage se vend séparément 

IN-8 CAVALIER 



Premières et Nouvelles Médita- 
tions. 1 vol., 4 gravures 7 50 

Harmonies poétiques, Recueille- 
ments, i vol., 3 gravure» 7 50 

rfocelyn. i vol. 3 gravures 7 50 

Chute d'un Ange, i vol., t grav. 7 50 



Voyage en Orient. 2 vol. 12 gr.iT. 

Confidences et Nouvelles Confi- 
dences. 1 vol. 8 gravures 

* Le Manuscrit de ma mère. 1 vol. 

Histoire des Girondins. 4 vol., 
40 gravures , 



7 50 
7 50 



3U 



IN- 18 JÉSUS 



•Premières Méditations, i vol... 3 50 
•Nouvelles Méditations, i vol... 3 50 
•Harmonies poétiques. 1 vol... 3 50 
Recueillements poétiques. 1 vol. 3 50 

Jorelyn. 1 vol 3 50 

Chute d'un Ange. 1 vol 3 50 

7 » 
3 50 



\oyage en Orient. 2 vol. 
Confidences, t vol. 



Nouvelles Confidences. 1 vol.... 3 50 

* Manuscrit de ma mère. 1 vol. . 3 50 
Histoire des Girondins. 6 vol.., 2i » 
Lectures pour tous. 1 fort vol., . 3 50 

Raphaël. 1 vol 1 25 

Graziella. 1 vol 1 *5 

* Le Tailleur de pierres de Saint- 

Point, i vol 1 25 



ŒUVRES DE JEAN REYNADD 



T>r e et Ciel. Philosophie religieuse 
5" éd. t fort vol. in-8 ca~ 7 

Merlin de Thionville, avec portrait 
st lac-simile. t fort vol. iu-8 c*v. T 



L'esprit de la Gaule, i beau vol 6 

•Lectures variées. 1 vol. in-8 6 

Études encyclopédiques. 3 vo 1 1* 



— 12 — 

ŒUVRES DE WALTER SCOTT 

Tralurtioo de M. Defauconpret; édition illustrée de 59 vignettes M 
ponraits sur acier d'après Raffkt. 30 vol. in-8 cav 150 fr. 

Chaque volume se vend séparément 5 fp. 

Eaux de Saint-Ronan. 

Redgauntlct. 

Connétable de Chester. 
'Richard en Palestine. 

"Wood stock. 

Chroniques de la Canongnta. 

La Jolie Fille de Perth. 
'Charles le Téméraire. 

Robert de Paris. 
\Le Château périlleux. 
i La Démonologic. 

VHistoire d'Ecosse. 



1 


*\Vawerley. 


16. 


s. 


'Guy Mannering. 


17. 


3. 


L'Antiquaire. 


18. 


4. 


Rob-Roy. 


19. 


5. 


(Le Nain noir. 




(Les Puritains d'Érosse. 


20. 


6. 


La Prison d'Edimbourg. 


21. 


7. 


iLa Fiancée de Lammermoor. 


22. 


/L'Officier de fortune. 


23. 


6. 


Mvanhoé. 


21. 


9. 


Le Monastère. 




10. 


L'Abbé. 


25. 


11. 


Kenilworth. 


26. 


12. 


Le Pirate. 


27. 


13. 


Les Aventures de Nigcl. 


28. 


14. 


Peveril du Pic 


29. 


15. 


•Quentin Durward. 


30. 



Romans poétiques. 



LE MÊME OUVRAGE, nouvelle édition, publiée en 30 volumes in-8 
carré, avec gravures sur acier. Chaque volume 3 fr. ld 



ŒUVRES DE J. FENIM0RE C00PER 

Traduction de Defauconpket ornée de 60 jolies vignettes d'après les 
dessins de MM. Alfred et Tony Johaisnot. 30 volumes in-8 cava- 
lier 150 fr. 

Chaque volume se vend séparément 5 fr. 



1. Précaution. 

2.* L'Espion. 

3.*Le Pilote. 

4. Lionnel Lincoln. 

5.* Les Mohicans. 

6.*Les Pionniers 

7.*La Prairie. 

8.*Le Corsaire roupe. 

9. Les Puritains. 

10. L'Écumeur df mer. 

11. Le Bravo. 

12. L'Heidenmauer. 

13. Le Bourreau de Berne 

14. Les Monikins. 
15- Le Paquebot. 

LE MÊME OUVRAGE, nouvelle 
carré, avec gravures sur acier. 



16. Eve Efflngham. 
17.* Le Lac Ontario. 
18. Mercedes de Castille. 
19.*Le Tueur de daims. 

20. Les deux Amiraux. 

21. Le Peu-Follet. 

22. A Bord et à Terre. 

23. Lucie Hardinge. 

24. Wyandotté. 

25. Satanstoë. 

26. Le Porte-Chaiue. 

27. Ravensnest. 

28. Les Lions de mer. 

29. Le Cratère. 

30. Les Mœurs du jour. 

édition, publiée en 30 volumes in 8 
Chaque voluru» 3 fr. au 



■■ 



_- 13 — 

OUVRAGES DIVERS 



Lfl Chien, son histoire, ses exploits, ses aventures, par Alfred Bahooo, 
bibliothécaire à la bibliothèque Sainte-Goneviève. Un vol. grand ir.-8 
raisin, illustré de 87 compositions 10 fr. 

Husée historique de Versailles, conlenaiu tous les tableaux remar- 
quables des galeries do Versailles, 5G planches gravées sur acier,, 
avec un texte eiplicatif, par M. Henri Martin, I 6plendide volumo 
in-4, relié 30 fr. 

Physiologie du goût, par Brillât Savamn. Nouvelle édition précédée 
d'une Introduction par Alphonse Karr, illustrée par Certall de 
200 gravures sur bois placées dans le texte et de 7 grav. sur acier 
tirées sur papier de Chine. 1 magnifique vol. gr. in-8 Jésus. 15 fr. 

Histoire de la Magie et de la Fatalité à traver» les temps et les 
peuples, par P. Cuiustian. 1 beau volume grand in-8, illustré par 
Emilo Baïaiïd 10 fr. 

Don Quichotte de la Manche, par Michel Cervantes, traduction de 
M. Cli. Furne. 1 beau vol. grand in-8 Jésus illustré de 160 dessins 
par M. Gustave Roux, broché 8 fr. 

Les aventures du Baron de Munchhausen, édition nouvelle, tra- 
duito par Th. Gautier fils, et illustrée par Gustave Doré. 1 volume 
in-8. Br. 4 fr., relié avec plaques or, tranches dorées 7 fr. 

ilbum Vocabulaire du premier âge, en français, anglais, allemand, 
italien et espagnol, par MM. A. Le Brun, H. Hamilton et G. Heu- 
mann. 1 vol. grand in-8 raisin, illustré de 800 gravures, avec plaques 
et biseaux C fr. 

Chefs-d'csuvre épiques de tous les peuples, par A. Cuassano, 
inspecteur général de l'instruction publique, et L. Marcou, maître 
de conférences à la Faculté des lettres de Paris. 1 vol. in-<6. 1 fr \0 



- 14 — 

A. cheval ! En chasse ! par Robert de Fai-connet, charmant 
volume in-8 écu, illustré de 70 gravures, tiré sur papier vélin 
teinté (Édition d'amateur) 5 fr. 

La vie à la campagne, Chasse, pêche, courses, haras, 
beaux-arts, agriculture, acclimatation des races, pis- 
ciculture, régates, voyages, bains de mer, eaux ther- 
males, etc. G beaux vol. grand in-8 Jésus, ornés de nombreuses 
gravures sur acier et de plus de 2,000 gravures sur bois interca- 
lées dans le texte 60 fr. 

La Chasse et la Table par Charles Jodev. —Nouveau traité en vers 
et en prose donnant la manière de chasser, de tuer et d'apprêter le 
gibier. Joli voI.in-18, pap. vélin glacé, avec grav. sur acier. 3 fr. 50 

Le Divorce et la séparation da corps, à l'usage des gens 
du monde et la manière de s'en servir. {Deuxième édition), par 
G. de Cavilly. 1 beau volume in-10 3 fr. 5'J 

L'Éloquence sous les César.;, par Ajiiel, agrégé ae l'Université. 
I vol. in-8 5 f r 

Histoire des villes de France, avec une Introduction et un 
Résumé général pour chaque province, par Aristide Giii.bert, et 
une société de membres de l'Institut, de Savants, de Magistrats, 
d'Administrateurs, etc., ornée de 90 magnifiques gravures sur acier 
par Rouaroue frères, de 113 armoiries coloriées des villes, et d'une 
carte de France par province. 6 vol. grand in-8 Jésus 02 fr 

Histoire d'Espagne, depuis les premiers temps historiques jus- 
qu'à la mort de Ferdinand VII, par Rosseeuw Saint-Hilaire, 
professeur agrégé d'histoire à la Faculté des lettres de Paris. 
H volumes in-8 carré 70 fr. 



'tmm 



- V6 — 



LITTÉRATURE CLASSIQUE 



UOLIÈRE. — Œuvres complètes, précédées de la Vie de Molière par 
Voltaire. 2 volumes in-8 cavalier ornés de 16 vignettes d'après 
MM. Horace Vernet, Desenne et Joliannot, gravées par 
Nargeot 14 fr - 

P. CORNEILLE. — Œuvres dramatiques, précédées de la vie de 
P. Corneille par Fo.nte.nelle. Nouvelle édition, ornée de 11 gravu- 
res sur acier d'après Bayalos, et d'un magnifique portrait de P. Cor- 
neille. 1 fort volume in-8, papier cavalier 1 fr. 

JEAN RACINE. — Œuvres, précédées d'un essai sur sa vie et sci 
ouvrages par L. S. Auger, de l'Académie française, et ornées de 13 
vignettes d'après Gérard, Giiodet, Desenne. 1 beau volume in-8 
cavalier ' "< 

B01LEAU. — Œuvres, avec un choix de notes, et les imitations des 
auteurs anciens. Nouvelle édition précédée d'une notice sur Boi- 
leau par Sainte-Beuve, de l'Académie française. 1 volume in-8 ca- 
valier, 6 vignettes et 1 portrait sur acier. 5 fr. 

Le même ouvrage, édition de luxe, tirée à 1 10 exempl., sur grand pa- 
pier vergé, numérotés à la presse. 1 vol. orné de grav. sur acier, 
imprimées sur papier de Chine 25 fr. 

LA BRUYÈRE. — Les Caractères et les Maximes de La Rochefoucauld, 
précédés d'une notice par M. Suard. Nouvolle édition. 1 beau vo- 
lume in-8 cavalier, orné d'un portrait de J. de La Bruyère.. 5 fr, 

LA FONTAINE. — Fables, illustrées par Tony Joiiannot de 13 gra- 
vures sur acier. Nouvelle édition, augmentée d'un choix de notes. 
et précédée d'une Notice sur La Fontaine par Saintb-Beuve, do 
l'Académie française. 1 vol. in-8 caw 5 fr. 



— 16 — 

VAlTVi:N\RGUES, édition nouvelle, précédée de VÊlogt de Vauvenar 
f/ues couronné par l'Académie française, et accompagnée de notes et 
commentaires par SI. D.-L. Gilbert. 1 volume in-8 cavalier, avec 
portrait sur acier. 

— Œuvres },o$thumei ot œuvres inédites, avec- notes et commei.tairot 
par M. D.-L. Gilbert. 1 volume in-8 cavalier. — Priides deux vo- 
lumes 12 fr. 

FÉ.NELorv. — Les aventures de Télémaque. 1 beau vol. in-8° cava- 
lier, orné de 12 grav ot d'un portrait gravé sur acier G fr. 

dossuet. — Discours sur l'Histoire universelle et Oraisons funè- 
bres. 1 volume in-8° cavalier à fr. 

M" DE SÉVTGNÉ. — Lettres, précédées d'une notice historique et lit- 
téraire. 1 beau volume in-8 cavalier, orné d'un portrait 6 fr. 

VOLTAIRE. — Siècle de Louis XIV. 1 beau volume in-8 cavalier, 
orné d'un portrait de Louis XIV C fr* 

VULTAlllE. — Théâtre, précédé d'une notice sur sa vie et ses ou- 
vrages. 1 beau volume in-8 cavalier, orné d'unportrait 6 fr. 

BEAUMARCHAIS. — Théâtre, précédé d'une notice par Saint-Mars 
Girardin. 1vol. in-8 cav., illustré de 5vignetles sur acier, d'après 
Tony Johannot 6 fr. 

DEMOUSTIER. — Lettres à Emilie sur la Mythologie. 1 vol. in-8 
cav., orné de 12 grav. sur acier, imprimées sur Chiue 7 fr. 

Le même ouvrage, édition de luxe, 1 fort volume tiré à 110 exemplaires 
sur grand papier vergé, numérotés à la presse, orné dune collection 
de 13 magnifiques gravures sur acier, tirées sur Chine 25 fr. 

LE SAGE. — Gil Blas de Santillane. Nouvelle édition, 1 volume 
in-8 cavalier, orné de 8 gravures sur acier et d'un portrait de 
l'auteur 7 fr. 

A. HAMILTON. — Mémoires de Grammont et contes. 1 volume 
in-8 cavalier orné de 6 gravures sur acier, d'après les dessins de 
Moreau 6 fr. 

UICiiel Cervantes. —Don Quichotte delà Manche. Traduction 
nouvelle par Ch. Furne, 2 volumes in-8 cavalier ornés de gra- 
vures sur acier << i fr. 



7133-86. — Coiideil. Typ. et slèr. Cniiij. 



?-ro(t/W ht