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BIBLIOTHEQUE SAINTE ■ GENEVIEVE
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BIBLIOTHEQUE
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LES
INDUSTRIES D'AMATEURS
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BIBLIOTHEQUE
SAINTE |
GENEVIEVE
LIBRAIRIE J.-B. BAILLIÈRE ET FILS, 19
Rl'E FHAUTEEUILLK, PARIS.
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NOUVELLE COLLECTION
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ILLUSTRÉS DE FIGUBES INTERCALÉES DANS LE TEXTE
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Ouvrage approuvé par Mt" le, archevêque, d'Albi, d'Arrat, de Bourges
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Les Secrets de la Science et de l'Industrie, par A. Héraod. 1 vol.
in-10 de 380 p., avec 165 fig., cart 4 f r .
ENVOI' FRANCO CONTRE MANDAT POSTAL.
Henry de GRAFFIGNY
Ingpuieur-élcctricieii, ancien directeur Je Y Électro-dompstitfUAr-^-
Rédacteur en chef de Y Encyclopédie des Connaissances Ûi'flIiQJt£s) , 'Ç
et du Moniteur des Inventions nouvelles.''
LES
Se.mfc de
V
»
INDUSTRIES D'AMATEURS
LE PAPIER ET LA TOILE
LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE ET LA PORCELAINE
LE BOIS — LES MÉTAUX
* CARTONNAGES — PAPIERS DE TENTURE
ENCADREMENTS — MASQUES
BROCHAGE ET RELIURE — FLEURS ARTIFICIELL
AÉROSTATS — FEUX D'ARTIFICES — MODELAGE
MOULAGE — GRAVURE SUR VERRE
PEINTURE DE VITRAUX - MOSAÏQUE — MENUISERI
TOUR — DÉCOUPAGE DU BOIS
MARQUETERIE ET PLACAGE — SERRURERIE
GRAVURE EN TAILLE-DOUCE — MÉCANIQUE
ÉLECTRICITÉ — GALVANOPLASTIE
X HORLOGERIE
r
Ouvrage illustré de 395 figures
LIBRAIRIE J.-B. BAILLIÈRK ET FILS
19, rue Hautefeuille, près du boulevard Saint-Germain
1889
Tous droits réservés.
I
J \
PREFACE
Le goût des travaux manuels a pris, depuis quelques an-
nées surtout, une extension considérable, et chacun, dans
la mesure de ses aptitudes, de ses moyens, et surtout de
ses préférences, aime à faire une foule de petits ouvrages.
Il y a nombre d'amateurs qui, pris d'un goût très vif
pour la menuiserie, la serrurerie ou les arts décoratifs, se
montent eux-mêmes dans un coin de leur appartement un
petit atelier, quelquefois rudimentaire, y font de la pein-
ture sur verre, du tour, de la mécanique, de la galvano-
plastie, et souvent avec un réel succès, et occupent leurs
soirées et leurs jours de liberté à fabriquer mille petits
bibelots qu'ils ont le plaisir d'avoir construits eux-mêmes !...
Le champ ouvert est immense, pour peu que l'amateur ait
de la persévérance, de l'ingéniosité et de l'adresse.
La pratique des travaux manuels présente de grands
avantages.
D'abord, elle provoque un salutaire exercice, qui fortifie
le corps, développe chez l'enfant l'habileté et l'adresse,
si nécessaires dans les occupations ordinaires de la vie,
soustrait le jeune homme aux influences mauvaises du
dehors et conduit insensiblement le père de famille à aimer
la vie d'intérieur, dont le désoeuvré ne connaît pas tous
les charmes.
VI
PREFACE.
En outre, les travaux manuels inspirent l'ordre, la mé-
thode, l'économie. Quiconque y acquiert quelque habileté
ne tarde pas à en tirer d'heureux résultats; car avec le
même budget, il se procure plus de confortable et de bien-
être. Que d'utiles compléments il peut ajouter à l'appar-
tement, au jardin ou à la serre ! sans compter les jolis
bibelots qu'il prodigue autour de lui et qui acquièrent aux
yeux complaisants des amis l'immense valeur d'être l'œuvre
de nos mains.
C'est aux amateurs d'éludés scientifiques que les travaux
manuels sont le plus utiles, car ils leur permettent d'aug-
menter leur outillage et, par suite, d'élargir considérable-
ment le cercle de leurs expériences et de leurs travaux.
L'amateur intelligent et adroit décuple ainsi ses moyens
d'action. Il acquiert en même temps l'adresse nécessaire
pour la pratique. C'est dans l'atelier de l'amateur que l'on
fait le plus utile stage pour réussir ensuite dans le cabinet
de physique et le laboratoire de chimie.
La plupart des inventeurs et des savants sont des ama-
teurs de travaux manuels, qui construisent eux-mêmes les
modèles des instruments qui servent à leurs découvertes.
En pourrait-il être autrement? Le physicien et le chi-
miste, qui ne sauraient préparer aucune expérience sans le
concours du menuisier ou de l'ajusteur, seraient bien sou-
vent arrêtés dans leurs travaux.
Mais l'amateur ne doit pas se cantonner dans une spé-
cialité, qui limite ses travaux et le condamne à la monotonie
d'une production sans utilité et sans goût.
Ce n'est, en effet, que par le mariage des produits de dif-
férents arts : menuiserie, découpage, marqueterie, tour,
serrurerie, galvanoplastie, etc., que l'on peut espérer de
donner à ses œuvres un véritable cachet d'originalité et
d'élégance.
Or, ce résultat n'est pas aussi difficile à atteindre qu'on
le pense généralement. Avec un peu d'attention et beau-
PRÉFACE.
VII
coup de méthode on fait promptement ces divers apprentis-
sages; car tous les arts manuels, même les plus différents
en apparence, ont entre eux plus d'un point de ressem-
blance. Qui en connaît un en acquiert vite un autre et plus
facilement encore un troisième.
Mais il ne faut pas vouloir aller trop promptement, ni
chercher surtout à fabriquer des chefs-d'œuvre avant d'avoir
appris à conduire convenablement ses outils. C'est ce que
font beaucoup d'amateure; c'est aussi la raison de leur in-
succès. En toute chose il y a une période d'apprentissa S e
qu il faut subir. °
C'est dans le but de réunir toutes les données, tous les
renseignements épars que nous avons écrit les Industries
d amateurs.
Nous avons adopté la méthode la plus rigoureuse la
disposition la plus claire.
Nous avons commencé par ce qu'il y a de plus simple : fe
papuzr et la toile. C'est étonnant ce que l'on peut faire ave*
une feuille de papier et un morceau de toile; on peut fabri-
quer des boites, des cartonnages, des masques, des Heurs'
artificielles, encadrer ses gravures, brocher ou relier ses
livres, etc.
Puis nous avons étudié la terre, la cire, le verre et la
porcelaine; nous avons décrit les opérations du moulage,
du modelage; nous avons indiqué les procédés de décora-
tion du verre, des vitraux et de la porcelaine par la pein-
ture, la taille et la gravure ; nous avons enfin donné Quel-
ques développements à la mosaïque.
Nous sommes alors arrivé au travail du bois; nous avons
expose les principes de l'apprentissage du menuisier ama-
teur, car, avant de construire un objet quelconque, il faut
apprendre à manier les outils qui aident au travail de la
ma.n; puis nous avons donné les conseils pratiques nue
nous croyons les plus utiles, pour la construction de petits
meubles simples. Le tournage, le découpage, la marque.
VIII
PREFACE.
lerie et In placage forment autant de chapitres spéciaux,
qui complètent cette étude.
Enfin nous terminons par le travail des métaux, la serru-
rerie, la mécanique, l'électricité^ la galvanoplastie, le nicke-
lage, l'horlogerie ; nous indiquons la pratique du maniement
des outils qui permettent aussi bien de fabriquer les pièces
massives que les appareils de précision.
De cette façon, chacun pourra trouver tous les renseigne-
ments dont il aura besoin pour faire de la reliure ou de la
peinture, fabriquer, à sa guise et suivant sa fantaisie, un
objet usuel en bois ou en métal, installer chez lui un appa-
reil électrique, démonter ou remonter ses pendules et ses
montres.
Chacun aura un vade-mecum et un guide assez renseigné
pour lui éviter les tâtonnements inévitables du début, et
réduire au minimum le temps de l'apprentissage.
Puisse ce volume être bien accueilli du public éclairé, à
qui il est destiné, et qui y trouvera une foule de moyens pour
occuper agréablement ses loisirs !
C'est notre seul désir, notre seule ambition, et ce sera
notre plus grand honneur.
H. de Graffigny.
l'ontenay-sous-Bois, octobre 1888.
LES INDUSTRIES D'AMATEURS
PREMIÈRE PARTIE
LE PAPIER ET LA TOILE
CHAPITRE PREMIER
LE PAPIER. — PAPIER A FILTRER, PAPIER A CALQUER, PAPIER
IMPERMEABLE, PAPIER LUMINEUX,
Filtre». — Lorsque l'on veut passer des liquides quelconques
à travers un papier à filtrer, il est bon que ce papier soit plié de
telle façon qu'il forme une espèce d'entonnoir.
La feuille de papier à filtrer que l'on trouve dans le commerce
est rectangulaire; il est
donc nécessaire de la plier
suivant certaines règles
pour obtenir un cône par
la superposition des plis.
C'est ce qui s'obtient en
suivant l'une des deux mé-
thodes que nous donnons,
selon que l'on veut obtenir
un filtre plisse, ou un filtre
uni.
Filtre plisse'. — Dans le premier cas, on prend un carré de pa-
pier, on le plie en deux suivant la diagonale AG, comme dans la
ligure I. On plie A.sur I? pour obtenir le pli E, puis, toujours dans
le même sens A sur E pour obtenir le pli E. On plie alors en
sens inverse A sur F pour obtenir le pli G, et, tenant ce pli serré
II. uf. Grain l
Les industries d'amnteurs.
I
I
I
2 LE PAPIER ET LA TOILE.
entre les doigts, on en fait un de même sens enlre F et E. On ra-
masse tous ces plis enlre les doigts et l'on plie l'espace ECB
comme l'espace ACE en faisant alternativement les plis en sens
inverse, et ainsi de suile. Ces plis doi-
vent être fortement arrêtés par la pres-
sion de l'ongle, mais ils ne doivent pas
se prolonger jusqu'en C, parce que l'ac-
cumulation de tant de plis en ce point
affaiblirait considérablement le papier,
et, une fois faits, ils doivent être dis-
posés comme ceux de BCD. Lorsque
le filtre est plissé, on en rassemble
tous les plis l'un contre l'autre et[onles
coupe à la longueur du plus court
rayon pour avoir une partie supérieure
horizontale. On introduit le doigt dans
l'intérieur, jusqu'au centre, que l'on'
presse dans le creux de la main, pour
lui donner de la rondeur; on a ainsi
un cône divisé en parties égales, for-
mant des angles alternativement ren-
trants et saillants, sauf pourtant sur
deux points opposés correspondant à A et D, qu'il faudra divi-
ser, par un angle rentrant, à l'aide d'un pli intermédiaire. On
l'introduit enfin dans l'entonnoir, de manière qu'en s'y dévelop-
pant, il prenne la forme indiquée par la figure 2.
Filtres unis. — Ils s'obtiennent en pliant deux fois un carré de
papier (fi g. 3) dans la direction des deux diagonales; on coupe
alors à la longueur du plus court rayon (fig. 4); en séparant un
Fig. 2. — Filtre plissé dans un
entonnoir.
Fig. 3, 4, et o. — Manière de plier uu filtre uni.
quart de cercle des trois autres, on obtient une cavité en forme
de cône régulier (fig. 5) qui s'applique exactement dans les en-
tonnoirs dont les parois sont inclinées sous un aligle de 60°. Quand
on se sert d'un filtre uni, il convient de bien appliquer les feuilles
contre les parois de l'entonnoir, de manière à empêcher, autant
LE PAPIER. 3
que possible, l'écoulemenl entre le papier el le verre el forcer le
liquide à s'échapper par la poinle du fillre.
Papier à calquer. — Pour le préparer, il suffit de mélanger
25 grammes de baume du Canada et 125 grammes d'essence de
térébenthine rectifiée et d'étendre ce mélange avec une brosse
douce à la surface de feuilles de papier très mince. Ce mélange
sèche rapidement, est très transparent et ne tache pas les objets
sur lesquels on l'applique.
Un autre bon papier calque est celui que l'on obtient en endui-
sant le papier de benzine ou d'essence minérale.
La benzine, que l'on trouve en abondance dans le commerce,
possède, comme les autres huiles volatiles et comme les huiles
grasses, la propriété de donner au papier une transparence pro-
noncée, qui disparaît après la vaporisation du liquide.
Cette propriété permet d'éviter, au moyen de la benzine, l'em-
ploi du papier à calquer pour le dessin. Il suffit, en ell'et, d'éten-
dre sur l'objet à copier une feuille de papier ordinaire, et d'hu-
mecter de benzine, au moyen d'une éponge, la place que l'on veut
calquer, pour rendre cette place transparente et pouvoiry tracer,
avec un crayon ou de l'encre de Chine, le dessin que l'on voit
distinctement par-dessous. La benzine ne larde pas à se vaporiser
entièrement, au bout d'un certain temps, sans laisser aucune
trace, et le papier qui en est imprégné devient opaque el reprend
son état primitif. Le dessin original n'est d'ailleurs nullement en-
dommagé. Quanta l'odeur qui n'est pas absolument désagréable,
pourvu que le liquide ne soit pas trop impur, on peut en débar-
rasser le papier dans l'espace de quelques heures, pourvu que
l'on ait soin de l'aérer et de le chauffer.
• La benzine offre un inconvénient, elle s'évapore trop vite et
disparait avant que l'on ait terminé sa besogne, pour peu qu'elle
soit un peu longue; onestdonc obligé d'en imprégner lafeuilleà
plusieurs reprises, ce qui oblige chaque fois à déranger son dessin.
L'essence minérale s'évapore beaucoup plus lentement et
n'offre pas cet inconvénient.
Papier imperméable. — Pour rendre le papier imperméable,
on fait dissoudre 60 grammes de savon blanc dans 12 litres d'eau
ell'on fait bouillir pendant quelques minutes. D'un autre côté, on
dissout 375 grammes d'alun dans 12 litres d'eau;' on y ajoute
125 grammes de colle forte et 30 grammes de gomme arabique
dissoute dans unequantité d'eau suffisante. On réunit les liquides,
on fait chauffer le mélange, on y trempe les papiers et on les place
ensuite les uns sur les autres comme le pratiquent les imprimeurs.
On recouvre préalablement le papier d'une couche d'empois
4 LE PAPIER ET LA TOILE.
formé de parties égales d'amidon et de glycérine où l'on intro-
duit un peu de suie ou toute autre matière colorante. Lorsque
cet enduit est sec, on passe, avec un pinceau, le vernis suivant :
Cire végétale du Japon.
Alcool à 85°
1 partie.
5 à 6 parties.
On rend aussi le papier imperméable, soit en l'enduisant de colle
rendue insoluble par l'addition de 2 p. 100 de bichromate de po-
tasse, soit en l'immergeant dans une solution ammoniacale de
cuivre, connue sous le nom de liqueur de Schweitzer.
Enfin on parvient encore à rendre le papier imperméable en
le trempant pendant plusieurs minutes dans un bain d'acide
nitrique ou sulfurique, et en le lavant ensuite à grande eau.
^ Le même fait, qui se produit lorsqu'on attaque le coton par
l'acide azotique pour fabriquer du coton-poudre ou pyroxile, a
lieu : la cellulose du papier se transforme, le papier prend l'as-
pect du vieux parchemin, et il devient, quoiqu'un peu cassant,
imperméable à l'eau et au gaz.
Papier imperméable et lumineux. —Parmi les nouveautés
optiques qui ont un intérêt notable, nous citerons la production
d'un papier qui est non seulement imperméable à l'eau, mais qui
est lumineux dans l'obscurité. Ce papier phosphorescent et im-
perméable pourra recevoir de nombreuses applications.
L'imperméabilité est obtenue au moyen du bichromate de po-
tasse, et la phosphorescence à l'aide d'une poudre composée de
sulfure de calcium, de baryum et de strontium. Voici d'ailleurs
la formule dont on se sert :
Eau , 10 parties.
Pâte à papier 10 —
Poudre phosphorescente 10 —
Gélatine 1 partie.
Bichromate de potasse. . . 1 —
Pour le reste, la manipulation est comme dans la fabrication
du papier ordinaire.
On ne dit pas combien de temps ce papier gardera sa pro-
priété de luire dans l'obscurité, mais il est probable que cela
peut durer pendant plusieurs mois. Les mêmes rayons qui, en
le frappant, le rendent lumineux dans l'obscurité, le rendent
aussi imperméable à l'eau par l'action du bichromate de potasse
sur la gélatine.
Hygromètre en papier. — Un instituteur, M. Huche, a ima-
giné un hygromètre très simple, fondé sur le changement de
couleur d'un sel, selon son degré d'humidité.
Voulez-vous confectionner cet hygromètre vous-même? pré-
parez une solution de sel de cobalt, de sel de cuisine et de
LES CARTONNAGES. S
gomme arabique. Toutes les parties de papier que vous aurez
imprégnées de cette composition et fait sécher ensuite seront
bleues, si le temps est au sec ; mais elles prendront une teinte ro-
sée, dés que l'air se chargera d'humidité.
Avec ce procédé, vous pouvez, en distribuant convenablement
des couleurs et la composition indiquée, obtenir de petits tableaux
hygrométriques d'un joli effet.
On peut, par exemple, construire à peu de frais un hygro-
mètre parlant; rien n'est plus simple :
Sur une pancarte, collez deux feuilles de papier à côté l'une
de l'autre, l'une bleue, l'autre rose. Sur la feuille bleue, et avec la
composition indiquée plus haut, écrivez (avec un pinceau) cette
phrase : prends tonparapluie. Et, sur la feuille rose, cette autre:
prends ta canne. Il ne vous restera plus qu'à consulter votre pan-
carte avant de sortir et à faire ce qu'elle vous commande. Si l'air
est chargé d'humidité (indice de pluie), votre composition devien-
dra rose, et par conséquent, la phrase prends lu canne qui est sur
un fond rose restera invisible, tandis que prends ton parapluie se
détachera en lettres roses sur un fond bleu.
Le contraire aura lieu, si l'air est sec.
CHAPITRE II
LES CARTONNAGES. — IlOITES, ABAT-JOUR, MASQUES.
Le plus simple des amusements est bien certainement celui qui
consiste à transformer une feuille de carton en un grand nombre
d'objets différents.
Outillage. — Le matériel est aussi peu compliqué que pos-
sible : une grande feuille de carton, un canif, une paire de ciseaux,
quelques épingles et un pot à colle.
Point n'est besoin d'être grand géomètre pour construire avec
cette feuille de carton des solides de toutes formes : cubes, pyra-
mides, cônes, etc. On y parvient facilement, sans études préala-
bles, et en procédant comme nous allons l'indiquer.
lloîtes. — Supposons qu'avec une épaisse feuille de carton,
nous voulions faire une boîte qui aura 20 centimètres de long,
sur 10 de haut et autant de large. Il suffit de tracer sur notre
feuille un rectangle de 40 centimètres (fig. 6) l, 2, 3. On
marque ensuite 10 centimètres (4 et S) et on trace deux
I
r mmt
6 LE PAPIER ET LA TOILE.
lignes qui sont arrêtées par d'autres lignes tracées elles aussi à
10 centimètres du rectangle primitif.
On a soin de laisser de
lous côtés un rebord d'un
demi-centimètre de large.
On découpe la feuille de
papier en suivant ce tracé
et on replie les morceaux 1 ,
3, 4 et S de façon à ce que
leurs bords se touchent, et on
les colle. La boite est faite et
on peut la recouvrir d'un pa-
pier de couleur qui l'enjolive.
Ensuivant le même prin-
cipe, on fabrique le cou-
vercle.
Solides à arêtes. — Pour tous les solides à arêtes, le procédé
esl identique à celui que nous venons de décrire, qu'il s'agisse
5
Dessin d'une boite.
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e
1
2
s
*
S
Fig. 7. — Dessin d'un cube.
Ford
Fig. 8. — Dessin d'un parallélipipède.
d'un cube (fig. 7), d'un parallélipipède (tig. 8) ou d'une pyra-
mide (flg. 9 et 10).
Sphères. — Nous verrons clans un chapitre ultérieur la ma-
nière suivant laquelle on découpe les fuseaux qui doivent consti-
tuer une sphère (p. 61).
Solides curvilignes. — Pour les solides curvilignes, nous dé-
montrerons la manière pratique de les tracer, en nous occupant
des abat-jour.
LES CARTONNAGES.
Abat-jour. — Un abat-jour ordinaire esl, en général, une
pièce de carton plus ou moins mince qui se place au-dessus d'une
0. — 'UV&îh d'une [lyramid
triangulaire.
10. — Dessin d'une pyramide
quadranguluire.
flamme éclairante dans le but de concentrer les rayons lumineux
et les rabattre vers le sol.
On fait aussi les abat-jour en métal et presque plats ou en
porcelaine.
De toute façon, la première condition à remplir est d'avoir une
surface réfléchissante aussi blanche et aussi unie que possible.
Les meilleurs aba! -jour, pour les lampes domestiques, sont fabri-
qués comme suit, d'après une.
méthode ex trémement simple :
Sur une feuille de carton
mince, déforme rectangulaire
ou carrée (fig. 11), en prenant
comme centre le point A, on
trace un arc de cercle dont le
diamètre est limité par la
grandeur de la feuille. Cet
arc de cercle sera la circon-
férence de l'abat-jour; on trace
un autre petit cercle qui de-
viendral'espacenécessité pour
le passage du verre de la lampe.
Cela fait on trace les deux li-
gnes C et C, et on découpe la
feuille suivant ce tracé. Il ne resLe plus qu'à plier le carton, de
façon à ce que la ligne C soit superposée à la ligne C.
11. — Dessin d'un abat-jour.
S f.É PAPIER ET I.A TOILE.
On aura eu soin de ménager un petit rebord, de la largeur
du petit doigt, qui permetlra, soit de coller Jes deux surfaces en
contact, soit de les réunir par des épingles ou des agrafes que
l'on rebrousse de chaque côté. On obtiendra ainsi un abat-jour de
forme tronconique, qui reflétera parfaitement la lumière et au-
quel il ne restera plus qu'à ajuster une garniture métallique lui
permettant de rester accroché au verre de lampe à la hauteur
voulue.
On peut varier la forme des abal-jour à l'infini et les décorer
de la façon la plus gracieuse, ce qui peut former une intéressante
distraction pour l'amateur. On peut orner la surface extérieure
de dessins, de décalcomanies ou de peintures du plus joli effet
Mais nous ne recommanderons point les ornementations à Vinté-
rieur, c'est-à-dire sur la surface réfléchissante, car rien n'est plus
fâcheux pour la vue que des alternatives de parties éclairées et
de parties obscures sur ces appareils, dont le but doit être de con-
centrer le mieux possible la lumière.
Les abat-jour transparents ne sont pas d'un moins funeste
usage, et les meilleurs de tous sont encore sans contredit les
plus simples, c'est-à-dire ceux en opale ou en carton, blancs à
1 intérieur et peints d'une couleur quelconque à l'extérieur ou
enjolivés de dessins découpés.
Abat-jour en papier mousseline. — Pour fabriquer de
petits abat-jour en papier mousseline, on prend une feuille de
papier teinté, semblable à celui dont se servent les fleuristes (les
trois feuilles coûtent 10 centimes). Vous la pliez en angle comme
pour faire un filtre; quand elle a été pliée ainsi autant de fois
que possible, vous la faites glisser entre vos doigts en la serrant
fortement. Plus la feuille passera de fois entre vos doigts bien ser-
rés, plus il se formera de petits plis inégaux qui lui donneront un
aspect gaufré. Il ne reste alors qu'à couper la pointe à environ 4
centimètres de hauteur, et à poser celabal-jour économique siir
le globe de la lampe dont il prendra tous les contours arrondis.
Masques. — On distingue deux sorles de masques, suivant la
matière dont ils sont fabriqués : les masques de carton et les mas-
ques de cire.
Les masques de carton sont confectionnés avec un papier spé-
cial dit papier bas-à-homme; c'est un papier un peu fort, gris-
blanc, non collé. On sépare les feuilles, puis chacune d'elles est
soigneusement pliée en deux. On fait adhérer les deux parties
l'une à l'autre au moyen de colle de pâte. Cette superposilion de
deux épaisseurs du papier constitue le carton des masques. On
entasse ces cartons les uns sur les autres et on laisse sécher sous
LES CARTONNAGES.
9
une légère pression, en laissant toutefois subsister un peu de moi-
teur. On plie ensuite chaque feuille de carton en deux, puis on
pose dessus un patron représentant la moitié du visage que l'on
veut modeler, et avec un outil en cuivre arrondi on trace le con-
tour. On détache ensuite la portion de carton sur les deux épais-
seurs du carton replié en la déchirant suivant le contour indiqué.
Il est important que le carton soit déchiré et non coupé, parce que
cela laisse des barbes qui facilitent plus tard le collage des deux
extrémités du masque.
Le carton une fois préparé, découpé et moite, l'ouvrier prend
le moule ou creux, puis il l'enduit de saindoux pour que la colle
ne puisse pas y adhérer: ensuite il étale sur une moitié de ce
moule de la colle de farine, et par-dessus celle-ci il étale des
morceaux de carton représentant la moitié du masque.
Avec les doigts, il oblige ce carton à s'appliquer exactement
sur toutes les parties creuses du moule; le carton doit dépasser
tout autour de 5 à 7 millimètres. On opère ensuite de même sur
l'autre côté, en ayant grand soin de bien coller les deux parties
du carton sur la ligne médiane qui sépare le visage en deux par-
ties égales. Lorsque ces deux feuilles de carton ont bien pris tous
les creux et les reliefs du moule, on laisse sécher à l'air libre s'il
fait sec, ou au moyen d'une éluve.
Après quoi, on repare les masques, c'est-à-dire qu'on les exa-
mine tous avec soin les uns après les autres pour faire disparaî-
tre les boursouflures s'il s'en est produit et recoller la ligne mé-
diane aux endroits où elle aurait pu céder. Une fois tous les
masques réparés et bien secs, on les empile les uns dans les au-
tres et on les fait séjourner une nuit à la cave pour leur faire re-
prendre une certaine moiteur.
Ensuite chacun d'eux est placé, pour recevoir la couleur, sur un
moule en relief en carton fort, qui a été confectionné de la même
manière que les masques, sur les moules en creux. Cela est né-
cessaire afin de faciliter la pose de la couleur et 'pour conserver
bien propre le côté creux du masque qui doit être en contact di-
rect avec la figure. On passe d'abord sur le côté saillant une
couche de couleur de chair claire, délayée avec de la colle de
peau. Cette dernière est destinée à donner de la raideur au car-
ton. On laisse sécher, on ramollit et on fait subir un second re-
parage ou ébauchage au moyen d'ébauchoirs en buis ou en ivoire,
ou simplement avec une dent de loup.
11 n'y a pas de règle à donner pour cette opération, elle dé-
pend uniquement de l'intelligence et de l'attention de l'ouvrier,
et elle décide de la réussite du masque.
10
LE PAPIER ET LA TOILE.
On donne alors une seconde couche de peinture délayée dans
de la colle de pâle. Cette teinte de chair est définitive; elle est
de quatre nuances différentes, suivant le caractère jeune ou vieux,
gai ou triste que l'on veut donner au masque.
Ensuite, avec un tampon de laine, on met du rouge au front,
aux joues, au menton, etc. Puis des mains exercées peignentles
lèvres, les sourcils, les cheveux, la barbe avec des couleurs très
fines délayées à la gomme arabique. Sur le tout on étend un en-
collage à la colle de pâte destiné à empêcher le vernis de se dépo-
ser et de faire tache. Ce vernis est blanc et délayé à l'esprit-de-vin.
On ne doit placer une couche que quand toutes les précédentes
sont parfaitement sèches. Pendant toutes ces opérations de
coloriage, les masques sont restés posés sur les moules en relief.
Quand le vernis est bien sec, on perce les yeux, les narines, la
bouche avec des outils d'acier très bien trempé. On rogne ensuite
le tour du masque avec des ciseaux et il est prêt.
Masques de cire. — Les masques de cireonl pourbase laloile.
On prend de la toile fine, un peu usée, on la colle par moitié
sur les deux côtés du moule, comme on a fait pour le carton,
en ayant soin de faire un collage bien exact sur la ligne médiane.
On en superpose ainsi deux épaisseurs. La toile est bien imbi-
bée décolle de pâte, et, pour la modeler exactement sur le moule
en creux, on se sert d'une brosse à poils courts, dont on frappe
des coups secs et rapides. On Jait subir au masque les mêmes
opérations débauchage et de reparage qui ont été indiquées pour
les masques en carton; puis, quand ils sont bien secs, on leur
donne une seule teinte bien uniforme de couleur de chair, faite
d'une main exercée et avec des couleurs très fines, délayées dans
une dissolution légère de gomme arabique.
On laisse sécher parfaitement et on plonge les masques verti-
calement dans de la cire vierge fondue, presque bouillante, on
laisse égouller, sécher, puis on vernit. Les masques de cire ainsi
confectionnés sont nommés masques de Paris.
Ceux dits de Venise ont une doublure en papier; ils sont plus
lourds parce qu'ils absorbent beaucoup plus de cire, et ils ne
sont pas vernis. Ils doivent à cette dernière circonstance d'avoir
une sorte de velouté analogue à la peau naturelle, mais aussi
ils se déforment bien plus facilement que les premiers.
Ces deux procédés généraux de fabrication sont susceptibles de
diverses modifications de détail. Ainsi, pour les masques trans-
parents et lumineux, employés dans la fantasmagorie, on doit
éviter avec soin la superposition de la toile et du papier sur la
ligne (fui sépare la figure en deux.
LE MOULAGE EN PAPIER.
11
Loupe et dominos. — Outre les masques qui couvrent la
figureenliere.il en est d'autres qui n'ont pas de menton et qui
cachent seulement le haut du visage jusqu'à la bouche; on les
nomme loups et dominos. Ils sont doublés en toile blanche et
recouverts d'une étoffe riche, velours ou satin, généralement de
couleur noire; ils ont quelquefois au bord de la bouche une gar-
niture en dentelle pour dissimuler le menton ; c'est ce que l'on
nomme : la bavbc de loup.
Masques en toile métallique. — On a fait dans ces derniers
temps des masques en toile métallique emboutie suivant la forme
voulue et assez fine pour recevoir une peinture. Ils ne sont pas
d'un effet très réussi, mais ils permettent à ceux qui les portent de
respirer et de voir facilement sans qu'il y ait besoin de faire des
trous pour la bouche, le nez et les yeux. Ils ne peuvent guère
remplacer les masques ordinaires: ils sont plus lourds, plus
chers et moins gracieux.
CHAPITRE 111
LE MOULAGE EN PAFIER ET LESTAMPAGE DES CREUX.
Estampage dans les creux avec de la pâte à papier ou du
papier pourri ou mâché. — On prend de la pâte qui a été com-
posée de la manière suivante : on laisse pourrir des rognures de
papier blanc dans l'eau, que Ton change souvent pour empêcher
la corruption ; lorsque le papier est détrempé, on le retire de
l'eau, on le bat dans un mortier pour le réduire en pâte, et pour
cette dernière opération, on le fait bouillir dans une chaudière.
Afin que la pâte ait de la consistance, on y ajoute un peu de
colle de farine; la pâle étant ainsi préparée pour les ouvrages
même les plus délicats, on la fait sécher, on la râpe, et par ce
moyen on a une pâte très fluide qui prend les empreintes les
plus fines.
On met de cette pâte dans une terrine avec un peu d'eau ; alors
on l'étend avec les doigts dans les fonds du moule, de l'épais-
seur d'une ligne, le plus également qu'il est possible ; ensuite,
avec une petite éponge fine, on absorbe l'eau qu'on a été obligé
de mettre dans la pâte pour qu'elle s'imprime plus facilement.
Lorsqu'elle est toute imbibée, et que la superficie des creux
est garnie, on passe par-dessus une couche décolle; on fait après
sm
12
LE PAPIER ET LA TOILE.
cela sécher le creux à un feu qui ne soil pas trop fort en com-
mençant, de crainte que la pâte ne se déjetle. Lorsqu'il se
,Tm , nS 6 CreUX d6S endroi| s Profonds où la chaleur pénè-
tre difficilemenl, .1 faut y verser du sable chaud ou de la cendre
chaude pour que toutes les parties soient également sèches
. Cette Première couche est sèche, lorsqn'en frappant dessus,
elle se détache du creux; alors on la relire du feu pour mettre
les autres couches de papier, qui font la force du carton
On emploie a cet usage du papier appelé Joseph, que l'on colle
en double, et l'on en couvre la pâte avec de petits morceaux de
3 centimètres tout au plus.
Ce papier étant bien appuyé partout, on donne une couche de
colle pour recevoir la seconde couche de papier blanc. Celui-ci
se colle do même en double comme le premier papier.
La troisième couche doit être en trois doubles, ce qui fait en
tout cinq épaisseurs de papier gris et deux de blanc; on donne
encore une couche de colle pour remettre ensuite le creux au feu
Lorsque les morceaux que l'on cartonne sont d'une grande
étendue, on met entre la seconde et la troisième couche de papier
#ns des lames de fer mince pour donner de la force.
Quand le carton est sec, on le retire du feu et on le découpe
Pour coudre les morceaux qui doivent former la figure, on se sert
d un fil d'archal mince et recuit, et, afin que les joints ne parais-
sent pas, on les couvre de papier collé.
. S'il arrivait que les contours fussent altérés, on réparerait cet
inconvénient avec de la terre molle ; on collerait du papier blanc
par-dessus.
Si l'on veut que le carton soit encore plus durable, on colle de
la toile par derrière avec de la colle-forte et on y met quelquefois
des etoupes trempées dans la même colle.
La ligure étant tout à fait moulée, on la fait sécher de nouveau
et on la dore ou argenté au besoin.
Estampage atec du papier. — La seule opération néces-
saire pour laire cet estampage consiste à passer une légère
couche de colle sur la feuille de papier Joseph posée sur le moule
a appliquer sur celle-ci une feuille semblable; cela fait on collé
une feuille de papier gris ordinaire désigné dans le commerce
sous le nom de papier trace ou de papier main-brune et on l'ap-
plique sur le papier Joseph; une seconde feuille de main-brune
est encollée et appliquée sur la précédente.
Deux feuilles du même papier posées lune sur l'autre sont
appliquées de nouveau, mais non collées entre elles; on ne les
encolle que sur la surface qui s'appliquera sur le tas collé et sur
LES OMBRES CHINOISES. )3
celle qui doit recevoir une cinquième et dernière feuille île papier
main-brune.
Cet arrangement varie, toutefois, suivant la force que l'on veut
donner au carton ou suivant l'élégance des objets auxquels on le
destine. Lorsqu'il s'agit de mouler des figures délicates, telles que
celles qui tendent à imiter le biscuit de Sevrés, on n'emploie que
du papier blanc ordinaire, sauf le papier Joseph ou le papier Car-
tier, papiers minces et fins, qui sont destinés à prendre convena-
blement les empreintes.
Afin d'économiser sur le prix du papier, on achète chez les
papetiers le papier de rebut appelé papier cassé. Ce papier, qui
se vend au poids, est composé de feuilles déchirées ou avant dos
défauts, l'ampleur du papier cassé n'est pas plus embarrassante
que celle du précédent. Après la première feuille double du pa-
pier Joseph, ou superpose les unes aux autres les feuilles altérées,
que l'on encolle et que l'on applique successivement.
Le nombre ne peut être déterminé et dépend de l'épaisseur re-
lative du carton. Si les feuilles déchirées ne sont pas entières, il
faut ajouter des pièces, afin que l'épaisseur soit égale partout.
CHAPITRE IV
LES OMBRES CHINOISES.
On a donné le nom d'ombres chinoises à dill'érents genres de
spectacle. Dans les uns comme dans les autres, les personnages
sont des silhouettes apparaissant sur un écran transparent, der-
rière lequel se trouvent les spectateurs.
Quelquefois les ombres représentent les silhouettes de véritables
acteurs, projetées par une grande toile blanche vernie. Les acteurs
se livrent à une pantomime animée, à une lutte ou à des danses.
Mais les véritables ombres chinoises consistent en une repré-
sentation qui a lieu sur un petit théâtre, au moyen de sujets dé-
coupés que l'on fait mouvoir derrière un décor transparent
Construction du théâtre. — Voici comment on peut cons-
truire soi-même, à peu de frais, un théâtre de ce genre. On fa-
brique des châssis avec des lattes ,1e bois blanc, ayant environ
4 centimètres de large sur I centimètre d'épaisseur. La grandeur
des châssis doit être calculée suivant les dimensions des décors
14
LE PAPIER ET LA TOILE.
que l'on se procure facilement chez tous les marchands de jouets.
Les proportions ordinaires so'nt de J m ,30 de large sur 70 centi-
mètres de haut.
On y colle proprement, avec de la gomme ou de la colle de
pâte, le décor bien tendu, en ayant soin de placer l'épaisseur du
châssis du côté où se trouvera le public, de façon qu'elle fasse
saillie sur le devant. On dissimule le bois de la partie extérieure
au moyen de bandes de papier noir.
Si l'on s'est procuré des décors de gaze blanche ou vernie, on
ne leur fait subir aucune préparation. Mais comme ils coûtent
assez cher, on leur préfère souvent des décors de papier, sur les-
quels sont peintes des représentations de maisons, de paysages,
de ponts, de rivières ou de sujets quelconques, en rapport avec
les scènes que l'on veut jouer. On passe lentement, sur la surface
intérieure d'un décor de ce genre, un linge imbibé d'huile d'olive
ou un pinceau plat trempé dans du vernis à tableaux.
Pour soutenir ces châssis, on fabrique un cadre ou panneau
dont l'ouverture aura 1 centimètre de moins que le châssis. Ce
panneau se place dans l'embrasure d'une porte séparant deux
chambres ; on y fait glisser les châssis au moyen de deux rainu-
res parallèles dont l'une est en dessus et l'autre en dessous de
l'ouverture.
Le cadre peut être posé debout sur une table, dans l'embrasure
de la porte ou supporté par des tasseaux que l'on a légèrement
cloués sur les montants de la porte, à la hauteur voulue.
Sujets et personnages. — Les sujets et les personnages sont
dessinés sur du papier que l'on colle sur du carton très mince;
on les découpe avec soin, à l'aide de petits ciseaux et d'un canif
et on perce au moyen d'un poinçon et d'aiguilles de différentes
grosseurs, des trous à l'endroit des yeux; on pique les principaux
traits laissés en blanc, pour indiquer les cheveux, les coiffures,
les plis des vêlements, etc.
Toutes ces figures doivent être dessinées de profil; on peut se
les procurer chez les marchands de jouets; mais il est préférable
de dessiner soi-même les figures de personnages, d'animaux ou
de sujets quelconques, dont on aura besoin. Après les avoir des-
sinés sur du papier, on les colle sur du carton mince, et quand le
tout esl bien sec, on procède au découpage et au piquage.
Pour que ces personnages deviennent de véritables acteurs, il
faut que leurs articulations soient mobiles. On leur donne la fa-
culté de se mouvoir, en coupant et en perçant d'un trou d'aiguille
les deux parties, puis en passant dans les trous un fil que l'on
arrête par un nœud de chaque côté, sans trop serrer, afin que la
LE BROCHAGE ET LA RELIURE.
ta
partie articulée : lète, jambe, bras, etc., puisse agir assez librement.
Pour les sujets que l'on a dessinés soi-même, il faut avoir soin,
après avoir coupé les membres, de coller par derrière des lan-
guettes de carton qui en augmentent la longueur et que l'on rap-
porte, avec des attaches de lit, au corps du personnage.
A la partie supérieure de chaque pièce susceptible de mouve-
ment, comme la tête et les membres, on passe un fil de laiton,
que l'on arrête solidement, en le tournant deux fois sur lui-même.
Un fil de laiton ainsi accroché au corps l'ait tenir la figure dans
une position verticale, les autres fils font agir les membres; il
faut autant de fils qu'il y a de membres agissants. Pour les trans-
formations et les métamorphoses, les sujets sont assemblés au
moyen de fils à nœuds ; au moment voulu, on substitue rapide-
ment la nouvelle figurine à la première en faisant tomber par
derrière et disparaître celle-ci.
lia représentation. — Les choses étant ainsi préparées, on
éteint toutes les lumières qui se trouvent du côté des spectateurs,
dont la salle doit rester dans l'obscurité complète. Le théâtre est
éclairé par une ou plusieurs lampes à réflecteur, placées de
l'autre côté, dans une situation élevée, à environ l m ,30 en ar-
rière du châssis.
L'opérateur, assis entre la lumière et le châssis, ne peut proje-
ter son ombre sur le décor, en raison de sa basse situation rela-
tivement à la lumière. Tout en restant invisible pour les specta-
teurs, il fait mouvoir et agir les figures, qu'il lient tout près de la
gaze transparente ou du papier huilé, sur lequel se projette
l'ombre du personnage articulé.
En même temps que les petits fils de fer ou de laiton font mou-
voir en sens voulu les membres de ces acleurs de carton, l'opé-
rateur met du rapport entre leurs gestes et les paroles qu'il pro-
nonce en dissimulant sa voix, pour imiter le timbre d'une femme,
d'un enfant, d'un vieillard, d'un jeune homme, elc. Au besoin il
sait contrefaire le cri des animaux ouïe chant des oiseaux.
CHAPITRE Y
LE BROCHAGE ET LA RELIURE.
Nous voulons seulement mettre le jeune homme qui veut ré-
parer quelques-uns de ses livres, la jeune fille qui veut conserver
1C
LE PAPIER ET LA TOILE.
les pages d'un journal ou les noies d'un cahier, à même de
faire tenir ensemble ces feuillets séparés. Quant à la grâce et à
la solidité à donner à l'ensemble, ce sont choses qui ne s'ensei-
gnent pas, mais que permettent d'acquérir assez vite l'adresse
naturelle, l'attention et l'habitude.
Assemblage. — Quand toutesles feuilles d'un livre sont impri-
mées, il faut assembler ces feuilles pour en former des volumes ;
c'est-à-dire, poser les tas de feuilles les uns à côté des autres et
enlever sur chaque tas une feuille qui se trouve ainsi placée dans
le rang qu'elle occupera dans le volume après qu'elle aura été
pliée. Cette opération se fait par un ouvrier nommé assembleur,
qui place tous les tas de feuilles sur une table longue et se pro-
mène en enlevant une feuille à chaque las.
Pliure. — Avant tout il faut savoir plier une feuille impri-
mée, et quoique nos jeunes apprentis brocheurs et relieurs ne
soient pas destinés à faire souvent celte opération, nous l'indi-
querons parce qu'elle comporte plusieurs renseignements spé-
ciaux qui se rencontrent toujours, que la feuille soit ou non im-
primée, lorsqu'on veut la brocher. Les paquets sont livrés aux
plieuses, qui, comme leur nom l'indique, sont chargées de plier les
feuilles, de manière que les pages se suivent dans leur ordre na-
turel. Le mode de pliure dépend du formai.
Brochage. — Les divers cahiers résultant du pliage sont mis
dans leur ordre de pagination, ce qui se reconnaît par une lettre
ou un chiffre que chacune porte en bas de la première page,
et que l'on appelle la signature: ensuite ils sont cousus et assem-
blés avec un fil et recouverts d'une couverture imprimée.
Il est bien évident que si nous voulons brocher un cahier de
papier blanc, les opérations se succéderont absolument dans le
même ordre, saufles signatures, qui n'exisleront point.
Prenons un exemple : pour plier régulièrement une feuille
in-8°, on la pose de manière que la signalure se trouve à gauche,
en bas, la face contre la table. Placée ainsi, on suit devant soi, sur
une ligne horizontale, les chiffres 2, 15, 14, 3, puis, au-dessus,
en lisant dans le même sens, mais les chiffres à rebours, les pa-
ginations, 7, 10, 11,6. Cela fait, on plie suivant la ligne des poin-
tures et l'on fait tomber bien exactement 3 sur 2 et 6 sur 7. On
a ainsi devant soi 4 et 13 k l'endroit, 5 et 12 a l'envers. Sans dé-
ranger la feuille, on redouble de la main gauche le haut de la
feuille sur le bas, en faisant bien tomber 5 sur 4, en même temps
que 12 arrive sur 13. On voit alors les paginations 8 et 9; on
prend, toujours de la main gauche, la feuille au chiffre 9 et on
la rabat sur le chiffre 8, ce qui termine le pliage de la feuille
1
LE BROCIIAGE ET LA RELIURE. 17
par le troisième pli. Il faut prendre grande attention de s'aider
d'un plioir ou couteau a papier de bois, pour ne pas produire
de faux plis et pour bien aviver et dérider le pli également.
Toules les feuilles imprimées onl un pliage un peu différent; mais,
en plaçant devant soi la feuille, ainsi que nous l'avons indiqué
pour l'in-8 , et en se guidant sur les numéros de paginalion, on
arrivera après quelques hésitations à trouver le mode de pliage.
Il est encore une remarque importante à inscrire ici : ce n'est
pas la grandeur du papier qui constitue le format d'un livre,
c'est le nombre de pages qui se trouvent sur chaque côté de la
feuille avant d'être pliée, et qui produisent naturellement après
la pliure autant de feuillets. Par conséquenl, un moyen bien
simple de reconnaître le format d'un livre consiste à en chercher
Fig. 12. — Brochage : attache du premier cahier.
la signature. Si le signe B ou 2 est placé à la li e page, c'est un
in-folio; à la 9 e , un in-4°; à la 17 e , un in-8°; a. la 25 e , un in-12;
à la 33 e , unin-16; à la 37 e , un in-18; à la 49 e , un in-24, etc.
Il y a deux manières de coudre un volume, un cahier : soit au
moyen du cousoir, ce qui produit la couture des volumes reliés;
soit sans cousoir, ce qui constitue le brochage ordinaire, dont on
se contente la plupart du temps aujourd'hui. Nous allons indi-
quer la seconde manière.
On se place, pour coudre un volume, sur le bord d'une table
eu bois ou en matière dure (fig. 12), afin que les cahiers ou feuilles
puissent parfaitement s'appliquer les uns sur les autres et se
ranger également en se guidant sur la tête.
mM
\>
LE PAPIER ET LA TOILE.
On fail choix d'une garde; c'est une feuille de papier que l'on
coudra en môme temps que les feuilles; on la replie en long, un
peu moins large que la marge, et on la met sur la table, le dos
de son côté.
On pose alors dessus la première feuille ployée ou le premier
cahier, le dos vers soi, la tête à gauche ; puis on prend en main
une grande aiguille droite, ou courbe, dite aiguille à brocher,
enfilée d'une longue aiguillée de fil solide et pas trop retors.
On perce la feuille ED par dehors, dans le dos, au tiers A à
droite de la longueur de ce dos. On tire aiguille et fil en dedans
de la feuille entr'ouverle sur la main gauche qui saisit (B, fig. 12),
et on laisse le fil dépasser, en dehors, d'un bout de 12 à 15 cen-
timètres (A, fig. 12). Cela fait, et avec la main gauche, on fait res-
ittache des cahiers suivants.
sortir l'aiguille un peu plus sur la gauche à l'autre tiers de la
longueur de la feuille en B (fig. 12), puis on tire le fil B au dehors
sans amener le bout A qui sort du premier trou à droite.
On passe alors la seconde feuille sur la première, et on pique
l'aiguille de dehors en dedans, juste en face du dernier trou fait
dans la première feuille; on ressort, de dedans en dehors, juste
au-dessus du premier trou du premier cahier, à droite; on noue
solidement le fil avec le bout que l'on a laissé dépasser au pre-
mier cahier et les deux feuilles ou cahiers sont solidement liés
entre eux (fig. 13).
On pose iine troisième feuille sur les deux autres, et on la
traite absolument comme la première, afin que la couture soit
bien perpendiculaire sur la table, et non en zigzag; seulement,
avant de coudre le quatrième cahier, on passe son aiguille
entre le point qui lie le premier cahier avec le second, afin que
LE BROCHAGE. ET LA RELIURE.
19
le troisième cahier soit lié aux deux autres ; c'est ce qu'on ap-
pelle faire la chaînette. On continue à coudre tous les cahiers, on
y ajoute une seconde garde, et le volume est cousu. Il faut faire
attention, quand l'aiguillée de fil dont on se sert touche à sa fin,
d'y en attacher une autre, mais toujours de manière que le nœud
tombe dans l'intérieur du volume; il vaut mieux sacrifier un
petit bout de fil que mettre sur le dos un nœud qui paraîtrait.
Une fois le volume cousu, on enduit le dos de colle de farine.
On enduit également de colle la feuille de couverture. Alors on
pose à plat sur le milieu de la feuille encollée le dos du volume,
on retire les deux côtés de la feuille sur les gardes et on appuie
fortement sur le dos pour faire bien coller le papier ; on tire un
peu les côtés pour les faire adhérer sans plis aux gardes, et l'on
met le volume en presse sous quelques autres pour le laisser sécher.
Quand on travaille pour soi, et lorsqu'on veut donner plus de so-
lidité à sa brochure, on commence par coller sur le dos du vo-
lume une bande de toile ou d'étoffe analogue quelconque, mise
en long, et c'est sur cette toile séchée et bien encollée à nouveau
que l'on applique la couverture.
Dans cet état, le livre esl dit broché et se vend souvent ainsi;
mais il ne présente pas assez de solidité et, tôt ou lard, il est
nécessaire de le relier.
Beliurc. — La reliure s'exerce, soit dans de grands ateliers où
l'on travaille pour les libraires, qui font maintenant relier la
plupart des livres de luxe avant de les mettre en vente, soit dans
de petits ateliers où l'on relie pour les particuliers qui ont acheté
les livres brochés. Ce second genre de travail diffère un peu du
premier et pourrait être désigné sous le nom de reliure d'amateur,
l'aulre constituant la reliure industrielle.
Lorsque le livre à été plié, il doit subir l'opération du battage,
qui a pour but de comprimer le papier et de réduire son volume.
Le battage se fait à l'aide d'un marteau en fer, à tête carrée et
à manche court, pesant 5 kilogrammes environ. Le relieur, te-
nant d'une main un paquet de cahiers appelé battée, le place sur
une grosse pierre de 0,80 de haut environ, de l'autre main il
soulève le marteau et le laisse retomber sur le paquet à batlie.
Pendant le battage, l'ouvrier doit déplacer la battée de manière
qu'un coup de marteau empiète toujours sur le précédent. On
évite ainsi de faire des bosses qu'on appelle noix. Aujourd'hui le
hallage est presque toujours remplacé par un laminage entre des
feuilles de zinc. Ce procédé est plus expédilif, moins fatigant et
plus efficace.
Les livres sont ensuite mis en presse pour faire disparaître le
2(1
SkmI
LE PAPIER ET, LA TOILE.
gondolage qu'a produit l'opération précédente. Chaque volume'
sous presse est séparé du suivant par une planchette appelée
ais. A la sortie de la presse les exemplaires sont collationnés,
afin de vérifier si les cahiers sont bien en ordre et s'il n'en man-
que pas; puis on colle le long du dos du premier et du deuxième
cahier une feuille de papier blanc pliée en deux nommée garde
blanche. Ce sont ces feuilles blanches que nous voyons au com-
mencement et à la fin de nos livres, et dont la moitié forme l'en-
Fig. 14. — Le cousoir du relieur.
I
I
vers de la feuille colorée qui se trouve immédiatement après le
couvert et qu'on appelle la garde marbrée.
Il faut alors réunir tous ces cahiers en les cousant, mais le
cousage est précédé du grecquage, opération qui consiste à faire
sur le dos du volume, mis entre les mâchoires d'un étau, plu-
sieurs sillons destinés à loger les ficelles, qui serviront tout à
l'heure de points d'attache pour les fils de la couseuse. Le grec-
quage s'exécute, soit à la main avec une petite scie, soit mécani-
quement avec des scies circulaires montées sur un axe horizontal
tournant au-dessus des mâchoires de l'élau.
Le trait de scie emportant la substance du papier forme la
rainure dans laquelle le fil se loge et n'empêche plus le dos du
volume d'être égal et uni. Lorsqu'on veut coudre ce volume
LE BHOCflAGE ET LA RELIURE.
21
grecque, on amené donc les fils du cousoir (fig. 14) chacun en
face d un des traits de scie, donnés sur le dos de la feuille
La couture au cousoir est celle que l'on emploie pour la re'liure
proprement dite. Mais elle peut servir également pour la bro-
chure lorsqu on fait celle-ci pour soi-même, parce qu'elle est
beaucoup plus solide que la couture du brocheur
Le couiage est ordinairement fait à l'aide d'un appareil fort
simple (fig. H), qui se compose d'une tablette horizontale T sur
laquelle s élèvent deux tiges verticales B, C, filetées et munies
decrous; ces ecrous servent à fixer à une hauteur convenable
Cousageà la main des cahier
même „„, u 'f MC qUi M< VJSsée sur les J ™* vis du
même pas qu elle; de sorte qu'en tournant les vis, en les pre-
nant par la partie inférieure à pans qui sert de patente on
ait monter ou descendre la traverse suivant le sens'dân leque"
^ ce es Tn T U 'f VerSe ' ° n ennle adcmeure *» ^ut ? de
"celles noues en boucle, MNO, que l'on appelle entre nerfs cl
Set re aUaC ! ie l6S f fi ' S (,,, d ° S FF ' " ue ' on veut met/aux
lÎèZeVoVT e - eSU,éiermi T Par la *«««**> traits de
Zfuale JUg " Pr ° P0S ° d °"" er SUP le dos Iors du
fertJSÏÏ ^r "il 1111 " 18 *' ViS BCT ' ' a ,able est m «™ d'une
ente CT dans aquelle passent les fils FF, que Ion arrête au-des
dous par une simple cheville de bois mise en travers To^ ceux"
■
2 2 LE PAPIER ET LA TOILE-
qui relient savent bien qu'ils auront besoin que les. fils aient
une certaine longueur dans la. partie au-dessous delà table ils
ont soin d'en enrouler plus que moins autour de chaque cheville
*£/$%£ ^SXX: on distingue le ,*, i.
V ta e m a;Éde''sfplacer en face des feuilles est absolument
même que pour le brochage. On commence toujours par enfon-
c7™on aiguille du dehors au dedans dans le trou indiqué pour
•^urtLV le" pott devant, on sort l'aiguille de dedans en
dehors de l'autre main, à côté de la ficelle vers la droite ; er .lais-
sant par conséquent la ficelle à gauche. On rentre de dehors en
dedans l'aiguille, en laissant
la ficelle sur la droite, de
sorte que le fil n'entoure la
ficelle que sur la moitié de
sa circonférence.
Le point arrière (flg. 16)
est différent en ce que, quand
on sort du dedans au dehors,
on pique son aiguille CB de
manière à laisser la ficelle
sur sa droite," mais ensuite
on la rentre du dehors en
dedans en faisant le tour
de la ficelle A, qui reste
alors sur la gauche, de ma-
nière que le fil l'entoure en-
Manière de coudre.
tièrement. Il est bien évident que le point arrière es plus solde
ue "e point devant et qu'on doit l'employer de préférence; le
ouvrer? par motif d'économie, savent fort bien coudre a point
arrière es deux ou trois premières et dernières feuilles ainsi que
les cardes puis tout le milieu du volume à point devant.
On a rendu la couture un peu plus expéditive encore en cou-
«nul à deux, trois ou quatre cahiers.
Pour coudre à deux cahiers, on tend trois ficelles; on peut
n'en meure que deux, mais c'est moins solide. Pour coudre a
n en meure 1 p ai „ ui ii e par le trou de la première
Ee en d ans par conséquent l5 fil entoure la ficelle avant
d'entrer dans la seconde feuille. L'aiguille sort ; par e trou d< Ha
seconde ficelle, en dehors, entre dans la première femUe après
avoir entouré la ficelle, et sort par le trou de la chaînette.
LE BROCHAGE ET LA RELIURE. 23
Lorsqu'on met trois ficelles, comme nous l'avons dit tout à
l'heure, la seconde feuille est plus solide, parce qu'elle est rete-
nue par deux ficelles au lieu d'une seule.
Pour coudre à trois cahiers, on tend quatre ficelles, mais on
emploie rarement ce moyen.
Le premier et le dernier sillon ne reçoivent pas de ficelles-
l'ouvrière y fait avec son fil un point de chaînette qui retient les
cahiers.
Après le cousage, on coupe les ficelles en laissant excéder un
bout de chacune d'elles; on passe une couche de colle forte sur
plusieurs volumes à la fois.
Dans la reliure industrielle, au collage succède la rognure opé-
ration par laquelle on aplanit parfaitement les tranches du livre
Pour cela, on le serre dans une pince horizontale en bois d'où
1 on ne fait sortir que ce qui doit être rogné ; puis, avec un cou-
teau, on coupe tout ce qui excède. Le couteau est fixé dans une
monture appelée fût, qu'il suffit de faire glisser sur la presse
Le plus souvent ce mode de rognage est remplacé par l'emploi
d une machine qui permet de rogner un grand nombre de livres
a la fois, et qui consiste essentiellement en un couteau animé
d un mouvement vertical. Les livres sont placés en pile sur une
plaie-forme, et le couleau, en descendant, les rogne.
Comme nous ne supposons pas que les amateurs pour les-
quels nous écrivons aient une machine à rogner, nous leur con-
seillerons de garder leurs volumes non ébarbés, ce qui vaut bien
mieux et leur laisse une bien plus grande valeur. Ce que la ma-
nie de rogner les volumes a fait perdre de beaux ouvrages est
incalculable; c'est encore la manie furieuse de la plupart des
relieurs de profession.
On procède ensuite à Vendossage, opéralion qui a pour but
d arrondir le dos et de produire la saillie, nommée mors, que les
longs cotes du dos forment sur le corps du volume et qui doit re-
cevoir la couverture en carton. On frappe d'abord sur le dos du
ivre place a plat, puis on le met dans un élau horizontal dont
les mâchoires sont inclinées de dedans en dehors et ne laissent
sortir que la partie destinée à faire le dos. En serrant l'étau, on
comprime le livre et les longs côtés du dos font alors saillie sur
les mâchoires : on les rabat sur elles par quelques coups de
marteau, et, lorsqu'on desserre le livre, le mors se trouve fait
Chacun a remarqué que dans un livre la tranche parallèle au
tlos a toujours une forme concave; cette concavité est appelée la
gouttière. Il est facile de se rendre compte de la manière dont
"Ile est produite. Avant l'arrondissage du dos, la tranche est
r
â4
LE PAPIER ET LA. TOILE.
parfaitement plate, mais cette opération ayant pour effet de
pousser en avant les feuilles du commencement et de la fin du
livre tandis que celles du centre ne bougent guère, il en résulte
que la tranche prend une forme concave, le fond de la concavité
correspondant aux pages du centre.
Il faut maintenant poser la couverture qui est faite avec deux
lames de carton percées au poinçon sur l'un de leurs longs cotes
d'autant de fois deux trous qu'il y a de ficelles au dos du livre,
en ayant soin de faire le trou incliné et délaisser au moins 2 mil-
limètres entre le bord du carton et du trou.
En fait de cartons, il vaut toujours mieux choisir ceux qui sont
minces et fermes que ceux qui se montrent gros et épais; on a
toujours raison d'en prendre un mince et de le doubler d une ou
deux feuilles de papier; mais il faut pour lui donner surtout du
raide avoir soin de coller ces feuilles à la colle forte. Le car-
ton est livré à l'ouvrier chargé de le poser; celui-ci passe cha-
que ficelle dans chaque paire de trous, en allant, au premier trou
de dedans en dehors, au second de dehors en dedans, rabat le
bout sur l'extérieur du carton et l'y colle en l'aplatissant. Les
bouts des ficelles, dans une opération spéciale, ont été eiules et
épointés de manière qu'au collage ils puissent s étaler sur le
carton et ne pas faire d'épaisseur. On comprend que les ficelles
non seulement fixent les cartons au livre, mais qu elles forment
en même temps les charnières autour desquelles ils tournent.
Pour former le dos de son volume, il faut employer soit une
étoffe de colon, de toile, de soie, soit un morceau de peau. La
première opération, après avoir coupé l'étoffe ou la peau de lon-
gueur, consiste à en doubler les extrémités au moyen de la col e
et à encoller le tout avec soin avant de placer le volume sur le
dos, au milieu, et d'étendre l'étoffe ou le cuir avec tout le soin
possible. On laisse alors parfaitement sécher.
Il suffit enfin de couper à la grandeur voulue des feuilles de
papier de couleur assez grandes pour se replier en dedans de la
couverture sur une étendue d'un ou deux doigts. Cette opéra-
tion n'offre rien de plus difficile que celle du brochage : tout
cela est une affaire de goût. On colle alors, en dedans de chaque
carton, une garde en papier de couleur qui recouvre les bords de
la couverture .jusqu'à 3 millimètres du bord intérieur du carton,
et prend les feuilles intérieures de garde blanche du volume
qui lui servent de doublure.
On a soin de laisser sécher longtemps, très doucement et en
Dorure — Le titre et les ornements dorés que l'on voit sur le
L'ENCADREMENT DES DESSINS. 86
dos du livre se placent de la manière suivante. On passe une
couche d'albumine ou blanc d'oeuf sur la région à dorer, on la
recouvre d'une feuille d'or, c'est ce qu'on appelle écouvhcr, et, à
l'aide d'une matrice en cuivre, nommée fer, portant en relief les
caractères à dorer et que l'on a chauffée, on appuie sur la partie à
dorer. Il se produit une espèce de gaufrage dans lequel entre l'or.
Si l'on passe alors un blaireau, l'excès d'or s'en va et il n'en reste
que dans les sillons formés par le fer.
Emboîtage. — Pour les livres à bon marché la reliure est sou-
vent simplifiée. Au lieu, par exemple, de relier le dos au carton
à l'aide de ficelles, on colle sur le livre un dos et une couverture
ne formant qu'une pièce ; les ficelles sont rabattues sur les gardes.
Ce genre de reliure, nomméeemboîtuge, esl beaucoup moins solide.
La reliure d'amateur comporte quelques opérations de détail
que nous avons laissées de côté et qui produisent un travail plus
soigné, plus solide, mais en même temps plus coûteux. Par
exemple, pour ce genre de reliure, on ne rogne le livre qu'après
l'arrondissage du dos et la pose des cartons. Il faut que la gout-
tière soit faite par un procédé particulier, qui demande une cer-
laine habileté de la part de l'ouvrier. Avant de maître le livre
dans la presse à rogner, il pince la tranche entre deux ais qu'il
tient à la main, et par un mouvement particulier donné aux
feuilles, il fait avancer celles du centre et reculer celles des extré-
mités. C'est ce qu'on appelle 61 reer lu gouttière. Il résulle de cette
disposition que la rogneuse coupera une plus large bande sur les
feuilles qui sont le plus en avant, et, lorsque le livre reprendra sa
position normale, la tranche de ses feuilles se retirera plus en
arrière et la gouttière se fera d'elle-même.
I
CHAPITRE VI
l'encadrement des dessins, gravures ET PUOÏOGRAI'UIES.
Nous allons indiquer comment on doit encadrer les dessins,
gravures, etc., de façon à les faire valoir, les distribuer sur les
murailles, dans le milieu et le jour qui leur conviennent.
Il y a là certaines règles à suivre. On peut très facilement, et à
peu de frais, faire soi-même les encadrements des gravures et
dessins. Ce travail ne demande à ceux qui s'y adonnent qu'un
peu de goût et surtout beaucoup de soins et de propreté.
H. de GfuvF.mv. — I.l'* todoatriei d'amateors. 2
26
LE PAPIER ET LA. TOILE.
Outillage. — Les outils sont très simples et peu coûteux.
Comme il faut avant tout que les cartes et cartons soient tailles
parfaitement droits et bien d'équerre, il est nécessaire de pos-
séder une planche à dessin, semblable à celle dont se servent les
architectes, un T d'une dimension en rapport avec celle de la
Fig. 17. — Équerre en fer avec rebord sur un des eûtes.
planche, et plusieurs équerres en bois de grandeurs variables; il
est bon d'avoir également une équerre en fer avec rebord sur un
des côtés (fig. 17). .
On ne doit se servir de la planche que pour tracer le dessin de
l'encadrement sur les cartes et cartons. Pour couper et dresser
ces derniers, on les posera sur une grande glace sans tain, ou sur
un verre double assez épais; a dé-
faut de glace ou de verre, on pren-
dra une feuille de carton fort bien
laminé ou une planche en métal.
A la rigueur, un bon couteau à
lame pointue bien aiguisée ou un
fort canif pourraient servir pour
couper les cartons et faire les ou-
vertures sur les cartes; mais il est
de beaucoup préférable d'employer
des pointes fabriquées exprès pour
ces sortes de travaux, et que l'on
emmanche dans un long fourreau
Fig. 18 et 19.— Pointes d'encadreur.
de bois ou elles sont maintenues et
consolidées par une vis en cuivre;
on acquiert ainsi plus de force; le travail est fait avec plus de
précision, moins de fatigue, et surtout avec moins de chances de
se blesser, si la lame du canif se cassait, en rencontrant dans le
carton, comme cela a lieu souvent, une petite pierre ou un corps
dur quelconque.
Ces sortes de pointes et leurs fourreaux peuvent être tournis
par les papetiers et couteliers (fig. 18 et 19).
L'ENCADREMENT DES DESSINS.
Dans le cas où l'on voudrait faire des passe-partout ronds ou
à ouverture supérieure ogivale ou serai-circulaire, il faut pos-
séder un compas à lame ou pointe mobile, semblable à celles dont
nous venons de parler; ces compas sont connus dans le com-
merce sous le nom de compas d'encadreur (fig. 20).
11 sera également utile d'avoir un second compas de forme or-
dinaire en fer de 20 à 25
centimètres de hauteur.
Un petit plioir en os, en
ivoire ou en buis, quelques
feuilles de bristol blanc,
gris ou gris bleuté , des
feuilles de carton un peu
épais et du papier assez fort,
non satiné, de différentes
couleurs, composent, avec
la colle de pâte et un peu
de colle forte, tout le ma-
tériel de l'encadreur.
Pour le verre, il faut le
choisir de première qualité
et sans bouillons; il faut le
couper d'équerre avec un
diamant, sur la dimension
exacte du carton.
Encadrement sous
Terre. — Passe-partout.
— Les dessins, gravures et
photographies devant être
surtout préservés de l'ac-
tion de la poussière et de
l'humidité, sont le plus or-
dinairement fixés sur un
carton et recouverts d'un
verre réuni au carton au
moyen d'une étroite bande
de papier collée sur les bords et repliées par-dessous.
Quelquefois le sujet est recouvert lui-même d'un carton ou
d'une carte ayant une ouverture au centre et formant ainsi une
sorte d'encadrement destiné à lui donner un point d'optique ou
de perspective.
Ces deux sortes d'encadrements ont reçu le nom de sous-verre
ou passe-partoul. Cependant cette dernière dénomination est im-
Fig. 20. — Compas d'encadreur.
28
LE PAPIER ET LA TOILE.
propre, le véritable passe-partout étant plutôt constitué par une
disposition spéciale du carton de fond qui permet, au moyen
d'une ouverture à charnière, de changer à volonté les sujets à
encadrer. On ne peut guère encadrer- ainsi que les gravures ou
photographies dont les marges sont un peu larges et suffisam-
ment propres.
Ceci est une règle qui ne souffre aucune exception et dont il ne
faut jamais se départir; les marges doivent avoir la même lar-
geur en haut que sur les côtés et un tiers environ de plus dans
le bas, surtout si l'estampe, comme cela a lieu le plus ordinai-
rement, doit être placée au-dessus de la hauteur de l'œil; l'effet
de perspective diminue la marge du bas par rapport à celle des
côtés, et lesujet ne paraîtrait plusaumilieu du cadre si les marges
étaient partout égales. L'effet produit serait plus déplorable en-
core si la gravure portait au-dessous, comme cela a lieu le plus
ordinairement, un titre, une légende ou un nom d'auteur.
Il faut donc que la gravure ou la photographie à mettre aussi
simplement sous un verre possède une marge suffisante pour rem-
plir les conditions dont nous venons de parler; on doit commen-
cer alors par la dresser, c'est-à-dire par ébarber les marges très
proprement et bien d'équerre en les coupant avec des ciseaux, ou
mieux avec la pointe, de façon à donner à la gravure la grandeur
exacte que devra avoir le sous-verre ; il est préférable de tracer
préalablement les lignes de coupe au crayon en prenant pour
guide le trait qui limite la gravure proprement dite. Si l'on en-
cadre une photographie, il faut avoir soin de vérifier si elle a été
coupée bien d'équerre; il arrive, en effet, assez souvent que les
photographes, se fiant à la justesse de leur œil, ébarbent leurs
épreuves et les collent sans prendre des mesures bien exactes.
Dans ce cas, une erreur qui est peu sensible-sur la petite dimen-
sion de l'épreuve le deviendrait en se multipliant par le grandis-
sement nécessité pour les marges.
Lorsque le sujet est ainsi dressé, on en reporte exactement la
grandeur sur une feuille de carton, soit au moyen d'un compas
ou d'un mètre, soit en l'appliquant sur le carton et en en traçant
le contour.
On prend ensuite une feuille de papier un peu forl, et plus
grande de 6 à 7 centimètres sur chacun des côtés que la dimen-
sion totale du sous-verre; cette feuille de papier destinée à la
bordure doit être généralement d'un ton gris un peu sourd et
s'harmonisant avec la marge du sujet encadré; on la met bien à
plat sur un carton et on l'enduit en plein de colle de pâte; puis
on pose le verre à peu près au milieu, après avoir eu soin de net-
L'ENCADREMENT DES DESSINS.
20
toyer le coté opposé, c'est-à-dire celui qui doit être en contact
direct avec la gravure; on place ensuite la gravure, et enfin le
carton, en ajustant le tout ensemble sur les bords de fanon à ce
que l'un ne dépasse pas l'autre; on coupe alois (fig. 21) les an-
gles de la feuille de ^,- .-.v 1 " ' ■"■■"" ' ' . ■ ' ■■■
papier à une distance
d'un demi-centimètre
à peu près du coin (I),
et on rabat immé-
diatement les marges
sur le carton en les
tirant un peu forte-
ment à soi et en en
fermant les coins (2).
On retourne alors
le sous-verre, et avec
le plioir on unit le pa-
pier surle verre, par-
ticulièrement sur les
bords; on trace en-
suite tout autour, et
au moyen d'un petit
compas à crayon que
l'on fait glisser en
lui conservant par-
tout la même ouver-
ture, la largeur que
l'on veut donner à la
bordure, largeur qui
ne doit pas dépasser
5 ou 6 millimètres,
et on coupe sur la
lige tracée en se ser-
vant d'une pointe
bien trancbanle et
d'une règle flexible
en fer; on enlève le
papier qui masque
la gravure et on essuie, après l'avoir imbibée avec
éponge bumide, la colle qui est restée sur le verre.
11 ne reste plus alors qu'à fixer par derrière l'anneau qui doit
servir à la suspension (fig. 21,3); cet anneau en cuivre est passé
dans un ruban de fil solide, large d'un peu plus d'un centimètre,
■>.
il
petite
30
LE PAPIER ET LA TOILE.
un peu long et replié sur lui-même en s'écartanl à la base; on
colle le ruban en plein, et pour lui donner plus de solidité, on
le recouvre à la partie supérieure d'un petit carré de papier fort.
Il faut veiller à ce que l'anneau dépasse un peu le bord du car-
ton de manière à laisser la place au clou de suspension.
Enfin, et pour plus de propreté, on colle par derrière, sur le
tout, une feuille de papier de couleur — généralement on em-
ploie pour cet usage du papier bleu ordinaire, — qui masque le
carton sur toute sa surface jusqu'à un demi-centimètre du bord
à peu près.
Le sujet à encadrer manque souvent de marges, ou bien le
papier en a été fripé et quelquefois même un peu cassé, ou bien
il est trop mou et a besoin d'être tendu.
Dans ces deux derniers cas, il suffira simplement de le fixer en
le collant par les bords sur le carton de fond ; jamais il ne faut le
coller en plein, sous peine d'aller à rencontre du but que l'on se
proposerait; en effet, il est rare que le carton de fond, sous l'in-
lluence de l'humidité occasionnée par la colle, et par suite du
tirage qu'opèrent en lui en se séchant les marges repliées des
bordures, ne se gondole pas un peu, c'est-à-dire ne bombe pas
extérieurement, en se creusant, par conséquent, sous le verre, à
l'intérieur : il en résulterait donc que la gravure collée en plein
sur ce carton en suivrait le mouvement, et produirait, ainsi en-
cadrée, un effet désagréable ; en outre, les rugosités du carton
transparaîtraient sur le papier.
Il est donc préférable de tendre la gravure en la collant seule-
ment sur les bords; pour cela, on commence, après l'avoir ébar-
bée et dressée, à la grandeur que l'on veut donner au sous- verre,
par la retourner sur un papier très propre; on la mouille légè-
rement en plein avec une éponge humide ; puis on met de la colle
un peu épaisse sur les bords, afin d'avoir une plus grande régu-
larité et plus de propreté, on se sert d'une bande assez large de
papier fort qui couvre la gravure ainsi retournée, en laissant dé-
passer seulement la partie qui doit recevoir la colle ; on reprend
avec précaution la gravure et on l'applique immédiatement sur
le carton préalablement coupé de la même grandeur, et on frotte
les bords avec un plioir ; en séchant, elle se tend d'une façon bien
plane, même si le carton se gondole ; et si l'opération a été bien
faite, ce qui, du reste, n'est pas difficile, les faux plis et les cas-
sures disparaissent.
Dans le cas où la gravure aurait des marges plus grandes que
celles que l'on veut donner à l'encadrement, il vaut mieux ne pas
les couper; on les rabattra en les collant sur la face postérieure
L'ENCADREMENT DES DESSINS.
31
du carton, après avoir eu soin, au moyen de mesures prises
exactement, d'indiquer par des points les endroits où les angles
du carton doivent être ajustés, afin que le tout soit collé bien
droit. Là encore, la gravure doit être mouillée en plein afin de
pouvoir se tendre en séchant ; on n'encolle les marges qu'après
avoir posé le carton sur la gravure, dont on coupe les angles
ainsi que nous l'avons expliqué plus haut à propos des bordures.
Souvent le papier de la gravure n'a pas été encollé; dans ce
cas, la colle que l'on pose sur les bords est vite absorbée, autant
par le papier que par le carton ; elle se sèche immédiatement et
•î
"s
enta(/rer
B
B
É9B
I
Coin d'un encadrement.
ne prend pas : on remédiera à cet inconvénient en passant coup
sur coup, et à quelques minutes de distance, sur les bords de la
gravure plusieurs couches de colle; c'est seulement quand on
l'a ainsi bien imbibée qu'on la pose sur le carton auquel on a
fait subir un encollage analogue.
Mais si le sujet à encadrer, gravure, dessin ou photographie,
n'a pas de marges, il faut le coller — après l'avoir préalablement
dressé, avec un T ou une équerre, — sur une feuille de papier
tendue elle-même sur le carton de fond. Il est donc nécessaire,
avant d'aller plus loin, de tailler ce dernier à la grandeur voulue,
c'est-à-dire celle que devra avoir l'encadrement. Pour déterminer
exactement cette grandeur, voici comment on devra procéder.
32
LE PAPIER ET LA TOILE.
Sur une feuille de papier ou sur un carton (fig. 22), dont deux
côlés (A. et B) sont parfaitement d'équerre, on trace dans l'angle
formé par A et B la dimension exacte du dessin (C); puis, après
avoir calculé, suivant les principes que nous avons énoncés, la
grandeur à donner aux marges, on trace cette grandeur deux
fois pour chacune des marges de côté (D et E), et une fois pour
la marge du haut (F) ; on l'augmente ensuite d'un tiers pour celle
du bas et on la trace (G) au-dessus de la marge F. Le point de
réunion des lignes G et E donne la grandeur exacte à laquelle il
faut couper le carton.
Plate du oa/eT
*à
Fig. 23.
Encadremeut.
Quand le carton est coupé, on tend dessus une feuille de pa-
pier un peu fort, en procédant comme nous l'avons expliqué plus
haut pour les gravures à trop grandes marges, c'est-à-dire en
mouillant la feuille de papier et en en rabattant l'excédent sur la
face postérieure du carton; sur celte feuille bien séchée et bien
tendue, on reporte, au moyen d'un compas, et on trace légère-
ment au crayon la largeur des marges sur chacun des côtés (fig. 23).
On obtient ainsi, au milieu, le tracé exact de la place que doit
occuper le sujet; suivant sa nature et son état, on peut 1 y coller
en plein, le tendre en le mouillant légèrement et en ne mettant
de la colle que sur les bords, ou le coller simplement aux quatre
L'ENCADREMENT DES DESSINS.
33
angles, s'il est sur une carte un peu épaisse ou sur un papier fort
et bien uni.
Il faudra se rappeler la petite opéralion quenous venons d'indi-
quer (fig. 22 et 23), quand on voudra faire les passe-partout dont
nous parlerons plus loin; elle servira à tracer à l'envers de la
feuille de bristol l'ouverture à enlever; seulement, il sera né-
cessaire de faire le tracé d'un millimètre au moins plus étroit
que la place occupée par le sujet, afin qu'il pose bien sur ce der-
nier et puisse le recouvrir sans en laisser voir les bords.
Filet île marge. — Si la feuille de papier sur laquelle on a collé
le dessin ou la gravure est bien tendue, si on a eu soin de la con-
server bien propre, ce qui n'est pas difficile avec un peu d'atten-
tion, il est inutile de faire un passe-partoul; on coupe parfaite-
mentd'équerre le sujet à encadrer, et, après l'avoircollé à l'endroit
exact qu'il doit occuper, on trace autour, sur le papier du fond,
des filels qui doivent servir à l'accompagner, et qui, en rompant
la nudité des marges, le mettent pour ainsi dire en perspective.
C'est dans celle opération surtout que le goût de l'encadreur
se fait remarquer et que son talent, ses soins et son habileté
peuvent se donner carrière.
Papier «le fond. — Ce qu'il faut avant tout, c'est choisir le pa-
pier de fond, celui sur lequel le dessin doit êlre collé, de façon à ce
qu'il soit bien en harmonie avec le Ion du sujel, tout en étant en
opposition avec lui comme valeur. Les dessins anciens, sur papier
un peu jauni, les gravures et les eaux-fortes peu colorées, se dé-
tachent parfaitement sur du papier gris légèrement bleuté'; par
contre, les sujets très montés de ton, un peu chargés el un peu
noirs, s'allient avec un fond gris clair ou gris chamois. Il faut
éviter autant que possible les fonds entièrement blancs, el pren-
dre toujours un papier un peuteinlé, et surtout bien encollé, afin
de pouvoir tracer sur la marge, autour du sujet, des filels entre
lesquels on passe souvent des teintes plaies.
Filets. — Quand le dessin est collé à sa place, exactement
déterminée sur le fond, au moyen de la pelite opération que nous
avons indiquée, qu'il est bien sec et bien lendu, on Irace autour
des filets que l'on dispose suivant la grandeur et la nature du
sujet, la grandeur des marges, et surtout suivant le plus ou
moins de goût que la nature a départi à l'encadreur.
Les filets doivent être fails au moyen du lire-ligne et avec l'en-
cre de Chine très noire ; on fera bien de les tracer préalablemenl au
crayon, afin de bien déterminer les points d'an ", ou de jonction;
la partie teintée doit être faite au pinceau avec de l'encre de
Chine très étendue d'eau; il faut avoir grand soin d'exécuter ce
34
LE PAPIER ET LA TOILE.
petit lavis alors que les filels sont seulement tracés au crayon;
autrement l'eau, mouillant les filels, en délayerait l'encre et les
ferait baver; ce qui forcerait à tout recommencer.
TEINTE LAVEE
BANDE DOREE.
ut I ,
DESSIN
Fig. 24. — Bordure d'encadrement.
Dans noire figure 24, la bande pointillée entre deux filets est
formée par un étroit ruban de papier d'or collé sur le fond; ce
papier d'or que l'on trouve dans toutes les papeteries, et dont
le prix est peu élevé, doit être coupé à la règle avec beaucoup de
soin; on se servira surtout d'un canif ou d'une pointe bien tran-
LES PAPIERS DE TENTURE.
38
chante, afin d'avoir une section très nette ; il se colle facilement
avec la colle de pâle ordinaire. Quoique ce papier soit assez mince,
il est préférable de couper les bandes en biseau à leur point de
réunion afin d'éviter la superposition des deux bandes, qui pro-
duirait une petite épaisseur.
A défaut de papier on peul peindre les bandes dorées avec de
l'or en coquille, ou même avec de l'or mussif que l'on achète en
poudre. On le prépare avec un peu de miel et de gomme et on
l'emploie à l'eau comme les couleurs ordinaires. On peut égale-
ment tracer au tire-ligne des filets avec l'encre d'or que l'on trouve
dans toutes les bonnes papeteries, où on la vend dans de petites
bouteilles dont le prix varie de 1 fr. 2b à 2 francs. La combinaison
de l'encre noire et de l'or, sobrement employée, en bandes ou
en filets, produit d'excellents effets.
Il faut, autant que possible, éviter dans les bordures des marges
les complications de ligne, les trompe-l'œil, qui font paraître le
sujet collé sur une surface en relief ou en creux, ainsi que les
surcharges d'ornements, de dessins, de feuillages, etc., comme on
en voit trop souvent des exemples. L'objet encadré ne peut que
perdre à ce voisinage qui l'alourdit et a, de plus, l'inconvénient
de distraire l'attention du sujet principal.
On peut souvent, sur la carte un peu épaisse, tracer des filets
au moyen d'un corps dur en os, en ivoire ou en buis, dont l'extré-
mité est taillée en pointe un peu émoussée, de façon à ce qu'il
glisse facilement sans couper ou écorcher la carte ; on obtient
ainsi, par compression, surtout sur du bristol teinté, des filets
brunis d'un effet très harmonieux et s'alliantparfaitementavecl'or.
Ce qui précède se rapporte à toutes les bordures d'encadre-
ment, qu'elles soient tracées sur les passe-partout proprement
dits, ou sur la feuille de papier ou de carte bristol au milieu de
laquelle se trouve collé le sujet à encadrer.
■
■
CHAPITRE VII
LES PAPIERS DE TENTURE POUR LA DÉCORATION
DES APPARTEMENTS.
La première de toutes les décorations d'un appartement est
le papier de tenture.
Il ne faut pas croire que le choix d'un papier peint soit la chose
36
LE PAPIER ET LA TOILE.
du monde la plus facile, et qu'à cet égard on n'ait qu'à consulter
son goût du moment,
Choix des papiers de tenture. — Les papiers de tenture
doivent être en rapport avec la largeur, la hauteur, l'éclairage,
la destination et même les meubles des pièces à décorer. On
comprend facilement du reste qu'un vestibule ne doit pas être
lapissé avec le même papier qu'une salle à manger, et que la ta-
pisserie d'.un salon différera de celle d'une chambre à coucher,
d'une bibliothèque ou d'un atelier d'artiste.
Collage du papier de tenture. — Nous allons donner quel-
ques conseils sur la manière de coller le papier sur les murs,
quoiqu'il soit préférable de confier cette opération à un ouvrier
habile et spécial.
Les papiers peints sont fabriqués le' plus ordinairement en
rouleaux de deux formais : 1° le rouleau format carré, qui me-
sure 8 m ,75 de long sur m ,47 de large, et qui, posé, couvre une
superficie de 4 mètres; 2° le rouleau grand-raisin, de 10 m ,40 de
long sur m ,S4 de largeur, qui couvre S m ,S0 ; on peut donc, aidé de
ces dimensions, calculer facilement le nombre de rouleaux dont
on aura besoin pour tapisser son appartement.
Si le mur à couvrir a été précédemment revêtu d'un papier de
tenture, il faudra avoir soin d'enlever le vieux papier; si, au con-
traire, le mur est neuf, on devra, après s'être assuré que l'enduit
de plâtre est uni et bien sec, lui donner préalablement un encol-
lage à la colle de pâte ou le recouvrir de papier gris: ce papier
un peu spongieux et qui prend bien la colle est vendu par mains,
dont chacune peut couvrir 4 mètres carrés.
Après avoir disposé une table un peu longue au milieu de la
pièce que l'on veut tendre, on commence par diviser le rouleau
de papier en bandes proportionnées à la hauteur de la surface à
recouvrir; on ébarbe ces bandes toules du même côté, en se gui-
dant sur des petits filets disposés exprès de distance en distance;
on en étend ensuite plusieurs bien ajustées l'une sur l'autre sur
la table, et on couvre la première de colle avec une brosse sim-
ple ; on replie alors chaque bande sur elle-même par le côté en-
collé, afin de la laisser bien s'imprégner d'humidité; puis on
prend la première bande à deux mains et on l'ajuste sur le mur,
par le haut, en la laissant se déplier bien d'aplomb par son
propre poids; on la fixe de haut en bas, en la frottant avec un
linge blanc, bien sec, arrangé en tampon, ou mieux avec une
brosse plate en crin et en l'appuyant d'abord par le milieu et en-
suite sur les côtés.
En ajustant une seconde bande près de celle déjà posée, on
LA PEINTURE DES STORES.
37
a soin de recouvrir très peu la première et de faire le raccord
du dessin de façon à en conserver la symétrie.
On colle ensuite les bordures préalablement découpées, en les
fixant bien horizontalement et en se guidant soit sur les lambris
et les corniches, soil sur les dessins du papier.
Avec un peu de soin et d'attention, ces différentes opérations
■ sont faciles, au moins pour les papiers ordinaires.
CHAPITRE VIII
LA PEINTURE DES STORES.
Choix «les étoffes. — Les étoffes employées pour faire les
stores sont : la soie, la mousseline, la percale ou le calicot le
coutil.
L'emploi de la soie est très avantageux pour la peinture des
fleurs et des ornements. La fermeté du tissu, son grain égal,
rendent le travail facile et agréable. L'élévation du prix en rend
seule l'emploi peu fréquent pour les grands stores, et le restreint
à peu près aux écrans de cheminées et aux stores de petites mesures.
L'étolfe la plus généralement employée est la mousseline ; d'un
travail de tissu régulier et d'une grande transparence, elle pos-
sède tous les avantages de la soie, et coûte beaucoup moins
cher; les fleurs, les ornements, les figures, les paysages, etc.
réussissent également bien sur ce tissu, que sa légèreté et sa
souplesse l'ont préférer à tous les autres.
La percale et le calicot s'emploient pour les stores qui doivent
fatiguer beaucoup; ces étoffes sont préférées pour la peinture des
paysages, leur épaisseur permettant de donner aux plans plus de
fermeté et de vigueur.
Le coutil enfin s'emploie comme la percale et le calicot. Son
peu de transparence ne permet de l'utiliser que pour les stores
destinés à être placés à l'extérieur, le fond du tissu lui faisant
supporter sans grands dommages la pluie, la poussière et le vent.
Apprêts. — A l'étal naturel, il ne serait pas possible dépeindre
sur ces diverses étoffes; la couleur s'étendrait, et les contours
deviendraient impossibles. Avant de peindre, on met une couche
d'apprêt de chaque côté de l'étoffe, après l'avoir préalablement
étendue sur un châssis (fig. 25) dont nous donnerons la description,
H. de f.H.miGM-. — Las industries d'amateurs. 3
38
LE PAPIER ET L\ TOILE.
Les deux apprêts généralement employés sont la colle de pois-
son naturelle et la gélatine. .
1 aut laisser tremper ces apprêts dans l'eau environ douze
heures, les mettre ensuite chauffer au bain-mar.e pour les faire
Pour apprêter une étoffe de 3 mètres sur l»,bO, il faut faire
dissoudre 80 grammes de colle de poisson ou ISO grammes de
gélatine dans un litre d'eau.
8 La colle de poisson ne sert que pour la so.e et les stores aux-
quels on veut conserver une grande transparence. La gélatine
sert pour les autres étoffes et est plus généralement employée;
elle est surtout préférable pour les stores qui doivent être forte-
m choU at S 9 couleur,. - Les couleurs nécessaires à la pein-
ture des stores sont : la laque anglaise, la laque carminée, la
laaue jaune, le verdet cristallisé, le bleu outremer, le bleu mi-
néïî?, la terre de Sienne naturelle, la terre de Sienne brûlée, la
terre 'de Cassel, le jaune de chrome. *
On broie ces couleurs à l'essence de térébenthine, et elles doi-
vent être bien séchées. Lorsqu'elles sont réduites en .pondre, on
les emploie en les mêlant au vernis dans les proportions sal-
ante" pour ébaucher, égale quantité de couleur et de vernis;
pour -terminer, un sixième de vernis et cinq parties de couleur.
L'essence de térébenthine seule délaye les couleurs lorsqu elles
s'épaSsent; le vernis doit être le vernis gras n° 1 du commerce.
Oumiaec. — Les accessoires nécessaires sont :
io Un châssis pour tendre les étoffes; ce châssis doit ô Ire sem-
blable aux châssis à broder, et permettre de tendre l étoffe avec
des fiches après l'avoir humectée d'apprêt (iig. 45)5
2o Les vases nécessaires à faire dissoudre l'apprêt et a le faire
chauffer; ., ...
3» Une brosse un peu large pour étendre 1 appra ,
40 Une palette ordinaire sur laquelle on place, indépendam-
ment des godets à essence et à vernis, dix petits godets de fer-
E contenant les cou.eurs (f,g. 26). Pour conserve, -les cou-
leurs fraîches, il faut les délayer au vernis en évitant de mettre
de l'essence, qui fait sécher plus promptement;
bo Des pinceaux de martre ou des pinceaux en plume, mais
aussi forts que possible ; ,••'"_,„
60 Un appuie-main, un couteau à palette, des grattoirs, etc.
Procéda. - Supposons une étoffe blanche et faisons-lui subi
les diverses préparations nécessaires jusqu'à l'entier achèvement
du travail.
LA PEINTURE DES STORES. 39
Il faut couper l'étoffe de la longueur et de la largeur nécessaire
I
1' '%■ '-ï. — Fi'iuturo des stores, cliùssis,
à l'exécution du store, et tendre cette étoffe sur le métier.
40
LE PAPIER ET LA TOILE.
Quand l'étoffe est tendue, on pose de chaque côté une couche
d'encollage bien chaud, en évitant de faire des épaisseurs.
Le store séché, on dessine avec un fusain tendre ce qu'on veut
peindre. Les fleurs, les figures, les paysages, etc., se mettent en
place comme pour tout autre genre de peinture; quand on fait
des ornements symétriques, il faut tracer un dessin sur papier,
le piquer et le poncer.
Ces diverses opérations doivent être l'objet de beaucoup de
soin; car la peinture se faisant sur l'étoffe du côté opposé au
dessin, celui-ci reste jusqu'à la fin du travail et donne une grande
facilité d'exécution, les contours restant toujours purs et les effets
indiqués. Quand le store est terminé, il faut enlever ce dessin
avec de la mie de pain.
Les diverses opérations préliminaires terminées, il ne reste plus
qu'à peindre. Ici le procédé de peinture transparente est le même
que pour l'aquarelle et
la peinture sur porce-
laine. Le blanc del'étoffe
doit être réservé comme
faisant naturellement
les clairs; c'est de l'a-
quarelle au vernis et à
l'essence. Les couleurs
employées comme il a
été dit au paragraphe
Couleurs, il suffit, pour
obtenir une grande in-
tensité de tons, de superposer plusieurs épaisseurs de couleur.
La manière la plus favorable pour obtenir les divers effets néces-
saires est de commencer par peindre les teintes claires : dans
les fleurs, par exemple, on commence par nuancer les fleurs qui
doivent rester blanches, et successivement on arrive à la verdure
et aux fleurs les plus puissantes de ton. Le paysage doit être
commencé par le ciel et les lointains, et toujours en se rappro-
chant des plans les plus intenses.
Pour exécuter les fonds de couleur claire ou les ciels, il ne faut
pas employer le pinceau ; il serait impossible d'obtenir des résul-
tats satisfaisants : il faut délayer la couleur qu'on se propose
d'employer avec autant d'essence que de vernis et de couleur;
prendre ensuite un chiffon de toile, le tremper dans la couleur
et l'étendre sur l'étoffe en égalisant avec un autre chiffon. Par
ce procédé on obtient des fonds très unis, ce qui serait impos-
sible autrement.
— Fillette trîirnic.
LA FABRICATION DES FLEURS ARTIFICIELLES.
41
Pour peindre les arbres, broussailles, etc., des premiers plans
de paysage il faut les ébaucher d'une couleur claire, et lorsqu'ils
sont secs, il faut passer, sur cette couche claire, une couche plus
foncée; avec le grattoir, on enlève, en donnant aux feuilles la
forme qu'on désire, cette dernière couche de dessus la première
couche qui reparaît, et on obtient ainsi des effets très brillants.
Pour peindre les imitations de vitraux, il faut simuler les
plombs et ferrures avec de la terre de Cassel mêlée de bleu, el,
ce travail terminé, donner aux vitraux une première teinte d'un
côté de l'étoffe; comme cette teinte n'atteint jamais à l'intensité
des vitraux, il faut en donner ensuite une seconde couche de
l'autre côté de l'étoffe. De cette façon les stores se trouvent
peints des deux côtés, et les imitations de vitraux atteignent une
vigueur de ton égale à celle des vitraux véritables ; ce travail
réussit très bien pour les chapelles, oratoires, etc.
En suivant ces instructions, on est assuré de réussir dans tout
ce qui constitue la partie matérielle de l'exécution des stores,
écrans, etc. ; le reste dépend de la connaissance du dessin que
possède l'artiste amateur et de son aptitude comme coloriste.
CHAPITRE IX
LA FABRICATION DES FLEURS ART]
L'art d'imiter les fleurs date de loin, mais ce n'est que depuis
quelques années seulement qu'on est parvenu à perfectionner les
fleurs artificielles de façon à les confondre avec les Heurs natu-
relles.
Beaucoup de dames et de jeunes filles s'occupent de la confec-
tion des fleurs artificielles.
Matériel et outillage. — On emploie un grand nombre de
matières : le nansouk, le jaconas, la batiste, le taffetas, le satin,
la mousseline, la gaze, le crêpe pour les pétales ; le taffetas de
Florence, le velours, la peluche, le salin, pour les feuilles : ou se
sert encore de cocons de vers à soie, qui prennent à la teinture un
brillant coloris; de fanons de baleines, taillés en feuilles et blan-
chis ; de rubans, de coquilles, de plumes d'oiseaux, de cuir,
d'émaux, de cire, de papyrus, etc.
Les outils dont les fleuristes font presque exclusivement usage
sont :
LE PAPIER ET LA TOILE.
La pincd ou brucelles (fig. 27) est l'instrument indis-
pensable de Carliste et avec lequel il doit saisir toutes
les parties des fleurs qu'il dispose, qu'il pince, qu'il con-
tourne ou qu'il dresse. C'est en tenant la. pince sur le
côté qu'on trace les slries des pétales de beaucoup de
Heurs, et c'est avec la lête des brucelles trempée dans la
colle qu'on en fixe les parties les plus délicates.
L'èmérillon (tîg. 28), qu'on emploie pour
cber et tendre les fils.
Des ciseaux coupant bien de la
pointe (tlg. 29).
Le plomb à bobines, instrument dont
le nom seul indique l'usage (fig. 30).
Les boules de bois et de fer (fig. 31
accro-
,1'ig. 28.
Emérillon.
Fig. 27.
Brucelles
et 32) qui servent à
bouler, c'est-à-dire
à creuser le milieu
des pétales pour les arron-
dir. La collection de boules
doit être de 10 à 12, cha-
cune d'un diamètre diffé-
rent (2 à 3b millimètres),
pourêtre employées suivant
\i
i
i
Fig.29. -Ciseauxclefleuriste. Fig.30. — Plomb à bobines. Fig. 31.- Boule Je bois.
la grandeur des pétales et le degré de courbure qu'ils doivent
recevoir. La plus petite de ces boules se nomme boule d'épingle.
LA FABRICATION DES FLEURS ARTIFICIELLE?. 13
La pelote, souvent remplacée par une lame épaisse de caout-
chouc, et qui est destinée au boulage des pétales.
Le pied de biche, espèce de mandrin à crochet dont on se sert
pour former la principale côte ou ner-
vure de quelques pétales (fig. 33).
L'cmporte-piéce, qui sert à découper
les pétales et les feuilles et à leur don-
ner la forme générale. Il faut avoir,
pour chaque plante, autant d'emporte-
pièce qu'elle possède de pétales et de
feuilles de grandeurs et de formes dif-
férentes.
Le gaufroir, qu'on emploie pour don-
ner aux feuilles l'apparence de la na-
ture. 11 se compose de deux pièces :
l'une, qui est en fer et munie d'un
manche en bois, porte à son extrémité
la gravure de l'une des faces de la
feuille; l'autre, la cuvette, qui en est la
contre-partie, est en cuivre et disposée
de façon que le fer puisse être main-
tenu dans une position fixe. Comme
le gaufroir a pour but de donner aux
pétales et aux feuilles leur forme et
leur mouvement définitifs, le fleuriste
doit en posséder un nombre égal à
celui des emporte-pièce.
L'emporte-pièce et le gaufroir sont
moins utiles aux amateurs, car ceux-ci
peuvent trouver dans le commerce les
diverses parties de la plante que ces
instruments servent à confectionner.
Tout fleuriste doit avoir en outre
sous la main, un petit pot de colle, une
pelote, du fil de fer de différentes gros-
seurs, une bobine de soie verte, deux
bobines de laiton dont l'une de laiton
vert.
La colle-pàte se prépare avec de la
gomme arabique que l'on dissout à
froid dans de l'eau, et à laquelle on ajoute un poids égal de Heur
de froment. Cette pâte s'améliore en vieillissant, et la fermen-
tation qu'elle subit ne l'altère en aucune façon.
Boule de fer.
.3:;.
Pied de biche.
r
H
I.E PAPIER ET LA TOILE.
Couleurs. — A l'exception du rose dcsafranum,qui n'a pas son
pareil comme délicatesse et comme éclat, on n'emploie plus guère
aujourd'hui que les couleurs d'aniline, dont l'usage est très com-
mode et qui possèdent une plus grande vivacité de ton. Ces cou-
leurs ont aussi pour avantage do conserver à la lumière la nuance
qu'elles ont le jour et de n'exiger pour la teinture aucune pré-
paration et aucun mordançage préalables ; de plus, elles sont solu-
bles dans l'alcool et l'eau, et ont une grande affinité pour la
fibre texlile.
L'aniline dérive de la transformation de la nitro-benzine sous
l'influence d'un corps réducteur. On la prépare entrailant d'abord
par l'acide azotique la benzine crislallisable qui provient de la
distillation du goudron de houille, puis en réduisant la nitro-
benzine obtenue par de l'acide acétique et de la tournure de fer.
Parmi les couleurs d'aniline les plus employées dans l'industrie
des fleurs artificielles, nous citerons :
Pour les couleurs rouges, la fuchsine, encore appelée rouge
magenta, rouge solférino, roséine, etc. ; la rnauv aniline, lagérano-
nne ou ponceau a" aniline, le rouge cerise, la coralline,la,chrysaniline ;
Pour les matières colorantes bleues, le bleu de Lyon, le bleu
lumière, le bleu de Paris, Yazurine ;
Pour les couleurs violettes, le violet Hoffmann, le violet de Paris,
le violet lumière, le violet bleu, le violet rouge;
Pour les matières colorantes vertes, le vert Usèbe, le vert
Hoffmann, le vert de Paris;
Pour les couleurs jaunes, le jaune d'aniline, le jaune de Lyon,
Vacide picrique ;
Pour les matières coloranles brunes, le brun de phétiyléne ;
Pour les matières colorantes grises et noires, les gris et les
noirs d'aniline.
Les couleurs végétales et minérales qu'on employait autrefois,
et dont on se sert encore quelquefois aujourd'hui dans la fabri-
cation des fleurs artificielles, s'obtiennent :
Pour les rouges, depuis le pourpre jusqu'au rose tendre, au
moyen du bois du Brésil que l'on fait macérer à froid dans l'al-
cool pendant quelques jours, du carmin, de la laque carminée,
de la rose de carthame, de l'orseille, du rose de safranum, etc.
Le rouge vif se prépare avec une dissolution alcoolique de
carlhame, à laquelle on ajoute quelques gouttes d'acide acétique.
Le rouge cramoisi s'oblienl, soit avec une dissolution d'orseille,
soit en ajoutant de l'alun de potasse dans une dissolution de bois
du Brésil.
Le rouge pourpre est préparé avec une dissolution de bois du
LA FABRICATION DES FLEURS ARTIFICIELLES. 45
Brésil dans laquelle on jelte quelques fragments de crème de tartre.
Le rouge orangé se prépare avec du carlhame dissous dans de
l'alcool et auquel on ajoute un peu d'ammoniaque.
Le rose est obtenu avec du carmin en morceaux que l'on délaye
dans l'eau et auquel, pour le rendre plus vif, on ajoute un peu
de crème de tartre (lartrate de potasse).
Le rose chair s'oblient en rinçant la pièce teinte avec du car-
thanie dans de l'eau légèrement savonneuse.
Pour préparer les couleurs bleues, on se sert d'indigo préparé,
de cobalt, de bleu de Prusse et de bleu anglais, qui tous se dis-
solvent parfaiiement dans l'eau pure et donnent des nuances plus
ou moins foncées selon la quantité de liquide qu'on emploie. Pour
avoir un bleu très intense, il suffît d'ajouter à la solution quelques
fragments de potasse.
Les couleurs jaunes se préparent à l'aide de la terra mérita, de
la gomme-gutte, du safran, du jaune de chrome, du rocou, de la
sariette, de la graine d'Avignon.
La lerra mérita se dissout à froid dans l'alcool et ne se conserve
que dans un flacon bien bouché ; elle donne avec la crème de
tartre une variété infinie de nuances.
La gomme-gutle se délaye simplement dans l'eau pure.
Le safran se prépare par infusion dans l'eau pour la teinture,
et dans l'alcool lorsqu'on doit l'employer au pinceau.
Le jaune de chrome se délaye dans l'eau et ne s'emploie qu'au
pinceau.
Le rocou se dissout à froid dans l'alcool.
La sarriette et la graine d'Avignon se préparent par décoction
dans l'eau froide.
Les couleurs vertes s'obtiennent par des mélanges de jaune et
de bleu que l'on prépare à l'avance, lorsqu'on doit s'en servir au
pinceau; au contraire, quand il s'agit de les utiliser comme
teintures, on prend des dissolutions séparées, et, après avoir
plongé la pièce à teindre dans le jaune, on la Irempe ensuite dans
le bleu. La gomme-gulle et l'indigo sont les deux couleurs qu'on
choisit de préférence pour obtenir les différents tons de vert.
Les couleurs violettes se préparent avec une infusion aqueuse
d'orseille mélangée à une dissolution bleue quelconque. Pour
teindre les pièces, on commence par les tremper dans l'orseille,
puis dans un bain d'indigo ou de bleu de Prusse. La garance et
le carmin mélangés de bleu de Prusse ou de cobalt sont spécia-
lement réservés pour l'application au pinceau.
Le lilas pour teinture s'obtient avec une décoction d'orseille;
pour peinture, on emploie un mélange de carmin et de cobalt.
3.
46
LE PAMER ET L\ TOILE.
m
I
l'apiers pour fleurs, feuilles, boutons. — Les papiers
dont on se sert pour la fabrication des fleurs artificielles sont gé-
néralement préparés à l'avance :
Il en est de même des feuilles, des boutons et autres acces-
soires, dont le travail minutieux et qui n'offre qu'un intérêt se-
condaire exige cependant un matériel considérable.
Tissus pour fleurs, feuilles, boutons. — Les tissus pour
fleurs sont préparés avec l'empois d'amidon, de manière à sup-
porter et à conserver le gaufrage. Cet apprêt facilite l'impres-
sion, lient lieu de mordant et donne aux couleurs un éclat beau-
coup plus vif.
Nous avons déjà dit que certains tissus étaient spécialement
préparés pour les feuilles et les fleurs ; ceux qu'on emploie pour
les tleurs communes sont imprimés d'avance ; ceux, au contraire,
comme le nansouk, le jaconas, le satin-coton, le satin de soie, le
taffetas, le velours, la pelucbe, le satin antique, qui servent à la
confeclion des fleurs fines, ne sont qu'apprêtés en blanc.
C'est au (aient de l'artiste à donner aux tissus le trempé et la
nuance voulus.
Voici corn ment s'exécute cette opéra lion, l'une des plus délicates
de l'art du fleuriste. Lorsque les pétales ont été découpés soit avec
des ciseaux, soit au fer, on les plonge un instant dans l'eau pour
avoir une leiule bien égale; puis, après les avoir débarrassés, à
l'aide de papier buvard, de leur excès d'humidité, on laisse tom-
ber surclîacun d'eux une gouttelette de couleur que l'on dégrade
soit au pinceau, soit avec le doigt. Pour faire venir la nuance en
mourant vers l'onglet du pétale, on verse à cet endroit une goutte
d'eau qui délaye la couleur et la dégrade. Ensuite, et s'il y a lieu,
on panache le pétale au pinceau et l'on imite toutes les nuances
accidentelles qu'il peut présenter.
Les tissus qui servent à faire les feuilles se teignent en pièces
et immédiatement de la couleur que l'on se propose d'imiter. A.
cet effet, on tend l'étoffe encore mouillée sur un châssis où on la
laisse bien sécher; puis, quand elle est sèche, on étend sur l'une
de ses faces une couche de cjommeUne qui lui donne du brillant.
Sur la face opposée, et pour donner à la feuille son velouté naturel,
on passe un pinceau imprégné d'eau amidonnée et de couleur un
peu plus claire que celle dont on s'est servi précédemment. Lors-
que le velouté doit être plus prononcé, on saupoudre la couche
de gommeline avec de la poussière de drap dont la couleur est
de teinte convenable.
Les folioles ou areignes des calices sont préparées aussitôt que
les tissus sortent du bain de teinture. On les foule et on les im-
LA FABRICATION DES FLEURS ARTIFICIELLES. 47
prègne d'amidon pour leur donner toute la fermeté désirable; ou
les étend ensuite sur un cadre, et, lorsqu'elles sont sèches, on les
découpe à l'emporte-pièce sur une feuille de plomb ou sur un
billot de bois. .,,,„•.
Les boutons se font avec de la peau, du cannepin et du lafletas
teints d'avance ou que l'un colorie au pinceau lorsqu'ils sont ter-
minés; on les bourre avec de l'éloupe, de la filasse, ou bien de la
ouate, pour leur donner leur forme naturelle ; puis on les lie avec
de la soie verte sur le fil métallique qui doit leur servir de tige.
Les étamines se préparent en fixant au bout d'un petit fil de
laiton des bouts de soie écrue qui forment le cœur, et que l'on
trempe dans de la colle de peau pour leur donner la rigidité né-
cessaire. On garnit ensuite l'extrémité de chaque étamine de
pâte, puis on les plonge toutes à la fois dans de la semoule
teinte en jaune. 11
ne reste plus alors
qu'à la bien faire
sécher.
On distingue
dans la fabrication
des Heurs artifi-
cielles quatre opé-
rations principa-
les : le découpage,
le gaufrage, l'as-
semblage elle mon-
tage. Bien que ces
diverses opérations varient selon la nature et l'espèce de fleurs
que l'on veut imiter, nous indiquerons néanmoins, d'une ma-
nière générale, comment chacune d'elles s'exécute. .
Bécoupage. — Le découpage se fait d'ordinaire à l'emporte-
pièoe, mais souvent aussi on découpe les pétales et les feuilles à
l'aide de ciseaux et d'après des patrons tracés à l'avance sur des
feuilles et des pétales naturels. Quelquefois encore on a recours
aux dessins qui accompagnent la plupart des livres qui traitent
de la fabrication des fleurs en papier et en étoffe. Dans ce cas,
nous conseillerons de calquer avec soin le modèle; puis, après
l'avoir collé sur du bristol, de le découper en suivant bien exacte-
ment le tracé qu'on aura fait. Ce patron, sur lequel on prendra
soin d'inscrire le nom de la feuille et du pétale qu'il représente,
pourra servir fort longtemps.
Ciuufrage. — Le gaufrage s'exécute de deux façons : à la pince
{Qriffuge), ou à la boule [loulage).
Griffuge,
I
48
LE PAPIER ET I.A TOILE.
£
Supposons que l'on veuille griffer les petits pélales qui for-
ment le cœur d'une rose. On commencera par les plier en deux
dans le sens de la hauteur; puis, après en avoir placé un sur la
paume de la main gauche (fig. 34), on fera glisser avec la droite
les deux branches de la pince du haut en bas de ce pétale. Use
trouvera donc, quand on l'aura déplié, griffé des deux côtés de
la ligne médiane, mais en sens inverse; le tenant alors ouvert
et dans le creux de la main, on le griffera de nouveau, mais
cette fois depuis le milieu seulement jusqu'à la base. On renou-
vellera celte opération à droite et à gauche du griffage central,
et l'on fera de même pour tous les pétales du cœur de la rose.
Les pinces servent encore à friser, à pincer, à rouler et à strier
les pétales suivant les
fleursqu'ilVagil d'imiter.
Le griffage ne s'opère,
du moins pour la rose,
que sur les plus petits
pétales ; ceux de qua-
trième grandeur sont bou-
les, c'est-à-dire rendus
convexes ou concaves au
moyen des différentes
boules qui composent le
jeu du fleuriste.
Voici comment on pro-
cède au boulaye. On place
d'abord le pétale bien à
plat sur la pelote, on
prend ensuite avec la
main droite celle des
boules qui est la mieux assortie au creux que l'on veut obtenir,
et, après l'avoir fait glisser légèrement et en tournant sur les
bords, qui ne doivent avoir aucun pli (fig. 35), on arrive peu à
peu au centre, de manière à ce que le pétale soit bien arrondi et
plus ou moins hémisphérique.
Assemblage.— L'assemblage consiste à réunir les pétales au-
tour du cœur de la fleur. Cette opération, qui est une des plus
longues et des plus délicates, s'effectue de la manière suivante,
On prend d'abord un à un chaque pétale avec les pinces,
ensuite on en trempe l'extrémité dans la colle, puis on la rap-
proche du cœur autour duquel il doit être fixé. On obtient
ainsi une sorte d'étoile au-dessous de laquelle on colle les autres
pélales, en ayant soin de les ranger régulièrement et de façon à
. 35. — Roulage.
LA FABRICATION DES FLEUR? ARTIFICIELLES.
49
ce qu'ils se contrarient. Quand ils sont tous collés, on termine la
fleur comme il convient pour son espèce, et l'on passe à l'opé-
ration suivante.
Montage. — Le montage a pour but la réunion des diverses
parlies de la fleur à la tige et des différentes tiges à la branche
principale. Après avoir attaché le calice de la Heur et tige les
feuilles en collant sur le verso de chacune d'elles, une baguette
ou petite lige de laiton recouvert (fig. 36), on doit, en premier
lieu, consolider les bon-
A
W
tons et les fleurs avec
de la soie verle ou de
la cannelille (laiton
couvert de soie ou de
coton).
Cela fait, on colonne
la branche en la tour-
nant avec les doigts de
la main droite et en
filant le coton de la
main gauche, de telle
sorte qu'il s'enroule en
spirale et avec la plus
grande régularité sur
toute l'étendue de la
branche . Enfin , on
passe au papier, au-
trement dit on enroule
autour de la tige des
bandes de papier vert. Pour cela, on tient la lige entre le pouce et
l'index de la main gauche, et la bande de la main droite; endui-
sant alors de colle le bout du papier, ou le pose le plus près
possible du calice de la Heur, et, en le tendant bien, on l'enroule
autour de la lige. Si cette dernière était forte, il faudrait la co-
lonner auparavant avec de la ouate, en ayant soin que la coucha
CU soit très égale (fig. 37).
Fig. .17. — Passage au papier.
50
LE PAPIER ET LA TOILE.
Fie. 38.
— Préparation d'une jacinthe, formation du cornet.
Pour donner une idée plus exacte de la manière dont on fait
les fleurs, nous allons décrire dans tous ses détails la confection
de la jacinthe, du j>avot et de Yœillet.
Confection dune jacinthe. — La jacinthe, l'une des plus
jolies fleurs que l'on puisse imiter, est aussi une de celles dont
l'imitation est le
plus facile et se
rapproche le plus
du modèle que
nous offre la na-
ture.
Pour la repré-
senter, on com-
mence par décou-
per trois pétales
de grandeurs dif-
férentes. Cela fait,
on prend le plus
petit et l'on griffe séparément chacune des folioles, de façon à ce
que le pétale entier se recoquille bien sur lui- même; ensuite on
cambre bien en arrière chaque foliole à partir de la naissance de leur
séparation, puis on gaufre de même le plus grand pétale. Lorsque
les six folioles sont gau-
frées, on colle ensemble,
mais par la base seule-
ment, le petit pétale
avec le grand, de ma-
nière à ce que les crans
du petit soient placés
dans les intervalles du
grand. On forme ainsi
un cornet (fig. 38), et
quand il est bien sec, on
l'atlache avec de la
soie floche au bout d'un
fil de laiton garni de pa-
pier vert et terminé par
un calice.
Le calice se fait avec de la ouate à laquelle on donne la forme
voulue et que l'on recouvre de papier en ligeant la fleur.
Pour monter les fleurs de la. jacinthe (flg. 39), on prend une lige
que l'on façonne en collant une petite bande de gaze sur du papier
vert et en le roulant de façon à laisser un creux en dedans.
Lic'mthe.
LA FABRICATION DES FLEURS ARTIFICIELLES.
51
Ensuite, on groupe sans symétrie, dans le haut, quatre ou cinq
boulons que l'on enfile dans la tige en y pratiquant d'avance un
trou avec une épingle, et l'on place, en les contrariant et en les
dislançant d'un à 2 centimètres, les fleurs que l'on a préparées.
Vers le bas de la tige, on groupe cinq ou six feuilles lancéolées
que l'on dispose en couronne, en ayant soin de placer extérieu-
rement l'endroit de la feuille.
Confection d'un pi»ot. — Deux patrons suffisent pour con-
feclionner un pavot : l'un ayanlla forme d'un quart de cercle uni,
et l'autre d'un quart de cercle à crans. Pour obtenir un pétale
complet il suffit de plier un papier en quatre et de le placer en
coin sous fi modèle. Après le découpage on déplie le papier et
l'on a un rond parfait. Il faut huit pétales du numéro 1 et un
Hg. 4U. — Confection d'un pavot, torsion
eu papillote.
Fig. 41. — Cœur Je pavot.
seul du numéro 2. On prend alors chaque pétale numéro 1 de la
main gauche; on place l'index au milieu, on rapproche les
extrémités; puis, après avoir roulé le pétale en gobelet, on le
tord en papillote (lig. 40), il faut aussi Iriser légèrement avec les
brucelles les dentelures du pétale en renversant légèrement eu
arrière. Lorsqu'ils sont tous préparés, on boule chacun des quar-
tiers du pétale numéro 2, el, après l'avoir légèrement renversé sur
lui-môme et roulé, on défait Ions les pélales pour les assembler.
A cet effet, on les enfile autour d'un cœur (lig. 41), que l'on
trouve tout fait dans le commerce ; puis on les colle ou bien on
les attache avec de la soie floche, de manière à leur donner une
forme ronde (lig. 42).
Enfin, on attache le pétale numéro 2 et, avec un peu de ouate,
on façonne la boquille qui se trouve sous la fleur.
52
LE PAPIER ET LA TOILE.
La fleur entr'ouverle (fig. 43) s'imite avec un pelale fenchlle
et replié en entonnoir qu'on introduit dans un boulon fendu.
Lorsque les fleurs et les pétales sont terminés, on procède,
te-.
:. _ Pavot, Heur ouverte. Fig. 43. - Pavot, fleur entr'ouv
comme il suit, au montage du pavot : on lige en branche un
bouton naissant et on l'entoure de feuilles du plus petit modèle
(il en existe trois). On monte également un ou deux boulons
épanouis ; prenant enfin une tige un peu forte, et en la entonnant
comme nous l'avons dit plus haut, on la termine par la fleur. On
Fig. 44. — Grittuge duo œillet.
fixe sur la tige mère les boutons, et l'on achève le montage en
entourant le pied de grandes feuilles dont on proportion ne la
grandeur à la hauteur totale de la tige.
Confection «l'un œillet, — L'œillet n'a besoin que d'un seul
LE CERF-VOLANT ET L'OISEAU-VOLANT.
44) en la fronçant
patron sur lequel on taille cinq pétales dont un est mis en réserve
pour le boulon. On se procure des cœurs, des boutons, des
feuilles et des papiers tout préparés unis et panachés, ou que
l'on panache soi-même au pinceau. Pourvu de ces accessoires,
on prend l'un des pétales, on le plie en deux, ensuite en quatre,
et enfin en huit.
On griffe alors chaque portion de pétale (lit
et en la recroquevillant
sur elle-même; puis, avec
la main droite on renverse
le haut de chacune d'elles
(fïg. 45).
Les pétales une fois pré-
parés comme nous venons
de le dire, on les enfile
successivement autour du
cœur, après quoi on les at-
tache avec un peu de can-
ne! ille en les serran tau tour
du petit fil qui part du cœur et doit dépasser les pétales. On entre
ensuite la fleur dans le calice, en ayant soin que ses pointes re-
monlent le plus possible autour des pétales.
Le montage de l'œillet est des plus faciles : on cambre les
feuilles, puis on les monte directement sur la lige principale au
haut de laquelle on fixe la fleur. Les feuilles devront être alter-
nées, et les plus hautes toucheront presque les pétales de l'œillet.
La lige sera passée en papier, et sa parlie inférieure devra
rester unie.
io . — Renversement ilu pétale d'œillet.
CHAPITRE X
LE CERF-VOLANT ET L OISEAU-VOLANT.
i oiislruction «lu cerf-iolant. — 11 faut commencer avant tout
par déterminer la grandeur et les proportions du jouet, pour
que sa largeur soit en raison de sa hauteur. Les proportions
habituelles sont que la largeur et la hauteur doivent être comme
4 est à 7 ; c'esl-à-dire qu'un cerf-volant de 70 centimètres de
haut, mesurera, s'il est élégant, 40 centimètres de large ; plus
LE PAPIER ET LA TOILE.
large, il serait moins gracieux; plus élancé, il se soutiendrait
moins bien dans les airs.
La grandeur étant choisie, on prépare d'abord le squelette, de
la manière suivante : On se procure une baguette ou une latte
bien droite, d'un bois sec, léger, peu flexible et de la longueur
requise pour l'épine du cerf-volant (fig. 46, ab). Vers l'extrémité
qui doit former la tète, on taille une petite coche pour recevensemble
sans déduire la forme du ballon. La couture se fait maintenant
al aide "s machines à coudre, quoique quelques a ronau es
s'efforcent de conserver la couture à la main, plus sol.de. P re-
len Un ingénieur aéronaute bien connu, M. Gabriel Yon, indique le
nrocéde d"épure suivant, bien supérieur comme on va en pouvoir
S à celui que nous' venons de décrire, et qui es reprodu.t
depuis un siècle dans tous les livres parlant de ballons.
< Étant donné la confection d'un aérostat spher.que de
,,ooo mares cubes, le diamètre, dans ce cas, ressortir
D = 13™, 20, nous aurons donc la formule (DXtXDXjj —
I 204-.344) représentant les calculs ci-après, 13- ,20 x 3,1416 pour
,a circonférence, soit 41-.469, d'où 4I-.469 X 13-,20 = o47-,383
pour la surface et 547,383 x î^ = 1-204- 344, pour le cube.
« Ceci une fois établi, il nous faut encore rechercher le nombre
de cônes correspondantes en utilisant une étoffe supposée être de
0-80 de largeur, tout en tenant compte d'une marge suffisante
nour 1 sur roit des coutures et des lambeaux d'étoffe qui lom-
E comme déchet sur les lisières pendant la coup. La couture
ordinairement employée en pareil cas nécessite 0-.015 pour
chaqu coHé du fuseau, soit 0-.03 par fuseau; s, nous ajouUmj
nn Tort à peu près égal pour les fausses coupes, nous ne pouvons
TuéTe corner p4 Â 0-80 - (0-.01B X 4), soit0-,74 comme
largeur effective de l'étoffe employée, or, -^--06 fuseaux.
11 ne nous reste plus qu'à exécuter l'opération du tracé graphi-
que suffisamment explicable par la démonstration du problème
géométrique qui résulte de la formule ci-dessous .
0»,74 -. 13", 20:: x : 1 mètre,
d . 0U ^Ii = 0-036 comme valeur de x et égale à 1 mètre pour
celle'de'î'échelle'de proportion du plan ramené à la largeur de
l'ptnffe oui doit servir à l'établir. .
< Le nombre de divisions du cercle étant de 40 et la circonférence
H^.£
LA C0NST1UJCTI0N DES AÉROSTATS. 63
41 m 4(!'J
de il m ,469, on a — f- — = l m ,036 pour chaque distance des pa-
rallèles, d'où, pour là partie supérieure, depuis le point central
de la soupape jusqu'à l'équateur, dix parallèles, et de l'équateur
à l'appendice portant la tubulure inférieure de gonflement, onze
parallèles, soit un tolal de vingt et une parallèles par fuseau. La lon-
gueur vraie de ce fuseau sera donc la suivante (dans son axe longi-
tudinal) : Parallèles de jusqu'à 22 ou 21 X l m ,036 = 2t m ,756. »
Ces chiffres viennent confirmer la valeur de la formule em-
ployée el celle du tracé graphique utilisé ; ils pourront égale-
ment servir de contrôle aux mesures que donnerait le même plan
s'il était en grandeur d'exécution.
Voilà donc noire fuseau tracé sur le papier. Taillons avec
l'étoile même qui va servir à faire le ballon un patron qui servira
à couper tous les autres fuseaux, en ayant soin de laisser tou-
jours un rebord de 1 centimètre de chaque côté pour la cou-
ture. Certains aéronaules épinglent le patron sur une bande
d'étoffe et découpent les fuseaux un par un avec des ciseaux,
niais il existe une méthode beaucoup plus rapide. On fixe le pa-
tron sur toutes les bandes d'étoffe empilées les unes sur les autres
et, à l'aide d'un tranche t solide, on découpe tous les fuseaux à la
fois suivant les contours du modèle. On retouche ensuite.
Les fuseaux une fois tous découpés, il s'agit de les assembler,
et on comprend que les moyens diffèrent, suivant qu'ils sont en
papier ou en étoffe.
Dans le premier cas, après avoir collé s'il est nécessaire les
différentes parties qui doiventcomposerle fuseau (tète, partieéqua-
toriale, appendice), .on superpose sur une table tous les fuseaux, en
ayant soin de laisser chacun d'eux déborder d'un centimètre. On
charge avec des poids, comme on a déjà fait pour le découpage, et
on passe sur tous ces rebords un pinceau chargé de colle de pâte.
Il n'y a plus qu'à replier, deux par deux, ces rebords et à re-
commencer de l'autre côté. Cette méthode est très expéditive et
donne des ballons très bien assemblés. Le dernier fuseau seul est
un peu plus difficile à coller que les autres, car il doit exactement
s'ajuster au premier pour former la sphère entière.
Lorsqu'il s'agit de ballons en étoffe, les fuseaux sont cousus
ensemble à la mécanique, d'abord deux par deux, puis quatre
par quatre et ainsi de suile. On peut recouvrir, pour plus de sû-
reté el éviter les déperditions, ces coutures d'une bande collée
avec une dissolution de caoutchouc.
Quoi qu'il en soil, dans tout aérostat ainsi assemblé, il reste une
ouverture aux deux pôles. On obture celle du pôle supérieur en
ma
■
■
I
6 4 LE PAPIER ET LA TOILE,
collant une ou deux grandes rondelles de papier quand il s'agit
dunielU ballon, ou' on y place une soupape d'échappement
Îaidrt.tunaéroW m onlé!celledupftleinKnear reste béante,
^l/sac^Se que nous venons de construire doit être
gon le d air chaud il est terminé et il n'y a plus qu'a Ae gonfler
In le disposant au-dessus d'un foyer que conqaepailLe sar-
ments ou d'un fourneau à charbon surmonte «1 un bout de tuyau
de tôle- mais si, au contraire, il doit être gonfle de gaz hylio
gène, il'restè encore une opération indispensable à exécuter : 1 im-
perméabilisation de l'enveloppe. .. , ,
Lorsqu'il s'agit d'un petit aérostat en papier, on 1 enduit sui
sa surface extérieure et à l'aide d'un tampon en papier mousse-
ine 1 huile à brftler additionnée de quelques gouttes de pétrole
Cet enduit est suffisant pour empêcher le gaz de s échappera
travers les pores du papier. On peut éviter cet inconvénient en
mp yant pour la construction un papier rendu imperméable
aux -az par les procédés que nous avons déjà enumeres (1).
Lorsque ïe baUon est en étoffe, il est nécessaire de le vernisser
en étalant à sa surface un vernis composé soit d'huile de lin
ùite et -réduite à l'aide d'un peu de litharge et d'oxyde de man-
ganèse soit d'une dissolution de caoutchouc. Mars nous devons
SS que la première méthode est de beaucoup la plus usuelle et
aussiV plus facile. Malheureusement la été reconnu que 1 hude
de lin était beaucoup de sa solidité à l'étoffe a.nsi ™ lée.
Quoi qu'il en soit, l'opération du vernissage s exécute comme
suit Après avoir étendu le ballon sur une longue table on hu-
m ecle de vernis le fuseau qui se trouve placé en dessus. A l aide
ïe tampon, faits des déchets de la couture ou même a, a
paume de la main, on étale ce vernis sur 1 étoffe, et on iorce
l S à pénétrer d'ans les pores. Une fois que toute la surface , de
l'aérostat a été frottée, on le retourne comme un gant et on fait
rip même nonr l'intérieur. , ,,
pTrTulte de la réaction chimique qui se produit, I étoffe s é-
chauffe considérablement aussitôt après l'appl.cat.on du vernis a
a surface. Pour combattre cet échauffement qui, mal surveille,
dégénérerait en incendie, et pour favoriser en même temps le
sechag il est d'usage de remplir l'aérostat d'air ordinaire, à
l'aide d 'un ventilateur et de le retourner de temps a autre, pour
activer I'évaporation de l'huile.
Le séchage de la première couche de vern.s une fois termme,
(1) Voyez page 4.
LA CONSTRUCTION DES AÉROSTATS.
65
on en applique une seconde et on ventile. Il faut en moyenne six
couches de vernis : trois pour l'extérieur et trois pour l'intérieur,
afin de rendre l'aérostat complètement imperméable.
On peut enjoliver les ballons de papier de dessins découpés et
collés, de petits drapeaux également en papier, et enfin les orner
de longues banderoles qui flottent au vent et maintiennent l'é-
quilibre du système et forment un ensemble plus joli.
Le ballon est maintenant terminé: occupons-nous du gonflement.
Gonflement du ballon. — Quand on veut le gonfler àJ'<(«Vc/i<iU(i,
il est nécessaire d'avoir un cône en tôle surmonté d'un tuyau et
semblable à celui que les ménagères placent sur leur fourneau de
cuisine pour activer la combustion de leur foyer. On place ce cône
sur deux briques et on allume un feu de paille ou de bois see.
Lorsque la montgolfière n'a pas plus d'un mètre et demi de dia-
mètre, une personne la tient par son pôle supérieur de façon à
ce que l'ouverture du dessous soit située à dix centimètres de la
bouche du tuyau. L'air chaud pénètre donc
dans le ballon et en distend les plis jusqu'à
ce que la sphère soit bien tendue.
Alors on peut cesser le feu. On suspend au
cercle de la montgolfière, par deux petits fils
d'archal en croix, une éponge imbibée d'es-
prit-de-vin ou d'essence que l'on enflamme,
et on peut lâcher l'appareil qui se maintien-
dra en l'air jusqu'à extinction de la flamme
de l'alcool (fig. 53).
Quand le ballon a plus de deux mètres de
diamètre, on le suspend entre deux arbres ou
deux mâts par une corde transversale et. on
emploie pour le gonflement un fourneau de
tôle de taille suffisante.
Si c'est de gaz hydrogène pur que l'on veut le remplir, on cons-
titue une usine à gaz très simple avec deux récipients eu verre ou
deux vieux barils. Dans l'un de ces baiils, on met de l'eau et de
la ferraille ou du zinc et de l'acide sulfurique ou chlorbydrique,
eu proportion nécessaire pour obtenir la quantité de gaz voulue.
11 faut 3 kilog. de métal, 5 kilog. d'acide sulfurique et 3 kilog.
d'eau pour avoir un mètre cube d'hydrogène qui revient ainsi à
90 centimes, main-d'œuvre non comprise,
Le second baril est rempli d'eau pure et traversée par le gaz
qui doit s'y laver et se dépouiller de ses parties sulfurées avant
d'arriver au ballon.
On peut obtenir de ^hydrogène bicarboné (gaz de l'éclairage)
N
. 33. — Montgolfl4
et sou récbftod.
I
66 LE PAPIER ET LA TOILE.
en remplissant une cornue de lerro de vieux bouchons hors
d'usage. Le gaz est très léger et débarrassé de tous produits era-
pyreumaliques. Il faut 3 kilog. de liège chauffé en vase clos pour
avoir un mètre cube de gaz.
Suivant qu'il est rempli d'hydrogène pur (force ascensionnelle,
1,100 grammes par mètre cube), de gaz de liège (730 à 800), de
gaz d'éclairage ordinaire (630 grammes en moyenne) ou d'air
chaud (250 grammes par mètre), le ballon est doué d'une puis-
sance ascensionnelle plus ou moins considérable. On peut choisir.
Aujourd'hui les nmts ne sont plus nécessaires pour maintenir
FîfÇ. 34.
Bullon étalé sur une Lâche pour le gonflement en épervier.
(Une partie seulement du filet a été figurée.)
l'aérostat pendant le gonflement, et on étend simplement l'en-
veloppe aérostatique sur le sol. On emploie concurremment deux
méthodes, la première dite en épervier (fig. §4), et la seconde dite
en baleine.
Dans la première disposition, on étale le ballon sur une bâche,
de manière à ce que la soupape soit au centre et que l'éqnateur
forme un cercle parfait. On place ensuite le filet dont on égalise
le déploiement, puis on fixe le tuyau de gonflement à l'appendice
en ayant soin de ne laisser aucun vide. Quand le ballon com-
mence à se gonfler, on garnit l'équateur de sacs de sable, que l'on
descend au fur et à mesure.
■ Dans le gonflement en baleine, le ballon plié par fuseaux et
LES FEUX D'ARTIFICE.
07
simplement ouvert en deux el recouvert en dessus de son filet,
on place au début des sacs de lest tout le long des bords du bal-
lon, de façon que la partie supérieure seule s'emplisse de gaz.
Quand cette partie est gonflée, on recule les sacs jusqu'à ce que
le ballon soit à moitié plein. Alors on égalise la traction du fdet,
on accroche les sacs de lest aux mailles, et on les descend k
mesure, que la force ascensionnelle devenant plus considérable,
le ballon les soulève de terre.
CHAPITRE XII
LES FEUX D'ARTIFICE.
Les feux d'artifice sont d'origine italienne, et les artificiers
célèbres sont tous venus d'Italie.
Sous Louis XIV, on cite comme une merveille le feu d'artifice
donné à Versailles le 7 mai 1664, à l'occasion de la paix d'Aix-
la-Cbapelle : les artificiers avaient alors un beau coslume, dont
Abraham Bosse nous a conservé le dessin (tig. S5j.
Sous Louis XV, commença la dynastie des Ruggieri; le pre-
mier fut P. Ruggieri. Son fils Louis-Michel Ruggieri fut artificier
de Napoléon; son pelit-fils, le dernier Ruggieri, a passé long-
temps pour le plus habile de nos pyrotechniciens.
Sans atteindre à cette perfection, un amateur peut arriver, avec
beaucoup de soin, à obtenir d'excellents résultats.
Matières premières et outillage. — Les trois matières fon-
damentales de toutes les compositions qui servent à garnir les
pièces d'artifices sont les éléments mêmes de la poudre, le sal-
pêtre, le soufre el le charbon, que l'on mêle à diverses sub-
stances, telles que la limaille de fer, d'acier et de cuivre, les sels
de baryte, de cuivre et de strontiane, le camphre, la poudre de
lycopode, etc., destinées à donner plus d'éclat à la combustion et
à colorer la lumière produite.
La cartouche est le carton cylindrique et creux qui renferme la
composition inflammable destinée à faire gerbe ou jet de feu, el
dont presque toutes les pièces d'artifice sont formées.
Pour fabriquer ces cartouches, il faut commencer par se pro-
curer du carton d'une épaisseur convenable, suivant les ditré-
rentes pièces d'arlifice.
L'amateur qui fera son carton lui-même, ce qui est très facile,
y trouvera une grande économie.
68
LE PAPIER ET LA TOILE.
Le carton prend le nom de en 3, en i, etc., suivant le nombre
de feuilles de papier collées l'une sur l'autre. Le meilleur se fait
Fig. So. — Artificiel' du temps de Louis XIV.
avec du papier collé (qui ne boit pas) ; cependant on peut faire du
carton en 3, en plaçant dans le milieu une feuille de papier gris
(papier qui boil). Il en est de même pour le carlon en 4, en 5, etc.
Au reste, la colle dont on imbibe ce papier gris lui donne de la
■V
LES FEUX D ARTIFICE.
69
force. On place sur une table une feuille de papier que l'on enduit
abondamment de colle assez claire; on en place une seconde
dessus, en ayant soin de les faire bien adbérer sans laisser d'inter-
valle ni de pli ; on fait de môme pour la troisième et les suivantes,
et l'on met en presse presque immédiatement après le collage.
Faute de presse, on place le carton entre deux planches de bois,
et l'on charge avec des poids ou des pierres. Une fois que les
cartons ont rejelé la colle surabondante, qu'ils sont suffisamment
dressés et ressuyés, on les sort de la presse, et on les suspend
verticalement par un des bords, à une ficelle ou un fil de fer.
Enfin, quand ces cartons sont parfaitement secs, on les déta-
che et on les remet de nouveau en presse pour les dresser.
Pour fabriquer les cartouches avec le carton précédemment
préparé, il est nécessaire d'avoir les outils suivants:
1° Une baguette à rouler : Cette baguette doit être faite d'un bois
très dur, très droite et bien tournée, et avoir 8 à 10 centimètres
de plus que la longueur de la cartouche qu'on veut rouler dessus.
Il est nécessaire d'eu avoir de plusieurs grosseurs pour les dif-
férents jets de feu.
2° Une varlope pour rouler les cartouches : Elle doit être aussi
de bois dur, chêne, hêtre ou noyer et avoir de 80 centimètres à
un mètre de long, 22 centimètres de largeur et 4 à 5 centimètres
d'épaisseur.
3° Un étrangloir pour les petites cartouches : Cet étrangloir sert
a fabriquer les petites cartouches (pétards, lardons); il est ordi-
nairement en fer, mais on peut aussi, par économie, le prendre
en bois, les crans seuls étant garnis de fer.
Fabrication de» cartouches. — Pour fabriquer une cartou-
che, on commence par couper le carton à la hauteur que l'on veut
donner à la cartouche, et l'on calcule la longueur de façon que,
lorsque ce carton sera roulé, l'épaisseur totale soit égale au tiers
du diamètre intérieur de la cartouche. Exemple : soit 30 millimé-
trés le diamètre intérieur de la cartouche ou celui de la baguette
à rouler; la cartouche devra avoir 10 millimètres d'épaisseur.
La hauteur et le diamètre des cartouches pour jets fixes et
tournants sont à la volonté de l'amateur; on leur donne ordinai-
rement de 6 à 8 millimètres de diamètre et de 18 à 2i centimè-
tres de hauteur.
Le carton étant étendu sur un,e table, on le couvre de colle, ex-
cepté sur la partie qui doit former l'intérieur même de la cartou-
che; on pose alors la baguette à rouler préalablement savonnée,
sur le bord sec du carton, et l'on roule ferme et bien droit. C'est
a,lors qu'il faut employer la varlope pour rouler et achever de
I
■
HbrK
7D LE PAPIER ET LÀ TOILE-
serrer la cartouche, de manière à ce qu'il ne reste aucun vide
entre les feuilles de carton. On enlève ensuite la baguette quand la
cartouche est à moitié sèche, on en ébarbe proprement les bouts,
et on l'étrangle ensuite, lorsque les pièces exigent celte opération.
Pour étrangler la cartouche, on allache à un clou, solidement
lixé dans un poteau de muraille, une corde de grosseur propor-
tionnée à la force de la cartouche, et l'on fixe l'extrémité opposée
à un rouleau de bois que l'on se passe entre les cuisses.
On y adapte une poignée et un bouton. Son usage est de serrer
parfaitement les cartouches.
On pose la cartouche sur la corde préalablement savonnée, on
fait faire un tour à celle-ci, el l'on serre en faisant tourner la car-
louche, jusqu'à ce que le conduit intérieur soit presque entière-
ment fermé.
L'étranglement doit se faire à un demi-diamètre du bout de la
— Le uœud tle l'artifici
■
cartouche; quand elle est étranglée, on lie fortement l'étrangle-
ment avec plusieurs tours de menue ficelle, pour éviter que le
carton reprenne sa première forme.
Nœud d'artificier. —Les artificiers ont un nœud particulier,
nœud qui est le même que celui employé pour attacher les la-
nières des fouets après leur manche, el qui se fait en passant
trois boucles dans la gorge de la fusée (fig. 06).
On atlache ainsi avec la même ficelle toutes les cartouches en-
semble, après quoi l'on tire avec force les deux bouts de la corde,
de façon à serrer en même temps toutes les ligatures. On sus-
pend ensuite toutes les cartouches à un clou pour les faire sécher,
el on les resserre encore avant de les détacher. C'est ainsi que
l'on procède pour presque toutes les pièces d'artifice qui doivent
être liées, comme les pétards, les serpenteaux, etc.; cependanl,
LES FEUX D'ARTIFICE.
M
nous' devons faire remarquer que celte méthode est longue et
cause des ennuis, parce que la corde casse souvent; aussi est-il
infiniment préférable de se servir d'un étrangloir formé de
nœuds enlacés les uns dans les autres.
Classification. — Les feux d'artifice sont divisés en trois classes:
Feux qui font leur effet sur terre;
Feux qui font leur effet dans l'air;
Feux qui font leur effet sur ou sous l'eau.
Feux qui font leur effet sur terre. — Dans cette pre-
mière classe se rangent les lances, les étoiles, les serpenteaux,
les saxons, les pétards, les saucissons, les marrons, les solcih, les
gloires, les feux de Bengale, etc.
Les étoupilles ou mèches de communication servent à faire
prendre simultanément les divers jets d'une pièce, ou bien à
communiquer le feu d'une pièce ou d'un jet qui finit à d'autres
qui doivent brûler après. Ce sont des mèches de colon enduites
de poudre et que l'on recouvre de papier.
Les lances de service sont de petites cartouches que les artifi-
ciers emploient, attachées au bout d'une baguette, pour mettre
le feu aux pièces. Elles sont chargées avec un mélange de
Salpétft 10 parties.
Soufre 18 —
Charbon pulvérisé .
H
■
3 parties.
Les lances proprement dit es sont de longues fusées Faites avec
des cartouches de papier, chargées à la main, el qu'on emploie
pour former les figures des grandes décorations; on les Çixq avec
des pointes sur de grandes charpentes en bois, représentant des
emblèmes, des arbres, des monuments, des fontaines, etc.
COMPOSITION DES LANCES
JAOHB9.
Salpêtre K
Poussière de poudre, Ifi
Soufre -i
Succin 4
Poix résine 3
Salpêtre
Soufre
Vert-de-gris.
Antimoine. . .
Salpêtre . . .
Antimoine.
ROSES.
Salpêtre
Noir de fumée
Poussier de poudre
BLANCHES.
Salpêtre
Soufre
Poussier de [tondre
16
8
16
3
ta
»
4
Le dessin d'architecture sur lequel on doit placer les lances
étant tracé, on fiche à plus on moins distance, selon i'éloigne-
ment de la pièce, des clous d'épingle sans tète qui doivenl dé-
72 LE PAPIER ET LA TOILE.
passer de 15 millimètres; on fait avec un poinçon un trou à la
culasse de chaque lance, on le trempe dans la colle forte et on
le pique sur son clou.
Les étoiles simples, qui entrent dans la préparation des fusées
volantes et des pois à feu, sont formées d'un mélange de
Salpêtre 16 parties. I foudre pulvérisée * parties.
Soufre 8 — I Régule d'antimoine 2 —
On humecte celle composition avec de l'alcool, et l'on y
ajoute un peu de gomme arabique, de façon à faire une pâte
épaisse que l'on coupe ensuite en petils cubes de 11 millimètres
de côté. On saupoudre chacun de ces petits carrés de poussier
de poudre qui lui sert d'amorce, puis on 1rs laisse bien sécher à
l'ombre, car il ne faut les employer que très secs.
Les étoiles moulées, dont on ne se sert que pour les chandelles
romaines, ont la forme d'un cylindre creux fait au moule, et
dont l'ouverture centrale, traversée par une étoupille, permet de
communiquer le feu à la charge de la chandelle.
Lu pluie d'or se prépare comme les étoiles simples et s'emploie
pour garnir certaines fusées volantes.
Les serpenteaux sont de petites fusées que l'on fait partir à la
main et qu'on lance ensuite dans l'air où elles décrivent des zig-
zags lumineux. On les fabrique avec des cartouches chargées
jusqu'à moitié de leur hauteur avec
Salpêtre 16 parties. I Soufre 2 parties.
Charbon en poudre 2 — I Poudre lanxsée 6 —
On remplit le resle de la cartouche avec de la poudre en grain
et un peu de sciure de bois bien tassée.
On donne le nom de saxons à une espèce de serpenteau dont
on garnit les fusées volantes et les pots à feu, et qui, lorsqu'ils
partent, tournent en l'air comme de petits soleils et produisent
un charmant effet. On les prépare en garnissant de la composi-
tion ci-dessus une cartouche dont les deux bouts sont terminés
par une couche de terre glaise et mis en communication exté-
r'eurement par de l'éloupille, de façon que la fusée puisse
prendre feu par ses deux extrémités à la fois.
Les pétards sont des serpenteaux chargés uniquement de
poudre.
Les saucissons sont des pétards entourés de ficelles et qui, à
raison de celle armature, détonent plus bruyamment.
Les marrons se fabriquent avec de la poudre en grains dont on
charge de petites caisses carrées en carlon. Ces caisses, une foii
■i
LES FEUX D'ARTIFICE. 73
fermées, sont recouvertes de bonnes ficelles, puis enduites de
colle forte. Lorsque le marron est bien sec, on y fait un Irou
avec un poinçon et on y met un bout d'éloupille assez long pour
que l'artificier ait le temps de s'éloigner après y avoir mis le feu.
Les chandelles romaines sont des fusées dont la cartouche est
d'abord chargée de poudre à canon fine, proportionnée aux di-
mensions de l'étoile; au-dessus de cette charge, on place une
étoile moulée; puis une charge de composition pour chandelles
romaines, et ainsi de suite jusqu'à ce que la cartouche soit remplie.
On nomme pot à feu une grosse fusée immobile, qui en ren-
ferme un certain nombre de plus petites, destinées à être lancées
en l'air. Pour préparer cet artifice, on prend une large cartouche
au fond de laquelle on tasse de la poudre que l'on recouvre
d'une rondelle de carton, traversée en son centre par une petile
fusée qui met le feu à la pièce. On remplit ensuite de serpen-
teaux 1 espace libre qui entoure la fusée centrale, et Ton re-
couvre le tout d'un fort papier en laissant passer l'éloupille delà
petite fusée.
Les cordes de couleur servent à former les dessins elles courtes
inscriptions; elles sont faites avec des torsades de coton et tra-
versées par un fil de fer qui permet de leur donner telle forme
que l'on désire; ou les imprègne de la composition suivante:
Salpélre 2 parties. | Soufre 16 partie,.
à laquelle on ajoute :
Pour les feux blâma | partie d'antimoine.
Pour les feux Meus o , lal . t : M ,1- „„„, j . ....
D , . - l'ai des de vert-de-gns pulvérise.
Pour es eux rouges 5 parlies de nitrate de stroutiane _
' our les feuï vorls -i parties de nitrate de baryte.
Les soleils fixes sont composés d'un certain nombre de fusées
distribuées comme les rayons d'une roue et dont les extrémités
ignivomes sont divergentes. Toutes ces fusées prennent l'eu en
même temps.
Les gloires (fig. 57) ne diffèrent des soleils fixes r-u'en ce que
les ouvertures des fusées, au lieu d'être fixées sur le même cercle
sont disposées de façon à former des figures triangulaires où
etoilees.
Les diverses pièces qui précèdent peuvent être chargées à vo-
lonté de diverses compositions. On fera les cartouches de même
longueur, et l'on remplira les plus courtes compositions avec de
la terre glaise.
Les soleils tournants sont des pièces d'artifices composées
H. uE Guufigny. — Les industries d'amateurs. 5
H
n
— Gloire.
74 LE PAPIER ET LA 10ILE.
d'une roue mobile autour d'un axe horizontal (fig. 58) el à
la circonférence de la-
quelle on tixe des fu-
sées renfermant des com-
positions différentes, de
manière à obtenir des
changements variés.
Toutes ces fusées sont
reliées entre elles par
des mèches d'étoupille
de façon à pouvoir s'al-
lumer l'une après l'au-
tre.
Au lieu d'une roue
on peut prendre un
triangle en bois pour y
fixer les fusées. Enfin,
pour les petits soleils,
on se sert d'une longue
cartouche aplatie que
l'on enroule en spirale
sur elle-même ou sur un petit disque en bois. -■'.-.
Un clou qui passe au centre de la pièce et que 1 on fiche dans
un poteau sert d'axe de rotation.
Les soleils se font or-
dinairement à trois ,
quatre, cinq ou six chan-
gements, à l'aide de six
compositions indiquées
ci-contre : si l'on ne
veut les faire qu'à trois
changements, on pren-
dra les compositions
marquées d'un astéris-
que (*); mais, en tous
cas, on doit toujours finir
par le feu chinois, qui
est le plus beau.
On peut aussi varier
les compositions dans
chaque cartouche en y
mettant quelques char-
. — Suleil tournant.
I
r-es des six compositions différentes.
LES FEUX D'ARTIFICE.
75
1° FEU COMMUN *.
16 parties.
Poussier de tonneau . . .
16
\
2° FEU UIULMNT
Poussier de tonneau.. . .
16
3
3° Af-rnE *.
Poussier de tonneau . . .
16
Litharge grosse etfiue. .
3
4° AUTBR MÊLÉ
Poussier de tonneau. . . .
lfi
2
2
5° l'LUlE d'arGBMT.
Poussier de tonneau. .. . 16
Salpêtre i
Soufre I
Limaille d'acier 5
6° FEU VEI\T.
Poussier de tonneau.. . . 16
Limaille de cuivre 3
7° FEU CHINOIS.
Poussier de tonneau ... 16
Salpêtre 16
Charlton fin 4
Soufre 4
Fonte fine et grosse. ... 14
parties.
Girandoles, — Les girandoles sont de très belles pièces qui ter-
minent ordinairement les feux d'arlifice : elles sont montées sur
un pivot. On leur donne beaucoup d'étendue et on les diversifie
d'une foule de manières.
On peut y adapter un, deux et même trois cercles tournants,
garnis de jets posés les uns horizontalement et les autres obli-
quement. On garnit le haut d'une ou de plusieurs gerbes d'une
plus forte proporlion que les jels inférieurs, en ayant soin d'es-
sayer et de calculer la durée de ces gerbes supérieures et verti-
cales, de manière qu'elles finissent en même temps que les autres.
Enfin, on varie aussi les feux, comme il a élé indiqué pour les
feux tournants.
Il faut remarquer que, pour donner aux girandoles la force
de tourner, il est nécessaire de faire partir au moins deux jets à
la fois, non deux jels qui se suivent, mais opposés l'un à l'autre
sur le cercle.
Dans les grands feux d'artifice, les girandoles sont ces pièces
désignées sous le nom de bouquets et qui se composent d'une
foule de jets, embrasant le ciel dans une multitude de directions
et retombant ensuileen pluie d'or.
On obtient cet effet en garnissant le sommet des échafaudages
d'un certain nombre de pots à feu contenant jusqu'à cent cin-
quante fusées volantes, les fusées de chaque pot communiquant
entre elles par des étoupilles disposées de façon que toutes
prennent feu en même temps.
Spirale. — Celte pièce, de figure conique, tourne sur un pivot.
Elle est composée de jets placés horizontalement pour faire tour-
ner, et d'une rangée de lances qui montent circulairement et
forment, quand la pièce tourne, une spirale de feu d'un etl'et fort
agréable.
I
I
76
LE PAPIER ET LA TOILE.
On peut placer à la partie supérieure de cette pièce une gerbe
qui prendra feu en même temps que le premierjet du bas, ou un
petit pot à feu qui ne fera sou effet qu'à la fin du dernier jet.
De toutes manières, on devra faire des essais afin de calculer
la durée des différentes parties, de façon que tout se termine à
la fois.
Pièce pyrique. — On appelle ainsi une pièce d'artifice qui en
Fis. 59. — Moulin à vont.
contient plusieurs sur le même axe, soit fixes, soit tournantes, et
qui prennent feu d'elles-mêmes, en se succédant l'une à l'autre.
Si l'on n'y plaçait que des pièces fixes, c'est-à-dire qui font
leur effet sans tourner, rien ne serait plus facile que de leur
faire prendre feu l'une après l'autre au moyen de mèches de
communication. Mais il s'agit ici de faire succéder une pièce fixe
à une pièce tournante, et le mouvement de rotation s'oppose à
tout conduit de communication. Cependant Ruggieri père a su
vaincre celle difficulté par le moyen suivant :
LES FEUX D'ARTIFICE.
7"
Une forle broche de fer, fichée solidement dans un montant de
bois, et placée horizontalement, sert d'axe à toutes les pièces
dont la réunion formera la pièce dite pvrique. Elle peut se com-
poser de soleils tournants et fixes, d'étoiles, de branches, de
gloires, d'ailes de moulin (flg. 59), et enfin de tout ce qu'on
pourra imaginer.
Le passage d'une pièce mobile à une autre fixe ou mobile se
fait au moyen d'une mèche de communication placée dans un
conduit couvert d'une boite. La pièce est montée sur deux
moyeux dont l'un se termine par un bout d'étoupille qui porte le
feu à la pièce qui s'y trouve montée. L'intervalle qui se trouve
entre les deux moyeux sert, comme on voit, à loger deux bouts
d'étoupille qui ne sont aucunement liés ensemble, et ne peuvent
ôter au moyeu qui est en jeu la facilité de tourner; l'un de ces
bouts d'étoupille tourne sans nuire à l'autre avec la pièce qui fait
feu, et, lorsqu'elle est arrivée à sa fin, le conduit prend feu à
son tour, et la proximité des étoupilles le fait passer d'une pièce
à l'autre.
Pour compléter le mécanisme, il suffit de couvrir l'intervalle
afin que le feu n'y tombe pas. A cet effet, on fixe sur un des
moyeux une virole de métal ou de carton, tandis que celle-ci ne
fait que toucher légèrement l'autre moyeu.
Voici la composition des plus beaux feux de couleur, d'après
M. Chertier, pour étoiles, lances, perles:
I
WM
FEU BLANC.
-9
(ï
Régule d'antimoine
18
parties.
Réalgar 9 parties.
Gomme laque (poudre
impalpable) l —
Minium 6 —
Pour les étoiles, cette pâte devra être humectée avec un peu
d'eau-de-vie; car, si elle était trop mouillée, elle sécherait diffi-
cilement, et la flamme serait moins belle.
FEU JAUNg POUR LANCES.
Chlorate de potasse J20 parties,
Bicarbonate de soude.. . 24 —
Gomme laque 24
Suif o _
VXD JAUNE, PLUS DEAU, POUH ÉTOILES,
PERLES ET LANCES.
Chlorate de potasse 12 parties.
sala te de soude 8 —
Gomme laque 3 —
Pour les étoiles, on humecte avec un peu d'eau-de-vie, et pour
les perles avec de l'empois.
FFU VERT POUR LANCES.
l ro composition.
Chlorate de potasse 30 parties.
Calomel 27 —
Nitrate de baryte 39 parties.
Gomme laque 12
Soufre i/2 _
Noir de fumée léger. . , . 1 /4 —
78
LE PAPIER ET LA TOILE.
Ce feu est très joli et, dans sa composition, on peut remplacer
le calomel par 1/6 de sel ammoniac.
2 e composition.
Chlorate do potasse .... 36 parties.
Set ammoniac 4 —
Nitrate de baryte 36 —
Gomme laque 12 —
Soufre 1/ï —
POUIl ÉTOILES ET LANCES,
Chlorate de potasse. 22 23 p.
Nitrate de baryte.. 22 22 —
Calomel .'.... 10 16 —
Sucre 12 à li 16 —
Gomme laque 1 » —
Ces compositions sont belles, brûlent bien et ne coûtent pas
cher. On peut à la rigueur s'en servir pour les perles.
POUR ÉTOILES ET PERLES.
Chlorate de baryte 3 parties.
Calomel.
Sucre
3 parties
2 —
Cette composition donne un vert foncé magnifique. Pour
étoiles et perles on humecte avec très peu d'eau ces composi-
tions, qui se conservent très bien à l'abri de l'humidité.
FEU BLEU, POUR LANCES, ÉTOILES ET
PERLES.
1" composition.
Chlorate de potasse 32 16 p.
Chlorate de cuivre et de
potasse 12
Calomel M
Sucre 25
16 p.
16 —
10 —
Humecter les étoiles le moins possible.
POCB LANCES VIVES, ÉTOILES, PERLES.
2* composition.
Chlorate de potasse 12 parties.
Chlorate de cuivre et de
potasse ; 2 -
Calomel 12 —
Cuivre en poudre 1 —
Sucre * —
poun ÉTOILES.
3' composition.
Chlorate de potasse 18 parties.
Chlorate de cuivre et de
potasse Il —
Sulfure de cuivre —
Soufre 12 —
Les mosaïques consistent en un échiquier de poteaux espacés à
1 mètre environ de distance, et portant des fusées disposées de
telle sorte qu'elles produisent des jets de feu qui se croisent
quatre par quatre.
Les cascades s'obtiennent en juxtaposant horizontalement
un grand nombre de fusées qui, en brûlant, imitent des nappes
ou des jets d'eau.
Les fusées qui servent à la confection des pièces qui précèdent
sont chargées de la composition suivante :
Poudre à canon 16 parties.
Nitre 12 —
Charbon 3 —
I Soufre 3 parties.
Tournure de fonte 12 —
Le palmier, imaginé par M. Ruggieri, est un arbre en bois dont
le tronc, les branches et les feuilles sont garnis de grosses
LES FEUX D'ARTIFICE.
70
mèches de colon imprégnées, presque au moment de s'en servir,
du mélange suivant, que l'on pulvérise et humecte d'alcool.
Vert-de-gris cristallisé., 4 parties. I Sel ammoniac.
Sulfate de cuivre 2 — I
1 partie,
Les feux de Bengale s'obtiennent, suivant leur couleur,
l'une des compositions suivantes, qu'il est indispensable,
obtenir de bons effets, de conserver en vase bien .^
clos : &&
PEUX BLANCS.
Salpêtre " part.
Soufre - —
Sulfate de cuivre amm. i —
Sulfate de potasse .... 2 —
] I i \ VEHTS.
Chlorate de baryte... ^i —
Nitrate de baryte 34 —
Calomel Il» -
Soufre 12 -
Gomme laque 3 —
FEtTX BLANCS.
Salpêtre 32 part
Soufre 8 -
Régule d'antimoine.. . 12 —
Miuium Il —
FBEX ROUGES,
Chlorate de potasse. . . 3 —
Nitrate de btrûnliane. . 24 —
Soufre 8 —
Calomel S —
Gomme laque t —
Sulfate de cuivre 3 —
Feux qui font leur effet dans l'air. — Les plus
belles pièces d'artifice de celle classe sont les fu-
sées volante* (flg. 60). Ces fusées, qui s'élèvent avec
une rapidité vertigineuse à de grandes hauteurs, se
fabriquent d'une façon toute particulière et exigent
beaucoup de soin dans leur préparation. La car-
touche est faite à la manière ordinaire; mais, en la
remplissant du mélange combustible, on a soin d'in-
troduire dans son axe une petite broche de bois un
de fer doux, que l'on relire ensuite, et qui laisse une
cavilé que l'on appelle l'âme de la fusée. Cet espace
sert à introduire la mèche qui doit faire prendre la
fusée dans presque toute la longueur au moment du
départ. La fusée porte, en outre, un pot ou lube de
carlon un peu plus large que la cartouche, ayant
le tiers de sa longueur et servant à loger la garni-
ture, c'est-à-dire les serpenteaux, les étoiles, les
pluies d'or, etc. Une haguelte de saule ou d'osier, destinée a di-
riger son vol, est fixée au corps de la fusée et doit avoir, pour
produire son effet, de dix-huit à vingt fois sa longueur. La com-
position des fusées volantes est formée de 10 parties de salpêtre,
S parties de soufre, 10 parties de charbon dur, 4 parties de poudre
pulvérisée, et 10 parties de limaille d'acier.
¥
Fig.60.
Fusée volante.
■
M
■
Sué
80
LE PAPIER ET LA TOILE.
Les artichauts sont des fusées que l'on a mises à plat par terre
et qui s'élèvent d'elles-mêmes en produisant un beau tourbillon
de teu. Les deux bouts de ces fusées communiquent ensemble
par une étoupille qui laisse passer, au milieu de sa longueur, un
bout pour allumer.
Feux qnl font leur effet dans l'eau. — Ils comprennent les
gerbes, les chandelles romaines, les pots à feu, les soleils, les plon-
geons, les grenouillères, les étoiles, les marrons, 'etc.
Ces différentes pièces se fabriquent absolument comme pelles
destinées à produire leur effet sur terre.
Toutefois, il importe de les lester avec du sable et de les mu-
nir de flotteurs en bois, afin qu'elles puissent surnager. Elles doi-
vent de plus être enduites d'une couche de suif fondu qui assure
leur imperméabilité.
Feu! — Nous avons dit la manière de faire communiquer
toutes les pièces d'artifice ; les conduits doivent se réunir en une
deux ou trois mèches, selon l'étendue de la décoration, et il y
aura autant de personnes chargées de meltre le feu qu'il y aura
de mèches, afin que tout prenne ensemble au commandement
de : Feu I
DEUXIÈME PARTIE
LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
CHAPITRE PREMIER
LE MODELAGE DE LA TERRE ET DE LA CIRE.
Le modelage entre dans la plus grande partie des productions
de l'homme. 11 est indispensable dans une foule de professions
et d'arts industriels; par exemple: dans la bijouterie.
Le forgeron, en donnant une forme à un fer qu'il façonne, ne
fait pas autre chose que du modelage; le menuisier', dans la
confection des modèles destinés à la fonte, fait aussi du mode-
lage, etc.
On modèle aussi en usant, comme fait le graveur, ou en mar-
Ulant, comme fait le repousseur.
Le modelage comprend la façon que l'on apporte à toute ma-
tière naturelle, artificielle ou composée. 11 comprend aussi l'exé
cution d'un objet donné, pensé ou à créer.
Il se fait avec des matières susceptibles de prendre une forme
voulue, sans le secours du modelage, genre de travail qui ne
s exécute qu'après la création, le modèle.
Les principes du modelage sont :
1° La masse ;
2° Les lignes, les contours ;
3° Le dessin sur tous les plans d'un objet palpable; il se fait
selon le caractère des objets et de la matière employée
On peut parfaitement modeler sans savoir dessiner ou manier
un crayon. II est même beaucoup plus facile de modeler avec
exacctude un objet qu on a sous les yeux et qu'on peut mesurer
en ous sens, que de le dessiner, puisque le dessin a de plus la
difficulté du raccourcissement et de la fuite perspective des
formes. Au pomt de vue de l'enseignement rationnel de l'art il
est log.quement beaucoup plus profitable de faire précéder le
I
-
I
82 LA. TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
dessin par le modelage, ou tout au moins de s'appliquer a. mo-
deler d'après la bosse, et de dessiner ensuite ce qu'on a d'abord
modelé. .
Il est utile, en modelant, de commencer d abord par copier les
choses les plus simples et de les copier, premièrement de la
grandeur exacte; on les copiera ensuite en plus grand et en plus
petit.
L'élude de tous les procédés à l'aide desquels on reproduit la
saillie de tout objet de la nature, comparée à une surface, est ce
qu'on appelle le domaine de V art plastique; et les matières em-
ployées à toute représentation en relief se nomment matières plas-
tiques. .
Matériel et outillage. — On imite le relief des ob|ets au
moyen de la terre glaise convenablement préparée ou de la cire
molle (cire animale, végétale ou composée), ainsi qu'avec le plâ-
tre, le bois, la pierre, le bronze, le marbre, etc.
Pour modeler en terre d'abord, il importe de choisir et de
bien préparer sa terre glaise ou argile ; on la mélange quelque-
fois avec du sable fin quand elle est trop grasse, et on la manie
en la pétrissant dans les mains, puis on en fait des bâtons ou bou-
dins, dont la malléabilité soit bien égale ou homogène. On cesse
de lès manier, quand le corps de ces bâtons ne contient plus de
grumeaux ou parties dures.
La terre glaise peut suffire, mais la cire, qu'il est beaucoup
plus facile d'entretenir dans l'état de malléabilité nécessaire, est
préférable. Quoique l'on ne l'emploie d'ordinaire que pour les
ouvrages de petites dimensions et délicats, tels que médaillons
ou petits bas-reliefs, on sait que de célèbres artistes ont modelé
en cire des statues et des figures en médaillon plus grandes que
nature.
Un des avantages de la cire est qu'elle est plus propre a ma-
nier que la terre glaise, et qu'on peut s'en servir même dans un
salon et sur ses genoux, sans que vêtements ou meubles aient à
en souffrir.
Les mouleurs et d'autres marchands vendent la cire toute pré-
parée, soit pour l'hiver, soit pour l'été : c'est un mélange de cire
jaune, de saindoux, de lérébenthine de Venise ou de Bordeaux,
de fécule; à ces éléments on ajoute une matière colorante, sui-
vant qu'on veut que la cire soit rouge, brune, verte, grise, etc.
Il est bon de choisir la cire un peu molle. Si elle est trop
ferme, le travail est trop lent; si elle est trop molle, elle s'amollit
encore plus sous la main, et le travail, lorsqu'il s'agit surtout de
choses fines, devient impossible.
LE MODELAGE DE LA TER HE ET DE LA CIRE.
Avant de l'acheter, il est prudent de l'essayer. On la vend en
bâtons de la longueur et de la grosseur des bâtons. de réglisse.
La cire est mauvaise si elle file; il faut qu'elle soit courle, c'est-
à-dire que si l'on lire le bâton en sens inverses avec les deux
I
t'ig. Gl. — Selle pour le modelage ou la sculpture
mains, il se sépare de suile sans s'allonger. Nous conseillons la
cire brun-rouge; c'est d'ailleurs celle qu'on emploie le plus or-
dinairement, elle conserve bien sa malléabilité, et L'on peut in-
terrompre assez longtemps le travail avant qu'il ne se forme à
la surface une sorte de croule.
84 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
On doit avoir soin, lorsqu'on ne travaille plus, de mettre l'ou-
vrage à l'abri de la poussière et du contact de l'air, soit en l'en-
fermant, soit en le couvrant d'un chiffon, Si la croûte se forme à
la surface, il faut couper, gratter la cire avec un outil, et dès lors
le travail de modelage est à recommencer.
L'outillage du modeleur, du sculpteur, du répareur, se com-
pose de :
Une selle ou trépied; c'est une sorte de chevalet (fig. 61); et
une table à ouvrage;
Deux sébiles de grandeurs différentes ;
Un baquet pour mettre de la terre;
Divers poêlons pour fondre la cire ;
vi kl
fig. 62 à 69. — Ebauchoirs en buis.
■
Un couteau de forme allongée;
Deux pinceaux de poil de sanglier;
Un flacon d'huile grasse;
Un flacon d'huile d'olive;
Un flacon de liqueur de savon.
Selon la dureté des matières plastiques, le modeleur, le sculp-
teur, le praticien, en général, varie ses opérations et les instru-
ments de son travail.
Le modeleur n'ayant affaire qu'avec des matières molles, telles
que la terre et la cire, n'emploie que ses doigts et des ebau-
choirs.
De tous les outils, les plus utiles peut-être sont simplement le
pouce et les doigts, à la condition que les ongles soient plutôt.
courts que |ongs.
LE MODELAGE DE LA TERRE ET DE LA CIRE.
85
Le nombre et la forme des ébauchons peuvent varier à l'in-
Parmi les ébauchoirs de bois, de buis ou d'ébène (fig. 62 à 69),
il en est de dentelés pour dégrossir, el d'autres unis ; il y en a aussi
d'arrondis et d'allongés dont le taillant est émoussé ; on s'en
sert pour modeler les parties dans lesquelles le doigt ne saurait
pénétrer.
On peut commencer par se servir de l'ébauchoir en buis, mais
il en faut d'autres en fer, qui servent également pour la cire et
pour le plâtre (fig. 70 à 77).
On en fait aussi en ivoire ou en os pour les travaux très fins.
J
v y v
Fig. 70 il 77. — Outils pour réparer, ébauchoirs en fer.
C'est en modelant que l'on juge quel est l'outil dont on a be-
soin.
On s'habitue facilement à l'ébauchoir qu'on a choisi ; on le sent
mieux dans sa main, et on s'en sert plus habilement.
Les ripes sont en acier, et servent à enlever la terre qu'on
prépare à recevoir un travail plus fin. Leurs tranchants sont
dentelés.
Fer et compas du praticien ;
Compas à branches courbées intérieurement ;
Équerre de fer et fil à plomb;
Une brosse cylindrique dans un tube de fer blanc, en manière
de seringue, pour lancer l'eau en pluie sur la terre à modeler;
Le sculpteur emploie quantité de fers à travailler le marbre,
le bois. et toutes matières dures en général : des gouges, des ci-
seaux, des fermoirs, des becs-d'àue, des burins, des râpes, des
limes, des mèches pour percer;
86
LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
I
I
Des maillets ou des masses de fer, eu forme de parallélipi-
pèdes, de différenls poids, emmanchés court, tenus dans la main
droite, servent à faire agir le ciseau ou fermoir que le sculpteur
lient de la main gauche. Quelques-uns de ces maillets, pour dé-
grossir, pèsent jusqu'à cinq livres.
Pour modérer son coup, on tient quelquefois la masse dans
la main sans employer le manche, et l'on frappe par un des
côtés.
Le sculpteur perce, avec le vilebrequin, des trous de distance
en distance, et la scie fine achève la perforation linéaire entre
les trous, quand il veut dégager des parties d'ouvrages qui doi-
vent être à jour.
Les queues de rat. sont des limes rondes de forme conique,
très utiles pour adoucir des surfaces de portions évidées par la
scie.
Les râpes varient dans leurs formes: les unes, aplaties et
pointues, sont taillantes et prismatiques ; on en emploie de
plates d'un côté, et demi-rondes de l'autre.
Le plus ou moins serré de leurs piqûres, plus ou moins sail-
lantes et plus ou moins fines, se proportionne au travail que l'on
fait.
Il y a aussi des râpes de formes analogues aux ébauchoirs re-
courbés.
Pour donner à son ouvrage le dernier fini, le sculpteur em-
ploie le grès fin humecté d'eau; on prend, à cet effet, des mor-
ceaux de meule fine de coutelier, auxquels on donne la forme
qui convient pour pouvoir pénétrer dans les endroits qu'on veut
terminer,
La pierre ponce est également employée au même but.
Le praticien, qu'il ne faut pas confondre avec l'artiste sculp-
teur, qui crée et invente le modèle, n'est qii'un copiste géo-
mètre : un sculpteur peut être son propre praticien, tandis que
beaucoup de praticiens, qui ne savent que leur métier de copiste
géométrique, seraient, la plupart du temps, fort incapables de
modeler ou de faire un modèle de statue.
Les compas à deux ou trois pointes servent à mesurer et
établir les distances, et à mesurer les épaisseurs d'après leurs
positions malhématiques.
Le praticien n'a point à se rendre compte du mérite de ce
qu'il copie: le modèle est pour lui un corps solide géométrique,
composé d'une inimité de surfaces ou de plans. En géométrie,
la situation exacte de trois points non en ligne droite, c'est-à-
dire en triangle, détermine la position d'un plan. C'est, par
LE MODELAGE DE LA TERRE ET DE LA CIRE.
87
conséquent, par une série multiple de Inangles que 1 opéra-
tion du dégrossi d'un bloc s'opère d'après un modèle donne.
Le Soc est d'abord équarri et épannelé à la scie, puis les pan
se multiplient par des sciages successifs, on commence le travail
de pointe, etc., et ainsi de suite. ,
Le trépan et un instrument qui sert à percer et a ev.der le
marbre au moyen de fraises ou de forêts de différentes grosseurs.
I e viulon est plus commode et plus facile a manier.
Modelage en terre et en cire. - Le travail est le même pour
la dre que pour la terre, mais avec cette différence que la cire
\e travaille moins facilement que la terre; il aut plus de temps
et d'habitude pour bien terminer la cire que la terre.
Après s'être pourvu de cires et d'ébaucho.rs varies, on doit s
procurer une surface plane sur laquelle on modèlera. On peut
.rendre suivant la dimension du travail, une planche a dessi-
ner une' plaque d'ardoise ou un verre dépoli.
On commence par dessiner sur le fond, largement, avec une
plume ou un crayon, la silhouette de l'objet a modeler, une tôle,
^esTÏle, Pour l'ébauche, de donner aux surfaces leurs
caractères, leurs inclinaisons; ou dispose les plans principaux:
i vaut mieux masser par plans que par surfaces courbes. Il e s t
très essentiel d'établir d'abord d'une façon rude et un peu angu-
leuse la séparation ou localisation des surfaces et leurs imites;
il est'tou jours très facile d'adoucir ensuite les passages heurtes.
Les" parties osseuses doivent toujours être accusées avec plus de
fermeté que les parties charnues et grasses.
Si l'on prend pour fond une plaque de verre non dépoli, sa
transparence peut faciliter le travail, parce que 1 on peut alors
dessiner d'abord la ligure en profil sur un papier blanc. 11 im-
porte que ce dessin soit assez arrêté ; qu'il donne bien a leur place
L traits du visage, les détails de la coii.ure, 1 ind.ca ion des
ombres. Le dessin fait, on l'applique sous le verre, en collant les
bords ou seulement les coins du papier, de manière qu il ne se
plisse pas et s'applique bien contre le verre La transparence
permet de suivre facilement les contours du dessin avec la cire
et sans tâtonnements.
On tient ordinairement les ébauchoirs comme une plume ou un
crayon, en les tournant soit d'un coté, suit de l'autre, car ce sont
des outils doubles.
On pétrit dans ses doigts de petites boulettes de cire, et on les
aplatit sur le verre, tantôt avec le pouce, tantôt avec un doigt,
tantôt avec un ébauchoir en buis. On procède par plans dont on
I
88 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
calcule bien les épaisseurs relatives. Il ne faut pas couvrir trop
vite les contours du dessin qui est sous le verre et sert de guide •
on pose la cire à droite et à gauche des traits du crayon, de fa-
çon à les voir au travers du verre jusqu'à ce que l'on ait préparé
le médaillon avec les épaisseurs que l'on juge convenables à
chaque parlie. Lorsque tout semble en place, on couvre avec la
cire les intervalles que l'on avait réservés pour les traits de crayon.
Bas-reliefs, médaillons, médailles, etc. — Une fois que
l'on est suffisamment exercé à manier la cire et les ébauchoirs,
on peut s'essayer à modeler des bas-reliefs, des vases, des plats'
des coupes, des bijoux, etc. '
On use pour ces travaux de cire d'abord, et de plâtre ensuite.
Nous supposons le médaillon préparé en cire.
On enlève ou on ajoute de la cire petit à petit au moyen des
ébauchoirs, du pouce et des doigts.
C'est surtout en commençant à manier la cire que l'usage du
pouce et des doigts est utile pour mieux l'appliquer et l'étendre.
II est bon aussi de se servir d'abord d'un ébauchoir un peu gros
Il ne faut pas conserver longtemps dans les mains les boui
lettes de cire; elles s'y amolliraient trop. Pour éviter cet incon-
vénient, on peint quelques petits morceaux de cire et on les
appuie avec le pouce sur le fond, à côté du médaillon que l'on
modèle ; c est une provision dans laquelle onpuise avec le bout d'un
ébauchoir selon qu'il est nécessaire, lorsqu'il faut, par exemple
renfler une partie trop plate. C'est là aussi que, toujours avec
I un ou 1 autre bout de l'ébauchoir, on reporte la cire enlevée aux
endroits que l'on trouve trop en saillie.
On n'a pas à se préoccuper des traces que laisse la pression de
1 ébauchoir sur la cire ; il est facile de faire disparaître ces marques
ce martelage, en passant dessus légèrement le bout du doigt On
les effacesur le plâtre à l'aide d'une ripe ou de papier de verre.
Il faut éviter de « faire rond », c'est-à-dire qu'il est essentiel de
bien distinguer et d'indiquer avec vérité les plans que l'on voit
sur la nature en étudiant le modèle avec attention. Le secret de
bien faire est de se rendre parfaitement compte de ces plans de
leurs rapports entre eux, des parties qui doivent avoir le plus de
saillie. r
Le modelé ne doit pas être mou et s'écouler en gouttes de suif,
11 faut quil soit accentué sans sécheresse; que les contours
extérieurs soient coupés franchement sur le fond et que leur
épaisseur soit légèrement atténuée où il convient, en biseau, en
Avant de modeler d'après nature, il est utile de copier quelques
LE MODELAGE DE LA TERRE ET DE LA CIRE.
89
belles médailles grecques ou romaines, celles des artistes fran-
çais et italiens de l'époque de la renaissance, des Varin, des Du-
pré, de David d'Angers parmi les plus modernes.
Si elles sont d'un petit module, on peut les copier en les agran-
dissant; c'est une bonne étude.
Les médaillons de face sont les plus difficiles à bien modeler;
nous recommandons comme modèles de ce genre quatre mé-
daillons de face de Catherine de Médicis, de Henri II, de
Charles IX, de Henri III, rois de France, par un artiste du temps.
Plus tard, on essayera avec profil de copier quelques bas-
reliefs, par exemple ceux du temple du Parthénon.
C'est encore un exercice utile que de copier quelque gravure en
la niellant en bas-reliefs; cela force à se rendre compte des plans,
et apprend à donner à chaque figure, à chaque objet, les saillies
qu'ils doivent avoir.
Enfin on peut s'étudier à traduire un buste ou une statuette
en bas-relief.
Le bas-relief est un mensonge de perspective, et il n'y a qu'un
point de vue pour bien apprécier l'aspect d'un médaillon bas-relief.
C'est une des plus grandes difficultés de la sculpture que de
bien traiter ce genre d'ouvrage ; elle devient d'autanl plus grande
que le bas-relief est composé d'un plus grand nombre de figures.
Lorsqu'on veut réduire ou copier un bas-relief, on fixe solide-
ment l'original sur une planche, posée verticalement sur un che-
valet.
Supposons que ce soit un médaillon, un porlrail de pro-
fil. On cherche le milieu de la partie supérieure de la figure, au-
dessus de la tète ; on plante un clou suffisamment long dans
la planche, et, au moyen d'un fil à plomb qu'on suspend à ce
clou, on plante à la partie inférieure du fil à plomb et du médail-
lon un autre clou qui doit servir, avec le clou d'en haut, pour
établir sur son modèle un fil noir qui sera une verticale. On
aura soin, en liant le fil noir, de le maintenir bien parallèle au
plan du bas-relief, au fond plat sur lequel le profil se détache ;
on répétera celte opération en clouant, à distances convenables et
égales, une série de fils parallèles et verticaux, formant grillage
en avant du modèle; on croisera dans le sens horizontal et avec
les mêmes précautions un nombre égal de fil noirs équidislants, de
manière que l'ensemble des carreaux obtenus soit parfaitement
dans le même plan, et l'on aura un treillis fort utile, au travers
duquel on devra examiner son modèle. Il est indispensable de
regarder ledit modèle à une dislance suffisante, pour que l'oeil
en embrasse facilement l'ensemble. On place son œil toujours
■
90
LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
■
au même poinl, car la moindre déviation, à droite ou à gauche,
change la forme. 11 sera bon par conséquent de placer, devant
ce qu'on peut copier, bien en face, au centre du médaillon et à
la hauteur de l'œil, un bâton vertical percé d'un trou ou ocu-
laire, pour se mettre toujours à la même place et considérer l'o-
riginal. Ceci est de la plus haute importance pour les personnes
qui n'ont jamais étudié d'après nature. L'usage des verticales et
des horizontales du carreau facilite considérablement la recher-
che des parties d'un relief.
Une ardoise plus ou moins grande, servant plutôt pour les
travaux en cire; une planche en bois, bordée d'un châssis, ou un
fond en plâtre; une plaque coulée sur un marbre, dans un
cadre ou châssis de bois. On y plante souvent des chevilles
ou des clous pour maintenir la terre qu'on y amasse, pour y
établir le travail d'un bas-relief.
La copie d'un profil en bas-relief en terre se commence en tra-
çant d'abord, soit sur l'ardoise, soit sur la planche ou le fond
donné, le contour général, ou ce qu'on nomme la silhouette de la
tête proposée pour modèle. On remplit ce contour d'une couche
de terre à peu près égale et d'une épaisseur convenable, qu'on
applique avec les doigts en appuyant assez fortement. On se sert
particulièrement du pouce de la main droite pour cette opéra-
tion; on a soin ensuite d'adoucir, de faire plus mince et d'arron-
dir un peu au doigt et à l'ébauchoir les contours extérieurs, en
les laissant mourir quelquefois sur le fond, comme seraient par
exemple des cheveux. II faut mouiller tant soit peu lo doigt ou
l'outil pour polir.
Si l'on fait un portrait, il importe que la planche ou la plaque
soit éclairée comme l'est le modèle vivant. Le visage ne doit pas
êlre couvert d'ombres trop fortes ; elles empêcheraient de voir
distinctement les contours.
On laisse plus de saillie au front vers les tempes; toutes les au-
tres parties du visage doivent, relativement au fond, avoir moins
d'épaisseur de terre. On creuse avec les pouces et l'ébauchoir la
cavité de l'œil; on forme une petite boulette pour son globe, et on
la surmonte d'un petit bourrelet pour la paupière supérieure;
on y place au bas un second bourrelet pour la paupière infé-
rieure, et on perfectionne chaque forme au moyen des ébauchoirs
en buis ou en os.
Terre cuite. — Si l'on veut faire cuire l'objet que l'on a l'in-
tention d'exécuter, on le travaille sur un fond d'ardoise sans y
introduire de pointes ni de chevilles. On place son ouvrage sur
un chevalet à peu près incliné, comme pour faire un tableau; on
imw
I.E MOULAGE.
91
le fait sécher peu à peu quaad il est terminé, ayant soin que rien
ne gerce.
On le cuit alors dans des fourneaux adaptes a cet usage.
L'opération de la cuisson et celle de la dessiccation font prendre
du retrait à la terre, ce qui varie suivant sa qualité. Elle diminue
environ d'un septième. Le biscuit blanc de porcelaine diminue
d'un dixième. On a égard à ce retrait pour obtenir des figures
d'une grandeur déterminée, et la connaissance de ce retrait s'ac-
quiert par l'expérience de la manière dont chaque argile ou terre
se comporte au feu.
I
CHAPITRE II
LE MOULAGE.
Les opérations du moulage exigent moins d'art que celles du
modelage, mais autant de soin et d'adresse.
Outillage. — Plusieurs nouveaux outils sont nécessaires :
Fig. 78 et 79. SpatuUs. — Fig- 80. Couteau. — Fig. 81. Ripe. — Fig. 12. Fermoir.
— Fig. 83. Gouge plate.
Quelques spatules de différentes grandeurs, en fer et en bronze
(fig. 78 et 79), pour gâcher et manier le plâtre;
Un couteau aigu, mince et bien eflilé (lig. 80);
92 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
Quelques ripes; celles dont on se sert pour modeler la cire
peuvent servir également pour le plâtre (Ûg. 81);
Un fermoir (fig. 82); c'est une sorte de ciseau en acier avec
un manche en bois;
Une gouge plate (fig. 83);
Des grattoirs pour les coutures des moules, pour épanneler,
pour arrondir et arriver au fini;
Les assiettes creuses en faïence, employées surtout dans les
campagnes, sont fort commodes pour gâcher le plâtre (fig. 84);
les sébilesen bois ontl'inconvénient dese fendre, etil est ennuyeux
Fig. 84. Assiette en faïence. — Fig. 85. Terrine
en terre vernissée. — Fig. 86. Soucoupe en
Fig. 87 et 88. Brosses. —
Fig. 89. Pinceau en blai-
I
l
et difficile de les nettoyer, parce que le plâtre, si on le laisse
durcir, s'y attache fortement; un peu d'eau fait détacher très
facilement le plâtre séché dans les vases de faïence ;
Deux ou trois petites terrines en terre vernissée de différentes
grandeurs (fig. 85) ;
Une petite soucoupe en cuivre très mince et flexible est com-
mode pour gâcher une pincée de plâtre dans quelques gouttes
d'eau (fig. 86);
Quelques brosses et pinceaux de diverses grosseurs : les
brosses, les unes rondes, les autres plates (fig. 87 et 88) en soie de
porcs, un peu grosses et longues; les pinceaux, en blaireau
(fig. 89), allongés, ronds ou plats;
LE MOULAGE.
93
Un petit flacon d'huile d'olive à large ouverture;
Un petit bocal de savon noir liquide;
On fait cuire le savon noir dans un vase de terre vernissée en
y ajoutant de l'eau, mais sans faire bouillir. Il faut qu'il soit
comme de l'huile ; plus épais, il pourrait empaler les plâtres sur
lesquels on l'emploie.
Et une petite provision de plâtre fin.
11 faut conserver le plâtre dans une boîte de fer-blanc fermant
bien, et le tenir dans un lieu sec. L'humidité et l'air altèrent le
plâtre.
Moulage d'an médaillon. — Voici commenL il faut procéder
pour mouler, par exemple, un médaillon de cire précédemment
modelé :
Trempez délicalement un blaireau dans l'huile d'olive bien
fluide; enduisez légèrement le médaillon de cire et en même temps
le fond de bois, de verre ou d'ardoise. Évitez de mettre trop
d'huile, car l'épreuve en plâtre deviendrait floue; il faut que
l'objet à mouler soit seulement rendu luisant par l'huile et comme
verni. Tant que l'on n'aura pas une grande habitude de l'emploi
du plâtre, il est bon de se servir de bandes de zinc minces, lar-
ges de 3 à S centimètres; une de ces bandes doit être posée en
cercle, de manière à former autour de la cire une sorte de petit
bassin circulaire de la grandeur que doit avoir la circonférence
du médaillon; ou bien si, au lieu d'êlre rond, il doit être carré,
il faut plier les bandes de zinc en carré, les entourer d'une ficelle
nouée, et appliquer en dehors des bandes quelques boulettes de
cire molle ou de terre aplaties avec un ébauchoir contre les
bandes, afin d'empêcher les bandes de se déplacer et le plâtre
gâché de glisser par-dessous ; l'intérieur de ces bandes sera frotté
aussi avec le pinceau huilé.
Le tout ainsi préparé, versez dans une des terrines ou dans
l'assiette creuse de l'eau bien propre, en quantité suffisante. Dans
cette eau faites tomber doucement le plâtre que vous prendrez
dans la boite en fer-blanc, soit avec la main, soit avec une cuiller.
Si par places il dépasse le niveau de l'eau, attendez qu'il en soit
saturé, et aussitôt, avec une des grandes spatules, remuez lente-
ment jusqu'à ce que le plâtre soit bien délayé et qu'il n'y ait pas
de grumeaux. Prenez une des brosses trempée légèrement dans
l'eau pure et aspergez le médaillon, de façon à y faire tomber
quelques gouttelettes d'eau. Remuez doucement encore le plâtre;
qu'il soit alors comme une crème épaisse, et avec la grande spa-
tule, ou mieux une cuiller, versez du plâtre sur le milieu du mé-
daillon, puis une nouvelle cuillerée sur le plâtre déjà versé, et
*■
91 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
ainsi de suite en avançant toujours vers les bords. Lorsque toute
la surface du médaillon est couverte de plâtre, frappez douce-
ment à petits coups sur la selle sur laquelle vous travaillez, pour
tasser le plâtre et en faire sortir les bulles d'air qui pourraient
s'y être formées ; puis ajoutez encore du plâtre en quantité suffi-
sante pour obtenir une épaisseur convenable, soit avec la cuiller,
soit avec le vase dans lequel vous avez gâché le plâtre. Même
pour cette opération si facile, il y a un certain tour de main qu'il
faut acquérir. On ne doit pas trop se hâter; on ne doit pas non
plus y mettre de lenteur, car le plâtre n'attend pas; il arrive par-
fois « qu'il prend », c'est-à-dire s'épaissit, avant que vous ayez
terminé votre opération. Cela peut tenir à plusieurs causes : à la
nature du plâtre, à sa préparation par le plâtrier, à la manière
dont il a été gâché; trop clair, c'est-à-dire avec trop d'eau (les
mouleurs disent noyé), il est long à prendre et reste mou à peu
près comme du blanc d'Espagne; gâché trop serré, c'est-à-dire
avec trop peu d'eau, il prend vite et devient très dur. Un peu
d'expérience est nécessaire; c'est pourquoi il est bon de s'essayer
à mouler des choses insignifiantes.
CHAPITRE 111
LE NETTOYAGE, LA COLORATION ET LA MÉTALLISATION
DU PLATRE.
Nettoyage du plâtre. — Pour nettoyer les plâtres salis par la
poussière et leur rendre leur aspect primitif, il faut les saupou-
drer de plâtre sec qu'on étend avec un pinceau dans toutes les
cavités.
Afin d'éviter au plâtre le désagrément d'une salissure qu'a-
mène toujours le temps, on peut, sur une épreuve bien sèche,
passer quelques gouttes d'huile grasse qui lui donne une teinte
analogue à celle du papier de Chine sur lequel se tirent les belles
épreuves de gravures. Une fois cette qualité acquise aux plâtres,
la poussière n'a nulle aclion sur eux.
Coloration du plâtre. — La meilleure façon de colorer le
plâtre est de lui donner celte teinte soufrée dont l'aspect est si
doux à l'œil, et dont la nuance harmonieuse et fine fait valoir
l'épreuve qui en est revêCue.
Pour en arriver là, il suffit de mélanger un peu d'ocre dans
NETTOYAGE, COLORATION ET MÉTALLISATION DU PLATRE. 05
le plâtre dont on doit se servir pour le moulage. On doit l'y mêler
quand il est sec et ne pas en être prodigue. Comme on ne peut
pas indiquer la quantité très minime qu'il en faut mettre, le seul
moyen de remédier au manque d'habitude, c'est de faire des
essais en mouillant le plâtre mélangé d'ocreet le laissant sécher,
afin de s'assurer de la légèreté du ton qui doit être employé.
Pour certaines choses, la teinte un peu rougeàtre devant mieux
faire que la teinte safranée, on peut en varier les nuances comme
on le désire en employant l'ocre jaune ou l'ocre ronge mélangés
de manière à produire tous les tons gradués entre le jaune soufre
et le rouge brique.
Pour faire sécher presque instantanément un peu de plaire
coloré et s'assurer du degré de force de la couleur, il suffit de
le poser sur un pain de blanc d'Espagne; la dessiccation a heu
immédiatement.
Bronzage ilu plâtre. — On arrive très facilement à obtenir
l'imitation de tous les genres de bronze sur le plâtre en s'y pre-
nant ainsi :
Pour imiter le bronze vert, on prépare le plâtre avec du jaune
de chrome et du Lieu de Prusse délayés à l'huile; il faut passer
ensuite les poudres d'or faux (appelées bronze jaune) qu'on étend
avec le pinceau. S'il s'agit de bronze antique, le plâtre doit être
préparé avec une couche d'huile grasse, mélangée de terre de
Sienne brûlée; après quoi il faut laisser sécher quelque peu, et
ensuite appliquer delà mine de plomb et du vert émeraude
broyé à l'huile : un peu de cobalt et de vert émeraude mélangés
doivent être étendus dans les parties creuses.
Dorure et argenture du plâtre. — Pour le dorer ou l'ar-
genter, on doit d'abord le préparer avec deux ou trois couches
d'huile grasse mélangée d'un peu de vermillon, et, lorsque le
plâtre a perdu sa qualité absorbante, l'enduire d'un mordant à
dorer qu'on passe également partout avec un pinceau.
Lorsqu'il ne s'agit plus que d'étendre l'or ou l'argent eu
feuilles, voici comment il convient de s'y prendre, en ayant soin
de se munir d'abord des objets nécessaires, c'est-à-dire d'un
coussin adorer et d'un couteau destiné pour cet usage :
Il faut renverser le livre qui contient soit les feuilles d'or, soit
celles d'argent sur le coussin; lorsque la feuille dont ou va se
servir s'y trouve posée, on la divise en portions égales avec le
couteau, puis, avec un petit pinceau plat ou légèrement enduit
de pommade, on applique sa feuille sur le plâtre, en ayant soin
de l'appuyer un peu avec du coton, et l'on continue ainsi jusqu'à
afin de l'opération, en unissant les unes contre les autres toutes
W LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
les petites fractions de feuilles dorées ou argentées qui sont né-
cessaires pour couvrir entièrement le plâtre. Ainsi préparée, une
épreuve peut se conserver longtemps sans nulle altération.
if
I
CHAPITRE IV
LA PEINTURE SUR PORCELAINE ET SUR FAÏENCE.
La décoration de la porcelaine et de la faïence est certaine-
ment une des applications les plus agréables et, jusqu'à un cer-
tain point, les plus faciles de l'art de la peinture. Elle emprunte,
en effet, à la beauté et à la pureté de la matière, à la richesse des
couleurs et au brillant de la couverte ou émail, ce que son exé-
cution peut avoir d'incomplet, en même temps qu'elle offre au
véritable artiste des ressources infinies que bien souvent aucun
autre procédé de peinture ne saurait lui donner.
Comme dans tous les arts décoratifs, un dessin correct et châtié
doit être la base d'une bonne exécution; le goût et l'imagination
viennent ensuite, et indiquent au peintre décorateur la meilleure
manière et la disposition la plus avantageuse pour embellir,
suivant sa forme et sa nature, la pièce qu'il doit orner.
Choix des porcelaines. — Il est nécessaire de bien connaître
la composition et la nature des dilférentes porcelaines et faïences ;
car les procédés d'emploi et les couleurs ne sont pas les mêmes
pour les unes et pour les autres, bien que les couleurs soient
toujours des oxydes métalliques purs et mélangés avec une plus
ou moins grande quantité de fondants (1). Nous indiquerons à
leur place les caractères distinctifs de chacune des espèces de por-
celaines et faïences en parlant des différents modes de peinture.
Installation et outillage. — L'installation et l'outillage gé-
néral du peintre céramiste doivent servir aussi bien pour pein-
dre sur porcelaine que sur faïence.
Un très beau jour est nécessaire. Toutefois la partie inférieure
de la fenêtre, jusqu'à hauteur de l'œil, doit être dépolie ou recou-
verte d'une lustrine ou d'un papier collé.
La table doit être solidement construite, et garnie de tiroirs
pour renfermer les pinceaux, les couleurs, les palettes et les
(I) On nomme fondant lu matière vitreuse qui, mélangée aux oxydes, a pour objet
de les rendre plus ou moins fusibles et de les fixer par la cuisson à la surface de la
pièce décorée.
LA PEINTURE SUR PORCELAINE ET SUR FAÏENCE. 97
glaces à broyer à l'abri de la poussière et de l'humidité. Nous
conseillerons de faire adapter à l'extrémité de cette table, à
droite, une planchette tenue par une charnière et pouvant se
lever et se baisser à volonté; celte planchette, de 50 centimètres
de longueur sur 15 de largeur, devra former un angle droit avec
■ 1
Différentes formes de
pinceaux.
Pinceau en putois,
le bord antérieur de la table; elle est appelée à servir d'appui au
bras, et à donner ainsi à la main, pour les travaux délicats, la
fixité et la solidité nécessaires à une bonne et franche exécution.
Les pinceaux sont de différentes formes et de plusieurs gros-
seurs, en blaireau ou en martre (Il g. 90); il les faut bien choisir,
et surtout avoir soin de les tenir constamment dans un grand
état de propreté.
H. db Graffigny. — Les industries d'amateurs. 6
98
LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
I
Outre un certain nombre de pinceaux ordinaires (fig. 90), il en
est quelques-uns qui sonl spéciaux à la peinture sur porcelaine,
et qu'il est nécessaire de se procurer : tels sont les putois (fig. 91),
destinés à unir les teintes et à égaliser les fonds de couleur. Les
putois doivent être très régulièrement faits, à poils bien égaux,
pas par Irop longs, et surtout serrés de façon à ce qu'aucun ne
puisse s'échapper de sa gaine ; ils sont carrés, arrondis en
pomme d'arrosoir, ou plus fréquemment en forme dite à pied
de biche (fig. 91); ces derniers, sur l'emploi desquels nous re-
viendrons plus loin, servent à unir et égaliser les teintes dans les
surfaces concaves, dans les creux des moulures des vases, etc.
Il y a des putois de toutes grosseurs.
Nous devons mentionner aussi une sorte de pinceaux plats,
très longs et coupés en biseau, dits pinceaux à filet; ils servent à
poser les filets en couleur ou en or qui décorent les assiettes, les
bords des vases, etc.
Les couleurs, dont le nombre est plus ou moins considérable,
suivant le genre de peinture auquel on se livre, sont générale-
ment vendues en poudre ; on doit les conserver de préférence
dans de petites bouteilles à large ouverture, bouchées avec soin
et étiquetées, et surtout les tenir parfaitement à l'abri de l'humi-
dité.
Il est nécessaire d'avoir une boîte en fer-blanc, renfermant
une palette en porcelaine à trous plus ou moins nombreux dans
lesquels on dépose les couleurs après les avoir broyées à l'es-
sence. On trouve dans le commerce des boites fort commodes
(fig. 92), contenant, outre la palette, une glace dépolie, suffisam-
ment grande pour broyer de petites quantilés de couleur. Il est
bon, néanmoins, de posséder également une glace à broyer beau-
coup plus grande, ainsi que des carrés de verre épais, dit verre
double, derrière lesquels on colle une feuille de papier blanc; ces
carrés de verre sont utiles pour les couleurs que l'on veut em-
ployer immédiatement après le broyage, et peuvent, au besoin,
servir de palette dans les travaux qui demandent de nombreux
mélanges.
Les molettes (fig. 92) sont en cristal, bien planées à la meule,
et varient de grosseur suivant la quantité de couleur que l'on
veut broyer; deux ou trois suffisent. — Nous ne saurions trop
recommander de tenir les glaces et les molettes dans un état
parfait de propreté, et de bien nettoyer à l'alcool après chaque
broyage ; il suffit, en elfet, de la moindre parcelle d'une cou-
leur de fer pour ternir d'une façon fâcheuse les couleurs claires,
et surtout les carmins, que l'on voudrait broyer ensuite.
Fig
84. — Boite
ouleura et molette.
• ■ *»
;W
100 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
Pour triturer les couleurs après le broyage et les enlever de la
glace àbroyer, on se sert d'un couteau de fer (fig. 93) bien souple et
bien élastique, dont l'extrémité doit avoir, de préférence à toute
autre, la forme d'un triangle allongé; pour les couleurs que le
fer pourrait altérer (jaunes clairs, carmins, etc.), il faut employer
un couteau de môme forme en corne ou en ivoire.
L'essence de térébenlhine rectifiée, l'essence de térébenthine
grasse, l'essence de lavande ou huile d'aspic ordinaire et grasse
constituent, avec l'alcool qui sert au nettoyage des pinceaux et
des glaces, les liquides employés pour le broyage et la prépara-
tion des couleurs dans tous les travaux de décoration céramique.
Toutes ces essences se trouvent dans le commerce ; néanmoins
l'essence de térébenthine grasse est bien meilleure lorsqu'on la
prépare soi-même; il suffit de metlre sur une assiette et sous
une cloche de verre, dont on laisse un bord soulevé pour mé-
nager l'introduction de l'air, une certaine quantité des godets à
encre de Chine dans lesquels on a versé l'essence de térében-
Fig. 93. — Couteau à palette.
thine ordinaire ; on expose le tout au soleil ou, pendant l'hiver
à la température douce d'une chambre habituellement chauffée'
l'essence liquide en s'évaporant laisse au fond une partie épais-
sie, à peu près de ta consistance du miel; c'est de l'essence
grasse pure. Ce procédé, bien qu'un peu long, fournit une essence
de beaucoup supérieure a toutes celles du commerce. L'essence
grasse de lavande s'obtient de la môme façon.
Afin de se servir de ces essences avec pïus de commodité, on
fera bien de mettre les essences maigres dans une bouteille à
goulot moyen, fermé par un bouchon de liège dans sa longueur
et traversé par un tuyau de plume d'oie (fig. 93) ; l'essence ne
tombe ainsi que goutte à goutte. On prend une bouteille à large
ouverture pour les essences grasses, et comme il n'en faut jamais
mettre dans les couleurs qu'une très petite quantité, on entre
dans le bouchon un morceau de bois dur, — une hampe de pin-
ceau en hêtre ou en ébène, — dont l'extrémité touche presque
le fond de la bouteille (fig. 94). La quantité d'essence qui adhère
a ce morceau debois.lorsqu'onrenlève du liquide, estplus que suf-
fisante, au moins pour les mélanges ordinaires de la pein-
ture. r
LA PEINTURE SUR PORCELAINE ET SUR FAÏENCE.
101
11 arrive souvent, surtout chez les commençants, que la cou-
leur, mal préparée ou mal employée, s'agglomère en gouttes
épaisses qui, à la cuisson, produiraient des boursouflures ou de
l'écaillé; pour obvier à cet inconvénient, il est bon d'avoir des
grattoirs très coupants, à pointe arrondie ou en lancette, servant
à amincir et à rifler ces trop grandes épaisseurs, ainsi qu'à en-
lever les poussières qui se déposent toujours sur les pièces, mal-
gré les précautions que l'on peut prendre.
On emploie aussi des aiguilles courtes, emmanchées dans un
- »
■
1
-.■
Fig, 04, — Bouteille à essence giusse.
Fig. l'a. — Buuteille à essence mais
morceau de bois blanc, et qui servent également à piquer le
dessin et à faire les poncifs dont nous parlerons plus loin.
Couleurs. — Uroyage et préparation. Échantillons. —
Nous indiquerons d'abord la. manière de procéder pour décorer
la porcelaine dure, c'est-à-dire celle dont la pâte est composée
de kaolin et dont l'usage est le plus répandu.
La préparation des couleurs et leur mode d'emploi sont, à peu
de chose près, du reste, les mêmes pour cette porcelaine que
pour la porcelaine tendre, la faïence émaillée et la faïence line
communément désignée sous le nom de terre de pipe ; leur com-
position seule varie en ce que, ainsi que nous l'avons dit précé-
demment, elles contiennent plus ou moins de fondant; c'est-à-
6.
I
I
102 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
dire que leur fusibilité est en rapport avec la nature de la pâte et
de l'émail des pièces à décorer, et du degré de chaleur qu'elles
peuvent supporter. Dans la porcelaine dure, la différence entre
la fusibilité de la glaçure ou émail et celle de la couleur est con-
sidérable ; pour la porcelaine tendre et la faïence, elle est pres-
que nulle; dans ce dernier cas, c'est un avantage réel, car
la couleur pénètre l'excipient et s'identifie pour ainsi dire
avec lui.
La préparation des couleurs exige de grands soins; elles sont
dési"nées dans le commerce sous le nom de couleurs vilrifiables
ou couleurs à porcelaine, et sont vendues généralement en poudre
impalpable, il faut néanmoins les broyer une seconde fois à la
molette sur une glace dépolie, en les additionnant d'eau pure;
quand elles ne crient plus sous la molette et qu'elles ne présen-
tent sous le doigt aucun grain au toucher, on laisse évaporer
l'eau, puis on les met dans un des trous de la palette en porce-
laine, après y avoir mêlé au bout du couteau un peu d'essence
de térébenthine ordinaire.
La couleur ainsi préparée se sèche sans être remise en poudre
et se conserve parfaitement: on en prend ensuite de très petites
quantités au fur el à mesure des besoins et seulement au moment
de s'en servir; on la détrempe alors de nouveau avec un peu
d'essence maigre; et on y ajoute, par très faible partie, de l'es-
sence grasse, un peu d'essence de lavande, jusqu'à ce qu'elle ail
acquis a peu près la consistance d'un sirop épais; cette consis-
tance dépendra, du reste, de ce que l'on est appelé à peindre, el
ce n'est que par l'usage que l'on peul se rendre compte de la
densité que l'on doit donner à la couleur, malgré la facilité plus
grande que l'on aurait ainsi à peindre, sous peine d'avoir, après
la cuisson, du grippage ou écarlement de la couleur, qui se relire
sous l'action du feu en laissant à nu le blanc de la porce-
laine.
Avant de commencer un travail, le peintre doit bien connaître
ses couleurs; pour cela, il lui est nécessaire de faire une série
d'échantillons sur des tessons ou des plaques de porcelaine de
même nature que celle sur laquelle il doit peindre. Un excellent
mode d'échantillonnage des couleurs est celui qui consiste à les
appliquer sur une assiette, ou de préférence sur une plaque
carrée, en bandes verticales et horizontales de cinq à six milli-
mètres de largeur, en laissant entre chaque bande un espace
égal, et en suivant le môme ordre de couleurs ; on peut ainsi se
rendre compte, non seulement de l'effet produit par la cuisson
sur la couleur isolée, mais encore de la façon dont elle se com-
LA PEINTURE SUR PORCELAINE ET SUR FAÏENCE. 103
porte par suile des différents mélanges, chacune des couleurs
passant successivement sur toutes les autres : ceci est très im-
portant; il est, en effet, certaines couleurs qui ne doivent pas être
mélangées; telles sont les couleurs d'or avec celles à base de fer
qui en ternissent l'éclat, ou certaines couleurs plus tendres que
d'autres et qui sont dévorées, — c'est le mot consacré, — par
ces dernières ; on connaîtra, à l'aspect plus ou moins glacé, celles
qui sont les plus dures.
Les échantillons de couleurs isolées sont également très bons ;
on doit employer alors la couleur avec un pinceau assez gros et
la mettre par lèches à tous ses étals d'épaisseur en procédant
par teintes dégradées; employées trop épaisses, certaines cou-
leurs écaillent et n'adhèrent pas à l'émail de la porcelaine; trop
minces, elles ne résistent pas à l'action du feu et disparaissent
presque complètement.
Au premier abord, cel échantillonnage peut paraître fastidieux,
mais nous ne saurions trop conseiller de le faire el de le refaire
avec soin ; on s'épargnera ainsi bien des déboires el bien des
retouches souvent nuisibles. En principe, un bon peintre sur
porcelaine ne doit jamais employer une couleur avant de l'avoir
échantillonnée et de s'être ainsi rendu compte de la façon dont
elle se comporte au feu ; il en sera de même pour les mélanges.
Même avec ces échantillons et eu les faisant avec grand soin, il
arrivera encore souvent, surtout en commençant, des surprises
désagréables au sortir de la moufle ; ce n'est que par suile d'une
longue pratique que Ton peut parfaitement connaître les couleurs
et être certain des résultats de leur emploi.
Dessin. — Mise au trait. — Lorsque l'artiste sera bien
familiarisé avec les couleurs qu'il doit employer, il devra procé-
der à la mise au trait sur la pièce à décorer du sujet qu'il
aura choisi et qui doit avoir été très purement dessiné sur du
papier.
Comme le crayon glisse sans marquer sur l'émail, il faul préa-
lablement essencer la pièce, c'est-à-dire passer légèrement dessus
un chiffon imbibé d'essence de térébenthine ordinaire mêlée d'un
peu d'essence grasse; après l'avoir laissée sécher pendant quel-
ques instants, l'essence s'évapore, el il reste une sorle de buée
qui retient le crayon el permet de dessiner facilement, en
employant soit un" crayon ordinaire, soit un crayon lithogra-
phique.
Mais il vaut mieux faire, sur papier végétal, un calque du
dessin à reporter, et le décalquer ensuite sur la porcelaine, tou-
jours préalablement essencée, en le fixant au moyen de petites
■
■
■
I
404
LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
W9~
I
boulettes de cire à modeler et en interposant du papier plomba-
gine ou passe à la sanguine entre l'émail et le calque f on suit
alors, avec un poinçon en ivoire ou un crayon très dur, les
contours du dessin t.racé sur le calque, et le trait paraît parfaite-
ment marqué. r
Un autre moyen consiste à employer, surtout pour les orne-
ments à motifs repétés, des poncifs en papier végétal où les
contours extérieurs du dessin auront élé piqués finement avec
une aiguille emmanchée dans un morceau de bois blanc; après
avoir rabattu les bavures qui résultent de renfoncement de chaque
coup d aiguille au moyen d'une pelite pierre ponce très douce et
très plate et avoir fixé le poncif avec la cire à modeler, on
promené dessus, en tamponnant légèrement, un petit rouleau de
lisière de drap coupé très droit à une de ses extrémités et frotté
de crayon noir ou de fusain en poudre, si on doit peindre sur
une pièce blanche, ou de blanc, si l'on a une pièce en fond à déco-
rer. Dans ce cas, il faut avoir le soin d'essencer la pièce
Les traits du dessin étant reproduits sur l'émail par suite de
I emploi de l'un ou l'aulre de ces procédés, on les repasse
linement avec du carmin ou toute autre couleur d'aquarelle que
J on rendra maniable en y ajoutant un peu de dextrine
Quelques artistes même esquissent complètement leur sujet
et iont tous les dessous avec une couleur à l'eau employée très
sobrement, et qui, du resle, se brûle au feu. La couleur à l'eau
n étant pas enlevée p^r l'essence de térébenthine, ce procédé
ollre, de plus, l'avantage de permettre de nettoyer le trait avant
de commencer à peindre, et d'enlever les faux coups de crayon
ou la poussière noire qui se dépose toujours sur l'émail après
I emploi du poncif ou du décalque.
On peut également repasser le trait avec des couleurs vilrifla-
bles en employant surtout la couleur qui doit dominer dans
chaque objet a peindre; mais nous croyons qu'il faut employer
de préférence la couleur à l'aquarelle, qui a, en outre, l'avantaae
de laisser transparaître le trait dans le cas où l'on voudrait poser
un fond par-dessus.
Il arrive souvent, en effet, que tout ou partie de la pièce à
décorer doit recevoir un fond destiné à faire valoir certains tons
ou a varier un peu la crudité du blanc, aussi, avant d'aller plus
loin, dirons-nous quelques mots de la manière de procéder dans
ce cas, et des précautions à prendre pour arriver à une bonne
réussite, ce qui n'est pas très facile.
Posa S e des fonds. - On emploie, pour poser ou coucher un
Jond, de gros pinceaux carrés ou plats, dits queues de morue,
LA PEINTURE SUR PORCELAINE ET SUR FAÏENCE. 10a
assez larges pour fournir des louches qui couvrent en peu de
temps les surfaces que l'on veut peindre. La couleur étant grais-
sée convenablement et additionnée de quelques gouttes d'essence
de lavande qui l'empêche de sécher trop vile, on en charge le
pinceau et on l'emploie par touches contiguës en l'étendant bien
également, et autant que possible sans revenir à la même place.
Cela fait, on se sert de putois, et notamment de celui qui a
la forme de pied de biche dont nous avons déjà parlé; on doit
tenir le putois bien d'aplomb sur la couleur étendue et frapper
très légèrement en tamponnant, de préférence, d'abord les som-
mités de la touche, puis les joints, et en ayant bien soin de net-
toyer fréquemment le pulois à sec afin qu'il ne s'empâte pas et
n'enlève pas trop de couleur; on revient ensuite avec un putois
moins gros ou plus court de poil, afin de serrer davantage les
parties constiluantes de la couleur et d'en uniformiser le grenu
au point de le rendre presque invisible, Un fond, pour être par-
faitement réussi, doit toujours être posé d'un seul coup et très
promptement; il est donc nécessaire de préparer une quantité de
couleur plutôt surabondante, afin de pouvoir l'employer rapide-
ment et sans être forcé de recommencer.
Enlevuge à la laque. — Si un motif ornemental ou autre
doit se détacher sur un fond, on commence par coucher le fond
en plein sur la pièce, après avoir, ainsi que nous l'avons dit plus
haut, tracé le dessin extérieur avec une couleur à l'aquarelle (I) ;
puis, quand le fond est bien sec, le lendemain généralement, on
recouvre la silhouette intérieure donnée par le dessin de couleur
à l'huile (on emploie de préférence la laque ordinaire en tube
mélangé d'essence de lavande). Au bout de quelques instants, la
couleur du fond est liquéfiée par la couleur à l'huile qu'on enlève
rapidement avec un clnffon de mousseline très propre; on voit
apparaître alors, avec beaucoup de netleté, sur l'émail blanc,
les réserves nécessaires pour pouvoir peindre (fig. 96 et 97).
Peinture sur porcelaine dure. — Nous avons indiqué les
différentes manières de procéder pour la mise au trait du dessin
sur les pièces à décorer; il nous resterait à dire maintenant com-
ment on devra peindre. Pour nous en tenir au métier, car le reste
dépend du goût et du lalent de l'artiste, nous dirons seulement
que son faire doit être franc, léger, égal pour l'emploi des cou-
leurs ; si l'élève a fait avec soin les échantillons que nous avons
conseillés, il se rendra parfaitement compte de l'elfet que pro-
(1) On peut également, si le ton du fond est trop foncé pour laisser transparaître
le trait, poncer le dessin sur le fond bien sec, en procédant alors avec beaucoup d»
•pin et d'attention pour ne pas l'altérer et ne pas enlever de couleur.
RI
I
106 LÀ TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
duisent les différents mélanges, et il saura éviter ceux qui en-
lèveraient de la fraîcheur à ses couleurs.
Nous recommanderons de procéder largement et franchement
I
fl
^
Fig. 96. — Eulevage à la laque.
dans l'ébauche, en passant, comme dans l'aquarelle, des tons
simples aux tons composés, et en commençant par les plus clairs:
si on le peut facilement, il sera bon défaire donner deux feux à
la peinture : le premier, lorsque l'ébauche est peu avancée et
I
I
Fig. 97. — Enlevage à la laque.
que le ton local est seul posé,presque'sans indication de modèle.
On accentue ensuite sur cette ébauche fixée les finesses de colo-
riation et de modelé, que comporte le sujet avant de cuire
définitivement.
1
LA PEINTURE SUR PORCELAINE ET SUR FAIENCli. 107
Quelques peintres céramistes préfèrent, au contraire, avancer
autant que possible l'exécution de leur peinture, afin de n'avoir
■plus à redonner qu'un peu de retouche; cette manière de procé-
der est préférable évidemment, mais nous croyons qu'elle ne
devra être employée que lorsque l'on aura acquis une très grande
habileté. Ce n'est, du reste, qu'une longue pratique qui pourra
indiquer le meilleur mode à suivre pour arriver cà un bon ré-
sultat.
Une peinture sur porcelaine n'est réussie qu'autant qu'elle
présente une glaçure bien uniforme, sans écaillage ni désaccord.
On évitera l'écaillage si on place successivement par teintes éga-
les et minces sans arriver tout à coup à une trop grande épaisseur;
quant au désaccord, il tient souvent à un mauvais mélange de
couleurs qui réagissent l'une sur l'autre, et causent ainsi^ un
affaiblissement partiel de coloration dans des teintes qui devraient
être parfaitement unies.
Caisson et dorure. — Il y a, à Paris et dans plusieurs villes
de province, de si grandes facilités pour faire cuire et dorer les
peintures sur porcelaine et sur faïence que nous conseillerons,
surtout aux débutants, de s'adresser de préférence aux céramis-
tes de profession, qui, moyennant une rétribution minime,
acceptent de faire passer dans leurs moufles, et avec les pièces
qu'ils décorent pour le commerce, les peintures qu'on leur confie;
on évitera ainsi une installation souvent difficile et coûteuse et
une énorme dépense de combustible. Eu outre, la direction des
feux, opération excessivement délicate, demande une grande
habileté, qu'une longue pratique peut seule donner, il y a en
effet peu de latitude entre le temps où la cuisson n'est pas com-
plète et celui où elle a dépassé ses limites.
Il en sera de même pour les ornements et surtout les filets en
or qui doivent compléter la décoration d'une pièce, c'est là un
métier à part et qui demande une grande adresse de main.
On se sert pour poser l'or de pinceaux de blaireau à poils fins
et longs, et il faut savoir très bien l'employer pour faire avec un
tel instrument et une matière lourde les traits fins et déliés et
les contours purs qu'y appliquent d'habiles doreurs. Après la
cuisson l'or est mat; on le rend brillant en le frottant fortement
à l'aide de brunissoirs, sorte d'instruments en agate ou en héma-
tite dure.
Peinture sur porcelaine tendre et sur faïence fine (terre
de pipe). — Les conseils que nous avons donnés pour décorer la
porcelaine dure peuvent également s'appliquer à la porcelaine
tendre et à la faïence fine, désignée généralement dans le corn-
mm
m
408 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
merce sous le nom de (erre de pipe; la manière de procéder est
la même, les couleurs seules sont différentes, au moins pour la
porcelaine tendre, la plupart des couleurs de porcelaine dure
venant très bien sur la faïence fine.
Peinture sur faïence opaque. — S'il s'agit de faïence pro-
prement dite, c'esl-à-dire en émail opaque, on peut peindre sur
émail cru et sur émail cuit.
La peinture sur émail cuit avec les couleurs ordinaires de la
porcelaine donne de très bons résultats, et, presque toujours, une
belle glaçure, elle est préférée, généralement, à la décoration sur
porcelaine en ce qu'elle permet une plus grande liberté de pin-
ceau. On procède absolument de la même façon que pour la por-
celaine.
La peinture sur émail cru exige une très grande habileté, et
nous n'engageons pas les commençants à la pratiquer : l'émail
cru, en effet, présente, sous le doigt et sous le pinceau, une sur-
face pulvérulente très absorbante, et qui ne permet guère, pour
indiquer les traits du dessin, que l'emploi du poncif, et encore
en y apportant la plus grande attention.
Les couleurs sont des oxydes métalliques purs, désignés sous
le nom de couleurs au grand feu, cuisant pendant vingt-cinq à
trente heures à une haute température qui fond le tout ensemble,
et qui, incorporant la peinture à la couverte, lui donne un moel-
leux qu'aucun autre procédé ne saurait produire. On emploie les
couleurs délayées à l'eau pure et à l'état très liquide ; il faut po-
ser franchement les touches du premier coup et sans avoir à y
revenir, car tous les coups de pinceau marquent et la retouche
est presque impossible sur l'enduit pulvérulent, que le frottement
égrène et que l'eau délaye.
On peut peindre également avec ces mêmes couleurs au grand
feu sur l'émail cuit; les difficultés, dans ce cas, sont à peu près
nulles, et le résultat presque aussi satisfaisant, l'émail redevenant
fluide sous l'action d'un feu égal à celui qui l'avait fixé sur l'ex-
cipient; mais on n'est jamais certain du résultat : il arrive, en
effet, que, sous l'action d'un courant d'air ou d'un violent coup
de flamme, l'émail liquéfié par la cuisson coule un peu, et, en se
déplaçant, entraine la couleur.
I
LA PEINTURE SUR VERRE ET SUR VITRAUX. 109
CHAPITRE V
LA PEINTURE SUR VERRE ET SUR VITRAUX.
La peinture sur verre se fait par des procédés analogues à
ceux de la peinture sur porcelaine: ce qui distingue la première
de la seconde, c'est que le peintre sur verre travaille sur les deux
faces du verre, mettant toutes les ombres à l'extérieur et rejetant
les parties nuancées et l'enlumiuage sur la face opposée.
Installation et outillage. — Il est indispensable que l'ama-
teur de peinture sur verre soit bien installé, bien outillé.
Une pièce à cheminée de grandeur moyenne lui suffira pour
établir tout son alelier. Les fenêtres placées au nord ou nord-
est sont préférables; néanmoins, au moyen de slores, on peut
aisément remédier à un jour du midi ou du couchant, mais il
est essentiel qu'il n'y ait d'ouvertures que d'un seul côté de la
pièce ; on tiendra les murs libres d'un coté pour clouer les cartons
à faire ou à copier.
Voici quel sera le matériel :
1° Une table en bois blanc, sur tréteaux mobiles, l m ,70 sur
1 mètre, pour les tracés;
2° Une table en bois blanc, sur tréteaux mobiles, l m ,2S sur
m ,7o, pour la mise en plomb ;
3° l^n chevalet mobile, pouvant se placer sur une table;
4° Un grand chevalet sur pieds, pouvant servir à la fois pour
les petits et les grands sujets. (A la rigueur, ce chevalet peut être
supprimé, si on se borne aux petits vitraux.)
5° Une boite à couleurs, portative, contenant 18 palettes;
6° Une petite étagère en bois, pour porter les flacons;
7° 4 couvercles en fonte pour préserver les couleurs de la pous-
sière, pendant les interruptions du travail;
8° 2 molettes en verre de différentes grosseurs;
9° Un rouleau de grand papier à tracer ;
10° Une moufle en fonte à plaques;
11° Assortiment complet en flacons des couleurs nécessaires
pour le travail d'un an, et toutes préparées sur les pâlottes de la
boite pour les premiers travaux :
1 palette brun, pour le trait à l'acide acétique ;
2 palettes brun, pour les teintes à l'eau gommée;
2 — noir vert — à l'essence;
2 — carnation — —
H. oi IjmmGKT. — Les industriel d'amateur* 7
l
I
110 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
2 palettes carmin, pour les teintes à l'essence ;
2 — bleu — —
2 — vert — —
2 — jaune — —
2 — blanc — —
l — bitume chaud, pour glacis —
Ces couleurs se conservent admirablement, enfermées dans les
flacons. La partie toute préparée sur la palette sera alimentée
pour le travail par l'acide acétique, l'eau gommée ou l'essence.
Quand on en ajoulera des flacons de la provision, on aura soin
de bien broyer avec la molelle, comme d'ailleurs on devra le
faire toujours avant de travailler.
12° Argent préparé pour les jaunes, en flacon;
13° oO kilog. de plomb laminé, moyen et petit;
14 10 kilog. de soudure;
15° 1 diamant pour couper le verre;
16° 1 fer à souder;
1 fourneau à souder;
d petit marteau;
1 tenaille;
1 pince à tête plate ;
2 couteaux à couper et à rabattre le plomb;
17" 1 rocboir pour la résine, et résine;
18° 1 burette pour l'essence ;
19° 1 kilog. de cire à modeler, pour soutenir les pièces de verre
sur le cbevalel ;
20° 3 flacons : essence grasse, essence maigre, eau gommée;
21° 1 flacon acide acétique;
22" 1 flacon acide fluorhydrique (en gutla-percha). Il serait
plus prudent d'avoir ce flacon en argent;
23° 1 flacon de vernis pour la gravure ;
. 24° Pinceaux, brosses, blaireaux, couleau à palettes, 2 appuie-
mains;
2o° 1 boîte à clous punaise ;
26° 1 boite à clous sans lèle;
27° 1 cadre à rainures pour la gamme des verres, tout garni.
Quant à la provision de verre, si on habite la ville, il est inu-
tile d'en l'aire d'avance, on pourra le prendre au fur et -à mesure
clans les magasins de verre; si on habile la campagne, il sera
facile de s'en faire expédier l'approvisionnement nécessaire, com-
posé comme il suit :
1° Blanc ordinaire, 10 feuilles.
2° Blanc ancien verdàlre, 10 —
V
LA PEINTURE SUR VERRE ET SUR VITRAUX.
ni
3° Blanc ancien jaunâtre,
10 feuilles
4° Jaune clair,
5 —
:i° Jaune doublé,
2 —
6° Jaune foncé,
S —
7° Rouge foncé,
o —
8° Rouge clair,
10 —
9" Carmin. doublé,
1 —
10° Bleu clair céleste,
5 —
11° Bleu clair doublé,
10 —
12° Bleu foncé doublé,
—
13° Bleu foncé,
g —
)4° Violet rose,
2 —
13° Violet clair,
2
16° Violet foncé,
2 —
17° Brun chaud foncé,
3 —
18° Brun chaud clair,
3 —
19° Vert foncé chaud,
3 —
20" Vert clair chaud,
8 —
21° Vert foncé froid,
3 —
22° Vert clair froid,
3 —
L*atelier ainsi monté sera aussi complet que possible, et four-
nira à l'amateur les moyens d'exécuter toutes les peintures sur
verre qui lui plairont.
Les verres sont de trois sortes : ceux teints et colorés dans la
masse, ceux à deux couches ou doublés, enfin les verres blancs.
Pour les premiers, on introduit dans le creuset la matière co-
loranle, qui est ordinairement un oxyde métallique, et le verre se
travaille par les procédés ordinaires.
Quant aux seconds, on opère de trois manières différentes :
1° On peut, sur un verre incolore ou coloré, souder un pied ou
un support de couleur différente ;
2° Dans d'autres cas, on forme l'intérieur du vase d'une couche
de verre 1res mince et très fortement coloré, et d'une couche
extérieure de verre blanc, ce qui se fait en plongeant la canne
successivement dans un creuset à verre coloré et dans un creuset
â verre blanc; puis on obtient par la taille des effets variés en en-
levant le verre blanc en tout ou en parlie ; on enlève, au moyen
de la gravure à l'acide ou, comme autrefois, de la meule, les or-
nements sur les étoffes, les galons, les bordures, quelquefois
même les clairs sur certaines parties des vêtements; leur utilité
est d'éviter des plombs difficiles et des coupes trop exiguës. Tout
le verre rouge préparé pour les vitraux se fait à deux couches et
non seulement pour l'emploi que nous venons d'expliquer, mais
■
■
1
m
112 LA TERRE, LA CÎRÈ, LE VERRE, LA PORCELAINE.
encore pour obtenir cette transparence et cette richesse de Ion
que le verre dans la masse ne présente jamais.
3° On peut faire le vase d'une manière inverse, c'est-à-dire avec
une couche intérieure incolore et une couche extérieure colorée.
Quant aux verres blancs, ce sont ceux-là qui sont destinés à
être colorés par le peintre lui-même, au moyen des couleurs en
émail dont il a un assortiment complet dans sa boite.
On ne parle ici, bien entendu, que des vitraux d'appartements,
d'oratoires, des vitraux suisses, etc., et ils sont déjà assez variés
pour satisfaire les imaginations ardentes des amateurs qui cher-
cheront ici des conseils concernant la peinture sur verre.
Calque sur verre. — Pour calquer ce qu'on veut peindre,
on pose son carton ou modèle sur le verre du grand ou petit
chevalet, suivant sa dimension, après avoir fixé dessus, au moyen
d'épingles, une feuille de papier à tracer, papier jaunâtre, fort,
et cependant transparent; on le retient sur le verre au moyen de
petits clous-punaises piqués dans le bois même du chevalet; car,
quelle que soit la dimension du dessin, il faut toujours couper
la feuille assez grande pour qu'elle dépasse de 4 à 5 centimètres
au moins les bords du carton.
Cette installation terminée, on prend un crayon de mine et on
calque exactement le contour extérieur de toutes les figures, des
ornements et du fond, puis on détache le papier du chevalet et
du dessin et on commence l'opération du choix des couleurs,
pour la coupe des verres. C'est là une chose délicate et qui de-
mande, au plus haut degré, ce sentiment de l'harmonie et de la
ligne que l'on doit avoir, même sans être dessinateur.
Les sujets étant de petite dimension, il serait bon de faire deux
calques du carton, au lieu d'un, et avec des couleurs à l'eau, en
plaçant devant soi la gamme de verre, on colorera à teintes plates
le sujet tout entier, et sans s'occuper du modelé, comme une
carte de géographie. Cela fait, on éloigne l'image et on la regarde
de loin en fermant un peu les paupières, et, si l'ensemble parait
harmonieux, que rien ne semble criard ou troué, on établit les
teintes sur cette donnée. Le sujet ainsi calqué et colorié, on re-
prend alors le double calque et, à l'aide d'une grosse plume d'oie
ou de roseau, on marque la forme des verres à couper suivant
chaque couleur. Ce travail demande une scrupuleuse attention :
en préparant et en indiquant les coupes, il faut se pénétrer de
cette idée que les émaux ne doivent s'employer que lorsqu'il est
absolument impossible de faire autrement, et de se servir de verres
teints dans la masse.
Coupe de» verres. — Une fois le tracé bien arrêté, on procède
l\ PEINTURE SUR VERRE ET SUR VITRAUX.
113
à la coupe des verres, à l'aide du diamant ; pour celte partie du
travail, il est à peu près indispensable d'avoir quelques leçons
préliminaires pratiques, le premier vitrier venu fera un excellent
professeur. On cassera bien quelques pièces en débutant, mais
avec un peu de précautions, on sera bientôt à même de couper
facilement le verre.
Les opérations de dessin, de calque, tracé et coupe achevées,
il faut maintenant peindre le vitrail.
Peinture du vitrail. — On place donc, en les rassemblant
comme un jeu de patience, tous les verres coupés sur le carton
et suivant le dessin vu en transparence, on calque au pinceau,
avec le plus de nclteté possible, le contour des diverses parties du
sujet, observant bien le plus ou moins de vigueur des traits, sui-
vant le plan. Ce calque se fait avec l'émail brun, broyé à l'acide
acétique. On ne doit pas oublier que chaque fois que l'on emploie
une couleur, il faut la triturer soigneusement et assez longtemps
avec la moletle de verre et le couteau à palette, en y ajoutant,
soit un peu d'essence grasse ou maigre, suivant le degré de
moelleux que l'on voudra obtenir, et le point où en est arrivé le
travail.
On se sert pour le trait de petits pinceaux longs et fins, en les
tenant le plus perpendiculairement possible à la pièce de verre
où on travaille.
Le trait terminé, on suspend le carton devant soi ; on rassemble
les différentes pièces composant le sujet dont on s'occupe, au
moyen de boulettes de cire à modeler, sur le verre du chevalet
(elles se maintiennent très bien quand on a soin de choisir de
bonne cire); et le travail de peinture commence.
Lorsque le trait est bien sec (c'est-à-dire au bout de quatre
heures en hiver, deux en été), on prend la palette n° 8,*et, après
avoir bien broyé le brun avec la molette, on procède à l'applica-
tion de la première teinte. On prend un gros pinceau, sembla-
ble aux pinceaux des doreurs, on le trempe d'abord dans un
verre d'eau ordinaire puis, après l'avoir bien imbibé de la couleur
répandue sur la palette, on le passe rapidement sur toute la
pièce choisie pour commencer, ou sur les pièces si elles sont
petites; il en résulte une teinte générale inégale que l'on tam-
ponne d'abord avec une grosse brosse et qu'on rend unie ensuite
en la caressant avec le blaireau par un mouvement rapide, con-
tinu et délicat, mouvement qui doit être alterné, tantôt en long
tantôt en large. Bien étendre la teinte est une difficulté, comme
faire le trait bien pur ; il est plus vrai de dire que c'est une affaire
d'habitude, et quand on se sera exercé quelque temps sur des
1
114 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
pièces d'ornements, en faisant le Irait sur ces pièces et en y pas-
sant la teinte, on arrivera très facilement à vaincre ce qu'il y a
d'épineux dans ces premiers détails de manipulation. — Voir
faire deux ou trois fois serait une excellente chose, mais avec de
la volonté et de l'intelligence, on suppléera même à cette absence
de secours extérieurs.
Poiage des teintes. — La première teinte à l'eau une fois
posée et bien unie, on essuie, sur un coin de la pièce de verre,
si elle est assez sèche pour s'enlever facilement en poussière. Il
faut qu'elle ne le soit ni trop ni trop peu. (Tous ces degrés sont
affaire d'habitude, rapidement acquise.) Quand donc celle teinte
peut se travailler franchement, on procède comme pour un des-
sin au fusain, on enlève dans les clairs, en cherchant l'effet,
d'abord autant que possible, sans forcer les ombres ni les traits.
Il faut faire le travail du modelé avec grand soin, par hachures
croisées sur les ombres et les demi-teintes, ce qui est très facile
avec des brosses douces, tandis que les enlevés se font franGS et
nets avec les brosses dures; les débutants peuvent enlever leurs
clairs aussi en calquant le carton, mais c'est une méthode qui ne
conduit pas aussi sûrement dans la voie du progrès.
Voilà donc un premier effet obtenu, mais il manque de vigueur,
et si l'on faisait cuire le travail en cet état, on n'aurait en le pla-
çant devant la lumière qu'un pâle et très insuffisant résultat. Il
faut plus de vigueur. Pour y parvenir on prend la palette n° 3,
et, avec le même brun, cette fois broyé à l'essence, avec très
peu d'essence grasse si l'on veut, pour rendre la couleur plus
onctueuse, on fait la même opération en passant d'abord la
teinte générale avec un pinceau de martre, puis en enlevant les
clairs, et, cette fois, en donnant aux traits et aux ombres la vi-
gueur qui doit nécessairement leur manquer.
Mais tout cela sans dureté, sans tâtonnement et pendant toutes
ces phases du travail, on ne cessera de consulter le carton placé
exprès devant les yeux pour servir de guide sévère.
On pourra essayer de plusieurs genres de travail, tel que le
modelage par pointillé, par hachures, par teintes superpo-
sées, etc., et donner la préférence à celui qui satisfera davantage.
On passe aussi quelquefois une teinte à l'endroit et une autre
à l'envers de la pièce en faisant cuire deux fois. Ce moyen donne
beaucoup de douceur et de profondeur au travail. Dans tous ces
procédés, l'important c'est d'obtenir un bon résultat et de satis-
faire le goût et le sentiment des vrais amateurs.
Après le travail de la teinte à l'essence, le sujet se présente,
si les verres ont été bien choisis comme couleur, de façon à don-
LA PEINTURE SUR VERRE ET SUR VITRAUX. 115
ner déjà une idée de l'effet qu'il doit produire, moins la trans-
parence des ombres. Il est bien certain que les émaux et le jaune
d'argent que l'on doit ajouter à beaucoup de places pourront lui
donner un aspect plus riche et plus éclatant; mais s. déjà l'en-
semble est satisfaisant après le modelé terminé, on est a peu près
certain d'avoir réussi.
Placement «les émaux. — Reste à placer les émaux. — On
reprend chaque pièce une à une, et, afin d'enlever au verre sa
crudité et sa froideur, on passe partout à l'envers des pièces
une couche générale mais très légère d'émail blanc, appelé dé-
poli, bien broyé à l'eau gommée, puis on commence 1 applica-
tion des diverses couleurs.
On commence par le jaune d'argent (qui n'est pas un email,
mais qui a les mêmes etfets), pour les dorures, les auréoles, etc.
On l'emploie à l'eau ordinaire sur le verre nu, du côté du dépoli,
après avoir enlevé avec le doigt ou un tampon la couche de
blanc partout où elle doit s'appliquer; on l'élend aussi épais que
possible pour b>s jaunes dorés, moins épais pour les jaunes pâles.
Pour donner aux chairs le ton naturel, on passe l'émail pré-
paré sur la palette n" 4, à l'essence et par-dessus le dépoli, on
étend cette couleur en ayant soin de la tenir parfaitement égale
d'abord, sauf à la renforcer par une seconde application plus
épaisse sur les lèvres, les narines, les joues, enfin là où l'on ju-
gera que cela est nécessaire.
Ouant à l'application des autres émaux, leur emploi est le
même. C'est à l'amateur de juger de leur utilité pour l'effet de
son œuvre (pierreries, draperies, etc.).
Les émaux s'emploient d'abord à l'essence, mais comme on a
pour chacun double palette, s'ils paraissent manquer de vigueur,
on peut revenir sur le premier travail à l'eau gommée, à condi-
tion toutefois de ne pas en abuser.
Cuisson. — Vient ensuite l'opération grave de la cuisson. On
a soin, avant de s'en servir pour la première fois, de chauffer son
four, pour le bien sécher, jusqu'au rouge cerise, puis, toutes les
fois que l'on cuit, on le fait chauffer un peu d'avance, et, après
en avoir saupoudré les plaques de fer avec du plâtre fin, on place
sur ces plaques, soigneusement, chaque pièce, en évitant qu'elles
se touchent; puis si on veut les doubler on les recouvre de
plâtre, sinon on les laisse découvertes, celles seulement qui ont
du jaune d'argent doivent toujours être saupoudrées de plâtre;
les émaux doivent être mis en dessus et non recouverts.
. On glisse chaque plaque ainsi préparée dans les rainures du
four, on ferme la porte en la maçonnant avec de la terre réfrac-
II
I
I
110 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
taire, on bouche la lunette, puis on chauffe toujours également
jusqu'à ce que l'on ait obtenu la chahur voulue; de temps à
autre on regarde par la lunette dont on enlève le bouchon pour
surveiller le degré de cuisson, enfin, lorsqu'on voit apparaître à
l'intérieur cette même teinte cerise qu'on aura constatée à l'ex-
térieur lors de l'épreuve du four, on ôtc le feu, on ferme la porte
du foyer et on laisse refroidir un temps assez long pour pouvoir
tenir la main sur les portes; alors on ouvre : la cuisson est com-
plète.
Ce ne sera pas sans une certaine émotion que l'amateur véri-
fiera l'effet du feu sur son" travail. Les pièces ont pu se casser,
trop cuire, ne pas cuire assez, quelle inquiétude! Enfin, les
voilà sorties ; quoi qu'il arrive, il ne faut pas se décourager. Si les
pièces sont cassées (cela est rare quand on a le soin de ne les
mettre au four que bien sèches, mais enfin cela arrive) il faut en
faire bravement le sacrifice ; si elles sont trop cuites, il faut les
reprendre, les travailler de nouveau, et quelquefois l'effet qu'on
obtient à la recuisson n'en est que meilleur.
D'ailleurs, avec de la précaution et un peu d'expérience, on
arrive vite à se rendre maître de son four et à éviter les acci-
dents.
Quand la vérification des pièces est terminée et que la cuisson
est bonne, on procède alors de suite à la mise en plomb.
Mise en plomb. — On reprend la feuille de calque, qu'il faut
sacrifier ou à peu près pour cet emploi ; on l'étend sur la table
n° 2, on place les pièces sur cette feuille dans leur ordre, on
commence par faire un premier ruban de plomb en le mainte-
riant avec de petits clous sans tête, calés avec les petites rognures
de plombs trop longs, on prend une pièce dont on circonscrit le
côté opposé à la base par une autre baguette de plomb après
lui en avoir fait suivre tous les contours en la poussant avec
soin à l'aide d'un manche de couteau fait exprès, on en retran-
che ce qui dépasse avec le couteau à plomb et on y ajoute im-
médiatement une seconde pièce qui doit être retenue comme la
première avec des pointes, jusqu'à ce qu'on y ail adapté une
nouvelle baguette de plomb ; on rabat les ailes de la première
avec le même manche et on continue ainsi jusqu'à ce que le
panneau soit complet.
Soudage. — Il faut ensuite procéder au soudage. Cette opé-
ration consiste à unir entre eux solidement les plombs coupés à
leur point d'intersection. La soudure s'applique au moyen du fer
à souder; quand ce fer est chauffé au rouge dans le petit four-
neau destiné à cette opération, on le passe sur le petit appareil
LA PEINTURE SUIl VERRE ET SUR VITRAUX.
II
117
en fer-blanc enduit de soudure avec un peu de colophane (enduit
qu'on renouvelle chaque fois qu'il en est besoin, de façon à tenir
la plaque elle-même toujours étamée), puis on approche ce fer
ainsi chargé de soudure des points des plombs à soucier, qui ont
été préalablement saupoudrés d'une petite quantité de résine, en
tenant de l'autre main la baguette de soudure, de façon à étaler
l'étain sur tous les points à souder d'une manière propre et égale.
Souvent on étame tout le réseau de plomb; c'est une opération
un peu plus longue et délicate, mais qui rend le panneau plus
solide et la mise en plomb plus propre.
Quand cette première opération du soudage est faite, on re-
tourne le panneau et on contre-soude à tous les points opposés
aux premières soudures. Enfin, on enlève les clous, on détache
le panneau de la table et voilà le vitrail achevé.
Pour la mise en plomb et le soudage, quelques avis d'un bon
vitrier ou ferblantier aplaniront en peu de temps toute espèce de
difficulté.
En maniant le panneau, on doit toujours prendre beaucoup de
précautions, placer les doigts sur les soudures déjà faites paral-
lèlement, en écartant plutôt qu'en serrant.
Mine en place. — Il ne reste plus qu'à placer le vitrail dans
l'ouverture qui lui est deslinée, l'isoler de tout jour venant de
l'intérieur, par un cadre épais, une embrasure profonde ou des
draperies foncées; l'œuvre étant ainsi complètement terminée,
l'artiste ou l'amateur, comme on voudra l'appeler, pourra l'ad-
mirer tout à son aise et recommencer un autre sujet encore plus
parfait si c'est possible.
illilieiiori. — Les milleflori, ou serre-papiers, au centre des-
quels se Irouvent des fleurs, se fabriquent de la manière sui-
vante : On range dans les trous d'un disque en fonte des tubes
colorés de cristal qui forment les fleurs, on coule sur eux une
couche de cristal, on enlève le disque et l'on opère de même
pour la face inférieure.
Dorure et argenture sur Terre. — Après que la gravure ou
la peinture ont été terminées par un procédé quelconque, on
peut décorer le verre et lui ajouter une valeur artistique de plus
en dorant ou argentanl les objets.
La dorure se fait comme pour la porcelaine : Ondissout l'or à
chaud dans un mélange d'acide azotique et de sel ammoniac,
puis on le précipite à 20 degrés de la dissolution par de l'azotate
de mercure : on l'a ainsi à l'état de sous-oxyde d'or; on lave le
précipité jusqu'à ce qu'il ne soit plus acide et on le sèche au
bain-marie. On broie le précipité avec un fondant composé de
118 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
minium et de borax, et on l'applique au pinceau sur l'objet, que
l'on passe ensuite au feu de moufle : l'oxyde d'or se décompose,
et l'or métallique, qui provient de cette décomposition, reste en-
veloppé dans le fondant; on brunit avec un polissoir de san-
guine, puis avec un brunissoir en agate.
L'argenture s'exécute d'une manière semblable.
I
CHAPITRE VI
LA LANTERNE MAGIQUE ET SES PERFECTIONNEMENTS.
La lanterne magique (fig. 98) est un appareil qui permet d'ob-
tenir, sur un écran blanc, dans une chambre obscure, des images
amplifiées d'objets peints et des-
sinés sur des lames de verre trans-
parentes.
Principes optiques de l'ins-
trument. — La lanterne magique
primitive se compose (fig. 99) d'une
boite de fer-blanc s'ouvrant sur le
côté, dans laquelle on place une
lampe CQ munie de son réservoir à
l'huile et de son verre. A la partie
supérieure de la boile est une che-
minée, par laquelle s'échappent les
gaz provenant de la combustion de
l'huile. Derrière la lampe, est accro-
ché un réflecteur parabolique OC,
aussi poli que possible, qui réunit les rayons dans la direction de
la paroi de la boile opposée à celle qui soutient la lampe. Au mi-
lieu decetle face, le faisceau lumineux ainsi formé rencontre une
forte lentille plane-convexe I, qui le fait converger. Sur le trajet
deces rayons, en GG, se glisse (par une coulisse latérale ménagée
dans le tube qui contient l'appareil optique), le verre portant les
images, de manière que les figures soient à peu de distance du
foyer principal. Le système des deux lentilles produit alors une
image amplifiée RT, renversée, et d'autant plus agrandie que Ifl
foyer du système, B, est plus court. En faisantmouvoirla coulisse
qui, dans le tube, joint les deux systèmes de lentilles, on s'aper-
çoit bien vite que l'image RT se formera d'autant plus loin et sera
— La lanterne magique,
vue extérieure (Molteni).
LA LANTERNE MAGIQUE ET SES PERFECTIONNEMENTS. 119
d'autant plus grande que la demi-lentille I sera plus rapprochée
de la lentille double B. On sait que pour redresser les images
sur l'écran, ilsuffflt de placer le dessin dans la coulisse de façon
l'ig. 99. — Coupe d'une lanterne magique,
que les sujets y soient renversés; ils se peignent droit sur la sur-
face blanche (flg. 101).
Les projections peuvent être failes sur toute surface blanche,
mur blanchi, papier blanc collé, ou simple morceau de calicot
tendu sur deux bâtons.
Les lanternes magiques se vendent communément, et en
grande quantité, dans le commerce
des jouets d'enfants. Elles n'ont dimi-
nué de prix qu'en perdant beaucoup de
leur puissance. Le fer-blanc, estampé
et mis en couleur, fait tous les frais
non seulement de la boite, mais des
tubesrenfermantleslentilles. La lampe
éclairante est composée d'une mèche
plate trempant dans l'huile, sans verrez
le réflecteur est en simple fer-blanc
assez mal poli, et prend une forme sphérique creuse. Les lentilles
sont en simple verre fondu, d'une blancheur toujours verdàtre,
plein de fils et de bulles; l'appareil extérieur est remplacé par
une demi-houle.
:. liin. - Lanterne magique*
principe optique (Mnllrnil.
9
mm
m
Fig. 101. — Une représentation do lanterne magique.
LA LANTERNE MAGIQUE ET SES PERFECTIONNEMENTS. 121
Différentes espèces ne lanternes magiques. — On a
varié les formes de ces lanternes, et l'on a inventé le lampas-
copeffig. 102 et 103). L'avanlage esld'abord de se procurer un éclai-
rage plus puissant quela veilleuse fumante des lanternes magiques
ordinaires. Pour y parvenir, on se sert simplement de la boule
de verre opaque que l'on met sur nos lampes Carcel, modérateur
■
■
'M
m
Lampascope de Moltcni.
ou autres systèmes, employées communément dans les familles.
A celte boule opaque, devenue bgile de lanterne magique, on
ajoute un tube contenant le système lenticulaire. On place les
vues peintes dans une fente, et l'on obtient les effets d'une lan-
terne magique bien construite. On fabrique même des lanternes
de famille construites de telle sorte qu'elles peuvent être éclairées
avec une lampe à huile ou à pétrole que l'on introduit simple-
ment dans leur boite. C'est un perfectionnement considérable du
121 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
lampascope. Le plus petit de ces modèles donne des images
rondes d'un mètre de diamètre. D'autres donnent des images
de 2 m ,S0 à 3 mètres de
haut.
La fabrication des ima-
ges photographiques posi-
tives sur albumine est ve-
nue offrir aux lanternes
magiques actuelles un sup-
plément considérable d'i-
mages; mais toutes ne
réussissent pas; il faut
choisir entre elles, et sur-
tout il est nécessaire de se
servir d'un appareil opti-
que perfectionné. Alors la
lanterne magique tradi-
tionnelle change de portée,
elle devient un véritable
microscope lumineux.
Sources lumineuses
pour lanternes magi-
ques. — Il importe que la
source lumineuse soitaussi
vive que possible.
Dès que la lumière élec-
trique fut inventée, on eut
l'idée de l'employer pour
éclairer la lanterne magi-
que. Elle y produit de très beaux effets. C'est M. Dubosq qui a
construit l'appareil
nécessaire en lui don-
nant la forme que
nous décrivons etre-
présenlons (fig. 104).
F, E, H, est une
lanterne à parois
opaques, en cuivre,
soutenue par des
pieds I, 1'. Au milieu
est suspendu un régu-
lateur électrique DG, mené par l'appareil d'horlogerie contenu dans
le pied K. Un miroir concave C réfléchit les rayons et les renvoie
Fig. 101.
(loupe de l'appareil d'éclairage
électrique.
A— 1
G
1 "
1
-F — ■
HJ se
Fig. 105. — Système optique perfectionné.
LA LANTERNE MAGIQUE ET SES PERFECTIONNEMENTS. 12;)
sur une lentille A, d'où ils sorlent en AB parallèles. La figure 105
montre quel est le système optique pour ces lanternes magiques
perfectionnées qui, dans les séances de conférences publiques
du soir, servent à rendre visibles des images scientifiques, obte-
Fig. 106. —Lanterne magique devenue le microscope photo •électrique.
nues le plus souvent au moyen de la photographie sur verre
positif. Les verres portant les images passent dans la coulisse AA,
où celles-ci sont fortement éclairées par les lentilles F, G, oppo-
sées par leurs faces convexes, et deviennent en quelque sorte de
véritables foyers lumineux dont les lentilles E, H, projettent les
images agrandies sur un tableau translucide formé d'une surface
I
I
124 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
de calicot ou de soie vernie. Les images projetées sur l'envers,
du môme côté où se trouve la lanterne, sont vues en transpa-
rence lumineuse par le public placé de l'autre côté de ce
diaphragme tendu. La partie IC est un tube rentrant, à frotte-
ment doux, dans le plus grand; on le mène au moyen d'un
pignon à crémaillère, et ce mouvement est indispensable pour
la mise au point exacte qu'exige la finesse des épreuves photo-
graphiques.
La lumière électrique est la plus brillante, la plus intense que
l'on puisse voir; c'est ainsi que l'on constitue le microscope
photo-électrique (fig. 106), mais outre qu'elle est d'un prix rela-
tivement élevé, elle est encombrante par suite de la nécessité
d'employer les piles qui la produisent.
C'est pourquoi on a recours à d'autres moyens.
Dans les grandes villes, on emploie souvent le gaz, que l'on
trouve partout; on porte alors ses soins sur un réflecteur de
première qualité comme poli.
Depuis quelques années, on a beaucoup employé la lu-
mière oxyhydrique. Ce système consiste, théoriquement, dans la
combustion de l'hydrogène dans l'oxygène, mais dans la pra-
tique on se contente d'un mélange d'oxygène et de gaz d'é-
clairage, qui n'esl, en somme, qu'un mélange de divers hydro-
gènes carbonés. La lumière s'obtient en faisant arriver les deux
jets des deux gaz, suivant une certaine proportion, sur un
crayon de chaux vive qui entre en incandescence et produit
une lumière blanche presque aussi intense que la lumière élec-
trique.
On peut encore employer pour l'éclairage la combustion du
magnésium à l'air libre devant un miroir, car celle lumière n'est
que 525 fois inférieure à celle du soleil; comparée à la bougie
ordinaire elle est considérable : un fil de un demi-millimètre de
diamètre équivaut à 74 bougies de 100 grammes. Le fil, dévidé
d'une bobine par un petit mouvement d'horlogerie, vient se
brûler dans la lampe au foyer du miroir. Le seul inconvénient
est que cette combustion répand dans l'air d'abondantes fumées
d'oxyde de magnésium ou magnésie qui se déposent peu à peu
dans la lanterne.
Appareil à projections. — Pénétré des inconvénients de la
lanterne magique ordinaire, M. Molteni a créé un nouveau type
d'appareil, c'est une lanterne magique perfectionnée, pour les
démonstrations des cours publics, où elle rend de grands ser-
vices; elle réalise les conditions suivantes :
1° Éviter la nécessité d'une lampe spéciale ne pouvant plus ser-
LA LANTERNE MAGIQUE ET SES PERFECTIONNEMENTS. 12ii
vir, si on n'est pas à même de renouveler facilement les mèches,
verres ou pièces venant à s'abîmer;
2° Pouvoir se servir du premier éclairage venu : huile, pétrole,
gaz ordinaire, lumière oxhydrique, etc.
3° Occuper peu de place et être très portatif;
4° Construire sur ce principe un modèle pouvant servir sim-
plement à l'amusement, et d'autres modèles susceptibles d'être
appliqués à l'ensei-
gnement.
La description d"
l'appareil montrera
que le buta bien élé
atteint (fig. 107).
Une boite a, à sa
partie supérieure ,
une ouverture, fer-
mée par une plan-
chette mobile, et est
munie d'une poignée.
Rendue ainsi por-
tative, la boite ren-
ferme loutl'appareil,
qui estcomplètement
protégé. Ayant enle-
vé la paroi qui est à
coulisses, on sort de
la boîte les quatre
pièces suivantes :
Le corps de l'ap-
pareil; la cheminée ;
l'objectif; le réflec-
teur.
Cela fait, on y in-
troduit la lampe par
Fiff. 107. — Appareil ;'i projections, (le Molteni.
.'ouverture supérieure; on l'allume, on met le verre en place,
puis on la coiffe du corps de l'appareil, que l'on fixe à la boite à
laide des deux boulons qui l'accompagnent.
Sur le cône (fig. 107) se visse l'objectif.
Le rétlecteur s'établit à coulisses sur la tige, sur laquelle il
peut se mouvoir; on met enfin la cheminée à sa place.
Tout étant bien disposé, ainsi que le représente la ligure 107,
il faut régler la position du point lumineux et l'amener au
foyer des lentilles. Comme la lampe est complètement indé-
■
il
126 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
pendante au milieu de l'appareil, cette opération s'exécute facile-
ment.
Poljorama. Appareil à projection double. — Lorsqu'un
tableau a été projeté, il faut le retirer de la lanterne pour le
remplacer par un autre. Pendant le changement, on doit, ou
fermer l'objectif, ou laisser l'écran en pleine lumière. Cela fait
assez mauvais effet dans l'un ou l'autre cas.
L'avantage du polyorama, ou appareil à vues fondantes, est
d'occuper la toile d'une manière continue. Les projections se
succèdent sans interruptions, en se fondant, pour ainsi dire, l'une
dans l'autre, l'une s'éteignanl pendant que l'autre acquiert déjà
plus de vigueur. Le côté le plus intéressant de ce mode de repré-
sentation est d'obtenir plusieurs transformations successives d'une
I
Kig. 108. — Polyorama horizontal.
même vue, que l'on fait passer du jour à la nuit, de l'été à l'hi-
ver. On peut aussi donner de l'animation à la vue déjà projetée
sur l'écran, en la complétant par des effets complémentaires d'au-
rore boréale, déneige, d'incendie, etc.
^ Ces effets, qui peuvent se compliquer à l'infini, s'obtiennent à
l'aide de deux, trois, quatre ou cinq lanternes, dirigées vers le
même point delà toile, sur laquelle elles projettent simultané-
ment les sujets principaux et les effels complémentaires.
Différentes dispositions peuvent être employées pour permet-
tre de masquer successivement la lumière des deux lanternes
composant un polyorama.
Le système des diaphragmes à ouvertures variables, adopté
pour l'appareil dessiné dans la figure 108, est le plus perfec-
tionné.
LA LANTERNE MAGIQUE ET SES PERFECTIONNEMENTS. -127
La figure 109 représente la disposition habituelle des polyora-
mas. Les deux lanternes A elB, montées sur la planchette CD, sont
mobiles clans le sens horizontal, afin qu'on puisse régler la con-
vergence de leur lumière sur 1 écran. Celte convergence varie
nécessairement selon la distance à laquelle on opère. L'appareil
n
Fie, 1U0, — f'olvurama double vertical.'
Ud
peut fonctionner à volonté avec des lampes à pétrole à plusieurs
mèches, avec la lumière oxhydrique ou avec la lumière oxycal-
cique.
Tout étant en ordre, les disques lumineux bien uniformément
éclairés et se superposant complètement, il ne reste plus qu'à
glisser les tableaux à leur place et à les mettre au point. Nous
■
128 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
supposons ici qu'au préalable les cadres auront été ajustés, afin
que chaque vue tombe bien à sa place sur l'écran.
La disposition horizontale (fig. 108) oblige l'opérateur à passer
conlinuellement derrière l'appareil pour aller d'une lanterne à
l'autre pour y introduire de nouveaux tableaux; de plus, lors-
que deux tableaux mécanisés doivent être projetés simultané-
ment, il faut deux personnes pour manœuvrer l'appareil.
Aussi a-t-on adopté l'appareil double vertical (fig. 109). C'est
le type dont Molteni se sert de préférence.
Il occupe moins d'espace; il est d'un transport plus facile, il
forme un ensemble compact, moins sujet à se déranger, et il a
surtout l'immense avantage de permettre à l'opérateur, qui
reste en place, de pouvoir manœuvrer simultanément les tableaux
des deux appareils. On a tout sous la main : robinets, crémail-
lères de mises au point, chalumeaux, vis de rappel pour les con-
vergences, diaphragmes ; en un mol, on peut au besoin manœu-
vrer en restant assis et sans se déranger. Parmi les avantages du
polyorama vertical, nous devons encore signaler celui de pouvoir
faire passer dans chaque lanterne successivement les différentes
parties d'une même vue, ayant des dimensions en longueur supé-
rieures à la largeur de l'appareil. Ceci est impossible avec l'appa-
reil horizontal à double lanterne.
Commenton peint les images . — En général, la peinture des
verres de lanterne magique est restée aussi imparfaite qu'elle
t'était il y a deux cents ans, lors de la construction des premiers
appareils. On a recours à l'impression et au transport sur les
verres d'images imprimées d'abord sur un papier spécial; le
décalquage fait perdre aux dessins une partie de leurs traits les
plus fins. Une fois l'esquisse et la mise en place des sujets
obtenues de celte façon, le coloriage n'est qu'une application
de teintes plates. On emploie, en général, pour le rouge, une
forte infusion de bois de Brésil, ou de cochenille ou de carmin,
suivant la délicatesse des tons que l'on veut obtenir; pour le
vert, on se sert d'une dissolution de vert-de-gris, qui est un
poison violent, mais on ne peut l'éviter, parce qu'il faut, avant
tout, des couleurs transparentes; pour les verts foncés, on em-
ploie le vert martial; pour les jaunes, la gomme-gutte ou une
infusion de nerprun; pour le bleu, la dissolution du vitriol de
Chypre. Ces couleurs suffisent pour former loutes les autres. La
Sienne sert aussi pour des terrains et son mélange avec le bleu
fournit des verts d'un autre ton que ceux fournis par le jaune,
ce qui enrichit d'autant la palette.
Par la méthode dite au patron, on obtiendrait certainement
LA LANTERNE MAGlOUE ET SES PERFECTIONNEMENTS. 12$
des verres de lanterne manque beaucoup mieux coloriés que
ceux qui se trouvent dans le commerce.
Et c'est un vrai plaisir pour certains amateurs que de faire
des dessins pour les lanternes magiques.
Il faut d'abord faire choix d'un verre dont la largeur sera dé-
terminée par la grandeur de la coulisse dans la lanterne ma-
gique; quant à sa longueur, l'babitude a prévalu de lui donner
quatre à cinq fois au plus sa largeur.
On dessine ensuite les objets que l'on veut représenter ou bien
on les reproduit par la photographie, ou bien on en colle les
images l'une à côté de l'autre, en les réduisant à la grandeur
voulue. On obtient ainsi l'ensemble de la composition.
On se procure alors du papier dioptiïque, ou l'on en fait
s'oi-mème. Il suffit de choisir un papier blanc assez fort, et de
l'enduire d'un vernis gras qui le rend translucide et roide en
même temps. On le laisse ensuite bien sécher.
On se procure plusieurs godets et différents pinceaux ou
brosses, puis une molette et un plan de verre afin de broyer les
couleurs le mieux possible, car de là dépendent le poli des teintes
et leur brillant.
A ce point du travail, on délaye les couleurs au vernis et on
peint avec le vernis, moyen facile pour ceux qui savent un peu
peindre; seulement il faut prendre soin de passer soil en
tamponnant, soit en versant, comme du collodion pour l'image
photographique, une couche d'essence de térébenthine sur le
verre. On laisse sécher, et les couleurs se fixent parfaitement.
Le modèle étant arrêté, on dessine au crayon par transpa-
rence le patron numéro 1, sur lequel on étend une couleur, le
jaune par exemple, à toutes les places qu'il doit occuper dans
l'image finale. Cela fait, on dessine le patron numéro 2 pour la
laque rouge, puis le patron numéro 3 pour le vert, et enfin le
patron numéro 4 pour le bleu de Prusse. Ensuite rien n'est plus
simple que de produire autant d'images du modèle que l'on
voudra. On découpera sur chaque patron, au canif ou au moyen
d'une pointe spéciale dont se servent les graveurs sur bois pour
papiers de tenture, toutes les parties qui doivent être vides, afin
qu'on puisse y appliquer les couleurs : puis se servant du pinceau
mouillé dans un peu de couleur délayée à l'eau, mais demi-sèche,
on le frottera en rond sur le bord de la découpure de manière à
la dépasser peu à peu et à bien étendre la couleur.
Il faut laisser bien sécher chaque couleur et poser légèrement
celles qui doivent venir par-dessus. Peu à peu le dessin se com-
plète ; une fois les quatre patrons passés et l'ensemble bien sec,
II
130
LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
on vernit le tout, en y versant du vernis très blanc, ou de la
gomme incolore, de la même manière qu'on verse le collodion
pour les épreuves photographiques. On laisse sécher à l'abri de
Fig. 110. — Les animaux : l'éléphant, le paon, le tigre, l'aigle.
la poussière, on borde le verre de deux bandes de papier fort,
collées à la colle forte, pour éviter que le verre ne coupe les
doigts, et l'épreuve est prête.
Fig. 111. — Panorama de Constuntinople avec barques e( navires passant au premier plan.
Sujets d'étude à iutroduire dans la lanterne musique .
— La lanterne magique peut et doit être autre chose qu'un
jouet d'enfants sans portée. Nous avons dit que déjà d'intelli-
1 * — • — Caravane passant au pied du Sphinx.
gents constructeurs en ont introduit l'emploi dans les démons-
trations nécessaires pour les conférences publiques, et ces
exhibitions attirent toujours un grand nombre de spectateurs. Il
est bien temps que les lanternes magiques populaires, celles qui
se vendent à tout le monde, cessent de ne présenter aux enfants
LA FANTASMAGORIE.
131
qui les font voir ou qui les regardent_ r que des scènes ridicules.
11 esl désirable que les enfants trouvent dans l'usage de ces
ingénieux appareils, non l'occasion de rire de sottes caricatures
ou d'écouter seulement des contes, mais bien des tableaux ins-
tructifs qui leur apprennent soit l'histoire naturelle (fig. HO),
ffl«||IIIIIHII^^
Fig. 113. — Kebecca et Eliezer, Moïse sauvé des eaux, le sacrifice d'Abraham.
soit l'histoire non moins utile des métiers de l'homme, des tra-
vaux industriels ou agricoles, l'histoire de la terre sous le nom
de géographie (fig. 111, 112), l'histoire sainte (fig. 113), l'histoire
de noire pays et du monde entier, ainsi que mille autres sujets
qui frapperont vivement leur imagination et contribueront à
leur instruction.
CHAPITRE VII
LA FANTASMAGORIE.
Fautasmagorie. — On a donné ce nom à différents spectacles
du même genre que la lanterne magique, dans lesquels, au moyen
de certains artifices, on fait apparaître, dans un lieu obscur, des
images qui semblent èlre des ombres, des fanlômes que l'on
évoque. Dans ce genre de spectacle ingénieux et attrayant, les
objets sont éclairés et amplifiés par des verres, comme dans la
lanterne magique; mais tandis que pour les représentations au
moyen de celle-ci, les spectateurs sont placés du même côté que
la lanterne, c'est-à-dire devant la toile qui reçoit les images,
quand il s'agit de fantasmagorie, la toile est tendue entre les
spectateurs et l'instrument.
Installation et outillage. — On fait usage d'une toile en
taffetas gommé, tendue dans un cadre de bois on dans l'em-
brasure d'une porle qui sépare deux chambres. Les spectaleurs
m
I
132 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
se mettent d'un côté; l'opérateur se lient de l'autre; tous sont
plongés dans l'obscurité.
Sur une table est placée une lanterne magique ordinaire, elle
est composée d'une grande boite en bois qui renferme une lampe
a réflecteur munie de verres grossissants; celte lampe éclaire
Fig. 114.— Lanterne magique montée sur un système do roues pour la fantasmagorie
l'image placée dans l'axe d'un tuyau spécial. Les rayons lumi-
neux projetés par le réflecteur viennent frapper la surface con-
vexe d'une lentille dont la partie plane est tournée du côté du
tableau transparent.
Cet appareil est mobile sur un système de grandes roues mu-
nies de drap ou de flanelle, qui leur permet de glisser sans bruit
sur un parquet (fig. 114).
LA FANTASMAGORIE. 133
En avant de cette lanterne, se trouve un verre lenticulaire indé-
pendant, qui s'éloigne quand elle se rapproche de la toile et qui
se rapproche quand elle s'éloigne, de sorte que l'image reste tou-
jours visible et bien distincte. Suivant que l'opérateur avance ou
recule son appareil, les objets paraissent plus petits ou plus
grands. Quand il débute à une très petite distance, en éloignant
autant que possible le verre lenticulaire indépendant, l'image
parait dans l'éloignement comme un point presque impercep-
tible. A mesure que la lanterne s'éloigne et que le verre lenticu-
laire se rapproche, la figure prend des proportions de plus en
plus grandes; s'il recule avec rapidité la lanterne, le fantôme
parait se précipiter sur les spectateurs.
On peut, en modifiant la disposition de l'appareil, produire des
images d'une grandeur fixe, mais qui se meuvent et paraissent
animées.
Quand la toile est bien disposée, quand elle est entourée de
rideaux opaques, les spectateurs ne peuvent se rendre compte de
la distance qui les en éloigne, et ils sont ainsi l'objet d'une illu-
sion vraiment remarquable.
On a soin de ne faire apparaître que des figures effrayantes,
des fantômes, des démons, des tigres à la gueule enflammée, des
serpents qui, après s'être approchés lentement, bondissent et
semblent vouloir se jeter sur les spectateurs.
Peinture des verres «le la fantasmagorie. — On peut,
avec l'appareil fantasmagorique, qui, réduit à de petites dimen-
sions, est d'une construction très simple, peindre soi-même des
figures sur verre, et disposer le tableau de telle façon que les
personnages qu'il représente semblent animés et doués de mou-
vement. La peinture se fait avec des couleurs broyées que l'on
applique sur verre à l'aide de vernis à tableaux et dans un
grand nombre de cas on peut donner plus de relief à la peinture,
en l'entourant d'un fond noir que l'on produit en étalant tout au-
tour, sur le verre, une couleur formée de noir de fumée et de
vernis à tableau. Voici quelques figures qui offrent une illusion
assez plaisante.
Une tête d'animal qui remue les yeux (fig. 115 et 116). —On peint
sur le verre la tète d'un animal quelconque, d'un chat-huant par
exemple ; on a soin de laisser la place des yeux en blanc, et en
prenant minutieusement ses dimensions, on dessine sur une
autre plaque de verre deux points noirs disposés de telle ma-
nière que, placés derrière la première plaque, ils simulent la pu-
pille des yeux de l'animal. La première plaque de verre est fixée
dans un écran de carton qui peut entrer dans le tuyau fantas-
H. di Iîkifpignt. -- Les iudustriel li'jmateurs. &
■
M
w
131 LA TEKRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
magorique; la deuxième plaque est légèrement mobile dans un
glissoir, et elle peut se mouvoir de telle sorte que les points
noirs qui y sont peints se transportent de la droite des yeux à la
gauche; cette figure projetée sur l'écran représente la tête, d'a-
bord très petite; on éloigne peu à peu l'appareil fantasmago-
Fig. 115.
La première plaque du chat-huanl.
Fig. 116.
La deuxième plaque du chat-huaul.
rique, et le chat-huant grossit à vue d'oeil; il semble se précipi-
ter sur les spectateurs; on fait mouvoir la plaque de verre aulé-
et 118. —-Le turc portant sa tète à liras teiilu,
rieure, et voilà la tête qui agite ses pupilles et regarde successi-
vement toutes les parties de la salle.
Une fenêtre qui se ferme. — Une jeune dame est à sa fenêtre et
arrose les fleurs qu'elle y cultive, elle s'aperçoit sans doute qu'elle
est vue, car la voilà tout à coup qui ferme précipitamment ses
rideaux et disparait sous ce voile. Cet effet se produit à l'aide
U FANTASMAGORIE.
135
d'un système identique au tableau précédent. — Derrière le verre
qui représente la fenêtre, on en fait glisser un autre où sont peints
d'abord les personnages, ensuite les rideaux; on fait rapidement
avancer ce verre en le
poussant clans un glissoir
où il est maintenu; comme
le mouvement est subit, le
rideau ne parait pas avan-
cer, mais bien tomber na-
turellement, et l'illusion
est complète.
Nous citerons encore . .. ..',
comme exemples le Turc portant sa tête a bras tendus (flg. 117
et 1181 et Arlequin gourmand s'appi étant a goûter au con-
tenu de la marmite : un monstre en sort et Arlequin est de-
voré(fig. 119). , ....,.„.,
Ces verres, faciles à préparer, peuvent cire variés a 1 infini, et
ils sont aussi bien employés dans la lanterne magique que dans
l'appareil fantasmagorique. Les opticiens ont 1 habitude de faire
Fig. 119. -- Arlequin gourmand,
Fig. UO.
Le marmiton portant une tête de
tm
Fig. Ht.
La tiHe de veau portant un marmiton.
un grand nombre de sujets différents, à l'aide du mouvement que
l'on peut facilement communiquer à l'une des plaques de verre.
Un marmiton qui change de tôle. — Voici un marmiton (fig. 120)
qui s'avance majestueusement portant dans un plat une léte de
veau gracieusement parée de persil ; tout à coup la scène change :
m
■
1
wM
136 LA TERKE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
le marmiton a la tète de veau sur les épaules, et il porte dans le
plat sa propre tête (fig. 121). Sur le verre fixe, on a dessiné un
marmiton sans tête, portant un plat vide (fig. 122); sur le verre
mobile, on a dessiné deux têtes placées en sens inverse (tig. 123).
Quand on fait glisser ce verre, retenu par deux crans, le per-
sonnage a sa tête naturelle; quand
on pousse le verre plus loin, il y a
substitution de l'une à l'autre.
On peut encore représenter de la
même façon un gourmet qui se
trouve attablé devant un festin de
Garganlua. Il a devant lui un pâté
formidable qu'il dévore des yeux
et il va le découper avec convoitise.
Voilà tout à coup le pâté qui dis-
paraît et laisse un plat vide en face
du malheureux convive.
Fantasmagorie <t lanterne
magique combinées. — Si l'on
fait une scène d'apparition, telle
que l'arrivée d'un brigand dans une forêt, d'une nonne dans un
cloître, on complèle l'appareil fantasmagorique par une bonne
lanlerne magique placée à côté, et dans laquelle on place un ta-
bleau représentant l'endroit où va se reproduire l'apparition.
Dans l'appareil fantasmagorique, on place la figure qui doit
apparailre ; on la montre d'abord très petite, sur le fond du
Verre fixe
Fig. 122.
le marmiton sans tète.
Fig. 123.
Verre mobile sur lequel sont peintes les tètes et que l'on fait
mouvoir à volonté.
tableau et on la grandit peu à peu de telle sorte qu'elle semble
avancer sur le premier plan, puisque la grandeur du tableau,
placé dans la lanterne magique, ne varie pas.
Pour bien réussir dans celle expérience, les deux instruments
doivent être placés un peu obliquement à la toile, et faire avec
elle un angle ouvert, afin que les rayons issus des deux lanternes
ne se nuisent pas entre eux.
LA
TAILLE DES CRISTAUX, LA GRAVURE SUR VERRE. ETC.
13"
Mégascope. — On peut substituer à l'appareil transparent de
la fantasmagorie le mégascope, où, en éclairant un objet opaque
tel qu'un médaillon, on peut en projeter l'image sur la toile
transparente.
Avec un peu d'habitude on arrive à rendre très nettement dit-
férents effets, et quand les personnages sont représentés conve-
nablement, ils semblent se rapprocher tellement des spectateurs,
que quelques-uns d'entre eux sont parfois tentés de se déplacer
pour leur livrer passage.
■
CHAPITRE Vlll
LA TAILLE DES CRISTAUX. — LA GRAVURE SUR VERRE
ET SUR CRISTAL.
I
Avant de graver sur verre ou sur cristal, il existe plusieurs
opérations que nous ne devons pas passer sous silence. Nous
voulons parler de la taille et du dépolissage du verre qui s'opèrent
le plus souvent dans des usines et des manufactures spéciales,
mais que peuvent exécuter les amateurs.
Taille de» cristaux. — La taille des cristaux a pour but de
leur enlever leurs imperfections et déterminer à leur surface des
facettes qui réfléchissent, réfractent la lumière et leur donnent de
l'éclat. Elle s'opère sur des meules verticales, animées d'un mou-
vement rapide de rotation, et auxquelles on présente l'objet à
tailler. Lorsque ï'ébauchage, qui a été exécuté sur des meules .en
fonte enduites d'une bouillie de grès blanc, est achevé, l'ouvrier
tailleur assis devant la roue appuie contre elle la pièce et régu-
larise les facettes produites. Comme, à ce moment, le verre est
devenu ferme et mat, on l'adoucit avec une roue de bois, on le
ponce et on lui rend le poli et la transparence à l'aide d'une
meule de liège couverte de potée oVétain, c'est-à-dire d'un alliage
de deux tiers de plomb et un tiers d'étain.
Quand les pièces sortent des ateliers de taille, elles sont lavées,
séchées et portées, soit aux magasins, soit aux ateliers de déco-
ration où elles subissent l'opération de la gravure par l'un des
procédés décrits ci-dessous et qui les transforment souvent en vé-
ritables objets d'art.
Les amateurs de travaux manuels trouveront d'agréables dis-
tractions dans les procédés suivants, qui ont pour but la manière
H.
138 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
de dépolir le verre et les cristaux, de les fleurdeliser et de les
décorer des plus gracieux dessins.
Dépolissage du Terre et «les cristaux. -Pas d'outillage ou
tout au moins un outillage rudimentaire : tout l'attirail se com-
pose d une livre d'émeri un peu gros, d'une livre de plomb de
chasse et d une boite rectangulaire de 25 à 30 centimètres de lon-
gueur. Une boite à cigares, dont l'un des côtés serait muni de
charnières et l'autre d'un crochet de fermeture, remplirait parfai-
tement le but; n'oublions pas d'ajouter que le bord de cette fer-
meture doit être recouvert d'une bande de feutre ou de drap
pour ne pas laisser filtrer la poudre d'émeri. Cette boite est des-
tinée à agiter et à rouler le plomb et l'émeri sur la surface du
verre ou du cristal qui est installée au fond de la boîte ou sur
1 un des côtés suivant ses dimensions.
Si la surface à attaquer était plus grande que la boite, on
modifierait ses dimensions.
Si la surface était courbe comme les parois d'un verre ou d'un
gobelet, on s'ingénierait à installer cet objet à une des extré-
mités de la boîte soit en y pratiquant une ouverture appropriée
soit en I y maintenant avec des bandes de caoutchouc.
«rayure à l'émeri. - On découpe dans du papier la figure à
graver, et on colle celui-ci, avec de la gomme, sur la plaque de
verre qu'on veut mettre en œuvre, il faut ensuite laver la surface
enlever avec soin la gomme, qui aurait pu se répandre sur les
parties laissées à nu, afin qu'elles soient bien nettes.
Quelques personnes usent d'un autre procédé, quand la finesse
du dessin rend le découpage du papier trop difficile, ils établis-
sent leurs réserves avec un vernis gras et épais, c'est-à-dire qu'ils
recouvrent de vernis toutes les parties qui ne doivent pas être
attaquées, après avoir décalqué leur modèle sur la surface polie.
^ Les deux procédés sont également employés, mais le dernier a
l'avantage de se prêter à la gravure des lignes les plus légères, à
la reproduction exacte d'une dentelle.
Tout ce qui n'est pas recouvert de papier ou de vernis est
vivement attaqué par le plomb et par l'émeri, et la netteté du
dessin dépendra de la régularité des couvertes, qui doivent être
dans l'un et l'autre cas de la plus scrupuleuse régularité de
lignes et de formes.
Tous les genres de dessins peuvent être reproduits par ce pro-
cédé sur les verres et cristaux, les initiales, les chiffres, les ins-
criptions el tous les genres d'ornementations, aplat bien entendu.
Quand les objets sont installés et fixés dans la boîte, on y in-
troduit la poudre d'émeri et le plomb de chasse, on referme le
LA TAILLE DES CRISTAUX, LA GRAVURE SUR VERRE, ETC. 139
couvercle et on secoue fortement et longtemps dans le sens ver-
tical, afin que plomb et émeri attaquent directement en retom-
bant la surface à dépolir. Dans toute celte opération, le plomb
n'est qu'un agent conducteur, mais nécessaire : les grains de
plomb, les parcelles d'émeri viennent ensemble frapper la plaque
ou la surface à graver, au bout d'un instant les parcelles d'émeri
s'incrustent dans le métal mou et chaque grain de plomb prend
l'émeri sur mi tour.
l'aspect d'une petile meule sphérique, hérissée d'aspérités; ces
grains armés, et les parcelles libres d'émeri, attaquent bientôt
avec plus de violence les surfaces découverles de la plaque.
L'opération se prolonge plus ou moins, suivant le degré de dé-
polissage ou d'incrustalion à obtenir; c'est œuvre de patience.
Si l'on emploie de l'émeri plus gros el du plomb plus forl, l'opéra-
tion marche plus hâtivement, mais le dépolissage est plus informe;
si au contraire on désire une gravure plus douce et plus uniforme,
on réduira la grosseur du plomb et de l'émeri. L'usage et la pra-
tique en diront plus sous ce rapport que tous les renseignements.
■
■
I
1 40 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE. LA PORCELAINE.
Après l'opération, la plaque esl retirée de la boite, débarrassée
des papiers et des vernis qui ont servi aux réserves et c'est alors
qu'on peut voir le dessin avec tous ses détails ressortir en mat
sur le fond brillant.
Quelquefois on grave à l'émeri à l'aide du tour (lig. 124).
Sur l'arbre d'un petit tour à pédale on fixe un disque de cuivre
dont l'épaisseur et le diamètre doivent être en rapport avec le
sujet à graver. On recouvre ensuite la circonférence de ce disque
avec une pâte formée d'huile d'olive et d'émeri 1res fin, puis,
après avoir indiqué sur le verre, à l'aide d'un mélange d'eau de
gomme et de céruse, les contours du dessin à graver, on
imprime au tour un mouvement de rotation dont la vitesse doit
dépendre du diamètre de la roue.
Pour proléger les yeux contre les poussières que projette le
disque sous l'action de la force centrifuge, il est indispensable
de disposer au-dessus et dans le même plan une lame de métal
que l'on fixe à un support mobile le long d'une tige de fer.
(■raTure à l'acide. — L'acide fluorhydrique, qui se prépare
en chauffant dans une cornue de plomb une partie de fluorure de
calcium pulvérisé et trois parties et demie d'acide sull'urique
concentré, étendu de la moitié de son volume d'eau, est souvent
employé, soit à l'état gazeux, s'oit à l'état liquide pour graver
sur verre et sur cristal.
A cet effet, on enduit le verre d'une couche d'huile de lin sic-
cative ou d'un vernis composé de cire vierge et d'essence de
térébenthine; on trace ensuite, au moyen d'une pointe fine, le
dessin à graver, et, après avoir entouré d'un bourrelet de cire
molle toute la partie enduite de vernis ou d'huile, on expose
l'objet aux vapeurs de l'acide, ou bien on le recouvre d'acide
fluorhydrique liquide, jusqu'à ce que la profondeur de la taille
soit jugée suffisante. Ou lave alors à grande eau, et l'on enlève le
vernis avec l'essence.
La gravure obtenue par ce procédé est loin d'êlre aussi belle et
aussi nette que la gravure à la pointe et même que la gravure à
l'émeri. Aussi ne l'emploie-l-on que pour décorer les vitres, les
globes de lampes, et tous autres objets de peu de valeur.
Gravure au sable. — Ce procédé consiste à corroder le
verre en projetant du sable à sa surface au moyen d'un jet d'air
ou de vapeur; le verre se trouve ainsi rapidement dépoli. Ce fait,
observé par un Américain, M. Tilghman, est mis à profit pour
graver" sur le verre ; il esl vraisemblable qu'il se pliera à des
usages variés, et que plus tard il remplacera, en partie, la gra-
vure à la roue ou même à l'acide fluorhydrique.
LA TAILLE DES CRISTAUX, LA GRAVURE SUR VERRE, ETC. 141
L'appareil dont on se sert à cet effet est très simple : c'est une
Irémie contenant du sable bien sec qui s'écoule d'une manière
continue par un tube dont- on règle la longueur et l'incli-
naison de manière à graduer à volonté la chute du sable. Cet
écoulement se fait par un tube étroit placé un peu au-dessous du
tube qui amène le jet de vapeur ou le vent d'une machine souf-
flante. Des trous d'air, comme dans les trompes, sont pratiqués
à une petite distance du tube qui amène le vent. Le sable, en-
traîné violemment par ce jet, est projeté avec forée sur le corps
qu'on soumet à son action.
En faisant varier la quantité
de sable, le volume et la viiesse
de l'air, ainsi que le diamètre
du jet, ou produit des ell'els
plus ou moins rapides ; il con-
vient d'éviter les poussières
fournies par cette opération en
enfermant l'appareil dans uni-
cage vitrée.
Des substances bien plus
dures que le verre sont rapide-
ment corrodées par le sable
ainsi projeté à leur surface ;
dans les premières expériences
faites à New-York, en employant
une pression de 136 kilogram-
mes, on a percé en vingt-cinq
minutes un trou de 0,032 de
diamètre dans un bloc de co-
rindon, avec une pression de
A'ô kilogrammes en trois minu-
tes; un trou de 0,032 de diamè-
tre et de 0,008 de profondeur a
été fait dans une lime d'acier.
Le poids d'un diamant a été
sensiblement diminué en une
minute, et une topaze a été détruite.
Pour le verre, il faut peu de pression : le soufflet d'une lampe
d'émailleur suffit, et on peut facilement graver, dans les labora-
toires, les divisions des tubes gradués, les étiquettes des fla-
cons, etc.. Quelques minutes suffisent pour dépolir une plaque
de 2 décimètres carrés.
Les parties du verre qui doivent resler intactes sont recou-
m
lir;i\ un- ;iu sable.
I
I
142 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE. LA PORCELAINE.
vertes d'un palron en papier ou d'un vernis qui forme les réserves.
Gravure à la pointe.— Ce genre de gravure, qui exige beau-
coup d'habileté et une longue pratique, s'exécute à l'aide d'une
broche qui est terminée par une pointe d'acier ou de silex et que
l'on adapte au barillet d'un tour.
L'artiste commence par dessiner sur le cristal ou le verre le
sujet qu'il doit graver, puis, après avoir mis son tour en marche,
il présente le cristal ou le verre à la pointe en ayant soin de bien
suivre le tracé, et d'appuyer plus ou moins selon la profondeur
qu'il convient d'obtenir.
C'est par ce procédé que sont faites les belles gravures qui
décorent les cristaux de Bohême, d'Italie et de Fiance et dont la
plupart sont des chefs-d'œuvre de composition.
Comme toutes les choses de prix, la gravure sur verre et sur
crislal a ses imitations. On grave à l'acide, au sable et à l'émeri.
Mais de tous ces procédés, le dernier est encore celui qui donne les
meilleurs résultats, et se rapproche leplus de la gravure a la pointe.
CHAPITRE IX
LA MOSAÏQUE.
La mosaïque était peu usitée en France avant que M. Charles
Garnier ait eu la pensée de l'employer dans la décoralion du
nouvel Opéra de Paris ; mais maintenant on la voit briller sur les
façades de quelques grands édifices, et les architectes commen-
cent à l'appliquer dans l'intérieur des constructions.
La mosaïque est un ouvrage fait au moyen de cubes en émail
ou en marbre, fixés contre une surface solide avec un mastic ou
un ciment malléable d'abord, résistant et dur ensuite.
La mosaïque peut se diviser en plusieurs genres principaux :
les revêtements, les pavements, les bijoux, les reproductions de
tableaux. Mais ces genres ne sont pas séparés par des limites
bien déterminées : les anciens, par exemple, incrustaient dans
les parquets des scènes de chasse, des motifs d'histoire, en mar-
bres et en émaux : celait une décoration somptueuse qu'on a
plus tard réservée aux murailles et aux voûtes. Les dénomina-
tions locales, dont on use volontiers, ne donnent pas des divisions
précises; il y a bien des dill'érences de style entre les types
extrêmes de mosaïques anciennes, byzantines, romaines, véni-
LA MOSAÏQUE. 143
tiennes ; mais les points de contact sont nombreux, et, pour la
technique de la fabrication, il serait difficile, impossible même,
selon nous, d'établir des catégories nettement tranchées, sauf
pourdeuxou trois spécialités que noussignalerons ultérieurement.
Outillage- — A l'exception de quelques rares procédés nou-
veaux, la fabrication est la même depuis la plus haute antiquité
jusqu'à nos jours. Elle n'a rien gagné aux progrès de la méca-
nique ; la main de l'homme et quelques outils élémentaires suf-
fisent pour exécuter la plus parfaite mosaïque.
Nous allons passer en revue les opérations successives aux-
quelles donne lieu la fabrication d'une mosaïque décorative.
Composition du mo<ièl<*. — Le dispensateur du travail veut
revêtir une surface murale: il s'adresse, avant tout, à un artiste et
lui confie la composition du modèle. L'artiste arrête le sujet, fait
une maquette peinte et, après qu'elle est approuvée, exécute le
modèle à la grandeur d'exécution. Pour éviter des mécomptes, il
est utile de mettre en place ce modèle peint, car il est bien difficile
déjuger, par une maquette tenue à la main, l'eflet que produira
la composition en grand à sa place et dans sa lumière normale.
Si l'expérience a réussi, le modèle est détaché et reporté à l'atelier.
Matériaux. — Le manufacturier s'occupe alors d'assortir les
matériaux; s'il ne les a pas en réserve, il les fabrique.
Les matériaux sont des pierres, des marbres et des émaux.
Les émaux sont de deux genres distincts : ils sont, ou colorés
dans la masse, ou recouverts d'une feuille métallique.
Les premiers, qu'on nomme smaltes en Italie, sont générale-
ment composés comme il suit :
Sable I«8 parties. I Flnate de chiuj 30 parties.
Minium 60 — Carbonate de soude. .. 40 —
Azotate.... | Gioisil 50 —
Le groisil est le déchet d'une semblable composition; dans les
premières fontes, il est remplacé par les autres matières en pro-
portion. A. ces substances ou ajoute des oxydes de cuivre pour le
vert, d'urane pour le jaune, de nickel pour le brun, de platine
pour le gris, de manganèse pour le violet, etc. La masse est
mise dans un four de verrerie; lorsqu'elle est suffisamment
liquide et raffinée, on la colle sur des plaques de fonte, et on en
fait des galettes d'environ 1 centimètre d'épaisseur et de 10 cen-
timètres de côté ou de diamètre.
La confection des émaux à feuilles métalliques est plus difficile ;
si on examine avec soin dans la tranche un des cubes qui servent
aux fonds d'or, on voit, sur une base d'émail, une feuille d'or
:
M
I
144 LA. TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
très mince et sur celte feuille une pellicule de verre blanc.
En place dans la mosaïque, l'émail est invisible, puisque le
cube se présenle de face, et la transparence du verre laisse briller
l'or dans tout son éclat.
Voici comment le produit s'obtient : on fait chauffer une
cuvette de verre très mince en forme bombée de verre à montre;
on applique à l'intérieur une feuille d'or; dans le creux on coule
de l'émail fondu ; on aplatit le tout et on fait recuire.
Galettes d'émail. — Pendant la préparation du mur, les
élèves découperont les galettes d'émail et les plaques de marbre,
Fig. l-ti. — Slarteline, galette et coupoir.
I
que le maître mosaïste aura choisies avec soin en conformité
du modèle peint. Le travail est des plus élémentaires : d'une
main on tient la galette à plat sur un coupoir, et de l'autre on
frappe quelques coups secs avec la marteline à deux tranchants
(fig. 126); la matière est débitée d'abord en tranches, puis cou-
pée par le travers, de façon à ce que chaque petit morceau
ait environ 1 centimètre de dimension sur chacune de ses
faces (fig. 127); il est évident que ces dimensions varient selon
l'ouvrage ; mais la mesure que nous indiquons est, en général,
celle de la mosaïque décorative. Afin que le cube puisse mieux
se loger dans le mastic, on le taille légèrement en biseau (fig. 128),
doit
effets
Pig. 147.
Cube à (ont! d'or.
Cul
composition, et rendre, au
LA MOSAÏQUE. 145
et lorsque, pour suivre un dessin, il est nécessaire de l'arrondir
ou de modifier son profil, on l'use avec du sable mouillé contre
le disque d'une meule mise en mouvement par le pied (fig. 129).
Les émaux ainsi prépa-
rés sont logés dans une
boite à compartiments
comme les caractères d'im-
primerie (fig. 130); c'est
alors que commence le
rôle du mosaïste et que
le métier devient un art.
Le modèle sous les
yeux, le mosaïste
reproduire tous les
moyen de cubes ho-
mogènes de ton ,
l'impression géné-
rale que le peintre a
pu atteindre avec des
couleurs liquides ;
mais il ne doit pas
chercher à donner
l'illusion et à faire
croire que la mo-
saïque est une pein-
ture. Pour arriver au
meilleur résultat, le
mosaïste est obligé
de connaître à fond
les qualités expres-
sives des matériaux
qu'il emploie, et
c'est là le secret prin-
cipal de son art. 11
choisitson cube dans
la boite, l'enfonce
dans le mastic, en
pose un second à
côté du premier, et
ainsi de suite; il
combine les tons et
les valeurs jusqu'à ce que son rendu soit complet.
Préparation de la surface. — Lorsque l'assortiment des
II. m: Graffiomy. — Lefl industries d'amateurs. 9
Kig. 12'.». — Tour à mouler du mosaïste
I
■
146 LA TERRE, LA CIRE, LE VERSE, LA PORCELAINE.
émaux est complet, on prépare la surface qui doit les recevoir.
Si elle est unie et lisse, il faut la rusliquer et au besoin y planter
des clous, des fils de lailon, afin de donner plus de prise; puis
on revêt d'une couche de plâtre toutes les parlies destinées à
recevoir la mosaïque. Sur le plàLre sec on dessine à l'encre la
silhouette elles détails de la composition; l'emploi de l'encre
est recommandé, parce que le plâtre boit ce liquide et en rend
la trace ineffaçable. Le dessin étant bien arrêté, le mosaïste,
à coups de ciseau et de maillet, enlève le plâtre dans le frag-
Casier du mosaïste.
ment qu'il va meltre en œuvre, et dans le creux ainsi obtenu il
applique le ciment ou le mastic.
Ciment et mastics. — Jusqu'à la Renaissance, le ciment à la
chaux était exclusivement employé à l'extérieur comme à l'in-
térieur des édifices; dppuis, il a été réservé à l'extérieur, sauf de
rares exceptions. Ainsi, lorsque Cesari, chevalier d'Arpin, fit les
modèles delà mosaïque de la grande coupole de Sainl-Pierrede
Rome, et que le mosaïste Marcello de Cenlo, dit le Provenzale
(1673 à 1679), fut chargé de les exécuter, on se servit du ciment
à la chaux, quoique déjà une autre matière bien meilleure eût
été inventée.
Le ciment en usage depuis l'antiquité peut s'obtenir avec di-
vers mélanges, notamment au moyen de
Pouzzolane 10 parties. I Chaux éteiute. 7 parties.
Brique pilée 4 — | Eau 2 —
La pouzzolane est une matière volcanique pulvérulente qui se
trouve dans les environs de Rome et en Auvergne; elle a des suc-
cédanés. Le ciment à la chaux devient très dur à l'air, mais il a
l'inconvénient de sécher vile, en trois ou quatre heures, ce qui
oblige à un travail de pose très rapide. Ce désavantage frappa
tin peintre célèbre en son temps, trop oublié aujourd'hui en Ralie
et inconnu en France, comme tant d'autres artistes, Muziano de
Brescia, dit le Mu tien.
C'est dans la coupole, les pendentifs elles tympans de la cha-
pelle de Saint-Jean que pour la première fois on employa,
au lieu de ciment à la chaux, un mastic à l'huile de l'invention
LA MOSAÏQUE.
147
du Mutien. Ce mastic est depuis lors en usage constant dans les
travaux de l'intérieur des édifices, et avec raison, car il reste
malléable trois ou quatre jours en été et une semaine en hiver,
ce qui rend les corrections plus faciles. Voici la formule générale
du mastic â l'huile :
Poudre de travertin... 60 parties.
Chaux blanche éteinte
provenant du même
travertin 25 —
Huile de lin crue.... 10 parties.
Lie d'huile de lin
cuite •> —
Le travertin peut être remplacé par des matières analogues.
Nous avons insisté sur les ciments et les mastics. De leur qualité
et de leur application dépend la durée de la mosaïque. Le mol
de Dominique Ghirlandajo : La vera pittura per leternUa esseveil
mosaico, est certes une exagération, car aucune œuvre d'art n est
éternelle; mais la mosaïque a sur la fresque et la peinture cet
avantage qu'elle résistera aussi longtemps que le mur même
qu'elle décore, a la condition cependant de lui Être intimement
incorporée, et cette condition est, d'une façon absolue, dépen-
dante de la qualité du ciment ou du mastic, 11 Taut encore que
la matière soit en couches très minces, afin que le poids, dans
les voûtes surtout, n'entraîne pas le revêtement ; une épaisseur
de mastic de 2 à 3 millimètres sera suffisante entre le mur et
l'extrémité du cube d'émail.
Mosaïque italienne. — Souvent, et pour des raisons diverses,
la mosaïque destinée à décorer le mur d'un édifice est mise en
œuvre à l'atelier et non directement sur la place quelle doit
occuper On opère alors de la façon suivante : si le modèle est
grand on le divise en plusieurs parties, de façon que chacune
d'elles donne un motif facile à raccorder; on coule du plâtre dans
un châssis à rebords, on reproduit le dessin; on enlève partiel-
lement le plâtre et on remplit le creux avec de la pouzzolane
légèrement humectée. Dans celte niasse agglutinative, on
plante les cubes ; lorsque le modèle est reproduit en entier
et que le mur est préparé comme nous l'avons précédemment
expliqué, on retourne la mosaïque en prenant toutes les pré-
cautions nécessaires pour qu'elle reste intacte et on l'applique,
morceaux par morceaux, sur le mur repéré avec soin ; on égalise la
surface par pression et on finit par les raccords.Celtc méthode qu on
appelle en Italie mosuku a rivoUaiura, donne certainement des faci-
lités au travail, puisqu'elle permet d'opérer à l'atelier, mais elle a
le grave inconvénient de mettre le mosaïste dans une sorte d indé-
cision : jamais, à l'atelier, loin de la place à décorer, il ne se
rendra un compte exact de l'effet des valeurs ; il lui manque la
I
^■fl
148 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
lumière normale, le milieu ambiant, le recul; il ne pourra pas,
comme dans l'église, descendre de l'échafaudage et se placer
dans la nef; les corrections lui restent, il est vrai, mais elles ne
lui seront que d'un faible secours. Nous ne disons pas que la
méthode par renversement doive être absolument proscrite; elle
peut être employée pour des morceaux isolés, des motifs d'orne-
ments dont les dispositions se répètent, et aussi dans certaines
parties de l'architecture que le mosaïste ne peut atteindre qu'a-
vec peine; mais nous pensons qu'elle n'est pas faite pour la
grande décoration, dont la qualité essentielle est d'être en har-
monie complète avec l'édifice et la place qu'elle occupe.
Mosaïque sur papier. — Il est un autre procédé malheureu-
sement fort en usage, et dont les résultats, même dans l'orne-
ment, sont de plus en plus médiocres, c'est la mi'lhode sur le papier.
Le modèle est peint sur un carton; l'ouvrier prend un cube
d'émail et le colle sur le carton, la face contre le motif, puis il
pose dans le mastic les morceaux terminés; il ne voit donc son
travail qu'à l'envers et il le voit fort mal, puisque les cubes taillés
en biseau se présentent non pas unis en plein et assemblés, mais
rugueux, en pointe et disjoints.
Le procédé est expéditif et par suite à bon compte, mais ce
n est plus un art, c'est un métier ordinaire qui n'exige qu'une
certaine pratique ; il n'y a plus lieu à interpréter le modèle, à
calculer les valeurs, à raisonner les effets. Les fabricants qui font
travailler sur le papier ne sont évidemment pas de notre avis, et
disent volontiers que la tapisserie de haute lice ne se fait pas
autrement ; c'est une erreur : pour travailler à l'envers, le tapis-
sier n'en a pas moins son modèle à côté de lui, et sur sa chaîne
il ne marque en noir que les lignes principales du carton; à tous
moments il peut quitter son banc et se placer devant le métier
pour examiner ce qu'il a fait. Un bon tapissier doit savoir des-
siner et voir juste; les entrepreneurs de mosaïque n'en deman-
dent pas tant à leurs ouvriers. Nous n'hésitons pas à affirmer
que le travail sur le papier est funeste et fera le plus grand tort
au mouvement de renaissance dont la mosaïque est l'objet. Les
architectes se laissent séduire par le bon marché ; mais, dans un
édifice qui coûte plusieurs millions, qu'est-ce donc qu'une éco-
nomie de quelques centaines de francs par mètre carré de mo-
saïque?
Il nous reste à donner quelques renseignements sur les mo-
saïques qui ne rassortissent pas à la décoration murale; par ce
fait même, elles sont d'un ordre inférieur.
Pavements? — Les pavements modernes sont en pierres et en
LA MOSAÏQUE.
149
marbre, ils se posent comme les autres mosaïques et se polis-
sent par frottement.
Bijou* à mosaïque. — Les bijoux à mosaïque se fabriquent
toujours à Rome.
Sur un fond de métal, de marbre ou de matières vitrifiées, le
mosaïste étend du mastic à l'huile dans lequel il plante de petits
morceaux d'émail très ténus, fdés en baguettes minces à la
lampe d'émailleur; lorsque ce (ravail est terminé, on le polit au
moyen d'un frottement successif avec du grès, du verre rugueux
et du'tripoli; puis dans les joints on met de l'encaustique colorée
comme le motif.
Les mosaïstes romains sont très habiles; ils peuvent repro-
duire ainsi les modèles les plus fins et les plus délicats, au point
de donner l'illusion complète de la peinture; nous préférons
les bijoux où la mosaïque est franchement accusée.
Tableaux en mosaïque. — La reproduction en mosaïque
des tableaux est en quelque sorte un art spécial. Il a élé fort en
vogue au dix-seplième, au dix-huitième et au dix-neuvième
siècles; il a trouvé en France des défenseurs convaincus parmi les
maîtres de notre école de peinture.
De notre temps, on est revenu à un sentimeut plus juste des
arts décoratifs, et on commence à comprendre que la reproduc-
tion des tableaux au moyen de la mosaïque, de la tapisserie et
de la céramique, est un genre faux, par le motif que chacune
des substances employées dans les arts possède une qualité
expressive qui lui est propre, et qu'un modèle doit par conséquent
être conçu en raison même de cette qualité.
La basilique de Saint-Pierre de Rome renferme les types les
plus complets du genre; ils ont tous été exécutés par la fabrique
pontificale de mosaïque fondée en 1727, ou par les équipes pon-
tificales qui ont précédé l'organisation de la fabrique.
La mosaïque se fait à l'atelier, elle est appliquée sur un fond
de métal ou de pierre ; lorsque l'ouvrage est bien pris, on le
polit avec grand soin, on l'encaustique à la cire, et voici pour-
quoi : le but est de reproduire exactement la coloration du ta-
bleau; or quelque serrés que soient les cubes, ils laissent tou-
jours paraître le mastic dans leurs interstices ; celte matière étant
dans sa teinte naturelle contrarierait l'effet, il faut donc la mettre
au ton des émaux qu'elle enveloppe ; pour y arriver, le mosaïste
compose une pâte de cire blanche et de terre colorée comme il
convient, et, avec un ferchaud.il encaustique à la couleur voulue.
La reproduction des tableaux est excessivement onéreuse,
elle exige une telle quantité d'émaux différents que la fabrique
150 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
vaticane a vu ses assortiments monter à près de vingt-cinq mille
nuances.
Mosaïque île Ravenne. — Ravenne est peu connue des tou-
I
ristes quij ontfvisité l'Italie; les correspondances de chemin de
fer concordent mal et il faut perdre plusieurs heures dans ce
bourg inanimé de Castel-Bolognese. Mais pour le voyageur qui
ne tient pas compte des difficultés de communication, quelle ré-
LA MOSAÏQUE.
151
compense ne trouve-t-il pas dans l'élude de ces magnifiques ba-
siliques, toutes parées de leurs tuniques de marbre et de leurs
manteaux de mosaïque! Tout ce qu'il voit à Ravenne est si diffé-
rent de ce qu'il a pu admirer dans le reste dej'ltalie :.cest une
autre civilisation, une autre époque, un autre peuple, une autre
architecture, un autre symbolisme; c'est un art original et com-
plet, dont les traditions semblent avoir été apportées dans cette
1H2 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
contrée par les flots de l'Adriatique qui battent doucement ses ri-
vages, mais sans avoirpudépasserlalimitedeces mêmes rivages.
I3;i
Justinien, d'après une mosaïque de Ravenne.
L'église de Sainl-Vital rappelle Sainte-Sophie par sa dispo-
sition générale; l'église forme un octogone voûlé, terminé par
LA MOSAÏQUE. 188
une abside ; les coupoles et les parois sont revêtues Je mosaïques,
qui contiennent plus de cent personnages étalés ou groupés.
Deux grands cortèges méritent particulièrement noire atten-
tion: l'un est celui de Justinien (fig. 131), l'autre, celui de Thép-
Hfl
Fig. 134. — Théodor», d'après anojmosaïerue do Ravenne.
dora (fig. 132), qui président à la dédicace de la basilique, accom-
pagnés desdignilaires et des grands officiers de la couronne. Nous
reproduisons le tracé de ces deux belles pièces; de plus, afin de
donner une idée exacte du travail, nous reproduisons direete-
9.
I
I
154 LA. TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
ment, d'après une photographie, la tête de Justinien (fig. 133) et
celle de Théodora (flg. 134).
Ainsi que M. E. Miintz l'a fait remarquer, ces mosaïques sont
en émail, avec incrustations de rondelles de nacre.
Justinien porte le bandeau impérial, orné de gemmes, avec
pendeloques en pierreries; son manteau, richement brodé de
dessins orientaux, est assujetti sur l'épaule par une large agrafe,
garnie de pierres précieuses ; il porte à la main un vase ciselé,
qui contient son offrande; les cothurnes sont également charges
de pierreries.
A côté, se tient saint Maximien, revêtu du pallium ; il porte sur
sa poitrine la croix émaillée : la tête du saint est remarquable
comme expression et comme modelé.
Deux acolytes et des officiers du palais accompagnent les deux
augustes personnages.
Un groupe de soldats, armés de lances et de larges boucliers,
ferme la marche.
Théodora porte un costume d'une grande magnificence ; l'im-
pératrice est de haute taille ; le nez est allongé et droit ; la figure
fatiguée et comme fanée. On remarque la netteté des sourcils et
la minceur des lèvres; le corps est élancé; les plis droits et
raides de la draperie des vêtements en accentuent encore la mai-
greur. Sur sa tête, Théodora porte le diadème, garni de gemmes
et orné de pendeloques en pierreries qui viennent rejoindre le
magnifique collier qui recouvre entièrement ses épaules. Le man-
teau est marron, sur la large bordure qui le termine on voit
une broderie antique figurant l'adoration des Mages ; c'est un
trait assez caractéristique de la mode de cette époque. Le
cothurne est fort pointu et orné de gemmes. Dans ses mains
l'impératrice porte un vase qu'elle va déposer dans le sanc-
tuaire, dont un serviteur lui ouvre l'entrée en écartant un
rideau.
Les deux dames qui figurent en tête du cortège portent de
riches costumes ; l'ornementation de leurs coiffures, les brode-
ries qui couvrent leurs manteaux et leurs tuniques et surtout
les anneaux délicatement ciselés qu'elles portent au doigt, in-
diquent des femmes de distinction, occupant un rang élevé à la
cour.
Les autres demoiselles d'honneur ont des ajustements plus
simples ; toutes ont des gemmes dans les cheveux et aux
oreilles.
L'archéologue se plaira à étudier l'ordonnance générale des
draperies et à la rapprocher de celle des tuniques que portent
LA MOSAÏQUE.
la 5
ises de Franco
les slaluesde l'époque romane, dans plusieurs
des onzième et douzième siècles.
Les têtes de Justinien et de Théodora sont entourées de nimbes,
symbole du commandement, de la majesté auguste. Saint Maxi-
mien ne porte pas d'auréole.
Ce qui donne beaucoup de valeur aux mosaïques de Ravenne,
c'est leur admirable conservation; à Saint-Apollinaire-Nuovo, à
Saint-Apollinaire-in-Classe, au baptistère des ariens, au tombeau
de l'impératrice Placidie-, la décoration des murailles a conservé
toule sa fraîcheur.
Mosaïque de Vimes. — Le 20 décembre, 1883, à .Nimes, en
perçant une rue nouvelle, près des balles, les ouvriers décou-
vraient une grande mosaïque de plus de 40 mètres carrés, qui
attira immédiatement la plus vive curiosité.
■
I
I
Fig. 135. — î.a mosaïque de Nimos. — Le sujet central : le mariage d'Admèle.
On y distinguait tout d'abo'rd une partie centrale composée
d'un groupe de personnages, et encadrée d'une double torsade
en forme de guillocbés ou d'entrelacs fort élégants. Le reste de
la mosaïque comprenait seize compartiments, séparés les uns
des autres par une grecque interrompue et disposés en quatre
■
156 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
rangées, savoir: une rangée verticale à droite du tableau, une
autre à gauche; deux rangées horizontales dans le bas et une
seulement dans le haut. Cette dernière était surmontée d'une
bande ornée d'un rinceau qui lenait lieu d'une rangée horizon-
tale à compartiments.
On chercha d'abord à expliquer le sujet du tableau, et l'on y
reconnut l'épisode du mariage d'Admèïe (flg. 133), antique lé-
gende thessalienne qui, de même que la plupart des récits mylho-
■
La mosaïque de Mimes. — Fragment de l'encadrement.
logiques, avait perdu son caractère et son sens religieux pour de-
venir un sujet de narrations faciles ou de motifs ingénieux de
décorations.
On rapporte en effet que Pélias, roi de Thessalie, voulant
' trouver un digne prétendant à la main de sa fille, avait juré de
ne la donner qu'à celui qui viendrait la chercher sur char traîné
par deux animaux féroces domptés de sa main. Admète eut
recours à l'assistance d'Apollon, alors exilé du ciel sur la terre,
et qui, devenu pasteur, gardait pour lui ses riches troupeaux
sur les pentes du mont Pélion. Le dieu, qu'il avait traité avec
douceur et générosité, voulut lui témoigner sa reconnaissance;
LA GRAVURE EN PIERRES FINES.
157
il dompta pour lui un tigre et un sanglier qu'il attela à son char,
et c'est dans un tel équipage qu'Admète vint réclamer Alcesle, sa
l 'habileté de main du compositeur se retrouve sans mélange
dans l'encadrement, que la figure 136 permettra mieux déjuger
au'une description sommaire et naturellement obscure.
Les seize caissons rectangulaires sont d'un joli dessin, tous
différents; ils présentent l'alternance régulière des figures géo-
métriques rondes et carrées.
-:H ï
CHAPITRE X
LA GRAVURE EN PIERRES FINES.
Installation et outillage. - Le graveur en pierres fines (I),
après avoir modelé en cire sur un morceau d'ardoise les figures
qu'il veut graver, fait choix d'une pierre fine qui a ete taillée
par le lapidaire.
11 se place vis-à-vis d'une fenêtre dans un jour avantageux;
la meilleure exposition est celle du nord.
La taille de l'artiste détermine la hauteur du siège sur lequel
il est assis, mais il est nécessaire que le dessus en soit un peu
incliné en avant, afin que le graveur soit moins contraint et
qu'il puisse mieux se porter sur son ouvrage.
La hauteur de la table doit être réglée comme celle du siège;
pour qu'elle soit plus ferme et plus stable, il est bon qu'elle soit
montée sur un pied composé de pieds-droits et de traverses so-
lidement assemblés. Un rebord tout autour de la table est utile
pour retenir les divers instruments. Le dessus pourra être
échancré aussi sur le devant; le graveur s'en approchera avec
plus d'aisance, et il aura à sa droite et à sa gauche deux accou-
doirs qui lui seront fort commodes.
Sous la table, vers le milieu est une roue de bois, qui doit
être faite de plusieurs pièces assemblées en façon de parquet,
sans quoi le bois pourrait jouer et la roue cesserait de tourner
régulièrement. Elle est posée verticalement et. traversée par un
essieu eu fer dont les deux extrémités se terminent par deux
petits pivots qui tournent dans des crapaudiues de cuivre, ou,
(1) Cette notice est «traite de P. J. Mariette, Traité des pierres gravées, tome I.
■J
■ -
158
LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
pour éviter le bruit que pourrait causer le frottement des deux
métaux, dans des trous faits dans deux carrés en buis, qui sont
logés dans l'épaisseur de deux pieds-droils servant de soutien à
la table. La branche de cet essieu qui est à la droite dn graveur
est coudée en manière de manivelle, laquelle embrasse une
courroie ou chaînette qui, étant debout, va s'attacher à l'extré-
mité d'une pédale. Le graveur, ayant le pied droit posé sur celte
pédale, donne le mouvement à la roue de bois. Une corde à
boyau circule dans le fond d'une rainure ou gouttière pratiquée
dans l'épaisseur et le long de cette roue, et va, en passant par
deux pelits trous carrés ouverts dans le dessus de la table, em-
Touret couvert. Fig. 139
Fig. 1 40. — Touret découvert.
brasser une autre petite roue qui fait parlie de la machine ap-
pelée touret.
Celte machine (fig. 137) est élevée sur un pied solide (A) et
d'une seule pièce, et elle est attachée fermement à la table au
moyen d'un fort écrou qui embrasse sous la table la tige qui
soulient le touret. Le corps de la machine est enveloppé d'une
chape de cuivre ou d'autre métal, à laquelle on peut donner la
forme d'un petit tonnelet, et ce tonnelet est divisé en deux par-
ties : l'une (B), adhérente au pied de la machine, est immobile,
ayant clans chaque face une ouverture (C) qui laisse un passage
libre à la corde; l'autre (D) qui, comme un chapeau, se lève et
se remet en place suivant que le besoin l'exige. Dans la figure 137,
la machine présente une de ses faces latérales, et un outil (E)
prêt à travailler est logé dans la tète de l'arbre. C'est dans cet état
qu'est la machine lorsqu'on grave. On voit (fig. 138) l'écrou qui
relient le pied du touret sous la lable, et (fig. 139) un tournevis
qui sert à monter ou démonter les pièces du touret.
LA GRAVURE EN PIERRES FINES.
1S9
La figure 140 montre le mèmelouret, d'où la partie supérieure
du tonnelet a été enlevée afin de découvrir les pièces qui y sont
enfermées, savoir: une petite roue (F) solidement montée sur
un arbre aussi d'acier, dont les deux extrémités roulent dans
des collets d'élain engagés dans deux pièces de cuivre 1, 1) de-
bout oui sont arrêtées avec des vis à tele perdue (K, K) sur les
narois de la partie inférieure du lonnelet, et sont dans la même
disposition que les lunettes des tourneurs ou les chevalets des
serruriers Une tige d'acier forée d'un bout à l'autre, et servant
à placer les outils avec lesquels on grave, est montée sur la
tête de l'arbre, dont elle est un prolongement.
Dans la figure 142, le touret est vu par devant et encore sans
chapeau On voit de profil la partie inférieure du lonnelet (B)
Fig. 111. —Tige d'acier
ou canon forée.
Fig. 142.
Tuur vu par devant.
Fig. 143.— Extréraitéde
la tige ou canon.
montée sur le pied qui sert de soutien au touret, et de face une
des pièces de cuivre debout (K) dans le corps desquelles sont en-
gagés les collets d'étain.
La tige, ou canon, destinée à recevoir les outils, est vue par le
bout. La corde (N,N) va chercher la roue, qu on ne peut voir,
étant couverte de la pièce K. ... „ ,„„„«.
La tige, ou canon foré, dans l'intérieur de laquelle se logent
les outils, est représentée en grand figure 143, afin d en mieux faire
comprendre la structure. C'est l'endroit oii se fait la jonc ti on de
celte tige avec l'arbre (G), qui porte à sa tète une patine (R)
conlre laquelle une platine (S), qui est soudée a 1 extrémité de la
tige, vient s'appliquer, et l'une et l'autre sont jointes solidement
au moyen de trois vis ; on ne voit ici que la tête de deux. Deux
autres vis (T,T) servent à maintenir les outils dans le canal lors-
1
m
160 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE.
qu'ils y sont placés pour opérer. La grandeur de la lige est va-
riable, devant être proportionnée, aussi bien que celle des outils,
a la grandeur de la pierre qu'il s'agit de graver ; c'est pour avoir
la facilité de changer cette tige selon les circonstances qu'on a
imaginé d'en faire une pièce séparée et de l'y assujettir. La fi-
gure 143 montre l'extrémité de cette tige et l'ouverture de la
forure percée carrément. Cette forure est un peu plus large à
son entrée que dans le fond, afin que les outils (fig. 144), dont la
tige ou la soie est elle-même carrée et va en diminuant, s'y. en-
clavent plus étroitement. X est la partie qui sort en avant lors-
que l'outil est monté sur le touret; V, la tèle, tantôt plate et
tantôt ronde, suivant le besoin.
Tous les outils dont on se sert pour graver sont de fer doux
Fig. 144.
Outil monté sur la tige.
■fcj
Fig. H5 et 146.— Scie.
Fig. r*7 il 150. -- Bouterolles.
Fig. 151.
Bouton plat.
Fig. 152.
Charnière.
Fig. 153.
Outil à pointe mousse.
non trempé ou de cuivre jaune. La longueur qu'il faut leur donner
est proportionnée à la grandeur de l'ouvrage ; cependant ils ont
assez ordinairement 15 lignes, dont 9 pour la scie. Ces outils
sont diversement configurés. Les uns, qu'on appelle des scies
(fig. 143 et 146) ont à leur extrémité la forme d'une tête de clou,
quelquefois très plate et d'autres fois un peu plus épaisse, mais
toujours bien tranchant sur ses bords. D'autres, en plus grand
nombre, ont une petite tête exactement ronde comme un bou-
ton ; on les nomme bouterolles (fig. 147). Ce bouton, dans quel-
ques-uns est coupé par la moitié, et devient par ce moyen tran-
chant sur ses bords (fig. 148); tantôt il présente une tête convexe
(fig. 149) et tantôt une tète plate (fig. 150); on peut appeler ces
outils demi-ronds. Le bouton qui termine ceux qu'on nomme
plats (fig. 151) ne se peut mieux comparer qu'à une petite meule,
et ceux qui ont le nom de charnières (fig, 132) ont pour petite tête.
LA GRAVURE EN PIERRES FINES.
161
,nP manière de virole ou emporte-pièce. De tous ces outils, ce
.ntTeux dont le graveur fait le moins usage: ils ne sont pro-
nrë Ta enlever de grandes pièces ou à percer une pierre.
P va en ore des outils qui se terminent en pointe mousse
m» 1*3) et de toutes ces différentes espèces le graveur en fait
ÏÏJ&2SÎ& egardTur cela il est nécessaire d'avoir
— Support.
Fig. 155. — Boite h outils.
un support (fig. 154) consistant en une tringle de fer poli, carrée,
dont une des extrémités (a) est coudée pour lui servir de pied ou
point d'appui, lorsque l'autre extrémité (6) est logée dans une
ouverture pratiquée dans le pied du touret et que Instrument
est dressé. La partie principale est un petit é au (c qu or i fait
promener sur la tringle au moyen de la coulisse (d) et de a
vis (C). C'est sur ce support que se posera le burin lorsqu on vou-
dra donner à un outil, qui sera pour cela
monté sur le touret, la figure convenable.
Il faut avoir de ces outils de toutes les
grandeurs; et dans les bouterolles le bou-
ton ira par gradation depuis la grosseur
d'un gros pois jusqu'à celle de la plus petite
tète d'épingle. Il est commode d'avoir une
boite de fer-blanc (fig. 155) ou mieux une
boite couverte à son orifice d'une plaque percée comme un
crible (11" 156); dans cbaque trou on place un outil qui se pré-
sentera parla tête, c'est-à-dire par l'endroit qui doit fixerle choix
du graveur. , .
Gravure en creux. — Toutes choses étant ainsi disposées, un
des outils étant monté sur le touret et la roue mise en mouve-
ment, le graveur prend de la main gauche la pierre qu il veut
"rave'r et qui, pour être maniée avec plus de solidité, est mon-
tée sur la tête d'une petite poignée de bois (fig. 1571, où elle a
Fig. 150.
Boito ïivec crible.
M
162 LA TERRE, LA CIRE, LE VERRE, LA PORCELAINE,
été cimentée avec du mastic. II la présente contre l'outil la te
nant un peu inclinée, en sorte que l'outil puisse mordre et l'user
en tournant sur sa surface. Pour pouvoir lui donner tous les
mouvements convenables, et suivant le travail qui doit v êlre
mis, le graveur tient ferme la petite poignée dans sa main ser-
rant la pierre entre le pouce et le doigt indicateur ; et, pour ache-
ver de s en rendre maître, il appuie encore contre la pierre le
Fig. 161).
Flacon i'i huile.
Fig. 161.
fiodet â poudre.
Fig. 187.
a;née enboi
pouce de la main droite. Cette dernière main, pendant que l'ou-
til est en action, reste appuyée sur le sommet du touret qui
pour la commodité de l'artiste est couvert de la partie du tonne-
let qui fait le dôme; et de
cette même main droite
le graveur tient une petite
spalule de fer (fig. 1S8)
dont le bout a été trempé
clans de l'huile d'olive où
est délayée de la poudre
. . de diamant. Il doit en
avoir a sa portée dans un petit vase plat (fig. 159), afin d'en
abreuver, quand il en est besoin, l'outil qui agit sur la pierre.
Langure 160 représente le petit flacon qui conlrent l'huile d'olive
et la figure 161, le petit godet dans lequel se conserve la poudre'
muni de son couvercle. '
Aucun oulil ne mord sur une pierre fine qu'autant qu'il est
bien abreuve de la poudre de diamant; c'est cette poudre qui
fait out le travail. Celle qui n'est que grossièrement écrasée est
excellente pour les ébauches ; elle mange, elle dévore pour ainsi
(lire tout ce qui se présente devant elle; mais s'agit-il de finir
laut-il opérer avec plus de précaution, on ne doit plus employer
que de la poudre de diamant très fine, ou, à défaut de diamant,
de rubis ou d'autres pierres orientales réduites en poudre. L'une
et 1 autre s emploient mêlées avec l'huile d'olive pour la gravure
de toutes les pierres fines orientales, de même que pour celle des
agates, des cornalines et des jaspes. A l'égard des pierres plus
tendres, telles que l'améthyste, l'émeraude de Bohême, le cris-
tal, etc., l'expérience a appris que la poudre de diamant agis-
sait mieux sur elles lorsqu'elle n'élait imbibée que d'eau. L'émeri,
LA GRAVURE EN PIERRES FINES.
163
dont quelques artistes se servent par économie, n est bon tout au
plus que «ans les ébauches et pour former de grandes masses
partout ailleurs il est d'un fort mauvais usage, d fait trop de
houe le graveur ne voit point ce qu il fait.
Nous avons laissé l'artiste ayant entre les mains la pierre des-
tinée à être gravée, et dont la surface doit être unie et non polie :
va dessin! avec une pointe de cuivre ce qu'il veut exprimer,
d'après son modèle, qui ne doit plus sortir de dessous ses yeux;
il la présente au touret. Il a eu la précaution de monter sur cette
machine un des outils qu'on nomme scies; i appuie la Pierre
contre le tranchant de la scie; il marque de distance en distance
des points de reconnaissance, suivant le trait ou contour exté-
rieur de la figure qu'il doit graver; il achève de former entière-
ment ce premier trait, .1 dégrossit tout de suite, ,1 aba la ma-
tière • puis, l'ouvrage commençant à prendre forme, .1 travaille
avec plus de ménagement, ayant successivement recours aux
bouterolles et autres outils qu'il estime les plus convenables.
Comme il n'opère ,
comme on voit, qu'à tâtons
et à l'aveugle, pour juger
du progrès de son ouvrage,
non seulement il est obligé
presque à chaque instant pj g . tes.
d'essuyer sa pierre, opéra- Brosse i longs poils
tion pour laquelle il peut
s'aider d'une brosse à longs poils (fig. 162), mais encore il est
dans une continuelle nécessité d'en tirer des empreintes avec de
la cire molle, dont il a toujours une boite auprès de lui (tig. 1M).
Il doit aussi ne s'en pas tellement (1er à ses yeux que cela lui
fasse négliger de regarder souvent son travail avec la loupe. Le
meilleur conseil qu'on puisse donner est de ne se point trop pré-
cipiter. .
Si le graveur a été trop avant et que son outil ait trop mange
de la pierre, il n'est pas possible d'y apporter de remède ; c'est
une pierre gâtée. Outre cela il faut avoir une attention singu-
lière que les outils soient extrêmement ronds et qu'ils tournent
bien sur leur pivot : le moindre petit soubresaut est capable d e-
claler une pierre.
11 arrive assez souvent que les outils ne peuvent point parve-
nir aux endroits qu'on voudrait fouiller; ils font rond où il fau-
drait faire plat et ils laissent toujours quelque chose d indécis
dans les touches. Dans ce cas, ce qu'on peut faire de mieux est
de se servir d'une pointe ou éclat de diamant, serti au bout
Fig. 103.
Boite à cire.
«1
tfl
:
164 LA TERRE, LA CIRE,' LE VERRE, LA PORCELAINE,
d'une tige de fer ou de cuivre et ayant un manche qui en rend le
maniement plus commode (fie. m) Cet in^in™»,,) \i
(car il n'est p,us question du LJ), o'n f^eTe^e ^o"
«tés, on termine des traits, on approfondit quelque endroits"
on en évide d'autres, on dépouille certaines pâlies? on faU d cS
travaux délicats qui à peine effleurent la pierre • on met enffn
l'âme, l'espnt et la finesse dans sa gravure Mais'reHp™- ?
est infiniment longue, il n'y a qu'u^ arUste fa x* e bïn'wr,
qui ne s en puisse pas rebuter, encore faut-il qu'il soit toit à fart
Tap'r deTouT^dre" ^ ^ >« d » 1 - » ~
imb,bant d'huile mélangée avec de la poule de d'amant Ht
promener doucement pour manger la pierre dans « p„h ,
où ni ,'outil ni la pointe de diamaft pWSfcS^'ÏÏS
Fig. 164.- Tige à éclat de diamant.
Fig. 165. — Ébauchoir.
I
dans ceux qu'on veut unir. Ces ébauchoirs seront, selon les cas
de cuivre, d elam ou de bois (fig. 16a) '
«rayure eu relief. - La gravure en relief n'a rien dans là
pratique qui ne ressemble à la gravure en creux, à ceUe diSn e
prequele graveur voyant ce qu',1 fait quand il ravaille en reHef
il n a pas besoin d'en tirer des empreintes. Cependan ces ou ils
ne servent pas si bien dans cette opération que dans c^He du
creux : leur forme les rend très propres à faites excavations
mais dans les rehefs, où presque tout est saillant et doit prendre
une forme convexe, l'outil, qui lui-même est convexe sCose
presque a chaque pas à l'intention du graveur. Ces oS (et on n
peu en imaginer d'autres, dit Mariette) ne porte,, t jamais que
dans un point, et c'est avec une peine infinie qu'on peulZvéE
a exprimer les parties saillantes et à leur donner de la rondeù
Encore plus difficilement peut-on employer ces oui 1s dans ïes
méplats ; auss. les champs des caméi n'e sont-i.s JamaS bien '
C'est alors qu'il faut de toute nécessité emprunter le secours de
la pointe de diamant et des petits ébauchoirs
Pour polir l'ouvrage, on se sert d'une brosse ronde et plate de
poils de sanglier qu, ne doit être ni trop rude ni trop douce et
ne doit pas excéder deux lignes de longueur. En faisan? passer
LA GRAVURE EN PIERRES FINES.
165
repasser cette brosse sur ia pierre avec du tripoli en quantité et
beaucoup d'eau, on parvient à éclaircir ce qu on a grave et a lui
donner le premier lustre. .
On a imaginé de renfermer la brosse dans un petit étui, qui,
contenant le poil (flg. 166), empêche que le touret par 1 activité
imprimée à la brosse, ne fasse rejaillir de tous cotes 1 eau et le
lP oïprend ensuite de petits outils ayant la figure d'une boute-
rolle; on les monte successivement sur le touret, commençant
par ceux d'étain, puis ceux de buis, et finissant
par ceux qui ne sont que de bois blanc ; on les
insinue dans toutes les cavités qu'on a dessein de
polir, et on y parvient premièrement avec de la
poléé d'émeri et ensuite avec du tripoli très fin.
S'il reste quelques petites sinuosités où aucun ou-
til n'ait pu arriver, on y introduit une pointe de plume et avec
de la potée d'émeri ou de diamant, secondée de beaucoup de
patience, ces endroits prennent le même poli que tout le reste.
Si la pierre est gravée en creux, il ne s'agit plus que de donner
le poli à la superficie extérieure, ce qui se fait sur la roue du la-
pidaire. Quoique l'opération soit aisée, elle n'en demande pas
moins d'attention, car un tour de roue peut faire disparaître un
travail délicat qui a demandé bien du temps et qui doit montrer
l'habileté du graveur. Aussi les bons artistes preferent-is taire
eux-mêmes ce travail à la main, sur le dos d'une assiette d etain,
en promenant la pierre en rond avec du tripoli.
TROISIÈME PARTIE
LE BOIS
I
I
CHAPITRE PREMIER
LE MENUISIER AMATEUR.
f ft *^ U rT- ~7° ici k nomencI ature des outils qui forment le
fond de 1 atelier du menuisier amateur : ">rment le
Un établi, avec son valet et un maillet
pard: S b o7ve r is a mo' y U e„r arlOPe ' "" rab '° 1 ' ■»■"»"*• et ™
3 scies : scie à refendre, à araser et à chantourner-
Un ciseau, une gouge et deux bédanes pour mortaise ;
Un vilebrequin, et une série de mèches
mètreT USqUin ' "" C ° mPaS ' ^ ^^ ine ^ P ,ale et ™
2 râpes et un tiers-point.
Une meule ou un grès, une pierre à l'huile -
Un tournevis une paire de tenailles et un marteau;
tuhn un pot à colle. '
Il existe assurément beaucoup d'autres outils, non moins utiles
évSr g nt a ôî t r v a r\- Ur a tr ° P d '° Ulils - G ' estu » écueiI qu'il doit
éviter, il croit volontiers que toute difficulté peut se tourner \
1 a.de d'un inslrument perfectionné - gui va ES ml ÙZL5
son temp, en essais inf / uctaeuli j ,, ^u^t an^s^ÏÏ
travau mé thod lq ue et quelque peu soutenu suffirait poufluK
parcour.r, en peu de temps, la période d'apprentissage
Tous ces outils que je viens d'énumérer sont, en général, trop
LE MENUISIER AMATEUR.
167
connus pour qu'il soit utile de les décrire. Tout au plus pourrai-je
les figurer et dire un mot des qualités que certains d'entre eux
doivent avoir, pour aider à les choisir.
Établi. — Il est bon qu'il se compose d'un plateau épais, en
— Etabli.
bois bien sec, d'un poids assez lourd pour lui assurer une suffi-
sante immobilité (fig. 167). C'est toujours un mauvais calcul, une
économie mal entendue, que de choisir un établi léger. Le
moindre mouvement le fait vaciller cl on n'en peut rien faire.
Il est préférable aussi
que la vis soit en fer; elle
ne coule guère plus cher
qu'une vis de bois.
Sur le côté où l'on tra-
vaille on plaque xmepresse
contre le pied antérieur
de l'établi; elle reçoit la
planche que l'on rabote
de champ.
Pour un atelier où la
place fait défaut, l'établi
peut être appelé à rem-
plir plus d'un but : il
suffit de quelques modi-
fications pour le transformer en barre de tour, en socle de ma-
chine à percer ou à découper, en support d'étau pour ajusteur-
mécanicien, etc.
Toutefois, il est bon de faire remarquer qu'on a toujours
avantage, lorsque l'espace ne manque pas, à conserver à l'établi
I
I
168
LE BOIS.
sa destination spéciale, en l'affectant exclusivement aux travaux
de la menuiserie.
L'établi se complète avec le maillet (flg. 168) et le valet (flg. 169).
Le valet maintient sur l'établi l'objet que l'on travaille : oii
l'enfonce à grands coups de maillet. Ce maillet est taillé dans un
pied de charme ou, à défaut, de frêne ou d'orme.
Rabots. — La varlope, le riflard et le rabot sont à vrai dire
trois mêmes outils, montés différemment.
Fi S . 170.
Riflard.
Au riflard (fig. 170), qui sert à dégrossir, et avec lequel on
peut enlever des copeaux assez gros, on donne plus de fer;
La varlope, au contraire, qui sert à dresser et à planer, doit
avoir une lumière — Irou par lequel passe le copeau — plus
fine et moins de fer. C'est toute la différence. Aussi les menui-
siers de profession ont-ils l'habitude de monter en riflard les
varlopes les plus usées, c'est-à-dire celles dont la lumière est
plus large.
Le rabot, qui sert seulement à finir, à polir les panneaux, doit
avoir encore moins de fer que les
outils précédents; — les rubans
qu'il enlève ne doivent être qu'une
pelure (flg. 171); mais pour tous
les trois, la lumière doit être aussi
petite que possible et seulement
suffisante pour laisser passer le ru-
ban.
Le contre-fer doit s'appliquer exactement sur le fer et venir
affleurer d'autant plus près du tranchant qu'on veut lever des
rubans plus minces. C'est dire que dans le rabot, le tranchant
du fer doit à peine s'apercevoir.
Quelquefois cependant le rabot sert à blanchir une planche qu'il
n'est pas nécessaire de dresser; on lui donne alors plus de fer.
Ces outils sont ordinairement en bois de cormier, mais on en
fait de très bons et d'un prix moins élevé en charme, en hêtre ou
tout autre bois dur.
Fig. 171. — Rabot ordinaire.
LE MENUISIER AMATEUR.
160
Tons ces outils, lorsqu'ils sont en bois, s'usent assez vile; la
lumière s'élargil, les fers jouent. C'est leur grand défaut — et il
faut à nos ouvriers une bien grande dose de routine pour n'avoir
Fig. f 72. — Raliot am
éricaiu.
Guillaume.
pas encore adopté les rabots en fer ou en fonle; — les Amé-
ricains, gens assurément pratiques, n'en emploient pas d'autres
(fig. 172). — Je laisse aux amateurs le soin de choisir, me bor-
Bouvet.
Bouvet douille.
nanl à leur signaler ces excellents outils dontle réglage peut se
faire si facilement au moyen d'une vis.
11 faut aussi un guillaumc (fig. 173) dont le fer est aussi large
que le bois et qui donne le moyen de creuser les angles au moins
droits, et une paire de bouvets (fig. 174) dont un double (fig. 175),
Fig. 176. — Scie à refendre.
pour l'assemblage des planches : l'un creuse la rainure, l'autre
taille la languelle.
Scies. — La scie à refendre (fig. 176), est une forte scie dont
la lame doit être large et bien régulière. Elle sert à refendre les
H. de GiuFFiGtiY. — Les industrie* d'amateurs. 10
I
A
170
LE BOIS.
planches, débiter le bois d'oeuvre ; — c'est celle à laquelle on
donne le plus de voie, c'est-à-dire dont les dents sont le plus
écartées.
La scie à chantourner (fig. 177), comme son nom l'indique, est la
scie à découper du menui-
sier, — c'est avec elle qu'il
peut contourner les cour-
bes. — Sa lame doit être
nécessairement étroite, et
moins elle aura de largeur,
plus le cercle qu'elle pour-
ra décrire sera petit; —
mais il ne faut pas tomber
dans une exagération, qui
deviendrait un inconvé-
nient pour le débutant : —
une largeur de un centimè-
tre n'est pas trop grande.
C'est la bonne dimension.
Cette scie doit être, comme
la précédente, montée à
demande, — on lui donne
généralement beaucoup de
voie, c'est-à-dire qu'on
écarte les dents, pour fa-
ciliter son mouvement dans
les courbes de petit rayon.
La scie à araser, dite
aussi à tenons, est une scie
légère (fig. 178 et 179), plu-
tôt petite, dont la lame
doit être fine; on lui donne
le moins de voie possible,
pour ne pas grossir le trait.
C'est avec elle que l'on fait
tous les ajustages, — et
l'apprenti doit s'attachera
la manier avec dextérité.
Sa monture est également
fixe, — mais il est évident que la monture sur pivots, avec
laquelle on n'est jamais gêné, est bien préférable. Les deux mo-
dèles que nous figurons diffèrent seulement en ce que dans l'un
(fig. 178), les deux montants sont reliés par une corde, et dans
chantourner.
LE MENUISIER AMATEUR.
171
l'autre (fig. 179), ils sont reliés par un fil de fer avec un écrou.
Donc, pour nous résumer, nous dirons que le matériel du me-
nuisier amateur comprend :
*.i?T2v"-Vl l^.-V
Fig. 178. — Scie à tenons.
Trois scies : une à refendre, une à chantourner, une à tenons
ou à araser.
La scie à demande (fig. 176 et 177) n'est pas une espèce de scie
Fig. 179.
bcie ;i araser.
particulière ; elle doit son nom à sa monture sur des goupilles qui
lui permet de se tourner dans tous les sens à la demande de l'ou-
Fig. 180.— Scie àgrefTei- ou scie dujaiuiim'r. Fig. 181. — Scie à manche d'égoiue.
vrage; elle est aussi appellée scie allemande par corruption de
langage et très improprement par la plupart des ouvriers.
Toutes les scies peuvent être montées ou non à demande, sui-
vant la volonté de la personne; mais j'engage l'amateur à imiter
l'ouvrier soigneux dont toutes les scies sont montées à demande.
I
■
1
172
LE BOIS.
I
I
Assez souvent aussi on a besoin d'une scie à main, d'une scie
à greffer ou de jardinier (fig. 180) ou d'une scie à manche d'égoine
(fig. 181).
Quant à la forme des dents, il y en a trois principales : la dent
crochue des scieurs de long; celle en triangle équilatéral, celle
inclinée.
La figure 182 représente la scie à dents crochues ; on la lime
avec une demi-ronde faite exprès.
La figure 183 représente la scie à dents droites, limée de trois
manières différentes : a est la manière des scieurs de bois de
chauffage; on incline le tiers-point en limant de manière à pro-
Kig. 182. — Scio
dents crochues.
Fig. t«:î. — Scie à dents droites : a, scie des scieurs de
bois ; b, scie ;i chantourner ; c, scie à la jardinière.
duire un court biseau ; ces scies ont de la voie par le bout des
dents; comme elles sont trempées très dur, on doit bien prendre
garde de les casser en faisant cette opération; elles débitent
très vite.
Les trois dents qui suivent cotées 6, sont limées, le tiers-point
tenu droit devant le limeur; c'est la dent adoptée pour les feuil-
lets et pour les autres scies à chantourner qui doivent couper en
montant et en descendant; on donne d'aulant plus de voie à ces
scies que la lame est plus large; dans celles qui sont très étroites,
on donne peu de voie.
Les dents suivantes, cotées c, sont adoptées dans les scies à la
jardinière. On les lime en inclinant le tiers-point à droite et à
gauche. On ne donne pas de voie à ces scies, qui sont plus
LE MENUISIER AMATEUR.
17.1
épaisses du côté des dents que du coté opposé; vu en bout, le
côté denté doit offrir l'aspect d'un V ; elles fonctionnent très bien
dans les bois verts.
Lorsque la scie ne mord plus sans effort, c'est qu'elle a besoin
de voir le tiers-point.
A cet effet, on pince la scie dans un étau ad hoc, que l'on
trouve dans tous les magasins d'outils, mais qui peut être très
bien remplacé par deux mâchoires en bois, que le plus novice
des apprentis peut faire et que l'on serre dans l'étau de l'établi.
On donne alors, sur chaque dent, deux ou trois coups de tiers-
poinl, bien perpendiculairement à la lame de la scie. Il est facile
Fig. 184 et 183.
Fis. I8G à 188. — Bédane ou bec-d'ùae.
de voir, d'ailleurs, si les dents sont aiguës ou émoussées ; la prin-
cipale précaution à prendre est de s'habituer à donner le même
nombre de coups de tiers-point sur chaque dent, ce qui assure
un aiguisage régulier.
11 ne faut faire limer les scies que par un ouvrier habile.
On donne la voie, c'est-à-dire qu'on écarte les dents, en les
contrariant, au moyen d'un tournevis, d'un tourne à gauche ou
même d'une simple clef.
Ciseaux. — Il faut plusieurs ciseaux (fig. 184 et 18b), depuis
m ,00o jusqu'à m ,03; une gouge, un bédane (fig. 186 à 188).
Un ciseau est un oulil plat, carré par le bout, ayant un seul
biseau au bout. Les longs côtés du ciseau peuvent être droits;
cependant l'usage est de les faire un peu inclinés et de manière
que l'outil devienne insensiblement plus large parle bout du tail-
lant que par la partie qui avoisine le collet ; on nomme ainsi
tu.
■
174
LE BOIS.
une partie évidée, plus épaisse que le restant de l'outil et assez
ordinairement renforcée par une arête.
Le bédane sert à creuser les mortaises. Ce terme générique ne
sert pas seulement à désigner l'outil dont il est ici question, mais
encore la manière d'être d'une infinité d'autres outils et usten-
siles. Un outil est bédane, toutes les fois, quelles que soient la
forme et la matière employée, qu'il est disposé de manière à ce
que l'endroit où il coupe est le plus large de tout l'outil, et le
Fig. 189. — Râpes à bois queue-de-rat.
Fig. 190. — Hache à main.
sera toujours, tel raccourcissement que les repassages et affûtages
puissent lui faire éprouver.
C'est le bédane qui dans la mortaise fait son trou pour ainsi
dire tout seul.
Pour atteindre ce résultat, pour que l'instrument soit bédane,
il faut une double décroissance, afin qu'il ne touche à la paroi
de la mortaise ni suivant le sens latéral ni suivant le sens vertical.
Fig. 191. — Outil appelé plane ou couteau à deux mains.
Mais quelque simple que soit le maniement de cet outil, je ne
vois pas la possibilité de l'expliquer convenablement par des mots.
Il faut absolument voir (fig. 186 à 188).
Les meilleurs manches sont ceux qui sont faits de charme,
d'orme ou de frêne, surtout parce qu'il faut frapper dessus.
Râpes, hache, plane. — Il faut encore : une râpe à bois demi-
ronde; une râpe à bois, queue-de-rat (fig. 189) ;
Une hache à main (fig. 190);
Et un outil appelé plane ou couteau à deux mains (fig. 191).
LE MENUISIER AMATEUR.
175
Vilebrequin, mèche», tarières, fraises et Trilles. - On
pjcefes trous avec un vilebrequin^. 192) auquel on adapte des
mèches des tarières ou des fraises.
On dislingue : 1° ^mèche cuiller, qui est cannelée dans le sens
de la longueur et dont le bout est relevé et qui marche assez vie
(flg 193)- il y a une aulre forme qui est plus expédibva, mais
"hSS'ï-^ «p» «"•»*>- rv^ eTs et
avance promplement «ig. 195); quelquefois on la fait avec un
l-'ig. 192. — Vilebrequin.
cône tronqué a qui bouche immédiatement le trou que la partie
antérieure vient défaire (flg. 196).
Si l'on veut faire un trou de fort diamètre, il faut employer des
tarières. On distingue :
!» La tarière en MHW, qui mord très âprement el relire avec
lui un copeau roulé (flg. 19" et 198). _
2° La tarière d,te Sorby, dans laquelle le copeau sud une hé-
lice autour de l'outil (flg. 199 et 200).
Si le trou que l'on veut faire doit être évasé en cône renverse,
par exemple pour loger la tête d'une vis, il faut employer les
fraises. „ . , „. n „ ,
La figure 201 représente l'ancienne fraise, vue de profil. Quand
■
Fig. 103. Fig. 191.
Fig. 195. Fig. 19ti.
Fig. 197. Fig. 198.
Fig. 199.
Fig. 201.
Fig. 202.
Fig. 193 et 194. Mèche cuiller. — Fig. 195. Mèche à trois pointes. — Fig. 190.
Mèche trois pointes à cône tronqué. — Fig. 197. Tarière en hélice, vue de face.
— Fig. 198. Tarière en hélice, vue de profil. — Fig. 199 et 200. Tarière Sorby. —
Fig. 201. Fraise. — Fig. 202. Fraise conique
LE MENUISIER AMATEUR.
177
cet outil doit fraiser de petits trous, la lige, au lieu de présenter
le carré A destiné à entrer dans le vilebrequin, est menue, allon-
gée et terminée par une pointe obtuse.
Depuis, la forme de la fraise s'est modifiée; le modèle repré-
senté figure 202 ne nécessite pas une grande pression, fait une
fraisure régulière et coupe au moyen de l'entaille a.
On a aussi besoin de pelites vrilles (flg. 203 à 205) ; les vrilles
Fier.
Vrilles.
anglaises sont les meilleures; mais si on ne graisse pas souvent
les unes et les autres, on les brise.
Outils divers. — Comme on ne doit rien faire qui ne soit
irréprocliable sous le rapport de la régularité et de la symétrie,
on doit faire usage d'un mètre, d'un T à dessin (fig. 206), de
fils à plomb (fig. 207 et 208), d'un compas (flg. 200), d'un compas
a?
J
Hïg. 200. — Té ;'i dessin
h lI s L
Fie. 207 et 208. — Fils
plomb.
à quart de cercle (fig. 21 0) et d'un compas d'épaisseur (fig. 211).
Il faut une équerre ordinaire ou à chapeau (fig. 212), une équerre
à onglet (fig. 213 et 214) qui sert pour toutes les petites pièces
et qui réunit les facultés de plusieurs autres équerres; elle fait
équerre à chapeau au moyen de la dossière a en saillie des deux
côtés; elle mesure des angles droits rentrants et en saillie; elle
mesure la coupe d'onglet à 43° au moyen de la corne b : quant
à l'autre côté e,on lui donne en dehors l'inclinaison voulue; de
178
LE BOIS.
ce côté encore elle sert à déterminer certaines valeurs d'angles
(ng. 213). Quelquefois le côté n'est pas mobile (fig. 214)
Ajoutons-y Véquerre simple en acier; et pour les grandes pièces
léquerre appelée triangle ou à potence (fig. 215).
< f
Fig. 209.
Compas droit.
Fig. 210.
Compas à 1/4 de cercle.
Fig. 211. — Compas d'épaisseur.
Fig. 212. — Équerre ordinaire.
Quand il sera utile, on taillera dans une latte la fausse-équerre
ou sauterelle (fig. 216).
N'oublions pas un trusquin (fig. 217), indispensable pour tra-
cer les parallèles;
Plusieurs tournevis, gros et petils, que l'on fait aisément avec
Fig. 213 et 214. — Équerres à onglet.
des bouts de fleuret ou des baguettes d'acier à foret, que l'on
aplatit et lime à froid, et que l'on trempe ensuite.
Il est à peine besoin d'indiquer le marteau et les tenailles.
Au reste, l'expérience fait connaître les outils dont on doit se
munir.
LE MENUISIER AMATEUR. 179
Pierre à l'huile, pierres à aiguiser, meule. — Ce n'est
Fig. 215.
Équerre à potence.
216. — Sauterelle. Fig. 217. — Trusquiu.
pas assez d'avoir de bons outils s'ils ne coupent pas très bien.
Les menuisiers de pro-
fession se contentent sou-
vent d'une ardoise douce,
pour donner le fil à leurs
outils. — Ai-je besoin de
dire qu'une pierre à l'huile
est préférable? — le tran-
chant est beaucoup plus
fin et, — considération qui
a bien sa valeur — s'é-
mousse moins prompte-
ment. — Il n'y a pas d'éco-
nomie à faire sur la pierre
àl'huile — surtout si l'a-
mateur ne compte pas bor-
ner ses travaux à la me-
nuiserie. Il donnera la pré-
férence aux pierres d'Amé-
rique, à condition que le
grain soit fin et bien égal
dans ses parties, enévitant
surtout les nervures et les
veines qui indiquent une
inégale dureté.
Meule ù pédale.
I
I
■
■ I
II
Les pierres dites du Levant sont les plus estimées, mais aussi
elles coûtent assez cher.
180
LE BOÏS.
I
■
Dans lous les cas, on donne le fil en passant légèrement le
taillant sur une pierre douce à l'huile.
Pour aviver le tranchant des fers à rabots, bouvets, ciseaux,
bédanes, etc., affectant un angle déterminé, on ne pourrait y
arriver avec la pierre à l'huile seule, il faut au moins un grès.
On doit préférer un grès plan, sur lequel on frotte les outils,
en observant toujours le même angle et en suivant une lignedroile!
Si les dimensions de l'atelierle permettent, je conseille l'acqui-
sition immédiate d'une meule — non pas une petite ineuleàmain
qui ne serait d'aucune utilité, mais d'une forte meule marchant
Fig. 219. — Boîte d'outils de menuisier.
aveclepied (fig. 218). Elle sera non seulement plus commode qu'un
grès, mais encore elle rendra de grands services dans tous les autres
travaux que l'amateur voudrait entreprendre ultérieurement
Le repassage sur la pierre à l'huile est facile, il s'agit seulement
d adoucir le tranchant, en lui donnant le fil, mais il n'en est pas
de même du repassage à la meule ou au grès. Il faut tenir
constamment l'outil sous la même inclinaison pour lui donner
un angle bien franc, ce qui demande une grande habitude. Heu-
reusement l'outil à aiguiser vient au secours du débutant, qui
peut, avec son concours, donner à son outil l'angle qu'il désire.
LE MENUISIER AMATEUR. 181
Boîtes à outils. — On trouve dans tous les établissements de
quincaillerie des boites et des armoires à outils complètes pour
les amateurs. Voici, d'après le catalogue de M. Tiersot, le contenu
de ces boîtes et armoires :
Boite A sans tiroir contenant : 1 marteau, 2 tenailles, 1 ciseau
de menuisier, 1 gouge de menuisier, 1 lime triangulaire, 1 lime
1/2 ronde, 1 râpe 1/2 ronde, 1 pince plaie, I petit rabot améri-
■
■
Fifr. 220. — Boite d'outils de Tiersot,
cain, i tournevis,! poinçon, 4 vrilles assorties, 1 drille et6i'orels,
1 compas. — Total : 23 pièces.
Boîte B avec un tiroir contenant : 1 marteau, 1 tenaille-, 1 petit
rabot, 1 vilebrequin, 6 mèches à percer, 4 vrilles, 1 ciseau,
1 gouge, 1 plane, 1 pince plaie, 1 lime triangulaire 1/2 douce,
1 lime 1/2 ronde bâtarde, 1 râpe 1/2 ronde, 1 tournevis, 1 poin-
çon, 1 scie à main, 1 drille avec bout centrant le foret et 6 forets,
î p'resselle, 1 compas ordinaire, 1 pointe à tracer, 1 équerre
cormier (lig. 219).
ISoitc G avec 2 tiroirs contenant : 1 marteau de menuisier,
1 marteau de bijoutier, 2 tournevis assortis, 1 tenaille, 4 ciseaux
Ghaffigny. — Les industries d'amateurs.
H
182
LE BOIS.
assortis, 2 gouges, 1 bédane, 1 vilebrequin, 6 mèches, 1 fraise,
4 vrilles assorties, 1 pince plate, i pince rondes 1 poinçon, 1 lime
triangulaire 1/2 douce, 1 lime 1/2 ronde bâtarde, 1 râpe'l/2 ronde,
1 scie à main 1/2 large, i scie à guichet, 1 rabot en cormier,
H
i
4 ciseau à froid, 1 plane, 1 équerre cormier, 1 drille avec bout
centrant le foret et 6 forets, 1 presse, 1 compas droit ordinaire,
i pointe à tracer, 1 pierre à buiie du Levant avec un côté arrondi,
i presselle (tîg. 220).
Armoire G grand modèle contenant: 1 scie à demande 40 c/m.,
LE MENUISIER AMATEUR.
183
1 bocfil, 1 drille à grosse torsade avec 6 forets, 2 tournevis,
1 poinçon, 1 vilebrequin, 2 marteaux de menuisier, 1 tourne-a-
gauche, d compas droit, 1 tenaille, 1 presselle, 5 vrilles assorties,
1 hache à tête, 1 scie à guichet, 2 presses en fonte vernies,
Fig. iî
Nécessaire i outils de Tiersot.
HBH
i presse en bois, 1 maillet de sculpteur, 1 niveau a bulle d air,
1 pot à colle, 1 trusquin, 1 équerre d'onglet cormier, 1 équerre
à lame d'acier, i pierre du Levant, 1 rabot en cormier, 1 demi-
varlope en cormier, 1 plane, 1 pied à coulisse, 1 tournevis pour
A
fi
Fie. 223. — Forets et mèches diverses.
M
vilebrequin, 3 mèches à ferrer, 2 mèches à 3 pointes, 1 mèche a
pierre 1 pince plate et coupante, i chasse-pointes, 1 racloir,
1 fausse équerre à lame d'acier, 1 étau à agrafe, 1 bigorne, i étau
à main, 1 lime à main, \ râpe 1 /2 ronde, 1 bédane, 3 ciseaux
assortis, 2 gouges, 1 pointe carrée (fig. 221).
On peut simplifier encore le matériel du menuisier amateur,
et M Tiersot a imaginé un nécessaire (fig. 222) qui renferme
douze outils les plus indispensables (fig. 223) et qui sert lui-
même de manche pour les monter.
Essences diverses de bois. — Les diverses essences de bois
présentent des difficultés particulières : les bois à fibres serrées,
tendres ou durs, tels que le tilleul, le peuplier, le buis, le chêne,
se laissent couper assez facilement.
Le bois qui n'est pas parfaitement sec se travaille mal; il
bourre, s'éraille sous l'outil, et, de plus, il a l'inconvénient de se
déformer, de se fendre.
184
LE BOIS.
I
Les bois blancs peuvent être mis en œuvre au bout de six
mois; un an et plus sont préférables. Pour les bois durs, il faut
souvent de longues années, et encore ne les empêcherez-vous pas
de se déjeter.
Parmi les bois tendres, on doit distinguer le peuplier, le pin,
le sapin, le marronnier, le tilleul, le tremble, l'ypréau.
Le rabot polit bien le peuplier et le sapin ; mais le ràcloir n'y
mord pas, il bourre ; on achève le poli au moyen de la pierre
ponce que l'on pousse perpendiculairement au sens des fibres.
La peau de chien de mer et le papier de verre servent dans le
même cas.
Souvent ces bois, le sapin surtout, présentent des veines, des
taches, aussi belles que celles du noyer. Alors ne le recouvrez pas
de peinture : avec deux couches d'huile de lin mêlée à moitié
d'essence de térébenthine, et de plus une ou deux couches de
vernis gras appliqué au pinceau, le sapin prend la teinte et l'as-
pect du bois de citronnier.
Le marronnier, fort cassant et d'un blanc mal, sert à faire des
incrustations dans les bois de couleur foncée.
Avec le tremble, et surtout une de ses variétés, l'ypréau, on
fabrique des portes, des armoires, que l'on se borne à passer à
l'huile, sans peinture.
Les bois durs sont assez nombreux. Ceux d'une moyenne du-
reté sont l'alizier, l'aubépine, l'aune, le cerisier qui compte trois
variétés : le cultivé, le merisier, le mahaleb ou faux Sainte-Lucie;
le charme, le châtaignier, le chêne, le cognassier, le cornouiller
ou courgelier, l'érable, de plusieurs variétés; le hêtre, le néflier,
le noyer, le platane, le poirier, le pommier, le prunier, le syco-
more, etc.
Les bois les plus durs sont : le buis, le cormier, le frêne, le
houx, le lilas, l'orme ; etc.
Les bois de démolition sont parfois durs à l'excès; mais ils se
travaillent bien et ne se tourmentent plus.
Les bois exotiques présentent des variétés tout aussi riches,
tout aussi nombreuses.
Si l'on ne se sent pas sûr de son coup de rabot, il faut choisir
du bois sans nœuds, pris dans le tronc d'un arbre.
Remarquez que le pied d'un arbre est dur, chanvreux, co-
riace.
Le bois qui a poussé dans un terrain fertile, humide même, est
infiniment plus tendre que celui de même essence qui a crû sur
les hauteurs ou parmi les roches.
Opération» à exécuter. Difficultés à vaincre. — Tous les
LE MENUISIER AMATEUR.
185
travaux du menuisier, si compliqués qu'ils paraissent, peuvent
se décomposer et se résoudre finalement en deux opérations,
qui sont :
1» Dresser un plan à la varlope;
2° Suivre rigoureusement avec la scie la trace d'un trait.
Cherchez, il n'y a pas autre chose. Dans les ajustages les plus
compliqués', comme dans les plus beaux meubles, on ne trouve
que la répétition de ces deux opérations. Il suffit donc, pour de-
venir menuisier, de posséder complètement le maniement de la
varlope et de la scie. Le reste, en effet, est peu de chose et ne
présente plus de difficultés sérieuses.
« C'est en forgeant qu'on devient forgeron »,dit le proverbe. Il
faut avant de battre le fer, le mettre au feu, et s'attendre au
début à beaucoup de mécomptes. Il serait difficile à plus d'un
amateur de menuiserie de calculer le nombre de morceaux de
bois qu'il a gaspillés et jetés au feu, le nombre d'excellents
outils qu'il a mis hors d'usage. On remarque chez l'amateur qui
débute deux défauts : ses outils coupent mal, et il va trop
vito
Nœuds du bois. — Prenez gar.de aux nœuds ! Le plus habile
ouvrier n'en vient pas à bout sans peine. Tantôt le nœud se dé-
tache et laisse béant un trou que l'on ne peut bouclier propre-
ment- tantôt, dans le tranchant de l'outil, il produit une brèche
qui tient une heure sur la meule; d'aulres fois il se réduit en
une poussière menue qui aveugle ou fait tousser. Dans tous les
cas, il est entouré de cavités provenant des éclats, et que 1 on ne
saurait faire disparaître.
Que l'amateur ne tente donc pas de travailler aux loupes
d'orme ou aux nœuds de frêne : il y perdra ses peines, et au lieu,
d'un beau poli, il n'obtiendra que des trous.
Usage de la Tarlope. — Ce que je vais dire de la varlope
s'appliquera également à ses similaires.
La varlope se lance toujours droit en avant. Elle doit mordre
sans pression et sans effort, le ruban doit sortir facilement et
presque droit.
Le riflard, enlevant plus de bois, produit des rubans roules.
Une précaution de la plus haute importance est de veiller à ce
que l'outil soit maintenu horizontalement. Au début, l'amateur a
une tendance à abaisser alternativement chaque main, ce qui
transforme en jante de roue le bloc qu'il veut dresser. Sur une
planche on doit pousser la varlope non en arc de cercle, mais
toujours dans la direction des fibres, sinon la planche deviendrait
gauche ainsi qu'une oreille de charrue ; de plus, le dessous de la
I
LE DOIS.
I
varlope se gauchirait, se creuserait, et le travail parfait devien-
drait impossible.
Lorsque, pour faire mordre le rabot, on sent qu'il faut exercer
une certaine pression, c'est un indice certain quel'oulil ne coupe
plus; et vite un coup de pierre à l'huile. Il n'est pas nécessaire,
en effet, de passer à chaque fois le fer à la meule. Il faut môme
en user le plus rarement possible et seulement lorsque le biseau
n'est plus assez aigu.
Usage de la scie. — Pour bien conduire la scie en suivant
rigoureusement le trait, soit en dedans, soit en dehors, soit en
passant dessus, en un mot, pour s'en rendre complètement
maître, on doit se garder d'exercer sur elle une pression quel-
conque. Au contraire, il faut prendre l'habitude de la soulager
légèrement, car une scie en bon état n'a même pas besoin de son
poids pour mordre le bois.
En ne perdant pas de vue cette recommandation, on s'aperçoit
promptement combien il est aisé de guider une scie, en la faisant
mordre où l'on veut, et l'on arrive, par des exercices suffisam-
ment répétés, à suivre le trait machinalement, comme pour les
autres outils.
Equarrissage d'un bloc. — Voici sur l'établi un bloc brut :
il faut l'équarrir. Après l'avoir dégrossi à la hache, on le
pousse vers le crochet et on l'y fixe en le frappant d'un coup
de maillet.
On plane avec le couteau à deux mains appelé aussi plane et
on dresse au moyen de la varlope.
On met la main droite à la poignée du riflard : la gauche est
à plat sur le bout qu'elle serre modérément. On pousse d'abord
par petits coups, étendant peu à peu l'action jusqu'à l'autre
extrémité.
De temps en temps on applique l'œil au bout du bloc pour
s'assurer qu'il est droit.
Jusqu'ici, d'après ce que nous venons de dire, le bloc n'est
dressé que sur une face. Poursuivons.
Au moyen du trusquin, on trace deux parallèles qui en indi-
quent l'épaisseur; on rifle et on plane.
Puis on tourne le bloc sur champ, et on rifle comme aupara-
vant; mais il faut, au moyen de l'équerre, s'assurer que l'angle
dièdre des deux faces est bien droit. Lorsque l'on a plané, deux
coups de trusquin tracent la quatrième face.
Si l'on rabote une planche à plat, on pose de temps à autre
l'angle du riflard en travers pour s'assurer que l'on plane bien.
Au moyen du trusquin, on tire la planche d'épaisseur.
LE MENUISIER A.MATEUR. < 87
Pour en dresser le champ, on la met dans la presse et on dé-
grossit au riflard. Tenant la varlope des deux mains, on la pousse
doucement d'un bout à l'autre; de cette manière, on obtient un
JO oicrÏe'la rainure au moyen d'un bouvet, et on enlève les
angles de cette rainure en y passant doucement le guillaume,
afin que la languette ait de l'entrée.
Avant de faire la languette à l'autre planche, on applique la
première sur la seconde pour voir si les joints se confondent par-
la Sembl ag e par tenon et mortaise. - L'assemblage le
plus ordinaire comprend le tenon et la mortaise.
Fig. 221.
Fig. 225. F'g- 2:
Fig. 224, à deux arrasemeats
Fi» m 228 et 226. Tenons et mortaises. - r.g. 224, a deux arrasem
"hiiïô, à trois arrasements. - Fi|. 22fi, à quatre armements.
Les bois à assembler étant tirés d'épaisseur au riflard, dressés
et hienéquarris à la varlope, sont passés au Irusquin qui dessine
méthodiquement la largeur, en dessus et en dessous, des te-
nons et des mortaises, avec l'équerre; on arrête ensuite leur
hauteur. ., „ , ,
Pour scier le tenon bien parallèlement, il faut suivre exacte-
ment les trois lignes, non seulement celles de devant et de dessus
que l'on voit, mais aussi celle de derrière que l'on ne voit pas.
Voici le truc dont se servent les ouvriers et qu'il faut employer
pour réussir : ils indiquent par deux traits de scie, devant el
derrière, la route que la lame doit suivre ; ainsi guidée, la scie
ne s'écarte plus de son chemin et le tenon est parfait.
Disons en passant que cette précaution a de nombreuses ap-
plications. Veut-on percer un trou d'une certaine épaisseur, on
le commence des deux côtés : on évite ainsi toute déviation.
La morlaise dans laquelle vient se placer le tenon doit avoir
I
1
■
I
I
I
188 LE BOIS.
exactement la même dimension que celui-ci, qui doit y entrer à
irottement, mais sans beaucoup d'efforts.
La mortaise ne se fait pas au ciseau, mais plus facilement et
plus rapidement avec un bédane de même largeur qu'elle
L'assemblage par tenon et mortaise peut se faire à deux à
trois ou à quatre arrasemenls (fig. 224, 225 et 226).
11 n'est pas un amateur qui ne puisse voir un menuisier faisant
une mortaise et ce spectacle vaudra toutes les descriptions
Assemblage d'ouglet. — Pour les ouvrages décorés de mou-
lures, on emploie l'assemblage d'onglet qui a toujours un amde
de 45 degrés. Pour faciliter la régularité du travail, on emploie
la bote à onglet (fig. 227) qui offre le moyen assuré de réussite
pour la main la moins exercée à diriger une scie en ligne droite
Fig. 227. — Boite à onglet.
L'amateur peut faire lui-même sa boite à onglet; il emploie
un bois dur qu'il dresse bien sur ses quatre côtés, puis après le
tracé convenable il le creuse en gouttière, et avec une scie à lame
bien large il coupe les traits, ce qui produit les entailles a nui
doivent descendre sans incliner à gauche ou à droite, juste et
passe le fond de la boite.
Quand on veut scier une moulure d'onglet, on couche la ba-
guette dans la boîte, on la fait appuyer contre un des bords et
on la coupe en faisant passer la scie par une des entailles a ' La
scie ainsi maintenue ne peut dévier en aucun sens.
Assemblage» e» bout. _ Les assemblages en bout sont em-
ployés pour rallonger les pièces de bois; les charpentiers en
lont un usage plus fréquent que les menuisiers. Les principales
manières de faire cet assemblage sont : à mi-bois, en flûte ou
sifflet, en traits de Jupiter. Quelques figures nous épargneront
de longues descriptions. Les figures 228 à 232 sont des assem-
blages de rallonge à mi-bois; 228, mi-bois carré; 229 mi-bois
rentre; 230, enfourchement mi-bois; 231, mi-bois à queue re-
couverte; 232,mi-bois à queue percée. Les assemblages en bout
en flûte ou en sifflet, se font de plusieurs manières, entre autres
sifflet simple (fig. 233), sifflet à crochet (fig. 234)
LE MENUISIER AMATEUR.
189
Dans ces assemblages, on consolide le joint par des fret les
61 Enfin les assemblages en bout, dits traits de Jupiter, se font
de trois manières principales, qui sont représentées par es fi-
"„ rp , 93s à 237. On passe dans la mortaise indiquée par le pa-
ml kilogramme du milieu de la figure, une clé en bois en forme
le coin que l'on y chasse à l'aide d'une masse, laquelle clé sert
àfaTre oindre les deux parties entre elles, au moyen de la pres-
sion qu'elle opère contre les bouts de la mortaise, qu elle tend a
allonger. Cet assemblage est très solide.
Assemblage en queue d'aronde ou d'h, ronde. - C est
un moyen de réunion de deux morceaux de bois formant entre
piix un angle droit.
Montage - Après s'être exercé à ces premiers travaux, on
peut essayer de monter les morceaux de bois.
' m 2 33 M* m 230 237
. Divers modes d'assemblages en bout.
Le montage des objets composés de plusieurs pièces se fait
de deux manières (fig. 238 et 239). Wouoes
I a première, et la meilleure, consiste a faire toutes les coupes
au rabot et au moyen des outils à l'usage des menuisiers.
Mais dira-t-on, il faut avoir un atelier de menuiserie monte
ou au moins un banc de menuisier. C'est une erreur; cela vau-
drait, certes, mieux, mais ce n'est pas indispensable surlou
pour les petits objets; tout amateur peut construire un petit
Lubie dans le genre de celui que les menuisiers appellent pkj
che à dresser (fig. 238), compose d'une planche A, de ,25 de
largeur sur 0»,60 de longueur, sur laquelle on fixe, au moyen
de vis à tête plate, une planche de 0-,18 de largeur sur 0-03
d'épaisseur, de manière à laisser sur la droite la planche infé-
rieure en saillie de 0-.10. A l'extrémité de la planche B se place
à l'équerre un taquet C, qui sert à buter la pièce que 1 on veut
dresser,
il.
190
LE BOIS.
On se sert du rabot (ou de la varlope pour les grandes pièces)
en le plaçant sur le flanc et le faisant glisser sur la partie A.
S'il s'agit seulement de dresser la pièce de bois, on la pose à plat
sur la planche B. Si, au contraire, on veut faire une coupe en
biseau (G, flg. 239), on la trace au crayon ou mieux au trusquin),
puis, en inclinant plus ou moins la planchette, on enlève l'angle
au degré voulu.
li y a un moyen 1res expéditif pour biseauler d'un seul coup
Fig. 238 . — Planche à dres-
ser pour le moutuge au
rabot.
Fig. 239.
Coupe eu biseau.
Fig. 240.
Biseautage expéditif.
I
■
et avec une parfaite régularité tous les- côtés d'une corbeille,
fût-elle à six ou huit pans. Pour cela, il faut d'abord bien dres-
ser les côtés avec le rabot, comme nous l'avons dit plus haut,
tracer au compas ou mieux au trusquin la largeur du biseau,
puis ranger les planchettes comme on le voit dans la figure 240.
Pour qu'elles ne se déplacent pas, il est bon de les fixer ensem-
ble une à une avec deux pointes à placage que l'on rogne. Au-
trement dit, il faut placer le numéro 2 sur le numéro 1, le clouer,
placer 3 sur 2, le clouer et ainsi de suite ; serrer le tout dans la
Le menuisier amateur.
191
presse du banc de menuisier et au moyen du rabot ou de la var-
lnDe enlever la partie rayée.
On décloue ensuite et on recommence la même opération sur
1 ^ans léTcas où on opère sur une face de bois debout, c'est-à-
dire en coupant la veine, il faut avoir soin de donner très peu de
fer au rabot, pour éviter de
faire sauter l'angle de la
planchette.
La seconde manière pour
monter, qui consiste à pré-
parer les coupes à la lime,
est plus simple, mais le
résultat a moins de préci-
sion. Après avoir tracé la
coupe, on appuie la plan-
chette siirl'angle d'une table
(Qg. 241) en inclinant plus
ou moins pour donner la
gS "îli'nfe «tenant la pièce de la main gauche
Pour les morceaux minces et de trop petite dimension on a
imaginé une presse très simple et de la plus grande u dite.
On peut engager les amateurs, lorsqu'ils veulent préparer les
Fi S . 241.
■ Coup de lime donné il l'angle
d'une talde.
Fig. 242. — P°' * colle-forte.
Fig. 243.
l J ot à colle avec la larape.
assemblages, à procéder autant que possible géométriquement,
et à tracer, sur le bois même, la figure.
Lorsque l'ajustage des angles est préparé, on commence a as-
sembler les différentes pièces.
Collage. - Nous engageons à employer la colle forte ie Give
à chaud, qui se conserve dans des récipients (fig. 242 et 243
chauffés avec des copeaux ou avec une lampe a alcool; elle est
I
M
f 02
LE nois.
préférable aux colles fortes à froid ; elle doit être fuite 1res claire.
Elle a l'avantage de prendre plus vile et d'être plus solide.
Si les ajustages ont été bien préparés, il suffit de placer une
coucbe de colle très légère sur les deux mor-
ceaux, que l'on peut au besoin chaulferunpeu,
et de les juxtaposer.
Si on a un grand nombre de pièces, comme
dans une corbeille à six ou huitpans, il ne faut
pas arrêter le montage que tous les pans ne
soient collés ensemble, sinon on s'expose à
avoir un espace Irop grand ou trop petit pour
placer le dernier. Il vaut mieux, dans ce cas,
dès que l'on a placé deux pans, les fixer en-
semble et au fond au moyen de petits fils de
fer très fins, semblables à ceux des fleuristes
et ainsi de suite jusqu'au dernier.
On laisse sécher et on enlève les fils de fer
qui tiennent le fond. On ajuste ensuite les den-
telles de la corbeille de la même manière.
Ce que nous avons dit pour le montage d'une
corbeille s'applique à tous les objets dont les
différentes pièces forment des angles plus ou
moins aigus.
Lorsque l'objet que l'on monte est en bois
d'une certaine épaisseur (7 à 8 millimètres), et
surtout en bois foncé, on peut, au lieu de fll
de fer, se servirde fines pointes à placage sans
tête; si le bois est dur (chêne, par exemple), il
suffit de planter préalablement la pointe dans
une petite boule de cire jaune, pour qu'elle
puisse être enfoncée sans plier; nous en"a-
geons aussi à n'employer que de très petits
marteaux d'horloger.
Mise en presse et serrage. — Après le
collage, le menuisier se sert de la presse à bois
pour serrer ses bois (fig. 244) s'il s'agit de pièces
de peu de dimension.
Si au contraire la pièce à maintenir est assez
grande, il faut employer le serre-joints, que l'on
appelle quelquefois par corruption sergent; cet instrument (fig. 243)
tient les assemblages exactement joints pendant qu'on les che-
ville ou pendant que la colle se fige. On peut le construire soi-
rnême ; sauf la vis et son écrouque l'on trouve chez le quincaillier,
S>
Serre-jointsou sergent.
LE MENUISIER AMAÏEUK.
1 93
Vernissage. — Voici maintenant quelques conseils pour le
vernissage des objets terminés :
On sait qu'il y a deux sortes de vernis : le Demis copal qui s'ap-
plique au pinceau et le vernis au tampon.
Le premier est d'une application très facile : il s'agit simple-
ment d'en badigeonner la surface à vernir. Cependant quelques
précautions sont à prendre. D'abord il ne faut pas trop charger
le pinceau d'enduit pour ne pas l'empâter; ensuite il est bon d'en
donner plusieurs couches pour obtenir un brillant suffisant. Il
faut laisser bien sécher chaque couche avant d'en appliquer une
nouvelle.
Le vernis au tampon donne un résultat bien supérieur au vernis
copal, mais son application est plus longue et plus difficile. Nous
allons la décrire. Malgré cela, l'amateur pourra toujours prendre
une leçon près d'un ébéniste.
Que'le bois soit plein ou qu'il ait été découpé, on fixe la pièce
à vernir sur un morceau de sapin au moyen de pointes de
placage que l'on enfonce à fond. On imbibe ensuite d'huile
un chiffon et on passe une couche sur le bois; on frotte, soit
avec un morceau de pierre ponce, soit avec un papier de verre
très fin recouvrant un morceau de bois. On doit poncer en cou-
pant toujours la veine dubois et jamais en long. Lorsqu'on sent
avec le doigt que le bois est devenu bien uni, on nettoie avec un
linge doux.
Le tampon pour étaler le vernis est constitué comme suit : on
prend un morceau de laine ou de flanelle, on forme une boule
grosse comme un œuf, on l'enveloppe d'un double de toile déjà
usée, de manière à former une queue qui se tient à pleine main
pour charger le tampon, on l'ouvre et on verse à l'intérieur
quelques gouttes de vernis spécial appelé vernis à tampon.
Une fois le tampon chargé, on le pétrit dans les doigts pour
répandre également le vernis, puis on commence à frotter sur
les pièces en tournant; les premiers coups doivent être donnés
légèrement, il faut éviterde passer trop souvent à la même place,
c'est pourquoi, lorsque les morceaux à vernir sont petits, il est
bon d'en assujettir plusieurs sur la planche de sapin, afin de pou-
voir promener le tampon de l'un à l'autre.
Ne vous étonnez pas si, dès les premiers coups de tampon, votre
bois ne parait pas se vernir ; il doit, au contraire, en être ainsi;
autrement, il y aurait trop de vernis dans le tampon, et vous
auriez pour résultat de faire ressortir les pores du bois, et il fau-
drait poncer de nouveau.
Après les premiers coups de tampon, on peut répandre sur
i
m
il
h
19i
LE BOIS.
l'objet une pincée de pierre ponce en poudre, les pores du bois
sont plus vite remplis, et on accélère l'opération.
Lorsque le tampon commence à sécher, on le recharge et on
continue à frotter en appuyant davantage à mesure que l'opéra-
tion s'avance; de temps en temps on met, soit sur le tampon,
soit sur le bois, une petite goutte d'huile de lin ; mais ne vous
laissez pas prendre au brillant que cette goutte donne de suite
au bois et qui disparaît dès les premiers coups de tampon ; si
vous mettez trop d'huile, le brillant ne durera que quelques ins-
tants et vous arriverez difficilement à polir. Pour que le tampon
fonctionne bien, il faut, pendant les trois quarts de l'opération,
que le vernis paraisse mat et gras; vous devez voir chaque coup
de tampon ; ce n'est qu'à la fin, quand tous les pores du bois
sont bien remplis, qu'en frottant plus vivement et presque à sec,
on voit paraître le brillant.
Enfin on peut, pour terminer, employer un tampon que l'on
charge avec quelques gouttes d'esprit de vin ; en le passant légè-
rement sur l'objet verni, on obtient un très beau brillant.
Nous recommandons surtout aux amateurs de ne jamais ar-
rêter le tampon sur le bois pendant l'opération, car cela ferait
tache.
Parfois il arrive qu'après un certain travail, on s'aperçoit que
le vernis ne prend pas bien ; c'est que l'opéralion aura élé mal
commencée; on aura mis trop de vernis ou trop d'huile; dans
ce cas, que l'on ne s'obstine pas ; passez de nouveau le papier de
verre 1res fin et usagé, ou la pierre ponce, et reprenez l'opération
dès le commencement.
Vernissage avec les vernis de couleur. — Avant de recom-
mander aux amateurs les vernis de couleur, dit un spécialiste,
M. J. Carante, nous avons eu la conscience de les expérimenter,
non pas au point de vue chimique, — c'eût élé sans importance,
mais au point de vue des utilités pratiques, et voici les conclu-
sions que nous avons à formuler sur les teintes que nous avons
manipulées pures ou additionnées d'alcool, au tampon, au pin-
ceau et de toute autre manière.
D'abord, nous avons constaté que ces vernis étaient très chargés
de couleur, immense avantage qui permettait d'utiliser à volonté
toute l'intensité de la teinte ou de l'alténuer par un mélange
plus ou moins considérable d'alcool ou de vernis ordinaire ; que
les couleurs de provenance végétale, loin d'empaler les vernis et
de nuire à leur manipulation, se combinaient admirablement
avec l'esprit-de-vin,et qu'elles subissaient, aussi aisément que la
gomme laque, l'action conductrice du liquide auquel elles sont
LE MENUISIER AMATEUR.
193
mêlées. L'inconvénient que nous leur avons reconnu, et qu'il suffit
de signaler pour s'en prémunir, serait celui-ci, si l'on n'y prenait
carde : la surface à vernir ne recevrait pas une teinte uniforme,
et la couleur se déposerait par inlermillences ou par plaques plus
accentuées, plus foncées, dans certaines parties que dans d'au-
tres, soit que le tampon se décharge naturellement, soit qu'il se
promène inégalement partout, résultat inévitable de la surcharge
de vernis ou de l'inhabileté de la manipulation, excès ou incon-
vénient qui est susceptible de se produire dans l'emploi des vernis
ordinaires, et qui, dans le cas présent, se complique de l'inégale
répartition de la couleur. Le tampon, comme la main du reste,
aurait donc à lutter tout a la fois contre les forces extensives de
la couleur et du vernis.
Un emploi meilleur et qu'après expérience nous pouvons si-
gnaler, serait d'additionner les vernis colorés d'alcool ou mieux
encore de vernis ordinaire ; on arriverait, par la superposition de
couches successives, plus lentement mais plus sûrement, au même
effet, c'est-à-dire à l'égale répartition de la couleur: c'est une
des propriétés de ce genre de vernis qui nous a le plus préoccupé
et une difficulté que nous avons résolue par une proportion de
mélange à parties égales ou disproportionnelles. Ajoutons, pour
ne rien négliger, que quelques gouttes de ces vernis convention-
nels jetées dans les vernis ordinaires, non seulement les relèvent,
mais en modifient notablement la teinte et, sous ce rapport,
remplacent avantageusement l'emploi des matières premières,
dont il faut attendre la dissolution, et qu'on ne sait pas toujours
proportionner au degré voulu.
C'est une première manière, mais il y a mieux encore, et sur-
tout pour la découpure, un parti plus avantageux à tirer de ces
vernis. On court à la recherche des procédés de transformation
et de dénaturalisation des bois, on demande à la science des
indications, des notions précises plus ou moins réalisables, tandis
qu'on a sous la main le plus simple, le plus économique de tous.
Qui empêcherait d'employer comme teinture les vernis colorés,
non pas purs et sans modifications, mais travaillés, additionnés
d'alcool, appropriés et rendus aptes à être utilisés au pinceau ou
sous forme de bains, où seraient plongés les bois naturels pour
sortir de là avec des apparences radicalement contraires à leur
aspect originaire?
Du bois le plus commun vous pourrez, grâce au vernis, obtenir
des transformations qui accuseront à volonté les plus riches
nuances des bois exotiques, qui même les imiteront à s'y mé-
prendre. Le résultat est subordonné à la manipulation, et celte
196
LE BOIS.
I
manipulation est à la portée do tous, puisqu'elle consiste à dé-
doubler les vernis et à en imbiber les bois par application ou
par immersion. Dans le premier cas, la réduction des vernis
est appliquée au pinceau ou sur le bois brut, ou sur le bois
largement imbibé d'huile, et "sans économie de liquide ou de
matière. Dans le second cas, qui est infiniment préférable, quand
la dimension des pièces le permet toutefois, il n'y a pas à tem-
pérer l'absorption, le bois se sature de lui-même et prend une
teinte beaucoup plus uniforme. La teinture n'exclut pas l'action
du tampon; elle est même indispensable pour donner aux bois
ainsi transformés du brillant, de la vivacité et de l'éclat, car les
vernis couchés d'une manière ou de l'autre sont et demeu-
rent mats.
Tablettes, bottes, tiroirs. — Par où commencer ? Un des
premiers soins parait devoir être d'organiser l'atelier, d'y poser
des tablettes destinées à recevoir les outils, de faire beaucoup
de petites boîtes et de tiroirs, etc.
En confectionnant les tablettes, les boîtes, on s'habitue au
maniement des rabots.
Les tasseaux destinés à recevoir les tablettes sont découpés
par paires dans de petits carrés de bois, et on apprend ainsi à
manier la scie à chantourner.
Pour fixer les rayons d'une étagère, on peut, au lieu de tenons,
se contenter de vis à tète plate, que l'on met par derrière et dont
on incruste la tête dans le bois, en agrandissant le trou à l'en-
trée, ce qui s'appelle fraiser.
Pour les boîtes qui doivent contenir des clous, on fait une caisse
à compartiments, dont les cloisons entaillées à moitié bois s'en-
clavent l'une dans l'autre, et n'ont besoin d'être clouées qu'à
chaque extrémité.
Peut-être hésiterez-vous dans l'exécution de certains travaux.
Consultez alors un bon ouvrier; mais ayez aussi confiance dans
vos propres observations. Si, par exemple, vous ne comprenez
pas bien l'assemblage d'une boite, démontez-en une; vous en
remonterez deux de front, la vieille et une neuve.
Construisez des tiroirs dont les parois soient assemblées à
queue d'aronde ou d'hyronde. Exercez-vous à cet assemblage
qu'il est assez difficile de bien exécuter. Taillez d'abord les tenons.
On les présente sur la planche où ils devront entrer; au moyen
d'un crayon fin ou d'une pointe ad hoc vous tracerez les en-
tailles. Vous collerez et vous serrerez au sergent.
Le fond sera introduit à coulisse, et vous le retienç(res à la.
paroi postérieure par une pointe fine facile à enlever.
LE MENUISIER AMATEUR.
197
Malle «le voyage.— Vous désirez une malle de voyage, cons-
iruisez-la vous-même. Vous pouvez eu faire de toutes les gran-
deurs • essayons-en une de 0«,60 de long, 0»,30 de large et 0™,30
de hauteur. Vous vous procurez une volige (sans nœuds) de sapin
de 4 mètres de long, 0-,33 de large et de ra ,l d'épaisseur. Elle
vous fournira quatre longueurs et deux bouls ; vous ne refendrez
aucun de ces morceaux. En inoins d'une heure, vous les aurez
bien rabotés. Vous pourriez les assembler à queue d'aronde,
mais vous userez moins de temps par une autre méthode. .
Taillez bien correctement votre fond de m ,S8 sur m ,28, au
moyen de pointes à tête d'homme, longues de 0-.03S à 0™,04 en-
viron- clouez-y les longues parois, que vous coupez juste de la
même longueur, et bouchez les deux extrémités par les deux
planchettes de 0»,30 de long et de 0-,20 de hauteur, que vous
aurez préalablement arrondies par le haut. Le fond supérieures!
resté de 0'" 33 de large : vous le mouillez d'un côté et le faites
chauffer de Vautre sur une poignée de copeaux enflammés. Il se
courbe et vous vous hâtez de le clouer sur voire caisse. Vous
enfoncez les pointes au moyen d'un chasse-clous, et vous rabotez
tout ce qui dépasse.
La boite n'est pas ouverte encore. A m ,0o ou 0",06 du bord
supérieur, on tire un trait tout autour, et ce trait guide la scie
qui sépare promptement les deux portions de la caisse, qu'aucun
ouvrier ne pourrait faire s'adapter si parfaitement s'il les cons-
truisait séparément.
On doit s'habituer à utiliser toutes sortes de choses : avez-vous
quelques boîtes à sardines, jetez-les au feu pour les dessouder;
les parois de ces boîtes vous donneront des équerres dont vous
garnirez les angles de votre malle.
Vous n'aurez plus qu'à poser deux charnières, deux poignées,
un porte-cadenas, et enfin à appliquer sur le tout deux couches
de noir au vernis.
Vous pouvez aussi garnir l'intérieur de papier et y ajouter un
double fond.
Le tout vous aura coûté 3 fr. 50 à 4 francs.
Nécessaire à ouvrage, coffre à bois, elc — On construit
de même en un morceau un nécessaire à ouvrage.
11 n'est pas plus difficile de construire beaucoup d'autres meu-
bles, tels que coffre à bois, caisse à fleurs, jardinière, étagère,
guéridon, niche à chiens, etc.
I
■
AI
198
LE BOJS.
I
I
CHAPITRE II
LA PEINTURE ET LA DÉCORATION DES BOISERIES.
Les peintures des lambris, plinthes, corniches, etc., et en
général de toutes les boiseries d'appartement doivent 'être en
harmonie dans chaque pièce avec les papiers de tenture ■ une
valeur de ton un peu plus foncée servant d'encadrement à une
teinte plus claire. On peut facilement exécuter ces peintures
soi-même et même les rehausser de filets et d'ornements à plat
très simples, il ne faut pour cela qu'un peu de goût, un peu de
patience et d'adresse, mais beaucoup de soins.
Peinture à teintes plates. — Voici la manière de procéder
pour les teintes plates.
Les peintures d'un appartement peuvent être de deux sortes :
à la colle ou à Vhaile.
Peinture à la colle. — La peinture à la colle, dite aussi à la
détrempe, est celle dont les couleurs broyées à l'eau sont ensuile
détrempées avec de la colle. Cette peinture se prépare facilement
en faisant fondre sur un feu doux de la colle de peau, à laquelle
on ajoute, lorsqu'elle est chaude, du blanc de Meudon ou blanc
d'Espagne ; on colore ce mélange au moyen de couleurs que
l'on achète toutes broyées et que l'on délaye dans de l'eau douce
bien pure.
Cette peinture peut être employée sur le bois, le plaire, mais
à la condition que la surface à recouvrir soit parfaitement propre
et sèche.
La peinture à la colle exigeant plusieurs couches, on fera bien
de donner la première avec un simple mélange de colle et de
blanc de Meudon employé bien chaud ; celte première couche
qui servira d'encollage et sur laquelle les couleurs seront plus
belles et plus solides devra être légèrement poncée lorsqu'elle
sera bien sèche, de façon à ce qu'il ne reste aucune aspérité, et
les trous, fentes et fissures, qui pourraient se présenter, seront
rebouchés avec un mastic épais composé de blanc et de colle.
Avant do commencer à peindre, on devra essayer la couleur
sur une planchelle, afin de se rendre bien compte de la valeur
du ton qu'elle prendra en séchant, et la modifier s'il y a lieu ;
en outre il serait si difficile de faire des raccords exacts qu'il est
tiès important de préparer du premier coup la quantité de cou-
leur nécessaire pour couvrir tout ce que l'on doit peindre.
LA PEINTURE ET LA DÉCORATION DES BOISERIES. 109
Une bonne détrempe se compose de trois quarts de couleur
(blanc compris) et d'un quart de colle ; il en faut à peu près
500 grammes pour couvrir une superficie de 4 mèlres carrés.
On aura soin en peignant de maintenir la couleur à une tem-
pérature assez élevée, de façon à ce qu'elle coule facilement au
bout de la brosse sans l'empâter, et qu'elle couvre, sans les en-
gorger, les moulures et les saillies; on peindra hardiment et à
grands' coups, en maintenant la brosse horizontalement devant
soi, sans s'incliner et de manière que sa surface soit bien d'a-
plomb sur la partie à peindre.
Quand la première couche donnée après celle qui sert d'en-
collage sera très sèche, ce qui a lieu assez promplement, on en
donnera une seconde et dernière.
La peinture à la colle est plus économique que la peinture à
l'huile et a de plus l'avantage de ne donner aucune odeur et de
permettre l'babilaiion des chambres aussitôt après son applica-
tion. Quand elle a été faite avec soin, elle conserve sa beauté el
sa fraîcheur fort longtemps et son apparence mate lui donne
un charme très apprécié dans un ensemble décoratif.
Peinture à l'huile. — On emploie la peinture à l'huile dans
les appartements dont les murs sont susceptibles d'être salis ou
tachés parce qu'elle se nettoie et se vernit facilement, ce qui ne
peut avoir lieu dans la détrempe.
La préparation des couleurs pour la peinture à l'huile demande
tant de soins et de connaissances spéciales que nous ne craignons
pas de conseiller l'achat de couleurs toutes préparées.
Les couleurs à l'huile doivent être employées à froid sur des
surfaces préparées comme pour la peinture à la colle ; on aura
soin de remuer de temps en temps la couleur avec la brosse afin
qu'elle soit toujours également liquide et par conséquent de
même ton. Si le ton devenant épais ne conservait plus la même
teinte que le dessus, on l'éclaii cirait en y ajoutant de l'huile.
Lorsque l'on devra donner la seconde couche, ce qui ne peut
avoir lieu que quand la première sera parfaitement sèche, c'est-
à-dire deux ou trois jours après, on ajoutera à la couleur une
assez grande quantité d'essence de térébenthine bien pure, sur-
tout si l'on a l'intention de vernir la peinture.
Filets. —Les boiseries peintes ainsi avec beaucoup de soin,
et recouvertes de teintes plates, gagneront beaucoup à être re-
haussées, et pour ainsi dire égayées, par des filets, simples à exé-
cuter et d'une couleur différente de celle du panneau quoique
s'harmonisant parfaitement avec elle.
On se sert pour tracer les filets d'une règle plate un peu Ion-
LE BOIS,
gueet assez souple; on doit la tenir à une certaine distance du
panneau en 1 appuyant seulement par une de ses extrémités et
en a soulevant légèrement de l'autre; puis on fait glisser rapi-
dement en le tournant un peu, un pinceau très long très
meï P %n T Spéci£ i ,emetltà cet u ^ge et vendu dans le'con!
me.c sous le nom de pinceau à filet. Il faut, pour bien .race,
h vl iT^^ fe, ; metéde »«*>, surloutdans celle qui tien
Lui' ? T d ° U Ôtre assez 11( I uide P° ur couler facile-
?u lr S , CePen ( da, : t faIre de baVUreS; i'^Périence indiquera,
du ,este, 1res vite les moyens à employer et, après quelque
essa.s, on arrivera à des résultats très satisfaisants
CHAPITRE III
LU TRAVAIL DU TOUR.
De celte mimense agglomération d'industries particulières
d arls et de petits métiers qui constitue l'industrie humaine, là
ïi,"?™'"' S f> PaSSer du secoursdu voisii! et beaucoup
nont d autre raison d'être que le secours qu'ils apporlent, ce
Fig. 246. — Tour à pointes monté.
n'est que l'infime petit nombre qui pourrait vivre à l'écart et de
son propre fonds.
A la léte de ces derniers, nous pouvons /sûrement placer l'art
du tour. Les choses en sont venues à ce point, en effet, et depuis
longtemps, que nul ne peut se passer de lui ; par contre, il serait
impossible d'énumérer l'énorme variété d'articles qu'il peut con-
fectionner absolument seul, sans le secours d'aucune industrie
étrangère, sauf pour l'outillage et la matière première.
Tour. — On appelle tour l'appareil sur lequel on opère et
qui est disposé différemment, suivant l'objet auquel on veut
LE TRAVAIL DU TOUR. 201
l'appliquer; mais le principe général est toujours le même;
le tour doit tourner dans tous les cas, c'est là sa mission iné-
luctable.
Presque tous les tours sont horizontaux, quelques-uns sont
verticaux, ceux employés par le potier, par exemple.
Dans le tour, la pièce à tourner se trouve placée entre deux
pointes fixes. La seconde
pointe peut se rapprocher ou
s'éloigner de la première, sui-
vant la longueur de la pièce à
travailler.
Le tour à pointes est simple
à établir (fig. 246): deux ju-
melles en bois parallèles sont
supportées à leurs extrémités
par deux pieds, formant le
banc du tour. Les pièces de
boisqui supportent les pointes
sontappelées poupées (ftg. 247); poupéa du tom , = yec ]mulk , rf ^te.
ce sont des billes de bois car-
S rées terminées par un tenon à double arrasemenl, qui pé-
nètre entre les deux jumelles, les dépasse en dessous et porte
h sa partie inférieure une mortaise transversale dans laquelle on
I
mrm
Fie, 248. — Pointa du tour;
Fig. 249. — Support ou ^uide de tour.
passe une clef en bois qu'on chasse à coups de masse pour faire
appuyer fortement la poupée sur les jumelles. Les pointes (fig. 248)
sont fixées à 3 décimètres au-dessus du banc, pour un tout- de
moyenne grandeur, et à 1 décimètre environ du sommet de la
poupée. D'ordinaire, la pointe de gauche est immobile ainsi que
M
202
l.É BOIS.
■
1
I
la poupée, et la pointe de droite de la poupée mobile est une vis
pointue, vissée dans cette poupée, qu'elle peut dépasser de 1 déci-
mètre du côté de la première pointe.
Il faut maintenant donner au tourneur un appui solide sur
lequel il puisse poser son outil afin d'attaquer la pièce fixée
entre les pointes. Cet appui s'appelle support à chaise (fig. 249),
et se compose de trois parties : la semelle, la chaise et la cale.
La semelle est une planche de 3 à 4 centimètres d'épaisseur
sur 14 de largeur, et de longueur variable suivant la force du
tour. Elle porte clans une partie de sa longueur une ouverture
longitudinale, large de 3 cenlimètres, destinée à recevoir le collet
d'un boulon dont la tête carrée sera noyée dans deux feuillures
pratiquées le long des côtés de l'ouverture et en dessous, le bou-
lon passe entre lesjumelles, traverse une forte barre en bois au-
dessous de laquelle est un écrou à oreilles avec lequel on opère
la pression et la fixation de la semelle sur l'établi. On comprend
facilement qu'en desserrant le boulon on peut faire glisser la
semelle dans un sens perpendiculaire à la ligne des pointes et
môme l'incliner par rapport à cette ligne ; on peut aussi la faire
marcher le long des jumelles et la placer par conséquent dans
la position convenable par rapport à la pièce à tourner.
La chaise est un morceau de bois en forme d'équerre, appuyant
par des branches horizontales sur la semelle à laquelle elle est
fixée par un boulon. Ce boulon, taraudé à sa partie inférieure,
s'engage dans un écrou noyé au-dessous de la semelle : il se
termine à sa partie supérieure par une forte tête percée de deux
trous en croix dans lesquels on introduit la queue d'une clef
pour serrer la chaise sur la semelle, quand on a fait tourner de
la quantité convenable cette chaise autour du boulon.
La cale est une planche épaisse de métal ou de bois dur qu'on
attache devant la branche verticale ou le dossier de la chaise au
moyen d'un écrou en T. Cette cale n'a par le bas que la largeur
du dos de la chaise; dans le haut elle s'élargit et est terminée
par deux pointes ; c'est sur la partie supérieure de cette cale
que l'on appuie l'outil. Pour que la cale puisse être haussée ou
baissée à volonté, le trou qu'on y pratique pour laisser passer
le T n'est pas rond, mais allongé clans le sens vertical.
On communique à la pièce à tourner un mouvement soit cir-
culaire alternatif, soit circulaire continu ; dans le premier cas,
c'est au moyen d'une corde qui fait plusieurs fois le tour de la
pièce et que deux hommes tournent alternativement; d'autres
fois, et c'est même le cas le plus fréquent, la corde s'attache à
l'extrémité d'une perche élastique fixée par l'autre bout au pla-
LE TRAVAIL DU TOUR.
203
fond de l'atelier, descend verticalement en faisant plusieurs fois
le tour de la pièce à tourner, continue ensuite à descendre et
s'attache à un levier nommé pédale. Ce levier peut osciller autour
d'un point fixe. Le tourneur place le pied sur la pédale, et pen-
dant qu'elle descend il attaque sa pièce avec l'outil; quand il re-
lève le pied, l'élasticité de la perche fait remonter la pédale et
tourner la pièce en sens contraire.
Cette seconde espèce de tour à pointes peut se transformer en
tour en l'air en sup-
primant la seconde
pointe et en plaçant la
pièce à l'extrémité de
l'arhre mobile, on peul
alors l'atlaquerde tous
côtés, excepté par le
point d'altache.
Ce système est sim-
ple, mais entraîne une
perte de temps consi-
dérable, puisque le
travail est discontinu,
en occasionnant en
outre de fortes vibra-
tions dues à l'action
intermiltenle de l'ou-
til. 11 est de beaucoup
préférable d'enrouler
la corde sur une pou-
lie fixée à la pièce à
tourner, el sur une se-
conde poulie plus
grande mise en mou-
vement, soit par le pied
du tourneur, au moyen
d'une pédale, soit par
un manœuvre quand
l'etfort à produire est un peu considérable (fig. 2o0).
Outillage. — Les outils employés pour tourner le bois sont
principalement la gouge, le ciseau et le bédane (bec-d'àne).
Ces outils sont de dimensions très variées, appropriées aux dif-
férents travaux pour lesquels ils doivent être employés.
La grosse gouge (grosse relativement à la pièce en œuvre) est
un outil demi-cylindrique affûté à son extrémité; elle sert à
. 280. — Tour, monté sur guéridon à pédale,
pour tourucr assis.
■
20i
LE BOIS.
dégrossir les contours raboteux que la hache ou la plane n'ont
pu faire disparaître.
Le ciseau ou fermoir, outil dont le tranchant est formé par la
rencontre de deux biseaux, s'emploie pour les surfaces unies ou
cylindriques.
Pour les bois très durs tels que le gayac, le buis, l'ébène,
comme pour la corne, le buffle, l'os, l'ivoire, etc., on se sert
encore du grain d'orge, sorte d'outil semblable au burin du
graveur et qui, principalement pour dégrossir, rend de grands
services, surtout dans le voisinage des moulures à vive arête, où
l'intervention téméraire de la gouge pourrait causer quelque
malheur irréparable.
Un mince plateau, destiné, par exemple, à un dessus de gué-
ridon est monté sur un mandrin plat vissé sur l'arbre de tour,
et fixé dessus à l'aide d'une espèce de mastic dit « mastic de
tourneur », composé de résine, de blanc d'Espagne et de suif.
Le grain d'orge est alors amplement employé, surtout pour le
découpage net de la circonférence.
Les plateaux d'un diamètre beaucoup moindre, dont on veut
faire des pieds de flambeaux, des patères et autres choses sem-
blables, admettant un trou au centre, sont montés sur un man-
drin armé d'une petite vis conique à pas profond et acéré qu'on
appelle : queue de cochon. Toutes les fois que le centre doit
rester intact, on fait usage du mastic de tourneur.
Un mandrin creux, dans lequel on enfonce la pièce de bois à
coups de marleau, est employé pour façonner une coupe, une
sébile, un égrugeoir : en un mol tout objet qu'il s'agit de creu-
ser; il en est de même pour tous les objets qui doivent avoir
une forme circulaire.
Travail du tour. — Rien n'est plus facile que de monter une
pièce sur le tour à pointes.
Supposons qu'on veuille façonner une colonne de lit, ou un
pied de table, de bureau ou de chaise, en un mot une pièce de
bois longue, pleine et cylindrique: on scie d'abord le morceau de
bois à la longueur convenable, puis on le dégrossit à la hache
ou à la plane, selon son volume et sa nature.
Si la pièce est droite, il y a peu de déchet; si elle est courbe il
faudra enlever beaucoup de bois.
Ces préparatifs terminés, on la monte sur le tour : la tête sur
l'arbre de tour,l'autre bout sur unepointe fixée, également en acier,
vissée dans la poupée mobile qu'on a placée à la distance requise.
On trace aux deux extrémités deux cercles, égaux en diamètre
à la pièce que l'on veut obtenir, on place les centres de ces cercles
LE TRAVAIL DU TOUR.
205
de manière à ce que la ligne qui les joint ne s'approche jamais
de la surface de la pièce en aucun point de plus près que le
rayon définitif. Il faut beaucoup d'habitude pour arriver à rem-
plir promptement cette condition. On enfonce alors les centres
avec une pointe de fer conique et on fait entrer les deux trous
ainsi obtenus dans les pointes du tour qu'on humecte d'huile
pour adoucir les frottements, on serre les pointes assez pour que
le bois ne ballotte pas quand on l'ébranlé, et pas assez pour l'em-
pêcher de tourner librement.
Quelques petits coups de marteau ayant suffi à centrer la pièce
de bois, on approche aussi prés que possible le support qui doit
maintenir l'outil. La mise en train est faite et l'œuvre va com-
mencer.
On attaque d'abord le bois, quelle que soit sa nature, avec une
gouge.
On la place d'aplomb sur le support et on la met on contact
avec la matière à façonner, qui tourne sous l'impulsion da pied
appuyé sur la pédale; elle dévore le bois avec beaucoup de ra-
pidité, et on la lient inclinée avec les deux mains, et en attaquant
le bois au-dessus de son axe; cet outil ne doit pas être présenté
constamment en ligne directe devant l'ouvrier, mais incliné suc-
cessivement de droite à gauche, après avoir produit un sillon de
la profondeur de sa lame et même un peu moins.
Pour enlever les irrégularités produites parla gouge, on em-
ploie un ciseau ou fermoir. Cet outil se lient de même que la
gouge, mais esl plus difficile à mener, il termine complètement
le cylindre; on s'en sert aussi pour mettre les bases du cylindre
d'équerre avec son axe.
Travaux exécutés avec le tour. — Le tour occupe incon-
testablement le premier rang parmi les machines-outils, son
usage est général dans une foule de professions et il n'existe pas
d'atelier de construction qui n'ait un ou plusieurs tours, avant
de posséder aucune autre machine-outil. Le travail des machines-
outils peut, en effet, être exécuté avec précision, quoique beau-
coup moins rapidement, à la main, tandis qu'il serait très difficile,
pour ne pas dire impossible, de remplacer en aucune manière
la précision mathématique et la rapidité d'exécution des pièces
circulaires obtenues par l'usage du tour.
Employé par beaucoup de personnes, cet outil s'est perfec-
tionné rapidement, il a subi un grand nombre de modifications
importantes.
Aussi le voit-on, suivant ces divers usages, se subdiviser en
outils spéciaux qui, tout en découlant du même principe, sont
H. de Graffigsy, — Les industries d'amateurs. 12
1
■
20(5
LE BOIS.
chacun plus ou moins particulièrement destinés à reproduire telle.
ou telle forme.
Sa manière d'opérer est, du reste, opposée à celle des autres
machines-outils et outils. L'ajusteur qui attaque le métal à la
lime, ou l'emporte au burin, transporte le point d'application
de l'effort qu'il déploie, et produit ainsi un travail proportionnel
à l'effet qu'il développe et par suite à la fatigue qu'il éprouve;
dans le tour, au contraire, la matière à emporter appartenant au
corps mis en rotation par une force mécanique, se présente au
tranchant de l'outil, et le tourneur ne développe qu'une force
minime, souventmême il place son outil sur un chariot qu'il fait
mouvoir et regarde la matière s'enlever par l'action d'un moteur
extérieur, auquel il peut souvent emprunter une force illimitée.
On emploie le tour à former non seulement des surfaces cylin-
driques, mais encore des cônes, des surfaces planes, sphériques,
des polyèdres de toutes les formes, des hélices, etc. Il sert journelle-
mentàpercer et à aléser des trous, tant cylindriques que coniques.
Outre la colonne torse ou simple boudin, une foule de mou-
lures peuvent ôlre adaptées au système et la colonne cylin-
drique creusée par l'amateur décèle quelquefois une colonne
torse d'une rare élégance; la torsade elle-même peut être creu-
sée et présenter à l'œil des effets charmants.
L'imagination de l'amateur dans' le travail du tour peut se
donner libre carrière.
On a vu des amateurs assez habiles pour exécuter un carré
parfait sur le tour.
Le Conservatoire des Arts et Métiers de Paris possède d'ailleurs
une collection nombreuse de petits chefs-d'œuvre exécutés au
tour.
CHAPITRE IV
LE DÉCOUPAGE ARTISTIQUE DU BOIS.
On appelle découper enlever dans une planche de bois, en sui-
vant des contours indiqués, toutes les parties étrangères au des-
sin que l'on veut représenter, de manière à ce qu'il ne reste que
le corps de ce dessin.
Le découpage peut avoir un double but : tout d'agrément
lorsqu'on emploie ses procédés pour construire ces riens qui or-
LE DÉCOUPAGE ARTISTIQUE DU BOIS.
20:
nent une cheminée ou une étagère, et aussi d'utilité lorsqu'on
fait cette étagère elle-même ou un meuble élégant quelconque.
11 peut être fait en plein bois, ou en relief, comme le montre
la figure 251.
Choix des bois. — On emploie généralement pour ce genre
de travail du bois dur ou ayant la veine serrée, tel que noyer,
poirier, acajou, palissandre, parmi les bois foncés; érable, syco-
more, marronnier, parmi
les bois blancs. I^^^^^^^^K
Nous engageons les
amateurs à se tenir en
garde contre l'emploi du
chêne et du hêtre, pour le
découpage ; le premier
surtout, assez dur à dé-
couper, est très fragile,
lorsque le dessin a quel-
que peu de finesse; il est
bien préférable d'em-
ployer du noyer ou même
du bois blanc, auquel on
donne une teinte chêne
clair ou vieux chêne, au
moyen de la teinture de
brou de noix, ou bien
une teinte acajou avec la
poudre de santal.
L'épaisseur du bois va-
rie suivant le genre de
travail que l'on entre-
prend; mais, en général,
il faut éviter, pour les
petits objets de pur orne-
ment, tels que corbeille,
étagère, cadre photographique, d'employer du bois ayant trop
d'épaisseur; le découpage deviendrait lourd et beaucoup inoins
gracieux.
Voici l'indication de quelques épaisseurs pouvant servir de
base générale :
Étagère dessin simple, 8 à 10 millimètres.
Étagère dessin fin, 4 à millimètres.
Cadre photographique, 3 à 5 millimètres, suivant que le des-
sin est plus ou moins compliqué.
Fi;.'. i'r>\ . — Découpage, la partie droite est en
relief; la partie gauche est en plein bois.
208
LE BOIS.
I
Grande corbeille, 4 à 5 millimètres.
Petile corbeille, 2 à 4 millimètres.
Tracé du dessin. — Il y a différentes manières de tracer
sur le bois le dessin que l'on veut découper.
Collage du dessin. — Le plus simple et certainement le
meilleur, pour les amateurs qui ne sont pas dessinateurs, con-
siste à coller le dessin.
L'opération du collage du dessin sur le bois mérite beaucoup
plus de soin et d'attention qu'on ne lui en accorde généralement;
c'est qu'en effet on prévoit rarement les inconvénients qui peu-
vent résulter de la dilatation du papier sous l'influence de l'hu-
midité de la colle, et pourtant ces inconvénients ne manquent
pas d'une certaine gravité. Les précautions les plus minutieuses,
dont on se dispense avec tant d'insouciance, seraient déjà justi-
fiées par la nécessité d'éviter les plis et les boursouflures qui se
produisent alors et qui déforment l'ensemble et les détails du
dessin, surtout lorsqu'il s'agitde feuilles d'une certaine dimension.
Toutes les colles sont bonnes à employer; cependant nous ne
nous servons que de gomme arabique, très propre, très limpide
et plutôt légère qu'épaisse; pour les grandes surfaces seulement,
nous la remplaçons par la colle de farine ou d'amidon très claire.
Mais la gomme arabique a sur toutes les autres colles un avan-
tage précieux, c'est d'être toujours prête à servir; elle ne se cor-
rompt pas, on l'a dans un petit flacon peu embarrassant, tou-
jours à la portée de la main; sur les bois foncés, il est même
difficile d'opérer autrement. La meilleure manière de préparer la
colle est de la faire dissoudre à chaud dans l'eau, et, tandis
qu'elle est encore bien chaude, de la filtrer en la passant au
travers d'un linge mouillé; il faut l'employer très claire pour
le collage des dessins sur le bois.
On commencera donc par enlever avec des ciseaux le plus pos-
sible de papier blanc autour du dessin et, le plaçant sur le bois,
on tracera sur celui-ci, au crayon, les contours du morceau de
papier. Ici déjà il faut apporter un peu de raisonnement à ce
que l'on fait et observer dans quel sens le fil du bois devra se
trouver, par rapport au dessin ; en règle générale, les fibres du
bois devront s'étendre parallèlement à la plus grande longueur
de la pièce, mais cette règle est susceptible d'exceptions; elles
auront leur raison d'être, soit dans la forme de l'objet, soit dans
la contexture du bois mis en œuvre.
L'emplacement choisi et indiqué par un trait de crayon sur la
planchette, on procédera au collage en mettant la colle sur le
bois, et jamais sur le papier.
LE DÉCOUPAGE ARTISTIQUE DU BOIS. 209
Il importe avant tout que celte opération se fasse promplc-
ment sans hésitation et sans à-coup : il faut donc avoir soin de
disposer avec ordre, autour de soi, tout ce dont on aura besoin
pour l'exécuter. ..
Aucun désagrément n'est à appréhender en metlant la colle
sur le bois- la couche étendue avec soin, c'est-à-dire aussi mince
et é«ale que possible, on y appliquera le papier en commençant
parle milieu, et en le laissant retomber doucement a droite et
h (raucto sur le bois; on pose alors dessus une feuille de papier
propre et sèche, et l'on passe sur le tout le plal delà main pour
bien égaliser la surface. . ...
En opérant ainsi, il ne se forme aucun pli, puisque le dessin
est sec- s'il se produisait quelques petites ampoules ou de légers
manques d'adhérence, il n'y aurait pas à s'en préoccuper; ils dis-
paraîtront quand le tout aura séché; l'essentiel est que les bords
soient bien collés sur tout le pourtour du papier.
Il arrive très souvent que l'humidité de la colle fait gauchir le
bois et cela, que la colle ait éié mise sur le papier ou sur le bois.
Le remède à cet inconvénient est de faire sécher sous presse ;
ceci est toujours et quand même une excellente précaution; et
pourtant nous avons vu parfois qu'elle ne servait de rien, et que
la surface du bois n'en était pas moins courbée et légèrement
convexe du côté du dessin, quand on le sortait de la presse.
11 faut donc mettre d'abord le moins décolle possible, pour ne
pas trop humecter le bois; ensuite, un moyen qui nous réussit
parfaitement, el qui al'avantage de supprimer la presse consiste
à mouiller la planchette, du côté opposé à celui sur lequel le
dessin est collé, à l'aide d'une éponge imbibée d'eau, mais en
ayant soin de ne mouiller ainsi que d'une valeur a peu près
égale à celle dont la couche de colle l'a humectée. Ainsi sollici-
tée sur ses deux faces, la planche reste plane et elle sèche sans
se courber, même sans être mise sous presse.
Wécollement du dessin. — Nous pouvons terminer en par-
lant du déeoUage, qui doit être fait plus tard, quand la pièce est
découpée et que le papier est, naturellement, resté sur toutes les
parties épargnées par la scie.
Quelques-uns l'enlèvent à l'aide de papier de verre promené
horizontalement sur le découpage avec un polissoir ; ce moyen
est un peu long, mais surtout il est dangereux pour les parties
finement découpées; il a l'avantage cependant de polir le bois,
en vue du vernissage, en même temps qu'il le débarrasse du pa-
pier. D'autres mouillent légèrement le papier el l'enlèvent dès
qu'il se détache aisément ; c'est encore la manière d'opérer la
1-2.
■
m
21" LE BOIS.
plus expéditive, et c'est celle dont nous nous servons toujours
en ayant grand soin de ne mouiller le papier qu'avec très peu
d'eau, mise au bout du doigt pour éviter de voiler la pièce.
Méthode pour décalquer le dessin. — Pour les bois blancs
ou les teintes claires, on peut décalquer le dessin directement
sur le bois; nous avons trouvé un moyen très simple de préparer
des feuilles à décalquer; c'est peu coûteux, et tout le monde peut
le faire.
Prenez du noir léger, autrement dit noir de fumée: si vous
n'en avez pas, allumez une lampe à l'huile ; donnez-lui un peu
de mèche, afin qu'elle soit ce qu'on appelle fumeuse, placez une
assiette sur la flamme, et vous ne tarderez pas à avoir une cer-
taine épaisseur de noir de fumée.
Faites un petit tampon avec un morceau de toile usagée,
mettez dessus deux ou trois gouttes d'huile d'olive, et frottez
sur le noir, puis sur une feuille de papier ordinaire (papier écolier).
Il faut, de temps en temps, ajouter une goutte d'huile afin de
rendre le noir plus adhérent; il sera bon également de conserver
le tampon et de le passer sur la
feuille chaque fois que l'on veut s'en
servir. Cette feuille une fois prépà-
Drille pour'percer'des trou,. rée > V0US P 0Sez le côt é noir sur le
bois à découper, vous fixez sur la
feuille le dessin, dont vous suivez tous les contours avec une
pointe d'acier émoussée ou d'os, ou même avec un crayon noir. En
appuyant assez, ce dessin se reproduit régulièrement sur le bois.
Mais il est nécessaire de suivre bien exactement tous les con-
tours pour ne pas dénaturer le modèle suivi.
Si l'on exécute un objet composé de plusieurs pièces, et que
l'assemblage n'ait pas été préparé d'avance (par exemple, une
corbeille ou un coffret), il est bon, avant de découper les côtés,
de s'assurer au compas de leur dimension exacte, surtout si l'on
a collé le dessin sur le bois, le papier ayant pu se distendre,
comme nous l'avons dit plus haut. En général, il faut laisser le
morceau fort, en suivant le trait en dehors, sauf à ajuster avec
la lime, comme nous le dirons plus bas.
Foret ou archet. — Lorsqu'on a collé ou décalqué le dessin,
on se sert d'un drille ou petit foret droit (fig. 2S2), pour percer
des trous destinés à laisser passage à la lame de la scie dans
toutes les parties du dessin qui doivent être enlevées.
' On peut aussi percer ces trous avec un archet d'horloger ou
sur le tour, c'est plus expéditif.
Il faut avoir soin, autant que possible, de percer les trous en
LE DÉCOUPAGE ARTISTIQUE DU BOIS.
211
face d'une pointe ou d'un angle et le moins possible au milieu
d'un grand trait.
Scies. _ Le découpage se fait au moyen de pelijes scies très
fines ayant 12 à 16 centimètres de longueur, et qui coûtent de
30 à S0 centimes la douzaine.
11 y a des scies de plusieurs grosseurs, c'est à l'amateur à faire
son choix, suivant le genre de dessin que l'on veut exécuter.
Avec les scies un peu fortes, on avance davantage, mais si le
dessin est fin, il est facile de comprendre qu'il laisse à désirer
sous le rapport de l'exécution.
On doit choisir des scies bien carrées, c'est-à-dire aussi épaisses
que larges, afin de pou-
voir tourner plus facile-
ment, surtout pour faire
les angles.
Bocfll. — Dans le
principe, pour employer
ces scies, on se servait
du bocfll ou porte-scie
à main (fig. 253); au-
jourd'hui encore, beau-
coup de personnes,
trouvant cet instrument
moins embarrassant,
continuent à l'employer;
c'est pourquoi nous indiquerons la manière de s'en servir.
Le bocfll ou porte-scie à main est composé d'une bande de fer
formant les trois côtés d'un rectangle; à l'extrémité supérieure
se trouve une mordache, ou pince fixe, dont l'une des mâchoires,
qui est mobile, se ferme au moyen d'une clef à vis.
A l'extrémité inférieure se trouve un manche dans lequel
entre une autre mordache qui peut s'allonger à volonté, afin
d'utiliser les scies qui, étant cassées, conservent cependant
encore un peu de longueur. Celte mordache a, de même que
celle supérieure, une mâchoire mobile, et c'est dans celle-ci que
l'on commence à fixer la scie, en serrant fortement la clef. ^
Pour tendre la scie, on appuie le manche du bocfll contre l'es-
tomac et l'autre mordache contre la table, et on pince l'autre
extrémité de la scie dans la mordache supérieure en serrant les
clefs soit avec les doigts, soit plutôt avec une pince d'horloger
dite pince plate (fig. 254) ; le fer, en faisant ressort, tend la scie
suffisamment; l'expérience indique au juste le degré de tension
à obtenir.
r'ig. 253. — Bocfll,
Fig. 254.
Pince plate.
WKM
212
LE BOIS.
Si la scie n'est pas assez tendue, le découpage n'est pas régu-
lier; si on la tend trop fortement, elle casse; il faut savoir con-
server un jusie milieu.
Pour découper avec le porte-scie à main, il est nécessaire
d'avoir un petit banc que
PS"
l'on construit au moyen de
quatre planchettes de sa-
pin (la base plus épaisse),
et qui se pose à volonté
sur toute table ou guéri-
don ; on l'empêche de va-
ciller en le chargeant au-
dessous de livres, poids ou
pierres; on peutremplacer
les planchettes des deux
côtés et du dessous par
une simple presse vissée
sous le plateau (fig. 255).
Le plateau supérieur est
en saillie d'environ O 10 ,^
et porte une entaille sur
ra ,05 de longueur.
On introduit la scie dans
un trou de la plaque que l'on veut découper, puis, après l'avoir
accrochée et tendue convenablement, comme il est dit ci-dessus,
, — Presse placée sous le plateau de la
machine à découper.
Fiar. 256. — Manœuvre du boefil.
I
■
I
on pose la plaque sur le petit banc, en sorte que l'on ail la posi-
tion ci-dessus (fig. 256).
La planchette, guidée par la main gauche, doit être manœuvrée
de manière à ce que la scie suive tous les contours du dessin;
LE DÉCOUPAGE ARTISTIQUE DU BOIS.
213
ouant au porte-scie qui est conduit par la main droite et légèrement
appuyé contre l'épaule, il ne doit jamais changer de position.
Un des grands inconvénients du porte-scie à main,c est la dif-
ficulté de maintenir la scie bien perpendiculaire, pour que e
coup de scie soit donné à l'équerre, que cela soit scié d aplomb,
en un mot, et que le dessin ne soit pas déformé sur la face inté-
rieure de la planchette.
Machine à ressort. — La machine à ressort (fig. 257) qui se
manœuvre avec la main constitue un grand perfectionnement sur
^37. _ Machine il main, pour découper.
le booffl; elle a un bras en acier, qui assure la parfaite rigidité de
lo SC16
Mais comme la mécanique a de grands avantages, on n'a pas
tardé à l'appliquer au découpage et à construire des machines
marchant au pied, qui sont beaucoup moins fatigantes et avec
lesquelles on obtient plus de régulante.
Machines à découper. - Nous n'avons pas a entrer dans e
détail de la construction des machines à découper dont il existe
plusieurs systèmes. C'est à un ingénieux mécanicien, M. Tiersot,
que l'on est redevable des meilleures machines de ce genre pou-
vant percer, tourner, trancher et découper le bois et les métaux
et qui sont des plus utiles aux industriels comme aux amateurs
Parmi les machines qui se manœuvrent avec le pied, on peut
classer les machines à découper en deux catégories: les machi-
nes à pédales simplet et les machines à volants. Dans les deux
systèmes, le mouvement est donné avec le pied, en sorte que les
deux mains sont libres pour manœuvrer l'objet a découper, ce
qui est un grand avantage. En effet, le découpage se fait avec
infiniment plus de régularité et moins de fatigue, surtout pour
les grands morceaux, comme par exemple les côtés d une étagère
ou d'une bibliothèque. ,
Mais nous conseillerons aux amateurs les machines dite a
214
LE BOIS.
mouvement rectiliyne (fig. 238), dans lesquelles la lame de la scie,
tout en fonctionnant, demeure bien verticale, et celles qui n'ont
pas de volant et peuvent s'arrêter presque instantanément. On
demeure plus maître de son trait de scie et cet avantage est à
considérer, quoique l'aspect des machines à volants soit très gra-
cieux et que ces appareils constiluenl un véritable meuble de
salon.
Le découpage Artistique du bois. 21S
AVec les machines à découper, on opère de même qu'avec le
Unfll VVst à-dire que l'on introduit la scie dans chaque trou
Ï « U vemen euiement l'opération est beaucoup plus fac, e
paS que l'on â les deux mains libres pour guider la planchette
découpage. - Avec l'un ou l'autre système, on découpe
d'abord les trous intérieurs, pour finir par le lour; on peu a vo-
fonté commencer par le milieu ou par un bord, ma.s d faut avoir
soin quand il y a ce qu'on appelle vulgairement m grand trou
de découper auparavant tous les petits trous, qui, une foula grand
enlevé, se trouveraient isolés, autrement on s'expose a casser.
L'amateur doit s'appli-
quer à suivre le dessin très
exactement, et surtout à
bien accentuer les angles;
trop souvent, pour les bou-
les surtout, on ne donne
pas le coup de scie assez à
fond, on tourne trop vite,
et l'on obtient un résultat
défectueux.
La même observation
s'applique aux angles.
Il est cependant un moyen
bien simple d'éviter ces dé-
fectuosités. Étant donné le
dessin (flg. 239) dont on
doit enlever le milieu, il
faut percer un trou au
point A, scier en ligne droite
jusqu'à la pointe la plus rapprochée, puis reculer jusqu en G, faire
dans la partie qui doit tomber une entaille, dans laquelle on 1e-
tourne la scie pour redescendre à reculons jusqu en B ; puis, re-
partant de là, continuer le découpage.
Lorsqu'on se sert de scies très fines, numéro 1 par exemple,
on peut tourner sur place. Gela dépend, du reste de la qualité de
la scie ; si elle est bien carrée, c'est-à-dire aussi large qu épaisse,
on tourne facilement sur place, sinon il faut avoir recours au
moyen que l'on vient d'indiquer.
Montage. - 11 y a deux manières de préparer les pièces de
les assembler et de les monter : soit au rabot, soit a la lime (1).
Fig. 259.— Gomment il faut conduire la scie.
(1) Voyez ce que nous ayons dit de l'assemblage et du montas.
ifonuisier amateur, p. 189.
1
216
LE BOIS.
I
La préparation au rabot, qui se fait habituellement avant le
découpage sur le bois plein, est de beaucoup préférable à tout
autre système. En effet, on n'a pas à redouter la casse; les
coupes étant faites bien régulièrement, la colle forte prend
Mieux; enfin, si l'on se trompe, on ne perd qu'un morceau de
planchette.
Si l'on veut mouler à la lime un objet découpé, il est bon de
placer en dessous une petite
planchette, sur laquelle, au
besoin, on le fixe avec deux
pointes à placage.
On peut aussi se servir d'une
espèce d'élau mobile ou pe-
tite presse (fig. 260), que tout
amateur peut construire, et
qui se compose de deux plan-
chettes d'un centimètre d'é-
paisseur : l'une à la partie
supérieure plate, l'autre en
pente inclinée; on peut les
garnir d'une petite bande de
fer, afin qu'à la longue la lime
ne puisse les détériorer; aux
quatreangles de la planchette
au fond sont placés de petits
boulons dont la vis traverse
la planchette antérieure, de
manière à recevoir l'écrou à
oreilles ; on introduit entre
ces deux planchettes l'objet
découpé, en ne laissant dé-
passer que la partie à biseau-
ter ; on serre les écrous et on
enlève à la lime.
Polissage. - Lorsque le découpage des pièces est terminé
on décolle, comme nous l'avons dit, le papier sur lequel était
imprime le dessin, on passe à nouveau le papier de verre pour
rétablir le poli, on enlève avec une petite lime fine ou la pointe
dun canif les bavures produites par la scie à l'envers du dé-
coupage ; puis, si on ne l'a fait d'avance, on prépare le montage
des pièces. °
Vernissage. - Veut-on vernir l'objet découpé, nous enga-
geons les amateurs à avoir un peu de patience et à ne se servir
260. — Étau mobile ou presse
pour découpures.
LE DÉCOUPAGE ARTISTIQUE DU BOIS.
217
que du vernis au tampon, plus long et plus difficile à appliquer
que le vernis copal au pinceau, mais d'un effet beaucoup su-
périeur. ,
Assemblage d'une corbeille. — Pour assembler les cotes
d'une corbeille, tous les découpages étant préparés, il faut em-
ployer la colle forte de Givet de première qualité, chaude et
très claire, surtout pour les objets en bois blanc; les colles
fortes à froid sont plus lentes à prendre, et n'ont pas de solidité.
Il serait imprudent de coller d'abord tous les côtés ensemble,
et de placer le fond ensuite. Il vaut mieux coller d'abord un côté
(fig. 261), le fixer au fond au moyen d'un petit fil de fer de fleu-
riste, enduire de colle les parties A et B, faire de même pour le
deuxième côté, le mettre en place, le fixer avec le fil de fer et
ainsi de suite (fig. 262). On ne saurait trop recommander de bien
vérifier les dimensions de chaque côté; avant de l'encoller, il
Fig. 261 et ibi. — Assemblage d'une corbeille.
faut le présenter d'abord, et, s'il y a lieu, donner une pelite
retouche, soit au côté, soit au fond.
Il est bon, lorsque l'on monte une corbeille, de ne pas inter-
rompre l'assemblage à moitié ou au tiers; car, en raison du peu
d'épaisseur dû bois, les pièces posées pourraient s'incliner, soit
en dedans, soit en dehors, et lorsqu'on voudrait reprendre ce
travail, on se trouverait fort embarrassé.
Les côtés de la corbeille étant ajustés, on doit laisser sécher,
puis enlever les fils de fer.
Tenons et mortaises. — Lorsque l'assemblage se fait au
moyen de tenons et mortaises, il faut avoir soin, en découpant,
de laisser toujours les tenons plus forts que le dessin, et, au
contraire, de faire les mortaises plus petites, en suivant le trait
en dedans; l'ajustage se fait ensuite à la lime.
Uemière main donnée à l'ouvrage. — Lorsque le montage
est complètement terminé, il faut, au moyen d'une petite lime
très douce et du papier de verre, nettoyer les angles, abattre les
petites défectuosités de l'ajustage, en un mot, donner cette der»
H. de Ghafpighy. — Les industries d'amateurs. ' ■>
218
LE BOIS.
nière main dont on ce peut expliquer tout le détail, et qui ajoute
beaucoup à la valeur d'un objet.
Sites pièces ont été d'avance vernies au tampon, on donne
un léger coup sur les angles.
Dans le cas contraire, on vernit au pinceau en donnant trois
couches, et en ayant la précaution de bien laisser sécher chaque
couche ; il ne faut mettre que très peu de vernis au pinceau
pour ne pas empâter. Mais, quelle que soit la qualité du vernis ai!
pinceau, avec quelque soin qu'on le pose, jamais on n'obtiendra
par ce procédé, la beauté du vernis au tampon.
En définitive, si le montage présente quelques difficultés c'est
aussi dans cette opération que l'on trouve le plus de plaisir-
que les amateurs soient bien certains qu'ils ne trouveront ja-
mais le temps long, à ce moment où ils verront leur œuvre s'é-
difier.
S'ils devaient pour celle dernière opération avoir recours à
un ouvrier, le but serait complètement manqué.
Méthode pour découper en double. — Lorsque l'on veut
découper un objet composé de plusieurs parties semblables
comme les pans d'une corbeille, les côtés d'une boite, on peut'
suivant l'épaisseur du bois que l'on emploie, découper plusieurs
morceaux ensemble; c'est ici surtout que les scies mécaniques
sont avantageuses, d'abord parce que l'on peut opérer sur une
plus grande épaisseur, sans fatigue, ensuite parce que l'on est
certain que le morceau qui est dessous est aussi bien fait que celui
qui est dessus, tandis qu'avec la scie à main il faut être de pre-
mière force, si on découpe quatre ou cinq plaques de 2 milli-
mètres, pour que toutes soient faites aussi régulièrement sur-
tout si le dessin est un peu fin.
11 y a divers moyens pour tenir réunies les pièces que l'on veut
découper en double ou en triple.
Si le bois a 3 ou 4 millimètres, on peut se servir de pointes à
placage que l'on enfonce de manière à traverser tous les dou-
bles et que l'on rive en posant une des extrémités sur un morceau
de fer et en frappant sur l'autre; nous recommandons de cirer
tes pointes pour les empêcher de fléchir.
On peut aussi, au moyen d'un foret très fin, percer deux trous
séparés l'un de l'autre par 5 à 6 millimètres et v passer un fil de
fer de fleuriste que l'on maille à la partie supérieure. Ce système
a, malheureusement, un inconvénient : celui d'exposer l'ama-
teur à se piquer les doigts en travaillant.
On peut aussi, il est vrai, réunir les pièces au moyen de colle
forte.
LE DÉCOUPAGE ARTISTIQUE DU BOIS.
>h
Mais quel que soit le système que l'on emploie, on doit com-
mencer par coller ou décalquer le dessin sur une des plan-
chettes à découper; si l'assemblage a été fait d'avance, il faut
avoir soin de superposer les pièces bien régulièrement, et on les
assemble, comme il vient d'èlre dit, en plaçant toujours les
pointes d'attaché dans les parties du dessin qui doivent s'en-
lever; on découpe d'abord tous les trous qui ne renferment pas
d'attache, et on finit par ces derniers; il est prudent, lorsque
l'on arrive aux deux derniers, de maintenir les pièces réunies au
moven d'un simple fil faisant deux ou trois lacels.
Quand le découpage est terminé, si on a employé la colle, il
faut séparer les pièces avec précaution, en passant entre elles
une fine lame de couteau, car il pourrait y avoir encore des par-
lies adhérentes, et l'on s'exposerait à casser.
Découpages appliqué». — Le découpage peut être fait sim-
plement en bois, comme dans une étagère ou une petite cor-
beille, mais on peut encore l'employer autrement.
Appliquer bois sur bois. — C'est ainsi que l'on obtient de très
jolis etl'els, en appliquant un découpage de bois blanc, marron-
nier ou érable, sur le bois brun rouge des boites à cigares. Par
ce moyen, on imite les objets suisses, pour coffres, couteaux à
papier, écrans, boîtes à plumes ou à allumettes.
Ou peut également faire des applications chêne sur chêne.
On obtient encore de très jolis effets par des appliques de bois
noir sur vieux chêne.
Comme on n'a pas toujours à sa disposition du bois noir de
l'épaisseur voulue ou du vieux chêne, on peut teinter le bois,
une fois le découpage terminé (1).
Appliquer le découpage sur papier ou sur velours. — Un autre
procédé, qui réussit également très bien, consiste à doubler le
découpage, soit avec du papier drap vert, soit avec du velours,
de la soie ou du papier velouté.
Le chêne ou le noyer appliqués sur drap vert sont d'un effet
très riche ; le bois blanc sur papier velouté bleu de ciel est très frais.
Ou peut également faire des appliques de métal sur bois foncé,
tel que palissandre, ébène ou vieux chêne.
Pour faire ces diverses appliques, si c'est une boite que l'on
veut exécuter, on commence par monter le corps de la boite en
bois plein, puis on fixe à la colle forte le papier et le découpage.
On doit employer la colle très claire, et l'étendre soigneusement
■■
(I) Voyez Hérault, Secrets de la science et
onnaissances utiles)*
l'industrie. Paris, 1888 (Ditil. des
220
LE BOIS.
avec un pet. pinceau sur le découpage; si la couche était trop
épaisse, on s exposerait à avoir des bavures et des taches sur le
papier ou l'étoffe; on doit également prendre de grandes pré-
cautions pour que le découpage se trouve de prime abord en
place des quil a touché le papier. Afin que la colle qui a pu se
dessécher, par suite du temps qu'on a dû employer pour l'é-
tendre, prenne bien partout, il est bon d'employer la colle chaude
et la presse.
Transparent. - Le découpage peut encore être employé pour
faire des transparents. y J F
Au lieu de ces petits tableaux en verre de couleur que l'on
appelle Dieu-seul, et qui se suspendent aux vitres d'une fenêtre
on peut faire de jolis découpages, soit en bois, soit en cuivre et
les doubler. '
Découpures polychromée.. - Tout le matériel d'un ama-
teur se composait d'une palette, de quelques tubes de couleur
semblables a ceux dont se servent les peintres, d'une demi-
douzame de pinceaux et de deux flacons d'huile d'oeillette et d'es-
sence de térébenthine. Cet amateur avait appliqué les premières
couches de peinture et il terminait la décoration de candélabres
découpés, en procédant comme suit : il appliquait sur le bois une
première couche d'huile, additionnée de litharge ou de siccatif,
imbibant largement les découpures. Après avoir laissé sécher, il
donnait une première couche de couleur blanc d'argent ou de
plomb, teintée d'une pointe de vermillon ou d'outremer sui-
vant la nature de la décoration poursuivie. Cette première
couche, très claire, recouvre à peine le bois, elle est appliquée
avec un pinceau à peine imbibé, et qui ne laisse ni d'espaces ni
de bourrelets de couleurs sur les bords. Celte seconde couche
après dessiccation, est polie au papier de verre et prépare l'ap-
plication du polychromage; il donne alors plus de corps aux
couleurs, les emploie plus épaisses, en distinguant par diverses
nuances les motifs de l'ornementation : pas de bigarrures tou-
tefois, c'est à peine si on s'aperçoit qu'on passe d'une nuance à
une autre. A distance l'effet est splendide, surtout après l'appli-
cation d'un vernis qui brillante les couleurs.
« Nous avons vu dans l'atelier de cet amateur, dit M. Carante
quelques autres produits qui, sans être similaires, se distinguaient
par d autres manières d'opérer. Il donnait aux découpures, par
teintes mates, les apparences du plâtre, du stuc, de la corna-
une, du bronze, etc.
« Mais ce qui nous a le plus intéressé, ce sont ces procédés
pour donner du relief aux ornements de la découpure; tantôt il
LE DÉCOUPAGE ARTISTIQUE DU BOIS. 221
procède comme pour les grisailles; c'est une couleur indécise,
H
I
Fig. 263.
:
m
BP
Fig. 264.
Fig. 260.
relevée par des ombres qui accentuent les contours et les détails
M.
«
222
LE BOIS.
de l'ornementation ; tantôt il procède d'après nature c'est-à di™
qu il donne aux objets leur couleur naturelle en £ par era
d ombres et de lumières pour en faire valoir les relie s e "k
con ours ; s. c'est une fleur, vous la diriez cueillie el t Emee s
«Se d n aL b s a o n „t d a r r S6S feUil,eS ' V ° US ^ «"- « *
« En dernier lieu, l'artiste nous a montré un morceau de dé
coupure pe,nt en vieux chêne, ombré elsimulant à s'y m éprendre
une sculpture, tant et si bien étaient simu]és les refies par d s
ombres intelligemment appliquées sur le bois >, P
du Zr aSC dCS T COl ° nneS Carrée8 °" mo * e » de •« P»wer
S *Z • Ur "~ LeS Plèces tournées se marien t très bien avec
le découpage, mais souvent la difficulté de faire exécuter ces
p.èces par un ouvner etleur prix élevé sontautant d'obstacles oui
"en ! ^TT ^^ ^"^ deS P ieCeS carrées, on £
peuU^ecuter SUPenei,r à Celui dU t0Ur ' et tout déc ™?™
f lnn a m f, rche t à sui y, re est très simple, toutefois nous recomman-
dais Tt'Z da V?°ï leT Une S rande attenti0 " ^ns le collage
du dessin de bord; puis de suivre bien exactement le trait, faite
de qu01 1 harmonie est détruite, et c'est précisément ce qui faU
le beau de ce genre de découpage.
La première opération consiste à faire une pièce de la longueur
vou ue, carrée comme une règle et à surface bien ré»u Hère avanï
e" ï ïï ceïm" 1 ^ 8 / 6 f" 6 " lar86llr *» Ie dessin Tde^o^e
et 2 a 3 centimètres de plus en longueur à chaque extrémité.
On calque le dessin en double en ayant soin de laisser 4 milli-
mètres de séparation entre les deux dessins, le coller sans le
séparer sur les faces GH, percer un trou au point A (fig. 263' pour
point B, retirer la scie. Parle trou C (fig. 264) découper jusqu'en D,
puis recommencer la même opération sur la seconde face
Comme on le voit, l'excédent de longueur aux deux' extré-
mités sert a maintenir la pièce toujours droite, sans cela elle
vacillerait et le découpage régulier serait impossible.
Les deux coups de scie étant donnés sur les deux faces (fia 265)
on enlevé les deux extrémités suivant les lianes AF, CE elc
(Iig. 266), puis on termine la partie supérieure à la lime
Ainsi quon s'en rend compte tout de suite, ce découpage est
ÏÏu, S tâT P ob, : enu. ne P6Ut S ' empêCh6r C6pendant d ' êtFe SU ^ is d »
^, ! !r 1 ? tU ? S ' 7- Gest un art 1 ui ' en dehors des ^gles générales,
demande plus d'étude pratique que de théorie.
LA MARQUETERIE ET LE PLACAGE.
223
. Nn,n voulons seulement faire observer aux amateurs que sou-
en^elquï coups de gouge ou de ciseau donnés a propos dans
II nhiet découpé lui donneront plus de coup d œil.
£52 p*L ï « appuyant 1, lécoup.ge sur „» fod d.
de teinte claire sur bois fonce.
m
CHAPITRE V
LA MARQUETERIE ET LE TLACAGE.
Beaucoup de personnes ignorent comment se fait la marque.
Beaucoi p i incruste le dessin dans le fond,
iT:i;Srdaut r r e rp e q nsent que le tout se fait à l'emporte-
Pi mns la première hypothèse, le travail présenterait de grandes
diffîcult s et demanderait beaucoup de temps ; dans la seconde,
ne a \ usTaisemblaWe, et peut même être employée pour
Jùèlm es sujets simples, la marqueterie ne pourrait être faite
Sue dans de grands ateliers pour livrer au commerce, car .1 es
ni é de comprendre qu'avec un emporte-pièce on reproduirait
touiou sTe même dessin, ce qui ne peut être le but d un ama-
ÏÏ puis' d'un autre côté, pour établir un certain nombre de
ces outils, ce serait une dépense considérable.
Cp n'est Doint ainsi que l'on opère.
Lama queterie est un découpage, mais un découpage dune
ri .rieuse précision, qui ne laisse passer aucune irrégularité
SrqT^eKire de'la marqueterie doit être l'esclave du , tra,
ei le suivre aussi exactement que possible une fois 1 objet
monté le dessin ressortant en blanc sur un fond noir ou je.
noir sur un fond blanc, fera apercevoir les moindres défauts, et
224
LE BOIS.
I
I
qu'on ne compte pas sur la possibilité de les rectifier à la lime •
tel le sujet est découpé, tel il reslera.
En résumé la marqueterie consiste à introduire une matière
quelconque, bois, métal, écaille ou ivoire dans une autre de
telle sorte que le dessin et le fond fassent corps ensemble et
Marqueterie.
puissent être plaqués, de la. même manière qu'une feuille de pla-
cage ordinaire. De cette définition il résulte que toute marq e-
'T ÏTST^V™ d6UX b ° is ° U deUX cor P s diff ^nts dont
1 un fait le fond et l'autre le dessin (fig <>67)
La marquelerie est une œuvre qui demande beaucoup de pa-
àuî r! aVe ,° i aqUe " e ° n ° blient de llès beaux ^sultats et
qui tombe dans le domaine des amateurs.
LA MARQUETERIE ET LE PLACAGE.
225
Nous ne saurions trop engager les amateurs à se livrer à ce
passe-temps, surtout ceux qui ont un atelier monté et qui sont à
même de faire toute la partie menuiserie.
Outillage. — Tout amateur qui veut faire de la marqueterie
doit se munir d'un certain nombre de planchettes de 1 à 2 centi-
mètres d épaisseur, pour lui servir soit à mettre en presse, soit
'à plaquer; ces planchettes portent le nom de cales. Elles peuvent
être faites en sapin, mais le chêne est préférable, et autant que
possible d'un seul morceau. '
Pour mettre en presse et pour plaquer, on se sert soit de
petites presses à l'usage des menuisiers (1), soit d'une presse-
châssis à coulisse d'un nouveau système (fig. 268), au moyen
y
Fie, 268. — Presse-oh&ssis.
Fig. 269. — Vis en bois
de laquelle on peut serrer des morceaux petits ou grands, à vo-
lonté.
Cette presse se compose d'une base en chêne de 4 centimètres
d'épaisseur sur 20 de largeur et 75 de longueur. Aux deux extré-
mités se trouvent des montants de 25 centimètres de hauteur,
réunis par des traverses ayant 25 centimètres de largeur et à la
partie intérieure desquelles se fait une rainure.
Les vis en bois sont supportées par des écrous également en
bois et à queue, qui glissent dans ces rainures et que l'on peut,
à volonté, rapprocher ou éloigner (fig. 269J.
On comprend facilement qu'avec trois presses de ce genre on
peut coller de très grands morceaux, en les plaçant entre deux
cales, que l'on serre au milieu et aux deux extrémités.
(1) Voyez Le Menuisier amateur, p. 192.
I
H
226
LE U01S.
I
I
I
I
Superposition des feuilles de placage. — En thèse générale,
pour obtenir de la marqueterie, on superpose deux planchettes
de bois, l'une claire, l'autre foncée, telles que marronnier et
palissandre, et comme la marqueterie se fait ordinairement en
placage, c'est-à-dire en bois très mince d'un millimètre au moins,
si on n'en découpe que deux feuilles, il est indispensable de pla-
cer en dessous une planchette de bois blanc ou de noyer de 3 à'
4 millimètres d'épaisseur, sans quoi il serait à craindre que l'on
ne cassât la feuille inférieure surtout si, par l'usage de la ma-
chine à découper, le trou de la planchette s'est agrandi.
Il est bon de temps en temps, lorsque cet agrandissement est
trop fort, de faire dans la tablette une entaille au ciseau de
2 centimètres carrés environ, dans laquelle on rapporte une pla-
que de bois dur, afin de réparer le dégât.
On peut assembler les feuilles de placage au moyen de rivets ou
fines pointes rivées, comme nous l'avons indiqué au découpage en
double; c'est même le moyen le plus expéditif et le meilleur.
Mais il y a un autre système d'assemblage, par lequel les
feuilles sont mieux soutenues. Ce dernier moyen a toutefois un
inconvénient, c'est la difficulté de séparer les morceaux, lorsque
le découpage est terminé; c'est long et parfois assez périlleux et
minutieux, lorsque le point de colle se trouve dans une partie de
dessin très légère.
Il est à propos, surtout si la plaque de marqueterie est un peu
grande et compliquée, de mettre un point de colle forte claire
sous chaque petit morceau que l'on pose, sans quoi on s'expose,
dans un mouvement un peu brusque, à déranger tout le travail.
En général, la marqueterie se fait avec des placages sciés à la
mécanique, et qui sont par conséquent de même épaisseur;
cependant, on n'a pas toujours la facilité de se procurer ces
placages de nuances différentes; d'un autre côté, il arrive fré-
quemment que tel amateur coupant dans son jardin un arbre
exotique trouve des nuances qui lui plaisent et dont il veut faire
l'essai; dès lors, qu'arrive-t-il? C'est que souvent on fait soi-
même le placage; c'est même le moyen de faire de jolies mar-
queteries en variant les nuances, comme il sera dit plus loin.
Mais, dans ce cas, il est rare que les placages soient d'épaisseur
uniforme ; l'opération se trouve un peu compliquée, mais n'en est
pas plus difficile.
Après avoir débité les feuilles de placage de la dimension vou-
lue (en laissant toujours une bonne marge), il faut avoir soin de
placer un des morceaux, le plus foncé, sur une table bien unie;
avec un petit pinceau on fixe à'ia colle forte, mais par des points
LA iVfARQUETERIE ET LE PLACAGE.
■->■>!
seulement el de distance en distance, des bandelettes de papier
d'environ 2 centimètres de largeur (fig. 270) ; lorsqu'elles sont
toutes placées, il faut y poser de nouveau rapidement des points
de colle forte, puis appliquer la seconde feuille de placage, mettre
en presse et laisser sécher.
Si au lieu de deux feuilles on en doit superposer quatre ou
cinq ou même plus, on commence par garnir chaque feuille de la
quantité de bandelettes voulues, et ensuite on entreprend de les
réunir en opérant comme ci-dessus. On comprend qu'il est né-
cessaire de mettre toute la célérité possible dans cette opération.
[1 est indispensable d'avoir de la colle forte assez claire, et surtout
très chaude. Il faut éviter avec grand soin de mettre de la colle à
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Fig. 270. -Bandelettes de papier, fixées à la colle-fort,- par des points seulement.
côté de la bandelette de papier, si non, lorsqu'il s'agirait de dé-
doubler, on serait exposé à casser.
Découpage tle la marqueterie. — Lorsque l'assemblage des
feuilles de placage est suffisamment sec, on colle le dessin comme
nous l'avons indiqué pour le découpage, puis on perce un ou plu-
sieurs trous pour introduire la scie, en ayant soin de faire ses
trous dans un angle et jamais au milieu d'une ligne droite ou
courbe, parce que la trace resterait visible.
Un ou plusieurs trous sont nécessaires, disons-nous, un seul
suffit ou au plus deux, par exemple, pour l'encadrement placé
sur un couvercle de boite, formé par une série d'arabesque fai-
sant corps et sans enlacement (fig. 271).
Il suffit d'un simple coup d'œil pour voir s'il faut percer un
plus grand nombre de trous.
On peut employer soit le foret droit ou drille, soit des forets à
crochets en usage dans l'horlogerie, soit enfin le tour.
1
228
LE BOIS.
H
■
Fl faut éviter d'employer des mèches Irop fortes, les scies em-
ployées pour la marqueterie étant très fines (n° ou n» 1)- le
trou doit l'être également; si on possède une machine à coudre
on peut très facilement utiliser les aiguilles cassées en les ap-
pointant sur la meule.
Ces préparatifs terminés on procède au découpage, qui se fait
de la même manière que le découpage simple, à cette seule dif-
Fig. 271. — Marqueterie formée par une série d'arabesques faisant corps
et sans enlacement.
férence près qu'en marqueterie il faut respecter aussi bien la
partie formant le fond que le dessin, c'est-à-dire qu'il faut tou-
jours pour les angles que la scie tourne surplace, opération que
la finesse de la scie rend très facile.
Ainsi qu'on l'a dit plus haut, on recueille avec soin les mor-
ceaux au fur et à mesure qu'ils sont découpés, et comme il ar-
rive très souvent que dans le dessin (un couvercle de boîte, par
exemple) les quatre coins soient pareils, il est bon de diviser les
LA MARQUETERIE ET LE PLACAGE.
220
morceaux par quarts, de les numéroter, et d'avoir autant de
boites de grandeurs différentes où l'on place les découpages, quand
ils tombent, à peu près à leur emplacement respectif.
Nous avons déjà expliqué, en parlant du découpage, combien
il importait d'étudier le dessin avant de commencer l'opération ;
celle observation s'applique, à plus forte raison, à la marque-
terie, qui suit les dessins les plus délicats, tout en opérant sur
des malières bien plus fragiles.
Marqueterie preseutant
rps avec quelques trous isolés.
Si le dessin présente un corps avec quelques trous isolés,
comme dans la figure 272, c'est par ces derniers qu'il faut com-
mencer; on passera ensuite au milieu et on finira par le contour
exlérieur.
Il arrive souvent que des pièces très fines ainsi découpées ne
veulent pas sortir ; il faut alors, après avoir retiré la scie, pres-
ser insensiblement avec une pointe, surtout dans les angles;
l'opération est délicate et demande beaucoup de précautions.
r
I
i
230
LE BOIS.
lève T 7 •?. - fH1 6t dé,icatl ' a Scie ' en «""ontam. sou-
levé les feuilles de placage et peut, les faire casser; comme il se-
ra.t difficile de soutenir le bois suffisamment avec les doiets on
se sert d une vieille lime plate très mince ou même d'un simple
morceau de mêlai, cuivre ou fer, de 10 à 15 millimètres de lar-
geur, que 1 on maintient toujours très près du dos de la scie
Montage sur papier. - Lorsque tous les trous sont remplis
on donne une légère couche de colle forle claire sur une feuille
de papier ordinaire et on l'applique sur son travail, en avant
soin d appuyer fortement avec les doigts ou la paume de la main
pour que chaque morceau se trouve pris par la colle, et on re-
tourne 1 objet, afin de s'assurer que chaque morceau est bien
en place. Gomme il serait à craindre, en soulevant la plaque
que quelque parcelle ne se détachât, il est bon d'avoir une se-
conde planchette qui pose sur le papier, de sorte que le placa«e
soit pris entre les deux; en les tenant serrées dans les doigts "il
est facile de les renverser sans accident.
On doit donner une grande attention à ce que les petits mor-
ceaux affleurent bien le dessin du côté où a été collé le papier
car c est celui-là qui sera visible. '
Celte opération terminée, on met en presse, entre deux feuilles
de papier, afin que, s'il y avait quelques bavures de colle, le pla-
cage n adhérât pas à la presse, et on laisse sécher
• Une fois montée sur papier, la marqueterie peut se conserver
des années avant d'être plaquée sur bois, mais alors il est bon
de la laisser toujours en presse et dans un endroit à l'abri de
1 humidité ou d'une Irop grande sécheresse.
Lorsque le découpage est terminé et les morceaux mis en
place il faut alors coller le papier du côté du placage qui devra
plus tard être appliqué sur le bois, en ayant soin de presser for-
tement avec les doigts, de manière à ce que les petits morceaux
affleurent bien le papier; puis, après l'avoir mis en presse et
laisse sécher, on enlève avec une râpe à bois fine, ou une lime
plate, les épaisseurs trop fortes, visibles du côté où il n'y a pas de
papier. L'opéralion est délicate : le bois étant pris de tous sens il
est lacile de casser; on doit donc y metlre beaucoup de précaution
Le niveau rétabli, on colle une feuille de papier sur ce côté
qui sera ce que les amateurs appellent le beau côté; on met en
presse; ensuite on passe le rabot à dents sur le côlé qui doit
être plaque, et on procède comme ci-dessus.
Montage de la marqueterie. — Le découpage étant ter-
miné, on doit préparer les diverses pièces pour le montage en
commençant par l'encadrement.
LA MARQUETERIE ET LE PLACAGE.
231
Les feuilles de placage ayant été réunies au moyen de bande-
lettes de papier fixées par des points de colle forte ainsi que
nous l'avons dit (fis. 270), il faut les séparer.
Pour cela, on emploie avec avantage le couteau a patelle du
peinlre, dont la lame est très mince et flexible. On 1 introduit
avec précaution enlre deux feuilles, on le soutient avec la feuille
supérieure en y appuyant la main gaucbe, et l'on opère comme
si on coupait du papier.
Celle opération terminée, on place chaque encadrement sur
une feuille de papier, que l'on a fixée par les quatre coins a a
table ou à une planchette bien dressée. Il est bon d avoir de
la colle forte très claire et d'en mettre quelques points sur
chaque morceau avant de le placer sur le papier; cela pour
deux raisons:
D'abord, il est rare que le placage se maintienne parfaitement
droit; sous l'action de la chaleur, il travaille facilement; le
moindre point de colle le maintient en place.
Déplus, sil'on ne colle pas, un faux mouvement peut faire glisser
la feuille et déranger quelques pièces ; si l'on veutremelLre ces pie-
ces en place, on en soulève d'autres (on ne se dérend pas toujours
d'un mouvement d'impatience), et l'œuvre est bien compromise.
Lorsque le pourtour extérieur ou encadrement est fixe, on
saisit l'un et l'autre des petits morceaux avec des pinces appelées
brucelles, on met sur chacun une goutte de colle el on le pose a sa
place, en introduisant le dessin blanc dans le fond noir et le
dessin noir dans le fond blanc; en sorte que l'on obtient un
double résultat : marqueterie fond blanc avec dessin noir el mar-
queterie fond noir avec dessin blanc.
Ce qui vient d'être dit s'applique à la marqueterie en général
et au cas le plus simple. On verra plus loin la marche a suivre,
lorsque l'on opère non plus sur deux bois seulement, mais sur
quatre ou cinq nuances.
Lorsque les morceaux sont à leur place, on prépare une feuille
de papier de la dimension du sujet marqueté (s'il y a uli enca-
drement, il est inutile que le papier le couvre); on enduit cette
feuille de colle forle claire, puis, avec l'aide d'un ami, on la
saisit aux quatre coins el on l'applique sur le découpage, en
ayant bien soin de ne pas hésiter en la posant; dès qu'elle a
louché, elle ne doit plus bouger, sans quoi, on le comprend aisé-
ment, toute la marqueterie serait désorganisée. On appuie forte-
ment avec les doigts ou la paume de la main, afin que toutes les
petites pièces se trouvent prises par la colle, surtout si les pla-
cages ne sont pas d'une épaisseur bien égale, ce qui arrive assez
M
I
232
LE BOIS.
fréquemment Dans ce cas, il est bon de retourner de suite la
pièce marquetée, de la poser sur une face bien unie et de recom
mencer a appuyer avec la main et les doigts de l'autre côté de
mamere que tous les petits morceaux affleurent bien du côté où
a ete colle le papier; car, ainsi qu'on le verra plus loin, c ? est te
beau côte, celui qui est destiné à être vu.
Après celte opération, on met en presse, au besoin entre deux
feuilles de papier, pour empêcher
que quelques bavures de colle n'ad-
hèrent à la cale, et on laisse sécher.
Placage île la marqueterie. —
H faut laisser la marqueterie montée
sur le papier en presse pendant plu-
Fig. 273. - Petite scie ù placage. Sleu . rs neu, es et au besoin pendant
u -„ii . u- • . Un JOur; ,or squ'on est certain nue
la colle est bien sèche, on peut reprendre le travail ?
On desserre les pièces et on enlève le papier du côté où il a été
mis seulement quelques points de colle forte en montan Pou
cet e opération, on peut se servir soit d'une fine râpe et du
raclo.r que l'on appelle aussi scie à P laca e (flg. 273)^ d'u n
petit rabot, que l'on ap-
pelle rabot à dent, et
qui est en usage chez tous
les ébénistes.
On comprend aisément
que cette opération est
très délicate et qu'il faut
user de grandes précau-
tions pour ne pas arra-
cher quelques parcelles.
Si l'on emploie le rabota
dents, il faut placer la
marqueterie sur un banc
Fig.,274.
- Marqueterie sur un banc
de menuisier.
I
An «,„„ • • l- . marqueterie sur un banc
de menu.s.e r bien uni (flg. 274), la maintenir fixée parle valet
ave une pefte cale étroite tenant toute la longueur? et donner
les coups de rabot en allant contre la cale. La marqueterie se
faisant toujours en placage, il faut éviter d'attaque Me bois et
faire en sorte de n'enlever que le papier et les points de colle
attendu que, cette opération devant être recommencée lorsque*"
marqueterie sera plaquée, on s'exposerait à tout emporter?
S il se trouve des bois plus épais, il faut, autant que possible
Wsss^ss^ autres - afin d ' éviter *?» s^
LA MARQUETERIE ET LE PLACAGE.
23 3
Cette surface élant bien nettoyée, on remplace les petits mor-
ceaux que l'on a pu faire sauter ou qui ont été perdus en décou-
pant, et il ne reste plus qu'à plaquer, ce qui se fait de la même
manière que si l'on employait du placage uni.
Il suffira de quelques mots au sujet de cette opération, connue
de beaucoup d'amateurs. Ceux qui désireraient des explications
plus précises et plus détaillées pourront s'adresser à un ébéniste
ou à un menuisier; il leur suflira d'avoir vu opérer une seule
fois pour être en état de pratiquer eux-mêmes.
On dispose les pièces de menuiserie que l'on veut plaquer en
faisant tous les ajustages ; on y passe le rabot à dent, afin que la
colle prenne mieux ; on enduit de colle forte claire le bois et le
placage, en ayant soin de se tenir, autant que possible, dans une
chambre chaude, si c'est en hiver, et en lous cas en évitant les
courants d'air. On applique la marqueterie sur la pièce de bois
préparée et on la fixe avec trois ou qualre petites pointes à pla-
cage, pour qu'elle ne glisse pas sous l'effort des presses.
La colle soulève le placage par endroits ; mais que l'on ne s'en
préoccupe pas, que l'on ne craigne pas non plus de voir la colle
sécher, l'opération suivante suffit à remédier à ces inconvénients.
On étend un morceau de papier (vieux journal) sur la marque-
terie pour éviter des excédents de colle ; puis on fait chauffer for-
tement, devant un feu bien flambant, une cale que l'on ap-
plique lestement sur la marqueterie, et l'on s'empresse de serrer
aussi fortement que possible avec les presses simples ou les
presses à châssis.
Une bonne précaution à prendre est de préparer d'avance les
presses, en mettant les vis au degré voulu, de manière à ne pas
perdre une minute.
On peut très bien plaquer deux pièces d'un seul coup, c'est
même ce qui se fait en général; il suffit, pour cela, que la cale
soit bien dressée des deux côtés.
Il faut avoir soin, lorsque l'on place les presses, de serrer
insensiblement et en commençant toujours par le milieu de la
pièce, de manière que l'excédent de colle forte sorte par les bords.
Comme pour la marqueterie montée sur papier dont il a été
parlé plus haut, il faut laisser l'objet en presse pendant une
nuit, afin que la colle soit bien sèche, et ne le reprendre que le
lendemain, en ayant soin d'y passer d'abord le rabot à dent,
afin d'enlever le papier et la colle, puis, si l'on est bien outillé, y
donner un coup de rabot très fin ; mais cette opération n'est pas
sans danger. C'est pourquoi le plus souvent on se contente d'em-
ployer le racloir bien affilé,
■
■ ri
234
LE BOIS.
Supposons qu'on ait à plaquer une gorge, on découpera le
placage, après avoir pris la mesure et fait le tracé, en laissant
un peu de bois, l'épaisseur du trait, en dehors du tracé; on don-
nera à la feuille la courbure nécessaire, soit en la mouillant légè-
rement d'un côté et la chauffant de l'autre, soil à l'aide de fer.
On fera un tore en chêne de fil formant la contre-partie de la
gorge qu'on veut plaquer et destiné à servir de cale; on encollera
la gorge, on posera la feuille de placage. Cette démonstration
s'applique au placage de toutes les moulures. La figure 27S fait
voir une doucine ainsi plaquée à l'aide d'une cale faisant la
contre-partie du bâti, profilée avec le même outil, mais seule-
ment placé en sens-contraire.
Quand la moulure ne se trouve pas sur plan droit, l'emploi de
la cale est impossible, ou du moins très difficile. Dans ces cas, on
l MQ
Fig. 275. — Doucine plaquée à l'aide d'une
cale faisant la contre-partie du bâti.
Fig. 276. — Doucine soumise à la
pression des sacs.
a recours à des sacs contenant du sable chaud; les sacs rem-
plissent les cavités et cèdent à la résistance des parties saillantes.
La toile des sacs doit être souple, le sable qui les remplit doit
être tamisé; on le fait chauffer dans une poêle, mais comme le
sable garde beaucoup plus longtemps sa chaleur que le bois, il
faut avoir soin de ne lui en donner que le degré convenable pour
entretenir la fluidité de la colle pendant l'opération.
La figure 276 représente une doucine, ou talon renversé, sou-
mise à la pression des sacs. Sa moulure étant faite sur plan rond,
le bois se trouve avoir une double courbure ; d'abord celle qui ré-
sulte du conlournement de la moulure, et puis celle qui résulte
du cintre que celle moulure décrit autour du bâti. Dans ce cas,
on doit amollir le placage en l'exposant à la vapeur d'eau bouil-
lante, ou bien le tremper dans de l'eau très chaude. On encolle le
bâtis, on pose le placage, et par-dessus les sacs, le plus rappro-
chés possible, puis sur chaque sac une cale. Sur les joints, et dans
LA MARQUETERIE ET LE PLACAGE.
23a
les endroits où les pores d'un bois noueux peuvent faire craindre
l'infiltration de la colle qui s'attacherait après les sacs, on met
une feuille de papier avant de poser les sacs ; en général cette
précaution est toujours bonne.
Si l'on plaque une pièce contournée et qui doit être revêtue en
dedans et en dehors, on combine l'emploi des cales et des sacs
de sable (fig. 277). Voici comment on parviendra à surmonter les
difficultés que présente cette opération. On clouera ou collera
avant tout sur les champs latéraux du panneau des calibres en
chêne ayant au moins 3 centimètres d'épaisseur. Ces calibres
sont destinés à le renforcer et à em-
pêcher que, faible comme il l'est,
étant composé de plusieurs morceaux,
et souvent fait en bois blanc, il ne
cède sous l'effort, et l'on plaque d'a-
bord le côté extérieur avant (le poser
le demi-rouleau a déterminé par la
ligne de joint 6, qui empêcherait le
placage de s'étendre.
Lorsque les feuilles ont reçu la
courbure préalable nécessaire, on en-
colle le panneau, on pose le placage,
on l'arrête avec des rubans, puis on
entoure le panneau de sangles dans
le sens de sa hauteur. On aurait soin
d'humecter et de chauffer un peu le
placage, si la courbure n'était pas
complète. On posera alors les cales,
également chauffées, par-dessus les
sangles non encore tendues et enfin,
s'il en est besoin, on mettralessacsde
sable b. On pressera alors, et l'effort des vis appuyant sur les san-
gles au moyen des cales ou des sacs les fera serrer fortement sur
les parties convexes, tandis que les sacs ou les cales s'enfonceront
dans les parties concaves et y fixeront le placage. On conçoit qu'il
faut, dans le principe, tenir la sangle assez lâche pour qu'elle
puisse céder. Quant au demi-rouleau, s'il n'a pas été pt)sé d'abord,
et cela a rarement lieu, on le remplace d'abord par un demi-
rouleau de rapport qu'on enlève pour placer le véritable lorsque
toutes les parties sont plaquées. Ce demi-rouleau se plaque en-
suite, au moyen d'une feuille roulée qui prend en avant plus bas
que la ligne b, et qu'on fixe au moyen de sable ; cette dernière
méthode est plus facile et plus sûre.
Fig. 277. — Placage à l'aide des
sacs et cales combinés.
230
LE BOIS.
I
On passe ensuite à l'huile de lin, ou mieux au saindoux, si
dans la marqueterie se trouvent des bois clairs, tels que l'érable
ou des bois teintés (l'huile donne une teinte jaunâtre qui déna-
ture les couleurs) ; puis on ponce soit à la pierre ponce, soit au
papier de verre, et l'on vernit au tampon, comme il a été dit (t),
en employant du saindoux et du vernis à la gomme laque blanche.
Différents genres de marqueterie. — La marqueterie com-
prend plusieurs genres :
Marqueterie arabesques à deux couleurs unies.
— arabesques à deux couleurs ombrées.
— arabesques à plusieurs couleurs.
— fleurs et oiseaux, bois de couleurs unies.
— fleurs et oiseaux, bois de couleurs ombrées,
cuivre et bois.
— cuivre et écaille.
— ébène et ivoire.
Nous indiquerons le moyen d'exécuter ces différents genres.
Marqueterie arabesques a deux couleurs unies. — Ce
genre de marqueterie est des plus simples. Il s'obtient au moyen
de deux plaques superposées, l'une de bois clair, l'autre de bois
foncé ; on peut lui appliquer tout ce que nous venons de dire pour
la marqueterie en général.
Marqueterie arabesques à deux couleurs ombrées. — Avec
la marqueterie ombrée, on peut faire de véritables petits
tableaux, mais ce travail réclame une grande patience et cer-
taines notions de dessin. Il est vrai que les résultats obtenus
compensent grandement les peines que l'on se sera données.
Les ombres s'obliennent au feu, au moyen d'une légère cou-
che de sable de rivière bien tamisé et très fin que l'on place sur
le couvercle d'un fourneau de fonte et dans lequel on plante les
morceaux que l'on veut ombrer. On aclive le feu plus ou moins,
suivant la teinte que l'on veut avoir. Ce genre de marqueterie
s'applique principalement aux dessins d'une certaine dimension,
ayant des parties massives s'entre-croisant et qui, laissées unies,
ne produiraient aucun effet.
Le feu ou le sable donne aux bois d'admirables nuances,
mais c'est d'une longueur désespérante.
Par l'action des acides, méthodiquement employés, on ar-
rive aux mêmes nuances. M. Rauge, dans le Découpeur français,
indique ce nouveau procédé pour faire les ombres.
« Chacun sait que l'acide sulfurique a la propriété de noircir les
(1) Voyez Le menuisier amateur, p. 193.
:
LA MARQUETERIE ET LE PLACAGE.
237
bois et même de les calciner quand l'action de cet acide est trop
prolongée; or, en se servant de cet agent, comme on se sert de
l'encre de Chine ou de la sépia pour le lavis, ou des couleurs
pour l'aquarelle, nous obtenons toutes les nuances dégradées
du clair à l'obscur.
« Nous ne ferons que décrire l'expérience que nous avons faite;
cela suffira à en faire comprendre l'importance, la méthode et les
résultats.
« La marqueterie avait été taillée dans quatre essences de
bois; elle se composait d'arabesques et de quelques fleurs d'or-
nement. La marqueterie, composée sur papier gommé, avait
été reportée sur son fût, rabotée et polie au racloir et c'est sur
cette surface que nous avons essayé l'action des acides : nous
en avions fait trois ou quatre solutions plus ou moins concen-
trées; la première ne contenait que quelques gouttes d'acide sul-
furique dans de l'eau distillée, les autres en contenaient succes-
sivement bien davantage : nous avons procédé tout autrement
que pour le lavis et l'aquarelle, c'est-à-dire qu'au lieu de poser
les teintes sombres et de les dégrader à l'eau, nous avons com-
mencé par imbiber- une pièce quelconque d'une 'Solution faible-
ment acidulée; l'action s'était immédiatement produite : une
teinte plate; en appliquant ensuite une solution plus concentrée
et en ne couvrant qu'une partie de la première teinte, en dégradant
ensuite, nous avons obtenu un premier résultat qu'il nous a été
loisible de poursuivre avec plusieurs couches successives, toutes
plus concentrées les unes que les autres.
« L'opération a donné d'excellents résultats, comme dégrada-
lions de teintes.
« Les ombres pourraient à la rigueur être portées jusqu'au noir;
mais la marqueterie serait trop crue, nous n'avons été qu'à la
belle nuance d'ombre, qui arrondit les objets sans eu trop accen-
tuer les reliefs.
« Le procédé est d'une simplicité telle que nous nous étonnons
de n'y avoir pas réfléchi plus tôt et de ne l'avoir pas encore
enseigné aux amateurs de marqueterie. »
Les amateurs qui ont fait du lavis comprendront plus aisé-
ment cette opération et en percevront les résultats, môme avant
de les avoir expérimentés. De là à la pratique il n'y a qu'un pas.
Marqueterie arabesques à plusieurs couleurs unies. —
On peut varier à l'infini les ouvrages de marqueterie en décou-
pant des bois de trois ou quatre nuances en même temps, mais
c'est ici que l'opération devient plus difficile avec le porte-scie à
main, parce qu'il est rare que le coup de scie soit donné bien d'à-
K.I
238
LE BOIS.
plomb, el que dès lors les morceaux de la plaque inférieure sont
ou trop petits ou trop grands pour rentrer dans la plaque supé-
rieure. r
Pour exécuter dans ce genre de marqueterie un couvercle de
boite, on superpose, par exemple, une plaque de palissandre
une d acajou, une d'érable moucheté gris, et une d'érable mou-
cheté naturel.
On découpe le tout en recueillant avec soin les morceaux de
manière à éviter la confusion; puis, avec le montage, on obtien-
dra quatre couvercles nuancés différemment :
1° Pourtour en palissandre, fond en érable moucheté naturel,
dessin en acajou el écusson en érable moucheté gris;
2" Pourtour en acajou, fond en érable moucheté gris, dessin
en palissandre, écusson en érable moucheté naturel.
Et ainsi de suite pour les deux autres.
On peut encore varier davantage les teintes suivant les dispo-
sitions du dessin, et employer jusqu'à dix sortes de bois diffé-
rents. Dans tous les cas, quand on plaque, on doit employer du
bois parfaitement sec, du sapin, du peuplier ou du tilleul; s'il
s'agit d'une grande surlace, il faut faire, à chaque extrémité,
une emboiture en bois dur, chêne ou hêtre.
Si on plaque un couvercle de boite de faible épaisseur, il est à
craindre qu'il ne se voile; pour éviter ce grave inconvénient, le
moyen le plus sûr est de plaquer l'intérieur en bois uni, en ayant
soin d'appliquer le placage de manière à couper en travers la
veine du bois de la monture.
Marqueterie fleurs, oiseaux, personnages en boU de
couleurs unies. — On emploie en marqueterie non seulement
des bois ayant leur couleur naturelle, mais encore des bois tein-
tés de toute nuance, au moyen desquels on peut suppléer à l'ac-
tion du feu pour donner les ombres. On ne peut obtenir des
teintes fondues, mais néanmoins on peut arriver à des résultats
satisfaisants.
Si le dessin est simple, c'est-à-dire que les fleurs ou feuillages
soient détachés l'un de l'autre, on colle le dessin sur le fond, afin
d'avoir l'ensemble général et d'être guidé pour la place de chaque
objet. Veut-on découper une feuille, on fixe comme nous l'avons
indiqué, avec du papier ou de la colle forte, une plaque vert
foncé et une vert clair au-dessous du placage qui fait Je fond,
puis on découpe; on pourrait encore par économie ne mettre
qu'une plaque vert foncé, par exemple, el découper moitié de la
feuille, puis mettre la plaque verl clair et découper l'autre moitié;
mais, outre la longueur du travail, on s'exposerait à ce que les
LA MARQUETERIE ET LE PLACAGE.
•239
deux côtés joignissent moins bien; or, là est toute la question
pour la marqueterie à sujets : arriver à ce que les découpages
s'incrustent exactement dans le fond. Il vaut donc mieux perdre
un petit morceau de bois et éviter une difficulté.
Lorsque les feuilles et les fleurs ont été ainsi découpées, on
fait de même pour la branche; puis on monte le tout comme
nous l'avons dit pour la marqueterie ordinaire.
Quand le dessin est compliqué, comme dans un bouquet de
fleurs par exemple, il faut d'abord exécuter le découpage sans se
préoccuper du fond : chaque feuille ou fleur est découpée sépa-
rément dans une plaque de bois de la couleur qui lui convient,
et on a soin,
pour les parties
qui s'entre-croi-
sent, de faire
les joints en
superposant les
morceaux voi-
sins l'un de l'au-
tre et en décou-
pant en double;
on ne fait les
petites dentelu-
res des feuilles
que lorsque l'on
incruste le bou-
quet dans le
fond.
Ainsi , pour
exécuter une
marqueterie de
couleur bois
uni, c'est-à-dire non ombré, prenez une plaque bois vert foncé
(flg. 278), sur laquelle on dessine la moitié de la feuille A, et un
autre bois vert clair et on dessine la moitié B; en superposant les
deux plaques, donnez le coup de scie du milieu de la feuille; puis
faites le tour en passant à côté des dentelures, réunissez vos deux
morceaux en les collant sur une feuille de papier.
Faites de même pour les deux autres feuilles; puis quand la
colle est sèche, croisez la feuille A B au point d'intersection avec
la feuille C, et découpez les dentelures; faites de même pour la
feuille D, et assemblez les trois feuilles sur le papier.
Vous agissez de même pour tout le bouquet ; le grand point
Fig. 278. — Dessin d'une feuille pour marqueterie.
■
240
LE BOIS.
I
consiste à ne jamais découper d'avance une partie qui se croise
avec une autre.
Lorsque le bouquet est entièrement découpé et assemblé sur
le papier, on le fixe au moyen de colle forte très claire et par des
points seulement sur la plaque de bois qui doit faire fond; puis,
au moyen d'une scie très fine, on suit tous les contours ; si on
a eu soin de faire sur tous les bords, comme nous l'avons dit
pour les feuilles, c'est-à-dire de laisser du bois, l'opération est
très facile ; niais, si on a découpé le bord même dans certaines
parties, il faut le suivre avec beaucoup de soin, afin que le dé-
coupage entre bien exactement dans le fond.
Lorsque le coup de scie est terminé, on sépare avec précau-
tion le bouquet de la partie du fond qui s'enlève; puis on remet
le tout en place, et on assemble sur le papier, comme nous l'a-
vons dit pour la marqueterie en général.
On peut recommander aux vrais amateurs ce genre de travail.
Avec un peu d'adresse et d'habileté, on peut arriver à représen-
ter une foule de sujets : fleurs, personnages, etc., et en faire
l'application sur des modèles de peinture, de tapisserie ou même
de toiles perses, et on comprend facilement de quelle richesse
serait un ameublement de chambre à coucher par exemple, qui
aurait un fond palissandre avec marqueterie de ce genre.
L'ombre au feu, avons-nous dit, est le moyen qui doit être
employé de préférence pour les meubles de prix et de durée par
la raison qu'il offre une solidité à l'épreuve du temps et même
du racloir, lorsque le meuble demande à être verni à nouveau;
mais c'est un travail qui n'est pas sans difficulté et qui demande
une grande patience et une grande habileté. Or il y a certains
petits objets, tels que coffrel, porte-monire, et autres meubles
de pure fantaisie dans lesquels l'amateur cherche seulement
l'effet du moment et pour lesquels il reculerait devant un travail
trop long; c'est pourquoi nous avons imaginé un moyen très
simple et très pratique pour tout amateur qui a quelques notions
de dessin, un petit secret du métier, du reste, que l'on n'est pas
obligé de dévoiler à tout le monde. Amateurs, gardons-le pour
nous, bien certains que la plupart de ceux qui n'y sont pas ini-
tiés n'y verront rien ; voici en quoi il consiste :
On exécute la marqueterie en bois de diverses nuances unies;
puis, lorsqu'elle est pratiquée et poncée au papier de verre, mais
sans huile, délayer de l'encre de Chine épaisse sur une palette,
puis tremper le pinceau dans une dissolution de gomme arabi-
que au lieu d'eau pure. Dessiner les ombres.
Si oh a des bois foncés tels que noir ou palissandre, on donne
I
LA MARQUETERIE ET LE PLACAGE. 241
des coups de lumière en employant le jaune de Naples au lieu
d'encre de Chine, toujours avec la dissolution de gomme arabique.
Lorsque ce travail est terminé, passer un chiffon imbibé d'huile
de lin, puis vernir au tampon ; la gomme arabique ne se dissol-
vant pas clans l'alcool, les ombres restent intactes.
Marqueterie cuivre ou argent, fonil bois ou écaille. —
Ces différents genres de marqueterie se font comme la marque-
terie bois; on. doit avoir soin d'employer des plaques d'égale
épaisseur; dans le cas où il y aurait quelque différence, on de-
vrait faire disparaître les inégalités avec une fine lime.
Lorsque la marqueterie est terminée, il est bon de donner quel-
ques coups de burin dans les parties trop mauvaises, afin de
faire ressortir par des ombres les croisements d'arabesques et le
dessin en général.
Les meubles genre Henri II se font en marqueterie ébène et
ivoire : il n'est pas d'amateur qui n'ait vu ces charmantes pe-
tites tables à ouvrage, guéridons, et môme des bureaux ou d'au-
tres grands meubles exécutés dans ce genre. C'est sombre, mais
c'est d'une grande richesse.
Malheureusement le prix des matières premières est tellement
élevé, que les amateurs reculent devant la dépense. Mais voici le
moyen d'arriver à un très beau résultat, avec une dépense infi-
niment moins grande.
Chacun connaît l'imitation ébène, bois de poirier ou autre
teinté en noir, qui vaut 2 fr. 20 le mètre carré, tandis que l'é-
bène se vend au poids, première économie.
Mais où la différence est beaucoup plus sensible, c'est sur l'i-
mitation ivoire, qui en feuille de 0,72 sur 0,72 vaut 13 francs. En
outre de cette différence de prix, qui n'est pas à comparer avec
celui de l'ivoire, cette matière offre un autre avantage. En géné-
ral l'ivoire se vend par petits morceaux pour la marqueterie, les
grandes plaques étant d'un prix trop élevé, il en résulte tout un
travail pour réunir ces petits morceaux; d'un autre côté, si l'a-
mateur n'y prête pas une grande attention, il peut en juxtaposer
n'ayant pas la même nuance, ou bien encore ne pas disposer la
veine dans le même sens, et dans les grands dessins avoir un
joint au milieu ou en travers d'une arabesque ; autant d'imper-
fections qui nuisent au coup d'œil.
Avec l'imitation ivoire, rien de tout cela; on place une plaque
de la dimension voulue sous le bois noir, et on découpe sans
préoccupation. L'opération se fait très bien, cette matière n'ayant
pas de veine qui parfois entraîne la scie; le découpage le plus fin
ressort très net. Par précaution on doit mettre en dessous une
I
■
1
KM
IiK Gl
Les industries ri',-
14
242
LE BOIS.
I
découpage' ^ b ° iS b ' anC ^ 4 à 5 millimètreS P 0UI - so ^™ le
Marqueterie imitation marbre. - La marqueterie offrp
beaucoup plus de ressources que le découpage, pour a varié
des ouvrages que Ton peut exécuter, car en dehors de la forme
1 amateur peut employer diverses matières. '
Jusqu'à présent, nous nous sommes plus spécialement occuoé
du bois, mais les jolis résultats obtenus avec d'autres maiTre
ont fait rechercher et découvrir des imitations de marbre et de
nacre de toutes couleurs qui, employées seules ou avec des corn
bmaisons, produisent des effets merveilleux. L'imitaUon du
marbre est parfaite, celle de l'écaillé est telle que nombre de
personnes s'y trompent journellement, et le tout est vendu en
femen^ l ^TT *" P ' aCage ° rdinaire > se allant facî
lement a la scie a découper.
Il existe une seule recommandation essentielle : c'est de tenir
consomment ces plaques en presse dans un endroit frais ma s
non humide, et éviter de les exposer aux rayons du soleil quTlé
a. g a Uchlr el se d ler> rendant a . n . . / euf e très l i es
cile. Pour ant, si l'accident était arrivé, on pourrait y remédier
en mettant la plaque à la cave et en la mettant en presse aussitôt
qu on se serait aperçu qu'elle s'est amollie.
f a ,!f rSqUe ,. Ia ma T eterie est termi "ée et montée sur papier, il
faut, avec 1 angle d'une râpe à bois demi-ronde, gratter le poli de
ces inflations, ivoire, marbre, écaille, nacre, etc., afin que la
colle forte puisse mieux adhérer.
On procède ensuite de la même manière que pour plaquer le
bo.s ; toutefois il faut avoir toujours soin de frotter d'ail la
marqueterie avant d'encoller.
Lorsque la marqueterie est appliquée sur le bois, mettre en
presse avec une cale bien unie, mais pas trop chaude, faute de
quoi, ces matières ont un retrait, qui produit très mauvais
Les marbres, écaille et nacre, supportent très bien le racloir,
on les ponce au papier de verre très fin et usagé, puis on les polit
comme le bois au vernis de gomme laque blanc ou au tampon
»ecoupa ff e, genre algérien. — Ce découpage a été ima-
giné en 1874. Il consiste dans un genre nouveau d'ornementa-
tion avec de la poudre d'or sur découpage noir verni au tam-
pon.
On peut recommander tout spécialement aux amateurs ce
genre d'ornementation, qui donne un aspect des plus agréables
aux objets que l'on construit ainsi. Le découpage pur et simple
LA MARQUETERIE ET LE PLACAGE. 243
est en effet un peu sec, la grâce que donnent les enroulements dis-
parait et il faut les deviner dans une masse souvent informe.
Comment représenter une fleur ou une tête?... Tandis qu'au
moyen du genre que nous décrivons, on peut donner du mouve-
ment aux arabesques, de la vie aux fleurs el aux animaux : l'ob-
jet découpé devient brillant; que l'on y ajoute au besoin quel-
ques chaînettes en cuivre doré ou quelques ornements et l'aspect
devient des plus séduisants.
Le mode d'ornementation genre algérien est 1res simple': il se
fait sur bois noir principalement ou sur palissandre très foncé.
Il consiste à faire ressortir toutes les nervures des feuilles par
exemple, les ombres des arabesques ou des sujets, fleurs, fruits
ou animaux, au moyen de la poudre d'or. Pour fixer celte pou-
dre, on a imaginé un vernis très facile à faire et d'une grande
solidité. Voici sa composition :
Dans une fiole nettoyée à l'esprit-de-vin et non à l'eau, mettre un
tiers de vernis copal au pinceau, et deux tiers de vernis au tam-
pon ; agiter vivemen t pour obtenir le mélange, et de même chaque
fois que l'on veut s'en servir; tremper une plume métallique fine
très légèrement. Dessiner sur le bois verni et passer de la pou-
dre d'or avec un petit pinceau à aquarelle, au fur et à mesure
qu'une partie du dessin est faite, de manière à ne pas laisser sé-
cher. Après quelques minutes, enlever l'excédent de poudre avec
une petite brosse très douce, ou mieux une patte de lièvre. On
peut ensuite impunément passer la main sur la dorure.
I
QUATRIÈME PARTIE
LES MÉTAUX
:
CHAPITRE PREMIER
LE SERRURIER AMATEUR.
Matériel et outillage. _ Les matières premières que le
serrurier emploie sont le fer, l'acier, le cuivre, le laiton, la houille
le charbon de bois et quelquefois le coke.
Un morceau de fer, avant d'être changé en une pièce de ser-
rurerie quelconque, subit deux sortes d'élaborations. On com-
mence par lui donner grossièrement la forme qu'il doit avoir
c est ce qui constitue le travail de la forge.
Une fois que la pièce est ébauchée, on la finit en la limant la
taraudant, la perçant, etc.; c'est le travail de l'établi.
Mais toutes les pièces de serrurerie ne passent pas à l'établi
Il en est un grand nombre qui s'emploient telles qu'elles
sortent des mains des forgerons.
D'autres au contraire doivent être finies par d'autres façons-
il faut les hmer, les tarauder, les percer, etc.
Les outils que le serrurier emploie se divisent générale-
ment en deux classes : 1" les outils de la forge, 1° les outil» de
l établi.
Outils de la forge. - Les outils de la forge sont la forge et
ses soufflets, et les enclumes.
Ce sont les outils de première nécessité, nous entrerons à leur
sujet dans quelques détails.
Forge - Les forges sont de deux sortes : les grosses forges
(forges a 1 anglaise, à l'allemande), où l'on fabrique le fer et l'acier
et où on les élire en barres de tout échantillon au moyen de mar-
tinets et de laminoirs; et les forges maréchales, où l'on façonne à
LE SERRURIER AMATEUR. 245
bras d'homme les innombrables pièces de fer el d'acier que con-
somment les diverses branches de l'industrie.
La disposition des forges maréchales varie suivant l'usage au-
quel elles sont destinées; ainsi on distingue les forges de serru-
riers, de mécaniciens, de cloutiers, les forges portatives, etc.;
Une petite forge portative (fig. 279) suffit pour commencer.
Toutes les forges se ressemblent en ce qu'elles sont formées prin-
m
1
Fig. 28i, — F'etitc enclume ou bigorne
80. — Enclume.
cipalement d'un soufflet, d'une tuyère placée horizontalement, d'un
foyer, d'une hotte el d'une cheminée. On les chaulfe au charbon
de bois ou le plus souvent à la houille et particulièrement avec
cette variété grasse et collante, qui a reçu le nom de houille maré-
chale. On emploie ordinairement le menu dont on forme au-
dessus du feu une voûte, qui se soutient par suite de la pro-
priété collante de la houille, et qui sert à concenlrer la chaleur.
Avant la chaude, on détache de la voûte les parties b's plus cal-
240
LES MÉTAUX.
cinées, pour former le fond du feu sur lequel on place le fer au-
dessus de la tuyère; de telle sorte que le vent traverse du coke
enflammé, puis se réfléchit sur la voûte embrasée, avant de
venir en contact avec le fer sur lequel il n'exerce plus alors
qu'une action à peine oxydante.
Enclume. — L'enclume (flg. 280) est une masse de fer ou de
fonte, ayant un poids, une forme et des dimensions appropriées aux
travaux qu'on veut faire, sur laquelle on forge les métaux à chaud
ou à froid. La surface sur laquelle on bat les métaux doit être
dure et lisse; ordinairement le milieu ou la table a la forme
d'un parallélogramme, et les bouts appelés bigornes (flg. 281)
sont l'un cylindrique et l'autre quadrangulaire pour que l'ou-
vrier puisse façonner diverses pièces. Un trou carré, percé près
du bord de la table, est destiné à recevoir un tranchet sur lequel
on coupe le fer.
Les enclumes sont fixées sur des chabottes ou billots fixés
A
u
Fig. 382. — Marteau.
I
en terre, ou dans un massif près de la forge. Les enclumes de fer
doivent être aciérées en acier de bout, trempé de toute sa force.
A cet effet, le fabricant brise son acier en bouts de 2 à 3 centi-
mètres de long, qu'il met les uns à côté des autres, en trousse
carrée, maintenue par un lien de fer. Il soude cette trousse dont
il fait une planche, qu'il soude à son tour, comme une mise sur
l'enclume.
Outils accessoires de la forge, — Les marteaux (flg. 282)
de toutes grandeurs.
Les pinces coupantes (fig. 283) et les pinces à mors plats (fig. 284),
les broches, les tenailles (fig. 285), les tisonniers, les chasse-rondes
carrées et à biseau, les mandrins, les étampes, les tranches, les
perçoirs, les tranchets, les casse-fer à froid.
Fonte et moule. — Lorsque la pièce que l'on veut obtenir est
assez compliquée, le meilleur parti à prendre pour l'amateur
est de la faire fondre dans un atelier spécial. Pour cela, on donne
au modeleur-mécanicien le dessin en grandeur d'exécution de
cette pièce, afin qu'il puisse l'exécuter en bois, ainsi que le moule
qui reproduit toutes les saillies et tous les creux du morceau
LE SERRURIER AMATEUR.
247
en relief. C'est celte double pièce de bois qui est donnée au fon-
deur pour que celui-ci en puisse constituer une semblable en
sable el fabriquer le moule que devra remplir le métal en fusion.
C'est ainsi que l'on procède, non seulement pour la fonte des
objets de serrurerie et de ferronnerie, mais aussi pour des engins
plus délicats : cylindres de machines à vapeur, cbaises, paliers, etc.
Mais telles qu'elles sortent du moule, les pièces ne peuvent être
immédiatement employées: elles sont rugueuses el souvent dé-
formées : il faut que la main de l'homme intervienne pour les
Fig. 2S3. — t'ince coupante Fig
ÏH. — Piuce à mors plats. Fig. 28">.— Te-
naille.
achever el leur donner la rectitude de formes et le dressage par-
fait qui, seuls, permettront un ajustage solide et régulier.
Pour cela, comme lorsqu'il s'agit de pièces forgées, l'élau inter-
vient, ainsi que les aulres outils que nous allons nommer, et
dont nous allons étudier successivement le maniement.
Outils de l'établi. — Les outils de l'établi sont d'abord: les
étaux de toutes formes et de toutes grandeurs et les limes, au sujet
desquels nous devons donner quelques indications pratiques.
Étau. — L'étau (fig. 286) est une sorte de presse, ordinairement
en fer, qui se compose de deux leviers à mâchoires, articulés à
leur partie inférieure, dont l'un est fixé à une vis, presque toujours
à filet carré, qui traverse l'autre levier et s'engage ensuite dans un
écrou qui, selon qu'on le fait tourner dans un sens ou dans un
248
LES MÉTAUX.
autre, serre ou desserre les mâchoires ou mors de l'étau Ces
mâchoires sont vissées à l'intérieur, taillées en lime et trempées
Un ressort placé entre les deux branches, mais que l'on corn!
prime aisément en faisant marcher l'écrou, les fait ouvrir quand
on desserre l'étau. ' -t udnu
d'm/^tr étaUX dUS \T afe ("S" 28? ) 1 u ' on r «e contre le bord
dm etabl, au moyen d'une simple vis de pression; mais on ne
peut s en servir que pour de très petits objets.
On fait aussi des étaux qu'on appelle parallèles parce que la
Fig. 286. — ttau à pied.
Fig. 287. — Étau à agrafe ou d'horiog
■
branche de devant s ouvre, par l'effet de la vis, parallèlement à
elle-même, au lieu d'articuler autour d'un point comme à l'ordi-
naire Ils ne sont guère en usage, malgré leur commodité, que
chez les amateurs, ainsi que les étaux qui ont la faculté de
pirouetter sur eux-mêmes.
On donne le nom d'i'tau à main à une petite pince à vis qui a
a forme d un étau, et qu'on tient à la main pour limer une quan-
tité de petits objets. ^
Les forgerons emploient de gros élaux du poids de 120 à 9(30 ki
logr.,dits étaux à chaud, parce qu'on s'en sert pour façonner au
marteau des pièces de fer ou d'acier à chaud. Il est nécessaire
qu ils aient de la masse et de la solidité pour ne pas s'échauffer
LE SERRURIER AMATEUR.
249
trop vile et pour résister aux chocs produits par les coups de
marteau. On les isole et on les fixe le plus solidement possible,
au milieu de la forge, de manière à pouvoir circuler tout aulour.
r'H
Fig. 289. Fig. 290. Fig. 291. Fig. 292.
Fig. 2S8 à 292. — Différentes sortes de limes.
Fig. 288, lime plate. — Fig. 289, lime plate à main. — Fig. 290, lime demi-ronde.
— Fig. 291, tiers-point. — Fig. 292, queue-de-rat.
Les étaux de serruriers, de limeurs, etc., sont ordinairement du
poids de 25 à 33 kilogr. Les élaux de menuisiers sont presque
toujours en bois.
Limes. — Les limes sont des outils d'acier bien connus, dont
■
M
230
LES MÉTAUX.
m
fi-
la surface est couverte d'entailles qui servent à couper et à user
les métaux, etc.
Les dents, les dimensions et les formes des limes varient beau-
coup selon les différents usages auxquels on les emploie. Les prin-
cipales sont :
La lime plate (fig. 288) et la
lime plate à main (fig. 289).
La lime bâtarde taillée sur trois
côtés seulement, le quatrième
permettant d'opérer dans un angle
en n'attaquant qu'un des côtés.
Fig. 21)3. Fig. 294. Fig. 295. Fig. 296. Fig. 297. Fig. 298. Fig. 299. Fig. 300.
Fig. 293 à 296. — Différentes formes do rifloirs. Fig. 297 4 300. —Différentes
formes de limes.
Fig. 298, lime i pignon. — Fig. 299, lime
Fig. 297, lime-couteau ou coutelle. —
demi-ronde. — Fig. 300, lime carrelette,
La demi-ronde (fig. 290) a une de ses faces dressée suivant
un arc de cercle.
Le tiers-point ou trois-quart (fig. 291) dont la section est trian-
gulaire, et qui sert particulièrement à affûter les scies.
La queue-de-rat (fig. 292) est ronde, pointue par son extrémité,
se trouve comme les tiers-point sur toute grandeur, sert à
agrandir les trous.
LE SERRURIER AMATEUR.
281
Les rifloirs (fig. 293 à 296) sont des limes qui ne s'emmanchent
pas : le milieu de leur longueur est uni : c'est par là qu'on
prend la- lime, les deux bouts sont taillés et affectent toutes les
formes ordinaires des limes. La figure 293 est le ritloir, tiers-
point d'un bout et queue-de-rat de l'autre; la figure 294 est un
ritloir droit, lime d'entrée et plate à main; la figure 295 est un
rifloir demi-rond taille bâtarde et taille demi-douce ; la figure 296
est une petite lime à queue qui ne s'emmanche pas.
Enfin les limes coutelles ou à pignon (fig. ?97 à 300), minces
d'un côté, servent à fendre les têtes de vis. On emploie souvent
aussi les sciottes qui ne sont taillées que sur l'épaisseur.
Ces petites limes ont toutes les formes déjà indiquées, et toutes
celles que le besoin fait naître et qui force quelquefois à recour*
ig. 301 et 302.
Fig. m.
Fig. 304.
Fig. 305.
Ciseaux.
Ciseau à froid.
Porte-foret.
Porte-foret ;'i main
ber les manches. La taille de ces limes est demi-douce et quel-
quefois très douce, vu qu'elles servent le plus souvent à finir.
On ne doit employer pour la fabrication des limes que des
aciers de bonne qualité, car cet outil est d'un emploi coûteux,
puisqu'il ne peut fonctionner qu'à la main et que son affûtage
est impossible. La longueur ordinaire des limes est de 13 à
30 centimètres.
Outils accessoires de l'établi. — Les ciseaux (fig. 301, 302)
et le ciseau à fruid (fig. 304), les butins.
Les mandrins, les filières et tarauds, les machines à forer
ou porte-foret (fig. 304 et 301-i) et leur foret (fig. 306), les fraises,
les trépans, les mèches, les tonrs.
Le tournevis (fig. 307), les clés à écrous (fig. 308), la clé anglaise
(fig. 309), la presse de serrurier (fig. 310), le vilebrequin (fig. 31 1 \ etc.-
M
■Cfl
282
LES MÉTAUX.
Parmi les outils indispensables au serrurier-amateur, nous cite-
rons encore :
Une meule pour affûter les outils.
Une machine à percer, pour atelier d'amaleurs, avec volants
P
i
/
V
Eig. 306. — Forets.
engrenages (aillés, étau à coulisse et plateau tournant sur la
Kig. 3IJ7. Kig. 308. Kig. 309.
Tournevis. Clef à écrous. Clef anglaise.
Presse de serrurier.
Kig. 311.
Vilebrequin.
colonne et pouvant se monter ou descendre à volonté (fig. 312).
Un boclil pour scier et découper le métal, ou mieux une scie
fonctionnant soit nu pied, soit h la main (fig. 313), dans le genre
LE SERRURIER AMATEUR.
du cli'
233
de celles que nous avons décrites au sujet du découpage du bois.
Mais nous devons dire, avant lout, que la qualité dominante
du serrurier amateur doit êlre la connaissance, au moins élé-
mentaire, du dessin linéaire, car, avant de mettre à exécution une
pièce, il est de toute nécessité, si l'on veut la réussir, de la dessiner
Fig. 31:2. — Machine à percer.
Flg. 313.
Srie ;i dccoupsrles mi't.uu.
sous ses différents aspects et à une cote précise, sur une feuille
de papier.
Travail <le l'établi. — La pièce doit être solidement main-
tenue sur l'établi, pour qu'on puisse agir sur elle, -ce qui s'olttient
au moyen de Vétau, entre les mâchoires duquel on la serre, à
l'aide de sa vis à filets peu inclinés.
Pour polir une pièce, on commence par la dégrossir avec les
limes. On emploie d'abord le carreau, on continue avec une car-
relette et, quand la pièce est lout à fait dégrossie, que sa forme
est fixée, on finit avec des limes de plus en plus douces, dont le
but est de faire disparaître les traces des unes et des autres.
H. de Giuki-igny. — Les industries d'amateurs. lo
I
■
234
LES MÉTAUX.
I
- Hijuerre.
Après le marteau, gui est l'outil par excellence du forgeron, le
principal outil du serrurier est la lime. C'est en enleva ît avec
celle-ci les excédents de matière, que l'ajusteur arrive à donner
à une pièce forgée les dimensions voulues. Nous parlons ici des
petites pièces de serrurerie, car pour les grandes pièces des ma-
chines on arrive bien plus promptement et plus économiquement
à obtenir la forme voulue, au moyen des machines à mortaiser, des
machines à raboter, des tours, elc.
Le grand ail du limeur est de savoir produire des surfaces
parfaitement planes. Il ne faut pas conduire la
lime droit devant soi, mais l'obliquer de droite
à gauche, puis de gauche adroite en recoupant
les saillies; par ce moyen la lime acquiert plus
de mordant et ne broute pas le fer. Il ne faut
pas plus appuyer de la main qui guide le bout
de la lime que sur celle qui lient la poignée,
car alors, au lieu de produire une surf.ee
plane, ou en produit nue inclinée du côté où
on a le plus appuyé.
Ou constate l'horizontalité parfaite du plan
à l'aide de Yéquerre (flg. 314) et du niveau d'eau
à bulle d'air (flg. 31b).
Pour limer en arrondissant, lorsque la pièce n'est pas trop
grande, on la prend de la main gauche, et si elle est courte, on
la saisit dans un élau à main, et on la lime de la main droite,
le fer appuyé sur un bois pris dans
l'élau.
Serrurerie d'amateur . — La
serrurerie comprend la fabrication
des ouvrages en fer forgé qui s'em-
ploient dans les conslruclions, les
mécaniques, etc., autres que ceux qui constituent la construction
des machines proprement dites.
Maintenant que l'amateur connaît le maniement et le fonction-
nement des principaux outils et des machines indispensables au
travail du fer et des métaux, il pourra procéder milhodiquement
pour arriver à un résultat satisfaisant.
Serrure. — De tous les ouvrages de serrurerie, celui qui de-
mande le plus d'habileté et d'adresse chez l'ouvrier, celui qui
exige le plus d'attention uour sa bonne exécution et sa sûreté,
c'est sans contredit la serrure.
Notre intention n'est pas de décrire ici les innombrables ser-
rures inventées jusqu'à ce jour; nous nous contenterons d'énu-
Fig. 315. — Nivc;iu d't
I.E SERRURIER AMATiilKl. 2oa
mérer les différentes pièces qui entrent dans une serrure.
Tout le mécanisme esl enfermé dans une boile en fer nommée
mlâtre. Celte boite se compose d'un fond rectangulaire sur le-
quel sont appliqués les côlés relevés, le plus haut, à travers le-
quel passe le pêne, se nomme le rebord; les (rois autres côtes
composés d'une feuille de tôle forment ce que l'on appell-J la
rlohon Celte feuille de tôle porte de petites queues saillantes que
l'on rive sur la palàtre; la palàlre et la cloison sont donc assem-
blées d'une manière très solide.
Le pénè de la serrure est une espèce de verrou que met en
mouvement la clef. I.a tète du pêne est la partie qui sort de la
serrure el qui vient s'engager dans la gâche, petit crampon lixe
h vis ou à scellement sur le ballant de la porte. La queue du
n-'iie poile d'un côté, des parties saillantes nommées barbes du
téne, sur lesquelles la-clef agit, et de l'autre, des encoches dans
lesquelles tombe un ergot qui termine un ressort appelé [ tnrét
du \:êne. Le pêne esl simple ou fourchu, selon que la tète esl il un
seul morceau ou formée de plusieurs dents.
Enfin, dans l'intérieur de la serrure se trouvent certaines
pièces de tôle contournées qui s'accordent avec les découpures
l'.nlcs à la clef; c'est ce que l'on appelle les gardes ou garnilum
de la serrure; ces gardes s'opposent au mouvement de toute ciel
qui n'aurait pas -les entailles nécessaires.
La. clef se compose de l'anneau où on applique la main, du
canon si elle est forée ou du bout si elle ne l'est pas et du panneton.
Bkécoupage du cuiïre et «les métaux. — Il y a une lien-
laine d'années que les premiers essais de découpage des métaux
ont été tentés. Comme, à cette époque, on n'avait encore que le
hoclïl pour tout outil, ou ne pouvait scier que du métal très
mince elle bruit produit par le mouvement de la scie était in-
supportable. Mais aujourd'hui, grâce à la puissance des machines
â découper inventées depuis, on a trouvé le moyen de parer a
èet inconvénient et de découper plusieurs feuilles à la fois.
11 suffit pour cela d'enfermer deux, trois el même quatre
feuilles de cuivre entre deux planchettes de bois de 1 et demi a
2 millimètres d'épaisseur, réunir le tout ensemble au moyen
de clous rivés, comme nous l'avons déjà expliqué (1). Lorsqu il
n'y a qu'une ou même deux feuilles de cuivre, la pointe les
perce aisément; mais s'il y en a un plus grand nombre, l'opé-
ration devient plus difficile. En ce cas, on peut percer le trou
d'avance, ou bien, après avoir enfoncé la pointe de manière a
1
H
») Voyez le découpage artistique du bois
250
LES MÉTAUX.
traverser seulement la première plaque de bois, on la coune
avec des tenailles ou des pinces à la hauteur voulue pou? aSl
ne fasse que traverser le tout, puis, par un coup sec Je ma, t au
enfonce; ,1 ne faut pas craindre de multiplier ces poinT r at
lâche ; plus le cuivre sera maintenu, moins il y aura'dè grif.ce-"
Celte application du découpage au cuivre est nouvelle- tout
au moms nous n'en avons pas encore vu d'exemple. Ce sera encore
une source d'agrément. Quoi de plus facile, en effet oued X
7 ? ar l "> P'océdé chimique des plaques de cuivre de zinc ou
«netu.cT I f ,al ' argentéeS ° U '°'" ;eSettle cônïecdonnï
une foule d objets qui pourront être Téellemenl utiles tandis
' U eB , b0ls lls •«*«* "•"!• fragiles? Ajoutez à cela qu'ils au 01
pus d apparence et plus de valeur ; c'est ainsi que nous citerons
par exemple, une garniture de table, un compotier, une ass.e te
8 fruits, nu garde-nappe, un huilier, etc. assieue
En employant des plaques de métal de l'épaisseur de 1 à *
St'ancT' °" ^ C °" fc ' Cliomier des ol, J e <« ayant une certain;
L'exécution de certains objets en cuivre a en outre cet avan-
tage qu on peut leur donner des formes arrondies, taudis (m'en
b0,S 0„ „o posait faire que des angle, plus ou moins aigus
béille rouie." U " e C ° U Pa " S ' °" P0U ' Ta faire U » e ^ r -
Toute la dirficullé, pour les amateurs, consiste dans le montage
Ar K ...u»re ,l„ ouirre - On peut argenter soi-même les
BDjelsen cuivre au moyen de la poudre à argenter (1).
CHAPITRE 11
LA BRAVOHB KX TAILLE-DOUCE.
I
Les deux manières principales de graver sont le burin et ïeau-
rorte; tous les autres procédés eu dérivent plus ou moins direc-
tement.
On grave sur des plaques de métal, cuivre, acier, zinc ou étain
épaisses d environ ï millimètres. L'acier est devenu le métal
le plus généralement employé, parce que la quantité des épreu-
I Vojtt Hénod, Sâtrttt d» la (etmot et de Fmdtutrie, Paris, lâ8S (BibHotAina
LA GRAVURE EN TAILI.E-DOUCE.
257
on peut en tirer esl assez considérable. Le cuivre est pr
ves qu
féré pour les sujets q
ont besoin d'un moindre tirage ; le zinc
tes d'une 1res grande dimension, et l'élain
pour les plans ou car
pour la musique.
«rayure nu burin. — Voici comment procède le graveur au
burin. Surune planchette de cuivre ou d'acier, on trace légère-
■
Fig. 316 et 31
— Butïds.
ment à la pointe le contour du sujet qu'on veut représenter,
ainsi que la direction et la forme des principales tailles qui doi-
vent colorer la gravure. Ensuite, avec un burin (fig. 316 et 317)
U-dffr.
M»
Ligne au burin.
d'une dimension et d'une forme en rapport avec les traits que
l'on veut tracer, on coupe Je cuivre en poussant en avant, comme
avec un rabot ou une gouge, ce qui enlève, en effet, de petites
lames de métal, qu'on nomme copeaux (fig. 318).
Les (ailles ou traits multipliés les uns près des autres forment,
I
258
LES MÉTAUX.
suivant leur disposition, leur rapprochement et leur grosseur
des teintes plus ou moins vigoureuses, et l'ensemble de la gra-
vure la plus parfaite n'est rien autre chose que l'ensemble même
de ces traits.
Ce procéda, qui parait d'une si parfaile simplicité, est extrê-
mement aride ; on ne le possède qu'après un long apprentissage
et l'étude minutieuse de toutes les difficultés proprement dites
de métier. En ce qui touche à la partie purement artistique, les
exigences restent les mêmes pour tous les genres de gravures.
Certaines estampes n'ont été terminées qu'après un travail
assidu de dix, vingt et trente années. On cite même quelques
planches qui ont occupé la vie presque entière d'un graveur.
Gravure à l'eau-fortc. — Dans ce genre de gravure, on
enduit une planche d'une couche très mince de vernis composé
de matières résineuses qui résistent à l'action des acides. Ce ver-
nis, qui varie beaucoup dans sa composition, est étalé, s'il est
liquide, au moyen d'un large pinceau; on y mêle du noir de fu-
mée pour lu* retirer sa transparence. Quelques minutes suffisent
pour le faire sécher et lui donner de la solidité. Si l'on se sert de
ce vernis sous forme de pain, on le promène à la surface de la
planche chauffée à un degré convenable : il s'élale alors à l'action
du feu, et onl'étend d'une manière égale en tamponnant la plan-
che avec un tampon de soie rempli do ouate; mais, comme dans
cette opération on ne peut lui donner de la coloration, on re-
tourne la planche en l'élevant au-dessus de la tête, et l'on passe
habilement dessus un flambeau allumé, composé d'une ving-
taine de petits brins de bougie: la fumée, en se collant, au vernis,
lui donne un bnau noir qui couvre entièrement le métal.
Celte opération terminée et la planche refroidie, on décalque
si l'on veut, par divers procédés, le trait du sujet que l'on doit
graver; ensuite, à l'aide d'une pointe, on trace dans le vernis
tout ce qu'on veut, comme si l'on dessinait avec un crayon dur
sur du papier, mais avec cette différence que le crayon produit,
en se promenant sur le papier, des traits qui apparaissent en
noir, au lieu que la pointe découvre la planche aux places où
elle passe, laisse apercevoir le mêlai et produit ainsi des traits
clairs sur le fond noir du vernis.
On a donc le contraire de ce qui doit être en réalité un dessin.
Tout ce qui doit devenir noir sur l'épreuve est d'abord tracé
en clair surla planche ; en d'autres termes, le clair deviendra noir.
Quand on juge que ce travail est terminé, on entoure la plan-
che d'une bordure de cii e à modeler, afin de former une es-
pèce de bassin dans lequel on verse de l'eau-forte, qui, ayant
LA GRAVURE EN TAILLE-DOUCE.
259
I. propriété de décomposer le cuivre, n'en détache les molécules
auC endroits découverts parla pointe, alors les lignes tracée.
a ns le vernis se creusent comme par enchantement, et, après
un délai qui n'est que de quelques minutes sur certains métaux
e du s comme l'acier, on obtient des résultais que des mois
ïepalience n'auraient peut-être pas produits à l'aide d'autres
^Onïî'ire l'eau-forte, on dévernit avec de l'essence, et la plan-
che bien nettoyée, apparaît gravée pins ou njoms profondé-
ment; les traits" remplis de noir prennent sur le fond non- du
mêlai leur véritable valeur.
Cette manière de graver demande peu d'apprentissage Les
peStres ? en servent avec succès, parce qu'elle laisse toute liberté
Meurs caprices, et que l'exécution n'en est arrêtée par aucune d,f-
„ u é se ieuse Ils sont néanmoins habitués, pour la plupart, a
Moucher et terminer leurs eaux-fortes à l'aide de tous les autres
Procédés tels que ceux du burin, de la pointe sèche de la rou-
lette ec ; mais ces procédés res.ent toujours indistincts dans
e œuvre des plus habiles, comme on peut le remarquer dan
[es admirables productions que les anciens peintres nous ont
injccôpc en ce genre.
Manière noire. - La manière noire, inventée au commen-
cement du dix-septième siècle, diffère entièrement des autres
«en es de gravure. Au lieu de mettre en saillie du' noir sur du
cE elle a pour objet de produire des lumières sur du noir.
L'ôuti principal dont se sert le graveur en manière noire a
recule nom de berceau, à cause du mouvement que lu, unprun,
m ain. C'est un ciseau dont la partie tranchante est circulaire^
en biseau, et gravée comme une lime de laules rapprochées, ce
Si donne au tranchant une multitude de pointes fines e
a cérées On berce cet oulil eu appuyant et en le tenant droit et
Sout sur la planche.ee qui produit une infinité de p. ils rous^
et cette opération, répétée sur plusieurs sens, eu cible tellement
la surface, qu'il en résulte un noir intense.
Su la planche ainsi préparée, on trace le sujet qu on veut
.rav r et l'on enlève avec un grattoir les clairs-obscurs, les lu-
mières ordinaires, ainsi que les plus vives, qu. sont polie, et reu-
dues très brillantes au moyen d'un brunissoir.
° L résuhat est le même que celui qui consiste à ramener sur
un papier de couleur, des demi-teintes, des lumières, à 1 aidf
d'un crayon blanc. , , ,
Les Anglais ont tiré un grand parti de ce procède que Reynolds
a illustré.
I
2(50
LES MÉTAUX.
I
Aquatinte. - 0,i commence par tracer à l'eau-forle les
contours de ce qu'on veut graver. Puis, après avoir nettoyé t
planche, on la renferme dans une boite d'une assez grande d i-
niens.on dans laquelle on a fixé deux tringles horizontales pour
rL'' p eC n V °"''r La h T de CeUe boUe contie " 1 de la résine pE
mée. On referme la porte de cette boite et ensuite on agite vio-
lemmen cette poudre au moyen d'un fort soufflet qui commu-
nique a la boite par un conduit. 4 mu
La poudre, dont les parties les plus léecres et les plus ténues
montent au sommet de la boite, retombe' sur la pLÏoù eUe
forme une couche mince et égale. Ainsi recouverte par la poudre
la planche est retirée et chauffée en dessous avec un flambeau dé
pap.er jusqu'à ce que la couche de résine soif, fondue
La chaleur fait crisper la résine, laquelle se retire en' une mul-
titude de points qu, laissent entre eux de petits espaces formant
ensemble un réseau, et c'est dans ces interstices que l'acide do"
creuser le métal. Ceci s'appelle poser un grain
Le tissu de ce grain devient plus ou moins fin suivant /épais-
seur de la couche de résine et le degré de chaleur auquel on a
un T,v -, P ^^ ^ T rdU Par rad(le > jl don »« q-lquefeis
un travail imperceptible à l'œil et semble une couche de lavis à
encre de Chine ou a la sépia. Quelquefois aussi on distingue tout
le tissu, qui semble avoir été tracé à la pointe
Nous avons dit que le trait du sujet avait été indiqué par une
eau-forte comme par un trait à la plume sur du papier on re-
couvre alors avec un pinceau et du vernis mêlé de noir dé fumée
les parues qui doivent rester blanches, ainsi que les marges On
borde de cire et l'on fait mordre avec l'acide °
Lorsque la planche est acidulée de manière à produire la plus
faible tenue du dessin, on y passe de l'eau; on laisse sécher e
on couvre toutes les parties qui ont pris assez de force pour
faire mordre de nouveau celles qui demandent plus de vigueur
On renouvelle celte opération autant de fois que cela est néces-
saire pour que la gravure soit à peu près terminée et poussée à
nlenTr **? ^ C ° l0rnti ° n - ° D ^^ P lusie ^ ^
moyens pour polir, nettoyer et terminer, comme la roulette le
brunissoir, le burin, etc. '
«ravure e„ touches. - On pose d'abord un grain d'aqua-
tinle comme dans l'opération précédente. Lorsque la planche e«l
e roHhe, on dessine avec un pinceau chargé d'une encre parti-
culière le sujet qu on veut représenter. Cette encre se compose de
su re de gomme-gulle, de blanc d'Espagne, de noir de fumée
le tout broyé ensemble et délayé avec de l'eau gommée. Ce tr£
LA GRAVURE EN TAILLE-DOUCE.
201
vail terminé et l'encre dont on a fait le dessin parfaitement sé-
chée, on vernit loute la superficie de la planche, ce qui recouvre
tout le travail. On laisse encore sécher le vernis, on horde ensuite
la planche et l'on remplit d'eau le bassin formé par la cire. L'en-
cre, quoique recouverte do vernis, s'imprègne alors d'humidité,
se gonfle, s'enlève et laisse à nu toutes les parties de l'aqua-tinte
qui en avaient été recouvertes.
Le grain subsisle, mais recouvert de vernis partout où l'encre
n'a pas été appliquée. On fait mordre alors à plusieurs reprises
pour les différentes valeurs de coloration.
Gravure au pointillé et au point. — ■ Ce génie de gravure
JL.
I
Kiff. 319. — Boulettes.
consiste à exécuter un sujet exclusivement avec des poinls plus
ou moins gros et différemment rapprochés. Ou grave sur le
cuivre nu à l'aide de poinçons qu'on appuie avec la main et qu'on
frappe avec un marteau. Les petites boursouflures que ce travail
occasionne sont abattues par le tranchant d'un grattoir.
Roulette. — La gravure à la roulette est d'invention assez
ancienne, mais c'est seulement depuis peu qu'elle a constitué
tout à fait un genre important.
Les outils dont on se sert sont de petites roulettes de dif-
férentes formes, armées de pointes régulièrement sculptées
(fig. 319) et qu'on promène sur le métal en raison de la valeur
qu'on veut donner au ton.
15.
202
LES MÉTAUX.
■
I
On fait avec ce seul instrument des dessins d'anatomie, de bo-
lanique, de micrographie, elc, qui arrivent à une grande perfec-
tion. La roulette sert aussi, mais dissimulée, dans différents genres
de gravures telles que l'eau-forle, l'aqua-liute, la manière noire.
Calcographie ou Vernis mon. — Rien de plus facile que
l'exécution de ce genre de gravure.
Nous avons dit qu'on étendait sur la planche où l'on voulait
faire une eau-forte, un vernis qui, gravé avec une pointe, iaisse
à découvert les pariies que doit creuser l'acide. Ou ajoute ici de
la graisse de porc à ce vernis, ce qui l'empêche de reprendre
une grande solidilé en se refroidissant, d'où vient le nom de
vernis mou.
On prend une feuille de papier très mince et tVnn grain très fui
«papier serpente anglais) comme celui qui protège les estampes
des livres illustrés ; on l'applique sur le vernis rt l'on dessine sur
ce papier avec un crayon de mine de plomb, absolument comme
si l'on faisait un dessin ordinaire. Lorsqu'on a terminé, on enlève
la feuille, et partout où le crayon a passé, le vernis adhère au
papier et laisse le métal plus ou moins a découvert, selon qu'on
a plus ou moins appuyé. On fait mordre alors comme pour la
gravure à l'eau-foile, et la planche reproduit exactement le dessin
tracé sur le papier.
Gravure à lu machine ou gravure mécanique. — Ce pro-
cédé très répandu fournil au commerce un nombre infini d'es-
tampes.
On dispose sur la planche qu'on veut graver une eau-forte très
simplement faite. Celle eau-forte mordue, on dévernit et on rê-
ver mt la planche. On la fait passer' ensuite sous une mécanique
qui la couvre de lianes lines, parallèles et équidislanles. On fait
mordre alors ce travail suivant que chaque endroit l'exige, abso-
lument comme pour l'aqua-linle.
On peut croiser- et recroiser ce travail en renouvelant la même
opération.
Gravure en couleur, ou camaïeu. — Les différentes ma-
nières de graver peuvent servir pour produire des estampes en
couleurs, mais la manière noire et l'aqua-linle sont préférables
comme imitant mieux l'effet du lavis.
Il y a deux moyens distincts d'arriver au résultat :
l.e premier' consiste dans le travail de l'imprimeur qui place
avec un pinceau, soit du bleu, soit du noir, soit du jaune, etc., sur
les différentes parties de la gravure suivant le modèle qu'on lui
a donné. Ce moyen est borné et exige des relouches au coloris.
Le deuxième est plus complel, mais aussi demande un travail
LA GRAVURE EN TAILLE-DOUCE.
2f>:i
bien plus
long ef plus difficile. Il consiste à faire du même su.jt
mal
re planches dont chacune
reçoit louL ce
mi doit être ou
e ou bleu, ou noir. Ces planches s'imp
riment lour
jaune, ou rouge, ou Dieu, ou non. v.v,= F „.,,c..., . ...
à tour cl toutes les quatre sur la même épreuve e donnent, pa
la combinaison de ces quatre couleurs superposées halnlenienl
avec le blanc du papier, des Ions varies a l'infini.
Pointe sèclio. — On désigne par le nom de pointe Sèche 1 em-
ploi particulier qu'on l'ait d'une pointe courte et forte avec la-
1 elle su lieu de tracer des traits sur le vernis en La maniant
comme un crayon, on trace sur la planche des incisions plus
ou moins profondes, en appuyant selon 1 importance qu on veut
leur donner. Il résulte de ces coupures des barbes ou bour-
souflures que l'on abat avec un grattoir, et a bulle mute alors
le travail d'un burin lin. Rembrandt, qui a beaucoup usa de ûe
moyen dans ses eaux-fortes, n'a souvent char», qu a demi ou
point du tout se^ traits de pointe sèche. Les barbes retenaient
sur la planche une surabondance de noir qui s écrasait sur 1 e-
prenve an moven de la pression et donnaient à ces eaux-forles
ces tons veloutés et mystérieux qui ajoutent tant de charme a
ses merveilleuses compositions (f'.li. Jacques).
Impression en taille-douce. - La gravure en taille-douce
est constituée par une réunion de traits ceux formant autan de
netits sillons ou canaux destinés h recevoir le noir qui doit se
reporter sur le papier pour former l'épreuve ou estampe. Or,
qu'une planche ait été gravée, soit avec le burm so.l avec 1 eau-
forte soit à l'aide de tonte autre espèce de procèdes, la surlace
de la planche présente toujours des creux recevant le nois qui se
reporte au moven de la pression sur une feuille de papier.
Quoique la "presse des graveurs ait plus d une fois varié ce
forme elle était assez perfectionnée, dès les premiers temps de
la gravure, pour reproduire en admirables épreuves les tableaux
desgrands maîtres. Rien ne dépasse aujourd'hui la fraîcheur de
ces belles estampes.
Le mécanisme d'une presse est fort simple, et cependant peu
de personnes s'en forment une idée précise.
L'imprimeur à qui l'on remet la planche gravée 1 expose sur
un instrument que l'on nomme lotte. C'est en elfe, une espèce
de boite dont le dessus est une plaque de (oie et dans laquelle on
introduit une cuve de fonte nomméepoéi*. qui contient ,1e la pous-
sière de charbon de bois allumée comme dans une chaufferette.
Lorsque la planche a atteint un certain degré de chaleur douce
l'imprimeur, au moyen d'un tampon, la couvre aus«i également
que possible d'une couche de mine de noir broyé.
1
264
LES MÉTAUX.
Ce noir, broyé avec une huile très épaisse, se liquéfie légère-
ment a la chaleur, et peut entrer clans les plus légères entailles
du cuivre; on prend alors un chiffon de grosse mousseline et
en le tournant sur la gravure, on lait entrer le noir dans tous les
traits, en môme temps qu'on en relire le superflu. C'est ensuite
au moyen de la paume de la main qu'on enlève tout ce qui reste
en tailles et salit la superficie.
Puis on place la gravure sur une grande planche de noyer
On la recouvre d'une feuille de papier humectée, et, sur cette
leuille de papier, on pose qualre ou cinq morceaux d'une étoffe
qui tient le milieu entre le drap et la flanelle.
Tout cela passe ensemble entre deux gros 'rouleaux de noyer
de gaiac ou d'acier, qui, étant extrêmement serrés, opèrent une
pression énorme, et forcent, par l'élasticité du drap le papier
humecté à entrer dans les trous de la planche et à s'approprier
loul le noir qui s'y trouve. On retire alors l'épreuve de dessus la
planche, et celte prompte et merveilleuse opération répétée
autant de fois qu'il est nécessaire, donne au commerce les in-
nombrables estampes qui ornent nos livres et nos appartements
■
CHAPITRE III
LE MÉCANICIEN AMATEUR.
Nous avons étudié l'outillage nécessaire aux personnes dési-
reuses d'occuper leurs loisirs à travailler le fer et les métaux •
nous allons examiner maintenant quels sont les ouvrages que
ces personnes peuvent entreprendre et mener à bonne fin avec
un peu d'adresse et de persévérance.
Lorsque l'on aura acquis la sûreté de main nécessaire et l'ha
bilelé indispensable pour entamer un travail quelconque quand
on possédera la précision et la justesse qu'il faut absolument
avoir pour s occuper de mécanique el que l'on connaîtra les no
tions de dessin linéaire et de. mécanique qu'il faut avant tout
bien étudier, on pourra se mettre à l'œuvre et construire soit
une petite machine à vapeur, soit un moteur électricfue ' soit
une machine-oulil quelconque.
Machine à vapeur. — Nous donnerons d'abord quelques
renseignements sur les divers organes qui composent une ma-
chine à vapeur, lesquels fixeront l'amateur sur les conditions que
LE MÉCANICIEN AMATEUR.
265
doit remplir un modèle de machine pour bien fonctionner, ainsi
que quelques indications pour la mise en marche et la conduite
ae i C e e s S machines à vapeur sont basées s.ir l'emploi de la force
élastique de la vapeur d'eau agissant sur un piston en lui impri-
mant un mouvement rectilignc, que l'on transforme ensuite par
divers organes en un mouvement circulaire, continu.
Pour arriver à ce but, il faut donc :
1° Produire de la vapeur d'eau;
2» Etablir un mécanisme destiné à utiliser la pression de cette
'Tènsemble des appareils destinés à produire et à utiliser la
vapeur d'eau prend le nom de machine à vapeur.
Nous allons commencer par étudier rapidement la production
et l'emploi de la vapeur.
«aérateurs o.. chaudières. - Les appareils destinés à
produire la vapeur sont désignés sous les noms de grnerateun
ou plus communément chaudières. 11 en a ete propose bien des
genres; mais ils se composent tous d'un ou plusieurs réservoirs
contenant de l'eau et un foyer renfermant le combus ible
1 a quantité de vapeur produite étant proportionnelle a la su?-
face de chauffe, les efforls des ingénieurs se sont portés à ol.temr
une grande surface dans un petit volume, surtout lorsqu ,1 s agit
de construire les locomotives.
Pour les machines fixes, et lorsqu'on dispose d un grand em-
placement, on construit des ehaudiere* dite* à bouilleurs. Ce sont
plusieurs cylindres ou réservoirs, ordinairement au nombre de
trois, contenant l'eau à vaporiser, lesquels places au milieu du
foyer sont enveloppés d'une construction en briques réfractatres.
Ces réservoirs communiquent toujours entre eux.
Lorsqu'il n'est pas nécessaire d'obtenir une grande quantité
de vapeur, comme cela a lieu pour les modèles de démonstration,
la chaudière se compose simplement d'un réservoir cylindrique
à eau placé sur le foyer; la masse d'eau est traversée parle nyaii
de la cheminée. Lorsqu'il est nécessaire de produire p us de va-
peur, on augmente la surface de chauffe en mull.p liant le nombre
des tuyaux que la flamme doit traverser. Les chaudières ainsi
disposées sont appelées titulaires. Mais comme le tirage, dans
ces générateurs, a beaucoup perdu de son activité on rend au
feu son ardeur en laissant échapper la vapeur dans la cheminée,
ce qui produit un tirage très énergique.
En somme, on peut se résumer en disant que, dans les chau-
dières à bouilleurs, l'eau est placée sur le feu ou dans le feu,
N
806
LES MÉTAUX.
jfajj- <me, dans les chaudières tabulaires, e „ e est ^.^ pnr
sanco prodnile ot à pu i*r,i»,. iv.r , V 7 lnLensile < le la puis-
Une soupape de sûreté à ressort ou à poids;
On manomètre pour indiquer la
pression de la vapeur;
On niveau d'eau ;
Deux ou trois robinets de jauge-
On robinet de vidange;
Ou sifflet d'alarme;
On souffleur.
Nous allons dire quelques mots de
chacun de ces appareils.
Celle soupape, comme son nom l'in-
Fig. 320.
Soupape de sûreté à poids
Soupape de §ûrc(é
dans la chaudière dépasse une certaine
«mite, pression qui pourrait occasionner
la rupture des tôles ou parois de la ebau-
cliere. Pour arriver à ce résultat, ces sou-
papes se composent d'un petit clapet rodé
et bouchant un orifice percé dans une em-
base fixée à la chaudière; ce clapet est
maintenu, soit par un ressort, soit par toi
limer, à l'extrémité duquel est accroché
un poids (fig. 320).
H faut naturellement que la résistance
de la soupape soit calculée pour que le
clapet se lève aussitôt que la pression de
dele généralement adopté est celui de M. lourd* ï ique™ e
compose d un tube circulaire, de surface méplate, dans lequel a
vapeur, en pénétrant, lend à faire ouvrir plus ou moins le ce Je
forme par ce tube; les mouvements du lube sont transmis a l'a 1
guil e indicatnce par le moyen d'un levier ou d'une came e.mre-
nanl avec un petit pi aiTKI denté (flg. 321). (.es divisions porïï.
Fig. 321.
Manomètre Bourdon.
LE MÉCANICIEN AMATEUR.
267
bpr le cadran indiquer,!, on kilogrammes, la pre »ion exerce
par centimètre carré sur les parcs mténeures de a ^ »d ue
K luhe muni d'un robinet relie le manomètre au icseivon
Tiveau a-eau. - Le rôle de cet appareil es, facile à com-
prendre, il indique le niveau de Veau dans la chaudière (flg. àii).
On ne doit jamais laisser descendre le
niveau au-dessous de la prise basse du
niveau; de celle façon, on évite de brû-
ler les tôles ou parois de la chaudière.
Pour maintenir un niveau constant,
on emploie des pompes dites alimen-
taires, dont il esl parlé plus loin.
Robinets «le jauge et de vidange.
— On remplace ou mieux on com-
plète les indications du niveau d'eau
par les robinets de jauge ou de vidange.
Deux suflisenl, l'un est placé fers le
haut de la chaudière, au maximum du
nioeau que l'eau doit atteindre, l'autre
dans le bas, appelé robinet purgeur
ou de punie. Celui du haut doit tou-
jours donner de la vapeur, et celui du
bas, de l'eau. . . rR „ W1 |
Le robinet purgeur est un robinet a bec recourbe (fi 3 .
nlacé dans le lias de la chaudière, et qui sert a vider celle-ci ae
Cqa'elloconIieDl.lo«^u'dl.n.doitpla. > foncl»nn^On
l'ouvre quand il y a encore une certaine pression à 1 il lUh em-
parée que l'eau esl ainsi chassée avec force et entraîne avec eUe
les dépôts et les impuretés qu'elle tient en suspension, ce qui
permet de conserver les parois propres et indem-
nes d'encrassements el d'incrustations, que 1 on
peut cependant atténuer en mêlant à l'eau delà
chaudière la valeur d'une petite pomme de terre
crue coupée par morceaux (1).
Sifflet — H en existe plusieurs modèles qui
ont tous pour butde produire un son strident servant de signal,
soit pour la reprise du travail, soit pour son arrêt. Ils se com-
posent d'une petite cloche en bronze mince, que la vapeur la
vibrer en s'échappanl. La sortie de cette vapeur est obtenue, sot
parle jeu d'un levier (flg. 324), soit par l'ouverture d un robinet.
(1) Voye, Héraud, Secrel, de la science et de Industrie, Pari., 1888, p. 73 iBibbo-
thèque des eunnuissnne.s utiles;.
3JÎ. _ Niveau d'eau.
Fig. 323.
Robinet de jauge'.
■
268
LES MÉTAUX.
7
¥■■
I
■
Les sifflets dits d'alarme sont munis d'un clapet et sifflent seuls
Souffleur. - C'est un tuyau partant de la chaudière et se
rendant dans la cheminée ; le jet de vapeur sortant Ïe ce tÏa u
Fig. .324 — Sifflet. Fig-. 32i.
Robinet de vapeur.
Fig. 326. — Pompe alimentaire.
bhie/diS" 1 ! iraS6; °V n r ' Sle l6S Cffëts à i;&ide d ' un ™-
Dinel, dit robinet de vapeur (flg. 323)
D arT™rïS ,M îî tal ?" ~ CeUe P ° mpe (fl - 326 )> donnée
pai la machine elle-même, aspire l'eau dans un réservoir et la
refoule dans la chaudière au fur et à mesure de sa transforma*
bon _en vapeur C'esl grâce à elle que l'on peu. obtenir une marche
contmue auss. longtemps que l'on entretient le feu dans le foyer
peunption d'un modèle de machi„ P verticale. - L 'expli-
cation des figures 327 et 328 permettra de comprendre le rôle
exact de chacun des organes nécessaires à la Iransformatioa de
mouvement, ainsi que la marche de la vapeur dès son entrée
dans la cage du tiroir jusqu'à sa sortie du cylindre.
Voici le plan d'une machine à vapeur verticale (fis 327]
A socle en fonle de fer sur lequel est monté le cylindre B
les bal, s, la pompe et loules les pièces fixes de la machine
13 .cylindre en bronze ou en fonle de fer, ce cylindre parfaite-
ment alèse et rodé, fermé à ses deux extrémités par des pla-
teaux boulonnes aux joues du cylindre, coulie.it le piston C la
vapeur entre dans le cylindre par l'un ou l'antre dés orifices
et U (prises) et s'en échappe par l'orifice P (échappement) l 'é-
chappement doit être plus grand que les prises
C, piston, disque en bronze garni d'étoupes ou de ressorts
dénommés sfgments, glissant à frottement doux dans le cylindre
et guide dans sa marche par la tige D traversant le couvercle
supérieur du cylindre.
LE MÉCANICIEN AMATEUlt.
269
Ce couvercle possède un appendice saillant clans lequel existe
une cavité remplie d'une tresse en chanvre ou étoupe, graissée,
laquelle se trouve pressée pour faire joint hermétique, par une
narlie tournée se moulant dans celte cavité et serrée par des
boulons. Cette dernière pièce, figurée en E, se nomme presse-
èloupe (en anglais stuffing-box).
F, guide, pièce en fer destinée à maintenir la lige du piston
bien verticale pendant sa marche.
G bielle à fourchette en fer, fixée d'une part a la tige du
piston el de l'autre à la manivelle H. La tige du piston en mon-
tant et en descendant entraine la bielle et fait par suite tourner
la manivelle, laquelle entraine l'arbre I et lui imprime un mou-
vement circulaire continu (fig. 328), mouvement régularise par
le volant J. . ,. ,
K poulie fixée à l'arbre et tournant avec lui, sur laquelle est
placée une courroie transmettant le mouvement delà machine
aux outils qu'elle doit actionner.
L excentrique, disque en bronze percé excenlriquement et fixe
sur l'arbre à'angle droit de ht manivelle; autour de ce disque, sont
deux colliers boulonnés qui l'enveloppent (fig. 328). Le bas du col-
lier inférieur porte une tige M à laquelle est suspendue la pièce N
dite coquille du tiroir. Par suite de son excentricité par rapport
à l'arbre, le disque L imprime aux colliers l'enveloppant un mou-
vement de va-et-vient; la tige M suivant ce mouvement monte
et descend et fait que la coquille N découvre alternativement
l'une ou l'autre des orifices et 0' tout en laissant l'échappe-
ment P sous la cavité de la coquille.
N coquille du tiroir. Celte pièce, destinée a distribuer a
vapeur, comme il est dit plus loin, est l'organe essentiel de la
machine; il faut qu'elle soit parfaitement faite, \aparlie creuse io\i
avoir exactement les dimensions comprises entie le haut dune
prise et le bas de l'échappement; les parties pleines, destinées a
couvrir les lumières, doivent avoir exactement, chacune, la di-
mension d'une prise. La course du tiroir est égale a deux fois la
hauteur d'une prise. _ .
Q tube amenant la vapeur dans la cage du tiroir.
R, régulateur à force centrifuge ; cet appareil est destine a
régulariser la vitesse de la machine en proportionnant 1 admis-
sion de vapeur aux résistances que la machine doil vaincre.
S et S' roues d'angle, actionnant le régulateur, la roue S est
fixée à l'a base de la tige du régulateur, la roue S' lest sur
Les boules du régulateur s'écartent proportionnellement à la
■
■
M
I
H
«
I
Fig. 327. — Plan d'une machine à va; eur verticale. Les flèches indiquent le sens
de la marche de lu vapeur et celui du mouvement des orgf.nei.
a
A
L_^__i
■
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:
Fi". 3Î8. — Organes de la machine à vapeur verticale.
mt ■
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272 f.ES MÉTAUX.
f™MeQ M PlUS ° U m ° inS k Va ' Vft T ' Placée danS le lube
à l'^yf ^imentaire, amenant l'eau à la chaudière au fur et
a mesure de son epuisemen!
tuS lZlT1 q " e aCti0Unaat le P ist ™ X ; ce piston sans garni-
n ?£f "- UD P resse " étou Pe Z, ce presse-étoupe ne do.
laïgrKroTf" 1 ^ ' a ChaUdière Par ]e tube Q e » tre da -
la n'nr r p S fi C °H nS,r,lit 6n v° rme d€ C0, ï ume N > est représenté sur
la figure 328 découvrant l'orifice 0', la vapeur s'introduit par cet
orifice dans le cylindre et pousse le piston de bas en hau? l'a
ou la vapeur contenus clans la partie supérieure du cylindre au-
dessus du p.ston s'échappe par l'orifice 0, passe danf a oquiSe
du tiroir, pu,s par l'orifice P, pour sortir à l'air libre
Le p.ston en montant poussera la manivelle, l'arbre tournera
et 1 excentrique fera descendre la coquille du tiroir
Par suite, l'orifice 0' sera couverl, et relié par la coquille à
itïZZT ^ ' 0riflCe ,° SCra déC0UVert ' Ja va P eur vena, d
la chaudière passera par l'orifice et agira alors sur le dessus
du piston; celle contenue sous le piston s'échappera par S-
ficeO pour sortir en P. '
Rien ne s'opposera donc à ce que le piston descende.
En descendant, le piston fera continuer à la manivelle son
mouvement de rotation et l'excentrique remontera la coquille du
tiroir pour ouvrir la prise 0' et fermer celle ; le piston montera
de nouveau; le tiroir se déplaçant comme il a déjà été dit le
mouvement se continuera sans interruption '
La rotation de l'arbre I po,tant le volant J est obtenue par le
mouvement alternatif (mouvement rccliUgne) du piston C pousse"
par la vapeur, tantôt de bas en haut et réciproquement, grâce
au jeu ce la coquille du tiroir. La tige D de ce piston est relié! par
une bielle articulée G à la manivelle H fixée elle-même à l'extré-
mité de 1 arbre I (mouvement circulaire continu)
r4„,l V ° lant , d P ° Ur aCl '° n de faire P asser les joints morts et de
régulariser le mouvement de la machine.
.„ ...uu.t-iucLu, ue ut iiiacmne.
Construction «l'une petite machine à vapeur.
La marche
LE MÉCANICIEN AMATEUR.
273
la plus pratique à suivre pour la construction d'une petite ma-
chine à vapeur est certainement la suivante :
Acheter la chaudière brute, c'est-à-dire le cylindre en tôle
d'acier rivée ou en cuivre rouge, qui comprend six pièces (tig. M»
à 334) ainsi que le cylindre oii glissera le piston, la bielle, les ex-
M.
Fig.3i!
Fig. 330. Fig.331. Fig. 332. Fig.333.
329 à 331. — Les su pièces brutes d'un cylindre.
Fis. 331.
Fis 329. Le cylindre. - Fig. 330. Plateau du dessus du cylindre. -F]
Plateau du dessous du cylindre. - Fig. 332. Coquille du tiroir. - t.
Ca^e du tiroir. - Fig 331. Plateau du dessus du tiroir.
331
333.
centriques, la pompe alimentaire, le volant, le socle "es paliers
en un mot, toutes les pièces telles qu elles viennent de fonte et
sans aucun travail manuel. .
Cela acheté, on se met à l'œuvre et 1 ou commence par 1 ajus-
tage de la chaudière.
Supposons donc que l'on ait à terminer un cylindre de ma-
chine à vapeur. Quelle est la première opération a. exécuter!
Dre 8 sa S e, rodage, alésage, ete. - D'abord dresser les
deux faces planes des cylindres, à l'aide des limes douces.
Pour cela, on serre le cylindre entre les mâchoires de 1 élan et
on le lime jusqu'à ce que l'on ait constaté l'horizontalité et léga-
lité parfaite du plan.
Ceci fini, on procède au rodage et a 1 alésage du vide inté-
rieur du cylindre. Cette opération s'exécute sur le tour, à 1 aide
de mèches en acier appelées /brefs et alésom.
L'alésage achevé, on passe toutes surfaces au papier de verre,
puis au papier émeri pour les égaliser et les polir.
Le cylindre terminé, il faut percer les lumières d'admission de
vapeur à une place rigoureusement calculée, et a lia, ers la niasse
même du métal. Pour cela, on trace sur la glace du tiroir, et en
suivant bien exactement les indications du dessin, la place et la
-randeur des trous, et on les perce, soit à l'aide d un arçon
et d'un porte-foret, soit sur le plateau de la petite machine a
percer.
I
1
274
LES MÉTAUX.
&
Un cylindre de moteur à vapeur brut se compose de six pièces
que on doit travadler l'une après l'autre avant de procède à
I ajustai Après avo.r tourné les joues et les plateaux du cyl indre
11 P. erce a "^rs le couvercle le trou pour le passa-e de la li^
*. P«ton et de tous les écrous qui doivent le réu Kn cylindr
même ; on taraude tous ces écrous à part (ou mieux, on les a S
ont fa, s avec leurs boulons), on polit les surfaces frottante dl
liroir, et lorsque tout le travail préparatoire est achevé, on pro
cède a I ajustage, qui s'opère dans l'ordre suivant.
Ajustage. - Le couvercle avec son presse-étoupe est d'abord
place sur le cyhndre, auquel on le rattache au moyen des neli?
écrous dont nous avons parlé. '
On place ensuite dans le vide intérieur le piston, dont la tige
traverse le presse-étoupe, et on dispose le couvercle ou ptaUw
of rsr sr aché ésaiement a raide d ' é ™ - «ws
Le presse-étoupe du tiroir qui règle la distribution, est percé
et alèse; la aoqmlk est vissée à la tige de l'excentrique qui e
raverse e qu , do.t s'articuler sur l'arbre moteur, et le to es
ermé par le couvercle de la boite, qui prend le nom de 6 L
tapeur, et dont les attaches sont aussi de petits écrous
Dans ce travail de montage, d'ajustage pour parler mieux la
-'euss.le t,enl surtout à la patience comme à l'adresse des doigts
Si la grandeur du générateur n'excède pas 2 à 3 litres de ci'
pacte, on peut se contenter d'un seul tube traversant la masse
< eau. Au-dessus de ce volume, il faut douze tubes, en laiton'
ÎLlL mi n?T* "? diamètr6 ' à k Plaw dl1 '^'unique. ïï
chaudière doit être alors munie d'une grille pour brûler du
al'luuflit'. 1 qUe ' ClaUS ^ Premi6r CaS ' LUle S "^' le lam P e »
Le syslème de chauffage et les tubes une fois installés, on place
e tuyau souffleur dans la cheminée et on dispose sur le de su
les soupapes de sûreté et le manomètre. Ordinairement, on visse
un plot sur le dôme et on taraude les p.eces sur ce plot même
Pour le mveau deau et les robinets de jauge qui sont places
rohin'ets ' °" la ' aUde k tÔ ' e 6t " ViSSe l6S P a " ies fiIelé ^
La chaudière, ainsi munie de tous ses appareils de sûreté, est
d sposee sur le socle de fonte, auquel on la boulonne; il ne reste
plus qu à installer le mécanisme moteur à côté d'elle
*i™ i* -n S 6rande P récision est nécessaire; chaque pièce doit
r?uU r e a ;a a iuude Part ™ * ^ « " ^ ™ ™ "^
LE MÉCANICIEN AMATEUR.
275
Le cylindre doit être préparé le premier, avec le tiroir qui
donne accès à la vapeur, lanlôt sur une face du piston, tantôt
sur l'autre et, à chaque fois, met l'issue contraire en communi-
cation avec le tuyau d'échappement.
Fig. 333. — Cylind
Quand le cylindre est prêt, qu'il so:i vertical (fig. 333) ou
horizontal' (fig. 336), ou installe à Fin érieur le piston qu'on a
apprêté d'autre pari, on dispose la glissière à l'extrémité de la
tige qui traverse le presse-éloupe, on agence la bielle avec sa
Fig. 337. — Arbre h vilebrequin.
goupille et on articule le tout sur le coude de l'arbre moteur.
Cet arbre est ordinairement soutenu entre des paliers en
bronze (fig. 338 et 339) qu'il a fallu aléser à l'avance et garnir
de leurs coussinets. Il porte, à quelque dislance du coude for-
mant vilebrequin (fig. 337), les colliers des excentriques, dont
les tiges manœuvrent la coquille du tiroir ou le piston de la
276
LES MÉTAUX.
pompe alimentaire, et l'engrena** d'angle commandant leréou-
latcur a boules (fig. 340).
On sait quel est le but de cet appareil imaginé par Watt, et qui
met s, ingénieusement à profit la force centrifuge. La valve nue
ce régulateur commande, à l'aide d'une simple lige, est une pièce
assez délicate a conslrmre et à monter, car son jeu doit être aussi
•précis que possible, pour donner le résultat attendu et conserver
a la machine 1 uniformité de sa vitesse.
Le mécanisme moteur, une fois terminé, est installé sur la pla-
que de fondation ou socle, près de la chaudière. On relie celle-ci
au cylindre moteur à l'aide d'un tube de cuivre rouge muni d'un
robinet. Un second tube se rend de l'échappement à la che-
Pour les diverses descriptions relatives à la conslruclion des
Mi-
Fig. MO.
Palier lermiué.
Fig. 340.
lîégulateur à boules.
modèles de machines à vapeur nous nous sommes inspiré du
catalogue de la maison Radigùet. Cette maison a créé, il y a déjà
quelques années, une collection complète do tout le matériel
nécessaire a ces constructions. Ces petites pièces parfaitement
traitées remplissent toutes les fonctions pour lesquelles elles
ont été établies. L'amateur peut donc en toute sûreté entre-
prendre la construction d'un modèle quelconque avec .la certi-
tude de réussir.
Conduite .1 un modèle de machine à vapeur — On com-
mencera par huiler toutes les parties frottantes, soit avec de
I huile de pied de bœuf, soit avec de' l'huile de pied de mouton.
Lorsque la machine sera chaude, il sera préférable de graisser
la tige du piston et du tiroir avec du suif.
Ensuite on mettra l'eau dans la chaudière, on en mettra une
quantité qui variera entre la moitié et les trois quarts au plus de
sa capacité. Si la machine est chauffée à l'alcool, il faut que la
LE MÉCANICIEN AMATEUR.
277
flamme ne fasse que lécher le fond de la chaudière sans sortir
par les orifices du Lour du foyer.
Si la machine esl destinée à être chauffée au charbon, le meil-
leur combustible est le petit charbon de bois, que Ton allume en
dehors du foyer au moyen de braise.
Pour attendre moins longtemps, il est bon de mettre de Leau
chaude dans la chaudière. Lorsque l'eau commencera a chauller,
il faut ouvrir le robinet de prise et Taire marcher la machine a a
main pour que les tuyaux et le cylindre s'échauffent aussi, cela
pour éviter la condensation au moment de la mise en marche;
on fermera le robinet de prise pour laisser monter la pression,
on rouvrira de temps en temps, pour vérifier si la pression est
suffisante pour faire marcher la machine.
S'il existe un manomètre, on pourra éviter cette précaution et
attendre que ce dernier indique la pression pour laquelle la ma-
chine est faite. ,
S'il y a un souffleur, on en ouvrira le robinet lorsque la pres-
sion commencera; le peu de vapeur qui s'en échappera, faisan!
aspiration dans la cheminée, produira un appel puissant qui acti-
vera le feu et fera monter la pression rapidement.
Les pompes alimentaires demandent une grande surveillance
dans les grandes machines, à plus forte raison dans les petites,
dans lesquelles il suffit de la plus petite ordure pour empêcher
les clapets de fonctionner.
Il ne faut jamais.graisser le presse-étoupe, 1 huile au contait
de l'eau forme de petites boules qui collent les clapels, il ne iaul
que mouiller le coton et faire en sorte que le réservoir fournissant
beau de la pompe soit plus élevé, pour éviter que celle-ci ne se
désamorce; au commencement de chaque opération, il Iaul dé-
visser les bouchons, roder les clapets avec un tournevis au moyen
de la pointe; revisser complètement le bouchon d aspiration,
visser incomplètement le bouchon de refoulement, mettre la
machine en inarche; lorsque beau s'échappe avec force sous ce
bouchon, le visser alors complètement.
Si pendant la marche, la pompe cesse de fonctionner, c esl
qu'il' est entré de l'air; il faut alors dévisser légèrement le clapet
de refoulement et agir comme ci-dessus.
11 faut apporter une grande attention au presse-etoupe : S il
est trop serré, il empêche la machine de marcher; s'il ne lest
pas assez, l'air entre dans la pompe et l'empêche de fonctionner.
La boite à clapets fixée sur la chaudière est destinée a retenir
l'eau de celle-ci en laissant pénétrer celle refoulée par la pompe.
Le clapet qu'elle contient devra être visité aussi souvent que ceux
H, db GairFiGKY. — Les iudustries d'amateurs.
M
I
278
LES MÉTAUX.
■f v
I est nécessaire que es tnveaux d'eau aient au moins „n roht
ne «le purge, parce qu'il s'y pmduil, à la partie infé eu "e dï
< eau. Chaque fois que on veut consulter ces indicateurs il faut
rïïiS'iTjïï de pu " se ' puis le rcfe ™ : a » ~?
Pour ce qui concerne les soupapes, il est bon que leur siège soit
oujours soigneusement nettoyé. I.a vapeur, en fusant Sa'2
oujours avec e le un sédiment qu'il faut enlever chaque fo qS
Ion va mettre la machine en pression. L'opération? d'ail eu'
est très simple, car ,1 suffit de faire frotter le clapet su a base
de la soupape, en le roulant avec les doigts
Tels sont les conseils pral.ques que nous pouvons donner pour
la conduite des petites machines à vapeur.
L'amateur qui est par-
venu, en suivant ces con-
seils, à construire et à
monter une petite ma-
chine à vapeur, peut en-
suite aborder des travaux
plus difficiles, tels que la
construction d'une loco-
motive ou d'un bateau à
vapeur de démonstration.
Construction «l'une
e ■ , locomotive. — Au lieu de
faire actionner par le p.slon moteur un arbre coudé supporlanl
un volant de fonte et une poulie de Iransmission, il s'agit de faire
tourner avec 1 arbre les roues qui s'y trouvent calées, et qui, par
leur adhérence sur le sol, feront avancer avec elles la chaudière
elle mécanisme moteur qu'elles supportent
Construction .1 „„ petit bateau à vapeur. - La machine
a vapeur, telle qu on la construis, peut parfaitement agir sur
•un arbre cylindrique muni d'un volant (flg. 341) à l'extrémité
duquel se trouve une hélice (flg. 342) dont les ailes prennent un
point dappu, sur 1 eau en tournant, et font progresser tout le
système. °
On trouve la coque du bateau toule prête chez les marchands,
et 1 . amateur peut y installer parfaitement son moteur. L'arbre
de I nel.ee sort du bateau par un orifice à presse-étoupe et fait
tourner le propulseur au sein de l'eau.
Contractions diverses. - Quéfôd on est parvenu à établir
341 et .H2. — Volant et hélice d'un
petit bateau à vapeur.
•tj
L'ÉLECTRICIEN AMATEUR.
27ft
de semblables machines, il est possible de construire un grand
nombre d'autres pièces de fer et autres métaux.
Les opérations se bornent à-savoir dessiner le contour régulier
des pièces, à manier les limes dures et douces, à percer des trous
bien réguliers, à creuser des mortaises oii le tenon doit s'em-
boîter avec une rigoureuse justesse, à scier bien verticalement
les plaques épaisses, à fileter et tarauder les pariies cylindriques,
enfin à ajuster suivant toutes les règles de la géométrie et de
la mécanique les différentes pièces composant une machine.
En somme, c'est surtout de la patience et de l'application qu'il
faut posséder, pour mener à bien ces travaux.
CHAPITRE IV
l'électricien amateur.
■
■
■
Dans toutes les applications de l'électricité aux besoins de la
vie courante, on a à considérer deux choses principales : la pro-
duction du fluide électrique lui-même, et son utilisation.
Avant donc de décrire les installations que l'amateur peut faire
chez lui, il est bon de passer une rapide revue des générateurs
pratiques d'électricité.
Piles électriques. — D'abord lespi/cs ou producteurs chimiques
d'électricité.
Il existe une infinie variété de piles; chacune d'elles est appro-
priée en vue d'une application spéciale. Comme nous n'avons a
nous occuper ici que de lumière électrique domestique, de son-
neries, de petits moteurs et enfin de bibelots divers, nous dirons
que l'on peut classer les piles comme suit :
Lumière électrique. — Piles Bunsen, Grenet, Trouvé, Cloris
Baudet, Radiguet, etc.
Sonneries, téléphones et usages domestiques. — Piles Damell,
Leclanché, Gallaud, etc.
Galvanoplastie, allumoirs, etc. — Piles Daniel!, impolarisable
Baudet, etc.
Nous allons étudier ces systèmes l'un après l'autre.
Pile Bunsen. — La pile liunsen (fig. 343) se compose de
quatre pièces :
Un vase extérieur en verre ou en grès, contenant de l'eau aci-
dulée ;
280
LES MÉTAUX.
Un cylindre de zinc amalgamé pour éviter l'usure en circuit
ouvert, cest-a-dire lorsque la pile ne travaille pas ■
In vase poreux, en terre de pipe dégourdie, renfermant de
l'acide azotique concentré.
Un bloc quadrangulaire en char-
bon de cornue.
On prépare l'eau acidulée en ver-
sant un volume d'acide stilfurique
ordinaire dans dix volumes d'eau.
Il faut prendre la précaution de
verser l'acide dans l'eau par petits
filets, et d'agiter le mélange avec
une grosse baguette de verre, pour
éviter réchauffement inégal, et, par
suite, la rupture du vase dans le-
quel on opère.
j Quant à l'acide azotique, on
l'emploie tel qu'on le trouve dans
le commerce, et on ne le change
que lorsqu il ne marque plus que 26» à l'aréomètre de Baume
Quelquefois on remplace l'acide azotique par du bichromate
«e potasse. •
L'eau acidulée doit être renouvelée quand on s'aperçoit qu'elle
Pile Bunsen.
fig, 3*4. — Batterie de biles Bunsen; six éléments associés en tension.
est chargée de sulfate de zinc, ce qu'on reconnaît à l'affaiblisse-
ment de la pile.
Si on a plusieurs couples et qu'on veuille les faire fonctionner
■ tous a la fois, on réunit le zinc d'un couple au charbon du couple
suivant, au moyen d'une lame de cuivre longue de 23 centimètres
L'ÉLECTRICIEN AMATEUR.
281
environ, soudée d'une part au cylindre de zinc du premier couple,
et dont l'autre extrémité est percée d'un trou qui permet de la
fixer sur le presse-charbon du couple suivant (fig. 344) : cela s'ap-
pelle grouper en tension.
Le charbon, qui dans l'un des couples extrêmes n'est réuni à
aucun zinc, constitue le pôle positif de la pile, et le zinc qui, dans
l'autre couple extrême, ne se trouve en communication avec au-
cun charbon, est le pôle négatif.
Pile Daniell. — Elle est contenue (fig. 345) dans un bocal
de verre, ou de terre vernissée, séparé en deux cavités concen-
triques par un long godet en porcelaine dégourdie. Le vase
poreux est à peu près rempli d'une solution saturée de sulfate
de cuivre dans laquelle plonge
le collecteur qui est en cuivre.
La cavité annulaire extérieure
reçoit le zinc amalgamé con-
tourné en forme de cylindre
évidéet baignant dans de l'eau
très légèrement acidulée ou
salée ou plus communément
dans de l'eau ordinaire.
Les piles Daniell sont les
plus constantes de toutes les
piles connues ; elles ne se po-
larisent pas, le courant obtenu
est faible mais régulier; ce
dernier avantage fait préférer
les piles Daniel! aux autres
pour la galvanoplastie des pe-
tites pièces.
Elles se chargent avec du sulfate de cuivre dans le ballon et de
l'eau pure dans le vase poreux et dans le vase en verre.
On a donné à la pile Daniell un grand nombre de formes,
plus ou moins avantageuses. Les meilleures sont celles dans les-
quelles on a supprimé le vase poreux, en niellant à profit la diffé-
rence des densités pour opérer la séparation des deux dissolu-
lions.
Pile «'allaml. — Telle est la pile Callaud (fig. 346), très em-
ployée dans les télégraphes français. La dissolution concentrée
du sulfate de cuivre occupe la partie inférieure d'un vase de verre;
un disque de cuivre, communiquant avec l'intérieur par une tige
isolée dans un tube de verre, plonge dans cette dissolution.
L'eau acidulée dans laquelle est enfoncée la lame de zinc esl
16.
Pile Daniell.
I
282
LES MÉTAUX.
direclf ment placée sur la dissolution, dont elle est maintenue
séparée par la différence des densités.
Celle pile est 1res économique. I.a suppression du vase poreux
Fie. 34 i
file Callaud.
diminue beaucoup sa résisLance. Elle peut rester un an sans
exiger un nettoyage à fond.
Le nouveau modèle ds la pile Callaud présenle le grand avan-
tage d'être d'un entretien facile et
d'un fonctionnemant assuré.
Il se compose (fig. 347) d'un vase
en verre, r sur le bord supérieur du-
quel est suspendu, par deux attaches
et une équerre de cuivre, un cylindre
de zinc; [sur l'équerre de cuivre,
fixée à ce cylindre, est placé un bou-
ton serre-fils, destiné à serrer l'élec-
trode de l'élément suivant ou le
rhéopbore terminal de la pile ; au
centre du cylindre de zinc est placé
un tube de plomb, dont l'extrémité
inférieure'garnie d'un certain nom-
bre d'entailles se divise en plusieurs
pieds qui, s'appuyant sur le fond du
vase en verre, maintiennent le tube
dans une position verticale. A la
partie supérieure du tube de plomb est fixée une lame également
en plomb, dont l'extrémité est percée d'un trou dans lequel s'en-
gage le boulon serre-fils de l'élément suivant auquel on la relie.
Fig. 347.
Pile Callaud, nouveau modèle
L'ÉLECTRICIEN AMATEUK.
283
ne si disposition, il résulte que les liquides supérieurs et m-
JJr, n se mélangent qu'avec une extrême difficulté, et. seu-
Su "ls on tv Temm'ent agités; aussi le rinc, restant tou-
££ pions dans le liquide limpide et ne contenant aucune
?. de sullale de cuivre, s'attaque fort peu et ne se recouvre
pas comme dans l'ancienne pile Callaud, d'une épaisse couche
? 0Yd Je cuivre, qui nuit à son bon ronchonnement.
Dels comm on pourra s'en rendre compte. en consulépan
ra figure 347, le fil de cuivre entouré d'un tube de verre qu,
H
H
i
Fi S . 348.
file Daniell, an.sulfate de enivre, modifiée par Radiguet.
constitue l'électrode positive de la pile Callaud est remplacé
dans le nouveau modèle par un tube de plomb, mêlai complète-
ment inattaquable par l'acide sulfuriquc et les sulfates de z.nc et
de cuivre, qui, ne passant plus directement par le liquide supé-
rieur quand on les introduit dans la pile, ue risquent plus i de
troubler ni de changer la composition chimique de ce liquide.
Aussi, comme nous l'avons dit, est-elle d'une grande constance
et donne-t-elle une quantité d'électricité bien supérieure à une
pile Callaud ordinaire de la même dimension.
Pour charger la pile, on emplit le tube de plomb jiuqu a 3 cen-
timètres environ de son bord supérieur avec des criMaux de sut-
H
ï 1
281
LES MÉTAUX.
W. de cuivre, on p,ace également quelques cris.aux dans le fond
*"¥■ OU vase pn vo„r.„ „..■ _ . . u
du vase en verre, puis on verse de l'eau
P«re par le tube de plomb jusqu'à ce que
celle-c, soit montée dans le vase en verre
jusqu aux- trois quarts de la hauteur de
h c. Au bou de vingt-quatre heures, l a
pile est complètement en action
Pour l'entretenir, il suffit de remettre de
temps en temps des cristaux de sulfate de
cuivre dans le tube de plomb, de retirer
un pe„ du bquide dans lequel baigne le zinc,
et de le remplacer par de l'eau pure.
Cette pile, à cause de sa facilité d'en-
retien et de son peu d'usure, convient très
bien aux petits travaux de galvanoplastie.
Pile Daniell modifiée pap Rariignet
— Elle se compose d'un vase extérieur en
verre (fur 3,:o\ j»„_ __■,._ ,
Fig. 3*9. — l'ile Grenet.
i- -, , verre ( fi 8- 3 * 8 )> d'un cylindre de zinc du
diamètre du vase en verre, placé dans la partie supérieure de ce
B
%■ 330. — Pile T
rouvé, à treuil et à gi'arnl débit.
l'électricien AMATEUR.
285
vase et no descendant qu'au tiers de la hauteur ; puis d un Ml ou
lame de cuivre descendant au fond du vase.
La charge en est facile : Versez de. l'eau ordinaire aux 2/3 du
vase en verre et laissez tomber quelques cristaux de sulfate de
cuivre au fond. Ne pas agiter le liquide. _
Le courant est plus faible encore que celui de la pile Damell;
mais il est aussi constant.
Pile au bichromate «le potasse. — La première idée de la
pile au bichromate de potasse à un liquide est due au chimiste
Poggendortf. Les constructeurs ont modilié a 1 inQni les formes.
les dimensions, la composition du li-
quide pour arriver à un résultat parti-
culier.
Pile Crenet. — M. Grenet lui a
donné la forme de pile-bouteille (flg.
349); le zinc ne pénétre dans le liquide
que lorsqu'on veut obtenir un courant
et se retire au moyen d'une tringle.
Pile Trouvé. — M. Trouvé établit
ses éléments sur un treuil et relire à la
fois les zincs et les charbons (flg. 3S0).
Piles à deux liuiiitles. — On a fait
aussi des piles au bichromate à deux
liquides. Dans ce cas, le vase poreux où
plonge le zinc esl toujours rempli d'eau
acidulée par addition d'acide sulfuri-
que, de bisulfate de potasse ou de chlo-
rure de sodium, et c'est dans le vase ex-
térieur que se trouve le bichromate qui
est l'agent dépolarisant. La première
idée de cette disposition semble être
due à Poggendorlf et à Fuller (1865).
Les piles au bichromate à un seul liquide ont, en effet, 1 incon-
vénient de se polariser rapidement. La force électromotrice et le
débit sont considérables pendant quelques instants, mais bais-
sent en circuit fermé. L'élément à vase poreux est un peu plus
constant, cependant il s'épuise au bout de quelques heures de
service, surtout s'il est de petit volume. Dans le but d'atténuer
ce défaut, on a imaginé diverses dispositions dont voici les prin-
cipales :
Pile Camacl.o, Cl.utau*. - MM. Camacho, Chutaux, cl
après eux MM. Hospitalier et Siemens, disposent les éléments
en cascades. Le liquide venant d'un réservoir supérieur coule dé
Fig. 351.
Pile Cloris-Baudet.
I
I
!
I
1
PILE SiPHOlEc
IMPULARISABLS.
a"' s c J c
T^rr^ir
CLORIS BAUOCT
FARIS
TU
il
JULLIJ
JULL
il
\
^J /
v1\'\
\
w*
\
m.À
V^iA
Su
\
: v
\
V
\
\
\
VU
r-°N
\hons des Va::: poreux
Fig. 352. ~ l'île Cioris Baudet, &ipho:d ■ inipolaKsuùle
Siphons des Vases ezténeurs
Fig. 3 . i 3 . — Pile Cloria Baudot, sjplioïde pplarisubie^ Si- lig.i.i- -Détail d'un sipnou.
plions des vases poreus, siphons des vases externes. Èchaupeineut du- liquide épuise
fefC#>ii*
L'ÉLECTRICIEN AMATEUR. 237
l'élément le plus haut dans l'élément le plus bas et de gradin
en gradin. .
Nous-même avons combiné un système de circulai ion très
simple. Tous les éléments communiquent ensemble par des
raccords en caoutchouc qui maintiennent l'égalité de niveau
entre tous les vases. Au fur et à mesure que l'on fait couler du
liquide neuf dans le premier élément, le liquide épuisé s'échappe
par le dernier vase.
Pile Cloris Baudet. — L'idée de Poggendorf a été reprise
par Cloris Baudet (1878), qui dispose une provision d'acide et de
cristaux dans le vase extérieur pour entretenir la richesse du
bain dépolarisant.
Sa pile au bichromate de potasse (fig. 351) est composée d'un
«rand nombre d'éléments, zinc el charbon, disposés comme les
couples de la pile primitive de Voila dans laquelle on aurait rem-
placé les rondelles de drap pax des plaques de caoutchouc. Sur cet
assemblage coule lentement le liquide excitateur, renfermé dans
un rése-voir supérieur; des Irons percés dans des plaques de zinc
et de charbon permettent au liquide de mouiller les couples sur
«oute leur étendue. Un réservoir inférieur reçoit le liquide épuisé.
31 n'y a donc là aucun transvasement a opérer. Le liquide une
fois préparé est versé dans le récipient supérieur, el l'appareil est
prêt à se mettre en marche, oit à s'arrêter par la simple ma-
nœuvre d'un robinet. On a ainsi, sous un volume extrêmement
restreint, un générateur capable de suffire amplement à l'éclai-
rage d'une pièce de moyenne grandeur.
Depuis, M. Cloris Baudet, dans sa pile siphoïde impolarisable
(1885), fait communiquer tous les éléments par des siphons en
caoutchouc; le bichromate les traverse et s'échappe après épui-
sement complet de ses parties constituantes (fig. 3o2, 353, 354 .
Pile Rattiguet. — M. Arthur Kadiguet place le zinc amal-
gamé dans la masse dans une petite cuvette en bois paraffiné
qui retient le mercure el conserve l'amalgamation .'fig. 355).
Un modèle intéressant est celui qui a été créé par M. Arthur
lladiguet en 1883 et auquel son auteur a donné le nom de pile
A déversement (fig. 356). Le mélange des liquides à travers le vase
poreux ne peut s'opérer pendant le repos de la pile, grâce à la
l'orme du vase, qui est double et bascule sur son axe. Lorsque
tes vases ont basculé, le liquide contenu dans celui qui trempait
•est passé dans la partie extérieure du vase poreux.
Pile domestique Rudiguet. — Pour éviter les ennuis de l'en-
tretien des piles électriques destinées à l'éclairage domestique,
M. Radiguet a créé un modèle restant toujours chargé et prêt à
■
lml
I
288 LES MÉTAUX.
fonctionner ; dans ce modèle la lame de zinc est remplacée par
Fig. 355. — Pile Radiguet, constante.
Fig. 356. — Pile Radiguet, au Ijichr
mate, mobile ou à déversement.
un support spécial (fig. 357). Le dit support possède la-propriété
Fig. 357. — Pile Radiguet, avec les rognures Fig. 358. — Élément monté,
en zinc.
de rester constamment amalgamé et par suite de maintenir les
billes de zinc qui l'environnent toujours couvertes de mercure.
L'ÉLECTRICIEN AMATEUR.
289
Ni le mercure, ni le support ne se détériorent ; on remplace le
zinc au fur et à mesure de l'usure sans avoir à l'amalgamer.
La figure 3o6 représente un élément monlé. Les liquides sont
vidés sans déplacer les récipients, cela sans difficulté, par l'em-
ploi du siphon spécial ayant la propriété de s'amorcer en
soufflant.
Celte pile, très économique, est aussi employée avec succès pour
la galvanoplastie, mais alors les éléments sont groupés en quantité.
Pile Graffigny. — Nous avons imaginé, il y a quelques
années, une pile dont la disposition a été depuis copiée par
nombre de constructeurs. Cette pile se compose d'un vase cylin-
drique divisé en six ou huit sections parfaitement étanches et
qui renferment chacune un élément (un zinc amalgamé entre
deux lames de charbon). Le liquide excitateur est composé de
bichromate, acidulé suivant la formule de Delaurier. Un sem-
blable modèle, de huit éléments en tension renfermés dans un
vase unique, a débité huit ampères sous la tension de 10 volts
peudant deux heures et demie. Le poids de la pile chargée
était de 5 kilogrammes, et les zincs étaient mobiles dans le sens
vertical, comme dans la pile-bouteille de M. Grenet.
Pile Lieclanehé. — Il existe plusieurs moilèles, dont les uns
ont un vase poreux, et les autres un vase non poreux.
Dans la pile à vase poreux, ce vase est rempli de charbon de
cornue concassé entourant une plaque centrale de même matière
et mélangé de peroxyde de manganèse.
Dans les modèles dits à agglomérés (fig. 359), les lames de
charbons sont simplement serrées les unes sur les autres et plon-
"eut, ainsi que le bâton de zinc, dans une dissolution concentrée
d'ammoniaque.
Piles secondaires ou accumulateurs. — Les piles secon-
daires ou accumulateurs sont des appareils dans lesquels l'élec-
tricité est emmagasinée sous forme de travail chimique accompli
et régénérable. Leur fonctionnement est comparable à celui d'un
réservoir destiné à recueillir un faible courant plus ou moins
régulier qui permet ensuite de disposer d'un débit constant que
l'on peut rendre supérieur à celui qui a servi à l'alimentation.
Ainsi un courant électrique provenant de quelques piles au bi-
chromate, par exemple, peut être accumulé pendant plusieurs
heures, voire même pendant plusieurs jours dans des accumula-
teurs qui restituent ensuite, avec un plus fort écoulement, l'élec-
Iricilé emmagasinée. Celle définition généralement acceptée du
travail des piles secondaires est souvent mal interprétée. Beau-
coup de personnes s'imaginent que c'est de l'électricité qu'on
H. di (iuvnoHY. — Les industries d'amateurs. 17
'■
290
LES MÉTAUX.
emmagasine, alors qu'en réalité il ne s'agit que de l'accumulation
d un travail chimique, travail qui est en raison de la quantité
des matières transformées. qu<uiuie
M. Planté, qui, le premier, a résolu le problème des effets
d accumulation et de polarisation vollalque, a reconnu que pra-
tiquement, le plomb était le métal qui convenait le mieux'pour
celte fonction (flg. 360). La formation des accumulateurs est une
opération importante qui doit se faire avant de pouvoir les em
ployer utilement et qui consiste à peroxyder le plus profondément
f
ig. 359. — Pile Lcclaoché.
360. — Elément secondaire de
M. Hanté.
possible la lame de plomb positive et à transformer la lame néga-
tive sur la plus forte épaisseur en plomb spongieux ou cristallisé;
elle se fait par charges et décharges alternatives et par renverse-
ments de courants primaires qui demandent plusieurs mois
M. Plante a en outre trouvé le moyen d'activer celte formation
et de la réduire a une semaine, en attaquant préalablement les
plaques dans de 1 acide azotique el en les y laissant séjourner de
vingt-quatre a quarante-huit heures.
C'est pour obvier à ce grave inconvénient de la formation élec-
trique du couple Planté que M. Faure applique du minium sur
L'ÉLECTRICIEN AMATEUR.
201
la lame positive et de la lilharge sur la lame négative : le courant
amène promplement ces oxydes de plomb à l'étal voulu en
peroxydant le second. Des plaques de feutre séparent, dans cette
première disposition, les électrodes de plomb.
L'action chimique est la même que dans les accumulateurs
Planté ; la lilharge se réduit en plomb spongieux pendant la
Avec les accumulateurs, les dynamos deviennent comparables
Fi". 361. — Accumulateur électrique domestique.
aux cornues à gaz et aux machines élévatoires dont le travail est
recueilli. , ,
La génération de l'électricité devient vraiment pratique, en ce
sens qu'elle peut être produite à tel moment de la journée que
désire l'industriel, sans autre souci que celui de ne pas laisser
vider entièrement les magasins. Le chômage n'existe plus, et les
frais d'exploitation sont considérablement diminués, grâce a
une production régulière supprimant les coups de collier qu en-
traine forcément une distribution directe. Il convient d ajouter
ii
202
LES MÉTAUX.
aussi que, les accumulateurs d'électricité pouvant être placés aux
points de consommation pour jouer le double rôle de réservoirs
et de transformateurs, la grosse question des câbles se trouve
résolue, en ce sens que ces derniers sont alors beaucoup moins
forts qu avec une distribution directe, et la canalisation à une
torce electromotnce élevée devient réalisable.
Les accumulateurs actuellement dans le commerce coûtent
assez cher; cependant il est relativement facile d'en construire
soi-même un échantillon pratique et donnant des résultats suffi-
sants. Pour cela, on prend une petite caisse quadrangulaire
(fig. 361) que l'on goudronne intérieurement pour la rendre bien
etanche et que l'on double de gutta-percha ou de poix de Bour-
gogne pour plus de sécurité. Puis, après avoir disposé dans le
fond de cette caisse et à chacun de ses bouts deux languettes de
bois entaillées à la scie, on place des feuilles de plomb de 0» 001
d'épaisseur dans chacune des entailles et à une distance moyenne
d un demi-centimètre.
Ces feuilles de plomb, quadrangulaires, doivent être trouées
dans un angle et avoir l'autre angle abattu. On les laisse séjour-
ner pendant six heures dans un mélange de 100 grammes d'acide
nitrique et 200 grammes d'acide sulfurique dans 1,700 grammes
deau, puis on les place définitivement dans la caisse. On réunit
toutes les plaques paires par une tige de laiton passant dans les
trous ménages à l'avance; on en fait autant pour les plaques
impaires, et il ne reste plus qu'à remplir la caisse d'eau acidulée
au dixième, et saturée d'oxyde de zinc comme dans le volta-
mètre Trouvé, pour terminer le montage de cet accumulateur,
que 1 on peut ensuite charger avec une source d'électricité quel-
conque, faible ou puissante, intermittente ou continue, à vo-
lonté.
Lorsque la source d'électricité employée est de débit variable
il est nécessaire d'interposer entre elle et la batterie d'accumu-
lateurs un appareil conjoncteur quelconque qui empêche la dé-
charge de la batterie, lorsque la force électromolrice de la source
primaire vient à faiblir et devient inférieure à celle des accumu-
lateurs. Plusieurs appareils ont été imaginés pour parer à cette
éventualité, et parmi les modèles fonctionnant automatiquement
on peut citer ceux de MM. Hospitalier, W. Tompsonet Berjot.
Bougies électriques. — Les bougies électriques, type Ja-
blochkoff, sont d'une fabrication simple et facile. On place côte
à côte deux baguettes de charbon Carré de 1 à 2 millimètres de
diamètre, et, clans l'écartement, qui ne doit pas excéder 3 à 6 mil-
limètres, on coule le colombin ou isolant fondant, plâtre,
L'ÉLECTRICIEN AMATEUR.
293
craie, elc, qu'on laisse durcir. Une fois sec, on taille en pointe
l'extrémité supérieure des charbons et on les trempe dans un
mélange de gomme arabique et de plombagine servant d'amorce
à l'arc. II est bien évident qu'on
ne peut se servir que de courants
alternatifs pour l'allumage de cette
bougie et que les piles ne peuvent
absolument pas être employées
pour la production du courant.
Il est impossible à un amateur de
construire une lampe à incandes-
cence dans le vide (fîg. 362 et 363),
car cette fabrication demande un
outillage très compliqué. D'ailleurs
le prix des lampes est tellement mi-
Lampe à incandescence
d'EdUon.
Fi£. 3t>3. — Suspension électrique
avec lain|ie Bdifton.
nime aujourd'hui, qu'il est préférable de les acheter directement
aux fabricants, qui les vendent à raison de 110 fr. le cent, soit
I fr. 10 la lampe. Inutile de dire que ces lampes, dont la durée
1
I
294
LES MÉTAUX.
I
■
maximum est de quelques heures, ne valent pas plus. Elles con-
somment beaucoup d'électricité; nous en avons vu qui ont pu être
poussées sans brûler jusqu'à 13 ampères, avec une tension de
20 volts, et qui avaient été vendues pour 1 ampère et 16 volts
La pose des lampes à arc à semi-incandescence, ou à incan-
descence dans le vide, dépend du courant fourni par la source
électrique. Nous allons étudier, l'un après l'autre, les différents
cas qui peuvent se présenter.
Installation d'un éclairage de six lampes avec pile pri-
maire. — Nous ne nous occuperons pas du modèle de pile em-
ployé, considérant seulement que le courant fourni est de 15 am-
pères et de 20 volts, ce qui suppose une batterie d'au moins
douze éléments à grand débit.
On peut les grouper en dérivation ou en série.
Dans le premier cas, un fil d'assez fort diamètre, parfaitement
isole, va de la pile à la dernière lampe, puis revient au pôle né-
gatif de la pile et sur son parcours des fils plus Uns empruntent
une partie du courant et la conduisent aux autres lampes. Tous
les pôles positifs des lampes sont par conséquent montés sur le
même fil et tous les pôles négatifs sur l'autre. On peut ainsi
éteindre chaque lampe à volonté sans intéresser les autres ni les
éteindre. 11 est seulement à remarquer que l'intensité du courant
doit diminuer en raison du nombre des extinctions, sans quoi les
dernières lampes, soumises à un régime excessif, brûleraient.
Pour éviter cet accident, on intercale ordinairement sur le circuit
un rhéostat, bobine de fil de résistance calculée et semblable à
celle d'une lampe, et qui reçoit le courant de la lampe éteinte
sans que le débit de la source électrique ait besoin de varier.
Pour grouper les lampes en série, on les réunit par un même
fil, qui, partant du générateur électrique, y retourne sans inter-
ruption. Le grand inconvénient de ce montage est que, lorsqu'on
éteint une lampe, le circuit se trouve ouvert, et toutes les autres
s'éteignent.
Installation d'un éclairage de six lampes avec accumu-
lateurs. — Nous prenons de préférence le chiffre de six lampes
parce qu'il nous parait être le plus convenable pour l'éclairage
des appartements ordinaires. Dans le cas qui nous occupe, les
accumulateurs peuvent être chargés continuellement par des
piles au bichromate ou au sulfate de cuivre. Le modèle d'accu-
mulateur peut être quelconque, pourvu que, son courant de
charge étant de 4 ampères, il en puisse débiter normalement
de 7 a 8 pendant six à sept heures. Le matériel d'un semblable
éclairage se compose donc de :
L'ÉLECTRICIEN AMATEUR.
29,-J
Une pile primaire d'un débit de 4 à o ampères ;
Une batterie d'accumulateurs d'une capacité de 200 à 400,000 cou-
lombs ;
Un coupleur à main, pour charger les accumulateurs en quan-
tité et les décharger en tension;
Les lampes avec leurs supports, leur appareillage, les fils et
les rhéostats.
Le générateur et les accumulateurs peuvent être placés dans
un endroit où ils ne gênent aucunement : au grenier, clans la
cave, dans la cuisine, dans un placard, sur des planches, etc.
Les fils arrivent aux lampes en suivant le long des plinthes et
des corniches, ou sous les tentures, de manière à être dissimulés
autant que possible. Les lampes peuvent être placées à l'extré-
mité d'appliques, de bras de lumière, dans une suspension, sur
des chandeliers, lustres ou candélabres (tlg. 363).
Lampes électriques portatives. — Dans aucun cas nous ne
recommanderons les lampes portatives contenant leur pile, au-
tour desquelles on a fait tant de bruit à un certain moment, et
que nous avons le premier fabriquées et essayées. Si bien cons-
truits et si ornementés que soient certains modèles, les services
rendus ne peuvent pas être mis en comparaison avec les ennuis
inhérents au chargement et au nettoyage de la pile, toujours
délicate et compliquée.
Moteurs électriques. — Moteur Marcel Deprez. — Ce
moteur emploie comme induit l'armature de Siemens à double T;
la bobine tourne dans un champ magnétique constitué par un
aimant en fera cheval. Un commutateur de construction ordi-
naire sert à redresser les courants.
Moteur Trouvé. — Ce modèle emploie aussi la bobine
Siemens, mais son inventeur a modifié cette armature, en excen-
trant les faces polaires pour diminuer l'effet du point mort.
Un commutateur spécial permet les changements de polarité
qui doivent se produire deux fois par tour. La bobine tourne
entre les branches d'un électro-aimant ordinaire (6g. 364). Le
rendement est faible; cependant c'est avec ce moteur qu'ont été
exécutés divers essais -de locomotion électrique terrestre et
aquatique, à l'aide d'un tricycle et d'un bateau à hélice.
Moteur t'ioris Baudet. — La pièce principale de cet appa-
reil est encore une bobine de Siemens, modifiée en ce sens que
le fil est enroulé sur de petits barreaux de fer doux qui réunis-
sent les deux faces polaires de la bobine. Il présente l'avantage
de n'avoir pas de point mort, d'être d'un poids et d'un volume
restreints et de travailler avec un courant d'une puissance
■
:
I
296
LES MÉTAUX.
quelconque en donnant un bon rendement mécanique II ne
se produit pas d'étincelle au collecteur, ce qui empêche cette
pièce de s user aussi rapidement; mais il a l'inconvénient
.a exiger des rouages pour diminuer la vilesse de rotation ce qui
est cause d un tapage assourdissant. On l'a appliqué avec un cer-
l-'ig. 30 1. — Moteur Trouv
■
tain succès à la mise en marche de divers petits outils et d'un
bateau à roues.
Bloteur Cirlscom. — Dans ce système, la bobine Siemens
tourne à l'intérieur d'un anneau cylindrique creux, en fonte
malléable, anneau recouvert d'enroulement de fils le divisant en
deux moitiés et combinées de manière à créer deux pôles con-
séquents aux deux extrémités d'un môme diamètre vertical. Ce
moteur donne des résultats satisfaisants. Il est petit et léger et
sa vitesse fort grande ; on l'a appliqué directement sur des ma-
chines à coudre pour les actionner.
Moteur Iladiguet. — Ce modèle présente l'avantage de sup-
primer les rouages, nécessaires dans tous les autres types de pe-
tits modèles, et d'être, par suite, absolument silencieux. En prin-
cipe, il se compose de deux anneaux de fer doux entourés de fils
et jouant, l'un le rôle d'inducteur, l'autre le rôle d'induit (fig. 365).
L'ÉLECTHICIEN AMATEUR.
297
Selon le nombre d'éléments de piles et la force du courant, ce
moteur peut développer de 4 à S kilogrammes.
Tricycle électrique. — On s'est servi de l'électricité comme
force motrice pour les tricycles. Le premier a été construit et
essayé par M. Trouvé en 1881. Cette construction est simple et
rationnelle. , .
Une batterie d'accumulateurs très légers est placée sous le
siège où se tient le conducteur du tricycle. Elle actionne a vo-
lonté un moteur dynamo qui communique son mouvement aux
roues par l'intermédiaire de deux engrenages, ou, passant dans
le filament d'une lampe à incandescence munie d'un réflecteur,
■
I
Fig. 305. — Moteur Radiguet.
produit une vive et éclatante lumière. La vitesse de ces tri-
cycles est bonne, le fonctionnement des accumulateurs assuré
pendant six heures environ ; il est donc à souhaiter que cet appa-
reil de luxe se répande : c'est un moyen très agréable et très
commode de voyager, et on ne se fatigue point les jambes.
Navigation électrique. — La navigation électrique a fait
quelques progrès depuis 1881, où M. Trouvé se promenait sur la
Seine avec son coquet canot Eurêka (fig. 300).
Le dernier canot électrique de M. Gustave Trouvé est mû par
un moteur nouveau, beaucoup plus énergique que le premier
qu'il a imaginé. Ce moteur, du système Gramme, a été étudie
pour donner le rendement le plus considérable sous le moindre
poids elle moins de volume possibles. Il est actionné par le cou-
rant de plusieurs batteries de piles au bichromate 1res énergiques
pendant trois ou quatre heures. Le moteur est toujours monté
sur la tête du gouvernail et met l'hélice propulsive en marche, à
17.
•*■'!
mm**
P3-
-i
>
X
Fig. 36ti. — Cauot électrique de Trouvé.
L'ÉLECTRICIEN AMATEUR.
299
raison de 2 500 tours par minuLe, à l'aide d'une simple chaîne
Galle ou Vaucanson.
En Angleterre et dans quelques autres pays, le moteur élec-
Irique est souvent appliqué à la mise en marche de petits bateaux
à hélice.
Sonneries. — Les sonneries à trembleur sont déjà anciennes,
elles ont été appliquées pour la première fois au télégraphe Bré-
guet vers 1840. Voyons rapidement comment s'opèrent leurs
mouvements. ' ; -
Le courant arrive dans L%iBolro-aimant par un houton ou un
commutateur (fig. 367), unïëSsort et une tige. La tige est lemanche
du petit marteau (fig. 368J. Aussitôt que le courant passe, l'électro-
aimant attire vivement la tige et le marteau frappe un coup. Mais
ail moment où la lige quitte le ressort, le courant est interrompu, la
tige et le marteau retombant en arrière, le contact avec le ressort
a lieu de nouveau, la tige est encore une fois attirée et le marteau
frappe un second coup. Ce mouvement alternatif s'effectue très ra-
pidement et produit une sonnerie con-
tinuelle. Pour que le marteau revienne
plus facilement en arrière, on donne
généralement à la tige une position
inclinée. Le complément indispensable
delà sonnerie électrique est l'interrup-
teur au moyen duquel on forme le cir- p .„ M7 _ commutateur,
cuit. C'est toujours ou un levier com-
mutateur à une seule direction, ou un bouton en matière iso-
lante qu'un ressort maintient, et qui, par un simple effet dépres-
sion, met en communication deux pièces de cuivre très éloignées
l'une de l'autre à l'état de repos, et qui rétablissent le circuit
par leur contact (fig. 367 et 368).
L'installation des sonneries électriques dans les appartements
présente de grands avantages sur les autres systèmes mis en
jeu par une combinaison de fils de fer, pourvus en certains
points de leviers coudés pour suivre les sinuosités des apparte-
ments ou des étages, et qui passent à travers les murs et les
planchers. Les inconvénients de ces fils sont nombreux; ils se
rouillent et se cassent, s'allongent l'été, se raccourcissent l'hiver
et se cassent encore, tandis que rien de pareil ne se produit avec
l'électricité. Les fils suivent sans difficulté toutes les sinuosités
d'un édifice; ils se dissimulent facilement, par suite de leur en-
duit isolant recouvert de coton et teint de la couleur des pièces
à traverser; on les fait passer d'un appartement ou d'un étage
à l'autre sans difficulté et à travers un trou imperceptible. Enfin
I
I
.m
m
m
^M
300
J.KS MÉTAUX.
•ODonuo^
I
les sonnettes fonctionnent à
toutes les distances, et c'est un
grand progrès sur le système des
fils de fer.
Depuis 1840, c'est à peine si la
forme des sonnettes électriques a
varié; c'est toujours le trembleur
de Neef avec un électro-aimant.
Les efforts des constructeurs
semblent avoir surtout porté sur
les moyens de les rendre moins
volumineuses, plus élégantes et
surtout meilleur marché. Aujour-
d'hui, avec une dépense de S à 6
francs, le premier venu peut
avoir les pièces essentielles pour
monter une sonnette électrique
suffisante. Pour 2 francs de plus,
on peut avoir la sonnette toute
montée, avec sa pile.
Bouton -Téléphone. — Le
bouton-téléphone, ainsi que son
nom l'indique du reste, a pour
but de transformer tous les ré-
seaux de sonneries électriques
domestiques en postes télépho-
niques; c'est l'intime réunion
d'un bouton d'appel et d'un télé-
phone très simple.
Le bouton-téléphone se com-
pose de deux pièces : un cercle
fixé au mur et servant de socle
à l'appareil téléphonique qu'il
retient par trois pal tes à ressort,
et le houton. Le socle contient
un commutateur qui met auto-
matiquement le téléphone en
ligne lorsqu'on le détache pour
enlrer en communication.
Ce très ingénieux dispositif a
eu le succès qu'il méritait, vu sur-
tout son extrême bon marché. La
majeure partie des personnes pos-
L'ÉLECTRICIEN AMATEUR. 301
Allumage électrique îles bougies.
d'une maison entre le maihe ou le patron et ses domestiques
:iïi:^:^rJZ>m? * *»**■ « ^ »
,6 ™t SeTcbem^ï^ dissimulé, on place une
pUe dont les électrodes aboutissent à une P eU, Le sp,ral« P la-
Uae, puis on relie toutes les boug.es avec un fil de tulm. coton,
m
■
I
■
I
302
Fig. 370. — Allumoir
électrique ;"i guz de
ArnoulJ.
LES MÉTAUX.
dont une des extrémités est en contact avec
la spirale de platine. Ceci installé, ainsi que
l'indique la figure 369, si on vient à fermer le
circuit de la pile, sous l'action du courant la
spirale devient incandescente et communique
le feu au fulmi-coton qui, faisant traînée de
poudre, allume de proche en proche toutes
les bougies, et cela presque instantanément.
Allumoir* électriques. — On trouve dans
le commerce un grand nombre de types d'al-
lumoirs électriques, où les constructeurs ont
cherché à réunir toutes les conditions de bon
fonctionnement, de commodité et d'écono-
mie. Quelques-uns de ces appareils remplis-
sent le but d'une façon absolument parfaite.
L'appareil de M. Ar-
nould (fig. 370) repose sur
l'action d'un courant élec-
trique sur une spirale de
platine, le courant étant
fourni par une pile à ren-
versement au bichromate
de potasse. Il se compose
(fig. 371) de deux parties
principales.
La première comprend:
1° un cylindre en ébonile
ou en porcelaine; 2° un
crayon de charbon qui
traverse ce cylindre dans
toute sa longueur; 3° une
lame de zincB; 4° une
enveloppe extérieure en
cuivre servant de conduc-
teur au pôle négatif.
La seconde partie est
formée d'un tube en lai-
ton, s'adaptant à la pre-
mière au moyen d'une
vis servant de contact.
Dans ce tube se trouvent
Fit'. 371. — Disposition , , „, , . ..
intérieuredel'allumoir les deux flls du circult
électrique. reliés l'un au charbon,
^■e
l'électricien amateur.
303
l'autre à l'enveloppe extérieure. La spirale de platine C occupe
['extrémité du tube percé de trous à cet endroit, pour permettra
l'inflammation du mélange détonant.
Quand L'appareil est au repos, le liquide occupe la partie
opposée au zinc et aucune action ne se produit. Si l'on veut se
servir de l'allumoir, en présentant l'extrémité du tube au bec à
allumer, l'appareil se trouvant retourné, le liquide vient submer-
ger le zinc, le circuit est fermé; le courant posilif passe par le
charbon, le négatif par l'en-
veloppe extérieure et l'incan-
descence de la spirale de pla-
tine se produit.
Dans cet appareil l'humi-
dité n'a aucune influence sur
le phénomène électrique, car
si on le plonge dans l'eau et
qu'on le transporte au-dessus
d'un bec de gaz, ce dernier
s'allume sans difficulté.
M. Arnould a également
inventé un allumoiv extinc-
teur, qui s'allume et s'éteint
tout seul (fig. 372) et cela
pour l'usage des locataires
qui rentrent à des heures
avancées dans la nuit. II
place l'appareil sous une
porte cochère ou un vestibule
en communication avec le
cordon de la porte : quand le
concierge manœuvre le cor-
don, la lampe s'allume,
brûle pendant trois ou quatre minutes et s'éteint automatique-
ment. Le courant arrive parle pôle positif de la pile, attire un
trembleur et relève l'éteignoir, l'étincelle d'induction de la bo-
bine allume la lampe; la flamme chauffe une lame métallique
qui en se dilatant se recourbe et décl anche l'éteignoir, qui re-
tombe sur la mèche et éteint la lampe. L'appareil, comme on le
voit, est basé sur l'étincelle d'induclion. M. Arnould a dû aban-
donner l'incandescence de la spirale de platine, qui se détériore
trop rapidement en raison de son contact continuel avec la mèche.
Tous les allumoirs électriques utilisent l'élévation de tempéra-
ture produite en un point d'un circuit traversé par un courant.
extincteur.
m
304
LES MÉTAUX.
ïSï:":r: iTTs^rr ils d ' éciai -
classes : les a.lumoirs à circuit conluZTlZ^Zt
allumo.rs a crcuit discontinu ou à étincelle " Cf " WeSC(mce > et le *
Nous avons la certitude qu'avec un n PI . -,i'h.,vi ."- ..
conservant seulement 1S millimètres à chaque ex remit! Cri »
pour amener à l'incandescence cette snir»l» n ! P l
fine u» 6e de «1 ..fcSt » ** <»«* '»»»'<>«■ »">,*»
«.pi». .*,„«„, e ,„ pou ,. „ po r*its , r ce "" ■>" -
L'ÉLECTRICIEN AMATEUR.
30b
lampe sous la spirale ainsi échauffée, celle-ci fondrait inévitable-
ment. Aussi faut-il se servir, dans ce cas, d'un interrupteur à
deux directions; dans l'un des circuits, on intercalera une résis-
tance, formée d'un fil Tin enroulé sur deux isolateurs fixés à une
planchette.
Briquet allumoir. — Oulre les allumoirs fonctionnant par
l'incandescence d'un fil de platine, nous signalerons celui de
M. Radiguet où l'allumage de la lampe est obtenu par l'étincelle
d'extra-courant d'une bobine sans trembleur, espèce d'éleclro-
aimant, contenu dans
le socle de l'appareil.
L'examen de la flg. 373
suffit pour faire com-
prendre le fonctionne-
ment.
Bécréations électri-
ques. — On peut exécu-
ter, avec un matériel
très restreint, un grand
nombre d'expériences
intéressantes, que nous
allons mentionner ici.
.C'est le meilleur moyen
d'étudier la science élec-
trique, car l'enseigne-
ment par les yeux, on l'a
dit et répété avec rai-
son, est le seul durable.
Remplacer une démons-
tration sèche et aride
par une expérience facile
à reproduire, est le meil-
leur moyen de faire comprendre une chose, qu'une description
élégante et imagée est impuissante à faire clairement saisir.
Récréations d'électricité statique sans appareils. —
Commençons par l'électricité statique.
liai on de cire. — La plus simple de toutes les expériences
est le bâton de cire à cacheter, frotté avec un morceau de fla-
nelle sèche, et qui attire tous les corps légers placés à sa portée :
papiers, plumes, moelle de sureau, etc. Un porte-cigare en
ambre, ou un porte-plume en caoutchouc durci produisent le
même effet.
Electricité produite a^cc une feuille de papier. — Un
I
■
■
■
~J^^^
306
LES MÉTAUX.
p;*«
I
sent alors une force de résistance très appréciable; la fe.nMe
t ig. 37 4. — L'électricité avec une feuille
de papier.
surrarÈ^eÎes^ÏSr fnT^,^ 6 ^ ^
ment ensuite, on cens a. 2 , n L " ,es aba » donn «"»t ^rusque-
tendant à min.rï'ÏÏÏÏtaS Sr' de recnl "^
L'ÉLECTRICIEN AMATEUR.
307
/électricité,
On peut encore produire, non plus seulement de
mais même une véritable étincelle électrique.
Il suffit défaire chauffer une feuille de papier ordinaire devant
un bon feu, au-dessus d'une lampe ou prés d'un poêle Choii-
bersky. Eu se plaçant dans l'obscurité et en approchant du
papier la jointure du doigt fermé, on fera jailli, une étincelle
très visible qui occasionnera un léger crépitement (ttg. 475).
Voici une troisième expérience du même genre.
On prend deux- feuilles de papier cl on intercale une feuille
Pig. 37
Une étincelle électrique l
le de papier.
d'or entre elles. Après les avoir éleclrisées ainsi que nous venons
de le dire, il suffira de passer en zigzag une pointe de crayon sur
leur surface pour y déterminer l'apparition d'un éclair lumineux
d'une intensité assez grande.
Électrophorc. — Quand on n'a pas de machine d électricité
statique (de Hamsden ou autre) à sa disposition, on peut cons-
truire un èlectrophore qui donne des effets assez sensibles.
Un électrophorc (lig. 370) se compose d'un plat»au découpe eir-
culairement ou disque de bois bien sec (planche de sapu, bien
dressée), de moins d'un centimètre et demi d'épaisseur. Couvrez
Al
308
LES MÉTAUX.
ff " ,? r T? ment 6t Uniment V ° lre disiiue d ' u,le feui "e d'étain
le collant dessus avec soin el évitant qu'il y ait des i n é fi 3
sur les bords. Ce p.ateau est soutenu en^on^enlre pa 2 „
de verre recouverte de vernis à la gomme l aque ou P de Zl d°u
sèche au four et enduit de résine ou de cire à cacheter. Cela fait
vous fl X ez près du bord de sa face extérieure, c'est-à-dire du
côté du manche une pefte tige de cuivre surmontée d'un bouton
également de cuivre. La première partie de votre machine S
complétée, vous vous occupez de la seconde
Cette seconde partie ou électrophore se compose d'un disoue
semblable au premier, mais un peu plus large et composée
la façon suivante : prenez une feuille d'étain plus large que le
Fig. 376. — Électrophore.
w2\Z e IT vo " 1( V onslruire . étendez-la bien nettement
lôrds d P P iVf ,7 e , - d,mensi0n convenable, de sorte que les
bords i e la f JIe dela|n issenl être relev . s 4
r oa n M p enCe - ^ faUeS f ° ndre danS Une «""*» cui '^ «£
IZZ T eg ! B l de g ° mme la( ï ue ' de rési » e commune et de
ereben.hme de Venise; conservez au mélange une chaleur mo !
deree ce que Ja fumée ^ ^ g ,
il sera devenu un peu plus épais, mais encore assez liquide pour
pouvoir s étendre facilement, versez-le dans la feuille d'étain
jusqu a une hauteur d'environ un centimètre et demi- laissez-le
refroidir au», puis ébarbez-en bien soigneusement les bords et
des ' , p Ur U " e , PianC , he épaiSS6 ' le COlé recouvert d 'étain en
dHonT; 1 i*£° , S °' n de le maintenir au centre de cette espèce
de socle, a 1 aide de quatre tasseaux.
Lorsque l'on veut charger l'électrophore, on commence par en
L'ÉLECTRICIEN AMATEUR.
309
bien sécher toutes les parties, puis on électrise la résine en la
frappant obliquement avec une peau de chat ou de lièvre bien
Sel Cela fait, on pose le plateau sur la résine, on le touche
avec le doigt, et, enlevant le plateau par son manche isolant
électricité positive qu'il possède, devenue hbre, se manifestera
par une vive étincelle à l'approche d'un corps conducteui. En
recommençant la même série d'opérations on pourra, sans re-
charger la résine, tirer du plateau des milliers d étincelles suc-
06SS1V6S i
On peut faire, dit M. G. Tissandier, un électrophore instantané
avec un plateau à thé en tôle vernie ou en fer-blanc laque de
30 à 40 centimètres de longueur. On découpe une feuille de
papier d'emballage épais et solide, dételle façon qu elle s ap-
plique facilement sur la partie plane du plateau On fixe a laide
de cire à cacheter deux bandelettes de papier a chaque extrémité
de la feuille, de manière à pouvoir la soulever sans difiiculle,
quand elle est posée à plat, le plateau à thé place sur deux
verres à boire qui lui servent de support. Voilai électrophore con-
fectionné. Voyons maintenant comment on arrive a le faire tonc-
tionner. On chauffe la feuille de papier d'emballage au-dessus
d'un feu 1res ardent d'un poêle ou d'un fourneau b.en allume :
il faut chauffer longtemps à plusieurs reprises de telle façon que
le papier soit bien sec et que la température soit aussi élevée
que possible. Cela fait, on le pose rapidement afin d éviter son
refroidissement sur une lable de bois et on le frotte très energi-
quement à l'aide d'une brosse à habit assez dure et bien sèche.
On met le papier sur le plateau, on touche le plateau avec le
doigt et on soulève le papier par ses poignées. Si à ce moment
une personne approche le doigt du bord du plateau, elle fera
jaillir une étincelle. On peut alors remettre le papier sur le pla-
teau retoucher le bord une seconde fois et soulever a nouveau
le papier : une seconde étincelle jaillira et ainsi de suite a sept ou
huit reprises différentes.
Cet appareil, si rudimentaire qu'il soit, étant bien dispose,
donne des étincelles assez vives et lumineuses.
Bouteille de I^eyile. — Quand on n'a pas de bouteille de
Leyde et que l'on veut éprouver ou faire ressentir à quelqu'un la
commotion des électricités contraires, on peut recommencer 1 ex-
périence de Musschenbroek avec un simple tlacou que l'on rem-
plit, d'eau et dont on fixe le bouchon en trempant le goulot dans
de la cire à cacheter chaude; on colle ensuite du papier détain
jusqu'aux deux tiers de la hauteur et on enfonce dans la bou-
teille, à travers le bouchon, une tige métallique recourbée en
3)0
LES MÉTAUX.
forme de crochet. Ainsi construite, cette bouteille deLeyde rudi-
men aire donne des secousses très fortes, en rapport naturelle-
ment avec ses dimensions ou sa surface. On peut la charger avec
1 electrophore que nous avons décrit.
Machines électriques économiques. — Prenez une bouteille
commune de préférence une bouteille à eau gazeuse, n'ayant
point de fond renflé en dedans, mais d'un verre assez épais
Percez un trou au fond de votre bouteille, d'une dimension égale
a 1 ouverture du goulot. Ceci s'obtient aisément à l'aide d'une
mèche , ou mieux d'un taraud de filière imprégné d'acide sulfu-
nque dilué,— et d'ailleurs peut être fait, au besoin, sans grande
peine m beaucoup de frais, par un serrurier.
Votre bouteille ainsi percée au fond, vous passez au travers
par ce trou et le goulot, un bâton dont une extrémité sera dres-
sée carrément, de manière à pouvoir y assujettir une mani-
velle ; ce bâton devra être du calibre exact des deux trous par
lesquels il passe. l
Maintenant il s'agit de monter l'engin sur une sorte de châssis
en Bo.s, assez semblable à celui d'un dévidoir, avec planche de
dessous et deux montants ou supports, où les deux extrémités
du bâton sont engagées. Ensuite on confectionnera une sorte de
coussin de cuir non verni ni ciré, rembourré de laine, que l'on
montera sur un autre support, dressé de manière à ce que ce
coussin frotte les flancs de la bouteille lorsqu'on mettra la ma-
nivelle en mouvement. Un morceau de soie noire sera, en outre
cousu a la partie supérieure du coussin et pendra par-dessus là
bouteille: on étendra sur le coussin la composition suivante ■ une
par ie d etam et deux parties de zinc fondues ensemble, aux-
quelles on ajoutera, lorsqu'elles seront liquides, six parties de
mercure, bien mêlées, en tournant jusqu'à complet refroidisse-
ment. Lorsque 1 amalgame refroidi aura recouvré l'état solide
on le réduira en poudre fine dans un mortier; à l'aide d'une
quantité suffisante de saindoux, on en formera une pâte épaisse
dont on enduira le coussin.
Cela fait, la machine sera complète et prête à fonctionner
La friction provoquée par la manivelle entre le coussin et .la .
bouteille produit une certaine quantité d'électricité; mais, pour
en pouvoir lirer parti, il faut un corps conducteur qui la tire de
son foyer de production.
Prenez un cylindre de bois tourné, d'environ 15 centimètres de
long et 6 centimètres de diamètre, correctement arrondi aux
deux bouts; couvrez-le d'une feuille d'élain et montez-le sur
une baguette de verre. Pour l'employer, un le place dans la direc-
L'ÉLECTRICIEN AMATEUR.
311
tion de sa longueur; on insère dedans quelques épingles, les
pointes en dehors, dans une même ligne et à un cenlimètre et
demi environ de la bouteille, et il aura une hauteur suffisante
pour atteindre juste au bord inférieur du tablier de soie.
Si l'on désire charger une bouteille de Leyde, elle devra natu-
rellement être placée au bout arrondi du conducteur.
Récréations «l'électricité statique ayec appareils. — Mais
c'est encore avec la véritable machine électrostatique que l'on
obtient les plus beaux effets et que l'on opère les plus jolies ex-
périences. Citons le carreau et le tube étincelant, le carillon élec-
trique, le carreau magique.
Carreau et tube étincelant. — Le carreau et le tube étin-
celant sont des surfaces planes ou courbes en verre, sur lesquelles
on a dessiné, au moyen de petits losanges en papier métallique,
des arbres, des fleurs, des noms, etc. Lorsque l'on accroche ces
tableaux dans l'obscurité, aux conducteurs d'une machine sta-
tique, il se produit une foule de petites recomposilions partielles
du fluide, et de petites étincelles jaillissant entre les pointes de
chaque losange dessinent en points de feu l'arbre, la fleur, ou
le nom tracé.
Carillon électrique. — Il se compose d'une tige de cuivre
portant trois timbres. Les deux extrêmes communiquent mé-
talliquemenl et celui du milieu qui, au contraire, est isolé,
communique avec le sol au moyen d'une chaîne métallique. A
la hauteur des timbres et entre celui du milieu et les deux au-
tres se trouvent, suspendues par des fils de soie, deux petites
balles de cuivre. Enfin, un crochet de cuivre permet de suspen-
dre l'appareil au conducteur de la machine électrique. Quand on
met la machine en mouvement, les deux timbres extrêmes s'é-
lectrisent, les balles sont attirées et vont frapper contre eux, puis
elles sont repoussées et frappent le timbre du milieu, qui les ra-
mène à l'état naturel. De là une succession de petits sons qui ne
cessent qu'avec la charge de la machine.
On peut aussi obtenir cet effet par la décharge successive
d'une bouteille de Leyde placée à égale dislance de deux isola-
teurs supportant les balles et les timbres.
Carreau magique. — ■ Avec le carreau magique, qui n'est
autre chose qu'un condensateur à lame de verre sur les deux
faces duquel on a collé deux lames d'étain, on peut produire
l'effet curieux que voici : le carreau étant placé horizontalement
sur une table, on le charge et on le mel en communication avec
l'armature inférieure; si on approche alors la main de l'arma-
ture supérieure, on éprouve une commotion accompagnée d'une
Jf
I
^^
312
LES MÉTAUX.
contraclion musculaire, si bien qu'il est impossible de prendre
une pièce de monnaie placée sur ce plateau.
Carte et plaque île Terre percées par l'électricité. —
Ce n'est guère qu'avec l'aide de la machine que l'on peut percer
une carie ou même une petite plaque de verre placées enlre
deux pointes métalliques entre lesquelles on fait jaillir une étin-
celle.
Verre brisé par le choc électrique. — Dans un verre aux
deux tiers rempli d'eau, placez les extrémités de deux fils de
fer, recourbés et terminés par un bouton, de manière à ce que les
deux boutons immergés se Irouvenl séparés l'un de l'autre par
un espace d'environ un centimètre et demi; reliez l'extrémité
opposée de l'un des fils à la couverture extérieure d'une bouteille
de Leyde chargée, et celle de l'autre fil à sa couverture inté-
rieure; au moyen de la baguette, déterminez l'explosion : le
verre sera alors brisé violemment.
De même, on pourrait faire éclater de fortes pièces de bois et
des pierres; mais, naturellement, la charge devrait être sensi-
blement plus considérable.
Il est toutefois possible de communiquer le choc électrique à
un verre rempli d'eau sans le briser.
On décompose même, par ce moyen, l'eau et ses gaz consti-
tuants, sans donner lieu à la moindre explosion, en faisant usage
d'un tube de verre d'environ 32 centimètres de longueur sur 3 à
4 millimètres de diamètre.
Récréations «l'électricité «ljn antique. — Arrivons-en à
l'électricité dynamique.
Pile voltaïque. — Le premier appareil à posséder pour les
expériences d'électricité dynamique est naturellement une pile
voltaïque.
Je vais indiquer le moyen d'en construire une très simple,
relativement puissante pour des expériences de courte durée,
et très bon marché.
Dans un vase en terre ou en porcelaine, jetez des rognures de
coke jusqu'au quart de la hauteur environ, puis roulez un fil
de cuivre en spirale et placez-le sous ces fragments en lais-
sant monter son extrémité plus haut que le vase. Pour éviter
l'usure, faites passer ce fil dans un mince tube de verre. Ensuite
roulez eu cylindre une plaque de zinc ordinaire et suspendez ce
cylindre en haut du vase, de manière à ce qu'il ne touche pas
aux fragments de charbon, puis remplissez le vase avec de l'eau
salée ou acidulée, ou mieux encore d'une solution acide de bi-
chromate de soude. De celte façon vous avez une pile qui peut
L'ÉLECTRICIEN AMATEUR.
313
débiter deux ou Irais ampères pendant plusieurs heures et qui
ne revient qu'à 80 centimes environ l'élément.
Avec une batterie de six éléments semblables, groupés en
tension, on peut déjà obtenir certains effets curieux et que nous
allons passer en revue.
Décomposition ou électrolyse de l'eau. — On peut procé-
der à la décomposition ou électrolyse de l'eau. 11 n'est même pas
besoin pour cela d'avoir un voltamètre bien compliqué. Un simple
verre, bouché à sa partie inférieure par de la cire à cacbeter que
traversent les conducteurs en métal inoxydable, suffit. Pour faire
l'expérience, on remplit des tubes, fermés en haut, d'eau légère-
ment acidulée, on opère de même pour le verre et on coiffe de
tubes les conducteurs. Aussitôt que le courant passe, l'eau est
décomposée; l'éprouvelte du pôle positif se remplit d'oxygène
et celle du pôle négatif d'hydrogène, en volume double.
Décomposition «les sel» métalliques. — On peut décompo-
ser de celte manière un grand nombre de sels métalliques ou
acides, et on constate que l'oxygène et l'acide se rendent au pôle
positif, tandis que le métal ou la base se déposent au pôle né-
gatif. C'est sur ce fait d'ailleurs qu'est basé tout l'art de la gal-
vanoplastie, des dépôts électrochimiques de l'argenture et de la
dorure voltaïques.
Avec six éléments en tension, on peut déjà faire rougir un fil
fin de cuivre ou de platine et même le volatiliser. On peut allumer
de l'éther, de l'essence, des allumettes phosphoiïques et porter à
l'incandescence une petite lampe Edison ou Changy.
Pour l'arc voltaïque, il faut au moins trente de ces éléments
pour le voir apparaître distinctement.
Bobine de Ruhmkorff. — Avec une bobine de Rulimkorff,
on peut charger une bouteille de Leyde.
Au moyen de la même bobine, on peut aussi accomplir un
grand nombre d'expériences que nous allons exposer successi-
vement.
Tubes lumineux de Geissler. — Les lllbes lumineux de
Geissler s'illuminent d'un éclat rose et violet quand le cou-
rant induit les traverse ; ils se vendent chez tous les marchands
d'objets d'optique et d'appareils électriques.
Perce-carte et perce-Yerre. — Le perce-carte et le perce-
verre sont des expériences identiques à celles de l'électricité sta-
tique.
Lorsque sur la table à expérience ou sur un support quel-
conque on place verticalement une lame de verre dans l'inter-
valle des points où l'on excite l'étincelle d'induction, l'électricité
H. de Ghaffigny. — Les industries d'amateurs. '°
314
LES MÉTAUX.
contourne la lame ou la transperce quand celle-ci est suffisam-
ment mince. Dans le premier cas, la lame s'illumine complète-
ment, et c'est toujours ce qui arrive quand on colle une bande
d elain sur l'une des faces de la lame de verre. Si, au lieu d'une
seule lame de verre ainsi disposée, on en met deux à une petite
distance l'une de l'autre, le phénomène se trouve amplifié ; il s'ac-
croît de tout l'eiïet produit par ce véritable condensateur.
Commotion électrique. — Quand la bobine est en activité
la lension du courant induit étant énorme (8,000 volls environ)!
si l'on touche les rhéophores, on éprouve une violente commo-
tion qui peut même être dangereuse avec un appareil un peu
grand. Cependant, on peut diminuer cette force eu installant sur
le circuit un tube rempli d'eau et dans lequel sont enfoncées, à
frottement assez dur, deux tiges de laiton dont le plus ou moins
grand écarlement règle l'intensité des commotions. De celle façon,
on peut transformer la bobine en appareil électro-médical. '
Si l'on met un fil induit en communication avec le sol, on
peut; en dissimulant l'autre sous une pièce métallique ou d'ans
un verre d'eau, donner une forte secousse à toute personne
essayant de toucher à ce verre ou à cette pièce. Mais cette
secousse aura toujours une intensité bien inférieure à celle qu'on
ressentirait si l'on tenait à la main les deux extrémités du fil
induit dans la bobine.
Pistolet de Volta. — Le pistolet de Volta détone quand on
fait éclater l'étincelle d'induction dans son intérieur (on peut
faire un pistolet de Voila avec une simple bouteille qu'on rem-
plit d'hydrogène et d'oxygène produits par l'électrolyse).
Fusée de Statcham. — La fusée de Stateham explose avec
une bruyante détonation, lorsque l'étincelle la traverse.
Citons encore la danse des pantins, le télégraphe-jouet, etc.
Nous arrêtons ici cette énumération des récréations électriques
que l'on peut s'amuser à répéter à peu de frais et sans grand em-
barras d'appareils.
CHAPITRE V
I
I
LA GALVANOPLASTIE,
C'est à Jacobi, professeur de physique à l'université de Dorpat,
qu'on est redevable de la création de la galvanoplastie. Il trouva,
LA GALVANOPLASTIE.
315
imprimées sur une feuille de cuivre qui provenait delà réduction
du sulfate de cuivre dans une pile Daniell, des raies et des
éraillures qui correspondaient avec la plus rigoureuse exactitude.
à des raies et à des coups de lime semblables qui existaient sur
le cylindre de cuivre servant d'élément à celte pile. Quand il se
fut bien assuré que c'élait à la décomposition lente du sulfate de
cuivre au sein de la pile qu'était dû ce dépôt, il recommença
volontairement l'expérience sur une plaque gravée au burin
et obtint une copie en relief qu'il présenta avec un mémoire
à l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, le 6 oc-
tobre 1838. Cette découverte eut le retentissement le plus con-
sidérable.
Au début, lorsque Jacobi commença à opérer, l'objet à
copier faisait partie de la pile, il formait l'élément négatif et
plongeait dans une dissolution de sulfate de cuivre. Jacobi
trouva que la décomposition se faisait beaucoup mieux avec une
pile séparée du bain de sulfate de cuivre et dont les deux pôles
plongeaient dans ce bain au moyen de deux conducteurs. De
plus, et pour éviter l'appauvrissement rapide de la liqueur
saturée de sel métallique, il imagina de suspendre dans le bain,
au pôle posilif, une plaque de ce métal, se dissolvant au fur et a
mesure du dépôt sur ie moule et de l'appauvrissement des par-
ties constitutives du bain.
L'invention des anodes électriques solubles fut un fait capital
qui lit descendre la galvanoplastie au rang des opérations indus-
trielles les plus simples. Elle permit de séparer le couplevol-
taïque, qui engendre le courant, de l'appareil dans lequel l'em-
preinte s'effectue. Le procédé galvanoplastique devint ainsi plus
simple, l'opération moins longue et on put obtenir des depuis
métalliques de toute forme et de toute dimension.
Jacobi parvint encore à supprimer le moule métallique
conducteur absolument nécessaire, par un moule en matière
plastique quelconque, pourvu qu'elle fût recouverte d'un enduit
métallique. Le basard lui indiqua que la plombagine (graphite)
était la meilleure substance à employer.
Outillage. - Pour la galvanisation des petites pièces, l'appa-
reil se compose toujours de : 1° la source d'électricité plus
ou moins puissante, une batterie de piles Daniell couplées en
quantité; 2° la cuve électrolylique remplie d'un bain chimique
et dans lequel on suspend les pièces à recouvrir de métal;
3° le bain.
Appareil simple. — Cet appareil (lig. 377) comprend trois piè-
ces en verre, savoir :
i
310 LES MÉTAUX.
1° Un vase extérieur, que l'on remplit d'une solution de sul-
fate de cuivre saturée, légèrement acide;
2° Un cylindre intérieur, dont le fond est formé par une peau
de vessie, et qui contient
une solution aqueuse d'a-
cide sulfurique au ving-
tième.
2° Un cylindre intermé-
diaire, qui est disposé
pour s'appuyer sur les
bords du premier vase et
pour servir de support au
second, tout en mainte-
nant celui-ci plongé dans
la solution de sulfate de
cuivre. Un support ver-
tical, formé d'une ma-
;aivano P iastio. t j ère isolante, porte une
, . , tige métallique horizon-
tale destinée a relier les deux pôles de la pile qui va être formée.
On suspend l'un des moules, préparés comme il a été dit, au
support en ayant soin qu'il occupe le fond central du vase
Fig. 377.
Appareil simple pour la
ï
Fig. 378. — Appareil simple pour la galvanoplastie.
extérieur, qu'il soit disposé à plat et dans un plan parfaitement
horizontal, enfin que la face sur laquelle le cuivre doit se dépo-
ser se trouve en regardée la peau L de vessie qui forme le fond
du vase intérieur.
LA GALVANOPLASTIE.
317
Au même support on suspend un disque de zinc amalgamé qui
doit lui-même être placé horizontalement et occuper le milieu
du vase intérieur.
Une autre disposition de ['appareil simple, très commode poul-
ies amateurs, est celui représenté par la figure 378; au centre
de la cuve qui renferme le bain on place un ou plusieurs vases
poreux, semblables à ceux de la pile Daniell ; dans chacun de
ces va*es de l'eau accidulée par de l'acide sulfunque, et une
lame de zincamalgané ZZZ.Toutes les lames communiquent avec
une tringle AB; d'autres tringles isolées BB, B'B' servent a sus-
pendre les empreintes à recouvrir PP.
Dès que l'on fait communiquer les tringles entre elles, le sul-
fate de cuivre est décomposé et un dépôt de cuivre se produit sur
chacune des empreintes.
Appareil composé («g. 370). — Il comprend une pile Bunsen P,
Kig. 379. — Appareil eonif
osi- pour la galvanoplastie.
formée d'un ou plusieurs couples, et une cuve rectangulaire en
verre AB, remplie-d'une dissolution saturée et légèrement acide
de sulfate de cuivre. Deux baguettes en laiton TT reposent sur
les bords de la cuve et communiquent, l'une avec le pôle positif.
l'autre avec le pôle négatif de la pile. On suspend à la tige posi-
tive une plaque de cuivre rouge C, destinée à entretenir la satu-
ration de la liqueur. Quand à la seconde tige, elle tient suspendu
le moule m.
Cuve. — La cuve éleclroly tique sera un vase en grès, porce-
laine, verre, faïence dure ou guUa-percha; pour les grands
bains, faire usage de cuves en bois recouvertes intérieurement
d'une couche mince de gutla-percha, de glu marine ou de
feuilles de plomb verni. Ne jamais doubler les cuves de fer, de
zinc ou d'étain.
Les commençants se fabriqueront sans difficulté un appareil
simple, d'un prix modique et qui convient parfaitement au revê-
tement en cuivre de petites surfaces planes ou à la reproduction
18.
r
318
LES METAUX.
de médailles ou bas-reliefs de petites dimensions, en plaçant la
solution de sulfate de cuivre dans un seau de grès, de faïence ou
de porcelaine, au cenlre duquel sera disposé un diaphragme en
terre poreuse ou porcelaine dégourdie (fig. 380); dans ce dernier
on introduira de l'eau ordinaire aiguisée de 2 ou 3 centièmes d'a-
cide sulfurique. Dans ce liquide, on immergera un cylindre de
zinc amalgamé supportant un cercle en laiton, lequel cercle, par
ses deux diamètres qui se coupent en croix, vient se souder dans
quatre encoches pratiquées à la partie supérieure du zinc.
De cette façon, il sera commode de suspendre à cette galerie
circulaire un plus ou moins grand nombre d'objets qui, soutenus
par des fils de laiton,
plongeront dans le bain,
de manière que la face
à recouvrir regarde le
diaphragme. Deux pe-
tits sacs de crin rem-
plis de sulfate de cuivre
seront suspendus au
rebord extérieur du
seau.
On construit, sur
deux dimensions diffé-
rentes, des appareils
simples destinés aux
amateurs et qui sont
: - d'une manœuvre très
facile . Ces appareils
joignent à l'avantage
de pouvoir être faci-
fragiles : c'est une caisse
Fig. 380.
Appareil pour la reproduction des médailles.
lement déplacés celui de n'être pas
rectangulaire en gulta-percha; au centre de cette caisse sont
deux coulisses entre lesquelles on fait glisser le diaphragme plat
ou ovale, qui est ainsi parfaitement maintenu. Aux deux extré-
mités et à la partie supérieure de la caisse se trouvent deux
petites auges qui, outre qu'elles servent de poignées pour trans-
porter l'appareil, communiquent avec l'intérieur de la cuve par
de nombreux petils trous, et servent de réservoir aux cristaux de
sulfate de cuivre que doit dissoudre le bain à mesure qu'il s'ap-
pauvrit. Dans le vase poreux rempli d'eau acidulée se place une
simple plaque de zinc amalgamé, munie d'une presse à double
pas-de-vis, dont l'un la serre fortement pendant que, du second,
partent deux fils conducteurs roulés en spirale, pour permettre
LA GALVANOPLASTIE.
319
d'écarter ou de rapprocher à volonté du diaphragme les Inangles
qui supportent les objets sur lesquels on opère.
On comprend facilement que, dans ces appareils, on opère de
chaque côté du diaphragme, sur deux médailles ou bas-reliefs a
la fois, mais eu employant deux diaphragmes munis de leur
zinc en plaçant chacun d'eux a chaque extrémité de la boite, et
en disposant au centre le porte-objet, on peut) aussi recouvrir
une statuette ou tout autre objet en ronde-bosse ou à double lace.
Bain — Quelle que soit l'opération en vue : moulage, métal-
lisalion, éleclrolypie, etc., le bain est à peu près toujours le
même. Hospitalier (1) indique de le préparer ainsi qu'il suit :
On place dans un vase une certaine quantité d'eau a laquelle
on ajoute, par petites quantités à la fois et en agitant constam-
ment 8 à 10 p. 100 en volume d'acide sulfurique; on fait dis-
soudre dans cette eau acidulée autant de sulfate de cuivre
qu'elle peut en prendre à la température ordinaire, et en agitant.
Le bain saturé doit avoir une densité de 1,21; il s'emploie a
froid et sera maintenu saturé par l'addition de cristaux ou 1 em-
ploi d'anodes convenables.
Moulage. — Pour le moulage, le corps le plus anciennement
employé est le plâtre; mais comme il est poreux, il faut l'imper-
méabiliser, ce qui en complique l'emploi. Aujourd'hui on moule
à la cire, à la glu marine, à la gélatine, à la gutta-percba, a la
stéarine et aux alliages fusibles.
I Moule en plâtre. - 1° Huiler très légèrement la surface de
la médaille qu'il s'agit de reproduire, en ayant soin de pénétrer
jusque dans les détails les plus déliés du dessin. Former un
rebord tout autour de la médaille à l'aide d'une bande de plomb,
de carton ou de gros papier.
Prendre une petite quantité de plâtre à mouleur 1res fin, la
délayer dans l'eau de manière à obtenir une bouillie très liquide,
et enduire très légèrement, mais très complètement la surface
de la médaille. Verser ensuite la quantité nécessaire de plâtre
gâché en pâte coulante. Faire sécher.
2° Lorsque le moule est sec, le plonger dans un bain de stéa-
rine fondue et très chaude. L'y maintenir pendant 3 minutes,
c'est-à-dire pendant le temps nécessaire pour qu'il en soit par-
tout pénétré. Le tirer ensuite du bain, et le laisser refroidir dans
une position telle, que le dessin à reproduire occupe la partie
supérieure.
3° Rendre la surface conductiice en la recouvrant d une cou-
I
I
(I) Hospitalier, Formulaire de l'électricien.
320
LES MÉTAUX.
che mince de plombagine. Pour des objets 1res délicats, comme
des fleurs, des fruits, des insectes, etc., on emploie la métalii-
sation. A cet effet, on imbibe la surface d'une solution de nitrate
d'argent qu'on fait d'abord sécher, on l'expose ensuite pendant
quelques instanls à la vapeur d'acide sulfhydrique. Le sulfure
d'argent qui se forme est un bon conducteur d'électricité.
4° Kntourer le champ du moule, qui a été lui-même plomba-
gine d'un fil métallique destiné à établir la communication de
I
Fig. 381. — Moule en gutta-percha.
sa surface supérieure avec le zinc de l'appareil. Et pour forcer le
cuivre de l'appareil à se, déposer sur l'empreinte et non ailleurs,
recouvrir le contour et la surface supérieure du moule en plâtre
d'une couche de cire fondue ou de toute autre substance non con-
ductrice.
II. Moule en gutta-percha. — 1° Recouvrir de plombagine la
médaille dont on veut prendre l'empreinte.
2° Ramollir la gutta-percha en la maintenant pendant quelque
temps dans de l'eau suffisamment chaude. Dès qu'elle es! de-
LA GALVANOPLASTIE. 321
venue molle et plastique, l'appliquer sur la médaille plomba-
ginée, en exerçant une pression contenue avec les doigts, jusqu'à
ce qu'elle ait perdu sa plasticité. Par refroidissement la gutta-
percha se détache facilement et sa surface présente une empreinte
en creux très fidèle de l'objet.
3° Rendre celte surface conductrice à l'aide de la plombagine, et
pratiquer sur le champ du moule, comme sur sa face inférieure,
les dispositions préparatoires indiquées pour le moule en plâtre
(fig. 381). , .
III. Moule en stéarine. — Pour fabriquer un moule en stéarine,
on prend un mélange de stéarine et de cire, celle-ci étant ajoutée
dans la proportion de un à deux dixièmes. On verse ce mélange
fondu sur la médaille que l'on a chauffée préalablement el dont
on a induit la surface d'une légère couche d'huile d'olive, afin d'é-
viter tout à la fois une congélation trop brusque et une adhé-
rence trop intime. On chasse avec soin les bulles d'air qui pour-
raient rester dans les creux du modèle, soil en imprimant de
légères secousses au moule, soit en promenant l'extrémité d'un
pinceau sur toutes les parties de sa surface. Lorsqu'il est re-
froidi, on enduit sa surface de plombagine en la frottant avec
une brosse douce imprégnée de celte substance. On entoure en-
suite le moule d'un rebord saillant en carton ou en gros papier,
el dans l'espèce de boite qui en résulte on coule de la stéarine
tiède. Celle-ci, en se refroidissant, reproduit fidèlement en creux
la médaille primitive, on l'enlève et, après avoir recouvert sa
surface de plombagine pour la rendre conductrice, on répète sur
la face inférieure les dispositions préparatoires précédemment
indiquées.
IV. Moule en alliage fusible. — On forme un alliage avec 8 par-
ties de bismuth, 3 parties de plomb, 3 parties d'étain, et 1 partie
d'antimoine. On verse cel alliage fondu dans une soucoupe peu
profonde, et, au moment où il est sur le point de se solidifier, on
laisse tomber la médaille à sa surface, en ayant soin qu'elle
tombe à plat et d'une petite hauteur, et en lui conservant en-
suite une complète immobilité. Quand l'alliage est refroidi, il
suffit de lui donner un léger choc pour que la médaille s'en dé-
tache. On entoure alors le moule d'un fil de cuivre, puis on re-
couvre son contour et sa surface postérieure d'une faible couche
de cire fondue, afin que le dépôt métallique qui doit se former
dans l'opération subséquente se précipite sur l'empreinte elle-
même et non ailleurs.
Le moulage s'opère à la presse, au contre-moule, au four ou
par affaissement, à la main ou au pétrissage et par coulage.
I
m
1
322
LES MÉTAUX.
I
I
Lorsque les moules sont creux, on dispose à l'intérieur une car-
casse métallique en fils de platine reliée à l'anode, qui sert à
répartir le courant et à égaliser le dépôt. Ces fils sont entourés
d'un spirale de caoutchouc pour éviter toul contact entre la
paroi du moule et l'anode. MM. Lenoir, Christophe et M. Planté
ont substitué à ces fils de platine, destinés à former la carcasse
intérieure du moule, des fils de plomb oxydé superficiellement.
Une économie importante a été ainsi réalisée.
Lorsqu'on recouvre plusieurs pièces à la fois, il faut relier cha-
cune d'elles au pôle négatif par un fi] de fer ou de plomb, de gros-
seur appropriée à la pièce; s'il se produit un contact intérieur
dans la pièce correspondante, ce fil fond, et retire ainsi auto-
matiquement cette pièce du circuit (Hospitalier).
On métallisé les moules à l'aide de plombagine pure, de plom-
bagine dorée ou argentée; on frotte le moule avec une brosse
dite d'horloger ou une brosse à reluire; la cire demande des
pinceaux très doux. On métallisé aussi par voie humide (solu-
tion d'azotate d'argent étendue sur l'objet à deux ou trois re-
prises et réduite par la vapeur d'une solution concentrée de
phosphore dans le sulfure de carbone). C'est aussi de la métal-
lisation à l'azotate d'argent qu'on fait usage pour les parties très
fouillées de certains moules qu'atteindrait difficilement le pin-
ceau à plombagine le plus délié. Dans ce cas on plonge l'objet
tout entier dans la solution argentine, et on le laisse sécher avant
de le soumettre aux vapeurs phosphorées.
Procède Pellecat. — Le procédé par fusion a été singulièrement
perfectionné, en 1884, par M. Pellecat, conseiller à la cour d'ap-
pel de Rouen.
M. Pellecat a imaginé de chauffer la gutla-percha jusqu'à
complète fusion, et de la couler ensuite sur l'objet à reproduire,
sans aucune pression (fig. 382). Il a obtenu ainsi grande finesse
de détails, un rendu parfait, une fidélité de reproduction qu'on
demanderait en vain aux procédés antérieurement employés.
Le moulage par fusion complète ne risque en aucune façon de
briser ni de déformer le modèle, même le plus fragile. 11 permet
donc de rendre la copie directe et parfaite des œuvres les plus
précieuses. Il accroîtra ainsi la puissance de vulgarisation ar-
tistique de la galvanoplastie ; les modèles originaux de nos
grandes collections publiques pourront être reproduits à plu-
sieurs exemplaires et envoyés dans les collections de province et
dans les musées d'art décoratif.
Enfin, le procédé de M. Pellecat se prêle mieux qu'aucun autre
à la reproduction en terre perdue.
LA GALVANOPLASTIE.
323
On sait en quoi consiste le procédé de fonte dit en cire per-
due; qu'on nous permette cependant de l'indiquer en quelques
'ignés- . . ,
Presque toutes les difficultés du moulage, qu'il s agisse de la
fonte ou de la galvanoplaslie, proviennent de la nécessité de re-
tirer le modèle de l'intérieur du moule, ce qui force souvent a
diviser ce dernier en un grand nombre de parties qu'on devra
réunir ensuite. Toutes ces complications disparaissent dans la
fonte en cire perdue. Le modèle est façonné en cire par l'ar-
tiste lui-même ; cette manière est très docile et admirablement
propre au rendu des plus petits détails. Quand l'œuvre est
terminée, on la recouvre de couches successives de barbotine,
boue à demi liquide formée par de l'argile délayée avec de
:ib-l. — Moule à gal\a
procédé Pellecat.
Fig. 383. — MédaiUa galyanoplartigne
obtenue par le procédé Pellecat
l'eau et du lait. On applique la barbotine au pinceau,
de façon à la faire pénétrer dans toutes les finesses de la
cire; chaque couche, une fois st-che, est recouverte d'une
autre couche, puis on renforce avec du plâtre, de façon
à donner aux parois du moule une résistance suffisante. Le
tout est alors introduit dans une étuve; la cire fond et s'écoule
par les évents ménagés en des points convenables. La coulée
du métal, dans ce moule tout d'une pièce, se fait ensuite par
les procédés ordinaires.
Le moulage en cire perdue, fort employé au temps de la Re-
naissance, est maintenant presque complètement abandonné.
Sans doute, il a le précieux avantage de reproduire du premier
jet l'œuvre même de l'artiste, avec une fidélité scrupuleuse, sans
qu'il soit nécessaire d'y ajouter aucune retouche, ni ciselure,
I
:
324
LES MÉTAUX.
mais il est bien dangereux. Qu'un accident se produise à un mo-
ment quelconque de l'opération, et le modèle original est dé-
truit; ce n'est pas seulement un moule qu'il faut refaire, car il
ne reste rien de l'œuvre même de l'artisle.
On ne pouvait évidemment songer à appliquer un pareil pro-
cédé de moulage à la galvanoplastie, tant qu'on devait employer
la pression pour prendre l'empreinte; on aurait fait courir au
modèle original de trop grands dangers. Maintenant, grâce à
M. Pellecat, la gutta-percha s'étend au pinceau au moins aussi
facilement que la barbotine. Bien plus, elle permet d'opérer sur
des modèles en terre, el ne nécessite plus l'emploi de la cire
pour le modelage. La gutta-
percha, en effet, n'est en
aucune façon altérée par le
contact de l'eau froide, tan-
dis que la terre s'y délaye
rapidement! on peut donc
détruire, par une immersion
prolongéee dans l'eau, suivi
d'un lavage, le modèle sur
lequel a été pris le moule,
et faire sortir toute la terre
par les évents.
M. Pellecat et la maison
Chiistotle ont obtenu des
œuvres remarquables en em-
ployant le moulage en terre
perdue. Nous donnerons
comme exemple une médaille
(fig.383)etun buste (fig. 384).
La reproduction galvanique en terre perdue est appelée à ren-
dre les plus grands services aux sculpteurs. Les chances d'échec
y sont beaucoup moindres que dans le moulage et la fonte en
cire perdue et les avantages artistiques sont absolument les
mêmes. 11 y a là un progrès réel, qui sera également favorable à -
la galvanoplastie et à l'art lui-même.
Mise au bain. — Lorsque la solution est trop faible et le
courant trop puissant, le dépôt est noir; lorsque la solution est
trop concentrée et le courant trop faible, le dépôt est cristallin.
Pour obtenir un dépôt convenable et un métal flexible, nommé
par Smée réguline, il faut se placer dans des conditions moyennes.
Les stratifications du liquide et la circulation qui se produit à
l'intérieur du bain, par la décomposition de l'anode et le dépôt
Fig. 38 i. — Buste en galvanoplastie
reproduit par le procédé Pellecat.
LA GALVANOPLASTIE.
325
sur la cathode, produisent de longues lignes verticales semblables
à des points d'exclamation.
Il faut agiter les pièces pour conserver le bain homogène. A ce-
point de vue les bains de grand volume sont avantageux. Une
grande distance entre les anodes et les cathodes produit un
dépôt plus régulier; elle est nécessaire surtout pour les petits
objets, mais elle fait perdre sur la rapidité du dépôt ou demande
une source électrique plus puissante.
Le même bain peut servir a plusieurs objets reliés chacun à
une source électrique distincte, à la condition qu'on emploie
une seule anode reliée à tous les pôles positifs des différentes
sources.
La surface de l'anode doit être, en général, égale à la surface
de la cathode ; une anode trop petite appauvrit la solution, une
anode trop grande l'enrichit; l'expérience indique dans chaque
cas si l'on a intérêt à produire l'un ou l'autre effet (Hospitalier;.
Le débit de la source d'électricité doit toujours être eu rapport
avec la grandeur des surfaces a recouvrir. On sait que, lorsque
1 coulomb traverse une cuve électrolylique, il libère 0,0103 mil-
ligrammes d'hydrogène ; par suite, I ampère-heure (.3,000 cou-
lombs) libère 37 milligrammes d'hydrogène. Connaissant l'équi-
valent chimique du corps à décomposer, rien n'est plus facile, par
suite, que de connaître le débit nécessaire pour obtenir un bon
dépôl.
Cuivrage. — Pour cuivrer un objet quelconque, on emploie
un sel double, à froid ou à chaud, dans un bain dont la com-
position varie avec la nature du corps à recoBvrir.
Ordinairement on fait dissoudre l'acétate de cuivre dans .3 litres
d'eau, l'ammoniaque et les autres corps dans 20 litres. On mé-
lange et il doit se produire une décoloration. Si elle ne se pro-
duit pas, il faut ajouter du cyanure jusqu'à ce que cette décolo-
ration soit obtenue.
Les bains les plus vieux sont ceux qui marchent le mieux. Il
faut agiter les objets le plus possible. Quand le bain est trop
vieux, on le remonte en ajoutant de l'acétate de cuivre et du
cyanure de potassium par poids égaux (Roseleur).
Cliché» «jpogra;>liiques. — Pour la fabrication des clichés
typographiques, on moule à la gulta-percha, mais plus commu-
nément à la cire et on laisse séjourner les moules douze à vingt-
quatre heures dans le bain. Apres ce temps, le dépôt a acquis une
épaisseur de 3 à 4 dixièmes de millimètre, qui correspond à
une couche de 23 grammes par décimètre carré. On décolle le
moule et on coule sur l'envers de la plaque ainsi obtenue une
H. de Gbàffhmt. — Les Industries d'amateurs 19
326 LES MÉTAUX,
certaine épaisseur de métal composé de :
Plomb 100 parties.
Antimoine , 5 à iO ■
Quand le cliché a ainsi atteint une épaisseur de 4 à S milli-
mètres, on le dresse, et finalement on le cloue sur une planche
de sa grandeur et de la hauteur ordinaire des caractères d'im-
primerie.
Dorure galvanique. — Voici, suivant Roseleur, l'un des pra-
ticiens les plus estimés, les proportions à employer pour la
dorure à iïoid des grandes pièces :
Eau distillée 10 litres.
Cyanure de potassium pur 200 grammes.
Or vierge 100 —
L'or vierge transformé en chlorure 'est dissous dans 2 litres
galvanique.
d'eau, le cyanure dans 8 litres d'eau ; on mélange les deux so-
lutions, qui se décolorent, et on fait bouillir pendant une demi-
heure. Pour entretenir la richesse du bain, on ajoute parties
égales de cyanure de polassium et de chlorure d'or, quelques
grammes seulement à la fois. Si le bain est trop riche en or, le
dépôt est noirâtre ou rouge foncé; s'il y a trop de cyanure, la
dorure est lente et le dépôt gris. L'anode doit plonger entière-
ment dans le bain, suspendue à des fils de platine (flg. 385), et
•retirée dès que le bain ne fonctionne plus.
Pour la dorure à chaud du zinc, de l'était}, du plomb, de l'an-
timoine et des alliages de ces mélaux, on les recouvre préalable-
ment d'une mince couche de cuivre.
Pour la dorure à chaud des autres mélaux, la formule sui-
LA GALVANOPLASTIE- 327
vante est la meilleure :
\ih;i:\t. riiivttE i:t h.i.uhes rOTTK, l'an,
RICHES EN Cl IMIK icisa.
Phosphate .le soude cristallisé... 600 grammes. 500 grammes.
Bisulfite de soude '"" "*
Cyanure de pstassitun !"ir I0
Or vierge transformé en chlorure
10 — lu-
neutre
Eau distillée 10 -
On fait dissoudre à chaud le phosphate de soude dans S litres
d'eau on laisse refroidir le chlorure d'or dans I litre d eau, on
mélange peu a peu la seconde solution a la première ; on dissoul
le cyanure et le bisulfite dans t litre d'eau et on mélange celle
dernière solution avec les deux autres.
La température du bain peut varier entre :»0° et 80° C.
Quelques minutes suffisent pour produire la dorure el lui donner
l'épaisseur convenable. On emploie une anode en platine. La-
node peu enfoncée dans le baiu donne une dorure pale ; 1res
enfoncée, elle donne une dorure rouge. On remonte le bain par
additions successives de chlorure d'or et de cyanure .le potas-
sium' n.ais après un long usage il fournit une dorure rouge on
' verte selon qu'il a servi à dorer beaucoup île cuivre ou beau-
coup d'argent. U vaut mieux renouveler le bain plutôt .rue do
l'enrichir.
On obtient une dorure verte, blanche, rouge ou rose par des
mélanges de bains combinés avec des courants plus .m moins
intenses. On obtient le vert en ajoutant au baiu d'or une solution
étendue d'azotate d'argent, le rouge avec un bain de cuivre, le
rose avec un mélange de bains d'argent, d'or el de cuivre.
Argenture galvanique. — On fait un bain renfermant
10 •■rammes d'argent par litre, en faisant dissoudre dans 10 litres
d'eau Kit» grammes d'azotate d'argent, qui correspondent a
100 grammes d'argent vierge et en ajoutant 230 grammes de
cyanure de potassium pur. On agite jusqu'à complète dissolu-
tion el on filtre.
On argenté à froid en général, sauf les objets de petites dimen-
sions (fig. 386). .
Le fer, l'acier, le zinc, le plomb et l 'étam, préalablement cui-
vrés, s'argentent mieux à chaud.
Les objets décapés sont passés à l'azotate de bioxyde de nier-
cure et agités dans le bain. Lorsque le courant esl trop intense,
les pièces grisonnent, noircissent el laissent dégager des gaz. On
emploie une anode de platine ou une anode d'argent dans le*
bains à froid.
328
LES MÉTAUX.
Us bains vieux sont préférables aux bains neufs. On vieillit
artificiellement les bains en ajoutant 1 à 2 millièmes d'ammo-
niaque liquide. On remonte les bains d'argent en ajoutant parties
égales de sel d'argent et de cyanure de potassium. Si l'anode
noircit, le bain est pauvre en cyanure, le dépôt est trop lent; si
elle blanchit, il y a trop de cyanure, le dépôt est rapide, mais
n'adhère pas.
La marche est normale et régulière lorsque l'anode grisonne
Fig. 3S6. — Argenture. des couverts.
par le passage du courant et reblanchil lorsque celui-ci est inter-
rompu. La densité du bain peut varier entre o° et 13° Baume
(Hospitalier).
CHAPITRE VI
LE NICKELAGE.
Le nickelage est une opération qui se répand beaucoup, main-
tenant surtout que le prix du nickel a considérablement diminué.
Il s'applique principalement sur le cuivre, le bronze, le maille-
chort, le fer, la fonte et l'acier, qu'il protège contre l'oxydation
tout en leur donnant un poli magnifique.
Outillage. — La meilleure cuve est une cuve en verre, en
porcelaine ou en grès ou une caisse revêtue intérieurement d'un
mastic imperméable.
On emploie une plaque de nickel comme anode soluble et on
suspend les pièces à des crochets de cuivre nickelé (fig. 387).
LE NICKELA.GE.
320
Hec-isson, dérocha S e, elc. - Avant de mettre au bain, il faut
faire subir aux pièces une série d'opérations très importât, les .qui
ont nour but d'assurer l'adhérence des deux couche métal-
liques Nous allons résumer ces opérations d après Roseleur
!» Recuisson ou dégraissage- - Celle opération a pour but
d'enlever les corps gras. On chauffe les pl ëces sur un feu on
de poussier de charbon, de braise de boulanger, ou m eux dans
un four jusqu'au rouge sombre. Pour les objets délicats ou sou-
dés, on les fait bouillir dans une solution alcaline de potasse caus-
tique dissoute dans 10 fois son poids d eau. _
Roseleur emploie une autre préparation ainsi composée .
Sulfate double Je nickel et
A'ammoniuque
400
I Carbonate d'ammoniaque.
Eau distillée
300 gi ■
10 litr
On frotte les pièces à nickeler avec une brosse trempée dans
une bouillie chaude de blanc d'Espagne, d eau et de carbonate de
i^iW^^H
Kig. 387.
Nickelage des iietites pièi
soude. Le dégraissage est parfait lorsque les pièces sont facile-
ment mouillées par l'eau.
•2° Dérochage. — Le bain de déroche se compose de 100 parties
d'eau ordinaire et de d à 20 parties d'acide sulfurique à 66° Bau-
me. On peut v plonger les objets à chaud en général ; on les laisse
9
330 LES MÉTAUX.
dans le bain jusqu'à ce que la surface prenne une teinle rouge
ocreux. Les objets dégraissés à la potasse devront être lavés et
rincés à grande eau avant de passer à la déroche. A partir de ce
moment, les objets ne seront plus touchés avec la main; on fera
usage de crochets en cuivre, ou mieux en verre, et, pour les
menus objets, de passoires en grès ou en porcelaine.
3° Passaye à Veau-forte vieille. — On emploie de l'acide azotique
1res affaibli par de précédents décapages. On y laisse les objets
jusqu'à ce que l'eau-forte ait pris une couleur bleue très foncée.
Décapage «les pièces. — Le cuivre et ses alliages se déca-
pent en quelques secondes en les trempant dans un bain com-
posé (en poids) de 10 parties d'eau et 1 partie d'acide azotique.
Pour les pièces brutes, il faut un bain plus énergique composé
de : eau, 2 parties; acide azotique, 1 partie; acide sulfurique,
1 partie.
Le fer, l'acier et la foule polis se décapent dans un bain
• composé de 100 parties d'eau et 1 partie d'acide sulfurique; on
les laisse dans le bain jusqu'à ce qu'elles prennent un ton gris
uniforme. Ou frotle ensuite avec de la poudre de pierre ponce
mouillée qui met le métal à nu.
Le fer, l'acier et la fonte bruts doivent séjourner trois ou qua-
tre heures dans le bain de décapage, puis être frottés avec de la
poudre de grès (amisée et mouillée; onrecommence les deux opé-
laliotls jusqu'à disparition complète de la couche d'oxyde (Gaiffe).
Les pièces préparées sont plongées pendant un instant dans
un bain de même composition que celui qui a servi à les déca-
per,^ lavées rapidement à l'eau ordinaire, puis h l'eau distillée.
D'après Gaiffe, après avoir dégraissé et décapé les pièces
comme cela se pralique ordinairement, on fait dissoudre dans
de l'eau distillée chaude du sulfate double de nic-kel et d'am-
moniaque exempt d'oxydes de métaux alcalins et alcalino-ter-
reux. La dissolution se compose en poids de :
Sulfate cloubl
Eau distillée
e de nickel et d'ammoniaque.
I partie.
10 —
I
I! faut filtrer ensuite après le refroidissement opéré.
Mise au bain. — Ou porte alors rapidement les pièces au
bain, on les immerge et on les accroche aussitôl.
On place les anodes de chaque côté et bien en face de la pièce
mise au bain et on agite doucement cette pièce pour faire com-
mencer le dépôt aussitôt après l'immersion.
Voici la formule d'un bain de nickel, essayé dans plusieurs
ateliers, qui permet de déposer avec adhérence, en peu de temps
LE N1CKELAGE.
331
et sous un courant électrique relativement faible, une forte épais-
seur de nickel sur tous métaux.
Sulfate île nickel pur.. 1,000
Tartrate d'ammoniaque
neutre 0,7-5
Icide tannique à lé-
ther °.°° 2 ,^
_ 20 litres.
ditions, on fait dissoudre « %" 1 Jf^J,^ . on aJ0 ute ensuite
fait bouillir pendantunquartdh eure ^.ron
le complément d'eau pour fin rej t^s et on m ^^^
canle. Le nain se ieinun . i>rtT ,. HifYns ï e dépôt obtenu est
produi.s et dans les mêmes P^^JJl. une très
très blanc, doux, homogè ne, e . q no u uep ^ ^
forte- épaisseur, il ne produ.t pas de rugosues
gal.anoptasliiiae en nickel. ^^ moyenn ,,
,tl avec un liai» présentai Mil. ™^S' !0 „ 5 , om ,
^^ÏÏIÎr'du bain, ou rince les pièces à grande eau et on les
sè ehe dans la sciure .te bois i chaude ^ ^ ^
Polissage. - Enfin, P° ur P 01 ' lduile d - une bouilhe
chée à un clou à la muraille.
i
r
332
LES MÉTAUX.
■
I
CHAPITRE VII
LA MÉTALLISATION DES CÉRAMIQUES, DES TISSUS ET DU BOIS.
Môfallisatiou ,1e» céramiques et verreries. _ Pour mêlé..
I.ser les céramiques, poteries, verres ou cristaux, pour doubler
i une couche de cuivre extérieure des ballons de verre des tubes
•les plats et autres ustensiles culinaires en verre, grès^ erS
on porcelaine, on se sert de divers moyens q„ donne t de
prompts résultats, entre autres le suivant ■ uo ""e»t de
Après avoir verni toutes les portions de la pièce qu'il s'agit de
galvanoplasliquer, on y applique des feuilles de plomb très fine-
ment laminées qui se prêtent complaisamment aux caprices des
l7h[Jnll a rr V f, ada[ ' té k an P««t quelconque du
plomb un fil conducteur de laiton, on introduit la pièce au bain
métalliques" " ' ^^ément sur toutes les surface
L'usage a malheureusement déjoué les prévisions des pre-
miers expérimentateurs en ce genre, et on n'a pas tardé à s'a-
percevoir que la dilatation de l'objet sous-jacenl et du cuiv e
déposé n étant pas la même, il restait, sous l'impression a a
pâleur, un espace vide entre l'objet et son armature, cequi ne
faisait qu augmenter leschancesdefragilite.il eût été à sou
haiter pour les chim.sles que des vases de verre, de porcelaine ou
de grès ainsi revêtus de cuivre, aient pu présenter assez de résis-
tance pour faire renoncer à l'emploi de la fonte émaillée ou de
la tôle vitrifiée, qui se gercent et s'écaillent rapidement.
Quoi qui en soit, les industries de luxe ont pu tirer un ex-
de cltKn œ g ? re d ' a PP ,iCati ° n; C ' 6St ai " si *»*■ «■£■
de cristal, par exemple, a pu être d'abord entièrement recouvert
d'orTul T C ? 'T 6 ' " a ll ' :p0Sé "dément une couche
dor et une couche d argent; puis le ciseleur a pu, en pénétrant
a des épaisseurs différentes, découvrir l'une après l'autre ë
dans des parties calculées à l'avance, d'abord la couche d'argent
ensuite celle de cuivre, et enfin arriver au cristal lui-même
de manière a laisser le flacon étroitement emprisonné dans un
reseau nuancé de diverses couleurs
Il va sans dire que le flacon de cristal aurait pu être remplacé
loguë a ' U " preSSe -P a P ier ou tout autre objet ana-
Unlrès habile électricien, un véritable artiste dans son genre,
MÉTALLISAT10N DES CÉRAMIQUES, DES TISSUS, DU BOIS. 333
M. Chablin; pratique sur une large échelle la décoration galva-
noplastique des porcelaines, céramiques et cristaux de luxe;
seulement, son moyen de métaliisatio'n diffère essentiellement de
ceux que nous avons décrils. Il se borne à employer, comme con-
ducteur, la même couche de dorure qu'on applique sur la por-
celaine el le cristal par les moyens anciens et bien connus, et il
arrive ainsi à des finesses de détail incroyables, jointes à une so-
lidité si parfaite, qu'il ne lui esl nullement nécessaire de reborder
ou d'emprisonner l'objet dans le dépôt galvanique, comme nous
avons dit que c'était indispensable pour les moyens déjà décrits
Supposons qu'il veuille opérer sur une assiette de porcelaine qui
ne devra recevoir à son centre qu'un ornement ou chiffre à re-
lief métallique : il fera dorer le chiffre avec de l'or au pinceau,
passer au mouffle, comme le font tous les doreurs sur porcelaine,
puis, après avoir oblenu celte couche sans épaisseur appréciable,
il s'en servira comme de méiallisalion, c'est-à-dire qu'il fixera
sur un point quelconque de la dorure un conducteur métallique
imperceptible, et portera le tout au bain galvanoplaslique de
cuivre, d'or ou d'argent; le dépôt galvanoplaslique prendra peu
à peu son épaisseur comme sur une surface métallique ordinaire,
et participera de l'adhérence que la dorure au feu présentait
elle même avec la porcelaine. Ou pourra ensuite polir, guillocher
ou ciseler le dépôt.
On ne saurait se figurer les délicieux produits obtenus par
ce genre décoratif, dont on voit chaque jour, dans nos riches
magasins de joaillerie, les plus charmants échantillons sans sou-
vent se rendre compte de la manière ingénieuse dont ils out été
obtenus.
Méiallisalion pur -mie humilie. — Si les métaux appliqués
en poudre même impalpable, mais d'une manière purement mé-
canique, n'ont pas conduit aux résultats qu'on devait attendre ;
il n'en est pas de même de la méiallisalion qu'on obtient par la
réduction sur l'objet lui-même de certains sels mélalliques. L'ar-
gent, l'or el le platine, ainsi réduits de leurs .dissolutions, sont
d'excellents conducteurs, probablement parce qu'ils sont plus ré-
l'ractaires à l'action du sulfate de cuivre et que leurs molécules
plus fines forment un réseau plus serré.
C'est généralement au premier de ces mélaux, c'est-à-dire à
l'argent réduit de ses dissolutions, qu'on donne la préférence.
On fait dissoudre dans un liquide approprié, comme nous
allons l'indiquer tout à l'heure, l'azotate d'argent (nitrale d'ar-
gent, pierre infernale); puis on enduit au pinceau l'objet qu'on
veut galvanoplastiquer; on laisse sécher et on recommence à
19.
m
m
I
334 LES MÉTAUX.
deux ou Irois reprises; enfin on le soumet, soit a la lumière
solaire, soil à l'action du gaz hydrogène (simple, sulfuré, phos-
phore ou arsénié), soit mieux encore à la vapeur d'une solution
concentrée de phosphore dans le sulfure de carbone. Pour celle
dernière substance, on introduit au fond d'une boite bien assem-
blée une petite assiette dans laquelle on verse un peu de solulion
phosphorée, et, au couvercle de celte boite ou autour de l'as-
siette, on place l'objet imprégné de nitrate d'argent; on ferme
hermétiquement el on laisse réagir quelques heures pour que
toute la solulion phosphorée disparaisse.
L'objel ainsi Iraité sorl entièrement noir, ce qui indique la ré-
duction du sel d'argent; on attache à l'aide d'un conducteur et
l'on porte au bain.
Quand il s'agit de métalliser ainsi de la porcelaine, du bois
ou toute autre malière un peu résistante, on dissout l'azotate d'ar-
gent dans l'eau distillée, une partie de sel d'argent pour 20 par-
ties d'eau dislillée ; mais s'il s'agit de matières grasses ou rési-
neuses que l'eau ne saurait mouiller, on se sert de l'ammoniaque
ou alcali volatil qui dissout le sel d'argent en toutes propor-
tions; si enfin on s'adresse à des objets très délicats et qui ne
peuvent supporter une longue manipulation, on a recours, comme
dissolva.nl, à l'alcool ou espril-de-vin qui sèche et s'évapore
promplement. L'alcool à 36° dissout peu d'azola'e d'argent, mais
la trituralion dans un mortier de porcelaine ou de cristal en
fait prendre assez pour la mélallisation des fleurs, feuilles,
mousses, lichens, insectes, etc.
Galvanatypie. — Nous ne connaissons pas le procédé que
M. Juncker emploie pour ses remarquables reproductions en mé-
tal. Cet inventeur garde secret son mode opératoire, auquel il a
donné le nom de galvanatypie . Mais les résultats obtenus sont
trop intéressants pour que nous les passions sous silence (fig. 388).
Les dépôts électrochimiques ont été depuis longtemps em-
ployés pour recouvrir, non pas seulement des objets métalliques,
mais encore des modèles en plaire, des végétaux, certains ani-
maux même, auxquels on donnait ainsi une apparence métalli-
que. Malheureusement le métal doit être excessivement mince,
sous peine de faire disparaîlre les finesses du modèle; il peut
donner à l'objet l'aspect du métal, mais il ne lui enlève pas sa fra-
gilité.
Tout différents sont les résultats obtenus par M. Juncker fils.
La galvanatypie diffère du recouvrement, avec plus ou moins
d'épaisseur, de tout objet traité par les moyens habituels, en ce
que l'on ne se trouve plus en présence d'un (ype déformé ou
MÉTALLISAT10N DES CÉRAMIQUES, DUS TISSUS, D'J BOIS. 335
fragile, selon que le
métal déposé par la
pile est de fort ou de
mince recouvrement ,
mais bien devant une
pièce pesante, rigide,
sonore comme le bronze,
conservant les puretés
et les finesses du modèle
métamorphosé, de plus
ne réclamant aucune re-
touche, pouvant se river
et se souder à l'égal des
métaux et propre, dès
lors, à l'emploi décora-
tif qu'on voudra lui don-
ner.
Gomment est con-
duite l'opération, c'est
ce que nous ne pouvons
savoir au juste. Il est
aisé, cependant, sinon
de deviner les tours de
main qui assurent la
réussite, au moins de
comprendre vaguement
la série des opérations
nécessaires.
Supposons qu'il s'a-
gisse de transformer en
métal plein une branche
de vigne, avec ses ra-
mifications, ses feuilles
et ses fruits. On com-
mence sans doute par
en détacher toutes les
parties fines, et particu-
lièrement les feuilles,
qui seront traitées à
part, puis soudées en-
suite à leur place, et
dans la situation qu'on
voudra leur donner. La Fig. 388. — Spécimen de ptlTanalypie.
336
LES MÉTAUX.
branche, avec ses principales ramifications, reçoit la forme défi-
nitive du motif ornemental, ou peut-être la forme la plus favo-
rable à la réussite de l'opération, puis elle est métallisée au
moyen de la plombagine ou de sulfure d'argent, et introduite
dans le bain.
On arrête le dépôt galvanique avant que la couche de cuivre
déposée ait atteint un dixième de millimètre; une épaisseur
plus grande ferait disparaître les reliefs et effacerait toutes les
finesses du bois.
Il faut alors détruire la matière végétale, car on ne peut
songer à la faire sortir mécaniquement; l'opération présente
évidemment des difficultés à cause du peu de solidité de l'enve-
loppe métallique. La combustion doit faire la plus grosse partie
de la besogne. Le tout est sans doute chauffé à petit feu, par des
procédés probablement tout spéciaux. Il est à croire qu'on in-
jecte en même temps de l'air par les ouvertures laissées à la
suite de l'enlèvement des feuilles, ce' qui permet d'obtenir, non
pas une simple carbonisation, mais bien une combustion com-
plète. Mais alors comment éviter l'oxydation du métal lui-même?
Les cendres seraient ensuite enlevées par une lessive alcaline
non susceptible d'attaquer le métal.
On possède dès lors une reproduclion galvanique de la bran-
che, mais une reproduclion galvanique de très faible épaisseur,
de très petite résistance. On y coule un métal de façon à la
rendre massive; il s'agit sans doute, le plus souvent, "d'un al-
liage très facilement fusible, et qu'on injecte par pression à une
température relativement peu élevée, à l'aide d'une pompe à
liquide. Dans des cas particuliers, pour des pièces de grande
section, qu'on peut soutenir extérieurement en les entourant
de sable, il doit être possible de couler intérieurement du
bronze.
Les parties les plus fines qu'on avait d'abord enlevées se
traitent à part. Parlons par exemple des feuilles. On se contente
de déterminer la formation du dépôt galvanique sur l'une des
faces, puis on détruit la matière organique, et on renforce le
dépôt en coulant derrière une Tout indicateur horaire mécanique se compose
de Irois pièces :
Le moteur (poids ou ressort, électricité ou air comprimé);
Le régulateur (balancier
ou pendule) qui règle et
rend régulier le mouve-
menl produit par la force
motrice ;
L'échappement qui em-
pêche le travail accumulé
de se consommer en peu
de temps;
Ajoutez à cela les com-
munications du mouve-
ment régulier ainsi pro-
duit avec les appareils
indicateurs : ce sont les
rouages, la minuterie.
Nous donnerons d'a-
bord une idée générale
des horloges en représen-
tant un mécanisme com-
plet d'horlogerie (fig. 389).
B est le poids moteur;
T est un tambour sur le-
quel est enroulée la corde
tirée par le poids ; f est
le carré ou axe du tam-
bour sur lequel s'adapte
la clef à l'aide de laquelle
on remonte le poids; J,
D, E", e' , E' e sont les
rbueset pignons intermé-
diaires qui transmettent
le mouvement; G E est la roue de rencontre, dont nous repar-
lerons, à propos de Y échappement ; I, K, sont les palettes de
l'échappement que la roue chasse alternativement; r, r' , r" est la
cadrature; c, le canon porteur de l'aiguille des heures, traversé
par l'axe de l'aiguille des minutes ; V, V est une tige à fourchette
qui lie l'échappement au pendule; P, L enfin est le pendule à
lentille qui oscille et serl de régulateur.
389. — Mécanisme d'horlogerie complot.
'
344
LES MÉTAUX.
Moteur. — Le moteur est la force constante qui donne l'ori-
gine du mouvement de l'horloge.
Poids. — Autrefois le moteur de la plupart des horloges était
un pouls (fig. 389, B) attaché à une corde enroulée sur un tam-
bour ou poulie T; un contre-poids plus faible attaché à l'autre
extrémité de celte corde la tient tendue. Si ce poids était aban-
donné à l'action de la pesanteur, il tomberait de plus en plus
vite, ainsi que le démontre la physique. Mais à peine a-t-il par-
couru un petit chemin en descendant, que sa chute se trouve
arrêtée par un obstacle passager; presque aussitôt que cet
obslacle a cessé de s'interposer, la chute du poids moteur re-
commence, pour s'arrêler de même après que la même hauteur
a été parcourue, et par l'effet du même obstacle; ainsi, l'on ob-
tient une série très nombreuse de chutes toujours les mêmes
qui donnent autant d'unités de temps.
Ressorts. — Dans les pendules que l'on place sur les chemi-
nées, et dans les montres, le poids moteur est remplacé par un
ressort spiral qui se débande peu à peu, et qu'un obstacle arrête
après des inlervalles égaux.
Le ressort est le seul genre de moteur qui puisse remplir les
conditions de durée nécessaire pour les appareils d'horlogerie
portatifs et peu volumineux.
C'est une simple lame d'acier, longue et mince, convenable-
ment trempée et qui a été travaillée de manière à s'enrouler
d elle-même en spirale, c'est-à-dire trempée en paquet et recuite
sous cette forme.
Supposons que l'extrémité extérieure du ressort étant attachée
à un point fixe, son autre extrémité soit liée à un axe susceptible
de tourner sur lui-même. Lorsqu'on fera tourner cet axe dans un
sens convenable, il entraînera avec lui l'extrémité intérieure du
ressorl, les spires se serreront de plus en plus autour de lui, accu-
mulant ainsi la force mécanique dépensée à les serrer. Si l'on
abandonne ainsi l'axe à lui-même, le ressorl, qui tend à repren-
dre sa force primitive, imprimera un mouvement de rotation à
un cylindre dans lequel on l'aura renfermé. 11 faut évidemment
qu'un rochet adapté à l'arbre du milieu ne lui permette de tourner
que dans le sens de l'enroulement des spires du remontage, et
1 empêche de se dérouler par le centre, après cette opération,
effectuée avec une clef à tête ou à poignée entrant dans le' carré
qui termine l'axe. Il faut en outre que l'extrémité extérieure soil
assemblée avec le barillet, cylindre qu'il met en mouvement et
qui constitue le point de départ de tout mouvement d'horlogerie
qui n'est pas susceptible d'être mû par un poids.
L'HORLOGER AMATEUR.
34c
Comme on le voit, le ressorl n'est pas à proprement parler un
moteur, mais bien un accumulateur qui permet d'emmagasiner
une force mécanique que l'on peut dépenser ensuite à volonté.
Dans les premiers instants où il commence à se dérouler, la force
qu'il développe est maximum, puis elle décroit et devient nulle
quand la lame a repris sa forme ordinaire.
La loi de variation d'action du ressort qui se déroule est com-
plexe, mais il est bien évident qu'elle doit avoir des limites assez
écartées pour un ressort de même épaisseur dans toute son éten-
due, forme qu'on lui donne au laminoir pour mener l'acier à la
faible épaisseur que ces ressorts ont en général (de 1 à 3 dixièmes
de millimètre). On a remédié à ce défaut en donnant à la lame
d'acier une épaisseur plus grande à l'extrémité située près de
l'axe.
p usi ! e , - Avant que cette diminution dans la largeur du ressort
fut connue on avait imaginé la fusée. Cette pièce (fig. 390) est une
sorte de cône C, sur lequel s'enroule une chaîne qui va s'enrouler
aussi sur un tambour T, dans
lequel est emprisonné le res-
sorl moteur. A mesure que
l'axe se débande et que son
tambour tourne, la portion de
chaîne qui joint le cône au tam-
bour, et qui se déroule sur le
cône, vient toucher ce dernier,
de plus en plus loin de son sommet, et par conséquent agit
sur un rayon toujours plus grand. La force avec laquelle celte
chaîne tire le cône est donc de plus en plus favorisée, et cet
accroissement compense la diminution de l'énergie du ressort.
On a abandonné la fusée, qui nécessairement occupe une cer-
taine hauteur, quand la mode est venue de proscrire les montres
épaisses. Cette mode, on le sait, a été poussée à l'excès; et pour
viser à un aplatissement outre mesure, on a été obligé de com-
promettre les qualités des montres, et d'élever en même temps
le prix de leur façon.
Quand l'horlogerie eut en même temps à sa disposition le
poids et le ressort pour moteurs, la fusée pour organe correc-
teur du mouvement, il sembla qu'elle n'eût plus rien à attendre
de l'ingéniosité humaine. Et cependant elle était loin d'atteindre
à la précision à laquelle elle est parvenue depuis. Il fallut que
Galilée inventât et lluyghens en 16711 appliquât aux cadrans ho-
raires le pendule pour rendre les horloges absolument invaria-
bles; ce qui leur a fait donner le nom général de pendule.
390. — Fusée des ancienues montres.
■
346
LES MÉTAUX.
I
I
Régulateur. — Le régulateur, ayant un mouvement propre
uniforme, assure l'écoulement régulier de la force constante du
moteur. C'est le pendule, et le balancier ou spiral.
Pendule oscillant. — Le pendule des horloges se compose ordi-
nairement d'une lentille en plomb ou en cuivre; elle est plate
(forme préférable à celle de la sphère pour surmonter la ré-
sistance de l'air), et suspendue par une tige.
La suspension a lieu de deux manières : soit sur l'arête d'un
couteau qui traverse perpendiculairement la tige et porte, par
son tranchant sur deux appuis, comme on le fait pour les fi'éaux
de la plupart des balances, soit par l'intermédiaire d'une lame
flexible en acier reposant sur deux triangles que l'on peut r,ir>-
procher à volonté à l'aide d'une vis. Ce second dispositif est
même le meilleur des deux, car il fournit une nouvelle ressource
pour régler exactement la longueur du pendule.
La durée de l'oscillation variant avec la longueur du pendule,
une horloge se réglera en faisant varier celui-ci, ce qui s'obtient
en remontant ou en descendant la lentille sur sa lige. On remonte
ha pendule quand l'horloge retarde, afin de diminuer le temps de
l'oscillation; on opère inversement, si elle avance.
Lorsque Huyghens eut imaginé de doter l'horlogerie du pendule
oscillant et réglant uniformément le déroulement du ressort, on
crut tout d'abord que les horloges de poche n'auraient rien à
gagner avec ce régulateur qui avait hesoin, pour pouvoir mar-
cher, d'être maintenu dans une verticalité absolue ; mais c'était la
une grosse erreur que le savant Hollandais se chargea de dissiper.
Balancier ou spiral. — Le régulateur des montres et des chro-
nomètres fut composé par Huyghens, au moyen de deux pièces
qu'il appela le sjnral et le balancier, et qui n'empruutaient abso-
lument rien à la théorie du pendule, régi par la loi de la gravité
et de la chute des corps. Cette invention lui fut sans doute sug-
gérée par la corde tordue qui supportait le halancier des vieilles
horloges. Le spiral étant un ressort d'acier, roulé, comme son nom
l'indique, en spirale et d'une élasticité parfaite, et l'extrémité
.extérieure étant fixe, on bande l'extrémité intérieure, celle du
centre, d'une certaine quantité; aussitôt que l'etl'ort cesse, le
ressort revient à sa première position, puis la dépasse par une
extension égale à la compression, comme le fait une lame élas-
tique que l'on fait vibrer.
Mais si l'on abandonnait le spiral à lui-même, ses oscillations
seraient beaucoup trop promptes; c'est pour les ralentir et
pour les régulariser qu'on introduit dans le système une masse à
mouvoir par le spiral. Cette masse consiste en un balancier, une
L'HORLOGER AMATEUR.
347
roue faisant l'effet de volant, dont la masse principale, disposée
à la 'circonférence, lient au cenlre par trois ou quatre bras et
qui tourne alternativement dans un sens ou dans l'autre. Ce ba-
lancier doit être centré avec le plus grand soin; autrement, la
force centrifuge et, dans la position verticale de la montre, la gra-
vité viendraient augmenter ou diminuer la force de rotation du
spiral en agissant comme force accélératrice, ou retardatrice;
toule régularité serait alors détruite.
l'encliquetage est encore d'un usage général et indispensable
dans les appareils d'horlogerie. Il a pour principe une roue qui
devient indépendante dans une certaine direction et qui est liée
à la roue motrice dans l'autre par le fait de ses dents, qui, cou-
pées en crochet dans un sens, s'échappent en courbe dans l'autre.
\u lieu de tourner entièrement sur lui-même, il va et revient con-
tinuellement par oscillations et devient le véritable régulateur
qu'on a appelé depuis balancier, nom d'ailleurs bien justifié.
Echappement. - L'échappement est le premier organe du
svstème de mouvements circulaires.
" Au moyen de l'échappement et de rouages intermédiaires, les
oscillations du pendule des horloges sont liées avec les chutes
successives du poids moteur ou avec les débandemenls du ressort
spiral, quand celui-ci est employé au lieu du poids.
Telle est la disposition de l'appareil, que chaque fois que le
moteur fait un petit chemin il se trouve momentanément arrêté
parles oscillations mêmes du pendule. Si le pendule existait seul
dans l'horloge, il finirait par s'arrêter à cause des frottements
de son point de suspension et des résistances de l'air qu'il tra-
verse • mais, chaque fois, le moteur auquel il résiste lui donne
une petite impulsion qui compense les frottements du point
d'appui et de l'air; et, de son coté, le moteur arrêté chaque fois
par le pendule revient au repos et recommence à nouveaux
frais son mouvement directeur, qu'il accomplit toujours par
fractions égales.
Le mécanisme de l'échappement, quelque varie qu il puisse être,
se réduit toujours à procurer entre le dernier rouage et le régu-
lateur une action réciproque, en vertu de laquelle, d une pari,
le régulateur ralentit ce mobile et rend la force uniforme, tandis
que d'autre part, unealiquote quelconque de la force motrice se
transmet au régulateur pour entretenir ses oscillations, qui tôt
ou tard cesseraient, par suite de la résistance de l'air et des
frottements. ,
On comprend ainsi aisément combien la perfection de 1 échap-
pement peut et doit contribuer à celle de l'horloge. Vainement
I
m
m
348
LES MÉTAUX.
le mouvement et le régulateur seront parfaits en leur R enre
si le mécanisme qui les unit est vicieux ; son influence ne tardera
pas a se faire sentir dans la marche de l'appareil. Aussi est-ce
pour cela que 1 esprit des horlogers s'est surtout porté sur les per-
fectionnements de celte partie de leur art.
On peut diviser les échappements en plusieurs classes, que nous
allons étudier 1 une après l'autre.
1° L'échappement à verge, le plus an-
cien de tous ceux qui ont été inventés.
1° L'échappement àrecul ou à palettes
ou à roue de rencontre, l'un des plus
usités dans les montres communes; il
consistedans une roue dite derencontre
HG (fig. 391), qui vient frapper de ses
■ :
Fig. 301. - Echappement i roue de rencontre. Rg. 39J. - Echappement à ancre.
dents contre deux palettes Kl, attachées à un arbre autour du-
quel oscille, soit le balancier d'une montre, soit le pendule
d'une horloge; les rencontres, ayant lieu successivement en I et
en K, correspondent aux mouvements alternatifs du balancier
et du pendule. Chaque renconlre fait un peu reculer la roue, ar-
rête momentanément le mouvement du moteur, et anéantit
dès lors l'accélération que celui-ci tend à prendre.'
Ce modèle d'échappement est abandonné.
3" Les échappement* à repos, qui comprennent V échappement à
ancre, Y échappement à cylindre et l'échappement duplex.
L'échappement à ancre commune se compose essentiellement
d'une pièce ABO (fig. 392) ayant la forme d'un V renversé, dont
les deux branches sont terminées par deux dents qui rentrent
dans l'angle du V. Cette pièce est unie au pendule. Le sommet
de l'angle est sur l'axe autour duquel oscille le pendule. Les
battements de ce dernier mettent alternativement en contact avec
les dents de la roue d'échappement l'une ou l'autre des deux
L'HORLOGER AMATEUR.
349
dents de l'ancre, qui opèrent, un glissement sur les premières.
Quand l'un des bras de l'ancre s'abaisse, sa dent rencontre a
roue l'autre s'arrête momentanément; mais l'oscillation du
pendule faisant remonter ce bras et cette dent, la roue échappe
et tourne d'un cran; alors l'autre bras de l'ancre s est abaissé à
son tour, au point de faire rencontrer sa dent et la roue, et
d'arrêter sensiblement celle-ci. L'oscillation du pendule en sens
inverse fait dégager de nouveau la roue, pour ramener ensuite
la succession indéfinie des mêmes circonstances. Comme il faut
un battement du pendule pour qu'une dent de la roue soit ren ■
Fig. 303. — Cylindre.
Fig. 301. — Echappera
cylindr
contrée par une de celles de l'échappement, puis un second
battement en sens inverse, pour que cette dent se dégage, on
voit qu'il ne passera qu'une dent à chaque double oscillation;
L échappement à cylindre a été imaginé en Angleterre vers 1720,
par le célèbre horloger Graham.
La pièce principale de cet échappement est un cylindre creux
ou écorce cylindrique, en acier ou quelquefois en pierre dure
(fig. 393). Ce cylindre, situé dans le prolongement de l'axe du
balancier auquel il appartient, pirouette alternativement dans un
sens, puis dans l'autre, à chacune des oscillations de celui-ci.
Dans cette écorce cylindrique est pratiquée une grande entaille
qui a fait disparaître environ la moitié de sa circonférence an-
térieure, le cylindre est entaillé ensuite plus profondément par
une échancrure appelée coche de renversement , qui est faite de
■
I
H. DE GliAFFIGNY.
Les industries d'amateurs.
20
3S0
LES MÉTAUX.
^^ïr p,ein que ,e quart de ia circon,éren - *>
La roue de cet échappement a une forme spéciale (fi*. 394)
L intervalle dune dent à l'autre présente une échancrure circul
laire et vers I extrémité de chaque parlie saillante s'élève per-
pendiculairement au plan de la roue une pelite lige qui porte
un pnsme : triangulaire peu épais, et qui est la pièce active dans
le jeu de 1 échappement, tantôt par sa pointe, lanlôt par sa face
Fig. 395. — Échappement à cylindre.
extérieure. Cette roue est disposée, relalivement au cylindre, dé
manière à ce que ces prismes tendent à le traverser par son cen-
tre, mais ne puissent passer que par intervalles, autant que cer-
taines positions du cylindre le leur permetleut (flg. 3!>o). Le
repos a lieu par l'appui d'une dent contre la surface, tantôt inté-
rieure, lantôt extérieure du cylindre.
L'échappement à cylindre a été perfectionné par Bréguet, mais
il est devenu d'une construction très difficile, on ne l'emploie
guère que dans les pièces de haute précision.
L'HORLOGER AMATEUR.
3b 1
L'échappement duplex fut inventé au milieu du dix-huitième
siècle par l'horloger français Le Roy qui l'abandonna bientôt pour
celui d'une détenle à ressort en effet préférable. C'est à tort que
les horlogers disent échappement àlaDupleix ou de Dupleix. On
lui a donné le nom de duplex, mot latin qui signifie double,
parce" que la roue de cet échappement est double et qu'elle pro-
duit un double effet. Il est à repos dépendant avec un léger recul,
c'est-à-dire que pendant l'oscillation du balancier il y a un
frottement sur le repos, suivi d'un instant de recul dans l'une des
oscillations. Il ne se trouve aucune pièce intermédiaire entre la
double roue et le système du balancier.
Depuis un demi-siècle, les horlogers ont changé la forme de
l'échappement duplex, tout en conservant le principe de départ.
L'appareil de renversement a disparu, le mentonnet a été rem-
placé par un doigt, la roue d'échappement, au lieu d'être double,
est maintenant simple, mais produit un double effet. Les che-
villes qu'elle porte perpendiculairement à son plan remplissent.
les fonctions que remplissaient, dans l'origine, les dents de la
petite roue, et le rouleau ou cylindre est maintenant en rubis. Il
est encore assez employé, surtout pour les pendules.
4° Les échappements libres, qui s'emploient surtout pour la
construction des chronomètres.
Rouages. — Nous ne ferons que mentionner les rouages, les
systèmes de roues dentées; ils communiquent le mouvement
du point où est appliquée la force motrice à celui où agit le ré-
gulateur formant arrêt momentané et font indiquer, par des
aiguilles qui marchent sur des cadrans, des nombres de divisions
proportionnels aux nombres d'oscillations du régulateur; cette
partie du mécanisme porte le nom de minuterie.
Pendules. — Il fut un temps où les pendules n'étaient consi-
dérées que comme des instruments de précision. De nos jours,
ce sont simplement des meubles que l'on met sur une cheminée
pour l'embellissement d'un appartement. Aussi les pendules sont
elles-mêmes soumises à une mode comme nos meubles et nos
vêlements. Lorsque ces pièces sortent de bonnes maisons, l'excel-
lente qualilé des mouvements peut lutter avec avantage contre
ces concessions faites à la forme, et l'on parvient encore à les
faire bien marcher.
Mais il arrive assez souvent que lorsqu'on a meublé sa maison,
le luxe déployé sur les principaux meubles a forcé de l'aire des
économies pour les pendules dont l'acquisition se fait ordinaire-
ment en dernier. Alors on est entré en composition; on s'est
fourni aux ventes publiques ou chez un brocanteur; on a eu des
I
■
*l
S , 62
LES MÉTAUX.
pendules à moitié prix de leur valeur, et dans ce cas. on le com-
prend, la qualité des mouvements est fort compromise.
Mise en marche d'une pendule. — Lorsqu'on a fait l'acqui-
sition d une pendule, on n'a pas toujours près de soi un horloger
pour la mettre en marche ; on peut alors se trouver très embar-
rasse. Voici, sur ce sujet, quelques renseignements qui pourront
être miles en pareille circonstance :
Une pendule ne pouvant êlre transportée sans que son balan-
cier soit décroché, on a dû séparer ces deux objets l'un de l'autre.
Pour remettre en place le balancier, vous devez :
1° Oler le timbre en le dévissant;
•2° Accrocher le balancier à la suspension, en ayant soin d'en
introduire la tige entre deux dents d'une fourchette que l'on
trouve dans une môme direction perpendiculaire;
3° Remettre le timbre en place et s'assurer si le marteau
frappe convenablement dessus. Dans le cas conlraire, en faus-
sant légèrement la tige de ce marteau, on corrige son écarte-
ment en plus ou en moins.
Procédez ensuite à l'opération délicate de la mise d'aplomb,
appelée par les horlogers mise d'échappement.
Mise d'aplomb d'une pendule. — Bien des personnes pen-
sent que mettre une pendule d'aplomb, c'est simplement la caler
pour l'empêcher de vaciller. Quoique ce calage soit très important,
il n empêche pas la mise d'aplomb dont il diffère complètement.
i Lorsqu'une pendule est d'aplomb, les deux coups frappés par
l'échappement sont d'égale durée; c'est-à-dire que le balancier
emploie le même temps pour ses oscillations de droite que pour
celles de gauche. Mais si ces coups sont inégaux de durée et boi-
teux en quelque sorte, il faut y remédier en levant la pendule
avec des cales du côté où le coup est le plus long. Les horlogers,
pour obtenir ce même résultat, faussent la fourchette; cette
opération ne peut être exécutée que par des mains expérimentées.
Il y a des mouvements de pendules qui se mettent d'aplomb
d'eux-mêmes; on n'a pour cela qu'à imprimer au balancier une
plus grande oscillation que de coutume et, par cet excès de mar-
che, la pièce d'échappement, qui est à frottement, reçoit adroite
et à gauche une rectification qui la met en parfait aplomb.
Dans les pendules qui ne possèdent pas ce perfectionnement,
un mouvement brusque au balancier pourrait occasionner des
dommages.
Comment on met la pendule à l'heure. — Une fois la mise
d'aplomb opérée, pour mettre la pendule à l'heure, on fait
tourner les aiguilles et on s'arrêle sur les heures et les demies,
L'IIORLOGER AMATEUR.
353
pour s'assurer si la sonnerie marque bien l'heure indiquée par
les aiguilles.
S'il eu était autremenl, on remettrait la sonnerie d'accord par
le procédé suivant :
ltectification de la sonnerie. — L'aiguille des heures (la plus
petite) étant à frottement, on la met sur l'heure indiquée par la
sonnerie : après quoi l'on tourne comme d'ordinaire l'aiguille
des minutes jusqu'à ce que la pendule se trouve à l'heure.
Il arrive souvent, ainsi, que la sonnerie frappe la demie tandis
que l'aiguille des minutes se trouve sur le midi et réciproque-
ment. Pour corriger ce défaul, on fait faire vivement un tour à
la grande aiguille, sans donner le temps à la sonnerie de £o ra-
tionner, avant que l'on soit revenu sur le midi.
Les horlogers emploient un moyen bien plus simple, mais qui
demande une certaine connaissance des pièces du mouvement;
ils lèvent une petite détente qui se trouve près du marteau, au-
tant île fois qu'il faut faire sonner d'heures pour rattraper celle
actuelle.
La grande aiguille d'une pendule ordinaire ne doit jamais être
tournée en arrière sous peine de déranger les effets de sonnerie.
Il faut donc se résigner à tourner à droite jusqu'à l'heure
véritable, en ayant soin de s'arrêter aux heures et aux demies
pour donner à la pendule le temps d'accomplir ses fonctions.
On l'ait depuis longtemps des mouvements dits à raieuu qui ne
mécomptent pas. Ces mouvements ne sont préférables aux autres
qu'à la condition que l'horloger qui termine le mouvement cor-
rigera un certain défaut inhérent à la nature de cet te invention :
Lorsque par une cause quelconque la sonnerie cesse ses fonctions
avant celles du mouvement, la détente peut s'engager dans une
pièce dite le limaçon et faire ainsi arrêter la pendule même lors-
qu'elle est remontée de nouveau. Il faut dans ce eas avoir recours
à l'horloger.
Montres. — De l'horloge portative à la inoutre de poche, le
chemin n'est pas bien grand, et l'on n'eut qu'à réduire de plus en
plus les dimensions des pièces pour en arriver aux œu's de
Nuremberg d'abord, et ensuite aux montres proprement dites,
et plus tard, aux chronomètres.
Les montres sont toutes pourvues d'un encliquetage, qui per
met de les remonter et de bander les ressorts, sans pour ceJa.en
arrêter le fonctionnement.
Le système est absolument le même, mais en plus petit, que
celui qui est appliqué aux horloges.
Entretien «l'une montre. — Une fois en possession d'une
20.
1
334
LES MÉTAUX.
bonne montre, vous devez, pour en obtenir de bons résultais vous
conformer aux préceptes suivants :
1° Remonter votre montre tous les jours à la même heure Celle
opération se fait généralement à l'instant où l'on se couche En
prenant-ea montre pour s'en débarrasser, il doit plus facilement
venir à la pensée de la remonter;
2° On doit éviter de déposer une montre sur un marbre ou près
de tout autre corps froid. La brusque transition de température
en contractant les métaux, peut souvent faire casser un ressort'
Ensuite le froid coagule les huiles, elles rouages, devenus moins
libres, ne conservent plus à la montre la même régularité-
3" Lorsque l'on quitte sa montre, on doit avoir soin de l'a sus-
pendre de manière à ce qu'elle conserve la position verticale
qu'elle avait dans la poche. La différence entre ce que les horlo-
gers appellent \e plat et le pendu peut, en une nuit, causer à cer-
taines montres une grande variation;
4° En suspendant votre montre, assurez-vous qu'elle ne peut
vaciller, car, dans certains cas, le mouvement du balancier peut
imprimer à la montre des oscillations qui troublent considérable-
ment sa marche;
5° Si l'on veut conserver longtemps la propreté intérieure de
sa montre, il faut s'assurer d'abord que la boile ferme hermé-
tiquement, puis ne la mettre que dans une poche en peau. Les
poches de toile et celles de colon, surtout, dégagent parle frotte-
ment un duvet qui entre dans les montres même les mieux fermées-
6° Ne remontez jamais votre montre en plein air. La poussière'
soulevée par le vent, peut entrer par les trous des remontoirs et
causer promptement des avaries;
7° La clef d'une montre doit être petite afin de pouvoir sentir
facilement la résistance de l'arrêtage; on peut alors s'arrêter à
temps pour ne rien forcer. Il faut aussi que le carré soit très bien
ajusté sur celui de la montre; s'il est trop grand, il peut, en
même temps, causer au carré du remontoir un dégât dont la
réparation est très coûteuse.
Une montre ne peut aller indéfiniment sans être réparée. Au
bout d'un certain temps, les huiles se sont séchées et le corps
solide qui en résulte, ainsi que la poussière et l'usure, viennent
apporter un trouble dans les parties mobiles de la montre. Les
fonctions devenues irrégulières finissent souvent par cesser com-
plètement leur service.
Une personne qui, possédant une bonne montre, désire la
conserver telle, doit la faire nettoyer tous les deux ou trois ans au
plus lard. Mais il faut avoir soin de ne confier cette réparation
L'HORLOGER AMATEUR.
3oï>
qu'à des mains sûres; un ouvrier inhabile peut, par un coup de
maladresse, causer un grand préjudice à la montre, même la
mieux construite.
Une économie mal entendue porte quelquefois à s'adresser a
des ouvriers médiocres, et par cette raison qu'on n'a pas con-
fiance en leur travail, on débat avec eux un prix déjà très mo-
déré. Il est rare qu'on n'obtienne pas la réduction demandée.
Malheur alors à la montre réparée dans de telles conditions I
On croit assez généralement qu'un horloger indélicat peut
substituer à certaines pièces d'une montre des pièces d'une qua-
lité inférieure. Cette substitution ne s'est peut-être jamais faite
par cette simple raison qu'en dehors des difficultés qu'elle pré-
senterait, elle ne pourrait offrir aucun profil à son auteur.
Avance et retard. — 11 existe dans toutes les montres un
limbe ou cadran d'avance et retard, sur lequel est un index mo-
bile. Les deux mots nuance et retard, gravés à chaque extrémité
de ce limbe, ne laissent aucun doute sur la direction à donner à
l'aiguille, pour obtenir de la montre une marche plus lente ou
plus rapide. On comprend facilement que si la montre avance,
on doive pousser l'index vers le retard, et réciproquement. Cette
opération doit s'exécuter avec beaucoup de soin et de circonspec-
tion, en raison de la susceptibilité et de la fragilité de ces organes
régulateurs. Il serait impossible de donner aucun renseignement
sur le rapport pouvant exister entre les degrés du cadran et les
variations de la montre ; ce n'est donc que par tâtonnements que
l'on peut arriver à trouver le point précis qui doit amener l'heure
à sa plus grande régularité.
Lorsqu'une montre n'a qu'un faible écart, on se contente de
pousser l'index d'un degré. L'on attend alors vingt-quatre heures
pour juger de l'effet, et l'on agit ensuite selon le résultai ob-
tenu. Dans le cas où la variation serait plus grande, comme, par
exemple, dix minutes d'avance en un jour, on doit pousser l'index
au bout du retard, sauf à revenir le lendemain sur s_es_pas.
Mais si, dans cet état, la montre avançait encoreyC$lidçaJîJ
que ce fût l'horloger qui se chargeât de la régler. />.
1
4\^
TABLE ALPHABETIQUE
H
Abat-jour, 7; — en papier mousseline, B.
Accumulateurs, 289.
Aqua-tiute. 260.
Aérostats, 60.
Ajustage de la machine à vapeur, 274.
Alésage de la machinée vapeur, 273.
Alliage lusible [moule en), 32i.
Allumage instantané des bougies d'un
Lustre, d'une garniture de cheminée,
30i.
Allumoîr électrique, 302; — extincteur,
303.
Apprêts des étoffes pour la peinture des
stores, 37.
Arbre à vilebre juin, 275.
Archet (découpage , 210.
Argenture du cuivre, 256; — galvanique,
327; — du plâtre, 95; — sur verre. Il 7.
Armoire à outils, 182.
Artichauts (feux d'artifice), 80.
Assemblage (brochure), 16.
Assemblage (fleurs artificielles), 18.
Assemblage (menuiserie) eu bout, iss :
— ù onglet. 188; — en queue d'aronde
ou d'hyronde, 189; — par tenon et
mortaise, 1?7: — dune corbeille, 217.
Assiette moulage . 92.
Avance d'une montre, 355.
Bain pour la galvanoplastie, Bit)
Balancier des horloges, 346.
Ballons, 60.
Bas-reliefs, 88.
Bateau à vapeur, 278.
Bâton de cire, 3 ï.
Batterie de piles, 280.
Bec d'ane, 173.
Bédane, 173.
Bigorne, 845, 240.
Bijoux à mosaïque, 149.
Biseau, 190.
Biseautage expéditif, 189.
Bd.ine de Ruhmkorff, 813.
l; «cfil [découpage . ^1 1. il2.
Bois (le), i < 3 G ; — (découpage artistique
du). 206 ; — (essences diverse- de), \*'-î ;
— galvanisation du), 338; — (nœuds
du , I' t.
Boiseries (peinture des}£198.
[Suites eu bois, 196; — à couleurs (pein-
ture sur porcelaine), 99; — à outils.
1*1 : — en papier, 15J; — ^â vapeur.^274.
Bordure d'enca ti rement, 3 i.
Bougies électrique-. -l'M.
Boulage (fleurs artificielles), 48.
Boules de bois, të; — de fer,J43.
Bouquet (feus d'artifice), 75.
Bouteilles ;"i essence (peinture sur"porce-
lalne), 101 ; — de Leyde, 3o0.
Boutons pour Qeurs artificielles, i<i : -■
téléphone, 3 m.
Bouvet, 169.
Briquet allumoir, 30).
Brochage, 15, 15.
Brocl bî, 24fi.
Bronzage iin plâtre, 95.
Broyage des couleurs, loi.
Brucelles, i l.
Burin (gravure au , 257 ; serrurerie),
251.
I
C idr.tns solaires. 3 i
Caleogra;:hi s. 202.
de poche, 342.
1
■
36»
TABLE ALPHABÉTIQUE.
Cale (tour), 202 ; — pour le placage, 23 t.
Calque sur verre, 112.
Camaïeu, 262.
Camée (métallisation d'un), 337.
Canot électrique, 207.
Carillon électrique, 311.
Carreau étincelant. 311 ; — magique. 311.
Carte percée par l'électricité, 312.
Cartonnages, 5.
Cartouches, 60.
Cascades (feux d'artifice), 78.
Casier du mosaïste, 146.
Casse-fer a froid, 246.
Céramiques (métallisation des), 332 ; —
(peiirture des), 06.
Cerf-volant, 53 ; — hexagonal, 56.
Chabotto,
Trusquin, 178.
Tube étincelant, 311; — lumi;
Geissler, 313.
Valet, 167.
Vapeur (marche ut effet de la), 272.
Varlope, 168, 185.
Vernis copal, 103; — au tampon, 103; —
mou (gravure au), 262.
Vernissage du bois, 103; — avec les vernis
de couleur, 194 ; — d<'s découpures,
216.
Verre, 81 ; — (argenture sur), 117; — (do-
rure sur), 117; — brisé par l'électricité^
312; — (calque sur), 112; — (coupe
du), 113; — (dépolissage du), 138 ; — *
de la fantasmagorie (peinture des), 133;
— (gravure sur), 138 ; — (peinture sur),
100.
Verres de la lanterne magique, « - om-
ment on les peint, 12S.
Verreries (métallisation des), 332.
Vilebrequin (menuiserie), 175; — (serru-
rerie), 251.
Vis en bois, 225.
Vitrail (peinture du), 113.
Vitraui (cuisson des), 115; — (mise en
place des), 117; — (peinture sur), 100.
Volant d'un bateau à vapeur, 278.
177.
aatea (appareil à), 126.
* > ■
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1276-88. — Corbeil, Imprimerie Chété.
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