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Full text of "Les Industries d'amateurs, le papier et la toile, la terre, la cire, le verre et la porcelaine, le bois, les métaux..."

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BIBLIOTHEQUE SAINTE ■ GENEVIEVE 




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INDUSTRIES D'AMATEURS 



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BIBLIOTHEQUE 
SAINTE | 
GENEVIEVE 



















LIBRAIRIE J.-B. BAILLIÈRE ET FILS, 19 



Rl'E FHAUTEEUILLK, PARIS. 



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Son cadre comprend donc l'universalité des sciences, en tant nulles présentent 

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Les Industries d amateur, le papier, le bois, le verre, la porcelaine et 

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in-10 de 380 p., avec 165 fig., cart 4 f r . 



ENVOI' FRANCO CONTRE MANDAT POSTAL. 



Henry de GRAFFIGNY 

Ingpuieur-élcctricieii, ancien directeur Je Y Électro-dompstitfUAr-^- 

Rédacteur en chef de Y Encyclopédie des Connaissances Ûi'flIiQJt£s) , 'Ç 
et du Moniteur des Inventions nouvelles.'' 



LES 



Se.mfc de 



V 




» 



INDUSTRIES D'AMATEURS 

LE PAPIER ET LA TOILE 
LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE ET LA PORCELAINE 

LE BOIS — LES MÉTAUX 



* CARTONNAGES — PAPIERS DE TENTURE 

ENCADREMENTS — MASQUES 
BROCHAGE ET RELIURE — FLEURS ARTIFICIELL 
AÉROSTATS — FEUX D'ARTIFICES — MODELAGE 
MOULAGE — GRAVURE SUR VERRE 
PEINTURE DE VITRAUX - MOSAÏQUE — MENUISERI 
TOUR — DÉCOUPAGE DU BOIS 
MARQUETERIE ET PLACAGE — SERRURERIE 
GRAVURE EN TAILLE-DOUCE — MÉCANIQUE 
ÉLECTRICITÉ — GALVANOPLASTIE 
X HORLOGERIE 



r 



Ouvrage illustré de 395 figures 




LIBRAIRIE J.-B. BAILLIÈRK ET FILS 

19, rue Hautefeuille, près du boulevard Saint-Germain 



1889 

Tous droits réservés. 



I 



J \ 



PREFACE 



Le goût des travaux manuels a pris, depuis quelques an- 
nées surtout, une extension considérable, et chacun, dans 
la mesure de ses aptitudes, de ses moyens, et surtout de 
ses préférences, aime à faire une foule de petits ouvrages. 

Il y a nombre d'amateurs qui, pris d'un goût très vif 
pour la menuiserie, la serrurerie ou les arts décoratifs, se 
montent eux-mêmes dans un coin de leur appartement un 
petit atelier, quelquefois rudimentaire, y font de la pein- 
ture sur verre, du tour, de la mécanique, de la galvano- 
plastie, et souvent avec un réel succès, et occupent leurs 
soirées et leurs jours de liberté à fabriquer mille petits 
bibelots qu'ils ont le plaisir d'avoir construits eux-mêmes !... 
Le champ ouvert est immense, pour peu que l'amateur ait 
de la persévérance, de l'ingéniosité et de l'adresse. 

La pratique des travaux manuels présente de grands 
avantages. 

D'abord, elle provoque un salutaire exercice, qui fortifie 
le corps, développe chez l'enfant l'habileté et l'adresse, 
si nécessaires dans les occupations ordinaires de la vie, 
soustrait le jeune homme aux influences mauvaises du 
dehors et conduit insensiblement le père de famille à aimer 
la vie d'intérieur, dont le désoeuvré ne connaît pas tous 
les charmes. 



VI 



PREFACE. 



En outre, les travaux manuels inspirent l'ordre, la mé- 
thode, l'économie. Quiconque y acquiert quelque habileté 
ne tarde pas à en tirer d'heureux résultats; car avec le 
même budget, il se procure plus de confortable et de bien- 
être. Que d'utiles compléments il peut ajouter à l'appar- 
tement, au jardin ou à la serre ! sans compter les jolis 
bibelots qu'il prodigue autour de lui et qui acquièrent aux 
yeux complaisants des amis l'immense valeur d'être l'œuvre 
de nos mains. 

C'est aux amateurs d'éludés scientifiques que les travaux 
manuels sont le plus utiles, car ils leur permettent d'aug- 
menter leur outillage et, par suite, d'élargir considérable- 
ment le cercle de leurs expériences et de leurs travaux. 

L'amateur intelligent et adroit décuple ainsi ses moyens 
d'action. Il acquiert en même temps l'adresse nécessaire 
pour la pratique. C'est dans l'atelier de l'amateur que l'on 
fait le plus utile stage pour réussir ensuite dans le cabinet 
de physique et le laboratoire de chimie. 

La plupart des inventeurs et des savants sont des ama- 
teurs de travaux manuels, qui construisent eux-mêmes les 
modèles des instruments qui servent à leurs découvertes. 

En pourrait-il être autrement? Le physicien et le chi- 
miste, qui ne sauraient préparer aucune expérience sans le 
concours du menuisier ou de l'ajusteur, seraient bien sou- 
vent arrêtés dans leurs travaux. 

Mais l'amateur ne doit pas se cantonner dans une spé- 
cialité, qui limite ses travaux et le condamne à la monotonie 
d'une production sans utilité et sans goût. 

Ce n'est, en effet, que par le mariage des produits de dif- 
férents arts : menuiserie, découpage, marqueterie, tour, 
serrurerie, galvanoplastie, etc., que l'on peut espérer de 
donner à ses œuvres un véritable cachet d'originalité et 
d'élégance. 

Or, ce résultat n'est pas aussi difficile à atteindre qu'on 
le pense généralement. Avec un peu d'attention et beau- 



PRÉFACE. 



VII 



coup de méthode on fait promptement ces divers apprentis- 
sages; car tous les arts manuels, même les plus différents 
en apparence, ont entre eux plus d'un point de ressem- 
blance. Qui en connaît un en acquiert vite un autre et plus 
facilement encore un troisième. 

Mais il ne faut pas vouloir aller trop promptement, ni 
chercher surtout à fabriquer des chefs-d'œuvre avant d'avoir 
appris à conduire convenablement ses outils. C'est ce que 
font beaucoup d'amateure; c'est aussi la raison de leur in- 
succès. En toute chose il y a une période d'apprentissa S e 
qu il faut subir. ° 

C'est dans le but de réunir toutes les données, tous les 
renseignements épars que nous avons écrit les Industries 
d amateurs. 

Nous avons adopté la méthode la plus rigoureuse la 
disposition la plus claire. 

Nous avons commencé par ce qu'il y a de plus simple : fe 
papuzr et la toile. C'est étonnant ce que l'on peut faire ave* 
une feuille de papier et un morceau de toile; on peut fabri- 
quer des boites, des cartonnages, des masques, des Heurs' 
artificielles, encadrer ses gravures, brocher ou relier ses 
livres, etc. 

Puis nous avons étudié la terre, la cire, le verre et la 
porcelaine; nous avons décrit les opérations du moulage, 
du modelage; nous avons indiqué les procédés de décora- 
tion du verre, des vitraux et de la porcelaine par la pein- 
ture, la taille et la gravure ; nous avons enfin donné Quel- 
ques développements à la mosaïque. 

Nous sommes alors arrivé au travail du bois; nous avons 
expose les principes de l'apprentissage du menuisier ama- 
teur, car, avant de construire un objet quelconque, il faut 
apprendre à manier les outils qui aident au travail de la 
ma.n; puis nous avons donné les conseils pratiques nue 
nous croyons les plus utiles, pour la construction de petits 
meubles simples. Le tournage, le découpage, la marque. 



VIII 



PREFACE. 



lerie et In placage forment autant de chapitres spéciaux, 
qui complètent cette étude. 

Enfin nous terminons par le travail des métaux, la serru- 
rerie, la mécanique, l'électricité^ la galvanoplastie, le nicke- 
lage, l'horlogerie ; nous indiquons la pratique du maniement 
des outils qui permettent aussi bien de fabriquer les pièces 
massives que les appareils de précision. 

De cette façon, chacun pourra trouver tous les renseigne- 
ments dont il aura besoin pour faire de la reliure ou de la 
peinture, fabriquer, à sa guise et suivant sa fantaisie, un 
objet usuel en bois ou en métal, installer chez lui un appa- 
reil électrique, démonter ou remonter ses pendules et ses 
montres. 

Chacun aura un vade-mecum et un guide assez renseigné 
pour lui éviter les tâtonnements inévitables du début, et 
réduire au minimum le temps de l'apprentissage. 

Puisse ce volume être bien accueilli du public éclairé, à 
qui il est destiné, et qui y trouvera une foule de moyens pour 
occuper agréablement ses loisirs ! 

C'est notre seul désir, notre seule ambition, et ce sera 
notre plus grand honneur. 

H. de Graffigny. 



l'ontenay-sous-Bois, octobre 1888. 



LES INDUSTRIES D'AMATEURS 



PREMIÈRE PARTIE 

LE PAPIER ET LA TOILE 



CHAPITRE PREMIER 

LE PAPIER. — PAPIER A FILTRER, PAPIER A CALQUER, PAPIER 
IMPERMEABLE, PAPIER LUMINEUX, 

Filtre». — Lorsque l'on veut passer des liquides quelconques 
à travers un papier à filtrer, il est bon que ce papier soit plié de 
telle façon qu'il forme une espèce d'entonnoir. 

La feuille de papier à filtrer que l'on trouve dans le commerce 
est rectangulaire; il est 
donc nécessaire de la plier 
suivant certaines règles 
pour obtenir un cône par 
la superposition des plis. 
C'est ce qui s'obtient en 
suivant l'une des deux mé- 
thodes que nous donnons, 
selon que l'on veut obtenir 
un filtre plisse, ou un filtre 
uni. 

Filtre plisse'. — Dans le premier cas, on prend un carré de pa- 
pier, on le plie en deux suivant la diagonale AG, comme dans la 
ligure I. On plie A.sur I? pour obtenir le pli E, puis, toujours dans 
le même sens A sur E pour obtenir le pli E. On plie alors en 
sens inverse A sur F pour obtenir le pli G, et, tenant ce pli serré 




II. uf. Grain l 



Les industries d'amnteurs. 



I 



I 



I 



2 LE PAPIER ET LA TOILE. 

entre les doigts, on en fait un de même sens enlre F et E. On ra- 
masse tous ces plis enlre les doigts et l'on plie l'espace ECB 
comme l'espace ACE en faisant alternativement les plis en sens 
inverse, et ainsi de suile. Ces plis doi- 
vent être fortement arrêtés par la pres- 
sion de l'ongle, mais ils ne doivent pas 
se prolonger jusqu'en C, parce que l'ac- 
cumulation de tant de plis en ce point 
affaiblirait considérablement le papier, 
et, une fois faits, ils doivent être dis- 
posés comme ceux de BCD. Lorsque 
le filtre est plissé, on en rassemble 
tous les plis l'un contre l'autre et[onles 
coupe à la longueur du plus court 
rayon pour avoir une partie supérieure 
horizontale. On introduit le doigt dans 
l'intérieur, jusqu'au centre, que l'on' 
presse dans le creux de la main, pour 
lui donner de la rondeur; on a ainsi 
un cône divisé en parties égales, for- 
mant des angles alternativement ren- 
trants et saillants, sauf pourtant sur 
deux points opposés correspondant à A et D, qu'il faudra divi- 
ser, par un angle rentrant, à l'aide d'un pli intermédiaire. On 
l'introduit enfin dans l'entonnoir, de manière qu'en s'y dévelop- 
pant, il prenne la forme indiquée par la figure 2. 

Filtres unis. — Ils s'obtiennent en pliant deux fois un carré de 
papier (fi g. 3) dans la direction des deux diagonales; on coupe 
alors à la longueur du plus court rayon (fig. 4); en séparant un 




Fig. 2. — Filtre plissé dans un 
entonnoir. 




Fig. 3, 4, et o. — Manière de plier uu filtre uni. 

quart de cercle des trois autres, on obtient une cavité en forme 
de cône régulier (fig. 5) qui s'applique exactement dans les en- 
tonnoirs dont les parois sont inclinées sous un aligle de 60°. Quand 
on se sert d'un filtre uni, il convient de bien appliquer les feuilles 
contre les parois de l'entonnoir, de manière à empêcher, autant 



LE PAPIER. 3 

que possible, l'écoulemenl entre le papier el le verre el forcer le 
liquide à s'échapper par la poinle du fillre. 

Papier à calquer. — Pour le préparer, il suffit de mélanger 
25 grammes de baume du Canada et 125 grammes d'essence de 
térébenthine rectifiée et d'étendre ce mélange avec une brosse 
douce à la surface de feuilles de papier très mince. Ce mélange 
sèche rapidement, est très transparent et ne tache pas les objets 
sur lesquels on l'applique. 

Un autre bon papier calque est celui que l'on obtient en endui- 
sant le papier de benzine ou d'essence minérale. 

La benzine, que l'on trouve en abondance dans le commerce, 
possède, comme les autres huiles volatiles et comme les huiles 
grasses, la propriété de donner au papier une transparence pro- 
noncée, qui disparaît après la vaporisation du liquide. 

Cette propriété permet d'éviter, au moyen de la benzine, l'em- 
ploi du papier à calquer pour le dessin. Il suffit, en ell'et, d'éten- 
dre sur l'objet à copier une feuille de papier ordinaire, et d'hu- 
mecter de benzine, au moyen d'une éponge, la place que l'on veut 
calquer, pour rendre cette place transparente et pouvoiry tracer, 
avec un crayon ou de l'encre de Chine, le dessin que l'on voit 
distinctement par-dessous. La benzine ne larde pas à se vaporiser 
entièrement, au bout d'un certain temps, sans laisser aucune 
trace, et le papier qui en est imprégné devient opaque el reprend 
son état primitif. Le dessin original n'est d'ailleurs nullement en- 
dommagé. Quanta l'odeur qui n'est pas absolument désagréable, 
pourvu que le liquide ne soit pas trop impur, on peut en débar- 
rasser le papier dans l'espace de quelques heures, pourvu que 
l'on ait soin de l'aérer et de le chauffer. 

• La benzine offre un inconvénient, elle s'évapore trop vite et 
disparait avant que l'on ait terminé sa besogne, pour peu qu'elle 
soit un peu longue; onestdonc obligé d'en imprégner lafeuilleà 
plusieurs reprises, ce qui oblige chaque fois à déranger son dessin. 
L'essence minérale s'évapore beaucoup plus lentement et 
n'offre pas cet inconvénient. 

Papier imperméable. — Pour rendre le papier imperméable, 
on fait dissoudre 60 grammes de savon blanc dans 12 litres d'eau 
ell'on fait bouillir pendant quelques minutes. D'un autre côté, on 
dissout 375 grammes d'alun dans 12 litres d'eau;' on y ajoute 
125 grammes de colle forte et 30 grammes de gomme arabique 
dissoute dans unequantité d'eau suffisante. On réunit les liquides, 
on fait chauffer le mélange, on y trempe les papiers et on les place 
ensuite les uns sur les autres comme le pratiquent les imprimeurs. 
On recouvre préalablement le papier d'une couche d'empois 



4 LE PAPIER ET LA TOILE. 

formé de parties égales d'amidon et de glycérine où l'on intro- 
duit un peu de suie ou toute autre matière colorante. Lorsque 
cet enduit est sec, on passe, avec un pinceau, le vernis suivant : 



Cire végétale du Japon. 
Alcool à 85° 



1 partie. 
5 à 6 parties. 



On rend aussi le papier imperméable, soit en l'enduisant de colle 
rendue insoluble par l'addition de 2 p. 100 de bichromate de po- 
tasse, soit en l'immergeant dans une solution ammoniacale de 
cuivre, connue sous le nom de liqueur de Schweitzer. 

Enfin on parvient encore à rendre le papier imperméable en 
le trempant pendant plusieurs minutes dans un bain d'acide 
nitrique ou sulfurique, et en le lavant ensuite à grande eau. 
^ Le même fait, qui se produit lorsqu'on attaque le coton par 
l'acide azotique pour fabriquer du coton-poudre ou pyroxile, a 
lieu : la cellulose du papier se transforme, le papier prend l'as- 
pect du vieux parchemin, et il devient, quoiqu'un peu cassant, 
imperméable à l'eau et au gaz. 

Papier imperméable et lumineux. —Parmi les nouveautés 
optiques qui ont un intérêt notable, nous citerons la production 
d'un papier qui est non seulement imperméable à l'eau, mais qui 
est lumineux dans l'obscurité. Ce papier phosphorescent et im- 
perméable pourra recevoir de nombreuses applications. 

L'imperméabilité est obtenue au moyen du bichromate de po- 
tasse, et la phosphorescence à l'aide d'une poudre composée de 
sulfure de calcium, de baryum et de strontium. Voici d'ailleurs 
la formule dont on se sert : 



Eau , 10 parties. 

Pâte à papier 10 — 

Poudre phosphorescente 10 — 



Gélatine 1 partie. 

Bichromate de potasse. . . 1 — 



Pour le reste, la manipulation est comme dans la fabrication 
du papier ordinaire. 

On ne dit pas combien de temps ce papier gardera sa pro- 
priété de luire dans l'obscurité, mais il est probable que cela 
peut durer pendant plusieurs mois. Les mêmes rayons qui, en 
le frappant, le rendent lumineux dans l'obscurité, le rendent 
aussi imperméable à l'eau par l'action du bichromate de potasse 
sur la gélatine. 

Hygromètre en papier. — Un instituteur, M. Huche, a ima- 
giné un hygromètre très simple, fondé sur le changement de 
couleur d'un sel, selon son degré d'humidité. 

Voulez-vous confectionner cet hygromètre vous-même? pré- 
parez une solution de sel de cobalt, de sel de cuisine et de 



LES CARTONNAGES. S 

gomme arabique. Toutes les parties de papier que vous aurez 
imprégnées de cette composition et fait sécher ensuite seront 
bleues, si le temps est au sec ; mais elles prendront une teinte ro- 
sée, dés que l'air se chargera d'humidité. 

Avec ce procédé, vous pouvez, en distribuant convenablement 
des couleurs et la composition indiquée, obtenir de petits tableaux 
hygrométriques d'un joli effet. 

On peut, par exemple, construire à peu de frais un hygro- 
mètre parlant; rien n'est plus simple : 

Sur une pancarte, collez deux feuilles de papier à côté l'une 
de l'autre, l'une bleue, l'autre rose. Sur la feuille bleue, et avec la 
composition indiquée plus haut, écrivez (avec un pinceau) cette 
phrase : prends tonparapluie. Et, sur la feuille rose, cette autre: 
prends ta canne. Il ne vous restera plus qu'à consulter votre pan- 
carte avant de sortir et à faire ce qu'elle vous commande. Si l'air 
est chargé d'humidité (indice de pluie), votre composition devien- 
dra rose, et par conséquent, la phrase prends lu canne qui est sur 
un fond rose restera invisible, tandis que prends ton parapluie se 
détachera en lettres roses sur un fond bleu. 

Le contraire aura lieu, si l'air est sec. 



CHAPITRE II 

LES CARTONNAGES. — IlOITES, ABAT-JOUR, MASQUES. 



Le plus simple des amusements est bien certainement celui qui 
consiste à transformer une feuille de carton en un grand nombre 
d'objets différents. 

Outillage. — Le matériel est aussi peu compliqué que pos- 
sible : une grande feuille de carton, un canif, une paire de ciseaux, 
quelques épingles et un pot à colle. 

Point n'est besoin d'être grand géomètre pour construire avec 
cette feuille de carton des solides de toutes formes : cubes, pyra- 
mides, cônes, etc. On y parvient facilement, sans études préala- 
bles, et en procédant comme nous allons l'indiquer. 

lloîtes. — Supposons qu'avec une épaisse feuille de carton, 
nous voulions faire une boîte qui aura 20 centimètres de long, 
sur 10 de haut et autant de large. Il suffit de tracer sur notre 
feuille un rectangle de 40 centimètres (fig. 6) l, 2, 3. On 
marque ensuite 10 centimètres (4 et S) et on trace deux 



I 



r mmt 



6 LE PAPIER ET LA TOILE. 

lignes qui sont arrêtées par d'autres lignes tracées elles aussi à 

10 centimètres du rectangle primitif. 

On a soin de laisser de 
lous côtés un rebord d'un 
demi-centimètre de large. 
On découpe la feuille de 
papier en suivant ce tracé 
et on replie les morceaux 1 , 
3, 4 et S de façon à ce que 
leurs bords se touchent, et on 
les colle. La boite est faite et 
on peut la recouvrir d'un pa- 
pier de couleur qui l'enjolive. 
Ensuivant le même prin- 
cipe, on fabrique le cou- 
vercle. 
Solides à arêtes. — Pour tous les solides à arêtes, le procédé 

esl identique à celui que nous venons de décrire, qu'il s'agisse 



5 



Dessin d'une boite. 



LW 





e 






1 


2 


s 


* 




S 







Fig. 7. — Dessin d'un cube. 



Ford 



Fig. 8. — Dessin d'un parallélipipède. 



d'un cube (fig. 7), d'un parallélipipède (tig. 8) ou d'une pyra- 
mide (flg. 9 et 10). 

Sphères. — Nous verrons clans un chapitre ultérieur la ma- 
nière suivant laquelle on découpe les fuseaux qui doivent consti- 
tuer une sphère (p. 61). 

Solides curvilignes. — Pour les solides curvilignes, nous dé- 
montrerons la manière pratique de les tracer, en nous occupant 
des abat-jour. 



LES CARTONNAGES. 



Abat-jour. — Un abat-jour ordinaire esl, en général, une 
pièce de carton plus ou moins mince qui se place au-dessus d'une 




0. — 'UV&îh d'une [lyramid 
triangulaire. 



10. — Dessin d'une pyramide 
quadranguluire. 



flamme éclairante dans le but de concentrer les rayons lumineux 
et les rabattre vers le sol. 

On fait aussi les abat-jour en métal et presque plats ou en 
porcelaine. 

De toute façon, la première condition à remplir est d'avoir une 
surface réfléchissante aussi blanche et aussi unie que possible. 

Les meilleurs aba! -jour, pour les lampes domestiques, sont fabri- 
qués comme suit, d'après une. 
méthode ex trémement simple : 

Sur une feuille de carton 
mince, déforme rectangulaire 
ou carrée (fig. 11), en prenant 
comme centre le point A, on 
trace un arc de cercle dont le 
diamètre est limité par la 
grandeur de la feuille. Cet 
arc de cercle sera la circon- 
férence de l'abat-jour; on trace 
un autre petit cercle qui de- 
viendral'espacenécessité pour 
le passage du verre de la lampe. 
Cela fait on trace les deux li- 
gnes C et C, et on découpe la 

feuille suivant ce tracé. Il ne resLe plus qu'à plier le carton, de 
façon à ce que la ligne C soit superposée à la ligne C. 




11. — Dessin d'un abat-jour. 






S f.É PAPIER ET I.A TOILE. 

On aura eu soin de ménager un petit rebord, de la largeur 
du petit doigt, qui permetlra, soit de coller Jes deux surfaces en 
contact, soit de les réunir par des épingles ou des agrafes que 
l'on rebrousse de chaque côté. On obtiendra ainsi un abat-jour de 
forme tronconique, qui reflétera parfaitement la lumière et au- 
quel il ne restera plus qu'à ajuster une garniture métallique lui 
permettant de rester accroché au verre de lampe à la hauteur 
voulue. 

On peut varier la forme des abal-jour à l'infini et les décorer 
de la façon la plus gracieuse, ce qui peut former une intéressante 
distraction pour l'amateur. On peut orner la surface extérieure 
de dessins, de décalcomanies ou de peintures du plus joli effet 
Mais nous ne recommanderons point les ornementations à Vinté- 
rieur, c'est-à-dire sur la surface réfléchissante, car rien n'est plus 
fâcheux pour la vue que des alternatives de parties éclairées et 
de parties obscures sur ces appareils, dont le but doit être de con- 
centrer le mieux possible la lumière. 

Les abat-jour transparents ne sont pas d'un moins funeste 
usage, et les meilleurs de tous sont encore sans contredit les 
plus simples, c'est-à-dire ceux en opale ou en carton, blancs à 
1 intérieur et peints d'une couleur quelconque à l'extérieur ou 
enjolivés de dessins découpés. 

Abat-jour en papier mousseline. — Pour fabriquer de 
petits abat-jour en papier mousseline, on prend une feuille de 
papier teinté, semblable à celui dont se servent les fleuristes (les 
trois feuilles coûtent 10 centimes). Vous la pliez en angle comme 
pour faire un filtre; quand elle a été pliée ainsi autant de fois 
que possible, vous la faites glisser entre vos doigts en la serrant 
fortement. Plus la feuille passera de fois entre vos doigts bien ser- 
rés, plus il se formera de petits plis inégaux qui lui donneront un 
aspect gaufré. Il ne reste alors qu'à couper la pointe à environ 4 
centimètres de hauteur, et à poser celabal-jour économique siir 
le globe de la lampe dont il prendra tous les contours arrondis. 

Masques. — On distingue deux sorles de masques, suivant la 
matière dont ils sont fabriqués : les masques de carton et les mas- 
ques de cire. 

Les masques de carton sont confectionnés avec un papier spé- 
cial dit papier bas-à-homme; c'est un papier un peu fort, gris- 
blanc, non collé. On sépare les feuilles, puis chacune d'elles est 
soigneusement pliée en deux. On fait adhérer les deux parties 
l'une à l'autre au moyen de colle de pâte. Cette superposilion de 
deux épaisseurs du papier constitue le carton des masques. On 
entasse ces cartons les uns sur les autres et on laisse sécher sous 



LES CARTONNAGES. 



9 



une légère pression, en laissant toutefois subsister un peu de moi- 
teur. On plie ensuite chaque feuille de carton en deux, puis on 
pose dessus un patron représentant la moitié du visage que l'on 
veut modeler, et avec un outil en cuivre arrondi on trace le con- 
tour. On détache ensuite la portion de carton sur les deux épais- 
seurs du carton replié en la déchirant suivant le contour indiqué. 
Il est important que le carton soit déchiré et non coupé, parce que 
cela laisse des barbes qui facilitent plus tard le collage des deux 
extrémités du masque. 

Le carton une fois préparé, découpé et moite, l'ouvrier prend 
le moule ou creux, puis il l'enduit de saindoux pour que la colle 
ne puisse pas y adhérer: ensuite il étale sur une moitié de ce 
moule de la colle de farine, et par-dessus celle-ci il étale des 
morceaux de carton représentant la moitié du masque. 

Avec les doigts, il oblige ce carton à s'appliquer exactement 
sur toutes les parties creuses du moule; le carton doit dépasser 
tout autour de 5 à 7 millimètres. On opère ensuite de même sur 
l'autre côté, en ayant grand soin de bien coller les deux parties 
du carton sur la ligne médiane qui sépare le visage en deux par- 
ties égales. Lorsque ces deux feuilles de carton ont bien pris tous 
les creux et les reliefs du moule, on laisse sécher à l'air libre s'il 
fait sec, ou au moyen d'une éluve. 

Après quoi, on repare les masques, c'est-à-dire qu'on les exa- 
mine tous avec soin les uns après les autres pour faire disparaî- 
tre les boursouflures s'il s'en est produit et recoller la ligne mé- 
diane aux endroits où elle aurait pu céder. Une fois tous les 
masques réparés et bien secs, on les empile les uns dans les au- 
tres et on les fait séjourner une nuit à la cave pour leur faire re- 
prendre une certaine moiteur. 

Ensuite chacun d'eux est placé, pour recevoir la couleur, sur un 
moule en relief en carton fort, qui a été confectionné de la même 
manière que les masques, sur les moules en creux. Cela est né- 
cessaire afin de faciliter la pose de la couleur et 'pour conserver 
bien propre le côté creux du masque qui doit être en contact di- 
rect avec la figure. On passe d'abord sur le côté saillant une 
couche de couleur de chair claire, délayée avec de la colle de 
peau. Cette dernière est destinée à donner de la raideur au car- 
ton. On laisse sécher, on ramollit et on fait subir un second re- 
parage ou ébauchage au moyen d'ébauchoirs en buis ou en ivoire, 
ou simplement avec une dent de loup. 

11 n'y a pas de règle à donner pour cette opération, elle dé- 
pend uniquement de l'intelligence et de l'attention de l'ouvrier, 
et elle décide de la réussite du masque. 



10 



LE PAPIER ET LA TOILE. 






On donne alors une seconde couche de peinture délayée dans 
de la colle de pâle. Cette teinte de chair est définitive; elle est 
de quatre nuances différentes, suivant le caractère jeune ou vieux, 
gai ou triste que l'on veut donner au masque. 

Ensuite, avec un tampon de laine, on met du rouge au front, 
aux joues, au menton, etc. Puis des mains exercées peignentles 
lèvres, les sourcils, les cheveux, la barbe avec des couleurs très 
fines délayées à la gomme arabique. Sur le tout on étend un en- 
collage à la colle de pâte destiné à empêcher le vernis de se dépo- 
ser et de faire tache. Ce vernis est blanc et délayé à l'esprit-de-vin. 
On ne doit placer une couche que quand toutes les précédentes 
sont parfaitement sèches. Pendant toutes ces opérations de 
coloriage, les masques sont restés posés sur les moules en relief. 

Quand le vernis est bien sec, on perce les yeux, les narines, la 
bouche avec des outils d'acier très bien trempé. On rogne ensuite 
le tour du masque avec des ciseaux et il est prêt. 

Masques de cire. — Les masques de cireonl pourbase laloile. 
On prend de la toile fine, un peu usée, on la colle par moitié 
sur les deux côtés du moule, comme on a fait pour le carton, 
en ayant soin de faire un collage bien exact sur la ligne médiane. 

On en superpose ainsi deux épaisseurs. La toile est bien imbi- 
bée décolle de pâte, et, pour la modeler exactement sur le moule 
en creux, on se sert d'une brosse à poils courts, dont on frappe 
des coups secs et rapides. On Jait subir au masque les mêmes 
opérations débauchage et de reparage qui ont été indiquées pour 
les masques en carton; puis, quand ils sont bien secs, on leur 
donne une seule teinte bien uniforme de couleur de chair, faite 
d'une main exercée et avec des couleurs très fines, délayées dans 
une dissolution légère de gomme arabique. 

On laisse sécher parfaitement et on plonge les masques verti- 
calement dans de la cire vierge fondue, presque bouillante, on 
laisse égouller, sécher, puis on vernit. Les masques de cire ainsi 
confectionnés sont nommés masques de Paris. 

Ceux dits de Venise ont une doublure en papier; ils sont plus 
lourds parce qu'ils absorbent beaucoup plus de cire, et ils ne 
sont pas vernis. Ils doivent à cette dernière circonstance d'avoir 
une sorte de velouté analogue à la peau naturelle, mais aussi 
ils se déforment bien plus facilement que les premiers. 

Ces deux procédés généraux de fabrication sont susceptibles de 
diverses modifications de détail. Ainsi, pour les masques trans- 
parents et lumineux, employés dans la fantasmagorie, on doit 
éviter avec soin la superposition de la toile et du papier sur la 
ligne (fui sépare la figure en deux. 



LE MOULAGE EN PAPIER. 



11 



Loupe et dominos. — Outre les masques qui couvrent la 
figureenliere.il en est d'autres qui n'ont pas de menton et qui 
cachent seulement le haut du visage jusqu'à la bouche; on les 
nomme loups et dominos. Ils sont doublés en toile blanche et 
recouverts d'une étoffe riche, velours ou satin, généralement de 
couleur noire; ils ont quelquefois au bord de la bouche une gar- 
niture en dentelle pour dissimuler le menton ; c'est ce que l'on 
nomme : la bavbc de loup. 

Masques en toile métallique. — On a fait dans ces derniers 
temps des masques en toile métallique emboutie suivant la forme 
voulue et assez fine pour recevoir une peinture. Ils ne sont pas 
d'un effet très réussi, mais ils permettent à ceux qui les portent de 
respirer et de voir facilement sans qu'il y ait besoin de faire des 
trous pour la bouche, le nez et les yeux. Ils ne peuvent guère 
remplacer les masques ordinaires: ils sont plus lourds, plus 
chers et moins gracieux. 



CHAPITRE 111 

LE MOULAGE EN PAFIER ET LESTAMPAGE DES CREUX. 



Estampage dans les creux avec de la pâte à papier ou du 
papier pourri ou mâché. — On prend de la pâte qui a été com- 
posée de la manière suivante : on laisse pourrir des rognures de 
papier blanc dans l'eau, que Ton change souvent pour empêcher 
la corruption ; lorsque le papier est détrempé, on le retire de 
l'eau, on le bat dans un mortier pour le réduire en pâte, et pour 
cette dernière opération, on le fait bouillir dans une chaudière. 
Afin que la pâte ait de la consistance, on y ajoute un peu de 
colle de farine; la pâle étant ainsi préparée pour les ouvrages 
même les plus délicats, on la fait sécher, on la râpe, et par ce 
moyen on a une pâte très fluide qui prend les empreintes les 
plus fines. 

On met de cette pâte dans une terrine avec un peu d'eau ; alors 
on l'étend avec les doigts dans les fonds du moule, de l'épais- 
seur d'une ligne, le plus également qu'il est possible ; ensuite, 
avec une petite éponge fine, on absorbe l'eau qu'on a été obligé 
de mettre dans la pâte pour qu'elle s'imprime plus facilement. 

Lorsqu'elle est toute imbibée, et que la superficie des creux 
est garnie, on passe par-dessus une couche décolle; on fait après 



sm 



12 



LE PAPIER ET LA TOILE. 



cela sécher le creux à un feu qui ne soil pas trop fort en com- 
mençant, de crainte que la pâte ne se déjetle. Lorsqu'il se 
,Tm , nS 6 CreUX d6S endroi| s Profonds où la chaleur pénè- 
tre difficilemenl, .1 faut y verser du sable chaud ou de la cendre 
chaude pour que toutes les parties soient également sèches 
. Cette Première couche est sèche, lorsqn'en frappant dessus, 
elle se détache du creux; alors on la relire du feu pour mettre 
les autres couches de papier, qui font la force du carton 

On emploie a cet usage du papier appelé Joseph, que l'on colle 
en double, et l'on en couvre la pâte avec de petits morceaux de 
3 centimètres tout au plus. 

Ce papier étant bien appuyé partout, on donne une couche de 
colle pour recevoir la seconde couche de papier blanc. Celui-ci 
se colle do même en double comme le premier papier. 

La troisième couche doit être en trois doubles, ce qui fait en 
tout cinq épaisseurs de papier gris et deux de blanc; on donne 
encore une couche de colle pour remettre ensuite le creux au feu 
Lorsque les morceaux que l'on cartonne sont d'une grande 
étendue, on met entre la seconde et la troisième couche de papier 
#ns des lames de fer mince pour donner de la force. 

Quand le carton est sec, on le retire du feu et on le découpe 
Pour coudre les morceaux qui doivent former la figure, on se sert 
d un fil d'archal mince et recuit, et, afin que les joints ne parais- 
sent pas, on les couvre de papier collé. 

. S'il arrivait que les contours fussent altérés, on réparerait cet 
inconvénient avec de la terre molle ; on collerait du papier blanc 
par-dessus. 

Si l'on veut que le carton soit encore plus durable, on colle de 
la toile par derrière avec de la colle-forte et on y met quelquefois 
des etoupes trempées dans la même colle. 

La ligure étant tout à fait moulée, on la fait sécher de nouveau 
et on la dore ou argenté au besoin. 

Estampage atec du papier. — La seule opération néces- 
saire pour laire cet estampage consiste à passer une légère 
couche de colle sur la feuille de papier Joseph posée sur le moule 
a appliquer sur celle-ci une feuille semblable; cela fait on collé 
une feuille de papier gris ordinaire désigné dans le commerce 
sous le nom de papier trace ou de papier main-brune et on l'ap- 
plique sur le papier Joseph; une seconde feuille de main-brune 
est encollée et appliquée sur la précédente. 

Deux feuilles du même papier posées lune sur l'autre sont 
appliquées de nouveau, mais non collées entre elles; on ne les 
encolle que sur la surface qui s'appliquera sur le tas collé et sur 






LES OMBRES CHINOISES. )3 

celle qui doit recevoir une cinquième et dernière feuille île papier 
main-brune. 

Cet arrangement varie, toutefois, suivant la force que l'on veut 
donner au carton ou suivant l'élégance des objets auxquels on le 
destine. Lorsqu'il s'agit de mouler des figures délicates, telles que 
celles qui tendent à imiter le biscuit de Sevrés, on n'emploie que 
du papier blanc ordinaire, sauf le papier Joseph ou le papier Car- 
tier, papiers minces et fins, qui sont destinés à prendre convena- 
blement les empreintes. 

Afin d'économiser sur le prix du papier, on achète chez les 
papetiers le papier de rebut appelé papier cassé. Ce papier, qui 
se vend au poids, est composé de feuilles déchirées ou avant dos 
défauts, l'ampleur du papier cassé n'est pas plus embarrassante 
que celle du précédent. Après la première feuille double du pa- 
pier Joseph, ou superpose les unes aux autres les feuilles altérées, 
que l'on encolle et que l'on applique successivement. 

Le nombre ne peut être déterminé et dépend de l'épaisseur re- 
lative du carton. Si les feuilles déchirées ne sont pas entières, il 
faut ajouter des pièces, afin que l'épaisseur soit égale partout. 



CHAPITRE IV 



LES OMBRES CHINOISES. 



On a donné le nom d'ombres chinoises à dill'érents genres de 
spectacle. Dans les uns comme dans les autres, les personnages 
sont des silhouettes apparaissant sur un écran transparent, der- 
rière lequel se trouvent les spectateurs. 

Quelquefois les ombres représentent les silhouettes de véritables 
acteurs, projetées par une grande toile blanche vernie. Les acteurs 
se livrent à une pantomime animée, à une lutte ou à des danses. 

Mais les véritables ombres chinoises consistent en une repré- 
sentation qui a lieu sur un petit théâtre, au moyen de sujets dé- 
coupés que l'on fait mouvoir derrière un décor transparent 

Construction du théâtre. — Voici comment on peut cons- 
truire soi-même, à peu de frais, un théâtre de ce genre. On fa- 
brique des châssis avec des lattes ,1e bois blanc, ayant environ 
4 centimètres de large sur I centimètre d'épaisseur. La grandeur 
des châssis doit être calculée suivant les dimensions des décors 



14 



LE PAPIER ET LA TOILE. 



que l'on se procure facilement chez tous les marchands de jouets. 
Les proportions ordinaires so'nt de J m ,30 de large sur 70 centi- 
mètres de haut. 

On y colle proprement, avec de la gomme ou de la colle de 
pâte, le décor bien tendu, en ayant soin de placer l'épaisseur du 
châssis du côté où se trouvera le public, de façon qu'elle fasse 
saillie sur le devant. On dissimule le bois de la partie extérieure 
au moyen de bandes de papier noir. 

Si l'on s'est procuré des décors de gaze blanche ou vernie, on 
ne leur fait subir aucune préparation. Mais comme ils coûtent 
assez cher, on leur préfère souvent des décors de papier, sur les- 
quels sont peintes des représentations de maisons, de paysages, 
de ponts, de rivières ou de sujets quelconques, en rapport avec 
les scènes que l'on veut jouer. On passe lentement, sur la surface 
intérieure d'un décor de ce genre, un linge imbibé d'huile d'olive 
ou un pinceau plat trempé dans du vernis à tableaux. 

Pour soutenir ces châssis, on fabrique un cadre ou panneau 
dont l'ouverture aura 1 centimètre de moins que le châssis. Ce 
panneau se place dans l'embrasure d'une porte séparant deux 
chambres ; on y fait glisser les châssis au moyen de deux rainu- 
res parallèles dont l'une est en dessus et l'autre en dessous de 
l'ouverture. 

Le cadre peut être posé debout sur une table, dans l'embrasure 
de la porte ou supporté par des tasseaux que l'on a légèrement 
cloués sur les montants de la porte, à la hauteur voulue. 

Sujets et personnages. — Les sujets et les personnages sont 
dessinés sur du papier que l'on colle sur du carton très mince; 
on les découpe avec soin, à l'aide de petits ciseaux et d'un canif 
et on perce au moyen d'un poinçon et d'aiguilles de différentes 
grosseurs, des trous à l'endroit des yeux; on pique les principaux 
traits laissés en blanc, pour indiquer les cheveux, les coiffures, 
les plis des vêlements, etc. 

Toutes ces figures doivent être dessinées de profil; on peut se 
les procurer chez les marchands de jouets; mais il est préférable 
de dessiner soi-même les figures de personnages, d'animaux ou 
de sujets quelconques, dont on aura besoin. Après les avoir des- 
sinés sur du papier, on les colle sur du carton mince, et quand le 
tout esl bien sec, on procède au découpage et au piquage. 

Pour que ces personnages deviennent de véritables acteurs, il 
faut que leurs articulations soient mobiles. On leur donne la fa- 
culté de se mouvoir, en coupant et en perçant d'un trou d'aiguille 
les deux parties, puis en passant dans les trous un fil que l'on 
arrête par un nœud de chaque côté, sans trop serrer, afin que la 



LE BROCHAGE ET LA RELIURE. 



ta 



partie articulée : lète, jambe, bras, etc., puisse agir assez librement. 

Pour les sujets que l'on a dessinés soi-même, il faut avoir soin, 
après avoir coupé les membres, de coller par derrière des lan- 
guettes de carton qui en augmentent la longueur et que l'on rap- 
porte, avec des attaches de lit, au corps du personnage. 

A la partie supérieure de chaque pièce susceptible de mouve- 
ment, comme la tête et les membres, on passe un fil de laiton, 
que l'on arrête solidement, en le tournant deux fois sur lui-même. 
Un fil de laiton ainsi accroché au corps l'ait tenir la figure dans 
une position verticale, les autres fils font agir les membres; il 
faut autant de fils qu'il y a de membres agissants. Pour les trans- 
formations et les métamorphoses, les sujets sont assemblés au 
moyen de fils à nœuds ; au moment voulu, on substitue rapide- 
ment la nouvelle figurine à la première en faisant tomber par 
derrière et disparaître celle-ci. 

lia représentation. — Les choses étant ainsi préparées, on 
éteint toutes les lumières qui se trouvent du côté des spectateurs, 
dont la salle doit rester dans l'obscurité complète. Le théâtre est 
éclairé par une ou plusieurs lampes à réflecteur, placées de 
l'autre côté, dans une situation élevée, à environ l m ,30 en ar- 
rière du châssis. 

L'opérateur, assis entre la lumière et le châssis, ne peut proje- 
ter son ombre sur le décor, en raison de sa basse situation rela- 
tivement à la lumière. Tout en restant invisible pour les specta- 
teurs, il fait mouvoir et agir les figures, qu'il lient tout près de la 
gaze transparente ou du papier huilé, sur lequel se projette 
l'ombre du personnage articulé. 

En même temps que les petits fils de fer ou de laiton font mou- 
voir en sens voulu les membres de ces acleurs de carton, l'opé- 
rateur met du rapport entre leurs gestes et les paroles qu'il pro- 
nonce en dissimulant sa voix, pour imiter le timbre d'une femme, 
d'un enfant, d'un vieillard, d'un jeune homme, elc. Au besoin il 
sait contrefaire le cri des animaux ouïe chant des oiseaux. 



CHAPITRE Y 

LE BROCHAGE ET LA RELIURE. 



Nous voulons seulement mettre le jeune homme qui veut ré- 
parer quelques-uns de ses livres, la jeune fille qui veut conserver 



1C 



LE PAPIER ET LA TOILE. 



les pages d'un journal ou les noies d'un cahier, à même de 
faire tenir ensemble ces feuillets séparés. Quant à la grâce et à 
la solidité à donner à l'ensemble, ce sont choses qui ne s'ensei- 
gnent pas, mais que permettent d'acquérir assez vite l'adresse 
naturelle, l'attention et l'habitude. 

Assemblage. — Quand toutesles feuilles d'un livre sont impri- 
mées, il faut assembler ces feuilles pour en former des volumes ; 
c'est-à-dire, poser les tas de feuilles les uns à côté des autres et 
enlever sur chaque tas une feuille qui se trouve ainsi placée dans 
le rang qu'elle occupera dans le volume après qu'elle aura été 
pliée. Cette opération se fait par un ouvrier nommé assembleur, 
qui place tous les tas de feuilles sur une table longue et se pro- 
mène en enlevant une feuille à chaque las. 

Pliure. — Avant tout il faut savoir plier une feuille impri- 
mée, et quoique nos jeunes apprentis brocheurs et relieurs ne 
soient pas destinés à faire souvent celte opération, nous l'indi- 
querons parce qu'elle comporte plusieurs renseignements spé- 
ciaux qui se rencontrent toujours, que la feuille soit ou non im- 
primée, lorsqu'on veut la brocher. Les paquets sont livrés aux 
plieuses, qui, comme leur nom l'indique, sont chargées de plier les 
feuilles, de manière que les pages se suivent dans leur ordre na- 
turel. Le mode de pliure dépend du formai. 

Brochage. — Les divers cahiers résultant du pliage sont mis 
dans leur ordre de pagination, ce qui se reconnaît par une lettre 
ou un chiffre que chacune porte en bas de la première page, 
et que l'on appelle la signature: ensuite ils sont cousus et assem- 
blés avec un fil et recouverts d'une couverture imprimée. 

Il est bien évident que si nous voulons brocher un cahier de 
papier blanc, les opérations se succéderont absolument dans le 
même ordre, saufles signatures, qui n'exisleront point. 

Prenons un exemple : pour plier régulièrement une feuille 
in-8°, on la pose de manière que la signalure se trouve à gauche, 
en bas, la face contre la table. Placée ainsi, on suit devant soi, sur 
une ligne horizontale, les chiffres 2, 15, 14, 3, puis, au-dessus, 
en lisant dans le même sens, mais les chiffres à rebours, les pa- 
ginations, 7, 10, 11,6. Cela fait, on plie suivant la ligne des poin- 
tures et l'on fait tomber bien exactement 3 sur 2 et 6 sur 7. On 
a ainsi devant soi 4 et 13 k l'endroit, 5 et 12 a l'envers. Sans dé- 
ranger la feuille, on redouble de la main gauche le haut de la 
feuille sur le bas, en faisant bien tomber 5 sur 4, en même temps 
que 12 arrive sur 13. On voit alors les paginations 8 et 9; on 
prend, toujours de la main gauche, la feuille au chiffre 9 et on 
la rabat sur le chiffre 8, ce qui termine le pliage de la feuille 






1 



LE BROCIIAGE ET LA RELIURE. 17 

par le troisième pli. Il faut prendre grande attention de s'aider 
d'un plioir ou couteau a papier de bois, pour ne pas produire 
de faux plis et pour bien aviver et dérider le pli également. 

Toules les feuilles imprimées onl un pliage un peu différent; mais, 
en plaçant devant soi la feuille, ainsi que nous l'avons indiqué 
pour l'in-8 , et en se guidant sur les numéros de paginalion, on 
arrivera après quelques hésitations à trouver le mode de pliage. 

Il est encore une remarque importante à inscrire ici : ce n'est 
pas la grandeur du papier qui constitue le format d'un livre, 
c'est le nombre de pages qui se trouvent sur chaque côté de la 
feuille avant d'être pliée, et qui produisent naturellement après 
la pliure autant de feuillets. Par conséquenl, un moyen bien 
simple de reconnaître le format d'un livre consiste à en chercher 




Fig. 12. — Brochage : attache du premier cahier. 

la signature. Si le signe B ou 2 est placé à la li e page, c'est un 
in-folio; à la 9 e , un in-4°; à la 17 e , un in-8°; a. la 25 e , un in-12; 
à la 33 e , unin-16; à la 37 e , un in-18; à la 49 e , un in-24, etc. 

Il y a deux manières de coudre un volume, un cahier : soit au 
moyen du cousoir, ce qui produit la couture des volumes reliés; 
soit sans cousoir, ce qui constitue le brochage ordinaire, dont on 
se contente la plupart du temps aujourd'hui. Nous allons indi- 
quer la seconde manière. 

On se place, pour coudre un volume, sur le bord d'une table 
eu bois ou en matière dure (fig. 12), afin que les cahiers ou feuilles 
puissent parfaitement s'appliquer les uns sur les autres et se 
ranger également en se guidant sur la tête. 



mM 



\> 



LE PAPIER ET LA TOILE. 



On fail choix d'une garde; c'est une feuille de papier que l'on 
coudra en môme temps que les feuilles; on la replie en long, un 
peu moins large que la marge, et on la met sur la table, le dos 
de son côté. 

On pose alors dessus la première feuille ployée ou le premier 
cahier, le dos vers soi, la tête à gauche ; puis on prend en main 
une grande aiguille droite, ou courbe, dite aiguille à brocher, 
enfilée d'une longue aiguillée de fil solide et pas trop retors. 

On perce la feuille ED par dehors, dans le dos, au tiers A à 
droite de la longueur de ce dos. On tire aiguille et fil en dedans 
de la feuille entr'ouverle sur la main gauche qui saisit (B, fig. 12), 
et on laisse le fil dépasser, en dehors, d'un bout de 12 à 15 cen- 
timètres (A, fig. 12). Cela fait, et avec la main gauche, on fait res- 




ittache des cahiers suivants. 



sortir l'aiguille un peu plus sur la gauche à l'autre tiers de la 
longueur de la feuille en B (fig. 12), puis on tire le fil B au dehors 
sans amener le bout A qui sort du premier trou à droite. 

On passe alors la seconde feuille sur la première, et on pique 
l'aiguille de dehors en dedans, juste en face du dernier trou fait 
dans la première feuille; on ressort, de dedans en dehors, juste 
au-dessus du premier trou du premier cahier, à droite; on noue 
solidement le fil avec le bout que l'on a laissé dépasser au pre- 
mier cahier et les deux feuilles ou cahiers sont solidement liés 
entre eux (fig. 13). 

On pose iine troisième feuille sur les deux autres, et on la 
traite absolument comme la première, afin que la couture soit 
bien perpendiculaire sur la table, et non en zigzag; seulement, 
avant de coudre le quatrième cahier, on passe son aiguille 
entre le point qui lie le premier cahier avec le second, afin que 






LE BROCHAGE. ET LA RELIURE. 



19 



le troisième cahier soit lié aux deux autres ; c'est ce qu'on ap- 
pelle faire la chaînette. On continue à coudre tous les cahiers, on 
y ajoute une seconde garde, et le volume est cousu. Il faut faire 
attention, quand l'aiguillée de fil dont on se sert touche à sa fin, 
d'y en attacher une autre, mais toujours de manière que le nœud 
tombe dans l'intérieur du volume; il vaut mieux sacrifier un 
petit bout de fil que mettre sur le dos un nœud qui paraîtrait. 

Une fois le volume cousu, on enduit le dos de colle de farine. 
On enduit également de colle la feuille de couverture. Alors on 
pose à plat sur le milieu de la feuille encollée le dos du volume, 
on retire les deux côtés de la feuille sur les gardes et on appuie 
fortement sur le dos pour faire bien coller le papier ; on tire un 
peu les côtés pour les faire adhérer sans plis aux gardes, et l'on 
met le volume en presse sous quelques autres pour le laisser sécher. 

Quand on travaille pour soi, et lorsqu'on veut donner plus de so- 
lidité à sa brochure, on commence par coller sur le dos du vo- 
lume une bande de toile ou d'étoffe analogue quelconque, mise 
en long, et c'est sur cette toile séchée et bien encollée à nouveau 
que l'on applique la couverture. 

Dans cet état, le livre esl dit broché et se vend souvent ainsi; 
mais il ne présente pas assez de solidité et, tôt ou lard, il est 
nécessaire de le relier. 

Beliurc. — La reliure s'exerce, soit dans de grands ateliers où 
l'on travaille pour les libraires, qui font maintenant relier la 
plupart des livres de luxe avant de les mettre en vente, soit dans 
de petits ateliers où l'on relie pour les particuliers qui ont acheté 
les livres brochés. Ce second genre de travail diffère un peu du 
premier et pourrait être désigné sous le nom de reliure d'amateur, 
l'aulre constituant la reliure industrielle. 

Lorsque le livre à été plié, il doit subir l'opération du battage, 
qui a pour but de comprimer le papier et de réduire son volume. 
Le battage se fait à l'aide d'un marteau en fer, à tête carrée et 
à manche court, pesant 5 kilogrammes environ. Le relieur, te- 
nant d'une main un paquet de cahiers appelé battée, le place sur 
une grosse pierre de 0,80 de haut environ, de l'autre main il 
soulève le marteau et le laisse retomber sur le paquet à batlie. 
Pendant le battage, l'ouvrier doit déplacer la battée de manière 
qu'un coup de marteau empiète toujours sur le précédent. On 
évite ainsi de faire des bosses qu'on appelle noix. Aujourd'hui le 
hallage est presque toujours remplacé par un laminage entre des 
feuilles de zinc. Ce procédé est plus expédilif, moins fatigant et 
plus efficace. 

Les livres sont ensuite mis en presse pour faire disparaître le 



2(1 



SkmI 



LE PAPIER ET, LA TOILE. 



gondolage qu'a produit l'opération précédente. Chaque volume' 
sous presse est séparé du suivant par une planchette appelée 
ais. A la sortie de la presse les exemplaires sont collationnés, 
afin de vérifier si les cahiers sont bien en ordre et s'il n'en man- 
que pas; puis on colle le long du dos du premier et du deuxième 
cahier une feuille de papier blanc pliée en deux nommée garde 
blanche. Ce sont ces feuilles blanches que nous voyons au com- 
mencement et à la fin de nos livres, et dont la moitié forme l'en- 




Fig. 14. — Le cousoir du relieur. 



I 

I 



vers de la feuille colorée qui se trouve immédiatement après le 
couvert et qu'on appelle la garde marbrée. 

Il faut alors réunir tous ces cahiers en les cousant, mais le 
cousage est précédé du grecquage, opération qui consiste à faire 
sur le dos du volume, mis entre les mâchoires d'un étau, plu- 
sieurs sillons destinés à loger les ficelles, qui serviront tout à 
l'heure de points d'attache pour les fils de la couseuse. Le grec- 
quage s'exécute, soit à la main avec une petite scie, soit mécani- 
quement avec des scies circulaires montées sur un axe horizontal 
tournant au-dessus des mâchoires de l'élau. 

Le trait de scie emportant la substance du papier forme la 
rainure dans laquelle le fil se loge et n'empêche plus le dos du 
volume d'être égal et uni. Lorsqu'on veut coudre ce volume 



LE BHOCflAGE ET LA RELIURE. 



21 



grecque, on amené donc les fils du cousoir (fig. 14) chacun en 
face d un des traits de scie, donnés sur le dos de la feuille 

La couture au cousoir est celle que l'on emploie pour la re'liure 
proprement dite. Mais elle peut servir également pour la bro- 
chure lorsqu on fait celle-ci pour soi-même, parce qu'elle est 
beaucoup plus solide que la couture du brocheur 

Le couiage est ordinairement fait à l'aide d'un appareil fort 
simple (fig. H), qui se compose d'une tablette horizontale T sur 
laquelle s élèvent deux tiges verticales B, C, filetées et munies 
decrous; ces ecrous servent à fixer à une hauteur convenable 




Cousageà la main des cahier 



même „„, u 'f MC qUi M< VJSsée sur les J ™* vis du 
même pas qu elle; de sorte qu'en tournant les vis, en les pre- 
nant par la partie inférieure à pans qui sert de patente on 
ait monter ou descendre la traverse suivant le sens'dân leque" 

^ ce es Tn T U 'f VerSe ' ° n ennle adcmeure *» ^ut ? de 

"celles noues en boucle, MNO, que l'on appelle entre nerfs cl 

Set re aUaC ! ie l6S f fi ' S (,,, d ° S FF ' " ue ' on veut met/aux 
lÎèZeVoVT e - eSU,éiermi T Par la *«««**> traits de 
Zfuale JUg " Pr ° P0S ° d °"" er SUP le dos Iors du 

fertJSÏÏ ^r "il 1111 " 18 *' ViS BCT ' ' a ,able est m «™ d'une 
ente CT dans aquelle passent les fils FF, que Ion arrête au-des 

dous par une simple cheville de bois mise en travers To^ ceux" 



■ 






2 2 LE PAPIER ET LA TOILE- 

qui relient savent bien qu'ils auront besoin que les. fils aient 
une certaine longueur dans la. partie au-dessous delà table ils 
ont soin d'en enrouler plus que moins autour de chaque cheville 

*£/$%£ ^SXX: on distingue le ,*, i. 

V ta e m a;Éde''sfplacer en face des feuilles est absolument 
même que pour le brochage. On commence toujours par enfon- 
c7™on aiguille du dehors au dedans dans le trou indiqué pour 

•^urtLV le" pott devant, on sort l'aiguille de dedans en 
dehors de l'autre main, à côté de la ficelle vers la droite ; er .lais- 
sant par conséquent la ficelle à gauche. On rentre de dehors en 

dedans l'aiguille, en laissant 
la ficelle sur la droite, de 
sorte que le fil n'entoure la 
ficelle que sur la moitié de 
sa circonférence. 

Le point arrière (flg. 16) 
est différent en ce que, quand 
on sort du dedans au dehors, 
on pique son aiguille CB de 
manière à laisser la ficelle 
sur sa droite," mais ensuite 
on la rentre du dehors en 
dedans en faisant le tour 
de la ficelle A, qui reste 
alors sur la gauche, de ma- 
nière que le fil l'entoure en- 




Manière de coudre. 



tièrement. Il est bien évident que le point arrière es plus solde 
ue "e point devant et qu'on doit l'employer de préférence; le 
ouvrer? par motif d'économie, savent fort bien coudre a point 
arrière es deux ou trois premières et dernières feuilles ainsi que 
les cardes puis tout le milieu du volume à point devant. 

On a rendu la couture un peu plus expéditive encore en cou- 
«nul à deux, trois ou quatre cahiers. 

Pour coudre à deux cahiers, on tend trois ficelles; on peut 
n'en meure que deux, mais c'est moins solide. Pour coudre a 
n en meure 1 p ai „ ui ii e par le trou de la première 

Ee en d ans par conséquent l5 fil entoure la ficelle avant 
d'entrer dans la seconde feuille. L'aiguille sort ; par e trou d< Ha 
seconde ficelle, en dehors, entre dans la première femUe après 
avoir entouré la ficelle, et sort par le trou de la chaînette. 



LE BROCHAGE ET LA RELIURE. 23 

Lorsqu'on met trois ficelles, comme nous l'avons dit tout à 
l'heure, la seconde feuille est plus solide, parce qu'elle est rete- 
nue par deux ficelles au lieu d'une seule. 

Pour coudre à trois cahiers, on tend quatre ficelles, mais on 
emploie rarement ce moyen. 

Le premier et le dernier sillon ne reçoivent pas de ficelles- 
l'ouvrière y fait avec son fil un point de chaînette qui retient les 
cahiers. 

Après le cousage, on coupe les ficelles en laissant excéder un 
bout de chacune d'elles; on passe une couche de colle forte sur 
plusieurs volumes à la fois. 

Dans la reliure industrielle, au collage succède la rognure opé- 
ration par laquelle on aplanit parfaitement les tranches du livre 
Pour cela, on le serre dans une pince horizontale en bois d'où 
1 on ne fait sortir que ce qui doit être rogné ; puis, avec un cou- 
teau, on coupe tout ce qui excède. Le couteau est fixé dans une 
monture appelée fût, qu'il suffit de faire glisser sur la presse 

Le plus souvent ce mode de rognage est remplacé par l'emploi 
d une machine qui permet de rogner un grand nombre de livres 
a la fois, et qui consiste essentiellement en un couteau animé 
d un mouvement vertical. Les livres sont placés en pile sur une 
plaie-forme, et le couleau, en descendant, les rogne. 

Comme nous ne supposons pas que les amateurs pour les- 
quels nous écrivons aient une machine à rogner, nous leur con- 
seillerons de garder leurs volumes non ébarbés, ce qui vaut bien 
mieux et leur laisse une bien plus grande valeur. Ce que la ma- 
nie de rogner les volumes a fait perdre de beaux ouvrages est 
incalculable; c'est encore la manie furieuse de la plupart des 
relieurs de profession. 

On procède ensuite à Vendossage, opéralion qui a pour but 
d arrondir le dos et de produire la saillie, nommée mors, que les 
longs cotes du dos forment sur le corps du volume et qui doit re- 
cevoir la couverture en carton. On frappe d'abord sur le dos du 
ivre place a plat, puis on le met dans un élau horizontal dont 
les mâchoires sont inclinées de dedans en dehors et ne laissent 
sortir que la partie destinée à faire le dos. En serrant l'étau, on 
comprime le livre et les longs côtés du dos font alors saillie sur 
les mâchoires : on les rabat sur elles par quelques coups de 
marteau, et, lorsqu'on desserre le livre, le mors se trouve fait 

Chacun a remarqué que dans un livre la tranche parallèle au 
tlos a toujours une forme concave; cette concavité est appelée la 
gouttière. Il est facile de se rendre compte de la manière dont 
"Ile est produite. Avant l'arrondissage du dos, la tranche est 



r 



â4 



LE PAPIER ET LA. TOILE. 



parfaitement plate, mais cette opération ayant pour effet de 
pousser en avant les feuilles du commencement et de la fin du 
livre tandis que celles du centre ne bougent guère, il en résulte 
que la tranche prend une forme concave, le fond de la concavité 
correspondant aux pages du centre. 

Il faut maintenant poser la couverture qui est faite avec deux 
lames de carton percées au poinçon sur l'un de leurs longs cotes 
d'autant de fois deux trous qu'il y a de ficelles au dos du livre, 
en ayant soin de faire le trou incliné et délaisser au moins 2 mil- 
limètres entre le bord du carton et du trou. 

En fait de cartons, il vaut toujours mieux choisir ceux qui sont 
minces et fermes que ceux qui se montrent gros et épais; on a 
toujours raison d'en prendre un mince et de le doubler d une ou 
deux feuilles de papier; mais il faut pour lui donner surtout du 
raide avoir soin de coller ces feuilles à la colle forte. Le car- 
ton est livré à l'ouvrier chargé de le poser; celui-ci passe cha- 
que ficelle dans chaque paire de trous, en allant, au premier trou 
de dedans en dehors, au second de dehors en dedans, rabat le 
bout sur l'extérieur du carton et l'y colle en l'aplatissant. Les 
bouts des ficelles, dans une opération spéciale, ont été eiules et 
épointés de manière qu'au collage ils puissent s étaler sur le 
carton et ne pas faire d'épaisseur. On comprend que les ficelles 
non seulement fixent les cartons au livre, mais qu elles forment 
en même temps les charnières autour desquelles ils tournent. 

Pour former le dos de son volume, il faut employer soit une 
étoffe de colon, de toile, de soie, soit un morceau de peau. La 
première opération, après avoir coupé l'étoffe ou la peau de lon- 
gueur, consiste à en doubler les extrémités au moyen de la col e 
et à encoller le tout avec soin avant de placer le volume sur le 
dos, au milieu, et d'étendre l'étoffe ou le cuir avec tout le soin 
possible. On laisse alors parfaitement sécher. 

Il suffit enfin de couper à la grandeur voulue des feuilles de 
papier de couleur assez grandes pour se replier en dedans de la 
couverture sur une étendue d'un ou deux doigts. Cette opéra- 
tion n'offre rien de plus difficile que celle du brochage : tout 
cela est une affaire de goût. On colle alors, en dedans de chaque 
carton, une garde en papier de couleur qui recouvre les bords de 
la couverture .jusqu'à 3 millimètres du bord intérieur du carton, 
et prend les feuilles intérieures de garde blanche du volume 
qui lui servent de doublure. 
On a soin de laisser sécher longtemps, très doucement et en 

Dorure — Le titre et les ornements dorés que l'on voit sur le 



L'ENCADREMENT DES DESSINS. 86 

dos du livre se placent de la manière suivante. On passe une 
couche d'albumine ou blanc d'oeuf sur la région à dorer, on la 
recouvre d'une feuille d'or, c'est ce qu'on appelle écouvhcr, et, à 
l'aide d'une matrice en cuivre, nommée fer, portant en relief les 
caractères à dorer et que l'on a chauffée, on appuie sur la partie à 
dorer. Il se produit une espèce de gaufrage dans lequel entre l'or. 
Si l'on passe alors un blaireau, l'excès d'or s'en va et il n'en reste 
que dans les sillons formés par le fer. 

Emboîtage. — Pour les livres à bon marché la reliure est sou- 
vent simplifiée. Au lieu, par exemple, de relier le dos au carton 
à l'aide de ficelles, on colle sur le livre un dos et une couverture 
ne formant qu'une pièce ; les ficelles sont rabattues sur les gardes. 
Ce genre de reliure, nomméeemboîtuge, esl beaucoup moins solide. 
La reliure d'amateur comporte quelques opérations de détail 
que nous avons laissées de côté et qui produisent un travail plus 
soigné, plus solide, mais en même temps plus coûteux. Par 
exemple, pour ce genre de reliure, on ne rogne le livre qu'après 
l'arrondissage du dos et la pose des cartons. Il faut que la gout- 
tière soit faite par un procédé particulier, qui demande une cer- 
laine habileté de la part de l'ouvrier. Avant de maître le livre 
dans la presse à rogner, il pince la tranche entre deux ais qu'il 
tient à la main, et par un mouvement particulier donné aux 
feuilles, il fait avancer celles du centre et reculer celles des extré- 
mités. C'est ce qu'on appelle 61 reer lu gouttière. Il résulle de cette 
disposition que la rogneuse coupera une plus large bande sur les 
feuilles qui sont le plus en avant, et, lorsque le livre reprendra sa 
position normale, la tranche de ses feuilles se retirera plus en 
arrière et la gouttière se fera d'elle-même. 



I 



CHAPITRE VI 

l'encadrement des dessins, gravures ET PUOÏOGRAI'UIES. 



Nous allons indiquer comment on doit encadrer les dessins, 
gravures, etc., de façon à les faire valoir, les distribuer sur les 
murailles, dans le milieu et le jour qui leur conviennent. 

Il y a là certaines règles à suivre. On peut très facilement, et à 
peu de frais, faire soi-même les encadrements des gravures et 
dessins. Ce travail ne demande à ceux qui s'y adonnent qu'un 
peu de goût et surtout beaucoup de soins et de propreté. 
H. de GfuvF.mv. — I.l'* todoatriei d'amateors. 2 



26 



LE PAPIER ET LA. TOILE. 



Outillage. — Les outils sont très simples et peu coûteux. 

Comme il faut avant tout que les cartes et cartons soient tailles 
parfaitement droits et bien d'équerre, il est nécessaire de pos- 
séder une planche à dessin, semblable à celle dont se servent les 
architectes, un T d'une dimension en rapport avec celle de la 




Fig. 17. — Équerre en fer avec rebord sur un des eûtes. 

planche, et plusieurs équerres en bois de grandeurs variables; il 
est bon d'avoir également une équerre en fer avec rebord sur un 

des côtés (fig. 17). . 

On ne doit se servir de la planche que pour tracer le dessin de 
l'encadrement sur les cartes et cartons. Pour couper et dresser 
ces derniers, on les posera sur une grande glace sans tain, ou sur 

un verre double assez épais; a dé- 
faut de glace ou de verre, on pren- 
dra une feuille de carton fort bien 
laminé ou une planche en métal. 
A la rigueur, un bon couteau à 
lame pointue bien aiguisée ou un 
fort canif pourraient servir pour 
couper les cartons et faire les ou- 
vertures sur les cartes; mais il est 
de beaucoup préférable d'employer 
des pointes fabriquées exprès pour 
ces sortes de travaux, et que l'on 
emmanche dans un long fourreau 





Fig. 18 et 19.— Pointes d'encadreur. 



de bois ou elles sont maintenues et 
consolidées par une vis en cuivre; 
on acquiert ainsi plus de force; le travail est fait avec plus de 
précision, moins de fatigue, et surtout avec moins de chances de 
se blesser, si la lame du canif se cassait, en rencontrant dans le 
carton, comme cela a lieu souvent, une petite pierre ou un corps 
dur quelconque. 

Ces sortes de pointes et leurs fourreaux peuvent être tournis 
par les papetiers et couteliers (fig. 18 et 19). 



L'ENCADREMENT DES DESSINS. 



Dans le cas où l'on voudrait faire des passe-partout ronds ou 
à ouverture supérieure ogivale ou serai-circulaire, il faut pos- 
séder un compas à lame ou pointe mobile, semblable à celles dont 
nous venons de parler; ces compas sont connus dans le com- 
merce sous le nom de compas d'encadreur (fig. 20). 

11 sera également utile d'avoir un second compas de forme or- 
dinaire en fer de 20 à 25 
centimètres de hauteur. 

Un petit plioir en os, en 
ivoire ou en buis, quelques 
feuilles de bristol blanc, 
gris ou gris bleuté , des 
feuilles de carton un peu 
épais et du papier assez fort, 
non satiné, de différentes 
couleurs, composent, avec 
la colle de pâte et un peu 
de colle forte, tout le ma- 
tériel de l'encadreur. 

Pour le verre, il faut le 
choisir de première qualité 
et sans bouillons; il faut le 
couper d'équerre avec un 
diamant, sur la dimension 
exacte du carton. 

Encadrement sous 
Terre. — Passe-partout. 
— Les dessins, gravures et 
photographies devant être 
surtout préservés de l'ac- 
tion de la poussière et de 
l'humidité, sont le plus or- 
dinairement fixés sur un 
carton et recouverts d'un 
verre réuni au carton au 
moyen d'une étroite bande 
de papier collée sur les bords et repliées par-dessous. 

Quelquefois le sujet est recouvert lui-même d'un carton ou 
d'une carte ayant une ouverture au centre et formant ainsi une 
sorte d'encadrement destiné à lui donner un point d'optique ou 
de perspective. 

Ces deux sortes d'encadrements ont reçu le nom de sous-verre 
ou passe-partoul. Cependant cette dernière dénomination est im- 




Fig. 20. — Compas d'encadreur. 



28 



LE PAPIER ET LA TOILE. 



propre, le véritable passe-partout étant plutôt constitué par une 
disposition spéciale du carton de fond qui permet, au moyen 
d'une ouverture à charnière, de changer à volonté les sujets à 
encadrer. On ne peut guère encadrer- ainsi que les gravures ou 
photographies dont les marges sont un peu larges et suffisam- 
ment propres. 

Ceci est une règle qui ne souffre aucune exception et dont il ne 
faut jamais se départir; les marges doivent avoir la même lar- 
geur en haut que sur les côtés et un tiers environ de plus dans 
le bas, surtout si l'estampe, comme cela a lieu le plus ordinai- 
rement, doit être placée au-dessus de la hauteur de l'œil; l'effet 
de perspective diminue la marge du bas par rapport à celle des 
côtés, et lesujet ne paraîtrait plusaumilieu du cadre si les marges 
étaient partout égales. L'effet produit serait plus déplorable en- 
core si la gravure portait au-dessous, comme cela a lieu le plus 
ordinairement, un titre, une légende ou un nom d'auteur. 

Il faut donc que la gravure ou la photographie à mettre aussi 
simplement sous un verre possède une marge suffisante pour rem- 
plir les conditions dont nous venons de parler; on doit commen- 
cer alors par la dresser, c'est-à-dire par ébarber les marges très 
proprement et bien d'équerre en les coupant avec des ciseaux, ou 
mieux avec la pointe, de façon à donner à la gravure la grandeur 
exacte que devra avoir le sous-verre ; il est préférable de tracer 
préalablement les lignes de coupe au crayon en prenant pour 
guide le trait qui limite la gravure proprement dite. Si l'on en- 
cadre une photographie, il faut avoir soin de vérifier si elle a été 
coupée bien d'équerre; il arrive, en effet, assez souvent que les 
photographes, se fiant à la justesse de leur œil, ébarbent leurs 
épreuves et les collent sans prendre des mesures bien exactes. 
Dans ce cas, une erreur qui est peu sensible-sur la petite dimen- 
sion de l'épreuve le deviendrait en se multipliant par le grandis- 
sement nécessité pour les marges. 

Lorsque le sujet est ainsi dressé, on en reporte exactement la 
grandeur sur une feuille de carton, soit au moyen d'un compas 
ou d'un mètre, soit en l'appliquant sur le carton et en en traçant 
le contour. 

On prend ensuite une feuille de papier un peu forl, et plus 
grande de 6 à 7 centimètres sur chacun des côtés que la dimen- 
sion totale du sous-verre; cette feuille de papier destinée à la 
bordure doit être généralement d'un ton gris un peu sourd et 
s'harmonisant avec la marge du sujet encadré; on la met bien à 
plat sur un carton et on l'enduit en plein de colle de pâte; puis 
on pose le verre à peu près au milieu, après avoir eu soin de net- 



L'ENCADREMENT DES DESSINS. 



20 



toyer le coté opposé, c'est-à-dire celui qui doit être en contact 
direct avec la gravure; on place ensuite la gravure, et enfin le 
carton, en ajustant le tout ensemble sur les bords de fanon à ce 
que l'un ne dépasse pas l'autre; on coupe alois (fig. 21) les an- 
gles de la feuille de ^,- .-.v 1 " ' ■"■■"" ' ' . ■ ' ■■■ 

papier à une distance 
d'un demi-centimètre 
à peu près du coin (I), 
et on rabat immé- 
diatement les marges 
sur le carton en les 
tirant un peu forte- 
ment à soi et en en 
fermant les coins (2). 

On retourne alors 
le sous-verre, et avec 
le plioir on unit le pa- 
pier surle verre, par- 
ticulièrement sur les 
bords; on trace en- 
suite tout autour, et 
au moyen d'un petit 
compas à crayon que 
l'on fait glisser en 
lui conservant par- 
tout la même ouver- 
ture, la largeur que 
l'on veut donner à la 
bordure, largeur qui 
ne doit pas dépasser 
5 ou 6 millimètres, 
et on coupe sur la 
lige tracée en se ser- 
vant d'une pointe 
bien trancbanle et 
d'une règle flexible 
en fer; on enlève le 
papier qui masque 

la gravure et on essuie, après l'avoir imbibée avec 
éponge bumide, la colle qui est restée sur le verre. 

11 ne reste plus alors qu'à fixer par derrière l'anneau qui doit 
servir à la suspension (fig. 21,3); cet anneau en cuivre est passé 
dans un ruban de fil solide, large d'un peu plus d'un centimètre, 

■>. 



il 




petite 



30 



LE PAPIER ET LA TOILE. 



un peu long et replié sur lui-même en s'écartanl à la base; on 
colle le ruban en plein, et pour lui donner plus de solidité, on 
le recouvre à la partie supérieure d'un petit carré de papier fort. 
Il faut veiller à ce que l'anneau dépasse un peu le bord du car- 
ton de manière à laisser la place au clou de suspension. 

Enfin, et pour plus de propreté, on colle par derrière, sur le 
tout, une feuille de papier de couleur — généralement on em- 
ploie pour cet usage du papier bleu ordinaire, — qui masque le 
carton sur toute sa surface jusqu'à un demi-centimètre du bord 
à peu près. 

Le sujet à encadrer manque souvent de marges, ou bien le 
papier en a été fripé et quelquefois même un peu cassé, ou bien 
il est trop mou et a besoin d'être tendu. 

Dans ces deux derniers cas, il suffira simplement de le fixer en 
le collant par les bords sur le carton de fond ; jamais il ne faut le 
coller en plein, sous peine d'aller à rencontre du but que l'on se 
proposerait; en effet, il est rare que le carton de fond, sous l'in- 
lluence de l'humidité occasionnée par la colle, et par suite du 
tirage qu'opèrent en lui en se séchant les marges repliées des 
bordures, ne se gondole pas un peu, c'est-à-dire ne bombe pas 
extérieurement, en se creusant, par conséquent, sous le verre, à 
l'intérieur : il en résulterait donc que la gravure collée en plein 
sur ce carton en suivrait le mouvement, et produirait, ainsi en- 
cadrée, un effet désagréable ; en outre, les rugosités du carton 
transparaîtraient sur le papier. 

Il est donc préférable de tendre la gravure en la collant seule- 
ment sur les bords; pour cela, on commence, après l'avoir ébar- 
bée et dressée, à la grandeur que l'on veut donner au sous- verre, 
par la retourner sur un papier très propre; on la mouille légè- 
rement en plein avec une éponge humide ; puis on met de la colle 
un peu épaisse sur les bords, afin d'avoir une plus grande régu- 
larité et plus de propreté, on se sert d'une bande assez large de 
papier fort qui couvre la gravure ainsi retournée, en laissant dé- 
passer seulement la partie qui doit recevoir la colle ; on reprend 
avec précaution la gravure et on l'applique immédiatement sur 
le carton préalablement coupé de la même grandeur, et on frotte 
les bords avec un plioir ; en séchant, elle se tend d'une façon bien 
plane, même si le carton se gondole ; et si l'opération a été bien 
faite, ce qui, du reste, n'est pas difficile, les faux plis et les cas- 
sures disparaissent. 

Dans le cas où la gravure aurait des marges plus grandes que 
celles que l'on veut donner à l'encadrement, il vaut mieux ne pas 
les couper; on les rabattra en les collant sur la face postérieure 



L'ENCADREMENT DES DESSINS. 



31 



du carton, après avoir eu soin, au moyen de mesures prises 
exactement, d'indiquer par des points les endroits où les angles 
du carton doivent être ajustés, afin que le tout soit collé bien 
droit. Là encore, la gravure doit être mouillée en plein afin de 
pouvoir se tendre en séchant ; on n'encolle les marges qu'après 
avoir posé le carton sur la gravure, dont on coupe les angles 
ainsi que nous l'avons expliqué plus haut à propos des bordures. 
Souvent le papier de la gravure n'a pas été encollé; dans ce 
cas, la colle que l'on pose sur les bords est vite absorbée, autant 
par le papier que par le carton ; elle se sèche immédiatement et 



•î 






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enta(/rer 



B 



B 



É9B 
I 



Coin d'un encadrement. 



ne prend pas : on remédiera à cet inconvénient en passant coup 
sur coup, et à quelques minutes de distance, sur les bords de la 
gravure plusieurs couches de colle; c'est seulement quand on 
l'a ainsi bien imbibée qu'on la pose sur le carton auquel on a 
fait subir un encollage analogue. 

Mais si le sujet à encadrer, gravure, dessin ou photographie, 
n'a pas de marges, il faut le coller — après l'avoir préalablement 
dressé, avec un T ou une équerre, — sur une feuille de papier 
tendue elle-même sur le carton de fond. Il est donc nécessaire, 
avant d'aller plus loin, de tailler ce dernier à la grandeur voulue, 
c'est-à-dire celle que devra avoir l'encadrement. Pour déterminer 
exactement cette grandeur, voici comment on devra procéder. 



32 



LE PAPIER ET LA TOILE. 



Sur une feuille de papier ou sur un carton (fig. 22), dont deux 
côlés (A. et B) sont parfaitement d'équerre, on trace dans l'angle 
formé par A et B la dimension exacte du dessin (C); puis, après 
avoir calculé, suivant les principes que nous avons énoncés, la 
grandeur à donner aux marges, on trace cette grandeur deux 
fois pour chacune des marges de côté (D et E), et une fois pour 
la marge du haut (F) ; on l'augmente ensuite d'un tiers pour celle 
du bas et on la trace (G) au-dessus de la marge F. Le point de 
réunion des lignes G et E donne la grandeur exacte à laquelle il 
faut couper le carton. 




Plate du oa/eT 



*à 



Fig. 23. 



Encadremeut. 




Quand le carton est coupé, on tend dessus une feuille de pa- 
pier un peu fort, en procédant comme nous l'avons expliqué plus 
haut pour les gravures à trop grandes marges, c'est-à-dire en 
mouillant la feuille de papier et en en rabattant l'excédent sur la 
face postérieure du carton; sur celte feuille bien séchée et bien 
tendue, on reporte, au moyen d'un compas, et on trace légère- 
ment au crayon la largeur des marges sur chacun des côtés (fig. 23). 

On obtient ainsi, au milieu, le tracé exact de la place que doit 
occuper le sujet; suivant sa nature et son état, on peut 1 y coller 
en plein, le tendre en le mouillant légèrement et en ne mettant 
de la colle que sur les bords, ou le coller simplement aux quatre 



L'ENCADREMENT DES DESSINS. 



33 



angles, s'il est sur une carte un peu épaisse ou sur un papier fort 
et bien uni. 

Il faudra se rappeler la petite opéralion quenous venons d'indi- 
quer (fig. 22 et 23), quand on voudra faire les passe-partout dont 
nous parlerons plus loin; elle servira à tracer à l'envers de la 
feuille de bristol l'ouverture à enlever; seulement, il sera né- 
cessaire de faire le tracé d'un millimètre au moins plus étroit 
que la place occupée par le sujet, afin qu'il pose bien sur ce der- 
nier et puisse le recouvrir sans en laisser voir les bords. 

Filet île marge. — Si la feuille de papier sur laquelle on a collé 
le dessin ou la gravure est bien tendue, si on a eu soin de la con- 
server bien propre, ce qui n'est pas difficile avec un peu d'atten- 
tion, il est inutile de faire un passe-partoul; on coupe parfaite- 
mentd'équerre le sujet à encadrer, et, après l'avoircollé à l'endroit 
exact qu'il doit occuper, on trace autour, sur le papier du fond, 
des filels qui doivent servir à l'accompagner, et qui, en rompant 
la nudité des marges, le mettent pour ainsi dire en perspective. 

C'est dans celle opération surtout que le goût de l'encadreur 
se fait remarquer et que son talent, ses soins et son habileté 
peuvent se donner carrière. 

Papier «le fond. — Ce qu'il faut avant tout, c'est choisir le pa- 
pier de fond, celui sur lequel le dessin doit êlre collé, de façon à ce 
qu'il soit bien en harmonie avec le Ion du sujel, tout en étant en 
opposition avec lui comme valeur. Les dessins anciens, sur papier 
un peu jauni, les gravures et les eaux-fortes peu colorées, se dé- 
tachent parfaitement sur du papier gris légèrement bleuté'; par 
contre, les sujets très montés de ton, un peu chargés el un peu 
noirs, s'allient avec un fond gris clair ou gris chamois. Il faut 
éviter autant que possible les fonds entièrement blancs, el pren- 
dre toujours un papier un peuteinlé, et surtout bien encollé, afin 
de pouvoir tracer sur la marge, autour du sujet, des filels entre 
lesquels on passe souvent des teintes plaies. 

Filets. — Quand le dessin est collé à sa place, exactement 
déterminée sur le fond, au moyen de la pelite opération que nous 
avons indiquée, qu'il est bien sec et bien lendu, on Irace autour 
des filets que l'on dispose suivant la grandeur et la nature du 
sujet, la grandeur des marges, et surtout suivant le plus ou 
moins de goût que la nature a départi à l'encadreur. 

Les filets doivent être fails au moyen du lire-ligne et avec l'en- 
cre de Chine très noire ; on fera bien de les tracer préalablemenl au 
crayon, afin de bien déterminer les points d'an ", ou de jonction; 
la partie teintée doit être faite au pinceau avec de l'encre de 
Chine très étendue d'eau; il faut avoir grand soin d'exécuter ce 









34 



LE PAPIER ET LA TOILE. 



petit lavis alors que les filels sont seulement tracés au crayon; 
autrement l'eau, mouillant les filels, en délayerait l'encre et les 
ferait baver; ce qui forcerait à tout recommencer. 




TEINTE LAVEE 



BANDE DOREE. 



ut I , 



DESSIN 



Fig. 24. — Bordure d'encadrement. 



Dans noire figure 24, la bande pointillée entre deux filets est 
formée par un étroit ruban de papier d'or collé sur le fond; ce 
papier d'or que l'on trouve dans toutes les papeteries, et dont 
le prix est peu élevé, doit être coupé à la règle avec beaucoup de 
soin; on se servira surtout d'un canif ou d'une pointe bien tran- 



LES PAPIERS DE TENTURE. 



38 



chante, afin d'avoir une section très nette ; il se colle facilement 
avec la colle de pâle ordinaire. Quoique ce papier soit assez mince, 
il est préférable de couper les bandes en biseau à leur point de 
réunion afin d'éviter la superposition des deux bandes, qui pro- 
duirait une petite épaisseur. 

A défaut de papier on peul peindre les bandes dorées avec de 
l'or en coquille, ou même avec de l'or mussif que l'on achète en 
poudre. On le prépare avec un peu de miel et de gomme et on 
l'emploie à l'eau comme les couleurs ordinaires. On peut égale- 
ment tracer au tire-ligne des filets avec l'encre d'or que l'on trouve 
dans toutes les bonnes papeteries, où on la vend dans de petites 
bouteilles dont le prix varie de 1 fr. 2b à 2 francs. La combinaison 
de l'encre noire et de l'or, sobrement employée, en bandes ou 
en filets, produit d'excellents effets. 

Il faut, autant que possible, éviter dans les bordures des marges 
les complications de ligne, les trompe-l'œil, qui font paraître le 
sujet collé sur une surface en relief ou en creux, ainsi que les 
surcharges d'ornements, de dessins, de feuillages, etc., comme on 
en voit trop souvent des exemples. L'objet encadré ne peut que 
perdre à ce voisinage qui l'alourdit et a, de plus, l'inconvénient 
de distraire l'attention du sujet principal. 

On peut souvent, sur la carte un peu épaisse, tracer des filets 
au moyen d'un corps dur en os, en ivoire ou en buis, dont l'extré- 
mité est taillée en pointe un peu émoussée, de façon à ce qu'il 
glisse facilement sans couper ou écorcher la carte ; on obtient 
ainsi, par compression, surtout sur du bristol teinté, des filets 
brunis d'un effet très harmonieux et s'alliantparfaitementavecl'or. 

Ce qui précède se rapporte à toutes les bordures d'encadre- 
ment, qu'elles soient tracées sur les passe-partout proprement 
dits, ou sur la feuille de papier ou de carte bristol au milieu de 
laquelle se trouve collé le sujet à encadrer. 






■ 
■ 



CHAPITRE VII 

LES PAPIERS DE TENTURE POUR LA DÉCORATION 
DES APPARTEMENTS. 



La première de toutes les décorations d'un appartement est 
le papier de tenture. 

Il ne faut pas croire que le choix d'un papier peint soit la chose 



36 



LE PAPIER ET LA TOILE. 



du monde la plus facile, et qu'à cet égard on n'ait qu'à consulter 
son goût du moment, 

Choix des papiers de tenture. — Les papiers de tenture 
doivent être en rapport avec la largeur, la hauteur, l'éclairage, 
la destination et même les meubles des pièces à décorer. On 
comprend facilement du reste qu'un vestibule ne doit pas être 
lapissé avec le même papier qu'une salle à manger, et que la ta- 
pisserie d'.un salon différera de celle d'une chambre à coucher, 
d'une bibliothèque ou d'un atelier d'artiste. 

Collage du papier de tenture. — Nous allons donner quel- 
ques conseils sur la manière de coller le papier sur les murs, 
quoiqu'il soit préférable de confier cette opération à un ouvrier 
habile et spécial. 

Les papiers peints sont fabriqués le' plus ordinairement en 
rouleaux de deux formais : 1° le rouleau format carré, qui me- 
sure 8 m ,75 de long sur m ,47 de large, et qui, posé, couvre une 
superficie de 4 mètres; 2° le rouleau grand-raisin, de 10 m ,40 de 
long sur m ,S4 de largeur, qui couvre S m ,S0 ; on peut donc, aidé de 
ces dimensions, calculer facilement le nombre de rouleaux dont 
on aura besoin pour tapisser son appartement. 

Si le mur à couvrir a été précédemment revêtu d'un papier de 
tenture, il faudra avoir soin d'enlever le vieux papier; si, au con- 
traire, le mur est neuf, on devra, après s'être assuré que l'enduit 
de plâtre est uni et bien sec, lui donner préalablement un encol- 
lage à la colle de pâte ou le recouvrir de papier gris: ce papier 
un peu spongieux et qui prend bien la colle est vendu par mains, 
dont chacune peut couvrir 4 mètres carrés. 

Après avoir disposé une table un peu longue au milieu de la 
pièce que l'on veut tendre, on commence par diviser le rouleau 
de papier en bandes proportionnées à la hauteur de la surface à 
recouvrir; on ébarbe ces bandes toules du même côté, en se gui- 
dant sur des petits filets disposés exprès de distance en distance; 
on en étend ensuite plusieurs bien ajustées l'une sur l'autre sur 
la table, et on couvre la première de colle avec une brosse sim- 
ple ; on replie alors chaque bande sur elle-même par le côté en- 
collé, afin de la laisser bien s'imprégner d'humidité; puis on 
prend la première bande à deux mains et on l'ajuste sur le mur, 
par le haut, en la laissant se déplier bien d'aplomb par son 
propre poids; on la fixe de haut en bas, en la frottant avec un 
linge blanc, bien sec, arrangé en tampon, ou mieux avec une 
brosse plate en crin et en l'appuyant d'abord par le milieu et en- 
suite sur les côtés. 

En ajustant une seconde bande près de celle déjà posée, on 




LA PEINTURE DES STORES. 



37 



a soin de recouvrir très peu la première et de faire le raccord 
du dessin de façon à en conserver la symétrie. 

On colle ensuite les bordures préalablement découpées, en les 
fixant bien horizontalement et en se guidant soit sur les lambris 
et les corniches, soil sur les dessins du papier. 
Avec un peu de soin et d'attention, ces différentes opérations 
■ sont faciles, au moins pour les papiers ordinaires. 



CHAPITRE VIII 



LA PEINTURE DES STORES. 



Choix «les étoffes. — Les étoffes employées pour faire les 
stores sont : la soie, la mousseline, la percale ou le calicot le 

coutil. 

L'emploi de la soie est très avantageux pour la peinture des 
fleurs et des ornements. La fermeté du tissu, son grain égal, 
rendent le travail facile et agréable. L'élévation du prix en rend 
seule l'emploi peu fréquent pour les grands stores, et le restreint 
à peu près aux écrans de cheminées et aux stores de petites mesures. 

L'étolfe la plus généralement employée est la mousseline ; d'un 
travail de tissu régulier et d'une grande transparence, elle pos- 
sède tous les avantages de la soie, et coûte beaucoup moins 
cher; les fleurs, les ornements, les figures, les paysages, etc. 
réussissent également bien sur ce tissu, que sa légèreté et sa 
souplesse l'ont préférer à tous les autres. 

La percale et le calicot s'emploient pour les stores qui doivent 
fatiguer beaucoup; ces étoffes sont préférées pour la peinture des 
paysages, leur épaisseur permettant de donner aux plans plus de 
fermeté et de vigueur. 

Le coutil enfin s'emploie comme la percale et le calicot. Son 
peu de transparence ne permet de l'utiliser que pour les stores 
destinés à être placés à l'extérieur, le fond du tissu lui faisant 
supporter sans grands dommages la pluie, la poussière et le vent. 

Apprêts. — A l'étal naturel, il ne serait pas possible dépeindre 
sur ces diverses étoffes; la couleur s'étendrait, et les contours 
deviendraient impossibles. Avant de peindre, on met une couche 
d'apprêt de chaque côté de l'étoffe, après l'avoir préalablement 
étendue sur un châssis (fig. 25) dont nous donnerons la description, 
H. de f.H.miGM-. — Las industries d'amateurs. 3 



38 



LE PAPIER ET L\ TOILE. 



Les deux apprêts généralement employés sont la colle de pois- 
son naturelle et la gélatine. . 

1 aut laisser tremper ces apprêts dans l'eau environ douze 
heures, les mettre ensuite chauffer au bain-mar.e pour les faire 

Pour apprêter une étoffe de 3 mètres sur l»,bO, il faut faire 
dissoudre 80 grammes de colle de poisson ou ISO grammes de 
gélatine dans un litre d'eau. 

8 La colle de poisson ne sert que pour la so.e et les stores aux- 
quels on veut conserver une grande transparence. La gélatine 
sert pour les autres étoffes et est plus généralement employée; 
elle est surtout préférable pour les stores qui doivent être forte- 

m choU at S 9 couleur,. - Les couleurs nécessaires à la pein- 
ture des stores sont : la laque anglaise, la laque carminée, la 
laaue jaune, le verdet cristallisé, le bleu outremer, le bleu mi- 
néïî?, la terre de Sienne naturelle, la terre de Sienne brûlée, la 
terre 'de Cassel, le jaune de chrome. * 

On broie ces couleurs à l'essence de térébenthine, et elles doi- 
vent être bien séchées. Lorsqu'elles sont réduites en .pondre, on 
les emploie en les mêlant au vernis dans les proportions sal- 
ante" pour ébaucher, égale quantité de couleur et de vernis; 
pour -terminer, un sixième de vernis et cinq parties de couleur. 

L'essence de térébenthine seule délaye les couleurs lorsqu elles 
s'épaSsent; le vernis doit être le vernis gras n° 1 du commerce. 

Oumiaec. — Les accessoires nécessaires sont : 

io Un châssis pour tendre les étoffes; ce châssis doit ô Ire sem- 
blable aux châssis à broder, et permettre de tendre l étoffe avec 
des fiches après l'avoir humectée d'apprêt (iig. 45)5 

2o Les vases nécessaires à faire dissoudre l'apprêt et a le faire 

chauffer; ., ... 

3» Une brosse un peu large pour étendre 1 appra , 

40 Une palette ordinaire sur laquelle on place, indépendam- 
ment des godets à essence et à vernis, dix petits godets de fer- 
E contenant les cou.eurs (f,g. 26). Pour conserve, -les cou- 
leurs fraîches, il faut les délayer au vernis en évitant de mettre 
de l'essence, qui fait sécher plus promptement; 

bo Des pinceaux de martre ou des pinceaux en plume, mais 
aussi forts que possible ; ,••'"_,„ 

60 Un appuie-main, un couteau à palette, des grattoirs, etc. 

Procéda. - Supposons une étoffe blanche et faisons-lui subi 
les diverses préparations nécessaires jusqu'à l'entier achèvement 
du travail. 




LA PEINTURE DES STORES. 39 

Il faut couper l'étoffe de la longueur et de la largeur nécessaire 



I 




1' '%■ '-ï. — Fi'iuturo des stores, cliùssis, 

à l'exécution du store, et tendre cette étoffe sur le métier. 



40 



LE PAPIER ET LA TOILE. 



Quand l'étoffe est tendue, on pose de chaque côté une couche 
d'encollage bien chaud, en évitant de faire des épaisseurs. 

Le store séché, on dessine avec un fusain tendre ce qu'on veut 
peindre. Les fleurs, les figures, les paysages, etc., se mettent en 
place comme pour tout autre genre de peinture; quand on fait 
des ornements symétriques, il faut tracer un dessin sur papier, 
le piquer et le poncer. 

Ces diverses opérations doivent être l'objet de beaucoup de 
soin; car la peinture se faisant sur l'étoffe du côté opposé au 
dessin, celui-ci reste jusqu'à la fin du travail et donne une grande 
facilité d'exécution, les contours restant toujours purs et les effets 
indiqués. Quand le store est terminé, il faut enlever ce dessin 
avec de la mie de pain. 

Les diverses opérations préliminaires terminées, il ne reste plus 
qu'à peindre. Ici le procédé de peinture transparente est le même 

que pour l'aquarelle et 
la peinture sur porce- 
laine. Le blanc del'étoffe 
doit être réservé comme 
faisant naturellement 
les clairs; c'est de l'a- 
quarelle au vernis et à 
l'essence. Les couleurs 
employées comme il a 
été dit au paragraphe 
Couleurs, il suffit, pour 
obtenir une grande in- 
tensité de tons, de superposer plusieurs épaisseurs de couleur. 
La manière la plus favorable pour obtenir les divers effets néces- 
saires est de commencer par peindre les teintes claires : dans 
les fleurs, par exemple, on commence par nuancer les fleurs qui 
doivent rester blanches, et successivement on arrive à la verdure 
et aux fleurs les plus puissantes de ton. Le paysage doit être 
commencé par le ciel et les lointains, et toujours en se rappro- 
chant des plans les plus intenses. 

Pour exécuter les fonds de couleur claire ou les ciels, il ne faut 
pas employer le pinceau ; il serait impossible d'obtenir des résul- 
tats satisfaisants : il faut délayer la couleur qu'on se propose 
d'employer avec autant d'essence que de vernis et de couleur; 
prendre ensuite un chiffon de toile, le tremper dans la couleur 
et l'étendre sur l'étoffe en égalisant avec un autre chiffon. Par 
ce procédé on obtient des fonds très unis, ce qui serait impos- 
sible autrement. 




— Fillette trîirnic. 




LA FABRICATION DES FLEURS ARTIFICIELLES. 



41 



Pour peindre les arbres, broussailles, etc., des premiers plans 
de paysage il faut les ébaucher d'une couleur claire, et lorsqu'ils 
sont secs, il faut passer, sur cette couche claire, une couche plus 
foncée; avec le grattoir, on enlève, en donnant aux feuilles la 
forme qu'on désire, cette dernière couche de dessus la première 
couche qui reparaît, et on obtient ainsi des effets très brillants. 

Pour peindre les imitations de vitraux, il faut simuler les 
plombs et ferrures avec de la terre de Cassel mêlée de bleu, el, 
ce travail terminé, donner aux vitraux une première teinte d'un 
côté de l'étoffe; comme cette teinte n'atteint jamais à l'intensité 
des vitraux, il faut en donner ensuite une seconde couche de 
l'autre côté de l'étoffe. De cette façon les stores se trouvent 
peints des deux côtés, et les imitations de vitraux atteignent une 
vigueur de ton égale à celle des vitraux véritables ; ce travail 
réussit très bien pour les chapelles, oratoires, etc. 

En suivant ces instructions, on est assuré de réussir dans tout 
ce qui constitue la partie matérielle de l'exécution des stores, 
écrans, etc. ; le reste dépend de la connaissance du dessin que 
possède l'artiste amateur et de son aptitude comme coloriste. 




CHAPITRE IX 

LA FABRICATION DES FLEURS ART] 

L'art d'imiter les fleurs date de loin, mais ce n'est que depuis 
quelques années seulement qu'on est parvenu à perfectionner les 
fleurs artificielles de façon à les confondre avec les Heurs natu- 
relles. 

Beaucoup de dames et de jeunes filles s'occupent de la confec- 
tion des fleurs artificielles. 

Matériel et outillage. — On emploie un grand nombre de 
matières : le nansouk, le jaconas, la batiste, le taffetas, le satin, 
la mousseline, la gaze, le crêpe pour les pétales ; le taffetas de 
Florence, le velours, la peluche, le salin, pour les feuilles : ou se 
sert encore de cocons de vers à soie, qui prennent à la teinture un 
brillant coloris; de fanons de baleines, taillés en feuilles et blan- 
chis ; de rubans, de coquilles, de plumes d'oiseaux, de cuir, 
d'émaux, de cire, de papyrus, etc. 

Les outils dont les fleuristes font presque exclusivement usage 
sont : 








LE PAPIER ET LA TOILE. 

La pincd ou brucelles (fig. 27) est l'instrument indis- 
pensable de Carliste et avec lequel il doit saisir toutes 
les parties des fleurs qu'il dispose, qu'il pince, qu'il con- 
tourne ou qu'il dresse. C'est en tenant la. pince sur le 
côté qu'on trace les slries des pétales de beaucoup de 
Heurs, et c'est avec la lête des brucelles trempée dans la 
colle qu'on en fixe les parties les plus délicates. 
L'èmérillon (tîg. 28), qu'on emploie pour 
cber et tendre les fils. 

Des ciseaux coupant bien de la 
pointe (tlg. 29). 

Le plomb à bobines, instrument dont 

le nom seul indique l'usage (fig. 30). 

Les boules de bois et de fer (fig. 31 



accro- 



,1'ig. 28. 
Emérillon. 



Fig. 27. 
Brucelles 



et 32) qui servent à 
bouler, c'est-à-dire 
à creuser le milieu 
des pétales pour les arron- 
dir. La collection de boules 
doit être de 10 à 12, cha- 
cune d'un diamètre diffé- 
rent (2 à 3b millimètres), 
pourêtre employées suivant 



\i 

i 
i 




Fig.29. -Ciseauxclefleuriste. Fig.30. — Plomb à bobines. Fig. 31.- Boule Je bois. 



la grandeur des pétales et le degré de courbure qu'ils doivent 
recevoir. La plus petite de ces boules se nomme boule d'épingle. 






LA FABRICATION DES FLEURS ARTIFICIELLE?. 13 

La pelote, souvent remplacée par une lame épaisse de caout- 
chouc, et qui est destinée au boulage des pétales. 

Le pied de biche, espèce de mandrin à crochet dont on se sert 
pour former la principale côte ou ner- 
vure de quelques pétales (fig. 33). 

L'cmporte-piéce, qui sert à découper 
les pétales et les feuilles et à leur don- 
ner la forme générale. Il faut avoir, 
pour chaque plante, autant d'emporte- 
pièce qu'elle possède de pétales et de 
feuilles de grandeurs et de formes dif- 
férentes. 

Le gaufroir, qu'on emploie pour don- 
ner aux feuilles l'apparence de la na- 
ture. 11 se compose de deux pièces : 
l'une, qui est en fer et munie d'un 
manche en bois, porte à son extrémité 
la gravure de l'une des faces de la 
feuille; l'autre, la cuvette, qui en est la 
contre-partie, est en cuivre et disposée 
de façon que le fer puisse être main- 
tenu dans une position fixe. Comme 
le gaufroir a pour but de donner aux 
pétales et aux feuilles leur forme et 
leur mouvement définitifs, le fleuriste 
doit en posséder un nombre égal à 
celui des emporte-pièce. 

L'emporte-pièce et le gaufroir sont 
moins utiles aux amateurs, car ceux-ci 
peuvent trouver dans le commerce les 
diverses parties de la plante que ces 
instruments servent à confectionner. 

Tout fleuriste doit avoir en outre 
sous la main, un petit pot de colle, une 
pelote, du fil de fer de différentes gros- 
seurs, une bobine de soie verte, deux 
bobines de laiton dont l'une de laiton 
vert. 

La colle-pàte se prépare avec de la 
gomme arabique que l'on dissout à 
froid dans de l'eau, et à laquelle on ajoute un poids égal de Heur 
de froment. Cette pâte s'améliore en vieillissant, et la fermen- 
tation qu'elle subit ne l'altère en aucune façon. 




Boule de fer. 



.3:;. 
Pied de biche. 



r 



H 



I.E PAPIER ET LA TOILE. 



Couleurs. — A l'exception du rose dcsafranum,qui n'a pas son 
pareil comme délicatesse et comme éclat, on n'emploie plus guère 
aujourd'hui que les couleurs d'aniline, dont l'usage est très com- 
mode et qui possèdent une plus grande vivacité de ton. Ces cou- 
leurs ont aussi pour avantage do conserver à la lumière la nuance 
qu'elles ont le jour et de n'exiger pour la teinture aucune pré- 
paration et aucun mordançage préalables ; de plus, elles sont solu- 
bles dans l'alcool et l'eau, et ont une grande affinité pour la 
fibre texlile. 

L'aniline dérive de la transformation de la nitro-benzine sous 
l'influence d'un corps réducteur. On la prépare entrailant d'abord 
par l'acide azotique la benzine crislallisable qui provient de la 
distillation du goudron de houille, puis en réduisant la nitro- 
benzine obtenue par de l'acide acétique et de la tournure de fer. 

Parmi les couleurs d'aniline les plus employées dans l'industrie 
des fleurs artificielles, nous citerons : 

Pour les couleurs rouges, la fuchsine, encore appelée rouge 
magenta, rouge solférino, roséine, etc. ; la rnauv aniline, lagérano- 
nne ou ponceau a" aniline, le rouge cerise, la coralline,la,chrysaniline ; 

Pour les matières colorantes bleues, le bleu de Lyon, le bleu 
lumière, le bleu de Paris, Yazurine ; 

Pour les couleurs violettes, le violet Hoffmann, le violet de Paris, 
le violet lumière, le violet bleu, le violet rouge; 

Pour les matières colorantes vertes, le vert Usèbe, le vert 
Hoffmann, le vert de Paris; 

Pour les couleurs jaunes, le jaune d'aniline, le jaune de Lyon, 
Vacide picrique ; 

Pour les matières coloranles brunes, le brun de phétiyléne ; 

Pour les matières colorantes grises et noires, les gris et les 
noirs d'aniline. 

Les couleurs végétales et minérales qu'on employait autrefois, 
et dont on se sert encore quelquefois aujourd'hui dans la fabri- 
cation des fleurs artificielles, s'obtiennent : 

Pour les rouges, depuis le pourpre jusqu'au rose tendre, au 
moyen du bois du Brésil que l'on fait macérer à froid dans l'al- 
cool pendant quelques jours, du carmin, de la laque carminée, 
de la rose de carthame, de l'orseille, du rose de safranum, etc. 

Le rouge vif se prépare avec une dissolution alcoolique de 
carlhame, à laquelle on ajoute quelques gouttes d'acide acétique. 

Le rouge cramoisi s'oblienl, soit avec une dissolution d'orseille, 
soit en ajoutant de l'alun de potasse dans une dissolution de bois 
du Brésil. 

Le rouge pourpre est préparé avec une dissolution de bois du 



LA FABRICATION DES FLEURS ARTIFICIELLES. 45 

Brésil dans laquelle on jelte quelques fragments de crème de tartre. 

Le rouge orangé se prépare avec du carlhame dissous dans de 
l'alcool et auquel on ajoute un peu d'ammoniaque. 

Le rose est obtenu avec du carmin en morceaux que l'on délaye 
dans l'eau et auquel, pour le rendre plus vif, on ajoute un peu 
de crème de tartre (lartrate de potasse). 

Le rose chair s'oblient en rinçant la pièce teinte avec du car- 
thanie dans de l'eau légèrement savonneuse. 

Pour préparer les couleurs bleues, on se sert d'indigo préparé, 
de cobalt, de bleu de Prusse et de bleu anglais, qui tous se dis- 
solvent parfaiiement dans l'eau pure et donnent des nuances plus 
ou moins foncées selon la quantité de liquide qu'on emploie. Pour 
avoir un bleu très intense, il suffît d'ajouter à la solution quelques 
fragments de potasse. 

Les couleurs jaunes se préparent à l'aide de la terra mérita, de 
la gomme-gutte, du safran, du jaune de chrome, du rocou, de la 
sariette, de la graine d'Avignon. 

La lerra mérita se dissout à froid dans l'alcool et ne se conserve 
que dans un flacon bien bouché ; elle donne avec la crème de 
tartre une variété infinie de nuances. 

La gomme-gutle se délaye simplement dans l'eau pure. 

Le safran se prépare par infusion dans l'eau pour la teinture, 
et dans l'alcool lorsqu'on doit l'employer au pinceau. 

Le jaune de chrome se délaye dans l'eau et ne s'emploie qu'au 
pinceau. 

Le rocou se dissout à froid dans l'alcool. 

La sarriette et la graine d'Avignon se préparent par décoction 
dans l'eau froide. 

Les couleurs vertes s'obtiennent par des mélanges de jaune et 
de bleu que l'on prépare à l'avance, lorsqu'on doit s'en servir au 
pinceau; au contraire, quand il s'agit de les utiliser comme 
teintures, on prend des dissolutions séparées, et, après avoir 
plongé la pièce à teindre dans le jaune, on la Irempe ensuite dans 
le bleu. La gomme-gulle et l'indigo sont les deux couleurs qu'on 
choisit de préférence pour obtenir les différents tons de vert. 

Les couleurs violettes se préparent avec une infusion aqueuse 
d'orseille mélangée à une dissolution bleue quelconque. Pour 
teindre les pièces, on commence par les tremper dans l'orseille, 
puis dans un bain d'indigo ou de bleu de Prusse. La garance et 
le carmin mélangés de bleu de Prusse ou de cobalt sont spécia- 
lement réservés pour l'application au pinceau. 

Le lilas pour teinture s'obtient avec une décoction d'orseille; 
pour peinture, on emploie un mélange de carmin et de cobalt. 

3. 



46 



LE PAMER ET L\ TOILE. 



m 



I 



l'apiers pour fleurs, feuilles, boutons. — Les papiers 
dont on se sert pour la fabrication des fleurs artificielles sont gé- 
néralement préparés à l'avance : 

Il en est de même des feuilles, des boutons et autres acces- 
soires, dont le travail minutieux et qui n'offre qu'un intérêt se- 
condaire exige cependant un matériel considérable. 

Tissus pour fleurs, feuilles, boutons. — Les tissus pour 
fleurs sont préparés avec l'empois d'amidon, de manière à sup- 
porter et à conserver le gaufrage. Cet apprêt facilite l'impres- 
sion, lient lieu de mordant et donne aux couleurs un éclat beau- 
coup plus vif. 

Nous avons déjà dit que certains tissus étaient spécialement 
préparés pour les feuilles et les fleurs ; ceux qu'on emploie pour 
les tleurs communes sont imprimés d'avance ; ceux, au contraire, 
comme le nansouk, le jaconas, le satin-coton, le satin de soie, le 
taffetas, le velours, la pelucbe, le satin antique, qui servent à la 
confeclion des fleurs fines, ne sont qu'apprêtés en blanc. 

C'est au (aient de l'artiste à donner aux tissus le trempé et la 
nuance voulus. 

Voici corn ment s'exécute cette opéra lion, l'une des plus délicates 
de l'art du fleuriste. Lorsque les pétales ont été découpés soit avec 
des ciseaux, soit au fer, on les plonge un instant dans l'eau pour 
avoir une leiule bien égale; puis, après les avoir débarrassés, à 
l'aide de papier buvard, de leur excès d'humidité, on laisse tom- 
ber surclîacun d'eux une gouttelette de couleur que l'on dégrade 
soit au pinceau, soit avec le doigt. Pour faire venir la nuance en 
mourant vers l'onglet du pétale, on verse à cet endroit une goutte 
d'eau qui délaye la couleur et la dégrade. Ensuite, et s'il y a lieu, 
on panache le pétale au pinceau et l'on imite toutes les nuances 
accidentelles qu'il peut présenter. 

Les tissus qui servent à faire les feuilles se teignent en pièces 
et immédiatement de la couleur que l'on se propose d'imiter. A. 
cet effet, on tend l'étoffe encore mouillée sur un châssis où on la 
laisse bien sécher; puis, quand elle est sèche, on étend sur l'une 
de ses faces une couche de cjommeUne qui lui donne du brillant. 
Sur la face opposée, et pour donner à la feuille son velouté naturel, 
on passe un pinceau imprégné d'eau amidonnée et de couleur un 
peu plus claire que celle dont on s'est servi précédemment. Lors- 
que le velouté doit être plus prononcé, on saupoudre la couche 
de gommeline avec de la poussière de drap dont la couleur est 
de teinte convenable. 

Les folioles ou areignes des calices sont préparées aussitôt que 
les tissus sortent du bain de teinture. On les foule et on les im- 



LA FABRICATION DES FLEURS ARTIFICIELLES. 47 

prègne d'amidon pour leur donner toute la fermeté désirable; ou 
les étend ensuite sur un cadre, et, lorsqu'elles sont sèches, on les 
découpe à l'emporte-pièce sur une feuille de plomb ou sur un 

billot de bois. .,,,„•. 

Les boutons se font avec de la peau, du cannepin et du lafletas 
teints d'avance ou que l'un colorie au pinceau lorsqu'ils sont ter- 
minés; on les bourre avec de l'éloupe, de la filasse, ou bien de la 
ouate, pour leur donner leur forme naturelle ; puis on les lie avec 
de la soie verte sur le fil métallique qui doit leur servir de tige. 

Les étamines se préparent en fixant au bout d'un petit fil de 
laiton des bouts de soie écrue qui forment le cœur, et que l'on 
trempe dans de la colle de peau pour leur donner la rigidité né- 
cessaire. On garnit ensuite l'extrémité de chaque étamine de 
pâte, puis on les plonge toutes à la fois dans de la semoule 
teinte en jaune. 11 
ne reste plus alors 
qu'à la bien faire 
sécher. 

On distingue 
dans la fabrication 
des Heurs artifi- 
cielles quatre opé- 
rations principa- 
les : le découpage, 
le gaufrage, l'as- 
semblage elle mon- 
tage. Bien que ces 
diverses opérations varient selon la nature et l'espèce de fleurs 
que l'on veut imiter, nous indiquerons néanmoins, d'une ma- 
nière générale, comment chacune d'elles s'exécute. . 

Bécoupage. — Le découpage se fait d'ordinaire à l'emporte- 
pièoe, mais souvent aussi on découpe les pétales et les feuilles à 
l'aide de ciseaux et d'après des patrons tracés à l'avance sur des 
feuilles et des pétales naturels. Quelquefois encore on a recours 
aux dessins qui accompagnent la plupart des livres qui traitent 
de la fabrication des fleurs en papier et en étoffe. Dans ce cas, 
nous conseillerons de calquer avec soin le modèle; puis, après 
l'avoir collé sur du bristol, de le découper en suivant bien exacte- 
ment le tracé qu'on aura fait. Ce patron, sur lequel on prendra 
soin d'inscrire le nom de la feuille et du pétale qu'il représente, 
pourra servir fort longtemps. 

Ciuufrage. — Le gaufrage s'exécute de deux façons : à la pince 
{Qriffuge), ou à la boule [loulage). 




Griffuge, 



I 



48 



LE PAPIER ET I.A TOILE. 



£ 






Supposons que l'on veuille griffer les petits pélales qui for- 
ment le cœur d'une rose. On commencera par les plier en deux 
dans le sens de la hauteur; puis, après en avoir placé un sur la 
paume de la main gauche (fig. 34), on fera glisser avec la droite 
les deux branches de la pince du haut en bas de ce pétale. Use 
trouvera donc, quand on l'aura déplié, griffé des deux côtés de 
la ligne médiane, mais en sens inverse; le tenant alors ouvert 
et dans le creux de la main, on le griffera de nouveau, mais 
cette fois depuis le milieu seulement jusqu'à la base. On renou- 
vellera celte opération à droite et à gauche du griffage central, 
et l'on fera de même pour tous les pétales du cœur de la rose. 
Les pinces servent encore à friser, à pincer, à rouler et à strier 

les pétales suivant les 
fleursqu'ilVagil d'imiter. 
Le griffage ne s'opère, 
du moins pour la rose, 
que sur les plus petits 
pétales ; ceux de qua- 
trième grandeur sont bou- 
les, c'est-à-dire rendus 
convexes ou concaves au 
moyen des différentes 
boules qui composent le 
jeu du fleuriste. 

Voici comment on pro- 
cède au boulaye. On place 
d'abord le pétale bien à 
plat sur la pelote, on 
prend ensuite avec la 
main droite celle des 
boules qui est la mieux assortie au creux que l'on veut obtenir, 
et, après l'avoir fait glisser légèrement et en tournant sur les 
bords, qui ne doivent avoir aucun pli (fig. 35), on arrive peu à 
peu au centre, de manière à ce que le pétale soit bien arrondi et 
plus ou moins hémisphérique. 

Assemblage.— L'assemblage consiste à réunir les pétales au- 
tour du cœur de la fleur. Cette opération, qui est une des plus 
longues et des plus délicates, s'effectue de la manière suivante, 
On prend d'abord un à un chaque pétale avec les pinces, 
ensuite on en trempe l'extrémité dans la colle, puis on la rap- 
proche du cœur autour duquel il doit être fixé. On obtient 
ainsi une sorte d'étoile au-dessous de laquelle on colle les autres 
pélales, en ayant soin de les ranger régulièrement et de façon à 




. 35. — Roulage. 









LA FABRICATION DES FLEUR? ARTIFICIELLES. 



49 



ce qu'ils se contrarient. Quand ils sont tous collés, on termine la 
fleur comme il convient pour son espèce, et l'on passe à l'opé- 
ration suivante. 

Montage. — Le montage a pour but la réunion des diverses 
parlies de la fleur à la tige et des différentes tiges à la branche 
principale. Après avoir attaché le calice de la Heur et tige les 




feuilles en collant sur le verso de chacune d'elles, une baguette 
ou petite lige de laiton recouvert (fig. 36), on doit, en premier 
lieu, consolider les bon- 

A 
W 



tons et les fleurs avec 
de la soie verle ou de 
la cannelille (laiton 
couvert de soie ou de 
coton). 

Cela fait, on colonne 
la branche en la tour- 
nant avec les doigts de 
la main droite et en 
filant le coton de la 
main gauche, de telle 
sorte qu'il s'enroule en 
spirale et avec la plus 
grande régularité sur 
toute l'étendue de la 
branche . Enfin , on 
passe au papier, au- 
trement dit on enroule 
autour de la tige des 
bandes de papier vert. Pour cela, on tient la lige entre le pouce et 
l'index de la main gauche, et la bande de la main droite; endui- 
sant alors de colle le bout du papier, ou le pose le plus près 
possible du calice de la Heur, et, en le tendant bien, on l'enroule 
autour de la lige. Si cette dernière était forte, il faudrait la co- 
lonner auparavant avec de la ouate, en ayant soin que la coucha 
CU soit très égale (fig. 37). 




Fig. .17. — Passage au papier. 



50 



LE PAPIER ET LA TOILE. 




Fie. 38. 



— Préparation d'une jacinthe, formation du cornet. 



Pour donner une idée plus exacte de la manière dont on fait 
les fleurs, nous allons décrire dans tous ses détails la confection 
de la jacinthe, du j>avot et de Yœillet. 

Confection dune jacinthe. — La jacinthe, l'une des plus 
jolies fleurs que l'on puisse imiter, est aussi une de celles dont 

l'imitation est le 
plus facile et se 
rapproche le plus 
du modèle que 
nous offre la na- 
ture. 

Pour la repré- 
senter, on com- 
mence par décou- 
per trois pétales 
de grandeurs dif- 
férentes. Cela fait, 
on prend le plus 
petit et l'on griffe séparément chacune des folioles, de façon à ce 
que le pétale entier se recoquille bien sur lui- même; ensuite on 
cambre bien en arrière chaque foliole à partir de la naissance de leur 
séparation, puis on gaufre de même le plus grand pétale. Lorsque 

les six folioles sont gau- 
frées, on colle ensemble, 
mais par la base seule- 
ment, le petit pétale 
avec le grand, de ma- 
nière à ce que les crans 
du petit soient placés 
dans les intervalles du 
grand. On forme ainsi 
un cornet (fig. 38), et 
quand il est bien sec, on 
l'atlache avec de la 
soie floche au bout d'un 
fil de laiton garni de pa- 
pier vert et terminé par 
un calice. 

Le calice se fait avec de la ouate à laquelle on donne la forme 
voulue et que l'on recouvre de papier en ligeant la fleur. 

Pour monter les fleurs de la. jacinthe (flg. 39), on prend une lige 
que l'on façonne en collant une petite bande de gaze sur du papier 
vert et en le roulant de façon à laisser un creux en dedans. 




Lic'mthe. 



LA FABRICATION DES FLEURS ARTIFICIELLES. 



51 



Ensuite, on groupe sans symétrie, dans le haut, quatre ou cinq 
boulons que l'on enfile dans la tige en y pratiquant d'avance un 
trou avec une épingle, et l'on place, en les contrariant et en les 
dislançant d'un à 2 centimètres, les fleurs que l'on a préparées. 
Vers le bas de la tige, on groupe cinq ou six feuilles lancéolées 
que l'on dispose en couronne, en ayant soin de placer extérieu- 
rement l'endroit de la feuille. 

Confection d'un pi»ot. — Deux patrons suffisent pour con- 
feclionner un pavot : l'un ayanlla forme d'un quart de cercle uni, 
et l'autre d'un quart de cercle à crans. Pour obtenir un pétale 
complet il suffit de plier un papier en quatre et de le placer en 
coin sous fi modèle. Après le découpage on déplie le papier et 
l'on a un rond parfait. Il faut huit pétales du numéro 1 et un 




Hg. 4U. — Confection d'un pavot, torsion 

eu papillote. 



Fig. 41. — Cœur Je pavot. 






seul du numéro 2. On prend alors chaque pétale numéro 1 de la 
main gauche; on place l'index au milieu, on rapproche les 
extrémités; puis, après avoir roulé le pétale en gobelet, on le 
tord en papillote (lig. 40), il faut aussi Iriser légèrement avec les 
brucelles les dentelures du pétale en renversant légèrement eu 
arrière. Lorsqu'ils sont tous préparés, on boule chacun des quar- 
tiers du pétale numéro 2, el, après l'avoir légèrement renversé sur 
lui-môme et roulé, on défait Ions les pélales pour les assembler. 

A cet effet, on les enfile autour d'un cœur (lig. 41), que l'on 
trouve tout fait dans le commerce ; puis on les colle ou bien on 
les attache avec de la soie floche, de manière à leur donner une 
forme ronde (lig. 42). 

Enfin, on attache le pétale numéro 2 et, avec un peu de ouate, 
on façonne la boquille qui se trouve sous la fleur. 



52 



LE PAPIER ET LA TOILE. 



La fleur entr'ouverle (fig. 43) s'imite avec un pelale fenchlle 
et replié en entonnoir qu'on introduit dans un boulon fendu. 
Lorsque les fleurs et les pétales sont terminés, on procède, 

te-. 





:. _ Pavot, Heur ouverte. Fig. 43. - Pavot, fleur entr'ouv 

comme il suit, au montage du pavot : on lige en branche un 
bouton naissant et on l'entoure de feuilles du plus petit modèle 
(il en existe trois). On monte également un ou deux boulons 
épanouis ; prenant enfin une tige un peu forte, et en la entonnant 
comme nous l'avons dit plus haut, on la termine par la fleur. On 




Fig. 44. — Grittuge duo œillet. 

fixe sur la tige mère les boutons, et l'on achève le montage en 
entourant le pied de grandes feuilles dont on proportion ne la 
grandeur à la hauteur totale de la tige. 
Confection «l'un œillet, — L'œillet n'a besoin que d'un seul 



LE CERF-VOLANT ET L'OISEAU-VOLANT. 



44) en la fronçant 



patron sur lequel on taille cinq pétales dont un est mis en réserve 
pour le boulon. On se procure des cœurs, des boutons, des 
feuilles et des papiers tout préparés unis et panachés, ou que 
l'on panache soi-même au pinceau. Pourvu de ces accessoires, 
on prend l'un des pétales, on le plie en deux, ensuite en quatre, 
et enfin en huit. 

On griffe alors chaque portion de pétale (lit 
et en la recroquevillant 
sur elle-même; puis, avec 
la main droite on renverse 
le haut de chacune d'elles 
(fïg. 45). 

Les pétales une fois pré- 
parés comme nous venons 
de le dire, on les enfile 
successivement autour du 
cœur, après quoi on les at- 
tache avec un peu de can- 
ne! ille en les serran tau tour 
du petit fil qui part du cœur et doit dépasser les pétales. On entre 
ensuite la fleur dans le calice, en ayant soin que ses pointes re- 
monlent le plus possible autour des pétales. 

Le montage de l'œillet est des plus faciles : on cambre les 
feuilles, puis on les monte directement sur la lige principale au 
haut de laquelle on fixe la fleur. Les feuilles devront être alter- 
nées, et les plus hautes toucheront presque les pétales de l'œillet. 
La lige sera passée en papier, et sa parlie inférieure devra 
rester unie. 




io . — Renversement ilu pétale d'œillet. 






CHAPITRE X 



LE CERF-VOLANT ET L OISEAU-VOLANT. 



i oiislruction «lu cerf-iolant. — 11 faut commencer avant tout 
par déterminer la grandeur et les proportions du jouet, pour 
que sa largeur soit en raison de sa hauteur. Les proportions 
habituelles sont que la largeur et la hauteur doivent être comme 
4 est à 7 ; c'esl-à-dire qu'un cerf-volant de 70 centimètres de 
haut, mesurera, s'il est élégant, 40 centimètres de large ; plus 



LE PAPIER ET LA TOILE. 



large, il serait moins gracieux; plus élancé, il se soutiendrait 
moins bien dans les airs. 

La grandeur étant choisie, on prépare d'abord le squelette, de 
la manière suivante : On se procure une baguette ou une latte 
bien droite, d'un bois sec, léger, peu flexible et de la longueur 
requise pour l'épine du cerf-volant (fig. 46, ab). Vers l'extrémité 
qui doit former la tète, on taille une petite coche pour recevoir 
l'arc f; celui-ci se compose d'un morceau de bois à cerceau, d'une 

baguette de frêne, de coudrier, 
de châtaignier ou d'une tige 
flexible quelconque, àdéfaut de 
jonc. On l'égalise en raclant la 
partie la plus grosse jusqu'à ce 
que la baguette soit à peu près 
d'un diamètre égal dans toutes 
ses parties. On cherche le mi- 
lieu exact de l'arc, à l'aide 
d'un mètre, d'un compas ou 
d'une ficelle, et on attache so- 
lidement le point du milieu de 
la baguette dans l'encoche de 
l'épine, comme cela est re- 
présenté en f de notre fi- 
gure 46. 

Ceci fait, à chaque extré- 
mité (c et d) de l'arc, on taille 
une petite coche; puis, après 
avoir attaché une ficelle à l'une 
d'elles, à la coche c, par exem- 
ple), on fait entrer cette ficelle 
dans une échancrure pratiquée 
au bas de l'épine (6); on re- 
monte la ficelle de l'autre côté 
pour la rattacher à l'autre extrémité de l'arc (d) et l'on donne à 
cet arc, en tirant convenablement la ficelle, la courbure qu'il 
doit avoir. 

Avant de passer outre, il est prudent de vérifier si les deux 
ailes du cerf-volant sont en équilibre ; pour cela, on pose l'extré- 
mité b sur le bout du doigt et on cherche à soutenir quelques 
instants la carcasse dans une position verticale; on se rend faci- 
lement compte du côté qui l'emporte en pesanteur et l'on y re- 
médie pendant qu'il en est temps. 
On se rend encore mieuj compte du défaut d'équilibre en po- 




Carcassc d'un cerf-\olant. 



LE CERF-VOLANT ET L'0ISE\U-V0LANT. 



55 



sanl la carcasse horizontalement sur le doigl placé vers le point 
e; le côté le plus lourd penche de suite. 

Pour achever celte espèce de châssis, on fixe solidement la 
ficelle eu d et on la fait passer d'un bout de l'arc à l'autre (de), 
en avant soin de la tourner une fois sur la latte; arrivée en c, 
elle passe successivement en a,d, e, et e et on la fixe sur chaque 
point en lui faisant faire un tour sur le Lois. En m, on la fait gé- 
néralement passer dans une coche. 

La carcasse étant terminée, reste à discuter la question de la 
garniture. Presque toujours on habille le squelette avec une 
feuille de papier, et cette méthode est excellente pour les petits 
cerfs-volants, pourvu que le papier soit léger; on peut, si l'on 
tient à plus de légèreté encore, employer une forte feuille de 
collodion ; les feuilles de papier ont le désavantage d'être fra- 
giles; en compensation on peut facilement réparer le dommage 
quand elles viennent à se déchirer. Enfin, le grand avantage du 
papier c'est de coûter très peu cher et même de ne coûter rien 
du tout, si l'on emploie des vieux journaux. 

Ayant adopté le papier, on en prend un certain nombre de 
feuilles qu'on réunit bout à bout au moyen de colle de pâte, de 
façon à obtenir une surface suffisamment étendue. On applique 
le châssis sur celte surface, on découpe le papier parallèlement 
aux contours du châssis, en réservant une marge de 3 à S centi- 
mètres, que l'on replie en dessus et que l'on fixe avec de la colle ; 
on colle aussi, par derrière, des bandes de papier le long de l'é- 
pine et de la ficelle ; puis on laisse sécher le cerf-volanl. 

Si l'on avait adopté l'usage du calicot, on le coudrait au lieu 
de le coller. 

Quand le tout est bien sec, on perce dans l'épine deux trous, 
l'un à environ le cinquième de la longueur totale de l'épine en 
partant du haut, l'autre aux deux tiers de cette même longueur, 
toujours à compter de l'extrémité supérieure. C'est dans ces deux 
trous que l'on pnsse et que l'on fixe, par un nœud fait aux deux 
bouts, la corde ventrière ou ficelle formant l'attache, dans laquelle 
on pratique le nœud coulant par lequel passera la ficelle qui ser- 
vira à retenir le cerf-volant et à l'élever dans les airs. Ce nœud 
coulant doit se trouver un peu plus haut que le milieu de l'atta- 
che, et comme sa position, d'une grande importance, ne peut 
pas toujours être bien déterminée, on préfère quelquefois ne pas 
faire le nœud à la corde ventrière, mais le mettre au bout de la 
ficelle, qui peut ainsi couler librement le long de la corde ven- 
trière et s'arrêter à telle ou telle hauteur, suivant que la tête du 
cerf-volant est plus ou moins lourde. 






56 



LE PAPIER ET LA TOILE. 



La machine n'est pas encore complète : il lui manque une 
queue, sans laquelle il lui serait impossible de prendre son vol. 
Ordinairement, la queue se compose d'une longue ficelle, alla- 
chée à la partie inférieure de l'épine et portant, à des intervalles 
réguliers de 7 à 10 centimètres, des morceaux de papier plies 
en 4 ou en G, longs de 5 à 10 centimètres, larges de 2 ou 3 centi- 
mètres et attachés au moyen de nœuds coulants. Au bout de la 
ficelle se trouve une espèce de gros gland en papier découpé et 
frisé. La longueur et le poids de la queue dépendent de la gran- 
deur du cerf-volant; enrègle 
générale, elle ne doit pas être 
moins de 12 fois aussi longue 
que lui; plus elle est longue et 
mieux cela vaut, pourvu qu'il 
soit de grosseur à l'enlever. 
On ajoute encore à l'appa- 
reil une paire d'oreilles failes 
de la même façon que la 
queue, mais beaucoup moins 
longues et moins lourdes 
qu'elle. Ces appendices s'at- 
tachent chacun à l'un des 
deux points opposés de l'arc; 
ils ajoutent à l'apparence 
gracieuse du cerf-volant ; 
mais ils diminuent sa puis- 
sance de vol; ils ne sont 
utiles que pour rétablir l'é- 
quilibre de l'appareil dans le 
cas où sa construction laisse- 
rait à désirer. 
On peut décorer le cerf-vo- 
lant en y collant des images coloriées et découpées. 

On peut donner au cerf-volant une forme polygonale, par 
exemple celle d'un hexagone allongé (flg. 47). La carcasse est 
faite au moyen de canne ou de roseau jaune, refendu en petites 
baguettes grosses comme un crayon. Les côtés et les diagonales 
sont soigneusement attachés à tous leurs points de rencontre au 
moyen de soie cirée très forte. Sur le tout, on étend un mor- 
ceau d'étoffe de soie d'un côté et de papier fort de l'autre. Le 
tout est bien collé ensemble. 

Les dimensions de ce cerf-volant sont de i m ,50 de haut sur 
m ,80 de large. 11 est prudent de ne pas dépasser ces dimensions, 




Cerf-volant hexagonal. 




LE CERF-VOLANT ET L'OISEAU-VOLANT. 



b7 



car d'un jeu déjà au-dessus des forces d'un enfant seul, on ferait 
un instrument dangereux. 

Au point d'attache de la corde sont trois Dcelles égales entre 
elles et égales chacune au grand côté de l'hexagone, réunies 
comme le montre la figure 47. La queue n'est pendue qu'à deux 
ficelles. Elle doit être longue et lourde. Il faut la charger au 
bout et en calculer le poids d'après la manière dont le cerf- 
volant se comporte au vent. C'est la seule parlie délicate de 
l'opération. 

On attache un flocon de rubans de couleur à chaque angle du 
polygone. 

Lançage du cerf-Tolant. — Pourlancerl'appareil, on se munit 
d'un gros peloton de bonne ficelle, dont on attache solidement le 
bout à la corde ventrière, comme il a été dit ci-dessus. Après 
avoir développé la queue du cerf-volant, on saisit le peloton, on 
dévide une certaine quantité de ficelle et on prend rapidement 
sa course dans la direction opposée à celle du vent. Si le cerf- 
volant s'élève avec difficulté, c'est qu'il est trop chargé : il faut 
enlever les oreilles et au besoin, alléger la queue. Si au contraire, 
il donne des coups de tète et fait des plongeons, c'est qu'il a be- 
soin d'être alourdi, et dans ce cas on ajoute des oreilles quand 
l'appareil n'en a pas, ou bien l'on attache au bout de la queue 
une pierre ou une touffe d'herbe munie de sa motte de terre, 
quand les oreilles ne suffisent pas. 

Quelquefois, pour lancer le cerf-volant, on a recours à l'obli- 
geance d'un camarade qui le prend par la partie postérieure et 
le soutient aussi haut qu'il peut. Quand on a dévidé un peu de 
ficelle et que l'on prend sa course dans la direction opposée à 
celle du vent, on crie « lâche tout » au camarade, qui abandonne 
le cerf-volant, et si celui-ci est bien équilibré, ni trop lourd ni 
trop léger, et si la brise s'y prête, on le voit s'élever majestueu- 
sement pendant que sa grande queue ondule avec grâce, sem- 
blable à quelque gigantesque serpent aérien. 

Tant qu'il lire avec force, on lui fournit de la ficelle; si la ten- 
sion se relâche, on roule la ficelle autour du peloton. Quand, 
parvenu à une grande hauteur, il se balance mollement, presque 
sans changer de place, on le laisse planer et l'on attache la 
ficelle à un pieu solidement planté en terre. C'est le moment 
d'envoyer des courriers : ces courriers se composent ordinairement 
de petites rondelles de papier ou de carton, percées d'un trou en 
leur milieu et que l'on enfile clans la ficelle. Poussés par le vent, 
ils montent en tournoyant jusqu'au cerf-volant. 

Une forme plus compliquée de courrier consiste en un léger 



i 



58 



LE PAPIER ET LA TOILE. 



I 



tube de bois très mince, dont le diamètre est suffisant pour lui 
permettre de tourner facilement sur la ficelle quand il y est 
enfilé. A ce tube, on colle obliquement plusieurs ailettes de 
papier, qui, sous l'action du vent, font tourner le petit appareil. 

Il est bien entendu que pour enfiler ces messagers, il faut que 
le bout de la ficelle soit libre ; alors on est obligé de la couper, si 
elle n'est pas arrivée au bout du rouleau. 

On ne doit pas abuser des courriers, parce qu'ils alourdissent 
le cerf-volant et que leur grand nombre peut provoquer une des- 
cente prématurée de la machine. 




Kig. 48. — Langage (lu cerf-volant hexagonal. 



I 

I 



Quand on veut ramener h soi le cerf-volant, on enroule peu à 
peu la ficelle et l'on évite de le faire tomber sur un arbre ou sur 
une habitation, dont le voisinage est toujours dangereux, surlout 
pour la queue et pour les oreilles. 

Le cerf-volant hexagonal s'enlève comme le cerf-volanl ordi- 
naire; il faut être au moins deux pour le manœuvrer et surtout 
pour ployer la ficelle dont il porte facilement 3 kilomètres. Une 
fois le cerf-volant enlevé, on attache la ficelle à un arbre, et il 
demeure immobile dans le ciel des heures entières (fig. 48). 

Oiseau-volant. — Nous venons de donner la manière de faire 
le cerf-volant ordinaire; on peut varier la forme de ce jouet et 



LE CERF-VOLANT ET L'OISEAX'-VOLANT. 



53 



lui donner un tout autre aspect ; on peut construire l'image d'un 
oiseau, d'un dragon, d'une immense chauve-souris, d'un poisson, 
d'un chien, d'un homme ou d'un être fantastique quelconque. 

Le principe de la construction d'un oiseau volant suffira pour 
faire comprendre comment on doit agir pour les autres espèces 
de machines du même genre. 

Le squelette (lîg. 49) se compose d'une épine (AA) et d'une tra- 
verse (BB), fixée à peu près au tiers de la longueur de l'épine, à 
partir du sommet; une autre traverse, beaucoup moins longue 



I 



■ 




Fig. 49. — Squelette de l'oiseau volant. 



Fig. 50. — L'oiseau-volant achevé. 



(CC) est solidement attachée à l'extrémité inférieure de l'épine, 
de manière à se trouver maintenue dans le même plan que BB. 

La tète et le bec sont formés par du carton découpé, non en 
suivant exactement les contours de la carcasse, mais en formant 
le dessin d'un oiseau, comme on le voit par les lignes ponctuées 
de notre figure 49, — ou par un brin d'osier fendu, que l'on 
maintient au sommet de l'épine en l'enfonçant dans une coche. 

Les ficelles étant placées comme le montrent les lignes fines 
de notre figure 49, le squelette est complet. 

On le couvre de papier destiné à former le corps, el après 
avoir fait usage de la colle pour unir les deux parties, on décore 








60 



LE PAPIER ET LA TOILE. 



le papier en faisant avec quelques traits de plume les pattes, les 
yeux, etc. L'appareil est achevé (fig. 50). 

Il ne reste plus qu'à établir la corde ventrière et la queue. Cette 
dernière peut se composer simplement d'une longue ficelle, au 
bout de laquelle on attache un petit oiseau de papier ou de carton. 

Papillon volant. — On vend aujourd'hui, chez tous les mar- 
chands de jouets, d'élégants cerfs-volants qui présentent la forme 
générale d'un grand papillon aux ailes fortement bombées en 
dessus. Le moindre vent qui s'engouffre dans l'intérieur de ces 
ailes suffit pour élever l'appareil et pour le soutenir en l'air. 



CHAPITRE XI 



LA CONSTRUCTION DES AEROSTATS. 

Sans rappeler le principe qui préside à l'ascension des ballons, 
ou mieux aérostats, nous donnerons les renseignements néces- 
saires pour que l'amateur, l'habitant de la campagne qui a un 
jardin à sa disposition, puissent s'amuser à construire des 
montgolfières chauffées à la paille ou à l'esprit-de-vin; ou des 
ballons gonflés au gaz hydrogène. L'art aérostatique n'est encore 
aujourd'hui qu'un art d'agrément, plein d'intérêt pour celui qui 
le cultive; c'est à ce titre qu'il doit entrer dans notre cadre. 

Ainsi que nous avons pu nous en rendre compte depuis que 
nous accomplissons des ascensions, la passion de la science 
toute française de l'aérostation se répand de plus en plus (I). 
Une fête sans départ de ballon ne parait pas complète ; aucune 
solennité ne se célèbre sans comporter une ascension. Enfin il 
résulte de ce grand mouvement d'idées, que l'aérostation devient 
un sport d'un nouveau genre. On compte aujourd'hui en France 
près de dix sociétés aéronauliques, et les personnes qui ont 
voyagé dans les nuages sont au nombre de plusieurs milliers. 
Construction «les ballons. — Les ballons que l'on construit 
dans un but de récréation ou de science ont toujours une forme 
sphérique, car c'est celle qui cause le moins de déchet dans 
l'étoffe employée. On procède comme suit poup le tracé de ces 
bandes ou fuseaux de taffetas, et en apportant la plus grande 
exactitude à l'exécution de ce travail. 

(1) Voy. H. de Grafflgay, La navigation aérienne et les ballant dirigeables, 1 roi. 
in-16 (Bibliothèque scientifique contemporaine). 



LA CONSTRUCTION DES AÉROSTATS. 



61 



On Irace (flg. 5)) CA, CB à angle droit, et d'une longueur égale 
au rayon du ballon. Du point C, comme centre, 
avec ce rayon, on trace le quart de cercle AB ; 
on divise l'arc AB en six parties égales; pour 
cela, il suffit, de porter successivement avec 
un compas la longueur du rayon sur la cir- 
conférence, de A en t : prenez le milieu v de 
l'arc ^B ; portez vB de B en A, il devra être con- 
tenu six fois dans BA. Par chacun des points de 
division v,t,s,r,p, on mène des parallèles au 
rayon AC, qui coupent le quart de cercle aux 
points k,l,m,n,o. On joint alors le milieu i de 
l'arc Ap au point C, et de ce point C comme 
centre avec des rayons respectivement égaux, à 
po,ni, etc., on trace des arcs de cercle 5, 4,3, 2,1. 
Admettons que le cercle auquel appartient l'arc 
AB soit l'équateur du ballon, l'arc Ap en sera la 
vingt-quatrième partie, les arcs seront alors la 
vingt-quatrième partie des parallèles de rayons. 

Ceci posé, sur la ligne droite Z\V du fuseau 
(fig. 83), portez douze fois la longueur Ap, et des 
poinls de séparation des douze parties, comme 
centres tracez les portions de circonférence 
K, 4, 3, 2,1, et celles qui sont semblablement 
placées en dessous, avec des rayons respecli- 

n 




Fig. 51. — Procédé géométrique pour lu construction des 
bandesou fuseaux: de taffetas dont on l'orme l'enveloppe 
du ballon que nous supposons eu forme de sphère, 



Fig. 52. --- Aspect d'un 
fuseau de ballon une 

fois déroupo. 



vement égaux aux longueurs Ai, 5, 4, 3, 2 i ; si l'on trace une courbe 

H de GflAFnr.NY. — Les industrie" d'amateurs. 4 



' 



i : 



6 , LE PAPIER ET LA TOILE. 

tangente à la fois à tous ces arcs de cercle et qui passe en X 
e r? on obtiendra un fuseau dont la surface est la vingl-qua- 
trièmp oartie de celle de la sphère. ■ 

vKquatre fuseaux de celte sorte assemblés par leurs bords 
formeront un ballon sensiblement spbénque. 

Il faut, lorsqu'on taille des fuseaux, avoir soin de laisser un 
rebord de 0-,02 ou 0-,03, pour qu'on les puisse réunir ensemble 
sans déduire la forme du ballon. La couture se fait maintenant 
al aide "s machines à coudre, quoique quelques a ronau es 
s'efforcent de conserver la couture à la main, plus sol.de. P re- 

len Un ingénieur aéronaute bien connu, M. Gabriel Yon, indique le 
nrocéde d"épure suivant, bien supérieur comme on va en pouvoir 
S à celui que nous' venons de décrire, et qui es reprodu.t 
depuis un siècle dans tous les livres parlant de ballons. 

< Étant donné la confection d'un aérostat spher.que de 
,,ooo mares cubes, le diamètre, dans ce cas, ressortir 
D = 13™, 20, nous aurons donc la formule (DXtXDXjj — 
I 204-.344) représentant les calculs ci-après, 13- ,20 x 3,1416 pour 
,a circonférence, soit 41-.469, d'où 4I-.469 X 13-,20 = o47-,383 
pour la surface et 547,383 x î^ = 1-204- 344, pour le cube. 
« Ceci une fois établi, il nous faut encore rechercher le nombre 
de cônes correspondantes en utilisant une étoffe supposée être de 
0-80 de largeur, tout en tenant compte d'une marge suffisante 
nour 1 sur roit des coutures et des lambeaux d'étoffe qui lom- 
E comme déchet sur les lisières pendant la coup. La couture 
ordinairement employée en pareil cas nécessite 0-.015 pour 
chaqu coHé du fuseau, soit 0-.03 par fuseau; s, nous ajouUmj 
nn Tort à peu près égal pour les fausses coupes, nous ne pouvons 
TuéTe corner p4 Â 0-80 - (0-.01B X 4), soit0-,74 comme 
largeur effective de l'étoffe employée, or, -^--06 fuseaux. 
11 ne nous reste plus qu'à exécuter l'opération du tracé graphi- 
que suffisamment explicable par la démonstration du problème 
géométrique qui résulte de la formule ci-dessous . 

0»,74 -. 13", 20:: x : 1 mètre, 

d . 0U ^Ii = 0-036 comme valeur de x et égale à 1 mètre pour 
celle'de'î'échelle'de proportion du plan ramené à la largeur de 
l'ptnffe oui doit servir à l'établir. . 

< Le nombre de divisions du cercle étant de 40 et la circonférence 



H^.£ 



LA C0NST1UJCTI0N DES AÉROSTATS. 63 

41 m 4(!'J 
de il m ,469, on a — f- — = l m ,036 pour chaque distance des pa- 
rallèles, d'où, pour là partie supérieure, depuis le point central 
de la soupape jusqu'à l'équateur, dix parallèles, et de l'équateur 
à l'appendice portant la tubulure inférieure de gonflement, onze 
parallèles, soit un tolal de vingt et une parallèles par fuseau. La lon- 
gueur vraie de ce fuseau sera donc la suivante (dans son axe longi- 
tudinal) : Parallèles de jusqu'à 22 ou 21 X l m ,036 = 2t m ,756. » 
Ces chiffres viennent confirmer la valeur de la formule em- 
ployée el celle du tracé graphique utilisé ; ils pourront égale- 
ment servir de contrôle aux mesures que donnerait le même plan 
s'il était en grandeur d'exécution. 

Voilà donc noire fuseau tracé sur le papier. Taillons avec 
l'étoile même qui va servir à faire le ballon un patron qui servira 
à couper tous les autres fuseaux, en ayant soin de laisser tou- 
jours un rebord de 1 centimètre de chaque côté pour la cou- 
ture. Certains aéronaules épinglent le patron sur une bande 
d'étoffe et découpent les fuseaux un par un avec des ciseaux, 
niais il existe une méthode beaucoup plus rapide. On fixe le pa- 
tron sur toutes les bandes d'étoffe empilées les unes sur les autres 
et, à l'aide d'un tranche t solide, on découpe tous les fuseaux à la 
fois suivant les contours du modèle. On retouche ensuite. 

Les fuseaux une fois tous découpés, il s'agit de les assembler, 
et on comprend que les moyens diffèrent, suivant qu'ils sont en 
papier ou en étoffe. 

Dans le premier cas, après avoir collé s'il est nécessaire les 
différentes parties qui doiventcomposerle fuseau (tète, partieéqua- 
toriale, appendice), .on superpose sur une table tous les fuseaux, en 
ayant soin de laisser chacun d'eux déborder d'un centimètre. On 
charge avec des poids, comme on a déjà fait pour le découpage, et 
on passe sur tous ces rebords un pinceau chargé de colle de pâte. 
Il n'y a plus qu'à replier, deux par deux, ces rebords et à re- 
commencer de l'autre côté. Cette méthode est très expéditive et 
donne des ballons très bien assemblés. Le dernier fuseau seul est 
un peu plus difficile à coller que les autres, car il doit exactement 
s'ajuster au premier pour former la sphère entière. 

Lorsqu'il s'agit de ballons en étoffe, les fuseaux sont cousus 
ensemble à la mécanique, d'abord deux par deux, puis quatre 
par quatre et ainsi de suile. On peut recouvrir, pour plus de sû- 
reté el éviter les déperditions, ces coutures d'une bande collée 
avec une dissolution de caoutchouc. 

Quoi qu'il en soil, dans tout aérostat ainsi assemblé, il reste une 
ouverture aux deux pôles. On obture celle du pôle supérieur en 



ma 



■ 






■ 



I 



6 4 LE PAPIER ET LA TOILE, 

collant une ou deux grandes rondelles de papier quand il s'agit 
dunielU ballon, ou' on y place une soupape d'échappement 
Îaidrt.tunaéroW m onlé!celledupftleinKnear reste béante, 

^l/sac^Se que nous venons de construire doit être 
gon le d air chaud il est terminé et il n'y a plus qu'a Ae gonfler 
In le disposant au-dessus d'un foyer que conqaepailLe sar- 
ments ou d'un fourneau à charbon surmonte «1 un bout de tuyau 
de tôle- mais si, au contraire, il doit être gonfle de gaz hylio 
gène, il'restè encore une opération indispensable à exécuter : 1 im- 
perméabilisation de l'enveloppe. .. , , 

Lorsqu'il s'agit d'un petit aérostat en papier, on 1 enduit sui 
sa surface extérieure et à l'aide d'un tampon en papier mousse- 
ine 1 huile à brftler additionnée de quelques gouttes de pétrole 
Cet enduit est suffisant pour empêcher le gaz de s échappera 
travers les pores du papier. On peut éviter cet inconvénient en 
mp yant pour la construction un papier rendu imperméable 
aux -az par les procédés que nous avons déjà enumeres (1). 

Lorsque ïe baUon est en étoffe, il est nécessaire de le vernisser 
en étalant à sa surface un vernis composé soit d'huile de lin 
ùite et -réduite à l'aide d'un peu de litharge et d'oxyde de man- 
ganèse soit d'une dissolution de caoutchouc. Mars nous devons 
SS que la première méthode est de beaucoup la plus usuelle et 
aussiV plus facile. Malheureusement la été reconnu que 1 hude 
de lin était beaucoup de sa solidité à l'étoffe a.nsi ™ lée. 

Quoi qu'il en soit, l'opération du vernissage s exécute comme 
suit Après avoir étendu le ballon sur une longue table on hu- 
m ecle de vernis le fuseau qui se trouve placé en dessus. A l aide 
ïe tampon, faits des déchets de la couture ou même a, a 
paume de la main, on étale ce vernis sur 1 étoffe, et on iorce 
l S à pénétrer d'ans les pores. Une fois que toute la surface , de 
l'aérostat a été frottée, on le retourne comme un gant et on fait 
rip même nonr l'intérieur. , ,, 

pTrTulte de la réaction chimique qui se produit, I étoffe s é- 
chauffe considérablement aussitôt après l'appl.cat.on du vernis a 
a surface. Pour combattre cet échauffement qui, mal surveille, 
dégénérerait en incendie, et pour favoriser en même temps le 
sechag il est d'usage de remplir l'aérostat d'air ordinaire, à 
l'aide d 'un ventilateur et de le retourner de temps a autre, pour 
activer I'évaporation de l'huile. 
Le séchage de la première couche de vern.s une fois termme, 

(1) Voyez page 4. 



LA CONSTRUCTION DES AÉROSTATS. 



65 



on en applique une seconde et on ventile. Il faut en moyenne six 
couches de vernis : trois pour l'extérieur et trois pour l'intérieur, 
afin de rendre l'aérostat complètement imperméable. 

On peut enjoliver les ballons de papier de dessins découpés et 
collés, de petits drapeaux également en papier, et enfin les orner 
de longues banderoles qui flottent au vent et maintiennent l'é- 
quilibre du système et forment un ensemble plus joli. 

Le ballon est maintenant terminé: occupons-nous du gonflement. 

Gonflement du ballon. — Quand on veut le gonfler àJ'<(«Vc/i<iU(i, 
il est nécessaire d'avoir un cône en tôle surmonté d'un tuyau et 
semblable à celui que les ménagères placent sur leur fourneau de 
cuisine pour activer la combustion de leur foyer. On place ce cône 
sur deux briques et on allume un feu de paille ou de bois see. 
Lorsque la montgolfière n'a pas plus d'un mètre et demi de dia- 
mètre, une personne la tient par son pôle supérieur de façon à 
ce que l'ouverture du dessous soit située à dix centimètres de la 
bouche du tuyau. L'air chaud pénètre donc 
dans le ballon et en distend les plis jusqu'à 
ce que la sphère soit bien tendue. 

Alors on peut cesser le feu. On suspend au 
cercle de la montgolfière, par deux petits fils 
d'archal en croix, une éponge imbibée d'es- 
prit-de-vin ou d'essence que l'on enflamme, 
et on peut lâcher l'appareil qui se maintien- 
dra en l'air jusqu'à extinction de la flamme 
de l'alcool (fig. 53). 

Quand le ballon a plus de deux mètres de 
diamètre, on le suspend entre deux arbres ou 
deux mâts par une corde transversale et. on 
emploie pour le gonflement un fourneau de 
tôle de taille suffisante. 

Si c'est de gaz hydrogène pur que l'on veut le remplir, on cons- 
titue une usine à gaz très simple avec deux récipients eu verre ou 
deux vieux barils. Dans l'un de ces baiils, on met de l'eau et de 
la ferraille ou du zinc et de l'acide sulfurique ou chlorbydrique, 
eu proportion nécessaire pour obtenir la quantité de gaz voulue. 
11 faut 3 kilog. de métal, 5 kilog. d'acide sulfurique et 3 kilog. 
d'eau pour avoir un mètre cube d'hydrogène qui revient ainsi à 
90 centimes, main-d'œuvre non comprise, 

Le second baril est rempli d'eau pure et traversée par le gaz 
qui doit s'y laver et se dépouiller de ses parties sulfurées avant 
d'arriver au ballon. 

On peut obtenir de ^hydrogène bicarboné (gaz de l'éclairage) 




N 

. 33. — Montgolfl4 
et sou récbftod. 



I 



66 LE PAPIER ET LA TOILE. 

en remplissant une cornue de lerro de vieux bouchons hors 
d'usage. Le gaz est très léger et débarrassé de tous produits era- 
pyreumaliques. Il faut 3 kilog. de liège chauffé en vase clos pour 
avoir un mètre cube de gaz. 

Suivant qu'il est rempli d'hydrogène pur (force ascensionnelle, 
1,100 grammes par mètre cube), de gaz de liège (730 à 800), de 
gaz d'éclairage ordinaire (630 grammes en moyenne) ou d'air 
chaud (250 grammes par mètre), le ballon est doué d'une puis- 
sance ascensionnelle plus ou moins considérable. On peut choisir. 

Aujourd'hui les nmts ne sont plus nécessaires pour maintenir 




FîfÇ. 34. 



Bullon étalé sur une Lâche pour le gonflement en épervier. 
(Une partie seulement du filet a été figurée.) 



l'aérostat pendant le gonflement, et on étend simplement l'en- 
veloppe aérostatique sur le sol. On emploie concurremment deux 
méthodes, la première dite en épervier (fig. §4), et la seconde dite 
en baleine. 

Dans la première disposition, on étale le ballon sur une bâche, 
de manière à ce que la soupape soit au centre et que l'éqnateur 
forme un cercle parfait. On place ensuite le filet dont on égalise 
le déploiement, puis on fixe le tuyau de gonflement à l'appendice 
en ayant soin de ne laisser aucun vide. Quand le ballon com- 
mence à se gonfler, on garnit l'équateur de sacs de sable, que l'on 
descend au fur et à mesure. 
■ Dans le gonflement en baleine, le ballon plié par fuseaux et 



LES FEUX D'ARTIFICE. 



07 



simplement ouvert en deux el recouvert en dessus de son filet, 
on place au début des sacs de lest tout le long des bords du bal- 
lon, de façon que la partie supérieure seule s'emplisse de gaz. 
Quand cette partie est gonflée, on recule les sacs jusqu'à ce que 
le ballon soit à moitié plein. Alors on égalise la traction du fdet, 
on accroche les sacs de lest aux mailles, et on les descend k 
mesure, que la force ascensionnelle devenant plus considérable, 
le ballon les soulève de terre. 



CHAPITRE XII 

LES FEUX D'ARTIFICE. 



Les feux d'artifice sont d'origine italienne, et les artificiers 
célèbres sont tous venus d'Italie. 

Sous Louis XIV, on cite comme une merveille le feu d'artifice 
donné à Versailles le 7 mai 1664, à l'occasion de la paix d'Aix- 
la-Cbapelle : les artificiers avaient alors un beau coslume, dont 
Abraham Bosse nous a conservé le dessin (tig. S5j. 

Sous Louis XV, commença la dynastie des Ruggieri; le pre- 
mier fut P. Ruggieri. Son fils Louis-Michel Ruggieri fut artificier 
de Napoléon; son pelit-fils, le dernier Ruggieri, a passé long- 
temps pour le plus habile de nos pyrotechniciens. 

Sans atteindre à cette perfection, un amateur peut arriver, avec 
beaucoup de soin, à obtenir d'excellents résultats. 

Matières premières et outillage. — Les trois matières fon- 
damentales de toutes les compositions qui servent à garnir les 
pièces d'artifices sont les éléments mêmes de la poudre, le sal- 
pêtre, le soufre el le charbon, que l'on mêle à diverses sub- 
stances, telles que la limaille de fer, d'acier et de cuivre, les sels 
de baryte, de cuivre et de strontiane, le camphre, la poudre de 
lycopode, etc., destinées à donner plus d'éclat à la combustion et 
à colorer la lumière produite. 

La cartouche est le carton cylindrique et creux qui renferme la 
composition inflammable destinée à faire gerbe ou jet de feu, el 
dont presque toutes les pièces d'artifice sont formées. 

Pour fabriquer ces cartouches, il faut commencer par se pro- 
curer du carton d'une épaisseur convenable, suivant les ditré- 
rentes pièces d'arlifice. 

L'amateur qui fera son carton lui-même, ce qui est très facile, 
y trouvera une grande économie. 



68 



LE PAPIER ET LA TOILE. 



Le carton prend le nom de en 3, en i, etc., suivant le nombre 
de feuilles de papier collées l'une sur l'autre. Le meilleur se fait 




Fig. So. — Artificiel' du temps de Louis XIV. 



avec du papier collé (qui ne boit pas) ; cependant on peut faire du 
carton en 3, en plaçant dans le milieu une feuille de papier gris 
(papier qui boil). Il en est de même pour le carlon en 4, en 5, etc. 
Au reste, la colle dont on imbibe ce papier gris lui donne de la 



■V 



LES FEUX D ARTIFICE. 



69 



force. On place sur une table une feuille de papier que l'on enduit 
abondamment de colle assez claire; on en place une seconde 
dessus, en ayant soin de les faire bien adbérer sans laisser d'inter- 
valle ni de pli ; on fait de môme pour la troisième et les suivantes, 
et l'on met en presse presque immédiatement après le collage. 

Faute de presse, on place le carton entre deux planches de bois, 
et l'on charge avec des poids ou des pierres. Une fois que les 
cartons ont rejelé la colle surabondante, qu'ils sont suffisamment 
dressés et ressuyés, on les sort de la presse, et on les suspend 
verticalement par un des bords, à une ficelle ou un fil de fer. 

Enfin, quand ces cartons sont parfaitement secs, on les déta- 
che et on les remet de nouveau en presse pour les dresser. 

Pour fabriquer les cartouches avec le carton précédemment 
préparé, il est nécessaire d'avoir les outils suivants: 

1° Une baguette à rouler : Cette baguette doit être faite d'un bois 
très dur, très droite et bien tournée, et avoir 8 à 10 centimètres 
de plus que la longueur de la cartouche qu'on veut rouler dessus. 

Il est nécessaire d'eu avoir de plusieurs grosseurs pour les dif- 
férents jets de feu. 

2° Une varlope pour rouler les cartouches : Elle doit être aussi 
de bois dur, chêne, hêtre ou noyer et avoir de 80 centimètres à 
un mètre de long, 22 centimètres de largeur et 4 à 5 centimètres 
d'épaisseur. 

3° Un étrangloir pour les petites cartouches : Cet étrangloir sert 
a fabriquer les petites cartouches (pétards, lardons); il est ordi- 
nairement en fer, mais on peut aussi, par économie, le prendre 
en bois, les crans seuls étant garnis de fer. 

Fabrication de» cartouches. — Pour fabriquer une cartou- 
che, on commence par couper le carton à la hauteur que l'on veut 
donner à la cartouche, et l'on calcule la longueur de façon que, 
lorsque ce carton sera roulé, l'épaisseur totale soit égale au tiers 
du diamètre intérieur de la cartouche. Exemple : soit 30 millimé- 
trés le diamètre intérieur de la cartouche ou celui de la baguette 
à rouler; la cartouche devra avoir 10 millimètres d'épaisseur. 

La hauteur et le diamètre des cartouches pour jets fixes et 
tournants sont à la volonté de l'amateur; on leur donne ordinai- 
rement de 6 à 8 millimètres de diamètre et de 18 à 2i centimè- 
tres de hauteur. 

Le carton étant étendu sur un,e table, on le couvre de colle, ex- 
cepté sur la partie qui doit former l'intérieur même de la cartou- 
che; on pose alors la baguette à rouler préalablement savonnée, 
sur le bord sec du carton, et l'on roule ferme et bien droit. C'est 
a,lors qu'il faut employer la varlope pour rouler et achever de 



I 



■ 



HbrK 



7D LE PAPIER ET LÀ TOILE- 

serrer la cartouche, de manière à ce qu'il ne reste aucun vide 
entre les feuilles de carton. On enlève ensuite la baguette quand la 
cartouche est à moitié sèche, on en ébarbe proprement les bouts, 
et on l'étrangle ensuite, lorsque les pièces exigent celte opération. 

Pour étrangler la cartouche, on allache à un clou, solidement 
lixé dans un poteau de muraille, une corde de grosseur propor- 
tionnée à la force de la cartouche, et l'on fixe l'extrémité opposée 
à un rouleau de bois que l'on se passe entre les cuisses. 

On y adapte une poignée et un bouton. Son usage est de serrer 
parfaitement les cartouches. 

On pose la cartouche sur la corde préalablement savonnée, on 
fait faire un tour à celle-ci, el l'on serre en faisant tourner la car- 
louche, jusqu'à ce que le conduit intérieur soit presque entière- 
ment fermé. 

L'étranglement doit se faire à un demi-diamètre du bout de la 





— Le uœud tle l'artifici 



■ 



cartouche; quand elle est étranglée, on lie fortement l'étrangle- 
ment avec plusieurs tours de menue ficelle, pour éviter que le 
carton reprenne sa première forme. 

Nœud d'artificier. —Les artificiers ont un nœud particulier, 
nœud qui est le même que celui employé pour attacher les la- 
nières des fouets après leur manche, el qui se fait en passant 
trois boucles dans la gorge de la fusée (fig. 06). 

On atlache ainsi avec la même ficelle toutes les cartouches en- 
semble, après quoi l'on tire avec force les deux bouts de la corde, 
de façon à serrer en même temps toutes les ligatures. On sus- 
pend ensuite toutes les cartouches à un clou pour les faire sécher, 
el on les resserre encore avant de les détacher. C'est ainsi que 
l'on procède pour presque toutes les pièces d'artifice qui doivent 
être liées, comme les pétards, les serpenteaux, etc.; cependanl, 



LES FEUX D'ARTIFICE. 



M 



nous' devons faire remarquer que celte méthode est longue et 
cause des ennuis, parce que la corde casse souvent; aussi est-il 
infiniment préférable de se servir d'un étrangloir formé de 
nœuds enlacés les uns dans les autres. 

Classification. — Les feux d'artifice sont divisés en trois classes: 

Feux qui font leur effet sur terre; 

Feux qui font leur effet dans l'air; 

Feux qui font leur effet sur ou sous l'eau. 

Feux qui font leur effet sur terre. — Dans cette pre- 
mière classe se rangent les lances, les étoiles, les serpenteaux, 
les saxons, les pétards, les saucissons, les marrons, les solcih, les 
gloires, les feux de Bengale, etc. 

Les étoupilles ou mèches de communication servent à faire 
prendre simultanément les divers jets d'une pièce, ou bien à 
communiquer le feu d'une pièce ou d'un jet qui finit à d'autres 
qui doivent brûler après. Ce sont des mèches de colon enduites 
de poudre et que l'on recouvre de papier. 

Les lances de service sont de petites cartouches que les artifi- 
ciers emploient, attachées au bout d'une baguette, pour mettre 
le feu aux pièces. Elles sont chargées avec un mélange de 



Salpétft 10 parties. 

Soufre 18 — 



Charbon pulvérisé . 






H 



■ 



3 parties. 



Les lances proprement dit es sont de longues fusées Faites avec 
des cartouches de papier, chargées à la main, el qu'on emploie 
pour former les figures des grandes décorations; on les Çixq avec 
des pointes sur de grandes charpentes en bois, représentant des 
emblèmes, des arbres, des monuments, des fontaines, etc. 



COMPOSITION DES LANCES 



JAOHB9. 

Salpêtre K 

Poussière de poudre, Ifi 

Soufre -i 

Succin 4 

Poix résine 3 



Salpêtre 

Soufre 

Vert-de-gris. 

Antimoine. . . 



Salpêtre . . . 

Antimoine. 



ROSES. 

Salpêtre 

Noir de fumée 

Poussier de poudre 

BLANCHES. 

Salpêtre 

Soufre 

Poussier de [tondre 



16 

8 



16 
3 

ta 

» 

4 



Le dessin d'architecture sur lequel on doit placer les lances 
étant tracé, on fiche à plus on moins distance, selon i'éloigne- 
ment de la pièce, des clous d'épingle sans tète qui doivenl dé- 



72 LE PAPIER ET LA TOILE. 

passer de 15 millimètres; on fait avec un poinçon un trou à la 
culasse de chaque lance, on le trempe dans la colle forte et on 
le pique sur son clou. 

Les étoiles simples, qui entrent dans la préparation des fusées 
volantes et des pois à feu, sont formées d'un mélange de 

Salpêtre 16 parties. I foudre pulvérisée * parties. 

Soufre 8 — I Régule d'antimoine 2 — 

On humecte celle composition avec de l'alcool, et l'on y 
ajoute un peu de gomme arabique, de façon à faire une pâte 
épaisse que l'on coupe ensuite en petils cubes de 11 millimètres 
de côté. On saupoudre chacun de ces petits carrés de poussier 
de poudre qui lui sert d'amorce, puis on 1rs laisse bien sécher à 
l'ombre, car il ne faut les employer que très secs. 

Les étoiles moulées, dont on ne se sert que pour les chandelles 
romaines, ont la forme d'un cylindre creux fait au moule, et 
dont l'ouverture centrale, traversée par une étoupille, permet de 
communiquer le feu à la charge de la chandelle. 

Lu pluie d'or se prépare comme les étoiles simples et s'emploie 
pour garnir certaines fusées volantes. 

Les serpenteaux sont de petites fusées que l'on fait partir à la 
main et qu'on lance ensuite dans l'air où elles décrivent des zig- 
zags lumineux. On les fabrique avec des cartouches chargées 
jusqu'à moitié de leur hauteur avec 

Salpêtre 16 parties. I Soufre 2 parties. 

Charbon en poudre 2 — I Poudre lanxsée 6 — 

On remplit le resle de la cartouche avec de la poudre en grain 
et un peu de sciure de bois bien tassée. 

On donne le nom de saxons à une espèce de serpenteau dont 
on garnit les fusées volantes et les pots à feu, et qui, lorsqu'ils 
partent, tournent en l'air comme de petits soleils et produisent 
un charmant effet. On les prépare en garnissant de la composi- 
tion ci-dessus une cartouche dont les deux bouts sont terminés 
par une couche de terre glaise et mis en communication exté- 
r'eurement par de l'éloupille, de façon que la fusée puisse 
prendre feu par ses deux extrémités à la fois. 

Les pétards sont des serpenteaux chargés uniquement de 
poudre. 

Les saucissons sont des pétards entourés de ficelles et qui, à 
raison de celle armature, détonent plus bruyamment. 

Les marrons se fabriquent avec de la poudre en grains dont on 
charge de petites caisses carrées en carlon. Ces caisses, une foii 




■i 



LES FEUX D'ARTIFICE. 73 

fermées, sont recouvertes de bonnes ficelles, puis enduites de 
colle forte. Lorsque le marron est bien sec, on y fait un Irou 
avec un poinçon et on y met un bout d'éloupille assez long pour 
que l'artificier ait le temps de s'éloigner après y avoir mis le feu. 

Les chandelles romaines sont des fusées dont la cartouche est 
d'abord chargée de poudre à canon fine, proportionnée aux di- 
mensions de l'étoile; au-dessus de cette charge, on place une 
étoile moulée; puis une charge de composition pour chandelles 
romaines, et ainsi de suite jusqu'à ce que la cartouche soit remplie. 

On nomme pot à feu une grosse fusée immobile, qui en ren- 
ferme un certain nombre de plus petites, destinées à être lancées 
en l'air. Pour préparer cet artifice, on prend une large cartouche 
au fond de laquelle on tasse de la poudre que l'on recouvre 
d'une rondelle de carton, traversée en son centre par une petile 
fusée qui met le feu à la pièce. On remplit ensuite de serpen- 
teaux 1 espace libre qui entoure la fusée centrale, et Ton re- 
couvre le tout d'un fort papier en laissant passer l'éloupille delà 
petite fusée. 

Les cordes de couleur servent à former les dessins elles courtes 
inscriptions; elles sont faites avec des torsades de coton et tra- 
versées par un fil de fer qui permet de leur donner telle forme 
que l'on désire; ou les imprègne de la composition suivante: 

Salpélre 2 parties. | Soufre 16 partie,. 

à laquelle on ajoute : 

Pour les feux blâma | partie d'antimoine. 

Pour les feux Meus o , lal . t : M ,1- „„„, j . .... 

D , . - l'ai des de vert-de-gns pulvérise. 

Pour es eux rouges 5 parlies de nitrate de stroutiane _ 

' our les feuï vorls -i parties de nitrate de baryte. 

Les soleils fixes sont composés d'un certain nombre de fusées 
distribuées comme les rayons d'une roue et dont les extrémités 
ignivomes sont divergentes. Toutes ces fusées prennent l'eu en 
même temps. 

Les gloires (fig. 57) ne diffèrent des soleils fixes r-u'en ce que 
les ouvertures des fusées, au lieu d'être fixées sur le même cercle 
sont disposées de façon à former des figures triangulaires où 
etoilees. 

Les diverses pièces qui précèdent peuvent être chargées à vo- 
lonté de diverses compositions. On fera les cartouches de même 
longueur, et l'on remplira les plus courtes compositions avec de 
la terre glaise. 

Les soleils tournants sont des pièces d'artifices composées 

H. uE Guufigny. — Les industries d'amateurs. 5 



H 

n 




— Gloire. 



74 LE PAPIER ET LA 10ILE. 

d'une roue mobile autour d'un axe horizontal (fig. 58) el à 

la circonférence de la- 
quelle on tixe des fu- 
sées renfermant des com- 
positions différentes, de 
manière à obtenir des 
changements variés. 
Toutes ces fusées sont 
reliées entre elles par 
des mèches d'étoupille 
de façon à pouvoir s'al- 
lumer l'une après l'au- 
tre. 

Au lieu d'une roue 
on peut prendre un 
triangle en bois pour y 
fixer les fusées. Enfin, 
pour les petits soleils, 
on se sert d'une longue 
cartouche aplatie que 
l'on enroule en spirale 
sur elle-même ou sur un petit disque en bois. -■'.-. 

Un clou qui passe au centre de la pièce et que 1 on fiche dans 

un poteau sert d'axe de rotation. 

Les soleils se font or- 
dinairement à trois , 
quatre, cinq ou six chan- 
gements, à l'aide de six 
compositions indiquées 
ci-contre : si l'on ne 
veut les faire qu'à trois 
changements, on pren- 
dra les compositions 
marquées d'un astéris- 
que (*); mais, en tous 
cas, on doit toujours finir 
par le feu chinois, qui 
est le plus beau. 

On peut aussi varier 
les compositions dans 
chaque cartouche en y 
mettant quelques char- 




. — Suleil tournant. 



I 



r-es des six compositions différentes. 



LES FEUX D'ARTIFICE. 



75 



1° FEU COMMUN *. 

16 parties. 



Poussier de tonneau . . . 


16 




\ 


2° FEU UIULMNT 




Poussier de tonneau.. . . 


16 




3 


3° Af-rnE *. 




Poussier de tonneau . . . 


16 


Litharge grosse etfiue. . 


3 


4° AUTBR MÊLÉ 




Poussier de tonneau. . . . 


lfi 




2 




2 



5° l'LUlE d'arGBMT. 

Poussier de tonneau. .. . 16 

Salpêtre i 

Soufre I 

Limaille d'acier 5 

6° FEU VEI\T. 

Poussier de tonneau.. . . 16 

Limaille de cuivre 3 

7° FEU CHINOIS. 

Poussier de tonneau ... 16 

Salpêtre 16 

Charlton fin 4 

Soufre 4 

Fonte fine et grosse. ... 14 



parties. 



Girandoles, — Les girandoles sont de très belles pièces qui ter- 
minent ordinairement les feux d'arlifice : elles sont montées sur 
un pivot. On leur donne beaucoup d'étendue et on les diversifie 
d'une foule de manières. 

On peut y adapter un, deux et même trois cercles tournants, 
garnis de jets posés les uns horizontalement et les autres obli- 
quement. On garnit le haut d'une ou de plusieurs gerbes d'une 
plus forte proporlion que les jels inférieurs, en ayant soin d'es- 
sayer et de calculer la durée de ces gerbes supérieures et verti- 
cales, de manière qu'elles finissent en même temps que les autres. 
Enfin, on varie aussi les feux, comme il a élé indiqué pour les 
feux tournants. 

Il faut remarquer que, pour donner aux girandoles la force 
de tourner, il est nécessaire de faire partir au moins deux jets à 
la fois, non deux jels qui se suivent, mais opposés l'un à l'autre 
sur le cercle. 

Dans les grands feux d'artifice, les girandoles sont ces pièces 
désignées sous le nom de bouquets et qui se composent d'une 
foule de jets, embrasant le ciel dans une multitude de directions 
et retombant ensuileen pluie d'or. 

On obtient cet effet en garnissant le sommet des échafaudages 
d'un certain nombre de pots à feu contenant jusqu'à cent cin- 
quante fusées volantes, les fusées de chaque pot communiquant 
entre elles par des étoupilles disposées de façon que toutes 
prennent feu en même temps. 

Spirale. — Celte pièce, de figure conique, tourne sur un pivot. 
Elle est composée de jets placés horizontalement pour faire tour- 
ner, et d'une rangée de lances qui montent circulairement et 
forment, quand la pièce tourne, une spirale de feu d'un etl'et fort 
agréable. 



I 



I 



76 



LE PAPIER ET LA TOILE. 



On peut placer à la partie supérieure de cette pièce une gerbe 
qui prendra feu en même temps que le premierjet du bas, ou un 
petit pot à feu qui ne fera sou effet qu'à la fin du dernier jet. 

De toutes manières, on devra faire des essais afin de calculer 
la durée des différentes parties, de façon que tout se termine à 
la fois. 

Pièce pyrique. — On appelle ainsi une pièce d'artifice qui en 




Fis. 59. — Moulin à vont. 



contient plusieurs sur le même axe, soit fixes, soit tournantes, et 
qui prennent feu d'elles-mêmes, en se succédant l'une à l'autre. 
Si l'on n'y plaçait que des pièces fixes, c'est-à-dire qui font 
leur effet sans tourner, rien ne serait plus facile que de leur 
faire prendre feu l'une après l'autre au moyen de mèches de 
communication. Mais il s'agit ici de faire succéder une pièce fixe 
à une pièce tournante, et le mouvement de rotation s'oppose à 
tout conduit de communication. Cependant Ruggieri père a su 
vaincre celle difficulté par le moyen suivant : 



LES FEUX D'ARTIFICE. 



7" 



Une forle broche de fer, fichée solidement dans un montant de 
bois, et placée horizontalement, sert d'axe à toutes les pièces 
dont la réunion formera la pièce dite pvrique. Elle peut se com- 
poser de soleils tournants et fixes, d'étoiles, de branches, de 
gloires, d'ailes de moulin (flg. 59), et enfin de tout ce qu'on 
pourra imaginer. 

Le passage d'une pièce mobile à une autre fixe ou mobile se 
fait au moyen d'une mèche de communication placée dans un 
conduit couvert d'une boite. La pièce est montée sur deux 
moyeux dont l'un se termine par un bout d'étoupille qui porte le 
feu à la pièce qui s'y trouve montée. L'intervalle qui se trouve 
entre les deux moyeux sert, comme on voit, à loger deux bouts 
d'étoupille qui ne sont aucunement liés ensemble, et ne peuvent 
ôter au moyeu qui est en jeu la facilité de tourner; l'un de ces 
bouts d'étoupille tourne sans nuire à l'autre avec la pièce qui fait 
feu, et, lorsqu'elle est arrivée à sa fin, le conduit prend feu à 
son tour, et la proximité des étoupilles le fait passer d'une pièce 
à l'autre. 

Pour compléter le mécanisme, il suffit de couvrir l'intervalle 
afin que le feu n'y tombe pas. A cet effet, on fixe sur un des 
moyeux une virole de métal ou de carton, tandis que celle-ci ne 
fait que toucher légèrement l'autre moyeu. 

Voici la composition des plus beaux feux de couleur, d'après 
M. Chertier, pour étoiles, lances, perles: 









I 

WM 



FEU BLANC. 


-9 




(ï 


Régule d'antimoine 


18 



parties. 



Réalgar 9 parties. 

Gomme laque (poudre 

impalpable) l — 

Minium 6 — 



Pour les étoiles, cette pâte devra être humectée avec un peu 
d'eau-de-vie; car, si elle était trop mouillée, elle sécherait diffi- 
cilement, et la flamme serait moins belle. 



FEU JAUNg POUR LANCES. 

Chlorate de potasse J20 parties, 

Bicarbonate de soude.. . 24 — 

Gomme laque 24 

Suif o _ 



VXD JAUNE, PLUS DEAU, POUH ÉTOILES, 
PERLES ET LANCES. 

Chlorate de potasse 12 parties. 

sala te de soude 8 — 

Gomme laque 3 — 



Pour les étoiles, on humecte avec un peu d'eau-de-vie, et pour 
les perles avec de l'empois. 



FFU VERT POUR LANCES. 

l ro composition. 

Chlorate de potasse 30 parties. 

Calomel 27 — 



Nitrate de baryte 39 parties. 

Gomme laque 12 

Soufre i/2 _ 

Noir de fumée léger. . , . 1 /4 — 




78 



LE PAPIER ET LA TOILE. 



Ce feu est très joli et, dans sa composition, on peut remplacer 
le calomel par 1/6 de sel ammoniac. 



2 e composition. 
Chlorate do potasse .... 36 parties. 

Set ammoniac 4 — 

Nitrate de baryte 36 — 

Gomme laque 12 — 

Soufre 1/ï — 



POUIl ÉTOILES ET LANCES, 

Chlorate de potasse. 22 23 p. 

Nitrate de baryte.. 22 22 — 

Calomel .'.... 10 16 — 

Sucre 12 à li 16 — 

Gomme laque 1 » — 



Ces compositions sont belles, brûlent bien et ne coûtent pas 
cher. On peut à la rigueur s'en servir pour les perles. 



POUR ÉTOILES ET PERLES. 

Chlorate de baryte 3 parties. 



Calomel. 
Sucre 



3 parties 

2 — 



Cette composition donne un vert foncé magnifique. Pour 
étoiles et perles on humecte avec très peu d'eau ces composi- 
tions, qui se conservent très bien à l'abri de l'humidité. 



FEU BLEU, POUR LANCES, ÉTOILES ET 
PERLES. 

1" composition. 
Chlorate de potasse 32 16 p. 



Chlorate de cuivre et de 

potasse 12 

Calomel M 

Sucre 25 



16 p. 

16 — 
10 — 



Humecter les étoiles le moins possible. 



POCB LANCES VIVES, ÉTOILES, PERLES. 

2* composition. 

Chlorate de potasse 12 parties. 

Chlorate de cuivre et de 

potasse ; 2 - 

Calomel 12 — 

Cuivre en poudre 1 — 

Sucre * — 



poun ÉTOILES. 

3' composition. 

Chlorate de potasse 18 parties. 

Chlorate de cuivre et de 

potasse Il — 

Sulfure de cuivre — 

Soufre 12 — 



Les mosaïques consistent en un échiquier de poteaux espacés à 
1 mètre environ de distance, et portant des fusées disposées de 
telle sorte qu'elles produisent des jets de feu qui se croisent 
quatre par quatre. 

Les cascades s'obtiennent en juxtaposant horizontalement 
un grand nombre de fusées qui, en brûlant, imitent des nappes 
ou des jets d'eau. 

Les fusées qui servent à la confection des pièces qui précèdent 
sont chargées de la composition suivante : 



Poudre à canon 16 parties. 

Nitre 12 — 

Charbon 3 — 



I Soufre 3 parties. 

Tournure de fonte 12 — 



Le palmier, imaginé par M. Ruggieri, est un arbre en bois dont 
le tronc, les branches et les feuilles sont garnis de grosses 



LES FEUX D'ARTIFICE. 



70 



mèches de colon imprégnées, presque au moment de s'en servir, 
du mélange suivant, que l'on pulvérise et humecte d'alcool. 



Vert-de-gris cristallisé., 4 parties. I Sel ammoniac. 
Sulfate de cuivre 2 — I 



1 partie, 



Les feux de Bengale s'obtiennent, suivant leur couleur, 
l'une des compositions suivantes, qu'il est indispensable, 
obtenir de bons effets, de conserver en vase bien .^ 
clos : && 



PEUX BLANCS. 

Salpêtre " part. 

Soufre - — 

Sulfate de cuivre amm. i — 

Sulfate de potasse .... 2 — 

] I i \ VEHTS. 

Chlorate de baryte... ^i — 

Nitrate de baryte 34 — 

Calomel Il» - 

Soufre 12 - 

Gomme laque 3 — 



FEtTX BLANCS. 

Salpêtre 32 part 

Soufre 8 - 

Régule d'antimoine.. . 12 — 

Miuium Il — 

FBEX ROUGES, 

Chlorate de potasse. . . 3 — 

Nitrate de btrûnliane. . 24 — 

Soufre 8 — 

Calomel S — 

Gomme laque t — 

Sulfate de cuivre 3 — 

Feux qui font leur effet dans l'air. — Les plus 
belles pièces d'artifice de celle classe sont les fu- 
sées volante* (flg. 60). Ces fusées, qui s'élèvent avec 
une rapidité vertigineuse à de grandes hauteurs, se 
fabriquent d'une façon toute particulière et exigent 
beaucoup de soin dans leur préparation. La car- 
touche est faite à la manière ordinaire; mais, en la 
remplissant du mélange combustible, on a soin d'in- 
troduire dans son axe une petite broche de bois un 
de fer doux, que l'on relire ensuite, et qui laisse une 
cavilé que l'on appelle l'âme de la fusée. Cet espace 
sert à introduire la mèche qui doit faire prendre la 
fusée dans presque toute la longueur au moment du 
départ. La fusée porte, en outre, un pot ou lube de 
carlon un peu plus large que la cartouche, ayant 
le tiers de sa longueur et servant à loger la garni- 
ture, c'est-à-dire les serpenteaux, les étoiles, les 
pluies d'or, etc. Une haguelte de saule ou d'osier, destinée a di- 
riger son vol, est fixée au corps de la fusée et doit avoir, pour 
produire son effet, de dix-huit à vingt fois sa longueur. La com- 
position des fusées volantes est formée de 10 parties de salpêtre, 
S parties de soufre, 10 parties de charbon dur, 4 parties de poudre 
pulvérisée, et 10 parties de limaille d'acier. 



¥ 



Fig.60. 
Fusée volante. 



■ 



M 



■ 



Sué 



80 



LE PAPIER ET LA TOILE. 



Les artichauts sont des fusées que l'on a mises à plat par terre 
et qui s'élèvent d'elles-mêmes en produisant un beau tourbillon 
de teu. Les deux bouts de ces fusées communiquent ensemble 
par une étoupille qui laisse passer, au milieu de sa longueur, un 
bout pour allumer. 

Feux qnl font leur effet dans l'eau. — Ils comprennent les 
gerbes, les chandelles romaines, les pots à feu, les soleils, les plon- 
geons, les grenouillères, les étoiles, les marrons, 'etc. 

Ces différentes pièces se fabriquent absolument comme pelles 
destinées à produire leur effet sur terre. 

Toutefois, il importe de les lester avec du sable et de les mu- 
nir de flotteurs en bois, afin qu'elles puissent surnager. Elles doi- 
vent de plus être enduites d'une couche de suif fondu qui assure 
leur imperméabilité. 

Feu! — Nous avons dit la manière de faire communiquer 
toutes les pièces d'artifice ; les conduits doivent se réunir en une 
deux ou trois mèches, selon l'étendue de la décoration, et il y 
aura autant de personnes chargées de meltre le feu qu'il y aura 
de mèches, afin que tout prenne ensemble au commandement 
de : Feu I 



DEUXIÈME PARTIE 

LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 






CHAPITRE PREMIER 

LE MODELAGE DE LA TERRE ET DE LA CIRE. 

Le modelage entre dans la plus grande partie des productions 
de l'homme. 11 est indispensable dans une foule de professions 
et d'arts industriels; par exemple: dans la bijouterie. 

Le forgeron, en donnant une forme à un fer qu'il façonne, ne 
fait pas autre chose que du modelage; le menuisier', dans la 
confection des modèles destinés à la fonte, fait aussi du mode- 
lage, etc. 

On modèle aussi en usant, comme fait le graveur, ou en mar- 
Ulant, comme fait le repousseur. 

Le modelage comprend la façon que l'on apporte à toute ma- 
tière naturelle, artificielle ou composée. 11 comprend aussi l'exé 
cution d'un objet donné, pensé ou à créer. 

Il se fait avec des matières susceptibles de prendre une forme 
voulue, sans le secours du modelage, genre de travail qui ne 
s exécute qu'après la création, le modèle. 

Les principes du modelage sont : 

1° La masse ; 

2° Les lignes, les contours ; 

3° Le dessin sur tous les plans d'un objet palpable; il se fait 
selon le caractère des objets et de la matière employée 

On peut parfaitement modeler sans savoir dessiner ou manier 
un crayon. II est même beaucoup plus facile de modeler avec 
exacctude un objet qu on a sous les yeux et qu'on peut mesurer 
en ous sens, que de le dessiner, puisque le dessin a de plus la 
difficulté du raccourcissement et de la fuite perspective des 
formes. Au pomt de vue de l'enseignement rationnel de l'art il 
est log.quement beaucoup plus profitable de faire précéder le 



I 

- 

I 



82 LA. TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

dessin par le modelage, ou tout au moins de s'appliquer a. mo- 
deler d'après la bosse, et de dessiner ensuite ce qu'on a d'abord 

modelé. . 

Il est utile, en modelant, de commencer d abord par copier les 
choses les plus simples et de les copier, premièrement de la 
grandeur exacte; on les copiera ensuite en plus grand et en plus 

petit. 

L'élude de tous les procédés à l'aide desquels on reproduit la 
saillie de tout objet de la nature, comparée à une surface, est ce 
qu'on appelle le domaine de V art plastique; et les matières em- 
ployées à toute représentation en relief se nomment matières plas- 
tiques. . 

Matériel et outillage. — On imite le relief des ob|ets au 
moyen de la terre glaise convenablement préparée ou de la cire 
molle (cire animale, végétale ou composée), ainsi qu'avec le plâ- 
tre, le bois, la pierre, le bronze, le marbre, etc. 

Pour modeler en terre d'abord, il importe de choisir et de 
bien préparer sa terre glaise ou argile ; on la mélange quelque- 
fois avec du sable fin quand elle est trop grasse, et on la manie 
en la pétrissant dans les mains, puis on en fait des bâtons ou bou- 
dins, dont la malléabilité soit bien égale ou homogène. On cesse 
de lès manier, quand le corps de ces bâtons ne contient plus de 
grumeaux ou parties dures. 

La terre glaise peut suffire, mais la cire, qu'il est beaucoup 
plus facile d'entretenir dans l'état de malléabilité nécessaire, est 
préférable. Quoique l'on ne l'emploie d'ordinaire que pour les 
ouvrages de petites dimensions et délicats, tels que médaillons 
ou petits bas-reliefs, on sait que de célèbres artistes ont modelé 
en cire des statues et des figures en médaillon plus grandes que 

nature. 

Un des avantages de la cire est qu'elle est plus propre a ma- 
nier que la terre glaise, et qu'on peut s'en servir même dans un 
salon et sur ses genoux, sans que vêtements ou meubles aient à 
en souffrir. 

Les mouleurs et d'autres marchands vendent la cire toute pré- 
parée, soit pour l'hiver, soit pour l'été : c'est un mélange de cire 
jaune, de saindoux, de lérébenthine de Venise ou de Bordeaux, 
de fécule; à ces éléments on ajoute une matière colorante, sui- 
vant qu'on veut que la cire soit rouge, brune, verte, grise, etc. 

Il est bon de choisir la cire un peu molle. Si elle est trop 
ferme, le travail est trop lent; si elle est trop molle, elle s'amollit 
encore plus sous la main, et le travail, lorsqu'il s'agit surtout de 
choses fines, devient impossible. 



LE MODELAGE DE LA TER HE ET DE LA CIRE. 

Avant de l'acheter, il est prudent de l'essayer. On la vend en 
bâtons de la longueur et de la grosseur des bâtons. de réglisse. 
La cire est mauvaise si elle file; il faut qu'elle soit courle, c'est- 
à-dire que si l'on lire le bâton en sens inverses avec les deux 




I 



t'ig. Gl. — Selle pour le modelage ou la sculpture 



mains, il se sépare de suile sans s'allonger. Nous conseillons la 
cire brun-rouge; c'est d'ailleurs celle qu'on emploie le plus or- 
dinairement, elle conserve bien sa malléabilité, et L'on peut in- 
terrompre assez longtemps le travail avant qu'il ne se forme à 
la surface une sorte de croule. 



84 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

On doit avoir soin, lorsqu'on ne travaille plus, de mettre l'ou- 
vrage à l'abri de la poussière et du contact de l'air, soit en l'en- 
fermant, soit en le couvrant d'un chiffon, Si la croûte se forme à 
la surface, il faut couper, gratter la cire avec un outil, et dès lors 
le travail de modelage est à recommencer. 

L'outillage du modeleur, du sculpteur, du répareur, se com- 
pose de : 

Une selle ou trépied; c'est une sorte de chevalet (fig. 61); et 
une table à ouvrage; 

Deux sébiles de grandeurs différentes ; 

Un baquet pour mettre de la terre; 

Divers poêlons pour fondre la cire ; 




vi kl 

fig. 62 à 69. — Ebauchoirs en buis. 



■ 



Un couteau de forme allongée; 

Deux pinceaux de poil de sanglier; 

Un flacon d'huile grasse; 

Un flacon d'huile d'olive; 

Un flacon de liqueur de savon. 

Selon la dureté des matières plastiques, le modeleur, le sculp- 
teur, le praticien, en général, varie ses opérations et les instru- 
ments de son travail. 

Le modeleur n'ayant affaire qu'avec des matières molles, telles 
que la terre et la cire, n'emploie que ses doigts et des ebau- 
choirs. 

De tous les outils, les plus utiles peut-être sont simplement le 
pouce et les doigts, à la condition que les ongles soient plutôt. 
courts que |ongs. 



LE MODELAGE DE LA TERRE ET DE LA CIRE. 



85 



Le nombre et la forme des ébauchons peuvent varier à l'in- 

Parmi les ébauchoirs de bois, de buis ou d'ébène (fig. 62 à 69), 
il en est de dentelés pour dégrossir, el d'autres unis ; il y en a aussi 
d'arrondis et d'allongés dont le taillant est émoussé ; on s'en 
sert pour modeler les parties dans lesquelles le doigt ne saurait 

pénétrer. 

On peut commencer par se servir de l'ébauchoir en buis, mais 
il en faut d'autres en fer, qui servent également pour la cire et 
pour le plâtre (fig. 70 à 77). 

On en fait aussi en ivoire ou en os pour les travaux très fins. 





J 



v y v 

Fig. 70 il 77. — Outils pour réparer, ébauchoirs en fer. 



C'est en modelant que l'on juge quel est l'outil dont on a be- 
soin. 

On s'habitue facilement à l'ébauchoir qu'on a choisi ; on le sent 
mieux dans sa main, et on s'en sert plus habilement. 

Les ripes sont en acier, et servent à enlever la terre qu'on 
prépare à recevoir un travail plus fin. Leurs tranchants sont 
dentelés. 

Fer et compas du praticien ; 

Compas à branches courbées intérieurement ; 

Équerre de fer et fil à plomb; 

Une brosse cylindrique dans un tube de fer blanc, en manière 
de seringue, pour lancer l'eau en pluie sur la terre à modeler; 

Le sculpteur emploie quantité de fers à travailler le marbre, 
le bois. et toutes matières dures en général : des gouges, des ci- 
seaux, des fermoirs, des becs-d'àue, des burins, des râpes, des 
limes, des mèches pour percer; 



86 



LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 



I 



I 



Des maillets ou des masses de fer, eu forme de parallélipi- 
pèdes, de différenls poids, emmanchés court, tenus dans la main 
droite, servent à faire agir le ciseau ou fermoir que le sculpteur 
lient de la main gauche. Quelques-uns de ces maillets, pour dé- 
grossir, pèsent jusqu'à cinq livres. 

Pour modérer son coup, on tient quelquefois la masse dans 
la main sans employer le manche, et l'on frappe par un des 
côtés. 

Le sculpteur perce, avec le vilebrequin, des trous de distance 
en distance, et la scie fine achève la perforation linéaire entre 
les trous, quand il veut dégager des parties d'ouvrages qui doi- 
vent être à jour. 

Les queues de rat. sont des limes rondes de forme conique, 
très utiles pour adoucir des surfaces de portions évidées par la 
scie. 

Les râpes varient dans leurs formes: les unes, aplaties et 
pointues, sont taillantes et prismatiques ; on en emploie de 
plates d'un côté, et demi-rondes de l'autre. 

Le plus ou moins serré de leurs piqûres, plus ou moins sail- 
lantes et plus ou moins fines, se proportionne au travail que l'on 
fait. 

Il y a aussi des râpes de formes analogues aux ébauchoirs re- 
courbés. 

Pour donner à son ouvrage le dernier fini, le sculpteur em- 
ploie le grès fin humecté d'eau; on prend, à cet effet, des mor- 
ceaux de meule fine de coutelier, auxquels on donne la forme 
qui convient pour pouvoir pénétrer dans les endroits qu'on veut 
terminer, 

La pierre ponce est également employée au même but. 

Le praticien, qu'il ne faut pas confondre avec l'artiste sculp- 
teur, qui crée et invente le modèle, n'est qii'un copiste géo- 
mètre : un sculpteur peut être son propre praticien, tandis que 
beaucoup de praticiens, qui ne savent que leur métier de copiste 
géométrique, seraient, la plupart du temps, fort incapables de 
modeler ou de faire un modèle de statue. 

Les compas à deux ou trois pointes servent à mesurer et 
établir les distances, et à mesurer les épaisseurs d'après leurs 
positions malhématiques. 

Le praticien n'a point à se rendre compte du mérite de ce 
qu'il copie: le modèle est pour lui un corps solide géométrique, 
composé d'une inimité de surfaces ou de plans. En géométrie, 
la situation exacte de trois points non en ligne droite, c'est-à- 
dire en triangle, détermine la position d'un plan. C'est, par 



LE MODELAGE DE LA TERRE ET DE LA CIRE. 



87 



conséquent, par une série multiple de Inangles que 1 opéra- 
tion du dégrossi d'un bloc s'opère d'après un modèle donne. 

Le Soc est d'abord équarri et épannelé à la scie, puis les pan 
se multiplient par des sciages successifs, on commence le travail 
de pointe, etc., et ainsi de suite. , 

Le trépan et un instrument qui sert à percer et a ev.der le 
marbre au moyen de fraises ou de forêts de différentes grosseurs. 

I e viulon est plus commode et plus facile a manier. 

Modelage en terre et en cire. - Le travail est le même pour 
la dre que pour la terre, mais avec cette différence que la cire 
\e travaille moins facilement que la terre; il aut plus de temps 
et d'habitude pour bien terminer la cire que la terre. 

Après s'être pourvu de cires et d'ébaucho.rs varies, on doit s 
procurer une surface plane sur laquelle on modèlera. On peut 
.rendre suivant la dimension du travail, une planche a dessi- 
ner une' plaque d'ardoise ou un verre dépoli. 

On commence par dessiner sur le fond, largement, avec une 
plume ou un crayon, la silhouette de l'objet a modeler, une tôle, 

^esTÏle, Pour l'ébauche, de donner aux surfaces leurs 
caractères, leurs inclinaisons; ou dispose les plans principaux: 
i vaut mieux masser par plans que par surfaces courbes. Il e s t 
très essentiel d'établir d'abord d'une façon rude et un peu angu- 
leuse la séparation ou localisation des surfaces et leurs imites; 
il est'tou jours très facile d'adoucir ensuite les passages heurtes. 
Les" parties osseuses doivent toujours être accusées avec plus de 
fermeté que les parties charnues et grasses. 

Si l'on prend pour fond une plaque de verre non dépoli, sa 
transparence peut faciliter le travail, parce que 1 on peut alors 
dessiner d'abord la ligure en profil sur un papier blanc. 11 im- 
porte que ce dessin soit assez arrêté ; qu'il donne bien a leur place 
L traits du visage, les détails de la coii.ure, 1 ind.ca ion des 
ombres. Le dessin fait, on l'applique sous le verre, en collant les 
bords ou seulement les coins du papier, de manière qu il ne se 
plisse pas et s'applique bien contre le verre La transparence 
permet de suivre facilement les contours du dessin avec la cire 
et sans tâtonnements. 

On tient ordinairement les ébauchoirs comme une plume ou un 
crayon, en les tournant soit d'un coté, suit de l'autre, car ce sont 

des outils doubles. 

On pétrit dans ses doigts de petites boulettes de cire, et on les 
aplatit sur le verre, tantôt avec le pouce, tantôt avec un doigt, 
tantôt avec un ébauchoir en buis. On procède par plans dont on 




I 



88 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

calcule bien les épaisseurs relatives. Il ne faut pas couvrir trop 
vite les contours du dessin qui est sous le verre et sert de guide • 
on pose la cire à droite et à gauche des traits du crayon, de fa- 
çon à les voir au travers du verre jusqu'à ce que l'on ait préparé 
le médaillon avec les épaisseurs que l'on juge convenables à 
chaque parlie. Lorsque tout semble en place, on couvre avec la 
cire les intervalles que l'on avait réservés pour les traits de crayon. 
Bas-reliefs, médaillons, médailles, etc. — Une fois que 
l'on est suffisamment exercé à manier la cire et les ébauchoirs, 
on peut s'essayer à modeler des bas-reliefs, des vases, des plats' 
des coupes, des bijoux, etc. ' 

On use pour ces travaux de cire d'abord, et de plâtre ensuite. 
Nous supposons le médaillon préparé en cire. 
On enlève ou on ajoute de la cire petit à petit au moyen des 
ébauchoirs, du pouce et des doigts. 

C'est surtout en commençant à manier la cire que l'usage du 
pouce et des doigts est utile pour mieux l'appliquer et l'étendre. 
II est bon aussi de se servir d'abord d'un ébauchoir un peu gros 
Il ne faut pas conserver longtemps dans les mains les boui 
lettes de cire; elles s'y amolliraient trop. Pour éviter cet incon- 
vénient, on peint quelques petits morceaux de cire et on les 
appuie avec le pouce sur le fond, à côté du médaillon que l'on 
modèle ; c est une provision dans laquelle onpuise avec le bout d'un 
ébauchoir selon qu'il est nécessaire, lorsqu'il faut, par exemple 
renfler une partie trop plate. C'est là aussi que, toujours avec 
I un ou 1 autre bout de l'ébauchoir, on reporte la cire enlevée aux 
endroits que l'on trouve trop en saillie. 

On n'a pas à se préoccuper des traces que laisse la pression de 
1 ébauchoir sur la cire ; il est facile de faire disparaître ces marques 
ce martelage, en passant dessus légèrement le bout du doigt On 
les effacesur le plâtre à l'aide d'une ripe ou de papier de verre. 
Il faut éviter de « faire rond », c'est-à-dire qu'il est essentiel de 
bien distinguer et d'indiquer avec vérité les plans que l'on voit 
sur la nature en étudiant le modèle avec attention. Le secret de 
bien faire est de se rendre parfaitement compte de ces plans de 
leurs rapports entre eux, des parties qui doivent avoir le plus de 
saillie. r 

Le modelé ne doit pas être mou et s'écouler en gouttes de suif, 
11 faut quil soit accentué sans sécheresse; que les contours 
extérieurs soient coupés franchement sur le fond et que leur 
épaisseur soit légèrement atténuée où il convient, en biseau, en 

Avant de modeler d'après nature, il est utile de copier quelques 



LE MODELAGE DE LA TERRE ET DE LA CIRE. 



89 



belles médailles grecques ou romaines, celles des artistes fran- 
çais et italiens de l'époque de la renaissance, des Varin, des Du- 
pré, de David d'Angers parmi les plus modernes. 

Si elles sont d'un petit module, on peut les copier en les agran- 
dissant; c'est une bonne étude. 

Les médaillons de face sont les plus difficiles à bien modeler; 
nous recommandons comme modèles de ce genre quatre mé- 
daillons de face de Catherine de Médicis, de Henri II, de 
Charles IX, de Henri III, rois de France, par un artiste du temps. 

Plus tard, on essayera avec profil de copier quelques bas- 
reliefs, par exemple ceux du temple du Parthénon. 

C'est encore un exercice utile que de copier quelque gravure en 
la niellant en bas-reliefs; cela force à se rendre compte des plans, 
et apprend à donner à chaque figure, à chaque objet, les saillies 
qu'ils doivent avoir. 

Enfin on peut s'étudier à traduire un buste ou une statuette 
en bas-relief. 

Le bas-relief est un mensonge de perspective, et il n'y a qu'un 
point de vue pour bien apprécier l'aspect d'un médaillon bas-relief. 

C'est une des plus grandes difficultés de la sculpture que de 
bien traiter ce genre d'ouvrage ; elle devient d'autanl plus grande 
que le bas-relief est composé d'un plus grand nombre de figures. 

Lorsqu'on veut réduire ou copier un bas-relief, on fixe solide- 
ment l'original sur une planche, posée verticalement sur un che- 
valet. 

Supposons que ce soit un médaillon, un porlrail de pro- 
fil. On cherche le milieu de la partie supérieure de la figure, au- 
dessus de la tète ; on plante un clou suffisamment long dans 
la planche, et, au moyen d'un fil à plomb qu'on suspend à ce 
clou, on plante à la partie inférieure du fil à plomb et du médail- 
lon un autre clou qui doit servir, avec le clou d'en haut, pour 
établir sur son modèle un fil noir qui sera une verticale. On 
aura soin, en liant le fil noir, de le maintenir bien parallèle au 
plan du bas-relief, au fond plat sur lequel le profil se détache ; 
on répétera celte opération en clouant, à distances convenables et 
égales, une série de fils parallèles et verticaux, formant grillage 
en avant du modèle; on croisera dans le sens horizontal et avec 
les mêmes précautions un nombre égal de fil noirs équidislants, de 
manière que l'ensemble des carreaux obtenus soit parfaitement 
dans le même plan, et l'on aura un treillis fort utile, au travers 
duquel on devra examiner son modèle. Il est indispensable de 
regarder ledit modèle à une dislance suffisante, pour que l'oeil 
en embrasse facilement l'ensemble. On place son œil toujours 



■ 



90 



LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 



■ 



au même poinl, car la moindre déviation, à droite ou à gauche, 
change la forme. 11 sera bon par conséquent de placer, devant 
ce qu'on peut copier, bien en face, au centre du médaillon et à 
la hauteur de l'œil, un bâton vertical percé d'un trou ou ocu- 
laire, pour se mettre toujours à la même place et considérer l'o- 
riginal. Ceci est de la plus haute importance pour les personnes 
qui n'ont jamais étudié d'après nature. L'usage des verticales et 
des horizontales du carreau facilite considérablement la recher- 
che des parties d'un relief. 

Une ardoise plus ou moins grande, servant plutôt pour les 
travaux en cire; une planche en bois, bordée d'un châssis, ou un 
fond en plâtre; une plaque coulée sur un marbre, dans un 
cadre ou châssis de bois. On y plante souvent des chevilles 
ou des clous pour maintenir la terre qu'on y amasse, pour y 
établir le travail d'un bas-relief. 

La copie d'un profil en bas-relief en terre se commence en tra- 
çant d'abord, soit sur l'ardoise, soit sur la planche ou le fond 
donné, le contour général, ou ce qu'on nomme la silhouette de la 
tête proposée pour modèle. On remplit ce contour d'une couche 
de terre à peu près égale et d'une épaisseur convenable, qu'on 
applique avec les doigts en appuyant assez fortement. On se sert 
particulièrement du pouce de la main droite pour cette opéra- 
tion; on a soin ensuite d'adoucir, de faire plus mince et d'arron- 
dir un peu au doigt et à l'ébauchoir les contours extérieurs, en 
les laissant mourir quelquefois sur le fond, comme seraient par 
exemple des cheveux. II faut mouiller tant soit peu lo doigt ou 
l'outil pour polir. 

Si l'on fait un portrait, il importe que la planche ou la plaque 
soit éclairée comme l'est le modèle vivant. Le visage ne doit pas 
êlre couvert d'ombres trop fortes ; elles empêcheraient de voir 
distinctement les contours. 

On laisse plus de saillie au front vers les tempes; toutes les au- 
tres parties du visage doivent, relativement au fond, avoir moins 
d'épaisseur de terre. On creuse avec les pouces et l'ébauchoir la 
cavité de l'œil; on forme une petite boulette pour son globe, et on 
la surmonte d'un petit bourrelet pour la paupière supérieure; 
on y place au bas un second bourrelet pour la paupière infé- 
rieure, et on perfectionne chaque forme au moyen des ébauchoirs 
en buis ou en os. 

Terre cuite. — Si l'on veut faire cuire l'objet que l'on a l'in- 
tention d'exécuter, on le travaille sur un fond d'ardoise sans y 
introduire de pointes ni de chevilles. On place son ouvrage sur 
un chevalet à peu près incliné, comme pour faire un tableau; on 



imw 



I.E MOULAGE. 



91 



le fait sécher peu à peu quaad il est terminé, ayant soin que rien 

ne gerce. 

On le cuit alors dans des fourneaux adaptes a cet usage. 

L'opération de la cuisson et celle de la dessiccation font prendre 
du retrait à la terre, ce qui varie suivant sa qualité. Elle diminue 
environ d'un septième. Le biscuit blanc de porcelaine diminue 
d'un dixième. On a égard à ce retrait pour obtenir des figures 
d'une grandeur déterminée, et la connaissance de ce retrait s'ac- 
quiert par l'expérience de la manière dont chaque argile ou terre 
se comporte au feu. 






I 



CHAPITRE II 

LE MOULAGE. 

Les opérations du moulage exigent moins d'art que celles du 
modelage, mais autant de soin et d'adresse. 
Outillage. — Plusieurs nouveaux outils sont nécessaires : 




Fig. 78 et 79. SpatuUs. — Fig- 80. Couteau. — Fig. 81. Ripe. — Fig. 12. Fermoir. 
— Fig. 83. Gouge plate. 

Quelques spatules de différentes grandeurs, en fer et en bronze 
(fig. 78 et 79), pour gâcher et manier le plâtre; 
Un couteau aigu, mince et bien eflilé (lig. 80); 



92 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

Quelques ripes; celles dont on se sert pour modeler la cire 
peuvent servir également pour le plâtre (Ûg. 81); 

Un fermoir (fig. 82); c'est une sorte de ciseau en acier avec 
un manche en bois; 

Une gouge plate (fig. 83); 

Des grattoirs pour les coutures des moules, pour épanneler, 
pour arrondir et arriver au fini; 

Les assiettes creuses en faïence, employées surtout dans les 
campagnes, sont fort commodes pour gâcher le plâtre (fig. 84); 
les sébilesen bois ontl'inconvénient dese fendre, etil est ennuyeux 




Fig. 84. Assiette en faïence. — Fig. 85. Terrine 
en terre vernissée. — Fig. 86. Soucoupe en 



Fig. 87 et 88. Brosses. — 
Fig. 89. Pinceau en blai- 



I 



l 



et difficile de les nettoyer, parce que le plâtre, si on le laisse 
durcir, s'y attache fortement; un peu d'eau fait détacher très 
facilement le plâtre séché dans les vases de faïence ; 

Deux ou trois petites terrines en terre vernissée de différentes 
grandeurs (fig. 85) ; 

Une petite soucoupe en cuivre très mince et flexible est com- 
mode pour gâcher une pincée de plâtre dans quelques gouttes 
d'eau (fig. 86); 

Quelques brosses et pinceaux de diverses grosseurs : les 
brosses, les unes rondes, les autres plates (fig. 87 et 88) en soie de 
porcs, un peu grosses et longues; les pinceaux, en blaireau 
(fig. 89), allongés, ronds ou plats; 



LE MOULAGE. 



93 



Un petit flacon d'huile d'olive à large ouverture; 

Un petit bocal de savon noir liquide; 

On fait cuire le savon noir dans un vase de terre vernissée en 
y ajoutant de l'eau, mais sans faire bouillir. Il faut qu'il soit 
comme de l'huile ; plus épais, il pourrait empaler les plâtres sur 
lesquels on l'emploie. 

Et une petite provision de plâtre fin. 

11 faut conserver le plâtre dans une boîte de fer-blanc fermant 
bien, et le tenir dans un lieu sec. L'humidité et l'air altèrent le 
plâtre. 

Moulage d'an médaillon. — Voici commenL il faut procéder 
pour mouler, par exemple, un médaillon de cire précédemment 
modelé : 

Trempez délicalement un blaireau dans l'huile d'olive bien 
fluide; enduisez légèrement le médaillon de cire et en même temps 
le fond de bois, de verre ou d'ardoise. Évitez de mettre trop 
d'huile, car l'épreuve en plâtre deviendrait floue; il faut que 
l'objet à mouler soit seulement rendu luisant par l'huile et comme 
verni. Tant que l'on n'aura pas une grande habitude de l'emploi 
du plâtre, il est bon de se servir de bandes de zinc minces, lar- 
ges de 3 à S centimètres; une de ces bandes doit être posée en 
cercle, de manière à former autour de la cire une sorte de petit 
bassin circulaire de la grandeur que doit avoir la circonférence 
du médaillon; ou bien si, au lieu d'êlre rond, il doit être carré, 
il faut plier les bandes de zinc en carré, les entourer d'une ficelle 
nouée, et appliquer en dehors des bandes quelques boulettes de 
cire molle ou de terre aplaties avec un ébauchoir contre les 
bandes, afin d'empêcher les bandes de se déplacer et le plâtre 
gâché de glisser par-dessous ; l'intérieur de ces bandes sera frotté 
aussi avec le pinceau huilé. 

Le tout ainsi préparé, versez dans une des terrines ou dans 
l'assiette creuse de l'eau bien propre, en quantité suffisante. Dans 
cette eau faites tomber doucement le plâtre que vous prendrez 
dans la boite en fer-blanc, soit avec la main, soit avec une cuiller. 
Si par places il dépasse le niveau de l'eau, attendez qu'il en soit 
saturé, et aussitôt, avec une des grandes spatules, remuez lente- 
ment jusqu'à ce que le plâtre soit bien délayé et qu'il n'y ait pas 
de grumeaux. Prenez une des brosses trempée légèrement dans 
l'eau pure et aspergez le médaillon, de façon à y faire tomber 
quelques gouttelettes d'eau. Remuez doucement encore le plâtre; 
qu'il soit alors comme une crème épaisse, et avec la grande spa- 
tule, ou mieux une cuiller, versez du plâtre sur le milieu du mé- 
daillon, puis une nouvelle cuillerée sur le plâtre déjà versé, et 



*■ 



91 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

ainsi de suite en avançant toujours vers les bords. Lorsque toute 
la surface du médaillon est couverte de plâtre, frappez douce- 
ment à petits coups sur la selle sur laquelle vous travaillez, pour 
tasser le plâtre et en faire sortir les bulles d'air qui pourraient 
s'y être formées ; puis ajoutez encore du plâtre en quantité suffi- 
sante pour obtenir une épaisseur convenable, soit avec la cuiller, 
soit avec le vase dans lequel vous avez gâché le plâtre. Même 
pour cette opération si facile, il y a un certain tour de main qu'il 
faut acquérir. On ne doit pas trop se hâter; on ne doit pas non 
plus y mettre de lenteur, car le plâtre n'attend pas; il arrive par- 
fois « qu'il prend », c'est-à-dire s'épaissit, avant que vous ayez 
terminé votre opération. Cela peut tenir à plusieurs causes : à la 
nature du plâtre, à sa préparation par le plâtrier, à la manière 
dont il a été gâché; trop clair, c'est-à-dire avec trop d'eau (les 
mouleurs disent noyé), il est long à prendre et reste mou à peu 
près comme du blanc d'Espagne; gâché trop serré, c'est-à-dire 
avec trop peu d'eau, il prend vite et devient très dur. Un peu 
d'expérience est nécessaire; c'est pourquoi il est bon de s'essayer 
à mouler des choses insignifiantes. 



CHAPITRE 111 

LE NETTOYAGE, LA COLORATION ET LA MÉTALLISATION 
DU PLATRE. 



Nettoyage du plâtre. — Pour nettoyer les plâtres salis par la 
poussière et leur rendre leur aspect primitif, il faut les saupou- 
drer de plâtre sec qu'on étend avec un pinceau dans toutes les 
cavités. 

Afin d'éviter au plâtre le désagrément d'une salissure qu'a- 
mène toujours le temps, on peut, sur une épreuve bien sèche, 
passer quelques gouttes d'huile grasse qui lui donne une teinte 
analogue à celle du papier de Chine sur lequel se tirent les belles 
épreuves de gravures. Une fois cette qualité acquise aux plâtres, 
la poussière n'a nulle aclion sur eux. 

Coloration du plâtre. — La meilleure façon de colorer le 
plâtre est de lui donner celte teinte soufrée dont l'aspect est si 
doux à l'œil, et dont la nuance harmonieuse et fine fait valoir 
l'épreuve qui en est revêCue. 

Pour en arriver là, il suffit de mélanger un peu d'ocre dans 



NETTOYAGE, COLORATION ET MÉTALLISATION DU PLATRE. 05 

le plâtre dont on doit se servir pour le moulage. On doit l'y mêler 
quand il est sec et ne pas en être prodigue. Comme on ne peut 
pas indiquer la quantité très minime qu'il en faut mettre, le seul 
moyen de remédier au manque d'habitude, c'est de faire des 
essais en mouillant le plâtre mélangé d'ocreet le laissant sécher, 
afin de s'assurer de la légèreté du ton qui doit être employé. 
Pour certaines choses, la teinte un peu rougeàtre devant mieux 
faire que la teinte safranée, on peut en varier les nuances comme 
on le désire en employant l'ocre jaune ou l'ocre ronge mélangés 
de manière à produire tous les tons gradués entre le jaune soufre 
et le rouge brique. 

Pour faire sécher presque instantanément un peu de plaire 
coloré et s'assurer du degré de force de la couleur, il suffit de 
le poser sur un pain de blanc d'Espagne; la dessiccation a heu 
immédiatement. 

Bronzage ilu plâtre. — On arrive très facilement à obtenir 
l'imitation de tous les genres de bronze sur le plâtre en s'y pre- 
nant ainsi : 

Pour imiter le bronze vert, on prépare le plâtre avec du jaune 
de chrome et du Lieu de Prusse délayés à l'huile; il faut passer 
ensuite les poudres d'or faux (appelées bronze jaune) qu'on étend 
avec le pinceau. S'il s'agit de bronze antique, le plâtre doit être 
préparé avec une couche d'huile grasse, mélangée de terre de 
Sienne brûlée; après quoi il faut laisser sécher quelque peu, et 
ensuite appliquer delà mine de plomb et du vert émeraude 
broyé à l'huile : un peu de cobalt et de vert émeraude mélangés 
doivent être étendus dans les parties creuses. 

Dorure et argenture du plâtre. — Pour le dorer ou l'ar- 
genter, on doit d'abord le préparer avec deux ou trois couches 
d'huile grasse mélangée d'un peu de vermillon, et, lorsque le 
plâtre a perdu sa qualité absorbante, l'enduire d'un mordant à 
dorer qu'on passe également partout avec un pinceau. 

Lorsqu'il ne s'agit plus que d'étendre l'or ou l'argent eu 
feuilles, voici comment il convient de s'y prendre, en ayant soin 
de se munir d'abord des objets nécessaires, c'est-à-dire d'un 
coussin adorer et d'un couteau destiné pour cet usage : 

Il faut renverser le livre qui contient soit les feuilles d'or, soit 
celles d'argent sur le coussin; lorsque la feuille dont ou va se 
servir s'y trouve posée, on la divise en portions égales avec le 
couteau, puis, avec un petit pinceau plat ou légèrement enduit 
de pommade, on applique sa feuille sur le plâtre, en ayant soin 
de l'appuyer un peu avec du coton, et l'on continue ainsi jusqu'à 
afin de l'opération, en unissant les unes contre les autres toutes 



W LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

les petites fractions de feuilles dorées ou argentées qui sont né- 
cessaires pour couvrir entièrement le plâtre. Ainsi préparée, une 
épreuve peut se conserver longtemps sans nulle altération. 



if 



I 



CHAPITRE IV 

LA PEINTURE SUR PORCELAINE ET SUR FAÏENCE. 

La décoration de la porcelaine et de la faïence est certaine- 
ment une des applications les plus agréables et, jusqu'à un cer- 
tain point, les plus faciles de l'art de la peinture. Elle emprunte, 
en effet, à la beauté et à la pureté de la matière, à la richesse des 
couleurs et au brillant de la couverte ou émail, ce que son exé- 
cution peut avoir d'incomplet, en même temps qu'elle offre au 
véritable artiste des ressources infinies que bien souvent aucun 
autre procédé de peinture ne saurait lui donner. 

Comme dans tous les arts décoratifs, un dessin correct et châtié 
doit être la base d'une bonne exécution; le goût et l'imagination 
viennent ensuite, et indiquent au peintre décorateur la meilleure 
manière et la disposition la plus avantageuse pour embellir, 
suivant sa forme et sa nature, la pièce qu'il doit orner. 

Choix des porcelaines. — Il est nécessaire de bien connaître 
la composition et la nature des dilférentes porcelaines et faïences ; 
car les procédés d'emploi et les couleurs ne sont pas les mêmes 
pour les unes et pour les autres, bien que les couleurs soient 
toujours des oxydes métalliques purs et mélangés avec une plus 
ou moins grande quantité de fondants (1). Nous indiquerons à 
leur place les caractères distinctifs de chacune des espèces de por- 
celaines et faïences en parlant des différents modes de peinture. 

Installation et outillage. — L'installation et l'outillage gé- 
néral du peintre céramiste doivent servir aussi bien pour pein- 
dre sur porcelaine que sur faïence. 

Un très beau jour est nécessaire. Toutefois la partie inférieure 
de la fenêtre, jusqu'à hauteur de l'œil, doit être dépolie ou recou- 
verte d'une lustrine ou d'un papier collé. 

La table doit être solidement construite, et garnie de tiroirs 
pour renfermer les pinceaux, les couleurs, les palettes et les 

(I) On nomme fondant lu matière vitreuse qui, mélangée aux oxydes, a pour objet 
de les rendre plus ou moins fusibles et de les fixer par la cuisson à la surface de la 
pièce décorée. 




LA PEINTURE SUR PORCELAINE ET SUR FAÏENCE. 97 

glaces à broyer à l'abri de la poussière et de l'humidité. Nous 
conseillerons de faire adapter à l'extrémité de cette table, à 
droite, une planchette tenue par une charnière et pouvant se 
lever et se baisser à volonté; celte planchette, de 50 centimètres 
de longueur sur 15 de largeur, devra former un angle droit avec 



■ 1 




Différentes formes de 
pinceaux. 




Pinceau en putois, 



le bord antérieur de la table; elle est appelée à servir d'appui au 
bras, et à donner ainsi à la main, pour les travaux délicats, la 
fixité et la solidité nécessaires à une bonne et franche exécution. 
Les pinceaux sont de différentes formes et de plusieurs gros- 
seurs, en blaireau ou en martre (Il g. 90); il les faut bien choisir, 
et surtout avoir soin de les tenir constamment dans un grand 
état de propreté. 

H. db Graffigny. — Les industries d'amateurs. 6 



98 



LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 



I 



Outre un certain nombre de pinceaux ordinaires (fig. 90), il en 
est quelques-uns qui sonl spéciaux à la peinture sur porcelaine, 
et qu'il est nécessaire de se procurer : tels sont les putois (fig. 91), 
destinés à unir les teintes et à égaliser les fonds de couleur. Les 
putois doivent être très régulièrement faits, à poils bien égaux, 
pas par Irop longs, et surtout serrés de façon à ce qu'aucun ne 
puisse s'échapper de sa gaine ; ils sont carrés, arrondis en 
pomme d'arrosoir, ou plus fréquemment en forme dite à pied 
de biche (fig. 91); ces derniers, sur l'emploi desquels nous re- 
viendrons plus loin, servent à unir et égaliser les teintes dans les 
surfaces concaves, dans les creux des moulures des vases, etc. 
Il y a des putois de toutes grosseurs. 

Nous devons mentionner aussi une sorte de pinceaux plats, 
très longs et coupés en biseau, dits pinceaux à filet; ils servent à 
poser les filets en couleur ou en or qui décorent les assiettes, les 
bords des vases, etc. 

Les couleurs, dont le nombre est plus ou moins considérable, 
suivant le genre de peinture auquel on se livre, sont générale- 
ment vendues en poudre ; on doit les conserver de préférence 
dans de petites bouteilles à large ouverture, bouchées avec soin 
et étiquetées, et surtout les tenir parfaitement à l'abri de l'humi- 
dité. 

Il est nécessaire d'avoir une boîte en fer-blanc, renfermant 
une palette en porcelaine à trous plus ou moins nombreux dans 
lesquels on dépose les couleurs après les avoir broyées à l'es- 
sence. On trouve dans le commerce des boites fort commodes 
(fig. 92), contenant, outre la palette, une glace dépolie, suffisam- 
ment grande pour broyer de petites quantilés de couleur. Il est 
bon, néanmoins, de posséder également une glace à broyer beau- 
coup plus grande, ainsi que des carrés de verre épais, dit verre 
double, derrière lesquels on colle une feuille de papier blanc; ces 
carrés de verre sont utiles pour les couleurs que l'on veut em- 
ployer immédiatement après le broyage, et peuvent, au besoin, 
servir de palette dans les travaux qui demandent de nombreux 
mélanges. 

Les molettes (fig. 92) sont en cristal, bien planées à la meule, 
et varient de grosseur suivant la quantité de couleur que l'on 
veut broyer; deux ou trois suffisent. — Nous ne saurions trop 
recommander de tenir les glaces et les molettes dans un état 
parfait de propreté, et de bien nettoyer à l'alcool après chaque 
broyage ; il suffit, en elfet, de la moindre parcelle d'une cou- 
leur de fer pour ternir d'une façon fâcheuse les couleurs claires, 
et surtout les carmins, que l'on voudrait broyer ensuite. 







Fig 



84. — Boite 



ouleura et molette. 



• ■ *» 



;W 






100 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

Pour triturer les couleurs après le broyage et les enlever de la 
glace àbroyer, on se sert d'un couteau de fer (fig. 93) bien souple et 
bien élastique, dont l'extrémité doit avoir, de préférence à toute 
autre, la forme d'un triangle allongé; pour les couleurs que le 
fer pourrait altérer (jaunes clairs, carmins, etc.), il faut employer 
un couteau de môme forme en corne ou en ivoire. 

L'essence de térébenlhine rectifiée, l'essence de térébenthine 
grasse, l'essence de lavande ou huile d'aspic ordinaire et grasse 
constituent, avec l'alcool qui sert au nettoyage des pinceaux et 
des glaces, les liquides employés pour le broyage et la prépara- 
tion des couleurs dans tous les travaux de décoration céramique. 
Toutes ces essences se trouvent dans le commerce ; néanmoins 
l'essence de térébenthine grasse est bien meilleure lorsqu'on la 
prépare soi-même; il suffit de metlre sur une assiette et sous 
une cloche de verre, dont on laisse un bord soulevé pour mé- 
nager l'introduction de l'air, une certaine quantité des godets à 
encre de Chine dans lesquels on a versé l'essence de térében- 



Fig. 93. — Couteau à palette. 

thine ordinaire ; on expose le tout au soleil ou, pendant l'hiver 
à la température douce d'une chambre habituellement chauffée' 
l'essence liquide en s'évaporant laisse au fond une partie épais- 
sie, à peu près de ta consistance du miel; c'est de l'essence 
grasse pure. Ce procédé, bien qu'un peu long, fournit une essence 
de beaucoup supérieure a toutes celles du commerce. L'essence 
grasse de lavande s'obtient de la môme façon. 

Afin de se servir de ces essences avec pïus de commodité, on 
fera bien de mettre les essences maigres dans une bouteille à 
goulot moyen, fermé par un bouchon de liège dans sa longueur 
et traversé par un tuyau de plume d'oie (fig. 93) ; l'essence ne 
tombe ainsi que goutte à goutte. On prend une bouteille à large 
ouverture pour les essences grasses, et comme il n'en faut jamais 
mettre dans les couleurs qu'une très petite quantité, on entre 
dans le bouchon un morceau de bois dur, — une hampe de pin- 
ceau en hêtre ou en ébène, — dont l'extrémité touche presque 
le fond de la bouteille (fig. 94). La quantité d'essence qui adhère 
a ce morceau debois.lorsqu'onrenlève du liquide, estplus que suf- 
fisante, au moins pour les mélanges ordinaires de la pein- 
ture. r 



LA PEINTURE SUR PORCELAINE ET SUR FAÏENCE. 



101 



11 arrive souvent, surtout chez les commençants, que la cou- 
leur, mal préparée ou mal employée, s'agglomère en gouttes 
épaisses qui, à la cuisson, produiraient des boursouflures ou de 
l'écaillé; pour obvier à cet inconvénient, il est bon d'avoir des 
grattoirs très coupants, à pointe arrondie ou en lancette, servant 
à amincir et à rifler ces trop grandes épaisseurs, ainsi qu'à en- 
lever les poussières qui se déposent toujours sur les pièces, mal- 
gré les précautions que l'on peut prendre. 

On emploie aussi des aiguilles courtes, emmanchées dans un 








- » 



■ 



1 



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Fig, 04, — Bouteille à essence giusse. 



Fig. l'a. — Buuteille à essence mais 



morceau de bois blanc, et qui servent également à piquer le 
dessin et à faire les poncifs dont nous parlerons plus loin. 

Couleurs. — Uroyage et préparation. Échantillons. — 

Nous indiquerons d'abord la. manière de procéder pour décorer 
la porcelaine dure, c'est-à-dire celle dont la pâte est composée 
de kaolin et dont l'usage est le plus répandu. 

La préparation des couleurs et leur mode d'emploi sont, à peu 
de chose près, du reste, les mêmes pour cette porcelaine que 
pour la porcelaine tendre, la faïence émaillée et la faïence line 
communément désignée sous le nom de terre de pipe ; leur com- 
position seule varie en ce que, ainsi que nous l'avons dit précé- 
demment, elles contiennent plus ou moins de fondant; c'est-à- 

6. 






I 

I 



102 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

dire que leur fusibilité est en rapport avec la nature de la pâte et 
de l'émail des pièces à décorer, et du degré de chaleur qu'elles 
peuvent supporter. Dans la porcelaine dure, la différence entre 
la fusibilité de la glaçure ou émail et celle de la couleur est con- 
sidérable ; pour la porcelaine tendre et la faïence, elle est pres- 
que nulle; dans ce dernier cas, c'est un avantage réel, car 
la couleur pénètre l'excipient et s'identifie pour ainsi dire 
avec lui. 

La préparation des couleurs exige de grands soins; elles sont 
dési"nées dans le commerce sous le nom de couleurs vilrifiables 
ou couleurs à porcelaine, et sont vendues généralement en poudre 
impalpable, il faut néanmoins les broyer une seconde fois à la 
molette sur une glace dépolie, en les additionnant d'eau pure; 
quand elles ne crient plus sous la molette et qu'elles ne présen- 
tent sous le doigt aucun grain au toucher, on laisse évaporer 
l'eau, puis on les met dans un des trous de la palette en porce- 
laine, après y avoir mêlé au bout du couteau un peu d'essence 
de térébenthine ordinaire. 

La couleur ainsi préparée se sèche sans être remise en poudre 
et se conserve parfaitement: on en prend ensuite de très petites 
quantités au fur el à mesure des besoins et seulement au moment 
de s'en servir; on la détrempe alors de nouveau avec un peu 
d'essence maigre; et on y ajoute, par très faible partie, de l'es- 
sence grasse, un peu d'essence de lavande, jusqu'à ce qu'elle ail 
acquis a peu près la consistance d'un sirop épais; cette consis- 
tance dépendra, du reste, de ce que l'on est appelé à peindre, el 
ce n'est que par l'usage que l'on peul se rendre compte de la 
densité que l'on doit donner à la couleur, malgré la facilité plus 
grande que l'on aurait ainsi à peindre, sous peine d'avoir, après 
la cuisson, du grippage ou écarlement de la couleur, qui se relire 
sous l'action du feu en laissant à nu le blanc de la porce- 
laine. 

Avant de commencer un travail, le peintre doit bien connaître 
ses couleurs; pour cela, il lui est nécessaire de faire une série 
d'échantillons sur des tessons ou des plaques de porcelaine de 
même nature que celle sur laquelle il doit peindre. Un excellent 
mode d'échantillonnage des couleurs est celui qui consiste à les 
appliquer sur une assiette, ou de préférence sur une plaque 
carrée, en bandes verticales et horizontales de cinq à six milli- 
mètres de largeur, en laissant entre chaque bande un espace 
égal, et en suivant le môme ordre de couleurs ; on peut ainsi se 
rendre compte, non seulement de l'effet produit par la cuisson 
sur la couleur isolée, mais encore de la façon dont elle se com- 



LA PEINTURE SUR PORCELAINE ET SUR FAÏENCE. 103 

porte par suile des différents mélanges, chacune des couleurs 
passant successivement sur toutes les autres : ceci est très im- 
portant; il est, en effet, certaines couleurs qui ne doivent pas être 
mélangées; telles sont les couleurs d'or avec celles à base de fer 
qui en ternissent l'éclat, ou certaines couleurs plus tendres que 
d'autres et qui sont dévorées, — c'est le mot consacré, — par 
ces dernières ; on connaîtra, à l'aspect plus ou moins glacé, celles 
qui sont les plus dures. 

Les échantillons de couleurs isolées sont également très bons ; 
on doit employer alors la couleur avec un pinceau assez gros et 
la mettre par lèches à tous ses étals d'épaisseur en procédant 
par teintes dégradées; employées trop épaisses, certaines cou- 
leurs écaillent et n'adhèrent pas à l'émail de la porcelaine; trop 
minces, elles ne résistent pas à l'action du feu et disparaissent 
presque complètement. 

Au premier abord, cel échantillonnage peut paraître fastidieux, 
mais nous ne saurions trop conseiller de le faire el de le refaire 
avec soin ; on s'épargnera ainsi bien des déboires el bien des 
retouches souvent nuisibles. En principe, un bon peintre sur 
porcelaine ne doit jamais employer une couleur avant de l'avoir 
échantillonnée et de s'être ainsi rendu compte de la façon dont 
elle se comporte au feu ; il en sera de même pour les mélanges. 
Même avec ces échantillons et eu les faisant avec grand soin, il 
arrivera encore souvent, surtout en commençant, des surprises 
désagréables au sortir de la moufle ; ce n'est que par suile d'une 
longue pratique que Ton peut parfaitement connaître les couleurs 
et être certain des résultats de leur emploi. 

Dessin. — Mise au trait. — Lorsque l'artiste sera bien 
familiarisé avec les couleurs qu'il doit employer, il devra procé- 
der à la mise au trait sur la pièce à décorer du sujet qu'il 
aura choisi et qui doit avoir été très purement dessiné sur du 

papier. 

Comme le crayon glisse sans marquer sur l'émail, il faul préa- 
lablement essencer la pièce, c'est-à-dire passer légèrement dessus 
un chiffon imbibé d'essence de térébenthine ordinaire mêlée d'un 
peu d'essence grasse; après l'avoir laissée sécher pendant quel- 
ques instants, l'essence s'évapore, el il reste une sorle de buée 
qui retient le crayon el permet de dessiner facilement, en 
employant soit un" crayon ordinaire, soit un crayon lithogra- 
phique. 

Mais il vaut mieux faire, sur papier végétal, un calque du 
dessin à reporter, et le décalquer ensuite sur la porcelaine, tou- 
jours préalablement essencée, en le fixant au moyen de petites 



■ 
■ 

■ 

I 



404 



LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 



W9~ 



I 



boulettes de cire à modeler et en interposant du papier plomba- 
gine ou passe à la sanguine entre l'émail et le calque f on suit 
alors, avec un poinçon en ivoire ou un crayon très dur, les 
contours du dessin t.racé sur le calque, et le trait paraît parfaite- 
ment marqué. r 

Un autre moyen consiste à employer, surtout pour les orne- 
ments à motifs repétés, des poncifs en papier végétal où les 
contours extérieurs du dessin auront élé piqués finement avec 
une aiguille emmanchée dans un morceau de bois blanc; après 
avoir rabattu les bavures qui résultent de renfoncement de chaque 
coup d aiguille au moyen d'une pelite pierre ponce très douce et 
très plate et avoir fixé le poncif avec la cire à modeler, on 
promené dessus, en tamponnant légèrement, un petit rouleau de 
lisière de drap coupé très droit à une de ses extrémités et frotté 
de crayon noir ou de fusain en poudre, si on doit peindre sur 
une pièce blanche, ou de blanc, si l'on a une pièce en fond à déco- 
rer. Dans ce cas, il faut avoir le soin d'essencer la pièce 

Les traits du dessin étant reproduits sur l'émail par suite de 
I emploi de l'un ou l'aulre de ces procédés, on les repasse 
linement avec du carmin ou toute autre couleur d'aquarelle que 
J on rendra maniable en y ajoutant un peu de dextrine 

Quelques artistes même esquissent complètement leur sujet 
et iont tous les dessous avec une couleur à l'eau employée très 
sobrement, et qui, du resle, se brûle au feu. La couleur à l'eau 
n étant pas enlevée p^r l'essence de térébenthine, ce procédé 
ollre, de plus, l'avantage de permettre de nettoyer le trait avant 
de commencer à peindre, et d'enlever les faux coups de crayon 
ou la poussière noire qui se dépose toujours sur l'émail après 
I emploi du poncif ou du décalque. 

On peut également repasser le trait avec des couleurs vilrifla- 
bles en employant surtout la couleur qui doit dominer dans 
chaque objet a peindre; mais nous croyons qu'il faut employer 
de préférence la couleur à l'aquarelle, qui a, en outre, l'avantaae 
de laisser transparaître le trait dans le cas où l'on voudrait poser 
un fond par-dessus. 

Il arrive souvent, en effet, que tout ou partie de la pièce à 
décorer doit recevoir un fond destiné à faire valoir certains tons 
ou a varier un peu la crudité du blanc, aussi, avant d'aller plus 
loin, dirons-nous quelques mots de la manière de procéder dans 
ce cas, et des précautions à prendre pour arriver à une bonne 
réussite, ce qui n'est pas très facile. 

Posa S e des fonds. - On emploie, pour poser ou coucher un 
Jond, de gros pinceaux carrés ou plats, dits queues de morue, 






LA PEINTURE SUR PORCELAINE ET SUR FAÏENCE. 10a 

assez larges pour fournir des louches qui couvrent en peu de 
temps les surfaces que l'on veut peindre. La couleur étant grais- 
sée convenablement et additionnée de quelques gouttes d'essence 
de lavande qui l'empêche de sécher trop vile, on en charge le 
pinceau et on l'emploie par touches contiguës en l'étendant bien 
également, et autant que possible sans revenir à la même place. 

Cela fait, on se sert de putois, et notamment de celui qui a 
la forme de pied de biche dont nous avons déjà parlé; on doit 
tenir le putois bien d'aplomb sur la couleur étendue et frapper 
très légèrement en tamponnant, de préférence, d'abord les som- 
mités de la touche, puis les joints, et en ayant bien soin de net- 
toyer fréquemment le pulois à sec afin qu'il ne s'empâte pas et 
n'enlève pas trop de couleur; on revient ensuite avec un putois 
moins gros ou plus court de poil, afin de serrer davantage les 
parties constiluantes de la couleur et d'en uniformiser le grenu 
au point de le rendre presque invisible, Un fond, pour être par- 
faitement réussi, doit toujours être posé d'un seul coup et très 
promptement; il est donc nécessaire de préparer une quantité de 
couleur plutôt surabondante, afin de pouvoir l'employer rapide- 
ment et sans être forcé de recommencer. 

Enlevuge à la laque. — Si un motif ornemental ou autre 
doit se détacher sur un fond, on commence par coucher le fond 
en plein sur la pièce, après avoir, ainsi que nous l'avons dit plus 
haut, tracé le dessin extérieur avec une couleur à l'aquarelle (I) ; 
puis, quand le fond est bien sec, le lendemain généralement, on 
recouvre la silhouette intérieure donnée par le dessin de couleur 
à l'huile (on emploie de préférence la laque ordinaire en tube 
mélangé d'essence de lavande). Au bout de quelques instants, la 
couleur du fond est liquéfiée par la couleur à l'huile qu'on enlève 
rapidement avec un clnffon de mousseline très propre; on voit 
apparaître alors, avec beaucoup de netleté, sur l'émail blanc, 
les réserves nécessaires pour pouvoir peindre (fig. 96 et 97). 

Peinture sur porcelaine dure. — Nous avons indiqué les 
différentes manières de procéder pour la mise au trait du dessin 
sur les pièces à décorer; il nous resterait à dire maintenant com- 
ment on devra peindre. Pour nous en tenir au métier, car le reste 
dépend du goût et du lalent de l'artiste, nous dirons seulement 
que son faire doit être franc, léger, égal pour l'emploi des cou- 
leurs ; si l'élève a fait avec soin les échantillons que nous avons 
conseillés, il se rendra parfaitement compte de l'elfet que pro- 

(1) On peut également, si le ton du fond est trop foncé pour laisser transparaître 
le trait, poncer le dessin sur le fond bien sec, en procédant alors avec beaucoup d» 
•pin et d'attention pour ne pas l'altérer et ne pas enlever de couleur. 






RI 



I 



106 LÀ TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

duisent les différents mélanges, et il saura éviter ceux qui en- 
lèveraient de la fraîcheur à ses couleurs. 

Nous recommanderons de procéder largement et franchement 



I 




fl 



^ 



Fig. 96. — Eulevage à la laque. 



dans l'ébauche, en passant, comme dans l'aquarelle, des tons 
simples aux tons composés, et en commençant par les plus clairs: 
si on le peut facilement, il sera bon défaire donner deux feux à 
la peinture : le premier, lorsque l'ébauche est peu avancée et 



I 

I 



Fig. 97. — Enlevage à la laque. 

que le ton local est seul posé,presque'sans indication de modèle. 
On accentue ensuite sur cette ébauche fixée les finesses de colo- 
riation et de modelé, que comporte le sujet avant de cuire 
définitivement. 



1 



LA PEINTURE SUR PORCELAINE ET SUR FAIENCli. 107 

Quelques peintres céramistes préfèrent, au contraire, avancer 
autant que possible l'exécution de leur peinture, afin de n'avoir 
■plus à redonner qu'un peu de retouche; cette manière de procé- 
der est préférable évidemment, mais nous croyons qu'elle ne 
devra être employée que lorsque l'on aura acquis une très grande 
habileté. Ce n'est, du reste, qu'une longue pratique qui pourra 
indiquer le meilleur mode à suivre pour arriver cà un bon ré- 
sultat. 

Une peinture sur porcelaine n'est réussie qu'autant qu'elle 
présente une glaçure bien uniforme, sans écaillage ni désaccord. 
On évitera l'écaillage si on place successivement par teintes éga- 
les et minces sans arriver tout à coup à une trop grande épaisseur; 
quant au désaccord, il tient souvent à un mauvais mélange de 
couleurs qui réagissent l'une sur l'autre, et causent ainsi^ un 
affaiblissement partiel de coloration dans des teintes qui devraient 
être parfaitement unies. 

Caisson et dorure. — Il y a, à Paris et dans plusieurs villes 
de province, de si grandes facilités pour faire cuire et dorer les 
peintures sur porcelaine et sur faïence que nous conseillerons, 
surtout aux débutants, de s'adresser de préférence aux céramis- 
tes de profession, qui, moyennant une rétribution minime, 
acceptent de faire passer dans leurs moufles, et avec les pièces 
qu'ils décorent pour le commerce, les peintures qu'on leur confie; 
on évitera ainsi une installation souvent difficile et coûteuse et 
une énorme dépense de combustible. Eu outre, la direction des 
feux, opération excessivement délicate, demande une grande 
habileté, qu'une longue pratique peut seule donner, il y a en 
effet peu de latitude entre le temps où la cuisson n'est pas com- 
plète et celui où elle a dépassé ses limites. 

Il en sera de même pour les ornements et surtout les filets en 
or qui doivent compléter la décoration d'une pièce, c'est là un 
métier à part et qui demande une grande adresse de main. 

On se sert pour poser l'or de pinceaux de blaireau à poils fins 
et longs, et il faut savoir très bien l'employer pour faire avec un 
tel instrument et une matière lourde les traits fins et déliés et 
les contours purs qu'y appliquent d'habiles doreurs. Après la 
cuisson l'or est mat; on le rend brillant en le frottant fortement 
à l'aide de brunissoirs, sorte d'instruments en agate ou en héma- 
tite dure. 

Peinture sur porcelaine tendre et sur faïence fine (terre 
de pipe). — Les conseils que nous avons donnés pour décorer la 
porcelaine dure peuvent également s'appliquer à la porcelaine 
tendre et à la faïence fine, désignée généralement dans le corn- 



mm 



m 



408 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

merce sous le nom de (erre de pipe; la manière de procéder est 
la même, les couleurs seules sont différentes, au moins pour la 
porcelaine tendre, la plupart des couleurs de porcelaine dure 
venant très bien sur la faïence fine. 

Peinture sur faïence opaque. — S'il s'agit de faïence pro- 
prement dite, c'esl-à-dire en émail opaque, on peut peindre sur 
émail cru et sur émail cuit. 

La peinture sur émail cuit avec les couleurs ordinaires de la 
porcelaine donne de très bons résultats, et, presque toujours, une 
belle glaçure, elle est préférée, généralement, à la décoration sur 
porcelaine en ce qu'elle permet une plus grande liberté de pin- 
ceau. On procède absolument de la même façon que pour la por- 
celaine. 

La peinture sur émail cru exige une très grande habileté, et 
nous n'engageons pas les commençants à la pratiquer : l'émail 
cru, en effet, présente, sous le doigt et sous le pinceau, une sur- 
face pulvérulente très absorbante, et qui ne permet guère, pour 
indiquer les traits du dessin, que l'emploi du poncif, et encore 
en y apportant la plus grande attention. 

Les couleurs sont des oxydes métalliques purs, désignés sous 
le nom de couleurs au grand feu, cuisant pendant vingt-cinq à 
trente heures à une haute température qui fond le tout ensemble, 
et qui, incorporant la peinture à la couverte, lui donne un moel- 
leux qu'aucun autre procédé ne saurait produire. On emploie les 
couleurs délayées à l'eau pure et à l'état très liquide ; il faut po- 
ser franchement les touches du premier coup et sans avoir à y 
revenir, car tous les coups de pinceau marquent et la retouche 
est presque impossible sur l'enduit pulvérulent, que le frottement 
égrène et que l'eau délaye. 

On peut peindre également avec ces mêmes couleurs au grand 
feu sur l'émail cuit; les difficultés, dans ce cas, sont à peu près 
nulles, et le résultat presque aussi satisfaisant, l'émail redevenant 
fluide sous l'action d'un feu égal à celui qui l'avait fixé sur l'ex- 
cipient; mais on n'est jamais certain du résultat : il arrive, en 
effet, que, sous l'action d'un courant d'air ou d'un violent coup 
de flamme, l'émail liquéfié par la cuisson coule un peu, et, en se 
déplaçant, entraine la couleur. 



I 



LA PEINTURE SUR VERRE ET SUR VITRAUX. 109 



CHAPITRE V 

LA PEINTURE SUR VERRE ET SUR VITRAUX. 

La peinture sur verre se fait par des procédés analogues à 
ceux de la peinture sur porcelaine: ce qui distingue la première 
de la seconde, c'est que le peintre sur verre travaille sur les deux 
faces du verre, mettant toutes les ombres à l'extérieur et rejetant 
les parties nuancées et l'enlumiuage sur la face opposée. 

Installation et outillage. — Il est indispensable que l'ama- 
teur de peinture sur verre soit bien installé, bien outillé. 

Une pièce à cheminée de grandeur moyenne lui suffira pour 
établir tout son alelier. Les fenêtres placées au nord ou nord- 
est sont préférables; néanmoins, au moyen de slores, on peut 
aisément remédier à un jour du midi ou du couchant, mais il 
est essentiel qu'il n'y ait d'ouvertures que d'un seul côté de la 
pièce ; on tiendra les murs libres d'un coté pour clouer les cartons 
à faire ou à copier. 

Voici quel sera le matériel : 

1° Une table en bois blanc, sur tréteaux mobiles, l m ,70 sur 
1 mètre, pour les tracés; 

2° Une table en bois blanc, sur tréteaux mobiles, l m ,2S sur 
m ,7o, pour la mise en plomb ; 

3° l^n chevalet mobile, pouvant se placer sur une table; 

4° Un grand chevalet sur pieds, pouvant servir à la fois pour 
les petits et les grands sujets. (A la rigueur, ce chevalet peut être 
supprimé, si on se borne aux petits vitraux.) 

5° Une boite à couleurs, portative, contenant 18 palettes; 

6° Une petite étagère en bois, pour porter les flacons; 

7° 4 couvercles en fonte pour préserver les couleurs de la pous- 
sière, pendant les interruptions du travail; 

8° 2 molettes en verre de différentes grosseurs; 

9° Un rouleau de grand papier à tracer ; 

10° Une moufle en fonte à plaques; 

11° Assortiment complet en flacons des couleurs nécessaires 
pour le travail d'un an, et toutes préparées sur les pâlottes de la 
boite pour les premiers travaux : 

1 palette brun, pour le trait à l'acide acétique ; 

2 palettes brun, pour les teintes à l'eau gommée; 
2 — noir vert — à l'essence; 

2 — carnation — — 

H. oi IjmmGKT. — Les industriel d'amateur* 7 



l 



I 



110 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

2 palettes carmin, pour les teintes à l'essence ; 

2 — bleu — — 

2 — vert — — 

2 — jaune — — 

2 — blanc — — 

l — bitume chaud, pour glacis — 

Ces couleurs se conservent admirablement, enfermées dans les 
flacons. La partie toute préparée sur la palette sera alimentée 
pour le travail par l'acide acétique, l'eau gommée ou l'essence. 
Quand on en ajoulera des flacons de la provision, on aura soin 
de bien broyer avec la molelle, comme d'ailleurs on devra le 
faire toujours avant de travailler. 

12° Argent préparé pour les jaunes, en flacon; 

13° oO kilog. de plomb laminé, moyen et petit; 

14 10 kilog. de soudure; 

15° 1 diamant pour couper le verre; 

16° 1 fer à souder; 

1 fourneau à souder; 
d petit marteau; 
1 tenaille; 

1 pince à tête plate ; 

2 couteaux à couper et à rabattre le plomb; 
17" 1 rocboir pour la résine, et résine; 

18° 1 burette pour l'essence ; 

19° 1 kilog. de cire à modeler, pour soutenir les pièces de verre 
sur le cbevalel ; 

20° 3 flacons : essence grasse, essence maigre, eau gommée; 

21° 1 flacon acide acétique; 

22" 1 flacon acide fluorhydrique (en gutla-percha). Il serait 
plus prudent d'avoir ce flacon en argent; 

23° 1 flacon de vernis pour la gravure ; 
. 24° Pinceaux, brosses, blaireaux, couleau à palettes, 2 appuie- 
mains; 

2o° 1 boîte à clous punaise ; 

26° 1 boite à clous sans lèle; 

27° 1 cadre à rainures pour la gamme des verres, tout garni. 

Quant à la provision de verre, si on habite la ville, il est inu- 
tile d'en l'aire d'avance, on pourra le prendre au fur et -à mesure 
clans les magasins de verre; si on habile la campagne, il sera 
facile de s'en faire expédier l'approvisionnement nécessaire, com- 
posé comme il suit : 

1° Blanc ordinaire, 10 feuilles. 

2° Blanc ancien verdàlre, 10 — 



V 



LA PEINTURE SUR VERRE ET SUR VITRAUX. 



ni 



3° Blanc ancien jaunâtre, 


10 feuilles 


4° Jaune clair, 


5 — 


:i° Jaune doublé, 


2 — 


6° Jaune foncé, 


S — 


7° Rouge foncé, 


o — 


8° Rouge clair, 


10 — 


9" Carmin. doublé, 


1 — 


10° Bleu clair céleste, 


5 — 


11° Bleu clair doublé, 


10 — 


12° Bleu foncé doublé, 


— 


13° Bleu foncé, 


g — 


)4° Violet rose, 


2 — 


13° Violet clair, 


2 


16° Violet foncé, 


2 — 


17° Brun chaud foncé, 


3 — 


18° Brun chaud clair, 


3 — 


19° Vert foncé chaud, 


3 — 


20" Vert clair chaud, 


8 — 


21° Vert foncé froid, 


3 — 


22° Vert clair froid, 


3 — 



L*atelier ainsi monté sera aussi complet que possible, et four- 
nira à l'amateur les moyens d'exécuter toutes les peintures sur 
verre qui lui plairont. 

Les verres sont de trois sortes : ceux teints et colorés dans la 
masse, ceux à deux couches ou doublés, enfin les verres blancs. 

Pour les premiers, on introduit dans le creuset la matière co- 
loranle, qui est ordinairement un oxyde métallique, et le verre se 
travaille par les procédés ordinaires. 

Quant aux seconds, on opère de trois manières différentes : 

1° On peut, sur un verre incolore ou coloré, souder un pied ou 
un support de couleur différente ; 

2° Dans d'autres cas, on forme l'intérieur du vase d'une couche 
de verre 1res mince et très fortement coloré, et d'une couche 
extérieure de verre blanc, ce qui se fait en plongeant la canne 
successivement dans un creuset à verre coloré et dans un creuset 
â verre blanc; puis on obtient par la taille des effets variés en en- 
levant le verre blanc en tout ou en parlie ; on enlève, au moyen 
de la gravure à l'acide ou, comme autrefois, de la meule, les or- 
nements sur les étoffes, les galons, les bordures, quelquefois 
même les clairs sur certaines parties des vêtements; leur utilité 
est d'éviter des plombs difficiles et des coupes trop exiguës. Tout 
le verre rouge préparé pour les vitraux se fait à deux couches et 
non seulement pour l'emploi que nous venons d'expliquer, mais 



■ 

■ 

1 



m 



112 LA TERRE, LA CÎRÈ, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

encore pour obtenir cette transparence et cette richesse de Ion 
que le verre dans la masse ne présente jamais. 

3° On peut faire le vase d'une manière inverse, c'est-à-dire avec 
une couche intérieure incolore et une couche extérieure colorée. 

Quant aux verres blancs, ce sont ceux-là qui sont destinés à 
être colorés par le peintre lui-même, au moyen des couleurs en 
émail dont il a un assortiment complet dans sa boite. 

On ne parle ici, bien entendu, que des vitraux d'appartements, 
d'oratoires, des vitraux suisses, etc., et ils sont déjà assez variés 
pour satisfaire les imaginations ardentes des amateurs qui cher- 
cheront ici des conseils concernant la peinture sur verre. 

Calque sur verre. — Pour calquer ce qu'on veut peindre, 
on pose son carton ou modèle sur le verre du grand ou petit 
chevalet, suivant sa dimension, après avoir fixé dessus, au moyen 
d'épingles, une feuille de papier à tracer, papier jaunâtre, fort, 
et cependant transparent; on le retient sur le verre au moyen de 
petits clous-punaises piqués dans le bois même du chevalet; car, 
quelle que soit la dimension du dessin, il faut toujours couper 
la feuille assez grande pour qu'elle dépasse de 4 à 5 centimètres 
au moins les bords du carton. 

Cette installation terminée, on prend un crayon de mine et on 
calque exactement le contour extérieur de toutes les figures, des 
ornements et du fond, puis on détache le papier du chevalet et 
du dessin et on commence l'opération du choix des couleurs, 
pour la coupe des verres. C'est là une chose délicate et qui de- 
mande, au plus haut degré, ce sentiment de l'harmonie et de la 
ligne que l'on doit avoir, même sans être dessinateur. 

Les sujets étant de petite dimension, il serait bon de faire deux 
calques du carton, au lieu d'un, et avec des couleurs à l'eau, en 
plaçant devant soi la gamme de verre, on colorera à teintes plates 
le sujet tout entier, et sans s'occuper du modelé, comme une 
carte de géographie. Cela fait, on éloigne l'image et on la regarde 
de loin en fermant un peu les paupières, et, si l'ensemble parait 
harmonieux, que rien ne semble criard ou troué, on établit les 
teintes sur cette donnée. Le sujet ainsi calqué et colorié, on re- 
prend alors le double calque et, à l'aide d'une grosse plume d'oie 
ou de roseau, on marque la forme des verres à couper suivant 
chaque couleur. Ce travail demande une scrupuleuse attention : 
en préparant et en indiquant les coupes, il faut se pénétrer de 
cette idée que les émaux ne doivent s'employer que lorsqu'il est 
absolument impossible de faire autrement, et de se servir de verres 
teints dans la masse. 

Coupe de» verres. — Une fois le tracé bien arrêté, on procède 



l\ PEINTURE SUR VERRE ET SUR VITRAUX. 



113 



à la coupe des verres, à l'aide du diamant ; pour celte partie du 
travail, il est à peu près indispensable d'avoir quelques leçons 
préliminaires pratiques, le premier vitrier venu fera un excellent 
professeur. On cassera bien quelques pièces en débutant, mais 
avec un peu de précautions, on sera bientôt à même de couper 
facilement le verre. 

Les opérations de dessin, de calque, tracé et coupe achevées, 
il faut maintenant peindre le vitrail. 

Peinture du vitrail. — On place donc, en les rassemblant 
comme un jeu de patience, tous les verres coupés sur le carton 
et suivant le dessin vu en transparence, on calque au pinceau, 
avec le plus de nclteté possible, le contour des diverses parties du 
sujet, observant bien le plus ou moins de vigueur des traits, sui- 
vant le plan. Ce calque se fait avec l'émail brun, broyé à l'acide 
acétique. On ne doit pas oublier que chaque fois que l'on emploie 
une couleur, il faut la triturer soigneusement et assez longtemps 
avec la moletle de verre et le couteau à palette, en y ajoutant, 
soit un peu d'essence grasse ou maigre, suivant le degré de 
moelleux que l'on voudra obtenir, et le point où en est arrivé le 
travail. 

On se sert pour le trait de petits pinceaux longs et fins, en les 
tenant le plus perpendiculairement possible à la pièce de verre 
où on travaille. 

Le trait terminé, on suspend le carton devant soi ; on rassemble 
les différentes pièces composant le sujet dont on s'occupe, au 
moyen de boulettes de cire à modeler, sur le verre du chevalet 
(elles se maintiennent très bien quand on a soin de choisir de 
bonne cire); et le travail de peinture commence. 

Lorsque le trait est bien sec (c'est-à-dire au bout de quatre 
heures en hiver, deux en été), on prend la palette n° 8,*et, après 
avoir bien broyé le brun avec la molette, on procède à l'applica- 
tion de la première teinte. On prend un gros pinceau, sembla- 
ble aux pinceaux des doreurs, on le trempe d'abord dans un 
verre d'eau ordinaire puis, après l'avoir bien imbibé de la couleur 
répandue sur la palette, on le passe rapidement sur toute la 
pièce choisie pour commencer, ou sur les pièces si elles sont 
petites; il en résulte une teinte générale inégale que l'on tam- 
ponne d'abord avec une grosse brosse et qu'on rend unie ensuite 
en la caressant avec le blaireau par un mouvement rapide, con- 
tinu et délicat, mouvement qui doit être alterné, tantôt en long 
tantôt en large. Bien étendre la teinte est une difficulté, comme 
faire le trait bien pur ; il est plus vrai de dire que c'est une affaire 
d'habitude, et quand on se sera exercé quelque temps sur des 



1 






114 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

pièces d'ornements, en faisant le Irait sur ces pièces et en y pas- 
sant la teinte, on arrivera très facilement à vaincre ce qu'il y a 
d'épineux dans ces premiers détails de manipulation. — Voir 
faire deux ou trois fois serait une excellente chose, mais avec de 
la volonté et de l'intelligence, on suppléera même à cette absence 
de secours extérieurs. 

Poiage des teintes. — La première teinte à l'eau une fois 
posée et bien unie, on essuie, sur un coin de la pièce de verre, 
si elle est assez sèche pour s'enlever facilement en poussière. Il 
faut qu'elle ne le soit ni trop ni trop peu. (Tous ces degrés sont 
affaire d'habitude, rapidement acquise.) Quand donc celle teinte 
peut se travailler franchement, on procède comme pour un des- 
sin au fusain, on enlève dans les clairs, en cherchant l'effet, 
d'abord autant que possible, sans forcer les ombres ni les traits. 

Il faut faire le travail du modelé avec grand soin, par hachures 
croisées sur les ombres et les demi-teintes, ce qui est très facile 
avec des brosses douces, tandis que les enlevés se font franGS et 
nets avec les brosses dures; les débutants peuvent enlever leurs 
clairs aussi en calquant le carton, mais c'est une méthode qui ne 
conduit pas aussi sûrement dans la voie du progrès. 

Voilà donc un premier effet obtenu, mais il manque de vigueur, 
et si l'on faisait cuire le travail en cet état, on n'aurait en le pla- 
çant devant la lumière qu'un pâle et très insuffisant résultat. Il 
faut plus de vigueur. Pour y parvenir on prend la palette n° 3, 
et, avec le même brun, cette fois broyé à l'essence, avec très 
peu d'essence grasse si l'on veut, pour rendre la couleur plus 
onctueuse, on fait la même opération en passant d'abord la 
teinte générale avec un pinceau de martre, puis en enlevant les 
clairs, et, cette fois, en donnant aux traits et aux ombres la vi- 
gueur qui doit nécessairement leur manquer. 

Mais tout cela sans dureté, sans tâtonnement et pendant toutes 
ces phases du travail, on ne cessera de consulter le carton placé 
exprès devant les yeux pour servir de guide sévère. 

On pourra essayer de plusieurs genres de travail, tel que le 
modelage par pointillé, par hachures, par teintes superpo- 
sées, etc., et donner la préférence à celui qui satisfera davantage. 

On passe aussi quelquefois une teinte à l'endroit et une autre 
à l'envers de la pièce en faisant cuire deux fois. Ce moyen donne 
beaucoup de douceur et de profondeur au travail. Dans tous ces 
procédés, l'important c'est d'obtenir un bon résultat et de satis- 
faire le goût et le sentiment des vrais amateurs. 

Après le travail de la teinte à l'essence, le sujet se présente, 
si les verres ont été bien choisis comme couleur, de façon à don- 



LA PEINTURE SUR VERRE ET SUR VITRAUX. 115 

ner déjà une idée de l'effet qu'il doit produire, moins la trans- 
parence des ombres. Il est bien certain que les émaux et le jaune 
d'argent que l'on doit ajouter à beaucoup de places pourront lui 
donner un aspect plus riche et plus éclatant; mais s. déjà l'en- 
semble est satisfaisant après le modelé terminé, on est a peu près 
certain d'avoir réussi. 

Placement «les émaux. — Reste à placer les émaux. — On 
reprend chaque pièce une à une, et, afin d'enlever au verre sa 
crudité et sa froideur, on passe partout à l'envers des pièces 
une couche générale mais très légère d'émail blanc, appelé dé- 
poli, bien broyé à l'eau gommée, puis on commence 1 applica- 
tion des diverses couleurs. 

On commence par le jaune d'argent (qui n'est pas un email, 
mais qui a les mêmes etfets), pour les dorures, les auréoles, etc. 
On l'emploie à l'eau ordinaire sur le verre nu, du côté du dépoli, 
après avoir enlevé avec le doigt ou un tampon la couche de 
blanc partout où elle doit s'appliquer; on l'élend aussi épais que 
possible pour b>s jaunes dorés, moins épais pour les jaunes pâles. 

Pour donner aux chairs le ton naturel, on passe l'émail pré- 
paré sur la palette n" 4, à l'essence et par-dessus le dépoli, on 
étend cette couleur en ayant soin de la tenir parfaitement égale 
d'abord, sauf à la renforcer par une seconde application plus 
épaisse sur les lèvres, les narines, les joues, enfin là où l'on ju- 
gera que cela est nécessaire. 

Ouant à l'application des autres émaux, leur emploi est le 
même. C'est à l'amateur de juger de leur utilité pour l'effet de 
son œuvre (pierreries, draperies, etc.). 

Les émaux s'emploient d'abord à l'essence, mais comme on a 
pour chacun double palette, s'ils paraissent manquer de vigueur, 
on peut revenir sur le premier travail à l'eau gommée, à condi- 
tion toutefois de ne pas en abuser. 

Cuisson. — Vient ensuite l'opération grave de la cuisson. On 
a soin, avant de s'en servir pour la première fois, de chauffer son 
four, pour le bien sécher, jusqu'au rouge cerise, puis, toutes les 
fois que l'on cuit, on le fait chauffer un peu d'avance, et, après 
en avoir saupoudré les plaques de fer avec du plâtre fin, on place 
sur ces plaques, soigneusement, chaque pièce, en évitant qu'elles 
se touchent; puis si on veut les doubler on les recouvre de 
plâtre, sinon on les laisse découvertes, celles seulement qui ont 
du jaune d'argent doivent toujours être saupoudrées de plâtre; 
les émaux doivent être mis en dessus et non recouverts. 
. On glisse chaque plaque ainsi préparée dans les rainures du 
four, on ferme la porte en la maçonnant avec de la terre réfrac- 



II 



I 

I 



110 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

taire, on bouche la lunette, puis on chauffe toujours également 
jusqu'à ce que l'on ait obtenu la chahur voulue; de temps à 
autre on regarde par la lunette dont on enlève le bouchon pour 
surveiller le degré de cuisson, enfin, lorsqu'on voit apparaître à 
l'intérieur cette même teinte cerise qu'on aura constatée à l'ex- 
térieur lors de l'épreuve du four, on ôtc le feu, on ferme la porte 
du foyer et on laisse refroidir un temps assez long pour pouvoir 
tenir la main sur les portes; alors on ouvre : la cuisson est com- 
plète. 

Ce ne sera pas sans une certaine émotion que l'amateur véri- 
fiera l'effet du feu sur son" travail. Les pièces ont pu se casser, 
trop cuire, ne pas cuire assez, quelle inquiétude! Enfin, les 
voilà sorties ; quoi qu'il arrive, il ne faut pas se décourager. Si les 
pièces sont cassées (cela est rare quand on a le soin de ne les 
mettre au four que bien sèches, mais enfin cela arrive) il faut en 
faire bravement le sacrifice ; si elles sont trop cuites, il faut les 
reprendre, les travailler de nouveau, et quelquefois l'effet qu'on 
obtient à la recuisson n'en est que meilleur. 

D'ailleurs, avec de la précaution et un peu d'expérience, on 
arrive vite à se rendre maître de son four et à éviter les acci- 
dents. 

Quand la vérification des pièces est terminée et que la cuisson 
est bonne, on procède alors de suite à la mise en plomb. 

Mise en plomb. — On reprend la feuille de calque, qu'il faut 
sacrifier ou à peu près pour cet emploi ; on l'étend sur la table 
n° 2, on place les pièces sur cette feuille dans leur ordre, on 
commence par faire un premier ruban de plomb en le mainte- 
riant avec de petits clous sans tête, calés avec les petites rognures 
de plombs trop longs, on prend une pièce dont on circonscrit le 
côté opposé à la base par une autre baguette de plomb après 
lui en avoir fait suivre tous les contours en la poussant avec 
soin à l'aide d'un manche de couteau fait exprès, on en retran- 
che ce qui dépasse avec le couteau à plomb et on y ajoute im- 
médiatement une seconde pièce qui doit être retenue comme la 
première avec des pointes, jusqu'à ce qu'on y ail adapté une 
nouvelle baguette de plomb ; on rabat les ailes de la première 
avec le même manche et on continue ainsi jusqu'à ce que le 
panneau soit complet. 

Soudage. — Il faut ensuite procéder au soudage. Cette opé- 
ration consiste à unir entre eux solidement les plombs coupés à 
leur point d'intersection. La soudure s'applique au moyen du fer 
à souder; quand ce fer est chauffé au rouge dans le petit four- 
neau destiné à cette opération, on le passe sur le petit appareil 



LA PEINTURE SUIl VERRE ET SUR VITRAUX. 



II 



117 



en fer-blanc enduit de soudure avec un peu de colophane (enduit 
qu'on renouvelle chaque fois qu'il en est besoin, de façon à tenir 
la plaque elle-même toujours étamée), puis on approche ce fer 
ainsi chargé de soudure des points des plombs à soucier, qui ont 
été préalablement saupoudrés d'une petite quantité de résine, en 
tenant de l'autre main la baguette de soudure, de façon à étaler 
l'étain sur tous les points à souder d'une manière propre et égale. 
Souvent on étame tout le réseau de plomb; c'est une opération 
un peu plus longue et délicate, mais qui rend le panneau plus 
solide et la mise en plomb plus propre. 

Quand cette première opération du soudage est faite, on re- 
tourne le panneau et on contre-soude à tous les points opposés 
aux premières soudures. Enfin, on enlève les clous, on détache 
le panneau de la table et voilà le vitrail achevé. 

Pour la mise en plomb et le soudage, quelques avis d'un bon 
vitrier ou ferblantier aplaniront en peu de temps toute espèce de 
difficulté. 

En maniant le panneau, on doit toujours prendre beaucoup de 
précautions, placer les doigts sur les soudures déjà faites paral- 
lèlement, en écartant plutôt qu'en serrant. 

Mine en place. — Il ne reste plus qu'à placer le vitrail dans 
l'ouverture qui lui est deslinée, l'isoler de tout jour venant de 
l'intérieur, par un cadre épais, une embrasure profonde ou des 
draperies foncées; l'œuvre étant ainsi complètement terminée, 
l'artiste ou l'amateur, comme on voudra l'appeler, pourra l'ad- 
mirer tout à son aise et recommencer un autre sujet encore plus 
parfait si c'est possible. 

illilieiiori. — Les milleflori, ou serre-papiers, au centre des- 
quels se Irouvent des fleurs, se fabriquent de la manière sui- 
vante : On range dans les trous d'un disque en fonte des tubes 
colorés de cristal qui forment les fleurs, on coule sur eux une 
couche de cristal, on enlève le disque et l'on opère de même 
pour la face inférieure. 

Dorure et argenture sur Terre. — Après que la gravure ou 
la peinture ont été terminées par un procédé quelconque, on 
peut décorer le verre et lui ajouter une valeur artistique de plus 
en dorant ou argentanl les objets. 

La dorure se fait comme pour la porcelaine : Ondissout l'or à 
chaud dans un mélange d'acide azotique et de sel ammoniac, 
puis on le précipite à 20 degrés de la dissolution par de l'azotate 
de mercure : on l'a ainsi à l'état de sous-oxyde d'or; on lave le 
précipité jusqu'à ce qu'il ne soit plus acide et on le sèche au 
bain-marie. On broie le précipité avec un fondant composé de 



118 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

minium et de borax, et on l'applique au pinceau sur l'objet, que 
l'on passe ensuite au feu de moufle : l'oxyde d'or se décompose, 
et l'or métallique, qui provient de cette décomposition, reste en- 
veloppé dans le fondant; on brunit avec un polissoir de san- 
guine, puis avec un brunissoir en agate. 
L'argenture s'exécute d'une manière semblable. 



I 



CHAPITRE VI 

LA LANTERNE MAGIQUE ET SES PERFECTIONNEMENTS. 

La lanterne magique (fig. 98) est un appareil qui permet d'ob- 
tenir, sur un écran blanc, dans une chambre obscure, des images 

amplifiées d'objets peints et des- 
sinés sur des lames de verre trans- 
parentes. 

Principes optiques de l'ins- 
trument. — La lanterne magique 
primitive se compose (fig. 99) d'une 
boite de fer-blanc s'ouvrant sur le 
côté, dans laquelle on place une 
lampe CQ munie de son réservoir à 
l'huile et de son verre. A la partie 
supérieure de la boile est une che- 
minée, par laquelle s'échappent les 
gaz provenant de la combustion de 
l'huile. Derrière la lampe, est accro- 
ché un réflecteur parabolique OC, 
aussi poli que possible, qui réunit les rayons dans la direction de 
la paroi de la boile opposée à celle qui soutient la lampe. Au mi- 
lieu decetle face, le faisceau lumineux ainsi formé rencontre une 
forte lentille plane-convexe I, qui le fait converger. Sur le trajet 
deces rayons, en GG, se glisse (par une coulisse latérale ménagée 
dans le tube qui contient l'appareil optique), le verre portant les 
images, de manière que les figures soient à peu de distance du 
foyer principal. Le système des deux lentilles produit alors une 
image amplifiée RT, renversée, et d'autant plus agrandie que Ifl 
foyer du système, B, est plus court. En faisantmouvoirla coulisse 
qui, dans le tube, joint les deux systèmes de lentilles, on s'aper- 
çoit bien vite que l'image RT se formera d'autant plus loin et sera 




— La lanterne magique, 
vue extérieure (Molteni). 



LA LANTERNE MAGIQUE ET SES PERFECTIONNEMENTS. 119 

d'autant plus grande que la demi-lentille I sera plus rapprochée 
de la lentille double B. On sait que pour redresser les images 
sur l'écran, ilsuffflt de placer le dessin dans la coulisse de façon 




l'ig. 99. — Coupe d'une lanterne magique, 

que les sujets y soient renversés; ils se peignent droit sur la sur- 
face blanche (flg. 101). 

Les projections peuvent être failes sur toute surface blanche, 
mur blanchi, papier blanc collé, ou simple morceau de calicot 
tendu sur deux bâtons. 

Les lanternes magiques se vendent communément, et en 
grande quantité, dans le commerce 
des jouets d'enfants. Elles n'ont dimi- 
nué de prix qu'en perdant beaucoup de 
leur puissance. Le fer-blanc, estampé 
et mis en couleur, fait tous les frais 
non seulement de la boite, mais des 
tubesrenfermantleslentilles. La lampe 
éclairante est composée d'une mèche 
plate trempant dans l'huile, sans verrez 
le réflecteur est en simple fer-blanc 
assez mal poli, et prend une forme sphérique creuse. Les lentilles 
sont en simple verre fondu, d'une blancheur toujours verdàtre, 
plein de fils et de bulles; l'appareil extérieur est remplacé par 
une demi-houle. 




:. liin. - Lanterne magique* 
principe optique (Mnllrnil. 



9 



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Fig. 101. — Une représentation do lanterne magique. 



LA LANTERNE MAGIQUE ET SES PERFECTIONNEMENTS. 121 

Différentes espèces ne lanternes magiques. — On a 

varié les formes de ces lanternes, et l'on a inventé le lampas- 
copeffig. 102 et 103). L'avanlage esld'abord de se procurer un éclai- 
rage plus puissant quela veilleuse fumante des lanternes magiques 
ordinaires. Pour y parvenir, on se sert simplement de la boule 
de verre opaque que l'on met sur nos lampes Carcel, modérateur 



■ 



■ 




'M 

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Lampascope de Moltcni. 



ou autres systèmes, employées communément dans les familles. 
A celte boule opaque, devenue bgile de lanterne magique, on 
ajoute un tube contenant le système lenticulaire. On place les 
vues peintes dans une fente, et l'on obtient les effets d'une lan- 
terne magique bien construite. On fabrique même des lanternes 
de famille construites de telle sorte qu'elles peuvent être éclairées 
avec une lampe à huile ou à pétrole que l'on introduit simple- 
ment dans leur boite. C'est un perfectionnement considérable du 



121 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

lampascope. Le plus petit de ces modèles donne des images 
rondes d'un mètre de diamètre. D'autres donnent des images 

de 2 m ,S0 à 3 mètres de 
haut. 

La fabrication des ima- 
ges photographiques posi- 
tives sur albumine est ve- 
nue offrir aux lanternes 
magiques actuelles un sup- 
plément considérable d'i- 
mages; mais toutes ne 
réussissent pas; il faut 
choisir entre elles, et sur- 
tout il est nécessaire de se 
servir d'un appareil opti- 
que perfectionné. Alors la 
lanterne magique tradi- 
tionnelle change de portée, 
elle devient un véritable 
microscope lumineux. 

Sources lumineuses 
pour lanternes magi- 
ques. — Il importe que la 
source lumineuse soitaussi 
vive que possible. 

Dès que la lumière élec- 
trique fut inventée, on eut 
l'idée de l'employer pour 
éclairer la lanterne magi- 
que. Elle y produit de très beaux effets. C'est M. Dubosq qui a 

construit l'appareil 
nécessaire en lui don- 
nant la forme que 
nous décrivons etre- 
présenlons (fig. 104). 
F, E, H, est une 
lanterne à parois 
opaques, en cuivre, 
soutenue par des 
pieds I, 1'. Au milieu 
est suspendu un régu- 
lateur électrique DG, mené par l'appareil d'horlogerie contenu dans 
le pied K. Un miroir concave C réfléchit les rayons et les renvoie 




Fig. 101. 



(loupe de l'appareil d'éclairage 

électrique. 




A— 1 






G 


1 " 

1 


-F — ■ 



HJ se 



Fig. 105. — Système optique perfectionné. 



LA LANTERNE MAGIQUE ET SES PERFECTIONNEMENTS. 12;) 

sur une lentille A, d'où ils sorlent en AB parallèles. La figure 105 
montre quel est le système optique pour ces lanternes magiques 
perfectionnées qui, dans les séances de conférences publiques 
du soir, servent à rendre visibles des images scientifiques, obte- 




Fig. 106. —Lanterne magique devenue le microscope photo •électrique. 

nues le plus souvent au moyen de la photographie sur verre 
positif. Les verres portant les images passent dans la coulisse AA, 
où celles-ci sont fortement éclairées par les lentilles F, G, oppo- 
sées par leurs faces convexes, et deviennent en quelque sorte de 
véritables foyers lumineux dont les lentilles E, H, projettent les 
images agrandies sur un tableau translucide formé d'une surface 






I 



I 



124 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

de calicot ou de soie vernie. Les images projetées sur l'envers, 
du môme côté où se trouve la lanterne, sont vues en transpa- 
rence lumineuse par le public placé de l'autre côté de ce 
diaphragme tendu. La partie IC est un tube rentrant, à frotte- 
ment doux, dans le plus grand; on le mène au moyen d'un 
pignon à crémaillère, et ce mouvement est indispensable pour 
la mise au point exacte qu'exige la finesse des épreuves photo- 
graphiques. 

La lumière électrique est la plus brillante, la plus intense que 
l'on puisse voir; c'est ainsi que l'on constitue le microscope 
photo-électrique (fig. 106), mais outre qu'elle est d'un prix rela- 
tivement élevé, elle est encombrante par suite de la nécessité 
d'employer les piles qui la produisent. 

C'est pourquoi on a recours à d'autres moyens. 

Dans les grandes villes, on emploie souvent le gaz, que l'on 
trouve partout; on porte alors ses soins sur un réflecteur de 
première qualité comme poli. 

Depuis quelques années, on a beaucoup employé la lu- 
mière oxyhydrique. Ce système consiste, théoriquement, dans la 
combustion de l'hydrogène dans l'oxygène, mais dans la pra- 
tique on se contente d'un mélange d'oxygène et de gaz d'é- 
clairage, qui n'esl, en somme, qu'un mélange de divers hydro- 
gènes carbonés. La lumière s'obtient en faisant arriver les deux 
jets des deux gaz, suivant une certaine proportion, sur un 
crayon de chaux vive qui entre en incandescence et produit 
une lumière blanche presque aussi intense que la lumière élec- 
trique. 

On peut encore employer pour l'éclairage la combustion du 
magnésium à l'air libre devant un miroir, car celle lumière n'est 
que 525 fois inférieure à celle du soleil; comparée à la bougie 
ordinaire elle est considérable : un fil de un demi-millimètre de 
diamètre équivaut à 74 bougies de 100 grammes. Le fil, dévidé 
d'une bobine par un petit mouvement d'horlogerie, vient se 
brûler dans la lampe au foyer du miroir. Le seul inconvénient 
est que cette combustion répand dans l'air d'abondantes fumées 
d'oxyde de magnésium ou magnésie qui se déposent peu à peu 
dans la lanterne. 

Appareil à projections. — Pénétré des inconvénients de la 
lanterne magique ordinaire, M. Molteni a créé un nouveau type 
d'appareil, c'est une lanterne magique perfectionnée, pour les 
démonstrations des cours publics, où elle rend de grands ser- 
vices; elle réalise les conditions suivantes : 

1° Éviter la nécessité d'une lampe spéciale ne pouvant plus ser- 



LA LANTERNE MAGIQUE ET SES PERFECTIONNEMENTS. 12ii 

vir, si on n'est pas à même de renouveler facilement les mèches, 
verres ou pièces venant à s'abîmer; 

2° Pouvoir se servir du premier éclairage venu : huile, pétrole, 
gaz ordinaire, lumière oxhydrique, etc. 

3° Occuper peu de place et être très portatif; 

4° Construire sur ce principe un modèle pouvant servir sim- 
plement à l'amusement, et d'autres modèles susceptibles d'être 
appliqués à l'ensei- 
gnement. 

La description d" 
l'appareil montrera 
que le buta bien élé 
atteint (fig. 107). 

Une boite a, à sa 
partie supérieure , 
une ouverture, fer- 
mée par une plan- 
chette mobile, et est 
munie d'une poignée. 

Rendue ainsi por- 
tative, la boite ren- 
ferme loutl'appareil, 
qui estcomplètement 
protégé. Ayant enle- 
vé la paroi qui est à 
coulisses, on sort de 
la boîte les quatre 
pièces suivantes : 

Le corps de l'ap- 
pareil; la cheminée ; 
l'objectif; le réflec- 
teur. 

Cela fait, on y in- 
troduit la lampe par 




Fiff. 107. — Appareil ;'i projections, (le Molteni. 



.'ouverture supérieure; on l'allume, on met le verre en place, 
puis on la coiffe du corps de l'appareil, que l'on fixe à la boite à 
laide des deux boulons qui l'accompagnent. 

Sur le cône (fig. 107) se visse l'objectif. 

Le rétlecteur s'établit à coulisses sur la tige, sur laquelle il 
peut se mouvoir; on met enfin la cheminée à sa place. 

Tout étant bien disposé, ainsi que le représente la ligure 107, 
il faut régler la position du point lumineux et l'amener au 
foyer des lentilles. Comme la lampe est complètement indé- 



■ 
il 



126 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

pendante au milieu de l'appareil, cette opération s'exécute facile- 
ment. 

Poljorama. Appareil à projection double. — Lorsqu'un 
tableau a été projeté, il faut le retirer de la lanterne pour le 
remplacer par un autre. Pendant le changement, on doit, ou 
fermer l'objectif, ou laisser l'écran en pleine lumière. Cela fait 
assez mauvais effet dans l'un ou l'autre cas. 

L'avantage du polyorama, ou appareil à vues fondantes, est 
d'occuper la toile d'une manière continue. Les projections se 
succèdent sans interruptions, en se fondant, pour ainsi dire, l'une 
dans l'autre, l'une s'éteignanl pendant que l'autre acquiert déjà 
plus de vigueur. Le côté le plus intéressant de ce mode de repré- 
sentation est d'obtenir plusieurs transformations successives d'une 




I 



Kig. 108. — Polyorama horizontal. 

même vue, que l'on fait passer du jour à la nuit, de l'été à l'hi- 
ver. On peut aussi donner de l'animation à la vue déjà projetée 
sur l'écran, en la complétant par des effets complémentaires d'au- 
rore boréale, déneige, d'incendie, etc. 

^ Ces effets, qui peuvent se compliquer à l'infini, s'obtiennent à 
l'aide de deux, trois, quatre ou cinq lanternes, dirigées vers le 
même point delà toile, sur laquelle elles projettent simultané- 
ment les sujets principaux et les effels complémentaires. 

Différentes dispositions peuvent être employées pour permet- 
tre de masquer successivement la lumière des deux lanternes 
composant un polyorama. 

Le système des diaphragmes à ouvertures variables, adopté 
pour l'appareil dessiné dans la figure 108, est le plus perfec- 
tionné. 



LA LANTERNE MAGIQUE ET SES PERFECTIONNEMENTS. -127 

La figure 109 représente la disposition habituelle des polyora- 
mas. Les deux lanternes A elB, montées sur la planchette CD, sont 
mobiles clans le sens horizontal, afin qu'on puisse régler la con- 
vergence de leur lumière sur 1 écran. Celte convergence varie 
nécessairement selon la distance à laquelle on opère. L'appareil 



n 




Fie, 1U0, — f'olvurama double vertical.' 



Ud 



peut fonctionner à volonté avec des lampes à pétrole à plusieurs 
mèches, avec la lumière oxhydrique ou avec la lumière oxycal- 
cique. 

Tout étant en ordre, les disques lumineux bien uniformément 
éclairés et se superposant complètement, il ne reste plus qu'à 
glisser les tableaux à leur place et à les mettre au point. Nous 



■ 



128 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

supposons ici qu'au préalable les cadres auront été ajustés, afin 
que chaque vue tombe bien à sa place sur l'écran. 

La disposition horizontale (fig. 108) oblige l'opérateur à passer 
conlinuellement derrière l'appareil pour aller d'une lanterne à 
l'autre pour y introduire de nouveaux tableaux; de plus, lors- 
que deux tableaux mécanisés doivent être projetés simultané- 
ment, il faut deux personnes pour manœuvrer l'appareil. 

Aussi a-t-on adopté l'appareil double vertical (fig. 109). C'est 
le type dont Molteni se sert de préférence. 

Il occupe moins d'espace; il est d'un transport plus facile, il 
forme un ensemble compact, moins sujet à se déranger, et il a 
surtout l'immense avantage de permettre à l'opérateur, qui 
reste en place, de pouvoir manœuvrer simultanément les tableaux 
des deux appareils. On a tout sous la main : robinets, crémail- 
lères de mises au point, chalumeaux, vis de rappel pour les con- 
vergences, diaphragmes ; en un mol, on peut au besoin manœu- 
vrer en restant assis et sans se déranger. Parmi les avantages du 
polyorama vertical, nous devons encore signaler celui de pouvoir 
faire passer dans chaque lanterne successivement les différentes 
parties d'une même vue, ayant des dimensions en longueur supé- 
rieures à la largeur de l'appareil. Ceci est impossible avec l'appa- 
reil horizontal à double lanterne. 

Commenton peint les images . — En général, la peinture des 
verres de lanterne magique est restée aussi imparfaite qu'elle 
t'était il y a deux cents ans, lors de la construction des premiers 
appareils. On a recours à l'impression et au transport sur les 
verres d'images imprimées d'abord sur un papier spécial; le 
décalquage fait perdre aux dessins une partie de leurs traits les 
plus fins. Une fois l'esquisse et la mise en place des sujets 
obtenues de celte façon, le coloriage n'est qu'une application 
de teintes plates. On emploie, en général, pour le rouge, une 
forte infusion de bois de Brésil, ou de cochenille ou de carmin, 
suivant la délicatesse des tons que l'on veut obtenir; pour le 
vert, on se sert d'une dissolution de vert-de-gris, qui est un 
poison violent, mais on ne peut l'éviter, parce qu'il faut, avant 
tout, des couleurs transparentes; pour les verts foncés, on em- 
ploie le vert martial; pour les jaunes, la gomme-gutte ou une 
infusion de nerprun; pour le bleu, la dissolution du vitriol de 
Chypre. Ces couleurs suffisent pour former loutes les autres. La 
Sienne sert aussi pour des terrains et son mélange avec le bleu 
fournit des verts d'un autre ton que ceux fournis par le jaune, 
ce qui enrichit d'autant la palette. 

Par la méthode dite au patron, on obtiendrait certainement 



LA LANTERNE MAGlOUE ET SES PERFECTIONNEMENTS. 12$ 

des verres de lanterne manque beaucoup mieux coloriés que 
ceux qui se trouvent dans le commerce. 

Et c'est un vrai plaisir pour certains amateurs que de faire 
des dessins pour les lanternes magiques. 

Il faut d'abord faire choix d'un verre dont la largeur sera dé- 
terminée par la grandeur de la coulisse dans la lanterne ma- 
gique; quant à sa longueur, l'babitude a prévalu de lui donner 
quatre à cinq fois au plus sa largeur. 

On dessine ensuite les objets que l'on veut représenter ou bien 
on les reproduit par la photographie, ou bien on en colle les 
images l'une à côté de l'autre, en les réduisant à la grandeur 
voulue. On obtient ainsi l'ensemble de la composition. 

On se procure alors du papier dioptiïque, ou l'on en fait 
s'oi-mème. Il suffit de choisir un papier blanc assez fort, et de 
l'enduire d'un vernis gras qui le rend translucide et roide en 
même temps. On le laisse ensuite bien sécher. 

On se procure plusieurs godets et différents pinceaux ou 
brosses, puis une molette et un plan de verre afin de broyer les 
couleurs le mieux possible, car de là dépendent le poli des teintes 
et leur brillant. 

A ce point du travail, on délaye les couleurs au vernis et on 
peint avec le vernis, moyen facile pour ceux qui savent un peu 
peindre; seulement il faut prendre soin de passer soil en 
tamponnant, soit en versant, comme du collodion pour l'image 
photographique, une couche d'essence de térébenthine sur le 
verre. On laisse sécher, et les couleurs se fixent parfaitement. 

Le modèle étant arrêté, on dessine au crayon par transpa- 
rence le patron numéro 1, sur lequel on étend une couleur, le 
jaune par exemple, à toutes les places qu'il doit occuper dans 
l'image finale. Cela fait, on dessine le patron numéro 2 pour la 
laque rouge, puis le patron numéro 3 pour le vert, et enfin le 
patron numéro 4 pour le bleu de Prusse. Ensuite rien n'est plus 
simple que de produire autant d'images du modèle que l'on 
voudra. On découpera sur chaque patron, au canif ou au moyen 
d'une pointe spéciale dont se servent les graveurs sur bois pour 
papiers de tenture, toutes les parties qui doivent être vides, afin 
qu'on puisse y appliquer les couleurs : puis se servant du pinceau 
mouillé dans un peu de couleur délayée à l'eau, mais demi-sèche, 
on le frottera en rond sur le bord de la découpure de manière à 
la dépasser peu à peu et à bien étendre la couleur. 

Il faut laisser bien sécher chaque couleur et poser légèrement 
celles qui doivent venir par-dessus. Peu à peu le dessin se com- 
plète ; une fois les quatre patrons passés et l'ensemble bien sec, 



II 



130 



LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 



on vernit le tout, en y versant du vernis très blanc, ou de la 
gomme incolore, de la même manière qu'on verse le collodion 
pour les épreuves photographiques. On laisse sécher à l'abri de 




Fig. 110. — Les animaux : l'éléphant, le paon, le tigre, l'aigle. 

la poussière, on borde le verre de deux bandes de papier fort, 
collées à la colle forte, pour éviter que le verre ne coupe les 
doigts, et l'épreuve est prête. 




Fig. 111. — Panorama de Constuntinople avec barques e( navires passant au premier plan. 

Sujets d'étude à iutroduire dans la lanterne musique . 

— La lanterne magique peut et doit être autre chose qu'un 
jouet d'enfants sans portée. Nous avons dit que déjà d'intelli- 




1 * — • — Caravane passant au pied du Sphinx. 



gents constructeurs en ont introduit l'emploi dans les démons- 
trations nécessaires pour les conférences publiques, et ces 
exhibitions attirent toujours un grand nombre de spectateurs. Il 
est bien temps que les lanternes magiques populaires, celles qui 
se vendent à tout le monde, cessent de ne présenter aux enfants 



LA FANTASMAGORIE. 



131 



qui les font voir ou qui les regardent_ r que des scènes ridicules. 
11 esl désirable que les enfants trouvent dans l'usage de ces 
ingénieux appareils, non l'occasion de rire de sottes caricatures 
ou d'écouter seulement des contes, mais bien des tableaux ins- 
tructifs qui leur apprennent soit l'histoire naturelle (fig. HO), 



ffl«||IIIIIHII^^ 



Fig. 113. — Kebecca et Eliezer, Moïse sauvé des eaux, le sacrifice d'Abraham. 

soit l'histoire non moins utile des métiers de l'homme, des tra- 
vaux industriels ou agricoles, l'histoire de la terre sous le nom 
de géographie (fig. 111, 112), l'histoire sainte (fig. 113), l'histoire 
de noire pays et du monde entier, ainsi que mille autres sujets 
qui frapperont vivement leur imagination et contribueront à 
leur instruction. 



CHAPITRE VII 

LA FANTASMAGORIE. 

Fautasmagorie. — On a donné ce nom à différents spectacles 
du même genre que la lanterne magique, dans lesquels, au moyen 
de certains artifices, on fait apparaître, dans un lieu obscur, des 
images qui semblent èlre des ombres, des fanlômes que l'on 
évoque. Dans ce genre de spectacle ingénieux et attrayant, les 
objets sont éclairés et amplifiés par des verres, comme dans la 
lanterne magique; mais tandis que pour les représentations au 
moyen de celle-ci, les spectateurs sont placés du même côté que 
la lanterne, c'est-à-dire devant la toile qui reçoit les images, 
quand il s'agit de fantasmagorie, la toile est tendue entre les 
spectateurs et l'instrument. 

Installation et outillage. — On fait usage d'une toile en 
taffetas gommé, tendue dans un cadre de bois on dans l'em- 
brasure d'une porle qui sépare deux chambres. Les spectaleurs 



m 



I 



132 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

se mettent d'un côté; l'opérateur se lient de l'autre; tous sont 
plongés dans l'obscurité. 

Sur une table est placée une lanterne magique ordinaire, elle 
est composée d'une grande boite en bois qui renferme une lampe 
a réflecteur munie de verres grossissants; celte lampe éclaire 




Fig. 114.— Lanterne magique montée sur un système do roues pour la fantasmagorie 

l'image placée dans l'axe d'un tuyau spécial. Les rayons lumi- 
neux projetés par le réflecteur viennent frapper la surface con- 
vexe d'une lentille dont la partie plane est tournée du côté du 
tableau transparent. 

Cet appareil est mobile sur un système de grandes roues mu- 
nies de drap ou de flanelle, qui leur permet de glisser sans bruit 
sur un parquet (fig. 114). 



LA FANTASMAGORIE. 133 

En avant de cette lanterne, se trouve un verre lenticulaire indé- 
pendant, qui s'éloigne quand elle se rapproche de la toile et qui 
se rapproche quand elle s'éloigne, de sorte que l'image reste tou- 
jours visible et bien distincte. Suivant que l'opérateur avance ou 
recule son appareil, les objets paraissent plus petits ou plus 
grands. Quand il débute à une très petite distance, en éloignant 
autant que possible le verre lenticulaire indépendant, l'image 
parait dans l'éloignement comme un point presque impercep- 
tible. A mesure que la lanterne s'éloigne et que le verre lenticu- 
laire se rapproche, la figure prend des proportions de plus en 
plus grandes; s'il recule avec rapidité la lanterne, le fantôme 
parait se précipiter sur les spectateurs. 

On peut, en modifiant la disposition de l'appareil, produire des 
images d'une grandeur fixe, mais qui se meuvent et paraissent 
animées. 

Quand la toile est bien disposée, quand elle est entourée de 
rideaux opaques, les spectateurs ne peuvent se rendre compte de 
la distance qui les en éloigne, et ils sont ainsi l'objet d'une illu- 
sion vraiment remarquable. 

On a soin de ne faire apparaître que des figures effrayantes, 
des fantômes, des démons, des tigres à la gueule enflammée, des 
serpents qui, après s'être approchés lentement, bondissent et 
semblent vouloir se jeter sur les spectateurs. 

Peinture des verres «le la fantasmagorie. — On peut, 
avec l'appareil fantasmagorique, qui, réduit à de petites dimen- 
sions, est d'une construction très simple, peindre soi-même des 
figures sur verre, et disposer le tableau de telle façon que les 
personnages qu'il représente semblent animés et doués de mou- 
vement. La peinture se fait avec des couleurs broyées que l'on 
applique sur verre à l'aide de vernis à tableaux et dans un 
grand nombre de cas on peut donner plus de relief à la peinture, 
en l'entourant d'un fond noir que l'on produit en étalant tout au- 
tour, sur le verre, une couleur formée de noir de fumée et de 
vernis à tableau. Voici quelques figures qui offrent une illusion 
assez plaisante. 

Une tête d'animal qui remue les yeux (fig. 115 et 116). —On peint 
sur le verre la tète d'un animal quelconque, d'un chat-huant par 
exemple ; on a soin de laisser la place des yeux en blanc, et en 
prenant minutieusement ses dimensions, on dessine sur une 
autre plaque de verre deux points noirs disposés de telle ma- 
nière que, placés derrière la première plaque, ils simulent la pu- 
pille des yeux de l'animal. La première plaque de verre est fixée 
dans un écran de carton qui peut entrer dans le tuyau fantas- 

H. di Iîkifpignt. -- Les iudustriel li'jmateurs. & 






■ 



M 



w 



131 LA TEKRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

magorique; la deuxième plaque est légèrement mobile dans un 
glissoir, et elle peut se mouvoir de telle sorte que les points 
noirs qui y sont peints se transportent de la droite des yeux à la 
gauche; cette figure projetée sur l'écran représente la tête, d'a- 
bord très petite; on éloigne peu à peu l'appareil fantasmago- 





Fig. 115. 
La première plaque du chat-huanl. 



Fig. 116. 
La deuxième plaque du chat-huaul. 



rique, et le chat-huant grossit à vue d'oeil; il semble se précipi- 
ter sur les spectateurs; on fait mouvoir la plaque de verre aulé- 




et 118. —-Le turc portant sa tète à liras teiilu, 



rieure, et voilà la tête qui agite ses pupilles et regarde successi- 
vement toutes les parties de la salle. 

Une fenêtre qui se ferme. — Une jeune dame est à sa fenêtre et 
arrose les fleurs qu'elle y cultive, elle s'aperçoit sans doute qu'elle 
est vue, car la voilà tout à coup qui ferme précipitamment ses 
rideaux et disparait sous ce voile. Cet effet se produit à l'aide 



U FANTASMAGORIE. 



135 




d'un système identique au tableau précédent. — Derrière le verre 
qui représente la fenêtre, on en fait glisser un autre où sont peints 
d'abord les personnages, ensuite les rideaux; on fait rapidement 
avancer ce verre en le 



poussant clans un glissoir 
où il est maintenu; comme 
le mouvement est subit, le 
rideau ne parait pas avan- 
cer, mais bien tomber na- 
turellement, et l'illusion 
est complète. 

Nous citerons encore . .. ..', 

comme exemples le Turc portant sa tête a bras tendus (flg. 117 
et 1181 et Arlequin gourmand s'appi étant a goûter au con- 
tenu de la marmite : un monstre en sort et Arlequin est de- 

voré(fig. 119). , ....,.„., 

Ces verres, faciles à préparer, peuvent cire variés a 1 infini, et 

ils sont aussi bien employés dans la lanterne magique que dans 

l'appareil fantasmagorique. Les opticiens ont 1 habitude de faire 



Fig. 119. -- Arlequin gourmand, 





Fig. UO. 
Le marmiton portant une tête de 



tm 



Fig. Ht. 
La tiHe de veau portant un marmiton. 



un grand nombre de sujets différents, à l'aide du mouvement que 
l'on peut facilement communiquer à l'une des plaques de verre. 
Un marmiton qui change de tôle. — Voici un marmiton (fig. 120) 
qui s'avance majestueusement portant dans un plat une léte de 
veau gracieusement parée de persil ; tout à coup la scène change : 



m 

■ 

1 



wM 



136 LA TERKE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

le marmiton a la tète de veau sur les épaules, et il porte dans le 
plat sa propre tête (fig. 121). Sur le verre fixe, on a dessiné un 
marmiton sans tête, portant un plat vide (fig. 122); sur le verre 
mobile, on a dessiné deux têtes placées en sens inverse (tig. 123). 
Quand on fait glisser ce verre, retenu par deux crans, le per- 
sonnage a sa tête naturelle; quand 
on pousse le verre plus loin, il y a 
substitution de l'une à l'autre. 

On peut encore représenter de la 
même façon un gourmet qui se 
trouve attablé devant un festin de 
Garganlua. Il a devant lui un pâté 
formidable qu'il dévore des yeux 
et il va le découper avec convoitise. 
Voilà tout à coup le pâté qui dis- 
paraît et laisse un plat vide en face 
du malheureux convive. 

Fantasmagorie <t lanterne 
magique combinées. — Si l'on 
fait une scène d'apparition, telle 
que l'arrivée d'un brigand dans une forêt, d'une nonne dans un 
cloître, on complèle l'appareil fantasmagorique par une bonne 
lanlerne magique placée à côté, et dans laquelle on place un ta- 
bleau représentant l'endroit où va se reproduire l'apparition. 

Dans l'appareil fantasmagorique, on place la figure qui doit 
apparailre ; on la montre d'abord très petite, sur le fond du 




Verre fixe 



Fig. 122. 
le marmiton sans tète. 






Fig. 123. 



Verre mobile sur lequel sont peintes les tètes et que l'on fait 
mouvoir à volonté. 



tableau et on la grandit peu à peu de telle sorte qu'elle semble 
avancer sur le premier plan, puisque la grandeur du tableau, 
placé dans la lanterne magique, ne varie pas. 

Pour bien réussir dans celle expérience, les deux instruments 
doivent être placés un peu obliquement à la toile, et faire avec 
elle un angle ouvert, afin que les rayons issus des deux lanternes 
ne se nuisent pas entre eux. 



LA 



TAILLE DES CRISTAUX, LA GRAVURE SUR VERRE. ETC. 



13" 



Mégascope. — On peut substituer à l'appareil transparent de 
la fantasmagorie le mégascope, où, en éclairant un objet opaque 
tel qu'un médaillon, on peut en projeter l'image sur la toile 

transparente. 

Avec un peu d'habitude on arrive à rendre très nettement dit- 
férents effets, et quand les personnages sont représentés conve- 
nablement, ils semblent se rapprocher tellement des spectateurs, 
que quelques-uns d'entre eux sont parfois tentés de se déplacer 
pour leur livrer passage. 






■ 



CHAPITRE Vlll 



LA TAILLE DES CRISTAUX. — LA GRAVURE SUR VERRE 
ET SUR CRISTAL. 



I 



Avant de graver sur verre ou sur cristal, il existe plusieurs 
opérations que nous ne devons pas passer sous silence. Nous 
voulons parler de la taille et du dépolissage du verre qui s'opèrent 
le plus souvent dans des usines et des manufactures spéciales, 
mais que peuvent exécuter les amateurs. 

Taille de» cristaux. — La taille des cristaux a pour but de 
leur enlever leurs imperfections et déterminer à leur surface des 
facettes qui réfléchissent, réfractent la lumière et leur donnent de 
l'éclat. Elle s'opère sur des meules verticales, animées d'un mou- 
vement rapide de rotation, et auxquelles on présente l'objet à 
tailler. Lorsque ï'ébauchage, qui a été exécuté sur des meules .en 
fonte enduites d'une bouillie de grès blanc, est achevé, l'ouvrier 
tailleur assis devant la roue appuie contre elle la pièce et régu- 
larise les facettes produites. Comme, à ce moment, le verre est 
devenu ferme et mat, on l'adoucit avec une roue de bois, on le 
ponce et on lui rend le poli et la transparence à l'aide d'une 
meule de liège couverte de potée oVétain, c'est-à-dire d'un alliage 
de deux tiers de plomb et un tiers d'étain. 

Quand les pièces sortent des ateliers de taille, elles sont lavées, 
séchées et portées, soit aux magasins, soit aux ateliers de déco- 
ration où elles subissent l'opération de la gravure par l'un des 
procédés décrits ci-dessous et qui les transforment souvent en vé- 
ritables objets d'art. 

Les amateurs de travaux manuels trouveront d'agréables dis- 
tractions dans les procédés suivants, qui ont pour but la manière 

H. 



138 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

de dépolir le verre et les cristaux, de les fleurdeliser et de les 
décorer des plus gracieux dessins. 

Dépolissage du Terre et «les cristaux. -Pas d'outillage ou 
tout au moins un outillage rudimentaire : tout l'attirail se com- 
pose d une livre d'émeri un peu gros, d'une livre de plomb de 
chasse et d une boite rectangulaire de 25 à 30 centimètres de lon- 
gueur. Une boite à cigares, dont l'un des côtés serait muni de 
charnières et l'autre d'un crochet de fermeture, remplirait parfai- 
tement le but; n'oublions pas d'ajouter que le bord de cette fer- 
meture doit être recouvert d'une bande de feutre ou de drap 
pour ne pas laisser filtrer la poudre d'émeri. Cette boite est des- 
tinée à agiter et à rouler le plomb et l'émeri sur la surface du 
verre ou du cristal qui est installée au fond de la boîte ou sur 
1 un des côtés suivant ses dimensions. 

Si la surface à attaquer était plus grande que la boite, on 
modifierait ses dimensions. 

Si la surface était courbe comme les parois d'un verre ou d'un 
gobelet, on s'ingénierait à installer cet objet à une des extré- 
mités de la boîte soit en y pratiquant une ouverture appropriée 
soit en I y maintenant avec des bandes de caoutchouc. 

«rayure à l'émeri. - On découpe dans du papier la figure à 
graver, et on colle celui-ci, avec de la gomme, sur la plaque de 
verre qu'on veut mettre en œuvre, il faut ensuite laver la surface 
enlever avec soin la gomme, qui aurait pu se répandre sur les 
parties laissées à nu, afin qu'elles soient bien nettes. 

Quelques personnes usent d'un autre procédé, quand la finesse 
du dessin rend le découpage du papier trop difficile, ils établis- 
sent leurs réserves avec un vernis gras et épais, c'est-à-dire qu'ils 
recouvrent de vernis toutes les parties qui ne doivent pas être 
attaquées, après avoir décalqué leur modèle sur la surface polie. 
^ Les deux procédés sont également employés, mais le dernier a 
l'avantage de se prêter à la gravure des lignes les plus légères, à 
la reproduction exacte d'une dentelle. 

Tout ce qui n'est pas recouvert de papier ou de vernis est 
vivement attaqué par le plomb et par l'émeri, et la netteté du 
dessin dépendra de la régularité des couvertes, qui doivent être 
dans l'un et l'autre cas de la plus scrupuleuse régularité de 
lignes et de formes. 

Tous les genres de dessins peuvent être reproduits par ce pro- 
cédé sur les verres et cristaux, les initiales, les chiffres, les ins- 
criptions el tous les genres d'ornementations, aplat bien entendu. 
Quand les objets sont installés et fixés dans la boîte, on y in- 
troduit la poudre d'émeri et le plomb de chasse, on referme le 



LA TAILLE DES CRISTAUX, LA GRAVURE SUR VERRE, ETC. 139 

couvercle et on secoue fortement et longtemps dans le sens ver- 
tical, afin que plomb et émeri attaquent directement en retom- 
bant la surface à dépolir. Dans toute celte opération, le plomb 
n'est qu'un agent conducteur, mais nécessaire : les grains de 
plomb, les parcelles d'émeri viennent ensemble frapper la plaque 
ou la surface à graver, au bout d'un instant les parcelles d'émeri 
s'incrustent dans le métal mou et chaque grain de plomb prend 




l'émeri sur mi tour. 



l'aspect d'une petile meule sphérique, hérissée d'aspérités; ces 
grains armés, et les parcelles libres d'émeri, attaquent bientôt 
avec plus de violence les surfaces découverles de la plaque. 

L'opération se prolonge plus ou moins, suivant le degré de dé- 
polissage ou d'incrustalion à obtenir; c'est œuvre de patience. 

Si l'on emploie de l'émeri plus gros el du plomb plus forl, l'opéra- 
tion marche plus hâtivement, mais le dépolissage est plus informe; 
si au contraire on désire une gravure plus douce et plus uniforme, 
on réduira la grosseur du plomb et de l'émeri. L'usage et la pra- 
tique en diront plus sous ce rapport que tous les renseignements. 



■ 



■ 



I 



1 40 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE. LA PORCELAINE. 

Après l'opération, la plaque esl retirée de la boite, débarrassée 
des papiers et des vernis qui ont servi aux réserves et c'est alors 
qu'on peut voir le dessin avec tous ses détails ressortir en mat 
sur le fond brillant. 

Quelquefois on grave à l'émeri à l'aide du tour (lig. 124). 

Sur l'arbre d'un petit tour à pédale on fixe un disque de cuivre 
dont l'épaisseur et le diamètre doivent être en rapport avec le 
sujet à graver. On recouvre ensuite la circonférence de ce disque 
avec une pâte formée d'huile d'olive et d'émeri 1res fin, puis, 
après avoir indiqué sur le verre, à l'aide d'un mélange d'eau de 
gomme et de céruse, les contours du dessin à graver, on 
imprime au tour un mouvement de rotation dont la vitesse doit 
dépendre du diamètre de la roue. 

Pour proléger les yeux contre les poussières que projette le 
disque sous l'action de la force centrifuge, il est indispensable 
de disposer au-dessus et dans le même plan une lame de métal 
que l'on fixe à un support mobile le long d'une tige de fer. 

(■raTure à l'acide. — L'acide fluorhydrique, qui se prépare 
en chauffant dans une cornue de plomb une partie de fluorure de 
calcium pulvérisé et trois parties et demie d'acide sull'urique 
concentré, étendu de la moitié de son volume d'eau, est souvent 
employé, soit à l'état gazeux, s'oit à l'état liquide pour graver 
sur verre et sur cristal. 

A cet effet, on enduit le verre d'une couche d'huile de lin sic- 
cative ou d'un vernis composé de cire vierge et d'essence de 
térébenthine; on trace ensuite, au moyen d'une pointe fine, le 
dessin à graver, et, après avoir entouré d'un bourrelet de cire 
molle toute la partie enduite de vernis ou d'huile, on expose 
l'objet aux vapeurs de l'acide, ou bien on le recouvre d'acide 
fluorhydrique liquide, jusqu'à ce que la profondeur de la taille 
soit jugée suffisante. Ou lave alors à grande eau, et l'on enlève le 
vernis avec l'essence. 

La gravure obtenue par ce procédé est loin d'êlre aussi belle et 
aussi nette que la gravure à la pointe et même que la gravure à 
l'émeri. Aussi ne l'emploie-l-on que pour décorer les vitres, les 
globes de lampes, et tous autres objets de peu de valeur. 

Gravure au sable. — Ce procédé consiste à corroder le 
verre en projetant du sable à sa surface au moyen d'un jet d'air 
ou de vapeur; le verre se trouve ainsi rapidement dépoli. Ce fait, 
observé par un Américain, M. Tilghman, est mis à profit pour 
graver" sur le verre ; il esl vraisemblable qu'il se pliera à des 
usages variés, et que plus tard il remplacera, en partie, la gra- 
vure à la roue ou même à l'acide fluorhydrique. 



LA TAILLE DES CRISTAUX, LA GRAVURE SUR VERRE, ETC. 141 

L'appareil dont on se sert à cet effet est très simple : c'est une 
Irémie contenant du sable bien sec qui s'écoule d'une manière 
continue par un tube dont- on règle la longueur et l'incli- 
naison de manière à graduer à volonté la chute du sable. Cet 
écoulement se fait par un tube étroit placé un peu au-dessous du 
tube qui amène le jet de vapeur ou le vent d'une machine souf- 
flante. Des trous d'air, comme dans les trompes, sont pratiqués 
à une petite distance du tube qui amène le vent. Le sable, en- 
traîné violemment par ce jet, est projeté avec forée sur le corps 
qu'on soumet à son action. 

En faisant varier la quantité 
de sable, le volume et la viiesse 
de l'air, ainsi que le diamètre 
du jet, ou produit des ell'els 
plus ou moins rapides ; il con- 
vient d'éviter les poussières 
fournies par cette opération en 
enfermant l'appareil dans uni- 
cage vitrée. 

Des substances bien plus 
dures que le verre sont rapide- 
ment corrodées par le sable 
ainsi projeté à leur surface ; 
dans les premières expériences 
faites à New-York, en employant 
une pression de 136 kilogram- 
mes, on a percé en vingt-cinq 
minutes un trou de 0,032 de 
diamètre dans un bloc de co- 
rindon, avec une pression de 
A'ô kilogrammes en trois minu- 
tes; un trou de 0,032 de diamè- 
tre et de 0,008 de profondeur a 
été fait dans une lime d'acier. 
Le poids d'un diamant a été 
sensiblement diminué en une 
minute, et une topaze a été détruite. 

Pour le verre, il faut peu de pression : le soufflet d'une lampe 
d'émailleur suffit, et on peut facilement graver, dans les labora- 
toires, les divisions des tubes gradués, les étiquettes des fla- 
cons, etc.. Quelques minutes suffisent pour dépolir une plaque 
de 2 décimètres carrés. 

Les parties du verre qui doivent resler intactes sont recou- 



m 




lir;i\ un- ;iu sable. 



I 



I 






142 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE. LA PORCELAINE. 

vertes d'un palron en papier ou d'un vernis qui forme les réserves. 

Gravure à la pointe.— Ce genre de gravure, qui exige beau- 
coup d'habileté et une longue pratique, s'exécute à l'aide d'une 
broche qui est terminée par une pointe d'acier ou de silex et que 
l'on adapte au barillet d'un tour. 

L'artiste commence par dessiner sur le cristal ou le verre le 
sujet qu'il doit graver, puis, après avoir mis son tour en marche, 
il présente le cristal ou le verre à la pointe en ayant soin de bien 
suivre le tracé, et d'appuyer plus ou moins selon la profondeur 
qu'il convient d'obtenir. 

C'est par ce procédé que sont faites les belles gravures qui 
décorent les cristaux de Bohême, d'Italie et de Fiance et dont la 
plupart sont des chefs-d'œuvre de composition. 

Comme toutes les choses de prix, la gravure sur verre et sur 
crislal a ses imitations. On grave à l'acide, au sable et à l'émeri. 
Mais de tous ces procédés, le dernier est encore celui qui donne les 
meilleurs résultats, et se rapproche leplus de la gravure a la pointe. 



CHAPITRE IX 

LA MOSAÏQUE. 



La mosaïque était peu usitée en France avant que M. Charles 
Garnier ait eu la pensée de l'employer dans la décoralion du 
nouvel Opéra de Paris ; mais maintenant on la voit briller sur les 
façades de quelques grands édifices, et les architectes commen- 
cent à l'appliquer dans l'intérieur des constructions. 

La mosaïque est un ouvrage fait au moyen de cubes en émail 
ou en marbre, fixés contre une surface solide avec un mastic ou 
un ciment malléable d'abord, résistant et dur ensuite. 

La mosaïque peut se diviser en plusieurs genres principaux : 
les revêtements, les pavements, les bijoux, les reproductions de 
tableaux. Mais ces genres ne sont pas séparés par des limites 
bien déterminées : les anciens, par exemple, incrustaient dans 
les parquets des scènes de chasse, des motifs d'histoire, en mar- 
bres et en émaux : celait une décoration somptueuse qu'on a 
plus tard réservée aux murailles et aux voûtes. Les dénomina- 
tions locales, dont on use volontiers, ne donnent pas des divisions 
précises; il y a bien des dill'érences de style entre les types 
extrêmes de mosaïques anciennes, byzantines, romaines, véni- 



LA MOSAÏQUE. 143 

tiennes ; mais les points de contact sont nombreux, et, pour la 
technique de la fabrication, il serait difficile, impossible même, 
selon nous, d'établir des catégories nettement tranchées, sauf 
pourdeuxou trois spécialités que noussignalerons ultérieurement. 

Outillage- — A l'exception de quelques rares procédés nou- 
veaux, la fabrication est la même depuis la plus haute antiquité 
jusqu'à nos jours. Elle n'a rien gagné aux progrès de la méca- 
nique ; la main de l'homme et quelques outils élémentaires suf- 
fisent pour exécuter la plus parfaite mosaïque. 

Nous allons passer en revue les opérations successives aux- 
quelles donne lieu la fabrication d'une mosaïque décorative. 

Composition du mo<ièl<*. — Le dispensateur du travail veut 
revêtir une surface murale: il s'adresse, avant tout, à un artiste et 
lui confie la composition du modèle. L'artiste arrête le sujet, fait 
une maquette peinte et, après qu'elle est approuvée, exécute le 
modèle à la grandeur d'exécution. Pour éviter des mécomptes, il 
est utile de mettre en place ce modèle peint, car il est bien difficile 
déjuger, par une maquette tenue à la main, l'eflet que produira 
la composition en grand à sa place et dans sa lumière normale. 
Si l'expérience a réussi, le modèle est détaché et reporté à l'atelier. 

Matériaux. — Le manufacturier s'occupe alors d'assortir les 
matériaux; s'il ne les a pas en réserve, il les fabrique. 

Les matériaux sont des pierres, des marbres et des émaux. 

Les émaux sont de deux genres distincts : ils sont, ou colorés 
dans la masse, ou recouverts d'une feuille métallique. 

Les premiers, qu'on nomme smaltes en Italie, sont générale- 
ment composés comme il suit : 

Sable I«8 parties. I Flnate de chiuj 30 parties. 

Minium 60 — Carbonate de soude. .. 40 — 

Azotate.... | Gioisil 50 — 

Le groisil est le déchet d'une semblable composition; dans les 
premières fontes, il est remplacé par les autres matières en pro- 
portion. A. ces substances ou ajoute des oxydes de cuivre pour le 
vert, d'urane pour le jaune, de nickel pour le brun, de platine 
pour le gris, de manganèse pour le violet, etc. La masse est 
mise dans un four de verrerie; lorsqu'elle est suffisamment 
liquide et raffinée, on la colle sur des plaques de fonte, et on en 
fait des galettes d'environ 1 centimètre d'épaisseur et de 10 cen- 
timètres de côté ou de diamètre. 

La confection des émaux à feuilles métalliques est plus difficile ; 
si on examine avec soin dans la tranche un des cubes qui servent 
aux fonds d'or, on voit, sur une base d'émail, une feuille d'or 



: 



M 



I 



144 LA. TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

très mince et sur celte feuille une pellicule de verre blanc. 

En place dans la mosaïque, l'émail est invisible, puisque le 
cube se présenle de face, et la transparence du verre laisse briller 
l'or dans tout son éclat. 

Voici comment le produit s'obtient : on fait chauffer une 
cuvette de verre très mince en forme bombée de verre à montre; 
on applique à l'intérieur une feuille d'or; dans le creux on coule 
de l'émail fondu ; on aplatit le tout et on fait recuire. 

Galettes d'émail. — Pendant la préparation du mur, les 
élèves découperont les galettes d'émail et les plaques de marbre, 




Fig. l-ti. — Slarteline, galette et coupoir. 



I 



que le maître mosaïste aura choisies avec soin en conformité 
du modèle peint. Le travail est des plus élémentaires : d'une 
main on tient la galette à plat sur un coupoir, et de l'autre on 
frappe quelques coups secs avec la marteline à deux tranchants 
(fig. 126); la matière est débitée d'abord en tranches, puis cou- 
pée par le travers, de façon à ce que chaque petit morceau 
ait environ 1 centimètre de dimension sur chacune de ses 
faces (fig. 127); il est évident que ces dimensions varient selon 
l'ouvrage ; mais la mesure que nous indiquons est, en général, 
celle de la mosaïque décorative. Afin que le cube puisse mieux 
se loger dans le mastic, on le taille légèrement en biseau (fig. 128), 




doit 
effets 



Pig. 147. 
Cube à (ont! d'or. 



Cul 




composition, et rendre, au 



LA MOSAÏQUE. 145 

et lorsque, pour suivre un dessin, il est nécessaire de l'arrondir 
ou de modifier son profil, on l'use avec du sable mouillé contre 
le disque d'une meule mise en mouvement par le pied (fig. 129). 

Les émaux ainsi prépa- 
rés sont logés dans une 
boite à compartiments 
comme les caractères d'im- 
primerie (fig. 130); c'est 
alors que commence le 
rôle du mosaïste et que 
le métier devient un art. 

Le modèle sous les 
yeux, le mosaïste 
reproduire tous les 
moyen de cubes ho- 
mogènes de ton , 
l'impression géné- 
rale que le peintre a 
pu atteindre avec des 
couleurs liquides ; 
mais il ne doit pas 
chercher à donner 
l'illusion et à faire 
croire que la mo- 
saïque est une pein- 
ture. Pour arriver au 
meilleur résultat, le 
mosaïste est obligé 
de connaître à fond 
les qualités expres- 
sives des matériaux 
qu'il emploie, et 
c'est là le secret prin- 
cipal de son art. 11 
choisitson cube dans 
la boite, l'enfonce 
dans le mastic, en 
pose un second à 
côté du premier, et 
ainsi de suite; il 
combine les tons et 
les valeurs jusqu'à ce que son rendu soit complet. 

Préparation de la surface. — Lorsque l'assortiment des 

II. m: Graffiomy. — Lefl industries d'amateurs. 9 




Kig. 12'.». — Tour à mouler du mosaïste 



I 

■ 



146 LA TERRE, LA CIRE, LE VERSE, LA PORCELAINE. 

émaux est complet, on prépare la surface qui doit les recevoir. 
Si elle est unie et lisse, il faut la rusliquer et au besoin y planter 
des clous, des fils de lailon, afin de donner plus de prise; puis 
on revêt d'une couche de plâtre toutes les parlies destinées à 
recevoir la mosaïque. Sur le plàLre sec on dessine à l'encre la 
silhouette elles détails de la composition; l'emploi de l'encre 
est recommandé, parce que le plâtre boit ce liquide et en rend 
la trace ineffaçable. Le dessin étant bien arrêté, le mosaïste, 
à coups de ciseau et de maillet, enlève le plâtre dans le frag- 




Casier du mosaïste. 



ment qu'il va meltre en œuvre, et dans le creux ainsi obtenu il 
applique le ciment ou le mastic. 

Ciment et mastics. — Jusqu'à la Renaissance, le ciment à la 
chaux était exclusivement employé à l'extérieur comme à l'in- 
térieur des édifices; dppuis, il a été réservé à l'extérieur, sauf de 
rares exceptions. Ainsi, lorsque Cesari, chevalier d'Arpin, fit les 
modèles delà mosaïque de la grande coupole de Sainl-Pierrede 
Rome, et que le mosaïste Marcello de Cenlo, dit le Provenzale 
(1673 à 1679), fut chargé de les exécuter, on se servit du ciment 
à la chaux, quoique déjà une autre matière bien meilleure eût 
été inventée. 

Le ciment en usage depuis l'antiquité peut s'obtenir avec di- 
vers mélanges, notamment au moyen de 

Pouzzolane 10 parties. I Chaux éteiute. 7 parties. 

Brique pilée 4 — | Eau 2 — 

La pouzzolane est une matière volcanique pulvérulente qui se 
trouve dans les environs de Rome et en Auvergne; elle a des suc- 
cédanés. Le ciment à la chaux devient très dur à l'air, mais il a 
l'inconvénient de sécher vile, en trois ou quatre heures, ce qui 
oblige à un travail de pose très rapide. Ce désavantage frappa 
tin peintre célèbre en son temps, trop oublié aujourd'hui en Ralie 
et inconnu en France, comme tant d'autres artistes, Muziano de 
Brescia, dit le Mu tien. 

C'est dans la coupole, les pendentifs elles tympans de la cha- 
pelle de Saint-Jean que pour la première fois on employa, 
au lieu de ciment à la chaux, un mastic à l'huile de l'invention 






LA MOSAÏQUE. 



147 



du Mutien. Ce mastic est depuis lors en usage constant dans les 
travaux de l'intérieur des édifices, et avec raison, car il reste 
malléable trois ou quatre jours en été et une semaine en hiver, 
ce qui rend les corrections plus faciles. Voici la formule générale 
du mastic â l'huile : 



Poudre de travertin... 60 parties. 
Chaux blanche éteinte 

provenant du même 

travertin 25 — 



Huile de lin crue.... 10 parties. 
Lie d'huile de lin 

cuite •> — 



Le travertin peut être remplacé par des matières analogues. 
Nous avons insisté sur les ciments et les mastics. De leur qualité 
et de leur application dépend la durée de la mosaïque. Le mol 
de Dominique Ghirlandajo : La vera pittura per leternUa esseveil 
mosaico, est certes une exagération, car aucune œuvre d'art n est 
éternelle; mais la mosaïque a sur la fresque et la peinture cet 
avantage qu'elle résistera aussi longtemps que le mur même 
qu'elle décore, a la condition cependant de lui Être intimement 
incorporée, et cette condition est, d'une façon absolue, dépen- 
dante de la qualité du ciment ou du mastic, 11 Taut encore que 
la matière soit en couches très minces, afin que le poids, dans 
les voûtes surtout, n'entraîne pas le revêtement ; une épaisseur 
de mastic de 2 à 3 millimètres sera suffisante entre le mur et 
l'extrémité du cube d'émail. 

Mosaïque italienne. — Souvent, et pour des raisons diverses, 
la mosaïque destinée à décorer le mur d'un édifice est mise en 
œuvre à l'atelier et non directement sur la place quelle doit 
occuper On opère alors de la façon suivante : si le modèle est 
grand on le divise en plusieurs parties, de façon que chacune 
d'elles donne un motif facile à raccorder; on coule du plâtre dans 
un châssis à rebords, on reproduit le dessin; on enlève partiel- 
lement le plâtre et on remplit le creux avec de la pouzzolane 
légèrement humectée. Dans celte niasse agglutinative, on 
plante les cubes ; lorsque le modèle est reproduit en entier 
et que le mur est préparé comme nous l'avons précédemment 
expliqué, on retourne la mosaïque en prenant toutes les pré- 
cautions nécessaires pour qu'elle reste intacte et on l'applique, 
morceaux par morceaux, sur le mur repéré avec soin ; on égalise la 
surface par pression et on finit par les raccords.Celtc méthode qu on 

appelle en Italie mosuku a rivoUaiura, donne certainement des faci- 
lités au travail, puisqu'elle permet d'opérer à l'atelier, mais elle a 
le grave inconvénient de mettre le mosaïste dans une sorte d indé- 
cision : jamais, à l'atelier, loin de la place à décorer, il ne se 
rendra un compte exact de l'effet des valeurs ; il lui manque la 



I 



^■fl 



148 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

lumière normale, le milieu ambiant, le recul; il ne pourra pas, 
comme dans l'église, descendre de l'échafaudage et se placer 
dans la nef; les corrections lui restent, il est vrai, mais elles ne 
lui seront que d'un faible secours. Nous ne disons pas que la 
méthode par renversement doive être absolument proscrite; elle 
peut être employée pour des morceaux isolés, des motifs d'orne- 
ments dont les dispositions se répètent, et aussi dans certaines 
parties de l'architecture que le mosaïste ne peut atteindre qu'a- 
vec peine; mais nous pensons qu'elle n'est pas faite pour la 
grande décoration, dont la qualité essentielle est d'être en har- 
monie complète avec l'édifice et la place qu'elle occupe. 

Mosaïque sur papier. — Il est un autre procédé malheureu- 
sement fort en usage, et dont les résultats, même dans l'orne- 
ment, sont de plus en plus médiocres, c'est la mi'lhode sur le papier. 

Le modèle est peint sur un carton; l'ouvrier prend un cube 
d'émail et le colle sur le carton, la face contre le motif, puis il 
pose dans le mastic les morceaux terminés; il ne voit donc son 
travail qu'à l'envers et il le voit fort mal, puisque les cubes taillés 
en biseau se présentent non pas unis en plein et assemblés, mais 
rugueux, en pointe et disjoints. 

Le procédé est expéditif et par suite à bon compte, mais ce 
n est plus un art, c'est un métier ordinaire qui n'exige qu'une 
certaine pratique ; il n'y a plus lieu à interpréter le modèle, à 
calculer les valeurs, à raisonner les effets. Les fabricants qui font 
travailler sur le papier ne sont évidemment pas de notre avis, et 
disent volontiers que la tapisserie de haute lice ne se fait pas 
autrement ; c'est une erreur : pour travailler à l'envers, le tapis- 
sier n'en a pas moins son modèle à côté de lui, et sur sa chaîne 
il ne marque en noir que les lignes principales du carton; à tous 
moments il peut quitter son banc et se placer devant le métier 
pour examiner ce qu'il a fait. Un bon tapissier doit savoir des- 
siner et voir juste; les entrepreneurs de mosaïque n'en deman- 
dent pas tant à leurs ouvriers. Nous n'hésitons pas à affirmer 
que le travail sur le papier est funeste et fera le plus grand tort 
au mouvement de renaissance dont la mosaïque est l'objet. Les 
architectes se laissent séduire par le bon marché ; mais, dans un 
édifice qui coûte plusieurs millions, qu'est-ce donc qu'une éco- 
nomie de quelques centaines de francs par mètre carré de mo- 
saïque? 

Il nous reste à donner quelques renseignements sur les mo- 
saïques qui ne rassortissent pas à la décoration murale; par ce 
fait même, elles sont d'un ordre inférieur. 

Pavements? — Les pavements modernes sont en pierres et en 



LA MOSAÏQUE. 



149 



marbre, ils se posent comme les autres mosaïques et se polis- 
sent par frottement. 

Bijou* à mosaïque. — Les bijoux à mosaïque se fabriquent 
toujours à Rome. 

Sur un fond de métal, de marbre ou de matières vitrifiées, le 
mosaïste étend du mastic à l'huile dans lequel il plante de petits 
morceaux d'émail très ténus, fdés en baguettes minces à la 
lampe d'émailleur; lorsque ce (ravail est terminé, on le polit au 
moyen d'un frottement successif avec du grès, du verre rugueux 
et du'tripoli; puis dans les joints on met de l'encaustique colorée 
comme le motif. 

Les mosaïstes romains sont très habiles; ils peuvent repro- 
duire ainsi les modèles les plus fins et les plus délicats, au point 
de donner l'illusion complète de la peinture; nous préférons 
les bijoux où la mosaïque est franchement accusée. 

Tableaux en mosaïque. — La reproduction en mosaïque 
des tableaux est en quelque sorte un art spécial. Il a élé fort en 
vogue au dix-seplième, au dix-huitième et au dix-neuvième 
siècles; il a trouvé en France des défenseurs convaincus parmi les 
maîtres de notre école de peinture. 

De notre temps, on est revenu à un sentimeut plus juste des 
arts décoratifs, et on commence à comprendre que la reproduc- 
tion des tableaux au moyen de la mosaïque, de la tapisserie et 
de la céramique, est un genre faux, par le motif que chacune 
des substances employées dans les arts possède une qualité 
expressive qui lui est propre, et qu'un modèle doit par conséquent 
être conçu en raison même de cette qualité. 

La basilique de Saint-Pierre de Rome renferme les types les 
plus complets du genre; ils ont tous été exécutés par la fabrique 
pontificale de mosaïque fondée en 1727, ou par les équipes pon- 
tificales qui ont précédé l'organisation de la fabrique. 

La mosaïque se fait à l'atelier, elle est appliquée sur un fond 
de métal ou de pierre ; lorsque l'ouvrage est bien pris, on le 
polit avec grand soin, on l'encaustique à la cire, et voici pour- 
quoi : le but est de reproduire exactement la coloration du ta- 
bleau; or quelque serrés que soient les cubes, ils laissent tou- 
jours paraître le mastic dans leurs interstices ; celte matière étant 
dans sa teinte naturelle contrarierait l'effet, il faut donc la mettre 
au ton des émaux qu'elle enveloppe ; pour y arriver, le mosaïste 
compose une pâte de cire blanche et de terre colorée comme il 
convient, et, avec un ferchaud.il encaustique à la couleur voulue. 

La reproduction des tableaux est excessivement onéreuse, 
elle exige une telle quantité d'émaux différents que la fabrique 






150 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

vaticane a vu ses assortiments monter à près de vingt-cinq mille 
nuances. 

Mosaïque île Ravenne. — Ravenne est peu connue des tou- 



I 




ristes quij ontfvisité l'Italie; les correspondances de chemin de 
fer concordent mal et il faut perdre plusieurs heures dans ce 
bourg inanimé de Castel-Bolognese. Mais pour le voyageur qui 
ne tient pas compte des difficultés de communication, quelle ré- 



LA MOSAÏQUE. 



151 



compense ne trouve-t-il pas dans l'élude de ces magnifiques ba- 
siliques, toutes parées de leurs tuniques de marbre et de leurs 
manteaux de mosaïque! Tout ce qu'il voit à Ravenne est si diffé- 




rent de ce qu'il a pu admirer dans le reste dej'ltalie :.cest une 
autre civilisation, une autre époque, un autre peuple, une autre 
architecture, un autre symbolisme; c'est un art original et com- 
plet, dont les traditions semblent avoir été apportées dans cette 




1H2 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

contrée par les flots de l'Adriatique qui battent doucement ses ri- 
vages, mais sans avoirpudépasserlalimitedeces mêmes rivages. 




I3;i 



Justinien, d'après une mosaïque de Ravenne. 



L'église de Sainl-Vital rappelle Sainte-Sophie par sa dispo- 
sition générale; l'église forme un octogone voûlé, terminé par 



LA MOSAÏQUE. 188 

une abside ; les coupoles et les parois sont revêtues Je mosaïques, 
qui contiennent plus de cent personnages étalés ou groupés. 

Deux grands cortèges méritent particulièrement noire atten- 
tion: l'un est celui de Justinien (fig. 131), l'autre, celui de Thép- 



Hfl 




Fig. 134. — Théodor», d'après anojmosaïerue do Ravenne. 

dora (fig. 132), qui président à la dédicace de la basilique, accom- 
pagnés desdignilaires et des grands officiers de la couronne. Nous 
reproduisons le tracé de ces deux belles pièces; de plus, afin de 
donner une idée exacte du travail, nous reproduisons direete- 

9. 



I 



I 



154 LA. TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

ment, d'après une photographie, la tête de Justinien (fig. 133) et 
celle de Théodora (flg. 134). 

Ainsi que M. E. Miintz l'a fait remarquer, ces mosaïques sont 
en émail, avec incrustations de rondelles de nacre. 

Justinien porte le bandeau impérial, orné de gemmes, avec 
pendeloques en pierreries; son manteau, richement brodé de 
dessins orientaux, est assujetti sur l'épaule par une large agrafe, 
garnie de pierres précieuses ; il porte à la main un vase ciselé, 
qui contient son offrande; les cothurnes sont également charges 
de pierreries. 

A côté, se tient saint Maximien, revêtu du pallium ; il porte sur 
sa poitrine la croix émaillée : la tête du saint est remarquable 
comme expression et comme modelé. 

Deux acolytes et des officiers du palais accompagnent les deux 
augustes personnages. 

Un groupe de soldats, armés de lances et de larges boucliers, 
ferme la marche. 

Théodora porte un costume d'une grande magnificence ; l'im- 
pératrice est de haute taille ; le nez est allongé et droit ; la figure 
fatiguée et comme fanée. On remarque la netteté des sourcils et 
la minceur des lèvres; le corps est élancé; les plis droits et 
raides de la draperie des vêtements en accentuent encore la mai- 
greur. Sur sa tête, Théodora porte le diadème, garni de gemmes 
et orné de pendeloques en pierreries qui viennent rejoindre le 
magnifique collier qui recouvre entièrement ses épaules. Le man- 
teau est marron, sur la large bordure qui le termine on voit 
une broderie antique figurant l'adoration des Mages ; c'est un 
trait assez caractéristique de la mode de cette époque. Le 
cothurne est fort pointu et orné de gemmes. Dans ses mains 
l'impératrice porte un vase qu'elle va déposer dans le sanc- 
tuaire, dont un serviteur lui ouvre l'entrée en écartant un 
rideau. 

Les deux dames qui figurent en tête du cortège portent de 
riches costumes ; l'ornementation de leurs coiffures, les brode- 
ries qui couvrent leurs manteaux et leurs tuniques et surtout 
les anneaux délicatement ciselés qu'elles portent au doigt, in- 
diquent des femmes de distinction, occupant un rang élevé à la 
cour. 

Les autres demoiselles d'honneur ont des ajustements plus 
simples ; toutes ont des gemmes dans les cheveux et aux 
oreilles. 

L'archéologue se plaira à étudier l'ordonnance générale des 
draperies et à la rapprocher de celle des tuniques que portent 



LA MOSAÏQUE. 



la 5 

ises de Franco 



les slaluesde l'époque romane, dans plusieurs 
des onzième et douzième siècles. 

Les têtes de Justinien et de Théodora sont entourées de nimbes, 
symbole du commandement, de la majesté auguste. Saint Maxi- 
mien ne porte pas d'auréole. 

Ce qui donne beaucoup de valeur aux mosaïques de Ravenne, 
c'est leur admirable conservation; à Saint-Apollinaire-Nuovo, à 
Saint-Apollinaire-in-Classe, au baptistère des ariens, au tombeau 
de l'impératrice Placidie-, la décoration des murailles a conservé 
toule sa fraîcheur. 

Mosaïque de Vimes. — Le 20 décembre, 1883, à .Nimes, en 
perçant une rue nouvelle, près des balles, les ouvriers décou- 
vraient une grande mosaïque de plus de 40 mètres carrés, qui 
attira immédiatement la plus vive curiosité. 



■ 



I 



I 





Fig. 135. — î.a mosaïque de Nimos. — Le sujet central : le mariage d'Admèle. 



On y distinguait tout d'abo'rd une partie centrale composée 
d'un groupe de personnages, et encadrée d'une double torsade 
en forme de guillocbés ou d'entrelacs fort élégants. Le reste de 
la mosaïque comprenait seize compartiments, séparés les uns 
des autres par une grecque interrompue et disposés en quatre 



■ 



156 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

rangées, savoir: une rangée verticale à droite du tableau, une 
autre à gauche; deux rangées horizontales dans le bas et une 
seulement dans le haut. Cette dernière était surmontée d'une 
bande ornée d'un rinceau qui lenait lieu d'une rangée horizon- 
tale à compartiments. 

On chercha d'abord à expliquer le sujet du tableau, et l'on y 
reconnut l'épisode du mariage d'Admèïe (flg. 133), antique lé- 
gende thessalienne qui, de même que la plupart des récits mylho- 




■ 



La mosaïque de Mimes. — Fragment de l'encadrement. 



logiques, avait perdu son caractère et son sens religieux pour de- 
venir un sujet de narrations faciles ou de motifs ingénieux de 
décorations. 
On rapporte en effet que Pélias, roi de Thessalie, voulant 
' trouver un digne prétendant à la main de sa fille, avait juré de 
ne la donner qu'à celui qui viendrait la chercher sur char traîné 
par deux animaux féroces domptés de sa main. Admète eut 
recours à l'assistance d'Apollon, alors exilé du ciel sur la terre, 
et qui, devenu pasteur, gardait pour lui ses riches troupeaux 
sur les pentes du mont Pélion. Le dieu, qu'il avait traité avec 
douceur et générosité, voulut lui témoigner sa reconnaissance; 



LA GRAVURE EN PIERRES FINES. 



157 



il dompta pour lui un tigre et un sanglier qu'il attela à son char, 
et c'est dans un tel équipage qu'Admète vint réclamer Alcesle, sa 

l 'habileté de main du compositeur se retrouve sans mélange 
dans l'encadrement, que la figure 136 permettra mieux déjuger 
au'une description sommaire et naturellement obscure. 

Les seize caissons rectangulaires sont d'un joli dessin, tous 
différents; ils présentent l'alternance régulière des figures géo- 
métriques rondes et carrées. 



-:H ï 






CHAPITRE X 

LA GRAVURE EN PIERRES FINES. 

Installation et outillage. - Le graveur en pierres fines (I), 
après avoir modelé en cire sur un morceau d'ardoise les figures 
qu'il veut graver, fait choix d'une pierre fine qui a ete taillée 
par le lapidaire. 

11 se place vis-à-vis d'une fenêtre dans un jour avantageux; 
la meilleure exposition est celle du nord. 

La taille de l'artiste détermine la hauteur du siège sur lequel 
il est assis, mais il est nécessaire que le dessus en soit un peu 
incliné en avant, afin que le graveur soit moins contraint et 
qu'il puisse mieux se porter sur son ouvrage. 

La hauteur de la table doit être réglée comme celle du siège; 
pour qu'elle soit plus ferme et plus stable, il est bon qu'elle soit 
montée sur un pied composé de pieds-droits et de traverses so- 
lidement assemblés. Un rebord tout autour de la table est utile 
pour retenir les divers instruments. Le dessus pourra être 
échancré aussi sur le devant; le graveur s'en approchera avec 
plus d'aisance, et il aura à sa droite et à sa gauche deux accou- 
doirs qui lui seront fort commodes. 

Sous la table, vers le milieu est une roue de bois, qui doit 
être faite de plusieurs pièces assemblées en façon de parquet, 
sans quoi le bois pourrait jouer et la roue cesserait de tourner 
régulièrement. Elle est posée verticalement et. traversée par un 
essieu eu fer dont les deux extrémités se terminent par deux 
petits pivots qui tournent dans des crapaudiues de cuivre, ou, 

(1) Cette notice est «traite de P. J. Mariette, Traité des pierres gravées, tome I. 



■J 



■ - 






158 



LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 



pour éviter le bruit que pourrait causer le frottement des deux 
métaux, dans des trous faits dans deux carrés en buis, qui sont 
logés dans l'épaisseur de deux pieds-droils servant de soutien à 
la table. La branche de cet essieu qui est à la droite dn graveur 
est coudée en manière de manivelle, laquelle embrasse une 
courroie ou chaînette qui, étant debout, va s'attacher à l'extré- 
mité d'une pédale. Le graveur, ayant le pied droit posé sur celte 
pédale, donne le mouvement à la roue de bois. Une corde à 
boyau circule dans le fond d'une rainure ou gouttière pratiquée 
dans l'épaisseur et le long de cette roue, et va, en passant par 
deux pelits trous carrés ouverts dans le dessus de la table, em- 




Touret couvert. Fig. 139 



Fig. 1 40. — Touret découvert. 



brasser une autre petite roue qui fait parlie de la machine ap- 
pelée touret. 

Celte machine (fig. 137) est élevée sur un pied solide (A) et 
d'une seule pièce, et elle est attachée fermement à la table au 
moyen d'un fort écrou qui embrasse sous la table la tige qui 
soulient le touret. Le corps de la machine est enveloppé d'une 
chape de cuivre ou d'autre métal, à laquelle on peut donner la 
forme d'un petit tonnelet, et ce tonnelet est divisé en deux par- 
ties : l'une (B), adhérente au pied de la machine, est immobile, 
ayant clans chaque face une ouverture (C) qui laisse un passage 
libre à la corde; l'autre (D) qui, comme un chapeau, se lève et 
se remet en place suivant que le besoin l'exige. Dans la figure 137, 
la machine présente une de ses faces latérales, et un outil (E) 
prêt à travailler est logé dans la tète de l'arbre. C'est dans cet état 
qu'est la machine lorsqu'on grave. On voit (fig. 138) l'écrou qui 
relient le pied du touret sous la lable, et (fig. 139) un tournevis 
qui sert à monter ou démonter les pièces du touret. 



LA GRAVURE EN PIERRES FINES. 



1S9 



La figure 140 montre le mèmelouret, d'où la partie supérieure 
du tonnelet a été enlevée afin de découvrir les pièces qui y sont 
enfermées, savoir: une petite roue (F) solidement montée sur 
un arbre aussi d'acier, dont les deux extrémités roulent dans 
des collets d'élain engagés dans deux pièces de cuivre 1, 1) de- 
bout oui sont arrêtées avec des vis à tele perdue (K, K) sur les 
narois de la partie inférieure du lonnelet, et sont dans la même 
disposition que les lunettes des tourneurs ou les chevalets des 
serruriers Une tige d'acier forée d'un bout à l'autre, et servant 
à placer les outils avec lesquels on grave, est montée sur la 
tête de l'arbre, dont elle est un prolongement. 

Dans la figure 142, le touret est vu par devant et encore sans 
chapeau On voit de profil la partie inférieure du lonnelet (B) 





Fig. 111. —Tige d'acier 
ou canon forée. 



Fig. 142. 
Tuur vu par devant. 



Fig. 143.— Extréraitéde 

la tige ou canon. 



montée sur le pied qui sert de soutien au touret, et de face une 
des pièces de cuivre debout (K) dans le corps desquelles sont en- 
gagés les collets d'étain. 

La tige, ou canon, destinée à recevoir les outils, est vue par le 
bout. La corde (N,N) va chercher la roue, qu on ne peut voir, 
étant couverte de la pièce K. ... „ ,„„„«. 

La tige, ou canon foré, dans l'intérieur de laquelle se logent 
les outils, est représentée en grand figure 143, afin d en mieux faire 
comprendre la structure. C'est l'endroit oii se fait la jonc ti on de 
celte tige avec l'arbre (G), qui porte à sa tète une patine (R) 
conlre laquelle une platine (S), qui est soudée a 1 extrémité de la 
tige, vient s'appliquer, et l'une et l'autre sont jointes solidement 
au moyen de trois vis ; on ne voit ici que la tête de deux. Deux 
autres vis (T,T) servent à maintenir les outils dans le canal lors- 



1 

m 



160 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE. 

qu'ils y sont placés pour opérer. La grandeur de la lige est va- 
riable, devant être proportionnée, aussi bien que celle des outils, 
a la grandeur de la pierre qu'il s'agit de graver ; c'est pour avoir 
la facilité de changer cette tige selon les circonstances qu'on a 
imaginé d'en faire une pièce séparée et de l'y assujettir. La fi- 
gure 143 montre l'extrémité de cette tige et l'ouverture de la 
forure percée carrément. Cette forure est un peu plus large à 
son entrée que dans le fond, afin que les outils (fig. 144), dont la 
tige ou la soie est elle-même carrée et va en diminuant, s'y. en- 
clavent plus étroitement. X est la partie qui sort en avant lors- 
que l'outil est monté sur le touret; V, la tèle, tantôt plate et 
tantôt ronde, suivant le besoin. 
Tous les outils dont on se sert pour graver sont de fer doux 




Fig. 144. 
Outil monté sur la tige. 



■fcj 



Fig. H5 et 146.— Scie. 



Fig. r*7 il 150. -- Bouterolles. 



Fig. 151. 
Bouton plat. 



Fig. 152. 
Charnière. 



Fig. 153. 
Outil à pointe mousse. 



non trempé ou de cuivre jaune. La longueur qu'il faut leur donner 
est proportionnée à la grandeur de l'ouvrage ; cependant ils ont 
assez ordinairement 15 lignes, dont 9 pour la scie. Ces outils 
sont diversement configurés. Les uns, qu'on appelle des scies 
(fig. 143 et 146) ont à leur extrémité la forme d'une tête de clou, 
quelquefois très plate et d'autres fois un peu plus épaisse, mais 
toujours bien tranchant sur ses bords. D'autres, en plus grand 
nombre, ont une petite tête exactement ronde comme un bou- 
ton ; on les nomme bouterolles (fig. 147). Ce bouton, dans quel- 
ques-uns est coupé par la moitié, et devient par ce moyen tran- 
chant sur ses bords (fig. 148); tantôt il présente une tête convexe 
(fig. 149) et tantôt une tète plate (fig. 150); on peut appeler ces 
outils demi-ronds. Le bouton qui termine ceux qu'on nomme 
plats (fig. 151) ne se peut mieux comparer qu'à une petite meule, 
et ceux qui ont le nom de charnières (fig, 132) ont pour petite tête. 



LA GRAVURE EN PIERRES FINES. 



161 



,nP manière de virole ou emporte-pièce. De tous ces outils, ce 
.ntTeux dont le graveur fait le moins usage: ils ne sont pro- 
nrë Ta enlever de grandes pièces ou à percer une pierre. 
P va en ore des outils qui se terminent en pointe mousse 
m» 1*3) et de toutes ces différentes espèces le graveur en fait 

ÏÏJ&2SÎ& egardTur cela il est nécessaire d'avoir 





— Support. 



Fig. 155. — Boite h outils. 



un support (fig. 154) consistant en une tringle de fer poli, carrée, 
dont une des extrémités (a) est coudée pour lui servir de pied ou 
point d'appui, lorsque l'autre extrémité (6) est logée dans une 
ouverture pratiquée dans le pied du touret et que Instrument 
est dressé. La partie principale est un petit é au (c qu or i fait 
promener sur la tringle au moyen de la coulisse (d) et de a 
vis (C). C'est sur ce support que se posera le burin lorsqu on vou- 
dra donner à un outil, qui sera pour cela 
monté sur le touret, la figure convenable. 

Il faut avoir de ces outils de toutes les 
grandeurs; et dans les bouterolles le bou- 
ton ira par gradation depuis la grosseur 
d'un gros pois jusqu'à celle de la plus petite 
tète d'épingle. Il est commode d'avoir une 
boite de fer-blanc (fig. 155) ou mieux une 
boite couverte à son orifice d'une plaque percée comme un 
crible (11" 156); dans cbaque trou on place un outil qui se pré- 
sentera parla tête, c'est-à-dire par l'endroit qui doit fixerle choix 

du graveur. , . 

Gravure en creux. — Toutes choses étant ainsi disposées, un 
des outils étant monté sur le touret et la roue mise en mouve- 
ment, le graveur prend de la main gauche la pierre qu il veut 
"rave'r et qui, pour être maniée avec plus de solidité, est mon- 
tée sur la tête d'une petite poignée de bois (fig. 1571, où elle a 




Fig. 150. 
Boito ïivec crible. 



M 






162 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE, 
été cimentée avec du mastic. II la présente contre l'outil la te 
nant un peu inclinée, en sorte que l'outil puisse mordre et l'user 
en tournant sur sa surface. Pour pouvoir lui donner tous les 
mouvements convenables, et suivant le travail qui doit v êlre 
mis, le graveur tient ferme la petite poignée dans sa main ser- 
rant la pierre entre le pouce et le doigt indicateur ; et, pour ache- 
ver de s en rendre maître, il appuie encore contre la pierre le 





Fig. 161). 
Flacon i'i huile. 



Fig. 161. 
fiodet â poudre. 



Fig. 187. 
a;née enboi 

pouce de la main droite. Cette dernière main, pendant que l'ou- 
til est en action, reste appuyée sur le sommet du touret qui 
pour la commodité de l'artiste est couvert de la partie du tonne- 
let qui fait le dôme; et de 
cette même main droite 
le graveur tient une petite 
spalule de fer (fig. 1S8) 
dont le bout a été trempé 
clans de l'huile d'olive où 
est délayée de la poudre 
. . de diamant. Il doit en 

avoir a sa portée dans un petit vase plat (fig. 159), afin d'en 
abreuver, quand il en est besoin, l'outil qui agit sur la pierre. 
Langure 160 représente le petit flacon qui conlrent l'huile d'olive 
et la figure 161, le petit godet dans lequel se conserve la poudre' 
muni de son couvercle. ' 

Aucun oulil ne mord sur une pierre fine qu'autant qu'il est 
bien abreuve de la poudre de diamant; c'est cette poudre qui 
fait out le travail. Celle qui n'est que grossièrement écrasée est 
excellente pour les ébauches ; elle mange, elle dévore pour ainsi 
(lire tout ce qui se présente devant elle; mais s'agit-il de finir 
laut-il opérer avec plus de précaution, on ne doit plus employer 
que de la poudre de diamant très fine, ou, à défaut de diamant, 
de rubis ou d'autres pierres orientales réduites en poudre. L'une 
et 1 autre s emploient mêlées avec l'huile d'olive pour la gravure 
de toutes les pierres fines orientales, de même que pour celle des 
agates, des cornalines et des jaspes. A l'égard des pierres plus 
tendres, telles que l'améthyste, l'émeraude de Bohême, le cris- 
tal, etc., l'expérience a appris que la poudre de diamant agis- 
sait mieux sur elles lorsqu'elle n'élait imbibée que d'eau. L'émeri, 



LA GRAVURE EN PIERRES FINES. 



163 



dont quelques artistes se servent par économie, n est bon tout au 
plus que «ans les ébauches et pour former de grandes masses 
partout ailleurs il est d'un fort mauvais usage, d fait trop de 
houe le graveur ne voit point ce qu il fait. 

Nous avons laissé l'artiste ayant entre les mains la pierre des- 
tinée à être gravée, et dont la surface doit être unie et non polie : 
va dessin! avec une pointe de cuivre ce qu'il veut exprimer, 
d'après son modèle, qui ne doit plus sortir de dessous ses yeux; 
il la présente au touret. Il a eu la précaution de monter sur cette 
machine un des outils qu'on nomme scies; i appuie la Pierre 
contre le tranchant de la scie; il marque de distance en distance 
des points de reconnaissance, suivant le trait ou contour exté- 
rieur de la figure qu'il doit graver; il achève de former entière- 
ment ce premier trait, .1 dégrossit tout de suite, ,1 aba la ma- 
tière • puis, l'ouvrage commençant à prendre forme, .1 travaille 
avec plus de ménagement, ayant successivement recours aux 
bouterolles et autres outils qu'il estime les plus convenables. 

Comme il n'opère , 
comme on voit, qu'à tâtons 
et à l'aveugle, pour juger 
du progrès de son ouvrage, 
non seulement il est obligé 
presque à chaque instant pj g . tes. 

d'essuyer sa pierre, opéra- Brosse i longs poils 
tion pour laquelle il peut 
s'aider d'une brosse à longs poils (fig. 162), mais encore il est 
dans une continuelle nécessité d'en tirer des empreintes avec de 
la cire molle, dont il a toujours une boite auprès de lui (tig. 1M). 
Il doit aussi ne s'en pas tellement (1er à ses yeux que cela lui 
fasse négliger de regarder souvent son travail avec la loupe. Le 
meilleur conseil qu'on puisse donner est de ne se point trop pré- 
cipiter. . 

Si le graveur a été trop avant et que son outil ait trop mange 
de la pierre, il n'est pas possible d'y apporter de remède ; c'est 
une pierre gâtée. Outre cela il faut avoir une attention singu- 
lière que les outils soient extrêmement ronds et qu'ils tournent 
bien sur leur pivot : le moindre petit soubresaut est capable d e- 
claler une pierre. 

11 arrive assez souvent que les outils ne peuvent point parve- 
nir aux endroits qu'on voudrait fouiller; ils font rond où il fau- 
drait faire plat et ils laissent toujours quelque chose d indécis 
dans les touches. Dans ce cas, ce qu'on peut faire de mieux est 
de se servir d'une pointe ou éclat de diamant, serti au bout 




Fig. 103. 
Boite à cire. 






«1 



tfl 



: 



164 LA TERRE, LA CIRE,' LE VERRE, LA PORCELAINE, 
d'une tige de fer ou de cuivre et ayant un manche qui en rend le 
maniement plus commode (fie. m) Cet in^in™»,,) \i 
(car il n'est p,us question du LJ), o'n f^eTe^e ^o" 
«tés, on termine des traits, on approfondit quelque endroits" 
on en évide d'autres, on dépouille certaines pâlies? on faU d cS 
travaux délicats qui à peine effleurent la pierre • on met enffn 
l'âme, l'espnt et la finesse dans sa gravure Mais'reHp™- ? 
est infiniment longue, il n'y a qu'u^ arUste fa x* e bïn'wr, 
qui ne s en puisse pas rebuter, encore faut-il qu'il soit toit à fart 

Tap'r deTouT^dre" ^ ^ >« d » 1 - » ~ 

imb,bant d'huile mélangée avec de la poule de d'amant Ht 
promener doucement pour manger la pierre dans « p„h , 
où ni ,'outil ni la pointe de diamaft pWSfcS^'ÏÏS 



Fig. 164.- Tige à éclat de diamant. 



Fig. 165. — Ébauchoir. 



I 



dans ceux qu'on veut unir. Ces ébauchoirs seront, selon les cas 
de cuivre, d elam ou de bois (fig. 16a) ' 

«rayure eu relief. - La gravure en relief n'a rien dans là 
pratique qui ne ressemble à la gravure en creux, à ceUe diSn e 
prequele graveur voyant ce qu',1 fait quand il ravaille en reHef 
il n a pas besoin d'en tirer des empreintes. Cependan ces ou ils 
ne servent pas si bien dans cette opération que dans c^He du 
creux : leur forme les rend très propres à faites excavations 
mais dans les rehefs, où presque tout est saillant et doit prendre 
une forme convexe, l'outil, qui lui-même est convexe sCose 
presque a chaque pas à l'intention du graveur. Ces oS (et on n 
peu en imaginer d'autres, dit Mariette) ne porte,, t jamais que 
dans un point, et c'est avec une peine infinie qu'on peulZvéE 
a exprimer les parties saillantes et à leur donner de la rondeù 
Encore plus difficilement peut-on employer ces oui 1s dans ïes 
méplats ; auss. les champs des caméi n'e sont-i.s JamaS bien ' 

C'est alors qu'il faut de toute nécessité emprunter le secours de 
la pointe de diamant et des petits ébauchoirs 

Pour polir l'ouvrage, on se sert d'une brosse ronde et plate de 
poils de sanglier qu, ne doit être ni trop rude ni trop douce et 
ne doit pas excéder deux lignes de longueur. En faisan? passer 



LA GRAVURE EN PIERRES FINES. 



165 

repasser cette brosse sur ia pierre avec du tripoli en quantité et 
beaucoup d'eau, on parvient à éclaircir ce qu on a grave et a lui 
donner le premier lustre. . 

On a imaginé de renfermer la brosse dans un petit étui, qui, 
contenant le poil (flg. 166), empêche que le touret par 1 activité 
imprimée à la brosse, ne fasse rejaillir de tous cotes 1 eau et le 

lP oïprend ensuite de petits outils ayant la figure d'une boute- 
rolle; on les monte successivement sur le touret, commençant 
par ceux d'étain, puis ceux de buis, et finissant 
par ceux qui ne sont que de bois blanc ; on les 
insinue dans toutes les cavités qu'on a dessein de 
polir, et on y parvient premièrement avec de la 
poléé d'émeri et ensuite avec du tripoli très fin. 
S'il reste quelques petites sinuosités où aucun ou- 
til n'ait pu arriver, on y introduit une pointe de plume et avec 
de la potée d'émeri ou de diamant, secondée de beaucoup de 
patience, ces endroits prennent le même poli que tout le reste. 
Si la pierre est gravée en creux, il ne s'agit plus que de donner 
le poli à la superficie extérieure, ce qui se fait sur la roue du la- 
pidaire. Quoique l'opération soit aisée, elle n'en demande pas 
moins d'attention, car un tour de roue peut faire disparaître un 
travail délicat qui a demandé bien du temps et qui doit montrer 
l'habileté du graveur. Aussi les bons artistes preferent-is taire 
eux-mêmes ce travail à la main, sur le dos d'une assiette d etain, 
en promenant la pierre en rond avec du tripoli. 







TROISIÈME PARTIE 



LE BOIS 



I 

I 



CHAPITRE PREMIER 

LE MENUISIER AMATEUR. 

f ft *^ U rT- ~7° ici k nomencI ature des outils qui forment le 
fond de 1 atelier du menuisier amateur : ">rment le 

Un établi, avec son valet et un maillet 

pard: S b o7ve r is a mo' y U e„r arlOPe ' "" rab '° 1 ' ■»■"»"*• et ™ 
3 scies : scie à refendre, à araser et à chantourner- 
Un ciseau, une gouge et deux bédanes pour mortaise ; 
Un vilebrequin, et une série de mèches 

mètreT USqUin ' "" C ° mPaS ' ^ ^^ ine ^ P ,ale et ™ 
2 râpes et un tiers-point. 
Une meule ou un grès, une pierre à l'huile - 
Un tournevis une paire de tenailles et un marteau; 
tuhn un pot à colle. ' 

Il existe assurément beaucoup d'autres outils, non moins utiles 

évSr g nt a ôî t r v a r\- Ur a tr ° P d '° Ulils - G ' estu » écueiI qu'il doit 
éviter, il croit volontiers que toute difficulté peut se tourner \ 

1 a.de d'un inslrument perfectionné - gui va ES ml ÙZL5 
son temp, en essais inf / uctaeuli j ,, ^u^t an^s^ÏÏ 
travau mé thod lq ue et quelque peu soutenu suffirait poufluK 
parcour.r, en peu de temps, la période d'apprentissage 
Tous ces outils que je viens d'énumérer sont, en général, trop 



LE MENUISIER AMATEUR. 



167 



connus pour qu'il soit utile de les décrire. Tout au plus pourrai-je 
les figurer et dire un mot des qualités que certains d'entre eux 
doivent avoir, pour aider à les choisir. 
Établi. — Il est bon qu'il se compose d'un plateau épais, en 




— Etabli. 

bois bien sec, d'un poids assez lourd pour lui assurer une suffi- 
sante immobilité (fig. 167). C'est toujours un mauvais calcul, une 
économie mal entendue, que de choisir un établi léger. Le 
moindre mouvement le fait vaciller cl on n'en peut rien faire. 

Il est préférable aussi 
que la vis soit en fer; elle 
ne coule guère plus cher 
qu'une vis de bois. 

Sur le côté où l'on tra- 
vaille on plaque xmepresse 
contre le pied antérieur 
de l'établi; elle reçoit la 
planche que l'on rabote 
de champ. 

Pour un atelier où la 
place fait défaut, l'établi 
peut être appelé à rem- 
plir plus d'un but : il 
suffit de quelques modi- 
fications pour le transformer en barre de tour, en socle de ma- 
chine à percer ou à découper, en support d'étau pour ajusteur- 
mécanicien, etc. 

Toutefois, il est bon de faire remarquer qu'on a toujours 
avantage, lorsque l'espace ne manque pas, à conserver à l'établi 




I 

I 













168 



LE BOIS. 



sa destination spéciale, en l'affectant exclusivement aux travaux 
de la menuiserie. 

L'établi se complète avec le maillet (flg. 168) et le valet (flg. 169). 

Le valet maintient sur l'établi l'objet que l'on travaille : oii 
l'enfonce à grands coups de maillet. Ce maillet est taillé dans un 
pied de charme ou, à défaut, de frêne ou d'orme. 

Rabots. — La varlope, le riflard et le rabot sont à vrai dire 
trois mêmes outils, montés différemment. 




Fi S . 170. 



Riflard. 



Au riflard (fig. 170), qui sert à dégrossir, et avec lequel on 
peut enlever des copeaux assez gros, on donne plus de fer; 

La varlope, au contraire, qui sert à dresser et à planer, doit 
avoir une lumière — Irou par lequel passe le copeau — plus 
fine et moins de fer. C'est toute la différence. Aussi les menui- 
siers de profession ont-ils l'habitude de monter en riflard les 
varlopes les plus usées, c'est-à-dire celles dont la lumière est 
plus large. 
Le rabot, qui sert seulement à finir, à polir les panneaux, doit 

avoir encore moins de fer que les 
outils précédents; — les rubans 
qu'il enlève ne doivent être qu'une 
pelure (flg. 171); mais pour tous 
les trois, la lumière doit être aussi 
petite que possible et seulement 
suffisante pour laisser passer le ru- 
ban. 
Le contre-fer doit s'appliquer exactement sur le fer et venir 
affleurer d'autant plus près du tranchant qu'on veut lever des 
rubans plus minces. C'est dire que dans le rabot, le tranchant 
du fer doit à peine s'apercevoir. 

Quelquefois cependant le rabot sert à blanchir une planche qu'il 

n'est pas nécessaire de dresser; on lui donne alors plus de fer. 

Ces outils sont ordinairement en bois de cormier, mais on en 

fait de très bons et d'un prix moins élevé en charme, en hêtre ou 

tout autre bois dur. 




Fig. 171. — Rabot ordinaire. 



LE MENUISIER AMATEUR. 



160 



Tons ces outils, lorsqu'ils sont en bois, s'usent assez vile; la 
lumière s'élargil, les fers jouent. C'est leur grand défaut — et il 
faut à nos ouvriers une bien grande dose de routine pour n'avoir 





Fig. f 72. — Raliot am 



éricaiu. 



Guillaume. 



pas encore adopté les rabots en fer ou en fonle; — les Amé- 
ricains, gens assurément pratiques, n'en emploient pas d'autres 
(fig. 172). — Je laisse aux amateurs le soin de choisir, me bor- 




Bouvet. 



Bouvet douille. 



nanl à leur signaler ces excellents outils dontle réglage peut se 
faire si facilement au moyen d'une vis. 

11 faut aussi un guillaumc (fig. 173) dont le fer est aussi large 
que le bois et qui donne le moyen de creuser les angles au moins 
droits, et une paire de bouvets (fig. 174) dont un double (fig. 175), 




Fig. 176. — Scie à refendre. 

pour l'assemblage des planches : l'un creuse la rainure, l'autre 
taille la languelle. 

Scies. — La scie à refendre (fig. 176), est une forte scie dont 
la lame doit être large et bien régulière. Elle sert à refendre les 

H. de GiuFFiGtiY. — Les industrie* d'amateurs. 10 



I 






A 



170 



LE BOIS. 







planches, débiter le bois d'oeuvre ; — c'est celle à laquelle on 
donne le plus de voie, c'est-à-dire dont les dents sont le plus 
écartées. 
La scie à chantourner (fig. 177), comme son nom l'indique, est la 

scie à découper du menui- 
sier, — c'est avec elle qu'il 
peut contourner les cour- 
bes. — Sa lame doit être 
nécessairement étroite, et 
moins elle aura de largeur, 
plus le cercle qu'elle pour- 
ra décrire sera petit; — 
mais il ne faut pas tomber 
dans une exagération, qui 
deviendrait un inconvé- 
nient pour le débutant : — 
une largeur de un centimè- 
tre n'est pas trop grande. 
C'est la bonne dimension. 
Cette scie doit être, comme 
la précédente, montée à 
demande, — on lui donne 
généralement beaucoup de 
voie, c'est-à-dire qu'on 
écarte les dents, pour fa- 
ciliter son mouvement dans 
les courbes de petit rayon. 
La scie à araser, dite 
aussi à tenons, est une scie 
légère (fig. 178 et 179), plu- 
tôt petite, dont la lame 
doit être fine; on lui donne 
le moins de voie possible, 
pour ne pas grossir le trait. 
C'est avec elle que l'on fait 
tous les ajustages, — et 
l'apprenti doit s'attachera 
la manier avec dextérité. 
Sa monture est également 
fixe, — mais il est évident que la monture sur pivots, avec 
laquelle on n'est jamais gêné, est bien préférable. Les deux mo- 
dèles que nous figurons diffèrent seulement en ce que dans l'un 
(fig. 178), les deux montants sont reliés par une corde, et dans 




chantourner. 



LE MENUISIER AMATEUR. 



171 



l'autre (fig. 179), ils sont reliés par un fil de fer avec un écrou. 
Donc, pour nous résumer, nous dirons que le matériel du me- 
nuisier amateur comprend : 




*.i?T2v"-Vl l^.-V 



Fig. 178. — Scie à tenons. 



Trois scies : une à refendre, une à chantourner, une à tenons 
ou à araser. 
La scie à demande (fig. 176 et 177) n'est pas une espèce de scie 




Fig. 179. 



bcie ;i araser. 



particulière ; elle doit son nom à sa monture sur des goupilles qui 
lui permet de se tourner dans tous les sens à la demande de l'ou- 




Fig. 180.— Scie àgrefTei- ou scie dujaiuiim'r. Fig. 181. — Scie à manche d'égoiue. 



vrage; elle est aussi appellée scie allemande par corruption de 
langage et très improprement par la plupart des ouvriers. 

Toutes les scies peuvent être montées ou non à demande, sui- 
vant la volonté de la personne; mais j'engage l'amateur à imiter 
l'ouvrier soigneux dont toutes les scies sont montées à demande. 



I 

■ 



1 






172 



LE BOIS. 



I 

I 



Assez souvent aussi on a besoin d'une scie à main, d'une scie 
à greffer ou de jardinier (fig. 180) ou d'une scie à manche d'égoine 
(fig. 181). 

Quant à la forme des dents, il y en a trois principales : la dent 
crochue des scieurs de long; celle en triangle équilatéral, celle 
inclinée. 

La figure 182 représente la scie à dents crochues ; on la lime 
avec une demi-ronde faite exprès. 

La figure 183 représente la scie à dents droites, limée de trois 
manières différentes : a est la manière des scieurs de bois de 
chauffage; on incline le tiers-point en limant de manière à pro- 




Kig. 182. — Scio 
dents crochues. 



Fig. t«:î. — Scie à dents droites : a, scie des scieurs de 
bois ; b, scie ;i chantourner ; c, scie à la jardinière. 



duire un court biseau ; ces scies ont de la voie par le bout des 
dents; comme elles sont trempées très dur, on doit bien prendre 
garde de les casser en faisant cette opération; elles débitent 
très vite. 

Les trois dents qui suivent cotées 6, sont limées, le tiers-point 
tenu droit devant le limeur; c'est la dent adoptée pour les feuil- 
lets et pour les autres scies à chantourner qui doivent couper en 
montant et en descendant; on donne d'aulant plus de voie à ces 
scies que la lame est plus large; dans celles qui sont très étroites, 
on donne peu de voie. 

Les dents suivantes, cotées c, sont adoptées dans les scies à la 
jardinière. On les lime en inclinant le tiers-point à droite et à 
gauche. On ne donne pas de voie à ces scies, qui sont plus 



LE MENUISIER AMATEUR. 



17.1 



épaisses du côté des dents que du coté opposé; vu en bout, le 
côté denté doit offrir l'aspect d'un V ; elles fonctionnent très bien 
dans les bois verts. 

Lorsque la scie ne mord plus sans effort, c'est qu'elle a besoin 
de voir le tiers-point. 

A cet effet, on pince la scie dans un étau ad hoc, que l'on 
trouve dans tous les magasins d'outils, mais qui peut être très 
bien remplacé par deux mâchoires en bois, que le plus novice 
des apprentis peut faire et que l'on serre dans l'étau de l'établi. 
On donne alors, sur chaque dent, deux ou trois coups de tiers- 
poinl, bien perpendiculairement à la lame de la scie. Il est facile 





Fig. 184 et 183. 



Fis. I8G à 188. — Bédane ou bec-d'ùae. 



de voir, d'ailleurs, si les dents sont aiguës ou émoussées ; la prin- 
cipale précaution à prendre est de s'habituer à donner le même 
nombre de coups de tiers-point sur chaque dent, ce qui assure 
un aiguisage régulier. 

11 ne faut faire limer les scies que par un ouvrier habile. 

On donne la voie, c'est-à-dire qu'on écarte les dents, en les 
contrariant, au moyen d'un tournevis, d'un tourne à gauche ou 
même d'une simple clef. 

Ciseaux. — Il faut plusieurs ciseaux (fig. 184 et 18b), depuis 
m ,00o jusqu'à m ,03; une gouge, un bédane (fig. 186 à 188). 

Un ciseau est un oulil plat, carré par le bout, ayant un seul 
biseau au bout. Les longs côtés du ciseau peuvent être droits; 
cependant l'usage est de les faire un peu inclinés et de manière 
que l'outil devienne insensiblement plus large parle bout du tail- 
lant que par la partie qui avoisine le collet ; on nomme ainsi 

tu. 



■ 



174 



LE BOIS. 






une partie évidée, plus épaisse que le restant de l'outil et assez 
ordinairement renforcée par une arête. 

Le bédane sert à creuser les mortaises. Ce terme générique ne 
sert pas seulement à désigner l'outil dont il est ici question, mais 
encore la manière d'être d'une infinité d'autres outils et usten- 
siles. Un outil est bédane, toutes les fois, quelles que soient la 
forme et la matière employée, qu'il est disposé de manière à ce 
que l'endroit où il coupe est le plus large de tout l'outil, et le 




Fig. 189. — Râpes à bois queue-de-rat. 



Fig. 190. — Hache à main. 



sera toujours, tel raccourcissement que les repassages et affûtages 
puissent lui faire éprouver. 

C'est le bédane qui dans la mortaise fait son trou pour ainsi 
dire tout seul. 

Pour atteindre ce résultat, pour que l'instrument soit bédane, 
il faut une double décroissance, afin qu'il ne touche à la paroi 
de la mortaise ni suivant le sens latéral ni suivant le sens vertical. 




Fig. 191. — Outil appelé plane ou couteau à deux mains. 

Mais quelque simple que soit le maniement de cet outil, je ne 
vois pas la possibilité de l'expliquer convenablement par des mots. 
Il faut absolument voir (fig. 186 à 188). 

Les meilleurs manches sont ceux qui sont faits de charme, 
d'orme ou de frêne, surtout parce qu'il faut frapper dessus. 

Râpes, hache, plane. — Il faut encore : une râpe à bois demi- 
ronde; une râpe à bois, queue-de-rat (fig. 189) ; 

Une hache à main (fig. 190); 

Et un outil appelé plane ou couteau à deux mains (fig. 191). 



LE MENUISIER AMATEUR. 



175 

Vilebrequin, mèche», tarières, fraises et Trilles. - On 

pjcefes trous avec un vilebrequin^. 192) auquel on adapte des 
mèches des tarières ou des fraises. 

On dislingue : 1° ^mèche cuiller, qui est cannelée dans le sens 
de la longueur et dont le bout est relevé et qui marche assez vie 
(flg 193)- il y a une aulre forme qui est plus expédibva, mais 

"hSS'ï-^ «p» «"•»*>- rv^ eTs et 

avance promplement «ig. 195); quelquefois on la fait avec un 




l-'ig. 192. — Vilebrequin. 

cône tronqué a qui bouche immédiatement le trou que la partie 
antérieure vient défaire (flg. 196). 

Si l'on veut faire un trou de fort diamètre, il faut employer des 
tarières. On distingue : 

!» La tarière en MHW, qui mord très âprement el relire avec 
lui un copeau roulé (flg. 19" et 198). _ 

2° La tarière d,te Sorby, dans laquelle le copeau sud une hé- 
lice autour de l'outil (flg. 199 et 200). 

Si le trou que l'on veut faire doit être évasé en cône renverse, 
par exemple pour loger la tête d'une vis, il faut employer les 

fraises. „ . , „. n „ , 

La figure 201 représente l'ancienne fraise, vue de profil. Quand 



■ 







Fig. 103. Fig. 191. 



Fig. 195. Fig. 19ti. 



Fig. 197. Fig. 198. 




Fig. 199. 




Fig. 201. 



Fig. 202. 



Fig. 193 et 194. Mèche cuiller. — Fig. 195. Mèche à trois pointes. — Fig. 190. 
Mèche trois pointes à cône tronqué. — Fig. 197. Tarière en hélice, vue de face. 
— Fig. 198. Tarière en hélice, vue de profil. — Fig. 199 et 200. Tarière Sorby. — 
Fig. 201. Fraise. — Fig. 202. Fraise conique 



LE MENUISIER AMATEUR. 



177 



cet outil doit fraiser de petits trous, la lige, au lieu de présenter 
le carré A destiné à entrer dans le vilebrequin, est menue, allon- 
gée et terminée par une pointe obtuse. 

Depuis, la forme de la fraise s'est modifiée; le modèle repré- 
senté figure 202 ne nécessite pas une grande pression, fait une 
fraisure régulière et coupe au moyen de l'entaille a. 

On a aussi besoin de pelites vrilles (flg. 203 à 205) ; les vrilles 



Fier. 





Vrilles. 



anglaises sont les meilleures; mais si on ne graisse pas souvent 
les unes et les autres, on les brise. 

Outils divers. — Comme on ne doit rien faire qui ne soit 
irréprocliable sous le rapport de la régularité et de la symétrie, 
on doit faire usage d'un mètre, d'un T à dessin (fig. 206), de 
fils à plomb (fig. 207 et 208), d'un compas (flg. 200), d'un compas 



a? 



J 



Hïg. 200. — Té ;'i dessin 



h lI s L 



Fie. 207 et 208. — Fils 



plomb. 



à quart de cercle (fig. 21 0) et d'un compas d'épaisseur (fig. 211). 
Il faut une équerre ordinaire ou à chapeau (fig. 212), une équerre 
à onglet (fig. 213 et 214) qui sert pour toutes les petites pièces 
et qui réunit les facultés de plusieurs autres équerres; elle fait 
équerre à chapeau au moyen de la dossière a en saillie des deux 
côtés; elle mesure des angles droits rentrants et en saillie; elle 
mesure la coupe d'onglet à 43° au moyen de la corne b : quant 
à l'autre côté e,on lui donne en dehors l'inclinaison voulue; de 



178 



LE BOIS. 






ce côté encore elle sert à déterminer certaines valeurs d'angles 
(ng. 213). Quelquefois le côté n'est pas mobile (fig. 214) 

Ajoutons-y Véquerre simple en acier; et pour les grandes pièces 
léquerre appelée triangle ou à potence (fig. 215). 



< f 





Fig. 209. 
Compas droit. 



Fig. 210. 

Compas à 1/4 de cercle. 




Fig. 211. — Compas d'épaisseur. 



Fig. 212. — Équerre ordinaire. 



Quand il sera utile, on taillera dans une latte la fausse-équerre 
ou sauterelle (fig. 216). 

N'oublions pas un trusquin (fig. 217), indispensable pour tra- 
cer les parallèles; 

Plusieurs tournevis, gros et petils, que l'on fait aisément avec 





Fig. 213 et 214. — Équerres à onglet. 

des bouts de fleuret ou des baguettes d'acier à foret, que l'on 
aplatit et lime à froid, et que l'on trempe ensuite. 

Il est à peine besoin d'indiquer le marteau et les tenailles. 

Au reste, l'expérience fait connaître les outils dont on doit se 
munir. 



LE MENUISIER AMATEUR. 179 

Pierre à l'huile, pierres à aiguiser, meule. — Ce n'est 




Fig. 215. 
Équerre à potence. 





216. — Sauterelle. Fig. 217. — Trusquiu. 



pas assez d'avoir de bons outils s'ils ne coupent pas très bien. 

Les menuisiers de pro- 
fession se contentent sou- 
vent d'une ardoise douce, 
pour donner le fil à leurs 
outils. — Ai-je besoin de 
dire qu'une pierre à l'huile 
est préférable? — le tran- 
chant est beaucoup plus 
fin et, — considération qui 
a bien sa valeur — s'é- 
mousse moins prompte- 
ment. — Il n'y a pas d'éco- 
nomie à faire sur la pierre 
àl'huile — surtout si l'a- 
mateur ne compte pas bor- 
ner ses travaux à la me- 
nuiserie. Il donnera la pré- 
férence aux pierres d'Amé- 
rique, à condition que le 
grain soit fin et bien égal 
dans ses parties, enévitant 
surtout les nervures et les 
veines qui indiquent une 
inégale dureté. 




Meule ù pédale. 



I 






I 



■ 



■ I 
II 






Les pierres dites du Levant sont les plus estimées, mais aussi 
elles coûtent assez cher. 



180 



LE BOÏS. 



I 

■ 



Dans lous les cas, on donne le fil en passant légèrement le 
taillant sur une pierre douce à l'huile. 

Pour aviver le tranchant des fers à rabots, bouvets, ciseaux, 
bédanes, etc., affectant un angle déterminé, on ne pourrait y 
arriver avec la pierre à l'huile seule, il faut au moins un grès. 

On doit préférer un grès plan, sur lequel on frotte les outils, 
en observant toujours le même angle et en suivant une lignedroile! 

Si les dimensions de l'atelierle permettent, je conseille l'acqui- 
sition immédiate d'une meule — non pas une petite ineuleàmain 
qui ne serait d'aucune utilité, mais d'une forte meule marchant 




Fig. 219. — Boîte d'outils de menuisier. 

aveclepied (fig. 218). Elle sera non seulement plus commode qu'un 
grès, mais encore elle rendra de grands services dans tous les autres 
travaux que l'amateur voudrait entreprendre ultérieurement 

Le repassage sur la pierre à l'huile est facile, il s'agit seulement 
d adoucir le tranchant, en lui donnant le fil, mais il n'en est pas 
de même du repassage à la meule ou au grès. Il faut tenir 
constamment l'outil sous la même inclinaison pour lui donner 
un angle bien franc, ce qui demande une grande habitude. Heu- 
reusement l'outil à aiguiser vient au secours du débutant, qui 
peut, avec son concours, donner à son outil l'angle qu'il désire. 



LE MENUISIER AMATEUR. 181 

Boîtes à outils. — On trouve dans tous les établissements de 
quincaillerie des boites et des armoires à outils complètes pour 
les amateurs. Voici, d'après le catalogue de M. Tiersot, le contenu 
de ces boîtes et armoires : 

Boite A sans tiroir contenant : 1 marteau, 2 tenailles, 1 ciseau 
de menuisier, 1 gouge de menuisier, 1 lime triangulaire, 1 lime 
1/2 ronde, 1 râpe 1/2 ronde, 1 pince plaie, I petit rabot améri- 



■ 




■ 



Fifr. 220. — Boite d'outils de Tiersot, 



cain, i tournevis,! poinçon, 4 vrilles assorties, 1 drille et6i'orels, 
1 compas. — Total : 23 pièces. 

Boîte B avec un tiroir contenant : 1 marteau, 1 tenaille-, 1 petit 
rabot, 1 vilebrequin, 6 mèches à percer, 4 vrilles, 1 ciseau, 
1 gouge, 1 plane, 1 pince plaie, 1 lime triangulaire 1/2 douce, 
1 lime 1/2 ronde bâtarde, 1 râpe 1/2 ronde, 1 tournevis, 1 poin- 
çon, 1 scie à main, 1 drille avec bout centrant le foret et 6 forets, 
î p'resselle, 1 compas ordinaire, 1 pointe à tracer, 1 équerre 
cormier (lig. 219). 

ISoitc G avec 2 tiroirs contenant : 1 marteau de menuisier, 
1 marteau de bijoutier, 2 tournevis assortis, 1 tenaille, 4 ciseaux 



Ghaffigny. — Les industries d'amateurs. 



H 



182 



LE BOIS. 



assortis, 2 gouges, 1 bédane, 1 vilebrequin, 6 mèches, 1 fraise, 
4 vrilles assorties, 1 pince plate, i pince rondes 1 poinçon, 1 lime 
triangulaire 1/2 douce, 1 lime 1/2 ronde bâtarde, 1 râpe'l/2 ronde, 
1 scie à main 1/2 large, i scie à guichet, 1 rabot en cormier, 



H 




i 



4 ciseau à froid, 1 plane, 1 équerre cormier, 1 drille avec bout 
centrant le foret et 6 forets, 1 presse, 1 compas droit ordinaire, 
i pointe à tracer, 1 pierre à buiie du Levant avec un côté arrondi, 
i presselle (tîg. 220). 
Armoire G grand modèle contenant: 1 scie à demande 40 c/m., 



LE MENUISIER AMATEUR. 



183 



1 bocfil, 1 drille à grosse torsade avec 6 forets, 2 tournevis, 
1 poinçon, 1 vilebrequin, 2 marteaux de menuisier, 1 tourne-a- 
gauche, d compas droit, 1 tenaille, 1 presselle, 5 vrilles assorties, 
1 hache à tête, 1 scie à guichet, 2 presses en fonte vernies, 




Fig. iî 



Nécessaire i outils de Tiersot. 



HBH 



i presse en bois, 1 maillet de sculpteur, 1 niveau a bulle d air, 
1 pot à colle, 1 trusquin, 1 équerre d'onglet cormier, 1 équerre 
à lame d'acier, i pierre du Levant, 1 rabot en cormier, 1 demi- 
varlope en cormier, 1 plane, 1 pied à coulisse, 1 tournevis pour 



A 



fi 




Fie. 223. — Forets et mèches diverses. 



M 



vilebrequin, 3 mèches à ferrer, 2 mèches à 3 pointes, 1 mèche a 
pierre 1 pince plate et coupante, i chasse-pointes, 1 racloir, 
1 fausse équerre à lame d'acier, 1 étau à agrafe, 1 bigorne, i étau 
à main, 1 lime à main, \ râpe 1 /2 ronde, 1 bédane, 3 ciseaux 
assortis, 2 gouges, 1 pointe carrée (fig. 221). 

On peut simplifier encore le matériel du menuisier amateur, 
et M Tiersot a imaginé un nécessaire (fig. 222) qui renferme 
douze outils les plus indispensables (fig. 223) et qui sert lui- 
même de manche pour les monter. 

Essences diverses de bois. — Les diverses essences de bois 
présentent des difficultés particulières : les bois à fibres serrées, 
tendres ou durs, tels que le tilleul, le peuplier, le buis, le chêne, 
se laissent couper assez facilement. 

Le bois qui n'est pas parfaitement sec se travaille mal; il 
bourre, s'éraille sous l'outil, et, de plus, il a l'inconvénient de se 
déformer, de se fendre. 



184 



LE BOIS. 



I 



Les bois blancs peuvent être mis en œuvre au bout de six 
mois; un an et plus sont préférables. Pour les bois durs, il faut 
souvent de longues années, et encore ne les empêcherez-vous pas 
de se déjeter. 

Parmi les bois tendres, on doit distinguer le peuplier, le pin, 
le sapin, le marronnier, le tilleul, le tremble, l'ypréau. 

Le rabot polit bien le peuplier et le sapin ; mais le ràcloir n'y 
mord pas, il bourre ; on achève le poli au moyen de la pierre 
ponce que l'on pousse perpendiculairement au sens des fibres. 
La peau de chien de mer et le papier de verre servent dans le 
même cas. 

Souvent ces bois, le sapin surtout, présentent des veines, des 
taches, aussi belles que celles du noyer. Alors ne le recouvrez pas 
de peinture : avec deux couches d'huile de lin mêlée à moitié 
d'essence de térébenthine, et de plus une ou deux couches de 
vernis gras appliqué au pinceau, le sapin prend la teinte et l'as- 
pect du bois de citronnier. 

Le marronnier, fort cassant et d'un blanc mal, sert à faire des 
incrustations dans les bois de couleur foncée. 

Avec le tremble, et surtout une de ses variétés, l'ypréau, on 
fabrique des portes, des armoires, que l'on se borne à passer à 
l'huile, sans peinture. 

Les bois durs sont assez nombreux. Ceux d'une moyenne du- 
reté sont l'alizier, l'aubépine, l'aune, le cerisier qui compte trois 
variétés : le cultivé, le merisier, le mahaleb ou faux Sainte-Lucie; 
le charme, le châtaignier, le chêne, le cognassier, le cornouiller 
ou courgelier, l'érable, de plusieurs variétés; le hêtre, le néflier, 
le noyer, le platane, le poirier, le pommier, le prunier, le syco- 
more, etc. 

Les bois les plus durs sont : le buis, le cormier, le frêne, le 
houx, le lilas, l'orme ; etc. 

Les bois de démolition sont parfois durs à l'excès; mais ils se 
travaillent bien et ne se tourmentent plus. 

Les bois exotiques présentent des variétés tout aussi riches, 
tout aussi nombreuses. 

Si l'on ne se sent pas sûr de son coup de rabot, il faut choisir 
du bois sans nœuds, pris dans le tronc d'un arbre. 

Remarquez que le pied d'un arbre est dur, chanvreux, co- 
riace. 

Le bois qui a poussé dans un terrain fertile, humide même, est 
infiniment plus tendre que celui de même essence qui a crû sur 
les hauteurs ou parmi les roches. 

Opération» à exécuter. Difficultés à vaincre. — Tous les 



LE MENUISIER AMATEUR. 



185 

travaux du menuisier, si compliqués qu'ils paraissent, peuvent 
se décomposer et se résoudre finalement en deux opérations, 

qui sont : 

1» Dresser un plan à la varlope; 

2° Suivre rigoureusement avec la scie la trace d'un trait. 

Cherchez, il n'y a pas autre chose. Dans les ajustages les plus 
compliqués', comme dans les plus beaux meubles, on ne trouve 
que la répétition de ces deux opérations. Il suffit donc, pour de- 
venir menuisier, de posséder complètement le maniement de la 
varlope et de la scie. Le reste, en effet, est peu de chose et ne 
présente plus de difficultés sérieuses. 

« C'est en forgeant qu'on devient forgeron »,dit le proverbe. Il 
faut avant de battre le fer, le mettre au feu, et s'attendre au 
début à beaucoup de mécomptes. Il serait difficile à plus d'un 
amateur de menuiserie de calculer le nombre de morceaux de 
bois qu'il a gaspillés et jetés au feu, le nombre d'excellents 
outils qu'il a mis hors d'usage. On remarque chez l'amateur qui 
débute deux défauts : ses outils coupent mal, et il va trop 

vito 

Nœuds du bois. — Prenez gar.de aux nœuds ! Le plus habile 
ouvrier n'en vient pas à bout sans peine. Tantôt le nœud se dé- 
tache et laisse béant un trou que l'on ne peut bouclier propre- 
ment- tantôt, dans le tranchant de l'outil, il produit une brèche 
qui tient une heure sur la meule; d'aulres fois il se réduit en 
une poussière menue qui aveugle ou fait tousser. Dans tous les 
cas, il est entouré de cavités provenant des éclats, et que 1 on ne 
saurait faire disparaître. 

Que l'amateur ne tente donc pas de travailler aux loupes 
d'orme ou aux nœuds de frêne : il y perdra ses peines, et au lieu, 
d'un beau poli, il n'obtiendra que des trous. 

Usage de la Tarlope. — Ce que je vais dire de la varlope 
s'appliquera également à ses similaires. 

La varlope se lance toujours droit en avant. Elle doit mordre 
sans pression et sans effort, le ruban doit sortir facilement et 
presque droit. 

Le riflard, enlevant plus de bois, produit des rubans roules. 

Une précaution de la plus haute importance est de veiller à ce 
que l'outil soit maintenu horizontalement. Au début, l'amateur a 
une tendance à abaisser alternativement chaque main, ce qui 
transforme en jante de roue le bloc qu'il veut dresser. Sur une 
planche on doit pousser la varlope non en arc de cercle, mais 
toujours dans la direction des fibres, sinon la planche deviendrait 
gauche ainsi qu'une oreille de charrue ; de plus, le dessous de la 



I 






LE DOIS. 



I 



varlope se gauchirait, se creuserait, et le travail parfait devien- 
drait impossible. 

Lorsque, pour faire mordre le rabot, on sent qu'il faut exercer 
une certaine pression, c'est un indice certain quel'oulil ne coupe 
plus; et vite un coup de pierre à l'huile. Il n'est pas nécessaire, 
en effet, de passer à chaque fois le fer à la meule. Il faut môme 
en user le plus rarement possible et seulement lorsque le biseau 
n'est plus assez aigu. 

Usage de la scie. — Pour bien conduire la scie en suivant 
rigoureusement le trait, soit en dedans, soit en dehors, soit en 
passant dessus, en un mot, pour s'en rendre complètement 
maître, on doit se garder d'exercer sur elle une pression quel- 
conque. Au contraire, il faut prendre l'habitude de la soulager 
légèrement, car une scie en bon état n'a même pas besoin de son 
poids pour mordre le bois. 

En ne perdant pas de vue cette recommandation, on s'aperçoit 
promptement combien il est aisé de guider une scie, en la faisant 
mordre où l'on veut, et l'on arrive, par des exercices suffisam- 
ment répétés, à suivre le trait machinalement, comme pour les 
autres outils. 

Equarrissage d'un bloc. — Voici sur l'établi un bloc brut : 
il faut l'équarrir. Après l'avoir dégrossi à la hache, on le 
pousse vers le crochet et on l'y fixe en le frappant d'un coup 
de maillet. 

On plane avec le couteau à deux mains appelé aussi plane et 
on dresse au moyen de la varlope. 

On met la main droite à la poignée du riflard : la gauche est 
à plat sur le bout qu'elle serre modérément. On pousse d'abord 
par petits coups, étendant peu à peu l'action jusqu'à l'autre 
extrémité. 

De temps en temps on applique l'œil au bout du bloc pour 
s'assurer qu'il est droit. 

Jusqu'ici, d'après ce que nous venons de dire, le bloc n'est 
dressé que sur une face. Poursuivons. 

Au moyen du trusquin, on trace deux parallèles qui en indi- 
quent l'épaisseur; on rifle et on plane. 

Puis on tourne le bloc sur champ, et on rifle comme aupara- 
vant; mais il faut, au moyen de l'équerre, s'assurer que l'angle 
dièdre des deux faces est bien droit. Lorsque l'on a plané, deux 
coups de trusquin tracent la quatrième face. 

Si l'on rabote une planche à plat, on pose de temps à autre 
l'angle du riflard en travers pour s'assurer que l'on plane bien. 
Au moyen du trusquin, on tire la planche d'épaisseur. 



LE MENUISIER A.MATEUR. < 87 

Pour en dresser le champ, on la met dans la presse et on dé- 
grossit au riflard. Tenant la varlope des deux mains, on la pousse 
doucement d'un bout à l'autre; de cette manière, on obtient un 

JO oicrÏe'la rainure au moyen d'un bouvet, et on enlève les 
angles de cette rainure en y passant doucement le guillaume, 
afin que la languette ait de l'entrée. 

Avant de faire la languette à l'autre planche, on applique la 
première sur la seconde pour voir si les joints se confondent par- 

la Sembl ag e par tenon et mortaise. - L'assemblage le 
plus ordinaire comprend le tenon et la mortaise. 




Fig. 221. 



Fig. 225. F'g- 2: 

Fig. 224, à deux arrasemeats 



Fi» m 228 et 226. Tenons et mortaises. - r.g. 224, a deux arrasem 
"hiiïô, à trois arrasements. - Fi|. 22fi, à quatre armements. 

Les bois à assembler étant tirés d'épaisseur au riflard, dressés 
et hienéquarris à la varlope, sont passés au Irusquin qui dessine 
méthodiquement la largeur, en dessus et en dessous, des te- 
nons et des mortaises, avec l'équerre; on arrête ensuite leur 

hauteur. ., „ , , 

Pour scier le tenon bien parallèlement, il faut suivre exacte- 
ment les trois lignes, non seulement celles de devant et de dessus 
que l'on voit, mais aussi celle de derrière que l'on ne voit pas. 
Voici le truc dont se servent les ouvriers et qu'il faut employer 
pour réussir : ils indiquent par deux traits de scie, devant el 
derrière, la route que la lame doit suivre ; ainsi guidée, la scie 
ne s'écarte plus de son chemin et le tenon est parfait. 

Disons en passant que cette précaution a de nombreuses ap- 
plications. Veut-on percer un trou d'une certaine épaisseur, on 
le commence des deux côtés : on évite ainsi toute déviation. 
La morlaise dans laquelle vient se placer le tenon doit avoir 



I 



1 



■ 



I 

I 

I 



188 LE BOIS. 

exactement la même dimension que celui-ci, qui doit y entrer à 
irottement, mais sans beaucoup d'efforts. 

La mortaise ne se fait pas au ciseau, mais plus facilement et 
plus rapidement avec un bédane de même largeur qu'elle 

L'assemblage par tenon et mortaise peut se faire à deux à 
trois ou à quatre arrasemenls (fig. 224, 225 et 226). 

11 n'est pas un amateur qui ne puisse voir un menuisier faisant 
une mortaise et ce spectacle vaudra toutes les descriptions 

Assemblage d'ouglet. — Pour les ouvrages décorés de mou- 
lures, on emploie l'assemblage d'onglet qui a toujours un amde 
de 45 degrés. Pour faciliter la régularité du travail, on emploie 
la bote à onglet (fig. 227) qui offre le moyen assuré de réussite 
pour la main la moins exercée à diriger une scie en ligne droite 




Fig. 227. — Boite à onglet. 

L'amateur peut faire lui-même sa boite à onglet; il emploie 
un bois dur qu'il dresse bien sur ses quatre côtés, puis après le 
tracé convenable il le creuse en gouttière, et avec une scie à lame 
bien large il coupe les traits, ce qui produit les entailles a nui 
doivent descendre sans incliner à gauche ou à droite, juste et 
passe le fond de la boite. 

Quand on veut scier une moulure d'onglet, on couche la ba- 
guette dans la boîte, on la fait appuyer contre un des bords et 
on la coupe en faisant passer la scie par une des entailles a ' La 
scie ainsi maintenue ne peut dévier en aucun sens. 

Assemblage» e» bout. _ Les assemblages en bout sont em- 
ployés pour rallonger les pièces de bois; les charpentiers en 
lont un usage plus fréquent que les menuisiers. Les principales 
manières de faire cet assemblage sont : à mi-bois, en flûte ou 
sifflet, en traits de Jupiter. Quelques figures nous épargneront 
de longues descriptions. Les figures 228 à 232 sont des assem- 
blages de rallonge à mi-bois; 228, mi-bois carré; 229 mi-bois 
rentre; 230, enfourchement mi-bois; 231, mi-bois à queue re- 
couverte; 232,mi-bois à queue percée. Les assemblages en bout 
en flûte ou en sifflet, se font de plusieurs manières, entre autres 
sifflet simple (fig. 233), sifflet à crochet (fig. 234) 



LE MENUISIER AMATEUR. 



189 



Dans ces assemblages, on consolide le joint par des fret les 

61 Enfin les assemblages en bout, dits traits de Jupiter, se font 
de trois manières principales, qui sont représentées par es fi- 
"„ rp , 93s à 237. On passe dans la mortaise indiquée par le pa- 
ml kilogramme du milieu de la figure, une clé en bois en forme 
le coin que l'on y chasse à l'aide d'une masse, laquelle clé sert 
àfaTre oindre les deux parties entre elles, au moyen de la pres- 
sion qu'elle opère contre les bouts de la mortaise, qu elle tend a 
allonger. Cet assemblage est très solide. 

Assemblage en queue d'aronde ou d'h, ronde. - C est 
un moyen de réunion de deux morceaux de bois formant entre 

piix un angle droit. 

Montage - Après s'être exercé à ces premiers travaux, on 
peut essayer de monter les morceaux de bois. 




' m 2 33 M* m 230 237 

. Divers modes d'assemblages en bout. 

Le montage des objets composés de plusieurs pièces se fait 
de deux manières (fig. 238 et 239). Wouoes 

I a première, et la meilleure, consiste a faire toutes les coupes 
au rabot et au moyen des outils à l'usage des menuisiers. 

Mais dira-t-on, il faut avoir un atelier de menuiserie monte 
ou au moins un banc de menuisier. C'est une erreur; cela vau- 
drait, certes, mieux, mais ce n'est pas indispensable surlou 
pour les petits objets; tout amateur peut construire un petit 
Lubie dans le genre de celui que les menuisiers appellent pkj 
che à dresser (fig. 238), compose d'une planche A, de ,25 de 
largeur sur 0»,60 de longueur, sur laquelle on fixe, au moyen 
de vis à tête plate, une planche de 0-,18 de largeur sur 0-03 
d'épaisseur, de manière à laisser sur la droite la planche infé- 
rieure en saillie de 0-.10. A l'extrémité de la planche B se place 
à l'équerre un taquet C, qui sert à buter la pièce que 1 on veut 

dresser, 

il. 



190 



LE BOIS. 



On se sert du rabot (ou de la varlope pour les grandes pièces) 
en le plaçant sur le flanc et le faisant glisser sur la partie A. 
S'il s'agit seulement de dresser la pièce de bois, on la pose à plat 
sur la planche B. Si, au contraire, on veut faire une coupe en 
biseau (G, flg. 239), on la trace au crayon ou mieux au trusquin), 
puis, en inclinant plus ou moins la planchette, on enlève l'angle 
au degré voulu. 

li y a un moyen 1res expéditif pour biseauler d'un seul coup 




Fig. 238 . — Planche à dres- 
ser pour le moutuge au 
rabot. 




Fig. 239. 
Coupe eu biseau. 



Fig. 240. 
Biseautage expéditif. 



I 

■ 



et avec une parfaite régularité tous les- côtés d'une corbeille, 
fût-elle à six ou huit pans. Pour cela, il faut d'abord bien dres- 
ser les côtés avec le rabot, comme nous l'avons dit plus haut, 
tracer au compas ou mieux au trusquin la largeur du biseau, 
puis ranger les planchettes comme on le voit dans la figure 240. 
Pour qu'elles ne se déplacent pas, il est bon de les fixer ensem- 
ble une à une avec deux pointes à placage que l'on rogne. Au- 
trement dit, il faut placer le numéro 2 sur le numéro 1, le clouer, 
placer 3 sur 2, le clouer et ainsi de suite ; serrer le tout dans la 



Le menuisier amateur. 



191 

presse du banc de menuisier et au moyen du rabot ou de la var- 
lnDe enlever la partie rayée. 
On décloue ensuite et on recommence la même opération sur 

1 ^ans léTcas où on opère sur une face de bois debout, c'est-à- 
dire en coupant la veine, il faut avoir soin de donner très peu de 
fer au rabot, pour éviter de 
faire sauter l'angle de la 
planchette. 

La seconde manière pour 
monter, qui consiste à pré- 
parer les coupes à la lime, 
est plus simple, mais le 
résultat a moins de préci- 
sion. Après avoir tracé la 
coupe, on appuie la plan- 
chette siirl'angle d'une table 
(Qg. 241) en inclinant plus 
ou moins pour donner la 

gS "îli'nfe «tenant la pièce de la main gauche 
Pour les morceaux minces et de trop petite dimension on a 

imaginé une presse très simple et de la plus grande u dite. 
On peut engager les amateurs, lorsqu'ils veulent préparer les 




Fi S . 241. 



■ Coup de lime donné il l'angle 
d'une talde. 





Fig. 242. — P°' * colle-forte. 



Fig. 243. 



l J ot à colle avec la larape. 



assemblages, à procéder autant que possible géométriquement, 
et à tracer, sur le bois même, la figure. 

Lorsque l'ajustage des angles est préparé, on commence a as- 
sembler les différentes pièces. 

Collage. - Nous engageons à employer la colle forte ie Give 
à chaud, qui se conserve dans des récipients (fig. 242 et 243 
chauffés avec des copeaux ou avec une lampe a alcool; elle est 



I 



M 



f 02 



LE nois. 








préférable aux colles fortes à froid ; elle doit être fuite 1res claire. 
Elle a l'avantage de prendre plus vile et d'être plus solide. 
Si les ajustages ont été bien préparés, il suffit de placer une 
coucbe de colle très légère sur les deux mor- 
ceaux, que l'on peut au besoin chaulferunpeu, 
et de les juxtaposer. 

Si on a un grand nombre de pièces, comme 
dans une corbeille à six ou huitpans, il ne faut 
pas arrêter le montage que tous les pans ne 
soient collés ensemble, sinon on s'expose à 
avoir un espace Irop grand ou trop petit pour 
placer le dernier. Il vaut mieux, dans ce cas, 
dès que l'on a placé deux pans, les fixer en- 
semble et au fond au moyen de petits fils de 
fer très fins, semblables à ceux des fleuristes 
et ainsi de suite jusqu'au dernier. 

On laisse sécher et on enlève les fils de fer 
qui tiennent le fond. On ajuste ensuite les den- 
telles de la corbeille de la même manière. 

Ce que nous avons dit pour le montage d'une 
corbeille s'applique à tous les objets dont les 
différentes pièces forment des angles plus ou 
moins aigus. 

Lorsque l'objet que l'on monte est en bois 
d'une certaine épaisseur (7 à 8 millimètres), et 
surtout en bois foncé, on peut, au lieu de fll 
de fer, se servirde fines pointes à placage sans 
tête; si le bois est dur (chêne, par exemple), il 
suffit de planter préalablement la pointe dans 
une petite boule de cire jaune, pour qu'elle 
puisse être enfoncée sans plier; nous en"a- 
geons aussi à n'employer que de très petits 
marteaux d'horloger. 

Mise en presse et serrage. — Après le 
collage, le menuisier se sert de la presse à bois 
pour serrer ses bois (fig. 244) s'il s'agit de pièces 
de peu de dimension. 

Si au contraire la pièce à maintenir est assez 
grande, il faut employer le serre-joints, que l'on 
appelle quelquefois par corruption sergent; cet instrument (fig. 243) 
tient les assemblages exactement joints pendant qu'on les che- 
ville ou pendant que la colle se fige. On peut le construire soi- 
rnême ; sauf la vis et son écrouque l'on trouve chez le quincaillier, 



S> 



Serre-jointsou sergent. 



LE MENUISIER AMAÏEUK. 



1 93 



Vernissage. — Voici maintenant quelques conseils pour le 
vernissage des objets terminés : 

On sait qu'il y a deux sortes de vernis : le Demis copal qui s'ap- 
plique au pinceau et le vernis au tampon. 

Le premier est d'une application très facile : il s'agit simple- 
ment d'en badigeonner la surface à vernir. Cependant quelques 
précautions sont à prendre. D'abord il ne faut pas trop charger 
le pinceau d'enduit pour ne pas l'empâter; ensuite il est bon d'en 
donner plusieurs couches pour obtenir un brillant suffisant. Il 
faut laisser bien sécher chaque couche avant d'en appliquer une 
nouvelle. 

Le vernis au tampon donne un résultat bien supérieur au vernis 
copal, mais son application est plus longue et plus difficile. Nous 
allons la décrire. Malgré cela, l'amateur pourra toujours prendre 
une leçon près d'un ébéniste. 

Que'le bois soit plein ou qu'il ait été découpé, on fixe la pièce 
à vernir sur un morceau de sapin au moyen de pointes de 
placage que l'on enfonce à fond. On imbibe ensuite d'huile 
un chiffon et on passe une couche sur le bois; on frotte, soit 
avec un morceau de pierre ponce, soit avec un papier de verre 
très fin recouvrant un morceau de bois. On doit poncer en cou- 
pant toujours la veine dubois et jamais en long. Lorsqu'on sent 
avec le doigt que le bois est devenu bien uni, on nettoie avec un 
linge doux. 

Le tampon pour étaler le vernis est constitué comme suit : on 
prend un morceau de laine ou de flanelle, on forme une boule 
grosse comme un œuf, on l'enveloppe d'un double de toile déjà 
usée, de manière à former une queue qui se tient à pleine main 
pour charger le tampon, on l'ouvre et on verse à l'intérieur 
quelques gouttes de vernis spécial appelé vernis à tampon. 

Une fois le tampon chargé, on le pétrit dans les doigts pour 
répandre également le vernis, puis on commence à frotter sur 
les pièces en tournant; les premiers coups doivent être donnés 
légèrement, il faut éviterde passer trop souvent à la même place, 
c'est pourquoi, lorsque les morceaux à vernir sont petits, il est 
bon d'en assujettir plusieurs sur la planche de sapin, afin de pou- 
voir promener le tampon de l'un à l'autre. 

Ne vous étonnez pas si, dès les premiers coups de tampon, votre 
bois ne parait pas se vernir ; il doit, au contraire, en être ainsi; 
autrement, il y aurait trop de vernis dans le tampon, et vous 
auriez pour résultat de faire ressortir les pores du bois, et il fau- 
drait poncer de nouveau. 

Après les premiers coups de tampon, on peut répandre sur 



i 



m 



il 



h 



19i 



LE BOIS. 



l'objet une pincée de pierre ponce en poudre, les pores du bois 
sont plus vite remplis, et on accélère l'opération. 

Lorsque le tampon commence à sécher, on le recharge et on 
continue à frotter en appuyant davantage à mesure que l'opéra- 
tion s'avance; de temps en temps on met, soit sur le tampon, 
soit sur le bois, une petite goutte d'huile de lin ; mais ne vous 
laissez pas prendre au brillant que cette goutte donne de suite 
au bois et qui disparaît dès les premiers coups de tampon ; si 
vous mettez trop d'huile, le brillant ne durera que quelques ins- 
tants et vous arriverez difficilement à polir. Pour que le tampon 
fonctionne bien, il faut, pendant les trois quarts de l'opération, 
que le vernis paraisse mat et gras; vous devez voir chaque coup 
de tampon ; ce n'est qu'à la fin, quand tous les pores du bois 
sont bien remplis, qu'en frottant plus vivement et presque à sec, 
on voit paraître le brillant. 

Enfin on peut, pour terminer, employer un tampon que l'on 
charge avec quelques gouttes d'esprit de vin ; en le passant légè- 
rement sur l'objet verni, on obtient un très beau brillant. 

Nous recommandons surtout aux amateurs de ne jamais ar- 
rêter le tampon sur le bois pendant l'opération, car cela ferait 
tache. 

Parfois il arrive qu'après un certain travail, on s'aperçoit que 
le vernis ne prend pas bien ; c'est que l'opéralion aura élé mal 
commencée; on aura mis trop de vernis ou trop d'huile; dans 
ce cas, que l'on ne s'obstine pas ; passez de nouveau le papier de 
verre 1res fin et usagé, ou la pierre ponce, et reprenez l'opération 
dès le commencement. 

Vernissage avec les vernis de couleur. — Avant de recom- 
mander aux amateurs les vernis de couleur, dit un spécialiste, 
M. J. Carante, nous avons eu la conscience de les expérimenter, 
non pas au point de vue chimique, — c'eût élé sans importance, 
mais au point de vue des utilités pratiques, et voici les conclu- 
sions que nous avons à formuler sur les teintes que nous avons 
manipulées pures ou additionnées d'alcool, au tampon, au pin- 
ceau et de toute autre manière. 

D'abord, nous avons constaté que ces vernis étaient très chargés 
de couleur, immense avantage qui permettait d'utiliser à volonté 
toute l'intensité de la teinte ou de l'alténuer par un mélange 
plus ou moins considérable d'alcool ou de vernis ordinaire ; que 
les couleurs de provenance végétale, loin d'empaler les vernis et 
de nuire à leur manipulation, se combinaient admirablement 
avec l'esprit-de-vin,et qu'elles subissaient, aussi aisément que la 
gomme laque, l'action conductrice du liquide auquel elles sont 



LE MENUISIER AMATEUR. 



193 



mêlées. L'inconvénient que nous leur avons reconnu, et qu'il suffit 
de signaler pour s'en prémunir, serait celui-ci, si l'on n'y prenait 
carde : la surface à vernir ne recevrait pas une teinte uniforme, 
et la couleur se déposerait par inlermillences ou par plaques plus 
accentuées, plus foncées, dans certaines parties que dans d'au- 
tres, soit que le tampon se décharge naturellement, soit qu'il se 
promène inégalement partout, résultat inévitable de la surcharge 
de vernis ou de l'inhabileté de la manipulation, excès ou incon- 
vénient qui est susceptible de se produire dans l'emploi des vernis 
ordinaires, et qui, dans le cas présent, se complique de l'inégale 
répartition de la couleur. Le tampon, comme la main du reste, 
aurait donc à lutter tout a la fois contre les forces extensives de 
la couleur et du vernis. 

Un emploi meilleur et qu'après expérience nous pouvons si- 
gnaler, serait d'additionner les vernis colorés d'alcool ou mieux 
encore de vernis ordinaire ; on arriverait, par la superposition de 
couches successives, plus lentement mais plus sûrement, au même 
effet, c'est-à-dire à l'égale répartition de la couleur: c'est une 
des propriétés de ce genre de vernis qui nous a le plus préoccupé 
et une difficulté que nous avons résolue par une proportion de 
mélange à parties égales ou disproportionnelles. Ajoutons, pour 
ne rien négliger, que quelques gouttes de ces vernis convention- 
nels jetées dans les vernis ordinaires, non seulement les relèvent, 
mais en modifient notablement la teinte et, sous ce rapport, 
remplacent avantageusement l'emploi des matières premières, 
dont il faut attendre la dissolution, et qu'on ne sait pas toujours 
proportionner au degré voulu. 

C'est une première manière, mais il y a mieux encore, et sur- 
tout pour la découpure, un parti plus avantageux à tirer de ces 
vernis. On court à la recherche des procédés de transformation 
et de dénaturalisation des bois, on demande à la science des 
indications, des notions précises plus ou moins réalisables, tandis 
qu'on a sous la main le plus simple, le plus économique de tous. 
Qui empêcherait d'employer comme teinture les vernis colorés, 
non pas purs et sans modifications, mais travaillés, additionnés 
d'alcool, appropriés et rendus aptes à être utilisés au pinceau ou 
sous forme de bains, où seraient plongés les bois naturels pour 
sortir de là avec des apparences radicalement contraires à leur 
aspect originaire? 

Du bois le plus commun vous pourrez, grâce au vernis, obtenir 
des transformations qui accuseront à volonté les plus riches 
nuances des bois exotiques, qui même les imiteront à s'y mé- 
prendre. Le résultat est subordonné à la manipulation, et celte 









196 



LE BOIS. 






I 



manipulation est à la portée do tous, puisqu'elle consiste à dé- 
doubler les vernis et à en imbiber les bois par application ou 
par immersion. Dans le premier cas, la réduction des vernis 
est appliquée au pinceau ou sur le bois brut, ou sur le bois 
largement imbibé d'huile, et "sans économie de liquide ou de 
matière. Dans le second cas, qui est infiniment préférable, quand 
la dimension des pièces le permet toutefois, il n'y a pas à tem- 
pérer l'absorption, le bois se sature de lui-même et prend une 
teinte beaucoup plus uniforme. La teinture n'exclut pas l'action 
du tampon; elle est même indispensable pour donner aux bois 
ainsi transformés du brillant, de la vivacité et de l'éclat, car les 
vernis couchés d'une manière ou de l'autre sont et demeu- 
rent mats. 

Tablettes, bottes, tiroirs. — Par où commencer ? Un des 
premiers soins parait devoir être d'organiser l'atelier, d'y poser 
des tablettes destinées à recevoir les outils, de faire beaucoup 
de petites boîtes et de tiroirs, etc. 

En confectionnant les tablettes, les boîtes, on s'habitue au 
maniement des rabots. 

Les tasseaux destinés à recevoir les tablettes sont découpés 
par paires dans de petits carrés de bois, et on apprend ainsi à 
manier la scie à chantourner. 

Pour fixer les rayons d'une étagère, on peut, au lieu de tenons, 
se contenter de vis à tète plate, que l'on met par derrière et dont 
on incruste la tête dans le bois, en agrandissant le trou à l'en- 
trée, ce qui s'appelle fraiser. 

Pour les boîtes qui doivent contenir des clous, on fait une caisse 
à compartiments, dont les cloisons entaillées à moitié bois s'en- 
clavent l'une dans l'autre, et n'ont besoin d'être clouées qu'à 
chaque extrémité. 

Peut-être hésiterez-vous dans l'exécution de certains travaux. 
Consultez alors un bon ouvrier; mais ayez aussi confiance dans 
vos propres observations. Si, par exemple, vous ne comprenez 
pas bien l'assemblage d'une boite, démontez-en une; vous en 
remonterez deux de front, la vieille et une neuve. 

Construisez des tiroirs dont les parois soient assemblées à 
queue d'aronde ou d'hyronde. Exercez-vous à cet assemblage 
qu'il est assez difficile de bien exécuter. Taillez d'abord les tenons. 
On les présente sur la planche où ils devront entrer; au moyen 
d'un crayon fin ou d'une pointe ad hoc vous tracerez les en- 
tailles. Vous collerez et vous serrerez au sergent. 

Le fond sera introduit à coulisse, et vous le retienç(res à la. 
paroi postérieure par une pointe fine facile à enlever. 



LE MENUISIER AMATEUR. 



197 



Malle «le voyage.— Vous désirez une malle de voyage, cons- 
iruisez-la vous-même. Vous pouvez eu faire de toutes les gran- 
deurs • essayons-en une de 0«,60 de long, 0»,30 de large et 0™,30 
de hauteur. Vous vous procurez une volige (sans nœuds) de sapin 
de 4 mètres de long, 0-,33 de large et de ra ,l d'épaisseur. Elle 
vous fournira quatre longueurs et deux bouls ; vous ne refendrez 
aucun de ces morceaux. En inoins d'une heure, vous les aurez 
bien rabotés. Vous pourriez les assembler à queue d'aronde, 
mais vous userez moins de temps par une autre méthode. . 

Taillez bien correctement votre fond de m ,S8 sur m ,28, au 
moyen de pointes à tête d'homme, longues de 0-.03S à 0™,04 en- 
viron- clouez-y les longues parois, que vous coupez juste de la 
même longueur, et bouchez les deux extrémités par les deux 
planchettes de 0»,30 de long et de 0-,20 de hauteur, que vous 
aurez préalablement arrondies par le haut. Le fond supérieures! 
resté de 0'" 33 de large : vous le mouillez d'un côté et le faites 
chauffer de Vautre sur une poignée de copeaux enflammés. Il se 
courbe et vous vous hâtez de le clouer sur voire caisse. Vous 
enfoncez les pointes au moyen d'un chasse-clous, et vous rabotez 
tout ce qui dépasse. 

La boite n'est pas ouverte encore. A m ,0o ou 0",06 du bord 
supérieur, on tire un trait tout autour, et ce trait guide la scie 
qui sépare promptement les deux portions de la caisse, qu'aucun 
ouvrier ne pourrait faire s'adapter si parfaitement s'il les cons- 
truisait séparément. 

On doit s'habituer à utiliser toutes sortes de choses : avez-vous 
quelques boîtes à sardines, jetez-les au feu pour les dessouder; 
les parois de ces boîtes vous donneront des équerres dont vous 
garnirez les angles de votre malle. 

Vous n'aurez plus qu'à poser deux charnières, deux poignées, 
un porte-cadenas, et enfin à appliquer sur le tout deux couches 
de noir au vernis. 

Vous pouvez aussi garnir l'intérieur de papier et y ajouter un 
double fond. 

Le tout vous aura coûté 3 fr. 50 à 4 francs. 

Nécessaire à ouvrage, coffre à bois, elc — On construit 
de même en un morceau un nécessaire à ouvrage. 

11 n'est pas plus difficile de construire beaucoup d'autres meu- 
bles, tels que coffre à bois, caisse à fleurs, jardinière, étagère, 
guéridon, niche à chiens, etc. 



I 



■ 



AI 



198 



LE BOJS. 



I 

I 



CHAPITRE II 

LA PEINTURE ET LA DÉCORATION DES BOISERIES. 

Les peintures des lambris, plinthes, corniches, etc., et en 
général de toutes les boiseries d'appartement doivent 'être en 
harmonie dans chaque pièce avec les papiers de tenture ■ une 
valeur de ton un peu plus foncée servant d'encadrement à une 
teinte plus claire. On peut facilement exécuter ces peintures 
soi-même et même les rehausser de filets et d'ornements à plat 
très simples, il ne faut pour cela qu'un peu de goût, un peu de 
patience et d'adresse, mais beaucoup de soins. 

Peinture à teintes plates. — Voici la manière de procéder 
pour les teintes plates. 

Les peintures d'un appartement peuvent être de deux sortes : 
à la colle ou à Vhaile. 

Peinture à la colle. — La peinture à la colle, dite aussi à la 
détrempe, est celle dont les couleurs broyées à l'eau sont ensuile 
détrempées avec de la colle. Cette peinture se prépare facilement 
en faisant fondre sur un feu doux de la colle de peau, à laquelle 
on ajoute, lorsqu'elle est chaude, du blanc de Meudon ou blanc 
d'Espagne ; on colore ce mélange au moyen de couleurs que 
l'on achète toutes broyées et que l'on délaye dans de l'eau douce 
bien pure. 

Cette peinture peut être employée sur le bois, le plaire, mais 
à la condition que la surface à recouvrir soit parfaitement propre 
et sèche. 

La peinture à la colle exigeant plusieurs couches, on fera bien 
de donner la première avec un simple mélange de colle et de 
blanc de Meudon employé bien chaud ; celte première couche 
qui servira d'encollage et sur laquelle les couleurs seront plus 
belles et plus solides devra être légèrement poncée lorsqu'elle 
sera bien sèche, de façon à ce qu'il ne reste aucune aspérité, et 
les trous, fentes et fissures, qui pourraient se présenter, seront 
rebouchés avec un mastic épais composé de blanc et de colle. 

Avant do commencer à peindre, on devra essayer la couleur 
sur une planchelle, afin de se rendre bien compte de la valeur 
du ton qu'elle prendra en séchant, et la modifier s'il y a lieu ; 
en outre il serait si difficile de faire des raccords exacts qu'il est 
tiès important de préparer du premier coup la quantité de cou- 
leur nécessaire pour couvrir tout ce que l'on doit peindre. 



LA PEINTURE ET LA DÉCORATION DES BOISERIES. 109 

Une bonne détrempe se compose de trois quarts de couleur 
(blanc compris) et d'un quart de colle ; il en faut à peu près 
500 grammes pour couvrir une superficie de 4 mèlres carrés. 

On aura soin en peignant de maintenir la couleur à une tem- 
pérature assez élevée, de façon à ce qu'elle coule facilement au 
bout de la brosse sans l'empâter, et qu'elle couvre, sans les en- 
gorger, les moulures et les saillies; on peindra hardiment et à 
grands' coups, en maintenant la brosse horizontalement devant 
soi, sans s'incliner et de manière que sa surface soit bien d'a- 
plomb sur la partie à peindre. 

Quand la première couche donnée après celle qui sert d'en- 
collage sera très sèche, ce qui a lieu assez promplement, on en 
donnera une seconde et dernière. 

La peinture à la colle est plus économique que la peinture à 
l'huile et a de plus l'avantage de ne donner aucune odeur et de 
permettre l'babilaiion des chambres aussitôt après son applica- 
tion. Quand elle a été faite avec soin, elle conserve sa beauté el 
sa fraîcheur fort longtemps et son apparence mate lui donne 
un charme très apprécié dans un ensemble décoratif. 

Peinture à l'huile. — On emploie la peinture à l'huile dans 
les appartements dont les murs sont susceptibles d'être salis ou 
tachés parce qu'elle se nettoie et se vernit facilement, ce qui ne 
peut avoir lieu dans la détrempe. 

La préparation des couleurs pour la peinture à l'huile demande 
tant de soins et de connaissances spéciales que nous ne craignons 
pas de conseiller l'achat de couleurs toutes préparées. 

Les couleurs à l'huile doivent être employées à froid sur des 
surfaces préparées comme pour la peinture à la colle ; on aura 
soin de remuer de temps en temps la couleur avec la brosse afin 
qu'elle soit toujours également liquide et par conséquent de 
même ton. Si le ton devenant épais ne conservait plus la même 
teinte que le dessus, on l'éclaii cirait en y ajoutant de l'huile. 

Lorsque l'on devra donner la seconde couche, ce qui ne peut 
avoir lieu que quand la première sera parfaitement sèche, c'est- 
à-dire deux ou trois jours après, on ajoutera à la couleur une 
assez grande quantité d'essence de térébenthine bien pure, sur- 
tout si l'on a l'intention de vernir la peinture. 

Filets. —Les boiseries peintes ainsi avec beaucoup de soin, 
et recouvertes de teintes plates, gagneront beaucoup à être re- 
haussées, et pour ainsi dire égayées, par des filets, simples à exé- 
cuter et d'une couleur différente de celle du panneau quoique 
s'harmonisant parfaitement avec elle. 
On se sert pour tracer les filets d'une règle plate un peu Ion- 






LE BOIS, 
gueet assez souple; on doit la tenir à une certaine distance du 
panneau en 1 appuyant seulement par une de ses extrémités et 
en a soulevant légèrement de l'autre; puis on fait glisser rapi- 
dement en le tournant un peu, un pinceau très long très 

meï P %n T Spéci£ i ,emetltà cet u ^ge et vendu dans le'con! 
me.c sous le nom de pinceau à filet. Il faut, pour bien .race, 

h vl iT^^ fe, ; metéde »«*>, surloutdans celle qui tien 
Lui' ? T d ° U Ôtre assez 11( I uide P° ur couler facile- 

?u lr S , CePen ( da, : t faIre de baVUreS; i'^Périence indiquera, 
du ,este, 1res vite les moyens à employer et, après quelque 
essa.s, on arrivera à des résultats très satisfaisants 



CHAPITRE III 

LU TRAVAIL DU TOUR. 



De celte mimense agglomération d'industries particulières 
d arls et de petits métiers qui constitue l'industrie humaine, là 

ïi,"?™'"' S f> PaSSer du secoursdu voisii! et beaucoup 
nont d autre raison d'être que le secours qu'ils apporlent, ce 




Fig. 246. — Tour à pointes monté. 

n'est que l'infime petit nombre qui pourrait vivre à l'écart et de 
son propre fonds. 

A la léte de ces derniers, nous pouvons /sûrement placer l'art 
du tour. Les choses en sont venues à ce point, en effet, et depuis 
longtemps, que nul ne peut se passer de lui ; par contre, il serait 
impossible d'énumérer l'énorme variété d'articles qu'il peut con- 
fectionner absolument seul, sans le secours d'aucune industrie 
étrangère, sauf pour l'outillage et la matière première. 

Tour. — On appelle tour l'appareil sur lequel on opère et 
qui est disposé différemment, suivant l'objet auquel on veut 



LE TRAVAIL DU TOUR. 201 

l'appliquer; mais le principe général est toujours le même; 
le tour doit tourner dans tous les cas, c'est là sa mission iné- 
luctable. 

Presque tous les tours sont horizontaux, quelques-uns sont 
verticaux, ceux employés par le potier, par exemple. 

Dans le tour, la pièce à tourner se trouve placée entre deux 
pointes fixes. La seconde 
pointe peut se rapprocher ou 
s'éloigner de la première, sui- 
vant la longueur de la pièce à 
travailler. 

Le tour à pointes est simple 
à établir (fig. 246): deux ju- 
melles en bois parallèles sont 
supportées à leurs extrémités 
par deux pieds, formant le 
banc du tour. Les pièces de 
boisqui supportent les pointes 

sontappelées poupées (ftg. 247); poupéa du tom , = yec ]mulk , rf ^te. 
ce sont des billes de bois car- 
S rées terminées par un tenon à double arrasemenl, qui pé- 
nètre entre les deux jumelles, les dépasse en dessous et porte 
h sa partie inférieure une mortaise transversale dans laquelle on 




I 



mrm 





Fie, 248. — Pointa du tour; 



Fig. 249. — Support ou ^uide de tour. 



passe une clef en bois qu'on chasse à coups de masse pour faire 
appuyer fortement la poupée sur les jumelles. Les pointes (fig. 248) 
sont fixées à 3 décimètres au-dessus du banc, pour un tout- de 
moyenne grandeur, et à 1 décimètre environ du sommet de la 
poupée. D'ordinaire, la pointe de gauche est immobile ainsi que 



M 



202 



l.É BOIS. 



■ 

1 

I 



la poupée, et la pointe de droite de la poupée mobile est une vis 
pointue, vissée dans cette poupée, qu'elle peut dépasser de 1 déci- 
mètre du côté de la première pointe. 

Il faut maintenant donner au tourneur un appui solide sur 
lequel il puisse poser son outil afin d'attaquer la pièce fixée 
entre les pointes. Cet appui s'appelle support à chaise (fig. 249), 
et se compose de trois parties : la semelle, la chaise et la cale. 

La semelle est une planche de 3 à 4 centimètres d'épaisseur 
sur 14 de largeur, et de longueur variable suivant la force du 
tour. Elle porte clans une partie de sa longueur une ouverture 
longitudinale, large de 3 cenlimètres, destinée à recevoir le collet 
d'un boulon dont la tête carrée sera noyée dans deux feuillures 
pratiquées le long des côtés de l'ouverture et en dessous, le bou- 
lon passe entre lesjumelles, traverse une forte barre en bois au- 
dessous de laquelle est un écrou à oreilles avec lequel on opère 
la pression et la fixation de la semelle sur l'établi. On comprend 
facilement qu'en desserrant le boulon on peut faire glisser la 
semelle dans un sens perpendiculaire à la ligne des pointes et 
môme l'incliner par rapport à cette ligne ; on peut aussi la faire 
marcher le long des jumelles et la placer par conséquent dans 
la position convenable par rapport à la pièce à tourner. 

La chaise est un morceau de bois en forme d'équerre, appuyant 
par des branches horizontales sur la semelle à laquelle elle est 
fixée par un boulon. Ce boulon, taraudé à sa partie inférieure, 
s'engage dans un écrou noyé au-dessous de la semelle : il se 
termine à sa partie supérieure par une forte tête percée de deux 
trous en croix dans lesquels on introduit la queue d'une clef 
pour serrer la chaise sur la semelle, quand on a fait tourner de 
la quantité convenable cette chaise autour du boulon. 

La cale est une planche épaisse de métal ou de bois dur qu'on 
attache devant la branche verticale ou le dossier de la chaise au 
moyen d'un écrou en T. Cette cale n'a par le bas que la largeur 
du dos de la chaise; dans le haut elle s'élargit et est terminée 
par deux pointes ; c'est sur la partie supérieure de cette cale 
que l'on appuie l'outil. Pour que la cale puisse être haussée ou 
baissée à volonté, le trou qu'on y pratique pour laisser passer 
le T n'est pas rond, mais allongé clans le sens vertical. 

On communique à la pièce à tourner un mouvement soit cir- 
culaire alternatif, soit circulaire continu ; dans le premier cas, 
c'est au moyen d'une corde qui fait plusieurs fois le tour de la 
pièce et que deux hommes tournent alternativement; d'autres 
fois, et c'est même le cas le plus fréquent, la corde s'attache à 
l'extrémité d'une perche élastique fixée par l'autre bout au pla- 



LE TRAVAIL DU TOUR. 



203 



fond de l'atelier, descend verticalement en faisant plusieurs fois 
le tour de la pièce à tourner, continue ensuite à descendre et 
s'attache à un levier nommé pédale. Ce levier peut osciller autour 
d'un point fixe. Le tourneur place le pied sur la pédale, et pen- 
dant qu'elle descend il attaque sa pièce avec l'outil; quand il re- 
lève le pied, l'élasticité de la perche fait remonter la pédale et 
tourner la pièce en sens contraire. 

Cette seconde espèce de tour à pointes peut se transformer en 
tour en l'air en sup- 
primant la seconde 
pointe et en plaçant la 
pièce à l'extrémité de 
l'arhre mobile, on peul 
alors l'atlaquerde tous 
côtés, excepté par le 
point d'altache. 

Ce système est sim- 
ple, mais entraîne une 
perte de temps consi- 
dérable, puisque le 
travail est discontinu, 
en occasionnant en 
outre de fortes vibra- 
tions dues à l'action 
intermiltenle de l'ou- 
til. 11 est de beaucoup 
préférable d'enrouler 
la corde sur une pou- 
lie fixée à la pièce à 
tourner, el sur une se- 
conde poulie plus 
grande mise en mou- 
vement, soit par le pied 
du tourneur, au moyen 
d'une pédale, soit par 
un manœuvre quand 
l'etfort à produire est un peu considérable (fig. 2o0). 

Outillage. — Les outils employés pour tourner le bois sont 
principalement la gouge, le ciseau et le bédane (bec-d'àne). 

Ces outils sont de dimensions très variées, appropriées aux dif- 
férents travaux pour lesquels ils doivent être employés. 

La grosse gouge (grosse relativement à la pièce en œuvre) est 
un outil demi-cylindrique affûté à son extrémité; elle sert à 




. 280. — Tour, monté sur guéridon à pédale, 
pour tourucr assis. 



■ 



20i 



LE BOIS. 



dégrossir les contours raboteux que la hache ou la plane n'ont 
pu faire disparaître. 

Le ciseau ou fermoir, outil dont le tranchant est formé par la 
rencontre de deux biseaux, s'emploie pour les surfaces unies ou 
cylindriques. 

Pour les bois très durs tels que le gayac, le buis, l'ébène, 
comme pour la corne, le buffle, l'os, l'ivoire, etc., on se sert 
encore du grain d'orge, sorte d'outil semblable au burin du 
graveur et qui, principalement pour dégrossir, rend de grands 
services, surtout dans le voisinage des moulures à vive arête, où 
l'intervention téméraire de la gouge pourrait causer quelque 
malheur irréparable. 

Un mince plateau, destiné, par exemple, à un dessus de gué- 
ridon est monté sur un mandrin plat vissé sur l'arbre de tour, 
et fixé dessus à l'aide d'une espèce de mastic dit « mastic de 
tourneur », composé de résine, de blanc d'Espagne et de suif. 
Le grain d'orge est alors amplement employé, surtout pour le 
découpage net de la circonférence. 

Les plateaux d'un diamètre beaucoup moindre, dont on veut 
faire des pieds de flambeaux, des patères et autres choses sem- 
blables, admettant un trou au centre, sont montés sur un man- 
drin armé d'une petite vis conique à pas profond et acéré qu'on 
appelle : queue de cochon. Toutes les fois que le centre doit 
rester intact, on fait usage du mastic de tourneur. 

Un mandrin creux, dans lequel on enfonce la pièce de bois à 
coups de marleau, est employé pour façonner une coupe, une 
sébile, un égrugeoir : en un mol tout objet qu'il s'agit de creu- 
ser; il en est de même pour tous les objets qui doivent avoir 
une forme circulaire. 

Travail du tour. — Rien n'est plus facile que de monter une 
pièce sur le tour à pointes. 

Supposons qu'on veuille façonner une colonne de lit, ou un 
pied de table, de bureau ou de chaise, en un mot une pièce de 
bois longue, pleine et cylindrique: on scie d'abord le morceau de 
bois à la longueur convenable, puis on le dégrossit à la hache 
ou à la plane, selon son volume et sa nature. 

Si la pièce est droite, il y a peu de déchet; si elle est courbe il 
faudra enlever beaucoup de bois. 

Ces préparatifs terminés, on la monte sur le tour : la tête sur 
l'arbre de tour,l'autre bout sur unepointe fixée, également en acier, 
vissée dans la poupée mobile qu'on a placée à la distance requise. 

On trace aux deux extrémités deux cercles, égaux en diamètre 
à la pièce que l'on veut obtenir, on place les centres de ces cercles 



LE TRAVAIL DU TOUR. 



205 



de manière à ce que la ligne qui les joint ne s'approche jamais 
de la surface de la pièce en aucun point de plus près que le 
rayon définitif. Il faut beaucoup d'habitude pour arriver à rem- 
plir promptement cette condition. On enfonce alors les centres 
avec une pointe de fer conique et on fait entrer les deux trous 
ainsi obtenus dans les pointes du tour qu'on humecte d'huile 
pour adoucir les frottements, on serre les pointes assez pour que 
le bois ne ballotte pas quand on l'ébranlé, et pas assez pour l'em- 
pêcher de tourner librement. 

Quelques petits coups de marteau ayant suffi à centrer la pièce 
de bois, on approche aussi prés que possible le support qui doit 
maintenir l'outil. La mise en train est faite et l'œuvre va com- 
mencer. 

On attaque d'abord le bois, quelle que soit sa nature, avec une 
gouge. 

On la place d'aplomb sur le support et on la met on contact 
avec la matière à façonner, qui tourne sous l'impulsion da pied 
appuyé sur la pédale; elle dévore le bois avec beaucoup de ra- 
pidité, et on la lient inclinée avec les deux mains, et en attaquant 
le bois au-dessus de son axe; cet outil ne doit pas être présenté 
constamment en ligne directe devant l'ouvrier, mais incliné suc- 
cessivement de droite à gauche, après avoir produit un sillon de 
la profondeur de sa lame et même un peu moins. 

Pour enlever les irrégularités produites parla gouge, on em- 
ploie un ciseau ou fermoir. Cet outil se lient de même que la 
gouge, mais esl plus difficile à mener, il termine complètement 
le cylindre; on s'en sert aussi pour mettre les bases du cylindre 
d'équerre avec son axe. 

Travaux exécutés avec le tour. — Le tour occupe incon- 
testablement le premier rang parmi les machines-outils, son 
usage est général dans une foule de professions et il n'existe pas 
d'atelier de construction qui n'ait un ou plusieurs tours, avant 
de posséder aucune autre machine-outil. Le travail des machines- 
outils peut, en effet, être exécuté avec précision, quoique beau- 
coup moins rapidement, à la main, tandis qu'il serait très difficile, 
pour ne pas dire impossible, de remplacer en aucune manière 
la précision mathématique et la rapidité d'exécution des pièces 
circulaires obtenues par l'usage du tour. 

Employé par beaucoup de personnes, cet outil s'est perfec- 
tionné rapidement, il a subi un grand nombre de modifications 
importantes. 

Aussi le voit-on, suivant ces divers usages, se subdiviser en 
outils spéciaux qui, tout en découlant du même principe, sont 

H. de Graffigsy, — Les industries d'amateurs. 12 



1 



■ 



20(5 



LE BOIS. 



chacun plus ou moins particulièrement destinés à reproduire telle. 
ou telle forme. 

Sa manière d'opérer est, du reste, opposée à celle des autres 
machines-outils et outils. L'ajusteur qui attaque le métal à la 
lime, ou l'emporte au burin, transporte le point d'application 
de l'effort qu'il déploie, et produit ainsi un travail proportionnel 
à l'effet qu'il développe et par suite à la fatigue qu'il éprouve; 
dans le tour, au contraire, la matière à emporter appartenant au 
corps mis en rotation par une force mécanique, se présente au 
tranchant de l'outil, et le tourneur ne développe qu'une force 
minime, souventmême il place son outil sur un chariot qu'il fait 
mouvoir et regarde la matière s'enlever par l'action d'un moteur 
extérieur, auquel il peut souvent emprunter une force illimitée. 

On emploie le tour à former non seulement des surfaces cylin- 
driques, mais encore des cônes, des surfaces planes, sphériques, 
des polyèdres de toutes les formes, des hélices, etc. Il sert journelle- 
mentàpercer et à aléser des trous, tant cylindriques que coniques. 

Outre la colonne torse ou simple boudin, une foule de mou- 
lures peuvent ôlre adaptées au système et la colonne cylin- 
drique creusée par l'amateur décèle quelquefois une colonne 
torse d'une rare élégance; la torsade elle-même peut être creu- 
sée et présenter à l'œil des effets charmants. 

L'imagination de l'amateur dans' le travail du tour peut se 
donner libre carrière. 

On a vu des amateurs assez habiles pour exécuter un carré 
parfait sur le tour. 

Le Conservatoire des Arts et Métiers de Paris possède d'ailleurs 
une collection nombreuse de petits chefs-d'œuvre exécutés au 
tour. 



CHAPITRE IV 

LE DÉCOUPAGE ARTISTIQUE DU BOIS. 



On appelle découper enlever dans une planche de bois, en sui- 
vant des contours indiqués, toutes les parties étrangères au des- 
sin que l'on veut représenter, de manière à ce qu'il ne reste que 
le corps de ce dessin. 

Le découpage peut avoir un double but : tout d'agrément 
lorsqu'on emploie ses procédés pour construire ces riens qui or- 



LE DÉCOUPAGE ARTISTIQUE DU BOIS. 



20: 



nent une cheminée ou une étagère, et aussi d'utilité lorsqu'on 
fait cette étagère elle-même ou un meuble élégant quelconque. 

11 peut être fait en plein bois, ou en relief, comme le montre 
la figure 251. 

Choix des bois. — On emploie généralement pour ce genre 
de travail du bois dur ou ayant la veine serrée, tel que noyer, 
poirier, acajou, palissandre, parmi les bois foncés; érable, syco- 
more, marronnier, parmi 
les bois blancs. I^^^^^^^^K 

Nous engageons les 
amateurs à se tenir en 
garde contre l'emploi du 
chêne et du hêtre, pour le 
découpage ; le premier 
surtout, assez dur à dé- 
couper, est très fragile, 
lorsque le dessin a quel- 
que peu de finesse; il est 
bien préférable d'em- 
ployer du noyer ou même 
du bois blanc, auquel on 
donne une teinte chêne 
clair ou vieux chêne, au 
moyen de la teinture de 
brou de noix, ou bien 
une teinte acajou avec la 
poudre de santal. 

L'épaisseur du bois va- 
rie suivant le genre de 
travail que l'on entre- 
prend; mais, en général, 
il faut éviter, pour les 
petits objets de pur orne- 
ment, tels que corbeille, 

étagère, cadre photographique, d'employer du bois ayant trop 
d'épaisseur; le découpage deviendrait lourd et beaucoup inoins 
gracieux. 

Voici l'indication de quelques épaisseurs pouvant servir de 
base générale : 

Étagère dessin simple, 8 à 10 millimètres. 

Étagère dessin fin, 4 à millimètres. 

Cadre photographique, 3 à 5 millimètres, suivant que le des- 
sin est plus ou moins compliqué. 




Fi;.'. i'r>\ . — Découpage, la partie droite est en 
relief; la partie gauche est en plein bois. 






208 



LE BOIS. 



I 



Grande corbeille, 4 à 5 millimètres. 

Petile corbeille, 2 à 4 millimètres. 

Tracé du dessin. — Il y a différentes manières de tracer 
sur le bois le dessin que l'on veut découper. 

Collage du dessin. — Le plus simple et certainement le 
meilleur, pour les amateurs qui ne sont pas dessinateurs, con- 
siste à coller le dessin. 

L'opération du collage du dessin sur le bois mérite beaucoup 
plus de soin et d'attention qu'on ne lui en accorde généralement; 
c'est qu'en effet on prévoit rarement les inconvénients qui peu- 
vent résulter de la dilatation du papier sous l'influence de l'hu- 
midité de la colle, et pourtant ces inconvénients ne manquent 
pas d'une certaine gravité. Les précautions les plus minutieuses, 
dont on se dispense avec tant d'insouciance, seraient déjà justi- 
fiées par la nécessité d'éviter les plis et les boursouflures qui se 
produisent alors et qui déforment l'ensemble et les détails du 
dessin, surtout lorsqu'il s'agitde feuilles d'une certaine dimension. 

Toutes les colles sont bonnes à employer; cependant nous ne 
nous servons que de gomme arabique, très propre, très limpide 
et plutôt légère qu'épaisse; pour les grandes surfaces seulement, 
nous la remplaçons par la colle de farine ou d'amidon très claire. 
Mais la gomme arabique a sur toutes les autres colles un avan- 
tage précieux, c'est d'être toujours prête à servir; elle ne se cor- 
rompt pas, on l'a dans un petit flacon peu embarrassant, tou- 
jours à la portée de la main; sur les bois foncés, il est même 
difficile d'opérer autrement. La meilleure manière de préparer la 
colle est de la faire dissoudre à chaud dans l'eau, et, tandis 
qu'elle est encore bien chaude, de la filtrer en la passant au 
travers d'un linge mouillé; il faut l'employer très claire pour 
le collage des dessins sur le bois. 

On commencera donc par enlever avec des ciseaux le plus pos- 
sible de papier blanc autour du dessin et, le plaçant sur le bois, 
on tracera sur celui-ci, au crayon, les contours du morceau de 
papier. Ici déjà il faut apporter un peu de raisonnement à ce 
que l'on fait et observer dans quel sens le fil du bois devra se 
trouver, par rapport au dessin ; en règle générale, les fibres du 
bois devront s'étendre parallèlement à la plus grande longueur 
de la pièce, mais cette règle est susceptible d'exceptions; elles 
auront leur raison d'être, soit dans la forme de l'objet, soit dans 
la contexture du bois mis en œuvre. 

L'emplacement choisi et indiqué par un trait de crayon sur la 
planchette, on procédera au collage en mettant la colle sur le 
bois, et jamais sur le papier. 



LE DÉCOUPAGE ARTISTIQUE DU BOIS. 209 

Il importe avant tout que celte opération se fasse promplc- 
ment sans hésitation et sans à-coup : il faut donc avoir soin de 
disposer avec ordre, autour de soi, tout ce dont on aura besoin 

pour l'exécuter. .. 

Aucun désagrément n'est à appréhender en metlant la colle 
sur le bois- la couche étendue avec soin, c'est-à-dire aussi mince 
et é«ale que possible, on y appliquera le papier en commençant 
parle milieu, et en le laissant retomber doucement a droite et 
h (raucto sur le bois; on pose alors dessus une feuille de papier 
propre et sèche, et l'on passe sur le tout le plal delà main pour 
bien égaliser la surface. . ... 

En opérant ainsi, il ne se forme aucun pli, puisque le dessin 
est sec- s'il se produisait quelques petites ampoules ou de légers 
manques d'adhérence, il n'y aurait pas à s'en préoccuper; ils dis- 
paraîtront quand le tout aura séché; l'essentiel est que les bords 
soient bien collés sur tout le pourtour du papier. 

Il arrive très souvent que l'humidité de la colle fait gauchir le 
bois et cela, que la colle ait éié mise sur le papier ou sur le bois. 
Le remède à cet inconvénient est de faire sécher sous presse ; 
ceci est toujours et quand même une excellente précaution; et 
pourtant nous avons vu parfois qu'elle ne servait de rien, et que 
la surface du bois n'en était pas moins courbée et légèrement 
convexe du côté du dessin, quand on le sortait de la presse. 

11 faut donc mettre d'abord le moins décolle possible, pour ne 
pas trop humecter le bois; ensuite, un moyen qui nous réussit 
parfaitement, el qui al'avantage de supprimer la presse consiste 
à mouiller la planchette, du côté opposé à celui sur lequel le 
dessin est collé, à l'aide d'une éponge imbibée d'eau, mais en 
ayant soin de ne mouiller ainsi que d'une valeur a peu près 
égale à celle dont la couche de colle l'a humectée. Ainsi sollici- 
tée sur ses deux faces, la planche reste plane et elle sèche sans 
se courber, même sans être mise sous presse. 

Wécollement du dessin. — Nous pouvons terminer en par- 
lant du déeoUage, qui doit être fait plus tard, quand la pièce est 
découpée et que le papier est, naturellement, resté sur toutes les 
parties épargnées par la scie. 

Quelques-uns l'enlèvent à l'aide de papier de verre promené 
horizontalement sur le découpage avec un polissoir ; ce moyen 
est un peu long, mais surtout il est dangereux pour les parties 
finement découpées; il a l'avantage cependant de polir le bois, 
en vue du vernissage, en même temps qu'il le débarrasse du pa- 
pier. D'autres mouillent légèrement le papier el l'enlèvent dès 
qu'il se détache aisément ; c'est encore la manière d'opérer la 

1-2. 



■ 



m 




21" LE BOIS. 

plus expéditive, et c'est celle dont nous nous servons toujours 
en ayant grand soin de ne mouiller le papier qu'avec très peu 
d'eau, mise au bout du doigt pour éviter de voiler la pièce. 

Méthode pour décalquer le dessin. — Pour les bois blancs 
ou les teintes claires, on peut décalquer le dessin directement 
sur le bois; nous avons trouvé un moyen très simple de préparer 
des feuilles à décalquer; c'est peu coûteux, et tout le monde peut 
le faire. 

Prenez du noir léger, autrement dit noir de fumée: si vous 
n'en avez pas, allumez une lampe à l'huile ; donnez-lui un peu 
de mèche, afin qu'elle soit ce qu'on appelle fumeuse, placez une 
assiette sur la flamme, et vous ne tarderez pas à avoir une cer- 
taine épaisseur de noir de fumée. 

Faites un petit tampon avec un morceau de toile usagée, 
mettez dessus deux ou trois gouttes d'huile d'olive, et frottez 
sur le noir, puis sur une feuille de papier ordinaire (papier écolier). 

Il faut, de temps en temps, ajouter une goutte d'huile afin de 
rendre le noir plus adhérent; il sera bon également de conserver 

le tampon et de le passer sur la 
feuille chaque fois que l'on veut s'en 
servir. Cette feuille une fois prépà- 

Drille pour'percer'des trou,. rée > V0US P 0Sez le côt é noir sur le 

bois à découper, vous fixez sur la 
feuille le dessin, dont vous suivez tous les contours avec une 
pointe d'acier émoussée ou d'os, ou même avec un crayon noir. En 
appuyant assez, ce dessin se reproduit régulièrement sur le bois. 

Mais il est nécessaire de suivre bien exactement tous les con- 
tours pour ne pas dénaturer le modèle suivi. 

Si l'on exécute un objet composé de plusieurs pièces, et que 
l'assemblage n'ait pas été préparé d'avance (par exemple, une 
corbeille ou un coffret), il est bon, avant de découper les côtés, 
de s'assurer au compas de leur dimension exacte, surtout si l'on 
a collé le dessin sur le bois, le papier ayant pu se distendre, 
comme nous l'avons dit plus haut. En général, il faut laisser le 
morceau fort, en suivant le trait en dehors, sauf à ajuster avec 
la lime, comme nous le dirons plus bas. 

Foret ou archet. — Lorsqu'on a collé ou décalqué le dessin, 
on se sert d'un drille ou petit foret droit (fig. 2S2), pour percer 
des trous destinés à laisser passage à la lame de la scie dans 
toutes les parties du dessin qui doivent être enlevées. 
' On peut aussi percer ces trous avec un archet d'horloger ou 
sur le tour, c'est plus expéditif. 

Il faut avoir soin, autant que possible, de percer les trous en 



LE DÉCOUPAGE ARTISTIQUE DU BOIS. 



211 



face d'une pointe ou d'un angle et le moins possible au milieu 
d'un grand trait. 

Scies. _ Le découpage se fait au moyen de pelijes scies très 
fines ayant 12 à 16 centimètres de longueur, et qui coûtent de 
30 à S0 centimes la douzaine. 

11 y a des scies de plusieurs grosseurs, c'est à l'amateur à faire 
son choix, suivant le genre de dessin que l'on veut exécuter. 
Avec les scies un peu fortes, on avance davantage, mais si le 
dessin est fin, il est facile de comprendre qu'il laisse à désirer 
sous le rapport de l'exécution. 

On doit choisir des scies bien carrées, c'est-à-dire aussi épaisses 
que larges, afin de pou- 
voir tourner plus facile- 
ment, surtout pour faire 
les angles. 

Bocfll. — Dans le 
principe, pour employer 
ces scies, on se servait 
du bocfll ou porte-scie 
à main (fig. 253); au- 
jourd'hui encore, beau- 
coup de personnes, 
trouvant cet instrument 
moins embarrassant, 
continuent à l'employer; 
c'est pourquoi nous indiquerons la manière de s'en servir. 

Le bocfll ou porte-scie à main est composé d'une bande de fer 
formant les trois côtés d'un rectangle; à l'extrémité supérieure 
se trouve une mordache, ou pince fixe, dont l'une des mâchoires, 
qui est mobile, se ferme au moyen d'une clef à vis. 

A l'extrémité inférieure se trouve un manche dans lequel 
entre une autre mordache qui peut s'allonger à volonté, afin 
d'utiliser les scies qui, étant cassées, conservent cependant 
encore un peu de longueur. Celte mordache a, de même que 
celle supérieure, une mâchoire mobile, et c'est dans celle-ci que 
l'on commence à fixer la scie, en serrant fortement la clef. ^ 

Pour tendre la scie, on appuie le manche du bocfll contre l'es- 
tomac et l'autre mordache contre la table, et on pince l'autre 
extrémité de la scie dans la mordache supérieure en serrant les 
clefs soit avec les doigts, soit plutôt avec une pince d'horloger 
dite pince plate (fig. 254) ; le fer, en faisant ressort, tend la scie 
suffisamment; l'expérience indique au juste le degré de tension 
à obtenir. 




r'ig. 253. — Bocfll, 



Fig. 254. 
Pince plate. 






WKM 



212 



LE BOIS. 






Si la scie n'est pas assez tendue, le découpage n'est pas régu- 
lier; si on la tend trop fortement, elle casse; il faut savoir con- 
server un jusie milieu. 

Pour découper avec le porte-scie à main, il est nécessaire 

d'avoir un petit banc que 

PS" 



l'on construit au moyen de 
quatre planchettes de sa- 
pin (la base plus épaisse), 
et qui se pose à volonté 
sur toute table ou guéri- 
don ; on l'empêche de va- 
ciller en le chargeant au- 
dessous de livres, poids ou 
pierres; on peutremplacer 
les planchettes des deux 
côtés et du dessous par 
une simple presse vissée 
sous le plateau (fig. 255). 
Le plateau supérieur est 
en saillie d'environ O 10 ,^ 
et porte une entaille sur 
ra ,05 de longueur. 
On introduit la scie dans 
un trou de la plaque que l'on veut découper, puis, après l'avoir 
accrochée et tendue convenablement, comme il est dit ci-dessus, 




, — Presse placée sous le plateau de la 
machine à découper. 




Fiar. 256. — Manœuvre du boefil. 



I 

■ 
I 



on pose la plaque sur le petit banc, en sorte que l'on ail la posi- 
tion ci-dessus (fig. 256). 

La planchette, guidée par la main gauche, doit être manœuvrée 
de manière à ce que la scie suive tous les contours du dessin; 



LE DÉCOUPAGE ARTISTIQUE DU BOIS. 



213 



ouant au porte-scie qui est conduit par la main droite et légèrement 
appuyé contre l'épaule, il ne doit jamais changer de position. 

Un des grands inconvénients du porte-scie à main,c est la dif- 
ficulté de maintenir la scie bien perpendiculaire, pour que e 
coup de scie soit donné à l'équerre, que cela soit scié d aplomb, 
en un mot, et que le dessin ne soit pas déformé sur la face inté- 
rieure de la planchette. 

Machine à ressort. — La machine à ressort (fig. 257) qui se 
manœuvre avec la main constitue un grand perfectionnement sur 




^37. _ Machine il main, pour découper. 



le booffl; elle a un bras en acier, qui assure la parfaite rigidité de 

lo SC16 

Mais comme la mécanique a de grands avantages, on n'a pas 
tardé à l'appliquer au découpage et à construire des machines 
marchant au pied, qui sont beaucoup moins fatigantes et avec 
lesquelles on obtient plus de régulante. 

Machines à découper. - Nous n'avons pas a entrer dans e 
détail de la construction des machines à découper dont il existe 
plusieurs systèmes. C'est à un ingénieux mécanicien, M. Tiersot, 
que l'on est redevable des meilleures machines de ce genre pou- 
vant percer, tourner, trancher et découper le bois et les métaux 
et qui sont des plus utiles aux industriels comme aux amateurs 

Parmi les machines qui se manœuvrent avec le pied, on peut 
classer les machines à découper en deux catégories: les machi- 
nes à pédales simplet et les machines à volants. Dans les deux 
systèmes, le mouvement est donné avec le pied, en sorte que les 
deux mains sont libres pour manœuvrer l'objet a découper, ce 
qui est un grand avantage. En effet, le découpage se fait avec 
infiniment plus de régularité et moins de fatigue, surtout pour 
les grands morceaux, comme par exemple les côtés d une étagère 
ou d'une bibliothèque. , 

Mais nous conseillerons aux amateurs les machines dite a 






214 



LE BOIS. 



mouvement rectiliyne (fig. 238), dans lesquelles la lame de la scie, 
tout en fonctionnant, demeure bien verticale, et celles qui n'ont 
pas de volant et peuvent s'arrêter presque instantanément. On 





demeure plus maître de son trait de scie et cet avantage est à 
considérer, quoique l'aspect des machines à volants soit très gra- 
cieux et que ces appareils constiluenl un véritable meuble de 
salon. 



Le découpage Artistique du bois. 21S 

AVec les machines à découper, on opère de même qu'avec le 
Unfll VVst à-dire que l'on introduit la scie dans chaque trou 
Ï « U vemen euiement l'opération est beaucoup plus fac, e 
paS que l'on â les deux mains libres pour guider la planchette 

découpage. - Avec l'un ou l'autre système, on découpe 
d'abord les trous intérieurs, pour finir par le lour; on peu a vo- 
fonté commencer par le milieu ou par un bord, ma.s d faut avoir 
soin quand il y a ce qu'on appelle vulgairement m grand trou 
de découper auparavant tous les petits trous, qui, une foula grand 
enlevé, se trouveraient isolés, autrement on s'expose a casser. 

L'amateur doit s'appli- 
quer à suivre le dessin très 
exactement, et surtout à 
bien accentuer les angles; 
trop souvent, pour les bou- 
les surtout, on ne donne 
pas le coup de scie assez à 
fond, on tourne trop vite, 
et l'on obtient un résultat 
défectueux. 

La même observation 
s'applique aux angles. 

Il est cependant un moyen 
bien simple d'éviter ces dé- 
fectuosités. Étant donné le 
dessin (flg. 239) dont on 
doit enlever le milieu, il 
faut percer un trou au 
point A, scier en ligne droite 
jusqu'à la pointe la plus rapprochée, puis reculer jusqu en G, faire 
dans la partie qui doit tomber une entaille, dans laquelle on 1e- 
tourne la scie pour redescendre à reculons jusqu en B ; puis, re- 
partant de là, continuer le découpage. 

Lorsqu'on se sert de scies très fines, numéro 1 par exemple, 
on peut tourner sur place. Gela dépend, du reste de la qualité de 
la scie ; si elle est bien carrée, c'est-à-dire aussi large qu épaisse, 
on tourne facilement sur place, sinon il faut avoir recours au 
moyen que l'on vient d'indiquer. 

Montage. - 11 y a deux manières de préparer les pièces de 
les assembler et de les monter : soit au rabot, soit a la lime (1). 




Fig. 259.— Gomment il faut conduire la scie. 



(1) Voyez ce que nous ayons dit de l'assemblage et du montas. 
ifonuisier amateur, p. 189. 






1 







216 



LE BOIS. 



I 



La préparation au rabot, qui se fait habituellement avant le 
découpage sur le bois plein, est de beaucoup préférable à tout 
autre système. En effet, on n'a pas à redouter la casse; les 
coupes étant faites bien régulièrement, la colle forte prend 
Mieux; enfin, si l'on se trompe, on ne perd qu'un morceau de 
planchette. 

Si l'on veut mouler à la lime un objet découpé, il est bon de 

placer en dessous une petite 
planchette, sur laquelle, au 
besoin, on le fixe avec deux 
pointes à placage. 

On peut aussi se servir d'une 
espèce d'élau mobile ou pe- 
tite presse (fig. 260), que tout 
amateur peut construire, et 
qui se compose de deux plan- 
chettes d'un centimètre d'é- 
paisseur : l'une à la partie 
supérieure plate, l'autre en 
pente inclinée; on peut les 
garnir d'une petite bande de 
fer, afin qu'à la longue la lime 
ne puisse les détériorer; aux 
quatreangles de la planchette 
au fond sont placés de petits 
boulons dont la vis traverse 
la planchette antérieure, de 
manière à recevoir l'écrou à 
oreilles ; on introduit entre 
ces deux planchettes l'objet 
découpé, en ne laissant dé- 
passer que la partie à biseau- 
ter ; on serre les écrous et on 
enlève à la lime. 
Polissage. - Lorsque le découpage des pièces est terminé 
on décolle, comme nous l'avons dit, le papier sur lequel était 
imprime le dessin, on passe à nouveau le papier de verre pour 
rétablir le poli, on enlève avec une petite lime fine ou la pointe 
dun canif les bavures produites par la scie à l'envers du dé- 
coupage ; puis, si on ne l'a fait d'avance, on prépare le montage 
des pièces. ° 

Vernissage. - Veut-on vernir l'objet découpé, nous enga- 
geons les amateurs à avoir un peu de patience et à ne se servir 




260. — Étau mobile ou presse 
pour découpures. 



LE DÉCOUPAGE ARTISTIQUE DU BOIS. 



217 



que du vernis au tampon, plus long et plus difficile à appliquer 
que le vernis copal au pinceau, mais d'un effet beaucoup su- 
périeur. , 

Assemblage d'une corbeille. — Pour assembler les cotes 
d'une corbeille, tous les découpages étant préparés, il faut em- 
ployer la colle forte de Givet de première qualité, chaude et 
très claire, surtout pour les objets en bois blanc; les colles 
fortes à froid sont plus lentes à prendre, et n'ont pas de solidité. 

Il serait imprudent de coller d'abord tous les côtés ensemble, 
et de placer le fond ensuite. Il vaut mieux coller d'abord un côté 
(fig. 261), le fixer au fond au moyen d'un petit fil de fer de fleu- 
riste, enduire de colle les parties A et B, faire de même pour le 
deuxième côté, le mettre en place, le fixer avec le fil de fer et 
ainsi de suite (fig. 262). On ne saurait trop recommander de bien 
vérifier les dimensions de chaque côté; avant de l'encoller, il 




Fig. 261 et ibi. — Assemblage d'une corbeille. 

faut le présenter d'abord, et, s'il y a lieu, donner une pelite 
retouche, soit au côté, soit au fond. 

Il est bon, lorsque l'on monte une corbeille, de ne pas inter- 
rompre l'assemblage à moitié ou au tiers; car, en raison du peu 
d'épaisseur dû bois, les pièces posées pourraient s'incliner, soit 
en dedans, soit en dehors, et lorsqu'on voudrait reprendre ce 
travail, on se trouverait fort embarrassé. 

Les côtés de la corbeille étant ajustés, on doit laisser sécher, 
puis enlever les fils de fer. 

Tenons et mortaises. — Lorsque l'assemblage se fait au 
moyen de tenons et mortaises, il faut avoir soin, en découpant, 
de laisser toujours les tenons plus forts que le dessin, et, au 
contraire, de faire les mortaises plus petites, en suivant le trait 
en dedans; l'ajustage se fait ensuite à la lime. 

Uemière main donnée à l'ouvrage. — Lorsque le montage 
est complètement terminé, il faut, au moyen d'une petite lime 
très douce et du papier de verre, nettoyer les angles, abattre les 
petites défectuosités de l'ajustage, en un mot, donner cette der» 

H. de Ghafpighy. — Les industries d'amateurs. ' ■> 






218 



LE BOIS. 




nière main dont on ce peut expliquer tout le détail, et qui ajoute 
beaucoup à la valeur d'un objet. 

Sites pièces ont été d'avance vernies au tampon, on donne 
un léger coup sur les angles. 

Dans le cas contraire, on vernit au pinceau en donnant trois 
couches, et en ayant la précaution de bien laisser sécher chaque 
couche ; il ne faut mettre que très peu de vernis au pinceau 
pour ne pas empâter. Mais, quelle que soit la qualité du vernis ai! 
pinceau, avec quelque soin qu'on le pose, jamais on n'obtiendra 
par ce procédé, la beauté du vernis au tampon. 

En définitive, si le montage présente quelques difficultés c'est 
aussi dans cette opération que l'on trouve le plus de plaisir- 
que les amateurs soient bien certains qu'ils ne trouveront ja- 
mais le temps long, à ce moment où ils verront leur œuvre s'é- 
difier. 

S'ils devaient pour celle dernière opération avoir recours à 
un ouvrier, le but serait complètement manqué. 

Méthode pour découper en double. — Lorsque l'on veut 
découper un objet composé de plusieurs parties semblables 
comme les pans d'une corbeille, les côtés d'une boite, on peut' 
suivant l'épaisseur du bois que l'on emploie, découper plusieurs 
morceaux ensemble; c'est ici surtout que les scies mécaniques 
sont avantageuses, d'abord parce que l'on peut opérer sur une 
plus grande épaisseur, sans fatigue, ensuite parce que l'on est 
certain que le morceau qui est dessous est aussi bien fait que celui 
qui est dessus, tandis qu'avec la scie à main il faut être de pre- 
mière force, si on découpe quatre ou cinq plaques de 2 milli- 
mètres, pour que toutes soient faites aussi régulièrement sur- 
tout si le dessin est un peu fin. 

11 y a divers moyens pour tenir réunies les pièces que l'on veut 
découper en double ou en triple. 

Si le bois a 3 ou 4 millimètres, on peut se servir de pointes à 
placage que l'on enfonce de manière à traverser tous les dou- 
bles et que l'on rive en posant une des extrémités sur un morceau 
de fer et en frappant sur l'autre; nous recommandons de cirer 
tes pointes pour les empêcher de fléchir. 

On peut aussi, au moyen d'un foret très fin, percer deux trous 
séparés l'un de l'autre par 5 à 6 millimètres et v passer un fil de 
fer de fleuriste que l'on maille à la partie supérieure. Ce système 
a, malheureusement, un inconvénient : celui d'exposer l'ama- 
teur à se piquer les doigts en travaillant. 

On peut aussi, il est vrai, réunir les pièces au moyen de colle 
forte. 



LE DÉCOUPAGE ARTISTIQUE DU BOIS. 



>h 



Mais quel que soit le système que l'on emploie, on doit com- 
mencer par coller ou décalquer le dessin sur une des plan- 
chettes à découper; si l'assemblage a été fait d'avance, il faut 
avoir soin de superposer les pièces bien régulièrement, et on les 
assemble, comme il vient d'èlre dit, en plaçant toujours les 
pointes d'attaché dans les parties du dessin qui doivent s'en- 
lever; on découpe d'abord tous les trous qui ne renferment pas 
d'attache, et on finit par ces derniers; il est prudent, lorsque 
l'on arrive aux deux derniers, de maintenir les pièces réunies au 
moven d'un simple fil faisant deux ou trois lacels. 

Quand le découpage est terminé, si on a employé la colle, il 
faut séparer les pièces avec précaution, en passant entre elles 
une fine lame de couteau, car il pourrait y avoir encore des par- 
lies adhérentes, et l'on s'exposerait à casser. 

Découpages appliqué». — Le découpage peut être fait sim- 
plement en bois, comme dans une étagère ou une petite cor- 
beille, mais on peut encore l'employer autrement. 

Appliquer bois sur bois. — C'est ainsi que l'on obtient de très 
jolis etl'els, en appliquant un découpage de bois blanc, marron- 
nier ou érable, sur le bois brun rouge des boites à cigares. Par 
ce moyen, on imite les objets suisses, pour coffres, couteaux à 
papier, écrans, boîtes à plumes ou à allumettes. 

Ou peut également faire des applications chêne sur chêne. 

On obtient encore de très jolis effets par des appliques de bois 
noir sur vieux chêne. 

Comme on n'a pas toujours à sa disposition du bois noir de 
l'épaisseur voulue ou du vieux chêne, on peut teinter le bois, 
une fois le découpage terminé (1). 

Appliquer le découpage sur papier ou sur velours. — Un autre 
procédé, qui réussit également très bien, consiste à doubler le 
découpage, soit avec du papier drap vert, soit avec du velours, 
de la soie ou du papier velouté. 

Le chêne ou le noyer appliqués sur drap vert sont d'un effet 
très riche ; le bois blanc sur papier velouté bleu de ciel est très frais. 

Ou peut également faire des appliques de métal sur bois foncé, 
tel que palissandre, ébène ou vieux chêne. 

Pour faire ces diverses appliques, si c'est une boite que l'on 
veut exécuter, on commence par monter le corps de la boite en 
bois plein, puis on fixe à la colle forte le papier et le découpage. 
On doit employer la colle très claire, et l'étendre soigneusement 






■■ 






(I) Voyez Hérault, Secrets de la science et 
onnaissances utiles)* 



l'industrie. Paris, 1888 (Ditil. des 



220 



LE BOIS. 








avec un pet. pinceau sur le découpage; si la couche était trop 
épaisse, on s exposerait à avoir des bavures et des taches sur le 
papier ou l'étoffe; on doit également prendre de grandes pré- 
cautions pour que le découpage se trouve de prime abord en 
place des quil a touché le papier. Afin que la colle qui a pu se 
dessécher, par suite du temps qu'on a dû employer pour l'é- 
tendre, prenne bien partout, il est bon d'employer la colle chaude 
et la presse. 

Transparent. - Le découpage peut encore être employé pour 
faire des transparents. y J F 

Au lieu de ces petits tableaux en verre de couleur que l'on 
appelle Dieu-seul, et qui se suspendent aux vitres d'une fenêtre 
on peut faire de jolis découpages, soit en bois, soit en cuivre et 
les doubler. ' 

Découpures polychromée.. - Tout le matériel d'un ama- 
teur se composait d'une palette, de quelques tubes de couleur 
semblables a ceux dont se servent les peintres, d'une demi- 
douzame de pinceaux et de deux flacons d'huile d'oeillette et d'es- 
sence de térébenthine. Cet amateur avait appliqué les premières 
couches de peinture et il terminait la décoration de candélabres 
découpés, en procédant comme suit : il appliquait sur le bois une 
première couche d'huile, additionnée de litharge ou de siccatif, 
imbibant largement les découpures. Après avoir laissé sécher, il 
donnait une première couche de couleur blanc d'argent ou de 
plomb, teintée d'une pointe de vermillon ou d'outremer sui- 
vant la nature de la décoration poursuivie. Cette première 
couche, très claire, recouvre à peine le bois, elle est appliquée 
avec un pinceau à peine imbibé, et qui ne laisse ni d'espaces ni 
de bourrelets de couleurs sur les bords. Celte seconde couche 
après dessiccation, est polie au papier de verre et prépare l'ap- 
plication du polychromage; il donne alors plus de corps aux 
couleurs, les emploie plus épaisses, en distinguant par diverses 
nuances les motifs de l'ornementation : pas de bigarrures tou- 
tefois, c'est à peine si on s'aperçoit qu'on passe d'une nuance à 
une autre. A distance l'effet est splendide, surtout après l'appli- 
cation d'un vernis qui brillante les couleurs. 

« Nous avons vu dans l'atelier de cet amateur, dit M. Carante 
quelques autres produits qui, sans être similaires, se distinguaient 
par d autres manières d'opérer. Il donnait aux découpures, par 
teintes mates, les apparences du plâtre, du stuc, de la corna- 
une, du bronze, etc. 

« Mais ce qui nous a le plus intéressé, ce sont ces procédés 
pour donner du relief aux ornements de la découpure; tantôt il 



LE DÉCOUPAGE ARTISTIQUE DU BOIS. 221 

procède comme pour les grisailles; c'est une couleur indécise, 



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Fig. 263. 




: 

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Fig. 264. 



Fig. 260. 



relevée par des ombres qui accentuent les contours et les détails 



M. 



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222 



LE BOIS. 



de l'ornementation ; tantôt il procède d'après nature c'est-à di™ 
qu il donne aux objets leur couleur naturelle en £ par era 
d ombres et de lumières pour en faire valoir les relie s e "k 
con ours ; s. c'est une fleur, vous la diriez cueillie el t Emee s 

«Se d n aL b s a o n „t d a r r S6S feUil,eS ' V ° US ^ «"- « * 
« En dernier lieu, l'artiste nous a montré un morceau de dé 
coupure pe,nt en vieux chêne, ombré elsimulant à s'y m éprendre 
une sculpture, tant et si bien étaient simu]és les refies par d s 
ombres intelligemment appliquées sur le bois >, P 

du Zr aSC dCS T COl ° nneS Carrée8 °" mo * e » de •« P»wer 

S *Z • Ur "~ LeS Plèces tournées se marien t très bien avec 
le découpage, mais souvent la difficulté de faire exécuter ces 
p.èces par un ouvner etleur prix élevé sontautant d'obstacles oui 

"en ! ^TT ^^ ^"^ deS P ieCeS carrées, on £ 
peuU^ecuter SUPenei,r à Celui dU t0Ur ' et tout déc ™?™ 

f lnn a m f, rche t à sui y, re est très simple, toutefois nous recomman- 
dais Tt'Z da V?°ï leT Une S rande attenti0 " ^ns le collage 
du dessin de bord; puis de suivre bien exactement le trait, faite 
de qu01 1 harmonie est détruite, et c'est précisément ce qui faU 
le beau de ce genre de découpage. 

La première opération consiste à faire une pièce de la longueur 
vou ue, carrée comme une règle et à surface bien ré»u Hère avanï 

e" ï ïï ceïm" 1 ^ 8 / 6 f" 6 " lar86llr *» Ie dessin Tde^o^e 
et 2 a 3 centimètres de plus en longueur à chaque extrémité. 

On calque le dessin en double en ayant soin de laisser 4 milli- 
mètres de séparation entre les deux dessins, le coller sans le 
séparer sur les faces GH, percer un trou au point A (fig. 263' pour 

point B, retirer la scie. Parle trou C (fig. 264) découper jusqu'en D, 
puis recommencer la même opération sur la seconde face 

Comme on le voit, l'excédent de longueur aux deux' extré- 
mités sert a maintenir la pièce toujours droite, sans cela elle 
vacillerait et le découpage régulier serait impossible. 

Les deux coups de scie étant donnés sur les deux faces (fia 265) 
on enlevé les deux extrémités suivant les lianes AF, CE elc 
(Iig. 266), puis on termine la partie supérieure à la lime 

Ainsi quon s'en rend compte tout de suite, ce découpage est 

ÏÏu, S tâT P ob, : enu. ne P6Ut S ' empêCh6r C6pendant d ' êtFe SU ^ is d » 

^, ! !r 1 ? tU ? S ' 7- Gest un art 1 ui ' en dehors des ^gles générales, 
demande plus d'étude pratique que de théorie. 



LA MARQUETERIE ET LE PLACAGE. 



223 



. Nn,n voulons seulement faire observer aux amateurs que sou- 
en^elquï coups de gouge ou de ciseau donnés a propos dans 
II nhiet découpé lui donneront plus de coup d œil. 

£52 p*L ï « appuyant 1, lécoup.ge sur „» fod d. 

de teinte claire sur bois fonce. 






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CHAPITRE V 

LA MARQUETERIE ET LE TLACAGE. 

Beaucoup de personnes ignorent comment se fait la marque. 

Beaucoi p i incruste le dessin dans le fond, 

iT:i;Srdaut r r e rp e q nsent que le tout se fait à l'emporte- 

Pi mns la première hypothèse, le travail présenterait de grandes 
diffîcult s et demanderait beaucoup de temps ; dans la seconde, 
ne a \ usTaisemblaWe, et peut même être employée pour 
Jùèlm es sujets simples, la marqueterie ne pourrait être faite 
Sue dans de grands ateliers pour livrer au commerce, car .1 es 
ni é de comprendre qu'avec un emporte-pièce on reproduirait 
touiou sTe même dessin, ce qui ne peut être le but d un ama- 
ÏÏ puis' d'un autre côté, pour établir un certain nombre de 
ces outils, ce serait une dépense considérable. 

Cp n'est Doint ainsi que l'on opère. 

Lama queterie est un découpage, mais un découpage dune 
ri .rieuse précision, qui ne laisse passer aucune irrégularité 
SrqT^eKire de'la marqueterie doit être l'esclave du , tra, 
ei le suivre aussi exactement que possible une fois 1 objet 
monté le dessin ressortant en blanc sur un fond noir ou je. 
noir sur un fond blanc, fera apercevoir les moindres défauts, et 






224 



LE BOIS. 






I 

I 



qu'on ne compte pas sur la possibilité de les rectifier à la lime • 
tel le sujet est découpé, tel il reslera. 

En résumé la marqueterie consiste à introduire une matière 
quelconque, bois, métal, écaille ou ivoire dans une autre de 
telle sorte que le dessin et le fond fassent corps ensemble et 







Marqueterie. 



puissent être plaqués, de la. même manière qu'une feuille de pla- 
cage ordinaire. De cette définition il résulte que toute marq e- 

'T ÏTST^V™ d6UX b ° is ° U deUX cor P s diff ^nts dont 
1 un fait le fond et l'autre le dessin (fig <>67) 

La marquelerie est une œuvre qui demande beaucoup de pa- 

àuî r! aVe ,° i aqUe " e ° n ° blient de llès beaux ^sultats et 
qui tombe dans le domaine des amateurs. 



LA MARQUETERIE ET LE PLACAGE. 



225 



Nous ne saurions trop engager les amateurs à se livrer à ce 
passe-temps, surtout ceux qui ont un atelier monté et qui sont à 
même de faire toute la partie menuiserie. 

Outillage. — Tout amateur qui veut faire de la marqueterie 
doit se munir d'un certain nombre de planchettes de 1 à 2 centi- 
mètres d épaisseur, pour lui servir soit à mettre en presse, soit 
'à plaquer; ces planchettes portent le nom de cales. Elles peuvent 
être faites en sapin, mais le chêne est préférable, et autant que 
possible d'un seul morceau. ' 

Pour mettre en presse et pour plaquer, on se sert soit de 
petites presses à l'usage des menuisiers (1), soit d'une presse- 
châssis à coulisse d'un nouveau système (fig. 268), au moyen 







y 



Fie, 268. — Presse-oh&ssis. 



Fig. 269. — Vis en bois 



de laquelle on peut serrer des morceaux petits ou grands, à vo- 
lonté. 

Cette presse se compose d'une base en chêne de 4 centimètres 
d'épaisseur sur 20 de largeur et 75 de longueur. Aux deux extré- 
mités se trouvent des montants de 25 centimètres de hauteur, 
réunis par des traverses ayant 25 centimètres de largeur et à la 
partie intérieure desquelles se fait une rainure. 

Les vis en bois sont supportées par des écrous également en 
bois et à queue, qui glissent dans ces rainures et que l'on peut, 
à volonté, rapprocher ou éloigner (fig. 269J. 

On comprend facilement qu'avec trois presses de ce genre on 
peut coller de très grands morceaux, en les plaçant entre deux 
cales, que l'on serre au milieu et aux deux extrémités. 

(1) Voyez Le Menuisier amateur, p. 192. 



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226 



LE U01S. 






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Superposition des feuilles de placage. — En thèse générale, 
pour obtenir de la marqueterie, on superpose deux planchettes 
de bois, l'une claire, l'autre foncée, telles que marronnier et 
palissandre, et comme la marqueterie se fait ordinairement en 
placage, c'est-à-dire en bois très mince d'un millimètre au moins, 
si on n'en découpe que deux feuilles, il est indispensable de pla- 
cer en dessous une planchette de bois blanc ou de noyer de 3 à' 
4 millimètres d'épaisseur, sans quoi il serait à craindre que l'on 
ne cassât la feuille inférieure surtout si, par l'usage de la ma- 
chine à découper, le trou de la planchette s'est agrandi. 

Il est bon de temps en temps, lorsque cet agrandissement est 
trop fort, de faire dans la tablette une entaille au ciseau de 
2 centimètres carrés environ, dans laquelle on rapporte une pla- 
que de bois dur, afin de réparer le dégât. 

On peut assembler les feuilles de placage au moyen de rivets ou 
fines pointes rivées, comme nous l'avons indiqué au découpage en 
double; c'est même le moyen le plus expéditif et le meilleur. 

Mais il y a un autre système d'assemblage, par lequel les 
feuilles sont mieux soutenues. Ce dernier moyen a toutefois un 
inconvénient, c'est la difficulté de séparer les morceaux, lorsque 
le découpage est terminé; c'est long et parfois assez périlleux et 
minutieux, lorsque le point de colle se trouve dans une partie de 
dessin très légère. 

Il est à propos, surtout si la plaque de marqueterie est un peu 
grande et compliquée, de mettre un point de colle forte claire 
sous chaque petit morceau que l'on pose, sans quoi on s'expose, 
dans un mouvement un peu brusque, à déranger tout le travail. 
En général, la marqueterie se fait avec des placages sciés à la 
mécanique, et qui sont par conséquent de même épaisseur; 
cependant, on n'a pas toujours la facilité de se procurer ces 
placages de nuances différentes; d'un autre côté, il arrive fré- 
quemment que tel amateur coupant dans son jardin un arbre 
exotique trouve des nuances qui lui plaisent et dont il veut faire 
l'essai; dès lors, qu'arrive-t-il? C'est que souvent on fait soi- 
même le placage; c'est même le moyen de faire de jolies mar- 
queteries en variant les nuances, comme il sera dit plus loin. 
Mais, dans ce cas, il est rare que les placages soient d'épaisseur 
uniforme ; l'opération se trouve un peu compliquée, mais n'en est 
pas plus difficile. 

Après avoir débité les feuilles de placage de la dimension vou- 
lue (en laissant toujours une bonne marge), il faut avoir soin de 
placer un des morceaux, le plus foncé, sur une table bien unie; 
avec un petit pinceau on fixe à'ia colle forte, mais par des points 



LA iVfARQUETERIE ET LE PLACAGE. 



■->■>! 



seulement el de distance en distance, des bandelettes de papier 
d'environ 2 centimètres de largeur (fig. 270) ; lorsqu'elles sont 
toutes placées, il faut y poser de nouveau rapidement des points 
de colle forte, puis appliquer la seconde feuille de placage, mettre 
en presse et laisser sécher. 

Si au lieu de deux feuilles on en doit superposer quatre ou 
cinq ou même plus, on commence par garnir chaque feuille de la 
quantité de bandelettes voulues, et ensuite on entreprend de les 
réunir en opérant comme ci-dessus. On comprend qu'il est né- 
cessaire de mettre toute la célérité possible dans cette opération. 
[1 est indispensable d'avoir de la colle forte assez claire, et surtout 
très chaude. Il faut éviter avec grand soin de mettre de la colle à 



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Fig. 270. -Bandelettes de papier, fixées à la colle-fort,- par des points seulement. 

côté de la bandelette de papier, si non, lorsqu'il s'agirait de dé- 
doubler, on serait exposé à casser. 

Découpage tle la marqueterie. — Lorsque l'assemblage des 
feuilles de placage est suffisamment sec, on colle le dessin comme 
nous l'avons indiqué pour le découpage, puis on perce un ou plu- 
sieurs trous pour introduire la scie, en ayant soin de faire ses 
trous dans un angle et jamais au milieu d'une ligne droite ou 
courbe, parce que la trace resterait visible. 

Un ou plusieurs trous sont nécessaires, disons-nous, un seul 
suffit ou au plus deux, par exemple, pour l'encadrement placé 
sur un couvercle de boite, formé par une série d'arabesque fai- 
sant corps et sans enlacement (fig. 271). 

Il suffit d'un simple coup d'œil pour voir s'il faut percer un 
plus grand nombre de trous. 

On peut employer soit le foret droit ou drille, soit des forets à 
crochets en usage dans l'horlogerie, soit enfin le tour. 



1 



228 



LE BOIS. 




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Fl faut éviter d'employer des mèches Irop fortes, les scies em- 
ployées pour la marqueterie étant très fines (n° ou n» 1)- le 
trou doit l'être également; si on possède une machine à coudre 
on peut très facilement utiliser les aiguilles cassées en les ap- 
pointant sur la meule. 

Ces préparatifs terminés on procède au découpage, qui se fait 
de la même manière que le découpage simple, à cette seule dif- 




Fig. 271. — Marqueterie formée par une série d'arabesques faisant corps 
et sans enlacement. 

férence près qu'en marqueterie il faut respecter aussi bien la 
partie formant le fond que le dessin, c'est-à-dire qu'il faut tou- 
jours pour les angles que la scie tourne surplace, opération que 
la finesse de la scie rend très facile. 

Ainsi qu'on l'a dit plus haut, on recueille avec soin les mor- 
ceaux au fur et à mesure qu'ils sont découpés, et comme il ar- 
rive très souvent que dans le dessin (un couvercle de boîte, par 
exemple) les quatre coins soient pareils, il est bon de diviser les 



LA MARQUETERIE ET LE PLACAGE. 



220 



morceaux par quarts, de les numéroter, et d'avoir autant de 
boites de grandeurs différentes où l'on place les découpages, quand 
ils tombent, à peu près à leur emplacement respectif. 

Nous avons déjà expliqué, en parlant du découpage, combien 
il importait d'étudier le dessin avant de commencer l'opération ; 
celle observation s'applique, à plus forte raison, à la marque- 
terie, qui suit les dessins les plus délicats, tout en opérant sur 
des malières bien plus fragiles. 







Marqueterie preseutant 



rps avec quelques trous isolés. 



Si le dessin présente un corps avec quelques trous isolés, 
comme dans la figure 272, c'est par ces derniers qu'il faut com- 
mencer; on passera ensuite au milieu et on finira par le contour 
exlérieur. 

Il arrive souvent que des pièces très fines ainsi découpées ne 
veulent pas sortir ; il faut alors, après avoir retiré la scie, pres- 
ser insensiblement avec une pointe, surtout dans les angles; 
l'opération est délicate et demande beaucoup de précautions. 



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230 



LE BOIS. 



lève T 7 •?. - fH1 6t dé,icatl ' a Scie ' en «""ontam. sou- 

levé les feuilles de placage et peut, les faire casser; comme il se- 
ra.t difficile de soutenir le bois suffisamment avec les doiets on 
se sert d une vieille lime plate très mince ou même d'un simple 
morceau de mêlai, cuivre ou fer, de 10 à 15 millimètres de lar- 
geur, que 1 on maintient toujours très près du dos de la scie 

Montage sur papier. - Lorsque tous les trous sont remplis 
on donne une légère couche de colle forle claire sur une feuille 
de papier ordinaire et on l'applique sur son travail, en avant 
soin d appuyer fortement avec les doigts ou la paume de la main 
pour que chaque morceau se trouve pris par la colle, et on re- 
tourne 1 objet, afin de s'assurer que chaque morceau est bien 
en place. Gomme il serait à craindre, en soulevant la plaque 
que quelque parcelle ne se détachât, il est bon d'avoir une se- 
conde planchette qui pose sur le papier, de sorte que le placa«e 
soit pris entre les deux; en les tenant serrées dans les doigts "il 
est facile de les renverser sans accident. 

On doit donner une grande attention à ce que les petits mor- 
ceaux affleurent bien le dessin du côté où a été collé le papier 
car c est celui-là qui sera visible. ' 

Celte opération terminée, on met en presse, entre deux feuilles 
de papier, afin que, s'il y avait quelques bavures de colle, le pla- 
cage n adhérât pas à la presse, et on laisse sécher 
• Une fois montée sur papier, la marqueterie peut se conserver 
des années avant d'être plaquée sur bois, mais alors il est bon 
de la laisser toujours en presse et dans un endroit à l'abri de 
1 humidité ou d'une Irop grande sécheresse. 

Lorsque le découpage est terminé et les morceaux mis en 
place il faut alors coller le papier du côté du placage qui devra 
plus tard être appliqué sur le bois, en ayant soin de presser for- 
tement avec les doigts, de manière à ce que les petits morceaux 
affleurent bien le papier; puis, après l'avoir mis en presse et 
laisse sécher, on enlève avec une râpe à bois fine, ou une lime 
plate, les épaisseurs trop fortes, visibles du côté où il n'y a pas de 
papier. L'opéralion est délicate : le bois étant pris de tous sens il 
est lacile de casser; on doit donc y metlre beaucoup de précaution 
Le niveau rétabli, on colle une feuille de papier sur ce côté 
qui sera ce que les amateurs appellent le beau côté; on met en 
presse; ensuite on passe le rabot à dents sur le côlé qui doit 
être plaque, et on procède comme ci-dessus. 

Montage de la marqueterie. — Le découpage étant ter- 
miné, on doit préparer les diverses pièces pour le montage en 
commençant par l'encadrement. 



LA MARQUETERIE ET LE PLACAGE. 



231 



Les feuilles de placage ayant été réunies au moyen de bande- 
lettes de papier fixées par des points de colle forte ainsi que 
nous l'avons dit (fis. 270), il faut les séparer. 

Pour cela, on emploie avec avantage le couteau a patelle du 
peinlre, dont la lame est très mince et flexible. On 1 introduit 
avec précaution enlre deux feuilles, on le soutient avec la feuille 
supérieure en y appuyant la main gaucbe, et l'on opère comme 
si on coupait du papier. 

Celle opération terminée, on place chaque encadrement sur 
une feuille de papier, que l'on a fixée par les quatre coins a a 
table ou à une planchette bien dressée. Il est bon d avoir de 
la colle forte très claire et d'en mettre quelques points sur 
chaque morceau avant de le placer sur le papier; cela pour 

deux raisons: 

D'abord, il est rare que le placage se maintienne parfaitement 
droit; sous l'action de la chaleur, il travaille facilement; le 
moindre point de colle le maintient en place. 

Déplus, sil'on ne colle pas, un faux mouvement peut faire glisser 
la feuille et déranger quelques pièces ; si l'on veutremelLre ces pie- 
ces en place, on en soulève d'autres (on ne se dérend pas toujours 
d'un mouvement d'impatience), et l'œuvre est bien compromise. 
Lorsque le pourtour extérieur ou encadrement est fixe, on 
saisit l'un et l'autre des petits morceaux avec des pinces appelées 
brucelles, on met sur chacun une goutte de colle el on le pose a sa 
place, en introduisant le dessin blanc dans le fond noir et le 
dessin noir dans le fond blanc; en sorte que l'on obtient un 
double résultat : marqueterie fond blanc avec dessin noir el mar- 
queterie fond noir avec dessin blanc. 

Ce qui vient d'être dit s'applique à la marqueterie en général 
et au cas le plus simple. On verra plus loin la marche a suivre, 
lorsque l'on opère non plus sur deux bois seulement, mais sur 
quatre ou cinq nuances. 

Lorsque les morceaux sont à leur place, on prépare une feuille 
de papier de la dimension du sujet marqueté (s'il y a uli enca- 
drement, il est inutile que le papier le couvre); on enduit cette 
feuille de colle forle claire, puis, avec l'aide d'un ami, on la 
saisit aux quatre coins el on l'applique sur le découpage, en 
ayant bien soin de ne pas hésiter en la posant; dès qu'elle a 
louché, elle ne doit plus bouger, sans quoi, on le comprend aisé- 
ment, toute la marqueterie serait désorganisée. On appuie forte- 
ment avec les doigts ou la paume de la main, afin que toutes les 
petites pièces se trouvent prises par la colle, surtout si les pla- 
cages ne sont pas d'une épaisseur bien égale, ce qui arrive assez 



M 



I 



232 



LE BOIS. 











fréquemment Dans ce cas, il est bon de retourner de suite la 
pièce marquetée, de la poser sur une face bien unie et de recom 
mencer a appuyer avec la main et les doigts de l'autre côté de 
mamere que tous les petits morceaux affleurent bien du côté où 
a ete colle le papier; car, ainsi qu'on le verra plus loin, c ? est te 
beau côte, celui qui est destiné à être vu. 
Après celte opération, on met en presse, au besoin entre deux 
feuilles de papier, pour empêcher 
que quelques bavures de colle n'ad- 
hèrent à la cale, et on laisse sécher. 
Placage île la marqueterie. — 
H faut laisser la marqueterie montée 
sur le papier en presse pendant plu- 
Fig. 273. - Petite scie ù placage. Sleu . rs neu, es et au besoin pendant 
u -„ii . u- • . Un JOur; ,or squ'on est certain nue 

la colle est bien sèche, on peut reprendre le travail ? 

On desserre les pièces et on enlève le papier du côté où il a été 
mis seulement quelques points de colle forte en montan Pou 
cet e opération, on peut se servir soit d'une fine râpe et du 
raclo.r que l'on appelle aussi scie à P laca e (flg. 273)^ d'u n 

petit rabot, que l'on ap- 
pelle rabot à dent, et 
qui est en usage chez tous 
les ébénistes. 

On comprend aisément 
que cette opération est 
très délicate et qu'il faut 
user de grandes précau- 
tions pour ne pas arra- 
cher quelques parcelles. 
Si l'on emploie le rabota 
dents, il faut placer la 
marqueterie sur un banc 




Fig.,274. 



- Marqueterie sur un banc 
de menuisier. 






I 



An «,„„ • • l- . marqueterie sur un banc 

de menu.s.e r bien uni (flg. 274), la maintenir fixée parle valet 
ave une pefte cale étroite tenant toute la longueur? et donner 
les coups de rabot en allant contre la cale. La marqueterie se 
faisant toujours en placage, il faut éviter d'attaque Me bois et 
faire en sorte de n'enlever que le papier et les points de colle 
attendu que, cette opération devant être recommencée lorsque*" 
marqueterie sera plaquée, on s'exposerait à tout emporter? 
S il se trouve des bois plus épais, il faut, autant que possible 

Wsss^ss^ autres - afin d ' éviter *?» s^ 



LA MARQUETERIE ET LE PLACAGE. 



23 3 



Cette surface élant bien nettoyée, on remplace les petits mor- 
ceaux que l'on a pu faire sauter ou qui ont été perdus en décou- 
pant, et il ne reste plus qu'à plaquer, ce qui se fait de la même 
manière que si l'on employait du placage uni. 

Il suffira de quelques mots au sujet de cette opération, connue 
de beaucoup d'amateurs. Ceux qui désireraient des explications 
plus précises et plus détaillées pourront s'adresser à un ébéniste 
ou à un menuisier; il leur suflira d'avoir vu opérer une seule 
fois pour être en état de pratiquer eux-mêmes. 

On dispose les pièces de menuiserie que l'on veut plaquer en 
faisant tous les ajustages ; on y passe le rabot à dent, afin que la 
colle prenne mieux ; on enduit de colle forte claire le bois et le 
placage, en ayant soin de se tenir, autant que possible, dans une 
chambre chaude, si c'est en hiver, et en lous cas en évitant les 
courants d'air. On applique la marqueterie sur la pièce de bois 
préparée et on la fixe avec trois ou qualre petites pointes à pla- 
cage, pour qu'elle ne glisse pas sous l'effort des presses. 

La colle soulève le placage par endroits ; mais que l'on ne s'en 
préoccupe pas, que l'on ne craigne pas non plus de voir la colle 
sécher, l'opération suivante suffit à remédier à ces inconvénients. 

On étend un morceau de papier (vieux journal) sur la marque- 
terie pour éviter des excédents de colle ; puis on fait chauffer for- 
tement, devant un feu bien flambant, une cale que l'on ap- 
plique lestement sur la marqueterie, et l'on s'empresse de serrer 
aussi fortement que possible avec les presses simples ou les 
presses à châssis. 

Une bonne précaution à prendre est de préparer d'avance les 
presses, en mettant les vis au degré voulu, de manière à ne pas 
perdre une minute. 

On peut très bien plaquer deux pièces d'un seul coup, c'est 
même ce qui se fait en général; il suffit, pour cela, que la cale 
soit bien dressée des deux côtés. 

Il faut avoir soin, lorsque l'on place les presses, de serrer 
insensiblement et en commençant toujours par le milieu de la 
pièce, de manière que l'excédent de colle forte sorte par les bords. 

Comme pour la marqueterie montée sur papier dont il a été 
parlé plus haut, il faut laisser l'objet en presse pendant une 
nuit, afin que la colle soit bien sèche, et ne le reprendre que le 
lendemain, en ayant soin d'y passer d'abord le rabot à dent, 
afin d'enlever le papier et la colle, puis, si l'on est bien outillé, y 
donner un coup de rabot très fin ; mais cette opération n'est pas 
sans danger. C'est pourquoi le plus souvent on se contente d'em- 
ployer le racloir bien affilé, 



■ 



■ ri 



234 



LE BOIS. 






Supposons qu'on ait à plaquer une gorge, on découpera le 
placage, après avoir pris la mesure et fait le tracé, en laissant 
un peu de bois, l'épaisseur du trait, en dehors du tracé; on don- 
nera à la feuille la courbure nécessaire, soit en la mouillant légè- 
rement d'un côté et la chauffant de l'autre, soil à l'aide de fer. 
On fera un tore en chêne de fil formant la contre-partie de la 
gorge qu'on veut plaquer et destiné à servir de cale; on encollera 
la gorge, on posera la feuille de placage. Cette démonstration 
s'applique au placage de toutes les moulures. La figure 27S fait 
voir une doucine ainsi plaquée à l'aide d'une cale faisant la 
contre-partie du bâti, profilée avec le même outil, mais seule- 
ment placé en sens-contraire. 

Quand la moulure ne se trouve pas sur plan droit, l'emploi de 
la cale est impossible, ou du moins très difficile. Dans ces cas, on 




l MQ 



Fig. 275. — Doucine plaquée à l'aide d'une 
cale faisant la contre-partie du bâti. 




Fig. 276. — Doucine soumise à la 
pression des sacs. 



a recours à des sacs contenant du sable chaud; les sacs rem- 
plissent les cavités et cèdent à la résistance des parties saillantes. 
La toile des sacs doit être souple, le sable qui les remplit doit 
être tamisé; on le fait chauffer dans une poêle, mais comme le 
sable garde beaucoup plus longtemps sa chaleur que le bois, il 
faut avoir soin de ne lui en donner que le degré convenable pour 
entretenir la fluidité de la colle pendant l'opération. 

La figure 276 représente une doucine, ou talon renversé, sou- 
mise à la pression des sacs. Sa moulure étant faite sur plan rond, 
le bois se trouve avoir une double courbure ; d'abord celle qui ré- 
sulte du conlournement de la moulure, et puis celle qui résulte 
du cintre que celle moulure décrit autour du bâti. Dans ce cas, 
on doit amollir le placage en l'exposant à la vapeur d'eau bouil- 
lante, ou bien le tremper dans de l'eau très chaude. On encolle le 
bâtis, on pose le placage, et par-dessus les sacs, le plus rappro- 
chés possible, puis sur chaque sac une cale. Sur les joints, et dans 



LA MARQUETERIE ET LE PLACAGE. 



23a 



les endroits où les pores d'un bois noueux peuvent faire craindre 
l'infiltration de la colle qui s'attacherait après les sacs, on met 
une feuille de papier avant de poser les sacs ; en général cette 
précaution est toujours bonne. 

Si l'on plaque une pièce contournée et qui doit être revêtue en 
dedans et en dehors, on combine l'emploi des cales et des sacs 
de sable (fig. 277). Voici comment on parviendra à surmonter les 
difficultés que présente cette opération. On clouera ou collera 
avant tout sur les champs latéraux du panneau des calibres en 
chêne ayant au moins 3 centimètres d'épaisseur. Ces calibres 
sont destinés à le renforcer et à em- 
pêcher que, faible comme il l'est, 
étant composé de plusieurs morceaux, 
et souvent fait en bois blanc, il ne 
cède sous l'effort, et l'on plaque d'a- 
bord le côté extérieur avant (le poser 
le demi-rouleau a déterminé par la 
ligne de joint 6, qui empêcherait le 
placage de s'étendre. 

Lorsque les feuilles ont reçu la 
courbure préalable nécessaire, on en- 
colle le panneau, on pose le placage, 
on l'arrête avec des rubans, puis on 
entoure le panneau de sangles dans 
le sens de sa hauteur. On aurait soin 
d'humecter et de chauffer un peu le 
placage, si la courbure n'était pas 
complète. On posera alors les cales, 
également chauffées, par-dessus les 
sangles non encore tendues et enfin, 
s'il en est besoin, on mettralessacsde 
sable b. On pressera alors, et l'effort des vis appuyant sur les san- 
gles au moyen des cales ou des sacs les fera serrer fortement sur 
les parties convexes, tandis que les sacs ou les cales s'enfonceront 
dans les parties concaves et y fixeront le placage. On conçoit qu'il 
faut, dans le principe, tenir la sangle assez lâche pour qu'elle 
puisse céder. Quant au demi-rouleau, s'il n'a pas été pt)sé d'abord, 
et cela a rarement lieu, on le remplace d'abord par un demi- 
rouleau de rapport qu'on enlève pour placer le véritable lorsque 
toutes les parties sont plaquées. Ce demi-rouleau se plaque en- 
suite, au moyen d'une feuille roulée qui prend en avant plus bas 
que la ligne b, et qu'on fixe au moyen de sable ; cette dernière 
méthode est plus facile et plus sûre. 




Fig. 277. — Placage à l'aide des 
sacs et cales combinés. 






230 



LE BOIS. 






I 



On passe ensuite à l'huile de lin, ou mieux au saindoux, si 
dans la marqueterie se trouvent des bois clairs, tels que l'érable 
ou des bois teintés (l'huile donne une teinte jaunâtre qui déna- 
ture les couleurs) ; puis on ponce soit à la pierre ponce, soit au 
papier de verre, et l'on vernit au tampon, comme il a été dit (t), 
en employant du saindoux et du vernis à la gomme laque blanche. 

Différents genres de marqueterie. — La marqueterie com- 
prend plusieurs genres : 

Marqueterie arabesques à deux couleurs unies. 

— arabesques à deux couleurs ombrées. 

— arabesques à plusieurs couleurs. 

— fleurs et oiseaux, bois de couleurs unies. 

— fleurs et oiseaux, bois de couleurs ombrées, 
cuivre et bois. 

— cuivre et écaille. 

— ébène et ivoire. 

Nous indiquerons le moyen d'exécuter ces différents genres. 

Marqueterie arabesques a deux couleurs unies. — Ce 
genre de marqueterie est des plus simples. Il s'obtient au moyen 
de deux plaques superposées, l'une de bois clair, l'autre de bois 
foncé ; on peut lui appliquer tout ce que nous venons de dire pour 
la marqueterie en général. 

Marqueterie arabesques à deux couleurs ombrées. — Avec 
la marqueterie ombrée, on peut faire de véritables petits 
tableaux, mais ce travail réclame une grande patience et cer- 
taines notions de dessin. Il est vrai que les résultats obtenus 
compensent grandement les peines que l'on se sera données. 

Les ombres s'obliennent au feu, au moyen d'une légère cou- 
che de sable de rivière bien tamisé et très fin que l'on place sur 
le couvercle d'un fourneau de fonte et dans lequel on plante les 
morceaux que l'on veut ombrer. On aclive le feu plus ou moins, 
suivant la teinte que l'on veut avoir. Ce genre de marqueterie 
s'applique principalement aux dessins d'une certaine dimension, 
ayant des parties massives s'entre-croisant et qui, laissées unies, 
ne produiraient aucun effet. 

Le feu ou le sable donne aux bois d'admirables nuances, 
mais c'est d'une longueur désespérante. 

Par l'action des acides, méthodiquement employés, on ar- 
rive aux mêmes nuances. M. Rauge, dans le Découpeur français, 
indique ce nouveau procédé pour faire les ombres. 

« Chacun sait que l'acide sulfurique a la propriété de noircir les 

(1) Voyez Le menuisier amateur, p. 193. 



: 



LA MARQUETERIE ET LE PLACAGE. 



237 



bois et même de les calciner quand l'action de cet acide est trop 
prolongée; or, en se servant de cet agent, comme on se sert de 
l'encre de Chine ou de la sépia pour le lavis, ou des couleurs 
pour l'aquarelle, nous obtenons toutes les nuances dégradées 
du clair à l'obscur. 

« Nous ne ferons que décrire l'expérience que nous avons faite; 
cela suffira à en faire comprendre l'importance, la méthode et les 
résultats. 

« La marqueterie avait été taillée dans quatre essences de 
bois; elle se composait d'arabesques et de quelques fleurs d'or- 
nement. La marqueterie, composée sur papier gommé, avait 
été reportée sur son fût, rabotée et polie au racloir et c'est sur 
cette surface que nous avons essayé l'action des acides : nous 
en avions fait trois ou quatre solutions plus ou moins concen- 
trées; la première ne contenait que quelques gouttes d'acide sul- 
furique dans de l'eau distillée, les autres en contenaient succes- 
sivement bien davantage : nous avons procédé tout autrement 
que pour le lavis et l'aquarelle, c'est-à-dire qu'au lieu de poser 
les teintes sombres et de les dégrader à l'eau, nous avons com- 
mencé par imbiber- une pièce quelconque d'une 'Solution faible- 
ment acidulée; l'action s'était immédiatement produite : une 
teinte plate; en appliquant ensuite une solution plus concentrée 
et en ne couvrant qu'une partie de la première teinte, en dégradant 
ensuite, nous avons obtenu un premier résultat qu'il nous a été 
loisible de poursuivre avec plusieurs couches successives, toutes 
plus concentrées les unes que les autres. 

« L'opération a donné d'excellents résultats, comme dégrada- 
lions de teintes. 

« Les ombres pourraient à la rigueur être portées jusqu'au noir; 
mais la marqueterie serait trop crue, nous n'avons été qu'à la 
belle nuance d'ombre, qui arrondit les objets sans eu trop accen- 
tuer les reliefs. 

« Le procédé est d'une simplicité telle que nous nous étonnons 
de n'y avoir pas réfléchi plus tôt et de ne l'avoir pas encore 
enseigné aux amateurs de marqueterie. » 

Les amateurs qui ont fait du lavis comprendront plus aisé- 
ment cette opération et en percevront les résultats, môme avant 
de les avoir expérimentés. De là à la pratique il n'y a qu'un pas. 

Marqueterie arabesques à plusieurs couleurs unies. — 
On peut varier à l'infini les ouvrages de marqueterie en décou- 
pant des bois de trois ou quatre nuances en même temps, mais 
c'est ici que l'opération devient plus difficile avec le porte-scie à 
main, parce qu'il est rare que le coup de scie soit donné bien d'à- 






K.I 









238 



LE BOIS. 







plomb, el que dès lors les morceaux de la plaque inférieure sont 
ou trop petits ou trop grands pour rentrer dans la plaque supé- 
rieure. r 

Pour exécuter dans ce genre de marqueterie un couvercle de 
boite, on superpose, par exemple, une plaque de palissandre 
une d acajou, une d'érable moucheté gris, et une d'érable mou- 
cheté naturel. 

On découpe le tout en recueillant avec soin les morceaux de 
manière à éviter la confusion; puis, avec le montage, on obtien- 
dra quatre couvercles nuancés différemment : 

1° Pourtour en palissandre, fond en érable moucheté naturel, 
dessin en acajou el écusson en érable moucheté gris; 

2" Pourtour en acajou, fond en érable moucheté gris, dessin 
en palissandre, écusson en érable moucheté naturel. 

Et ainsi de suite pour les deux autres. 

On peut encore varier davantage les teintes suivant les dispo- 
sitions du dessin, et employer jusqu'à dix sortes de bois diffé- 
rents. Dans tous les cas, quand on plaque, on doit employer du 
bois parfaitement sec, du sapin, du peuplier ou du tilleul; s'il 
s'agit d'une grande surlace, il faut faire, à chaque extrémité, 
une emboiture en bois dur, chêne ou hêtre. 

Si on plaque un couvercle de boite de faible épaisseur, il est à 
craindre qu'il ne se voile; pour éviter ce grave inconvénient, le 
moyen le plus sûr est de plaquer l'intérieur en bois uni, en ayant 
soin d'appliquer le placage de manière à couper en travers la 
veine du bois de la monture. 

Marqueterie fleurs, oiseaux, personnages en boU de 
couleurs unies. — On emploie en marqueterie non seulement 
des bois ayant leur couleur naturelle, mais encore des bois tein- 
tés de toute nuance, au moyen desquels on peut suppléer à l'ac- 
tion du feu pour donner les ombres. On ne peut obtenir des 
teintes fondues, mais néanmoins on peut arriver à des résultats 
satisfaisants. 

Si le dessin est simple, c'est-à-dire que les fleurs ou feuillages 
soient détachés l'un de l'autre, on colle le dessin sur le fond, afin 
d'avoir l'ensemble général et d'être guidé pour la place de chaque 
objet. Veut-on découper une feuille, on fixe comme nous l'avons 
indiqué, avec du papier ou de la colle forte, une plaque vert 
foncé et une vert clair au-dessous du placage qui fait Je fond, 
puis on découpe; on pourrait encore par économie ne mettre 
qu'une plaque vert foncé, par exemple, el découper moitié de la 
feuille, puis mettre la plaque verl clair et découper l'autre moitié; 
mais, outre la longueur du travail, on s'exposerait à ce que les 



LA MARQUETERIE ET LE PLACAGE. 



•239 



deux côtés joignissent moins bien; or, là est toute la question 
pour la marqueterie à sujets : arriver à ce que les découpages 
s'incrustent exactement dans le fond. Il vaut donc mieux perdre 
un petit morceau de bois et éviter une difficulté. 

Lorsque les feuilles et les fleurs ont été ainsi découpées, on 
fait de même pour la branche; puis on monte le tout comme 
nous l'avons dit pour la marqueterie ordinaire. 

Quand le dessin est compliqué, comme dans un bouquet de 
fleurs par exemple, il faut d'abord exécuter le découpage sans se 
préoccuper du fond : chaque feuille ou fleur est découpée sépa- 
rément dans une plaque de bois de la couleur qui lui convient, 
et on a soin, 
pour les parties 
qui s'entre-croi- 
sent, de faire 
les joints en 
superposant les 
morceaux voi- 
sins l'un de l'au- 
tre et en décou- 
pant en double; 
on ne fait les 
petites dentelu- 
res des feuilles 
que lorsque l'on 
incruste le bou- 
quet dans le 
fond. 

Ainsi , pour 
exécuter une 
marqueterie de 
couleur bois 

uni, c'est-à-dire non ombré, prenez une plaque bois vert foncé 
(flg. 278), sur laquelle on dessine la moitié de la feuille A, et un 
autre bois vert clair et on dessine la moitié B; en superposant les 
deux plaques, donnez le coup de scie du milieu de la feuille; puis 
faites le tour en passant à côté des dentelures, réunissez vos deux 
morceaux en les collant sur une feuille de papier. 

Faites de même pour les deux autres feuilles; puis quand la 

colle est sèche, croisez la feuille A B au point d'intersection avec 

la feuille C, et découpez les dentelures; faites de même pour la 

feuille D, et assemblez les trois feuilles sur le papier. 

Vous agissez de même pour tout le bouquet ; le grand point 




Fig. 278. — Dessin d'une feuille pour marqueterie. 



■ 




240 



LE BOIS. 



I 



consiste à ne jamais découper d'avance une partie qui se croise 
avec une autre. 

Lorsque le bouquet est entièrement découpé et assemblé sur 
le papier, on le fixe au moyen de colle forte très claire et par des 
points seulement sur la plaque de bois qui doit faire fond; puis, 
au moyen d'une scie très fine, on suit tous les contours ; si on 
a eu soin de faire sur tous les bords, comme nous l'avons dit 
pour les feuilles, c'est-à-dire de laisser du bois, l'opération est 
très facile ; niais, si on a découpé le bord même dans certaines 
parties, il faut le suivre avec beaucoup de soin, afin que le dé- 
coupage entre bien exactement dans le fond. 

Lorsque le coup de scie est terminé, on sépare avec précau- 
tion le bouquet de la partie du fond qui s'enlève; puis on remet 
le tout en place, et on assemble sur le papier, comme nous l'a- 
vons dit pour la marqueterie en général. 

On peut recommander aux vrais amateurs ce genre de travail. 
Avec un peu d'adresse et d'habileté, on peut arriver à représen- 
ter une foule de sujets : fleurs, personnages, etc., et en faire 
l'application sur des modèles de peinture, de tapisserie ou même 
de toiles perses, et on comprend facilement de quelle richesse 
serait un ameublement de chambre à coucher par exemple, qui 
aurait un fond palissandre avec marqueterie de ce genre. 

L'ombre au feu, avons-nous dit, est le moyen qui doit être 
employé de préférence pour les meubles de prix et de durée par 
la raison qu'il offre une solidité à l'épreuve du temps et même 
du racloir, lorsque le meuble demande à être verni à nouveau; 
mais c'est un travail qui n'est pas sans difficulté et qui demande 
une grande patience et une grande habileté. Or il y a certains 
petits objets, tels que coffrel, porte-monire, et autres meubles 
de pure fantaisie dans lesquels l'amateur cherche seulement 
l'effet du moment et pour lesquels il reculerait devant un travail 
trop long; c'est pourquoi nous avons imaginé un moyen très 
simple et très pratique pour tout amateur qui a quelques notions 
de dessin, un petit secret du métier, du reste, que l'on n'est pas 
obligé de dévoiler à tout le monde. Amateurs, gardons-le pour 
nous, bien certains que la plupart de ceux qui n'y sont pas ini- 
tiés n'y verront rien ; voici en quoi il consiste : 

On exécute la marqueterie en bois de diverses nuances unies; 
puis, lorsqu'elle est pratiquée et poncée au papier de verre, mais 
sans huile, délayer de l'encre de Chine épaisse sur une palette, 
puis tremper le pinceau dans une dissolution de gomme arabi- 
que au lieu d'eau pure. Dessiner les ombres. 

Si oh a des bois foncés tels que noir ou palissandre, on donne 



I 



LA MARQUETERIE ET LE PLACAGE. 241 

des coups de lumière en employant le jaune de Naples au lieu 
d'encre de Chine, toujours avec la dissolution de gomme arabique. 

Lorsque ce travail est terminé, passer un chiffon imbibé d'huile 
de lin, puis vernir au tampon ; la gomme arabique ne se dissol- 
vant pas clans l'alcool, les ombres restent intactes. 

Marqueterie cuivre ou argent, fonil bois ou écaille. — 
Ces différents genres de marqueterie se font comme la marque- 
terie bois; on. doit avoir soin d'employer des plaques d'égale 
épaisseur; dans le cas où il y aurait quelque différence, on de- 
vrait faire disparaître les inégalités avec une fine lime. 

Lorsque la marqueterie est terminée, il est bon de donner quel- 
ques coups de burin dans les parties trop mauvaises, afin de 
faire ressortir par des ombres les croisements d'arabesques et le 
dessin en général. 

Les meubles genre Henri II se font en marqueterie ébène et 
ivoire : il n'est pas d'amateur qui n'ait vu ces charmantes pe- 
tites tables à ouvrage, guéridons, et môme des bureaux ou d'au- 
tres grands meubles exécutés dans ce genre. C'est sombre, mais 
c'est d'une grande richesse. 

Malheureusement le prix des matières premières est tellement 
élevé, que les amateurs reculent devant la dépense. Mais voici le 
moyen d'arriver à un très beau résultat, avec une dépense infi- 
niment moins grande. 

Chacun connaît l'imitation ébène, bois de poirier ou autre 
teinté en noir, qui vaut 2 fr. 20 le mètre carré, tandis que l'é- 
bène se vend au poids, première économie. 

Mais où la différence est beaucoup plus sensible, c'est sur l'i- 
mitation ivoire, qui en feuille de 0,72 sur 0,72 vaut 13 francs. En 
outre de cette différence de prix, qui n'est pas à comparer avec 
celui de l'ivoire, cette matière offre un autre avantage. En géné- 
ral l'ivoire se vend par petits morceaux pour la marqueterie, les 
grandes plaques étant d'un prix trop élevé, il en résulte tout un 
travail pour réunir ces petits morceaux; d'un autre côté, si l'a- 
mateur n'y prête pas une grande attention, il peut en juxtaposer 
n'ayant pas la même nuance, ou bien encore ne pas disposer la 
veine dans le même sens, et dans les grands dessins avoir un 
joint au milieu ou en travers d'une arabesque ; autant d'imper- 
fections qui nuisent au coup d'œil. 

Avec l'imitation ivoire, rien de tout cela; on place une plaque 
de la dimension voulue sous le bois noir, et on découpe sans 
préoccupation. L'opération se fait très bien, cette matière n'ayant 
pas de veine qui parfois entraîne la scie; le découpage le plus fin 
ressort très net. Par précaution on doit mettre en dessous une 



I 

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1 



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Les industries ri',- 



14 



242 



LE BOIS. 






I 



découpage' ^ b ° iS b ' anC ^ 4 à 5 millimètreS P 0UI - so ^™ le 
Marqueterie imitation marbre. - La marqueterie offrp 
beaucoup plus de ressources que le découpage, pour a varié 
des ouvrages que Ton peut exécuter, car en dehors de la forme 
1 amateur peut employer diverses matières. ' 

Jusqu'à présent, nous nous sommes plus spécialement occuoé 
du bois, mais les jolis résultats obtenus avec d'autres maiTre 
ont fait rechercher et découvrir des imitations de marbre et de 
nacre de toutes couleurs qui, employées seules ou avec des corn 
bmaisons, produisent des effets merveilleux. L'imitaUon du 
marbre est parfaite, celle de l'écaillé est telle que nombre de 
personnes s'y trompent journellement, et le tout est vendu en 

femen^ l ^TT *" P ' aCage ° rdinaire > se allant facî 
lement a la scie a découper. 

Il existe une seule recommandation essentielle : c'est de tenir 
consomment ces plaques en presse dans un endroit frais ma s 
non humide, et éviter de les exposer aux rayons du soleil quTlé 
a. g a Uchlr el se d ler> rendant a . n . . / euf e très l i es 

cile. Pour ant, si l'accident était arrivé, on pourrait y remédier 
en mettant la plaque à la cave et en la mettant en presse aussitôt 
qu on se serait aperçu qu'elle s'est amollie. 

f a ,!f rSqUe ,. Ia ma T eterie est termi "ée et montée sur papier, il 
faut, avec 1 angle d'une râpe à bois demi-ronde, gratter le poli de 
ces inflations, ivoire, marbre, écaille, nacre, etc., afin que la 
colle forte puisse mieux adhérer. 

On procède ensuite de la même manière que pour plaquer le 
bo.s ; toutefois il faut avoir toujours soin de frotter d'ail la 
marqueterie avant d'encoller. 

Lorsque la marqueterie est appliquée sur le bois, mettre en 
presse avec une cale bien unie, mais pas trop chaude, faute de 
quoi, ces matières ont un retrait, qui produit très mauvais 

Les marbres, écaille et nacre, supportent très bien le racloir, 
on les ponce au papier de verre très fin et usagé, puis on les polit 
comme le bois au vernis de gomme laque blanc ou au tampon 

»ecoupa ff e, genre algérien. — Ce découpage a été ima- 
giné en 1874. Il consiste dans un genre nouveau d'ornementa- 
tion avec de la poudre d'or sur découpage noir verni au tam- 
pon. 

On peut recommander tout spécialement aux amateurs ce 
genre d'ornementation, qui donne un aspect des plus agréables 
aux objets que l'on construit ainsi. Le découpage pur et simple 



LA MARQUETERIE ET LE PLACAGE. 243 

est en effet un peu sec, la grâce que donnent les enroulements dis- 
parait et il faut les deviner dans une masse souvent informe. 
Comment représenter une fleur ou une tête?... Tandis qu'au 
moyen du genre que nous décrivons, on peut donner du mouve- 
ment aux arabesques, de la vie aux fleurs el aux animaux : l'ob- 
jet découpé devient brillant; que l'on y ajoute au besoin quel- 
ques chaînettes en cuivre doré ou quelques ornements et l'aspect 
devient des plus séduisants. 

Le mode d'ornementation genre algérien est 1res simple': il se 
fait sur bois noir principalement ou sur palissandre très foncé. 
Il consiste à faire ressortir toutes les nervures des feuilles par 
exemple, les ombres des arabesques ou des sujets, fleurs, fruits 
ou animaux, au moyen de la poudre d'or. Pour fixer celte pou- 
dre, on a imaginé un vernis très facile à faire et d'une grande 
solidité. Voici sa composition : 

Dans une fiole nettoyée à l'esprit-de-vin et non à l'eau, mettre un 
tiers de vernis copal au pinceau, et deux tiers de vernis au tam- 
pon ; agiter vivemen t pour obtenir le mélange, et de même chaque 
fois que l'on veut s'en servir; tremper une plume métallique fine 
très légèrement. Dessiner sur le bois verni et passer de la pou- 
dre d'or avec un petit pinceau à aquarelle, au fur et à mesure 
qu'une partie du dessin est faite, de manière à ne pas laisser sé- 
cher. Après quelques minutes, enlever l'excédent de poudre avec 
une petite brosse très douce, ou mieux une patte de lièvre. On 
peut ensuite impunément passer la main sur la dorure. 



I 






QUATRIÈME PARTIE 

LES MÉTAUX 







: 



CHAPITRE PREMIER 

LE SERRURIER AMATEUR. 

Matériel et outillage. _ Les matières premières que le 
serrurier emploie sont le fer, l'acier, le cuivre, le laiton, la houille 
le charbon de bois et quelquefois le coke. 

Un morceau de fer, avant d'être changé en une pièce de ser- 
rurerie quelconque, subit deux sortes d'élaborations. On com- 
mence par lui donner grossièrement la forme qu'il doit avoir 
c est ce qui constitue le travail de la forge. 

Une fois que la pièce est ébauchée, on la finit en la limant la 
taraudant, la perçant, etc.; c'est le travail de l'établi. 

Mais toutes les pièces de serrurerie ne passent pas à l'établi 

Il en est un grand nombre qui s'emploient telles qu'elles 
sortent des mains des forgerons. 

D'autres au contraire doivent être finies par d'autres façons- 
il faut les hmer, les tarauder, les percer, etc. 

Les outils que le serrurier emploie se divisent générale- 
ment en deux classes : 1" les outils de la forge, 1° les outil» de 
l établi. 

Outils de la forge. - Les outils de la forge sont la forge et 
ses soufflets, et les enclumes. 

Ce sont les outils de première nécessité, nous entrerons à leur 
sujet dans quelques détails. 

Forge - Les forges sont de deux sortes : les grosses forges 
(forges a 1 anglaise, à l'allemande), où l'on fabrique le fer et l'acier 
et où on les élire en barres de tout échantillon au moyen de mar- 
tinets et de laminoirs; et les forges maréchales, où l'on façonne à 



LE SERRURIER AMATEUR. 245 

bras d'homme les innombrables pièces de fer el d'acier que con- 
somment les diverses branches de l'industrie. 

La disposition des forges maréchales varie suivant l'usage au- 
quel elles sont destinées; ainsi on distingue les forges de serru- 
riers, de mécaniciens, de cloutiers, les forges portatives, etc.; 

Une petite forge portative (fig. 279) suffit pour commencer. 

Toutes les forges se ressemblent en ce qu'elles sont formées prin- 



m 




1 



Fig. 28i, — F'etitc enclume ou bigorne 



80. — Enclume. 



cipalement d'un soufflet, d'une tuyère placée horizontalement, d'un 
foyer, d'une hotte el d'une cheminée. On les chaulfe au charbon 
de bois ou le plus souvent à la houille et particulièrement avec 
cette variété grasse et collante, qui a reçu le nom de houille maré- 
chale. On emploie ordinairement le menu dont on forme au- 
dessus du feu une voûte, qui se soutient par suite de la pro- 
priété collante de la houille, et qui sert à concenlrer la chaleur. 
Avant la chaude, on détache de la voûte les parties b's plus cal- 



240 



LES MÉTAUX. 



cinées, pour former le fond du feu sur lequel on place le fer au- 
dessus de la tuyère; de telle sorte que le vent traverse du coke 
enflammé, puis se réfléchit sur la voûte embrasée, avant de 
venir en contact avec le fer sur lequel il n'exerce plus alors 
qu'une action à peine oxydante. 
Enclume. — L'enclume (flg. 280) est une masse de fer ou de 

fonte, ayant un poids, une forme et des dimensions appropriées aux 
travaux qu'on veut faire, sur laquelle on forge les métaux à chaud 
ou à froid. La surface sur laquelle on bat les métaux doit être 
dure et lisse; ordinairement le milieu ou la table a la forme 
d'un parallélogramme, et les bouts appelés bigornes (flg. 281) 
sont l'un cylindrique et l'autre quadrangulaire pour que l'ou- 
vrier puisse façonner diverses pièces. Un trou carré, percé près 
du bord de la table, est destiné à recevoir un tranchet sur lequel 
on coupe le fer. 
Les enclumes sont fixées sur des chabottes ou billots fixés 



A 



u 



Fig. 382. — Marteau. 



I 



en terre, ou dans un massif près de la forge. Les enclumes de fer 
doivent être aciérées en acier de bout, trempé de toute sa force. 
A cet effet, le fabricant brise son acier en bouts de 2 à 3 centi- 
mètres de long, qu'il met les uns à côté des autres, en trousse 
carrée, maintenue par un lien de fer. Il soude cette trousse dont 
il fait une planche, qu'il soude à son tour, comme une mise sur 
l'enclume. 

Outils accessoires de la forge, — Les marteaux (flg. 282) 
de toutes grandeurs. 

Les pinces coupantes (fig. 283) et les pinces à mors plats (fig. 284), 
les broches, les tenailles (fig. 285), les tisonniers, les chasse-rondes 
carrées et à biseau, les mandrins, les étampes, les tranches, les 
perçoirs, les tranchets, les casse-fer à froid. 

Fonte et moule. — Lorsque la pièce que l'on veut obtenir est 
assez compliquée, le meilleur parti à prendre pour l'amateur 
est de la faire fondre dans un atelier spécial. Pour cela, on donne 
au modeleur-mécanicien le dessin en grandeur d'exécution de 
cette pièce, afin qu'il puisse l'exécuter en bois, ainsi que le moule 
qui reproduit toutes les saillies et tous les creux du morceau 



LE SERRURIER AMATEUR. 



247 



en relief. C'est celte double pièce de bois qui est donnée au fon- 
deur pour que celui-ci en puisse constituer une semblable en 
sable el fabriquer le moule que devra remplir le métal en fusion. 
C'est ainsi que l'on procède, non seulement pour la fonte des 
objets de serrurerie et de ferronnerie, mais aussi pour des engins 
plus délicats : cylindres de machines à vapeur, cbaises, paliers, etc. 
Mais telles qu'elles sortent du moule, les pièces ne peuvent être 
immédiatement employées: elles sont rugueuses el souvent dé- 
formées : il faut que la main de l'homme intervienne pour les 







Fig. 2S3. — t'ince coupante Fig 



ÏH. — Piuce à mors plats. Fig. 28">.— Te- 
naille. 



achever el leur donner la rectitude de formes et le dressage par- 
fait qui, seuls, permettront un ajustage solide et régulier. 

Pour cela, comme lorsqu'il s'agit de pièces forgées, l'élau inter- 
vient, ainsi que les aulres outils que nous allons nommer, et 
dont nous allons étudier successivement le maniement. 

Outils de l'établi. — Les outils de l'établi sont d'abord: les 
étaux de toutes formes et de toutes grandeurs et les limes, au sujet 
desquels nous devons donner quelques indications pratiques. 

Étau. — L'étau (fig. 286) est une sorte de presse, ordinairement 
en fer, qui se compose de deux leviers à mâchoires, articulés à 
leur partie inférieure, dont l'un est fixé à une vis, presque toujours 
à filet carré, qui traverse l'autre levier et s'engage ensuite dans un 
écrou qui, selon qu'on le fait tourner dans un sens ou dans un 



248 



LES MÉTAUX. 



autre, serre ou desserre les mâchoires ou mors de l'étau Ces 
mâchoires sont vissées à l'intérieur, taillées en lime et trempées 
Un ressort placé entre les deux branches, mais que l'on corn! 
prime aisément en faisant marcher l'écrou, les fait ouvrir quand 
on desserre l'étau. ' -t udnu 

d'm/^tr étaUX dUS \T afe ("S" 28? ) 1 u ' on r «e contre le bord 
dm etabl, au moyen d'une simple vis de pression; mais on ne 
peut s en servir que pour de très petits objets. 
On fait aussi des étaux qu'on appelle parallèles parce que la 




Fig. 286. — ttau à pied. 




Fig. 287. — Étau à agrafe ou d'horiog 



■ 



branche de devant s ouvre, par l'effet de la vis, parallèlement à 
elle-même, au lieu d'articuler autour d'un point comme à l'ordi- 
naire Ils ne sont guère en usage, malgré leur commodité, que 
chez les amateurs, ainsi que les étaux qui ont la faculté de 
pirouetter sur eux-mêmes. 

On donne le nom d'i'tau à main à une petite pince à vis qui a 
a forme d un étau, et qu'on tient à la main pour limer une quan- 
tité de petits objets. ^ 

Les forgerons emploient de gros élaux du poids de 120 à 9(30 ki 
logr.,dits étaux à chaud, parce qu'on s'en sert pour façonner au 
marteau des pièces de fer ou d'acier à chaud. Il est nécessaire 
qu ils aient de la masse et de la solidité pour ne pas s'échauffer 



LE SERRURIER AMATEUR. 



249 



trop vile et pour résister aux chocs produits par les coups de 
marteau. On les isole et on les fixe le plus solidement possible, 
au milieu de la forge, de manière à pouvoir circuler tout aulour. 



r'H 




Fig. 289. Fig. 290. Fig. 291. Fig. 292. 

Fig. 2S8 à 292. — Différentes sortes de limes. 

Fig. 288, lime plate. — Fig. 289, lime plate à main. — Fig. 290, lime demi-ronde. 
— Fig. 291, tiers-point. — Fig. 292, queue-de-rat. 

Les étaux de serruriers, de limeurs, etc., sont ordinairement du 
poids de 25 à 33 kilogr. Les élaux de menuisiers sont presque 
toujours en bois. 
Limes. — Les limes sont des outils d'acier bien connus, dont 



■ 



M 






230 



LES MÉTAUX. 



m 



fi- 



la surface est couverte d'entailles qui servent à couper et à user 
les métaux, etc. 

Les dents, les dimensions et les formes des limes varient beau- 
coup selon les différents usages auxquels on les emploie. Les prin- 
cipales sont : 

La lime plate (fig. 288) et la 
lime plate à main (fig. 289). 

La lime bâtarde taillée sur trois 
côtés seulement, le quatrième 
permettant d'opérer dans un angle 
en n'attaquant qu'un des côtés. 




Fig. 21)3. Fig. 294. Fig. 295. Fig. 296. Fig. 297. Fig. 298. Fig. 299. Fig. 300. 
Fig. 293 à 296. — Différentes formes do rifloirs. Fig. 297 4 300. —Différentes 

formes de limes. 

Fig. 298, lime i pignon. — Fig. 299, lime 



Fig. 297, lime-couteau ou coutelle. — 
demi-ronde. — Fig. 300, lime carrelette, 



La demi-ronde (fig. 290) a une de ses faces dressée suivant 
un arc de cercle. 

Le tiers-point ou trois-quart (fig. 291) dont la section est trian- 
gulaire, et qui sert particulièrement à affûter les scies. 

La queue-de-rat (fig. 292) est ronde, pointue par son extrémité, 
se trouve comme les tiers-point sur toute grandeur, sert à 
agrandir les trous. 



LE SERRURIER AMATEUR. 



281 



Les rifloirs (fig. 293 à 296) sont des limes qui ne s'emmanchent 
pas : le milieu de leur longueur est uni : c'est par là qu'on 
prend la- lime, les deux bouts sont taillés et affectent toutes les 
formes ordinaires des limes. La figure 293 est le ritloir, tiers- 
point d'un bout et queue-de-rat de l'autre; la figure 294 est un 
ritloir droit, lime d'entrée et plate à main; la figure 295 est un 
rifloir demi-rond taille bâtarde et taille demi-douce ; la figure 296 
est une petite lime à queue qui ne s'emmanche pas. 

Enfin les limes coutelles ou à pignon (fig. ?97 à 300), minces 
d'un côté, servent à fendre les têtes de vis. On emploie souvent 
aussi les sciottes qui ne sont taillées que sur l'épaisseur. 

Ces petites limes ont toutes les formes déjà indiquées, et toutes 
celles que le besoin fait naître et qui force quelquefois à recour* 





ig. 301 et 302. 


Fig. m. 


Fig. 304. 


Fig. 305. 


Ciseaux. 


Ciseau à froid. 


Porte-foret. 


Porte-foret ;'i main 



ber les manches. La taille de ces limes est demi-douce et quel- 
quefois très douce, vu qu'elles servent le plus souvent à finir. 

On ne doit employer pour la fabrication des limes que des 
aciers de bonne qualité, car cet outil est d'un emploi coûteux, 
puisqu'il ne peut fonctionner qu'à la main et que son affûtage 
est impossible. La longueur ordinaire des limes est de 13 à 
30 centimètres. 

Outils accessoires de l'établi. — Les ciseaux (fig. 301, 302) 
et le ciseau à fruid (fig. 304), les butins. 

Les mandrins, les filières et tarauds, les machines à forer 
ou porte-foret (fig. 304 et 301-i) et leur foret (fig. 306), les fraises, 
les trépans, les mèches, les tonrs. 

Le tournevis (fig. 307), les clés à écrous (fig. 308), la clé anglaise 
(fig. 309), la presse de serrurier (fig. 310), le vilebrequin (fig. 31 1 \ etc.- 






M 



■Cfl 






282 



LES MÉTAUX. 



Parmi les outils indispensables au serrurier-amateur, nous cite- 
rons encore : 

Une meule pour affûter les outils. 

Une machine à percer, pour atelier d'amaleurs, avec volants 





P 
i 






/ 




V 

Eig. 306. — Forets. 

engrenages (aillés, étau à coulisse et plateau tournant sur la 



Kig. 3IJ7. Kig. 308. Kig. 309. 

Tournevis. Clef à écrous. Clef anglaise. 





Presse de serrurier. 



Kig. 311. 



Vilebrequin. 



colonne et pouvant se monter ou descendre à volonté (fig. 312). 

Un boclil pour scier et découper le métal, ou mieux une scie 

fonctionnant soit nu pied, soit h la main (fig. 313), dans le genre 



LE SERRURIER AMATEUR. 

du cli' 



233 



de celles que nous avons décrites au sujet du découpage du bois. 
Mais nous devons dire, avant lout, que la qualité dominante 
du serrurier amateur doit êlre la connaissance, au moins élé- 
mentaire, du dessin linéaire, car, avant de mettre à exécution une 
pièce, il est de toute nécessité, si l'on veut la réussir, de la dessiner 




Fig. 31:2. — Machine à percer. 



Flg. 313. 
Srie ;i dccoupsrles mi't.uu. 



sous ses différents aspects et à une cote précise, sur une feuille 
de papier. 

Travail <le l'établi. — La pièce doit être solidement main- 
tenue sur l'établi, pour qu'on puisse agir sur elle, -ce qui s'olttient 
au moyen de Vétau, entre les mâchoires duquel on la serre, à 
l'aide de sa vis à filets peu inclinés. 

Pour polir une pièce, on commence par la dégrossir avec les 
limes. On emploie d'abord le carreau, on continue avec une car- 
relette et, quand la pièce est lout à fait dégrossie, que sa forme 
est fixée, on finit avec des limes de plus en plus douces, dont le 
but est de faire disparaître les traces des unes et des autres. 

H. de Giuki-igny. — Les industries d'amateurs. lo 



I 



■ 



234 



LES MÉTAUX. 



I 



- Hijuerre. 



Après le marteau, gui est l'outil par excellence du forgeron, le 
principal outil du serrurier est la lime. C'est en enleva ît avec 
celle-ci les excédents de matière, que l'ajusteur arrive à donner 
à une pièce forgée les dimensions voulues. Nous parlons ici des 
petites pièces de serrurerie, car pour les grandes pièces des ma- 
chines on arrive bien plus promptement et plus économiquement 
à obtenir la forme voulue, au moyen des machines à mortaiser, des 
machines à raboter, des tours, elc. 
Le grand ail du limeur est de savoir produire des surfaces 
parfaitement planes. Il ne faut pas conduire la 
lime droit devant soi, mais l'obliquer de droite 
à gauche, puis de gauche adroite en recoupant 
les saillies; par ce moyen la lime acquiert plus 
de mordant et ne broute pas le fer. Il ne faut 
pas plus appuyer de la main qui guide le bout 
de la lime que sur celle qui lient la poignée, 
car alors, au lieu de produire une surf.ee 
plane, ou en produit nue inclinée du côté où 
on a le plus appuyé. 

Ou constate l'horizontalité parfaite du plan 

à l'aide de Yéquerre (flg. 314) et du niveau d'eau 

à bulle d'air (flg. 31b). 

Pour limer en arrondissant, lorsque la pièce n'est pas trop 

grande, on la prend de la main gauche, et si elle est courte, on 

la saisit dans un élau à main, et on la lime de la main droite, 

le fer appuyé sur un bois pris dans 
l'élau. 

Serrurerie d'amateur . — La 

serrurerie comprend la fabrication 
des ouvrages en fer forgé qui s'em- 
ploient dans les conslruclions, les 
mécaniques, etc., autres que ceux qui constituent la construction 
des machines proprement dites. 

Maintenant que l'amateur connaît le maniement et le fonction- 
nement des principaux outils et des machines indispensables au 
travail du fer et des métaux, il pourra procéder milhodiquement 
pour arriver à un résultat satisfaisant. 

Serrure. — De tous les ouvrages de serrurerie, celui qui de- 
mande le plus d'habileté et d'adresse chez l'ouvrier, celui qui 
exige le plus d'attention uour sa bonne exécution et sa sûreté, 
c'est sans contredit la serrure. 

Notre intention n'est pas de décrire ici les innombrables ser- 
rures inventées jusqu'à ce jour; nous nous contenterons d'énu- 




Fig. 315. — Nivc;iu d't 



I.E SERRURIER AMATiilKl. 2oa 

mérer les différentes pièces qui entrent dans une serrure. 

Tout le mécanisme esl enfermé dans une boile en fer nommée 
mlâtre. Celte boite se compose d'un fond rectangulaire sur le- 
quel sont appliqués les côlés relevés, le plus haut, à travers le- 
quel passe le pêne, se nomme le rebord; les (rois autres côtes 
composés d'une feuille de tôle forment ce que l'on appell-J la 
rlohon Celte feuille de tôle porte de petites queues saillantes que 
l'on rive sur la palàtre; la palàlre et la cloison sont donc assem- 
blées d'une manière très solide. 

Le pénè de la serrure est une espèce de verrou que met en 
mouvement la clef. I.a tète du pêne est la partie qui sort de la 
serrure el qui vient s'engager dans la gâche, petit crampon lixe 
h vis ou à scellement sur le ballant de la porte. La queue du 
n-'iie poile d'un côté, des parties saillantes nommées barbes du 
téne, sur lesquelles la-clef agit, et de l'autre, des encoches dans 
lesquelles tombe un ergot qui termine un ressort appelé [ tnrét 
du \:êne. Le pêne esl simple ou fourchu, selon que la tète esl il un 
seul morceau ou formée de plusieurs dents. 

Enfin, dans l'intérieur de la serrure se trouvent certaines 
pièces de tôle contournées qui s'accordent avec les découpures 
l'.nlcs à la clef; c'est ce que l'on appelle les gardes ou garnilum 
de la serrure; ces gardes s'opposent au mouvement de toute ciel 
qui n'aurait pas -les entailles nécessaires. 

La. clef se compose de l'anneau où on applique la main, du 
canon si elle est forée ou du bout si elle ne l'est pas et du panneton. 

Bkécoupage du cuiïre et «les métaux. — Il y a une lien- 
laine d'années que les premiers essais de découpage des métaux 
ont été tentés. Comme, à cette époque, on n'avait encore que le 
hoclïl pour tout outil, ou ne pouvait scier que du métal très 
mince elle bruit produit par le mouvement de la scie était in- 
supportable. Mais aujourd'hui, grâce à la puissance des machines 
â découper inventées depuis, on a trouvé le moyen de parer a 
èet inconvénient et de découper plusieurs feuilles à la fois. 

11 suffit pour cela d'enfermer deux, trois el même quatre 
feuilles de cuivre entre deux planchettes de bois de 1 et demi a 
2 millimètres d'épaisseur, réunir le tout ensemble au moyen 
de clous rivés, comme nous l'avons déjà expliqué (1). Lorsqu il 
n'y a qu'une ou même deux feuilles de cuivre, la pointe les 
perce aisément; mais s'il y en a un plus grand nombre, l'opé- 
ration devient plus difficile. En ce cas, on peut percer le trou 
d'avance, ou bien, après avoir enfoncé la pointe de manière a 



1 



H 



») Voyez le découpage artistique du bois 



250 



LES MÉTAUX. 







traverser seulement la première plaque de bois, on la coune 
avec des tenailles ou des pinces à la hauteur voulue pou? aSl 
ne fasse que traverser le tout, puis, par un coup sec Je ma, t au 
enfonce; ,1 ne faut pas craindre de multiplier ces poinT r at 
lâche ; plus le cuivre sera maintenu, moins il y aura'dè grif.ce-" 

Celte application du découpage au cuivre est nouvelle- tout 
au moms nous n'en avons pas encore vu d'exemple. Ce sera encore 
une source d'agrément. Quoi de plus facile, en effet oued X 

7 ? ar l "> P'océdé chimique des plaques de cuivre de zinc ou 

«netu.cT I f ,al ' argentéeS ° U '°'" ;eSettle cônïecdonnï 
une foule d objets qui pourront être Téellemenl utiles tandis 

' U eB , b0ls lls •«*«* "•"!• fragiles? Ajoutez à cela qu'ils au 01 

pus d apparence et plus de valeur ; c'est ainsi que nous citerons 

par exemple, une garniture de table, un compotier, une ass.e te 

8 fruits, nu garde-nappe, un huilier, etc. assieue 
En employant des plaques de métal de l'épaisseur de 1 à * 

St'ancT' °" ^ C °" fc ' Cliomier des ol, J e <« ayant une certain; 
L'exécution de certains objets en cuivre a en outre cet avan- 
tage qu on peut leur donner des formes arrondies, taudis (m'en 
b0,S 0„ „o posait faire que des angle, plus ou moins aigus 

béille rouie." U " e C ° U Pa " S ' °" P0U ' Ta faire U » e ^ r - 

Toute la dirficullé, pour les amateurs, consiste dans le montage 
Ar K ...u»re ,l„ ouirre - On peut argenter soi-même les 
BDjelsen cuivre au moyen de la poudre à argenter (1). 



CHAPITRE 11 

LA BRAVOHB KX TAILLE-DOUCE. 



I 



Les deux manières principales de graver sont le burin et ïeau- 
rorte; tous les autres procédés eu dérivent plus ou moins direc- 
tement. 

On grave sur des plaques de métal, cuivre, acier, zinc ou étain 
épaisses d environ ï millimètres. L'acier est devenu le métal 
le plus généralement employé, parce que la quantité des épreu- 

I Vojtt Hénod, Sâtrttt d» la (etmot et de Fmdtutrie, Paris, lâ8S (BibHotAina 




LA GRAVURE EN TAILI.E-DOUCE. 



257 



on peut en tirer esl assez considérable. Le cuivre est pr 



ves qu 

féré pour les sujets q 



ont besoin d'un moindre tirage ; le zinc 
tes d'une 1res grande dimension, et l'élain 



pour les plans ou car 
pour la musique. 

«rayure nu burin. — Voici comment procède le graveur au 
burin. Surune planchette de cuivre ou d'acier, on trace légère- 




■ 




Fig. 316 et 31 



— Butïds. 



ment à la pointe le contour du sujet qu'on veut représenter, 
ainsi que la direction et la forme des principales tailles qui doi- 
vent colorer la gravure. Ensuite, avec un burin (fig. 316 et 317) 



U-dffr. 




M» 



Ligne au burin. 



d'une dimension et d'une forme en rapport avec les traits que 
l'on veut tracer, on coupe Je cuivre en poussant en avant, comme 
avec un rabot ou une gouge, ce qui enlève, en effet, de petites 
lames de métal, qu'on nomme copeaux (fig. 318). 

Les (ailles ou traits multipliés les uns près des autres forment, 



I 



258 



LES MÉTAUX. 






suivant leur disposition, leur rapprochement et leur grosseur 
des teintes plus ou moins vigoureuses, et l'ensemble de la gra- 
vure la plus parfaite n'est rien autre chose que l'ensemble même 
de ces traits. 

Ce procéda, qui parait d'une si parfaile simplicité, est extrê- 
mement aride ; on ne le possède qu'après un long apprentissage 
et l'étude minutieuse de toutes les difficultés proprement dites 
de métier. En ce qui touche à la partie purement artistique, les 
exigences restent les mêmes pour tous les genres de gravures. 

Certaines estampes n'ont été terminées qu'après un travail 
assidu de dix, vingt et trente années. On cite même quelques 
planches qui ont occupé la vie presque entière d'un graveur. 
Gravure à l'eau-fortc. — Dans ce genre de gravure, on 
enduit une planche d'une couche très mince de vernis composé 
de matières résineuses qui résistent à l'action des acides. Ce ver- 
nis, qui varie beaucoup dans sa composition, est étalé, s'il est 
liquide, au moyen d'un large pinceau; on y mêle du noir de fu- 
mée pour lu* retirer sa transparence. Quelques minutes suffisent 
pour le faire sécher et lui donner de la solidité. Si l'on se sert de 
ce vernis sous forme de pain, on le promène à la surface de la 
planche chauffée à un degré convenable : il s'élale alors à l'action 
du feu, et onl'étend d'une manière égale en tamponnant la plan- 
che avec un tampon de soie rempli do ouate; mais, comme dans 
cette opération on ne peut lui donner de la coloration, on re- 
tourne la planche en l'élevant au-dessus de la tête, et l'on passe 
habilement dessus un flambeau allumé, composé d'une ving- 
taine de petits brins de bougie: la fumée, en se collant, au vernis, 
lui donne un bnau noir qui couvre entièrement le métal. 

Celte opération terminée et la planche refroidie, on décalque 
si l'on veut, par divers procédés, le trait du sujet que l'on doit 
graver; ensuite, à l'aide d'une pointe, on trace dans le vernis 
tout ce qu'on veut, comme si l'on dessinait avec un crayon dur 
sur du papier, mais avec cette différence que le crayon produit, 
en se promenant sur le papier, des traits qui apparaissent en 
noir, au lieu que la pointe découvre la planche aux places où 
elle passe, laisse apercevoir le mêlai et produit ainsi des traits 
clairs sur le fond noir du vernis. 
On a donc le contraire de ce qui doit être en réalité un dessin. 
Tout ce qui doit devenir noir sur l'épreuve est d'abord tracé 
en clair surla planche ; en d'autres termes, le clair deviendra noir. 
Quand on juge que ce travail est terminé, on entoure la plan- 
che d'une bordure de cii e à modeler, afin de former une es- 
pèce de bassin dans lequel on verse de l'eau-forte, qui, ayant 



LA GRAVURE EN TAILLE-DOUCE. 



259 



I. propriété de décomposer le cuivre, n'en détache les molécules 
auC endroits découverts parla pointe, alors les lignes tracée. 
a ns le vernis se creusent comme par enchantement, et, après 
un délai qui n'est que de quelques minutes sur certains métaux 
e du s comme l'acier, on obtient des résultais que des mois 
ïepalience n'auraient peut-être pas produits à l'aide d'autres 

^Onïî'ire l'eau-forte, on dévernit avec de l'essence, et la plan- 
che bien nettoyée, apparaît gravée pins ou njoms profondé- 
ment; les traits" remplis de noir prennent sur le fond non- du 
mêlai leur véritable valeur. 

Cette manière de graver demande peu d'apprentissage Les 
peStres ? en servent avec succès, parce qu'elle laisse toute liberté 
Meurs caprices, et que l'exécution n'en est arrêtée par aucune d,f- 
„ u é se ieuse Ils sont néanmoins habitués, pour la plupart, a 
Moucher et terminer leurs eaux-fortes à l'aide de tous les autres 
Procédés tels que ceux du burin, de la pointe sèche de la rou- 
lette ec ; mais ces procédés res.ent toujours indistincts dans 
e œuvre des plus habiles, comme on peut le remarquer dan 
[es admirables productions que les anciens peintres nous ont 

injccôpc en ce genre. 

Manière noire. - La manière noire, inventée au commen- 
cement du dix-septième siècle, diffère entièrement des autres 
«en es de gravure. Au lieu de mettre en saillie du' noir sur du 
cE elle a pour objet de produire des lumières sur du noir. 

L'ôuti principal dont se sert le graveur en manière noire a 
recule nom de berceau, à cause du mouvement que lu, unprun, 

m ain. C'est un ciseau dont la partie tranchante est circulaire^ 
en biseau, et gravée comme une lime de laules rapprochées, ce 
Si donne au tranchant une multitude de pointes fines e 
a cérées On berce cet oulil eu appuyant et en le tenant droit et 
Sout sur la planche.ee qui produit une infinité de p. ils rous^ 
et cette opération, répétée sur plusieurs sens, eu cible tellement 
la surface, qu'il en résulte un noir intense. 

Su la planche ainsi préparée, on trace le sujet qu on veut 
.rav r et l'on enlève avec un grattoir les clairs-obscurs, les lu- 
mières ordinaires, ainsi que les plus vives, qu. sont polie, et reu- 
dues très brillantes au moyen d'un brunissoir. 
° L résuhat est le même que celui qui consiste à ramener sur 
un papier de couleur, des demi-teintes, des lumières, à 1 aidf 
d'un crayon blanc. , , , 

Les Anglais ont tiré un grand parti de ce procède que Reynolds 

a illustré. 



I 



2(50 



LES MÉTAUX. 




I 



Aquatinte. - 0,i commence par tracer à l'eau-forle les 
contours de ce qu'on veut graver. Puis, après avoir nettoyé t 
planche, on la renferme dans une boite d'une assez grande d i- 
niens.on dans laquelle on a fixé deux tringles horizontales pour 

rL'' p eC n V °"''r La h T de CeUe boUe contie " 1 de la résine pE 
mée. On referme la porte de cette boite et ensuite on agite vio- 
lemmen cette poudre au moyen d'un fort soufflet qui commu- 
nique a la boite par un conduit. 4 mu 
La poudre, dont les parties les plus léecres et les plus ténues 
montent au sommet de la boite, retombe' sur la pLÏoù eUe 
forme une couche mince et égale. Ainsi recouverte par la poudre 
la planche est retirée et chauffée en dessous avec un flambeau dé 
pap.er jusqu'à ce que la couche de résine soif, fondue 

La chaleur fait crisper la résine, laquelle se retire en' une mul- 
titude de points qu, laissent entre eux de petits espaces formant 
ensemble un réseau, et c'est dans ces interstices que l'acide do" 
creuser le métal. Ceci s'appelle poser un grain 

Le tissu de ce grain devient plus ou moins fin suivant /épais- 
seur de la couche de résine et le degré de chaleur auquel on a 

un T,v -, P ^^ ^ T rdU Par rad(le > jl don »« q-lquefeis 
un travail imperceptible à l'œil et semble une couche de lavis à 
encre de Chine ou a la sépia. Quelquefois aussi on distingue tout 
le tissu, qui semble avoir été tracé à la pointe 

Nous avons dit que le trait du sujet avait été indiqué par une 
eau-forte comme par un trait à la plume sur du papier on re- 
couvre alors avec un pinceau et du vernis mêlé de noir dé fumée 
les parues qui doivent rester blanches, ainsi que les marges On 
borde de cire et l'on fait mordre avec l'acide ° 

Lorsque la planche est acidulée de manière à produire la plus 
faible tenue du dessin, on y passe de l'eau; on laisse sécher e 
on couvre toutes les parties qui ont pris assez de force pour 
faire mordre de nouveau celles qui demandent plus de vigueur 
On renouvelle celte opération autant de fois que cela est néces- 
saire pour que la gravure soit à peu près terminée et poussée à 

nlenTr **? ^ C ° l0rnti ° n - ° D ^^ P lusie ^ ^ 
moyens pour polir, nettoyer et terminer, comme la roulette le 
brunissoir, le burin, etc. ' 

«ravure e„ touches. - On pose d'abord un grain d'aqua- 
tinle comme dans l'opération précédente. Lorsque la planche e«l 

e roHhe, on dessine avec un pinceau chargé d'une encre parti- 
culière le sujet qu on veut représenter. Cette encre se compose de 
su re de gomme-gulle, de blanc d'Espagne, de noir de fumée 
le tout broyé ensemble et délayé avec de l'eau gommée. Ce tr£ 



LA GRAVURE EN TAILLE-DOUCE. 



201 



vail terminé et l'encre dont on a fait le dessin parfaitement sé- 
chée, on vernit loute la superficie de la planche, ce qui recouvre 
tout le travail. On laisse encore sécher le vernis, on horde ensuite 
la planche et l'on remplit d'eau le bassin formé par la cire. L'en- 
cre, quoique recouverte do vernis, s'imprègne alors d'humidité, 
se gonfle, s'enlève et laisse à nu toutes les parties de l'aqua-tinte 
qui en avaient été recouvertes. 

Le grain subsisle, mais recouvert de vernis partout où l'encre 
n'a pas été appliquée. On fait mordre alors à plusieurs reprises 
pour les différentes valeurs de coloration. 

Gravure au pointillé et au point. — ■ Ce génie de gravure 




JL. 



I 



Kiff. 319. — Boulettes. 



consiste à exécuter un sujet exclusivement avec des poinls plus 
ou moins gros et différemment rapprochés. Ou grave sur le 
cuivre nu à l'aide de poinçons qu'on appuie avec la main et qu'on 
frappe avec un marteau. Les petites boursouflures que ce travail 
occasionne sont abattues par le tranchant d'un grattoir. 

Roulette. — La gravure à la roulette est d'invention assez 
ancienne, mais c'est seulement depuis peu qu'elle a constitué 
tout à fait un genre important. 

Les outils dont on se sert sont de petites roulettes de dif- 
férentes formes, armées de pointes régulièrement sculptées 
(fig. 319) et qu'on promène sur le métal en raison de la valeur 
qu'on veut donner au ton. 

15. 






202 



LES MÉTAUX. 



■ 



I 



On fait avec ce seul instrument des dessins d'anatomie, de bo- 
lanique, de micrographie, elc, qui arrivent à une grande perfec- 
tion. La roulette sert aussi, mais dissimulée, dans différents genres 
de gravures telles que l'eau-forle, l'aqua-liute, la manière noire. 

Calcographie ou Vernis mon. — Rien de plus facile que 
l'exécution de ce genre de gravure. 

Nous avons dit qu'on étendait sur la planche où l'on voulait 
faire une eau-forte, un vernis qui, gravé avec une pointe, iaisse 
à découvert les pariies que doit creuser l'acide. Ou ajoute ici de 
la graisse de porc à ce vernis, ce qui l'empêche de reprendre 
une grande solidilé en se refroidissant, d'où vient le nom de 
vernis mou. 

On prend une feuille de papier très mince et tVnn grain très fui 
«papier serpente anglais) comme celui qui protège les estampes 
des livres illustrés ; on l'applique sur le vernis rt l'on dessine sur 
ce papier avec un crayon de mine de plomb, absolument comme 
si l'on faisait un dessin ordinaire. Lorsqu'on a terminé, on enlève 
la feuille, et partout où le crayon a passé, le vernis adhère au 
papier et laisse le métal plus ou moins a découvert, selon qu'on 
a plus ou moins appuyé. On fait mordre alors comme pour la 
gravure à l'eau-foile, et la planche reproduit exactement le dessin 
tracé sur le papier. 

Gravure à lu machine ou gravure mécanique. — Ce pro- 
cédé très répandu fournil au commerce un nombre infini d'es- 
tampes. 

On dispose sur la planche qu'on veut graver une eau-forte très 
simplement faite. Celle eau-forte mordue, on dévernit et on rê- 
ver mt la planche. On la fait passer' ensuite sous une mécanique 
qui la couvre de lianes lines, parallèles et équidislanles. On fait 
mordre alors ce travail suivant que chaque endroit l'exige, abso- 
lument comme pour l'aqua-linle. 

On peut croiser- et recroiser ce travail en renouvelant la même 
opération. 

Gravure en couleur, ou camaïeu. — Les différentes ma- 
nières de graver peuvent servir pour produire des estampes en 
couleurs, mais la manière noire et l'aqua-linle sont préférables 
comme imitant mieux l'effet du lavis. 

Il y a deux moyens distincts d'arriver au résultat : 

l.e premier' consiste dans le travail de l'imprimeur qui place 
avec un pinceau, soit du bleu, soit du noir, soit du jaune, etc., sur 
les différentes parties de la gravure suivant le modèle qu'on lui 
a donné. Ce moyen est borné et exige des relouches au coloris. 

Le deuxième est plus complel, mais aussi demande un travail 






LA GRAVURE EN TAILLE-DOUCE. 



2f>:i 



bien plus 



long ef plus difficile. Il consiste à faire du même su.jt 



mal 



re planches dont chacune 



reçoit louL ce 



mi doit être ou 



e ou bleu, ou noir. Ces planches s'imp 



riment lour 



jaune, ou rouge, ou Dieu, ou non. v.v,= F „.,,c..., . ... 
à tour cl toutes les quatre sur la même épreuve e donnent, pa 
la combinaison de ces quatre couleurs superposées halnlenienl 
avec le blanc du papier, des Ions varies a l'infini. 

Pointe sèclio. — On désigne par le nom de pointe Sèche 1 em- 
ploi particulier qu'on l'ait d'une pointe courte et forte avec la- 
1 elle su lieu de tracer des traits sur le vernis en La maniant 
comme un crayon, on trace sur la planche des incisions plus 
ou moins profondes, en appuyant selon 1 importance qu on veut 
leur donner. Il résulte de ces coupures des barbes ou bour- 
souflures que l'on abat avec un grattoir, et a bulle mute alors 
le travail d'un burin lin. Rembrandt, qui a beaucoup usa de ûe 
moyen dans ses eaux-fortes, n'a souvent char», qu a demi ou 
point du tout se^ traits de pointe sèche. Les barbes retenaient 
sur la planche une surabondance de noir qui s écrasait sur 1 e- 
prenve an moven de la pression et donnaient à ces eaux-forles 
ces tons veloutés et mystérieux qui ajoutent tant de charme a 
ses merveilleuses compositions (f'.li. Jacques). 

Impression en taille-douce. - La gravure en taille-douce 
est constituée par une réunion de traits ceux formant autan de 
netits sillons ou canaux destinés h recevoir le noir qui doit se 
reporter sur le papier pour former l'épreuve ou estampe. Or, 
qu'une planche ait été gravée, soit avec le burm so.l avec 1 eau- 
forte soit à l'aide de tonte autre espèce de procèdes, la surlace 
de la planche présente toujours des creux recevant le nois qui se 
reporte au moven de la pression sur une feuille de papier. 

Quoique la "presse des graveurs ait plus d une fois varié ce 
forme elle était assez perfectionnée, dès les premiers temps de 
la gravure, pour reproduire en admirables épreuves les tableaux 
desgrands maîtres. Rien ne dépasse aujourd'hui la fraîcheur de 
ces belles estampes. 

Le mécanisme d'une presse est fort simple, et cependant peu 
de personnes s'en forment une idée précise. 

L'imprimeur à qui l'on remet la planche gravée 1 expose sur 
un instrument que l'on nomme lotte. C'est en elfe, une espèce 
de boite dont le dessus est une plaque de (oie et dans laquelle on 
introduit une cuve de fonte nomméepoéi*. qui contient ,1e la pous- 
sière de charbon de bois allumée comme dans une chaufferette. 

Lorsque la planche a atteint un certain degré de chaleur douce 
l'imprimeur, au moyen d'un tampon, la couvre aus«i également 
que possible d'une couche de mine de noir broyé. 



1 



264 



LES MÉTAUX. 




Ce noir, broyé avec une huile très épaisse, se liquéfie légère- 
ment a la chaleur, et peut entrer clans les plus légères entailles 
du cuivre; on prend alors un chiffon de grosse mousseline et 
en le tournant sur la gravure, on lait entrer le noir dans tous les 
traits, en môme temps qu'on en relire le superflu. C'est ensuite 
au moyen de la paume de la main qu'on enlève tout ce qui reste 
en tailles et salit la superficie. 

Puis on place la gravure sur une grande planche de noyer 
On la recouvre d'une feuille de papier humectée, et, sur cette 
leuille de papier, on pose qualre ou cinq morceaux d'une étoffe 
qui tient le milieu entre le drap et la flanelle. 

Tout cela passe ensemble entre deux gros 'rouleaux de noyer 
de gaiac ou d'acier, qui, étant extrêmement serrés, opèrent une 
pression énorme, et forcent, par l'élasticité du drap le papier 
humecté à entrer dans les trous de la planche et à s'approprier 
loul le noir qui s'y trouve. On retire alors l'épreuve de dessus la 
planche, et celte prompte et merveilleuse opération répétée 
autant de fois qu'il est nécessaire, donne au commerce les in- 
nombrables estampes qui ornent nos livres et nos appartements 



■ 



CHAPITRE III 

LE MÉCANICIEN AMATEUR. 

Nous avons étudié l'outillage nécessaire aux personnes dési- 
reuses d'occuper leurs loisirs à travailler le fer et les métaux • 
nous allons examiner maintenant quels sont les ouvrages que 
ces personnes peuvent entreprendre et mener à bonne fin avec 
un peu d'adresse et de persévérance. 

Lorsque l'on aura acquis la sûreté de main nécessaire et l'ha 
bilelé indispensable pour entamer un travail quelconque quand 
on possédera la précision et la justesse qu'il faut absolument 
avoir pour s occuper de mécanique el que l'on connaîtra les no 
tions de dessin linéaire et de. mécanique qu'il faut avant tout 
bien étudier, on pourra se mettre à l'œuvre et construire soit 
une petite machine à vapeur, soit un moteur électricfue ' soit 
une machine-oulil quelconque. 

Machine à vapeur. — Nous donnerons d'abord quelques 
renseignements sur les divers organes qui composent une ma- 
chine à vapeur, lesquels fixeront l'amateur sur les conditions que 



LE MÉCANICIEN AMATEUR. 



265 



doit remplir un modèle de machine pour bien fonctionner, ainsi 
que quelques indications pour la mise en marche et la conduite 

ae i C e e s S machines à vapeur sont basées s.ir l'emploi de la force 
élastique de la vapeur d'eau agissant sur un piston en lui impri- 
mant un mouvement rectilignc, que l'on transforme ensuite par 
divers organes en un mouvement circulaire, continu. 

Pour arriver à ce but, il faut donc : 

1° Produire de la vapeur d'eau; 

2» Etablir un mécanisme destiné à utiliser la pression de cette 

'Tènsemble des appareils destinés à produire et à utiliser la 
vapeur d'eau prend le nom de machine à vapeur. 

Nous allons commencer par étudier rapidement la production 
et l'emploi de la vapeur. 

«aérateurs o.. chaudières. - Les appareils destinés à 
produire la vapeur sont désignés sous les noms de grnerateun 
ou plus communément chaudières. 11 en a ete propose bien des 
genres; mais ils se composent tous d'un ou plusieurs réservoirs 
contenant de l'eau et un foyer renfermant le combus ible 

1 a quantité de vapeur produite étant proportionnelle a la su?- 
face de chauffe, les efforls des ingénieurs se sont portés à ol.temr 
une grande surface dans un petit volume, surtout lorsqu ,1 s agit 
de construire les locomotives. 

Pour les machines fixes, et lorsqu'on dispose d un grand em- 
placement, on construit des ehaudiere* dite* à bouilleurs. Ce sont 
plusieurs cylindres ou réservoirs, ordinairement au nombre de 
trois, contenant l'eau à vaporiser, lesquels places au milieu du 
foyer sont enveloppés d'une construction en briques réfractatres. 
Ces réservoirs communiquent toujours entre eux. 

Lorsqu'il n'est pas nécessaire d'obtenir une grande quantité 
de vapeur, comme cela a lieu pour les modèles de démonstration, 
la chaudière se compose simplement d'un réservoir cylindrique 
à eau placé sur le foyer; la masse d'eau est traversée parle nyaii 
de la cheminée. Lorsqu'il est nécessaire de produire p us de va- 
peur, on augmente la surface de chauffe en mull.p liant le nombre 
des tuyaux que la flamme doit traverser. Les chaudières ainsi 
disposées sont appelées titulaires. Mais comme le tirage, dans 
ces générateurs, a beaucoup perdu de son activité on rend au 
feu son ardeur en laissant échapper la vapeur dans la cheminée, 
ce qui produit un tirage très énergique. 

En somme, on peut se résumer en disant que, dans les chau- 
dières à bouilleurs, l'eau est placée sur le feu ou dans le feu, 



N 



806 



LES MÉTAUX. 




jfajj- <me, dans les chaudières tabulaires, e „ e est ^.^ pnr 

sanco prodnile ot à pu i*r,i»,. iv.r , V 7 lnLensile < le la puis- 

Une soupape de sûreté à ressort ou à poids; 

On manomètre pour indiquer la 
pression de la vapeur; 
On niveau d'eau ; 
Deux ou trois robinets de jauge- 
On robinet de vidange; 
Ou sifflet d'alarme; 
On souffleur. 

Nous allons dire quelques mots de 
chacun de ces appareils. 

Celle soupape, comme son nom l'in- 




Fig. 320. 
Soupape de sûreté à poids 




Soupape de §ûrc(é 

dans la chaudière dépasse une certaine 
«mite, pression qui pourrait occasionner 
la rupture des tôles ou parois de la ebau- 
cliere. Pour arriver à ce résultat, ces sou- 
papes se composent d'un petit clapet rodé 
et bouchant un orifice percé dans une em- 
base fixée à la chaudière; ce clapet est 
maintenu, soit par un ressort, soit par toi 
limer, à l'extrémité duquel est accroché 
un poids (fig. 320). 

H faut naturellement que la résistance 
de la soupape soit calculée pour que le 
clapet se lève aussitôt que la pression de 

dele généralement adopté est celui de M. lourd* ï ique™ e 
compose d un tube circulaire, de surface méplate, dans lequel a 
vapeur, en pénétrant, lend à faire ouvrir plus ou moins le ce Je 
forme par ce tube; les mouvements du lube sont transmis a l'a 1 
guil e indicatnce par le moyen d'un levier ou d'une came e.mre- 
nanl avec un petit pi aiTKI denté (flg. 321). (.es divisions porïï. 



Fig. 321. 
Manomètre Bourdon. 






LE MÉCANICIEN AMATEUR. 



267 



bpr le cadran indiquer,!, on kilogrammes, la pre »ion exerce 
par centimètre carré sur les parcs mténeures de a ^ »d ue 
K luhe muni d'un robinet relie le manomètre au icseivon 

Tiveau a-eau. - Le rôle de cet appareil es, facile à com- 
prendre, il indique le niveau de Veau dans la chaudière (flg. àii). 
On ne doit jamais laisser descendre le 
niveau au-dessous de la prise basse du 
niveau; de celle façon, on évite de brû- 
ler les tôles ou parois de la chaudière. 
Pour maintenir un niveau constant, 
on emploie des pompes dites alimen- 
taires, dont il esl parlé plus loin. 

Robinets «le jauge et de vidange. 
— On remplace ou mieux on com- 
plète les indications du niveau d'eau 
par les robinets de jauge ou de vidange. 
Deux suflisenl, l'un est placé fers le 
haut de la chaudière, au maximum du 
nioeau que l'eau doit atteindre, l'autre 
dans le bas, appelé robinet purgeur 
ou de punie. Celui du haut doit tou- 
jours donner de la vapeur, et celui du 
bas, de l'eau. . . rR „ W1 | 

Le robinet purgeur est un robinet a bec recourbe (fi 3 . 
nlacé dans le lias de la chaudière, et qui sert a vider celle-ci ae 
Cqa'elloconIieDl.lo«^u'dl.n.doitpla. > foncl»nn^On 

l'ouvre quand il y a encore une certaine pression à 1 il lUh em- 
parée que l'eau esl ainsi chassée avec force et entraîne avec eUe 
les dépôts et les impuretés qu'elle tient en suspension, ce qui 
permet de conserver les parois propres et indem- 
nes d'encrassements el d'incrustations, que 1 on 
peut cependant atténuer en mêlant à l'eau delà 
chaudière la valeur d'une petite pomme de terre 
crue coupée par morceaux (1). 

Sifflet — H en existe plusieurs modèles qui 
ont tous pour butde produire un son strident servant de signal, 
soit pour la reprise du travail, soit pour son arrêt. Ils se com- 
posent d'une petite cloche en bronze mince, que la vapeur la 
vibrer en s'échappanl. La sortie de cette vapeur est obtenue, sot 
parle jeu d'un levier (flg. 324), soit par l'ouverture d un robinet. 
(1) Voye, Héraud, Secrel, de la science et de Industrie, Pari., 1888, p. 73 iBibbo- 
thèque des eunnuissnne.s utiles;. 




3JÎ. _ Niveau d'eau. 




Fig. 323. 
Robinet de jauge'. 



■ 



268 



LES MÉTAUX. 






7 



¥■■ 






I 

■ 



Les sifflets dits d'alarme sont munis d'un clapet et sifflent seuls 

Souffleur. - C'est un tuyau partant de la chaudière et se 
rendant dans la cheminée ; le jet de vapeur sortant Ïe ce tÏa u 





Fig. .324 — Sifflet. Fig-. 32i. 

Robinet de vapeur. 



Fig. 326. — Pompe alimentaire. 



bhie/diS" 1 ! iraS6; °V n r ' Sle l6S Cffëts à i;&ide d ' un ™- 
Dinel, dit robinet de vapeur (flg. 323) 

D arT™rïS ,M îî tal ?" ~ CeUe P ° mpe (fl - 326 )> donnée 
pai la machine elle-même, aspire l'eau dans un réservoir et la 

refoule dans la chaudière au fur et à mesure de sa transforma* 
bon _en vapeur C'esl grâce à elle que l'on peu. obtenir une marche 
contmue auss. longtemps que l'on entretient le feu dans le foyer 
peunption d'un modèle de machi„ P verticale. - L 'expli- 
cation des figures 327 et 328 permettra de comprendre le rôle 
exact de chacun des organes nécessaires à la Iransformatioa de 
mouvement, ainsi que la marche de la vapeur dès son entrée 
dans la cage du tiroir jusqu'à sa sortie du cylindre. 

Voici le plan d'une machine à vapeur verticale (fis 327] 
A socle en fonle de fer sur lequel est monté le cylindre B 
les bal, s, la pompe et loules les pièces fixes de la machine 

13 .cylindre en bronze ou en fonle de fer, ce cylindre parfaite- 
ment alèse et rodé, fermé à ses deux extrémités par des pla- 
teaux boulonnes aux joues du cylindre, coulie.it le piston C la 
vapeur entre dans le cylindre par l'un ou l'antre dés orifices 
et U (prises) et s'en échappe par l'orifice P (échappement) l 'é- 
chappement doit être plus grand que les prises 

C, piston, disque en bronze garni d'étoupes ou de ressorts 
dénommés sfgments, glissant à frottement doux dans le cylindre 
et guide dans sa marche par la tige D traversant le couvercle 
supérieur du cylindre. 






LE MÉCANICIEN AMATEUlt. 



269 



Ce couvercle possède un appendice saillant clans lequel existe 
une cavité remplie d'une tresse en chanvre ou étoupe, graissée, 
laquelle se trouve pressée pour faire joint hermétique, par une 
narlie tournée se moulant dans celte cavité et serrée par des 
boulons. Cette dernière pièce, figurée en E, se nomme presse- 
èloupe (en anglais stuffing-box). 

F, guide, pièce en fer destinée à maintenir la lige du piston 
bien verticale pendant sa marche. 

G bielle à fourchette en fer, fixée d'une part a la tige du 
piston el de l'autre à la manivelle H. La tige du piston en mon- 
tant et en descendant entraine la bielle et fait par suite tourner 
la manivelle, laquelle entraine l'arbre I et lui imprime un mou- 
vement circulaire continu (fig. 328), mouvement régularise par 

le volant J. . ,. , 

K poulie fixée à l'arbre et tournant avec lui, sur laquelle est 
placée une courroie transmettant le mouvement delà machine 
aux outils qu'elle doit actionner. 

L excentrique, disque en bronze percé excenlriquement et fixe 
sur l'arbre à'angle droit de ht manivelle; autour de ce disque, sont 
deux colliers boulonnés qui l'enveloppent (fig. 328). Le bas du col- 
lier inférieur porte une tige M à laquelle est suspendue la pièce N 
dite coquille du tiroir. Par suite de son excentricité par rapport 
à l'arbre, le disque L imprime aux colliers l'enveloppant un mou- 
vement de va-et-vient; la tige M suivant ce mouvement monte 
et descend et fait que la coquille N découvre alternativement 
l'une ou l'autre des orifices et 0' tout en laissant l'échappe- 
ment P sous la cavité de la coquille. 

N coquille du tiroir. Celte pièce, destinée a distribuer a 
vapeur, comme il est dit plus loin, est l'organe essentiel de la 
machine; il faut qu'elle soit parfaitement faite, \aparlie creuse io\i 
avoir exactement les dimensions comprises entie le haut dune 
prise et le bas de l'échappement; les parties pleines, destinées a 
couvrir les lumières, doivent avoir exactement, chacune, la di- 
mension d'une prise. La course du tiroir est égale a deux fois la 
hauteur d'une prise. _ . 

Q tube amenant la vapeur dans la cage du tiroir. 

R, régulateur à force centrifuge ; cet appareil est destine a 
régulariser la vitesse de la machine en proportionnant 1 admis- 
sion de vapeur aux résistances que la machine doil vaincre. 

S et S' roues d'angle, actionnant le régulateur, la roue S est 
fixée à l'a base de la tige du régulateur, la roue S' lest sur 

Les boules du régulateur s'écartent proportionnellement à la 



■ 
■ 



M 



I 



H 



« 






I 




Fig. 327. — Plan d'une machine à va; eur verticale. Les flèches indiquent le sens 
de la marche de lu vapeur et celui du mouvement des orgf.nei. 








a 



A 



L_^__i 



■ 



■ 

: 



Fi". 3Î8. — Organes de la machine à vapeur verticale. 



mt ■ 
m 



272 f.ES MÉTAUX. 

f™MeQ M PlUS ° U m ° inS k Va ' Vft T ' Placée danS le lube 

à l'^yf ^imentaire, amenant l'eau à la chaudière au fur et 
a mesure de son epuisemen! 

tuS lZlT1 q " e aCti0Unaat le P ist ™ X ; ce piston sans garni- 
n ?£f "- UD P resse " étou Pe Z, ce presse-étoupe ne do. 

laïgrKroTf" 1 ^ ' a ChaUdière Par ]e tube Q e » tre da - 

la n'nr r p S fi C °H nS,r,lit 6n v° rme d€ C0, ï ume N > est représenté sur 
la figure 328 découvrant l'orifice 0', la vapeur s'introduit par cet 
orifice dans le cylindre et pousse le piston de bas en hau? l'a 
ou la vapeur contenus clans la partie supérieure du cylindre au- 
dessus du p.ston s'échappe par l'orifice 0, passe danf a oquiSe 
du tiroir, pu,s par l'orifice P, pour sortir à l'air libre 

Le p.ston en montant poussera la manivelle, l'arbre tournera 
et 1 excentrique fera descendre la coquille du tiroir 

Par suite, l'orifice 0' sera couverl, et relié par la coquille à 

itïZZT ^ ' 0riflCe ,° SCra déC0UVert ' Ja va P eur vena, d 
la chaudière passera par l'orifice et agira alors sur le dessus 

du piston; celle contenue sous le piston s'échappera par S- 
ficeO pour sortir en P. ' 

Rien ne s'opposera donc à ce que le piston descende. 

En descendant, le piston fera continuer à la manivelle son 
mouvement de rotation et l'excentrique remontera la coquille du 
tiroir pour ouvrir la prise 0' et fermer celle ; le piston montera 
de nouveau; le tiroir se déplaçant comme il a déjà été dit le 
mouvement se continuera sans interruption ' 

La rotation de l'arbre I po,tant le volant J est obtenue par le 
mouvement alternatif (mouvement rccliUgne) du piston C pousse" 
par la vapeur, tantôt de bas en haut et réciproquement, grâce 
au jeu ce la coquille du tiroir. La tige D de ce piston est relié! par 
une bielle articulée G à la manivelle H fixée elle-même à l'extré- 
mité de 1 arbre I (mouvement circulaire continu) 

r4„,l V ° lant , d P ° Ur aCl '° n de faire P asser les joints morts et de 
régulariser le mouvement de la machine. 






.„ ...uu.t-iucLu, ue ut iiiacmne. 

Construction «l'une petite machine à vapeur. 



La marche 



LE MÉCANICIEN AMATEUR. 



273 



la plus pratique à suivre pour la construction d'une petite ma- 
chine à vapeur est certainement la suivante : 

Acheter la chaudière brute, c'est-à-dire le cylindre en tôle 
d'acier rivée ou en cuivre rouge, qui comprend six pièces (tig. M» 
à 334) ainsi que le cylindre oii glissera le piston, la bielle, les ex- 





M. 




Fig.3i! 



Fig. 330. Fig.331. Fig. 332. Fig.333. 

329 à 331. — Les su pièces brutes d'un cylindre. 



Fis. 331. 



Fis 329. Le cylindre. - Fig. 330. Plateau du dessus du cylindre. -F] 
Plateau du dessous du cylindre. - Fig. 332. Coquille du tiroir. - t. 
Ca^e du tiroir. - Fig 331. Plateau du dessus du tiroir. 



331 
333. 



centriques, la pompe alimentaire, le volant, le socle "es paliers 
en un mot, toutes les pièces telles qu elles viennent de fonte et 
sans aucun travail manuel. . 

Cela acheté, on se met à l'œuvre et 1 ou commence par 1 ajus- 
tage de la chaudière. 

Supposons donc que l'on ait à terminer un cylindre de ma- 
chine à vapeur. Quelle est la première opération a. exécuter! 

Dre 8 sa S e, rodage, alésage, ete. - D'abord dresser les 
deux faces planes des cylindres, à l'aide des limes douces. 

Pour cela, on serre le cylindre entre les mâchoires de 1 élan et 
on le lime jusqu'à ce que l'on ait constaté l'horizontalité et léga- 
lité parfaite du plan. 

Ceci fini, on procède au rodage et a 1 alésage du vide inté- 
rieur du cylindre. Cette opération s'exécute sur le tour, à 1 aide 
de mèches en acier appelées /brefs et alésom. 

L'alésage achevé, on passe toutes surfaces au papier de verre, 
puis au papier émeri pour les égaliser et les polir. 

Le cylindre terminé, il faut percer les lumières d'admission de 
vapeur à une place rigoureusement calculée, et a lia, ers la niasse 
même du métal. Pour cela, on trace sur la glace du tiroir, et en 
suivant bien exactement les indications du dessin, la place et la 
-randeur des trous, et on les perce, soit à l'aide d un arçon 
et d'un porte-foret, soit sur le plateau de la petite machine a 
percer. 



I 

1 



274 



LES MÉTAUX. 






& 



Un cylindre de moteur à vapeur brut se compose de six pièces 
que on doit travadler l'une après l'autre avant de procède à 
I ajustai Après avo.r tourné les joues et les plateaux du cyl indre 

11 P. erce a "^rs le couvercle le trou pour le passa-e de la li^ 
*. P«ton et de tous les écrous qui doivent le réu Kn cylindr 
même ; on taraude tous ces écrous à part (ou mieux, on les a S 
ont fa, s avec leurs boulons), on polit les surfaces frottante dl 
liroir, et lorsque tout le travail préparatoire est achevé, on pro 
cède a I ajustage, qui s'opère dans l'ordre suivant. 

Ajustage. - Le couvercle avec son presse-étoupe est d'abord 
place sur le cyhndre, auquel on le rattache au moyen des neli? 
écrous dont nous avons parlé. ' 

On place ensuite dans le vide intérieur le piston, dont la tige 
traverse le presse-étoupe, et on dispose le couvercle ou ptaUw 

of rsr sr aché ésaiement a raide d ' é ™ - «ws 

Le presse-étoupe du tiroir qui règle la distribution, est percé 
et alèse; la aoqmlk est vissée à la tige de l'excentrique qui e 
raverse e qu , do.t s'articuler sur l'arbre moteur, et le to es 
ermé par le couvercle de la boite, qui prend le nom de 6 L 
tapeur, et dont les attaches sont aussi de petits écrous 

Dans ce travail de montage, d'ajustage pour parler mieux la 

-'euss.le t,enl surtout à la patience comme à l'adresse des doigts 

Si la grandeur du générateur n'excède pas 2 à 3 litres de ci' 

pacte, on peut se contenter d'un seul tube traversant la masse 

< eau. Au-dessus de ce volume, il faut douze tubes, en laiton' 

ÎLlL mi n?T* "? diamètr6 ' à k Plaw dl1 '^'unique. ïï 
chaudière doit être alors munie d'une grille pour brûler du 

al'luuflit'. 1 qUe ' ClaUS ^ Premi6r CaS ' LUle S "^' le lam P e » 

Le syslème de chauffage et les tubes une fois installés, on place 

e tuyau souffleur dans la cheminée et on dispose sur le de su 

les soupapes de sûreté et le manomètre. Ordinairement, on visse 

un plot sur le dôme et on taraude les p.eces sur ce plot même 

Pour le mveau deau et les robinets de jauge qui sont places 

rohin'ets ' °" la ' aUde k tÔ ' e 6t " ViSSe l6S P a " ies fiIelé ^ 

La chaudière, ainsi munie de tous ses appareils de sûreté, est 

d sposee sur le socle de fonte, auquel on la boulonne; il ne reste 

plus qu à installer le mécanisme moteur à côté d'elle 

*i™ i* -n S 6rande P récision est nécessaire; chaque pièce doit 

r?uU r e a ;a a iuude Part ™ * ^ « " ^ ™ ™ "^ 



LE MÉCANICIEN AMATEUR. 



275 



Le cylindre doit être préparé le premier, avec le tiroir qui 
donne accès à la vapeur, lanlôt sur une face du piston, tantôt 
sur l'autre et, à chaque fois, met l'issue contraire en communi- 
cation avec le tuyau d'échappement. 




Fig. 333. — Cylind 



Quand le cylindre est prêt, qu'il so:i vertical (fig. 333) ou 
horizontal' (fig. 336), ou installe à Fin érieur le piston qu'on a 
apprêté d'autre pari, on dispose la glissière à l'extrémité de la 
tige qui traverse le presse-éloupe, on agence la bielle avec sa 




Fig. 337. — Arbre h vilebrequin. 

goupille et on articule le tout sur le coude de l'arbre moteur. 
Cet arbre est ordinairement soutenu entre des paliers en 
bronze (fig. 338 et 339) qu'il a fallu aléser à l'avance et garnir 
de leurs coussinets. Il porte, à quelque dislance du coude for- 
mant vilebrequin (fig. 337), les colliers des excentriques, dont 
les tiges manœuvrent la coquille du tiroir ou le piston de la 



276 



LES MÉTAUX. 



pompe alimentaire, et l'engrena** d'angle commandant leréou- 
latcur a boules (fig. 340). 

On sait quel est le but de cet appareil imaginé par Watt, et qui 
met s, ingénieusement à profit la force centrifuge. La valve nue 
ce régulateur commande, à l'aide d'une simple lige, est une pièce 
assez délicate a conslrmre et à monter, car son jeu doit être aussi 
•précis que possible, pour donner le résultat attendu et conserver 
a la machine 1 uniformité de sa vitesse. 

Le mécanisme moteur, une fois terminé, est installé sur la pla- 
que de fondation ou socle, près de la chaudière. On relie celle-ci 
au cylindre moteur à l'aide d'un tube de cuivre rouge muni d'un 
robinet. Un second tube se rend de l'échappement à la che- 

Pour les diverses descriptions relatives à la conslruclion des 






Mi- 





Fig. MO. 
Palier lermiué. 



Fig. 340. 
lîégulateur à boules. 



modèles de machines à vapeur nous nous sommes inspiré du 
catalogue de la maison Radigùet. Cette maison a créé, il y a déjà 
quelques années, une collection complète do tout le matériel 
nécessaire a ces constructions. Ces petites pièces parfaitement 
traitées remplissent toutes les fonctions pour lesquelles elles 
ont été établies. L'amateur peut donc en toute sûreté entre- 
prendre la construction d'un modèle quelconque avec .la certi- 
tude de réussir. 

Conduite .1 un modèle de machine à vapeur — On com- 
mencera par huiler toutes les parties frottantes, soit avec de 
I huile de pied de bœuf, soit avec de' l'huile de pied de mouton. 

Lorsque la machine sera chaude, il sera préférable de graisser 
la tige du piston et du tiroir avec du suif. 

Ensuite on mettra l'eau dans la chaudière, on en mettra une 
quantité qui variera entre la moitié et les trois quarts au plus de 
sa capacité. Si la machine est chauffée à l'alcool, il faut que la 



LE MÉCANICIEN AMATEUR. 



277 



flamme ne fasse que lécher le fond de la chaudière sans sortir 
par les orifices du Lour du foyer. 

Si la machine esl destinée à être chauffée au charbon, le meil- 
leur combustible est le petit charbon de bois, que Ton allume en 
dehors du foyer au moyen de braise. 

Pour attendre moins longtemps, il est bon de mettre de Leau 
chaude dans la chaudière. Lorsque l'eau commencera a chauller, 
il faut ouvrir le robinet de prise et Taire marcher la machine a a 
main pour que les tuyaux et le cylindre s'échauffent aussi, cela 
pour éviter la condensation au moment de la mise en marche; 
on fermera le robinet de prise pour laisser monter la pression, 
on rouvrira de temps en temps, pour vérifier si la pression est 
suffisante pour faire marcher la machine. 

S'il existe un manomètre, on pourra éviter cette précaution et 
attendre que ce dernier indique la pression pour laquelle la ma- 
chine est faite. , 

S'il y a un souffleur, on en ouvrira le robinet lorsque la pres- 
sion commencera; le peu de vapeur qui s'en échappera, faisan! 
aspiration dans la cheminée, produira un appel puissant qui acti- 
vera le feu et fera monter la pression rapidement. 

Les pompes alimentaires demandent une grande surveillance 
dans les grandes machines, à plus forte raison dans les petites, 
dans lesquelles il suffit de la plus petite ordure pour empêcher 
les clapets de fonctionner. 

Il ne faut jamais.graisser le presse-étoupe, 1 huile au contait 
de l'eau forme de petites boules qui collent les clapels, il ne iaul 
que mouiller le coton et faire en sorte que le réservoir fournissant 
beau de la pompe soit plus élevé, pour éviter que celle-ci ne se 
désamorce; au commencement de chaque opération, il Iaul dé- 
visser les bouchons, roder les clapets avec un tournevis au moyen 
de la pointe; revisser complètement le bouchon d aspiration, 
visser incomplètement le bouchon de refoulement, mettre la 
machine en inarche; lorsque beau s'échappe avec force sous ce 
bouchon, le visser alors complètement. 

Si pendant la marche, la pompe cesse de fonctionner, c esl 
qu'il' est entré de l'air; il faut alors dévisser légèrement le clapet 
de refoulement et agir comme ci-dessus. 

11 faut apporter une grande attention au presse-etoupe : S il 
est trop serré, il empêche la machine de marcher; s'il ne lest 
pas assez, l'air entre dans la pompe et l'empêche de fonctionner. 
La boite à clapets fixée sur la chaudière est destinée a retenir 
l'eau de celle-ci en laissant pénétrer celle refoulée par la pompe. 
Le clapet qu'elle contient devra être visité aussi souvent que ceux 

H, db GairFiGKY. — Les iudustries d'amateurs. 



M 



I 



278 



LES MÉTAUX. 



■f v 



I est nécessaire que es tnveaux d'eau aient au moins „n roht 
ne «le purge, parce qu'il s'y pmduil, à la partie infé eu "e dï 

< eau. Chaque fois que on veut consulter ces indicateurs il faut 

rïïiS'iTjïï de pu " se ' puis le rcfe ™ : a » ~? 

Pour ce qui concerne les soupapes, il est bon que leur siège soit 

oujours soigneusement nettoyé. I.a vapeur, en fusant Sa'2 

oujours avec e le un sédiment qu'il faut enlever chaque fo qS 

Ion va mettre la machine en pression. L'opération? d'ail eu' 

est très simple, car ,1 suffit de faire frotter le clapet su a base 

de la soupape, en le roulant avec les doigts 

Tels sont les conseils pral.ques que nous pouvons donner pour 
la conduite des petites machines à vapeur. 

L'amateur qui est par- 
venu, en suivant ces con- 
seils, à construire et à 
monter une petite ma- 
chine à vapeur, peut en- 
suite aborder des travaux 
plus difficiles, tels que la 
construction d'une loco- 
motive ou d'un bateau à 
vapeur de démonstration. 
Construction «l'une 
e ■ , locomotive. — Au lieu de 

faire actionner par le p.slon moteur un arbre coudé supporlanl 
un volant de fonte et une poulie de Iransmission, il s'agit de faire 
tourner avec 1 arbre les roues qui s'y trouvent calées, et qui, par 
leur adhérence sur le sol, feront avancer avec elles la chaudière 
elle mécanisme moteur qu'elles supportent 

Construction .1 „„ petit bateau à vapeur. - La machine 
a vapeur, telle qu on la construis, peut parfaitement agir sur 
•un arbre cylindrique muni d'un volant (flg. 341) à l'extrémité 
duquel se trouve une hélice (flg. 342) dont les ailes prennent un 
point dappu, sur 1 eau en tournant, et font progresser tout le 
système. ° 

On trouve la coque du bateau toule prête chez les marchands, 
et 1 . amateur peut y installer parfaitement son moteur. L'arbre 
de I nel.ee sort du bateau par un orifice à presse-étoupe et fait 
tourner le propulseur au sein de l'eau. 

Contractions diverses. - Quéfôd on est parvenu à établir 




341 et .H2. — Volant et hélice d'un 
petit bateau à vapeur. 



•tj 



L'ÉLECTRICIEN AMATEUR. 



27ft 



de semblables machines, il est possible de construire un grand 
nombre d'autres pièces de fer et autres métaux. 

Les opérations se bornent à-savoir dessiner le contour régulier 
des pièces, à manier les limes dures et douces, à percer des trous 
bien réguliers, à creuser des mortaises oii le tenon doit s'em- 
boîter avec une rigoureuse justesse, à scier bien verticalement 
les plaques épaisses, à fileter et tarauder les pariies cylindriques, 
enfin à ajuster suivant toutes les règles de la géométrie et de 
la mécanique les différentes pièces composant une machine. 

En somme, c'est surtout de la patience et de l'application qu'il 
faut posséder, pour mener à bien ces travaux. 



CHAPITRE IV 

l'électricien amateur. 



■ 



■ 
■ 



Dans toutes les applications de l'électricité aux besoins de la 
vie courante, on a à considérer deux choses principales : la pro- 
duction du fluide électrique lui-même, et son utilisation. 

Avant donc de décrire les installations que l'amateur peut faire 
chez lui, il est bon de passer une rapide revue des générateurs 
pratiques d'électricité. 

Piles électriques. — D'abord lespi/cs ou producteurs chimiques 

d'électricité. 

Il existe une infinie variété de piles; chacune d'elles est appro- 
priée en vue d'une application spéciale. Comme nous n'avons a 
nous occuper ici que de lumière électrique domestique, de son- 
neries, de petits moteurs et enfin de bibelots divers, nous dirons 
que l'on peut classer les piles comme suit : 

Lumière électrique. — Piles Bunsen, Grenet, Trouvé, Cloris 
Baudet, Radiguet, etc. 

Sonneries, téléphones et usages domestiques. — Piles Damell, 
Leclanché, Gallaud, etc. 

Galvanoplastie, allumoirs, etc. — Piles Daniel!, impolarisable 
Baudet, etc. 

Nous allons étudier ces systèmes l'un après l'autre. 

Pile Bunsen. — La pile liunsen (fig. 343) se compose de 
quatre pièces : 

Un vase extérieur en verre ou en grès, contenant de l'eau aci- 
dulée ; 



280 



LES MÉTAUX. 






Un cylindre de zinc amalgamé pour éviter l'usure en circuit 
ouvert, cest-a-dire lorsque la pile ne travaille pas ■ 

In vase poreux, en terre de pipe dégourdie, renfermant de 

l'acide azotique concentré. 

Un bloc quadrangulaire en char- 
bon de cornue. 

On prépare l'eau acidulée en ver- 
sant un volume d'acide stilfurique 
ordinaire dans dix volumes d'eau. 
Il faut prendre la précaution de 
verser l'acide dans l'eau par petits 
filets, et d'agiter le mélange avec 
une grosse baguette de verre, pour 
éviter réchauffement inégal, et, par 
suite, la rupture du vase dans le- 
quel on opère. 

j Quant à l'acide azotique, on 

l'emploie tel qu'on le trouve dans 

le commerce, et on ne le change 

que lorsqu il ne marque plus que 26» à l'aréomètre de Baume 

Quelquefois on remplace l'acide azotique par du bichromate 

«e potasse. • 

L'eau acidulée doit être renouvelée quand on s'aperçoit qu'elle 




Pile Bunsen. 




fig, 3*4. — Batterie de biles Bunsen; six éléments associés en tension. 

est chargée de sulfate de zinc, ce qu'on reconnaît à l'affaiblisse- 
ment de la pile. 

Si on a plusieurs couples et qu'on veuille les faire fonctionner 

■ tous a la fois, on réunit le zinc d'un couple au charbon du couple 

suivant, au moyen d'une lame de cuivre longue de 23 centimètres 



L'ÉLECTRICIEN AMATEUR. 



281 



environ, soudée d'une part au cylindre de zinc du premier couple, 
et dont l'autre extrémité est percée d'un trou qui permet de la 
fixer sur le presse-charbon du couple suivant (fig. 344) : cela s'ap- 
pelle grouper en tension. 

Le charbon, qui dans l'un des couples extrêmes n'est réuni à 
aucun zinc, constitue le pôle positif de la pile, et le zinc qui, dans 
l'autre couple extrême, ne se trouve en communication avec au- 
cun charbon, est le pôle négatif. 

Pile Daniell. — Elle est contenue (fig. 345) dans un bocal 
de verre, ou de terre vernissée, séparé en deux cavités concen- 
triques par un long godet en porcelaine dégourdie. Le vase 
poreux est à peu près rempli d'une solution saturée de sulfate 
de cuivre dans laquelle plonge 
le collecteur qui est en cuivre. 
La cavité annulaire extérieure 
reçoit le zinc amalgamé con- 
tourné en forme de cylindre 
évidéet baignant dans de l'eau 
très légèrement acidulée ou 
salée ou plus communément 
dans de l'eau ordinaire. 

Les piles Daniell sont les 
plus constantes de toutes les 
piles connues ; elles ne se po- 
larisent pas, le courant obtenu 
est faible mais régulier; ce 
dernier avantage fait préférer 
les piles Daniel! aux autres 
pour la galvanoplastie des pe- 
tites pièces. 

Elles se chargent avec du sulfate de cuivre dans le ballon et de 
l'eau pure dans le vase poreux et dans le vase en verre. 

On a donné à la pile Daniell un grand nombre de formes, 
plus ou moins avantageuses. Les meilleures sont celles dans les- 
quelles on a supprimé le vase poreux, en niellant à profit la diffé- 
rence des densités pour opérer la séparation des deux dissolu- 
lions. 

Pile «'allaml. — Telle est la pile Callaud (fig. 346), très em- 
ployée dans les télégraphes français. La dissolution concentrée 
du sulfate de cuivre occupe la partie inférieure d'un vase de verre; 
un disque de cuivre, communiquant avec l'intérieur par une tige 
isolée dans un tube de verre, plonge dans cette dissolution. 

L'eau acidulée dans laquelle est enfoncée la lame de zinc esl 

16. 




Pile Daniell. 









I 



282 



LES MÉTAUX. 



direclf ment placée sur la dissolution, dont elle est maintenue 
séparée par la différence des densités. 
Celle pile est 1res économique. I.a suppression du vase poreux 




Fie. 34 i 



file Callaud. 



diminue beaucoup sa résisLance. Elle peut rester un an sans 
exiger un nettoyage à fond. 
Le nouveau modèle ds la pile Callaud présenle le grand avan- 
tage d'être d'un entretien facile et 
d'un fonctionnemant assuré. 

Il se compose (fig. 347) d'un vase 
en verre, r sur le bord supérieur du- 
quel est suspendu, par deux attaches 
et une équerre de cuivre, un cylindre 
de zinc; [sur l'équerre de cuivre, 
fixée à ce cylindre, est placé un bou- 
ton serre-fils, destiné à serrer l'élec- 
trode de l'élément suivant ou le 
rhéopbore terminal de la pile ; au 
centre du cylindre de zinc est placé 
un tube de plomb, dont l'extrémité 
inférieure'garnie d'un certain nom- 
bre d'entailles se divise en plusieurs 
pieds qui, s'appuyant sur le fond du 
vase en verre, maintiennent le tube 
dans une position verticale. A la 
partie supérieure du tube de plomb est fixée une lame également 
en plomb, dont l'extrémité est percée d'un trou dans lequel s'en- 
gage le boulon serre-fils de l'élément suivant auquel on la relie. 




Fig. 347. 
Pile Callaud, nouveau modèle 




L'ÉLECTRICIEN AMATEUK. 



283 



ne si disposition, il résulte que les liquides supérieurs et m- 
JJr, n se mélangent qu'avec une extrême difficulté, et. seu- 
Su "ls on tv Temm'ent agités; aussi le rinc, restant tou- 
££ pions dans le liquide limpide et ne contenant aucune 
?. de sullale de cuivre, s'attaque fort peu et ne se recouvre 
pas comme dans l'ancienne pile Callaud, d'une épaisse couche 
? 0Yd Je cuivre, qui nuit à son bon ronchonnement. 
Dels comm on pourra s'en rendre compte. en consulépan 
ra figure 347, le fil de cuivre entouré d'un tube de verre qu, 




H 

H 

i 






Fi S . 348. 



file Daniell, an.sulfate de enivre, modifiée par Radiguet. 



constitue l'électrode positive de la pile Callaud est remplacé 
dans le nouveau modèle par un tube de plomb, mêlai complète- 
ment inattaquable par l'acide sulfuriquc et les sulfates de z.nc et 
de cuivre, qui, ne passant plus directement par le liquide supé- 
rieur quand on les introduit dans la pile, ue risquent plus i de 
troubler ni de changer la composition chimique de ce liquide. 
Aussi, comme nous l'avons dit, est-elle d'une grande constance 
et donne-t-elle une quantité d'électricité bien supérieure à une 
pile Callaud ordinaire de la même dimension. 

Pour charger la pile, on emplit le tube de plomb jiuqu a 3 cen- 
timètres environ de son bord supérieur avec des criMaux de sut- 



H 



ï 1 



281 



LES MÉTAUX. 



W. de cuivre, on p,ace également quelques cris.aux dans le fond 

*"¥■ OU vase pn vo„r.„ „..■ _ . . u 



du vase en verre, puis on verse de l'eau 
P«re par le tube de plomb jusqu'à ce que 
celle-c, soit montée dans le vase en verre 
jusqu aux- trois quarts de la hauteur de 
h c. Au bou de vingt-quatre heures, l a 
pile est complètement en action 

Pour l'entretenir, il suffit de remettre de 
temps en temps des cristaux de sulfate de 
cuivre dans le tube de plomb, de retirer 
un pe„ du bquide dans lequel baigne le zinc, 
et de le remplacer par de l'eau pure. 

Cette pile, à cause de sa facilité d'en- 

retien et de son peu d'usure, convient très 

bien aux petits travaux de galvanoplastie. 

Pile Daniell modifiée pap Rariignet 

— Elle se compose d'un vase extérieur en 

verre (fur 3,:o\ j»„_ __■,._ , 




Fig. 3*9. — l'ile Grenet. 



i- -, , verre ( fi 8- 3 * 8 )> d'un cylindre de zinc du 

diamètre du vase en verre, placé dans la partie supérieure de ce 



B 




%■ 330. — Pile T 



rouvé, à treuil et à gi'arnl débit. 



l'électricien AMATEUR. 



285 



vase et no descendant qu'au tiers de la hauteur ; puis d un Ml ou 
lame de cuivre descendant au fond du vase. 

La charge en est facile : Versez de. l'eau ordinaire aux 2/3 du 
vase en verre et laissez tomber quelques cristaux de sulfate de 
cuivre au fond. Ne pas agiter le liquide. _ 

Le courant est plus faible encore que celui de la pile Damell; 
mais il est aussi constant. 

Pile au bichromate «le potasse. — La première idée de la 
pile au bichromate de potasse à un liquide est due au chimiste 
Poggendortf. Les constructeurs ont modilié a 1 inQni les formes. 
les dimensions, la composition du li- 
quide pour arriver à un résultat parti- 
culier. 

Pile Crenet. — M. Grenet lui a 
donné la forme de pile-bouteille (flg. 
349); le zinc ne pénétre dans le liquide 
que lorsqu'on veut obtenir un courant 
et se retire au moyen d'une tringle. 

Pile Trouvé. — M. Trouvé établit 
ses éléments sur un treuil et relire à la 
fois les zincs et les charbons (flg. 3S0). 
Piles à deux liuiiitles. — On a fait 
aussi des piles au bichromate à deux 
liquides. Dans ce cas, le vase poreux où 
plonge le zinc esl toujours rempli d'eau 
acidulée par addition d'acide sulfuri- 
que, de bisulfate de potasse ou de chlo- 
rure de sodium, et c'est dans le vase ex- 
térieur que se trouve le bichromate qui 
est l'agent dépolarisant. La première 
idée de cette disposition semble être 
due à Poggendorlf et à Fuller (1865). 

Les piles au bichromate à un seul liquide ont, en effet, 1 incon- 
vénient de se polariser rapidement. La force électromotrice et le 
débit sont considérables pendant quelques instants, mais bais- 
sent en circuit fermé. L'élément à vase poreux est un peu plus 
constant, cependant il s'épuise au bout de quelques heures de 
service, surtout s'il est de petit volume. Dans le but d'atténuer 
ce défaut, on a imaginé diverses dispositions dont voici les prin- 
cipales : 

Pile Camacl.o, Cl.utau*. - MM. Camacho, Chutaux, cl 
après eux MM. Hospitalier et Siemens, disposent les éléments 
en cascades. Le liquide venant d'un réservoir supérieur coule dé 




Fig. 351. 
Pile Cloris-Baudet. 



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I 
! 

I 



1 



PILE SiPHOlEc 

IMPULARISABLS. 
a"' s c J c 




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CLORIS BAUOCT 


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\hons des Va::: poreux 





Fig. 352. ~ l'île Cioris Baudet, &ipho:d ■ inipolaKsuùle 



Siphons des Vases ezténeurs 

Fig. 3 . i 3 . — Pile Cloria Baudot, sjplioïde pplarisubie^ Si- lig.i.i- -Détail d'un sipnou. 
plions des vases poreus, siphons des vases externes. Èchaupeineut du- liquide épuise 



fefC#>ii* 



L'ÉLECTRICIEN AMATEUR. 237 

l'élément le plus haut dans l'élément le plus bas et de gradin 

en gradin. . 

Nous-même avons combiné un système de circulai ion très 
simple. Tous les éléments communiquent ensemble par des 
raccords en caoutchouc qui maintiennent l'égalité de niveau 
entre tous les vases. Au fur et à mesure que l'on fait couler du 
liquide neuf dans le premier élément, le liquide épuisé s'échappe 
par le dernier vase. 

Pile Cloris Baudet. — L'idée de Poggendorf a été reprise 
par Cloris Baudet (1878), qui dispose une provision d'acide et de 
cristaux dans le vase extérieur pour entretenir la richesse du 
bain dépolarisant. 

Sa pile au bichromate de potasse (fig. 351) est composée d'un 
«rand nombre d'éléments, zinc el charbon, disposés comme les 
couples de la pile primitive de Voila dans laquelle on aurait rem- 
placé les rondelles de drap pax des plaques de caoutchouc. Sur cet 
assemblage coule lentement le liquide excitateur, renfermé dans 
un rése-voir supérieur; des Irons percés dans des plaques de zinc 
et de charbon permettent au liquide de mouiller les couples sur 
«oute leur étendue. Un réservoir inférieur reçoit le liquide épuisé. 
31 n'y a donc là aucun transvasement a opérer. Le liquide une 
fois préparé est versé dans le récipient supérieur, el l'appareil est 
prêt à se mettre en marche, oit à s'arrêter par la simple ma- 
nœuvre d'un robinet. On a ainsi, sous un volume extrêmement 
restreint, un générateur capable de suffire amplement à l'éclai- 
rage d'une pièce de moyenne grandeur. 

Depuis, M. Cloris Baudet, dans sa pile siphoïde impolarisable 
(1885), fait communiquer tous les éléments par des siphons en 
caoutchouc; le bichromate les traverse et s'échappe après épui- 
sement complet de ses parties constituantes (fig. 3o2, 353, 354 . 
Pile Rattiguet. — M. Arthur Kadiguet place le zinc amal- 
gamé dans la masse dans une petite cuvette en bois paraffiné 
qui retient le mercure el conserve l'amalgamation .'fig. 355). 

Un modèle intéressant est celui qui a été créé par M. Arthur 
lladiguet en 1883 et auquel son auteur a donné le nom de pile 
A déversement (fig. 356). Le mélange des liquides à travers le vase 
poreux ne peut s'opérer pendant le repos de la pile, grâce à la 
l'orme du vase, qui est double et bascule sur son axe. Lorsque 
tes vases ont basculé, le liquide contenu dans celui qui trempait 
•est passé dans la partie extérieure du vase poreux. 

Pile domestique Rudiguet. — Pour éviter les ennuis de l'en- 
tretien des piles électriques destinées à l'éclairage domestique, 
M. Radiguet a créé un modèle restant toujours chargé et prêt à 



■ 



lml 



I 



288 LES MÉTAUX. 

fonctionner ; dans ce modèle la lame de zinc est remplacée par 





Fig. 355. — Pile Radiguet, constante. 



Fig. 356. — Pile Radiguet, au Ijichr 
mate, mobile ou à déversement. 



un support spécial (fig. 357). Le dit support possède la-propriété 





Fig. 357. — Pile Radiguet, avec les rognures Fig. 358. — Élément monté, 
en zinc. 

de rester constamment amalgamé et par suite de maintenir les 
billes de zinc qui l'environnent toujours couvertes de mercure. 



L'ÉLECTRICIEN AMATEUR. 



289 



Ni le mercure, ni le support ne se détériorent ; on remplace le 
zinc au fur et à mesure de l'usure sans avoir à l'amalgamer. 

La figure 3o6 représente un élément monlé. Les liquides sont 
vidés sans déplacer les récipients, cela sans difficulté, par l'em- 
ploi du siphon spécial ayant la propriété de s'amorcer en 
soufflant. 

Celte pile, très économique, est aussi employée avec succès pour 
la galvanoplastie, mais alors les éléments sont groupés en quantité. 
Pile Graffigny. — Nous avons imaginé, il y a quelques 
années, une pile dont la disposition a été depuis copiée par 
nombre de constructeurs. Cette pile se compose d'un vase cylin- 
drique divisé en six ou huit sections parfaitement étanches et 
qui renferment chacune un élément (un zinc amalgamé entre 
deux lames de charbon). Le liquide excitateur est composé de 
bichromate, acidulé suivant la formule de Delaurier. Un sem- 
blable modèle, de huit éléments en tension renfermés dans un 
vase unique, a débité huit ampères sous la tension de 10 volts 
peudant deux heures et demie. Le poids de la pile chargée 
était de 5 kilogrammes, et les zincs étaient mobiles dans le sens 
vertical, comme dans la pile-bouteille de M. Grenet. 

Pile Lieclanehé. — Il existe plusieurs moilèles, dont les uns 
ont un vase poreux, et les autres un vase non poreux. 

Dans la pile à vase poreux, ce vase est rempli de charbon de 
cornue concassé entourant une plaque centrale de même matière 
et mélangé de peroxyde de manganèse. 

Dans les modèles dits à agglomérés (fig. 359), les lames de 
charbons sont simplement serrées les unes sur les autres et plon- 
"eut, ainsi que le bâton de zinc, dans une dissolution concentrée 
d'ammoniaque. 

Piles secondaires ou accumulateurs. — Les piles secon- 
daires ou accumulateurs sont des appareils dans lesquels l'élec- 
tricité est emmagasinée sous forme de travail chimique accompli 
et régénérable. Leur fonctionnement est comparable à celui d'un 
réservoir destiné à recueillir un faible courant plus ou moins 
régulier qui permet ensuite de disposer d'un débit constant que 
l'on peut rendre supérieur à celui qui a servi à l'alimentation. 
Ainsi un courant électrique provenant de quelques piles au bi- 
chromate, par exemple, peut être accumulé pendant plusieurs 
heures, voire même pendant plusieurs jours dans des accumula- 
teurs qui restituent ensuite, avec un plus fort écoulement, l'élec- 
Iricilé emmagasinée. Celle définition généralement acceptée du 
travail des piles secondaires est souvent mal interprétée. Beau- 
coup de personnes s'imaginent que c'est de l'électricité qu'on 

H. di (iuvnoHY. — Les industries d'amateurs. 17 



'■ 









290 



LES MÉTAUX. 



emmagasine, alors qu'en réalité il ne s'agit que de l'accumulation 
d un travail chimique, travail qui est en raison de la quantité 
des matières transformées. qu<uiuie 

M. Planté, qui, le premier, a résolu le problème des effets 
d accumulation et de polarisation vollalque, a reconnu que pra- 
tiquement, le plomb était le métal qui convenait le mieux'pour 
celte fonction (flg. 360). La formation des accumulateurs est une 
opération importante qui doit se faire avant de pouvoir les em 
ployer utilement et qui consiste à peroxyder le plus profondément 




f 



ig. 359. — Pile Lcclaoché. 




360. — Elément secondaire de 
M. Hanté. 



possible la lame de plomb positive et à transformer la lame néga- 
tive sur la plus forte épaisseur en plomb spongieux ou cristallisé; 
elle se fait par charges et décharges alternatives et par renverse- 
ments de courants primaires qui demandent plusieurs mois 
M. Plante a en outre trouvé le moyen d'activer celte formation 
et de la réduire a une semaine, en attaquant préalablement les 
plaques dans de 1 acide azotique el en les y laissant séjourner de 
vingt-quatre a quarante-huit heures. 

C'est pour obvier à ce grave inconvénient de la formation élec- 
trique du couple Planté que M. Faure applique du minium sur 



L'ÉLECTRICIEN AMATEUR. 



201 



la lame positive et de la lilharge sur la lame négative : le courant 
amène promplement ces oxydes de plomb à l'étal voulu en 
peroxydant le second. Des plaques de feutre séparent, dans cette 
première disposition, les électrodes de plomb. 

L'action chimique est la même que dans les accumulateurs 
Planté ; la lilharge se réduit en plomb spongieux pendant la 

Avec les accumulateurs, les dynamos deviennent comparables 




Fi". 361. — Accumulateur électrique domestique. 

aux cornues à gaz et aux machines élévatoires dont le travail est 

recueilli. , , 

La génération de l'électricité devient vraiment pratique, en ce 
sens qu'elle peut être produite à tel moment de la journée que 
désire l'industriel, sans autre souci que celui de ne pas laisser 
vider entièrement les magasins. Le chômage n'existe plus, et les 
frais d'exploitation sont considérablement diminués, grâce a 
une production régulière supprimant les coups de collier qu en- 
traine forcément une distribution directe. Il convient d ajouter 



ii 




202 



LES MÉTAUX. 



aussi que, les accumulateurs d'électricité pouvant être placés aux 
points de consommation pour jouer le double rôle de réservoirs 
et de transformateurs, la grosse question des câbles se trouve 
résolue, en ce sens que ces derniers sont alors beaucoup moins 
forts qu avec une distribution directe, et la canalisation à une 
torce electromotnce élevée devient réalisable. 

Les accumulateurs actuellement dans le commerce coûtent 
assez cher; cependant il est relativement facile d'en construire 
soi-même un échantillon pratique et donnant des résultats suffi- 
sants. Pour cela, on prend une petite caisse quadrangulaire 
(fig. 361) que l'on goudronne intérieurement pour la rendre bien 
etanche et que l'on double de gutta-percha ou de poix de Bour- 
gogne pour plus de sécurité. Puis, après avoir disposé dans le 
fond de cette caisse et à chacun de ses bouts deux languettes de 
bois entaillées à la scie, on place des feuilles de plomb de 0» 001 
d'épaisseur dans chacune des entailles et à une distance moyenne 
d un demi-centimètre. 

Ces feuilles de plomb, quadrangulaires, doivent être trouées 
dans un angle et avoir l'autre angle abattu. On les laisse séjour- 
ner pendant six heures dans un mélange de 100 grammes d'acide 
nitrique et 200 grammes d'acide sulfurique dans 1,700 grammes 
deau, puis on les place définitivement dans la caisse. On réunit 
toutes les plaques paires par une tige de laiton passant dans les 
trous ménages à l'avance; on en fait autant pour les plaques 
impaires, et il ne reste plus qu'à remplir la caisse d'eau acidulée 
au dixième, et saturée d'oxyde de zinc comme dans le volta- 
mètre Trouvé, pour terminer le montage de cet accumulateur, 
que 1 on peut ensuite charger avec une source d'électricité quel- 
conque, faible ou puissante, intermittente ou continue, à vo- 
lonté. 

Lorsque la source d'électricité employée est de débit variable 
il est nécessaire d'interposer entre elle et la batterie d'accumu- 
lateurs un appareil conjoncteur quelconque qui empêche la dé- 
charge de la batterie, lorsque la force électromolrice de la source 
primaire vient à faiblir et devient inférieure à celle des accumu- 
lateurs. Plusieurs appareils ont été imaginés pour parer à cette 
éventualité, et parmi les modèles fonctionnant automatiquement 
on peut citer ceux de MM. Hospitalier, W. Tompsonet Berjot. 

Bougies électriques. — Les bougies électriques, type Ja- 
blochkoff, sont d'une fabrication simple et facile. On place côte 
à côte deux baguettes de charbon Carré de 1 à 2 millimètres de 
diamètre, et, clans l'écartement, qui ne doit pas excéder 3 à 6 mil- 
limètres, on coule le colombin ou isolant fondant, plâtre, 



L'ÉLECTRICIEN AMATEUR. 



293 



craie, elc, qu'on laisse durcir. Une fois sec, on taille en pointe 
l'extrémité supérieure des charbons et on les trempe dans un 
mélange de gomme arabique et de plombagine servant d'amorce 
à l'arc. II est bien évident qu'on 
ne peut se servir que de courants 
alternatifs pour l'allumage de cette 
bougie et que les piles ne peuvent 
absolument pas être employées 
pour la production du courant. 

Il est impossible à un amateur de 
construire une lampe à incandes- 
cence dans le vide (fîg. 362 et 363), 
car cette fabrication demande un 
outillage très compliqué. D'ailleurs 
le prix des lampes est tellement mi- 





Lampe à incandescence 

d'EdUon. 



Fi£. 3t>3. — Suspension électrique 
avec lain|ie Bdifton. 



nime aujourd'hui, qu'il est préférable de les acheter directement 
aux fabricants, qui les vendent à raison de 110 fr. le cent, soit 
I fr. 10 la lampe. Inutile de dire que ces lampes, dont la durée 






1 



I 



294 



LES MÉTAUX. 



I 
■ 






maximum est de quelques heures, ne valent pas plus. Elles con- 
somment beaucoup d'électricité; nous en avons vu qui ont pu être 
poussées sans brûler jusqu'à 13 ampères, avec une tension de 
20 volts, et qui avaient été vendues pour 1 ampère et 16 volts 

La pose des lampes à arc à semi-incandescence, ou à incan- 
descence dans le vide, dépend du courant fourni par la source 
électrique. Nous allons étudier, l'un après l'autre, les différents 
cas qui peuvent se présenter. 

Installation d'un éclairage de six lampes avec pile pri- 
maire. — Nous ne nous occuperons pas du modèle de pile em- 
ployé, considérant seulement que le courant fourni est de 15 am- 
pères et de 20 volts, ce qui suppose une batterie d'au moins 
douze éléments à grand débit. 

On peut les grouper en dérivation ou en série. 
Dans le premier cas, un fil d'assez fort diamètre, parfaitement 
isole, va de la pile à la dernière lampe, puis revient au pôle né- 
gatif de la pile et sur son parcours des fils plus Uns empruntent 
une partie du courant et la conduisent aux autres lampes. Tous 
les pôles positifs des lampes sont par conséquent montés sur le 
même fil et tous les pôles négatifs sur l'autre. On peut ainsi 
éteindre chaque lampe à volonté sans intéresser les autres ni les 
éteindre. 11 est seulement à remarquer que l'intensité du courant 
doit diminuer en raison du nombre des extinctions, sans quoi les 
dernières lampes, soumises à un régime excessif, brûleraient. 
Pour éviter cet accident, on intercale ordinairement sur le circuit 
un rhéostat, bobine de fil de résistance calculée et semblable à 
celle d'une lampe, et qui reçoit le courant de la lampe éteinte 
sans que le débit de la source électrique ait besoin de varier. 

Pour grouper les lampes en série, on les réunit par un même 
fil, qui, partant du générateur électrique, y retourne sans inter- 
ruption. Le grand inconvénient de ce montage est que, lorsqu'on 
éteint une lampe, le circuit se trouve ouvert, et toutes les autres 
s'éteignent. 

Installation d'un éclairage de six lampes avec accumu- 
lateurs. — Nous prenons de préférence le chiffre de six lampes 
parce qu'il nous parait être le plus convenable pour l'éclairage 
des appartements ordinaires. Dans le cas qui nous occupe, les 
accumulateurs peuvent être chargés continuellement par des 
piles au bichromate ou au sulfate de cuivre. Le modèle d'accu- 
mulateur peut être quelconque, pourvu que, son courant de 
charge étant de 4 ampères, il en puisse débiter normalement 
de 7 a 8 pendant six à sept heures. Le matériel d'un semblable 
éclairage se compose donc de : 






L'ÉLECTRICIEN AMATEUR. 



29,-J 



Une pile primaire d'un débit de 4 à o ampères ; 

Une batterie d'accumulateurs d'une capacité de 200 à 400,000 cou- 
lombs ; 

Un coupleur à main, pour charger les accumulateurs en quan- 
tité et les décharger en tension; 

Les lampes avec leurs supports, leur appareillage, les fils et 
les rhéostats. 

Le générateur et les accumulateurs peuvent être placés dans 
un endroit où ils ne gênent aucunement : au grenier, clans la 
cave, dans la cuisine, dans un placard, sur des planches, etc. 
Les fils arrivent aux lampes en suivant le long des plinthes et 
des corniches, ou sous les tentures, de manière à être dissimulés 
autant que possible. Les lampes peuvent être placées à l'extré- 
mité d'appliques, de bras de lumière, dans une suspension, sur 
des chandeliers, lustres ou candélabres (tlg. 363). 

Lampes électriques portatives. — Dans aucun cas nous ne 
recommanderons les lampes portatives contenant leur pile, au- 
tour desquelles on a fait tant de bruit à un certain moment, et 
que nous avons le premier fabriquées et essayées. Si bien cons- 
truits et si ornementés que soient certains modèles, les services 
rendus ne peuvent pas être mis en comparaison avec les ennuis 
inhérents au chargement et au nettoyage de la pile, toujours 
délicate et compliquée. 

Moteurs électriques. — Moteur Marcel Deprez. — Ce 
moteur emploie comme induit l'armature de Siemens à double T; 
la bobine tourne dans un champ magnétique constitué par un 
aimant en fera cheval. Un commutateur de construction ordi- 
naire sert à redresser les courants. 

Moteur Trouvé. — Ce modèle emploie aussi la bobine 
Siemens, mais son inventeur a modifié cette armature, en excen- 
trant les faces polaires pour diminuer l'effet du point mort. 
Un commutateur spécial permet les changements de polarité 
qui doivent se produire deux fois par tour. La bobine tourne 
entre les branches d'un électro-aimant ordinaire (6g. 364). Le 
rendement est faible; cependant c'est avec ce moteur qu'ont été 
exécutés divers essais -de locomotion électrique terrestre et 
aquatique, à l'aide d'un tricycle et d'un bateau à hélice. 

Moteur t'ioris Baudet. — La pièce principale de cet appa- 
reil est encore une bobine de Siemens, modifiée en ce sens que 
le fil est enroulé sur de petits barreaux de fer doux qui réunis- 
sent les deux faces polaires de la bobine. Il présente l'avantage 
de n'avoir pas de point mort, d'être d'un poids et d'un volume 
restreints et de travailler avec un courant d'une puissance 



■ 
: 



I 



296 



LES MÉTAUX. 



quelconque en donnant un bon rendement mécanique II ne 
se produit pas d'étincelle au collecteur, ce qui empêche cette 
pièce de s user aussi rapidement; mais il a l'inconvénient 
.a exiger des rouages pour diminuer la vilesse de rotation ce qui 
est cause d un tapage assourdissant. On l'a appliqué avec un cer- 




l-'ig. 30 1. — Moteur Trouv 



■ 



tain succès à la mise en marche de divers petits outils et d'un 
bateau à roues. 

Bloteur Cirlscom. — Dans ce système, la bobine Siemens 
tourne à l'intérieur d'un anneau cylindrique creux, en fonte 
malléable, anneau recouvert d'enroulement de fils le divisant en 
deux moitiés et combinées de manière à créer deux pôles con- 
séquents aux deux extrémités d'un môme diamètre vertical. Ce 
moteur donne des résultats satisfaisants. Il est petit et léger et 
sa vitesse fort grande ; on l'a appliqué directement sur des ma- 
chines à coudre pour les actionner. 

Moteur Iladiguet. — Ce modèle présente l'avantage de sup- 
primer les rouages, nécessaires dans tous les autres types de pe- 
tits modèles, et d'être, par suite, absolument silencieux. En prin- 
cipe, il se compose de deux anneaux de fer doux entourés de fils 
et jouant, l'un le rôle d'inducteur, l'autre le rôle d'induit (fig. 365). 



L'ÉLECTHICIEN AMATEUR. 



297 



Selon le nombre d'éléments de piles et la force du courant, ce 
moteur peut développer de 4 à S kilogrammes. 

Tricycle électrique. — On s'est servi de l'électricité comme 
force motrice pour les tricycles. Le premier a été construit et 
essayé par M. Trouvé en 1881. Cette construction est simple et 

rationnelle. , . 

Une batterie d'accumulateurs très légers est placée sous le 
siège où se tient le conducteur du tricycle. Elle actionne a vo- 
lonté un moteur dynamo qui communique son mouvement aux 
roues par l'intermédiaire de deux engrenages, ou, passant dans 
le filament d'une lampe à incandescence munie d'un réflecteur, 




■ 



I 



Fig. 305. — Moteur Radiguet. 

produit une vive et éclatante lumière. La vitesse de ces tri- 
cycles est bonne, le fonctionnement des accumulateurs assuré 
pendant six heures environ ; il est donc à souhaiter que cet appa- 
reil de luxe se répande : c'est un moyen très agréable et très 
commode de voyager, et on ne se fatigue point les jambes. 

Navigation électrique. — La navigation électrique a fait 
quelques progrès depuis 1881, où M. Trouvé se promenait sur la 
Seine avec son coquet canot Eurêka (fig. 300). 

Le dernier canot électrique de M. Gustave Trouvé est mû par 
un moteur nouveau, beaucoup plus énergique que le premier 
qu'il a imaginé. Ce moteur, du système Gramme, a été étudie 
pour donner le rendement le plus considérable sous le moindre 
poids elle moins de volume possibles. Il est actionné par le cou- 
rant de plusieurs batteries de piles au bichromate 1res énergiques 
pendant trois ou quatre heures. Le moteur est toujours monté 
sur la tête du gouvernail et met l'hélice propulsive en marche, à 

17. 



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P3- 
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Fig. 36ti. — Cauot électrique de Trouvé. 




L'ÉLECTRICIEN AMATEUR. 



299 



raison de 2 500 tours par minuLe, à l'aide d'une simple chaîne 
Galle ou Vaucanson. 

En Angleterre et dans quelques autres pays, le moteur élec- 
Irique est souvent appliqué à la mise en marche de petits bateaux 
à hélice. 

Sonneries. — Les sonneries à trembleur sont déjà anciennes, 
elles ont été appliquées pour la première fois au télégraphe Bré- 
guet vers 1840. Voyons rapidement comment s'opèrent leurs 
mouvements. ' ; - 

Le courant arrive dans L%iBolro-aimant par un houton ou un 
commutateur (fig. 367), unïëSsort et une tige. La tige est lemanche 
du petit marteau (fig. 368J. Aussitôt que le courant passe, l'électro- 
aimant attire vivement la tige et le marteau frappe un coup. Mais 
ail moment où la lige quitte le ressort, le courant est interrompu, la 
tige et le marteau retombant en arrière, le contact avec le ressort 
a lieu de nouveau, la tige est encore une fois attirée et le marteau 
frappe un second coup. Ce mouvement alternatif s'effectue très ra- 
pidement et produit une sonnerie con- 
tinuelle. Pour que le marteau revienne 
plus facilement en arrière, on donne 
généralement à la tige une position 
inclinée. Le complément indispensable 
delà sonnerie électrique est l'interrup- 
teur au moyen duquel on forme le cir- p .„ M7 _ commutateur, 
cuit. C'est toujours ou un levier com- 
mutateur à une seule direction, ou un bouton en matière iso- 
lante qu'un ressort maintient, et qui, par un simple effet dépres- 
sion, met en communication deux pièces de cuivre très éloignées 
l'une de l'autre à l'état de repos, et qui rétablissent le circuit 
par leur contact (fig. 367 et 368). 

L'installation des sonneries électriques dans les appartements 
présente de grands avantages sur les autres systèmes mis en 
jeu par une combinaison de fils de fer, pourvus en certains 
points de leviers coudés pour suivre les sinuosités des apparte- 
ments ou des étages, et qui passent à travers les murs et les 
planchers. Les inconvénients de ces fils sont nombreux; ils se 
rouillent et se cassent, s'allongent l'été, se raccourcissent l'hiver 
et se cassent encore, tandis que rien de pareil ne se produit avec 
l'électricité. Les fils suivent sans difficulté toutes les sinuosités 
d'un édifice; ils se dissimulent facilement, par suite de leur en- 
duit isolant recouvert de coton et teint de la couleur des pièces 
à traverser; on les fait passer d'un appartement ou d'un étage 
à l'autre sans difficulté et à travers un trou imperceptible. Enfin 




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I 

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300 



J.KS MÉTAUX. 



•ODonuo^ 







I 





les sonnettes fonctionnent à 
toutes les distances, et c'est un 
grand progrès sur le système des 
fils de fer. 

Depuis 1840, c'est à peine si la 
forme des sonnettes électriques a 
varié; c'est toujours le trembleur 
de Neef avec un électro-aimant. 
Les efforts des constructeurs 
semblent avoir surtout porté sur 
les moyens de les rendre moins 
volumineuses, plus élégantes et 
surtout meilleur marché. Aujour- 
d'hui, avec une dépense de S à 6 
francs, le premier venu peut 
avoir les pièces essentielles pour 
monter une sonnette électrique 
suffisante. Pour 2 francs de plus, 
on peut avoir la sonnette toute 
montée, avec sa pile. 

Bouton -Téléphone. — Le 

bouton-téléphone, ainsi que son 
nom l'indique du reste, a pour 
but de transformer tous les ré- 
seaux de sonneries électriques 
domestiques en postes télépho- 
niques; c'est l'intime réunion 
d'un bouton d'appel et d'un télé- 
phone très simple. 

Le bouton-téléphone se com- 
pose de deux pièces : un cercle 
fixé au mur et servant de socle 
à l'appareil téléphonique qu'il 
retient par trois pal tes à ressort, 
et le houton. Le socle contient 
un commutateur qui met auto- 
matiquement le téléphone en 
ligne lorsqu'on le détache pour 
enlrer en communication. 

Ce très ingénieux dispositif a 
eu le succès qu'il méritait, vu sur- 
tout son extrême bon marché. La 
majeure partie des personnes pos- 



L'ÉLECTRICIEN AMATEUR. 301 




Allumage électrique îles bougies. 



d'une maison entre le maihe ou le patron et ses domestiques 

:iïi:^:^rJZ>m? * *»**■ « ^ » 

,6 ™t SeTcbem^ï^ dissimulé, on place une 
pUe dont les électrodes aboutissent à une P eU, Le sp,ral« P la- 
Uae, puis on relie toutes les boug.es avec un fil de tulm. coton, 



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■ 



I 



■ 






I 



302 





Fig. 370. — Allumoir 
électrique ;"i guz de 
ArnoulJ. 



LES MÉTAUX. 

dont une des extrémités est en contact avec 
la spirale de platine. Ceci installé, ainsi que 
l'indique la figure 369, si on vient à fermer le 
circuit de la pile, sous l'action du courant la 
spirale devient incandescente et communique 
le feu au fulmi-coton qui, faisant traînée de 
poudre, allume de proche en proche toutes 
les bougies, et cela presque instantanément. 
Allumoir* électriques. — On trouve dans 
le commerce un grand nombre de types d'al- 
lumoirs électriques, où les constructeurs ont 
cherché à réunir toutes les conditions de bon 
fonctionnement, de commodité et d'écono- 
mie. Quelques-uns de ces appareils remplis- 
sent le but d'une façon absolument parfaite. 
L'appareil de M. Ar- 
nould (fig. 370) repose sur 
l'action d'un courant élec- 
trique sur une spirale de 
platine, le courant étant 
fourni par une pile à ren- 
versement au bichromate 
de potasse. Il se compose 
(fig. 371) de deux parties 
principales. 

La première comprend: 
1° un cylindre en ébonile 
ou en porcelaine; 2° un 
crayon de charbon qui 
traverse ce cylindre dans 
toute sa longueur; 3° une 
lame de zincB; 4° une 
enveloppe extérieure en 
cuivre servant de conduc- 
teur au pôle négatif. 

La seconde partie est 
formée d'un tube en lai- 
ton, s'adaptant à la pre- 
mière au moyen d'une 
vis servant de contact. 
Dans ce tube se trouvent 

Fit'. 371. — Disposition , , „, , . .. 

intérieuredel'allumoir les deux flls du circult 
électrique. reliés l'un au charbon, 



^■e 



l'électricien amateur. 



303 



l'autre à l'enveloppe extérieure. La spirale de platine C occupe 
['extrémité du tube percé de trous à cet endroit, pour permettra 
l'inflammation du mélange détonant. 

Quand L'appareil est au repos, le liquide occupe la partie 
opposée au zinc et aucune action ne se produit. Si l'on veut se 
servir de l'allumoir, en présentant l'extrémité du tube au bec à 
allumer, l'appareil se trouvant retourné, le liquide vient submer- 
ger le zinc, le circuit est fermé; le courant posilif passe par le 
charbon, le négatif par l'en- 
veloppe extérieure et l'incan- 
descence de la spirale de pla- 
tine se produit. 

Dans cet appareil l'humi- 
dité n'a aucune influence sur 
le phénomène électrique, car 
si on le plonge dans l'eau et 
qu'on le transporte au-dessus 
d'un bec de gaz, ce dernier 
s'allume sans difficulté. 

M. Arnould a également 
inventé un allumoiv extinc- 
teur, qui s'allume et s'éteint 
tout seul (fig. 372) et cela 
pour l'usage des locataires 
qui rentrent à des heures 
avancées dans la nuit. II 
place l'appareil sous une 
porte cochère ou un vestibule 
en communication avec le 
cordon de la porte : quand le 
concierge manœuvre le cor- 
don, la lampe s'allume, 
brûle pendant trois ou quatre minutes et s'éteint automatique- 
ment. Le courant arrive parle pôle positif de la pile, attire un 
trembleur et relève l'éteignoir, l'étincelle d'induction de la bo- 
bine allume la lampe; la flamme chauffe une lame métallique 
qui en se dilatant se recourbe et décl anche l'éteignoir, qui re- 
tombe sur la mèche et éteint la lampe. L'appareil, comme on le 
voit, est basé sur l'étincelle d'induclion. M. Arnould a dû aban- 
donner l'incandescence de la spirale de platine, qui se détériore 
trop rapidement en raison de son contact continuel avec la mèche. 

Tous les allumoirs électriques utilisent l'élévation de tempéra- 
ture produite en un point d'un circuit traversé par un courant. 




extincteur. 



m 



304 



LES MÉTAUX. 



ïSï:":r: iTTs^rr ils d ' éciai - 

classes : les a.lumoirs à circuit conluZTlZ^Zt 
allumo.rs a crcuit discontinu ou à étincelle " Cf " WeSC(mce > et le * 
Nous avons la certitude qu'avec un n PI . -,i'h.,vi ."- .. 

conservant seulement 1S millimètres à chaque ex remit! Cri » 

pour amener à l'incandescence cette snir»l» n ! P l 

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L'ÉLECTRICIEN AMATEUR. 



30b 



lampe sous la spirale ainsi échauffée, celle-ci fondrait inévitable- 
ment. Aussi faut-il se servir, dans ce cas, d'un interrupteur à 
deux directions; dans l'un des circuits, on intercalera une résis- 
tance, formée d'un fil Tin enroulé sur deux isolateurs fixés à une 
planchette. 

Briquet allumoir. — Oulre les allumoirs fonctionnant par 
l'incandescence d'un fil de platine, nous signalerons celui de 
M. Radiguet où l'allumage de la lampe est obtenu par l'étincelle 
d'extra-courant d'une bobine sans trembleur, espèce d'éleclro- 
aimant, contenu dans 
le socle de l'appareil. 

L'examen de la flg. 373 
suffit pour faire com- 
prendre le fonctionne- 
ment. 

Bécréations électri- 
ques. — On peut exécu- 
ter, avec un matériel 
très restreint, un grand 
nombre d'expériences 
intéressantes, que nous 
allons mentionner ici. 
.C'est le meilleur moyen 
d'étudier la science élec- 
trique, car l'enseigne- 
ment par les yeux, on l'a 
dit et répété avec rai- 
son, est le seul durable. 
Remplacer une démons- 
tration sèche et aride 
par une expérience facile 
à reproduire, est le meil- 
leur moyen de faire comprendre une chose, qu'une description 
élégante et imagée est impuissante à faire clairement saisir. 

Récréations d'électricité statique sans appareils. — 
Commençons par l'électricité statique. 

liai on de cire. — La plus simple de toutes les expériences 
est le bâton de cire à cacheter, frotté avec un morceau de fla- 
nelle sèche, et qui attire tous les corps légers placés à sa portée : 
papiers, plumes, moelle de sureau, etc. Un porte-cigare en 
ambre, ou un porte-plume en caoutchouc durci produisent le 
même effet. 

Electricité produite a^cc une feuille de papier. — Un 




I 



■ 

■ 
■ 






~J^^^ 









306 



LES MÉTAUX. 



p;*« 



I 



sent alors une force de résistance très appréciable; la fe.nMe 




t ig. 37 4. — L'électricité avec une feuille 



de papier. 



surrarÈ^eÎes^ÏSr fnT^,^ 6 ^ ^ 
ment ensuite, on cens a. 2 , n L " ,es aba » donn «"»t ^rusque- 

tendant à min.rï'ÏÏÏÏtaS Sr' de recnl "^ 



L'ÉLECTRICIEN AMATEUR. 



307 
/électricité, 



On peut encore produire, non plus seulement de 
mais même une véritable étincelle électrique. 

Il suffit défaire chauffer une feuille de papier ordinaire devant 
un bon feu, au-dessus d'une lampe ou prés d'un poêle Choii- 
bersky. Eu se plaçant dans l'obscurité et en approchant du 
papier la jointure du doigt fermé, on fera jailli, une étincelle 
très visible qui occasionnera un léger crépitement (ttg. 475). 

Voici une troisième expérience du même genre. 

On prend deux- feuilles de papier cl on intercale une feuille 




Pig. 37 



Une étincelle électrique l 



le de papier. 



d'or entre elles. Après les avoir éleclrisées ainsi que nous venons 
de le dire, il suffira de passer en zigzag une pointe de crayon sur 
leur surface pour y déterminer l'apparition d'un éclair lumineux 
d'une intensité assez grande. 

Électrophorc. — Quand on n'a pas de machine d électricité 
statique (de Hamsden ou autre) à sa disposition, on peut cons- 
truire un èlectrophore qui donne des effets assez sensibles. 

Un électrophorc (lig. 370) se compose d'un plat»au découpe eir- 
culairement ou disque de bois bien sec (planche de sapu, bien 
dressée), de moins d'un centimètre et demi d'épaisseur. Couvrez 



Al 



308 



LES MÉTAUX. 



ff " ,? r T? ment 6t Uniment V ° lre disiiue d ' u,le feui "e d'étain 
le collant dessus avec soin el évitant qu'il y ait des i n é fi 3 

sur les bords. Ce p.ateau est soutenu en^on^enlre pa 2 „ 
de verre recouverte de vernis à la gomme l aque ou P de Zl d°u 
sèche au four et enduit de résine ou de cire à cacheter. Cela fait 
vous fl X ez près du bord de sa face extérieure, c'est-à-dire du 
côté du manche une pefte tige de cuivre surmontée d'un bouton 
également de cuivre. La première partie de votre machine S 
complétée, vous vous occupez de la seconde 

Cette seconde partie ou électrophore se compose d'un disoue 
semblable au premier, mais un peu plus large et composée 
la façon suivante : prenez une feuille d'étain plus large que le 




Fig. 376. — Électrophore. 

w2\Z e IT vo " 1( V onslruire . étendez-la bien nettement 

lôrds d P P iVf ,7 e , - d,mensi0n convenable, de sorte que les 
bords i e la f JIe dela|n issenl être relev . s 4 

r oa n M p enCe - ^ faUeS f ° ndre danS Une «""*» cui '^ «£ 
IZZ T eg ! B l de g ° mme la( ï ue ' de rési » e commune et de 
ereben.hme de Venise; conservez au mélange une chaleur mo ! 
deree ce que Ja fumée ^ ^ g , 

il sera devenu un peu plus épais, mais encore assez liquide pour 
pouvoir s étendre facilement, versez-le dans la feuille d'étain 
jusqu a une hauteur d'environ un centimètre et demi- laissez-le 
refroidir au», puis ébarbez-en bien soigneusement les bords et 

des ' , p Ur U " e , PianC , he épaiSS6 ' le COlé recouvert d 'étain en 
dHonT; 1 i*£° , S °' n de le maintenir au centre de cette espèce 
de socle, a 1 aide de quatre tasseaux. 

Lorsque l'on veut charger l'électrophore, on commence par en 



L'ÉLECTRICIEN AMATEUR. 



309 



bien sécher toutes les parties, puis on électrise la résine en la 
frappant obliquement avec une peau de chat ou de lièvre bien 
Sel Cela fait, on pose le plateau sur la résine, on le touche 
avec le doigt, et, enlevant le plateau par son manche isolant 
électricité positive qu'il possède, devenue hbre, se manifestera 
par une vive étincelle à l'approche d'un corps conducteui. En 
recommençant la même série d'opérations on pourra, sans re- 
charger la résine, tirer du plateau des milliers d étincelles suc- 

06SS1V6S i 

On peut faire, dit M. G. Tissandier, un électrophore instantané 
avec un plateau à thé en tôle vernie ou en fer-blanc laque de 
30 à 40 centimètres de longueur. On découpe une feuille de 
papier d'emballage épais et solide, dételle façon qu elle s ap- 
plique facilement sur la partie plane du plateau On fixe a laide 
de cire à cacheter deux bandelettes de papier a chaque extrémité 
de la feuille, de manière à pouvoir la soulever sans difiiculle, 
quand elle est posée à plat, le plateau à thé place sur deux 
verres à boire qui lui servent de support. Voilai électrophore con- 
fectionné. Voyons maintenant comment on arrive a le faire tonc- 
tionner. On chauffe la feuille de papier d'emballage au-dessus 
d'un feu 1res ardent d'un poêle ou d'un fourneau b.en allume : 
il faut chauffer longtemps à plusieurs reprises de telle façon que 
le papier soit bien sec et que la température soit aussi élevée 
que possible. Cela fait, on le pose rapidement afin d éviter son 
refroidissement sur une lable de bois et on le frotte très energi- 
quement à l'aide d'une brosse à habit assez dure et bien sèche. 
On met le papier sur le plateau, on touche le plateau avec le 
doigt et on soulève le papier par ses poignées. Si à ce moment 
une personne approche le doigt du bord du plateau, elle fera 
jaillir une étincelle. On peut alors remettre le papier sur le pla- 
teau retoucher le bord une seconde fois et soulever a nouveau 
le papier : une seconde étincelle jaillira et ainsi de suite a sept ou 
huit reprises différentes. 

Cet appareil, si rudimentaire qu'il soit, étant bien dispose, 
donne des étincelles assez vives et lumineuses. 

Bouteille de I^eyile. — Quand on n'a pas de bouteille de 
Leyde et que l'on veut éprouver ou faire ressentir à quelqu'un la 
commotion des électricités contraires, on peut recommencer 1 ex- 
périence de Musschenbroek avec un simple tlacou que l'on rem- 
plit, d'eau et dont on fixe le bouchon en trempant le goulot dans 
de la cire à cacheter chaude; on colle ensuite du papier détain 
jusqu'aux deux tiers de la hauteur et on enfonce dans la bou- 
teille, à travers le bouchon, une tige métallique recourbée en 






3)0 



LES MÉTAUX. 



forme de crochet. Ainsi construite, cette bouteille deLeyde rudi- 
men aire donne des secousses très fortes, en rapport naturelle- 
ment avec ses dimensions ou sa surface. On peut la charger avec 
1 electrophore que nous avons décrit. 

Machines électriques économiques. — Prenez une bouteille 
commune de préférence une bouteille à eau gazeuse, n'ayant 
point de fond renflé en dedans, mais d'un verre assez épais 
Percez un trou au fond de votre bouteille, d'une dimension égale 
a 1 ouverture du goulot. Ceci s'obtient aisément à l'aide d'une 
mèche , ou mieux d'un taraud de filière imprégné d'acide sulfu- 
nque dilué,— et d'ailleurs peut être fait, au besoin, sans grande 
peine m beaucoup de frais, par un serrurier. 

Votre bouteille ainsi percée au fond, vous passez au travers 
par ce trou et le goulot, un bâton dont une extrémité sera dres- 
sée carrément, de manière à pouvoir y assujettir une mani- 
velle ; ce bâton devra être du calibre exact des deux trous par 
lesquels il passe. l 

Maintenant il s'agit de monter l'engin sur une sorte de châssis 
en Bo.s, assez semblable à celui d'un dévidoir, avec planche de 
dessous et deux montants ou supports, où les deux extrémités 
du bâton sont engagées. Ensuite on confectionnera une sorte de 
coussin de cuir non verni ni ciré, rembourré de laine, que l'on 
montera sur un autre support, dressé de manière à ce que ce 
coussin frotte les flancs de la bouteille lorsqu'on mettra la ma- 
nivelle en mouvement. Un morceau de soie noire sera, en outre 
cousu a la partie supérieure du coussin et pendra par-dessus là 
bouteille: on étendra sur le coussin la composition suivante ■ une 
par ie d etam et deux parties de zinc fondues ensemble, aux- 
quelles on ajoutera, lorsqu'elles seront liquides, six parties de 
mercure, bien mêlées, en tournant jusqu'à complet refroidisse- 
ment. Lorsque 1 amalgame refroidi aura recouvré l'état solide 
on le réduira en poudre fine dans un mortier; à l'aide d'une 
quantité suffisante de saindoux, on en formera une pâte épaisse 
dont on enduira le coussin. 
Cela fait, la machine sera complète et prête à fonctionner 
La friction provoquée par la manivelle entre le coussin et .la . 
bouteille produit une certaine quantité d'électricité; mais, pour 
en pouvoir lirer parti, il faut un corps conducteur qui la tire de 
son foyer de production. 

Prenez un cylindre de bois tourné, d'environ 15 centimètres de 
long et 6 centimètres de diamètre, correctement arrondi aux 
deux bouts; couvrez-le d'une feuille d'élain et montez-le sur 
une baguette de verre. Pour l'employer, un le place dans la direc- 



L'ÉLECTRICIEN AMATEUR. 



311 



tion de sa longueur; on insère dedans quelques épingles, les 
pointes en dehors, dans une même ligne et à un cenlimètre et 
demi environ de la bouteille, et il aura une hauteur suffisante 
pour atteindre juste au bord inférieur du tablier de soie. 

Si l'on désire charger une bouteille de Leyde, elle devra natu- 
rellement être placée au bout arrondi du conducteur. 

Récréations «l'électricité statique ayec appareils. — Mais 
c'est encore avec la véritable machine électrostatique que l'on 
obtient les plus beaux effets et que l'on opère les plus jolies ex- 
périences. Citons le carreau et le tube étincelant, le carillon élec- 
trique, le carreau magique. 

Carreau et tube étincelant. — Le carreau et le tube étin- 
celant sont des surfaces planes ou courbes en verre, sur lesquelles 
on a dessiné, au moyen de petits losanges en papier métallique, 
des arbres, des fleurs, des noms, etc. Lorsque l'on accroche ces 
tableaux dans l'obscurité, aux conducteurs d'une machine sta- 
tique, il se produit une foule de petites recomposilions partielles 
du fluide, et de petites étincelles jaillissant entre les pointes de 
chaque losange dessinent en points de feu l'arbre, la fleur, ou 
le nom tracé. 

Carillon électrique. — Il se compose d'une tige de cuivre 
portant trois timbres. Les deux extrêmes communiquent mé- 
talliquemenl et celui du milieu qui, au contraire, est isolé, 
communique avec le sol au moyen d'une chaîne métallique. A 
la hauteur des timbres et entre celui du milieu et les deux au- 
tres se trouvent, suspendues par des fils de soie, deux petites 
balles de cuivre. Enfin, un crochet de cuivre permet de suspen- 
dre l'appareil au conducteur de la machine électrique. Quand on 
met la machine en mouvement, les deux timbres extrêmes s'é- 
lectrisent, les balles sont attirées et vont frapper contre eux, puis 
elles sont repoussées et frappent le timbre du milieu, qui les ra- 
mène à l'état naturel. De là une succession de petits sons qui ne 
cessent qu'avec la charge de la machine. 

On peut aussi obtenir cet effet par la décharge successive 
d'une bouteille de Leyde placée à égale dislance de deux isola- 
teurs supportant les balles et les timbres. 

Carreau magique. — ■ Avec le carreau magique, qui n'est 
autre chose qu'un condensateur à lame de verre sur les deux 
faces duquel on a collé deux lames d'étain, on peut produire 
l'effet curieux que voici : le carreau étant placé horizontalement 
sur une table, on le charge et on le mel en communication avec 
l'armature inférieure; si on approche alors la main de l'arma- 
ture supérieure, on éprouve une commotion accompagnée d'une 






Jf 

I 



^^ 






312 



LES MÉTAUX. 



contraclion musculaire, si bien qu'il est impossible de prendre 
une pièce de monnaie placée sur ce plateau. 

Carte et plaque île Terre percées par l'électricité. — 

Ce n'est guère qu'avec l'aide de la machine que l'on peut percer 
une carie ou même une petite plaque de verre placées enlre 
deux pointes métalliques entre lesquelles on fait jaillir une étin- 
celle. 

Verre brisé par le choc électrique. — Dans un verre aux 
deux tiers rempli d'eau, placez les extrémités de deux fils de 
fer, recourbés et terminés par un bouton, de manière à ce que les 
deux boutons immergés se Irouvenl séparés l'un de l'autre par 
un espace d'environ un centimètre et demi; reliez l'extrémité 
opposée de l'un des fils à la couverture extérieure d'une bouteille 
de Leyde chargée, et celle de l'autre fil à sa couverture inté- 
rieure; au moyen de la baguette, déterminez l'explosion : le 
verre sera alors brisé violemment. 

De même, on pourrait faire éclater de fortes pièces de bois et 
des pierres; mais, naturellement, la charge devrait être sensi- 
blement plus considérable. 

Il est toutefois possible de communiquer le choc électrique à 
un verre rempli d'eau sans le briser. 

On décompose même, par ce moyen, l'eau et ses gaz consti- 
tuants, sans donner lieu à la moindre explosion, en faisant usage 
d'un tube de verre d'environ 32 centimètres de longueur sur 3 à 
4 millimètres de diamètre. 

Récréations «l'électricité «ljn antique. — Arrivons-en à 
l'électricité dynamique. 

Pile voltaïque. — Le premier appareil à posséder pour les 
expériences d'électricité dynamique est naturellement une pile 
voltaïque. 

Je vais indiquer le moyen d'en construire une très simple, 
relativement puissante pour des expériences de courte durée, 
et très bon marché. 

Dans un vase en terre ou en porcelaine, jetez des rognures de 
coke jusqu'au quart de la hauteur environ, puis roulez un fil 
de cuivre en spirale et placez-le sous ces fragments en lais- 
sant monter son extrémité plus haut que le vase. Pour éviter 
l'usure, faites passer ce fil dans un mince tube de verre. Ensuite 
roulez eu cylindre une plaque de zinc ordinaire et suspendez ce 
cylindre en haut du vase, de manière à ce qu'il ne touche pas 
aux fragments de charbon, puis remplissez le vase avec de l'eau 
salée ou acidulée, ou mieux encore d'une solution acide de bi- 
chromate de soude. De celte façon vous avez une pile qui peut 



L'ÉLECTRICIEN AMATEUR. 



313 



débiter deux ou Irais ampères pendant plusieurs heures et qui 
ne revient qu'à 80 centimes environ l'élément. 

Avec une batterie de six éléments semblables, groupés en 
tension, on peut déjà obtenir certains effets curieux et que nous 
allons passer en revue. 

Décomposition ou électrolyse de l'eau. — On peut procé- 
der à la décomposition ou électrolyse de l'eau. 11 n'est même pas 
besoin pour cela d'avoir un voltamètre bien compliqué. Un simple 
verre, bouché à sa partie inférieure par de la cire à cacbeter que 
traversent les conducteurs en métal inoxydable, suffit. Pour faire 
l'expérience, on remplit des tubes, fermés en haut, d'eau légère- 
ment acidulée, on opère de même pour le verre et on coiffe de 
tubes les conducteurs. Aussitôt que le courant passe, l'eau est 
décomposée; l'éprouvelte du pôle positif se remplit d'oxygène 
et celle du pôle négatif d'hydrogène, en volume double. 

Décomposition «les sel» métalliques. — On peut décompo- 
ser de celte manière un grand nombre de sels métalliques ou 
acides, et on constate que l'oxygène et l'acide se rendent au pôle 
positif, tandis que le métal ou la base se déposent au pôle né- 
gatif. C'est sur ce fait d'ailleurs qu'est basé tout l'art de la gal- 
vanoplastie, des dépôts électrochimiques de l'argenture et de la 
dorure voltaïques. 

Avec six éléments en tension, on peut déjà faire rougir un fil 
fin de cuivre ou de platine et même le volatiliser. On peut allumer 
de l'éther, de l'essence, des allumettes phosphoiïques et porter à 
l'incandescence une petite lampe Edison ou Changy. 

Pour l'arc voltaïque, il faut au moins trente de ces éléments 
pour le voir apparaître distinctement. 

Bobine de Ruhmkorff. — Avec une bobine de Rulimkorff, 
on peut charger une bouteille de Leyde. 

Au moyen de la même bobine, on peut aussi accomplir un 
grand nombre d'expériences que nous allons exposer successi- 
vement. 

Tubes lumineux de Geissler. — Les lllbes lumineux de 
Geissler s'illuminent d'un éclat rose et violet quand le cou- 
rant induit les traverse ; ils se vendent chez tous les marchands 
d'objets d'optique et d'appareils électriques. 

Perce-carte et perce-Yerre. — Le perce-carte et le perce- 
verre sont des expériences identiques à celles de l'électricité sta- 
tique. 

Lorsque sur la table à expérience ou sur un support quel- 
conque on place verticalement une lame de verre dans l'inter- 
valle des points où l'on excite l'étincelle d'induction, l'électricité 

H. de Ghaffigny. — Les industries d'amateurs. '° 









314 



LES MÉTAUX. 



contourne la lame ou la transperce quand celle-ci est suffisam- 
ment mince. Dans le premier cas, la lame s'illumine complète- 
ment, et c'est toujours ce qui arrive quand on colle une bande 
d elain sur l'une des faces de la lame de verre. Si, au lieu d'une 
seule lame de verre ainsi disposée, on en met deux à une petite 
distance l'une de l'autre, le phénomène se trouve amplifié ; il s'ac- 
croît de tout l'eiïet produit par ce véritable condensateur. 

Commotion électrique. — Quand la bobine est en activité 
la lension du courant induit étant énorme (8,000 volls environ)! 
si l'on touche les rhéophores, on éprouve une violente commo- 
tion qui peut même être dangereuse avec un appareil un peu 
grand. Cependant, on peut diminuer cette force eu installant sur 
le circuit un tube rempli d'eau et dans lequel sont enfoncées, à 
frottement assez dur, deux tiges de laiton dont le plus ou moins 
grand écarlement règle l'intensité des commotions. De celle façon, 
on peut transformer la bobine en appareil électro-médical. ' 

Si l'on met un fil induit en communication avec le sol, on 
peut; en dissimulant l'autre sous une pièce métallique ou d'ans 
un verre d'eau, donner une forte secousse à toute personne 
essayant de toucher à ce verre ou à cette pièce. Mais cette 
secousse aura toujours une intensité bien inférieure à celle qu'on 
ressentirait si l'on tenait à la main les deux extrémités du fil 
induit dans la bobine. 

Pistolet de Volta. — Le pistolet de Volta détone quand on 
fait éclater l'étincelle d'induction dans son intérieur (on peut 
faire un pistolet de Voila avec une simple bouteille qu'on rem- 
plit d'hydrogène et d'oxygène produits par l'électrolyse). 

Fusée de Statcham. — La fusée de Stateham explose avec 
une bruyante détonation, lorsque l'étincelle la traverse. 

Citons encore la danse des pantins, le télégraphe-jouet, etc. 

Nous arrêtons ici cette énumération des récréations électriques 
que l'on peut s'amuser à répéter à peu de frais et sans grand em- 
barras d'appareils. 



CHAPITRE V 



I 

I 



LA GALVANOPLASTIE, 



C'est à Jacobi, professeur de physique à l'université de Dorpat, 
qu'on est redevable de la création de la galvanoplastie. Il trouva, 



LA GALVANOPLASTIE. 



315 



imprimées sur une feuille de cuivre qui provenait delà réduction 
du sulfate de cuivre dans une pile Daniell, des raies et des 
éraillures qui correspondaient avec la plus rigoureuse exactitude. 
à des raies et à des coups de lime semblables qui existaient sur 
le cylindre de cuivre servant d'élément à celte pile. Quand il se 
fut bien assuré que c'élait à la décomposition lente du sulfate de 
cuivre au sein de la pile qu'était dû ce dépôt, il recommença 
volontairement l'expérience sur une plaque gravée au burin 
et obtint une copie en relief qu'il présenta avec un mémoire 
à l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, le 6 oc- 
tobre 1838. Cette découverte eut le retentissement le plus con- 
sidérable. 

Au début, lorsque Jacobi commença à opérer, l'objet à 
copier faisait partie de la pile, il formait l'élément négatif et 
plongeait dans une dissolution de sulfate de cuivre. Jacobi 
trouva que la décomposition se faisait beaucoup mieux avec une 
pile séparée du bain de sulfate de cuivre et dont les deux pôles 
plongeaient dans ce bain au moyen de deux conducteurs. De 
plus, et pour éviter l'appauvrissement rapide de la liqueur 
saturée de sel métallique, il imagina de suspendre dans le bain, 
au pôle posilif, une plaque de ce métal, se dissolvant au fur et a 
mesure du dépôt sur ie moule et de l'appauvrissement des par- 
ties constitutives du bain. 

L'invention des anodes électriques solubles fut un fait capital 
qui lit descendre la galvanoplastie au rang des opérations indus- 
trielles les plus simples. Elle permit de séparer le couplevol- 
taïque, qui engendre le courant, de l'appareil dans lequel l'em- 
preinte s'effectue. Le procédé galvanoplastique devint ainsi plus 
simple, l'opération moins longue et on put obtenir des depuis 
métalliques de toute forme et de toute dimension. 

Jacobi parvint encore à supprimer le moule métallique 
conducteur absolument nécessaire, par un moule en matière 
plastique quelconque, pourvu qu'elle fût recouverte d'un enduit 
métallique. Le basard lui indiqua que la plombagine (graphite) 
était la meilleure substance à employer. 

Outillage. - Pour la galvanisation des petites pièces, l'appa- 
reil se compose toujours de : 1° la source d'électricité plus 
ou moins puissante, une batterie de piles Daniell couplées en 
quantité; 2° la cuve électrolylique remplie d'un bain chimique 
et dans lequel on suspend les pièces à recouvrir de métal; 
3° le bain. 

Appareil simple. — Cet appareil (lig. 377) comprend trois piè- 
ces en verre, savoir : 



i 




310 LES MÉTAUX. 

1° Un vase extérieur, que l'on remplit d'une solution de sul- 
fate de cuivre saturée, légèrement acide; 
2° Un cylindre intérieur, dont le fond est formé par une peau 

de vessie, et qui contient 
une solution aqueuse d'a- 
cide sulfurique au ving- 
tième. 

2° Un cylindre intermé- 
diaire, qui est disposé 
pour s'appuyer sur les 
bords du premier vase et 
pour servir de support au 
second, tout en mainte- 
nant celui-ci plongé dans 
la solution de sulfate de 
cuivre. Un support ver- 
tical, formé d'une ma- 
;aivano P iastio. t j ère isolante, porte une 
, . , tige métallique horizon- 

tale destinée a relier les deux pôles de la pile qui va être formée. 
On suspend l'un des moules, préparés comme il a été dit, au 
support en ayant soin qu'il occupe le fond central du vase 




Fig. 377. 
Appareil simple pour la 






ï 




Fig. 378. — Appareil simple pour la galvanoplastie. 

extérieur, qu'il soit disposé à plat et dans un plan parfaitement 
horizontal, enfin que la face sur laquelle le cuivre doit se dépo- 
ser se trouve en regardée la peau L de vessie qui forme le fond 
du vase intérieur. 



LA GALVANOPLASTIE. 



317 



Au même support on suspend un disque de zinc amalgamé qui 
doit lui-même être placé horizontalement et occuper le milieu 
du vase intérieur. 

Une autre disposition de ['appareil simple, très commode poul- 
ies amateurs, est celui représenté par la figure 378; au centre 
de la cuve qui renferme le bain on place un ou plusieurs vases 
poreux, semblables à ceux de la pile Daniell ; dans chacun de 
ces va*es de l'eau accidulée par de l'acide sulfunque, et une 
lame de zincamalgané ZZZ.Toutes les lames communiquent avec 
une tringle AB; d'autres tringles isolées BB, B'B' servent a sus- 
pendre les empreintes à recouvrir PP. 

Dès que l'on fait communiquer les tringles entre elles, le sul- 
fate de cuivre est décomposé et un dépôt de cuivre se produit sur 
chacune des empreintes. 

Appareil composé («g. 370). — Il comprend une pile Bunsen P, 




Kig. 379. — Appareil eonif 



osi- pour la galvanoplastie. 



formée d'un ou plusieurs couples, et une cuve rectangulaire en 
verre AB, remplie-d'une dissolution saturée et légèrement acide 
de sulfate de cuivre. Deux baguettes en laiton TT reposent sur 
les bords de la cuve et communiquent, l'une avec le pôle positif. 
l'autre avec le pôle négatif de la pile. On suspend à la tige posi- 
tive une plaque de cuivre rouge C, destinée à entretenir la satu- 
ration de la liqueur. Quand à la seconde tige, elle tient suspendu 

le moule m. 

Cuve. — La cuve éleclroly tique sera un vase en grès, porce- 
laine, verre, faïence dure ou guUa-percha; pour les grands 
bains, faire usage de cuves en bois recouvertes intérieurement 
d'une couche mince de gutla-percha, de glu marine ou de 
feuilles de plomb verni. Ne jamais doubler les cuves de fer, de 

zinc ou d'étain. 

Les commençants se fabriqueront sans difficulté un appareil 
simple, d'un prix modique et qui convient parfaitement au revê- 
tement en cuivre de petites surfaces planes ou à la reproduction 

18. 



r 




318 



LES METAUX. 



de médailles ou bas-reliefs de petites dimensions, en plaçant la 
solution de sulfate de cuivre dans un seau de grès, de faïence ou 
de porcelaine, au cenlre duquel sera disposé un diaphragme en 
terre poreuse ou porcelaine dégourdie (fig. 380); dans ce dernier 
on introduira de l'eau ordinaire aiguisée de 2 ou 3 centièmes d'a- 
cide sulfurique. Dans ce liquide, on immergera un cylindre de 
zinc amalgamé supportant un cercle en laiton, lequel cercle, par 
ses deux diamètres qui se coupent en croix, vient se souder dans 
quatre encoches pratiquées à la partie supérieure du zinc. 

De cette façon, il sera commode de suspendre à cette galerie 
circulaire un plus ou moins grand nombre d'objets qui, soutenus 

par des fils de laiton, 
plongeront dans le bain, 
de manière que la face 
à recouvrir regarde le 
diaphragme. Deux pe- 
tits sacs de crin rem- 
plis de sulfate de cuivre 
seront suspendus au 
rebord extérieur du 
seau. 

On construit, sur 
deux dimensions diffé- 
rentes, des appareils 
simples destinés aux 
amateurs et qui sont 
: - d'une manœuvre très 
facile . Ces appareils 
joignent à l'avantage 
de pouvoir être faci- 
fragiles : c'est une caisse 




Fig. 380. 
Appareil pour la reproduction des médailles. 



lement déplacés celui de n'être pas 
rectangulaire en gulta-percha; au centre de cette caisse sont 
deux coulisses entre lesquelles on fait glisser le diaphragme plat 
ou ovale, qui est ainsi parfaitement maintenu. Aux deux extré- 
mités et à la partie supérieure de la caisse se trouvent deux 
petites auges qui, outre qu'elles servent de poignées pour trans- 
porter l'appareil, communiquent avec l'intérieur de la cuve par 
de nombreux petils trous, et servent de réservoir aux cristaux de 
sulfate de cuivre que doit dissoudre le bain à mesure qu'il s'ap- 
pauvrit. Dans le vase poreux rempli d'eau acidulée se place une 
simple plaque de zinc amalgamé, munie d'une presse à double 
pas-de-vis, dont l'un la serre fortement pendant que, du second, 
partent deux fils conducteurs roulés en spirale, pour permettre 



LA GALVANOPLASTIE. 



319 



d'écarter ou de rapprocher à volonté du diaphragme les Inangles 
qui supportent les objets sur lesquels on opère. 

On comprend facilement que, dans ces appareils, on opère de 
chaque côté du diaphragme, sur deux médailles ou bas-reliefs a 
la fois, mais eu employant deux diaphragmes munis de leur 
zinc en plaçant chacun d'eux a chaque extrémité de la boite, et 
en disposant au centre le porte-objet, on peut) aussi recouvrir 
une statuette ou tout autre objet en ronde-bosse ou à double lace. 
Bain — Quelle que soit l'opération en vue : moulage, métal- 
lisalion, éleclrolypie, etc., le bain est à peu près toujours le 
même. Hospitalier (1) indique de le préparer ainsi qu'il suit : 

On place dans un vase une certaine quantité d'eau a laquelle 
on ajoute, par petites quantités à la fois et en agitant constam- 
ment 8 à 10 p. 100 en volume d'acide sulfurique; on fait dis- 
soudre dans cette eau acidulée autant de sulfate de cuivre 
qu'elle peut en prendre à la température ordinaire, et en agitant. 
Le bain saturé doit avoir une densité de 1,21; il s'emploie a 
froid et sera maintenu saturé par l'addition de cristaux ou 1 em- 
ploi d'anodes convenables. 

Moulage. — Pour le moulage, le corps le plus anciennement 
employé est le plâtre; mais comme il est poreux, il faut l'imper- 
méabiliser, ce qui en complique l'emploi. Aujourd'hui on moule 
à la cire, à la glu marine, à la gélatine, à la gutta-percba, a la 
stéarine et aux alliages fusibles. 

I Moule en plâtre. - 1° Huiler très légèrement la surface de 
la médaille qu'il s'agit de reproduire, en ayant soin de pénétrer 
jusque dans les détails les plus déliés du dessin. Former un 
rebord tout autour de la médaille à l'aide d'une bande de plomb, 
de carton ou de gros papier. 

Prendre une petite quantité de plâtre à mouleur 1res fin, la 
délayer dans l'eau de manière à obtenir une bouillie très liquide, 
et enduire très légèrement, mais très complètement la surface 
de la médaille. Verser ensuite la quantité nécessaire de plâtre 
gâché en pâte coulante. Faire sécher. 

2° Lorsque le moule est sec, le plonger dans un bain de stéa- 
rine fondue et très chaude. L'y maintenir pendant 3 minutes, 
c'est-à-dire pendant le temps nécessaire pour qu'il en soit par- 
tout pénétré. Le tirer ensuite du bain, et le laisser refroidir dans 
une position telle, que le dessin à reproduire occupe la partie 
supérieure. 
3° Rendre la surface conductiice en la recouvrant d une cou- 



I 






I 



(I) Hospitalier, Formulaire de l'électricien. 






320 



LES MÉTAUX. 



che mince de plombagine. Pour des objets 1res délicats, comme 
des fleurs, des fruits, des insectes, etc., on emploie la métalii- 
sation. A cet effet, on imbibe la surface d'une solution de nitrate 
d'argent qu'on fait d'abord sécher, on l'expose ensuite pendant 
quelques instanls à la vapeur d'acide sulfhydrique. Le sulfure 
d'argent qui se forme est un bon conducteur d'électricité. 

4° Kntourer le champ du moule, qui a été lui-même plomba- 
gine d'un fil métallique destiné à établir la communication de 



I 







Fig. 381. — Moule en gutta-percha. 

sa surface supérieure avec le zinc de l'appareil. Et pour forcer le 
cuivre de l'appareil à se, déposer sur l'empreinte et non ailleurs, 
recouvrir le contour et la surface supérieure du moule en plâtre 
d'une couche de cire fondue ou de toute autre substance non con- 
ductrice. 

II. Moule en gutta-percha. — 1° Recouvrir de plombagine la 
médaille dont on veut prendre l'empreinte. 

2° Ramollir la gutta-percha en la maintenant pendant quelque 
temps dans de l'eau suffisamment chaude. Dès qu'elle es! de- 



LA GALVANOPLASTIE. 321 

venue molle et plastique, l'appliquer sur la médaille plomba- 
ginée, en exerçant une pression contenue avec les doigts, jusqu'à 
ce qu'elle ait perdu sa plasticité. Par refroidissement la gutta- 
percha se détache facilement et sa surface présente une empreinte 
en creux très fidèle de l'objet. 

3° Rendre celte surface conductrice à l'aide de la plombagine, et 
pratiquer sur le champ du moule, comme sur sa face inférieure, 
les dispositions préparatoires indiquées pour le moule en plâtre 
(fig. 381). , . 

III. Moule en stéarine. — Pour fabriquer un moule en stéarine, 
on prend un mélange de stéarine et de cire, celle-ci étant ajoutée 
dans la proportion de un à deux dixièmes. On verse ce mélange 
fondu sur la médaille que l'on a chauffée préalablement el dont 
on a induit la surface d'une légère couche d'huile d'olive, afin d'é- 
viter tout à la fois une congélation trop brusque et une adhé- 
rence trop intime. On chasse avec soin les bulles d'air qui pour- 
raient rester dans les creux du modèle, soil en imprimant de 
légères secousses au moule, soit en promenant l'extrémité d'un 
pinceau sur toutes les parties de sa surface. Lorsqu'il est re- 
froidi, on enduit sa surface de plombagine en la frottant avec 
une brosse douce imprégnée de celte substance. On entoure en- 
suite le moule d'un rebord saillant en carton ou en gros papier, 
el dans l'espèce de boite qui en résulte on coule de la stéarine 
tiède. Celle-ci, en se refroidissant, reproduit fidèlement en creux 
la médaille primitive, on l'enlève et, après avoir recouvert sa 
surface de plombagine pour la rendre conductrice, on répète sur 
la face inférieure les dispositions préparatoires précédemment 
indiquées. 

IV. Moule en alliage fusible. — On forme un alliage avec 8 par- 
ties de bismuth, 3 parties de plomb, 3 parties d'étain, et 1 partie 
d'antimoine. On verse cel alliage fondu dans une soucoupe peu 
profonde, et, au moment où il est sur le point de se solidifier, on 
laisse tomber la médaille à sa surface, en ayant soin qu'elle 
tombe à plat et d'une petite hauteur, et en lui conservant en- 
suite une complète immobilité. Quand l'alliage est refroidi, il 
suffit de lui donner un léger choc pour que la médaille s'en dé- 
tache. On entoure alors le moule d'un fil de cuivre, puis on re- 
couvre son contour et sa surface postérieure d'une faible couche 
de cire fondue, afin que le dépôt métallique qui doit se former 
dans l'opération subséquente se précipite sur l'empreinte elle- 
même et non ailleurs. 

Le moulage s'opère à la presse, au contre-moule, au four ou 
par affaissement, à la main ou au pétrissage et par coulage. 



I 



m 



1 






322 



LES MÉTAUX. 



I 

I 



Lorsque les moules sont creux, on dispose à l'intérieur une car- 
casse métallique en fils de platine reliée à l'anode, qui sert à 
répartir le courant et à égaliser le dépôt. Ces fils sont entourés 
d'un spirale de caoutchouc pour éviter toul contact entre la 
paroi du moule et l'anode. MM. Lenoir, Christophe et M. Planté 
ont substitué à ces fils de platine, destinés à former la carcasse 
intérieure du moule, des fils de plomb oxydé superficiellement. 
Une économie importante a été ainsi réalisée. 

Lorsqu'on recouvre plusieurs pièces à la fois, il faut relier cha- 
cune d'elles au pôle négatif par un fi] de fer ou de plomb, de gros- 
seur appropriée à la pièce; s'il se produit un contact intérieur 
dans la pièce correspondante, ce fil fond, et retire ainsi auto- 
matiquement cette pièce du circuit (Hospitalier). 

On métallisé les moules à l'aide de plombagine pure, de plom- 
bagine dorée ou argentée; on frotte le moule avec une brosse 
dite d'horloger ou une brosse à reluire; la cire demande des 
pinceaux très doux. On métallisé aussi par voie humide (solu- 
tion d'azotate d'argent étendue sur l'objet à deux ou trois re- 
prises et réduite par la vapeur d'une solution concentrée de 
phosphore dans le sulfure de carbone). C'est aussi de la métal- 
lisation à l'azotate d'argent qu'on fait usage pour les parties très 
fouillées de certains moules qu'atteindrait difficilement le pin- 
ceau à plombagine le plus délié. Dans ce cas on plonge l'objet 
tout entier dans la solution argentine, et on le laisse sécher avant 
de le soumettre aux vapeurs phosphorées. 

Procède Pellecat. — Le procédé par fusion a été singulièrement 
perfectionné, en 1884, par M. Pellecat, conseiller à la cour d'ap- 
pel de Rouen. 

M. Pellecat a imaginé de chauffer la gutla-percha jusqu'à 
complète fusion, et de la couler ensuite sur l'objet à reproduire, 
sans aucune pression (fig. 382). Il a obtenu ainsi grande finesse 
de détails, un rendu parfait, une fidélité de reproduction qu'on 
demanderait en vain aux procédés antérieurement employés. 
Le moulage par fusion complète ne risque en aucune façon de 
briser ni de déformer le modèle, même le plus fragile. 11 permet 
donc de rendre la copie directe et parfaite des œuvres les plus 
précieuses. Il accroîtra ainsi la puissance de vulgarisation ar- 
tistique de la galvanoplastie ; les modèles originaux de nos 
grandes collections publiques pourront être reproduits à plu- 
sieurs exemplaires et envoyés dans les collections de province et 
dans les musées d'art décoratif. 

Enfin, le procédé de M. Pellecat se prêle mieux qu'aucun autre 
à la reproduction en terre perdue. 



LA GALVANOPLASTIE. 



323 



On sait en quoi consiste le procédé de fonte dit en cire per- 
due; qu'on nous permette cependant de l'indiquer en quelques 

'ignés- . . , 

Presque toutes les difficultés du moulage, qu'il s agisse de la 
fonte ou de la galvanoplaslie, proviennent de la nécessité de re- 
tirer le modèle de l'intérieur du moule, ce qui force souvent a 
diviser ce dernier en un grand nombre de parties qu'on devra 
réunir ensuite. Toutes ces complications disparaissent dans la 
fonte en cire perdue. Le modèle est façonné en cire par l'ar- 
tiste lui-même ; cette manière est très docile et admirablement 
propre au rendu des plus petits détails. Quand l'œuvre est 
terminée, on la recouvre de couches successives de barbotine, 
boue à demi liquide formée par de l'argile délayée avec de 





:ib-l. — Moule à gal\a 
procédé Pellecat. 



Fig. 383. — MédaiUa galyanoplartigne 
obtenue par le procédé Pellecat 



l'eau et du lait. On applique la barbotine au pinceau, 
de façon à la faire pénétrer dans toutes les finesses de la 
cire; chaque couche, une fois st-che, est recouverte d'une 
autre couche, puis on renforce avec du plâtre, de façon 
à donner aux parois du moule une résistance suffisante. Le 
tout est alors introduit dans une étuve; la cire fond et s'écoule 
par les évents ménagés en des points convenables. La coulée 
du métal, dans ce moule tout d'une pièce, se fait ensuite par 
les procédés ordinaires. 

Le moulage en cire perdue, fort employé au temps de la Re- 
naissance, est maintenant presque complètement abandonné. 
Sans doute, il a le précieux avantage de reproduire du premier 
jet l'œuvre même de l'artiste, avec une fidélité scrupuleuse, sans 
qu'il soit nécessaire d'y ajouter aucune retouche, ni ciselure, 



I 



: 



324 



LES MÉTAUX. 



mais il est bien dangereux. Qu'un accident se produise à un mo- 
ment quelconque de l'opération, et le modèle original est dé- 
truit; ce n'est pas seulement un moule qu'il faut refaire, car il 
ne reste rien de l'œuvre même de l'artisle. 

On ne pouvait évidemment songer à appliquer un pareil pro- 
cédé de moulage à la galvanoplastie, tant qu'on devait employer 
la pression pour prendre l'empreinte; on aurait fait courir au 
modèle original de trop grands dangers. Maintenant, grâce à 
M. Pellecat, la gutta-percha s'étend au pinceau au moins aussi 
facilement que la barbotine. Bien plus, elle permet d'opérer sur 
des modèles en terre, el ne nécessite plus l'emploi de la cire 

pour le modelage. La gutta- 
percha, en effet, n'est en 
aucune façon altérée par le 
contact de l'eau froide, tan- 
dis que la terre s'y délaye 
rapidement! on peut donc 
détruire, par une immersion 
prolongéee dans l'eau, suivi 
d'un lavage, le modèle sur 
lequel a été pris le moule, 
et faire sortir toute la terre 
par les évents. 

M. Pellecat et la maison 
Chiistotle ont obtenu des 
œuvres remarquables en em- 
ployant le moulage en terre 
perdue. Nous donnerons 
comme exemple une médaille 
(fig.383)etun buste (fig. 384). 
La reproduction galvanique en terre perdue est appelée à ren- 
dre les plus grands services aux sculpteurs. Les chances d'échec 
y sont beaucoup moindres que dans le moulage et la fonte en 
cire perdue et les avantages artistiques sont absolument les 
mêmes. 11 y a là un progrès réel, qui sera également favorable à - 
la galvanoplastie et à l'art lui-même. 

Mise au bain. — Lorsque la solution est trop faible et le 
courant trop puissant, le dépôt est noir; lorsque la solution est 
trop concentrée et le courant trop faible, le dépôt est cristallin. 
Pour obtenir un dépôt convenable et un métal flexible, nommé 
par Smée réguline, il faut se placer dans des conditions moyennes. 
Les stratifications du liquide et la circulation qui se produit à 
l'intérieur du bain, par la décomposition de l'anode et le dépôt 




Fig. 38 i. — Buste en galvanoplastie 
reproduit par le procédé Pellecat. 



LA GALVANOPLASTIE. 



325 



sur la cathode, produisent de longues lignes verticales semblables 
à des points d'exclamation. 

Il faut agiter les pièces pour conserver le bain homogène. A ce- 
point de vue les bains de grand volume sont avantageux. Une 
grande distance entre les anodes et les cathodes produit un 
dépôt plus régulier; elle est nécessaire surtout pour les petits 
objets, mais elle fait perdre sur la rapidité du dépôt ou demande 
une source électrique plus puissante. 

Le même bain peut servir a plusieurs objets reliés chacun à 
une source électrique distincte, à la condition qu'on emploie 
une seule anode reliée à tous les pôles positifs des différentes 
sources. 

La surface de l'anode doit être, en général, égale à la surface 
de la cathode ; une anode trop petite appauvrit la solution, une 
anode trop grande l'enrichit; l'expérience indique dans chaque 
cas si l'on a intérêt à produire l'un ou l'autre effet (Hospitalier;. 

Le débit de la source d'électricité doit toujours être eu rapport 
avec la grandeur des surfaces a recouvrir. On sait que, lorsque 
1 coulomb traverse une cuve électrolylique, il libère 0,0103 mil- 
ligrammes d'hydrogène ; par suite, I ampère-heure (.3,000 cou- 
lombs) libère 37 milligrammes d'hydrogène. Connaissant l'équi- 
valent chimique du corps à décomposer, rien n'est plus facile, par 
suite, que de connaître le débit nécessaire pour obtenir un bon 
dépôl. 

Cuivrage. — Pour cuivrer un objet quelconque, on emploie 
un sel double, à froid ou à chaud, dans un bain dont la com- 
position varie avec la nature du corps à recoBvrir. 

Ordinairement on fait dissoudre l'acétate de cuivre dans .3 litres 
d'eau, l'ammoniaque et les autres corps dans 20 litres. On mé- 
lange et il doit se produire une décoloration. Si elle ne se pro- 
duit pas, il faut ajouter du cyanure jusqu'à ce que cette décolo- 
ration soit obtenue. 

Les bains les plus vieux sont ceux qui marchent le mieux. Il 
faut agiter les objets le plus possible. Quand le bain est trop 
vieux, on le remonte en ajoutant de l'acétate de cuivre et du 
cyanure de potassium par poids égaux (Roseleur). 

Cliché» «jpogra;>liiques. — Pour la fabrication des clichés 
typographiques, on moule à la gulta-percha, mais plus commu- 
nément à la cire et on laisse séjourner les moules douze à vingt- 
quatre heures dans le bain. Apres ce temps, le dépôt a acquis une 
épaisseur de 3 à 4 dixièmes de millimètre, qui correspond à 
une couche de 23 grammes par décimètre carré. On décolle le 
moule et on coule sur l'envers de la plaque ainsi obtenue une 

H. de Gbàffhmt. — Les Industries d'amateurs 19 









326 LES MÉTAUX, 

certaine épaisseur de métal composé de : 

Plomb 100 parties. 

Antimoine , 5 à iO ■ 

Quand le cliché a ainsi atteint une épaisseur de 4 à S milli- 
mètres, on le dresse, et finalement on le cloue sur une planche 
de sa grandeur et de la hauteur ordinaire des caractères d'im- 
primerie. 

Dorure galvanique. — Voici, suivant Roseleur, l'un des pra- 
ticiens les plus estimés, les proportions à employer pour la 
dorure à iïoid des grandes pièces : 

Eau distillée 10 litres. 

Cyanure de potassium pur 200 grammes. 

Or vierge 100 — 

L'or vierge transformé en chlorure 'est dissous dans 2 litres 




galvanique. 



d'eau, le cyanure dans 8 litres d'eau ; on mélange les deux so- 
lutions, qui se décolorent, et on fait bouillir pendant une demi- 
heure. Pour entretenir la richesse du bain, on ajoute parties 
égales de cyanure de polassium et de chlorure d'or, quelques 
grammes seulement à la fois. Si le bain est trop riche en or, le 
dépôt est noirâtre ou rouge foncé; s'il y a trop de cyanure, la 
dorure est lente et le dépôt gris. L'anode doit plonger entière- 
ment dans le bain, suspendue à des fils de platine (flg. 385), et 
•retirée dès que le bain ne fonctionne plus. 

Pour la dorure à chaud du zinc, de l'était}, du plomb, de l'an- 
timoine et des alliages de ces mélaux, on les recouvre préalable- 
ment d'une mince couche de cuivre. 

Pour la dorure à chaud des autres mélaux, la formule sui- 



LA GALVANOPLASTIE- 327 

vante est la meilleure : 

\ih;i:\t. riiivttE i:t h.i.uhes rOTTK, l'an, 

RICHES EN Cl IMIK icisa. 

Phosphate .le soude cristallisé... 600 grammes. 500 grammes. 

Bisulfite de soude '"" "* 

Cyanure de pstassitun !"ir I0 

Or vierge transformé en chlorure 

10 — lu- 
neutre 

Eau distillée 10 - 

On fait dissoudre à chaud le phosphate de soude dans S litres 
d'eau on laisse refroidir le chlorure d'or dans I litre d eau, on 
mélange peu a peu la seconde solution a la première ; on dissoul 
le cyanure et le bisulfite dans t litre d'eau et on mélange celle 
dernière solution avec les deux autres. 

La température du bain peut varier entre :»0° et 80° C. 
Quelques minutes suffisent pour produire la dorure el lui donner 
l'épaisseur convenable. On emploie une anode en platine. La- 
node peu enfoncée dans le baiu donne une dorure pale ; 1res 
enfoncée, elle donne une dorure rouge. On remonte le bain par 
additions successives de chlorure d'or et de cyanure .le potas- 
sium' n.ais après un long usage il fournit une dorure rouge on 
' verte selon qu'il a servi à dorer beaucoup île cuivre ou beau- 
coup d'argent. U vaut mieux renouveler le bain plutôt .rue do 

l'enrichir. 

On obtient une dorure verte, blanche, rouge ou rose par des 
mélanges de bains combinés avec des courants plus .m moins 
intenses. On obtient le vert en ajoutant au baiu d'or une solution 
étendue d'azotate d'argent, le rouge avec un bain de cuivre, le 
rose avec un mélange de bains d'argent, d'or el de cuivre. 

Argenture galvanique. — On fait un bain renfermant 
10 •■rammes d'argent par litre, en faisant dissoudre dans 10 litres 
d'eau Kit» grammes d'azotate d'argent, qui correspondent a 
100 grammes d'argent vierge et en ajoutant 230 grammes de 
cyanure de potassium pur. On agite jusqu'à complète dissolu- 
tion el on filtre. 

On argenté à froid en général, sauf les objets de petites dimen- 
sions (fig. 386). . 

Le fer, l'acier, le zinc, le plomb et l 'étam, préalablement cui- 
vrés, s'argentent mieux à chaud. 

Les objets décapés sont passés à l'azotate de bioxyde de nier- 
cure et agités dans le bain. Lorsque le courant esl trop intense, 
les pièces grisonnent, noircissent el laissent dégager des gaz. On 
emploie une anode de platine ou une anode d'argent dans le* 
bains à froid. 






328 



LES MÉTAUX. 




Us bains vieux sont préférables aux bains neufs. On vieillit 
artificiellement les bains en ajoutant 1 à 2 millièmes d'ammo- 
niaque liquide. On remonte les bains d'argent en ajoutant parties 
égales de sel d'argent et de cyanure de potassium. Si l'anode 
noircit, le bain est pauvre en cyanure, le dépôt est trop lent; si 
elle blanchit, il y a trop de cyanure, le dépôt est rapide, mais 
n'adhère pas. 

La marche est normale et régulière lorsque l'anode grisonne 




Fig. 3S6. — Argenture. des couverts. 

par le passage du courant et reblanchil lorsque celui-ci est inter- 
rompu. La densité du bain peut varier entre o° et 13° Baume 

(Hospitalier). 



CHAPITRE VI 

LE NICKELAGE. 



Le nickelage est une opération qui se répand beaucoup, main- 
tenant surtout que le prix du nickel a considérablement diminué. 

Il s'applique principalement sur le cuivre, le bronze, le maille- 
chort, le fer, la fonte et l'acier, qu'il protège contre l'oxydation 
tout en leur donnant un poli magnifique. 

Outillage. — La meilleure cuve est une cuve en verre, en 
porcelaine ou en grès ou une caisse revêtue intérieurement d'un 
mastic imperméable. 

On emploie une plaque de nickel comme anode soluble et on 
suspend les pièces à des crochets de cuivre nickelé (fig. 387). 



LE NICKELA.GE. 



320 



Hec-isson, dérocha S e, elc. - Avant de mettre au bain, il faut 

faire subir aux pièces une série d'opérations très importât, les .qui 
ont nour but d'assurer l'adhérence des deux couche métal- 
liques Nous allons résumer ces opérations d après Roseleur 

!» Recuisson ou dégraissage- - Celle opération a pour but 
d'enlever les corps gras. On chauffe les pl ëces sur un feu on 
de poussier de charbon, de braise de boulanger, ou m eux dans 
un four jusqu'au rouge sombre. Pour les objets délicats ou sou- 
dés, on les fait bouillir dans une solution alcaline de potasse caus- 
tique dissoute dans 10 fois son poids d eau. _ 

Roseleur emploie une autre préparation ainsi composée . 



Sulfate double Je nickel et 
A'ammoniuque 



400 



I Carbonate d'ammoniaque. 

Eau distillée 



300 gi ■ 

10 litr 



On frotte les pièces à nickeler avec une brosse trempée dans 
une bouillie chaude de blanc d'Espagne, d eau et de carbonate de 



i^iW^^H 




Kig. 387. 



Nickelage des iietites pièi 



soude. Le dégraissage est parfait lorsque les pièces sont facile- 
ment mouillées par l'eau. 

•2° Dérochage. — Le bain de déroche se compose de 100 parties 
d'eau ordinaire et de d à 20 parties d'acide sulfurique à 66° Bau- 
me. On peut v plonger les objets à chaud en général ; on les laisse 



9 



330 LES MÉTAUX. 

dans le bain jusqu'à ce que la surface prenne une teinle rouge 
ocreux. Les objets dégraissés à la potasse devront être lavés et 
rincés à grande eau avant de passer à la déroche. A partir de ce 
moment, les objets ne seront plus touchés avec la main; on fera 
usage de crochets en cuivre, ou mieux en verre, et, pour les 
menus objets, de passoires en grès ou en porcelaine. 

3° Passaye à Veau-forte vieille. — On emploie de l'acide azotique 
1res affaibli par de précédents décapages. On y laisse les objets 
jusqu'à ce que l'eau-forte ait pris une couleur bleue très foncée. 

Décapage «les pièces. — Le cuivre et ses alliages se déca- 
pent en quelques secondes en les trempant dans un bain com- 
posé (en poids) de 10 parties d'eau et 1 partie d'acide azotique. 
Pour les pièces brutes, il faut un bain plus énergique composé 
de : eau, 2 parties; acide azotique, 1 partie; acide sulfurique, 
1 partie. 

Le fer, l'acier et la foule polis se décapent dans un bain 

• composé de 100 parties d'eau et 1 partie d'acide sulfurique; on 

les laisse dans le bain jusqu'à ce qu'elles prennent un ton gris 

uniforme. Ou frotle ensuite avec de la poudre de pierre ponce 

mouillée qui met le métal à nu. 

Le fer, l'acier et la fonte bruts doivent séjourner trois ou qua- 
tre heures dans le bain de décapage, puis être frottés avec de la 
poudre de grès (amisée et mouillée; onrecommence les deux opé- 
laliotls jusqu'à disparition complète de la couche d'oxyde (Gaiffe). 

Les pièces préparées sont plongées pendant un instant dans 
un bain de même composition que celui qui a servi à les déca- 
per,^ lavées rapidement à l'eau ordinaire, puis h l'eau distillée. 

D'après Gaiffe, après avoir dégraissé et décapé les pièces 
comme cela se pralique ordinairement, on fait dissoudre dans 
de l'eau distillée chaude du sulfate double de nic-kel et d'am- 
moniaque exempt d'oxydes de métaux alcalins et alcalino-ter- 
reux. La dissolution se compose en poids de : 



Sulfate cloubl 
Eau distillée 



e de nickel et d'ammoniaque. 



I partie. 
10 — 



I 



I! faut filtrer ensuite après le refroidissement opéré. 

Mise au bain. — Ou porte alors rapidement les pièces au 
bain, on les immerge et on les accroche aussitôl. 

On place les anodes de chaque côté et bien en face de la pièce 
mise au bain et on agite doucement cette pièce pour faire com- 
mencer le dépôt aussitôt après l'immersion. 

Voici la formule d'un bain de nickel, essayé dans plusieurs 
ateliers, qui permet de déposer avec adhérence, en peu de temps 



LE N1CKELAGE. 



331 



et sous un courant électrique relativement faible, une forte épais- 
seur de nickel sur tous métaux. 



Sulfate île nickel pur.. 1,000 
Tartrate d'ammoniaque 
neutre 0,7-5 



Icide tannique à lé- 

ther °.°° 2 ,^ 

_ 20 litres. 



ditions, on fait dissoudre « %" 1 Jf^J,^ . on aJ0 ute ensuite 
fait bouillir pendantunquartdh eure ^.ron 
le complément d'eau pour fin rej t^s et on m ^^^ 

canle. Le nain se ieinun . i>rtT ,. HifYns ï e dépôt obtenu est 

produi.s et dans les mêmes P^^JJl. une très 
très blanc, doux, homogè ne, e . q no u uep ^ ^ 

forte- épaisseur, il ne produ.t pas de rugosues 

gal.anoptasliiiae en nickel. ^^ moyenn ,, 

,tl avec un liai» présentai Mil. ™^S' !0 „ 5 , om , 

^^ÏÏIÎr'du bain, ou rince les pièces à grande eau et on les 
sè ehe dans la sciure .te bois i chaude ^ ^ ^ 

Polissage. - Enfin, P° ur P 01 ' lduile d - une bouilhe 

chée à un clou à la muraille. 



i 



r 



332 



LES MÉTAUX. 



■ 



I 






CHAPITRE VII 

LA MÉTALLISATION DES CÉRAMIQUES, DES TISSUS ET DU BOIS. 

Môfallisatiou ,1e» céramiques et verreries. _ Pour mêlé.. 
I.ser les céramiques, poteries, verres ou cristaux, pour doubler 
i une couche de cuivre extérieure des ballons de verre des tubes 
•les plats et autres ustensiles culinaires en verre, grès^ erS 
on porcelaine, on se sert de divers moyens q„ donne t de 
prompts résultats, entre autres le suivant ■ uo ""e»t de 

Après avoir verni toutes les portions de la pièce qu'il s'agit de 
galvanoplasliquer, on y applique des feuilles de plomb très fine- 
ment laminées qui se prêtent complaisamment aux caprices des 

l7h[Jnll a rr V f, ada[ ' té k an P««t quelconque du 

plomb un fil conducteur de laiton, on introduit la pièce au bain 

métalliques" " ' ^^ément sur toutes les surface 

L'usage a malheureusement déjoué les prévisions des pre- 
miers expérimentateurs en ce genre, et on n'a pas tardé à s'a- 
percevoir que la dilatation de l'objet sous-jacenl et du cuiv e 
déposé n étant pas la même, il restait, sous l'impression a a 
pâleur, un espace vide entre l'objet et son armature, cequi ne 
faisait qu augmenter leschancesdefragilite.il eût été à sou 
haiter pour les chim.sles que des vases de verre, de porcelaine ou 
de grès ainsi revêtus de cuivre, aient pu présenter assez de résis- 
tance pour faire renoncer à l'emploi de la fonte émaillée ou de 
la tôle vitrifiée, qui se gercent et s'écaillent rapidement. 

Quoi qui en soit, les industries de luxe ont pu tirer un ex- 

de cltKn œ g ? re d ' a PP ,iCati ° n; C ' 6St ai " si *»*■ «■£■ 
de cristal, par exemple, a pu être d'abord entièrement recouvert 

d'orTul T C ? 'T 6 ' " a ll ' :p0Sé "dément une couche 
dor et une couche d argent; puis le ciseleur a pu, en pénétrant 
a des épaisseurs différentes, découvrir l'une après l'autre ë 
dans des parties calculées à l'avance, d'abord la couche d'argent 
ensuite celle de cuivre, et enfin arriver au cristal lui-même 
de manière a laisser le flacon étroitement emprisonné dans un 
reseau nuancé de diverses couleurs 

Il va sans dire que le flacon de cristal aurait pu être remplacé 
loguë a ' U " preSSe -P a P ier ou tout autre objet ana- 

Unlrès habile électricien, un véritable artiste dans son genre, 



MÉTALLISAT10N DES CÉRAMIQUES, DES TISSUS, DU BOIS. 333 

M. Chablin; pratique sur une large échelle la décoration galva- 
noplastique des porcelaines, céramiques et cristaux de luxe; 
seulement, son moyen de métaliisatio'n diffère essentiellement de 
ceux que nous avons décrils. Il se borne à employer, comme con- 
ducteur, la même couche de dorure qu'on applique sur la por- 
celaine el le cristal par les moyens anciens et bien connus, et il 
arrive ainsi à des finesses de détail incroyables, jointes à une so- 
lidité si parfaite, qu'il ne lui esl nullement nécessaire de reborder 
ou d'emprisonner l'objet dans le dépôt galvanique, comme nous 
avons dit que c'était indispensable pour les moyens déjà décrits 
Supposons qu'il veuille opérer sur une assiette de porcelaine qui 
ne devra recevoir à son centre qu'un ornement ou chiffre à re- 
lief métallique : il fera dorer le chiffre avec de l'or au pinceau, 
passer au mouffle, comme le font tous les doreurs sur porcelaine, 
puis, après avoir oblenu celte couche sans épaisseur appréciable, 
il s'en servira comme de méiallisalion, c'est-à-dire qu'il fixera 
sur un point quelconque de la dorure un conducteur métallique 
imperceptible, et portera le tout au bain galvanoplaslique de 
cuivre, d'or ou d'argent; le dépôt galvanoplaslique prendra peu 
à peu son épaisseur comme sur une surface métallique ordinaire, 
et participera de l'adhérence que la dorure au feu présentait 
elle même avec la porcelaine. Ou pourra ensuite polir, guillocher 
ou ciseler le dépôt. 

On ne saurait se figurer les délicieux produits obtenus par 
ce genre décoratif, dont on voit chaque jour, dans nos riches 
magasins de joaillerie, les plus charmants échantillons sans sou- 
vent se rendre compte de la manière ingénieuse dont ils out été 
obtenus. 

Méiallisalion pur -mie humilie. — Si les métaux appliqués 
en poudre même impalpable, mais d'une manière purement mé- 
canique, n'ont pas conduit aux résultats qu'on devait attendre ; 
il n'en est pas de même de la méiallisalion qu'on obtient par la 
réduction sur l'objet lui-même de certains sels mélalliques. L'ar- 
gent, l'or el le platine, ainsi réduits de leurs .dissolutions, sont 
d'excellents conducteurs, probablement parce qu'ils sont plus ré- 
l'ractaires à l'action du sulfate de cuivre et que leurs molécules 
plus fines forment un réseau plus serré. 

C'est généralement au premier de ces mélaux, c'est-à-dire à 
l'argent réduit de ses dissolutions, qu'on donne la préférence. 

On fait dissoudre dans un liquide approprié, comme nous 
allons l'indiquer tout à l'heure, l'azotate d'argent (nitrale d'ar- 
gent, pierre infernale); puis on enduit au pinceau l'objet qu'on 
veut galvanoplastiquer; on laisse sécher et on recommence à 

19. 



m 

m 



I 









334 LES MÉTAUX. 

deux ou Irois reprises; enfin on le soumet, soit a la lumière 
solaire, soil à l'action du gaz hydrogène (simple, sulfuré, phos- 
phore ou arsénié), soit mieux encore à la vapeur d'une solution 
concentrée de phosphore dans le sulfure de carbone. Pour celle 
dernière substance, on introduit au fond d'une boite bien assem- 
blée une petite assiette dans laquelle on verse un peu de solulion 
phosphorée, et, au couvercle de celte boite ou autour de l'as- 
siette, on place l'objet imprégné de nitrate d'argent; on ferme 
hermétiquement el on laisse réagir quelques heures pour que 
toute la solulion phosphorée disparaisse. 

L'objel ainsi Iraité sorl entièrement noir, ce qui indique la ré- 
duction du sel d'argent; on attache à l'aide d'un conducteur et 
l'on porte au bain. 

Quand il s'agit de métalliser ainsi de la porcelaine, du bois 
ou toute autre malière un peu résistante, on dissout l'azotate d'ar- 
gent dans l'eau distillée, une partie de sel d'argent pour 20 par- 
ties d'eau dislillée ; mais s'il s'agit de matières grasses ou rési- 
neuses que l'eau ne saurait mouiller, on se sert de l'ammoniaque 
ou alcali volatil qui dissout le sel d'argent en toutes propor- 
tions; si enfin on s'adresse à des objets très délicats et qui ne 
peuvent supporter une longue manipulation, on a recours, comme 
dissolva.nl, à l'alcool ou espril-de-vin qui sèche et s'évapore 
promplement. L'alcool à 36° dissout peu d'azola'e d'argent, mais 
la trituralion dans un mortier de porcelaine ou de cristal en 
fait prendre assez pour la mélallisation des fleurs, feuilles, 
mousses, lichens, insectes, etc. 

Galvanatypie. — Nous ne connaissons pas le procédé que 
M. Juncker emploie pour ses remarquables reproductions en mé- 
tal. Cet inventeur garde secret son mode opératoire, auquel il a 
donné le nom de galvanatypie . Mais les résultats obtenus sont 
trop intéressants pour que nous les passions sous silence (fig. 388). 
Les dépôts électrochimiques ont été depuis longtemps em- 
ployés pour recouvrir, non pas seulement des objets métalliques, 
mais encore des modèles en plaire, des végétaux, certains ani- 
maux même, auxquels on donnait ainsi une apparence métalli- 
que. Malheureusement le métal doit être excessivement mince, 
sous peine de faire disparaîlre les finesses du modèle; il peut 
donner à l'objet l'aspect du métal, mais il ne lui enlève pas sa fra- 
gilité. 

Tout différents sont les résultats obtenus par M. Juncker fils. 
La galvanatypie diffère du recouvrement, avec plus ou moins 
d'épaisseur, de tout objet traité par les moyens habituels, en ce 
que l'on ne se trouve plus en présence d'un (ype déformé ou 



MÉTALLISAT10N DES CÉRAMIQUES, DUS TISSUS, D'J BOIS. 335 

fragile, selon que le 
métal déposé par la 
pile est de fort ou de 
mince recouvrement , 
mais bien devant une 
pièce pesante, rigide, 
sonore comme le bronze, 
conservant les puretés 
et les finesses du modèle 
métamorphosé, de plus 
ne réclamant aucune re- 
touche, pouvant se river 
et se souder à l'égal des 
métaux et propre, dès 
lors, à l'emploi décora- 
tif qu'on voudra lui don- 
ner. 

Gomment est con- 
duite l'opération, c'est 
ce que nous ne pouvons 
savoir au juste. Il est 
aisé, cependant, sinon 
de deviner les tours de 
main qui assurent la 
réussite, au moins de 
comprendre vaguement 
la série des opérations 
nécessaires. 

Supposons qu'il s'a- 
gisse de transformer en 
métal plein une branche 
de vigne, avec ses ra- 
mifications, ses feuilles 
et ses fruits. On com- 
mence sans doute par 
en détacher toutes les 
parties fines, et particu- 
lièrement les feuilles, 
qui seront traitées à 
part, puis soudées en- 
suite à leur place, et 
dans la situation qu'on 

voudra leur donner. La Fig. 388. — Spécimen de ptlTanalypie. 




336 



LES MÉTAUX. 




branche, avec ses principales ramifications, reçoit la forme défi- 
nitive du motif ornemental, ou peut-être la forme la plus favo- 
rable à la réussite de l'opération, puis elle est métallisée au 
moyen de la plombagine ou de sulfure d'argent, et introduite 
dans le bain. 

On arrête le dépôt galvanique avant que la couche de cuivre 
déposée ait atteint un dixième de millimètre; une épaisseur 
plus grande ferait disparaître les reliefs et effacerait toutes les 
finesses du bois. 

Il faut alors détruire la matière végétale, car on ne peut 
songer à la faire sortir mécaniquement; l'opération présente 
évidemment des difficultés à cause du peu de solidité de l'enve- 
loppe métallique. La combustion doit faire la plus grosse partie 
de la besogne. Le tout est sans doute chauffé à petit feu, par des 
procédés probablement tout spéciaux. Il est à croire qu'on in- 
jecte en même temps de l'air par les ouvertures laissées à la 
suite de l'enlèvement des feuilles, ce' qui permet d'obtenir, non 
pas une simple carbonisation, mais bien une combustion com- 
plète. Mais alors comment éviter l'oxydation du métal lui-même? 
Les cendres seraient ensuite enlevées par une lessive alcaline 
non susceptible d'attaquer le métal. 

On possède dès lors une reproduclion galvanique de la bran- 
che, mais une reproduclion galvanique de très faible épaisseur, 
de très petite résistance. On y coule un métal de façon à la 
rendre massive; il s'agit sans doute, le plus souvent, "d'un al- 
liage très facilement fusible, et qu'on injecte par pression à une 
température relativement peu élevée, à l'aide d'une pompe à 
liquide. Dans des cas particuliers, pour des pièces de grande 
section, qu'on peut soutenir extérieurement en les entourant 
de sable, il doit être possible de couler intérieurement du 
bronze. 

Les parties les plus fines qu'on avait d'abord enlevées se 
traitent à part. Parlons par exemple des feuilles. On se contente 
de déterminer la formation du dépôt galvanique sur l'une des 
faces, puis on détruit la matière organique, et on renforce le 
dépôt en coulant derrière une épaisse couche de métal. Cette 
manière d'opérer a cependant un inconvénient; elle oblige à 
placer la feuille, dans le motif ornemental, de telle manière 
qu'elle ne puisse être vue que d'un côté. 

C'est vraisemblablement après avoir ainsi terminé séparé- 
ment chaque pièce, qu'on procède à l'assemblage Toutes les 
parties étant massives, on peut les river, les souder les unes aux 
autres, les courber même à volonté, de manière à obtenir l'effet 



MÉTALLISATION DES CÉRAMIQUES, DES TISSUS, DU BOIS. 337 
général désiré. Les soudures disparaîtront ensuite quand on 
bronzera, qu'on arpentera, qu'on dorera la pièce entière. 

Quoi qu'il en soit des délails de l'opération et des difficultés 
qu'elle présente, le résultat obtenu est très remarquable. 

Métallisalion d'un camée. — Il n'est pas impossible de 
galvanoplastiquer, sans métallisalion préalable, une substance 
non conductrice. Qu'on serre, par exemple avec un simple fil de 
cuivre, un camée d'agate et qu'on l'introduise dans le bain : le 
fil seul va recevoir le dépôt et son volume s'accroîtra de toutes 
parts, niais si on recouvre le fil à sa partie extérieure, et . à 
mesure qu'il s'accroît d'un vernis isolant, il ne pourra plus s'é- 
tendre que latéralement et viendra ainsi peu à peu envelopper 
l'objet dont, après séparation, il fournira une reproduction 
d'autant plus exacte, qu'aucun corps étranger n'aura été inter- 
posé. . , 

C'est ainsi que souvent des portions de moules qui n ont pas 
été métallisées se trouvent néanmoins recouvertes d'un dépôt 
de cuivre. 

!Ié<allisation .les tissus et étoffes. - La métallisalion par- 
voie humide est si parfaite, qu'un cocon de ver à soie ainsi préparé 
peut être entièrement dévidé et le fil qui en résulte être assez 
conducteur du fluide électrique pour faire dévier instantanément 
l'aiguille du voltamètre, quand il sert de conducteur entre la pile 
et cet instrument. 

Des flottes de soie grège, c'est-à-dire des écbeveaux entiers 
de soie de cocon ont été recouverts sur semblable métallisalion 
d'une couche de cuivre tellement mince et uniforme que leur 
flexibilité eu était à peine altérée. Ces mêmes écbeveaux ont pu 
recevoir de nouveaux dépôts d'or et d'argent; mais, par I im- 
possibilité de tout décapage ultérieur, la dorure et l'argenture 
laissaient beaucoup à désirer. 

Des blondes, dentelles et mousselines, ainsi cuivrées, dorées 
et argentées, n'avaient rien ou presque rien perdu de leur sou- 
plesse primitive. On pouvait même brunir certaines parties de 
ces objets et établir ainsi des contrastes de mal et de brillant. 
Il n'est pas sans importance de faire remarquer que si Ion 
fixe, avec la métallisalion, l'objet à un conducteur, ce dernier 
doil être en or, en argent ou en platine, les autres métaux 
décomposant avec énergie la solution d'azotate d'argent. On 
pourra, au contraire, se servir d'attaches en cuivre ou en laiton, 
si la métallisalion esl complètement achevée, c'est-à-dire si le 
phosphore a réduit à l'état métallique l'agent actif de l'azotate 
d'argent. 



mu 






m 






ma 



m 



338 



LES MÉTAUX. 



Pour préparer la solution de phosphore Jans le sulfure de car- 
bone, on emplit à moitié de ce dernier liquide un flacon à large 
ouverture bouchant à l'émeri, c'est-à-dire avec un bouchon de 
verre bien rodé; puis on introduit peu à peu des fragments de 
phosphore légèrement essuyés et on agile; le phosphore se dis- 
sout comme le ferait un morceau de sucre d'orge dans l'eau 
mais beaucoup plus rapidement; on ajoute du phosphore jus- 
qu'à ce que la dissolution ne s'accomplisse plus. Cette prépara- 
tion demande, dans son emploi, une grande prudence, car elle 
a la propriété d'enflammer spontanément, en se desséchant, 
tous les objets combustibles qui en ont été mouillés. Un papier 
ou un linge qu'on y trempe et qu'on expose ensuite quelques se- 
condes à l'air s'enflamme de lui-même. 

Galvanisation tin bois. — Les bois découpés sont en général 
très légers, très délicats; qui empêcherait de les galvaniser, 
c'est-à-dire de les recouvrir d'une légère couche de métal en 
manière de vernis?— La galvanoplastie a rendu de grands ser- 
vices à l'industrie, pourquoi la découpure ne lui emprunterait- 
elle pas quelques-uns de ses procédés? Les résultats sont acquis 
par une longue succession de faits et d'expériences; le fait, le 
voici dans toute sa réalité : plonger dans un bain saturé une plan- 
chette de bois découpé, la retirer au bout de quelques heures 
pour avoir la satisfaction de la retrouver blindée, c'est-à-dire re- 
couverte d'une couche uniforme de métal, cuivre ou nickel, sui- 
vant la nature du bain. 

Voici donc comment on peut préparer les pièces : Avant d'être 
soumise à la galvanisation, toule pièce de découpure doit être 
revue, nettoyée, corrigée et parfaite. Les bavures de la scie sont 
enlevées, les fautes et les défectuosités du sciage sont rectifiées 
à la lime; il ne doit y rester aucune trace de papier ou de colle; ■ 
en un mol, la pièce découpée doit se présenter aussi nette et po- 
lie que si elle devait être abandonnée à elle-même après le ver- 
nissage. 

La préparation des bois découpés, au point de vue des rec- 
tifications et du poli, n'est pas suffisante pour que, soumis à 
l'action des bains et des piles, ils puissent être recouverts d'une 
couche de cuivre, de nickel, d'or ou d'argent; il faut de plus qu'ils 
soient rendus conducteurs de l'électricité par l'imperméabilisa- 
tion et par la métallisation. 

Cette mélallisation ou conductibilité factice est la première et 
la plus indispensable condition de la galvanisation ; car pour que 
le métal réduit par le courant électrique dans le sel de cuivre 
qui compose le bain puisse se reporter sur l'objet à recouvrir, il 



MÉTALLISATION DES CÉRAMIQUES, DES TISSUS, DU BOIS. 330 
faut absolument que ce dernier soit conducteur de l'électricité, 
c'est-à-dire que dans le bain il puisse faire partie constituante de 
l'électrode négative de la pile; en un mot, agir comme s il était 
réellement en métal, et servir à déterminer la formation du cou- 
rant extérieur de la pile dans l'intérieur du bain ; il est évident 
que si l'une des électrodes de la pile n'était pas conductrice de 
l'éleclricilé, le courant ne se formera pas, et le métal ne sera 
pas mis en liberté. 11 faut donc à tout prix, et par tous les 
movens, obtenir celte propriété factice, et. on y arrive en re- 
couvrant les objets réfraclaires à L'électricité d'une cou eue de 
plombagine ou de toute autre poudre métallique impalpable; 
c'est ainsi qu'on est parvenu à soumettre a l'action galvanique la 
porcelaine, le verre, le cristal, les plâtres et autres mal. nés 
plastiques, les bois, les fleurs, les fruits, les feuilles, les animaux, 
les insectes les plus délicats, et même les fils les plus délies des 

tissus. . 

Les'insuccès et les divers mécomptes de la galvanisation ré- 
sultent toujours du défaut d'imperméabilité des objets .m de leui 
incomplète métallisalkm. Le courani électrique, inconscient de 

sa nature, relève et accentue toutes ces défectuosités de pirpara- 
tion, et au lieu de s'en prendre à soi-même on accuse les dé- 
ments d'impuissance. 

C'est pourquoi nous insistons sur ces recommandations, ue 
l'observance desquelles dépend la réussite ou l'insuccès des tra- 
vaux entrepris. . . 

Pour ce qui a rapport à l'opération électro-chimique, nous 
renverrons le lecteur au ebapitre traitant spécialement de la 
galvanoplastie. . 

Dans les pièces montées, la galvanisation doit-elle se fine ou 
peut-elle se faire séparément sur ebaque morceau ou en bloc 
sur l'objet monté et assemblé? Oui et non. 

t° Quand les diverses pièces d'une découpure sont galvani- 
sées avant l'assemblage, il faut garantir de tout dépôt métallique 
les tenons et les joints; joints et tenons se trouveraient delor- 
més par le métal, et la colle-forte n'aurai» pas de prise sur les 
pièces à réunir ensemble. On y parvient en pratiquant ce que 
les galvanoplastes appellent des réserves ou des épargnée, c est- 
à-dire en enduisant d'un vernis gras les parties a préserver des 
recouvrements métalliques. Les corps gras et les huiles sont re- 
bellesà l'action électro-chimique des sels. Ce sont deux principes 
contraires, qui se neutralisent. C'est aussi une des raisons pour 
lesquelles nous recommandions de faire disparaître toute tache 
d'huile ou de graisse sur les pièces de bois, qui doivent être 






340 



LES MÉTAUX. 



plongées dans les bains. La matière la plus avantageuse et qui 
donne les meilleurs résultats pour la préservation des tenons 
mortaises ou joints d'assemblage, est l'huile siccative, lar- 
gement additionnée de litharge. Le courant électro-chimique 
na pas de prise sur cet enduit, ce qui permet de réserver 
toutes les parties qui sont destinées à être réunies à la colle 
forte. 

2° On pourrait, dit le D' Combes, essayer de mettre au bain des 
pièces toutes montées; le résultat compenserait l'ennui d'avoir 
un matériel plus encombrant. La pièce se chargerait plus uni- 
formément de métal, les joints et les assemblages seraient dissi- 
mulés sous le dépôt des sels, en même temps qu'ils sont conso- 
lidés parcelle cuirasse qui élreiut toutes les parties. L'objet prend 
toutes les apparences d'un bronze, déchiqueté, et dès lors se 
pose le problème de l'énigme de savoir comment on est par- 
venu a fondre et à couler une pièce aussi légère et ajourée. La 
solution est pourtant bien simple : les objets montés à la colle 
ou avec des vis de cuivre sont soumis à l'action chimique dans des 
bains plus considérables, avec des uslensiles plus grands, avec 
des piles plus fortes et une dépense de sels plus grande. Ce n'est 
m un mystère, m une difficulté; ce qui est possible en pelit est 
possible en grand, ce n'est plus qu'une question de dilférence 
de moyens, et quand on veut atteindre le but, on n'a qu'à dis- 
poser les combinaisons; qu'on prenne une cuve plus ou moins 
grande pour les bains, qu'importe? Qu'on ajoute de plus grandes 
proportions de sels à de plus grandes quantités d'eau, les effets 
seront les mêmes et les réactions chimiques se produiront en 
raison des piles qui aclionnent l'opération? En présence de 
tels résultats, pourquoi donc hésiter? Nous voulons, nous récla- 
mons le progrès; n'en serait-ce donc pas un que de pouvoir 
galvaniser de toutes pièces les découpures el pouvoir les pro- 
duire dans des concluions de solidité, d'aspect et d'illusions, qui 
déconcertent tout ce qui a été fait et produit jusqu'ici dans ce 
genre de travaux récréatifs? Sans doute la préparation des pièces 
montées sera soumise à des précaulions plus minutieuses, mais 
H sutura de les indiquer pour assurer le succès des opérations 
chimiques : 

Dans le montage, il faudra proscrire l'emploi des pointes et 
des fers qui sont de nature à décomposer les bains et à compro- 
mettre les réactions chimiques; on pourrait à la rigueur pros- 
crire également les vis de cuivre qui ont l'inconvénient de se 
décomposer sous l'action de la pile ou tout au moins d'attirer 
autour d elles un dépôt trop abondant de sulfate de cuivre, ce 



MÉTALLISA.TION DES CÉRAMIQUES, DES TISSUS, DU BOIS. 341 

qui contrarierait l'action de la pile et dérangerai! l'uniformité 
de la couche générale. Mieux vaudrait, sous tous les rapports, 
s'abstenir de faire entrer aucun mêlai dans l'assemblage des ob- 
jets montés, n'installer avant l'immersion dans le bain aucune 
charnière, aucune serrure, aucun boqueteau. Il sera toujours 
temps après l'immersion de procéder à leur pose, surtout quand 
on aura eu soin d'en ménager les entailles, de manière qu'on 
n'ait pas à toucher avec le couteau les bois et leurs revête- 
ments. 

En se contentant d'un montage à la colle forte, qu'il soit à en- 
chevêtrements par tenons et par mortaises, ou qu'on ail remplacé 
au besoin les vis et les clous de métal par des chevilles en bois, peu 
importe, pourvu que la pièce montée soit dégagée de tout excé- 
dent de colle forte et de chevilles et que les surfaces en soient 
nettes et polies, avec autant de soin que s'il s'agissait d'une pièce 
unique à tremper dans le bain. Outre que les bourrelets de colle 
seraient disgracieux, ils nuiraient à la galvanisation, s'ils n'étaient 
soigneusement enlevés. La colle est une matière grasse, puis- 
qu'elle est un résidu d'os et de gélatine et s'oppose de sa na- 
ture aux réactions chimiques; on en débarrassera non seule- 
ment les Joints, mais en l'employant on la ménagera au point 
de n'en poser que la quantité suffisante pour que l'objet et les 
assemblages se tiennent debout; il faut compter sur In couche 
métallique pour relier les pièces ensemble. 

Mais ce dépôt sera-t-il bien uniforme dans toutes ses parties; 
les intérieurs, les angles surtout recevront-ils d'une manière 
exactement identique l'action du courant électrique? N'yaura- 
t-il pas déperdition des sels et difformité des couches? C'est là 
une première considération. Une autre non moins grave, c'est 
qu'au sortir du bain la pièce, qui apparaît terne, terreuse et ru- 
gueuse, doit être polie avec des poudres de tripoli ou du rouge 
anglais, et qu'il n'est pas facile avec des brosses ou du drap 
imbibés d'huile ou de substances polissantes, de pénétrer dans 
les moindres recoins d'une pièce assemblée. 

Nous avons exposé les raisons pour et contre; chacun sera libre 
de prendre une détermination. 






m 



I 






342 



LES MÉTAUX. 



CHAPITRE VIII 

L' HORLOGER-AMATEUR. 



Cadrans solaires. — Les cadrans solaires sont bien délais- 
sés depuis que l'horlogerie a fait de notables progrès, surtout 
au point de vue de la précision; elles ne sont plus guère qu'un 
objet de curiosité et presque personne ne perd plus son temps à 
tracer géométriquement leurs divisions horaires selon la décli- 
naison du plan, la forme et la hauteur du gnomon, etc. 

Nous ne mentionnerons donc qu'une de leurs applications qui 
a encore un certain succès : les cadrans solaires de poche. 

Cadrans solaires «le poche. — Dans ce genre d'appareils, le 
cadran, qui se compose d'un arc de cercle en cuivre soutenant la 
lige du style et sur lequel sont marquées les divisions horaires, 
est nionlé à charnière sur le dessus d'une boussole divisée en 
degrés. Au moyen d'un petit niveau d'eau, on place l'ensemble 
dans une position parfaitement horizontale, et, lorsqu'on veut 
avoir le lemps vrai, il suffit d'incliner le cadran parallèlement à 
l'axe du monde, après s'être assuré toutefois, au moyen de la 
boussole, de la bonne direction de la méridienne. Ces prélimi- 
naires achevés, l'ombre de l'aiguille s'allonge sur les divisions 
du cercle horaire et indique le lemps vrai et l'heure réelle. Ce 
cadran est équinoxial. 

Montre solaire. — La montre solaire est un rustique instru- 
ment, d'un emploi assez général dans les Pyrénées et qui mérite 
d'être décrit. 

A quelque point de vue qu'on l'étudié, cette montre diffère 
essentiellement des gnomons et des cadrans dont nous venons de 
parler. Comme eux, cependant, elle a pour but de déterminer 
l'heure par l'ombre d'un style exposé au soleil. 

Sur un fût vertical en bois, de section hexagonale, sont tracées 
en ordonnées verticales les différentes heures de la journée. 

La seule recommandation que nous ayons à faire aux per- 
sonnes qui se servent de ces appareils, c'est d'avoir soin, au 
moment de l'observation, de placer la colonne bien verticalement, 
afin d'éviter les erreurs de lecture que produirait la longueur 
normale de l'ombre du style. 

Mais dans tous les cas, tous ces cadrans et toutes ces montres, 
soumis aux caprices du dieu Soleil, ne vaudront jamais une bonne 
horloge mécanique ou tout autre indicateur horaire qui n'a pas 






L'HORLOGER AMATEUR. 



343 



besoin de lumière pour accuser l'heure; aussi les cadrans so- 
laires et les montres solaires ne sont-Us plus guère en usage. 

Horloges. —Tout indicateur horaire mécanique se compose 
de Irois pièces : 

Le moteur (poids ou ressort, électricité ou air comprimé); 

Le régulateur (balancier 
ou pendule) qui règle et 
rend régulier le mouve- 
menl produit par la force 
motrice ; 

L'échappement qui em- 
pêche le travail accumulé 
de se consommer en peu 
de temps; 

Ajoutez à cela les com- 
munications du mouve- 
ment régulier ainsi pro- 
duit avec les appareils 
indicateurs : ce sont les 
rouages, la minuterie. 

Nous donnerons d'a- 
bord une idée générale 
des horloges en représen- 
tant un mécanisme com- 
plet d'horlogerie (fig. 389). 

B est le poids moteur; 
T est un tambour sur le- 
quel est enroulée la corde 
tirée par le poids ; f est 
le carré ou axe du tam- 
bour sur lequel s'adapte 
la clef à l'aide de laquelle 
on remonte le poids; J, 
D, E", e' , E' e sont les 
rbueset pignons intermé- 
diaires qui transmettent 
le mouvement; G E est la roue de rencontre, dont nous repar- 
lerons, à propos de Y échappement ; I, K, sont les palettes de 
l'échappement que la roue chasse alternativement; r, r' , r" est la 
cadrature; c, le canon porteur de l'aiguille des heures, traversé 
par l'axe de l'aiguille des minutes ; V, V est une tige à fourchette 
qui lie l'échappement au pendule; P, L enfin est le pendule à 
lentille qui oscille et serl de régulateur. 




389. — Mécanisme d'horlogerie complot. 



' 






344 



LES MÉTAUX. 



Moteur. — Le moteur est la force constante qui donne l'ori- 
gine du mouvement de l'horloge. 

Poids. — Autrefois le moteur de la plupart des horloges était 
un pouls (fig. 389, B) attaché à une corde enroulée sur un tam- 
bour ou poulie T; un contre-poids plus faible attaché à l'autre 
extrémité de celte corde la tient tendue. Si ce poids était aban- 
donné à l'action de la pesanteur, il tomberait de plus en plus 
vite, ainsi que le démontre la physique. Mais à peine a-t-il par- 
couru un petit chemin en descendant, que sa chute se trouve 
arrêtée par un obstacle passager; presque aussitôt que cet 
obslacle a cessé de s'interposer, la chute du poids moteur re- 
commence, pour s'arrêler de même après que la même hauteur 
a été parcourue, et par l'effet du même obstacle; ainsi, l'on ob- 
tient une série très nombreuse de chutes toujours les mêmes 
qui donnent autant d'unités de temps. 

Ressorts. — Dans les pendules que l'on place sur les chemi- 
nées, et dans les montres, le poids moteur est remplacé par un 
ressort spiral qui se débande peu à peu, et qu'un obstacle arrête 
après des inlervalles égaux. 

Le ressort est le seul genre de moteur qui puisse remplir les 
conditions de durée nécessaire pour les appareils d'horlogerie 
portatifs et peu volumineux. 

C'est une simple lame d'acier, longue et mince, convenable- 
ment trempée et qui a été travaillée de manière à s'enrouler 
d elle-même en spirale, c'est-à-dire trempée en paquet et recuite 
sous cette forme. 

Supposons que l'extrémité extérieure du ressort étant attachée 
à un point fixe, son autre extrémité soit liée à un axe susceptible 
de tourner sur lui-même. Lorsqu'on fera tourner cet axe dans un 
sens convenable, il entraînera avec lui l'extrémité intérieure du 
ressorl, les spires se serreront de plus en plus autour de lui, accu- 
mulant ainsi la force mécanique dépensée à les serrer. Si l'on 
abandonne ainsi l'axe à lui-même, le ressorl, qui tend à repren- 
dre sa force primitive, imprimera un mouvement de rotation à 
un cylindre dans lequel on l'aura renfermé. 11 faut évidemment 
qu'un rochet adapté à l'arbre du milieu ne lui permette de tourner 
que dans le sens de l'enroulement des spires du remontage, et 
1 empêche de se dérouler par le centre, après cette opération, 
effectuée avec une clef à tête ou à poignée entrant dans le' carré 
qui termine l'axe. Il faut en outre que l'extrémité extérieure soil 
assemblée avec le barillet, cylindre qu'il met en mouvement et 
qui constitue le point de départ de tout mouvement d'horlogerie 
qui n'est pas susceptible d'être mû par un poids. 



L'HORLOGER AMATEUR. 



34c 



Comme on le voit, le ressorl n'est pas à proprement parler un 
moteur, mais bien un accumulateur qui permet d'emmagasiner 
une force mécanique que l'on peut dépenser ensuite à volonté. 
Dans les premiers instants où il commence à se dérouler, la force 
qu'il développe est maximum, puis elle décroit et devient nulle 
quand la lame a repris sa forme ordinaire. 

La loi de variation d'action du ressort qui se déroule est com- 
plexe, mais il est bien évident qu'elle doit avoir des limites assez 
écartées pour un ressort de même épaisseur dans toute son éten- 
due, forme qu'on lui donne au laminoir pour mener l'acier à la 
faible épaisseur que ces ressorts ont en général (de 1 à 3 dixièmes 
de millimètre). On a remédié à ce défaut en donnant à la lame 
d'acier une épaisseur plus grande à l'extrémité située près de 

l'axe. 

p usi ! e , - Avant que cette diminution dans la largeur du ressort 
fut connue on avait imaginé la fusée. Cette pièce (fig. 390) est une 
sorte de cône C, sur lequel s'enroule une chaîne qui va s'enrouler 
aussi sur un tambour T, dans 
lequel est emprisonné le res- 
sorl moteur. A mesure que 
l'axe se débande et que son 
tambour tourne, la portion de 
chaîne qui joint le cône au tam- 
bour, et qui se déroule sur le 
cône, vient toucher ce dernier, 
de plus en plus loin de son sommet, et par conséquent agit 
sur un rayon toujours plus grand. La force avec laquelle celte 
chaîne tire le cône est donc de plus en plus favorisée, et cet 
accroissement compense la diminution de l'énergie du ressort. 

On a abandonné la fusée, qui nécessairement occupe une cer- 
taine hauteur, quand la mode est venue de proscrire les montres 
épaisses. Cette mode, on le sait, a été poussée à l'excès; et pour 
viser à un aplatissement outre mesure, on a été obligé de com- 
promettre les qualités des montres, et d'élever en même temps 
le prix de leur façon. 

Quand l'horlogerie eut en même temps à sa disposition le 
poids et le ressort pour moteurs, la fusée pour organe correc- 
teur du mouvement, il sembla qu'elle n'eût plus rien à attendre 
de l'ingéniosité humaine. Et cependant elle était loin d'atteindre 
à la précision à laquelle elle est parvenue depuis. Il fallut que 
Galilée inventât et lluyghens en 16711 appliquât aux cadrans ho- 
raires le pendule pour rendre les horloges absolument invaria- 
bles; ce qui leur a fait donner le nom général de pendule. 




390. — Fusée des ancienues montres. 



■ 






346 



LES MÉTAUX. 



I 

I 



Régulateur. — Le régulateur, ayant un mouvement propre 
uniforme, assure l'écoulement régulier de la force constante du 
moteur. C'est le pendule, et le balancier ou spiral. 

Pendule oscillant. — Le pendule des horloges se compose ordi- 
nairement d'une lentille en plomb ou en cuivre; elle est plate 
(forme préférable à celle de la sphère pour surmonter la ré- 
sistance de l'air), et suspendue par une tige. 

La suspension a lieu de deux manières : soit sur l'arête d'un 
couteau qui traverse perpendiculairement la tige et porte, par 
son tranchant sur deux appuis, comme on le fait pour les fi'éaux 
de la plupart des balances, soit par l'intermédiaire d'une lame 
flexible en acier reposant sur deux triangles que l'on peut r,ir>- 
procher à volonté à l'aide d'une vis. Ce second dispositif est 
même le meilleur des deux, car il fournit une nouvelle ressource 
pour régler exactement la longueur du pendule. 

La durée de l'oscillation variant avec la longueur du pendule, 
une horloge se réglera en faisant varier celui-ci, ce qui s'obtient 
en remontant ou en descendant la lentille sur sa lige. On remonte 
ha pendule quand l'horloge retarde, afin de diminuer le temps de 
l'oscillation; on opère inversement, si elle avance. 

Lorsque Huyghens eut imaginé de doter l'horlogerie du pendule 
oscillant et réglant uniformément le déroulement du ressort, on 
crut tout d'abord que les horloges de poche n'auraient rien à 
gagner avec ce régulateur qui avait hesoin, pour pouvoir mar- 
cher, d'être maintenu dans une verticalité absolue ; mais c'était la 
une grosse erreur que le savant Hollandais se chargea de dissiper. 
Balancier ou spiral. — Le régulateur des montres et des chro- 
nomètres fut composé par Huyghens, au moyen de deux pièces 
qu'il appela le sjnral et le balancier, et qui n'empruutaient abso- 
lument rien à la théorie du pendule, régi par la loi de la gravité 
et de la chute des corps. Cette invention lui fut sans doute sug- 
gérée par la corde tordue qui supportait le halancier des vieilles 
horloges. Le spiral étant un ressort d'acier, roulé, comme son nom 
l'indique, en spirale et d'une élasticité parfaite, et l'extrémité 
.extérieure étant fixe, on bande l'extrémité intérieure, celle du 
centre, d'une certaine quantité; aussitôt que l'etl'ort cesse, le 
ressort revient à sa première position, puis la dépasse par une 
extension égale à la compression, comme le fait une lame élas- 
tique que l'on fait vibrer. 

Mais si l'on abandonnait le spiral à lui-même, ses oscillations 
seraient beaucoup trop promptes; c'est pour les ralentir et 
pour les régulariser qu'on introduit dans le système une masse à 
mouvoir par le spiral. Cette masse consiste en un balancier, une 



L'HORLOGER AMATEUR. 



347 



roue faisant l'effet de volant, dont la masse principale, disposée 
à la 'circonférence, lient au cenlre par trois ou quatre bras et 
qui tourne alternativement dans un sens ou dans l'autre. Ce ba- 
lancier doit être centré avec le plus grand soin; autrement, la 
force centrifuge et, dans la position verticale de la montre, la gra- 
vité viendraient augmenter ou diminuer la force de rotation du 
spiral en agissant comme force accélératrice, ou retardatrice; 
toule régularité serait alors détruite. 

l'encliquetage est encore d'un usage général et indispensable 
dans les appareils d'horlogerie. Il a pour principe une roue qui 
devient indépendante dans une certaine direction et qui est liée 
à la roue motrice dans l'autre par le fait de ses dents, qui, cou- 
pées en crochet dans un sens, s'échappent en courbe dans l'autre. 
\u lieu de tourner entièrement sur lui-même, il va et revient con- 
tinuellement par oscillations et devient le véritable régulateur 
qu'on a appelé depuis balancier, nom d'ailleurs bien justifié. 

Echappement. - L'échappement est le premier organe du 
svstème de mouvements circulaires. 

" Au moyen de l'échappement et de rouages intermédiaires, les 
oscillations du pendule des horloges sont liées avec les chutes 
successives du poids moteur ou avec les débandemenls du ressort 
spiral, quand celui-ci est employé au lieu du poids. 

Telle est la disposition de l'appareil, que chaque fois que le 
moteur fait un petit chemin il se trouve momentanément arrêté 
parles oscillations mêmes du pendule. Si le pendule existait seul 
dans l'horloge, il finirait par s'arrêter à cause des frottements 
de son point de suspension et des résistances de l'air qu'il tra- 
verse • mais, chaque fois, le moteur auquel il résiste lui donne 
une petite impulsion qui compense les frottements du point 
d'appui et de l'air; et, de son coté, le moteur arrêté chaque fois 
par le pendule revient au repos et recommence à nouveaux 
frais son mouvement directeur, qu'il accomplit toujours par 

fractions égales. 

Le mécanisme de l'échappement, quelque varie qu il puisse être, 
se réduit toujours à procurer entre le dernier rouage et le régu- 
lateur une action réciproque, en vertu de laquelle, d une pari, 
le régulateur ralentit ce mobile et rend la force uniforme, tandis 
que d'autre part, unealiquote quelconque de la force motrice se 
transmet au régulateur pour entretenir ses oscillations, qui tôt 
ou tard cesseraient, par suite de la résistance de l'air et des 
frottements. , 

On comprend ainsi aisément combien la perfection de 1 échap- 
pement peut et doit contribuer à celle de l'horloge. Vainement 



I 

m 



m 






348 



LES MÉTAUX. 



le mouvement et le régulateur seront parfaits en leur R enre 
si le mécanisme qui les unit est vicieux ; son influence ne tardera 
pas a se faire sentir dans la marche de l'appareil. Aussi est-ce 
pour cela que 1 esprit des horlogers s'est surtout porté sur les per- 
fectionnements de celte partie de leur art. 

On peut diviser les échappements en plusieurs classes, que nous 
allons étudier 1 une après l'autre. 

1° L'échappement à verge, le plus an- 
cien de tous ceux qui ont été inventés. 

1° L'échappement àrecul ou à palettes 
ou à roue de rencontre, l'un des plus 
usités dans les montres communes; il 
consistedans une roue dite derencontre 
HG (fig. 391), qui vient frapper de ses 





■ : 



Fig. 301. - Echappement i roue de rencontre. Rg. 39J. - Echappement à ancre. 



dents contre deux palettes Kl, attachées à un arbre autour du- 
quel oscille, soit le balancier d'une montre, soit le pendule 
d'une horloge; les rencontres, ayant lieu successivement en I et 
en K, correspondent aux mouvements alternatifs du balancier 
et du pendule. Chaque renconlre fait un peu reculer la roue, ar- 
rête momentanément le mouvement du moteur, et anéantit 
dès lors l'accélération que celui-ci tend à prendre.' 

Ce modèle d'échappement est abandonné. 

3" Les échappement* à repos, qui comprennent V échappement à 
ancre, Y échappement à cylindre et l'échappement duplex. 

L'échappement à ancre commune se compose essentiellement 
d'une pièce ABO (fig. 392) ayant la forme d'un V renversé, dont 
les deux branches sont terminées par deux dents qui rentrent 
dans l'angle du V. Cette pièce est unie au pendule. Le sommet 
de l'angle est sur l'axe autour duquel oscille le pendule. Les 
battements de ce dernier mettent alternativement en contact avec 
les dents de la roue d'échappement l'une ou l'autre des deux 



L'HORLOGER AMATEUR. 



349 



dents de l'ancre, qui opèrent, un glissement sur les premières. 
Quand l'un des bras de l'ancre s'abaisse, sa dent rencontre a 
roue l'autre s'arrête momentanément; mais l'oscillation du 
pendule faisant remonter ce bras et cette dent, la roue échappe 
et tourne d'un cran; alors l'autre bras de l'ancre s est abaissé à 
son tour, au point de faire rencontrer sa dent et la roue, et 
d'arrêter sensiblement celle-ci. L'oscillation du pendule en sens 
inverse fait dégager de nouveau la roue, pour ramener ensuite 
la succession indéfinie des mêmes circonstances. Comme il faut 
un battement du pendule pour qu'une dent de la roue soit ren ■ 




Fig. 303. — Cylindre. 




Fig. 301. — Echappera 



cylindr 



contrée par une de celles de l'échappement, puis un second 
battement en sens inverse, pour que cette dent se dégage, on 
voit qu'il ne passera qu'une dent à chaque double oscillation; 

L échappement à cylindre a été imaginé en Angleterre vers 1720, 
par le célèbre horloger Graham. 

La pièce principale de cet échappement est un cylindre creux 
ou écorce cylindrique, en acier ou quelquefois en pierre dure 
(fig. 393). Ce cylindre, situé dans le prolongement de l'axe du 
balancier auquel il appartient, pirouette alternativement dans un 
sens, puis dans l'autre, à chacune des oscillations de celui-ci. 
Dans cette écorce cylindrique est pratiquée une grande entaille 
qui a fait disparaître environ la moitié de sa circonférence an- 
térieure, le cylindre est entaillé ensuite plus profondément par 
une échancrure appelée coche de renversement , qui est faite de 



■ 



I 



H. DE GliAFFIGNY. 



Les industries d'amateurs. 



20 






3S0 



LES MÉTAUX. 



^^ïr p,ein que ,e quart de ia circon,éren - *> 

La roue de cet échappement a une forme spéciale (fi*. 394) 
L intervalle dune dent à l'autre présente une échancrure circul 
laire et vers I extrémité de chaque parlie saillante s'élève per- 
pendiculairement au plan de la roue une pelite lige qui porte 
un pnsme : triangulaire peu épais, et qui est la pièce active dans 
le jeu de 1 échappement, tantôt par sa pointe, lanlôt par sa face 




Fig. 395. — Échappement à cylindre. 



extérieure. Cette roue est disposée, relalivement au cylindre, dé 
manière à ce que ces prismes tendent à le traverser par son cen- 
tre, mais ne puissent passer que par intervalles, autant que cer- 
taines positions du cylindre le leur permetleut (flg. 3!>o). Le 
repos a lieu par l'appui d'une dent contre la surface, tantôt inté- 
rieure, lantôt extérieure du cylindre. 

L'échappement à cylindre a été perfectionné par Bréguet, mais 
il est devenu d'une construction très difficile, on ne l'emploie 
guère que dans les pièces de haute précision. 



L'HORLOGER AMATEUR. 



3b 1 



L'échappement duplex fut inventé au milieu du dix-huitième 
siècle par l'horloger français Le Roy qui l'abandonna bientôt pour 
celui d'une détenle à ressort en effet préférable. C'est à tort que 
les horlogers disent échappement àlaDupleix ou de Dupleix. On 
lui a donné le nom de duplex, mot latin qui signifie double, 
parce" que la roue de cet échappement est double et qu'elle pro- 
duit un double effet. Il est à repos dépendant avec un léger recul, 
c'est-à-dire que pendant l'oscillation du balancier il y a un 
frottement sur le repos, suivi d'un instant de recul dans l'une des 
oscillations. Il ne se trouve aucune pièce intermédiaire entre la 
double roue et le système du balancier. 

Depuis un demi-siècle, les horlogers ont changé la forme de 
l'échappement duplex, tout en conservant le principe de départ. 
L'appareil de renversement a disparu, le mentonnet a été rem- 
placé par un doigt, la roue d'échappement, au lieu d'être double, 
est maintenant simple, mais produit un double effet. Les che- 
villes qu'elle porte perpendiculairement à son plan remplissent. 
les fonctions que remplissaient, dans l'origine, les dents de la 
petite roue, et le rouleau ou cylindre est maintenant en rubis. Il 
est encore assez employé, surtout pour les pendules. 

4° Les échappements libres, qui s'emploient surtout pour la 
construction des chronomètres. 

Rouages. — Nous ne ferons que mentionner les rouages, les 
systèmes de roues dentées; ils communiquent le mouvement 
du point où est appliquée la force motrice à celui où agit le ré- 
gulateur formant arrêt momentané et font indiquer, par des 
aiguilles qui marchent sur des cadrans, des nombres de divisions 
proportionnels aux nombres d'oscillations du régulateur; cette 
partie du mécanisme porte le nom de minuterie. 

Pendules. — Il fut un temps où les pendules n'étaient consi- 
dérées que comme des instruments de précision. De nos jours, 
ce sont simplement des meubles que l'on met sur une cheminée 
pour l'embellissement d'un appartement. Aussi les pendules sont 
elles-mêmes soumises à une mode comme nos meubles et nos 
vêlements. Lorsque ces pièces sortent de bonnes maisons, l'excel- 
lente qualilé des mouvements peut lutter avec avantage contre 
ces concessions faites à la forme, et l'on parvient encore à les 
faire bien marcher. 

Mais il arrive assez souvent que lorsqu'on a meublé sa maison, 
le luxe déployé sur les principaux meubles a forcé de l'aire des 
économies pour les pendules dont l'acquisition se fait ordinaire- 
ment en dernier. Alors on est entré en composition; on s'est 
fourni aux ventes publiques ou chez un brocanteur; on a eu des 



I 






■ 



*l 






S , 62 



LES MÉTAUX. 



pendules à moitié prix de leur valeur, et dans ce cas. on le com- 
prend, la qualité des mouvements est fort compromise. 

Mise en marche d'une pendule. — Lorsqu'on a fait l'acqui- 
sition d une pendule, on n'a pas toujours près de soi un horloger 
pour la mettre en marche ; on peut alors se trouver très embar- 
rasse. Voici, sur ce sujet, quelques renseignements qui pourront 
être miles en pareille circonstance : 

Une pendule ne pouvant êlre transportée sans que son balan- 
cier soit décroché, on a dû séparer ces deux objets l'un de l'autre. 
Pour remettre en place le balancier, vous devez : 
1° Oler le timbre en le dévissant; 

•2° Accrocher le balancier à la suspension, en ayant soin d'en 
introduire la tige entre deux dents d'une fourchette que l'on 
trouve dans une môme direction perpendiculaire; 

3° Remettre le timbre en place et s'assurer si le marteau 
frappe convenablement dessus. Dans le cas conlraire, en faus- 
sant légèrement la tige de ce marteau, on corrige son écarte- 
ment en plus ou en moins. 

Procédez ensuite à l'opération délicate de la mise d'aplomb, 
appelée par les horlogers mise d'échappement. 

Mise d'aplomb d'une pendule. — Bien des personnes pen- 
sent que mettre une pendule d'aplomb, c'est simplement la caler 
pour l'empêcher de vaciller. Quoique ce calage soit très important, 
il n empêche pas la mise d'aplomb dont il diffère complètement. 
i Lorsqu'une pendule est d'aplomb, les deux coups frappés par 
l'échappement sont d'égale durée; c'est-à-dire que le balancier 
emploie le même temps pour ses oscillations de droite que pour 
celles de gauche. Mais si ces coups sont inégaux de durée et boi- 
teux en quelque sorte, il faut y remédier en levant la pendule 
avec des cales du côté où le coup est le plus long. Les horlogers, 
pour obtenir ce même résultat, faussent la fourchette; cette 
opération ne peut être exécutée que par des mains expérimentées. 
Il y a des mouvements de pendules qui se mettent d'aplomb 
d'eux-mêmes; on n'a pour cela qu'à imprimer au balancier une 
plus grande oscillation que de coutume et, par cet excès de mar- 
che, la pièce d'échappement, qui est à frottement, reçoit adroite 
et à gauche une rectification qui la met en parfait aplomb. 

Dans les pendules qui ne possèdent pas ce perfectionnement, 
un mouvement brusque au balancier pourrait occasionner des 
dommages. 

Comment on met la pendule à l'heure. — Une fois la mise 
d'aplomb opérée, pour mettre la pendule à l'heure, on fait 
tourner les aiguilles et on s'arrêle sur les heures et les demies, 



L'IIORLOGER AMATEUR. 



353 



pour s'assurer si la sonnerie marque bien l'heure indiquée par 
les aiguilles. 

S'il eu était autremenl, on remettrait la sonnerie d'accord par 
le procédé suivant : 

ltectification de la sonnerie. — L'aiguille des heures (la plus 
petite) étant à frottement, on la met sur l'heure indiquée par la 
sonnerie : après quoi l'on tourne comme d'ordinaire l'aiguille 
des minutes jusqu'à ce que la pendule se trouve à l'heure. 

Il arrive souvent, ainsi, que la sonnerie frappe la demie tandis 
que l'aiguille des minutes se trouve sur le midi et réciproque- 
ment. Pour corriger ce défaul, on fait faire vivement un tour à 
la grande aiguille, sans donner le temps à la sonnerie de £o ra- 
tionner, avant que l'on soit revenu sur le midi. 

Les horlogers emploient un moyen bien plus simple, mais qui 
demande une certaine connaissance des pièces du mouvement; 
ils lèvent une petite détente qui se trouve près du marteau, au- 
tant île fois qu'il faut faire sonner d'heures pour rattraper celle 
actuelle. 

La grande aiguille d'une pendule ordinaire ne doit jamais être 
tournée en arrière sous peine de déranger les effets de sonnerie. 

Il faut donc se résigner à tourner à droite jusqu'à l'heure 
véritable, en ayant soin de s'arrêter aux heures et aux demies 
pour donner à la pendule le temps d'accomplir ses fonctions. 

On l'ait depuis longtemps des mouvements dits à raieuu qui ne 
mécomptent pas. Ces mouvements ne sont préférables aux autres 
qu'à la condition que l'horloger qui termine le mouvement cor- 
rigera un certain défaut inhérent à la nature de cet te invention : 
Lorsque par une cause quelconque la sonnerie cesse ses fonctions 
avant celles du mouvement, la détente peut s'engager dans une 
pièce dite le limaçon et faire ainsi arrêter la pendule même lors- 
qu'elle est remontée de nouveau. Il faut dans ce eas avoir recours 
à l'horloger. 

Montres. — De l'horloge portative à la inoutre de poche, le 
chemin n'est pas bien grand, et l'on n'eut qu'à réduire de plus en 
plus les dimensions des pièces pour en arriver aux œu's de 
Nuremberg d'abord, et ensuite aux montres proprement dites, 
et plus tard, aux chronomètres. 

Les montres sont toutes pourvues d'un encliquetage, qui per 
met de les remonter et de bander les ressorts, sans pour ceJa.en 
arrêter le fonctionnement. 

Le système est absolument le même, mais en plus petit, que 
celui qui est appliqué aux horloges. 

Entretien «l'une montre. — Une fois en possession d'une 

20. 



1 



334 



LES MÉTAUX. 



bonne montre, vous devez, pour en obtenir de bons résultais vous 
conformer aux préceptes suivants : 

1° Remonter votre montre tous les jours à la même heure Celle 
opération se fait généralement à l'instant où l'on se couche En 
prenant-ea montre pour s'en débarrasser, il doit plus facilement 
venir à la pensée de la remonter; 

2° On doit éviter de déposer une montre sur un marbre ou près 
de tout autre corps froid. La brusque transition de température 
en contractant les métaux, peut souvent faire casser un ressort' 
Ensuite le froid coagule les huiles, elles rouages, devenus moins 
libres, ne conservent plus à la montre la même régularité- 

3" Lorsque l'on quitte sa montre, on doit avoir soin de l'a sus- 
pendre de manière à ce qu'elle conserve la position verticale 
qu'elle avait dans la poche. La différence entre ce que les horlo- 
gers appellent \e plat et le pendu peut, en une nuit, causer à cer- 
taines montres une grande variation; 

4° En suspendant votre montre, assurez-vous qu'elle ne peut 
vaciller, car, dans certains cas, le mouvement du balancier peut 
imprimer à la montre des oscillations qui troublent considérable- 
ment sa marche; 

5° Si l'on veut conserver longtemps la propreté intérieure de 
sa montre, il faut s'assurer d'abord que la boile ferme hermé- 
tiquement, puis ne la mettre que dans une poche en peau. Les 
poches de toile et celles de colon, surtout, dégagent parle frotte- 
ment un duvet qui entre dans les montres même les mieux fermées- 
6° Ne remontez jamais votre montre en plein air. La poussière' 
soulevée par le vent, peut entrer par les trous des remontoirs et 
causer promptement des avaries; 

7° La clef d'une montre doit être petite afin de pouvoir sentir 
facilement la résistance de l'arrêtage; on peut alors s'arrêter à 
temps pour ne rien forcer. Il faut aussi que le carré soit très bien 
ajusté sur celui de la montre; s'il est trop grand, il peut, en 
même temps, causer au carré du remontoir un dégât dont la 
réparation est très coûteuse. 

Une montre ne peut aller indéfiniment sans être réparée. Au 
bout d'un certain temps, les huiles se sont séchées et le corps 
solide qui en résulte, ainsi que la poussière et l'usure, viennent 
apporter un trouble dans les parties mobiles de la montre. Les 
fonctions devenues irrégulières finissent souvent par cesser com- 
plètement leur service. 

Une personne qui, possédant une bonne montre, désire la 
conserver telle, doit la faire nettoyer tous les deux ou trois ans au 
plus lard. Mais il faut avoir soin de ne confier cette réparation 



L'HORLOGER AMATEUR. 



3oï> 



qu'à des mains sûres; un ouvrier inhabile peut, par un coup de 
maladresse, causer un grand préjudice à la montre, même la 
mieux construite. 

Une économie mal entendue porte quelquefois à s'adresser a 
des ouvriers médiocres, et par cette raison qu'on n'a pas con- 
fiance en leur travail, on débat avec eux un prix déjà très mo- 
déré. Il est rare qu'on n'obtienne pas la réduction demandée. 
Malheur alors à la montre réparée dans de telles conditions I 

On croit assez généralement qu'un horloger indélicat peut 
substituer à certaines pièces d'une montre des pièces d'une qua- 
lité inférieure. Cette substitution ne s'est peut-être jamais faite 
par cette simple raison qu'en dehors des difficultés qu'elle pré- 
senterait, elle ne pourrait offrir aucun profil à son auteur. 

Avance et retard. — 11 existe dans toutes les montres un 
limbe ou cadran d'avance et retard, sur lequel est un index mo- 
bile. Les deux mots nuance et retard, gravés à chaque extrémité 
de ce limbe, ne laissent aucun doute sur la direction à donner à 
l'aiguille, pour obtenir de la montre une marche plus lente ou 
plus rapide. On comprend facilement que si la montre avance, 
on doive pousser l'index vers le retard, et réciproquement. Cette 
opération doit s'exécuter avec beaucoup de soin et de circonspec- 
tion, en raison de la susceptibilité et de la fragilité de ces organes 
régulateurs. Il serait impossible de donner aucun renseignement 
sur le rapport pouvant exister entre les degrés du cadran et les 
variations de la montre ; ce n'est donc que par tâtonnements que 
l'on peut arriver à trouver le point précis qui doit amener l'heure 
à sa plus grande régularité. 

Lorsqu'une montre n'a qu'un faible écart, on se contente de 
pousser l'index d'un degré. L'on attend alors vingt-quatre heures 
pour juger de l'effet, et l'on agit ensuite selon le résultai ob- 
tenu. Dans le cas où la variation serait plus grande, comme, par 
exemple, dix minutes d'avance en un jour, on doit pousser l'index 
au bout du retard, sauf à revenir le lendemain sur s_es_pas. 
Mais si, dans cet état, la montre avançait encoreyC$lidçaJîJ 
que ce fût l'horloger qui se chargeât de la régler. />. 






1 



4\^ 



TABLE ALPHABETIQUE 



H 



Abat-jour, 7; — en papier mousseline, B. 
Accumulateurs, 289. 
Aqua-tiute. 260. 
Aérostats, 60. 

Ajustage de la machine à vapeur, 274. 
Alésage de la machinée vapeur, 273. 
Alliage lusible [moule en), 32i. 
Allumage instantané des bougies d'un 

Lustre, d'une garniture de cheminée, 

30i. 
Allumoîr électrique, 302; — extincteur, 

303. 
Apprêts des étoffes pour la peinture des 

stores, 37. 
Arbre à vilebre juin, 275. 
Archet (découpage , 210. 
Argenture du cuivre, 256; — galvanique, 

327; — du plâtre, 95; — sur verre. Il 7. 
Armoire à outils, 182. 
Artichauts (feux d'artifice), 80. 
Assemblage (brochure), 16. 
Assemblage (fleurs artificielles), 18. 
Assemblage (menuiserie) eu bout, iss : 

— ù onglet. 188; — en queue d'aronde 

ou d'hyronde, 189; — par tenon et 

mortaise, 1?7: — dune corbeille, 217. 
Assiette moulage . 92. 
Avance d'une montre, 355. 



Bain pour la galvanoplastie, Bit) 
Balancier des horloges, 346. 
Ballons, 60. 
Bas-reliefs, 88. 
Bateau à vapeur, 278. 
Bâton de cire, 3 ï. 



Batterie de piles, 280. 

Bec d'ane, 173. 

Bédane, 173. 

Bigorne, 845, 240. 

Bijoux à mosaïque, 149. 

Biseau, 190. 

Biseautage expéditif, 189. 

Bd.ine de Ruhmkorff, 813. 

l; «cfil [découpage . ^1 1. il2. 

Bois (le), i < 3 G ; — (découpage artistique 

du). 206 ; — (essences diverse- de), \*'-î ; 

— galvanisation du), 338; — (nœuds 

du , I' t. 

Boiseries (peinture des}£198. 

[Suites eu bois, 196; — à couleurs (pein- 
ture sur porcelaine), 99; — à outils. 
1*1 : — en papier, 15J; — ^â vapeur.^274. 

Bordure d'enca ti rement, 3 i. 

Bougies électrique-. -l'M. 

Boulage (fleurs artificielles), 48. 

Boules de bois, të; — de fer,J43. 

Bouquet (feus d'artifice), 75. 

Bouteilles ;"i essence (peinture sur"porce- 
lalne), 101 ; — de Leyde, 3o0. 

Boutons pour Qeurs artificielles, i<i : -■ 
téléphone, 3 m. 

Bouvet, 169. 

Briquet allumoir, 30). 

Brochage, 15, 15. 

Brocl bî, 24fi. 

Bronzage iin plâtre, 95. 

Broyage des couleurs, loi. 

Brucelles, i l. 

Burin (gravure au , 257 ; serrurerie), 
251. 



I 



C idr.tns solaires. 3 i 
Caleogra;:hi s. 202. 



de poche, 342. 



1 

■ 






36» 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



Cale (tour), 202 ; — pour le placage, 23 t. 

Calque sur verre, 112. 

Camaïeu, 262. 

Camée (métallisation d'un), 337. 

Canot électrique, 207. 

Carillon électrique, 311. 

Carreau étincelant. 311 ; — magique. 311. 

Carte percée par l'électricité, 312. 

Cartonnages, 5. 

Cartouches, 60. 

Cascades (feux d'artifice), 78. 

Casier du mosaïste, 146. 

Casse-fer a froid, 246. 

Céramiques (métallisation des), 332 ; — 
(peiirture des), 06. 

Cerf-volant, 53 ; — hexagonal, 56. 

Chabotto, 216. 

Chaise (tour), 202. 

Chandelles romaines, 73. 

Chasse-rondes, 246. 

CUàss ; s pour la peinture des stores, 30. 

Chaudières, 265. 

Ciment du mosaïste, 146. 

Cire, 81. 

Ciseaux de fleuriste, 42 ; — du menuisier. 
173; — du serrurier, 251 ; — du tour- 
neur, 20 i. 

Clefs à écrous. 251 ; — anglaise, 251. 

Clichés typographiques, 325. 

Coffre à "bois, 107. 

Collage, 191 i — du dessin (découpage), 
20*i ; — des papiers de tenture, 36. 

Colle forte, 101. 

Colonnes carrées (découpage des), 222. 

Coloration du plâtre, 04. 

Commotion électrique, 314. 

Commutateur, 200. 

Compas d'encadreur, 27; — d'épaisseur, 
177. 

Cordes de couleur, 73. 

Couleurs (fleurs artificielles), 44; — de 
grand feu, 108; — (peinture sur porce- 
laine , 101. 

Coupe du bois en biseau, 100 ; — du verre 
112. 

Cousoir du brocheur, 17 ; — du relieur, 20. 

Couteau à deux mains, 174 ; — 'à palette, 
100; — (moulage), 01. 

Crista-ux (dépolissage des), 138; —(taille 
des), 137. 

Cuisson de la porcelaine, 107; — des vi- 
taux, 115. 

Cuivrage galvanique, 325. 

Cuivre (argenture du), 256 ; — (découpage 
du.), 255. 



Cuve électrolytique, 317. 
Cylindre de machine à vapeur 



27:!. 27:,. 



Décalque du dessin (découpage). 210. 

Décapage. 330. 

Décollement du dessin (découpage). 209.. 

Décomposition de l'eau, 313: — de- .. I- 
niétaltiques, 313. 

Décoration des appartements. 35 : — des 
boiseries, 10s. 

Découpage (fleurs artificielles . 17 ; — ar- 
tistique du bois, 206; — appliqué, 
210; — des colonnes carrées. 222: — 
du cuivre et des métaux, 255; — en 
double, 218; — (geure algérien), 242; 

— de la marqueterie, 227. 
Découpures (galvanisation des. 338; — 

polychromies, 220. 
Dégraissage, 329. 
Dents des scies, 172. 
Dépolissage du verre, 138; — des ,-ris 

taux, 138. 
Derochage, 329. 
Dessin sur porcelaine, 103. 
Dessins (encadrement des 1 . 25. 
Dominos (masques), 11. 
Dorure, 24; — galvanique, 326; — du 

plâtre, 95; — de la porcelaine. 107; 

— sur verre, 117. 

Dressage de la machine à vapeur, 273. 
Drille (découpage), 210. 



Eau (décomposition de 1'). 313; — élec- 
trolyse, 313. 

Kau-forte (gravure à 1'), 258. 

Hbauchoirs, 84. 

Échappement des horloges, 347 ; — à 
ancre, 348; — à cylindre, 340; — du- 
plex, 351 ; — libre, 351 ; — à verge, 318 ; 

— à recul, 348; — à palettes, 348; 

— à roue de rencontre, 34S ; — à repos, 
318. 

Eclairage électrique, 204 ; — avec accu- 
mulateur, 294; — avec pile, 294; — de 
la lanterne magique, 122. 

Electricien amateur, 279. 

Electricité appliquée à l'éclairage de la 
lanterne magique, 122; — dynamique 
(récréations d'), 312 ; — statique (récréa- 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



lions d"), 30ï, 311 ; — tirée d'une feuille 
de papier, 305. 
Électrique (bougie), 292; — (lampe), 
295; — (machine) économique, 310; 

— (moteur), 29a; — (navigation), 297 ; 

— (pile), 279; — (sonnerie), 299; - 
(tricycle), 297. 

Electrolyse de l'eau, 313. 

Électrophore, 307. 

Émaux pour la mosaïque, 143 : — (place- 
ment des), 113. 

Emboîtage, 25. 

Émerillon, 42. 

Emporte-pièce, 43. 

Encadrement des dessius, 25; — des gra- 
vures et des photographies, 25 ; — sous 
verre, 27. 

Enclume. 24.5. 246. 

Eudossage. 23. 

Enlevage à la laque, 105. 

Équarissage d'un bloc, 186. 

Équerre, 25 i; — à chapeau 177 ; — d'en- 
cadreur, 26; — à onglet. 177; — ordi- 
naire, 177 ; — à potence. 178; — triau- 
gle. 178. 

Essences diverses de bois, 183. 

Estampage des creux, 11 ; — avec du pa- 
pier, 12. 

Établi (menuiserie), 167: — (serrurerie), 
247, 257. 

Etampes, 246. 

Étau, 247; — à agrafe, 248; — à chaud, 
248 ; — d'horloger, 248; — à main, 248; 

— mobile pour découpure, 216; — à 
pied, 248. 

Étoffes (métallisation des), 337. 
Étoiles (feux d'artifice). 72. 
Etoupilles, 72. 



Faïence (peinture), 90. 

Fantasmagorie, 131 ; — et lanterne ma- 
gique combinées, 136. 
►Fausse équerre, 178. 

Fermoir (moulage), 91 ; — (tour), 20i. 

Feuilles artificielles, 46 ; — de papier 
produisant de l'électricité, 305 ; — de 
placage (superposition des) 226. 

Feux d'artifice, 67 ; — qui font leur effet 
sur terre, 71 ; — qui font leur etTet dans 
l'air, 70; — qui fout leur effet dans 
l'eau, 80. 

Feux de Bengale, 79. 

Filet?/ encadrement), 33 ; — (peinture), 199. 



Filières, 251. 
Fils à plomb, 177. 
Filtres en papier, 1. 

Fleurs artificielles (fabrication des), 41. 
Fonte, 216. 

Forets, 183, 251 ; — (découpage), 210. 
Forge, 2 H; — maréchale, 244; — porta- 
tive, 215. 
Fraises, 175, 251. 
Fuseau de ballon, 61. 
Fusée (horlogerie), 345. 
Fusée (feux d'artifice), 78 ; — volante, 79. 
Fusée de Stateham, 314. 



G 



Galettes d'émail, lii. 
Galvanatypie, 335. 

Galvanisation du bois, 338 ; — du bois dé- 
coupé, 338. 
Galvanoplastie, 314. 
Garde blanche, 20. 
Gaufrage (fleurs artificielles). 47 

Gaufroir, 43. 

Générateurs; 265, 

(iiiuiiiloles, 75. 

Gloires, 73. 

Gonflement du ballon, 65. 

Gouge (menuiserie), 173; — (tour), 203; 

— plate (moulage), 91. 

Gravure au burin, 257 ;— en couleur, 262; 

— à l'eau forte, 258; — à lu'maehine, 
262; — mécanique, 262; — au pointillé 
et au point, 261 ; — en taille douce, 
256 ; — en touches, 260 ; — au vernis 
mou, 202. 

Gravure en pierres fines, 157 ; —en creux 
161 ; — en relief, 164. 

Gravure sur verre à l'acide, 140 ; — sur 
verre à L'émeri,] 138; — sur verre [au 
sable, 1 4-0 ; — sur verre à la pointe, I 12. 

Gravures (encadrement des), 25. 

Grillage, 47. 

Guide de tour, 201. 

Guillaume, 169. 

Gutta percha (moule en), 320. 



Hache à main, 171. 
Hélice d'un bateau à vapeur, 278. 
Horloger amateur (F), 342. 
Horloges, 3 43. 



■ 



I 






H. DE GltAFFlGNY. 



Les industries d'amateurs. 



21 






UT 

I 



362 

Houille maréchale, 245. 
Hygromètre en papier, 4. 



TABLE ALPHABÉTIQIE. 



Impression on taille-douce, 263. 



Jacinthe (confection d'une , 50. 



Lampascopcs, 121 . 

Lampes électriques portatives, 295, — à 
incandescence d'Rdison, 293. 

Lances (feux d'artifices), 71. 

Lanterne magique, 118; — pour fantas- 
magorie, 132; — et fantasmagorie com- 
binées, 136. 

Limes, 2 19 ; — bâtarde. 250: — cou- 
telle, 251 : — demi-ronde, 250 ; — â 
pignor,, 251 ; — plate, 250. 

r.ocumotive, 278. 

Loups (masques). 1 1 . 

Lumière électrique pour lanterne magique, 
122; — oxhydrique pour lanterne ma- 
gique, 124. 

Lustre (allumage instantané), 301. 



M 

Machines à découper, 213; — à main, 
213; — a pédales, 213; — rectiligne, 
-Mi; — à ressort, 213; — à volants, 
213. 

Machines électriques économiques, 310. 

Machines à forer, 251. 

Machines à percer, 253. 

Machiues à vapeur, 264; — (construction 
d'une), 272; — (conduite de la», 276; 
verticale. 268. 

Magnésium pour lanterne magique, 12i. 

Maillet, 167. 

Malle de voyage, 197. 

Mandrin (serrurerie'!, 216, 251 ; — (tour), 
204. ' 

Manière noire, 259. 

Manomètre, 266. 

Marges d'un encadrement, 29. 

Marqueterie, 223; — (découpage de la), 



227; — (placage de la), 232; — ara- 
besques à deux couleurs unies, 236; — 
arabesques à deux couleurs ombrée^ 
236 ; — arabesques à plusieurs couleurs 
unies, 237 ; — cuivre ou argent, fond 
bois ou écaille, 241 ; — fleurs, oiseaux, 
personnages en bois de couleurs unies, 
238 ; — imitation marbre, 232; — sur 
le banc de menuisier, 242. 

Marrons (feux d'artifice), 72. 

Marteau du menuisier, 178; — du *tiru- 
rier, 246. 

Marteline du mosaïste, 144. 

Masques, 8 ; — de cire. 10; — de Paris, 
10 ; — en toile métallique, Il ; — de Ve- 
nise, 10. 

Mastic de tourneur. 204; — du mosaïste. 
146. 

Mécanicien amateur (le), 264. 

Mécanisme d'horlogerie complet, 343. 

Mèches (menuiserie), 175, 183 ; — (serrure- 
rie), 251 ; — de communication , (feux 
d'artifice) 71. 

Médailles, 88; — reproduction, 318; — 
reproduction galvaooplastique par le 
procédé I'ellecnt, 323. 

Médaillons (terre et cire), 88: — ■ nnni- 
lage\ 93. 

Megascope, 137. 

Menuisier amateur (le), 166. 

Métallisatîon d'un camée, 337; — des cé- 
ramiques, 332; — des étoffes, 337; — 
du plâtre, 94; — des tissus, 337; — des 
verreries, 332; — par voie humide. 333. 

Métaux, 244; - (découpage des), 255. 

Meule, 179; — à pédale, 179. 

Microscope photo-électrique, 123. 

Millefiori, 117. 

Minuterie, 351 . 

Mise au bain pour la galvanoplastie, 321 ; 
— pour le nickelage, 330. 

Mise en marche d'une pendule, 352. 

Mise en plomb (vitraux), 116. 

Mise en presse du bois, 192. 

Modelage de la terre et de la cire, 81. 

Molette, 99. 

Montage fmenuîserie), 1S9 ; — au rabot. 
189; — des découpures, 215; — des 
(leurs artificielles, 49; — sur papier de 
la marqueterie, 230. 

Montgolfière, 65. 

Moutres, 353 ; — avance et retard, 355 : — 
entretien, 353, — solaire, 342. 

Mortaises (découpage), 217; — (menuise- 
rie), 187. 



TAULE ALPHABÉTIQUE. 



363 



Mosaïque, 142; — italienne, 147; — de 
Hunes, 155 ; — sur papier, 148 ; — de 
Ravenue, 150. 

Mosaïques (feux d'artiliee). 78. 

Moteurs électriques, 893 ; — C loris Bau 
det, 295; — Griscnra, 296 ; — Marcel 
Oeprez, 295 ; — Radiguet, 296 ; — 
Trouvé, 295. 

Moteurs des horloges, 3 H. 

Moulage. 91 ; — eu papier, 11:— d'un 
médaillon, 9.3 ; — pour la galvanoplas- 
tie, 319. 

Moule pour la toute, 246. 

Moule pour la galvauoplustie eu alliage 
fusible, 321 ; — en gutta-pereha, 320 ; 

— eu plâtre, 319; — en stéarine, 321 ; 

— par le procédé Pellecat, 323. 



N 

.Navigation électrique, 297. 

Nécessaire à ouvrage, 197; — à outils, 

183. 
Nettoyage du plâtre, 94. 
Nickelage, 328. 
Niveau d'eau à bulle d'air (serrurerie), 

254: — d'eau (machine à vapeur), 267. 
Nœud d'artificier. 70; — du bois. is.î. 



Œillet (confection d'un), ; 
Oiseau volant, 58. 
Ombres chinoises, 13. 

Onglet (menuiserie), 188. 



Palette pour la peinture des stores, 40. 

Palier (machine à vapeur), 27(i. 

Palmier (feux d'artifice), 78. 

Papier, 1 . — bas-à-homme, 8 ; — à calquer, 
3; — à filtrer, 1; — pour fleurs atifi- 
cielles, 46 ; — de fond (encadrement), 
33; — imperméable, 3; — lumineux, 
4; — mâché, 11; — mousseline pour 
abat-jour, 8; — (moulage en), 11; — 
pourri, 11 ; — de tenture pour la déco- 
ration des appartements, 35. 

Papillon volant, 60. 

Passcqjartout, 27. 

Pâte à papier pour l'estampage. 11. 



Pavements, 1 iS. 

Pavot (confection d'un), 51. 

Peinture des boiseries, 198; —à l'huile, 
109; — à teintes plates, 198;— â la 
colle, 198. 

Peinture sur émail, 108. 

Peinture sur faïence fine, 107 ; — sur 
faïence opaque. IiiS; — sur porcelaine 
et sur faïence, 96; — sur porcelaine 
dure, 105 ; —sur porcelaine tendre, 107. 

Peinture des stores, 37. 

Peinture sur- verre, 109; — sur vitraux, 
109; — des verres de la fantasmagorie, 
133; — des verres de la lanterne ma- 
gique, 128; — du vitrail. M.;. 

Pelote (fleurs artificielles), 43. 

Pendule oscillant, 316. 

Pendules, 351 ; — mise eu marche, 352, 

— mise d'aplomb, 352 ; — mise à l'heure, 
352. 

Perce-carte, 313. 

Perce-verre, 313. 

Perroirs, 246. 

Pétards, 72. 

Photographies (encadrement des), 25. 

Pièces pyriques, 76. 

Pied-de-biche, 43. 

Pierre à aiguiser, 179; — à l'huile. 17'.» 

Pierres hues (gravure en), l.'>7. 

Piles électriques, 279; — Bunsen, 279; — 

Callaud, 281; — Camaeho, Chutait*. 

285; — Cloris Baudet, 285; — Daniell. 

2Si , —Daniell modifiée par Radiguet, 

283; — Grafligny, 289 ; — Grenet, 284-j 

— Leclanrhé, 289; — Plante, 290; — 
Radiguet, 287 ; — Trouvé, 285 ; — au 
bichromate de potasse, 285; — à deux 
liquides, 285; — secondaires, 2s;i — 
vultaïque, 312. 

Pince coupante, 246 : — à mors plats, 
21-6; — plate, 2tl. 

Pinceaux (peinture sur porcelaine), 97. 

Pistolet de Volta, 314. 

Placage, 223; — de la marqueterie, 232. 

Planche à dresser, 189. 

Plane, 174. 

Plaqua de mutc percée par l'électricité, 
312. 

Plâtre argenture, 95 , — bronzage, 94; 

coloration, !>4; — dorure, 93 ; — métal- 
lisation, 91; — (moule en) pour la gal- 
vanoplastie, 319; — nettoyage, 94. 

Pliure, 16. 

Plomb â bobines, 42. 

Pluie d'or. 11. 



I 



I 



W 



364 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



Poids dos horloges, 344. 

Point (gravure au), 261. 

Pointe sèche, 263; — du tour, 201; — 
d'encadreur, 26. 

Pointillé (gravure au), 261. 

Polissage des découpures, 216; — des 
pièces nickelées, 331. 

Polyorama, 126; — horizontal, 126; — 
double vertical, 127. 

Pompe alimentaire, 268. 

Porcelaine, 81 ; — peinture, 96. 

Porte-foret, 251. 

Posage des fonds (peinture sur porce- 
laine), 104; — des teintes (viraux), 114. 

Pot à colle forte, 191. 

Pot à fetf, 73. 

Poupée du tour, 201. 

Presse à bois, 192; — châssis (marquete- 
rie), 225 ; — étoupe (machines à vapeur), 
269; — placée sous le plateau delà ma- 
chine à découper, 212; — pour décou- 
pures, 216; — de serrurier, 251. 

Projections (appareils à), 124. 



Queue de cochon (tour), 204. 
Queue de rat (menuiserie), 174; — (ser- 
rurerie), 250. 



Rabot, 168 ; — à dents, 232f. . : 

Râpes à bois, 174. 

Récréations électriques, 305. 

Recuisson, 329. 

Régulateur à boules (machines à vapeur), 

276; — des horloges, 346. 
Reliure, 15, 19. 

Reproduction des médailles, 318. 
Ressort des horloges, 344. 
Retard d'une montre, 355. 
Riflard, 168. 
Rifloirs, 251. 

Ripes (modelage), 85; — (moulage), 91. 
Robinets de jauge et de vidange, 267; — 

de vapeur, 268. 
Rodage de la machine à vapeur, 273. 
Rouages de l'horloge, 351. 
Roulettes, £61. 



S 



Sacs pour le placage, 234, 235. 
Saucissons (feux d'artifice), 72. 



Sauterelle, 178. 
Saxons, 72. 

Scies, 169, 186; — à araser, 170; - 
chantourner, 170; — à refendre, 169 

— à tenons, 170; — à demande, 171 

— allemande, 171; — à greffer, 171 

— du jardinier, 171 ; — à manche 
d'égoïne, 171 ; — à découper le bois, 
211, 215; — à découper les métaux, 
257; — à placage, 232. 

Sculpture, 222. 

Selle pour le modelage, 83. 

Sels métalliques, décomposition, 313. 

Semelle (tour), 202. 

Sergent, 192. 

Serpenteaux, 72. 

Serrage du bois, 192. 

Serre-joints, 192. 

Serrure, 254. 

Serrurerie d'amateur, 254. 

Serrurier amateur (le), 244. 

Sifflet, 267. 

Signature de feuilles, 16. 

Smaltes, 143. 

Soleils (feux d'artifice), 73. 

Solides à arêtes, 6; — curvilignes, 6. 

Sonnerie (rectification de la), 353. 

Sonneries électriques, 299. 

Soucoupe (moulage), 92. 

Soudage des vitraux,- 116. 

Souffleur, 268. 

Soupape de sûreté, 266. 

Spatules, 91 . 

Sphères, 6. 

Spiral des horloges, 346. 

Spirale (feux d'artifice), 75. 

Stéarine (moule en), 321. 

Stores (peinture des), 37. 

Superposition des feuilles de placage, 226. 

Support de tour, 201 ; — à chaise, 202. 

Surface de chauffe, 265. 

Suspension électrique avec lampe, 293. 



T à dessin, 177. 

Tableaux en mosaïque, 149. 

Tablettes, 196. 

Taille des cristaux, 137. 

Taille douce (gravure en), 256; — (im- 
pression en), 263. 

Tarauds, 251. 

Tarières, 175. 

Tenailles (menuiserie), 178; — (serrure 
rie), 246. 



Tenons (découpage), 217 ; — (menuiserie) 
187. 

Tenture (papiers de), 35. 

Terre, 81 ; — cuite, 90. 

Terrine (moulage), 92. 

Théâtre des ombres chinoises, 13. 

Tiers-point, 250. 

Tiroir (machine à vapeur), 273. 

Tiroirs (menuiserie), 196. 

Tisonnier, 246. 

Tissus pour fleurs artificielles, 46; — (ma 
tallisatiun des), 337. 

Toile, i. 

Tour vertical, 201 ; — horizontal, 201 : - 
à pointes monté, 200;— (travail du) 
200; — à meuler du mosaïste. 145. 

Touret du graveur eu pierres (ines, 158 

Tourneur, moyen de s'en passer, 222. 

Tournevis (menuiserie), 178; — (serrure- 
rie), 251 . - 

Tours, 251. 

Tranches, 2i6. 

Tranchets, 216. 

Transparents (découpage-. Ï20, 

Trépans, 251. 

Tricycle électrique, 207. 

Trois-quarts, 850. 

Trusquin, 178. 

Tube étincelant, 311; — lumi; 
Geissler, 313. 



Valet, 167. 

Vapeur (marche ut effet de la), 272. 

Varlope, 168, 185. 

Vernis copal, 103; — au tampon, 103; — 
mou (gravure au), 262. 

Vernissage du bois, 103; — avec les vernis 
de couleur, 194 ; — d<'s découpures, 
216. 

Verre, 81 ; — (argenture sur), 117; — (do- 
rure sur), 117; — brisé par l'électricité^ 
312; — (calque sur), 112; — (coupe 
du), 113; — (dépolissage du), 138 ; — * 
de la fantasmagorie (peinture des), 133; 
— (gravure sur), 138 ; — (peinture sur), 
100. 

Verres de la lanterne magique, « - om- 
ment on les peint, 12S. 

Verreries (métallisation des), 332. 

Vilebrequin (menuiserie), 175; — (serru- 
rerie), 251. 

Vis en bois, 225. 

Vitrail (peinture du), 113. 

Vitraui (cuisson des), 115; — (mise en 
place des), 117; — (peinture sur), 100. 

Volant d'un bateau à vapeur, 278. 
177. 
aatea (appareil à), 126. 



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1276-88. — Corbeil, Imprimerie Chété. 




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