(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Agronomie, chimie agricole et physiologie"

364 



. .i;;;ÎIMMULT 



/.r^exoMii, 

CHIMIE 
RICQLE 
ET 
OtOGU 






I 



LA RELIURE 
TRADITIONNELLE 

2000 












i 












*3 



^^^1 






BIBLIOTHEQUE 
SAINTE | 
GENEVIEVE 





X 



u 



rt 1 



AGRONOMIE, 

CHIMIE AGRICOLE 



ET 



PHYSIOLOGIE. 



.fi^.'OJHfQUESAINTE-GENEVIE 




91 O 320647 8 



»J 



I 



BIBLIOTHEQUE 
SAINTE | 
GENEVIEVE 



L'Auteur et l'Éditeur de cet Ouvrage se réservent le droit de le traduire 
ou de le faire traduire en toutes langues. Ils poursuivront, en vertu des 
Lois, Décrets et Traités internationaux, toutes contrefaçons, soit du texte, 
soit des gravures, ou toutes traductions faites au mépris de leurs droits. 

Le dépôt légal de cet Ouvrage a été fait à Paris dans le courant de 187^, 
et toutes les formalités prescrites par les Traités sont remplies dans les 
divers États avec lesquels la France a conclu des conventions littéraires. 



Tout exemplaire du présent Ouvrage qui ne porterait pas, comme ci-des- 
sous, la griffe de l'Éditeur, sera réputé contrefait. Les mesures nécessaires 
seront prises pour atteindre, conformément à la loi, les fabricants et les 
débitants de ces exemplaires. 




■&•»(%, 



-ac^Uf 



PARIS.- 



IMPRIMERIE DE GAUTHIER-VILL ARS, 

Quai des Augustins, 55. 



AGRONOMIE, 



CHIMIE AGRICOLE 



ET 



PHYSIOLOGIE, 



Par M. BOUSSINGAULT, 

Membre de l'Institut. 



DEUXIÈME ÉDITION, BEVUE ET CONSIDERABLEMENT AUGMENTÉE. 






TOME CINQUIEME. 




PARIS, 



GAUTHIER-VILLARS, IMPRIMEUR-LIRRAIRE 

DU BUBEAU DES LONGITUDES, DE L'ÉCOLE POLYTECHNIQUE, 

SUCCESSEUR DE MALLET-BACHELIER, 

Quai des Augustins, 55. 



1874 

(Tous droits résenés.) 


r 


^B 









w 



■ 



AGRONOMIE , 

CHIMIE AGRICOLE 



ET 



PHYSIOLOGIE. 



LES FONCTIONS DES FEUILLES. 



La décomposition de l'acide carbonique par les feuilles, 
si active au soleil, a-t-elle encore lieu à la lumière diffuse 
très-affaiblie ? Continue-t-elle dans une enceinte complè- 
tement obscure? En d'autres termes, ainsi que Théodore 
de Saussure inclinait à le croire, une plante, dans l'obscu- 
rité, dissocie-l-elle une partie de l'acide carbonique qu'elle 
forme en agissant sur l'air atmosphérique (')? 

Durant la vie végétale, l'oxygène, par son apparition, 
révèle l'assimilation du carbone; or, dans les conditions 
que je viens de mentionner, ce gaz ne saurait être pro- 



(') Recherches sur la végétation, p. 54. De Saussure n'a jamais admis défi- 
nitivement, faute de preuves suffisantes, que les plantes décomposent l'aciile 
carbonique en l'absence de la lumière; i! a rapporté des faits contraires à 
celte décomposition : ainsi le Polygonum persicaria, les Lithium salicaria 
émettraient du gaz oxygène dans du gaz azote très-faiblement éclairé; il 
cesseraient d'en émettre dans l'obscurité. 

v- 



( 3 ) 

duit qu'en proportion extrêmement limitée; aussi n'est-ce 
plus à l'analyse qu'il faudrait recourir pour le reconnaître 
et le doser, mais à un agent capable d'en accuser la moin- 
dre trace. 

Le phosphore était tout naturellement indiqué, puisque, 
en devenant lumineux dans l'obscurité, en répandant des 
vapeurs à la lumière, il donne, dans l'un et l'autre cas, un 
indice certain de la présence de l'oxygène ; toutefois son 
emploi faisait naître une appréhension : le phosphore placé 
à côté d'une plante, dans une atmosphère confinée, n'exer- 
cerait-il pas une action nuisible ? Or, tout surprenant que 
cela paraisse, les expériences que je vais décrire montrent 
que la vapeur émanant du phosphore à une température 
comprise entre i5 et 3o degrés, que la vapeur de l'acide 
hypophosphorique n'empêchent pas une feuille suffisam- 
ment rigide de fonctionner. 

I. Expérience du i3 octobre i865. — Dans un mélange 
formé de : 

Gaz acide carbonique 27 cent, cubes 

Gaz hydrogène 57 » 

84 • » 

on avait introduit un cylindre de phosphore. L'appareil 
[fig. 1) étaitdans la chambre noire. On fit alors passer sous 
la cloche une feuille de laurier-rose présentant une surface 
de 60 centimètres carrés ; le phosphore devint lumineux 
pendant un instant très-court : la lumière avait été occa- 
sionnée par l'air adhérent à la feuille ('). 

L'appareil recouvert d'un étui de drap noir fut porté au 



(') Le cylindre de phosphore était soutenu par un fil de plaline qui en 
traversait l'axe. Cette disposition est facile à réaliser en plaçant le fil métal- 
lique dans le tube de verre employé à mouler le phosphore. 



mmmmm 



(3 ) 
soleil. A peine eut-on enlevé l'enveloppe, que l'on vit ap- 
paraître d'abondantes vapeurs blanches indiquant que la 
feuille produisait et que le phosphore absorbait du gaz 
oxygène. Le mercure de la cuve s'élevait à vue d'oeil dans 
la clochegraduée ; l'ascension cessa à 5 heures ; l'exposition 
au soleil avait eu lieu à y heures. Çà et là on apercevait sur 
le verre, à l'intérieur, un léger dépôt jaune, pulvérulent. 

Fi«. i. 




La feuille de laurier avait conservé sa belle couleur verte ; 
néanmoins il s'agissait de savoir si l'action solaire, accusée 
si nettement par le mouvement ascensionnel du mercure, 
n'avait pas cessé par suile d'une altération survenue dans 
son organisme. 

L'analyse prouva que la feuille n'avait plus fonctionné 
parce qu'elle ne trouvait plus d'acide carbonique à dé- 
composer. 

i . 



( 4 ) 

Voici le résultat de l'analyse : 

ce 

Acide carbonique introduit 27,00 (') 

Après l'hydrogène ajouté. 84,00 

Hydrogène 57 ,00 

Après l'action du phosphore au soleil. 56,95 

Une balle de potassehumectée n'a pas diminué le volume 

du gaz. 

Ainsi, en huit heures d'exposition h lalumière, la feuille 
de laurier avait décomposé, pendant la combustion lente 
du phosphore, l'acide carbonique introduit dans l'appa- 
reil. 

II. Expérience du \ er octobre 1867. — Une feuille de 
laurier-rose de 62 centimètres carrés fut placée dans un 
mélange d'acide carbonique et d'hydrogène. A 1 heure on 
fit passer sous la cloche un cylindre de phosphore, qui, 
après avoir jeté une faible lueur, devint obscur. L'appareil 
ayant été porté de la chambre noire au soleil, on vit ap- 
paraître des vapeurs blanches, en même temps que l'on 
constatait une ascension graduelle du mercure. A 5 heures, 
l'appareil fut replacé dans la chambre noire. Le phosphore 
avait fondu à la partie inférieure du cylindre. La feuille, 
quand on la retira, était couverte d'une rosée légèrement 
acide ; elle portait une tache brune. On remarqua une 
substance pulvérulente jaune sur les parois de la cloche. 



H ) Gnz réduit û zéro, 

Volume. Tempérât. Pression, pression : o m ,7G. 

ce o m ce 

Acide carbonique ^7;\) >5>9 o,5;25 2 7j0 

Acide carbonique -h hydro- 
gène 71,8 14,8 o,G355 5i3,95 

Après l'acide carbonique 

absorbé 7 1 , 3 iG,4 0,0413 5'5,7 



( 5) 
Résumé de l'expérience : 

Acide carbonique introduit 2.7, 8(') 

Acide carbonique -+- hydrogène 102,4 

Après l'exposition au soleil, gaz 81,2 

Acide carbonique disparu = oxygène absorbé . . 21,2 
Acide carbonique ajouté 27 ,8 

Acide carbonique retrouvé 6,6 

En quatre heures d'exposition au soleil, une surface de 
feuille de 62 centimètres carrés a décomposé 21", 2 de gaz 
acide carbonique : soit o cc ,o7 en une heure, par centi- 
mètre carré. C'est une décomposition très-énergique, com- 
parable à celle qui est opérée par les feuilles de laurier, 
placées dans une atmosphère où il n'y a pas de vapeur de 
phosphore. 

On fit encore deux observations : l'une avec une ramille 
de tuya, l'autre avec un pinceau d'aiguilles du pin larieio : 
il veut de 20 à a5 centimètres cubes de eaz acide carboni- 
que décomposé, et, dans les deux cas, le gaz oxygène de- 
venu libre était absorbé par le cylindre de phosphore. 

Ces expériences prouvent que des feuilles rigides comme 
celles des lauriers, du tuya, du pin, ne sont pas altérées par 
la vapeur émanant du phosphore à la température ordi- 



( ) Gaz irtluil à zéro. 

Volume. Tempérât. Pression, pression : o™,;!;. 

ce o m ce 

Gaz hydrogène 86,7 i3,o 0,7173 74> , - i 

Après l'acide carbonique in- 
troduit ii3,o i3,o 0,721s 105,4 

Vol. de l'acide carbonique. 'J/i^ 

Après l'exposition au soleil. 91,0 '4> °>7 ,a 9 81, a 
Gaz disparu = oxygène ab- 
sorbé 1 1,2 

Acide carbonique retrouvé. . . 6,6 

Après avoir retiré la feuille, on a constaté dans le gaz résidu, par le sul- 
fate de cuivre, une trace d'hydrogène phosphore. 



(6) 
naire de l'atmosphère, ni par la vapeur d'acide hypophos- 
phorique. La combustion lente du phosphore doit donc 
fournir un indice certain, instantané, du fait de la décom- 
position du gaz acide carbonique parles parties vertes des 
végétaux, puisque la lueur et la fumée qui l'accompagnent 
metlenten évidence, lorsque la température n'est pas infé- 
rieure à 12 ou i3 degrés, l'apparition delà plus minime 
quantité d'oxygène dans un milieu gazeux formé d'acide 
carbonique et de gaz inertes, tels que l'hydrogène et 
l'azote. 

Il y a lieu de signaler ici les précautions fort simples 
qu'il convient de prendre pour prévenir une illusion due à 
ce que l'on pourrait appeler une fausse lueur phosphorique, 
parce qu'elle ne paraît pas être le signe d'une combustion, 
et que, en tout cas, celte lueur fugace n'est pas occasionnée 
par de l'oxvgène venant des plantes mises en observation. 
Ainsi, un cylindre de phosphore, en pénétrant dans du 
gaz hydrogène ou dans du gaz azote dont on n'a pas lieu 
de soupçonner la pureté, luit durant un moment. Si, après 
avoir retiré ce cylindre en l'attirant et le maintenant sous 
le mercure, on le porte de nouveau dans le gaz, il ne devient 
plus lumineux. D'après Beizélius et Marchand, la lumière 
observée lors de la première introduction du cylindre serait 
produite parla vaporisation du phosphore, et elle conti- 
nuerait jusqu'à ce que l'espace soit rempli de vapeur. A 
la seconde introduction, il n'y aurait plus phosphorescence, 
par cette raison que le gaz serait saturé de vapeur. Si dans 
ce gaz hydrogène, ce gaz azote, on fait arriver un cylindre 
de phosphore, sans l'avoir préalablement tenu quelque 
temps sous le mercure, il y aura une légère phospho- 
rescence occasionnée par l'oxygène de l'air adhérent à la 
surface du cylindre. Enfin, il est à peine nécessaire de le 
rappeler, si dans du gaz hydrogène où se trouve un cylindre 
de phosphore' on fait passer une feuille suffisamment 
rigide pour traverser un bain de mercure sans être froissée, 









(7 ) 
il y aura une lueur produite par l'oxygène de l'air en- 
traîné. 

Ces fausses lueurs sont toujours de courte durée ; qu'elles 
soient dues à la volatilisation ou à la combustion du phos- 
phore, l'important, c'est de ne pas les confondre avec la 
phosphorescence dépendant de l'oxygène provenant delà 
décomposition de l'acide carbonique. 

On a contesté la faculté que posséderait la vapeur du 
phosphore d'être lumineuse pendant son émission 5 on a dit 
que dans le gaz hydrogène, dans le gaz azote, dans le vide 
barométrique, la lueur que jetait le phosphore provenait 
de ce que les gaz, comme le vide, n'étaient jamais exempts 
d'oxygène. Cependant on ne saurait nier l'existence de la 
vapeur de phosphore dans du gaz hydrogène, dans du gaz 
azote où le phosphore a séjourné. La preuve, c'est que si 
l'on y fait passer une bulle d'air, le gaz devient aussitôt 
lumineux. 

Les indices fournis par la combustion lenle du phos- 
phore m'ont permis de combler quelques lacunes dans l'é- 
tude des fonctions des feuilles. 

Les feuilles décomposent-elles du gaz acide carbonique 
en l absence de la lumière? 

Dans l'air atmosphérique, à l'obscurité, les feuilles 
forment un volume de gaz acide carbonique, à peu près égal 
à celui du gaz oxygène qu'elles font disparaître : cepen- 
dant, comme l'a suggéré de Saussure, il n'y a pas dans ce 
fait la preuve que l'acide carbonique n'est pas décomposé 
en l'absence de la lumière. Les feuilles, on le sait, exer- 
cent deux fonctions opposées, selon qu'elles sont placées 
dans un lieu éclairé ou dans un lieu obscur : dans la pre- 
mière situation, elles dissocient Facide carbonique en as- 
similant du carbone ; dans la seconde situation, elles cèdent 
du carbone à l'oxygène et constituent de l'acide carbo- 
nique; toutefois rien n'établit que ces deux fonctions ne 
sont pas exercées simultanément le jour comme la nuit 









(8) 
avec des intensités variables. Les changements survenus 
dans la composition de l'atmosphère renfermant une 
feuille constateraient simplement laquelle des deux fonc- 
tions aurait été prédominante. Dans un milieu assez peu 
éclairé pour que le volume de l'acide carbonique décom- 
posé soit égal au volume de l'acide carbonique formé, l'at* 
mosphère ne serait pas modifiée; mais suivant l'intensité de 
la lumière, elle acquerrait tantôt du gaz oxygène, tantôt du 
gaz acide carbonique. 

L'action que le végétal exerce sur un milieu gazeux s'ac- 
complit dans des cellules ayant chacune une existence in- 
dividuelle. Un fragment d'un centimètre carré découpé dans 
une feuille d'un décimèlre carré décompose à la lumière, 
ou constitue dans l'obscurité, la centième partie de l'acide 
carbonique qu'eût décomposé ou constitué la feuille entière. 
Si les gaz produits restaient engagés dans les cellules, 
ils passeraient inaperçus; pour que le fait de la dissocia- 
tion ou de la constitution de l'acide carbonique devienne 
manifeste, il faut que le gaz développé se mêle à l'at- 
mosphère ambiante. C'est là qu'un réactif absorbant (le 
phosphore pour l'oxygène, la potasse pour l'acide carbo- 
nique) peut, en les fixant, les soustraire à l'action vitale de 
la plante. 

C'est par l'intervention d'un semblable réactif absorbant 
que de Saussure fut conduit à présumer que les feuilles 
pourraient bien décomposer du gaz acide carbonique sans 
le concours de la lumière. 

« J'ai misa végéter dans l'obscurité, rapporte le célèbre 
physicien, dans une nuit profonde, sous deux récipients 
égaux pleins d'air atmosphérique, des plants de pois, des si- 
licaires, des mules. J'ai renouvelé tous les jours ces plantes 
pour qu'elles ne souffrissent pas. Ces expériences étaient 
faites en double. L'un des récipients contenait de la chaux 
vive ou de la potasse; l'autre en était dépourvu. Au bout de 
quatre ou cinq jours, les deux atmosphères étaient viciées; 






( 9 ) 
mais j'ai trouvé constamment que les récipients munis de 
chaux ou de potasse contenaient moins de gaz oxygène que 
ceux où l'alcali n'était pas, et l'on conçoit que c'est parce 
que les plantes ont trouvé moins d'acide carbonique à dé- 
composer que dans les récipients où il n'y avait point de 
chaux ou d'alcali ( ' ) . » 

Ainsi une partie de l'acide carbonique produit par la 
plante étant absorbée par l'alcali, cessant d'appartenir à 
l'atmosphère, échappait à la révivifleation que les feuilles 
opéreraient même dans l'obscurité absolue. 

L'observation de de Saussure est loin d'être irrépro- 
chable. 

Pour établir que, dans l'obscurité absolue, les feuilles dé- 
composent de faibles quantités de gaz acide carbonique, il 
faudrait mettre hors de doute l'apparition de l'oxygène ré- 
sultant de cetle décomposition; or la combustion lente du 
phosphore, si elle devenait manifeste en présence d'une 
(ouille mise à l'obscurité dans de l'hydrogène mêlé à de 
l'acide carbonique, serait un indice certain de la présence 
de ce gaz. Déjà dans les expériences ayant pour objet de 
rechercher si le voisinage, je puis même dire le contact 
du phosphore, n'exercerait pas sur l'organisme végétal un 
effet nuisible, on ne vit plus dans la chambre noire, après 
l'extinction de la fausse lueur, la moindre phosphorescence 
dans les mélanges d'acide carbonique et d'hydrogène où les 
feuilles étaient enfermées. 

On était donc fondé à supposer que dans un milieu ga- 
zeux renfermant de l'acide carbonique et une feuille, il 
n'y avait pas, à l'obscurité, apparition de gaz oxygène, et, 
par conséquent, pas de décomposition d'acide carbonique. 
Cependant, comme ces expériences avaient été exécutées 
accessoirement à la question spéciale qui nous occupe, 
j'ai cru devoir les reprendre. 



( ' ) De Saussure, Recherches sur la végétation. 



( io ) • 
I. — Le 26 octobre i865, dans une cloche graduée ren- 
fermant : 

Acide carbonique 27 cent, cubes 

Hydrogène Sy » 

on a passé, à 7 heures du soir, une feuille de laurier-rose, 
puis un cylindre de phosphore. Le mercure fut recouvert 
d'une mince couche d'eau bouillie. Le phosphore jeta une 
lueur passagère en pénétrant sous la cloche. 

Pendant la nuit on ne remarqua pas la moindre phospho- 
rescence. La température s'est maintenue entre 16 et 
18 degrés. Il restait à constater si une apparition d'oxygène 
n'aurait pas lieu à une température plus élevée, la chaleur 
favorisant, comme on sait, la décomposition du gaz acide 
carbonique parles plantes. 

IL — Le 28 octobre i865, la cloche contenant : 

Acide carbonique 23 cc , 4 

Hydrogène 56 e '', 4 

on mit une feuille de laurier-rose à côté d'un cylindre de 
phosphore. L'appareil était dans la chambre noire. La 
surface du mercure supportait une mince couche d'eau 
bouillie. 

La cloche avec sa cuve à mercure fut placée dans un 
grand vase cylindrique de verre, rempli d'eau à 36 degrés, 
que l'on maintint à cette température pendant toute la 
durée de l'observation. Le phosphore n'est pas devenu lu- 
mineux. On peut donc admettre que, dans l'obscurité 
absolue, une feuille de laurier-rose ne décompose pas l'a- 
cide carbonique, ou, pour rester dans la stricte interpréta- 
tion des faits, qu'il n'y a pas eu, à l'obscurité, d'oxygène 
ajouté au mélange gazeux. Je reproduirai ici ce que j'ai dit 
précédemment : c'est que si l'oxygène résultant de la dis- 
sociation d'une faible quantité de gaz acide carbonique 
restait engagé dans la cellule végétale, si cet oxygène ne 



( *'* ) 

s'ajoutait pas à l'atmosphère ambiante, la décomposition 
de l'acide carbonique par la feuille eût-elle lieu, qu'elle 
passerait inaperçue, même en présence du phosphore. 

Dans cette expérience, on a analysé l'atmosphère avant 
et après l'observation. L'analyse a indiqué nettement, 
comme le phosphore, qu'il n'y avait pas eu d'acide carbo- 
nique décomposé, puisqu'on a retrouvé, à -^de centimètre 
cube près, le volume du gaz. Voici les détails : 

ce 

Acide carbonique introduit . .. . 23, 40) 

Après l'introduction de l'hydro- 
gène 79,8 

Hydrogène ajouté 56,4 

Volume du gaz après l'observa- 
tion 82,4 Augmentation: 2", 6 (') 

Après l'absorption de l'acide car- 
bonique 5g , 3 

Acide carbonique retrouvé 23 , 1 

Acide carbonique ajouté 23 ,4 

Différence . o , 3 

Les feuilles décomposent-elles du gaz acide carbonique 
aune lumière diffuse très-affaiblie? 

D'après de Saussure : « Dans des appareils exposés à 
l'ombre, la plus petite dose d'acide carbonique ajoutée à 



(') Gaz réduit à zéro, 

Volume. Tempérai. Pression, pression : o", 76. 

ce m ce 

Acide carbonique 32,2 12,6 0,5774' ' 2 -';3 

CO*-i-H avant l'observa- 
tion 91,0 n,5 o,6o/i5 :9> 8 ° 

• Après l'observation ,.. g3,5 II, 1 0,6977 82, /|5 

Après l'absorption de l'a- 
cide carbonique 72,1 10, S o,65g3 5;j ,33 

( ! ) On a reconnu, après l'exposition, une augmentation de volume dont je 
n'ai pu me rendre compte. 



( r» ) 

l'air commun est nuisible à la végétation. Des plantes sont 
mortes dès le sixième jour dans une atmosphère contenant 
le quart de son volume de gaz acide carbonique; elles se 
sont soutenues à la même exposition pendant dix jours 
dans une atmosphère dont l'acide carbonique occupait la 
douzième partie ( ' ) . » 

Ces résultats sont d'autant plus surprenants qu'à la lu- 
mière diffuse les feuilles isolées décomposent très-active- 
ment le gaz acide carbonique mêlé à leur atmosphère dans 
une proportion atteignant et dépassant même un tiers. 
J'ai placé fréquemment des appareils au nord d'un grand 
bâtiment, et là, par un ciel sans nuage, le volume du gaz 
oxygène provenant de l'acide carbonique décomposé ne 
différait pas notablement de celui que l'on obtenait au 
soleil. 

Les plantes fonctionnent à la lumière diffuse, cela est 
incontestable. Les forêts équatoriales sont impénétrables 
aux rayons directs du soleil; il y règne un demi-jour qui 
ne permet pas toujours de lire sans difficulté des carac- 
tères tracés au crayon, et néanmoins ces voûtes de verdure 
abritent une végétation exubérante dont les feuilles, dé- 
veloppées sous l'influence d'une température de 25 à 35 de- 
grés, offrent des teintes du plus beau vert. Au reste, en 
Europe, pendant l'été, sous un massif d'arbres séculaires, 
il est facile de se convaincre que les feuilles, pour la plus 
grande partie, fonctionnent à l'ombre. 

Les observations dont je vais rendre compte montrent 
en effet que la décomposition de l'acide carbonique par 
les feuilles s'accomplit encore à une lumière considérable- 
ment affaiblie. 



I. — Le îojum i865, à 7 heures du matin, une feuille de 
laurier-rose, d'une surface de 85 centimètres carrés 



a ete 



(') De Saussure, Recherches sur la ; 



p. 33. 






( «3 ) 
mise dans un mélange d'acide carboi 



nique e 



"i 



t d' 



air atmo- 



sphérique. Il pleuvait depuis la veille au soir, et la pluie a 
continué sans interruption jusqu'à 2 heures de l'après- 
midi; le jour était très-sombre. Un thermomètre à l'air 
libre a marqué de 14 à i5 degrés. Dans ces circonstances 
peu favorables la feuille a néanmoins décomposé de l'acide 



car 



bor 



nque. 



Gaz aciJe carbonique introduit 34 ,5 (' 

Après l'addition de l'air atmosphérique 87,8 

Après l'exposition, l'acide carbonique absorbé. . . 58,8 

Acide 
Acide 



carbonique retrouvé 2 9>° 

carbonique ajouté 34,5 



Acide carbonique décomposé en 7 heures 5,5 

Par centimètre carré en 1 heure : o cc ,oocj. 




Sur les arbres très-feuillus, tels que les marronniers, les 



( ' ) Gaz réduit il zéro, 

Volume. Tempérât. Pression, pression : o m , 7'",. 

ce o ni ce 

Acide carbonique 5o,8 17,7 o,55o2 3 '( , 54 

CO ! -r-air !io,o 17,4 0,G454 87,82 

Après CO : absorbé 78,33 16,7 o,Go4o 58, 79 



( >4) 

noyers, les feuilles à l'intérieur vivent surtout à l'ombre, 
ainsi que j'en ai fait la remarque ; mais toujours elles sont 
moins nombreuses sur les points les plus rapprochés du 
tronc ; une maîtresse branche est presque toujours dénu- 
dée à sa base. Cette disposition se présentait très-nettement 
dans un fourré que formait une plantation de lauriers-cerise 
abritée par un mur, comme le représente la Jig. a, p. i3. 
A paraissait être la limite des feuilles 5 même à midi, la 
lumièrey était très-faible; les branches se trouvaient pres- 
que complètement dépouillées, bien que l'obscurité n'y fût 
pas absolue. En B les branches étaient encore assez gar- 
nies. J'ai voulu voir comment une feuille fonctionnerait 
sur ces deux points A et B. 

II. — Le 28 août 1868, à 10 heures du malin, sous une 
cloche contenant un mélange d'acide carbonique et d'hy- 
drogène, on a mis une feuille de laurier ayant 66 centi- 
mètres carrés. L'appareil fut monté dans la chambre noire. 
Un cylindre de phosphore introduit sous la cloche est de- 
venu lumineux pendant quelques secondes ; on l'a retiré 
et conservé sous le mercure. La feuille fut exposée en B 
jusqu'à 5 heures du soir. La température de l'air, à l'ombre, 
s'est soutenue entre 20 et a3 degrés pendant la durée de 
l'exposition. 

A 5 heures, la feuille ayant été retirée, on a mesuré le 
gaz. Le cylindre de phosphore a été glissé sous la cloche 
où il a répandu des vapeurs blanches assez abondantes; on 
l'a laissé en contactavec le gaz pendant la nuit, pour ab- 
sorber l'oxygène dont il avait accusé la présence; après 
l'avoir ôlé, on a mesuré le gaz restant; voici le détail : 





Volume. 


Tempé- 
rature. 


Pression. 


Gaz réduite o°, 
pression : o n ',;/6 


Après l'exposition. 
Après l'action du 


. 106,0 


l8,5 


m 

0,7179 




ce 

95,84 


phosphore 


102,0 


17,0 


0,7196 




9^74 












3.io 



( ** ) 

Dans un endroit peu éclairé du fourré où, néanmoins 
les branches étaient garnies, il y a eu en sept heures 3 cc ,i 
de gaz acide carbonique décomposés : soit, d'après la sur- 
face de la feuille exposée, o cc , 006 par centimètre carré en 
une heure. 

III. — Le 10 août 1868, on a posé à 8 heures du matin 
en A une cloche graduée contenant une feuille de laurier dan s 
un mélange d'acide carbonique et d'air atmosphérique ; la 
température a varié de a3 à 26 degrés ; le ciel était nuageux; 
l'exposition a duré jusqu'à 5 heures de l'après-midi. 

Tempe- Gaz réduit ào°, 

Volume, rature. Pression, pression :o m , ^6. 

ce o m ce 

Air atmosphérique . . 82, 5 21,0 0,7140 7 2 ,4 

Après CO 2 introduit. 120,0 21,0 0,7140 101,4 

Acide carbonique 2g ,0 

Après l' exposât.; gaz. ii5,o 21,0 0,7170 100,7 
Après l'acide carbo- 
nique absorbe... 80,0 22,0 0,7170 69,8 

Acide carbonique retrouvé 3o',g 

Acide carbonique ajouté 2 9)° 

Acide carbonique en excès 1,9 

Ainsi, là où les branches étaient dégarnies, il n'y a pas 
eu décomposition, mais bien formation d'acide carbonique; 
près de 2 centimètres cubes en neuf heures. La feuille s'est 
comportée comme si elle eût été placée dans un lieu obscur. 

Ces observations ont conduit à rechercher si une feuille 
décomposerait de l'acide carbouique pendant le crépuscule. 

IV. — Le 8 septembre 1868, à la fin d'une belle et chaude 
journée, une feuille de laurier-rose a été mise dans un mé- 
lange d'acide carbonique et d'hydrogène. Le cylindre de 
phosphore introduit est resté faiblement lumineux pendant 
un instant. On Ta retiré et on l'a maintenu sous le mercure. 

L'appareil, exposé sur une fenêtre à l'ouest à l'heure pré- 
cise du coucher du soleil, a été retiré un peu avant la nuit. 



( .6) 
La température était de 24 degrés. La feuille enlevée, on 
a passé sous la cloche le cylindre de phosphore. Il n'y a 
pas eu de phosphorescence. Or l'exposition à la lumière 
crépusculaire avait duré assez pour que dans le jour, à 
l'ombre, il y ait eu production d'une quantité d'oxygène 
que le phosphore aurait certainement décelée. 

Pendant le crépuscule, il n'y a pas eu d'acide carbonique 
décomposé. 

Les feuilles décomposent-elles le gaz acide carbonique 
à de basses températures? 

On sait que la faculté décomposante des feuilles dimi- 
nue avec l'abaissement delà température ; mais quelle est 
la limite d'action ? 

Les observations ont été faites à l'ombre, par cette rai- 
son qu'au soleil, même par un très-grand froid, les feuilles 
eussent bientôt acquis une température bien supérieure à 
celle de l'air ambiant. 

I. — Le 2 novembre 1867, on mit un pinceau d'aiguilles 
de pin laricio dans un mélange d'acide carbonique et d'hy- 
drogène, puis, à côté, un cylindre de phosphore pour ab- 
sorber l'oxygène de l'air accidentellement entraîné. On 
laissa l'appareil pendant une heure dans la chambre noire 
où le thermomètre marquait 16 degrés. Le phosphore fut 
retiré et maintenu dans le mercure. A 9 heures on plaça 
la cloche recouverte d'un étui de drap noir, au nord d'un 
mur. Il avait gelé dans la nuit : la température ne dé- 
passait pas + o°,5; le ciel était sans nuages. 

A 10 heures, lorsque l'appareil fut à la température de 
l'air, on le découvrit. A 1 heure, après trois heures d'expo- 
sition, on le transporta dans la chambre noire. Le thermo- 
mètre à l'ombre marquait -f- 2 , 5. 

Les aiguilles de pin furent retirées, et l'on attendit que 
l'appareil eût atteint la température de id degrés, pour y 



( "7 ) 
passer le cylindre de phosphore que l'on avait tenu sous le 
mercure, afin d'empêcher son contact avec l'air. Le phos- 
phore devint lumineux, mais la phosphorescence dura si 
peu que, sans les précautions prises pour éviter une fausse 
lueur, on aurait pu la considérer comme un indice insuf- 
fisant delà présence de l'oxygène élaboré par les feuilles. 
Ayant soupçonné que l'absorption de l'oxygène n'avait pas 
été complète, on retira le cylindre de phosphore et l'on lit 
passer sous la cloche une balle de potasse humectée, puis, 
après l'absorption de l'acide carbonique, une dissolution 
de pyrogallate de potasse, qui prit immédiatement une 
teinte foncée due à la présence de l'oxygène. 

Après l'absorption de l'acide carbonique, le volume w 

du gaz était 7° 

Après l'action du pyrogallate. 75 

Oxygène absorbé • 3 

A l'ombre, à une température comprise entre + o°,5 
et-f- 2°, 5, les aiguilles du pin laricio ont décomposé du 
gaz acide carbonicpue. Le phosphore avait mis en évidence 
cette décomposition, et s'il s'est éteint avant d'avoir fixé la 
totalité de l'oxygène, cela tient probablement à ce que des 
lésions faites aux aiguilles du pin auraient laissé suinter 
quelques gouttes d'huile essentielle ayant, comme la téré- 
benthine, la propriété d'empêcher ou tout au moins d'at- 
ténuer sa combustion lente. 

IL — Le?> novembre 1867, en adoptant les mêmes dis- 
positions, des brins d'herbe (graminées) furent placés 
dans un mélange d'acide carbonique et d'hydrogène, puis 
exposés pendant trois heures à l'ombre, par une tempéra- 
ture de -h i°, 5 à -4- 3°, 5. 

Après l'exposition, le phosphore, en jetant une forte 
lueur dans l'obscurité, indiqua nettement l'apparition de 
gaz oxygène et par conséquent la décomposition de l'acide 
V. 2 



(i8) 
carbonique. Ces expériences établissent que les feuilles dis- 
socient l'acide carbonique à une basse température et que, 
en biyer, l'herbe des prairies, les plants d'un champ de 
froment ensemencé en automne, les arbres verts de la forêt 
se développent néanmoins. En effet, même en temps de 
gelée, les feuilles au soleil acquièrent toujours une tempé- 
rature de quelques degrés au-dessus du zéro de l'échelle 
thermomé trique. 

Les feuilles naissantes sont-elles douées de la faculté de 
décomposer, à la lumière, de V acide carbonique ? 

Si l'on expose au soleil, dans de l'eau chargée d'acide 
carbonique, des cotylédons, des feuilles séminales, des 
feuilles jeunes à peine colorées, on ne remarque pas le 
moindre dégagement de gaz oxygène. En s'en tenant à ce 
mode d'observation, on conclurait qu'il n'y a pas dissocia- 
tion de l'acide. Une telle conclusion pourrait être préma- 
turée, par ce motif que l'immersion ne permet pas toujours 
de recueillir les quelques bulles de gaz oxygène formées 
au sein d'une masse liquide assez volumineuse pour les 
dissoudre ou pour favoriser, par celle dissolution même, 
leur absorption par le parenchyme des feuilles immergées. 
J'ai d'ailleurs reconnu que des feuilles adultes, fortement 
colorées, on ne retire jamais autant d'oxygène quand elles 
sont placées dans de l'eau chargée d'acide carbonique, que 
lorsqu'elles fonctionnent dans un milieu gazeux. Est-ce 
parce que la lumière s'éteint en partie en traversant le li- 
quide , ou bien est-ce parce que la feuille immergée n'ac- 
quiert pas une température aussi élevée que celle qui est 
placée sous une cloche pleine de gaz? Au reste, recueillerait- 
on plusieurs bulles de gaz renfermant de l'oxygène, comme 
l'a fait Ingen-Housz, qu'on aurail.encore à se demander si 
cet oxygène n'appartenait pas à l'air atmosphérique dis- 
sous dans l'eau et qu'un courant de gaz acide carbonique 






( '9) 
ne déplace pas entièrement. Sennebier a constaté que les 
feuilles submergées donnent de l'air à toutes les époques 
de leur existence, mais qu'il s'en dégage très-peu des feuilles 
séminales des haricots, des feuilles jeunes ayant une cou- 
leur tirant sur le jaune ( J ). Sennebier n'a pas signalé l'oxy- 
gène dans le gaz dégagé- 
Dans cette première phase delà vie des feuilles, l'oxygène 
résultant de la décomposition de l'acide carbonique ne sau- 
rait être produit qu'en bien faible quantité ; aussi fallait-il 
se borner à en constater l'apparition. 

I. — Le i4 octobre 1867, le ciel était d'une grande pu- 
reté et le thermomètre marquait 14 degrés. Huit feuilles 
naissantes à peine colorées, prises parmi les nouvel les pousses 
d'une vigne, furent attachées à un scion de baleine et intro- 
duites dans une cloche contenant de l'acide carbonique 
mêlé à de l'hydrogène ; un peu d'eau bouillie recouvrait le 
mercure. Dans la chambre obscure on passa un cylindre 
de phosphore qui ne donna qu'une lueur instantanée. Une 
heure après l'extinction de cette lueur, la cloche enveloppée 
d'un drap noir fut portée au soleil : aussitôt qu'on l'eut dé- 
couverte, on aperçut des vapeurs blanches. Dans la chambre 
noire ces vapeurs se dissipèrent promplement ; le mélange 
gazeux reprit sa transparence. Les vapeurs apparurent dès 
que l'on exposa de nouveau la cloche à la lumière. Les feuilles 
naissantes de la vigne ont donc émis de l'oxygène provenant 
de la décomposition de l'acide carbonique. Une centaine 
de feuilles semblables, immergées dans un litre d'eau char- 
gée d'acide carbonique placé au soleil, n'ont pas dégagé 
le moindre volume de gaz oxygène, bien que l'exposition 
eût duré plus de trois heures. 

II. — Le même jour on fit une observation analogue 



(') Sennebiei!, Mémoires phfsicochintiques, t. t, p. 109. 



( *°) 
avec des feuilles séminales d'épinards. Pendant l'exposition 
au soleil, le phosphore, par les vapeurs qu'il répandait, 
mit en évidence l'apparition de l'oxygène. J'ajouterai que 
dans de l'eau chargée d'acide carbonique les feuilles ne pro- 
duisirent pas de gaz. 

Dans ces expériences l'indice de la présence de l'oxygène 
avait été peu prononcé-, pour le rendre plus manifeste, 
les feuilles ne furent plus exposées au soleil à côté du phos- 
phore, qui naturellement s'emparait du gaz à mesure qu'il 
se produisait. Les feuilles étaient seules et le phosphore 
n'arrivait sous la cloche qu'après l'exposition ; sa com- 
bustion lente devenait d'autant plus perceptible qu'il y 
avait plus d'oxygène accumulé. 

III. — Le 12 août 1868, des feuilles séminalesde haricots, 
cueillies après l'épanouissement des cotylédons, furent 
fixées à une lame de baleine, dans le mélange d'acide car- 
bonique et d'hydrogène. Après les avoir exposées au soleil 
depuis 9 heures jusqu'à 3 heures, on les porta dans la 
chambre noire. 

Lorsque le cylindre de phosphore, que l'on avait main- 
tenu dans le mercure de la cuve, pénétra sous la cloche, il 
devint lumineux. Il y avait eu par conséquent production 
d'oxygène. 

Les feuilles très-peu colorées avaient pour teinte, en 
comparant aux cercles chromatiques de M. Chevreul : 

Les plus développées, 

Endroit, jaune vert 3 rabattu à -^ de noir, 
Envers, jaune vert 2 rabattu à ~ de noir ; 

Les moins développées, 

Endroit comme envers, jaune vert rabattu à ■— de noir. 

Une centaine de feuilles semblables, tenues pendant trois 
heures au soleil dans de l'eau chargée d'acide carbonique, 
n'ont pas donné lieu à une production d'oxygène. 






■•■»-*••* 



( w ) 

IV. Le 17 août, une nouvelle expérience, faite avec 

des feuilles naissantes de vigne, donna les mêmes résultats. 
L'appareil avait été exposé à l'ombre pendant deux 

heures. 

Le phosphore, quand il pénétra dans la cloche, donna 
d'abondantes vapeurs d'acide hypophosphorique. Dans la 
chambre obscure, le phosphore resta lumineux pendant 
quelques instants. 

Des feuilles semblables n'ont pu produire de gaz oxygène 
lorsqu'elles furent exposées au soleil dans de l'eau chargée 
d'acide carbonique. 

V. — Le 18 août, de très -jeunes pousses du vernis du 
Japon sortiesde terre depuis deuxjours, d'un vert très-pâle, 
ont décomposé de l'acide carbonique mêlé à l'hydrogène. 
Quatorze petites feuilles étaient placées dans la cloche que 
l'on exposa au soleil de 8 heures à midi. Le cylindre de 
phosphore fit naître des vapeurs blanches assez épaisses 
quand on le fit pénétrer dans le mélange gazeux après 
l'exposition. 

Voici les teintes comparées aux cercles chromatiques : 

Pour !a feuille la plus foncée en couleur, 
Jaune vert rabattu à'yj de noir; 

Pour la feuille la moins foncée en couleur, 
Jaune non rabattu. 

L'envers et l'endroit des feuilles présentaient à peu près 
la même teinte. 

VI.— LeiZ août, des feuilles séminales de laitues, levées 
tout récemment, ayant 9 à 10 millimètres de longueur sur 
7 ou 8 millimètres de largeur, ont donné des indices cer- 
tains d'une émission de gaz oxygène après une exposition 
de trois heures au soleil. La température à l'ombre a varié 
de 2?) à 24 degrés. 



( «) 

Quatre-vingts petites feuilles avaient été disposées en 
deux chapelets dans l'appareil. Après l'exposition, le cy- 
lindre de phosphore introduit sous la cloche fit naître d'a- 
bondantes vapeurs. Relativement, il y avait eu production 
d'un assez grand volume de gaz oxygène ; on aurait pu 
le mesurer. 

Cependant ces feuilles séminales de laitues étaient d'un 
vert très-pâle : 

Jaune vert i rabattu à ^— de noir. 

Les feuilles naissantes, les feuilles séminales dont la 
teinte décèle dans leur organisme la présence d'une très- 
faible quantité de chlorophylle, décomposent à la lumière 
le gaz acide carbonique, tout en formant à la lumière, l'ex- 
périence le prouve, un certain volume du même gaz par la 
combustion du carbone appartenant àleur organisme. Cette 
dernière fonction, tant qu'elle s'exerce, empêche l'oxy- 
gène mis en liberté de s'accumuler dans l'atmosphère où 
les feuilles sont confinées. 



Les feuilles venues dans V obscurité décomposent-elles 
immédiatement l'acide carbonique, lorsqu'elles sont pla- 
cées à la lumière ? 

Les résultats obtenus avec des feuilles naissantes ayant 
à peine une nuance verte conduisaient à rechercher si des 
feuilles absolument dépourvues de chlorophylle, parce 
qu'elles se sont développées dans un lieu obscur, dissocient 
l'acide carbonique. 

J'ai montré, dans un autre travail, que ladurée de l'exis- 
tence d'une plante venue à l'obscurité est subordonnée au 
poids des matières nutritives qui entourent l'embryon dans 
la graine. Les feuilles en l'absencede lalumière ne fonction- 
nent pas comme appareils réducteurs ; constamment elles 
émettent de l'acide carbonique; c'est une véritable combus- 



( 23 ) 

tion respiratoire accompagnée d'un dégagement de chaleur. 
La plante se comporte alors comme un animal d'un ordre 
inférieur. Lorsque ces feuilles étiolées sont placées à la 
lumière dans de l'air atmosphérique, elles continuent 
d'abord à produire du gaz acide carbonique 5 mais bientôt 
elles prennent une teinte verte dont l'intensité augmente 
graduellement ; une fois colorées, elles fonctionnent comme 
les feuilles développées dans les conditions normales. 

La matière colorante, la chlorophylle , enveloppe les 
granules établis dans les cellules. Celle qui appâtait dans 
la circonstance que je viens d'indiquer est-elle l'effet ou 
la cause de la décomposition de l'acide carbonique? 11 est 
bien vrai qu'une feuille non colorée, telle qu'elle sort de 
la chambre noire, prend assez vite une nuance verte lors- 
qu'elle est au soleil, dans de l'air atmosphérique pur. Est- 
il permis d'en tirer celte conséquence, que l'acide carbo- 
nique n'intervient pas dans la coloration? Nullement, car 
le premier acte de la feuille incolore, en présence de l'oxy- 
gène, est de former de l'acide carbonique. Pour résoudre la 
question, il semble qu'il n'y aurait qu'à placer dans du 
gaz hydrogène, dans du gaz azote, la feuille née dans l'obs- 
curité : dans l'un et l'autre de ces gaz, la coloration verte 
se manifeste à la lumière, faiblement sans doute, et ici en- 
core l'acide carbonique peut fort bien intervenir, par cette 
raison, qu'une plante venue dans un lieu obscur renferme 
toujours une très-forte proportion d'eau saturée de ce gaz; 
ainsi du gaz hydrogène pur dans lequel on met une feuille 
étiolée contient bientôt de l'acide carbonique. 

Voici d'abord ce que j'ai observé relativement à la colo- 
ration des feuilles de maïs appartenant a des planls venus 
dans l'obscurité. 



I. — Le 3i juillet 1868, dans la chambre noire, on fit 
germer des graines sur du papier imbibé d'eau distillée. 
Le i5 août, les feuilles avaient une longueur de 2a à 



■^ 



( M ) 

3o centimètres; i centimètre au point le plus large. Leur 
teinte, comparée aux cercles chromatiques était: 

Jaune i non rabattu. 

Les plants furent placés, à midi, à la lumière diffuse dans 
une pièce ayant une fenêtre au sud. 

Le \6 août au matin, l'apparition de la nuance verte 
était évidente et plus prononcée vers la base que vers le 
sommet des feuilles. 

Le 18 août, la coloration avait fait des progrès ; on eut 
pour la teinte de la partie inférieure d'une feuille : 

Vert jaune 2 non rabattu. 

Il n'y avait pas de différence appréciable de-teinte entre 
la coloration de l'endroit et celle de l'envers. 

Le 22 août, toutes les feuilles possédaient une assez belle 
nuance verte. Sur les deux faces : 

Jaune vert 2 rabattu à ■— de noir. 

Celle coloration ou, si l'on veut, l'apparition d'une no- 
table quantité de chlorophylle, avait eu lieu, à la lumière 
diffuse, en six à sept jours, la température s'étant mainte- 
nue entre 22 et 26 degrés. 

Il restait à rechercher quelle serait la nuance de vert à 
laquelle la feuille commencerait à décomposer le gaz acide 
carbonique. 

Des feuilles aussi délicates devaient être introduites 
dans les appareils sans qu'elles touchassent le mercure. 
Voici quelles sont les dispositions adoptées pour atteindre 
ce but. 

Une cloche pleine d'air renfermant les feuilles attachées 
à une lame de baleine est maintenue sur la cuve de ma- 
nière que son ouverture plonge de 2 à 3 millimètres dans 
le mercure [Jig. 3). 



■PWHMMI 



( *5 ) 

Pour mieux assurer la fermeture, on verse de l'eau à la 

surface du métal. Un tube de caoutchouc, très-flexible, 

d'une faible section, terminé par un ajutage d'ivoire, pé- 

nètrejusqu'au sommet de la cloche en i'. Ce tube est adapté 

Fi s . 3. 




en i à un générateur d'hydrogène fournissant un courant 
de gaz assez rapide pour déplacer promptement l'air atmo- 
sphérique. Lorsque l'on juge l'appareil plein d'hydrogène 
on ferme le générateur après avoir pincé le tube en i. 

Il s'agit maintenant d'exclure de la cloche un certain 
volume d'hydrogène. Rien n'est plus facile : il suffit d'en- 
foncer la cloche dans le mercure de la cuve en même temps 
que l'on cesse de presser en i pour ouvrir une issue à 
l'hydrogène. 

Lorsque le volume de ce gaz que l'on voulait expulser 
est sorti de la cloche, on pince de nouveau le tube de caout- 
chouc, puis on le retire.On peut alors ajouter à l'hydrogène 
resté dans l'appareil du gaz acide carbonique. L'introduc- 
tion doit être faite par petites bulles, pour qu'il n'y ait pas 
projection de mercure sur les feuilles, mais il faut agiter 



( *6) 
doucement la cloche sur la cuve pour faciliter le mélange 
des gaz. 

L'appareil est porté dans la chambre noire, pi l'on y in- 
troduit un cylindre de phosphore pour s'assurer de l'ab- 
sence du gaz oxygène. Généralement le phosphore émet 
une lueur. Quand elle est dissipée, on retire le cylindre de 
phosphore en l'attirant et le fixant dans le mercure delà 
cuve. 

Tout est alors disposé pour l'observation. Le mélange 
gazeux est certainement exempt d'oxygène, en même temps 
que l'espace qu'il occupe est saturé de la vapeur de phos- 
phore qui préviendra la fausse lueur, lorsque, après l'ex- 
position à la lumière, on fera passer sous la cloche le 
phosphore maintenu sous le mercure. 

IL — Le g septembre 1868, huit fragments de feuilles de 
maïs venues dans la chambre noire, ayant ensemble une 
surface de 192 centimètres carrés, ont été placés dans le 
mélange d'acide carbonique et d'hydrogène. Leur teinte 
était : 

Jaune 1 non rabattu. 

L'exposition a eu lieu à l'ombre, de 10 heures du matin 
à 3 heures de l'après-midi. Ciel découvert ; température 
27 à 29 degrés. 

Après l'exposition, le phosphore n'a pas signalé dans le 
mélange gazeux la présence de l'oxygène. 

IIL— Le io septembre, six feuilles de maïs sortant delà 
chambre noire, ayant la même teinte que les feuilles em- 
ployées la veille, n'ont pas fourni l'indice de la décompo- 
sition de l'acide carbonique, après avoir été exposées à la 
lumière pendant huit heures. 

IV. — Le 10 septembre, à 3 heures de l'après-midi, une 
culture de maïs faite à l'obscurité fut installée dans une 
pièce bien éclairée. Déjà le 11 septembre, à 9 heures du 
matin, les feuilles possédaient une nuance verte; cependant 



( -7) 
l'exposition à la lumière diffuse n'avait pas duré plus de 
six heures. Je ferai observer que cette nuance, très-faible 
d'ailleurs, ne s'était pas développée au même degré dans les 
expériences du 9 et du 10 septembre, bien que les feuilles 
fussent restées exposées pendant six à sept heures sous un 
jour assez vif, dans des mélanges d'hydrogène et d'acide car- 
bonique. Faut-il admettre que la formation de la chloro- 
phylle, indépendamment de la lumière, exige le concours 
simultané de l'oxygène et de l'acide carbonique? C'est un 
point que j'examinerai. Quoi qu'il en soit, les feuilles 
venues à l'obscurité, quand elles sont placées à la lumière en 
présence du gaz acide carbonique, n'émettent du gaz oxy- 
gène qu'après que, par leur exposition à l'air, elles ont ac- 
quis une certaine nuance de vert: c'est ce que je vais établir. 

V. — Le 19. septembre, la teinte des feuilles delà culture 
de maïs, placée à la lumière le 10, était : 

Jaune 4 non rabattu 

des cercles chromatiques. Depuis le 11, il y avait eu un 
léger progrès dans le sens du vert, mais pour un oeil peu 
exercé c'était encore du jaune. 

Six fragments de feuilles, présentant une surface de 
72 centimètres carrés, furent exposés à l'ombre de 10 à 
4 heures dans le mélange d'acide carbonique et d hydrogène. 
Après l'exposition, le cylindre de phosphore n'a pas donné 
l'indice de la présence de l'oxygène. 

VI. — Le 1 ^ septembre, les feuilles de la culturede maïs 
étaient plus vertes que le" 1 2 septembre ; leur teinte sur l'une 
et l'autre face a été trouvée : 

Jaune vert i non rabattu. 

Huit fragments, ayant ensemble une surface de 96 centi- 
mètres carrés, restèrent de 1 1 heures à 4 heures dans le 
mélange d'acide carbonique et d'hydrogène. 

L'appareil fut placé au nord d'un bâtiment. Le ciel était 



( *8 ) 
sans nuages. Après l'exposition, le cylindre de phosphore 
que l'on avait maintenu sous le mercure produisit immé- 
diatement quelques vapeurs blanches, lorsqu'on le fit passer 
de la cuve sous, la cloche. 

Les feuilles, après avoir acquis la couleurverte répondant 
au jaune vert i non rabattu de noir des cercles chromati- 
ques, onlpar conséquent, à la lumière, décomposé de l'acide 
carbonique ; du moins il y a eu un faible indice d'appari- 
tion d'oxygène. 

En conclurai-je qu'au-dessous de cette teinte, c'est-à- 
dire plus vers le jaune, les feuilles de maïs n'opèrent pas 
cette décomposition? Je conclurai tout le contraire. En 
effet, je crois qu'aussitôt qu'il y a présence de chloro- 
phylle, quelque minime qu'en soit la proportion, lafeuille, 
aussi faiblement colorée qu'on la suppose, possède déjà 
la faculté décomposante. Je fonde mon opinion sur ce fait 
parfaitement établi, que si une plante venue à l'obscurité, 
dans un sol absolument stérile, dépourvu de toute sub- 
stance saline, diminue constamment de poids, sou poids 
augmente certainement aussitôt qu'elle est placée à la lu- 
mière. Or une feuille n'augmente de poids qu'en fixant du 
carbone et les éléments de l'eau, et la fixation du carbone 
implique nécessairement la décomposition de l'acide carbo- 
nique. 

Mais pour rester, en ce qui concerne le maïs, dans les 
limites tracées par l'observation, cette décomposition ne 
devient manifeste qu'alors que la feuille a pris la teinte 
jaune vert i non rabattu. 

Il ressort, il me semble, de ces expériences, que la décom- 
position de l'acide carbonique commence, à la lumière, 
aussitôt après la création de la chlorophylle, bien qu'elle 
ne devienne perceptible qu'alors que la feuille possède une 
nuance verte assez marquée, ou, si l'on veut, alors que 
l'oxygène, dont la présence est la preuve de la dissociation 
de l'acide carbonique, n'est plus fixé en totalité au fur et à 






( =9) 
mesure de son appari lion par cette partie de 



organisme 



qui, dans les feuilles nouvelles, fonctionne à la lumière 
comme elle fonctionne dans l'obscurité. 



La décomposition de V acide carbonique par une feuille, 
commencée au soleil, s'arréte-t-elle aussitôt que la feuille 
est soustraite à V action de la lumière ? 

M. Van Tieghem a constaté un fait curieux, c'est 
que cette décomposition, opérée au soleil par une plante 
aquatique, continue dans l'obscurité pendant un certain 
temps ('). 

Ainsi, le 1 1 juin, une branche du Ceratophjllum de- 
mersum, submergée dans de l'eau chargée d'acide carboni- 
que, ayant été exposée au soleil à 8 heures, il y eut un déga- 
gement très-actif d'oxygène. A 8 h 4'J m la branche fut portée 
dans un lieu obscur ; elle continua à émettre du gaz : 

A 9 heures, le dégagement était de 200 bulles par minute. 
A 9 h 3o m » 125 » •> 

A 10 heures » ^5 » » 

A 1 1 heures » a5 » » 

A n h 45 m , le dégagement était encore de 2a 3 bulles 
par minute ; ce n'est qu'après trois heures passées à 1 obs- 
curité que l'effet produit par l'insolation fut épuisé ('). 
D'après mes observations, une feuille isolée fonctionnant 
dans un milieu gazeux se comporterait tout autrement 
qu'une plante aquatique. 

J'ai fait voir que, dans une atmosphère contenant de 
l'acide carbonique, une feuille produit instantanément du 



( ') M. Van Tieghem a reconnu depuis que la décomposition de l'acide 
cabonique, commencée au soleil, ne continue pas dans l'obscurité. 

(') Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, t. LXV, p. 867. 



(3o) 
gaz oxygène, dès qu'elle est éclairée par le soleil. Il s'agis- 
sait de savoir si cette production d'oxygène cesserait in- 
stantanément quand la feuille passerait subitement de la 
lumière à l'obscurité. 



I. — Le 27 août 1868, dans un mélange formé de 28 cen- 
timètres cubes d'acide carbonique, de 86 centimètres cubes 
d'hydrogène, on mit une feuille de laurier-rose ayant 
70 centimètres carrés ; puis, à côté, parallèlement à la ner- 
vure principale et à 5 millimètres de distance, un cylindre 
de phosphore soutenu par un fil de platine. 

Hauteur du cylindre g centimètres. 

Diamètre 5 millimètres. 

L'appareil monté dans la chambre noire fut porté au 
soleil à 1 heure. Aussitôt il y eut apparition de vapeurs 
blanches indiquant une rapide décomposition de l'acide 
carbonique. La température à l'ombre était 24 degrés. 

Dix minutes après l'exposition, l'appareil fut porté dans 
la chambre noire où un observateur avait été enfermé 
pour que sa vue pût acquérir une sensibilité qui lui permît 
d'apercevoir la plus faible lueur. 

Un autre observateur, muni d'un chronomètre, se tenait 
en dehors de la chambre pour lire les secondes à haute 
voix. Le transport de l'appareil de la lumière à l'obscurité 
s'effectuait en un instant. 

Voici le résultat de la première observation. 
Dans la chambre noire, le cylindre de phosphore était 
lumineux sur toute sa surface. La phosphorescence s'af- 
faiblit graduellement; elle cessa quand on eut compté qua- 
rante-six secondes. 

Fallait-il en déduire que la décomposition de l'acide car- 
bonique commencée au soleil avait persisté encore pendant 
quarante-six secondes dans l'obscurité? ]Non, car la durée 
de la phosphorescence pouvait provenir de ce que, après 



( 3i ) 
l'introduction de l'appareil dans la chambre noire, le phos< 
phore n'avait pas fini d'absorber tout l'oxygène mis en 
liberté par la feuille durant son exposition au soleil. En 
d'autres termes, la surface de la feuille aurait émis à la 
lumière plus d'oxygène que la surface du phosphore n'avait 
pu en absorber. Ainsi qu'on va le voir, la phosphores- ' 
cence ne se serait pas manifestée si la surface du phosphore 
eût été plus grande. 

II. — On fit une nouvelle expérience semblable à la pré- 
cédente quant aux dispositions générales, avec cette diffé- 
rence que le cylindre de phosphore, placé parallèlement à 
la nervure de la même feuille, avait de plus grandes dimen- 
sions : 

Longueur 24 centimètres. 

Diamètre 1,2 

Lorsque, au soleil, la décomposition de l'acide carbo- 
nique fut très-active, on porta l'appareil dans la chambre 
noire : on n'aperçut pas la moindre lueur. 

L'appareil ayant été replacé au soleil , le phosphore 
répandit immédiatement des vapeurs, signe de sa combus- 
tion lente; ces vapeurs disparurent dans l'obscurité. 

En plaçant ainsi alternativement l'appareil à une vive 
lumière et dans une obscurité absolue, on acquérait la 
preuve que l'extinction de la phosphorescence dans la 
chambre noire n'était pas due à un état morbide de la 
feuille, mais réellement à ce qu'une fois soustraite à la lu- 
mière elle cessait d'émettre de l'oxygène. Une dernière ob- 
servation montrera que, malgré la présence du phosphore, 
cette feuille conservait sa faculté de décomposer l'acide 
carbonique, en même temps qu'elle corroborera l'explica- 
tion donnée à l'occasion de la première expérience, à savoir : 
que la continuation de la combustion lente dans l'obscu- 
rité provient de l'insuffisance de la surface absorbante du 
phosphore relativement à la surface émissive de la feuille. 



t 



( 32 ) 

HI. — Le cylindre de phosphore placé à côté de la feuille 

avait : 

En longueur 1 centimètre. 

En diamètre o ,5 

Après que l'appareil, d'abord exposé au soleil, eut passé 
dans la chambre noire, le cylindre présenta une très-vive 
phosphorescence, qui, en diminuant peu à peu d'intensité, 
ne s'éteignit qu'au bout de quatre-vingt-dix secondes; le 
phosphore avait continué à briller avec le concours du gaz 
oxygène qu'il n'avait pas fixé pendant l'exposition au soleil, 
à cause du peu de surface qu'il offrait à l'atmosphère con- 
finée sous la cloche. 

En réalité, quand la combustion lente du phosphore 
provoquée par une feuille exposée au soleil persiste à l'obs- 
curité, c'est à l'aide de l'oxygène élaboré sous l'influence 
de la lumière. L'action physiologique est terminée, l'action 
purement chimique continue. 

Dans ces expériences, la phosphorescence dans la cham- 
bre noire, après le fonctionnement de la feuille au soleil, 
a duré d'autant plus que la surface du phosphore était 
moindre. Ainsi, la feuille ayant 70 centimètres carrés, on 
a eu : 

Durée de la Surface du cylindre 
phosphorescence. de phosphore, 

cq 
I 4o s î4,I 

II o 9°>5 

III . ç)o 1 ,6 

Je crois donc être en droit de conclure que la décompo- 
sition du gaz acide carbonique commencée à la lumière par 
la feuille de laurier cesse instantanément dans l'obs- 
curité. 



( 33 ) 



SUR UNE MATIÈRE SUCRÉE 



APPARUE SUR LES FEUILLES D UN TILLEUL, 



Le 21 juillet 1869, dans le jardin du Liebfrauenberg, 
on remarqua un tilleul dont les feuilles, sur leur face 
supérieure, étaient enduites d'une substance visqueuse 
extrêmement sucrée. L'arbre était atteint de la miellée ou 
miellat, sorte de manne que l'on observe assez fréquem- 
ment, non-seulement surle tilleul, mais encore sur l'aulne 
noir, l'érable, le rosier; je l'ai vue sur un prunier et, cas 
fort rare, sur un jeune chêne. 

Le 11 juillet au matin, la miellée était assez abondante 
pour tomber sur le sol en larges gouttes; c'était une pluie 
de manne; à 3 heures de l'après-midi, sur les feuilles ex- 
posées au soleil, la matière sucrée ne coulait plus; elle 
avait assez de consistance pour que l'on pût la toucher 
sans qu'elle adhérât aux doigts; elle formait une sorte de 
vernis transparent et flexible; à l'ombre, la miellée repre- 
nait rapidement l'état visqueux. 

Le 23 juillet, à 7 heures du soir, on a lavé et épongé 
plusieurs feuilles occupant l'extrémité d'une branche atte- 
nant à l'arbre, de manière à enlever toute la matière su- 
crée. 

Le 24 juillet, à 6 heures du matin, les feuilles lavées la 
veille semblaient exemples de miellée; cependant, à la 
loupe on apercevait des points luisants dus à de très -pe- 
tites gouttelettes. Le soir, à 7 heures, les feuilles offraient 
V. 3 






( M ) 

le même aspect. La journée avait été chaude; à l'ombre, 
température 29 degrés. 

Le 25 juillet, de nombreuses taches de miellée étaient 
réparties sur les feuilles; il n'y en avait pas sur les ner- 
vures principales; à 3 heures, température 3o degrés. 

Le 16 juillet, pendant la nuit, une forte ondée enleva la 
plus grande partie de la miellée formée la veille. Il devint 
dès lors impossible de suivre, ainsi qu'on se l'était pro- 
posé, les progrès de la sécrétion sur les feuilles lavées le 
22. Un essaim d'abeilles envahit, le tilleul. 

Le in juillet, la totalité de la miellée avait disparu, par 
suite d'une pluie survenue dans la soirée du 26. La tempé- 
rature s'est maintenue entre 17 et 24 degrés. 

Le 28 juillet au matin, les feuilles portaient des taches 
de miellée survenues pendant la nuit. 

Le 29 juillet, la miellée avait augmenté; sur quelques 
feuilles, elle occupait le tiers de la surface. A 2 heures, 
température 29 degrés. 

Le 3o juillet, la miellée était très-abondante; le tilleul en 
resta couvert jusqu'à l'arrivée de pluies persistantes, qui 
eurent lieu au commencement de septembre. 

A deux époques, le 21 juillet et le i er août, on lava les 
feuilles pour obtenir une dissolution de miellée. Dans les 
eaux de lavage conservées séparément, on versa du sous- 
acétate de plomb, qui détermina un précipité assez abon- 
dant; on fit intervenir un courant d'acide sulfhydrique 
pour enlever le sel de plomb mis en excès ; après ce trai- 
tement, les solutions ne devaient plus renfermer d'albu- 
mine, de gomme, etc. 

Par la concentration, on obtint un sirop à peine coloré, 
d'une saveur agréable, et dans lequel, au bout d'un cer- 
tain temps, il se formait des cristaux de sucre; mais pour 
la détermination des matières sucrées, on ne jugea pas né- 
cessaire de pousser la concentration jusqu'à la consistance 
sirupeuse. 






( 35 ) 

I. — Miellée recueillie le 2a juillet. 

Dans 100 centimètres cubes de dissolution, on a 
dosé (') : 

Avant l'inversion par les acides, 

sucre réducteur i , q^ 

Après l'inversion 5,43 

Sucre réducteur acquis. . 3,49 = sucre de canne. 3,3i5 

Ainsi il y avait dans la miellée deux sortes de sucre : l'un 
réduisant la liqueur cupropotassique directement, l'autre 
n'opérant la réduction qu'après avoir été interverti par 
l'intervention d'un acide, et analogue, par cette propriété, 
au sucre de canne. Quant à la nature du sucre réducteur 
dosé dans la solution, elle ne pouvait être révélée que par 
l'observation optique. 

La dissolution de miellée dans laquelle on avait dosé les 
sucres, observée à la teinte de passage dans un tube de i dé- 
cimètres, a occasionné une déviation de 



Après l'inversion par un acide. 



-7, g (température 17, 5). 
-1,6 (température 19,0). 



La dissolution contenait, par conséquent, une substance 
dextrogire, compensant et au delà la déviation à gauclie 
produite par les 3^ T ,4g5 de sucre interverti venant des 
3 gr , 3 1 5 de sucre de canne. 

Sans doute, le sucre réducteur, dont on avait dosé i gr ,o4 



(') io« de liqueur cupropotassique réduits par sucre interverti, o%5i5 
•<•• réduits par 2 CC , 7 de dissolu- 
tion = sucre réducteur. . . o,o52 5 
réduits par 0,966 de disso- 
lution intervertie o,onî 5 

3. 



Ici. 



■H 



( 36 ) 
avant l'inversion, pouvait être du glucose ayant un pouvoir 
rotatoire de -+- 56 degrés, mais il pouvait aussi être du sucre 
de fruit lévogire ayant un pouvoir rotatoire de — 26 de- 
grés (temp. i5 degrés), ou bien encore un mélange de ces 
deux sucres réducteurs. 

Partant de la formule générale donnée par M. Berthelot, 

D=«-( l ) ) ona, en renversant les termes, la déviation 
pi 

du sucre réducteur dosé après l'inversion, y compris, bien 
entendu, la déviation occasionnée par le sucre interverti 
dérivant du sucre de canne. A la température de 19 degrés, 
à laquelle a eu lieu l'observation, on aurait 

- 24°, 5 X 2 X „ 5,43 = -2°66('). 



100 



La déviation observée ayant été . 



-Hi ,60 
-t-4» 2 »' 



est la déviation delà substance dextrogire, qu'avait com- 
pensée en partie la déviation produite par les 5 gr , 43 de sucre 
interverti. Cette substance dextrogire n'était pas du glu- 
cose, car, ayant ajouté de la levure de bière à la dissolution 
de miellée intervertie, la fermentation fut promptement dé- 
terminée, et quarante-huit heures après, le dégagement de 
gaz acide carbonique ayant cessé, le liquide fermenté n'exer- 
çait plus aucune action sur le réactif cupropotassique. 
Cependant, après la destruction des matières sucrées, le li- 



(') D exprimant le pouvoir rotatoire de la matière sucrée contenue dans 
la solution ; 
a la déviation observée; 

V le volume du liquide renfermant le poids p de sucre; 
l la longueur du tube d'observation. 
(*) Le pouvoir rotatoire du sucre interverti — 26 degrés à 1 5 degrés va- 
riant de o°,37 pour chaque degré du thermomètre au-dessus et au-dessous 
de i5 degréi. 



( 37 ) 
quide déviait fortement vers la droite le plan de la lumière 
polarisée. 

Cette expérience rendait extrêmement probable que la 
déviation constatée dans cette circonstance était due à de 
la dextrine, dextrine que M. Berthelot a découverte en forte 
proportion dans la manneduSinaï et du Kurdistan, et que, 
plus tard, M. Buignet a rencontrée dans la manne en lar- 
mes. 

Recherches de la dextrine et de la marmite. 



100 centimètres cubes de la dissolution de miellée dans 
laquelle on avait doséles sucres ont été évaporés à l'étuve. 
Le résidu, d'un jaune pâle, transparent, a été chauffé à 
io5 degrés, jusqu'à ce que le poids restât invariable. 

Poids 7' 36 

Après combustion; cendres o,4o 

Matières organiques sèches 6,96 

Par l'action successive de l'alcool faible et de l'alcool à 
go degrés, on est parvenu à extraire du sirop de miellée 
une matière à peine colorée, très-fragile après dessiccation, 
dont la solution déviait fortement vers la droite le plan de 
la lumière polarisée; la dextrine dominait évidemment, 
mais elle n'était pas exempte de sucre réducteur-, en outre, 
elle laissait des cendres; on jugea qu'il était difficile, peut- 
être impossible, d'extraire de ce mélange de la dextrine suf- 
fisamment pure pour la doser directement. 

Le sirop de miellée n'a pas fourni de mannite par les 
traitements alcooliques; en y ajoutant un demi-centième de 
cette substance, on la mettait aussitôt en évidence. J'ai dû 
rechercher la mannite avec d'autant plus d'attention, qu un 
habile observateur, M. Langlois, l'a signalée dans une ma- 



■ 



(38 ) 

tiére sucrée recueillie sur les feuilles d'un tilleul. La man- 
nile est d'ailleurs si facile à reconnaître, que je n'élève 
aucun doute sur sa présence dans le produit étudié par 
M. Langlois ('). 

Dans l'impossibilité où l'on était d'extraire la dextrine, 
il y avait lieu de chercher à en apprécier la quantité par 
l'observation optique. La déviation angulaire attribuée ? 
cette substance dans ioo centimètres cubes de la solution 
de miellée étant -h 4°, 26, le pouvoir rotatoire de la dex- 
trine étant -I- i38°,7 d'après Payen, on a, en dégageant 
p de la formule 

P l ip ' ' 

Comme contrôle de la nature et des proportions des sub- 
stances agissant sur la lumière polarisée, dosées dans 
100 centimètres cubes de la dissolution, l'on peut faire la 
somme des déviations correspondant à chacune de ces sub- 
stances, pour la comparer à la déviation observée. 

Ainsi l'on a dosé dans la solution : 

Sucre de canne. 3',3i5 a = + 7 3°,8 X ? ' X 3,3 ' 5 = + / QO 
„ . 100 ^' y 

Sucre interverti 

(temp. .g"). If94 „ = _ 24j5x ±><±M = _ , 
_ 100 '•? 

Dextnne ' .53 Déviation constatée +4,26 

Somme -4-8,21 

Déviation observée _|_n ? q 

La différence ne dépasse pas ft de degrés. 

On a, en même temps, la preuve que Je sucre réducteur 
dosé par la liqueur cupropotassique, i« r , 9 4, était bien du 
sucre interverti et non pas du glucose, car en supposant 

(') annales de Chimie et de Physique, 3<> série, l. VU, p. 348. 



( H ) 

le glucose, dont le pouvoir rolatoire est -f- 56 degrés, on 
aurait pour la déviation 

100 
et pour la somme de déviation 

+ 3o",9, 

résultat inadmissible. 

Dans de la solution de miellée du tilleul, recueillie 
le 22 juillet, on a trouvé : 

. Pour ioo île 

matières agissan I 
Pour ioo de sur la lumière 
miellée sèche. polarisée. 

Sucre de canne 3 , 3 1 5 4^ , <»4 4&> 86 

Sucre interverti i,<)4 26,36 28, 5ç) 

Dextrine 1 ,53 '•'<>, 79 22,55 

Matières minérales. . o,4o 5,43 
Matières organiques 

indéterminées .... 0,175 2 , 3ÎS 

7,36o 100,00 100,00 

II. — Miellée recueillie le 1" août. 

La solution a été traitée par le sous-acétate de plomb ; 
concentrée, elle était incolore. Dans 100 centimètres cubes 
on a dosé : 

Avant l'inversion par les R] . 

acides, sucre réducteur. 3,685 
Après l'inversion 12,375 

Sucre réducteur acquis. . . 8,690 — sucre de canne 8 8r ,2.55 ( ' ). 

«r 
(' ) io cc de'liqueur cupropotassique réduits par sucre interverti. o,o525 
Id. réduits par o cc , Q/j de disso- 
lution 

Id. réduits par ce ,26 de disso- 
»4 liilinn intervertie » » 



^ 



( 4o ) 

La dissolution observée à la teinte de passage, dans un 
tube de deux décimètres, a occasionné : 

o 

Avant l'inversion, une déviation de. . +18,2; tempérât. 21 5 

Après l'inversion -+. 2 L. 

La déviation angulaire qu'ont dû produire les 126^3^5 
de sucre dosé après l'inversion était 



^.ex 2 * 12 ' 3 ^-^ , 



8 



La déviation du liquide interverti étant +2,4 
on a, pour la déviation attribuable à la 
dextrine „ 



Cr 



8,2 = dextrine 2 , g5 ; 



comme contrôle : 
Sucre de canne 
dosé 8, e 2 r 55à = + ? 3 ^X 2 x8, 255 = + i Q >i8 



Socre interverti . 3 ,685 à = 
Dextrine 2,og5 



100 
_23°,6x 2X3,685 

100 
Déviation constatée. . 



i— »»74 
4- 8,20 



Déviation calculée ... . H- 18,6 
Déviation observée. ... +18,2 

Dans 100 centimètres cubes de la dissolution de la 
miellée recueillie le i er août on a : 

Sucre de canne 8 255 

Sucre interverti 3,685 

Dextrine 2, 9 5o 

14,890 
pour 100 de matières agissant sur la lumière : 

Miellée du 22 juillet. 



Sucre de canne. . . 
Sucre interverti. . 
Dextrine 



55,44 
24,75 

.9,8. 



48,86" 
28,59 

22,55 



100 ,00 



100, 00 



( 4i ) 

On voit que les rapports entre les matières dosées n'ont 
plus été les mêmes dans les miellées recueillies à quelques 
jours d'intervalle; sans doute on ne pouvait s'attendre à 
trouver une composition fixe; ce qu'il y a de remarqua- 
ble, c'est l'analogie de constitution de la miellée du tilleul 
et de la manne du mont Sinaï, analysée par M. Berthelot. 
Pour la miellée recueillie le i er août, il y a identité de 
composition : 

r Manne du Sinai (' )■ 

Sucre de canne • • 5j 

Sucre interverti 2 5 

Dextrine. 2 ° 

ioo 

Il n'est peut-être pas sans intérêt d'avoir trouvé dans les 
Vosges la manne du mont Sinaï. 

Comme la manne du Sinaï provenant du Tamarix 
mannifera, la manne du tilleul ne renferme pas de man- 
uite. 

Estimation de la quantité de miellée recouvrant 
les feuilles du tilleul. 

Le 22 juillet 1869, la miellée était tellement abondante 
sur la face supérieure des feuilles du tilleul qu'elle tombait 
en gouttes sur le sol; malgré cette abondance, j'ai pu con- 
stater, sur un très-grand nombre de feuilles, que la face 
inférieure ne présentait pas la moindre trace de matière 
sucrée. Pour apprécier la quantité de miellée, on a déta- 
ebé trois feuilles de même superficie que l'on a lavées de 
manière à faire passer la miellée qui les recouvrait dans 
100 centimètres cubes d'eau. 

Chaque feuille ayant une surface simple (') de 166 cen- 

(' ) Berthelot, Annales de Chimie et de Physique. 3 e sér., t. LXVII, p. 82. 
(,') Par surface simple d'une feuille, on entend la superficie d'un côté du 
limbe. 






( 42 ) 

timètres carrés, on a 498 centimètres carrés pour la surface 

dont on avait enlevé la miellée. 

Dans les roq centimètres cubes de solution ou a 

trouvé ( ' ) : 

S 1 ' 
Sucre de canne o,6q 

Sucre interverti o ,36 

Dextrine .... 0,28 

Miellée sur une surface de 4g8 cen- 
timètres carrés • , 33 

Par mètre carré, 26 6 %7i, contenant : 

Sucre de canne 1 3 , 80 

Sucre interverti 7 >2i 

Dextrine 5,61 

26,71 

La miellée dérive, à n'en pas douter, des matières sucrées 
des feuilles, modifiées vraisemblablement par l'état mor- 
bide qui en détermine l'exsudation; il y avait, par consé- 
quent, un certain intérêt à déterminer la nature et la 
proportion de ces matières dans des feuilles saines. 

Recherches des matières sucrées dans les feuilles 
d'un tilleul non atteint de miellée. 

Le 5 août 1869, des feuilles cueillies sur un tilleul placé 
dans le voisinage du tilleul malade ont été bâchées et trai- 
tées de pianière à leur enlever la totalité des matières 
solubles. Dans la décoction, de couleur brune, d'une saveur 

(') On s'est borné à doser le sucre réducteur, et l'on a calculé les pro- 
portions de sucre de canne et de dextrine, d'après la composition moyenne 
de la miellée : 

Sucre de canne 5a 

Sucre interverti 27 

Dextrine 2 1 

100 



# ( 43 ) 
sucrée, on a versé du sous-acétate de plpmb. Le précipité 
séparé, le plomb ajouté en excès a été précipité à l'état de 
sulfure par un courant d'acide sulfhydrique. Le liquide 
décoloré a été concentré. Dans ioo pentimètrss cubes, pu 
a dosé : 



Avant l'inversion, sucre réducteur 
Après l'inversion, id. 

Sucre réducteur acquis. . . 



S T 
9> l6 



Observation optique. 
de deux décimètres : 



6, 27 = sucre de canne 5 er , 96 
Le liquide mis dans un tube 



+ 7,02 

— 5,04 



Avant l'inversion, à la tempérât, de 9 degrés, déviation 
Après l'inversion, id. id. 

Qr, la déviation attribuable des g 8r , 16 de sucre réduc- 
teur dosé après l'inversion étant : 

- 2 8°,2X 2X9,l6 = -5°,i6('). 
100 

La déviation — 5°, o4 observée après l'inversion est la 
somme de la déviation due aux 2 6r , 89 de sucre réducteur 
préexistant dans la solution, et de la déviation des 6^,27 
de sucre réducteur provenant de l'inversion des 5 êr ,96 de 
sucre de canne. 

2X 2,89 _ 



— 28,2 X 

— 28,2 X 



100 

2X6,27 

100 

Somme. . . 



i,63 
3,54 



5,.7 



(') 10" de liqueur cupropotassique réduits par sucre interverti. OjOSaS' 
Id. réduits par i cc , 8 de solution. 
Id. réduits par o cc ,573 de solu- 
tion intervertie 

( ') Le pouvoir rotatoire du sucre interverti connu — 16 degrés à la tempe 
fature de i5 degrés, — 38°, 2 a la température de 9 degrés. 



( 44 > # 

Comme contrôle, dans 100 centimètres cubes de solu- 
tion non intervertie on a dosé : 



Sucre 



er ° 2 v5 ûfi » 

de canne.... 5, 9 6 à = -t- 7 3,8 X '^ = -h 8, 



Sucre interverti .. . 2,89 déviation. 



Déviation calculée. . . 
Déviation observée. . . 



80 
- i,63 

+ 7,2 



La dissolution, après l'inversion, ne renfermait donc 
pas de substances dextrogires dont la déviation eût été 
capable de neutraliser la déviation occasionnée par le sucre 
interverti résultant de la modification du sucre non réduc- 
teur; en effet, en concentrant la solution, on obtint un 
sirop dans lequel on ne put découvrir ni dextrine ni 
mannite. Après quelques semaines, on distinguait, dans le 
sirop, des cristaux de sucre. 

Pour connaître leur teneur en sucre, on a épuisé 
2ogrammes de feuilles saines par l'eau. La dissolution, trai- 
tée par le sous-acétate de plomb et l'acide sulfhydrique, a 
été réduite à un volume de 66 centimètres cubes renfermant 
les matières non précipitées par le sel de plomb apparte- 
nant aux 20 grammes de feuilles. Dans les 66 centimètres 
cubes de liquide on a dosé ('). 



8 r 



Avant l'inversion, sucre réduct. 0,216 
Après l'inversion, id. 0,619 

Sucre réducteur acquis ... o ,4o3 — sucre de canne. o Er ,383 



(') io«deFelhing réduits par sucre interverti ofo5j5 

ld. réduits par i6 cc de sohition = sucre réduc- 

teur o,o5î5 

Id. réduits par 5«,6 de solution intervertie 

= 6iicre réducteur , o ,o5i5 



( 45 ) 

Dans ioo de feuilles : 

Sucre de canne i,gi5 Rapport... i,8 

Sucre interverti i ,080 » ... 1 ,0 

2,99 5 

Dosage des sucres dans les feuilles du tilleul 
qui avait été atteint de miellée en 1869. 

Depuis 1869, la miellée n'avait pas reparu sur ce tilleul ; 
■cette année, 1871, on a dosé les sucres dans des feuilles 
cueillies le 5 août. 

On a fait passer les matières solubles de 5o grammes 

de feuilles fraîches dans 227 grammes d'eau . . . 227 e0 (' ) 
L'eau constitutionnelle des feuilles étant J^ 

Eau totale 2 44 

La solution a été décolorée par le sous-acétate de plomb. 
Dans les 244 centimètres cube? de solution, on a 
dosé ( 2 ) : 

Avant l'inversion, sucre ré- sr 

ducteur 0,4257 

Après l'inversion 2 ,2750 

Sucre réduit ou acquis... 1 ,84g3 = sucre de canne.. i gr ,7 5 7 

Dans 100 de feuilles : 

Sucre de canne 3,5i4 Rapport... 4, 12 

Sucre interverti o,852 » ••• 'i " 

4,366 

(') Les feuilles séchées à l'étuve ont laissé 0,34 de matières 6xes. 
(•) io cc de liqueur de Felhing décolorés par sucre interverti ... . o,o525 
5 cc id. décolorés par i6 cc de solution 

33 sucre réducteur 0,0263 

)0 « id décolorés par 6 CC de solution inter- 
vertie = sucre réducteur o,o5i5 



( 46 ) 

Dofagedes iûbïès dans tes feuilles d'un tilleul sain, 
cueillies le 3o septembre 1871 . 

On a fait passer les matières solubles de 44 grammes de 
feuilles dans 179 grammes d'eau, y compris l'eau constitu- 
tionnelle. 

Dans le liquide, après traitement par le sous-acétate de 
plomb, on a dosé : 

Avant l'inversion, sucre in- 
terverti o,3o.5 (') 

Après l'inversion t A 2 Q 



Sucre réducteur acquis... 1 ,o3i = sucre de canne. . 0^,979. 

Dans 100 de feuilles : 

Sucre de canne 2 , 225 Rapport 4 < 

Sucre interverti 0,898 » , * 

3,123 

Résumé des dosages sur des feuilles saines. 

Feuilles du tilleul atteint de miellée en 1869, dans 100 
de feuilles fraîches. 

En 187 1, sur les feuilles saines, on a dosé : 

Sucre de canne 3*5x4 Rapport... 4,, 

Sucre interverti ... . ,852 „ ... r>)> 

4,366 



(') .occdeliqueur cupropot as gi que réduits par sucre interyert. . o,o5 2 6 
Id- réduits par a3« 8 de disso- 
lution 

M " réduits par 6«,6 de dissolu- 
tion intervertie 



( 47 ) 
Feuilles du tilleul sain en 1869, on a dosé : 

Sucre de canne 1 ,91 5 Rapport . . . 

Sucre interverti 1 ,080 » ... 



,8 



2 >99 5 



Sucre. 



Sucre 
interverti. 

0,86 



La proportion de matières sucrées dans les feuilles saines 
du tilleul atteint de miellée en 1869, et celle du tilleul qui, 
la même année, avait échappé à la maladie, est assez no- 
table; peut-être cette différence est-elle due à ce que les 
deux arbres n'appartiennent pas à la même variété, le til- 
leul ayant porté de la miellée possédant des feuilles plus 
larges que le tilleul de la forêt. On a vu que, en 1869, le 
22 juillet, 1 mètre carré de feuilles était recouvert par 
26^71 de matières sucrées mêlées à de la dextrine. 

En 187 1, 1 mètre carré 
de feuilles saines déta- 
chées du même arbre 
pesait ioi Br ,5, et con- 
tenait, d'après les do- 
sages 3,57 

Sur 1 mètre carré de 
feuilles, en 1869, la 
miellée recueillie ren- 
fermait 13,89 7' 21 ^,6i =26,71 

Différences 10, 32 6,35 5, 61 =22,28 

L'accumulation de la malière sucrée exsudée par les 
feuilles malades est donc considérable, et, de plus, on 
constate dans cette matière une substance, la dextrine, qui 
n'existe pas dans les feuilles saines. 

D'après des mesures prises sur un arbre du même âge 
et du même port, les feuilles du tilleul malade pouvaient 
présenter une surface de 240 mètres carrés, soit 120 mètres 
carrés, puisque l'exsudation ne s'est manifestée que sur un 
seul côté du limbe. Il en résulte que, le 22 juillet 1869, le 



Dextrine. 

Kl' 
0,00 



4,43 






r 

■ 



(48) 
tilleul aurait porté 2 à 3 kilogrammes de miellée sèche, 
déduction faite des matières éliminées par l'intervention 
du sous-acétate de plomb. 

Dans les conditions normales de la végétation, les sucres 
élaborés par les feuilles, sous l'influence de la lumière et 
de la chaleur, pénètrent dans l'organisme de la plante avec 
la sève descendante. Dans l'état anormal qui détermine la 
formation de la miellée, les matières sucrées sont accumu- 
lées à la surface supérieure des feuilles, soit parce qu'elles 
sont produites en fortes quantités, soit parce que le mou- 
vement de la sève est interrompu ou ralenti par la visco- 
sité résultant de la présence de la dextrine. 

La miellée ne saurait être uniquement attribuée aux in- 
fluences météorologiques, à des étés chauds et secs, ainsi 
qu'on l'a prétendu. Sans doute, le tilleul du Liebfrauen- 
berg a sécrété en abondance des matières sucrées, dans 
une année où il y a eu des périodes de très-fortes chaleurs 
accompagnées de grandes sécheresses, mais il ne faut pas 
perdre de vue qu'un seul arbre fut atteint de la maladie et 
que, à peu de distance, se trouvaient des tilleuls parfaite- 
ment sains. 

On a prétendu que des pucerons, après avoir puisé la 
miellée dans le parenchyme, la répartissent ensuite, en la 
rendant à peine modifiée; c'est, contrairement aux résul- 
tats de l'analyse, lui assigner une composition semblable 
à celle du suc des feuilles. Enfin, on accorde à certains 
insectes la faculté de provoquer la production de la manne. 
Ainsi, c'est à la piqûre d'un Coccus sur les feuilles du 
Tamarixmannifera que MM. EhrenbergetHemprich attri- 
buent la formation de la manne, que l'on trouve encore 
de nos jours dans les montagnes du Sinaï. « La manne 
tombe sur la terre des régions de l'air (c'est-à-dire du som- 
met d'un arbrisseau et non du ciel). Les Arabes l'appellent 
man. Les Arabes indigènes et les moines grecs la recueillent 
et la mangent surdu pain en guise de miel. Je l'ai vue tomber 



(49) 
de l'arbre, je l'ai recueillie, dessinée, apportée moi-même 
à Berlin avec la plante et les restes de l'insecte. Cette 
manne découle du Tamarix mannifera (Ehrenberg). De 
même qu'un grand nombre d'autres mannes, elle se pro- 
duit sous l'influence de la piqûre d'un insecte : c'est, dans 
le cas présent, le Coccus manniparus [H. et Ehr.] ('). » 
La manne du Liebfrauenberg n'aurai l pas alors la même 
origine que la manne du Sinaï,' bien qu'elle ait la même 
composition. Lors de son apparition sur le tilleul, on ne 
remarqua pas d'insectes ; ce fut plus tard que l'on vit quel- 
ques pucerons englués sur un certain nombre de feuilles. 
J'ai dit d'ailleurs, au commencement de ce Mémoire, qu'a- 
près avoir lavé l'extrémité d'une branche, on avait vu 
surgir, peu à peu, des points gluants, d'abord à peine per- 
ceptibles, augmentant chaque jour, jusqu'à recouvrir en- 
tièrement une des faces de la feuille. Cette extension lente 
et progressive de la miellée s'accomplissait évidemment 
sans le concours des pucerons, qui n'arrivèrent qu'ensuite, 
comme les mouches, comme les abeilles, pour se nourrir 
de la sécrétion sucrée ou pour la butiner. 



(') Citation de M. Berthelot, Annales de Chimie et de Phjsique, 3 e série, 
t. LXVII, p. 83. M. Berthelot commence son Mémoire sur la manne du 
Sinaï par ce passage {Liber Exodi, cap. xvi) : 

« Ils partirent d'Elim, et le peuple des fils d'Israël vint au désert de Sin, 
entre Elim et Sinaï, et toute la multitude des fils d'Israël murmura contre 
Moïse et Aaron; et les fils d'Israël leur dirent : « Pourquoi nous avez-rous 
» conduits dans ce désert pour faire périr de faim toute cette multitude?» 
Or Dieu dit à Moïse : « Voici que je ferai pleuvoir le pain du ciel... » et l'on 
vit apparaître dans le désert une substance menue et comme pilée, sem- 
blable à de la gelée blanche. A cette vue, les fils d'Israël se dirent les uns 
aux autres : « Manhu? » ce qui signifie : « Qu'est-ce cela:' » Et la maison 
d'Israël appela cette substance man. Son goût était pareil à celui du miel. 
Or les fils d'Israël mangèrent la manne pendant quarante ans. Ils s'en 
nourrirent .jusqu'à ce qu'ils fussent parvenus aux frontières de la terre de 
Chanaan. » 



V. 



SUR 



LA GERMINATION 

DES 

GRAINES OLÉAGINEUSES, 



Par M. A. MUNTZ. 



Le but de ce travail est d'étudier les transforma lions 
que subit la matière grasse des graines oléagineuses pen- 
dant la germination et la première pbase du développement 
de l'embryon. 

La diminution de la matière grasse pendant la germina- 
tion a été constatée par différents expérimentateurs. Elle 
paraît remplir le même rôle que la matière amylacée, dont 
elle est l'équivalent dans certaines semences. Elle a ainsi 
une double fonction : celle de servir de combustible respi- 
ratoire en même temps que de fournir le glucose, point de 
départ des autres hydrates de carbone qui constituent les 
éléments essentiels de la jeune plante. 

J'ai entrepris, dans la première partie de ce Mémoire, de 
rechercher s'il y avait dans le travail végétatif delà germi- 
nation une décomposition des huiles en glycérine et en 
acides gras, et, dans le cas affirmatif, si l'un de ces éléments 
disparaissait avant l'autre. 

En soumettant à la putréfaction des graines ou des fruits 
contenant des matières grasses, il y a production d'acides 
gras libres ('); l'huile de coco, formée en grande partie 

(') Boussingault, Économie rurale, t. I, p. 3oo et 307. 



( 5-i ) 
par des acides gras, est extraite après la putréfaction du 
coco; auparavant, ce fruit ne contient qu'une huile neutre. 

M. Pelouze a vu f 1 ) des graines broyées, enfermées dans 
des flacons, subir une fermentation lente dont l'effet était 
d'opérer la dissociation de la matière grasse, qui, aubout de 
quelques mois, était presque complète dans certaines 
graines. 

On n'a pas recherché ce que devenait la glycérine dans 
ces circonstances, mais il est probable qu'elle sert au fer- 
ment d'élément respiratoire. 

La ressemblance de certaines fonctions de l'embryon avec 
celles des ferments m'a fait supposer qu'une action pareille 
pouvait avoir lieu pendant la germination. Cette supposi- 
tion a été entièrement confirmée par les expériences qui 
vont suivre. 

Je n'ai opéré que sur trois espèces de graines, celles du 
radis, du colza et du pavot; mais je crois qu'on pourra 
étendre à toutes les graines oléagineuses les faits que j'ai 
observés. 

Les germinations s'effectuaient soit sur du papier à fil- 
trer maintenu humide, soit sur de l'asbeste imbibé d'eau. 
Elle a eu lieu à l'obscurité, sauf dans la première expé- 
rience. La graine germée ( 2 ) était épuisée par l'eau bouil- 
lante, afin d'enrever la matière soluble qui se serait re- 
trouvée en partie dans l'huile, d'où elle est difficile à 
extraire. 

La solution obtenue était évaporée et l'extrait traité par 
l'alcool absolu ou par un mélange d'alcool et d'élher. 
Malgré le soin qu'on a mis à cette recherche , on n'a pu 
découvrir dans la solution alcoolique aucune trace de gly- 
cérine. 



(') Annales de Chimie et de Physique, 35 série, t. XLV, p. 319. 
(') Le papier et l'asbesle adhérents aux radicules étaient traités avec la 
plante. 

4- 






( 5» ) 

Il n'existait donc pas de glycérine libre dans l'organisme 
de la jeune plante. 

Après le traitement par l'eau, on desséchait la plante, on 
la broyait et on l'introduisait dans un tube à déplacement, 
où elle était épuisée par l'élher. La solution éthérée, re- 
cueillie dans une capsule^ était desséchée à i 10 degrés. Plus 
la germination était avancée, plus l'huile obtenue était co- 
lorée. On n'a pas réussi à lui enlever cette coloration en la 
traitant par plusieurs dissolvants. A une époque plus 
avancée de la germination, l'huile paraissait être de plus 
en plus épaisse. 

On a déterminé approximativement la quantité d'acides 
gras mis en liberté par des traitements par l'alcool absolu, 
qui dissout une grande quantité de ces derniers et une pe- 
tite quantité seulement d'huile neutre, et, d'une manière 
plus exacte, par le procédé de M. Pelouze ('), en saponi- 
fiant la matière grasse obtenue par la chaux monohydratée 
à 21 5 degrés et décomposant par l'acide chlorhydrique le 
savon calcaire. Je me suis encore servi d'une lessive de po- 
tasse pour opérer la saponification. Dans ces deux cas les 
acides gras, bien lavés à l'eau, étaient redissous par l'éther, 
puis desséchés et pesés. 

I. — Germination du radis à la lumière diffuse _( 2 ). 

Matière 

grasse 

obtenue. 

1. 5 grammes de graine non germée i ,75o 

2. 5 grammes de graine après deux jours de germi- 
nation, la longueur delà tigelle étant o ln ,oo3 à o m ,oo5 i ,635 



( l ) Annales de Chimie et de Physique, 3 e série, t. XLVII, p. 371. 

(') Pendant la dessiecatiou, la radicule a acquis une coloration bleue très- 
prononcée, due probablement à la formation d'une matière semblable à 
l'indigo : ce fait se rencontre dans différentes plantes, notamment dans le 



( 53 ) 

3. 5 grammes de graine après trois jouis de germi- 
nation, la longueur de la tigelle étant o' n , 008 à o m , o i a. . . 

4. 5 grammes de graine après quatre jours de germi- 
nation, la longueur de la tigelle étant o m ,oi5 à o m ,oao; 
cotylédons commençant à verdir 



1,535 



°>79° 



La matière grasse de la graine non germée était neutre 
au papier de tournesol, celle des graines germées avait une 
réaction fortement acide. 

Les huiles obtenues ont été traitées chacune par 6 fois 
son poids d'alcool absolu qui a dissous : 



Pour ioo d'huile. 



1 0,178 

2 0,893 

3 1 ,2i5 

't °>7 5 ' 



10,17 

54,62 
79,25 
95 , 06 



La proportion d'acide gras libre allait donc en augmen- 
tant rapidement. 



II. — Germination du pavot à l'obscurité. 



Matière 

grasse 

obtenue. 



1. 20 grammes de graine non germée 8,gi5 

•2. 20 grammes de graine après deux jours de germi- 
nation, la longueur de la tigelle étant o m , 008 à o m , o 1 o — 6 , 8 1 5 



3. 20 grammes de graine après quatre jours de germi 
nation, la longueur de la tigelle étant o' n , o 1 5 à o nl , 020. . . 
(2 et 3, réaction acide au tournesol.) 



3 ,900 



Mcrcurialispeiennis. Dans cette germination, comme dans colle du colza, l« 
papier blanc sur lequel les plantes se développaient acquérait une colo- 
ration d'un rouge vineux dont les alcalis ne changeaient pas la teinte. Au- 
cune partie de la plante ne présentait celte coloration. 






( 54) 
Les huiles obtenues ont été traitées chacune par 6 fois 
son poids d'alcool absolu qui a dissous : 



1 °>97 5 

2 3,64o 

3 3,770 



Pour 100 d'huile. 
10,98 

53,4. 
96,92 



III. 



Germination du colza à V obscurité. 









Matière 

grasse 

obtenue. 

6 r 

1. 20 grammes de graine non germée 8,54o 

2. 20 grammes de graine après trois jours de germi- 
nation, la longueur de la tigelleétanto m ,oi5ào m ,020 5,235 

3. 20 grammes de graine après cinq jours de germina- 
tion, la longueur de la tigelle étant o m ,o2o ào ,n ,o3o.... 3,700 

(2 et 3, réaction acide au tournesol.) 

Les huiles obtenues ont été traitées chacune par 6 fois 
son poids d'alcool absolu qui a dissous : 



1 °>946 

2 3,642 

3 3,628 



Pour 100 d'huile. 
11,07 
69,56 
g8,o5 



Dans ces deux dernières expériences il y a encore aug- 
mentation rapide dans la proportion d'acide libre. 

Les quantités de matière soluble dans l'alcool sont loin 
de représenter les proportions d'acides gras libres, parce 
que l'alcool lui-même — et surtout quand il est déjà chargé 
d'acides gras — dissout une certaine quantité d'huile neutre. 
Mais ces expériences prouvent suffisamment la formation 
et l'augmentation de l'acide libre. 



( 5« ) 

IV. — Germination du pavot à l'obscurité. 

Ou a extrait par l'étlier : 

i° L'huile de la graine non germée; 

2° L'huile de la graine ayant germé pendant trois jours, la lon- 
gueur de la tigelle étant o m ,oio à o m ,oi5; 

3° L'huile de la graine ayant germé pendant cinq jours, la lon- 
gueur de la tigelle étant o m ,oi5 à o m ,o25. 

Ou a pris 20 grammes de chacune des huiles obtenues, 
desséchées à 110 degrés, qu'on a saponifiées par la chaux, 
d'après le procédé que j'ai indiqué. 

Huile Acides gras Acides gras dosés 

employée. obtenus. pour 100 d'huile. 

j 20 ig.ooS g5,025 

■2 20 '9>64> 98,205 

3 20 19,842 99' 2I ° 

V. — Germination du colza à l'obscurité. 

On a extrait par l'éther : 

i° L'huile de la graine non germée; 

2 L'huile de la graine ayant germé pendanl trois jours, la lon- 
gueur de la tigelle étant o m ,oi5 à o, 020 ; 

3° L'huile de la graine ayant germé pendant cinq jours, la lon- 
gueur de la tigelle étant o"',020 ào m ,o3o. 

25 grammes de chacune de ces huiles ont été traités 
comme dans l'expérience IV. 

Huile Acides gras Acides gras doses 

employée. obtenus, pour 100 d'huile. 

•_v ?r 

1 25 23,873 9 5 '49 2 

•2 a5 24,482 i)7 ,928 

3 25 24,898 99> 5 9 ? - 



( 56 



VI. — Germination du pavot à l'obscurité. 
On a extrait par l'éther : 

i° L'huile de la graine non germée; 

2° L'huile de la graine ayant germé pendant six jours, la lon- 
gueur de la tigelle étant o m ,025 à o m ,o3o. 

20 grammes de chaque huile ont été saponifiés par la 
potasse. 

Acides gras dosés 
pour ioo d'huile. 

95 , 565 

99,8i5 



1. 

2. 



Huile 

employée. 

20 
20 



Acides gras 
obtenus. 

I9,Il3 
19,963 



VIL — Germination du colza à l'obscurité "('). 
On a extrait par l'éther : 
i° L'huile de la graine non germée; 

2° L'huile de la graine ayant germé pendant six jours, la lon- 
gueur de la tigelle étant o m , 025 à o m , o35. 

25 grammes de chaque huile ont été saponifiés par la po- 
tasse. 

Huile Acides gras Acides gras dosés 

employée. obtenus. pour 100 d'huile. 

1 a5 2 3, 9 i3 9 5,652 

2 26 2 4>9 3 ' 99>724 

La proportion des acides gras libres augmente donc ra- 
pidement pendant la germination. Après cinq ou six jours, 
la matière grasse des jeunes plantes ne contient donc plus 
qu'une quantité insignifiante d'huile neutre. 



(') Je donne, pour le dosage des acides gras par la saponification, les 
quatre expériences qui me paraissent mériter le plus de confiance. Les pre- 
mières tentatives que j'ai faites à ce sujet ne m'ont donné que des résultats 
peu satisfaisants, le maniement des corps gras exigeant une grande habi- 
tude quand il faut opérer avec précision. 



( 5 7 ) 
Les recherches de différents auteurs (') tendent à prou- 
ver que, pendant la germination des graines oléagineuses, 
c'est la matière grasse qui fournit le glucose d'où dérivent 
les autres hydrates de carbone, principaux éléments de dé- 
veloppement de l'embryon ( 2 ). Elle remplirait ainsi un 
rôle absolument identique à celui de la matière amylacée 
dans les graines qui en contiennent. 

Il m'a paru intéressant d'examiner si, pour arriver à 
cette transformation, les acides gras ne passaient pas par un 
état intermédiaire, et, dans le cas affirmatif, quel serait 
le corps ainsi produit. C'est le but que je me suis proposé 
dans cette seconde partie de mon travail. 

D'un côté, lapropriété des acides gras d'absorber de l'oxy- 
gène et de se transformer en des composés analogues aux 
résines, de l'autre la composition des résines, qui peut être 
considérée, surtout au point de vue de la teneur en oxy- 
gène, comme intermédiaire entre celle des acides gras et 
celle des hydrates de carbone, m'ont fait supposer que 
l'état de résine pouvait être la première transformation 
que subiraient ces acides par une sorte de combustion 
incomplète. 

Mes recherches ont été dirigées dans ce sens, et l'analyse 
organique m'a paru le procédé le plus propre à constater 
s'il y avait une absorption d'oxygène. 

Th. de Saussure, dans un travail sur la germination des 
graines oléagineuses ( 3 ), fait voir que ces graines se dis- 
tinguent des graines amylacées en absorbant, pour germer, 
une quantité d'oxygène très-supérieure à celle de l'acide 

(') J. Sachs, Physiologie végétale, traduction Micheli. — Peters, Landsv. 
Versuchsstat, îSfii, fascicule VII, p. 1. — Flelry, Annales de Chimie et de 
Physique, 4 e série, t. IV, p. 38. 

(') D'autres expérimentateurs ont établi la transformation inverse des 
hydrates de carbone en matière grasse pendant la maturation des graines. 
(H. vois M()HL,0/e Vegetabilische Zelle, p. 230.— S. de Luci, Comptes rendus, 
i86î, p. 5o6; etc.) 

( ê ) Bibliothèque universelle de Genève, t. XL, p. 368. 






( 58 ) 
carbonique qui se produit en même temps. M. Fleury (M, 
s'appuyant sur le travail de de Saussure, dit que l'action de 
l'hydrogène pourrait se borner à brûler le carbone et l'hy- 
drogène en excès dans les corps gras pour les amener à la 
composition des hydrates de carbone, mais que l'expérience 
avait montré que l'action oxydante allait plus loin et qu'elle 
fixait l'oxygène sur la matière grasse. Aucune expérience 
directe n'a cependant été faite pour prouver cette supposi- 
tion, et le fait de l'absorption d'oxygène parla graine n'im- 
plique pas nécessairement une oxydation de la matière 
grasse; il m'a donc semblé utile de traiter cette question 
directement. 

Les acides gras sur lesquels j'opérais étaient obtenus de 
la manière suivante. La graine, germée ou non, était épuisée 
par l'eau bouillante ( 2 ), séchée et broyée puis traitée par 
l'éther. L'huile obtenue était saponifiée par une lessive de 
potasse; le savon formé, décomposé par l'acide chlorhy- 
drique, et l'acide gras, lavé à l'eau, dissous par l'éther et 
séché. 

Dans toute cette série d'opérations, j'ai cherché à éviter 
autant que possible le contact de l'air, qui, en introduisant 
de l'oxygène dans la matière grasse, aurait jeté des incerti- 
tudes sur les résultats. 

Les savons de résine et les savons gras se distinguent entre 
eux en ce que les premiers ne sont pas précipités de leurs 
dissolutions par le sel marin, tandis que les seconds le sont 
entièrement. Le savon obtenu de l'huile de la graine non 
germée et celui provenant de l'huile de graines qui avaient 



(') Mémoire cité. 

( = ) Pour les graines non germées, cette précaution n'était pas indispen- 
sable; je ne l'ai employée qu'afin que tous les acides gras sur lesquels j'opé- 
rais eussent un mode de préparation absolument identique. C'est par la 
même considération que j'ai saponifié l'huile des graines dont la germina- 
tion était avancée, quoique j'aie montré qu'elle était uniquement composée 
d'acides gras. 



( 5y ) 
Terme pendant dix jours étaient tous les deux entièrement 
précipités par une dissolution de chlorure de sodium. Cette 
première distinction n'existe donc pas entre les acides cor- 
respondant à ces savons. 

L'analyse organique n'a pas non plus révélé une diffé- 
rence très-considérable dans leur composition; cependant 
cette différence existe, et les résultats que je vais exposer 
montrent nettement qu'il y a une absorption lente, mais 
progressive, d'oxygène parles acides gras pendant l'accrois- 
sement de l'embryon. Cette absorption ne leur a fait ga- 
gner que 2 à 3 pour ioo d'oxygène, quantité beaucoup trop 
faible pour les convertir en résines. 

Je n'ai fait aucune recherche sur la nature des huiles ou 
des acides gras, ne voulant pas dépasser les limites que 
j'avais assignées à mon travail. Les acides oléique, marga- 
riqueetbrassicique (?) du colza devaient former la presque 
totalité des acides sur lesquels j'opérais. J'ai, du reste, con- 
sidéré l'action oxydante dans son ensemble, quoiqu'elle ait 
surtout dû porter sur l'acide oléique, qui absorbe l'oxygène 
avec une grande facilité. 

I. Acides gras du colza avant la germination. — 
Couleur légèrement ambrée-, liquides à 20 degrés; au-des- 
sous de 20 degrés, il se forme quelques aiguilles; au des- 
sous de i5 degrés, presque toute la masse est prise en cris- 
taux. 

si- 
Matière employée o ,4o55 

ont donné : 

b r >" 

Eau o,43o 

Acide carbonique 1 , i4o 

Composition centésimale. 

C 7 6 > 6 7 

H 11,78 

O 1 1 ,55 



(6o) 
IL Acides gras du colza après trois jours de germina- 
tion ('). — Longueur de la tigelle o m , oo5 à o m ,oo8; li- 
quides de i5 à 20 degrés, sensiblement colorés. 

Matière employée. 0,4120 

ont donné : 

Eau 0,424 

Acide carbonique 1 , 127 

Composition centésimale. 

C 74»6° 

H 11,43 

«3,97 

III. Acides gras du colza après six jours de germina- 
tion. — Liquides à i5 degrés; coloration olive; longueur 
de la tigelle o m , 01 5 à o m , o3o. 

Matière employée 0^085 

ont donné : 

Eau 0,423 

Acide carbonique i , 1 1 1 

Composition centésimale. 

G 74.17 

H 11 ,5o 

o 14,33 

IV. Acides gras du colza après dix jours de germina- 
tion. — Liquides à i5 degrés; coloration olive foncé; lon- 
gueur de la tigelle o m ,o4o à o m ,o5o. 

Matière employée 0*4380 

ont donné : 

Eau 0^455 

Acide carbonique i , 186 

(') Cette germination et les suivantes ont eu lieu à l'obscurité. 



(6i ) 

Composition centésimale. 

C... ... 7 3,85 

H ii, 3i 

o 14,84 

V. Acides gras du pavot avant la germination. — In- 
colores; déposant entre i5 et 20 degrés des cristaux blancs. 

Matière employée o,4435 

ont donné : 

Eau o,465 

Acide carbonique 1 ,235 

Composition centésimale. 

c 75,94 

H n,65 

o.. ..... . 12, 41 

VI. Acides gras du pavot après six jours de germina- 
tion. — Liquides de i5 à 20 degrés-, peu colorés; longueur 
de la ligclle o m ,oi5 à o m ,o23. 

Matière employée o,438o 

ont donné : 

Eau . o,445 

Acide carbonique 1 ,2o5 

Composition centésimale. 

C 75,03 

H 1 1 ,29 

0....... i3,68 

VII. Acides gras du pavot après dix jours de germina- 
tion. — Liquides à i5 degrés; sensiblement colorés; lon- 
gueur de la tigelle o m ,025 à o m ,o35. 

Matière employée o ,42o5 

ont donné : 

Eau 0,420 

Acide carbonique t , 1 49 



( 62 ) 
Composition centésimale. 

Ci 74,52 

H 1 1 , 09 

o 4,39 

Tous ces nombres sont résumés dans le tableau suivant 



AVANT 

la 
germination 



APRÈS 
troisjours 

de 
germination. 



I 



APRES 

six jours 

de 
germination. 



APRES 

dis jours 

de 
germination. 



Acides gras du colza. 



Carbone . . . 
Hydrogène. 
Oxygène. . . 



76,67 

",78 
n,55 



74,6° 
n,43 

•3,97 



74, '7 

1 1 ,5o 

•4,33 



100,00 100, uO 

Acides gras du pavot. 



73,85 
11 ,3i 

'4,84 



Carbone. . 
Hydrogêne. 
Oxygène. . . 



7 5 >94 
n,65 
12, 41 



75,o3 
11,29 
■ 3,68 



! 00 , 00 



74,5a 
11,09 
'4,3g 



On remarque qu'à mesure que la germination avance 
l'oxygène augmente et le carbone diminue; l'hydrogène ne 
paraît diminuer que dans une proportion très-faible. 

Je ne chercherai à tirer aucune déduction théorique de 
ce travail, me bornant à exposer les résultats que j'ai ob- 
tenus, savoir que : 

i° Pendant la germination des graines oléagineuses, la 
matière grasse se dédouble progressivement en glycérine et 
en acides gras; 

2 La glycérine disparaît à mesure qu'elle est mise en 
liberté; 



( 63 ) 

3° A mu: certaine époque, la jeune plante ne contient 
plus que des acides gras libres ; 

4° Par l'accroissement de l'embryon, ces acides gras su- 
bissent une absorption lente, mais progressive, d'oxygène, 
qui, dans les limites dans lesquelles j'ai opéré, n'a pas dé- 
passé 3 à 4 pour ioo. 



( 64 ) 



STATIQUE 



CULTURES INDUSTRIELLES; 



Par M. A. MUNTZ. 



LE HOUBLON. 



Ce travail est destiné à faire suite à une série de recher- 
ches entreprises par M. Boussingault, et dont la première 
partie (Statique des Cultures industrielles, le Tabac) a été 
publiée il y a quelques années ('). 

Il forme une suite d'autant plus naturelle à cette publica- 
tion que, les expériences ayant été exécutées dans la même 
localité, les résultats offrent des points de comparaison plus 
exacts. 

Le but principal de ce travail est de déterminer les 
quantités de principes assimilés pendant le développe- 
ment du houblon et, par suite, les éléments définitivement 
enlevés au sol par la récolte. 

Dans les cultures industrielles exigeant de fortes fu- 
mures, il semble que l'on fait plutôt une avance qu'une 
dépense réelle d'engrais, par cette raison que les matières 
fertilisantes exportées ne forment qu'une fraction, plus 
ou moins considérable, de celles qu'on a dû donner à la 
terre pour obtenir le produit exportable, c'est-à-dire, dans 
le cas du houblon, les cônes. On sait que les tiges et les 



(') Agronomie, t. IV, p. 100. 



( 65 ) 
feuilles, dans un domaine bien dirigé, restent pour aller 
aux engrais ou à l'étable. 

Un but secondaire de ces recberches a été l'étude de l'as- 
similation des principaux éléments à diverses pliases du 
développement de la plante; on a, par conséquent, com- 
paré la composition des différents organes à deux époques 
de la végétation. 

Dans les déterminations des matières minérales, à l'occa- 
sion des importantes recberches de M. Peligot sur la diffu- 
sion de la soude dans les végétaux, on a mis un soin 
tout particulier à déterminer quelle était la part attri- 
buable à cet alcali, comme élément constitutif, dans les dif- 
rentes parties du houblon. J'ai employé, à cet effet, le 
procédé de séparation de la potasse et de la soude, que 
M. Schlcesing a récemment décrit ('). 

Une houhlonnière située à Woerth, à la base du Lieb- 
frauenberg (Bas-Rhin), a servi à ces expériences. 

Sa contenance est de 38 ares; le nombre de perches est 
de 1200, dont chacune supporte deux plants; elle reçoit 
annuellement sept voitures de fumier de ferme ou leur 
équivalent. 

Au mois d'avril, les jeunes pousses commencent à se 
développer; à celte époque, on bêche tout le sol de la plan- 
tation et un peu plus tard on procède à la ligature des plants 
que l'on continue à mesure que la plante s'allonge, jusqu'à 
ce qu'elle ait une longueur de 6 à 7 mètres. Vers le milieu 
du mois de juin a lieu le binage; c'est à cette époque que 
j'ai fait la première prise d'échantillons. Des plants sem- 
blables à ceux que je prélevais étaient marqués et or.t servi 
à la seconde prise d'échantillons, qui a été effectuée en 
septembre, au moment de la cueillette. ' 

Les dessiccations ont été faites à 1 10 degrés, à l'étuve ou 



(') Comptes rendus des séances de l' Académie des Sciences, t. LXXIII, 
p. 1269. 

V. 5 



( 66 ) 
au bain de cire; le carbone, l'hydrogène, l'oxygène ont été 
dosés par l'analyse organique; l'azote par la chaux sodée 
et l'acide sulfurique titré. Les incinérations ont été opé- 
rées dans le moufle à gaz, à la température la plus basse 
possible. 

L'acide phosphorique et la magnésie ont été précipités à 
l'état de phosphate ammoniaco-maguésien, avec interven- 
tion de l'acide citrique ('), et pesés à l'état de pyrophos- 
phate. La potasse et la soude ont été déterminées de Ja 
manière suivante : traitement des cendres par l'acide chlor- 
hydrique; évaporation à sec; traitement de la dissolution 
par l'eau de baryte ; séparation de l'excès de baryte par le 
carbonate d'ammoniaque ; volatilisation de l'excès de car- 
bonate d'ammoniaque, pesée du mélange de chlorure de 
potassium et de sodium; transformation de ces chlorures 
en perchlorates ( 8 ) ; séparation par l'alcool ; transformation 
du perchlorate de soude en sulfate qu'on pèse après en avoir 
séparé les traces de magnésie qu'il contient presque tou- 
jours. Le poids de la potasse s'obtient par différence ( 3 ). 

Pour doser l'acide carbonique retenu dans les cendres et 
échappant par conséquent à l'analyse organique, on a traité 
les cendres restant dans la nacelle après la combustion par 
un poids déterminé d'acide antimonique (environ deux 



(') Ce procédé, simple et commode, est très-recommandable; les résul- 
tats qu'il donne sont satisfaisants dans la plupart des cas. 

( ; ) Schloesing, Mémoire cité. 

(') J'ai cru devoir apporter cette légère modiûcation au procédé de 
M. Schlœsing, pour cette raison que le dosage du perchlorate de potasse 
présente quelquefois des difficultés à cause de la tendance de ce sel à grim- 
per et souvent à déborder la petite capsule de porcelaine dans laquelle on 
fait le traitement et la pesée. De la manière dont j'opérais, n'ayant pas à 
peser le perchlorate de potasse, j'ai pu effectuer le traitement dans des 
capsules assez grandes pour empêcher tout débordement des cristaux. — 
Je me suis assuré, par quelques expériences synthétiques, que ce procédé de 
séparation donne d'excellents résultats, comme M. Schlœsing l'a démontré 
dan9 son Mémoire. 



( 6 7 ) 
fois le poids des cendres); le mélange, imbibé d'eau, était 
chauffé à ioo degrés; tout l'acide carbonique se dégageait; 
après la dessiccation on élevait la température, sans tou- 
tefois atteindre le rouge sombre. De cette manière, on 
chassait toute l'eau combinée en évitant la décomposition 
de l'acide antimonique. La différence de poids donnait 
exactement l'acide carbonique contenu dans la matière 
minérale. Je crois que ce procédé peut s'employer avec 
succès pour doser l'acide carbonique dans les cendres qui 
ne contiennent, comme dans le cas du houblon, que des 
proportions insignifiantes de chlorures et de sulfates. Il 
n'exige que peu de temps et très-peu de matière. 

La détermination des surfaces a été faite en étalant quel- 
ques feuilles, choisies pour pouvoir représenter la moyenne, 
sur du papier qu'on découpait en suivant le bord de la 
feuille. Le poids du mètre carré de ce papier étant déter- 
miné, on n'avait qu'à peser les parties découpées pour 
trouver la surface qui représentait celle des feuilles. 

Le 22 juin, on a procédé à la première prise; on a pré- 
levé deux plants attachés à la même perche; il n'existait 
pas encore de branches; les feuilles étaient directement 
insérées sur la tige. Les deux plants pesaient 806 grammes, 
comprenant 376 grammes de tiges et 43o grammes de 
feuilles. 

Longueur de la tige, 6 mètres. 

Poids des tiges fraîches, 376 grammes; sèches i3i .25 

Matière sèche pour 100 de tiges fraîches 34.90 

de 

Surface des deux tiges 20 6 

Surface des feuilles, les deux faces 3^5, n 

Surface des deux plants, fonctionnant dans fatmosph. 4o5,3 



\ 



( 68 ) 

Composition des tiges ( ' ) . 



Eau 

Carbone 

Hydrogène 

Oxygène ; 

Azote 

Acide phosphorique. . . . 

Magnésie 

Potasse 

Soude 

Matières miner, non dét. 



Pour la perche 
en expérience. 

244, 5o 
63, 3i 
7,66 
55,70 
1,729 
0,628 
o,586 

i,5i 7 
0,012 

o,358 



Pour ioo de tige 
fraîche. 

64 6 , 9 8 
16,84 

2,04 
14,80 

0,460 

0,167 

o, i56 

o,4o3 

o,oo3 

o,i5i 



sèche. 

gr 
u 

48,20 

5,81 

42,20 
i , 3i 7 
0,478 

°»447 

i,i55 
0,009 
0,384 



376,000 100,000 100,000 



(') 



Dosage du carbone et de l'hydrogène. 



gr gr gr 

Matière brûlée. 0,4 3y = matière sèche. o,4o3 -)-eau hygroni. o,o36 
gr gr 
Obtenu : cendres, o,oia3, contenant CO 5 o,oo38 

gr gr gr gr 

Eau.. 0,248 — eau hygrom o,o36 = HO 0,212 =H o,023:).î 

CO'.. 0,709 -+-C0* des cendres. . . o,oo3S = CO ! 0,7128 = o,ig44 

Dosage de l'azote. 



Matière sèche employée. o,4352 



gr 



Titre de l'acide : avant. 26,3 (îocentim. cubes acide = o,oi75 d'azote.) 
— après.. 11,4 

— — gr 

14,9 = Azote 0,00573. 

Dosage de la potasse, de la soude, de V acide phosphorique et de la magnésie. 

gr 
Matière sèche incinérée. ... 44 > 4 

gr 
Obtenu : Chlorures de potass. et de sodium.. . . 0,820 

gr gr 

Suif, de soude. o,oo9 = Chlor. desod. o,oo8 = Soude. . o,oo3ç) 

Chlorure de potassium. î 0,81 2 = Potasse. o,5i3o 

Liqueur contenant l'acide phosphorique et la magnésie, 4,63 centimètres 
cubes, d'Wsée en 2 parties. 

ce gr gr 

Pour ac. phosph. 25o; pyrophosph. de magn. o, i8i=Ac. phosph. 0,1147 

Pour les 4'i gr ,4-- " 0,212^ 

Pour magnésie 2i3; pyrophosph. de mag. 0,249 = Magnésie .. 0,0912 

Pour les 44 gr .4-- " o,igS3 



( 6 9 ) 

Poids des feuilles fraîches, 43o grammes ; sèches. . 
Matière sèche pour ioo de feuilles fraîches 



gr 
107,1 
24,90 



Composition des feuilles 



Pour la perche 
en expérience. 

gr 
322,93 

47> 2 4 

5,5 7 



Eau 

Carbone 

Hydrogène 

Oxygène 36,32 



Azote 

Acide phosphorique 

Magnésie 

Potasse 

Soude 

Matières min. non détenu. 



4,63i 
1 , 126 
i,336 
1,375 

0,004 

9,468 



Pour 100 

fraîches. 

gr 
75,IO 

•°>99 
1 ,29 

8,45 
1,077 
0,262 
o,3i 1 
o ,3ao 
0,001 

a >'99 



de feuilles 

sèches, 
gr 

44,11 
5,20 

33,91 
4,3?.6 

1 ,o5i 
1,248 
1 , 284 
o,oo4 

8,867 



430.000 100,000 100,000 



Titre de l'acide : avant. 
— après . 



(') Dosage du carbone et de l'hydrogène. 

gr gr gr 

Matière brûlée. 0, 445 = Matière sèche. o,4ei -t-eau hygrom. o,o'|/| 

gr gr 

Obtenu : cendres. 0,0675, contenant CO 5 0,0175. 
B r gr gr gr 

Eau.. o,a35 — eau hygrom o,o44 = HO 0,188 =H 0,02089 

CO'.. o,G3i -f-CO' des cendres... o,oi75 = CO' 0,6485 = 0,17(19 

Dosage de l'azote. 

gr 
Matière sèche employée.. . 0,4338; 3 pipettes d acide, 
ce 
2(ï,3 

*4,4 

-r- 26,3 

gr 

28,2 = Azote.. 0,0187(5 

Dosage de la potasse, de la soude, de l'acide phosphorique et de la magnésie. 

gr 

Matière sèche incinérée 44 » 21 

gr 
Obtenu : Chlorures de potass. et de sodium... 0,9020 

gr gr 

Suif, de soude. o,oo4=Chlor. de sod. o,oo35= Soude. . 0,00170 

Chlorure de potassium 0,8980 = Potasse. 0,0677 

Liqueur contenant l'acide phosphorique et la magnésie, 44^ centimètres 
cubes, divisée en 2 parties. 

ce gr gr 

Pour ac. phosph. a5o; pyrophosph. de magn. o,4 I 4 == Ac. phosph. 0,2(120 

Pour les 44B r ,2i » o,46V|8 

Pour magnésie 193; pyrophosph. de magn. o, 656 = Magnésie. . 0,2400 
Pour les 44B r ,2i » o,55i6 








( 7°) 

Composition d'un plant le 17. juin. 

Eau 283*83 

Carbone 55,27 

Hydrogène 6,61 

Oxygène 46, o4 

Azote 3 , 180 

Acide phosphorique 0,877 

Magnésie 0,961 

Potasse 1 ,446 

Soude o , 008 

Matières minérales non déterminées. . . 4>778 

4o3,ooo 

Partant de cette composition, on trouve que le 22 juin 
les matières assimilées étaient : 

Pour Pour 

lés 2400 plants les 63 16 plants 
de la parcelle que 

cultivée contiendrait 

de 38 ares. un hectare, 
kll kil 

Eau 681,192 1792,670 

Carbone i3a,648 34.9, o85 

Hydrogène i5,864 4'.y49 

Oxygène 110,496 290,789 

Azote 7 ,63a ao,o83 

Acide phosphorique 2,987 7,860 

Magnésie 3,354 8,826 

Potasse 4 ,548 1 1 ,967 

Soude 0,022 o,o5g. 

Matières minérales non déterminées. 8,457 22,260 

967,200 2545,348 

Il y avait donc eu, pendant la période de végétation com- 
prise entre le commencement d'avril, époque à laquelle 
les bourgeons apparaissent, et le 22 juin, époque delà 



( r* ) 

prise d'échantillons, environ quatre-vingt-deux jours, une 

assimilation moyenne par jour : 

Pour 
Pour les piaula 

un plant. d'un hectare. 
sr kil 

Carbone 0,674 4> 2 57 

Azote o , 039 o , 246 

Acide phosphorique. . . 0,011 0,069 

Matière sèche t,453 8,177 

Les 4 kil ,257 de carbone, assimilés par jour sur un hec- 
tare, proviennent de i5 kil ,6o9 d'acide carbonique, qui 
représentent un volume de 7™°, 8y5 de ce gaz, c'est-à-dire 
l'acide carbonique contenu normalement dans 19 738 mètres 

cubes d'air. 

Le 17 septembre, ou a procédé à la deuxième prise; on 
a prélevé deux plants attachés à la même perche. Les tiges 
avaient des ramifications nombreuses, portant les feuilles 
et les cônes. Les deux plants pesaient 5 kil , 236, comprenant 
i kil , 1 58 de tiges, 943 grammes de branches, g$5 grammes 
de feuilles et 2 kil , 180 de cônes. 

Les tiges avaient une longueur de 1 i m , 1 . 

do 

Surface des tiges 55 ,5o 

Surface des branches ' »4 •> 7*^ 

Surface des feuilles, les deux faces 1 ,o5o ,58 

Surface fonctionnant dans l'atmosphère, 

les cônes exceptés 1 , 1 70,06 

sr 
« Poids des tiges fraîches, i kil , t 58 ; sèches. . . 43 2 <5 
Matière sèche pour 100 de tiges fraîches. ... 38, 21 
Poids desbranches fraîches, 943 gr. ; sèches. . 35i , 7 
Matière sèche pour 100 de brandies fraîches . ^7 ,29 







( 7* ) 

Composition des tiges et branches ('). 



De la perche 
en expérience. 

er 

Eau 1 3 16, 80 

Carbone 38 1 ,36 

Hydrogène 47>37 

Oxygène 336, 1 1 

Azote 7? 7^8 

Acide phosjihorique. . . . 1 ,807 

Magnésie 2 , 2g4 

Potasse 4» og5 

Soude o,o55 

Matières min. non déterm. 3,35i 

2101 ,000 



( ' ) Pris des parties proportionnelles de tiges et de branches. 
Dosage du carbone et de l 'hydrogène. 

gr gr gr 

Matière brûlée, o,4qq = Matière sèche. o,4o6n-eau hygrom. 0,0379 

er gr 

Obtenu : cendres. o,oo85 contenant. CO' 0,0025. 



Pour 100 


de tiges 


et branches 


fraîches. 


sèches. 


62,67 

18, i5 

2,26 

16,00 


48,63 

6,04 

42,86 


o,36g 
0,08b 


0,98g 

O,23o 


0,109 
' °,'94 


o,2g3 
0,522 


, oo3 


0,007 


0,1 5g 


0,42g 


100,000 


100,000 



Eau. 
CO'. 



gr gr B r gr 

0,2590 — eau hygrom o,o379 = HO o,22u=-H 0,02456 

0,7215 -4- CO 1 des cendres.. 0,002!) = CO' 0,72/(0= C 0,1975 

Dosage de l'azote. 
Matière sèche employée. 0,4073 



Titre de l'acide : avant. 
— après. 



26,3 

'9.7 

- gr 

6,0== Azote. o,oo/p2 



Dosagt de la potasse, de la soude, de l'acide phosphoriqUe et de la magnésie. 

Matière sèche incinérée. 1 56,8 
gr 
Obtenu ; Chlorures de potassium et de sodium. 1,212 

gr gr 

Suif, desoude. o,oi3 = Chlor. desod. 0,01 1 = Soude. . 0,0057 

Chlorure de potassium 1 ,201 = Potasse. 0,8190 

Liqueur contenant l'acide phosphorique et la magnésie, 320 centimètres 
cubes, divisée en deux parties. 

ce gr gr 

Pour ac.phosph. 170; pyrophosph.de magn. o,3o3= Vc. phosph. 0,192 

Pour les iJG8r,8, » o,36'i4 

Pour magnésie i5oj pyrophosph.de magn. o,55o=Magnésie.. . 0,201.5 

Pour les i5b'K r , 8 » 0,4587 



( 73 ) 

Les feuilles ont été divisées en trois catégories, suivant 
leur grandeur : 

i° Feuilles à pétiole inséré sur la tige, grandes, com- 
mençant à se faner : 

Poids des feuilles fraîches, 3i5 grammes; sèches. 1 18, i 
Matière sèche, pour ioo de feuilles fraîches. . . 37,5 

2° Feuilles à pétiole inséré sur les branches, moins 
grandes, encore en pleine végétation : 

Poids des feuilles fraîches, 1 65 grammes; sèches. 56,8 
Matière sèche, pour îoo de feuilles fraîches. ... 34,4 

3° Feuilles insérées à la base du pédoncule portant la 
fleur, petites, vertes et tendres : 

ET 

Poidsdes feuilles fraîches, 475grammes; sèches. i54,5 
Matière sèche, pour ioo de feuilles fraîches. ... 3a, 5 
Poids total des feuilles fraîches, g55« r ; sèches. 32g, 4 



( 74 ) 
Composition des feuilles ( ' ) 

De la perche j^o^euille^ 

en expérience. fraîches. sèches. 

Eau 67.5,6o 65, 5i 

Carbone i4 3 ,92 ^,07 43,6g 

Hydrogène 16, 3 7 i, 7I 4,97 

Oxygène 124, 5i i3,o4 37,80 

Azote 7' 6 99 0,701 2,337 

Acide phosphorique 0,984 0,1 o3 0,299 

Magnésie 2 ,63 9 0,276 0,801 

Potasse •■ 2,755 0,288 o,836 

Soude o,o4i 0,004 o,oi3 

Matières min. non déterm. 3o,482 3,298 9,254 

955,ooo 100,000 100,000 

( ' ) Pris des parties proportionnelles de chaque catégorie de feuilles. 
Dosage du carbone et de l'hydrogène. 

Matière brûlée. 0,^35= Matière sèche. 0, 4390 + eau hygrom. 0^0545 

Obtenu : cendres. o,o655 contenant C0\ o,oiG3. 

rn"' °'^o I— ^^. hygrom .. o,o5/j5 = HO o S , r i 9 65 = H.ofo2i83 
CO . o,GS 7 -+- CO 1 des cendres. o,oi63 = CO 5 o, 7 o33 = C.o, 1918 

Dosage de l'azote. 

gr 
Matière sèche employée. . o,3558 
ce 
Titre de l'acide : avant. 26,3 

après.. i3,8 

r gr 

12,3 = Azote. o,oo832 - 
Dosage de la potasse, de la soude, de l 'acide phosphorique et de la magnésie. 

gr 
Matière sèche incinérée. 65,9 

Chlorures de potassium et de sodium 1 ,o.55o 

Sulfate de soude. 0,019 = Chlorure de sod. o,oi56 = Soude. . o!ooS3 

Chlorure de potassium 1 ,o3g4 = Potasse. o,55i 

*Jf2T? contenant l'acide phosphorique et la magnésie, 5 7 5 centimètres 
cubes divises en 2 parties. 

Pourac. phosph. SooTpyrophosph. de magn. o^iG^Ac. phosph. 0T1026 

„ . . Pour 'es 65S r ,9 „ IQ 6_ 

Pour magnésie 2 7 5; pyiophosph. de magn. 0,689 = Magnésie. . o',i5ii 

Pour les 65ï', 9 ..., \ ' Ml l 



( 75 ) 
Cônes, le 17 septembre, au mornenl de la cueillette : 

gr 

Poids des cônes frais, 2 kil , 180; secs 553,6 

Matière sèche, pour 100 de cônes frais a5,39 

Composition des cônes (') 

Pour ioo de cônes. 
De la perche . - 

en expérience. frais. secs. 

Eau 1626,40 74,61 

Carbone 3o5,75 4,02 55,23 

Hydrogène 36, 21 1,66 6,54 

Oxygène 176,32 8,09 3i,85 

Azote i3, 409 o,6i5 2,422 

Acide phosphorique. .. . 4, 3 97 0,202 0,794 

Magnésie 2,779 0,128 o,5o2 

Potasse 6,392 0,293 i,i55 

Soude 0,049 0,002 0,009 

Matièresmin.nondéterm. 8,294 o,38o 1 ,49" 

2180,000 100,000 100,000 

(>) Dosage du carbone et rie l'hydrogène. 

Matière brûlée. 0,229.5 = Matière sèche, o , 20 1 7 -+- eau hy grom . 0,027» 

Obtenu : cendres. 0,01 15, contenant CO s . o,oo35 
gr S T S r gr 

Eau. o,i/i65 — eau hygrom 0,0278 = 110 o,ii87=B o,oi3io 

C0\ o,4o5o + CO' descendres... 0,0035=00' o,4o85 = C o,m/| 

Dosage de l'azote. 

gr 
Matière sèche employée. o,35i6 
ce 
Titre de l'acide : avant. 26,3 
après. i3,5 

gr 

12, 8 = Azote. o,oo852 

Dosage de la potasse, de la soude, de l'acide phosphorique et de la magnésie. 

gr 
Matière sèche incinérée. . 89,0 
gr 

Chlorures de potassium et de sodium 1 ,6420 

gr ^ r 

Sulfate de soude. 0,018 = Chlorure de sod. o,oi56 = Soude. , . 0,0079 

Chlorure de potassium.' 1 ,6264 = Potasse. . 1,0276 

Liqueur contenant l'acide phosphorique et la magnésie, 375 centimètres 
cubes, divisée en 2 parties. 

co gr gr 3 

Pour ac. phosph. 200; pyrophosph. demagn. o,5g5=Ac. phosph. 0,3770 

Pour les 89 grammes. » 0,7069 

Pour magnésie 175; pyrophosph. de magn. n,56p.=Magnésic.. . °,2o8.> 

Pmir les 89 grammes. » °i44«7 



( 76 ) 



Composition d'un plant, le 17 septembre {tiges, branches, 
feuilles et cônes). 

Eau 1 784 ,4« 

Carbone 4'5,5i 

Hydrogène 49>g6 

Oxygène 3i8,46 

Azote i4,43o 

Acide phosphorique 3,5q4 

Magnésie. 3,856 

Potasse 6,620 

Soude 0,072 

Matières minérales non déterminées. 25 , 098 

2618,000 

Partant de cette composition, on trouve que, le 17 sep- 
tembre, les éléments assimilés étaient : 

Pour les 2<joo plants 

delà Pour Ies63i6plants 

parcelle cultivée que contiendrait 

de 38 ares. 1 hectare, 

kil kil 

Eau 4282, 56o 11270.270 

Carbone 997,224 2624,361 

Hydrogène '19,904 3i5,547 

Oxygène 764, 3o4 2011,393 

Azote 34,633 91,41 

Acide phosphorique. . . 8,625 22,699 

Magnésie 9,254 24, 352 

Potasse i5,888 41,812 

So "de 0,173 o,455 

Matières minérales non 

déterminées 5o , 635 133,278 

6283,200 i6535,288 

Dans la seconde période de végétation, du 22 juin au 
17 septembre, comprenant quatre-vingt-quatre jours, et 



( 77 ) 
s'airètant à l'époque de la cueillette, il y avait eu une assi 
milation moyenne par jour : 



Carbone 

Azote 

Acide phosphorique. 
Matière sèche 



Pour un plant. 

4,290 

o, 1 34 
o,o32 

8,600 



Pour les plants 
d'un hectare, 
kil 
27 ,087 

0,846 

0,177 

53,718 



Les 27 kil ,o87 de carbone, assimilés chaque jour sur 
1 hectare, correspondent à un volume de 64 m %955 d'acide 
carbonique, représentant la quantité de ce gaz que con- 
tiennent normalement 162,389 mètres cubes d'air. 

Si nous comparons l'assimilation journalière de la 
première période à celle de la seconde, nous trouvons 
qu'elle est bien plus énergique dans cette dernière. Cela 
tient évidemment à ce que la surface de la plante fonction- 
nant dans l'atmosphère est devenue bien plus considé- 
rable. La quantité de matière fixe, assimilée par jour et 
pouvant, jusqu'à un certain point, servir de mesure à la 
force végétative, parait être proportionnelle à la surface 
que présente la plante, une plus grande surface pouvant 
enlever à l'atmosphère une plus grande quantité de carbone 
et, en même temps, par une évaporation plus abondante, 
attirer dans la plante une plus grande quantité des prin- 
cipes contenus dans la terre. 

Si nous comparons, en effet, les surfaces moyennes pen- 
dant les deux périodes aux quantités moyennes de matière 
sèche fixée par jour, nous trouvons un rapport très-sensi- 
blement égal. 

Ce rapport n'est cependant pas le même pour toutes les 
substances assimilées, et il ressort de ces expériences que 
dans les premiers temps de la végétation du boublon la 
matière fixée contient une bien plus grande proportion des 
principes dits fertilisants, tels que l'azote, l'acide phospho- 
rique, la potasse, qu'à une époque plus avancée de la vie 



( 78 ) 
de la plante. Ainsi, dans la seconde période, l'assimilation 
journalière a été en matière sèche 6. i et en carbone 6.4 fois 
plus grande que dans la première, tandis que pour l'azote 
elle n'a été que 3.4 et pour l'acide phosphorique 3.o fois 
plus grande. 

Nous remarquons encore qu'à l'époque où la fleur, les 
cônes, ont acquis tout leur développement, les feuilles et 
les tiges sont devenues bien plus pauvres en azote, en acide 
phosphorique, en potasse, ces principes s'étant portés sur 
la fleur qui en contient une quantité considérable. Ce fait 
a lieu habituellement à la maturation des fruits, et il est 
intéressant de le constater pour la fleur. 

La soude, que j'ai déterminée avec un grand soin, se 
présente dans les différents organes en quantité si faible 
qu'on peut considérer son rôle comme nul dans le déve- 
loppement du houblon. La plus forte proportion qu'on ait 
rencontrée (dans les feuilles de deuxième prise) atteint à 
peine ■£■ de la potasse. Dans les autres parties de la plante, 
cette proportion est bien plus faible encore, variant de -*» 
à rb de !» potasse. L'engrais qu'avait reçu la terre contenait 
cependant notablement de sel marin. Ces expériences prou- 
vent que la soude peut être complètement négligée dans les 
amendements qu'on donne à la houblonnière. 

Abordant maintenant la partie de ce travail qui inté- 
resse plus spécialement l'économie rurale, et ne considé- 
rant que les principes que l'on doit fournir au sol, sous 
forme de fumier, pour obtenir une culture avantageuse, 
nous trouvons que sur 1 hectare les plants de houblon 
enlèvent à la terre : 

Azote. Acide phosphorique. 
kil tu 

9I,l4l 22,699 

La partie exportée du domaine, les cônes, contiennent : 
42,347 ,3,886 8, 77 5 20 ,,85 

Il reste donc dans le domaine : 

48,794 8,8,3 ,5,5 77 2 ,,6 27 



Magnésie. 

LU 
24,352 



Potasse, 
kil 

41,812 



( 79) 

En prenant pour type de l'engrais le fumier de ferme, 
avec la composition que lui a trouvée M. Boussingault ('), 
nous remarquons que les plants venus sur i hectare ont 
assimilé pendant leur développement l'azote provenant de 
18244 kilogrammes de fumier ( 2 ). Pour fournir la potasse, 
il en aurait fallu 10223 kilogrammes, pour la magnésie 
6617 kilogrammes, et pour l'acide phosphorique seule- 
ment 3 161 kilogrammes. 

Les 18244 kilogrammes représentent le minimum de 
fumier à donner annuellement à la terre. Dans la pratique, 
on dépasse notablement cette quantité; ainsi dans la cul- 
ture qui sert de base à ces recherches l'hectare en rece- 
vait 18 voilures 4-, environ 23ooo kilogrammes. 

Il résulte de ces comparaisons qu'on doit surtout re- 
chercher, pour la culture du houblon, des engrais riches 
en azote, cet élément étant assimilé dans une plus forte 
proportion que les autres. Aussi voit-on avec succès em- 
ployer comme amendement dans les houblonnières les ma- 
tières animales constituant les déchets de certaines indus- 
tries. 

On remarque encore que, quand on se sert du fumier de 
ferme, une quantité très-considérable de potasse, de ma- 
gnésie et surtout d'acide phosphorique, s'accumulent dans 
la terre, et sont ainsi sinon perdus, du moins rendus inac- 
tifs pendant une période qui peut être assez longue. Ce 
fait est d'autant plus regrettable que le houblon ne se prête 
pas à la rotation, sa mise en culture étant très-dispen- 
dieuse. 

Enfin, en ne considérant que les cônes, seule partie dé- 



(') Agronomie, t. IV, p. 120. 

(*) Nous considérons l'azote introduit dans la terre par les engrais comme 
étant la seule source de l'azote assimilé, l'ammoniaque et les composés 
nitrés existant dans l'atmosphère étant en proportion trop faible pour être 
pris en considération dans ce travail. Nous n'admettons pas une autre ori- 
gine de l'azote assimilable. 



(8o ) 
iinitivement exportée du domaine, on voit qu'ils ne con- 
tiennent qu'environ la moitié des principes essentiels que 
la plante avait enlevés à la terre. Il résulte de cette discus- 
sion que le houblon est loin de consommer lout le fumier 
dont il a besoin pour se développer, une grande partie des 
éléments fertilisants de ce fumier restant acquise à la terre, 
une aulre partie très-considérable se retrouvant dans les 
tiges et les feuilles et retournant aux engrais. 

C'est donc réellement une avance d'engrais que fait l'a- 
griculteur, et c'est à tort qu'il regarde comme entièrement 
sacrifiée la fumure qu'il donne à la houblonnière. 

Ce travail se rapporte à l'année 1870, année moyenne 
au point de vue de la production du houblon. La houblon- 
nière, dans la quatrième année de sa culture, était dans 
une période de végétation normale. On ne peut cependant 
appliquer les chiffres obtenus qu'à l'année à laquelle ils se 
rapportent, la quantité de récolte étant loin d'être con- 
stante et pouvant varier du simple au décuple et au delà, 
suivant les influences météorologiques. 

Les résultats de ces recherches n'en remplissent pas 
moins le but que je m'étais proposé, de prouver que le 
houblon rentrait dans la classe des cultures qui, tout en 
exigeant des quantités d'engrais considérables, n'en en- 
lèvent cependant au domaine qu'une fraction relativement 

faible. 

La culture du houblon étant une branche importante de 
l'agriculture clans certaines contrées, et tendant à prendre 
plus d'extension d'année en année, ce travail peut avoir 
quelque intérêt pratique. J'eusse désiré y joindre un tableau 
donnant le rendement, les frais de culture, le bénéfice réa- 
lisé-, mais mes observations n'embrassent pas un nombre 
d'années assez considérable pour pouvoir en tirer des 
moyennes rationnelles. M. Boussingault a, du reste, donné 
3.1x1 tableau de ce genre dans V Économie rurale. 



(8! ) 



SUR 



LA FERMENTATION DES FRUITS. 



TROISIEME PARTIE. 



FERMENTATION DES MYRTILLES. 

Les myrtilles, raisins des bois, sont les baies de l'airelle 
[vaccinium) , petit arbrisseau très-commun dans les forêts 
du Nord. On en connaît plusieurs variétés. Celles des mon- 
tagnes boisées des Vosges portent un fruit oblong générale- 
ment bleu violet, d'une saveur sucrée. Cette plante fleurit 
au commencement du printemps, avant le complet déve- 
loppement des feuilles; les fruits mûrissent au milieu de 
l'été, et comme la maturation a lieu successivement, suivant 
les expositions, la cueillette se prolonge jusqu'en automne. 

Les populations forestières tirent un grand parti des 
baies de l'airelle comme aliment sucré; aux Etats-Unis on 
en fait des confitures sèches d'une facile conservation. En 
Europe, dans la Forêt-Noire, les baies sont mises à fer- 
menter pour en retirer de l'eau-de-vie. 

Pour connaître la nature du principe sucré des myr- 
tilles, on a soumis des baies à la presse : le jus, d'un bleu 
très-foncé, a été traité par une solution de sous-acétate de 
plomb. Le précipité, très-abondant, séparé par le filtre, 
avait retenu toute la matière colorante. Dans le jus déco- 
loré on a fait passer un courant d'acide sulfhydrique pour 
enlever le plomb ajouté en excès. Par la liqueur cupropo- 
tassique on a dosé dans ioo centimètres cubes de jus 
8 grammes de sucre réducteur; on a constaté l'absence de 
sucre inlerversible. 

V. 6 



w 



( 82 ) 

Sur une épaisseur de 1 décimètres, à la température 
de 20 degrés, le jus de myrtilles a dévié le plan de la lu- 
mière polarisée de 4°>6* vers la gauche. 

On a, pour le pouvoir rotatoire du sucre dissous, 



,° ~ 100 
Correction pour la température. . 



-28,7 

• _M 
- 26,8 



C'est, à peu de chose près, le pouvoir rotatoire du sucre 
interverti à la température de i5 degrés. 

Le 12 août 1868, on a introduit dans un flacon lubulé 
en relation avec une cuve à mercure c/ u ,4865 de baies de 
myrtilles; la fermentation devint apparente le 17 et con- 
tinua sans interruption, mais très-lentement. Le gaz acide 
carbonique se dégageait par intermittence, par secousse, 
bien que la pression de mercure qu'il eût à vaincre n'ex- 
cédât pas 5 millimètres. A partir du 1" septembre, l'émis- 
sion du gaz était peu prononcée eu égard au poids des fruits 
contenus dans l'appareil. Le 16 septembre, on considéra la 
fermentation comme terminée. Dans les dernières vingt- 
quatre heures, on ne recueillit que 100 centimètres cubes 
de gaz entièrement absorbable par la potasse. 

Les myrtilles n'étaient pas recouvertes de liquide; les 
baies avaient conservé leur forme-, celles qui se trouvaient 
en contact avec le jus fermenté étaient d'un rouge vif. On 
ne voyait aucune trace de moisissure. Le flacon ouvert, 
il s'en échappa une odeur vineuse. Le suc fermenté était 
légèrement acide et d'une saveur styptique. 

Examen des myrtilles. 

100 grammes des baies mises à fermenter ont été 
broyés avec de l'eau, de manière que les parties solu- 
bles fussent renfermées dans un litre de liquide A. 



( 83 ) 

Dosage du sucre réducteur. 

Dans ioo grammes de myrtilles, dosé : sucre, 6 BT , 3 1 ('). 

Le dosage par la liqueur cupropotassique a été exécuté 
après la décoloration du liquide par le noir animal. 

Acidité. — Dans ioo grammes de myrtilles, dosé : 6 6r , 78 
d'acide exprimé en S0 3 ,HO ( g ). 

Myrtilles après fermentation . 

Le produit fermenté, versé sur une passelte, a, par une 
légère pression, laissé écouler 6 ht ,025 d'un liquide rouge 
d'une densité de ici 2 à la température de 19 degrés. La 
pulpe restée sur la passette a pesé 3 kll ,o6c). 

Liquide fermenté. 

La liqueur cupropotassique liquide n'a pas indiqué de 
sucre réducteur. 

Alcool. — Dans 3oo centimètres cubes de liqueur, dosé : alcool 
en volume, n cc ,i (température i5 degrés) ( 3 ). 

Acidité. — Dans 100 centimètres cubes de liqueur fermentée, 
dosé : o Er , 760 d'acide exprimé en S0 3 HO ( 4 ). 



(') 20 centimètres cubes de liqueur cupropotassique décolorés par 
oS r ,io6 de sucre réducteur. 
20 centimètres cubes de liqueur cupropotassique décolorés par 
i6 cc ,8 du liquide A. 
{') oS r ,o6i25 SO'HO saturés par 28 cc , 9 d'eau de chaux. 

10 centimètres cubes du liquide A, après expulsion de CO 3 , ont élé 
saturés par3 cc ,2 d'eau de chaux. 
(') 3oo centimètres cubes du liquide fermenté soumis à la distillation. 
Retiré 100 centimètres cubes marquant ii°,i à l'alcoomètre; tem- 
pérature i5 degrés. 
(') oS r ,oGi25 SO'HO saturés par 2S cc ,t) d'eau de chaux. 

10 centimètres cubes du liquide fermenté, après expulsion de CO', 
saturés par 35 cc , 8 d'eau de chaux. 









( 84) 

Pulpe fermentée . 

3oo grammes de pulpe ont été broyés avec de l'eau pour 
faire passer les parties solubles dans un litre de liquide B. 

Alcool. — Dans 3oo centimètres cubes du liquide B, dosé : 
alcool en volume, 2 CC ,3 (température i5 degrés); 

Bans i litre : alcool en volume, 7", 7 ; en poids, 6 SI ',i i4; 

Dans 3oo grammes de pulpe dont les matières solubles étaient 
contenues dans un litre du liquide B : alcool, 6 gr ,n4; 

Dans 1 kilogramme de pulpe : alcool, 2o Er ,4° ( l ). 

Acidité. — Dans 3oo grammes de pulpe, dosé : i Er ,866 d'acide 
exprimé en SO 3 110; 

Dans i kilogramme de pulpe : acide, 6 8r ,22 ( 2 ). 

Résumé des dosages. 



Dans 100 de myrtilles : sucre réducteur, 6 sr , 3i. Acide exprimé 
enS0 3 HO, & T ,7%; 

Dans 1 litre de jus fermenté pesant 1012 grammes : sucre ré- 
ducteur, o gramme; alcool en poids, 29 sr , 38; acide exprimé en 
S0 3 HO, 7 Br ,6o; 

Dans 100 grammes de pulpe : alcool, 2 er ,o4; acide exprimé 
en S0 3 HO, 0^,622. 

Mis à fermenter le 12 août 1869, myrtilles g486,5 

Après fermentation, le 16 septembre, retiré : 

gr 

Liquide, 6 1U , 025 ; densité, 1012; poids.. 6097,3 1 _„ 

Pulpe 3069,0) 9 ' 

Perte pendant la fermentation 320,2 



(') 3oo centimètres cubes du liquide B distillés: retiré 100 centimètres 
cubes marquant a cc ,3 à l'alcoomètre; température iâ degrés. 

(*) oS r ,o6i25S0 3 HO saturés par 2S cc ,od'eau de chaux. 

10 centimètres cubes du liquide B, après expulsion de CO", saturés 
par S cc ,8 d'eau de chaux. Dans 1 litre du liquide B renfermant les 
matières solubles de 3oo grammes de pulpe acide, iS r ,866. 



(85 ) 

Alcool. 

gr 

Dans les 6 Ut ,025 de liquide fermenté. . . 177,02 
Dans les 3o6g grammes de pulpe 62 ,61 



Acide. 

gr 

45,79 

!9>°9 



Dans le produit de la fermentation 23g, 63 64,88 



Résumé de l'expérience. 



Poids. 

gr 



Myrtilles 9486 , 5 

Après fermentation g 166, 3 



Sucre. 

598*60 



Alcool. 

gr 
O.O 



Acide 

exprimé 

en S0 3 HO. 

gr 
64,32 



0,0 23g, 63 64,88 



Différence. 



-320,2 — 5g8,6o +23g,63 +00, 56 



Le sucre réducteur disparu aurait dû donner 3o5 gr ,9 
d'alcool : on en a obtenu 23g Br ,63, les -~. 

Les 239 gr ,6 de l'alcool produit représentent une émis- 
sion de 229 gr ,3 de gaz acide carbonique; la perte de poids 
constaté après la fermentation a été 320 gr ,2. Il n'y a pas 
eu d'augmentation bien prononcée dans la proportion d'a- 
cide. 

FERMENTATION DU VIN BLANC DES VIGNES DE LAMPEllTSLOCH. 



En septembre 1868, on a pris dans la cuve, pendant le 
foulage du raisin, 9 litres de moût trouble, mais dont on 
avait séparé les rafles, les pellicules et les pépins, en fai- 
sant passer le liquide à travers un panier d'osier. En cet 
état le moût avait une densité de 1079,5 à la température 
de 17 degrés. Ce moût trouble tenait en suspension des 
matières que l'on devait retrouver dans la lie après la fer- 
mentation. Les 9 litres de moût trouble pesaient, d'après 
la densité, 971 5 gr , 5. 



w 



( 36 ) 

Pour faire le dosage du sucre et de l'acide, on a été obligé 
de filtrer le liquide. Dosé : 

Sucre. — Dans ioo centimètres cubes de moût : sucre réduc- 
teur, iS EV , 761 ('). 

On a reconnu l'absence de sucre interversible. 

Acidité. — Dans 100 centimètres cubes de moût : acide ex- 
primé en SO'HO, 0^,442 (*). 

Le moût a été mis dans un flacon muni d'un tube dont 
l'extrémité plongeait dans du mercure. 

Le 23 septembre, le dégagement du gaz acide carbonique 
commença; il devint bientôt très-abondant. 

Le 26, on prit 169 centimètres cubes de moût pour 
l'examiner. 

Densité. — io3a, à la température de 1 8 degrés. 

Sucre. — Dans 100 centimètres cubes, dosé : sucre réducteur, 
7 Er >5 7 . ( 3 ). 

Acidité. — Dans 100 centimètres cubes, dosé : acide exprimé 
en S0 3 HO, s r ,5i4 ('). 

On n'a pas dosé l'alcool. 

Le 29 septembre, le dégagement du gaz acide carbonique 



(') 20 centimètres cubes de liqueur cupropotassique réduits par sucre 
interverti oS r ,ioG. 
20 centimètres cubes de liqueur cupropotassique réduits par o cc ,565 
de moût. 

( ! ) oS r ,o6i2j — S0 3 HO, saturés par eau de chaux 28 cc ,g. 

/| cc ,5 de moût, privé de CO% saturés par eau de chaux, g«4 d'eau 
de chaux. 

( ) 20 centimètres cubes de liquide cupropotassique, réduits par sucre 
interverti oS r , 106. 
20 centimètres cubes de la même liqueur réduits par i cc ,/ t du moût 
en fermentation. 
(') oSr,oGi2D saturés par 28", g d'eau de chaux. 

8 CC ,9 du moût en fermentation, après expulsion de CO ! , saturés par 
2i cc ,6 d'eau de chaux. 



( §7 ) 
avait diminué depuis le 26; on préleva 4 00 centimètres 
cubes du liquide eu fermentation. 

Densité. — 1006, à la température de 20 degrés. 

Sucre. — Dans 100 centimètres cubes de moût en fermentation, 
dosé: sucre réducteur, 2 Er ,466 (')• 

Acidité. ■ — Dans 100 centimètres cubes, dosé: acide exprimé 
enS0 3 HO, o^,5?4 ( 3 ). 

Alcool. — Dans 100 centimètres cubes, dosé : alcool en volume, 
9" 4 7 ; en poids, 7 6r ,5i9 ( 3 ). 

Le i or octobre, le dégagement du gaz acide carbonique 
avait cessé. 

Le 2, le ferment était déposé ; le vin éelairei, d'un jaune 
paille, on en prit 5oo centimètres cubes pour les essais. 

Densité. — 995, à la température de 18", 1. 

Sucre. — En opérant sur 20 centimètres cubes de vin, la ré- 
duction de la liqueur eupropotassiqùe fut à peine appréciable. 

Acidité.— Dans 100 centimètres cubes de vin, dosé: acide 
exprimé en S0 3 FiO, oc r ,53i {*)■ 

Alcool. — Dans 100 centimètres cubes de vin, dosé : alcool en 
volume (température, i5 degrés), 10", ç)3; en poids, 8 er ,678 ( 5 ). 



(') /| cc ,3 du moût ont réduit 20 centimètres cubes de liqueur eupropo- 
tassiqùe = sucre oS r ,ioG. 

(') 10 centimètres cubes du moût, après expulsion de CO ! , saturés par 
24 centimètres cubes d'eau de chaux. 
28 centimètres cubes d'eau de chaux saturant oS r ,o6i25 de SO'HO. 

(•) Distillé i5o centimètres cubes de moût en fermentation. Retiré 
5o centimètres cubes marquant 2S , (j à l'alcoomètre ; température 
i5 de.jrés. 

(') oS r ,o6i25 SO'HO saturés par eau de chaux 27", 8. 

io centimètres du vin, après expulsion de CO', saturés par eau de 
chaux 2/| cc , 1 . 

( s ) Distillé 3oo centimètres cubes de vin, retiré 100 centimètres cubes 
marquant 32°, 8 à l'alcoomètre, à la température de iS degrés. 



(88 ) 



Résumé des dosages. 

Moût, 23 septembre : 

Acide 
Sucre exprimé 

• Poids. réducteur. Alcool. enSO'HO. 

&>• gr gr g r 

Dans i litre pesant. 1079,55 187,61 >. 4,42 

Dans 1 kilogramme. » 173,79 » 4,oq 

26 septembre : 

Dans 1 litre pesant. io32,o 75, 71 non dosé 5,i4 

Dans 1 kilogramme. » 73,36 u 4,98 

29 septembre : 

Dans 1 litre pesant. 1006,0 24,66 75, 19 5,24 

Dans 1 kilogramme. . » 24, 5i 74,86 5, 21 

2 octobre : 

Dans 1 litre pesant. 9g5,o traces 86,78 5,3i 

Dans 1 kilogramme. » » 87,26 5,34 

Le 23 septembre, le moût mis à fermenter pesait 97i5 5r ,5. 

gr 

Le 2 octobre, le vin retiré du flacon a pesé.. . . 7900,7 
Prélevé pour les dosages : 

ce gr 

Le 26 septembre. . 169,0 pesant.. 174, 4 
Le 29 septembre . . 4°°,° B •• 4° 2 ,4 
Le 2 octobre 5oo,o » .. 477,5 

io54,3 io54,3 

Le vin aurait pesé 8955,0 

Moût mis à fermenter 9715,5 

Perte. . . , 760,5 



( 8 9 ) 
Résumé de l 'expérience. 

Acide 
Sucre exprimé 

Poids. réducteur. Alcool. en SO'HO. 

gr gr gr gr 

Moût 97i5,5 1688,46 0,0 39,74 

Après fermentation 8g55,o traces 781,41 47 > 8a 

Différence —760,5—1688,46 -4-781,41 +8,08 

Les i688 Br ,46 du sucre disparu devaient donner, d'après 
la formule, 862S r , 60 d'alcool ; on en a obtenu 781 ,4i, près 

des &. 

L'alcool produit représente 747™, 8 d'acide carbonique 
dégagé pendant la fermentation; la perte a été de 760^, 5. 

Si l'on compare, à deux périodes de la fermentation, le 
poids de l'alcool produit au poids du sucre disparu, on 
constate la même différence, à très.-peu près, entre l'alcool 
obtenu et l'alcool calculé d'après la formule de Lavoisier. 
Rapportant à un litre, on a : 

Première période : 

Acide exprimé 
Sucre réducteur. Alcool. enSO'HO. 
gr gr gr 

23 septembre, moût 187,61 0,0 4,42 

29 septembre 24,66 7 5 >'9 5 > 2 4 

Différence — 162, g5 -f-75,19 +0,82 

Deuxième période : 

Acide exprimé 
Sucre réducteur. Alcool. enSO'HO. 

gr gr gr 

29 septembre 24,66 7 5 >'9 5 > 2 4 

2 octobre traces 86,78 5,3i 

Différence —24,66 -f-n,5g +0,07 

Dans la première période, on a obtenu les -p^; dans la 
seconde période les -^ de l'alcool théorique. 



( 90 ) 

Variation dans le pouvoir rotatoire du sucre pendant 
la fermentation. 

Pouvoir rotatoire du sucre contenu dans le moût le 23 septembre. 

Le moût filtré,, placé dans un tube de 2 décimètres, a pro- 
duit une déviation de — io°,3 à la température de 19 de- 
grés. 

Dans 100 centimètres cubes de moût : sucre réducteur, i8 !r ,76. 

Correction pour la température. . . 1 ,5o 

25,90 

C'est le pouvoir rotatoire du sucre interverti, à la tem- 
pérature de 19 degrés. 

Pouvoir rotatoire du sucre réducteur dans le moût en fermentation, 
prélevé le 26 septembre. 

Dans 100 centimètres cubes du liquide, dosé : sucre réduc- 
teur : 7 sr ,57. 

Sur une épaisseur de 2 décimètres : déviation — 8°,4 (tempé- 
rature 18 degrés). 

15,14 

Pouvoir rotatoire : supérieur à celui du sucre interverti — 26 = y 
inférieur à celui delà lévulose. ... — 106 = x 

x +r= 7> 5 7 

~ X - 106 -h -£- X 26 - 1^1 X - 55°,5 
«00 100 100 

y = 4 > 77 sucre interverti 
x = 2 , 80 lévulose 



7» 5 7 



y 
(,) D==a pl « = - I o°»3, P = iR l7 6, /= 2 décimètres. 



En effet 



( 9 l ) 
— 24", 9 X 2X4*77 _ 



100 

1 06 X 3 X 2 , 8 



Déviation observée 



-a°,4(') 

= -5°, 9 
-8°, 3 

•8%4 



Pouvoir rotatoire du sucre réducteur contenu dans le moût 
en fermentation, prélevé le 29 septembre. 

100 centimètres cubes du liquide renferment : sucre réducteur 

os',466. 

Sur une épaisseur de 2 décimètres, déviation — 4°> I (tempé- 
rature 20 degrés). 

100 



Pouvoir rotatoire — 4°> I - 



= - 83°, 20. 



4, 9 3 

j> = 0^,70 sucre interverti. 
ar= i sr , 7 7 lévulose. 

2^,47 

Le 2 octobre, la fermentation achevée, on n'a plus 
trouvé qu'une quantité impondérable de sucre. Le vin était 
devenu inactif. 

Dans 1 litre : 

Sucre Pouvoir 

interverti. Lévulose. rotatoire. 
g r 

O — 2D 

28,0 — 55,5 

17,7 —83 
» o 



23 sept., moût 187,6 

26 sept., moût en fermentation 47>7 

29 sept., idem 7,0 

2 0ct., fermentation terminée » 



On peut représenter ce dédoublement sous une autre 



(') Pouvoir rotatoire du sucre interverti étant - 35°,9, à la température 
18 degrés. 



( 9* ) 
forme en admeltant avec M. Dubrunfaut que le sucre in- 
terverti est formé de poids égaux de glucose et de lévulose. 

Dans i litre : 

Glucose. Lévulose, 

gr gr 

23 sept 93,8 9^;8 

26 sept 23,85 5i,85 

29 sept 3,5 21,2 

2 oct o o 

On voit plus nettement sur ce tableau que c'est sur le 
glucose que le ferment agit d'abord, ainsi que l'a établi 
M. Dubrunfaut. 

feumemtAtion dxj miel. 

63o grammes d'alvéoles remplies de miel furent mises 
dans 3 ht , 6 d'eau froide. On jeta sur un linge pour sépa- 
rer la cire. 

Le liquide légèrement trouble, d'un jaune pâle, avait 
une densité de 1046 à la température de 18 degrés. 

Ut. gr 

Le volume delà dissolution était 3 ,645, son poids 3812,67 
On ajouta levure de bière lavée 

et délayée 0,200 200,00 ( l ) 

3,845 4 OI2 >67 

Dosage du sucre et de Vacidité dans la dissolution. 

Avant l'addition des 200 centimètres cubes d'eau dans 
laquelle on avait délayé la levure, le volume de la dissolu- 
tion était 3 m ,645. 



(') Dans une expérience préliminaire, on avait reconnu qu'une dissolu- 
tion de miel était restée exposée à l'air pendant huit jours sans qu'il y eût 
indice de fermentation. C'est celte circonstance qui décida à faire interve- 
nir la levure. 



( 93) 
On a dosé dans ioo centimètres cubes : 

gr . 
Sucre réducteur IO >39 (') 

Acide exprimé en S0 3 HO 0,0169 ( 2 ) 

Rapportant ces dosages au liquide additionné de 200 cen- 
timètres cubes de levure délayée, ayant alors un volume de 
3 ut , 845, on a pour 100 centimètres cubes : 

Sucre réducteur 9>^5 

Acide 0,0160 

Le 23 septembre, la fermentation commença. Six jours 
après, le 29, elle était terminée. Le liquide avait conservé 
l'odeur caractéristique du miel. Sa saveur était plate par 
manque d'acidité. Au fond du vase, on apercevait un léger 

dépôt blanc. 

La liqueur fermentée avait un volume de 3 ht ,837; elle 
pesait 3 kil ,8a3; la densité était par conséquent de 996, 35. 
La liqueur cupropotassique n'a accusé qu'une trace de 

sucre réducteur. 

Dans 100 centimètres cubes de liquide fermenté, on a 

dosé : ferr 

Acide exprimé en SO 3 HO ■■ °>° 8 ( 3 ) 

Alcool en volume k température de i5 degrés, 

5 CC ,83 en poids • 4,63 ( 4 ) 

(' ) 10 centimètres cubes de liqueur cupropotassique, décolorée par sucre 
interverti oB r ,o53. 
10 centimètres cubes de liqueur cupropotassique, décolorés paro«,5i 
de la dissolution de miel. On avait reconnu l'absence de sucre 
interversible dans la dissolution. 
(■-) oS r ,o6i2â — SO'HO, saturés par eau de chaux 2S CC ,Ç). 

i5 centimètres cubes de la dissolution de miel, saturés par eau do 

chaux i cc ,2. 
<*) 0,06120 — SO'HO, saturés par eau de chaux 28", 9. 

10 centimètres cubes de liqueur fermentée, saturés par eau de chaux 

3 CC ,7. 
(') Distillé 3oo centimètres cubes, retiré 100 centimètres cubes marquant 
170,5 à l'alcoomètre, à la température de i5 degrés. 









(94) 
Résumé des dosages. 

Avant la fermentation, dans un litre de dissolution 
pesant (après l'addition de la levure) io43 sr ,ôi : 

gr 

Sucre réducteur 08, 5o 

Acide exprimé en S0 3 HO 0,16 

Après la fermentation, le litre pesait y96 gr ,35 : 

Sucre réducteur traces 

Acide exprimé en S0 3 HO 0,80 

Alcool 46, 3o 

Résumé de Vexpérience. 

Acide 

Sucre exprimé 

Volume. Poids. réducteur. Alcool. en S0 3 HO. 

Avant la 

lit. gr g r 

fermentation 3,845 4 OI2 >87 378,73 0,62 

Après la 

fermentation 3,837 3823, 00 traces 177,65 3,07 

Différences — 0,008 — 189,87 —878,73 4- 177,65 -h 2,45 

Le sucre réducteur disparu aurait dû produire i93 gr , 57 
d'alcool : on en a obtenu 177^,65, les -fc. D'après l'alcool 
produit, il y aurait eu un dégagement de 170 grammes d'a- 
cide carbonique 5 la perte de poids pendant la fermentation 
a été 190 grammes. 



<P 



SUR LA SORBITE, 

MATIÈRE SUCRÉE ANALOGUE A LA MANNITE TROUVÉE DANS LE JUS 
DES BAIES DU SORBIER DES OISELEURS. 



En continuant mes recherches sur les fruits utilisés pour 
la fabrication de l'eau-de-vie, j'ai été conduit à étudier 
la fermentation des baies du sorbier, avec lesquelles, dans 
certaines contrées forestières, on prépare soit une boisson 
analogue au cidre, soit de l'alcool. Mes expériences, entre- 
prises à un point de vue pratique, ont principalement 
pour objet de constater la différence, souvent considérable, 
existant entre la quantité d'alcool obtenue par les brû- 
leurs et la quantité d'alcool qu'auraient dû fournir les 
matières sucrées contenues dans les fruits, conformément 
à l'équation de Lavoisier 

C'=H l2 ,2 2(C , H 6 O ï )+4(CO ! ). 

Les sorbes, comme les cerises, les pommes, le raisin, etc. , 
ne rendent pas, à beaucoup près, l'alcool correspondant à 
leur teneur en sucre ; on eu jugera par le résultat de leur 
fermentation, accomplie dans d'excellentes conditions. 



Fermentation du jus de sorbes. 

Les sorbes avaient été cueillies le i cr novembre 1867, 
après une gelée; l'arbre ne portait plus de feuilles. Par 
la presse, on a extrait du fruit ^'S^o de jus pesant 
4995 grammes, qu'on a introduit dans un flacon muni 
d'un tube dont l'extrémité plongeait dans du mercure. La 



(96 ) 

densité du jus était iiio. La fermentation est devenue 
manifeste le 4 novembre, la température étant de i5 à 
16 degrés; le 8 novembre elle était très-active, puis le dé- 
gagementde gaz se ralentit. Le ionovembre,lafermentation 
était terminée. Le liquide, quand il fut éclairci, avait une 
teinte d'un rouge orange. 

Le vin de sorbes possédait une odeur alcoolique très- 
prononcée, une saveur styptique peu agréable. Son volume, 
y compris celui du ferment, était de 4 1U ,493 ; son poids 
4855? r ,6o. 

Examen du jus de sorbes avant la fermentation. 

Dans 100 centimètres cubes de jus extrait par la presse, on a 
dosé: 

gr 

Sucre réducteur (') 8,288 

Acide exprimé en SO'HO ( 2 ).. . . 1,120 

Jus de sorbes après la fermentation. 
Dans 100 centimètres cubes de jus fermenté, on a dosé: 

gr 

Sucre réducteur ( 3 ) Ij70Q 

Acide exprimé en SO'HO (')... . 1 ,098 



(') 10 centimètres cubes de liqueur cupropotassique réduits par oS r ,o5'i7 
de sucre interverti. 
io centimètres cubes de liqueur cupropotassique réduits par o cc ,6G 
de jus de sorbes. 
(*) o? r ,o6ii)5de SO a HO saturés par eau de chaux, 2Ç) cc ,o 

5 centimètres cubes de jus de sorbes, privé d'acide carbonique, saturé 
par eau de chaux, 2G CC ,5. 
( 3 ) 20 centimètres cubes de liqueur de Fehling réduits par o6 r , 1094 de 
sucre interverti. 
20 centimètres cubes de liqueur de Fehling réduits par 6 cc / ( de ji;s 
fermenté. 
(") oS r , 06125 de S0 3 HO saturés par eau de chaux 2o c,: ,o. 

5 centimètres cubes de jus fermenté, après expulsion de CO', sr- 
turés par eau de chaux, 26 cc ,5. 



( 9? ) 
3oo centimètres cubes de jus fermenté, soumis à la distillation : 
Retiré ioo centimètres cubes marquant: 

Alcoomètre n°,o Température i3° 

ii°, 4 » i5° 

Dans ioo centimètres cubes de jus fermenté, alcool 3 CC , 8, en 
poids 3 er ,o20. 













Acide 




Volume. 


Poids. 


Sucre 
réducteur 


Alcool. 


exprime 

en 
S0 3 HO. 


Jus avant la fermentation. 


lit. 
4 ,5oo 

4,49 3 


4995,0 

4855,6 


gr 
372,96 

7<5,79 


gr 


l35,69 


00,1)0 

49,33 


Différences 


— 0,007 


— i39.4 


—296,17 


— 1— 1 35 ,6g 


— 1 ,07 



Les 296^,17 de sucre disparus représenteraient, théori- 
quement, i5ie r , 37 d'alcool; on en a obtenu i35s r , 69, c'est- 

y T 1 9 

a-dire Jes y^y. 

La perte de poids constatée pendant la fermentation a 
été de i3q êr ,4. Or les 296 gr ,i7 de sucre que l'on n'a plus 
retrouvés dans le vin de sorbes, en admettant qu'ils aient 
été détruits par le ferment, auraient dû laisser dégager 
i44 gr ,8 de gaz acide carbonique, 4 à 5 grammes de plus 
que la perte accusée par la balance, différence bien faible, 
si l'on considère que les 4 1U 5 49 du liquide fermenté ont 
nécessairement retenu du gaz acide. En somme, il est 
très-vraisemblable que les -296^, in de sucre manquant 
ont été transformés en alcool et en acide carbonique, 
et qu'une partie de l'alcool a donné naissance à ces pro- 
duits que l'on rencontre dans tous les liquides fermen- 
tes : la glycérine, l'acide succinique, etc. Dans le vin de 
sorbes, il est resté 76^,8 de sucre réducteur, environ 
17 grammes par litre, proportion beaucoup plus forte que 
celle que l'on constate ordinairement dans les moûts de 
V 7 



( 9% ) 
fruits après qu'ils ont fermenté. Comme Pelouze a dé- 
couvert dans les baies du sorbier des oiseleurs un sucre 
non fermentescible, la sorbine, il était naturel de supposer 
que, dans le vin de sorbes, c'était cette matière sucrée qui 
avait échappé à la fermentation ; il y avait donc lieu de la 
rechercher. 

En conséquence, le vin de sorbes fut traité par le sous- 
acétate de plomb-, le précipité, très-abondant, séparé, on 
fit passer dans la liqueur un courant de gaz acide sulfhy- 
drique pour précipiter à l'état de sulfure le plomb ajouté 
en excès, puis le liquide fut évaporé jusqu'à consistance 
sirupeuse. 

Le sirop ne laissa pas déposer de cristaux, même après 
plusieurs mois. Or on sait avec quelle facilité la sorbine 
cristallise. Cette tentative d'extraction de la sorbine fut 
réitérée en 1868 et 186g, sans plus de succès. Les sirops, 
maintenus pendant un mois dans une étuve dont la tem- 
pérature était entretenue à 60 ou 80 degrés, prirent l'ap- 
parence de la gélatine, translucides, d'un jaune pâle, cé- 
dant sans adhérence à l'impression du doigt. On enferma 
cette matière dans un flacon, où elle passa l'hiver. Au 
printemps, elle avait éprouvé une transformation com- 
plète. C'était une masse visqueuse renfermant une multi- 
tude de petits cristaux aciculaires 5 en la soumettant à une 
forte pression, on en fit sortir le sirop, contenant des acé- 
tates alcalins et un sucre réducteur. Le marc lavé à froid 
avec de l'alcool, pressé de nouveau, séché à l'air, était 
blanc, d'une saveur fraîche et sucrée, bien qu'il ne s'y 
trouvât pas la moindre trace de sucre réducteur. Sa solu- 
tion n'exerçait aucune action sur la lumière polarisée. 
Cette substance sucrée est soluble dans l'eau en toute pro- 
portion 5 elle forme un sirop très-difficilement cristalli- 
sablepl a fallu plus de six semaines pour y voir appa- 
raître quelques cristaux en aiguilles très-déliées, d'un 
aspect nacré. On accéléra la cristallisation en posant sur 



( 99 ) 

le sirop concentré exposé à la lumière un petit cristal, ainsi 
que me le conseilla M. Berthelot ('). 

Si cette matière sucrée est à peine sol uble dans l'alcool 
froid, l'alcool chaud, même l'alcool absolu, la dissout en 
proportion notable. J'ai mis à profit cette propriété pour 
l'obtenir à l'état de pureté. En traitant le marc comprimé 
par l'alcool absolu porté à l'ébullition et filtrant, il reste 
un léger résidu jaune poisseux. Parle refroidissement, la 
matière sucrée donne un volumineux dépôt transparent, 
opalin, disposé en mamelons de l'aspect le plus singulier. 
Si l'alcool dans lequel les mamelons sont disposés est dé- 
canté et exposé à une température inférieure à zéro, il 
se forme dans cet alcool sursaturé de nombreux cristaux 
agglomérés en houppes soyeuses. 

Le dépôt opalin formé par suite du refroidissement de 
la solution alcoolique, placé dans le vide sec, se contracte 
considérablement en devenant opaque, d'une grande blan- 
cheur, assez consistant pour être pulvérisé. Dissoute dans 
une petite quantité d'eau, cette matière forme un sirop 
qui, après une longue exposition à l'air, se prend en une 
agglomération de cristaux aciculaires d'une apparence na- 
crée. En comprimant fortement ces cristaux entre des 
linges fins, pour faire sortir le sirop qui pourrait y adhé- 
rer, on obtient une plaque d'une grande blancheur, dure, 
à grains cristallins. 

Cette substance, à saveur fraîche et sucrée, ne réduit 
pas la liqueur cupropotassique ; elle est inactive et ne 
subit pas la fermentation alcoolique. Si l'on ajoute à ces 
caractères la solubilité dans l'alcool chaud, l'insolubilité 
dans l'alcool froid, on est amené à la considérer comme 
analogue à la mannite et à la dulcite; mais elle possède 
d'autres propriétés qui ne permettent pas delà confondre 



(') M. Berthelot se trouvait alors au Liebfrauenberg, chez mon père. Il 
m'engagea à poursuivre l'élude de celte matière sucrée, malgré les diffi- 
cultés que présentait sa préparation. 



( »"<> ) 

avec l'une ou l'autre de ces matières, bien que, comme on 
va le voir, elle en ait la composition; elle paraît donc 
constituer un sucre nouveau appartenant au groupe de la 
formule C 12 H u 1? , que je désignerai, à cause de son 
origine, sous le nom de sorbite. 

Analyse. 

La sorbite a d'abord été desséchée dans le vide sec à 
une température comprise entre ioo et n5 degrés. Elle a 
commencé à fondre vers 60 degrés, ensuite elle a pris un 
peu plus de consistance tout en restant visqueuse, état qui 
rendit la dessiccation fort lente. 



I. — Sorbite préparée en 1860. 

S r gr gr 

Matière brûlée. o,4o4o Acide carbonique. o,57gG = carbone.. . o.i58i 

Eau 0,2789 = hydrogène. o,o3io 

H. — Sorbite préparée en 186g. 

gr er gr 

Matière brûlée. o,3g54 Acide carbonique. o,5685=carbone.. . o,i55o3 

Eau o,273o=hydrogène. o,o33o3 

III. — Sorbite préparée en 1868. 

Il gr gr 

Matière brûlée. 0,4583 Acide carbonique. o,6Ô75=carbone.. . 0,1793 

Eau o,3i55=hydrogène. o,o35o5 

I. II. III. 

Carbone 3g, i3 3g,2i 3g, 12 

Hydrogène 7,67 7,67 7,67 

Oxygène 53, 20 53, 12 53, 21 

100,00 100,00 100,00 

C'est la composition assignée à la mannite. 



( toi ) 

Liebig et Pelouzef 1 ). Fabre ('■). 

Carbone . 39,01 = 3g, i3 3g, 23 

Hydrogène » 7 ,84 

Oxygène » 52, g3 

100 ,00 

Exposée à une température supérieure à 110 à 1 1 5 de- 
grés, la sorbite cristallisée abandonne de l'eau. On a dû 
rechercher si l'eau qu'elle perd pendant la dessiccation s'y 
trouve en proportion définie. De la sorbite en aiguilles 
fines à reflet nacré a été brûlée après qu'on l'eut fortement 
comprimée et exposée à l'air. 

gr e r . .. . S V 

Matière. .. o,43g3 Acide carbonique. . o.oojd = carbone. .. . o,ioji2 

Eau o,3i22 = hydrogène.. o,o34fio 

C 3 7 , 58 

H 7,88 

54,54 

1 00 , 00 

Composition représentée par 

C l2 H l5 13 = C'H^O' 2 -+- HO. 

Les cristaux de sorbite formés par l'évaporation spon- 
tanée de la solution aqueuse renferment par conséquent 



(') En calculant le carbone avec l'équivalent 75 établi par M. Dumas. 
Avec l'ancien équivalent 76, on a : carbone 3g, 55 — 39,78, nombres qui s'ac- 
cordent mieux avec la formule G^H^O' 2 . 

C 39,56 

H 7,69 

52,75 

100,00 

(Annales de Chimie et de Physique, I e série, t. LV, p. i4°; i833). 
C) Annales de Chimie et de Physique, 3 e série, t. XI, p. 72. 



( «* ) 

un équivalent d'eau qu'ils abandonnent à une température 
supérieure à ioo degrés. 

La sorbite analysée o ,43q3 

renfermait eau 0,0207 

Sorbite sèche o,4>86 

dont la composition serait, d'après l'analyse précédente : 

c 39,45 

H 7,73 

52,82 

100,00 

La sorbite serait donc un isomère de la mannite et de la 
dulcite, mais elle se distingue de ces matières par certains 
caractères. Ainsi, unie à un équivalent d'eau, elle fond à 
environ 100 degrés; à no ou m, quand elle est anhydre. 
Je rappellerai ici que la mannite fond à i65, la dulcile à 
182 degrés. La sorbite forme avec l'eau un sirop dans 
lequel les cristaux n'apparaissent qu'après un temps très- 
long. Une solution aqueuse de mannite ne prend pas la 
consistance sirupeuse. Traitée par l'acide nitrique, la 
sorbite ne produit pas d'acide mucique, comme cela a lieu 
avec la dulcite. 

La mannite cristallise en prismes à base quadrilatère; 

La dulcite en prismes rhomboédriques obliques. 

La sorbite se présente en cristaux tellement déliés qu'il 
sera difficile d'en déterminer la forme. 

Elle a d'ailleurs des caractères communs aux sucres de 
la formule C 12 H 14 12 . Mêlée au sulfate de cuivre, elle 
empêche la précipitation de l'oxyde par la potasse. J'ai 
déjà dit qu'elle est inactive et qu'elle ne réduit pas la 
liqueur cupropotassique. L'acide sulfuriquc, même à 
chaud, ne la carbonise pas, et si la dissolution acide est 
saturée par le carbonate de baryte, on obtient un sel 



( »o3 ) 
soluble barylique dont je me propose d'examiner la consti- 
tution. 

La sorbite trouvée dans le vin de sorbes ne parait pas 
être produite pendant la fermentation. On a pu l'extraire 
du jus de sorbes pris à la sortie du pressoir, et transformé 
en sirop avant que ce sirop ait pu subir la moindre modi- 
fication. 






k>4 



SUR 



LA CONGÉLATION DE L'EAU 



La force avec laquelle l'eau tend à se dilater pendant 
la congélation est considérable, puisqu'elle doit être égale 
à la pression qu'il faudrait exercer sur un morceau de 
glace pour en diminuer le volume de 0,08 (') ; aussi cette 
force d'expansion est-elle capable de briser les enveloppes 
les plus résistantes : c'est ce qu'on a constaté depuis long- 
temps. Les Académiciens de Florence, en exposant à un 
froid intense une sphère de cuivre remplie d'eau, en dé- 
terminèrent la rupture, bien que l'épaisseur du métal fût 
de Tôt de P ouce (*)• Huyghens, en 1667, fit éclater en deux 
endroits, par l'effet de la congélation de l'eau, un canon 
de fer ayant un doigt d'épaisseur ( 3 ). 

Ces expériences sont devenues classiques. J'ai pensé 
qu'il y aurait un certain intérêt à les reproduire, en es- 
sayant de faire congeler l'eau dans un cylindre d'un métal 
doué d'une ténacité bien supérieure à celle du fer : un 
canon d'acier, par exemple, supportant, même pour de 
faibles épaisseurs de parois, une pression de plusieurs cen- 



(') La densité de la glace étant 0,92. 

( ' ) Sa tfgi ai naturali esperienze faite nelV Accademia del Cimento, terza 
edizione fiorentina, p. 84. Le métal dont était formé l'appareil employé par 
les Académiciens de Florence est désigné sous le nom A'ottone. La sphère 
était par conséquent en cuivre jaune ou en laiton. 

(') Tubus ferreus, cujus crassicies erat unus digitus, aquâ impletus et rite 
occlusus fuit ; post 12 horas duobus in lécis scissus est. (iDd Hamel, Acad. 
reg., lib. I, § 2, cap. 1. 



( i"5 ) 
laines d'atmosphères, dans les épreuves réglementaires que 
l'artillerie fait subir aux canons de fusils. En supposant 
que l'acier offrît une résistance suffisante, on devait alors 
constater si, conformément à la prévision théorique, l'eau 
enfermée dans le canon conserverait l'état liquide, malgré 
l'abaissement de la température, et cela par suite de l'ob- 
stacle opposé à la dilatation qui accompagne son refroidis- 
sement à partir de -4- 4 ) 1 - 

Un cylindre d'acier fondu et forgé de 46 centimètres a 
été foré jusqu'à une profondeur de i4 centimètres. 

Le diamètre intérieur était de i c ,3; l'épaisseur des pa- 
rois, 8 millimètres. 

Le bas du canon, en acier plein, avait une forme hexa- 
gonale, afin de pouvoir être saisi dans la mâchoire d'un 

étau. 

Le haut du canon, à partir de l'ouverture, portait un 
pas de vis sur lequel s'ajustait, comme un écrou, une pièce 
d'acier évidée, au fond de laquelle, pour assurer la ferme- 
ture, on plaçait une forte rondelle de plomb. Une bille 
d'acier, placée dans l'intérieur, devait indiquer par sa 
mobilité ou par son immobilité si l'eau contenue dans le 
canon était ou non solidifiée. 

La capacité du canon était d'environ 55 centimètres 
cubes. 

I. Le 26 décembre 1870, le canon d'acier, préalablement 
refroidi à -+- 4 degrés, a été rempli avec de l'eau distillée 
non bouillie, également à -f- 4 degrés. Après l'avoir fermé, 
en vissant le couvercle à l'aide d'une clef à levier (c'est la 
partie la plus difficile de l'expérience), en retournant le 
canon, on entendait très-distinctement le tintement métal- 
lique produit par la chute de la bille d'acier. 

A 9 heures du matin, l'appareil fut exposé sur une ter- 
rasse ; la température de l'air était de — i3 degrés. A midi 
(température — 12 degrés), on put s'assurer par le mou- 
vement de la bille que l'eau était restée liquide. Jusqu'au 






( iod ) 

soir l'air se maintint à — 9 degrés. L'eau conserva sa flui- 
dité. 

Le 27 décembre, à 8 heures du matin, le thermomètre 
marquait — 24 degrés; la mohili té de la bille d'acier prouva 
que l'eau avait échappé à la congélation. 

Le 3o décembre, on procéda à l'ouverture du canon, 
la température étant de — 10 degrés. A peine eut-on com- 
mencé à dévisser le couvercle, que l'on vit surgir une lé- 
gère végétation de givre. L'eau gela instantanément, aussi- 
tôt que la pression qu'elle supportait fut supprimée. En 
chauffant le canon de manière à détruire l'adhérence, on 
en relira un cylindre de glace d'une grande transparence. 
Dans l'axe de ce cylindre, il y avait une rangée de très- 
petites bulles d'air. 

Le 2 janviev 1871, au soir, le canon fut rempli d'eau 
à -f- 4°, 2 et exposé sur la terrasse à un froid de — 1 3 de- 






Le 3 janvier, au matin, la température étant de — 18 de- 
grés, l'eau n'était pas congelée; la bille d'acier se mouvait 
en toute liberté. 

A 11 heures, le couvercle du canon fut dévissé, l'air 
étant à — 10 degrés. La congélation eut lieu immédiate- 
ment; comme dans la première expérience, quelques pe- 
tites bulles de gaz étaient disposées dans l'axe du cylindre 
de glace. Ainsi, dans un canon d'acier fondu, à paroi assez 
épaisse pour être considéré comme inextensible, l'eau in- 
troduite à -1- 4 degrés a, pendant plusieurs jours, conservé 
l'état liquide à de très-basses températures. La congélation 
a eu lieu aussitôt qu'on eut supprimé, en ouvrant le canon, 
l'obstacle qui s'opposait à la dilatation de l'eau refroidie. 

C'est la confirmation de l'opinion émise par Charles 
Hutton, en discutant les expériences faites à Québec par le 
major Edwards Williams, sur la rupture des bombes rem- 
plies d'eau et exposées au froid : que si la résistance des 
parois du vase excédait la force expansive développée pen- 



( <<•; ) 

dant l'acte de la congélation, cette résistance deviendrait 
un obstacle à la formation de la glace et que l'eau resterait 
liquide, à la plus basse température ( i ). 



(') From the ingenious experiments, we may draw several conclusions. 
As First, we hence observe the amazing force of the expansion oftheice,or 
the water, in the act of freezing ; which is sufficient to overcome perhaps any 
résistance whatewer; and the conséquence seems to be, either that the water 
will freeze, and, by expanding, burst the containing body, be it ever so 
thick and strong; or e!se, if the résistance of the containing body excced 
the expansive force of ice, or of the water in the act of freezing, tlien, by 
preventing the expansion, it will prevent the freezing, and the water will 
remain lluid, whatever the degree of cold may be. ( Transactions oj the 
Royal Society of Edinburgh, vol. II, p. r>.-j.) 




DU 



FER CONTENU DANS LE SANG 



ET 



DANS LES ALIMENTS. 



Ayant eu, dans mon enseignement, à traiter de l'alimen- 
tation de lhommeet du développement du bétail nourri à 
l'étable, j'ai été conduit à discuter l'influence de certaines 
substances qui n'entrent qu'en très-minimes proportions 
dans les rations alimentaires : du sel marin d'abord et 
ensuite du fer, élément essentiel du sang. 

Pelouze a dosé ce métal dans le sang de divers animaux 
De ioo grammes, il a retiré : 



Sang 
de 
l'homme. Bœuf. 



Fer exprimé à l'état métallique. 



Porc. Oie. Dinde. Poulet. 



gr e Sr r, gr r Sr « r Sr 

o,o5i o,o55 o,o5f) 0,037 o,o33 0,037 
o,o54 0,048 o,o5i o,o33 o,o34 » 



Canard. Grenouille. 

o,o34 



gr 
0,042 



Le sang était brûlé à une température peu élevée dans 
un vase de platine. On dosait le fer dans les cendres, par 
l'excellente méthode volumétrique due à M. Margueritte. 
J'ai suivi le même procédé. Les quantités de métal que j'ai 
rencontrées dans le sang du bœuf et du porc ne diffèrent 
pas notablement de celles trouvées par Pelouze. 

Le sang avait été pris à la sortie de la veine, pesé, des- 
séché, incinéré sous un moufle chauffé au gaz. Dans 
100 grammes, dosé : 

Sang de bœuf. Sang de porc. 



Fer exprimé en métal 



gr 
0,o375 



0,o634 



( lo 9 ) 
La cendre du sang de porc présentait la couleur el l'aspect 
du sesquioxyde ferrique. 

Une fois établi que le fer est une des parties constituantes 
du sang, il devient évident que les aliments doivent en 
renfermer, y compris, bien entendu, les aliments végétaux, 
puisque ce métal entre dans la composition du "sang des 
herbivores et des granivores. 

De ces faits il ressort deux conséquences : la première, 
c'est que s'il était possible de former un régime privé de 
fer, l'animal que l'on y soumettrait succomberait infail- 
liblement, par la raison que le sang ne pourrait pas être 
constitué; la seconde conséquence, c'est que le fer parait 
être tout aussi indispensable à la vie végétale qu'à la vie 
animale. 

On sait d'ailleurs que le prince de Salm-Horstmar, dans 
des expériences remarquables sur le rôle des substances 
minérales dans la végétation, a communiqué la chlorose à 
l'avoine, au colza, en les faisant naître dans un sol exempt 
de fer; chlorose, qu'il fit disparaître par l'intervention de 
l'élément ferrugineux ('). Toutefois, c'est Eusèbe Gris qui. 
le premier, en 1849, rattacha la chlorose des feuilles à l'ab- 
sence ou à l'insuffisance des sels de fer. N'oublions pas 
néanmoins que l'analogie, selon moi assez éloignée, que 
l'on cherche à établir aujourd'hui entre la matière verte 
des plantes et la matière rouge du sang, est née de cette as- 
sertion de M. Verdeil : que le fer existe en forte proportion 
dans la chlorophylle à l'état où il est dans l'hématosine ; par 
suite, on a introduit, en physiologie végétale, le mot chlo- 
rose, emprunté à la pathologie, pour exprimer l'étiole- 
ment des feuilles. 

Le fer existant dans les aliments, probablement même 
dans tous les aliments, il restait, en se plaçant à un point 



(') Annales de Chimie et de Physique, 3 e série, t. XXXII, p. 461 : » Sans 
fer, la couleur verte manque plus ou moins à la plante, qui ressemble à 
un végétal venu dans l'obscurité. » 



I 



( w*> ) 

de vue pratique, à en fixer la quantité, non-seulement dans 
les substances servant à la nourriture de l'homme, mais 
encore dans les fourrages, afin d'être à même d'en apprécier 
la proportion dans les rations alimentaires. Les données 
analytiques que j'ai déjà pu rassembler intéresseront, je 
l'espère, les physiologistes, et aussi les éleveurs, s'il est 
vrai que la bonne constitution du sang exerce une influence 
favorable sur la santé, la vigueur, en un mot, sur la qua- 
lité des animaux et sur celle de leurs produits. 

En ce qui concerne les aliments, les dosages ont été exé- 
cutés à l'état où ils sont consommés, c'est-à-dire avec leur 
eau constitutionnelle ('). J'ai cru devoir doser le fer dans le 
vin, dans la bière et dans quelques-unes des eaux distri- 
buées à Paris, que notre confrère M. Belgrand a bien voulu 
me procurer avec une obligeance dont je ne saurais trop le 
remercier. J'ai à peine besoin d'ajouter que l'eau, soit 
comme boisson, soit en intervenant dans la coction des 
viandes et des légumes, apporte nécessairement un faible 
contingent du métal objet de ces recherches. 

Voici les résultats des dosages que j'ai pu faire jusqu'à 
présent : 

Fer exprimé à l'état métallique. 

Dans i oo grammes de matière : 



Sang de bœuf 0,0375 

Sang de porc o,o634 

Sang blanc de limace 0,0007 

Chair musculaire de bœuf. 0,0048 
Chair musculaire de veau. 0,0027 
Chair musculaire de porc. 0,002g 



Arêtes d'aigrefin , séchées 

à l'air 0,0379. 

Morue dessalée (chair) . . . 0,0042 

Lait de vache 0,0018 

Lait de chèvre 0,0004 

QEufsde poule, sans la coque 0,0057 



Chair de poisson (merlan). o,ooi5 Jaune d'œuf 0,0068 

Merlan, poisson entier.. . . 0,0082 Blanc d'œuf o^ooo5 

Arêtes fraîches de merlan. 0,0100 |-Coquille d'œuf o'o374 

(') Comme il s'agissait de doser de très-minimes quantités de fer, on 
devait se mettre à l'abri, dans les manipulations, de toute introduction 
accidentelle de ce métal. La chair musculaire était dépecée avec un 
couteau en obsidienne; les fruits, les feuilles coupées avec une lame en 
platine. 



( lai ) 



Colimaçon, sansla coquille. o,oo36 

Coquilles de colimaçons. . 0,0298 

Limaces 0,0120 

Nacre 0,0119 

Os de bœuf (frais) 0,0120 

Os de pied de mouton... . 0,0209 

Ivoire 0,0298 

Corne de bœuf (sèche). . . o,oo83 
Cheveux noirs ( homme de 

quarante ans) 0,0765 

Cheveux châtains 0,0186 

Crins de cheval 0,0507 

Plumes de pigeon 0,0179 

Laine de mouton 0,0402 

Peau de lapin, fraîche, épi- 

lée 0,0039 

Poils de lapin 0,0210 

Poils blancs de chien o,o3o5 

Poils noirs de chien ('). . 0,0499 

Souris (entière) 0,0110 

Urine d'homme (moyenne) 0,0004 

Urine de cheval 0,0024 

Excréments de cheval, hu- 
mides o,oi38 

Pain blanc de froment 0,0048 

Excréments de limace ( : ). 0,0750 

Maïs o,oo36 

Riz 0,001 5 

Haricots blancs. 0,0074 

Lentilles o,oo83 

Pois o,oo5i 

Avoine o,oi3i 

Pommes de terre 0,0016 

Carottes (racines) 0,0009 

Feuilles de carottes 0,0066 



Pommes 0,0020 

Fraises 0,0010 

Feuilles d'épinards o,oo45 

Chiendent; feuilles 0,0080 

Chou, intérieur, étiolé. . . 0,0009 

Chou, feuilles vertes. . . . 0,0039 
Chou pommé , feuilles 

vertes 0,0022 

Chou pommé, intérieur 

étiolé 0,0008 

Champignons de couche. 0,0012 

Neottia nidus avis ( 3 ).. . o,ooi3 

Guy o,oo34 

Pin laricio; aiguilles ver- 
te s, anciennes 0,0080 

Aiguilles pâles, nouvelles 0,0010 

Cônes 0,0019 

Ecorce o,eo32 

Bois 0,0004 

Fleurs de lis, pétales. .. . 0,0007 

Foin 0,0078 

Paille de froment 0,0066 

Warech, séché à l'air. . . o,o548 

Boissons, dans 1 titre. 

Vin rouge du Beaujolais. 0,0109 

Vin blanc d'Alsace 0,0076 

Bière 0,0040 

Eau de Seine , Bercy 

(14 mai), filtrée 0,00040 

Eau de laMarne(ioavril) o,ooio5 

Eau delà Dhuys (10 avril) 0,00104 

Eau du puits de Grenelle. 0,00160 

Eau du puits de Passy. . . 0,00280 

Eau de la mer (Nice) ('). 0,00070 






Etablissons maintenant, avec les données précédentes, 
la quantité de fer contenue dans divers régimes alimen- 
taires. 



(') L§s poils pris sur le même chien. 
(') Cendres rougeâtres. 
(') Parasite pris sur la racine d'un pin. 

(*) Cette eau, prise il y a quelques années, était dans un tlacon bouché 
à l'émeri. 



(11-2) 

Ration du marin français. 

Fer contenu. 

S* gr 

Pain 75o ou l'équivalent en biscuit o,o36o 

Viande 3oo ou l'équivalent en viande salée. . 0,0144 

120 haricots, lentilles 0,0101 

ao rais en infusion » 

i5 et huile d'olive 6 gr » 

20 o , ooo5 

4So o , oo5 1 

Go „ 

22 » 



Légumes secs . . 

Café 

Beurre .' 

Choux 

Vin 

Eau-de-vie 

Sel marin 



Fer dans la ration 0,0661 

Dans la ration du soldat, peu différente de celle 
du marin : fer 0,0780 

Ration d'un ouvrier anglais. 

Ouvrier travaillant au chemin do fer de Rouen, d'après 

M. de Gasparin. 

e r gr 

Pain 750 o,o36o 

Viande 65o o,o3i2 

Pommes de terre 1000 0,0160 

Bière a ,h o ,0080 



Fer dans la ration 0,091a 

Dans la ration journalière des ouvriers en Irlande, la 
pomme de terre remplaçant le pain (') : 

Pommes de terre 6000 

Lait 5oo 



Bière . 



Pain 917 

Légumes secs à l'huile ou au 

lard 120 

Vin 48 clit 



Ration du forçat soumis au travail. 

gr 



gr 
o , 0960 

o , 0090 

0,0040 

o, 1090 

gr 
0,0440 



0,0099 

e,oo52 
0,0591 



(') Payen. Substances alimentaires, page 507. 



( "3 ) 



Ration du cheval de la cavalerie de réserve. 



Fer. 



Foin 5ooo o,3goo 

Avoine 36oo 0,4716 

Paille p. nourrit, et litière. 5ooo moitié pour nourriture... o,oi5o 

1 ,0166 
Ration du cheval attelé a de lourdes voitures. 



Foin. . . 
Avoine. 



7000 o , 5460 

7750 .... I,Ol52 

1 ,56i2 



Une vache du poids de 600 kilo- 
grammes consommant par jour. Foin. 

Produit en moyenne Lait . 

Au maximum de rendement 

Un veau, pendant l'allaitement, 
consomme, en moyenne Lait . , 



Fer. 

kil gr 

17,05 reçoit .... 1 ,365 

7,5a contenant. . 0,1 35 

i4,4 2 0,260 

io,3 contenant. o,i85 



Chez un individu ayant atteint son complet développe- 
ment, le fer compris dans la ration ne fait que traverser 
l'organisme, en apparence du moins. Je dis en apparence, 
parce que, le métal donné chaque jour avec la nourriture 
remplaçant celui qu'éliminent chaque jour les fonc- 
tions vitales, on retrouvera dans les excrétions une quan- 
tité de fer égale à celle qui aura été introduite. Le sang 
brûlé, expulsé par le rein après la combustion respiratoire, 
entraine évidemment une partie du fer entrant dans sa 
constitution . La présence du métal dans l'urine de l'homme, 
dans les déjections du cheval, établit la réalité de celte éli- 
mination. 

Pour un animal en voie de croissance, tout le fer ne sera 
pas éliminé, et il y aura chaque jour du fer fixé dans l'orga- 
nisme, comme il y a, dans cette condition, fixation d'azote, 
de phosphates, de phosphore, de soufre, par cela même 
qu'il y a production de sang, augmentation de chair mus- 
culaire, dont le fer est partie intégrale. Ajoutons que les 
V. 8 



( "4) 

os, les poils, la peau, les plumes chez les oiseaux, retiennent 
ce métal en notable quantité. 

Il a paru intéressant de rechercher en quelle proportion 
le fer se trouvait dans l'organisme d'un animal. 

Mouton. — A l'occasion d'observations sur l'engraisse- 
ment, on fut obligé de peser les divers organes, le squelette, 
la peau, la laine, la graisse, la chair, le sang d'un mouton 
pesant 32 k 6,c>7 après qu'on eut vidé les intestins ('). 

En appliquant les dosages, on trouve que le fer contenu 
doit approcher de 3s r ,38, soit o,ooon du poids du mou- 
ton. 

Souris. — Dans la cendre d'une souris du poids de 
27 grammes et brûlée dans le moufle, on a dosé : 

Fer, o sr ,oo3o, les 0,00011 du poids de l'animal. 

i 

Poisson. — Un merlan pesant 182 grammes a laissé une 
cendre très-blanche, dans laquelle on a dosé : 

Fer, o gr ,oi49, les 0,000082 du poids du poisson. 

Il n'y aurait donc pas au delà de r ^ TT de fer. Pour les 
invertébrés ne renfermant ni os ni arêtes, la fraction serait 
encore moindre : elle n'a pas atteint 0,00004 dans les coli- 
maçons, et n'a pas dépassé 0,000012 dans des limaces 
auxquelles on avait enlevé les intestins. 

^ Tout infime que soit la quantité de fer constatée, elle 
n'en est pas moins indispensable, puisque, sans elle, il n'y 
aurait probablement pas de sang constitué. Il y a là un 
nouvel exemple de l'intervention efficace d'infiniment 
petits dans les phénomènes de la vie. 

C'est au fer que, généralement, on attribue la couleur 
du sang. L'hématosine, matière colorante des globules, en 
contiendrait au nombre de ses éléments; mais la présence 



(') Bobssingault, Économie rurale, t. II, p. 628, 2' édition. 



( **) 

de ce métal n'expliquerait peut-être pas d'une manière 
satisfaisante la coloration en rouge de l'hématosine, puis- 
qu'il résulte des expériences de MM. Mulder et van Gou- 
doever qu'elle en peut être dépouillée complètement sans 
que sa couleur soit modifiée ('). Ensuite on est amené à 
n'accorder à la couleur du sang qu'une importance limi- 
tée, par cette raison qu'elle semble manquer entièrement 
dans le sang de presque tous les animaux invertébrés ( 2 ) . « Si 
l'on ouvre le coeur d'un colimaçon ou d'une huître, on y 
trouve un liquide dont le rôle physiologique est le même 
que celui du sang d'un animal vertébré ; seulement, au lieu 
d'être rouge, il est incolore. C'est bien du sang au même 
titre que le fluide nourricier de l'homme ou du cheval, mais 
c'est du sang blanc au lieu d'être du sang rouge ( a ). » Or les 
observations microscopiques montrent que le sang incoloré 
est à peu près constitué comme le sang coloré des vertébrés. 
Chez les mollusques, les globules du sang blanc sont circu- 
laires, plus ou moins aplatis ( 4 ). 

Il y avait lieu de rechercher le fer dans ce sang. N'ayant 
pu d'abord m'en procurer en quantité suffisante, j'ai dû 
me borner à doser ce métal dans un mollusque. 

i4o grammes de colimaçons dégorgés, c'est-à-dire pri- 
vés de nourriture depuis longtemps, ont été séparés de 
leurs coquilles, desséchés et brûlés sous le moufle. 

Dans les cendres, on a trouvé o gr ,oo5o de fer. Pour 
ioo grammes, fer o sr ,oo36. 

Ainsi la chair de ces colimaçons injectée de sang blanc 
renfermait à peu près autant de fer que la chair musculaire 
du bœuf, du veau et du porc injectée de sang rouge. 

Ce résultat n'apportait néanmoins aucune donnée cer- 



(') Milne Edwards, Leçons de Physiologie, t. I, p. 17g. 
( ! ) Milsiï Edwards, p. 10^. 
( s ) Milne Edwards, p. 91. 
( 4 ) Milse Edwards, p. 96. 



(n6 ) 

taine sur la proportion de fer dans le sang et dans la chair 
du mollusque; d'abord parce que l'escargot sécrète conti- 
nuellement un mucilage calcaire destiné à former la co- 
quille, dans laquelle il y a autant de fer que dans les os des 
mammifères ; ensuite il n'est pas vraisemblable que, même 
après une diète prolongée, l'intestin soit complètement 
vidé; de sorte que dans les cendres il pourrait y avoir du 
métal étranger à l'organisme proprement dit. Une re- 
cherche directe du fer dans le sang d'un invertébré était 
donc indispensable; mais la quantité de sang blanc qu'il 
fallait se procurer créait une difficulté réelle que l'on sur- 
monta cependant. 

Les limaces jaune-orange, si communes dans les forêts 
et dans les potagers, ont les deux cavités, où logent les 
poumons et le cœur, protégées par un disque charnu placé 
sur le devant du dos. Après avoir bien étudié la position 
des organes, on ouvrait le coeur avec une pointe en pla- 
tine; il n'en sortait ordinairement qu'une ou deux gouttes 
de liquide; on jugera par là combien de cœurs de li- 
maces il a fallu percer pour en recueillir une centaine de 
grammes. 

Ce sang est presque incolore, légèrement opalin, teinté 
de jaune; liquide au moment de l'extraction, il prend bien- 
tôt une consistance demi-gélatineuse; au microscope, on y 
aperçoit de nombreux globules plus ou moins aplatis, 
elliptiques, serrés l'un contre l'autre; çà et là de petites 
flaques de liquide sans globules, quelques granules, quel- 
ques lambeaux cellulaires, de rares fragments d'un aspect 
cristallin. Quant à la dimension des glohules, elle différait 
peu de celle des globules du sang de vache pris pour terme 
de comparaison. En piquant la chair d'une limace à une 
certaine distance du cœur, il en sort une lymphe incolore, 
sans globules, et dans laquelle, en s'aidant d'un fort grossis- 
sement, on distingue des granules sphériques. 
Le sang blanc des limaces est alcalin. 



( "7 ) 
Dans ioo grammes on a trouvé : 

gr gr 

Matières sèches 3,go5 eau 96,095 

Cendres blanches 0)767 •> 

Fer exprime en métal. 0,00069 " 

Le fer est en proportion tellement faible que l'on peut 
hésiter à le considérer comme un élément du sang blanc ; 
s'il en est une des parties constituantes, la chair de limaces 
ne devrait en renfermer que des traces-, du moins a-t-ou 
reconnu que pour les animaux supérieurs la chair contient 
beaucoup moins de fer que le sang rouge. 

En raisonnant par analogie, la proportion de fer entrant 
dans l'ensemble de l'organisme de l'invertébré pouvait 
donc jeter du jour sur la question de savoir si le métal 
trouvé dans le sang blanc appartient à ce fluide-, on a, en 
conséquence, dosé le fer dans les limaces, et pour éloigner 
les causes d'erreurs qu'auraient occasionnées les cendres 
des aliments qui n'auraient pas été digérés, les déjections 
qui n'auraient pas été rendues, on a enlevé les intestins 
avant de procéder à la combustion. 

100 grammes de limaces ont donné : 

gr gr 

Matières sèches i5,ii; eau 84,88 



Cendres blanches 3, 00 

Fer exprimé en métal. . 0,00176 



A poids égaux, la limace renfermerait donc deux fois 
autant de fer que le sang; mais comme il entre dans le sang 
beaucoup plus d'eau que dans la chair, la comparaison 
doit porter sur les matières sèches. 



Fer. 



Dans ioo grammes de sang sec 0,0177 

Dans 100 grammes de limaces sèches 0,0078 

La différence est dans le même sens que pour les mam- 
mifères, mais elle est bien moins grande. 



(n8) 

Ainsi, pour le bœuf, si l'on discute les données présen- 
tées au commencement de ce travail, on a 

Matières fixes. Fer. 
er gr 

Dans ioo grammes de sang 22,0 o,o525 

Dans 100 grammes de chair 22,5 0,0048 

Après dessiccation : 

Fer. 

Dans 100 grammes de sang sec o,23g 

Dans 100 grammes de chair sèche o ,021 

On remarque qu'à l'état normal le sang de limaces con- 
tiendrait yj du fer trouvé dans le sang de bœuf. Peut-être 
pourrait-on soutenir que c'est à cause de l'exiguïté de la 
proportion de fer que le sang des invertébrés n'est pas sen- 
siblement coloré. Il n'est pas probable cependant qu'il y 
ait dans le sang blanc à globules elliptiques un composé 
analogue à l'hématosine, même en minime quantité, par 
cette raison que, en le concentrant, il ne prend pas la 
nuance brune caractéristique de la matière colorante du 
sang rouge. 

Les invertébrés n'absorberaient donc que dans une li- 
mite extrêmement restreinte les principes ferrugineux des 
aliments. Les limaces consomment comme nourriture des 
feuilles vertes dans lesquelles il y a, pour 100 grammes, 
o Br ,oo4 à o sr ,ooy de fer, dont la plus grande partie a été 
retrouvée dans les excréments. Dans 100 grammes de déjec- 
tions humides on a dosé : fer 0^,075. Aussi ces déjections 
ont-elles laissé des cendres rougeâtres. 

Répartition du fer dans les matériaux du sang. 



On s'est proposé de rechercher comment le fer est ré- 
parti dans les trois principes essentiels du sang rouge : la 
fibrine, la matière des globules, l'albumine. 



( "9) 
Le sang duquel on a retiré ces principes provenait d'une 
vache demi-grasse. 

Fibrine. 

La fibrine a été extraite par le battage du sang encore 
chaud; lavée sous un filet d'eau, elle est devenue à peu près 
incolore. 

ioo grammes, lavés, bien égouttés, ont donné : 

Fibrine sèche 29,15 

Après combustion, cendres 0,627 

Dans lesquelles on a dosé, fer (métal). 0,0x35^ 

Rapportant à la fibrine desséchée, ioo grammes contien- 
draient : 

gr / 

Substances minérales 2, i5io 

Fer (métal) 0,0466 

Globules. 

Les globules ont été préparés par le procédé de M. Du- 
mas, fondé sur une de leurs propriétés bien remarquable, 
celled'être insolubles, tantqu'ils sont en contact avec l'oxy- 
gène, tant que le sang défibriné, mêlé à une solution de 
sulfate de soude, est traversé par un courant d'air rapide et 
continu. L'albumine du sérum est entraînée par la dissolu- 
tion saline. Les globules sont desséchés dans le vide, traités 
par l'alcool et l'éther pour les rendre insolubles , puis la- 
vés avec de l'eau afin de leur enlever le sulfate de soude 
dont ils sont imprégnés ('). 

4 grammes de la matière des globules, séchée dans le 
vide, ont laissé : 

gr gr 

Cendres rouges volumineuses. . o,o53 pour 100, 1 ,325 



On a dosé : fer exprimé en métal. o,oi3gg 



o,35o 



( ' ) Dumas, Recherches sur le sang. {Annales de Chimie et de Physique, 
3« série, t. XVII, p. 452.) 



( la ° ) 

Les cendres n'étaient évidemment pas uniquement for- 
mées de sesquioxyde, car o gr , 35 de métal équivalent à 
o m ,5odeFe 2 3 . 

II y avait, par conséquent, avec le sesquioxyde d'autres 
substances minérales; on a, en effet, reconnu dans les 
cendres des globules : de l'acide phosphorique, de la chaux 
et de la magnésie. 

Alb umine-sérum . 

La coagulation du sang défibriné n'a eu lieu que très- 
incomplétement. Le sérum restait fortement coloré; il 
apparut des vibrions. 

On réussit mieux avec le sang de vacbe non défibriné. 
Le caillot se déposait encore avec lenteur ; cependant on 
put, par décantation, retirer un sérum d'une teinte légè- 
rement rouge, dans lequel au microscope on n'apercevait 
pas de globules. 

Dans io3 grammes de sérum, on a dosé : 



Matières sèches g, 78 

Substances minérales.. o,853 
Fer exprimé en métal. 0,00842 

Rapportant à 100 de sérum sec : 



pour 100, g,5o 
0,828 
» o , 0082 



Substances minérales ... 8,715 

Fer (métal) 0,086 



Résumé. 



Dans ioo de matières sèches 



Substances 
minérales. 



Fibrine 2,i5t 

Globules ^325 

Albumine (sérum sec). 8,715 



exprimé en métai. 

0,o466 
o,35oo 
o,o863 



Ainsi on a dosé, dans les globules, sept fois autant de 



( 121 ) 

fer que dans la fibrine, quatre fois autant que dans l'albu- 
mine. 

Voyons si, avec ces données, on retombera sur la quan- 
tité de fer trouvée dans le sang par les dosages exécutés sur 
ce fluide. 

Les analyses ont établi ainsi qu'il suit la composition du 
sang. Pour ioo : 

Sang Sang 

de l'homme ( l ). de vache ( s ). 

Fibrine o,3 o,4 

Albumine. ....... 7,0 7,4 

Globules 12,7 10 > 5 

Substances minérales. 1,0 i>o( 3 ) 

Eau 79»° 8o '7 

100,0 100,0 

D'après la répartition des substances minérales et du fer 
dans les trois substances azotées constituant le sang, on 

aurait : 

Sang de l'homme. 

Substances minérales. Fer. 

gr gr g r 

Fibrine... o,3 o,oo645 0,00014 

Albumine. 7,0 o,6ioo5 0,00604 

Globules.. 12,7 0,16827 Q,o444 5 

0,78477 o,o5o63 

Sang de la vache. 

Substances minérales. Fer. 

gr gr gr 

Fibrine... 0,4 0,00860 0,00019 

Albumine. 7,4 °,644gi 0,00639 

Globules.. io,5 0,13912 0,03675 

0,79263 o,o4333 

(') Dcmas. 

(') G AVARE! . 

( a ) On avait dosé comme albumine la matière sèche du sérum. On a 
supposé que dans cette albumine se trouvait 1 de substances minérales. 



( 122 ) 

Par le dosage direct, on a trouvé : 

Dans ioo grammes de sang de l'homme, fer (métal). 0^05 1 
Dans ioo grammes de sang de bœuf, fer (métal) . . o ,048 

En prenantla totalité des dosages directs, dans 100 gram- 
mes du sang des herbivores, on a rencontré o6 r ,o38 à 
o gr , o55 de fer. 

Le fer contenu dans le sang, calculé d'après sa réparti- 
tion dans la fibrine, l'albumine et les globules, ne diffère 
pas sensiblement du fer dosé directement. 

La forte proportion de fer dans les globules rouges tient, 
à n'en pas douter, à la présence de la matière colorante. 

L'hématosine, extraite du sang déûbriné, est d'un brun 
foncé, insipide, insoluble dans l'eau pure, soluble dans 
l'eau et dans l'alcool rendus légèrement alcalins. Les cen- 
dres qu'elle laisse sont très-riches en sesquioxyde de fer. 

De l'hématosine, préparée par MM. Tabourin et Le- 
maire, professeurs à l'École vétérinaire de Lyon, après 
avoir été séchée dans l'extricateur, a donné pour 100 : 

Cendres rouges io, 7 5o 

Dans lesquelles on a dosé, fer 6 , 33o 

6,33 de métal équivalent à 9,043 de sesquioxyde; il 
reste 1,707 de substances minérales unies ou mêlées à 
l'oxyde de fer. La réaction du nitrate de cérium ayant si- 
gnalé la présence de l'acide phosphorique, on a procédé 
à l'analyse des cendres. 

Dans 100 grammes de cendres de l'hématosine, on a 
dosé : 

Sesquioxyde de fer 84 , 1 2 1 

Acide phosphorique i3,5i2 

ch aux 2)Q 8o 

100,619 

Si l'on considère la chaux comme étant à l'état de 



( "3 ) 
PhO 8 , 3CaO, et l'acide phosphorique restant, après la 
saturation de la chaux, constituant le phosphate de fer 
3Ph0 6 , aFe 2 3 , la composition des cendres serait repré- 
sentée par : sr 

Sesquioxyde de fer 7^ . 97 

Phosphate de fer r 9> "4 

Phosphate de chaux 5 , 5 1 

100,62 

Sans se préoccuper de la constitution des phosphates 
qu'elle renferme, la composition de l'hématosine examinée 
peut être exprimée par : 

Matières organiques 09,20 

Sesquioxyde de fer. ............ 9>°4 

Acide phosphorique l A* 

Chaux °»7 2 

100,46 

Un fait assez inattendu, révélé par ces recherches, c'est 
que, dans la chair musculaire, il y a bien moins de fer que 
dans le sang. La différence est même fort notable. 

Dans 100 grammes Dans 100 grammes 
de sang. de chair. 

gr r 

Bœuf, fer 0,047 o,oo5 

Porc, fer o,o58 o,oo3 

Cependant le sang et la chair renferment à peu près la 
même quantité de matières fixes : ce qui a fait dire que le 
sang est de la chair liquide. L'expression manque peut- 
être de justesse, parce que le sang, dérivant directement 
des aliments, comprend nécessairement tout ce qui con- 
tribue à constituer l'organisme, tandis que, la chair mus- 
culaire étant seulement un des matériaux de l'organisme, 
on ne doit plus y retrouver, du moins dans la même pro- 
portion, les principes du sang dont une partie, les phos- 
phates, concourent au développement des os; nul doute 




( «* ) 

que du fer accompagne ces phosphates; et c'est aînsi que, 
dans les concrétions minérales où le calcaire domine, phos- 
phate des os, carbonate des coquilles, on trouve ce métal 
en assez forte proportion, puisque dans too grammes d'os 
de coquilles, il y en a quelquefois o B \o4. 

Que le fer soit indispensable à là vie des animaux, cela 
ressort de sa présence constante, non-seulement dans le 
sang rouge, mais encore dans le sang blanc ; dans le sang 
des limaces sec, il y en a, pour ioo grammes, o6 r ,oi8, et 
bien qu'il n'entre pas dans un composé à coloration in- 
tense, tel que l'hématosine, ce métal peut fort bien con- 
tribuer à l'apparition des faibles teintes jaunes, bleues, 
roses que prend assez souvent le sang blanc par son expo- 
sition à l'air. Le sang des annélides est rouge ; et, d'après 
quelques essais encore incomplets, il s'y trouverait plus de 
fer que dans le sang des limaces ('). 

L'état morbide, la chlorose, dont les plantes à feuillage 
vert sont affectées quand le fer vient à manquer dans le 
sol, prouve la nécessité de son intervention dans la vie 
des végétaux ; on le rencontre, en effet, dans les feuilles 
vertes, dans les fleurs, les fruits, les tiges, l'écorce et les 
racines. On ne saurait être aussi affirmatif lorsqu'il s'agit 
des plantes dénuées de parties vertes ; sans doute il y a 
du fer dans les cryptogames : ioo grammes à'Agaricus 
campestris, de Ncottia nicius avis en out donné O s r ,ooi3, 
soit environ o,oi3 pour 100 grammes de plante sèche; 
mais on ne doit pas oublier qu'un végétal puise à la fois 
dans le sol les substances qui lui sont utiles elles substances 
qui ne lui sont pas nuisibles ; en sorte que le fer pourrait 
être à un état passif. Une expérience, dont on comprendra 



(/) ioo grammes de vers de terre vidés ont donné : 

Matières sèches '7, Si 

Cendres rougeàtres 4,22 

Fer o,o3653 



■M 



( la5 ) 

toutes les difficultés d'exécution, devait seule décider si 
le fer entrait réellement dans la constitution de la plante : 
il s'agissait de suivre un végétal d'un ordre inférieur dans 
son développement, en lui assignant pour sol un milieu 
pourvu d'agents fertilisants apportant l'azote, le carbone, 
les éléments de l'eau, l'acide phosphorique, les bases al- 
calines et terreuses. Il fallait, en outre, que l'observateur 
put, à volonté, exclure de ce milieu les sels de fer ou les 
faire intervenir, afin d'apprécier nettement leur influence. 
Ce sujet a été traité avec une rare persévérance et un 
grand talent d'observation par M. Raulinf). Il résulte 
de son travail qu'une mucédinée, V Aspeigillus niger, à 
égalité de fertilité du milieu ensemencé de spores, à éga- 
lité de température et d'bumidilé, ne donne des récoltes 
maxima qu'autant qu'un sel de fer est au nombre des 
agents fertilisants. Par exemple : 

Sans l'intervention du fer, la récolte 

sèche pèsera de 4 il 7 grammes. 

Avec l'intervention du fer, la récolte 

sèche pèsera de 19 à 25 » 

M.Raulindéduitd'expériences multipliées que 1 gramme 
de fer introduit à l'état de sel déterminerait un excédant 
de récolle de 857 grammes. 

Lorsque l'on n'ajoute pas de fer au milieu, la mucédinée 
se développe néanmoins dans certaines limites ; on a une 
récolte minima. C'est que, en réalité, ainsi que le fait 
remarquer M. Piaulai, l'élément que l'on croit avoir sup- 
primé existe encore à titre d'impureté. Si le milieu dans 
lequel on sème les spores pèse, comme c'est souvent le 
cas, 3ooo grammes, il suffit qu'il s'y trouve un ou deux 
millionièmes de fer pour que l'action du métal se mani- 



(') Rallix, Recherches sur le développement d'une mucédinée dans un mi- 
lieu artificiel, Thèse présentée à la Faculté des Sciences de Paris. 



( »6) 
feste. Il n'eu serait autrement que si l'eau, les poussières 
de l'air, les agents fertilisants employés, même les spores 
de la mucédinée que l'on sème, étaient absolument exempts 
de fer, condition que tout observateur considérera comme 
impossible à réaliser. 

Que dans la végétation de X Aspergillus , ainsi que l'in- 
sinue M. Raulin, le rôle du fer consiste à empêcher la 
formation d'une substance vénéneuse nuisant à la végé- 
tation, ou bien que le fer entre dans la constitution de la 
mucédinée, toujours est-il qu'il disparaît -, l'observation 
l'établit, et le sol, après l'avoir perdu, retombe dans l'état 
de fertilité incomplète où il était avant son intervention. 
XJ Aspergillus récolté doit donc contenir du fer. Je n'y ai 
pas cherché ce métal, mais je l'ai cherché dans du Peni- 
cillum, obtenu en semant des spores sur du glucose dissous 
dans le liquide fertilisé de M. Raulin ( l ), renfermant 
o gr ,o64 de sulfate de fer. 

La récolte de Penicillum humide a pesé 8,2 

» sèche a pesé. . . i ,3^ 

On a dosé : fer (métal) o,ooi5 

Le fer du sulfate ajouté devait peser 0,001 3 

Le fer du milieu fertile avait donc pénétré dans le Pe- 
nicillum récolté. 

Après cette discussion, dans laquelle je me suis surtout 
appuyé sur les belles recherches de M. Raulin, je suis 
porté à croire que le fer trouvé dans les champignons, dans 
le Neottia nidus avis, dans le Penicillum, appartient à la 
constitution de ces cryptogames, et que, tout au moins, il 
est indispensable à leur développement. 

M. Raulin a reconnu que le fer n'est pas le seul métal 
agissant avec efficacité sur le développement de 1 ' Asper- 
gillus; le zinc posséderait la même faculté 5 et si je n'ai 

(■) Raulin, p. 1 1 5. 



( Ia 7 ) 
pas insisté sur ce fait fort intéressant, c'est que, dans les 
conditions ordinaires de la vie végétale, le fer seul inter- 
vient, parce qu'il est partout : dans la terre, dans l'eau, 
dans riiumus. 

Ainsi que je l'ai dit, on à cherché à établir une analogie 
entre la matière colorante verte des feuilles et la matière 
colorante rouge du sang, en se fondant sur ce fait, dont je 
ne trouve nulle part une confirmation suffisante, que le 
fer existerait en forte proportion dans la chlorophylle et 
à l'état où il est dans l'hématosine. D'abord une analyse 
de M. Plaunder n'y indiquerait qu'une trace de ce métal. 
Il est, au reste, difficile de raisonner sur la constitution 
d'une matière que l'on n'a pas encore obtenue pure, et en- 
trant pour si peu dans l'organisme, que Berzélius estimait 
que toutes les feuilles d'un grand arbre n'en fourniraient 
peut-être pas 10 grammes. Tout ce que l'on sait, sous le 
rapport physiologique, c'est que la chlorophylle paraît dé- 
river du protoplasma, qu'elle se répand dans toute la cel- 
lule et qu'elle n'est pas autre chose que du protoplasma 
vert ('). Mais si l'on ne connaît pas sa nature, son rôle 
chimique est bien déterminé ; sous l'action de la lumière, 
elle dissocie l'acide carbonique. 

En partant de cette opinion, que le fer est un élément 
constant de la chlorophylle, on est amené à supposer 
dans les feuilles vertes une proportion de métal beaucoup 
plus élevée que dans les feuilles non colorées, que dans les 
feuilles étiolées. J'avoue que je ne crois pas qu'il en soit 
toujours ainsi, à moins que la feuille non colorée appar- 
tienne à une plante venue dans un sol privé de fer ; mais 
alors, même à la lumière solaire, la feuille resterait blanche. 
Il y a certainement dans ce fait, que je crois parfaitement 
établi, une preuve de l'influence des sels de fer sur l'appa- 
rition delà chlorophylle. Dans le cas où la plante aurait 






(') Sachs, Physiologie végétale, p. 34 1 C traduction). 



( 1=8 ) 

crû dans un sol pourvu de fer, une feuille étiolée, par suite 
de sa situation dans l'obscurité, contiendra, comme une 
feuille verte, du fer originaire delà terre. Il est vrai que 
l'analyse semble indiquer plus de fer dans les feuilles 
vertes ; mais cette différence pourrait tenir en partie à ce 
que, dans les feuilles non colorées, il y a une beaucoup 
plus forte quantité d'eau constitutionnelle; c'est ce qu'il 
faut examiner. 

Un chou pommé a ses feuilles externes épanouies enve- 
loppant des feuilles internes contournées, fortement ser- 
rées, que la lumière ne peut plus atteindre ; cet étiolement, 
opéré naturellement au centre du cbou, les jardiniers le 
produisent lorsqu'ils veulent blanchir, pour les attendrir, 
les salades et certains légumes, en ramassant et liant au 
sommet les feuilles extérieures, de manière à emprisonner 
les feuilles intérieures. 

Dans ioo erammes de feuilles vertes de 

choux dosé, fer 0,00224 

Dans 100 grammes de feuilles blanches, fer. 0,00080 

Il y aurait près de trois fois autant de fer dans les feuilles 
vertes que dans les feuilles blanches. La cause de cette 
différence dépend -elle seulement de la présence de la 
chlorophylle dans les feuilles vertes? Non : elle provient 
aussi de ce que les feuilles non colorées sont plus aqueuses. 

100 grammes de feuilles vertes ont donné : 

■ < ° r 

Matières sèches. i5,2 

Cendres. 3 , o4 

100 grammes de feuilles blanches : 

Matières sèches n 5 6 

Cendres ,63 

Les feuilles vertes, exposées au soleil, contenaient deux 
fois autant de matières sèches, cinq fois autant de sub- 



( *9 ) 
stances minérales que les feuilles non colorées. Ces diffé- 
rences sont la conséquence de leur position. 

La transpiration et, par suite, la fixation des substances 
venant du sol ont été naturellement bien plus prononcées 
chez les feuilles vertes; de sorte que, en ramenant à l'état 
sec, la différence entre les quantités de fer est singulière- 
ment amoindrie, bien qu'elle persiste cependant. 

Dans ioo de feuilles vertes sèches, fer. . o,oi475 
Dans ioo de feuilles blanches sèches, fer. o,oioS3 

Le fer existe donc dans les feuilles non colorées comme 
dans les feuilles vertes; il suffit d'ailleurs de les exposer au 
soleil, de leur donner de l'air pour qu'elles prennent la 
teinte verte. Sous l'action de la lumière, la chlorophylle est 
constituée par le concours du fer préexistant. 

Je ne crois pas inutile de présenter ici deux observations 
tendant à corroborer les faits que l'on vient d'exposer, en 
établissant toutefois qu'il y a une plus forte proportion de 
métal dans les feuilles les plus colorées. On a d'abord dosé 
le fer dans les aiguilles d'un pin laricio. 

1. Dans ioo grammes d'aiguilles d'anciennes pousses 
d'un vert foncé : 

Fer 0,0080 

Matières sèches 44 » 3° 

Cendres 1 ,36 

Dans 100 grammes d'aiguilles de nouvelles pousses d'un 
vert très-pâle : 

gr 

Fer o , 00096 

Matières sèches. ... 29, 70 

Cendres o , 58 

Dans les aiguilles anciennes, les plus vertes, il y aurait 
dix fois autant de métal que dans les aiguilles les moins co- 
lorées. 

V. - 9 









( &*• ) 

Ramenant à l'état sec : 

gr 

Dans ïoo grammes d'aiguilles vertes, fer 0,0180 

Dans ïoo grammes d'aiguilles peu colorées, fer. o,oo34 

Les aiguilles fortement colorées renfermaient six fois 
plus de fer que les aiguilles d'un vert pâle. 

Les feuilles fraîches sont décolorées quand elles restent 
en digestion dans l'alcool. La matière verte est dissoute, et, 
avec elle, la chlorophylle; en conséquence, s'il entre du 
fer dans la chlorophylle, on le retrouvera parmi les cendres 
de l'extrait alcoolique; car les autres principes immédiats 
solubles dans l'alcool, les substances grasses, les résines, 
sont exempts de ce métal. 

ïoo grammes d'aiguilles anciennes du pin laricio ont 
été épuisés par l'alcool. La solution, d'un beau vert, laissa 
un résidu brun pesant : 

Sec 6 , 5o 

Après combustion °j°9 

Dans les cendres on a dosé, fer (métal). 0,0018 

A. ïoo d'extrait alcoolique sec répondrait 0,0277 ^e m ^~ 
tal, un peu moins de 10 ;j 00 ; mais, dans l'extrait, il n'y avait 
certainement qu'une bien faible quantité de chlorophylle, 
sur laquelle il faudrait reporter les o gr ,ooi8 de fer dosé. 

L'alcool n'avait enlevé avec les principes dissous que 
le quart du fer existant dans les aiguilles du pin laricio. 

Dans 100 grammes, on avait dosé, fer. 0,0080 
Dans l'extrait alcoolique, provenant des 

100 grammes d'aiguilles, fer 0,0018 

II. Dans 100 grammes de feuilles de chiendent, on 
avait trouvé : 

Fer 0,0080 

Matières sèches 1 8 , 25 

Cendres 2 , 3o 



( i3i ) 

ioo grammes des mêmes feuilles, épuisées par l'alcool, 
étaient complètement décolorées. 



La solution alcoolique, d'un beau vert-éme- 

raude, a laissé un extrait sec, pesant. . . . 

Après combustion de l'extrait, cendres. . . . 

Dans les cendres, on a trouvé, fer (métal). 



4.9° 
I , 10 

0,00254 



A 100 d'extrait répondait o,o52 de métal, , ' 00 , attri- 
buable à la quantité inconnue de chlorophylle comprise 
dans les 4 6r ,90. 

L'alcool avait enlevé un peu plus que le tiers du fer 
trouvé dans les feuilles de chiendent. 

Il résulte de ces expériences que, dans les feuilles, il y a 
certainement du fer engagé dans une combinaison colorée, 
soluble dans l'alcool et entrant très-probablement dans la 
constitution de la chlorophylle. Le métal que l'alcool n'en- 
lève pas avec la matière verte est dans l'organisme de la 
plante au même titre que les autres substances minérales. 
Le fer est réparti de la même manière dans les animaux. 
Dans les globules du sang, il est engagé dans l'hématosine, 
soluble dans l'alcool rendu alcalin 5 le métal qui n'entre 
pas dans la constitution de la matière colorante rouge est, 
avec d'autres substances minérales, dans l'albumine et la 
fibrine. 

En parcourant le tableau où les dosages sont consignés, 
on est frappé de la minime quantité de fer contenue dans 
certains aliments; ce fait s'explique en partie par la forte 
proportion d'eau que retiennent les substances végétales 
vertes; aussi, en ramenant ces substances à l'état sec, la 
proportion de fer augmente naturellement, et les différences 
sontpaorrrî^prononcées. 






( '3 2 ) 

Dans ioos r 
de 
matière sèche. 
Fer dosé. Eau. Matière sèche. Fer. 

gr gr gr gr 

Pommes de terre. 0,0016 76,0 24,0 0,0067 

Carotte 0,000g 87,0 12,4 0,0073 

Choux. 0,0008 90,1 9,9 0,0081 

Maïs o,oo36 17 ,0 83, o o,oo44 

Riz o,ooi5 i4>6 85,4 0,0018 

Haricots....... 0,0074 t5,q 85, o 0,0087 

Lentilles. o,oo83 12, 5 87,5 o,oog5 

Pois o,oo5i i4;° 86,0 0,0059 

Lait de vache .. . 0,0018 87,0 i3,o o,oi38 

On remarquera toutefois que la proportion de fer dans 

les substances alimentaires végétales sèches est encore bien 

inférieure à celle des substances animales ramenées aussi à 

l'état sec. 

Dans 100 grammes : 

Dans ioo* r 
de 
matière sèche . 
Fer dosé. Eau. Matière sèche. Fer. 

gr gr gr gr 

Chair de bœuf. 0,0048 78,0 22,0 0,022 

OEufs 0,0057 80,0 20,0 0,020 

C'est que, dans les aliments végétaux, et l'on peut y com- 
prendre le lait, il y a deux ordres de principes immédiats : 
les principes azotés, accompagnés de phosphates, comme 
l'albumine, la viande végétale; puis les principes non azo- 
tés, tels que la cellulose, l'amidon, les sucres, les graisses, 
ne laissant aucun résidu après l'incinération, et dans les- 
quels, par conséquent, le fer n'existe pas; de sorte que, si 
on les éliminait, on retrouverait concentré dans la viande 
végétale, ainsi isolée, le métal que l'on aurait dosé dans 
l'aliment complet. En partant de la composition des sub- 
stances nutritives ('), il est possible de déterminer ce 

(') Boussingault, Économie rurale, t. II, p. 35G, 2 e édit. 






( i33 ) 
qu'elles contiennent de matières azotées et de rechercher 
si, dans ces matières, la proportion de fer se rapproche de 
celle de la chair des animaux. 

Dans ioo grammes d'aliments à l'état normal : 

Dans ioo* 1 ' 

de 

Viande végétale. 

Fer dosé. Viande végétale. Fer. 

gv gr gr 

Pommes de terre. 0,0016 3,3 c,o4o 

Carotte 0,0009 2,5 o,o36 

Choux 0,0008 3,i 0,026 

Maïs o,oo36 3,t 0,027 

Riz o,ooi5 8,0 0,019 

Haricots 0,0074 3o,4 0,024 

Lentilles o,oo83 27,2 o,o3o 

Pois o,oo5i 26,6 °) OI 9 

Lait de vache. . . 0,0018 ^,6 °?°39 

La moyenne a Br ,020, dans 100 grammes de la matière 
azotée sèche, préexistant dans l'aliment végétal, ne diffère 
pas notablement du fer de la chair musculaire du boeuf. 

Ainsi la substance azotée, l'aliment plastique élaboré 
par la plante, contient le métal que l'on trouvera plus tard 
dans la chair des herbivores; élément essentiel du végétal, 
il devient un élément essentiel de l'organisme animal. Le 
fer, après avoir appartenu à la matière colorante verte des 
feuilles, la chlorophylle, appartiendra plus tard à la ma- 
tière colorante rouge du sang, à l'hématosine. 

De toutes les substances nutritives consommées par 
l'homme, le sang est certainement l'aliment le plus riche 
en fer, et je puis ajouter en fer assimilable, par la raison 
qu'il a déjà été assimilé. En Europe, le sang de porc est à 
peu près le seul que l'on accepte comme nourriture ; le sang 
des autres animaux de boucherie a une saveur, une 
odeur particulière, qui font qu'on le repousse. Cependant, 
dans les steppes de l'Amérique du Sud, on le mange après 



■ 



( i34 ) 

l'avoir coagulé et assaisonné avec des condiments très-sa- 
pides. C'est un usage fort ancien. Lors de la conquête, les 
Espagnols constatèrent avec étonnement que les Indiens de 
Cibola (Nouvelle-Espagne) recueillaient avec soin, pour 
s'en nourrir, le sang des bisons qu'ils tuaient dans leurs 
chasses ('). 



(') Lopez de Gomaiu, Historia gênerai de las Indias, année 1 552. 









( i35 ) 



SUR LE 



DÉVELOPPEMENT PROGRESSIF DE LA MATIÈRE VÉGÉTALE 



DANS LA CULTURE DU FROMENT. 



Dans un Mémoire sur la nutrition des végétaux, Ma- 
thieu de Dombasle a cherché à renverser cette opinion assez 
accréditée chez les cultivateurs, que les plantes n'épuisent 
le sol qu'à l'époque où elles forment leurs semences, c'est- 
à-dire depuis le moment de la fécondation jusqu'à celui de 
la maturité : ainsi une récolte fauchée lors de la floraison 
appauvrirait beaucoup moins la terre que si on la laissait 
mûrir. D'ailleurs, de toutes les parties des végétaux, les 
graines renferment sous le même poids la plus grande 
quantité de substances nutritives, et, jusqu'à plus ample 
examen, il est assez naturel de conclure qu'elles exigent, 
pour se constituer, une forte dose de principes nourri- 
ciers. 

A ces faits, Mathieu de Dombasle en a opposé d'autres 
tout aussi bien constatés, tendant à prouver que les plantes 
tirent autant de nourriture du sol dans le commencement 
de leur développement qu'à une époque plus avancée. 
Ainsi, dans le nombre des végétaux regardés comme épui- 
sants au plus haut degré, il en est qui, dans la culture ordi- 
naire, ne donnent jamais de graines : tels sont les choux, le 
pastel, le tabac. Enfin on assure avoir reconnu que dans 
les pépinières où l'on élève, pour les repiquer ensuite, de 
jeunes plants de colza ou de betteraves, le terrain perd ra- 
pidement sa fertilité. 



( i36 ) 

Mathieu de Dombasle n'a pas hésité à attribuer le peu 
d'épuisement occasionné par certaines récoltes vertes à cette 
circonstance, qu'elles laissent dans la terre des racines très- 
développées, comparativement à leur masse totale. Dans 
un travail présenté à l'Académie, j'ai fait voir que la sub- 
stance végétale produite dans le cours d'une culture ne se 
retrouve pas entière dans la récolte fauchée; pour le trèfle, 
la quantité de matière organique qui reste acquise au sol 
peut s'élever à plus des -^ du poids du fourrage récolté ('). 
On doit donc poser en principe que toute culture appau- 
vrit le fond dans lequel elle croit, mais que l'épuisement, 
toujours manifeste quand la plante est enlevée en totalité, 
devient d'autant moins sensible qu'il reste dans le sol une 
plus forte proportion de résidus. 

La faible action épuisante que les végétaux exercent avant 
la floraison est doncloin d'établir que, durantleur jeunesse, 
ils prélèvent peu de chose sur le sol. Les faits prouvent 
tout le contraire, en même temps qu'ils semblent indiquer 
qu'à cette époque la plante tient déjà en réserve, accumulée 
dans son organisme, une grande partie de la matière qui, 
plus tard, concourt à la formation de la semence. On sait, 
par exemple, que des végétaux arrachés après leur fécon- 
dation donnent des graines, cependant, lorsqu'on les entre- 
tient dans un état convenable d'humidité. J'ai vu de l'avoine 
en fleur dont l'extrémité des racines a été plongée dans de 
l'eau distillée produire des semences bien constituées. 
Quand un végétal est fécondé, la reproduction de l'espèce 
est assurée-, car, à la rigueur, elle parvient à s'accomplir 
sous les seules influences météorologiques. A partir de 
cette phase de la vie végétale, la matière accumulée se 
porte vers le point où le fruit doit se développer; on voit 
s'affaiblir graduellement la couleur verte des feuilles; les 



(') Mémoires sur les résidus des récoltes. 



( i3 7 ) 
principes sucrés et amylacés, les substances azotées, aban- 
donnent peu à peu les tiges et les racines. Le trèfle, la 
betterave, après avoir porté des graines, ne peuvent plus 
être considérés comme fourrage; ces plantes n'offrent plus 
alors qu'un tissu ligneux et insipide. 

Par suite de cette élimination des principes succulents 
des racines, on comprend qu'une plante mûre ne laissera 
plus dans la terre qu'une faible partie des résidus unies 
qu'elle y aurait laissés avant la maturité. C'est à cette di- 
minution dans la matière organique des débris destinés à 
rester dans le sol que Mathieu de Dombasle a attribue l'épui- 
sement occasionné par les récoltes ; mais, de cette concentra- 
tion des sucs vers un seul organe, s'ensuit-il nécessairement 
que, du moment où elle commence à se réaliser, la terre et 
l'atmosphère n'interviennent plus dans les phénomènes de 
la végétation, et que tout le travail d'organisation qui s'ac- 
complit depuis la floraison s'opère uniquement avec les 
matériaux amassés dans les tissus de la plante? C'est là ce 
que croyait Mathieu de Dombasle. Cependant, après la flo- 
raison, les feuilles continuent longtemps encore leurs fonc- 
tions aériennes, et l'humidité qu'elles laissent exhaler par 
la transpiration prouve que les racines n'ont pas cesse de 
fonctionner. On le voit, à une opinion peu fondée on avait 
substitué une opinion entièrement contraire, mais qui n e- 
tait pas suffisamment justifiée dans toutes ses parties : on 
prétendait que l'assimilation se réalise surtout pendant la 
fructification; Mathieu de Dombasle soutint qu'une plante 
fécondée renferme déjà tous les éléments nécessaires a la 
maturation, et, comme l'habile agronome ne trouvait plus 
pour la défense des arguments aussi décisifs que 1 étaient 
ceux qu'il avait employés pour l'attaque, il en appela a 

l'expérience. 

Le 26 juin, le blé étant en fleur, on en marqua quarante 
pieds bien égaux entre eux. On arracha vingt de ces pieds, 
laissant les autres en observation. Après avoir nettoyé et 









( '38 ) 

desséché les vingt premiers plante, on trouva qu'ils se 
composaient de : 

Racines £ a *6 

Tiges, épis et feuilles 126,2 

168,8 
Lors de la moisson, qui eut lieu le 28 août, on enleva 
du champ les vingt pieds restants ; ils donnèrent : 

Racines 27 2 

Paille, épis et balle, feuilles 85,7 

Grain 66,5 

'79>4 
En deux mois, les plants n'ont augmenté que de 11 gram- 
mes, c'est-à-dire à peu près de la seizième partie de leur 
poids. Le blé avait donc acquis, depuis la semaille jusqu'à 
la floraison, les quinze seizièmes de son poids total. On re- 
connaît aussi que, si ce froment eût été fauché lors de la 
floraison, il aurait rendu à la terre, par ces racines, le 
quart du poids de la récolte, tandis qu'après la maturité il 
n'a laissé dans le sol que le septième du poids des gerbes. 
Ces recherches, provoquées par un concours ouvert 
devant la Société d'Agriculture de Lyon, furent jugées 
dignes d'une récompense. Néanmoins le travail de Mathieu 
de Dombasle fit peu de sensation dans le monde agricole ; 
il arriva, ce qui n'est pas sans exemple dans les fastes aca- 
démiques, que le Mémoire fut couronné et oublié. 

Cependant les conséquences pratiques de l'expérience 
que j'ai rapportée sont importantes ; car, s'il est vrai qu'une 
plante coupée, lorsqu'elle est en fleur, contient déjà, à 
très-peu près, la totalité de la matière organique, c'est- 
à-dire autant de substance nutritive qu'elle en renfermera 
deux ou trois mois après, lors de la maturité, on conçoit 
que, sous le rapport de la production des fourrages, il de- 
viendrait plus avantageux de faner certaines récoltes vertes 






( >3 P ) 
que d'attendre le grain qu'elles pourraient donner plus 
tard. Ainsi se trouverait justifiée la méthode, recomman- 
dée par quelques cultivateurs, de multiplier les semis et les 
coupes fourragères sur la même sole annuelle, méthode 
dont le mérite est encore très-douteux aux yeux de bon 
nombre de praticiens, mais qui, si elle était fondée, aurait 
l'avantage, toujours si appréciable dans la culture, de pro- 
duire le plus possible de fourrages dans un intervalle de 
temps donné. Aussi, laissant de côté l'épuisement du sol, 
question tout à fait secondaire, je me suis particulièrement 
attaché à vérifier l'exactitude de l'expérience permettant de 
tirer les conséquences qui viennent d'être exposées. 

J'ai procédé comme Mathieu de Dombasle ; mais, pour 
mettre les résultats complètement à l'abri des erreurs très- 
graves dépendant de l'imperfection de la dessiccation, j'ai 
cru devoir analyser les matières enlevées au sol; en elïet, 
l'analyse offre une grande sécurité, parce que, indiquant 
les quantités absolues de carbone et d'azote, il est indiffè- 
rent que les substances renfermant ces deux éléments soient 
pesées à un état plus ou moins sec. 

Le 19 mai 1844, j'ai choisi dans un champ de froment 
une place où la végétation me parût bien uniforme-, là j ai 
arraché 45o plants, lesquels, débarrassés de la terre adhé- 
rente par un lavage et desséchés par une longue exposition 
à l'air, ont pesé : 

gr 

Tiges et feuilles 277,4. 

Racines 4 6 >° 

3a3,4 

Le 9 juin, épocjue à laquelle le froment entrait en fleur, 
j'ai pris àla même place45o plants ; desséchés, ils ont pesé : 

Épis en fleur 1 1 o , 5 

Tiges et feuilles 85o , o 

Racines 99 >5 

1 060 , o 






( Mo ) 
Le i5 août, lors de la moisson, 45o plants ont fourni ; 

Grain g^^ t 

Épis et balle . . 154,5 

Paille 927,5 

Racines 121,0 

1880, 1 

Rapportant, pour faciliter la comparaison, l'accroissement 
constaté au plant moyen, on a 

gr 

Le ig mai, plant sans fleur 0,72 ) « 

Le g juin, plant en fleur 2,36 ' 

Le 1 5 août, plant chargé de grain. 4> 10 * ) l '^ 2 

Depuis la floraison jusqu'à la moisson, l'accroissement de 
la matière sèche a eu lieu dans le rapport de 100 à 177, 
c'est-à-dire que, dans cet intervalle, le poids delà plante a 
presque doublé, résultat bien différent de celui auquel est 
arrivé Mathieu de Donibasle. 

L'analyse de ces récoltes successives a été faite en pre- 
nant, pour représenter chacune d'elles, des quantités pro- 
portionnelles des divers organes. 

Plants pris le ig mai. 

Tiges et feuilles o,5i5 1 

Racines 0) ioo ) °' 615 

On a dosé : 

Acide carbonique . . o , 84 1 Carbone o S ,22g3 

Eau o,32o Hydrogène o,o3g5 

Le même poids, contenant la même proportion des deux 
matières, a donné o« r ,oio5 d'azote ( , ). 

Par l'incinération, on a retiré 3,7 pour 100 de cendres. 




(') Azote, g«, a ; température, 16°, 3; baromètre à zéro, o m ,-]! { -]. 



( r4i ) 

On a, pour la composition des plants arrachés le 19 mai 

Carbone 37,3 

Hydrogène 5,8 

Azote i,8 

Oxygène 5i ,4 



Matières minérales. 



Plants pris le g juin. 
Soumis à l'analyse : 

gr 

Tiges et feuilles 0,460 ', 

Épis en fleur o , 060 > 

Racines o,o52 ) 

On a dosé : 

gr 

Acide carbonique. . 0,804 Carbone 

Eau °>3i7 Hydrogène... 



0,572 



\ 

o,2ig3 
o,o352 



i ê % i44 du même mélange ont donné o sr , 0102 d'azote ('). 
Ces plants ont laissé 2,5 pour 100 de cendres. 

Composition. 

Carbone 38,3 

Hydrogène 6,3 

Azote o,g 

Oxygène 52 , 1 



Matières minérales . 



2,5 

100,0 
Plants récoltés le l5 août. 
Soumis à l'analyse : 

gr 

Froment o,36o 

Balles 0,082 

Paille ° >4g3 

Racines o ,o65 

(') Azote, 9 CC ,5; température, 8 degrés; baromètre à zéro, o m ,75i7. 




( '4* ) 



On a dosé 



Acide carbonique. . i ,364 Carbone 0,372 

Eau 0,672 Hydrogène 0,068 

1 gramme du mélange a donné 0^,009 d'azote ('), et o,o4o 
de cendres. 

Composition. 

Carbone 

Hydrogène 

Azote 



37,2 
6,8 

°>9 



Oxygène 5i , j 

4)0 



Matières minérales. 



100,0 



Résumé de l'expérience. 



EPOQUE 

de 
l'enlèvement des plants. 



19 mai. 
9 juin. 



Accroissement. 



i5 août. 



Accroissement du g juin 
au 13 août 



323,4 120,5 



1060,0 



736,6 



1880,1 



4o6,5 



285,5 



699,4 



a 






in 


tr. 












M 


5 « 




a 




S s 


CS 






H ^, 


6 


K 




a S 









S s 








CB 


er 


Kr 


gr 




.8 j7 


166,0 


5,8 


12,0 


66,8 


552,3 


9,5 


26,5 


43,i 


386,3 


3,7 


"4,5 


187,8 


960,7 


16,9 


75,3 


12! ,0 


408,4 


7.4 


4S,7 



Dans l'intervalle de la floraison à la maturité, le poids 
des plants a presque doublé; mais la vitesse d'assimilation 
s est ralentie. 



(') Azote, <}<i%5; température, 10 degrés; baromètre 



à zéro, o m , j5i5. 




( 10 ) 

Carbone fixé. Par joui'. 

gr sr 

Du ig mai au g juin = 21 jours. 285,5 i3,6 

Du g juin au i5 août = 56 jours. 2g3,4 5,2 

Ces résultats établissent que le froment, après la florai- 
son, continue à fixer dans son organisme les éléments du 
sol et de l'atmosphère. 






H 



, 



■ 



i44 



ANALYSES COMPAREES 



ALIMENTS CONSOMMÉS 



PRODUITS RENDUS PAR UNE VACHE LAITIERE, 

exécutées pour rechercher si les animaux herbivores empruntent 
de l'azote a l'atmosphère. 



Tout régime alimentaire doit contenir une certaine 
proportion de matière azotée. La présence de l'azote dans 
les végétaux employés comme aliments a fait admettre que 
les herbivores puisent dans leur nourriture l'azote qui 
entre dans leur constitution. 

Dans le cas le plus ordinaire de l'alimentation, l'indi- 
vidu n'augmente pas son poids moyen : c'est ce qui a lieu 
toutes les fois qu'un animal adulte est soumis à la ration 
d'entretien. On a constaté, par exemple, qu'un homme 
régulièrement nourri revient chaque jour, et à la même 
heure, au poids initial. Les agriculteurs savent très-bien 
qu'à l'aide d'une proportion convenable de nourriture .on 
donne à un cheval les forces nécessaires au travail que l'on 
en exige, en évitant ainsi que l'animal augmente en chair. 

Il est à peu près certain que, dans cette circonstance, 
la matière élémentaire des aliments consommés doit se 
retrouver en totalité dans les déjections, les sécrétions et 
les produits des organes respiratoires. Ainsi, dans cette 
conjoncture, l'azote, pas plus qu'aucun des autres élé- 



( M« ) 
ments, n'est assimilé, si l'on entend par assimilation l'ad- 
dition des principes ^introduits par la nourriture aux 
principes déjà existants dans le système. Mais il y a évi- 
demment assimilation, en ce sens que la matière élémen- 
taire des aliments entre et se fixe dans l'organisme, en s'y 
modifiant, pour remplacer, pour se substituer à celle qui 
en est journellement expulsée par les forces vitales. 

Durant l'alimentation d'un animal jeune, ou bien lors 
de l'engrais du bétail, les choses se passent différemment ; 
ici il y a évidemment fixation définitive d'une partie de la 
matière organique comprise dans la nourriture, puisque, 
pendant une certaine période, les individus augmentent 
rapidement en poids et en volume. 

En admettant, comme je l'ai fait, qu'un animal soumis 
à la ration d'entretien rend, dans les différents produits 
résultant de l'action vitale, une quantité de matière orga- 
nique précisément égale et semblable à celle qu'il perçoit 
par ses aliments, j'ai supposé, avec presque tous les phy- 
siologistes, que les animaux ne fixent dans leur organisa- 
tion aucun des principes de l'air qu'ils respirent. S'il en 
est autrement, la supposition que j'ai faite est décidément 
erronée, et l'égalité que j'ai admise entre la matière or- 
ganique qui entre dans le corps d'un animal recevant la 
ration d'entretien et celle qui en sort ne saurait avoir 
lieu. 

Les recherches des physiologistes s'accordent pour éta- 
blir que le carbone de l'acide carbonique de l'air n'est 
point assimilé durant la respiration. On sait, au contraire, 
que les animaux en versent continuellement dans l'atmo- 
sphère; mais les opinions sont loin d'être aussi unanimes 
sur le rôle de l'azote. Les uns prétendent que les animaux 
expirent plus de ce gaz qu'ils n'en inspirent; d'autres ad- 
mettent entre le gaz inspiré et le gaz expiré une égalité par- 
faite; enfin il en est qui ont conclu de leurs expériences 
une absorption manifeste d'azote. 

V. ,o 



( Mti ) 

La question de savoir si les animaux empruntent direc- 
tement de l'azote à l'atmosphère ne doit pas être envisagée 
comme ayant un intérêt purement physiologique; c'est 
encore, dans mon opinion, une question intéressante de 
la physique du monde. 

L'azote est un élément essentiel à l'existence de tout être 
vivant, qu'il appartienne d'ailleurs à l'un ou l'autre règne. 
Si l'on recherche quelle peut être la source.de ce principe 
que l'on rencontre dans les herbivores , on la trouve tout 
naturellement dans les végétaux consommés comme ali- 
ments; si l'on s'enquiert ensuite de l'origine prochaine de 
l'azote dans les plantes, on la découvre dans les engrais 
provenant particulièrement de débris animaux; car les 
plantes, pour prospérer, doivent recevoir par leurs racines 
une nourriture azotée. On arrive de cette manière à con- 
cevoir que ce sont les végétaux qui fournissent l'azote aux 
animaux, et que ces derniers le restituent au règne végétal, 
lorsque leur existence est accomplie; on croit reconnaître., 
en un mot, que la matière organisée vivante tire son azote 
de la matière organisée morte. Toutefois, il est bon de 
remarquer que cette dernière conclusion tend à établir 
que la matière vivante est limitée à la surface du globe, 
et que sa limite est posée par la quantité d'azote actuelle- 
ment en circulation dans les êtres organisés; mais la ques- 
tion doit être considérée d'un point de vue plus général, 
en demandant quelle est l'origine de l'azote qui entre dans 
la constitution de la matière organique prise dans son 
ensemble. 

Si nous examinons quels sont les gisements de l'azote, 
nous trouvons, en plaçant en dehors les êtres organisés ou 
leurs débris, qu'il n'y en a véritablement qu'un seul, et ce 
gisement, c'est l'atmosphère. Il est donc extrêmement pro- 
bable que les êtres organisés ont emprunté leur azote à 
l'atmosphère, comme ils lui ont emprunté le carbone. 
Cependant les physiologistes, en étudiant les fonctions que 




( '47 ) 
les plantes et les animaux exercent dans le milieu aériforme 
qui les enveloppe, n'ont pas réussi à constater cet emprunt 
d'azote; et, pour découvrir que, par une action très-lente, 
mais suffisamment prolongée, les plantes peuvent prendre 
de faibles quantités d'azote à l'atmosphère, sans préciser 
si cet élément vient de l'azote gazeux ou de composés ni- 
trés, de composés ammoniacaux, j'ai dû employer une 
méthode apportant dans ce genre de recherches une pré- 
cision que l'on ne peut espérer des procédés manomé- 
triques. 

Pour arriver à la solution de la question que j'avais en 
vue, il fallait nécessairement faire porter mes observations 
sur un animal soumis rigoureusement à la ration d'entre- 
tien; car une des conditions exigées était que le poids nor- 
mal de l'individu ne variât pas sensiblement pendant la 
durée de l'expérience. J'ai, pour ce motif, choisi de pré- 
férence une vache laitière, parce que la sécrétion du lait 
s'oppose au développement des dispositions que l'animal 
pourrait avoir à engraisser. 

Pour reconnaître si un animal adulte, dont le poids 
n'augmente pas par le régime, fixe dans son organisation 
une partie de l'azote qu'il respire avec l'air atmosphéri- 
que, il suffit de comparer la quantité et la nature de la 
matière élémentaire entrée comme aliment avec la quan- 
tité et la nature de la matière élémentaire sortie avec les 
produits, par les voies urinaires, digestives, et par la sécré- 
tion du lait. 

Malheureusement, dans l'état actuel de la Chimie phy- 
siologique, nous ne possédons aucune des données indis- 
pensables pour établir cette comparaison. Nous ignorons 
encore la composition des aliments et des fourrages les plus 
usuels; nous n'en savons pas beaucoup plus sur les pro- 
duits d'origine animale ; ceux de la vache, dont nous au- 
rions besoin ici, ont été à peine examinés. 

La difficulté d'isoler et de doser les différents principes 

10. 






( '48 ) 

immédiats de l'organisme animal, l'ignorance dans laquelle 
nous sommes encore sur la composition du plus grand 
nombre de ces principes, étaient autant de raisons pour 
faire usage d'une méthode qui fût indépendante de ces 
données. 

J'emploie uniquement l'analyse dernière. Je compare la 
composition élémentaire des aliments à la composition élé- 
mentaire des sécrétions et des déjections. Cette méthode 
permet d'évaluer par différence la matière élémentaire qui 
s'échappe dans l'acte de la respiration et de la transpira- 
lion. 

C'est, comme on le voit, la marche analytique que j'ai 
déjà appliquée avec quelques succès à des recherches déli- 
cates de Physiologie végétale. 

La vache sur laquelle ont porté les observations était 
séquestrée dans une stalle de l'étable disposée de manière 
à recueillir les excréments et l'urine. Chaque jour, durant 
le dosage, les produits de vingt-quatre heures ont été pesés 
et mesurés; puis on les conservait dans une cave dont la 
température est de 9°,5. Le lait a été mesuré matin et soir 
à six heures. 

La vache a reçu pour nourriture, toutes les vingt-quatre 
heures, 16 kilogrammes de pommes de terre, et 7 k s,5oo 
de regain de foin de prairie, de qualité excellente, compa- 
rable, sous le rapport nutritif, au meilleur foin de trèfle. 
Avant d'être soumise à l'expérience, la vache avait été 
mise pendant un mois à ce même régime. Après ce temps, 
on a trouvé que son poids normal n'avait pas varié d'une 
quantité appréciable, circonstance qui permet d'admettre 
que ce poids est resté également invariable pendant les 
trois jours que le dosage a duré. 

La vache a bu dans la stalle, afin d'éviter de la conduire 
à l'abreuvoir. En trois jours elle a consommé 1 80 litres 
d'eau. Un litre de cette eau a donné, par l'évaporation, 
o« r ,834 de sels alcalins et terreux. Voici quels ont été les 



( '49 ) 
produits rendus par la vache pendant les trois jours de 
dosage. 



DATES. 


LAIT. 


DENSITÉ. 

I ,o35 
1 ,o36 
i,o34 


LRINE. 


DENSITE. 


EXCRÉ- 
MENTS. 

kg 
26,25 

28,93 

3o,o6 




lil 
8,5o 

8,00 

8,26 


lit 
6,60 

7,21 
9)99 


1 ,o34 
I , o35 
1 ,o34 




24,76 
8,?.5 


II 

If 


23, 80 
7>9 3 ' 


II 

II 


85,24 
a8,4i3 


Moyenne pour 24 heures. 



Composition des aliments. 

Pommes de terre. — Par une dessiccation à 110 degrés 
dans le vide sec, 1 gramme de tubercule s'est réduit à 

0^,278. 

1 gramme de tubercule sec a laissé o Br ,o5o de cendres. 

Dans la pomme de terre sèche. 

Carbone 44' • 

Hydrogène 5,8 

Oxygène 43 > 9 

Azote 1,2 

Sels et terre 5,o 

100,0 

Les i5 kilogrammes de pommes de terre reçus par la 
vache équivalent à 4170 grammes de tubercules secs, con- 
tenant : 

Carbone i83g,o 

Hydrogène 241 ,9 

Oxygène i83o,6 

Azote 5o,o 

Sels et terre 208, 5 

4170,0 






( i5o ) 

Regain de foin. — Le regain a été analysé avant et après 
le dosage. 

i gramme de regain, desséché à 1 10 degrés dans le vide 
sec, a pesé o gr , 84a- 

i gramme de regain sec a laissé c>s r , ioo de cendres. 

Dans le regain sec. 

Carbone 47» x 

Hydrogène 5,6 

Oxygène 34,9 

Azote 2,4 

Sels et terre 10,0 

100,0 

La ration de regain, pesant 7600 grammes, se réduit à 
63 1 5 grammes, en la supposant sèche, contenant : 

Carbone 2974,4 

Hydrogène 353,6 

Oxygène 2204,0 

Azote i5i ,5* 

Sels et terre 63i ,5 

63i5,o 
Composition des produits. 

Excréments. — Le produit moyen en vingt-quatre heures 
a été a8 k s,4i3. 

On a évalué l'humidité, en desséchant à l'étuve trois 
échantillons pi isdans les excréments recueillis chaquejour. 

Après dessiccation 
à l'étuve. 

Excréments du 19 au 20 mai. 18, i5 2,662 

Excréments du 20 au 21 mai. 20,00 3, 221 

Excréments du 21 au 22 mai. 20,78 2,980 

Matière humide 58,93 Mat. sèche. 8,863 



( «*! ) 

i gramme de matière séchée à l'étuve est devenu, après 
une dessiccation à no degrés dans le vide sec, 0,936. Les 
8 6 ', 863 se seraient réduits à 8,296. On trouve ainsi que 
les 28 4i3 grammes d'excréments humides contenaient 
4ooo grammes de substance sèche. 

1 gramme de matière desséchée a laissé o gr , 120 de cen- 
dres. 

Dans V excrément sec. 

Carbone 4 2 '8 

Hydrogène 5,2 

Oxygène 37,7 

Azote a , 3 

Sels et terre 12,0 

100 ,0 

Le 4000 grammes d'excréments secs renfermaient : 

Carbone 1712,0 

Hydrogène 208,0 

Oxygène i5o8,o 

Azote 9 2 i° 

Sels et terre 480,0 

4ooo,o 

Urine. — Le produit moyen en vingt-quatre heures a 
été de 7 m ,93; la densité étant i,o34, ce volume devait 
peser 8200 grammes. 

5g5 centimètres cubes, pris proportionnellement aux 
diverses quantités recueillies chaque jour, ont laissé, après 
une évaporation au bain-marie, un résidu qui, desséché 
dans le vide, a pesé 72^,090. Les 7 m ,93 eussent donné, 
par conséquent, 96o gr ,8 d'extrait sec. 

t gramme d'extrait d'urine a laissé o,4o de cendres. 



( iS» ) 



Dans Vurine desséchée. 

Carbone 2 pj )2 

Hydrogène 2,6 

Oxygène . . 26,4 

Azote 3,8 

Sels 4°>o 

100,0 

Les 960^,8 d'extrait d'urine contenaient : 

Carbone 261 ,4 

Hydrogène 2 5,o 

Oxygène 2 53 , 7 

Azote 36,5 

Sels 384,2 

960,8 

Lait. — La vache a donné 8 1U , 25 de lait en vingt- 
quatre heures; la densité étant 1 ,o35, ce lait devait peser 
8538s\8. 

Dans trois expériences, 20 grammes de lait évaporé au 
bain-marie ont laissé un extrait qui, desséché à 1 10 degrés 
dans le vide sec, a pesé de 2S r ,69oà 2,700, soit 2,69b. 

Le lait recueilli en vingt-quatre heures devait renfermer 
n5o gr , 6 d'extrait sec. 

i gramme d'extrait a laissé 0,0495 de cendres. 

Dans le lait desséché. 

Carbone . 54 , 6 

Hydrogène 8,6 

Oxygène 27,9 

Azote 4 ?0 

Sels et terre 4,9 

100,0 



( *£3 ) 

L'extrait de lait contenait : 

Carbone 628 ,2 

Hydrogène 99 ,0 

Oxygène 32 1 ,0 

Azote 4°i° 

Sels et terre 56,4 

1 i5o ,6 

Je résume, dans le tableau placé à la fin de ce Mémoire, 
le résultat des analyses. 

En consultant ce tableau, on reconnaît que la quantité 
de matière organique contenuedans les produits est moindre 
que celle qui a été introduite par les aliments; la différence 
est due à la portion de cette matière qui s'est échappée par 
la respiration et la transpiration. 

L'azote des produits diffère de 27 grammes en moins de 
l'azote des aliments; cette différence n'est peut-être pas 
assez considérable pour que, sur l'autorité d'une seule ex- 
périence, on puisse affirmer que la perte soit réellement 
due à la dissipation de ce principe; mais le sens de cette 
différence rend au moins extrêmement probable que l'azote 
de l'air n'a pas été assimilé pendant l'acte de la respiration : 
résultat entièrement conforme à celui déjà obtenu par les 
plus habiles observateurs. 

L'oxygène et l'hydrogène, qui manquent dans la somme 
des produits, n'ont pas disparu exactement dans les pro- 
portions voulues pour former de l'eau; l'hydrogène en 
excès pèse i9 sr , 8; il est vraisemblable que cet hydrogène 
s'est transformé en eau en se brûlant pendant la respira- 
lion, aux dépens de l'oxygène de l'air. 

La perte en carbone s'élève à 221 i gr , 8. En négligeant 
la quantité de ce principe qui a pu s'échapper par la tran- 
spiration cutanée, on trouve qu'il a dû se former 7999 



( i54 ) 
grammes d'acide carbonique ('), dont le volume à zéro 
et sous la pression de o m ,j6 serait de 4060 litres. Tel se- 
rait le volume de gaz acide carbonique produit en vingt- 
quatre heures par la vache soumise à l'observation; il 
résulterait de là qu'une vache peut vicier environ 19 mètres 
cubes d'air dans un jour. 

Les expériences des physiologistes établissent qu'un 
homme produit, en respirant, 745 à 85o litres d'acide car- 
bonique en vingt-quatre heures. A ce compte, une vache 
laitière en produirait cinq fois autant. 

Enfln, il paraît qu'en vingt-quatre heures la vache a 
perdu, par la transpiration pulmonaire et cutanée, près 
de 33 litres d'eau. 



EAU REÇUE PAR LA VACHE 
en vingt-quatre tienres. 


EAD RENDUE PAR LA VACHE 
en vingt-quatre heures. 


Avec pommes de terre. 


kg 
io,83o 

i,i85 

00,000 


Avec excréments. . . . 


kg 

7> 23 9 
7,388 










71,015 




39,040 
72,015 


Diilmonaire et cutanée. . 


Eau sortie durant la transpiration 


32,975 





(') Les calculs ont été faits avec l'ancien équivalent de carbone , ces ana- 
lyses ayant été faites en i83g {Ann. de Chim. et de Phjs., 2 e série, t. LX.XI). 



ALIMENTS CONSOMMÉS PAR LA VACHE 
en vingt-quatre heures. 


PRODUITS RENDUS PAR LA VACHE 

en vingt-qaaire heures. 


Aliments. 


Poids 

a 
l'Mtt 

liumid. 


Poids 

à 
l'état 
sec. 


Carbone 


Hydro- 
gène. 


Oxygèno 


A7.010. 


Sols 

et 

terre. 


Produils. 


Poids 

à 
l'état 

humiil 


Poids 

à 

l'état sec. 


Carbone 


Hydro- 
gène. 


Oxygène 


Azote. 


Sels 

et. 

terre. 


Pommes de terre. 


i5ooo 

?5oo 

60000 


470 
63.5 

u 

10/485 
ort de 


l839,o 
2974^4 


»4 '.9 

353,6 


i83o,6 

2204 ,0 


5o,o 
iji ,5 


208,5 

63 1,5 
5o,o 


Excréments. 


284l3 
8200 

853g 


4 000,0 
960,8 
1 i5o,6 


1712,0 

261 ,4 
628,2 


208,0 
a5,o 
99.° 


l5o8,o 
253,7 

321 ,0 


9 2 >° 

36,5 
46,o 


48o,0 

384,2 

56,4 




Somme 


SiSoo 
Rep 


48,3,4 

; totaux 


09.5,5 
de la 


4034,6 201 ,5 
première part 


889,0 

ic do e 


e tableau. . . . 


45i52 
825oo 


6111,4 
10^85,0 


2601 ,6 

48,3,4 


332,o 
595,5 


2082,7 
4o34,6 


174,5 
201 ,5 


920,6 
889,0 




3 7 348 


4^4.6 


221 1 ,8 


263,5 


>9 5 i,9 


27,0 


3i,6 












Sens de la 


différence. . . 







■ I Ci h ;^H*&^ ¥ ■■ ■ I 






ANALYSES COMPARÉES 

DES 

ALIMENTS CONSOMMÉS 

ET DES 

PRODUITS RENDUS PAR UN CHEVAL SOUMIS A LA RATION D'ENTRETIEN, 

EXÉCUTÉES POUR RECHERCHER SI LES HERBIVORES PRÉLÈVENT DE L'AZOTE 

. SUR l'atmosphère. 



■ 



Le cheval mis en observation avait été nourri depuis 
trois mois avec la ration alimentaire donnée pendant la 
durée du dosage. Dans les trois mois, le poids du cheval 
n'a pas changé d'une manière appréciable. 

Toutes les vingt-quatre heures le cheval recevait : 

kg- 

Foin 7.500 

Avoine 2,270 

Durant les trois jours que le dosage a duré, le cheval a 
bu 48 litres d'eau. 1 litre de cette eau a laissé o« r ,834 de 
résidu. 

Les produits recueillis pendant le dosage ont été : 

Excréments. Urine. Densité. 

kg. litr. 

Du io au 11 octobre. . i4,-i3 1 ,5o 1,061 

Du 11 au 12 octobre. .. 14,82 o,85 1,067 
Du 12 au 1 3 octobre. . i3,8o 1 ,40 1,066 

Composition des aliments. 

Foin. — Par une dessiccation à 110 degrés dans le vide 
sec, 1 gramme du foin consommé a perdu, dans une pre- 
mière expérience, oS r , i36 d'eau, et dans une seconde 
o Br , 140. 

1 gramme de foin sec a laissé o& r , 090 de cendres. 



( *5 7 ) 

Dans le foin sec on a trouvé : 

Carbone 4^>8 

Hydrogène 5,o 

Oxygène 38,7 

Azote i,5 

Cendres 9,0 

100,0 

En vingt-quatre heures le cheval recevait 7 kg , 5o de 
foin ou 6465 grammes supposé sec, contenant : 

Carbone 2 9^' ,0 

Hydrogène 323 , 2 

Oxygène a5o2,o 

Azote 97 ,0 

Sels et terre 58 1 ,8 

6465,o 

Avoine. — 1 gramme d'avoine a perdu o gr , i5i d'eau. 
1 gramme d'avoine sèche a laissé o gr , 0398 de cendres. 
Dans l'avoine sèche, trouvé : 

Carbone 5o , 7 

Hydrogène 6,4 

Oxygène 36,7 

Azote 2,2 

Cendres 4>° 

100,0 

Le cheval consommait par jour 2270 grammes d'avoine, 
pesant, sèche, 1927 grammes, contenant : 

Carbone . .■ 977)° 

Hydrogène 123,3 

Oxygène 7°7; 2 

Azote 4 2 >4 

Sels et terre 77» l 

1927,0 






I 



( i58 ) 

ANALYSE DES PRODUITS. 

Urine recueillie ('). 



Du io au ii octobre. . . 


t ,5o 


Pris 
pour l'analyse, 
gr ce 

i5g2 200 


Du il au 12 octobre.. . 


» 


9°7 I0 7 


Du 1 2 au 1 3 octobre. . . 


» 


i4ga 187 


En trois jours. 




• 3 99» 494 



Ces 494 centimètres cubes ont donné un extrait qui, 
desséché dans le vide sec, a pesé 65« r ,io. Les 3 m ,75 
d'urine recueillis en trois jours eussent donné 835 gr ,3o 
d'extrait sec. 

La stalle dans laquelle le cheval était placé pendant 
l'expérience a été lavée; les eaux de lavage réunies avaient 
un volume de 3 ut , 75 et une densité de 1,012. 

25o centimètres cubes de cette eau ont donné un extrait 
d'urine qui, séchée dans le vide sec à 110 degrés, a pesé 
4 er ,Ô26. Les 3 ut ,75 eussent donné 69 sr ,3c;0 d'extrait sec. 
L'extrait sec obtenu en soixante-douze heures est donc, en 
totalité, de 704^,7 ou 3oi,6 en vingt-quatre heures. 

2 gr ,o6i d'extrait sec d'urine ont laissé 1,01 1 de cendres. 

Si l'on faisait entrer dans le calcul des analyses la cendre 
trouvée directement, on commettrait une erreur assez 
grave, portant entièrement sur l'oxygène. En effet, les sels 
alcalins à acides organiques de l'urine du cheval, comme 
l'hippurate, fournissent par l'incinération des carbonates 
alcalins. Le poids de l'acide carbonique du carbonate de 
poiasse est évidemment de trop dans le poids des cendres. 
Pour le retrancher j j'ai dû doser l'acide carbonique. 

o gr , 990 de cendres ont donné o, 256 d'acide. Les i« r ,on 
en contenaient par conséquent o , 261 . D'après cela, le poids 
des cendres se réduit à o, 750, ou 36,4 pour 100. 



(') Une partie de l'urine restait mêlée aux excréments. Le cheval urinait 
peu. 




( >5. 9 ) 

Toutefois il existe encore une erreur dans celte évalua- 
tion des cendres, parce que l'extrait d'urine contient une 
petite quantité de carbonate-, mais cette erreur, d'ailleurs 
fort peu importante, n'influe nullement sur le dosage de 
l'azote. 

C'est pour ne pas avoir tenu compte de cette source d'er- 
reurs que j'ai trouvé, dans les expériences sur la vache, un 
excès considérable de matières salines et terreuses dans les 
produits. C'est vraisemblablement à la même négligence 
que Vauquelin doit d'avoir obtenu dans les excréments des 
poules une quantité de substances terreuses beaucoup plus 
considérable que celle qui avait été introduite avec les ali- 
ments. 

Les excréments du cheval peuvent également contenir 
des sels alcalins à acides organiques, et donner par l'inci- 
nération un excès de cendres; mais je me suis assuré que 
l'erreur que l'on peut commettre est de nature à être né- 
gligée. 

Composition de l'extrait d'urine. 

Carbone 36 , o 

Hydrogène 3,8 

Oxygène i i ,3 

Azote i ?. , 5 

Cendres 36,4 

ioo,o 

Les 3o2 grammes d'extrait sec d'urine, recueillis en 
vingt-quatre heures, renfermaient : 

Carbone '08,7 

Hydrogène 1 1 ,5 

Oxygène 34 , 1 

Azote 37 ,8 

Sels et terre io 9«9 

3o2,o 






( i6o ) 

Excréments. — Chaque jour on a pris pour l'analyse 
des échantillons proportionnels. 61 grammes d'excréments 
frais, après une dessiccation complète terminée dans le vide 
sec à no degrés, ont pesé i5 6r ,oo,o. 

Les i4 kg ,25 d'excréments, produit moyen rendu par 
le cheval en vingt-quatre heures, eussent pesé secs 3525 
grammes. 

1 gramme d'excréments secs a laissé o, i63 de cendres. 
Composition des excréments du cheval. 

Carbone 38, n 

Hydrogène 5 , i 

Oxygène 37 , 7 

Azote 2,2 

Cendres 16, 3 

100,0 

Les 352 5 grammes contenaient : 

Carbone 1 364 > 2 

Hydrogène '79)8 

Oxygène 1328,9 

Azote 77,6 

Sels et terres 574, 5 

3525,o 

Je résume dans un tableau les résultats précédents. Ou 
peut voir que le cheval n'a pas rendu dans les déjections la 
totalité de l'azote perçu avec les aliments ; le poids de l'azote 
en moins s'élève à 24 grammes en vingt-quatre heures. 

L'oxygène et l'hydrogène qui ont disparu ne sont pas 
exactement dans les proportions voulues pour faire de l'eau ; 
on remarque un excès d'hydrogène de 23 grammes. 

Le carbone perdu en vingt-quatre heures, et qui a dû 
s'échapper par la respiration et la transpiration, s'élève à 
2465 grammes, quantité qui équivaut à 89 1 5 d'acide carbo- 




( i6i ) 

nique; soit, en volume, 4525 litres sous la pression de o m ,j6 
et à zéro. Tel serait, d'après l'analyse élémentaire, le vo- 
lume d'acide carbonique produit par un cheval en vingt- 
quatre heures. Pour une vache laitière, l'analyse a indiqué 
pour ce volume, sous les mêmes conditions et dans le même 
temps, 4o4o litres. 

Les recherches faites sur la vache et le cheval établissent 
donc que l'azote de l'air n'est point assimilé pendant l'acte 
de la respiration des herbivores, résultats entièrement con- 
formes à ceux obtenus par Dulong. 



I 

EAU REÇUE PAR LE CHEVAL 

en vingt-quatre heures. 


EAU RENDUE PAR LE CHEVAL 
en vingt-quatre heures 




gr 
io35 

448 

l6000 




1028 
10726 


Avec l'avoine 

Directement 


Avec les excréments. . 




i 7 3 7 8 
le cheval 




11753 

i 
. 7 3 7 S j 


Total de l'eau reçue par 


en vingt-quatre heures. 


Eau sortie par la transi 


iration pu 


monaire et cutanée . . . 


56-j5 



> 



1 1 



li 




ALIMENTS CONSOMMÉS PAR LE CHEVAL 

en vingt-quatre heures. 


PRODUITS RENDUS PAR LE CHEVAL 

en Tingt-quatre heures. 


Aliments. 


Poids 

à 
l'étal 
bumid. 


Poids 

à 
l'état 
sec. 


Carbone 


Hydro- 
gène. 


Oxygène 


Azote. 


Sels 

et 

terre 


Produits. 


Poids 

à 
l'état 
hnmid 


Poids 

à 

l'étal sec. 


Carbone 


Hydro- 
gène. 


Oxygène 


À/ole. 


Sels 

et 

terre. 




7500 

2270 

16000 


6465 
1927 

n 


2961 ,i) 

977,0 
n 


223,2 

123,3 

// 


2302,0 

707,2 
n 


97.° 
42,4 

tl 


58i,8 

77, > 
i3,3 


Urine 

Excréments. 

// 


i33o 
14250 

n 


3o2 
3525 

n 


108,7 

i364,2 

n 


n,5 
'79,8 

II 


34,1 
'328,9 
n 


37,8 

77- 6 

n 


'09,9 
5 7<> 6 

tl 


Eau 


Somme 


26770 

Rep 


83 9 2 
ort de 


3938,0 
, totaux 


446,5 

de la 


3209,2 
premier 


'39,4 
e part 


e de ce tableau .... 


if>58o 

26770 


3827 

83 9 2 


'472,9 

3938,0 


191, 3 

446,5 


1 363 ,0 
3209, a 


n5,4 
'39,4 


684,5 
672,2 






10190 


4565 


2465,1 


255,2 


1846, a 


34,0 


12,3 

-f- 














Sen 


s de la différence. . . 






( '63 ) 



ANALYSES COMPARÉES 



L'ALIMENT CONSOMMÉ 



EXCRÉMENTS RENDUS PAR ME TOURTERELLE, 

FAITES EN VUE DE RECHERCHER S'IL Y A EXHALATION D'AZOTE 
PENDANT LA RESPIRATION DES GRANIVORES. 



§ I. — Ces recherches ont été faites pour constater si les 
granivores émettent, pendant l'acte de la respiration, de 
l'azote provenant de leur organisme; en d'autres termes, 
on s'est proposé d'examiner si un oiseau adulte, nourri 
d'une manière régulière et dont le poids n'augmente pas, 
rend dans ses déjections la totalité de l'azote qui faisait 
partie des aliments qu'il a consommés. 

L'émission d'azote est assez généralement admise aujour- 
d'hui, par suite des expériences de Dulong et de Despretz. 
Les expériences précédentes semblent conduire à la même 
conclusion, bien qu'elles aient été spécialement entreprises 
pour rechercher s'il y avait de l'azote de l'air assimilé. J'ai 
cru devoir étudier de nouveau la question, en faisant por- 
ter mes recherches, non plus sur de grands herbivores, 
mais sur un oiseau qui, par son peu de volume et la nature 
de ses déjections, permettait d'arriver à une plus grande 
précision. La tourterelle soumise à l'observation était, de- 
puis longtemps, nourrie uniquement avec du millet; elle 
fut mise dans une cage dont le fond, recouvert par une 
plaque de verre, laissait recueillir sans aucune perte les 
excréments. Le millet donné comme nourriture était con- 
tenu dans un vase de porcelaine un peu profond, ayant une 

1 1 . 






( m ) 

capacité sensiblement conique, la petite base du cône for- 
mant l'orifice de la mangeoire ; à l'aide de cette disposition, 
la tourterelle n'a pas laissé tomber un seul grain de millet 
dans la cage. 

Dès le commencement des expériences, le millet destiné 
à l'alimentation a été conservé dans un flacon bouché, afin 
que, pendant toute leur durée, la proportion d'humidité 
qu'il contenait restât constamment la même. Chaque jour, 
à la même heure, on pesait une certaine quantité de graine 
que l'on mettait dans la mangeoire, après avoir enlevé et 
pesé celle qui restait de la ration donnée la veille. On con- 
naissait ainsi, avec exactitude, le millet consommé en vingt- 
quatre heures, et, bien que la nourriture ait été de la sorte 
donnée à discrétion, la tourterelle s'est rationnée elle-même 
avec assez de régularité. 

Les excréments étaient recueillis tous les jours, au mo- 
ment où l'on donnait la ration de millet; ils ont constam- 
ment offert la même apparence, la même forme sphéroïdale; 
à cause de leur consistance on les enlevait avec facilité; 
à la fin d'une expérience, on détachait de la plaque de verre 
recouvrant le plancher de la cage les quelques parcelles de 
matières restées adhérentes. Les excréments rendus dans 
les vingt-quatre heures ont d'abord été pesés humides ; im- 
médiatement après la pesée, on les desséchait dans une 
étuve chauffée à 4o ou 5o degrés. On s'est astreint à des- 
sécher à cette basse température, dans la crainte, proba- 
blement exagérée, de dissiper quelques principes volatils 
azotés. La température de la chambre dans laquelle séjour- 
nait la tourterelle ne dépassa jamais 10 à 11 degrés; de 
sorte que les déjections, avant de passer à l'étuve, se trou- 
vaient à l'abri de toute fermentation pouvant donner lieu 
à des vapeurs ammoniacales. 

Les expériences ont été divisées en deux séries : la pre- 
mière série comprend cinq jours d'observations ; la seconde, 
sept jours. 



( m ) 

§ II. — Première série. Cinq jours cP observations. 



Premier jour . . 
Deuxième jour. 
Troisième jour. 
Quatrième jour 
Cinquième jour 

En cinq jours.. 



EN VINGT-QC/ 


TRE HEURES. 


POIDS 


Millet consomme. 


Excréru. humides 
recueillis. 


de 

LÀ TOURTERELLE. 


gr 
ID,45 

i5,53 

■6,94 
i4,55 

14,17 


Kr 

7. '9 
7>'> 
8,04 

7-54 


187,90 

// 

H 

]86,27 


,6,64 


37, 3o 





Analyse du millet consommé dans les deux expériences. 

Dessiccation. — i s '", 87 1 ont perdu à la température de 
i3o à i35 degrés, après un séjour dans le vide sec, o,2Ô3 
d'eau. Eau pour 100 = i4>o. 

Les j6 sr ,64 de millet mangé par la tourterelle dans 
cette première série contenaient réellement 65 ,91 de mil- 
let sec. 

Cendi'es. — 2 B '', 880 de millet normal == 2 , 477 de millet 
sec ont laissé 0,064 de cendres très-blanches et fortement 
calcinées : on a ainsi, pour 100, dans le millet normal, 
2,22 de cendres ; dans le millet sec, 2,58. 

Azote. 

Tempe- Baromètro 



I... 
II.. 



Millet 
normal. 

sr 
0,773 

0.7795 



Millet 
sec, 

gr 
0,6665 

0,6704 



Azote, rature. 



Azote 
en poids. 



.7, S 

19,' 



1 1 ,0 

i3,5 



0,76930 0,0215 
0,7642 0,0226 



Azote dans 100 
de millet sec. 

3,4° 



(') Corrigé pour la tension, le gaz ayant été mesure sur l'eau. 

Pression. 



1 0;7 5 9 5 

11 0,7537 



( »66 ) 



Carbone et hydrogène. 

...„ ...„ . „ Dansloudemilletsec. 

Millet Millet Eao Acide Eau ,., 

normal. sec. contenue, carbonique, dosée(i). Carbone. Hydrogène. 

gr gr gr gr gr 

F... 0,567 0,4876 0,0794 0,822 0,357 ^,97 6,29 
II... o,636 0,5470 0,0890 0,930 0,399 46, 17 6,3o 

Moyenne 4 6 >°7 6,295 

Composition, à Vêtat sec, du millet consommé. 

Carbone ^6 , 07 

Hydrogène. 6,29 

Azote 3,3o 

Oxygène 4*>7 6 

Matières salines 2 , 58 

100,00 
Analyse des excréments. 

Première dessiccation. — Les 37 sr ,3o d'excréments hu- 
mides pesaient à la sortie de l'étuve 16,220; la matière 
sèche a été broyée, introduite dans un flacon et mélangée 
intimement; c'est à cet état qu'elle a été analysée. 

Deuxième dessiccation. — 26% 257 de la poudre précé- 
dente, après une dessiccation prolongée dans le vide sec et 
à la température de i3o à i35 degrés, se sont réduits à 
2,093 = eau o,i64; pour 100, eau 7, 27. Les37 ër ,3o d'ex- 
créments humides représentent par conséquent i5 gr ,o4 
d'excréments complètement desséchés. 

Cendres. — i gr ,44° de matière desséchée à l'étuve, ré- 
pondant à i gr ,3365 d'excréments entièrement secs, ont 
laissé o gr , i58 de cendres très-blanches fortement calci- 
nées. Pour 100 d'excréments secs, cendres 11 ,80. 



(') Veau dosée renferme nécessairement Veau contenue. Pour calculer 
l'hydrogène du millet sec, on a retranché la première de la seconde. 



( <c 7 ) 

Azote. — o 6r , 477^ de matière séchée à l'étuve =0, 44 20 " 
de matière sèche ont donné : 

Azote 34 cc 5 i; température, i3 degrés; baromètre à 
zéro, o m , 7692 = azote en poids, o gr , 04092 ( ' ) . 

Azote pour 100, dans les excréments séchés à l'étuve, 
8,57; dans les excréments séchés à 1 35 degrés, 9,24. 

Carbone et hydrogène. 

I... Matière séchée à l'étuve. o,6o5 Ac.carbon. 0,812 Eau dosée. 0,292 
II.. Id. 0,600 ld. 0,812 Id. o,3io 

1 ,2o5 1 ,624 0,602 

Humidité contenue 0,088 0,088 

Excréments secs 1,117 Eau dosant l'hydrogène. .. . o,5i4 

On a pour la composition des excréments secs : 

Carbone 3;.), 65 

Hydrogène 5 , 1 i 

Azote 9> 2 4 

Oxygène 34 , 20 

Matières salines 1 1 ,8o 

100,00 



(') Pression o m ,758. 






( i68 ) 



S III- — Deuxième série. Sept jours d'observations. 



ÉPOQUES. 


EN VINGT-QUATRE HEURES. 


POIDS 


Millet consommé. 


Excrém. humides 
recueillis. 


de 

la TOURTERELLE. 


Quatrième jour. . . . 
Cinquième jour. . . . 
Sixième jour 

En sept jours 


gr 
•7,74 
i5,3i 
17,02 
16,82 
17,54 
i5, 7 8 
'7)4' 


gr 
8,26 

9,o5 
io,3 7 
8,-4 
9>°7 
8,o5 

9.4 5 


gr 

.86,97 

186,17 

// 
n 

187,27 

// 

■85,47 


117,61 


62.99 





Analyse des excréments . 

Première dessiccation. — Les Ô2 8r ,99 d'excréments hu- 
mides ont pesé, après la dessiccation à l'étuve, 26 6r , 176. 

Deuxième dessiccation. — 2^,738 de matière sortant de 
l'étuve, mis dans le vide sec, à la température de i3o 
à i35 degrés, se sont réduits à 2§ r , 5 17 = eau oS r , 221, 
pour 100, 8, 10. Les 62 gr , 99 d'excréments humides conte- 
naient alors 24 gr ,o56 de matières sèches. 

Cendres. — 28% 883 d'excréments séchés à l'étuve 
= 2 gr ,6495 de matière séchée dans le vide ont laissé 
o 5r , 284 de cendres parfaitement blanches; pour 100, 
cendres, 10,72. 

Azote. — 06% 4755 de matière séchée à l'étuve = 0,437 
de fiente sèche ont donné : 

Azote, 33 centimètres cubes; température, i3°,2; ba- 
romètre à zéro, o m , 7667 = azote en poids 0^,03984 
= azote dans 100 d'excréments secs, 9,12 ('). 



(') Pression o m , 7554. 






\ l6 9 ) 
Carbone et hydrogène. 

gr Br s' 

Matière séchée à l'étuve. . 0,610 Acide carbon. o,835 Eau. o,3°2 

Eau contenue 0,0.^0,5 o,o4g5 

Matière sèche o,56cô Eau dosant l'hydrogène. . 0,2355 

Composition des excréments secs de la deuxième série. 

Carbone 4° >63 

Hydrogène 5,oo 

Oxygène g, ia 

Azote 34 ? 53 

Matières salines. .. . 10,72 

100,00 

Le résumé des deux expériences se trouve consigné dans 
le tableau suivant : 









A 






Aliments consommes et excréments rendus par une tourterelle, pendant cinq jours. — i re expérience. 





POIDS 

à 

l'état notai. 


POIDS 

à 
l'état sec. 


EAU 

contenue. 


PRINCIPES CONTENUS DANS L'ALIMENT ET DANS L'EXCREMENT. 


POIDS DE LA TOURTERELLE 

avant et après l'expérience . 


Carbone. 


Hydrogène 


Oxygène. 


Azote. 


Matières 
salines. 


Millet consommé 

Excréments rendus. . . . 

Principes éliminés en ci 


gr 
76,64 

37, 3o 


gr 

65, 91 
i3,o/| 


gr 

10,73 
22,26 


gr 
3o,37 

5,96 


gr 
°,77 


27,S3 

5,i5 


gr 
2 , '7 
', 3 9 


gr 
1,70 

">77 


gr 
Au commencem. 187,90 


24, /|I 


3,38 


22,37 


0,78 


11 





Aliments consommés et excréments rendus par une tourterelle, pendant sept jours. — 2 e expérience. 



VI 

o 



Millet consommé 

Excréments rend us . . , 



gr 
1 17,62 

63 ,99 



er 
101 , i5 

24 ,o56 



EAU 

contenue. 



gr 
16,47 

38, 9 3/, 



Principes éliminés en sept jours 

Principes éliminés en douze jours 

Principes éliminés en vingt-quatre heures. 
Carbone brûlé dans une heure 



PRINCIPES CONTENUS DANS L'ALIMENT ET DANS L'EXCREMENT. 



Carbone. 



gr 

46,6o 

9.77 



36,83 
61,34 

: 5,10 
0,212 



Hydrogène 



gr 
6,36 



5,l6 

8,54 



Oxygène. 



gr 

4 2 ,24 

8,3i 



33, 9 3 

56, 3o 

4,69 



Azote. 



3,34 
2,20 



1,14 

i,9 2 
Az 0, 16 



Matières 
salines. 



gr 
2,61 

2,58 



PC1DS DE LA TOURTERELLE 

avant et après l'expérience . 



Au commencem. 186,70 
A la fin 185,47 



( =7* ) 

En prenant la moyenne, on trouve qu'une tourterelle 
pesant environ 187 grammes brûle, en respirant, pendant 
vingt-quatre heures, 5 gr , 10 de carbone; elle émet, en con- 
séquence, dans le même espace de temps, i8 gr ,70 d'acide 
carbonique et o gr , 16 d'azote; soit en volume : acide carbo- 
nique, 9 ut ,44 1 j azote, o ht , 126. D'où il résulte que l'azote 
exhalé provenant de l'organisme est à peu près le centième 
en volume de l'acide carbonique produit, résultat con- 
forme, quant au fait de l'exhalation de l'azote, à celui 
obtenu par Dulong et par Desprelz, mais qui en diffère 
notablement sous le rapport quantitatif, en ce que l'azote 
exhalé, si on le compare au gaz acide carbonique, est en 
proportion beaucoup plus faible que dans les expériences 
de ces physiciens. Néanmoins, toute minime que soit cette 
quantité d'azote, elle constitue cependant le tiers de celle 
qui entre dans la ration alimentaire de la tourterelle; dans 
la condition de nourriture où se trouvait placé ce grani- 
vore, les déjections ne renfermaient plus que les deux tiers 
de l'azote qui préexistait dans le millet consommé. 

Ainsi, indépendamment des modifications que les ali- 
ments, ou plutôt le sang qui en dérive, subissent pendant 
la combustion respiratoire, on peut concevoir qu'une par- 
tie des principes azotés de l'organisme éprouve une com- 
bustion complète, de manière à donner lieu à de l'acide 
carbonique, à de l'eau et à de l'azote ; à moins de supposer 
que, sous certaines influences, l'azote des composés quater- 
naires peut être éliminé en partie, en donnant naissance, 
par cette élimination, à des composés ternaires; ou bien 
encore qu'une partie de l'azote disparu soit entrée dans 
l'organisme de l'animal, malgré la faible diminution de 
poids accusée par la balance. 

En consultant le tableau qui résume les deux expériences, 
on s'aperçoit que l'hydrogène et l'oxygène éliminés ne sont 
pas dans le rapport voulu pour constituer l'eau. En effet, 
l'oxygène dissipé dans un jour, étant 4 6 ',ôo,î exigerait 



( '7 2 ) 
<>s r ,586 d'hydrogène; par conséquent, l'hydrogène excé- 
dant, qui est brûlé comme l'est le carbone par le concours 
de l'oxygène de l'air, est alors oS r ,i2. 

En considérant la respiration comme un phénomène de 
combustion, les données précédentes indiqueraient qu'une 
tourterelle du poids de 187 grammes, respirant libre- 
ment dans une atmosphère à 8 ou 10 degrés centigrades, 
où elle brûle en vingt-quatre heures 5« r , 1 de carbone et 
0,12 d'hydrogène, peut dégager assez de chaleur pour en- 
tretenir sa masse à une température à peu près constante 
de 4i à 4a degrés, tout en volatilisant l'eau qui sort par la 
transpiration pulmonaire et cutanée, eau dont la quantité, 
comme on va le voir, s'élève à plus de 3 grammes. 

Dans une première expérience, la tourterelle sou- 
mise au régime du millet a bu, en deux jours. . i2S r ,8o d'eau distillée. 
Dans une autre expérience I2ô r ,70 » 

En quatre jours 25S r ,5o;par jour6,378. 

Il est possible, maintenant, d'estimer approximative- 
ment la quanti té d'eau que l'animal perdait par la transpi- 
ration : 

En douze jours, la tourterelle a pris, avec les îQ^S r , 26 de millet 

consomme, eau 27 3 

Eau bue directement 76 5 

Eau entrée io3,8o 

Eau contenue dans les iooS r , 29 d'excréments humides 71 , 19 

Différence ou eau sortie par la transpiration pulmonaire et cutanée. 32,71 

Par jour . Jj7 3 

Eau formée dans un jour par les og r , 12 d'hydrogène excédant . . 1 ,08 

Eau totale éliminée en vingt-quatre heures par la transpiration. . 3,8r 

On n'a pas retrouvé dans les déjections rendues par la 
tourterelle tout l'azote contenu dans l'aliment consommé. 
Le résultat analogue obtenu dans les expériences faites sur 
des herbivores, s'il établit la non-assimilation de l'azote de 
l'atmosphère, peut laisser des doutes sur le fait de l'exha- 
lation , à cause du poids considérable des matières dont 



I 






( 1* ) 

il fallait apprécier la constitution. Effectivement, les er- 
reurs d'analyse étaient multipliées par de grands nombres. 
Il n'en est plus ainsi dans les observations sur le grani- 
vore. Cherchons, par exemple, en admettant qu'il devait 
y avoir égalité entre l'azote de l'aliment et l'azote des 
excréments, l'erreur d'analyse qu'il fallait commettre pour 
arriver aux différences que nous avons constatées. Admet- 
tons d'abord que le dosage de l'aliment soit incorrect. 

Dans l'expérience II, les 24 gr ,o56 d'excréments secs re- 
cueillis en sept jours renfermaient 2 6 ', 20 d'azote. 

Les ioi£ r ,i5 de millet consommés, pour que l'égalité 
existât, devaient en contenir aussi 2 gr , 20, soit, pour 100, 
2,18 au lieu de 3,3o, ce qui revient à dire que les o sr ,6;7o 
de graine sèche auraient dû fournir, par la combustion, 
n cc ,8 de gaz azote, au lieu de 18 centimètres cubes que 
Ton a mesurés. Une erreur de cet ordre n'est pas admis- 
sible. 

Si l'on suppose maintenant que le dosage des excréments 
soit erroné, pour qu'il y ait égalité, il faudrait que les 
24 gr ,o56de déjections sèches continssent, comme le millet 
sec, 3 gr , 34 d'azote ou i3,9 pour 100 au lieu de 9,12. Les 
oS r ,437 de déjections sèches que l'on a brûlées devaient 
donner 48 centimètres cubes de gaz azote, au lieu de 3i cc ,3 
que l'on a recueillis. Ici encore une erreur de cette nature 
est impossible. 

On n'a donc pas retrouvé dans les déjections l'azolî 
constitutif de l'aliment. On a vu que, l'azote manquant, 
l'azote exhalé par la tourterelle a été, en volume, environ 
le centième du gaz acide carbonique expiré pendant la res- 
piration. 

Dans leurs belles recherches sur la respiration, MM. Re- 
gnault et Reiset, par huit expériences faites sur des poules, 
ont trouvé que le rapport entre le poids de l'oxygène con- 
sommé et celui de l'azote exhalé était, en moyenne, de 
o,oo85. 






( *74 ) 

L'oxygène consommé représentant à très-peu près, en 
volume, l'acide carbonique formé, on aurait 0,0086 pour 
le rapport entre le volume de l'acide carbonique produit et 
celui de l'azote exhalé. Cinq expériences faites sur de pe- 
tits oiseaux, verdiers, becs-croisés et moineaux, ont donné 
pour rapport, entre le poids de l'oxygène consommé et le 
poids de l'azote exhalé, 0,011 ('). 

Dans de nouvelles observations sur la respiration des 
animaux d'une ferme, faites récemment par M. Reiset, en 
suivant la méthode directe adoptée dans les recherches qu'il 
avait exécutées en commun avec M. Regnault, le rapport 
entre le poids de l'azote exhalé et celui de l'oxygène con- 
sommé a été : 

Pour deux dindons pesant i2 lf , q.5 . . . . o,oo85 
« quatre oies » i8 kg ,2o.... 0,0066 ( 2 ) 

§ IV . — Observations sur la quantité d'acide carbonique 
formée pendant la respiration de la tourterelle. 

Les résultats obtenus par la méthode indirecte ont été 
contrôlés en faisant respirerune tourterelle sous une cloche, 
où l'air, sans cesse renouvelé, laissait dans un appareil 
absorbant l'acide carbonique dont il était chargé. 

Je rapporterai maintenant les résultats obtenus avec la 
tourterelle, objet des observations précédentes; elle était 
a a même régime ( 3 ) . 



( ' ) Regnault et Reiset, Annales de Chimie et de Physique, 3 e sér., t. LXVI. 

(*) Reiset, Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, t. LVI, 
p. 7 46. 

(*) Boussingablt, Annales de Chimie et de Physique, 3 e série, t. XI, 
p. 433. 



( *7* ) 



DOREE 
de 

1'eipérietioe. 



5.i3 
6.43 
6. o 
3.26 

5.14 















CARDONE 






carboniq. 




REMAR- 


carhoniq 


produit 


dans 


QUES. 


dosé. 


en 

1 heure. 


1 heure 




,« r 


gr 


gr „ 




4,579 


0,854 


0,223 


Jour. 


7,611 


i,i33 


o,3og 


Jour. 


5, 100 


o,85o 


0,232 


Jour. 


>,844 


0,537 


°>'4? 


Nuit. 


3,197 


o,65i 


0,177 


Nuit. 



EPOQUES 
de 

LA JOURNÉE. 



h m h m 

De 11. 12 à 4' 2 -> 
De 7.48 à 2.3i 
De io.55 à 4-^5 
De 6. i3 à 9. 3g 
De 5.3g à io.53(") 



Ce que Ton regarde à la première inspection du tableau, 
c'est la différence considérable qui existe entre les quantités 
d'acide carbonique exhalé durant le jour et durant la nuit. 
On a déjà observé une différence dans le même sens, en 
étudiant la respiration de l'homme. Dans la seconde expé- 
rience, la tourterelle aproduit, le jour, danslemème temps, 
beaucoup plus d'acide carbonique. Les deux expériences 
exécutées dans la nuit ont donné d'ailleurs, pour le carbone 
brûlé dans une heure, des nombres assez discordants. La 

(') On a fait, depuis, sur deux autres tourterelles quelques expériences 
dont voici les résultats : 









ACIDE 


CAR- 




SEXE ET POIDS 


DUREE 


ACIDE 




BONE 






de 


carbo- 






REMAR- 


de 






pro- 








l'expé- 


nique 


duiten 


en 


QUES. 


L ANIMAL. 


rience. 


dosé. 


1 heure 


1 heure 




Tourterelle 


h m s 


gr 


gr 


gr 






I .42.00 


i,3i8 


0,865 


0,236 


Jour. 


mâle pesant 
i85grammes. 










I .42.00 


.,484 


0,874 


0,238 


Jour. 


Tourterelle 


i.32.3o 


1,078 


0,773 


0,211 


Jour. 


femelle 


1 .24.00 


1,041 


0,728 


0,198 


Jour. 


du poids de 


1 .3o.3o 


0,760 


o,5gi 


0,l6l 


Nuit. 


1 33 grammes. 


i.4 7 .3o 


0,860 


0,478 


0, i3o 


Nuit. 



ËrOQUES 
de 

LA JOURNÉE. 



h m s b m s 
De 4-3o. à6. 12. o 

De 2.3i. o à 4. i3. o 

De 1 1 .44- à 1 . i6.3o 
De 2. 5. à 3.29. o 
De 8.22. oàg.52.3o 
De 8. i.3oàg.4g. o 



.va»»/*»' 



( '76 ) 
respiration parait donc assez irrégulière, et il est vraisem- 
blable qu'en déduisant d'une observation de courte durée 
l'acide carbonique qu'un individu exhale dans un jour, on 
aurait un résultat peu exact. La grande différence entre les 
produits de la respiration pendant l'état de veille, ou du- 
rant le sommeil d'un animal, explique cette irrégularité; 
car dans le jour, surtout chez les animaux confinés dans 
un appareil, il survient souvent un état voisin de l'assoupis- 
sement, auquel succède quelquefois une extrême agitation. 
Les analyses de la nourriture et des déjections ont donné, 
pour le carbone brûlé dans une heure par la tourterelle : 

La première expérience. . . . o,2o3 
La seconde 0,219 

Moyenne 0,211 

En prenant la moyenne des observations directes consi- 
gnées dans le tableau ci-dessus et en supposant pour le jour 
entier douze heures de veille et douze heures de sommeil, 
ce qui était à peu près le cas à l'époque où les expériences 
ont été faites, on a : 

Carbone brûlé dans le jour o,255 

Carbone brûlé dans la nuit o, 162 

Carbone brûlé en une heure (moyenne) . 0,208 , 



I 






§ V. — Observations sur la respiration de la tourterelle 
mise à Vinanition. 

Un animal privé de nourriture éprouve chaque jour dans 
son poids une perte assez régulière, jusqu'à ce qu'il meure 
d'inanition. Les substances à composition ternaire, comme 
le sucre, la graisse, qui concourent évidemment à la nutri- 
tion quand elles sont associées à un principe azoté nour- 
rissant, deviennent insuffisantes comme aliment uni- 
que; leur effet se réduit alors à prolonger l'existence de 



I '77 ) 
l'individu qui les consomme. Sous ce rapport, le rôle de 
ces substances non azotées est analogue à celui des corps 
gras fixés dans les tissus. On sait, en effet, que les animaux 
chargés de graisse résistent plus longtemps à une privation 
absolue de nourriture; et, après leur mort, on peut constater 
la disparition presque totale de la graisse. Un animal doué 
d'un certain embonpoint, quand il a succombé d'inanition 
par suite d'un régime au sucre, peut présenter un cadavre 
notablement plus gras que si le même animal avait été 
soumis à une abstinence rigoureuse; dans cette circon- 
stance, le sucre ingéré ménage, en quelque sorte, la ma- 
tière grasse tenue en réserve dans l'organisme, mais sans 
empêcher que la plus grande partie en soit détruite; et des 
expériences faites sur des tourterelles, par M. Lelellier, 
montrent que le beurre, administré seul comme aliment, 
agit à peu près comme le sucre. La graisse ingérée ne s'assi- 
mile plus quand il n'entre pas dans le régime un principe 
azoté nutritif. Alors le sang brûlé par la respiration n'est 
plus régénéré par l'alimentation, il y a destruction des 
tissus propres à loger les globules, et l'énergie vitale indis- 
pensable à l'assimilation décroît avec rapidité. 

Les modifications des principes azotés du sang en urée, 
en acide urique, en bile, etc., sont, sans aucun doute, tout 
aussi nécessaires à la vie que la combustion du carbone et 
de l'hydrogène qui produit la chaleur animale. Ces modi- 
fications sont peut-être la conséquence de cette combustion , 
elles ne cessent pas pendant l'inanition ; seulement elles 
sont moins intenses, comme le deviennent d'ailleurs les 
phénomènes de la respiration. J'ai donc cru qu'il pouvait 
être intéressant de déterminer la proportion d'acide car- 
bonique exhalé et la composition des déjections fournies 
pendant l'inanition; et, afin de pouvoir comparer les résul- 
tats avec ceux obtenus sur un animal suffisamment nourri, 
j ai mis en expérience la tourterelle qui avait été le sujet 
des recherches précédentes. La température de la pièce 
V. , 2 






( »78 ) 
dans laquelle la cage était placée a varié de 7 à 12 degrés. 
La tourterelle avait de l'eau distillée à discrétion, mais en 
sept jours elle n'en a bu qu'une quantité insignifiante. 
Voici le tableau des pertes de poids éprouvées pendant 
l'inanition : 



DATES DES PESÉES. 


POIDS 

de la 
tourterelle. 


PERTE 

en 

24 heures. 


REMARQUES. 


i5 février à 4 h- du soir. 
22 février à 4 h. du soir. 


168, S 

170,7 

i63,5 
1 56, 1 
148,6 
i4o,5 
i33,8 
i32,g 


gr 
7,20 

7>4o 
7,5o 
8,10 

6,70 
» 


La tourterelle avait été nour- 
rie au millet. 

A l'inanition depuis qua- 
rante-quatre heures. 


53,9 

7.7 


ri 





La tourterelle, au commencement de l'expérience, était 
grasse et vigoureuse; elle aurait très-probablement sup- 
porté encore plusieurs jours d'abstinence avant de mourir, 
quoique déjà, au bout des sept jours, elle eût maigri con- 
sidérablement. Cependant elle se tenait toujours perchée, 
mais elle était dans un état de torpeur dont elle ne sortait 
qu'à de rares intervalles. 

On trouvera dans le tableau suivant les quantités d'acide 
carbonique fournies par la tourterelle durant l'inanition : 



( l 79 ) 



DURÉE 


TEMPÉRATURE 


ACIDE 

carbonique 
dosé. 


CARBONE 










de 
l'expé- 
rience. 


de la 

avant. 


cloche 
après. 


brûlé 

dans 

1 heure. 


REMARQUES. 




ÉPOQUES 

de ia journée. 




h m 

3,44 




'5,4 



16,2 


gr 
3, 172 


gr 
, 2 1 3 


Avait niangé. 


De 


h m h m 
11.58 à 3.42 


Jour. 


5, o 


I 4;° 


l4,0 


2,095 


0,114 


Privée de nourri- 
ture depuis S4 h. 


De 


midi à 5. 


Jour. 


3, , 


l4,0 


12,8 


i,368 


0,124 


4'jour d'Inanition 


De 


12.57 * 3.58 


Jour. 


3,i 7 


14 ,0 


i3,8 


1,767 


0, n3 


5" jour d'inanition 


De 


12.20 à 3.37 


Jour. 


3,28 


14,0 


i3,o 


0,910 


0,072 


6' jour d'inanition 


De 


6.o3 à 9.31 Kuit('). 



La moyenne des trois premières observations faites pen- 
dant l'inanition indique o£ r , 117 pour le carbone brûlé dans 
une heure. Une circonstance assez remarquable, qu'on 
pouvait d'ailleurs prévoir par suite de la régularité des 
pertes diurnes, c'est que l'animal a exhalé, à toutes les 



(') Voici de nouvelles observations sur une autre tourterelle mise aussi à l'inani- 
tion : 



SEXE 

et poids do 
l'animal. 



DUREE 

de 
l'expé- 
rience. 



h m s 
i.4'2. 



Tourte- |i .l\l\. 

relie mâle, 
, ., /I.43. 
du poids * 

de 176 gr. I 2 . 0. o 

fi.44.3o 
3o 



TEMPÉ- 
HATUHE 

de la 
cloche. 


ACIDE 

carbo- 
nique 
dosé. 


ACIDE 

carbo- 
nique 
prod. 
eu 
1 h. 


CAR- 
BO.NE 

brûlé 
en 
1 h. 



18,0 


gr 
0,710 


gr 
°;4'9 


gr 

0,114 


17,5 


0,706 


0,445 


0,121 


17,0 


0,606 


0,349 


0,035 


18,5 


0,470 


0,268 


0,073 


18,0 


o,45i 


0,237 


o,o65 


17,0 


o,4 7 3 


0,281 


0,077 


l6,5 


0,409 


0,282 


0,077 



REMARQUES. 



Après doux jours 

d'inanition. 
Apr. quatrojours 

d'inanition. 
Apr. onze heures 

seulem.d'inan. 
Après tronte-six 

heur, d'inanit. 
Après doux jours 

et demi. 
Après trois jours 

et demi. 
Apr. quatrojours 

et demi. 



EPOQUES 

de la journée. 



h m s h m s 
De 12. 7. à 1.49. J. 

De 12.58. à 2.38. o J. 

De 8.58. o à 10.^2. N. 

De 8. 5. o à 9.48. N. 

De 8.35. à 10. 35. N. 

De 8.28.3o à 10. i3. o N. 

De 8.29, o à 9.57.30 N. 



( »8o ) 

époques de l'expérience, sensiblement la même quantité 
d'acide carbonique dans un temps déterminé. La tourte- 
relle soumise à l'inanition a produit, durant le sommeil, 
moins d'acide que pendant l'état de veille, comme cela a 
eu lieu lorsqu'elle recevait une alimentation abondante. 
En admettant l'égalité dans la durée du jour et la durée de 
la nuit, le carbone brûlé en vingt-quatre heures s'élèverait 
à 2 gr ,a8o. La quantité de carbone brûlé par la tourterelle 
nourrie avec du millet a été, dans le même temps, de 
5^,i. 

Il était assez curieux de déterminer la rapidité avec la- 
quelle la tourterelle inanitiée tendrait à revenir à son poids 
initial; en conséquence, immédiatement après la dernière 
pesée exécutée pendant l'inanition, on a donné 20 grammes 
de millet qui ont été mangés en i3 minutes. La tourterelle 
a bu abondamment. Le lendemain elle a mis une lieure 
pour consommer la même dose de graines; les jours sui- 
vants, le repas a eu lieu comme dans les circonstances ordi- 
naires. Voici, au reste, quel a été l'accroissement du poids 
de la tourterelle remise au régime du millet après sept jours 
d'inanition : 







MILLET 


AUGMENTATION 








consom- 


du poids 




DATES DES PESÉES. 


POIDS. 


ma 
enlreies 


^, — ■ 


— •* r " 


REMAltyUES. 






deux 


entre 


en 








pesées. 


les pesées. 


24 heures. 




aîfévr. 4h.d11 soir. 


gr 
'32,9 




ffr 








20,0 


16,8 


16,8 


Après sept jours 


23févr-4h. du soir. 


'49.7 
168,8 








d'inanition. 


2/|fcvr.4 h. du soir. 


20,0 


'9> 8 


'9,3 




i-](è\T.^ h. du soir. 


.66,3 


65,0 


2, 5 perte 


—o,83 




2<)févr./j h. du soir. 
Gain en srpt jours. 


i68,3 


60,0 


2,0 


1 ,0 




35,4 


Gain par jour 


5,o6 











( '8. ) 

Ainsi, dans les deux premiers jours d'alimentation, 
l'augmentation de poids a été considérable, mais il y a eu 
subitement un temps d'arrêt. Après sept jours d'une nour- 
riture abondante, la tourterelle avait retrouvé toute sa 
vivacité; cependant elle était restée maigre, elle n'avait 
pas récupéré à beaucoup près le poids qu'elle avait perdu. 
Ces faits s'expliquent, je crois, tout naturellement. En effet, 
la perte durant l'inanition a été la conséquence de la com- 
bustion du sang et de celle de la graisse accumulée dans 
l'organisme de la tourterelle ; nous avons vu que cette perte 
s'est élevée à 53 B ',g. Dès la première période de l'alimen- 
tation, le gain en poids vivant a été de 35 gr ,4- L'animal 
n'a repris en sept jours qu'à peu près les deux tiers de ce 
qu'il avait perdu. L'augmentation de poids vivant, si rapide 
dans cette circonstance, est due vraisemblablement au sang 
régénéré par l'aliment et la boisson. Le millet consommé 
contenait, et au delà, tous les éléments de cette régénéra- 
tion; mais ce qu'il ne contenait pas, ce qu'il n'a pu, par 
conséquent, restituer à l'organisme, c'est la totalité de la 
graisse détruite par l'inanition. Aussi la tourterelle n'a 
pas recouvré son embonpoint; moins de sept jours d'un 
régime abondant ont suffi pour la remettre en chair, mais 
nullement pour l'engraisser, pour la ramener à la condition 
de gras où elle était au commencement de l'expérience. La 
raison en est facile à saisir. Le millet, d'après une analyse 
faite dans mon laboratoire, contient, dans l'état où il a été 
consommé, 3 pour ioo d'une matière grasse solide, très- 
fusible, d'un blanc légèrement jaunâtre. Les i65 grammes 
de millet ingérés en sept jours n'ont donc pu apporter que 
4 grammes de graisse. Or on sait, par les expériences de 
M. Lctellier, qu'une tourterelle d'un embonpoint ordinaire 
perd en vingt-quatre heures d'inanition environ 2 gr ,5 de 
graisse. En sept jours, l'individu qui a fait le sujet de l'ob- 
servation actuelle a dû en perdre î j sr , 5 , et l'on voit main- 
tenant que ce même individu devait consommer au moins 



( i8a ) 
583 grammes de millet pour remplacer la graisse qu'il 
avait perdue ('). 



(') Une autre tourterelle, privée d'aliments et de.boissons pendant neuf 
jours, s'est comportée d'une manière analogue. 

Son poids initial était de 1 70,6 

Il est descendu après neuf jours d'inanition à... 112, 5 



Perte en neuf jours 63, 1 

Perte par jour 7,0 

Trois jours après avoir été rendue à l'alimentation normale, son poids est 
devenu i43B r , 7; il s'était même élevé la veille à i53 grammes; mais on avait 
constaté que le jabot contenait, dans ce dernier cas, une certaine quantité 
d'aliments qu'on pouvait évaluer à 10 ou 12 grammes. Cette tourterelle avait 
donc, dans l'espace de deux ou trois jours, récupéré 3o grammes environ de 
son poids, et réparé ainsi la moitié de la perte qu'elle avait faite. 

Dès lors elle est devenue presque stationnaire. 

Elle a pesé le quatrième jour. . . i43 , 7 

le cinquième '44i5 

le sixième i^8,o 

le septième 1 5o , 1 

le huitième. .. i.ïo,3 

le dixième i53,o 

le treizième i55,o 

Enfin le vingtième '^7,3 

Cet oiseau a offert aussi quelques particularités dans la quantité d'acide 
carbonique qu'il a produite lorsqu'il a été remis à l'alimentation régulière. 

Vingt-quatre heures après que les aliments lui eurent été rendus, il a 
brûlé seulement: 

0,168 

Au commencement du troisième jour. 0,206 

Au milieu du quatrième °,^9 

Au milieu du sixième o,25g 

Le douzième , 25o 



de carbone par heure, 

pendant le jour. 

Id. 

Id. 

kl. 



Il brûlait, avant d'avoir été soumis à l'inanition, dans son état normal, 
en moyenne oS r ,232 de carbone par heure, pendant le jour. 

La faiblesse de tous les organes après une aussi longue inanition explique 
pourquoi, les premiers jours, la production d'acide carbonique a été plus 
faible qu'on ne l'avait observée avant l'expérience. On voit cependant que 
l'assimilation a été bien plus active ces jours-là que les suivants, où la 
quantité de carbone brûlé a surpassé celle de l'état normal. 



.83 ) 



g VI. — Examen des excréments de la tourteielle 
soumise à l'inanition. 

Pendant la durée de l'inanition, la tourterelle a rendu 
chaque jour des matières excrémentitielles demi-liquides, 
glaireuses, d'un vert d'herbe, et dans lesquelles on aperce- 
vait des parties blanches d'acide urique. Cette matière glai- 
reuse offrait les caractères d'une sécrétion bilieuse. 

Les excréments ont été recueillis sur une plaque de verre 
et desséchés chaque jour à une douce chaleur, pour prévenir 
toute altération putride. A la fin de l'expérience, on les a 
broyés pour les mêler, puis on a achevé la dessiccation dans 
le vide sec, à la température de i3o degrés. La matière re- 
cueillie en sept jours et amenée à cet état de siccité a pesé 
2 gr , 755. Sa couleur, par suite du mélange intime de l'acide 
urique avec la bile, était d'un vert pâle. 

analyse des excréments secs. 

Carbone et hydrogène. — I. o B ',4 21 ont donné : acide 
carbonique, o gr , 4.93 ; eau, o Br ,i64 = C 3i,g3, H 4>3o. 

Carbone et hydrogène. — II. o 6 ', 377 ont donné : acide 
carbonique, o gr ,44 2 ', eau, oS r ,i5o = C 3i,97, H 4>4°- 

j4zote. — o6 r ,3o5 ont donné : azote, 64 centimètres 
cubes; température, 16 degrés ; baromètre à zéro, o m , 7618. 
Azote pour 100, 24 > ?4- 

Cendres. — 0^,761 ont laissé o sr ,o8i de cendres; pour 
100, 1 o,64- 



Carbone 

Hydrogène 

Azote 

Oxygène 

Matières salines.. 



Composition 

des 

excréments secs. 

3l,95 

4,35 

24,74 
28,32 
16,40 



Abstraction 

faite 

de la cendre. 

35, : 

4>9 

27,7 
3i ,7 



roo, 00 



■ 

H 

■ 







( '84 ) 

Dans un jour (vingt-quatre heures), la tourterelle privée 
de tonte nourriture a rendu oS r ,3935 de déjections suppo- 
sées sèches, contenant, d'après l'analyse précédente : 

C o, 1257 

H 0,017 ' 

o,.,.4 

Az 0,0974 

Les excréments de la tourterelle, dérivant de la nourri- 
ture au millet et rendus dans un jour contenaient : 

c 1,34. 

H 0,164 

.• , 122 

Az o , 29g 

Ainsi le carbone, l'hydrogène et l'oxygène renfermés 
dans les déjections recueillies dans un jour d'inanition ne 
sont que le dixième des mêmes éléments compris dans les 
excréments provenant d'une alimentation normale. Pour 
l'azote on a le tiers. 

Dans ses belles recherches sur l'inanition, M. Chossat a 
reconnu que les tourterelles privées de nourriture con- 
servent néanmoins, pendant leur existence, une température 
peu différente, seulement un peu inférieure, à ce qu'elle 
est pendant l'alimentation normale ('). On devait s'at- 

(') Il résulte, en effet, des observations nombreuses de M. Chossat sur 
des pigeons et des tourterelles, que pendant l'inanition et à l'heure de 
midi, la chaleur animale ne s'abaisse que de \ degré au-dessous de celle 
de l'état normal à la même heure. 
Ces températures sont en moyenne : 

Midi. Minuit. 



Dans l'état normal ^2,22 . /|i,48 

Pendant l'inanition 4', 70 3S !ii 

Différence 0,02 3, 06 

Les expériences de M. Chossat établissent encore les faits suivants : 
i° La chaleur animale éprouve toules les vinjt-quatre heures une oscillation 
régulière, au moyen de laquelle elle s'élève pendant le jour et s'abaisse 



( x85 ) 

tendre, d'après cela, à trouver que, dans le cas de l'inani- 
tion, une tourterelle brûlerait à peu près la même somme 
d'éléments combuslibles qu'elle en brûle dans les conditions 
ordinaires. Nous voyons cependant que, par le fait de la 
respiration, l'animal inanitié ne brûle qu'environ la moitié 
du carbone et de l'hydrogène qu'il consomme sous l'in- 
fluence du régime alimentaire : ce résultat peut paraître 
assez surprenant. Il est vrai que, par suite de l'abstinence, 
la masse de la tourterelle diminue rapidement; il faut en- 
core ajouter que, dans l'alimentation, il y a chaque jour 
près de 3| grammes d'eau vaporisée par la transpiration, 
et que la boisson et l'aliment, ingérés à la température de 
l'atmosphère, donnent lieu à 8^ grammes d'excréments, 
qui sont expulsés à la température de 4 2 degrés. Dans le 
cas d'inanition, le poids des déjections humides ne dépasse 
certainement pas i grammes, et comme la tourterelle buvait 
à peine, on peut concevoir que la presque totalité de 1 hu- 
midité éliminée provenait du sang digéré ou brûlé, et, dans 
cette supposition très-vraisemblable, l'eau entraînée parla 
transpiration n'atteindrait pas 2 grammes. On entrevoit 
ainsi que, dans l'inanition, il doit y avoir beaucoup moins 
de chaleur animale dépensée pour échauffer ou pour vola- 
tiliser que durant la nutrition. 



pendant la nuit, et cette oscillation, qui est o ,-]'^ dans l'état normal, 
devient dans l'inanition 3°, 28. 

2 L'oscillation diurne inanitiale est d'autant plus étendue que l'inani- 
tion a déjà fait plus de progrès ; de telle laçon que l'oscillation de la fin de 
l'expérience est à peu près double de celle du début. 

3° Les heures de midi et de minuit sont bien les époques du maximum et 
du. minimum de la chaleur animale; mais l'oscillation diurne n'attend pas 
ces heures-là pour se développer. C'est ainsi que, pendant les différentes 
parties du jour proprement dit, la chaleur se rapproche plus ou moins de 
celle de midi; tandis que, pendant la nuit, elle se rapproche de celle de 
minuit. 

/|° Enfin, dans le cours d'une même expérience, l'abaissement nocturne 
se prolonge d'autant plus avant dans la matinée, et commence d'autant plus 
tôt dans l'après-midi, que l'animal se trouve déjà plus affaibli par la durée 
préalable de l'inanition. 



( i8t> 



OBSERVATIONS 



L'ACTION DU SUCRE 

DANS L'ALIMENTATION DES GRANIVORES; 



Par M. Félix LETELLIER. 



M. Chossat, médecin et physiologiste distingué de Ge- 
nève, a présenté à l'Académie un Mémoire qui donnerait, 
si les expériences qu'il contient se vérifiaient, la solution 
d'une des questions les plus controversées : je veux parler 
de celle de l'engraissement. 

L'auteur de ce travail conclut qu'il y a production de 
graisse par l'usage du sucre. 

Les expériences qui avaient conduit à cette conclusion 
importante, toutes consciencieuses et bien dirigées qu'elles 
soient, ne me paraissant pas cependant offrir assez de netteté 
dans leurs résultats, j'ai entrepris une série d'expériences 
analogues, et j'ai tâché de mettre dans ces recherches toute 
l'exactitude qu'elles comportaient. 

M. Chossat a expérimenté sur treize pigeons et quatre 
tourterelles. 

Ces oiseaux ont reçu par jour, pendant toute la durée 
de l'expérience, qui se terminait par la mort, une quantité 
de sucre de canne équivalente à celle qu'il aurait fallu 
leur donner de blé pour les entretenir sans perte de leur 
poids. 



( «8 7 ) 

Cette quantité est de 2c/ r , 8 pour les pigeons, et de 
i4 ê "\ 2 pour les tourterelles. 

Neuf de ces animaux ont été pendant l'expérience privés 
de boisson. Je note ici cette circonstance qui est impor- 
tante. 

La durée de la vie a été en moyenne, pour les pigeons, 
de quatre jours seulement, de huit jours pour les tourte- 
relles. 

Voici de quelle manière M. Chossat a déterminé la 
graisse trouvée à l'autopsie. Dans la moitié des cas il a pesé 
la peau avec la graisse qui la doublait et celle qu'il a pu 
recueillir par la dissection, et il a donné le poids obtenu; 
dans l'autre moitié, il s'est contenté de l'évaluer à la simple 
vue. 

Sur sept pigeons du régime saccbarin, la graisse a varié 
de 3 1 à 68 grammes. En moyenne, elle était de 48 grammes. 
M. Chossat l'a fixée à 58 grammes à l'état normal. 

Il faut remarquer que tous ces pigeons avaient été privés 
d'eau, circonstance qui avait abrégé singulièrement la durée 
de leur vie. 

Chez les pigeons qui ont eu de l'eau à volonté, celui qui 
a vécu le plus longtemps (douze jours) ne présente pas de 
graisse. 

Chez un autre, elle n'est pas indiquée; chez un troisième 
elle est notée une petite quantité; enfin pour les deux der- 
niers, qui ont vécu huit et neuf jours, on trouve les men- 
tions suivantes : épiploon assez chargé de graisse, épiploon 
chargé de graisse. 

Quant aux tourterelles, la vie a été longue dans deux 
expériences (onze jours et demi et seize jours). Elle a été 
de seize heures seulement chez une troisième tourterelle, 
qui est notée contenir une très-grande quantité de graisse. 
Il est évident ici que cette graisse était celle que l'animal 
possédait vingt-quatre heures auparavant. Chez les trois 
autres, la graisse a été déterminée une fois par la pesée, qui 



( »88 ) 
a donné 32 gr ,3, et deux autres fois on s'est contenté de 
l'évaluer à la simple vue et d'exprimer sa proportion par 
les mots : quantité modérée, graisse conservée en to- 
talité. 

Il est facile de contester ces données. On peut objecter, 
sans parler de la méthode d'évaluation de la graisse, que les 
sept pigeons privés d'eau ont vécu trop peu de jours pour 
que l'on soit en droit d'attribuer au régime du sucre la 
graisse trouvée à l'autopsie. 

Il me semble que la seule conclusion qu'il soit permis 
de prendre, d'après les faits ci-dessus, tels qu'ils sont pré- 
sentés, est la présence, dans certains cas, d'une notable 
quantité de graisse à la mort. Plusieurs expérimentateurs 
avaient déjà fait remarquer cette présence de la graisse à 
l'autopsie chez les animaux nourris exclusivement avec une 
substance amylacée, saccharine ou gommeuse. MM.Tie- 
mann et Gmelin l'on rencontrée en quantité notable sur 
trois oies nourries à ces trois divers régimes. M. Chossat 
cite lui-même dans son Mémoire l'expérience de MM. Ma- 
caire et Marcet, qui avaient trouvé de la graisse chez un 
mouton après l'avoir nourri exclusivement au sucre. 

Cette graisse, que l'on trouve ainsi à la mort, est le reste 
de celle qui préexistait à l'expérience. Sa proportion se 
montre plus forte que dans l'inanition où elle est à peu 
près nulle ; parce que, pour l'entretien de sa chaleur, l'ani- 
mal est obligé, quand il est privé d'aliments, de brûler sa 
propre substance et sa graisse de préférence. 

Je ne crois pas qu'une autre explication puisse être 
adoptée. 

Je vais maintenant présenter mes expériences, et les ré- 
sultats qu'elles m'ont donnés. 

J'ai expérimenté exclusivement sur des tourterelles pour 
deux raisons. Les oiseaux qui avaient fourni les résultats les 
plus favorables à l'opinion de M. Chossat appartenaient à 
cette espèce. En outre, il devenait plus facile de déterminer 



( <89 ) 
la quantité de graisse par le procédé que j'ai employé, les 
tourterelles offrant un poids et un volume beaucoup moin- 
dres que les pigeons. 

Je n'ai pas privé de boisson les oiseaux que j'ai nourris 
au sucre, puisque, dans les expériences de M. Cbossat, il 
était arrivé que les animaux soumis à cette privation d'eau 
avaient vécu moins longtemps, et avaient fait des pertes 
journalières plus considérables que ceux qu'on avait laissé 
mourir d'inanition; de telle sorte que le sucre avait agi 
dans ces circonstances comme une substance délétère, au 
lieu d'offrir les qualités d'un aliment qui, lors même qu'il 
est insuffisant, prolonge la durée de la vie en diminuant la 
perte diurne. 

De plus, comme l'auteur du Mémoire cité, j'aurais pu 
me trouver embarrassé, par suite du peu de durée de la vie, 
pour décider si la graisse trouvée à la mort préexistait à 
l'expérience, ou avait été produite sous l'influence du ré- 
gime saccharin. 

Ainsi que M. Chossat l'avait fait, j'ai donné du sucre de 
canne en pain, que j'ai pulvérisée! bumecté avec une quan- 
tité d'eau convenable, qui permît de le réunir en masses 
faciles à ingérer. 

La quantité qu'on a fait prendre par jour a été de i5 à 
16 grammes : elle a été en général bien supportée. Il y a 
eu quelques vomissements. Les selles, le plus souvent mo- 
dérées, ont été extrêmement abondantes chez un des oiseaux 
en expérience. 

La graisse a été séparée de la manière suivante : 

La peau, avec la graisse qui la doublait, était détachée 
par la dissection. On y réunissait la graisse trouvée dans 
l'abdomen, etc.; et, lorsque la quantité en paraissait assez 
forte, on en retirait immédiatement une grande partie par 
la fusion à la clialeur du bain-marie. Le résidu était ensuite 
mis à plusieurs reprises en digestion dans l'éther jusqu'à 
parfait épuisement. 



I 



{ l 9° ) 

On pesait enfin après l'évaporaiion complète de l'élher 
et de l'eau, qui se faisait au bain-marie. 

Le reste de l'animal était ensuite coupé par morceaux, 
desséché à 100 degrés, et mis, comme ci-dessus, en diges- 
tion dans l'éther. On finissait, après dessiccation préalable, 
par le pulvériser, et on le traitait de nouveau par le même 
agent. 

Pour obtenir des résultats qui présentassent quelque 
certitude, il était nécessaire de déterminer à l'avance la 
moyenne de la graisse que pouvaient contenir les tourte- 
relles dans les conditions d'une alimentationnormale, ainsi 
que les variations de quantité. 

Sept tourterelles ont été sacrifiées dans ce but. Toutes 
avaient été gardées quelque temps nourries avec du millet, 
à l'effet de s'assurer de leur bon état de santé. 

On trouvera dans le tableau n° I les proportions de graisse 
fournie par ces tourterelles , ainsi que plusieurs autres 
données. 



Tableau N° I. 



Tourterelles au régime normal. 



XOMÊROS 
(les 

expériences. 


POIDS DC CORPS 


GRAISSE EXISTANT NATURELLEMENT. 


aTec les plumes. 

er 
i3g,2 

■ 34,8 

l5/|,2 

i65,4 
142,7 

'79. 5 
168,4 


.sans les plumes. 


Proportionnelle. 


Kn grammes. 


3 

4 

5 

6 

7 

Moyennes. 


gr 
> 2 7.9 

125,0 

143,8 

i5o,o 
i35,i 
i6.ï,8 
.54,6 


gr 

i3,o 
,7,3 

'7.7 
19,2 
21 ,5 
24,2 
33,3 


0, 103 

o,i38 

0, 123 

0,128 

o,i5a 
o,i45 

0,2l5 


'^4,9 


]43,2 


20,88 


o,i585 



On voit dans ce tableau combien la graisse a varié dans 
ses proportions. Ainsi le minimum, qui estde 10 pour 100, 






s'éloigne de plus de la moitié du maximum, qui s'élève à 
21 pour 100. La moyenne est de i5,85 pour ioo. 

Occupons-nous actuellement des résultats offerts par les 
tourterelles soumises au régime exclusif du sucre. Ils sont 
inscrits dans le tableau n° II. 

On voit figurer aussi dans ce tableau deux expériences sur 
la privation des aliments, et trois expériences relatives au 
régime d'un corps gras. Il en sera question plus tard. 

Sur sept tourterelles nourries au sucre, deux ont vu mo- 
difier leur régime au commencement du sixième jour. On a 
réduit à 10 grammes leur ration quotidienne de sucre, et 
on a ajouté 12 grammes de blanc d'oeuf coagulé. On espé- 
rait, par cette addition, placer ces oiseaux dans des condi- 
tions plus favorables pour mettre en évidence l'action en- 
graissante du sucre, puisqu'au moyen d'une substance 
azotée leur régime s'écartait moins d'une alimentation ré- 
gulière. 

Le tableau montre qu'il n'en a rien été. La vie, il est 
vrai, a été prolongée; les pertes journalières ont été moins 
fortes; mais, par contre, une faible proportion de graisse 
existait à la mort. 

Sur les cinq autres tourterelles dont le régime n'apasété 
modifié, deux ont offert des quantités fort minimes de 
graisse; une autre, une quantité de près des deux tiers. in- 
férieure à la moyenne ; une quatrième se tient encore très- 
notablement au-dessous; la cinquième enfin n'atteint pas 
cette moyenne. 

Pour mieux faire ressortir les différences, je vais placer 
en regard les quantités de graisse offertes parles tourterelles 
du régime normal et du régime saccharin. 






( J 9 2 ) 






Régime normal, graisse Régime du sucre, graisse 

pour ioo pour 100 

en nombres ronds. en nombres ronds. 



IO 


12 


13 


'4 


i5 


16 


21 



3 

4 

3 

3 

6 

io 

i5 



Avec addition 
d'albumine. 

Sans addition 
d'albumine. 



Moyenne.. i5,8 



6,3 



Ces résultats parlent d'eux-mêmes. 

Evidemment il n'y a pas eu production de graisse pen- 
dant le régime du sucre. Seulement par la combustion, 
dans l'acte respiratoire, le sucre a concouru à entretenir 
la chaleur animale, et a servi ainsi à ménager la graisse 
tenue en réserve. 

Il est facile d'ailleurs de prouver directement ce que je 
viens d'avancer. Qu'on fasse respirer une tourterelle pen- 
dant plusieurs heures sous une cloche où l'air se renouvelle 
constamment et avec vitesse, au moyen d'un aspirateur, et 
qu'on recueille l'acide carbonique produit, on trouvera 
une grande différence dans la quantité du carbone brûlé, 
suivant que cette tourterelle sera privée d'aliments depuis 
quelques jours, ou nourrie pendant le même nombre de 
jours avec un aliment insuffisant, comme du sucre, du 
beurre, etc. 

Les expériences que je vais citer ont été faites au moyen 
d'un appareil établi dans le laboratoire de M. Boussingault, 
pour déterminer la quantité de carbone brûlée par une 
tourterelle à l'état normal et dans l'inanition. Je me suis 
servi de cet appareil pour déterminer l'acide carbonique 
produit sous l'influence des régimes du sucre et du beurre. 

Deux tourterelles de mçme poids (i85 gr ,o), nourries 
avec du millet à volonté, ont produit pendant le jour, dans 



( '93 ) 
plusieurs expériences, une quantité d'acide carbonique à 
très-peu près semblable. 

Cette quantité s'est élevée par beure, en moyenne, à 
o gr , 852, contenant o 61 ', 232 de carbone. 

Une de ces tourterelles fut soumise à la privation des 
aliments pendant sept jours; on la mit pendant le jour sous 
la cloche à plusieurs reprises. Elle a donné par heure, en 
moyenne, o gr ,4 2 9 d'acide carbonique répondant à o gl , 117 
de carbone. Il s'est trouvé qu'elle avait brûlé ainsi à peu 
près la moitié moins de carbone que dans son état normal. 

Une autre tourterelle, depuis trois jours au régime du 
sucre, a donné o 5 '', ^i5 d'acide carbonique contenant o gl , ig5 
de carbone. 

Deux tourterelles, au régime du beurre depuis cinq et 
six jours, ont produit : la première, o s ',623 d'acide car- 
bonique répondant à o sr , 169 de carbone; la seconde, 
o Br ,548 d'acide carbonique contenant 0^,149 de carbone. 

Ces résultats sont réunis dans le tableau suivant : 



ANIMAUX EN EXPERIENCE. 


POIDS INITIAL. 


• 

ACIDE CARBONIQUE 

produit par heure 
pendant le jour. 


CARBONE 

brûlé 
par heure. 


A l'alimentation normale. . 


gr 
iS5,o 

i85,o 

100,0 

i85,2 
157,2 


t-r ' 

0,SS2 

0,4^ 
0,715 

0,633 

0,548 


0,233 
0,117 
0,195 
0,169 
°,"49 


Au régime du beurre n° 1.. 
Au régime du beurre n° 2.. 



Le raisonnement conduisait à prévoir que les oiseaux au 
régime des aliments respiratoires (sucre, beurre, etc.) se 
placeraient, pour la production de l'acide carbonique, 
entre les oiseaux au régime ordinaire et ceux à l'iuani- 
tion. Les choses se sont à peu près passées ainsi. Cependant 
la tourterelle nourrie au sucre ne s'éloigne pas beaucoup, 
par la quantité de carbone qu'elle a brûlé, des tourterelles 
y i3 






( i.94 ) 
dont l'alimentation a été régulière. Dans le régime du 
beurre, au contraire, notablement moins d'acide carbo- 
nique a été produit. Il est peut-être permis d'expliquer 
cette différence en faisant remarquer que, dans ce dernier 
cas, la combustion de l'hydrogène de l'aliment est inter- 
venue, ce qui ne devait pas arriver dans le régime du 
sucre où le carbone seul peut brûler. La composition chi- 
mique de ces deux substances permet tout au moins cette 
explication. 

Passons maintenant aux phénomènes qu'ont présentés 
les tourterelles au régime du beurre. Elles fournissent aussi 
un argument puissant contre la production de la graisse par 
le sucre. Ces expériences ont été tentées dans la pensée 
qu'on n'obtiendrait pas plus de graisse par ce régime que 
dans l'état normal. Je me refusais à admettre qu'il fût pos- 
sible à l'économie de modifier une substance grasse pour la 
mettre en réserve lorsque l'alimentation, nulle sous le rap- 
port de l'azote, amenait une continuelle destruction du 






Les quantités de graisse trouvées à l'autopsie, et séparées 
par l'éther, comme il a été dit, se sont montrées bien in- 
férieures à la moyenne normale, puisque, au lieu de i5,85 
pour ioo, on n'a obtenu, dans les trois expériences, que 

3,2 



Moyenne . 



10,7 
7- 1 



Cette moyenne, chose singulière, se trouve être la 
même que celle du régime du sucre sans addition d'albu- 
mine. 

On trouve, dans le tableau n° II, les détails des expé- 
riences. 

Je ferai remarquer ici que les oiseaux soumis à ce der- 
nier régime ont toujours été maintenus saturés de beurre. 



( l 9$ ) 
Une partie du dernier repas se trouvait toujours dans le 
jabot quand on ingérait une nouvelle quantité de cette sub- 
stance. Il suffisait de presser légèrement cet organe pour 
voir à l'instant sortir du beurre liquide par le bec. Les 
fèces en contenaient constamment aussi en grande quantité, 
puisqu'en moyenne, sur 148 grammes de beurre ingéré 
dans toute la durée de l'expérience, cbaque tourterelle en 
rendait par cette voie 4 1 grammes. 

Comment admettre maintenant la production de la 
graisse par le sucre? N'est-on pas amené irrésistiblement, 
au contraire, à conclure que le sucre, dans les circonstances 
en question, ne peut se métamorphoser en graisse, et être 
en cet état mis en réserve par l'économie, puisque le beurre 
lui-même, matière grasse et alimentaire par excellence, 
ne peut empêcher la destruction de la graisse qui existai t na- 
turellement dans l'organisme? 

Je terminerai en citant quatre expériences, qui tendent 
à prouver que le sucre de canne n'est une substance délé- 
tère, comme le pense M. Chossat, que par l'énorme quan- 
tité qu'on en donne. Elles montreront aussi que le sucre de 
lait, à haute dose est d'un effet bien plus pernicieux encore. 

On a donné à deux tourterelles, par jour, 18 grammes 
de sucre de lait. Elles ont eu presque immédiatement des 
selles excessives et une soif continuelle. Elles moururent 
avant la fin du troisième jour. La moyenne que j'ai donnée 
de la durée de la vie au sucre de canne est de onze jours 
environ. Elles avaient perdu : la première, 39 grammes; 
la deuxième, 4o grammes dans ce court espace de temps, 
et étaient déjà fort amaigries. On s'est contenté de peser la 
peau et la graisse qu'on a pu recueillir. Leur poids a été 
de 6 grammes chez l'une, et de 1 3 grammes chez l'autre. Le 
procédé par l'éther aurait encore donné un résultat plus 
faible. 

Une troisième tourterelle reçut alors 12 grammes de 
sucre de lait au lieu de 18. Les mêmes phénomènes se pré- 

■ 3. 





( '96 ) 
semèrent, mais avec un peu moins d'intensité. La vie se 
prolongea jusqu'au commencement du cinquième jour, où 
je trouvai l'oiseau chancelant sur ses pattes. Il serait mort 
quelques heures après. 

Je ne donnai plus que 6 grammes de sucre de lait à une 
quatrième tourterelle. Les selles, comme chez les précé- 
dentes, de vinrent presque immédiatement liquides, quoique 
bien moins abondantes. A la fin du neuvième jour, elle 
était encore fort vive et volait facilement. Elle avait déjà 
dépassé la moyenne de la durée de la vie qui a lieu dans 
l'inanition, et son poids avait diminué chaque jour dans 
un rapport moins considérable. Je cessai l'expérience vers 
le milieu du dixième jour. 

En résumé, dans les circonstances indiquées, je me 
crois fondé à conclure de ces expériences : 

i° Que le sucre de canne ne favorise pas la production 
de la graisse (le sucre de lait paraît encore plus défavo- 
rable); 

2° Que le beurre et probablement aussi les autres ma- 
tières grasses ne sont pas mis en réserve par l'économie 
quand ils sont donnés comme unique aliment; 

3° Qu'un aliment insuffisant prolonge la vie et diminue 
les pertes journalières, pourvu qu'il ne soit pas ingéré à des 
doses trop élevées. 






















, „ ' 




des 


sans tes 
Initial. 


plumes. 

final. 


dos 
plumes. 


Intégrale 


journalière 


trouYôu a la mon 


de 
ta Tie. 




expériences. 


en grain. 


proport. 


engram. 


proport. 


en grain. 


proporl. 





























donnés 
pur jour. 



1 

2 

3. ['.'.'.'. 

4 

5 

Moyennes 

1 

o 

Moyennes 

1 

2 

3 

Moyennes 

1 

2 

Moyennes 
Moy.géné 



consommes 
par Jour. 



Tourterelles au régime du su 



gr 


gr 


gr 


, gr 


122,2 


8o,o 


12,0 


42,2 


■49, 3 


84,6 


11,0 


64,6 


i55,6 


io8,5 


11 ,S 


47, < 


iC 9 ,8 


108,0 


14, 


61,8 


i52,3 


109,8 


l5,2 


47,5 


"19.3 


98,2 


12,7 


52,6 



0,345 G, 

o/|33 4,1 

o,3o2 3,8 

o,364 5,i 



o,3 12 



o,35i 



5,8 



5,. 



o,o55 


gr 
3 ,9 


0,o32 


jours. 
6,17 


0,027 


4,6 


o,o3i 


'5,92 


0,024 


23,0 


0,148 


I2,3o 


o,o3o 


10,6 


0,062 


12,00 


o,o38 


■ 4,5 


0,095 


8, .7 


o,o348 


1 1 ,3 


0,0736 


10,91 



gr 
i3,o 
i3,o 
16,0 
16,0 
i3,o 



14,2 



Dùducf.fallodu 
sucre rovonii. 
gr 
12,0 
12,0 
14,0 
14,0 

i3 ,0 



Tourterelles au régime du sucre et de l'albu 



l.'|6,2 

128,2 


112,9 
81,0 


11,6 
1 2,0 


33,3 
47 • 2 


0,228 
o,368 


2,2 
2,4 


o,oi5 
0,019 


5,5 
3,4 


0,037 
0,026 


■37,2 


96,95 


11,8 


4o,25 


0,298 


2,3 


0,017 


4,45 


o,o3i5 



14,67) îogranimes 
19,67V desucre 

1 et 12 grammes 

17)17) d'albumine. 



i3,o 



10 grammes 

de sucre 

diagrammes 

d'albumine. 



Toutes sont colorées 
en vert et glaireuses. 

Assez abondantes. 
Très-abondantes. 
Peu abondantes. 
Modérées. 
Modérées. 



Tourterelles an régime du beurre. 



137,7 
145,2 
170,0 


94)^ 
84,0 
92,8 


1 1 ,3 
12,0 

l5,2 


43,5 
61 ,2 

77, 2 


o,3iC 
0,421 
0,454 


2,8 
3,i 
3,8 


0,0207 
0,0214 

0,0223 


■4,7 

4,6 

12,4 


0,107 

0.032 

0,073 


i5,25 
19, 5o 
20, 5o 

18,42 


i5o,9 


90,3 


12,8 


60,6 


0,397 


3,25 


0,02l4 


10,57 


0,0707 



9, 5 
7,5 
7,5 



127,4 
i54,6 



i4'»° 



■44,7 



68,2 
89,2 



78, 



11,0 
i3,8 



8,17 



Déd. faite du 
beurre contenu 
dans les fèces. 

6,4 

5,i 

6,0 


47,0 f 
47,0 } 
3o,o i 


5,8 


4i,3 ) 



Tourterelles privées d'aliments, ayant de l'eau à volonté. 



12,4 



. 2 ,4 



59,2 

65,4 



62,3 



o,465 

0,464 



o,454 



8,3i 
0,77 



7,54 



o,o655 
0,0437 



0,0546 



',9 
1,8 



.85 



0,0149 
0,01 16 



0,Ol32 



7,12 
9,66 



8,3 9 



Fèces modérées con- 
tenant beaucoup de ma- 
tières urinaires. 



Beurré ré- 
tire des 

fèces 
réunies. 



En petite quantité. 
Composées principale- 
ment, de matière uri- 
naire. Un peu débile. 






■■^■■B 




, 






( «98 ) 






ASPECT DU LAIT 

VU AU MICBOSCOPE 

AVANT ET APRÈS LE BARATTAGE DE LÉCRÉMAGE. 




Vu au microscope, le lait change notablement d'aspect 
par suite du barattage : naturellement les globules de beurre 
sont moins nombreux ; aussi reconnaît-on aisément un lait 
baratté. Un lait complètement écrémé se distingue d'un 
lait qui ne l'a pas été par une nuance bleuâtre; mais la 
distinction n'est plus possible à la vue simple si l'écrémage 
n'a été que partiel, comme cela arrive pour un lait mi- 
crème, tandis qu'au microscope, avec un peu d'habitude, 
on voit nettement si le lait a perdu une partie de sa 
crème. 

Dans le oours d'expériences sur le barattage ('), j'ai eu 
l'occasion d'observer fréquemment, sur le porte-objet, le 
lait normal, le lait baratté, le lait écrémé et le lait de 
beurre provenant du barattage de la crème. Je donne ici 
les dessins représentant les globules butyreux du lait exa- 
miné dans ces diverses conditions. 

J'ai constaté, par mes recherches, ce fait : qu'en bat- 
tant le lait à la température la plus convenable, dans les 
barattes les mieux établies, on ne retire pas à beaucoup 
près la totalité du beurre. Il reste dans le lait baratté des 
globules butyreux que le barattage le plus prolongé ne 
parvient pas à réunir, comme on peut s'en assurer par le 
microscope. 



(') Agronomie, t. IV, p. i5g, 3* édition. 



( J 99 ) 

Si la motte de beurre sortie de la baratte ne renferme 
pas toute la matière grasse qu'avait dû donner le lait, on 
doit nécessairement retrouver ce qui manque dans le petit- 
lait. C'est ce qui a lieu. 

J'ai déterminé la quantité de beurre restée dans le pelit- 
lait et dans le lait de beurre par deux moyens : en la dé- 
duisant de la perte éprouvée dans le barattage, la teneur 
en beurre du lait étant connue, et en dosant directement 
la matière grasse. 

Beurre. 

De iooo parties de lait renfermant 4°i4 

On a retiré, en moyenne, par la baratte 2 9>5 

Différence représentant le beurre retenu 

par 970,5 de petit-lait 10,8 

1000 parties de petit-lait en contiendraient donc 11,1 

Pour sept dosages divers, on a trouvé g, 3 

Le petit-lait retenait donc le quart du beurre contenu 
dans le lait; c'est ce qui explique la présence des globules 
butyreux que l'on aperçoit dans une goutte de lait baratté 
mise sur le porte-objet. 

L.ajîg. 1, PL J, est l'image du lait avant le barattage. 

La fig. 1. PI. J, eelle du petit-lait. 

Dans la fig. 1, les globules se touchent, les espaces 
libres sont peu étendus. 

Daus la fig. 2, les globules sont bien moins nombreux, 
disposés en groupes isolés, un peu plus lumineux, proba- 
blement parce que des globules se sont soudés par l'effet 
de l'agitation; mais, dans l'état où ils sont, ils résistent à 
l'agglomération, ils sont en quelque sorte insaisissables. 
Par un repos prolongé dans des circonstances où le petit- 
lait ne s'acidiGe pas, une partie de ces globules butyreux 
disséminés monte à la surface du liquide; toutefois, la 
couche de crème ainsi rassemblée est si peu épaisse qu'il 
devient difficile de l'enlever. Au reste, l'enlèvement de 



( 2O0 ) 

celte crème, dans les cas rares où elle se rassemble avant 
la coagulation spontanée, est d'une minime importance. 
Le beurre échappé au barattage ajoute d'ailleurs à la qua- 
lité du petit-lait, soit qu'il aille à la porcherie ou à la fro- 
magerie. C'est à ces globules butyreux que les fromages 
maigres doivent de renfermer une certaine proportion de 
matière grasse, bien qu'ils soient préparés avec du lait 
ayant passé par la baratte ou avec du lait écrémé. 

Lait écrémé. — Le lait laissé en repos pendant vingt- 
quatre heures, à une température de 12 ou 1 5 degrés, est 
partagé en deux couches; la plus légère et la plus consis- 
tante est à la partie supérieure : c'est la crème; la plus 
lourde, la plus fluide, parce qu'elle est la plus aqueuse, 
est au-dessous : c'est le lait écrémé; on pourrait dire le 
lait plus ou moins écrémé, car l'ascension de la matière 
butyreuse a lieu avec lenteur, et, si l'on enlève la crème 
avant qu'elle soit rassemblée en totalité, c'est pour préve- 
nir la coagulation du caséum, qui ne tarde pas à se mani- 
fester lorsque, par l'action de l'air, il se développe de l'acide 
lactique. Cette coagulation du caséum exerce une influence 
d'autant plus fâcheuse sur le résultat de l'écrémage que 
le coagulum entraine, en se précipitant, une notable quan- 
tité de globules de beurre. Cela est si vrai que, si l'on 
ajoute un acide, du vinaigre, à du lait frais, la coagulation 
est immédiate; le coagulum se rassemble au fond du vase, 
recouvert par le sérum à peu près limpide. Par le repos, 
il ne monte plus de crème, par la raison que tous les glo- 
bules butyreux ont été entraînés par la matière caséeuse 
combinée à l'acide acétique. 

C'est une action semblable qui se manifeste à un degré 
plus ou moins prononcé, lorsque l'écrémage a lieu dans 
des circonstances favorables à une formation spontanée 
d'acide lactique. Alors le lait est divisé en trois zones : 
la zone supérieure est de la crème montée avant la coagu- 
lation du caséum qui, une fois coagulé, forme la zone infé- 



( 2QI ) 

rieure. La zone intermédiaire est du sérum. Il est clair 
que la quantité de crème rassemblée dans ces conditions 
dépendra de la lenteur ou de la rapidité du développement 
de l'acide lactique; qu'elle sera d'autant plus faible qu'il y 
aura eu plus de globules de beurre englobés dans le caillé. 

On conçoit, d'après ce qui précède, combien doit varier 
la proportion de beurre dans un lait écrémé. 

Du laitdans lequel il entrait, pour ioo, 3,62 de beurre, 
en contenait encore i,4 après un repos de vingt-quatre 
heures. L'ascension de la crème était donc loin d'être 
terminée. 

Du lait, conservé par le procédé Appert, échappant par 
conséquent à l'acidification et, par suite, à la coagulation, 
présentait, après un repos de trois années, un sérum à 
peu près limpide surmonté d'une couche épaisse de crème. 
C'était là un écrémage parfait, impossible à réaliser dans 
la pratique. 

Le lait écrémé, même dans des conditions favorables, 
n'est jamais exempt de beurre; cependant il arrive qu'il 
ne contient plus, pour ioo, que o,3 à o,4 de matière 
grasse. C'est le lait écrémé que représente la fig. 3. 

Lait de beurre. — La crème, telle qu'on l'obtient du 
lait en repos dans des conditions qui le préservent de la 
coagulation, est loin d'avoir une composition constante; sa 
teneur en beurre varie suivant qu'elle a été plus ou moins 
séparée du lait dont elle est impréguée ; celle que l'on 
enlève pour la battre dans la baratte n'est pas mise à 
égoutter comme celle que l'on destine aux usages culinaires. 
Dans une crème levée en septembre, il entrait 18, 5 pour 100 
de beurre; une crème bien égouttée en contient 37 à 
4o pour 100. 

Après la séparation du beurre de la crème par le barat- 
tage, il reste un liquide ayant l'apparence du lait normal, 
bien qu'il ne s'y trouve pas autant de matière grasse. Deux 
analyses ont donné, pour la proportion de beurre conte- 



I 



( 202 ) 

nue dans ioo de crème barattée, 1,72 et 1,76 de beurre. 
Au microscope {fig. 4), le lait de beurre a de nombreux 
et très-petits globules, mais l'image est confuse, parce que 
ce lait est assez opaque, à cause de petites particules dis- 
séminées dans le liquide et ressemblant à du caséum coa- 
gulé. Néanmoins, il serait impossible de confondre l'aspect 
du lait de beurre avec le lait-, j'ajouterai même que, au 
microscope, on reconnaîtrait si du lait de beurre a été 
mélangé à du lait écrémé, fraude que l'on a pratiquée 
quelquefois, pour communiquer au lait écrémé et surtout 
au lait baratté l'apparence du lait normal. 




( 2 o3 ) 



INFLUENCE 

DES 



TEMPÉRATURES EXTREMES DE L'ATMOSPHÈRE 

SDR 

LA PRODICTION DE L'ACIDE CARBONIQUE 

DANS LA RESPIRATION DES ANIMAUX A SANG CIIAUD ; 

Par M. Félix LETELLIER. 



Les phénomènes chimiques de la respiration ont été, de- 
puis les beaux travaux de Lavoisier et de Séguin, l'objet 
des investigations d'un grand nombre de savants. Prout, il 
y a déjà quelques années, établissait que la production de 
l'acide carbonique dans l'espèce humaine varie notable- 
ment aux diverses époques de la journée, et fixait les li- 
mites de ces variations. Ces résultats ont été tout récem- 
ment encore confirmés par M. Scharling. Ce dernier obser- 
vateur en Danemark, MM. Andral et Gavarret en France, 
ont signalé des faits d'un haut intérêt en étudiant chez 
l'homme les modifications que font éprouver dans la quan- 
tité du carbone brûlé, pendant l'acte respiratoire, les prin- 
cipales conditions physiologiques, telles que l'âge, le sexe, 
les constitutions, les diverses époques de la digestion, etc. 

Dans un travail entrepris dans le but spécial de démon- 
trer l'exhalation de l'azote et d'en déterminer la propor- 
tion, M. Boussingault, de son côté, a mis aussi en évidence 
l'influence du jour et de la nuit sur la production de l'acide 



■h 





( ao4 ) 
carbonique chez les oiseaux granivores. Il a fait voir éga- 
lement à quelles faibles proportions l'état d'inanition ré- 
duisait l'émission de ce gaz chez ces animaux dans cette 
double circonstance. Il résulte de ces importants travaux 
que la fonction respiratoire présente des modi6cations 
nombreuses sous des influences très-différentes. On se trou- 
vait donc naturellement conduit à penser, en réfléchissant 
à ces phénomènes, qu'en poursuivant leur étude dans des 
conditions nouvelles on pourrait rencontrer encore des 
faits de quelque intérêt. J'étais disposé surtout à admettre 
que cette conjecture se réaliserait si l'on modifiait dans son 
élément même cette fonction qui a pour résultat final une 
production considérable de chaleur. En effet, ne semble- 
t-il pas, au premier abord, dans la supposition que la géné- 
ration de la chaleur est le but de la respiration, qu'en 
maintenant artificiellement un animal au degré de tempé- 
rature qui lui est propre, on doive sinon arrêter complète- 
ment, tout au moins restreindre considérablement l'exha- 
lation de l'acide carbonique. J'ai donc entrepris, en partant 
de ce point de vue, quelques expériences sur des oiseaux et 
sur des mammifères. 

Dulong avait commencé des recherches analogues; on 
trouve à la fin de son beau Mémoire sur la chaleur ani- 
male cette phrase : « Je m'étais proposé de rechercher l'in- 
» fluence des températures extrêmes de l'atmosphère et 
» des diverses époques de la digestion. Plusieurs accidents 
» indépendants des expériences m'ont empêché jusqu'à 
» présent d'obtenir un assez grand nombre de résultats 
» comparables. » Ces paroles montrent que Dulong avait 
jugé le sujet digne de son attention, et tout doit faire re- 
gretter qu'il n'ait pas donné suite à ce projet. 

Voici les conditions dans lesquelles j'ai observé : 
Les températures auxquelles les animaux furent soumis 
ont, en général, varié dans les degrés inférieurs de — 5 à 
■+■ 3 degrés^ et dans les degrés supérieurs de -+- 28 à -+- 43 




( été ) 

degrés. On n'a pas dépassé 43 degrés; une mort rapide 
frappait souvent à cette température, et quelquefois même 
au-dessous, à 4o degrés, les animaux en expérience. D'ail- 
leurs, l'état d'anxiété et d'agitation où ils tombaient ame- 
nait évidemment, dans le jeu de leurs fonctions, une alté- 
ration profonde. Il semble, au moins pour les animaux sur 
lesquels j'ai expérimenté, que le point limite de la tempé- 
rature élevée soit pour chacun d'eux le degré de chaleur 
qui lui est propre dans les conditions normales. Si on l'at- 
teint, le danger est extrême; si on le dépasse, la mort est 
presque instantanée. Ces résultats causent quelque sur- 
prise. Ils sont en contradiction apparente avec les faits ob- 
servés sur l'iiomme ; mais si l'on considère, d'une part, la 
grande susceptibilité de la fonction respiratoire chez les 
animaux qui ont succombé, et, de l'autre, leur masse très- 
peu considérable qui a permis à la chaleur de pénétrer pour 
ainsi dire plus rapidement jusqu'au centre de la vie, on se 
rendra peut-être compte ainsi de la différence de réac- 
tion ( 1 ). 



(') Dans un Mémoire sur les degrés de chaleur auxquels les hommes et les 
animaux sont capables de résister, inséré dans \' Histoire de l'académie royale 
des Sciences, année 176^, Tillet nous apprend que des filles attachées au 
service d'un four banal de Larochefoucault supportaient, pendant dix mi- 
nutes, une température de 1 12 degrés au moins d'un thermomètre dont le 
85 e degré marquait le point de l'ébullilion de l'eau; elles eussent résisté 
une demi-heure à la température de l'eau bouillante. On trouve aussi dans 
les Transactions philosophiques , année 1775, un Mémoire de Charles Blagden 
sur le même sujet : Un des expérimentateurs séjourna sept minutes dans 
une chambre chauffée de 92 à 99 degrés centigrades. Si l'homme peut ré- 
sister quelque temps à des températures si élevées, il n'en est plus de 
même pour des animaux offrant une masse peu considérable. Ainsi un 
bruan, exposé par Tillet à une température de C5 degrés de son thermo- 
mètre, mourut au bout de quatre minutes, après avoir offert tous les signes 
d'une respiration anxieuse. Un poulet eût succombé dans le même espace 
de temps si on ne l'eût soustrait précipitamment au danger. Tillet pensa 
que ces effets rapides et funestes, survenus à une chaleur assez modérée, 
devaient dépendre de la faible masse de ces animaux. Il eut alors l'idée de 
les envelopper d'un linge en forme do maillot, pour s'opposer autant que 






( ao6 ) 

A une température plus modérée au contraire, de 28 à 
33 degrés par exemple, les animaux ont souvent offert, 
pendant tout le cours de l'expérience, une respiration par- 
faitement égale et douce. Les mouvements respiratoires 
devenaient même insaisissables à la vue; aucun signe n'in- 
diquait le moindre malaise. Ces cas ont été les plus favo- 
rables. Parmi ceux qui se sont le plus écartés du sens géné- 
ral des expériences, presque toujours une grande agitation 
et souvent la mort étaient intervenues. 

L'appareil que j'ai employé consistait en un vase de verre 
assez grand pour que les animaux n'y éprouvassent point 
de gêne. Il avait la forme d'une cloche renversée, évasé 
par le bas, se rétrécissant ensuite graduellement, jusqu'à 
l'ouverture placée à la partie supérieure et qui était assez 
grande pour permettre l'introduction facile de l'animal. 

Ce vase était fixé dans un seau de zinc que l'on emplissait 
d'eau à une température convenable pour expérimenter 
clans les degrés supérieurs, et de glace pilée pour les degrés 
inférieurs. Dans ce dernier cas, des ouvertures pratiquées 
au fond du réservoir laissaient un libre écoulement à l'eau 
provenant de la fusion de la glace. On ajoutait du sel ma- 
rin quand on le jugeait nécessaire pour abaisser la tempé- 
rature. Un long thermomètre passait à travers le bouchon. 
Son réservoir occupait, autant que possible, le centre de 
l'enceinte. Le degré se lisait à l'extérieur. 

Après l'introduction de l'animal, le vase était fermé au 
moyen d'un bouchon de liège façonné avec soin et disposé 
de manière à pouvoir être luté avec promptitude et facilité. 
Cet appareil communiquait, au moyen de tubes de plomb 
passant par le bouchon, d'une part avec l'air extérieur, de 



possible à ce que l'air chaud ne les pénétrât sans obstacle de toutes parts. 
Celte modification apportée dans l'expérience fit qu'un autre bruan et le 
même poulet supportèrent sans péril immédiat, pendant huit à dix mi- 
nutes, une température de 6 7 degrés. Ces derniers résultats viennent en 
corfirmation des faits qui se sont présentés à mon observation. 




( 2 °7 ) 
l'autre avec deux aspirateurs, dont l'un était uni à la série 
des tubes usités en pareils cas. En un mol, c'était l'appareil 
employé par M. Boussingault dans ses expériences sur la 
tourterelle, modifié de manière à pouvoir porter à une 
température voulue l'enceinte dans laquelle l'animal était 
placé ('). L'air était renouvelé au moyen de l'aspirateur 
avec une vitesse de 20 à 4o litres à l'heure suivant les cas. 
La durée des expériences a varié aussi; elle a été quelque- 
fois de trente minutes seulement quand on portait la tem- 
pérature au maximum et que l'on craignait la mort de l'ani- 
mal. On l'a prolongée une ou plusieurs heures, quand la 
chaleur était plus modérée, entre 28 et 35 degrés par 
exemple. Il a été de même à zéro et au-dessous. 

Les animaux sur lesquels j'ai expérimenté étaient géné- 
ralement en bon étatde santé, adultes, et nourris souventde- 
puis longtemps au même régime. Les tourterelles recevaient 
du millet, les verdiers du chènevis, la crécerelle du coeur 
de bœuf, les cochons d'Inde des carottes et du pain, les sou- 
ris du pain seulement. 

La température propre et le poids des animaux étaient 
pris au commencement et à la fin de chaque expérience. 
Les excréments rendus dans cet intervalle étaient aussi 
pesés avec soin. Le gain des tubes, pendant l'expérience, 
donnait, après les corrections, la quantité d'acide carbo- 
nique exhalé, et, par suite, celle du carbone brûlé. 

J'ai pu, avec ces éléments, dans un assez grand nombre 
de cas, calculer avec une approximation suffisante la trans- 
piration pulmonaire et cutanée. 

Pour ce calcul, on commençait par défalquer les déjec- 
tions de l'animal de la perte qu'il avait éprouvée dans son 



(') Voyez pour ces détails, le calcul et les corrections à faire sur l'acide 
carbonique recueilli, le Mémoire de M. Boussingault {Annales de Chimie 
et de Physique, 3 e série, année i8.'|<5, t. XI, p. (j33). On a suivi de tous points 
les procédés indiqués. 






( 2<)8 ) 

poids. En retranchant ensuite le carbone brûlé pendant 
l'expérience, l'excès de perte donnait la quantité d'eau de 
transpiration exhalée par les poumons et par la peau. 

Le poids du carbone me paraît représenter, avec une 
exactitude suffisante, la proportion qu'un animal détruit 
de sa propre substance par combustion dans l'acte respira- 
toire. Il résulte, en effet, des recherches de M. Boussingault 
que la proportion d'hydrogène brûlé en même temps que 
le carbone par le concours de l'oxygène, chez une vache et 
chez un cheval, forme seulement avec l'azote exhalé la cin- 
quantième partie environ du carbone consumé dans le même 
espace de temps. Ainsi, dans un jour, la vache brûlait 
221 1 grammes de carbone, ic/ r , 8 d'hydrogène, et exhalait 
27 grammes d'azote; le cheval brûlait 2465 grammes de 
carbone, 23 grammes d'hydrogène, et exhalait 24 grammes 
d'azote. Une semblable recherche, entreprise sur une tour- 
terelle, a offert des résultats analogues. 

Toutefois, je préfère ne pas introduire dans le calcul de 
la transpiration cette correction insignifiante; il perdrait 
de sa simplicité sans avantage réel. 

La température propre de l'animal se prenait dans le 
cloaque, et quelquefois sous l'aile chez les oiseaux; dans le 
rectum, chez les cochons d'Inde. Le réservoir du ther- 
momètre qui a servi pour toutes ces observations avait 
i4 millimètres de longueur sur 2 mm ,6 de diamètre; chaque 
degré offrait 3 millimètres de course. 

Résultats généraux . 

L'influence que les températures extrêmes de l'atmo- 
sphère exercent sur la production de l'acide carbonique 
dans la respiration des animaux à sang chaud se manifeste 
avec une notable énergie dans les conditions que j'ai indi- 
quées; il n'est même pas nécessaire de reculer, autant 
qu'on le pourrait, les limites de ces températures pour ob- 






( 20 9 ) 
tenir des résultats tranchés. Déjà, entre zéro et 3o degrés, 
les variations ont une grande étendue, puisque le carbone 
brûlé dans le premier cas est le double du carbone brûlé 
dans le second. A la température ordinaire, le phénomène 
se montre intermédiaire, inclinant tantôt d'un côté, tantôt 
de l'autre. 

Un autre fait qui doit aussi attirer l'attention, -c'est la 
similitude de ces variations chez les animaux d'une organi- 
sation aussi différente que ceux sur lesquels on a expéri- 
menté; les animaux de petite espèce ne réagissent pas au- 
trement, quant au rapport mentionné entre les quantités 
d'acide carbonique, que ceux d'un volume plus considé- 
rable, et les oiseaux se comportent comme les mammifères. 

Ainsi, en prenant un animal dans chacune de ces caté- 
gories, on voit que l'acide carbonique produit dans l'espace 
d'une heure a été : 



Pour un serin 

Pour une tourterelle.... 

Pour deux souris 

Pour un cochon d'Inde. 



A latempéralure 

ambiante, 
io à 20 degré: 



er 
o , 25o 

0,684 
o,498 
2,080 



De 

30 a 40 degrés. 



O, 1 *Jf) 

o,3(i6 
0,268 
1 ,453 



Vers degré. 



O, J23 

°,974 
o,53i 

3, 006 



C'est-à-dire que l'acide carbonique exhalé à zéro a été le 
double de celui produit à une température élevée pour les 
deux mammifères, et un peu plus pour les oiseaux. 

On trouve aussi, parla comparaison de ces nombres entre 
eux, que les quantités d'acide carbonique émises par les 
divers animaux sont indépendantes du rapport indiqué. On 
sait depuis longtemps que les petits animaux sont des ap- 
pareils de combustion bien plus actifs que les animaux plus 
volumineux. On peut remarquer même dans le tableau ci- 

v. ,4 



( 2I ° ) 

dessus qu'à zéro un serin brûle presque autant de carbone 
qu'une tourterelle à 3o degrés. 

Cette plus grande énergie de réaction cbez les petits oi- 
seaux se conserve pour la transpiration. Cette fonction a 
des liens étroits avec la respiration. Plus un animal à sang 
chaud, dans les conditions ordinaires, brûle de carbone et 
d'hydrogène, plus aussi est abondante la transpiration pul- 
monaire et cutanée. 

La perte occasionnée par la perspiration insensible est 
donc bien plus considérable pour un petit oiseau propor- 
tionnellement à son poids, que pour une tourterelle. Ce 
phénomène se développe à ce point, dans les températures 
élevées, qu'un verdier exhalera dans une heure, à 4° de- 
grés, près de i gramme d'eau de transpiration. C'est à 
peine si, dans les mêmes circonstances, une tourterelle en 
émettrait davantage. 

J'ai consigné tous les éléments des expériences dans sept 
tableaux. Je présente, toutefois, ici, un résumé général 
mettant en regard les moyennes des quantités d'acide car- 
bonique exhalé par heure, aux températures extrêmes, par 
chacun des animaux en expérience, et le rapport simple qui 
existe entre ces deux quantités. On prendra ainsi, d'un 
coup d'œil, une idée générale des résultats. 



(an ) 



DÉSIGNATION 
de 

l'animal. 



Serin femelle 

Verdier mâle n° i . . 

Verdier n° 4 

Verdier n° 5 

Tourterelle n° i . . . . 
Tourterelle n° 2. . . . 

Tourterelle n° /J 

Tourterelle n° 5 

Tourterelle n° 6. . . . 

Une crécerelle 

Tourterelle de petite 

espèce 

Cochon d'Inde n° 1. 
Cochon d'Inde n° 2. 
Cochon d'Inde n° 3. 
Deux souris 



ACIDE 


ACIDE 


carbonique 


carbonique 


pruduit 


émis 


à une tem- 


à une basse 


pérature 


tem- 


élevée. 


pérature. 


gr 


gr 


0,129 


o,325 


0,212 


o,436 


0,2l6 


0,481 


0,212 


0,416 


o,6G3 


i,>>9 


n 


1,265 


0,378 


ft 


o,438 


» 


o,336 


o,974 


0,569 


1 ,610 


0, 1 55 


o,368 


i,453 


3,oo6 


i,534 


2,q5i 


1 ,655 


2,35 7 


o,26S 


o,53i 



•APPORT 

entre ces deux 
quantités. 



2,5 

: 2,0 
2,2 
1.94 

1 ,77 

2 minimum 
2 minimum 
2 minimum 
2,9 

:2,9 * 

12,37 
: 2 

:i,5 
",4 



Morte à ia suite de 
l'expérience. 



11 y a eu mort dans 
ces deux cas, ce qui 
jalloTo constamment 
fie rapport. 



En consultant les quatre premiers tableaux relatifs aux 
oiseaux de petite espèce, on remarque que le verdier n° 3 
a fait exception à la règle, en produisant plus d'acide car- 
bonique à une température élevée qu'à la température or- 
dinaire; mais il a succombé dans l'expérience. Ce résultat 
est constant. 

La transpiration des verdiers à l'état naturel, par heure, 
se tient en général entre o gr , i5o et o gr , 3oo. Deux fois elle 
a atteint o gr ,4°° et o sr , 5oo. 

Dans les hautes températures, elle a été, par heure, de 
o gr , 5oo entre 3o et 35 degrés, et s'est élevée au gramme à 
4o degrés. 

Les détails d'une observation de transpiration naturelle, 
continuée pendant six heures sur le verdier n° i, donne- 
ront une idée du décroissement que la perspiration insen- 
sible subit d'heure en heure. 

'4- 




( 212 ) 

L'expérience a eu lieu le 6 septembre. Elle a commencé 
à 9 h 3o m du matin. Le thermomètre a varié de 19 à 21 de- 
grés. 

Eau perdue par les transpirations 
pulmonaire et cutanée, 
er 
Première heure o,3i5 

Deuxième heure 0,218 

Troisième heure o , 1 79 

Quatrième heure 0,1 15 

Cinquième heure. °j J '9 

Sixième heure o, 108 

Pendant les trois premières heures il y a eu diminution 
successive dans la vapeur d'eau exhalée; les trois heures 
suivantes, la transpiration est devenue à peu près station- 
naire. 

C'est ici le lieu de faire remarquer avec quelle facilité 
les oiseaux résistent au froid. Les petits oiseaux, dont la 
faible masse doit permettre si promptement aux tempéra- 
tures excessives de les pénétrer, ne paraissent cependant 
pas, alors même qu'ils sont privés d'aliments, éprouver un 
grand malaise sous l'influence du froid quand il n'est pas 
prolongé au delà de huit à neuf heures. Trois verdiers, les 
n os 1, 2 et 5, ont été ainsi soumis à un froid de zéro pen- 
dant plusieurs heures (5 heures, 6 h 4i m et 8 h 27 m ). Les 
tubes disposés pour recueillir l'acide carbonique étaient 
changés d'heure en heure et pesés. Les deux premiers oi- 
seaux ont, pendant toute la durée de l'expérience, brûlé 
une égale quantité de carbone. Le verdier n° 5, pendant 
la première moitié de l'expérience (4 h i5 m ), s'est comporté 
de la même manière; mais pendant la seconde moitié 
(4 h i2 m ), la quantité de carbone qu'il a consommée a baissé, 
elle est devenue celle de l'état normal. Cependant cet oi- 
seau est sorti de l'appareil aussi vif qu'il y était entré. Son 
corps donnait bien à la main une sensation de froid; 




( «s ) 

mais, dans le cloaque, la température n'avait baissé que de 
i degré. 

Les tourterelles (voir le tableau n° 5) se comportent à 
peu près comme les petits oiseaux, quant au rapport indi- 
qué dans les quantités d'acide carbonique aux températures 
extrêmes. La crécerelle donne de plus fortes différences, et 
le rapport devient pour elle i:3,4 et 1:2,4. Cet oiseau 
parait très-sensible à l'action de la chaleur; déjà à 28 de- 
grés il manifeste des signes prononcés de souffrance. 

Les deux tourterelles n 0J 1 et 3 ont offert quelque di- 
vergence. Exposées à une température de 4o à 43 degrés, 
elles ont donné un chiffre élevé d'acide carbonique; il est 
par heure de o,663 pour le n° 1, et de 0,775 pour le n° 3. 
La mort est survenue dans ces deux cas. Les expériences 
elles-mêmes ont duré seulement vingt et vingt-cinq minutes. 
Les n os 4, 5 et 5, au contraire, ont émis à une température 
plus modérée, de 3o à 36 degrés, une proportion bien moins 
forte d'acide carbonique qui porterait le rapport à il 2, 5 
environ. 

Voici deux observations de transpiration naturelle sur 
deux tourterelles, continuées pendant six heures consécu- 
tives. Le décroissement paraît plus régulier et se maintient 
plus longtemps que chez le verdier n° 1. 

La première expérience a eu lieu sur la tourterelle n° 2, 
le 5 septembre, à partir de () h 56 m du matin. La tempéra- 
ture extérieure avarié enfre 20°,6 et 2i°,4- 

Perte éprouvée par heure 
par la transpiration. 

Première heure o , 3g5 

Deuxième heure 0,371 

Troisième heure 0,348 

Quatrième heure o ,266 

Cinquième heure 0,226 

Sixième heure o , 1 3o 









( "4 ) 

La deuxième expérience a été faite sur une tourterelle 
du poids de 160 grammes, le 6 septembre, à une tempéra- 
ture de 20 à 2i°, 5, à partir de o, h 23 m du matin. 

Eau perdue par la transpiration 
par heure, 
sr 

Première heure 0,682 

Deuxième heure o , 384 

Troisième heure 0,342 

Quatrième heure 0,288 

Cinquième heure 0,200 

Sixième heure o, 170 

La transpiration des tourterelles ne s'est pas beaucoup 
élevée quand la chaleur a été modérée. Ainsi à 3o degrés, 
chez le n° 4> elle a été seulement de 0,640 par heure. 

De 33 à 36 degrés elle a atteint le gramme. Cette fonc- 
tion a suivi les mêmes phasesdans des proportions moindres 
chez la tourterelle de petite espèce. Sa perspiration insen- 
sible a été par heure o gr ,i8o, à la température ordinaire, 
o gr , 210 à 3o degrés et o gr ,3oj de 37 à 4° degrés. 

La température propre de ces oiseaux s'est abaissée par 
le froid de o°, 2 et de o°, 6 sous l'aile chez une tourterelle 
robuste; de 2°,2 chez une autre tourterelle en voie de dé- 
périssement. La chaleur n'a eu quelquefois que peu d'in- 
fluence sur l'élévation de la température animale quand le 
thermomètre marquait 3o degrés seulement. Dans un cas 
même il y a eu abaissement de \ de degré. Cependant, en 
général, il y a eu augmentation dans la température propre 
de ces animaux. Dans trois expériences comprises entre 
3o et 33 degrés, il y a eu accroissement de o°,4, i°, 5 et 
i°,8; à 36 degrés, de i°,4- Un des oiseaux qui ont péri 
vers 4° degrés avait même gagné 3°, 2 sous l'aile. 

Il est bon de donner ici les raisons qui m'ont déterminé 
à classer parmi les oiseaux volumineux la tourterelle de 
petite espèce, du poids de 66 grammes, et parmi les petits 






( 2 '5 ) 

oiseaux le moineau de montagne du poids de 5a grammes. 
Cette tourterelle a constamment brûlé, relativement à 
son poids, une quantité minime de carbone, et sa trans- 
piration s'est tenue dans les mêmes proportions. J'ai déjà 
appelé l'attention sur celle relation. Elle avait, d'ailleurs, 
toutes les allures des tourterelles ordinaires, plus lentes 
encore, quoique en parfait état de santé. Le moineau, au 
contraire, qui consumait bien plus de carbone, avait toute 
la vivacité des petits oiseaux. L'un donnait cours à son 
activité naturelle par un mouvement continuel; l'autre 
restait constamment immobile et percbé. 

Ces différences s'expliquent très-bien avec les nouvelles 
idées physiologiques sur la chaleur animale. 

Les cochons d'Inde (voirie tableau n° VI) ont présenté 
les particularités suivantes : 

Le n° i a produit par heure : acide carbonique : 

A la température ambiante. Ala température élevée. Ala température basse. 
2 gr ,o58 1 er , 457 36 r ,oo6 

Ces résultats sont nets et réguliers. 

Les n 08 2 et 3, au contraire, ont exhalé à une tempéra- 
ture élevée une proportion trop forte d'acide carbonique 
pour que le rapport se maintînt de 1 à 2; il n'est plus que 
de 1 à 1 , 5 à 1 , 4 ; mais si l'on observe que tous les deux sont 
morts par excès de chaleur pendant l'expérience ou à sa 
suite, que le malaise avait été considérable, que les mou- 
vements inspiratoires avaient été portés jusqu'au nombre 
de deux cents par minute, on ne sera plus étonné de ce ré- 
sultat. D'ailleurs la proportion d'acide carbonique dans 
cette circonstance a dépassé celle qui se produit à la tem- 
pérature ordinaire. 

Ces deux animaux ont été retirés de l'appareil inondés 
de sueur, l'un encore vivant et présentant une augmenta- 
tion de 3 degrés dans sa température primitive; l'autre 
mort, avec un accroissement de 5°, 5. 







( «6) 

Les mammifères paraissent résister avec moins de succès 
aux températures extrêmes que les oiseaux; ainsi, à zéro, 
le cochon d'Inde n° i a abaissé sa chaleur propre de 3°, 7, 
et le n° 2, de 3°, 2 5 à 3o degrés, le n° 1 l'a élevée de 1 de- 
gré, et à 32 degrés de 3 degrés. 

Le dernier tableau a trait à l'étude des phénomènes 
mentionnés dans des conditions qui ont déjà pour effet d'in- 
fluencer fortement la respiration en abaissant considéra- 
blement le chiffre du carbone brûlé. Je veux parler de l'état 
d'inanition. 

On trouve, et ce n'est peut-être pas sans intérêt, que le 
rapport dans la quantité d'acide carbonique produit aux 
diverses températures se conserve le même que dans les 
expériences précédentes; c'est-à-dire que l'acide carbonique 
émis à zéro est le double de celui émis entre 3o et 4o de- 
grés. 

Ainsi, le jour, à zéro, il est pour la tourterelle, par heure, 
de o sr ,652; et de 3o à 4o degrés, de o sr ,3i9 en moyenne. 

Cependant les phénomènes de l'inanition sont changés; 
car, à la température ordinaire, l'acide carbonique serait 
par heure, pendant le jour, de o gr ,44° seulement. 

La nuit perd aussi son action. Sous son influence, on a 
recueilli la même dose d'acide carbonique que pendant le 
our aux deux températures extrêmes. 

Mais ce qui peut-être est le plus digne d'attention, c'est 
que la chaleur, qui a constamment pour résultat, dans les 
circonstances ordinaires, de diminuer la proportion du car- 
bone brûlé, n'a plus produit cet effet, même la nuit, sur la 
tourterelle en question. 

Cet oiseau qui, à la température ordinaire, la nuit, eût 
donné o gr , 264 d'acide carbonique, n'a pu être amené à 
exhaler moins de o gr ,284 entre 3o et 4° degrés. Il paraît 
qu'arrivé à ce point on touche à la limite minimum de la 
production d'acide carbonique avec laquelle la vie soit 
compatible chez les tourterelles. 




( **7) 

On voit aussi, dans le tableau n° VII, que la crécerelle à 
l'état d'inanition n'a exhalé, par heure, à 33 degrés, qu'une 
bien faible proportion d'acide carbonique, o gr ,336; si l'on 
compare cette quantité à celle que ce même oiseau a donnée 
à 3 degrés au-dessous de zéro, dans des conditions nor- 
males, quantité qui monte à i gr , 861, on trouve le rapport 
de i à 5,5. Il est assez extraordinaire que l'on puisse mo- 
difier aussi profondément une fonction sans que la vie soit 
immédiatement menacée. 

Cette crécerelle qui, nourrie régulièrement, avait montré 
entre 28 et 29 degrés tous les signes d'un grand malaise, 
puisque ses inspirations s'étaient élevées par minute à cent 
quatre-vingts et qu'elle avait constamment tenu son bec 
ouvert, a présenté au contraire, pendant l'inanition, à 33 de- 
grés, une respiration douce dont les mouvements étaient 
difficiles à compter; le bec est resté fermé et l'animal tran- 
quille. Cependant il y avait encore quatre-vingt-quatorze 
inspirations à la minute au lieu de cinquante à soixante, 
nombre ordinaire. 

Sa température propre s'est accrue de 2 , 2 dans ce der- 
nier cas, et de i°,4 dans le précédent. Quant à la tourte- 
relle, elle n'a éprouvé dans sa température que des varia- 
tions légères et dans des sens différents lorsque la chaleur a 
été maintenue aux environs seulement de 3o degrés. Quand 
elle est devenue excessive, elle a résisté, autant qu'elle a pu 
le faire, à son envahissement. Ainsi, dans l'expérience de 
nuit du i5 novembre [voir le tableau n° VII), elle a com- 
mencé par reprendre sa température intérieure primitive; 
ce qui a produit 4°; 3 d'augmentation dans le cloaque. En 
outre, la superficie de son corps et son plumage ont absorbé 
ainsi une quantité considérable de chaleur, ce que la main 
apprécie très-bien; elle ne ressent plus cette sensation de 
froid que lui communique toujours, surtout la nuit, un 
animal inanitié. 

De plus, et bien que la tourterelle ne reçût pas de bois- 




( "8) 
son, elle s'est débarrassée d'une partie de la chaleur en excès 
par une transpiration aussi abondante que celle exhalée par 
un oiseau nourri régulièrement. 

Le froid a abaissé la température de cet oiseau de i°,5 
dans le cloaque, et de 2°, 5 sous l'aile. 

La transpiration s'est maintenue toujours assez abon- 
dante dans les hautes températures. On sait cependant qu'à 
l'état d'inanition cette fonction a une grande tendance à 
s'annihiler. 








Tableau N° I. — Acide carbonique exhalé dans la respiration des petits oiseaux à la température ambiante. 



DÉSIGNATION ET POIDS 

de 

l'oiseau. 



Serin femelle, i5s r ,5 
Id. 
Id. 
Id. 

Serin mâle 

Pinçon mâle, 2iB r ,8 

Verdier mâle n° 1, 25S r ,4- 
Id. n°2, 24 gr.. 

Id. n°3,26gr.. 

Id. id 

Id. id 

Moineau de montagne, 

5s grammes 

Id. 



ÉPOQUE 


do 




L'ANNEE. 


5 août 


■ 844 


5 août. 




6 août. 




20 nove 


Tib. 


Sjanv. 


i845 


10 mai 1 


844. 


17 août. 




3 novemb. 


19 août. 




19 août. 




21 août. 




19 novemb. 


Sjanv. 


i845 



EPOQUE DE LA JOURNEE. 



h m h m 

De 12. 11 mat. à 1.11 soir. 

De 2.21 soir à 3. 21 soir. 

De 11. 5o mat. à 1 . 8 soir. 

De 11.40 mat. h 1.10 soir. 

De 9.26 mat. à 11. 32 mat. 

De 12. o mat. à 2. 8 soir. 

De 10. 3o mat. à 3. 5 soir. 

De 8.10 mat. h 9.10 mat. 

De 10. 20 mat. à 11.01 mat. 

De 12.37 mat. à 1.42 soir. 

De i-4 s0 ' r à 2. 4 soir. 

De 2.5o soir à 3.5o soir. 

De 3.20 soir à 4-55 soir. 



DUREE 

de 

l'oxpé- 
rience. 



b m 
1 . 



i.3o 
2. 6 
2. 8 
5. 
1 . 
1 . 1 1 
1. 5 
1. o 

1 . o 
i.35 



TEMPÉRÂT. 

de 


ACIDE 


ACIDE 


CARBONE 


la cloche 
au milieu 
del'expér. 


carbo- 
nique 
dosé. 


Carbon. 

par 
heure. 


brûlé 

en 
1 heure. 



■9>5 


0,264 


gr 
0,264 


0,072 


20,5 


0,253 


o,253 


0,069 


'9,o 


0,281 


0,216 


0,009 


16,0 


o,4i3 


0,270 


0,074 


i5,o 


o,5o4 


0,240 


o,o65 


20,3 


0,669 


o,3i4 


o,oS5 


20 à 22 


i,636 


o,323 


0,088 


l!\ ,0 


0,302 


0,302 


0,082 


19.0 


0,347 


0,293 


0,079 


21 ,0 


o,3io 


0,286 


0,078 


22,0 


0,285 


0,285 


0,078 


l5,0 


0,486 


0,486 


0, l32 


l4,0 


o,777 


0,490 


0, 1 33 



REMARQUES. 



10 







Tableau N° II. — Acide carbonique produit pendant la respiration des petits oiseaux sous l'influence 

d'une température élevée. 



DÉSIGNATION 

de 

L 'OISEAU. 


ÉPOQUE 

de 
l'année. 


ÉPOQUE DE LA JOURNÉE. 


DURÉE 

de 
l'expé- 
rience. 


TEMPÉRÂT 

de 
l'enceinte. 




12 août 1844 


De 


h m h m 
10.21 à 1 1 .21 


li ni 
1 . 



3g à 42 


Verdier mâle n° 1 . . . 


23 août. 


De 


1 . 54 à 3.5 


1 .1 1 


3o à 33 


Id. 


24 août. 


De 


1 . 5o à 1 1 . 5o 


1 . 


35 


Id. 


25 août. 


De 


11 .34 à 12. 3 


O.29 


40 


Id. 


28 août. 


De 


10. 8 à 10.45 


0.37 


40 


Verdier mâle n" 2.. . 


4 novemb. 


De 


11 . i5 à 11 .58 


0.43 


40 


Id. n°3... 


22 août. 


De 


11 .25 à 12. 2 


0.37 


37 à 4o 


Id. n°4... 


27 août. 


De 


1 1 . 3 1 à 12. 1 


o.3o 


40 


Id 


28 août. 


De 


12. 3 à 12.32 


0.29 


4' 


Verdier mâle n° 5. . . 


12 novemb. 


De 


1 1 .57 à 2.22 


2.25 


3o 


Verdier femelle n° 7. 


12 août. 


De 


1 . 23 à 2.5 


O.42 


38 à 42 



ACIDE 

carbo- 
nique 
dosé. 



ACIDE 

carb. 
prod. 

en 
lheur 



0,I2g 

0,302 

0,217 

o,og4 
0,10g 
0,16g 
0,187 
0,107 
o, 106 
o,5i 4 
0,175 



0,129 
0,257 
0,217 

o,ig5 

°>'79 
o,238 
o,3o3 
0,21/, 
0,219 
0,212 
o,25o 



CAR- 
BONE 

brûlé 
dans 
1 heor. 


PERTE 

occa- 
sionnée 
par la 
transpi- 
ration. 


MÊME 

perte 
dans 

l'espace 
de 

1 heure. 


REMARQUES. 


6"' 
o,o35 


gr 
11 


gt 
11 




0,070 


0,526 


0,444 




o,o5g 


°i479 


o,479 




o,o53 


0,475 


1,017 




°>o49 
o,o65 


•0,493 
0,682 


0,799 

o,g5i 


Mort pendant 
l'expérience. 


0,082 


0,700 


1, i35 


Id. 


o,o58 


o,474 


o,g48 




0,o5g 


0,549 


I,l35 




o,o58 


0,823 


o,34o 




0,068 


II 


n 





10 

% 



Tableau N° III. — Acide carbonique produit à zéro dans la respiration des petits oiseaux. 
(Le thermomètre a oscillé entre — 2 et +2 degrés dans les expériences.) 



DÉSIGNATION 

do 

l'oiseau. 



Serin femelle 

Verdier femelle n° 7 
Verdier mâle n° 1 . . 

Id. 
Verdier mâle n° 4 . . 
Verdier mâle n° 5 . . 



EPOQUE 

do 

l'année. 



8 août 1844. 

8 août. 
i3 août. 
3o août. 
16 août. 

4 novembre. 
18 novembre. 
18 novembre. 



EPOQUE DE LA JOURNEE. 



h m h m 
De 1 1 . 3 1 à I2.3i 



De 1 .46 à 2.46 

De 11.32 à 4-32 

De 12. i5 à 1 .32 

De io,34 à 5 . i5 

De 2.12a 3.12 

De 11. i5 à 3 3o 

De 3.3o à 7-4 2 



DURÉE 


ACIDE 


ACIDE 


CARRONE 


de 


carbonique 


carbonique 
par 


brûlé 
en 


l'expérience 


dosé. 


beuro. 


1 beure. 


b m 
I . 


0,325 


o,3a5 


gr 
0,089 


1 . 


°)479 


°»4/9 


0, i3o 


5. 


2,23l 


o,445 


0,121 


1.17 


0,548 


0,427 


0,116 


6.41 


3,217 


o,48i 


0, i3i 


1 . 


0,38 9 


0,389 


0, 106 


4. .5 


I,88 7 


o,444 


0,121 


4.12 


I ,261 


o,3oo 


0,o8l 



REMARQUES. 



W 
H 



' 



■^■J 




Tableau N° IV. — Transpiration des petits oiseaux dans les conditions ordinaires de température. 

















PF.RTE 




DÉSIGNATION ET POIDS 


ÉPOQUE 








DURÉE 


TEMPÉRATURE 


éprouvée 
par les 


Même 
perte 


de 


de 


EPOQUE DE LA 


JOURNÉE. 


de 


do 


transpirât. 


dans 


l'oiseau. 


l'année. 








l'expérience 


l'air ambiant. 


pulmon. 
etcutaaée 
pendant 
l'expér. 


l'espace 

de 
1 heure. 




a3 août 1844. 


De 


h m 
10. 3 à 


h m 
11. i3 


b in 
»■ 9 



17,6a 18,6 


gr 
0,176 


0, l52 


Id 


26 août. 


De 


9.46 à 


10.53 


i- 7 


16, 8à 18 


0,189 


0,169 




Id 


28 août. 


De 


8.53 à 


10. 8 


i.rf 


16,7a i8,5 


0,254 


0,203 




Id 


3o août. 


De 


10. i3 à 


12. i3 


2. 


19 à 20,5 


0,558 


0,279 




Id 


6 septembre 


De 


g.3o à 


3.45 


6.i5 


19 à 20,4 


1,072 


II 




Id 


24 août. 


De 


9.28 à 


10.49 


1.21 


18, 4à 19 


°,'99 


0,147 
0,267 




Verdier mâle n° 4, 24 gr. . . 


24 août. 


De 


12. 5o à 


1 . 5o 


1 . 


20,5 


0,267 


Id. 


27 août. 


De 


10. 4 à 


".29 


1.25 


17 à 18 


0,224 


o,i58 


Id. 


28 août. 


De 


10.27 » 


12. 2 


1.35 


18 


0,277 


0,175 


Verdier mâle n° 5, 25 gr.. . . 


20 novembre. 


De 


10. à 


11. 7 


1 • 7 


i3 


o,433 


0,387 


Verdier mâle n° 6 


22 août. 


De 


10. à 


10.57 


0.57 


18 


0,481 


o,5o6 




Moineau de montagne 


19 novembre. 


De 


2.5o à 


3.5o 


1 . 


i5 


o,338 


o,338 



REMARQUES. 



10 



I 






Tableau J\ t ° V. 



Acide carbonique exhalé dans la respiration des oiseaux dont le poids s'' élève de 1 3o grammes 
à 200 grammes, sous V influence des diverses températures. 



DESIGNATION ET POIDS 

de 
l'oiseau. 



ÉPOQUE 




DURÉE 


do 


ÉPOOUE DE LA JOURNÉE. 


do 


L'ANNÉE. 




l'espér. 









TEMPE- 
RATURE 

do 
l'en- 
ceinte. 



ACIDE- 


ACIDE 


ear [io- 


CO a 


nique- 


par 


dosé. 


heure 







BOîïE 

brûlé 



PEflTE 

éprou- 
vée 

par les 
de un 
Ir (ins- 
pira- 
tions 
pend. 

l'expo r 



PERTE 

éprou- 
vée 

par les 
deux 

tiansp, 
dans 
l'es- 
pace 

de 1 b . 



TEMPERATURE 

propre 
de lanimal, 



au 

coiu- 
nienc. 

de 
Pexp. 



la iin 

de 
l'expé- 
rience 



REMARQUES. 



Tourterelle mâle n° 1, 

180 grammes 

Tourterelle mâle n° 2, 

157 grammes 

Id. ... . 

Tourterelle n° 6, 

i4as r ,3 

Id. 

Id 



Id. 

Crécerelle, 19/jgr 

Id. 

Id. 

Id. 

Tourtereileadylte, des 

\ ijïifiir-nïr-- 



1844. 

27 févr. 

27 juill. 
2 août. 

3i juill. 

1 août. 

2 août. 
184o. 

21 févr. 
1844. 

29 nov. 

6 déc. 

7 déc. 
1843. 

22 fév . 



Acide carbonique exhalé à la température ambiante. 



De 1 i.3o à 12. 5o 

De 10.35 à u.43 

De 11. à 12.10 

De 10.47 à 11.54 

De i./jo à 2.45 

De 1.57 à 3.5 ■ 

De 3.3o à 4.3o 

De 3.5 1 à 4.36 

De 1.16 à 3.00 

De 9.4 1 à 11.4C 



,-/. V.-/c ■•-• r .'-. 



1.54 

I . 

0.45 

1.44 



19 

20 
21 

15 



1,042 

1,865 

0,700 
o,556 
o,583 

1 ,3o6 

0,946 

°, 6 97 
1,64. 



o,85o 

0,781 
0,763 

o,Coo 
o,5oi 
0,538 

0,684 

°,9Î 6 
0,923 

o,947 
,906 



gr 


gr 


B* 




0,232 


n 


1/ 


11 


0,2l3 


n 


n 


II 


0,208 


n 


// 


" 


0,164 


i' 


11 


„ 


o,i36 


II 


11 


il 


0,147 


II 


a 


n 


0,186 


0,609 


o,3i8 


n 


o,258 


II 


n 


if 


0,25l 


II 


n 


rt 


0,258 


II 


il 


" 


0,247 


// 




' \ 



Les trois prem. oipér. 
ont éié faites sur la cré- 
cerelle au sortir d'une 
labstinenco complèlequi 
// /avait duré trois jou 
ibaitscette c : -~ 



pro- 
s élevé 



jDanscette circonsian 
ll'acide carbonique p 
fduilesl un peu pluséli 
\qu r à IV'Ial ordinaire. 

L'expérience du 2» 

vrler est tout <ï f«It 1 _ 
eulière. L'animal était! 



4^ 



'c far-froriïiflic: ç.i-ft<il*i 



Tourterelle no 1 . . . 
Tourterelle mûlen°3, 
Tourterelle femelle 

u° 4, i3o grammes. 
Tourterelle mâle n° 5, 

i63 grammes 



Tourterelle n° 6 

La crécerelle 

Tourterelle de petite 
espèce, 66 grammes. 

Id. 

Id. 



Tourterelle n° 1. 

Id. 

Tourterelle n° 2 . 
Id. 



Tourterelle n° 6. . . 

La crécerelle 

Id. 

Tourterelle de petite 
espèce, 66 grammes 



2 nov. 



i4 nov. 

i3 nov. 
1848. 

20 févr. 
22 fevr. 

1844. 

2 nov. 

S nov. 
1 1 nov. 



1844. 

30 oct. 

31 oct. 

9 août. 
3i oct. 
1843. 

20 févr. 

2i févr. 

23 févr. 

1844. 



De r). .8 n 9.38 
De 3 /jo à 4.5 

De n . 3 à 12. S 

De 10.49 à 12-55 

De g.56 à 10.56 
De 3. 14 à 4- ° 

De 2.47 à 3.45 
De 1 34 à 12.47 
De 11 . 10 à 2.43 



0. 20 
0. 25 


/(O à 43 
4o à 43 


0,211 

o,3a3 


o,633 

o,775 


0, 172 

0,21 1 


: 1 


. 


4 a, 3 

Ùalle. 


45,51 

sous 1 
l'aile. 1 


1. 5 


33 à 36 


o,4io 


0,378 


0, io3 


1 ,oo3 


0,925 


4. ,5 

cloaq. 


43,0 

cloaq. 


2. 6 


3o 


°,9'9 


o,438 


0,119 


1,280 


0,609 


43,0 

cloaq. 


43)7 

cloaq. 


I . 


36 


o,336 


o,336 


0,091 


1 , 10 


1,10 


// 


1/ 


0.46 


28 a 29 


o,436 


0,569 


, 1 46 


1,00 


i,3o 


4o ; 3 


4 i j7 


0.58 


37 a 40 


0,178 


0,184 


o,o4i 


o,336 


0,347 


n 


n 


2.l3 


3o 


0,3l2 


0,141 


o,o3g 


0,440 


0,200 


11 


n 


3.33 


3oà 33 


o,5o5 


0,142 


o,o3g 


i,o85 


o,3o5 


t! 


n 



Acide carbonique exhalé à température basse. 



De 2.5:j à 4 3 5 

De g. 4 à 10.42 

De 12.11 à lu 

De 1 . 20 à 2' 20 

De 12. 3o à 2. 1 

De 10.20 à 12. 1 

Do 1.12a 2.12 

De 1 1 . 12 à 1 .12 



i.3i 


— 2a+2 


',697 


",119 


o,3o5 


i.38 


— 2a+2 


1,826 


1,117 


o,3o5 


1 . 


— 3 à 


i,58i 


i,58i 


o,43i 


1 . 


— 3 à 


0,948 


0,948 


o,258 


i.3i 


-5 


',479 


o,974 


0,265 


1.41 


-3 


3, i3î 


1,861 


o,5o8 


1 . 





1 ,36o 


1 ,36o 


0,370 


2. 





0,490 


o,368 


0, 100 



Les inspirations se 
sont élevées a 1 70 et 180 
degrés par minutes, 



42,5 

sous 
l'aile- 
42,5 


l)2,0 
SOUS 

l'aile- 

41, 7 5 


50US 

l'aile. 


sous 
l'aile- 


/; 


n 


n 


t! 


11 


Il 


11 


II 


4',i 


<o,9 


11 


n 



Dion portante. 

En veie rapido do dé- 
pcrissoLUont. 



to 
to 



- 



Tableau N° VI. — Acide carbonique produit dans la respiration des mammifères aux diverses températures. 



DESIGNATION ET POIDS 

de 
l'animal. 



EPOQUE 

do 
l'ann ée. 



Cochon d'Inde mâle n° 1 , 


1844. 


adulte, 790 grammes.. 


6 nov. 


Cochon d'Inde femelle, 




n° 2, 6 1 3 grammes. . . . 


24 févr . 


Deux souris adultes, pe- 




sant ensemble 29S r ,8 . . 


1 9 févr . 


Cochon d'Inde n° 1 . . . . 


6 nov. 


ld. 


10 nov. 




1843. 




24 févr. 


Cochon d'Inde mâle n° 3, 


1844. 


pesant 750 grammes... 


7 nov. 




1843. 








1844. 




7 nov. 




18'rS. 




23 févr 




1844. 




S nov. 




17 févr. 



ÉPOQUE DE LA JOURNEE. 



DUREE 

de 
l'expcr. 



TEMPÉRA- 




1CIDE 


TURE 


CO* 


C0 a 


de 




par 


l'enceinte. 


dosé. 


heure. 









CAR- 
BONE 

brillé 
dans 
1 li. 



TEMPÉRATURE 

propre 
de l'anim. prise 
dans le reclum 



coin m. 

de 
l'exp. 



Acide carbonique exhalé à la température ambiante. 

h m li m s 

De 4-° à 5. 0. 



b m s 
1 . 0. 

i.4i.3o 

I.Q2. O 



16 
16 



De 9 f[S à 1 1 ,2j).3o 

De 9. 16 à io.38. o 

Acide carbonique exhalé à une température élevée. 

De 1 . /|fi à 2 . 3 1 . 
De 9.40 à 1 1 .40. o 

De 2.48 à 3.48. o 



De 



.52 



De 9.27 à 10.47. ° 
Acide carbonique exhalé à une température basse. 



De 9. 3 à 10. 3. o 

De 10. 1 à 11 .42.3o 

De 10. 7 à 1 1 .28. o 
De io55 à 1 . 11 . 



I . 





,.41 


3u 


I .21 





!2.l6 






o 



o 

— 5 



3,006 


3,006 


0,819 


35,7 


3,809 


2,25l 


0,614 


37,5 


3,18.3 

1 ,206 


2,357 

, 53 1 


0,643 
0,145 


ff 
ff 



la fin 

de 

l'exp. 



32,0 

34,o 



REMARQUES. 



gr 


er 


er 








2,o58 


2,o58 


o,56i 


n 


n 


2,537 


1 ,5oo 


0,409 


II 


il 


0,681 


0,498 


0, 1 35 


n 


11 



0.4a. 

2 . . 


3o 
3o à 32 


1 ,066 
2,946 


■ ,434 
1.473 


0,391 
0,401 


36,5 
3 7 ,8 


37,5 
40,8 


I . 0. 


37 


1,534 


i,534 


0,418 


3 7 ,6 


43,. 


0.32. 


40 


o,883 


i,655 


o,45i 


35,5 


38,5 


I . 20 . 


37 


o,358 


0,268 


0,073 


tr 


ff 



Mort pendant l'ex- 
périence. 

Mort à la sulto de 
de l'expérience. 



Ci 



Tableau N° VII. — Acide carbonique produit h l'état d'inanition par une tourtercllr et ttnr crécerelle aux diverses 

tempera tu rcs . 



DÉSIGNATION 


ÉPOQUE 




de 


de 


ÉPOQUE DE LA JOURNÉE. 


I.'OISEAU. 


l'anpœe. 











DOUEE 

de 
l'expér. 



TEMPÉRA-- 
TURE 

do 
l'enceinte. 



ACIDE 

carbo- 
nique 
dosé. 



ACIDE 

carbo- 

nique 

par 

lieure. 



OAR- 
BOKB 
brûlé 

en 



EAU 

perdue 
p.'i r la 
Irans- 

1 1 i r;i - 

ttQD 

pend, 
l'exp. 



EAU 

perdue 
par la- 
trans- 
pi ra- 
tion 
dans 
1 heure 



TEMPERATURE 

propre 
de ranimai, 



cneno. 

de 
l'exp. 



In fin 

de 
l'expé- 
rien ce, 



UEMARQtES. 



Crécerelle. 



j J844. 
/2^ nov. 

I27 nov. 

8 nov. 



lfJ , , „ M nov. 

Même tourterelle 1 

que celle porl:intl'5 nov. 
précédemment le) ,5 n0 v. 

n° 5 f 

\i7 nov. 

1845. 

Crécerelle 25 levr 



Même tourterelle.. 
Id. 



1844. 

10' nov. 



16 nov. 



Acide CO 1 exhalé à la température ambiante. 



h m li m 
Do a. i\ à 3 44 

De 7.^2 à 9. 17 

De 8.3o à 10. 



De a. 5 à 3.36 

De 10.32 à 1 1 .3a 

De 7-33 a S./,i 

De io.33 à 1 1 .38 

De 9. 5i à 12. 10 



h m 
1 .20 

1 .35 

1 .3o 



i.3i 
1 . 
i. 3 
1. 5 
2.19 



U 
n,5 

10 

'.aie à zt 

3o à 33 

35 

3 7 
33 

33 



I ,030 


0,788 


0,2l5 


o,3i3 


0,23/j 



4o,6 



4i,9 


0,829 


,,M 


0,143 


5go 


o,3;o 


3 9,7 


3g,5 


0, 9 85 


.,657 


0, 17g 


0,23l 


0, i5o 


4o,5 


4', 7 



le tem 1 


yeratili 


'e elev 


:e. 








0,582 


o,3 7 o 


0, 101 


°,9 3 ' 


o,6i3 


43,3 

cloaq. 


^,7 

cloaq. 


o,33i 


o,33 1 


0,090 


1,090 


1,090 


42,8 

cloaq . 


43,3 

cloaq 


o,3og 


0)^94 


0,0/9 


0,986 


0,938 


39,0 
cloaq 


43,3 

cloaq. 


o,3o5 


0,281 


0,077 


0,8; 2 


o,8o5 


4^,4 

cloaq. 


4>. 4 

cloaq. 


o,779 


o,336 


0,091 


1 ,520 


0,660 


39.7 

cloaq. 


4i>9 

cloaq. 



Acide carbonique exhalé à une température basse. 



De 1 1 .25 à 1 . 

De 7.44 à 9-4 



.35 



I ,032 


o,652 


0,178 


a 


u 


4 2 >7 


(\ \ ,9 


0,880 


0,660 


0, 180 


u 


a 


cloaq. 

39,4 
cloaq 

38,0 
s. l'aile 


cloaq. 

37,6 

cloaq. 

37,5 

s. l'aile 



Après deux jours d'ina- 
nilion pendant le jour. 

Apres deux jours et qq, 
heures d'InanH. La nuit. 

Après trois jours d'inan. 
au coniLuen, de la journée. 



Dejour. Après vin^t-qua- 
tre heures d'inanition. 
De jour. Après deuxjours 

d'inanition. 

Do nuit. A près deax jours 
el quelq. heures d'inanil. 

De jour. Après quatre 
jours d'inanition. 

De jour. Après qnarante- 
quatro heures d'inanition. 



De j ou r. Après trois jours 
d'inanition. 



De nuit. Après trois jours 
et quelq. heures d'inanit. 



va 



■■■■■■ 



( 228 ) 



RECHERCHES EXPÉRIMENTALES 

SUH 

LE DÉVELOPPEMENT DE LA GRAISSE 



PENDANT L ALIMENTATION DES ANIMAUX. 



§ I. — Ces recherches ont été entreprises dans l'espoir 
d'éclairer une des questions physiologiques les plus contro- 
versées, celle de l'origine de la graisse des animaux. En 
s'appuyant sur la pratique des nourrisseurs, on est assez 
naturellement conduit à penser que les matières sébacées 
de l'organisme dérivent uniquement des analogues aux 
corps gras préexistant dans les aliments végétaux ; et, dans 
cette hypothèse, la quantité de graisse fixée ou sécrétée 
par un animal dans un temps donné serait à peu près re- 
présentée par les substances solubles dans l'élher et l'alcool, 
mais insolubles dans l'eau, qui font partie des fourrages 
consommés. D'un autre côté, on a expliqué la formation 
de la graisse par une simple modification des principes à 
composition ternaire qui entrent habituellement, pour une 
très-forte proportion, dans la nourriture des herbivores; 
ainsi, d'après cette manière de voir, l'amidon, le sucre, la 
gomme, le sucre de lait pourraient être changés en corps 
gras en perdant, sous l'influence vitale, une partie de leur 
oxygène ( 1 ). 

Entre ces deux opinions extrêmes, dont l'une voit la 
graisse toute formée dans les aliments, tandis que l'autre 



(' ) Liebig, Chimie organique appliquée à la Physiologie et à la Pathologie, 
1842. 



( 22 9 ) 
admet qu'elle est élaborée dans le sang et même avec les 
matériaux du sang, vient se placer une opinion plus mo- 
dérée, et qui s'est fortifiée par la connaissance de certains 
phénomènes de fermentation, observés dans ces derniers 
temps, établissant que le sucre en contact avec certains 
ferments azotés peut donner naissance à des acides gras, à 
des huiles : c'est ainsi que le sucre produit de l'acide buty- 
rique lorsqu'il est soumis à l'influence du caséum en pu- 
tréfaction ; c'est également pendant la fermeiUation des 
pommes de terre, des betteraves, des céréales, du marc de 
raisin, qu'apparaît une huile que l'on considère aujourd'hui 
comme l'alcool de l'acide valérianique, acide primitive- 
ment découvert par M. Chevreul dans la graisse du dau- 
phin et du marsouin. Il est donc possible que, dans l'acte 
de la digestion, le sucre ou ses congénères subissent une 
fermentation spéciale donnant des matières grasses, qui, 
une fois formées, seraient absorbées par les chylifères. On 
le voit, cette opinion mixte se confond, au point de vue 
physiologique, avec celle qui soutient la préexistence des 
matières grasses dans la nourriture; car il importe peu, 
physiologiquement parlant, que la graisse assimilée soit in- 
gérée directement, ou qu'elle prenne naissance dans l'esto- 
mac, cavité où les aliments sont encore en dehors de l'or- 
ganisme animal ('). Si cette transformation s'effectue 
réellement dans l'estomac, et ce n'est point encore suffi- 
samment démontré, les animaux partageraient avec les vé- 
gétaux la faculté de créer des corps gras, et cela probable- 
ment par des moyens analogues. On voit, en effet, l'amidon 
et la matière sucrée disparaître graduellement dans les 
plantes, à mesure que la matière grasse s'accumule dans 
leurs graines. La sève des palmiers est une abondante source 
de sucre jusqu'au moment où le fruit devient une source 



(') Dumas, BoossiNGAi'UT et Païen, Recherches sur l'engraissement {Annales 
de Chimie et de Physique, 3 e série, t. VIII, p. 63). 



Ml 
I 




( *3o ) 

d'huile non moins productive. Je mentionnerai enfin, pour 
compléter ce rapide exposé des idées émises sur la produc- 
tion de la graisse, l'opinion qui attribue aux principes 
azotés des aliments la propriété de concourir efficacement 
à la production du tissu adipeux; c'est cette opinion que 
j'avais adoptée tacitement à l'époque de mes premières re- 
cherches sur la valeur alimentaire des fourrages, alors que 
je considérai leur élément azoté comme le plus nutritif, le 
plus important, suffisant seul au développement de la chair 
des animaux en croissance, à la sécrétion du lait, à l'en- 
graissement. Au reste, aucune des hypothèses que je viens 
de rappeler n'est en opposition formelle avec celle qui re- 
connaît, dans les matières grasses bien caractérisées des 
plantes, l'origine la plus directe, la moins contestable de 
la graisse accumulée dans les animaux soumis à un régime 
surabondant. 

La question de la production de la graisse pendant l'ali- 
mentation a soulevé une controverse des plus vives; on a 
beaucoup discuté et très-peu expérimenté. J'ai donc cru 
faire une choseutile en entreprenant ces rechercbes. J'avais 
eu d'abord le projet de limiter mes observations à l'examen 
d'un seul point de la question, celui de savoir s'il est pos- 
sible d'engraisser des porcs en les nourrissant uniquement 
avec des pommes de terre ne contenant qu'une proportion 
insignifiante de matières grasses. Il est de toute évidence 
que, si l'amidon se convertit en graisse pendant l'acte de 
la digestion, il y aurait, en général, un avantage décidé à 
opérer l'engraissement avec les tubercules, puisque la por- 
cherie n'aurait plus à supporter la dépense assez élevée 
qu'occasionne l'introduction des pois, du seigle, du maïs 
dans la ration ; mais il m'a paru convenable de donner plus 
d'extension à mes expériences. C'est ainsi que j'ai été con- 
duit à suivre avec une minutieuse attention le développe- 
ment du porc, depuis sa naissance, en tenant un compte 
exact des aliments consommés pendant sa croissance et son 



( *3i ) 

engraissement. Enfin j'ai suivi avec le même soin l'engrais- 
sement de quelques oiseaux de la basse-cour. Comme j'ai 
exécuté ces recherches en me dégageant de toute idée pré- 
conçue, je me bornerai, dans ce qui va suivre, à présenter 
les faits dans l'ordre où ils ont été observés, les livrant ainsi 
à l'appréciation de chacun. 

§ II. — Porcs mis au régime exclusif des pommes 

DE TERRE. 



Trois jeunes porcs, âgés de huit mois, issus de la même 
mère, ont pesé : 

Le n° i 60 ,55 

Le n° 2 60,00 

Le n° 3 5g, 5o 

Les n os 2 et 3 ont été mis au régime exclusif des pommes 
de terre cuites, délayées dans l'eau additionnée d'une petite 
quantité de sel marin. Chaque porc a été logé dans une 
cellule planchéiée, afin de 11e pas être obligé de donner de 
la litière. Cette précaution était indispensable, parce que 
le porc est très-porté à manger la paille de son coucher, 
lorsqu'il ne reçoit que des racines ou des tubercules pour 
aliment. Les deux porcs séquestrés ne sortaient que rare- 
ment, et uniquement pour aller se baigner. Les cellules 
avaient une lucarne par laquelle les animaux pouvaient 
regarder au dehors; on avait adopté cette disposition pour 
obvier aux inconvénients graves qu'un régime cellulaire 
trop rigoureux n'eût pas manqué de présenter. 

Les pommes de terre étaient cuites à la vapeur, écrasées 
entre deux cylindres, et délayées dans de l'eau de fontaine. 
Cette nourriture était donnée à discrétion et distribuée deux 
fois par jour. 

Au moment où les pores 11 05 2 et 3 entrèrent en cellule, 
le porc n° 1 fut tué. 



Hi 



( »3 2 ) 




Résultats de l'abatage du porc n" i pesant 6o k6 , 55. 

Lard, sans la peau q /. \ 

Saindoux „ î. k 

2 , ÛO [ r /o 

Autre graisse adhérente à l'intérieur 2 ,84 ' 

Graisse retirée des os par l'ébullition 0,87 

Os dégraissés, bouillis et essuyés 3 87 

Peau avec soies 5 , 

Sang recueilli 2 y „ 

Viande débarrassée dégraisse (viande rouge) . . 24, o3 

Foie, langue, larynx, poumons, filet, bile, cœur. 2 ,83 

Cervelle 0>I2 

Rognons 0jI2 

Estomac et intestins, vidés et lavés 2 16 

Rate o'o6 

Vessie vide o o5 • 

Aliments ingérés, excréments, urines, pertes. . 4,65 

6o,55 

Détermination de la madère grasse contenue dans les 
pommes de terre consommées par les porcs n 0i 2 et 3. 

(a) Une pomme de terre rouge pesant, au moment où 
elle venait de sortir du champ, 52S% 68, a été cuite au four : 
elle pesait alors 3ç/ r , 9 5. La dessiccation fut achevée à 
l'étuve, et la matière, réduite en poudre impalpable, a été 
traitée par l'éther; on a obtenu s r ,io8 d'une huile épaisse 
incolore. Soit 0,0021 de matière grasse dans la pomme de 
terre crue. 

(b) Une pomme de terre jaune ancienne, du poids de 
jfr', 28, a été coupée en tranches minces; on l'a fait bouil- 
lir pendant une heure et demie dans de l'acide chlorhy- 
drique étendu d'eau. Les tranches ont conservé leur forme ; 
elles avaient pris un aspect gélatineux, cependant l'amidon 
était éliminé; car, jetées sur un filtre, lavées à grande eau 



( s33 ) 

et desséchées, les tranches n'ont plus pesé que 0^,98; ce 
résidu pulvérisé a été mis en digestion dans l'éther. On a 
retiré en totalité o« r , 110 d'une substance grasse ayant la 
consistance du beurre, très-fusible, d'un jaune tirant au 
brun, sans saveur, et d'une odeur assez agréable. Soit 0,001 5 
de matière grasse dans la pomme de terre jaune. 

(c) On pouvait présumer tpie la plus grande partie du 
principe huileux de la pomme de terre résidait dans la 
pelure du tubercule; c'est ce qui a lieu en effet. 5 kilo- 
grammes de pommes de terre pelées, comme on le pratique 
ordinairement, ont fourni 770 grammes d'épluchures, qui, 
séchées à l'air, se sont réduites à 232 grammes. 

2 Br ,59 de ces pelures ont donné, par des traitements 
successifs, faits à l'aide de l'éther, une matière huileuse 
épaisse, incolore, d'une odeur nauséabonde et d'une saveur 
acre; par une exposition prolongée dans l'étuve, l'odeur et 
la saveur ont disparu. L'huile, à sa sortie de l'étuve, a pesé 
o 8 ',09o. Des 262 grammes de pelures séchées à l'air, on eût 
retiré 8 gr ,o62de graisse; et comme ces pelures provenaient 
de 5 kilogrammes de tubercules, on peut admettre que la 
pomme de terre examinée renfermait au minimum 0,0016 
de matière grasse, puisqu'on néglige la petite quantité 
d'huile qui devait nécessairement se trouver- dans la sub- 
stance amylacée. 

(d) Une pomme de terre rouge du poids de 43 6r , 28, 
traitée par l'acide et par l'éther, a donné o gr , o85 d'une ma- 
tière huileuse, légèrement colorée en rose. Soit 0,002 de 
matière grasse. 

En résumé : 

(a) a fourni 0,0021 de principes gras. 

[b) a fourni o,ooi5 » 

(c) a fourni 0,0016 » 

[d) a fourni. 0,0020 » 

Moyenne 0,0018 » 



I 







( 234 ) 
On peut donc, sans crainte d'erreur sensible, admettre 
que 1000 kilogrammes de pommes de terre renferment 
2 kilogrammes de matière grasse, et cela d'autant mieux, 
qu'il est vraisemblable que, pendant la dessiccation du ré- 
sidu de l'évaporation de la dissolution éthérée, on perd une 
certaine quantité d'une huile odorante. Je dois cependant 
faire observer que je n'ai pas réussi à obtenir ce principe 
volatil en distillant avec l'eau, non-seulement la pomme 
de terre, mais même les pelures du tubercule. L'eau qui a 
passé à la distillation avait l'odeur de l'eau-de-vie de 
pommes de terre, une saveur très-perceptible; mais je n'ai 
pas obtenu une seule goutte d'huile, bien que j'opérasse 
sur d'assez fortes quantités de matières. 



Résultats obtenus avec le porc n° 2 



kg 



Au commencement de l'expérience le porc n° 2 pesait. . 60 ,00 
Après quatre-vingt-treize jours de régime aux pommes de 
de terre, il a pesé 67 ,i^ 

Augmentation de poids en quatre-vingt-treize jours. . . 7 24 
Par J* our o.'oS 

Il est à remarquer que l'accroissement du poids diurne, 
constaté sur les jeunes porcs dans la quinzaine qui a précédé 
les observations, oscillait entre o k s, 20 et o k s,3o. Les porcs 
recevaient alors par jour 3 k s, 6 à 3 k &, o, de pommes de terre, 
délayées dans une dizaine de litres de petit lait mêlé à des 
eaux grasses ou à des résidus de cuisine. Le porc n° 2 était 
en bonne santé. Dans les quarante et un jours qui ont suivi 
la mise en cellule, ce porc a mangé : 

Par jour, 6 kilogrammes de pommes de terre cuites, soit. 246"' 
Dans les cinquante-deux jours, la ration n'a plus été 
que de 5 kilogrammes, soit 2 6o 

Pommes de terre cuites consommées en quatre-vingt- 
treize jours 5o6 



ke 



( *M ) 

J'ai trouvé*, en faisant cuire à la vapeur de fortes quan- 
tités de tubercules, qu'en moyenne 100 kilogrammes de 
pommes de terre en perdent y par la cuisson; par consé- 
quent, 5o6 kilogrammes de tubercules cuits représentent 
544 kilogrammes de pommes de terre crues, renfermant, 
d'après les essais précédents, i kg ,°9 de matières grasses. 
Durant les quatre-vingt-treize jours, le porc a rendu 104 ki- 
logrammes d'excréments bumides, renfermant, pour 100, 
16 de substances sècbes. L'excrément sec a abandonné à 
l'élher 2,2 pour 100 d'une matière grasse jaunàire, très- 
fusible et ayant la consistance du suif. Ainsi, en quatre- 
vingt-treize jours, le porc n° 2 a rendu 1 6 kg , 6 de substance 
sècbe, dans laquelle il entrait o kg , 37 de graisse dont il fau- 
dra tenir compte. 

Résultats de l'abatage du porc n° 2, pesant 67^,27 : 

kg 

Lard sans la peau 1 1 , 32 ') 

Saindoux 2,32 r jg 2 

Autre graisse adhérente à l'intérieur 1 ,53 l 

Graisse retirée des os par l'ébullition 1,10/ 

Os dégraissés, bouillis et essuyés 4 > ^2 

Peau avec soies 6,82 

Sang recueilli 3 , 24 

Viande débarrassée de graisse (vianderouge). 26,90 

Foie, langue, larynx, poumons, bile, cœur. 2 ,93 

Cervelle : 0,12 

Rognons 0,22 

Estomac et intestins, vidés et lavés 2,76 

Rate 0,17 

Vessie vide o,o5 

Aliments ingérés, excréments, urines, perte. 3 ,47 

67,27 

Ainsi il y avait dans le porc n° 1 environ 1 kilogramme 
de graisse de plus qu'il n'en existait dans le porc n° 1; à 








( ^36) 
cette graisse, il faut encore ajouter celle qui a été retrouvée 
dans les excréments rendus. Les pommes de terre consom- 
mées par le porc n° i contenaient assez de principes gras 
pour expliquer ce développement de graisse, si l'on consi- 
dère surtout que les matières grasses des tubercules ont été 
dosées après une fusion préalable, et que, pour cette raison, 
elles ne renfermaient pas d'humidité. 

La graisse de porc, tout au contraire, dans l'état où elle 
a été pesée, n'était pas exempte d'eau ou de matières étran- 
gères; il convenait donc, pour l'exactitude de la compa- 
raison, de ramener cette graisse à la même condition de 
sécheresse où se trouvait celle provenant des pommes de 
terre. J'ai, clans ce but, fait fondre 5 kilogrammes des di- 
verses graisses du porc. 



Pertes éprouvées par la graisse du porc pendant safi 



usion. 





LARD 

sans 
la peau. 


SAINDOUX. 


GRAISSE 

adhérente 

A 
l'iDlérlear. 


GRAISSE 

d'os 

Dgée 

à la surface 

de l'eau. 


Poids avant la fonte 


k 
5,00 

4,66 


k 

5,00 
4,7° 


k 
5,00 

4,56 


k 
5,000 

3,8oo 

I ,300 
tt 

tt 
1,30 


Poids après la fonte. . 


Perte due à l'eau vaporisée. 
Poids apr. l'enlèv. des crotons. 

Perte due aux crotons. . . 
Perte totale par la fonte. 
Perte pour 100 


o,34 

4,30 


o,3o 
4,3o 


o,44 

4,13 


0,46 

0,80 

16 


0,40 
0,70 

"4 


o,44 

0,88 
18 





On peut donc, en prenant la moyenne de la perte éprou- 
vée par les graisses qui sont les plus abondantes, porter à 
0,16 le déchet occasionné par la fonte, et admettre que 
100 grammes de graisse pesée après l'abatage répondent à 
84 de graisse sèche et privée de crotons. 



( 23 7 ) 

Résumé de l 'expérience faite sur le porc n° 2 : 

kg 

Le porc n° i pesait 6o ke ,55, et contenait en graisse. . . 15,48 
Le porc n° 2 a pesé 67 kB , 27, et a donné en graisse. . . 16,27 

Gain probable en graisse. °>77 

Représentant en graisse fondue 0,664 

Graisse rendue avec les excréments 0,37 

Gain total en graisse fait par le n° 1 1 ,o3 

Dans les 544 kilogrammes de pommes de terre consom- 
mées, il entrait en graisse 1 ,09 

Bxcès de la matière grasse contenue dans la nourriture. o ,06 

Résultats obtenus avec le porc n° 3 : 

Lors de l'abatage du porc n° 1 , le porc n° 3 pesait. ... 5o,, 5o 
Après avoir été nourri avec des pommes de terre cuites 

pendant deux cent cinq jours, il a pesé 84,00 

Augmentation de poids en deux cent cinq jours 24, 5o 

Par jour 0,12 

La pomme de terre cuite a été donnée par jour à discré- 
tion; voici quelles ont été les quantités consommées à di- 
verses époques : 

Somme. 

kg 

Durant les 10 premiers jours, ration 5 kilogrammes, 5o 

les 5i jours suivants, ration 6 » 3o6 

les 3i jours suivants, ration 7 » 217 

les 65 jours suivants, ration 8 » 520 

les 32 jours suivants, ration 5 •> 160 

les 16 derniers jours, ration 5 » 80 

2o5 jours 1 333 

Ces i333 kilogrammes de tubercules cuits répondent à 
i433 kilogrammes de pommes de terre crues contenant 
2 k6 ,87 de matières analogues à la graisse. Pendant les cinq 
premiers mois, le porc a mangé sa ration avec avidité; mais 






( a38 ) 
dans les deux mois suivants l'appétit a diminué et en même 
temps le poids de l'animal est resté à peu près stationnaire. 
Les pesées faites à différentes dates montrent comment s'est 
effectué l'accroissement du porc pendant ce régime. 



Poids initial 

Le 11 e jour de la mise en exper. 

Le 22 e jour 

Le 5g e jour 

Le ii5 e jour 

Le i3o e jour 

Le 149 e jour 

Le i6S e jour 

Le 190 e jour 

Le 2o5 e jour 



POIDS 

du porc. 



k 

5g, 5o 
61 ,00 
63,oo 
71 ,00 
75,00 
77,00 
Si, 00 
8/,,oo 
85 ( oo 
84,00 



AUGMENTATION 

pendant 
rinterTalIe. 


AUGMENTATION 

diurne. 


k 


k 


tr 


// 


i,5o 


o,i36 


2,00 


0,182 


8,00 


0,216 


4,00 


0,072 


2,00 


o,i33 


4,oo 


0,210 


3,oo 


o,i58 


1 ,00 


0,045 


— I ,00 


— 0,067 



On voit qu'à partir du cent soixante-huitième jour, l'ani- 
mal ne faisait plus aucun progrès en croissance; sou poids 
commençait même à baisser, circonstance qui m'a déter- 
miné à mettre fln à l'expérience, malgré le désir que j'avais 
de la prolonger. 

Le porc n° 3, sous l'influence de cette nourriture, a émis 
par jour, en moyenne, 618 grammes d'excréments solides, 
humides, assez consistants; l'urine n'a pas été recueillie. 
Trois essais de dessiccation faits à diverses époques ont 
donné 28, 26, 27 pour 100 de matière sèche; soit en 
moyenne 27. Cette matière sèche a cédé à l'éther 3 pour 100 
de substance grasse ayant la consistance et les propriétés 
du suif. 

Dans les deux cent cinq jours d'observations, le porc a 
rendu i3g kilogrammes d'excréments solides, humides, de- 
vant renfermer, d'après les essais précédents, 37 k s,53 de 
matière sèche, dans laquelle il y avait i k s,i3 dégraisse. 



( a3 9 ) 

Résultats de l'abatage du porc n° 3, pesant 84 kilogrammes , 

1 k? 

Lard sans la peau 10,00 

Saindoux 3,5o 

Autre graisse adhérente à l'intérieur 2 j99 

Graisse retirée des os par l'ébullition 1 ,?.5 , 

Os dégraissés, bouillis et essuyés ... 5 , 5o ! ' ' ™ 

Peau avec soies 7 , 56 

Sang recueilli 2, Go 

Viande débarrassée de graisse (viande rouge). 36, 5o 
Foip, langue, larynx, poumon, filet, bile, cœur. \ 

Cervelle 

Rognons 

Estomac et intestins vidés \ 14, 10 

Rate 

Vessie vidée 

Aliments ingérés, excréments, urines, perte . . I 

84,00 

Résumé de l'expérience faite sur le porc n° 3 : 

Le porc n° 1 pesait 6o kf ,55, et contenait en graisse. . . i5 ,48 
Le porc n° 3 a pesé 84 ks , 00, et a donné en graisse. ... • 7 » 74 

Gain probable en graisse 2 , 26 

Représentant en graisse fondue 1 ,go 

Graisse rendue avec les excréments 1,12 

Gain total en graisse fait par le n° 3 3, 02 

Dans les 1 433 kilogrammes de pommes de terre consom- 
mées, il entrait en graisse 2,87 

Différence o , i5 

Ces deux observations tendent à établir que l'engraisse- 
ment du porc ne saurait être réalisé par l'usage des pommes 
de terre seulement, et il est assez curieux de voir que, dans 
les deux cas, la graisse acquise par l'animal est presque 
exactement représentée par la matière grasse qui faisait 
partie de la nourriture. Au reste, le peu d'efficacité de la 



I 



( 24o ) 

pomme de terre dans l'engraissement du porc a déjà été 
constaté par plusieurs observateurs, au nombre desquels se 
place un des plus habiles agronomes de l'Allemagne. En 
effet, Schwertz reconnaît qu'avec des pommes de terre 
seules on peut bien produire de la chair : c'est ce que j'ai 
constaté dans l'alimentation du porc n° 3, où la chair acquise 
s'est élevée à i2| kilogrammes; mais il admet aussi qu'avec 
un semblable régime on ne détermine pas l'engraissement. 
Voici, au reste, comment Schwertz a formulé son opi- 
nion : 

« Avec les pommes de terre seules on ne peut que mettre 
» les porcs bien en chair, mais non en pleine graisse, ainsi 
» que je m'en suis assuré par des expériences comparatives 
» longtemps suivies. C'est aussi ce qu'a reconnu un obser- 
» vateur anglais, M. Roberts. Dans l'engraissement des 
» porcs, dit-il, je suis arrivé à des mécomptes dans l'em- 
» ploi de la pomme de terre cuite ; dans le commencement, 
» les porcs se chargent sensiblement de chair, mais leur 
» développement s'arrête bientôt, quoiqu'ils continuent de 
» manger avec le même appétit. » 

La pratique, comme les deux observations que j'ai rap- 
portées, semble donc prouver que la pomme de terre donnée 
seule ne développe pas sensiblement de graisse chez les 
porcs. Cependant, comme il est constant que ce tubercule 
entre généralement pour une très-forte proportion dans le 
régime de la porcherie, et que, dans le cas particulier, les 
trois porcs mis en expérience avaient reçu depuis leur 
sevrage une nourriture mixte dont la base était réellement 
la pomme de terre, il convient d'examiner si cette nourri- 
ture avait pu porter dans l'organisme la graisse qui s'y 
trouvait accumulée; car, par l'abatage du u° x, nous avons 
econnu que ces porcs, âgés de huit mois, contenaient déjà 
i5 à 16 kilogrammes de graisse dont l'hypothèse qui con- 
sidère l'engraissement comme un simple fait d'assimilation 
aurait à justifler l'origine. 



^ 



( **« ) 

Les porcs avaient été élevés avec le régime ordinaire de 
la porcherie, et je suis en mesure de donner avec exactitude 
les quantités des divers aliments consommés par chaque tête 
depuis le moment du sevrage jusqu'à l'accomplissement du 
huitième mois. 

Jusqu'à l'âge de cinq à six semaines, époque à laquelle 
cessa l' allaitement, un goret a bu environ 20 litres de lait 
de vache écrémé, ne contenant plus, d'après l'analyse, que 
o',oi5 de beurre. Dans les trois mois (quatre-viugt-onze 
jours) qui ont suivi le sevrage, chaque jeune porc a reçu : 

En moyenne Aucommen- 
par jour. cément. A la fin, 

kg- kg kg kg 

Pommes de terre cuites 227,50 2,5o 1 ,45 3,35 

Farine de seigle 4>55 o,o5 » a 

Lait écrémé (caillé). . . 27,30 o,3o a » 

Eau grasse 364 > 0O 4 > °8 » » 

Durant les cent onze jours qui ont suivi cette seconde 
période de l'alimentation et qui complètent les huit mois, 
le lait et la farine furent supprimés, mais on augmenta 
progressivement les pommes de terre et l'eau grasse, de 
sorte que, dans le huitième mois, le porc recevait 4 kilo- 
grammes de tubercules et 10 litres d'eau grasse. On peut 
considérer la ration moyenne de cette troisième période 
comme formée de : 

kg , kg 

Pommes de terre. . . 3,87; pour 1 1 1 jours. . . 4 20 

Eau grasse 7,00; « ... 770 

Ainsi, dans les huit mois, chacun des porcs a consommé : 

Lait ecremé contenant. . . o,oi5 de gras.... 4l >3° 

Farine de seigle o,o35 » .... 4 .65 

Pommes de terre 0,002 » .... 647,25 

Eau grasse » » .... 1 14 1 ,00 



(') Cette quantité d'eau grasse pouvant paraître extraordinaire, il ne 
V. 16 



( =42 ) 

Si nous connaissions la proportion de graisse renfermée 
dans l'eau grasse, nous arriverions à évaluer la totalité de 
celle qui entrait dans les aliments consommés par le porc 
parvenu à l'âge de huit mois. Cette donnée étant indispen- 
sable, j'ai dû faire un examen de l'eau grasse. 

Examen de Veau grasse. 

Je désigne sous le nom à' eau grasse les résidus de la cui- 
sine et de la laiterie qui passent à la porcherie; ces résidus 
comprennent le petit-lait, le lait de Leurre, les eaux de 
vaisselle et les restes de table provenant d'un personnel 
d'environ tren te laboureurs et journaliers nourris dans l'éta- 
blissement. On ne fait pas entrer la totalité des eaux de 
vaisselle dans la nourriture des porcs, mais seulement la 
partie supérieure et la partie inférieure où se rassemblent, 
par ordre de densité, la graisse et les débris d'aliments. 

Ces résidus sont réunis dans une cuve où le porcher puise 



SST" PaS inUUle ^ raPP ° rter Une ° bSerVati ° n faite P ° Ur C ° ntrô,er les chiffres 



Quantités d'eau grasse bue en deux jours par des 

de terre. 



porcs au régime des pommes 







POMMES 


EAU 


| POMMES 


EAU GRASSE 




PORCS. 


A:, ES. 


de terre 


de terre 


par tête 
et 








con- 


bue. 


par tête et 


REMARQUES. 






sommées. 


par jour. 


par jour. 




Deux truies.. 


1 1 mois. 


'7 


lit 
6o 


kg 
4,23 


lit 
i5,oo 


Trois repas par 


Quatre porcs. 
Cinq porcs. . . 
Quatre porcs. 


10 mois. 


3o 


90 


3, 7 5 


1 I ,25 


jour en été. 


7 mois. 
4 mois. 


3o 

20 


9° 
5o 


3,oo 
2,5o 


9,00 
6,25 


Idem. 
Idem. 



On reconnaît que la forte quantité d'eau grasse donnée dans cette circonstance a di- 
minue sensiblement la consommation des pommes de terre. 



J 



( *43 ) 
à mesure des besoins, en ayant soin d'agiter préalablement 
la masse, afin d'avoir un peu de tout. C'est en usant de la 
même précaution que j'ai pris, à des époques assez éloignées 
l'une de l'autre, les échantillons d'essais. 

(a) Un litre d'eau grasse évaporée a laissé un résidu brun 
pesant 47 sr î 3 i d'un aspect cristallin dû. sans aucun doute à 
la présence du sucre de lait. 3 5r , 88 de cette matière ont été 
épuisés par l'éther; on a obtenu ainsi 0^,70 d'une graisse 
légèrement colorée, ayant une très-forte odeur de jus de 
viande et une saveur salée; aussi cette substance attirait- 
elle l'humidité. On a traité par l'eau, et, en définitive, le 
poids de la matière grasse s'est réduit à o&, 362. Les 4n* T , 3 
de résidu, ou 1 kilogramme de l'eau grasse essayée, renfer- 
maient, par conséquent, 4 gr j4i de graisse. 

(b) Un mois après cette première détermination, on en 
a fait une autre qui a donné 3s r , 60 de graisse par litre d'eau 
grasse. 

(c) Une autre détermination, faite à une époque encore 
plus éloignée, a indiqué dans un litre de cette eau 4 grammes 
de graisse. 

J'admettrai donc, comme moyenne, o, 004 de graisse 
dans l'eau grasse concourant à l'alimentation du porc. 






Détermination du caséum et des sels dans l 



eau grasse. 



Le petit-lait et le lait de beurre formant la majeure partie 
de l'eau grasse, cette eau renferme par conséquent, avec le 
sucre de lait, une quantité très-notable de caséum. Pour en 
déterminer la proportion, j'ai dosé l'azote. Le résidu ob- 
tenu par l'évaporation de l'eau grasse a donné : 

Dans une première expérience, azote 0,028 

Dans une autre circonstance o,o32 







( *44 ) 

4 gr ,o64 de résidu ont laissé o sr ,48o. de cendres formées, 
en grande partie, de sel marin. 
On a ainsi, dans ioo de résidu : 

gr 

Caséum 18,7 

Beurre et graisse. .. . 8,5 

Sels 1 3 , 3 

Sucre de lait, etc. ... 5g, 5 

100,0 
et dans 1 litre d'eau grasse contenant 47 g %3 de résidu : 

Caséum 8, g 

Beurre et graisse. ... . 4j° 

Sels 6,3 

Sucre de lait, etc. . . . 28,1 

4tT3 

Je puis donc établir maintenant, avec un degré d'exacti- 
tude bien suffisant pour les recherches de cette nature, 
qu'un porc de huit mois a reçu depuis sa naissance, indé- 
pendamment du beurre contenu dans le lait de la mère 
les quantités de graisse que voici : 

kg kg 

Avec les 47 >° ^ e ' a ' 1 écrémé o ,71 

Avec les ^,5 de farine de seigle 0,16 

Avec les 647,0 de pommes de terre.... 1 ,2g 

Avec lesn4i ,0 d'eau grasse 4>56 

Graisse reçue en huit mois avec les aliments. 6,72 

On voit que cette quantité de graisse est bien loin de ré- 
pondre à celle que nous avons trouvée dans les porcs âgés 
de huit mois, et qu'on ne pense pas que le goret amène en 
naissant une proportion de graisse assez forte pour combler 
le déficit : d'abord, le poids moyen des gorets à leur nais- 
sance dépasse rarement 1 kilogramme; déplus, il sont gé- 



( 245 ) 

néralement d'une maigreur remarquable : ainsi j'ai trouvé 
dans un goret nouveau-né qui pesait 65o grammes : 

Peau sans lard 1 19,0 

Os bouillis et essuyés ( ' ) 1 1 o , 2 

Chair sans graisse apparente 275,' 2 

Graisse des os » 

Sang 1 5 , o 

Les deux reins 5,5 

Vésicule du fiel 0,2 

Foie 12,8 

Langue et larynx 12,8 

Cœur 6,2 

Poumons g,5 

Rate 1,0 

Estomac vide 5,4 

Intestins, vessie vide 36,5 

Cervelle 29 , o 

Matière contenue dans les intestins, perte. 11 ,7 

65o,o 

On trouve, en résumé, que, la graisse du porc de huit 
mois étant représentée par 1 5 kg , 48, la graisse prise avec 
les aliments par 6 ks , 72, il y en a 8" ë , 76 (') qui ont évidem- 
ment une tout autre origine que les matières grasses com- 
prises dans la nourriture; mais il me paraît aussi de la 
dernière évidence, si l'on accorde quelque confiance aux 
deux expériences que j'ai rapportées, que la pomme de 
terre donnée seule, c'est-à-dire sans lait écrémé, sans eau 
grasse, n'a pas la propriété de développer de la graisse chez 
les porcs et l'on serait ainsi conduit à refuser à l'amidon 



(' ) Ces os, desséchés dans une étuve chauffée à 40 degrés, ont pesé 48S r , 25. 

('■) A ce nombre il faudrait encore ajouter la graisse éliminée ovec les 
excréments; mais, d'un autre côté, il faudrait, par des raisons que j'ai 
énoncées plus haut, réduire les i3 k 8,48 à i3 kilogrammes. Je néglige ici 
ces corrections, qui ne sont d'aucune importance dans la discussion actuelle. 






( *46) 

la faculté de se transformer en corps gras sous l'influence 
de l'action vitale. 

Toutefois, avant d'adopter une semblable conclusion, il 
convient d'examiner en quoi la ration alimentaire, reçue 
dans les,premiers huit mois, diffère du régime des pommes 
de terre auquel les porcs ont été soumis. Il faut particuliè- 
rement rechercher si les tubercules, donnés seuls, consti- 
tuent bien réellement une nourriture convenable; car il 
ne suffit pas toujours qu'un animal mange à discrétion une 
substance alimentaire pour qu'il soit surabondamment 
nourri : il faut encore que la nourriture ingérée renferme 
en proportion convenable les principes nécessaires au dé- 
veloppement de l'organisme, à l'engraissement ou à la lac- 
talion. C'est ainsi qu'un aliment qui, par sa composition, 
serait propre à satisfaire toutes les exigences de la nutrition 
pourrait bien quelquefois, en raison du trop grand volume 
de son équivalent nutritif, ne pas produire, à beaucoup 
près, les effets qu'on était en droit d'en attendre, dans le 
cas, par exemple, où il serait pris par des animaux ayant 
un estomac d'une capacité très-limitée. Cet aliment volu- 
mineux, bien que donne à discrétion, se bornerait, malgré 
ses propriétés nourrissantes, à entretenir la vie, peut-être 
à produire de la chair, sans pouvoir concourir à l'engrais- 
sement, qui exige toujours une alimentation surabondante. 
On sait, par les observations de Letellier, que la graisse 
même ne concourt pas à l'augmentation du tissu adipeux 
quand on l'administre isolément, et qu'un corps gras ne 
devient réellement alimentaire qu'autant qu'il est associé 
à une certaine quantité de matière nutritive azotée. 

Si l'amidon et le sucre se métamorphosent en graisse 
après leur ingestion, cette graisse, pour se fixer dans l'or- 
ganisme, pour produire l'engraissement, exigera également 
la présence, j'ai presque dit le contact d'un corps à compo- 
sition quaternaire, comme l'albumine, la caséine, la légu- 
mine. Si donc la proportion de principe azoté contenu 



( 247 ) 
dans la pomme de terre était insuffisante pour permettre la 
fixation de la matière grasse, l'engraissement ne se réalise- 
rait pas, sans que pour cela on fût en droit de conclure que 
l'amidon est impropre à faire de la graisse. Enfin ce n'est 
qu'après avoir scrupuleusement comparé le régime alimen- 
taire, qui a fait naître de la graisse et de la chair chez 
le porc, au régime qui n'a produit que de la chair, qu'on 
pourra se former une opinion rationnelle sur l'intervention 
de la fécule amylacée dans les phénomènes de l'engraisse- 
ment ou de la lactation. 



Régime aux pommes de terre. 

On peut considérer la pomme de terre consommée par 
les porcs comme composée de : 

Eau... 7 5 >9 

Albumine 2,3 

Matières grasses 0,2 

Ligneux et cellulose o ,4 

Substances salines 1,0 

Amidon et corps analogues 20,2 

îoo, o 

Le porc n° 3 a consommé, dans les deux cent cinq jours 
de régime, i433 kilogrammes de pommes de terre, la ra- 
tion diurne étant 7 kilogrammes, à très-peu près, chaque 
jour; par conséquent, ce porc recevait dans sa nourriture : 

Albumine 161 

Matières grasses i^ 

Amidon et corps analogues '4 J 4 

Matières salines . 70 

i65g 
Comparons ce régime simple à un régime mixte. 



( *48 ) 

Régime mixte. 

Sous l'influence de l'alimentation qui a précédé le régime 
aux pommes de terre, les trois porcs, sujets de ces observa- 
tions, ont augmenté de poids ainsi qu'il suit : 





POIDS 


POIDS 


GAIN 








EPOQUES DES PESÉES. 


des 
porcs. 


par 
lète. 


pendant 
l'inter- 
valle. 


par 
jour. 


AGE 
des porcs. 


NATERE 

des aliments. 


Naissance 


kg 
3,70 


kg 

1,23 


kg 


kg 


n 






Allaitement, laitécré- 








6,80 


o,i5 




mé de vache. 


2-1,10 


8,o3 






Six semaines. 


Pommes de terre, lait 








■7,57 


0,23 




caillé, seigle, eau 




76,80 


25,60 




Quatre mois. 


grasse. 


3o jours après 






6,60 


0,22 






9G,6o 


32, 30 






Cinq mois. ' 


Pommes de terre, eau 








27,82 


0,28 






1 10 jours après. . . . 


180,06 


6o,02 






Huit mois. 


Pommes de terre, eau 
grasse. 



H a été établi que, durant cette période de rapide crois- 
sance, la graisse fixée excéda de beaucoup celle qui faisait 
partie des aliments. Un porc, arrivé à l'âge de cinq mois, 
pesant 32 k R, 2, alors qu'il augmentait de 220 grammes toutes 
les vingt-quatre heures, recevait 3 k s,6 de pommes de terre 
cuites équivalentes à 3 k *,9 de pommes de terre crues, et de 
plus 4 kg ,i d'eau grasse. 

C'est ce régime, qui a donné naissance à de la chair et à 
de la graisse, qu'il faut comparer à la nourriture exclusive 
qui paraît n'avoir produit que de la chair. 



( =49 ) 





Albumine 
caséum. 


Amidoii, 
sucre 
de lait. 


Matières 
grasses. 


Sels. 


Sommes 
des 

principes 
diges- 
tibles. 




127 
162 

2^5 


90'j 
1 /, 1 5 

280<| 

1966 


6T 

24 

7 5 
'9 


«r 

64 

68 

■99 
94 


1118 
i65g 

3472 
23o4 


La ration du porc de 72 kilogrammes. . . 
Pour 100 kilog. de poids vivant, la ration 

La ration faisant de la chair sans graisse. 
Différence en plus dans la ration engrais- 


169 


838 


56 


io5 


1168 





Dans la ration produisant à la fois de la graisse et de la 
chair, il y a quatre fois plus de matières grasses qu'il ne 
s'en trouve dans la ration qui ne fait que de la chair; nul 
doute que cette graisse n'aide activement au développe- 
ment du tissu adipeux. Toutes proportions gardées, un porc 
de 100 kilogrammes consommant des pommes de terre 
délayées dans de l'eau grasse assimilerait, par jour, 170 
grammes de graisse. Or on voit que, dans la ration, il en 
existe déjà y5 grammes. Les g5 grammes de graisse excé- 
dante dériveraient évidemment du principe ternaire, ami- 
don ou sucre de lait, ou bien des matières azotées. Les expé- 
riences que j'ai rapportées et la discussion dans laquelle je 
suis entré laissent sur ce point la question indécise; mais 
je ne puis m'einpêcher de faire remarquer que la ration 
engraissante renferme la plus forte proportion de caséum 
ou d'albumine. 



§111. 



Engraissement des pokcs. 



En discutant, dans mon Economie rurale, deux engrais- 
sements réalisés à Pechelbronn en 184* et 1842, j'ai dit que 
les résultats obtenus étaient en contradiction manifeste avec 



m 



( a5o ) 

l'hypothèse de l'assimilation directe de la graisse des ali- 
ments ; mais il y avait alors, dans la composition de la nour- 
riture, une indéterminée qui ne permettait pas de tirer une 
conclusion définitive : les eaux grasses, entrant pour une 
si forte proportion dans l'alimentation, n'avaient point 
encore été analysées. 

Depuis j'ai été à même de comparer avec exactitude la 
graisse comprise dans la ration à la graisse produite durant 
un engraissement exécuté en 1844. 

Le lot sur lequel j'ai opéré se composait de neuf pièces 
âgées de huit mois à un an, et dont le poids variait de 60 à 
76 kilogrammes. Ces porcs avaient été mis en chair au 
moyen de la pomme de terre délayée dans l'eau grasse. 
L'engraissement a commencé à peu près à la même époque 
où le n° 1 a été abattu. Ce porc pesait, comme nous l'avons 
vu,6o k &,55; il a rendu i5 k s, 48 de gras: soit a5,6pour t oo. 
Le porc n° 2 pesait, après la mise au régime des pommes 
de terre à discrétion, 67^,27; on en a retiré i6 k s,2 de 
gras : soit 24,4 pour 100. Enfin, un autre porc pesant 
91 kilogrammes a donné 24,5 de gras : soit 26, 9 pour 100. 
Il est question ici de porcs dont le lard net avait été pesé 
après avoir été détaché de la peau. Ainsi je crois qu'on 
peut admettre que les porcs toujours bien en chair que 
nous engraissons contiennent de 25 à 26 pour 100 de gras. 
Voici leur poids avant et après l'engraissement : 



( >5i ) 



Poids avant l'engraissement. 
Poids après l'engraissement. 

Gain pendant l'engraissent. 









numéros d'ordre 






12. 


4. 


s. 


6. 


7. 


8. 


9. 


10. 


11. 


k 

1 K> 


k 

75 

"9 


k 
60 

I 12 


k 

63 

120 


k 

65 

10', 


k 

64 

io5 


k 

120 


k 

62 

94 


k 
€5 

II 1 


39 


44 


J2 


57 


39 


4> 


63 


32 


40 



587 

1000 



L'engraissement a duré quatre-vingt-dix-huit jours, pendant lesquels il a été 

consommé : 



Pommes de terre 

Seigle moulu 

Farine de seigle blutée . 

Pois crus 

Eau grasse 



^3oo 

3 9 4 

284 

296 

8820 



Matières grasses 

dans 
1 gr. d'aliment. 



0,002 

0,020 

o,o35 
0,020 
0,004 



Matières grasses dans les aliments. 



Matières tirasses 

dans 

les aliments. 



8,60 
7,88 

9)94 

5,92 

35,28 



67,62 



Pour juger de la graisse et de la chair contenues dans 
les porcs engraissés, on a pesé les diverses parties du n° 12 : 

Lard sans la peau 2o,5o\ 

Saindoux if , 63 f kg 

Graisse adhérente à l'intérieur 3, 61 [ 3o,3i 

Graisse retirée des os après l'ébullition 1 ,5^ ] 

Os dégraissés, bouillis et essuyés 6,gi 

Peau avec soies 1 o , 38 

Sang recueilli 3 , 24 

Viande débarrassée de graisse (viande rouge) . . 46,02 

Larynx 1 , 5o 

Cœur o,5o 

Cervelle o , 1 5 

A reporter 99> GI 



■ 



( 252 ) 

Report 99,oi 

Poumons ,,5 

Foie 1 ^5o 

Rate 0,25 

Estomac et intestins vides 4 68 

Ris 0,19 

Reins o,38 

Vésicule du fiel 3 

Vessie vide q 

Urine et déjections 262 

Perte i,5o 

1 1 1 ,00 
Le gras des porcs engraissés s'élève, comme 

on le voit, à. . ^ ^ pour I00 

Les 1000 kilogrammes de porcs engraissés 

contenaient en gras 2 n3 

Les 587 kilogr. de porcs avant l'engraissement 

renfermaient en gras (') i5 1 

Graisse développée pendant l'engraissement. 122,9 
Ces i22 k s,g se réduiraient par la fonte à. . . io3,2 
Les aliments contenaient en graisse 67 ,6 

Graisse exédant la graisse des aliments 35,6 

A cette quantité il faut joindre la graisse des déjections; 
je n'ai pu la doser avec précision, mais j'ai reconnu qu'un 
porc à l'engrais rend, par jour, environ 3o6 grammes 
d'excréments solides secs cédant à l'éthero,o32 de matières 
grasses; en quatre-vingt-dix-huit jours, les neuf porcs ont 
dû en rendre 270 kilogrammes, dans lesquels il y avait 8 à 
9 kilogrammes de ces- matières, de sorte que la graisse for- 
mée dans l'engraissement, c'est-à-dire la graisse excédant 
celle des aliments consommés, peut être portée à 44 kilo- 
grammes. On voit, comme je l'ai dit dans mon Économie 



( ') Prenant pour le porc avant l'engraissement la graisse égale à 25 k S,57, 
telle qu'elle a été donnée par le n° 1. 



( a53 ) 

rurale, que les résultats de l'engraissement des porcs sont 
défavorables à l'opinion de l'assimilation directe de la 
graisse des aliments ('). 

C'est une chose remarquable que le peu de différence 
qu'il y a dans le gras proportionnel d'un porc encore jeune 
avant et après l'engraissement. Généralement on est dis- 
posé à considérer l'augmentation de poids réalisé comme 
uniquement due à de la graisse. Rien n'est moins vrai ce- 
pendant; car, à ce compte, un jeune porc de 60 kilo- 
grammes, en doublant son poids, prendrait 60 kilogrammes 
de graisse et, une fois engraissé, il contiendrait 5o pour 100 
de gras ; ce n'est certainement pas le cas; il est déjà rare 
depousserun porc jusqu'à lui donner 35 pourioo de graisse. 
Dans l'engraissement des porcs n'ayant pas encore atteint 
leur développement, il se produit au moins autant de chair 
que de graisse. C'est une croissance extraordinaire im- 
primée à un animal glouton au moyen d'une alimentation 
abondante. Quant à la production de la chair, elle n'est 
pas douteuse : il suffit, pour s'en convaincre, de comparer 
la composition du porc avant et après l'engraissement, en 
transformant en centièmes les résultats obtenus avec les 
n 05 1 et 12. 



Peau avec soies 

Os dégraissés 

Graisses diverses . . 

Viande rouge 

Sang recueilli 

Estomac et intestins vidés 
Organes, etc 



Avant 


Apres 


l'engraissement. 


[engraissement. 


8,27 


g,35 


6,9' 


6,a3 


25, 5 7 


2 7 ,3o 


39. O9 
3,58 


3,82 


3,5 7 

I3l4> 


4,22 
7,62 


100,00 


100,00 



(') Economie rurale, t. II, p. Ci5. 



i 



JF -.~ 



( 254 ) 
Si nous recherchons maintenant, à l'aide de ces nombres, 



la chair produite dans l'engraissement, 



nous trouvons 



Dans 587 kilog. de porcs h engraisser. 
Dans 1000 kilog. de porcs engraissés. 

Gains pendant l'engraissement 



Peau. 



49 
94 



45 



/,o 
62 



Graisse. 



i5o 

273 

123 



Chair. 



233 
4l5 

182 



Sang. 



21 

33 



r 7 



Estomac 

et 
intestins. 



4* 



Le poids moyen du porc étant avant l'engraissement 

Le poids moyen du porc étant après l'engraissement tu 1 



k 

65,2 



L'accroissement de poids en 98 jours aélé 45 

Par jour 0> ^ 



c'est-à-dire plus du double de l'augmentation observée lors 
de la première croissance du porc soumis au régime nor- 
mal. Ainsi, chaque jour, par l'effet du régime surabondant, 
le porc a fixé, dans son organisme, i3 9 grammes dégraisse. 
Il devient dès lors très-intéressant de comparer la ration 
surabondante qui produit un développement aussi considé- 
rable de chair et de graisse à la ration normale. 

La ration d'engraissement déduite de la totalité des ali- 
ments consommés, et qui se rapporte, par conséquent, au 
porc moyen du poids de 88 kilogrammes, a été par jour (») : 

Pommes de terre 4 ? °8h 

Seigle moulu ,45 

Farine de seigle o 32 

Pois o,34 

Eau grasse (résidu) 0,47 



(') Poids moyen : avant l'engraissement, 
après 



kg 

65,2 



ï somme . 



176,3 



( 255 ) 

Pour déterminer, dans cette ration, la quantité des prin- 
cipes réellement nutritifs qu'elle renferme, il importait de 
connaître la dose du ligneux contenu dans le seigle et dans 
les pois. J'ai suivi, pour l'analyse des échantillons du seigle 
et des pois mangés par nos porcs, la méthode employée pour 
la pomme de terre. Toutes les dessiccations ont eu lieu 
entre 1 10 et 120 degrés. La proportion des principes azotés 
a été fixée par un dosage de l'azote; c'est, après tout, le 
moyen le plus sûr, en même temps qu'il est le moins em- 
barrassant. 

Compositions : 

Farine 
Seigle. Pois. de seigle. 

Albumine, légumine.. . 12, 5 25, o i5,6 

Amidon et analogues. . 65 , 1 56, g 67,9 

Matières grasses 2,0 2,2 3,5 

Ligneux 3,3 4>4 " 

Substances minérales. . 2,4 3,1 2,0 

Humidité J 4>7 8,6 11,0 

100,0 100,0 100,0 (') 

On a ainsi, pour la constitution delà ration diurne d'en- 
graissement du porc de 88 kilogrammes : 



(') Le seigle contenait o» r ,020 d'azote. 

20 grammes de seigle ont donné oB r ,66o de ligneux et cellulose. 

1 gramme de seigle a laissé oS r ,024 de cendres. 

Les pois contenaient 0,040 d'azote. 

20 grammes de pois ont donné o6 r ,875 de ligneux et cellulose. 

La farine de seigle contient 0j025 d'azote, o,li d'humidité et 0,02 de 
cendres. Je l'ai supposée exempte de ligneux. 

La matière grasse de la farine ne correspond pas à celle trouvée dans le 
seigle en grain. Cette farine avait probablement une autre origine. J'ai pris 
le minimum, car plusieurs analyses ont indiqué 3,7 et 3,8 de gras. 



■ 



( a56 ) 




NATURE DES ALIMENTS. 


Poids. 


Albu- 
mine, 
légu- 
mîné 
et 
caséum. 


Amidon, 

sucre 

de 

lait. 


Matières 

grasses. 


Matières 
salines. 


Sommes 

des 
principes 
digestibles. 




k 
4,87 
0,45 
0,3a 
o,34 

o,47 


u3 

56 

5o 
85 
8S 


984 
2q3 
9.18 
i 9 3 
■28;, 


gr 

9 

9 
1 1 

7 
40 


gr 

48 
II 
6 
1 1 
62 


Il54 
36g 

285 
296 

470 






Kau grasse ( résidu ) 


Ramenant à 100 kil. de poids vivant. 


n 

if 


392 
3 9 4 


1968 

2336 
3804 


76 

86 
75 


i38 

,5 7 
'99 


25 7 4 
2925 

3472 





Un fait assez surprenant, c'est que la ration surabon- 
dante du régime de l'engraissement contient pondérale- 
ment moins d'éléments digestibles que n'en renferme la 
ration normale. Avec cette ration, 100 kilogrammes de 
poids vivant reçoivent, par jour, j kilogramme d'amidon 
de moins, en même temps qu'ils ont en plus 52 grammes 
de principes albuminoïdes. Les principes azotés semblent 
être en proportion plus forte relativement à l'amidon, au 
sucre de lait dans les régimes qui développent le plus de 
graisse. Ainsi, dans 100 parties d'aliments digestibles, 
il y a : 

Principes 
azotés. Graisse. 

Dans la ration qui ne produit que de la chair. g, 8 0,8 

Dans la ration produisant chair et graisse. . . 11, 3 2,2 

Dans la ration d'engraissement i5,3 2,9 

Ces nombres sont de nature à faire supposer que les 
principes azotés des aliments, tout en concourant à la for- 
mation du tissu musculaire, contribuent aussi au dévelop- 
pement du tissu adipeux. 



( &? ) 

§ IV. ENGRAISSEMENT DES OIES. 

Pondant qu'on avançait des hypothèses plus ou moins 
ingénieuses sur l'origine de la graisse, un habile professeur 
de la Faculté des Sciences de Strasbourg, M. Persoz, con- 
statait que, dans l'engraissement des oies, la graisse formée 
dépasse de plus du double celle que contient le maïs con- 
sommé. M. Persoz est arrivé, en effet, à cette conclusion, 
que l'oie en s'engraissant n'assimile pas seulement l'huile 
renfermée dans le maïs, mais qu'elle produit réellement 
une certaine quantité de graisse à l'aide de l'amidon et du 
sucre, peut-être aussi aux dépens de sa propre substance. 
Les observations dont je vais présenter les détails confir- 
ment pleinement le fait principal constaté par M. Persoz. 
J'ai trouvé, en effet, que le poids de la graisse acquise par 
les oies soumises au régime surabondant du maïs excède 
considérablement le poids de l'huile contenue dans !a 
graine. 

Les onze oies sur lesquelles j'ai expérimenté étaient âgées 
d'environ un an et de même origine; on les a pesées après 
les avoir privées de nourriture pendant douze heures. 

Poids des oies au commencement de Vcxpérience. 





NU HÉROS. 




Poids 
moyen. 


1. 


». 


3. 


4. 


5. 


G. 


7. 


8. 


9. 


10. 


il. 


Poids. 


k 

3 , 42 


k 
3,i3 


k 
3,34 


k 

3,65 


k 
2,8~ 


k 
3,20 


k 

y» 


k 
3,55 


k 
3,39 


k 
3,35 


k 

3.70 


k 
=3,3S 



On a tué les n os 2, 3, 9, 10 et 11, et, après avoir pris 
le poids des différentes parties, on a déterminé la quantité 
de graisse renfermée dans chaque pièce de la manière sui- 
vante : on a d'abord pesé séparément la graisse des intestins 
V. , 7 









( "8) 

et la graisse épiploon. Pour obtenir la graisse sous-cutanée, 
celle disséminée dans la chair ou adhérente au tissu osseux 
on coupait l'oie en morceaux que l'on faisait bouillir pen- 
dant quatre heures dans de l'eau. On enlevait la graisse 
b'gée après le refroidissement. Les os se détachaient alors 
très-facilement de la viande cuite; on les essuyait avec un 
linge avant de les peser. Du poids des os et de celui de la 
graisse écumée on concluait, par différence, le poids de la 
chair. Les résultats obtenus sur les oies tuées avant l'en- 
graissement sont consignés dans ce tableau : 



Poids de la graisse, du sang et des divers organes des cinq oies tuées avant l'engraissement. 











































ce 

a 


£ 


c - 


O 





S 


j 




._: 
































































a 
"p 

M 

o 


■a 




a. 
•0 



© — 
.3 
; ■- 







3 




• 


9 

8 




« 


à 


aj 


■5. 

SZ 




a 

a 






Ils 
s If 


«a 
S 


o 

£ 


5 

21 


O 


S £ 


3 


3 


CJ 


1 








-a* 
O 






f- 


S, 


s 


C 




2 


k 

3 ,1 3 


ET 

33 


201 


Br 
255 


321 


cr 
1 600 


180 


G 7 


2/, 


pr 
l i 


PT 

i3i 


Kr 

4 


9 


cr 
10 


Er 
25 


er 

.40 


er 
25o 


100 




i,H 


i'J 


53 


2',G 


34l 


33i 


i5a5 


a3o 


69 


25 


I I 


l/|0 


4 


8 


8 


32 


IGl 


25o 


ao.'i 


9 


3,3g 


"■1 


21 


178 


2l3 


3 00 


i5',(i 


230 


1 oS 


3e 


1 1 


■48 


■3 


.3 


lu 


'9 


190 


4 20 


132 


10 


3,35 


3o 


40 


2!^ 


284 


3 26 


1 "11 1.1 


2 10 


86 


26 


10 


■»-1 


8 


'4 


9 


21 


180 


3;u 


170 


11 


3,70 


3o 


/,0 


3g6 


366 


3io 


.(;;)/, 


3o!> 


1 1 5 


»4 


12 


i3C 


8 


10 


9 


19 


207 


3oo 


*48 


16,91 


i3 7 


'87 


1 i35 


i'i">9 


i5SS 


^Sdj 


1 1 \ '1 


44a 


129 


G91 


3 7 


46 


116 


• s 79 


1590 


87a 












( *6o ) 

Les six pièces à engraisser, pesant ensemble 20 kg ,09 ( en 
moyenne, 3 kg ,35), ont été mises dans une mue divisée en 
six compartiments, assez étroits pour empêcher les oies de 
se retourner. Le plancher de la mue n'occupait pas toute 
la section du fond, et sa disposition était telle, que l'on 
pouvait placer six vases pour recevoir la totalité des déjec- 
tions. Les oies ont été gavées, malin et soir, avec du maïs 
trempé dans l'eau pendant quelques heures. Sur le devant 
delà cage se trouvait une auge commune, contenant de l'eau 
légèrement salée, dans laquelle on avait jeté quelques frag- 
ments de charbon. L'engraissement, conduit par une ga- 
veuse de profession, a été terminé après trente et un jours 
d'un régime durant lequel il a été consommé 7i" B , 89 de 
maïs; soit ii ks ,98 par individu, à peu de chose près 
386 grammes par jour et par tête. 

Les six oies, dont le poids était, avant l'engraissement, de 20 ,09 
ont pesé 3i ,11 

ayant gagné en poids 11 ,02 



rviinu 



C3 <t> fB » 



Poids de la graisse, du sang et des divers organes des six oies engraissées. 



H 


POIDS DES OIES 




o 




































a 
ta 
o 
"h 

r/) 
O 
CL 






c 

«Il 


c 

ffl a 


"a. 

-a* 
m 




ta 

a» 




-OJ 


3 
CL 


I 


'3 


s 




ta 

3 


a 


S 




a 


3 
a 



•0 - 


g 


r S 
_ qj 


avant 
l'en- 


après 
l'en- 


•m 


graisse- 


graisse- 


Gl 


£ ra 


es 


r^S, 








U 


in 








c 














« 


K 


ment. 


ment. 










H 
































k 


k ' 


k 


gr 


pr 


~& r 


Bf 


gr 


gr 


gr 


gr 


gr 


gr 


pr 


gr 


« 


gr 


gr 


gr 


Kr 


&r 


1 


3,42 


5.35 


'i9 3 


234 


38o 


835 


i4i>4 


3i3 


2295 


290 


*25l 


35 


1 1 


«7 


4 


4 


9 


34 


'9' 


280 


2^1 5 


4 


3,G5 


5,5o 


i,85 


3C 9 


435 


"47 


1 y5 1 


3oo 


2289 


190 


21 4 


32 


12 


82 


3 


10 


10 


=7 


162 


2 7 


75 


5 


2,8, 


4,58 


')/• 


294 


322 


9 43 


i55g 


a 7 3 


'847 


140 


171 


2 9 


10 


7fi 


4 


8 


S 


34 


160 


280 


64 


G 


3 , 20 


4,67 


','n 


2 7 I 


33i 


861 


i<jGS 


23', 


1980 


170 


■ 43 


3i 


1 1 


120 


3 


10 


8 


3G 


|53 


290 


io3 


7 


3,/|0 


5,53 


i ,i3 


221 


.',i5 


,23, 


i8 7 3 


2 99 


2261 


195 


.>.Go 


4o 


1 2 


95 


8 


9 


1 1 


38 


,' l7 


325 


129 


8 


3,55 


5,48 


',9 3 


302 


400 


mi/| 


171(1 


3oy 


2220 


320 


3oi 


32 


1 1 


,,4 


12 


t3 


10 


.)- 


i5 7 


340 


toi 




ao,og 


3l ,1 ! 


II ,02 


I69I 


22S8 


G037 


1001G 


I 7 28 


12892 


t3o5 


i34o 


199 


63 


5 7 4 


34 


S.', 


5G 


18G 


97° 


i 7 85 


7'7 


■ L 


i graisse c 


u foio gra 


s étant déjà coin 


ptée dans la graisse extra île par l'ébull ilion, en sommant lesdirers 


organes, on trouvera un excès sur le poids des oies 


engra 


ssées de 


ll"ï,tl. 




































.«#3 



( 262 ) 

Chair 
En résumé, les six oies engraissées conte- Graisse - e* sang. 

. naient io", B oi6 ,4*97 

D après la composition des oies maigres, 
ces six oies devaient contenir, avant 
l'engraissement I>7 5 2 10 „^ 

Gain pendant l'engraissement 8 , 264 3/5- 

La comparaison de l'oie, avant et après l'engraissement, 
est curieuse sous plusieurs rapports; pour qu'on puisse juger 
facilement des différences, je rapprocherai les deux compo- 
sitions. 



Graisse adhérente aux. intestins 

Graisse épiploon 

Graisse extraite par l'ébullition 

Os 

Chair et peau dégraissées 

Sang recueilli (*) 

Foie 

Cœur 

Cervelle 

Gésier 

Bile 

Rate 

Trachée 

Poumons 

Intestins, jabots 

Plumes 

Excréments, pertes 



OIE 

maigre. 



28 

37 

227 

3i8 

i56i 

229 

88 

2G 

1 1 

i3S 

7 
1 1 

9 

23 

,76 

3i8 
'7 4 



338i 



OIE 

grasse. 



282 

38i 
1006 

288 
21/I9 

21S 

223 (" 

33 
1 1 

9<5 

6 

9 , 

9 

3i 

163 

298 



5320 



(*) C'est-à-dire le sang qui a coulé quand on a coupé la trachée. 
(**) Foie gras dont la graisse figure déjà dans celle retirée par 
rëbullition. 



Comme dans l'engraissement des porcs, nous voyons la 



( a63 ) 

chair se produire en même temps que la graisse. Un fait 
singulier, et que l'on observe également sur les canards, 
c'est la diminution du gésier chez les oiseaux qui ont été 
gavés. 

Pour estimer l'humidité que devait renfermer la graisse 
pesée, particulièrement celle retirée par l'éhullition, je l'ai 
fondue à une chaleur modérée, comme on le pratique quand 
il s'agit de la mettre en pot. 

Perte pour 100. 

kr 
3,c)8 de graisse adhérente se sont réduils à. 3,6g 7,3 

3,oi de graisse écumée sont devenus. ... a, 81 6,3 

Appliquant ces corrections aux graisses acquises durant 
l'engraissement, on trouve : 

kg 

Pour la graisse adhérente fondue 3,327 

Pour la graisse retirée par l'ébullition 4 > '8o 

Graisse privée d'eau acquise par les six oies. 7,507 

A cette graisse il faut encore ajouter celle qui faisait 
partie des déjections et qui certes n'est pas à négliger. La 
totalité des excréments très aqueux rendus par les six oies 
a pesé 83 kg , 23. Après avoir enlevé une partie de l'eau par 
décantation, on a mis à égoutter sur une toile; de cette ma- 
nière ou a obtenu 3() k6 ,i9 d'une matière verte pulpeuse 
qu'on a mêlée intimement pour en prendre un échantillon : 
1 kilogramme de celte pulpe desséchée dans une bassine 
chauffée à la vapeur s'est réduit à 190 grammes d'une sub- 
stance sèche, ayant une couleur intermédiaire entre le vert 
et le jaune. 

Ainsi les 39^,19 de déjections humides contenaient 
7 kg , 45 de substance sèche; 20 grammes de celte matière 
réduite en poudre fine traitée d'abord par l'eau, puis ensuite 
par l'éther, ont donné i Br ,92 d'une graisse demi-liquide 
dont l'odeur rappelait celle de l'huile du maïs. La graisse, 
dans les déjections sèches, s'élevait, par conséquent, à g. 6 



I «V 






■ 









( 264 ) 

pour 100. Les 7^,45 devaient en contenir 7 i5 grammes; 
ce qui porte le total de la graisse acquise par les six oies 



à 8 kg ,222. 



Examen du maïs consommé. 



Le maïs employé pesait 72^,20 l'hectolitre; pour avoir 
un échantillon bien homogène, j'en ai faitmoudre 5o litres. 
L'huile a été déterminée sur des quantités de farine qui ont 
varié de 20 à 200 grammes. En traitant d'abord la farine de 
mais par l'eau acidulée, puis faisant ensuite agir l'éther sur 
le résidu, j'ai obtenu, dans plusieurs analyses, des propor- 
tions d'huile très-peu différentes et qui se sont accordées 
avec celle donnée par l'élher appliqué au maïs réduit en 
poudre extrêmement fine. J'ai extrait par l'un ou l'autre 
de ces moyens 7 pour 100 d'huile jaune. Il est vrai qu'en 
faisant succéder à l'action de l'éther appliqué à froid un 
mélange bouillant d'alcool et d'éther on obtient une pro- 
portion de matière grasse bien plus forte, et qui, à la suite 
de traitements réitérés, s'élève de 10 à 12 pour 100. On 
parvient à ce chiffre alors même qu'on agit sur du maïs 
préalablement traité par l'eau, et dans lequel on ne peut 
plus supposer de sucre. Il y a ceci de remarquable, qu'en 
agissant, non plus sur de la farine lavée, mais sur le ré- 
sidu ligneux provenant de l'action de l'acide étendu sur le 
maïs, on n'obtient jamais, quoi qu'on fasse, plus d'huile 
que n'en donne l'éther employé seul. C'est que l'alcool 
extrait facilement du maïs une substance azotée ayant le 
plus grand rapport avec la gladiadine que M. Taddei a re- 
tirée des céréales par un traitement alcoolique. J'ai pu en- 
lever au maïs, après l'avoir épuisé par l'éther, jusqu'à 4,5 
pour 100 de cette gladiadine, pesée après avoir été lavée à 
l'eau et à l'éther, et puis fortement desséchée à i3o degrés. 
Cette matière est d'un jaune clair; son odeur, bien que 
très-faible, rappelle celle de la cire d'abeilles ; elle se dissout 



( 265 ) 

facilement dans les alcalis et dans les acides; elle brûle en 
ne laissant que o.ood de cendres. J'ai trouvé, pour sa com- 
position, 

Carbone 54^3 

Hydrogène n ,o 

Azote i6,3 

Oxygène 23., 4 

100,0 

Jccrois pouvoir établir la composition du maïs ainsi qu'il 
suit : 

Albumine 8*3 ) 

Gladiadine 4)5 f ' 

Huile 7,0 

Sucre, gomme 1 ,5 

Amidon ^9)° 

Ligneux 1 ,5 

Sels 1 , t 

Eau '7*' 

100,0 

Par conséquent, les oies ayant mangé en trente et un 
jours 7i kg , 89 de maïs, dans lequel il y avait 

Huile 5^032 

La graisse totale acquise ayant été 8,222 

La graisse formée durant l'engraissement s'élève à. 3, 190 

Il est assez curieux, et c'est une simple remarque, que 
si l'on considérait comme engraissant la totalité des prin- 
cipes dumaïs^olubles dans l'élher et dans l'alcool à 4o de- 
grés, c'est-à-dire l'huile et la gladiadine, l'aliment con- 
sommé renfermerait les éléments du gras développé. En 
effet, les 7i k §, 89 de maïs contiennent précisément 8 kg ,267 
d'huile et de substances azotées solubles dans l'alcool. 



■ 






( *66 ) 

D'après la constitution du maïs, la ration engraissante 
contient : 

Albumine, gladiadine fa 

Huile 2 _ 

Amidon, sucre 2 34 

Sels 4 

3Î4 

Comme il y a eu, chaque jour, à peu près 3 grammes de 
matières grasses éliminées avec les déjections, il reste 
24 grammes pour la graisse assimilée directement; et 
comme l'oie en a acquis journellement 4i grammes, on 
voit qu'elle a dû. en former 1 7 grammes avec les autres élé- 
ments de sa nourriture. On remarquera que, dans 100 par- 
ties des aliments digestibles qui entrent dans la ration en- 
graissante des oies, il y a : 

Principes azotés ,5 g 

Graisse 8 5 



§ V. — Expériences sur l'engraissement d 



ES CANARDS. 



Un canard du poids de i k s,35, gavé chaque jour avec 
i4o grammes de maïs préalablement détrempé, gagne en 
quinze jours 180 à 200 grammes de graisse; c'est un fait 
qu'il est facile de vérifier, et comme, dans cet engraissement 
rapide, tout se passe exactement comme dans l'engraisse- 
ment de l'oie, je me dispenserai d'entrer dans déplus amples 
détails à ce sujet. 

Il m'a paru intéressant de substituer au maïs, si riche en 
huile, un aliment analogue, tout aussi dense, d'une diges- 
tion facile, mais qui ne contient que quelques millièmes 
de matières grasses. Tel est le riz, dont la composition est, 
pour ainsi dire, celle du maïs qu'on aurait privé d'huile 
par un procédé chimique. Le riz, renfermant d'ailleurs près 



( ^7 ) 
de 83 pour ioo d'amidon, convient parfaitement pour ap- 
précier le rôle que la fécule joue dans la production de la 
graisse. Ce sont ces considérations qui m'ont engagé à faire 
sur des canards les expériences que je vais exposer. En effet, 
si l'on réussit à engraisser complètement des oies ou des 
canards en remplaçant poids pour poids le maïs par le riz, 
on aura acquis la preuve de la transformation de l'amidon 
en graisse pendant l'alimentation; car ce régime présente 
celte particularité, que la totalité de l'huile et la moitié de 
la substance azotée entrant dans la constitution du maïs s'y 
trouvent remplacées par de la fécule amylacée; on peut 
s'en assurer en comparant la composition respective de 
chacune de ces graines : 

Riz. Maïs, 

f-'r cr 

Albumine ou gladiadine 7,5 (') 12,8 

Matières grasses 0,7 7,0 

Amidon (sucre et gomme). .. . 83, o 60, 5 

Ligneux 1,0 1 ,5 

Sels o,5 1,1 

Eau 7,3 17,1 

100,0 100,0 

Les canards mis en expérience avaient une même origine; 
ils étaient âgés de huit mois environ. 

Poids des canards au commencement de l'expérience. 





N M II R S . 


i. 


2 


3. 


4. 


5. 


G. 


7. 


8. 


9. 


Poids 


k 

1 ? SJ 


k 
1 , 3 1 5 


k 

1,33 


k 
1 ,32 


k 

'. '7 


k 
'.-17 


k 
i,3fi 


k 
1 ,.) ■! 


k 
1 ,3o 



(') D'après mon analyse, le riz contenait 1,2 d'azote. 






( =68 , 
Les n° 5 i, 2, 3, 4 ont été tués. On en a retiré 



Graisse adhérente. . . , 
Graisse par ébullitiun 

Os dégraissés 

Chair et peau 

Sang recueilli 

Foie , 

Cœur 

Cervelle 

Gésier 

Bile 

Rate 

Trachée 

Poumons 

Intestins, jabots 

Plumes 

Aliments, déjections. . 





M «1 Ros. 




I. 


*. 


3. 


». 


»r 


, gr 


, 8r 


1* 


27 


4e 


4 a 


3î 


173 


igj 


168 


i56 


99 


92 


94 


102 


555 


663 


453 


544 


70 


55 


65 


66 


S , 


(D 


33 


36 


91 


8 


9 


13 


5 


5 


H 


5 


3', 


33 


q3 


*4 


1 


1 


0} 


1 


4 


5 


2 


3 


3 


3 


3 


5 


9 


10 


10 


10 


58 


5o 


3? 


45 


90 


110 


■ ao 


7° 


i35 | 


4 


266 


212 


i33o 


1 3 1 5 


i33o 


&\\ 



Comme le poids des plumes et la quantité de matières 
contenues dans l'estomac et les in testins son t assez variables, 
il est bon de ramener ebaque pièce à ce qu'elle a pesé 
après avoir été plumée et vidée. 



NUMÉROS. 


CANARDS 
plumés et vidé». 


GRAISSE 
contenue. 


1 


sr 

1084 


202 





1195 


235 


3 


10G4 


210 


4 
Moyennes.. . 


io38 


188 


1095 


209 



Les n°* 5, 7, 8 ont été mis au régime du riz légèrement 



( ^9 ) 
cuit; la quantité de riz, pesé cru, prise par chaque canard, 
a été de 125 grammes. On gavait matin et soir; une auge 
commune contenait de l'eau renfermant un peu de sel. 



NUMÉROS. 


JOURS DE RÉGIME. 


RIZ CONSOMMÉ. 


POIDS 

a la 1111 du régime. 


5 

7 

8 


I 3 

i3 

19 


i5oo 

IS;0 

•2375 


gr 
l48o (*) 

■Ï40 
1 $00 


(*) Les canards étaient ordinairement si mouillés au sortir de la 
mue, que ce poids n'a aucune valeur. Comme on le verra, le n° 5 con- 
tenait encore 1G8 grammes d'aliments ingérés. 



Composition des canards nourris au riz. 



Graisse adhérente. . . . 
Graisse par ébullilion 

Os dégraissés 

Chair et peau 

Sang recueilli 

Foie 

Cœur 

Cervelle. 

Gésier 

Bile 

Rate 

Trachée 

Poumons 

Intestins, jabots 

Plumes 

Aliments, déjections.. 



4o 
198 

Sa 
665 

60 

4' 
12 



4 

J 

i4 

45 
120 
168 

i48o 



NUMÉROS. 




'• 


8 . 


5o 


gr 
7 5 


20Ô 


i>S6 


1,4 


82 


7 1' 


524 


5o 


68 


32 


07 


8 


9 


4 


4 


20 


i3 


2 


1 


3 


2 


5 


3 


11 


10 


47 


34 


1 1 1 


200 


37 


22 


"44° 


1400 






( 2 7° ) 
On a pour le poids de ces canards plumés et vidés 



NUMÉROS. 


POIDS. 


GRAISSE CONTENUE. 


5 


Sr 
"94 

1291 

117s 


238 

36 1 


7 

8 





Comparant maintenant le poids et la graisse au poids 
moyen dédui t des canards tués au commencement del'expé- 
rience, et qui était 

Pour le canard plumé et vidé ioo5 

Pour la graisse contenue 209 



on trouve. que 

Le n° 5 a gagm''. . 
Le n° 7 
Le n° 8 



En poids. 

99 
.98 

83 



En graisse, 
sr 

2 9 
46 

l52 



Graisse fondue. 

%r 
27 (') 

4 2 
140 



On doit ajouter à cette graisse celle sortie avec les excré- 
ments. Les déjections rendues par le n° 5, durant les douze 
jours de régime, ont pesé 25oo grammes ; elles formaient 
uneémulsion très-liquide, blanche; on n'apercevait aucune 
matière solide. Par la dessiccation, on a obtenu un extrait 
pesant i5o grammes; 1 gramme de cet extrait pulvérisé 
a cédé à l'éther, après un traitement par l'eau, os%o5o 
d'une graisse solide, très-fusible. Ainsi, chaque jour, en 
consommant 125 grammes de riz, un canard aurait rendu 
i2S r , 5 de cet extrait, contenant 0^,62 de graisse; mais 
chaque jour aussi, dans les 125 grammes de riz, il recevait 
oS r ,88 de matière grasse; c'est donc, pour chaque, jour, 
oS\ 26 qu'il faut déduire de la graisse pesée. 



(') Les graisses provenant de ces expériences, réunies et fondues, ont 
psrdu 8 pour 100. 



( *$■* ) 

Eu définitive, en tenant compte de la durée de chaque 
expérience, on voit que 



Le n° 5 a f;iif. 
Le n° 7 
Le n° 8 



gr 



a5 île graisse sèche; par jour. 

38 » par jour. 

i35 » par jour. 



2,1 
2,5 

7>« 



Les résultais offerts par les n os 5 et 7 n'établissent pas 
suffisamment qu'il y a eu formation de matière grasse: du 
moins cette formation ne paraît nullement en rapport avec 
la proportion d'amidon renfermée dans le riz. Quant au ré- 
sultat fourni par le n° 8, il ne laisserait aucun doute sur 
l'intervention de la fécule dans la production du gras, s'il 
ne présentait une anomalie qui peut faire présumer que le 
canard porteur de ce numéro pouvait être initialement plus 
gras que je l'ai admis. Cette anomalie consiste en ce que 
la graisse trouvée en excès (l35 grammes) pèse plus 
que l'accroissement de poids de 83 grammes attribuable 
au régime. Quoi qu'il en soit, et adoptant les trois résultats 
comme exacts, on est obligé de reconnaître que le gras 
formé sous l'influence du riz est inférieur en quantité à 
celui produit par le régime au maïs; car, en recevant 
i4o grammes de maïs, un canard fait peut-être, indépen- 
damment de l'huile qu'il assimile directement, 5 à 6 gram- 
mes de graisse. Cependant, relativement à l'amidon, les 
deux rations diffèrent peu l'une de l'autre ; il y en a même 
plus dans les 125 grammes de riz, ainsi que je vais le 
montrer. 

Dans i2ÔS r de riz. Dans l 'JoS'' Je maïs. 
Il y a albumine et gladiadine. 9 j8 

Amidon, sucre, gomme 104 85 

Matière grasse 1 I0 

Dans les 120 grammes de riz donnés chaque jour à un 
canard, il y a 48 grammes de carbone, et 55 grammes dans 
i4o grammes de maïs. Faut-il attribuer la faiblesse de la 
production de la graisse à ce que la ration de riz aurait été 



■ 









( a 7 a ) 
insuffisante comme aliment respiratoire? J'ajouterai qu'il 
est difficile d'augmenter la ration, parce que, le volume du 
riz double presque de volume par la cuisson, et que l'ani- 
mal était gavé au maximum. 

Mais si, repoussant comme prématurées ces idées théo- 
riques, et se bornant aux faits constatés, on voulait en con- 
clure simplement qu'il est des aliments qui ne possèdent 
pas la propriété de favoriser l'engraissement, je répondrai 
par l'expérience qu'il ne manque à la ration de riz que nous 
avons discutée que des principes élémentaires de plus, de 
la graisse par exemple, pour acquérir au plus haut degré 
la propriété engraissante. Pendant que les canards n os 5, 
7 et 8 étaient alimentés avec du riz, j'en nourrissais deux- 
autres (n os 6 et g) avec la même ration à laquelle on ajou- 
tait du beurre. Ces canards au riz au gras sont arrivés 
promplement à un degré d'engraissement vraiment remar- 
quable. 

Chaque canard recevait, chaque jour, avec les i a5 gram- 
mes de riz, 6o grammes de beurre. 

Les deux canards sont restés à ce régime pendant onze 
jours et on les a tués, parce que, depuis le septième jour, 
leur poids n'augmentait plus sensiblement. Un autre ca- 
nard (n° io) fut mis au régime unique du beurre"; on lui 
en donnait de 90 à 100 grammes par jour : il est mort 
d'inanition au bout de trois semaines; le beurre suintait 
de toutes les parties de son corps; on eût dit que ses plumes 
avaient été trempées dans du beurre fondu, et il exhalait 
une odeur infecte rappelant l'aciWe butyrique; lesdéjeciions 
étaient presque entièrement formées de beurre. C'est, on 
le voit, la répétition des expériences intéressantes que Le- 
tellier a faites sur les tourterelles. 

Les canards nourris au riz au gras ont pesé, quand on 
les a tués, le n° 6, i k s,63 ; le n° 9 , i"b 58. 



( *73) 



Composition des canards nourris au riz au gras. 



Graisse adhérente î qô 

Graisse par ébullilion j 336 

Os dégraissés ! q3 

Chair et peau 63 1 

Sang recueilli Go 

Foie ' |( S 

Cœur , 

Cervelle 1 <j 

Gésier ! ,3 

Bile i 5 

Ra te ■ 2 

Trachée ; 5 

Poumons 10 

Intestins, jabot ' /| 2 

Plumes po 

Aliments, déjections ! 106 

iG3o 



.«, 



10(1 1 
33/, ) 

W\ 

70 

33 

9 



7 
40 

1DI 

3o 



i58o 



Plumés et vidés, ces canards pesaient : 



l'|0 



-pi 
440 



Le n° 9, i354 contenant en graisse 

Le n° 6, 1400 contenant en graisse 

Le poids initial étant iog5 gr., la graisse initiale. . 209 

Gain en poids vivant, n° 9 : 3,59; gain en graisse. 222 
n° 6 : 3o5 » » 23 1 

Cette expérience montre avec quelle facilité est assi- 
milée la graisse quand elle fait partie d'une ration complète 
et que, s'il est incontestable qu'un régime suffisamment 
azoté, bien que dépourvu de matières grasses, en développe 
néanmoins dans les animaux qui le consomment, on doit 
aussi convenir que la nourriture qui procure l'engraisse- 
V. ,8 



( * 7 4) 

ment le plus rapide et le plus prononcé est précisément celle 
qui join t à la dose convenable de substances albumineuses la 
plus forte proportion de principes gras. Quant à la graisse 
en excès qui apparaît dans les animaux nourris avec des 
aliments qui n'en renferment qu'une quantilé minime, il 
faut nécessairement l'attribuer soi t aux matières protéiques, 
soit à l'amidon ou au sucre, soit enfin à la réunion des deux 
ordres de substances. Cependant, quand on considère que 
ces aliments sont constamment riches en principes azotés 
et que le carbone de ces principes est toujours supérieur 
au carbone de la graisse développée, on est tenté de leur 
attribuer l'origine de cette graisse. Il me serait facile de 
signaler plusieurs régimes engraissants dans lesquels l'al- 
bumine, le caséum, la légumine, la gladiadine semblent 
jouer le rôle de corps gras, et je ne connais pas une seule 
ration employée en pratique, dans laquelle l'amidon ou le 
sucre soient unis à une faible proportion de ces mêmes 
substances. Lorsque, dans un régime d'engraissement, les 
matières protéiques ne surabondent pas, on peut être cer- 
tain d'y rencontrer de la graisse toute formée. Ces re- 
marques paraissent encore corroborées par la facilité avec 
laquelle les substances azotées des aliments se modifient en 
acide gras. Ainsi M. Wurtz a reconnu que, sous l'influence 
des alcalis et de la chaleur, ou par suite d'une altération 
spontanée, l'albumine donne naissance à de l'acide buty- 
rique. 



( 2 7 5 ) 



DÉVELOPPEMENT DE M SUBSTANCE MINÉRALE 

DANS LE SYSTÈME OSSEUX DU PORC. 






§ I. — Dans les recherches sur la production de la 
graisse dans les animaux, j'ai eu l'occasion de recueillir 
des données assez précises sur le développement du système 
osseuxduporc. J'examinerai d'abord quelles sont la quantité 
et la nature des substances minérales contenues dans le 
squelette de même origine, à différents âges, et ensuite si la 
nourriture exclusive aux pommes de terre suffit pour four- 
nir les éléments indispensables à la formation des os. 

§ II- — Os d'un porc nouveau-né. 

Le goret pesait immédiatement après sa naissance 65o^oo 

Son squelette, desséché «à l'air 48 25 

Les cendres du squelette 20 ,,3 

Les cendres, bien calcinées, blanches, ont donné à l'ana- 
lyse : 

Chaux 4 9? 3 

Magnésie 5, 2 

Sels alcalins o,4 

Acide carbonique (').... 0,1 

Acide phosphorique 4^,0 

100,0 



(') C'est l'acide carbonique dosé; mais une partie de cet acide avait été 
chassée par la calcination. Pour constituer leur carbonate, on a dû en in- 
troduire 2G"V>2, ce qui explique l'excès que l'on remarque dans la somme 
des éléments transformés. 



I 



( * 7 6 ) 
Constituant la magnésie à l'état de 3Mg,P0 5 , l'acide 
phosphorique restant formant 3 CaO, PO 5 , la chaux restante 
étant CaO,CO% on a, pour la matière minérale du sque- 
lette du goret, 

Phosphate de chaux 84 ,82 

Phosphate de magnésie 1 1 ,35 

Carbonate de chaux 5 ,o,5 

Sels alcalins o,4o 

102,52 







§ III. — Os d'un porc âgé de huit mois, pesart 6o kê ,55. 

Ce porc (n° 1) avait été élevé avec la nourriture nor- 
male. Les os, dégraissés par l'ébullition et essuyés, ont 
pesé 3 kg , 87. Par suite d'une dessiccation à l'air, ce poids 
s'est réduit à 2 kg ,goi. 

Pour arriver à la connaissance de la proportion de 
cendres, on a pesé séparément les principales parties du 
squelette, telles que les os de la tête, des pieds, de la co- 
lonne vertébrale, les côtes, etc.; ensuite on a incinéré des 
quantités proportionnelles de ces diverses parties qui ont 
produit : 

Les os de la tète 47 >4 pour 100 de cendres. 

Les côtes 43,3 » 

La colonne vertébrale. .36,6 

Les tibias, etc 49 j^ » 

Les différentes parties du squelette séché à l'air ont pesé : 

Os de la tête.. 653 contenant 3io de cendres. 

Cotes 276 » 120 » 

Vertèbres .... 4^5 » 167 » 

Tibias, etc. .. . 1617 » ^56 » 

2901 i353 



( 2 77 ) 
Ces cendres, broyées intimement et chauffées de nou- 
veau, ont fourni à l'analyse : 

Chaux 5i ,g4 

Magnésie i ,70 

Sels alcalins i , 5n 

Acide carbonique. ... 2, i3 

Acide phosphorique. . I\i,66 

100 ,00 

composition exprimée par : 

Phosphate de chaux 88, - 1 

Phosphate de magnésie. . . 3,71 

Carbonate de chaux 5, cj'5 

Sels alcalins 1 , 57 

100 ,92 

§ IV. — Os d'un porc âgé de onze mois et demi (n° 2). 

Lors de l'abattage du n° 1, le porc n° 2 a pesé 60 kilo- 
grammes. Après g3 jours d'un régime durant lequel out été 
consommés 544 kilogrammes de pommes de terre, son poids 
s'est élevé à 6j k% , 24. Le squelette, dégraissé par l'ébullition 
et desséché à l'air, a pesé 3 k? , 4°7 j il renfermait 1 k ", 586 de 
cendres, contenant : 

Cliaux 53,o 

Magnésie 1,8 

Sels alcalins 0,4 

Acide carbonique (').... » 

Acide phosphorique 44 >^ 

100 ,0 
composition exprimée par : 

Phosphate de chaux g3 , 1 7 

Phosphate de magnésie 3,C)3 

Carbonate de chaux 4 >4^ 

Sels alcalins 0,40 







,96 



(') La totalité de l'acide carbonique avait été expulsée par la calcination. 



-t.r* 






( -78 ) 

Si nous recherchons maintenant quel a été l'accroisse- 
ment dans le poids du squelette, nous trouvons en nombres 
ronds : 



1 












DÉSIGNATION DES PORCS. 


POIDS 

lies 
porcs. 


SQUELETTE 

séché 
à l'air. 


TOEDS 

des 
cendres. 

er 

21 
1 353 


ACIDE 

ptiospbo- 
rlque. 


CHAOS. 

er 

10 

703 


Nouveau-né , 

H°l. Agé de 8 mois 

Assimilation en S mois 

Assimilation par jour 

N° 2. Agé de 1 1 mois et demi. 

Assimilation en g3 jours.. . 
Assimilation par jour 


kg 
0,65 

6o,55 


gr 

48 
2901 


gr 
9 
577 

568 

2,3 

7" 


5 9)95 

ft 

67,24 


2S53 

">7 
3407 


i332 
5,5 

i586 


693 

2,8 

84, 


6,69 

// 


5o6 
5,4 


233 

2,5 


i34 


i38 
.,5 



Comme on pouvait s'y attendre, le développement du 
système osseux a surtout été très-rapide dans les huit mois 
qui oui suivi la naissance ; ensuite l'assimilation des prin- 
cipes terreux des os s'est considérablement ralentie. Dans 
la première période, la nourriture variée et abondante ren- 
fermait bien au delà des quanti lés d'acide phosphorique et 
de chaux fixées dans l'organisme; mais il n'en a plus été 
ainsi dans la période suivante, durant laquelle le porc a 
été soumis au régime des pommes de terre. En effet, ces 
tubercules contenaient o, 01 de cendres, renfermant d'après 
l'analyse, pour 100 : 

Acide phosphorique lx 3 

Chaux i,'8 

Magnésie c r. 

J j 't 

Acide sulfurique, potasse, soude, etc. 81 ,5 



100,0 



Ainsi, dans les 544 kilogrammes de pommes de terre 



( 2 7.9 ) 

consommées en 93 jours, il y avait 5 ks ,44 de substances 
minérales terrant : 

Acide phosphoriquc. Chaux. 

gr tr 

6i5,o 98,0 

Or il y a eu de fixé i34,o i38,o 

DifYérences +481 ; o — 60,0 ' 

On rencontre donc, clans les os formés durant les y3 jours 
de régime exclusif, 60 grammes de chaux de plus qu'il n'en 
existait dans les pommes de terre consommées. Cette dif- 
férence est plus considérable encore si, comme on doit le 
faire, on tient compte de la chaux comprise dans les dé- 
jections. 

Les excréments rendus par le porc n° 2 pendant les 
q3 jours pesaient, après dessiccation, i6 ks ,6. L'examen 
chimique a montré qu'il y avait dans ces matières o,oi3 
de chaux, pour la totalité de cette terre dans les déjections, 
216 grammes, de sorte que la chaux assimilée ou excrétée 
par le porc en 93 jours s'est élevée à 276 grammes, quoi- 
que la nourriture consommée dans le même temps n'en 
renfermât que 98 grammes. 

Ce résultat aurait lieu de surprendre, si l'on ne savait 
que l'eau dont on a fait usage pour délayer les pommes de 
terre n'est pas exempte de chaux. Celte eau, analysée, a 
donné pour 100 000 parties : 

Chaux. 

Carbonate de chaux 35,3 '9>8 

Carbonate de magnésie 3 , 7 

Sulfate de magnésie 1 1 ,8 

Sulfate de soude 20 , 2 

Sel marin G, g 

Silice 2,0 

Phosphates de chaux et de fer Traces. 

Matières organiques: carbonate d'am- 1 _ ,, 

. . ) Indéterminées, 

moniaq.; acide carbonique libre. . . ) 

;8,9 




( 28o ) 

Dans Jes 9 3 jours, le porc n° 2 a pris 900 litres d'eau 
renfermant, d'après l'analyse précédente, 178 grammes de 
chaux, qui, ajoutés aux 98 grammes qui étaient dans la 
nourriture, forment 276 grammes pour la quantité de 
chaux ingérée pendant la durée du régime. 

Chaux ingérée avec l'aliment 2 _g er 

Chaux fixée dans les os ou rendue avec les excréments. 2 7 6,'o 

H y a égalité, probablement parce que les erreurs, inévi- 
tables dans une expérience de cette nature, se sont com- 
pensées. 

Les substances salines dissoutes dans l'eau sont certai- 
nement intervenues dans l'alimentation, sans leur con- 
cours elle aurait été insuffisante, puisque les pommes de 
terre ne contenaient pa*, à beaucoup près, la dose de chaux 
nécessaire à la formation des os. On connaît d'ailleurs, par 
les intéressantes recherches de Chossat, les effets que pro- 
duit un aliment ne renfermant pas assez de matière cal- 
caire, et il est très-vraisemblable que, si le porc n° 2 eût 
été rationné avec des tubercules délayés dans de l'eau dis- 
tillée, il eût éprouvé tous les inconvénients qui se mani- 
festent dans cette circonstance; très-probablement aussi 
qu'il n'aurait pas été possible de nourrir un porc, comme 
je l'ai fait, uniquement avec des pommes de terre pendant 
2o5 jours. 

Dupasquier, dans des travaux recommandables d'ail- 
leurs, a reconnu l'utilité du bicarbonate de chaux dans 
les eaux potables. 

J'ai cherché, en traitant un autre sujet ('), à fixer l'atten- 
tion sur l'influence indirecte qu'ont nécessairement sur la 
cultureles matières dissoutes dansles eaux dont s'abreuvent 
les animaux d'une ferme, en montrant que, par cette voie, 
il arrive aux fumiers une quantité assez considérable de 



(') Économie rurale, t. H, p. 2 Ô2. 






( »*> ) 

substances salines. L'analyse de l'eau qui alimente les 
abreuvoirs de Béchelebronn me permet aujourd'hui de dis- 
cuter cette question avec des données plus positives. 

Les animaux élevés ou entretenus dans notre domaine 
peuvent représenter 100 tètes de bétail. En évaluant à 
3o litres en moyenne l'eau bue par chaque tète, on reste, 
d'après quelques essais, au-dessous de la réalité. Néanmoins, 
à ce taux, l'eau bue dans une année s'élèverait à plus d'un 
million de kilogrammes (i 093000) qui contiendraient : 

Carbonate de chaux 387 

Carbonate de magnésie /fi 

Sulfate de magnésie 120 

Sulfate de soude 221 

Sel marin n£> 

Silice 22 

Phosphates de chaux et de fer Indéterminés. 

Ainsi l'eau bue par le bétail fournirait annuellement 
aux fumiers près de 900 kilogrammes de matières sa- 
lines, comprenant la plupart des éléments minéraux né- 
cessaires aux végétaux : de la chaux, de la magnésie, de la 
soude, du soufre, du phosphore, du sel marin et de lasilice. 
On comprend dès lors comment les plantes apportent, 
de la prairie irriguée au domaine, de très-fortes quantités 
de sels alcalins et terreux qui, en dernier résultat, passent 
en grande partie aux engrais. Ce que certaines sources 
amènent continuellement de matières salines à la surface 
du sol est vraiment remarquable 5 le puits artésien de Gre- 
nelle, dont l'eau est considérée comme d'une grande pureté, 
en entraîne annuellement avec elle environ 60000 kilo- 
grammes ('). La proportion et la nature des substances 



(') D'après un renseignement que je dois à la complaisance de M. Mary, 
ingénieur en chef, chargé des eaux de Paris, le puits de Grenelle débite, 



. J 



( 282 ) 

salines contenues dans les eaux potables sont d'ailleurs ex- 
trêmement variables; aussi a-t-on reconnu que les sources, 
les rivières ne sont pas fertilisantes au même degré, et, à 
une époque où l'on se préoccupe sérieusemen- de l'irriga- 
tion, je crois devoir répéter ce que j'ai déjà dit ailleurs, 
c'est que, sous le rapport agricole, une étude approfondie 
des eaux considérées relativement aux sels qu'elles ren- 
ferment serait de la plus grande utilité ( ' ). 



en moyenne, chaque jour noo mètres cubes d'eau. Suivant l'analyse de 
M. Payen, on trouve qu'annuellement cette masse d'eau amène a la su.lace 
du sol : 

Carbonate de chaux 2-3-5 ° 

Carbonate de magnésie 58.I0 

Carbonate de potasse i2o.'i5 

Sulfate de potasse 4-45 

Chlorure de potassium A3g 

Silioe a. 9 o 

Matières organiques 3- 2 S5 

39860 
(') Economie rurale, t. II, p, a5j. 






( 283 ) 



DE L'INFLUENCE 

QUE 

CERTAINS ALIMENTS EXERCENT 

SUR LA 

PROPORTION DE MATIÈRES GRASSES (MEMES DANS LE SANG. 



Dans certaines circonstances, le sérum du sang prend 
un aspect lactescent occasionné par des globules de graisse 
tenus en suspension. Tel sérum laiteux renferme jusqu'à 
12 pour ioo de matières grasses; plusieurs physiologistes 
assurent même qu'on peut développer la lactescence du sang 
en nourrissant des animaux avec de la graisse. Enfin le 
même phénomène se manifesterait chez les individus sou- 
mis, pendant un temps suffisant, à un régime surabondant 
provoquant l'engraissement. 

Je suis loin de vouloir contester absolument ces asser- 
tions-, mais comme, dans mes expériences sur la digestion, 
j'ai eu l'occasion de remarquer dans quelle faible proportion 
la graisse des aliments est absorbée par l'appareil intesti- 
nal, je ne puis m'empècher d'émettre un doute que de nou- 
velles observations lèveront prochainement. Les recherches 
que j'ai faites ont eu simplement pour objet d'examiner si, 
pendant la digestion d'un aliment très-chargé de graisse, le 
sang est notablement plus gras qu'alors que l'animal digère 
un aliment ne renfermant pas de matières grasses. 

Déjà MM. Sandras et Bouchardat ont établi, dans leurs 
travaux sur la digestion, que la nature des aliments n'exerce 
pas une influence bien prononcée sur la quantité des prin- 
cipes gras du sang. Ainsi, que ces aliments soient de l'huile 
d'amande, du suif, de l'axonge, ou de la soupe faite avec 



( *H ) 

du pain et du bouillon dégraissé, le sang des chiens sou- 
mis à ces différents régimes renfermera constamment deux 
ou trois millièmes de principes gras. La présence de cette 
faible proportion de graisse dans le sang de l'animal nourri 
avec de la soupe, MM. Sandras et Boucnardat l'expliquent 
en rappelant que le pain et le bouillon ne sont pas exempts 
d'une certaine quantité de substances grasses. 

Ces résultats sont confirmés par mes recherches, en ce 
sens, que le sang des volatiles sur lesquels j'ai expérimenté 
ne renferme aussi qu'une quantité minime de principes 
gras, quatre à cinq millièmes environ. Comme les physio- 
logistes que je viens de citer, j'ai constaté que le sang des 
animaux nourris avec des aliments non gras contient tout 
autant de matières grasses que le sang des animaux qui 
consomment une nourriture très-abondante en graisse; 
mais je ne puis, avec eux, attribuer l'origine de cette graisse 
du sang à de faibles proportions de matières huileuses 
préexistant dans l'aliment, puisque j'ai fait consommer de 
l'amidon et du blanc d'oeuf, substances à peu près exemptes 
de substances grasses. Il y a plus, et c'est là, je crois, une 
preuve évidente que la graisse du sang n'a pas toujours pour 
origine immédiate la graisse de l'aliment, c'est que, dans 
le sang d'animaux privés de nourriture depuis plusieurs 
jours, on rencontre autant de principes gras que dans le 
sang d'un animal nourri avec du lard ou avec des noix. 
On a procédé de la manière suivante : 
Les animaux mis en expérience n'avaient pas mangé 
depuis trente-six heures. Dans chacun des] lots formés, on 
tuait un individu à jeun; les autres étaient nourris avec 
divers aliments pendant un certain temps. 

Le sang recueilli dans une capsule était pesé, séché à 
l'étuve, puis broyé pour être de nouveau soumis à une des- 
siccation prolongée à la température de 120 degrés; le sang 
a été considéré comme sec lorsque la perte de poids n'était 
plus que de quelques milligrammes après une heure de 



( ^85 ) 

dessiccation. J'indique cette circonstance, parce que je ne 
suis pas parvenu à obtenir une matière sèche qui ne con- 
tinuât pas à éprouver une perle faible à la vérité, mais une 
perte sensible, par un séjour prolongé dans l'étuve cbauffée 
à i3o degrés. J'ai, par curiosité, maintenu une dessicca- 
tion de sang pendant plusieurs jours, et la matière a con- 
stamment éprouvé une perte. Il n'est pas impossible qu'à 
cette température les matières organiques éprouvent une 
sorte de combustion très-lente. 

Le sang desséché était traité à plusieurs reprises par 
l'éther. La matière grasse abandonnée par l'éther a tou- 
jours été lavée à l'eau avant d'avoir été pesée; celte matière 
s'est toujours offerte à l'état d'une graisse jaune, ayant la 
consistance du miel et une odeur caractéristique et dés- 
agréable. La matière grasse du sang paraît être identique à 
celle que l'on extrait du chyme. Je crois inutile d'entrer 
dans le détail des expériences; il suffira d'en résumer les 
résultats : 





QUANTITÉ 

de sang 




MATIÈRE 




PROPOR- 
TION 






sur 


SANG SEC 


sèche 


GRAISSE 


de graisse 


NOURRITURE 




laquelle 


obtenu. 


pour 


obtenue. 


dans 


consommée. 




on 
a opéré. 




1 de sang. 




le sang 
normal. 




Première série. 


gr 

17, 3o 


gr 
2,86 


gr 
0,1893 


gr 
o,o36 


0,0021 


Amidon. 


Pigeons de 3 semaines. 


17.34 


3,27 


0,l 9 46 


"1O97 


o,oo56 


Blanc d'œuf. 




'4,9 5 


2,86 


0,igi3 


o,o65 


o,oo43 


Rien. 


Deuxième série. 


1 4 ? 3' 5 

l i5,/,o 


2,58 
2,99 


0, 1800 
0,1942 


0,071 
o,o85 


0,0046 
o,oo55 


Amidon. 
Blanc d'ceui. 




i4,435 


2,83 


0,1961 


0,094 


o,oo65 


Lard. 




i3,94 


3,o3 


0,2174 


0,044 


o,oo36 


Rien. 




V i3,325 


2,52 


0, 1906 


0,094 


0,0070 


Rien. 


Troisième série. 


48, 7I 


7 ,5o 


0, 1540 


0,204 


0,0042 


Amidon. 




1 34,9.6 


6,27 


0,1825 


0, l52 


0,0044 


Blanc d'œuf, géla- 
tine. 




| 37,55 


8,io5 


o,2i58 


0,277 


0,0049 


Noix. 




l 33,57 


6,02 


0,1793 


0,144 


o,oo34 


Rien. 



■■ 



( î86 ) 



SUR LA 



PRÉSENCE DU BICARBONATE DE POTASSE 

DANS L'URINE DES HERBIVORES. 



Les faits quej'ai observés en me livrant à ces recherches 
me semblent devoir intéresser les physiologistes et les chi- 
mistes ; ils ajouteront d'ailleurs aux connaissances que nous 
possédons sur la constitution de l'urine des herbivores 

Mes observations portent sur des urines examinées im- 
médiatement après leur émission. 

§ I- — Urine de porc. 

Celle quej'ai examinée provenait d'un individu qui ne 
mangeait rien autre chose que des pommes de terre cuites 
dans de l'eau légèrement salée : cette urine, d'une limpi- 
dité parfaite, d^in jaune très-pâle, d'une odeur peu intense, 
avait une réaction alcaline très-prononcée, bien qu'elle fin 
presque sans saveur. L'addition d'un acide y déterminait 
une assez vive effervescence; à la température de Ia °,5, 
j'ai trouvé, pour sa densité, i,oi36. 

Quand on chauffe l'urine du porc, elle se trouble en 
laissant déposer quelques légers flocons de carbonate de 
magnésie et de carbonate de chaux. La chaux n'y entre cer- 
tainement que pour une bien faible proportion, car l'oxa- 
late d ammoniaque ne trouble pas d'abord l'urine fraîche- 
la l.queur ne devient louche qu'après qu'il s'est écoulé un 
certain temps, et, quand l'urine a bouilli, quand le dépôt 
dont j'ai parlé est formé, elle ne contient plus une trace de 
chaux. 



( 2 3 7 ) • 

Carbonate de magnésie. — De ioo grammes d'urine on 
a retiré, par l'ébullition et la calcination du dépôt, 0,042 
de magnésie calcinée, renfermant une trace de carbonate de 
chaux. Cette magnésie représente 0,87 de carbonate pour 
1000 parties d'urine. 

Azote, urée. — 100 grammes d'urine, évaporés au bain- 
marie, ont fourni 2,12 d'un extrait assez tenace, d'un jaune 
clair et acquérant par le refroidissement la consistance et 
l'aspect delacire; cette matière, fortement alcaline, attirait 
puissamment l'humidité. 

o sr , a5o d'extrait ont produit 23 centimètres cubes 
d'azote; température, 7 , 7; baromètre à zéro, 737""", 8, 
soit en poids : 0,027 d'azote, ou 2,29 pour 1000 parties 
d'urine. 

200 grammes d'urine ont été évaporés au bain-marie; le 
résidu a été repris par un peu d'eau; l'addition de l'acide 
chlorhydrique a donné lieu à une effervescence des plus 
vives; mais il ne s'est pas déposé une trace d'acide hippu- 
rique. J'ajouterai que je n'ai pas réussi davantage à con- 
stater la présence de cet acide en employant à sa recherche 
les procédés délicats à l'aide desquels Liebig l'a découvert 
dans l'urine de l'homme. Dans l'urine de porc convena- 
blement concentrée, l'acide azotique faible détermine un 
abondant précipité d'azotate d'urée; comme cette urine ne 
contenait pas d'acide urique, ainsi que je m'en suis assuré, 
je supposerai que la totalité de l'azote dosé appartient à 
l'urée: 1000 partiesd'urinerenfermeraienlalors4, 90 d'urée. 

Sels alcalins, potasse, silice. — 5o grammes d'urine 
ont été évaporés dans un creuset de platine ; l'opération est 
longue, mais elle s'exécute sans projections, en ayant soin, 
après avoir incliné le creuset, d'appliquer la flamme de la 
lampe vers la partie supérieure de la paroi. En augmen- 
tant ensuite la chaleur, sans toutefois la rendre assez in- 
tense pour fondre la matière, on finit par opérer une com- 
bustion complète. Le résidu salin, après avoir été chauffé 



■ 






( 288 ) 

an rouge, a pesé s r ,6 2 5; les sels repris par l'eau ont 
laissé un peu de magnésie; la dissolution alcaline, formée 
en grande partie de carbonate de potasse, a été traitée par 
l'acide chlorhydrique : on a desséché, puis repris par l'eau 
qui, cette fois, a laissé o,oo35 de silice, ou 0,07 pour 1000 
parties d'urine. Le chlorure de platine a formé dans la 
dissolution saline i6 r ,85i de chlorure double = o,36o de 
potasse, ou 7,20 pour 1000 parties d'urine. 

Acide phosphorique. — Des cendres de 5o grammes 
d'urine on a obtenu o,o35 de pyrophosphat» de magnésie 
provenant de la calcination du phosphate ammoniacoma- 
gnésien : soit, pour 1000. parties d'urine, 0,44 d'acide 
phosphorique ('). 

Acide sulfuric/ue. — 6o« r ,45 d'urine incinérés ont 
donné 0,180 de sulfate de baryte =0,062 d'acide sul- 
furique; pour 1000 parties d'urine, 1,02. 

Chlorure de sodium. — i44s r ,o8 d'urine ont produit 
o, i38 de chlorure d'argent fondu. Le chlore paraît uni au 
sodium, du moins en partie, car on retire des cendres de 
l'urine des cristaux de sel marin; il y aurait alors dans 1000 
parties d'urine 0,39 de chlorure de sodium. 

Si l'on verse dans l'urine de porc alcaline une dissolu- 
tion concentrée d'un sel de chaux, il y a effervescence, en 
même temps qu'un précipité de carbonate calcaire ; c'est là 
un caractère des bicarbonates alcalins. 

i5c/ r ,55 d'urine traités par l'eau de chaux, à l'abri de 
l'air, ont laissé déposer 2^,337 de carbonate. 

Ce serait, pour 1000 grammes d'urine, carbonate de 

chaux .4^65 

Retranchant o 8r , 87 de carbonate de magnésie et o gr ,07 

desiHce ^ 

Il reste pour le carbonate de chaux x 3 7 , 



(' ) Il est vraisemblable que l'urine de porc contient une faible quantité 



( 289 ) 

Dans iooo grammes d'urine, on aurait dosé 6s r ,o3 
d'acide carbonique constituant des bicarbonates. 

Recherchons à présent la potasse qui devait être unie à 
l'acide carbonique. 

On a vu que 5o grammes d'urine ont donné, par l'inci- 
nération, oS',625 de sels alcalins, pour 1000. . . i2S r ,5o 

Dans ces sels, il devait y avoir : 

Magnésie n/ln 

u î4 2 

Silice o,o 7 

SO\ . i« r ,02+ KO.. i Br ,2o = S0 3 KaO... 2,0.2 
PO 5 .. o*',44 + aKO. . o^,58 = po s 2KaO. 1,02 

ClNa o,3 9 

4,12 

En retranchant ce nombre des ia« r ,5o de sels alcalins, 
il reste 8 K ', 38, que l'on peut considérer comme du car- 
bonate de potasse équivalent à 5 sr ,ji de potasse KaO, 
exigeant 5s 1 , 34 d'acide carbonique pour former iiS',o5 
de bicarbonate de potasse. 

L'acide carbonique dosé par l'eau de chaux = 6 S ', o3 : 
c'est un excédant^oo^ôc,; mais l'urine renferme certai- 
nement, au moment He l'émission, de l'acide carbonique 
libre. 

La potasse dosée par le chloroplatinate pesait. . 7,20 

Retranchant la potasse unie à SO 3 et à PO 5 1 , 78 

11 re s(e 5,42 

pour la potasse que l'on aurait dû trouver a l'état de car- 
bonate dans les sels alcalins provenant de l'incinération de 
l'urine; on en a obtenu 5 S ', 71. 



de phosphate amnioniacomagnésien. Pelouze m'a dit avoir analysé des 
calculs retirés de la vessie du porc, formés de phosphate amnioniacoma- 
gnésien. Quelques-uns de ces calculs consistaient en oxalate de chaux. 







( 290 ) 

Dans 1000 grammes d'urine de porc, on a dosé : 



Bicarbonate de potasse. 

Urée 

Carbonate de magnésie. 
Carbonate de chaux. . . . 

Sulfate de potasse 

Phosphate de potasse. . . 
Chlorure de sodium. 
Silice 



Matières fixes 

Eau et substances indéterminées. 



n ,o5 

4,90 

o,8 7 

Traces 

2, 22 
I ,02 

°> 3 9 
0,07 

20,52 

979.48 

1000,00 



Les matières fixes obtenues directement, en évaporant 
l'urine, pesaient 2iS r , 20. 

Je n'ai pas trouvé d'acide hippurique. 

La présence du bicarbonate de potasse dans l'urine de 
porc était indiquée par le dosage de l'acide carbonique 5 
néanmoins j'ai cru devoir vérifier le fait par une expérience 
spéciale. L'urine venait d'une truie nourrie avec des 
pommes de terre et des eaux grasses; elle était alcaline, 
faisait effervescence avec les acides et laissait déposer du 
carbonate de magnésie par l'ébullition. Le sulfate de ma- 
gnésie n'occasionnait pas de précipité dans l'urine fraîche; 
mais, après qu'on l'eut fait bouillir et filtrée, le même sel y 
faisait naître un dépôt de carbonate de magnésie. 

i56s r ,48 d'urine ont donné, par l'eau de chaux, o,5o4 
de carbonate. 

De i56 gr ,48 d'urine on a obtenu, parle chlorure de cal- 
cium, o,25o de carbonate de chaux, c'est-à-dire moitié 
moins. 

Négligeant les très-petites proportions de matières étran- 
ères, on a, dans 1000 parties d'urine : 

Par l'eau de chaux : acide carbonique. . . r ,41 
Par le chlorure de calcium . o,"o 



■i 



§11. 



( 2 9i ) 



UllIHE DE VACHE. 



La vache mangeait du regain et des pommes de terre. 
Son urine, recueillie le matin, faisait une très-vive effer- 
vescence quand on y versait un acide, et aussitôt elle lais- 
sait déposer de nombreux cristaux d'acide hippurique. 
L'alcalinité de cette urine était des plus prononcées avec 
les réactifs ; cependant sa saveur était plutôt amère qu'alca- 
line. J'ai trouvé, pour sa densité prise à la température de 

12°, 2, I ,o4o. 

^ L'urine de vache a offert plusieurs des propriétés de 
l'urine de porc, tendant à y faire admettre la présence 
d'un bicarbonate alcalin; la seule différence, c'est que 
ces propriétés sont bien plus tranchées dans l'urine de 
vache, à cause de la plus forte proportion de principes 
solubles qu'elle contient. Ainsi l'oxalate d'ammoniaque 
trouble lentement cette urine : une fois qu'elle a bouilli, 
elle n'est plus troublée par ce réactif; or, pendant l'ébulli- 
tion, il se dépose du carbonate de magnésie mêlé d'un peu 
de carbonate de chaux, et en même temps il se dégage de 
l'acide carbonique. 

Quand on verse dans de l'urine fraîchement rendue une 
solution de chlorure de calcium, on remarque une effer- 
vescence très-sensible, due à un dégagement de gaz acide 
carbonique. C'est précisément ce qui se passe quand on 
mêle une dissolution d'un sel neutre de chaux à un bicar- 
bonate alcalin. L'urine fraîche de vache traitée par la po- 
tasse n'a pas donné de vapeurs ammoniacales. 

Carbonate de magnésie et carbonate de chaux. — 
i I9 er ,i5 d'urine ont laissé déposer, par suite d'une ébulli- 
tion prolongée, un précipité blanc; chauffé au-dessous du 
rouge naissant, il a pesé o,33 7 ; c'étaient de la magnésie et du 
carbonate de chaux. De la chaux on a formé 0,064 de sul- 
fate = 0,065 de carbonate; la magnésie devint alors o.2 7 3. 

'9- 









( 2 9 2 ) 
iooo parties d'urine contenaient, par conséquent, 4,74 de 
carbonate de magnésie, et o,55 de carbonate de chaux. 

Acide carbonique uni aux alcalis. — i97 gr ,3o d'urine 
traités par l'eau de chaux, à l'abri de l'air, ont donné un 
précipité qui, bien lavé, séché et chauffé au-dessous du 
rouge, a pesé 4,081 

Dans i97 sr , 3 d'urine, on a versé du chlorure de calcium 
en excès : il y a eu dégagement d'acide carbonique ; on a fait 
bouillir, puis, après avoir étendu de beaucoup d'eau, on a 
recueilli et lavé le précipité jusqu'à ce que l'eau de lavage 
ne fût plus troublée par l'oxalate d'ammoniaque. 

Le précipité chauffé au-dessous du rouge a pesé. . 2, 170 

Rapportant à 1000 grammes d'urine : 

I. Le précipité produit par l'eau de chaux eût pesé. 20,684 
Déduisant le carbonate de chaux préexistant dans 

l'urine et la magnésie du carbonate de ma- 
gnésie décomposé par la chaleur 2 ,8c6 

Il reste pour le carbonate dosant l'acide carbo- 

nique i7,8 7 8 = CO'. 7*87 

II. Le précipité produit par le chlorure de calcium 

eût pesé 11,000 

Retranchant 1 g g 

II reste pour le carbonate dosant l'acide carbo- 

nique 8,ig4=C0 5 . 3, 61 

Ainsi, par le dosage fait avec l'eau de chaux, 1000 grammes 
d'urine contiendraient 7 sr ,87 d'acide carbonique; par le do- 
sage fait avec le chlorure de calcium, 3 gr ,6i, à peu près 
moitié moins. C'est que, dans le premier cas, on a précipité 
la totalité de l'acide du bicarbonate alcalin, et, dans le 
second cas, la moitié seulement de l'acide carbonique, 
l'autre moitié ayant repris l'étal gazeux par suite de la 
double décomposition accomplie entre le sel alcalin et le 
sel calcaire. Théoriquement, l'acide carbonique dosé par 
l'eau de chaux devrait peser le double de l'acide carbonique 
dosé par le chlorure de calcium, c'est-à-dire 76% 22 et non 



( 2 9 3 ) 
pas 7 Br ,87. Il y a un excédant de 0^,61. Cet excès est dû 
à ce qu'il y a dans l'urine de l'acide carbonique libre. 

Azote. ■ — 3 8r ,io5 d'urine, absorbés par de l'oxyde de 
cuivre et brûlés, ont produit 25 cc ,7 d'azote; tempéra- 
ture, 19 , 2 ; baromètre à zéro, y4y"" a ,^5, le gaz mesuré 
sur l'eau. 

Dans 1000 parties d'urine, il y avait, d'après cette ana- 
lyse, 9,35 d'azote. 

Acide hippurique, urée. — 987 grammes d'urine, con- 
centrés au bain-marie, ont fourni, par l'addition de l'acide 
chlorhydrique, n sr ,67 d'acide hippurique irès-peu coloré 
et desséché à 110 degrés. Les eaux de lavage renfermaient 
encore i,2D de cet acide. Ainsi 1000 parties d'urine ont 
donné i3,i d'acide hippurique, contenant i,o5 d'azote. 
En attribuant à l'urée l'excès d'azote (8,3o) indiqué par 
l'analyse, on aurait dans 1000 parties d'urine de vache 
17,77 d'urée. 

Sels alcalins, potasse. — 33 Br , 4 X 7 d'urine, évaporés et 
incinérés dans un creuset de platine, ont laissé 1,190 de sels 
alcalins parfaitement blancs, pour 1000 grammes, 23 sr ,82. 
Ces sels, changés en chlorure et calcinés de nouveau, ont 
abandonné, en se dissolvant, 0,06 de magnésie contenant 
une petite quantité de silice. Par le chlorure de platine, on 
a eu 3,491 de chlorure double représentant 0,674 de po- 
tasse; 20, 17 pour 1000 parties d'urine. 

Acide phosphorique. — Le carbonate de chaux obtenu 
en versant du chlorure de calcium dans l'urine ne renfer- 
mait pas de phosphate calcaire. 

Acide sulfurique. — En dosant cet acide dans ii9 P ',i5 
d'urine, j'ai recueilli 0,573 de sulfate de baryte = °> 1 97 
d'acide sulfurique; pour 1000 parties, 1 ,65. 

Chlorure de sodium. — De ii9 sr ,i5 d'urine j'ai pu ob- 
tenir o,443 de chlorure d'argent, équivalant à o, 181 de sel 
marin; pour 1000 parties, 1,60. 









( =94 ) 
On a dosé dans 1000 grammes d'urine de vache : 



Bicarbonate de potasse 

Hippurate de potasse 

Sulfate de potasse 

Chlorure de sodium 

Carbonate de magnésie 

Carbonate de chaux 

Acide carbonique libre 

Acide phosphorique 

Silice 

Potasse .... 

Urée 

Eau et matières indéterminées. 



\[\ ,55 

2,59 
1 ,60 

4,74 
0,55 
0,61 
0,00 

Traces. 

7>°9 

7,17 

933,69 



co--. .. 

Acide. 
SO s .. 



7,22 

i3, 10 
1,65 



KaO., 
KaO.. 
KaO.. 



7,73 

4,3i 
1*94 



KaO. 



'3,9» 



La potasse dosée par le chlorure de platine 20 ., 

Différence - 

6 >'9 

Cet alcali excédant est nécessairement combiné à un 
acide organique, peut-être à l'acide lactique. En suivant 
un procédé indiqué par Berzélius pour déceler cet acide 
dans l'urine de l'homme, j'ai retiré de l'urine de porc et de 
l'urine de vache un sel soluble de chaux ayant les pro- 
priétés attribuées aux lactates. Avec i5o grammes d'urine 
de porc on a préparé o& r ,i de sel de chaux; c'était trop 
peu pour tenter d'en extraire l'acide lactique, et j'ai eu 
recours, pour en constater la présence, à un procédé recom- 
mandé par Pelouze. Dans la dissolution du sel de chaux, 
on a versé du nitrate de cuivre, puis un lait de chaux : le 
précipité a été séparé; dans la liqueur filtrée, on reconnut 
une quantité très-appréciable d'oxyde de cuivre que la 
chaux n'avait pas précipitée. Ce serait un des caractères de 
l'acide lactique que d'empêcher l'entière précipitation de 
l'oxyde des sels de cuivre par un alcali. J'avais donc admis, 
sous la responsabilité de Pelouze, en me fondant sur cette 
réaction, l'acide lactique dans l'urine des herbivores; 
mais n'étant pas encore parvenu à en extraire cet acide, 
qui probablement n'est pas le seul capable de s'opposer 



( *95 ) 
à la complète décomposition d'un sel de cuivre par un 
alcali, je ne considère plus comme suffisamment démon- 
trée l'existence des lactates alcalins clans l'urine fraîche des 
herbivores. De nouvelles recherches sont donc nécessaires; 
je me borne, par conséquent, à signaler dans l'urine de 
vacheunacideuniauxyS^ocjdepotassereslésdisponiblesC). 

§ III. UnlKE d'un CHEVAL T.OUREI AVEC DU TBÈFLE 

VEUT ET DE l'avOIJVE. 

Cette urine était très-alcaline. L'urine de cheval laisse 
déposer, au moment même où elle est rendue, un sédiment 
calcaire très-abondant, et, comme les derniers jets sont 
troubles, il est à présumer qu'une partie de ce sédiment est 
déjà formé dans la vessie. 

Le dépôt calcaire a été recueilli et analysé séparément; 
l'urine qui le surnageait avait une couleur jaune extrême- 
ment pâle; mais, au contact de l'air, elle passait prompie- 
ment au brun foncé.. T'ai trouvé, pour sa densité déterminée 
à la température de 22 degrés, 1 ,o3j3. 

Carbonate de chaux et carbonate de magnésie. — 
100 grammes d'urine ont laissé, après l'ébullition, une 
matière blanche qui, chauffée à la lampe, a pesé o gl , 59. 

Le dépôt rassemblé au fond du vase dans lequel l'urine 
avait été reçue a été jeté sur un filtre et lavé à grande eau. 
Après avoir été chauffé à une chaleur qui n'atteignit pas le 
rouge, ce sédiment, qui provenait de 2600 grammes d'urine, 
a pesé i8 6 ',oi. Cette matière avait l'aspect et la ténuité de 
la farine; elle s'est dissoute avec effervescence dans l'acide 
chlorhydrique faible, sans laisser de résidu. De i gr , 87 on a 



(') Je dois faire observer que, pour tirer une conclusion certaine quand 
on emploie le procédé de Pelouze pour constater la présence de l'acide 
lactique, il faut, avant tout, s'assurer de l'absence de sels ammoniacaux dans 
la liqueur soumise à l'essai. 









( *& ) 
obtenu, au moyen de l'acide sulfurique et de l'alcool, a, l4 
de sulfate de chaux, équivalant à i ,5 77 de carbonate; par 
différence on a, pour la magnésie renfermée dans 1,87 de 
matière, 0,293. 

Dans 100 parties de sédiment calciné à une température 
suffisante pour chasser l'acide carbonique du carbonate de 
magnésie, il entre, d'après cette analyse : 

Carbonate de chaux 84 ,33 

Magnésie l5 ^ 

100 ,00 

Le sédiment recueilli et celui qu'on aurait obtenu si 
l'on eût fait bouillir les 2600 grammes d'urine auraient 
pesé, après une calcination convenable, 33s r ,35, dans les- 
quels il y aurait eu 5,226 de magnésie, équivalant à 10, 82 
de carbonate et 28,124 de carbonate de chaux. Ainsi, 
dans 1000 parties d'urine, il entrait 10,82 de carbonate de 
chaux et 4, 16 de carbonate de magnésie. 

Acide carbonique uni à V alcali. — 200 grammes d' urine 
ont donné, par l'eau de chaux, un précipité qui, chauffé à 
la lampe, a pesé 4 8 %6r. 

200 grammes d'urine, traités par le chlorure de calcium 
avec les précautions déjà indiquées, ont donné un précipité 
du poids de 26% 876. 

^ Mais, comme 200 grammes d'urine laissent déposer, par 
l'ébullition, un précipité de carbonate de chaux et de ma- 
gnésie qui pèse 1,18, et que l'on doit retrancher des 
nombres obtenus ci-dessus, il reste alors, pour les précipités 
formés : 

A. Par l'eau de chaux: carbonate de chaux. 3,^3, Acide carboniq. ,,5oo 



B. Par le chl 



lire : carbonate de chaux 



,696 



Acide 1 

Acide carbonic 



Pour 1000 parties d'urine 



,746 



D'après A : acide carbonique 7 ,5 



?, 



3, 7 3 



wm^mm 



( 2 97 ) 
Azote. — 2 sr ,oo7 d'urine, imbibés dans de l'oxyde de 
cuivre, ont produit, par la combustion, 25 cc , 5 d'azote, à la 
température de i4° 5 5, baromètre à zéro, 744 mn \63. 

iooo parties d'urine contiendraient, suivant cette déter- 
mination, \/\,^i d'azote. 

Acide hippurique, urée. — io3y grammes d'urine, con- 
centrés par l'évaporation et traités par l'acide chlorhy- 
drique, ont donné 3 fr , 90 d'acide hippurique. Ainsi 1000 
parties de l'urine examinée contenaient 3,76 d'acide hippu- 
rique renfermant o,3o d'azote. Il resterait donc dans 1 urine, 
en supposant qu'elle ne contînt pas d'autres principes azotés 
que de l'acide hippurique et de l'urée, i4> ii; d'azote, qui 
appartiendraient à cette dernière substance. Il y aurait eu 
alors, dans 1000 parties d'urine de cheval, 3o,2i d'urée. 

Sels alcalins, potasse. — io, gl 5 71 d'urine ont laissé o ,524 
de cendres alcalines, qu'on a transformées en chlorure. 
Après la dissolution, il est resté un léger résidu, dans lequel 
on a trouvé 0,02 de silice. Les chlorures alcalins, avec 
lesquels se trouvait une très-petite quantité de sulfate de 
potasse, pesaient 0,542; on a produit i,38 de chlorure 
double, répondant à 0,266 de potasse; pour 1000 parties 
d'urine, i3,5o. 

Acide phosphorique. — Le précipité, par le chlorure de 
calcium, ne renfermait pas de phosphate. 

Acide sulfurique. — De 200 grammes d'urine, j'ai ob- 
tenu o ër ,3i 5 de sulfate de baryte. 

Chlorure de sodium. — De 5o grammes d'urine, j'ai 
formé 0,037 ^ e chlorure d'argent, équivalant à o,oi5 de 
sel marin; pour 1000 parties, 0,74. 

Soude. — Cette faible proportion de chlorure de so- 
dium m'a fait rechercher la soude, recherche que j'ai né- 
gligée dans les analyses précédentes. Les chlorures prove- 
nant de l'action de l'acide chlorhydrique sur la cendre 
alcaline de ig 6r ,7i d'urine pesaient o 6 ', 542. Le chlorure 
de potassium, le sulfate de potasse et le chlorure de sodium 






( =98 ) 
déjà dosé qui s'y trouvaient mélangés devaient peser o, 4 5q 
Il reste, par conséquent, o,o83 pour Je chlorure de sodium 
dosant o,o44 de soude; pour 1000 parties d'urine, a a3 
Le mode d'essai de Pelouze indiquerait la présence de 
1 acide lactique dans l'urine de cheval ; mais il ne convient 
pas, je crois, de doser par différence une substance qu'on 
n a pas aperçue. 

Les acides dosés demandent, pour constituer des sels de 
potasse : 

o ,54 d'acide sulfurique : potasse m 

3, 76 d'acide hippurique : potasse. . , , ',/; 

7 ,46 d'acide carbonique,-pour bicarbonate. . '. . . 7 ' 9 8 

9~86 
Il resterait ainsi 3^, 6 4 de potasse et 2)2 3 de soude, qui 
sont unis a un acide non déterminé. 

On a dosé clans IO oo parties d'urine de cheval : 



Bicarbonate de potasse 

Hippurate de potasse 

Sulfate de potasse 

Chlorure de sodium 

Carbonate de magnésie 

Carbonate de chaux 

Acide carbonique libre. .... 

Acide phosphorique 

Silice 

Potasse 

Soude 

Urée 

Eauetmatièresindéterminées. 



gr 

.5,44 
5,oo 
1,18 
°,7- / i 
4, 16 
10,84 
0,08 
0,00 
1 ,01 
3,90 

2,23 
3o,2I 

925,21 

1000,00 



C0 ! .... 

Acide. . 
S0\ .. 



7,46 
3, 7 fi 
0,54 



KaO. 
KaO. 
KaO. 



gr 
7.98 
1,24 
0,64 



KaO. 



9,86 



La potasse dosée par le chlorure de platine ,3 5o 

Différence . . 

3,64 

Ces &*, 64 de potasse et les 2 , a3 de soude sont combinés 
a un acide dont la nature n'a pas été déterminée. 



( 2 99 ) 



S IV. 



JRINE D UNE VACHE NOURRIE AVEC DU TREFLE VERT. 



Les détails dans lesquels je suis entré me paraissent 
prouver suffisamment que, dans l'urine des herbivores, 
l'acide carbonique constitue, avec l'alcali, un bicarbonate; 
j'ai désiré, néanmoins, apporter encore une nouvelle 
preuve. 

L'urine que j'ai examinée venait d'être rendue par une 
vache nourrie avec du trèfle en fleur ; cette urine était d'une 
limpidité parfaite, à peine colorée en jaune à l'instant 
de l'émission. A la température de 16 degrés, elle a pesé, 
spécifiquement, 1,0268; ses propriétés alcalines étaient 
prononcées; l'acide chlorhydrique y produisait une forte 
effervescence, et, après quelques instants, il apparaissait des 
cristaux d'acide hijipurique, mais en moins grande quantité 
qu'il ne s'en était déposé dans l'urine de la vache nourrie 
avec du foin et des pommes de terre. 

3o8 grammes de cette urine, traités par l'eau de chaux, 
ont formé un précipité qui, après calcinalion au-dessous du 
rouge, a pesé 2,60. 

3o8 grammes de la même urine ont été introduits dans 
un ballon d'une capacité de 2 litres. Du col du ballon par- 
tait un tube aboutissant à un grand flacon à goulot étroit, 
rempli d'eau de chaux. On a chauffé le ballon; à mesure 
que la température s'élevait, on voyait se former et s'étendre 
à la surface de l'urine une pellicule irisée de carbonate ter- 
reux; il se dégageait quelques bulles de gaz, et c'est à partir 
de cette époque qu'on aperçut un trouble sensible dans l'eau 
de chaux. Ce trouble augmenta de plus en plus: mais c'est 
au moment qui précéda l'entrée en ébullilion qu'il y eut 
un dégagement tumultueux d'acide carbonique. Le gaz con- 
tinua à passer encore pendant longtemps; on otalefeu quand 
on jugea qu'il ne passait plus que de la vapeur d'eau. 



r- 
az 



( 3oo ) 
L'urine, qui était limpide lorsqu'elle fut mise dans le bal- 
lon, est devenue laiteuse par suite de l'ébullition, à cause 
des carbonates terreux qu'elle tenait en suspension. Le ca 
bonate formé dans l'eau de chaux, par le courant de g 
acide carbonique, a pesé 1,29. 

Cette expérience n'avait pas pour objet un dosage exact: 
ma, s elle fait voir clairement que l'acide carbonique, dé- 
gage de l'urine par l'ébullition, est à très-peu près la moitié 
de 1 acide dosé directement et en totalité. L'urine de vache 
s est donc comportée, dans cette circonstance, comme l'eût 
lait la dissolution d'un bicarbonate. 

La propriété que possède l'urine de vache de perdre sa 
limpidité par l'ébullition ou par une exposition prolongée 
a 1 air, en laissant déposer, dans les deux cas, des carbo- 
nates terreux, indique que cette urine doit contenir de 
1 acide carbonique libre. Je tenais à constater ce fait. 

J'ai nais, dans un flacon tubulé, de l'urine de vache; le 
tube du flacon plongeait dans un vase contenant de l'eau 
de baryte non saturée. L'urine était recouverte, dans une 
expérience, d'une couche d'huile de 1 centimètres d'épais- 
seur, pour s'opposer à la formation des écumes; j'ai trouvé 
ensuite que cette précaution était inutile. L'appareil a été 
place sous la cloche d'une machine pneumatique; à mesure 
que la pression diminuait sous la cloche, on voyait des 
bulles de g az sortir de l'urine ; il ne s'est pas élevé d'écume, 
et bientôt l'eau de baryte a été fortement troublée. Pen- 
dant longtemps, cependant, l'urine a conservé sa transpa- 
rence, et ce n'a été qu'après avoir passé quelques heures 
dans le vide qu'elle a commencé à se troubler. 

La présence de l'acide carbonique libre dans l'urine des 
herbivores implique nécessairement celle des bicarbonates 
alcalins; car il ne saurait exister à la fois, dans le même 
liquide, de l'acide carbonique en liberté et du sous-carbo- 
nate de potasse ou de soude. 

Écume formée pendant rébullition de Vitrine des her- 



wmmt 



( 3oi ) 

bivores. — Je n'ai point rencontré, dans cette urine, la 
matière albumineuse, coagulable, signalée par divers chi- 
mistes. Il est vrai que, en chauffant l'urine dans une bassine, 
on voit se former, un peu avant l'ébullilion, une écume 
quelquefois abondante et assez cohérente pour qu'on puisse 
l'enlever avec une écumoire ; mais celte écume, lavée à l'eau 
froide, ne contient qu'une trace insignifiante de matière or- 
ganique; elle m'a paru entièrement formée de carbonate 
de chaux et de carbonate de magnésie. 

Matière colorante. — J'ai insisté, à plusieurs reprises, 
sur la faible, coloration de l'urine fraîche. En effet, toutes 
ces urines, d'un jaune extrêmement pâle quand elles vien- 
nent d'être émises, se foncent en couleur parleur exposi- 
tion à l'air. C'est là, à n'en pas douter, une véritable oxy- 
dation. Si l'on répand, par exemple, quelques gouttes 
d'urine fraîche de cheval sur une assiette de porcelaine, 
les gouttes semblent incolores-, mais en peu de temps, il 
suffit d'une demi-heure, elles prennent une teinte lie de 
vin très-prononcée. 

Quand on remplit avec de l'urine de vache, à peine 
colorée, un vase de verre étroit et profond, ou voit, en 
quelques jours, la coloration se propager graduellement 
depuis la surface jusqu'au fond du liquide. 

Dans un flacon hermétiquement fermé et plein d'urine, 
la coloration n'a plus lieu. 

Huile rousse. — Plusieurs auteurs ont signalé, dans l'u- 
rine de la plupart des animaux herbivores, une huile 
rousse, à laquelle seraient dues la couleur et l'odeur de 
cette urine. Je viens de montrer que l'urine fraîche ne con- 
tient pas de matière colorante rouge, et que cette matière 
est un produit d'oxydation. Quant à l'huile elle-même, 
j'ai fait de vains efforts pour l'obtenir. On prétend que 
cette huile peut être obtenue par voie de distillation. J'ai 
distillé, dans une seule opération, ioo litres d'urine de 
cheval, et je n'ai pas vu passer une trace d'huile : l'eau con- 






( 3oa ) 

densée était incolore et limpide; elle avait l'odeur particu- 
hère à 1 urine de cheval. 

Dans une autre occasion, j'ai concentré 5o litres d'urine 
de vache, « après en avoir séparé ^.^ hi 

1 addition d un excès d'acide chlorhydrique, j'ai distillé 
en me servant d'une grande cornue de verre; la distillation 
a été poussée jusqu'à ce que les sels commençassent à se 
déposer. L'eau recueillie avait au plus haut degré l'odeur 
propre à l'urine des herbivores. La présence de l'acide 
chlorhydrique dans les produits de la distillation a fait 
naître quelques difficultés pour la purification du principe 
odorant; mais, d'après quelques essais encore trop impar- 
faits, je soupçonne que la matière odorante est un acide 
volatil. Enfin la substance colorante de l'extrait d'urine ne 
se dissout pas dans l'éther ; ce qui arriverait probablement 
si 1 huile rousse avait quelque connexion avec les huiles 
fixes ou les huiles volatiles. La seule manière d'obtenir 
quelque chose qui ressemble à l'huile rousse consiste à 
distiller 1 extrait d'urine jusqu'à siccilé; mais, par ce 
moyen, ,1 passe un produit pyrogéné analogue, sinon iden- 
tique, avec la matière huileuse qui apparaît quand on dé- 
compose les luppurates alcalins par le feu. 



( 3o3 ) 



SUR LA 



RUPTURE DE LA PELLICULE DES FRUITS 

EXPOSÉS A UNE PLUIE CONTINUE. 

ENDOSMOSE DES FEUILLES ET DES RACINES. 
Par M. Joseph BOUSSINGAULT. 



Les fruits à minces pellicules, mûrs ou près de la ma- 
turité, se fendillent à la surface lorsqu'ils restent exposés 
à une pluie persistante ; leur conservation devient alors 
impossible, et le seul moyen d'en tirer parti quand on ne 
les consomme pas immédiatement, c'est de leur faire subir 
la fermentation alcoolique. 

Les cerises, les prunes, les abricots, cerlaincs variétés 
de raisins sont particulièrement sujets à cet accident. La 
rupture de la pellicule, dans la circonstance que je viens 
de rappeler, est certainement due à une augmentation de 
volume résultant d'une accumulation d'eau dans les cel- 
lules ; le tissu épidermique, n'étant pas suffisamment élas- 
tique, cède, se déebire sur les points où il oilre le moins de 
résistance ; mais à quoi faut-il attribuer cette accumula- 
tion ? Serait-ce à ce que l'eau apportée par la sève n'est 
plus évaporée? ce qui impliquerait que l'ascension des 
liquides dans l'organisme d'une plante persiste, malgré les 
conditions les plus défavorables à l'évapo ration : or Haies 
a montré que la transpiration accomplie à la surface des 
feuilles est une des principales causes du mouvement de la 
sève; aussi ce mouvement cesse-t-il durant la nuit ou 
ar un temps pluvieux, l'absorption par les racines 
étant alors suspendue. On ne saurait donc admettre que 
l'eau accumulée provienne de la sève, et il y a tout lieu 
de croire que, dans un fruit exposé à la pluie, elle pénètre 







( 3o4 ) 

en traversant la pellicule par endosmose. C'est ce que 
semblent établir les expériences dont je vais présenter les 
résultats. 

1. Le I e ' juillet, à 7 heures du soir, on suspendit dans 
J eau une cerise noire. Douze bernes après, deux fissures 
apparurent sur la pellicule. Le fruit a été pesé après avoir 
été essuyé. 

Cerise avant l'immersion. . 6, io5 
» après l'immersion. . 6,192 

Eau entrée en douze heures. . o7o&^ Par heure 0^,007 
Un accroissement de volume occasionné par l'introduc- 
tion de o« 1 d'eau a déterminé la rupture de la pellicule. 
2. Le a juillet, à 11 heures du matin, une cerise rose 
pâle (bigarreau) fut suspendue dans l'eau. 

A 2 heures de l'après-midi, la cerise n'était pas enta- 
mée ; néanmoins on reconnut la présence du sucre ré- 
ducteur dans l'eau d'immersion. A 6 heures du soir, il y 
avait deux légères fissures. 
Cerise avant l'immersion. 
» après l'immersion. 
Eau entrée en sept heures.. . 

Une augmentation de ^ de centimètre cube avait fait 
rompre la pellicule. 

La cerise fut remise dans l'eau ; treize heures après, les 
déchirures étaient devenues des crevasses de 2 à 3 milli- 
mètres d'ouverture. 




0,098 Par heure o !r ,oi4 



9,635 
10,000 



Après la première immersion, la 

cerise avait pesé 

Après la seconde immersion. . . 

Eau introduite en treize heures. . o,365 Par heure 0*028 

Entre la deuxième et la troisième pesée, il a pénétré dans 
le même temps beaucoup plus d'eau dans le fruit qu'entre 
la première et la deuxième. Cela a tenu à ce que, par suite 



( 3o5 ) 

de la rupture de la pellicule, le liquide s'est trouvé en 
contact direct avec les cellules de la pulpe. Dans cette 
condition, il n'est pas rare de voir, après une pluie con- 
tinue, les fruits présenter des crevasses assez larges, assez 
profondes pour que le noyau soit mis à nu. 

3. Pour déterminer la nature du sucre sortant par en- 
dosmose des fruits immergés, on recouvrit d'eau i kilo- 
gramme de cerises noires. Vingt-quatre heures après, 
quelques cerises avaient leurs pellicules rompues. L'eau 
d'immersion fut évaporée, jusqu'à ce que 100 centimètres 
cubes renfermassent 6 à y grammes de matière sucrée. Le 
liquide ainsi concentré réduisait la solution cupropotas- 
sique. Le pouvoir rotatoire dextrogyre du sucre dissous a 
été trouvé notablementinférieur à celui du sucre interverti. 

4. Mirtyles. — Les baies de ce fruit sont très -consis- 
tantes : aussi résistent-elles à l'action de la pluie. Après 
une immersion prolongée pendant quarante-huit heures, 
on ne remarqua pas de rupture. L'eau était colorée en 
bleu ; il ne s'y trouvait pas de sucre interversible. La dis- 
solution de la matière sucrée réductrice obtenue par en- 
dosmose déviait fortement vers la gauclie le rayon de 
lumière polarisée. 

5. Prunes de mirabelles. —Une prune pesant i3* r ,oi5, 
d'une surface de 24 centimètres carrés, a été suspendue 
dans l'eau. Cinq heures après, la pellicule était rompue 
sur plusieurs points. Avant la rupture, on avait reconnu 
la présence du sucre dans l'eau d'immersion. 

Avant l'immersion , la prune 

pesait i3,oi5 

Après l'immersion i3,3io 

Eau introduite en cinq heures. 0,295 Par heure o sr ,o5q 
Par heure et par centimètre carré o Br 0025. 

Une augmentation de ~ de centimètre cube dans le vo- 
lume du fruit avait fait rompre la pellicule. 

V ' 20 



( 3o6 ) 

6. Prunes noires. — Une prune du poids de4ii',8o, 
dont la surface élait de ^\Z, a présenté plusieurs fissures' 
après être restée dans l'eau pendant vingt-quatre heures 
Avant la rupture de la pellicule, l'eau renfermait du 
sucre. 

Poids avant l'immersion. . . 4/^80 
Après l'immersion 45,35 



Eau entrée en vingt-quatre heures 3 ,55 Par heure o", 148 
Par heure et par centimètre carré gr 00 3 2 

La rupture a lieu par un accroissement de 3 CC ,5 dans le 
volume du fruit. 

7. Poire. — Une poire a été tenue en suspension dans 
l'eau ; trois jours après, il y eut apparition de sucre. La 
rupture de la pellicule n'eut pas lieu avant le douzième 
jour: 

Avant l'immersion, la poire pesait 5874g Surface 5**1,7 
Après l'immersion 61 5o 

Eau entrée en douze jours. . . 3, 01 Par jour o* r ,25i 
Par jour et par centimètre carré gr oo3 5 

L'eau n'a pénétré dans le fruit qu'avec une extrême len- 
teur. La rupture a eu lieu lorsque le volume eut augmenté 
de 3 centimètres cubes. 

8. Raisin.— Deux grains de la variété dite tokai, pesant 
ensemble 7^,66, ayant une surface de 5^, 10, ont été 
plongés dans l'eau. La pellicule de l'un des grains se rom- 
pit le cinquième jour. Avant cette rupture l'eau contenait 
du sucre réducteur. 

Avant l'immersion les grains pesaient. 7 ^66 
Après l'immersion 8,07 

Eau introduite en cinq jours. 0,41 Par jour o^, 082 
Par jour et par centimètre carré o er ,oi6 



( 3o 7 ) 

La rupture a été déterminée par -± de centimètre cube 
d'accroissement dans le volume du grain de raisin. 

Plusieurs grappes de raisin ont été mises dans de l'eau. 
Le jour suivant, avant qu'il y ait eu rupture, l'eau d'im- 
mersion a été concentrée. Le liquide renfermait du sucre 
réducteur ayant un pouvoir rotatoire de — 28 , 5 à la tem- 
pérature de i5 degrés; c'est, à très-peu près, le pouvoir 
rotatoire du sucre interverti. 

De ces expériences il paraît résulter que la rupture de 
la pellicule des fruits sucrés pendant une pluie continue 
est la conséquence d'un accroissement de volume occasionné 
par une introduction d'eau. Il en ressort, en outre, que, 
par endosmose, le fruit cède à l'eau dont il est entouré une 
partie de sa matière sucrée. La pellicule qui le recouvre 
agit alors comme une membrane interposée entre deux 
liquides miscibles et de différente nature. 



Feuilles. 

Les feuilles exposées à la pluie n'éprouvent pas l'effet 
que l'on remarque sur la plupart des fruits : leur épidémie 
reste intact ; elles ne sont cependant pas imperméables: 
leur parencbyme est accessible à l'air, et elles laissent 
passer la vapeur aqueuse pendant leur transpiration. Il 
est vrai que les feuilles se mouillent difficilement, surtout 
si elles sont rigides et si leur face supérieure est enduite 
d'un vernis en quelque sorte bydrofuge. On en jugera par 
une observation faite sur une feuille de laurier-cerise : 

I. La feuille pesait 3,27 Surface i33 r i 

Après douze heures d'immersion. 3,3o 

Eau absorbée o,o3 Parheure o 8r ,oo25 

Par heure et par centimètre carré. o 5r ,oooo? 

Pour les feuilles moins rigides, la perméabilité est beau- 
coup plus prononcée. 

20. 






( 3o8 ) 

II. Chou. — La feuille de cette plante contient du sucre 
réducteur ; on n'y a pas trouvé de sucre interversible. 

Une feuille d'un vert pâle a été immergée 5 trois jours 
après, l'eau ne réduisait pas encore la liqueur cupropo- 
tassique. La réduction eut lieu le quatrième jour, alors 
que la feuille était complètement mouillée; l'air adhérent 
qui s'opposait d'abord au contact avec l'eau ayant disparu, 
l'eau d'immersion contint bientôt une quantité assez forte 
de sucre réducteur. 

III. Agave americana. — L'agave renferme une forte 
proportion de sucre de canne mêlé à un sucre réducteur. 

Un fragment de feuille pesant 3o grammes a été sus- 
pendu dans l'eau, la section étant maintenue hors du li- 
quide; deux jours après, on trouva du sucre interversible 
dans l'eau d'immersion, mais pas de sucre réducteur. 

IV. Des feuilles de Boussingaultia furent plongées dans 
l'eau; quarante-huit heures après, elles étaient mouillées 
sur toute leur surface. Il y avait du sucre interversible dans 
l'eau d'immersion sans traces de sucre réducteur. On 
s'était assuré que les deux sucres existaient dans les feuilles. 
Il est possible que, durant l'immersion des feuilles, il y ait 
eu à la fois endosmose et dialyse, puisqu'on n'a pas re- 
trouvé dans l'eau les deux sucres préexistants. 



Racines. 

Il restait à examiner si l'épiderme des racines se com- 
porterait comme la pellicule des fruits, comme le tissu 
enveloppant les feuilles ; si, en absorbant l'eau par imbi- 
bition, les organes souterrains d'une plante céderaient au 
liquide placé en dehors de l'organisme une partie des ma- 
tières sucrées qui pourraient s'y rencontrer. 

I. Un navet privé de feuilles, pesant 4oo grammes, fut 
tenu en suspension dans l'eau. A partir du jour qui suivit 
l'immersion on rechercha le sucre. Le huitième jour l'eau 



( 3o 9 ) 

n'en renfermait pas la moindre trace. La température était 
de 1 1 degrés. 

Une betterave du poids de 107a grammes a été submer- 
gée jusqu'au collet, lorsqu'on venait de l'arracher au sol ; 
de temps à autre on recherchait le sucre dans l'eau ; après 
dix jours d'immersion, la betterave n'avait pas cédé de 
sucre à ce liquide, quoiqu'elle dût en contenir à peu près 
100 grammes. Le thermomètre a indiqué de 9 à n de- 
grés (?). 

Sans doute une racine privée de feuilles n'est pas dans 
une condition favorable à l'absorption ; néanmoins l'en- 
dosmose pouvait avoir lieu ainsi qu'il arrive lorsqu'une 
dissolution de sucre est séparée de l'eau par une membrane. 
Des expériences instituées au Conservatoire des Ans et 
Métiers ont d'ailleurs démontré que la non-diffusion du 
sucre de la betterave, du navet dans l'eau ambiante, ne 
tient pas, comme on aurait pu le croire, à l'épaisseur, à 
une texture passablement ligneuse, mais probablement à 
une constitution de 1'épiderme dont les racines sont enve- 
loppées. 

Des grains de froment, d'orge, de maïs ont été mis à 
germer sur des toiles métalliques placées à une très-courte 
distance de la surface de l'eau, de façon que les radi- 
celles pénétrassent dans ce liquide presque aussitôt après 
leur apparition. Quand les racines eurent une longueur 
de 8 à 10 centimètres, ce qui arriva vingt jours après la 
germination, on rechercha les matières sucrées dans l'eau 
où elles s'étaient développées. Afin de rendre plus percep- 
tible l'indication des réactifs, cette eau avait été réduite, 



(') Dans une séance de la Société d'agriculture de France, M. Muret a 
présenté des betteraves qui étaient restées sous l'eau pendant un mois, lors 
des grandes crues de la Seine; il a ajouté qu'elles sont dans un parlait 
étal de conservation. M. Peligot a d'ailleurs constaté par l'analyse que la 
teneur en sucre de ces racines n'a pas diminué malgré cette submersion. 






(3ro ) 
par évaporation, au £ de son volume initial. Dans aucun 
cas on ne réussit à y constater la présence du sucre, soit 
avant, sou après avoir interverti. Cependant toutes ces 
racines renfermaient de notables quantités de matières 
saccharines ; leur saveur était fortement sucrée. Les racines 
du froment broyées avec de l'eau fournirent une solution 
réduisant énergiquement la liqueur cupropotassique. Dans 
is r ,4 de racines de maïs prises à l'état où on les retira de 
l'eau, on dosa o^, i de sucre, environ 7 pour 100. 

Durant cette végétation naissante des céréales, il s'est 
formé des feuilles d'une longueur de 8 à 10 centimètres. 
Par conséquent il y a eu absorption delà part des racines, 
déterminée par la transpiration des parties vertes. 

Or, pendant ce mouvement ascensionnel de l'eau exté- 
rieure vers la plante, des matières saccharines n'ont pas 
été exclues, il n'y a pas eu d'endosmose. Les racines déli- 
cates, transparentes, à nombreuses radicelles, des céréales 
se sont comportées exactement comme la betterave, le 
navet à épiderme épais; l'eau les a pénétrées par imbibilion 
des parois cellulaires sans qu'il y eût diffusion du sucre 
des cellules dans l'eau d'immersion. 



( 3<i ) 



SUR LA 



NITRIFICATION DE LA TERRE VÉGÉTALE. 



Dans un Mémoire communiqué à l'Académie, il y a 
quelques années, je me suis attaché à faire ressortir l'ana- 
logie que présente un sol arable fumé, amendé, ameubli 
parla charrue, avec une ni trière. Dans les deux cas, on 
rencontre des matières minérales associées à des détritus 
organiques. 

Les ni trières de l'Algérie, si bien étudiées par le colonel 
Chabrier, sont des décombres de villages abandonnés, des 
grottes où, pendant l'hiver, les troupeaux trouvent un abri. 
Ces matériaux salpêtres olfrent tous ce caractère de ren- 
fermer des parcelles d'humus, provenant de substances vé- 
gétales, de substances animales altérées ou en voie d'alté- 
ration. 

Sous l'équateur, l'importante ni tri ère de Tacunga, dont 
j'ai suivi les travaux pendant la guerre de l'indépendance, 
est une terre dérivant de la désagrégation de roches trachy- 
tiques, très-riche en composés humiques, ayant par sa te- 
neur, en principes azotés, en phosphates, en sels calcaires 
et alcalins, la constitution et la fertilité du terreau. 

En Espagne, dans de nombreuses localités, particuliè- 
rement dans les environs de Saragosse, on voit des sols, 
assez féconds pour ne pas exiger de fumier, produisant, à 
la volonté du cultivateur, soitdu salpêtre, soit d'abondantes 
moissons de froment. 

Dans la vallée du Gange, le salpêtre de houssage, ef- 



I 




( 3i 2 ) 
fleuri à la surface d'un limon déposé périodiquement par 
le fleuve est ramassé à côté de riches cultures de tabac, 
a indigo, de maïs. ' 

Sans doute, l'association d'éléments minéraux et orga- 
niques n est pas la condition unique de la formation des 
nitrates ; les inépuisables gisements de nitrate de soude au 
Pérou, comparables, par leur masse, à des gisements de sel 
marin, ont une tout autre origine. Enfin l'océan aérien 
est en réalité une immense nitrière, en ce sens que, tontes 
les fois qu un éclair apparaît dans son sein, il y . f ormation 
de nitrate, de mtrite d'ammoniaque. Cette union directe 
de 1 azote gazeux avec l'oxygène et l'un des éléments de 
1 eau est un phénomène considérable de la Physique du 
globe, sur lequel j'ai souvent insisté; néanmoins je crois 
devoir reproduire ici les arguments par lesquels j'ai cherché 
a en démontrer la permanence. 

En effet, sans tenir compte de ce qui se passe en dehors 
des tropiques, en se bornant à considérer la zone terrestre 
equatonale, on arrive à cette conclusion que, pendant 
1 année entière, tous les jours, à tous les instants, l'atmo- 
sphère est incessamment sillonnée par des déflagrations 
électriques, à ce point qu'un observateur placé sous l'éoua- 
teur, s il était doué d'un organe assez délicat, y entendrait 
continuellement le bruit du tonnerre. C'est que, pour un 
heu s, tue dans la région intertropicale, la saison des orages 
dépend de la position que le Soleil occupe dans l'écliptique ■ 
elle se manifeste deux fois par an, alors que l'astre est uans 1 
la proximité du zénith, c'est-à-dire lorsque la déclinai- 
son du Soleil est égale à la latitude et de même dénomina- 
tion. 

C'est donc un phénomène électrique qui donne nais- 
sance aux composés nitrés, à l'ammoniaque que l'on trouve 
dans la pluie, dans la neige, dans la grêle, dans les brouil- 
lards, composés éminemment fertilisants amenés sur la 
terre par ces météores aqueux. 



I 



( 3.3 ) 

J'ajouterai que pendant la combustion de certains corps 
dans l'air il y a formation d'acide nitrique. 

Dans la terre végétale, dans les matériaux d'une nitrière 
artificielle, tout tend à faire présumer que l'acide nitrique 
est surtout développé aux dépens de l'azote des substances 
organiques. Les salpètriers ont d'ailleurs reconnu, depuis 
longtemps, que le sang, l'urine, les détritus des animaux 
favorisent singulièrement la production du nitre. C'est sur 
cette donnée pratique que les anciens cbimistes basèrent leur 
opinion sur l'utilité des matières animales introduites dans 
une nitrière, opinion adoptée par Lavoisicr, et que, plus 
lard, Gay-Lussac défendit, lorsqu'elle fut attaquée en in- 
voquant des observations inexactes ou tout au moins in- 
complètes, lorsque d' on voulut nier l'efficacité des sub- 
stances azotées comme agents nitrifiants, en attribuant à 
la porosité seule la puissance de créer l'acide nitrique 
par la condensation des principes constituants de l'atmo- 
sphère. 

La terre, à tous les degrés de fertilité, depuis le terreau 
jusqu'à la terre de bruyère, exposée à l'air après avoir été 
humectée, se nitrifie si elle renferme un élément calcaire 
ou alcalin; des expériences précises l'ont établi. Néanmoins, 
de ce que tout sol cultivable contient de l'azote combiné, il 
ne s'ensuit pas nécessairement que l'azote gazeux de l'at- 
mosphère ne puisse concourir, dans une certaine mesure, à 
la production des nitrates, et c'est pour rechercher si ce 
concours a lieu que j'ai entrepris les expériences que je vais 
décrire. 

Dans la terre végétale, le salpêtre apparaît d'abord en 
quantités assez notables ; puis bientôt la nitrification se ra- 
lentit, comme s'il fallait que l'exposition à l'air soit pro- 
longée pour que les composés humiques deviennent aptes à 
se nitrifier. On en jugera par une observation, faite avec de 
la terre d'un potager, prise après une pluie persistante, afin 
qu'elle ne renfermât que fort peu de nitrates. 



( 3i4 ) 
Cette terre sécliée pesait zo kilogrammes. Après l'avoir 
humectée, on en façonna un prisme que l'on plaça à l'air 
ious les quinze jours on fit un dosage. 

Dans 10 kilogrammes de terre; 

nitrates' exprimés 

en nitrate de potasse. 

5 août, mise en expérience. * r g 

17 août ' J 

0,628 

2 septembre 

17 septembre c 

' • • 2, 160 

2 octobre r 

2 , 000 

A partir du a octobre, la formation des nitrates est de- 
venue très-lente, mais elle ne s'est pas arrêtée. 
. Pour décider si l'azote atmosphérique était intervenu 
clans 1 apparition des nitrates, il aurait fallu connaître ri- 
goureusement combien il entrait d'azote combiné dans les 
10 kilogrammes de terre au commencement et à la fin de 
observation ; or, pour qui est familier avec les procédés de 
1 analyse, cela n'était pas possible. 

Des dosages faits nécessairement sur peu de matière 
sur 20 grammes par exemple, soit sur 60 ou 80 grammes' 
en exécutant trois ou quatre opérations successives, n'au- 
raient pas donné une garantie suffisante d'exactitude 
putsque en concluant de l'azote dosé l'azote appartenant 
aux 10 kilogrammes de terre végétale, l'erreur d'analyse 
serait multipliée par i6 7 , par , a5 . Il y a p l us , en J 
posant que l'on parvint à éliminer cette source d'erreurs 
et que 1 on constatât une légère acquisition d'azote par 
la terre salpêtrée, on ne serait pas encore suffisamment 
autorise a admettre définitivement l'intervention de l'azote 
de 1 air, par cette raison que l'azote trouvé en excès pour- 
rait provenir des composés nitrés de l'ammoniaque, des 
poussières apportées par l'atmosphère, composés qui con- 



1BB 



(3,5 ) 

tribuent probablement à l'amélioration d'un sol laissé en 
jachère. 

Pour résoudre la question que l'on avait en vue, il fallait 
éliminer, ou tout au moins atténuer les deux causes d'er- 
reurs que je viens de signaler, opérer sur une quantité de 
terre assez limitée, dont le poids ne différerait pas consi- 
dérablement de celui de la même terre que l'on soumet- 
trait à l'analyse ; enfermer la terre à nitriGer dans de l'air 
confiné, à l'abri, par conséquent, des matières dont l'atmo- 
sphère libre est ordinairement le véhicule. 

Dispositif des expériences . 

La terre végétale, pesée sèche, mélangée avec trois fois 
son poids de sable quarlzeux lavé et calciné, humectée avec 
de l'eau distillée exempte d'ammoniaque, était introduite 
dans un ballon de verre ayant à peu près une capacité de 
ioo litres. L'eau avait été ajoutée en quantité bien infé- 
rieure à celle qu'il aurait fallu pour porter le mélange au 
maximum d'imbibition, précaution indispensable, parce 
que, non-seulement un sol trop humide n'est pas nitri- 
fiable, mais aussi parce que les nitrates préexistants dis- 
paraissent quand l'eau d'humectation dépasse une certaine 
limite, ainsi que je l'ai reconnu dans des recherches sur 
le chaulage ('). 

Le sable avait été employé pour rendre la terre plus per- 
méable. 

Dans un des appareils, de la cellulose fut incorporée au 
mélange pour savoir si, par la combustion lente d'une plus 
forte proportion de carbone que celle appartenant à la terre, 
on favoriserait l'oxydation de l'azote. 

Les ballons renfermant les mélanges à nitrifier, clos 
avec des bouchons en caoutchouc, ont été déposés dans un 
cellier. 



(') Boi'SSIngault, Agronomie, t. III, p. 174-176; a e édition. 






( 3i6 ) 
Vazote, avant et après la nitrification, a été dosé par 
la combustion au moyen de l'oxyde de cuivre; la présence 
de nUrates dans la terre ne permettait pas de le doser 
par la chaux sodée : ce procédé eût donné les résultats les 
plus erronés. Toutes les fois qu'une terre contient de l'a- 
cide nitrique , la perte en azote occasionnée par l'em- 
ploi de la chaux sodée est très-forte : elle dépasse souvent 
a moitié du poids de l'azote contenu, de sorte que l'ana- 
lyse indiquerait moins d'azote dans la terre nitrifiée que 
dans la même terre prise avant la nitrification, bien nue 
en réalité, les deux échantillons en continssent des quan- 
Utes égales. n 

Le carbone des substances organiques, de l'humus, a 
ete pesé a 1 état d'acide carbonique obtenu en chauffant la 
terreau rouge dans un courant de gaz oxygène. 

V acide nitrique a été déterminé en faisant usage d'une 
teinture normale d'indigo (M. 

La nitrification s'accomplit toujours avec une extrême 
lenteur. Dans l'observation rapportée précédemment, en 
six semaines, il y a eu o«%a de nitrates formés dans i kilo- 
gramme de terre végétale ; mais ce n'était pas là tout ce que 
cette terre pouvait produire : une année après, de la même 
terre, recueillie dans un endroit abrité contre la pluie, on 
retira 2 a 3 grammes de salpêtre par kilogramme 

Dans les nitrières, la nitrification ne marche pas plus 
rapidement, bien que des dispositions soient prises pour 
la favoriser, entre autres celle de remuer la masse à la pelle 
tous les cinq ou six mois avant le lessivage des terres. 

Les expériences, telles qu'elles étaient instituées, ne 
permettaient pas d'agiter à certains intervalles les mélanges 
enfermes dans les ballons; pour suppléer à l'agitation, on 
se décida a laisser la terre à nitrifier en contact avec l'air 
confine pendant un temps considérable. Le contact dura 

(') Boumihgaolt, agronomie, t. II, p. 244 . 2 e édition 



( 3«7 ) 
onze ans. Les appareils, fermés en 1860, furent ouverts 
en 1871. 

La terre végétale employée dans les expériences avait 
été séchée à l'air et passée au crible : sa couleur, d'un 
brun clair, devenait brun foncé par l'addition de l'eau. 
C'était une terre légère, ricbe en humus, d'une constitu- 
tion homogène. 






Dosage de V azote dans la terre sèche. 

pr m ce gr 

I. Terre. 5 Azote à zéro. Pression. 0,76 19,0. En poids. o,o238S(') 



10 



.8,5 7 



o,o.334C) 



0,04722 



Rapportant à 100 grammes de terre : 

Azote 0,4722 

Acide nitrique 0,0029 = Azote, o Er , 00075 ( 3 ) 

Carbone de l'humus. 3,663 ( 4 ) 

Dans la même terre, on avait trouvé pour 100 grammes : 

er 

Chaux 1 , 000 

Magnésie o , c5o 

Potasse 0,010 

Ammoniaque toute formée 0,020 



I 



(') Gaz, 20 cc ,o; tempérât., 9 , 5; tempérât, de l'eau, io°,5; pression, 
^-mm,. traces de bioxyde d'azote. 

Tempe- Température 
Gaz. rature. de l'eau. Pression. Gaz réduit. 

(») 19^,5 80,0 8°,o 754""», 6 iS cc ,8i 

Après traitement par le sulfate de fer : 

i8 cc , 9 5°, 5 5°,5 73i mm ,8 i8 cc , 3^î 



o cc , -18 



AzO' disparu. o cc ,/|8 



; o cc , 24 -H 1 8 CC , 33 = i8«, 57. 



( 3 ) Dosage par la teinture d'indigo. 

( 4 ) 2S r ,o4 de terre brûlée dans un courant de gaz oxygène, acide carbo- 
nique obtenu o8 r ,27'j= carbone oS r , 07473. 



( 3i8 ) 
On a, pour ioo grammes de terre mise à nitrifier : 

*"•»*** W o 8 ,4 72 2 

Ac.de nitrique 0>0029 

Ammoniaque 0>020o 

Carbone 3,663o 

Cliaux 

i ,0000 

Ma S nésie o,o5oo 

Potasse ( ! ) 

^ 1 0,0100 

Première expérience. - Dans un ballon de ,00 litres de capa- 
cité, on a introduit, le 1" août 1860, un mélange de : 

Terre végétale 10Q5r 

Sable quartzeux 3 0Q 

Humecté avec eau.. ra 

456 

Au fond du ballon, la matière était disposée eu un cône 
de. 5 a 6 centimètres de hauteur. Au moment de la ferme- 
ture : 

Température de l'air 2 ^ 

Hauteur barométrique m _/ 

L'appareil a été ouvert le 3 août 1871 . Le mélange pos- 
sédait à un faible degré l'odeur particulière à la terre hu- 
mide ; sa couleur était d'un brun foncé ; sa consistance assez 
forte pour que l'on fût obligé d'employer une baguette 
pour le désagréger. Sur les parois du vase, vers le haut, on 



( ' ) Comprenant l'azote de l'acide nitrique et de l'ammoniaque 
) A l'état de silicate ou de carbonate. La terre contenait une notable 
proportion d acide pbosphorique; on n'a fait fi C urer ici que les substances 
pouvant intervenir dans la nitrificatiou. 



( 3i 9 ) 
apercevait des gouttelettes d'eau qu'il n'a pas été possible 
de recueillir. 

Le mélange retiré du ballon a pesé 44° 8r 

Lors de l'introduction, en 1860, il pesait. . . . 456 

Différence 16 

Cette différence doit être, en partie, attribuée à l'eau 
adhérente au verre. 

Dosages exécutés sur le mélange. 
Azote : 

Pression. En poids, 

gr ni ce gr 

I. Mélange humide. 20 Gaz h zéro. 0,76 16,9 o,02ri4 (') 

II. » . 20 » » i5 ,8 o,oigS6 (') 

4o 0,0,'|IIO 

Dans 100 grammes du mélange, dosé : 

Azote 0,1 0275 

Acide nitrique o, i4o4o 

Carbone de l'humus, etc 0,69700 ( 3 ) 

Tempe- Température 
Gaz. rature. de l'eau. Pression. Gaz réduit. 

(') i9 cc ,o :°,5 C°,o 743 mn \55 iS cc ,oq 

Après traitement par le sulfate de fer : 

i6 cc , 8 io°,o io°,o 742 mm ,iî i5 cc ,82 

AzO' : disparu. 2 CC ,37 

2 CC M 

— IZÀ =i«:,!3-+-i5 <:c ,8a = i6 cc ,Q, 

2 

Tempe- Température 
Gaz. rature. de l'eau. Pression. Gaz réduit. 

(') 20", 2 6°,o 8°,o 7J2 mm , 8 i9 cc ,5g 

Après traitement par le sulfate de fer : 

ri cc ,55 C°,7 7°,o 7'i4 m "\9 i2 cc ,oi 

AzO i disparu. 7", 58 

- cc 58 

'—! — =3«,79-f-n cc ,Oi-i-i5° e ,75. 

(') 10 grammes de terre brûlée dans un courant de gaz oxygène; acide 
carbonique oS r , 2555 = carbone oS r ,oGg7. 



( 3ao ) 
Résumé des dosages. 

Dans ioo grammes du mélange de terre et de sable pe- 
sant 44° grammes : r 

I. Azote.. oVioôao Acide nitrique . o^o/fo 

H- o,o 99 3o Carbone o ,69700 

Moyenne.. 0,10275 

Deuxièn.e expérience - Le .«août 1860; capacité du ballon, 
100 litres ('), introduit : ' 

Terre véçétale 

c , , " IO gr 

bable quartzeux o 

Cellulose », 

o 

Humecté avec eau *- fi 

Ballon fermé à la température de 2 5<> 

Hauteur barométrique o m ni 

L'appareil a été ouvert le 5 août 1871. 

L'odeur constatée, l'aspect et la consistance du mélange 
etaieut les mêmes que dans la première expérience 

De nombreuses gouttelettes d'eau se trouvaient sur la 
partie supérieure des parois du ballon. 

Le mélange extrait a pesé / 35er 

Lors de l'introduction, en 1860, il pesait. . . . 46, 

Différence 2 6 

Cette différence doit être attribuée, en partie, aux gout- 
telettes d eau que l'on n'a pu enlever. 

(') Dans le jaugeage on n'a pas tenu compte des fractions de litre le 
ballon employé dans cette expérience ne contenant pas to„, a fli^o ,Ure 3 ! 



( 321 ) 

Dosages exécutés sur le mélange : 

Pression. En poids, 

gr m ce gr 

I. Mélange humide. 20 Gaz à zéro. 0,76 16, 5i 0,020750 

II- » • 10 » » 8,(j5 0,01125 ( ! ) 

3o o,o3ioo 

Dans 100 grammes du mélange dosé : 

Azote 0,1 0667 

Acide nitrique 0,12920 

Carbone de l'humus, etc 0,77200 ( 3 ) 

Discussion des erreurs possibles dans le dosage 
de V azote. 

Dans des opérations faites sans qu'on ait introduit de 
matière dans les tubes à combustion, l'expulsion de l'air 
était si complète que le balayage prolongé avec l'acide car- 

Terapé- Température 
Gaz. rature. de l'eau. Pression. Gaz réduit. 

i8 cc ,5 10°, io°,o 7.'|3 mn V'| iy cc ,/|(i 

Après traitement par le sulfate de fer : 

i6 cc , 5 io°, io°, 7^3 mm ,8 i5 cc ,57 

AzO 3 disparu . i cc ,c!o, 

i cc ,Sn 

— ^-=0", 9,40 + 1 5", 57 =iC cc ,5i. 

Tempe- Température 
Gaz. rature. de l'eau. Pression. Gaz réduit. 

(") io«,o n°,o n°,o 75o ,nm ,8 9 cc ,5o 

Après traitement par le sulfate de fer : 

* cc ,7 7 , 5 8°,o 754 mm ,i 8 c S/,o 

AzO 1 disparu. i cc , io 

i cc ,i 

—^- = o cc ,55-t-S cc ,4o = 8 CC , 95. 

(') 10 grammes de terre, brûlés dans un courant de gaz oxygène; acide 
carbonique o» r , 283 = carbone oB r , 0772. 

V. 21 



( 3aa ) 

bonique dégagé du bicarbonate de potasse pur n'a pas 
fourni plus de ^ à ^ de centimètre cube de gaz non absor- 
bable par la potasse. 

En comparant l'azote obtenu par deux dosages exécutés 
sur une même quantité de matière, on a constaté les diffé- 
rences que voici : 

Terre végétale non mélangée o ,ooo54 

Terre mélangée au sable, première expérience. . o,ooi38 
Terre mélangée au sable, deuxième expérience. . o , oo 1 3o 



Terre végétale analysée i o erreur possible sur 100 de terre . 



i re expérience, terre analysée.. 4° 
2 e expérience, terre analysée. . . 3o 



440 
435 



gr 
O,oo54 
o,oi5'j 
0,0188 



Les différences trouvées dans les dosages de la terre mêlée 
au sable sont notablement plus fortes que pour la terre 
végétale seule; cela tient très-probablement à ce que les 
mélanges, si intimes qu'ils soient, ne sont pas aussi homo- 
gènes. 

Il m'a semblé qu'il convenait de comparer le poids de 
l'azote contenu dans la terre végétale avant et après la ni- 
triucation, sur les quantités réelles de matière soumise au 
dosage, afln de ne pas multiplier l'erreur des analyses. J'ai 
réuni cette comparaison dans un tableau. 



Première expérience. 

Terre retirée du ballon, en 1871. 44° sr 

Terre végétale sèche contenue.. . . 100 Azote o 6r ,4722 

Dosage I. Matière 20 Azote dosé.. 0,02124 

Tenant terre. 4 , 5454 Azote initial. 0,02146 

Différence. 

er 
Dosage II. Matière 20 Azote dosé. . 0,01986 

Tenant terre. 4)^454 Azote initial. 0,02146 



0,00022 



Différence.. — 0,00160 



( 3î3 



Deuxième expérience. 
Terre retirée du ballon en 187 1 : 435 grammes. 

Dosage I. Matière. ... 20 Azote dosé. . 0,02075 

Tenant terre. 4>5g8o Azote initial. 0,02171 

Différence.. — 0,00096 

Dosage II. Matière 10° Azote dosé.. 0J01125 

Tenant terre. 2,299 Azote initial. 0,01086 

Différence.. + 0,00039 

Sur quatre dosages, trois accuseraient, en 

moyenne, une perte d'azote de o ,00093 

L'autre indiquerait un gain de o,ooo3g 

Si l'on considérait comme fournis par une seule expé- 
rience les quatre résultats précédents, on aurait pour les 
70 grammes de terre mélangée : 

,...„. gr 

Avant la nitnfication, azote 0,0755 

Après la nitrification, azote 0,0731 

Différence 0,0024 

Examinons maintenant, en appliquant les moyennes, 
les changements survenus, non-seulement dans les pro- 
portions d'azote, mais aussi dans les proportions d'acide 
nitrique, de carbone, que la terre contenait lorsqu'elle a 
été placée, en 1860, dans une atmosphère confinée. 

Rappelons d'abord ce que l'on a dosé dans 100 grammes 
de matière : 

Azote. Acide Carbone, 

nitrique. 

Terre végétale non mélangée. . . 0,47220 0,0029 3*663 
inexpérience: terre mélangée. . 0,10275 o,i4o4 o,6c)7 
2 e expérience : terre mélangée. . 0,1 0667 o , 1 292 0,772 

21. 




( 3 2 4 ) 

Première expérience (terre végétale, 100 gr., sable, 3oo gr.). 

Acide AzO' 

Azote exprimé 

dans en 

Acide l'acide nitrate de 

nitrique, nitrique. Carbone, potasse. 

gr gr gr gr 

0,0029 0,00070 3,663 0,003 

0,6178 0,16000 3,067 1 , i55 





Azote 




total. 


En 18G0 


gr 
0,4722 

0,4520 


En 1871, terre humide 44° 8 r - 




— 0.0202 



0,0202 -r-0,6l49 +0, 16920 —0,596 +1 



Deuxième expérience (terre végétale 100 gr., sable 3oo gr. 
cellulose 5 Er = C o Er ,2. 222). 



En 1860 

En 1871, terre humide, 435 gr. 

Différence 











Acide Az 1 1 






Azote 




expriiii! 1 






dans 




en 


Azote 


Acide 


l'acide 




nitrate èe 


total. 


nitrique. 


nitrique. 


Carbone 


. potasse. 


gr 
0,4722 


gr 
0,0029 


0,00075 


gr 
5,885 


o,oo5 


0,464o 


0,5620 


0, 14370 


3,353 


i,o5i 



— 0,0082 -t-o,o5g[ -HO, 1 /| /| g 5 — 2,627 -t-1,046 



D 



iscussion. 



Dans chacune de ces expériences, le 1" août 1860, l'air 
enfermé dans les ballons, ramené à la température de 
zéro et à la pression de o Br , 76, occupait un volume de 
85 llt , 9 ('), pesant iii sr ,i3, dans lesquels il entrait, en 
négligeant l'acide carbonique, 

gr - 
Oxygène 25 ,67 

Azote 85 ,46 

Première expérience. — ■ La perte totale en azote a été 
de o gr ,020, les -~ de l'azote initial. 



(') En tenant compte du volume de la terre, 



( 3a5 ) 

Il y a eu production de os r ,6i5 d'acide nitrique, dans 
lesquels il entrait : 

Azote o7i% 

Azote éliminé o 020 

Azote déplacé , ,nq 

L'azote initial étant °>472 

Azote resté dans la terre nilrifiée o,2q3 

Cet azote resté dans le sol appartenait à l'humus et 
autres matières organiques. 

La perte en carbone s'est élevée à o K ' , 596, les ^ de ce 
que la terre en contenait avant la nitrifïcation. 

A 100 de carbone brûlé par combustion lente répond une 
formation d'acide nitrique de io3,2. 

Deuxième expérience. — L'introduction de 5 grammes 
de cellulose avait porté à 5e r ,885 le carbone du mélange 
de terre et de sable mis à nitrifier ('). 

La perte totale en azote a été de o ?r ,oo8, un peu moins 
de ~ de l'azote initial. 

U y a eu production de oS r ,55g d'acide nitrique ren- 
fermant : 

Azole 0^145 

Azote éliminé o 008 

Azote déplacé 0,1 53 

L'azote initial étant 0,472 

Azote resté dans la terre nitrifiée o,3ii) 

La perte en carbone a atteint 2 Br ,527, les -~ du car- 
bone préexistant. 

A 100 de carbone brûlé par combustion lente répond 
une formation d'acide nitrique de 22. 



(') Admettant 2,222 de carbone dans la cellulose, 

3,663 de carbone apporté par 100 gr. de terre végétale. 
5,885 






( 3a6 ) 

Ainsi, contrairement à ma prévision, la combustion du 
carbone de la matière organique non azotée, de la cellulose 
ajoutée à la terre, n'aurait pas favorisé la production de 
l'acide nitrique. 

Il reste à examiner si l'oxygène de l'air confiné dans les 
appareils a suffi pour brûler et le carbone disparu et l'azote 
constituant de l'acide nitrique. 

Prenant la deuxième expérience dans laquelle la terre 
avait reçu de la cellulose, on trouve que : 

Les 2<! r ,527 de carbone manquants ont pu former 0x 5'S ène - 

acide carbonique g sr ,26, tenant 6^4 

Dans les o,55g d'acide nitrique produit, il entrait.. o,4r 

Pouvant avoir contribué à la combustion 7 , t 5 

Dans l'air confiné, il y avait 25 ,67 

En 1871, dans l'atmosphère de l'appareil, il devait 

re3ter 18, 52 

Dans la première expérience, la terre n'ayant pas reçu 
de cellulose : 

Le carbone disparu, oS r ,5g6, a pu produire acide 0x ys èae 

carbonique 1 ,5g, tenant o^gg 

Dans les o^ r ,6i5 d'acide nitrique formé, il y avait. o,43 

Pouvant avoir contribué à la combustion 1 t fa 

Dans l'air introduit 25 67 

Restant 24 , 25 

On voit que, dans les appareils, l'atmosphère confinée 
était bien loin d'être épuisée en oxygène après être restée en 
contact avec la terre végétale pendant un temps considé- 
rable. 

Troisième expérience. — On s'est proposé de recher- 
cher quel serait le résultat de la nitrification de la terre 
végétale accomplie dans une atmosphère très-limitée, dont 
l'oxygène ne suffirait pas ppur brûler la totalité de la ma- 
tière organique. 



m 



( 3 27 ) 
De la terre du Liebfrauenberg, employée dans les deux 
premières expériences, et non mélangée à du sable, a élé 
mise dans un flacon de y litres de capacité après avoir été 
humectée. 

En 1860, introduit terre. ioo sr 

Ajouté eau 16 

116 
En 1871, la terre retirée a pesé 1 12,5 

Différence 3,5 

Cette terre humide était d'un brun foncé, émettant une 
faible odeur de moisi. 

Dosages exécutés sur la terre végétale retirée en i8ti . 

Azote. 

Pression. En poids, 

gr m ce gr 

I. Terre humide. 3,4 Gaz à zéro. 0,76 11,6 0,01457 (') 

"• » . 3,o » » 9,44 0,01186 (') 

ni. » . 4,0 » ,. 12,33 o,o.5/|t) (•) 

jo,4 0,0419?. 

Tempe- Température 

Gaz. rature. de l'eau. Pression. Gaz réduit. 

(') 12", 4 i5°,o i5°,o 747 mm ,4 ii cc ,(i 

(') n cc ,6 o°,o io°,o 742 mm ,3 io«,gC 
Après traitement par le sulfate de fer : 

8 cc ,o 90,1 io°,i 74i mm ,4 7 cc ,o3 

AzO"- disparu. 3 cc ,o3 
3«,o3 

Tempe- Température 
Gaz. rature. de l'eau. Pression. Gaz réduit. 

(') i3 cc ,9 7°>8 7°. » 7Ôoi»"i,5 i3",34 

Après traitement par le sulfate de fer : 

n cc ,7 8°, 1 8°, 1 7 56 mm ,5 u«,3i 

AzO' disparu . 2 cc ,o3 

2 cc ,o3 

— ■ — = t cc ,oi5-+- 1 i«,3i = i2 cc ,33. 
2 ' 



( 3s8 ) 

Dans ioo grammes de terre dosée : 

Azote o ,4o3o8 

Acide nitrique 0,2904 = Azote, o sr , 0762 

Carbone de l'humus, etc. 2,8210 (') 

Comparant, sur les quantités réelles de matière soumise 
au dosage, l'azote contenu avant et après la nitrification, 
on a, l'azote initial de 100 grammes de terre sèche intro- 
duite dans le flacon étant o gr ,47 2 2 : 

6 r gr gr 

I. Terre humide. 3,4 = terre sèche. 3,022 tenant azote. 0,01427 

Azotedosé. 0,01437 
Différence. -f-o,ooo3o 

II. Terre humide. 3, = terre sèche. 2,667 tenant azote. 0,01209 

Azote dosé. 0,01186 

Différence. — 0,00073 
gr gr gr 

I1L Terre humide. 4,0 = terre sèche. 3,555 tenant azote. 0,01679 

Azotedosé. 0, 01549 

Dill'érence. — 0,ooi3o 
gr 
Sur 3 dosages, 2 ont donné, en moyenne, une perte d'azote de.. 0,00101 

» l'autre a donné, un gain o,ooo3o 

En définitive g gr ,244 de terre végétale auraient donné : 

gr 

Avant la nitrification, azote o,o4365 

Après la nitrification o ,04192 

Différence — 0,00178 

Appliquant la moyenne des dosages à la terre mise en 
expérience : 

Acide AzO s 
Azote exprimé 

dans en 

Azote Acide l'acide nitrate de 

total. nitrique, nitrique. Carbone, potasse. 
gr gr gr gr gr 

1860, 100 gr. terre sèche 0,4722 0,0029 0,00075 3,663 0,003 

1871, terre humide, ii2o r ,5.. 0,4534 0,3267 0,08461 3,174 0,611 

Différence — 0,0188 -ho, 3238 -t-o,o8386 —0,489 -1-0,606 

(') 2S r ,272 déterre brûlée; acide carbonique oS r , 235=; carbone oS r ,o64i. 



(3^9) 
La perte en azote a été de o g, ',oi9,près des -~ de l'azote 
initial. Il y a eu formation d'acide nitrique, o êr ,324, te- 
nant : 

Azote 0,084 

Azote éliminé °. OI 9 

Azote déplacé o, io3 

L'azote initial étant 0,472 

Azote resté dans les matières organiques. o,36c) 

La perte en carbone a atteint o s % 489, les ^ ae ce <3 ue 
la terre en renfermait avant la nitrificalion. 

A 100 de carbone brûlé par combustion lente répond 
une production d'acide nitrique de 66. 

Dans cette troisième expérience, le même poids de terre 
végétale a produit bien moins de salpêtre que dans la pre- 
mière et dans la deuxième, près de la moitié seulement. 
Une quatrième observation, faite aussi sur 100 grammes de 
terre, et exactement dans les mêmes conditions, a rendu 
0^,626 de nitrate, exprimés en nitrate de potasse; cette 
coïncidence prouve que la diminution constatée ne prove- 
nait pas d'une circonstance accidentelle; dépendrait-elle 
de ce que la terre, n'ayant pas été mêlée à du sable, était 
moins accessible à l'air? Cela n'est pas impossible. Néan- 
moins je crois plus rationnel d'attribuer la différence à l'in- 
suffisance de l'oxygène. Il est probable que la nitrification 
aura marché d'abord comme dans les appareils où la terre 
végétale était en relation avec un beaucoup plus grand vo- 
lume d'air; puis elle se sera arrêtée quand la totalité de 
l'oxygène aura été consommée par les éléments combus- 
tibles. Le carbone manquant, o êr ,489, a pu prendre i êr ,3o 
d'oxygène pour constituer de l'acide carbonique; c'est à 
très-peu près ce que pouvait en contenir l'air du flacon où 
la terre végétale avait été placée. 

Ici se présente une question : en 1871, la nitrification 



( 33o ) 
était-elle achevée? La terre, mise dans les grands ballons 
avait-elle rendu en salpêtre tout ce qu'elle pouvait rendre? 
S il en a été ainsi, la production du nitre a pu cesser bien 
avant leur ouverture. La forte quantité de matière humique 
restée dans le mélange salpêtre ne saurait être invoquée 
contre cette opinion, puisqu'il est des sols riches en prin- 
cipes carbonés qui donnent peu ou point de nitrates, par 
exemple les terrains tourbeux; c'est que tous ces principes 
ne sont pas nitrifiables. 

Je crois devoir mentionner une observation qui tendrait 
a faire cro.re que, dans l'intervalle compris entre le com- 
mencement et la fin des expériences, la terre avait perdu 
l'aptitude à h. nitrification, à une époque qu'il serait d'ail- 
leurs impossible de fixer. Ce qui restait du mélange ter- 
reux de la première expérience, après que l'on en eut pré- 
levé les quantités nécessaires pour les dosages, fut renfermé 
dans un grand vase. 

Le 1 4 juin 1872, dix mois après, on a trouvé : 

Dans i5 grammes du mélange, acide nitrique. . . 0*018 
Eri 1 87 z, on en avait dosé, dans i5 grammes. . 0,021 

Il n'y avait pas eu accroissement dans la proportion de 
nitrates. 

Il est donc présumable que la nitrification avait été ac- 
complie avant l'expiration des onze années pendant les- 
quelles la terre était restée confinée en vase clos. 

La nitrification pourrait être arrêtée par insuffisance de 
bases salifiables. Il est évident qu'une terre végétale, alors 
même qu'elle serait pourvue d'humus nitrifiable, ne pro- 
duirait pas de nitrates, du moins de nitrates alcalins et ter- 
reux, si la chaux, la magnésie, la potasse y manquaient, et 
que, dans le cas où ces bases ne s'y trouveraient qu'en pro- 
portion restreinte, la nitrification serait suspendue aussitôt 
après leur saturation. Tel n'était pas le cas pour la terre du 






( 33 t ) 

Liebfrauenberg ; on a vu, en effet, que, dans les ioo grammes 
de terre placés dans les ballons, il y avait : 

gr _ gr gr 

Chaux... 1,00 pouvant fixer acide i>o,3 = nitrate 2,93 
Magnésie. o,o5 » 0,1 4 » °j ] 9 

Potasse.. o,oi » 0,01 5 » o,o25 

•2, o85 = nitrate 3 , 1 45 

Il se trouvait par conséquent dans la terre assez de bases 
pour saturer 2 grammes d'acide nitrique, trois ou quatre 
fois autant qu'il s'en est développé. 

La proportion du salpêtre formé durant un aussi long 
séjour de la terre végétale dans une atmosphère confinée 
pourra paraître assez faible, 1 gr , 1 5 de nitrate dans 
100 grammes de terre, soit ii gr ,5 par kilogramme. C'est, 
après tout, autant et même plus que ce que contiennent les 
bonnes terres salpêtrées. 

Suivant un rapport des anciens régisseurs des poudres, 
en France, les terres salpêtrées rendraient par kilogramme : 

Dans quelques provinces 1 ,2 de nitre. 

En Touraine 8,5 » 

Terres de nitrières artificielles 10,0 >■ 

Id. exceptionnellement 3o,o » 

Terre d'une bergerie 8,4 » 

Il résulte de ces recherches que, dans la nitrification de 
la terre végétale accomplie dans une atmosphère confinée 
que l'on ne renouvelle pas, dans de l'air stagnant, l'azote 
gazeux ne parait pas contribuer à la formation de 1 acide 
nitrique; l'azote dosé, en 1871, dans la terre salpêtrée, ne 
pesait pas plus, ne pesait même pas tout à fait autant qu'en 
1860. Dans la condition où on l'a observée, la nitrification 
aurait eu lieu aux dépens des substances organiques de 
l'humus, que l'on rencontre dans tous les sols fertiles. 



( 33a ) 



EXPÉRIENCES STATIQUES 

SUR 

LA DIGESTION. 



Dans le cours de mes recherches sur le développement 
de la graisse dans les animaux, j'eus occasion de constater 
que du m retiré du gésier d'un canard cédait à l'éther no- 
tablement plus de matière grasse qu'il n'en renfermait 
avant d avoir séjourné dans cet estomac. Cette observation 
était, au reste, assez peu importante, parce que cet accrois- 
sement dans la proportion des principes gras pouvait dé- 
pendre de ce que l'amidon avait été absorbé plus rapide- 
ment que l'huile, qui se serait en quelque sorte concentrée 
dans la partie de l'aliment non encore digéré. Cependant 
ayant reconnu, depuis, que le chyme sec de l'intestin grêlé 
du même animal contenait près de 5 pour 100 de graisse 
bien que le riz digéré n'en présentât que quelques mil- 
lièmes, je crus devoir examiner ces faits avec attention: car 
non-seulement ils indiquaient que les divers principes im- 
médiats sont absorbés par les organes digestifs avec des vi- 
tesses fort différentes, mais, de plus, ils étaient de nature à 
laire supposer que, dans certaines circonstances, la graisse 
reparue dans les produits de la digestion pouvait bien 
excéder celle contenue dans la nourriture ; et, dans ce cas, il 
y avait à rechercher si la matière grasse dérivait de la 
fécule ou de l'albumine entrant, l'une et l'autre, dans la 
composition du riz. 

_. Dans les expériences dont je vais présenter les résultats, 
J ai eu particulièrement en vue de comparer le poids de la 
matière alimentaire ingérée au poids de la matière digérée 
ou en voie de digestion, aEn d'en conclure, par différence, 



( 333 ) 

celui de la matière assimilée dans l'organisme, ou éliminée 
par les voies respiratoires. Les conséquences auxquelles je 
suis arrivé me semblent devoir jeter quelque lumière sur 
plusieurs points, encore fort obscurs, de la nutrition. 

Les observations ont été faites sur des canards. Dans les 
recherches de ce genre, il y a beaucoup d'avantages à pou- 
voir ingérer les aliments, afin de ne rien laisser à la volonté 
de l'animal, chez lequel la répugnance à prendre telle ou 
telle nourriture n'est pas toujours surmontée par le senti- 
ment de la faim. 

La méthode généralement suivie consistait à mettre les 
canards à la diète pendant trente-six heures, en leur lais- 
sant de l'eau à discrétion; alors on les gavait, puis on les 
plaçait dans une boite disposée de telle sorte, qu'il devenait 
facile de recueillir les déjections. Après un certain nombre 
d'heures, indiqué dans la description de chaque expérience, 
on tuait l'animal, et l'on retirait des divers organes les 
matières qui s'y rencontraient. On pesait ces matières avant 
et après leur dessiccation , et elles étaient ensuite traitées 
par l'éther; on reprenait par l'eau chaude le résidu laissé 
par la dissolution éthérée, afin d'enlever les substances so- 
lubles : c'est alors seulement qu'on pesait la matière grasse, 
après l'avoir parfaitement desséchée. Les déjections, tou- 
jours très-aqueuses, ont été dosées à l'état sec; lavées et sé- 
chées de nouveau, on les traitait par Péther; quelquefois 
on a extrait l'acide urique du résidu insoluble dans l'eau. 

Pour le but que je m'étais proposé d'atteindre, il deve- 
nait indispensable de connaître, afin d'en tenir compte, la 
matière renfermée dans les intestins au commencement de 
chaque expérience, alors que l'animal avait passé un jour 
et demi sans manger. J'ai dû aussi déterminer le poids des 
déjections émises pendant l'inanition, et doser la graisse 
contenue dans ces matières. Ces recherches préliminaires 
ont permis de constater ce fait curieux, qu'un oiseau, en ne 
prenant que de l'eau, a néanmoins dans ses intestins une 






( 334 ) 
quantité de substance sèche qui ne diffère pas considéra- 
blement de celle que l'on trouve lorsque l'animal est abon- 
damment nourri. 

PREMIÈRE EXPÉRIENCE. 

Canard tué après trente-six heures d'inanition. 
On a trouvé : dans le ventricule succenturié, une très- 
petite quantité d'une substance jaune, gluante, acide; dans 
le gésier, quelques grains de sable. L'intestin grêle se 
trouvait rempli d'une matière tirant au brun, très-homo- 
gène, sensiblement acide et ayant la consistance du miel. 
Le gros intestin et le cloaque étaient vides à peu près. Les coe- 
cums contenaient une matière peu fluide, d'un vert foncé et 
d'une odeur fétide. Les déjections rendues dans les dernières 
vingt-quatre heures ont pesé, sèches, 2 s r , 74. On a retiré : 

Humide. Sec. Graisse. 

Du ventricule, du gésier et des intestins. 10^82 2 % 9 o7io5 
Déjections en vingt-quatre heures » 2 ,n^. o'o55 

Graisse normale jg 

DEUXIÈME EXPÉRIENCE. 

Canard tué après trente-six heures d'inanition. 
On a retiré : 

Sec. Graisse. 

o,3o 



Humide. 



9,10 2,20 



l ,2C 



0,21 
2,"I 



Du ventricule et du gésier 1 £ 

Des intestins 

Des cœcums (matière verte alcaline) . . , 

Déjections en vingt-quatre heures 

Partie insoluble des déjections i Br ,iq 
Partie soluble des déjections i« r ,52 

Graisse normale r „g 

^ De la partie insoluble des déjections, on a extrait o& r , 27 
d'acide urique. 



o,i45 
traces. 

o,o3i 



( 335 ) 

TROISIÈME EXPÉRIENCE. 

Canard lue après trente-six heures d' 1 inanition. 
On a retiré : 



Du ventricule, gésier, intestins . . . 
Déjections en vingt-quatre heures. 



Humide. Sec. Graisse. 

gf er er 

I O , OO 2 , I O 0,1?. 

» 2,80 O , o5 



Graisse normale 0,17 



QUATRIÈME EXPÉRIENCE. 

Canard gavé avec de V argile. 

J'ai recherché, clans cette expérience, si l'ingestion d'une 
substance non digestive provoquerait une sécrétion intesti- 
nale plus chargée de graisse que ne l'a été celle obtenue 
précédemment. 

Un canard, privé de nourriture depuis trente-six heures, 
a été gavé à deux reprises avec des boulettes d'argile hu- 
mide. Cinq heures après la première ingestion, l'argile a 
commencé à être évacuée sous la forme de longs cylindres, 
accotnpagués d'un liquide jaune, acide et très-abondant. 
On a tué le canard vingt-quatre heures après le commen- 
cement de l'expérience. On a retiré : 

Humide. Sec. Graisse. 
gr çr et 

Du ventricule et du gésier « » » 

Matières des intestins et des cœcums. . 1 1 ,45 2,85 o, 125 
Déjections » 18, 4o o, o55 

Graisse normale o , 1 80 

La graisse obtenue dans cette circonstance ne diffère pas, 
en quantité, de celle extraite dans les trois premières expé- 
rienoes. 

En moyenne, la graisse retirée de l'appareil digestif d'un 









( 336 ) 
canard, après trente-six heures d'inanition, est représentée 

par T •.;•••;•••. 0F flJ7 

La matière sèche intestinale, par 2^ 36 

Les déjections desséchées, rendues en vingt- 
quatre heures, par gr 

L'acide uriquede ces déjections (une détermi- 
nation) par oB r f 2? 

Dans ce qui va suivre, j'admettrai comme constants les 
nombres exprimant la quantité de graisse et celle de la ma- 
tière intestinale. Le poids des déjections normales sera cor- 
rigé d'après la durée des expériences. 

w 

CINQUIÈME EXPÉRIENCE. 

Canard gavé avec du riz. 

A f 3o m du matin, on a gavé un canard avec 71 grammes 
de riz cru qu'on avait fait tremper pendant quelque temps. 
Le soir, à la même heure, on a encore donné 80 grammes 
de riz. Le lendemain, à 7 '-3o"\ on a tué l'animal. Dans 
1 œsophage on a retrouvé du riz parfaitement intact, des- 
séché; il a pesé 2 i grammes. Le riz, à l'état où il a été in- 
gère, renfermait 0,864 de substances sèches et o 004 de 
matière huileuse. La totalité du riz sec soumis à la diges- 
tion, déduction faite de celui retrouvé dans l'œsophage a 
ete, par conséquent, de 112^,32. Dans le ventricule sue- 
centuné, l'aliment était encore reconnaissable : chaque 
grain se trouvait enveloppé d'un liquide visqueux, jaune 
et a réaction acide; dans le gésier, il y avait une pâte de 
même couleur, homogène, un peu sèche et légèrement 
acide. L'intestin grêle était rempli d'une pulpe jaune assez 
fluide pour couler avec facilité; cette pulpe rougissait le 
papier de tournesol; elle devenait de moins en moins li- 
quide a mesure qu'elle s'éloignait du point où l'intestin est 
uni au gésier; le gros intestin ne contenait qu'une petite 



■H 



(33 7 ) 

quantité d'une matière épaisse d'un jaune foncé, presque 
brune; les cœcums étaient pleins d'une substance verte, 
épaisse et fétide. Les déjections, très-liquides, légèrement 
acides, tenaient en dispension de la matière verte des 
cœcums : c'est à peine si l'on y distinguait de l'acide urique. 
Des divers organes qui viennent d'être mentionnés, on a 
retiré : 



Humide. Sec. 

„ . , . , gr gr 

Du ventricule succentime 3,78 1 ,70 

Du gésier 8,00 4>4 2 

De l'intestin grêle i4,a5 3,35 



Du 



;ros intestin 0,37 o,i5 



Déjections. 



4»94 
i4,56 



Graisse totale, d'un jaune pâle, très-fusible. 
Graisse normale à déduire 



Graisse. 
0,045 



i55 



o, i4o 



,040 



Différence -+- 0,17 

Le riz digéré renfermait : graisse. . . 0,02 



Differ 



o,35 



Ainsi il y a eu o gr ,35 de la graisse appartenant à l'ali- 
ment qui ont été appropriés par le canard en vingt-quatre 
heures; soit un peu plus de 1 centigramme par heure. 



Assimilation ou combustion respiratoire de l'aliment. 

er 
Retiré ou sorti de l'appareil digestif 1 4 ,50 

Matières intestinales et déjections normales 5, 12 

Matières retrouvées dans les intestins et les déjections. 9)44 

Riz sec digéré n 2 , 32 

Assimilé ou brûlé en vingt-quatre heures 102,88 

Par heure 4j 2 9 

V. 22 






( 338 ) 

La composition du riz, privé d'humidité, peut être re- 
présentée par : 

Amidon ou substances analogues 80^20 

Albumine è'68 

Matière grasse o ' 46 

Ligneux et cellulose , ' , 

Substances minérales o 56 

100,00 
Dans les 4& T , 29 d'aliments assimilés par heure, il entre 
2 gr ,82 d'amidon et 0^,37 d'albumine, matières qui, réu- 
nies, renferment à très-peu près 2 grammes de carbone. 
Examinons maintenant si ces 2 grammes de carbone suf- 
fisent pour satisfaire aux besoins de la respiration. 

Un canard, pesant i k &,3o, brûle par jour, en respirant, 
22 grammes de carbone (1). Les canards, sujets des expé- 
riences actuelles, pesaient, en moyenne, 1^,09; on peut 
donc supposer qu'ils brûlaient, par jour, 18 grammes de 
carbone ; soit, par heure, os% 7 5. Or, comme dans l'aliment 
assimilé dans le même espace de temps il entrait 2 grammes 
de ce combustible, on voit que la ration de riz satisfaisait 
amplement aux exigences de la respiration, et qu'on peut 
la considérer comme très-convenable. C'est, d'ailleurs, ce 
que l'expérience confirme; car, dans une autre occasion, 
j'ai nourri parfaitement des canards, qui pesaient i k &,33, 
avec une ration de riz moins forte. J'ai répété l'expérience 
dont je viens de donner les résultats, en la faisant durer 
moins de temps. 

SIXIÈME EXPÉRIENCE. 

Canard gavé avec du riz. 

A 7 3o m du matin, on a commencé à gaver avec du riz 
trempé; à 4 heures de l'après-midi, on a donné le reste de 

(') Recnailt et Reiset, Annales de Chimie et de Physique, 3 e série, 
t. XXVI. 



■■ 



( 33 9 ) 
l'aliment : le canard a été tué à 10 heures du soir. Il y avait 
eu ioo grammes de riz d'ingérés; mais, comme on en are- 
trouvé i2S r ,55 d ans l'œsophage, le riz digéré se réduit à 
87 gr ,55, représentant y& r ,56 de substance sèche. 
On a retiré : 

Humide. 

Du ventricule et du gésier i3 r 83 

Des intestins 2 3 53 

Des cœcums (matière verte alcaline). . » 

Déjections u 



Graisse totale. . . 
Graisse normale. 



Sec. 

er 

9>7 6 

5,41 

0,27 

2,00 

'7>44 



Graisse. 

o,o65 



0,280 
o,o85 



0,43 
0,17 



Différence -4-0,26 

Dans les 87^, 45 de riz ingéré, graisse o , 35 

Différence — °>°9 

assimilation ou combustion de l'aliment. 

Retiré ou sorti de l'appareil digestif i n* AA 

Matières intestinales et déjections normales 4 >0 8 

Matières retrouvées dans les intestins et les déjections. . 7i~36 
Riz sec digéré 7 5,56 

Assimilé ou brûlé en quinze heures „ D2 2Q 

Par heure 4^5 

Ces deux résultats sont dans le même sens; il y a eu, à fort 
peu de chose près, la même quantité de matières introduites 
dans l'organisme; seulement la graisse qui manque, dans 
la sixième expérience, pour compléter celle que l'aliment 
a introduit, est moindre. Il est cependant à présumer que 
l'absorption de la matière grasse est plus prononcée que ne 
l'indique l'observation ; il ne suffit pas, en effet, de re- 
trouver un peu moins de graisse que n'en contenaient les 
aliments digérés pour conclure contre sa formation pendant 

22. 






( 34o ) 

la digestion. Une égalité parfaite me semblerait même une 
présomption en faveur de la production delà matière grasse, 
car il est peu naturel de supposer qu'aucune partie de cette 
matière n'est absorbée, durant le trajet, à travers le tube 
intestinal. Pour apprécier la quantité de graisse enlevée à 
la nourriture pendant son passage dans l'appareil digestif, 
j'ai donné des aliments dans lesquels il entrait une notable 
proportion de matières grasses. 



SEPTIÈME EXPÉRIENCE. 

Canard gavé avec du fromage. 

Le fromage avait été obtenu en faisant cailler du lait 
écrémé; fortement exprimé, il contenait o,358 de sub- 
stances sècbes, y compris 0,074 de beurre. Au nombre de 
ces substances se trouvait nécessairement du sucre de lait, 
puisqu'on avait mis à la presse sans lavage préalable. 

Depuis 9 h 3o m du matin jusqu'à 4 heures de l'après-midi, 
on a donné à un canard 120 grammes de fromage pressé, 
équivalant à 4 2?I \96 de fromage sec. L'animal a été tué 
à 9 beures du soir; on a retiré de son œsophage des mor- 
ceaux de fromage qui, après une complète dessiccation, ont 
pesé 4 61 ? 9^. Le ventricule renfermait une pulpe assez gros- 
sière; le gésier une pâte liquide, acide. A l'origine de l'in- 
testin grêle, la matière avait la même fluidité, la même aci- 
dité, le même aspect que celle trouvée dans le gésier; plus 
avant, le chyme prenait une teinte verte, tout en conser- 
vant sa liquidité et son acidité. Dans le gros intestin, on 
rencontrait une pâte épaisse verte, à peine acide, et fétide. 
Durant la dessiccation de la matière extraite des intestins, 
surtout vers la fin, il s'est développé une odeur de viande 
rôtie extrêmement intense. J'ai toujours observé cette 
odeur, même en desséchant la matière provenant des in- 
testins des canards inaniliés. Les déjections étaient très- 
liquides et chargées d'acide urique. On a retiré : 



( M • ) 



Humide. 



Du ventricule et du gésier 10,73 4>68 

Des intestins 1 5 , 2.5 3 , a5 

Déjections » 5, 00 



Graisse totale. . 
Graisse normale. 



Sec. Graisse. 
o,58 



I2,C)3 



Différence 

Dans les ?.8 sr ,o3 de fromage sec ingéré : graisse. 



Graisse de l'aliment absorbée en onze heures et demie 

Par heure 



0,82 
0,14 



',54 
0,17 

',3 7 
7- 8 7 

6,5o 
0,57 



I 



I 



assimilation ou combustion de l'aliment. 

Retiré ou sorti de l'appareil digestif 

Matières intestinales et déjections normales 



Matières retrouvées dans les intestins et les déjections. . 
Fromage sec digéré 



Assimilé ou brûlé en onze heures et demie . 

Par heure. 



12, g3 
3,67 

9,26 

38, o3 

28,77 
2,5o 



Les 2 gr ,5o de matière alimentaire assimilés peuvent se 
décomposer, d'après ce qui vient d'être constaté, en o gl ',57 
de graisse contenant o gr , 46 de carbone, et en i sr ,o3 de ca- 
séum en renfermant i 8 ',o4. C'est donc, par heure, i gr ,5 
de carbone qui intervient dans la nutrition. Ce nombre est 
même un minimum, car l'acide urique excrété contient, à 
poids égal, moins de carbone que n'en renferme le caséum 
qui a participé à sa production. Au reste, i gI ',5 de carbone 
est déjà plus que suffisant pour entretenir la combustion 
respiratoire. J'ajouterai encore que la graisse assimilée ne 
porte pas seulement du carbone daus l'organisme : elle y 
introduit, en outre, de l'hydrogène, contribuant à la pro- 



( 342 ) 

duction de la chaleur animale. Aussi le fromage est-il re- 
connu pour irès-nutritif, et l'on sait tout le parti qu'on en 
tire dans la pratique pour provoquer chez les jeunes ani- 
maux un développement rapide de chair et de graisse. 

Nous venons de reconnaître qu'il y a euj par heure 
absorption de 0^,57 de graisse, lorsque celte matière était 
unie, pour quelques centièmes, à un corps aussi azoté et 
aussi apte à la nutrition que l'est le caséum. Il devenait 
intéressant de rechercher la limite de cette absorption en 
donnant comme aliment une substance essentiellement 
formée de graisse. * 






HUITIÈME EXPÉRIENCE. 

Canard gavé avec du lard. 

Le lard fumé qui a servi dans cette expérience contenait, 
séparé de la couenne : 

Graisse 96^3 

Tissu cellulaire 1 ,o 

Sel marin 1 } 

Humidité in 

100,0 

A 8 heures du matin, on a commencé à gaver. Le ca- 
nard a reçu 5o grammes de lard; on l'a tué à 8 heures du 
soir, quand on fut assuré que son jabot était vidé. Le gésier 
ne renfermait qu'une légère quantité d'une matière jaune 
et acide. Les deux intestins étaient remplis par un chyme 
assez liquide dans l'intestin grêle, beaucoup plus épais dans 
le gros intestin, d'un gris clair, opalin et faiblement acide. 
Les ccecums se trouvaient très-distendus par un liquide 
vert très-fétide. Les déjections ont été extrêmement abon- 
dantes, parce que l'animal avait beaucoup bu : elles étaient 
acides et recouvertes d'une couche de graisse figée. 



M 



( 343 ) 

On a retiré : 

Humide. Sec. Graisse. 

. , gr R r gr 

Du ventricule et du gésier o ,4o 0,10) 

Des intestins 16,89 ^,09 ( ' ' 

Des cœcums 1,00 0,84 0,71 

Déjections » 38,47 36,87 

42, 5o 

Graisse totale 38,25 

Graisse normale 0,17 

„. Différence -4-38, 08 

Dans le lard ingéré il y avait : graisse 48, i5 

Graisse absorbée en douze heures 10,07 

Par heure o ,84 

Assimilation ou combustion de f aliment. 

Retire ou sorti de l'appareil digestif 4 2 >5o 

Matières intestinales et déjections normales 3,85 

Matières retrouvées dans les intestins et les déjections. . 38,65 
Lard sec ingéré ^q, i5 

Assimilé ou brûlé en douze heures 10, 5o 

Par heure o , 88 

Il y a eu o sr ,84 de graisse absorbés dans une heure. 
C'est, à très-peu près, la quantité assimilée dans mes ex- 
périences antérieures, lorsque j'ajoutais aux 125 grammes 
•de riz donnés au canard 60 grammes de beurre; la graisse 
fixée dans un jour s'est élevée à 19 ou 20 grammes : soit 
o gr ,8i par heure. 

En comparant les matières sèches de l'aliment à celles 
retirées des intestins, ou sorties avec les déjections, on voit 
que de la graisse seule a été absorbée. Le lard privé de 
maigre est évidemment une nourriture insuffisante, non- 
seulement parce qu'il ne renferme pas assez de principes 
alimentaires azotés, mais aussi parce que la graisse qu'il 



( 344 ) 

fournit à l'organisme y porte à peine la dose de combustible 
nécessaire à la respiration. Les oS',88 de lard assimilé par 
heure contiennent au plus 0^,7 de carbone; l'hydrogène 
qui s'y trouve équivaut à environ oS r ,3 de ce combustible, 
en tout 1 gramme de carbone, lorsque, dans le même 
temps, l'animal en brûle o% T , ^5. 

On trouve, en déhnitive, que la graisse, quand elle est 
donnée seule, n'est pas absorbée en proportion plus forte 
que lorsqu'elle est mêlée à un aliment très-riche en amidon. 
J'ai dû examiner s'il en serait encore ainsi dans le cas où la 
matière grasse se trouverait intimement unîe à un principe 
azoté, comme cela a lieu pour la plupart des graines oléa- 
gineuses, qui possèdent, au plus haut degré, la faculté de 
nourrir et d'engraisser les animaux. 

NEUVIÈME EXPÉRIENCE. 

Canard gavé avec du cacao. 

J'ai fait d'inutiles tentatives pour ingérer du lin ou du 
colza : ces graines pénétraient dans la trachée, et les ca- 
nards mouraient par suffocation. Je me suis alors décidé à 
employer des semences de cacao; celles dont je me suis 
servi renfermaient : 

Beurre extrait par l'éther isTû. 

Légumine et albumine 20' 6 

Matières solubles dans l'eau 1 3 *£ 

Ligneux et cellulose (coques) q'b 

Eau 8,'o 

100,0 
Je n'ai pas recherché la théobromine. Après avoir constaté 
la présence de la légumine et de l'albumine, j'ai dosé ces 
matières par une détermination d'azote ('). 

(') 1^,072 de cacao ont donné : azote, 29 centimètres cubes; tempéra- 
ture, io», 3; baromètre, 760 millimètres. iS<-, 2 5o de cacao ont cédé à l'é- 
ther o6 r ,Go5 de beurre. 



( 345) 

A io heures du matin, on a commencé à gaver; le canard 
a été tué à 10 heures du soir. Dans cet intervalle, on avait 
ingéré 5o grammes de semence; dans le jabot, on en a re- 
cueilli 4 grammes, pesés après avoir été séchés à l'étuve. 
Les déjections étaient couleur de chocolat, cylindriques-, 
la partie liquide fort abondante, car l'animal a bu près de 
i litre d'eau distillée, avait une teinte jaune; ce liquide 
n'avait pas la réaction acide. 

Le ventricule et le gésier renfermaient une pâte brune 
assez sèche et acide. Le chyme ne possédait pas une couleur 
uniforme : sur quelques points il était lactescent ; sur d'au- 
tres, particulièrement dans le gros intestin, il ressemblait 
exactement à du chocolat épais; sur toute la longueur du 
tube intestinal, il y avait une très-faible réaction acide. 
On a retiré : 

Humide. Sec. Graisse. 
gr çr er 

Du ventricule, gésier et intestins 14,00 3,o5 i,oo 

Déjeciions » 21 ,90 1 1 ,4° 

24,95 

Graisse 1 2 ,4o 

Graisse normale o , 1 7 

Différence -+- 12, 23 

46 grammes de cacao, matière sèche 4 28r >32, conte- 
naient : graisse 22,27 

Graisse absorbée en douze heures 10, o4 

Par heure o , 83 

assimilation ou combustion de Valiment. 

Retiré ou sorti de l'appareil digestif 24 ,95 

Matières intestinales et déjeciions normales 3,85 

Matières retrouvées dans les intestins et les déjections. . 21 , 10 
Cacao sec ingéré • 4 2 > ^2 

Assimilé ou brûlé en douze heures 21 ,22 

Par heure 1 ,77 






( 346 ) 

o& r , 83 de beurre de cacao doivent contenir environ oS r 66 
de carbone, i gramme delégumine, qui complète la quan- 
tité de matière alimentaire assimilée ou brûlée dans une 
heure, en renferme oS r ,5i; on a donc, pour le carbone 
introduit par heure dans l'organisme, i*,^. Comme 
le cacao est considéré avec raison comme une substance 
alimentaire au plus haut degré, j'ai fait une seconde expé- 
rience pour constater de nouveau l'assimilation de celte 
matière. 

DIXIÈME EXPÉRIENCE. 

Canard gavé avec du cacao. 

Depuis 7 heures du matin jusqu'à i heure de l'après- 
midi, un canard a reçu 3 1^,7 de cacao. Après la mort, on 
a extrait du jabot 8 grammes de semences; il reste alors 
23^, 7 pour le poids du cacao digéré ou en voie de diges- 
tion. On a retiré : 

Humide. Sec. 

Du ventricule et du gésier 6 B ,o 9 2^89 

Des intestins 28>20 ^ 

Dé J ections » 9,90 

17,39 
Matières intestinales et déjections normales 3 Q 5 

Matières retrouvées dans les intestins et les déjections. . 14,34 
Cacao ingéré, sec 2 , g Q 

Assimilé ou brûlé en douze heures h t$ 

Par heure i )2 4 

Ces expériences montrent que la quantité de graisse ab- 
sorbée dans un temps donné, par la paroi des organes 
digestifs, est sensiblement la même, quelle que soit la na- 
ture d'un aliment surabondamment chargé de principes 
gras. Ainsi, le cacao renfermant la moitié de son poids de 
matière butyreuse, le lard, le beurre mêlé au riz ont 
fourni, par heure, à très-peu près, 8 décigrammes de 






( 347 ) 
graisse. C'est à cette quantité que paraît se borner, pour 
le canard, la faculté absorbante des organes. On voit par là 
qu'il ne faudrait pas dépasser une certaine limite dans la 
proportion des matières grasses à introduire pour améliorer 
une ration destinée à provoquer l'engraissement, puisque, 
au delà de cette limite, la graisse passerait en pure perle 
dans les excréments. 

L'absorption d'une certaine quanti té de substances grasses 
pendant la nutrition étant un phénomène constant, pour 
rechercher s'il y a production de graisse durant la diges- 
tion, il convient d'expérimenter avec des matières qui en 
soient totalement privées; car si, après la digestion de sem- 
blables matières, la graisse fournie par le chyme ou par les 
déjections n'excède pas celle que nous savons exister dans 
les mêmes circonstances quand l'animal ne reçoit aucune 
nourriture, on aura, sinon une preuve, du moins de très- 
fortes raisons pour admettre qu'il n'y a pas eu développe- 
ment de principes gras dans l'appareil digestif: en effet, 
comme je l'ai déjà fait remarquer, il serait peu naturel de 
supposer que la graisse produite ait été absorbée en tota- 
lité. Pour conclure à la formation de la matière grasse, il 
faudra nécessairement que la graisse extraite après l'ali- 
mentation excède la graisse normale. 

Comme les aliments, abstraction faite de la matière 
grasse, sont essentiellement composés de deux ordres de 
principes, les substances nutritives azotées et celles qui ne 
renferment pas d'azote, j'ai successivement expérimenté 
avec de l'amidon, du sucre, de la gomme, puis avec de 
l'albumine et du caséum. 



ONZIÈME EXPÉRIENCE. 

Canard gavé avec de V amidon. 

A 7 heures du matin, on a gavé un canard, à jeun de- 
puis trente-six heures, avec des fragments d'amidon. A 






( 348 ) 

midi, on en avait ingéré 60 grammes, représentant 5i6%78 
d'amidon sec. On a tué le canard à 4 heures de l'après- 
midi : il ne restait rien dans le jabot. Ventricule, matière 
pultacée jaune et acide; gésier, vide; intestins, liquide 
homogène, jaune pâle, acide, devenant plus épais dans le 
gros intestin; déjections, jaunes, très-liquides, acides, 
peu de matière urique; matière verte analogue à celle des 
coecums : mucus assez abondant. On a retiré : 

Humide. Sec. Graisse. 



Du ventricule ,8o 

Des intestins 20,22 

Déjections » 



0,20 
3,62 
4,oa 



gr 

0,006 
o,i38 
o,o35 



Graisse 0,179 

Graisse normale lr . 

Différence +0 ,009 

La graisse trouvée dans l'appareil digestif et dans les 
déjections n'excède pas la graisse normale ; du moins la 
différence est de l'ordre des variations que présente la ma- 
tière grasse observée dans les intestins et les déjections des 
canards privés de nourriture. 



assimilation ou combustion de l'aliment. 

Retiré ou sorti de l'appareil digestif n "'s^ 

Matières intestinales et déjections normales 3,89 

Matières retrouvées dans les intestins et les déjections. 4,45 
Amidon sec ingéré 5j „Q 

Assimilé ou brûlé en neuf heures An 33 

Par heure 4,26 

Les 5s r , 26 d'amidon portent dans l'organisme 2^,37 de 
carbone, quantité bien supérieure à celle qui est nécessaire 
pour entretenir la respiration pendant une heure. 






( 349 ) 

DOUZIÈME EXPÉRIENCE. 

Canard gavé avec du sucre. 

A 6 heures du malin, on a commencé à ingérer des 
morceaux de sucre bien sec. L'expérience a duré neuf 
heures. Une demi-heure après la première ingestion, le 
canard a eu une selle très-copieuse et très-liquide. On a 
donné 60 grammes de sucre. 

Les déjections renfermaient du sucre. On a retiré : 

Humide. Sec. Graisse. 
gr gr gr 

Des intestins et du gésier 11, 5o 2,80 0,110 

Déjections » 10,00 o,o55 

12,80 

Graisse o , 1 65 

Graisse normale 0,170 

Différence — o ,oo5 

assimilation ou combustion de V aliment. 

k'r 

Retiré ou sorti de l'appareil digestif ... 12,80 

Matières intestinales et déjections normales 3 ,3() 

Retrouvé 9î4 j 

Sucre sec ingéré 60 , 00 

Assimilé ou brûlé en neuf heures 5o,5g 

Par heure 5,6a 

5 Br ,6a de sucre renferment à très-peu près la quantité 
de carbone qui se trouve dans les 5 6r , 26 d'amidon assimilés 
dans l'expérience précédente. 

TREIZIÈME EXPÉRIENCE. 

Canard gavé avec de la gomme arabique. 

Les aliments contenant assez souvent des matières ana- 
logues à la gomme, je pensais que cette substance serait 



tt* 









( 35o ) 

absorbée aussi rapidement que l'avaient été l'amidon et le 
sucre; l'expérience n'a pas conGrmé cette prévision. 

On a ingéré 5o grammes de gomme arabique. Les dé- 
jections rendues en neuf heures étaient mucilagineuses, lé- 
gèrement acides; évaporées, elles ont laissé un résidu ayant 
les propriétés de la gomme; fortement desséché, il a pesé 
46 grammes. La presque totalité de la gomme avait donc 
échappé à la digestion. La matière sèche traitée par l'eau 
a donné uu léger résidu duquel j'ai extrait e r ,n d'acide 
urique. C'est cette quantité d'acide que rendrait, en neuf 
heures, un canard à l'inanition. 

Ces expériences rendent donc extrêmement vraisem- 
blable que le sucre, l'amidon, donnés seuls, ne produisent 
pas de graisse pendant leur séjour dans l'appareil digestif, 
et, de plus, elles établissent que ces mêmes matières sont 
absorbées avec une rapidité telle, qu'elles apportent dans 
l'organisme plus d'éléments combustibles qu'il n'en faut 
pour entretenir la respiration. J'examinerai maintenant 
comment se comportent les principes azotés alimentaires 
quand ils sont administrés isolément. 

QUATORZIÈME EXPÉRIENCE. 

Canard gavé avec de V albumine. 

A un canard qui n'avait reçu aucune nourriture depuis 
trente-six heures on a donné du blanc d'oeuf durci par la 
chaleur : 

A 9 heures du matin (J * r 

A 1 1 heures du matin Q Q 

A 2 heures de l'après-midi 5 

A 4 heures et demie 5 

A 7 heures et demie 5 Q 

270 

Le canard a été tué à 9 heures du soir; on a retiré du 



( 35i ) 

jabot 69s', 35 de blanc d'oeuf; reste 20o sr ,65. Par une 
longue dessiccation, on a trouvé que le blanc d'oeuf renfer- 
mait o, i38 de matière sèche ; soit 27^,69 pour aoo 6r ,65. 

Deux heures après la première ingestion, il y a eu une 
selle abondante chargée d'acide urique. Le canard n'a pas 
bu, ce qui s'explique par la forte proportion d'eau que re- 
tient l'albumine coagulée. 

Dans le ventricule et le gésier, l'aliment se trouvait en 
morceaux enveloppés d'une pâte glaireuse, jaune et acide; 
le chyme de l'intestin grêle était assez fluide, homogène et 
d'un vert foncé; la fluidité diminuait en avançant vers le 
gros intestin. Avant le point de jonction des coecums, le 
tube intestinal était fortement distendu, sur une longueur 
de 5 centimètres, par un gaz fétide. Au delà, dans la direc- 
tion du cloaque, on retrouvait une matière verte, très- 
épaisse, d'une odeur désagréable; elle ramenait au bleu le 
papier rougi de tournesol. On a retiré : 

Humide. Sec. Graisse. 

$r gr jr 

Du ventricule et du gésier i3,23 6,o3 o,o3 

Desintestins 23,73 4> 2 8 0,27 

Déjections ,. 7,40 0,07 

16,71 0,37 

Graisse jaune, consistance du beurre 0,37 

Graisse normale 0,17 

Différence -t-0,20 

Ainsi nous trouvons un excès de 2 décigrammes sur 
la graisse normale, et cet excè? doit être un minimum, 
puisqu'il y a toujours de la graisse absorbée pendant le pas- 
sage du bol alimentaire dans le tube intestinal. Si cet excès 
avait pour origine la matière appartenant au blanc d'œuf, 
il faudrait que celui-ci en contint 0,006; or une sem- 
blable proportion ne saurait passer inaperçue, puisqu'en 
traitant par l'éther, comme on l'a fait, 2 grammes de blanc 









(35* ) 

d'œuf desséché, réduit en poudre impalpable, on en aurait 
extrait oS%oi2 de matière grasse, tandis qu'en réalité cette 
matière n'a pas pesé tout à ^ait i milligramme. 

Assimilation ou combustion de l'aliment. 

Retiré ou sorti de l'appareil digestif 16*7 i 

Matières intestinales et déjections normales. . . 3 , "3 

Retrouvé ,2,98 

Albumine sèche ingérée 27 60 

Assimilé ou brûlé en douze heures '4,"! 

Par heure t j2 3 

i Br , 23 d'albumine, fixée dans l'organisme, en une heure 
de temps, contiennent au plus o« r , 67 de carbone, lors- 
que l'animal en consume oS r , 7 5. L'albumine serait donc, 
au point de vue de la combustion respiratoire, un aliment 
insuffisant. 

La difficulté qu'il y a à ingérer du blanc d'œuf coagulé, à 
cause de son volume, m'a engagé à répéter cette expérience 
eu employant du blanc d'œuf privé d'une partie de son 
humidité par une dessiccation préalable. 



QUINZIÈME EXPÉRIENCE. 

Canard gavé avec de l'albumine. 

Le blanc d'œuf, coupé en morceaux, a été placé dan» 
une étuve. En diminuant de volume, les morceaux sont 
devenus transparents sur les bords tout en restant opaques 
au centre. On a fait prendre au canard 223 grammes de 
blanc d'œuf qui, après la dessiccation partielle, ne pesèrent 
plus que 42S r ,5o-, mais, comme ce blanc d'œuf coagulé ne 
contient que 0,1 38 de substance sèche, les 42^, 5o ne 
renfermaient réellement que 3iS r ,o5 d'albumine entière- 
ment privée d'eau. 

On a commencé à gaver à 6 heures du matin. On a tué le 



(353] 

canard à g heures du soir. On a ôté du jabot des morceaux 
qui, desséchés, ont pesé, en poudre, 5 S ',88 ; l'albumine 
sèche digérée est ainsi réduite à 2$ %T ,ij. 

Les matières contenues dans les intestins, les déjections, 
se sont présentées avec les mêmes caractères que dans l'ex- 
périence précédente; la seule différence à signaler, c'est 
qu'il n'y avait pas de gaz accumulés dans le tube intestinal. 
On a retiré : 



Humide. 

er 

4,5o 
i5, 79 



Sec. 



3,74 
6,40 



Du ventricule et du gésier. 

Des intestins 

Déjections » 

10, 14 
Graisse presque blanche, consistance du beurre. 
Graisse normale. 



Graisse. 
0,4o 

o, i3 



o ,53 



Assimilation ou combustion de V aliment. 

Retiré ou sorti de l'appareil digestif io, 14 

Matières intestinales et déjections normales. ... 4' t '3 

Retrouvé 6 , 1 7 

Albumine sèche ingérée 25, 17 

Assimilé ou brûlé en quinze heures ... iy,oo 

Par heure 1 ,27 

Ici encore, les éléments de l'albumine introduits dans l'or- 
ganisme, et qui n'ont pas reparu dans les excréments, ne 
contiennent pas assez de carbone pour satisfaire à la respi- 
ration. 

SEIZIÈME EXPÉRIENCE. 

Canard gavé avec du caséurn pur. 

Le fromage contenant encore du beurre et qui n'est pas 
complètement privé de sucre de lait est un aliment des 
plus substantiels. Nous avons reconnu, en effet, quece fro- 
V. 23 



^M 






( 354 ) 
mage présente, pendant le temps de son séjour dans l'orga- 
nisme, des éléments bien suffisants pour la nutrition. Il 
devenait intéressant d'étudier l'action du caséum séparé 
des deux matières qu'il retient ordinairement, alors même 
qu'on le prépare avec du lait privé de crème. 

J'ai lavé à grande eau du caillé de lait écrémé, afin d'en- 
lever la lacline; je l'ai soumis à la presse, puis, pendant 
plusieurs jours, je l'ai traité par l'éther dans un appareil de 
déplacement, jusqu'à ce qu'il ne cédât plus de beurre au 
dissolvant. J'ai considéré la purification, qui dura près de 
quinze jours, comme terminée, quand la matière, séchée 
et réduite en poudre extrêmement fine, n'abandonna plus 
la moindre trace de graisse à l'éther. Le oaséum, après avoir 
été exposé à l'étuve pour volatiliser l'éther adhérent, se 
présentait à l'état d'une poudre blanche, inodore, insipide, 
contenant oS r , 7 32de substance sèche, la dessiccation étant 
opérée à no degrés. Sous cet état pulvérulent, il eût été 
impossible de l'ingérer ; pour lui donner une consistance 
convenable, j'ai versé dessus de l'eau bouillante. Le caséum 
s'est pris alors en une masse élastique, ayant par son aspect 
de l'analogie avec le gluten. Celte masse exprimée forte- 
ment dans un linge a pu être moulée et coupée en mor- 
ceaux. 

A 6 heures du matin, j'ai commencé à gaver un canard 
qui avait passé trente-six heures sans manger; à 6 h 3o m du 
soir, l'animal a été tué 5 il avait pris une quantité de caséum 
humide renfermant 5 7 s r , 06 de matière sèche ; mais, comme 
j'ai extrait du jabot 20§ r ,o3 de caséum pesé après dessicca- 
tion, le caséum sec, soumis à la digestion, pesait 376', G 3. 
A 8 heures du matin, le canard avait déjà rendu en abon- 
dance des déjections visqueuses, formées d'un liquide pres- 
que incolore, acide, dans lequel on voyait de la matière 
verte des cœcums et de l'acide urique; à 1 1 heures, les par- 
ues blanches d'acide urique étaient en très-grande quantité. 
Dans le ventricule, les morceaux de caséum se trouvaient 






( 355 ) 

comme usés à leur surface enveloppée d'un liquide jaune et 
très-acide. Cette pulpe acide se retrouvait dans le gésier, 
mêlée, comme cela arrive fréquemment, avec des grains de 
quartz et des fragments de verre. Dans l'intestin grêle, il y 
avait un chyme verdâtre assez fluide et acide; ce chyme 
était plus épais, plus foncé en couleur, moins acide dans le 
gros intestin. Le tube intestinal était rempli sur toute sa 
longueur. On a retiré : 



Humide. 
20,00 



Du ventricule et du gésier 

Des intestins 1 1 ,23 

Déjections » 



Sec. 

9,5o 
2 ,22 
6,o5 

[ 7>77 



Graisse. 
gr 

o,o5 
o,3i 

o,oG 



Graisse d'un beau jaune, solide, cristalline 0,42 

Graisse normale o , 1 7 



Différence 4-0 , a5 

Cette graisse excédante est à peu près égale à celle qui a été 
obtenue par la digestion de l'albumine. 



Assimilation ou combustion de l'aliment. 

Retire ou sorti de l'appareil digestif '7)77 

Matières intestinales et déjections normales 4> 3 3 

Retrouvé 1 3 , 54 

Caséum sec ingéré 3^,03 

Assimilé ou brûlé en douze heures et demie. . . 33,4g 
Par heure 1 ,87 

Ce caséum contiendrait, s'il était parfaitement pur, 
1 gramme de carbone, quantité à peine suffisante pour 
entretenir la respiration de l'animal pendant une heure. 

23. 



( 356 ) 

DIX-SEPTIÈME EXPÉRIENCE. 

Canard gavé avec du caséum. 

Dans cette expérience, je me suis proposé de faire pren- 
dre une plus forte dose de caséum pur, et de constater si 
l'animal conserverait son poids sous l'influence de ce ré- 
gime. Le caséum a été préparé par la méthode que j'ai 
décrite, avec cette différence, que le lavage à l'éther a été 
effectué sur la matière préalablement desséchée et réduite 
eu poudre. 

i êr , 722 de ce caséum bien desséché, broyé et traité par 
l'éther, ont donné o gr ,ooi5 de graisse. 

Le 17 juillet, à 1 1 heures du matin, un canard, à jeun 
depuis trente-six heures, a pesé no5 grammes. On lui a 
ingéré, à plusieurs reprises, io3 sr ,2° de case'um pesé sec, 
mais préparé comme il a été dit précédemment. Le 19 juil- 
let, à 1 1 heures du matin, quand on l'a tué, le canard pe- 
sait io85 grammes, ayant ainsi perdu 20 grammes de son 
poids initial. Du jabot, on a ôté 7 ër ,o5 de caséum sec. Le 
caséum sec digéré devient alors §6**, 16. 

Le premier jour, l'animal a très-peu bu : aussi ses dé- 
jections étaient-elles assez consistantes, acides au moment 
de l'émission et très-chargées d'acide urique. Durant la 
nuit du i5 au 18, il a rendu près d'un demi-litre d'excré- 
ments très-liquides, mais dans lesquels il y avait toujours 
beaucoup d'acide urique. On a retiré : 

Humide. Sec. Graisse. 

_ ..... ? r e r 

Du ventricule et du gésier. . o,oo 0,10 ) 6r 

Des intestins 8,25 2,20 \ 

Déjections 690,00 38, 5o 0,27 

. . „4o>8o 

Graisse jaune solide o,5o 

Graisse normale 0,17 1 

? O 2D 

Graisse restée dans les 96 er ,i 5 de caséum. 0,08 ) 

Différence . -j-o , 25 



( 35 7 ) 

Assimilation ou combustion de V aliment. 

Retiré ou sorti de l'appareil digestif 4°>8° 

Matières intestinales et déjections normales. 7 ,86 

Retrouvé 32 ,g4 

Caséum sec ingéré 96 , 1 5 

Assimilé ou brûlé en quarante-huit heures. 63, 21 
Par heure 1 ,36 

Ces deux expériences s'accordent pour établir que le ca- 
séum absorbé est insuffisant pour la nutrition. Les pesées 
montrent aussi l'insuffisance de ce régime, puisque, en qua- 
rante-huit heures, après avoir digéré près de 100 grammes 
de caséum pur, le canard a perdu 20 grammes de son 
poids initial. 

Je viens de dire que le caséum a été absorbé. En effet, 
on n'en retrouve que des traces douteuses dans les excré- 
ments. La partie insoluble des déjections est presque entiè- 
rement formée d'acide urique; j'en ai retiré 2i gr ,i° d'acide 
pur et parfaitement sec. Au reste, ces déjections sèches 

renfermaient : 

er 
Graisse °> 2 7 

Acide urique 21,10 

Matières solubles 9>73 

Matières insolubles. ... 7 >4° 

38, 5o 

Dans les matières solubles figure l'ammoniaque, qui 
existe en quantité notable dans les déjections fraîches, 
ainsi que je m'en suis convaincu. Je ne m'attendais pas à 
constater une production aussi considérable d'acide urique : 
2i gr ,i de cet acide contiennent 7 gr ,6ode carbone, et repré- 
sentent, par conséquent, i4 8 S 2 ae caséum. Ainsi, près 
de \ du caséum digéré aurait été transformé et expulsé à 
l'état d'acide urique. 












( 353 ) 

DIX-HUITIÈME EXPÉRIENCE. 

Canard gavé avec de la gélatine. 
Depuis un Rapport fait à l'Académie des Sciences, au 
nom d'une Commission et par l'organe de M. Magendie, 
on est généralement porté à croire que la gélatine ne doit 
plus être rangée parmi les substances alimentaires. Sous 
l'empire de cette disposition, j'étais persuadé qu'en nour- 
rissant des canards avec de la colle-forte je retrouverais la 
totalité de cette matière dans les déjections. On verra, par 
les expériences suivantes, que cette prévision ne s'est point 
réalisée. 

J'ai employé de la colle-forte de Bouxwiller, où on la 
prépare avec les os des chevaux abattus dans l'établisse- 
ment. Cette colle est transparente, presque incolore; aussi 
est-elle recherchée par les restaurateurs pour la confection 
des gelées. Avant de l'ingérer, je l'ai fait gonfler dans l'eau. 
De 8 heures du matin à « heure de l'après-midi, un canard 
à jeun depuis trente-six heures a reçu 60 grammes de colle 
pesée sèche; on l'a tué à 5 heures. 

Les déjections formaient un liquide à réaction acide dans 
lequel on apercevait de la matière blanche insoluble, mé- 
langée à la substance verte des coecums; ce liquide précipi- 
tait par l'infusion de noix de galle; il s'y trouvait donc de 
la gélatine. On a retiré : 

Humide. Sec. 

Du ventricule et du gésier e J gr 

Des intestins 1, ," 

r, -• .. I I ,00 û ,01 

Déjections ' X 

J » ?.o,oo 

Retiré ou sorti de l'appareil digestif 3, 0I 

Matières intestinales et déjections normales 3 ' 2 8 

Retrouvé I 

Gélatine sèche ingérée 60 '00 

Assimilé ou brûlé en huit heures 3 2 2 _ 

Par heure ^' 02 



( 35 9 ) 

4 6r ,o2 de gélatine contiennent a gr ,o4 de carbone, tan- 
dis que le canard n'en brûle que i gr ,25 par heure; elle 
peut donc intervenir utilement pour la respiration, mais 
là ne se borne pas probablement le rôle de la gélatine. Des 
déjections, j'ai extrait 3 B '',4° d'acide urique; or, en huit 
heures de temps, un canard, en ne prenant aucune nour- 
riture ou en recevant comme aliment du sucre ou delà fé- 
cule, ne rend que o sr ,oo. du même acide. On est donc forcé 
d'admettre qu'une fois introduite dans l'organisme la gé- 
latine concourt à la formation de l'acide urique, en y éprou- 
vant une modification analogue à celle qu'y subissent l'al- 
bumine et le caséum. 

DIX-NEUVIEME EXPÉRIENCE. 

Canard gavé avec de la gélatine. 

Un canard, pesant à jeun 1129 grammes, a pris, en 
deux jours, 120 grammes de colle forte Le second jour, à 
jeun, il a pesé 1 i4o grammes; son poids était donc resté à 
peu près stationnaire après l'usage de ce régime. 

VINGTIÈME EXPÉRIENCE. 

Canard gavé avec de la gélatine. 
■ J'ai cru devoir répéter la dix-huitième expérience. On a 

retiré : Humide. Sec. 

gr gr 

Du ventricule et du gésier » » 

Des intestins 18,00 3,5o 

Déjections » 2 1 , 5o 

Retiré ou sorti de l'appareil digestif 25, 00 

Matières intestinales et déjections normales. ... 3 ,28 

Retrouvé 21 ,72 

Gélatine sèche ingérée 60,00 

Assimilé ou brûlé en huit heures 38,28 

Par heure 4 > 7^ 

J'ai extrait des déjections 4 e %4o d'acide urique pur 



M-i*, 






( 36o ) 

el sec; ainsi, par heure, sous l'influence delà colle comme 
nourriture, l'animal a rendu : 

Acide urique (moyenne) ' r / 

Sous l'influence du caséum (une expérience). . 0,44 

Il me parait évident que la gélatine n'est pas absolument 
dénuée de toute faculté nutritive. Sans doute on ne saurait 
la considérer comme un aliment complet, puisqu'elle 
manque des matières salines et terreuses, des phosphates 
indispensables dans la nutrition; peut-être aussi, malgré 
sa constitution azotée et bien qu'elle donne naissance à de 
l'acide urique, se borne-t-elle à remplir, dans l'alimenta- 
tion, le rôle utile du sucre et de l'amidon. Des recherches 
qui auraient pour objet d'apprécier à ce point de vue la 
valeur alimentaire de cette substance seraient, à mes yeux, 
du plus haut intérêt. 

VINGT ET UNIEME EXPÉRIENCE. 

Canard gavé avec de la fibrine. 
Les expériences mentionnées dans le Rapport de la Com- 
mission de la gélatine ont établi que cette dernière sub- 
stance n'est pas la seulequi soit imcomplétement nutritive. 
L'albumine, la fibrine sont tout aussi impropres que la gé- 
latine à l'alimentation prolongée, quand elles sont données 
à l'état de pureté. « Bien que des chiens, dit le Rapport, 
» eussent mangé et digéré régulièrement, chaque jour, 
» 5oo à 1000 grammes de fibrine, ils n'en ont pas moins 
» offert graduellement, par la diminution de leur poids, 
» par leur maigreur croissante, les signes d'une alimenta- 
» lion insuffisante, et l'un d'eux est mort d'inanition, 
» après avoir consommé tous lesjours, pendant deux mois, 
» un demi-kilogramme de fibrine; le sang avait presque 
» complètement disparu ('). » 



(') Macesd.e, Rapport de la Commission dite de la gélatine. {Comptes 
rendus des séances de l'Académie des Sciences, t. XIII, p. 16, ,98 et i3-j. 



( 36! ) 

Je crois avoir reconnu, dans le cercle à la vérité très- 
restreint de mes observations, pourquoi l'albumine et le 
caséum nourrissent insuffisamment. L'expérience que j'ai 
faite avecla fibrine me semble apporter une nouvelle preuve 
en faveur de mon opinion. 

Du bœuf bouilli, séparé de la graisse, a été divisé et ma- 
laxé dans un grand volume d'eau, où on l'a laissé séjourner 
vingt-quatre beures. L'eau a été renouvelée plusieurs fois. 
La fibrine a été fortement exprimée dans une toile; malgré 
les lavages, elle a conservé l'odeur qui caractérise la viande 
de bœuf cuite. 9 gr , i3 de fibrine exprimée, à l'état où elle a 
été ingérée, ont laissé, par une dessiccation opérée à 
i3o degrés, 3 S1 ',67 de matière sècbe; elle en renfermait 
0,042 : la fibrine sèche adonné 0,012 de cendres. 

De 9 beures du matin à 5 heures du soir, on a fait prendre 
à un canard 98 gr , 70 de fibrine humide ; soit, sèche, 39 e ' , 68. 
L'animal a été tué à io h 3o m , quand on eut reconnu que le 
jabot était à peu près vide ; il ne contenait plus que oS r ,yo 
de matière pesée après dessiccation. Les déjections ont été 
liquides, acides et abondantes en acide urique. 

Le chyme ressemblait à celui de la digestion du caséum. 
On a retiré : 

Humide. Soc. 

Du ventricule et du gésier » » 

Des intestins 1 4 , 5o 3 , 3o 

Déjections « i5,20 

Relire ou sorti de l'appareil digestif i8,5o 

Matières intestinales et déjections normales. ... 3,91 

Retrouvé ' 4 . 5 9 

Fibrine sèche ingérée 38 ,68 

Assimilé ou brûlé en treize heures et demie. . . 2 4, 19 

Par heure 1 >7^ 

1^,78 de fibrine ne renferment pas même 1 gramme de 



(36, ) 

carbone ; c'est à o«',a5 près le carbone éliminé en une heure 
par la respiration. 

J'ai obtenu des déjections 5^o 9 d'acide urique. Il s'y 
trouvait : J 

Acide urique 5^ 

Matières insolubles / 2I 

Matières soin blés 5™ 

l5,20 





VIMGT-DEUXIÈME EXPÉRIENCE. • 

Canard gavé avec un mélange d'albumine 
et de gélatine. 

Il restait à examiner si un aliment azoté, insufBsant à 
porter dans l'organisme les éléments combustibles néces- 
saires à la respiration, serait assimilé ou brûlé en moindre 
quant! té encore, lorsqu'il se trouverait associé à une sub- 
stance alimentaire facilement absorbable. J'ai, en vue de 
cet examen, ingéré un mélange d'albumine et de gélatine. 
Le sujet de cette expérience était un canard âgé de trois 
mois, à jeun depuis trente-six heures, pesant seulement 
910 grammes. A 8 heures du matin, on lui a fait prendre 
7 5 grammes de blanc d'oeuf et 3o grammes de gélatine, puis 
on l'a tué à midi. On a retrouvé dans le jabot 28 grammes 
de blanc d'oeuf, de sorte que la quantité digérée ou en voie 
de digestion se réduit à 4 7 grammes ; soit 6^,4 9 d'albumine 
sèche. On a retiré : 

Humide. Sec. 



Du gésier, intestins, etc ,8*50 

Déjections sèches 



6,90 
11 ,65 

i8,55 



( 363 ) 



Assimilation ou combustion des aliments. 

Retiré ou sorti de l'appareil digestif i8,55 

Matières intestinales et déjections normales. 2,8r 

Retrouvé 15,74 

Ingéré : albumine 6,4g I , fi , 

Gélatine 3o,oo j ,49 

Assimilé ou brûlé en quatre heures 20,75 

Par heure 5 , 19 

D'après la composition de l'aliment mixte ingéré, ces 
5 gr ,i9 devaient renfermer : 

gr 

Albumine 0,92 

Gélatine 4 > 2 ^ 

On voit, par ce résultat, que ces deux substances réunies 
sont assimilées ou brûlées dans une proportion peu diffé- 
rente de celle que l'on a trouvée pour chacun des aliments. 
Nous avons constaté, en effet, que, chez un canard du poids 
de i3oo grammes, l'assimilation ou la combustion a été 
par heure : 

gr 

Pour la gélatine. . . 4>;8 
Pour l'albumine. . . 1,23 



VINGT-TROISIÈME EXPÉRIENCE. 



Ch 



iair muscu 



lai) 



■e. 



La chair musculaire, dans laquelle la fibrine, la gélatine 
sont associées à des sels alcalins à acides organiques, à des 
phosphates, à de la graisse et à de la matière colorante du 
sang, est alimentaire au plus haut degré. J'ai été étonné 
de la rapidité avec laquelle elle a été digérée dans l'expé- 
rience dont je vais rapporter les détails; j'ajouterai que 




( 364 ) 
c'est de tous les aliments avec lesquels j'ai expérimenté 
le seul qui ait été accepté par les canards; il n'a pas été 
nécessaire de les gaver. 201 grammes de viande crue de 
boeuf ont été pris par un canard, entre 9 h 3o m du matin 
et i h 3o m de l'après-midi. A 7 h 3o m du soir, il n'y avait plus 
rien dans le jabot ; c'est alors qu'on a tué l'animal. 

Les déjections ont été assez liquides ; acides au moment 
de l'émission, très-cbargées d'acide urique. 

Par une dessiccation longtemps prolongée, la chair a 
fourni o, 2 38 de substance sèche; soit 4f% 84 pour 201 
grammes. On a retiré : 

Humide. Sec. 

Dl > gésier f, r » r 

Des int <*tins l5>IO ^ go 

Dé J ections » 20,08 

Retiré ou sorti de l'appareil digestif 22,08 

Matières intestinales et déjections normales. 3 ,62 

Retrouvé ,„ 2c 

19,00 

Viande sèche ingérée /'_ 0/ 

Assimilé ou brûlé en onze heures 28 48 

Par heure 2,59 

En évaluant à s r ,53 le carbone de la chair musculaire 
sèche, en raison de la graisse qui pouvait s'y rencontrer, 
on voit que, par heure, cet aliment a porté dans le système 
environ iS r ,4 d'éléments combustibles, c'est-à-dire bien 
plus qu'il n'en fallait pour la respiration. J'ai retiré des 
déjections : 

Acide urique sec 8,68 

Matières insolubles 5,32 

Matières solubles. , . ... 6,80 

20,80 

Je n'ai pas réussi à constater la présence de l'urée dans 



( 365 ) 

ces déjections-, je me suis assuré aussi qu'elles ne contien- 
ne\ pi is d'acide hippurique. 

rj' a .orès les vues de M. Dumas sur la digestion, cette 
foncî- on comprend deux ordres de phénomènes : elle rem- 
place les matériaux du sang incessamment détruits par la 
respiration, en même temps qu'elle restitue ou qu'elle 
ajoute de nouvelles parties à l'organisme. Les produits de 
la digestion doivent donc suffire, d'une part, à la combus- 
tion respiratoire, source de la chaleur animale, et de l'autre 
à l'assimilation. En effet, chaque être vivant, pour assurer 
son existence, doit développer dans un temps donné une 
certaine quantité de chaleur; il lui faut, par conséquent, 
des aliments combustibles et des aliments plastiques pour 
réparer les pertes de matière occasionnées par les sécré- 
tions qui ne cessent pas de se manifester, même durant la 
diète la plus absolue. 

Les résultats exposés dans ces recherches, en montrant 
que l'albumine, la fibrine, le caséum, bien qu'absorbés en 
proportions considérables par les voies digestives, ne four- 
nissent pas toujours assez d'éléments combustibles à l'or- 
ganisme, expliquent, selon moi, pourquoi ces mêmes sub- 
stances, si éminemment propres à l'assimilation , deviennent 
cependant des aliments insuffisants quand elles sont données 
seules. Pour qu'elles nourrissent complètement, il faut 
qu'elles soient unies à des matières qui, une fois parvenues 
dans le sang, y brûlent en totalité, sans se transformer en 
corps que l'organisme expulse aussitôt, comme cela arrive 
à l'urée et à l'acide urique; aussi ces substances alimen- 
taires essentiellement combustibles, comme l'amidon, le 
sucre, les acides organiques, et je me hasarde à y joindre la 
gélatine, entrent-elles toujours pour une proportion plus 
ou moins forte dans la constitution des aliments substan- 
tiels. Ce sont les aliments respiratoires dont le rôle princi- 
pal est de contribuer à la production de la chaleur animaleet 
d'économiser, en quelque sorte, les matériaux azotés, plus 




( 366 ) 
spécialement destinés à l'assimilation. J'ajouterai que si 
comme chacun sait, les substances albuminoïdes ne F *L. m 
pas être remplacées en totalité dans l a nutrition Àj% 
matières non azotées, elles ne peuvent pas davanta£ v étre 
substituées totalement à ces dernières, et que, de toute 
nécessité, l'albumine, la fibrine, le caséum, pour devenir 
une nourriture substantielle, doivent être associés à un ali- 
ment respiratoire. 



( 36 7 ) 



RELATION 



EXPÉRIENCE ENTREPRISE POUR DÉTERMINER L'INFLUENCE QUE LE SEL, 

AJOUTÉ A LA RATION, 

EXERCE SUR LE DÉVELOPPEMENT DU BÉTAIL. 



On sait avec quelle avidité le sel est recherché par les 
herbivores : aussi, dans les grands pâturages de l'Europe 
et de l'Amérique méridionale, on le considère comme in- 
dispensable à l'élève du bétail. Cependant Mathieu de 
Dombasle a contesté l'absolue nécessité du sel pour l'entre- 
tien de la race bovine. 

La soude se rencontre dans tous les fluides animaux. 
Aussi, au point de vue physiologique, peut-on admettre 
qu'un sel de soude est nécessaire, indispensable même dans 
l'alimentation, et il devient tout naturel de voir, dans 
l'usage modéré du chlorure de sodium, un puissant moyen 
hygiénique. C'est dans ces limites que j'ai toujours compris 
l'utilité du sel marin, et, chaque année, nous en faisons 
consommer dans nos étables 3oo à 4oo kilogrammes; mais 
ce que je ne comprends pas, ce sont ces opinions exagérées 
qu'on a émises sur les facultés alimentaires du sel. Je ne 
crois pas, par exemple, que 3 kilogrammes de foin addi- 
tionnés de sel nourrissent autant que 4 kilogrammes du 
même fourrage donnés sans assaisonnement; que, par son 
intervention dans une ration, i kilogramme de sel déve- 
loppe 10 kilogrammes de chair ou de graisse. Au reste, on ne 
trouve nulle part la preuve de ces assertions, et j'entends 
par preuve, en matières agricoles, un résultat précis ob- 
tenu à l'aide de la balance; mais, comme on ne trouve pas 







( 368 ) 

davantage la preuve de l'opinion contraire, j'ai cherché 
à déterminer, par une expérience directe, quelle est l'in- 
fluence du sel dans la nutrition du bétail. 

J'ai choisi dans nos étables six jeunes taureaux ;}yant à 
peu près le même âge et le même poids. Je les ai répartis 
en deux lois, ainsi qu'il suit : 



Lot n° i . 

A, âgé de 8 mois, a pesé à jeun, le i er octobre. 

B, âgé de 8 » u 

C, âgé de 7 ■ » 

Poids initial du lot n° i . 



142 
i4 7 
i45 

434 



kg 



Rationné à 3 pour 100 du poids vivant, ce lot a reçu 
pour nourriture : 

kg 

Du 1" au 25 oct. inclusiv,, par jour. . . i3 de foin et regain. 
Du 26 octobre au i3 novembre 14 » 

Dans les quarante-quatre jours d'expérience, il a été 
consommé 5gi kilogrammes de fourrage : chaque jour ce 
lot a reçu 102 grammes de sel; par tête, 34 grammes. 



tt 



Lot n° 2. 

A', âgé de 10 mois, a pesé à jeun, le I er octobre. . . 140 
B', âgé de8| » i _ l35 

C, âgé de 10} .. » . . . i3a 

Poids initial du lot n° 2. . . 407 
Rationné à 3 pour 100 du poids vivant, ce lot a reçu : 

kg 

Du i el au 25 oct. inclusiv., par jour. 12, 5 de foin et regain. 
Du 26 octobre au 1 3 novembre i3,5 ». 

Dans les quarante-quatre jours, il a été consommé 569 ki- 
logrammes de fourrage. 

Le lot ii° 2 n'a point reçu de sel. 



(36 9 ) 
Le i3 novembre, le lot n° i, qui avait eu du sel, a pesé 



A. 
B. 
C 



i65 
i58 

48o 



kg 



Gain en 44 jours 23 

» 11 

» 12 

Gain total du lot n° 1.. ^6 



kg 



Le i3 novembre, le lot n° 2, qui n'avait pas eu de sel, a 
pesé : 



A'. 
B'. 
C. 



146 

154 

l52 

45^ 



Gain en 44 jours. , 



Gain total du lot n° 2. 



k6 



6 

•9 

20 

75 



On voit, par ces pesées, que le sel ajouté à la ration du 
lot n° 1 n'a produit aucun effet appréciable sur l'accroisse- 
ment du poids vivant, puisque, sous l'influence d'un régime 
alimentaire exactement semblable, 

kf kg 

100 du lot ayant eu du sel sont devenus. .. . 110,6 
100 du lot n'ayant pas eu de sel 111,0 

En d'autres termes : 

kp 

100 de fourrage additionné de sel ont 

produit 7,8 de poids vivant 

100 de fourrage non salé ont produit. . . 7,0, « 

Sans rien préjuger sur l'influence bygiénique que pour- 
rait exercer un usage plus prolongé du sel, je puis affirmer 
que, pendant la durée de l'expérience, les deux lots se sont 
maintenus dans un excellent état de santé. Au reste, afin 
de pouvoir un jour prononcer avec certitude sur les effets 
qui résulteraient d'une privation de sel longtemps prolon- 
gée, j'ai pris des mesures pour que les taureaux du lot n° 1 
ne participent pas aux distributions de sel faites dans les 
étables : on surveillera attentivement l'état sanitaire de ces 
V. 24 



( 3 7 o ) 

animaux, oa appréciera leurs qualités comme reproduc- 
teurs; en un mol, ils resteront en observation jusqu'au mo- 
ment où ils iront à la boucherie. 

Comme on pouvait le prévoir, les animaux au régime 
avec sel ont bu davantage que les animaux au régime sans 
sel. Voici le résumé de quelques séries d'observations faites 
à ce sujet : 



QUANTITÉ D'EAU BUE 

par le lot n° 1. 


MOYENNE 

par 
24 heures. 


QUANTITÉ D'EAU BUE 
par le lot n° 2. 


MOYENNE 

par 
24 heures. 


Le 20 oct. 
Le 21 oct. 
Le 22 oct. 

Le 2 nov 
Le 2 nov. 
Le 4 n ov 
Le 5 nov 

Le g nov. 
Le io nov. 
Le 1 1 nov 


soir et 21 mat. 
soir et 22 mat. 
soir et 23 mat. 

soir et 3 mat. 
soir et 4 mat. 
soir et 5 mat. 
soir et 6 mat. 

soir et 10 mat. 
soir et 1 1 mal. 
soir et 12 mat. 


m 

M 

43 

3fi 


lit 

4i 

40 * 

42 


Le 20 oct. 
Le 21 oct. 
Le 22 oct. 

Le 2 nov 
Le 3 nov 
Le 4 nov 
Le 5 nov 

Le g nov 
Le 10 nov. 
Le 1 1 nov. 


scir et 21 mat. 
soir et 22 mat. 
soir et 23 mat. 

soir et 3 mat. 
soir et 4 mat. 
soir et 5 mat. 
soir et 6 mat. 

soir et 10 mat. 
soir et 1 1 mat. 
soir et 11 mat. 


lit 
20 

45 

3. 


lit 

32 , 

3' 1 
35 { 


43 

32 

37 
5o 


26 
42 

3J 


54 

3i 

4' 


37 

36 
33 



En moyenne, le lot n° ï a bu, en vingt-quatre heures, 
4i ut , 16 d'eau, tandis que le lot n° ï n'a bu que 32 ht ,86; la 
différence est, par conséquent, de 8 ht , 3o. 

Un point important dans certains cas d'alimentation, 
c'est de faire prendre la nourriture dans le moins de temps 
possible. 11 convenait donc de constater si le lot auquel on 
donnait du sel mangeait sa ration avec plus de rapidité 
que celui auquel on n'en donnait pas. 



( 3 7 i ) 



Temps employé par les deux lots à manger leurs rations (i) 
Le lot n° i, qui a reçu du sel, a consommé : 

o"j c • ■ h m 

i S de loin et regain en 3 . 1 5 

1 3 de foin en 4. 4o 

i4 de regain en 2> 4o 

i4 de foin en , . 3.5o 

i4 de regain en 2.45 

i4 de foin et regain en 3.20 

i4 de foin en 3. 10 

i4 de foin en 3. i5 

Le lot n° 2, qui n'a point reçu de sel, a consommé : 



kg 



En supposant une quantité 
de fourrage égale à celle du n° 1. 



h 11 

3. 5 



i2,5oo de foin et regain en. 

i2,5oo de foin en A. 20 

i3,5oo de regain en 2.55 

1 3 , 5oo de foin en 4 • 1 5 

1 3 , 5oo de regain en 2 . 5o 

i3,5oo de foin et regain en.. 3. 5 

i3,5oo de foin en 3 . a5 

i3,5oo de foin en 4 >0 ° 



3.i3 
4-3o 
3. 1 

4.25 
2 56 
3.12 
3.33 
4- 9 



La même ration, consommée en 3 h 37 m par le lot n° 2, 
était mangée en 3 h 22 m par le lot n° 1 ; ainsi le sel aurait 
développé plus d'appétence, et l'on conçoit dès lors com- 
ment cette substance peut agir favorablement dans l'en- 
graissement. 

Dans le cours de ces recherches, il est arrivé qu'un jour 
le regain distribué s'est trouvé de très-mauvaise qualité: 
aussi n'a-t-il été mangé qu'avec une extrême répugnance 
par les soixante têtes de bétail renfermées dans l'étable ; 



(') En y comprenant le temps employé à boire. 



24. 












(3 7 a) 

toutes, à l'exception du lot n° i, en ont laissé dans les 
crèches; les animaux de ce lot, qui recevaient du sel en 
plus forte proportion, ont consommé leur ration eu tota- 
lité. C'est une nouvelle preuve à ajouter à celles que Ton 
possède déjà sur l'utile intervention du sel, lorsqu'il s'agit 
de faire consommer des fourrages avariés. 

En présence des questions agitées en ce moment, je suis 
le premier à comprendre toute la gravité du résultat 
auquel j'ai été conduit par l'observation : aussi n'ai-je rien 
négligé pour donner à cette expérience toutes les garan- 
ties désirables d'exactitude. Ces garanties, je les ai trou- 
vées en grande partie dans le zèle et l'activité d'un habile 
agronome, M. Eugène Oppermann, qui a bien voulu me 
seconder dans ces recherches (M. 

La nullité d'action du sel ajouté à la ration sur la pro- 
duction du poids vivant semble en opposition avec le 
principe physiologique que j'ai rappelé, que la soude est 
essentielle à l'organisme, et par conséquent indispensable 
dans l'alimentation. Mais il faut remarquer que, si l'on 
est généralement d'accord sur la nécessité de la présence 
d'un sel de soude dans les aliments, on ignore encore la 
limite de la dose à laquelle ce sel deviendrait insuffisant. 
Or- cette dose peut être telle, que la proportion de sel 
inariu, qui fait partie des substances minérales contenues 
dans les aliments, soit suffisante, et au delà, pour satisfaire 
aux exigences de la digestion, surtout quand on n'a pas, 
comme dans l'engraissement, à surexciter l'appétit. Ces 
considérations m'ont conduit à déterminer la quantité de 
sel marin préexistant dans le fourrage consommé chaque 
jour par les animaux en observation. Le foin provenait des 
prairies de Durrenbach, situées dans la vallée de la Sauer. 
Ce fourrage laisse en moyenne 6 pour ioo de cendres, et, 



(') Ce travail a été entrepris alors que l'on discutait dans les Chambres 
françaises la question de l'abolition de l'impôt du sel. 



(3 7 3 ) 

dans ces cendres, l'analyse y a indiqué 4>3 pour ioo de 
chlorure de sodium. Par conséquent, comme la ration 
moyenne donnée à chaque tête du lot n° 2 était de 4 kg ,3i, 
on trouve que, dans cette ration, il entrait 25o grammes 
de substances minérales, parmi lesquelles il y avait plus 
de 1 1 grammes de sel marin, sans tenir compte d'à peu 
près 1 gramme du même sel qui existe dans les 11 litres 
d'eau bus chaque jour par les taureaux. Il paraîtrait que 
ces 12 grammes de chlorure de sodium sont suffisants pour 
une pièce de bétail du poids de i5o kilogrammes, puis- 
qu'on n'a pas obtenu un développement plus rapide de 
poids vivant en ajoutant à la ration une dose de sel beau- 
coup plus forte. On ne se fait pas, en général, une idée 
exacte des principes salins qui entrent dans la constitution 
des aliments : ainsi une vache laitière, en consommant, 
par jour, 18 kilogrammes du foin dont il vient d'être 
question, reçoit avec ce fourrage 46 grammes de sel 
marin ('). 

On trouve toujours une certaine proportion de chlo- 
rure de sodium dans les cendres que laissent les plantes 
fourragères, mais cette proportion est sujette à de grandes 
variations, qui dépendent probablement de la constitution 
géologique du sol, de la nature des engrais et de la qualité 
des eaux d'irrigation. Cette variation expliquerait, peut- 
être mieux que toutes les raisons données jusqu'à présent, 
la divergence des opinions émises sur les avantages de 
l'emploi du sel dans les étables. On conçoit, par exemple, 
que le sel produise un effet très-favorable dans les localités 
où les fourrages n'en contiennent que peu ou point, et 
que cet effet soit bien moins prononcé là où les aliments 
végétaux sont plus abondamment pourvus de sel marin. Il 



(' ) On a déduit le poids du sel marin de celui du chlore dosé à l'état de 
chlorure d'argent. Il est clair qu'une partie du chlore pourrait constituer 
du chlorure de potassium. 






(3 7 4) 
y aurait donc, au point de vue de l'alimentation, de l'in- 
térêt à doser le chlorure de sodium des graines et des 
plantes fourragères de diverses provenances. Les analyses 
des cendres que nous possédons aujourd'hui montrent déjà 
que certaines rations pourraient être suffisamment riches 
en sel marin, tandis que d'autres n'en contiendraient 
qu'une fort minime quantité. C'est ce dont on peut se 
convaincre en examinant le tableau suivant, dans lequel 
est indiquée la proportion de chlorure de sodium renfermée 
dans mo kilogrammes de substance alimentaire. 



Sel marin contenu dans ioo kilogrammes de grains ou de fourra' 




Alsace. 



Foin de prairie. . 

Trèfle fané 

Luzerne fanée. . . 
Pois coupés en fleur 
Paille de colza.. . 
Paille de froment 
Paille d'orge .... 
Paille d'avoine.. . 
Paille de seigle... 

Froment 

Avoine 

Seigle 

Orge 



255 
361 



53 



Alle- 
magne. 



gr 
4 02 

407 

169 

380 

700 

5o 
120 

8 

3o 

1/ 





Maïs 

Fèves de marais.. . 

Pois 

Haricots 

Chènevis 

Graine de lin 

Glands 

Pommes de terre.. 

Betteraves 

Navets. 

Topinambours.. . . 
Pissenlit, en vert. . 
Choux 



Alsace. 



Alle- 
magne . 



Traces 
35 ïr 
5 
6 



43 
66 
28 
33 

tt 

40 



g' 
// 



.4 ! 



5 
3 



170 
35 



On voit, en consultant ce tableau, qu'une tête de bétail 
consommant par jour 20 kilogrammes de foin prendrait 
avec cet aliment 5i grammes de sel marin, et qu'elle n'en 
recevrait plus que 21 grammes si cette ration était rem- 
placée par 5o kilogrammes de pommes de terre. Dans 
12 kilogrammes d'avoine, équivalent nutritif de 20 kilo- 



( 3 7 5 ) 
grammes de foin, il n'y aurait plus que i gramme de chlo- 
rure de sodium ; et la proportion de ce sel deviendrait peut- 
être inappréciable, si la ration se composait uniquement 
de seigle ou de maïs. 

Il resterait à examiner si le sel marin ne se borne pas à 
introduire de la soude dans l'organisme et s'il exerce une 
action spéciale sur le phénomène de la digestion. On sait, 
par exemple, qu'on peut nourrir pendant plusieurs années 
des granivores avec du chènevis et du maïs, graines dans 
les cendres desquelles on rencontre à peine des traces de 
chlorure de sodium ; mais on sait aussi qu'il est utile d'a- 
jouter du sel marin à ces aliments, quand on les donne à 
très-fortes doses dans le but de provoquer un engraissement 
rapide. 

Aliments donnés à discrétion. 

L'expérience a été continuée sans rien changer aux dis- 
positions adoptées, avec celte seule différence, que les 
deux lots de jeunes taureaux ont été nourris à discrétion, 
et qu'une partie de la ration a été donnée en betteraves. 
Chaque jour, on distribuait à chaque lot une quantité de 
nourriture supérieure à celle qu'il pouvait consommer, et, 
le jour suivant, au moment de distribuer la nouvelle ration, 
on pesait ce qui était resté dans les crèches, afin de con- 
stater la consommation réelle. 

Le lot formé des pièces A, B, C a continué à recevoir 
par jour 102 grammes de sel. 

Le i3 novembre 1846, au matin, lors de la conclusion 
de la première observation, les pesées ont indiqué : 

Pour le lot n° 1 qui avait reçu du sel : 

A i65 

B i58 

C i5 7 

48o 



( 3 7 6) 

Pour le lot n° 2 qui n'avait pas reçu de sel : 



A'. 
B'. 
C. 



146 

154 

l52 

45a 

Cette deuxième observation, commencée le i3 novem- 
bre 1846, a été terminée le 11 mars 1847, a " matin. 

Dans les cent dix-sept jours écoulés entre ces deux 
époques, les lots ont consommé les quantités suivantes de 
fourrage : 



Par le lot n° 1 ayant du sel: 



Foin . . 
Regain 



kgr 



Betteraves, i25o k « = foin 3, 



79 2 
94° 



Consommation exprimée en foin et regain. 
Sel consommé 



2044 

12 



Par le lot n° 1 n'ayant pas de sel . 



Foin 

Regain 

Betteraves, 1 i6o k * = foin 



;53 
870 
290 



Consommation exprimée en foin et regain mi3 

Comme il est arrivé dans la première observation, le lot 
n° 1, au régime du sel, a bu beaucoup plus que le lot n° 2. 
En moyenne : 

Le lot n" 1 a bu par jour 54 litres d'eau ; 
Le lot n°2 . 3, litres d'eau. 

Cette détermination, comme toutes les autres pesées, ont 
été faites par M. Le Bel, pendant mon absence de la ferme. 




( 3 7 7 ) 
Les pesées exe'cutées le n mars 1847, au mal ' n > ont 
donné : 

Lot n° 1, ayant consommé 12 kilogrammes de sel: 
Pesée 

du i3 novembre, du il mars. 

kg kg . ''S 

A. i65 210 Gain en 117 jours, /p 

B i58 200 " 4 2 

C 157 208 >■ 5i 

480 618 i38 

Lot n° 2, qui n'a pas eu de sel : 
Pesée 

du i3 novembre. du 11 mars. 

kg kg . kg 

A' 146 171 Gain en 117 jours. 25 

B' i54 214 » 6o 

C i52 2o5 » 53 

452 590 i38 

Les poids moyens des lots étant : 

kg 

Pour le lot n° 1, 549 ke , et le foin consomme par jour, 17 ,47, 
Pour le lot n° 2, 52i k «, et le foin consommé par jour, 16, 35, 

il s'ensuit que 100 kilogrammes de poids vivant ont pris, 
pour se rationner : 

kg 

Dans le n° 1 ayant du sel 3,2, 

Dans le n° 2 n'ayant pas de sel. ... 3 , 1 . 

On voit que cette consommation de fourrage donné à 
discrétion ne diffère pas considérablement de la ration 
normale distribuée à raison de 3 kilogrammes de foin 
pour 100 kilogrammes de poids vivant. Ce résultat ne s'é- 
loigne d'ailleurs que très-peu de celui que nous avons con- 
staté il y a quelques années, dans une circonstance où des 
veaux mangeaient à discrétion. 



- 










( 3 7 8 ) 

En résumé, dans cette deuxième observation, on trouve 
que 

Le lot n° i, ayant du sel, en consommant ioo 1 ' de 
fourrage, a produit, de poids vivant g* g 

Le lot n» 2, sans recevoir de sel, en consommant 
ioo k < de fourrage, a produit, de poids vivant ... ?)2 

On peut donc en conclure que le sel ajouté à la ration 
administrée à discrétion n'a pas eu d'effet appréciable sur 
le développement des jeunes taureaux : ce résultat, au 
reste, n a rien de surprenant, en admettant même l'effica- 
cité du sel dans l'alimentation, puisqu'en recherchant, 
dapres 1 analyse des cendres, ce que la nourriture con- 
sommée dans un jour renfermait de sel, on trouve que la 
rat.on était formée en moyenne, pour chaque tète : 

De foin et regain 4*', 7 8, contenant sel marin . . , a " 

De betteraves 3"', 43, contenant sel marin 3 

Dans io litres d'eau, contenant sel marin i 

~i6 

Ainsi chaque individu des lot prenait avec son fourrage 
10 grammes de sel marin par jour. 

A partir du 1 1 mars, les lots ont reçu la ration de l'é- 
table, calculée à raison de 2 "s,5 de foin pour 100 kilo- 
grammes de poids vivant. On a pesé le 3i juillet : ■ 
Lot n° i (ayant du sel) : 



l'esée 



du n mars, du 3i juillet. 



A 
B. 
C. 



• • ■ 



k* 



210 
200 
2 8 

618 



280 
254 

8i3 



Gain. 
k« 
70 

54 

11 

195 



Eu 142 jours, le lot n° 1 a consommé l'équivalent de 



(3 7 9) 
2294 kilogrammes de foin qui ont produit 10,5 kilogrammes 
de poids vif, soit 8 k6 ,5o pour ioo kilogrammes de foin. 
Lot n° 2 (sans sel) : 

Pesée 

du il mars, du 3i juillet. Gain, 

kg kg kg 

A' 171 220 49 

B' 214 267 53 

C 2o5 237 32 

590 724 134 

Le foin consommé a été 2 171 kilogrammes; 100 kilo- 
grammes de ce fourrage ont donné 6 ks , 17 de poids vif. 

D'après ces pesées, c'est le fourrage donné avec du sel 
qui a produit plus de poids vivant. 

Après le 3i juillet, la ration de foin a été portée à 3 
pour 100 du poids des animaux, et les lots pesés le I e * oc- 
tobre : 

Lot n° 1 (ayant du sel) : 

Pesée 

du 3i juillet. du 1 er octobre. Gain. 

kg kg kg 

A 280 3oo 20 

B 254 278 24 

C 279 295 16 

873 873 60 

Pour augmenter de 60 kilogrammes, ce lot a consommé 
1427 kilogrammes de foin, c'est-à-dire que 100 kilo- 
grammes de fourrage ont donné seulement 4 ks } 20 de poids 
vif. 

Lot n° 2 (sans sel) : 

Pesée 

du 3i juillet, du i cr octobre. Gain. 

kg kg kg 

A' 220 237 17 

B' 267 256 (perte) » 1 1 kg 

C 237 269 32 

724 762 38 

Le foin consommé par le lot n° 2 étant 1075 kilo- 







( 38o ) 

grammes, il s'ensuit que le poids vif produit par 100 kilo- 
grammes de fourrage n'a pas dépassé 3 k s, 5a . Mais ce nombre 
est évidemment trop faible, parce que pendant l'observation 
il est survenu un incident qui mérite d'être signalé. Le 
taureau B' (Alix) , appartenant au lot n° a, a été atteint 
d'une affection intestinale; assez grave à son début, elle a 
cédé à des injections émollientes, à l'usage du gingembre 
et de boissons mucilagineuses; ce traitement a exigé une 
diète, durant laquelle le poids du taureau a baissé rapide- 
ment de 4o kilogrammes. Lorsque la maladie s'est décla- 
rée, l'élable renfermait soixante têtes de bétail; depuis 
plus d'une année l'état sanitaire était excellent, et il est 
remarquable que l'unique affection intestinale ait précisé- 
ment atteint l'un des trois animaux qui ne participaient 
pas à la distribution quotidienne de sel. En éliminant des 
pesées le poids du taureau B', on trouve que A' et C ont 
gagné 4.9 kilogrammes en consommant 617 kilogrammes 
de foin, ou 7^,94 pour 100 de fourrage. Ainsi, d'après les 
pesées du 1- octobre, l'assimilation la plus forte aurait eu 
lieu dans le lot rationné sans sel. 

A compter du i« octobre, on profita des belles pousses 
de trèfle de l'arrière-saison pour mettre graduellement la 
totalité de l'étable au régime du vert. Les dernières pesées 
furent faites le 3i octobre. 
Lot n° 1 (avec sel). 



Pesée 



A. 
B. 
C. 



du I er octobre. 

kg 

3oo 

• .. 278 

2g5 



8 7 3 



du 3i octobre 
kg 
33o 

298 

322 

9 5 ° 



Gain. 

kg 

3o 
20 

21 
77 



Dans le mois d'octobre, le lot n° 1 a consommé : 

Regain de foin , . . ,5 

Trèfle vert. . . 2400^ — Trèfle fané.! . . . 672 

Fourrage sec 822 



kg 



■ 



I 



( 38i ) 

100 kilogrammes de fourrage sec ont produit, par con- 
séquent, 9 kg ,37 de poids vif. 
Lot n° 2 (sans sel) : 

Pesée 



A'. 
B'. 
C. 



du i cr octobre, 
kg 
237 

. . . 256 

269 



76a 



du 3i octobre, 
kg 
266 

298 

20,1 

855 



Gain. 

kg 

2 9 

42 

22 
93 



Consommé : Begain i5o 

Trèfle vert. . . 2i6o kB . = Trèfle sec 6o5 

Fourrage sec 755 

On a, pour l'accroissement de poids correspondant à une 
consommation de 100 kilogrammes de trèfle sec et regain, 
i5 ks ,45. Cette assimilation extraordinr ire vient de ce que 
le taureau C a récupéré, et au delà, le poids qu'il avait 
perdu pendant sa maladie ; en ne faisant pas intervenir C 
dans la pesée, on a io" s ,i4, pour le poids vivant obtenu 
par la consommation de 100 kilogrammes de fourrage sec. 

Ces recherches, comme celles qui les ont précédées, 
montrent que le sel est loin d'exercer sur le développement 
du bétail, sur la production de la chair, l'influence qu'on 
est généralement porté à lui attribuer; et les variations 
dans les résultats obtenus indiquent assez que cette in- 
fluence peut être assez faible pour qu'il devienne difficile 
de la constater par des expériences d'une courte durée. En 
effet, c'est en confondant en une seule observation toutes 
les observations partielles que l'on voit se manifester la 
faible action que le sel semble exercer dans l'alimenta- 
tion du bétail en voie de croissance. L'ensemble de ces re- 
cherches comprend alors un intervalle de treize mois, 
et le résultat obtenu se résume dans les nombres sui- 
vants : 



(38») 

Lot n° i ayant reçu du sel : 



Poids 
initial. 



Poids 
final. 



Gain en 
i3 mois. 

5i6 k « 



434 ke g5o k s 

Lot n° 2 n'ayant pas eu de sel 

4o7 k * 855 k * 45 2 k * 



Foin Poids vif produit 

consommé, par ioo k * de foin. 



7178^ 



66i5 k e 



7.'9 k 



6,83 k * 



Ainsi, la ration diurne moyenne du lot n° 1, i8 k « 2 de 
foin, a produit par jour i k s,3o 9 de poids vif. 

Sans l'addition des 102 grammes de sel, cette même 
ration eût produit , k e,243. L'excès de viande sur pied 
attribuable à l'intervention de ,02 grammes de chlorure 
de sodium, est donc de 66 grammes, quantité bien minime 
et qui ne compense môme pas la valeur du sel marin em- 
ployé. 

Si le sel ajouté à la ration a eu un effet peu prononcé 
sur la croissance du bétail, il paraît avoir exercé une ac- . 
non favorable sur l'aspect, sur les qualités des animaux 
Jusqu a la fin de mars, les lots ne présentaient pas encore 
de d.fference bien marquée dans leur aspect ; ce fut dans le 
courant d'avril que cette différence commença à devenir 
manifeste, même pour un œil peu exercé. Il y avait alors 
six mois que le lot n° 2 ne recevait pas de sel. Chez les 
animaux des deux lots, le maniement indiquait bien une 
peau fine, moelleuse, s'étirant et se détachant des côtes • 
ma,s le poil, terne et rebroussé sur les taureaux n° 2, était 
luisant et hsse sur les taureaux du n° ,. A mesure que 
1 expérience se prolongeait, ces caractères devenaient plus 
tranches: ainsi, au commencement d'octobre, le lot n° 2 
après avoir été privé de sel pendant une année, présentai! 
un poil ébouriffé, laissant apercevoir çà et là des places 
ou a peau se trouvait entièrement mise à nu. Les taureaux 
du lot n° 1 conservaient, au contraire, l'aspect des animaux 
de 1 etable ; leur vivacité et les fréquents indices du besoin 
de saillir qu ils manifestaient contrastaient avec l'allure 



( 383 ) 

lente et la froideur de tempérament qu'on remarquait chez 
le lot n" 2. Nul doute que, sur le marché, on eût obtenu 
un prix plus avantageux des taureaux élevés sous l'in- 
fluence du sel. 

On conçoit tout l'intérêt qu'il y aurait eu à prolonger 
ces observations, afin de constater jusque dans ses dernières 
conséquences les effets que peut occasionner la privation 
de sel. Malheureusement, par une circonstance particu- 
lière, les observations n'auraient plus été comparables. En 
voici la raison : sur les six taureaux soumis à l'expérience 
depuis un an, il y en avait trois qui, n'ayant pas offert dans 
leurs formes les qualités recherchées dans un bon repro- 
ducteur, ont dû subir la castration. 



Engraissement des moutons. 

M. Dailly, membre de la Société royale d'Agriculture, 
a communiqué à l'Académie des Sciences le résultat d'une 
expérience faite pour rechercher si le sel favorisait l'en- 
graissement des moutons. 

Vingt moutons destinés à être engraissés ont été divisés 
en deux lots, qui ont eu, à discrétion, du regain de luzerne, 
du foin de basse qualité, de la balle de froment, de la pulpe 
de pommes de terre, résidu de la fabrication de la fécule, 
de petites quantités de son et de tourteaux de colza. 

L'engraissement, commencé le 18 décembre 1846, a 
été continué pendant quatre-vingt-sept jours. Un des lots, 
le ri° i, recevait par jour 256 grammes de sel, soit 23 gram- 
mes pour chaque tête. 

Les aliments consommés ont été : 

Par le n° i Par le n° i 

ayant du sel. n'ayant pas de sel. 

kg kg 

Regain de luzerne 5oo,25 49^> 2 ^ 

Foin i48,25 i44> 2 5 

Balle 260 ,5o 256 , 85 









(384 ) 

Par le n« i p ar ]e n o 2 

ayant du sel. n'ayant pas de sel. 

o ke kg 

&on n, OO n )0 

T0UrteaU 8,00 8,00 

Pul P e 3 72 4,oo 36o5,6o 

Seln,arin ai >7 5 o,oo 

Eaubue 533 litres. a56 litres. 

Poids des lots. 

Lot n° 1 (sel) S Avant engraissement. 480,0 

( Après l'engraissement. 564, o 

Gain pendant l'engraissement. 84,0 

Lot n» 2 (pas de sel).. . j Avant engraissement . 5o5,o 
| Après l'engraissement. 58i,5 

Gain pendant l'engraissement. 76,5 

^ La différence 8 k S 5o en faveur du lot au régime salé est 
si faible, qu'elle peut dépendre uniquement des erreurs de 
pesées ; dans tous les cas, elle est loin de compenser la 
valeur du sel consommé par le lot 11° 1. Aussi, en tradui- 
sant les résultats en argent, M. Dailly trouva que le lot 
n° 1 a produit un bénéfice de 4i fr ,47, et le lot n° 2 un bé- 
néfice de 5i fr , 37. 

A la boucherie, il a été fourni pour 100 : 

Par le lot n° 1, chair nette.... 48, i3 Suif... 5, 10 
Par le lot n" 2, chair nette.... 4 7 ,54 Suif... 4^0 

On n'a pas remarqué de différence dans la qualité de la 
viande. 

J'ai recherché la quantité de sel contenue dans les divers 
aliments consommés. Ces fourrages avaient été récoltés 
dans la ferme de Trappes, près Versailles. 






( 385 ) 



ALIMENTS. 


CENDRES 

dans 

100 d'aliments. 


CHLORURE 
do 

SODIUM 

dans 
100 do cendres. 


SEL MARIN 

dans 

100 kilogrammes 
d'aliments. 




6,7 
6,6 
9,3 
6,4 

7,i 
o,9 


2,30 

i,64 

i,5o 

0,00 
0,00 

i ,5o 


sr 

154 

10S 

104 
n 
h 

■ 4 

s 


Balle 




Pulpe de pomme de terre.. . 









On a pour le sel contenu dans la ration du n° a : 

Ration par jour. Sel marin, 
k? cr 

Regain de luzerne 5 ,70 8,78 

Foin i,66 1,79 

Balle 2,g5 4,i3 

Son o,i3 0,00 

Tourteau °j°9 0,00 

Pulpe. 4i,44 5,o8 

Eau 3 litres. °> 2 4 

Total du sel dans la ration 20,02 

Chaque individu du lot, pesant en moyenne 54 kg ,35, 
trouvait donc dans sa ration environ 2 grammes de sel 
marin. 



v, 



( 386 ) 



SUR 



L'INFLUENCE QUE LE SEL, 

AJOUTÉ A LA RATION DES VACHES, 

EXERCE SUR LA PRODUCTION DU LAIT. 



La vache sur laquelle ces observations ont été faites est 
le n° 18 de 1 etable; on la considère comme bonne laitière. 
Le i" mars i84 7 , elle a fait deux veaux, et a été saillie 
le 2i mai. A partir du 29 avril, on l'a rationnée avec du 
foin donné à discrétion; les pesées de fourrages et le jau- 
geage du lait ont été exécutés sous la surveillance de 
M. Le Bel. Dans cette première série, la vache n'a pas 
reçu de sel. 



Dates. 
Avril. . . 

Mai. . . . 



29 

3o 

1 

2 

3 

4 

5 
6 

7 
8 

9 

10 

1 1 

12 



Foin 

consommé. 

kg 
10 

20 

20 

20 
20 

20 
20 
20 
20 
20 
20 
20 
20 
20 



Lait rendu. 




A reporter 14 270 



4,o 

4,i 

3,7 
3,8 

4,0 

4,0 

3,7 
3,8 

3,8 
4,3 
4,6 
4,o 

4,4 
4,4 

56,6 



Soir. 

lit 
4,2 

4,3 
3,6 
3,8 
3,5 
4,0 

4,2 

3,6 
3,9 
3,8 

4,! 

4,3 
4,5 

4,4 

52,2 



Total. 

lu 

8,2 

8,4 

7,3 
/7,6 

7,5 
8,0 

7,9 

7,4 

7,7 
8,1 

8,7 
8,3 

8,9 

8,8 



1 1 



2,8 







(38 7 ) 








Foin 


Lait 


rendu. 




Dates. 


consommé. Matin. 


Soir. 


Total. 


Report.. i4 


kg 
270 


lit 

56,6 


lit 

5a, 2 


la 
112,8 


i3 


ao 


3,8 


4,o 


7.8 


>4 


20 


3,5 


4,5 


8,0 


i5 


20 


3,5 


3,5 


7.° 


té 


20 


4,o 


3,5 




'7 


20 


4.0 


3,o 


7»° 


18 


21 


4,o 


3,5 


7.5 


'9 
Jours. . . 21 


20 
477 


4,2 

83,6 


4,2 
82T4 


8,4 
166,0 


Avec ce rég 


ime, 








I.e foin 


consommé 


. 


18 
.57 


Le lait o 


atenu par 


jour a été. . 




.9° 






ioo kilogrammes de 


foin ont pi 


-oduit 4° lit ) 3y de lait. 


Le poids de la 


vache s'est maintenu 


à 493 kilogrammes. 


A partir du 


20 mai, à 


la ration d 


e foin donnée 


à discré- 


tion on a ajouté, par jour, 6o grammes de sel. 






Foin 


Lait 


'endu. 




Dates. 


consommé 


Matin. 


Soir. 


Total. 


Mai .... 20 


kp 
22 


m 
3 >9 


3,6 


lit 
7.5 


21 


20 


3,6 


4,6 


8,2 


22 


20 


3,8 


3,5 


7.3 


23 


20 


3,6 


4," 


7.7 


24 


20 


3,6 


3,5 


7> ' 


25 


l8 


3,8 


3,9 


7.7 


26 


20 


3,5 


3,5 


7.° 


2 7 


20 


3,5 


4,0 


7.5 


28 


20 


3,5 


4,5 


8,0 


2 9 


20 


4,5 


4.9 


9>4 


3o 


20 


4,0 


4,3 


8,3 


3i 
A reporter 12 


20 
24o 


3,8 


3,8 


7.6 


45, . 


48,2 


93,3 








25. 












( 388 ) 










Lait 


rendu. 






Foin 








Dates. 


consommé. 


Matin. 


Soir. 


Total. 


Report.. 12 


kll 
24o 


Ut 

45,i 


lit 
48,2 


ut 
9 3,3 


Juin ... i 


20 


3,3 


3,5 


6,8 


2 


18 


3 »9 


4,6 


8,5 


3 


20 


3,7 


4,o 


7,7 


4 


20 


4.4 


5,o 


9»4 


5 


20 


4,4 


4a 


8,5 


6 


20 


4,0 


4,« 


8,. 


7 


l8 


3,4 


4,0 


7,4 


8 


20 


3,9 


3,9 


7,8 


9 


20 


3,2 


3,5 


6,7 


IO 


20 


4,0 


4,5 


8,5 


1 1 


22 


4,5 


4,0 


8,5 


12 


18 


4,» 


4,3 


8,4 


i3 


20 


4,0 


4,2 


8,2 


'4 


20 


4,0 


4,5 


8,5 


i5 


20 


3,5 


4,9 


8,4 



Jours. . 27 536 



io3,4 



111,2 



214,6 



Avec la ration additionnée de sel, les résultats ont été : 

Foin consommé par jour 10, 85 

Lait obtenu par jour 7 )0/ 3 

100 kilogrammes de foin ont produit 4o Ut , 04 de lait. Le 
poids de la vache, à la fin de l'expérience, était de 498 ki- 
logrammes. 

Dans cette expérience, l'influence du sel a doue été 
nulle, tant sur la production du lait que sur la consomma- 
tion du fourrage. 

Dans une autre expérience, une vache laitière, Juno, a 
reçu du foin à discrétion. Durant la première série, on n'a 
pas donné de sel 5 durant la seconde série, la vache a reçu, 
par jour, 100 grammes de sel : c'est une dose très-forte, à 
laquelle dans la pratique on n'arrive jamais. 

Le lait a été mesuré matin et soir. On a remarqué chez 



( 38 9 ) 

la vache des signes de chaleur les jours où elle ne consom- 
mait pas sa ration ordinaire de foin, pesant, d'après le 
poids vivant, à peu près 10 kilogrammes. 

Lait rendu. 







Foin 








Dates. 




consommé. 


Matin. 


Soir. 


Total. 






kg 


lit 


m 


lit 


Février . 


20 


7*9 


3,3 


2 >9 


6,2 




21 


10,0 


2,6 


3,0 


5,6 




22 


10,0 


3,4 


2,8 


6,2 




23 


i3,o 


3,3 


3,< 


6,4 




24 


10,0 


3,6 


2,8 


6,4 




25 


8,0 


3,2 


2,2 


5,4 




26 


10,0 


3,1 


2,7 


5,8 




27 


10,0 


3,5 


2,6 


6,. 




28 


12,0 


3,2 


2,5 


5,7 


Mars . . . 


I 


10,0 


2,5 


2,5 


5,o 




2 


9>° 


3,2 


2,9 


6,1 




3 


10,0 


3,i 


2,5 


5,6 




4 


14,0 


3,3 


2,7 


6,0 




5 


10,0 


3,2 


3,2 


6,4 


La vache recevant par jour 


100 grammes de 


sel : 






ks 


m 


lit 


m 


Mars . . . 


6 


12,5 


2 -7 


2,9 


5,6 




n 
J 


12,5 


3,i 


2,5 


5,6 




8 


12,5 


3,2 


3,1 


6,3 




9 


12,5 


3,8 


2,0 


5,8 




10 


12,5 


2 ,9 


2,4 


5,3 




1 1 


5,0 


2,8 


2,1 


4,9 




12 


8,0 


o,5 


3,8 


4,3 




i3 


12,5 


2,1 


2,0 


4,i 




'4 


12,5 


2,5 


2,3 


4,8 




i5 


10, 


a »9 


2,5 


5,4 




16 


12,5 


2,6 


2,4 


5,o 




l l 


12,5 


2,6 


2,5 


5,i 




18 


12,5 


2 >9 


2,7 


5,6 




»9 


12,5 


2 >9 


2,2 


5,i 




20 


12,5 


2,5 


2,5 


5,o 




21 


12,5 


2,6 


2,6 


5,2 



*lk r , 






( 39° ) 
Ces résultats sont loin de prouver que l'usage du sel fa- 
vorise la sécrétion du lait. Nous voyons, en effet, qu'avec 
Ja nourriture sans addition de sel la vache a rendu par 
jour, en moyenne, 5«', 9 de lait, et que sous l'influence du 
sel, avec une consommation d'aliments sensiblement plus 
iorte, le rendement n'a plus été que de 5 lil , 2. Dans le pre- 
mier cas, 100 kilogrammes de foin ont produit 58 litres 
de lait; dans le second cas, avec le sel, 100 kilogrammes 
de fourrage ont donné 45 litres de lait. Le sel paraît avoir 
eu pour effet d'augmenter l'appétit de la vache. Ainsi, sans 
sel, 1 animal nourri à discrétion a consommé, par vingt- 
quatre heures, io k s,2 de foin; sous l'influence du sel, la 
ration a été de n k s, 6. 

Le poids de la vache est resté sensiblement le même pen- 
dant la durée de l'observation. Elle a pesé, 

Le 20 février 422"^ 

Le 6 mars ^,5 

Le 21 mars /, , 

La légère perte accusée par ces pesées ne saurait être at- 
tribuée à l'usage du sel, puisqu'elle a commencé à se mani- 
fester après la nourriture donnée sans sel. La perte totale 
de 11 kilogrammes est d'ailleurs trop peu considérable 
pour qu'on puisse affirmer qu'elle n'est pas due aux varia- 
tions de poids accidentelles, qui laissent toujours, dans de 
certaines limites, de l'incertitude sur les pesées des ani- 
maux. 



( 3 9 i ) 



EXPÉRIENCES 



L'ALIMENTATION DES VACHES 



AVEC DES BETTERAVES ET DES POMMES DE TERRE. 



M. Playfair a publié quelques observations de nature à 
faire supposer que la matière butyreuse du lait peut avoir 
pour origine tout aussi bien le sucre et l'amidon que les 
substances analogues aux corps gras qui font généralement 
partie des fourrages. Au premier aperçu, ces observations 
semblent concluantes. Malheureusement, M. Playfair, 
pressé sans doute d'arriver à une conclusion, a exécuté ses 
recherches avec une telle activité, qu'en quatre jours il a 
essayé successivement quatre régimes distincts sur la lac- 
tation ; et, dans son empressement, l'auteur s'est contenté 
d'analyser le lait en négligeant la détermination des prin- 
cipes solubles dans l'éther, qui existaient dans les aliments 
consommés. C'est ainsi que M. Playfair admet, dans le 
foin, i.5o pour ioo de matières grasses, lorsqu'il est avéré 
aujourd'hui que ce fourrage en contient généralement 
plus de 3 pour 100. Aussi, en assignant aux aliments 
employés la proportion de substances grasses qui s'y ren- 
contre le plus habituellement, on trouve que, sur les 
quatre expériences, il y en a deux qui justifient l'opinion 
qui attribue l'origine de la graisse des animaux aux corps 
de nature grasse qui préexistent dans les végétaux alimen- 
taires ; les deux autres expériences ont donné, tout au con- 
traire, des résultats qui ne s'accordent plus avec cette 
manière de voir. 

Dans ces deux expériences qui, ensemble, ont duré qua- 









( 3 9 2 ) 

rante-huit heures, et pendant lesquelles la vache a reçu 

pour nourriture, dans un cas, du foin, des pommes de 

terre et des fèves, et, dans l'autre, du foin et des pommes de 

terre seulement, le beurre contenu dans le lait recueilli en 

un jour excédait de près de 3oo grammes la matière grasse 

que l'on pouvait supposer dans les fourrages. Si ces deux 

observauons sont exactes, et je n'élève pas l'ombre d'un 

doute sur leur exactitude, il semble effectivement qu'on 

doive en conclure que la plus grande partie du beurre a 

ete formée avec l'amidon des tubercules qui entraient pour 

plus de 12 kilogrammes dans la ration diurne. 

Je ne crois pas cependant qu'une observation de qua- 
rante-huit heures soit suffisante pour tirer, je ne dis pas 
une semblable conclusion, mais une conclusion quelconque 
quand il s'agit d'une question d'alimentation. En restrei- 
gnant dans des limites trop étroites la durée des observa- 
tions, on peut arriver aux conséquences les plus erronées. 
Par exemple, M. Playfair a fait consommer à une vache 
6"s,3 de foin et i3^,6 de pommes de terre, ration dans 
laquelle il entrait au plus 2 5o grammes de matières grasses, 
et l'on a obtenu r 1% 5 delait renfermant, d'après l'analyse, 
540 grammes de beurre ; il y a eu par conséquent dans le 
lait 290 grammes de gras de plus qu'il ne s'en trouvait 
dans le fourrage. Mais l'intervalle de vingt-quatre heures 
est tellement court, que je suis persuadé que si l'on n'eût 
rien donné du tout à manger à la vache, que je suppose 
grasse et bien en chair, elle aurait encore rendu, malgré 
1 abstinence, 8 à 10 kilogrammes de lait contenant certai- 
nement 3oo à 400 grammes de beurre. En concluerait-on 
que le beurre dérive de rien ? Non, sans doute, et l'on 
admettrait, comme on l'admet dans les expériences sur 
l'inanition, que, dans cette circonstance, un animal forme 
les produits qu'il rend par la respiration et par les sécré- 
tions, aux dépens de sa propre substance, en perdant de 
son poids. 






(3 9 3 ) 

A une époque où je n'attachais pas une bien grande im- 
portance à la présence des principes gras dans les fourrages, 
j'eus l'occasion de reconnaître l'effet défavorable que pro- 
duit sur les vaches laitières une ration dans laquelle il entre 
une trop forte proportion de pommes de terre. Une vache, 
rationnée avec 38 kilogrammes de tubercules, et qui man- 
geait en outre de la paille hachée, continua à donner le 
lait qu'elle rendait sous le régime du foin -, le lait diminua 
graduellement, comme il arrive toujours à mesure que 
l'époque du part s'éloigne. Sous l'influence de cette nour- 
riture, ne comportant pas assez de matières grasses, la 
vache souffrit notablement ; mais il fallut qu'il s'écoulât 
un certain temps pour s'apercevoir de l'amaigrissement 
qu'elle éprouvait. Si l'observation, qui s'est prolongée 
pendant onze jours, n'eût duré que vingt-quatre heures, le 
résultat fâcheux qu'on a constaté aurait sans doute passé 
inaperçu. 

S'il était démontré que, dans l'alimentation des vaches, 
le sucre et l'amidon concourent directement à la produc- 
tion du beurre, et que, par conséquent, les racines et les 
tubercules peuvent être substitués sans inconvénient au 
foin, aux grains, aux tourteaux huileux, la pratique reti- 
rerait très-fréquemment de cette substitution des profits 
considérables. La question de l'influence d'un semblable 
régime sur la lactation ne saurait donc être trop exa- 
minée, et c'est en raison de son importance et en vue 
de son utilité que je me suis décidé à nourrir deux 
vaches uniquement avec des betteraves et des pommes de 
terre. 

Les deux pièces mises en expérience se trouvaient dans 
des conditions assez semblables. Galatée, âgée de sept ans 
(n° 5 de l'étable), avait fait son veau quatre-vingt-seize 
jours avant le commencement des observations. Walde- 
burge (n°8) avait vêlé depuis quarante jours : on venait 
de lui retirer son veau. Ces deux vaches étaient au régime 






■HU 



( 3 9 4) 

de l'étable, qui se composait, par tète et par vingt-quatre 
heures, de 

F ™ „% 

Pommes de terre 85 

Betteraves , 3 Q 

Tourteau de colza , 

Paille hachée à discrétion. 

Avec ce régime, la moyenne du lait rendu par chacune de 
ces vaches a été de 8 à 9 litres. 

Comme il importait que les vaches ne prissent aucune 
autre nourriture que celle sur laquelle il s'agissait d'expé- 
rimenter, on les priva de litière et, afin qu'elles ne souf- 
frissent point de cette privation, on établit dans leurs 
stalles une estrade en planches sur laquelle elles reposaient 
commodément. 

Je donnerai maintenant le détail des observations. 






Expérience I. — Nourriture aux betteraves. 



d'observa- 
tions. 



3 e 

4 e 

5 e 
6 e 

7 e 
8 e 

9 e 

10 e 



i3 c 

■4 e 
i5 e 
iG e 
i 7 « 



r jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour. 



Somme. 



VACHE IV 5. 



EN VINGT-QUATRE HEURES. 



Poids 
do 

la vache 



Belle- 




raves 


Lait 


consom- 


rendu. 


mées. 




kg 


lit 


70,0 


7.0 


70,0 


8,0 


70,0 


6,0 


70,0 


6,0 


47. 5 


6,0 


70,0 


5,o 


62,5 


6,0 


60,0 


5,o 


70,0 


6,5 


65,o 


6,5 


70,0 


6,0 


5o,o 


6,0 


i5,o 


5,o 


55,o 


4,5 


70,0 


.1,0 


70,0 


4,5 


70,0 


5,0 


io55,o 


99.o 



kg 

tt 

it 
tt 
tt 

tt 

559 



5'|2 

536 
5*4 



COMPOSITION DU LAIT. 



Caséum 2,67 

Sucre de lait.. 3,3g 

Beurre 4 » 56 I 

Clilorur. alcal. 0,43 
Phosphate de 
chaux et de 



magnésie.. . 
Eau 



0,'. 
87.73 



13,27 



d'observa- 
tions. 



3 e 

4 e 

5 e 
6 e 

7 e 
8 e 

9 e 
(0 e 

II e 

12 e 
lj e 

'4 e 
i5 e 
16" 



jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour, 
jour. 



Somme. 



VACHE N° 8. 



EN VINGT-QUATRE HEURES. 



Poids 

de 
a vachu 



Belle- 
raves 


Lait 


consom- 
mées. 


rendu. 


ke 
7° 


Ut 
6,5 


70 
70 


5,0 
8,5 


70 


7>° 


48 

7° 
63 


7>o 
C,o 

7.0 


Co 


7.° 


55 


6,0 


65 


5,5 


65 


6,5 


70 


6,0 


7° 


5,o 


70 

7° 

7° 


4,5 

5 ,5 
6,0 


7° 


5,0 


1 1 26 


1 0.'| , u 



kg 

582 



55g 



5/p 
540 
535 



COMPOSITION DU LAIT. 



Caséum 3,8 1 ' 

Sucre de lait.. 3,74 | 

Beurre 3,42 

Clilorur. alcal, 0,54! 
Phosphates... 0,26/ 
Eau 88,23 



".77 



00 

UT. 



1 















( 3 9 6) 

Les excréments solides des deux vaches, recueillis dans 
les dix-sept jours, ont pesé 261 kilogrammes. 

Trois dessiccations faites à l'étuve y ont indiqué i5, 9 
pour 100 de matière sèche = excréments secs 4i k s'5. 
Cette matière sèche a cédé à l'éther 3,5 pour 100 de prin- 
cipes gras d'un vert pâle, très-fusible. J'admets dans la 
betterave, d'après des analyses antérieures : 

Matières grasses ,001 

Azote 0,0021 

Acide phosphorique , 00046 

Résumé de l'expérience faite avec la betterave. 



Les deux vaches ont donné : lait. 
Excréments secs 



Matières grasses dans les produits. 
Betteraves consommées 



Matières grasses en excès dans les prod. 



Poids des vaches au commencement. 
Poids des vaches à la fin 



Perte en dix-sept jours . 
Perte par jour 



kg 
209,0 

4l,5 



2,181 



Matières 

grasses. 



kg 
8,3i 



9,76 

2,i8 



Caséum, 
Albumine. 



N° S. 

5-9 
534 



45 
2 ,64 



7,58 
N° 8. 

382 
54o 



!xi 



2)47 



7,82 



28,63 



On voit qu'au bout des dix-sept jours d'observations le 
poids vivant des deux vaches n'était plus que de 1074 kilo- 
grammes. Comme, au commencement de l'expérience, ce 
poids était de 1 161 kilogrammes, les vaches ont perdu 7 ,5o 
pour 100 de leur poids initial. 

Après cette observation, les deux vaches se trouvaient en 
si mauvaise condition, que l'on jugea prudent de les re- 
mettre au regain de foin de prairie. Après les avoir lestées 
avec ce fourrage pendant quatre jours, on les soumit à 
l'expérience suivante : 






Expérience II. — Nourriture au regain de foin. 



JOURS 


d'observa- 


tions. 


1 er jour. 


2 e 


jour. 


3 e 


jour. 


4 e 


jour. 


5« 


jour. 


6 e 


jour. 


7 e 


jour. 


8 e 


jour. 


e 


jour. 


IO B 


jour. 


n e 


jour. 


12 e 


jour. 


i3 e 


jour. 


■ 4 e 


jour. 


i5 e 


jour, 
nuic. 


So 



VACHE N° S. 



EN VINGT-QUATJIË HE11IIES. 



Poids 

do 

la vaclio 



Regain 
consom- 
me. 


Lait 
rondu. 


kg 


lit 


1^,0 


4,0 


18,0 


4,<> 


i5,o 


/ ( ,o 


I .\ ,0 


4,5 


i5,o 


4,0 


17, 5 


4,o 


'4,5 


4,5 


ifj.o 


5,0 


1 4 1 


4,o 


I.J,0 


5,0 


16,0 


0,0 


iG,o 


4,0 


i8,5 


5,0 


'1,0 


.,,0 


16,0 


■ 4,5 
G5,5 


232,5 



kg 
545 

55/j 

55 7 



COMPOSITION DU LAIT. 



Caséum 3,G3 ' 

Sucre do lait . 3,46 | 

Beurre 5, 92 

Chlorur. alcal. o,^5 | 
Phosphates. . . 0,27 
Eau 86,26 

100,00 



i3, 7 3 



JOURS 


d'observa- 


tl 


ons. 


i er jour. 


2 e 


jour. 


3 e 


jour. 


4 e 


jour. 


5 e 


jour. 


6 e 


jour. 


7 e 


jour. 


8 e 


jour. 


9 e 


jour. 


10 e 


jour. 


11 e 


jour. 


12 e 


jour. 


i3« 


jour. 


■ 4 e 


jour. 


i5 c 


jour. 


Somme.. 



VACHE N" 8. 



EN VINGT-QUATRE HEUTtES. 



Poids 

de 

la vache 



Uogain 
conso ui- 
mé. 


Lait 
rendu. 


kg 


lit 


17,0 


5,0 


'4,o 


6,0 


16,0 


6,0 


i5,5 


6,5 


17,5 


6,0 


17,5 


6,0 


i5,o 


5,5 


i5,o 


6,0 


i5,o 


6,0 


16,0 


6,o 


'7,o 


6,0 


16,0 


5,o 


17,0 


6,0 


.3,5 


6,0 


'7.5 


7,o 


239,5 


89,0 



kg 
549 
56 7 
5 7 . 



5Si 
587 



COMPOSITION DU LAIT. 



Caséum 3,56 

Sucre de lait.. 3, 9) 

Beurre 4>^9 } 12,61 

Chlorur. alcal. o,52 \ 
Phosphates... 0,20) 
Eau 87,39 

100,00 



va 









( 3 9 8 ) 

Les excréments humides des deux vaches ont pesé 720 ki- 
logrammes. 

Trois dessiccations faites à l'étuve ont indiqué 21,4 pour 
1 00 de matière sèche --= excréments secs 1 54 kilogrammes 
Cette matière sèche a cédé à l'éther 3,3 pour 100 de prin- 
cipes gras ayant l'aspect de la cire, et fortement colorés en 
vert. 

Le regain a donné à l'éther 3, 5 de matière grasse pour 
ioo ; il contenait : 

A . zote 0,012 

Acide phosphorique o ,oo34 

Résumé de l'expérience faite avec le regain de foin. 



Les deux vaches ont donné : lait. 
Excréments secs 



Matières grasses dans les produits 

Regain consommé 

Matières grasses en excès dans la nourrit 



Poids des vaches au commencement 
Poids des vaches à la fin 



Gain en quinze jours. 
Gain par jour 




Le poids des deux vaches, n 14 kilogrammes au com- 
mencement de l'expérience, est arrivé, par quinze jours 
de régime au regain, à n56 kilogrammes ; les vaches ont 
augmenté, par conséquent, de près de 4 pour 100 de leur 
poids initial. 

Les vaches étant revenues, à peu de chose près, au poids 
qu elles avaient lors de la première observation, on les a 
mises au régime de la pomme de terre. 



Expérience III. — Nourriture aux pommes de terre. 



d'observa- 
tions. 



i tr jour. 
2 e jour. 
3 e jour. 
4* jour. 
5 e jour. 
6 e jour. 
7 e jour. 
8 e jour. 

9 e j°" r - 
io e jour. 
n e jour. 
12 e jour. 
■3 e jour. 
i4 e jour. 

Somme.. 



VACUE N° 5. 



EN VINGT-QUATRE HEURES. 



Poids 

do 

la vache 



Pommes 

de 

terre 

consom- 


Lait 
rendu. 


mées. 

kg 
4o 




lit 
4,0 


4g 


5,0 


49 


4,5 


49 


4,5 


4o 


4,5 


49 


4,0 


2/, 


4,0 


10 


4,o 


4o 


2,0 


34 


3,0 


38 


2,0 


37 


1,5 


49 


2,0 


36 


2,0 


544 


47.° 



kg 

545 

55 7 
536 



5io 

523 
5^4 



COMPOSITION DU LAIT. 



Caséum 4 >^7 , 

Sucrede lait. . 3 ,09 i 

Beurre 3, 97 > 12, 

Chlorur.alcal. 0,55 
Phosphat«3 ... 0,27 
Eau 87,73 

1 00 , 00 



d'observa- 
tions. 



2 e jour. 
3 e jour. 
4 e jour. 
5 e jour. 
G e jour. 
7 e jour. 
8 e jour. 

<f jour- 
10 e jour. 
1 i e jour. 
12 e jour. 
i3 e jour. 
14 e jour. 

Somme.. 



VACHE N" 8. 



EN VINGT-QUATRE HEURES. 



Poids 

do 

la vache 



Pommes 

do 

terre 

consom- 
mées. 


Lait 
rendu. 


kg 
49 


lit 
7.0 


49 


7;° 


49 


7.° 


49 


6,5 


2.5 


6,5 


49 


6,0 


24 


6,0 


9 


4,5 


4' 


4,0 


35 


5,0 


32 


4,5 


35 


4, ; > 


49 


4,0 


38 


4,0 


533 


75,6 



kg 
53o 

542 

537 



aïo 
528 
525 



COMPOSITION DU LAIT. 



Caséum 3 

Sucre de lait. . 3 

Beurre 4> 

Chlorur.alcal. 

Phosphates ... 0, 

Eau 

100, 



i3,43 









~**^**?r.r- ,_i — >*-• 



tè&serrr — ' - 



( 4oo ) 

Les excréments humides des deux . vaches ont pesé 
362 kilogrammes. 

Trois dessiccations faites à l'étuve ont indiqué 23 5 
pour 100 de matière sèche = excréments secs 85 kilo- 
grammes. L'éther a enlevé à cette matière 0,006 d'un prin- 
cipe gras très-fusible. 

Plusieurs analyses que j'ai faites sur la pomme de terre, 
à l'occasion d'un travail sur l'alimentation du porc, me 
portent à admettre, dans le tubercule, 0,002 de matière 
grasse. 

La pomme de terre contient en outre : 

Azote o,oo3 7 

Acide phosphorique constituant des phosphates . o , 00 1 09 

Résumé de V expérience faite avec les pommes de terre. 







Matières 
grasses. 


Caséum, 
Albumine. 


Les deux vaches ont donné : lait. . . 


n" 8 
128 

85 
1077 

537 

5ig 


kS 
5,6i 

o,5i 


kg 
5,3o 

23,88 


Matières grasses dans les excréments. . 


6,16 

2. l5 


Matières grasses en excès dans les prod. 
Poids des vaches au commencement 


4,01 
N° 8. 

536 
52i 


18 
'.29 


i5 
1,07 







Ainsi, en quatorze jours, le poids initial a diminué de 
3 pour 100 5 c'est une diminution très-forte si l'on consi- 
dère qu'elle a été supportée par des animaux dont le poids 
avait déjà considérablement baissé pendant les quelques 
jours qui ont précédé la première pesée. En effet, immé- 



( 4oi ) 

diatement après l'alimentation au regain, les vaches pe- 
saient ensemble 1 1 56 kilogrammes ; elles ne pesaient plus 
que 1073 kilogrammes après qu'elles eurent été lestées avec 
des pommes de terre ; elles avaient éprouvé une perle éga- 
lement forte en passant du régime normal au régime ex- 
clusif de la betterave. On peut d'ailleurs juger, par l'en- 
semble des pesées exécutées dans ces recherches, de l'état 
d'amaigrissement auquel sont arrivées les deux vaches lai- 
tières, par suite de l'alimentation aux racines et aux 
tubercules, et malgré le régime réparateur du regain 
qu'elles ont reçu dans l'intervalle des deux expériences 
extrêmes. 

Poids des deux 
vaches. 
Pendant l'alimentation normale , huit iours avant la 

i re expérience 1 ,2o5 

Après avoir été nourries pendant quelques jours (les- 
tées) avec des betteraves 1,161 

Après dix-sept jours de régime aux betteraves 1 ,074 

Après avoir été lestées avec du regain de foin 1 , 1 14 

Après quinze jours de nourriture au regain de foin. . i , 1 56 

Après avoir" été lestées avec des pommes de terre. ... 1 ,0^3 
Après quatorze jours d'alimentation aux pommes de 

terre 1 , o4o 

Différence extrême i65 

On trouve, en définitive, que les deux vaches mises en 
expérience ont perdu, par tête, 8a ks ,5, par suite des ré- 
gimes aux betteraves etaux pommes de terre. Cette énorme 
perte explique suffisamment l'état de maigreur dans lequel 
sont tombés ces animaux, auxquels il a fallu un temps assez 
long pour se rétablir : le n° 5 n'a plus voulu recevoir le 
taureau; cette vache a repris de l'embonpoint, mais son 
lait a diminué constamment jusqu'à disparaître entière- 
ment. Waldeburge, le n° S, a continué à donner du lait 
tout en prenant de la graisse ; elle a été saillie et a donné 
un veau. 

V. 26 









( 4oa ) 

Ainsi, à compter de la fin de l'expérience faite avec les 
pommes de terre, les vaches, mises d'abord au foin pen- 
dant quinze jours et au trèfle vert durant un mois, ont 
pesé : 

N° 5 . . . 575 k «, ayant rendu 4 litres de lait par jour 
N°8... 5 7 8 5 

Après deux mois de régime au trèfle : 

N° 5. . . 6io k e, ayant rendu i litres de lait par jour. 

K° 8 . . . 590 6 

Les deux vaches avaient repris leur poids initial. 

Il résulte évidemment des faits exposés que les bette- 
raves, ou les pommes de terre données seules, sont insuffi- 
santes pour nourrir convenablement les vaches laitières 
alors même que ces fourrages sont administrés avec abon- 
dance, on peut même dire à discrétion, puisque, très-sou- 
vent, les vaches ont laissé une partie de leur ration. 

Une ration alimentaire peut être insuffisantepardiverses 
causes : i° si la nourriture ne contient pas une quantité 
de principes azotés capable de réparer les pertes des prin- 
cipes également azotés éliminés de l'organisme ; i° si les 
matières digestibles ne renferment pas le carbone néces- 
saire pour remplacer celui qui est brûlé dans la respiration 
ou rendu avec les sécrétions ; 3° si les aliments ne sont pas 
assez chargés de sels, particulièrement de phosphates, pour 
restituer à l'économie ceux de ces principes salins qui en 
sont continuellement expulsés; 4° enfin la ration sera 
insuffisante, si elle n'est pas assez riche en matières grasses 
pour suppléer, en partie du moins, à celles entraînées par 
le lait ou par les autres sécrétions. 

Ces principes admis, il convient d'examiner si les ré- 
gimes alimentaires auxquels les vaches ont été soumises 
dans le cours de ces recherches remplissaient les diverses 
conditions qui, par leur ensemble, constituent un aliment 
complet. 






wwtjam 



( 4o3 ) 





POIDS 


PRINCIPES CONTENUS. 




des 






aliments 

ou des 
produits 

pour 
2V houres. 


Carbone 


Viande. 


Acide 
pbo;- 
pliori- 

quo('). 


Matières 
crasses. 


Nourriture aux betteraves. 












Une vache a rendu : lail . . . 


kil 
G , i5 


et 

m 


23o 


gl 

7 


Kr 
2 /, 6 


Excréments secs (**) 


1,22 


4/|S 


11 


43 






9^7 


23o 


7 


289 




64,00 


3358 


83o 


29 


Gi 


Différences 


-t-2 r \21 


+600 


+22 


-225 


Nourriture aux pommes de terre. 












Une vache a rendu : lait. 


4,55 


355 


192 


G 


'97 
iS 


Excréments secs 


3,o3 


1212 


" 


// 






■ 567 


192 


G 


2l5 


Pommes de terre consommées. 


38,', G 


4°79 


869 


4» 


77 


Différences 


-+-2.5 12 


+677 


+36 


— i3S 




Nourriture au regain. 












Une vache a rendu : lait 

Excréments secs 


5,3t 
a, i3 


3 ; )o 
ao5a 


»9' 


G 
// 


2 7 3 
iGg 

V|2 




24 4 2 


■9' 


G 


Regain consommé 


"5.70 


G122 


1177 


53 


55o 




Différences 


-h3G8o 


+986 


+ 17 


+ 108 


(*) Acide phosphorique form 


ant des phosphates de chaux, de ma- 


gnésie, de fer et de potasse. 




(**) D'après mes anciennes a 


nalyses, j 


admets 


o,'|0 d 


e carbo 


ne. 



On voit que les éléments considérés généralement comme 

26. 









( 4o4 ) 

essentiels à la nutrition étaient abondamment représentés 
dans les régimes étudiés. On sait qu'une vache brûle, en 
vingt-quatre heures, par la respiration, 2 à 3 kilogrammes 
de carbone, en même temps qu'elle en émet 3oo à 400 
grammes par les urines. L'excès de carbone qu'on re- 
marque constamment dans les aliments suffit évidemment 
pour subvenir aux pertes qui ont lieu par les voies que je 
viens d'indiquer. On reconnaît également que, dans les 
trois régimes, les substances azotées, les phosphates ont 
toujours été en grand excès par rapport aux mêmes prin- 
cipes existant dans le lait dosé. Cette quantité excédante a 
nécessairement passé dans les déjections. Ainsi, dans la 
nourriture reçue par les vaches, il y avait assez de sucre et 
d'amidon, assez de principes azotés, assez de substances 
salines pour suffire à la production de la chaleur animale, 
pour réparer toutes les pertes occasionnées par les sécré- 
tions 5 et cependant, sur les trois rations essayées, il en est 
deux, celle des raciues et celle des tubercules, qui ont été 
réellement insuffisantes. Ce sont précisément les deux 
rations dans lesquelles la quantité de principes gras se 
trouvait de beaucoup inférieure à celle qui faisait partie 
du lait et des déjections. 

Les faits exposés dans ce travail recevront, sans doute, 
diverses explications. Cependant je crois que leur inter- 
prétation la plus naturelle, celle, du moins, qui s'accorde 
le mieux avec l'ensemble des résultats pratiques que j'ai 
eu l'occasion d'enregistrer, consiste à admettre que les 
aliments des herbivores doivent toujours renfermer une 
dose déterminée de substances analogues à la graisse, des- 
tinées à concourir à la production du gras des tissus, ou à la 
formation de plusieurs sécrétions contenant, comme le lait 
et la bile, des matières grasses en proportion notable. 
Chaque jour, peut-être, pendant un temps limité, une 
vache recevant un aliment insuffisant sous le rapport de 
certains éléments utiles rendra le même nombre de litres 






( 4o5 ) 
de lait ; il n'y aura pas diminution subite ; mais chaque 
jour aussi, comme je l'ai constaté, la vache perdra i à 
■2 kilogrammes de son poids ; et, si l'on persiste à lui don- 
ner une nourriture incomplète, quelque abondante que 
soit d'ailleurs cette nourriture, l'amaigrissement qui en 
sera la conséquence pourra devenir tel, que l'existence de 
la vache en soit sérieusement compromise. 



( 4o6 ) 



SUR LA 



FACULTÉ NUTRITIVE DES FOURRAGES 

AVANT ET APRÈS LE FANAGE. 



On admet généralement que les fourrages consommés en 
vert sont plus nourrissants qu'alors qu'ils ont été fanés ■ 
en d'autres termes, on croit que 100 kilogrammes de trèfle' 
de luzerne, d'herbe de prairie ont une valeur nutritive 
plus élevée que le foin provenant de 100 kilogrammes de 
chacun de ces aliments. Deux bons observateurs, MM. Per- 
rault de Jotemps, ont reconnu qu'il faut i k s,5o de foin de 
trèfle ou de luzerne, pour remplacer 4 kilogrammes des 
mêmes fourrages verts dans la nourriture des béliers ; sous 
1 influence de l'une ou l'autre de ces rations, il y a un dé- 
veloppement satisfaisant de chair et de laine. D'un autre 
côté, ces cultivateurs ont constaté par leur pratique que, 
dans le fanage, en y comprenant la fermentation dans le 
feml et toutes les pertes accidentelles, 100 kilogrammes de 
trèfle ou de luzerne se réduisent, en moyenne, à 2 3 kilo- 
grammes de foin.. Avec ces données, on arrive, en effet, à 
cette conséquence, qu'en rationnant un bélier avec i k s, 5o 
de luzerne sèche on administre précisément, sous le rap- 
port de la valeur nutritive, l'équivalent de6 k s, 5 2 de luzerne 
verte, c'est-à-dire s>. k s,5o de nourriture verte de plus que 
celle jugée nécessaire quand la ration se compose de la 
plante non fanée, et que s'il faut, comme aliment, 100 ki- 
logrammes de trèfle ou de luzerne récemment fauchés, il 
faudra, pour nourrir au même degré, le foin provenant de 
i63 kilogrammes des mêmes fourrages. 
On comprend aisément que ce mode de procéder est trop 






( 4o? ) 
indirect pour résoudre convenablement la question que 
nous avons en vue. La discussion présentée par MM. Per- 
rault de Jotemps se borne à prouver, ce que personne ne 
conteste, que la manière la plus avantageuse d'utiliser les 
produits de la prairie artificielle est de les faire consom- 
mer autant que possible en vert, afin d'échapper aux Irais, 
aux pertes, en un mot à toutes les éventualités qu'entraîne 
toujours le fanage. Mais cette discussion n'établit nulle- 
ment que la faculté nutritive des fourrages verls soit amoin- 
drie par le seul fait de leur transformation en fourrages 
verts ; elle laisse intacte la question physiologique. Depuis 
plusieurs années j'ai fait diverses tentatives pour la résou- 
dre. Dans ce but, j'ai suivi avec le plus grand soin l'in- 
fluence que des substitutions alternatives d'aliments verts 
et d'aliments secs pouvaient exercer sur le poids de trente- 
deux chevaux sur lesquels portaient mes recherches. Les 
résultats ont été tantôt à l'avantage, tantôt au désavantage 
du régime vert, et, après de très-nombreuses pesées, je me 
suis trouvé tout aussi peu avancé que je l'étais en commen- 
çant mes expéiiences. 

Ces résultats contradictoires s'expliquent par l'imperfec- 
tion de la méthode que j'avais adoptée. Il est évident que 
les foins avec lesquels on rationnait les chevaux, ayant été 
obtenus l'année antérieure, ne répondaient pas toujours, 
sous le rapport delà qualité, à celui qu'aurait fourni le 
trèfle vert auquel on les comparait -, et, pour ce dernier four- 
rage, il existait constamment une grande incertitude sur le 
poids réel de la ration employée, à cause de la plus ou 
moins forte proportion d'eau qu'il pouvait retenir. Des 
essais faits sur le fanage du trèfle montrent effectivement 
combien cette proportion varie suivant l'âge de la plante, 
la nature du terrain, et surtout selon les conditions mé- 
téorologiques pendant lesquelles les coupes ont eu lieu. On 
en jugera par quelques exemples pris sur des soles de 
deuxième année. 



I 



( 4o8 ) 






17 mai. 1" coupe avant la floraison : 1000 kil. ont donné, foin, 
3 juin. i re coupe, en fleur : la. 

5 juin (autre localité). i re coupe, en fleur : Id. 

28 juillet. 2 e coupe, en fleur : jj. 

Août, 2 e coupe, très-avancé en fleur, très- 

ligneux : u. 



212 
288 
3o5 
290 

36o 



Ajoutons encore que, pendant le fanage, le trèfle subit 
une perte assez forte par les feuilles, les fleurs qui se 
détachent et qu'on ne recueille pas lors du bottelage • 
cette perte porte précisément sur les parties les plus sub- 
stantielles. 

Pour parer aux causes d'erreur que je viens de signaler, 
afin d'obtenir des résultats comparables, j'ai disposé l'ex- 
périence de tel mode que le fourrage sec consommé re- 
présentât rigoureusement celui que donnerait le fourrage 
vert employé comparativement ; mais, comme il est alors 
nécessaire de faner continuellement, opération embarras- 
sante quand on agit sur une masse considérable de trèfle, 
je mis en observation un seul animal, une génisse âgée 
d'environ dix mois. 

La génisse était pesée à jeun. On lui donnait une ration 
de fourrage vert un peu moins forte que celle qu'elle con- 
sommait habituellement, afin que la nourriture fût prise 
en totalité dans les vingt-quatre heures; puis, au moment 
où la ration verte était placée dans la crèche, on en pre- 
nait une autre exactement semblable en poids et en nature, 
que l'on fanait immédiatement en s' entourant de toutes 
les précautions convenables pour empêcher la déperdition 
des parties détachées de la plante pendant la dessiccation ; 
cette ration fanée était conservée dans un sac portant le 
n° 1. Le deuxième jour, on agissait de la même manière, 
réservant encore pour le fanage une quantité de fourrage 
exactement pareille à celle qui devait être mangée en vert, 
et cette ration sèche était resserrée sous len° 2, et ainsi de 
suite. 






(4o 9 ) 

La génisse restait au vert pendant dix jours. Le onzième 
jour au matin, on la pesait, et alors commençait l'alimen- 
tation au fourrage sec. On livrait successivement à la con- 
sommation les foins tenus en réserve dans les sacs n° i, 
n° a, n° 3, etc. ; de sorte que, durant les dis autres jours, la 
génisse prenait précisément la même dose et la même qua- 
lité d'aliments qu'elle avait reçus dans les dix jours précé- 
dents ; il n'y avait d'autre différence, dans les deux régimes, 
que celle provenant de la présence ou de l'absence de l'eau 
de végétation. A la fin de l'alimentation sèche, l'animal 
était pesé. On voit que l'expérience se prolongeait pen- 
dant vingt jours. 



Première série. 



JOURS 
d'observations. 


TRÈFLE 

vert 

consommé. 




JOURS 
d'observations. 


N°' D'ORDRE 

du 
fourrage. 


TRÈFLE 

fané 
consommé. 




kg 










H 


I er jour. . , . 


32,5 


La génisse 


pèse 270 kil. 


1 I e jour.. . . 


I 


7,25 


2 e jour. . . . 


27,5 






12'' jour.. . . 


2 


6,82 


3° jour 


20,0 






i3 c jour.. . . 


3 


7^° 


4 e jour.. . . 


25,0 






i4" jour.. . 


4 


9,83 


5 e jour.... 


2 j,0 






i5 e jour.... 


5 


7)9' 


6 e jour.. . . 


23,5 






16 e jour. . . . 


6 


7,46 


7 f Jour.. . 


20,0 






i-/ jour... 


7 


7,53 


8 e jour 


20,0 






iS c jour.. . 


8 


5,5a 


9 e jour.. . . 


22,5 






19 e jour.. . 


9 


6,3 9 


10 e jour. . . . 
En dix jours. 


22 ,0 






20 1 ' jour. . . . 
En dis 


10 
jours. . . 


6,3i 


2jG,0 


72,42 


Le i i e joui 


, à jeun, 


a génisse a 


pesé 267 kilo 


jrarumes. Le 2 


e jour, h 


jeun, la 


gemsse a pes 


é 272 kilo 


çrammes. 















( 4io ) 

Deuxième série. - Dans l'intervalle de la première à la deuxième 
série, la génisse a été nourrie à discrétion. 



JOURS 

d'observations. 



TRÈFLE 

Tert 

consommé 



2* 

3 e 
4 e 

rc 

6 e 

7 e 
8 e 

9 e 

10 e 



jour., 
jour. . 
jour., 
jour., 
jour.. 
jour., 
jour., 
jour., 
jour., 
jour.. . 



En dix jours 



kg 

22,5 
23,0 

27 ,5 
aG,o 
a5,o 
25,0 
24,0 
3o,o 
27,5 

>j,0 



JOl'RS 

d'observations 



La génisse a pesé 3o6 kil 



11 e jour.. . 

12 e jour... 

i3 c jour.. . 

i4 e jour... 

i5 e jour... 

16 e jour... 

17 e jour.. . 

18 e jour... 

19 e jour... 

20 e jour. . . 



H D'oBDItl 

du 
TourraRe. 



3 

4 
5 
6 

7 
8 

9 
10 



En dix jours. . 



TRÈFLE 

fané 

consommé. 



kg 
5,98 

G, 73 
6,48 
8,70 

7.9> 
7,12 
8,53 
8,69 

8,60 



74,63 



a pc'seisTw 8é " iSSe " f ^ ki '°^ mmes - Le ^ J°"> » J*n, ta unisse 
a pese 308 kilogrammes. 



Troisième série. - Regain de foin de prairie. 



JOURS 


RECA1X 


d'observalions. 


consommé 


I er jour.. . . 


kg 
41,0 


2 e jour.... 


4>,o 


3 e jour. . . 


■Ko 


4 e jour 


40,0 


5 e jour... 


41,0 


6 e •jour. . . . 


42,0 


7 e jour 


43,0 


8 e jour.... 


4i,5 


9 e jour.... 


42,0 


10 e jour.. . . 


'(2,5 


En dix jours 


4i4,o 



La génisse a pesé 329 kil. 




JOURS 

d'observations. 



Il" jour.. 

12 e jour.. 

i3 r jour.. 

i/| e jotlr. . 

i5 e jour.. 

iG e jour.. 

17 e jour. 

18 e jour.. 

19 jour.. 

20 e jour... 

End 



ix jours. 



Le 



kg 
8,78 
C,8 9 
8,16 
7.8 9 

10,68 
9,i3 
8,92 
8,07 
9,o5 

10, i3 



jour, la génisse a pesé 333 kilogrammes. Le 21" jour, h jeun, la 
a pesé 343*6, 5. J 



87,70 



génisse 



vss*w%( 



( 4» ) 

Résumé des observations. 

Première série. 

kg 
Poids initial de la génisse. . 270 

Après le régime vert 265 

Perle occasionnée par le régime vert. . 3 

Après le régime du même fourrage fané. 272 

Gain occasionné par le régime sec. ... 5 

Deuxième série. 

Poids initial de la génisse 3o6 

Après le régime vert 3oi 

Perte occasionnée parle régime vert. . 5 

Après le régime du même fourrage fané. 3o8 

Gain occasionné par le régime sec. ... 7 

Troisième série. 

Poids initial de la génisse 329 

Après le régime vert 333 

Gain occasionné par le régime vert. . . 5 

Après le régime du même fourrage sec . 343 , 5 
Gain occasionné par le régime sec .... 1 o , 5 

Avant de tirer une conclusion, il importait de savoir 
quelle était l'étendue des variations accidentelles dans le 
poids de l'animal mis en observation. Plusieurs pesées con- 
sécutives, faites chaque jour et à la même heure, ont mon- 
tré que la plus grande différence atteignait 6 kilogrammes. 
Ainsi une différence de cet ordre ne saurait être sûre- 
ment attribuée à l'influence de l'alimentation, puisqu'elle 
est comprise dans la limite des variations de poids acci- 
dentelles. 

On remarquera que les gains constatés à la suite de la 
substitution de la ration sèche à la ration verte ont été 5, 
7 kilogrammes et io kg ,5, résultats de nature à faire pré- 






m 




(4«) 
sumer qu'une même quantité de fourrage nourrit plus 
quand elle a été fanée ; mais, en présence d'expériences 
aussi peu nombreuses, il serait prématuré de tirer une 
semblable conclusion. Ce que ces expériences semblent 
établir avec quelque certitude, c'est qu'un poids donné de 
fourrage sec ne nourrit pas moins le bétail que la quantité 
de fourrage vert qui l'a fourni. 




_» 



— 






(4i3 ) 



DE 



L'EMPLOI DES FOURRAGES TREMPES 



DANS L'ALIMENTATION DU BÉTAIL. 



Certains éleveurs sont dans l'usage de faire tremper les 
fourrages secs destinés au bétail ; dans l'opinion de ces 
praticiens, le foin, le trèfle acquièrent, par l'imbibition, 
des propriétés nutritives plus prononcées. a5 kilogrammes 
de trèfle fané absorbent assez d'eau pour peser 100 kilo- 
grammes après une infusion de douze heures. On pourrait 
croire, mais il n'en est rien, que, par l'humectation, ce 
fourrage sec se reconstitue en quelque sorte à l'état de 
fourrage vert. 

On pouvait présumer, dans l'été cbaud et sec que nous 
venons de traverser, qu'une nourriture humide serait plus 
profitable au bétail que le foin qu'il recevait par suite de la 
rareté des herbages, la seconde coupe de trèfle ayant man- 
qué assez généralement. 

C'est cette considération qui m'a déterminé à faire un 
essai comparatif, dans le but de constater l'effet du four- 
rage trempé. J'ai confié les détails de cette expérience à 
M. Eugène Oppermann. 

Quatre génisses, âgées de dix-sept à dix-neuf mois, ont 
été réparties en deux lots : l'un de ces lots, le n° i, a con- 
sommé du foin et du trèfle fané 5 le lot n° 1 a reçu le même 
fourrage préalablement trempé pendant douze heures. 
Chaque lot a d'ailleurs été exactement rationné à raison de 
3 kilogrammes de foin pour 100 kilogrammes de poids 



■ 



: 



■ 



Isi'-i 



( 4'4) 

vivant. Voici le résultai de la première expérience, qui 
duré quatorze jours : 



POIDS INITIAL. 

1 

i — 


POIDS 
après 

i4 jours 
de ce 

régime. 


GAIN 
TOTAL. 


GAIN 

par joon. 


FOURRAGE 

CONSOMMÉ . 


Lot n i. 
•j22 k S (au fourrage trempé)... 

Lot n° i. 
773 k S (au fourrage sec'» 


kg 

745 

792 


2i 
20 


kg 

',64 

',43 


281 

3l2 



Cette expérience a été répétée en intervertissant l'ordre 
des lots, de manière que le fourrage humide fût consommé 
par le bétail qui précédemment avait reçu du fourrage 
sec. Le résultat obtenu n'a pas différé sensiblement de celui 
qui vient d'être présenté. En effet : 

Le lot n° 1, qui a eu l'aliment sec, a gagné en 

quatorze jours 2 $ ki 

Le lot n° 2, en consommant du fourrage trempé, 
a S^né .' 22 

La légère différence qui semble résulter à l'avantage du 
foin trempé est trop faible pour qu'on puisse affirmer 
qu'elle ne dépend pas d'une erreur d'observation; mais 
cette différence, fût-elle réelle, ne compenserait pas les 
frais de main-d'œuvre et les embarras qu'occasionnerait 
1 opération du trempage. 

Dans le cours de ces recherches, M. Oppermann a con- 
staté que le bétail mange plus rapidement le fourrage 
trempé. II est arrivé qu'un lot consommait une ration hu- 
nude en quarante-cinq minutes, tandis qu'un autre lot 
mettait une heure à faire disparaître la ration sèche. 
Une plus grande rapidité dans la consommation peut 



( 4i5 ) 

présenter, dans certains cas, de l'avantage, par exemple 
dans l'engraissement. Nul doute aussi que le fourrage 
trempé, d'une mastication plus facile, ne convienne au 
bétail très-jeune, lorsqu'il passe de l'allaitement à la nour- 
riture végétale. En un mot, le foin sec, après qu'il a 
absorbé deux à trois fois son poids d'eau, doit offrir l'avan- 
tage que l'on reconnaît aux fourrages verts, celui d'être 
consommé avec plus d'avidité. 

Il en résulte qu'un animal mis au vert à discrétion pro- 
fite généralement plus. C'est probablement ce qui arriverait 
avec du fourrage trempé, donné dans les mêmes condi- 
tions d'abondance. 

Curieux de connaître l'influence que pourrait exercer le 
foin trempé sur la lactation, j'ai engagé M. Oppermann à 
suivre le rendement de deux vaches bien comparables, 
rationnées avec 3 kilogrammes de fourrage sec pour ioo ki- 
logrammes de poids vivant. A l'une on a donné du foin 
trempé, à l'autre un foin normal : après quinze jours de 
ces deux régimes, on ne s'est aperçu d'aucune différence 
dans la production du lait. 






( 4i6) 



DE LA 



TRANSFORMATION DU PAIN TENDRE EN PAIN RASSIS. 



Assez généralement on croit que le pain tendre diffère 
du pain rassis par une plus forte proportion d'eau, attri- 
buant par là à une dessiccation progressive la consistance 
qu'il acquiert après qu'on l'a retiré du four. Comme con- 
. séquence, on admet que le pain est plus nutritif quand il 
est rassis, par la raison qu'à poids égal il renferme plus 
de matières sèches. 

Cependant, lorsqu'on connaît les précautions prises pour 
prévenir la dessiccation du pain frais dans les ménages où 
l'on ne cuit qu'à des intervalles assez éloignés, on est peu 
disposé à accepter cette opinion. 

Ainsi, dès qu'une fournée est cuite et refroidie, on l'en- 
ferme dans la huche, on la porte au cellier ou on la descend 
à la cave ; toujours elle est placée dans les conditions les 
moins favorables à la déperdition de l'humidité. Néan- 
moins, il ne se passe pas vingt-quatre heures sans que la 
mie ait perdu une partie de sa flexibilité, sans qu'on puisse 
l'émietter facilement ; la croûte, au contraire, de croquante, 
de cassante qu'elle est, devient tenace en prenant une cer- 
taine souplesse. Ce changement d'état suit l'abaissement de 
la température, et il ne m'a jamais paru qu'il fût raison- 
nable de l'attribuer à un effet de dessiccation. Qui ne sait, 
par exemple, qu'un pain froid et rassis recouvre, dans le 
four, toutes les propriétés du pain tendre, ou bien encore, 
lorsqu'on en grille une tranche sur un feu vif ? A la vérité, 
les surfaces d'un morceau de pain rôti sont torréfiées, car- 
bonisées, fortement desséchées par l'action trop directe de 



(4-7) 

la chaleur; mais, à l'intérieur, la mie est flexible, élastique, 
tendre. On ne saurait nier, cependant, que le pain, en sé- 
journant dans le four, que la tranche grillée n'aient perdu 
l'un et l'autre une quantité notable d'eau. 

Ces faits suffiraient, ce me semble, pour établir, contre 
l'opinion accréditée, que le pain tendre ne devient pas 
rassis par cela seul qu'il se dessèche-, mais j'ai cru qu'il ne 
serait pas inutile de faire quelques expériences, ne fût-ce 
que pour montrer avec quelle lenteur un pain de quelques 
kilogrammes se refroidit, et combien est minime la quan- 
tité d'eau évaporée pendanl le changement d'état qui ac- 
compagne et suit ce refroidissement. 

Dans un pain rond ayant 33 centimètres de diamètre, 
i4 centimètres d'épaisseur, et pris lorsqu'on défournait, 
j'ai introduit au centre, à 7 centimètres de la surface, le 
réservoir d'un thermomètre ; quelques instants après son 
introduction, l'instrument marquait 97 degrés. Cette tem- 
pérature paraîtra hien faible si on la compare à celle du 
four; mais si la partie extérieure d'un pain que l'on fait 
cuire est exposée au rayonnement de parois échauffées à 
a5o ou 3oo degrés, il ne faut pas perdre de vue que les par- 
ties situées au-dessous delà croûte n'atteignent jamais plus 
de 100 degrés de chaleur, à cause de l'eau contenue dans la 
pâte, et en proportion telle, qu'après la cuite, la mie en 
retient encore 35 à 4^ pour 100. 

Le pain chaud pesait 3 k£ ,76o; on l'a placé dans une 
chambre où un thermomètre suspendu dans l'air indiquait 
19 degrés. Voici, maintenant, les observations faites pen- 
dant le refroidissement. 






Y. 



( 4i8 ) 









TEMPÉRATURES 




DATES 




HEURES. 


du 
pain. 


de 

la chambre. 


POIDS DU PAIN. 






h 


o 





»e 


Juin.. . 


12 


9 matin. 


97;° 


'9.0 


3,760 






10 matin. 


8i,o 


19,» 








1 1 matin. 


68,o 


■9.0 








Midi. 


58,i 


'9,' 








i soir. 


5o,î 


>9,° 


3, 7 35 






i soir. 


44,0 


19,0 








3 soir. 


38,6 


'8,9 








4 soir. 


34,7 


'9.0 








5 soir. 


3i,6 


18,7 








6 soir. 


28,9 


18,6 








8 soir. 


25,0 


.8,4 








10 soir. 


33,0 


i8,3 






i3 


7 matin. 


18,8 


,8,1 








9 matin. 


i8,3 


18,1 


3,730 






ro matin. 


.8,. 


18,1 








il matin. 


18,0 


18,0 








Midi. 


18,0 


•7,9 








2 soir. 


i8,o 


18,0 








7 soir. 


"7-7 


17,8 






'4 


9 matin. 


«;,o 


'7,4 


3,727 




i5 


9 matin. 


.6,. 


i6,5 


3,712 




16 


g matin. 


i5,8 


i6,3 


3,700 


' 


'7 


9 matin. 


jr 


rr 


3,696 




18 


9 matin. 


■ 


n 


3,690 



A côté du pain portant un thermomètre, on en avait 
placé un autre pour juger du changement d'état. Vingt- 
quatre heures après qu'on eut défourné, la température 
étant sensiblement la même que celle de la chambre, et, 
dès lors, le refroidissement pouvant être considéré comme 
accompli, le pain était demi-rassis comme l'est ordinaire- 
ment celui qui est cuit depuis un jour ; la croûte ne se bri- 
sait plus sous la pression ; il y avait eu 3o grammes d'eau 
de dissipés, soit les 0,008 du poids initial. Le sixième 
jour, lorsque le pain était extrêmement rassis, la perte ne 










■mes» 



( 4<9 ) 
s'est pas élevée au-dessus de 0,01 ; dans les cinq derniers 
jours, c'est-à-dire pendant la période où la modification a 
été la plus prononcée, bien qu'elle ait eu lieu après le com- 
plet refroidissement, la perle en eau n'a été que de 
4o grammes sur 'iy^o, ou à très-peu près de 0,0 1. L'expé- 
rience suivante prouvera d'ailleurs que l'élimination de 
l'eau, dans des limites aussi restreintes, ne contribue en 
rien à la transformation du pain tendre en pain rassis. 

Le pain cuit depuis six jours, et dont le poids était 
3 kg , 690, a été remis au four : une heure après, le thermo- 
mètre placé au milieu de la mie indiqua seulement 70 de- 
grés. Ce pain ayant été coupé, on le trouva tout aussi 
frais que ceux que l'on venait de cuire. Il ne pesait plus 
que 3 kg ,!)7o, ayant perdu 120 grammes d'eau, ou 3 -J- 
pour 100. 

Cette expérience a été répétée sous une autre forme ; on 
amis une tranche de pain chaud dans une capsule placée 
sous une cloche dont l'ouverture reposait sur de l'eau, de. 
manière que l'air confiné dans la cloche fût saturé d'hu- 
midité. Chaque jour, à la même heure, la tranche a été 
examinée et pesée. 

Poids de la tranche 32, o5 pain tendre. 

Perte... o E ',23 
Après être restée 2^ h sous la cloche.. 
Perte. . . o sr ,07 

Après être restée 48 b sous la cloche . . 

Perte. . . o6 r , o5 
Après être restée ■j2 b sous la cloche . . 

Perte. . . o er , 01 
Après être restée gG h sous la cloche . . 



I 



3i ,82 pain demi-rassis. 
3i ,75 pain rassis. 
3i ,70 pain rassis. 
31,69 pain très -rassis 



On voit, par les pesées, que le pain chaud est devenu 
demi-rassis en perdant les o, 007 de son poids. Une fois à 
cet état, la consistance a été en augmentant, bien que les 










(420 ) 

pertes successives n'aient plus été que de 0,002, 0,0016 
o,ooo3 du poids initial. 

La tranche de pain rassis a été grillée, elle a pesé 28s r ,65 • 
plus des -^ étaient régénérés à l'état de pain tendre, quoi- 
que, par l'action de la chaleur, la perte, due en grande 
partie à de l'eau volatilisée, se soit élevée à près de -!- du 
poids primitif. 

En remettant au four un pain très-rassis, on a vu qu'il 
était devenu tendre lorsque le thermomètre placé dans son 
intérieur se tenait à 70 degrés. Afin de constater si le chan- 
gement d'état aurait lieu à une température moins élevée 
j'ai introduit, dans un étui en fer-blanc, un cylindre de 
mie taillé dans du pain cuit depuis plusieurs jours. Pour 
prévenir toute dissipation d'humidité, l'étui a été fermé 
avec un bouchon, puis on l'a maintenu pendant une heure 
au bain-marie chauffé entre 5o et 60 degrés. La mie est 
devenue souple, élastique comme si on l'eût retirée du four. 
On l'a laissé refroidir : vingt-quatre heures après, sa con- 
sistance était celle du pain demi-rassis, et au bout de qua- 
rante-huit heures celle du pain rassis. La disposition prise 
pour élever la température sans qu'il y eût perte d'eau a 
permis de modifier nombre de fois le pain enfermé dans 
l'étui, en le chauffant et le laissant refroidir alternative- 
ment. 

Des faits exposés précédemment, il est, je crois, permis 
de conclure que ce n'est pas par une moindre proportion 
d'eau que le pain rassis diffère du pain tendre, mais par un 
état moléculaire particulier qui se manifeste pendant le 
refroidissement, se développe ensuite, et persiste aussi 
longtemps que la température ne dépasse pas une certaine 
limite. 



— + m 



■fadMMBI 



( 4»! ) 



POTASSE ENLEYÉE AU SOL 



PAR LA CULTURE DE LA VIGNE. 



La présence constante de la crème de tartre dans le vin, 
lesquantités considérables de cette substance produites dans 
les pays vignobles, ont fait penser que la vigne enlève au 
sol une très-forte proportion de potasse. C'est là, au reste, 
une simple présomption 5 et quand on considère qu'on ne 
donne pas à la vigne plus de fumier que n'en reçoivent les 
cultures de racines ou de céréales, il est permis de douter 
qu'une récolte de vin, si abondante qu'on la suppose, 
exige plus d'alcali que telle ou telle sole de nos rota- 
tions. 

Pour me former une opinion sur cette question, trop 
abandonnée jusqu'ici aux spéculations théoriques, j'ai dé- 
terminé la quantité et la nature des substances minérales 
enlevées en 1848 dans notre vigne du Smalzberg, près 
Lampertslocb, en dosant et en soumettant à l'analyse les 
cendres des matières exportées, à savoir : 1° des sarments ; 
1° du marc de raisin ; 3° du vin. Les feuilles restant sur le 
terrain, il n'a pas été nécessaire de tenir compte des ma- 
tières minérales qu'eLles renferment. 

La surface de vigne à laquelle se rapportent les données 
numériques que je vais présenter est de 170 ares. Le ter- 
rain est rempli de petits fragments de pierres calcaires. 

En 1848, on a obtenu de cette surface 55 hectol ,o5 de 



vin. 






Le marc de raisin, desséché à l'air, a pesé 49 2 kilo- 



W-'l ' ■■ ' 













( 4m ) 

grammes ; ioo de marc, ainsi desséché, ont laissé 6,65 de 
cendres, soit 32 k s, 7 2 pour 492 kilogrammes. 

La taille de la vigne, exécutée au printemps de 184.9, a 
fourni 2624 kilogrammes de sarments. J'ajouterai qu'en 
i85o la vigne en a donné, à 100 kilogrammes près, la 
même quantité. 

De 100 de sarments, brûlés dans l'état où ils avaient été 
pesés, on a retiré 2,44 de cendres ; soit 64 k s,o3 pour la 
totalité du bois. On avait incinéré assez de sarments pour 
obtenir plusieurs kilogrammes de cendres. 

1 litre de vin a laissé iï',870 d'une cendre très- 
blanche. 

Les analyses de ces cendres ont été faites dans mon labo- 
ratoire par M. Houzeau ; en voici les résultats : 



Potasse 

Soude 

Chaux 

Magnésie 

Oxyde de fer, alumine. 
Acide phosphorique. . . . 

Acide sulfurique 

Chlore 

Acide carbonique 

Sable et silice(') 

Perte 



de 
marc. 



36,9 
0,4 

io, 7 
2,2 

3,4 

10,7 
5,4 

0,1 
12,4 
i5,3 

2, a 



100,0 



(') La silice en très-faible proportion. 



CENDRES 



de 
sarments. 



18,0 
0,2 

27,3 
6,. 
3,8 

10,4 
1,6 
0,1 

20,3 

10,9 
.,3 



100,0 



de 

sarment: 

sable déduit 



20, I 

0,2 

3o,5 

6,8 

4,3 
n,6 

•>7 
o,r 

33,9 

o,5 



de 

1 litre do Tin 



100,0 



0,8^2 
0,000 

0,092 

0,172 

II 

o,4n 

0,096 

Traces. 

o,25o 

0,006 



1,870 



Avec les données précédentes, on trouve pour les quan- 






■M 



»t&x 



( 4=3 ) 

tités de substances minérales enlevées en une année dans la 



vigne de 170 ares: 



1 

POTASSE. 

1 
1 


SOUDE. 


cru ex. 


MA0.1É3IE- 


ACIDE 

ptiospbu- 

rlque. 


ACIDE 
sulfuriq. 


Dans les sarments. 

Dans le marc 

Dans le vin 

Total . . 


11 ,53 
12,07 

4,64 


•MS 

0, i3 

0, i3 
0,00 


Kg 

17,48 

3,5o 

o,5i 


kg 
3 ;9' 
0,72 
0,95 


Kg 
6, «3 

3,5o 

2,27 


kg 
I ,02 

•i/7 
0,53 


28,24 


0,2G 


2i ,4o 


5,58 


12,43 


3,52 



Ramenant à la surface de 1 hectare, on a : 

kr 
Potasse 16,42 

Soude o, i5 

Chaux 12 ,49 

Magnésie 3 ,24 

Acide phosphorique. . . 7,^3 

Acide sulfurique 1 ,93 

Contrairement à l'opinion admise, ces recherches éta- 
blissent que la culture de la vigne n'exige pas plus de po- 
tasse que les autres cultures : ainsi, dans le voisinage du clos 
du Smalzherg, à 1 hectare de terre : 

Alcali. Ac. phosphorique. 

kg kg 

La pomme de terre enlève. . . .63 i4 

La racine de la betterave go 12 

Le froment, avec la paille 27 19 



FIN DU TOME CINQUIEME. 




TABLE DES MATIÈRES. 



Pages. 

SUR LES FONCTIONS DES FEUILLES , 

SUR UNE MATIÈRE SUCRÉE APPARUE SUR LES FEUILLES D'UN 

TILLEUL 33 

SUR LA GERMINATION DES GRAINES OLÉAGINEUSES, par M. A. 

Mûntz 5 

STATIQUE DES CULTURES INDUSTRIELLES. Le Houblon, par 

M. A. Mûntz 64 

SUR LA FERMENTATION DES FRUITS. Troisième Partie, par 

M. Joseph Bodssixgault 81 

Fermentation des myrtilles Si 

Fermentation du vin blanc des vignes de Lampertsloch 85 

Fermentation du miel ga 

SUR LA SORBITE, MATIÈRE SUCRÉE ANALOGUE A LA MANNITE, 

par M. Josepu Boussingaelt g5 

EXPÉRIENCES SUR LA CONGÉLATION DE L'EAU 104 

DU FER CONTENU DANS LE SANG ET LES ALIMENTS ioS 

Fer contenu dans divers régimes alimentaires lis 

Fer contenu dans l'organisme des animaux 1 14 

Fer dans le sang des animaux à sang blanc n5 

Répartition du fer dans les matériaux du sang rouge nS 

Recherches du fer dans les cryptogames 124 

Fer dans les feuilles vertes et dans les feuilles étiolées 128 

SUR LE DÉVELOPPEMENT PROGRESSIF DE LA MATIÈRE VÉGÉ- 
TALE DANS LA CULTURE DU FROMENT i35 

ANALYSES COMPARÉES DES ALIMENTS CONSOMMÉS ET DES 

PRODUITS RENDUS PAR UNE VACHE LAITIÈRE i44 

Composition élémentaire de la pomme de terre ifyj 

» du regain de foin i5o 

n des excréments i5i 

i) de l'urine, du lait i5a 

Eau bue par une vache, en vingt-quatre heures i54 

Résumé de l'expérience ' i55 

ANALYSES COMPARÉES DES ALIMENTS CONSOMMÉS ET DES 
PRODUITS RENDUS PAR UN CHEVAL SOUMIS A LA RATION 

D'ENTRETIEN 1 56 

Composition élémentaire du foin, de l'avoine 157 

» de l'urine i5o 



1 ■ ' ■ ' ■ . . 




( 4^6 ) 



Composition des excréments 

Eau bue par le cheval, en vingt-quatre heures. 
Résumé de l'expérience 



Pasei. 

160 

. 161 

. -.162 



ANALYSES COMPARÉES DE L'ALIMENT CONSOMMÉ ET DES EX- 
CRÉMENTS RENDUS PAR UNE TOURTERELLE 

Composition élémentaire du millet 

» des excréments 

Résumé de deux expériences 

Acide carbonique formé pendant la respiration de la tourterelle. 
Sur la respiration d'une tourterelle mise à l'inanition 

OBSERVATIONS SUR L'ACTION DU SUCRE DANS L'ALIMENTATION 

DES GRANIVORES, par M. Félix Letellier 

Graisse contenue dans l'organisme des j au régime normal 

tourterelles ( au régime du sucre. . . . 

Résumé des expériences 

ASPECT DU LAIT VU AU MICROSCOPE AVANT ET APRÈS LE 
BARATTAGE ET L'ÉCRÉMAGE 

INFLUENCE DES TEMPÉRATURES EXTRÊMES DE L'ATMOSPHÈRE 
SUR LA PRODUCTION DE L'ACIDE CARBONIQUE DANS LA 
RESPIRATION DES ANIMAUX A SANG CHAUD, par M. Félix Le- 
tellier 

Degrés de chaleur auxquels les hommes et les animaux sont capa- 
bles de résister 

Résultats généraux 

Acide carbonique exhalé dans la respiration des petits oiseaux à 
la température ambiante 

Acide carbonique produit pendant la respiration des petits oi- 
seaux, sous l'influence d'une température élevée 

Acide carbonique produit à zéro dans la respiration des petits 
oiseaux 

Transpiration des petits oiseaux dans les conditions ordinaires 
de température 

Acide carbonique exhalé dans la respiration des oiseaux, du poids 
de i3o à 200 grammes, sous l'influence des diverses tempéra- 
tures 

Acide carbonique produit dans la respiration des mammifères 
aux diverses températures 

Acide carbonique produit à l'état d'inanition par une tourterelle 
et une crécerelle aux diverses températures 

RECHERCHES EXPÉRIMENTALES SUR LE DÉVELOPPEMENT DE 

LA GRAISSE PENDANT L'ALIMENTATION DES ANIMAUX 

Porcs mis au régime exclusif des pommes de terre 

Résultats de l'abatage d'un porc 



i63 
166 
167 
170 
174 
.76 

1S6 
190 
192 

•97 

198 



2o3 

205 

2o3 

219 

220 
221 



224 

226 



228 
23 1 
232 



( 4*7) 

Pages. 
Matières grasses contenues dans les pommes de terre consom- 
mées par les porcs ' 233 

Résultats de l'abatage du porc mis pendant 93 jours au régime 

des pommes de terre 235 

Pertes éprouvées par la graisse de porc pendant la fusion 236 

Accroissement en poids du porc mis pendant 2o5 jours au régime 

des pommes de terre 238 

Résultats de l'abatage du porc mis pendant 20J jours au régime 

des pommes de terre. Résumé de l'expérience 239 

Régime des porcs élevés à la porcherie, depuis le sevrage jusqu'à 

l'accomplissement du huitième mois 241 

Composition des eaux grasses données aux porcs 244 

Matières entrant dans l'organisme d'un goret nouveau-né, pesant 

65o grammes 245 

Composition de la pomme de terre consommée dans les expé- 
riences 24 7 

Développement des porcs au régime de la porcherie, depuis leur 

naissance, jusqu'à l'âge de no jours 248 

Engraissement des porcs 249 

Graisse et chair dans les porcs engraissés. 201 

Composition de la ration d'engraissement, rapportée à un porc 

pesant 88 kilogrammes 254 

Composition du seigle, des pois, de la farine de seigle, employés 

dans l'engraissement des porcs 255 

Principes azotés et graisse contenus dans les diverses rations ... «56 
Engraissement des oies, poids des oies au commencement de 

l'expérience 207 

Graisse, sang et divers organes dans les oies maigres 259 

Poids acquis par les oies mis à l'engraissement 260 

Graisse, sang et divers organes dans les oies grasses 261 

Comparaison de la graisse, du sang et divers organes dans une oie 

avant et après l'engraissement 262 

Composition du maïs employé, graisse acquise pendant l'engrais- 
sement 265 

Expérience sur l'engraissement des canards 266 

Composition du riz donné comme aliment 267 

Graisse, sang et organes divers, dans les canards, avant et après le 

régime du riz 268 

Régime mixte du riz et du beurre, graisse, sang et organes divers 
dans les canards mis à ce régime. Résultat de l'expérience . . . 273 

DÉVELOPPEMENT DE LA SUBSTANCE MINÉRALE DANS LE SYS- 
TÈME OSSEUX DU PORC 37a 

DE L'INFLUENCE QUE CERTAINS ALIMENTS EXERCENT SUR LA 
PROPORTION DE MATIÈRES GRASSES CONTENUES DANS LE 
SANG 283 





(4?8) 

, Pages. 

SUR LA PRÉSENCE DU BICARBONATE DE POTASSE DANS 

L'URINE DES HERBIVORES. : 2 86 

Composition de l'urine du porc 2( v, 

Composition de l'urine d'une vache au régime du regain et de la 

pomme de terre 2 qi 

Composition de l'urine d'un cheval au régime du trèfle vert et de 
l'avoine 2 qg 

SUR LA RUPTURE DE LA PELLICULE DES FRUITS EXPOSÉS A 
UNE PLUIE CONTINUE. ENDOSMOSE DES FEUILLES ET DES 

RACINES, par M . Joseph Boussingaoxt 3 3 

SUR LA NITRIFICATION DE LA TERRE VÉGÉTALE 3, , 

EXPÉRIENCES STATIQUES SUR LA DIGESTION 33 2 

RELATION D'UNE EXPÉRIENCE ENTREPRISE POUR DÉTERMINER 
L'INFLUENCE QUE LE SEL AJOUTÉ A LA RATION EXERCE 

SUR LE DÉVELOPPEMENT DU BÉTAIL 36 7 

Age et poids initial de trois jeunes taureaux formant le lot n° 1 

recevant du sel et du lot n° 2 ne recevant pas du sel 368 

Aliments consommés et poids des lots, après 44 jours 36g 

Eau bue en 24 heures, par les lots n° 1 et n° 2 370 

Sel marin contenu naturellement dans 100 kilogrammes de grain 

ou de fourrage 3^/ 

Aliments donnés à discrétion au lot n° 1 et n° 2, fourrages con- 
sommés et accroissements de poids en 1 17 jours de régime. . . 3^5 
Mise des lots au régime du trèfle vert du I er au 3i octobre, 

fourrage consommé et accroissement de poids 38o 

Engraissement des hioutons, avec et sans le concours du sel 383 

SUR L'INFLUENCE QUE LE SEL AJOUTÉ A LA RATION DES 

VACHES EXERCE SUR LA PRODUCTION DU LAIT 386 

EXPÉRIENCES SUR L'ALIMENTATION DES VACHES AVEC DES 

BETTERAVES ET DES POMMES DE TERRE 3gi 

Résultat de la nourriture aux betteraves 3q5 

Résultat de la nourriture au regain de foin 397 

Résultat de la nourriture aux pommes de terre 399 

Résumé des observations 4o3 

SUR LA FACULTÉ NUTRITIVE DES FOURRAGES AVANT ET APRÈS 

LE FANAGE 406 

Résumé des observations 4" 

DE L'EMPLOI DES FOURRAGES TREMPÉS 4i3 

DE LA TRANSFORMATION DU PAIN TENDRE EN PAIN RASSIS. . . 416 

POTASSE ENLEVÉE AU SOL PAR LA CULTURE DE LA VIGNE. ... 4ai 

Composition des cendres du marc de raisin, des sarments, du 

vin 4 22 

Table des matières 4^6 

Î88 Paris. — Imprimerie de Gauthier- Villars, quai dos Augustin,, 55. 







; . 









■ 



I 



■ 



I 

■ 



I 



■ ,...ss- 



■ 



4& 



■ 






I 

m: 




JA 



m 
■ 



m 



m