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Full text of "L'encre de chine, son histoire et sa fabrication : d'après des documents chinois"



92 
Supp 







i*''Z, M>,41 



(31) 





BIBLIOTHEQUE 
SAINTE | 
GENEVIEVE 




blIiLIOTHLtiUL OltltNTALE ELZEY1RIKNNK 

XXX11 



% 



L'ENCRE DE CHINE 

SON HISTOIRE ET SA FABRICATION 

5 & 



3 



« 



<V- 



K 







Or.NF.VIEVE 



Il a été tiré : 

Sur chine 24 exemplaires 

Sur Whatman 1 






1 



L'ENCRE 

DE CHINE 

SON HISTOIRE ET SA FABRICATION 

d'après des documents CHINOIS 

I raduits 
Par MAURICE J A 

ÉLÈVE DE L'ÉCOLE SPtC.ALE DES LANGUES l.flW'rÂTES VIVANT* 

Avec vingt-sept gravures d'après des originaux chinois 





PARIS 
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

LIBRAIRE DE LA SOCIETE ASIATIQUE DE PARIS 

DE L'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES, ETC 

ïo\ RUE BONAPARTE, ïi> 



[88: 



MONSIEUR PAUL LEROY-BEAU LIEU 

MI'UBBE LE L'INSTITUT 
REDACTEUR EN CHEF DE « L'ÉCONOMISTE FRANÇAIS »> 

HOMMAGE DE RESPECT 

ET DE RECONNAISSANCE 



DE L'AUTEUR 




sT 






I\KJ%O c DUCT10'K 



iïïjgl es honneurs que l'on a prodigués en 
titli Chine, depuis bien des siècles, atout 
ce qui se rattache de près ou de loin à la 
littérature, ont dû nécessairement s'éten- 
dre aux objets qui constituent, pour ainsi 
dire, les outils des littérateurs et des 
poètes; aussi voyons- nous, des le com- 
mencement de notre ère, des écrivains 
chinois distingués consacrer leur temps 
et leur plume à la rédaction de curieuses 
monographies sur le papier, le pinceau 
et l'encre. Malheureusement, dans ces 
ouvrages, tout imprégnés du génie de 






Vill 



L ENCRE DE CHINE 



l'école de Confucius, le poète et l'histo- 
rien donnent seuls libre carrière à leur 
esprit et à leur érudition ; le côté techni- 
que des choses y est fort négligé, souvent 
même il fait complètement défaut, tant à 
cause de l'ignorance des auteurs sur cette 
matière, qu'à cause du profond dédain 
que les disciples de Confucius ont tou- 
jours montré pour tout ce qui se rapporte 
aux professions manuelles. 

L'ouvrage dont nous offrons aujour- 
d'hui une traduction au public est donc 
une véritable rareté dans la littérature 
chinoise, et son esprit, l'absence complète 
de recherche dans son style, l'attention 
minutieuse que prend son auteur à énu- 
mérer toutes les phases de la fabrication, 
sans omettre aucun détail, rappellent 
bien plutôt les conceptions positivistes de 
l'Europe moderne que les rêveries phi- 
losophiques de l'Asie. Malheureusement, 
cette absence de modèle et de guide a 
constitué pour Chen-ki-souen un obs- 



INTRODUCTION IX 

tacle qu'il n'a pas toujours su sur- 
monter; son traité manque de méthode 
et , dans plusieurs points , nous avons 
dû changer l'ordre des paragraphes 
afin de le rendre moins diffus. Dans 
un grand nombre de cas aussi, les expli- 
cations de notre auteur sont tellement 
incomplètes ou mal présentées que, de 
l'avis même des lettrés de Pékin, leur 
interprétation peut donner lieu à contro- 
verse. Quoiqu'il en soit, nous avons cru 
devoir reproduire sans changements les 
passages obscurs, afin de conserver, au- 
tant que possible, le texte original dans 
son intégrité. 

Enfin Chen-ki-soucn, poussé sans doute 
par la crainte de recommencer le chemin 
parcouru par ses savants devanciers, a 
complètement laissé de coté la partie his- 
torique de son sujet, qui présente cepen- 
dant quelque intérêt. Pour remédier à 
cette lacune, nous avons consulté les prin- 
cipaux traités sur l'encre de Chine écrits 



l 



X L ENCRE DE CHINE 

par les érudits chinois, et nous en avons 
extrait un court résumé qui servira d'in- 
troduction à la traduction de son « Ma- 
nuel élémentaire ». 

Les historiens du Céleste Empire font 
remonter l'invention de l'encre à l'ien- 
Tchen qui vivait sous le règne de Houang- 
tif2Ôçy à 2597 avant J.-C.JK Seulement, 
s'il faut en croire le Long-tien-tsing- 
lou, l'encre employée par les Chinois, à 
cette époque reculée, était bien diffé- 
rente de celle que nous connaissons ; c'é- 
tait une sorte de laque que l'on déposait 
sur de la soie au moyen d'un bâton de 
bambou. Dans la suite, on remplaça la 
laque par une pierre noire que l'on dé- 
layait dans l'eau ■ ; enfin, sous les Oueï 



i . La durée de la vie humaine, à cette époque éloignée 
de l'histoire, était vraisemblablement beaucoup plus lon- 
gue que de nos jours, car les deux prédécesseurs de 
Houang-ti régnèrent, l'un pendant u5 ans, et l'autre pen- 
dant 143 ans. 

3. Le Kiao-king-yuan-chcn ki nous apprend que l'encre 



INTRODUCTION XI 

( 2 20 à 260 avant J.-C.J, on commença 
à faire de l'encre avec du noir de fumée 
produit par la combustion de la laque et 
du charbon de bois de sapin. Cette der- 
nière encre se vendait sous forme de 
boule, et son emploi facile la fit bientôt 
préférer à la pierre des anciens ; sa fabri- 
cation se perfectionna rapidement, aussi 
un poète, Ouï-fou-jen, saluant l'appari- 
tion de ce précieux auxiliaire de la lit- 
térature, nous apprend que, de son temps, 
les meilleurs produits étaient obtenus à 
l'aide du bois des sapins qui croissaient 
sur les pentes des collines de Lou-chan, 
dans la province du Kiang si. 

La province du Kiang-si semble, du 
reste, avoir eu pendant bien longtemps le 
privilège de la fabrication de V encre, et 
nous voyons un souverain de la dynastie 
des TangfôiS à 905 après J.-C.) en- 



de pierre s'app> 



pierre 



liait alors heï-tan-che-nié (l), et que la 



dont on la tirait s'appelle, de nos jours, ché-hcï (2 . 






X» L ENCRE DE CHINE 

voyer à Jao-tchéou, un des chefs-lieux 
d'arrondissement de cette province, un 
fonctionnaire chargé de surveiller la fa- 
brication, et d'envoyer tous les ans à la 
cour un certain nombre de bâtons d'encre 
comme tribut. Le Héou-chan-tantsong, 
qui parle de ce fonctionnaire, nous ap- 
prend que sa charge était héréditaire, et 
qu'il portait le titre de Li-ché. S il faut en 
croire le même ouvrage, l'origine de cette 
charge se perdrait dans la nuit des temps-, 
ceux qui l'occupaient antérieurement à 
la dynastie des Han portaient le titre de 
Si. Quoiqu'il en soit, la mention que font 
les annales de la nomination d'un inspec- 
teur des fabriques d'encre, semblerait 
faire supposer que cette industrie était 
déjà très développée sous la dynastie des 
Tang. Les procédés usités alors devaient 
aussi avoir atteint un grand degré de 
perfectionnement, car le poète Oiicïfoii- 
jen. parlant des encres que l'on employait 
alors, nous apprend qu'elles devenaient 



INTRODUCTION 



X1H 



plus noires en vieillissant et que la colle 
prenait de la force avec le temps, ce qui 
rendait les bâtons durs comme de la 
pierre. Ces observations ont conservé 
toute leur valeur, et elles constituent en- 
core, de nos jours, les desiderata des 
fabricants du Céleste Empire. Un autre 
fait qui vient aussi à l'appui de cette hy- 
pothèse, est cité dans le Tch'ouen-tchou- 
ki-ouen; d'après cet ouvrage, un nommé 
Jen tao yuan conservait avec soin dans sa 
maison des bâtons d'encre solides comme 
du jade, et sur lesquels se trouvaient gra- 
vés les caractères : Yong-houeï-eur-nien- 
tcheu-k'ou-mo (ij, encre fabriquée pen- 
dant la seconde année de Yong houeï ' 
(651 après J.-C.) pour le magasin. 

A cette époque, il existait vraisembla- 
blement des fabriques d'encre relevant di- 
rectement de la maison de l'Empereur; 



1. Nom d'une des périodes du règne de Kao-Tsong de 
la dynastie des Tang. 






: 



XIV L ENCRE DE CHINE 

l'ouvrage que nous avons cité nous parle, 
en effet, d'un bâton d'encre qui portait 
l'inscription suivante : « Encre fabriquée 
par Li-Tsao, fonctionnaire du ministère 
des travaux publics sous les Tang ». Une 
histoire ' de cette dynastie ajoute que 
l'empereur Hiuan-Tsong (yi3 à 756" 
après J.-C.J, qui fonda les deux collè- 
ges du T 'ou-choufou et du Kichien-yuan, 
envoyait, à la fin de chaque trimestre, à 
ces établissements 336 boules d'encre 
Chang-kou (Chang-kou-mo) (2). 

Les encres les plus estimées sous la 
dynastie des Tang , étaient celle de 
i-choueï (3) 3 (i-chouei-mo), de Souan mi, 
fsouan-mi-mo) (4), de Yué-t'ouan (Yué- 
t'ouan-mi) (5), encre en forme de lune. Les 
bâtons fabriqués par King houan, à cette 
époque, portaient d'un côté les caractères : 



1. Ta-tang-long soueï-ki. 

2. Ouen-fang-seu-pou. 
1. Ta-tanii-long-soueï-k 



INTRODUCTION *Ti 

jade parfumé (siang-pi) (6), et de Vau- 
tre : Fou-mo-t\e ' (j) ; enfin, un nommé 
Tchou -feung , originaire d'une ngan- 
houeï , fabriquait à cette époque dans 
« l'atelier où l'on brûle le sapin », — nom 
qui indique bien clairement la provenance 
du noir de fumée employé, — une excel- 
lente encre qui portait indifféremment 
pour devise Hsiuantchong-t^e (8) ou 
Cho-chiang-yué (g). 

Vers les derniers temps de la dynastie 
des Tang, un nommé Li-tchao et son fis 
Li - ting-koueï arrivèrent dans la petite 
ville deChoo-tchéou, duNgan-houeï, et y 
établirent une fabrique d'encre. Les con- 
sidérations qui engagèrent nos deux arti- 
sans à fixer leur résidence à Choo-tchéou 
furent, dit-on, le voisinage de magnifi- 
ques forêts de sapins en pleine exploita- 
tion ; ce qui semblerait faire supposer que 
celui qui devint plus tard le célèbre Li- 



i- Tsing-i-lou. 






ï 



XVI 



L ENCRE DE CHINE 



ting-kouei se servait surtout de noir de 
fumée tiré de ce bois. Quant au père qui 
passa, lui aussi, sa vie à fabriquer de l'en- 
cre, il n'acquit dans cette spécialité au- 
cune notoriété, et le peu que nous savons 
de lui vient surtout de la renommée de 
son fils. Ce dernier perfectionna les pi o- 
cédés usités de son temps, mais les mé- 
thodes qu'il employait ont été gardées 
secrètes par lui, et depuis lors, le but oh 
tendirent tous les efforts des fabricants, 
fut d'arriver à produire des encres aussi 
bonnes que celles de Li-ting-koueï. Ce- 
pendant, il faut bien reconnaître qu'en 
dépit de près de quatre siècles d'efforts 
continus, les ateliers chinois ne sont ja- 
mais arrivés à obtenir des encres ressem- 
blant, en quoi que ce soit, aux bâtons en 
forme d'épée (Kien-ki) (10) et en forme 
de gâteau rond (yuan-p'ing) (ir)qui ti- 
rent la réputation du maître. T'aï-kiun- 
mo nous apprend qu'un moyen infaillible 
de reconnaître l'encre de Li-ting-koueï, 



INTRODUCTION 



XVII 



est de briser en morceaux un des bâtons 
dont on veut constater l'authenticité, et d'en 
jeter les débris dans un vase rempli d'eau. 
Si, un mois après, on retrouve encore les 
morceaux intacts au fond du vase, on 
peut être certain que l'encre, soumise à 
cette expérience , provient bien des ate- 
liers du célèbre fabricant. 

Li-ting-koueï fabriquait plusieurs qua- 
lités d'encre qui se distinguaient par le 
caractère qui était gravé sur les bâtons ; 
les encres de première qualité portaient 
le mot knueï (12), celles de seconde qua- 
lité, le caractère koueï ( i3), et celles de 
troisième qualité, le caractère koueï ( 14); 
enfin, pour les encres ordinaires et non 
classées, il y gravait les trois caractères 
Chi-ting-koueï (i5) , dont le premier 
constituait un titre qui avait été ajouté à 
son nom, en vertu d'un décret impérial, 
en récompense des services qu'il avait 
rendus indirectement à la littérature. 
En outre de ces caractères , les bâtons 









XVIII 



L ENCRE DE CHINE 



sortis de ses ateliers portent comme 
devise la phrase suivante : Jao-Tchéou- 
li-ting-koueï (16) (Li-ting -koueï de Jao- 
tchéou), dont les quatre caractères étaient 
reliés par un trait fin, et qui consti- 
tuait, pour ainsi dire, la marque de fabri- 
que de la maison. Dans la suite, le tnaî- 
Ire gravait aussi quelquefois sur les 
bâtons la phrase suivante : po-nien-jou- 
chi-i-tien-jou-ki (ij) (après cent ans, je 
suis dure comme la pierre et mes traits 
ressemblent à la laque). 

Après la mort de Li ting-koueï, la fa- 
brication de l'encre retomba dans le do- 
maine de l'industrie, et de nombreux fa- 
bricants se succédèrent sans laisser après 
eux autre chose que les marques qu'ils im- 
primaient sur leurs produits. Sous le rè- 
gne de Chen tsong (yg8 à 10 23) de la dy- 
nastie des Song, Tchang-yu, fournisseur 
de la maison de l'Empereur, acquit une 
réputation presque égale à celle de son 
devancier, Li ting-koueï; ses produits por- 



INTRODUCTION 



XIX 



talent comme devise : Tchang-yu-choo- 
chiang-mo Ç18) (encre au musc de Tchang- 
yu); quant aux encres destinées au palais 
impérial, elles étaient appelées Long- 
chiang-ki (bâton parfumé du dragon 'J. 
S'il faut en croire le Héou- chan -tan- 
tsong, Tcha.ig-yu, revenant aux formes 
usitées che\ les anciens, fabriqua aussi des 
boules d'encre ornées de dragons enrou- 
lés, d une finesse de dessin remarquable. 
Depuis Tchang-yu jusqu'à nos jours, 
les seuls fabricants qui acquirent une vé- 
ritable réputation furent Pan - hou et 
Tchaï-sin; ce dernier était même, dit-on, 
parvenu à retrouver quelques - uns des 
procédés de Li-ting-koueï. 

Quant aux méthodes employées succès- 
sivement par les fabricants, on voit, en 
examinant les données que nous foumis- 



i. II est bon de rappeler ici qu'en Chine le dragon est 
l'emblème de la puissance impériale, et le phénix celui de 
l'impératrice. 






x\- 



L ENCIiE DE CHINE 



sent les écrivains chinois, que les procé- 
dés les plus divers ont été appliqués avec 
un égal succès dans les ateliers. Ainsi, 
pour la production du noir dejumée, on 
a eu recours à presque toutes les matiè- 
res combustibles. L'empereur Hsiuan- 
tsong, de la dynastie des Tsong, faisait 
fabriquer le noir de fumée qui entrait 
dans la composition de l'encre dont il 
se servait, avec de la poudre de ri\ par- 
fumée, délayée dans une décoction d'hl- 
biscus mutabilis. Le Mang-kipi-tan nous 
apprend qu'à Yen-ngan, petite localité de 
la province du Chean-si , les habitants 
brûlent dans leurs lampes du chê-yéau 
(huile de pétrole), et qu'ils se servent du 
noir de fumée, produit par la combus- 
tion de cette matière, pour fabriquer 
une encre brillante et noire, bien supé- 
rieure aux produits provenant du bois de 
sapin. 

Cependant les deux procédés dont nous 
venons déparier n'ont jamais été d'un usage 



INTRODUCTION 



XXI 



général, et les deux matières qui ont servi 
jusqu'ici presque exclusivement à produire 

le noir de fumée sont, à quelques excep- 
tions près, le bois de sapin et les substan- 
ces huileuses en général. Tang-ouang- 
kin tirait son noir de fumée de Vécorce de 
grenadier infusée dans le vinaigre; quel- 
ques auteurs prétendent aussi que Li-ting- 
houeï faisait entrer dans la fabrication 
du noir qu'il employait de la corne de 
rhinocéros; mais la seule raison qu'ils 
donnent de cette supposition, est que les 
produits de ce maître ont l'apparence de 
la corne du rhinocéros, argument qui peut 
être bon pour un esprit formé par les 
écrits de Confucius, mais qui ne possède, 
à notre sens, aucune valeur réelle. Le 
Tch'ou ki-ouen nous apprend qu'un fabri- 
cant célèbre, Tchen-ting, arriva à pro- 
duire un noir de fumée excellent en ne 
brûlant dans ses ateliers que du bois de 
vieux sapins; le Ta-ché-mo-ching ajoute 
que la seule partie d'un sapin qui four- 



XXII 



I. ENCRE DF. CttlKfi 



»«k de èo« wo/r, es? le tronc de l'arbre 
depuis sa base jusqu'à la cinquième cou- 
ronne, les parties supérieures ne four- 
nissant, dit-il, qu 'un noir sec et grossier. 
La province du Ckan-tong, qui est encore 
renommée, de nos jours, pour la fabrica- 
tion de l'encre doit, dit-on, ce monopole 
aux forêts de sapin quelle renferme, et 
qui fournissent un excellent noir de fumée. 
Cependant, les qualités du noir du Chan- 
tong tiennent , vraisemblablement, bien 
plus aux soins qui sont donnés à sa pré- 
paration, qu'à une composition spéciale 
du bois de sapin qui croît dans cette ré- 
gion. Le Tchouen-tchou-ki-ouen raconte, 
à ce sujet, une anecdote qui montre com- 
bien le soin avec lequel le noir de fumée 
est fabriqué, exerce une influence con- 
sidérable sur sa qualité , et que nous 
croyons devoir citer ici textuellement : 
« Un jour, le duc Ouen-lou pria unfabri- 
« cant habile, Ouangti, de lui donner un 
». bâton d'encre de ses ateliers; quelque 



tS'TRODUCTION 



XXIU 



« temps après, Ouang-ti arriva un matin 
â che^ le duc, et lui présenta une boite rem- 
u plie de noir de fumée, en le priant de 
« vouloir bien le toucher ; mais, lorsque 
« le duc, pour se rendre au désir qui 
» lui était exprimé, approcha son doigt 
« de la boite, le noir se répandit dans 
• toute la pièce en une poussière impal- 
» pable. Oiiang-ti expliqua alors à Ouen- 
« lou, étonne de ce qu'il venait de voir, 
« que la finesse et la légèreté du noir de 
«fumée constituaient ses deux qualités 
« essentielles, et que, dans ces conditions, 
« il possédait naturellement une odeur de 
« musc ». // ajouta que les lettrés igno- 
raient que les fabricants, se servant pres- 
que toujours du mauvais noir de fumée, 
étaient obligés d'avoir recours au musc 
pour parfumer leurs produits, et que ce 
parfum, mêlé à l'encre, l'abîmait et la 
rendait hygrométrique. Cette saveur 
musquée, dont parle Ouang-ti, explique 
l'habitude qu'ont certains Chinois de 



XXIV 



L ENCRE t)E CHINE 



boire de l'encre délayée dans de l'eau. 

Un fabricant de Tan-tchëou, sous-pré- 
fecture de la province du Hou nan, tirait 
le noir de fumée de l'huile du vernicia 
montana; ses produits, qui s'appelaient 
Tong-houa-yen (noirs de fumée de la 
fleur du vernicia montanaj, étaient ven- 
dus, sous la forme de petites sapèques, 
aux peintres qui l'employaient pour don- 
ner de la vivacité à la prunelle des yeux 
des personnages de leurs tableaux. Mal- 
gré la réputation dont jouissaient les en- 
cres de Hou-king-chouen, il n'a laissé, 
de nos jours, que peu d'imitateurs. 

Après le noir de fumée, la matière pre- 
mière qui joue le plus grand rôle dans la 
fabrication de l'encre est la colle; elle 
réunit les molécules du noir et la fait 
adhérer au papier. On emploie aussi plu- 
sieurs espèces de colle dans les ateliers, 
mais deux seulement ont été, et sont encore 
aujourd'hui, d'un usage général; les 
points sur lesquels les praticiens diffèrent 



INTRODUCTION' 



XXV 



entre eux étant : i" le mode de préparation 
de ce produit; 2" la méthode d'incorpora- 
tion, et 3° la quantité à employer par 
rapport au noir de fumée. Cependant, 
quoique la colle de bœuf et celle de pois- 
son soient les seules auxquelles on ait 
recours, de nos jours, dans les fabriques, 
les anciens se servirent aussi de la colle 
de corne de rhinocéros, de corne de cerf; 
l'usage de cette dernière, qui remonte à un 
temps très éloigné, fut même introduite 
en Chine par les Coréens, et c'est vrai- 
semblablement d'elle que le Ni-kou-lou 
veut parler, lorsqu'il nous apprend qu'un 
nommé Tong-po fabriquait autrefois une 
encre peu foncée, en suivant la méthode 
coréenne, avec du noir de famée de Co- 
rée et de la colle Kitan. Du reste, l.i 
Chine semble avoir tiré de la Corée quel- 
ques-uns de ses procédés industriels, et 
un passage des Mémoires concernant les 
Chinois, publiés par les Jésuites au siècle 
dernier, attribue même la découverte de 



xxvi 



L ENCRE DE CHINE 



la fabrication de l'encre de Chine aux 
Coréens. 

Li-ting ■ koueï employait, dit-on, le noir 
de fumée et la colle en quantités égales; 
quant à la nature même de cette colle, on 
ne sait rien de certain à cet égard: les 
auteurs du Céleste Empire siipposent seu- 
lement que ce maître devait se servir de 
la colle de corne de rhinocéros, tout au 
moins pour ses produits de première qua- 
lité; mais c'est là une simple hypothèse 
qui ne pourrait acquérir une certaine va- 
leur qu'après des essais répétés. 

Avant de terminer ce résumé bien incom- 
plet, je crois devoir reproduire en entier 
deux méthodes de fabrication extraites, 
la première du Oueï -tchong-tsiang- 
mo fang , la seconde du Ki-kong-n-.o- 

■ Pour fabriquer l'encre, dit le Oueï- 
« tchong-tsiang-mofang, on prend : per- 
« les fines, 38 grammes; musc, iggram- 
« mes; on broie ces deux matières dans 



INTRODUCTION 



XXVII 



. une marmite, et on y ajoute du noir de 
i fumée. » 

Les explications du Oucï-tchong tsiang- 
mo-fang sont fort peu claires et encore 
moins complètes ; comme on va le voir, le 
Ki-kong-mo-faest un peu plus explicite : 

« On prend : noir de fumée de sapin, 
« j6 gram , on y ajoute une petite quan- 
ti tité de clous de girofle, de musc et de 
« vernis de laque sec; on en for me ensuite 
« un bâton, à l'aide de la colle, que l'on ex- 
« pose à un feu bien vif pour le sécher. Un 
« mois après, l'encre peut être employée. 
« Si on introduit dans le noir de fumée 
« une petite quantité de langue de bœuf se- 
« chée, on donne à l'encre une couleur 
« violette ; l'écorce du poivrier lui donne 
« une teinte bleue. » 

Une fois l'encre fabriquée, sa conserva- 
tion exige des précautions toutes spécia- 
les, et cette question est d'autant plus 
importante que les bons produits, s'amé- 
liorant avec le temps, ne doivent être 



XXVIII 



L ENCRÉ DE CHINE 



employés que plusieurs années après leur 
fabrication. Le Ouang-Jang-pao-ché con- 
seille de renfermer les bâtons d'encre 
dans une peau de léopard pour les pré- 
server de l'humidité. Li-ting-koueï re- 
commande de suspendre les bâtons, ren- 
fermés dans des sacs de ga\e, dans un lieu 
bienaéré , pendant les quatrième, cinquième 
et sixième mois, pour les préserver de la 
grande chaleur ; pendant la même période, 
le Kokou-yao-louen veut que l'on place 
l'encre entre des couches de feuilles d'ar- 
témise, et, pendant l'hiver, il recommande 
de remplacer les feuilles d'artémise par 
de la chaux ou de la cendre. 

Pour dissoudre l'encre, on frotte le 
bâton lentement et sans appuyer sur l'en- 
crier, en ayant soin de le tenir bien droit. 
Pendant l'opération, quelques lettrés im- 
priment à leur main un mouvement cir- 
culaire-, mais, de l'avis de personnes com- 
pétentes, cette habitude n'a d'autre effet 
que d'abîmer asse^ vite les bâtons; le 



INTRODl'CTIOX 



XXIX 



mieux est donc de donner à ces derniers 
un mouvement alternatif rectiligne qui 
permet d'appuyer aussi peu que possible 
sur l'encrier '. 

Enfin, les Chinois se sont servi quelque- 
fois pour écrire d'une matière noire qu'ils 
tiraient des intestins du poisson vou tsei- 
ru, qui n'est sans doute que la sèche, dont 
nous tirons aussi une couleur noire fort 
estimée. Nous n'avons pu trouver, dans 
aucun des ouvrages publiés en Europe 
traitant de la faune du Céleste Empire, 
le nom scient if que de ce poisson; aussi 
croyons-nous devoir reproduire ici sa 
description, tirée du Picn-ya, espérant 
qu'elle ne sera pas sans utilité pour dé- 



i 



i. On peut aussi juger delà qualité de l'encre en la 
délayant ; si elle produit un son faible quand on la broie 
sur l'encrier, elle est de qualité supérieure (si-mo) (i8>, et 
on dit qu'elle entre dans l'encrier (jou-yen) (19); si, au 
contraire, elle produit un son clair, elle est de qualité in- 
férieure (tsou-mo) (20), et alors on dit qu'elle /ra/y e l'en- 
crier ^ta-yen) {2 i). 



XXX L ENCRE DE CHINE 

terminer l'espèce dont il est question. « Le 
« voit tseï-yu (22), dit le Pienya, a 
huit pattes courtes autour de la bouche, 
et cette dernière peut rentrer dans son 
corps comme che\ la tortue ; sa chair est 
blanche, son corps est couvert de barbe 
comme un homard, et ses intestins renfer- 
ment une liqueur noire. » 

Maurice Jametel. 



Spa, ce 28 août : 88 1 . 




PREFACE 

DE L'AUTEUR CHINOIS 







r^ 



% 



MANUEL ÉLÉMENTAIRE 

DU 

FABRICANT D'ENCRE 

DE CHINE 
Par CHEN-KI-SOUEN 



PRÉFACE DE L'AUTEUR CHIXOIS 



SJ^Se venais de terminer la préparation 



i<£'/-.Ule ce travail, lorsqu'un de mes amis, 
auquel j'en parlais, me tint à peu près ce 
langage : « Il existe, me dit-il, un grand 



L ENCRE DE CHINE 



<( nombre d'ouvrages anciens sur la fabri- 
« cation de l'encre de Chine, et il me sem- 
" ble inutile d'ajouter un nouveau titre à 
« une liste déjà trop longue. » — « Mais, 
« lui répondis-je , on ne peut avoir qu'une 
« confiance très limitée dans les nombreux 
« traités dont vous me parlez ; leurs au- 
a teurs se sont toujours servis de rensei- 
« gnements qui leur étaient fournis par 
« des fabricants, et aucun d'eux ne possé- 
« dait de connaissances pratiques sur la 
<i matière qu'il traitait. Ainsi, les encres fa- 
« briquées par Li-ting-koueï devinrent 
« tellement rares sous les années Siuan-ho 
«(1119a 11 26), de la dynastie des Song, 
« qu'elles valaient plus que leurs poids d'or 
« ou d'argent; cette rareté venait de ce que 
« le secret des procédés de Li-ting-koueï 
« avait été conservé avec soin par sa fa- 
« mille. Eh bien, et c'est sur ce point que 
« j'appelle tout particulièrement votre at- 
« teniion, les auteurs de plusieurs traités 
« prétendent que Li-ting-koueï se servait, 
« pour sa fabrication, de colle de poisson 
« fondue et de charbon de sapin : de sem- 



PREFACE t>E L AL'TKUR CHINOIS D 

« blables méthodes n'ont aucune valeur, 
« et dénotent chez ceux qui les préconi- 
« sent une ignorance complète des con- 
« naissances pratiques les plus élémentai- 
« res. 

« Dés que j'eus établi ma fabrique, je fis 
« l'essai de tous les anciens procédés, et, 
u comparant entre eux les produits obte- 
(i nus, je pus me convaincre que les meil- 
« leurs produits provenaient des méthodes 
« les moins compliquées. Dans la suite, un 
u vieux praticien m'apprit les secrets de 
h son art, et j'arrivai alors à produire, en 
« employant seulement de la colle et du 
n noir de fumée , une encre excellente, 
<i noire et brillante comme la prunelle 
« d'un jeune enfant ' ; mais, lorsque ce 
« vieillard me dévoila ses procédés, il me 
« pria de ne les communiquer à personne, 



I. Il est bonde remarquer, à ce sujet, que les blonds et 
les châtains sont chose inconnue en Chine ; ie noir le plus 
pur, aussi bien pour les cheveux que pour les yeux, y est 
pour ainsi dire lu nuance nationale. De là le nom de 
« peuple aux cheveux noirs» que les Chinois se donnent 
souvent pour se distinguer des u barbares . 



r 



6 L ENCRE DE CHINE 

k afin de lui éviter d'être considéré comme 
« un traître par les habitants de son vil- 
ce lage. Depuis cette époque, j'ai toujours 
ex suivi, dans ma fabrication, les indica- 
« tions qui m'avaient été fournies par ce 
« vieux maître, qui doit être mort depuis 
« longtemps, et, si mes produits ont acquis 
u une certaine réputation, cela tient uni- 
« quement à ce qu'ils se rapprochent beau- 
« coup des encres des anciennes fabri- 
« ques. 

« Je ne parlerai donc, dans mon ouvrage, 
ce que des procédés que j'emploie, enyjoi- 
" gnant quelques renseignements qui 
e< m'ont été fournis par un bonze. L'expé- 
cc rience que j'ai acquise dans la pratique 
ce sera mon seul guide, et, comme je n'ai 
ce nullement l'intention de produire une 
« œuvre capable de rivaliser avec les volu- 
ce mineux écrits que nous ont laissés les an- 
ee ciens sur cette matière, je laisserai de 
« côté tout ce qui a rapport à l'ornemen- 
» tation et aux opérations secondaires, 
ce pour m'occuper exclusivement de la fa- 
it bri'cation de l'encre brute. » 



PREFACE DP. L AU7ECR CHINOIS ' 

Convaincu par ces explications, mon 
ami me répondit : « En effet, votre travail 
suppléera, au point de vue purement 
technique, aux lacunes des ouvrages écrits 
antérieurement; ce sera un véritable Ma- 
nuel élémentaire, et c'est là le titre que 
vous devriez lui donner.» 

Préface composée par Chen-ki-snuen, 
de Snu tchéou, en l'année i3g8. 




MANUEL ÉLÉMENTAIRE 



FABRICANT D'ENCRE 

DE CHINE 



L ENCRE DE CHINE 







(FiS ■ 




DES MATIÈRES 

PROPRES A PRODUIRE LE NOIR DE FUMÉE 
(Fig- l.) 




i e bois de sapin, dont on se servait 
anciennement pour produire le 
noir de fumée, a été aujourd'hui 
remplacé, dans presque toutes les fabriques, 
par les huiles de dryandra cordata et de 
graines de chanvre. Cependant, à Kin- 
tchéou, on emploie de préférence l'huile de 
Gleditschia sinensis , et à Sou-tchéou, les 
huiles de graines de chou et de haricot. 



12 



L ENCRE DE CHINE 



Toutes ces matières oléagineuses peuvent 
donner de bons produits, mais il est tou- 
jours préférable, , si cela est possible, de 
n'avoir recours qu'à' l'huile de dryandra 
cor data ; elle seule fournit des encres noi- 
res et brillantes, fonçant en vieillissant ; 
tandis que les noirs de fumée de toute au- 
tre provenance sont incolores, ternes, et 
blanchissent en très peu de temps. 

Voici le mélange que l'on employait au- 
trefois comme combustible pour la pro- 
duction du noir de fumée : 

Bois de brésillet [cesalpina sappan) 

ci 2 catties (') 

Bromélie (brotnelia) i -- i 2 

Pittospore [pittosporum). 1 — 

Amandes pilées 1 — 

Anchuse (anchusa offici- 

nalis) 1 — 

Bois de santal [sandalum 

album ) 1 — 

Gardénia radicans 1 - 1 2 



1. Un cattie = environ 800 grammes 



L ENCRE DE CHINE 



13 



Bulbes d'opoponax 1/2 cattie. 

Fruits du muricia 6 — 

On concasse bien le tout, et on fait in- 
fuser le mélange pendant dix-sept ou dix- 
huit jours dans de l'huile de chanvre, en 
ayant soin de bien l'agiter, une fois par 
jour, avecunegrandespatuleen bois. Avant 
d'employerce combustible, on le fait chauf- 
fer, jusqu'à ce que les corps solides qu'il 
contient commencent à roussir, on écume, 
puis on ajouteThuilededryandra, en avant 
soin de bien agiter pour faciliter Incorpo- 
ration de la matière huileuse. Une fois ces 
opérations terminées, on n'a plus qu'à con- 
server cette préparation, dans des bouteilles 
bien bouchées, en attendant qu'on la trans- 
forme en noir de fumée. 






L KNCIÎE DE CHINE 




\, li^^^jfej^rn, 



C-U-J ClTU 






(l-'ig 2.) 



-.£ 



\ff-- 



(y. 



.12 



\&- 



APPAREIL 



l'Ol/R LA FABRICATION DU NOIR DE FI.'MEE 



DE LE VA PO RATE Ull 

(Fig. 2. 



LJSJ¥<£/] evaporateur est un vase de terre 
j/Jr^j très solide, de forme ronde, à bords 
L^ÉSJ droits et à fond plat; ayant 2 
pieds' 1 pouce- de diamètre intérieur, et 



1. I.e pied chinois - environ 35 centimètres. 

1. — la dixième partie d'un pied, soit 3 centimètre 



i6 



L ENCRE DE CHINE 



3 pouces et demi de profondeur. Une ou- 
verture, assez grande pour que l'on puisse 
y passer le doigt, est ménagée dans sa 
paroi, à peu de distance du bord. 




L ENCRE DE CHINE 







*m 








(Fig- 3.) 




DES L AM PES 

fFig. 3.) 




'es lampes sont de petites coupelles 
faites avec la terre pierreuse des 
jarres; elles ont un diamètre de 
4 pouces 1/2, et leur profondeur est calcu- 
lée de telle façon, qu'une fois en place dans 
un évaporateur, quelqu'il soit, leur bord 
se trouve à 4 millimètres au-dessous de 
l'orifice de ce dernier. Cette condition est 
très importante, car, si les lampes étaient 
trop basses, la fumée se disperserait et ne 
pourrait être recueillie. En général, les 
coupelles sont munies, à leur partie infé- 
rieure, de quatre pieds vernissés avec soin. 



i8 



L ENCRE DE CHINE 



Comme les lampes se salissent assez 
vite, il faut de temps en temps les giatter 
avec un morceau de bambou, et les frotter 
ensuite avec de la cendre de riz; cependant, 
si des dépôts solides se sont formés, ce net- 
toyage ne suffît pas; il faut alors gratter les 
coupelles avec un couteau, les laver à 
grande eau, et les essuyer ensuite avec un 
linge. Quelques fabricants nettoient leurs 
lampes en les plongeant dans l'eau de la- 
vage des riz, qu'ils font ensuite bouillir 
pendant quelque temps, après quoi ils re- 
tirent les coupelles et les brossent avec 
soin. 



L ENCRE DE CHINE 




\â&^gâ0m^&&!^&&i 



DES CONES 




»7a loi me des cônes destinés à recueil- 



lir le noir de fumée est celle indi- 
ÇJ quée sur la figure ; ils sont faits en 
pâte très dure, et ont 3 pouces 3 feunns de 
diamètre à la base, 2 pouces cinq feunns de 
profondeur. Le tuyau qui les surmonte est 
long de 3 pouces; ce qui fait que la hau- 
teur totale d'un cône est de 5 pouces 5 
feunns. L'intérieur, arrondi en forme de 
coupole, est parfaitement poli; et, avant 
d'allumer les lampes, on le lave avec une 
décoction de gingembre. Quant au noir de 
fumée qui s'accumule sur la surface inté- 



20 



L ENCRE DE CHINE 



rieure du dôme, on l'enlève de temps à 
autre avec la main, en ayant soin de reje- 
ter toutes les parties qui sont maculées par 
des résidus huileux. 

Les cônes, pour être tenus en état, doi- 
vent être souvent nettoyés, aussi bien in- 
térieurement qu'extérieurement. 









L KN'CRE DE CH1 SE 




^^■^/^ ^ ^ ^-' — ^ — * ~> ^ — ^ 




(Fig. 5.) 



DES MÈCHES 

EMPLOYÉES DANS LES LAMPES 
(Fig. 5.) 



*i>^\F N P renc * c ' e 8 ros brins de jonc 
f^dT' jaune, très solide, que Ton coupe 
£Î!ÉËb^ aux deux extrémités, afin de for- 



mer des baguettes ayant le même diamètre 
sur toute leur longueur. Une fois les brins 
ainsi préparés, on les réunit en paquet de 
douze, que l'on lie par une des extrémités 
au moyen d'un fil de soie. On prend 
ensuite chaque paquet, et on le roule avec 
les mains sur une table en bois brut, de 
façon à former un faisceau bien compacte. 

4 






22 



L ENCRE DE CHINE 



après quoi on lie l'autre extrémité de 
chaque paquet. En été, il est bon de ne 
mettre que dix brins dans chaque gerbe; 
sans cette précaution, les mèches formées 
de douze brins produiraient, pendant les 
grandes chaleurs, une grande quantité de 
noir de mauvaise qualité: 

Ordinairement on prépare à la fois qua- 
tre ou cinq cents paquets, que l'on fait 
chauffer dans une décoction de bois de 
brésillet jusqu'à ce que le jonc devienne 
violet ; on les fait ensuite sécher au soleil, 
et on les conserve, enveloppés dans du 
papier, dans un endroit bien à l'abri de la 
poussière et de l'humidité. 



*g' 



-^C^ J <S~SZr^J^^Q) 



DU MONTAGE DE L'APPAREIL 



POUR FABRIQUER LE NOIR DE FUMÉE 




orsqu'on veut monter l'appareil, 
dont nous venons de de'crire les 
principales pièces, on place l'éva- 
porateur sur une table de bois, haute de 
3 pieds; on met ensuite au milieu de I'é- 
vaporateur un tuyau en terre d'un diamè- 
tre de 6 pouces, dont la hauteur est égale 
à la profondeur de l'évaporateur, et qui 
est muni à son orifice supérieur d'un re- 
bord large d'un pouce. On dispose autour 
de ce tuyau sept briques plates, et une hui- 
tième au centre de l'évaporateur; on place 
sur chaque brique une lampe munie d'une 



24 



L ENCRE DE CHINE 



mèche, et sur chaque lampe un cône, re- 
posant, d'un côté sur le bord de 1 evapora- 
teur et, de l'autre, sur le rebord du tuyau 
central dont nous venons de parler. 

L'appareil étant ainsi disposé, on bou- 
che hermétiquement le déversoir de l'éva- 
porateur, on le remplit d'eau et on met de 
l'huile dans les lampes. 

Dans quelques fabriques, on remplace 
l'évaporateur, que nous avons décrit plus 
haut, par une auge en bois de sapin très 
solide, surtout le fond qui doit être formé 
de planches très épaisses ; ces auges ont or- 
dinairement 7 pieds de long, à l'intérieur, 
un pied quatre pouces de largeur, et 3 pou- 
ces 1/2 de profondeur. Un trou percé dans 
la paroi près du fond forme le déversoir. 
Cet évaporateur, qui peut être en pierre, 
est rendu parfaitement étanche au moyen 
d'un enduit fait avec des étoupes, de la 
chaux et de l'huile. Pour monter cet ap- 
pareil, on le place sur deux tréteaux hauts 
de 3 pieds, on le divise en deux parties 
égales par une cloison parallèle à ses 
grands côtés; puis on dispose dans cha- 



L ENCRE DE CHINE 



25 



que division une rangée de briques por- 
tant des lampes, sur lesquelles on place 
les cônes. Une auge ayant les dimensions 
que nous venons de donner contient 
ordinairement vingt lampes. La mise en 
marche et l'entretien de cet appareil sont 
les mêmes que pour celui que nous avons 
décrit plus haut. 



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L ENCRE DE CHINE 

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(Fig. b.) 




DE LA FABRICATION 

DU NOIR DE FUMÉE 

(Fig. 6.) 



ttin?*Z ES me 'l' eures saisons pour fabri- 
^M^a quer le noir de fumée sont la fin dé 
_i22!Ll 1 automne et le commencement de 
l'hiver ; pendant l'été, les produits obtenus 
sont souvent jaunes. Cependant, on peut 
obtenir un beau noir durant cette époque 
de Tannée, en ayant soin de diminuer la 
grosseur des mèches, et de verser souvent 
de l'eau fraîche dans l'évaporateur. 

On choisit, autant que possible, un jour 
calme, on place les évaporateurs, dix au 






" ' , • 
28 't ENCRE DE CHINE 

■'■. *' 

plus, dans une chambre bien éclairée et 
bien fermée, dont les murs sont complète- 
ment tendus de draperies destinées à em- 
pêcher la poussière de voltiger. L'unique 
porte de cette pièce doit être petite, s'ou- 
vrir du dedans en dehors, et avoir un seuil 
très élevé; pendant l'opération, on la re- 
couvre d'un rideau en papier. 

Les évaporateurs étant disposés de façon 
à ce qu'on puisse facilement se servir des dé- 
versoirs, on lesremplitd'eau, on verse dans 
chaque lampe huit feunns ' d'huile et on 
les allume. Une fois les lampes allumées, il 
faut éviter tout mouvement de l'air dans 
la chambre; sans cette précaution, la fu- 
mée se disperserait et ne donnerait que 
très peu de noir. D'heure en heure, on 
change les cônes, on allonge les mèches, 
et on enlève la partie charbonneuse de ces 
dernières, pour maintenir la formation de 
la fumée, en ayant soin de ne pas laisser 
tomber de résidus dans les lampes. Quant 
aux cônes que l'on a remplacés, on enlève 



1. Il s'agit d'un poids qui égale 3 grammes 8 environ. 



L ENCRE DE CHINE 



2g 



le noir de fumée qu'ils contiennent avec les 
barbes d'une plume d'oie, et on les nettoie 
avec soin pour les replacer ensuite sur les 
lampes. Si l'on tarde trop à changer les 
cônes, le noir devient jaune. 

En une journe'e, on change ordinaire- 
ment vingt fois de cônes, et cent catties 
d'huile fournissent ainsi huit catties de 
noir très pur. Les fabricants font un seul 
paquet du noir recueilli pendant deux 
jours. 

Pendant l'opération, il faut surtout 
veiller à ce que le noir de fumée ne soit 
maculé ni par l'huile ni par les débris 
des mèches. 

Quelquefois on place dans chaque lampe 
trois ou quatre graines de bois de molu- 
que concassées, pour augmenter la fumée. 



<JHfeV> 



L ENCRE DE CHINE 




I 






DU TAMISAGE 



IJ U NOIR DE F !' .M É E 



Fig. 7-) 



•'^m^ N tam ' se ' e no ' r a v ^c un tamis 
JgT- très fin, dans un grand vase bien 

/^it-^ a. vernissé à l'intérieur, et on rejette 
le résidu qui reste dans le tamis. La pièce 
où Ton fait cette opération doit être aussi 
bien fermée, et à l'abri du vent. 

Le noir de fumée tamisé est ensuite 
mis dans des boîtes en papier, à carcasse 
de bambou, qu'on suspend aux solives 
du plafond d'une chambre bien sèche, car 



32 



l'kncrk de CHINE 



l'humidité abime le noir de fumée. Dans 
quelques contrées, on remplace les boîtes 
par des cornets en papier de Corée. 



«fc 



W 



I 



L ENCRE DE CHINE 




'■U&ièt. 







(p'g 8.; 



"a^nSSy Vfc^'rsSy < & ! >ïfs5& 



J) E LA PREPARATION 

DE LA COLLE 




®**^b fabricant d'encre doit se servir de 
colle de poisson transparente et 
blanche comme de la soie écrue, 
on la laisse pendant une nuit dans de l'eau 
froide, pour la ramollir, et on la brise 
ensuite en petits morceaux avec un mar- 
teau. On enveloppe la colle ainsi concassée, 
dans des feuilles de bambusa latifolia, en 
y mêlant cinq graines des moluques con- 
cassées par cattie de colle, et on fait chauf- 
fer les paquets dans une marmite jusqu'à 
ce que la colle commence à bouillir, on lu 



■ 



I 



34 



I. ENCRE DE CHINE 



triture bien pour faire disparaître les gru- 
meaux, et on la verse dans des flacons à 
large goulot. Quelques heures après, on 
verse la colle dans la solution (voir page 
3q) très étendue d'eau, et on fait fondre le 
mélange en le chauffant. 

Quelquefois la colle se durcit à la pre- 
mière cuisson et ne se fond pas, il faut 
alors la découper en plaques minces de la 
grandeur du bout du pouce, et, avant de 
la verser dans la solution, on y ajoute un 
peu d'eau pour la ramollir. Quelle que soit 
la colle employée, il faut toujours la faire 
fondre lentement et à petit feu; pendant 
l'opération, on agite avec une cuiller de 
bambou, et, lorsque la fonte est termi- 
née, l'écume doit avoir complètement dis- 
paru : si la colle est bien pure et sans 
écume, l'encre obtenue ne contiendra pas 
d'huile, ce qui est très important. 

Quant à la quantité de colle qu'il faut 
ajouter au noir pour faire la pâte d'encre, 
elle varie suivant les saisons; cependant, 
en général, pendant l'hiver et le printemps, 
il faut employer peu de colle et beaucoup^ 



L KNCRE DE CHINE 35 

d'eau, et faire le contraire pendant l'été et 
l'automne. 

Les proportions de colle de bœuf et de 
solution, nécessaires pour dix catties de 
noir d'huile de dryandra, pendant les dif- 
férentes saisons, sont les suivantes : 



I er mois ,'). 2 e , 10' 

y mois , b e et 8 P .... 



1 1*, et i i e 



Colle 

de hœul. 



Catt 



4 '/* 

5 1/2 



e mois et 7 e 6 



Solu- 
tion. 



les. Catties 



Pour chaque livre de noir de bois de sa- 
pin, on emploie quatre ou cinq catties de 
colle de bœuf, quelle que soit la saison, et 
1/2 livre de solution. 

La colle fondue doit être passée à tra- 
vers un morceau de soie ttés fine ; la toile 
ne pourrait servir pour cette opération, et 
laisserait passer des grumeaux qui ren- 
draient l'encre mauvaise. La solution, elle 



1. 1j année chinoise commence en février, tantôt au 
commencement et tantôt a la fin de ce mois 






36 



L ENCRE DE CHINE 



aussi, doit être passée, mais avec encore 
plus de soin ; on se sert alors d'une étofie 
de soie mise en double. 

Certaines personnes, peu versées dans 
l'art de la fabrication de l'encre de Chine, 
se sont appuyées sur l'autorité du poète 
Po, qui dit dans un de ses chants : « Il 
faut battre dix mille fois la colle de poisson 
avant de l'employer dans les fabriques 
d'encre, » pour avancer que la colle de 
bœuf ne pouvait servir à faire de l'encre ; 
et, aucun fabricant n'ayant voulu se don- 
ner la peine de détruire ce préjugé, il a 
pris racine, et il est maintenant bien peu 
de gens, même ceux qui savent ce qu'il en 
est, qui osent dire que la colle de poisson 
ne fournit jamais une encre très bonne. 
Pour ne citer qu'un exemple, j'ai connu, 
il y a environ cinquante ans, un habitant 
de Kin-si, nommé Ou-ko-leang qui faisait 
de l'encre avec de la colle de bœuf, et les 
produits qu'il obtenait à l'aide de ce pro- 
cédé n'étaient inférieurs en rien aux an- 
ciennes encres. 

Pour employer avec succès la colle de 



L ENCRE DE CHINE 



bœuf, il faut choisir celle qui est bien cuite, 
jaune et transparente; cependant le mieux 
est encore d'avoir recours au procédé 
mixte, et à mélanger neuf parties de colle 
de poisson avec une de colle de bœuf, 
en ayant soin de ne jamais augmenter 
la proportion de la première, une trop 
grande quantité de colle de poisson ren- 
dant Temploi de l'encre difficile. 

Pour fabriquer la colle de bœuf, on em- 
ploie de préférence de très bonnes peaux ou 
bien les déchets des fabriques de tambour ; 
quant aux débris des boucheries, ils ne don- 
nent qu'une colle sans force. Si la colle est 
bonne, l'encre est solide et peu pesante. 

L'habitude que l'on a, dans quelques 
ateliers, d'employer peu de colle et beau- 
coup de noir de fumée, a donné naissance 
à un produit, dit à colle faible, très noir, 
très brillant, et dont la vente est pour cela 
très facile, mais avec le temps il perd sou- 
vent toutes ses qualités éphémères. 

Le meilleur procédé pour fabriquer des 
produits qui s'améliorent .en vieillissant 
est le suivant. On prend : 



38 



L ENCRE DE CHINE 



■ 



Noir d'huilede cynandra. 10 catties. 
Vieille colle de bœuf. ... 4 — 1/2 
Vieille colle de poisson.. 1/2 — 

Ecorce de frêne 1/2 — 

Ecorce de sou-mou 1/2 — 

On mélange le tout en ajoutant un peu 
d'eau, on fait chauffer au bain-marie, on 
pile, et Ton forme des pains avec la pâte 
ainsi obtenue. 

Ce procédé de préparation n'est pas le 
seul en usage, et nous allons maintenant 
dire quelques mots des autres méthodes 
les plus pratiquées. 

Dans le procédé à la colle chaude, on 
n'emploie pas la colle lorsqu'elle est bouil- 
lante ; après l'avoir seulement fait fondre, 
on la mêle avec la solution et on fait 
chauffer le tout jusqu'à ce que les gru- 
meaux aient complètement disparu. Si, 
pendant la cuisson, le mélange s'est beau- 
coup réduit, on ajoute un peu de s»Iution. 
On mélange ensuite le bain, ainsi préparé, 
au noir de fumée, on en forme des pains 
que l'on solidifie en les faisant chauffer au 
bain marie, après quoi on brise ces pains. 



L ENCRE DE CHINE 



3q 



on en pétrit bien les morceaux avec les 
mains, et on forme des bâtons d'encre. 

Avec le procédé à la colle froide, on 
emploie de la colle presque froide; on la 
dissout, sur un feu doux, dans la dissolu- 
tion ; puis, dès qu'elle est à peu près fondue, 
on la verse sur le noir de fumée, que l'on 
pétrit avec les mains en bâtons. Le grave 
défaut de cette méthode est de ne pas in- 
corporer bien également la colle dans le 
noir de fumée, aussi un bon fabricant ne 
doit-il jamais y avoir recours. 

Les meilleures époques de l'année pour 
préparer la colle et fabriquer l'encre sont 
les r r , 2 e , 10 e et i i e mois. Dans la saison 
chaude, la colle reste liquide et les bâtons 
se brisent en morceaux ; pendant l'hiver, 
elle se gèle et les fait éclater. On peut ce- 
pendant fabriquer, pend tut toute l'année, 
les pe'its bâtons d'encre. 



<qp 



L KNCHE DE CHINE 










(F'g 9.) 




D fcl,S SOLUTIONS 

LES PLL'S EMPLOYÉES DANS LES ATELIERS 

( Fi g- 90 



^JWa solution est destinée à assurer la 
AJy>=\ conservation de 1 encre; grâce à 
^ikgîLi elle, la colle conserve sa force, la 
couleur noire ne pâlit pas, et les bâtons 
restent aussi durs que la corne d'un rhy- 
nocéros. Les anciens fabricants ne négli- 
geaient jamais l'emploi de la solution, et 
arrivaient ainsi à obtenir des produits bril- 
lants et bien polis. 

Malheureusement, parmi les différentes 
solutions usitées dans les ateliers, il enr&ir.T** 
bien peu dont l'emploi ne présente/ayjun 

1 & 



L ENCRE DE CHINE 



I 
I 



inconvénient. C'tst ainsi que la solution 
composée de couperose verte et de lapis 
bleu précieux décompose la colle et lui 
enlève sa force ; celle au musc et au blanc 
d'œuf absorbe l'humidité et rend l'encre 
hygrométrique ; celle d'écorce de racine 
de grenadier et de gomme-gutte la blan- 
chit; celle d'écorce de frêne l'empêche de 
marquer sur le papier. 

Les meilleures solutions sont : celle 
d'aconit qui donne de la force à la colle; 
celles d'auchuse, de bois de crésillet, de 
butea frondosa, de vermillon et d'or en 
feuilles, qui donnent à l'encre une belle 
teinte foncée appelée par les fabricants 
nuance nuage orageux. 

La colle de poisson doit noircir l'encre, 
et, si elle est en trop grande quantité, elle 
colle le pinceau. Il en est de même pour 
la colle de bœuf qui abîme l'encre lors- 
qu'elle est employée sans mesure; l'encre 
devient alors blanche, au lieu de prendre la 
nuance nuage orageux. Quelle que soit la 
colle dont on se sert, on doit toujours la 
prendre vieille. 



L KNCRE DE CHINE 



Certains fabricants essayent de faire dis- 
paraître la mauvaise odeur de la colle et 
du noir de fumée à l'aide de parfums; 
mais les matières qu'ils emploient dans ce 
but détruisent toujours la couleur de l'en- 
cre, et, comme la cuisson au bain- marie 
les décompose, leur emploi n'est d'au- 
cune utilité. Cependant, l'eau de rose con- 
serve assez bien son odeur, mais le mieux 
est encore de mêler au noir de fumée, lors- 
qu'on le forme en boules, un peu de cam- 
phre et de musc. 

Pendant l'hiver, il faut préparer la so- 
lution la veille au soir; en été, on la fait 
le jour même de très bonne heure on 
peut alors l'employer sur les huit heures 
du malin. Au moment de s'en servir, on ' 
verse la solution dans une marmite, et on 
la fait chauffer jusqu'à' ce qu'elle com- 
mence à s'épaissir. On fait fondre la colle, 
on y mêle un peu de Ching-jen concassé, 
on l'écume avec soin, et on la verse dans la 
solution; on fait ensuite bouillir le mé- 
lange, on le mêle, encore chaud, au noir 
de fumée, et on forme avec ce dernier des 



4+ 



L'ENCRE DK CHINE 



boules que l'on fait sécher dans un endroit 
ombragé. C'est à cette période de la fabri- 
cation que l'on essaye la qualité de l'en- 
cre. 

Si, pendant la cuisson du mélange, il ne 
se produit pas d'écume, l'encre sera très 
pure. 

Les solutions au camphre, au musc, au 
cinabre, au teng-houang et au kai-po 
s'emploient sèches, en grains que l'on 
mêle au noir de fumée. 

Kn résumé, pour obtenir de bons pro- 
duits, il faut que : i" le noir de fumée soit 
bien pur; 2° que la colle soit bonne et en 
petite quantité; et .3°, qu'elle soit bien pilée. 
Si ces trois conditions sont remplies, il est 
inutile d'avoir recours à une solution 
quelconque. 



L KNCRtî DE CHINK 





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•Ws>3 mm- rf>3 :<i>3 e<5>î e<i>3- t<*>; mm t*3"c*j"t<^î 



PETRIR LE NOIR DE FUMÉE 



[Fis. 10.) 




«■, e pétrissage du noir de famée ne 
^J peut se faire que pendant les p!e- 
J mier, deuxième, troisième, neu- 
vième, dixième et onzième mois. 

On prend une livre de noir de fumée 
bien pur, on la verse dans un vase en por- 
celaine blanche, on me: ce dernier sur un 
escabeau, et on verse ensuite sur le noir 
la colle chaude fondue dans la solution, en 
ayant soin de faire passer cette dernière à 
travers un tamis que l'on place sur l'ori- 
fice du vase. On brasse ensuite la pâte 



40 



L ENClîE DE CHINE 



ainsi formée, et on la réduit en une pou- 
dre impalpable. On forme alors des boules 
avec la poudre qui s'attache aux parois du 
vase, on enveloppe ces dernières dans des 
morceaux de toile, et on les fait cuire au 
bain-marie. 

Les grosses boules sont plus difficiles à 
faire que les petites; mais, si la pâte n'est 
ni trop dure ni trop molle, on peut ce- 
pendant en confectionner sans grandes 
difficultés. Lorsque la pâte est trop dure, 
elle se brise et les mains de l'ouvrier lais- 
sent leurs empreintes sur les boules. 

La pâte qui doit servir à faire les bâ- 
tons imprimés doit être très molle : sans 
cette précaution, elle prendrait mal l'em- 
preinte du moule. Pour obtenir une 
encre très brillante, il faut aussi employer 
la pâte très molle et la brasser pendant 
longtemps. 

En général, il vaut mieux que la pâte 
soit un peu sèche que trop délayée; il 
faut, par conséquent, éviter avec soin 
d'employer la solution en trop grande 
quantité. 






. 




DE LA CUISSON DES BOULES 



Fig. i i ) 



KvÂfen n place les boules, enveloppées 
\ï\[fé£ i dans des morceaux de toile, 
dans un vase en faïence ou en 



lOzT 



bois, dont le fond est tapissé de bandes 
de roseaux, et que Ton recouvre d'un 
couvercle fermant bien hermétiquement; 
on met ensuite le tout chauffer au bain- 
marie dans une marmite, sur un grand 
ieu. Après quinze minutes d'ébullition, 
on éteint le feu, on laisse la vapeur se 
condenser, on ouvre ensuite le vase, et 
Ton porte les boules aux mortiers. 

Pendant l'opération, il faut bien entre- 



4 8 



L ENCPE DE CH1XE 



tenir le feu; et, pour rendre la cuisson 
plus égale, on peut diviser les boules en 
trois ou quatre fournées que l'on réunit 
ensuite dans les mortiers. 

Si, après avoir été pilées, quelques bou- 
les restent dures, on les arrose avec un 
peu de solution, et on les fait recuire au 
bain-marie. On en agit de même avec les 
boules qui ont été laissées de côté après 
avoir été pesées, et qui se sont tellement 
durcies qu'on ne peut les briser avec un 
marteau. 



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I. ENCRE DE CHINE 



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(Fig. 12 ) 




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c<*>3 E<:ï>3 ?%>î ifi^i- i-q£>5' c^S &%&■ t<ï>3 fc<ï>3- t°S?i- 



DU BATTAGE AU MORTIER 



.Fie. 13.) 




s^ mortiers employés pour cette 
opération doivent être en pierre, 
Il et avoir intérieurement la forme 
d'une marmite profonde ; les pilons sont 
en bois de gattichier, et doivent avoir au 
moins 2 mètres de longueur. 

On place les boules cuites dans le mor- 
tier, on les aplatit en forme de galette, 
et deux hommes la battent lentement 
avec les pilons. Lorsque le gâteau est 
bien formé, on le divise en deux, on con- 
tinue à battre une des moitiés, et on fait 
cuire l'autre au bain -marie; on fait en- 



30 



L ENCRE DE CHINE 



suite cuire de la même façon la moitié de 
la galette que Ton a laissée dans le mor- 
tier , Ton remet dans le mortier la 
moitié qui a été cuite au bain marie, et 
Ton recommence cette opération jusqu'à 
ce que la pâte soit bien faite. Pendant 
le battage, on relève, à plusieurs reprises, 
les bords de la galette sur le centre pour 
que la masse soit battue bien également. 
On commence le battage à huit heures 
du matin, en ayant soin de maintenir la 
pâte tiède et d'accélérer le mouvement 
insensiblement pour empêcher les gâteaux 
de se durcir, et l'opération est terminée à 
midi. Si le gâteau est dur et rebondit sur 
le fond du mortier, un troisième ouvrier 
doit le maintenir au moyen d'un bâton ; 
si la pâte est sèche ei adhère au pilon, on 
ajoute un peu de solution, en évitant avec 
soin d'en ajouter trop. Lorsqu'après avoir 
donné sept cents ou mille coups de pilon, 
la pâte devient molle et bien formée, 
l'opération est terminée. Au reste, on ne 
saurait trop battre la pâte, et les anciens 
disaient avec raison que plus le battage 






LKNCRE DK CHINE 



5i 



duiait longtemps, plus les produite obte- 
nus étaient de bonne qualité. 

Au sortir du mortier, on peut faire une 
pesée approximative des gâteaux, pourvu 
que l'opération soit faite rapidement. 






L ENCRE DE CHINF. 




(l-'ig. 13.) 






DU PESAGE DE L'ENCRE 
(Fig. i3.) 



N^2^>,N sortant du mortier, les gâteaux 
/vjrjil^xj sont pétris en forme de bâtons, 
CË'Mè^ que l'on enveloppe dans des lin- 
ges mouillés; on place ensuite ces der- 
niers, pendant quelques instants, dans 
une marmite, maintenue à une tempéra- 
ture de 5o° environ. On prend les bâtons 
dans la marmite, et on les coupe en mor- 
ceaux suivant la grosseur des pains que 
l'on veut obtenir en ayant soin de leur 
donner une tolérance en plus de quatre 
pour mille pour la perte de poids qu'ils 
auront à subir au moment du séchase. 






H 



L ENCRE DE CHINE 



Une fois les morceaux pesés, on les en- 
ferme dans un vase en porcelaine dont 
l'ouverture est fermée à l'aide d'un mor- 
ceau de toile humide, et on conserve le 
tout dans une auge remplie d'eau jus- 
qu'au moment du second battage. 






m 



L ENCRE DE CHINE 







(Fig. 14) 



^fe^fodfedfodfeafe 



DU BATTAGE DES BATONS 




n ouvrier prend le bâton d'encre 
avec une pince en fer, le place sur 
une enclume, et le bat avec un 
marteau ; après deux cents coups environ, 
la couleur mate de la pâte devient bril- 
lante ; après quatre cents, le brillant est 
parfait et la masse devient dure ; enfin, 
après six cents coups, le bâton devient 
malléable comme la pâle de farine de blé. 
Si, pendant l'opération, l'encre adhère au 
marteau, on l'arrose avec un peu de so- 
lution. Les anciens fabricants conseillaient 
de battre très vite pour obtenir de bons 
résultats. 



L ENCRE DE CHINE 




(Fig. i5.) 



fu/»< fSfa f&\f$q jv ( r\^*< fw'i r^/*, rur rw^ jv^rut r^ 



DE LA FORMATION DES BOULES 
iFig. iS) 




-N place les bâtons, bien for- 
més par le battage, sur une ta- 
ble de bois, dont la surlace est 
bien unie, on les pétrit séparément jus- 
que ce qu'ils deviennent malléables, on 
incorpore le camphre et le musc dans 
la pâte, et on la pétrit de nouveau. 
Pour que l'opération donne de bons 
résultats, elle doit être faite rapidement et 
jusqu'à ce que ks bâtons ne renferment 
plus de noyaux durs et de crevasses; si 
on tarde à pétrir la pâte, elle se durcit 
et ne peut plus être travaillée. Le meilleur 
moyen pour obtenir des boules bien for- 

T 



1 



58 



L ENCRE DE CHINE 



mées, est de ne pétrir que de petits blocs 
séparément, que Ton réunit ensuite et 
que l'on pétrit de nouveau pour rendre 
la masse bien homogène. Si le travail a 
été fait vite, la pâte obtenue est brillante; 
dans le cas contraire, on n'obtient qu'une 
masse rugueuse et de mauvaise qualité. 
Un fabricant consciencieux n'hésite ja- 
mais à renvoyer au pétrissage les boules 
qui ne sont pas unies et lisses comme une 
balle de fusil. 

Après le pétrissage, on aplatit chaque 
boule en forme de pain, et on la fait 
passer au moule. 

Quant aux parfums, dont il est parlé ci- 
après, il faut les piler longtemps avant de 
s'en servir, si l'on veut qu'ils conservent 
leuf force en vieillissant. Pour arriver à 
ce résultat, on réduit en pâte un mé- 
lange d'eau de roses, de musc et de cam- 
phre, on le pétrit jusqu'à ce que la masse 
ne laisse plus entendre aucun son, et on 
incorpore ensuite une petite quantité de 
cette préparation dans chaque pain que 
l'on reforme en boule. 



I 



L ENCRE DE CHINE 










■Il 



1 



e^g @$g g$® g$gg g$^; 



pftteft 



DU MOULAGE DES PAINS 



[Fig. 16.) 



oui; déterminer la longueur et l'é- 
paisseur des bâtons, le mieux est 
l^ffijrk! encore de suivre les préceptes des 
anciens fabricants, qui se tenaient toujours 
dans le juste milieu: les bâtons longs et 
épais sont difficiles à faire, et ils durent 
trop longtemps, les bâtons courts et min- 
ces, au contraire, sont faciles à faire, mais 
ils durent peu et on n'en peut tirer une en- 
cre d'une belle couleur. Aussi, quoique les 
pains longs et épais soient fort beaux, il 
vaut mieux se maintenir dans les limites 
de 3 ou 4 taels (i 14 à 142 grammes). 



6o 



L ENCRE DE CHINE 



Les anciens ornaient les bâtons d'en- 
cre avec beaucoup d'art et de goût, mal- 
heureusement les procédés qu'ils em- 
ployaient pour arriver à ce résultat sont 
connus de peu de personnes; aussi, pour 
éviter qu'ils ne se perdent complète- 
ment, je crois devoir en dire ici quelques 
mots. 



Des bâtons à surface rugueuse. 

C_)n prend un bâton, on le pétrit avec 
soin, et on en forme une boule que Ton 
expose pendant quelque temps dans un 
courant d'air; on repétrit ensuite la pâte, 
on en forme une boule ouverte rugueuse 
que Ton met dans le moule; puis on la 
sèche dans un courant d'air, et on la fait 
passer dans la chaux. 



Des bâtons écorce de vieux sapins. 
I our des bâtons de 8 pouces de Ion- 



L ENCRE DE CHINE 



61 



gueur, on fait des pains de six seulement, 
que Ton enveloppe dans du papier et 
que Ton met ensuite au four. Quand on 
veut obtenir des produits de première 
qualité, on chauffe le four avec un feu 
couvant; pour les qualités ordinaires, on 
emploie, au contraire, un feu vif et clair. 
Dès que les pains sont bien séchés, on les 
retire du four, on les aplatit en forme de 
bâtons, on les passe dans la cendre, on 
les fait sécher de nouveau dans un endroit 
ombragé, et on les brosse avec soin. 






Des bâtons à étoiles d'or 



\_)k prend des pains bien mous qu'on 
arrose avec une solution de colle forte. 
on les enveloppe dans des feuilles d'or, 
et on les fait sécher un instant dans un 
courant d'air. Dès qu'ils sont secs, on les 
pétrit, on en forme des bâtons sans avoir 
recours à un rouleau pour les aplatir, et 
on les met dans la cendre après les avoir 
enveloppés dans du papier. Lorsqu'on 









62 



L'ENCRE DE CHINE 



retire de la cendre les bâtons, au lieu 
de les brosser avec une brosse graissée, 
on les polit avec un morceau de jade. 



Des bâtons à étoiles d'argent. 

Le procédé est le même que le précé- 
dent, seulement on remplace les feuilles 
d'or par des feuilles d'argent. 



Des bâtons à ga-e. 

On garnit intérieurement les' moules 
de gaze grossière et peu transparente que 
l'on fixe avec de la colle. Les moules 
étant aussi préparés, on y place des pains 
encore mous et brillants. Après quoi on 
enveloppe les bâtons dans du papier, on 
les passe dans la cendre, on les fait sécher 
à l'ombre, et on leur donne du brillant 
en les brossant. 




DU DORAGE DES CARACTERES 




: itn fait fondre au bain-marie de la 
colle de poisson, délayée dans un 
peu d'eau aromatiséeavecdu gin- 
gembre; on applique la colle avec un pin- 
ceau dans les creux des caractères qui ont 
été gravés sur les bâtons, pendant qu'ils 
étaient dans les moules ou après en être 
sortis. On fait sécher la colle, on souffle 
sur les caractères des feuilles d'or bien éta- 
lés, et on fait sécher les bâtons pendant une 
demi-heure sur des feuilles de papier ; 
après quoi on frotte avec force la face gra- 
vée avec un pineau neuf à poils écar;és. 






L ENCRE DE CHINE 













DE LA MISE DANS LA CENDRE 

Fig. 17-) 




j our sécher les bâtons, on les met 
dans un séchoir rempli de cen- 
dres de tiges de riz, opération 
qui est appelée, dans le langage des ate- 
liers, « la destruction de la cendre ». 

Le séchoir est formé d'une caisse car- 
rée en bois vert; la cendre qu'elle contient 
doit être bien consumée dans toutes ses 
parties; et, avant de l'employer, en la fait 
sécher au soleil, et on la passe au tamis. 
On place l'appareil dans une pièce bien 
abritée du vent pour éviter que les bâtons 
se brisent. 



66 



l'encre de chine 



Voici comment on charge le séchoir, 
avec trois couches d'encre ; pour un 
moins grand nombre de couches, on 
procède de même, en ayant soin d'obser- 
ver que la couche supérieure doit toujours 
être formée d'un lit de cendre bien éga-^ 
lise : on forme, au fond du séchoir, une 
couche de cendre bien égale, d'un pouce 
d'épaisseur, qui ne doit pas être tassée, 
afin de lui conserver ses propriétés des- 
séchantes; on place dessus un lit de bâ- 
tons d'encre, qui doivent être enveloppés 
dans du papier si leur poids est de plus 
de 5o grammes; on la surmonte d'une 
nouvelle couche de cendre de la même 
épaisseur que la première, et ainsi de suite 
jusqu'à la couche supérieure, qui doit 
toujours être formée de cendres. Pendant 
les deuxième, troisième, huitième et neu- 
vième mois, on met dans le séchoir deux 
lits de bâtons d'encre à la fois; pendant 
les dixième, onzième et douzième mois, 
on peut même aller jusqu'à trois; mais, 
durant le reste de Tannée, il ne faut en 
mettre qu'une seule couche à la fois. 






L ENCRE DK CHINE 67 

Pendant le séchage, on vide tous les jours 
l'appareil, on remplace la moitié de la 
cendre que l'on en retire par de la cendre 
fraîche que l'on mélange bien avec celle 
que l'on conserve et on recharge le sé- 
choir comme la première fois. 

La durée de l'opération du séchage dé- 
pend non seulement de la saison pendant 
laquelle elle est faite, mais aussi de la gros- 
seur des bâtons sur lesquels on opère, et du 
noir de fumée dont on s'est servi pour les 
fabriquer. Pour des bâtons faits avec du 
noir de sapin, de 10 grammes et au des- 
sous, on peut les laisser un jour et deux 
nuits dans le séchoir pendant l'hiver et au 
printemps, et un jour et une nuit pendant 
l'été et l'automne; pour les gros bâtons, 
deux jours et trois nuits sont nécessaires 
dans le premier cas, et deux jours et 
une nuit dans le second. Quant aux 
bâtons faits avec du noir de fumée pro- 
venant d'une matière huileuse, comme 
on employé deux fois plus de solution 
pour délayer la pâte qui en provient que 
pour celle faite avec le noir de sapin, 



6H 



L ENCRE DE CHfNE 






il faut plus longtemps pour les sécher. 
Au reste, le temps nécessaire pour le 
séchage dépend d'une foule de circons- 
tances qui ne peuvent être prévues à 
l'avance, et les chiffres que nous avons 
donnés n'ont rien d'absolu; ce ne sont 
que des approximations destinées seule- 
ment à guider le fabricant. A la sortie du 
séchoir, les bâtons ne doivent être ni trop 
secs ni trop humides : trop secs, ils sont 
sujets à se fendre; trop humides, ils se 
brisent facilement: aussi conseillons-nous 
aux fabricants de ne retirer l'encre de 
l'appareil que lorsque deux bâtons frappés 
l'un contre l'autre produisent un son sec 
et clair 

Pendant l'été, on place le séchoir dans 
une pièce élevée de plafond, fraîche, bien 
abritée du soleil, et on n'emploie que très 
peu de cendres; pendant l'hiver, au con- 
traire, il faut choisir une chambre chaude, 
bien exposée au soleil, et on remplit com- 
plètement le séchoir de cendres L'air, en 
été et en automne étant souvent très hu- 
mide, il peut arriver que la colle se dé- 



L liNCKE DE CHINE 



6q 



compose et perde sa force; aussi les fa- 
bricants consciencieux feront-ils bien de 
cesser le séchage pendant ces deux saisons. 
Au milieu de l'hiver, on a aussi à redouter 
les grands froids, mais on peut toujours 
en éviter les inconvénients en maintenant 
une température toujours égale dans la 
pièce où s'opère le séchage. C'est sur- 
tout pendant le onzième mois que le 
fabricant doit redoubler de précautions et 
faire sécher les bâtons peu de temps après 
le battage pour empêcher l'humidité de 
les abîmer. L'encre qui a été laissée 
trop longtemps dans le séchoir est blanche 
et n'acquiert pas de brillant après avoir 
été brossée. 

Enfin, si la cendre que l'on emploie 
devient humide, on la fait sécher au so- 
leil, ou dans une étuve, si le temps est 
couvert. 

Nous avons déjà dit que les gros bâ- 
tons devaient être enveloppés dans du 
papier avant de passer au séchoir; mais, 
comme il faut prendre des précautions 
spéciales lorsqu'on opère avec des pains 



-O L ENCRE DE CHINE 

de 800 grammes et au dessus, nous 
croyons devoir nous étendre davantage 
sur ce sujet. Voici le procédé employé 
dans le cas qui nous occupe : on place au 
fond du séchoir une couche de cendre pas 
trop sèche, sur laquelle on étend des feuil- 
les de papier ; en place sur le papier un lit 
de bâtons que Ton recouvre avec des feuil- 
les de papier, et on surmonte le tout d'une 
épaisse couche de cendres. Pendantenviron 
six jours, on change toutes les vingt-quatre 
heures le papier et on ajoute unemoitié de 
cendre fraîche, ainsi que nous Pavons dit 
plus haut. Au bout de ce temps, les bâ- 
tons sont secs, on les remet au séchoir 
pendant une nouvelle période de six 
jours, sans papier cette fois, et en ayant 
soin de renouveler la cendre trois fois 
par jour : à sept heures du matin, à onze 
heures et à sept heures du soir. 



^B 



L ENCRE DE CHINE 




(Fig. 18.) 



*&) 



DU NETTOYAGE DES BATONS 

(Fig- 18.) 




près leur sortie du séchoir, on 
^j brosse les bâtons pour les dé- 
J barrasser de la cendre, on les 
place dans un tamis fin. et on les laisse 
dans un endroit bien ombragé pendant 
un ou deux jours; quand ils sont bien 
secs, on les frotte avec un chiffon en 
grosse toile d'abord, puis avec une brosse 
dure enduite de graisse. Cette dernière 
opération permet de juger si le séchage a 
été bien conduit; en effet, si les tâtons 
prennent une belle teinte brillante, c'est 

8- 






7*- 



l'encre de chine 



qu'ils sont bien séchés; si, au contraire, 
ils prennent une couleur cendrée, c'est 
qu'ils sont encore trop chargés d'humi- 
dité. 



StV" 



L KNCRE DE CHINE 




(Fig. I 9 .) 






! ^>3''î»i'"« ^SS-M'^i^ ^ft^i*^*^ A>~»^i#^àft J*"f^^#^îk it- 



DU LAVAGE DES BATONS 

Fig. iq ) 



VT?V^ N P^ce les hâtons d'encre sur une 
planche, posée en travers d'une 
grande auge en pierre remplie 
d'eau, et on les frotte bien avec la semelle 
d'une vieille chaussure en natte, légère- 
ment imbibée d'eau. Après ce lavage, on 
essuie les pains avec un morceau de taffe- 
tas, on les polit à l'aide du quartz agate, 
et on les fait sécher en les suspendant 
dans des sacs aux solives d'un plafond. 

Dès que l'encre est bien sèche, on-l'en- 
veloppe dans du papier; puis, chaque fois 



74 



l'encre de chine 



que le temps est beau, on ouvre les pa- 
quets, on l'essuie avec du taffetas, on 
la laisse pendant quelque temps dans un 
courant d'air, et on l'enveloppe de nou- 
veau. Si cependant le temps restait hu- 
mide, on pourrait, dans ce cas, ouvrir les 
paquets dans une chambre maintenue à 
la température du corps humain, sans ja- 
mais les exposer à une température plus 
élevée. Par ce procédé, on arrive facile- 
ment à sécher la colle en deux ou trois 
étés. 

On peut aussi arriver plus rapidement 
au même résultat en employant la mé- 
thode suivante : dès la sortie des bâtons 
du séchoir, on les fait passer sur un châs- 
sis en bois garni de papier, et placé au- 
dessus d'un petit fourneau chauffé avec 
du charbon de bois; on les enferme en- 
suite dans une boîte en laque, bien polie 
extérieurement, que l'on laisse pendant 
quelques semaines dans un lit occupé par 
une personne. On polit ensuite les bâtons 
avec de la laque de première qualité. 

Toutes les opérations que nous venons 



L ENCRE DE CHINE 



de décrire doivent être faites dans un lieu 
bien abrité de l'humidité, qui décompose 
les encres nouvellement fabriquées. 



*S 




DES MOULES 




ks différentes pièces qui* compo- 
sent le moule , qui sont toutes 
en bois de jujubier parfaitement 
poli, sont : i » la table ( fig. 20), qui 



rê *& 



(Fig. 20.) 



maintient tout le moule; elle mesure 
3g centimètres de longueur, 1 i de lar- 
geur, 3t depaisseur; une cavité, desti- 
née à recevoir le moule monté, est creu- 
sée au centre, et sa face supérieure, au 



l'encre de chine 



lieu d'être plane, est légèrement convexe; 
2° le fond du moule [fig. 21), dont les di- 




mensions sont proportionnées à celles des 
bâtons, et qui porte, en creux, l'empreinte 
d'un de ces bâtons, avec la légende qui 
orne sa face inférieure; 3° les grands cô- 
tés du moule (fig. 22 et 23), dont les deux 






m\ 

te? 



lFi S sa ) 



iFig -3. 



L ENCUE DE CHINE 



79 



extrémités sont terminées par des mortai- 
ses ; 4" les petits cotés du 



moule (hg. 2., 




(Fig. S4O 



et j5 : un de ces côtes (fig. 2b) est concavi 






Les bâtons d'encre de Chine ont, en effet, 
presque toujours une de leurs extrémi- 
tés plane et l'autre convexe; cette disposi- 
tion a pour but d'empêcher de se servir 
d'un pain par les deux bouts, l'extrémité 
plane devant seule être frottée sur l'en- 
crier. Les deux petits côtés sont munis 
d'ong'lets qui s'adaptent dans les mortai- 
ses des grands côtés: 5" le dessus du 



80 L ENCRE DE CHINE 

moule (fig. 26) ; sa face inférieure est ornée 




(Fig. 26 ) 

de paysages et de légendes gravés en 
creux, et sa face supérieure est convexe 
comme la partie correspondante de la 
table. 

Les gros bâtons sont généralement très 
difficiles à bien mouler, et il faut surtout 
les retirer du moule avec beaucoup de 
précautions; aussi le meilleur système 
pour obtenir, dans ce cas, des dessins très 
nets, est d'avoir recours à un levier en 
boi ■> dont une des extrémités est fixée dans 
un mur, avec lequel on exerce une très 
forte pression sur tout le moule. 



I» ENCRE DE CHINE 







/ J l 



I. 






(Fig. 2 7J 




'*»■— 1 




DE L'ESSAI DES ENCRES 



[Fig. *7-) 




our préparer l'encre de Chine 
que Ton veut essayer, on pro- 
mène lentement le bâton sur 
l'encrier, en ayant soin de lui imprimer 
un mouvement rectiligne : on obtient 
ainsi un liquide bien pur et sans gru- 
meaux. Si-Yang-Yong recommande de 
préparer l'encre seulement au moment de 
s'en servir, parce que, dit-il, lorsqu'elle 
est délayée, elle se remplit de poussière 
qui détruit la colle, et rend le liquide sem- 
blable à de la boue. 

Les meilleures encres donnent une cou- 
leur brillante violette, celles de seconde 



82 



L ENCRE DE CHINE 



qualité donnent une teinte brillante et 
noire, et enfin celles de qualités inférieu- 
res sont jaunes. Les bons produits ne 
perdent aucune qualité en vieillissant, et 
leur brillant, qu'il ne faut pas confondre 
avec leur couleur, vient seulement de la 
colle. Anciennement les encres avaient 
de la couleur et pas de brillant, défaut 
qui tenait à l'imperfection des méthodes 
de séchage employées alors. Au contraire, 
les encres dites violettes brillantes de 
première qualité sont foncées, brillantes, 
lustrées, et ne forment jamais de gru- 
meaux. 

Il faut toujours essayer l'encre sur le pa- 
pier; en se servant seulement de l'encrier, 
ou d'une goutte sur l'ongle, on risque fort 
de se tromper. Une bonne encre doit don- 
ner une couleur brillante, foncée, sans être 
trop noire, comme la prunelle d'un jeune 
enfant. Les mauvaises qualités ne pro- 
duisent, au contraire, que des teintes ou 
foncées et sans brillant, ou brillantes et 
sans couleur. 

Enfin, il faut toujoursavoir la précau- 



Mi 






L ENCRE DE CHINE 



tion d'essuyer ave; soin les bâtons dont 
on vient Je >e servir, et, pour préparer le 
liquid 



e, on verse q 



îelqu 



es étantes o eau 



sur la palette de l'encrier, sans tremper 



le 



pan 



d'encre dans le réservoir. 




APPENDICE 



. 




APPENDICE 



LES DIEUX PROTECTEURS DE L ENCRE 




»In Chine où les dieux lares jouent 



un si grand rôle dans la vie du 
peuple des campagnes, les cita- 
dins ont voulu, eux aussi, avoir leurs 
divinités à adorer; de là les génies qui 



38 



L ENCRE DE CHINE 



président, les uns aux opérations de ban- 
que, les autres à la fabrication de la 
porcelaine, et, en général, à toutes les 
professions plus ou moins avouables 
auxquelles se livrent les sujets du Fils 
du Ciel. Les lettrés, toujours à la recher- 
che des expressions qui peuvent ren- 
dre le style moins clair et moins précis 
pour ceux qui n'ont pas eu, comme eux, 
le bonheur d'être initiés aux « finesses de la 
littérature », n'ont pas laissé échapper une 
aussi belle occasion de grossir encore leur 
vocabulaire d'expressions dérivées du culie 
de ces divinités; ils ont tiré de cette mine 
inépuisable des expressions prétentieuses 
pour désigner les choses les plus vulgaires, 
et l'abus qu'ils font de ces prétendus 
euphémismes de langage n'est pas une 
des moindres difficultés que l'on rencon- 
tre lorsqu'on veut lire un ouvrage chinois, 
écrit par un auteur tant soit peu soucieux 
de sa renommée littéraire. C'est dans le. 
but de faciliter l'explication de quelques 
unes des nombreuses locutions, qui four- 
millent dans les œuvres des poètes du 






l'encre de chine 89 

Céleste-Empire, que nous crovons devoir 
faire suivre notre traduction d'une notice 
abrégée sur la divinité qui préside à la fa- 
brication de l'encre de Chine. 

Le Tché-kiu-ko-tsa-tsou nous apprend 
que le dieu qui protège l'encre s'ap- 
pelle houeï-ti '. Un autre ouvrage, le 
Tchouan-i-ki, ajoute que Ton conféra, 
dans l'antiquité, à l'encre le titre de pré- 
fet du parfum noir {hsiuan-chiang-taï- 
tchéou 2 ),et qu'en cette qualité elle devait 
avoir la préséance sur le pinceau qui n'a- 
vait que le rang de sous- préfet (hao- 
tchéou >), et sur le papier qui occupait la 
position infime de chef de district :Tchou- 
kiun 4). 

Un jour que l'empereur Hiuan-tsong, 
de la dynastie des Tang, raconte le Tao- 
kia ping-yu ché, travaillant dans son cabi- 
net, un petit prêtre taoiste, grand comme 
une mouche, sortit tout à coup du bâton 
d'encre qui se trouvait sur sa table et lui 
dit : « Je suis le génie de l'encre, mon 
nom est heï-song ché tchoo 5 (envoyé du 
sapin noir;, et je viens t'annoncer que 



90 



L ENCRE DE CHINE 



chaque fois qu'un vrai savant écrira, on 
verra apparaître sur l'encre dont il se 
servira les douze divinités de l'encre 
(Long-pinn 6 ). 

Les poètes désignent quelquefois l'en- 
cre sous le nom de tch'en-hsiuan 7. 







TABLE DES MATIERES 



Dédicace v 

Introduction vu 

Préface de l'auteur chinois 3 

Des matières propres à produire le noir de 

famée u 

Appareil pour la fabrication du noir de 

fumée. — De l'évaporateur j3 

Des lampes. l -j 

Des cônes ,„ 

Des mèches employées dans les lampes 21 

Du montage de l'appareil pour fabriquer le 

noir de fumée 2 3 

De la fabrication du noir de fumée 2-~ 

Du tamisage du noir de fumée 3j 



94 TABLE DES MATIÈRES 

De la préparation de la colle 33 

Des solutions les plus employées dans les 

ateliers ". . 

4< 

Pétrir le noir de fumée. 4 3 

De la cuisson des boules .-, 

Du battage au mortier 4 „ 

Du pesage de l'encre 53 

Du battage des bâtons 55 

De la formation des boules j 7 

Du moulage des pains 5g 

Des bâtons à surface rugueuse 60 

Des bâtons écorce de vieux sapi ns 60 

Des bâtons à étoiles d'or 61 

Des bâtons à étoiles d'argent 62 

Des bâtons à gaze 62 

Du dorage des caractères.. 63 

De la mise dans la cendre ,., 63 

Du nettoyage des bâtons -, 1 

Du lavage des bâtons 73 

Des moules 77 

De l'essai des encres 81 




IMPRIME 
pour la 

Bibliothèque orientale elqêvirienne 

PAR MARCHESSOU FILS 



LE QUINZE AVRIL- 



M. I). ecc, LXXXII 



1 



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