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Full text of "Books about Maghreb and Andalus"

LA MYSTlQtE D'AL-GAZZAU 



PAR 

i.r^ \)t\ MhiVEi. AsiN Palacios 

Profcssoiir .k> Iniigiie nnibc j< l^l'nivcrsitO dc Madrid 



Onsaiiquolk place extiaotdii.airenierit importaiile occu[iecc theo^ 
log-ien dans la dogmatiqun et hi morale mufeiilma7K.^ { I }. Le seal litre iie 
son ceuvre maltres^e : //.yr.' ^.,/.7./, jd^/in ( FR7/^^,?/;b// rfo ^c/^/^c^j rehyicu^ 
^^sXsumtafairecompiendre que toute sa lYiforme oonsiste a substUiier 
aux formules riUielies et tout ext^rieures, de ia reli^Hon, l'e:^p^nence per- 
sonnolle, vive et intense, de I'esprit relj-ieux, h donner a !a pratique uno 
importance pins grande qu'a la tbeorie, a la morcile un d^veloppement 
plus grand qnVj la dogmalique. 

Or la morale i^est qn'uno prep;iration, un aclieminement a la m^sti- 
f|ue.L\inionouGommumoaLion de I'dme avec Dieu,objet dc celle-ci, est, 



(1) UJoctoiirpourra se .ens^igner siiMa biographic de (Saz^all et atif ar>a r*Je 
d:infl I'hiaCoiro d^ ia Ui.iolo^io muauhnano, on conaulant les Hvrea suivanta : 

SciiHo^DKR3, E^sai sur feUcoks pMhviph'^ucs chezlu Arabes (Pai'is, Didot, IR 12). 

&fuNCK, .VClangci de phHosophle Jun-a ct arabe (Pfli-ia, Franck, lS5f»). 

Macdonald, 7'A. /^/-^ D/ .i/-r;/,fl,;r,/; ( .Journal of the Amoricaa Oriental Socioty ^ 
XX (1809), pp. 71-132). 

AsiJi Palacios, 4^733^/ : UogmOtic,, Moral ij Ascitci (Z^rago/a, Camaa, 1901). 

Caara oe Vaux, f/ffsfl/^ (Pai'ia, Moan, 1002j. 

GoLDzuiER, r<yr/ej«;i*^ert ukr den Isla^u (Heiaolbevg, Wintd^ 1910), 



68 Dr MIGUEL ASIN PALACI03 [2 

par la m^me, la partie la plus eubiimo de la religion. Al-CJazzalt Texpose 
dans uno multitude d'opus^ules, comme le Minhaj, 1© Mlz-an, le Miskat, le 
Magsad, le Kitud al-arba'in, VJmfa\ etc. Mais 1' Jh^a\ dans sa IV^ partie, 
est la source la plus copieuse et la plus sjst^mMtique ; c'est coUe dontje 
me suis principalement servi pour cette exposition de sa tli^ologie mys- 
tique. (Edit. Caire, 131211%). 



^ * 



L'asc^se purgative ii'est n^cessaire quo dans les commencements de 
la vie spirituelle et eomme preparation. Purifi^e de ses vices, Tame peut 
alors ertrer dans la voio qui doit la coiuluire a Funion divine par la con- 
templation et Taraour. Cette voie, ce cJieminj se parcourt en plusieurs 
Stapes, dont cliacune est caract^ris^e par Tacqnisition de certaines qualit^s 
salutaires {a}-munajjiya(\ qui ne sent pas precis^ment les vertus oppos^es 
Ti\\\ vices d^truitSj maispliit6tdes degr<5s de perfection spirituelle^ demeu- 
res ou (I chateaux » {al-maqdmat), oil Tame s'(il6ve dans son ascension gra- 
duelle vers Dieu. 

D'apr6s al-Oax?^ll, on d^mSle, en cliacune d'elles, trois ^Mments : 

V r^i^ment intellectuel, qui se r^duit a un aote de connaissance 
certaine {al-yaq'm)\ 

S^ r^^I^ment^miotionnel, consistanten une aiFection dela sensibilitt? 
interne (ai-kdl); 

3° Taction exterue, ceuvre ou operation (al-^amal), fruit des deux 
elements psjchiques pr&^dents^ coniparaJdesrespectivemeuta I'arbre ct^ 
ses rameaux, 

II n'est pas facile de pr^ciser le iiombre de ces degr^s qui constituent 
la vie unitive. AKlazzilli, comme tous les mystiques, ne suit pas, en ses 
diverges (euvres, un plan identique d'exposition, ni, dans ses enumera- 
tions, un mcme ordre. N^anmoins, dans son I/ii/tt, il paraU adopter la 
classification que lui doTinait toute faile son modt^le, \<t Qnt al-quUfb Ae 
Abu Talib al-Makkl- II y en a neiif, qui sont : la penitence {at-Umba)^ la 
patience dans les adversilfe, (a^-mbr), la gratitude pour les bienfaits di- 
vins(<7i-Jo/T) la crainte {(tl-kavf), Tesp^ranco (ar-raja), la pauvretd vo- 



- V 1? "^jj^ x"^ - km 



^J I'A MYSTIQUE I>'ai^GAZZAU QQ 

lontaire {al-faqr\ le renoiicement au raonde {az-zohd), I'aljiitigatiou de la 
volont4 {at-tawakkol), I'amour divin {al-mafyabba), A ces ueuf degr^s, al^ 
Gaazall en joint qudques autres, a iitre de coroilaires du d*?rnier, commo 
ramourpa^sionn^ de Diea («;-.va?///;, k familiarite ou commerce intime 
avec hii (al-ons), ot la complaisance an ton plaisir divin (t^r-nVA;) ; onfin, 
comme aur<<olant 8-5n^raIement tous les degr^s, la pureW e"t sinc^riti 
trintention {al-ihlas was-svlq), Viennent enfin les exercices spidtuels qui 
tavorisent le progrts dans la vie iinitive : lels sent I'examen de conscience 
(fi/-mwv?ytf*a?/^«/-/«z//^«j^itf),et la meditation ou oraison nientale («/-/ff^ 

M-/w;,L'iiituUionet la muUonderesseiice divine dans rextaee^^^ 

me de tout cediemin, accessible en pnrtie par Tolfort pcrmmel dii mvs- 

tique.eomme fruit de lac^iuisition des degres, mais surtout comme don 

gratuit {al-matvahib) dont Dieii honorc ses elus. (Cfr. Kitab al-imla\ apud 

llhafi\\x Sayyid Mortadri, I, 24 1). 

Telio est la synt!i-^se de la mystique d^a-Gaz/all, suivant qu'elle ost 

contenue daus la IV^ partie de lV/iy«\ L^ inati^re est tri^s abondante et 

plus difficile a resumcrr[uerafccetiquc, a raisondeiasiibtiiite des concepts, 

etdeTanipleur brillaiito de la forme, egal^^merjt inaptes a passer dans 

une traduction et dans iine exposition fniymentaires. 



L —Penitence {llvjfi\ IV, 8). 

C'est la parte de la vie unitive. Etlo consisfe dans la conmtion que ie 
p(5ctic est prejudiciable au salut de PAme, puisqu'il !a so^-are de sa fin, 
Dieu, unit|ueobjet digue d'etre aim^l, Cfstte foi vive provoque une douieur 
ouaflliction qui senommo repentir {an-nadam), Ifquel a sou tourimpli- 
queiavolontede poser ceitains aoU.'S d(Uerrnines, c.-a-d. le ferine pro|>o3 
{al-qasd). Ces actes se refi^rent : ou au presnnt (abaudonner Tetat ou I'oc- 
casion actuolle (tu peclu?), ou a TaveTjir (cvite]' ioutes les occasic^ns on 
dangers de pecber jusquVi la fin de la vie)^ ou au passe {expier et r^parer 
le mal fait, au moyen d'actes contraires). La neceKsit*^ de ce premier de- 
griis'intere, scion al-Oazzali, de ce que Ie pecbe est un ^loiguement vo- 
lontaire de la fin derni^re pour se porter vers la creature ; il est done nd- 



"^ Di' MIGUEL ASi'n PALACIOS [4 

cessaire que k volont^ abandonne celte inclination, avant dese r&oudre 
aentrer dans le chemiii qui la conduit a sa Im ; et cet abandon du p^ch^, 
c'est la p6utenc9 : recessus a commutaOili bom, et accessm ad Deiim. 

Que la penitence ne doive point se difKrer, c'est un corollaire de sa 
iiec^ssite, pukqu'a tout n.oment s'impose la necessite de croiro que ie 
pech^ nous siipare de Diou, e.t c'est cot acte de ibi qui engendre la peniten- 
ce. Sa n^cessite doit done s'^tendre a ions les instanJs de la vie. De plus 
e!le oblige tous les homines, menie les proi.li6tes,- Pimpeccabilit^ absohie 
^tant iMipossiblo, - d'antant qu'avaiit I'usDge de la raison se development 
Chez I'enfant les apixil.its ou convoiUses qui detournent de Hieu, en sorte 
que tout homme est coupahle (m^-O au inoiiis d'actes mafm'ie!loment cri- 
minels, 011 d'im perfections et de defauts spiriliiels, et ceux-ci altorent la 
beautc de I'Amo, coinme I'lialeine ternit la surface dn iniroir. Suivant une 
al!%one frequemmcnt empIoj',5e par l'n„tei.r, toute passion a laquolle on 
cMe est un biouiUard qui obscurcit r^.Jat do V(.Tm, une taclie sur sa net- 
tet(5. II ne siimt done pas d'^vKor les Taiites dans la suite, co qui n'efface- 
rait point cellesqui out ete comrniscs : il Ikut rendre a I'anm sa beaute 
par les actes de vertus contraiies, lesquelles font I'oflice du savon qui dis- 
sout les graisses, et de la lunnire qui dissijie les ten^bres. Toutefois, quand 
il s'ag.t de cette classe de defauts on inipariections fnat(?rielles qui ne sent 
point forniellement des p^cln'^s, la iR^ossite .ie la penitence n'est point 
absolue, puisqu'elles ne nous del.uirnent point de la fin ; c'est une n^cessi- 
t^ tijpothetique : I'aspiration - supposee - de I'Anie devote ,Ua perfec- 
tion spirituelle rend Jiecessaire, counue condition, la p<;„itence entendue 
dans son sens le plus rigoureux. Ainsi, a I'boinmP parfait il ne suffit pas 
de possdder les organes iridispensablos a la vie ; il lui imit encore la 
vue, I'ouie, les pieds et les mains. 

Mais ce prdcepte de la penitence manqueralt de toute force obliga- 
toire, si rhomme n't^tait point assure que, faite dans les conditions dues 
elle est accept^e de Dieu. Ponr al-Ga^zall, cette certitude se fondo, a part 
I'lnfaiilible temoignage do la v6v{\^ n'.velee, sur i'incompatibi!it<! du peclio 
et de la grAce en nn ni6me eujnt. H n'q.ugne, — pour continue les in^ta- 
phores pr^c^dentes, - que I'aine iUnmince par la vertu de la penitence. 



5] LA MYSTIQUE d'aL-GAZZALT 7 1 

continue a eire enveiopi>^e siniultancment dans les tenSbres du jxSche, et 
que les taches de la coulpe coexistent avec la blanclieur du savon, L'hypo- 
thSse hylo-raorphique d'Anstote est done id adapt^e a ce pheno^f^6ne sur- 
iiaturel de la justification, ga'al-Oazzall con<;oit, ainsi que St Thomas, 
comnie im motus a cmtrario in contrarium, et oil doit fatalemeiit s'accom- 
plirlaloi physique : wri//;/^b wms, generatio allerius. Fatolit^ qui ne 
iiuitenrien a Faulonomie absolue de Dieu, qui peut Ubreinentd^creter 
ab aetenio la justification, sans k penitence, Toutefois nous sommes surs 
ducontraire par le t^moignage de sa parole. Les doutes qui, endescos 
concrets, peuvent se pn?senter a Tasc^te ne prouvent rien contre cette 
thise,puisque tons cos doutes uaissent du manque de certitude au sujet 
de I'accompHssement deH conditions exigees pour que la penitence soit 
aceeptce, 

Ces conditions, quelles sont-elles ? AKiaz/ali les a grou^x-es en les 
subordoiinant aux trois actes qu'inipliqne Li penitence. Vacic defoi pr^a- 
lable exige, pour etre validn, que notj'e entendenienl se convainque que le 
pecheest une chose a detester, a raison de sa difformite mgme, et de la 
peine dessens a laquelle il nous expose en enter, et parcequ'il nouss^pare 
de Dieu. Toua les autres motifs d'avei^ion pour le jjtiche, qui servient pu- 
rement natiirels, conime la crainte d'un ciiAtiment temporel et de rinfa- 
mie, eta, ne sont ni salutaires ni agreables a Dieu, 

Les conditions de la doulmr d^rivent des prt^cedentes, puisque Ton a 
vu que cette emotion est provoqu^e par Facte de foi, de sorte que si celui- 
ci nnmit toutes les conditions dites, la douleuv sera aussi saiutaire. Pour 
cette raison, al-(Ta:<zali exige encore que le repentir s'etende a tousles 
pech^s de la vie, et nieme encore a tons ceux que I'on n'aurait pas comniis, 
puisqu'cn tons se trouvent des motifs d'aversion identiqnes. Les sympt6- 
mcs de la sinc^rit^ de la contrition sont : la tristesse, la preoccupation, 
lespleurs et les g^inissements; mais surtout,que le c<Bur^prouve de I'a- 
mertume an souvenir des actes coupables, qui auparavant produisaient du 
plaisir dans la m^moire. 

^ 

Pour ce qui est du ferme propos, il exige pr^alablfinient un ea-amen 
jninulieux de la vie pass^e, de T^^tat present, et des dangers et des occa- 
sions futures, A rimitation des asc^.tes Chretiens, notre tlifologien recom- 



^^ Dr MIGUEL AS/n PALAClOS [6 

mande divei-ses m^thodes qui le facilitont. I/une consiste a suivre Tordre 
chronologique, c'est-a-dire, h. parcourir mentalement tous les momente de 
la vie, depuis V^g& de raison jusqu'aii moment actuel, anii^e par ann^e, 
mois par mois, et meme jaiu- par jour, si cVUait possible ; I'autre, k pren- 
dre garde aiix divers pr^ceptes religieux (jeunc, oraison, etc.), aux p^ches 
contre Dieu, contre le prochain et contre nous-m5nies, aiix peoh^s commis 
ail moyeii des differeiits membres du corps et des diverges facult^s de Ta- 
me, et, dans cliaque groiipe, a ceiis qui sont mortels ou veniels, a ceux 
qui comportent un domma^^'e a la personne, anx biens, on au salut spiri- 
tnei du prochain, a ceux qui exigent restitution, etc. 

Cot examen de conscience conduit noire th^^ologien a etudier ici, 
comme mati^re de la penitence, /e pkh^ei ,ses dassificatioju {lkyn\ IV, 1 2). 
A part sa definition, qui est identique a celle de S^ Augustin (I), il n'y a 
de digne d^etre signaler, que la difference fondnmentale qu'aUJazaali 
^tablit entro !es p^ch^s graves {at-hiba'ir) et les p^ches Ugers (a^-^affa'ir)^ 
distinction essentiellemcnt clir^tienne, par lo principedont elle a'inspire. 
Notre th^ologien repousse Topinion ^troite de certains rigides as'arites et 
suits, comme IbnFfirak el al-QuS^jrl, opinion suivie par son niaftre m^^nie, 
rimam al-Haramajn, selon laquelle tout pech^ est, par essence, une offen- 
se grave de !)ieu et n'admefc pas de degres sous ce concept. Inclinant lui- 
mSme a !a doctrine plus benigno des nuiHazilites, il acquiesce a Taulorit^ 
de la r^v^lation, laquelle parle toujour^ dans la supposition qu'ii y a des 
p^ches s'effa^ant par le seal acconiplissemeni du prt^cepte quotidlen de 
la priSre, et par le sojn d'eviter ies autres p^clies que la m*!me r^v^lation 
declare dignes du feu de I'enfer. Les preiniej-s sont done veniels ou lagers 
si on les compare aux derniers. La rftgle, pour pr^.ciser lo nombre des p^ch^s 
graves, no pent etre quo le texte du QorVm et du Proph^te ; mais, comme 
ees sources d'informaiion no sont pas assez explicites, al-dazaali entend 
qu'onne peut indiquer, d*une fagon certaine, que les^e^/'^^ et les^s/}^e^s 
des p^ch^s graves ; pour ies pr<iciser individuellement, il n*ya qu'une pro- 
bability. 



(1) ('Dictumj factum vol coacuE-itum contra leg-era Dei feteinamn {Conira FauHum, 
XXJl, 27): J^Jji -r^ J JUT^i^v ^\^jA I- jr (/^t/rlMV, l2Aism22). 



7] hk MYSTIQUE dVl-QAZZAU 73 

li y a, selon lui, trois genres aupremes de p^ohfe graves : l*'Ceux qui 
s*opposent ^ la flnderiiit^re de la religion, qui est la conuai^ance de Dieu ; 
telle p, ex,, I'infid^lit^ ; 2** coux qui d^truisent la vie physique de rhom* 
me, moyen n^cesssaire pour cette fln, comme Thomicide ; 3° ceux 
qui rendent cette vie plus p^nible en d^truisant les richesses, comme le 
vol. Sous ces genres, al-Oaszall s'efforce de distribuer syat^matiquement 
tous les p^ch^a que la r^v^tation condamoe comme morteSs taxativement, 
et laisse ea un doute discret les cas concrets que la r^v^lation ne r^sout 
pas. II remarque toutefois (1) qtie tout p^ch^ veniel peut devenir grave 
pour diverses causes, comme sent sa r^p^titiou fr^quente, le fait de n'y 
attaciier aucune importance, la delectation intense avec laquelle on le 
commet, la confiance exagi?ree dans le pardon, etle scandale. L'examen 
de conscience faciiite par cette doctrine, aKiazzali s'occupe de dissiper les 
ansieU^^sdcs esprits scrupuleux, car, dit-il, quant au Kombre precis des 
pech&commis, il suffit d'un caicul approximatif et prudent. A mesure 
que se fait cet examen, il cons<^ille de n'en ix>int confier le r&ultat a la 
seule m^imoire. Comme il ^tait d'usage parmi les raoines chr^tiens de TO- 
rientjilrecommandedeuoter par eerii les probes, en nientionnantleur gra- 
vity, leur nombre, leurs complices etleursvictimes; ce dernier point, parce 
que le penitent doit se proposer la reparation, en recherchant ceux qu'il a 
scandalises, pour reparer ie scandaloj ceux auxquels il a nui, pour les d^- 
dommager, ou restituer les biens mal acquis. La prudence, il est vrai, doit 
pr^sider a toutcs ces reparations, dans le but dMviter un plus grand mal ; 
en cas de graves difficult^s, la faute peut et doit s'expier par des au- 
mones ou d'autres actes de vcrtu. Pourtaot, on n'est pas excus^ de cette 
obligation par quelque l^ger inconvenient ; en matiSre de justice, al-Gaz- 
z^ll invoque toujours un axiome qui parait un &ho de celui de St Augus- 
tiu : fl Non remUtitur })eccatum, nisi resHtuatur ablatum (2) ». 11 est cer- 
tain que toute cette preparation de la penitence, par le moyen de Texamen, 
est laborieuse et difficile ; mais le souvenir du jugcment final servira 



(1) Nous citoDa son opinio lit sans la diBcuter. 

(S) L'aiiome a ^\A mis anasi en aflaonance par loa popuiatlona chr^tienues de Sy- 

10* 



^^ 111' MlGUIiL ASiN PALAOIOS [g 

d'aigujilonpourie U4vot, qui pensera {ICor. X I, 31) que .< si nous nous 
jiigionsnous-mGmesapn^soiit, Jious serious bien en surete au jour du jud- 
gement univer^el ». hn deifiiftre condition qu'exige al-Oazzali pour que le 
ferniepropossoiUalutaii-e.estsoii universalis.; : il doit s'^tendre a tous les 
p^iclios. En revanche, — seiMbla We en cela aux ascites otiretiens,— il n'en 
exige pas uiie efficacite r^alis^^c ou ofTectivc; il suHit que la n'^solution soit 
fernie et inebranlable dans la volonte et le iUm\ lut-elle saivie de reclui- 
te ; parce que I'impecoabilUe n'est j>as le pjirtago <le rhon^me, II n'esL pas 
oblige a autre cbose, quVt fonnerde nouveaii un sincere et fenne propos, 

accompagn^d'unedouleur plus intense, en reitonuit le plus tot possil>ie 
son acte de repeutir. 

Des trois parties esst^ntielles que les tlieolo^iens chj-etiens distin- 
guentdans le sacreinent de penitence, contrition, <'onIessionet satisfac- 
tion, la premiere s'iiarnjonisc exacteinent avec la doctrine d'al-Gazzali, 
Quant a la derniore, entenduc dana le ^ensd^imposition, par le pretre, et 
d\'»cceplation, par le penitent, d^1ctes <letennin(?s, expiatoires .les fautes 
pa.ssees, et niedicinaux en vue des intirrjiites moinles, nous avans vu dans 
rascet]quopurgative(7A//a', in, 44, 47, 56), que aUiaz^'.ali recomman- 
de a tout dovot de se soumettre a tonte sorte .IV^preuves et de mortifica- 
tions, que ledirecteur spirituel voudraluiimpo?ei\ Nous yvejonsaussi que 
la confession des p.'ch('s an diiecteui' est, a son jugeinent, le moy.^n ie pins 
propre a assunn- io salut d.^ IVune. I/iniitation du christianisnie est, cer- 
tes, en ce point, tr^s evidentc. JMais, ^\ quelqne chose y ntanquait, dans 
son i1/m%(edit. Cairo, 18KJ lu^g.), p. 1 1; a^r.azzall a laisse, point par 
point, la forme pratique on rituelL' de la confession, et avec de tels d.Uaiis, 
qu'il n y manque que la pi>-s.-nce du j>n1tre et rabsolution pour que Tiden- 
tit.iavecle sacrement cJu'e;tien soit complete : oxanien, .iouleur, leriife 
propos, pri^^re vocaie .xjuivalente a I'acte de contrition, huuibie attitude 
du corijs prosterne en terre, etenfin d.-claration des pe.^li.'s un a un, a voix 
haute, en la pr<5sen<;e de Dion. 



gi LA MYSTIQUE D*AL-&AZZALI 75 

II, — Patience (lhya\ IV, 44> 

C'est utiG lies douK pnrtios cssentmllcs qui int^grent la vie devote ; 
celle-ci, en effet, ne se congoit pos sans ie combat nsc<?tique contre le ma], 
et tout combat exige r*5nergie et la patience- Ce degr<5 se compose, comme 
tous, de trois tU<5ments : foi, emotion et acfo ext-'^rieur. 

La/b/ nait de la conviction tr^s ferme de rexcellence et de la nf^ces- 
site dn cett-^ vertu, inspin^e par divf^rs mollis: I*' qu'il n'est pasde vie 
spirituelle sansg^iK'rro contre 1(^3 passions et sans victoire de Tdme; 2'' que 
ce monde est un lieu dV}frouveRet d'advei'sitesin<svjlabk;s, qui fondeiitsur 
notre corps (infirmites, douleurs}, sur Jios parents et amis (morts, si'-para- 
tions), surnotrc reputation (caloiiuiics, m^disanc-^s), sur nos biens (vols, 
faiUil'^s) ; or, Fame qui si^ laisse dominer pnr la trislesse, ne jjout s'appli- 
quer a la devotion ; Z" que rinterfsit<'' et le nombre de ces ^idversites sont 
plus grands pour Tame ilevote, dont Dieu aiiuo a oprouver la vertu, pour 
la rendre phis parfaite ; 4" que la Lristesse et le discouragement sont inu- 
tilesdans Tudversito, puiKqu'elies ne peuvent pas TeWiter ; 5'' qu>u eon- 
traire, en rea^issant roritrela triste^soet <>nlni resistant energiquemont, 
Tauie parvicnt an moins a dimirtuor son inlluence ; C* ei^fin, que T)ien 
donnera une recompense infinie et eternolle en <5cbajjg'' d'acfes de patien- 
<ve courts ot liniites {d\\ II Cor. IV, 17), Ki ici, a!-«JazzaU fait appr^cier 
rex<'eUGnco de cette v-^rtn paries temoignages de la ri'velatiouj entreles- 
quels ii compte celui-ci, attribui? a Jc-siis : '< Vous n'obtieiuire/ pas ce qvie 
vons aiuiez, si vous no soudVeK avec patience ce que vons abhorre/ » (cfr. 

.ha. XII, 25). 

Cette conviction produit dans rdme le sentiment ou emofiOJt, qui est le 
S(!Cond clement de la paiienc<'. Al-<Ta//all le d^cnt comme un mouvement 
oil une tendance de TaTne a s*abstenir d'^'prouver la tristesse ou le cha- 
grin dans Tadversite ; c'est rinlnbiti<ui iMiv la volonte qui desire Tuir ce 
qui lui di5[dait. !l est evidmit que c^'ttfi inliilutlen ne pourrait T'tre un elTot 
de la volont*; memo, abandonn^e a ses inipulsions naturelles, sans Taction 
(I'une impulsion surnatureilo, qui est la ^rAce, 



"^^ ni' MIGUEL ASIN PALACIOS [10 

Le3 ae/ej de la patience peuvent ee r^duire a quatre groupes. Le T"" 
est constitud par la resistance aux attaques de la passion et ^quivaut k 
^viter lespichli ; en ce sens, la patience est partie iiit^grante de la veriu 
de penitence. Ace groupe appartient pourtant la patience dans I'accom- 
plissement des preceptes religieux. Au 2« groupe se rattachent toutes les 
adversit^s que notis ;)ourrions Svitev si nous le voulions, comme sont les 
offenses et injures de notre prochain. La patience consiste, en ce cas, a ne 
point rfeister a I'offenseur, apaisant les sentiments de vengeance et m6me 
les desirs de Justice. Le mociWe de ce degr4 de patience, qui est des plus 
sublimes, al-f.azKr.Ii le troiive dans la fonnulechreticium de la douceur, 
que trace I'Evangile (Mallh. V, 38-40)(l). Pourtant le degr^ leplus ^leve' 
consiste a supporter sans se piaindro les f/kf/rdces et iidversit^^s physiques 
et morales quo Dieu nous envoie, et qui sont entitJrement ind(lpendante8 
de notre volonte, cornme la mort des cnfants, la mine des propri^^t^s, la 
perte de la santd, etc. Dans tous ces cas, al-Gazzali a soin de bien distin- 
guerentre cette vertu et I'apathie ateoluo ; il n'est pas question, dit-il, 
de d<5truire la tris{esse et I'aversion que I'adversitd produit fatalement 
dans I'ame, inais de les renfernier dans Tintcrieur du cieur, ^vitant les 
manifestations extcrieures, paroles, larmes et autressignes de depiaisir. 
Pour obtenir cette vertu, il recommande entre autre remMes, d'imiter le ' 
proc^d^ employ^ pour accroitre les forces physiques : s'accoutumergra- 
duellement a porter des poids de plus en plus lonrds, a conimencer par les 
nioindres;la satisfaction de La victoire obtenue en petit encouragera a 
enlreprendre en grand. Pourtant, quand il s'agit do la patience qui con- 
siste a ^viter le pt^cli^, surtout I'impuret^, ii estime, avec les maitres de 
I'asc^tisrae, que la victoire consiste a fair les occasions, quand tous les 
autres remMes n'obtiennent pas le r^suUat. 

( 1 ) <i J^auB, lo fiU do Marie, a dit : Oq voub a dit autiefoifl : Dont |iohi- dent, et no?, 
poui- nez. Kt moi jo vons dia : Nc rfisiale,', pas an iiiai aveo le nial ; maia ai yaolqu'uii 
le frappsilajouedi'oito, oin-e-hii la gaucho i.,olc. (7/,,yv'.', |V, 52, ligne 20), 



1 1] LA. MYSTIQUE D'AL*QAZKA.Li ^^ 



III. — Gratitude (%a^ IV, 58). 

Avec le pr^c^dent, ce degre est le complement de la vie devote, puie- 
fjii'il se rap port e aux bienfaits divins, corome la patience aux adversit^g. 
Son premier ^l^ment essentiel est la foi en cette v^rite : que toutes les 
clioses cr^^es sont des bienfaits que Dieu nouR octroie, comrae nioyens 
pour atteitidre notre fin derni^re ; nous devons, par consequent, corres- 
pondre k son amour et a sa providence^ en no les einplojant que pour le 
seu! objet en vue duquel Dieu les a cr^^s. Pour aider I'dme a se former 
cette conviction, al-Oazzali pnisente uno analyse tr^s subtile de Tun des 
bienfaits de Dieu : la sante du corps. Avec una penetration admirable il 
d^couvre et expose, en un style tr^s brillant, une multitudede causes con- 
comitaiitea aboutissant a ce resultat : aliments fournis par le r^gne ani- 
mal on vegetal, instruments agricoles, Industrie et commerce les mettant 
a la port^e de rhoinmo ; les faculles appr^hcnsives et app^titives de Vime 
preiaut leur concours aux tbnctions veg^tativesde ia nutrition ; Torga- 
nisme, admirablejiK^nt dispose pour la vie physiologique normal© ; la Pro- 
vidence divine qui, par le ininist^'ire des anges gardiens, pr^vient cons- 
tamn^ent les troubles patbologiques et procure la guerison par le moyen 
de la m^idecine, etc. etc. A la inaniSre dcs ascites chr^tiens, il ^numSre et 
puis classifie les bienfaits que chaque individu rc^it de Dieu, gi^n^raux et 
sp^ciaux,intcncursetexterieurs,naturelseisuriiaturels; Dieu pouvait re- 
fuser a rhomme tous les bienfaits dont il Ta combl^, c'est-a-dire :1a vie, en le 
faisantpierreou Streinorganique; la raison, en le creant animal irraison- 
nable ; le sexe male, en le creant femcUe ; Tint^gritti des membres, en le 
faisant boiteux, mancbotouaveugle ;lasante, en le rendant malade; Tiu- 
tplligence parfaile, en le faisant Ibu ou imbecile; Tinstruction, en le laissant 
plough clans Tigrjorance ; la liiniiere de la foi islamique, en le f^isant nai- 
tre infidMe ou polyth^iste ; la vertu, en le faisant m^chant, etc. Tout cela 
est done un effet pur et simple de la bont^ de Dieu onvers Thomme, tout 
comme la beauto physique, les richesses, rabondancc de la famiile et des 
amis, les honneurs, la bonne renomm^e, la science^ etc., puisque ces bien- 



78 



Jyv MIGUEL ASiN PALACIOS [12 



faits no sonl pas acconU-a par Dieii a toutes !es creatures, mais seulement 
;i celles fjii'il a librement clfoisics, 

I/entendemo]it bioii convaincu que tons les biens vieniient d'un Dieu 
qui iiMlait point iK-cossite a nous les doniir^r, it s'eveillera dans lo cceur un 
sentiment ineM do joie et d'humilite, envors l;i bont^ du bienfaiteur^et noii 
esclusivement a raison du bieiflait objnclivement re<,'u, pas mome du fait 
de nous Pa voir octroy^. Dans un present v9a^m d'uu roi, lo sujet appr^cie 
sans doute plus que ce present la Itififjveillance rovale ; ijt;iis, avant tout ef 
plus que toutj la fadlito eu pnssil-ilitt5 ainsi rei^ue d'ox&uler des ordres 
rojaux. Partantde cet exoinple, iA-V'tvm^U distingue deux def:r& finnsla 
gratitude affective : 1'^ joie pour le ikicnfait, cojisid<;rt; eomnir uu sigue de 
Famoiir de Dieu et <;onime presage do sa uusericorde en la vie future ; g'' 
joie — plus pai-i;uto — }K)ur!e bionfait, oonsidiSrt; eomme instrument pour 
m^riterrunion mystique ei la vision beatitique. 

Cette^^iJiotion de gnditude ]H'Ovnfjue des r^fto'd^torniines du c(rur, 
de la laug'ue et dos n(enil)res exti^rictua, Le ni^ur montre sa yratiiude <^n 
pensaritbien de toutes les creature:^, ue depreriant pas meme celles qui 
sont en appai^ence viles et iruitiles. La veix se ropand coutinuellement en 
cris de louai^ge et de reconnaissance a Dieij pour ses bout^s, Les meuibres 
s'emploieiit a le pervir, fV i\ i\\\i<:v tout, re qui ]xsut Ini deplaiie. 

La forme la plus sublirue de la gratitude, pour al-ilaz/Zdl, est celle 
qui a pour olijet !cs adversites pliysiques et n»ornb-s, Dansce sejis, la gra- 
titude se condJiesubtileineniaver la patione--, le ea)iir rsprouvant en m^V 
me temps joie ettristesse pour un mmneobjel, envisage suusdeux aspi'cts, 
Quatienmtilspeuventpj'ovoriuer darksEYune ccttejoie r^n Fadversite : l^ii 
est toujour^ j)ossil>i'^ de soug<u' ades luaux naturels, i-lusgrandsque ceux 

qui nou,seprouvent; 2^ il en cKtd'autres, plus graves que les mauxnaturels: 
ceux de Pordre surnaturel : lo pecb^ et la perte de la f«u ; ?>" toute adver- 

site teuiporelle est tuoindre que la peine que nous mei'iions pour nos fau- 

tes ; pour les infuielos que nous vfiyons prospeior d:ujs cetle vie^ Dieu leur 

reserve un eliatinuiut |ilus l.erril>le et/4rrnol dans la vie futui-e, puisqu'ils 

n'ont point et(S cliaUes eu coHo-ei ; 4" toute adversite tenjporelle est un 

effet inevitable des d*5ciets divitis et urre cause de merited pour la vie fu- 



13] LA MYSTIQUE d'aI^UAZZAM 79 

lure, Wen plus que ne le serait Ja prosp^rit4 ; celle-ci ^lant le principe de 
tout pecliti, tandis que Tadversite nous lapproche de l")ieu. 



IV ct U - Craintc ct Espcrance (J/ij/iV, IV, 104). 

Ce sojit ks deux ailes de la vie devote et, selou une autre metaphore 
du Minhaj (^. 4), rrspf^cfivement lo trein et I'aiguillon de Tdme pour cou- 
rir dans la voie mystique. I/esperance ost uiic Amotion de traiiquille alle- 
gresse que Tame eprouve a penser a I'oMention probable d*une chose 
qu'elie oime. Sa cause est doac cetle penser : Pesprit voit reunies toutes les 
circoiistaijces, ou ]a plupart de celles qui concouicnt a facililer le resul- 
tat. Cette vue et cette Joie d^teiaiinent dans le c^sur une impulsion acfu-c 
a procurer lesautrescirooustances. llanivH^aussirjuerespc^ranceiiait dans 
le cceur a la suite d\m faux jugerueiit dol'intellj^cncc estimant suffisaii- 
tes descirconstances qui ne le sent p.^s ;eii ce cits^remotion ne m^riie pas 
le nom d'osperauce, mais relui de cou/kmce ?/ /itsof re (al-yuru?') jCeRedu 
lalioureur stupide qui veut recolter sans avoir seni^. Ceci suppose, al- 
(xazzali r^duit a qnatre les uiotifs suffisants d'esp^^rance salutaire r I'^le 
dogme de rinfinie niis^^ricorde de Dieu, ant^'Mieure a sa justice, fiinsi que 
(Vazzfill le prouvo dans son Phf/sa/ (eilit Caire, 1319}ieg\), pp, 72-79 ; 
2^ le souvenir de ses innombraWes bienfaits, octroyes par pure g-rdce ; 3" 
la pensee des r<5conipenses qu'il a promises dans le del a ceux qui le ser- 
vent ; 4*" la m^moire des t^moignages d'amour et de pardon que Dieu a 
donnesa Tame devote, dans le cours de ^a vie \}ass6e (Mm/mj\ 55). Les 
resuUats pratiqu^.^s de ce degre mysti([vje sont, entre autres, la lutte pro- 
long^e centre les diverses concupiscences et la [)ersovdrance dans la ver- 
tu, en face de tons les obstacles^ et snrlout les d^lices spirituelles que le 
cteur ^prouve a s'approclier de Dieu et a converser avec Lui. 

Lacrainteest aussi une 6molwn, mais de douleur et de tristesse in- 
tense, pro voqui^e par \d^yi\erepn'se?t/alion que rentendemcritse forme de 
maux graves qu'jl a en horreur et qu'il estime imminents. Pour que cette 
Amotion soit salutaire, elle doit etre engendr^e par des motifs surnaturels 



^*^ Dr MIGUEL ASIN PALACIOS [ 1 4 

qu'al-(!a/.zalir^duii encore a quaire{/l/m%, 54): IMa peiisee des ciia^ 
timents terrilJcs dont Dieu menace ceux qui VolVenscnt ; 2' le lemoignage 
delapropre conscience, qui accuse le d<5vot a raiaon de k multitude des 
p^ch^s de sa vie passee et lui fait appr^hender les perils et les occasions a 
veriir, puisqu'elle ignore si ei!e pourra ies i^viter ; 3^sa propre faiblesse 
physique et morale, qui lui rcudra intoMrables lescliatiments deTenfer; 
4^ et par-dessus tout, iVifrajant mystire de la predestination, qui 
^tant eternellc, est independante de notrc cooperation et de nos m^rites. 
Le^e/fetsde cette ^^moiion peuvenf se taire sentir jusque sur Forga- 

nisnne, ety determiner I'ext^nuation du corps, la disparition des couleurs, et 
m^'uie de violentes crises de pienrs et de geniissements, qui peuvent amc- 
ner des syncopes, la folic et men^e la morl. Dans ces cas extremes, la crainte 
a cess^ d'etre salutaire. II en est de m^me quand Texc^s de crainte a produit 
hfU'sespoir (al-ya's tvaU/umt). Kn ce cas, en elfet, elle cesse d'etre un 
aiguilion pour la vertu et rend impossible toute cetivre bonne, au lieu de 
la faciliter. Le symptome qui iait rcconnaitre la crainte salutaire est son 
inriuence sur la volont^, qu'elle d-Stermincra a subjuguer les app^tit^, a se 
d^gouter dii p^cbe, a trouver du plaisir dans k vertu. Et telle eat, selon 
al-(Tazzali, la raison de ia superioriftS de la crainte sur TespiSrance : elle est 
plus utile pour atteindre la flndek vie devote. Caril reconnait, conime les 
auteurs ascetiques Chretiens, qu'on ne pent ri^^oudre in abstracto k question 
de rexcellence respective des deux degres, pai'ce qu41 faul foujours prendre 
garde aux circonstiuicea personnelles de chaque individu ; et n^anmoins 
ilsed^ciiiea affirmcr qu'en general la crainte est la plus utile, parce 
qu'elle gu^rit de cette coiifiame illmoire, qu'il signale comme le d^faut de 
la majority des hommes de son temps. C'est ee qu'il d^montre dans son 
Kitab 4amm al-Jjurhr Hliya\ 111, 264), en examinant les formes multiples 
et si varices que revet la pr-?somption spirituelle dont sent atleintes les 
diff^rentes classes de la soeiete, non seulement les gens du siMe, mais 
aussi les tb^ologiens, faqlhs, orateurs sacrfe, divots et sufis, Le fond, et 
jusqu'a la forme de son livre en font, en ceci^ un ceuvre de blame, eembla- 
ble au livro De Planctu Ecclesiae d'Alvaro Pelagio. Contre ce vice, pas de 
meilleur remade que la crainte produite par la meditation des/m5 der/iii" 
res (novmima), qn'il d^veloppe dans son Minhaj (p. 58), semblablement au 



'^] LA. MYSTIQUB d'aWUZZALI 



81 



pkn des maitres de rasc^tisme chr^tieii : m^itation de )a justice divine 

dans le cliatiment du p^cJi^ des Anges, d'Adam et de certains proph^tes ; 

meditation de la mort, da jugetnent, de Tenfer et de la gloire. Cependant 

il reconuait que, dans les deniiers moments de la vie, I'esp^rance est plus 

salntaire, parce qu'a ce moment, la crainte, si elle est seale, pourrait en- 
trainer le desespoir. 

La forme la plus sublime et la plus parfaite de la crainte est celle qui 
a pour objet non le chatiment, ni m^me le p^ch^ mais Dieu lui-ra6me : en 
ce sens qu'elle redoute le p^ril d'etre priv^ 4ternellement de la vision b^a- 
tifique, 

VL~PauvrcU{Ihf/a\iy, 136). 

C'est la privation des biens temporels dont le dt5vot a bf^soin pour vi- 
vre. Les ^tats psych ologiqnes oil peut se trouver le/^y/r sont vari^. Le 
plus parfait est I'indiff^rcnce pour la richesse et la pauvret^ sans hair 
celle-'ci ni d&irer celie-la. Apn'js cet etat, vient celuidii pauvrequi renon- 
ceaux richessos parce qu^il lesabhorre, comme tout ce qui pBut Eloigner 
de Dieu, Moins parfait est Tetat de celui qui se tieut pour satisfait de ce 
qu'il a, Hc. resigns a ce qui lui manque, et ne fait aucun effort pour acquerir 
les richesseg, sans cependant les abhorrer, 

L'excellence de la pauvret^ volontaire est nn des themes de la mys- 
tique musulmane ou se rovMele plus clairement Tinfluence chr^ticnne : 
nombreuxsont les textes ^vangeliques cit^s par al-anzzali en confirma- 
tion de ses dires (cfr. iVatih.Vl, 19; XIX, 16-24), et J^sus est pour lui le 
modMe de cette vertu. — 11 analyse subtilemeiit les conditions spirituelles 
quiTintSgrent. Lefagirne doit sentir aucune aversion pour sa pauvret*5 
personnelle, mais y voir un effet de la providence divine. Sans doute, il peut 
lui arriverd'eprouverpourellela r«5pugnance naturelle qu'inspiFe tout 
ce qui est contraire a la sensuality ; et en ceci consiste principalement la 
perfection dMfaglr, qui sera plus grande encore s'il parvient k trouver un 
charme tout spirituel dans ses privations. Le symptome exterieur de cette 
jouissance et dc cette conformite a la volont4 divine^ ce seront des mani^res 

11' 



82 Til' MIGUEL ASIN PALAClOS [16 

affables et douces avec {ous, ^vitant toute plainte et touto lamentation, 
cachant non seulement sapuuvrete, mais meme ses efforts pour la dissi- 
muler, Le fmfir ne doit jaraais s'hufiulier devant le riche, ^ cause de la 
ricliesse de cehu-ci ; ce serait un signs f[n'il la desire. 

Id se pr&eide 3a grave question de la mendirit(5 ct de ses rapports 
avecla pauvrete volontaire, Les sfifls se sunt prt^oixiip^s dc ce probl^ine 
autant et plus que les mystiques clir^ticns. Pour al-Oazz^li, la mendicity 
est illicite au /oyir, a supposer toiijours qa'il ait ^e qui lui est striote- 
ment n^cessaire pour sub^ister' ; un liabit du plus vil tissu, une habitation 
capable de le preserver des rigueurs de la tern p-ira lure, un pain d'orge ao- 
compagn6 d'un condimeiitgrossier ; et cela, en se limitant \\. la sfiule jour- 
n(?e pr^sente. selon le conseii evang«^li(iue, parce que toute prevision pour 
Tavenir est deja une imperfection pour I'^scete. 11 permet de inentUer pour 
le lendemaiif^ uniquement a celui qui se doute fortement qu'il ne pourra le 
fairealors* Ces reslrictioEis impose<^s \m\v al-( JazzalT aux Hufis mendiants 
ne s'appliquent pas, i! er^t vrai, a <^eiix qui ni^nent la vie ceiiobitique ; dans 
ce cas, r^cononie du couvent {hwUm aysUf'it/ya) peut f^xf^rcer la mcndici- 
te dans le l)ut de pourvoir a la sul'sistance d-^ ses fi(^res- D'autres restric- 
tions son t neanmoins indique-'s^qui rendent illicite non seulement la de- 
znando, mais Tacceptation d(4'aumone, meme non soUiciteo. Aum.lo, farftr 
nepeut recevoir aucun objet cerfaijiement ou douteusement ///?(^?/e (/m- 
rani), ni inorne un objet licile (ha/ui), de la main de qui le donne d^ns un 
but rnondain (vanit-?, ostentation otc) ; ce serait, en ce cas, coop^rer au 
p^cbe du riche. Le pauvre doit ej^nloment s'absteriir d'accepter Taumone, 
s'ilsait ne pas rcunirjen sa peisonne, les qualites qiin lui suppose le dona- 
teur, la saintet^ par exeni|>!6, ^i I'aumone lui est faite wtm/u sanditatis ; 
i! est MiSme, dans ce cas, (enu a restitution. 



VII- — Rcnoncciiicnt an mondc {!hyn\ IV, 154). 

L'eMment <7//^c///de c^dogni ile perfection consist© a i^prouverune 
certaine aversion pour toutes les clioses du nionde, en revanche d'un d^sir 



1 7] LA MYSTIQUE D'AL-aAZZALl 83 

plus v^h^ment des choses du cieL II presuppose doncquel^jueattachement 
au monde, maifi siirmontfS mv la vc^hemence de ramour oppose ; ii pr&up- 
■pose aussi la possession reelle on possible des choses du monde auxquellss 
on rononce. Cette Amotion est distinofe do r^motion essentiello a la peni- 
tence, en ce qn'ici il s'agit <lo rononcer, non pos au p^che ou aux occa- 
sions de pedio (a!-ma/izf/ruf), niais a ee qui est licite ou permis {at-muba- 
hat) par la loi divine. Cette ^motioiL est prov-tquee diins Tame par une/o/ 
vive au peu de valeui dn niondej conipare a la vie future et a Dien. Pour 
ovcillor rette foi(.iartsI<s eceui' des devotSjal-<Ta7-zali com^xisa son beau X?- 
vre (hi Mfjpm du j^hmdcf ( Kifab 'tamm ad-dimya ; Iliya\ \\\, 138), dont la 
tli^so fo[id:\mentale,e^sontielleinentehretiojiue, est un simplo nimmenlniro 
de la p.iralM>l<^ evangi'lique qui compare le royaume du eii^l a la perlo pre- 
cieuse {MallhJWW^ i">}. Kt, si nambreux sont Jes tVn;^]nents evan^eliquos 
qn'il insere oji confiiinatiou de sa doctiine, (|u'il est impossible d'en m^- 
coiinaitro la filiadon cliretienne : Jesus ei Jean-n!4»tistc sont souveiit 
presentes ooiunie modules do co dp^re de perfc^ctioiij conformement a This- 
toite evangeiique {MatflK V], 19, xi4 ; VII, 26 ; Vlli, 20 ; XIX, 1 G-24). 
Le fruit de cctte foi vive et do TeWment affectif est le renoncejnent 
elfectif ou abajubni {lvi rnOTule et de tout ce qui i'accompagne ou le suit, 
non jiour un motif naturel ou liumain, mais lucn uniquement par crainte 
quo son amour n'eioulFo danR le coeur lapensee et ramonr de Dieu. Mais, 
dans ee renoncementelfecUf, il y a desdegr^s qu'aKraz/Jili distingue sui- 
vant la vivacite et Vencrgie de la foi : I^ celui du novice, qui consiste a se 
faire violence pour miqais^^r !e monde, auqnel son aour est toutefois for- 
tement attach^ ; 2^ eelui de quiconque renonce au monde de bon gre et 
sans peine, estimant que son renoncement ne lui retranclieque des choses 
qui ne valent rien ; 3^ celui Aw mystique parfsut, qui n'attache aucuiiO 
importance a son renoncement, tant it est pkdnement persuade que le 
monde c>st im neant. A nn autre p<untde vue,cctlevertu adaiet aussi trois 
degres : le renoncernet^t jui monde, a) poureviter Tenfer, — b) pour jouir 
des delices du paradis, — c) ou seulement i>our oljtenir la vision beatifique. 
Cedernierdegreestle plus sublime: ilcomprondceuxquirenojicent a tout 
ce qui n'est pas Dieu, qui non seulement se priveat de toutes les satisfactions 

licites, {pourvu qu'elles ne soient pas absolument n^cessaires a la vie), mais 



^^ Di- ^^auEL asin pala-Cios [ 1 8 

Tonl jusqu'a d^daigner les (Splices du paradis, comme m^prisables par 
comparaison avec la beaut^^ de Dieii. 

Pour xnimx preciser sa peiisfte, al-Gazz&l! a soin de fixer les limites' 
Ruxquelles le mj'stique doit roatreindre les indispensables D^ceesit^s de Ja 
vie, s'il en est a ce degr^ de perfection : pour aliment, uiie demi-livre de 
pain de so?i (an-nohaia)^ une seule fois pjtr jour, sans y joindre auoim con- 
diment J pour v^tement, \\n seal sac grossier, tisse de loine bourrue on de 
feniUesdepaimier J ]}0\\v habitation, n'en avoir aucune et voucher dans 
les mosquees, ou prendre ponr Jibri uno liutie de roseaux ou d'argile, dont 
la Imutenr ne dtipasse pns sixconde'es;ponr lout micmi/e, une seule ocuel- 
le de terns vieil^, ^breclif;e, pouvant servir a tons les usages, piiisque 
J^sus-CIirist (al'Gazzall liii atlrilme ic: Fanecdote de ])iog6ne) jela eon 
ecncHeen vojant iin homnje boiredans lecreux de sa main. Toutcfois, <?es 
symptSmesexterieurs et visiblos de renoiicement au niontle nesontrieii, 
sans les signes spiritiieis ci int(?rieiirs qu'al-(ia>:zall tient pour la preuve 
(infinitive de la sinc^riie du n^^'stique en co degro : tristesse pour cg qu'il 
possMe, satisfaction pour ce a quoi il renonce, indifference anx rq>plaudis- 
sements et au meprit; des lionimcs, rf^gne, dans son cceur^d^in seniinmnt de 
douceur spirituelle, a propoK de tout cc qui se rapporte a Diou, 



VIIL — Abn^^aticn de\avolouU(Ih^a\W, 172). 

Leprincipe de ce degi'^ de perfection est la/(>/ou vision ]»syctiique 
exp^;rimentale de Vimit^ de Dim (aMuuMd), Eile consisfe a croire d'une 
fagon vive et intense, quo, seul, Dieu est la cause verilahleet r^ello de tout 
ce qui existe et peut exister et qn^ tous ses actes sont inspii^-5s par sa bon- 
to, sa misoricorde ct sa sagosse infinios. Quand lo mystique est arrive a 
cette conviction, il voit alors que lo pauvrete et la richesse, rhonnour et 
le deshonneur, la sante et rinfiriuitn, k vie et la mort dqiendent exclusi- 
vomcntdu pouvoirde Dieu, et par^uiie, qui! ne faut craindre quo Lui, 
n'esjw^rer qu'en Lui, ne metti'o sa coufianco en auourm chose crei-e, et 
abandonner a la volonie divine sa propro volonte. 



19] hA. MYSTiQUB D'AL-c'rAZ/AU 85 

Siceitefoi nes'affaiblit point, elle finii par provoquer dans les cceurs 
nn sentiment tVabandoii absolu eii la providence de Dieii^ sentiment qui 
admet troiK degres, compar<js respectlvenient par al-Oazzali avec Taban- 
don du client a son avocat, du fils a sa rn^re, da cadavre ontre les mains 
de rensevelisseur, Dans Ic premier cas ei dans le second^ lo cceur ne pent 
^prouver le besoin de rien demandorqira Dieii- Dans Ic troiKit:'me, qui est 
le ]>liis sublime, le mystique est certain que Dieu m^me meut sa propre vo- 
lont^, que ce qui lui arrive est fata], qu'alors nieme qu'il no demanderait 
rien Ji Dieu, Dieu lin-meme s'occuperaitspontanenient de pourvoir a ses 
))esoins : c'est pourquoi co tioisieme degri? exrlut I'oraison d^precatoirc 
(ad'do'a^)^ Al-(WL/,za!i reconnait cependantla dilTiculto d*acquerir cet etat 
psyrinque ; il croit nieme impossible sa diireo ronstante ; posissani P:il!e- 
gorie precetionte, il le compare a la paleur oadav^nquo que proiUiit, un 
instant, une ten^eur ptssag^re et profonde. 

11 parait, ii jxvrjiu'^re vue,quc hfrifii do. ce def^re de perfection doive 
etrc purement n«'gatif ; ainsi I'ont pensf5 qufdqnes sufis exng(5reSj comme 
lesqw^iiste^sde ia mystique cbr^tienne, quientendirentTabne^ation dek 
Yolont^ dans un snnsnbsidument passiC Afin de dotruire cette erreur, al- 
Crazzali n'^iluit a quaire les motifs de toulcs les actions luiniaines : V pro- 
curer Tutile et 2^ le conscrver ; 3° /^viter le nuisiblc et 4*^ le d^truire. La 
resignation passive n*est [»as licite dans let; actes qui, uccessairen^ent, ten- 
dont a h} 1^ et a la 3"^ lin : cc^sei' de Ti^anger, avec la conHance qne Dieu 
rassasiera notre faini niiraculeusement, est folic et non pas vertu ; s'expo- 
ser a etre devore par les betes ou ^craf^e par uii nuir en ruine, c'est tenl-M- 
Dieu inulilemfint. 11 nV a vertu d'abnegaliun que dans les cas ou ces eifels 
Kontseulement /W><;-i/^^: p, ex. entreprendre un peterina^e a travers le 
d^ort, sans provisions, comi)tant su]' la providence ;s'exposer a tond>er 
eiitre les uuilrjsde bandits qui peuvent nous volor et nous Wesscr, mais 
non noustuer. V.n ce f|uiconcerne ]a 2^(in(conservei-rutile deja possed^), 
h mystique doit evilcr tout --e qui tend a a<:cumulerles moyens de subsi^- 
taiiee, en |dus graride quantile qu'il ne faut [lonr une annee ; il est plus 
louablcdeselituiter stiirtement a ce qui est ji^cessaire pour le moment 
pr&entj saufpour un pere de famiUe qui se doit m^t siens^ 



86 m MiGU['.r, asj'n palacios [20 

La 4'^ fln (se dfib^irnissor da mal qui nous a attcint), a donne origine 
a de iarges conlroverses eiitre les mj'sli(|ii<?s imjsiUmans : il y eut ties en- 
tlioii&iastes qui trouv^rent de ri/nperrRcth-n h se soauii^ltre a iin traite- 
ment th^rapeutiqiioou ohirurgical. AU razzali, au contrairo^ regarde com- 
meunp^du; do innuqiior a prendre ics m6'.\ec\no^ qm cerfamement gu6- 
rissetitune nialadio Mortelle. La vertu de resignation iies'exei'ce qii'au 
cas oCi Taction curativp- ji'r^st que probablti ; et, rneme en ce ens, le mystique 
peut les prendre sans jienlrc le m^.rite de si>n (5tat de prTf-^ction, pourvu 
que sa confianro soil en Dieu plutot qu'au m^derin ou a la niodecine, 
Neaninoins, son morite mv<i i>}usgranfl s'il s'a^sliontj pnurvuqu'il lo fa&so 
pour un de ces motifs : oonnais^ance f^erlnine, par n'^vclntiujij que rctJe 
maladi© ost la dernii'Te ; voulojr prnlon^er son mal par esprit de mortifi- 
cation ou de ponit^nce ; crainte d-'S in-casion.K dfi p(i(;li4, plus nombreuses 
dans la santc que dans la maladie. I/empreinte dii christianisine est id 
visible ; et justenient, a!-(iaz7,ali confirme sa doctrine })ar lo texto tSvange- 
lique {Mattli. VI, 26) oCi le Sauveur montre ia providence divine dajis la 
conservation des animaux, pour nous apprendre quelle conflance nous de- 
vons avoir en notr^^ Pore Coieste. 



IX.— Atpour dc Dieu (%/r, IV, 308). (1) 

O'est l.'i lin <Jnini6re et le comblo do la perfection spirituello. Plu- 
sieurs tlicologiens Jiiai-'ut la possi)>ililodece de^^re mystique ; voiia pour- 
quoi aKrazzali f;o cj-oit oUiyi; de dcvelopper ici toute sa tlnlorie psyclio- 
lo^iquedo Tamour. Cette tlu'oric n*a rion d'original an fond : elie coin- 
cide presqu*on tout, avocc^lle des neoplatoniciens> Kile vojt dans Tamour 
uno inclination spontaneeouinstitjctivcde la volontci vers tout objet dojit 
la perception procure au sujet quelque jouissance. L'inclination se Spcci- 
fiesuivaut la fialurede la jjerception : d'oil, amour sensible et amour spi- 



( 1 ) Cotte (tci'ni^re partic <hi iciomoim a i^te luo k la, Sonalm' d^ I'^thnoiorjle liellglcuse 



21] LA lilYST!QU15 D*AL-UAKXA!,1 



87 



riluei. Nombreux soiit les motifs capables do provoquer celte inclination 
dans le cteur ; al-CSazJiali les r^duit a cinq : tout liomme aime 1^ son Sire 
propre, sa perfection et sa conservation ; 2^ son bienfaiteur, parce qu'il 
conlribue a cette conservation ; 3^ le bienfaiteur deThumanite, en gent5- 
ral, le sujet n'en obtiiit-il aucun bien person nellement ; 4" tout ce qui est 
beau, d*une beaiite physique ou morale ; 5'* tout ce qui resseinUe en quel- 
que fagon au sujet. Dans ees cinq motifs, il est facile de distinguer leg deux 
espfeces d'amour : amour de gratitude et amour platonique. Ce dernier, 
provoqu^ par la beauts, sans autre fin qu'elle-m^me, est le plus sublime. Les 
idees esth^tiques d'al-Gazz^I, incidemment d^veloppees dans ce livre, se 
r^duisent a un ^cho des id^es plotiniennes : la beaule d'uu cUre consiste eu 
ce qu'il poss^de actuellement toutes ou quelques-unes des perlections con- 
venables ou possibles a son essence. Al-GazKali fait consister la beaut-S 
id^ale en trois qu^Htes mitaphysiques : science, pouvoir et bont^ morale. 
Ces premisses poS(5es, al-(ra/;5ali eutreprenJ de demontrer la possibi- 
JitedeTamour de Dieu. Celui-la seul est capable de nier cette thSse qui 
ignorecequ'estDieu, puisqueTamour est une suite de la connaissance. Or 
le mystique conanit parfaitement que Dieu est la cause de son existence, 
de la perfection de son etre etde sa conservation, son bienfaiteur absolu 
et universel, le principe de tous les Mens qui existent dans Tunivers, la 
beauts et la perfection infinie dans Tordre metaphysique, a raison de son 
omniscience, de son oinni[X>tence3 de sa saintetc ; Torigine de toute beauts 
dans Tordre physique ; finabiinent, il connait aussi, bien que d*une inanifc- 
re vague, qu^entre Dieu et I'ame existe une certaine analogic de nature 
(spirituality), une certaine conformite dans les attdbuts moraux (perfec- 
tion morale). Tous cos motifs engendrent forcement dans le coiur du mys- 
tique un doublo amour : le premier esto.dui de gratitude iTautre, plus 
parfait, est la cliarite d^sinteressee, qui consiste a aimer Dieu parce qu'it 
est infinitnent aimable, parce qu'ii esti'unique objet digne de notre amour 
(7:pCiTov fpt>.ov). Userait impossible de donner, dans un r^sum^, une idee 
des d^licates analyses psycbologiques dont al-Gaz^all corrobore sa th^se, 
etdesbrillantes allegories dont il Tiliustre et T^claire ; il les tire de I'a- 

mour sexuel. 

Les elFets de Tamour divin dans les ames, sont nombreux, Le d'^sir ou 



88 



Dv MIOUKL ASi'n PAf^AClOS [22 



amoar pas&ionn^ est le plus perceptible de tons, Quand Tamant est^loign^ 
deTobjet anneou quandiine lesaisU que d\\ne fa^n incomplete, alors 
nait en son cmur I'impulsion vehemente du d^sir. Or Pame qui aime T)ieu no 
pent, en cemonde.le voir qu'atraversle voile de chosessensiblesj meme an 
ciel, elle no pourra oonnaitre d'uiie faL;'on conipr<51iensive son infiiiie beau- 
ts et perfection : aussi ^prouvera-t-elle ^teinellonieut nn desirinextinf^nii- 
ble- Quant a !a doulenr qui accompag-ne tout dt^sir, al-dazzall estime 
qu'elle sera ds^truite au ciel par les delices resultant dc la vision Ualifiqxte. 
De la cliez le mystique, tant qu'il vit snr ia terre, nn d^sir constant de 
niourir : la Tuort <itant la condition indispensable pour jouir de Dieu ; en 
tons ses actes, cxturieurs et int^iieurs, le Ijon plaisir de Dieu est sa n>gle 
et il ne peut trouver aucun pbusir aux choses de ce monde ; la solitude est 
son unique consolation, et penser a Dieu son occupation la plus cb^re ; la 
charite. divine qui briiJe en son oeur, s'epand naturellement sur toutes lea 
creatures: toutes illes aime, conime des retlets do la beauts de Dieu j mais 
cette charity apparalt surtont a r%ard des ses fn^res en religion ; ello se 
transforme memo en baine sainte a l'%ard des enneniis de Dieu ; par mo- 
ments, elle tremble devant le danger de perdre Tobjet de son amour et de 
tomber dans la disgrace de Dieu j d'autres fois, la force de sa passion 
amoureuse va jusqu'a troublcr son espril, Ti le lairo eclater eii e.xclania- 
tionsqui expriment la violence desa cliarite, bien que, en deborsde ces <'as 
anormaux, ie vrai et sinc-^re amant cacbea tons les homuLCS les favours 
dontDieu Thonore. 

Les principaux fruits que produitdans le ca^ir i'amonr divin sont : 
la/offi?y;ar?V^avecl)ieu etla complaisance ei\ sori bon plaisir. La premiere 
est un ^tat psycliique qui s'empare de Tdme quand, gontant la jouissance 
que lui cause sa proxiniite avec Dieu et Li vision partielle desa beauts, 
elle nc pense ni a la partie infinie qui s'en cacbe a sa vue et a sa jonissan- 
ce presente, ni a la possibility^ de perdre la joie qui Tinonde, car, si elle y 
pensait, sa joie serait troubl<5e par la douleur du dhir et par les angoisses 
de la crainle. Les symptomos visibles de cet ^tat de communication inlime 
de rdme avec Tobjet de son amour, sont le d%out que lui inspire la con- 
versation des bomraes et Tavidite avec iaquelle elle recherche ie d*^licieus 
exercicc de roraison mentah {ud-'Mr ) \ q]1^ cherche toujours la solitude 



S3"| LA MYSTIQUE d'aIv-UAK/ALI 89 

et Tisolement j en societc, eile se sent comme d^laiss^e ; dans la solitude, 
comme en aiinable coDipagnie ; son corps seul vit sur la terre, son (xeur est 
d^jri en son Dieu. Quoad c^t 6ii\i dcvient permanent et habituel, il engen- 
dre dans Tame une certaine joie repos^^c et tranqiiille {al-inbisat), fruit de 
la familiariteconfiantedont eUe jouit avecDien : elle luL pa rle comme un 
ami, qui so croit dispense d'cmployer, daim les rapports ordinaires, les 
marques de respect et do v<?Ji(5ration. 

La complaisance dans le bon plaisir divin est nussi un fruit, et le plus 
p^irfait, dc ranioni. Quelqiies.siifisen niaientlapos?ibj]ito^parce qii*illeur 
paraissnit inconcilialde avec la repugnance spoiUanee qu*cprouve Vappe- 
titsejisible pour la doulour pliysique ot moj^iie. Neanmoitis al-(raz/,a!l 
soutientque co plK-nomene injstiqne pent vraiseru}fl;ibleTnent so produire 
dans deux hjpotli('^seK, La ptenjiire est le casanortualon la dffuleur de- 
vient inconscient-', une joiussance ties velienu^nte ayant amorti la sensi- 
bility ; c'est ce (\\n pent arriv-nau mystique enivid d'riTnour de Dieu; dans 
cette hypotlu\se, il est bien pof^sibl^ do concevoir qu'il se coniplaise en tout 
ce que Dieu voudra ou permettrjj, memo do cijutraire a son ap|nUit sensi- 
ble, puisqu'ii rre scrft point la douleur di^ ectic coriiranete. Touteibis, Q n'y 
a pas plus d'iiJvrai^euiblancc dans l^hypotbTise plus ordinaire ofi ladonleur 
est ressenlie. Et eti eilet. Jnnomlu'ables sont les esemples de cette complai- 
sa'ncG rationnelle a Tegardde <'Jioses qui ri^pugnerit a Tappeiit, dansla vue 
d'acqu(^i'ir parelles un bien plus grand do Tordrc sensible ou moral, nalu- 
vel ou surnutureh Done, riend^absurdeaadmetire que le mystique, amou- 
roux de son Dieu, se complaise ratiojuieliement dnns les douleurs scnsibles 
qii'U ^prouve, et cela ^aiis autre raison, sinon qu*elles sont vouhies de 
Dieu, Va\ sonime, I'identification de la %-olont(^ dernmantavec celle de 
Tobjet ainuS est la preuve pleniSre dp. I'amoiir jiarfait : I'amant va jusqu'a 
accepter tr^s volonticrs sa propre mort, si telle est la volonte decelui qu'it 
aime. 



12' 



90 l>i' MiGyRL ASIN PALA.CIOS 1^24 



X. -Purct^ ct sinc*Srit6 d'intcntion {JhyiC, IV, 259). 

Conformement a la Ui^se fondanientaln de son !hya\ que I'intention 
est rdmedes ojiivres, nUhiUfill exalte sa portee et sa Yaleur dans la vie 
mystique. S'inspirajit des paroles de St Paul {/Cor. :C,31) et de la pen- 
s^e ^vang^lique {Mailh. VI, 22-3), quMl attribue au Propli^te : « L'inien- 
tion du croyant est meilleure que son ceuvre ", 11 ^tudie en detail Tin- 
iluence dc I'iiitention dans la vie spirituelle. Tout acte -vertueux, raecom- 
plissement d'un pr<'^cepte, la pratique de quelque devotion acquiert aux 
jeux de Dieu un meritc proportiotniel au nombre d'interitions saiutes que 
le mystique s'est projjosees. II y a plus : les actes licites, raais indifterents 
peiivent se changer en actcs meritoires. U Ruflit, pour ceia, de Ics dinger 
au service et a la gloire de Dieu. Mais alors.il est n-Scossaire que I'inlen- 
tion soit/wre^c'eKt-a-direexemptode tout melange de motifs ^raDgers a 
Dieu, p. ex., la vanite spirituellc en ses formes &i varices. Car alors, i'ac- 
te perd de sa valeur, on proportion de riniluenceexerceepar le motif mon- 
dain» 



XL — Examen dc conscience {%«^lV,g81). 

Poursepreniunir done contre ce danger si grave, qui arrlverait a 
rcndrc inuWes tons les efforts du mystique pour parvenir a la vie unitive, 
al-aazzLilT recommande un exercice spirituel d'origine ivkkmmmt chH- 
tienne-J'examenquotidien. \\ en divise la pratique en six parties : P* le 
ferine propos {al-mvmra(al qui consisle pour le d^vot a pr^voir, tous les 
matins, a son lever, les acles, omissions, pens^iea qui pourront survenir aux 
diverses heures et dans les diverses occupationsdu jour, ase proposer forte- 

mentde rectifier son intention en tons. Pour mieux pr^ciser, il sera bon de 
sooger a chaque faculttJ, sens ou membre qui servent a ces actes, aux obliga- 
tions religieuses, aux devotions, etc; 2Ma vigilance («^;wMra?aia) de tous 



251 LA MYSTIQUE d'aL-OAKZALI ° ^ 

les instants a conformer actes et oniissions a ce qui a ^te promis a Dieu le 
matin. EUe doit pr^c^der et accoinpagner I'acte : I'ame sedemandera 
auparavant : pourguoi, comment, pour qui eUe va agir ; 3" roxamen de 
conscience {al-mnhasaba), la imit. Sa nietliode pratique coincide avec cel- 
le des ascites chr^tiens : revue m^thodique et d^taiUee <le la journ^e, afin 
de se ressouvonir do tous les pccli^s, imperfections, omissions et actes de 
vertu, tantext<<rieiirs qu'interieurs, faits a chaqne heure du jour. Ckimnie 
Ibn 'Arab! et As-Suhrawardl, ses disciples, al-("laMali conseille I'usage d'lm 
cahier {al-jarUa), pour consigner en partie double le r^sultat de Fexamen, 
ainsi que cela se pratiquait, au dire de St Jean Cliniaquc, cl.ez les moines 
Chretiens derOricnt,ets'est,depuis,niaiTitenu dans les ordrea religieux 
dorEglisecatlioliqu6,conlbrm4mentab, methodeproposee par St Ignace 
dans ses Exercices; 4» la mortification {d-mo'aqaba) Impos^e a i'iitne com- 
me panit^nce m4Ucinale et en chatiment de ses p<5ches et imperfections. 
Al-Oazzall recommande dos genres de mortificalion trfe vari^s.en rapport 
avec la nature des fautes : le jefine, conlre la sensuality dans la r<<tection. 
les yeux baiss^s, centre les fautes de cuviosite immodeste, la discipline cor- 
porelle, I'abstention dc boissoas fraiches, etc ; 5^ la penitence {al-mujaha- 
da) on combat centre la tiMeur dans les pratiques de pi^^.. EUe consiste 
a s'imposer,c,omme expiation et en compensation d'aetes imparfaits, des 
actes nouveaux ct reit^res; 6" la reprimande («/-m->'«;,jia) de I'ame, au 
moyen de discours moraux que le devot s'adresse mentalement a lui-me- 
me, s'inspirant des motifs sumaturcls qui peuvent provoquer en son cx^ur 
la douleur et le repentir de ses imperfections. 



XII. — Meditation {}hya\ IV, 304). 

Mais le plus utile instrument de progr&s dans la vie inystique est la 
mmalion. Pour en prouvcr I'excellence et rutilite. al-Gazzali invoque 
I'autorit^ du PropWte, a c6t6 de c^lle de J.-C. : « Une heure de medita- 
tion, a dit le IVophfete, vaut mieux qu'un an de devotion -> ; et J.-C. assure 



93 



Dr MIGUEL ASiN PALACIOS [26 



que«celiiWaseyl hii deviendra parfaitement scmblable qui aura r^duit 
lout son langage^ Toraison meiitale, et son silence k la m^^ditation ». 

La raethode pratique de cet exercice spirituel est la siiivante. Avant 
tout, !a m^moire pi esente a FeiitendeNieiit la niati^re de la meditation, c'est- 
a-dire les id^es, les actions, et les paroles sur lesquolles ont a s'exercer aus- 
sitotlesautres puissances dc Tame. O'est ie pr^amlmle que les mjstiqiiea 
ohreliens appelleiit composilion de Um, et al-Gazxali souvenir {at-iwlak- 
l.or). II sefauilitepr^r la lecture attentive etrecueillieduO/j;'ViJi,ou des Ha- 
dits du Proph6te; niais, conitne les conuuenf^auts ne savent pas ordiriaire- 
ment choisir eiix-mSfiies les tf^xtcs inieux appiopries a ieur 6tatd'iime, al- 
GoKzall \vA\v offre^ en son ]hja\ de copieux exeni]ih>s de niati^iB de medi- 
tation, aceommodes, \mv Ieur sujot, aux ditfereiits degr^s de perfection 
spirituelle. 

La maii^ro u?ig fois pr(?sentc a I'eiitendemeiTt, vient la ni<?(!italion 
proprementdite, quiestTexereice de la raison specnlative coniparant et, 
par iudiiciiou et <lcdaction, tirant dcs V(5iites coiinues d'autres vorites 
noiivelles et incoiunies, Otte operation discursive do la raisoii {al-iUMr) 
se fail, pour le pics grand iiombre des (ievots, inconscicn^njont et sans ap- 
pliquor d^ine ta(;on r-t5liexo les ii'gles de la logiqne. La coitsequenee on 
vcrite af;(|iiisc par la uiedifation doit se ccnveriir de S[)t5i:iilative en prati- 
que, nioyeiinant T-'tpplicaMofi rouenMe que ronieiidcnjMfi en fait a son 
proprc ^tat j Juilreriiodt Tidco n'o\ern?rait ain-iUic inlhienre mv la volont.^ 
etla ineditalion rcstojaitslerile. Son iruit (^//-/«™//a) le plus utile n'ost 
pas, en f'.ilet, la science, en taut que telle, niais h ciian^euient du catur 
qu'ello provoquo, c'est-a-dire les <JuioUons trr.^ varices que nous avons ^tii- 
di^es dans toute la nijsti(ine, et les buns ])ropos Ibrnies, en consoqucnce, 
par la volonte^ d'accoujplir des ceuvres salutaijcs. 

ALliax/Aft achfeve son traite par one classification systoniatique des 
]nati6res en deux groupes lorubmicntaux : T >[<;ditations pvuprcs au corn- 
nien^ant, couiprenant ee quo les nivstiques clu-«Hicnsapp(dlenl les peclies 
propre.^ ou d'auh'ui, Jes voj tus, les thisdernicresrui homsiinu,eX<:. Pour en 
tirer un plus grand iVail, ilconseille a u novice d'inscrire dansson calncr 
d'esanien (al-janda) un catalogue despecbcscapitauxct des vertosprinci- 



27] LA MYSTJgUli D'AL-aAZZALi 93 

pales. Chaquo matin, pour fairela m^ditatioiij il pourra ainsi s'appliqiier i 
un p^ch^ ou a la verta qu'il se propose lespectivement d'^viter ou d**acqu^- 
rir ; cela fait, il barrerad'un trait son sujet etilpoarraensuites*appliqiier 
auxp^ch^s oaaux vertiisqui suivent. S" M^dilalionssur Dieu: elles sont 
sp^ciales aux mystiques parfaits. A ceux-ci, iieanmoiiis, al-Uazzal! eon- 
seille de no pas prendre coiniue mati^re de leiir contemplation I'essence 
ou les attributs absolus de la Divinity, parce que le Prophets lui-m^me lo 
defend et parce queccla ex pose a des doutes en matik'o de foi. II est prtJfe- 
rable ds se bonier a les njediter dans les creatures, comme rellets des at- 
tribuis divins. 



XlII-— Extase ii?ystiquc : ses causes ct cffcts, 

r.es Anils de cos contemplations S'.fnt les extases ou rapts de Tame en 
chfieun dos degnss ou etiipos de la vie uiiitivo. Al-(!azzaii ne consacre pas 
un traite special a la description ou iniorpixUation de ces pb^nom^nes ex- 
traordinaires^ de In vie mystique. IVairtant, il est do nombreuses puges de 
rZ/n/r;' (>t desantres opusenles, eomine VIm/a\\G Mfd-Hf^h Mvihujeile 
iVaqsadj o\i]\ rovieift uses iileew fiur ce sujet si interessant de psycholoyie 
f\Eiornia!<\ Ce n*e.st pas qu'i] altrilnie jamais Tacquisition decesetats psy- 
cliiques a la iibre initiative de Tliomine ; tonjonrs, an contraue, il les con- 
siilirc coinnie des elfets surnaturels de la grace do Dieu ; lujiis il recom- 
maiide toutefois certaines methodes d<^ter(iuncos ou exeroicesqui predis- 

posent Tame a les recevoir. 

Un de eeux-ci est Yoraison menfale (wl-diln) faife dans les conditions 
psycbo-pbysiologijiucs (ju'il a apprises de son maitre al-Farn^adi, confor- 
mement an rile(;tf^7^/tf}deal-Junayd et ai-ifet=i-''i"^ et dont usent ^gale- 
ment quelqui^s snfis, sous le nmu de tar'tqa naqsidfamtn/a. LejeQne, la veil- 
Igj le sil(M>cG et la re traite absolue en son! los conditions ^loi^nees. Le 
maitre spirituel ordonne^a c^ moment, au niysLiqiie deseretirerde la com- 
munication avec ie monde, de s<i renfermer dajis sa celhile {az-zuwiya)y se 
couvrant la tete de son vetemcnt, reduisanl toutes ses pri6re>s et devotions 



^4 l*f MiauRr. ASiN PALACICS [g8 

a line seule, qui consiste dam la continuelle et attentive prononciation 
(lu nom da Dieu, Assis a terre. il commence a r^p^ter le mot Allah jusqu'k 
ce que io niouvement de la laiigue cesse et que le mot sorte des l^vres sans 
que la langue se meuve, et jusqu'a ce que les ISvres s'arr^tent et que reste 
aeiiiedansk cosur I'image du mot, Bien plus encore, il doit continuer 
Texercice jusqu'a cg que s'elTace du caMir cette image sensible du nom et 
que seule demeure vive Tid^^c de sn signification, grav^e dans le oeur par 
une suggestion si ^nergiquo que Tesprit ne puisse penseraaucun autre 
ohjet (//ii/a^U, 15,57). 

Toutcfois cette mettiode, egalement employee dSa les premiers temps 

pEir certains anaclior6lescln'<;tienR,si.^cialement par certaines sectes sjrien- 
iies des Euchitcs et de^^ Hesychastes, s'adaptait moins k la vie e^nobitique 
ou conventuelle. Pour cclle-oi, los mystiques musulmaiis emploient plus 
couramment I'exercice des ciiants religioux (as-mma), dans une forme 
analogue A cello que Cassien {Insliddions, 11,23) vit observer dans les 
nionastoresclinUiens d'l^ypte. Void comment nous le d(5crit aLUazzali 
{Hiya, II, 207) (I). A une heure o^ le aour peutStre librede loute aufro 
preoccupation, et en un lieu retir^, se nninissent tous les suils, c^vitant 
rintrusion de personnes etnmg^res ii la communaut^, dont la pr&ence 

ponrraittroublerl'espritdocr'uxqui vontselivrerc\cetexercice, etexclu- 
antegalemeutlesnoviccs {mundsl qui, pour n'etre ptnnt encore tout a 
felt sortis de la vie purgative, ou bien pour manquer du gout mystique 
apte a leui- fail a savourer la musique religieuse, ou pour Ptre d*un temp^^ 
ramentsensuei, ou pour nepaa j>oss.;dc[- uno solide instruction th^ologi- 
que, sont inaptes a prendre part a rexerclce. Un cliantrfl {qawwal)^ se 
pla-^anl au milieu de la rort^munJiute^, entoime dos liymnes de m^tre varie, 
tantotaccompagne de certains instruments autorisfe, comme le tambour 
de basque, le tambourin, la darinette, etc. Autour de lui, les audi teurs 
deni.nirent assis, lea extiv^mit^s rigidoa, ]a tete indhu^o vei-s le sol dans 
l^altilude dela m«i.litatiof), *^vitant mutant que possible une respiration 

(I) Mcdonald a public une traduction anglais.? de co trait-^ de VH^uTO, aoas 2e ti^ 
tro l^m^dmfit Religion in i<Uun ns a/fedcd by Muifc <ini Sinking, ina^nde daoa le « Jaui- 
lulof the Royal Asiatic Societv », iflOl-1902. 



29] LA MVSTIQWP- D*AL-(>AZKAL1 95 

haletante, le bdillement et tout mouvement capable de troubler Tattention 
concentr^e des voisiiis. Les Amotions v^h^mentes que ce chant provoque 
da»8 les ames roini^ent Bouvent lesilence et rinuformite d'attitude de la 
communaut^ ;hor^ de lui, un confr^^re eclale parfoisen cris, applaudissc- 
ments, danses, ou se dresse en extase. La commuuauUi doit a cemomeiit 
imiter ses attitudes ou ses mouvements, jusqu'a ce que Pextase cesse. Si 
les cantiques Aa^awual no parviennent pas a ^mouvoir les auditeuis, 
ceiix-ci peuvent lui demander d'en entonner d^autrea, plus en rapport 
avec TeUat psjchiqiie de la communaute. Et c'est sur cette possibilite *jue 
se fonde al-Gazzdli (Iftya\ 11, 904) pour soutenir lalic^it^ do I'exercice do 
Vas-sama'j coiitre ceux qui le consid^raieut comme une innovation li^re- 
tique, contrairo a lapsalmodie traditionnellc du Qor'un. Cehii-ci, en elTet, 
no s'accoininode point en tousses textes A la situation morale de Taudi- 
toire, et mSme la ou il s^ accommodej il pent se faire qu*il cesse d'emo- 
tioiiner par la force de l'l^al:^itude ; d^aulre part, les ixn^sies lyriques cban- 
teesou accompagn^es par le rjthmeliarmoiiique des divers instruments, 
subjuguent V&me avec une force inconipaiablenient plus grande que la 
prose coranique. II n'etait pas possible de confesser plus clairement Vori- 
gine extra-islamique de cet exercice. 

AI-Gazzall r^partit en deux cat%ories les effets provoques park 
musique religieiise : effets ^niotionnelSj effets repr^sentatife. Les uns et 
les autrea sont indescriptibles, il faut ni5me dire inconnaiasablos pour 
celui qui n'en a pas une ex|>erience personnelle, r.e nom commun par le- 
quel on les d^igne: wajd (rencontre) (\)j doune a entendre que ce sont des 
phenomiues psychiques surgissant a I'iniproviste du fond de la conscience, 
a roecasion d'un cantique, et en vertu de certaine sympathie inysterleuse 
qu'^veille dans Tame tout son harmonifiux, Infiniment van<?e est la gam- 
medeces Amotions qui repondent toujours a Tetat psycbique du sujet, 
c'est-a-dire aux affections l^abituelles qui le dominent, suivant le degr^ 
qu'il occupe dans la vie uuitivc : d^sir, tristesse, joie, angoisse, crainie, 
trouble, etc; n^anraoins toutes peuvent, selon al-Crazzall, se ramener a deux 



(1) Au aeHB tout k fait fonddifiontal de cette raduo j^'j. 



96 Ui' MIGUEL ASm PALACI03 [30 

types fondamentaux, coincidant prdcisfiment avec les types decouverts 
dans la vie mystique par les investigateurs modernes tiaiis le damaine de 
la psychologie ; la sensation de tranquille s^curitti {at-tamahkon) et celie 
de rimpossiblit^ ou difficult^ (rt/-^(/'Wrfor) de parvenir aruniou, *^quiva- 
lentes k Thypertension et a Thypotension du sentiment ci5ncsth&ique. 
Ileguli6remcnt la musique ct !e chant ne font autre chose que provoquer, 
a un moment donni^j ces emotions habituelles dans le mystique ; toutefois, 
par momentSj olles !es exasp^rent au point do determiner on un raoave- 
ment organique d'apparence anurmale et pathologique (morbide) — oris, 
pleurs, sautSj laceration des v6tenienls> etc — ou bien un ropoa ou une 
suspension, figalement anormalej dfi la vie do relation, spt^cialemeiit dans 
la parole (aphasie). C'eJ^t dans ces cas aigus que le pljorionjine pvendle 
nom do transe oxtatique {ivajfl) ; toutefoi^ ces synjptomes anormjiux ne 
sont pas une preuve infailiible de pcrrection niystiquOj paisqu'ils obeissont 
a deux causes combinees : la velieinence relative dc Femotion, et la plus 
ou moins grande Ibrco d'inliibition de la volonte. 

Dans la mystique, en outre de toutes ces emotions de nom et de na- 
ture con nueSjilenexistc nne autre que aUxazzalljugcventablementcxtra- 
ordinaire, parce qu'elle est aceompagnce d'inconsciejice par rapport a Tob- 
jet qui la provoque. AKlazzah la compare a Tinstirict sexuel chez les im- 
pub^res, parce quer^'est un desir mysterieux {a^-mw/},yu\e tendance de 
Tame vers quelque cliose dont elle no sait pas ce que c'est ; le cceur se 
tronve atterre, peiplexe et plein d'aiio angoisse semblable a adle d'un 
homme qui sent Vfisphyxie le gagnor et ne voit pas le moyen de sortir dn 
danger. La musique instrumental est le moyen le plus apte a ^veiller 
cette emotion extraordinaire qu'aH^azzaU interpr^le, alat^uitede Plo- 
tin, com me une ri^miniscence inc<msciente de I'origine de I'esprit, 

Mais Tetatle plus sublime de !a vie unitive est pour al-Oazzali — no- 
Ions bien au passage cette profonde diiferenceenlro sa mystique et la mys- 
tique authentiqnement chr<5tienne — celui qniseearacterise par r??iCO?;j- 
cience absolue dn sujet (a/-/«/iri';. Les prodromes en sont desextases emo- 
tionnelles si aigiies qu'elles d^Sterjuinent Tanesthesie organique et la perte 
absolue du libre arbitro, Al-dazsalt ne tronve pas de mot phis juste pour 



3 1"! r,A MYSTIQUE D'AL-aAZZAlJ 97 

qualifler ces ^tats que ceiai d'ivresse et de stupeur ; les actes de la vie de 
relation s'ex^cutent m^caniquement, automaiiquement, sans volenti chez 
ie sujet poar les empScher ; la douleur physique cesse d'etre ^proav^e par 
rSme, enivr^e qu'elle est par les d^lices infiniment doucea de Tunioa {al- 
z/jm/) avec Diou, que al-Gazzali compare aux »oces, a la suite des mysti- 
ques Chretiens {lhya\ IV, 310), Seulement, qaand Tinteiisit^ de la jouis- 
sance et Tabstraotion cojitemplativo arriveut k leur comble, TSme ^pous^e 
tombe dans Textase inconsciente. Ceci se pr^sente chez ceux qui sont par- 
venvis au degr^ supreme de Fnaion (les siddfp). lis perdent alors la cons- 
cience du monde ext^rieur, de leurs propres modifications paychiques et 
jusqu'a coUe de leur propre existence, c'est-a-dire de tout ce qui n'est pas 
I'objet de leur contemplation et de leurs d^lices. Dans le plus grand nom- 
bre des cas, al-Oazzali dit que le ph^nomSne est de courts durfo, comme 
un Eclair ; car, prolong!^, il amfsnerait la mort. L'interpr^tation de ee fait 
anormal occupe beaucovip de pages dans 1'%"' et le ^^S^^lf : Tesprit est 
un gtre qui, a raison de son incorporeit^^ manque de forme (sura) propre ; 
comme un vase de verre, il prend la couleur du liquide qu'il contient ; 
comme un miroir, il adopte, quelle que soit sa forme propre, celle des ob- 
jets qu'il repr&ente : ai^isi Tesprit s'identifie avec I'objet de sa contempla- 
tion. Cette identification ne doit point secomprendre comme une pure il- 
lusion de rimagination ; beaucoup moins doit-on Texag^rer jusqu'a I'ex- 
trgmejnsqu'a toraber dans Tabsurde panth^isme psychologique de cer- 
fainssufis^d'aprfesiesquelsrhumanite de Textatiquo s'annihile, pourse 
convertir en la Divinity ; il n© faut pas m^me I'entendre k la fa^on dont les 
clir^tiens con^-oivcnt Tunion hypostatique des deux natures, divine et hu- 
maine, enlapersonnede J.-C. Tout ceci, dit al-Gazzall,est aussi sot que 
d'attribuer au miroir la couleur rouge de Tobjet qui s'y r^flMe. 

Toutes ces restrictions une fois faites, comme pour ^viter tout dan- 
ger de panth^isme, al-Gazzall ne nie point la r^alit^ d'une certaine com- 
munion mystique et surnaturelle de Vime aimaiite avec le Dieu aim^ ; il 
va m^me jusqu'a invoquer, comme tous les siifis, a I'appui de cette th^se, 
les paroles du Qor'an et du Propli^tc, paroles dont I'eaprit a comme une 
saveur ^vang^lique, et en est, peut-Stre, un ^cho : <c Dieu n'est pas dans le 



13* 



98 r>r MIGUEL ASi'N PAJACiaS [3S 

ciel, ni sur la terre, mais dans le cceur de ses serviteurs fiddles ». « Ni ie 
ciel ni la lerre ne suffisenl aucuiiemeiit a me coiiteoir; ce quile peut, c'est 
le oeur de nion serviteur fidele, doux et humble w. 

Les elements reprkentalifs {al-muMhfa) de la vie extatiquo sont mi- 
nutieusement analysers, aussi bien dans I'lh/d' qne dans YJm!d\ bien que 
decrits sous le voiie de I'alldgorie ou du symboie. Les m^tajjhores sont 
presque toujours prises aux ph^]lornt^nes physiques de la lunii^re, comme 
c'etoit rhabitude painii les imtfis musnlinans, legitimes descendants des 
iieoplatoniciens alexandriiis, La vision exp^rimentaie {al-nnmhada) de 
])ieu est compar4o, pour sa clarte ai soii evidence, au rapide eclat de la 
foudre, alalnnii^re tranquillc de la lune nouvelle, au retlot aveuglaiit 
d'une lame polie. Chez lGSCommengants,respritjomtaecette vision commo 

Si les choses individnelles, — de la (iistinction desquelles elle conserve en- 
core la conscience, ~ n*^taient que des traces ou vestiges de I'Uii (al-wa- 
hid, Tolv) ; bient6t Tabstraction extatique fait perdre conscience de ceite 
distinction, et r^iunit toutes les essences individuelles dans Tidee de TUn 
qui les domino ;oten«i], Tintuition de Dievi direclement et sans inter- 
mediaire, de ses operations ou attributs, vient rendre la vision com- 
plete. Le cliant et la musique provoqnent des representations anor- 
inales, comme effels de Tinrprossion prodniie, car, meme normaloment, 
on observe que lo rytlimc musical ^veille et accroit Tactivit^ mentale, 
aussi bien que les ibrces pljysiques. Toule repr&entation jieut, en 
outre, etro accompa^niee, dans Fextase, <le ce que les psychologues ap- 
pelant hallucination auditive et que al-Oaz;^alL dforit comme un langa- 
gedes etre innnimes, dont les paroles frappont les oreilles du mystique 
sansqu'ilsached'oii ell^^s precedent, ni qu'il en entende le sens. Macdo- 
nald a compare cette hallucination auditive {ha(if) au d^mon (^ati^-wv) so- 
cratique. Les objets rei^rfeenies en la conscience durant I'extase, sont tons 
les niyst^res dont Fosprit Inimain desire avec ardeur decouvrir I'essence. 
A plusieurs reprises, al-(Vazzf\li les *5num5re, sans jamais pourtant les ex- 
pliquer: le myst^re de la predestination, i'essence de I'esprit, la nature 
des angeSj le royaume des cieux, la science divine grav4e sur la lame eter- 
nelle (al-laiih aUmahfai) du destin,lapenseedeshommes devinfe par leur 



33] LA. MYSTIQUE d'aT^QAZZAII 99 

^hy&iommie (al'firasa) etla connaissance familiar© de /T/rfr, personnage 
mjthique, dont TMam a lait un proph^te, et qui vit cach^ en ce monde, 
comme EUe. L^ iie se bornent pas lea graces grafis datae, sortes de charis- 
mes {al-haramm) xap^^r^ia^'x {ICor. XII, 9) dont Dicu favorise rextatique, 
Dans le Minhaj, aUAazzall en ^numtsre beaucoup d'autres, qui m^i'ilont le 
mm de v^ritaUes prodiges : n.iirrher sur Ips eaux, voler par les airs, ap- 
paraitre en deux endroits,. par un phonomitje de bilocation.exercer uit 
certain pouvoir sur les aiiimaux, pratiqucr ia g<5omancie, etc, 

Al-Oaszall n'a pas joui, on sa vie mystique, de toutes ces faveurs di- 
vines. L'oxtase illuminative hii Tut surlout difflcilca gouter. Lui-mSme 
rinsiniie dans son Muh'/k/ , et Ibn 'Arabi nous a conserve un tate tr^s 
curieux d*une de sos -cuvres, dnns lequel iil-(!azzi\li attribue Vimi>erfec- 
tion de ses rt^v^lations niystiques k ses Etudes pbilosopbiqucs (cfr. ai-Fu- 
ft/hat, l\l, 104). (^ette confession s'accorde avec la tb^orie que lui-utame 
devRloppe dans VJ/it/a' (III, 10-20) au sujet dfi la difference entre la me- 
tbode pliilosophique oi le fiufisiuo, pour I'acquisition dela verito/routQ 
connaissance acquise [>ar Toxeicice do la raison inductive et deductive est, 
pense-t-il, un obstacle a iccevoir la science iufus«i ; Hioinnie ignorant 
dans les sciences profanes est plu,^ apte que le philosophe et que le faqih 
a recevoir rUlumination, De tros brillantes all%oriGS, copiees dans le Qui 
al-quhib d'Abou Talib al-Makkl, hii servent a renslre sensible sa pens^e. 
IVaiue est comme uu [iiiroir a la surface duquel peuvent so reflficliir Ses 
images de tons les etres du monde s.^nsi ble {'iilam at-mulk) ot intelligible 
(ahm af-malalm). Les prototypes de tous ces etres, leurs idoes pures, se 
conserventgravfos sur la lame /aernello du destiii que aM-az/^lj d^crit 
comme quelque cbose de semblable au Logos nfoplat-onicien, bien que d'au- 
tres fois il la compare a un miroir dans leqnel se r-5i!dchissent les id^es iu- 
finies de la Sagosse divine, et qui fait penser quelque peu au spcadum ae- 
(ernitatis dont parle St Thomas {De Veritate, Quaest, XII, a. 3). Pour 
que ces id^es vieiment se r.;ii6cbir suv le miroir de Tame, il est necessaire 
que ia surface en soit parfaitement Hmpideet nette de touto taclie de p^- 
cb^, exempteinemede tout melange d'images sensibiea ou fantastiques; 
a plus forte raison no doit-il y avoir aucun voile qui empeclie de recevoir 



1 00 Dr MIGUEL Asfe PALACI09 [34 

lea rayons ^mis par le miroir de r^ternit^, Ce voile, ce sent les sensations. 
Pour cette raison, dans h somnieil, la suspension de la vie des Gensations 
exlernes facilite Tintuition des id^es pures, Toutefois, daus la veille auesi, 
il arrive que I'Sme acqui^re un ^tat analogue d'abstraction extatique, et, k 
ce moment, tous les voiles se levant, la iumi^re du miroir dei'^ternite 
vient se r^fl^chir sur le miroir de V&me. Cette reflexion se nomme inspira- 
tion {ilham), si le sujet la re^oit sans savoir d'oii elle vient, comme il ar- 
rive aux mystiques et aux saints ; et r^v^Iation ((2/-'W;aAy),quand ellea 
lieu pour les proph^tes qui la resolvent par riuterm^diaire des anges, 
auxquels elle est faite en r^alit^. L'^tude rationnelle ne pent arrivera 
autre chose qu'i une image confuse des id^es eternelles, r^Il^cliiesdfinsles 
creatures, mais non pas directe, comme la nieihode sfifi, ftt Men moins cer- 
taine. Pour cette raison, les sufis mettenttoute leur coniiance non dans 
r^tude, mais dans la purifieation du Gi^ur, pour le poljr comme un miroir, 
et dans Tabstraction de toutle sensible, iK>ur oter tous les voiles. Telie 
est latht^orie de rilhiniination mystique dont les ^l^ments plotiniens 
paraissent s'^tre combines avec los id^es ovang^liques.— Ccs id^ea ^taient, 
en effet, famili^res a aKJazzali : << Beati mundo corde, quoniam ipsi 
Deum videbunt » {lhyu\ 111, 237). 



XIV. —Coup d'ostl sur les sources de la mystique 
Gaxxaliennc el sur son influence. 

Get influx constant du fihristianisme sur sa pens^e asc^tico-mysti- 
que finit par arraclier a ses l^vres une confession qui disslpe toute esp^ce 
dedoute : «Lg cbristianisme n'est detestable qu'a raison desondogmede 
la Trinity, etparce qii'il ine la mission divine de Mahomet; tous ses autres 
dogmes sont la v^Srit^ reelle >3 {Qisfas, 60). Je ne veux pourtant pas dire par 
la que ^influence cliretienne sur al-GazK.^li ait <5t^ exclusive, ni toujoura 
inmi^diate : les pages de Vlhya' montrent, par endroits, la trace explicite de 



35] LA MYSTlQUfi n'AL-aAZBALI _ 1 Ot 

la pena^e asc^tico-mystique des YogiSj si vivace dans lea eontr^es occiden- 
tales de Tlnde limitrophes dela Perse ; les ^l^ments israiliteSj sp^ciale- 
ment du monachisrae ess^nierij abondent ^galement parrai lesexemples 
^difiants qu'al-Graazali rapporte en confirmation de sea exhortations pieu- 
ses ; des survivances on reminiscences plotiniennes se devinent sans effort 
soussesth^oriea illuminatives. D&slelir sifecle de I'h^gire, ilexistait'une 
traduction arabed'une partiedes Enneadesde Plotin, publi^e parun chr^- 
tien d'Emfise, sous le titre inexact de I'kSologie d'ArisMe, Les ceuvres du 
Pseudo-Denis et surtout lelivresyriaqueffiA'(}//iA>? de son mallre Etienne 
bar-Sudaili ont aussi probablement influ^ sur Tilliiminisme sufi. Encore 
une foiSj le sufTsme traditionnel mettait aiix mains d'al-Gazzall une 
grande abondance d'id^es et d^exp^riencea extra^slamiqaes. II a su-*- c'est 
son ceutre peraonnelle —les incorporerau fond de la dograatique et de la 
morale orlliodose, r^alisant ainsi dans son M'^^' '^ne admirable ceuvre de 
synthase philosophico-th^ologique. 

Cette ceuvre, r^petons-le, a exerc^ sur la vie de TMam une immense 
influence. Depuis Foviest de TAfrique jusqu'en Oc^anie, les teuvres d'al- 
Gazzali ont continue jusqu^'lujourd'hui a etreclassiques. 

Sa dogjnatique est parvonue a etre le type de rortliodoxje. Eile a 
tranche le differend s(icubnrc Q^\\i\:eAQ^matar~idites et Ins ^?5'Vnto, en fa- 
veur de ccs dcrnicrsj qui farent ainsi toujours consideres commc les repr^- 
sentants de la foi orthodox^, A c6tc du wahabismey i\ surgi miimo dans b'S 
temps modonms, une rfstauration des doctrines (ral-(iazKJlli, provoquee 
pratiquemeni par &tyyid Murlada, dans son ^rand cummontaire <m dix vo- 
lumes de Vlhya\ A la Meajue^ la grande autoritu tlu'ologique est al-GaZ" 
zttUj de meme \\ rUniversite al-Azhar du Cairo, a la Madrasa de Fez. Les 
presses du Caire, de Calcutta, Bombay, Lucknow, Kazan et Constantinople 
ont publi(5, ces derniores anneeSj presquo tons ses livres. 

Son ascetiquo-mystique a inspire les fondatoui-s des innombrablt^s 
confreries et orches ndigieux qui, eomme un vasti^ niseau, couvrt^nt ]e^ 
pays inusulmans ot sunt Tobsiacle le plus insurmoii table a leur assimila- 
tion a la vieeurop^enne. 

La oommunaute de vie entre juifs et musulmans a niSme permis une 
transfusion des idees d'al-Gazaall dans le rabbinisme medieval : Maimoni- 



^^2 Dr MfGUEL ASIN PALACIOS [30 

des ne liu doit pas peu de ses Id^es sm- I'aiialogie entre la raison et k foi ; 
Jehuda Halevi se laisse, inflneiicer parson ag'nosticisme mystique ; Bahya 
(Bechai) {]) a merits d'etre appel^ i'« a KerapLs » jaif pour ses iii^es asc«- 
tico-mystiques, qui ne sont quo la reproduction pre^que littcrale de ceUes 
(Vn\-Ga.-/,7A\i. 

Co sont procisement les ratibins espn-riols et provea^aux qui contri- 
butirent a iatroduire las livres d'al-Gazzali dans la scolastique chreiienne. . 
U.^ tradufitoiH-s tol(^tai(is, diripi^s par llominique Gundisalvi, niirent en 
latin sou Matjitsid, ot le doiuinicain Catalan Raymond Martin insera dans 
son Puf/iofkki .les paf,-es enliores du Mim,}i>loX du n/iafuf, des textes du 
'Mis/mI, du M/zan <-,i du J/'!/a\ 

Cost de cetfc maniere, et par dos choiiiljis indireets, que sont retour- 
neos au cliristianisnic, occidenfnl riomlire d'idijcs, recues d'ahord par al- 
Oazwlli de la tradition citnilienno et du monacbisme orlenlai. 

Signalons, en terminant, ce qui iJiit [.eut-Stre, la princitiale actualitf? 
dusujctque, nous venous de traitor. Je \iens d'insinuer que Ira confr^rios 
religieusesdoloutrislaiiMiuivent en ^^rande partie a la mystique d'al- 
(iamli lour origineotleur vie. Drs Jajuoitiodu XIP si(^de de notre ^re, 
au moment oil sa doctrine aeliev.nit th s'impof^er a I'Harn, les confreries 
religiiiusos oomnle^.;^aient a s'organiser, s'inspirant do I'J/n/a'. l,es plus 
grands mystiques espaguois, orieniaux et afrieains de I'Islam I'adop- 
t^rontcouime r^gie de vin nionastiquo ot, de nos jours, c'est encore I'ar- 
olietype de tons les livres sufis qui sent aux mains di-s devot.s nuisulmaiis. 
Or, ics conlieries religieusos, assezsemUal.les|>')ur leur organisation a Jios 
tiers-ordres, se sont teliement repaTidues ilaus le monde musulman, qn'n 
peine se trouve-t-il,on cliaquepeu|dad6, une doiizaine depersonnes qui ne 
Koient aflllie.'s a iiuelqii'mie d'entre elles. Comhien il jmporte deoonnajtre 
a Tondieur psyclKjlogiei'oligieiJse, le principal ressortdeleur viesociale ! 



( 1 ) Cfi-. lahuda, Al-Hid'sja US firTCii al~qulub ites BaeliJ,i Ibit Jiii^f ibn Piiqhdd. Lei- 
den, Rrill, 1912. 



^^] LA MY9TIQUS D'AL-(>AZZALi 



103 



Ce sera, nous Fesp^rons, rint^r^t de ce m^rnoire.de nous aider a p^ii^trer 
dans la moelle de la mystique ^azzalieane, qui fut et continue a etre Tins- 
piratrice et le module de toutes ces confrMes ( I). 



(I) Noua aou3 perincttons de signaJei- aux lecteut-a de cctle p^nfitrante ^tude je 
r<iceiit ouvrago de M. Louia Maasignon, Kmb al Tau-dsin par At Halluj « lo grand ;no- 
tdJcalllm mystique muaulman de laagiie arabe.,. evippjioi^ k Bagdad, le 26 mara 922 de 
noti'e Are «. (Paris, Geuthcei-, 1913. - Voii- i-eceoaion de Goldziher dana Dfr /./am Bd 
IV (1913), pp. 165-69. du R L. Cbeikho, MFO, VI (1913), pp. Xl-XIl et du P. H. 
Lainmens, Rcchcrches de Science reltgieic^e, b" una^a (1014), pp. 123-35, (N. D. L. RX 



•t^Sxi*- 



104 Df UiaUBL ASi'N PALACIOS [38 



Table des Chapitres 



Pages 

I. — Penitence 69 [3] 

II. —■ Patience '^5 [9j 

HI. — Gratitude ; . . 77 [11] 

IV- et V. — Crainte et Eap^raiice 79 [13J 

VI. — Pauvrete 81 [15J 

VII. — Reiioiicement au luonde 82 [16] 

Vlir. — Abn^^atioiidelavolowt^ ....... 84 jlSJ 

IX. — Amour de Dieu 86 [20] 

X. — Pureteetsinc^rited'intentioii 90 [2i] 

XI. — Exameii de conscience i> w 

XII. — Meditation 91 [25] 

XIII, — Extase mjstique : sps causes et effets .... 93 [27] 

XIV, — Coup d'i«il sur les sources de la mystique (iazza- 

lienneetsur son influence 100 [34]