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Full text of "La Vérité sur le coucou"

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BIBLIOTHEQUE SAINTE - GENEVIEVE 



910 593885 8 



ORNITHOLOGIE DU XIX» SIÈCLE 



HISTOIRE NATURELLE 



DE LA 



FAMILLE DES COUCOUS 



PAK 



0. DES MURS 

SIEMBRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES DE LISBONNE 

DE LA SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE LONDRES 

DE LA SOCIÉTÉ PHILOMATHIO.UE DE PARIS, ETC. 



PARIS 

C. KLINCKSIECK, LIBRAIRE DE L'INSTITUT DE FRANGE 

11, RUE DE LILLE, 11 



1879 



• 



LA VERITE 



LE COUCOU 



0. DES MURS 

MEMBRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES DE LISBONNE 
DE LA SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE LONDRES 
DE LA SOCIÉTÉ PHILO MATH1 QUE DE PARIS, ETC. 




£J 






PARIS 
C. KLINCKSIECK, LIBRAIRE DE L'INSTITUT DE FRANCE 

11, RUE DE LILLEj 11 

1879 

Tous droits réservas, 



GENEVIEVE 






AVANT-PROPOS 






Le Coucou, grâce à l'élégante et spirituelle 
plume de M. le Marquis de Cherville, ayant aussi 
spontanément, et, disons-le plutôt, aussi sournoi- 
sement, à l'aide de ses légendes, conquis, pour ne 
pas dire usurpé, selon son habitude, droit de cité 
dans la publicité de la presse, nous croyons le mo- 
ment venu, sans trop porter atteinte au principe 
du respect de la vie privée, de faire enfin con- 
naître l'histoire de cet hypocrite, qui a la singu- 
lière fortune de se voir maudit par les uns et béni 
par les autres. 






VI 



AVANT-PROrOS. 



Voyons donc un peu son histoire, et, sans qu'il 
soit besoin pour cela de parler ex Cathedra, exa- 
minons méthodiquement ses titres de famille, car 
au moins le prétendu bâtard en a-t-il une dans la 
Classe des Oiseaux, ce Refugium Peccatorum. 



LE COUCOU 



Sic vos, non robis, .Xidi/icalis, .1res.' 



HISTOIRE NATURELLE 



DE LA 



FAMILLE DES COUCOUS. 



FAMILLE DES COUCOUS. 



De tous les Oiseaux Zygodactyles, les Coucous, en tant 
que Famille, sont les plus difficiles à définir, par le fait 
même de l'extrême variété de leurs caractères extérieurs. 
Le seul qui soit fixe et constant, dans chacun des groupes 
génériques composant la Famille, c'est celui de la confor- 
mation des doigts, au nombre de quatre, divisés, deux en 
avant, deux en arrière, dont l'interne postérieur versatile 
ou réversible, et les deux antérieurs presque toujours sou- 
dés à la base. Quand au bec qui, seul, a servi pour en cons- 
tituer les divers groupes, il varie de la forme la plus faible 
à la plus épaisse et de la plus courte à la plus longue ; il 
y a pourtant, le plus ordinairement, absence complète 
d'ébréchure ou de dentelure à l'extrémité apicale de la 
mandibule supérieure, qui se termine en pointe rarement 
crochue ; mais l'ouverture de la commissure en est tou- 
jours fort large. 

Ce qui fait mieux ressortir la versibilité facultative du 

1 






2 HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 

doigt externe postérieur, c'est l'observation faite par Gué- 
neau de Montbeillard, semblant démontrer que ce doigt, 
chez les Coucous, n'acquerrait sa fixité à l'arrière du 
tarse que par le temps et avec l'usage. 

Un jeune Coucou Commun d'Europe, du mois de juin, 
que cet ornithologiste a eu occasion d'observer, ne faisait 
aucun usage de son pied pour marcher, mais il se servait 
de son bec pour se traîner sur son ventre, à peu près 
comme le Perroquet s'en .sert pour grimper, et, lorsqu'il 
grimpait dans sa cage, le plus gros de ses doigts posté- 
rieurs se dirigeait en avant, mais il servait moins que les 
deux autres antérieurs; dans son mouvement progressif, il 
agitait ses ailes pour s'en aider. 

Cette observation acquerrait de l'importance si elle con- 
firmait le fait dans la généralité des Zygodactyles. Dans 
tous les cas, il vient à l'appui de notre proposition sur le 
peu de valeur de la fissiparité des doigts chez les Oiseaux, 
quoique quelques Coucous se montrent véritablement grim- 
peurs. 

Pour ce qui est des mœurs et des habitudes des Coucous, 
elles varient en raison même de leurs différences organi- 
ques. Les uns vivent d'insectes, de chenilles; quelques-uns 
même de guêpes et d'abeilles ; d'autres, de menus reptiles 
ou sauriens, de mollusques, voire même de petits Oiseaux; 
plusieurs de brins et de végétaux ; un grand nombre, enfin, 
participe également aux deux régimes animal et végétal. 

Il ne faut pas croire que les habitudes si exceptionnelles 
et si contre nature de notre Coucou d'Europe soient com- 
munes à toutes les divisions, que nous allons indiquer, de 
toute la famille. Plusieurs des Oiseaux de ces divisions 
sont remarquables par une inaptitude, ou plutôt une répu- 
gnance, à l'œuvre de l'incubation, telle que la nature leur 
suggère l'instinct de déposer le plus souvent leurs propres 



FAMILLE DES COUCOUS. . à 

œufs au milieu de ceux ci dans le nid d'un autre Oiseau 
d'un groupe tout différent du leur, et d'abandonner ainsi 
à celui-ci, et les soins de l'incubation et, en grande partie, 
ceux de l'éducation des petits qui en naissent. Mais plu- 
sieurs alternent le travail de l'incubation avec un parasi- 
tisme moins prononcé. Et le plus grand nombre des espèces 
de la famille pondent, au contraire, couvent et nichent à 
la manière des autres Oiseaux, et avec toutes les précau- 
tions de la maternité qui en sont inséparables. 

Les Coucous se divisent en neuf sections ou sous- 
familles, que nous répartirons en deux chapitres : 



Chapitre I er . 

Coucous Vrais Parasites : 

Indicateurs; 

Coucous; 

Scythrops. 

Chapitre II. 

Coucous Faux Parasites : 

Coulicous ; 

Taccos ou Saurothères; 
Couas ; 
Malcohas ; 
Courols ; 
Coucals 
et Anis ou Crotophages. 

Il est un caractère dont nous n'avons pas parlé, c'est 
celui tiré de l'inspection de l'appareil sternal des Coucous. 

Chez eux, le sternum est court, convexe en haut, très 
évasé en arrière; crête bien développée, convexe et un 
peu recourbée en bas, concave en avant, surmontée d'une 






4 HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 

saillie osseuse, une marge petite, l'angle aigu, la ligne qui 
sépare les pectoraux se portant obliquement vers la crête, 
séparant la face intérieure de l'os et la face latérale de la 
crête en deux parties, la plus grande pour le grand pec- 
toral; bord antérieur, deux grandes rainures, surmonté 
d'un tubercule dirigé en avant, fossette sternale grande, 
se terminant après la dernière côte, latéraux concaves, 
quatre côtes ; postérieur très concave en haut, convexe en 
arrière, incliné en bas; deux échancrures petites, allon- 
gées, tendant à se fermer ; apophyses latérales bien déve- 
loppées, tronquées; os coracoïdes longs, arrondis, élargis 
en arrière avec une apophyse aiguë , un crochet au com- 
mencement du bord interne; clavicule longue à branches 
très rapprochées, comprimée de haut en bas, élargie infi- 
niment avec un tubercule aplati qui appuie sur le bord 
antérieur. Omoplates longues, élargies, très aiguës, un peu 
recourbées. 

Les Malcohas diffèrent des Coucous par les échancrures 
qui existent au bord postérieur du sternum. 

Il en est de même des Couas. 

On ne connaît pas encore le sternum des Indicateurs. 

La famille des Coucous peut aussi se diviser, d'après le 
nombre des échancrures du sternum, en deux sections, 
selon que le sternum est bifide ou quadrifide dans son bord 
postérieur. A la première, appartiennent les Coucous pro- 
prement dits ; à la seconde, les Couas et les Malcohas. 



CHAPITRE PREMIER. 



Les Coucous Vrais Parasites. 

Nous entrerons en matière, pour l'histoire du Coucou, 
par celle d'une petite sous-famille qui, elle aussi, a donné 
lieu à de nombreux commentaires sur ses habitudes, et 
dont nous nous sommes servi, dans notre système de clas- 
sification, pour en faire le lien de transition do la famille 
des Pics à celle des Coucous, ce qui nous la fait maintenir 
à cette place : la sous-famille des Indicateurs. 

I" SOUS-FAMILLE. 
LES COUCOUS INDICATEURS 1 . 



Les Indicateurs, que l'on a longtemps confondus avec les 
Pics, parce qu'ils sont quelque peu Grimpeurs, ne sont 
cependant que-do vrais Coucous, de ceux, qui déposent leur 
œuf dans le nid d'autres Oiseaux : fait remarquable, et 
que n'avaient découvert ou même soupçonné ni le Père 
Lobo, ni Sparmann, ni Bruce ni le docteur Petit, dont 
nous rapporterons les diverses observations; que J. Ver- 
reaux a, le premier, révélé à la science et que nous avons, 
il y a déjà longtemps 2 , publié d'après ses notes. 

Ces Coucous ont le bec court, conique, arqué, à bords 
comprimés vers la pointe, qui est entière et sans échan- 

1 Iiulirntorinœ. 

2 « Encyclopédie d'Histoire naturelle, Oiseaux. » 



! 



6 HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 

crure; les narines latérales, ovalaires; les ailes longues et 
pointues; la queue médiocre et étagée ou échancrée ; les 
tarses plus courts que le doigt le plus long; quatre doigts, 
deux devant, deux derrière; les ongles robustes et recour- 
bés, taillés absolument comme ceux des Pics; enfin, la 
langue aplatie, courte, triangulaire et non extensible. 

Leur plumage est terne et sans éclat métallisé. Leur 
faciès, au premier aspect, les rapproche de quelques Moi- 
neaux. 

On en admet huit espèces, dont six de l'Afrique, une 
de l'Asie méridionale et l'autre de Bornéo, sur lesquelles 
Buffon et Linné n'ont connu et décrit que la première qui 
va nous occuper. C'est celle que Levaillant a nommée le 
Petit Indicateur et qui n'est autre que celle de Sparmann, 
dont elle porte aujourd'hui le nom. 



L'Indicateur de Sparmann 1 . 

Il a le dessus de la tète d'un gris olivacé qui, à mesure 
qu'il descend sur le derrière du cou, prend un ton plus 
décidément vert olive jaunâtre, lequel devient la couleur 
dominante du dessus de l'Oiseau, des couvertures alaires, 
du dos et du croupion ; les grandes pennes 'des ailes, sur 
fond noir, sont lisérées extérieurement de vert-jaunàtre, 
on remarque, au dessous des yeux, un trait noirâtre qui, 
de chaque côté, forme moustache; la gorge, le devant du 
cou et la poitrine, ainsi que tout le dessous du corps, sont 
d'un vert olive grisonnant; le ventre est blanc sale; les 
trois dernières plumes latérales de chaque côté de la 
queue sont blanches, et portent chacune une tache brune 
à leur bout; les suivantes, en y comprenant les deux du 



' lndicator Sparmanni. 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 7 

milieu, sont d'un brun olivâtre sur leurs barbes extérieures, 
et blancbes dans une partie de leurs barbes intérieures. Le 
bec, les veux et les pieds sont d'un brun jaunâtre. Il est de 
la taille à peu près de notre Moineau, ayant de quinze à 
dix-sept centimètres de longueur. 
* Les Indicateurs ont été ainsi nommés par Levaillant, 
pour les distinguer génériquement de la sous-famille des 
vrais Coucous, avec lesquels Sparmann les avait rangés. 
Ce nom est emprunté aux habitudes que les colons du 
Cap ont supposées aux Espèces de ce Groupe, qu'ils ont 
encore appelées Guides au miel, parce qu'en recherchant 
le miel, ou plutôt les insectes qui le font, avec une extrême 
avidité, les Indicateurs s'abattent sur les ruches des abeil- 
les sauvages qu'ils découvrent, en jetant des cris qui atti- 
rent les Hottentots et les chasseurs. 

Le Jésuite Jérôme Lobo est le premier qui, dans son 
voyage en Abyssinie, ait décrit cet Oiseau et lui ait attri- 
bué cet instinct tout particulier pour découvrir le miel. Il 
dit que, quand celui-ci a fait une découverte, il s'en va sur 
le grand chemin où, sitôt qu'il parait un voyageur, il bat 
des ailes, il chante, et par toutes sortes de mouvements, 
l'invite à le suivre; puis volant d'arbre en arbre, il le con- 
duit jusqu'à la ruche, auprès de laquelle il fait entendre 
les sons les plus mélodieux. 

Après ce voyageur, Sparmann, dans la relation d'un 
voyage au Cap de Bonne-Espérance, donne plus de détails 
à ce sujet. C'est, dit ce docteur, dans l'intérieur de l'Afri- 
que, à quelque distance du Cap de Bonne-Espérance, que 
se trouve cet Oiseau. Le matin et le soir sont les deux 
temps de la journée où il fait entendre son cri qui, selon 
quelques voyageurs, signifierait miel dans certaines tribus 
Cafres ou Hottentotes, cri fort aigu, et qui semble appeler 
les voyageurs et autres personnes qui cherchent le miel 



8 HISTOIRE NATURELLE 1>ES COUCOUS. 

dans le désert; ceux-ci lui répondent d'un ton plus grave 
en s'approchant toujours ; dès qu'il les aperçoit, il va planer 
sur l'arbre creux où il connaît une ruche; et si les chas- 
seurs tardent à s'y rendre, il redouble ses cris, vient 
au-devant d'eux, retourne à son arbre, sur lequel il s'ar- 
rête et voltige, et qu'il leur indique d'une manière très 
marquée : il n'oublie rien pour les exciter à profiter du 
petit trésor qu'il a découvert, et dont il ne peut apparem- 
ment jouir qu'avec l'aide de l'homme, soit parce que l'en- 
trée de la ruche est trop étroite, soit par d'autres circons- 
tances que le narrateur ne nous apprend pas. Tandis qu'on 
travaille à se saisir du miel, il se tient dans quelque buis- 
son éloigné, observant avec intérêt ce qui se passe, et 
attendant sa part de butin, qu'on ne manque jamais de lui 
laisser, mais point assez considérable, comme on le pense 
bien, pour le rassasier, et par conséquent risquer d'éteindre 
ou d'affaiblir son ardeur pour cette espèce de chasse. 

Ce n'est point ici un conte de voyageur, fait remarquer 
Buffon en reproduisant ce passage, c'est l'observation 
d'un homme éclairé, qui a assisté à la destruction de plu- 
sieurs républiques d'abeilles trahies par ce petit espion, et 
qui rend compte de ce qu'il a vu à la Société Royale de 
Londres. 

Tel est le point où l'on en était de l'histoire de l'Indica- 
teur à cette époque. 

On conçoit que le merveilleux s'empare, aux dépens de 
leur jugement, de l'imagination des voyageurs témoins de 
pareils instincts chez un Oiseau, et qu'ils se laissent facile- 
ment entraîner à attribuer à ces instincts un tout autre 
mobile que le véritable. Aussi Mauduyt, se plaçant à un 
point de vue plus philosophique, croit-il pouvoir l'expli- 
quer ainsi : 

« Le D r Sparmann semble croire que le Coucou Indica- 



LES COUCOUS VU AIS PARASITES. , 9 

teur a l'intention d'avertir l'homme par son cri, qu'il le 
cherche pour profiter de sa puissance, et s'emparer avec 
lui d'un trésor qui ne peut tomber autrement en son pou- 
voir. Cette combinaison d'idées n'est guère admissible 
dans aucun animal, et surtout dans un Oiseau qui vit loin 
de la société de l'homme, dans les déserts de l'Afrique. Il 
est bien plus naturel de penser que le Coucou Indicateur 
suit un instinct qui n'a de relation qu'à lui; qu'accoutumé 
à dévorer peut-être les fbeilles à la sortie et à la rentrée 
du nid. il se plaît à rôder autour de la ruche, que c'est 
d'effroi qu'il crie à la vue de l'homme, que plus il appro- 
che, plus l'Oiseau redouble ses sons parce qu'il craint 
davantage; qu'il finit par se percher sur l'arbre, comme 
par un instinct naturel, pour défendre le nid; qu'il se tra- 
hit dans cet acte où il n'est animé que par la crainte pour 
un objet qui lui est cher, et sans autre sentiment à l'égard 
de l'homme que celui du danger dont sa vue menace l'objet 
qu'il chérit. Ainsi plusieurs Oiseaux, à la vue de l'homme, 
voltigent en criant autour de leur propre nid et, se posant 
dessus ou auprès, comme pour être plus à portée de le 
-défendre, se trahissant sur l'endroit où il est placé. » 
Bruce, cherchant avec plus d'ironie que de raison, 
selon son habitude, à concilier les relations du P. Lobo et 
du D r Sparmann, émet son opinion en ces termes, dans 
son voyage en Nubie et en Abyssinie (1768-73) : « Pour 
moi, je l'avoue, je ne puis concevoir comment, dans un 
pays où il y a tant de milliers de ruches à miel, on ait 
besoin d'un Oiseau pour trouver du miel; je conçois moins 
encore pourquoi la nature a donné à cet Oiseau un instinct 
particulier, dont il n'a pas le pouvoir de profiter, car 
l'homme semble en cette occasion, être fait pour le ser- 
vice du Moroc (nom, selon Bruce, de l'Indicateur, en 
Abyssinie), ce qui est contraire à l'ordre ordinaire des 



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10 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



choses. Certes, l'homme n'a pas besoin de lui, puisque tous 
les arbres, tous les endroits un peu élevés lui offrent des 
ruches d'abeilles. Aussi je crois, avec tout le respect que 
l'on doit avoir pour les deux philosophes qui rapportent 
cette histoire, que ce n'est qu'une Action invraisem- 
blable, et je puis assurer que je n'ai entendu dire à per- 
sonne, en Abyssin ie, que le Maroc, ni aucun autre Oiseau, 
fit ce que racontent ces deux voyageurs, » 

Ce démenti ainsi donné par* un troisième voyageur, 
piqué peut-être, de n'avoir rien vu ni entendu de pareil 
aux dires de ses prédécesseurs, dont un son contemporain 
et son compatriote, perd d'autant plus de sa valeur, que 
Bruce termine en blâmant lestement Sparmann et les 
savants ses imitateurs ou copistes, d'avoir pu avancer 
mal-à-propos que le Moroc était un Coucou : ce qui est 
cependant l'exacte vérité. 

Levaillant, de son côté, développe également fort au 
long, à rencontre du D' Sparmann, la même idée que 
Mauduyt, en l'appuyant sur des raisons qui ne manquent 
pas d'une certaine justesse. 

« Il est bien vrai, dit-il, que les colons d'Afrique, et les 
Hottentots particulièrement, ayant reconnu une fois que 
l'Indicateur se nourrissait de miel,, se sont imaginés de 
suivre cet Oiseau pour découvrir les ruches sauvages, 
auxquelles il se rend nécessairement chaque jour plusieurs 
fois pour subvenir à ses propres besoins, et que son instinct 
lui indique bien mieux que les recherches de l'homme. Il 
est encore vrai de dire que l'Indicateur étant de son natu- 
rel fort criard, il donne par-là beaucoup de facilité pour le 
découvrir et mieux encore pour le suivre sans le perdre de 
vue, jusqu'à ce qu'il soit arrivé au but de sa course, qui 
n'est rien autre que celui de prendre son repas accoutumé, 
et non certes, celui de déceler à l'homme un trésor, dans 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



11 



l'espoir que celui-ci le partagera avec lui. S'il fallait que 
chaque Indicateur conduisit, ou entraînât pour ainsi dire 
malgré lui, un homme vers une ruche, pour que celui-ci 
l'aidât à son tour à s'emparer du miel qu'il aurait décou- 
vert, on doit aisément concevoir que les Indicateurs risque- 
raient fort de mourir de faim. Comment vivent donc tous 
les individus de cette Espèce, qui pullulent dans ces vastes 
contrées de l'Afrique, où l'on ne voit pas un homme, et qui 
ne s'en nourrissent pas moins du miel qu'ils ont trouvé? 
Encore, dans les cantons habités, pour un homme qui 
s'avise de suivre un Indicateur afin de découvrir une 
ruche, n'est-il pas des centaines, des milliers de ces 
Oiseaux, qui non seulement savent bien se passer de ce 
concours d'autrui; mais qui, disons-le, ne voient sûrement 
pas sans effroi un être à eux étranger dévaster et vider en 
un moment le garde-manger où chaque jour un d'eux trou- 
vait sa nourriture favorite : effroi qu'expriment au reste 
très distinctement ces Oiseaux par les cris redoublés et les 
inquiétudes marquées dont ils sont agités pendant la dévas- 
tation de leur ruche nourricière, et que Sparmann a pris 
pour des signes de joie et l'expression du contentement. 

« Il est évident, ce me semble, d'après tout ce que nous 
avons dit, que ce n'est pas l'Indicateur qui, comme on l'a 
raconté, appelle les hommes dont il est bien certain qu'il 
n'a pas besoin, pour s'approprier le miel qu'il aurait décou- 
vert lui-même; mais que c'est l'homme au contraire qui, 
ayant reconnu l'habitude qu'a cet Oiseau de se rendre aux 
ruches, le suit tout naturellement pour les trouver plus 
facilement; comme lorsqu'après avoir remarqué, en Afri- 
que, l'habitude qu'ont les Francolins de se rendre, à cer- 
taines heures fixes, à l'abreuvoir, je m'avisai aussi de les 
suivre pour découvrir l'eau à laquelle ils se rendaient tous. 
L'affiuence des Vautours n'indique-t-ellc pas de même aux 






J 



'12 HISTOIRE NATURELLE DES COUCQUS. 

Africains une proie terrassée par un animal féroce? et ces 
peuples ne savent-ils pas également profiter de cet avertis- 
sement. Enfin ces pratiques des peuples sauvages sont si 
naturelles que. si l'on suivait de même, chez nous, un 
Héron, il est certain qu'on arriverait à une rivière, un 
bassin, un étang empoissonné; comme en suivant une 
bande d'Étourneaux, on parviendrait à une prairie où l'on 
trouverait des bestiaux paissants; que si on suivait des 
Corbeaux, on trouverait une charogne; comme, en un mot, 
celui qui suit les pas d'un âne risque fort de ne trouver 
que des chardons à recueillir. Au reste. Sparmann a redit 
en Europe ce qu'on lui a raconté au Cap sur cet Oiseau, 
car l'histoire qu'il rapporte esl. en effet, dans toute la 
colonie, la fable dont on berce les hommes crédules au 
sujet de l'Indicateur. » 

Revenant à son sujet. Levaillant nous initie à quelques 
détails des mœurs de l'Indicateur sur lesquels ses prédéces- 
seurs étaient restés muets. 

Les plumes des Indicateurs sont pleines, courtes, dures 
et serrées au corps. La peau de l'Oiseau est épaisse, comme 
celle des Pics, et les fibres en sont tellement serrées, que 
l'on a de la peine à le piquer avec une épingle avant qu'elle 
ne soit sèche : admirable précaution de la nature qui. ayant 
destiné l'Indicateur à disputer sa subsistance aux abeilles, 
l'a revêtu d'une cuirasse impénétrable qui le préserve de 
l'aiguillon acéré des plus industrieux des insectes. 

Les Indicateurs vivent dans les pays boisés. Ils nichent, 
avance Levaillant, dans des Irons d'arbres, et pon- 
dent leurs œufs sur le bois vermoulu. Ils sont d'un 
naturel peu farouche, quoique très remuant; on les entend 
sans cesse crier, ce qui les fait aisément découvrir par le 
chasseur; et, comme ils ont le vol lourd, et qu'ils se por- 
tent à de petites distances, il est très facile de les suivre 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES . 13 

lorsqu'on veut arriver aux ruches où ils ont l'habitude 
d'aller prendre leur nourriture, car ils vivent principale- 
ment de miel et de la cire qui le contient; mais ils ne 
mangent point les abeilles, quoiqu'ils en détruisent beau- 
coup en se défendant des piqûres de celles-ci qui, s'atta- 
chant de préférence aux yeux de l'Oiseau, lui font quelque 
fois payer chèrement sa témérité. Les Hottentots ont 
assuré à Levaillant que plusieurs fois ils avaient trouvé, 
au bas des ruches sauvages, des cadavres d'Indicateurs 
qui avaient été tués par les abeilles; ce qui peut assuré- 
ment bien arriver, puisque en Europe on a souvent trouvé 
dans nos ruches des souris, des mulots mis à mort par les 
abeilles, et ensevelis sous une voûte de cire; celles-ci ne 
pouvant traîner les cadavres hors des ruches les couvrent 
ainsi, pour ne pas en être incommodées. 

Comme on le voit, la lumière commence à se faire à 
l'endroit des mœurs de l'Indicateur; mais elle n'est pas 
encore complète, et elle n'est pas davantage exacte. 

Sparmann déjà, tout en en faisant un Coucou, lui donne 
la faculté de tisser un nid en forme de cornue renversée, 
en quoi il a prêté à l'Indicateur un nid de Tisserin. De 
son côté, partant de la supposition de ce fait (qu'il n'eût 
pas l'occasion de vérifier) que les Indicateurs nichaient 
dans des trous d"arbres, Levaillant ne voulut jamais com- 
prendre ces Oiseaux, dont il sentit pourtant lui-même, le 
premier, la nécessité de faire un Groupe à part, au nom- 
bre des Coucous, avec lesquels il ne leur reconnaissait 
aucun rapport, soit par leur forme, soit par leurs mœurs, 
tandis qu'il les considérait comme bien plus voisins des 
Barbus, avec lesquels il leur trouvait, bien à tort, des 
traits de ressemblance frappants par toute leur structure 
extérieure. 

Quoique la plupart des naturalistes, avant comme 



I 



I 
I 



1 

1 



M 






•> 



14 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



depuis Levaillant, n'aient pas attendu la rectification de ce 
fait, pour mettre les Indicateurs au rang des Coucous, 
cette rectification ne peut que sanctionner davantage la 
classification qu'on en a faite parmi ces derniers. 

Nous n'affirmerons pas, par exemple comme Levaillant, 
que l'Indicateur fasse toujours un nid, mais nous ne nierons 
pas davantage, qu'il n'en fasse jamais, quoique les témoi- 
gnages soient en faveur de cette dernière opinion, d'après 
laquelle, suivant les observations premières de Jules et 
d'Edouard Verreaux, et celles des voyageurs les plus 
modernes, il est hors de doute qu'il pondérait son œuf et 
l'introduirait fréquemment, à la manière de notre Coucou 
d'Europe, dans des nids d'Oiseaux étrangers à son espèce. 
Voici, au sujet de .l'Indicateur, une notice des plus inté- 
ressantes, dont nous nous sommes déjà servi ailleurs, en 
la publiant pour la première fois en 1852 \ que nous avons 
extraite du journal rédigé par l'un de ces laborieux voya- 
geurs, en 1830, pendant leur long séjour au Cap de Bonne- 
Espérance. 

« L'instinct de ces Oiseaux, dit J. Verreaux, partageant 
l'illusion de Sparmann, surpasse toute imagination, car 
ils ont la faculté de reconnaître l'homme ou les animaux 
qui peuvent lui être utiles pour découvrir les ruches 
d'abeilles, dont les nymphes leur servent de nourriture. 
Aussi sont-ils on ne peut plus estimés, non seulement des 
colons de l'intérieur, mais plus encore des sauvages qui 
semblent avoir pour eux une très grande vénération : 
c'est au point que ce'ux-ci ressentent beaucoup de peine 
lorsqu'on tue un de ces Oiseaux. C'est donc avec assez de 
difficulté que, moi d'abord, et depuis mes frères Alexis et 
Edouard, sommes arrivés à nous en procurer. Pour en 



« « Encyclopédie d'Histoire naturelle, Oiseaux. : 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 15 

revenir ù leur instinct, il suffira de dire que, lorsqu'un 
de ces Oiseaux vous aperçoit, il semble venir à vous et 
vous attirer par son cri souvent répété, c'est-à-dire jusqu'à 
ce qu'il voit que l'on s'occupe de lui. Alors, voltigeant de 
buisson en buisson et battant des ailes, il parait vous 
prouver sa satisfaction. C'est à ce moment qu'il vous 
conduit parfois à de grandes distances : je dirai même 
que j 'en ai suivi ainsi l'espace de plus de sept à huit milles ; 
mais si, pendant la route, ou à cause de sa longueur, 
vous avez l'air distrait, il s'approche de plus près et re- 
double son cri, et si vous déviez de la route, il ne cesse de 
vous harceler en vous poursuivant. Pourtant, dans le cas 
contraire, si vous avez eu la patience de le suivre, quand 
il arrive près de la ruche il recommence ses cris de plus 
fort et bat des ailes avec beaucoup plus de vivacité. Si sa 
ruche est sur un arbre, il y vole et continue son manège 
jusqu'à ce que vous paraissiez vous en occuper; tandis 
quand elle est en dessous du sol ou dans les crevasses de 
rochers, il s'y rend également en voltigeant autour. Ce 
n'est que lorsque cette ruche est détruite ou altérée que 
l'Oiseau s'en approche pour en extraire les nymphes qui 
paraissent être sa nourriture favorite. Dans cette attitude, 
rien ne peut l'émouvoir, pas même les abeilles qui bour- 
donnent autour de lui et qui certainement ne manquent 
pas de le piquer. Du reste, sa peau est si dure qu'elle 
parait à l'épreuve de leur aiguillon, ce qui a lieu pour 
toutes les espèces d'Indicateurs. Je dois ajouter que, dans 
le nombre d'individus que j'ai préparés, je n'ai pas trouvé 
exclusivement que ces insectes, mais encore des insectes 
mous et principalement des larves et des chenilles. » 

En présence de ces affirmations plus ou moins contraires, 
nous croyons qu'il faut simplement s'en tenir à l'opinion 
de Bruce et de Manduyt, quant à l'interprétation à faire 



16 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



du véritable instinct des Indicateurs, lequel n'est autre 
que celui de tous les Oiseaux en quête de leur nourriture 
et que le merveilleux dont on a entouré cet instinct, et 
qui accompagne trop souvent les meilleures observations 
en histoire naturelle, est à mettre de côté. Aussi bien, 
le reverrons-nous se reproduire sous une autre forme au 
sujet des mêmes Oiseaux. 

Il n'en faut pas moins retenir de cette notice, que ce n'est 
pas du miel des ruches que se montre friand l'Indicateur, 
mais des larves d'abeilles qu'elles renferment, ce qui est 
plus rationnel de la part d'un Oiseau exclusivement insec- 
tivore. C'est ainsi que chaque observation, au milieu de 
détails souvent futiles, apporte son contingent de con- 
naissances, qui vont s'augmenter d'autres découvertes. 

Les Indicateurs, avons-nous dit, du moins les espèces 
africaines, se rapprochent beaucoup des Coucous, sous le 
rapport du mode par eux employé pour la ponte et l'incu- 
bation de leurs œufs. C'est encore Verreaux qui va nous 
instruire à cet égard. 

« Il m'est arrivé, rapporte-t-il, de trouver les œufs de 
ces Oiseaux, et plus particulièrement les jeunes sortis de 
l'œuf, dans les nids de diverses espèces, ainsi (de même que 
nous le verrons faire aux vrais Coucous), la femelle pond 
son œuf à terre, puis le prenant dans son bec, s'élance 
vers le nid qu'elle a choisi pour l'y déposer, en dérobe un 
de ce même nid, qu'elle brise ou qu'elle mange, puis vient 
rechercher le sien, qu'elle y substitue à l'aide de son bec, 
et en fait autant pour les trois œufs qu'elle pond générale- 
ment à deux jours d'intervalle. Je pourrais citer comme 
un fait positif, qu'ayant suivi la même femelle pendant 
toute la période de sa ponte, je l'ai vue déposer de la 
même manière les trois œufs qu'elle avait pondus; je dirai 
même que les trois se trouvaient placés dans le nid de 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



17 



trois espèces distinctes d'Oiseaux, et à la distance do sept 
à huit cents pas l'un de l'autre. Ce- fut dans les premiers 
jours d'octobre que j'observai le premier, qui fut déposé 
dans un nid de Cubla 1 , Espèce de Pie-Grièche ; le second 
dans celui d'un Merle à cul-d'or 2 , et le troisième dans 
celui d'un Importun 3 , autre Espèce se rapprochant des 
Pies-Grièches. Le lendemain de la dernière ponte, la fe- 
melleaccompagnée de son mâle qui se tenait toujours à coté 
d'elle disparut avec lui, et ce ne fut que dans les premiers 
jours de novembre que je les vis reparaître tous deux. Il ne 
restait à cette époque dans le nid du Cubla que le jeune 
Indicateur qui, en grossissant, avait fini par jeter en de- 
hors les deux petits Cubla; et cependant le père et la 
mère de ceux-ci continuaient à le nourrir, comme ils l'a- 
vaient fait pour leurs propres enfants. C'est le 2 no- 
vembre, que la femelle de l'Indicateur, en approchant du 
nid, appela son jeune qui commençait à voler, et qui ne 
tarda pas à venir la rejoindre au grand désappointement 
des deux pauvres Oiseaux. Je remarquai alors que les rôles 
changèrent, et que le mâle prit soin du jeune, tandis que 
la femelle se rendit au deuxième nid et en ramena le secoud 
jeune, puis enfin, d'un autre, le troisième. Ces jeunes 
paraissent rester avec leurs parents jusqu'à l'époque assi- 
gnée par la nature à chacun des êtres pour leur reproduc- 
tion ; car dès l'année suivante, ces Oiseaux s'accouplent. » 

J. Verreaux a eu occasion, à plusieurs reprises, pendant 
plus de douze ans de séjour , de renouveler ces mêmes 
observations, non seulement pour l'Indicateur de Spar- 
mann, mais encore pour deux autres espèces. 

Ce que Levaillant a pris pour le lieu de nidification de 



1 Lamarius Cubla. 

1 Ixas Chrysorrham. 

3 Andropadus Imporlunus. 






I lj 


! 





18 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



l'Indicateur, en parlant des trous d'arbres vermoulus qu'ils 
choisissaient à cet effet, n'est que le lieu d'élection de leur 
retraite pour la nuit, ainsi que le constate J. Verreaux. 
Mais cette habitude le met à même de découvrir de véri- 
tables nids d'espèces qui s'y établissent, telles que les 
Pics et les Barbus ; et il en profite pour se débarrasser 
de son œuf en l'y déposant, au rapport de ce dernier 
voyageur. 

Ce qui est plus curieux, c'est que cet instinct des Indi- 
cateurs, dont l'industrie de l'homme tire un si grand parti, 
vient pareillement en aide à un mammifère connu sous le 
nom de Ratel. 

Les mœurs ci-dessus décrites , ajoute J. Verreatftt , 
s'appliquent également, quant à la recherche des ruches, 
au Ratel Types qui se nourrit lui-même , non seulement 
des nymphes, mais encore du miel, et qui par conséquent 
est souvent ou pour mieux dire toujours à leur découverte, 
aussi cet animal suit-il l'Oiseau, qui le dirige avec la 
même sagacité que l'homme. Mais on remarque que dans 
cette occasion, l'Oiseau vole plus bas et s'éloigne moins, 
afin que l'animal puisse le suivre à la vue , car alors son 
cri n'est pas autant répété, et ce n'est que lorsqu'il appro- 
che qu'il se produit plus aigu. 

Nous terminerons ces renseignements par les plus nou- 
veaux, ceux rapportés par le R. D r Livingstone, fort peu 
naturaliste , mais fort exact et très scrupuleux dans ses 
observations, de ses premières explorations dans l'inté- 
rieur de l'Afrique Australe, de 1840 à 1856. Voici ce qu'il 
en dit dans les notes de son journal du 2 décembre 1855 : 

« Nous sommes arrêtés auprès d'une petite montagne , 
appelée Maoundo, et nous recevons l'invitation fréquente 
du Coucou Indicateur. J'ai entendu dire par certains indi- 
gènes , que cet Oiseau vous conduit quelquefois auprès 






LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



19 



d'une bête sauvage au lieu de vous mener à côté des 
abeilles. Voulant prendre à cet égard des informations 
plus précises, je demande à chacun de mes hommes, si 
jamais il a été trompé dans son attente, lorsqu'il a suivi 
ce cher petit Indicateur. Sur les cent quatorze individus 
qui composent mon escorte, un seul a été conduit' auprès 
d'un éléphant , ainsi que je l'ai été moi-même auprès d'un 
rhinocéros; tous les autres sont arrivés à la ruche qui 
leur était promise; et je suis persuadé que la majorité 
des personnes qui se laisseront guider par cet Oiseau, ne 
manqueront pas de trouver du miel, et y seront amenées 
directement. » 

Aussi plus tard, à la date du 15 février 1856, le docteur 
fait-il, en passant, cette mention : 

« Le Coucou Indicateur remplit son office avec beau- 
coup de zèle, et fait trouver à mes compagnons une énorme 
quantité de miel. » 

Quoiqu'il en soit de cette vérification si probante du 
D r Livingstone, le degré de croyance que l'Indicateur en- 
traine le chasseur près d'un léopard ou d'un serpent, 
croyance fort répandue dans l'Ouest de l'Afrique, méritait 
d'être encore examiné ; et c'est ce que M. Layard fait 
connaître en 1869 ', par une lettre que lui écrivait à ce 
sujet Mistriss Barber, de Graham's TWn, dans laquelle 
elle défend la cause de l'Indicateur en ces termes : 

« En ce qui regarde l'habitude de l'Indicateur, la légis- 
lature de nos cantons orientaux n'est pas de la même opi- 
nion que nos cantons de l'Ouest, pour donner sur cet Oi- 
seau un verdict de culpabilité. L'explication, que je vous 
ai donnée, n'est ni une opinion personnelle, ni une opinion 
inventée pour moi, comme vous semblez le croire. Ce que 



< Ibis. 



20 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



je vous ai écrit dans une lettre précédente est l'opinion 
d'un grand nombre de vieux chasseurs d'abeilles de cette 
partie du pays, qui ne prêtent aucune foi à cette antique 
croyance populaire : que cet oiseau conduit exprès le 
chasseur auprès d'un léopard. 

« Mes neuf frères, tous élevés dans ce pays, étaient de 
grands chasseurs (et aussi amateurs de sport), et pendant 
toutes les années de leur connaissance acquise par une 
longue pratique comme chasseurs d'abeilles , et surtout 
lorsqu'ils demeuraient à Charfield , où les nids d'abeilles 
étaient fort nombreux, et où ils suivaient chaque jour ces 
Oiseaux, aucun d'eux n'a jamais été conduit à dessein 
par l'Indicateur vers un animal malfaisant. Ils ont bien 
des fois, en suivant ces Oiseaux dans les bois fourrés, fait 
lever plusieurs espèces d'animaux ; mais s'ils n'abandon- 
naient pas l'Oiseau pour continuer leur chasse, il pour- 
suivait son vol vers le nid d'abeilles, sans s'occuper des 
animaux levés. 

« Un de mes frères , en suivant une fois un Indicateur 
dans une épaisse forêt, près la Korwie, passa au milieu 
d'un troupeau de pourceaux sauvages. Ils furent, comme 
de raison, beaucoup plus effrayés que lui, et s'enfuirent 
dans toutes les directions. Mais mon frère connaissant la 
croyance populaire, et voulant s'en assurer, ne fit nulle 
attention aux pourceaux sauvages, mais continua sa route 
et suivit l'Oiseau qui, sans s'occuper non plus des pour- 
ceaux, suivit tranquillement son chemin jusqu'au nid, 
que cet Indicateur (qui était une femelle) voulait montrer. 

« J'ai d'autres motifs pour ne pas croire cette histoire. 
Pourquoi l'Indicateur perdrait-il son temps à conduire les 
chasseurs vers les léopards , vers les chacals , les loups 
et autres animaux malfaisants? Ils ne sont nullement ses 
ennemis naturels; il n'aurait aucun avantage à le faire 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



21 



et n'y gagnerait rien. J'ai toujours remarqué que la nature 
ne fait rien sans motif et sans un but utile; il y a toujours 
une raison pour les habitudes et les actions des Oiseaux 
comme pour celles des animaux de toutes les espèces. 

« Par conséquent, pourquoi un Oiseau, qui n'élève même 
pas ses petits, et n'a pas le soin d'un nid, craindrait-il ces 
animaux, ou s'en préoccuperait-il? Pourquoi l'Indicateur, 
contrairement aux autres animaux, agirait-il de cette 
manière sans aucun motif pour le faire? 

« De plus, il y a un changement dans le son de la voix 
de l'Oiseau, lorsqu'il arrive près de la ruche qu'il a l'in- 
tention de montrer. Un vieux chasseur d'abeilles ne s'y 
trompe jamais , et sait immédiatement quand il doit se 
mettre à la recherche d'un nid. Ce changement de voix 
n'a jamais lieu lorsque les animaux sont levés pendant 
qu'on suit l'Oiseau, à travers la forêt. D'où je conclus 
qu'il n'a pas l'intention de montrer où se trouvent ces 
animaux ; puisqu'au contraire son chant se modifierait. » 

Que d'enseignements dans cette simple lettre si claire et 
si précise ! 

Aussi, en la reproduisant, M. Layard ajoute-t-il spiri- 
tuellement : 

« L'avocat qui défend cette cause a, certainement, des 
arguments puissants en faveur de ses clients; et, sans 
mentionner son opinion personnelle, ce que je sais des 
observations de plusieurs des neuf frères, tous hommes 
renommés dans le pays par leurs hauts faits dans les 
guerres des Kaftlrs, ainsi que par leurs exploits de chasse, 
force m'est de dire que je suis porté à rendre dans cette 
cause, comme président de cour, un verdict de non-culpa- 
bilité, et à acquitter l'Indicateur ! ! ! » 

Ce qu'il est important de constater, mettant pour le 
moment de coté toute controverse désormais élucidée, 






22 HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 

e'est que ces habitudes sont reconnues jusqu'à présent 
communes à trois espèces. Nous venons de voir Spar- 
mann parlant de la première. Nous allons dire un mot de 
la seconde que Levaillant a appelée le Grand Indicateur, 
et qui seul lui appartient comme découverte, aussi lui 
a-t-on rendu la justice de la lui dédier. C'est : 



L'Indicateur de Levaillant '. 

Le dessin de la tête, le derrière du cou, le manteau, les 
couvertures des ailes, le dos, sont d'un vert brunissant, 
mais qui cependant, à certains aspects, prend les tons les 
plus jaunâtres ; le croupion est blanc, et les couvertures 
du dessus de la queue sont blanches variées d'olivâtre ; les 
pennes alaires, sur fond brun olivacé, sont lisérées exté- 
rieurement de vert olive; tout le devant du cou, depuis Io 
bec jusqu'au bout de la poitrine, est d'un jaune pâle comme 
onde de gris blanc sale sur le milieu du cou, et varié de 
taches noires sur la gorge; tout le reste du dessous du 
corps, depuis le bas de la poitrine et en y comprenant les 
couvertures du dessous de la queue, est d'un blanc sale 
jaunissant; la queue est absolument de la même forme que 
celle de l'Indicateur de Sparaanii. Le bec, les pieds et les 
ongles sont bruns; l'iris est carmin clair avec la peau nue 
du tour de l'œil d'un noir brun. Sa grosseur est celle de 
notre Pie-Grièche grise, mesurant de 23 à 24 centimètres. 
Fidèle aux habitudes de son congénère, cet Indicateur 
emprunte le nid d'autres Oiseaux pour y introduire son 
œuf qu'il leur abandonne à couver. J. Varreaux en a 
trouvé dans les nids du Pic tacheté 2 , du Pic aux ailes d'or 3 , 

1 Indicator LevaiUantii. 
i Denclrobates Nolatus. ' 
3 Dendrobatrs Fulviiscap s. 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



23 



du Loriot Condougnan l et dans celui de la Pie-Grièche Boul- 
boul 2 ; et M me Barber, dont nous venons d'admirer le style, 
a écrit à M. Layard, en 1869, avoir trouvé l'œuf de la même 
espèce dans le nid du Barbu à ventre noir 3 . Coïncidence re- 
marquable, quand on sait que l'œuf de l'Indicateur est d'un 
blanc pur et sans taches ; et que sur ces cinq espèces d'Oi- 
seaux étrangers, quatre ont leurs œufs également blancs. 

L'Indicateur de Levaillant habite, non seulement toute 
la côte orientale de l'Afrique, depuis la forêt d'Anteniquoi 
jusque chez les Cafres, mais encore toute l'Abyssinie, où 
l'a pris et observé l'infortuné D r Petit, sous l'influence des 
préjugés de la localité, si victorieusement combattus par 
Mistriss Barber, au sujet de cet Oiseau, qu'il appelle Indi- 
cateur Grimpeur dans le journal de son voyage en Abys- 
sinie, pendant les années 1830-40-41-42, et dont nous 
avons publié les notes en 1853 : 

« Les chasseurs d'éléphants le connaissent bien, et lui 
accorde la propriété d'indiquer les ruches, et aussi d'y con- 
duire les lions et les éléphants. J'en ai vérifié l'exactitude 
pendant mon séjour au Marenbe, en le suivant moi-même. 
Il était venu se pereher sur le sommet d'un petit arbre, 
•et, tourné vers nous, il nous appelait par un petit cri, en 
gesticulant et agitant la queue jusqu'à ce que nous nous 
levâmes pour le suivre. Alors il s'envola, mais il n'alla pas 
loin, et, perchant sur un arbre voisin, il se tourna de nou- 
veau vers nous, en continuant de nous appeler. Il répéta 
ce manège plusieurs fois, jusqu'à ce qu'étant arrivé à 
l'arbre qui contenait le miel, il se posa dessus et chanta 
plus fort, redoublant son cri, mais d'une manière diffé- 
rente du premier, pendant que nous enlevions le miel de la 



1 Oriolus Larvatus. 
1 Laniarius Boulboul. 
1 Laimodon nigrithorax. 



24 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



ruche : c'était comme pour nous exciter, et comme un 
chant de triomphe. Il alla, après nous, jouir à son aise des 
restes que nous lui laissions. 

« Quoiqu'il ne soit pas très rare, il n'est pas non plus 
très commun ; et les habitants, chasseurs d'éléphants ou 
chercheurs de miel sauvage, ont toujours quelque peine à 
le laisser tuer. Pour ne pas trop indisposer mes gens eux- 
mêmes, en tuant leurs pourvoyeurs, je n'en tirai qu'un 
seul pour échantillon. Son estomac renfermait du miel, de 
la cire et des insectes. » 

Cette note est d'une précision telle, qu'elle ne laisse pas 
place au moindre doute. 

Nous allons finalement retrouver, à pou de chose près, 
les mêmes détails reproduits, plus récemment encore, au 
sujet d'une troisième espèce figurée par Temminck. 



Le Petit Indicateur 1 . 

L'ensemble de sa coloration est te même que celle des 
deux autres espèces. C'est le plus petit de tout le groupe, 
ayant la grosseur d'une Fauvette. 

Voici ce qu'en rapporte, en 1804," le D' Kirk 2 , qui l'a 
observé au Zambèze : 

« Le Honey-Guide, comme il le nomme, se trouve dans 
les forêts, et souvent loin de l'eau, même pendant la saison 
sèche. Lorsqu'il voit un homme, il va, voltigeant de bran- 
ches en branches sur les arbres environnants pour attirer 
l'attention. Si on lui répond, ce que les naturels font en 
sifflant et en marchant, l'Oiseau s'éloigne dans une cer- 
taine direction, et s'arrête à une faible distance, sautant 
d'un arbre sur un autre. Il va plus loin, si on le suit; et 

1 Indicator Minor. 
» Ibis. 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 25 

c'est ainsi qu'il montre le chemin jusqu'à un nid d'abeilles. 
Parvenu au nid , il vole de côté et d'autre , mais ne vous 
guide plus; et alors quelque habileté est nécessaire pour 
trouver le nid, au milieu des arbres qui vous entourent. 
Si, après avoir suivi pendant un certain temps la direction 
indiquée par votre guide, vous vous détournez, j'ai vu cet 
Oiseau revenir sur ses pas, et offrir de vous montrer un 
autre nid dans une autre partie. Mais il reste en arrière, 
s'il ne connaît pas un deuxième nid. 

« La difficulté est qu'il vous montrera aussi volontiers 
des abeilles privées dans une ruche en écorcc que des 
abeilles sauvages de la forêt, ce qui est naturel, les abeilles 
étant les mêmes, la ruche d'écorce, musinga, comme on 
l'appelle, étant simplement suspendue dans un arbre, pour 
que les abeilles puissent venir s'y loger. Il est évident que 
l'objet que l'Oiseau a en vue est de trouver de jeunes 
abeilles. Il vous conduira de même à des nids n'ayant pas 
de miel; et semble également enchanté si les rayons con- 
tenant des nymphes ont été arrachés : on le voit immédia- 
tement les becqueter. » 

Le fait est donc constant, quelque portée qu'on veuille 
ou non lui donner. Il se reproduit de même et dans des cir- 
constances identiques, chez trois espèces distinctes, que ce 
soit dans les environs du cap de Bonne-Espérance ou en 
Cafrerie, dans le Zambèze ou en Abyssinie. 

En serait-il ainsi pour les deux espèces de l'Inde et de 
l'Océanie, dont les habitudes ne sont pas encore connues? 
Nous n'hésitons pas à le croire. 

Si nous nous sommes étendu ainsi, ce qui nous arrivera 
encore pour bien d'autres espèces de mœurs exception- 
nelles, c'est afin de faire voir ce que demande de temps, 
pour chaque oiseau, la connaissance exacte de sa biogra- 
phie ornitliologique , comme l'appelle Audubon; c'est 






26 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



aussi pour montrer, quels que soient le savoir et le talent 
du professeur chargé de l'enseigner, que l'un et l'autre 
ne seraient rien sans la peine et les fatigues bien rarement 
récompensées, encore moins célébrées, quand elles ne sont 
pas le plus souvent oubliées des voyageurs-naturalistes 
dont on pense à peine à citer les noms glorieux, et aux- 
quels cependant l'ornithologie doit d'être ce qu'elle est 
aujourd'hui. C'est ainsi qu'il a donc fallu près d'un siècle 
pour connaître les habitudes des modestes Oiseaux qui 
viennent de nous occuper. 

Ce que l'on ne nous apprend pas, c'est si l'Indicateur 
est constamment parasite à l'égard des autres Oiseaux, et 
si parfois il se construit un nid, ou si, en empruntant un, 
il y pond et couve lui-même. 

Quant à son œuf, qui est d'un blanc pur et sans taches, 
et de forme ovée, il est remarquable, ainsi que nous 
l'avons déjà dit, que sur huit nids d'espèces différentes, 
dans lesquels on l'a trouvé, il y en ait quatre appartenant 
à des espèces dont les œufs sont également blancs, tel que 
les Pics, les Barbus et les Loriots, ces derniers, on le sait, 
avec quelques points noirs. 

D'un autre côté, les espèces en dehors de celles-là, ayant 
des œufs parfaitement teintés, colorés et tachetés, l'ins- 
tinct de tromper les propriétaires du nid fait ici complète- 
ment défaut chez l'Indicateur, et la théorie des causes 
finales manque de base. Car si l'on peut admettre l'illusion 
pour les premiers, elle n'est plus admissible chez les se- 
conds, puisque, quelle que soit la couleur des œufs étran- 
gers, celle de l'œuf de l'Indicateur reste immuable dans 
sa blancheur d'innocence et ne subit aucune modification, 
Rappelons-nous ce fait, lorsque nous nous occuperons du 
Coucou Chanteur et de ses congénères exotiques. 
Nous en savons néanmoins assez déjà, pour ne pas être 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



27 



surpris outre mesure do ce que nous réserve l'étude des 
autres membres de la famille, et spécialement de notre 
Coucou d'Europe, dont force nous est bien de retracer l'his- 
torique, pour la plus grande édification des fidèles en orni- 
thologie d'abord, ensuite des croyants aux principes de 



l'oologie. 






! ! 



28 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 






2° SOUS-FAMILLE. 



LES VRAIS COUCOUS 1 . 



Nous comprenons dans cette sous-famille toutes les 
espèces en dehors des Indicateurs que nous quittons, chez 
lesquelles se remarquent les mêmes habitudes, si anor- 
males parmi les Oiseaux, de déposer leur œuf dans le nid 
d'une espèce étrangère, de lui en confier l'œuvre de l'in- 
cubation, ainsi que l'éducation du petit qui en sort, quoique 
quelques-uns, en très petit nombre, le couvent eux-mêmes 
en se préparant parfois un nid, ce qui est plus rare. 

On les a divisés en sept groupes, sous les noms de 
Eudynamis, Edolios, Coucous, Cacomantes, Hiérococcyx, 
Surnicous et Chrysococcyx ou Chalcites, renfermant près 
de soixante espèces, dont deux seules de l'Europe, et les 
autres réparties en Asie, en Afrique, en Océanie, et même 
en Australie, par conséquent toutes de l'Ancien-Monde, et 
sur lesquelles il n'en est qu'une douzaine qui aient été 
connues, tant deBuffon que de Linné et de Gmelin. 

Les Coucous sont des oiseaux à la taille svelte, malgré 
la brièveté de leurs jambes élégantes bien proportionnées; 
tous ont de la grâce dans les mouvements, le vol aisé, 
rapide au besoin ; la voix moelleuse, sonore, plaintive et 
passionnée ; l'humeur gaie. 

Ils ont la langue mince, plate, pointue et de la loimieur 
des deux tiers du bec; la bouche large, le gosier ample et 

1 Cuarfinœ. 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



29 



susceptible d'une grande dilatation ; les ailes presque tail- 
lées comme celles des Faucons ; chez tous, ainsi qu'on l'a 
vu, le sternum est fort court, et le ventricule très volu- 
mineux, occupant presque entièrement l'espace compris 
entre le bas du sternum et l'anus ; lorsque ce sac est 
plein, il forme, dans tout le bas-ventre qu'il gonfle prodi- 
gieusement, une dureté remarquable, ce qui a fait penser 
que ce pourrait bien être la cause qui empêchait les Cou- 
cous de couver ; mais, comme l'a très bien observé de 
Montbeillard, cette partie étant, chez beaucoup d'Oiseaux 
qui couvent leurs œufs, la même que chez les Coucous, il 
n'est pas probable que ce soit elle qui empêche ces der- 
niers de couver les leurs. 

Tous les Coucous encore sont Oiseaux voyageurs, ne 
passant jamais l'année entière dans le même pays. Ils se 
nourrissent d'insectes et particulièrement de chenilles, des 
velues surtout, auxquelles touchent peu les autres Oiseaux. 
Il semblerait, dit Levaillant, que la nature les eut des- 
tinés à la destruction particulière de cette vermine ron- 
geuse qui, dans nos climats, cause do si grands ravages; 
car, il est de fait, que peu d'Oiseaux, autres que les Cou- 
cous, en font leur pâture. Nous voyons même que nos 
volailles, lorsqu'elles en ont beaucoup mangé, s'en trou- 
vent incommodées ; c'est qu'elles n'ont pas, comme les 
Coucous, la facilité, sur laquelle nous reviendrons, de 
rendre par le bec le poil des chenilles qu'elles ont ava- 
lées, lesquels poils, se formant en pelotons pressés dans 
l'estomac des Coucous, sont vomis par eux en totalité. Les 
Crécerelles, les Éperviers, tous nos Oiseaux de proie enfin, 
qui peuvent, comme les Coucous, rendre par le bec ce qu'il 
y aurait d'excédant ou de vicieux dans les aliments qu'ils 
auraient pris, s'accommodent aussi fort bien des chenilles 
poilues, et en feraient chez nous une heureuse destruction, 



■ 






30 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



s'ils n'étaient eux-mêmes du nombre des Oiseaux qu'on ne 
croit pas moins utile de détruire, et que les chasseurs 
surveillent sans cesse d'une manière particulièrement 
hostile. 

Nous mettons en tête de tous les groupes celui des 
Coucous proprement dits, parce qu'il comprend notre 
Coucou d'Europe, qui sera notre point de repère et le 
terme de comparaison pour tout ce que nous aurons à 
dire des autres groupes de la famille. 

Les Coucous, proprement dits, ont pour caractère : le 
bec large, assez déprimé à la base, moins long ou aussi 
long que la tète, arqué, peu robuste et presque arrondi en 
dessous, comprimé graduellement sur les côtés jusqu'à la 
pointe qui est aiguë et entière; les narines basales à demi 
engagées dans les petites plumes du front, latérales, per- 
cées dans une sorte de membrane et rondes; les ailes lon- 
gues, sub-obtuses; la queue également longue, arrondie 
et^étagée; les tarses très courts, tantôt à moitié, parfois 
même presque entièrement emplumés, du tiers à peine de 
la longueur du doigt externe antérieur, qui est le plus long 
des quatre, puis le postérieur correspondant, l'interne du 
même côté, ou pouce, le plus court, les deux antérieurs 
légèrement soudés à la base, les ongles proportionnés, ar- 
qués et aigus. 

Une seule espèce est ornée d'une huppe et tous portent 
une nudité autour de l'œil à peine visible. 

En tête, se place notre fameux Coucou d'Europe, de- 
venu pour le vulgaire le type de toute la famille, 
cest : 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



31 



Le Coucou Gris ou Chanteur K 



Le mâle a la tète, le cou, la poitrine et les parties supé- 
rieures du corps d'un cendré bleuâtre, plus foncé sur les 
ailes et sur le dos ; le ventre, les cuisses, l'abdomen et les 
couvertures sous-caudales, blancs, rayés transversalement 
de brun noir ; on voit de grandes taches blanches sur les 
barbes internes des pennes alaires ; la queue noire, maculée 
de blanc le long de la baguette de chaque rectrice, et ter- 
minée par un liséré de cette même couleur. Le bec est noir 
de corne, avec la base des commissures jaune; les pau- 
pières, l'iris et les pieds sont jaunes. Sa taille est de 30 cen- 
timètres. 

La femelle a les mêmes couleurs, mais la taille un peu 
plus petite. 

On a vu, pour le Coucou indicateur, découverte toute 
moderne, ce qu'il a fallu de temps pour en apprendre les 
mœurs. Il en a été bien autrement du Coucou d'Europe ou 
Coucou Chanteur connu depuis des siècles, et au sujet des 
mœurs duquel on est à peine d'accord aujourd'hui. 

Il est peu d'enfants cependant qui ne réunissent dans un 
même souvenir le Coucou et l'Hirondelle, messagers des 
beaux jours, dont l'un promet de l'argent à qui sait l'en- 
tendre à point, et l'autre, la joie du foyer, et qui diffère 
si profondément par l'instinct et par les mœurs, que Tous- 
senel n'a pas hésité à faire du Coucou « l'ogre, le cau- 
chemar, l'épée de Damoclès de toutes les espèces chan- 
teuses qui nourrissent leurs petits avec des insectes ! » 

Nous eussions bien voulu, en abordant son histoire, ne 
pas le découronner de l'auréole mystérieuse dont, malgré 



1 Cuculus Canorus. 



32 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 






cetanathème, l'ont depuis si longtemps pourvu les légendes 
d'abord, puis la science inconsciemment dominée par elles. 
Il ne suffît pas d'amuser, il faut encore instruire, et c'est 
ce que, fidèle à notre programme, nous allons essayer de 
faire. 

Nous ne reviendrons donc sur l'historique que nous en 
avons présenté en 1852, que pour mieux y constater les 
faits acquis et en indiquer l'importance, en en empruntant 
quelques-uns aux observations si minutieuses et si précises 
de MM. Bailly et Jules Viau, comme les plus récents. 

Le Coucou Chanteur, qui se trouve aussi dans l'Asie 
occidentale et dans l'Afrique septentrionale, habite toute 
l'Europe pendant la belle saison, constamment plus ré- 
pandu dans les pays de plaines que dans ceux de mon- 
tagnes. Il arrive d'Egypte, où il passe l'hiver, un à un, 
presque en même temps que la plupart des Fauvettes, 
c'est-à-dire du 8 au 15 avril, et dans les iles de l'Archipel 
grec, en même temps que les Tourterelles, et comme il 
voyage isolément et qu'on n'en voit souvent qu'un au mi- 
lieu d'une troupe de ces Oiseaux, les habitants de ces îles 
l'ont appelé Conducteur des Tourterelles, comme le 
Râle de Genêt Roi des Cailles, avec lesquelles ce dernier 
voyage également. Il n'est pourtant pas extraordinaire de 
le voir et de l'entendre chanter aux premiers jours d'avril, 
ce qui a lieu principalement quand le mois de mars a été 
beau. M. Tristram, qui l'a observé en Palestine, dit qu'on 
ne l'y voit pas avant le 30 mars. Le mâle revient habi- 
tuellement deux ou trois jours avant la femelle, et déjà, 
le lendemain de son retour, il se met à faire entendre fai- 
blement son chant ordinaire, qui n'acquiert toute sa force 
et sa fréquence qu'au commencement de mai, cri mono- 
tone qu'il pousse, les ailes pendantes, la queue relevée, la 
gorge enflée, évidemment un vrai cri d'appel aux femelles. 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



33 



Le mâle est le seul qui chante, si ce cri peut s'appeler 
un chant, car la femelle se borne à faire entendre un cri 
imitant le rire. La voix du Coucou, dit Tschudi, n'est ni 
mélodieuse, ni variée; mais on aime à l'entendre, elle 
parle aux sens. Il y a plus; elle joue, dans l'existence des 
bergers et des paysans, en Suisse, un rôle continuel, et se 
rattache à de singuliers préjugés. Malgré cela, beaucoup 
d'entre eux n'ont jamais vu le Coucou, car cet oiseau est 
très sauvage, farouche, inquiet et défiant. 

A leur arrivée, les Coucous vont, d'un vol rapide et 
plongeant, d'un arbre à l'autre; ils se répandent dans les 
-bois, les taillis, le long des arbres plantés à proximité ou 
à l'intérieur des champs, tels que les pommiers dans le 
Perche et les pays à cidre, le long des prairies et des ma- 
récages. C'est dans ces lieux, du reste, qu'ils trouvent en 
abondance les sauterelles, les grillons, les limaçons, les 
phalènes, les bombyxs, les hannetons, les chenilles lisses 
et velues surtout, qui forment pendant cette saison la 
base de leur nourriture. 

Mais, entre tous, ils préfèrent les chenilles velues et, de 
cette préférence, s'est produit chez eux ce fait physiolo- 
gique : c'est que les parois de leur estomac sont complè- 
tement revêtues et tapissées d'un poil fin et duveteux, qui 
n'est autre que celui de ces chenilles, lequel, en s'implan- 
tant dans la tunique intérieure de cet organe, le rend velu 
comme une toison. "VVilson qui, avant cette observation d'e 
Naumann, avait eu occasion de faire la même remarque 
sur plusieurs Coucous américains, pensait que ce revête- 
ment était destiné à empêcher l'irritation de cette partie 
par les poils des chenilles velues qu'ils affectionnent égale- 
ment, prenant ainsi l'effet pour la cause, ce qui est arrivé 
à Toussenel qui ne se trompe jamais qu'en bonne com- 
pagnie. 

3 






-, . 



34 HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 

Disons avec Carus, en passant, que cette disposition 
accidentelle, qui cesse quoique temps après que les Cou- 
cous ne trouvent plus de chenilles velues, a été considérée 
par erreur comme état normal de l'estomac de ces Oiseaux. 
Quoiqu'il en soit, tous ces poils sont inclinés dans le même 
sens, et pour qu'ils se dirigent ainsi tous du même côté, 
il faut qu'ils reçoivent cette direction du mouvement rota- 
toire des aliments contenus dans l'estomac. Le fait est 
complètement démontré par la formation, dans cet organe, 
des pelotes, dont nous venons de parler, composées de ces 
poils et qui sont de véritables égagropiles tout à fait com- 
parables à ceux qu'on trouve dans l'estomac des chèvres. 

Thompson, de Belfort, s'est assuré, vers 1834, que ces 
poils étaient ceux des larves ou chenilles de la phalène 
tigrée, dont ces Oiseaux se nourrissent souvent. 

Les Coucous ajoutent encore à ces aliments, pendant 
l'été, des fruits doux et tendres, tels que ceux du cerisier, 
du figuier, du mûrier, etc., et, de temps en temps, dit 
M. Bailly, le premier qui ait fait cette observation, de 
petites grenouilles qu'ils trouvent sur le bord des fossés 
marécageux , de gros vers , des sangsues , des courti- 
lières, etc. 

Bien plus, ils profitent du moment que les Oiseaux quit- 
tent leurs couvées à la recherche de leur subsistance, pour 
dévaliser leurs nids, en y dévorant non seulement les 
œufs, mais même les petits à peine couverts d'un léger 
duvet. C'est ainsi qu'ils détruisent beaucoup de nichées de 
Merles, de Grives, de Fauvettes, d'Alouettes, de Pitpits 
et de Bruants. 

Cette habitude est sans doute l'un des principaux mo- 
tifs qui rendent les Coucous si odieux aux Oiseaux, sur- 
tout aux espèces dont ils s'approprient souvent les nids. 
Les Grives et les Merles les poursuivent avec acharnement 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



35 



chaque fois qu'ils les découvrent dans les bois ou les 
lieux qui renferment leurs couvées. Les Rouges-Gorges 
qui sont, sans contredit, les plus dociles à couver les œufs 
de ces intrus et à élever leurs petits, ainsi que plusieurs 
autres Becs-Fins et même les Pinsons, poussent des cris 
d'indignation lorsqu'ils les aperçoivent auprès de leurs 
nichées, puis ils les insultent et les font très souvent fuir 
devant eux. 

Mais n'aurait-on pas exagéré ces méfaits et ces héca- 
tombes de Fauvettes, de Rossignols, de Becflgues, etc., 
contre lesquels se révolte Toussenel, lorsqu"il rapporte, 
nous ne savons d'après quel document : 

« Qu'un naturaliste anglais s'est livré à de profonds 
calculs de statistique, pour savoir le chiffre des petits 
Oiseaux que le Coucou détruisait bon an, mal an, dans les 
Iles britanniques. Il est arrivé à un chiffre de deux à trois 
millions ! et la superficie de la Grande-Bretagne n'est que 
moitié de celle de la France, et elle est complètement 
dépeuplée de forêts. » 

Si exagérés que puissent paraître ces calculs, dont nous 
regrettons de ne point connaître les bases, il est certain, 
en y réfléchissant sérieusement, que la destruction des 
petites espèces d'Oiseaux, par cet impudent parasite, doit 
être considérable lorsque l'on considère que la naissance 
d'un seul Coucou coûte la vie à trois ou quatre de ces 
oiseaux, et cela à chacune de leurs couvées, c'est-à-dire à 
deux générations. Et si l'on y ajoute les œufs et les petits 
absorbés par lui comme aliments à sa gloutonnerie habi- 
tuelle, nous comprenons dès lors que l'on ait été tenté 
d'en faire un calcul de probabilités. En telle sorte que, 
pour qu'il ne manque rien à ce paradoxe vivant, que nous 
offre le Coucou, on en est à se demander de quelle utilité 
peut-il être dans l'économie de ce Monde des Oiseaux, et 




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36 HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 

si par le fait, Toussenel n'aurait pas eu raison, dans son 
laconisme, de le vouer aux gémonies de l'ornithologie. 

Quoi qu'il en soit, en rapprochant ces observations de 
ce qu'on a regardé comme des fables, débitées par les an- 
ciens il y a vingt siècles, et répétées depuis par le peuple, 
on est presque tenté de leur donner raison. Ainsi les an- 
ciens auteurs, avec Aristote et Pline, ont avancé que le 
Coucou n'est autre chose qu'un Épervier métamorphosé; 
que cette métamorphose se renouvelait tous les ans, à 
une époque déterminée. 

Or, il faut savoir tout d'abord que le plumage du jeune 
Coucou, si différent de celui de l'adulte, est la base et la 
cause première de cette bizarre opinion. Le Coucou du 
premier âge est presque entièrement d'un brun roux rayé 
de noir, et ressemble tantôt à un jeune Épervier, tantôt à 
un Émérillon. Ajoutons que ces apparences, qui sont telles 
qu'elles ont fait croire longtemps à l'existence de deux es- 
pèces, jointes au développement des ailes et de la queue, 
ainsi qu'au vol du. Coucou, qui bat des ailes en partant, et 
file ensuite comme l'Épervier, sont si frappantes, qu'en- 
core à présent bon nombre de chasseurs, avant d'avoir re- 
connu leur méprise, prennent bien souvent le Coucou pour 
un Oiseau de proie, ce qui est arrivé, dans son voyage du 
Nil, en 1863, à M. W. Chamber, qui, trompé par la res- 
semblance du vol du Coucou avec celui de l'Émouchet, ra- 
conte avoir souvent tiré l'un pour l'autre. 

Si donc, à ces observations déjà faites par les anciens, 
on réunit ces circonstances de voracité et de destruction des 
couvées, signalées depuis eux chez les Coucous, et la ter- 
reur qu'ils inspirent aux autres Oiseaux, toutes choses 
dont eux-mêmes avaient connaissance, il semble qu'il est 
au moins permis de se montrer plus indulgent pour ces 
auteurs nos devanciers, que ne se le sont montrés les or- 



les corcors vrais parasites. 



nithologistes modernes tels que Buffon, ou plutôt Guéneau 
de Montbeillard, son éloquent collaborateur, alors surtout 
que les mêmes apparences plus que spécieuses trompent 
encore plus d'un chasseur. 

Le Coucou chanteur est presque continuellement en 
course à la recherche de ses aliments. Si on le remarque 
de temps à autre, au printemps, avec une compagne, ce 
n'est que pour obéir à la nécessité de se reproduire. C'est 
dans cette intention que, dès le 15 avril, on le voit au 
haut d'un arbre, tantôt sur un tronc découvert, tantôt à 
l'extrémité d'une branche sèche et isolée, rappeler une 
femelle. Celle-ci, en l'entendant, le réclame à son tour par 
des cris précipités et très différents. Le mâle lui répond 
aussi par des accents plus vifs et plus gais, qu'il termine 
quelquefois par une tirade de cris semblables à ceux de la 
femelle. Chaque fois qu'il réclame ainsi une compagne, il 
tient les pennes caudales étalées comme un éventail, rele- 
vées et penchées sur le dos, les ailes traînantes et les 
plumes de la gorge curieusement renflées. Il n'est pas plu- 
tôt parvenu à féconder celle qui s'est rendue à ses sollici- 
tations, qu'il la laisse pour retourner dans les bois ou dans 
les champs, en quête de sa nourriture. 

Les Coucous, du reste, d'après les observations de 
FI. Prévost, sont très ardents pour l'accouplement. Lors- 
que la femelle a choisi un mâle, elle demeure avec lui un 
jour ou deux, et se livre avec fureur aux plaisirs de 
l'amour. 

« L'accouplement, dit-il, est souvent répété trente fois 
et davantage dans le même jour. Mais cet excès dure peu, 
et, dès le troisième jour, les deux amis commencent à se 
négliger ; la femelle quitte son privilégié de la veille pour 
en choisir un nouveau. C'est dans l'attente de la femelle 
que le Coucou mâle s'agite et change à chaque instant de 



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38 



HISTOIRE NATURELLE . DES COUCOUS. 






place pendant cette saison; c'est pour l'appeler et l'exciter 
à le choisir qu'il répète incessamment son cri; et, lorsqu'à 
son tour elle fait entendre son gloussement, il se précipite 
vers elle et la poursuit avec rapidité. On voit souvent une 
femelle entraîner ainsi à sa suite plusieurs mâles à la fois, 
qui se disputent sa passion par de violents combats. » 

La Coucou chanteur est donc polygame. Maintenant 
est-ce, comme a prétendu le prouver, il y a trente ans, le 
célèbre chimiste Van-Mons, à la manière des autres Oi- 
seaux, c'est-à-dire qu'un mâle suffit à plusieurs femelles? 
ou bien, au contraire, sont-ce les femelles qui ont plusieurs 
mâles, ainsi que le pense FI. Prévost? Nous n'oserions 
trancher la question, le résultat au surplus étant toujours 
le même. Ce n'est peut-être, après tout, qu'une question de 
circonstances ou de migrations, comme nous en verrons 
d'autres exemples. 

Car, malgré ce que nous avons dit tout à l'heure de 
l'apparition isolée des Coucous, il parait certain qu'ils 
quittent souvent ensemble leurs quartiers d'hiver, ou, du 
moins, qu'ils se donnent le mot pour aborder la terre. 

« Il y a quelques années, dit le D r J. Franklin, au point 
du jour, dans la première semaine du printemps, un gen- 
tleman, qui vivait sur le bord de la rivière de Mersey, 
vis-à-vis de Liverpool, fut éveillé par un grand caquetage, 
au milieu duquel se démêlait ces accents : cou-cou! cou- 
cou! Cela se passait dans une plantation, près de sa mai- 
son, située au milieu des dunes qui longent le cours d'eau 
où le flux se fait sentir. Il mit la tête à la fenêtre, et vit 
une assez nombreuse troupe de Coucous, qui, au lever du 
soleil, prirent tous ensemble leur volée. » 

Dans un jardin, qui se trouve sur le comté de Down, en 
Irlande, du 18 au 22 juillet, on vit une quarantaine de 
Coucous perchés pour la plupart parmi des groseilliers à 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



maquereau ; probablement étaient-ils en train de recueillir 
des vers, qui souvent infestent ces arbrisseaux , et même 
de manger les groseilles, comme le supposa peu charitable- 
ment le jardinier (quoique cela doive leur arriver souvent). 
Il j avait sur un de ces groseilliers un nid, et dans ce nid 
une couvée tardive de Merles non encore revêtus de plumes. 
Ces petits furent découverts par les Coucous, qui les mi- 
rent en pièces ; le jardinier en trouva un qui était blessé à la 
patte et à l'aile. Les Coucous rassemblés partirent. Après 
le 22 juillet, il n'en restait plus qu'un ou deux, évidemment 
plus petits que les autres ; c'étaient sans doute des jeunes. 

Le Coucou Chanteur ne fait jamais de nid, ou du moins 
n'a-t-on pu découvrir jusqu'à présent qu'il en eût jamais 
fait un. La femelle vole, quand elle est prête à pondre, à 
la découverte d'autant de nids qu'elle a d'œufs à déposer. 
Elle n'en laisse ordinairement qu'un , et rarement deux, 
dans chaque nid qu'elle s'approprie à cette intention. Ce- 
pendant ce dernier cas, dont les exemples se présentent 
de loin en loin, était déjà connu du temps d'Aristote. 
PI. Prévost affirme que la femelle pond ordinairement 
deux œufs en un petit espace de temps, deux ou trois 
jonrs par exemple, et que ce n'est qu'après deux mois 
environ qu'elle a pondu tous ses œufs. M. Bailly pense 
que ces œufs ne doivent guère être pondus que cinq ou six 
Jours l'un après l'autre, comme il lui a paru le reconnaître 
en les analysant dans les femelles disséquées à l'époque 
de la fécondation, d'où il conclut que la femelle doit met- 
tre ordinairement seize, vingtou vingt-cinq jours à achever 
sa ponte. C'est bien, en effet, dès le 25 avril, jusque vers 
le 20 mai, que l'on trouve le plus d'œufs de Coucous en 
état de fraîcheur, dans les nids des Oiseaux auxquels l'in- 
cubation en est confiée , et même jusqu'aux mois de juil- 
let et d'août, pour la dernière ponte. 







HISTOIRE NATCRELLE DES COUCOUS. 

Avant de pondre , dit M. de Tschudi , la femelle du 
Coucou examine longtemps et de loin les alentours du 
nid sur lequel elle a arrêté son choix. Elle sait parfaite- 
ment que les petits Oiseaux la détestent , l'insultent et la 
poursuivent dès qu'ils l'aperçoivent ; aussi attend-elle qu'ils 
se soient envolés ; alors elle s «lance comme une flèche ; 
elle débarrasse si c'est nécessaire les abords du nid, s'y 
pose, s'il est plat ou en forme de coupe et à découvert, et 
y pond son œuf. Lorsque le nid est contenu dans le creux 
d'un arbre ou d'un rocher, le Coucou s'y introduit péni- 
blement et en ressort de même. Lorsqu'il ne peut décidé- 
ment parvenir à y entrer, il pond son œuf dans l'herbe, le 
saisit à l'aide de son bec, et le porte dans le nid choisi (nous 
dirons plus bas comment le fait a été découvert). Souvent 
déjà des femelles ont été tuées ayant leur œuf dans le gosier. 
Quand l'œuf est bien placé, la femelle s'en va silencieuse- 
ment et ne parait plus s'inquiéter de son sort. Dorénavant 
les père et mère adoptifs s'en occuperont d'autant plus cons- 
ciencieusement. Le Coucou, très petit au moment où il rompt 
l'enveloppe de l'œuf, grossit très rapidement, et Fauvettes 
et Roitelets ne tardent pas à avoir à nourrir péniblement 
un fils adoptif plus gros qu'eux-mêmes. Ils ne l'abandon- 
nent plus jamais : on cite d'eux des traits touchants de 
fidélité. Nous en rapporterons bientôt. 

C'est le plus souvent dans les nids des Oiseaux insec- 
tivores que les femelles du Coucou Chanteur viennent dé- 
poser leur œuf; conséquemment dans ceux qui se trouvent 
placés à terre, auprès du sol, dans des cavités de rocs et 
d'arbres, sous des buissons ou des arbustes. Nous en don- 
nerons plus loin la liste d'après les divers observateurs. 

Si timide que se fasse le Coucou, il ne faut pas croire 
qu'il ait si grande horreur de se rapprocher des lieux 
habités, pour y chercher, ou quand il y sait un nid à sa 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



41 



convenance. La femelle, dit M. Baldamus, perd, dans son 
pressant besoin, sa timidité naturelle pour les bâtiments. 
Il a vu un jour un jeune Coucou éclos dans un nid établi 
sous un hangar. M. Dawson Rovvley a trouvé, le 19 juil- 
let, deux œufs de Coucou, l'un rouge, l'autre gris, dans 
un nid de Bergeronnette Yarrell, construit dans une pile 
de bois. Enfin, le D r Franklin mentionne un jeune Coucou 
trouvé aussi dans un nid de Bergeronnette établi au milieu . 
d'une touffe de lierre, sur un mur avoisinant une habi- 
tation. 

On ne trouve jamais d'œufs du Coucou, ou du moins 
ses œufs ne réussissent jamais, dans les nids de Cailles et 
de Perdrix, dont les petits courent presque en naissant. 

La femelle du Coucou, avons-nous dit, n'en laisse ordi- 
nairement qu'un et rarement deux dans chaque nid qu'elle 
s'approprie. M. Bailly ne cite que deux exemples pour 
établir cette double ponte : l'un est tiré d'un nid de Bruant 
Proyer, qu'il observa le 20 mai 1850, dans la prairie de 
Villarschers sur Voglans ; il renfermait deux œufs de 
Coucou avec trois œufs de ce Bruant ; mais il ne dit pas 
quelle était la couleur de ces œufs; l'autre est basé sur 
deux jeunes Coucous trouvés, le 15 juin de la même an- 
née, tout près du lac du Bourget, dans un nid qu'ils occu- 
paient seuls, et où ils étaient nourris par un couple de 
la même espèce de Bruant. 

Le docteur Baldamus et M. Dawson Rowley, ainsi que 
nous venons de le rappeler, citent également deux exem- 
ples semblables, et ce dernier pour un nid de la Berge- 
ronnette Yarrell. Dans ces deux cas, chaque œuf était de 
couleur différente : l'un rentrant dans la variété rouge, 
l'autre dans la variété grise, sans que la coloration de cha- 
cun d'eux eût le moindre rapport avec celle propre aux 
œufs du nid. Il n'y avai .Ujow* pày-Wen , pour les pro- 

Ê'ûT -A 



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42 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



I 



priétaires de celui-ci, de s'y tromper et d'avoir l'ombre 
d'illusion sur la violation de leur domicile. D'autant mieux, 
que les œufs de cette Bergeronnette sont d'un gris blan- 
châtre pâle un peu azuré, avec de très petits points cen- 
drés et d'un brun foncé, ces derniers plus nombreux au 
gros bout, ce qui ne permet pas de les confondre avec les 
œufs de l'intrus. Chacun de ces œufs provenait-il d'un in- 
• dividu différent? En un mot, étaient-ils le produit de deux 
femelles de Coucou ? 

La femelle du Coucou ne pond cependant pas dans le 
premier nid qu'elle rencontre. Il faut, pour le choisir, que 
les œufs qu'il renferme viennent d'y être déposés tout fraî- 
chement, ou bien, que les propriétaires du nid, n'aient 
pas encore opéré toute leur ponte; et, pour le cas où celle- 
ci serait achevée, il importe qu'elle ne soit soumise à l'in- 
cubation que depuis un ou deux jours. Elle ne se soucie 
pas de confier son œuf à des mères qui couvent déjà depuis 
longtemps. 

Toutes ces précautions, dit M. Bailly, dont la nature 
est inépuisable quand il s'agit de favoriser la multipli- 
cation de ses êtres, ont un but admirable. L'Oiseau est 
invité à les prendre afin qu'il n'y ait pas un trop grand 
espace de temps entre l'éclosion des œufs des Oiseaux ap- 
pelés à nourrir le jeune Coucou et celle de ce dernier; ou, 
pour mieux nous faire comprendre, afin que celui-ci naisse 
avant les petits de ces Oiseaux , ce qui du reste s'opère 
ordinairement. Il faut bien qu'il éclose avant eux, puis- 
qu'on trouve déjà le lendemain de sa naissance, au pied du 
nid qu'il occupe, les œufs de ces Oiseaux, qu'il a jetés hors 
du berceau, de la manière que nous allons signaler tout à 
l'heure. 

On voit des pères et mères, principalement chez les 
Grives, les Merles, et les petites espèces de Pies-Grièches. 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



43 



et même des Oiseaux encore plus faibles, qui défendent 
souvent à la femelle du Coucou l'entrée de leurs nids. 

Telle est une femelle de Rouge-Gorge qui, étant fort 
échauffée à couver, se réunit avec son mâle pour en défen- 
dre l'entrée à un de ces Oiseaux, qui s'en était approché 
de fort près. Tandis que l'un des opposants donnait au 
Coucou des coups de bec dans le bas-ventre, celui-ci avait 
dans les ailes un trémoussement presque insensible, ouvrait 
le bec fort large, et si large que l'autre Rouge-Gorge qui 
l'attaquait au front, s'y jeta plusieurs fois et y cacha sa 
tète toute entière, mais toujours impunément. Bientôt le 
Coucou accablé chancela, perdit l'équilibre et tourna sur sa 
branche, à laquelle il demeura suspendu les pieds en haut, 
les yeux à demi fermés, le bec ouvert et les ailes éten- 
dues ; étant resté environ deux minutes dans cette atti- 
tude, et toujours pressé par les deux Rouges-Gorges , il 
quitta sa branche, alla se percher plus loin et ne reparut 
plus. On cite encore un Coucou repoussé par deux Bruants. 

Peut-être est-ce à cause de ces envahissements, quoi- 
qu'on n'en ait pas encore d'exemples, qu'en Palestine où il 
est généralement dans tout le pays, on le voit au dire de 
M. Tristam, sans cesse poursuivi avec des cris bruyants 
par le Cratérope Chalybée l . 

D'autres Oiseaux , entr'autres , la Fauvette Grise , le 
Pouillot Siffleur, le Rossignol, et quelques-uns de leur con- 
génères, refusent de couver l'œuf du Coucou, et le repous- 
sent habituellement de leur nichée , ou bien ils le fixent, 
en le laissant dans le nid, à l'écart de leur propre couvée, 
et évitent toujours de le soumettre à l'incubation, ce qui en 
occasionne l'infécondité. 

Mais il arrive que les nids, dont la femelle du Coucou 



■ 

■ 



1 Crateropus Chatybeus. 






44 



HISTOIRE NATURELLE DES f'OrfOUS. 



s'empare , sont souvent placés dans de petits creux d'ar- 
bres, de murs ou de rochers, dont l'orifice est trop 
petit pour lui permettre d'y passer le corps, et tout au 
plus le bec et la tète. Et alors, on s'est demandé pen- 
dant longtemps comment elle pouvait y pénétrer pour 
pondre ou pour y déposer son œuf. Quoiqu'en dise le 
D r Franklin, on est aujourd'hui d'accord et fixé sur ce 
point important, beaucoup plus qu'il ne semble le croire. 
Le pondait-elle directement dans le nid ? ou bien du lieu 
où elle le pondait, l'y transportait-elle, et par quel moyen? 
Nous avons indiqué l'un et l'autre tout à l'heure avec 
M. de Tschudi, et nous allons entrer dans plus de détails, 
au sujet de la ressource extrême de la femelle du Coucou, 
pour le dépôt de son œuf dans un nid difficilement péné- 
trable pour elle. 

Levaillant, qui s'est le plus anciennement occupé de 
la question, et auteur de cette découverte, avait déjà eu 
occasion, dans ses chasses en Afrique, de voir un couple 
d'Engoulevents ramasser ses œufs sur le sol, et les trans- 
porter dans l'ouverture de sa bouche. Pourquoi le Coucou 
ne ferait-il pas de même? A quelque temps de là, le hasard 
fit tuer à notre voyageur un Coucou Didric ; et à son 
grand étonnement comme à sa satisfaction, il trouva un 
œuf dans son gosier ; c'était une femelle ; le même fait se 
présenta à lui deux ou trois fois. C'était déjà un grand pas 
vers la solution de la question, et la preuve irrécusable 
que le Coucou transporte son œuf, de l'endroit où il le 
pond, dans le nid où il doit être couvé. C'est même ainsi que 
Naumann expliquait la présence d'œufs de Coucous par 
terre. 

Depuis, FI. Prévost a été conduit à faire la même obser- 
vation et de la répéter dans une circonstance plus extraor- 
dinaire : il a essayé un jour de retirer d'un nid l'œuf de 



I I 



LES COLCOUS VRAIS PARASITES. 



45 



Coucou, et l'a porté à terre; la femelle, qui veillait à peu 
de distance, l'a repris aussitôt et replacé dans le nid. 

Enfin, en 1846, vers le milieu du mois de mai, M. Bailly 
vit aux Charmettes, dans les environs de Chambéry, une 
femelle de Coucou qui se débattait, cramponnée à un petit 
roc dont une cavité recelait un nid de Rouge-Gorge. Elle 
se tenait alors appliquée vers l'entrée de la nichée d'où 
elle agaçait la femelle du Rouge-Gorge qui couvait, pour 
la faire sortir du nid. Celle-ci, sortit, en effet, quelques 
instants après, et lui abandonna sa demeure. Mais comme 
la cavité du nid était trop étroite pour que la femelle du 
Coucou pût s'y introduire afin d'y opérer sa ponte, il 
la vit , après s'être efforcée de diverses manières dans 
l'intention d'y pénétrer, descendre à terre, où elle se 
tint pendant un moment couchée presque à plat-ventre, 
puis baisser la tête et saisir dans le bec l'œuf qu'elle venait ' 
de pondre ; elle s'élança de nouveau vers la cavité du 
Rouge-Gorge et s'y accrocha encore avec les pieds; puis 
elle s'allongea extrêmement, introduisit d'abord la tète ? 
ensuite tout le cou. et fit alors glisser son œuf dans le 
nid. Aussitôt après cette opération, elle reprit son essor; 
et la femelle du Rouge-Gorge, qui s'était retirée sur un 
arbre voisin, d'où elle n'avait cessé de pousser des cris 
d'inquiétude, revint couver. Ce fut alors que M. Bailly 
se rendit à sa couvée pour se rendre fidèlement compte 
de tout ce qu'il venait de voir. Quel ne fût pas son éton- 
nement, lorsqu'au lieu de six œufs qu'il croyait trouver 
dans ce nid, il n'en observa toujours que cinq, quatre du 
Rouge-Gorge et celui du Coucou? Il avait du reste exa- 
miné, une demi-heure environ avant cet incident, ce même 
nid qui contenait cinq œufs, et il avait la conviction, d'a- 
près ce qu'il venait de remarquer, de le voir augmenté 
d'un œuf, celui du Coucou. 



P 



46 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



|< . 



Après une pareille constatation , on peut être persuadé 
que la femelle du Coucou pond son œuf à terre, quand elle 
ne peut le placer sur le nid qu'elle désire occuper, soit à 
cause de l'entrée qui en est trop étroite, soit à cause du 
peu de solidité de la plupart des nids qu'elle emprunte ; 
effectivement, en s'y posant de tout le poids de son corps, 
elle pourrait facilement démembrer les matériaux qui les 
forment, ensuite occasionner la perte de la couvée entière ; 
quoiqu'elle ait encore la ressource des petites branches 
dans l'enfourchure desquelles est établi le nid, pour s'y 
poser, et de là y pondre et installer son œuf. 

Quand le nid qu'elle convoite est au contraire posé à 
terre, la femelle du Coucou a recours à un autre strata- 
gème. Elle forme à plusieurs reprises, en volant au-dessus 
de ce nid, des cercles à la manière des Oiseaux de proie. 

Elle plonge de temps en temps sur l'Oiseau qui y couve 
pour l'effrayer, pour le faire fuir et le contraindre par 
cette manœuvre à lui laisser sa couvée pour quelques mo- 
ments. « J'ai observé, dit M. Bailly, successivement 
abattue à Bissy, le 8 mai 1848, une femelle de Concou 
qui voulait, à l'aide de pareils assauts, s'approprier un 
nid de Traquet Terrier. En la disséquant, j'ai trouvé dans 
son ovaire un œuf prêt à être pondu. » 

Ces observations ont cependant été contredites, en 1825, 
par M. J.-A. Sclireiber 1 , qui affirme avoir été témoin d'une 
toute autre manière dont s'y prend la famille du Coucou 
pour introduire son œuf dans un nid étranger. 

Cet auteur prétend avoir constamment vu que lors- 
qu'elle veut pondre, elle s'accroche aux branches voisines 
du nid qu'elle a choisi, y plonge son oviducte et y laisse 
tomber uii ou deux œufs, mais rarement trois ou quatre. 






« Méin. de la Soc. Linn. de Paris ». 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



47 



Cette manière de se placer, quand elle pond, ne l'empêche 
pas d'introduire ses œufs, même dans les nids du Pouillot 
et du Troglodyte, dont l'entrée est souvent placée sur le 
coté antérieur. 

Nous doutons que cette singulière observation ait ja- 
mais fait fortune depuis un demi-siècle qu'elle a été émise, 
car nous ne l'avons trouvée nulle part ailleurs reproduite 
que chez Polyd. Roux. 

Nous doutons même qu'elle ait jamais été faite ; car elle 
n'est que la remise en lumière, sous forme de réalité, d'une 
simple hypothèse qu'avait faite Levaillant, à la recherche 
du même objet, en s'occupant de l'histoire du Coucou Criard, 
ainsi qu'on le verra à l'article de ce Coucou. 

M. Schreiber ajoute avoir découvert des œufs de Coucou 
dans un nid de Ramier, ainsi que dans des trous de rochers, 
dans des creux d'arbres, placés là, dit-il, comme ceux de la 
Huppe, sur quelques brins de mousse ou de chanvre, et le 
plus souvent entourés vermoulus. Ce qui lui fait faire le 
raisonnement suivant : 

« Il serait possible, continue-t-il, que, pour abriter ses 
œufs de la voracité du mâle, la femelle allât en déposer 
quelques-uns dans l'habitation d'autres Oiseaux, tandis 
qu'elle se réserverait le droit d'en couver deux ou trois. » 

Cette conjecture porte le même auteur à observer que 
la femelle n'offre extérieurement rien qui la rende impropre 
à l'incubation ; mais il convient que les viscères, chez elle, 
sont placés tout autrement que chez les autres Ciseaux. 

Quelle que soit cette dissidence isolée, en n'en doit pas 
moins, ce nous semble, considérer comme acquis, pour le 
cas précédent, que la femelle du Coucou saisit son œuf 
dans le bec, qui est très large à l'intérieur, qu'elle trans- 
porte ainsi dans le nid choisi pour le faire éclore et faire 
élever le petit qui en doit naître; qu'elle a la singulière 



48 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



r 4: 






précaution, pour que la femelle qu'elle lui destine comme 
nourrice ne refuse pas de lui prodiguer les soins néces- 
saires à sa prospérité, en s'apercevant qu'en son absence 
sa nichée s'est accrue d'un œuf étranger, de lui enlever un 
des siens, que tantôt elle avale, et tantôt se borne à briser. 
On a vu des nids ainsi occupés, dont les œufs restants 
étaient entachés de la matière de celui qui avait été dérobé. 
M. Bailly l'a constaté dans un nid de Loriot, et un autre 
d'Alouette des champs. Cette circonstance établit que la 
femelle du Coucou casse quelquefois cet œuf dans le nid 
même en le saisissant sans doute brusquement, lorsque, 
par exemple, elle se voit surprise par l'arrivée des pro- 
priétaires des nids. Mais elle se donne bien de garde, en 
aucun cas, de laisser le moindre débris de coquille de l'œuf 
volé. 

Ce fait, au surplus, dont nous verrons M. Fatio citer de 
nombreuses exceptions, nous a été confirmé dans le temps 
par M. Jules Vian, de Paris, qui s'occupe avec un rare 
succès de l'étude des Oiseaux d'Europe et de leurs œufs, et 
qui commençait alors à faire jouir la science du fruit de 
ses travaux, en les publiant de loin en loin. Voici, entre 
autres renseignements, ce qu'il voulait bien nous écrire 
en 1861 : 

« Lorsque, dans mon enfance, je cherchais des nids 
avec d'autres gamins, et que nous trouvions un nid dé- 
vasté, les œufs cassés, nous disions tous : « C'est le Cou- 
« cou ! il doit avoir pondu dans le voisinage. » Nous cher- 
chions avec le zèle que donne la conviction, et presque 
toujours nous trouvions son œuf dans un nid des environs. 
Sur quoi reposait cette confiance d'enfants? Sans doute sur 
la tradition, comme les rondes qu'ils chantent depuis des 
siècles. 

« Plus tard, lorsque j'ai étudié les mœurs du Coucou, 



M 



LKS COUCOUS VRAIS PARASITES. 



49 



j'ai pensé au Casseur d'oeufs de mon enfance; je me suis 
dit : « Le Coucou agit par intimidation ; couvez mes œufs, 
« ou je casse les vôtres; et quand il éprouve de la résis- 
« tance, il casse les œufs. » J'ai conservé ma conviction 
du jeune âge : quand je trouve un nid dévasté, je cherche 
bien aux alentours, et je trouve généralement un œuf de 
Coucou. Ma confiance ne s'arrête pas là; quand je n'en 
trouve pas, je crois que j'ai mal cherché. 

« Ainsi, le 17 mai de cette année, mon fils a trouvé un 
nid de Rouge-Gorge saccagé, sur le revers d'un fossé de 
la forêt de Rougeot, près Corbeil, mais pas d'œuf de Cou- 
cou. Pensant qu'il avait mal cherché, je suis retourné à 
la forêt le lendemain, et, dans le même fossé, à dix pas, 
j'ai trouvé un œuf de Coucou, dans le nid d'un Rossignol. » 

Le fait, par le Coucou, de l'enlèvement d'un des œufs 
de la couvée où il veut mettre le sien est, en outre, bien 
facile à constater ; il suffit d'examiner la quantité d'œufs 
qui restent au nid après la ponte de cet Oiseau ; on recon- 
naîtra que leur nombre est toujours incomplet. Ainsi, par 
exemple, le Rouge-Gorge fait cinq ou six œufs ; mais si le 
Coucou s'approprie son nid et y pond un œuf, il n'en con- 
tiendra plus, après cette opération, que quatre ou cinq, 
avec celui de ce dernier, qui tiendra alors lieu de celui qui 
aura été enlevé; s'il en dépose deux, ce nid renfermera 
aussi deux œufs de moins de ses vrais propriétaires. 

Il est reconnu, d'après M. Bailly, qu'il y a, non cons- 
tamment, mais le plus souvent, le jour de l'éclosion du 
Coucou, laquelle s'opère toujours la première, disparution 
dans le nid, des œufs du père et de la mère qui doivent 
l'élever. C'est pour cela qu'on le voit, quelques heures 
après sa naissance, se remuer dans son nid de droite à 
gauche, se gonfler de temps en temps d'une manière ridi- 
cule, se démener presque sans relâche, enfin hisser, en 

4 



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ma 



I 

a 



50 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 






I 



s'agitant ainsi, peu à peu sur le dos, chaque œuf qu'il jette 
hors du nid l'un après l'autre, par le moyen d'une secousse 
toujours bien marquée au moment où, se sentant chargé 
d'un œuf, il fait le dernier effort pour le chasser du nid. 
Ce qui semble démontrer que c'est bien le jeune Coucou 
qui est la cause de la perte de la couvée de ceux qui le 
nourrissent, c'est que l'on a découvert dans un creux de 
rocher, un jeune Coucou, qui occupait seul un nid de 
Rouge-Gorge, et les œufs de celui-ci épars sur la mousse 
au pied du roc qui les avait renfermés. 

« Le Coucou, dit le même auteur, croit avec une célé- 
rité surprenante. Cinq ou six jours après sa naissance, on 
lui voit déjà la marque de quelques plumes sur le dos, sur 
la gorge, qui succèdent les premières au léger duvet qu'il 
apporte en éclosant. Il est à peine âgé de huit jours qu'il 
hérisse déjà, quand on l'approche ou qu'on l'importune en 
lui présentant les doigts ou une baguette, ces petites plu- 
mes, surtout celles de la gorge qui ne font que paraître. 
Il ouvre ensuite son bec dans toute sa largeur et le fait 
craquer en soufflant et en se gonflant successivement; 
puis il se hisse sur les pieds et s'élance brusquement avec 
le bec ouvert au-devant de la personne ou de l'objet qui 
l'inquiète, comme pour le frapper. A force de s'enfler, de 
se remuer et de s'agiter ainsi pendant les premiers jours 
de sa vie, il parvient bientôt à détruire toute la forme plus 
ou moins solide du nid qui l'a reçu, au point qu'il n'en 
reste plus qu'une espèce de matelas battu. En conséquence, 
lors même qu'il ne hisserait pas sur son dos les œufs de 
ceux qui le nourrissent, pour les jeter hors du nid, ils n'en 
tomberaient pas moins d'eux-mêmes, du moment que le 
berceau qui les renferme serait privé de ses bords, plus ou 
moins propres, par leur fermeté, à les retenir. Il en arri- 
verait tout autant après l'éclosion : ou le jeune Coucou 












I.ES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



51 



écraserait les petits sous lui en s'agitant de la sorte, ou 
bien il les expulserait, à force de se remuer, l'un après 
l'autre hors du nid, surtout quand, à mesure qu'il grossi- 
rait, il aurait lui seul besoin de tout l'espace pour pouvoir 
y rester en sécurité. Il serait donc le destructeur de la 
couvée entière, ce qui lui arrive encore trop souvent. » 
C'est aussi l'opinion de M. Altum, qui impute la respon- 
sabilité de cette expulsion aux parents nourriciers du Cou- 
cou, sans réfléchir que les conséquences morales, dans l'un 
comme dans l'autre cas, restent toujours les mêmes. 

Pour ce qui est du fait en lui-même, ce n'est qu'au mo- 
ment où les propres œufs de la couveuse sont prêts d'éclore, 
ou à celui où les petits viennent de naître, que les Cou- 
cous expulsent, soit les uns, soit les autres, probablement 
afin de ne pas exposer les leurs à manquer do nourriture ; 
et même, d'après les expériences rapportées par l'illustre 
Edw. Jenner, l'expulsion de ces œufs ou de ces petits serait 
faite par le jeune Coucou lui-même; elle n'est autre, mieux 
expliquée, que celle que nous venons d'indiquer. 

Voici, suivant lui, la manœuvre qu'emploie le jeune 
Coucou : « En se glissant sous l'un des Oiseaux, dont le 
berceau est par lui partagé, il tâche de le placer sur son 
dos, où il le retient à l'aide de ses ailes, et se traîne à re- 
culons jusqu'au bord du nid par dessus lequel il jette la 
charge; lorsqu'il l'a laissé tomber, il recommence son tra- 
vail, et ne le discontinue pas jusqu'à ce qu'il soit venu à 
bout de son entreprise. Il suit le même procédé pour les 
autres petits et pour les œufs ; et l'obligation dans laquelle 
doit se trouver le jeune Coucou pourrait être un des mo- 
tifs qui détermine sa mère dans le choix du nid d'Oiseaux 
de petite taille pour le dépôt de son œuf. » 

Le même observateur a fait une autre expérience, d'où 
il résulterait que l'instinct qui porte le jeune Coucou à en 



! 






52 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



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agir ainsi est tout simplement celui de son bien-être et de 
sa conservation personnelle. 

Ayant trouvé dans le même nid une Fauvette et deux 
Coucous nouvellement éclos, avec un œuf de la première 
espèce, il vit les deux Coucous se disputer entre eux la 
possession du nid : chacun d'eux portait successivement 
son antagoniste jusqu'au bord et retombait au fond, accablé 
sous le poids de sa charge ; mais le plus gros, après beau- 
coup d'efforts, parvint à jeter dehors son compétiteur, 
ainsi que la petite Fauvette et l'œuf, et il fut seul élevé. 

Nous savons bien que, pour expliquer ce manège, le 
D r J. Franklin, avec d'autres auteurs, a prétendu que la 
nature avait doué le jeune Coucou, tout exprès pour cela, 
d'une dépression entre ses épaules; qu'au moyen de ce 
creux, il cherche à soulever les petits, ses frères et sœurs 
présumés, et que, les amenant sur le bord du nid, il les 
jette à bas; qu'enfin ce creux s'effacerait avec l'âge; et, 
chose remarquable! que si les jeunes de l'Oiseau ont le 
bonheur de rester dans le nid jusqu'à ce que cette excava- 
tion soit remplie, le jeune Coucou, comme s'il reconnais- 
sait qu'il n'a plus les moyens de se débarrasser de ses frères, 
finit par faire bon ménage avec eux. 

Mais tout ceci n'est que du domaine des conjectures; 
rien n'est venu jusqu'à présent justifier l'existence de cette 
dépression à aucun des âges du jeune Coucou; nous en 
avons pris au sortir de l'œuf, nous en avons pris recouverts 
de leurs premières plumes et hors d'état de quitter le nid, 
nous en avons même préparé un à cette phase de son exis- 
tence, et nous n'avons rien observé de particulier dans 
leur structure, si ce n'est cet appendice unguéal corné 
qui termine le bras de l'aile chez la plupart des jeunes 
Oiseaux. 

L'imagination, quand on s'y abandonne, en histoire na- 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



53 



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turelle, éloigne toujours de la vérité, beaucoup moins pro- 
saïque qu'on ne le croit pourtant. On oublie, dans ces in- 
terprétations, que le phénomène, si phénomène il y a, dans 
cette disparution des œufs ou des petits avec lesquels se 
trouve le jeune Coucou, ne dépend que de deux causes 
fort simples : la forme concave du nid et le principe de la 
pesanteur. Ces deux causes réunies suffisent, soit pour 
maintenir l'œuf du Coucou au fond du nid, et toujours au 
milieu et au-dessus des autres, soit pour y entraîner for- 
cément le corps du jeune Coucou une fois éclos; la vigueur 
et la continuité de ses mouvements achèvent le reste, sans 
qu'il soit besoin de remonter à aucun instinct particulier, 
ni à une organisation spéciale. 

Une dernière observation, publiée par M. J. Vian, en 
1865 l , vient au surplus faire raison de toutes ces hypo- 
thèses : * 

« 11 est, dit-il, aujourd'hui reconnu, contrairement à 
l'assertion de Guéneau de Montbeillard, que le petit Cou- 
cou croit avec une grande célérité. Un jeune Coucou 
trouvé, le 21 juin, dans un nid de Bec-Fin Effarvatte, 
ne portait encore qu'un léger duvet et les gaines naissantes 
des pennes alaires et caudales; le 25, il était complètement 
emplumé et susceptible d'être monté; sa queue avait déjà 
45 millimètres de longueur, et la plus grande rémige 
8 centimètres; c'est plus de 1 millimètre par heure. Ce- 
pendant il avait été nourri trois jours par des enfants. 
Le nid, bien que solidement enlacé à des roseaux, ne pou- 
vait plus le porter le 25. 

« La croissance du Coucou est aussi très rapide dans 
l'œuf, comme le prouve le fait suivant : J'ai trouvé, le 
1 er juin, un nid de Linotte contenant cinq œufs, dont un 

1 « Revue et Mauas. de zoologie. » 





54 



IIISTOIKE NATURELLE DES COUCOUS. 






de Coucou. Dans ce dernier œuf le petit était complètement 
formé et prêt à éclore; il accusait, la grosseur de l'œuf 
prise pour base d'appréciation, quatorze à seize jours d'in- 
cubation. Les œufs de la Linotte, au contraire, étaient peu 
couvés; ils accusaient trois à cinq jours d'incubation, et 
étaient tous quatre au même degré. Les Oiseaux, à quel- 
ques rares exceptions près, ne commencent à couver que 
lorsqu'ils ont terminé leur ponte et, dans la circonstance, 
la Linotte avait évidemment suivi cette loi. En effet, elle 
ne pond qu'un œuf par jour et, si elle avait commencé à 
couver le premier jour de sa ponte, le premier œuf aurait 
été de quatre jours plus avancé que le dernier, ce qui est 
très sensible dans, les œufs des petits Oiseaux, puisque 
quatre jours forment presque le tiers de la durée de l'in- 
cubation. Or il y avait peu de différence appréciable 
dans le degré d'avancement des c/uatre œufs de Linotte. 
Trois à cinq jours avaient donc suffi pour amener l'œuf 
du Coucou presque à maturité. 

« Cette célérité, dans la croissance du jeune Coucou, 
explique comment il naît presque toujours le premier de 
la nicbée; comment il est de suite à l'étroit dans le petit 
nid qui lui sert de berceau ; et comment il est amené à s'y 
faire place en expulsant ses compagnons. » 

On comprend qu'avec un accroissement aussi rapide, 
qu'explique si bien la précieuse observation de M. J. Vian, 
il serait impossible au père et à la mère qui ont adopté le 
petit Coucou sans savoir, de fournir à la nourriture de la 
famille, d'autant que cet étranger, à mesure qu'il croit 
en taille, se montre doué d'un appétit vorace. 
^ Le D>' Franklin en rappelle un fait qu'il a eu occasion 
d'observer de ses yeux. 

Un jeune Coucou avait été couvé dans le nid d'une 
Bergeronnette qui s'était établie au milieu d'une touffe de 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



lierre sur un mur qui avoisine sa maison. Il fallait les 
efforts combinés du père et de la mère, et cela du matin 
jusqu'au soir, pour satisfaire la gloutonnerie de cet enfant 
supposé. On n'a d'ailleurs jamais vu, dit-il, d'Oiseaux plus 
infatigables dans leur attention que ne l'étaient ces deux 
Bergeronnettes. En effet, ces pères nourriciers lui apportent 
tour à tour et sans relâche des becquées composées de che- 
nilles, de vers, d'orthoptères, de fruits doux et à pulpe 
charnue; et son appétit ne se trouve guère satisfait par là, 
puisqu'il parait continuellement affamé. Mais ce qu'il y a 
encore de remarquable, pendant sa nutrition, c'est que les 
parents d'adoption de cet Oiseau, qui ne peut que leur être 
à charge, poussent, quand ils voient quelqu'un près de lui, 
des cris d'inquiétude et de crainte, comme s'il s'agissait 
d'un danger qui menaçât leur propre race. Lorsque le jeune 
Coucou eût atteint toute sa grosseur, il apparut, dans le 
petit nid de la Bergeronnette, comme un géant dans une 
chaloupe. Avant qu'il ne fût capable de voler, on le prit 
et on le mit dans une cage. Dans cette nouvelle situation, 
les parents putatifs continuèrent de le nourrir. Un jour, il 
réussit à s'échapper de sa cage, et alla fixer son domicile 
sur un grand orme, près de la maison. On observa que les 
Bergeronnettes lui portèrent encore sa subsistance avec la 
même assiduité, et cela pendant au moins une quinzaine. 
Ce Coucou était très batailleur; il frappait des ailes et 
ouvrait son bec avec grande colère, chaque fois qu'on en 
approchait la main. 

Cette opinion semble contredire l'assertion de quelques 
naturalistes qui prétendent, non sans raison, que la mère 
du Coucou, à l'instar d'autres espèces de Coucous Exoti- 
ques, ne quitte pas les environs du nid, suivant en quelque 
sorte de l'œil son enfant, lui apportant parfois sa nourri- 
ture, et guettant le moment de son évasion pour en achever 




56 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 






l'éducation. Il est vrai qu'ici les conditions premières de 
l'Oiseau étaient entièrement changées. 

Le même observateur a été l'heureux témoin d'une 
autre aventure notée dans ses Tablettes de naturaliste. 
Un jeune Coucou avait été pris dans le nid d'un Moineau. 
Quelques jours après, une jeune Grive, à peine couverte 
de plumes, fut également prise et placée dans la même 
cage que le jeune Coucou. La Grive était en état de se 
nourrir elle-même; mais, quant au Coucou, on était obligé 
de lui donner la becquée avec une plume. Bientôt la Grive 
prit sur elle de se charger de cette fonction ; elle continua 
de nourrir ainsi son compagnon de captivité avec le plus 
grand soin. Il était touchant de voir la sollicitude de cette 
mère improvisée, et la peine qu'elle se donnait pour satis- 
faire l'appétit exigeant du Coucou. 

Les anciens ont cru , et il ne manque pas de gens pour 
l'assurer encore, que le jeune Coucou finissait par avaler, 
avant de quitter le nid, le père et la mère qui l'y avaient 
nourri. Le fait peut paraître absurde d'une manière géné- 
rale. Comment voudrait-on que de jeunes Coucous élevés, 
par exemple , par des Loriots , des Étourneaux , des 
Grives , pussent avaler tout entiers ces Oiseaux presque 
aussi gros qu'eux ? Mais, malgré son peu de vraisemblance, 
il repose sur un fonds de vérité. On ne saurait contester, 
comme l'observe M. Bailly, que les Oiseaux, surtout les 
plus petits des Becs-Fins ou Fauvettes, ne peuvent devenir 
quelquefois leur proie involontaire en leur donnant à man- 
ger, surtout lorsqu'ils sont déjà forts, par conséquent 
plus voraces que pendant les premiers jours de leur vie. 
11 faut savoir d'ailleurs, que les jeunes Coucous, en rece- 
vant la becquée de ces petits Oiseaux, commencent à ouvrir 
tout leur large bec; qu'ils fixent immobiles pendant une 
ou deux secondes seulement, avec le bec ainsi ouvert, la 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



57 



subsistance qui leur est offerte ; qu'ils s'élancent ensuite 
brusquement pour la saisir comme une proie qui leur 
échappe, et l'arrachent souvent avec force du bec du petit 
Oiseau qui la leur présente. Comme chaque becquée se 
compose habituellement d'un petit insecte, d'un ver, 
d'une petite chenille , qui sont des aliments insuffisants 
pour satisfaire aux appétits de ces jeunes sans cesse 
affamés, il peut bien s'ensuivre, lorsque ces derniers ont 
acquis le développement nécessaire pour abandonner le 
nid, que les Oiseaux qui ont cherché leur nourriture se 
laissent confondre avec le mince insecte ou le petit fruit 
qu'ils leur donnent, en se tenant trop près d'eux , et en 
renfermant tellement dans leur bec ces faibles butins, 
qu'ils se voient parfois obligés de les déposer jusque dans 
leur gosier, et se font par-là étouffer ou avaler en même 
temps. Et c'est ce qui a lieu très accidentellement, nous 
voulons bien le croire. 

Ainsi, l'ornithologiste Klein, ayant découvert, dans le 
jardin de son père, un nid de Fauvette et, dans ce nid un 
œuf unique qu'on soupçonna être un œuf de Coucou, il 
donna au Coucou le temps d'éclore et même de se 
revêtir de plumes ; après quoi il renferma le nid et 
l'Oiseau dans une cage qu'il laissât sur place; quelques 
jours après, il trouva la mère Fauvette prise entre les 
barreaux de la cage, ayant la tète engagée dans le gosier 
du jeune Coucou qui l'avait avalée, dit-on. par mégarde, 
croyant avaler seulement la chenille que sa nourrice lui 
présentait, apparemment de trop près. Ajoutons que le 
Coucou mourut étouffé par la tète de la Fauvette. 

C'est, en effet, la seule manière dont ce cas exceptionnel 
puisse se présenter. On connaît l'expérience de Guéneau 
de Montbeillard pour contrôler cette assertion et justifier 
le jeune Coucou de cette accusation de voracité. Ce natu- 



" : 



E 
■ 



58 



HI.STOIRK NATI'RKI.I.K DES COUCOUS. 









raliste mit le 27 juin 1783, an jeune Coucou de l'année 
qui avail, neuf pouces de longueur totale, dans une cage 
ouverte, avec trois jeunes Fauvettes qui n'avaient pas le 
quart de leurs plumes, et ne mangeaient pas encore seules. 
Ce Coucou, loin de les dévorer, ou de les menacer, semblait 
vouloir reconnaître les obligations qu'il avait à l'Espèce; 
il souffrait avec complaisance que ces petits Oiseaux, qui 
ne paraissaient point du tout avoir peur de lui, cherchas- 
sent un asile sous ses ailes, et s'y réfugiassent comme ils 
eussent fait sous les ailes de leur mère. 

Si la croissance des Coucous se. fait vite, ils mangent 
fort tard seuls, et ont besoin, jusqu'à leur sortie du nid, 
des soins de leur mère adoptive. On a vu, entre autres 
exemples de la tendresse avec laquelle elles élèvent les 
petits Oiseaux qu'elles ont fait éclore, une bergeronnette, 
qui négligea de partir avec ses compagnes, pour ne pas 
abandonner son nourrisson, qui était devenu trop gros pour 
sortir par le trou où il avait été déposé en œuf. On fut 
même obligé d'avoir recours à la hache pour délivrer le 
prisonnier. C'est à Brehm que l'on doit cette observation, 
que FI. Prévost a eu occasion de faire à son tour. Ainsi, 
il lui est arrivé de trouver vivant un jeune Coucou dans 
un nid aussi placé au fond d'un trou d'arbre, dont l'ouver- 
ture était trop étroite pour lui permettre d'en sortir. Il en 
a également trouvé un dans un trou de bouleau qui venait 
d'être abattu. 

D'un autre coté, on cite des exemples de Fauvettes 
et de Lavandières ayant laissé mourir de faim le jeune 
Coucou, après la perte de leurs petits. Et l'on a trouvé 
aussi quelquefois des Coucous déjà forts, morts dans le 
nid. 

M. Bailly, cependant, dit que le jeune Coucou quitte sa 
première demeure avant d'être bien en état de voler, et 






LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



5<J 



presque aussitôt qu'il est garni de toutes ses plumes, quand 
il est né et élevé à terre. Il a la précaution d'attendre, 
lorsqu'il est nourri sur un arbre ou dans une excavation 
de rocher élevé, qu'il puisse suffisamment se servir de ses 
ailes avant d'en descendre pour se fixer sur la terre. C'est, 
dans ces derniers cas, qu'on le voit, à peine âgé de quinze 
jours, sur une branche ou au milieu d'une touffe de feuil- 
les, ou à l'entrée de sa cavité, exercer fréquemment ses 
ailes, les agiter pour cela, les étendre, les battre l'une 
contre l'autre, tant il paraît pressé d'abandonner ce pre- 
mier séjour; une fois descendu à terre, il continue encore 
à recevoir pendant quelques jours sa subsistance de ses 
mêmes parents; ceux-ci ne tardent pas à le laisser ou plutôt 
à le perdre d'autant plus qu'en se mettant lui-même à 
courir parmi les herbes et les buissons, il ne manque pas 
de se soustraire bientôt à leur surveillance. Il se nourrit 
alors seul avec des sauterelles, des grillons, des coléop- 
tères et des vers. Si l'on vient à le surprendre quand il 
est ainsi en quête de sa nourriture, il se blottit contre 
terre et y reste immobile tant qu'il se croit en danger. 
Cependant, si l'on veut le prendre, il ouvre aussitôt son 
bec, hérisse les plumes de sa gorge ; il enfle ses pennes 
alaires qu'il laisse, en outre, légèrement traîner, et porte 
de violents coups de bec à la main de son ravisseur. Mais, 
s'il est en état de voler, il fuit habituellement au travers 
des buissons, dès qu'il a entendu du bruit, ou vu près de 
lui son ennemi. 

Dès que le jeune Coucou est capable de voler, il vit à la 
manière des vieux, toujours seul; il court presque sans 
relâche, surtout le matin, puis une heure ou deux avant le 
coucher du soleil, à la découverte de ses aliments. Ils nous 
quittent à l'automne, comme ils sont venus au printemps, 
un â un et isolément, mais pour se réunir à mesure qu'ils 






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60 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



I I 






se rencontrent dans leurs trajets, de manière à former ces 
bandes dont nous avons parlé. 

Telles sont, dans toute leur simplicité, les mœurs si 
célèbres par leur anomalie de notre Coucou Chanteur. 

Elles ne donnent peut-être pas encore d'une manière 
explicite, le dernier mot de cette énigme vivante; mais 
au moins est-il possible d'en donner des raisons plausibles. 
Point n'est besoin, pour cela, de les rechercher soit dans 
une prétendue dilatation exceptionnelle de l'estomac de 
cet Oiseau, ou de l'étroitesse de son sternum, comme le 
pensait Hérissent. Il suffit de se dire, avec FI. Prévost, 
Schlegel et M. Bailly, que le Coucou Chanteur étant pres- 
que sans cesse occupé à chercher des aliments pour apaiser 
momentanément sa faim toujours renaissante d'un instant 
à l'autre (quoique l'on ait fort exagéré cet appétit) ; puis, 
vivant en polygamie au printemps, pendant la féconda- 
tion des femelles, et ne pondant qu'à quelques jours d'in- 
tervalle, ne pourrait pas, si la nature l'eût soumis à la 
nécessité de l'incubation et de l'éducation de sa progéni- 
ture, venir à bout de couver ses œufs avec succès. Qu'en 
effet, l'action du mâle ne fécondant qu'un ou deux œufs 
seulement , chaque accouplement étant suivi d'une ponte , • 
le nombre des accouplements successifs ne permet consé- 
quemment pas à la femelle de couver des œufs et d'élever 
ses petits, puisque ces deux fonctions contraires, dont l'une 
l'oblige à rester au nid, tandis que l'autre l'en éloigne, de- 
vraient alors avoirlieu en même temps. D'ailleurs, pour pon- 
dre quatre ou cinq œufs, il lui faudrait bien au moins quinze, 
dix-huit ou vingt jours, et le premier pondu se trouverait 
incontestablement gâté avant la ponte du dernier. Il ne 
pourrait pas non plus nourrir, ni élever convenablement 
ses petits ; ceux-ci écloraient en outre à des époques dif- 
férentes, si les femelles couvaient avant l'achèvement de 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



61 



leur ponte ; de plus, elles seraient obligées à la fois et de 
nourrir leurs nouveau-nés, et de couver les œufs qui ne 
seraient pas encore éclos, ce qui ne pourrait que nuire à la 
dernière portée de la couvée. Les petits seraient, en outre, 
comme leur naturel les y porte, toujours affamés, même 
dès les premiers moments de leur naissance. Ils ne pour- 
raient donc pas être développés à temps pour émigrer, 
faute d'avoir été suffisamment nourris et soignés. 

Ainsi, toutes les croyances des anciens auteurs ont leur 
raison d'être et reposent sur des faits connus, mais mal 
observés à leur époque, où la science était encore à faire. 
Nous n'avons rien innové depuis eux ; nous n'avons fait 
que mieux observer et coordonner chacun des mystères 
de l'existence de notre Coucou d'Europe. 

Ajoutons que, jusqu'au commencement de ce siècle, les 
agissements de cet Oiseau n'ont eu cette célébrité, et n'ont 
fourni matière à tant de volumes, que parce qu'on a cru, 
depuis Aristote et bien au-delà, qu'il était le seul de toute 
la Famille qui se privât ainsi des douceurs et des soucis de 
la paternité. 

Mais aujourd'hui que nous savons, ainsi que nous allons 
le démontrer dans le cours de cette Étude, parce qu'on 
paraît trop l'ignorer en France, que par toutes les contrées 
du monde, un assez grand nombre d'autres espèces de 
Coucous se conduisent et procèdent de même en Asie, en 
Océanie et en Australie , en Afrique et en Amérique, il 
est temps de calmer l'enthousiasme qu'il a excité jusqu'ici, 
et de le remettre au niveau de presque tous ses congé- 
nères auxquels il ne fait pas exception ; ce qui, après tout, 
ne rend pas le fait moins digne d'attention, surtout cà pré- 
sent que des faits nouveaux ont surgi , presque aussi 
extraordinaires que ceux dont nous venons déparier. 
On sait, en ce qui concerne la ponte, chez les Oiseaux, 









. 






OZ HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 

que la couleur des œufs, dans chaque espèce, est constam- 
ment la même en principe, et ne varie qu'exceptionnel- 
lement (et non par substitution d'une teinte à une autre 
teinte), selon que l'œuf est le premier ouïe dernier pondu ; 
en d'autres termes , qu'il y a constance et fixité de colo- 
ration dans les œufs d'une même espèce. Ceux du Coucou 
feraient-il exception à cette règle? et leur couleur, dans la 
même espèce, varierait-elle à sa volonté, de manière à 
leur faire emprunter celle qui caractérise l'œuf de l'espèce 
d'Oiseau dans le nid de laquelle la femelle du Coucou a 
l'intention d'introduire le sien, pour mieux la tromper? 

Les Anciens , à commencer par Élien, l'ont cru ; et, 
d'après Salerne, c'était de son temps l'opinion des habi- 
tants de la Sologne, opinion qu'il déclare chose incompré- 
hensible, et que bientôt ensuite Buffon et Guéneau de 
Montbeillard rangeaient au nombre des erreurs populaires 
répandues sur le Coucou. 

C'est donc une question qu'on pouvait considérer comme • 
n'ayant jamais été soulevée, et que nous posions déjà en 
1852 l , tant cette précaution de la nature nous semblait 
de prime-abord admirable. Ce qui rendrait la chose sinon 
possible, disions-nous, au moins vraisemblable, c'est, que 
d'une part, on n'a jamais été bien fixé sur la couleur 
réelle ou constante de l'œuf du Coucou Chanteur , ce qui 
est déjà un indice ou une présomption de sa variabilité. 

Ainsi, sans remonter bien haut dans les citations à cet 
égard , voici les descriptions que les auteurs modernes 
donnent de l'œuf du Coucou , à commencer par celle de 
Guéneau de Montbeillard, qu'il donne en ces termes, et 
qui est peut-être la meilleure de toutes celles qui vont 
suivre : 



1 « Encyclopédie d'Hist. mitur. » 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



63 



« Le véritable œuf du Coucou, dit— il, est plus gros que 
celui du Rossignol, de forme moins allongée, de couleur 
grise presque blanchâtre, tachetée vers le gros bout de 
brun violet presque effacé, et de brun foncé plus tranché ; 
enfin, marqué dans sa partie moyenne de quelques traits 
irréguliers de couleur de marron. » 

Graves, à la même époque que Lewin , au commence- 
ment de ce siècle, en a décrit et figuré deux variétés : 
l'une, à fond blanc vert d'eau, avec petits et gros points 
gris et noirâtres; l'autre, à fond blanc brunâtre, avec 
points et taches irréguliers gris et noirs. 

Schinz, de 1818 à 1830, s'en exprime ainsi : 

« Quant â la couleur, les œufs du Coucou sont d'une 
diversité prodigieuse; et on ne peut fort souvent, â la 
grosseur près , les distinguer des œufs des parents adop- 
tifs. Il est vrai que la plupart sont gris ; mais il y en a 
aussi de verts, et je ne trouve nulle part qu'on en ait vu 
qui fut comme le mien, entièrement sans taches : c'était 
peut-être un œuf récemment pondu , et dont on aura faci- 
lement enlevé les taches ; je ne l'ai point trouvé moi-même. . . 
Cependant, on peut établir que le fond est toujours blanc 
vert, gris ou jaunâtre. La grosseur offre la même diver- 
sité, et comparativement â l'Oiseau, ce sont les plus petits 
de tous : on en trouve depuis la grosseur des œufs de 
Moineau domestique jusqu'à celle de la Pie-Grièche Ecor- 
cheur. » 

Cet œuf vert, dont parle Schinz, et qu'il a figuré en 
tout semblable à un œuf de Traquet ou d'Accenteur, 
n'est pas, en date, le premier cité ; renonciation première de 
l'œuf bleu appartenant au Coucou remonte à Salerne (1747), 
qui en parle en ces termes : 

« Si je ne me suis point trompé, j'ai vu deux nids de Tra- 
quet, dans l'un desquels il y avait cinq œufs de Traquet et 





■ 






64 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 







nn œuf de Coucou, qui était tout bleu comme les autres, 
mais plus gros du double ; et dans l'autre, deux œufs de 
Traquet et un œuf de Coucou. M. de Réaumur a douté 
de la vérité du fait, tant parce que ces deux œufs préten- 
dus de Coucou ne lui paraissaient pas assez gros, que parce 
qu,'ils ressemblaient pour la couleur à ceux du petit Oiseau. 
Cependant, s'il faut en croire le rapport d'un habitant de 
la Sologne, l'œuf du Coucou est tout bleu et d'une gros- 
seur médiocre. » 

Thienemann, de son côté, vers la même époque, de 
1821 à 1830, puis en 1850, et à qui notre Collection Oolo- 
gique alors a été d'un si grand secours, entrant dans plus 
de détails, en décrit ainsi les dimensions et les couleurs : 

« L'œuf du Coucou, dit-il, appartient proportionnelle- 
ment aux plus petits des Oiseaux 'connus : il a t) mm ll de 
long, et0»""l/2à 8»"" de large; il est ainsi à peine plus 
grand que celui du Motteux Gris, et ne surpasse pas les 
œufs de Moineau de la plus grande espèce. 

« La forme est très variée; ils sont de forme ovée ou 
très allongée; beaucoup plus aplatis à la base qu'au 
faite et presque pas ventrus; ou peu allongés, assez ventrus, 
et moins aplatis à la base qu'au faite ; ou courts, fort ar- 
rondis à la base et forts pointus au faite, ou ipresque en- 
tièrement de forme ovale. 

« La coquille mince et unie, plus ou moins lustrée, par- 
fois peu, parfois plus. 

« Ils ne diffèrent pas moins pour la couleur : elle varie 
dans la règle, suivant le cours de l'année, ce qui tient 
probablement à la différence des aliments, et il se peut 
bien qu'ils soient de couleurs différentes dans les différentes 
contrées. Les variations principales se réduisent cependant 
à celles de la couleur du fond , car ils ne sont jamais 
tachés d'une manière fort vive. Ils sont : 



L'ES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



05 



« 1° Blanc jaunâtre avec des taches et de petites ma- 
cules lavées de gris et de brun verdàtre, répandues partout 
l'œuf, ou formant couronne ù la base où se trouvent aussi 
de petits points bruns. Les petites taches couvrent parfois 
entièrement la couleur du fond, à la base ; 

« 2° Jaune pâle avec de petites taches lavées de gris 
cendré bleuâtre et de brun pâle et de points brun foncé; 

« 3° Gris jaunâtre avec de petites taches lavées de 
brun jaunâtre et des points très fins brun noirâtre; 

« 4° Roux jaunâtre pâle, garnis partout et plus forte- 
ment â la base où elles forment une couronne irrégulière 
de taches grandes et petites de bleu roussàtre et de brun 
roussâtre, et çà et là de fins points brun couleur de café 
obscur; 

« 5° Gris brunâtre pâle, avec de petites taches lavées 
de brunâtre, et quelques traits et points brun obscur ; 

« G Blanc verdàtre garni partout, plus ou moins, de 
taches et de points clairs et obscurs de brun, de brun ver- 
dàtre ou grisâtre, qui couvrent presque la couleur du 
fonds â la base. Ces œufs ressemblent tout â fait, pour 
le dessin et même un peu pour la couleur, aux œufs 
d'Alouettes ; 

« 7° Vert grisâtre, avec de petites taches compactes et 
lavées de verdàtre et de brun verdàtre, et quelques points 
brun verdàtre foncé; 

« 8° Blanc bleuâtre, garni partout de petites taches 
lavées de rouge pâle qui forment au gros bout une cou- 
ronne compacte, et sont entremêlées de quelques points et 
traits de brun noirâtre. 

« Dans ces différentes variétés, ils se rapprochent des 
œufs de plusieurs autres Oiseaux, comme entre autres de 
certaine variété de ceux de l'Ecorcheur, de certaine va- 
riété de ceux du Rouge-Gorge ; de certaine variété de ceux 




■ 



■^ 






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HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 




■ 



de l'Alouette des champs. Mais ils se distinguent de tous 
ces œufs par les points obscurs isolés qui ne manquent ja- 
mais, quoiqu'ils soient en fort petit nombre. » 

Berge, vers 1840, en a aussi figuré deux variétés : une 
à fond blanchâtre, maculée de taches nuageuses grisâtres, 
entremêlées de quelques points noirs; et mie autre à fond 
blanc fauve, maculée de larges taches, les unes grises, les 
autres brunâtres, avec de rares points noirs. 
Voici enfin les descriptions les plus récentes : 
D'après M. Bailly, en 1852, les œufs de notre Coucou 
sont d'un blanc verdâtre ou d'un bleuâtre clair; d'un blanc 
sale ou gris; quelquefois d'un blanc teint légèrement de 
roussâtre, avec des taches et des traits irréguliers bruns et 
noirâtres, puis olivâtres, grisâtres, cendrés et violets, tou- 
jours plus répandus autour du gros bout ; mais ils se trou- 
vent rarement d'un bleuâtre, ou d'un bleu plus ou moins 
clair, comme d'un blanc plus ou moins pur et sans taches. 
« Si j'en crois mon expérience personnelle, dit M. Jules 
Vian, en 1865, le type des œufs de Coucou est aussi cons- 
tant que la moitié au moins des Oiseaux d'Europe; j'en ai 
déniché ou vu dénicher plus de vingt-cinq dans les dépar- 
tements voisins de Paris; je les ai toujours reconnus au 
premier coup d'œil; un seul m'a laissé des doutes, je l'ai 
trouvé dans un nid de Bruant jaune, et je le conserve 
sans savoir encore si c'est un œuf de Coucou ou une va- 
riété de ce Bruant. J'ai reçu huit œufs de Coucou de la 
Silésie, onze de la Russie : la majeure partie ressemble 
complètement à ceux des environs de Paris, et les autres 
ne diffèrent que par des nuances; enfin, je n'en ai jamais 
rencontré ni reçu d'unicolore. 

« Dix-huit œufs de Coucou, sur vingt qui me restent, 
peuvent être décrits de la manière suivante : 22 à 23 mil- 
limètres de longueur sur 16 à 17 de largeur; ovoïdes, unis, 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



07 



presque mats, à pores apparents seulement à la loupe, à 
grain fin, à coquille mince et dure, d'un vert pâle dans sa 
transparence ; fond d'un blanc plus ou moins olivâtre, ab- 
sorbé en partie et assez uniformément par trois gammes de 
taches, dont les unes, sous test, sont violacées, très répan- 
dues, mais peu apparentes; les autres multipliées, sont 
d'un brun olivâtre ; et les troisièmes, en forme de points ou 
de petits traits d'un brun foncé, sont rares. Deux seulement 
sont en dehors de ces dimensions, et donnent 20 à 24 mil- 
limètres de longueur, mais sur la largeur ordinaire de 10. 
Deux ont une teinte plus rousse, les points et les traits plus 
accentués, plus nombreux; mais ces derniers pourraient 
bien être des variétés de Bruant. » 

Pour Gerbe et Degland enfin, en 1807, ces œufs sont 
cendrés ou roussâtres. ou verdàtres, ou bleuâtres, avec 
des taches petites et grandes, rares ou nombreuses, d'un 
cendré foncé, vineuses, olivâtres ou brunes, avec quelques 
points et parfois des traits déliés noirâtres. 

Or, d'après les principes que nous avons rappelés tout 
à l'heure, s'il en est ainsi (et le fait est à peu près constant), 
il est bien clair que cet Oiseau est presque le seul dont l'œuf 
puisse varier de la sorte d'une teinte à une autre, et sur- 
tout d'un blanc sale plus ou moins cendré ou brunâtre au 
blanc pur, au verdâtre et au bleuâtre clair. Il est donc 
pour le moins étonnant qu'on se soit borné â constater ces 
variations, sans chercher à les expliquer autrement que 
par l'influence de la localité dans laquelle ces œufs ont été 
pondus, comme l'ont dit Schinz et Temminck, ou par l'âge 
et l'état de santé de l'Oiseau, l'abondance de la ponte et 
la nature des aliments, comme l'a avancé Moquin-Tandon. 

C'est, d'autre part, que d'après le plus grand nombre 
des observations, les œufs de couleur cendrée, plus ou 
moins brunâtre ou roussàtre, se sont, à notre connaissance, 






68 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 





rencontrés le plus fréquemment dans les nids de Fau- 
vette de jardins, de Rouge-Gorge ou de Bruant ; et que 
ceux d'une teinte verte ou bleuâtre uniforme ont été 
presque toujours retirés de nids de Rossignol de muraille 
ou de Traquet : témoin celui supposé du Coucou, d'une 
teinte bleu verdâtre , que possède Gerbe , et qui a été 
pris dans un nid de Traquet Stapazin. Or, on sait que les 
œufs de Traquet, notamment de cette dernière espèce, 
comme ceux du Rossignol de muraille, sont positivement 
de cette couleur ; témoin encore l'œuf d'un beau bleu clair 
que possède le D r Baldamus, et qui a été trouvé par lui 
dans un nid d'Accenteur Mouchet, dont l'œuf est éga- 
lement de la même couleur. Citons encore le fait de deux 
œufs soi-disant aussi de Coucou du blanc le plus pur, 
trouvés chacun par l'abbé Caire dans un nid de Niverolle, 
dont l'œuf est de même couleur. Ces spécimens que nous 
avons vus sont encore en la possession de Gerbe. 

Si maintenant nous rapprochons de cette remarque, 
celle de M. Blyth, au sujet des œufs du Coucou à Gros-Bec, 
du Bengale, qui sont exactement, sauf la dimension beau- 
coup moindre, de la même couleur que ceux du Corbeau 
Resplendissant et du Corbeau à Gros-Bec, dans le nid 
desquels ce Coucou introduit ordinairement et presque 
exclusivement ses œufs , ainsi que nous l'expliquerons 
ailleurs , on conviendra que cette question, telle que nous 
l'avions présentée, était loin d'être oiseuse ou de reposer 
sur une simple hypothèse. 

11 est donc à penser , dit-on, si les œufs étrangers trouvés 
■ daus le nid de divers Oiseaux, en Europe , proviennent 
véritablement de la même espèce de Coucou, et si ce chan- 
gement, ou, pour mieux dire cette appropriation de couleur 
dépendait en quelque sorte de la volonté de l'Oiseau, comme 
l'influence de cette prétendue puissance du regard, 



LES COUf'Ol's VRAIS PARASITES. 



09 



chez' certaines femmes grosses, et que les œufs en prévision 
de la ponte desquels le Coucou vient de visiter à l'avance 
tel ou tel nid renfermant les œufs de son propriétaire , 
revêtent presqu'aussi tôt qu'ils sont pondus, ou au moment 
où ils vont l'être, la couleur propre à ceux de l'espèce qui 
les doit couver ; que c'est uniquement à cette similitude 
de coloration que serait due la facilité avec laquelle ces 
petites espèces d'Oiseaux se laisseraient aller à les couver 
comme les leurs propres, malgré l'opinion contraire de 
M. J. Vian, convaincu qu'ils ne cèdent qu'à l'intimidation 
qu'exerce sur eux le Coucou ; circonstance qui a tant 
exercé la sagacité de Lothinger, de Montbeillard et de 
FI. Prévost, comme le démontrent leurs expériences que 
nous allons rappeler. 

Si la conséquence parait quelque peu forcée, le fait vaut 
au moins la peine d'être remis à l'étude, en présence de la 
divergence d'opinions à cet égard , surtout si l'on fait 
attention, ce que l'on est trop porté à oublier, que la 
remarque première en remonte à Elien qui dit formelle- 
ment : 

«Que la femelle du Coucou a l'intention de pondre, 
dans chaque nid qu'elle peut découvrir, un œuf de la cou- 
leur des œufs de ce nid, pour mieux tromper lanière. » 

Or, sauf la réalité de l'interprétation , rien ne serait 
plus exact. 

Il suit, en effet, de la diversité de coloration de l'œuf de 
notre Coucou, et de la diversité des espèces dans le nid 
desquelles il les dépose, qu'il est permis de se demander, 
comme nous l'avons déjà fait depuis longtemps, si les Cou- 
cous proprement dits, déjà si extraordinaires dans leur 
mode de reproduction, ne le seraient pas tout autant dans 
les phénomènes qui accompagnent leur ponte ? En un 
mot, si la nature, qui a entouré ce groupe d'Oiseaux de 






m 






70 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



tant d'apparences merveilleuses sous le premier rapport, au- 
rait, sous le second, accompli en leur faveur une autre mer- 
veille tout aussi exceptionnelle, ainsi que l'affirme Elien ? 

Cette variété de coloration, dans l'œuf du Coucou d'Eu- 
rope, ne pouvait pas ne point avoir été remarquée par 
Buhle, si bon observateur. Il dit, en effet, que cet œuf 
varie beaucoup, et en figure des exemples. Mais, serait- 
il vrai, ainsi qu'il l'énonce expressément et probablement 
d'après sa propre expérience, que la diversité de la 
couleur dominante s'étendrait à toute une année? de sorte 
que, dans une année, ils seraient blanc bleuâtre avec 
des taches brun olivâtre, et dans une autre année, blanc 
jaunâtre avec des taches grises! M. Haury, de Prague, 
dit, en 1877 « que la femelle du Coucou pond probable- 
ment tous ses œufs toujours d'une seule et même couleur, 
et qu'elle les confie toujours à la même espèce qui l'a élevée 
elle-même ; et que" c'est aussi pourquoi l'œuf du Coucou 
a quelquefois un peu de ressemblance avec celui des pro- 
priétaires du nid ». Ce qui , quoique bien vague, rentre 
quelque peu dans la proposition de Buhle que nous allons 
examiner. 

La question est assez explicite et assez formelle pour 
mériter une contre-épreuve sérieuse ou un scrupuleux 
contrôle. De tous les auteurs qui ont écrit et publié leurs 
observations, Buhle est le premier qui ait encore avancé 
un pareil fait, dont nous n'avons quant à nous, dans une 
expérience de plus de quarante années, aucun exemple, 
car Sching et Thienemann ne l'ont répété que d'après lui ; 
ce dernier, en cherchant la cause, ajoute comme Moquin- 
Tandon : « ce qui tient probablement à la différence des 
aliments. » 

Nous ne contestons certes pas ; mais nous faisons sur 
ce point, comme nous l'avons déjà fait en 1860, un appel 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



71 



à de nouvelles recherches, appel qu'a devancé, du reste , 
depuis peu d'années, l'ardeur investigatrice des plus émi- 
nents ornithologistes. 

Faut-il ne voir, dans ce polymorphisme, qu'un phéno- 
mène naturel, comme celui que présente la variabilité de 
l'œuf de tant d'Oiseaux, et admettre que par suite le dépôt, 
par le Coucou, d'un œuf assimilé à ceux, du nid dont il 
s'empare ne soit que le pur effet du hasard? Oir bien, 
faut-il rattacher ce fait à une cause finale et providentielle ? 
Telles sont les questions qu'ont soulevées, parmi les natu- 
ralistes, les faits et la théorie. 

A leur tète se présente le D* Baldamus, qui déploie tant 
de zèle à élucider les points les plus transcendants de la 
science, et a réuni de si nombreux et intéressants docu- 
ments sur la ponte de notre Coucou, qu'il en est arrivé à 
ériger en principe ce que nous envisagions comme une 
exception, à l'égard de ce que M. Dawson Rowley vient de 
nommer si à propos avec lui le polymorphisme des œufs 
du Coucou ; ce qu]il a fait de la manière la plus ingé- 
nieuse, et avec d'autant plus de conviction, sinon, nous le 
craignons bien, de parti-pris, qu'il est parvenu à recueillir 
de ces œufs en une proportion qui dépasse la centaine , 
trouvés dans les nids de trente-sept espèces différentes 
d'Oiseaux. 

Il en a donc été amené à énoncer comme reposant sur des 
faits dont on ne peut douter, suivant lui, les propositions 
suivantes : 

Qu'il y a des œufs de Coucou, qui ressemblent, par leur 
couleur et leurs marques, à ceux des Oiseaux dans les 
nids desquels ils sont déposés ; 

Que tous les œufs de Coucou, même ceux du coloris le 
plus varié, trouvent une ressemblance, en couleur, et en 
taches parmi ceux de leurs parents nourriciers ; 



. { 








l2 HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 

Que la même femelle de Coucou dépose généralement 
des œufs d'une couleur identique dans le nid de la même es- 
pèce; 

Que la nature a réglé cet arrangement afin de rendre 
plus facile l'existence de l'espèce, et que les Oiseaux de- 
viennent en quelque sorte aveugles en ce qui concerne 
l'œuf du Coucou l . 

Le docteur semble croire, en un mot, à l'influence de l'ima- 
gination du Coucou sur la couleur de l'œuf qu'il doit pondre. 

Il faut avouer qu'un fait considérable et bien suffisant 
pour motiver, sinon pour justifier d'une manière absolue, 
la croyance du D 1 ' Baldamus en sa théorie, c'est celui d'un 
œuf de Coucou trouvé dans le nid d'une Fauvette Hypo- 
laïs, et ressemblant à ceux de cet Oiseau. Herr Brame 
tua la femelle du Coucou au moment où elle sortit, et 
trouva dans son oviducte un autre œuf prêt à être pondu, 
et ressemblant en couleur au premier. Cette preuve 
parait évidente et presque sans réplique, malgré l'ob- 
jection de M. Dawson Rowley, qui pense non sans raison, 
que des œufs extraits du corps de l'Oiseau ne peuvent être 
considérés comme montrant leur couleur véritable; sur- 
tout lorsque l'on sait que l'œuf ne revêt entièrement sa 
couleur qu'au contact de l'air, c'est-à-dire après son 
exclusion dn corps de l'Oiseau. Or, on sait que l'œuf de 
cet Oiseau, comme tous ceux des espèces de ce groupe, 
sont d'un joli rose tendre violacé, avec de petits points 
brunâtres ou noirs, assez rares, e.t quelques traits irrégu- 
liers de même couleur. 

M. Wood parait incliner vers la même opinion , en disant 
que la couleur de l'œuf, chez le Coucou, varie selon ceux 
de l'espèce dans le nid de laquelle il doit être déposé. 

1 « Naumaunia. » 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



73 



Ce qui est curieux, dans l'antagonisme d'opinions qu'a 
suscité cette question, c'est que deux observateurs, d'ac- 
cord pour niennor, seulement le principe du D 1 ' Baldamus, 
mais encore notre exception, se trouvent, comme on va le 
voir, opposés en arguments et en faits. 

Ainsi, le D r Baldamus conclut, avec Élien, de cette 
faculté que parait avoir le Coucou de changer à volonté, 
la couleur de son œuf. selon l'occurrence, que la nature ne 
l'a doué de la sorte que pour donner le change aux Oiseaux 
dont il emprunte le nid, et les empêcher de s'apercevoir, 
soit de l'intention, soit de la substitution. 

Cette conclusion se trouvait implicitement dans cette 
proposition de notre Traité général d'Oologie ornitho- 
logique : « Le Coucou assimile la couleur de son œuf à 
celle des œufs du nid où il le dépose ; » proposition, qui 
depuis, nous a bien fait réfléchir. 

A quoi, M. J. Vian nous répondait, en 1801 , dans ces 
termes : 

« J'ai assez fréquemment déniché des œufs de Coucou, 
et toujours l'œuf m'a sauté aux yeux , quoique je sois 
myope, tant il 'différait de ses voisins. Un seul peut-être 
a fait exception, c'était dans un nid de Bruant jaune; 
mais les œufs de cet Oiseau se rapprochent beaucoup de 
ceux du Couco. 

« J'ai souvent, continue ce patient investigateur, dans 
des nids d'Oiseaux qui couvent l'œuf du Coucou, remplacé 
un œuf, à peu près ou même tout à fait semblable pris 
dans un autre nid ; le lendemain, mon œuf était presque 
toujours à terre , et cependant je n'aurais pas reconnu 
moi-même mon œuf, si je n'avais eu le soin de le mar- 
quer. J'ai vu citer quelques œufs de Coucou de couleurs 
extraordinaires, mais je n'en ai jamais rencontrés, et 
tous ceux que j'ai vus ont un air de famille, et diffèrent 




74 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



moins que les œufs d'une même couvée dans certaines 
espèces. » 

De son côté, M. Dawson Rowley, l'adversaire le plus 
déclaré de la thèse du D r Baldamus , dans son savant 
mémoire de 1865 l , s'exprime ainsi : 

« Il est à peine nécessaire de penser que la nature se 
soit occupée de cela, puisque nous savons tous que la 
plupart des Oiseaux couveront l'œuf d'une autre espèce 
déposé dans leurs nids, et même une pierre ronde, ou une 
bille d'enfant. J'ai même vu un Gobe-Mouche Gris 2 , dont les 
œufs avaient été enlevés, rester pendant deux jours dans 
son nid vide ; l'impulsion à couver est tellement forte chez 
les Oiseaux qu'il leur est difficile d'y résister. J'ai plusieurs 
fois, et avec succès (autant qu'il s'agit de couver), 
changé les œufs des Oiseaux : il n'y a pas longtemps, 
j'ai remplacé trois œufs de Pinson 3 , par le même nombre 
d'œufs de Gros-Bec 4 , et auxquels la couveuse en ajouta 
deux autres avec beaucoup de plaisir. Mais , je n'ai pas 
besoin d'ajouter d'autres exemples, la même chose étant 
probablement arrivée à la plupart des Oologistes... » 

Finalement , M. Rowley n'admet pas que les œufs du 
Coucou soient plus variables que ceux d'aucun autre Oiseau 
connu, ni que ces œufs aient nécessairement une ressem- 
blance de couleur et dessin avec ceux à côté desquels ils 
seront déposés. 

Enfin, M. Fatio, en juillet 1845, est venu donner l'ap- 
point de bonnes observations à notre opinion. 

Le savant fondateur de la Société Ornithologique 
suisse dit avoir trouvé des œufs de Coucou mêlés à ceux 



1 « Ibis ». 

2 Muscicapa grisola. 

3 Fringilla cœlebs. 

4 Coccothranster vulgaris. 



• LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 73 

de différents autres Oiseaux , dans des nids de Rouge- 
Gorge et de quelques Fauvettes, par exemple. Quand la 
ponte était terminée, il a toujours trouvé un œuf de plus 
que ne le comportait le nombre de ceux déposés par l'es- 
pèce ; il ne pense donc pas que la femelle du Coucou détruise 
toujours un œuf du nid auquel elle veut confier le sien, 
comme le pensent quelques auteurs. 

C'est une exception, au principe généralement admis, 
que nous recommandons à MM. Gerlie et Vian. 

M. Fatio a également été constamment frappé de la res- 
semblance de l'œuf du Coucou avec les œufs du nid d'où il 
était déposé. Il pense bien, comme quelques personnes, 
que l'explication la plus raisonnable de cet étrange phéno- 
mène , doit se trouver dans l'idée que la femelle , une fois 
son œuf pondu, s'en empare et vole à la recherche du nid 
qui lui convient le mieux; mais voici cependant une obser- 
vation qui, tout en demandant à être répétée et confirmée , 
ne peut, suivant lui , venir à l'appui des idées générale- 
ment reçues, que si l'on veut accorder au Coucou une 
assez forte dose de raisonnement. 

M. Fatio remarqua un jour une femelle de Coucou vol- 
tigeant à plusieurs reprises le long d'une haie au bord 
d'un chemin. S'étant caché, il vit la femelle se poser quel- 
quefois à terre, puis s'enfoncer résolument dans la haie. 
Assez longtemps après, il vit le Coucou s'envoler de la 
même place et s'éloigner avec rapidité. Il s'approcha 
alors de l'endroit qu'il n'avait cessé d'observer et y trouva, 
à son grand étonnement, un nid évidemment de Pinson, 
à deux ou trois pieds de terre seulement. Dans ce nid, il 
n'y avait qu'un œuf bien semblable par sa couleur aux 
œufs du Pinson, mais cet œuf mesurait environ la moitié 
en sus de ceux de cet Oiseau. D'après tout ce que M. Fa- 
tio avait pu voir, il lui parût évident que cet œuf était celui 



I 



il 




7(5 




HISTOIRE NATURELLE DBS COUCOUS*. 



de la femelle du Coucou ; il était cependant impossible de 
dire s'il y avait eu auparavant un œuf qui permit un 
échange. Par quel hasard un Pinson avait-il niché dans 
une haie? et comment la femelle du Coucou avait-elle 
reconnu, dans ces conditions anormales, le nid qui pouvait 
devenir la demeure appropriée à sa progéniture? 

Mais ce qui, jusque-là, n'a été considéré par ces savants 
Ornithologistes, sauf le D r lialdamus, que comme une 
exception, un accident, a été érigé tout d'un coup en prin- 
cipe et comme règle constante (ce qui est aller un peu 
vite et un peu loin) à l'appui de sa thèse philosophique de 
X Inconscient, par le D r Hartmann qui. exagérant la doc- 
trine de son confrère, et sur la foi de Brehm, n'hésite pas 
à s'en exprimer en ces termes : 

« Les œufs que pond le Coucou , dit-il, sont toujours 
semblables, pour la grosseur, la couleur et le dessin, aux 
œufs du nid dans lequel il les dépose : pour celui de la 
Fauvette Rousse, ils sont blancs avec des mouchetures vio- 
lettes ; pour celui de la Fauvette à poitrine jaune, roses 
avec des mouchetures noires ; rouge sombre enfin pour le 
Roitelet. L'œuf du Coucou est toujours ressemblant, à s'y 
tromper, aux œufs des autres Oiseaux, et on ne peut guère 
l'en distinguer que par la structure de la coquille. Ce 
n'est que par mégarde quand un Coucou se trouve surpris 
à l'improviste par le besoin de pondre son œuf. que l'œuf 
est parfois déposé dans un nid mal approprié ; il peut 
arriver de même que l'œuf soit brisé sur le sol. quand la 
mère n'a pu trouver un nid convenable en temps oppor- 
tun ». 

Ce que nous avons déjà fait connaître et ce qui nous 
reste à dire sur ce sujet, suffira à démontrer les exagéra- 
tions de cite similitude, prétendue constante, de colo- 
ration et de volume de l'œuf do Coucou avec ceux des pro- 









LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



77 



priéiaires du nid accaparé : les Ornithologistes observa- 
teurs sérieux ne s'y tromperont pas. 

A cette occasion, M. le marquis de Cherville, qui se 
défend, bien à tort, de toute saine notion ornithologique, 
a accompagné , en les reproduisant sur la communication 
de M. Jules Soury, les propositions du D 1 ' Hartmann, des 
réflexions les plus justes, que nous nous reprocherions de 
ne pas reproduire en lui laissant la parole, car, quoiqu'il 
en veuille, elles appartiennent désormais à la science : 

« Quand une assertion , observe-t-il en mai 1878 , est 
émise par un écrivain sérieux, sous une forme aussi peu 
dubitative, on est mal fondé à la contester, quand on n'a 
pas les mains pleines de faits contradictoires. Nous n'en 
avons que quelques-uns, et nécessairement on pourrait leur 
opposer la réserve qu'on s'est prudemment ménagée et 
nous répondre que la dixaine d'œufs, d'une petitesse rela- 
tive, mais d'une forme, d'un coloris parfaitement identiques 
que nous avons eus à examiner, avaient été fabriqués par 
mégarde par des femelles surprises par le besoin de pon- 
dre, etc., on ajoutera que des centaines d'œufs de Coucou 
ont du nous passer par les doigts sans que nous nous en 
doutions, puisque rien ne les distingue de leurs voisins 
dans les nids qui les contiennent. Nous nous bornons donc 
à examiner la miraculeuse faculté que l'on prête à la 
femelle, à un point de vue purement théorique. 

« Cette faculté, dont l'importance vous a déjà sauté aux 
yeux, de modifier au gré de ses impressions la forme, le 
volume, le coloris de l'être embryonnaire, œuf ou fœtus, 
de le pétrir, de le modeler dans l'ovaire, comme un sculp- 
teur fait de la glaise, constituerait un privilège dont l'es- 
pèce humaine aurait le droit de se montrer jalouse et le 
devoir de tenter la conquête. 11 y aurait un peu mieux 
qu'un intérêt de curiosité dans l'étude des singularités de 






N 



78 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



la ponte du Coucou. Si les choses se passent comme l'affirme 
Hartmann, le but de la nature devient tangible. Le Cou- 
cou est une création de prédilection. Spécialement fabri- 
qué pour refréner l'effrayante multiplication de certains 
insectes rongeurs et, pour mettre sa multiplication à la 
hauteur de sa mission, cette prévoyante nature l'aurait 
déchargé du soin d'élever une famille, pour lui permettre 
de concentrer ses forces dans le travail de la procréa- 
tion. 

« Alors, pourquoi cette disproportion constatée — les 
plumages ne sont pas les mêmes — entre le nombre des 
femelles et celui des mâles? Pourquoi ceux-ci forment-ils 
une si immense majorité dans l'espèce, et non pas celles-là ? 
La nature aurait pris, pensez-vous, une voie détournée 
pour arriver au même but; ceci n'est guère dans les habi- 
tudes de la bonne dame ; cependant si quelqu'une est au- 
torisée à avoir des caprices, ce serait bien elle assurément, 
nous le reconnaissons. 

« Néanmoins ce but, comme cette fois, elle ne l'atteint 
pas beaucoup, ce qui lui arrive rarement, il est possible 
aussi qu'elle ne se le soit pas du tout proposé. Le Coucou, 
en dépit des facilités qui lui ont été accordées pour pulluler, 
n'est point une espèce très largement représentée. Il est 
partout, cela est vrai, mais en petit nombre. La voix de 
cet Oiseau s'entend de fort loin, et au printemps il chante 
presque depuis le matin jusqu'au soir. Vous en entendez 
un, il est rare que dix minutes se passent sans qu'un autre 
lui réponde, l'appel part quelquefois de deux et trois côtés 
tour à tour; mais cependant, au début du concert, il y a 
toujours entre chacun de ces Oiseaux une distance assez 
considérable pour que j'estime qu'il n'en existe pas plus 
de deux ou trois par kilomètre carré de découvert; si 
vous voulez bien ne pas oublier que les mâles seuls se 



$;;;"-" 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



79 



font entendre dans l'espèce , vous en conclurez avec moi 
que son total ne ferait pas honneur à une reproduction 
si extraordinairement favorisée. Au temps où la poésie 
était dans l'air , la passion du merveilleux a dénaturé 
l'histoire naturelle du Coucou ; il ne faudrait pourtant 
pas que la nécessité de trouver des arguments à l'appui 
d'une thèse philosophique la reléguât à jamais dans le 
domaine de la légende; nous y aurions plus perdu que 




« Parmi les Oiseaux nourriciers de Coucous désignés 
par M. Hartmann, figure le Regulus Ignicapillus, — 
nous dirons le Roitelet si cela ne vous contrarie pas. — 
Le Roitelet couronné de feu, commun en Allemagne, niche 
rarement en France, où nous avons surtout le Troglodyte 
auquel nous décernons généreusement le titre de son cousin 
germain. L'œuf du Roitelet est brunâtre, plutôt que du 
rouge sombre dont l'auteur de la Philosophie de l'In- 
conscient le décore; toutefois la nuance est assez tranchée 
pour que l'écrivain allemand ait tenu à la faire figurer dans 
une liste destinée à témoigner de la puissance des apti- 
tudes coloratrices de la femelle du Coucou; enfin, passons 
à M. Hartmann son œuf rouge et tenons-nous en au vo- 
lume' de l'œuf du Roitelet qu'il s'agit d'égaler. Cet œuf est 
de la dimension d'un gros pois. Nécessairement,- ce ne sera 
pas seulement, le contenant, la coquille, dont la mère du 
Coucou aura dû réduire les proportions ; elle n'a pu y 
réussir sans diminuer le contenu; c'est-à-dire le jaune et 
le blanc de son œuf. Comment un Vitellus semblable à un 
grain de chénevis, comment trois ou quatre gouttes d'al- 
bumine fourniront-ils les éléments suffisants au dévelop- 
pement d'un embryon destiné à arriver plus tard*à la taille 
d'un petit Pigeon. Un autre miracle est nécessaire. Notre 
femelle partage probablement avec Liebig l'honneur 



' 






80 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



m 




d'avoir résolu le problème de la concentration des sucs 
nourriciers. 

« Nous préférerions chercher le secret de la reproduction 
anormale du Coucou dans un ordre de conjectures beaucoup 
plus simples. En le vouant à la destruction de certaines 
chenilles, peut-être la nature n'a-t-elle pas voulu qu'il 
allât jusqu'à leur extermination. La consommation que ces 
Oiseaux eussent faite de ces chenilles pendant la période 
de l'alimentation régulière de leur famille eût été considé- 
rable; l'inconvénient est évité en livrant les jeunes Cou- 
cous à des éducateurs, non seulement spéciaux en matière 
d'insectes, mais omnivores. 

« Pourquoi, direz-vous, ce souci de la conservation 
d'odieux insectes qui ne servent qu'à dépouiller les bois 
de leur parure et à la remplacer par des toiles dégoûtantes? 
On peut vous répondre : Ëtes-vous bien sûr qu'ils sont 
inutiles? Le microscope a montré dans l'eau, dans l'air 
soi-disant pur que nous respirons, des légions d'animalcules 
dont la présence nous échappe. Qui sait s'il n'existe pas 
certaines relations entre ce monde des invisibles et quel- 
ques créations minuscules, et si celles-ci ne sont pas le trait 
d'union par lequel il se rattache aux ordres supérieurs? 
S'il est vrai que parmi les insectes il en est dont l'oeil a 
la puissance d'une lentille grossissante, la supposition cesse 
d'être aussi absurde qu'il le semble. Ce qui m'a quelquefois 
consolé de mon ignorance, c'est qu'il n'est pas mal de ques- 
tions comme celle-là, auxquelles les plus savants seraient 
aussi embarrassés que moi pour répondre 1 . » 

C'est assurément parler d'or. Et nous ne pouvions plus 
heureusement clore cet exposé de l'état actuel et de l'his- 
torique de-cette question du polymorphisme de l'oéuf, en ce 



1 « La Vie à la Campagne (journal Le Temps) 






LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



81 



qui concerne le Coucou Chanteur seulement. Car il n'est pas 
le seul qui se distingue par ce phénomène ; nous le verrons 
se reproduire, entre autres, pour de moindres espèces de 
Coucous d'Afrique, d'Océanie et d'Australie, les Chalcites. 

Nous ne nous permettrons de relever qu'un argument, 
dans ces excellentes pages de M. de Cherville; c'est celui 
relatif à la proportion des éléments organiques de l'œuf, 
nécessaire, selon lui, au développement de l'embryon, selon 
le volume plus ou moins fort de l'Oiseau qui en doit sortir. 
La petitesse relative de l'œuf du Coucou prouve déjà 
contre cette assertion. Ce qui en démontre en outre le peu 
de fondement, c'est que ces proportions sont loin d'être 
toujours relatives. Sans parler de l'œuf du Cormoran, entre 
autres, si petit pour le volume de l'Oiseau, nous pouvons 
citer, en sens contraire, celui des Gallinacées, généralement 
si volumineux, et, par dessus tous, dans cet ordre, celui 
de la Famille des Tinamous, si disproportionné pour sa 
grosseur avec l'exiguïté de la taille de ces Oiseaux. 

Ce qui précède est une démonstration de plus que l'ac- 
cord n'existe pas toujours pour l'explication des causes 
finales, quand on les observe à la légère, ou qu'on les veut 
voir partout. Dans tous les cas, notre simple rôle de nar- 
rateur nous interdit de pousser jusqu'à ses dernières 
limites cette discussion, si intéressante soit-elle. Nous nous 
bornerons à enregistrer les faits : on va voir qu'ils ne font 
pas défaut. 

On ne s'est jamais exactement rendu compte, par 
exemple, du nombre d'espèces d'Oiseaux, en Europe, que 
l'on a sans cesse supposé très restreint, dans le nid des- 
quelles a été constatée la présence d'œufs de Coucou. On 
s'en fera une idée par la nomenclature que nous en allons 
donner, si longue qu'elle puisse être, et encore ne sera-t-elle 
probablement pas complète. 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 






Gessner avait déjà cité le Chouccas 1 ; Pallas citait le 
Rouge-Gorge Bleu 2 ; Yarrell, le Pipit Obscur 3 , le Pinson 
et le Merle Noir 4 ; M. Hewitson, la Locustelle Tachetée 5 . 
Nous- avons cité, par Thienemann et par nous-même : la 
Fauvette Ordinaire ou des Jardins ° ; la Fauvette à Tète 
noire 7 ; la Fauvette Babillarde 8 ; le Rouge-Gorge 9 ; la 
Fauvette des Roseaux 10 ; le Rossignol de Murailles 11 ; le 
Pouillot Chantre 12 ; le Troglodyte 13 ; la Grande Mésange 
Charbonnière 14 ; la Bergeronnette Grise 15 ; l'Accenteur 
Traîne-Buissons " ; le Traquet Stapazin 17 ; le Pipit des 
Buissons 18 ; le Pipit Rousseline 19 ; la Linotte 20 ; le Ver- 
dier 21 ; le Bouvreuil 22 ; la Pie-Grièche 23 ; le, Geai 24 ; la 
Grive 23 ; le Bruant 26 et, plus rarement, la Pie 27 ; la Tour- 
terelle 28 et le Ramier 29 . 

Thienemann y ajoutait encore : la Fauvette Verde- 
rolle 30 ; la Fauvette Aquatique 31 ; la Fauvette Grisette 32 ; 
le Traquet Tarier 3 ' 2 ; la Bergeronnette Jaune 31 ; le Pipit des 
Champs 35 ; et l'Alouette des Champs 36 . 

Par suite d'autres sources d'informations, le D 1 ' Balda- 
mus a pu joindre à ces espèces : la Pie-Grièche Écor- 
cheur 37 ; la Fauvette Épervière 3S ; le Rossignol 39 ; le 
Pouillot Véloce 40 ; la Grande Rousserolle 41 ; la Fauvette 



1 Corvus Monedula. — * Cyanecula Suecica. — i Anthus Obscurus. 

— 4 Turdus Merula. — « Locustella Ncevia. — c Curruca Hortensis. 

— 1 Curruca Atricapilla. — 3 Curruca Curruca. — 9 Rubecula Fa- 
miliaris.— "> Calamoherpe Arundinacea. — " Ruticilla Phcenicura. 

— ,s Phyllopncuste Trochilus. — " Troglodytes Europœus. — M Pa- 
rus Major. >- « Molacilla Alba. — ^ Aceentor Modularis. — 17 Saxi- 
cola Stapazina. — «• Anthus Pratensis. — > 9 Anthus Cervinus. — 
20 Acanthys Linaria. — 2 " Chlorospiza Chloris. — » Pyrrhula Ru- 
bicilla. — S) Lanius. — « Garrulus Glandarius. — 23 Turdus Musicus. 

— 2G Emberiza. — « Pieu Caudata. — « Turtur. — » Palumbus. — 
30 Calamoherpe Palustris. — " Calamodyta Aquatica. — « Sylvia 
Cinerea. — » Saxicola Rubctra. — « Boarula Flava. — « Anthus 
Campestris. — 3 « Alauda Arvensis. — « Enncoctonus Collurio. - 
3S Adophoneus Nisorius. — » Luscinia Luscinia. — « Phyllopneuste 
Ru fus. — ♦' Calamoherpe Turdoïdes. 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



83 



Phragmite 1 ; le Roitelet Commun' 2 ; la Fauvette à Poi- 
trine jaune 3 ; le Pipit des Arbres'; le Bruant Proyer 5 ; 
et le Bruant des Roseaux". 

Brehm compte près d'une quinzaine d'espèces, comprises 
au nombre de celles que nous venons de nommer, dans le 
nid desquelles on a constaté la présence de l'œuf du Coucou. 

M. Tristram l'a trouvé, en Palestine, dans le nid de 
l'Alouette du Désert 7 ; M. Baillv, dans celui du Loriot 8 ; 
l'abbé Caire, deux fois dans celui du Niverolle des Neiges . 
Enfin, M. Dawson Rowley cite, comme additions à ces 
listes : le Pinson d'Ardennes '", dont il a reçu d'Arcbangel 
le nid contenant, avec cinq œufs de cet Oiseau, un œuf de 
Coucou; le Moineau Commun"; l'Alouette Cochevis 12 ; 
l'Alouette Lulu 13 . 

C'est donc près de soixante espèces d'Oiseaux, reconnues 
jusqu'ici, dans le nid desquelles le Coucou introduit son 
œuf, en Europe. Il est bien permis de douter, devant ce 
chiffre, qu'un choix réfléchi préside à leur adoption, et de 
croire que la prise de possession dépend uniquement des 
circonstances. D'où l'on pourrait presque conclure que, 
pour notre Coucou, tout nid lui est bon, pourvu que ce 
soit un nid de Passereau. 

En présence de ce nombre d'espèces, est-il raisonnable 
d'admettre une mutabilité de colorations aussi diverses? 
Faut-il admettre que, pour chacune de ces espèces choisies 
par le Coucou, il pense, comme pour le cas de la Fauvette 
à Poitrine jaune, ou plutôt qu'il ait besoin de réfléchir 
beaucoup, au moment où se forme le dépôt calcaire de son 
oviducte, pour faire prendre à son œuf la couleur de ceux 

1 Galamodyta Phragmitis. — * Regulus Cristatus. — ' Sypolaïs 
Polyglotta.— 4 Anthus Arborais. — ! Emberiza Miliaria. — "Embe- 
riza Schceniculus. — " Ammomancs Deserti. — a Oriolus Galbula. — 
'■> Montifringilla Nivalis.— '" Fringilla Monti fringilla. — " Passer 
Domesticus. — ,2 Galerida Cristata. — n Alauda Arborea. 







*m 









84 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 






de chaque nid qu'il convoite ? C'est, il faut l'avouer, lui 
imposer gratuitement une lourde tâche en même temps 
qu'un rude et double travail physique et intellectuel. 

Le plus difficile , pour la femelle , est assurément de 
découvrir, dans tous les cas, un nid renfermant des œufs 
récemment pondus, afin que l'incubation de tous ait lieu 
simultanément. 

Qu'on se représente, dit M. de Tschudi, ce qu'il faut à 
cette mère d'activité et de soucis pour trouver ce nid dans 
des conditions favorables de position, d'origine, et conte- 
nant justement des œufs fraîchement pondus. Cependant, 
presque toujours elle réussit dans ses recherches. Grâce 
à son instinct extraordinaire, surtout à son regard perçant, 
et cela sans qu'elle ait beaucoup à ramper au milieu des 
buissons, car sa queue allongée et ses pattes courtes doi- 
vent le lui rendre aussi pénible que de marcher sur le sol. 
Dans des cas rares , lorsque la maturité de son œuf la 
force à s'en débarrasser, la femelle du Coucou l'adjoint à 
des œufs déjà vieux ou à moitié couvés, à défaut desquels 
elle le dépose dans un nid vide, mais seulement lorsqu'elle 
le sait récent et habité. 

On sera peut-être surpris de trouver plusieurs Oiseaux 
granivores, tels que la Linotte, le Verdier, le Bouvreuil, 
dans la liste des nourrices du Coucou. Mais il faut savoir 
que la plupart de ces Gros-Becs alimentent leurs petits, 
dès leur naissance, avec des insectes ; et que d'ailleurs les 
matières végétales macérées dans le jabot de ces petits 
Oiseaux, peuvent convenir au jeune Coucou à un certain' 
point, et jusqu'à ce qu'il soit en état de trouver lui-même 
les chenilles, les araignées , les coléoptères , et autres 
insectes dont il est friand, et qui le plus souvent fourmil- 
lent autour de son habitation. 

Le Polymorphisme, restreint dans son appellation au 






LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



85 



seul changement de couleur de l'œuf du Coucou, ne serait, 
pour nous qu'un véritable Métachromatisme, bien autre- 
ment étonnant, s'il existe, que celui du plumage des Oiseaux, 
si longtemps confondu, chez eux, avec la mue. Car, indé- 
pendamment du but, quelle en peut être l'origine? A 
moins d'imaginer que l'œuf déposé à terre, à peine enduit 
de ses teintes encore toutes fraîches, une fois repris dans 
le gosier de l'Oiseau pour être transporté au nid, subit 
dans sa coloration, sous l'influence et le contact acide des 
sécrétions muqueuses de cet organe, une modification pro- 
fonde de ses premiers principes colorants. A moins d'ima- 
giner encore, une fois admise l'influence des aliments sur 
la coloration de l'œuf, que l'absorption par le Coucou de 
l'œuf ou des œufs de l'Oiseau nourricier et même de leur 
coquille, n'entraîne, dans la circulation de la femelle du 
Coucou, les éléments de coloration assimilables à celle de 
ces œufs. 

Car voilà à. quoi mènent la recherche et l'explication à 
tout prix des causes inconnues en dehors des règles ordi- 
naires. 

Mais quelquefois le Coucou dépose son œuf dans un nid 
encore vide ou abandonné. A-t-il deviné, dans ce cas, ou 
devinera-t-il la couleur des œufs qui y seront plus tard? 
Et, s'il les doit couver lui-même, quelle couleur arborera- 
t-il pour ses propres œufs ? Probablement celle qu'on lui 
connaît la plus ordinaire. . 

Nous admettons bien, par complaisance encore, que les 
œufs du Coucou varient presque à l'infini dans leur mode 
de coloration , tout en restant dans la même gamme de 
ton ; mais ils ne varient guère plus que ceux des Pitpits 
Farlouse et Cujelier et de beaucoup d'autres. Or, s'il plai- 
sait à un de ces Pitpits, pour une cause ou pour une autre, 
de déposer un ou deux de leurs œufs dans un nid étranger, 



- m 

M 



80 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 






il serait bien extraordinaire que, dans le nombre, il ne 
s'en rencontra pas qui fussent en accord parfait de colo- 
ration avec les œufs de ce nid. Nous pensons donc que le 
Polymorphisme de l'œuf du Coucou ne saurait être autre 
chose. 

Maintenant , serait-il vrai que , pour rendre l'illusion 
plus complète, le Coucou ne se bornerait pas à l'assimi- 
lation des couleurs de son œuf à celles des œufs étrangers 
auxquels il le mêle (ce qui est déjà un assez beau privi- 
lège) ; et que , selon que ceux-ci seraient plus ou moins 
gros , il pousserait cette faculté d'assimilation jusqu'à pro- 
portionner aussi les dimensions de sonœufà celles des œufs 
du propriétaire du nid ? 

C'est une des objections les plus sérieuses de M. de 
Cherville, qui n'y croit pas plus que nous, et qui mérite 
qu'on s'y arrête. 

Il est de fait que, proportionnellement à sa taille de 
30 centimètres, le Coucou Chanteur est, de tous les Pas- 
sereaux, celui dont l'œuf est le plus petit : il ne mesure que 
de 22 à 26 millimètres de grand diamètre, sur 16 à 17 
de petit diamètre. 

Nous ne connaissons d'exceptions à ces dimensions, à 
part celle citée par M. Fatio, dont nous parlerons tout à 
l'heure, que celles que présentent les curieux exemplaires 
de Gerbe : celui trouvé dans un nid de Niverolle, porte 
27 millimètres de longueur sur 16 de largeur, alors que 
les œufs de cet Oiseau n'en portent que 25 sur 16 à 17; 
celui trouvé dans un nid d'Accenteur , porte 21 milli- 
mètres de haut sur 13 de large contre 19 sur 14 qu'ac- 
cuse l'œuf de l'Oiseau ; et celui recueilli dans un nid de 
Bruant Proyer, 26 millimètres sur 17 au lieu de 25 à 26 
sur 18 qu'offre l'œuf de ce dernier. 

D'un autre côté, sans parler de Salerne, qui a trouvé 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



87 



dans un nid de Traquet un œuf de Coucou, bleu comme 
eux, mais plus gros du double, nous avons vu M. Fatio 
trouver, dans un nid de Pinson, un œuf de Coucou de près 
de moitié plus gros, dit-il, que les autres auxquels il était 
adjoint. Or, l'œuf de Pinson mesure 20 millimètres sur 
15 ou 16, près de la moitié en sus, ce serait 8 ou 
9 millimètres à ajouter; cependant l'œuf du Coucou ne 
mesure ordinairement, comme nous l'avons dit, que 22 
à 26 sur 1G ou 17, soit 1 millimètre ou 2 de plus que 
celui du Pinson. L'œuf trouvé était donc plus gros que 
d'habitude de 5 à 6 millimètres. Dans quel but et par 
suite de quelle nécessité ? puisque dans ce cas, il suffisait 
au Coucou de pondre tout simplement son œuf dans les 
dimensions ordinaires, sous peine de démasquer sa super- 
cherie. Ce raisonnement et cette objection sont les mêmes 
et s'appliquent également aux exemplaires de Gerbe et à 
celui de Salerne. 

C'est le cas de dire que qui veut trop prouver ne prouve 
rien ; et de s'écrier : quel est donc ce mystère ! Nous pen- 
sons, avec MM. Vian et Rowley, que ce ne sont que des 
monstruosités, rien de plus, comme en offrent les œufs de 
presque tous les Oiseaux : tantôt en plus , quand ils 
' renferment deux jaunes ; tantôt en moins , lorsqu'ils 
sont clairs ; des exemples de ces singularités que présente 
la nature , et dont la cause demeure souvent longtemps 
inconnue. 11 est évident, au résumé, que si le Polymor- 
phisme, tel qu'on se plaît à l'appliquer au Coucou , procé- 
dait d'un principe fixe, de pareilles aberrations ne devraient 
que fort rarement ou jamais se présenter. 

Une dernière observation sur la petitesse relative de 
l'œuf du Coucou ressortira des termes de comparaison sui- 
vants, tirés des plus grosses espèces d'Oiseaux dans le 
nid desquelles a été trouvé son œuf. 




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OS HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 

La Pie a de taille 40 centimètres, et son œuf mesure 
32 millimètres sur 23. 

Le Geai a de taille 35 centimètres, et son œuf de 31 
à 32 sur 21 à 22 millimètres. 

La Pie-Grièche Grise a de taille 24 centimètres, et son 
œuf mesure 24 millimètres sur 18. 

La Grive enfin a de taille 23 centimètres, et son œuf 
mesure 28 millimètres sur 15. 

Ainsi, avec une taille supérieure à celle de la Grive, 
et presque égale à celle du Geai, le Coucou ne peut pro- 
duire qu'un œuf de 22 à 26 millimètres sur 16 à 17, 
c'est-à-dire, inférieur à la plus petite des quatre espèces 
citées. 

Et nulle part on n'a vu cet œuf de Coucou lutter avec 
ceux-ci de dimensions, ce qu'il faudrait démontrer. 

Reste, pour finir, et c'est avec intention que nous la 
réservons la dernière, la question, depuis si longue date 
soulevée, de savoir pour quelle cause, s'il en est une, 
la femelle du Coucou ne peut-elle, ou plutôt ne pourrait- 
elle couver son œuf, ou par quel motif ne le voudrait-elle 
pas ? 

« Ce qui peut paraître étonnant, dit Vieillot paraphrasant 
de Montbeillard, c'est la complaisance de la nourrice du 
Coucou, qui oublie si facilement ses propres œufs e't ses 
petits, pour se livrer tout entière aux soins qu'exige cet 
étranger. Ce sacrifice, qui la fait renoncer aux affections 
les plus naturelles, et qui n'a lieu que pour le Coucou 
seul, est donc commandé par une loi impérieuse de la na- 
ture, puisque la plupart d'entre eux refusent de couver 
d'autres œufs que celui du Coucou ? L'on ne peut guère 
en douter d'après les expériences de Lothinger. » 

Lothinger a, en effet, expérimenté, au temps de 
Buffon , en mettant un œuf de Roitelet dans un nid de 



' 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 89 

Fauvette Commune , un œuf de Merle dans un nid de 
Bruant de Haies et un autre dans un nid de Verdier, un 
œuf de Pie-Grièche Écorcheur dans un nid de Rouge- 
Gorge, pour voir si chacun de ces Oiseaux couverait l'œuf 
étranger à leur espèce introduit dans son nid ; des essais 
semblables furent faits depuis sur des nids de Gobe-Mou- 
che, de Roitelet, de Chardonneret, de Bouvreuil, de Pin- 
son , de Farlouse , de Pouillot Chantre , de Grive, de 
Merle, et même de Chouette et de Vanneau : tous ces 
Oiseaux couvaient ; et à peine leur eût-on enlevé leurs 
œufs, quoiqu'on en eût mis d'autres en place, qu'ils quit- 
tèrent leur nid pour n'y plus revenir. 

Dans la trente et unième expérience, cet Ornithologiste 
nous communique des observations d'autant plus intéres- 
santes, qu'elles sont difficiles à faire, sur la conduite que 
tiennent les Pouillots à l'égard du jeune Coucou, et sur le 
nourrisson lui-même. C'est ainsi qu'il en donne les détails : 

« Arrivé sur les lieux, je me posai avantageusement 
pour observer les père et mère nourriciers d'un jeune Cou- 
cou ; mais ceux-ci usèrent longtemps de prudence, et ils 
ne s'approchèrent qu'avec beaucoup de circonspection; 
cependant comme leur nourrisson faisait des cris fréquents, 
de besoin sans doute, attendu que l'intervalle depuis la 
dernière becquetée était déjà considérable, ils furent obli- 
gés de se montrer ; je reconnus alors que ces Oiseaux cha- 
ritables étaient des Pouillots Chantre. Plus familiarisés 
avec moi, ils parurent plus souvent, et plus d'une fois je 
les vis approvisionnés de la nourriture qu'ils apportaient 
à leur élève, laquelle n'était autre qu'un insecte plus ou 
moins gros. Alors il me vint à l'idée de mettre à profit une si 
belle occasion de découvrir, si les père et mère, en livrant 
leurs œufs et les jeunes qui en devaient provenir à des 
Oiseaux étrangers, les abandonneraient pour ne plus s'en 




fc>3 






90 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 







mêler; et dans peu j'eus lieu de me convaincre de ce qu'il 
en était. En effet, m étant caché sous des feuillages, de 
façon à ne pas être aperçu, et y étant resté en silence, 
bientôt après vint un Coucou , chantant et rôdant aux 
environs du jeune Oiseau, lequel pour mieux remplir mon 
objet, je plaçai dans uue clairière à peu de distance du 
nid, après l'avoir excité à faire quelques cris qui pussent 
efficacement attirer ses parents; mais ce fut en vain, ils 
n'approchèrent pas davantage ; cependant, j'eus lieu d'ob- 
server que le vieux Coucou redoublait son chant, à raison 
des cris du jeune, et que tous deux paraissaient se prêter 
la plus grande attention. » 

De tous les Oiseaux sur lesquels Lothinger a fait ses 
expériences, le Bruant et le Pouillot Chantre sont ceux 
qni ont tenu le plus longtemps ; après avoir été privés de 
leurs œufs, ils sont retournés à leurs nids, et ils ont couvé 
l'œuf étranger près de vingt-quatre heures. 

Bref, Lothinger a conclu de ces différents faits : 

1° Que l'opinion du vulgaire, au sujet du Coucou, est 
très erronée, et que plusieurs naturalistes paraissent l'a- 
voir peu connu ; 

2° Que tout Oiseau , qui a des œufs, quitte son nid, si 
on les lui ôte pour mettre en place un œuf seul et d'espèces 
différentes ; 

3° Que cet abandon est assez prompt, et qu'il a lieu 
même quand l'Oiseau privé de ses œufs couvait; 

4° Que par une distinction fort extraordinaire, il en est 
autrement lorsque le Coucou est le ravisseur ; 

5° Qu'il est très assuré que le Coucou ne couve pas, 
qu'il ne faitpoint de nid, etqu'ilpond dans celui de quelque 
petit Oiseau, dont il a auparavant jeté les œufs ; 

6° Que ce petit Oiseau, ainsi maltraité, ne fait aucune 
difficulté de retourner à son nid, et d'y couver l'œuf que 






LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



91 



le Coucou a substitué aux siens , quoique unique et bien 

différent ; 

7" Enfin, que ce n'est nullement par indifférence ou par 
paresse que le Coucou ne fait pas de nid et qu'il ne couve 
pas ; mais que forcé comme il l'est , et peut-être pour 
d'autres causes encore, il est nécessaire que d'autres que 
lui travaillent et coopèrent à la multiplication de son es- 
pèce ; que les singularités qu'il présente ne sont point une 
bizarrerie, ni un désordre de la Nature, mais l'effet d'une 
Volonté suprême. 

Il est remarquable que Lothinger ne paraisse pas re- 
connaître l'assimilation de l'œuf du Coucou à ceux du nid 
avec lesquels se trouve cet œuf, puisqu'il le dit bien dif- 
férent. Ce qui prouve du moins que, dans ses nombreuses 
recherches, il n'en a jamais rencontré d'exemple. 

Guéneau de Montbeillard qui, à la même époque, tra- 
vaillait à l'œuvre de Buffon , n'adopta pas les résultats de 
Lothinger, et objecta qu'on ne peut conclure, de ce qu'un 
Oiseau a renoncé à ses œufs qui avaient été mis dans son 
nid par la main de l'homme, qu'il y aurait aussi renoncé 
si un autre Oiseau les y eût déposés lui-même ou plutôt 
pondus ; que ce renoncement dépend du plus ou moins de 
finesse du tact, de l'odorat ou de la passion de couver 
plus ou moins vive. 

A cette objection, qui ne manquait pas de portée, Lo- 
thinger a opposé de nouvelles expériences qui se peuvent 
résumer ainsi : 

1° Des changements d'œufs faits de main d'homme dans 
des nids de Chardonneret, de Pinson, de Verdier, etc., 
mais des œufs de mêmes races : ces œufs ont été couvés 
par ces Oiseaux comme si c'étaient les leurs, et ils ont 
nourri les petits qui en sont provenus ; 

2° Des changements d'œufs étrangers, sans les toucher 





92 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 




en aucune manière, et placés dans divers nids ; ses résultats 
ont été les mêmes que ceux des premières expériences. 

Enfin, les œufs propres de l'Oiseau, retirés et remis à la 
main, ne furent point abandonnés. 

Montbeillard a clos cette série d'expériences par dix 
observations, desquelles il résulte, dit-il : 

1° Que les femelles de plusieurs espèces de petits 
Oiseaux, qui se chargent de couver l'œuf du Coucou, se 
chargent aussi de couver d'autres œufs étrangers avec les 
leurs propres; 

2° Qu'elles couvent quelquefois ces œufs étrangers de 
préférence aux leurs propres; 

3° Qu'elles couvent et font éclore un œuf unique autre 
que celui du Coucou ; 

4° Qu'elles repoussent avec courage la femelle du Cou- 
cou, lorsqu'elles la surprennent venant déposer son œuf 
dans leur nid ; 

5° Enfin, qu'elles mangent quelquefois cet œuf privilé- 
gié, même dans le cas où il est unique; mais un résultat 
plus important et plus général, c'est que la passion de 
couver, qui parait quelquefois si forte dans les Oiseaux, 
semble n'être point déterminée à tels ou tels œufs, ni à 
des œufs féconds, puisque souvent ils les mangent ou ils 
les cassent, et que plus souvent encore ils en couvent de 
clairs; ni à des œufs réels, puisqu'ils couvent souvent des 
œufs de craie, de bois; ni même à ces vains simulacres, 
puisqu'ils couvent quelquefois à vide; que par conséquent, 
une couveuse qui fait éclore, soit un œuf de Coucou, soit 
tout autre œuf substitué aux siens, ne fait en cela que 
suivre un instinct commun à tous les Oiseaux et, par une 
dernière conséquence, qu'il est au moins inutile de recou- 
rir à un décret particulier de l'Auteur de la Nature pour 
expliquer le procédé de la femelle du Coucou. 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



93 



Il est juste d'observer que sur ces dix expériences, huit 
ont été faites sur des Serins, et par conséquent sur des 
Oiseaux réduits à l'état de domesticité. Mais nous ne pen- 
sons pas comme Vieillot, que cela en infirme les résul- 
tats au point de mettre exclusivement, ainsi qu'il le pro- 
clame, toute la raison et la vérité du côté de Lothinger. 
Toutes ces études ne devaient pas être les dernières, 
chaque génération dans les sciences produisant ses inves- 
tigateurs ; et c'est pour augmenter la lumière sur cette 
controverse que près d'un demi-siècle ensuite, FI. Prévost 
tenta de nouvelles expériences, dont il rendit compte, par 
lettres, au Président de l'Académie des sciences, en 1834. 
Sans y revenir, disons qu'elles lui ont suffi pour en tirer 
les conclusions suivantes : 

1° Que la femelle du Coucou est essentiellement 
polygame ; 

2° Que l'action du mâle ne féconde qu'un ou deux œufs 
seulement ; 

3° Que chaque accouplement est suivi d'une ponte; 
4° Que le nombre de ces accouplements successifs ne per- 
met conséquemment pas à la femelle de couver ses œufs et 
d'élever ses petits, puisque ces deux fonctions contraires, 
dont l'une l'oblige à rester au nid, tandis que l'autre l'en 
éloigne, devraient alors avoir lieu en même temps ; 

5° Que c'est pour que cet Oiseau puisse obéir librement 
à l'instinct impérieux qui détermine ces nombreux accou- 
plements, qu'il est pourvu de celui qui le dispense de 
prendre soin de ses petits. 

Ces conclusions, ainsi que les observations dont elles 
sont déduites, viennent quelque peu contredire celles 
auxquelles serait arrivé le savant chimiste Belge, M. Van 
Mons, que nous avons déjà cité, dans un mémoire de la 
même époque, 1833. D'après lui, les Coucous sont bien 






94 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



polygames, mais à la manière des autres Oiseaux, c'est-à- 
dire qu'un mâle suffit à plusieurs femelles. Ce mâle se 
perche ordinairement sur le sommet de quelque arbre et, 
sans changer de place, il chante pour appeler les femelles, 
qui s'empressent de se disputer ses faveurs. Ces femel- 
les, après qu'elles ont été fécondées, ne pouvant seules se 
charger de l'éducation de leurs petits, par les mêmes rai- 
sons que l'on a vues, sont obligées d'en charger les étran- 
gers. 

Ainsi, même après tant d'études, d'expériences et d'ob- 
servations incessantes, depuis tantôt un siècle, bien des 
questions, au sujet de notre Coucou Chanteur, demeurent 
encore dans le vague, pour ne pas dire dans le mystère, et 
attendent encore leur explication. 

Le fait le plus universellement constaté et indiscutable 
jusqu'à présent, c'est qu'on n'a aucune preuve positive de 
l'avoir jamais vu construire de nid, pas plus que couver 
ses œufs; quoique les deux choses soient non seulement 
possibles, mais même probables : puisque, au dire de 
Gérard, quelques observateurs affirment avoir vu la 
femelle du Coucou faire son nid, et couver elle-même ses 
petits; et d'autres veulent qu'elle s'empare des nids vides 
et y ponde. 

A cet égard, nous sommes tout porté à admettre que 
si un œuf de Coucou est jamais trouvé dans un nid de Pie, 
de Geai, de Corbeau, ou même de Ramier, c'est que l'Oi- 
seau ne l'y aura introduit qu'avec l'intention bien évidente 
de l'y couver lui-même, ces nids lui offrant capacité suffi- 
sante pour cette opération. Ce qui est à démontrer. 

Il est bien certain, que ce ne sera jamais sur les nids 
des petites espèces auxquelles il les confie qu'il faut s'at- 
tendre à le voir couver son œuf, l'emplacement trop exigu 
ne le permettant pas à sa forte corpulence. Cette impossi- 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 93 

bilité même nous explique pourquoi une autre espèce de 
Coucou, dont nous allons nous occuper, également d'Eu- 
rope, tout en conservant les habitudes parasitiques du 
nôtre en général, lorsque parfois la fantaisie lui prend de 
couver lui-même ses œufs, les dépose ou les pond dans 
des nids plus en rapport avec sa taille, tels que ceux aban- 
donnés par les Corneilles, les Pies, voire même les 
Ramiers. 

Attendons-nous donc au premier jour, qui n'est pas 
demain, à une surprenante découverte de ce genre; pour 
y arriver toutefois, il convient d'abandonner les errements 
suivis jusqu'ici, qui ont fait leur temps, et que nous appe- 
lons de la Vieille École, quant au Coucou Chanteur, et 
de reporter les nouvelles études sur les espèces dont le 
parasitisme est intermittent. 

Dans cet ordre d'idées, on apprécierait les circonstances 
qui semblent déterminer l'Oiseau à envahir le nid d'un 
autre, et celles au contraire où se produit et se développe 
chez lui l'instinct maternel. De la solution de cette double 
question, et à ce prix seul, jaillira le dernier rayon de 
lumière destiné à dissiper définitivement les ténèbres qui, 
malgré tout, pèsent encore sur l'histoire du Coucou Chan- 
teur. 

Une de ces circonstances déterminantes, par exemple, 
ne pourrait-elle pas se trouver dans l'observation atten- 
tive du passage ou de la migration de ces Oiseaux? car ces 
migrations, à leur arrivée au pays de la ponte, ne se 
composent presque jamais, ou rarement, jusqu'aux obser- 
vations de ce jour, d'un nombre équivalent de mâles et de 
femelles; ce sont tantôt les uns, tantôt les autres, qui do- 
minent, sans exclure parfois l'existence ou la possibilité 
d'une certaine parité de sexes. D'où l'on pourrait conclure 
que, de cette imparité ou équiparité résulte chez les Cou- 



■ 



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M 



90 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 








cous, que nous appelons à parasitisme intermittent, leur 
détermination, soit à convoiter un nid étranger pour y 
déposer leur œuf, soit à s'emparer d'un nid abandonné ou 
en construire un autre pour y pondre leurs œufs et les 
couver eux-mêmes. 

Il se peut donc faire, et c'est notre pensée, que le prin- 
cipe généralement adopté, quant à présent, sur la préten- 
due prédominance exclusive des mâles, ne s'applique qu'à 
l'une des trois faces de la question que nous venons de po- 
ser. Resterait à faire, non la découverte de la seconde, qui 
n'est plus à faire depuis l'observation de M. Van Mons, 
mais celles de la troisième. C'est ce qu'aideront à nous 
montrer les études et lès recherches d'un savant Ornitho- 
logiste voyageur anglais, M. Ramsay, sur le Coucou Bril- 
lant ou Bronzé de la NoUvelle-Hollande. 

Mais, en fait de circonstances déterminantes, la meil- 
leure, la plus sûre et la plus facile, parce qu'elle se trouve 
à portée de tous les chasseurs, serait celle-ci : 

On sait que, chez la plupart des Oiseaux, les femelles 
surtout, quand elles ont couvé, portent, à la surface du 
sternum et du ventre, des places dont le plumage, princi- 
palement le duvet, n'existe plus. C'est ce que Faber ap- 
pelle taches incubatrices. Disséminées en plusieurs ré- 
gions chez les Oiseaux d'eau, suivant leur nombre d'œufs, 
elles occupent presque toute la surface chez les petites et 
grandes espèces de Passereaux. 

Cette dénudation n'est, chez aucun, plus remarquable 
que chez le Freux, le Geai, le Merle, pour ne parler que 
des plus communs. C'est une observation, que nous sommes 
à même de faire tous les ans, que nous abattons par plu- 
sieurs douzaines, pour rie pas dire par centaines, chacune 
de ces espèces, durant tout le temps de la couvée et de 
l'éducation des petits. 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



97 



Que les ornithologistes chasseurs, tant en Europe qu'en 
France, où ils ne manquent pas, à commencer par Tousse- 
nel, par MM. Vian et de Cherville, sans parler de M. Alb. 
Marchand, de Chartres, veuillent bien tenir compte et 
bonne note de cette indication. Il leur suffira, dans la sai- 
son, après les premières constatations faites du dépôt d'œufs 
de Coucou dans les nids qu'ils observeront, et le temps 
présumé nécessaire à leur éclosion, d'opérer une véritable 
battue. De l'examen des victimes et de leurs dépouilles ré- 
sultera la démonstration qui fait défaut à la science. Et 
preuve sera faite si, oui ou non, le Coucou Chanteur est 
un Oiseau comme un autre, et s'il lui arrive enfin do vou- 
loir bien couver ses œufs lui-même. 

C'est une réflexion qui nous est venue à la suite de nos 
études sur Levaillant, qui en fait tardivement l'observa- 
tion, à propos de cette même famille, dans le cours de ses 
voyages en Afrique, et que nous ne manquerons pas de 
rappeler en son lieu. 

Nous nous bornerons à cet aperçu pour dire un mot de 
l'éducabilité de notre Coucou Chanteur; aussi bien faut-il 
en finir avec lui. Ce qui démontre surabondamment que 
son organisation ne diffère pas de celle de tous les autres 
Oiseaux, c'est son aptitude à la domestication. 

« Quoique rusé, quoique solitaire, dit Guéneau de 
Montbeillard, le Coucou est capable d'une sorte d'éduca- 
tion. Plusieurs personnes en ont élevé et approvisionné : 
on le nourrit de la viande hachée, cuite ou crue, des in- 
sectes, des œufs, du pain mouillé, des fruits, etc. Un Cou- 
cou, ainsi apprivoisé, reconnaissait son maître, venait à sa 
voix, le suivait à la chasse, perché sur son fusil; et, lors- 
qu'il trouvait en chemin un Griottier ou Merisier sauvage, 
il y volait, et ne revenait qu'après s'être rassasié pleine- 
ment; quelquefois il ne revenait point à son maître de 

7 




98 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 







toute la journée, mais le suivait à vue, en voltigeant d'ar- 
bre en arbre; dans la maison, il avait toute liberté de 
courir; il passait la nuit sur son perchoir. 

La fiente de cet Oiseau est blanche et fort abondante; 
c'est un des inconvénients de son éducation. Il faut avoir 
soin de le garantir du froid dans le passage de l'automne 
à l'hiver; c'est pour ces Oiseaux le temps critique, du 
moins c'est à cette époque que le collaborateur de Buffon, 
qui en a fait l'essai, a perdu tous ceux qu'il a voulu 
élever. 

Cet exemple est d'autant plus curieux qu'il est presque 
le seul que l'on puisse citer de l'éducabilité du, Coucou, la 
plupart des amateurs naturalistes qui depuis ont fait la 
tentative d'apprivoiser cet Oiseau ayant échoué, ou y 
ayant renoncé. 

Ainsi M. de Schauroth, un des plus doctes correspon- 
dants de Beschstein, déclare positivement le Coucou iné- 
ducable. Voilà ce qu'il en dit : 

« Le Coucou n'a presque aucune qualité propre à en faire 
un Oiseau de chambre. S'il est vieux, il est trop opiniâtre 
et trop vorace; en général, il est furieux, boudeur et mé- 
lancolique. J'en ai élevé quelques-uns : le dernier venait 
d'un nid de Bruant; ses yeux étaient encore fermés quand 
je le pris; cependant il se jeta sur moi avec impétuo- 
sité. A peine l'avais-je eu six jours, qu'il avalait de colère 
tout ce qu'on lui présentait. Je le nourris de chair d'Oiseaux, 
qu'il lui fallut continuer longtemps, avant qu'il apprit à 
manger seul. Ses mouvements étaient si brusques, qu'en 
sautant et s'agitant, il renversait tous les petits vases de 
nourriture qui étaient à sa portée. Sa queue crût lentement. 
Jamais il ne s'apprivoisa entièrement; il s'élançait toujours 
sur mes mains et mon visage, attaquait même tout ce qui 
venait trop près de lui, et jusqu'aux autres Oiseaux. Il 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



99 



mangeait en très grande quantité de la première pâtée 
universelle et fientait en proportion, ce qui le rendait fort 
sale; je l'ai vu dévorer jusqu'à ses propres ordures. Il est 
si maladroit avec ses pattes courtes et grimpantes, qu'il 
ne peut marcher; il fait au plus quelques sauts, mais vole 
parfaitement. » 

Le D r Gaspard n'a pas été moins explicite à l'endroit de 
cette nature rebelle du Coucou. Après avoir infructueuse- 
ment essayé, à cinq reprises, d'élever de jeunes Coucous 
pris au nid, il s'exprime ainsi : « J'ajouterai que ces Oi- 
seaux m'ont paru être tous d'un naturel très méchant; 
qu'ils se battent à outrance, ensemble ou avec les autres 
Oiseaux, qu'on place dans leur société; qu'ils ne s'appri- 
voisent pas, et ne deviennent pas doux, même à l'égard des 
personnes qui en ont soin. » 

Enfin, si le D r J. Franklin dit n'avoir jamais vu un seul 
Coucou vivre une année entière en capitivité, Toussenel 
affirme, par contre, avoir des exemples de Coucous qui ont 
vécu deux et trois ans en cage, ajoutant que cet Oiseau 
est, du reste, un triste compagnon de volière, stupide, 
muet, vorace, et complètement indigne des soins et de 
l'affection de l'homme. 

Nous regrettons de ne pas connaître le résultat des ten- 
tatives de ce genre, faites, il y a une vingtaine d'années, 
par M. de Sèlys-Longchamps, qui en conserva un assez 
longtemps pour lui voir prendre sa livrée d'adulte. 

Aussi est-ce avec plaisir, qu'au milieu de ces contesta- 
tions, nous avons vu se produire deux faits contraires dans 
la volière bien connue de M. OUivier Larrieu, de Badech 
(Lot-et-Garonne), qui en rend compte, en ces termes, à la 
Société d'acclimatation de Paris, dans les premiers mois 
de 1878 : 

« Il y a deux ans, j'élevai un jeune Coucou, et je ne fus pas 



I 





100 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



\ :'; 




peu surpris de voir une Fauvette Babillarde lui donner la 
becquée. Cette Fauvette était un mâle pris adulte, devenu 
très familier, et qui errait librement dans la serre. Quoi- 
qu'il vécût habituellement de pâtée, ce n'est que lorsqu'il 
avait à sa disposition des insectes vivants, qu'il donnait la 
becquée au jeune Coucou. 

« Cette année, j'ai encore un jeune Coucou. J'étais cu- 
rieux de savoir si le même cas d'adoption se reproduirait 
encore. J'ai lâché dans la serre une Fauvette Babillarde 
mâle, de l'année dernière, prise dans son nid et élevée à la 
main. Dès le second jour, elle a donné la becquée au jeune 
Coucou, mais d'une façon fort irrégulière; ce n'est que 
lorsqu'elle est elle-même gorgée d'insectes vivants qu'elle 
consent à apporter les autres à son jeune élève. Jamais 
elle ne lui donne la pâtée. J'ai plusieurs insectivores libres 
dans ma serre (-Rossignol, Rossignol de Muraille, Traquet, 
Bergeronnette, Troglodyte, Fauvette à Tète noire, etc.); 
pas un de ces Oiseaux ne s'occupe du pauvre Coucou ; il a 
beau crier famine, il n'y a que la Fauvette Babillarde qui 
le prenne en pitié. » 

M. 0. Larrieu est dans la bonne voie; nous ne sau- 
rions trop l'engager à la suivre et à y persévérer parce 
qu'elle est la seule pratique. Encore un «peu de cou- 
rage : qu'il. tâche de se procurer un jeune couple, et, une 
fois convenablement installés, il n'est pas possible qu'arri- 
vés à l'âge adulte, et, à cette saison où parle la nature, ces 
Oiseaux ne finissent par s'apparier et par éprouver le be- 
soin de se construire un nid, d'y pondre et d'élever le pro- 
duit de leur couvée. 

Dès ce moment la grande question sera vidée, et cet 
observateur si zélé aura rendu un signalé service à la 
science. 

D'après ce que nous avons dit de la voracité du Coucou, 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



101 



qui le porterait parfois à détruire les couvées des Oiseaux, 
en mangeant leurs œufs et même leurs petits, on pourrait 
être embarrassé, malgré son alimentation d'insectes, pour 
le ranger parmi les auxiliaires de l'homme. Heureusement, 
il n'en est pas ainsi, et il a son importance pour la con- 
servation de nos différentes espèces de culture. La nature, 
nous l'avons vu, s'est plu à former cet Oiseau remarquable, 
pour se nourrir de chenilles velues, que peu d'autres 
Oiseaux peuvent manger, comme par exemple, les Noc- 
tuelles et les Processionnaires, qui ravagent les forêts, 
en appropriant son estomac, d'une manière spéciale et 
digne de l'attention du physiologiste, à la digestion de ces 
insectes. Le docteur de Tschudi cite un fait, au sujet des 
services que nous rend le Coucou, qui mérite, quoiqu'on 
en dise, sinon l'affection de l'homme que lui refuse notre 
Analogiste s'aveuglant sur son utilité, du moins toute la 
protection des lois : 

« En 1847 , dit M. de Tschudi , une grande forêt de 
sapins, en Poméranie, souffrit tellement des dégâts causés 
par les chenilles, qu'elle commençait déjà à se dessécher, 
lorsque tout à coup elle fut sauvée par une bande de 
Coucous, qui, quoique déjà en migration, s'y établirent ce- 
pendant quelques semaines, et nettoyèrent si bien les ar- 
bres, que l'année suivante le mal ne se renouvela pas. On 
sait que le Coucou, à l'instar des petits chercheurs d'in- 
sectes, les Mésanges, les Roitelets huppés, les Grimpe- 
reaux, mangent presque toute la journée, parce que les 
chenilles contiennent beaucoup de liquide et peu de ma- 
tières nutritives solides. D'après les observations qui ont 
été faites, on peut compter que le Coucou détruit, toutes 
les cinq minutes, au moins une chenille, ainsi en un jour 
au moins cent soixante-dix chenilles, dont les poils, ainsi 
que nous l'avons dit, restent attachés à la membrane mu- 



ifl 





102 



IIISTOIHK NATURELLE DBS COUCOUS. 






qneoM <lo son estomac, et souvent le tapissent formelle- 
ment. Si l'on admet que la moitié des chenilles détruites 
Boni «les femelles, et que chacune d'elles contient en 
moyenne cim[ cents œufs, un seul Coucou empêche donc, en 
un seul jour, la ponte de quarante-cinq mille cinq cents 
cheiiillesnuisililes! Combien faudrait-il employer d'hommes, 
pour le même travail, en un jour*. C'est un dicton popu- 
laire, chez nous, que celui qui a de l'argent dans sa poche. 
quand il entend le premier chant du Coucou au printemps, 
n'en manquera pas de tout l'été. Nous pouvons dire avec 
plus de justesse : chaque appel du Coucou nous répète que 
cet Oiseau conserve des sommes considérables au bien-être 
national, et qu'il protège avec une activité infatigable 
une partie importante de ce dernier. » 

Nous avons pensé ne pouvoir mieux clore l'histoire de 
notre Coucou que par cette étonnante citation de L'habile 
ornithologiste, du savant président de la Société d'Agri- 
culture du canton de Saint-Gall. 

Nous terminerons cet article déjà trop long, et qui aurait 
pu l'être encore davantage, en nous appropriant cette 
réflexion, dont de Montbeillard accompagne son histoire 
du Coucou Chanteur : 

« Je demande pardon au lecteur, dit-il. de m 'être arrêté 
sur un sujet dont peut-être l'importance ne lui sera pas 
bien démontrée ; mais l'Oiseau dont il s'agit a donné lieu 
à tant d'erreurs, qne j'ai cru devoir, non seulement m'at- 
tachera 611 purger l'histoire naturelle, mais encore m'op- 
poser à l'entreprise de ceux qui les voulaient taire pnimnr 

dans la métaphysique. Rien de plus contraire à la saine 
métaphysique que d'avoir recours à autant de préten- 
dues lois particulières qu'il y a de phénomène! dont 
nous ne voyons pas les rapporta a sec les lois générale! : un 
phénomène n'est isolé qne parce <|n'il n'est point ;i 



LES COl'COUS VRAIS PARASITES. 



103 



connu ; il faut donc tâcher de le bien connaître avant d'o- 
ser l'expliquer; il faut, au lieu de prêter nos petites idées 
à la Nature, nous efforcer d'atteindre ses grandes vues par 
la comparaison attentive de ses ouvrages, et par l'étude 
approfondie de leurs rapports. » 

C'est ce que va nous apprendre la suite de cette étude 
sur les Coucous. 

Mais, de toute manière, que ces sages conseils soient la 
règle fixe de tous ceux qui, après nous, seront tentés de 
corriger ou compléter notre esquisse, et le Coucou ne tar- 
dera pas à rentrer dans le droit commun. 

Le Coucou Chanteur n'est pas, nous l'avons dit, la seule 
espèce du groupe des vrais Coucous, qui confie l'incuba- 
bation de ses œufs aux soins d'autres Oiseaux. Le même 
fait se reproduit chez les grandes et les petites espèces 
africaines ; et d'abord pour 'les premières chez 

Le Coucou vulgaire d'Afrique 1 . 

Cette espèce découverte par Levaillant, et considérée 
par lui comme une simple variété du Coucou Chanteur s'en 
distingue facilement au premier coup d'œil. Il a tout le 
plumage des parties supérieures d'une teinte uniformé- 
ment plus grise et les taches blanches des pennes de la 
queue plus larges, outre que la rectrice externe est entière- 
ment blanche; mais les bordures également blanches qui 
terminent ces pennes, et les bandes noirâtres transver- 
sales, sur fond blanc, de tout le devant du sternum sont à 
peu près les mêmes dans les deux Oiseaux; ainsi que les 
mœurs, les formes, l'allure et le chant, sauf les tarses 
qui ne sont qu'à-demi emplumés. Les orbites et la base 



1 Cuculus GMaris. 




104 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 







du bec sont jaune orange. Il mesure près de 30 centi- 
mètres. 

C'est dans le Camdeboo que Levaillant entendit, pour la 
première fois, le chant de ce Coucou, qu'il reconnut d'a- 
bord pour être absolument le même que celui qu'il avait si 
souvent entendu dans les forêts d'Europe ; et , dans toute 
la traversée de cette région, il a trouvé trente-et-un nids, 
où cette espèce avait déposé ses œufs. 

Mais c'est généralement dans les nids du Traquet Jean- 
Frédérick \ du Traquet Pâtre 2 , du Coryphée 3 , de la Pie- 
Grièche Fiscal 4 et du Bacbakiri 5 , espèces qui toutes se 
nourrissent d'insectes, qu'il a rencontré les œufs de ce 
Coucou; il n'en a jamais vu qu'un à la fois dans chaque 
nid. Ces œufs sont d'un gris olivacé, piquetés de roux, et 
très petits relativement à la taille de l'Oiseau. 

D'après cela, la variabilité, ou substitution de couleur, 
n'existerait pas chez l'œuf de cet Oiseau, puisque Levail- 
lant l'a toujours trouvé le même dans tous les nids qu'il 
cite : et cependant la plupart de ceux-ci ont le fond de 
leur œuf d'un bleu verdàtre, tels que ceux des Traquets, 
et le Bacbakiri a le sien d'un vert pâle avec quelques ta- 
ches rares rougeâtres ; ce qui est loin de ressembler à l'œuf 
de ce Coucou; différences qui, en aucun cas, n'empêchent 
ces Oiseaux de couver aussi assidûment et avec le même 
succès l'œuf de ce Coucou comme les leurs propres. A quoi 
sert donc, dans ce cas, la prétendue précaution providen- 
tielle départie à notre Coucou d'Europe? 

Puis, chez une autre espèce, découverte aussi par Le- 
vaillant, et qui a été pour lui l'occasion de ses premières 



1 Bessonornis Phœnicurus. 

2 Saxicola Rubetra. 

3 Drymoica Coryphœa. 

4 Lanius Collaris. 

5 Lanius Bacbakiri. 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



105' 



expériences sur le moyen dont se servent les Coucous pa- 
rasites, pour transporter leur œuf dans un nid étranger, à 
gorge étroite, expériences qui, malgré la longueur de 
leurs détails, sont assez intéressantes pour être rapportées, 
puisque c'est de l'histoire : 

Le Coucou Criard 1 . 

Un peu moins fort que le Coucou Chanteur, celui-ci est 
entièrement noir de plumage; mais ce noir paraît glacé 
d'une teinte bleuâtre sur le corps de l'Oiseau, sur les cou- 
vertures des ailes et sur sa queue; les pennes de cette der- 
nière, un peu étagées, sont bordées de blanc à leur extré- 
mité; les grandes pennes alaircs tirent au brun sur leurs 
bords et vers la pointe. Le bec est noir; les yeux sont châ- 
tain foncé, et les pieds jaunâtres. 

Cette espèce est très abondante dans le pays des Ca- 
fres, ainsi que dans l'intérieur des terres, vers le Sontag, 
le Swarte-Kop et tout le Camdeboo. 

Ce Coucou a la voix si forte et si retentissante, qu'il se 
fait entendre à une distance prodigieuse; c'est pour cela 
que Levaillant l'a surnommé Criard. Perché sur le 
sommet d'un arbre mort ou sur une branche desséchée 
d'un arbre élevé, il entonne, dès l'aube du jour, sa triste 
chanson, ou plutôt il pousse ses cris lamentables, qu'il 
continue très avant dans la matinée, qu'il reprend ensuite 
au déclin du jour, et qu'il prolonge une grande partie de 
la nuit et souvent la nuit toute entière, lorsque le temps est 
calme et serein. 

« La contrée, raconte Levaillant, était pleine de ces 
Coucous Criards; chaque jour, moi et Klaas, nous en ren- 



1 Cuculus Clamosus. 



106 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 




contrions à mesure que nous étudions et varions nos 
courses; et, comme nous étions alors dans la saison de la 
ponte, nous trouvâmes aussi plusieurs nids où des femelles 
de ces Coucous avaient déposé leurs œufs ; nous en décou- 
vrîmes un entre autres du Capocier 1 , dont la femelle cou- 
vait un de ces œufs, découverte vraiment étonnante, 
puisque le nid d'un Capocier est entièrement fermé, à la 
réserve d'un très petit trou par où pénètre l'Oiseau , très 
petit lui-même. 

« Or ce nid, qui contenait un œuf de Coucou, n'étant 
absolument pas déformé, il est évident qu'un Oiseau, d'un 
tiers seulement moins fort que notre Coucou d'Europe, 
n'a pas pu s'y introduire et y pondre ses œufs. Si en 
même temps nous considérons qu'en général tous les nids 
dans lesquels pondent les Coucous sont ceux des plus petits 
Oiseaux; que ces nids sont la plupart si peu spacieux et 
même posés sur des branches si faibles, qu'il doit être diffi- 
cile, et peut-être absolument impossible, à un Oiseau d'un 
certain volume de s'y tenir renfermé pour pondre, à moins 
qu'on ne veuille que, perché sur une branche tout juste au- 
dessus du nid, le Coucou y laisse de là tomber son œuf; 
ce qui, ainsi que j'y ai bien fait attention, devient impra- 
ticable par la position de quelques-uns de ces petits nids 
dans lesquels je n'ai pas moins trouvé l'œuf d'un grand 
Coucou. Comparant ensuite quelques faits semblables de 
notre Coucou d'Europe, dont j'avais plusieurs fois trouvé 
l'œuf dans le nid du Roitelet huppé, nid presque entière- 
ment fermé comme celui du Capocier d'Afrique; et depuis, 
ayant encore trouvé en Afrique plusieurs nids de Pino 
pinc, nids fermés aussi, dont l'entrée est une gorge fort 
étroite et où il aurait été physiquement impossible à un 



1 Dryrnoica Macrourn. 




LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



107 



Coucou de pondre son œuf, quand on supposerait qu'il 
pondit en volant; ces faits et ces considérations, jointes à 
ce que les Coucous, qui ne couvent pas eux-mêmes, font 
tous des œufs très petits relativement à leur taille; que 
tous ils ont la bouche large, le gosier ample, m'ont natu- 
rellement conduit à penser que les Coucous pondaient par- 
tout ailleurs que dans les nids où ils se proposaient de dé- 
poser leurs œufs, et qu'ils les y transportaient ensuite, soit 
dans leur bec, soit dans leurs serres. En effet, m'étant 
avisé d'essayer tous les œufs de Coucous, dont j'avais une 
assez grande quantité, dans le bec et dans les serres de 
tous les Coucous que je tenais, en ayant soin, comme on le 
pense bien, d'essayer les œufs de chaque espèce aux indi- 
vidus de l'espèce correspondante, à mesure que je pouvais 
me les procurer, j'ai trouvé que l'œuf d'un Coucou quelcon- 
que tient très bien dans ses serres, mais encore mieux dans 
sa bouche, sans qu'il empêche aucunement le bec de se fer- 
mer, essai qui, pratiqué sur beaucoup d'autres Oiseaux avec 
leurs propres œufs, a été loin de donner le même résultat. 
« Cependant, continue Levaillant, il s'en fallait beau- 
coup que tout cela satisfit au désir que j'avais de savoir 
la vérité : je voulais être convaincu ; ce n'était pas assez 
pour moi que des conjectures; et, toutes raisonnables 
qu'elles fussent, est-ce bien dans ses serres ou dans sa 
bouche, me disais-je souvent, qu'un Coucou transporte 
son œuf dans le nid d'un autre Oiseau? J'avoue bonnement 
qu'une chose, qui paraîtra futile à bien des gens, ne lais- 
sait pas que de me tourmenter l'imagination. Je voyais 
bien des difficultés par le moyen des serres : car l'Oiseau 
ayant besoin de se percher aux environs du nid où il au- 
rait prétendu déposer son œuf, le pied qui aurait porté cet 
œuf en aurait été gêné, embarrassé. D'ailleurs le tarse est 
si court chez les Coucous, les vrais Coucous, qu'il devrait 



3fl 









108 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 





être souvent impossible à l'Oiseau d'étendre assez le pied 
pour arriver de l'endroit où il se trouverait perché à l'ou- 
verture" du nid où il voudrait déposer son œuf. Comment 
ferait-il s'il était fermé? 

« Mais je me rappelais très bien que j'avais été témoin 
un jour du transport que fit un couple d'Engoulevents 
de ses œufs, qu'ils emportèrent dans la bouche : c'était une 
probabilité pour que les Coucous pussent en faire autant, 
ayant pour cela les mêmes moyens que les Engoulevents, 
c'est-à-dire un gosier ample et une large bouche, quoi- 
qu'à beaucoup près moins bien partagé à cet égard que ces 
derniers. Mais tout cela n'était encore que du domaine des 
probabilités. Je mis tout mon monde à la recherche des 
nids, et je défendis 'de tuer les Coucous. Mon projet était 
de si bien guetter ces derniers, caché non loin du nid, que 
j'espérais y en surprendre un; mais toutes mes tentatives 
furent inutiles. J'avais beau, lorsque j 'avais trouvé un nid 
de ceux que les Coucous recherchent, me blottir dans les 
environs de ce nid pendant des journées entières, et dans 
les cantons où il y avait beaucoup de Coucous, je n'eus 
jamais le bonheur de satisfaire ma curiosité sur la ma- 
nière dont ces oiseaux auraient transporté leurs œufs; car 
il me paraissait certain, évident même, qu'au moins dans 
beaucoup de ces cas, ils ne pouvaient s'y prendre autre- 
ment. Cependant tous les moyens que je pris pour m'en 
convaincre par moi-même furent encore inutiles, tellement 
inutiles que je renonçai à mon tour, quand le hasard vint 
me donner une solution du problème. » 

Ce hasard et cette solution, nous en parlerons avec Le- 
vaillant, en nous occupant de l'espèce de Coucou qui en a 
été la cause. 

Enfin, chez une autre espèce du Cap, observée par le 
même voyageur : 






LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



Le Coucou Solitaire' 



109 



Tout le plumage du mâle est d'un noir brun glacé de gris 
sur la tète et le derrière du cou, ainsi que sur le manteau, 
les couvertures des ailes, le croupion, les couvertures su- 
périeures de la queue et la queue elle-même, dont toutes 
les pennes portent à leur bout un liséré blanc, et les quatre 
latérales des taches de cette couleur le long de leur tige, et 
de chaque coté sur leurs bords extérieurs: Ses grandes 
pennes alaircs sont d'un noir brun plus foncé que le plu- 
mage du dessus du corps; telle est aussi la couleur du fond 
de la queue; la gorge est d'un roux faible; sur le de- 
vant du cou, on remarque quelques ondes brunes sur fond 
roussàtre; de la poitrine au ventre, toutes les plumes sont 
traversées par des bandes brun noir sur fond blanc roux, 
ainsi que celles qui tombent en culottes sur les tarses ; les 
plumes du bas-ventre sont, comme celles qui couvrent le 
dessous de la queue, d'un blanc roux uniforme. Le bec est 
noir brun, mais jaunissant à la base de la mandibule infé- 
rieure; les yeux sont bruns et leurs paupières jaunes; les 
pieds, les ongles, le dedans de la bouche, ainsi que le la- 
rynx, sont aussi jaunes. Cet oiseau tient,- pour la taille, le 
milieu entre le Coucou Vulgaire et le Coucou Criard. 

Levaillant a trouvé le Coucou Solitaire dans tout l'inté- 
rieur des terres, depuis le pays des Cafres jusqu'à l'entrée 
du Camdeboo. 

Cette espèce, toutaussi parasite queles précédentes, confie 
ses œufs au Capocier, au Coryphée, au Jean-Frédérick, au 
Merle Réclameur 2 , et au Pinc-pinc Rousse-tèie 3 . Ses œufs 





1 Cuculus Capensis. 

* Bessonornis Vociferans. 

1 Drymoica Fulvicapilla. 







110 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 






sont d'un brun roux, parsemé de taches brun clair. Un de 
ces œufs, trouvé dans le nid d'un Capocier, n'est éclos que 
le vingt-troisième jour, pendant que, dans le nid du Jean- 
Frédérick, un autre œuf, de la même espèce de Coucou, le 
fut au bout de dix-neuf jours. Ainsi, en conclut notre voya- 
geur, la durée de l'incubation dépend uniquement de la 
couveuse; et ce qui le prouve bien mieux encore, c'est que, 
dans la même espèce, il est des femelles qui couvent plus 
longtemps que d'autres. 

Ce fait, et la réflexion qui l'accompagne, en rappelle 
une autre de Gérard. Ce naturaliste remarquait assez ju- 
dicieusement que ce qui n'était pas encore connju, au sujet 
de notre Coucou d'Europe, et ce qui mériterait de l'être, 
c'est la durée de l'incubation de son œuf, relativement à 
ce qu'elle est dans chacune des espèces à qui est confié cet 
œuf, car cette durée devrait varier suivant les Oiseaux. 
Ainsi, disait-il, la Lavandière couve douze jours, le Tro- 
glodyte couve treize, et d'autres jusqu'à quinze et dix-sept. 
Les femelles couvent donc l'œuf du Coucou jusqu'à éclo- 
sion, sans que la longueur du temps, si elle l'emporte sur 
celle qui lui est habituelle, les rebute et les lasse. Et, ajou- 
terons-nous, sans se préoccuper, autant qu'on le suppose, 
de l'identité plus ou moins réelle ou de la différence de sa 
couleur avec celle des siens. 

Dans tous les cas, les observations de Levaillant, au 
sujet de son Coucou Solitaire, répondent à cette question, 
et ne laissent place à aucun doute. 

Aussi bien la remarque que nous avons faite tout à l'heure 
au sujet de l'immuabilité de l'œuf du Coucou Vulgaire d'A- 
frique s'applique à celui du Coucou Solitaire que Levail- 
lant parait avoir toujours trouvé le même, quelle que fût 
la couleur de ceux renfermés dans le nid. 

De même fait l'espèce qui suit, du Gabon, décrite 



LES COUCO.US VRAIS PARASITES. 111 

pour la première fois, en 1853, par le baron de Lafres- 
naye : 

Le Coucou du Gabon 1 . 

Chez cette espèce, qui se rapproche singulièrement delà 
précédente, toutes les parties supérieures, excepté le dessus 
de la tète et les rémiges, sont d'un noir brun en dessous 
et tachetées irrégulièrement de blanc à leur pli ; lesrectrices 
sont toutes terminées de blanc et les deux latérales por- 
tent une tache de* même couleur vers leur milieu ; en 
dessous, la gorge, le cou et la poitrine sont d'un brun 
marron foncé, plus pâle au menton; le surplus, à partir 
de la poitrine, est orné de bandes noires droites, égale- 
ment espacées jusqu'à l'anus ; mais ces bandes ne sont 
régulières que sur les flancs ; elles cessent de l'être et pren- 
nent la forme de chevrons ou de festons isolés sur toutes 
les parties médianes du ventre; il n'y a aucune trace de 
ces bandes sur les sous-caudales. Le bec et les ongles sont 
noirs; les pattes jaunes. Sa taille un peu plus forte que 
celle du Coucou Solitaire mesure 31 centimètres. 

J. Verreaux a fait connaître en 1855 que comme ses 
congénères, cette espèce a l'habitude de déposer ses œufs 
dans le nid des autres Oiseaux. On l'a vue déposer ainsi 
trois œufs dans trois nids d'espèces tout à fait distinctes, 
telles que du Loriot aux ailes noires' 2 , dont les œufs sont 
blancs avec quelques taches noires; du Barbu de Bona- 
parte 3 , dont les œufs sont blancs sans taches, et du Tur- 
doïde d'Ashantée ' , dont les œufs sont d'un blanc lilacé, 




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I 

■ 



■I 



1 Cuculus Gabonensis. 

2 Oriolus Nigripennis. 

' Xylobacfo Bonapartii. 
4 Ixos Ashanteus. 



Ui 



^p 




II 







112 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



abondamment pointillés de taches violettes et d'autres noi- 
râtres. On sait que le Barbu niche dans des trous d'arbres. 
Pour opérer le transport de ses œufs , la femelle de ce 
Coucou reste des heures entières à guetter le nid qu'elle a 
choisi et, lorsque la couveuse s'en échappe, elle a le soin 
de détruire et d'avaler celui qu'elle veut remplacer; puis 
revient chercher à terre le sien propre, qui est quelquefois 
pondu des heures à l'avance, et le transporte au nid dans 
son bec. 

Lorsqu'elle a ainsi déposé ses trois œufs, souvent à de 
grandes distances les uns des autres, elle et son mâle dis- 
paraissent du canton , pour n'y revenir que lorsque les 
jeunes, déjà en partie élevés, peuvent les suivre au pre- 
mier cri d'appel ; alors toute la petite famille s'éloigne. 
Mais, une fois assez forts pour pourvoir à leurs besoins, 
les jeunes se réunissent et émigrent en bandes du côté op- 
posé à celui par où passent les vieux. 

Leur nourriture principale consiste en insectes et sur- 
tout en larves ; quoiqu'ils fréquentent les forêts, il n'est 
pas rare de les voir venir le matin et le soir, dans les pe- 
tits buissons, pour y chasser les insectes crépusculaires. 

Ce sont donc, sauf la couleur des œufs du Coucou, dont 
Verreaux ne nous parle pas , de nouveaux détails qui 
viennent enrichir d'autant la biographie de la famille. 

De ce groupe, nous passons à celui des Oxylophes ou 
Édolios, qui appartiennent à l'Asie et à l'Afrique, et dont 
une espèce se trouve aussi en Europe. 

Ces Coucous diffèrent des Coucous proprement dits par 
une large peau qui se remarque à l'angle externe de l'œil, 
et par une huppe occipitale, composée de plumes raides et 
allongées, qui orne la tète. 

Du reste, bec de la longueur de la tête, mince, aussi 
haut que large, convexe, comprimé sur les côtés vers la 



1 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



113 



pointe, qui est entière et un peu crochue; narines basales, 
latérales, en scissure ovalaire, percées dans une sorte de 
membrane découverte; ailes longues, atteignant la moitié 
de la longueur de la queue, subobtuses ; queue également 
longue et étagée; tarses courts, près de la longueur du 
doigt externe antérieur, épais, robustes, vêtus de plumes, 
seulement à leur origine, recouverts en devant de larges 
écailles transversales ; les deux doigts externes les plus 
longs, le pouce le plus court, les deux antérieurs soudés 
à leur base; les ongles gros, courts et faiblement arqués. 

Toutes les espèces de ce groupe, dont les mœurs, sur- 
tout pour l'espèce d'Europe, sont aujourd'hui bien con- 
nues, ont l'habitude, comme notre Coucou Chanteur, de 
déposer fréquemment leurs œufs dans les nids d'Oiseaux 
étrangers qui les couvent avec les leurs. Mais, ce n'est pas 
à Levaillant, nous devons l'avouer, que nous sommes re- 
devable de ces renseignements. Il a bien décrit l'espèce 
qui suit, en ces termes. 

La Coucou Edolio '. 



il 



Une huppe, composée de plumes longues et étroites, lui 
orne le derrière de la tête. Son plumage est généralement 
noir, à l'exception d'une plaque blanche qui marque le 
milieu des pennes intermédiaires de l'aile , et y forme 
comme une tache ou miroir de cette couleur. Sur les ailes 
et la queue, le noir prend une teinte de vert sombre. Sa 
queue, étagée, est aussi longue que le corps. Le bec est 
noir ; les yeux sont orangés ; les pieds bruns. Sa taille est 
de 30 centimètres. 

Mais Levaillant se borne à dire que les œufs de l'Édolio 



PI 



1 Oxylophus Serratus. 



114 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 




sont absolument blancs, sans tache aucune; qu'il les a 
trouvés dans les nids de Rousse-Tête, de la Bergeronnette 
Brune 1 , du Coryphée, du Citrin 2 , du Gobe-Mouche Man- 
telé 3 ; qu'enfin il en a rencontré vingt-huit dans autant 
de nids d'Oiseaux tous insectivores, et que , parmi ces 
œufs, quelques Coucous étaient déjà éclos. 

Il est fâcheux que l'illustre voyageur ne nous dise pas 
si, dans ce grand nombre d'œufs qu'il a trouvés, il a 
observé des différences de coloration (il est vrai , qu'en 
l'état de la science, dans ce cas, il ne les eût pas reconnus 
comme œufs d'Édolio). Nous en concluons donc, de même 
que pour les précédents, jusqu'à plus ample informé, à la 
fixité de la couleur propre à ces œufs. 

Nous n'en sommes pas moins heureux d'ajouter, d'après 
M. Gurney, que ce Coucou, observé par son correspondant 
à Natal, offre dans son gosier le même phénomène que le 
Coucou Chanteur : la peau intérieure de cet organe est dou- 
blée de poils ressemblants à ceux d'une jeune souris, et 
totalement séparée de la chair du gésier. Il se nourrit, en 
effet, de chenilles velues, auxquelles il ajoute des fourmis 
et d'autres insectes, qu'il cherche en sautillant au milieu 
des épaisses plantes grimpantes, fréquentant principalement 
les petits buissons peu élevés et isolés. Son vol est faible 
et peu soutenu. C'est un Oiseau migrateur, ou de passage 
à Natal. 

On doit aussi à Levaillant la découverte d'une autre 
espèce, qu'il avait considérée comme une simple variété de 
la précédente, et à laquelle la science, avec justice, a enfin 
donné son nom. C'est : 



1 Pratincola Sybilla. 
s Drymoica Subflava. 
3 Philenloma Cyanomelas. 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



115 



Le Coucou Noir, vu de Levaillant '. 



Il a, comme l'Édolio, une huppe formée d'un faisceau de 
plumes longues et étroites, rabattues sur l'occiput qu'elles 
débordent, le miroir blanc du milieu des pennes inter- 
médiaires, et tout le dessus du corps d'un noir vert; mais 
la gorge et le devant du cou portent des traits longitudi- 
naux d'un noir vert sur fond blanc; tout le reste du corps, 
depuis la poitrine jusques et y comprises les couvertures 
du dessous de la queue, est blanc; la queue est étagée et 
fort longue ; elle est d'un noir vert et légèrement tachée 
de blanc au bout de toutes ses pennes. 

Levaillant n'a pas entendu son cri, et l'a tué dans les 
parties hautes de l'Afrique, c'est-à-dire vers la ligne équi- 
noxiale. 

Quoiqu'il n'ait rien pu savoir de ses habitudes, elles 
doivent être assurément les mêmes que celles de l'Elodio. 
Si nous en parlons donc, c'est uniquement à propos de son 
œuf, que nous avons possédé. 

Cette remarque aurait eu d'autant plus d'importance, 
que nous avons possédé un œuf de grand Coucou d'Afrique, 
reçu comme appartenant à cette espèce, et qui, au lieu 
d'être blanc uniforme , est d'un fond blanc sale azuré, 
couvert de taches grises et brun verdàtre, offrant dans 
son ensemble, et sauf sa forme ovalaire. l'aspect d'un œuf 
de Pie. Nous ignorons s'il a été trouvé dans le propre nid, 
en supposant qu'elle en fasse un, de l'espèce à laquelle il 
nous a été dit appartenir , ou dans le nid d'une espèce 
étrangère. 

Heureusement que nous sommes mieux renseigné que 



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M 



H 



1 Orylophus Ater 



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Wv 

■ m 
m 



no 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



par Levaillant, grâce aux investigations des savants Na- 
turalistes Anglais que nous allons citer, sur les véritables 
habitudes d'une autre espèce, du même groupe africain, 
qui se montre dans le Midi de l'Europe, celle qui suit : 



Le Coucou Geai 1 . 

Il a le dessus et les côtés de la tète d'un cendré plus 
ou moins foncé, avec la tige des plumes noires ; la nuque, 
le dos, le croupion et une partie des sus-caudales gris brun, 
légèrement lustré de verdàtre, avec la pointe des scapu- 
laircs et une partie des sus-caudales latérales blanches; 
les parties inférieures du corps, les jambes et les sous- 
caudales d'un blanc plus ou moins pur, lavé très légère- 
ment de jaunâtre sur les cotés du cou, au bas des jambes, 
et de cendré aux flancs ; la région parotique, les côtés de 
la nuque d'une teinte plus rembrunie que la tête ; les ailes 
pareilles au manteau, avec les couvertures terminées de 
blanc, et le bout des rémiges liséré de gris ; les rectrices 
noirâtres, terminées de blanc, excepté les deux médianes 
qui n'offrent à leur pointe qu'un petit liséré blanchâtre. 
Le bec est noir, avec la base de la mandibule inférieure 
rougeàtre; l'iris jaune ; les pieds sont verdâtres. Sa taille 
est de 43 centimètres. 

Cet Oiseau habite le Nord de l'Afrique et la Syrie; il 
n'est nullement rare , pendant le printemps et l'été, en 
Palestine, où il a même un essor étendu; se montre acci- 
dentellement dans le Midi de la Franco, en Italie, en Si- 
cile ; il séjourne et niebe dans le Midi de l'Espagne ; se 
montre à Malte, où il est de passage ; et fait quelques appa- 
ritions, ditron, en Allemagne. 



1 Oxylophus Glandarius. 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



117 



Nous avons dit, à propos du Coucou Gris ou Chanteur, 
qu'on avait trouvé son œuf, non seulement , ce qui est le 
plus habituel , dans les nids d'Oiseaux insectivores, mais 
encore, ce qui est moins fréquent, dans ceux d'Oiseaux 
frugivores, tels que le Geai, le Merle, la Pie, la Corneille 
Mantelée, la Tourterelle. 

Ce fait a été constaté par Levaillant en ces termes : 
« J'ai toujours reconnu, dit-il, que les nids dans lesquels 
le Coucou déposait ses œufs étaient ceux des Oiseaux qui, 
comme lui, vivent d'insectes. On a dit qu'on avait trouvé, 
en Europe, des œufs de Coucou dans des nids de Ramiers, 
de Tourterelles, de Pies, etc; mais ces dires auraient 
grand besoin de confirmation. Tant de gens, qui n'ont 
jamais rien observé, veulent avoir tout vu, qu'un écrivain 
doit être bien sur ses gardes lorsqu'on lui raconte des faits 
qu'il n'a pas vérifiés lui-même. Avoir trouvé, au reste, un 
œuf de Coucou dans le nid d'un Oiseau granivore, ou dans 
celui d'un Oiseau de proie, ce n'est pas prouver que cet œuf 
y soit venu à bien. Un Coucou, pressé de pondre, peut 
bien aussi, ne trouvant pas d'abord le nid qui lui convient, 
exposer son œuf dans le premier qui s'offrira à lui ; car il 
est sûr que les Coucous doivent, aux approches de leurs 
pontes, être continuellement en recherche de nids; mais 
comme chaque Oiseau cache le sien avec plus ou moins 
de soin, il est tout simple qu'il arrive quelquefois qu'un 
Coucou, n'en ayant trouvé d'avance aucun qui lui con- 
vienne, se trouve forcé de déposer, à tout risque et péril, 
dans un nid quelconque, l'œuf qu'il porte et dont il n'est 
pas plus en son pouvoir de retarder l'émanation, qu'il ne 
l'est, en celui de toute autre mère, de garder son fruit, plus 
longtemps que la nature ne l'a voulu. Encore une fois, des 
faits particuliers et purement accidentels font exception 
aux règles et les confirment au lieu de les détruire. » 




S 



■ 

I 

i.' 




118 



HISTOIRK NATURELLE DES COUCOUS. 










t.-.i' ;. 








. 













D'abord Levaillant, dans sa longue et pénible argumen- 
tation, oublie deux points importants qui étaient à sa con- 
naissance personnelle : le premier, c'est qu'il s'agisse d'Oi- 
seaux frugivores ou granivores, ils ne se servent pas 
moins, les uns d'aliments animalisés, les autres d'aliments 
élaborés pour la nourriture des leurs ; le jeune Coucou se 
trouve donc à cet égard dans les mêmes conditions, avec 
eux, qu'avec les véritables insectivores. Le second, c'est 
que la femelle du Coucou n'est jamais si embarrassée d'ex- 
pulser son œuf que le dit notre auteur; puisque d'après lui- 
même elle le dépose à terre avant de le transporter dans 
le nid de son choix, et qu'elle peut même l'y laisser assez 
longtemps, comme nous l'avons vu faire au Coucou du 
Gabon. 

Il a en outre oublié cette épreuve, dont il va parler plus 
bas, de l'état et de l'examen de la poitrine de ces Oiseaux, 
au temps de l'incubation, pouvant si bien démontrer s'ils se 
sont effectivement livrés eux-mêmes à ce travail. 

Nous ajouterons que les observations faites sur le Cou- 
cou Geai confirment pleinement les citations des auteurs 
relativement au Coucou Ordinaire d'Europe, ainsi qu'on 
en va être convaincu. Ces observations nous ménagent 
même une autre surprise : la possibilité, pour ces Coucous 
parasites, de couver eux-mêmes leurs propres œufs et 
d'élever leurs petits. 

C'est sous le manteau de ces qualités et de ces habitudes 
de famille, peut-être exceptionnelles, qu'il s'est fait con- 
naître et a conquis ses droits de cité scientifiques en 
Europe. 

Dès 1739, on apprenait, par les auteurs de l'Ornitho- 
logie Italienne, que cette même année, un mâle et une 
femelle de cette espèce nichèrent aux environs de Pise 
(d'où l'un des noms spécifiques du Coucou Geai de Pisa- 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



119 



nus)', que la femelle pondit quatre œufs, les couva, les fît 
éclore, etc. 

A l'appui de cette observation unique et à près d'un 
siècle de distance, Polyd. Roux fit connaître, en 1826, 
qu'il se l'est procurée plusieurs fois en Provence, où il a 
rencontré ordinairement des jeunes de l'année. 

Depuis il n'en est plus question jusqu'en 1859, que les 
Ornithologistes Anglais, par de persistantes observations, 
ont bien fait connaître ses habitudes qui, selon les expres- 
sions de l'un d'eux, étaient presque un mystère pour les 
naturalistes de la Grande-Bretagne, comme pour tous ceux 
de l'Europe. 

Ainsi quant au fait de propagation selon les règles ordi- 
naires : 

Lord Litford, en Espagne, a trouvé les œufs de ce Cou- 
cou dans un nid de Pie Commune, qui n'en contenait pas 
d'autres. 

Même constatation a été faite par M. Tristram en 
Algérie, dans l'Atlas, où il trouva souvent, dit-il, plusieurs 
œufs de Coucou Geai dans des nids, sans qu'il y en eût 
d'autres. Ce qui les porte à croire que l'Oiseau les couvait 
lui-même. 

Le même voyageur raconte encore qu'on lui apporta 
une fois, le 2 mai, quatre œufs de ce Coucou avec trois 
œufs de la Corneille Mahtelée 1 , pris dans le même nid, 
dans une gorge près du Mont Gélead, en Palestine; un 
des œufs du Coucou était frais, les deux autres, au moment 
d'éclore, et le quatrième couvé; tandis que les œufs de 
Corneille étaient couvés depuis quelque temps. Il parut 
évident, à M. Tristram, qu'il devait y avoir un long inter- 
valle entre la ponte des œufs de Coucou, et qu'il était très 



1 Corvus Cornix. 







120 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



': 




possible que le Coucou eût pondu un œuf avant que la 
Corneille n'eût pondu les siens, ce qui du reste est con- 
forme à l'observation de lord Litford '. 

D'autres observations dues à MM. William C. Hewitson, 
W. H. Simpson et Salvin tendent également à confirmer 
qu'il arrive quelquefois au Coucou Geai de couver ses 
œufs lui-même clans des nids abandonnés d'autres gros 
Oiseaux, puisqu'on aurait trouvé jusqu'à trois jeunes de 
cette espèce ensemble; et qu'on rencontre fréquemment 
jusqu'à deux et trois de ses œufs dans des nids de Cor- 
neilles et de Pies n'en renfermant pas d'autres de leurs 
propriétaires. 

Le dernier de ces observateurs a même été témoin, en 
1859, d'un autre fait, à l'appui de cette exception, qu'il 
raconte en ces termes : 

« Un de nos Arabes m'a dit une fois avoir trouvé dans 
la forêt un nid de Burroo-Burroo , nom local du Coucou 
Geai. Je l'accompagnai sur le lieu. L'Oiseau mâle s'envola 
de dessus une branche d'un arbre voisin; et au haut d'un 
vieux Térébinthe noueux, dans un endroit où une branche, 
arrachée antérieurement du tronc, formait une cavité,- 
j'aperçus un nid pareil à celui de la petite Chouette Méri- 
dionale 2 , et certainement pas à celui d'une Pie, d'où sor- 
taient les longues plumes de la queue de la femelle. Elle 
s'envola à son tour, et je trouvai deux œufs dont l'incu- 
bation était assez avancée. » 

On ne peut malheureusement douter de ses habitudes 
parasites. 

MM. Brehm et Cochrane ont toujours trouvé l'œuf du 
Coucou Geai, en Egypte, exclusivement dans le nid de la 
Corneille Mantelée; M. Strafford- Allen a même découvert, 



1 a Ibis. » 

5 Arthcne Meridionalis. 




LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



121 



également en Egypte, à la fin d'avril 1862, un jeune Cou- 
cou Geai en compagnie de deux jeunes Corneilles dans le 
même nid; c'est encore enfin dans le nid de ce dernier 
Corbeau que M. Tristram a rencontré, en 1865, les mêmes 
œufs, en Palestine, au milieu des ruines de Rabbath-Am- 
mon. Cependant, en Espagne, c'est, comme on l'a vu, 
dans le nid de notre Pie Commune d'Europe ' que lord 
Litfort d'abord, et depuis lui, en 1868 ou 186!), 
M. H. Saunders, auraient, trouvé l'œuf de ce Coucou; et, 
en Algérie, M. Tristram l'aurait observé dans le nid de la 
Pie de Mauritanie 2 , avec les œufs de laquelle cet œuf a 
des rapports de coloration. Ajoutons que M. Hewitson en 
a figuré un trouvé dans le nid du Merle Ordinaire 3 , à l'œuf 
duquel il ressemble aussi beaucoup. 

Tous ces faits, on en conviendra, viennent jeter un 
grand jour sur les habitudes possibles, probables même, de 
notre Coucou Chanteur : ce n'est pas exagéré de conclure, 
dès à présent, de ces nombreuses constatations, que ce qui 
arrive au Coucou Geai doit arriver également au Coucou 
Chanteur; et que chaque fois que l'on trouve des œufs de ce 
dernier dans un nid, fraîchement construit ou abandonné, 
proportionné à sa taille, et sans aucun autre œuf du pro- 
priétaire du nid, c'est qu'il les y a pondus, et qu'il s'ap- 
prête à les couver lui-même; et, à plus forte raison, si 
l'on y rencontre deux ou trois de ses petits, c'est qu'ils les 
a fait éclore et les nourrit lui-même. Ce qui le dépouille, 
dans une certaine mesure, d'une partie du merveilleux 
dont on s'est plu à l'entourer, et le rapproche de l'état 
normal. 

Reste, à l'égard du Coucou Geai, ou tacheté, la ques- 




1 Pica Caudata. 

2 Pica Mauritanica. 
J Turdus Mcrula. 




U: 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



: ■ 



tion du polymorphisme de son œuf, moins compliqué, 
jusqu'à présent, que celui du Coucou Chanteur. Mais pour 
se rendre compte des diverses variations de couleur que, 
suivant les circonstances, peut affecter cet œuf, il convient 
de le connaître à son état normal. 

Il est de forme ovalaire, à fond de couleur vert d'eau, 
recouvert de taches nombreuses de brun rouge, variant 
de ton, et paraissant parfois rosâtre; de la grosseur la 
plus ordinaire des œufs de Pie. 

Celui publié par Hewitson, en 1859, est presque aussi 
gros que l'œuf de Merle avec lequel on l'a trouvé : même 
teinte de fond bleu verdàtre pâle; même couleur de taches 
brun rouge vineux; mais celles-ci, au lieu d'être nuageuses 
ou en forme d'éclaboussures, réduites en un semis de 
petits points de même couleur, plus compactes au gros 
bout ; sa forme est régulièrement ovalaire ; il mesure 30 mil- 
limètres sur 23; celui des Merles avec lequel il se trouvait, 
de forme ovée, en mesurait 34 sur 24, ce qui ne fait pas 
une bien grande différence. 

M. W. Chambers dit en avoir trouvé un sur les bords 
du Nil, entièrement semblable, pour les marques, à celui 
du Merle, et égal en grosseur à celui du Geai. 

Les exemplaires que s'est procurés M. Coclirane diffèrent 
du précédent; cet œuf, d'après lui, est d'un blanc 
bleuâtre légèrement sale, sans aucune tache; la texture 
de la coquille est crayeuse et sans poli. 

On peut donc dire que jusqu'à cette heure, d'une ma- 
nière générale et à part cette modification, s'il existe peu de 
traces de polymorphisme sur l'œuf du Coucou Geai, il faut 
convenir que sa coloration naturelle, par ses affinités avec 
celle des œufs dont nous venons de citer les espèces, l'en 
dispense suffisamment. 

Ce Coucou, du reste, à part ces singularités, est loin 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



123 



d'avoir le même caractère que notre Coucou Commun. 11 
est aussi bruyant que celui-ci est silencieux. En Pales- 
tine, M. Tristram l'a rencontré par bandes faisant un ja- 
cassement continuel dans les buissons de Zizyphes, et par- 
fois s'élançant à la poursuite d'une sauterelle et revenant 
s'en repaître à loisir sur leur perchoir. 

D'accord avec M. Tristram, mais beaucoup plus expli- 
cite, M. Strafford-Allen ajoute que les individus de cette 
espèce se rencontrent généralement par couples (ce qui est 
déjà un indice de dispositions à l'incubation), fréquentant 
les plants d'acacia à gomme' qui couvrent les bords du 
Nil, dans la haute et basse Egypte, où on les reconnaît or- 
dinairement au caquetage que font les femelles. Lorsqu'ils 
sont dérangés, ils s'éloignent d'un vol tranquille et in- 
cliné, la queue très développée, et vont se reposer un peu 
plus loin; s'ils se voient poursuivis, ils se glissent paisible- 
ment vers un autre abri, du côté opposé de l'arbre. 

La nourriture de cet Oiseau consiste principalement en 
chenilles et en différents insectes; vingt-quatre des pre- 
mières ont été trouvées dans l'estomac d'un seul individu. 
Il semblerait cependant tenir des mauvais instincts de 
plusieurs de ses congénères, et notamment du Coucou 
Chanteur, en mangeant parfois des œufs. M. Allen dit avoir 
trouvé, dans l'estomac d'un de ces Oiseaux, un débris de 
coquille d'œuf, qu'il suppose être d'une Poule commune. 

Les petits Oiseaux soupçonnent probablement ces habi- 
tudes, car les Moineaux Espagnols le poursuivent en 
troupes, avec un bruit tellement assourdissant qu'ils doi- 
vent lui rendre la vie dure. 

« Je ne sais pas, dit ce naturaliste voyageur, témoin 
d'une de ces scènes, si les Moineaux avaient découvert 





1 Acacia Nilotica (Bot.). 



H 




124 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 





*. 



qu'il offrait l'aspect d'un Oiseau de proie, sans en avoir 
les moyens d'attaque et de défense, et jouissaient ainsi du 
plaisir de l'effrayer avec impunité, ou s'ils étaient excités 
par un sens moral de quelque échappatoire pour les devoirs 
paternels des Oiseaux ; mais leur persécution était inexo- 
rable, et les Coucous devaient beaucoup en souffrir. Leur 
vengeance paraissait consister en un jacassement incessant 
entre eux 1 . » 

Enfin, à terre, ce Coucou sautille gauchement, d'une 
manière et avec une tournure maladroites, à travers les 
lieux découverts; ce qui tient naturellement et à sa queue 
trop longue et à ses jambes trop courtes. 

Il serait cependant susceptible, sinon de s'apprivoiser, 
du moins de s'élever et de se conserver en cage. On ap- 
porta, le 21 mai 1865, à lord Litford, alors en Espagne, 
deux jeunes Coucous Geais, qui venaient d'être dénichés. 
Ils mangèrent avidement du bœuf haché, des œufs durs, 
des mouches, des coléoptères, des sauterelles, etc. On lui 
en apporta trois autres quelques jours après, qu'il réussit 
à ramener en Angleterre, et qu'il conserva en bonne 
santé jusque vers le milieu du mois de mars 1866, époque 
à laquelle ils moururent tous dans la même semaine, quoi- 
que paraissant fort bien portants. « Ce sont, dit cet obser- 
vateur, des Oiseaux boudeurs et querelleurs, n'offrant 
quelque intérêt que par leur singularité et la rareté de les 
voir et de les garder en cage 2 . » 

Et maintenant, nous pouvons dire que c'est aux tra- 
vaux que nous venons d'emprunter aux savants voya- 
geurs anglais, que le Coucou Geai doit la restitution à la 
science de son histoire, qui était complètement incon- 
nue en Europe, et surtout en France, où l'on a la déplo- 

1 « Ibis ». 
8 Id. 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



123 



rable habitude, faute de s'initier à leur langue, de tant 
négliger les Recueils de la Grande-Bretagne, et en tète 
Y Ibis, si consciencieusement et si savamment rédigé par les 
Sclater et les Newton, Recueils qui renferment presque 
tous", nous ne saurions trop le répéter, les meilleurs 
et les plus riches documents sur l'histoire naturelle dos 
Oiseaux en général, et en particulier des Oiseaux de notre 
Europe. 

Après ces grandes ou moyennes espèces de Coucous pro- 
prement dits, il nous faut parler de quelques-unes des pe- 
tites espèces, auxquelles nous avons fait plusieurs fois 
allusion, et qui vont nous offrir de curieux points de com- 
paraison de leurs habitudes avec celles du Coucou d'Eu- 
rope, et nous fournir en partie l'explication par eux- 
mêmes des singularités de son histoire. 

En tête, figurent les espèces de l'Océanie, dont on a fait 
un groupe sous le nom de Cacomantes, et qui ne se dis- 
tinguent que par la gracilité de leur bec et surtout par 
l'allongement et l'ampleur de leur queue étagée. La plus 
remarquable à cet égard est : 




Le Coucou à queue en éventail 1 . 

Ce petit Coucou , de la Nouvelle-Hollande , porte en effet 
une queue extraordinaire par sa largeur, sa longueur et sa 
beauté. La tête, le cou, les parties supérieures du corps et 
les ailes sont d'un noir foncé ; cette couleur forme un crois- 
sant sur la poitrine, dont les côtés, ainsi que la gorge et 
les joues, sont ferrugineux ; le milieu de la poitrine et le 
ventre sont d'un jaune d'ocre pâle; les pennes de la queue 
sont noires, à l'exception des deux intermédiaires, qui ont 



1 Cacomantis Flabulliformis. 






126 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 










■ 



sur leur côté intérieur des raies transversales blanches. 
Sa taille est de 24 centimètres. 

On le rencontre en très grand nombre dès le mois de 
mai, préférant les parties solitaires et les plus boisées, ainsi 
que les terres sablonneuses labourées, couvertes de vieux 
Banksias et d'Eucalyptus aux branches étendues, où le taillis 
consiste en Lamberties épaisses, peu élevées et rabou- 
gries, en acacias et Banksias nains, etc. Telles sont les par- 
ties de la Nouvelle-Hollande fréquentées par cette espèce 
pendant près d'un mois après son arrivée. On entend sou- 
vent, des profondeurs des buissons, son cri clair et plain- 
tif, qui résonne mélancoliquement dans les environs. 

Le mois de juin arrivé, ces Oiseaux abandonnent leurs 
retraites solitaires pour les parties boisées plus décou. 
vertes. On peut les y voir soit seuls, soit par couples, fré- 
quentant souvent les jardins et les vergers, où, au milieu 
des arbres fruitiers sans feuilles, dans lesquels leur vol 
ondulé et les singulières saccades de bas en haut de leur 
queue les font immédiatement remarquer. Leur cri mé- 
lancolique prend un ton plus gai à mesure que le prin- 
temps s'avance, mais se fait entendre moins souvent, 
étant remplacé par un cri plus vif et plus dur. 

Ils semblent devenir moins nombreux lorsque les Oi- 
seaux s'accouplent et que commence la saison des nids. 
Quelques-uns s'en vont, ou se dispersent si clairsemés dans 
les buissons, qu'on ne peut en constater le nombre. Si plu- 
sieurs émigrent à cette époque, il en reste cependant une 
assez grande quantité pour déposer leurs œufs et se servir 
à cet effet des nids des petites espèces qui conviennent le 
mieux pour devenir les parents nourriciers de leurs petits. 
Ils commencent alors à s'en aller, et semblent, à l'excep- 
tion de quelques trainards, être tous partis avant la fin de 
décembre. 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



127 



L'Acanthize Poussin 1 est au nombre de ces espèces 
dont les nids sont favorisés de la visite de ce parasite. 
Mais son parasitisme s'opère plus franchement et plus 
au grand jour que celui du Coucou Chanteur, et s'il y met 
moins de ruses il est plus audacieux et plus éhonté. 

M. Ramsay trouva, au mois de septembre 1863, non 
moins de quatre œufs dans le nid d'un Acanthize Nain % 
dont deux pondus par la propriétaire du nid, et deux par 
des Coucous. L'entrée de ce nid était très élargie, ayant 
grandement près de 6 centimètres de large, et le capu- 
chon, qui en cache ordinairement l'ouverture, placée près 
du sommet du nid, et qui n'a généralement pas plus de 
3 centimètres de diamètre, était repoussé en arrière, à un 
tel point que les œufs étaient parfaitement visibles. 

Après avoir comparé les entrées, aussi démesurément 
élargies, des nids dans lesquels il avait trouvé des œufs de 
ces Coucous, avec les entrées de ceux qui n'en contenaient 
pas, M. Ramsay a acquis la conviction que les œufs de ces 
parasites sont pondus par eux-mêmes dans les nids, et n'y 
sont transportés ni placée d'aucune autre manière ou par 
aucun autre moyen. La largeur ordinaire de l'entrée des 
nids d'une autre espèce d' Acanthize, l' Acanthize Rayé 3 , 
qui n'ont pas été visités par un Coucou, est d'environ 3 cen- 
timètres, alors que dans ceux qui ont contenu des œufs de 
ce dernier, elle varie de 5 à 7 centimètres 4 . 

Ce qui se comprend moins, c'est la facilité, l'ardeur 
même avec lesquelles ces vaillants petits Oiseaux se lais- 
sent aller à couver aussi fréquemment un œuf si différent 
des leurs, dont le fond est blanc, avec points et taches 



1 Acanthiza Pusilla. 

2 Acanthiza. ~So.no. 

' Acanthiza Liwoto. 
4 « Ibis. » 



128 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 








rouges; alors que celui qu'ils adoptent n'en représente 
qu'un véritable d'Alouette, dont il a la forme et la colo- 
ration : ainsi, il est d'un blanchâtre sale et grisâtre, par- 
semé de petits points plus foncés ou brunâtres ; toutes ces 
taches se correspondant et se trouvant réunies en une 
couronne régulière au sommet de l'œuf, qui mesure 20 mil- 
limètres sur 14, bien supérieur en cela aux œufs d'Acan- 
thizes, qui n'accusent que 15 millimètres sur 6. 

Le fait de parasitisme de ce Coucou est d'autant plus 
curieux, qu'il est loin d'être inconscient ou réfléchi, puis- 
que l'Oiseau, n'usant d'aucune supercherie, se pose simple- 
ment sur le nid et y pond ses œufs tout à son aise, 
comme chez lui. 

Or une femelle de Coucou qui pond elle-même son ou 
ses œufs dans le nid d'un autre Oiseau, est bien près de les 
pondre dans un nid construit par elle-même. 

Faut-il imaginer que, d'un commun accord, les deux 
femelles couvent ensemble ? ce qui serait plus curieux 
encore, et se rapprocherait de la façon d'agir d'une autre 
famille de Coucous d'Amérique, dont nous aurons à parler 
en dernier lieu. 

Une autre espèce du même groupe, et aussi de la Nou- 
velle-Hollande, a été l'objet d'observations semblables : 

Le Coucou Inorné 1 . 




Sa couleur générale est grise, la partie supérieure plus 
foncée, avec une teinte verdàtre suivant les incidences de 
la lumière; les oreilles portent une tache brune qui s'étend 
sur les côtés du cou ; la queue et l'intérieur des rémiges 
sont rayés de blanc; la queue est rayée de noir; le bas- 

' Cocomantis Inomatus. 






LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



129 



ventre et les longues plumes des cuisses sont blanchâtres; 
les couvertures inférieures de la queue, blanches, légère- 
ment ravées de noir. Le bec est noirâtre, avec la base des 
deux mandibules jaune; l'intérieur du bec d'un orangé 
foncé, ainsi que la langue; l'iris brun foncé, et les pau- 
pières sont jaunes; les tarses sont brun clair. 

Cette espèce, dit J. Verreaux, qui Ta très bien étudiée, 
arrive dans les bois des environs de Hobart-Town, vers le 
mois d'octobre, qu'elle vient pondre. Elle se nourrit de 
larves et de chenilles, se tient le plus souvent dans la 
partie la plus fourrée des bois, et est très farouche. Il lui 
est arrivé cependant d'en voir un assez grand nombre, et 
de les observer sur les buissons qui se trouvent près de la 
ville, mais rarement plus d'une paire ensemble. 

Une seule fois, du coté du Mont-Dromadéry, il lui est 
arrivé de voir un de ces Oiseaux s'enfuir d'un nid de 
Philédon Australien; mais comme le seul œuf qui s'y trou- 
vait appartenait à cette espèce, il lui fut impossible de 
s'assurer si le Coucou avait emporté le second, ou s'il y 
venait pour y déposer le sien. 

Il est assez fréquent de voir ce Coucou descendre sur 
le sol pour y saisir les insectes, les larves et les chenilles; 
c'est ainsi qu'il attrape souvent à la course des grillons et 
des sauterelles, faisant mouvoir ses ailes et sa queue 
lorsqu'il s'en est emparé ; manège qu'il recommence plu- 
sieurs fois quand il veut en même temps se reposer sur 
un vieux tronc d'arbre, ou sur une branche morte : car il 
aime à se percher de manière à être à découvert, pour 
mieux voir ce qui se passe autour de lui. 

A plus de vingt ans d'intervalles, M. Ranisay a été 
mieux favorisé que J. Verreaux, pour découvrir et l'œuf 
de ce Coucou et les nids où il le dépose. 

Le Coucou Brun, ou Inorné, rapporte M. Ramsay, 

9 



WÊnsÊÊm 



130 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 





dépose le plus ordinairement ses œufs dans les nids d'une 
espèce de Fauvette â ventre rouge ', du Pliilédon à mousta- 
ches jaunes 2 , du Philédon à face jaune 3 , mais rarement 
dans ceux du Philédon Obscur 4 et du Philédon Lunule 5 ; 
et, en certains cantons sans doute, dans tous les nids à sa 
convenance. 

Il dit avoir souvent remarqué que, lorsque les œufs de 
ce Coucou sont déposés dans des nids découverts, il mon- 
tre une préférence décidée pour ceux de ces Oiseaux qui 
pondent des œufs semblables aux siens 6 . Ce qui chez lui, 
remarquons-le bien, n'implique aucune tendance au 
polymorphisme. 

Précaution que n'a pas, nous venons de le voir, l'espèce 
précédente, et qui nous mène bien loin de la proposition 
de MM. Baldamus, Brehm et Hartmann, au regard du 
Coucou Chanteur. Il attend que la couleur propre au sien 
se révèle â ses yeux, pour le mêler aux œufs de la pro- 
priétaire du nid : ce qui est fort différent. 

C'est ainsi que les œufs de Philédons étant généralement 
teintés d'un fond minium plus ou moins rosé, plus intense 
le plus souvent vers le gros bout, où se réunissent parfois 
des taches de même couleur, mais beaucoup plus foncées 
et allant au rouge sang, ou bien parsemés d'une manière 
égale de ces mêmes tach'es ; et plus spécialement l'œuf du 
Philédon à moustaches jaunes étant d'un rose pâle couleur 
de chair plus foncé au gros bout, où il est tacheté et 
moucheté de marques d'une teinte beaucoup plus intense 
de couleur saumon ; c'est dans le nid de ces Oiseaux que 

1 Petroica Erythrogasira. 
* Plilotis Auricomis . 

3 Ptilotis Chrysops. 

4 Ptilotis Fusca. 

5 Melithreptus Lunulatus. 

6 a Ibis. t> 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



131 



le Coucou dépose son œuf, notamment dans le nid de cette 
dernière espèce, avec l'œuf de laquelle il a les plus intimes 
rapports de couleur et de dimension : le sien, de 22 
millimètres sur 15, étant de couleur chair pâle ordinai- 
rement sans marques, parfois avec de petits points 
noirs et brun rougeâtre foncé sur un fond de même couleur 
chair pâle, et celui du Philédon, de 20 millimètres sur 14. 
La distinction en est donc difficile à faire par la proprié- 
taire du nid, quoique ici le polymorphisme n'ait rien à 
y voir. 

Du reste les observations de M. Ramsay sur la manière 
de vivre de ce Coucou sont en pleine concordance avec 
celles de J. Verreaux. Il arrive de bonne heure, au mois 
de septembre, et se rencontre ordinairement en couples, 
montrant une prédilection pour les terrains à moitié 
découverts et les lisières d'arbres qui bordent les parties 
cultivées. On peut souvent en voir des individus perchés 
sur les branches mortes du haut des arbres, ou sur les 
branches découvertes du bois, et fréquemment même sur 
les clôtures, d'où ils s'élancent après les sauterelles et 
les grillons, qu'ils aperçoivent se cachant dans l'herbe. 
Leur nourriture consiste principalement en Grillons, en 
Phasmies, différentes espèces de Mantes, et souvent des 
magnifiques larves dé Cœque triangulaire et de l'An- 
thérée de l'eucalyptus, qu'ils trouvent dans les feuil- 
lages du haut des arbres. Les jabots de quelques in- 
dividus, pris au mois d'octobre, ne renferment ordinai- 
rement que des sauterelles qui semblent leur nourriture 
favorite. 

M. Ramsay réussit à se procurer deux jeunes Coucous 
Inornés provenant d'œufs qu'il avait laissés dans des nids 
de Philédons à moustaches jaunes ; et il les reconnut de 
suite lorsqu'ils eurent leurs plumes. 










132 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



Ils éclosent ordinairement vers le douzième ou le 
quatorzième jour, et alors, le jeune Coucou, un petit Être 
gras et faible, est à peine plus gros que ses frères de lait; 
mais comme cependant il croit vite, il remplit bientôt 
presque tout le nid; et ses malheureux compagnons, étouf- 
fés par son poids, ou morts de faim, à cause de sa vora- 
cité, sont jetés hors du nid par leurs parents; instinct 
hors nature, que nous retrouverons chez une autre famille 
étrangère aux Coucous. M. Ramsay trouva, le 30 octo- 
bre 1804, deux pauvres petits Oiseaux qui avaient été cou- 
vés avec un Coucou dans un nid de Philédon à mousta- 
ches jaunes, jetés dehors et étendus sur le sol, exactement 
au-dessous du nid; ils étaient morts, comme de raison, et 
paraissaient âgés de trois ou quatre jours. 

Encore une variante à ajouter aux probabilités de l'his- 
toire, si controversée en ce point, du Coucou d'Europe! 
C'est une chose ordinaire, ajoute M. Ramsay, pendant 
les mois d'octobre et de novembre , de voir les petits Oi- 
seaux donnant à manger aux jeunes Coucous. Les petits 
Acanthizes mêmes qui ne sont jamais , qu'on sache , des 
parents nourriciers de cette espèce , se réunissent à l'effet 
de pourvoir aux besoins de ses petits, que ceux-ci font 
facilement comprendre par leurs cris continuels, cris 
maussades, qui ne s'arrêtent que durant qu'ils reçoivent 
leur pâture, ou lorsque leur faim est apaisée. 

Le 27 octobre de la même année, en traversant, pour 
rentrer chez lui, un pâturage à moitié défriché, il ne fut 
pas peu surpris, en entendant les cris d'un jeune Coucou, 
de voir deux Oiseaux adultes de la même espèce de Coucou 
Inorné, volant après lui, et paraissant le suivre avec la plus 
grande attention. Ils s'en éloignèrent plusieurs fois, mais 
vinrent le retrouver de nouveau , et leurs mouvements 
convainquirent cet observateur qu'ils étaient occupés à 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



133 



le nourrir, quoi qu'il ne pût, à son grand regret, les voir 
d'assez près pour s'assurer du fait. 

Nouvelle preuve que les Coucous n'abandonnent jamais 
leurs petits au sortir du nid étranger, auquel ils ont confié 
leur œuf. 

Chez plusieurs de ces petites espèces de Coucous, le 
polymorphisme des œufs existe à un degré très prononcé ; 
et M. Ramsay en a fait une étude suivie très instructive 
et très curieuse. 

Nous ne sachions cependant pas que ce savant ornitho- 
logiste ait donné des détails sur le polymorphisme de l'œuf 
de l'espèce suivante : 

Le Coucou Métallique 1 . 

Ce Coucou est en dessus, y comprise la queue, d'un 
vert brillant métallique à reflets d'or; en dessous, blanc 
rayé transversalement de nombreuses bandes aux mêmes 
teintes brillantes ; les rectrices latérales seules de la 
queue, rousses. Le bec est jaune, avec la pointe noire. 
Presque même taille que celui qui précède. 

C'est encore un des nombreux envahisseurs de nids des 
petites espèces de Fauvettes Australiennes, telles que les 
Acanthizes, les Stipitures' 3 , les Semicrornis, etc., dont les 
œufs sont généralement à fond d'un blanc pur , plus ou 
moins largement mouchetés de rouge brique, et mesurant 
de 14 à 17 millimètres de longueur sur 4 à 7 de largeur. 

Le sien cependant est loin, par sa teinte, de correspondre 
à cette coloration, et il les dépasse en dimension, avec sa 
forme régulièrement elliptique : il est d'un brun olive, 
luisant, avec le sommet recouvert, en forme de calotte, 

1 Cacomantis Plur/osus. 
% Stipiturus Malucurus. 



: 



m. 

m 



134 



HISTOIRE' NATURELLE DES COUCOUS. 




d'une multitude de points noirs agglomérés , et mesure de 
16 à 18 millimètres sur 12. 

Dans ces conditions, nous ne voyons guère espoir, pour 
lui, de donner le change aux parents nourriciers qui n'en 
élèvent pas moins le petit qui en éclôt aussi bien et mieux 
que leurs propres enfants. 

Puis viennent deux autres petits groupes, toujours Océa- 
niens, sur les mœurs desquels on ne possède aucun détail. 

Le premier, qu'aucun caractère appréciable ne distingue 
des Cacomantes qui précèdent, si ce n'est une queue plus 
courte, nous offre pour type : 



Le Coucou Fuyard 1 . 




La couleur générale de son plumage est d'un brun 
obscur en dessus , et d'un roux cendré en dessous ; la 
queue est noire, à peine fasciée et terminée à la pointe de 
chacune de ses rectrices de blanc. 

Ce Coucou, de Bornéo, est, ainsi que l'indique son nom, 
plus facile à entendre qu'à apercevoir, quoiqu'il se trouve 
quelquefois réuni au nombre d'une douzaine, ce qui tient 
à son habitude de rester , comme s'il était couché, sur le 
côté supérieur d'une grosse branche , faisant résonner un 
cri monotone. Son chant, dit, en 1863, M. J. Mottley, est 
un sifflement élevé, mais doux comme le son d'une flûte, 
répété trois fois , et continué plusieurs heures de suite 
pendant la soirée 2 . 

Le second de ces deux groupes, est celui des Surnicous, 
de Lesson, assez nettement caractérisés : par leur bec ro- 
buste , légèrement recourbé , comprimé sur les côtés , à 
arête convexe ; leurs narines parfaitement rondes, nues et 

1 Hierococeyx Fugax. 
» a Ibis. » 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



135 



garnies sur leurs bords d'un bourrelet membraneux for- 
mant une sorte de petit tube. Leurs ailes sont allongées, 
pointues, atteignant la moitié de la queue, qui est longue 
et composée de rectrices droites et très étagées ; les tarses 
courts, emplumés jusqu'au-dessous de l'articulation tibio- 
tarsienne. 

Ces Coucous' ont le plumage soyeux , doux et mollet, 
légèrement métallisé; et les formes minces et grêles. Ils 
établissent une sorte de transition des Cacomantes aux 
Clialcites qui suivent. Leur type est : 

Le Coucou Lugubre 1 . 

Les plumes du pourtour du bec sont roussâtres ; celles 
du dessus du corps, brunes, à reflets bleu de fer spécu- 
laire, plus foncé sur les ailes et sur la queue ; des gouttes 
petites arrondies , d'un blanc pur , cerclées de noir, sont 
éparses sur la tète, les épaules et les ailes; tout le dessous 
du corps est brun, tirant au roussàtre devant le cou, et 
parsemé de petites taches arrondies blanchâtres ; les plumes 
tibiales postérieures, de cette dernière teinte; les ailes, 
brunes avec une raie blanchâtre sous le reste de leur par- 
tie interne, la queue est brune en dessous rayée de blan- 
châtre sur les petites rectrices seulement. Le bec est noir, 
et les tarses sont bruns. Sa taille est de 24 centimètres. 

Nous passons de suite et sans plus tarder, au groupe 
de Coucous auxquels on a donné le nom de Chrysococcyxs, 
ou Clialcites, à cause du brillant de leur plumage qui est, 
principalement en dessus, â reflets métalliques cuivrés ou 
dorés, que partagent cependant à divers degrés les groupes 
qui précèdent. 



1 Surniculus Lugubris. 






136 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



Leurs caractères particuliers sont d'avoir : le bec court, 
moitié de la longueur de la tète, élargi et déprimé à la 
base, légèrement arqué jusqu'à la pointe qui est aiguë; 
les ailes longues, sub-aiguës ; les narines recouvertes d'une 
membrane basale, en forme de fissures rapprochées du 
bord mandibulaire ; la queue allongée, arrondie ; les tar- 
ses à demi emplumés, scutellés dans leur reste, égaux en 
longueur au doigt externe antérieur, qui est le plus long 
de tous, les deux antérieurs soudés à la base, le pouce le 
plus court, à ongles faibles, comprimés et arqués. 

Le type est : 



Le Coucou Didric, ou Doré 1 . 

Par l'élégance de sa taille et la richesse de son plumage, 
il est, dit Levaillant, un des plus beaux Oiseaux qu'on 
voie dans nos cabinets. La tète, le derrière et les côtés du 
cou, ainsi que le manteau, le dos, les couvertures du des- 
sus de la queue, tout le dessus de l'Oiseau, en un mot, 
est d'un beau vert doré des plus éclatants ; cette couleur 
est relevée sur la tète par cinq bandes blanches, dont 
l'une partant du front et se portant jusque sur l'occiput, 
partage le dessus de la tète en deux portions égales ; deux 
autres de ces bandes couronnent les yeux en forme de 
sourcils, et les deux dernières s'étendent du derrière de 
l'œil à l'occiput; les dernières pennes et les grandes cou- 
vertures des ailes, ainsi que les scapulaires et les couver- 
tures du dessus de la queue, sont frangées de blanc; les 
pennes alaires sont d'un brun verdissant; les premières de 
ces pennes portent extérieurement de petites taches blan- 
ches longuettes, et les autres de grandes taches blanches 



1 Chrysococcyx Auratus. 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



137 



sur leurs barbes intérieures; la queue, légèrement étagée, 
et s'arrondissant au bout seulement, lorsqu'elle est étalée, 
a toutes ses pennes terminées par du blanc; elle a, comme 
les ailes, les barbes extérieures de ses pennes marquées de 
taches blanches, et toutes les autres, à l'exception des 
deux du milieu, qui sont d'un or vert des plus riches, par- 
semées intérieurement de taches rondes blanches, ce qui 
produit le plus bel effet lorsque l'Oiseau étale sa queue 
et qu'il déploie ses ailes, ainsi qu'on le voit souvent faire 
au mâle lorsqu'il est près de sa femelle; tout le dessous de 
l'Oiseau, à partir de la gorge jusque et y comprises les cou- 
vertures de dessous de la queue, est d'un blanc pur égayé 
sur les flancs et sur les plumes des jambes, qui descendent 
en amples manchettes sur les tarses, par des bandes d'or 
transversales, et enfin sur les couvertures inférieures de 
la queue par de larges bordures extérieures d'or. Le bec, 
les pieds et les ongles sont bruns; les yeux, à paupières 
rouges, sont d'un jaune orangé. Sa taille est de 18 à 
20 centimètres. 

Levaillant a trouvé cette espèce dans l'intérieur des 
terres du cap de Bonne-Espérance, et Perrein l'a vue à 
Malimbe, dans le royaume de Congo, où elle se tient aux 
environs de la mer; on la trouve aussi au Sénégal. Elle se 
plaît à la cime des grands arbres, et fréquente de préfé- 
rence ceux qui sont en fleurs, où l'attirent un grand 
nombre d'insectes, dont elle fait sa principale nourriture. 

C'est cette espèce qui procura à Levaillant la clef, qu'il 
cherchait depuis longtemps, du mystère au moyen duquel 
les Coucous Parasites pouvaient réussir à déposer leurs 
œufs dans les nids d'Oiseaux étrangers, d'accès difficiles ou 
trop profonds. 

Ayant tué une femelle de cette espèce, il se disposait à 
en tamponner le bec avec de la filasse, pour préserver son 






138 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 




■ 



"I 



plumage de toute souillure, lorsqu'il rencontra pour obs- 
tacle un œuf qui se trouvait au fond de la bouche : or 
cet œuf n'était autre que l'œuf blanc du Coucou Didric. 
Il était donc démontré, bien avant les expériences de 
FI. Prévost, que c'est à l'aide de leur bec que ces Oiseaux 
parviennent à introduire leur œuf dans les nids les plus pe- 
tits par les orifices les plus étroits. Dans ses nombreuses 
chasses à ce Coucou, Le vaillant ne rencontra qu'un second 
fait semblable. Du reste, il a toujours trouvé ces œufs dans 
les nids des plus petits Oiseaux insectivores, jamais dans 
ceux des granivores. Mais il ne nous a pas fait connaître 
si, dans le nombre de ces œufs, il n'a pas rencontré de va- 
riétés ; de même qu'il ne nous a pas dit si cette espèce se 
construisait exceptionnellement parfois un nid et y couvait 
ses œufs. 

Nous possédons plus de détails sur les deux espèces sui- 
vantes, qui paraissent avoir les mêmes habitudes que le 
Didric, et dont la première, découverte en Afrique par Le- 
vaillant, a été dédiée par lui à son fidèle et dévoué Klaas : 



Le Coucou de Klaas 1 . 




Le Coucou de Klaas, quoique de la taille du Coucou Di- 
dric, a le bec beaucoup plus petit et moins courbé que ce- 
lui-ci ; sa queue est aussi moins large que celle du Didric, 
par la raison que les pennes de cette partie ont, chez lui, 
les barbes moins longues ; les ailes du Coucou de Klaas sont 
enfin plus longues que celles du Coucou Didric. 

Si des formes nous passons aux couleurs, nous voyons 
que le premier a tout le dessus de la tète, le derrière du 
cou, le manteau, les scapulaires, les couvertures des ailes, 

1 Chrysococryx Klaasii. 






LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



139 



le croupion et les couvertures supérieures de la queue d'un 
beau vert cuivreux et brillant, sans aucun mélange que le 
blanc de deux petits sourcils; les grandes pennes sont d'un 
vert bronzé uniforme extérieurement, et noirâtres, tachées 
de blanc en dessous; la gorge, le devant du cou, la poi- 
trine, les plumes du sternum, celles du ventre, des flancs, 
et les couvertures inférieures de la queue d'un blanc pur ; 
si ce n'est que sur le bas du ventre et sur les cuisses, on 
remarque quelques bandes longitudinales d'un vert bronzé; 
les quatre pennes du milieu de la queue sont d'un vert 
comme sablé de rougeâtre, cuivre-rosette ; les trois exté- 
rieures sont blanches et ont chacune une tache oblongue 
cuivreuse vers leur pointe et sur leur côté extérieur, tandis 
que intérieurement elles portent des lignes noirâtres trans- 
versales et fort espacées. Le bec et les pieds sont d'un 
brun noir; les yeux jaunes. 

Cet Oiseau, dont les habitudes ont été ignorées de Le- 
vaillant, puisqu'il n'en dit rien, n'est, d'après J. Verreaux, 
qui les a fait connaître en 1855, que de passage, aussi bien 
dans la partie méridionale de l'Afrique que dans la partie 
occidentale, telle que le Gabon. Il arrive dans le sud, où il 
a été â même de l'observer au cap de Bonne-Espérance, 
vers le mois de septembre, époque â laquelle il se repro- 
duit, en confiant aux autres Oiseaux l'incubation de ses 
œufs, ce qu'il pratique également aussi bien au Gabon que 
sur toute la côte jusqu'au Sénégal. 

Il a remarqué qu'il prenait indistinctement les nids 
d'espèces toutes différentes, telles que : la Pie-Grièche 
Cubla, le Turdoïde du Cap 1 , le Pic Olivâtre' 2 , voire 
même les diverses espèces d'Hirondelles. Il arrive par- 
fois aussi au Gabon que le nid du Gobe-Mouches à crou- 



1 l.ros Capensis. 
1 Pirus Olivaceus. 



1BB 



140 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 






ïi : 



pion blanc ' sert au Coucou de Klaas pour y déposer son 
œuf, et que le jeune est élevé par ce petit Oiseau au 
détriment de ses propres enfants, en ce sens que souvent 
le jeune Coucou reste seul, après avoir jeté les autres hors 
du nid. 

Mais quelle est la couleur de son œuf? C'est ce que nous 
ne savons pas, non plus que s'il jouit des prérogatives du 
polymorphisme. 

On ne le rencontre que par paires, cependant, et tou- 
jours dans les grands bois, où il recherche, au milieu du 
feuillage le plus touffu, les insectes, qui forment la base 
principale de sa nourriture ; de même que ses congénères, 
il aime surtout les larves et les dyptères, qu'il chasse à 
la manière des Gobe-Mouches, en s'élançant du haut des 
branches au moment où passent ces insectes. 

« Nous pouvons ajouter, dit J. Verreaux, que les 
mêmes mœurs sont communes au Coucou Didric, qui se 
rencontre avec celui-ci sur la cote orientale. Il est donc 
certain que ces Oiseaux ont une double ponte, puisque, 
comme l'espèce dont nous nous occupons, elle niche dans 
ces localités. » 

Elle se reproduit même encore en Abys«inie, d'où l'ont 
rapportée les D rs Petit et Quartin-Dillon. 

J. Verreaux n'est pas moins explicite au sujet d'une des 
espèces les plus communes de la Nouvelle-Hollande, qui 
nous offre les mêmes habitudes, avec une modification dont 
l'importance n'échappera à personne dans cette étude des 
Coucous; outre que, d'après ce voyageur, comme d'après 
MM. Bennett et Ramsay, le polymorphisme existerait à 
l'état chronique dans l'espèce. 



1 Platystira Lcucopygialis. 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



Ml 



Le Coucou Brillant ou Bronzé- 



Celui-ci, de même que ses congénères africains, a le 
sommet de la tête, la nuque, le dos, les ailes et les pennes 
du milieu de la queue d'un beau vert bronzé; les rectrices 
latérales de chaque coté et le bout des autres rectrices, 
en dessous, sont marquées de grandes taches vert doré et 
blanches; les côtés de la tête et du cou, ainsi que toutes 
les parties inférieures, sont rayés irrégulièrement de vert 
doré et de blanc pur; le milieu du ventre est d'un blanc 
uniforme. Sa taille est de 10 à 18 centimètres. 

J. Verreaux a rencontré l'œuf du Coucou Brillant dans 
le nid des Philédons suivants : le Philédon Australien 2 , le 
Philédon de la Nouvelle-Hollande 3 , le Philédon Soyeux 4 , 
le Philédon Pénicillé 5 et le Philédon à oreillons . Dans ce 
cas, l'œuf était d'un olivâtre ou vert olive clair, ce qui est 
sa couleur normale, ou d'un brun rougeàtre obscur. Or, 
nous avons déjà fait voir que l'œuf de cette famille est 
généralement d'un fond blanc saumonné plus ou moins 
teinté de rougeàtre sale, avec des taches d'un brun plus 
foncé. Et nous n'apercevons pas de confusion possible entre 
ces œufs et le sien, qui est en outre beaucoup plus petit, 
ne mesurant que 18 millimètres sur 11 ; de même que, en 
tant qu'Oiseau, il est lui-même de moindre taille que cha- 
cune de ces espèces. 11 en est différemment d'autres es- 
pèces, que nous allons indiquer, qui lui sont inférieures en 
dimensions. Ainsi le même observateur a encore trouvé 

1 Chrysococcyx Lucidus. 
1 Meliornis Australasùina. 

3 Meliornis Novce-ITollaiidice. 

4 Meliornis Serirea. 

' Ptilotis Penicillata. 
6 Ptilotis Leucotis. 



m 



■H 



142 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 





l'œuf de ce Coucou dans les nids de l'Acanthyse à cul-d'or ' 
et du Mérion Bleu 2 , dont l'œuf est blanc, légèrement ta- 
cheté d'un rouge brique, comme dans la plupart de nos 
Mésanges, et alors l'œuf du Coucou de ces dernières cou- 
leurs. Etait-ce bien l'œuf du Coucou ou une simple variété 
de ceux-ci ? 

Il dépose aussi son œuf dans le nid du Gobe-Mouches à 
queue d'éventail 3 . Le D r Bennett rapporte qu'un Gobe- 
Mouches semblable fut tué pendant qu'il donnait la bec- 
quée, dans son nid, à un jeune Oiseau qui, après examen, 
fut reconnu pour être un Coucou Brillant; le petit Oiseau 
était couvert de plumes brunes avec des marques noires. 
C'était, ajoute-t-il, quelque chose de risible que de voir le 
nid entièrement rempli par ce corps replet et bien nourri, 
recevant la pitance destinée à plusieurs Gobe-Mouches. 

Enfin, M. Ramsay, de 1855 à 1866, a trouvé les œufs 
du Coucou Lucide dans les nids du Mérion de Lambert 4 , 
de l'Acanthyse Poussin, de l'Acanthyse Rayé, de l'Acan- 
thyse Roitelet 5 et de l'Acanthyze Nain. Il découvrit, en 
1864, trois œufs variés de coloration de ce Coucou (poly- 
morphisme bien inutile alors) dans le nid de la dernière es- 
pèce d'Acanthyze, dont l'œuf, de 16 millimètres sur 10, 
est d'un fond blanc, moucheté de rouge brique, avec de 
larges taches de même couleur réunies au gros bout. Dans 
cette circonstance, un de ces œufs était enfoncé sous la 
garniture du nid, et y avait été évidemment déposé, selon 
M. Ramsay, avant que le nid ne fut terminé, ce qui arri- 
verait assez souvent. Son frère, M. Percy, plaça l'autre 
œuf dans un nid d'Acanthyze Rayé, qu'il avait découvert 

1 Acanthiza Chrysorrhoa. 
5 Malurus Cyancus. 

3 Rhipidura Albiscapa. 

4 Malurus Lamberti. 

5 Acanthiza Rcguloidcs. 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



143 



la veille, et qu'il réservait à cette intention. En y retour- 
nant, au bout d'une semaine environ, il trouva le petit 
Coucou éclos; sept jours plus tard, les plumes bronzées 
commençaient à paraître; et huit ou dix jours ensuite, le 
jeune Oiseau était presque en état de voler, la couleur de 
bronze se montrant alors distinctement sur les ailes, la 
tête et le dos. 

Ce Coucou est répandu sur tout le continent de l'Aus- 
tralie aussi bien qu'à la Nouvelle-Zélande. M. Ramsay l'a 
rencontré dans cette région, depuis l'île Stuart jusqu'à 
Auckland, où cet Oiseau arrive vers le mois de septembre 
et d'où il s'éloigne pendant le mois de février et de mars. 

Dans toutes les circonstances d'usurpation que nous ve- 
nons de relater, de même que notre Coucou d'Europe et 
que le Coucou du Gabon, lorsque le Coucou Lucide a re- 
connu le nid dans lequel il veut déposer son œuf et ses 
œufs (car il en introduit souvent plusieurs à la fois) et 
constaté le nombre de ceux qu'il contient, il ne manque 
jamais, au moment d'y déposer le sien, de manger et 
d'avaler ceux auxquels il les veut substituer, pour offrir 
le même nombre aux yeux des propriétaires du nid ainsi 
envahi, ce que fait également le Coucou Inorné. 

Mais chose remarquable, et dont J. Verreaux n'a pas 
apprécié toute la portée, c'est que, d'après lui, ce Coucou 
n"aurait pas recours toute sa vie à l'hospitalité forcée 
qu'il demande de la sorte plus tard à d'autres Oiseaux 
pour l'incubation de ses œufs. D'habitude, les jeunes de 
l'année se réunissent et émigrent en masse dans d'autres 
localités, où se trouvent à peu près en nombre égal des 
mâles et des femelles; ils construisent leurs nids eux- 
mêmes, comme la généralité des Oiseaux, y pondent leurs 
œufs, au nombre de trois, et les couvent également eux- 
mêmes. 






144 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



Cette observation est un des plus beaux résultats aux- 
quels soient arrivées les études et les recherches si cons- 
tamment poursuivies depuis quarante ans sur l'histoire 
naturelle des Coucous, et vient puissamment élucider une 
des questions que nous posions tout à l'heure au sujet du 
Coucou d'Europe. 

Du reste, comme tous les Chalcites, les individus de cette 
espèce vivent par petites bandes de six à huit, quelquefois 
plus. C'est, dit J. Verreaux, sur les petits buissons qu'ils 
se reposent le plus souvent, et semblent préférer ceux qui 
croissent dans les endroits humides. Cependant on en ren- 
contre parfois dans les terrains sablonneux, courant à terre 
à la manière des Traquets, faisant mouvoir, comme ceux- 
ci, les ailes et la queue, et chassant les insectes qui servent 
à leur nourriture; leur estomac néanmoins renferme gé- 
néralement des chenilles de diverses espèces. Ils ont un 
sifilement particulier qui les fait reconnaître aisément, et 
qu'ils font entendre lorsqu'ils s'envolent, et souvent quand 
ils viennent de se poser. 

De ces Coucous, qui se bornent à introduire plus ou 
moins furtivement leur œuf dans le nid des autres Oiseaux, 
mais dont quelques-uns font un nid dans lequel ils pon- 
dent, couvent et élèvent leurs petits, nous arrivons à 
d'autres Coucous qui empruntent bien aussi un nid étran- 
ger pour y déposer leur œuf, mais qui l'y pondent eux- 
mêmes, faisant partie d'un groupe composé de grandes 
espèces répandues en Asie et en Afrique, celui des Eudyna- 
mis, ou Coucous Gros-Bec, qui ont : le bec de la longueur 
de la tête, robuste, large et très fendu, à mandibule supé- 
rieure très recourbée, et comprimé latéralement vers la 
pointe qui est très crochue, la carène de la mandibule 
inférieure n'ayant que le tiers de la longueur de la man- 
dibule supérieure; les narines basales, latérales, percées 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



1-15 



dans une sorte de membrane, arrondies et largement ouver- 
tes; les ailes allongées, arrivant à la moitié de la queue, 
obtuses; la queue assez longue, ample et arrondie; les 
tarses un peu courts, de la longueur du doigt antérieur 
externe, qui est le plus long, robustes, recouverts de 
larges écailles, avec des ongles courts, forts, arqués et 
aigus. Le tour de l'œil est toujours nu, mais la tête ne 
porte pas de huppe. 
Le type est : 

Le Coucou Oriental 1 . 

11 a tout le plumage d'un noir glacé d'une riche teinte 
bleue sur le dos, les ailes et la queue. Le bec est d'un 
jaune vert; les yeux sont marron foncé; les pieds d'un 
brun jaunâtre, et les ongles noirs. Il mesure près de 
36 centimètres. 

C'est au savant M. Blyth, on peut le dire, qu'est due 
toute la biographie de ce Coucou, dont la préférence 
exclusive, comme domicile d'emprunt, pour les nids de 
Corbeaux, n'est pas moins curieuse ni plus marquée que 
son goût pour les baies et les fruits. 

« Le Coucou Oriental, dit ce naturaliste, dans ses notes 
si précieuses 2 sur les habitudes des Coucous de l'Inde 
durant la saison de l'incubation, est peu méfiant; il se 
laisse facilement approcher de très près, surtout lorsqu'il 
est occupé sur un arbre à chercher sa nourriture ; il est 
alors aisé de s'en mettre à portée du fusil. Mais il est bon 
pour cela d'attendre que plusieurs individus soient sur un 
des arbres dont ils préfèrent les fruits, tel que le bana- 
nier, ou mieux encore le Mimusops Elengi, dont ils ne 

1 Eudynamis Oricntalis. 
' « Ibis. » 





10 







146 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 





quittent pas l'épais feuillage tant que. son fruit mûrit. 
Dans les autres saisons, ce Coucou se nourrit de diverses 
baies qu'il avale en entier, et dont il rejette par le bec les 
noyaux parfaitement dépouillés de leur pulpe. Ils ne se 
réunissent pas, et volent isolément les uns des autres. 

Quand approche la saison de la ponte, ces Coucous 
deviennent plus agités, et ne cessent pas de pousser leur 
cri d'appel. Ce cri, qui n'est pas sans mélodie, se compose 
de la répétition continuelle de la même syllabe, avec une 
variation : mais il demande à être entendu à une certaine 
distance et pas trop longtemps; autrement sa répétition 
monotone, à toutes les heures du jour et de la nuit, devient 
fatigante, et finit même par incommoder. Le mâle a aussi 
un autre cri correspondant au chant du Coucou Gris, ou 
d'Europe, et qui est poussé de la même manière. » 

A ce sujet, M. Allan Hume nous fait Connaître, en 1869, 
que cet Oiseau serait fameux, dans les poèmes des Indiens, 
comme étant le précurseur de l'heureuse saison des pluies : 
« Lorsque, pour n'en citer qu'un passage, la terre, dessé- 
chée par le soleil, se dépouille de sa verdure flétrie dans 
un sol réduit en poussière ; et, pour redevenir bientôt la 
mère joyeuse des moissons de l'automne, revêt une nou- 
velle robe nuptiale d'un vert brillant. » Le cri sifflant de 
cette espèce, ajoute ce voyageur, se fait entendre, en effet, 
continuellement dans tous les taillis, pendant l'entière 
saison des pluies, et est resté aussi agréable, depuis les 
temps les plus reculés, aux peuples de l'Hindoustan, que 
l'a jamais été pour nous le chant de notre Coucou d'Eu- 
rope \ 

La femelle, au contraire de ce dernier qui dépose son 
œuf indistinctement dans le premier nid qu'il rencontre, 



Ibis. 



LES COUCOUS VKAIS PARASITES. 147 

dépose invariablement les siens dans les nids des vérita- 
bles Corbeaux, principalement du Corbeau à bec élevé ' et 
du Corbeau Resplendissant 2 et si abondamment, qu'une 
seule personne a trouvé jusqu'à cinq ou six de ces œufs 
dans autant de nids de Corbeaux que l'on détruisait, et 
qui n'en renfermaient toujours qu'un. L'œuf est si sou- 
vent ainsi trouvé tout seul, qu'on ne saurait dire si, en 
déposant le sien, le Coucou ne détruit pas ceux du Cor- 
beau; mais on ignore encore si le jeune Coucou, une fois 
éclos, a l'instinct de rejeter lui-même quelques-uns de 
ses compagnons de son nid. Par exemple, on a souvent vu 
le Corbeau Resplendissant attaquer la femelle du Coucou, 
et la chasser de son voisinage. Le plus ordinairement le 
Corbeau se résigne aux fonctions de père nourricier avec 
un zèle remarquable. Ainsi, le major Davidson, se trou- 
vant par hasard dans une varandah, entendit des cris 
bruyants dans la campagne et, pensant qu'un jeune Cor- 
beau était tombé du nid, il s'avança pour le sauver. Au lieu 
d'un jeune Corbeau, il fut bien étonné de trouver un jeune 
Oiseau qu'un vieux Corbeau était en train de nourrir, et 
cet Oiseau n'était autre qu'un Coucou Oriental. 

Ici vient ce que M. Blyth appelle une variante aux 
habitudes de notre Coucou d'Europe, puisqu'il en offre, 
ainsi que nous l'avons fait voir, de nombreux exemples. 
Après que la femelle du Coucou Oriental a déposé son 
œuf dans le nid d'un Corbeau, elle vient fréquemment 
surveiller le nid à une petite distance, pour voir quand son 
petit en est expulsé, ce qui arrive dès qu'il a revêtu ses 
plumes. Aussitôt qu'il est chassé du nid, ou qu'il l'a 
quitté, la mère le prend à sa charge, et le nourrit. 

Nous observerons que la proportion' entre les deux 

1 Connu Culminatus. 

2 Corvus Splendens. 



B 







, i 




148 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



Oiseaux est inverse et beaucoup plus forte qu'entre notre 
Coucou d'Europe et les espèces dont il emprunte le nid; en 
ce sens que le Coucou Oriental est d'un grand tiers plus 
petit que le Corbeau, et qu'il en est de même de son 
œuf. 

Ce qui est remarquable, c'est l'analogie presque com- 
plète qui existe entre les œufs de ce Coucou, pour le fond 
de la couleur et pour la teinte des taches, et ceux des 
Corbeaux en général, et notamment des deux espèces 
Indiennes. Les œufs du Coucou Oriental sont d'un vert 
olive pâle, recouverts par de nombreuses taches brunes ou 
noirâtres en forme d'éclaboussures, et le plus souvent réu- 
nies en couronne vers le sommet de l'œuf; ils sont du 
reste, et mieux que chez la plupart des Coucous précé- 
dents, proportionnés à la taille de l'Oiseau dont ils pro- 
viennent. 

Ce qui n'est pas moins remarquable, c'est que l'analogie 
est presque la même entre le plumage des deux espèces 
d'Oiseaux. 

11 se pourrait cependant, selon les localités, y avoir une 
exception à la préférence de ce Coucou, dans l'Inde, pour 
le nid du Corbeau Resplendissant, ou de toute autre 
espèce de Corbeau. M. Swinhoë aurait observé, en Chine, 
que le Coucou Oriental a une propension non moins mar- 
quée à déposer son œuf dans le nid du Martin à cou noir ' 
avec lequel il se livre souvent à des combats à outrance. 
Il est à remarquer que l'œuf de ce dernier Oiseau, bien 
différent de celui des Corbeaux, est d'un vert d'eau uni- 
forme et sans taches, analogue à celui de notre Etourneau. 
Il eût été intéressant de savoir si, dans ce cas, l'œuf 
du Coucou subit une modification dans l'ensemble de sa 



Sturnopastor NigYicollis. 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



149 



coloration. Les œufs de l'un et de l'autre au surplus ont 
presque le même volume. 

Il se jxmrrait encore que le régime, en grande partie 
frugivore, du Coucou Oriental le rendit plus domesticable 
que le Coucou Geai. Les naturels, d'après ce que nous en 
savons déjà par M. Allan Hume, appréciant son chant, 
si simple qu'il soit, le conservent en cage, à la Chine 
comme aux Indes, et l'y nourrissent presque uniquement 
de riz bouilli mêlé quelquefois de plantain. Mais sa voix, 
entendue ainsi de trop près, n'en devient pas moins insup- 
portable pour une oreille Européenne. 



.WM 



150 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOHS. 



3° SOUS-FAMILLE. 

LES SCYTHROPS 1 . 



Si disproportionné par ses formes que soit le Scythrops, 
dont nous faisons le t} r po de la sous-famille que nous éri- 
geons pour lui, il ne nous paraît pas possible de l'éloigner 
de celle des vrais Coucous ; et cela avec d'autant plus de 
raison, qu'il a toutes les habitudes et les allures Accipi- 
trines, plus prononcées même, de notre Coucou d'Europe. 
Mais on peut dire que c'est le prototype, en de grandioses 
dimensions, des vrais Coucous. 

Cette sous-famille ne se composera donc que de cette 
seule espèce, des plus remarquables, que n'a pas connue 
Buffon, qui se trouve aux Célèbes, et sur toute la Nouvelle- 
Hollande, comme la plupart des petites espèces que nous 
venons de passer en revue. 

Il a pour caractères : un bec fort, robuste, plus long 
que la tète, plus haut que large, très comprimé ; à mandi- 
bule supérieure profondément sillonnée dans toute sa 
longueur, convexe, courbée et crochue à la pointe, à bords 
mandibulaires très finement dentelés ; des narines basales, 
arrondies, à moitié fermées en dessus par une membrane; 
des ailes longues, sub-obtiises ; une queue très longue et 
arrondie; des tarses courts, forts, scutellés ; les doigts anté- 
rieurs soudés à la base; le tour des yeux nus; la langue 
cartilagineuse, épaisse à son origine, bifide à son extrémité. 

1 Srythropince. 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



151 



Tel se présente : 



Le Sci/throps, ou Coucou. Présageur 1 . 

Il a la tète et le cou d'un gris cendré; le reste des par- 
ties supérieures, y comprises les ailes, d'une nuance plus 
foncée ; mais chaque plume est bordée d'un noir plus ou 
moins intense, ce qui forme des bandes transversales de 
diverses grandeurs; l'extrémité des rémiges est du même 
noir; la queue est d'un gris brun, un large ruban noir en 
orne le bout qui est liséré de blanc; elle est d'un gris cen- 
dré en dessous, rayée de noir et de blanc sale à peine 
détaché du gris; le ventre est d'un blanc sale, et les par- 
ties latérales du corps et des cuisses sont rayées de noirâ- 
tre mélangé de gris, la première couleur étant la domi- 
nante. Le bec est de couleur de corne, terminé de blanc 
sale ; l'iris est d'un rouge de sang, et la peau nue qui 
entoure l'œil est d'une teinte plus foncée. Sa longueur 
totale est de 50 centimètres. 

Cet Oiseau doit son nom Français, ainsi que ceux qu'il 
porte, tant aux Célèbes, en Océanie, qu'à la Nouvelle- 
Hollande, aux indices certains que les naturels, qui en font 
grand cas, prétendent tirer de son cri, et de ses mouve- 
ments brusques et inquiets, lorsque le temps va changer : 
ainsi . pour les habitants de la Nouvelle-Hollande, c'est 
même signe de vent et d'orage si, se tenant caché lorsque 
le temps est beau, il fait entendre des cris sonores et 
très perçants, lorsque la température annonce des pluies 
ou des ouragans. 

Il est curieux de voir un Coucou ressembler, autant par 
quelques-unes de ses habitudes, et surtout par son vol, à 



1 Srt/throps Norœ-Hollanrlitr. 










152 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



un Oiseau de proie que le Scythrops : cette ressemblance est 
telle, qu'avant d'en avoir tué un, M. G. Bennett s'y est mépris 
pendant fort longtemps, et l'a considéré comme un Faucon. 

On voit, en effet, cet Oiseau, une fois sur l'aile, aller 
et revenir sur lui-même, s'élever par moment, et souvent 
très haut dans les airs, puis descendre graduellement, et 
continuer son vol tout près des cimes des hauts Eucalyp- 
tus ou des Casuarinas, ou d'autres grands arbres, pour y 
capturer des insectes, particulièrement des Testigonia ou 
Locustes, qui, dans le mois de janvier, sont très nom- 
breux ; on le voit aussi tourner en cercles autour des ar- 
bres et de branches en branches, pour prendre apparem- 
ment les mêmes insectes dans leur vol. Souvent il s'élance 
en bas et saisit sa proie à travers le feuillage et sur le 
tronc des immenses Eucalyptus, jetant un cri de temps à 
autre, et planant, les ailes déployées dans leur plus grande 
ampleur, à une distance très rapprochée du sommet de ces 
arbres, comme fait le Faucon. Après s'être livré à ces 
différentes évolutions et avoir trouvé sa nourriture de la 
matinée, il se perche tranquillement sur la plus haute de 
toutes les branches. 

On ne saurait dire encore positivement si le Scythrops 
est parasite comme le Coucou et à sa manière, puisqu'on 
ne sait rien de sa nidification, mais quelques faits bien 
observés en forment une forte présomption. 

Ainsi, déjà, J. Verreaux avait remarqué, sans en tirer 
aucune induction, que cet Oiseau volait souvent d'arbre 
en arbre, suivi d'une quarantaine d'autres petits Oiseaux 
des groupes Myzanthe et Enthomyze, notamment des 
Myzanthes Babillards et d'Enthomyzes à oreillons bleus, 
qui semblaient le suivre dans tous ses mouvements. Rap- 
proché des observations suivantes, ce fait atteint un cer- 
tain degré d'importance. 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



153 



M. Gould rapporte, vers la même époque, qu'on lui re- 
mit une fois un jeune individu de Scythrops, que l'on avait 
pris en compagnie d'un autre, pendant que des Oiseaux, 
appartenant à d'autres espèces, étaient en train de les 
nourrir comme leurs propres enfants. 

Le doute devient moins permis aujourd'hui que, d'après 
des observations précises du même savant ornithologiste, 
le Scythrops déposerait son œuf. que l'on sait depuis peu 
être blanc, dans le nid du Cassican Flùteur 1 , assez gros 
Oiseau avant de 40 à 45 centimètres de taille, qui devien- 
drait forcément son père nourricier. 

Par exemple, la théorie à toute fin du polymorphisme, 
facultatif ou volontaire du Coucou, se heurterait encore ici 
à une 'redoutable objection : car l'œuf du Scythrops étant, 
ainsi que nous venons de le dire, invariablement blanc, il 
ne lui est plus possible de donner le change au Cassican, 
dont les œufs, si variés soient-ils. ne sortent pas, pour 
leurs taches, du rouge brique et du brun plus ou moins 
clair. 

Quoi qu'il en soit, les habitudes insectivores du Scy- 
throps paraîtraient, dans bien des cas, assez intermittentes 
pour avoir une tendance bien marquée vers quelques-unes 
des habitudes d'Oiseaux de proie. Il ne se bornerait pas à 
manger de gros Scarabées, des Menthes ou mêmes des Hé- 
lices, qu'il brise pour en dévorer les mollusques, comme 
nous le verrons faire à certains Coucous d'Afrique, les 
Couas. Et si M. Bennett a trouvé, dans l'estomac des 
Scythrops, des Anoplognathes et des Testigonies en grand 
nombre, J. Verreaux y a rencontré bien autre chose : il 
y a trouvé des débris mélangés d'Hélices, d'os de petits 
Oiseaux, dont une tète, paraissant avoir appartenu à un 




1 Bar Ha Tibicen. 



134 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



Acanthyze de Diémen, plus la tète et les deux pattes d'une 
espèce de Lézard, le Scinque à longue queue, qui se trouve 
le plus souvent sur les tronçons d'arbres qui jonchent les 
forêts; enfin, dans l'estomac d'un individu, il trouva deux 
jeunes Philédons que le Scythrops avait pris au nid. 

Ces Oiseaux se tiennent sur les branches ou sur les 
vieux arbres renversés; souvent ils descendent sur le sol, 
poursuivant les sauterelles, les criquets noirs, les lézards 
et même les serpents. Leurs mouvements d'ailes et de 
queue ressemblent en tout à ceux de notre Coucou d'Eu- 
rope, et, de même que celui-ci, en les voyant à terre, il 
serait impossible de les prendre pour des Oiseaux de la 
famille des Coucous. Lorsqu'ils sont surpris subitement et 
effrayés, ils ont l'habitude des divers Coucous, de rele- 
ver un peu leur queue et d'entrouvrir leurs ailes dans une 
position tombante. 

Mieux, ou tout autant que notre Coucou d'Europe, le 
Scythrops parait avoir les meilleures dispositions à la do- 
mestication. 

Un jeune de cette espèce avait été abattu vivant, d'un 
coup de fusil, en 1857, avec une aile et une patte cassées. 
Il fut relevé et soigné par M. Walh, conservateur du Mu- 
sée Australien. Celui-ci en fit don à M. Alfred Denison, 
possesseur d'une magnifique oisellerie à la maison du Gou- 
vernement, à Sydney. L'Oiseau fut bientôt rétabli, et on 
le mit dans un compartiment de la ménagerie, occupé déjà 
par un Martin-Chasseur Géant. Sentant sans doute les ap- 
proches de la faim, par suite de la longueur du voyage, 
le jeune Scythrops, à peine installé, et en présence d'un 
nouveau compagnon, ouvrit immédiatement le bec pour 
demander de la nourriture. Le Martin-Chasseur satisfit 
aussitôt à ses besoins, prit très complaisamment un mor- 
ceau de viande, et, après l'avoir suffisamment préparé jus- 



LES COUCOUS VRAIS PARASITES. 



155 



qu'à ce qu'il fût tendre et amolli, il le plaça avec beau- 
coup de soin dans le bec avidement ouvert du Scythrops. 
Il le nourrit ainsi jusqu'à ce que l'Oiseau fut capable de 
pourvoir lui-même à ses besoins. Toutefois, le jeune pares- 
seux se laissa longtemps encore nourrir comme aupara- 
vant par le Martin-Chasseur. Son habitude était de se pla- 
cer sur la perche la plus élevée de la volière. Il se dres- 
sait de temps en temps, faisait fouetter ses ailes, et se les 
remettait ensuite paisiblement en place, à la manière des 
Faucons, lorsqu'ils sont privés; il présentait aussi toutes 
les apparences d'un membre de cette famille d'Oiseaux. Il 
ne descendait de son perchoir que pour prendre sa nour- 
riture chaque matin, après quoi il y remontait immédiate- 
ment. 

Exemple curieux de ce que peut produire entre les Oi- 
seaux l'assouplissement de la captivité sur leur caractère 
et leurs habitudes, et du besoin de rapprochement et d'as- 
sociation qu'ils éprouvent, une fois à l'abri des nécessités 
ordinaires de la vie, ou de la lutte pour l'existence, 
comme dit Darwin, que leur impose leur condition vaga- 
bonde en liberté ! 

Tels sont les renseignements les plus nouveaux que l'on 
possède sur ce singulier Oiseau, et que l'on doit, après les 
notes de J. Verreaux, aux sagaces observations du D r Ben- 
nett, de Sidney, membre correspondant de la Société zoo- 
logique de Londres. Nous sommes heureux, en les tra- 
duisant ' , d'en faire profiter pour la première fois nos lec- 
teurs. 

Toutes les circonstances de ponte clandestine, dans 
l'exposé desquelles nous sommes entré jusqu'ici , établis- 
sent à cet égard, entre les Coucous des divers groupes que 



« « Ibis. » 







156 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 




nous venons de passer en revue, et les Coucous Couas ou 
Coulicous, dont nous allons nous occuper, une certaine 
analogie qui mérite d'être prise en considération. Nous 
voulons parler de cette double faculté qu'ils possèdent, ou 
peut-être de cette double nécessité où se trouvent quel- 
ques-uns d'entre eux, tantôt d'introduire leur œuf dans un 
nid étranger, pour l'abandonner aux soins d'une mère 
étrangère, tantôt de se construire ou de se choisir un nid, 
et d'y pondre et couver eux-mêmes. 

Aussi les nommons-nous Faux-Parasites. 



. 



CHAPITRE IL 



Les Coucous Faux Parasites. 



4» SOUS-FAMILLE. 



LES COCCYZES OU COULICOUS 



Avec la sous-famille des Coulicous, en effet, nous avan- 
çons davantage dans l'étude des habitudes maternelles des 
Coucous dont les progrès, sous ce rapport, s'ils sont encore 
en partie inexpliqués, n'en sont pas moins fort sensibles et 
très marqués. 

Ils appartiennent tous à l'Amérique. On y distingue 
trois groupes : les Coccyzes ou Coulicous, les Piayes et les 
Cultrides, dont les formes sont élancées, dont le plumage 
est doux et soyeux et teint de couleurs fondues. Ils se 
composent de seize espèces, dont six ont été connues de 
Buffon, Linné et Gmelin. 

Ils sont caractérisés par un bec long et assez mince, 
large à la base, convexe en dessus, très comprimé dans 
toute sa longueur, entier, arqué et aigu, avec les mandi- 
bules d'égale longueur; des narines basales, ovalaires, 
percées dans une sorte de membrane; des ailes longues, 
pointues, recouvrant la moitié de la queue, laquelle est 
longue, large et étagée ; des tarses de la longueur du doigt 

1 Coccysinœ. 



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W~ 



ï 




158 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



I 






' 



externe antérieur . qui est le plus long, très légèrement 
emplumés au-dessous de l'articulation, recouverts dans le 
reste de fortes écailles ; des ongles courts, épais, peu ar- 
qués et faiblement aigus. 

Quoiqu'on puisse les considérer comme soumis au para- 
sitisme intermittent, tous, à quelques exceptions près, 
couvent leurs œufs et élèvent leurs petits eux-mêmes. Ils 
offrent, à cet égard, un exemple intéressant des modifica- 
tions que subissent, chez une même famille, les habitudes 
des Oiseaux, dans le passage d'un groupe à un autre. C'est 
cette étude, après tout, qui aide puissamment à toute bonne 
classification naturelle et en constitue le mérite. 

Nous avons vu les dernières espèces, et les plus petites, 
des trois groupes précédents, telles que le Coucou Lucide 
ou Brillant, peut-être même le Coucou Didric. faire quel- 
quefois, et exceptionnellement à leurs habitudes et à celles 
de leurs congénères, un nid, y pondre et y couver. Les' 
Coulicous vont nous offrir le même exemple, mais en sens 
inverse; c'est-à-dire, le plus ordinairement construire leur 
nid, y pondre et y couver leur œuf, et parfois seulement, 
confier leur œuf au nid et aux soins d'autres espèces d'Oi- 
seaux; nous montrer, en d'autres termes, la nidification et 
l'incubation pour règle, et le parasitisme pour l'exception. 
Ainsi procède le type de ce premier Groupe : 

Le Coulicou Américain 1 . 

11 a toutes les parties supérieures, les ailes et les pennes 
intermédiaires de la queue, d'un gris changeant en ver- 
dàtre, en roux et en bleuâtre, selon les incidences de la 
lumière ; les premières pennes ont une bordure rousse à 



1 Coccysus Amcricanus. 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



159 



l'extérieur; les rectrices latérales d'un noir à reflets 
bleuâtres avec la pointe terminée de blanc; cette dernière 
couleur prend une nuance grise sur toutes les partie s 
postérieures. La moitié supérieure de sa mandibule et la 
portion apicaledu bec sont noires, tout le reste étant jaune 
orangé; les pattes sont noires. Il mesure de 48 à 50 centi- 
mètres de longueur totale. 

Ce Coucou est migrateur; mais, dans ses migrations, 
Audubon dit qu'il va seul, lorsqu'elles ont lieu vers le 
Nord, et qu'il semble voyager en troupe, lorsqu'elles ont 
pour but les latitudes plus chaudes. Son arrivée à la 
Jamaïque, d'après M. Hill, est un pronostic des pluies du 
printemps; l'atmosphère brumeuse qui précède les pluies 
de la saison printanière a déjà obscurci l'éclat ordinaire 
du ciel ; les vents ont cessé ; la chaleur a commencé à pren- 
dre une intensité vaporeuse, lourde et brûlante; les papil- 
lons ont abandonné les pâturages brûlés et desséchés, 
pour se réunir partout où ils peuvent trouver un peu 
d'humidité, et les insectes, descendus dans les basses 
terres, lorsque le cri bruyant de ce Coulicou se fait enten- 
dre parmi les présages des pluies qui vont commencer. 

Le Coulicou Américain préfère au fourré des haies les 
arbres plantés sur leurs bords. Avec les premières pluies, 
les arbres des haies, lavés de leur poussière, ont commencé 
à pousser de nouvelles feuilles, et à former ces berceaux 
plus compactes qui conviennent mieux aux habitudes timi- 
des et solitaires de cet Oiseau. 

Pour celui-ci, ce n'est pas avec un Oiseau de proie qu'on 
le confond au vol. Il a les ailes longues, et son vol, rapide 
comme une flèche, peut être pris pour celui de quelque 
Pigeon sauvage. Sa course, en volant, est errante, hori- 
zontale, d'une rapidité silencieuse, descendant du haut 
des airs sur les cimes les plus élevées des arbres, ou s'en- 



w 




160 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 






;' 



fonçant et glissant au plus épais des branches. Lorsqu'il 
se repose, il trahit sa présence par un bruit qui ressemble 
au gloussement traînant d'une Poule se promenant devant 
la porte d'une grange. 

Les individus de cette espèce se tiennent très souvent 
dans les grandes forêts, quelquefois dans les bosquets 
voisins des habitations, et très rarement dans les lieux dé- 
couverts. Ils se cachent dans les halliers les plus sombres 
et sur les arbres les plus touffus, dont ils parcourent les 
branches pour y chercher les insectes et, comme le Coucou 
d'Europe, les chenilles velues que dédaignent ordinaire- 
ment les autres Oiseaux, et qui abondent sur les arbres 
qu'ils fréquentent. Ils dévorent aussi de gros insectes, tel 
que le Hanneton Lanigère ' et d'autres Carabiques. Mais, 
avec la même perversité que leurs congénères, ils ont la 
mauvaise habitude de manger les œufs des autres Oiseaux, 
et de jeter la désolation et l'épouvante partout où ils se 
trouvent. Ils adoptent de préférence les cantons qui ren- 
ferment le plus de petites espèces de volatiles, dont ils 
guettent les nids pour en manger et détruire ainsi les œufs. 
Ceux-ci, de leur côté, semblent vouloir prendre leurs pré- 
cautions et se mettre sur leurs gardes; ils recommencent 
plusieurs fois et en divers endroits le même nid; puis, au 
lieu de les placer sur les branches basses d'un arbre, ils 
les mettent sur les branches les plus élevées, et quelque- 
fois même à vingt mètres du sol. 

A l'époque de la maturité des fruits, ils se rapprochent 
des habitations, où les attirent diverses, baies dont ils se 
nourrissent, surtout à l'automne, et dans lesquelles ils 
causent beaucoup de dégâts. Ils vivent isolément, et rare- 
ment voit-on le mâle et la femelle ensemble, même à l'épo- 



' Melolontha Lanigera (Entom.). 



LES COUCOUS EAUX PARASITES. 



1(51 



que des amours. Ils sont vifs et alertes, et ne descendent 
presque jamais à terre. 

Lorsqu'ils se construisent un nid, ils le placent sur les 
arbres, et le composent de plusieurs branches sèches, et de 
racines en dehors, d'herbes ânes et de poils, en dedans. 
Mais ce nid est fait d'une manière si grossière et si négli- 
gée, que c'est à peine s'il est assez concave pour retenir, 
soit les œufs, soit les petits. Leurs œufs, au nombre de 
deux ou quatre, sont d'un vert bleuâtre tendre, tantôt 
sans taches, tantôt maculés de taches jaunes ou brunâ- 
tres, et mesurent 38 millimètres sur 19 à 20. Le père et 
la mère les couvent assidûment et se montrent fort attachés 
à leur progéniture, qu'ils défendent avec acharnement 
contre toutes les attaques du dehors ; ou bien ont recours 
au manège suivant : 

Ainsi, dit M. Nuttall, à qui l'on en doit l'observation, 
lorsqu'on s'en approche, comme pour prendre soit le nid, 
soit ce qu'il contient, le mâle se laisse choir du nid à 
terre, où il se traîne en voltigeant avec peine, comme s'il 
était blessé, à la manière de certains Oiseaux attachés à 
leurs petits, telle que la Perdrix, jusqu'à ce qu'il ait éloi- 
gné son ennemi. Pendant ce temps, la mère pousse un cri 
d'alarme, et se laisse à son tour glisser à terre. Alors le 
mâle revient à une petite distance du nid, et donne de son 
côté le cri d'alarme à chaque fois qu'il craint l'approche 
de l'objet qui l'a effrayé. 

Aussitôt que les petits sont éclos, les parents s'occupent 
avec assiduité de pourvoir à leur nourriture. C'est le plus 
ordinairement au printemps qu'ils couvent; on a cepen- 
dant vu un nid avec ses œufs vers la fin du mois d'août, 
quoique le mois de septembre soit l'époque de leur départ. 

Il est surprenant qu'avec de pareilles habitudes aussi 
prononcées, il arrive au Coulicou d'Amérique d'abandon- 

11 






[j| 






162 



HISTOIRE NATURELLE LES COUCOUS. 



ner, comme le Coucou d'Europe, le soiu d'élever sa progéni- 
ture à d'autres Oiseaux; et cependant le fait paraît certain. 
Il est arrivé un jour, au même observateur, de trouver 
un œuf de cette espèce dans un nid de Merle Miauleur 1 , 
et bien certainement cet œuf y avait été introduit par le 
Coulicou lui-même. Une autre fois, en juin 1830, M. Nut- 
tall a rencontré un nid de Merle Erratique 2 contenant deux 
œufs de cette espèce, avec lesquels se trouvait un œuf de 
Coulicou, qui ne pouvait y avoir été introduit par celui- 
ci qu'au moyen de son bec. On n'a pu s'assurer que ces 
deux Merles n'aient pas renoncé à couver des œufs ainsi 
frauduleusement introduits dans leurs domiciles; mais le 
fait seul de leur présence dénote suffisamment l'intention 
du Coulicou. 

Ce fait, dont Vieillot ne dit mot, et dont nous n'avons 
pu trouver le moindre indice dans Audubon, prouve que, 
malgré tout ce que l'on en connaît jusqu'à ce jour, il reste 
encore bien des choses à apprendre dans l'histoire natu- 
relle de la famille du Coucou ; car l'exception qui se révèle 
ainsi chez le groupe des Coulicous peut se retrouver plus 
tard chez d'autres groupes, ainsi que nous l'avons vu 
précédemment chez de petites espèces. Et alors se pré- 
sente la question de savoir pourquoi un Oiseau qui le 
plus souvent fait son nid, y dépose ses œufs et les couve 
lui-même, se laisse, dans un cas donné, aller à s'enquérir 
d'un autre nid étranger, à y transporter furtivement ses 
œufs, et finalement à renoncer à l'instinct le plus naturel 
aux Oiseaux et qui leur paraît le plus doux, celui de les 
couver et d'en faire éclore les germes, question à la- 
quelle ont répondu en partie les observations de J. Ver- 
reaux sur le Coucou Brillant. 

1 illmua Fellvox. 

1 Ttirdus Migrutorius. 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



1G3 



Malgré tout, ou plutôt par suite de qui précède, sub- 
siste toujours cette autre question relative à la variabilité 
de l'œuf des Coucous selon l'espèce dans le nid de laquelle 
il doit être déposé, puisque le Coulicou Américain fait des 
œufs , ou uniformément colorés , ou tachetés , suivant 
probablement, dans le système Baldamus, la couleur de 
l'œuf particulier au nid dans lequel il a résolu d'intro- 
duire le sien : le vert d'eau uniforme étant la couleur de 
ceux des Merles Miauleur et Erratique, malgré leur diffé- 
rence de volume, l'un ne mesurant que 24 millimètres 
sur 18, et l'autre 30 sur 20. 

Pris adulte et mis en cage, il se montre peu sociable. 
M. Hill raconte qu'un de ces oiseaux, légèrement blessé, 
ayant été placé dans une cage avec plusieurs Tourterelles, 
son premier mouvement fut de les attaquer en leur arra- 
chant les plumes. Il fut en conséquence séquestré; et 
alors il se tint morne et immobile, cherchant parfois à 
s'emparer de quelques criquets ou de quelques sauterelles 
qu'on lui offrait, ce qui ne l'empêchait pas de se jeter mé- 
chamment sur la main qui les lui présentait. 

L'espèce en est répandue en Amérique , depuis la Ja- 
maïque jusqu'au Canada; mais elle -ne passe que l'été 
dans le nord, où elle arrive au mois de mai, et d'où elle 
part au mois d'octobre , pour hiverner aux Grandes- 
Antilles. 

Nous indiquons à la suite une autre Espèce, quoique l'on 
ne possède aucun détail sur ses mœurs et sa propagation. 
C'est un grand destructeur de chenilles; voilà tout ce que 
l'on en sait ; mais il n'est pas douteux que ses habitudes 
ne soient les mêmes que celles de l'espèce précédente. 




I 



164 HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 

Le Coultcou des Palétuviers 1 . 

Tout le dessus du corps et des ailes est d'un gris cendré 
léger; une bande longitudinale, d'un gris plus foncé, part 
du coin de l'œil et marque les tempes; le dessous du 
corps est jaunâtre ; les pennes intermédiaires de la queue 
sont grises, les autres bleuâtres et terminées de blanc. Sa 
taille est de 33 centimètres. 

On le trouve à Ca} r enne, dans les grandes iles Antilles, 
et au sud des Etats-Unis, où il ne reste que pendant l'été. 

Le nom donné à cet Oiseau vient de ce qu'il se tient de 
préférence dans les Palétuviers, où il vit d'insectes, et 
principalement de ces grosses chenilles qui en rongent les 
feuilles, et nous sert ainsi en faisant la guerre à nos enne- 
mis. Ces grosses chenilles, dit Sonnini, ont jusqu'à près 
de 10 centimètres de long sur 1 centimètre 1/2 de large. 
Dans les années 1775 et 1776, elles se multiplièrent au 
point qu'elles dévorèrent la plupart des palétuviers et 
beaucoup d'autres plantes. C'est alors, ajoute-t-il, qu'on 
dût regretter de ne pas avoir multiplié dans la même pro- 
portion cette espèce de Coucou. 

Ces espèces du groupe des Piajes se distinguent des 
Coulicous proprement dits par les cils dont est garnie leur 
paupière supérieure et par une nudité qui se remarque 
derrière l'œil. 

Les autres caractères sont : un bec médiocre, de la lon- 
gueur de la tète, peu élevé, très convexe, très comprimé, 
et courbé dans toute sa longueur jusqu'à la pointe, qui est 
entière; des narines longitudinales, ouvertes, basales, 
très rapprochées du bord mandibulaire, percées dans une 



1 Cocryius Seniculus. 



LES COUCOUS l'AUX PARASITES. 



165 



membrane qui en occupe la plus grande partie ; des ailes, 
arrivant à la naissance de la queue, arrondies, concaves, 
plus ou moins sub-obtuses; une queue allongée, très éta- 
gée; des tarses de la longueur du doigt externe antérieur, 
qui est le plus long, assez forts, garnis de larges scutelles,' 
avec des ongles médiocres, faibles, arqués et aigus. 

Ce sont des Oiseaux gracieux dans leurs formes, et dont 
le plumage, doux comme de la soie, n'a rien de rigide. 

Le Coulicou Piaye 1 . 






11 a la tète, le dessus du corps, les couvertures supé- 
rieures des ailes, leurs pennes et celles de la queue d'un 
marron pourpré ; cette teinte est plus claire sur la gorge 
et sur le devant du cou ; le dessous du corps cendré ; les 
pennes des ailes ont leurs extrémités brunes et celles de la 
queue noire et blanche. Le bec et les pieds sont d'un gris 
brun. Sa taille est de 45 centimètres. 

On a conservé à ce Coulicou le nom qu'il porte à 
Cayenne, et que la superstition lui a donné, puisqu'il 
signifie diable dans la langue du pays; ce qui paraît indi- 
quer un Oiseau de mauvais augure; et c'est par cette rai- 
son, dit-on, que les naturels et mêmes les nègres répu- 
gnent à manger sa chair. 

Le Piaye est cependant peu farouche; il se laisse ap- 
procher de fort près, et ne part que lorsqu'on est sur le 
point de le saisir. On compare son vol à celui du Martin- 
Pêcheur; il se tient communément aux bords des rivières, 
sur les basses branches des arbres, où il est apparemment 
plus à portée de voir et de saisir les insectes, dont il fait 
sa nourriture. Lorsqu'il est perché, il hoche la queue et 

1 Piaya Cayana. 







1(56 



HISTOIRE NATUKEM.E DES COUCOUS. 



change sans cesse de place. Des personnes qui ont passé 
du temps â Cayenne, et qui ont vu plusieurs fois ce Cou- 
licou dans la campagne, n'ont jamais entendu son cri. On 
ne sait rien de son mode de nidification, ni de reproduc- 
tion. 

Mais M. Gosse en aidant à la restitution à la science, et 
à la détermination par le baron de la Fresnaye, d'une 
autre belle espèce que nous allons décrire, a enrichi ces 
premiers détails de quelques renseignements nouveaux. 
C'est : 



ï 






Le Coulicou Pluvial '. 

Il a la coift'e d'un gris foncé ou ardoisé, passant sur la 
nuque à l'olive rembruni glacé de vert, qui couvre tout le 
reste des parties supérieures, excepté la queue, qui est 
d'un noir un peu glacé de violet, largement terminé d'une 
bande blanche moitié plus étroite sur les deux rectrices 
médianes; la gorge et le devant du cou sont blancs, se dé- 
gradant en gris cendré sur les côtés du cou, sur les joues 
et la poitrine; tout le reste du dessous et les couvertures 
inférieures des ailes sont d'une couleur cannelle foncée ou 
brun rouge toute particulière et différente des teintes 
rousses de toutes les autres espèces de ce groupe, qui en 
compte neuf, dont cinq connues de Buffon, Linné et Gme- 
lin. Son plumage est très lâche et très moelleux. L'iris 
est couleur noisette; le bec noir, avec la mandibule infé- 
rieure d'un gris pâle; les paupières sont noirâtres; les 
pattes d'un gris bleuâtre; l'intérieur de la bouche est noir. 
Sa longueur totale est de 48 centimètres. 

M. Gosse dit que cette espèce est désignée parles colons 



Piaya Pluvialis. 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



1G7 



Anglais de la Jamaïque sous les noms de Hunier, Old- 
man, Rain-Bird (Chasseur, Vieillard, Oiseau de proie), 
et ajoute que ce dernier nom est employé indistinctement 
pour cette espèce, comme pour un autre groupe différent 
dont nous avons déjà parlé, et qu'on leur donne à tous 
deux, quoique moins souvent, celui de Vieillard; mais 
c'est sous le nom de Chasseur qu'elle est plus spécialement 
connue, à Sainte-Elisabeth de la Jamaïque. 

D'après le même ornithologiste, c'est un Oiseau de grande 
taille et d'un aspect imposant; son plumage lâche et sa 
longue queue barrée de blanc le font paraître plus grand 
qu'il n'est réellement. Sa voix est souvent une sorte de 
craquement répété du même ton, augmentant de rapidité 
jusqu'à ce que les sons se confondent; d'autres fois, c'est 
un croassement rauque. 

Ce qu'il offre physiologiquement de particulier, c'est 
que, chez lui, le jabot est projeté au-dessous du sternum, 
et que la peau de cette partie de l'abdomen est dégarnie de 
plumes et même de duvet: enfin, il est souvent si gras que 
ses intestins sont alors recouverts d'une couche de graisse 
épaisse de plus de 1 centimètre. C'est une remarque qui 
n'avait pas échappé à Sloane. qui, ayant eu occasion d'en 
disséquer plusieurs individus, avait constaté que l'estomac 
était très grand proportionnellement à sa taille, ce qui est 
un trait de conformité avec l'espèce européenne; qu'il 
était doublé d'une membrane fort épaisse; et que les in- 
testins étaient roulés circulaircment comme le câble d'un 
vaisseau, et recouverts par une grande quantité de graisse 
jaune. Vivant, il a une forte odeur de musc. 

Il se tient habituellement dans les lieux découverts et 
garnis de buissons, où vivent les insectes dont il fait sa 
nourriture. Mais on est dans la même ignorance que pour 
le précédent sur son mode de reproduction. 



108 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOrs. 



Nous l'avons figuré en 1848, ainsi que la belle espèce 
espèce suivante, découverte par M. Adolphe Lesson, et 
que son frère avait fait connaître d'après lui en 1842 ' : 

Le Coulicou à Croupion roux 2 . 






Tète, devant du cou et sommet du dos d'un brun oli- 
vâtre, flammèche de noir sur le front et le haut de la 
tète; ailes d'un vert brunâtre à reflets métalliques bron- 
zés et pourprés; la queue de couleur semblable avec les 
même reflets, mais où domine un violacé rosé, les deux 
rectrices latérales terminées à leur pointe par une tache 
blanche; tout le dessous du corps, de même que le crou- 
pion, d'un brun roux clair; le tour des yeux noirs, ce hoir 
se prolongeant en moustaches, depuis l'angle externe de 
l'œil jusqu'au méat auditif. Bec jaune à arête noire; peau 
du tour des yeux d'un bleu presque cobalt; l'iris de cou- 
leur sombre; les pieds d'un jaune brun. Sa longueur totale 
est de 26 à 27 centimètres. 

Il provient de San Carlos, Centre-Amérique; et Ad. Les- 
son ne connaissait aucune de ses particularités, qui n'ont 
été révélées que près de vingt ans plus tard. 

M. Salvin, qui l'a observé au Guatemala, dît, en 1859 3 , 
que cet Oiseau a l'habitude, quand il est à terre, de s'y 
tapir, tantôt courant rapidement, tantôt demeurant au 
repos en élevant la tête ; mais il a de particulier, comme 
quelques-uns de nos Coucous précédents, de grimper le 
long des branches basses des taillis. 

Son chant, quoique court, est remarquablement riche en 
intonations, et il a, dans chaque note, un moelleux qui se 



1 « Iconogr. ornith., pi. LXV et LXVI. » 
* Piayit TSrythropygia. 
1 « Ibis. » 



LES COUCOUS KAUX PARASITES. 



169 



rencontre rarement chez les Coucous, et qu'on entend tout 
aussi rarement surpasser par d'autres Oiseaux Chanteurs. 
Les Indiens prétendent même qu'il chante à toute heure 
du jour, et que le prolongement de ce chant dépendrait de 
l'heure que marque le soleil. Ainsi, disait l'un d'eux à 
M. Salvin : à une heure, son chant est très court, et à 
midi, très prolongé. Aussi ont-ils donné à cet Oiseau un 
nom rappelant, dans leur langue, cette faculté. 

Ce serait, d'après cette remarque, le seul Coucou véri- 
blement chanteur ou à chant modulé. 

Quant au groupe des Cultrides, qui clôt la série des Cou- 
licous Américains, il ne repose que sur une seule forte et 
brillante espèce, qui se fait remarquer également par la 
nudité du tour de l'œil, ainsi que par une huppe beaucoup 
plus prononcée surmontant la tète, et dont, en raison des 
différences d'âges alors assez peu étudiées, on avait fait 
jusqu'à trois espèces, que nous avons réduites à leur 
unité, dans notre travail sur les Oiseaux de V Amérique 
du Sud, de l'expédition de Castelnau. 

Leurs autres caractères particuliers sont : un bec long, 
élevé à la base, très arqué dans son dernier tiers, com- 
primé sur les côtés jusqu'à la pointe, sans être crochu; la 
mandibule supérieure ayant, en un mot, la forme d'une 
lame de couteau, d'où la dénomination générique de Cul- 
trides, que le D r Pucheran a imposée au type en 1845, 
en le dédiant à Isidore Geoffroy Saint-Hilaire ; des narines 
comme lunulées , percées obliquement dans une mem- 
brane formant opercule, basales, très rapprochées du bord 
mandibulaire ; les ailes courtes, concaves et très arrondies, 
plus que sub-obtuses ; une queue longue, large et étagée ; 
des tarses très longs, du double de la longueur du doigt 
externe antérieur, garnis de scutelles; les doigts et les 
ongles courts ; ceux-ci comprimés, peu courbés et peu aigus. 






awm 




170 JirSTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 

Le Coucou de Geoffroy \. 

Tête surmontée d'une huppe longue et bien fournie, 
d'un noir bleuâtre; cou et poitrine d'un noir bleu, légère- 
ment nuancé de vert; dos et petites couvertures alaires 
olivâtres ; les grandes couvertures d'un roux cannelle ; les 
rémiges primaires d'un noir violet; estomac et abdomen 
d'un blanc sale; les rectrices médianes d'un vert à reflets 
bronzés; les deuxième, troisième et quatrième d'un vert 
foncé teinté de bronze et d'un bleu violet à la pointe. Bec 
d'un rouge carmin foncé dans toute sa longueur, d'un 
orange clair à la pointe ; peau nue du tour de l'œil d'un 
beau rouge cramoisi en avant, bleu en arrière; œil d'un 
beau jaune; tarses gris. Longueur totale, 50 centimètres. 

Deville nous apprend que cet Oiseau, qui habite le Bré- 
sil, la Haute-Amazone jusqu'au- Pérou, et se trouverait au 
Mexique, vit par paires dans les grands bois, où il niche 
et couve lui-même ses œufs, qui sont généralement au 
nombre de deux, sans nous dire leur couleur; qu'il est très 
farouche et que son vol est fort léger. 

Nous avons figuré ce bel Oiseau en deux états différents 
dans nos Oiseaux de l'Amérique du Sud 2 . 



1 Cultrides Geoffroi/i. 
1 PI. VI et VII. 



LES COUCOrS FAUX PARA8ITES. 



171 



o e SOUS-FAMILLE. 



LES TAOCOS OU SAUROTHKRES 



Les Taccos se distinguent des autres Coucous par un bec 
de la longueur de la tète, à sommet presque entièrement 
droit jusqu'à la pointe qui se recourbe brusquement en 
crochet très comprimé sur les cotés et à bords dentelés; 
par des narines basales. oblongues, couvertes par une mem- 
brane; par des ailes remarquablement courtes et concaves 
comme celles des Gallinacés, l'Oiseau présentant ce phéno- 
mène peu ordinaire d'une plus grande longueur de corps 
que d'envergure ; par une queue fort longue et très étagée ; 
par des tarses courts, grêles, légèrement emplumés au- 
dessous du talon, garnis de larges scutelles, de la longueur 
du doigt externe antérieur, avec des ongles courts, com- 
primés, très arqués et aigus. Le tour de l'œil est nu, di- 
versement coloré selon les espèces ; et, caractère que nous 
rencontrons pour la seconde fois dans la famille, la pau- 
pière est ciliée. 

La plupart se perchent, et tous sont marcheurs. 

On les a divisés en Saurothères proprement dits, et en 
Géococcyxs ou Coucous Terrestres, renfermant huit ou 
neuf espèces, sur lesquelles Buffon et Gmelin n'en ont 
connu que deux. 

Le type véritable dans lequel, jusqu'en 1807, on a con- 
fondu trois espèces, est : 



1 Saurotherinm. 









172 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



Le Tacco Vieillard* 






Cette espèce est bien remarquable par la teinte noirâtre 
enfumée du dessus de la tête et du cou, au bas duquel elle se 
fond insensiblement dans le gris olivâtre luisant qui règne 
sur tout le dessus de l'Oiseau, sauf les rémiges, qui sont 
d'un beau brun marron terminées de gris olive, et les 
rectrices, qui ne sont de cette dernière teinte qu'à leur 
base, puis noires et largement terminées de blanc, tan- 
dis que les médianes n'ont de noir qu'un peu avant leur 
extrémité. La gorge et le haut du cou seulement sont 
blancs, et cette couleur se nuance graduellement dans le 
fauve roussàtre qui colore le bas du cou et toutes les par- 
ties inférieures, s'éclaircissant toutefois à l'extrémité des 
sous-caudales; les joues sont de couleur cendrée. Le bec, 
qui est très allongé et entièrement rectiligne, est en des- 
sus et à la base de la mandibule inférieure d'un noir som- 
bre; le reste de celle-ci est d'un bleuâtre pâle; les pattes 
sont couleur de plomb, sa longueur totale est de 38 cen- 
timètres. ■ 

Le chevalier Deshayes est, après Sloane, le premier 
observateur qni ait donné, sur cet Oiseau, les rensei- 
gnements les plus précis dont s'est servi Buffon. 

Tacco est le cri habituel de cet Oiseau, d'où le nom 
qu'on lui a conservé et qui est resté celui du groupe : on 
l'appelle aussi Oiseau de pluie, nom donné à presque 
tous les Coucous d'Amérique, et même on l'a vu, à plu- 
sieurs de la Nouvelle-Hollande, attendu qu'il crie plus 
souvent lorsqu'il doit pleuvoir, ou plutôt parce qu'il 
arrive aux Antilles, de même que le Coucou Pluvial, à la 



Saurothera Vetulu. 



LES t.'OVCOUS FAUX l'ARASITES. 



173 



saison des pluies; l'épithète de Vieillard, qu'on lui a 
encore imposée, vient de ce qu'il a les plumes du menton 
blanches. 

Lorsqu'il prononce Taeco, dit le chevalier Deshayes, il 
articule lentement la première syllabe, et descend d'une 
octave pleine sur la seconde. Il ne fait jamais entendre ce 
mot qu'après avoir remué la queue de bas en haut, et 
recommence ce mouvement chaque fois qu'il se déplace. 
Il a encore un autre cri qu'il fait entendre seulement 
lorsqu'il est effrayé par la présence d'un chat ou de quel- 
qu'autre ennemi aussi dangereux. 

Quoique le ïacco se trouve communément dans les ter- 
rains cultivés, il fréquente aussi les bois, parce qu'il y 
trouve également la nourriture qui lui convient : cette 
nourriture, ce sont les chenilles, les coléoptères, les vers 
et les vermisseaux, les ravets, les pous de bois et autres 
insectes qui ne sont malheureusement que trop communs 
aux Antilles, soit dans les lieux cultivés, soit dans ceux 
qui ne le sont pas; il donne aussi la chasse aux petits 
lézards, appelés anolis, aux petites couleuvres, aux gre- 
nouilles, aux jeunes rats, et même quelquefois, dit-on, aux 
petits Oiseaux; il surprend les lézards dans le moment 
où, tout occupés sur les branches à épier les mouches, ils 
sont moins sur leurs gardes; à l'égard des couleuvres, il 
les avale par la tête et à mesure que la partie avalée se 
digère, il aspire la partie qui reste pendante au dehors. 
C'est donc un animal utile, puisqu'il détruit les animaux 
nuisibles; il pourrait même devenir plus utile encore, si 
l'on venait à bout de le rendre domestique; et c'est ce 
qui parait très possible, vu qu'il est d'un naturel si peu 
farouche et si peu défiant, que les petits nègres le prennent 
à la main, et qu'ayant un bec assez fort, il ne songe pas 
à s'en servir pour se défendre. 









174 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



Son vol n'est jamais élevé : il bat des ailes en partant, 
puis épanouissant sa queue, il file et plane plutôt qu'il ne 
vole; il va d'un buisson à un autre, il saute de branche en 
branche, il saute même sur les troncs des arbres auxquels 
il s'accroche comme les Pics ; quelquefois il se pose à terre, 
où il sautille encore comme la Pie, et toujours à la pour- 
suite des insectes ou des reptiles. On assure qu'il exhale 
une odeur forte en tout temps, et que sa chair est un 
mauvais manger, ce qui est facile à croire, vu les mets 
dont il se nourrit. 

Tous ces détails si minutieux ont été confirmés dans 
leur exactitude, à près d'un siècle de distance par 
M. Gosse. 

Par suite de la conformation de ses ailes, dit M. Gosse, 
on voit rarement ce Tacco voler, si ce n'est d'un arbre à 
un autre, sautant plus ordinairement d'une manière pres- 
sée le long des branches ou, chose remarquable en raison 
de l'allongement de ses jambes, montant perpendiculaire- 
ment, et par petits sauts, au long du tronc des arbres. 
Lorsqu'il vole, il glisse en ligne droite, sans battre des 
ailes. 11 perche souvent dans une position singulière, sur 
une branche, la tète plus basse que les pattes, et sa' lon- 
gue queue pendante presque perpendiculairement. 

Il parcourt les arbres, dans toute leur étendue, avec 
une légèreté étonnante pour sa taille. Toujours l'œil aux 
aguets pour épier les petits anolis qui se jouent sur les 
branches, et découvrir les chenilles cachées sous les feuil- 
les, il pénètre, avec une adresse et une activité vraiment 
admirables, dans l'intérieur des buissons les plus épais. Sa 
chasse l'occupe tellement qu'il se laisserait approcher à 
portée de la main; c'est au point qu'on peut aisément le 
frapper avec un bâton, surtout au moment où, immobile 
sur une branche, il est prêt à fondre sur sa proie, et par- 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



175 






tieulièrement sur les anolis, qu'il ne pourrait attraper sans 
cette immobilité, puisqu'ua moindre bruit, au moindre 
mouvement, ces petits animaux disparaissent avec la rapi- 
dité de l'éclair. Le bruit du fusil n'est point, pour cet 
Oiseau, un motif de crainte; il se contente de changer de 
place sans s'éloigner. S'il se dérange, son vol est peu 
élevé; il bat alors des ailes en partant, fait entendre en 
même temps son cri, puis il file, et semble glisser sur un 
plan incliné. 

M. Gosse a trouvé, dans l'estomac de divers individus, 
de grosses chenilles, des sauterelles, des araignées, une 
souris entière, des lézards; une fois on a trouvé, dans l'un 
d'eux, un gros anoli vert, de 22 centimètres de longueur, 
roulé en spirale la tète contre le ventre ; ce qui explique la 
manière dont il s'empare de ces lézards. Habituellement, 
aussitôt qu'il en a saisi un, il lui brise la tète, après quoi 
il l'avale, celle-ci la première; et comme le jabot de l'Oi- 
seau est de forme globulaire arrondie, il est naturel que 
l'animal qui y est englouti de la sorte prenne cette posi- 
tion repliée sur lui-même. 

Le Tacco Vieillard, qui se trouve plus exclusivement à 
la Jamaïque qu'à Saint-Domingue, se retire, au temps de 
la ponte, dans la profondeur des forêts ; il s'y cache si 
bien que, jusqu'à l'époque où en parle Deshayes, personne 
n'avait vu son nid; ce qui lui fait dire, qu'on serait tenté 
de croire qu'il n'en fait point et, qu'à l'instar du Coucou 
d'Europe, il pond dans le nid des autres Oiseaux, en quoi, 
ajoute-t-il, le Tacco différerait de la plupart des autres 
Coucous d'Amérique, qui font un nid et couvent eux- 
mêmes leurs œufs. 

Rien, jusqu'à présent, n'est venu justifier ces prévisions 
de parasitisme; et il paraît avéré aujourd'hui, d'après 
M. Gosse, que le Tacco fait son nid sur les arbres, et de 






f 





176 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



préférence sur ceux de Campèche ; il le place dans le creux 
ou l'enfourchure des grosses branches divergentes, et le. 
compose de petites racines sèches, de brindilles, de mousse 
et de feuilles ; enfin il y pond et couve lui-même ses œufs, 
au nombre de quatre ou cinq, de couleur blanche, recou- 
verts de taches obscures assez nombreuses. 

Lorsqu'il est pris et tenu à la main, contrairement à 
l'assertion de Deshayes, M. Gosse dit qu'il devient fu- 
rieux et cherche à mordre, ayant toujours le bec ouvert, 
en poussant des cris de colère, et la queue épanouie. 

Un individu mâle de cette espèce, qui avait été abattu 
sans être grièvement blessé, ajant été mis en cage, en- 
trait en fureur lorsqu'on passait la main prés des bar- 
reaux, se jettent de côté et d'autre, cherchant à se saisir 
de la main, en piaillant tout le temps exactement du 
même ton qu'un petit chien en colère. 

Il serait cependant domesticable. M. Hill en a conservé 
un vivant, à la Jamaïque, pendant plusieurs semaines; il 
prenait des blattes et d'autres insectes; il mangeait égale- 
ment de la viande fraîche coupée en petits morceaux. 

A la suite de ce Tacco, vient une autre espèce, que 
Vieillot avait confondue avec lui, et qu'avec sa sagacité 
habituelle de la Fresnaye a bien su en distinguer, en lui 
conservant le nom de ce naturaliste. C'est : 



Le Tacco de Vieillot 1 . 



Il est plus faible que le précédent en toutes ses propor- 
tions, et surtout dans la dimension de son bec, qui, en 
outre, a une très légère courbure de la base à la pointe, 
tandis que, ainsi qu'on l'a vu , il est entièrement rectiligne 



1 Sausothem Vieilloti. 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



177 



chez le Tacco Vieillard. Il eu diffère encore par la cou- 
leur de cet organe, qui n'est que de couleur cornée et non 
noire en dessus, blanc de cire et non bleuâtre en dessous ; 
par la teinte uniforme d'un gris roussàtre de toutes les 
parties supérieures, n'ayant point les rémiges d'un' brun 
marron, mais au contraire de la couleur du dos; par la 
couleur cendrée blanchâtre qui règne sur la gorge, le cou 
et toute la poitrine jusqu'au ventre ; tandis que, chez le 
Tacco Vieillard, cette couleur n'existe que sur la gorge et 
le haut du cou. Il en diffère enfin par les deux rectrices 
médianes de sa queue, simplement terminées de noir, et 
non de noir et de blanc, et par le blanc terminal de toutes 
les autres moins grand que chez le dernier. Il a de lon- 
gueur 37 centimètres. 

Vieillot nous apprend que, de même que ce dernier, ce 
Tacco, qui se trouve à Saint-Domingue et à Porto-Rico, 
fait son nid sur les arbres, le place dans la fourche des 
grosses branches, et le compose de petites racines, de 
mousse et de feuilles, et que sa ponte est de quatre à cinq 
œufs d'un blanc sale tacheté de noir. 

Outre les dénominations appliquées au Tacco Vieil- 
lard, on appelle celui-ci Rieur, parce qu'il semble l'aire 
des éclats de rire, lorsqu'il pousse un certain cri en vo- 
lant, et quand il voit un animal qui lui porte ombrage. 
Les nègres de Saint-Domingue le nomment Tuera Bayo, 
sans qu'on en sache au juste le motif, peut-être par une 
autre imitation d'un de ces cris. Enfin, il est connu des 
habitants sous le nom de Pie, parce qu'il a, comme la 
notre, les pennes caudales très longues, le vol lent, et 
qu'ils trouvent dans son cri des rapports avec celui de cet 
Oiseau d'Europe. 

Nous joindrons à ces deux espèces de Taccos pro- 
prement dits une autre, la plus grande, dont les ha- 

12 



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1 



178 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



bitudes sont les mêmes, d'après d'Orbigny, qui l'a fait 
connaître. 

Le Tacco de Merlin 1 . 



. 



Dessus du corps brun roux antérieurement, brun oli- 
vâtre en arrière; front gris; tectrices des ailes et les ré- 
miges secondaires brun olivâtre clair à reflets métalli- 
ques; rémiges primaires d'un beau roux vif, leur extrémité 
olivâtre brillant comme ses tectrices; rectrices médianes 
brun olivâtre à reflets, toutes les autres de la même teinte, 
mais terminées de deux taches, l'une blanche, à l'extré- 
mité, l'autre noire, placée transversalement à 3 centi- 
mètres de l'extrémité; dessous de la queue grisâtre; la 
gorge et la poitrine gris blanchâtre; ventre et derrière 
d'un beau roux vif. Le tour des yeux du rouge le plus 
brillant; yeux d'un brun clair; bec bleuâtre; pieds bleus. 
Il a de longueur totale 54 centimètres. 

Cet Oiseau , dit d'Orbigny , loin d'être de passage à 
l'île de Cuba, est son habitant le plus fidèle et l'espèce la 
plus connue dans cette île, la plus familière et la plus com- 
mune. Elle fréquente les lieux les plus différents, les bois, 
les savanes cultivées, les arbres et les buissons. On la voit 
d'un vol lent, et qu'embarrasse sa longue queue, passer d'un 
arbre â l'autre, se poser le plus souvent sur les branches 
basses, et, dans un instant, en parcourir toutes les parties, 
en sautant et relevant chaque fois sa queue ; on est même 
étonné qu'elle parcourt ainsi les buissons les plus épais. 
Au milieu de sa course, aperçoit-elle un insecte, elle le 
prend avec adresse; mais avide en même temps des lézards, 
qu'elle préfère aux premiers, et qui sont moins faciles â 



1 Saurothera Merlini. 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



179 



saisir, l'obligeant souvent à les épier avec soin, alors, im- 
mobile, elle suit des yeux les moindres mouvements de sa 
proie, attendant qu'elle arrive à sa portée pour s'en em- 
parer. Au reste, tous ses mouvements sont gracieux, et elle 
relève souvent la tête avec une sorte de fierté. 

Le chant que cet Oiseau profère de préférence, vers le 
soir, s'entend de très loin, et fait retentir les échos d'alen- 
tour; il commence par un son composé et se termine par 
une espèce de cadence prolongée. Quelquefois ce chant res- 
semble à celui du Couroucou Temnure ', et, lorsqu'il ne fait 
pas sa cadence, on pourrait souvent s'y niéprendre. Son 
chant est surtout très fort à l'instant des amours; alors il 
place son nid sur les arbres, à l'enfourchure des grosses 
branches. 

La chair est dure et répand une odeur aussi désagréable 
que celle des Oiseaux de proie, ce qui est sans doute une 
suite de son mode de nourriture, les reptiles communi- 
quant presque toujours cette odeur aux Oiseaux de proie 
qui s'en nourrissent. 

Le fait est donc général pour tous les Taccos. 

Les Taccos dont on a fait le groupe des Géococcyxs ou 
Coucous de terre, ne sont que des Taccos plus marcheurs 
et plus terrestres que les autres : aussi ne les en séparons- 
nous pas. les caractères étant presque en tous points les 
mêmes, sauf la réversibilité facultative, chez ceux-ci. du 
doigt externe antérieur d'arrière en avant. L'espèce type 
est : 

Le Tacco Marcheur 1 . 



La couleur générale du corps est bronzée, tachée de 
blanc et de roux ; la peau nue du tour de l'œil et des côtés 



1 Priotelus Temtiurus. 

2 Geococryx Viaticus. 



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180 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



de la tète est violette, et traversée par une bande longitu- 
dinale d'un bleu très clair; dé chaque coté de l'occiput, la 
peau, sous les plumes, est vivement colorée en rouge 
orangé; sur la tête est une petite huppe de plumes d'un 
bleu foncé qui peuvent se relever; les plumes du dos sont 
bronzées dans la partie centrale et bordées de blanc et de 
roux, surtout autour du cou, ce qui donne au plumage un 
aspect ocellé ; le ventre et les cuisses sont blancs ; les rec- 
trices sont d'un bleu métallique et tachées de blanc à leur 
pointe. Le bec et les pieds sont d'un gris verdâtre. La 
longueur totale de l'Oiseau est de 50 centimètres, sur les- 
quels la queue seule en prend moitié. 

La nature du plumage de ce Tacco est lâche et peu unie; 
les plumes sont en général légèrement décomposées à leurs 
bords et comme usées; celles du ventre sont molles, éga- 
lement décomposées et presque semblables à du duvet. 

Hernandez avait parlé d'un Oiseau, appelé en langue 
mexicaine Hoitlalotl (Oiseau long), habitant, disait-an, 
les parties les plus chaudes du Mexique. Cet oiseau volait 
près du sol, ne faisant que des vols de peu de portée; mais 
il courait avec une telle vitesse qu'il dépassait à la course 
le cheval le plus rapide. Sa chair était peu estimée comme 
nourriture. La longueur du corps était de 6 pouces, et la 
queue d'environ un empan, ou au total d'environ 18 pou- 
ces. La queue avait des reflets pourprés comme ceux du 
Paon. 

On reconnaît aujourd'hui que l'on est plus instruit de ses 
mœurs, et c'est aussi l'avis de M. Gambel, que cet Oiseau 
ne peut être autre que celui dont nous nous occupons. 

Le D r Botta est le premier qui ait attiré l'attention sur 
lui, en 1829, dans un séjour en Californie, où il eut occa- 
sion de l'observer, et où il est connu sous le nom Corrua- 
mino, ou Coureur de grands chemins, quoiqu'il soit aussi 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



181 



répandu au Mexique, où on le nomme Paisano (paysan), 
et où depuis 1847-1849, M. Gambel le rencontra aussi 
parfois sur la route allant du Nouveau-Mexique en Califor- 
nie, et M. G. M'Call dans les Chapparals, ou fourrés 
épineux. 

Il a, dit le D 1 ' Botta, le vol très faible, comme on en peut 
juger par la petitesse de ses ailes; au contraire, il court 
avec beaucoup de rapidité, en portant sa queue relevée, ce 
qui lui donne un aspect extraordinaire; ce n'est que lors- 
qu'il rencontre un obstacle dans sa marche, tel qu'un ra- 
vin ou un buisson, qu'il fait momentanément usage de ses 
ailes pour s'élancer au-dessus; au delà, il recommence à 
courir. La faiblesse de son vol fait que, lorsqu'on le ren- 
contre dans un endroit découvert, on peut le prendre vi- 
vant, soit à pied, soit à cheval. La vitesse de sa course, 
d'après M. Gambel, est même proverbiale, et un sujet 
d'étonnement pour tous ceux qui le voient, et le fait est,, 
dit-il, que, dans beaucoup de lieux, les Mexicains s'amu- 
sent à le chasser à cheval. 

Il se tient ordinairement dans les lieux secs, couverts 
de broussailles, sous lesquelles il aime à se cacher, et parmi 
lesquelles il disparait promptement dès qu'il aperçoit le 
moindre danger. Il ne se perche jamais, et on ne le ren- 
contre pas dans les bois. Il se nourrit d'insectes, de lima- 
çons, de petits reptiles, de petits Oiseaux, et même de pe- 
tits mammifères, tels que des écureuils; du moins Botta en 
a-t-il toujours trouvé des débris dans l'estomac de ceux 
de ces Oiseaux qu'il a disséqués : ce qui établit le plus 
grand rapport entre eux et le Tacco de la Guyane. 

M. Gambel a trouvé, dans l'estomac de ces Oiseaux, 
qu'il a ouvert, en Californie, entre autres substances, neuf 
très grosses cigales, et, à sa grande surprise, un lézard en- 
tier d'une assez grande dimension. M. M'Call dit qu'il 







182 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 






prend les limaçons sur le sol, ou les enlève de dessus la 
basse branche d'un buisson; et, comme il s'éloigne rare- 
ment de sa demeure, il porte sa proie dans un lieu spécial, 
où il brise la coquille avec son bec et où il dévore le mol- 
lusque. On trouve souvent des amas de ces coquilles, qui 
suffiraient à remplir à moitié un chapeau. 

Les Californiens ont raconté à M. Gambel que ces Oi- 
seaux avaient, pour tous les serpents, un moyen qui, s'il 
est vrai, est assez remarquable; lorsqu'ils trouvent un ser- 
pent replié sur lui-même et endormi, ils l'entourent de 
joints d'un cactus à tète ronde, ayant de longues épines 
barbelées et pénétrantes, qui est si commun en beaucoup 
d'endroits; puis ils en font retomber un sur les replis du 
reptile, qui, en se déroulant, se déchire tout le corps, et 
meurt bientôt. 

La seule particularité anatomique que présente notre 
Tacco Marcheur, est un troisième cœcum au milieu de 
l'intestin, outre deux autres très longs à l'extrémité, ca- 
ractère qui ne se retrouve ordinairement que dans les 
Echassiers, dont la nourriture est la même; et il n'est pas 
douteux qu'il ne soit commun à tous les Coucous Taccos. 

Une étude plus minutieusement faite, dans les mêmes 
lieux, par M. George M'Call, et publiée en 1846, est ve- 
nue modifier, en leurs points les plus essentiels, les obser- 
vations premières de Botta, et compléter en même temps 
celles de M. Gambel. 

Ainsi M. M'Call fait judicieusement remarquer d'abord 
que, quoique les doigts de cet Oiseau soient disposés, 
comme chez tous les Zygodactyles, par couples opposés, le 
doigt extérieur de derrière étant cependant réversible et 
d'une grande flexibilité, il se trouvait convenablement dis- 
posé, dans l'une ou l'autre direction, soit pour grimper, 
soit pour percher, soit pour marcher sur le sol. Ainsi, il se 



.ES COUCOUS FAUX PARASITES. 



183 



précipite parfois à terre avec des sautillements irréguliers, 
mais vigoureux; et ensuite, lorsque le doigt extérieur est 
rejeté en avant, il court aisément, et avec une telle vitesse, 
qu'il peut toujours, dans les fourrés, échapper à un chien 
sans prendre le vol. 

Quant à l'aptitude de ce Tacco à voler, ce voyageur a 
observé que. quoique demeurant principalement sur la terre, 
il est prompt et habile à saisir sa proie dans l'air; alors 
ses mouvements sont pleins d'animation : s'élançant du 
sol par une vive impulsion, jusqu'à une hauteur de 2 à 
3 mètres, on voit, pendant un temps appréciable, ses ailes 
et sa queue déployées, et l'on entend le claquement de 
son bec lorsqu'il saisit sa proie, puis il retombe subitement 
à l'endroit d'où il s'est enlevé. Là il se tient debout pen- 
dant une minute, les jambes écartées et la queue jetée de 
côté, avec une singulière expression de triomphe sauvage 
dans sa pose, avant de courir sous l'épais Chapparal. 
M. M'Call crut d'abord, comme c'est la croyance géné- 
rale chez les Mexicains, que sa puissance de vol était fort 
limitée; mais il vit au contraire que si l'Oiseau se trouve 
tout à coup effrayé ou surpris dans un terrain découvert, 
il s'enlève d'un mouvement vif et léger, et continue son 
vol au-dessus des buissons, pendant une centaine de mè- 
tres, avec une aisance qui semble indiquer la faculté de 
soutenir un plus long vol. 

Enfin, quoique aimant l'ombre et la solitude, il grim- 
pera le matin de bonne heure au sommet d'une branche 
droite et sans feuillage, afin de s'y percher et de jouir des 
premiers rayons du soleil 1 . 

Depuis ces intéressantes communications, M. Dres- 
ser, qui a rencontré et étudié ce Tacco dans le Texas 



Ibis. 







184 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



du Sud, a fait connaître, en 1865, son mode de nidifi- 
cation. 

D'après lui, le Tacco Marcheur, ou de la Californie, 
abonde dans toute la contrée Mezquite, et encore plus par- 
ticulièrement près du Rio-Grande. Aux mois d'avril et de 
mai, il trouva des œufs de cet Oiseau près de San Anto- 
nio ; et des Vaqueros lui en apportèrent aussi tard que le 
23 septembre. Il fait un nid grossier avec de petites bran- 
ches de mezquites, qu'il place généralement à quelque 
hauteur du sol sur une branche, soit dans le creux d'un 
mezquite ou d'un chêne, et y dépose deux à quatre œufs 
d'un blanc pur. 

Les Mexicains élèvent souvent cet Oiseau à l'état demi 
domestique, afin de l'avoir sous la main, pour le tuer en 
cas de mauvaise santé chez eux ou les personnes de leur 
maison, persuadés qu'ils sont fermement que sa chair est 
un remède infaillible contre plusieurs maladies. 

D'autre part, M. Gambel a entendu dire qu'on l'avait 
apprivoisé à Chihuahuo et dans d'autres lieux, et qu'on le 
gardait dans les maisons pour détruire les vermines, 
telles que les scolopendres, les scorpions, les lézards, etc., 
qui y sont si communs. 

M. Dresser aussi a sérieusement essayé d'en apprivoiser 
un, dont il parle en ces termes : 

« J'en avais un à Matamoras, dit-il, qui devint d'abord 
très apprivoisé, mais à la fin tellement méchant qu'il me 
fût impossible de le conserver. Il volait et cachait tout ce 
qu'il pouvait emporter, déchirait surtout les lettres, ren- 
versait l'encrier, etc. Je ne le tenais jamais en cage, ni 
attaché, et quoiqu'il fit de fréquentes visites aux voisins, 
il revenait toujours cependant avant la nuit. Je le nourris- 
sais de viande crue, ou avec des lézards, quand je pouvais 
m'en procurer. Je n'ai jamais vu de Taccos sauvages au 



I,ES COUCOUS FAUX PARASITES. 



185 



vol, mais je les ai chassés, et je puis témoigner de leur 
grande vitesse à la course. Jack, mon Oiseau apprivoisé, 
volait avec facilité, et aimait à se percher sur le toit de la 
maison. Il avait une antipathie étrange pour un Perroquet, 
apprivoisé aussi, que j'eus quelque temps; et lorsque je 
laissais ce dernier sortir de sa cage, il battait des ailes, 
entrait dans une véritable rage, et s'en allait enfin chez 
quelque voisin, ou montait sur le toit 1 . » 

Le Tacco Marcheur, d'après les indications exactes de 
M. M'Call, se trouve donc répandu dans le Texas, depuis 
la rivière Nueces jusqu'au Rio-Grande, et au Mexique, au 
moins du bord de la mer jusqu'à la Sierra Madré; et, 
comme il habite le Chapparal, ou la région du Fourré 
épineux, il s'aventure rarement loin au delà de ces 

limites. 

D'où il suit qu'on peut considérer aujourd'hui l'histoire 
de ce Tacco comme complètement élucidée. Mais au bout 
de quel temps? de 1829 à 18G5! après trente-six ans, en 
mettant de coté le peu bien problématique qu'en a dit Har- 
nandez. Il n'y a plus à s'étonner d'après cela, nous 
l'avons répété assez souvent, que l'histoire naturelle pro- 
prement dite des Oiseaux progresse si lentement. De là né- 
cessité de n'en reprendre et n'en refaire la biographie qu'à 
de longs intervalles. 

Nous mentionnerons encore une espèce, que le D r Hart- 
laub, dont elle porte le nom, a fait connaître, parce 
qu'elle a été l'objet d'intéressantes observations de la part 
de M. Salvin : 

i « Ibis. » 



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186 HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 

Le Tacco de Hartlavb' 1 . 

Il a la tète, dont les plumes se relèvent en forme de 
huppe, d'un roux noirâtre agréablement rehaussé par une 
tache blanche ronde, qui termine chacune d'elles; le des- 
sus du corps et les deux rectrices médianes sont d'un brun 
uniforme à reflets de cuir; les scapulaires et les rémiges 
secondaires, brunes au centre et bordées extérieurement 
de blanc dans toute leur longueur; les grandes couver- 
tures des ailes, brunes sur. toute leur page interne et blan- 
ches dans toute l'étendue de leur page externe; les ré- 
miges primaires, noires, avec un miroir blanc vers le mi- 
lieu de leur longueur; toutes les rectrices portent une fine 
bordure blanche dans tout le développement de leur page 
externe; les cotés de la gorge et du cou sont finement 
flammèches de brun noir sur fond ventre de biche, qui fait 
la couleur uniforme et sans tache et des flancs et de tout 
le dessous du corps; le menton et la gorge seuls sont 
blancs. Le bec est couleur de corne bleuâtre en dessus et 
d'un Jaune brunâtre en dessous; l'iris est d'un noisette 
doré; la peau qui entoure l'œil, d'un beau rouge orangé- 
les pieds sont d'un gris pâle et les ongles noirs. L'Oiseau' 
beaucoup plus petit que le précédent, auquel il ressemble 
beaucoup, ne mesure que 36 à 38 centimètres, dont 16 
pour la queue, qui se trouve ainsi plus longue que chez le 
Tacco Marcheur. 

Le mode de progression des Taccos, en général, a été 
très bien décrit par M. Salvin, d'après le Tacco de Hart- 
laub, qu'il a observé dans le Guatemala : 

« La manière de courir de ce Tacco rappelle beaucoup, 



1 G'oror-cyx Aftini 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



187 



dit-il celle de la grande espèce de lézard nommée Iguana 
à Guatemala, ou Iguane. 11 passe rapidement au travers de 
la route, comme le fait ce lézard; d'abord regardant au 
dehors du taillis avant de s'y élancer, et «'arrêtant de 
temps à autre avant de s'y plonger de nouveau, pour se 
mettre définitivement en observation. Il n'est, du reste, 
nullement craintif, restant tout à fait au repos à côté d'un 
sentier, vous regardant avec une sorte d'étonnement et de 
curiosité, comme s'il n'avait jamais vu d'hommes 1 . » 

Il résulte des détails dans lesquels nous venons d'entrer 
sur les mœurs de ces Coucous Taccos ou Saurothères, que 
c'est avec infiniment de raison que le baron delà Fresnaye 
a pu dire, après Bufibn ou plutôt après le chevalier Des- 
hayes, que ces Oiseaux, grands mangeurs de reptiles, de 
couleuvres et de lézards, ainsi que de mollusques, ont cer- 
tainement mission d'en diminuer la trop grande multipli- 
cation sur le sol américain , et particulièrement dans les 
lies, où ils deviendraient plus nuisibles qu'ailleurs. Ils 
sont marcheurs et faibles voiliers, ce qui suffit à leur 
chasse; il n'est donc pas étonnant que le Créateur ait mul- 
tiplié les espèces stationnâmes de ce groupe reptilivore, de 
manière à ce que la plupart des grandes Iles, ou réunion 
d'iles américaines, en ait eu en quelque sorte une qui lui 
soit particulière. 

Sous le rapport des mêmes services, les Couas , les Mal- 
cohas et les Coucals, qui composent les trois sous-familles 
suivantes, peuvent bien être considérés, sauf quelques 
modifications organiques, pour les véritables représen- 
tants des Taccos dans l'Ancien-Monde. 



Ibis. » 



188 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



6° SOUS-FAMILLE. 

LES COUAS 1 . 



Tous exclusivement de l'Ancien-Monde, ils se trouvent 
dans l'Afrique orientale et à Madagascar. On n'en compte 
que six espèces, dont deux seules connues de Buffon et de 
Linné. 

Us ont pour caractères : le bec généralement élevé à la 
base, arqué au sommet et très comprimé sur les cotés jus- 
qu'à la pointe, qui est entière; les narines basales, de 
forme ordinairement linéaire, et en partie munies d'un 
, opercule; les ailes, le plus souvent médiocres, assez arron- 
dies; la queue longue et graduée; les tarses allongés et 
recouverts de larges écailles; les doigts inégaux. 

^ Les Couas, en effet, se distinguent au premier coup 
d'œil, dit Levaillant, des Coucous proprement dits par 
les tarses, qu'ils ont plus allongés que dans ces derniers; 
ils ont aussi les doigts plus forts, plus longs, mais les 
ailes plus courtes, celles-ci étant coupées différemment 
qu'elles ne le sont chez ces derniers, qui, comme nous 
l'avons vu, les ont longues et pointues, c'est-à-dire que les 
pennes en sont décroissantes successivement, depuis la 
première, qui est la plus longue, jusqu'à la dernière, qui 
est la plus courte. Chez les Couas, au contraire, les pennes 
du milieu des ailes sont un peu plus longues que les pre- 
mières et que les dernières, de sorte qu'en les déployant, ces 

1 Coicaïnœ. 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



189 



Oiseaux décrivent avec leurs ailes une portion de cercle. 
Cette conformation des ailes, chez les Couas, est la même 
que chez les Pies, Oiseaux pour lesquels on prendrait tous 
les Couas, s'ils n'eu différaient par leurs doigts, disposés 
deux à deux par paires, comme ceux de tous les Coucous. 

Le corps est robuste, le sternum court, moins cependant 
que celui de ces derniers. En outre, ils se remarquent par 
un plumage sec, rigide, orné cependant de couleurs métal- 
lisées, peu nuancées et un peu crues. 

Leur voix est forte et sonore et non triste et plaintive, 
comme l'est en général celle des Coucous. Ils nichent dans 
des trous d'arbres, couvent eux-mêmes leurs œufs et 
élèvent leurs petits. Ils se plaisent dans les forets, plus 
rarement dans les bosquets qui avoisinent les habitations, 
dans les fourrés épais, où ils cherchent les insectes, les 
fruits, les reptiles dont ils se nourrissent, ainsi que les 
mollusques terrestres, principalement à coquilles, appe- 
lés Agathines, dont ils sont très friands. 

Il est deux espèces de ces Couas sur lesquelles, sans 
avoir fait une étude bien approfondie de leurs mœurs, Le- 
vaillant a consigné quelques remarques intéressantes : 



i H 



Le Cou a Huppé 1 . 



Il est plus fort de taille que notre Coucou d'Europe. 11 
porte sur la tète une huppe composée de plumes déliées qui 
se rabattent par derrière, et que l'Oiseau gonfle et hé- 
risse lorsqu'il est animé par quelque passion ; on le voit 
aussi, dans ces moments, étaler sa belle queue largement 
barbée, légèrement étagée, et qu'il ramène sur son dos. 
Toute la tête, y compris la huppe, le derrière du cou, le 



1 Coua Cristatus. 



a 




190 



HISTOIRE NATURELLE LIES COUCOUS. 



manteau, les couvertures des ailes, le dos, le crou- 
pion et les couvertures du dessus de l'Oiseau sont d'un 
joli gris glacé de vert d'eau, de sorte que ces plumes 
paraissent ou plus vertes ou plus grises, suivant les 
incidences de la lumière; la gorge et le devant du cou 
sont d'un gris vert beaucoup plus clair que celui des 
autres parties, et qui se charge toujours d'une teinte de 
roux vineux à mesure qu'il descend sur la poitrine, où 
cette teinte est plus foncée; le reste du dessous de 
l'Oiseau est d'un blanc gris; les pennes des ailes sont 
d'un violâtre glacé de vert, ainsi que celles de la queue, 
dont les latérales sont largement terminées de blanc. 
Les yeux sont rougeàtres, le bec, les pieds et les ongles 
noirs. 

Levaillant rapporte avoir trouvé une nichée de ce Coua 
dans un grand trou sur la tête d'un tronc d'arbre cassé et 
creusé par les eaux. 

« 11 y avait, dit-il, quatre petits d'éclos. Quelques dé- 
bris de coquilles, que nous aperçûmes au pied de l'arbre, 
nous 'firent voir une couleur gris de lin. J'avais pris les 
quatre petits, que je voulais élever; mais, n'acceptant 
rien de ce que nous leur présentions, ils moururent le se- 
cond jour. Ils étaient couverts d'un duvet gris roux; les 
pennes de leurs ailes et de leur queue, qui a déjà un pouce 
à peu près de longueur, étaient d'un joli vert de mer 
glacé; leurs yeux étaient gris brun; leur bec, aussi 
brun, était, dans toute sa base, entouré d'un bourrelet 
jaune. 

La seconde est : 



LKS COUCOUS FAUX PARASITES*. 



191 



Le Coua Tait-Sou ou Bleu 1 . 



Il est remarquable par l'élégance de ses formes et par la 
beauté de sou plumage, qui est entièrement d'un riche 
bleu, verdissant sous certains aspects, et relevé par de 
belles nuances violettes, qui s'annoncent avec plus d'éclat 
sur les ailes, et plus encore sur la queue; celle-ci, de la 
longueur du corps, est légèrement étagée, et à pennes lar- 
gement barbées, ce qui lui donne une belle ampleur, que 
l'Oiseau augmente encore par l'habitude qu'il a, comme le 
Coua Huppé, dans les moments d'action, de l'étaler; il la 
tient à moitié soulevée en même temps qu'il rabat ses ailes 
déployées, et qu'il enfle le plumage de sa tète de manière 
à faire croire qu'il est coiffé d'une huppe. Les veux, dont 
le tour est nu, sont d'un beau rouge; le bec et les pieds 
sont noirs. 

Cet Oiseau habite les grandes forêts du pays des Cafres. 
Il se perche sur la cime des plus hauts arbres, d'où on 
entend le mâle faire un roucoulement, qui le trahit en le 
faisant découvrir aux chasseurs. Il se nourrit, selon Le- 
vaillant, de fruits, ce qui mérite confirmation, d'après les 
habitudes communes aux autres espèces. 

Ne perdant pas de vue les habitudes de parasitisme de 
la plupart des Coucous, Levaillant ajoute (et c'est ici que 
vient se placer cette observation si importante et si tar- 
dive dont nous parlions plus haut) : 

« Pour n'avoir pas trouvé les œufs du Tait -Sou. je n'en 
suis pas moins sur qu'ils sont couvés non seulement par la 
femelle de l'espèce, mais même par le mâle, ainsi que je 
l'ai très bien remarqué à l'état de la peau épaisse et ridée 






■U 



1 Coua Cœruleus. 



192 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



du ventre de ce dernier. Les traces de l'incubation de cette 
partie ne s'effacent qu'à la longue chez les Oiseaux qui 
remplissent cette fonction; elles ne disparaissent même que 
quelque temps après la mue, car il faut qu'ils refassent 
leur peau partout où elle a touché aux œufs. Rien n'est 
donc si aisé que de vérifier si un Oiseau a couvé ou non 
dans la saison où, dans chaque pays, tous les autres cou- 
vent. » 

L'espèce sur laquelle on possède le plus de détails, au 
sujet de la manière de vivre, seulement par suite des ob- 
servations qu'en a faites, à Madagascar, où elle est com- 
mune, le D r Ackermann, de la Marine Française, est : 

Le Coua de Delalande 1 . 



■ 
I 



Ce n'est pas qu'il ait rien de remarquable dans sa pa- 
rure. Son plumage, d'un noir métallique sur toute la par- 
tie supérieure du corps, blanc à la gorge et à la poitrine, 
est d'un roux clair à l'abdomen. 

Ses yeux, d'un brun foncé, sont vifs. Sa longue queue 
étagée, du même noir bleuâtre que le dessus du corps, sou- 
vent en mouvement, comme celle de la Pie, donne à cet 
Oiseau un air de vivacité et d'impatience que caractérise 
encore sa marche saccadée, en sautant fréquemment des 
deux pattes à la fois. 

Il va ainsi dans les bois, de branche en branche, de ro- 
che en roche, pour rechercher les Agathines. Lorsqu'il en a 
trouvé une, dit, en 1840, M. Ackermann, quelle qu'en soit 
la grosseur, il l'emporte près d'une grosse pierre, sur la- 
quelle il monte, en tenant, avec le bout de son bec, la co- 
quille par le bout de son ouverture ; il frappe avec sur la 



1 Coua Delaiandi 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



193 



pierre, en tournant et levant la tète tantôt à droite tantôt 
à gauche; lorsque, par le bruit du choc, il reconnaît que la 
coquille est cassée, il met une patte dessus, et, à l'aide de 
son bec, il retire le mollusque, qu'il avale aussitôt. Si l'ou- 
verture n'est pas assez grande pour laisser passer entier 
le corps de la limace, le Coua frappe de nouveau jusqu'à 
ce que la coquille soit suffisamment brisée. 

C'est de cette habitude, plus prononcée chez lui que 
chez les autres Couas, qu'il a reçu des Malgaches le nom 
local de Famac-Acora (Hache-Escargot ou Casseur d'Es- 
cargots). 

L'exemple suivant fera connaître jusqu'à quel point cet 
Oiseau est friand d'Agathines : 

Le D r Ackerman possédait un de ces Couas depuis quel- 
ques mois, dans une grande volière, où il vivait en bonne 
intelligence avec les autres Oiseaux et était devenu presque 
familier. Il distinguait assez bien la voix de son maitre 
pour venir lorsque celui-ci l'appelait : si, à travers le gril- 
lage, on lui montrait une agathine, il voltigeait dans tous 
les sens et chantait comme dans les bois. Après lui avoir 
bien fait désirer le mollusque, on le lui donnait, et alors il 
se promenait en le tenant au bec, proférait des cris plu- 
sieurs fois de suite, après quoi il brisait la coquille. En 
mangeant le mollusque, il chantait encore un pou, et, lors- 
qu'il n'avait plus rien, il vouait voir à travers les gril- 
lages si l'on n'en n'avait pas d'autres à lui donner. Mais il 
avait bien soin d'essuyer son bec chaque fois qu'il était sali 
par la matière gluante que rendait l'agathine. 

Tous, à divers degrés, ont les mêmes habitudes, y com- 
pris l'espèce suivante, découverte au cap Sainte-Marie de 
Madagascar par M. Grandidier, qui l'a dédiée, en 1SG7, à 
J. Verreaux : 



l 






1 






H 



13 




194 HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 

Le Coua de VerreauxK 

C'est le plus élégant de tous les Couas. Il porte une 
huppe d'un gris cendré à la base, d'un gris noir à reflets 
métalliques au sommet; les parties supérieures sont d'un 
cendré verdâtre; les rémiges d'un vert doré et les rectrices 
bleues; la gorge et la poitrine sont grises; l'abdomen et 
les sous-caudales blanchâtres; l'iris est rouge; les tarses 
sont noirs. Il a de longueur totale 34 centimètres. 

M. Grandidier a trouvé dans l'estomac des individus de 
cette espèce qu'il a observés, des élythres de coléoptères, 
des sauterelles, et presque toujours une masse gélatineuse 
fétide, provenant des mollusques, dont ils aiment à se 
nourrir. 

Le vol de ces Couas est médiocre; mais leurs mouve- 
ments sur les arbres, q'ue beaucoup d'entre eux ne quittent 
guère, sont vifs et agiles. La plupart vivent effectivement 
dans les bois, sur les arbres, où on les voit sauter de 
branche en branche, à la recherche d'insectes et de co- 
quilles terrestres. 

Quelques espèces cependant, observe M. Grandidier, se 
tiennent presque toujours à terre, où ils courent sous bois 
avec une grande rapidité. Tels sont le Coua Coureur 2 , le 
Coua de Coquerel 3 . 

Telle est encore la plus grande de toutes les espèces, 
que nous allons aussi décrire. 






1 Coua Verreauxii. 
1 Coua Cursor. 
3 Coua Coqucrcli. 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



195 



Le Coua Yerddtre ou de Madagascar 1 . 

Il a sur la tète un espace légèrement sillonné, peint en 
bleu et environné d'un cercle de plumes d'un beau noir; 
le dessus du corps est d'un olivâtre foncé, varié d'ondes 
brunes et sombres; quelques-unes des plumes de la queue 
sont terminées de blanc; la gorge est d'un olivâtre clair 
nuancé de jaune; la poitrine et le haut du ventre sont 
fauves; le bas-ventre et les couvertures inférieures de la 
queue, bruns. Le bec, dont la base est garnie de quelques 
poils, est noir; l'intérieur est également noir, ainsi que la 
langue, qui est un peu fourchue; l'iris est rougeàtre ou 
orangé; les jambes sont d'un gris vineux. 11 n'a pas 
moins de 58 à 60 centimètres de longueur totale. 

D'après M. Grandidier, les Couas, à l'exception du beau 
Coua de Reynaud 2 , que Pucheran a fait connaître en 
1845, ne présentent aucune différence de plumage dans les 
deux sexes. 

Il en est à peu près de même chez les espèces de la sous- 
famille suivante. 



1 Coua Madagascaricnsis. 
» Coua Reynaudi. 




190 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS.' 



7» SOUS-FAMILLE. 



LES MALCOHAS 



■ 



Les Malcohas sont de grands Coucous des Indes, d'un 
plumage généralement brillant. On en compte quinze 
espèces, dont aucune n'a été connue ni de Linné, ni de 
Buffon. Nous avons le regret d'avouer que ce sont 
ceux sur les habitudes desquels on possède le moins de 
détails. 

Si cette sous-famille est restreinte, elle n'en est pas 
moins la plus disparate de toutes celles que nous venons 
de parcourir; il est même permis de dire qu'on a en fait 
l'exsutoire de tous les types que leurs caractères semblent 
éloigner des autres sous-familles. Aussi ne faut-il pas 
s'étonner que l'on ait constitué jusqu'à sept groupes pour 
ces quinze, espèces. Les Phœnicophées, ou Malcohas pro- 
prement dits, les Alectrops, les Zanclostomes, les Dasylo- 
phes, les Rhinorthes, ou Boubous, et les Carpococcyxs. 

Dans le groupe des Malcohas proprement dits, le bec est 
recourbé, convexe, à pointes assez vives, à bords lisses, 
légèrement comprimé sur les côtés; la mandibule infé- 
rieure plus comprimée, pliée à l'extrémité et à bords éga- 
lement lisses et membraneux. Les narines sont percées en 
fissure, formant un demi-cercle sur le côté de la, mandibule 
supérieure et sur le rebord des plumes du front. Les ailes 
sont courtes, épaisses et dépassent à peine le croupion; 



Plioiaicophœinœ. 






LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



197 



elles sont concaves en dedans, un peu roulées sur leur 
bord, ce qui doit rendre le vol lourd. La queue est tou- 
jours longue avec rectrices arrondies à l'extrémité, et 
jouissant d'une certaine rigidité. Les tarses sont courts, 
presque de la longueur du doigt externe antérieur, garnis 
de scutelles larges et minces; les jambes sont garnies de 
plumes tibiales allongées recouvrant le haut du tarse; le 
pouce est très petit, court; les ongles sont recourbés, peu 
robustes, comprimés et acérés. 

Les orbites et une portion de la joue sont nus et recou- 
verts d'une peau mamelonnée comme celle des Faisans. 
Les plumes de la tête sont parfois étroites, lancéolées 
et un peu raides; toutes celles du corps sont douces, à 
barbes lâches et métallisées. Tous ont le bec diversement 
coloré, et se nourrissent de baies et de fruits. 

Nous citerons : 





Le Malcolia à Bec rouge 1 . 



D'un vert bronzé vif en dessus; en dessous d'un rouge 
marron; parties latérales du cou d'un noir plombé; queue 
du même vert que le dos, jusqu'à la première moitié de sa 
longueur seulement, brun marron dans le surplus jusqu'à 
la pointe. La mandibule supérieure verte, ayant une 
bande noire à sa base et autour des narines; l'inférieure 
rouge. Une ligne étroite et blanche entoure la région nue 
de la face. 

Les Malcohas, dont les habitudes sont restées ignorées, 
même du temps de Lesson, passaient jusqu'alors pour se 
nourrir exclusivement de baies et de fruits, et pour se te- 
nir toujours cachés au milieu clés forêts, où ils vivent. Ce- 




1 Phœnirophœus Ery.fhrognathus. 



198 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



pendant J. Verreaux nous apprend que ceux d'Afrique, et 
notamment le Malcoha à bec jaune 1 , chassent de préfé- 
rence les larves et les insectes mous, que ce dernier cherche 
sur les arbres de moyenne taille. Cette espèce ne se trouve 
que par couple, et se retire dans les grands bois par les 
fortes chaleurs. Elle parait muette, ou du moins silen- 
cieuse; car il n'est jamais arrivé à ce voyageur de lui en- 
tendre faire le moindre bruit, son vol même étant excessi- 
vement léger. 

Quant au Malcoha à bec rouge, qui se trouve aussi à 
Bornéo, il fréquente d'autres lieux, et se trouve, d'après 
M. Mottley , dans les fourrés secs et sablonneux , se ca- 
chant au milieu des broussailles, comme nous le verrons 
faire aux Coucals, et volant à peu de distance lorsqu'il est 
dérangé. Son chant est un jacassement enroué, ressemblant 
assez à celui de la Pie. 

Nous avons figuré, dans le temps, une espèce de Suma- 
tra, que Lesson avait dédiée au voyageur français Diard. 
C'est : 

Le Malcoha de Sumatra". 

Il est en dessus d'un vert à reflets de cuivre; la tète et la 
poitrine sont d'un gris ardoisé ; l'abdomen et les couver- 
tures inférieures de la queue d'un roux marron; chacune 
des rectrices de même couleur que le manteau a sa pointe 
blanche. 

Une des plus curieuses espèces est : 



1 Zanclostomus Flavirostris. 

» Zanclostomus Sumatranus {\c. ornith., pi. X). 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



Le Malcoha de Cumminff' 



199 



Avec un bec proportionnellement moins long et par 
conséquent moins bombé, il a la tête ornée de plumes 
écailleuses, et comme recoquillées et frisées, formant un 
bandeau ou une huppe continue depuis son front jusqu'à 
la nuque, et parfois même se reproduisant en façon de 
barbe sous le menton et la gorge ; ces plumes, qui sont 
blanches et à rachis noir, représentent par leur extrémité 
une véritable palette de corne, phénomène spécial dont 
nous avons déjà parlé dans nos généralités, et dont nous 
avons montré depuis des exemples dans d'autres familles, 
telles que les Ibis et les Gallinacés, et que nous rencontre- 
rons encore dans d'autres par la suite. 

Son plumage est d'un vert noir à reflets bronzés en 
dessus, et d'un beau roux en dessous; les côtés de la tète 
sont blancs, et chaque rectrice est terminée par une pointe 
blanche. 

Deux ou trois autres espèces sont également remarqua- 
bles, telles sont : 




Le Malcoha à tête muge'' 



Il a le sommet de la tête et les parties dénudées des 
joues d'un rouge de feu encadré d'un liséré blanc. L'occi- 
put et le dessus du cou, le dos, les ailes et la queue sont 
d'un noir nuancé d'un peu de vert ; les rectrices sont ter- 
minées de blanc, la poitrine et le ventre blancs. Sa lon- 
gueur totale est de 40 centimètres. Il habite l'île de Ceylan 
et le Bengale. 




1 Basylophus Cumingii. 

! Phœnicophœus Pyi-rhocephalus. 






200 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



Le Malcoha à Sourcils rouges ' 






Le nu du pourtour des yeux jaune. Sa particularité est 
d'avoir les sourcils surmontés, à partir de l'angle interne 
de l'œil, de plumes étroites, sétiformes, véritables soies 
ou poils allongés, d'un beau rouge de feu, s'étendant en 
forme de longues aigrettes jusque derrière la nuque. Cet 
ornement rouge ressort d'autant plus que son plumage est 
noir, à reflets violets ou bleuâtres en dessus; le dessous 
est d'un blanc sale ou d'un noir fulgineux; l'extrémité api- 
cale des rectrices est blanche, le bec est vert, noirâtre à la 
mandibule supérieure, blanchâtre à l'inférieure; les pieds 
sont jaunes. La longueur totale est de 38 centimètres. Il 
est des Philippines. 

En résumé, à part leur bec, un peu volumineux, les Oi- 
seaux de ce groupe de Coucous sont des plus élégants de 
formes. 

Il n'en est pas de même de ceux de la sous-famille qui 
suit. 



1 Dasylophus Superciliosus. 






LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



201 



8° SOUS-FAMILLE. 



LES COUROLS 






Nous comprenons sous cette dénomination trois types 
d'Oiseaux zygodactyles, que l'on a l'habitude de réunir 
aux Coucous, et dont on a fait les éléments de trois groupes, 
sous les noms de Leptosome, de Calobate ou Carpococcyx, 
c'est-à-dire Coucou Mangeur de fruits, et de Boubou ou 
Rhynortïie, l'un de Madagascar, les deux autres de 
l'Océanie, ne différant entre eux que par l'absence ou la 
présence d'une nudité à l'œil. Le nom générique français 
est celui donné à l'espèce typique par Levaillant, d'après 
les rapports qu'il lui trouvait avec les Rolles ou Rolliers et 
les Coucous. 

Le bec est un peu plus long que la tète, robuste, com- 
primé latéralement, un peu trigone, à dos étroit et légère- 
ment comprimé, sans arête, à bords mandibulaires droits; 
la mandibule supérieure crochue et échancrée à la pointe; 
les narines sont oblongues, à bords saillants, en scissure 
plus ou moins oblique; les ailes sont allongées et surai- 
guës pour le groupe Malgache, et au contraire médiocres, 
arrondies et surobtuses pour les groupes Océaniens; la 
queue est longue, égale, chez le premier, étagée chez les 
seconds; les tarses sont plus ou moins longs, les doigts 
courts, les deux antérieurs soudés dans leur première arti- 
culation chez celui-là, disjoints et séparés chez ceux-ci. 



?m 



1 Leptosom idœ. 



202 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



Le Courol Vert l . 



i I 



Il porte une calotte brune avec des reflets sur l'occiput; 
un trait noir s'étend de la commissure de la bouche à l'œil; 
les joues, la gorge et le cou entier, jusqu'au haut de là 
poitrine, sont d'un gris ardoisé tendre; la poitrine, le 
ventre et les couvertures inférieures d'un blanc plus ou 
moins mêlé de gris clair; le dos est d'un vert glacé, teinté 
de cuivre de rosette, qui s'étend sur les moyennes ré- 
miges; les grandes sont d'un noir verdàtre. Il a le bec 
noir et les pieds couleur de chair. Sa longueur, totale est 
de 47 centimètres. 

Le Courol semble, par son port, par ses habitudes, par 
son vol, et même par toutes ses formes, si l'on en ex- 
cepte celle de ses doigts, se rapprocher du groupe des 
Rolliers ou de celui des Geais, tandis que par ses pieds 
il tient, sinon de préférence des Coucous , du moins de tous 
>s zygodactyles; c'est-à-dire qu'ayant les doigts plus 
forts, les tarses plus longs et plus robustes que les Cou- 
cous proprement dits, il participe moins d'eux que des 
Coucals dont nous les rapprochons. Il a enfin d'autant 
moins d'analogie avec les vrais Coucous qu'il ne se repose 
pas, ainsi que font ces derniers, sur les autres Oiseaux, 
du soin de couver ses œufs et d'élever ses petits. Il est ce- 
pendant loin d'être frugivore, puisque l'on a trouvé dans 
son estomac des débris de mantes, de sauterelles et de ci- 
gales. 

Ajoutons que ses caractères anatomiques sont aussi * 
incertains que ses caractères organiques extérieurs. Ainsi, 
inspection faite du sternum de ce singulier Oiseau, qui 



Leptosomus A fer. 



uni 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



203 



fleure dans la collection de M. A. Newton, M. Sclater 
avoue que, si son appareil n'offre aucune ressemblance 
très exacte avec celui des Rolles et des Rolliers, on ne voit 
pas qu'il se rapproche davantage, sous aucun rapport, de 
celui des Coucous. 

Quant à ses habitudes, M. Grandidier nous fait con- 
naître, en 1867, que les individus de cette espèce vi- 
vent en bandes de quinze ou vingt sur la lisière des bois, 
ce qui rappelle plus les Rolliers que les Coucous. Il ajoute 
que, dès qu'on abat un de ces Oiseaux d'un coup de fusil, 
tous les autres se posent à peu de distance, ou planent au- 
dessus du chasseur; de sorte qu'on peut quelquefois en 
tuer jusqu'à dix en moins d'un quart d'heure. Le cri est 
triste, d'où, selon ce voyageur, le nom imitatif de Tréo- 
Tréo, que leur donnent les Sakalaves. 

Une autre espèce, dont a fait le type unique d'un petit 
groupe, sous le nom de Calobates, à cause de ses habitudes 
de marcheur, est le Courol ou Calobate rayé 1 , que nous 
nous bornons à mentionner. 

Il occupe, dans la sous-famille des Courols, la place des 
Géococcyxs dans la sous-famille des Taccos. Comme ces 
derniers, il se tient constamment à terre, où il guette les 
vers, et fuit le danger par une course sautillante très ra- 
pide, sans jamais se tenir sur les arbres. C'est ce que con- 
firme M. Wallace, qui l'a observé à l'île de Bourou. 

Une troisième espèce, type également d'un autre groupe, 
découverte à Bornéo par sir Raffies, est : 

1 Carpococcyx Radiatus. 






'\'mn 






204 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 




■ 

:■ 
, 



Le Courol Boubou 1 . 

Il a le plumage d'un roux vif, plus clair sur la gorge; 
l'abdomen et la région anale d'un gris ardoisé; les ailes! 
chocolat; la queue, qui est brune, rayée en travers de 
noir, chaque rectrice terminée de blanc. La mandibule 
supérieure est brun vert, l'intérieur du bec jaune; le tour 
des yeux nu et noirâtre; les tarses sont bruns. Sa taille 
est de 30 centimètres environ. 

Cette espèce, d'après les observations de M. Wallace, 
qui l'a aussi trouvée à Bourou, parait avoir des habitudes 
très errantes, puisqu'on la rencontre rarement deux jours 
de suite dans le même lieu. Elle vole par petites bandes, 
qui semblent occupées à chercher les chenilles sur les 
feuilles des arbres; ce sont, en effet, avec les corps des 
lépidoptères, les seuls insectes que l'on retrouve dans leur 
estomac. 



' Rhinortha Chlorophœa. 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



205 



9° SOUS-FAMILLE. 



LES COUCALS 1 . 



Les Coucals sont encore de grandes espèces de Coucous, 
habitants des Indes Orientales, de l'Afrique et de l'Océa- 
riie, auxquels on a donné ce nom , par contraction abré- 
viative des mots Coucou et Alouette, pour exprimer qu'ils 
ont, comme les Oiseaux de cetle dernière famille, un ongle 
très long au pouce. 

On ne peut, dit Levaillant, s'empêcher de considérer les 
Coucals comme ayant une grande analogie avec les Cou- 
cous proprements dits, auxquels ils ressemblent par les 
formes générales de leur corps, mais dont ils diffèrent par 
leurs tarses longs, forts et robustes, leurs longs doigts, 
leurs ailes courtes et arrondies, ainsi que par la longueur, 
la force de leur bec, et leurs narines étroites et prolongées. 
Par tous ces caractères, ces Oiseaux se rapprochent des 
Coucous Couas ; mais ils s'en éloignent, comme des vrais 
Coucous, par l'ongle de leur doigt postérieur interne, le 
pouce, lequel est chez eux droit et allongé, ainsi qu'on le 
voit chez les Jacanas et chez les Alouettes. 

Leurs caractères détaillés et précis sont : un bec ro- 
buste, de la longueur de la tête, plus haut que large, élevé 
à la base, très arqué, et recourbé en voûte, surtout de son 
milieu à son extrémité, très comprimé sur les côtés, ter- 
miné en pointe tombant presque perpendiculairement à 




' 



i 



■ 



Centropodinœ. 




.Vi 




206 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



l'extrémité apicale de la mandibule inférieure, laquelle est 
presque droite et très peu concave, les bords mandibulaires 
entiers ; des narines étroites, obliques et longitudinales, 
percées au milieu et à la base du bec, dans une large mem- 
brane occupant le tiers de la hauteur de la mandibule supé- 
rieure, qui est fortement comprimée et concave en cette 
partie et engagée dans le rebord des plumes du front ; des 
ailes courtes arrondies, concaves, sub-obtuses ; une queue 
longue et arrondie ; des tarses allongés, plus longs que le 
doigt externe antérieur, forts, robustes, nus, garnis de 
,très larges scutelles minces; les doigts antérieurs soudés 
à la base jusqu'à la première articulation, les deux posté- 
rieurs libres, l'externe de ces derniers réversible; l'ongle 
du pouce plus long que ce doigt lui-même, presque droit, 
subulé et très aigu; les autres proportionnés, arqués et 
aigus. 

La langue et le palais de la bouche sont couverts de pa- 
pilles. 

Mais leur caractère le plus remarquable est dans leur 
ptilose. Ainsi les Coucals ont généralement les plumes de 
la tête et de toute la moitié antérieure du corps, en des- 
sus et en dessous, d'une nature rude comme du crin, ce qui 
tient à l'élargissement inaccoutumé du rachis ou de la liée 
de chaque plume de cette partie, laquelle est plate, lui- 
sante, prenant d'autant plus de consistance et de dureté 
qu'elle arrive vers la pointe, et conserve sa portion api- 
cale dénuée de barbules, et paraissant dès lors plus longue 
que la plume elle-même. 

Il est évident qu'un caractère aussi singulier de ptilose 
a sa cause dans certaines des habitudes de l'Oiseau, qui ne 
se sont pas encore révélées d'une manière complète à l'ob- 
servation. Et nous ne serions pas étonné que ce caractère 
leur eût été réparti en raison de leurs habitudes terrestres 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



207 



et buissonnières, et pour les mettre à l'abri, comme nous 
le verrons, dans la sous-famille de Coucous suivante, les 
Anis, de la piqûre des guêpes et des abeilles, parmi les- 
quelles ils ne sont pas sans exercer de grands ravages. 

Ils se nourrissent en effet d'insectes, notamment de 
sauterelles, dont ils font une forte destruction, ainsi que 
de mollusques. Us vivent dans les bois, où ils nichent, 
les uns dans des trous d'arbres, les autres dans un nid en 
forme de dôme ou de panier, établi à l'enfourchure ou aux 
extrémités des grosses brandies, couvent eux-mêmes 
leurs œufs et élèvent leurs petits. 

Cette sous-famille ne forme qu'un seul et même groupe, 
auquel on a donné le nom de Centrope, tiré de la singu- 
larité de l'ongle du pouce. 

On en compte près de vingt-cinq espèces, dont trois seu- 
lement ont été connues de Linné, de Buffon et de Gmelin. 
C'est par la plus ancienne que nous commencerons cette 
étude. 






Le Coucal Hou-Hau oh du Sénégal 1 . 

Les plumes du dessus de la tête et du derrière du cou 
sont épaisses, dures, pointues et à cotes brillantes d'un 
noir verdissant et à reflets métalliques; le manteau, le 
croupion, les couvertures supérieures de la queue sont d'un 
brun qui prend des tons verts plus ou moins éclatants sui- 
vant la position de l'Oiseau; les couvertures supérieures 
des ailes sont d'un roux brunâtre à reflet vert; la queue 
tout entière et les dernières plumes des ailes, celles près du 
dos, sont d'un vert sombre luisant; leurs premières pen- 
nes sont rousses et terminées par un vert brillant; la 







M 



1 dmtropus Senegalensis. 






208 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



gorge, le devant du cou et la poitrine, dont les plumes 
sont dures et à côtes luisantes comme celles du dessus de 
la tète, sont d'un blanc roux qui s'éclaircit toujours da- 
vantage à mesure qu'il descend sur la poitrine et vers le 
milieu du sternum; les couvertures inférieures de la 
queue, les plumes du bas-ventre et celles des jambes sont 
d'un noir vert, très lavé, et finement rayées de noirâtre. 
Le bec est noir ; les yeux sont d'un rouge vif et les pieds 
d'un noir brun. Sa taille est de 38 à 40 centimètres. 

Le premier nom donné à cet Oiseau lui vient de son cri, 
composé de ces deux syllabes, répété plusieurs fois de 
suite sur un ton grave. D'après Sonnini, qui le premier a 
donné quelques détails sur les habitudes de ce'Coucal, on 
le voit fréquemment en Egypte, dans le Delta. Il a re- 
marqué qu'il n'est point farouche et se laisse approcher de 
très près; qu'il ne craint pas le voisinage de l'homme. Une 
fois appariés, la mâle et la femelle se quittent rarement. 
Ils se nourrissent principalement de sauterelles, et man- 
gent encore les grillons et les criquets. Ils volent mal, ne 
peuvent s'élever, ni même traverser un espace de quelque 
étendue, si dans l'intervalle ils ne rencontrent un arbris- 
seau pour se poser; ils sont bientôt obligés de se laisser, 
pour ainsi dire, tomber à terre. 

Dès le point du jour, dit Levaillant, et dans toutes les 
parties des forêts qui avoisinent le Gamtoos, au cap de 
Bonne-Espérance, on entend ces Coucals commencer leur 
chant, qu'ils font durer une grande partie de la matinée, 
qu'ils recommencencent le soir une heure ou deux avant le. 
coucher du soleil, et qu'ils continuent très avant dans la 
nuit, lorsque le temps est calme. Comme tous les Oiseaux 
chanteurs, ces Coucous sont très faciles à approcher pen- 
dant qu'ils chantent : dans tout autre moment, ils sont 
tellement méfiants qu'il ne faut pas espérer les surprendre ; 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



209 



ce qui indiquerait une différence d'habitude entre ceux qui 
habitent le Cap et ceux d'Egypte. En tous cas, comme on 
est sûr de retrouver tous les jours chaque couple dans le 
même canton qu'il a adopté, et que c'est aussi toujours sur 
le même arbre que le mâle se perche pour chanter, il ne 
s'agit que de reconnaître cet arbre, et de se cacher aux 
environs, pour pouvoir le tirer avec la plus grande faci- 
lité. 

C'est dans un grand trou, sur la tête d'un arbre, ou 
dans une grosse branche cassée et vermoulue, que le cou- 
ple fait sa nichée. La femelle pond quatre œufs blancs, 
qu'elle dépose sur des brins de bois, dont elle remplit le 
fond du trou. Le mâle les couve tout aussi bien que la fe- 
melle. 

D'après les observations du D r Livingstone , d'accord en 
cela avec Sonnini, ces Oiseaux volent gauchement au-dessus 
des grandes herbes, en laissant retomber leur queue presque 
perpendiculairement à leur corps. Ils se posent à la pointe 
des chaumes les plus élevés. Les indigènes, qui connaissent 
cette habitude, leur tendent des gluaux, afin de s'emparer de 
leurs pennes caudales, qui sont fort estimées dans les en- 
virons du Kuruman. 

Certaines espèces ne dédaignent pas les insectes qui pul- 
lulent sur les charognes. Telle est, entre autres, l'espèce 
suivante, découverte au Cap par Levaillant, et qu'il a 
nommée, de son plumage : 





Le Coucal Noirou 1 



Les couleurs de cet Oiseau sont en effet fort simples : 
un noir pur domine partout, si ce n'est que les couvertures 



1 Ccntropus Xir/ro-ntfus. 



14 




m 




210 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



supérieures des ailes sont partie rousses, partie noires, et 
les grandes rémiges entièrement d'an roux foncé, sauf 
leurs pointes, qui sont d'un noir lavé. Le bec, les pieds et 
les ongles sont d'un noir luisant, et les j^eux d'un noir 
brun. Sa taille est d'environ 46 à 50 centimètres. 

Levaillant raconte qu'un couple de ces Coucals vint 
s'abattre sur les débris d'un Buffle, qu'il avait traîné à 
l'écart, pour y attirer des Oiseaux de proie. Caché dans 
un buisson, à portée du cadavre, il vit les deux Coucals 
rôder plus d'une demi-heure autour de lui, voltigeant 
d'arbre en arbre, sans oser descendre, quoiqu'ils vissent 
plus de vingt Corbeaux occupés à dévorer le buffle. Ils des- 
cendirent à la fin ; mais les Corbeaux , forts de leur nom- 
bre, eurent l'audace d'empêcher les Coucals d'approcher. 
Levaillant tua les deux Oiseaux dans le moment où ils 
s'étaient réunis l'un à l'autre pour se défendre contre la 
voracité des Corbeaux. Il ne trouva dans leur estomac que 
des débris d'insectes. 

Une autre espèce, découverte en Abyssinie par le D r Rùp- 
pell, ne diffère pas beaucoup des précédentes par ses habi- 
tudes. C'est : 



Le Coucal à Sourcils 1 . 

Il est en dessus d'un cendré obscur, avec le sommet de 
la tête d'un noir brun, qui fait ressortir davantage le 
contraste d'un sourcil blanchâtre qui surmonte l'œil; les 
épaules et les ailes en entier sont d'un brun chocolat pâle 
uniforme et sans taches ; tout le dessous du corps est d'un 
ton ocracé finement zébré de grisâtre ; les plumes du crou- 
pion et les couvertures supérieures de la queue sont grises, 



1 Centropus Superciliosus. 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 211 

zébrées régulièrement de noir; toutes les rectrices sont 
noires, terminées à leur extrémité par un étroit liséré 
blanc. Ce qu'il offre de particulier, c'est que le rachis de 
chacune des plumes de la nuque, du derrière du cou, des 
épaules et des petites couvertures alaires est blanc ; ce qui 
rend ces diverses parties comme lancéolées de cette couleur. 
Le bec et les ongles sont noirs; l'iris est rouge. Il mesure 
de longueur totale 38 à 40 centimètres. 

Le Coucal à Sourcils, d'après les notes adressées de Na- 
tal, par M. Ayres à M. Gurney, lesquelles viennent heu- 
reusement suppléer au silence de Riippell à cet égard, fré- 
quente, comme ses congénères, les buissons fourrés, et vit 
principalement au milieu des plantes grimpantes les plus 
impénétrables, ainsi que dans les lieux marécageux, où il 
court à la recherche des sauterelles, des chenilles et des 
insectes, dont il se nourrit; quand il est dérangé, il ne 
s'envole qu'à peu de distance. 

Le chant de ces Coucals se compose d'un son élevé, mé- 
lancolique et roucoulant; ils appellent davantage en temps 
de pluie; ils aiment à monter dans les arbres couverts de 
lianes et à se chauffer au soleil. Ils volent généralement 
sur la plus basse branche d'abord, puis sautent par de- 
grés, jusqu'à ce qu'ils aient atteint le faite. Ils sont faci- 
lement pris, si on les fait sortir sur un terrain découvert; 
ils se cachent de très près sous l'herbe, et il faut un bon 
chien pour les trouver. S'ils sont effrayés, ils volent im- 
médiatement vers le couvert le plus voisin et le plus épais, 
où ils se mettent à courir comme les Râles. 

Le D r Riippell a encore fait, en Abyssinie, la découverte 
d'une autre espèce, sur les habitudes de laquelle J. Ver- 
reaux a fourni quelques détails nouveaux de mœurs. 
C'est : 




212 HISTOIRE NATUKELLE DES COUCOUS. 

Le Coucal Moine 1 . 

Il a toute la tête, jusqu'au dessous des yeux, et le der- 
rière du cou, jusqu'aux épaules, d'un noir pur et intense, 
avec le rachis de ces plumes également noir ; la queue est 
de même couleur, sauf un mince liséré blanc qui borde l'ex- 
trémité de chacune de ses rectrices; tout le dessus du 
corps, y comprises les ailes et leurs rémiges, est d'un brun 
chocolat clair; tout le dessous est d'un blanchâtre ocracé. 
Le bec, les pieds et leurs ongles sont noirs ; l'œil est d'un 
rouge brun. Sa taille est de 40 centimètres. 

Les individus de cette espèce, trouvés tant au' cap Lo- 
pez qu'au Gabon, ne diffèrent en rien de ceux de l'Abys- 
sinie ; ils ne sont toutefois que de passage au Gabon , quoi- 
qu'ils y nichent. 

On ne les rencontre, rapporte J. Verreaux, que par 
paires, dans les bois de moyenne futaie très touffus. C'est 
là qu'ils aiment à chercher les insectes et les mollusques, 
dont ils se nourrissent. Il leur arrive parfois de descendre 
à terre et de courir des uns aux autres, recherchant très 
scrupuleusement, parmi les détritus, les coquillages qui s'y 
cachent. On prétend que, comme le Coucal du Sénégal et 
tous les Coucous d'Afrique, ils déposent leurs œufs dans 
la cavité d'un arbre, sur un nid composé de divers maté- 
riaux rassemblés avec un peu de soin. 

Nous citerons encore, en espèces Africaines, une de Ma- 
dagascar, qui y est renommée par sa stupidité : 



Ccntropus Monachus. 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



213 



Le Coucal Toulon*. 

Ce Coucal porte un vêtement en entier d'un noir lustré, 
à reflet verdâtre sur le croupion et à l'abdomen; mais les 
épaules et les rémiges sont couleur de marron pourpré; 
la queue, cunéiforme, est d'un noir vert en dessus, et sim- 
plement noire en dessous. Le bec est d'un brun obscur; les 
pieds sont noirs. Il a de 36 à 38 centimètres de longueur. 

Sganzin, qui l'a observé à. Madagascar, en 1831, dit que 
ce Coucal serait d'une indolence telle et d'une si grande 
facilité à approcher qu'il existe dans le pays une sorte de 
proverbe qui signifie : « Bète comme un Toulou. » Son 
cri, répété très souvent, et qui s'entend à une grande dis- 
tance, a quelque chose d'épouvantable dans le silence des 
forêts. 

Les mœurs des Espèces Asiatiques et Océaniennes parais- 
sent différer sensiblement de celles d'Afrique. Les plus ca- 
ractéristiques, sous le rapport de ces modifications, sont 
les suivantes : 

Le Coucal Géant' 2 . 



Le dessus de la tête, le derrière du cou, le manteau, les 
couvertures des ailes et le dos du Coucal Géant sont d'un 
brun roux légèrement olivacé; mais le milieu do chacune 
des plumes de ces parties est marqué d'un trait longitudi- 
nal d'un blanc roussâtre, qui n'est autre, de même que 
chez le Coucal à Sourcils, que le rachis même de la plume, 
et elles sont toutes traversées par des bandes brun noir; 
les pennes alaires sont toutes coupées, dans leurs barbes 

1 Centropus Tolu. 

1 Centropus Phasianus. 



i 




214 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



extérieures, par des bandes alternativement roux brun et 
roux jaunâtre ; les pennes de la queue sont barrées de gris 
roussàtre sur un fond brun noir et terminées de blanc sale; 
la gorge, le devant du cou et la poitrine sont variés du 
fauve clair et de brun; le reste du dessous du corps, 
c'estârdire le sternum, le ventre, les flancs, ainsi que les 
plumes des jambes, et les couvertures du dessus et du des- 
sous de la queue portent, sur un fond aussi fauve clair, 
des bandes transversales noirâtres. 

Cet Oiseau, exclusivement propre aux régions méridio- 
nales de la Nouvelle-Hollande, atteint jusqu'à 82 centi- 
mètres de longueur totale, depuis le sommet de la tète 
jusqu'au bout de la queue; et ses proportions sont telles 
que la tête et le cou, le corps, puis la queue en forment 
entre eux trois parties presque égales en longueur, c'est-à- 
' dire que chacune d'elles, prise séparément, se trouve for- 
mer le tiers de la longueur totale de l'Oiseau; mais cette 
taille varie suivant les individus, jusqu'à un quart en 
moins. Les tarses et les doigts, qui sont noirs, proportion- 
nés à ces autres dimensions, sont d'une force extraordi- 
naire et couverts de larges écailles; le doigt postérieur 
de dedans, le pouce, est armé d'un ongle de plus de 
4 centimètres de long, et fort en raison de sa longueur; 
les ailes plovées descendent jusqu'à l'extrémité des cou- 
vertures supérieures de la queue, dont toutes les rectrices 
sont étagées; les plumes de la tète, celles du cou et de la 
poitrine sont épaisses, dures et à côtes luisantes; le bec, 
qui est brun, est fort et épais à sa base. 

Le nom de Faisan, que porte en latin cette espèce, lui 
vient de sa grande ressemblance avec la famille de ce Gal- 
linacé, par ses dimensions et ses couleurs, alors surtout 
qu'elle est à terre. 

C'est à J. Verreaux que l'on doit la connaissance d'une 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



215 



partie des habitudes de cet Oiseau, et c'est à ses notes que 
nous en emprunterons les détails. 

Les individus de cette espèce se trouvent le plus ordi- 
nairement à terre ; ils sont communs dans les forêts ; on 
les rencontre deux ou trois ensemble fréquemment sur le 
sol, où ils cherchent les insectes servant à leur nourriture. 
Cependant ils détruisent bon nombre de coquilles terres- 
tres, comme les Couas, surtout de celles de la famille des 
Hélyxs, qu'ils percent avec leur bec, lorsque le test en est 
trop dur pour en extraire le mollusque; ils cherchent 
aussi parmi les détritus les limaces qui abondent dans les 
lieux humides, là où les rayons du soleil ne peuvent pé- 
nétrer. Leur vol est lourd et bruyant, ce qui les rend fa- 
ciles à découvrir et à tirer. A terre, le mâle redresse sa 
queue, à la manière des Gallinacés, pirouettant autour de 
sa femelle, les ailes entrouvertes, en faisant entendre un 
cri rauque et grattant le sol pour engager celle-ci à venir 
partager sa nourriture. Ces Coucals passent pour nicher à 
terre, au pied des buissons touffus qui bordent la lisière 
des grands bois. 

Quoique le plus habituellement posés à terre, ils grim- 
pent au besoin dans l'intérieur des buissons pour y saisir 
également les insectes qui s'y cachent ou les coquilles qui 
s'y mettent à l'abri. Aussi, à un certain âge, est-il facile 
d'observer l'usure de leur plumage et de voir les barbules 
des rectrices également usées sur les bords. Ils grimpent 
de même parfois dans les lianes. En sorte que l'allonge- 
ment insolite de leur ongle du pouce leur sert à double fin : 
d'abord à leur donner un point d'appui plus solide sur les 
mêmes branches des buissons et sur les tiges grêles et mul- 
tipliées des lianes qu'ils parcourent; ensuite, lorsque le 
sol est à découvert, à y marcher et courir avec la même 
aisance et la même célérité que les Alouettes. 







216 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 




Ce qu'il y a de remarquable pour ces espèces austra- 
liennes, c'est qu'on tire fréquemment deux ou trois fe- 
melle avec un mâle , mais ceci n'a lieu qu'à des époques 
autres que l'accouplement; ce qui s'explique d'autant 
mieux que ce ne sont presque jamais que des jeunes de 
l'année précédente ; et que par conséquent il est permis de 
penser qu'ils peuvent bien se trouver réunis ainsi, comme 
le font en général beaucoup d'autres espèces d'Oiseaux, 
surtout quelques Coucous. 

Quelle que soit la valeur des explications de J. Verreaux, 
sur ce fait qui a surpris son instinct investigateur, son 
observation subsiste; et en la rapprochant de celle de 
M. Schomburgk sur l'espèce indienne que nous allons dé- 
crire, on est bien près d'avoir la solution du problème. 



Le Coucal des Philippines 1 , 

Il est en entier d'un noir brillant à reflet bleuâtre, à 
l'exception des ailes, qui sont d'un beau roux doré. Le bec 
et les pieds sont noirs; l'iris est d'un magnifique rouge de 
laque. Sa taille est de 45 centimètres. 

Le régime de cette espèce est beaucoup plus étendu que 
celles dont nous venons de nous occuper, et se rapproche 
de celui des Couas. 

Le colonel Sykes la regarde comme fort utile. Il a 
en effet trouvé dans l'estomac d'un individu qu'il avait 
tué, un serpent de 22 centimètres de long, des insectes 
nuisibles et des lézards ; il trouva même, dans l'estomac 
d'un autre, un serpent de 36 centimètres de longueur. 

Cet Oiseau, au rapport de M. J. Mottley, joint encore, 
à la nourriture des autres Coucals, les œufs d'oiseaux, 



1 Cenlropus Philippensis. 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



217 



qu'il va prendre dans leurs nids, et dont il se montre 
très friand. Ce qui doit être, par assimilation, commun aux 
autres espèces, et laisserait peut-être soupçonner leur vel- 
léité de parasitisme non encore observé. 

M. Swinhoë ajoute qu'en Chine on visite rarement la 
Vallée-Heureuse, près de Hong-Kong, sans être frappé 
par son' étrange Hou-Hoxt, qui se fait entendre des mon- 
tagnes environnantes, et qui représente bien chez le Cou- 
cal ce qu'on appelle le chant chez notre Coucou. C'est ce- 
pendant, dit-il, un Oiseau difficile à bien voir, fort timide, 
et se mettant à couvert aussitôt qu'on en approche. Outre 
son cri ordinaire, il fait quelquefois entendre un glousse- 
ment bruyant, qui ressemble assez au son que produit 
l'eau en sortant d'un goulot 1 . 

Enfin, ce qui est plus curieux, M. Schomburgk, qui a 
étudié ses mœurs à Siam, lui trouve beaucoup des habi- 
tudes des Anis d'Amérique, dont nous n'allons pas tarder 
à parler; c'est-à-dire que les individus de cette espèce vi- 
vraient en société, sans qu'il puisse affirmer qu'ils construi- 
sent, pour la communauté, un nid, dans lequel les femelles 
viendraient déposer leurs œufs, et où elles couveraient cha- 
cune à leur tour. Leur cri est élevé; ils vivent en troupes, 
comme on vient de le voir. M. Schomburgk avait dé ! à re- 
marqué, en s'approchant pour la première fois d'un taillis, 
où se trouvait une colonie de ces Coucals, un grand bruit 
qui en sortait, et il l'attribua, avant de les apercevoir, à 
des Oiseaux de la grosseur d'un aigle; il fut bien étonné, 
après qu'il en eut abattu quelques-uns, de voir qu'ils 
n'étaient guère plus forts que nos Coucous. On dit, dans 
le pays, qu'ils annoncent le retour de la marée dans les ri- 
vières qui se dirigent vers la mer, et sur lesquelles cette 



Ibis. » 




218 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



influence se fait sentir. Les mouvements de ces Oiseaux sont 
excessivement vifs au milieu des branches des arbres qui 
bordent les routes, et ils suivent les passants pendant une 
grande distance, comme s'ils voulaient constater leur iden- 
tité ; ce qui ne dénote pas beaucoup de sauvagerie. 

Cette espèce nous offre une autre habitude quant à sa 
manière de nicher. Les Coucals, en effet, si homogènes par 
leurs caractères génériques, sont loin, on l'a vu, de pré- 
senter la même homogénéité dans leurs habitudes, quoique 
s'y rencontre en général la manie de grimper; et c'est là 
ce qui les distingue le plus essentiellement des autres 
groupes des Coucous. Ils ne varient pas moins dans leur 
mode de nidification. 

Ainsi, tandis que la plupart des espèces d'Afrique font 
leur nichée dans une cavité d'arbre ou de grosse branche, 
que le Coucal Géant d'Australie niche à terre ou près du 
sol, l'espèce des Philippines établit son nid sur les arbres, 
et lui donne, selon M. J. Mottley, une énorme dimension, 
avec la forme d'une bouteille ; et quoique souvent placé en 
évidence, ajoute ce voyageur, comme il est composé de 
feuilles et de mousses, il peut facilement échapper à l'œil 
de l'observateur, par sa ressemblance avec un amas confus 
de feuillage l . 

Une seconde espèce, très peu distincte de celle-ci, et de 
la même localité, se trouve dans un cas identique. C'est : 



Le Coucal aux Ailes rousses' 1 . 

Au plumage noir, brillant, à reflet bleuâtre, et aux ré- 
miges primaires d'un beau roux. 

M. Jerdon lui prête un nid en forme de dôme, mais 



1 « Ibis. » 

8 Centropus Rufipennis. 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



219 



M. Swinhoë dit n'en avoir jamais trouvé de semblable en 
Chine. Ce nid, selon lui, a la forme d'un panier long et 
étroit, presque entièrement fait d'herbe fraîche, suspendu 
au milieu d'une haie fourrée. Toutes indications pouvant 
se ramener à un même type, et qui offrent, quelle qu'en 
soit la divergence apparente, un rapport avec le Coucal 
des Philippines, dont nous venons de voir le nid com- 
paré à une bouteille pour la forme. Ce qu'il y a de cer- 
tain, et ce qu'il faut en retenir, c'est que ce nid est volu- 
mineux. 

Le capitaine Beavan, lui qui aurait pu nous fixer, sans 
plus se préoccuper d'une forme que de l'autre, nous ap- 
prend, en 1865, que les petits du Coucal aux ailes rousses 
sont nus au nid, avec la peau noire. Il en vit deux dans le 
même nid : l'un avait un petit serpent entier dans l'esto- 
mac, qui était par suite très distendu, ce qui, joint à sa 
couleur, lui donnait, dit-il, un aspect repoussant. 

Enfin, une troisième espèce, longtemps aussi confondue 
avec le Coucal des Philippines, nous apporte un exemple 
presque semblable de nidification : 



I 



Le Coucal Vert 1 . 

La tète, le cou, le dos et les couvertures supérieures 
des ailes sont d'un noir bleuâtre et parfois brillant de 
pourpre; les deux premières pennes des ailes d'un roux 
marron, les autres bordées de noir; le ventre est d'un 
brun jaunâtre; la queue, très longue et cunéiforme, a ses 
deux lectrices latérales noires et terminées de brun, les 
autres portent des raies transversales brunes. Le bec et 
les pieds sont noirs. Sa taille est de 45 centimètres, mais 



1 Ci'ntropus Viridis. 




220 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



varie considérablement, au point de faire croire à plu- 
sieurs espèces. 

Ce Coucal qui, comme les précédents, appartient à 
l'Asie et est répandu dans la Malaisie, parait, d'après 
M. Swinhoë, commun et unique dans l'île de Formose; il 
y abonde dans les plaines et dans les basses chaînes des 
montagnes. Il aime à se percher dans l'épais feuillage des 
arbres toujours verts, se balançant au moyen de ses ailes 
sur son juchoir mobile, et sautant, avec le secours de ses 
ongles longs comme ceux d'une Alouette, d'une branche de 
feuilles à une autre, après les Locustes et autres insectes 
mous de cette famille. Son vol est droit, avec des batte- 
ments d'ailes; la queue presque horizontale, mais le plus 
souvent légèrement inclinée. 

Le Coucal Vert enchérit encore sur l'industrie de ses 
congénères pour l'édification de son nid. Il suspend son 
large berceau, composé de joncs, entre les longues feuilles 
des cannes à sucre et d'autres roseaux, en tissant les 
feuilles sèches et pendantes dans le fond de son nid, et les 
transformant ainsi en supports. Dans cette construction, 
assez grossière du reste, l'Oiseau pond ordinairement, 
comme les précédentes espèces, quatre œufs blancs de 
forme arrondie. 

M. Swinhoë raconte qu'on lui apporta, à la fin du mois 
de septembre 1861, un nid contenant quatre petits bien 
en vie, qu'il conserva pendant quelque temps : leur appé- 
tit était insatiable, et, prêts d'étouffer, ils jetaient encore 
des cris pour avoir de la nourriture 1 . 

C'est à la Nouvelle-Guinée que se trouvent les plus 
fortes espèces de Coucals. Nous n'en décrirons qu'une, 
quoique l'on ne possède aucun détail sur ses habitudes, 



1 « Ibis. » 



LES COUCOUS FAUX l'AKASITES. 



221 



découverte à la Nouvelle-Irlande par Garnot et Lesson, 
qui en ont fait connaître des plus curieuses : 

Le Coucal Via! et '. 






1 



Cet Oiseau , au premier aspect, paraît presque noir ; ce 
n'est qu'en l'examinant au jour qu'on voit qu'il est d'un 
violet rougeâtre, avec des reflets métalliques dans toutes 
ses parties, mais plus saillants sur le cou et la poitrine; les 
plumes de la tête, du cou et de la gorge sont raides, un 
peu arquées, effilées, à barbes lâches, même écartées ; la tige 
en est très marquée ; les autres plumes du corps sont lisses 
et soyeuses; les ailes sont courtes et arrondies; les plumes 
de la queue très larges et un peu étagées en dessous; les 
deux inférieures sensiblement plus courtes ; les plumes qui 
recouvrent les jambes sont plutôt noires que violettes. Les 
yeux, qui sont bruns, ont leur contour nu; les paupières 
ont les soies raides et très noires; le bec est lisse et d'un 
beau noir de corne; les pieds sont forts, couverts de larges 
et longues écailles de couleur jaunâtre; les ongles sont ou 
noirâtres ou jaunâtres ; l'ongle du pouce a tous les caractères 
de la sous-famille, c'est-â-dire qu'il est long et presque droit. 

C'est une des plus grandes espèces connues, puisqu'elle 
rivalise avec le Coucal Géant, sous le rapport de la taille, 
qui est de 70 â 72 centimètres; la longueur de la queue 
seule est de 37 à 38, et la distance qui sépare l'œil de l'ex- 
trémité du bec est de 7 centimètres. 

La plus petite espèce et la plus nouvelle est le Coucal de 
Tytler 2 , découverte aux iles Andamans, et dont le colonel 
T.ytler, dont elle porte le nom, possédait, en 1863, un beau 
spécimen vivant en cage. 

1 Centropus Yiolaceus. 
• Centropus A/finis. 



/V 



:fl 



19 












222 HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 

Mentionnons encore, pour terminer, une espèce décou- 
verte par Horsfleld, et sur- laquelle, depuis sa découverte, 
déjà ancienne, on a eu quelques détails. 






Le Coucal Lépide 1 . 

D'un noir foncé, avec le rachis des plumes le plus sou- 
vent blanc et aux ailes rousses. Il mesure à peine 33 cen- 
timètres. 

Le capitaine Beavan rapporte, en 1865, que cette es- 
pèce, à Maunbhoom, dans l'Inde, fréquente les lieux les 
plus montagneux et les plus fourrés. Sa tranquillité et ses 
habitudes discrètes, dit-il, sont cause qu'on la voit rare- 
ment, si ce n'est dans les chasses au gros gibier. Ce Cou- 
cal se nourrit d'insectes. 

Au résumé, en réunissant les diverses observations qui 
précèdent, on peut présumer que les Coucals sont po- 
lygames, à l'instar de notre Coucou d'Europe. De même 
que lui, auraient-ils parfois recours à l'emprunt du nid 
d'autres Oiseaux pour y pondre et leur imposer le soin de 
leurs petits? C'est ce qu'on ne saurait affirmer, mais ce 
qui pourrait s'induire à la rigueur de la destruction, par 
le Coucal des Philippines, des œufs de ces Oiseaux : ce que 
viendront peut-être confirmer de nouvelles observations, 
quoique ce soit un indice bien faible pour conclure au pa- 
rasitisme. 

Maintenant, cette polygamie présumée, d'après les cons- 
tatations de J. Verreaux, pour le Coucal Géant, et de 
M. Schomburgk, pour celui des Philippines, s'étendrait- 
elle jusqu'à l'association plus ou moins confuse des mé- 
nages, dont la sous-famille des Anis, ou Crotophages, va 



1 Centropus Lcpidus. 



LES COUCOUS FAUX l'ARASITES. 



223 



nous donner l'exemple? Ce n'est encore qu'une hypothèse, 
à laquelle cependant le développement inusité que parais- 
sent donner à leur nid le Coucal des Philippines et celui 
aux Ailes rousses, apporte une apparence de fondement. 

Dans tous les cas, il est impossible chez une même fa- 
mille, et avec des habitudes presque identiques, de ren- 
contrer un plus grand contraste d'humeur entre les Cou- 
cals que nous quittons et les Anis que nous allons aborder. 
Autant ceux-là sont tristes et sombres, autant ceux-ci se 
montrent gais et insouciants. On en va juger. 





■ 



VI 






224 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



10° SOUS-FAMILLE. 



LES ANIS '. 




Nous terminerons, en effet, ce que nous avons à dire des 
Coucous, par une sous-famille qui, à part quelques diffé- 
rences de caractères et de ptiloses, par une singulière 
coïncidence, les résume tous pour les mœurs et les habi- 
tudes, quoique les exagérant sous certains rapports. Ce 
sont les Anis ou Crotophages : plus marcheurs que grim- 
peurs; tour à tour insectivores, frugivores, monogames, 
polygames; constructeurs de leur propre nid, envahisseurs 
de celui des autres; pratiquant enfin, dans leur existence 
en commun, la pluralité des sexes la plus accentuée, et 
arrivant insensiblement à l'institution de vrais phalans- 
tères. Tels vont se présenter à nos yeux les Anis, que l'on 
peut se figurer, pour leur manière d'être excentrique, 
comme les représentants, dans l'ordre des Passereaux, des 
Tavous ou Mégapodes dans celui des Oiseaux de terre. Il 
ne leur a manqué, pour atteindre la célébrité qu'ils mé- 
ritent si bien, que d'avoir eu leur biographie tracée par la 
plume sympathique de notre analogiste Toussenel qui en 
aurait tiré des aperçus tout nouveaux. 

Nous comprenons dans les Anis, pour en faire une sec- 
tion à part, le groupe des Diptoptères, grands Coucous, 
ayant aussi le tour de l'œil nu, qu'on range ordinairement 
auprès des Coulicous, mais qui s'en éloignent, indépen- 



1 Crotophaginœ. 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



Ç>9? 



damment de leurs habitudes, par une huppe occipitale plus 
ou moins prononcée et par la couleur et la rigidité du 
plumage. 

1" SECTION. — Les Coucous Diploptères '. 




Ils ont pour autres caractères : le bec aussi long que la 
tête, robuste, triangulaire et beaucoup plus haut qu'épais 
à la base, très comprimé sur les côtés, médiocrement 
courbé; les narines basales, en scissure longitudinale per- 
cée au centre d'une membrane placée au milieu de la mem- 
dibule et un peu engagée dans les plumes du front; les 
ailes longues, obtuses, ne recouvrant cependant que le 
quart de l'étendue de la queue ; celle-ci longue et arrondie ; 
les tarses de la longueur du doigt externe antérieur, épais, 
recouverts de larges scutelles, avec les ongles petits, 
minces, arqués et aigus. 

Il en existe cinq espèces, dont deux connues de Buffon, 
Linné et Gmelin. 

On les trouve, rapporte M. G. R. Gray, dans les par- 
ties tropicales de l'Amérique du Sud où ils habitent les 
forêts épaisses. Ils se nourrissent de sauterelles et de petits 
lézards. Une des espèces mène, dit-on, une vie tellement 
solitaire, excepté pendant l'époque des amours, que les in- 
dividus ne s'en trouvent qu'à une demi-lieue les uns des 
autres. On prétend, d'un autre côté, que les bandes de 
deux autres espèces sont souvent mêlées ensemble et que 
les femelles construisent même en commun un grand nid 
dans lequel elles pondent toutes leurs œufs, les couvent 
ensemble, et élèvent leurs petits comme s'ils étaient tous 
de la même espèce 2 . 

1 Diplopteriinœ. 

2 « Gênera of Birds. a 

13 






■ !■ 





!26 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



Leurs habitudes sont tellement identiques avec celles des 
Anis, qu'au Brésil, les naturels, d'après Ménétrier, ont 
donné le nom à'Anou Branco (Anou Blanc) aux Coucous 
Chiriri et Guira, et celui d'Anou Praeto (Anou Noir) aux 
Anis; c'est-à-dire qu'ils font des uns et des autres de vé- 
ritables Anis. • 

Nous reviendrons plus en détail, sur les généralités que 
nous venons d'exposer, pour l'un au moins de ces Cou- 
cous, et d'abord nous citerons une des espèces découvertes 
par d'Azara : 



Le Coucou Chiriri 1 . 

Chez celui-ci, un trait blanchâtre va de la narine à l'oc- 
ciput, en passant au-dessus de l'œil, en forme de sourcil; 
un autre s'étend parallèlement de l'œil à l'oreille, et il y en 
a deux autres au-dessus du second ; la gorge et le devant 
du cou sont fauves; mais chaque plume a, vers sa pointe, 
une raie noirâtre; le bas-ventre est roux et le reste du 
dessous du corps blanchâtre. Les plumes du sommet de la 
tête sont étroites et allongées, et l'Oiseau les relève et les 
abaisse sans cesse ; de sorte qu'elles forment par intervalle 
une huppe assez longue; ces plumes sont noires, avec une 
jolie tache ronde et rousse à leur extrémité; celles du der- 
rière de la tête et du cou, aussi bien que celles du haut du 
dos, sont d'un noirâtre plus foncé au milieu ; le dos et le 
croupion sont rayés transversalement de noirâtre sur un 
fond roux; une belle tache ronde, et de couleur cannelle, 
termine les plumes scapulaires, les couvertures supérieures 
et les pennes des ailes ; une ligne noire la surmonte, et le 
reste de ces plumes est brun foncé. On remarque sur les 



1 Diploptems Galerilus 






LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



227 



ailes une large bande blanchâtre parallèle aux couvertures ; 
le fouet de l'aile est noir et tacheté de roux. Les trois 
pennes latérales et les deux du milieu de la queue sont 
tachetées irrégulièrement de roux et de noirâtre; cette 
dernière couleur règne sur les autres pennes. Le bec est 
noir, excepté sur les bords et sur la moitié de la mandibule 
inférieure, lesquels sont blancs; l'iris est d'un vert faible 
et le tarse est d'un blanc mêlé de bleu. Sa longueur totale 
est de 25 à 26 centimètres. 

Le nom de ce Coucou du Paraguay exprime son cri. 
D'Azara n'a pas eu d'occasion de l'observer en liberté; 
mais il donne, sur des individus qu'il a élevés et gardés 
en cage, quelques détails qui prouvent d'abord, jusqu'à 
un certain point, l'éducabilité de l'espèce, et qui ne man- 
quent pas d'intérêt. 

D'Azara raconte, en effet, qu'il a élevé chez lui quelques 
jeunes de ces Coucous prêts à voler, qu'il nourrissait à la 
brochette avec de la viande hachée, et qui, lorsqu'il n'en- 
fonçait pas assez avant les petits morceaux dans leur go- 
sier, les rejetaient et lui becquetaient les doigts, comme 
pour le punir de sa négligence. Jamais ils n'ont voulu de 
pain, et quoiqu'ils eussent faim, ils ne prenaient pas la 
viande de la main, même lorsqu'ils furent adultes; mais 
ils la demandaient la bouche large ouverte, et en pronon- 
çant sans cesse leur nom Ghiriri. Pour leur donner à 
manger, il fallait le faire d'un seul coup et avec prompti- 
tude; car si on leur laissait le temps ils poussaient les mor- 
ceaux avec leur langue et les rejetaient. Us n'aimaient pas 
non plus le maïs ni les mouches. Us prenaient beaucoup de 
plaisir à se baigner tous les jours; mais si on ne les plon- 
geait pas soi-même dans l'eau, ils ne cherchaient pas à y 
entrer, et jamais ils ne buvaient. Ils étaient fort doux et 
gais, et si quelque Oiseau pénétrait dans l'habitation où ils 



. I 



H 






228 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



vivaient en toute liberté, ils se blottissaient et montraient 
beaucoup d'envie de jouer; mais comme l'étranger ne ré- 
pondait pas à leurs agaceries, ils le frappaient à coups de 
bec. Ils passaient la plus grande partie du jour entre deux 
livres inclinés, et ils y dormaient. Ils couraient en sautant 
sur les tables et les chaises, quelquefois à terre ; ils se ren- 
daient fort incommodes par leur cri qu'ils ne cessaient de 
faire entendre en enflant leur gosier. On les voyait sou- 
vent se tourner de côté et d'autre, et lorsqu'ils étaient 
effrayés, ils faisaient craqueter leur bec. 

Ces Oiseaux, pour l'ordinaire, ont la queue un peu 
étalée, et la fausse aile, ou aile bâtarde, très souvent 
poussée en avant; ils l'avaucent vers la tète jusqu'à lui 
faire presque toucher l'oreille, sans pour cela que l'on 
aperçoive de mouvement dans l'aile ou dans quelqu'autre 
partie. Leur attitude ordinaire est de se tenir un peu 
courbés et le cou un peu retiré. Les pennes de la queue 
tombent les premières dans la mue. Ils ne sont point laids, 
et peu d'Oiseaux les égalent en vitesse et en gaieté. 

L'on dit qu'ils ne quittent jamais les cantons aqua- 
tiques, et que leur ponte consiste en quatre œufs. 

Quoiqu'il ne nous apprenne rien sur les habitudes de 
cette espèce à l'état sauvage, d'Azara, parlant en général 
des autres espèces du groupe, dit que ces Coucous du Pa- 
raguay se tiennent dans les grands bois et les halliers, 
vont presque toujours par paires, volent bas et horizonta- 
lement et ne se posent point à terre. Il ne pense pas qu'ils 
aient d'autre nourriture que les insectes qui vivent sur les 
arbres. Quoiqu'ils restent assez longtemps au repos, ils 
ne laissent pas que d'être vifs et alertes pour sauter d'une 
branche à l'autre, mais sans descendre sur les plus basses. 
Tous ont moins de chair que le volume apparent de leur 
corps ne le fait croire. 






LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



229 



La seconde espèce est la suivante, que d'Azara n'a pas 
découverte, mais qu'il a assez bien observée le premier, et 
sur laquelle il donne des détails qui viennent suppléer heu- 
reusement à ceux qui manquent sur la précédente. C'est : 

Le Coucou Guira-Cantara '. 



Son plumage est mélangé de roux et de flammèches lon- 
gitudinales sur un fond blanc; il porte, comme le précé- 
dent, une huppe formée de l'allongement des plumes occi- 
pitales qui sont pointues, rousses au sommet, blanchâtres 
à la base; les ailes sont brunes, variées de brun et de 
blanc; la queue est blanche, traversée en son milieu par 
une très large barre noire. Le bec est rougeâtre; l'œil est 
entouré d'une peau nue d'un jaune bleuâtre avec les pau- 
pières garnies de cils; les tarses sont jaunes. Sa taille est 
de 40 à 41 centimètres. 

Ses habitudes, selon d'Azara, paraissent identiques, sauf 
quelques variantes, à celles des Anis qui vont nous oc- 
cuper. 

Ainsi le Guira, comme l'Ani des Savanes, n'est point 
farouche, et il cherche, comme lui, sa nourriture de côté 
et d'autre, sans néanmoins se poser à terre, dans les plan- 
tations, les enclos et les bosquets; il tourne aussi comme 
lui autour des bœufs dans les pâturages, mais ne se pose 
jamais sur ces animaux. 

L'Ani des Palétuviers, au contraire, est si défiant, qu'il 
ne se montre jamais dans les lieux découverts; il se tient 
toujours dans les cantons et les halliers les plus fourrés 
et les plus sombres, où il se nourrit d'insectes et de vers. 

Le Guira et l'Ani des Savanes, qui sont vingt fois plus 



■ 
I 



1 Diplopterus Guira. 



230 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



communs, mangent les grillons, les sauterelles, les petits 
lézards et les petites couleuvres. Quoique ces trois Oiseaux 
se tiennent en bandes, l'Ani des Savanes et le Guira se 
serrent tellement les uns contre les autres sur quelques 
branches pour se mettre à l'abri du vent, lorsqu'il fait 
froid, que l'on peut en tuer un grand nombre d'un coup de 
fusil. Ces deux dernières espèces sont si intimes, que leurs 
troupes se mêlent fréquemment, et qu'elles travaillent de 
concert comme si elles étaient de la même famille. 

Ce n'est pas tout : ces mêmes bandes, composées d'es- 
pèces différentes, concourent souvent ensemble à la cons- 
truction d'un vaste nid, où toutes les femelles déposent 
leurs œufs, les couvent jusqu'à ce qu'ils soient éclos, nour- 
rissent et élèvent leurs petits sans aucune distinction d'es- 
pèce. D'Azara rapporte avoir positivement vu plusieurs 
de ces nids dans lesquels étaient les œufs des deux espèces, 
quoi qu'ils soient fort difficiles à distinguer, si ce n'est par 
leur volume. Il ajoute cependant qu'il arrive plus ordinai- 
rement que chaque troupe de Guiras et d'Anis des Savanes 
fait son nid assez spacieux pour contenir les œufs de toutes 
les femelles de la bande; qu'on dit la même chose de 
l'Ani des Palétuviers, mais qu'il ne l'a pas vu. 

Le Guira-Cantara est fort rare à Buenos-Ayres ; mais il 
est très commun au Paraguay, et l'on assure qu'il existe 
au Tucuman. C'est un Oiseau sédentaire. Il préfère les 
plantations voisines des habitations; il entre même dans 
les lieux habités. La forme de son nid, qu'il place sur des 
buissons hauts et épais, ainsi que celle de ses œufs, leur 
aspect et leur couleur, sont les mêmes que chez les Anis, 
que l'on va voir. Un peu plus brave qu'eux, si quelque 
Caracara, ou quelque autre Oiseau passe auprès du nid, 
même sans aucun dessein d'y causer du dommage, le 
Guira l'attaque avec acharnement et le met en fuite. 






LES COrCOUS FAUX PARASITES. 



231 



De même que le Chiriri, on l'élève facilement en cage, 
avec de petits morceaux -de viande crue. Un observateur 
du pays, très digne de foi, a affirmé à d'Azara, qu'ayant 
pris une nichée de Guiras-Cantaras, il laissa vivre les petits 
en toute liberté dans sa maison, où ils se plaisaient telle- 
ment qu'ils se promenaient et volaient dans le jardin, par- 
couraient l'habitation et entraient partout sans la moindre 
crainte, comme les animaux domestiques les plus fami- 
liers. Quand ils eurent un an d'âge, ils construisirent 
tous ensemble un nid dans une grande caisse, y firent leur 
ponte, et y élevèrent une nouvelle famille. 

Le fait de la reproduction en domesticité du Guira- 
Cantara est donc acquis. 



1 



2° SECTION. - Les Anis proprement dits '. 

Ce groupe ne se compose également que de six espèces, 
toutes des Iles des Indes occidentales et des contrées tropicales 
de l'Amérique du Sud, dont deux seulement ont été connues 
de Buffon et de Linné : ce sont l'Ani des Savanes 2 et 
l'Ani des Palétuviers 3 , auxquels sont communs les détails 
qui vont suivre. 

Tous ont le plumage uniformément noir, à reflets bleuâ- 
tres plus sensibles sur le dos; le bec et les pieds noirs; 
l'iris noisette. Leur taille varie de 33 à 40 centimètres. 

On peut cependant faire cette observation pour l'Ani 

des Savanes : que son plumage est noir avec des reflets 

d'une riche couleur pourpre très prononcée sur les plumes 

des ailes; que celles du corps ont leur disque plus vif, 

' avec une bordure moins éclatante, et que les bords de 



1 Crotophagiince. 
' Crotophaijii A ni. 
3 Crotophaga Major. 



232 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



I 



celles du cou sont quelquefois d'une couleur d'airain ou 

bronzée. 

Ce sont des Coucous essentiellement marcheurs, caracté- 
risés : par un bec de la longueur de . la tète et souvent 
même plus long, plus haut que large, comprimé, arqué, 
sans dentelures aux bords, mais dont l'arête est surmon- 
tée d'une sorte de carène ou lame verticale tranchante; 
par des narines basales découvertes ; par des ailes sur-ob- 
tuses, recouvrant le tiers de la queue, qui est longue, large 
et arrondie; par des tarses allongés, des doigts grêles, 
ainsi que les ongles, qui sont fort comprimés, arqués et 
très aigus ; les deux doigts antérieurs soudés jusqu'à la 
première articulation. 

L'œil est entouré d'un large espace dénué de plumes, 
qui s'étend jusqu'au bec. Leurs paupières sont garnies de 
cils gros, longs et noirs, ayant la raideur de vraies soies 
de sanglier, et surplombant sur les yeux. M. Gosse pense 
que ces soies sont destinées à garantir l'organe visuel des 
tiges de racines et des pointes d'herbes au milieu des- 
quelles ils pâturent. Quant à la constitution intime du bec, 
le centre de la mandibule supérieure est concave, et la par- 
tie qui l'entoure, ainsi que la mandibule inférieure, est 
composée de cellules formées par des os excessivement 
minces, qui rappellent la nature celluleuse du bec des 
Toucans. Enfin, chez les Anis, la conformation du rachis 
des plumes du dos, de la gorge et de la poitrine rappellent 
également et tout à fait, comme le Guira, mais à un de- 
gré plus faible, le système de ptilose de ces parties chez les 
Coucals, c'est-à-dire la rigidité, l'élasticité, l'aplatisse- 
ment, vers la pointe, de la tige des plumes. 

Ils habitent les endroits cultivés, ou ceux qui l'ont été 
anciennement, et se tiennent dans les plantations, dans 
les bosquets, et à la lisière des forêts, dans lesquelles ils ne 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



233 



pénètrent jamais, pas plus que dans les grands arbres. Leur 
vol est bas, droit, horizontal et soutenu, mais rapide. Dans 
ce cas. d'après M. Gosse, leur aspect est peu ordinaire : le 
corps est grêle, la tète grosse et le bec énorme; et, comme 
en volant, ils prennent une position parfaitement droite et 
horizontale, leur longue queue, maintenue dans la même 
ligne, et sans aucun mouvement apparent des ailes, ils 
ressemblent, vus de côté ou de profil, plutôt à un Poisson 
qu'à un Oiseau. Quoiqu'ils soient gras, ils ont toujours 
l'air d'être maigres, la petitesse du duvet qui recouvre 
leur ventre et leurs longs tibias ajoutant à cet effet. 

On peut dire qu'ils mangent à peu près de tout : depuis 
les graines et les fruits, les chenilles, les grillons, les 
sauterelles et les vers, jusqu'à de petits lézards et de pe- 
tites couleuvres. Ainsi, quoique leur nourriture consiste 
principalement en insectes, elle n'y est cependant pas en- 
tièrement bornée. On trouve souvent leur estomac dilaté 
par des chenilles, des phalènes, des cigales, des coléop- 
tères, et en une telle quantité qu'on se demande comment 
une masse aussi considérable a pu y être introduite.. 
M. Gosse a quelquefois trouvé dans cet organe des ma- 
tières roulées avec des baies d'une espèce de lierre, dont il 
avait pris les couleurs; et, au mois de juillet, rempli de 
celles du Citharexilon, par lesquelles toute la surface in- 
terne était teinte d'un brillant incarnat. A cet époque de 
l'année, en effet, des bandes nombreuses de ces Oiseaux 
se nourrissent de ces grappes étincelantes en pleine matu- 
rité, répandues en quantité sur les arbres. 

Ils font, en outre, une énorme destruction des essaims 
d'abeilles, qui existent à profusion sur les arbres. C'est 
probablement en raison de cette chasse, et pour garantir 
leurs yeux et leur corps de la piqûre de ces insectes, 
beaucoup plus que de celle des plantes que, d'une part, leurs 



234 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS.- 






1,1 
ï 



paupières sont garnies de cils si épais et si durs, et, de 
l'autre, que les parties antérieures de leur corps ont été 
recouvertes de plumes si singulièrement conformées. 

Vivant en société, sans être cependant en aussi grandes 
bandes que les Étourneaux, on comprend qu'ils en emprun- 
tent quelqu'unes de leurs manières de vivre. Ils aiment, en 
effet, quoiqu'en ait dit M. Fraser, en 1860, à se poser sur 
le dos des quadrupèdes qui pâturent en troupes si innom- 
brables dans les vastes plaines herbeuses de l'Amérique 
du Sud. Et c'est même le principal usage auquel leur sert 
la forme en lame de couteau de leur bec. Cette forme leur 
donne les plus grandes facilités, non seulement pour cher- 
cher les insectes sur la terre, mais surtout pour trouver 
et saisir ceux qui se retirent sous le poil des bœufs, 
des vaches, des chevaux et autres animaux sembla- 
bles, pendant qu'ils sont en train de paître. On les voit, au 
nombre de cinq, six et plus, montés sur le dos d'une de 
ces bêtes, cherchant avec ardeur les insectes attachés à sa 
peau, service qu'elle parait recevoir avec plaisir. M. Hill 
en a vu parfois même, à la Jamaïque, s'attaquer à la queue 
de ces animaux, s'y suspendre et y rechercher les insectes 
jusque dans la touffe de poils ou de crins qui la termine. 
Une autre fois, ayant examiné attentivement un tas de 
bouse de vache, où des Anis venaient de chercher des 
larves et des insectes, cet observateur le trouva aussi fine- 
ment et aussi régulièrement sillonné que si une petite 
charrue en miniature y eût passé. 

M. Kirk en a vu sur des corps de moutons morts, soit 
qu'ils y fussent attirés par la chair putride ou par les lar- 
ves qui s'y trouvent, ce qui n'est pas bien certain. On les 
a rencontrés aussi, pendant la saison sèche, par bandes de 
vingt ou trente, auprès des petits ruisseaux, à la recherche 
des têtards, dont ils se nourrissent. 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



235 



Mais les insectes parasites ne font pas, comme nous ve- 
nons de le dire, l'unique nourriture des Anis, quoiqu'ils 
en soient le fond essentiel, malgré ce qu'en aient avancé 
d'Azara et d'Orbigny. M. Gosse en a vu dans les pâtu- 
rages, pendant les soirées du mois de décembre, de petits 
groupes s'enlevant à environ un mètre du sol, et volant 
sans doute après des insectes, dont ils semblaient s'empa- 
rer. Un jour, au mois de mars, son attention fut attirée 
par un objet, qui lui paraissait être un Oiseau vert, pour- 
suivi au-dessus du faite d'un arbre par plusieurs Anis ; mais 
il reconnut bientôt que ce n'était qu'un insecte lépidop- 
tère; il s'envola au-dessus des bois à une distance d'une 
centaine de mètres, avant qu'il fût hors de portée de vue, 
et il parut alors se poser sur le sommet d'un arbre, les Oi- 
seaux ayant renoncé à le poursuivre. Le même natura- 
liste a vu un Ani ayant dans son bec une grande libellule, 
dont il venait de se saisir. 

Lorsque les Anis sont en train de chasser à la surface 
de la terre ou dans les herbes, on les voit souvent sauter 
ou courir avidement après leur proie; leur longue queue, 
continuant l'impulsion donnée avant le temps d'arrêt, est 
jetée en avant d'une façon singulière, et les fait parfois 
culbuter. Pendant cette chasse, ils ont toujours une ou 
deux sentinelles de postées, qui, à la moindre apparence 
de danger, poussent un cri d'alarme qui fait partir toute la 
bande. Leur mode de progression à terre est de sauter; 
parfois ils marchent en élevant chaque pied l'un devant 
l'autre; souvent même ils courent ainsi très vite, mais à 
de courtes distances. Ils aiment à se reposer le matin sur 
les branches basses, les ailes étendues, restant ainsi pen- 
dant assez longtemps dans la plus complète immobilité. 
On peut en voir aussi un grand nombre, pendant la cha- 
leur du jour, dans les mois de juillet et d'août, perchés sur 




il 

1 







236 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



les barrières et les haies de bois de Campêche, le bec en- 
tièrement ouvert, comme s'ils cherchaient â humer l'air; 
ils oublient alors leur loquacité et leur circonspection or- 
dinaires. Deux ou trois de ces Oiseaux resteront parfois 
perchés au centre d'un buisson épais dominé par un ber- 
ceau de Convolvulus, d'où ils font entendre un cri singu- 
lier comme un appel, et comme s'ils jouaient à cache- 
cache et demandaient à leurs compagnons de venir les 
chercher. 

On peut dire que l'Ani descend les arbres plutôt qu'il 
ne les monte. Il se pose sur l'un d'eux à l'extrémité d'une 
des branches principales, et gagne le milieu du feuillage 
en rampant le long de la tige et en cherchant les insectes 
dont il fait sa nourriture. Il ne saute pas de branche en 
branche, et ne parcourt pas tout l'arbre pour 7 trouver 
des larves. Ces Oiseaux, réunis au nombre de dix ou 
douze, pénètrent rarement à une grande distance au mi- 
lieu des feuilles. Ils parcourent rapidement les branches 
des arbres, qu'ils visitent et les quittent en silence, 
s'abattant un à un sur quelque place attrayante du vert 
gazon, au-dessous d'eux; ou bien la bande entière s'en- 
vole tout d'un coup vers quelque fourré voisin, ayant or- 
dinairement l'un d'eux à leur tête et faisant entendre 
un cri perçant qui les distingue de tous les autres Oi- 
seaux. 

« Les autres vagabonds ailés, dit, dans une de ses plus 
brillantes pages, M. Gosse, qui a si bien étudié les mœurs 
des Anis, ont leur saison ; mais ceux-ci tiennent les champs 
toute l'année : leur vie est au soleil. Ces Oiseaux sociables 
fréquentent tous les lieux où existent des terrains ouverts, 
soit en pâturages, soit en labours, entremêlés d'arbres et 
d'arbustes; toujours familiers, et paraissant sans crainte, 
mais ne manquant jamais de poser une sentinelle pour 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



237 



faire entendre un cri, si quelque importun s'approche de 
leur retraite commune. Après une pluie passagère, un de 
ces orages pluvieux des tropiques, par exemple, au mi- 
lieu du jour, lorsque le soleil, dans tout son éclat et dans 
toute son ardeur, luit de nouveau sur le paysage rafraîchi, 
l'Ani est le premier Oiseau qu'on voit sortir doucement 
cl'un buisson, pour sécher ses ailes et reprendre le che- 
min des champs. L'Oiseau-Moqueur, quelque pressé qu'il 
soit de faire entendre son chant, pour égayer encore la 
campagne, précède rarement le cri perçant de l'Ani, rom- 
pant le silence qui succède à une averse. Ce cri sort de 
quelque bocage peu éloigné, et l'on voit une petite troupe 
d'Anis, leur longue queue et leurs ailes étendues dans 
leur vol glissant, se rendre en quelque endroit où les in- 
sectes s'agitent sur la terre rafraîchie. Que le soleil darde 
ses rayons obliques sur les plaines, et que la brise de la 
mer souffle tiède et odoriférante, avec un fond d'humidité 
vivifiante, à la suite des pluies de l'après-midi, le même 
cri se fait entendre de nouveau, répété avec vivacité et 
sollicitude, et l'on voit les petits Oiseaux s'agiter dans les 
haies, et les Anis de dessus les branches extérieures des 
fourrés solitaires, d'où ils ont fait entendre leur cri 
d'alarme, gagner le couvert intérieur du feuillage. Un 
Épervier vole-t-il silencieux, rasant le bord de la forêt et 
effleurant de temps en temps les buissons de la savane, 
le tocsin de l'Ani a cependant prévenu tous les environs, 
et aucune note ne se fait entendre, aucune aile ne remue ' . » 
Au vol, toutefois, l'Ani a à se mettre en garde contre 
un tout autre ennemi que l'Épervier, ennemi qui, pour ne 
pas être un Oiseau de proie, ne lui en est pas moins in- 
■ commode par son agilité, sa souplesse et la continuité do 



1 « Birils of Jamaïc. » 



238 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



H 

I 



ses petites attaques réitérées. Cet adversaire est une es- 
pèce de gros Gobe-Mouches, le Tyran Dominicain 1 . 

MM. A. et E. Newton parlent ainsi de ces attaques, 
dont ils furent témoins en 1858 : 

« L'Ani, disent-ils, partage, avec la Cresserelle et le 
Butor Verdàtre, le privilège d'être l'objet favori des atta- 
ques du Tyran Dominicain, et il est difficile de dire lequel" 
du Butor ou de l'Ani procure le plus d'amusement à l'ob- 
servateur. Par un vent frais, peut-être la poursuite de 
l'Ani par le Tyran est-elle plus amusante; car avec sa 
longue queue et ses courtes ailes il se trouve emporté à la 
merci du vent, il perd sa présence d'esprit, et essaye s'il 
ne pourrait voler à rencontre du courant, tandis qu'en 
s'abandonnant à la dérive, il s'en trouverait beaucoup 
mieux. Alors vient s'abattre le Tyran, qui, après deux 
ou trois élans, lui applique un coup tel qu'il l'envoie à tout 
hasard dans le premier endroit venu, où l'autre s'empresse 
de chercher un abri, que ce soit une misérable haie 
d'épines, ou un lit moelleux d'herbe de Guinée 2 . » 

Ces savants observateurs pensent que c'est par suite de 
ces rencontres que le plumage de l'Ani, et spécialement 
sa queue, souffre et s'endommage, au point qu'on trouve à 
peine un spécimen dont cet organe soit en parfait état. 

Pendant les journées chaudes et d'une atmosphère étouf- 
fante, lorsque la rosée est tombée, et que la végétation 
languit, on voit les Anis se diriger en petites troupes, au 
commencement de la soirée, vers les bords de la rivière. 
S'ils y ont découvert quelque endroit où un arbre déraciné 
sera tombé dans l'eau peu profonde, ils s'y perchent, quel- 
ques-uns la queue en l'air, buvant les eaux limpides qui 
coulent au-dessous d'eux; d'autres silencieux et indiffé- 



1 Tyvannus Dominicensis. 

2 « Ibis. » 






LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



239 



rents ; quelques-uns nettoyant leurs plumes ; et d'autres 
encore, posés sur le sable accumulé autour de l'arbre ren- 
versé, et se baignant dans les bas-fonds. Il restent ainsi 
jusqu'au jour. 

Ces habitudes, pour le moins singulières, chez des Oiseaux 
rangés parmi les Coucous, ne sont rien à côté de la singula- 
rité de leur mode de reproduction. Non contents de vivre en 
société, sans s'éloigner beaucoup les uns des autres, on 
voit, dans le temps qui précède la ponte, plusieurs femelles 
travailler simultanément avec les mâles à la construction 
d'un nid commun; et ensuite plusieurs femelles couver en- 
semble chacune leurs œufs et y élever leurs petits. Cette 
bonne intelligence, comme le dit le chevaler Lefebvre Des- 
hayes, correspondant de Buffon, est d'autant plus admi- 
rable que l'amour rompt presque toujours, dans les ani- 
maux, les liens qui les attachaient à d'autres individus de 
leur espèce. Ils s'apparient de bonne heure dès le mois de 
février, les mâles recherchent les femelles avec ardeur ; et 
dès le mois suivant, le couple s'occupe de concert à ramas- 
ser les matériaux pour l'édification du nid. Ils sont beau- 
coup plus vifs et beaucoup plus gais dans cette saison 
qu'en tout autre temps. 

Ils nichent généralement dans les arbrisseaux, dans les 
caféiers, dans les buissons et dans les haies. Ils choisis- 
sent la fourchette d'un arbre, d'un faux -cèdre, par 
exemple, et y construisent, pour y nicher en commun, dans 
l'Amérique du Sud, au Mexique, comme aux Antilles, un 
de ces nids. 

Lorsque les femelles se mettent plusieurs ensemble 
dans le même nid, la plus pressée de pondre n'attend pas 
les autres, qui agrandissent le nid pendant qu'elles cou- 
vent les œufs. Ces femelles usent d'une précaution qui 
n'est pas commune aux Oiseaux de cette famille : c'est de 



1 
1 



1 






240 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



1 

■ 



couvrir leurs œufs avec des feuilles et des brins d'herbes 
à mesure qu'elles pondent. Elles couvrent également leurs 
œufs pendant l'incubation, lorsqu'elles sont obligées de les 
quitter pour aller chercher leur nourriture. Les femelles 
qui couvent dans le même nid ne se chicanent pas, comme 
font les Poules lorsqu'on leur donne un panier commun; 
elles s'arrangent les unes auprès des autres; quelques- 
unes cependant, avant de pondre, font, avec des brins d'her- 
bes, une séparation dans le nid, afin de contenir en parti- 
culier leurs œufs ; et s'il arrive que les œufs se trouvent 
mêlés et réunis ensemble, une seule femelle fait éclore 
tous les œufs des autres avec les siens ; elle les rassemble, 
les entasse et les entoure de feuilles. Chaque femelle fait 
plusieurs œufs par ponte. 

Ces Oiseaux construisent leurs nids très solidement, 
quoique grossièrement, avec de petites tiges de plantes fila- 
menteuses, des branches de citronniers ou d'autres arbris- 
seaux ; l'intérieur est seulement tapissé et couvert de feuil- 
les tendres et qui se fanent bientôt; c'est sur ce lit de 
feuilles que sont déposés les œufs. Ces nids sont fort évasés 
et fort élevés des bords ; il y en a dont le diamètre a près 
de 50 centimètres ; la grandeur du nid dépend du nombre 
des femelles qui doivent y pondre. Il serait assez difficile 
de dire au juste si toutes les femelles qui pondent dans 
le même nid ont chacune leur mâle : il peut se faire qu'un 
seul mâle suffise à plusieurs femelles, et qu'ainsi elles 
soient, en quelque façon, obligées de s'entendre, lorsqu'il 
s'agit de construire les nids; alors, il ne faudrait plus 
attribuer leur union à l'amitié, mais au besoin qu'elles ont 
les unes des autres dans cet ouvrage. 

M. Hill, dont les récits sur l'Ornithologie de la Ja- 
maïque méritent la confiance la plus illimitée, s'en ex- 
prime ainsi : 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



241 



« Le fait avancé, que l'Ani bâtit son nid en société, et 
que ce nid forme un immense panier construit par les 
efforts réunis de la bande entière, est une opinion géné- 
rale dans toute la colonie. Une demi-douzaine de ces 
Oiseaux construisent ensemble un seul nid, assez vaste 
pour qu'ils puissent s'y réunir et y élever leurs petits. 
Ils sont très soigneux dans le travail de l'incubation, et 
ne quittent jamais le nid pendant ce temps, sans couvrir 
les œufs de feuilles, afin de leur conserver toujours une 
température égale. » 

Et aussi, ajouterons-nous, pour les dissimuler aux 
recherches et à la vue de leurs ennemis naturels. 

La seule fois que M. Gosse ait trouvé un de ces nids, 
quoiqu'elle ne soit pas concluante, est plutôt en faveur de 
cette opinion que de celle contraire. Il découvrit, au mois 
de juillet un uid d'Ani dans un Faux-Cèdre (Guazuma) : 
c'était une masse considérable de petites branches entrela- 
cées et garnies de feuilles. Il y avait huit œufs dans le nid; 
beaucoup de coquilles s'y trouvaient également, et il y en 
avait une grande quantité de tombées sous l'arbre. Les 
œufs étaient de la grosseur de ceux d'une jeune poule, 
parfaitement ovales, d'un bleu vert, mais enduits d'une 
substance ressemblant à de la craie, rayée et corrodée sur 
tous, et facile à enlever. 

Tous les nids cependant n'ont pas la même disposition ; 
et cela ce conçoit avec une telle agglomération de travail- 
leurs. 

Un de ces nids, que M. de Saussure a eu occasion d'exa- 
miner, dans ses intéressants voyages au Mexique, 
en 1S57, ne se composait que d'un simple plancher com- 
mun; il n'était pas cloisonné, et n'offrait aucune niche ni 
aucun compartiment. On ne saurait dire, d'après lui, si 
les Anis s'établissent par paires dans cette demeure com- 

16 



242 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 










mune, et si ces Oiseaux ont des habitudes polygames, 
pas plus que si la promiscuité existe entre eux. 

M. A. Newton, de son côté, décrit ainsi un de ces nids, 
qu'il observa vers la même époque, à l'île Sainte-Croix 
des Antilles : 

« On me montra, dit-il, un nid de l'espèce ordinaire, 
l'Ani des Savanes, le 18 juin 1857. En m'approchant de 
l'arbre, un assez grand Tamarinier,, je vis deux Oiseaux 
perchés auprès de ce que je reconnus plus tard être l'em- 
placement du nid, qui était établi contre le tronc, à en- 
viron deux mètres du sol, et soutenu par quelques jeunes 
branches qui paraissaient n'avoir poussé que depuis peu 
d'années. C'était un grossier amas de baguettes' et de pe- 
tites branches, grand et profond, mais en partie rempli de 
feuilles mortes, au milieu desquelles je trouvai quatorze 
œufs. Autour du bord étaient piquées droites quelques 
petites branches mortes de tamarin. Je retournai au nid 
le 23, et enlevai deux des neuf œufs que j'y retrouvai ; 
mais il n'en restait plus que quatre le 26, le nid ayant 
été probablement dévalisé par les enfants d'un village nègre 
peu éloigné. Il y avait huit œufs le 2 juillet; et le nid était 
entièrement détruit, lorsque j'y revins quelques jours 
après. Ce nid était évidemment une propriété commune; 
il y avait généralement deux ou trois Oiseaux perchés, 
soit sur le nid, soit auprès, et, dans l'arbre, peut-être 
cinq à six autres, qui ne cessaient de crier durant tout le 
temps de ma présence 1 .» 

Cette absence de tout instinct de conservation de leur 
ponte, chez les Anis, est la meilleure démonstration, nous 
ne dirons pas de l'esprit d'association des femelles, mais 
du hasard de leur rapprochement et de leur promiscuité 



« Ibis. » 






LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



243 



dans la double opération de la ponte et de l'incubation. 
D'habitude, un Oiseau qui voit son nid dérangé, ou le nom- 
bre de ses œufs diminué, est bien prêt de tout abandonner, 
sauf à recommencer ailleurs à nouveaux frais. Pour les 
Anis, rien de semblable; le nid a été endommagé, les œufs 
ont été pillés, les femelles n'en continuent pas moins d'y 
revenir étourdiment en pondre de nouveaux, et n'aban- 
donnent définitivement la partie que devant la destruction 
consommée de l'habitation commune. 

En aucune contrée, les Anis, surtout l'Ani des Sa- 
vanes, ne paraîtraient plus multipliés que dans l'Equateur. 
M. Fraser, qui en a vu un grand nombre, dit, en 1860, 
qu'il doit y en avoir des milliers ! Ce qui ne peut surpren- 
dre, si l'on réfléchit à l'étonnante reproduction de ces Oi- 
seaux, en définitive plus inoffensifs et, sans nul .doute, 
plus utiles que nuisibles. 

L'Ani, selon M. A. Newton, est appelé le Sorcier Noir, 
à Sainte-Croix. Or, il existe une opinion accréditée, que 
ces Oiseaux sont exempts du destin commun de la Créa- 
tion, et que ce nom n'est pas étranger à leur immortalité 
supposée. Mais ce nom, comme l'observe M. Salvin, n'est 
probablement pas étranger non plus à la singularité du 
cri de l'Ani qui, selon la juste remarque de M. Hill, ré- 
sonne comme le glas funèbre de la mort. Cet Oiseau ne 
pouvait, en effet, échapper aux légendes. 

Toujours est-il que ses deux cris différents lui ont encore 
valu d'autres noms : le premier aigre fortement, qu'on 
peut exprimer par on-i-o, d'où est venu le nom de Judio 
(Juif), qu'on a donné à l'Ani, à Cuba; l'autre, qui n'est 
qu'un gazouillement désagréable que les créoles de Cayenne 
ont comparé au bruit de l'eau bouillante dans une mar- 
mite de terre; de là la dénomination de Bouilleur des 
Canaris (du nom de ces vases de terres, canaris). 



.- 



•€i 



214 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



Les nègres de Saint-Domingue, eux, lui donnent diffé- 
rents surnoms, tels que Bout-de-Tabac , de Bout-de 
Petitn, iïAmangona, de Perroquet noir, etc. 

Si singuliers que paraissent les Anis par leurs habitu- 
des, si singuliers qu'ils soient dans leur mode de nidifi- 
cation et de ponte, ils le sont tout autant par la nature 
et la constitution de l'enveloppe solide de leur œuf et 
même de son contenu, comme s'ils avaient voulu réunir à 
eux seuls toutes les excentricités, non seulement de la fa- 
mille des Coucous, mais de toute la classe des Oiseaux. 
Et c'est ici le cas de reproduire ce que nous en disions, en 
1843, dans le Magasin de Zoologie. 

De même que tous les groupes naturels, ils se font re- 
marquer par l'homogénéité que présente leur œuf chez 
toutes les espèces. La forme en est exactement ovalaire, 
approchant parfois de la figure sphérique; la coquille, d'un 
grain très serré, à pores peu sensibles, d'un blanc légère- 
ment bleuâtre dans la transparence de son épaisseur, le 
plus ordinairement plus ou moins recouverte d'une couche 
sédimenteuse, crayeuse ou demi calcaire, qui se peut faci- 
lement enlever par le frottement ou le grattage; dans 
tous les cas, mate et sans reflets ; la couleur le plus sou- 
vent d'une apparence de lait pur, qui n'est que la couche 
crayeuse accessoire à la matière calcaire de la coquille. 
De temps à autre, cette même couche laisse apercevoir, 
dans ses solutions de continuité naturelles , et au milieu 
de l'espèce de réseau ou de mailles qu'elle y dessine sou- 
vent, et sous forme de pointe, de raies et de losanges plus 
ou. moins nombreux et plus ou moins larges, la surface 
même de la coquille et sa véritable couleur d'un beau bleu 
d'aigue-marine. C'est cette double enveloppe, mal exami- 
née par eux, qui a fait croire et dire à quelques ornitholo- 
gistes que ces œufs étaient blancs, avec des raies et des 



LES C'OrCOUS FAUX TARASITKS. 



245 



points bleus, prenant ainsi l'accessoire pour le principal. 
D'autres fois même, mais rarement, et sur les œufs der- 
niers pondus, la couche crayeuse disparait totalement, et 
l'œuf se montre en entier de cette jolie couleur. 

Ajoutons que quand l'œuf vient d'être pondu, ce dépôt 
calcaire blanc est très tendre, même friable, et facile à en- 
lever, non sans blanchir les doigts; mais il durcit en peu 
do temps. 

Nous avons dit alors quel était l'usage probable ou plu- 
tôt la nécessité de l'application de cette couche addition- 
nelle, qui, on le sait, se produit chez l'œuf de quelques 
Palmipèdes, mais qui est unique et sans exemple parmi les 
Passereaux. 

Exposés aux inconvénients résultant de la chaleur des 
climats qu'ils habitent, mais ayant de plus à lutter contre 
l'humidité brûlante des localités qu'ils fréquentent pour 
couver, telles que celles des Savanes et des Palétuviers, les 
Anis ont subi, dans la structure de la coquille des œufs, 
une modification particulière, qui se rapproche de celle 
qu'on' signale dans les œufs de Cormorans, dont le test 
est aussi bleuâtre sous sa couche crayeuse (singulière ana- 
logie!), et qui, nous le répétons, est unique dans toute la 
classe si nombreuse des Oiseaux dits Terrestres. Leur co- 
quille, ainsi qu'on vient de le voir, a été revêtue d'une cou- 
che crayeuse et sédimenteuse de même nature que celle 
qui existe sur les œufs de certaines familles de Palmipèdes, 
laquelle, en obstruant, comme dans ceux-ci, les pores de la 
coquille mate, par lesquels s'effectue l'évaporation, et en 
retardant l'effet destructeur d'une perte trop active de ca- 
lorique, procure le même avantage que le pouvoir réflé- 
chissant, et n'en a pas les inconvénients; car la faculté de 
réfléchir s'acquérant aux dépens de l'épaisseur de la co- 
quille, il en résulte que cette enveloppe, dans ce cas, en 



1 



1 






246 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



■ 



devient plus accessible aux atteintes de l'humidité, et plus 
fragile. Rien n'eût donc été plus nuisible, pour les œufs 
des Anis, que d'être pourvus d'une coquille luisante : une 
coquille mate les préserve beaucoup mieux de cet incon- 
vénient grave ; et la couche sédimenteuse dont elle est mu- 
nie la préserve et la défend d'une évaporation abondante, 
que ne manquerait pas de provoquer l'ardeur brûlante de 
ces latitudes. 

Si à ces causes bien suffisantes de préservation de l'œuf, 
on ajoute les observations de M. Gosse, desquelles il ré- 
sulte : que le glaire en paraît moins tenace qu'à l'ordi- 
naire et ressemble davantage à de la gelée, quoique d'une 
consistance moins épaisse; que, de plus, ce glaire remplit 
au moins les trois quarts de l'œuf, tandis que le jaune, 
aplati dans sa forme, et pas plus large en diamètre qu'un 
bouton d'habit et deux fois moins épais, adhère par un 
côté et un bout, est de couleur pâle, et ressemble à un 
œuf de poule qui vient d'être altéré par la cuisson , on en 
concluera facilement que la nature a bien pris ses précau- 
tions dans ce cas physiologique si spécial à notre Oiseau. 

Les Anis forment donc, à tous les points de vue, une 
sous-famille exceptionnelle dans la grande famille des 
Coucous : promiscuité des ménages ou des couples, dans le 
triple travail de l'édification du nid, de la ponte et de 
l'incubation des œufs, comme de l'éducation des petits; et 
sans nul doute, polygamie au premier chef; en plus, ca- 
ractère oologique, unique dans l'ordre des Passereaux, 
d'une couche crayeuse couvrant la coquille; et constitu- 
tion organique spéciale de l'œuf. 

Ainsi, il était écrit que la famille des Coucous, étudiée 
même méthodiquement, devait se terminer comme elle a 
commencé, c'est-à-dire, par l'exemple de phénomènes d'ha- 
bitudes en dehors de toutes les règles que s'est générale- 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 247 

ment tracées la nature ; en réunissant de la sorte ce qu'il 
y a de plus extrême : le parasitisme, qui n'est que la né- 
gation du moi ; le communisme, dans son acception la plus 
large; et le polymorphisme de l'œuf des premiers remplacé, 
chez les Anis, par une structure anormale et entièrement 
exceptionnelle de la coquille, sans parler de la constitution 
intime, non moins exceptionnelle, de ses parties organi- 
ques intérieures. 

Et nous avions raison de dire que, sous tous les rapports, 
l'histoire des Coucous ne pouvait et ne peut qu'être des plus 
instructives à étudier. 

Ce qui nous amène aux réflexions suivantes : 
D'abord est-il bien certain que le groupe seul des Cou- 
cous proprement dits, dans cette famille, ne fait presque 
jamais de nid; et que les diverses espèces ne couvent pas 
souvent elles-mêmes leurs propres œufs? 

Nous croyons que la seule étude, qui reste à faire sur 
eux à cette heure, est celle qui tendrait, par de bonnes ob- 
servations, à démontrer que le fait, par ces Oiseaux, d'a- 
bandonner à d'autres le soin, non pas de l'éducation de leurs 
petits, mais de l'incubation de leur œuf, n'est qu'un fait 
purement accidentel et non d'organisation. La chose pa- 
raît d'autant plus vraisemblable, que nous l'avons établie, 
d'après les observations si précieuses de J. Verreaux, pour 
le Coucou Lucide ou Éclatant, et de M. Ramsay pour les 
Coucous Inorné et Flabelliforme ; et que nous la retrouvons 
dans les mœurs des Coucous Américains. 

Car jusqu'à présent on a eu un tort grave, c'est de s'oc- 
cuper exclusivement des habitudes de notre Coucou d'Eu- 
rope, par rapport à lui seul, sans chercher à les comparer 
et à les conférer, comme nous l'avons fait ailleurs, comme 
nous le faisons encore aujourd'hui, et avec les habitudes 
des autres espèces du même groupe, et avec celles des 



. . 







248 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



autres groupes de Coucous; enfin, avec celles d'autres fa- 
milles étrangères aux Zygodactyles. 

Nous venons de distinguer à l'instant, et non sans mo- 
tif, l'opération de l'éducation des petits d'avec celle de 
l'incubation de l'œuf, dans les soins confiés par le Coucou 
à des Oiseaux étrangers. C'est qu'en effet, il n'arrive pas 
toujours que la mère, forcément adoptive, reste exclusive- 
ment chargée de nourrir le jeune Coucou, non pas, comme 
on l'a dit, qu'elle mourrait à la peine si à la nourriture 
de ses propres petits il lui fallait joindre celle du vorace 
étranger, sa mère ayant eu la prévoyance de diminuer le 
nombre de ses frères; mais par un pur instinct naturel, 
ce soin attentif parfois à veiller sur chacun des nids dépo- 
sitaires de sa progéniture, elle se le réserve à elle-même, 
et, pour cela, elle profite des absences répétées de la pro- 
priétaire du nid, pour apporter à ses petits leur subsis- 
tance. Il importe donc peu alors que son œuf soit déposé 
dans un nid d'Oiseau granivore ou frugivore, etc.; la nour- 
riture essentiellement animalisée du jeune Coucou, propre 
à toute la famille, ne lui fait jamais défaut, parce qu'elle 
lui est procurée par sa mère, beaucoup moins oublieuse, 
qu'on ne l'admet d'une manière générale, de ses soins ma- 
ternels. 

Il peut donc arriver, à la grande rigueur, malgré les 
observations contraires faites de parti-pris, que le mode 
d'accouplement des Coucous soit exactement le même que 
celui de tous les autres Oiseaux : qu'ils construisent un 
nid comme eux, et comme eux aussi se livrent au doux 
plaisir de couver leurs œufs, de faire éclore et d'élever 
leurs petits eux-mêmes; qu'alors, ainsi que cela a lieu 
pour les jeunes de la première année chez le Coucou Écla- 
tant, groupés et réunis ensemble, il existe entre les deux 
sexes une équipante qui se prête à la formation de mena- 



LES COUCOUS FAUX PARASITES. 



249 



o-es réguliers; mais qu'ensuite, dans un moment donné, 
et par l'effet de la trop grande dispersion de l'espèce 
et dans certaines localités les mâles se trouvant en une 
majorité disproportionnée avec le nombre des femelles, 
celles-ci, par suite d'approches successives et trop fré- 
quemment renouvelées, ne pouvant suffire au soin et au 
travail de la nidification et de l'incubation, en sont ré- 
duites à surprendre l'hospitalité d'autres espèces d'Oi- 
seaux, pour leur imposer le dépôt et la garde de leur pro- 
duit ovarien. 

Ce qui semble venir à l'appui de notre raisonnement, 
c'est ce fait, précédemment indiqué déjà, observé chez 
plusieurs espèces d'Oiseaux étrangers à la famille des 
Coucous, tels que certains Troupiales de l'Amérique (dont 
nous allons nous occuper), qui se dispensent fréquemment 
de construire un nid, et introduisent leur œuf dans le nid 
d'une autre espèce. Or cette anomalie, chez eux, ne doit 
pas être le résultat d'un simple caprice, et doit se ratta- 
cher à la même cause ou à la même impossibilité qui 
pousse à ce manège le Coucou Éclatant et en général 
presque toutes les petites espèces de Coucous de l'Océanie 
et de la Nouvelle-Hollande, c'est-à-dire peut-être à un trop 
grand relâchement accidentel dans les attaches de la grappe 
ovarienne, et conséquemment à l'égrainement (si l'on peut 
s'exprimer ainsi) trop subit des œufs qui s'en échappent; 
on a des accouplements trop rapprochés de la part des 
mâles, beaucoup plus nombreux en certains moments et 
en certaines localités que les femelles, et réciproquement. 
D'où cette conséquence, qui semblera forcée, que ce qui 
a lieu chez ces derniers Oiseaux, peut et doit, dans les 
mêmes conditions, se présenter chez presque toutes les au- 
tres familles de Passereaux. 

Reste donc encore, pour les ornithologistes et les obscr- 



250 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



I 

M- 






vateurs, à découvrir et à constater un fait de ce genre 
dans ce sous-ordre. 

C'est pour les guider, en leur ouvrant la voie, que nous 
allons présenter l'histoire d'une de ces sous-familles, si 
concordante avec celle de la famille des Coucous, qu'en la 
lisant, on croit lire un chapitre de la biographie de ces 
derniers. Nous voulons parler de ces Troupiales d'Amé- 
rique, qu'en raison même de cette similitude, nous avons 
appelés Troupiales-Coucous. 

Ce sera un hors-d'œuvre sans doute qui étonnera plus 
d'une personne peu familiarisée avec l'ornithologie géné- 
rale, mais, à coup sur, un complément indispensable de 
l'histoire des Coucous, seul but de cette étude. 









CHAPITRE III. 



Les Troupiales-Coucous ou Bruantins '. 



■ 1 






l 



Il nous a été impossible, après l'avoir étudié sous toutes 
ses faces, de laisser au simple rang de groupe générique, 
dans l'importante famille des Troupiales, ces Étourneaux 
d'Amérique, dont ils composent notre troisième section, 
le petit Groupe des Bruantins, qui va nous occuper, quoi- 
qu'il titre de Troupiales à plumage noir, ils dussent figu- 
rer à la suite des Quiscales et des Chopis , dont ils sont 
si proches parents. Les habitudes de ce. petit groupe le 
distinguent trop de ses congénères, pour qu'on ne l'élève 
pas au rang de sous-famille au même titre que le Coucou 
d'Europe dans la sienne. 

L'histoire naturelle est pleine de ces contrastes, de ces 
oppositions, qui viennent, à chaque pas, déranger la mar- 
che de l'esprit dans ses idées plus ou moins préconçues 
d'ensemble et d'harmonie de la Création. 

On en est parfois à se demander s'il y a une règle; s'il 
n'y en a pas. 

Ici, l'on voit, chez l'Oiseau par exemple, les preuves les 
plus manifestes de l'instinct maternel; là, c'est la négation 
la plus complète de cet instinct. 

D'un côté, les soins les plus minutieux pour la conser- 
vation de l'espèce; de l'autre, l'absence absolue de cette 
notion élémentaire de nature. 



m 

I 



1 Molothrinœ. 












I ; 

■ 



252 HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 

C'est ce qui ressortira du tableau des habitudes de cette 
sous-famille. 

Qu'on imagine, en effet, un Oiseau qui, avec la ma- 
nière de vivre des Troupiales (autant dire de nos Étour- 
neaux), a les mœurs et les habitudes de notre Coucou 
d'Europe ; c'est-à-dire ne construit pas de nid, quoique 
cela lui arrive quelquefois; pond dans celui des autres et, 
de plus que le Coucou, ne s'occupe aucunement de ce que 
devient le produit de son œuf, et vit en promiscuité per- 
manente; ou bien dont les femelles, comme celles des Anis, 
ces autres Coucous, se réunissent pour pondre, mais non 
pour couver en commun. 

Cette existence désordonnée est tellement en dehors des 
règles connues de la nature, qu'elle sollicite une étude à 
part du Philosophe comme du Naturaliste se trouvant à 
bout de raison pour expliquer toutes ces anomalies. 

Singularité de l'esprit humain! combien de théories 
plus ou moins excentriques les unes que les autres, n'a- 
t-on pas soulevées pour se rendre compte du mode de pro- 
pagation du Coucou européen? Alors que, sauf quelques 
variantes, ce mode existe presque en quelque sorte le même 
chez toutes les espèces de Coucous, soit en Afrique, soit 
en Asie, en Océanie ou Australie? Que de volumes, depuis 
plus de vingt siècles, n'a-t-on pas écrits à ce sujet? 
^ Or, le même phénomène, entouré de tous autres carac- 
tères, se reproduit chez une autre espèce d'Oiseau d'Amé- 
rique, non plus un Coucou, mais une sorte de Bruant, 
Déodactjle et non Zygodactyle. Et parce que le moindre 
amateur ornithologiste d'Europe ne peut se donner, ni le 
plaisir, ni le mérite de l'observer dans son pays, sur les 
lieux et d'après nature, l'Oiseau passe en quelque façon 
inaperçu : « Il pond dans le nid des autres... » et tout est 
dit! 



LES TROUPIALES-COUCOUS. 



253 



C'est parce que rien ne nous parait indifférent, en his- 
toire naturelle, que nous allons prendre à tâche de réunir, 
sur les Bruantins, le plus de faits bien observés que pos- 
sible, comme nous avons procédé pour la famille des Cou- 
cous; les phénomènes à peu près expliqués chez ceux-ci, 
se reproduisant chez ceux-là avec les complications les plus 
neuves et les plus inattendues et avec la même persistance. 

Cette sous-famille ne repose donc que sur un groupe 
unique, celui des Bruantins, dont les deux types princi- 
paux sont : le Bruantin commun, de l'Amérique du Sud, 
et le Bruantin des Troupeaux, de l'Amérique Septentrio- 
nale, auxquels se réunissent trois ou quatre autres espèces 
également américaines. 

Ils sont caractérisés par un bec très court, plus court 
que la tète, épais, conique, entier, à arête très légèrement 
inclinée; des narines basales, en partie recouvertes par une 
membrane, et engagées sous les plumes du front; des ailes 
allongées, aiguës ; une queue presque égale et à peine ar- 
rondie, des tarses de la longueur du doigt médian, com- 
primés, à squamelles lisses et à peine apparentes; les ongles 
longs, celui du pouce surtout, courbés et aigus. 

Telle est l'indécision ou l'ambiguïté de leurs caractères, 
qu'on en a fait, tantôt des Tangaras, tantôt des Bruants et 
des Fringilles, parfois même des Etourneaux. 

Ce qu'ils offrent de plus remarquable et de plus insolite 
par leurs mœurs, c'est, ainsi que nous venons de le dire, 
par une exception unique, non seulement dans la famille 
des Troupiales à laquelle ils appartiennent, mais dans tous 
les Passereaux non zygodactiles , d'être parasites à l'ins- 
tar de notre Coucou d'Europe; de ne jamais faire, ou bien 
rarement, de nids eux-mêmes, et par conséquent de s'em- 
parer de ceux des autres Oiseaux pour y déposer leurs 
œufs, et abandonner le soin de leur incubation à leurs 



H 






■ v y 






■vt 



254 



HISTOIRE NATURELLE. DES COUCOUS. 



propriétaires; c'est aussi, chez les femelles, la manie de 
pondre le plus souvent en commun dans les nids, objets de 
leur choix et de leur convoitise. 

Les premiers détails donnés sur ces habitudes bizares, 
sont dus, à Sonnini d'abord, puis à d'Azara, qui les a ob- 
servées chez l'espèce suivante : 



Le Bruant in Commun K 

11 a, comme ses congénères, le bec et les pieds noirs; 
cependant la tète, le devant du cou et tout le dessous du 
corps paraissent, sous certains aspects, d'un bleu foncé et 
varié de reflets violets très agréables, qui brillent égale- 
ment, mais mêlés avec d'autres reflets, sur le cou, le corps, 
et les couvertures supérieures des ailes. Sa taille est de 
18 à 19 centimètres. 

Il est bien vrai cependant que, par leur manière de vi- 
vre, les Bruantins, comme les appelle Sonnini, se ratta- 
chent, comme les Quiscales, à notre Étourneau, par leur 
organisation et par leur instinct de sociabilité, de même 
que par leur habitude de se poser sur le dos des bestiaux 
pour en rechercher les parasites ; du moins le supposait-il. 
Le Bruantin Commun, qui se trouve en Amérique, de- 
puis les Etats-Unis jusqu'à la pointe australe de ce con- 
tinent est, au dire de d'Azara, fort commun au Paraguay, 
et au Rio de la Plata, seulement ici il se confond avec 
une autre espèce, le Bruantin Noir, que l'on voit souvent 
mêlé au Carouge ou Troupiale Vert et d'autres Oiseaux. 
Il se tient dans les campagnes, à la lisière des bois et dans 
les terrains cultivés, où il fait beaucoup de mal dans les 
plantations de maïs, dont il arrache les jeunes pieds. 
Ainsi que le Quiscale Noir, celui-ci fréquente les chevaux 

1 Mplothvus Bonariensis. 






LES TROUPIAI.ES-COUCOUS. 



255 



et les bœufs, les suit de près et les accompagne dans les 
pâturages où il pique la terre pour y prendre les insectes 
que les pieds de ces animaux en font sortir. Lorsqu'il est 
fatigué, ou que la fantaisie lui en prend, il saute sur leur 
dos, et se laisse porter où ils veulent, sans s'occuper, 
contre l'opinion de Sonnini, de manger la vermine qui les 
dévore. 

Sur le vert gazon des plaines ondulées qui environnent 
Maldonado, dit M. Darwin, en 1847, on peut souvent voir 
deux ou trois de ces Oiseaux sur le dos d'une vache ou 
d'un cheval. Parfois, perchés sur une haie, et nettoyant 
leurs plumes au soleil, ils essayent de chanter ou plutôt de 
siffler, mais leur chant, qui est tout particulier, ressemble 
au bruit que ferait le sifflement de l'eau passant à travers 
un étroit orifice; ou, selon l'expression de M. Hudson, qui 
les a si consciencieusement étudiés, en 1870, au bruisse- 
ment d'un grand vent dans les arbres, lorsqu'ils sont réu- 
nis en grand nombre. 

Ce Bruantin n'est ni rusé, ni prévoyant, ni avisé; il 
tombe aisément dans les pièges ; il accourt à l'appât, et, si 
on l'épouvante, il fuit en jetant des cris aigus, sur les ar- 
bres les plus voisins, pour revenir bientôt, quoiqu'il voie 
ses pareils pris ou tués. Pour changer de cantons, ces 
Oiseaux se rappellent, prolongent leurs clameurs pendant 
qu'ils volent, et les redoublent s'ils rencontrent une autre 
bande d'Oiseaux de leur espèce. Leur vol est rapide, sou- 
tenu et élevé en quelques occasions. Ce ne sont pas des 
Oiseaux querelleurs, et ils sont communément en troupes, 
qui se mêlent quelquefois à d'autres bandes d'espèces dif- 
férentes, et même à celles des Guiras-Cantaras et des Anis, 
avec lesquels, du reste, ils ont plus d'une habitude com- 
mune; on les voit même mêlés à des bandes de Perroquets. 
Les sociétés qu'ils forment entre eux subsistent toute l'an- 



^ 



m 



25» 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



née, quoique souvent elles se séparent en trois ou quatre 
petites troupes, ou qu'elles s'augmentent de nouveaux ar- 
rivants; on les rencontre aussi par paires. 

Mais ce qui est remarquable, c'est que, soit au nord de 
l'Amérique, comme aux États-Unis, soit au sud, comme 
au Rio de la Plata, ou au Texas, les Bruantins, de même 
que certains Coucous, construisent rarement un nid, ou 
plutôt n'en construisent aucun, se contentant de pondre 
ou d'introduire leurs œufs dans des nids étrangers. 

Les espèces de l'Amérique méridionale déposent leurs 
œufs, d'après d'Azara, dans les nids des Fourniers 1 , des 
Paroares 2 , des Cardinaux 3 , des Chingolos 4 , des Suiri- 
ris 5 , etc. D'après les naturalistes du Beagle, 'dans celui 
de la Passerine à cou roux 6 (Oiseau qui, dans l'ornitholo- 
gie de l'Amérique du sud, occupe la place de notre Moineau 
Commun d'Europe). M. Dresser trouva un œuf de cet 
Oiseau, en 1863, dans le nid d'un Viréon de Bell 7 ; et à 
en juger, dit-il, d'après d'autres nids, contenant des œufs 
.de ce Bruantin, qui lui furent apportés, il semble, au 
Texas, se servir des nids des petits Gobe-Mouches, de pré- 
férence à ceux d'autres Oiseaux. Plusieurs témoins ont 
assuré avoir trouvé des petits de Bruantins mêlés avec les 
petits de ces espèces forcément hospitalières. 

D'Azara déclare ne les avoir jamais vus s'occuper à 
construire un nid. Plus récemment, M. Salvin dit ne l'avoir 
jamais vu, non plus personnellement sur le nid d'aucune 
autre espèce, qu'il ne l'a jamais vu davantage en cons- 



1 Furnarius. 
% Paroaria. 

3 Cardinalis. 

4 Zonotrichia Matutina. 

5 Fluvicola Bicolor. 

6 Zonotrichia Ruflcollis. 

7 Vireo Belli. 



LES TROUriALES-COUCOUS. 



257 






truire, ni occupé à aucune préparation domestique quel- 
conque de ce genre, d'où l'on puisse induire qu'il couve 
lui-même. Mais, ajoute-t-il, ses œufs se trouvent ordinai- 
rement dans le nid de l'Orphée Mignon 1 et quelquefois dans 
celui de la plus grande espèce des Pitanguas, le Pitan- 
gua de Derby 2 ; enfin, ce qui paraîtra plus extraordinaire, 
dans le nid du Carouge à Manteau noir 13 , nid qui est sus- 
pendu et en forme de longue bourse! 

M. Hudson, confirmant les observations de d'Azara, 
mais plus favorisé que lui, avant pu minutieusement étu- 
dier leur manière de vivre, écrivait, en 1870', que les 
Bruantins Communs, connus à Buenos- Ayres sous le nom 
de Pajaro Negro qui, avec une régularité caractéris- 
tique, quittent souvent ce pays à la fin de mars, en appa- 
rence pour tout de bon, s'y montrèrent de nouveau, en 
1869, en grand nombre. 

D'habitude, à la fin de l'été, ces Oiseaux se réunissent 
en bandes immenses et on les voit alors, pendant plusieurs 
jours de suite, se diriger vers le nord ; mais il parait peu 
probable, à ce savant observateur, qu'ils émigrent à une 
grande distance. Ils passent, dit-il, avec un vol rapide, peu 
élevé et ondulé, une troupe suivant l'autre, et leurs ailes 
produisent un son doux et agréable. 

Ils cherchent leur nourriture sur le sol : au printemps, 
ils suivent la charrue pour trouver des vers, et aiment à se 
tenir dans les pâtures auprès des bestiaux, se posant fré- 
quemment sur leur dos. 

Le chant du mâle, lorsqu'il courtise sa femelle, est ac- 
compagné de mouvements et de gestes étranges; gonflant 



II 



1 Mi mus Orpheus. 
J Pitangua Derbyi. 
3 Xanthornus Gularis. 
i « Ibis. » 



258 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



Ici 

■ 



et hérissant ses plumes comme un Coq d'Inde, il prend 
souvent tout à coup son vol, s'éloigne en ligne droite de 
sa femelle, et fait un grand circuit autour d'elle en chan- 
tant tout le temps. Ce chant commence par des notes re- 
marquablement sourdes et rentrées, se terminant par 
d'autres élevées et pures. La femelle, avec son air mo- 
deste, dans sa robe terne couleur de souris, paraît fort 
indifférente aux avances de son brillant compagnon. Les 
mâles, lorsqu'ils viennent à être dérangés le soir, alors 
qu'ils sont perchés, quittent leurs juchoirs et recommen- 
cent à chanter en prenant leur vol. Ils se perchent aussi 
par les jours pluvieux pour chanter, et prolongent leur 
concert durant des heures entières. 

« Ce qu'il y a de plus remarquable chez notre'Bruantin, 
continue M. Hudson, dans une de ses pages les mieux pen- 
sées et les mieux écrites, c'est sa manière de se reproduire , 
et ce serait une étude intéressante pour un naturaliste 
philosophe. On sait que, de même que le Coucou d'Europe, 
il pond ses œufs dans les nids des autres Oiseaux. Mais le 
Coucou ne pond qu'un œuf dans chaque -nid, et son habi- 
tude singulière a une chose en commun avec les instincts 
des autres animaux : elle est régulière et définie, assure 
la conservation du petit, et, malgré tout ce qu'on a dit du 
contraire, est invariable comme la matière et la force. 
Tout autre est l'instinct du Bruantin, variable, indéfini, 
et véritablement une monstruosité; c'est comme si le vé- 
ritable instinct eût été en partie détruit ou défiguré; de 
telle sorte que les traces s'en montrent sous diverses for- 
mes et divers degrés d'intensité chez différents individus; 
assez fortes quoique altérées, chez quelques-uns, pour as- 
surer la sécurité du petit; chez d'autres, si obscurcies, si 
incertaines, que la reproduction de l'espèce semble en de- 
venir impossible. Si Darwin avait bien connu les habi- 



LES TROUl'IAI, ES-COUCOUS. 



259 



tudes de cet Oiseau, il ne lui aurait certainement pas as- 
signé une place distinguée dans Y Origine des espèces; 
et il n'aurait pu trouver un cas plus remarquable pour 
démontrer les aberrations et les imperfections auxquelles 
l'instinct est sujet, cet instinct qu'il regarde comme si fa- 
vorable à sa théorie. » 

Il y a, à Buenos-Ayres, peu de petits Oiseaux, dans le 
nid desquels la femelle du Bruantin commun ne s'intro- 
duise pas; et grande est la confusion domestique occasion- 
née par ses visites. Elle ne choisit pas les nids pour leurs 
dimensions, ou en considération de ce que leurs architectes 
ont le bec plus ou moins dur ou plus ou moins mou; mais 
elle pond ses œufs sans distinction partout où elle peut. 
M. Hudson n'a cependant jamais trouvé ses œufs dans le 
nid du Pyrocéphale Rubin, probablement parce que ce pe- 
tit Oiseau querelleur reste auprès de son nid, et qu'il peut 
la chasser. Ce en quoi les observations de cet habile or- 
nithologiste diffèrent de celles de d'Azara et de celles de 
M. Salvin, c'est qu'il affirme n'avoir jamais non plus re- 
marqué que le Bruantin pondit dans les nids voûtés ou 
couverts, quoiqu'il en ait vu constamment des bandes au- 
près des nids en forme de fours des Fourniers, grimpant 
dessus, regardant à ^intérieur, y entrant même et les 

1 D i v 

examinant avec beaucoup de curiosité. Il serait difficile 
d'énumérer toutes les petites espèces d'Oiseaux qui sont 
forcées d'élever les jeunes Bruantins; mais les nids qu'ils 
préfèrent, probablement parce qu'ils sont plus faciles à 
trouver, et qu'ils sont sans défense contre leurs empiéte- 
ments, sont, d'après M. Hudson, indépendamment de ceux 
que nous avons déjà indiqués : ceux du Pipit Correndera 1 , 
de la Passeriiie à chaperon 2 , du Tarin ou Chardonneret 



•■ ; V 



«■:): 



' ■ 






I 



1 Anthus Correndera. 
* Zonotrichia Comata. 



260 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 






m 



barbu ', du Petit Tyran ou Milvule Violent 2 et du Carouge 
Dragon 3 . Ils préfèrent surtout les nids des deux derniers; 
et M. Hudson a rarement trouvé un nid de l'un ou de 
l'autre, qui ne contint plus d'œufs du Bruantin que de 
ceux de ses véritables propriétaires, tandis qu'on voj'ait 
autour depuis une ou deux jusqu'à six femelles de 
Bruantin. 

Elles commencent souvent à pondre leurs œufs avant que 
le nid ne soit terminé, et il est alors généralement aban- 
donné; il y a fréquemment, en outre, un si grand nombre 
d'œufs pondus dans le même nid que, quand même ils se- 
raient couvés, il y en a peu ou pas un qui pussent éclore. 
On trouve ordinairement dans le nid du Milvule ou Tyran- 
neau Violent depuis une demi jusqu'à une douzaine d'œufs 
de Bruantin; et dans celui du Carouge Dragon, qui est 
plus profond, de quinze à vingt! mais le nid peut rare- 
ment contenir tous les œufs qui y ont été pondus, car, en 
regardant sous l'arbre ou le buisson, on en trouve souvent 
beaucoup plus qui ont été rejetés par le Bruantin femelle. 
Une habitude destructive qu'a cet Oiseau (destructive pour 
sa propre multiplication comme pour celle des autres es- 
pèces), est celle de percer avec son bec les œufs qu'il trouve 
dans le nid où il pond. Ce n'est pas, il est vrai, une habi- 
tude constante et invariable, mais irrégulière, comme 
sont tous ses instincts de reproduction. Les coquilles sont 
quelquefois tellement brisées, que le jaune en est répandu 
dans le nid ; parfois ils ne percent que de petits' trous dans 
les coques, ou bien enfoncent leur bec dans l'œuf, qu'ils 
emportent en volant. M. Hudson en a été témoin, et a 
souvent trouvé, à plusieurs pas du nid, un œuf percé, ap- 



1 Nemosia Nigricollis. 

2 Milvulus Violentus. 

3 Leistcs Virescens. 



LES TROUPIALES-C0UC0US. 



2G1 



porté sans doute de cette manière. Il n'est pas rare de 
trouver des nids contenant douze ou vingt œufs, tous per- 
cés à coups de bec. A l'époque de sa ponte, chaque femelle 
est ordinairement accompagnée par un ou deux et quelque- 
fois trois mâles, qui restent tranquillement près d'elle 
pendant qu'elle est sur le nid. On ne voit pas souvent ses ' 
œufs dans les nids des Oiseaux qui couvent au milieu des 
forêts sauvages, jamais dans les nids des Coucous et des 
Grives. Elle dépose aussi ses œufs sur le sol, et M. Hudson 
a trouvé continuellement et journellement ses œufs épars 
dans les champs labourés, sur les chemins et sur les lieux 
arides. Il ne l'a jamais vu attaquer un Oiseau quelconque 
pour le chasser de son nid, et il croit qu'elle" pond invaria- 
blement ses œufs pendant l'absence du véritable proprié- 
taire. 

Une circonstance à noter, qui rappelle ce que nous sa- 
vons du Coucou d'Europe et de presque tous les Coucous 
vraiment parasites, est que les œufs de Bruantin diffèrent 
autant par leur forme, leur volume et leur couleur que les 
irrégularités de ses habitudes. Quelques-uns sont parfai- 
tement ronds, d'autres ovales, pointus ou elliptiques. Les 
couleurs les plus ordinaires sont le blanc pur, avec de 
très petites pointes roses, réparties en petit nombre et 
blanc rougeâtrc fortement couvert de taches rouge bru- 
nâtre ; la forme des taches sur ceux obscurément mouche- 
tés étant, sur différents œufs, ronde, oblongue et irrégu- 
lière. 

« Est-il possible d'admettre, s'écrie à ce propos M. Hud- 
son, qu'une imperfection dans les organes sexuels pro- 
duise cette diversité dans les œufs, et occasionne aussi ce 
relâchement dans ses habitudes d'incubation, qui rend 
cette espèce si différente des autres ? » 

On n'a pas ici, comme pour le Coucou d'Europe, la res- 






■ 



262 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



I 



source ou le prétexte de dire que cette diversité a pour but 
de dissimuler la substitution ou l'intrusion aux yeux des 
propriétaires du nid, puisque les Bruantins femelles, loin 
de se borner discrètement au dépôt d'un seul œuf, vont 
étourdiment et à l'envi le remplir du plus grand nombre 
qu'elles peuvent de leurs œufs, ce qui démontre chez ces 
Oiseaux l'absence de toute trace de l'instinct, si probléma- 
tique ou si gratuitement prêté au Coucou. 

« Je ne puis dire, reprend en terminant M. Hudson, si 
ces Oiseaux finissent jamais un nid; mais j'ai la certitude 
qu'ils en commencent quelquefois. Je vis un jour une 
bande de sept à huit Bruantins volant autour d'un bouquet 
de jeunes chardons géants. En approchant, je vis qu'ils 
avaient commencé à construire un vaste nid sur une large 
feuille horizontale fort en vue. Aucun autre Oiseau n'au- 
rait choisi une fondation aussi fragile pour y faire son nid; 
car si grandes et si fortes que soient ces feuilles, elles dé- 
périssent rapidement à mesure que croit la plante , et 
cette feuille aurait certainement laissé tomber le nid dans 
l'espace de dix ou quinze jours. Le nid, fort négligemment 
fait, était composé de petites baguettes, de chiffons et 
d'autres matériaux empilés sans aucune régularité. Les 
Oiseaux voltigèrent autour avec un air d'inquiétude pen- 
dant que je les examinais, et recommencèrent leur tra- 
vail dès que je me fus retiré; mais deux jours après, ils 
l'abandonnèrent tout à coup. Depuis,' j'ai eu occasion de 
voir une autre bande de ces Bruantins commencer un nid 
dans un peuplier; mais ils le laissèrent aussi sans le ter- 
miner. 

« Pendant l'automne, lorsque les Bruantins se rassem- 
blent par milliers, au point que le terrain où ils paissent 
semble recouvert d'un tapis noir, ou que les arbres sur les- 
quels ils se posent semblent ne porter qu'un feuillage aussi 



LES TKOUFIALES -COUCOUS. 



263 



sombre, je me suis souvent demandé comment les petites 
espèces d'Oiseaux, dans le nid desquelles ils pondent, ne 
sont pas tout à fait ou presque tout à fait détruites, et 
cela par eux. 

« Quoique je connaisse cet Oiseau depuis mon enfance, 
alors que je rencontrais ses œufs perdus sur les chemins, 
et que par compassion j'étais des nids des petits Oiseaux 
ceux qu'il y avait déposés, ses habitudes n'ont pas cessé 
de me surprendre. Combien est étrange qu'il soit si désor- 
donné au milieu de l'ordre général de la nature! Ou bien 
devons-nous considérer ces habitudes du Bruantin Com- 
mun comme n'étant, non le résultat d'instincts créés, ou 
dont il soit doué, -mais la conséquence, sur une grande 
échelle, d'une loi générale : la transition? » 

Les diverses espèces établies ou reconnues, parmi les 
Bruantins de. l'Amérique du Sud, ont entre elles de tels 
rapports et de telles similitudes de taille et de coloration 
que. n'étaient quelques différences dans le plus ou moins 
d'épaisseur et de rectitude du bec, on serait à peine assuré 
de leur détermination. Nous ne pouvons cependant nous 
dispenser de mentionner, à la suite de celle si intéressante 
qui précède, les deux suivantes, avec d'autant plus de rai- 
son qu'elles présentent chacune quelques variantes dans 
leurs habitudes. 















Le Bruantin Varié 1 . 

M. Hudson qui, nous ne saurions trop le redire, étudie 
avec tant de soin les habitudes des Oiseaux de cette par- 
tie de l'Amérique du Sud, a fait connaître, à la même 
époque, celles d'une autre espèce, le Bruantin Varié, que 



1 Molothrus Baclius. 



_M 



264 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



l'on a pris souvent pour la femelle du Bruantin Commun, 
auquel il ressemble beaucoup en volume et en couleur, et 
que, pour cette raison, nous ne décrirons pas, mais qui est 
plus joli. 

Il a l'habitude invariable de se réunir en petites bandes 
d'environ dix ou quinze individus, et reste dans la contrée 
de Buenos-Ayres toute l'année ; mais pendant l'hiver il va 
d'un lieu à un autre. Il aime à se tenir près des habita- 
tions entourées d'arbres; et on le voit souvent se cram- 
ponner à la viande fraîche pendue aux portes pour la bec- 
queter. 

Son chant est varié : il a différentes notes pour appeler 
ses compagnons, exprimer sa frayeur ou voler. Au vol, il 
lance souvent une note singulièrement prolongée, bruyante 
et mélodieuse, qui, par un temps calme, se fait entendre à 
un demi-mille de distance; son chant ordinaire est du 
reste lent, doux et varié ; et tous les individus de la bande 
chantent en même temps. Pendant l'hiver, ils ont cou- 
tume de se rassembler, du côté du soleil, sur un pavillon, 
un parc à bestiaux, ou tout autre lieu abrité, et d'y 
chanter pendant une heure ou plus sans s'arrêter. 

Peu d'Oiseaux cherchent moins à se cacher et montrent 
moins de crainte de l'homme que ceux de cette espèce. Il 
est rarement au repos et n'est jamais seul, la sociabilité 
étant son caractère dominant. Chez les autres espèces, 
cette qualité, quelque puissante qu'elle soit, le cède à l'at- 
tachementdes sens au moment de l'incubation. Chez notre 
Bruantin, autant que pût le constater M. Hudson, le pre- 
mier instinct est presque et même tout à fait souvent aussi 
fort que le dernier, ce qui cause parfois assez de confusion 
dans les habitudes de l'incubation. Il arrive fréquemment 
que les bandes ne se séparent pas au printemps, et alors 
les rapports sexuels ont lieu en pleine communauté. 



LES TROUPIALES-COUCOUS. 



265 



Ils s'accouplent quelquefois et construisent un nid fait 
avec de menues brindilles, garni de crin, placé à une cer- 
taine hauteur, dans les plus petites branches d'un arbre; 
ils y pondent quatre ou cinq œufs teintés. Un couple s'em- 
parera une autre fois du nid du Fournier ou Anumbi Acu- 
ticaude, et y pondra ou bien construira son nid dessus. 

M. Hudson vit une fois un couple se battant continuelle- 
ment, pendant plusieurs jours de suite, avec un couple de 
ce Fournier, pour s'emparer de leur nid. Les Bruantins 
une fois installés, il trouva mort sur l'arbre cinq jeunes 
Fourniers à moitié emplumés, jetés hors du nid par les 
impitoyables intrus, ce qui ne leur avait pas dû être chose 
facile," eu égard à la petitesse de l'entrée et à la grande 
profondeur du nid, construit, on le sait, en forme de spi- 
rale ou de limaçon. D'où l'on peut conclure que la mémo 
chose, souvent 'contestée, peut arriver à notre Coucou 
d'Europe, par le propre fait de la femelle. 

Un autre jour, une bande de huit ou dix individus s'em- 
para encore d'un nid de Fournier, et en construisit un 
autre en dessus, mais pas plus grand que pour un seul 
couple : ils paraissaient vivre tous ensemble en fort bonne 
intelligence. Quelques jours après, M. Hudson y trouva 
et y prit quatorze œufs. Les Oiseaux montraient une 
grande anxiété pendant qu'il était monté dans l'arbre; les 
œufs étaient froids. Il pense que s'il eût attendu, il y au- 
rait eu un nombre encore plus grand d'œufs pondus. 

Enfin M. Hudson vit une autre fois, deux jeunes 
Bruantins, poursuivant un Troupiale à gorge jaune ou 
verdâtre d'un arbre à un autre, en lui demandant de la 
nourriture, que l'Oiseau leur donna. Ce qui semble indi- 
quer que, malgré ses habitudes si singulières, dont nous 
venons de parler, il arrive à cette espèce de Bruantin de 
déposer ses œufs dans le nid d'autres Oiseaux; et il est 



206 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



probable que ce Troupiale n'était autre que le père nourri- 
cier de ces jeunes Bruantins. 

Ce qui en découle encore, c'est que le Bruantin Varié 
exagère les abus du parasitisme pratiqué par le Coucou 
d'Europe et les autres Coucous exotiques, puisque ceux-ci 
ont la pudeur d'en exempter au moins les Oiseaux de leur 
famille, dont ils veulent bien respecter le domicile, tandis 
que, fait remarquable, le Bruantin Varié s'attaque même 
jusqu'aux membres de la sienne! fait dont nous n'avions 
encore aucun exemple. 

Ajoutons que les œufs de ce Bruantin, de même que 
ceux du Bruantin Commun, accusent une grande diversité 
de volume, de forme et de taches, et qu'il y a une irré- 
gularité correspondante dans le mode d'incubation de ces 
Oiseaux. Aussi est-il regrettable que M. Hudson n'ait pas 
songé à faire de son côté les mêmes observations et les 
mêmes expériences que M. Ramsay à la Nouvelle-Hollande, 
sur la concordance de coloration des œufs du Bruantin 
avec ceux des nids accaparés par lui. 

Quoi qu'il en soit, il semble résulter de ces dernières 
remarques de M. Hudson que la transition, invoquée à 
titre de circonstance atténuante, commence à se faire. En 
effet, l'instinct du Bruantin Commun, si dévergondé, si 
affolé et si impropre à la perpétuité de son espèce (pour- 
tant si nombreuse) qu'il paraît en être la négation, a fait 
place, chez le Bruantin Varié, à un instinct mieux réfléchi 
et plus ordonné. 

Ce progrès, nous allons le voir se continuer dans l'es- 
pèce qui suit; il est vrai que nous remontons en latitude 
vers le nord : 






LES TKOCn.U.ES-COUCOUS. 



207 



Le Bruantin Noir ou d'Acier 1 . 

Presque de la taille du Bruantin Commun, il est à peu 
près en entier d'un beau noir à reflets d'acier. 

Dans le cours de ses observations sur les mœurs des 
Troupiales habitant le Mexique. M. de Saussure avait été 
frappé, tandis que le plus grand nombre s'occupaient de 
leurs nids, d'en voir d'autres continuer à se promener en 
troupes autour des maisons, sans avoir l'air de s'inquiéter 
le moins du monde de leurs devoirs matrimoniaux, comme 
si la nature ne leur imposait aucune fonction de ce genre. 
11 supposa alors que puisque au moment de la réunion des 
sexes ils prenaient autant de bon temps, c'est que proba- 
blement ils se déchargeaient sur les autres de leurs soucis 
domestiques. Cet observateur ne se trompait pas : c'étaient 
des Bruantins noirs, un peu moins gros que le Troupiale 
Commandeur, et qui se trouvent le plus souvent mêlés à 
des congénères de plus grande taille, sans aucun doute, le 
Bruantin d'Acier de Cabanis. Or, voici ce que M. de Saus- 
sure découvrit du secret des expédients de ces Bruantins : 
Cet Oiseau ne construit pas de nid, mais trouve plus 
commode d'aller chercher celui d'un gros moineau brun 
(la Passerine, dont nous avons parlé), qui a l'habitude de 
l'établir par terre. Il vient, en se promenant dans l'her- 
bage, guetter le moment où celui-ci, après avoir pondu, 
s'éloigne de son nid à la recherche de quelque nourriture, 
s'en approche, s'y installe sans façon, jette dehors tous 
les œufs du Moineau, à l'exception d'un seul, à cété du- 
quel il pond le sien. Le rusé Bruantin se promène ainsi 
de nid en nid, au grand détriment des Moineaux et aussi 












ii-t 



ii 



1 Molothrus Sericeus. 



268 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 






de plusieurs autres espèces, détruisant partout les héri- 
tiers légitimes de leur demeure, et confiant le soin de sa 
progéniture à la tendresse de ceux qu'il dépouille. Après 
avoir ainsi usurpé la place et les soins qu'un industrieux 
Oiseau préparait à sa propre famille, ce Coucou d'un nou- 
veau genre, va, dit-on, de temps en temps, rôder autour 
des nids, .pour surveiller la conduite des dupes. Le Moi- 
neau, plus laborieux que sage, couve l'œuf étranger avec 
le Blâme amour maternel que le sien, élève le jeune Trou- 
piale, qui ne tarde pas à devenir plus gros que lui, et qu'il 
ne suffirait pas à nourrir, si la mère de l'intrus n'avait eu 
la précaution de sacrifier plusieurs Moineaux à son petit. 
Et cependant, M. Darwin rappelle, comme exception à ce 
fait, l'exemple cité par Fox, de trois jeunes Oiseaux trou- 
vés vivants, dans le même nid, avec un jeune Bruantin. 

Ce qui n'empêche pas que si ces Troupiales sont des Oi- 
seaux dénaturés, dépourvus de cette tendresse maternelle, 
générale chez les animaux de cette classe, ils n'en sont 
pas moins, comme tous leurs congénères, dignes de notre 
estime sous bien d'autres rapports, et leur utilité, ainsi 
que nous le ferons bientôt voir, devrait les faire aimer de 
l'homme. 

Nous arrivons enfin au véritable type de ce groupe de 
Bruantins de l'Amérique septentrionale, lui : 



Le Bruantin des Troupeaux K 

Il a la tête et le cou d'un plumage soyeux, d'un noir 
très foncé; la partie supérieure de la poitrine d'un violet 
changeant; le reste du corps noir, avec de brillants re- 
flets, quand il est exposé à une lumière favorable. La 



1 Molothrus Pccoris. 



LES TROUriALES-COUCOUS. 



269 



forme du bec, qui est noir, est celle d'un bec de Bruant; 
les pattes et les ongles sont du même noir brillant; l'iris 
est de noisette foncée. Sa taille est de 1G à 17 centimètres. 
Wilson est, après Catesby, le premier qui en ait bien 
fait connaître les habitudes si étranges ; et à cause de la pré- 
cision de ses observations personnelles, presque nouvelles 
alors sur ce sujet, ainsi que de l'importance qu'il y atta- 
chait, il y a consacré un des plus longs chapitres de son 
ornithologie de l'Amérique du Nord, ou plutôt des Etats- 
Unis. 

L'instinct, seulement en voie d'évolution chez le Bruan- 
tin Commun, atteint chez le Bruantin des Troupeaux son 
complément de perfection, sinon comme amour maternel, 
du moins comme observance des règles nécessaires (sauf 
l'exceptionnalité du parasitisme) à la conservation de l'es- 
pèce. Par exemple, toujours promiscuité de sexes, mais 
chaque femelle ne pondant qu'un seul œuf dans chaque nid 
de son choix, et prenant les précautions voulues pour qu'il 
soit convenablement et utilement couvé, et le petit élevé 
maternellement par ses parents nourriciers adoptifs. 

Vers le 25 mars ou le commencement d'avril, dit V îl- 
son, les Bruantins des Troupeaux venant du Sud, font 
leur première apparition en Pensylvanie, quelquefois en 
compagnie de Troupiales Commandeurs, mais plus généra- 
lement en troupes séparées. C'est communément le matin 
qu'ils s'arrêtent sur la cime des arbres, près des cours d'eau, 
pendant une heure, et ils semblent solitaires, silencieux et 
fatigués. On continue de les voir par bandes isolées jus- 
qu'au milieu de juin, surtout au bord des criques et des 
ruisseaux; à partir de cette époque, ils disparaissent jus- 
qu'au commencement ou au milieu d'octobre; et alors ils 
se montrent en bandes fort nombreuses, généralement ac- 
compagnés de Troupiales Commandeurs, avec lesquels ils 



: I 






270 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 







ont de grands rapports de mœurs, de chant et de nature 
de plumage. Dans leurs voyages aériens, tels que des na- 
vigateurs expérimentés, ils profitent de la direction du 
vent et partent toujours par une brise favorable. C'est 
ainsi qu'une année, Bertram écrivit à Wilson que, vers 
le 10 ou 12 octobre, par un vent du nord-est, il était arrivé 
une prodigieuse quantité de Bruantins des Troupeaux, en 
bandes de plusieurs milliers chacune; ils s'arrêtèrent sur 
les arbres du jardin pour se reposer, puis reprirent leur 
voyage vers le sud ; parmi eux se trouvaient des Troupiales 
Commandeurs. 

« Lors du premier passage de ces Oiseaux au printemps, 
il est fort probable, observe Wilson, que leur migration 
s'étend très loin au nord. Ceux qui passent en mars et en 
avril dans la Pensylvanie peuvent n'y pas trouver l'occa- 
sion d'y déposer leurs œufs, car ce pays ne renferme pas 
plus d'une ou deux espèces qui nichent de si bonne heure. 
On voit fréquemment ceux qui passent en mai et en juin 
flâner isolément, au milieu des buissons, à la recherche 
sans doute de nourrices auxquelles ils puissent confier le 
soin de couver leurs œufs et d'élever leurs orphelins aban- 
donnés. » 

Parmi les Oiseaux que ce Bruantin choisit à cette inten- 
tion sont les suivants : la Rouge-Gorge de Wilson 1 , qui 
niche dans un trou d'arbre; le Fringille Social 2 ,' qui niche 
dans les cèdres touffus; la Grive à couronne d'or 3 , dont le 
nid a la forme d'un four; le Tyran ou Gobe-Mouches aux 
yeux rouges 4 , qui suspend le sien à deux petites branches 
d'un arbuste; le Chardonneret Triste r ', qui niche dans une 

1 Sialia Wilsoni. 
s Spi;clla Socialis. 

3 Sciurus Auricupillus. 

4 Elœnea Erythrophthalma, 

5 Chrysomltyis Trislis. 



LES TRODPIÀLKS-COUCOUS. 



271 



enfourcliure d'aulne; le Maryland à gorge jaune 1 , qui 
niche à terre, dans les racines d'une touffe de ronces; le 
Tyran aux yeux, blancs ou Gobe-Mouches Chanteur", qui 
suspend son nid aux tiges de la vigne; et le Petit Tyran 
ou Gobe-Mouches Bleuâtre", qui l'attache aux pousses 
flexibles d'un arbre, quelquefois à 15 ou 20 mètres au- 
dessus du sol. Il existe encore bien d'autres espèces char- 
gées de cette besogne; mais ce sont les seules dans les- 
quelles Wilson ait toujours rencontré l'œuf du Bruantin 
des Troupeaux. Les Tyrans ou Gobe-Mouches à œil rouge 
et à gorge jaune semblent néanmoins plus spécialement en 
faveur; et la tendresse, ainsi que les soins affectueux dont 
ils entourent leurs nourrissons, justifient plus pleinement 
cette préférence. 

Un entr'autres, que nous n'avons pas cité, est le Frin- 
eille ou Passer ine Mélodieuse 1 . Nous avons possédé nous- 
même un nid de ce Fringille, dans lequel se trouvait un 
œuf de Bruantin des Troupeaux; et si la manière dont ce 
dernier Oiseau place son œuf dans les nids étrangers est 
toujours la même, elle est certainement fort curieuse. 
D'abord, comme notre Coucou d'Europe, il ne déposerait 
jamais plus d'un œuf à la fois dans chaque nid; ensuite cet 
œuf est presque toujours placé, à la façon des Talégalles, 
perpendiculairement, la pointe en bas, dans le fond et au 
milieu du matelas du nid, et pénètre dans cette couche du 
tiers environ de sa hauteur, c'est-à-dire de son grand axe. 
C'est de l'honorable et savant sir Cabott, de Boston, que 
nous tenions ce remarquable nid; il y a de cela plus de 
trente ans. 






I 












i 



1 Trichas Marylandica. 
1 Tyrannula Nunciola. 
' Tyrannula Minuta. 
4 Zoiiotrirhia Melodia. 




272 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 




C'est par dessus tout aux dépens du Figuier Tacheté ' 
que le Bruantin exerce son usurpation. Il a soin également 
d'enchâsser, comme nous venons de le voir, son œuf dans 
le tissu mollet du fond du nid de ce petit Oiseau; en sorte 
que cet œuf, faisant peu de saillie, est à peine visible, et 
ne dérange en rien les œufs de la mère légitime. Mais 
quelles que soient les ruses et les précautions du Bruantin, 
il a affaire à tout aussi rusé que lui; et nous allons voir à 
présent les procédés non moins curieux que met en usage 
notre petit Oiseau pour se soustraire aux devoirs de cette 
hospitalité forcée. 

M. Nuttall est, selon Audubon , le premier naturaliste 
qui ait remarqué la méthode fort curieuse qu'emploie cet 
Oiseau pour se décharger du fardeau d'élever le petit du 
Bruantin. 

« Il est intéressant, dit-il, d'observer la sagacité que 
montre ce petit Oiseau dans la manière dont il se débarrasse 
des œufs de Bruantin parasite et vagabond. L'œuf, déposé 
avant la ponte du légitime possesseur, étant trop gros 
pour être rejeté, est industrieusement relégué dans le 
fond du nid, et une nouvelle garniture, placée en dessus, 
de sorte qu'il n'éclôt jamais pour être le bourreau de sa 
couvée. Deux exemples de ce genre furent observés par 
mon ami Charles Pickering; et je me procurai l'été der- 
nier un nid ayant l'œuf accidentel enfoui à peu près aux 
deux tiers, le bout supérieur étant seul visible; de ma- 
nière qu'il est problable que, dans bien des cas, le Figuier 
échappe à la tâche désagréable d'être le père nourricier de 
l'orphelin noir du Bruantin. Ce qui n'empêche pas qu'il ne 
remplisse pas fidèlement ce rôle, lorsque l'œuf est pondu 
avant le sien. » 



1 Rhimanphus JEslivits. 






LES TUOUriALES-COCCOUS. 



273 



La note suivante, du D r Brewer, montre que ce petit 
Oiseau est capable de bien d'autres exploits : 

« Un fait, d'un grand intérêt pour l'histoire du Figuier 
Tacheté, dit, en 1839, cet ornithologiste, et qui n'a été 
observé que depuis quelques années, mérite l'attention, par 
la faculté de raisonnement qu'il suppose, et qui est peut- 
être unique, car je ne crois, à la connaissance de per- 
sonne, qu'il soit pratiqué par aucun autre Oiseau. Je veux 
parler de l'industrie surprenante avec laquelle il parvient 
souvent à se décharger du fardeau d'élever le rejeton du 
Bruantin, en enfouissant l'œuf de l'intrus. Je connais 
quatre cas où des œufs isolés ont été ainsi enfouis par le 
Figuier Tacheté, en construisant un second étage, ou plu- 
tôt un second fond à son nid, et renfermant entre les deux 
celui de l'étranger. Dans un de ces cas, trois œufs du Fi- 
guier furent couverts avec celui du Bruantin; et, dans un 
autre, après que l'œuf de celui-ci eût été caché, un second, 
ayant été pondu par lui, fut traité de la même manière, 
donnant ainsi lieu à un nid à triple fond. » 

Ce fait ne semble-t-il pas impliquer une répugnance 
marquée de la nature à admettre ce droit de paresse et 
d'envahissement que s'arroge le Bruantin? et n'est-ce pas, 
en même temps qu'une protestation, la condamnation la 
plus formelle de l'opinion des ornithologistes, qui ont 
élevé, chez notre Coucou, cet autre droit du seigneur au 
rang d'une théorie? Ceci soit dit en passant. 

D'après ce que nous savons des mœurs des Oiseaux, il 
est reconnu qu'une fois le nid complètement terminé, il 
s'écoule généralement un ou deux jours avant que la fe- 
melle commence à pondre. Ce délai, dans beaucoup de cas, 
est nécessaire pour donner de la solidité aux matériaux hu- 
mides qui le composent, et leur permettre de sécher. Notre 
Oiseau trouve quelquefois un nid en état, et y dépose son 

18 



1 
D 



■ 



• 



I 



274 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



■'■' 



œuf. Wilson a invariablement constaté, comme résultat, 
que le propriétaire légal abandonne alors son nid, et, par 
suite, l'œuf déposé par l'intrus se trouve perdu. Mais, 
quand il a lui-même commencé à pondre, et qu'il y a déjà 
un ou plusieurs œufs dans le nid, avant que le Bruantin y 
dépose le sien , l'attachement du propriétaire lui est assuré 
et lui demeure inébranlable jusqu'à ce que l'incubation 
soit terminée, et que le jeune étranger puisse se suffire à 
lui-même. 

Ce n'est pas toutefois sans s'être aperçu de cette in- 
troduction furtive et sans un certain pressentiment d'in- 
•quiétude que le propriétaire du nid se décide à son œuvre; 
car voici comment Audubon raconte ces intéressants pré- 
liminaires : 

« Le Bruantin, dit-il, ne pond jamais plus d'un œuf 
dans le même nid, quoi qu'il soit probable qu'il en dépose 
plusieurs dans différents nids, surtout si l'on considère le 
nombre immense d'Oiseaux de cette espèce, qu'on voit à 
leur retour vers le sud. Il ne s'introduit pas de force dans 
le nid, mais épie le moment favorable ; et lorsqu'il le voit 
abandonné de ses gardiens, il se glisse dedans, comme fait 
celui qui veut commettre une mauvaise action. 

« Lorsque la femelle du Figuier Tacheté revient à son 
nid, et qu'elle y trouve un œuf qu'elle reconnaît immédia- 
tement pour ne pas lui appartenir, elle quitte le nid, se 
perche sur une branche voisine, appelant bruyamment 
son mâle. Celui-ci arrive bientôt et montre la plus grande 
inquiétude pour le chagrin de sa compagne. Ils visitent 
ensemble le nid, s'en éloignent et continuent à caqueter 
assez longtemps. L'œuf odieux est resté néanmoins à sa 
place, la femelle continue à pondre, et l'incubation suit son 
cours ordinaire. 

« L'habitude bien connue du jeune Coucou d'Europe de 



LES TROUPIALES-COUC'OUS. 



275 



jeter hors du nid tous les œufs ou jeunes qu'il sent autour 
de lui aussitôt qu'ils sont éclos, a été décrite d'une ma- 
nière très satisfaisante et très amusante par l'aimable 
D>- Jenner. Quoique, pour notre Bruantin des Prairies, 
cette habitude n'ait pas été observée, il y a pourtant, jus- 
qu'à présent, quelque chose de mystérieux dans la dispa- 
rition des œufs de l'éleveur après réclusion de son nour- 
risson, qui nait régulièrement avant tous les autres. Le 
temps de l'incubation, pour les autres petits Oiseaux, est 
de douze à quatorze jours; mais quoique Wilson ne puisse 
fixer le temps voulu pour l'œuf du Bruantin, il croit pou- 
voir affirmer qu'il demande un ou deux jours de moins : 
« En cette circonstance, ajoute-t-il, nous voyons une re- 
marquable prévoyance de la Divinité; car si cet œuf de- 
mandait un ou deux jours de plus, le jeune qu'il contient 
courrait risque d'une mort certaine, et alors, en peu d'an- 
nées, toute l'espèce serait détruite. Dès la naissance de 
l'enfant trouvé, les parents étant obligés de quitter sou- 
vent le nid afin de pourvoir à sa nourriture, le travail de 
l'incubation se trouve forcément interrompu ; le désir de 
continuer est diminué, car la nature -a donné une autre di- 
rection au zèle des parents, et les œufs qui restent dispa- 
raissent au bout d'un ou deux jours au plus ; quelquefois, 
il est vrai, on les a trouvés près du nid ou au-dessous; 
mais ce cas est rare. » 

Audubon n'a fait, en ce point, que confirmer les obser- 
vations de Wilson. 

Un des correspondants de ce dernier avait, du reste, 
dans ses lettres de 1809, posé et examiné la question en 

ces termes : 

i Que deviennent les œufs ou les jeunes des proprié- 
taires? C'est une question très intéressante qui appartient 
à ce sujet. Il doit y avoir une loi de la nature en vertu de 



I 






, 












r 



276 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



I 



laquelle on ne peut presque jamais trouver les petits du 
propriétaire partageant le nid avec le jeune Bruantin. Je 
vous offrirai le résultat de mes propres observations ; mais 
je vous laisserai, à vous et à d'autres plus versés que moi 
dans les secrets de la nature, le soin d'en tirer les conclu- 
sions. Quelque théorie qu'on adopte, les faits doivent res- 
ter les mêmes. 

« Ayant découvert un nid de Moineau Passerine, avec 
cinq œufs, dont quatre à lui, et le Moineau en train de 
couver, je le visitai tous les jours. L'œuf des Bruantins 
occupait le centre, et les autres étaient un peu repousses 
sur les côtés. Cinq jours après cette découverte, je trou- 
vai l'œuf 'du Bruantin percé, et le jour suivant le petit 
était éclos. Le Moineau revint pendant que j'étais près du 
nid, le bec plein de nourriture, qu'il donna à son nourris- 
son, avec toutes les marques possibles d'affection, et à ma 
vue, il témoigna l'inquiétude habituelle. Le jour suivant, 
il ne restait que deux œufs du Moineau, et le lendemain 
il n'y en avait plus; c'est en vain que je les cherchai à 
terre dans toutes les directions. 

« Ayant trouvé l'œuf du Bruantin dans un nid de Mary- 
land à gorge jaune, je renouvelai mes observations. Le 
travail de l'incubation était terminé; le septième jour 
après la découverte, je vis le jeune Bruantin éclos pendant 
mon absence de vingt-quatre heures, et tous les autres 
œufs restaient. Je n'eus pas occasion de visiter le nid de 
trois jours : à mon retour, il ne restait qu'un œuf, encore 
était -il pourri. La Gorge-Jaune entourait le jeune étranger 
d'autant de soins et de tendresse que s'il eût été son enfant. 

« L'année suivante, le premier œuf de Bruantin que je 
trouvai était dans un nid de Gorge-Bleue, construit dans 
le creux d'un tronc d'arbre, et le travail d'incubation 
avançait. Trois ou quatre jours après ma première visite, 



LES TROUPIALES-COUCOUS. 



27 



•577 



je trouvai le jeune Bruantin éclos, et il restait trois œufs; 
deux contenaient des petits, qui paraissaient arrivés à 
leur entier développement; l'autre était pourri. Je trouvai 
à terre, au pied du tronc, un des autres œufs, qui ne dif- 
férait en rien de ceux restés au nid; dans aucun d'eux, il 
n'y avait signe de vie. 

« Bientùt après, je trouvai un nid de Chardonneret, qui 
contenait un œuf de chaque espèce, et j'attendis que la 
ponte fut terminée. Ayant été obligé de quitter la maison, 
je ne pourrais affirmer d'une manière précise quand com- 
mença l'œuvre de l'incubation; mais, d'après mon raison- 
nement, je crois que l'œuf du Bruantin a dû éclore neuf 
ou dix jours après le commencement de ce travail. A mon 
retour, je vis le jeune Bruantin occupant à lui seul pres- 
que tout le nid, et sa mère adoptive aussi pleine de soins 
pour lui que s'il eût été son propre enfant. 

« Je dois avouer ici que, dans aucun de ces cas, je ne 
saurais certifier exactement le temps que demande pour 
éclore l'œuf du Bruantin. N'est-il pas étrange cependant 
que l'œuf de l'intrus doive sans exception éclore le pre- 
mier? L'idée que cet œuf est plus gros, et que son propre 
poids l'amène à occuper le centre du nid, ne suffit pas à 
expliquer ce phénomène; car, dans ce cas, les autres œufs, 
proportionnellement élevés sur les côtés, recevraient plus 
ou moins autant de chaleur du corps de l'Oiseau que l'œuf 
étranger. On aurait au surplus de la peine à appliquer ce 
principe aux œufs de la Gorge-Bleue, qui sont à peu près 
de la même grosseur; et, s'il y avait quelque différence, 
elle serait en sa faveur. 

« Comment les œufs sont-ils rejetés hors du nid? Est-ce 
par la taille du jeune Bruantin et la place qu'il occupe? 
Cela ne peut être; car dans le cas de la Gorge-Bleue, dont 
le nid est au fond d'un trou d'arbre, à plus do 30 centi- 






1 






■ l 



278 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 






mètres en contre-bas de l'ouverture, avec des parois per- 
pendiculaires , les œufs n'en étaient pas moins expulsés, 
bien qu'ils continssent des petits tout formés ; en outre, le 
jeune Bruantin est aussi faible que tout autre Oiseau, et 
est loin d'avoir la force, en ce moment, de jeter hors du 
nid les autres petits, ou même les œufs. Je n'affirmerai pas 
que les œufs du propriétaire neclosent jamais; ce que je 
puis attester néanmoins, c'est que je n'ai jamais été té- 
moin d'un cas qui plaide en faveur de l'affirmative. Si 
tous les œufs des deux Oiseaux éclosaient, le nid parfois 
ne pourrait contenir la moitié des jeunes; ce serait le cas, 
par exemple, pour celui de la Passerine ou du Maryland 
à poitrine jaune. Je n'affirmerai pas davantage que l'œuf 
étranger demande moins de temps pour arriver à terme 
que ceux du propriétaire du nid ; mais, d'après les faits re- 
connus, j'incline du coté de cette opinion. Comment les 
œufs sont-ils expulsés après réclusion du bâtard? Évidem- 
ment par le propriétaire du nid ; car cela est d'accord avec 
son économie générale : la volonté de couver est en effet 
détruite par l'attention qu'il est forcé de porter au jeune 
étranger; et alors l'instinct le pousse à les jeter dehors. 
Je dois ajouter que j'ai quelquefois trouvé des œufs de la 
Passerine, qui gisaient à terre près du nid contenant un 
jeune Bruantin, et qui renfermaient des petits non encore 
à terme; aussi ne puis-je résister à cette conclusion. Les 
parents nourriraient -ils les jeunes des deux espèces eu 
même temps? Je ne le crois pas : je n'ai jamais vu d'Oi- 
seau nourrir les jeunes des autres qu'après avoir perdu les 
siens propres; je pense que l'étranger suspect aurait de la 
peine à intéresser une mère, pendant qu'elle entendrait les 
cris de ses propres enfants ; et si une telle rivalité pouvait 
exister, c'est le jeune étranger qui en souffrirait; en sorte 
que toute l'espèce serait probablement éteinte. » 






LES TR0UPIALES-C0UC0US. 



279 



I 



Tout est donc aussi mystère dans cette histoire des 
Bruantins. Et cependant une partie de ce qui s'observe 
chez le Bruantin Varié répond à une des objections que 
soulève le Bruantin des Troupeaux, puisque nous avons vu 
le jeune du premier nourri et élevé simultanément avec les 
jeunes de sa mère adoptive. 

Il ne ressort pas moins de toutes ces observations si pré- 
cises et des raisonnements si clairs et si logiques qui les 
accompagnent, un fait tout nouveau et des plus importants 
dans l'histoire générale des Coucous, ou du moins des Oi- 
seaux parasites comme eux : c'est que pour une espèce, la 
mère adoptive se chargerait elle-même, au profit de 
l'étranger, d'exclure ses propres œufs, pour ne pas dire 
ses enfants, du berceau qu'elle n'avait préparé que pour 

eux. 

Pour en revenir à notre Oiseau, cette espèce hiverne 
régulièrement dans les parties basses de la Géorgie et de 
la Caroline. Wilson l'a trouvée aussi dans plusieurs par- 
ties de la Virginie, entr'autres auprès de Williamsbourg. 
En janvier 1809, il en vit des chapelets en vente au mar- 
ché de Charleston, dans la Caroline du Sud. Ils fréquen- 
tent les champs de blé et de riz, en compagnie des Trou- 
piales Commandeurs. Mais on les trouve plus souvent au 
milieu des troupeaux, vivant de grains, de vers, etc., 
qu'ils picorent dans le fourrage et la litière du bétail. 
C'est de cette habitude qu'il est généralement connu des 
Anglo-Américains sous les noms à' Oiseau-plume de 
Vache, Oiseau ou Merle des Vaches. 

Ce qui prouve bien les habitudes de parasitisme innées 
de cet Oiseau, c'est la tenue réciproque des mâles et des 
femelles, à la saison dite des amours, pour la généralité 
des Oiseaux. Après une observation de plusieurs années, 
le D' Botter n'a rien pu saisir, chez ce Bruantin, de sem- 






280 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



blable à une pariade ou à un rapprochement entre les 
sexes. Même dans cette saison, quand les Oiseaux sont 
séparés par couples, et occupés aux doux soins de préparer 
un berceau pour leur postérité, on voit ces Oiseaux vivre 
isolément aussi bien que réunis en grand nombre, et sans 
montrer plus d'empressement à perpétuer leur espèce que 
la plupart des Oiseaux dans les autres saisons, si ce n'est 
une promiscuité confuse dans la tribu. Si une femelle quitte 
la compagnie, son départ n'est pas remarqué; elle n'a pas 
de galant partner pour l'accompagner ou pour témoigner 
quelque inquiétude de son absence; son retour n'est pas 
fêté par ces preuves de tendresse que témoignent les mâ- 
les des autres espèces. Le mâle adresse indistinctement ses 
politesses à toutes les femelles, et celles-ci les reçoivent de 
même, sans exciter ni ressentiment, ni jalousie chez aucun 
de la bande. Cette absence d'attachement sexuel n'est pas 
en désaccord avec l'organisation de ce singulier Oiseau; 
car, n'étant ni son propre architecte, ni le pourvoyeur de 
ses petits, le degré d'affection qui dirige les autres serait 
superflu pour lui. 

Quant à sa voix, le Bruantin doit être sans prétention, 
car aucun de ses accents ne mérite l'épithète de musical.' 
L'unique cri plaintif qu'il pousse, lorsqu'il est inquiété, 
constitue aussi l'expression de son plaisir à la rencontre 
de ses compagnons, et ne varie que parce qu'il est répété 
avec plus ou moins de rapidité. La conduite du mâle, pen- 
dant ses relations partagées avec les femelles, ressemble 
beaucoup à celle du Pigeon en pareille circonstance. Il 
exécute les mêmes mouvements ; et, en écoutant attentive- 
ment, on perçoit une sorte de murmure bas et guttural, 
qui est le plus agréable de ses accents, et qui rappelle as- 
sez le roucoulement du Pigeon. 
Wilson, à l'occasion d'un Bruantjn des Troupeaux 



LES TROUPULES-COUCOUS. 



281 



trouvé au nid, qu'il éleva et qu'il conserva plus d'une an- 
née, ajoute quelques détails de plus à ceux qui précèdent, 
au 'sujet de ce qui, chez cet Oiseau, ressemble à peine à 

un chant. 

« Au mois de juillet, raconte-t-il, je pris, dans le nid 
d'un Maryland à Gorge jaune, construit au milieu de 
feuilles sèches, au pied d'un buisson de ronces, un jeune 
Bruantin des Troupeaux, qui occupait tout le nid. J'avais 
préalablement épié les mouvements des parents adoptifs 
pendant plus d'une heure, pour m'assurer qu'il n'y avait 
pas quelqu'un de leurs petits caché dans les environs; et 
je fus convaincu qu'il n'en existait aucun; ils avaient 
péri, selon toute probabilité, de la manière mentionnée 
plus haut. Je l'emportai avec moi à la maison, et le mis 
dans la même cage, qui renfermait un Cardinal. Celui-ci 
d'abord l'examina pendant plusieurs minutes à la dérobée 
et avec une évidente curiosité. Mais le jeune se mit bien- 
tôt à crier pour avoir à manger, et à partir de ce moment, 
le Cardinal sembla l'adopter pour son enfant, et le nourrit 
avec tout l'empressement et la tendresse de la nourrice la 
plus affectueuse. Quand il prenait une sauterelle qu'il 
trouvait trop grosse pour qu'il put l'avaler, il prenait l'in- 
secte, le déchiquetait en petits morceaux, qu'il mâchait un 
peu pour les rendre plus mous, et, avec toute la gentillesse 
et la délicatesse imaginables, les lui introduisait un à un 
danslebec.il mettait souvent plusieurs minutes à l'examiner 
et enlever les petites taches qu'il remarquait sur son plu- 
mage; il lui apprenait et l'encourageait à se nourrir lui- 
même. 

« Ce Bruantin, au bout de six. mois, était en plumage 
parfait, payant les affectueux services de son père adoptif, 
en dépensant toute la somme du peu de talent musical 
dont l'a doué la nature. Ces talents, il est vrai, sont loin 



1 
I 



I 



281 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



d'être ravissants, quoique à cause de leur singularité, ils 
méritent une mention. Il ouvre les ailes, enfle son corps 
comme une boule, hérisse ses plumes ainsi que fait un Din- 
don, et, avec beaucoup de peine, pousse quelques notes 
faibles et plaintives, qu'il semble tirer de son ventre, et se 
pavane, devant son spectateur, avec un air de grande im- 
portance. (Exactement ce que rapporte M. Hudson du 
Bruantin Varié.) 

« En voyant le Cardinal, qui est, lui, un excellent mu- 
sicien, écouter silencieusement tous ces sons gutturaux, il 
me semblait voir le grand Haendel contempler un misé- 
rable ràcleur de boyaux. Peut-être, toutefois, ces accents 
doivent-ils être considérés comme des chants d'amour et 
de reconnaissance, plus agréables à l'oreille et plus doux 
au cœur que tous les soli et concetti artificiels de ce 
monde. » 



'»'■:■ 



Ce n'est pas sans mûre réflexion que nous avons résolu 
de nous livrer ainsi à une étude sérieuse, non pas exclu- 
sivement à part, mais simultanée, de cette singulière frac- 
tion de Troupiales appelés Bruantins. Ce sont bien, en 
effet, de l'ordre entier des Passereaux, les plus instructifs 
et les plus attachants à suivre dans la transformation de 
ce sens indéfini que l'on nomme instinct, après la famille 
si exceptionnelle des Coucous ; on peut même dire que les 
observations faites sur les uns doivent puissamment aider 
à élucider celles faites ou à faire sur les autres, car l'his- 
toire des Bruantins, encore moins que celle des Coucous, 
n'a pas encore dit son dernier mot, et se rattache peut- 
être à celle de presque tous les vrais Troupiales. 

Et M. Hudson a presque entrevu la vérité, en cherchant 



LES TROUl'IALES-COUCOUS. 



283 



à rapporter cette aberration de l'instinct à quelque loi or- 
ganique inconnue; car c'est de ce côté désormais que sera 
à chercher et à trouver la solution de ce double problème 
qui n'en fait qu'un, du parasitisme des Coucous et de celui 
des Bruantins. Un résultat si semblable, dans les deux fa- 
milles, ne doit se rattacher qu'à une seule et même cause 
dans le système économique de la création. 

Avant de conclure, récapitulant les observations qui 
précèdent, 

Nous avons vu : 

Des Coucous, réputés faire un nid et y pondre, et cepen- 
dant ayant fréquemment l'habitude de déposer leur œuf, 
toujours blanc, dans des nids étrangers, quelle que soit la 
couleur des œufs qui s'y trouvent; 

Des Coucous, tels que celui d'Europe, pondant dans les 
mêmes conditions, supposés au contraire conformer la cou- 
leur de leur œuf à celle des œufs du nid où ils les appor- 
tent ; 

Des Coucous de la Nouvelle-Hollande ne déposer leur 
œuf, invariable dans sa couleur, que dans les nids dont les 
œufs ont des rapports de coloration avec les leurs; 
Des Coucous ne pondre qu'en commun; 
Et enfin, de simples Passereaux, étrangers aux Coucous, 
tels que les Troupiales d'Amérique, participer de toutes 
ces singularités à la fois ; 

Par conséquent, l'unité d'instinct, à l'égard de la ponte 
et de l'incubation, faire entièrement défaut dans ces divers 

groupes. 

Du rapprochement ou de la comparaison de ces deux 
tableaux de familles, ressort le résultat suivant : 

Quant aux Bruantins : 

Polygames comme les vrais Coucous. 






284 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 




Communistes comme les Anis, auxquels, avec la réver- 
sibilité d'un des doigts antérieurs en plus , ils pourraient 
être réunis sans inconvénient. . 

Les uns, de même que les Coucous, n'introduisant qu'un 
seul œuf dans les nids étrangers. 

Les autres, de même que les Anis, y pondant en com- 
mun, au point de rendre impossible, par leur accumula- 
tion, l'incubation fructueuse de leurs œufs, quand la ma- 
nie ne les prend pas d'en opérer eux-mêmes la destruc- 
tion. 

De plus, d'un parasitisme intermittent, qui leur permet 
parfois de construire un nid. 

Enfin, comme les Coucous, tantôt, ou détruisant les 
œufs, ou chassant les petits du nid emprunté, par l'effet 
de l'accroissement de leur propre progéniture; tantôt em- 
ployant la violence pour s'en débarrasser, sans parler de 
la complicité, encore problématique, de la mère adoptive. 
Si nous ajoutons le polymorphisme et la variabilité de 
couleur de leur œuf, nous aurons le tableau comparatif, à 
peu près exact, des mœurs des deux familles, en ce qui 
concerne la reproduction ou la propagation de l'espèce 
chez chacune d'elles. 
Quant aux Coucous : 

Nous ne dirons pas que notre siège est fait, ce serait 
une grande présomption; mais notre opinion est formée. 
Les Coucous ont, avec la plupart des autres Passereaux, 
sauf la zygodactylité, une unité de conformation, qui ne 
permet pas d'admettre, comme leur étant spéciales, les 
excentricités qu'on leur prête, puisqu'elles se reprodui- 
sent chez des espèces de familles toutes différentes de la 
leur. 

Ils sont, comme la généralité des Oiseaux, propres et 
conformés de manière à couver eux-mêmes leurs œufs et 




LES TROUPIALES-COUCJOUS. 



285 



à élever leurs petits. Nécessité dès lors de mettre de côté 
les considérations anatomiques de Hérissent. 

Le polymorphisme et le métachromatisme ne sont pas 
plus prononcés, pour leurs œufs, que pour '.eux d'un 
grand nombre d'autres Oiseaux. 

La petitesse relative de l'œuf du Coucou d'Europe, notam- 
ment, n'a rien de providentiel, pas plus que la prétendue 
adaptation des couleurs de cet. œuf à celles des œufs du 
nid dans lequel il est déposé, puisqu'il lui arrive parfois 
de ne rechercher que les nids dont les œufs offrent quel- 
ques rapports de coloration avec le sien ; il en est de même 
des dimensions qu'offre cet œuf. 

Il y a donc contradiction manifeste, de la part des par- 
tisans de cette doctrine, à soutenir le principe providen- 
tiel de cette exiguïté; et d'un autre côté, à vouloir attri- 
buer, à priori, au Coucou tous les œufs plus gros que 
ceux du nid envahi, quand ils en revêtent la couleur; la 
cause finale des premiers n'y a plus de raison d'être 
pour les seconds. 

De ce résultat, qui n'est qu'une constatation de faits, 
la conséquence à tirer est celle-ci : 

Le parasitisme n'est qu'une simple question de circons- 
tances, et non une question de principe ou d'organisme. 

Si, en effet, avec l'incalculable quantité d'individus qui 
composent ces colonies si nombreuses de Bruantins, tous 
les couples obéissaient à cette prétendue loi du parasitisme, 
il s'ensuivrait, dans les cantons qu'ils envahissent, une 
véritable dépopulation de toute la gent emplumée des 
Passereaux, trop sensible pour qu'elle n'eût jamais été 

constatée . 

Or, ce qui est vrai des Bruantins l'est de notre Coucou, 
dont le plus petit nombre seul use du procédé. 

La nature, d'ailleurs, ne se détruit pas elle-même à 



286 



HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS. 



plaisir; elle est avant tout et essentiellement conserva- 
trice. 

Nous savons qu'en nous prononçant et nous avançant 
ainsi, nous mettons le pied sur un terrain brûlant, en 
ayant l'air de faire bon marché des légendes et du mer- 
veilleux dont cette histoire du Coucou a bercé notre en- 
fance à tous, et dont la science, même à l'heure qu'il est, 
n'est pas entièrement affranchie. 

Mais nous avons consciencieusement rais les pièces du 
procès sous les yeux de nos lecteurs; et si nous n'avons 
pas réussi à atteindre notre but de faire la lumière sur cet 
Oiseau, nous pensons avoir suffisamment et amplement 
fourni à d'autres les éléments nécessaires pour arriver et les 
conduire à ce résultat, ne fût-ce qu'au moyen de la Tra- 
duction, paraissant pour la première fois, que nous avons 
faite de nos documents étrangers. 

La Science, nous l'avons déjà dit, l'Ornithologie surtout, 

ne saurait ne vivre que de poésie : elle est assez riche de 

son propre fonds pour en égayer et intéresser l'étude. 

/. - \ . ; \ / .X 
' \ 




CONCLUSION. 



1 



Invitation et prière aux diverses Sociétés Zoologiques de 
Paris, Londres, etc., d'instituer un prix à décerner à la 
personne qui aura réussi à faire élever, domestiquer et 
faire reproduire, soit le Coucou d'Europe (Cuculus Cano- 
rus), soit le Troupiale Bruantin (Molothrus Pecorin); 

Seule manière pratique d'arriver à la solution du pré- 
tendu parasitisme organique ou normal de ces Oiseaux ; 

Enfin, retournant l'axiome de Linné et reprenant l'ex- 
périence de Christophe Colomb; seule manière aussi de 
découvrir 



1 il 



Omne Yerum in Ovo ; 



et les mystères du Coucou seront dévoilés ! 



mm 





: 



TABLE DES CHAPITRES. 



Ordre IV. 



PASSEREAUX. 

2° SOUS-ORDRE : 

PASSEREAUX ZYGODACTYLES. 

1" TRIBU : 
ZYGODACTYLES PREHENSEURS. 



1™ Famille: 

coucous. 



Avant-propos 

Famille des Coucous 



Pages. 



CHAPITRE PREMIER. 
Les Coucous Vrais Parasites. 

1« Sous-Famille. — Les Coucous Indicateurs S 

L'Indicateur de Sparmann.. . Indicator Sparmanni 6 

LTndicaleur de Levaillant. . . Indicator LevaUlaniii 22 

Le Petit Indicateur Indicator Minor 24 

1<J 



•» 



290 t 


A.BLE 


DES CHAPITRES. 


Pages. 


2° Sous-Famille. — 


■ Les 

nteur 

'rique 


Vrais Coucous 


. . 28 


Le Coucou Gris ou Cha 


. Cuculus Canorus 


. 31 


Le Coucou Vulgaire d'Ai 




103 


, Cuculus Clamosus 


. 105 




Cuculus Capensis 


. 109 


Le Coucou du Gabon. . 




Cuculus Gabonensis 


. 111 


Le Coucou Edolio 




Oxylophus Serratus 


. 113 


Le Coucou Noir ou de Levai! 






lant 




Oxyloplius Ater 


. 11b* 






Oxylophus Glandarius 


. 116 


Le Coucou à queue en 


Even- 






tail 




Cacomanlis Flabelliformis. . 


. 125 


Le Coucou Inorné 




Cacomantis Inornatus 


. 128 


Le Coucou Métallique. 




Cacomanlis Plagosus 


. 133 






Hierococcyx Fugax 


. 134 


Le Coucou Lugubre. . . 




Sumiculus Lugubris 


. 133 


Le Coucou Didric ou Doré... 


Chrysococcyx Auratus 


. 136 








. 138 






Chrysococcyx Lucidus 


. 141 


Le Coucou Oriental . . . 




Endynamis Orienlalîs 


145 


3° Sous-Famille. — 


Les 




. 150 


Le Scythrops ou Coucou Pré- 










Scvthrovs Novœ-Hollandiœ . . 


. 151 



CHAPITRE IL 
Les Coucous Faux Parasites. 

4° Sous-Famille. — Les Coulicous 157 

Le Coulicou Américain Coccyzus Americanus 158 

Le Coulicou des Palétuviers. Coccyzus Seniculus 164 

Le Coulicou Piaye Piaya Cayanensis 16b 

Le Coulicou Pluvial Piaya Pluvialis 166 

Le Coulicou à Croupion roux. Piaya Eryihropygia 168 

Le Coulicou de Geoffroy. . . . Cultrides Geoffroyi. 170 

5° Sous-Famille. — Les Taccos ou Saurotiières. . . .. . . 171 

Le Tacco Vieillard Saurothera Velula 172 

Le Tacco de Vieillot Saurothera Vieilloti 176 



TABLE DES CHAPITRES. 291 

Pages, 

Le Tacco de Merlin 1 Smirolhera Mcrlini 178 

Le Tacco Marcheur Geococcyx Vialicus 179 

Le Tacco de Hartlaub Gcococcyx Affmis 18G 



6° Sous-Famille. — Les Couas 



Le Coua Huppe Coua Cristatus 

Le Coua Tait-Sou ou Bleu. . Coua Cœruleus 

Le Coua de Delalande Coua Delalandii 

Le Coua de Verreaux Coua Verreauxii 

Le Coua Verdàtre ou de Ma- 
dagascar Coua Madagascariensis . 



188 

189 
191 
192 
19'i 

195 



7° Sous-Famille. 



Lf.s Malcohas 



190 



Le Malcoha à Bec rouge. . . . Phenicophœus Erythrognathus 197 

Le Malcoha de Sumatra Phenicophœus Sumalrensis . . 198 

Le Malcoha de Cumming. . . Dasylophus Cumingii 199 

Le Malcoha à Tète rouge Phenicophœus Pyrrocephalus. id. 



Le Malcoha à Sourcils rouges. Dasylophus Superciliosus . 
8° Sous-Famille. — Les Courols 



Le Courol Vert Leptosomus Afer 

Le Calobate Haye Carpococcyx Radiatus. 

Le Courol Boubou Rhinoriha Chlorophœa. 



2(10 
201 

202 
203 
204 



9° Sous-Famille 



Les Coucals 205 



Le Coucal du Sénégal Centropus Senegalensis 207 

Le Coucal Noirou Centropus Nigro-Rufus 209 

Le Coucal à Sourcils Centropus Superciliosus 210 

Le Coucal Moine Centropus Monachus 212 

Le Coucal Toulon Centropus Totu 213 

Le Coucal Géant Centropus Phasianus id. 

Le Coucal des Philippines. . Centropus Philippensis . . . 

Le Coucal aux Ailes rousses. Centropus liuftpcnnis. ... 

Le Coucal Vert Centropus Viridis 

Le Coucal Violet Centropus Violaceus 

Le Coucal Lépide Centropus Afftnis 



216 

218 
219 
221 

090 






292 



TABLE DES CHAPITRES. 



10° Sous-Famille. — Les Axis . . . t 

l ro section : Les Coucous Diploptères 22b 

Le Chiriri Diploplerus Galeritus 226 

Le Guira-Cantara Diplopterus Cantara 229 

2° section : Les Anis proprement dits 231 

L'Ani des Palétuviers Crolophaga Major id. 

L'Ani des Savanes Crolophaga Ani id. 



CHAPITRE III. 
Les Troupiales-Coucous ou Bruantins. 

Le Bruantin Commun Molothrus Bonariensis 254 

Le Bruantin Varié Molothrus Badius ,',... 263 

Le Bruantin Noir ou d'Acier. Molothrus Sericeus 267 

Le Bruantin des Troupeaux . Molothrus Pecoris 268 

V <i 'i ■- 1 



TABLE ALPHABETIQUE 



DES AUTEURS ET VOYAGEURS CITES. 



Ackermaun (le docteur), 193. 

Allen (Strafford), 123. 

Altum, 51. 

Aristote, 36. 

Audubdn, 150, 274. 

Ayres. 

Azara (d'), 227,229,254. 

B 

Bailly, 32, 34, 42, 45, 49, 58. 

Baldamus (le docteur), 41, 71, 72. 

Barber (mistress), 19. 

Beavan (le capitaine), 219, 222. 

Bennett (le docteur), 142, 152. 

Berge, 66. 

Bertram, 270. 

Bescbstein, 98. 

Blyth, 145, 147. 

Botta (le consul), 180. 

Brame (Herr), 72. 

Brehra, 58, 76, 120. 

Brewer (le docteur), 273. 

Bruce, 5. 

Buffon, 8. 

Buhle, 70. 

G 

Cabott (sir), 271. 

Caire (l'abbé), 83. 

Call (George M"), 182. 

Carus (le docteur), 34. 

Castel. 

Castelnau (de), 169. 

Castesby, 267. 

Charabers (W.), 36, 122. 

Cberville (le marquis de), 77. 

Cochraue, 122. 

Colomb (Christophe), 287. 

D 

Davidson (le major), 147. 
Darwin, 255. 



Degland (le docteur), 67. 
Denison (Alfred), 154. 
Deshayes (le chevalier Lefebvre), 

172, 239. 
Deville (E.), 170. 
Diard, 198. 

Dilloii (le docteur Quartin), 140. 
Dresser, 183, 184, 256. 



Elien, 02, 69. 



Faber, 96. 

Fatio, 48, 74, 87. 

Fox, 268. 

Franklin (le docteur J.), 44, 54,99. 

Fraser (le colonel), 234, 243. 



Gambel, 180. 

Garnot, 221. 

Gaspard (le docteur), 99. 

Geoffroy Sainl-Hilaire (Isiil.), 169. 

Gérard, 94. 

Gerbe, 67, 86. 

Gessner, 82. 

Gmelim. 

Gosse, 166, 174. 232, 23(5. 

Gould, 159. 

Grandidier (Alfred), 194, 195, 203, 

Graves, 63. 

Gray (G. R.), 255. 

Gurney, 114. 

H 

llaury, de Prague, 70. 

Hartlaub (le docteur), 185. 

Hartmann (le docteur), 70, 130. 

Hérissent, 60. 

Demandez, 180. 

Hewitson (C. William), 82, 120. 



294 



TABLE DES AUTEURS CITES. 



Hill, 159, 163, 176, 240. 
Horsfield. 
Hudson, 222. 
Hume (Allan), 140. 



Jermerr, 51. 
Jerdon, 218. 



Kirk' (le docteur), 24, 234. 
Klaas, 105. 
Klein, 57. 

L 

La Fresnaye (le baron de), 111, 

160, 170. 
Larrieu (Olivier), 99. 
Layard, 19,21. 
Lesson, 221. 
Lesson (Adolphe), 108. 
Levaillant. 0, 14. 29, 103, 117, 190, 

191, 205. 
Lewin, 63. 

Liebig (le docteur), 79. 
Lilford (lord), 119, 124. 
Linné. 

Livingston (le R. docteur), 18, 209. 
Lobo (le Père Jérôme). 5, 7, 9. 
Lothinger, 88, SI. 

M 

Marchand, de Chartres (Alb.), 97. 

Mauduyt, 8. 

Ménétrier, 220. 

Moiitbeillard (Guéneau de), 2, 57, 

02, 91. 97,102. 
Moquin-Taudon, 09, 70. 
Mottley (J.), 134, 198, 210, 218. 

N 

Newton (Alfred), 202, 238, 242. 
Newton (Edw.), 238. 
Nuttall, 101. 



Orbigny (d'), 178. 



Parlas, 82. 

Percy, 142. 

Perrein, 137. 

Petit (le docteur), 5, 23, 140. 

Pickering (Ch.), 272. 

Pline, 36. 

Potter (le docteur), 279. 

Prévost (Florent), 37, 93. 

Pucheran (le docteur), 169. 194. 



R 

Raffies (sir), 202. 

Ramsay, 127, 131. 

Roux (Polydore), 46, 119. 

Réaumur (de), 64. 

Rowley (Dawson), 41, 74. 

ROppell (le docteur), 210, 211. 



Salerne, 62. 

Salvin, 120, 208, 186, 243, 256. 

Saunders (H.), 121. 

Saussure (de), 240, 241. 

Schauroth (de), 98. 

Schinz, 03, 70. 

SchlegeL 60. 

Schoraburgk, 217. 

Schreber (J. A.). 4G. 

Sclater, 203. 

Selys-Longchamps, 99. 

Sganzin (le docteur), 213. 

Simpson, 120. 

Sloane, 167, 172.' 

Sonnini de Manoncourt, 104,254. 

Soury (Jules), 77. 

Sparmann, 5, 7, 8, 9, 13. 

Swinhôe, 148. 217, 220. 

Sykes (le colonel), 210. 

T 

Temminck, 07. 
Thienemann. 04, 82. 
Thompson de Belfast, 34. 
Tschudi (le docteur de), 33, 40, 84, 

101. 
Toussenel, 35. 
Tristram (le R.), 32, 43, 83, 119, 

121. 
Tytler (le colonel), 521. 



Van-Mons, 38. 
Verreaux (Alexis). 
Verreaux (Edouard). 
Verreaux (Jules). 5. 14. 111, 129, 

212 214. 
Vian,' de Paris (Jules), 32,48, 53, 

00,73, 139, 141, 212. 
Vieillot, 38, 162, 177. 

w 

Walh, 154. 
Wallace, 203. 204. 
Wilson, 33, 269, 279. 280. 
Vv r ood, 72. 



Y 



Yarrell, 41,82. 



ERRATA. 









Au lieu de : 


lire : 


Pag 


3 12, 


ligne 22 


à le piquer 


à la piquer 


— 


15, 


— 17 


tandis quand 


tandis que quand 


— 


n, 


notes ; 


Lajwarius 


Laniarius 


— 




_; 


Ixas Chrysorrham 


Ixos Clirvsorrlueus 


— 


18, 


ligne 15 


Types 


Type 


— 


22, 


- 8 


le dessin 


le dessus 


— 


1 


- 27 


Varreaux 


Verreaux 


— 


T 


notes ; 


Fulviiscapus 


Fulviscapus 


— 


44, 


ligne 32 


de la répéter 


à la répéter 


— 


«■ 


- 18 


entoures, vermoulus 


entourés de bois vermoulus 


— 




- 28 


en n'eu doit 


on n'en doit 


— 


.57, 


- 23 


laissai 


laissa 


— 


73, 


- 3 


nien nor seulement 


nier non seulement 


— 


1 


— 23 


, Couco 


Coucou 


— 


74, 


notes ; 


Coccothrawster 


Coccothraustes 


— 


75, 


ligne 11 


</'i>Ù 


où 


— 


86, 


— 2 


rencontra 


rencontrât 


— 


96, 


— 12 


celles 


celle 


— 


107, 


- 12 


tenais 


tirais 


_ 


114. 


notes; 


Philenfoma 


Philentoma 


— 


120, 


— ; 


Artliene 


Atheue 


— 


128, 


— ; 


Cocomantis 


Caconiantis 


— 


160, 


ligne 14 


, Carabiques 


Coléoptères 


— 


163, 


— 1 


suite île qui 


suite de ce qui 


— 


165, 


- 14 


; noire et blanche 


noires et blanches 


_ 


_, 


- 20 


; mêmes 


même 


— 


170, 


- 1 


; Coucou de Geoffroy 


Coulicou 


— 


172, 


_ 2 


; puisqu'wa 


puisqu'un 


— 


178, 


- 26 


; parcourt 


parcoure 


— 


ISO, 


- 25 


; cuir 


cuivre 


— 


200, 


— 8 


; fulgineux 


fuligineux 


_ 


208, 


— 28 


; recommcnceneex t 


recommencent 


— 


214, 


- 4 


; variées liic 


variées des 


— 


216, 


- 2-3 


; femelles 


femelle 


_ 


224, 


— 17 


; Tavows 


Tavons 


— 


I 


- 21 


; Dipîoptère 


Dipîoptère 


— 


232 


- 26 


; rappellent 


rappelle 


— 


233, 


- 25 


; à cet époque 


à cette époque 


— 


23!» 


- 32 


; qu'elles couve)!/ 


qu'elle couve 




249 


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Paris. — Imprimerie Paul Schmidt, 5, rue Pcrronet. 



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