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Full text of "Bettelheim - Problemes theoriques et pratiques de la planification socialiste"

1 1 I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I , 

Charles bettelheim 



problèmes théoriques 

et pratiques 

de la planification 



troisième édition refondue 



FRANÇOIS MASPERO 

1, place Paul-Painlevé, \» 
PARIS 




1" édition : 1946, Presse» Universitaire» de France. 

2" édition refondue : 1951, Presses Universitaire» de France. 

3' édition refondue : © 1966, Librairie François Maspero, Paria. Tons droits réservés. 



1 



il 






H 



i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i 



Préface à la 3 e édition 



La publication d'une troisième édition de ce livre posait un pro- 
blème difficile à résoudre. Fallait-il publier tel quel le texte de la deu- 
xième édition, en supprimant seulement les développements de carac- 
tère descriptif ayant aujourd'hui un intérêt limité, ou fallait-il procé- 
der à une mise à jour aboutissant à une refonte ? Cest la première so- 
lution qu'il m'a paru préférable d'adopter et, cela, pour deux raisons 
essentielles. 

La première est que la forme et les dimensions initiales du livre 
répondaient, je pense, à un besoin : celui d'un ouvrage relativement 
aisé à consulter parce qu'excluant les détails techniques et les discus- 
sions trop spécialisées. Or, la prise en compte des analyses récentes 1 
dans le domaine de la planification socialiste aurait conduit à alourdir 
considérablement ce livre, à en rompre l'équilibre interne et, cela, en 
définitive, pour y insérer des développements qui, ayant leur logique 
propre, ont intérêt à être présentés séparément, en un tout cohérent. 

En outre, des analyses actuelles impliquent, pour être bien saisies, 
que Von dispose déjà d'une vue d'ensemble portant sur les problèmes 
les plus généraux de la planification centralisée. Cest précisément cette 
dernière qui est Fobjet de ce livre, tel qu'il a été écrit. 

Si une grande partie des développements récents de la pensée éco- 
nomique dans les pays socialistes d'Europe vise à proposer des moda- 
lités de préparation et de mise en œuvre des plans qui font une place 
plus large à la décentralisation (soit au niveau de certains choix écono- 
miques importants, soit, le plus souvent, au niveau de la gestion cou- 
rante de Véconomie), il n'en reste pas moins que ces propositions sont 
encore loin d'être appliquées à une économie nationale dans son en- 
semble. Le seul pays qui ait abandonné la planification centralisée en 
faveur d'un système radicalement différent est la Yougoslavie, mais son 
économie n'est plus véritablement planifiée. On est en présence, dans 
ce cas, d'une économie de marché à laquelle se superpose une planifica- 
tion « indicative ». Un tel système économique se situe donc en dehors 
du champ étudié dans cet ouvrage. 

1. On peut prendre une première vue de ces analyses en se reportant aux deux 
notes bibliographiques complémentaires qui figurent en fin de volume. Pour plus 
de commodité, nous avons également inclus, dans ces deux notes bibliographiques, 
les travaux dont il est parlé dans cette préface. 



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I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



Il importe de souligner, aussi, que les formules actuellement pro- 
posées pour modifier profondément le mode de fonctionnement de la 
planification centralisée, et — à la limite — pour lui substituer un 
autre « modèle » de planification ne convergent même pas vers un sys- 
tème théorique unifié qui pourrait faire Fobjet d'une étude parallèle 
à celle de la planification centralisée. Cest pourquoi une analyse des 
propositions actuellement élaborées en vue de la réforme des méthodes 
de planification et de gestion dans les pays socialistes d'Europe ne peut 
être présentée d'une façon vraiment systématique, cela d'autant plus 
que ces discussions se situent à des niveaux très différents ': théorie 
économique, méthodologie d'élaboration des plans, techniques de ges- 
tion des entreprises du secteur d'Etat, formes de contrôle, modalités 
d'incitation à une utilisation plus complète et plus efficace des ressour- 
ces mises à la disposition des unités de production, etc. 

En second lieu, le « modèle de planification centralisée » gui est 
analysé dans ce livre n'a pas seulement le mérite de correspondre au 
seul « modèle » gui ait été réellement mis en pratique 1 avec, bien sûr, 
toutes les distorsions qu'implique le passage d'un modèle idéel à un 
modèle réel, il a, de plus, le mérite d'être adapté dans ses traits essen- 
tiels aux exigences les plus pressantes d'une étape donnée de la plani- 
fication socialiste et d'avoir permis, précisément pour cette raison, 
d'atteindre les taux de croissance économique les plus élevés que F hu- 
manité ait jamais connus jusque-là* — et cela quels que soient les 
c gaspillages » sur lesquels certains se plaisent aujourd'hui à insister. 

Ces « gaspillages », dus à une série de mauvais ajustements au ni- 
veau des relations entre entreprises, exprimaient notamment la contra- 
diction qui existait entre le fort degré de centralisation du système et 
le degré encore relativement faible de socialisation des forces produc- 
tives. Le fait que ces « gaspillages » périphériques n'aient pas empêché 
une croissance extrêmement rapide du système économique dans son 
ensemble indique que cette contradiction avait un caractère secondaire 
par rapport aux contradictions que la planification centralisée elle- 
même permettait de résoudre, en assurant la concentration des moyens 
sur les branches clés de réconomie. 

Telles sont les deux principales raisons qui justifient à mes yeux 
la réédition de ce livre sous sa forme antérieure. Ces raisons n'impli- 



2. Historiquement, la planification centralisée, telle qu'elle s'est constituée en 
Union soviétique an cours des premiers plans quinquennaux et telle qu'elle est 
décrite dans aes grandes lignes ici, a existé dans la pratique avant d'être constituée 
en € modèle idéel >, mais les traits fondamentaux de ce modèle idéel, plus ou 
moins implicitement posés, n'en ont pas moins inspiré toute une série de mesures 
prises au cours de ces plans quinquennaux. 

3. Ces taux n'ont été dépassés, pendant une période de durée significative, que 
par la République Populaire de Chine. Celle-ci a mis en œuvre une planification 
centralisée caractérisée par une grande souplesse dans l'élaboration et la réalisation 
des plans, notamment en ce qui concerne l'agriculture. Pour cette dernière, le* 
plans n'ont pas un caractère obligatoire an niveau des communes. 



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préface à la troisième édition 



q lient évidemment pas que les discussions actuellement en cours dans 
les pays socialistes d'Europe ou que Vexpérience de la construction du 
socialisme en Chine ou dans d'autres pays que VUnion Soviétique soient 
sans importance théorique et qu'elles ne doivent pas conduire à traiter 
de certains problèmes de planification autrement qu'on pouvait le 
faire autrefois. Un des buts de cette préface est précisément de présen- 
ter quelques remarques concernant les principaux aspects des dévelop- 
pements intervenus dans la théorie et dans la pratique de la planifica- 
tion socialiste et d'indiquer, en même temps, dans quel sens ces dé- 
veloppements m'ont conduit à modifier certains des jugements ou des 
appréciations qui figurent dans ce livre*. 

Les développements récents intervenus dans les pays socialistes 
d'Europe, et qui retiendront notre attention ici, se situent à divers ni- 
veaux. 

h - Au niveau de la conception générale 
de la planification socialiste 

Du point de vue de la conception générale de la planification so- 
cialiste, le développement le plus significatif qui soit intervenu depuis 
la deuxième édition de ce livre ne concerne pas les « nouveaux modè- 
les de planification et de gestion ». Ceux-ci, on le sait, sont encore à 
Vétat de propositions ou de tentatives partielles d'application. Le dé- 
veloppement le plus significatif est constitué, à mon avis, par la prise 
de conscience du fait que les économies socialistes actuelles constituent 
des formations sociales complexes en transition auxquelles ne peut pas 
s'appliquer de façon rigide un « modèle unique » de planification. On 
voit ainsi, plus clairement qu'il y a quelques années, que ce qui est es- 
sentiel pour le développement de ces formations sociales, c'est la mise 
en œuvre cohérente, dans les conditions spécifiques qui sont les leurs, 
de principes généraux exprimant les exigences de la construction du 
socialisme. 

On conçoit aussi, de plus en plus clairement, que les économies so- 
cialistes actuelles sont appelées, au cours de leur développement, à par- 
courir des étapes ou des périodes distinctes au cours desquelles les for- 
mes et les modalités concrètes de la planification devront évoluer. 

On conçoit, enfin, que les formations sociales complexes, qui cons- 



4. Je voudrais signaler que j'ai présente quelques-unes des conclusions nou- 
velles auxquelles j'ai été conduit dans un certain nombre de publications et d'arti- 
cles : 

— c Formes et méthodes de la planification socialiste et niveau de développement 
des forces productives », La Pensée, n° 113, fév. 1964 ; 

— « Les cadres socio-économiques et l'organisation de la planification sociale », 
Problèmes de Planification, n° 5, mars 1965, Ecole Pratique des Hautes Etudes ; 

— « Planification et marché », Monthly Review, avril 1965 ; 

— La construction du socialisme en Chine, F. Maspero, 1965 ; 

— c La construction du socialisme : Problèmes de l'économie de transition », deux 
articles, La Pentée, n°* 125 et 126, fév. et avr. 1966. 



10 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

tituent la réalité à laquelle la planification s'applique, ne sont pas con- 
traintes à suivre un cycle de « périodes ■» rigoureusement données 
d'avance, selon une « loi de transformation » unilinéaire'. 

De même que la succession historique réelle des modes de produc- 
tion dominants peut, dans tel ou tel pays, être autre que la succession 
idéelle des modes de production (c'est-à-dire que certains des stades du 
développement idéel peuvent être sautés), de même, la succession his- 
torique des « périodes '» par lesquelles passent les économies socialistes 
n'est pas donnée par une quelconque « théorie économique générale ». 
S'il en est ainsi, c'est que la région de Véconomie n'est pas dotée d'au- 
tonomie et que, par conséquent, il se développe des actions réciproques 
entre les différents niveaux des formations sociales complexes que re- 
présentent les économies socialistes. Dans des conditions données, ces 
actions réciproques permettent aux niveaux du politique et de l'idéo- 
logique de faire sentir de façon particulière leur efficace propre, ceci 
d'autant plus qu'il s'agit de sociétés de transition. Cest grâce à cette 
efficace particulière des niveaux du politique et de Vidéologique 
qu'il est possible d'éviter certaines étapes, c'est-à-dire de prendre des 
« raccourcis » (il est vrai que ceci peut conduire, aussi, à emprunter 
des « détours » ou à connaître des < reculs », lorsque les développe- 
ments qui se produisent, aux niveaux de Vidéologique et du politique, 
ne permettent pas de maîtriser les contradictions dont la formation 
sociale est le champ). 

Les remarques qui précèdent permettent de comprendre pourquoi 
la planification des différents pays socialistes n'a pas à suivre pas à 
pas révolution de la planification soviétique. 

L'efficace reconnue aux niveaux du politique et de Vidéologique 
ne doit évidemment pas conduire à oublier que le niveau de Vécono- 
mique est déterminant en dernière instance. Mais ce niveau n'est, en 
aucune façon, isolé des autres. Comme cela a été maintes fois souligné 
par les fondateurs du socialisme scientifique, le développement des for- 
ces productives peut être freiné ou accéléré par les transformations 
que connaissent les autres niveaux de la structure sociale. 

De même que le niveau de développement des forces productives 
dans un pays donné ne doit pas être considéré comme une c totalité » 
isolée, de même, pour apprécier les possibilités de développement d'un 
pays donné, il ne faut pas tenir compte isolément de ses seules forces 
productives, il faut prendre en considération, aussi, le niveau mondial 
donné des forces productives et le fait que Vexistence de pays socialis- 
tes déjà industrialisés peut modifier les perspectives de développement 
des pays relativement moins développés. 

En plus de la prise en compte des discussions actuelles, une mise 
à jour détaillée de l'ouvrage devrait tenir compte aussi de la diversité 



5. Sur les problèmes de l'économie de transition et, plus particulièrement, sur 
ceux de la périodisation de celle-ci, voir dans le n° 3 de mars 1966 d'Etudes de 
Planification Socialiste, mon article c Problématique de l'économie de transition » 
et celui de R. Linhart « Quelques caractéristiques de la transition soviétique ». 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I | 



préface à la troisième édition — — 11 

des solutions qui ont pu être apportées au problème des priorités sec- 
torielles, ceci en raison des conditions historiques différentes qu'ont pu 
connaître les divers pays socialistes. 

Dans les conditions spécifiques qui ont été celles de VUnion so- 
viétique au début de ses premiers plans quinquennaux, la priorité don- 
née à Vindustrie sur Vagriculture, et au sein de Vindustrie à Vindus- 
trie lourde, a été imposée par les circonstances (cela ne signifie évidem- 
ment pas que le degré de priorité accordé à Vindustrie et, en consé- 
quence, la faiblesse des moyens mis à la disposition de Vagriculture 
n'aient pas eu, au total, une influence négative sur le développement 
économique d'ensemble et ne pèsent pas aujourd'hui lourdement sur 
l'économie soviétique). 

L'expérience récente de la République Populaire Chinoise montre 
que, dans des circonstances historiques autres, le problème des rap- 
ports entre les rythmes de développement de Vindustrie et de Vagri- 
culture a dû, être posé autrement qu'il ne l'a été en Union soviétique 
et que cela a abouti à donner à Vagriculture une place considérable 
dans le développement économique d'ensemble, ainsi que Vexprime le 
mot d'ordre chinois : « Prendre Vagriculture pour base et Vindustrie 
comme facteur dominant >*. 

II. - Au niveau des instruments d'élaboration des plans 

A ce deuxième niveau, ce qui caractérise Vévolution récente, c'est 
le perfectionnement des méthodes de projection qui servent à Vélabo- 
ration des plans. Cest, aussi, le perfectionnement des méthodes per- 
mettant de tester la cohérence des prévisions grâce, notamment, à 
Vutilisation des modèles de croissance et à la mise en œuvre de bilans 
intersectoriels ou de tableaux de relations interindustrielles. A Vaide 
de ces instruments de calcul, il est possible d'élaborer des coefficients \/ 
technico-économiques et des fonctions de production ayant des carac- /\ 
téristiques plus générales que les coefficients techniques utilisés au dé- » 
but par la planification soviétique. Ces progrès, réalisés au niveau des 
instruments d'analyse économique, permettent aujourd'hui d'effectuer 
des calculs prévisionnels plus complexes qu'autrefois et de mettre en 
œuvre des systèmes d'équations simultanées, ce qui évite une partie 
des opérations d'approximations successives qui étaient jusque-là né- 
cessaires. 

Parmi les économistes qui ont joué un rôle de pionnier dans Vuti- 
lisation des méthodes mathématiques pour la planification socialiste 
et la vérification de la cohérence des plans, il convient, en particulier, 



6. Dans le livre rédigé en commun avec J. Charrière et H. Marchisio La 
construction du socialisme en Chine, op. cit., ce problème, et d'autres de même 
nature, ont été discutés. 



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12 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



de citer les noms de l'académicien soviétique Nemtchinov, du profes- 
seur Kantorovitch et de l'académicien polonais Oskar Lange. 

Les possibilités de calcul et de projection ouvertes par ? utilisation 
des tableaux de relations intersectorielles ont été à l'origine de déve- 
loppements pratiques récents et importants. Cependant, il ne faut pas 
perdre de vue, d'une part, que ces développements exigent, pour por- 
ter tous leurs fruits, Félaboration de concepts scientifiques adéquats et, 
d'autre part, qu'ils s'inscrivent eux-mêmes dans des transformations 
sociales qui débordent amplement les seules techniques de planifica- 
tion. . 

Ainsi, la vision de plus en plus approfondie des relations qui unis- 
sent les diverses activités économiques ouvre la voie à de nouveaux 
développements théoriques (et exige de tels développements). Paralfe 
lement, la socialisation croissante des forces productives et la capacité 
également croissante de traiter ces forces selon leur nature peuvent pré- 
parer un bond qualitatif dans la pratique de la planification. 

Il est utile de rappeler ici que, traiter les forces productives selon 
leur nature, c'est non seulement transformer les rapports de propriété 
pour les mettre en correspondance avec la nature des forces produc- 
tives, mais c'est également rendre les formes d'organisation et les mo- 
dalités concrètes de la planification aussi adéquates que possible à la 
nature de ces forces et à la capacité réelle des différentes instances 
sociales, dans la mesure, du moins, où cette adéquation ne fait pas 
surgir de contradictions entre les différents niveaux de la formation 
sociale. Faute de procéder de façon correcte aux ajustements exigés 
par le développement des forces productives, par la transformation de 
leur nature, on peut retarder considérablement de nouveaux progrès 
économiques. 

L'élaboration de la variante optimale 1 d'un plan économique cons- 
titue, sans doute, un des aspects les plus importants des changements 
qualitatifs qui se préparent au niveau de l'élaboration des plans. 

Pour le moment, les travaux relatifs à Vélaboration d'un plan 
« optimal » n'en sont qu'à leur première phase ; aussi, bien que ces 
travaux aient été mis en route sous la pression des exigences de la pra- 
tique de la planification, ils n'ont encore qu'un champ d'application 
limité. 

Du point de vue d'une réflexion d'ensemble sur la nature de ces 
problèmes, une contribution particulièrement intéressante a été appor- 
tée par V académicien soviétique S. Stroumiline dans son article inti- 
tulé : « Le problème des proportions optimales ». 

Les calculs d'optimation dans le domaine de la planification sont 
intervenus d'abord au niveau de la programmation de branche. Récem- 
ment, une étape importante a été franchie dans la voie d'une « pro- 
grammation optimale » au niveau de Véconomie nationale ; les écono- 



7. La signification théorique de aet < optimum > est, elle aussi, actuellement, 
l'objet de recherches et de réflexions théoriques. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I f I I I I I 

préface à la troisième édition _ 13 

mistes hongrois J. Kornai, Th. Liptak, G. Simon et S. Ganczer ont joué, 
ici, un rôle tout particulier ; bien entendu, les travaux de ces économis- 
tes, comme ceux-ci le soulignent, se sont développés en s'appuyant sur 
des travaux entrepris dans de nombreux autres pays par des économis- 
tes et des mathématiciens. 

Ainsi qu'il a été dit précédemment, la solution correcte des pro- 
blèmes posés par Félaboration d'un « plan optimal » ne dépend pas 
seulement de progrès méthodologiques ou des possibilités de calcul 
ouvertes par l'utilisation des machines électroniques. Elle dépend, aussi, 
de Vélaboration d'un système de concepts permettant de poser d'une 
façon plus précise les problèmes fondamentaux de la théorie du dé- 
veloppement dans les sociétés en voie de transition. Ce sont, en effet, 
des problèmes sociaux oVensemble qui sont en cause, ici, et non pas 
seulement des problèmes de nature < économique ». 

Les développements récents de la théorie et de la pratique de la 
planification conduisent aussi à une réflexion plus approfondie sur 
la nature du calcul économique dans les économies socialistes. Lorsque 
Von relie ces réflexions à une analyse portant sur les relations qui 
s'établissent entre les divers sujets économiques productifs' des écono- 
mies socialistes, on est obligé de modifier certaines des conclusions 
auxquelles on pouvait arriver antérieurement, notamment en ce qui 
concerne le caractère « directement social » du travail fourni dans les 
économies planifiées, au stade actuel de leur développement. 

Tels sont quelques-uns des points sur lesquels mes conceptions 
d'aujourd'hui ont évolué par rapport à celles présentées dans ce livre. 

Sans répéter ici ce que j'ai déjà écrit ailleurs 9 , je dirai que, dans 
les conditions actuelles de liaison effective entre les différentes unités 
de production, un grand nombre de celles-ci constituent, en réalité, en- 
core, des € sujets économiques productifs » relativement indépendants. 
Dans cette mesure même, il n'est pas entièrement possible d'apprécier 
d'avance, de façon précise et avec un juste échelonnement dans le 
temps, les quantités de travail et de produits que ces sujets économiques 
doivent fournir en vue de satisfaire les besoins sociaux. Réciproque- 
ment, les quantités de travail et de produits effectivement nécessaires 
à la satisfaction des différents besoins sociaux ne peuvent pas encore 
être entièrement mesurées a priori avec leur échelonnement dans le 
temps. Il résulte de ceci qu'au stade actuel de développement des éco- 
nomies planifiées, il n'est pas vrai de dire que le travail fourni par les 
différents collectifs de travailleurs constitue dès maintenant et intégra- 
lement un travail directement social. Ce que Von peut dire, c'est que, 
dans les conditions actuelles, le travail dépensé dans la production n'a 
que partiellement un caractère directement social. 



8. Le contenu de ce concept a été présenté dans le texte « Les cadres socio- 
économiques et l'organisation de la planification sociale >, op. cit. 

9. Cf. note (4) supra, et aussi mon livre Planification et croissance accélé- 
rée, F. Maspero, 1964. 



14 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

De là découle la nécessité d'un double calcul économique : un 
calcul économique social, effectué a priori et dont les conclusions s'ex- 
priment notamment dans les documents des plans et un calcul écono- 
mique a posteriori, de caractère < marchand », qui s'effectue au niveau 
des sujets économiques en utilisant un système de prix. La formulation 
qui vient d'être donnée comporte des implications évidentes concer- 
nant non seulement le rôle du système des prix mais aussi le rôle de la 
monnaie. Dans cette préface, il suffit de signaler ces points sur lesquels 
je me propose de revenir plus longuement dans des textes ultérieurs. 

Les problèmes qui précèdent n'ont pas toujours été saisis dans les 
termes que je viens d'énoncer, mais leur existence s'est imposée avec 
suffisamment d'acuité pour conduire à des recherches importantes 
concernant les conditions d'établissement d'un système de prix écono- 
miquement significatifs au niveau des entreprises et au niveau du cal' 
cul économique global. Les conclusions de ces recherches conduisent 
à modifier partiellement certaines des propositions présentées dans ce 
livre. 

Je voudrais notamment souligner, ici, Vimportance de Veffort qui 
a été accompli, au cours de ces dernières années dans les différents pays 
socialistes, en vue d'élaborer un système de prix qui tienne mieux 
compte que cela n'a été le cas jusqu'à présent, à la fois, des coûts so- 
ciaux effectifs et de Futilité sociale plus ou moins grande des diffé- 
rents produits. Cest là une des préoccupations essentielles qui animent 
les travaux d'un certain nombre des économistes dont les publications 
sont citées dans les notes bibliographiques insérées en fin de volume. 

III. - Au niveau des relations de production 

et des conditions de mise en œuvre des plans 

La reconnaissance du caractère de < sujet économique » de T en- 
treprise socialiste conduit également à admettre qu'il est nécessaire de 
doter certaines unités de production ou de distribution (ou certains 
ensembles de telles unités) de pouvoirs de décision propres. Cest sur 
la nature et Fampleur de ces pouvoirs que porte une partie des dis- 
cussions actuelles 10 . 

Les conclusions auxquelles on parviendra à travers ces discussions 
auront une grande influence sur révolution ultérieure des économies 
planifiées. Si ces conclusions sont telles que les pouvoirs de décision 
des unités de production sont limités à ce qui est nécessaire à Vaccom- 
plissement du plan dans les meilleures conditions possibles, Von assis- 
tera à un progrès dans les conditions mêmes de la mise en œuvre des 
plans. Si, au contraire, les pouvoirs de décision dont seront dotées les 
unités de production ou les entreprises permettent à celles-ci de déter- 



10. Ci. plus spécialement la deuxième noie bibliographique figurant en fin de 
volume. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I | 



préface à la troisième édition 15 

miner elles-mêmes ressentie! de leur activité, c'est le caractère planifié 
de F activité économique d'ensemble qui peut être mis en question. 

Il est évident que le résultat de ces discussions dans les pays socia- 
listes dépend non seulement de la saisie théorique des problèmes en 
cause mais aussi du développement interne des contradictions dans ces 
pays mêmes : la façon dont est abordé le problème des < stimulants 
matériels » met ce point clairement en lumière. 

Evoquer cette deuxième possibilité n'est pas évoquer une simple 
possibilité abstraite : certaines des propositions formulées en vue de 
donner aux entreprises du secteur socialiste une plus grande liberté 
de manœuvre vont si loin que leur application généralisée risquerait 
de saper les fondements mêmes de la planification. 

Je soulignerai ici, encore une fois, que « Vexpêrience yougoslave » 
confirme que, menée au-delà d'un certain point, F autonomie accordée 
aux entreprises du secteur d'Etat conduit à la domination du marché 
sur le développement de Vêconomie. Peu à peu, si la ligne politique 
économique n'est pas correcte, on voit ainsi les mécanismes du marché 
dominer la formation des prix, Voctroi du crédit, la commercialisation 
de V ensemble de la production et même les échanges avec V étranger 
et la répartition des investissements. Dès lors, les entreprises, bien 
qu'appartenant à VEtat, fonctionnent comme des entreprises capita- 
listes qui se développent ou stagnent ou même font faillite selon leur 

< rentabilité » propre : elles font appel au système bancaire, qui les 
soutient ou non selon les perspectives qui leur sont ouvertes. 

Une telle évolution n'est évidemment pas due seulement à des 

< erreurs » au sens subjectif du mot, c'est-à-dire à une analyse théori- 
que incorrecte. Elle est le résultat aussi de transformations sociales et 
politiques, de modifications dans les rapports de force entre les classes 
et les couches sociales, de la dégradation du rôle dirigeant d'un parti 
ouvrier, etc. 

Les < erreurs > théoriques sont ainsi, dans une large mesure, le 
sous-produit d'une évolution objective et les formulations pseudo-théo- 
riques ne sont souvent destinées qu'à justifier, sur le plan idéologique, 
des pratiques dont l'origine se trouve au niveau des rapports de forces 
au sein de la société. 

. Ce n'est pas le lieu, ici, d'examiner pour quelles raisons des pro- 
positions visant à donner une très grande autonomie aux entreprises 
sont actuellement formulées dans certains pays socialistes. Ces raisons 
sont, en effet, nombreuses et se situent à des niveaux très divers : mise 
en lumière unilatérale des < gaspillages > de ressources {parfois consi- 
dérables au sein des entreprises) qu'entraînent quelques-unes des mo- 
dalités antérieures de gestion et de planification" ; sentiment de la 



11. Celte appréhension unilatérale des gaspillages masque l'efficience globale 
d'un système économique qui permet une concentration maximum des efforts sur 
des secteurs clés. Elle peut traduire un point de vue purement « local > (celui des 
responsablea d'une entreprise particulière), elle peut traduire aussi la conviction 



I I I I I I I I I I ! I I I I I I I I I I I | I I I I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

jg . problèmes théoriques et pratiques de la planification 

nécessité de laisser au sein de certaines des économies socialistes actuel- 
les un champ plus vaste à Vinitiative soit des dirigeants des entreprises, 
soit des collectifs de travail qui constituent ces entreprises ; reconnais- 
sance du frein opposé par certaines des formes d'organisation anté- 
rieure à une pénétration rapide du progrès technique dans certaines 
branches d'industrie ; désir de modifier les modalités de la rémuné- 
ration du travail, notamment en mettant en œuvre des formes de « sti- 
mulation matérielle » qui associent les travailleurs ou les cadres de cha- 
que entreprise aux « résultats financiers » de celle-ci. 

Quels que soient les raisons et les motifs, il ne fait pas de doute 
qu'à travers les discussions actuelles sur le statut des entreprises socia- 
listes, c'est le système des rapports de production des économies plani- 
fiées qui peut lui-même être ou bien consolidé ou bien ébranlé. 

Au cours de ces discussions, on a tendance à opposer deux moda- 
lités de réalisation du plan : les « mesures administratives », d'une 
part, et les « mesures économiques », de Vautre. 

Par le premier terme, on tend à désigner Fensemble des ordres 
exprès donnés par les instances économiques supérieures aux entrepri- 
ses, ceci soit sous forme d'ordres spécifiques, soit sous forme de ré- 
glementations. Par le second, on désigne le maniement par les instan- 
ces économiques supérieures de « leviers économiques », tels que la 
fixation des prix par ces instances supérieures, la répartition des fonds 
d'investissement et du crédit par le canal du budget ou des banques du 
secteur socialiste, etc. 

Dans l'état actuel de la discussion, il semble clair que, d'une part, 
il existe un noyau de « mesures administratives » qui sont essentielles 
à toute planification socialiste et que, d'autre part, au-delà de ce noyau, 
il a existé et il existe un ensemble de « mesures administratives » aux- 
quelles il est nécessaire de recourir soit en raison de déséquilibres mo- 
mentanés entre les disponibilités de certains produits et les demandes 
de ces produits, soit en raison d'une certaine inadéquation des formes 
d'organisation aux exigences de la planification. Une telle inadéquation 
peut être due à un « retard » de t 'organisation sur les exigences écono- 
miques objectives, mais elle peut être due, aussi, à une « avance » de 
certaines formes d'organisation par rapport aux conditions réelles de 
fonctionnement de V économie. Or, il faut le souligner, une telle 
« avance » peut correspondre à des exigences sociales et politiques d'en- 
semble. 

Seule, une analyse concrète permet de mettre à jour à chaque mo- 
ment, celles des mesures de direction administratives socialement né- 
cessaires et celles qui représentent simplement le résultat de faiblesses 
dues à un mauvais fonctionnement courant de V économie ou à des struc- 



que, dans une économie socialiste dont les structures essentielles n'appellent pas 
de rééquilibrage profond, il n'est plus juste de sacrifier l'efficience c locale > i 
une concentration des efforts sur quelques points, si cette concentration n'est plus 
nécessaire aujourd'hui. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I f I 

préface à la troisième édition 17 

tures d'organisation non adaptées au niveau de développement des for- 
ces productives. 

Il est important de souligner qu'un nombre croissant d'économistes 
arrivent à la conclusion qu'en raison de la forme d'une partie des fonc- 
tions de production, il est toujours indispensable que les organes de 
planification notifient certains objectifs quantitatifs à une partie des 
entreprises. En d'autres termes, il apparaît de plus en plus certain qu'il 
est impossible d'assurer un développement planifié de Véconomie au 
moyen des seuls « leviers économiques ». 

De toute façon, les discussions actuelles mettent en lumière, là 
encore, que les formes et les méthodes de la planification socialiste 
doivent être relativement diversifiées afin d'être adaptées au niveau de 
développement des forces productives et au degré d'efficace des dif- 
férentes instances de chaque formation sociale. Ainsi, par exemple, 
Vimportance attribuée aujourd'hui dans la plupart des pays socialistes 
d'Europe au problème des « stimulants matériels » n'est évidemment 
pas sans liens avec la baisse d'efficace dans ces pays des niveaux idéo- 
logique et politique. Mais, réciproquement, le développement des « sti- 
mulants matériels » peut, à son tour, réagir sur Vefficace des niveaux 
idéologique et politique. 

Les questions que pose Porganisation de Véconomie socialiste ne 
concernent pas seulement les pouvoirs de décision dont les entreprises 
peuvent être dotées et le mode de subordination des entreprises au plan, 
ces questions concernent encore la « délimitation » des différents 
« sujets économiques » réels dont Fensemble constitue le secteur socia- 
liste d'Etat. Il y a, là aussi, des problèmes d'une grande importance 
pratique. Une fois posés les principes théoriques de base, ces problè- 
mes ne peuvent être résolus que par une analyse concrète qui doit faire 
ressortir à quel niveau se manifeste effectivement la nécessité d'un pou- 
voir de décision économique subordonné aux instances planificatrices. 
En tout cas, Ton voit clairement qu'avec le progrès même des forces 
productives, les sujets économiques deviennent des sujets de plus en plus 
complexes. Ces sujets économiques complexes sont formés par Vintêgra- 
tion organique de différentes unités de production ou de distribution. 
Du fait de cette intégration, ces unités de production peuvent de mieux 
en mieux être commandées à partir d'un centre unique, car celui-ci 
peut être pratiquement informé de tout ce qu'il est nécessaire de sa- 
voir pour prendre des décisions économiquement et socialement utiles 
et pour être assuré de pouvoir contrôler l'exécution correcte de ses dé- 
cisions. 

Ainsi, le progrès même des forces productives conduit à une re- 
structuration progressive des sujets économiques en sujets économiques 
complexes ; le nombre de ceux-ci est ainsi appelé à se réduire, ce qui 
doit permettre une planification centralisée beaucoup plus efficiente 
que celle qui s'appliquait à un nombre considérable de sujets économi- 
ques divers. 

Il me paraît important de mentionner ces différents problèmes, 

2 



18 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

bien qu'ils se situent en partie au-delà du champ des questions directe- 
ment traitées dans ce livre (puisque celui-ci est essentiellement centré 
sur les problèmes d'élaboration des plans et non sur ceux de leur mise 
en œuvre) ; en effet, on ne doit pas oublier que les conditions dans les- 
quelles un plan est mis en exécution réagissent aussi sur les conditions 
de son élaboration. 

De toute façon, il faut souligner, encore une fois, que les dis- 
cussions ou les transformations en cours dans les pays socialistes sont 
loin d'être principalement ou essentiellement le résultat d'une c re- 
cherche économique pure ». En fait, ce à quoi on assiste, c'est à une 
saisie à un certain niveau théorique de problèmes concrets qui sont 
soulevés, à la fois, par le développement objectif des forces produc- 
tives et par le développement de contradictions entre les formes d'orga- 
nisation et les rapports sociaux effectifs. 

La complexité croissante de V économie socialiste pose également le 
problème des c indicateurs » du plan et celui des modalités du con- 
trôle de Texécution de celui-ci. 

Ce qui est en cause, ici, c'est, entre autres, la forme sous la- 
quelle les objectifs du plan sont à notifier à chaque entreprise. Cette 
forme doit être telle qu'elle permette d'évaluer non pas tant un « pour- 
centage » de réalisation mais surtout fefficience avec laquelle chaque 
entreprise exécute le plan. Pour cela, il est indispensable de disposer 
d'un indicateur principal qui permette d'apprécier la qualité de la ges- 
tion des diverses unités de production. Un tel indicateur est d'ailleurs 
indispensable non seulement aux autorités centrales mais aussi à cha- 
que entreprise : chacune d'elles doit, en effet, disposer d'un moyen lui 
permettant d'orienter sa propre gestion de la façon la plus efficiente 
possible du point de vue de Véconomie nationale. 

Les discussions qui portent sur ce que doit être un bon < indica- 
teur de gestion » sont loin d'être terminées. Il est nécessaire, en effet, 
que cet indicateur soit tel que ce qui constitue une « bonne gestion » 
au niveau de Ventreprise le soit aussi du point de vue de Véconomie 
nationale. Ici, on voit s'opposer principalement deux points de vue : ce- 
lui qui affirme que le critère de la € rentabilité » ou du c bénéfice » est 
le meilleur et celui qui voit dans la maximisation de la c valeur ajou- 
tée » (c'est-à-dire de la production brute moins la valeur des inputs ma- 
tériels) le critère le plus significatif d'une bonne gestion. L'économiste 
soviétique Liberman se range parmi les défenseurs de la première opi- 
nion ; les économistes tchécoslovaques et, notamment, Ota Sik soutien- 
nent le second point de vue. Ces divergences se relient à des concep- 
tions en partie différentes concernant 

œuvre au niveau de la gestion courante. Elles ne sont pas, non plus évi- 
demment, sans rapport avec les formes concrètes à donner à la gestion 
des entreprises. 

En ce qui concerne le critère de < rentabilité », on conçoit qu'il 
puisse, entre certaines limites, être utilisé comme moyen d'évaluer 
la gestion d'une entreprise socialiste qui a, par ailleurs, pour tâche de 



I I I I I I I I I I I I I I I I I t I I I I I | | I | | 



préface à la troisième édition — ■ 19 

réaliser les objectifs qui lui sont fixés par un plan économique national. 
Mais ce critère de rentabilité « locale » ne peut jamais être qu'un cri- 
tère subordonné et il est, en tout cas, impossible de se servir de ce 
critère pour orienter des investissements dont Vintervention est appe- 
lée à modifier la structure de l'économie, c'est-à-dire la proportion des 
différentes activités économiques et les conditions techniques dans les- 
quelles ces activités s'exercent. 

L'efficience des investissements ne peut être jugée qu'au niveau 
social, à travers un calcul de caractère combinatoire qui évalue rim- 
pact des différents changements structurels que Von peut mettre en 
œuvre au cours d'une certaine période. La « rentabilité », quant à 
elle, ne peut mettre en lumière, et encore sous de nombreuses réserves, 
que le caractère plus ou moins efficace avec lequel sont utilisées des res- 
sources déjà données et susceptibles d'usages alternatifs. La « rentabi- 
lité » représente donc un critère surbordonné et partiel de gestion, utili- 
sable seulement à Tintérieur de structures existantes et qui éclaire ainsi 
des choix secondaires et non des choix fondamentaux. Ces derniers, qui 
relèvent de la planification, ne peuvent donc être effectués que sur la 
base d'un critère d'efficience sociale. L'opposition entre ces deux no- 
tions (« rentabilité » et € efficience sociale ») prend une importance 
d'autant plus grande que se développe davantage le caractère social des 
forces productives et que leur rythme de croissance est plus élevé. 

Comme on le verra, une grande partie de Vanalyse des conditions 
générales d'un développement économique équilibré repose, dans ce 
livre, sur les schémas de la reproduction élargie de Marx. L'utilisation 
faite ici de ces schémas ne permet de saisir encore que des aspects rela- 
tivement limités des problèmes posés par l'évolution de la productivité 
sociale du travail. Il y a là également une question qui devra faire T ob- 
jet de recherches ultérieures, car elle comporte des conséquences extrê- 
mement importantes". 

Les problèmes qui précèdent et les solutions qui pourront leur 
être trouvées peuvent conduire à formuler d'une façon nouvelle cer- 
taines des analyses présentées dans ce livre. Cependant, ces analyses ne 
peuvent être modifiées que partiellement, puisque cet ouvrage traite 
avant tout des problèmes d'élaboration des plans dans Vhypothèse d'une 
planification centralisée. 

Je terminerai ces remarques en ajoutant, encore, que les discus- 
sions relatives aux systèmes intérieurs des prix ne peuvent être isolées 



le système des prix 



12. Sur ce point, j'ai présenté des analyses complémentaires dans les denx 
articles suivants : 

« La maàmation de la croissance économique », Revue Economique, n° 1 de 
1957 ; 

* Variation du tanx de profit et accroissement de la productivité du travail », 
Economie Appliquée, oct. 1959. 
Ces analyses ont i être rapprochées de celles que j'ai consacrées an surplus 
économique in Planification et croissance accélérée, op. cit., p. 91 a 126. 



I I I I I I I I I ! I I I I I I I I I I I I I I I ! | 



I I I I Il 

2" problèmes théoriques et pratiques de la planification 

de celles portant sur les prix à pratiquer entre pays à économie so- 
cialiste. A son tour, la solution donnée à ce problème est évidemment 
liée à une analyse scientifique des conditions qui s'imposent à la divi- 
sion internationale du travail entre pays socialistes". 

Telles sont quelques-unes des questions à propos desquelles des 
discussions théoriques importantes se sont ouvertes depuis la deuxième 
édition de ce livre. Bien qu'il eût été possible de tenir compte de ces 
discussions dans les pages qui suivent, il m'a semblé préférable, pour 
les raisons que j'ai précédemment exposées, de réserver {analyse de 
ces problèmes nouveaux à un texte ultérieur. 

Charles Bettelheim (Juillet 1966). 



13. Sur ce point, on pourra consulter utilement les contributions suivantes : 
C. Bettelheim et A. Emmanuel : « Echange inégal et politique de développe- 
ment », Problèmes de Planification, n° 2, 1963, Ecole Pratique des Hautes 
Etudes. 
A. Emmanuel : « La division internationale du travail et le marché socialiste », 
Problèmes de Planification, n° 7, Ecole Pratique des Hautes Etudes, 1966. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



Introduction 



II est bien des façons de concevoir une étude de la planification. 
Il est possible de partir d'une analyse en quelque sorte empirique des 
tentatives de planification, afin de remonter de ces tentatives à une 
conception théorique. Cette remontée de la pratique à la théorie ou du 
concret à l'abstrait ne serait que l'application, à notre objet, d'une 
méthode inductive. H est possible, encore, de partir immédiatement 
d'une sorte de théorie pure de la planification, qui déduirait d'une dé- 
finition du plan ses 'conséquences théoriques, puis pratiques. Cette des- 
cente de 'la théorie à la pratique, de l'abstrait au concret, serait l'appli- 
cation à notre objet d'une méthode déductive. En fait, la mise en œu- 
vre séparée de ces deux méthodes ne saurait donner de résultats sa- 
tisfaisants. Chacune d'elles, isolément, repose sur une équivoque. La 
première prétend partir de l'expérience seule, mais il faut bien qu'elle 
aborde l'expérience avec des concepts et des définitions. Pour rechercher 
quelles ont été les tentatives de planification, il faut d'abord savoir ce 
qu'est un plan — donc le définir. La seconde méthode prétend partir 
d'une définition abstraite, mais cette définition, pour ne pas être ar- 
bitraire, pour pouvoir € coller » au réel, il faut bien qu'en quelque ma- 
nière elle lui ait été empruntée. C'est pourquoi, il faut avoir recours, 
ici, aux deux méthodes. Non pas pour les juxtaposer, mais pour en faire 
la synthèse. 

La première méthode, la méthode empirique, doit nous mettre en 
présence des faits de planification, elle doit nous permettre d'en donner 
en quelque sorte, la nomenclature et d'en comprendre la connexion ex- 
térieure. La seconde, la méthode théorique, doit nous permettre de pé- 
nétrer dans le mécanisme de l'économie planifiée. Le lien interne entre 
ces deux méthodes doit être l'histoire, qui nous montrera comment se 
constituent peu à peu les éléments et les conditions d'une économie 
planifiée, non seulement dans la pensée des hommes, mais dans la réalité 
sociale (nous n'aurons d'ailleurs pas la place, dans le cadre de cet ou- 
vrage, d'insister sur ce dernier aspect de la question). 

Ces considérations noue ont dicté la division de notre étude en 
deux parties : une partie historique et descriptive, une partie plus spé- 
cialement théorique. La première partie s'appuiera elle-même sur un 
ensemble de définitions qui ont leur place dans la présente introduc- 
tion. Au cours de cette introduction nous essaierons aussi de fixer les 



problèmes théoriques et pratiques de la phmification 



H. 



limites de la planification par rapport à des notions roisines et de pré- 
ciser les termes de la querelle entre libéraux et planificateurs. 

Définition du plan 



-*ï 



Nous partons donc d'une définition du plan. D'une façon générale, 
pas seulement économique, un plan, au sens où nous l'entendons, est 
constitué par Vensemble des dispositions arrêtées en vue de l'exécution 
d'un projet. 

La notion de plan apparaît ainsi comme se définissant par deux 
éléments : 

1° Un projet, c'est-à-dire un but que l'on propose d'atteindre ; 

2° Les dispositions arrêtées en vue d'atteindre ce but, c'est-à-dire, 
la fixation des moyens. 

Une fin déterminée et des moyens également déterminés pour at- 
teindre cette fin, voilà l'essentiel de tout plan, voilà ce qui distingue 
notamment un plan d'un simple projet. 

On conçoit souvent que la détermination des moyens, la fin étant 
déterminée, soit une affaire purement technique, pourtant il n'en est pas 
ainsi, car il est souvent possible d'atteindre la même fin par des voies 
différentes. Le choix entre ces voies soulève de nombreux problèmes qui 
dépassent largement 'le simple domaine de la technique. A plus forte 
raison, la détermination, le choix, des fins à atteindre ne peut relever 
de la seule technique. Noua aurons maintes fois l'occasion de revenir 
sur ce point. 

H découle de ce qui précède que le plan économique doit pouvoir 
se définir : un « ensemble de dispositions arrêtées en vue de l'exécution 
l'un projet intéressant une activité économique ». H peut j avoir ainsi 
des plans de production, de répartition, de distribution, des plans d'in- 
vestissements, des plans partiels, mais au sens plein du mot, un plan 
économique est un plan qui intéresse l'ensemble de la vie économique 
ou l'ensemble de l'activité d'une unité économique. On donne de plus 
en plus souvent à ces plans subordonnés la dénomination de programme. 
Nous reviendrons sur ces distinctions qui sont d'une grande importance. 



Plan et directives 

Le plan économique doit être distingué de notions voisines. Il doit 
être distingué des simples directives économiques. Tant qu'il n'est ques- 
tion que de directives économiques, on se contente d'assigner un certain 
nombre de fins à atteindre, la réalisation de ces fins étant d'ailleurs plus 
ou moins obligatoire pour ceux à qui elles sont assignées et 'les moyens 
par lesquels il convient de les atteindre n'étant pas précisés. Bien sou- 
vent, on donne abusivement le nom de plan à de telles directives. En 
réalité, il est évident qu'il ne s'agit pas là de plana économiques, mais 



i i i I i i i i I i i f f i f t i i i l I I i i i I l I 



introduction — ■ — 23 

d'indications générales. Par contre, lors de l'élaboration d'un plan éco- 
nomique, il y a lieu à la mise au point préalable de directives. Nous re- 
viendrons sur 'cette question. 



Plan et conjoncture 

Le plan économique doit être distingué de la conjoncture économi- 
que qui a pris, dans la plupart des pays capitalistes, une importance 
croissante. La conjoncture économique vise non pas à l'action mais à la 
prévision. Elle suppose que l'économie se développe spontanément, li- 
brement, et elle cherche à prévoir quel sera ce développement. La con- 
joncture vise à éclairer l'activité des particuliers ou des hommes politi- 
ques e n leur faisant connaître à l'avance ce que sera la situation écono- 
mique au cours d'une période donnée. La conjoncture s'est surtout ren- 
due célèbre pour ses tentatives de prévisions des crises économiques. 
Cette 'célébrité est due d'ailleurs tout autant à l'échec retentissant de ses 
prévisions, notamment des prévisions faites à Harvard à la veille de la 
grande crise mondiale de 1929, qu'à leur succès. 

La conjoncture économique ne vise évidemment ni à la prophétie, 
ni à la divination, elle prétend s'appuyer sur des données objectives 
présentes, pour en déduire l'évolution à venir ; elle se rapproche ainsi, 
en quelque sorte, d'une science comme la météorologie qui prétend pré- 
voir le temps qu'il fera. D'ailleurs, de même que la météorologie pré- 
tend simplement prévoir le temps et non pas agir sur lui, la conjoncture 
prétend simplement prévoir les faits économiques et non pas agir sur 
eux. C'est précisément là ce qui la distingue de la planification. 

Toutefois, la conjoncture ne prétend pas être une science simple- 
ment spéculative (au sens philosophique du mot), elle prétend guider 
les hommes, et, par là, modifier en partie le cours des événements. 
Ainsi, elle prétend qu'en annonçant une crise à venir suffisamment à 
temps, elle permettrait aux hommes d'affaires de prendre leurs dispo- 
sitions pour éviter cette crise. Si bien que son office serait d'autant 
mieux rempli que, grâce à son cri d'alarme, ses propres prévisions 
seraient démenties. Son rôle serait analogue, a-t-on dit, à celui de la 
vigie qui, de loin, signale les écueils et dont le rôle se révèle utile non 
pas parce que son cri d'alarme a été justifié par le naufrage du navire, 
mais parce que, précisément, il a permis d'éviter le naufrage. 

Toujours est-il que, jusqu'à maintenant, la conjoncture n'a jamais 
permis d'éviter les crises ; sans doute, d'ailleurs, parce que, même en les 
prévoyant, on ne pourrait les éviter tant que subsiste le mécanisme éco- 
nomique qui les engendre. 

'Pour revenir aux relations de la planification et de la conjoncture, 

il faut dire que toute planification, de même que la conjoncture, im- 

__Vplique un travail préalab le de prévision et qu'en même temps elle res- 

•treint le champ ouvert à la conjoncture, car celle-ci implique — comme 

il a été dit — que l'activité économique se développe spontanément. 



I I I I I I I I I I ' I I I f I I I I I I I I I I I I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



24 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

D'une façon plus générale, la conjoncture implique que l'économie évo- 
lue selon ses lois propres, en vertu d'un déterminisme interne, d'une né- 
cessité. La planification, au contraire, implique que l'économie cesse 
d'être dominée par des lois économiques, elle implique que l'économie 
est désormais dominée par la volonté des hommes. En bref, elle suppose 
que la liberté humaine se substitue à la nécessité économique. Aussi 
bien, le progrès de la planification doit-il entraîner le dépérissement de 
la conjoncture. Alors que cette dernière suppose que les hommes agis- 
sent selon des lois économiques — qu'ils sont soumis à des lois économi- 
ques, à la nécessité, la planification suppose au contraire que ce sont 
les hommes qui commandent à l'économie. Ceci contredit ce que l'on 
pense souvent. 



Plan et liberté 



Nombreux sont, en effet, ceux qui considèrent que l'économie pla- 
nifiée implique une aliénation de la liberté et que la liberté est assurée 
seulement par un régime économique que, pour cela, on qualifie de li- 
béral. Ceux qui pensent ainsi opposent liberté à contrainte. Cette con- 
tradiction avec le point de vue précédemment exposé est pleine d'en- 
seignements. 

La liberté dont les adversaires de la planification se font les défen- 
seurs est, selon eux, la liberté pour chaque individu de consommer ce 
qui lui plaît, de choisir le travail qui lui convient, de produire ce qui lui 
plaît, de fixer à sa guise les prix auxquels il vend ses produits, etc. 
Bref, cette liberté est précisément celle que nous propose le régime du 
laisser-faire et du laisaer-passer, le régime libéral, le régime de la libre 
concurrence. 

Qu'en est-il exactement de cette liberté-là ? Eh bien, il faut le dire, 
cette liberté-là n'est — quoi qu'en pensent les libéraux — qu'une liberté 
abstraite, non une liberté réelle. Cette liberté abstraite a été nécessaire, 
l'expérience le montre, pour que s'édifie le régime économique du capi- 
talisme, pour que — à un certain degré de la technique — se réalise 
l'expansion des forces productives. Sa justification est une justification 
historique. Rien de plus. Mais revenons, pour la préciser, sur cette no- 
tion de liberté abstraite. 

Les libéraux parlent de la liberté, pour chaque individu, de con- 
sommer ce qui lui plaît, mais ils oublient d'ajouter qu'en réalité les in- 
dividus ne consomment pas n'importe quoi et cela est aussi vrai en ré- 
gime libéral qu'en régime de planification. 

En réalité, la consommation des individus se trouve déterminée, 
d'une part, par l'échelle de leurs besoins (et ces besoins sont, à la fois, , 
une résultante physiologique et une résultante sociale, il s'agit de ce que • 
la science économique moderne appelle des habitudes de consommation 



■ ■ ■ I I I I I I I I I I I I f I I I I 

introduction ' ** 

à propos desquelles des lois ont même été formulées, 'les lois d'Engel 
et de Halbwachs) 1 et, d'autre part, par l'échelle des prix et des revenus. 

Toute l'analyse économique du marginalisme, dans ce qu'elle a de 
valable, car toute erreur contient un grain de vérité, tend à mettre en 
lumière le déterminisme qui fait agir le consommateur 2 . Tel est le con- 
tenu de la liberté de consommation. Il est bien évident que cette liberté- 
là, la planification économique, telle qu'on la conçoit généralement, ne 
prétend nullement la supprimer. Elle ne serait supprimée que par l'in- 
troduction d'un système de rationnement, analogue à celui qui est in- 
troduit en temps de guerre, et qui ne permet à chaque consommateur 
que. d'acquérir des quantités déterminées des différents produits — mais 
rationnement et planification ne sont pas identiques. Nous verrons, au 
contraire, qu'il n'y a de possibilité de planification rationnelle que dans 
le cadre d'une certaine liberté de consommation (au sens du mot em- 
ployé il y a un instant) . 

y Quant à la liberté du travail et à la liberté de fixation des prix, 
c'est avec elles que nous saisissons le plus facilement la signification his- 
torique concrète des revendications en faveur des libertés abstraites. Le 
mot d'ordre de la liberté du travail, du libre choix de la profession, a 
eu tout son sens historique en face des privilèges corporatifs qui limi- 
taient strictement l'accès aux différentes professions, l'exercice des dif- 
férents métiers. Mais là s'épuise sa signification concrète, au-delà cette 
liberté n'est qu'une liberté abstraite. Ainsi, il est bien évident qu'en dé- 
pit de la liberté du travail, le régime libéral est incapable d'assurer à 
chacun l'exercice du métier qui lui convient le mieux ; la plupart des 
hommes ne sont-ils pas obligés de prendre l'emploi qui s'offre à eux, 
quand ils ne sont pas tout simplement condamnés au chômage ? Et où 
se trouve la liberté du travail pour les millions de chômeurs ?... Ceci ré- 
vèle le sens limité de la liberté du travail au sein d'un régime libéral. 
IJ ne écono mie rationnelle ment pla nifiée — qui ne doit pas pins être _ 
conlo ndue avec le servi ce obligatoire _rl'i travil (pi'avec Je ratio nne^ 
ç< inent - ^ duit assurer bien pl us concrète ment l'accession de chacun au 
trava il quTldl con v i ent lo Tiiie iu . - *: 

De même, la liberté de production perd toute signification concrète 
en présence des crises — qui résultent des lois immanentes de la pro- 
duction capitaliste — et des fermetures d'entreprises qu'elles imposent. 

Le contenu du mot d'ordre de la liberté de fixation des prix s'ana- 
lyse d'une façon identique. Il a une signification concrète en face des 

mesures de réglementation des prix qui caractérisent l'Ancien Régime, 
'le régime antérieur à la Révolution française — il a de même une signi- 



1. Voir notamment, Halbwachs, L'évolution des besoins dans les classes ouvriè- 
res, Parie, 1933. 

2. Mais le marginalisme perd de vue les fondements sociaux de ce déterminisme. 

3. Pour s'en convaincre, il snffit de voir la place considérable prise dans toutes 
les économies planifiées par les enseignements techniques et professionnel*, ensei- 
gnements grâce auxquels des millions d'individus peuvent accéder à des emplois 
auxquels ils n'auraient sans cela jamais pn prétendre. 



26 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



fication concrète en face des mesures de réglementation des prix qui 
peuvent intervenir dans le cadre de l'économie de guerre. Mais là 
s'épuise le contenu concret de cette liberté ; dès qu'elle est réalisée, son 
caractère abstrait se manifeste — car il est bien évident qu'aucun pro- 
ducteur n'est libre, au sens plein du mot, de fixer ses prix comme il 
l'entend. Son prix est fixé, déterminé, précisément en régime de libre 
concurrence, par les conditions de la production, par le jeu de l'offre 
et de la demande, par la situation du marché. Ce n'est, au contraire, 
qu'avec la disparition de la libre concurrence, avec le développement 
des monopoles, des trusts, des cartels et des ententes, que le producteur 
acquiert une certaine liberté de fixer ses prix. 

Les arguments ci-dessus signifient-ils que les libéraux sont entiè- 
rement dans l'erreur lorsque, défendant la libre concurrence contre la 
planification, ils prétendent défendre la liberté contre 'la contrainte ? 
Certainement pas, car leur argumentation abstraite a une signification 
bistoriqne concrète, j Leur argumentation porte entièrement contre les 
tentatives de planification partielle, dictées par des intérêts particuliers, 
/elle porte contre les manipulations arbitraires des prix, contre les limi- 
tations de la concurrence au bénéfice des producteurs déjà établis, elle 
porte contre la « planification » réalisée, à leur profit, par les trusts et 
les cartels contre la « planification » réalisée par l'Etat au profit des 
intérêts économiques privés/ Toutes ces « planifications » -là, si elles 
sont des pas en avant vers la liberté, ne sont des pas en avant que pour 
ceux qui en ont l'initiative et qui en bénéficient'/ elles représentent, 
au contraire une contrainte supplémentaire pour ceux qui les subis- 
sent : pour les petits industriels, pour les commerçants, pour la masse 
des salariés et des consommateurs.^Ces planifications-là représentent 
bien un pas vers la liberté, mais vers la liberté de quelques-uns au dé- 
triment des autres/C'est cela qu'exprime la critique des libéraux. 

Précisément, cette critique n'est que négative. Elle est incapable de 
faire revenir l'bistoire en arrière, de faire disparaître les conditions qui 
ont rendu inévitables ces < planifications » partielles, donc ces con- 
traintes supplémentaires. Elle est incapable de saisir que, pour abolir 
la nécessité, il faut généraliser la planification et ses conditions d'exis- 
tence, car ainsi, au lieu d'être t 'instrument de^£a liberté de quelques-uns, 
elle sera l'instrument de la liberté de tousrTNon plus d'une liberté ab- 
straite, mais d'une liberté réelle, d'une liberté qui permet aux hommes 
de fixer, non plus individuellement, mais socialement, non plus selon 
les fluctuations du marché mais en fonction de leur volonté, ce qu'ils 
produisent, en quelles quantités et à quelles conditions. Cette identifi- 
cation de la planification et de la liberté économique réelle suppose 
réalisées des conditions politiques — qui fassent des organes de plani- 
fication les serviteurs de la société et non ceux d'une classe ou d'une 
couche sociale — et des conditions économiques ; c'est l'étude de ces 
conditions économiques, qui sont celles d'une planification rationnelle, 
qui retiendra principalement notre attention. 



I I I ? I I I I ( I | | I ! | | ( | | | f | | | | | i | 



X 



Introduction 37 

Définition du plan économique 

Nous avons défini le plan économique en disant qu'il était constitué 
par un « ensemble de dispositions arrêtées en vue de l'exécution d'un 
projet intéressant une activité économique ». Cette définition peut s'ap- 
pliquer aussi bien à un plan économique partiel qu'à un plan économi- 
que embrassant l'ensemble de la vie économique. 

La définition que Staline donne des plans économiques soviéti- 
ques est plus explicite ; elle se réfère aux plans qui portent sur l'en- 
semble de la vie économique. Voici cette définition : « Les plans ne 
sont pas des plans de prévision, des plans de conjoncture, mais des plans 
de directives qui ont un caractère obligatoire pour les organes dirigeants 
et qui déterminent l'orientation du développement économique à l'ave- 
nir et à l'échelle de tout le pays » (citation extraite d'un rapport au 
XV* Congrès au P. C. de l'U. R. S. S. — d'après Planification soviéti- 
que, p. 81). Ce n'est d'ailleurs pas seulement « l'orientation du déve- 
loppement » qui est prévue dans ces plans, mais ce sont aussi des tâches 
économiques concrètes dans le domaine de la production, de la répar- 
tition, des prix, etc. Il faut noter que la définition précédente insiste à 
juste titre sur le caractère obligatoire des plans et souligne que ceux-ci 
ne sont pas simplement prévisionnels, conjoncturels. 

Ceci s'oppose à la conception de M. Vincent, de l'Institut de Con- 
joncture, pour qui le plan vise à c prévoir, en les chiffrant le mieux 
possible, quels seront, dans leurs grandes lignes, les éléments de l'acti- 
vité économique nationale au cours d'une période à venir >*. Cette dé- 
finition correspond à celle de < chiffres de contrôle >, élaborés chaque 
année avant les plans quinquennaux par les organes de planification 
soviétique afin de prévoir quel devait être, dans les principales branches 
de l'économie, le niveau qu'atteindrait la production en fin d'année. 
M. Vincent revient, à la page 51, sur sa conception en parlant de 
normes indicatives opposées aux impératifs. On ne peut admettre une 
telle conception du plan, car elle n'est pas assez précise 9 . 

Les définitions précédentes, si elles nous ont permis déjà de pré- 
ciser la notion de plan économique et de distinguer la planification de 
la conjoncture et de l'élaboration de directives économiques, ne donnent 
encore de la planification et des plans qu'une sorte de description, elles 
ne nous font pas comprendre ce qui est la nature propre de la planifi- 
cation, c'est ce sur quoi nous allons nous arrêter maintenant en mettant 
en lumière que le but des plans économiques est de réaliser une adapta- 
tion de la production aux besoins sociaux. 



4. Vincent» L'organisation dans l'entreprise et dans la nation, p. 49. 

5. On notera que l'Economie Survey publié chaque année, depuis 1947, par le 
gouvernement britannique stipulait jusqu'à cette année des objectifs i atteindre 
(« targets »), sans préciser d'ailleurs comment ces objectifs seraient réaliséa ; depuis 
1951, le terme de « targets > a été abandonné pour celui plus modeste, mais plus 
réaliste, de c prévisions > (c forecasts »). 



I I I • I I I I I I I I I I I f I I I I I I | I | 



I I 




I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

28 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

Plan et adaptation de la production aux besoins 
sociaux 

vl H est bien évident, en effet, que si on élabore des plans, ce n'est pas 
pour le pur plaisir d'organiser et de réglementer la production, mais 
bien pour adapter celle-ci à sa fin, qui n'est pas en elle-même, mais dans 
la satisfaction des besoins sociaux*. Dans l'économie capitaliste, cette 
adaptation est censée se traduire par la réalisation d'un équilibre entre 
Vojfre et la demande à un prix qui laisse aux entrepreneurs et aux ca- 
pitalistes un profit moyen. Si cette condition n'est pas réalisée, notam- 
ment si les entrepreneurs vendent à perte ou ne peuvent servir d'intérêt 
au capital, on considère qu'il y a surproduction ; ceci même si toute la 
quantité produite a été entièrement écoulée, mais à perte, et même si, 
dans ces conditions, la totalité des besoins n'a pas été satisfaite. Nous 
sommes ainsi conduits à noua arrêter sur les notions de besoin social et 
demande, notions fondamentales en matière de planification. 

Besoin social. — Commençons par la notion de besoin social. Le 
besoin, au sens général, mais en tenant compte de sa finalité interne, 
est Vétat d'un individu par rapport aux moyens nécessaires ou utiles 
à son existence ou à son développement. C'est ainsi qu'il existe un be- 
soin de nourriture, un besoin de logement, etc. En se spécialisant et en 
devenant plus complexes, les besoins deviennent, pour la psychologie, 
des désirs ; nous considérerons ici ces derniers sur le même plan que 
les besoins et nous les désignerons également par le terme de € besoin ». 

On peut parler de « besoin social » à plusieurs points de vue. Le 
besoin est social en ce sens que son objet particulier et sa forme sont 
déterminés par 'la société, par le degré de développement technique et 
de civilisation auquel une société donnée est arrivée. Le besoin de nour- 
riture reste le besoin de nourriture dans une société civilisée et chez des 
sauvages, il n'en est pas moins vrai que la production nécessaire à la 
satisfaction de ce besoin est différente selon qu'il se satisfait avec de la 
viande cuite (d'où besoin de combustible) mangée à l'aide d'un couteau 
et d'une fourchette (d'où besoin de métaux) ou selon qu'elle se satisfait 
de viande crue mangée à pleines dents. Le besoin qui intéresse l'écono- 
miste et le planificateur est donc le besoin social, tel qu'il résulte d'un 
état donné de la civilisation — c'est ainsi qu'il existe aujourd'hui des 
besoins de distraction (cinémas, T. S. F.) et de déplacement (voyages en 
auto ou chemins de fer, etc.), qui n'existaient pas il y a un peu plus 
d'un siècle. Il est bien évident que c'est de ces besoins créés ou modi- 
fiés par la société qu'il faut tenir compte. 

On peut encore parler de « besoin social » en considérant non plus 
l'état d'un individu mais Vétat de la société par rapport aux moyens né- 
cessaires ou utiles à son existence ou à son développement ainsi qu'à 

(6. Le terme de < besoin social > doit e'entendre comme c besoin de la société >> 
ce qui comprend les besoins des individus et ceux des diverses collectivités et en- 
treprises. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

introduction — 29 

l'existence et au développement des individus qui la composent. Pre- 
nons des exemples. A un niveau donné des besoins individuels, il n'est 
plus possible de satisfaire ces besoins directement, il y faut de l'outil- 
lage, des machines. Eh bien ! Il y a un besoin social de cet outillage, de 
ces machines. Ce n'est pas un individu en particulier qui en a besoin, 
«'est la société dans son ensemble. De même, en cas de guerre, un pays 
a besoin d'armes et de munitions ; ces armes et ces munitions ne corres- 
pondent à aucun besoin individuel, elles correspondent à des besoins 
sociaux. 

Mais il y a plus, et c'est ici que les difficultés commencent. Les be- 
soins sociaux, au sens complet du mot — 'les sens précédents étant in- 
complets — se distinguent des besoins individuels en ce qu'ils n'en- 
globent pas, dans toute leur étendue, les besoins subjectivement res- 
sentis. Les besoins sociaux ne sont pas seulement qualitativement dé- 
terminés, ils sont aussi quantitativement déterminés ; concrètement 
n'est un besoin social qu'un besoin que la société peut satisfaire, étant 
donnés le niveau de la technique, Vimportance et la répartition des 
moyens de production disponibles, tout en satisfaisant dans la même 
mesure les autres besoins. Ainsi, tout le monde peut estimer avoir be- 
soin d'une auto, mais comme il est impossible — pour le moment — de 
satisfaire à tous ces besoins individuels, il faut déterminer parmi eux 
quels sont les besoins sociaux et quels sont ceux qui ne le sont pas, afin 
de pouvoir adapter la production aux seuls besoins sociaux. Une des 
tâches d'une planification rationnelle est précisément de procéder à 
cette détermination. Nous essaierons, dans la deuxième partie de ce li- 
vre, de rechercher par quels procédés s'effectue cette détermination. 

Du besoin social ainsi conçu, il convient de distinguer la demande. 

La demande. — Alors que, pour une quantité donnée de moyens 
de production, pour un état donné de la technique et des besoins indi- 
viduels, les besoins sociaux relatifs à chaque catégorie d'objets sont 
quantitativement déterminés, la demande de chacune de ces catégories 
d'objets peut varier en deçà ou au-delà du besoin social. Ce phénomène 
est désigné par le terme d'élasticité de 'la demande. Cette élasticité tient 
à ce que, lorsqu'on envisage la demande, on prend en considération, 
non seulement ce qui peut être attribué à chaque individu, mais encore 
ce qu'il accepte de donner en échange, ou ce qui lui est demandé en 
échange. Il est évident qu'en général la demande d'un objet varie en 
raison inverse de ce qu'on exige en échange. Pour nous exprimer en 
terme de monnaie et de prix, on sait que, toutes choses égales d'ailleurs, 
la demande d'un objet croît lorsque le prix de cet objet baisse et inver- 
sement. L'ampleur de cette action du prix sur la demande se mesure 
par Vélasticité de la demande. 

La demande — ou la quantité demandée — n'étant pas toujours 
égale à l'étendue du besoin social, on conçoit qu'il puisse y avoir adap- 
tation de la production à la demande sans qu'il y ait adaptation de la 
production au besoin social. C'est justement ce qui se passe lorsqu'un 
plan est adopté par un cartel ou une entente, afin de réaliser, comme 



30 



problèmes théoriques et pratiques de la planifiaiàon 



c'est généralement le cas, une adaptation de la production à la demande 
au profit du producteur. De tels « plans » permettent la réalisation de 
prix de monopole supérieurs aux prix de concurrence. L'analyse théo- 
rique, et la pratique, confirment que ces prix permettent, non seulement 
aux producteurs qui les appliquent de réaliser un bénéfice maximum, 
mais encore de réaliser une certaine c adaptation de la production a la 
demande » ; cette adaptation-là ne doit pas être confondue avec une 
adaptation aux besoins sociaux. Des plans de production ainsi agences 
peuvent donc fort bien fonctionner, ils n'en sont pas moins des plans 
d'exploitation. En réalité, dans de tels cas, il y a sous-production par 
rapport à ce qui aurait pu être fourni à un prix permettant aux pro- 
ducteurs un simple profit moyen. 

D est évident que, pour chaque individu, la demande est à la fois 
fonction de l'importance relative de ses besoins, du niveau des prix, du 
rapport entre les prix des différents produits et, enfin, du niveau de son 
revenu ; c'est en ce sens que la demande constitue ce qu'on a appelé le 
« besoin solvable ». En ce sens, la répartition des revenus a une action 
décisive sur la structure de la demande. 

D. importe, ici, de souligner que si la demande apparaît comme une 
« expression » du besoin, celui-ci est, à son tour, dans une certaine me- 
sure, une résultante de la demande antérieure. L'individu qui a appris 
à consommer certains produits, parce que ses revenus le lui ont permis 
pendant un certain temps, acquiert le besoin de ces produits — ses be- 
soins changent, et donc leur importance relative. 'C'est ce qui fait appa- 
raître clairement la nature sociale, historique et plastique des besoins. 

Ces observations faites, on peut dire que le but de tout plan écono- 
mique est, en définitive, de réaliser une adaptation de la production^ — 
qu'il s'agisse de la production totale ou d'une production particulière 
aux besoins sociaux ou, plus largement et plus fréquemment, à la 

demande. ,•/». 

Nous sommes ainsi amenés à nous demander quels sont les diffé- 
rents types d'adaDtation de la production aux besoins ou à la demande, 
quels sont, aussi, les différents types de plans économiques et, histori- 
quement, quelle place ont tenue ces différents types d'adaptation. 



Différents types d'adaptation de la production 
aux besoins ou à la demande 

On peut distinguer deux types d'adaptation de la production aux 
besoins. D'une part, un type d'adaptation consciente, qui suppose que 
les différents besoins aient été recensés, que leur importance relative 
ait été estimée, que l'on ait fait le compte des différents moyens de pro- 
duction (y compris la force de travail) et que sur cette base on ait 
établi ce qu'il convenait de produire, en quelle quantité il convenait de 
le produire, et comment répartir cette production. D'autre part, on peut 



I I I I I i I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



introduction _ — _ 31 

distinguer un type d'adaptation spontanée ou inconsciente automatique 
qui laisse à un mécanisme social le soin de déterminer ce qui sera pro- 
duit, en quelle quantité et comment s'opérera la répartition. Le premier 
type d'adaptation est celui du plan, le second est celui de la concurrence. 

Bien que l'adaptation spontanée soit apparemment plus simple que 
l'adaptation consciente, bien que nombreux soient -ceux qui qualifient 
la première de naturelle et la seconde d'artificielle, c'est la seconde 
qui a vu d'abord le jour dans les sociétés 'humaines. C'est ce que nous 
allons voir en prenant un aperçu historique de l'importance relative de 
ces différents modes d'adaptation. 

Aperçu historique. — Dans les sociétés primitives, où dominent la 
production agricole et l'élevage, ce n'est évidemment pas la loi de 
l'offre et de la demande qui réalise l'adaptation de la production à la 
consommation, qui détermine à quelles productions on se livrera, 
quelles seront les quantités à produire des différentes sortes d'objets, 
pendant combien de temps chacun travaillera et quelle rémunération H 
recevra en échange. Tout cela est déterminé non pas en vertu de lois 
économiques immanentes, mais en vertu de décisions conscientes. Ceux 
qui sont appelés à prendre ces décisions changent selon le degré de déve- 
loppement auquel ces sociétés dites primitives sont parvenues. Pour ne 
prendre qu'un exemple, dans la famille patriarcale, qui constitue une 
sorte d'unité économique produisant elle-même ce dont elle a besoin, 
c'est le chef de famille qui décide ce qui sera produit (blé, seigle, orge, 
etc.) et en quelle quantité, qui fixe à chacun sa tâche et sa part dans 'le 
produit social. Ici, il n'y a pas de lois économiques immanentes, les dé- 
cisions sont prises directement en fonction des possibilités de produc- 
tion de la communauté et des besoins du groupe social. En ce sens, il 
y a une liberté économique plus grande que dans une société où 
l'activité des hommes est déterminée par le jeu d'un mécanisme social 
qui s'impose à eux à travers les fluctuations des prix, de l'intérêt, des 
profits, etc. Mais cette < liberté économique » correspond à un asservis- 
sement presque complet de l'homme aux forces naturelles qu'il n'a pas 
encore appris à dominer, et à cette domination l'homme ne parvient 
qu'à travers un long processus historique. 

Le mode d'adaptation consciente de la production aux besoins que 
nous venons de décrire suppose que la production est directement une 
production sociale, elle suppose que le produit, une fois achevé, n'aura 
pas à être vendu, à être aliéné, à se transformer en marchandise dont 
le destin devient en quelque sorte indépendant de la volonté des pro- 
ducteurs. Ce mode d'adaptation suppose aussi que l'autorité qui décide 
un plan de production et de répartition de la communauté dispose ef- 
fectivement de l'ensemble des moyens de production, elle suppose la 
propriété commune, de ces moyens de production. 

Un tel mode d'adaptation centralisée de la production aux be- 
soins existe tant que subsistent des communautés économiques res- 
treintes, que celles-ci se présentent sous la forme des communautés 
hindoues, de la famille patriarcale romaine ou, avec quelques modifi- 



I M I I I I I I I I f I I I I l I l | | l | I I I I 



I I I I I I 1 I 

32 — problèmes théoriques et pratiques de la planification 

cations, sous la forme du manoir carolingien. Dans tous ces systèmes 
économiques, il y a un plan de production et de répartition (plan qui 
n'est souvent qu'implicite) et il n'y a pas échange (sauf exceptionnel- 
lement avec d'autres communautés analogues). Il y a des produits, il 
n'y a pas de marchandises, et ceci bien qu'il y ait division du travail. 

La dissolution de ces communautés économiques primitives, dis- 
solution due à des facteurs historiques divers et à la transformation 
des modes de production, donne naissance à une forme sociale tout à 
fait nouvelle. Cette forme sociale, la société féodale nous en donne 
un exemple. Elle est caractérisée par l'apparition d'une multitude de 
producteurs individuels exerçant chacun un métier défini et proprié- 
taires de leurs moyens de production. La division du travail apparaît 
ici sous forme de séparation des métiers. Dans une telle société il n'est, 
à aucun degré, question d'un plan de production, il n'en existe pas 
moins une organisation autoritaire du travail social (corporation) qui 
cristallise plus ou moins une structure de la production née des circons- 
tances. Cette cristallisation n'est d'ailleurs pas complète (comme c'est 
le cas avec les castes) — - aussi les changements apportés aux conditions 
de la production par les découvertes et l'apparition de besoins nou- 
veaux viennent progressivement modifier cette structure. Néanmoins, 
celle-ci (qui assure grosso modo l'adaptation de la production aux be- 
soins) éclate quand — du fait des progrès de la technique et de l'exten- 
sion du marché — tend à se substituer à la production individuelle des 
artisans du moyen âge une forme nouvelle de production : la produc- 
tion manufacturière. 

Avec la production manufacturière, la division du travail prend 
une forme nouvelle. La séparation des différents métiers dont les pro- 
duits se combinent par l'intermédiaire du marché, prend une importan- 
ce relativement secondaire à côté d'une division nouvelle du travail : 
la division du travail au sein de râtelier. Avec l'apparition de la manu- 
facture, s'introduit à l'intérieur de la division du travail spontanée, 
établie sans plan, telle qu'elle caractérise la société tout entière, une 
division du travail réalisée selon un plan, telle qu'elle s'organise à 
l'intérieur de chaque manufacture. A côté de la production indivi- 
duelle s'établit une certaine production sociale. 

Ainsi, nous voyons réapparaître un plan économique, mais un 
plan limité à chaque manufacture. Au sein de chacune de celles-ci, 
le travail se trouve fixé et réparti selon une idée directrice, le nombre 
d'ouvriers occupés à telle ou telle partie de la manufacture se trouve 
fixé non plus au hasard mais d'après l'importance relative de chaque 
tâche et le temps nécessaire pour l'accomplir. 

Cette nouvelle production planifiée, au sein d'une unité économi- 
que travaillant pour le marché, devait entraîner un développement 
puissant des forces productives et briser les cadres de la société médié- 
vale, entraînant la disparition des corporations. Cette planification à 
l'intérieur de chaque entreprise a pris une importance encore plus 



1 I I I i I I i I I I I I I I I I I I I I I I I 1 f I I 

introduction ■ 33 

grande avec l'apparition et le développement du machinisme, nous 
aurons à y revenir. 

Quoi qu'il en soit, le développement des manufactures, en brisant 
le système corporatif, devait donner naissance à la libre concurrence. 
Au plan à l'intérieur de chaque entreprise devait correspondre l'absence 
complète de plan dans la société, et à la disparition d'une division 
autoritaire du travail au sein de la société devait correspondre la 
naissance d'une division autoritaire du travail au sein de l'entreprise. 

Comment donc, dans cette société ou règne la libre concurrence 
— telle que l'a connue la pins grande partie du XIX e siècle — va se 
réaliser l'adaptation de la production aux besoins, c'est-à-dire une di- 
vision du travail grâce à laquelle se trouve fixé, pour chaque tâche, un 
nombre de producteurs sensiblement égal à celui dont la société a be- 
soin ? 

'Cette adaptation se trouve désormais réalisée à travers la concur- 
rence elle-même, c'est elle qui, en faisant monter les prix des produits 
offerts en quantité insuffisante attire vers la production des produits 
en question une main-d'œuvre et des capitaux supplémentaires — c'est 
elle qui, en faisant baisser les prix des produits offerts en quantité 
« excédentaire », éloigne capitaux et main-d'œuvre de la production de 
ces produits. Ainsi, à l'intérieur de la société, la concurrence réalise une 
adaptation a posteriori en vertu de lois économiques nécessaires, qui 
s'imposent aux producteurs d'une façon immanente et muette, à travers 
les fluctuations du marché. Les producteurs indépendants ne connais- 
sent ainsi d'autre autorité que celle de la concurrence. C'est celle-ci qui 
réalise, grosso modo, l'adaptation de la production aux besoins. Telle 
est 'la situation caractéristique de la société manufacturière et du ré- 
gime de production capitaliste. C'est là une situation historique qui 
n'est ni plus naturelle ni plus artificielle que les situations antérieures, 
où l'adaptation ne se faisait pas a posteriori par la concurrence, mais a 
priori par la mise en œuvre d'un plan de production plus ou moins 
explicite. 

Mais le développement du capitalisme lui-même, avec les faits de 
concentration économique qui le caractérisent, avec l'apparition de 
monopoles de fait, avec le développement des trusts et des cartels 
c'est-à-dire avec le dépérissement de la concurrence, entrave de plus 
en plus ce mode d'adaptation a posteriori dont nous venons de donner 
la description sommaire. C'est pourquoi on voit renaître des tentatives 
d'adaptation a priori, c'est-à-dire des tentatives de planification so- 
ciale. Nous aurons à revenir sur ces tentatives, mais il nous faut dire 
auparavant quelques mots du développement de la planification au 
sein de chaque entreprise. 

Nous avons vu tout à l'heure qu'au sein de la manufacture et de 
l'usine est appliqué une sorte de plan de production, plan caractérisé 
notamment par une organisation consciente et non plus spontanée de 
la division du travail. Pourtant, cette organisation reste longtemps em- 
pirique. Ce n'est qu'avec le développement de l'organisation scientifi- 

3 



34 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

que du travail (O.S.T.) que cette organisation tend à devenir ration- 
nelle. Désormais ce n'est plus seulement le travail à exécuter qui est 
indiqué à chaque ouvrier, mais ce sont — selon la description de 
M. Vincent dans son livre sur l'organisation — «les méthodes à em- 
ployer pour chaque phase du travail, le temps normal à y passer et 
Tordre dans lequel les travaux doivent être abordés > (on est en pré- 
sence d'un véritable plan). Dans les grandes entreprises des services 
spéciaux sont chargés de l'étude scientifique des conditions du travail ; 
des « états-majors » sont chargés de cette tâche, états-majors dont le 
principal porte précisément le titre de bureau de planning (planifica- 
tion). Toutefois, comme nous l'avons déjà observé, un souci de préci- 
sion terminologique doit nous faire préférer ici, dans le cadre de 
l'entreprise, le terme de < programme » à celui de < plan » (c'est 
d'ailleurs ce que fait M. Vincent page 44 du livre que nous venons de 
citer) . 

Cependant, si nous analysons de près la manière dont ces pro- 
grammes d'entreprises sont mis sur pied — par la méthode des bud- 
gets prévisionnels — nous nous apercevons que leur point de départ 
est le budget des ventes ou des recettes. C'est à partir d'une prévision 
des possibilités de vente que sont établis le programme de fabrication 
et les différents programmes de dépenses et d'immobilisations. Or, tant 
que la réalisation des prévisions de vente dépend des fluctuations du 
marché, tout le travail de « programmation » à l'intérieur de l'entre- 
prise risque de se révéler vain. 

On voit ainsi apparaître une contradiction entre l'organisation a 
priori de la production au sein de l'entreprise et la régulation a pos- 
teriori de la production à l'échelle de la société. Précisément, le déve- 
loppement des monopoles de fait, qui aspirent à un certain contrôle du 
marché, tend plus ou moins à surmonter cette contradiction. Et noua 
revenons ici aux tentatives de planification qui caractérisent l'économie 
contemporaine et sur lesquelles nous voulons clore cet aperçu histori- 
que. 

Les premières tentatives destinées à régler la production à l'échelle 
de toute une branche de l'économie ont été faites dès la fin du XIX siè- 
cle par les premiers trusts et les premiers cartels. 'Ceux-ci ont cherché 
à agir sur la production, afin de maintenir les prix à un certain niveau, 
ou de les faire monter, et par là de maintenir ou d'accroître leurs profits. 
Le but de ces plans de production (plan au sens large) était donc non 
l'adaptation de la production aux besoins, mais la réalisation d'un pro- 
fit relativement élevé. Il s'agissait ici de l'adaptation de la production 
à une demande elle-même limitée par la fixation des prix à un niveau 
supérieur au niveau de concurrence. C'est d'ailleurs ce trait qui carac- 
térise la « planification » des trusts et des cartels, et c'est ce qui justi- 
fie ^accusation de malthusianisme économique lancée contre eux. La 
réglementation de la production par les monopoles privés se traduit par 
le fait concret que ces monopoles poursuivent, presque toujours d'une 
façon systématique, une politique de limitation de la production et de 
limitation des investissements. Ainsi, et cela se conçoit facilement, ces 



I I I I I I I I I I I I | | | | | | | | | | | 



introduction — 35 

tentatives de « planification » partielle visent avant tout à la satisfaction 
des intérêts de ceux qui en ont l'initiative ; et ils visent à adapter — 
nous l'avons dit — la production à une demande limitée. 

Il ne nous est pas possible de décrire ici toutes les conséquences 
qu'entraîne la disparition de la concurrence dans des secteurs impor- 
tants de l'économie. Ce serait faire la théorie du capitalisme des mono- 
poles, ce qui n'est pas notre propos. Il importe toutefois de souligner qu'à 
la limitation de la production dans les secteurs importants de la vie éco- 
nomique, à la limitation des investissements, correspond une certaine 
paralysie de l'activité économique générale, génératrice de chômage 
chronique, d'une part ; d'accumulation d'un capital-argent ne trouvant 
pas à s'investir productivement, d'autre part. En outre, la disparition 
du régulateur a posteriori de la concurrence rend nécessaire la mise en 
œuvre plus ou moins systématique de régulateurs a priori. C'est à 
l'existence de ces faits qu'il faut attribuer le développement, au sein des 
économies capitalistes elles-mêmes, de tentatives de planification sociale. 
En fait, jusqu'à maintenant, ces tentatives ont échoué. Le chômage chro- 
nique n'a pu être résorbé nulle part, sauf par les commandes de 
guerre 7 ou par les répercussions économiques des guerres. 

J Les obstacles auxquels se heurte une planification d'ensemble de 
l'activité économique sous un régime de propriété privée sont liés au 
fait que, dans un tel régime, la production reste — en dépit de son carac- 
tère social — une activité privée, alors que la planification tend à en 
faire une activité directement sociale, parce que régie par la société. En I 
d'autres termes, pour qu'il y ait planification, il faut que l'organe de \ 
planification puisse traiter chaque chef d'entreprise comme un simple 
gérant d'une entreprise publique ; or, ceci est pratiquement incom- 
patible avec la qualité de propriétaire — ou de représentant d'une so- 
ciété de propriétaires — de chaque chef d'entreprise. Ceci est d'au- 
tant plus incompatible que la concentration de cette propriété donne 
à ceux qui la détiennent une puissance économique considérable, puis- 
sance encore accrue du fait que l'Etat qui prétend les diriger est, le 
plus souvent, leur débiteur. Cest ainsi que se trouve à la fois théori- 
quement et pratiquement posé le problème de la socialisation des 
principaux moyens de production, comme prémice à une planification 
réelle de la vie économique. 

C'est précisément une telle socialisation qui a précédé la mise en 
œuvre des plans quinquennaux. C'est sur ceux-ci que nous aurons à 
nous arrêter, parce qu'ils représentent un exemple complet d'une pla- 
nification intégrale de la vie économique. Aussi, la mise en œuvre de 
la méthode inductive exige-t-elle que nous nous penchions sur cet exem- 



7. Dans notre livre intitulé L'économie allemande sous le nazisme (M. Rivière, 
édiU, nous avons essayé de mettre i jour la signification réelle des « plans > éco- 
nomiques allemands. A la € planification > anglaise nons avons consacré trois arti- 
cles, dans les n" S, 17 et 27 des Cahiers internationaux. Enfin, nous avons disenté du 
problème général de la € planification capitaliste > dans notre article : € Les plans 
capitalistes > (n° 34 des Cahiers internationaux). 



I > I M I I I M | | |( | ( | | | | | ,, n | ! 



1 i I I I I I I I I I I 



36 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



pie, pour en tirer tous ce qu'il peut comporter d'enseignements à la 
fois théoriques et pratiques. Mais auparavant, il semble indispensable 
de revenir une dernière fois sur la signification d'une planification so- 
ciale et sur le rôle de la monnaie. 



La signification d'une planification sociale et 
le rôle de la monnaie 

Une étude du rôle de la monnaie vient éclairer la signification 
d'une planification sociale. La monnaie, en effet, si elle remplit bien 
des fonctions élémentaires, telles que mesure de la valeur, moyen de 
circulation et de paiement, joue un rôle économique de premier plan 
et qui n'est pas toujours aperçu. 

C'est par la monnaie que Vactivité privée des individus ou des 
entreprises prend un caractère social. C'est en arrivant à se vendre, 
donc à s'échanger contre de la monnaie, que dans une société d'éco- 
nomie privée, les produits cessent d'être seulement le résultat du tra- 
vail individuel de ceux qui les ont fabriqués, et qu'ils deviennent en 
quelque sorte le résultat d'un travail social. Ou plutôt, c'est à travers la 
vente que le travail individuel devient un travail social. Un produit qui 
ne se vend pas (qui ne s'échange pas contre de la monnaie) peut 
bien être le produit d'un travail, mais ce travail reste un travail indivi- 
duel, il ne devient pas un travail social. 

Cela signifie que dans une société d'économie privée, la sociali- 
sation du travail individuel se fait à travers l'échange, donc à travers 
la monnaie. Cest la possibilité ou V impossibilité de vendre un produit 
qui témoigne du fait que ce produit est socialement utile ou inutile. 
C'est ce rôle de la monnaie qui explique, au moins en partie, la domi- 
nation de Forgent, car celle-ci n'est rien d'autre que la forme voilée de 
la domination de la société sur les producteurs. Mais c'est une domi- 
nation qui se fait inconsciemment, indirectement, a posteriori, par 
l'intermédiaire d'une chose matérielle — métal ou papier — d'un 
objet, qui acquiert ainsi une puissance sociale. C'est là, la source pre- 
mière de la fameuse puissance de l'argent contre laquelle tant de pro- 
testations se sont élevées et s'élèvent, de cette puissance qui est l'expres- 
sion concrète de la nécessité à laquelle sont soumis les producteurs en 
apparence indépendants. 

Dès la fin du XVII" Boisguilbert dénonçait, dans les termes sui- 
vants, cette puissance de l'argent, dont il ne comprenait pas la signifi- 
cation : < La misère des peuples ne vient que de ce qu'on a fait un 
maître, ou plutôt un tyran, de ce qui était un esclave 8 . » 

Cette puissance réelle de la monnaie se manifeste dans les crises 
monétaires, au cours desquelles l'impossibilité où sont les producteurs 



8. Boiscuilbebt, Dissertation sur la nature des richesses, p. 295. 



I I I I I I I I I I 1 I I I I | | | | | | | | I f I ! , 

introduction ■ ■ — 37 

de vendre leurs produits les fait courir après l'argent pour payer leurs 
dettes, d'où la hausse du taux de l'intérêt et les faillites. Cette puissance 
se manifeste, encore, à travers l'euphorie que connaissent la production 
et la vie économique après la découverte de nouveaux gisements auri- 
fères (par exemple au xix* siècle) et au cours des périodes d'inflation 
(quand ne manquent pas les moyens de production). Ces faits révèlent, 
en même temps, à quel point la monnaie, expression de la domination 
de la société sur 'la production, parvient à acquérir, entre certaines li- 
mites, un pouvoir autonome. C'est la conscience de ce pouvoir auto- 
nome, sans la conscience des limites de ce pouvoir et de son origine, qui 
a donné naissance à l'illusion d'une direction de l'économie par l'inter- 
médiaire de la monnaie. Dans une telle conception, on pense laisser à 
la monnaie toute sa puissance sociale, tout en prétendant faire de cette 
puissance un instrument de dirigisme économique. Une critique systé- 
matique permet de faire ressortir tout ce qu'il y a d'illusions dans une 
telle conception*. 

A un second degré, la puissance de l'argent, se trouve représentée 
par 'la puissance du capital, c'est-à-dire, tout d'abord, de l'argent ac- 
cumulé. Le capital, plus encore que l'argent, apparaît comme une 
force autonome, agissant selon ses lois propres. En particulier, la loi du 
profit gouverne l'activité du capital. C'est en vertu de cette loi que la 
production capitaliste a lieu non plus directement pour la consomma- 
tion mais pour le profit. Les crises cycliques expriment cette scission 
entre la production et la consommation, elles expriment également la 
subordination qui en résulte de la consommation à la production. C'est 
ce qui explique qu'en régime capitaliste il puisse y avoir surproduction 
de marchandises alors que 'les quantités de produits disponibles sont 
insuffisantes pour satisfaire les besoins existants. Une telle surproduc- 
tion n'est pas due à la saturation des besoins — cette surproduction 
coïncide au contraire avec la sous-alimentation des masses — mais elle 
est due au fait que, dans les conditions de la crise, les marchandises ne 
peuvent plus se vendre à un prix rapportant un profit. La crise est 
l'expression aiguë' de la loi du profit, elle marque à la fois la puissance 
et l'impuissance du capital. 

C'est en réaction contre la toute-puissance de l'argent que sont con- 
çues les thèses de Proudhon, de Gray, d'Owen, sur la gratuité du cré- 
dit, sur la monnaie de travail, sur la banque d'échange, etc. Dans de 
telles conceptions, on prétend réduire la monnaie à un rôle subordonné, 
tout en laissant à l'activité productrice son caractère privé, individuel. 
Avec des variantes plus ou moins importantes ces conceptions se ramè- 



9. Une formulation ancienne de cette illusion est constituée par le proudho- 
nisme ; sa formulation la plus moderne est constituée par la Théorie générale de 
J. M. Keynes. Sur les rapports entre la pensée de Keynes et celle de Proudhon, voir 
Dubley Dillabd, Keynes and Proudhon, in The Journal of Economie History, mai 
1942. On trouvera une critique des conceptions keynésiennes dans nos cours 1949- 
1950 et 1950-1951 à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (Centre de Documentation 
universitaire, édit.). 



38 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

lient à l'idée que le produit de n'importe quel travail doit pouvoir tou- 
jours être vendu à un prix proportionnel au temps de travail qu'il a 
exigé et qu'un organisme doit être constitué pour donner aux produc- 
teurs la certitude de cette vente. Mais, dans toutes ces conceptions, on 
oublie que les marchandises dont il s'agit d'assurer ainsi le débit 
continuent à être le produit de travaux privés et que si l'on garantit la 
vente de n'importe quel produit, on supprime par là même le contrôle 
que la monnaie exerce automatiquement sur la nature de ces travaux 
privés, ceci en éliminant les travaux socialement inutiles ou en rédui- 
sant les travaux socialement moins utiles que d'autres. On traite donc 
ici des travaux privés comme étant des travaux directement sociaux, 
comme des travaux sur lesquels la société a déjà, préalablement, exercé 
son contrôle. On oublie, en d'autres termes que si l'on veut que la mon- 
naie cesse d'être l'instrument par lequel la société exerce indirectement 
sa domination sur les producteurs, il faut que cette domination soit 
exercée directement et consciemment par la société, au moyen d'un 
plan économique, d'un plan en vertu duquel les travaux des producteurs 
cesseront précisément d'être des travaux privés, individuels (dont le 
caractère social n'apparaît que par l'échange), et deviendront des tra- 
vaux directement sociaux. 

Ainsi, à travers l'analyse du rôle de la monnaie, nous avons été ame- 
nés à saisir de plus près la signification du plan économique. Le sens 
du plan économique, c'est la substitution de travaux directement so- 
ciaux aux travaux privés. Avec le plan économique, c'est la société 
qui dicte directement aux producteurs ce qu'ils doivent fournir, alors 
qu'avec la monnaie elle ne le leur faisait entendre qu'indirectement et 
après coup. C'est ici que nous rencontrons, à nouveau, le problème 
des formes de propriété, en étudiant le lien qui existe entre planifica- 
tion de la production et planification de la répartition. 

Planification de la production et planification 
de la répartition. 

Il ne suffit évidemment pas qu'un organisme quelconque, muni de 
pouvoirs suffisants, élabore un plan de production et le fasse respecter 
pour que soit réalisé l'équilibre entre la production et la consommation. 
Il faut, encore, que ce même organisme — si l'on suppose que la répar- 
tition des produits n'a pas lieu gratuitement — ait la possibilité de faire 
attribuer aux consommateurs et aux entreprises les moyens de paiement 
nécessaires pour qu'ils puissent acquérir la production ainsi obtenue. 
Certes, on peut imaginer que l'organisme en question se borne à établir 
un programme de production en «'appuyant sur des prévisions de con- 
sommation, mais rien ne garantit alors que soit réalisé ce que nous avons 
considéré comme le but essentiel du plan : l'adaptation de la produc- 
tion aux besoins et donc à la consommation. Pour qu'il en soit autre- 
ment, il faut que l'organisme de planification soit capable d'élaborer 



I I I I I 1 I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



introduction . 39 

et de faire appliquer non seulement un plan de production mais aussi 
un plan de répartition (en entendant par répartition non pas celle des 
produits, mais celle du revenu national) — c'est à cette condition seu- 
lement qu'on sera assuré de réaliser, en supposant que le plan ait été 
convenablement élaboré, un équilibre rationnel entre production et 
consommation. C'est à cette condition seulement que l'on passera du 
stade des programmes au stade du plan de Vêconomie nationale. 

Il faut bien voir ce que signifie cette nécessité d'établir une liaison 
étroite entre plan de production et plan de répartition. Cette nécessité 
signifie que les dirigeants des entreprises englobées par le plan doivent 
cesser d'être maîtres de décider ce qu'ils produisent ou non, et en quelle 
quantité, cela signifie encore que les décisions relatives à l'embauche 
du personnel, aux salaires qui doivent lui être payés, que les décisions 
relatives au rythme des amortissements, à l'importance et à la nature 
des investissements doivent être prises selon les ternies du plan. Il est 
évident, en effet, que les premières décisions conditionnent l'écoulement 
des objets de consommation et les dernières l'écoulement des moyens de 
production. De même, dans un tel système, la fixation des prix doit dé- 
pendre de l'autorité chargée du travail de planification. 

En d'autres termes, dans une telle hypothèse, le rôle du chef d'en- 
treprise (si on peut encore employer cette expression) se trouve limité 
à un rôle de direction personnelle, d'organisation intérieure de l'entre- 
prise, de décision technique. Le chef d'entreprise n'agit plus que comme 
agirait un gérant soumis à une autorité supérieure — autorité supérieure 
aux décisions de laquelle il est d'ailleurs appelé à participer, ce qui, 
finalement, élargit son champ d'activité. On conçoit que, dans ces con- 
ditions, on puisse penser que le chef d'entreprise doive être effective- 
ment un gérant d'entreprise socialisée et non plus un propriétaire pri- 
vé ou le représentant d'une société privée. La propriété privée suppose, 
en effet, la responsabilité et l'indépendance du propriétaire — elle 
serait inconciliable avec l'obéissance aux impératifs du plan. Plus ab- 
straitement, nous dirons qu'au travail privé, dont la validité se trouve 
confirmée a posteriori par la monnaie, correspond la propriété privée 
et qu'au travail social, dont la validité se trouve fixée a priori par le 
plan, correspond la propriété sociale. Concrètement, cela signifie que 
selon l'essence même du plan, on produit désormais pour la consom- 
mation et non plus pour le profit, ce qui était la loi du capital. Ces 
remarques s'appliquent évidemment à la planification sociale intégrale 
et non aux plans partiels (ou plus précisément, aux programmes). 
Ceux-ci sont parfaitement réalisables, et peuvent même dans certains 
cas jouer un rôle utile, dans le cadre de la propriété privée. 



I I I I I I I I I I I I I I I 1 I I ( I I I I I I I I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I t 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I f I I I 



1 



Choix centralisé 

ou choix décentralisé 



Les auteurs qui ont abordé le problème de la planification sous 
l'angle théorique peuvent se répartir en deux groupes, du point de vue 
de leurs conceptions du mécanisme du choix économique : les partisans 
d'un choix centralisé, d'une part, les partisans d'un choix décentralisé 
d'autre part. 

L'existence de ces deux points de vue reflète, en général, dans le 
domaine de la planification, l'opposition entre ceux qui se rallient à 
une conception objective de la valeur (partisans du choix centralisé) 
et ceux qui se rallient à une conception subjective et psychologique de 
la valeur (partisans du choix décentralisé). 

La planification soviétique, qui s'est développée à partir des théo- 
ries de Marx, représente, nous l'avons vu, la réalisation concrète et pra- 
tique du premier type de choix. 

L'idée d'un choix décentralisé, par contre, est restée purement 
théorique, elle a été défendue avant guerre de la façon la plus systéma- 
tique par Oscar Lange dans Economie Theory of Socialism} «t par 
F. M. Taylor. 

En ce qui nous concerne, nous pensons — pour des raisons que 
nous préciserons dans un instant — que seul un choix centralisé permet 
mj\ de réaliser, dans des conditions satisfaisantes, une planification véri- 
ffV . table. Cependant, étant donné l'influence exercée en France, en Grande- 
Bretagne et aux Etats-Unis par la conception d'une planification dé- 
centralisée, il nous paraît nécessaire, avant d'examiner en détail la con- 
ception opposée, de consacrer quelques pages à l'exposé de la première 
et à sa critique 2 . 



Y; 



1. Oscar Lance et F. M. Tatxoh, On the économie theory of soàaliim, Minne- 
sota, 1938. 

2. Comme le note justement P. M. Sweezy, la conception développée par Lance 
était davantage destinée à permettre une réfutation théorique des arguments d'ad- 
versaires de la planification tels que Mises, Hayek. ou Robbins, qu'à fournir un mo- 
dèle auquel devrait se conformer une économie réellement planifiée (cf. Sweezy, 
Socialism, New York, 1949, p. 233). 



42 — problèmes théoriques et pratiques de la planification 

L - La conception du choix décentralisé 

Avant d'examiner le mécanisme des ajustements économiques pro- 
posés par les auteurs partisans d'un choix décentralisé, il est nécessaire 
de préciser quelles sont leurs hypothèses structurelles. 



1. - Les hypothèses structurelles 

Ces auteurs envisagent une transformation profonde des rapports 
de propriété dans un sens socialiste. Us considèrent que le système qu'ils 
préconisent ne pourrait fonctionner que sur la base d'une propriété 
collective «'étendant à la plus grande partie des moyens de production 
et d'échange. A cet égard, les conceptions de cas auteurs ne doivent pas 
être confondues avec celles des partisans d'un € planisme capitaliste >, 
tel qu'il est envisagé par les défenseurs des '« plans de plein emploi > 
av ec maintien de la propriété privée. 

La planification décentralisée ainsi envisagée résulterait, d'une 
part, des décisions d'un bureau central de planification, d'autre part, 
des décisions des entreprises publiques, et de ce qu'il pourrait rester 
d'entreprises privées. C'est la nature de ces deux catégories de décisions 
et les liens qui doivent exister entre elles qui caractérisent cette théorie 
particulière. 



2. - Les décisions à prendre 

A. — Par le bureau central de planification 

Les décisions à prendre par le bureau central devraient, dans cette 
conception, être de trois sortes : 

a) Ce bureau fixerait, pour chaque période, 'le montant total des 
investissements, montant exprimé en monnaie, étant donné que les re- 
lations des entreprises entre elles et avec le public donneraient lieu à 
des règlements monétaires (en monnaie de compte ou en numéraire, 
selon les cas) ; 

6) Le bureau fixerait tous les prix auxquels devraient s'opérer les 
transactions entre les entreprises publiques, tandis que les prix de vente 
aux consommateurs et les salaires s'établiraient aux conditions ordinai- 
res du marché ; 

c) Enfin le bureau fixerait le taux de l'intérêt (ou les taux pour 
les prêts de diverses échéances). 

Certains de ces prix, ainsi que le taux de l'intérêt, pourraient avoir 
une nature purement comptable, c'est-à-dire ne donner lieu à aucun 
paiement effectif. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



choix centralisé ou choix décentralisé — 43 

B. — Par les entreprises 

Les entreprises auraient à décider : 

a) A partir des prix fixés par le bureau central et des prix de vente 
aux consommateurs, de la nature et du volume de leur production cou- 
rante, ce qui déterminerait la nature et le volume de leurs achats et de 
leurs ventes ; 

b) A partir de leur capacité de production, des prix et des taux 
de l'intérêt, du volume éventuel et de 'la nature de leurs investissements. 
Les entreprises seraient libres pour procéder à des investissements nou- 
veaux, soit d'étendre leurs établissements existants, soit d'en créer de 
nouveaux ; dans ce dernier but, plusieurs entreprises pourraient éven- 
tuellement s'associer, ou une décision dans ce sens pourrait être prise 
par un organe commun à toute une branche d'industrie 8 . 



H ne suffit pas, cependant, de prévoir des centres de décision ainsi 
que la nature des décisions qu'ils prendront, il faut aussi déterminer 
selon quelles règles ces décisions seront prises (car, selon ce que seront 
ces règles, le fonctionnement de l'économie se trouvera modifié). 



3. - Les règles devant gouverner les décisions 

A. — Le volume global des investissements 

En ce qui concerne le volume des investissements, le bureau central 
devra être déterminé par la volonté de réaliser le plein emploi. Autre- 
ment dit, il devra partir d'une estimation du volume d'emploi assuré 
par la consommation individuelle (quelle que soit la nature de celle-ci : 
payante ou gratuite) et prévoir lui-même un volume d'investissement 
suffisant pour assurer le complément d'emploi nécessaire pour que ne 
se manifeste aucun chômage. 

B. — Le taux de l 'intérêt 

Le taux de l'intérêt (ou plutôt les taux de l'intérêt — puisqu'il y 
aurait lieu de prévoir des taux différents pour des prêts de différentes 
échéances) serait fixé par le bureau central à un niveau tel que l'ensem- 
ble des entreprises soient désireuses d'emprunter — selon les normes 
ci-dessus indiquées — à des fins d'investissement une somme totale 
égale au volume total d'investissement prévu par le bureau central. 



3. La nature des décisions et les modalités opératoires proposées varient selon les 
auteurs ; nous essayons ici de donner une vue synthétique de ces conceptions. 



( I I I I I I I I I I I I I I I I I | | | | | | | ( | 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

44 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

Les partisans de cette conception considèrent donc que si le volume 
des investissements effectifs est inférieur au volume prévu (d'où une 
situation de sous-emploi), il convient de baisser le taux de l'intérêt ; 
inversement, si le volume des investissements est supérieur au volume 
prévu, et que des tendances inflationnistes se développent, il faut élever 
le taux de l'intérêt. Quant au fonds d'investissement, à partir duquel les 
prêts sont accordés, il est constitué au moyen des profits de l'ensemble 
des entreprises (la nécessité de constituer un tel fonds commun de fi- 
nancement est pour les partisans de cette conception une raison, parmi 
d'autres, de se prononcer pour la socialisation des moyens de produc- 
tion). La partie des profits non utilisés à des fins d'investissement ser- 
virait à payer un •« dividende social » aux travailleurs. 

C. — Les prix 

Les prix des différents produits (matières premières, machines, etc.) 
doivent être fixés par le bureau central à un niveau d'équilibre, c'est-à- 
dire à un niveau tel que l'offre de chaque produit soit égale à sa de- 
mande. 

Ainsi, si l'on observe qu'un produit est fourni en quantité tron 
grande, par rapport à la demande (ce qui se constate par l'accumula- 
tion des stocks), le bureau central décidera d'en baisser le prix (ce qui 
doit, en principe, développer les ventes de ce produit et en décourager 
la production) ; inversement, si un produit est offert en quantité in- 
suffisante, le bureau central en élèvera le prix. Le bureau joue donc 
le rôle d'un < marché artificiel >. 

D. — Les quantités produites 

Comme nous l'avons dit, les quantités produites résultent des dé- 

çi . cisions des différentes entreprises. Celles-ci doivent prendre ces décisions 

\// dans les conditions suivantes : chaque entreprise doit pousser sa prc- 

/' duction jusqu'au point où le coût d'exploitation (ou le coût de courte 

période, ou coût premier) d'une production additionnelle est égal à la 

valeur de cette production (estimée au prix courant) . 

On exige donc des entreprises qu'elles égalisent leur « coût margi- 
nal d'exploitation » au prix '(tel qu'il a été déterminé par le bureau 
central ou par le marché). 

Cette règle est posée afin de favoriser une utilisation intensive de 
l'outillage existant ; elle a été défendue par des auteurs comme Lange, 
dans son ouvrage déjà cité, ou comme Lemer 4 ; d'autres auteurs, comme 
Pigou', posent par contre comme principe que chaque entreprise doit 



4. Cf. son article para dans l'Economie journal, vol. XL VU, n° 186, p. 2S7. Cet 
auteur a défendu la même idée dans son ouvrage The économies of control ; sa con- 
ception est d'ailleurs beaucoup plus proche d'un dirigisme capitaliste que d'une éco- 
nomie socialiste (Abba P. Lerneh, The économies of control, New York, 1944). 

5. Cf. Pi cou, Socialitm and capitalism. 



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choix centralisé ou choix décentralisé ■ 45 

*.\ ! déterminer sa 'production de telle sorte que ses recettes totales soient 
" égales à ses dépenses totales, ce qui implique, dans l'ensemble, l'égali- 
sation du coût moyen au prix. 

H est clair que si le coût marginal d'une entreprise est inférieur 
à son coût moyen,\ l'égalisation du coût marginal et du prix aura pour 
conséquence de mettre cette entreprise en déficit i de telles entreprises 
devraient être subventionnées. Dans des cas de cette sorte, les entrepri- 
ses ne fonctionnent donc plus en vue du profit ; c'est aussi une des rai- 
sons pour lesquelles la plupart des partisans de ce type de « planifica- 
tion > demandent que la production soit socialisée 6 . 

Précisons que les variations de la production envisagées ici sont 
celles qui peuvent être obtenues à partir de Tou.tiU.age existant, les coûts 
moyens correspondant à chaque niveau de la production devant être, 
en principe, les plus faibles que l'entreprise est capable de réaliser au 
moyen de cet outillage (compte tenu de ce que sont, à chaque moment, 
les salaires et -les prix). 

E. — Les investissements concrets 

Il appartient, enfin, à chaque entreprise, ou à chaque industrie, 
de procéder à des investissements chaque fois que (mais seulement dans 
la mesure où) la valeur de la production additionnelle pouvant résulter 
de cet investissement, valeur évaluée aux prix courants (ou, pour cer- 
tains auteurs, aux prix qui apparaissent vraisemblablement devoir être 
pratiqués quand cet investissement sera achevé) représente un mon- 
tant égal ou supérieur au coût total de cette production, y compris la 
charge d'intérêt sur le capital engagé dans la construction du nouvel 
équipement. 



Telles sont, brièvement résumées, les règles qui devraient jouer 
dans le cadre de ce système de « planification ». 

On voit à quel point ce système repose sur une décentralisation 
des décisions, c'est-à-dire des choix. 

Les auteurs qui défendent cette conception la considèrent comme 
la seule susceptible d'aboutir à une détermination économiquement 
rationnelle de la structure et du volume de la production. Ils pensent 
que ce système a l'avantage de laisser aux individus (en tant que con- 
sommateurs finaux et que salariés), et aux entreprises (en tant qu'unités 
de production et de consommation de matières premières, de semi-pro- 
duits et d'outillage, de production d'objets de consommation), le soin 
de se livrer à des calculs économiques. Ils pensent, ainsi, d'une part évi- 
ter la difficulté de principe suscitée par l'adoption d'une unité de va- 



6. A moins qu'ils ne se contentent de demander la socialisation des entreprises 
fonctionnant à perte, c'est-à-dire la < socialisation des pertes ». 



46 — '■ problèmes théoriques et pratiques de la planification 

leur et de compte, les prix jouant le rôle de simples paramètres, et, d'au- 
tre part, éviter de charger un organisme unique de prendre un grand 
nombre de décisions. 

On remarquera aussi que le rôle du bureau central de planification 
est purement passif : il n'agit pas directement sur la production, mais 
seulement sur certaines variables (les prix et le taux de l'intérêt), afin 
de réaliser des conditions d'équilibre. Le niveau auquel cet organisme 
fixe prix et taux de l'intérêt est obtenu par tâtonnements, de façon em- 
pirique, en constatant comment les différentes offres et les différentes 
demandes réagissent aux variations des prix 7 . De même le volume des 
investissements est fixé par tâtonnements afin d'établir un montant 
suffisant de la demande globale, compte tenu du niveau auquel s'éta- 
blissent les salaires, et de ce que les keynésiens appellent la « propen- 
sion à consommer ». 

Le point essentiel à souligner ici, c'est qu'un tel système ne pré- 
sente, en aucune façon, l'image d'une économie véritablement plani- 
fiée, ni même coordonnée. 

Avec un tel système, la société ne prendrait nullement en mains 
le développement des forces productives. En réalité, elle ne serait même 
pas assurée d'obtenir un certain équilibre économique. C'est ce que 
nous allons voir maintenant, en développant les critiques que suscite 
une telle conception. 



II. - Critique de la conception du choix décen- 
tralisé 

Les critiques que l'on peut adresser à la conception d'une planifi- 
cation décentralisée sont nombreuses. Nous ne retiendrons ici que les 
principales. 

1. - L'illusion d'une pseudo-concurrence 

Tout d'abord, il est évident que cette conception implique la mise 
en œuvre non d'une économie planifiée, mais d'une économie pseudo- 
concurrentielle. 

Cette objection pourrait être interprétée comme se limitant à la 
qualification de la nature de cette économie, et comme laissant de côté 
la possibilité, ou 'l'impossibilité, de voir fonctionner de façon satisfai- 



7. Certains auteurs pensent qu'il doit être possible, si l'on possède une connais- 
sance suffisamment précise des conditions de l'offre et de la demande, de calculer 
d'avance, sans tâtonnement, le niveau d'équilibre des différences variables. Cette con- 
ception a été soutenue par Cari Landaukh dans sa Theory of national économie plan- 
ning (Berkeley, 1947), notamment pp. 51 à 63. On notera que cet auteur pense que 
ce système de direction de l'économie pourrait fonctionner sur la base de la pro- 
priété privée. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



choix centralisé ou choix décentralisé — - — - 47 

santé un système économique de ce genre. Une telle interprétation 
serait inexacte. 

En effet, s'il est vrai que ce système prétend instaurer une pseudo- 
concurrence, il est vrai, aussi, qu'il ne peut fonctionner comme ceux 
qui l'ont proposé l'imaginent. 

La concurrence ne représente pas seulement une « technique éco- 
nomique >, elle est la résultante de rapports de production déterminés. 
Elle suppose l'existence d'entreprises très nombreuses, indépendantes 
les unes des autres, fonctionnant sous la responsabilité d'entrepreneurs 
participant aux bénéfices et aux risques de l'exploitation ; elle suppose 
qu'aucune entreprise ne soit susceptible, par ses décisions, d'agir de fa- 
çon sensible sur les quantités totales offertes ou demandées et, par là, 
sur les prix (car n'oublions pas que, dans ce système, prix et quantités 
sont mécaniquement 'liés par ce « pseudo-marché •■» que représente le 
bureau central de planification). 

Or, ces conditions sont encore moins données par la structure socia- 
lisée de la production, admise par la plupart des auteurs qui se pro- 
noncent pour cette formule de direction économique, qu'elles ne sont 
données par la structure" concentrée du capitalisme actuel, où dominent 
les formations monopolistiques 8 . 

Le fonctionnement de l'économie auquel correspondrait cette con- 
ception apparaît ainsi, du point de vue des tendances fondamentales 
de l'évolution économique, comme appartenant à un passé révolu, et 
non pas au présent, et encore moins à l'avenir. De plus, les prémisses 
structurelles sur lesquelles cette conception se fonde, et notamment la 
socialisation de la propriété des moyens de production, sont en con- 
tradiction avec la mise en ceuvre d'ajustements économiques à caractère 
plus ou moins « concurrentiel ». 



D'autre part, même en admettant — pour les besoins de la discus- 
sion — qu'un tel système puisse fonctionner, il comporterait, dans une 
large mesure, les mêmes faiblesses et les mêmes désavantages économi- 
ques que le capitalisme lui-même. 

2. - Ajustements a posteriori et gaspillages 

Ce système, en effet, laisse subsister le mécanisme des ajustements 
a posteriori caractéristique de l'économie concurrentielle et du capita- 
lisme. Le soin de prévoir (et la prévision est nécessaire dans tout sys- 
tème économique qui n'est pas purement statique) n'est pas confié 
à un organisme central susceptible, par sa position même, de prendre 



8. Cette remarque a été formulée déjà par H. D. Dickinson, The Economies ol 
Socialism, Oxford, 1939, p. 17. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I | | | | ] | , | | 



1 ' ■ I I I I I I I I 

48 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

une vue d'ensemble des conséquences diverses, proches et lointaines, de 
ces décisions. Le soin de prévoir continue à incomber à un nombre plus 
ou moins grand de « chefs d'entreprise », appelés à agir en ne tenant 
compte que des conséquences les plus directes de leurs décisions non 
sur Féconomie générale, mais sur le fonctionnement de leurs entreprises. 
Le bien ou le mal fondé de leurs décisions — bien ou mal fondé qui, 
en réalité, ne dépend pas d'eux mais de l'évolution économique générale 
résultant des décisions de multiples entreprises, ne leur apparaît d'ail- 
leurs qu'après coup, alors que des ajustements effectifs se sont produits 
dans l'économie. Aussi, lorsqu'une décision est mal fondée (du point de 
vue de 'leur entreprise), ils ne le savent que lorsque les conséquences 
malheureuses se font jour, et s'ils doivent prendre encore une nouvelle 
décision, ce sera à nouveau avec un retard plus ou moins considérable 
que le bien ou le mal fondé leur en apparaîtra. 

Autrement dit, dans un tel système, au lieu de confier à un orga- 
nisme spécial (l'organisme de planification) la charge de résoudre 
d'avance, a priori, les multiples problèmes de choix et d'équilibre que 
fait surgir le fonctionnement de l'économie — et ceci en tenant compte 
de l'interconnexion de toutes les décisions — on continue à laisser des 
< solutions > se dégager d'elles-mêmes. Ces « solutions » résultent ainsi 
de tâtonnements qui entraînent un véritable gaspillage d'énergie, de 
travail et d'investissements, puisque aussi bien ce n'est qu'un certain 
temps après qu'une décision fausse a été prise que son caractère erroné 
peut apparaître. 

Ceux qui défendent ce système pensent pouvoir justifier ces in- 
convénients par deux arguments principaux : 



A. — L'argument de la réduction des dépenses de direction de féco- 
nomie 

En premier lieu, dit-on, en laissant à « l'économie » elle-même le 
soin de résoudre les problèmes crue pose son propre développement, 
on épargne la considérable dépense d'énergie et 'd'efforts qui serait 
nécessaire pour résoudre ces mêmes problèmes a priori. 

Cet argument est certainement sans valeur : la solution des problè- 
mes posés exige, de toute façon, une dépense d'énergie et d'efforts. 
Certes, cette dépense est plus apparente, plus visible, lorsque la charge 
en est concentrée sur un organisme unique ; mais le poids même de 
cette charge est incontestablement plus faible, lorsque la dépense né- 
cessaire est constituée essentiellement par la rémunération d'un corps 
de planification suffisamment étoffé, que lorsqu'elle est 'constituée, à 
la fois, par les pertes de temps qu'impliquent les ajustements a poste- 
riori et par les pertes de travail, de matériaux et d'investissements, qui 
résultent de 'la réalisation de multiples décisions fausses et qui n'appa- 
raissent telles que plus ou moins tard. 



1 I I I I I I I I I I I I I I I lift 

choix centralisé ou choix décentralisé *° 

B, — L'argument de V impossibilité d'un calcul économique a priori 

En second lien (et cet argument, s'il était exact, serait évidemment 
décisif), la plupart des partisans de ce système soutiennent que la solu- 
tion des problèmes posés par le développement de l'économie ne peut 
être trouvée d'avance et centralement, faute d'une échelle objective des 
valeurs économiques permettant une comptabilité a priori. 

Pour ces auteurs, les valeurs économiques ne résultent pas d'un 
processus objectif (tel que le temps de travail consacré à la production^ 
pouvant être estimé d'avance, mais elles résultent des estimations sub- 
jectives des individus, estimations qui ne se manifestent qu'après coup, 
lorsque les consommateurs éventuels sont mis en présence d'une pro- 
duction qu'on leur offre effectivement". 

On voit que cet argument met en cause la théorie de la valeur. 
Aussi n'est-ce pas par hasard que les partisans d'une « planification 
décentralisée » admettent en général la théorie subjective de la va- 
leur, et les partisans de la planification centralisée la conception ob- 
jective. 

L'argument de l'impossibilité d'un calcul économique a priori 
peut être réfuté de deux façons : d'une part, en démontrant que la 
théorie subjective de la valeur est inconsistante ; d'autre part, en 
montrant qu'à partir de la conception objective de la valeur il est 
possible de construire une économie rationnellement planifiée. Cest 
cette deuxième démonstration que nous essayerons de développer à 
partir du prochain chapitre. 

• - 

Si le système dont nous discutons actuellement comporte les mê- 
mes inconvénients que le capitalisme en ce qui concerne le caractère 
a posteriori des ajustements et les gaspillages que cela implique, il a 
aussi en commun avec le capitalisme deux autres graves défauts : l'ir- 
rationalité d'une série de décisions et le caractère cnmulatif des fluc- 
tuations économiques qui s'y développeraient. Ce sont les deux ques- 
tions dont nous allons traiter maintenant. 

3. - L'irrationalité des décisions 

L'irrationalité des décisions prises dans le cadre du système en 
discussion résulte d'une série de considérations, dont nous ne retien- 
drons que les principales : 

A. — La charge d'un taux de l'intérêt 

Ainsi que nous l'avons vu, les décisions relatives aux investisse- 
ments concrets seraient prises (à l'échelle des entreprises ou d'une 

9. Cependant, un auteur comme Cari Landaueb, bien qu'il admette la théorie 
subjective de la valeur reconnaît, ainsi que nous l'avons vu, la possibilité d'un 
calcul a priori. Une telle possibilité nous paraît cependant en contradiction avec le 
point de vue sobjectîviste. 



50 — problèmes théoriques et pratiques de la planification 

branche de la production) non seulement en considérant les prix 
de vente des marchandises que ces investissements permettraient de 
produire, et les prix d'acquisition des moyens de production que ces 
investissements exigeraient, mais encore en considérant le niveau du 
taux de l'intérêt. Arrêtons-nous, pour le moment, sur ce dernier point. 

Dans le système envisagé, le taux de l'intérêt apparaît comme une 
variable particulièrement instable. Le taux de l'intérêt serait fixé, 
avons-nous dit, en tenant compte du volume d'investissement néces- 
saire à la réalisation du plein emploi : le « bureau 'central de plani- 
fication > le ferait donc baisser ou monter de manière à ce que le vo- 
lume des investissements effectifs corresponde au volume des investis- 
sements prévus. 

Or, en raison du caractère cumulatif des fluctuations économi- 
ques dans le cadre du système envisagé (nous reviendrons sur ce point 
au cours du prochain paragraphe), de multiples réajustements du taux 
de l'intérêt devraient intervenir en vue d'obtenir un volume__d^inves- 
tiesements susceptible de réaliser une situation de pléin'emploi. 

Mais, pour chaque niveau du taux de l'intérêt, on trouve, en prin- 
cipe, un type différent de combinaison productive (ou d'investisse- 
ment concret) qui apparaît avantageux : si le taux de l'intérêt est bas, 
de forts investissements' permettant une réduction même assez faible 
des prix de revient courants apparaîtront avantageux ; au contraire, 
si le taux de l'intérêt est élevé, seuls des investissements permettant 
une très forte réduction des prix de revient courants sembleront avan- 
tageux, puisque cette réduction devra représenter une économie plus 
forte que la dépense engendrée par la charge des intérêts. 

Par conséquent, au gré des fluctuations momentanées du taux de 
l'intérêt, les chefs d'entreprises seront conduits à adopter (ainsi que 
cela se passe d'ailleurs dans le cadre du capitalisme) soit une techni- 
que exigeant de forts investissements, soit, au contraire, une techni- 
que beaucoup plus modeste. Mais, les investissements, une fois effec- 
tués, subsistent pendant de longues années, ce qui signifie que les déci- 
sions prises pour des raisons purement conjoncturelles auront une in- 
fluence sur la structure de la production — ce qui est proprement irra- 
tionnel. 

Pour prendre un exemple qui pourra nous servir dans la suite de 
ce développement, supposons qu'à un certain moment il apparaisse né- 
cessaire, pour répondre au mouvement de la demande, d'accroître la 
production d'électricité. Ceci peut être fait de deux façons: soit en 
construisant des centrales hydrauliques — ce qui implique la cons- 
truction d'installations coûteuses, de barrages, etc. — soit en construi- 
sant des centrales thermiques. 

La première solution permet de fournir de l'électricité à un prix 
de revient courant sensiblement plus faible que la seconde, mais elle 
exige des investissements beaucoup plus importants. Or, selon que le 
taux de l'intérêt sera bas ou élevé au moment où l'on décidera d'ac- 
croître la production d'électricité grâce à des investissements nou- 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



choix centralisé ou choix décentralisé 51 

veaux, on optera pour des centrales hydrauliques ou pour des cen- 
trales thermiques. Par exemple si le taux de l'intérêt est momentané- 
ment haut, on construira des centrales thermiques (qui fournissent de 
l'électricité à un prix de revient courant plus élevé, moyennant une 
plus grande dépense de travail), alors que quelques mois plus tard, 
avec un taux d'intérêt plus bas, on aurait construit des centrales 
hydrauliques. Ainsi, pour des raisons purement momentanées, on four- 
nira à l'économie du courant dans des conditions plus désavantageuses 
qu'on aurait pu le faire. Il y a là une décision de caractère irration- 
nel 10 . 

On voit, par conséquent, comment l'utilisation d'un taux de l'inté- 
rêt (même de caractère comptable) loin de fournir un guide sûr pour 
prendre des décisions en matière d'investissement apparaît comme une 
source d'erreurs et de gaspillage supplémentaire. 

B. — Les fluctuations de prix 

Ce qui est vrai des fluctuations de l'intérêt l'est également des fluc- 
tuations de prix. Dans le système considéré, les prix des matières pre- 
mières et de l'outillage ne sont pas fixés sur la base des coûts réels de 
production (comme dans un système centralement planifié) mais au ni- 
veau qui, à chaque instant, permet à l'offre et à la demande de s'équi- 
librer. Aussi, sauf dans une période d'équilibre stable relativement 
longue, les prix seront, en fait, tantôt au-dessus, tantôt au-dessous du ni- 
veau qui correspond au coût réel 11 . 

Or, ici encore, c'est sur 'la base de ces prix ayant une signification 
momentanée que les « chefs d'entreprises » seront (comme dans l'écono- 
mie capitaliste) appelés à prendre des décisions, décisions dont les effets 
continueront à se faire sentir longtemps après que la situation momen- 
tanée qui leur aura donné naissance aura pris fin. 



10. Dans une économie véritablement planifiée, c'est-à-dire planifiée centrale- 
ment, on aurait calculé moyennant quel échelonnement des investissements et de la 
construction des nouvelles installations électriques, il serait possible de mettre en 
œuvre la technique hydraulique, sans faire d'un seul coup peser sut l'économie des 
investissements trop forts. Aussi, selon que l'attente nécessaire aurait été supportable 
on non pour l'économie, on aurait choisi, en connaissance de cause, entre les deux 
techniques. 

Cela n'est pas possible dans le système de choix décentralisé, personne ne peut 
prévoir vraiment où en sera le taux de l'intérêt quelques mois plus tard (cela dé- 
pend trop de multiples facteurs, de multiples décisions individuelles), en particulier, 
cela est impossible a prévoir par un « chef d'entreprise » qui n'occupe qu'une posi- 
tion nécessairement particulière dans l'économie. D'ailleurs même si ce taux était 
connn, il ne fournirait aucune indication rationnelle. 

11. D ne sert i rien d'observer, comme le fait par exemple O. Lance, que... 
« tous les coûts peuvent, en longue période, être réduits en coûts travail > (cf. On 
the Economie Theory of Socialism, Review of Economie Sludies, octobre 1936 et fé- 
vrier 1937, p. 138). Cela est sans doute vrai, mais la notion de c coût de longue pé- 
riode » ou de « prix de longue période » a une signification théorique, elle n'a pas 
de signification pratique ; la réalité concrète ne connaît qu'une série de prix « mo- 
mentanés >. 



BiBLlCTHBQUZ 
COLLEGE SAINTE-MAMB 

I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I | I I I I I I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I J 



52 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

Ainsi, dans le cas déjà évoqué de la construction des centrales 
électriques, si, au moment où l'on décide d'augmenter la capacité de 
production d'électricité, le prix du ciment est élevé (en raison d'une 
forte demande, de caractère momentané), ce pourra être nne raison 
pour préférer les centrales thermiques aux centrales hydrauliques — 
mais peu de temps après, sans que soit intervenu aucun changement fon- 
damental dans l'économie on pourrait être conduit à prendre la déci- 
sion inverse. 

De même, le haut niveau momentané des prix du ciment incitera à 
construire de nouvelles cimenteries, qui risquent d'entrer en fonctionne- 
ment précisément au moment où les prix élevés du ciment pratiqués 
jusque-là auront — dans une série de domaines — fait adopter des 
techniques utilisant peu de ciment, etc. 12 . 

On retrouve là des inconvénients caractéristiques du capitalisme, 
aboutissant, notamment, au déséquilibre interne du capital, à l'hyper- 
trophie de la branche productrice d'objets de consommation. 

Un plan véritable, au contraire, doit coordonner les différentes pro- 
ductions (cimenteries, barrages, électrification, etc.) et cela non seule- 
ment dans le cadre d'une courte période (comme le fait plus ou moins 
le mécanisme des prix) mais pour une longue période (comme peut seul 
le faire un effort de prévision et d'organisation portant sur l'ensemble 
de l'économie et sur un grand nombre d'années). 

C. — Le rythme d accumulation 

Enfin, il faut souligner que, dans un tel système, « le seul moyen 
d'éviter une large extension du chômage chronique serait, sans doute, 
de maintenir le taux d'investissement à un niveau donné et « arbi- 
traire », qui peut être fort différent du niveau qui serait dicté par 
d'autres considérations »". 

A cet égard, il est particulièrement important de souligner que dans 
une économie organisée selon la conception en discussion, le niveau de 
la consommation est déterminé, à la fois, par celui de Y emploi et par 
celui des salaires réels./Or, les fluctuations des salaires nominaux et 
celles des prix de détail continuent à être réglées par des < automatis- 



12. Heimann, dans Literature on the theory of a socialist economy (Social Re- 
search, février 1939), écrit : € ...La nature du prix, susceptible d'exprimer seulement 
une situation momentanée, apparaît incapable de servir de régulateur à des proces- 
sus de longue durée » ; bien que le prix n'exprime pas « seulement » une situation 
momentanée, l'observation est exacte pour tout prix qui exprime principalement 
une situation momentanée (du même auteur, voir aussi Planning and the market 
System, Social Research, nov. 1934). 

13. Maurice Dobb, A note on savings and investment in a socialist economy (in 
Economie Journal de décembre 1939, pp. 713 à 728, citation p. 714-715). Dans cet 
alinéa, et au cours du paragraphe suivant, nous recourons largement à l'argumenta- 
tion développée par Dobb dans cet excellent article, ainsi qu'à un autre article du 
même auteur : A Review of the discussion concerning économie theory in ita appli- 
cation to a socialist economy (in Revue de la Faculté des Sciences économiques de 
l'Université d'istamboul, octobre 1940, pp. 155-167). 



i i i i i i i i i i i I i i i i i f i f i r 

choix centralisé ou choix décentralisé 53 

mes ». Dana ces conditions, la seule décision consciente prise centrale- 
ment (celle relative au volume des investissements) apparaît destinée 
principalement à compenser l'insuffisance de l'emploi résultant du 
jeu des c automatismes », cette < décision •» est, en quelque sorte, un 
sous-produit de ces derniers. 

D se révèle ainsi que ce système est incapable de s'assigner pour 
fin l'élévation du bien-être et de la consommation, car cette élévation 
dépend des progrès effectifs de la technique ; tout au plus ce système 
peut-il s'assigner comme but la réalisation d'un niveau élevé de 
l'emploi 14 . 

Et encore, cet objectif semble difficilement réalisable dans une 
économie qui serait sujette à des fluctuations de caractère cumulatif. 

4. - Le caractère cumulatif des fluctuations économiques 

Nous nous bornerons ici à résumer l'argumentation fort bien dé- 
veloppée par Maurice Dobb. 

Cet auteur souligne combien il est illusoire de prétendre gouverner 
le flux des investissements par le maniement du taux de l'intérêt. En' 
effet, la demande de fonds à investir croît avec le taux d'investissement 
lui-même" ; lorsqu'en raison d'un volume insuffisant des investisse- 
ments, l'autorité centrale abaisse suffisamment le taux de' l'intérêt pour 
provoquer une expansion de ceux-ci, cette expansion, à son tour, ac- 
croît la demande d'une série de produits, ce qui provoque une nouvelle 
vague d'investissement, et ainsi de suite. Autrement dit, le taux de l'in- 
vestissement que 'l'on voulait atteindre a toutes chances d'être dépassé. 
Cependant, une baisse du taux de l'intérêt ne susciterait pas une stabili- 
sation de l'investissement, mais une contraction de caractère également 
cumulatif. 

Dobb écrit à ce sujet : « Si le taux de l'investissement est accru 
(ou réduit), il en sera de même de l'incitation à investir ; et la situa- 
tion sera celle d'un équilibre instable... »™. 



On retrouve ainsi un système souffrant de la même instabilité que 
le capitalisme 17 , ou peut-être d'une instabilité accrue. 

Au total, un système de c choix décentralisé » ne nous apparaît pas 
comme offrant une possibilité de planification rationnelle ; aussi, le 
« choix centralisé », correspond-il se«l à une planification véritable. 

14. On peut dire que ce système est dominé par des préoccupations relatives à 
l'obtention d'une série d'équilibres momentanés et successifs et non par des pré- 
occupations relatives au développement économique. (Sur l'opposition entre ces deux 
points de vue, cf. M. Dobb, Soviet Economie Development since 1917, Londres, 
1948, VI + 474 p., pp. 2 à 4.) 

15. L' « incitation à investir > est fonction des investissements en cours. 

16. M. Dobb, Economie Journal, art. cit., p. 715. 

17. En ce qui concerne le capitalisme, Kalecki dan» ses Essays in the.Theory 
of Economie Fluctuations a développé la conception d'an mécanisme cumulatif ana- 
logue à celui auquel se réfère Dobb. 



54 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

III. - Caractéristiques de la planification repo- 
sant sur des choix centralisés 

Pour terminer ce chapitre, il nous faut dire quelques mots de la 
planification reposant sur des choix centralisés. Il ne s'agit d'ailleurs 
que d'observations générales, puisque la suite de cet ouvrage sera es- 
sentiellement consacrée à l'étude de cette planification. 

1. - Limites de la centralisation 

En premier lieu, il faut rappeler que — comme le montre l'exem- 
ple de la planification soviétique — lorsqu'on parle de « planification^ 
centralisée », il n'est nullement question d'un système où toutes les dé- 
cisions seraient prises de façon centrale. Personne n'a jamais pensé 
à un tel système, et celui-ci serait certainement irréalisable. 

On peut parler de « planification centralisée » à partir du moment 
où les principales décisions sont prises de façon centrale, ce qu'il faut 
entendre par € principales décisions » peut d'ailleurs varier avec le 
temps et les circonstances. En tout cas, entrent dans cette catégorie de 
décisions, non seulement celles relatives aux prix et au volume d'inves- 
tissement, mais encore celles relatives au volume des salaires et aux 
grandes lignes des programmes de production et d'investissement. Par 
contre, les décisions de caractère courant, ou destinées à répondre à 
des problèmes particuliers, restent en principe hors des limites de la 
planification centrale. 

2. -Propositions et décisions 

En second lieu, le fait que les principales décisions soient prises de 
façon centrale ne signifie nullement que les choix que ces décisions 
impliquent doivent être opérés sans consultation des entreprises ou des 
entités économiques ou administratives qui auront à appliquer les dé- 
cisions en question. 

Au contraire, il appartient en principe à ces entreprises ou entités 
de formuler des propositions alternatives, en faisant ressortir les 
implications et les conséquences de ces propositions ; l'autorité cen- 
trale fixe alors son choix, en tenant compte de l'ensemble des décisions 
qui doivent être prises, afin d'éviter les doubles emplois, les décisions 
contradictoires, les goulots d'étranglement, etc. 

3. - Centralisation des choix et socialisation des décisions 

D'une façon plus générale, il faut souligner que la planification 
centralisée est la seule qui soit conforme à la structure d'une économie 
socialisée, car c'est la seule qui peut prendre en considération le fait 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I | I | | | | 



choix centralisé ou choix décentralisé - — 55 

que les principales décisions prises ont nécessairement des conséquen- 
ces qui s'étendent à la société tout entière. 

Une des contradictions du régime capitaliste — contradiction qui 
va croissant avec le temps — c'est que dans le cadre de ce régime, le 
fonctionnement d'un mode de production sociale repose sur des déci- 
sions individuelles, d'où les oppositions ou les chevauchements inévi- 
tables entre les conséquences des différentes décisions. 

Seule une planification centralisée, reposant elle-même sur une vé- 
ritable socialisation des moyens de production, peut mettre fin à de 
telles contradictions. Les auteurs qui, dans leurs propositions de « pla- 
nification -» .décentralisée, ont voulu conserver certains des < méca- 
nismes » de l'économie capitaliste ne se sont pas aperçus qu'ils conser- 
vaient par là-même les défauts essentiels du capitalisme 1 *. 



4. - Structure sociale et ajustements économiques 

D'une façon plus générale encore, il est nécessaire de voir qu'à cha- 
que structure économique et sociale correspond un mode particulier 
d'ajustement des différentes variables économiques 1 '. Aussi est-il par- 
faitement artificiel et certainement impossible de vouloir conserver 
dans une structure caractérisée par la socialisation de la propriété des 
moyens de production et d'échange des mécanismes d'ajustement (va- 
riations des prix, des salaires et du taux de l'intérêt) propres à une 
structure caractérisée par la propriété privée des moyens de production 
et d'échange ; ces < mécanismes » sont d'ailleurs liés à des intérêts de 
classes qui disparaissent avec le capitalisme lui-même. 



18. Cf. M. Dobb, art. cit. de la Revue de la Faculté des Sciences économiques 
oVIstamboul, p. 160. 

19. A vrai dire, le problème qui est posé ici esl celui des modalités selon les- 
quelles se réalise la division sociale du travail. Dans un système économique re- 
posant sur la propriété privée, la division du travail est réalisé à travers l'échange 
privé, et par le mécanisme' des prix, expression de la valeur des marchandises. Dans 
un système reposant eur la propriété sociale, l'échange privé ne joue plus qu'un 
rôle subordonné, et la division sociale du travail doit être réglementée par le plan. 
Comme Mahx l'écrivait dans une lettre i Kucelmann (lettre du 11 juillet 1868) : 

« Tout enfant., sait que la masse des produits correspondant aux différents be- 
soins requiert des masses différentes et quantitativement déterminées du travail 
social total. D est évident que cette nécessité de distribuer le travail social dans des 
proportions définies ne peut être abolie avec une forme particulière de production 
sociale, mais peut seulement voir modifier la forme qu'elle prend. On ne peut 
abolir aucune loi naturelle. Ce qui peut changer, dans des circonstances historiques 
nouvelles, c'est la forme sous laquelle ces lois opèrent. Et la forme dans laquelle 
s'opère cette division proportionnelle du travail, dans un état de la société où l'inter- 
connexion du travail social se manifeste dans l'échange privé des produits indivi- 
duels du travail, c'est précisément la valeur d'échange de ces produits. > {hetters to 
Dr Kugelmann, Londres, 1941, p. 73/74.) 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I | 



Il 



I I 



56 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



Ainsi, la planification reposant sur des choix centralisés nous ap- 
paraît comme seule susceptible de coordonner d'avance — et non après 
conp, à travers des fluctuations économiques plus ou moins violentes 
entraînant des déperditions de forces plus ou moins considérables — 
un ensemble de décisions qui doivent nécessairement être mises en har- 
monie. Elle nous apparaît aussi comme seule conciliable avec la struc- 
ture d'une économie socialisée. La suite de cet ouvrage sera consacrée 
à l'étude théorique du fonctionnement d'une telle planification, et, tout 
d'abord, au problème du choix dans le domaine de la production. 



I I • I I I I I I I I I I I I I I I I f I 



K 



Le choix 

dans le domaine de la production 
au sein d'une économie planifiée 
et le problème de la valeur 



Le problème du choix économique se pose à deux degrés. Il s'agit, 
îe part, de 
s'agit, d'antre 



d'une part, d e savoir ce qu'il faut produire et en Quelle quantité ; il 

part, d e savoir comment il faut le produire. La première 

question suppose notamment, pour qu'on puisse y répondre, que l'on 



sache ce que les consommateurs désirent. La seconde question impli- 
que une option entre différentes modalités techniques de production, 
c'est donc une question d'organis ation de la production . C'est à elle que 
sera consacré ce chapitre. 



I. - Le choix dans le domaine de la production 

Lorsqu'il a été décidé de produire un certain objet, ou d'obtenir 
un certain résultat, deux éventualités peuvent ee présenter. Dans une 
première éventualité, pour produire cet objet ou pour obtenir ce résul- 
tat, un seul procédé est techniquement avantageux ; dans ce cas, aucun 
problème de choix économique ne se pose. Dans une seconde éventua- 
lité, plusieurs procédés sont également valables techniquement, le choix 
entre eux pose un problème économique. 

1. - Un seul procédé est techniquement valable 

Les exemples pratiques de la première éventualité sont peu nom- 
breux. On peut avancer les suivants : on a décidé de construire un canal 
afin d'établir une liaison par eau entre deux points déterminés ; la 



Y 



58 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

configuration du terrain est telle qu'il n'est nécessaire de construire 
aucun ouvrage d'art (écluse par exemple) et que le seul travail à accom- 
plir soit un travail de terrassement. Dans une telle éventualité, un 
seul tracé est techniquement avantageux : celui qui réduit au minimum 
les travaux de terrassement. Autre exemple : on a décidé de fabriquer 
un objet déterminé ; cet objet, à égalité de travail et à égalité de résul- 
tat (solidité, utilité et caractère esthétique de l'objet), peut être produit 
en utilisant des quantités plus ou moins grandes d'un métal donné. Dans 
une telle hypothèse, un seul procédé de fabrication est techniquement 
avantageux, celui qui permet d'utiliser la plus faible quantité de métal. 
De tels cas sont rares. Presque toujours, la technique offre plusieurs 
procédés de production ou de fabrication entre lesquels le seul crité- 
rium technique ne permet pas de choisir. Dès lors, il faut se placer, 
pour choisir, au point de vue économique. Prenons des exemples. 

2. - Plusieurs procédés sont techniquement valables 

Revenons à l'hypothèse du canal à construire pour relier par voie 
d'eau deux points déterminés. On peut imaginer que la technique offre 
au moins deux possibilités. Un premier tracé réduit au minimum les 
travaux de terrassement, mais il passe à travers des terrains sablon- 
neux qui exigent d'importants travaux de bétonnage. Un autre tracé 
évite tout travail de bétonnage mais exige des travaux de terrassement 
plus considérables. Lequel choisir ? Dans une économie concurrentielle, 
la simple consultation des devis établis par les entrepreneurs, sur la 
base des prix du marché, offrira, en général, une réponse 1 . On choi- 
sira le tracé le moins cher à établir. Mais comment procédera-t-on 
dans une économie planifiée, où les prix eux-mêmes résultent du plan, 
si l'on ne veut pas se décider de façon irrationnelle et arbitraire ? 

A un premier degré d'analyse, le tracé économiquement le plus 
avantageux est celui qui exige la plus faible dépense de travail, le 
moins grand nombre d'heures de travail. « L'unité de 'compte » ser- 
vant de base au calcul économique sera donc l'heure de travail. D fau- 
dra, bien entendu, ne pas établir ces calculs seulement sur la base 
des heures de travail passées au terrassement, mais aussi des heures 
de travail qui auront été nécessaires pour produire le béton utilisé 
et pour l'amener à pied d'ceuvre. En d'autres termes, il faudra tenir 
compte, non seulement du travail actuel, du travail dépensé présente- 
ment, mais il faudra tenir compte aussi du travail passé, du travail 
précédemment < incorporé > dans les différents matériaux, dans les 
différents instruments. 

Prenons un autre exemple. Un objet peut être fabriqué à égalité 
de résultat, soit en utilisant peu de travail actuel mais une quantité 



1. Réponse sane doute conforme à un certain nombre d'intérêts privés mais 
n»n nécessairement à ceux de la communauté économique. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 1 I I I I I 



le choix dans le domaine de la production - 59 

relativement importante de métal, soit en utilisant davantage de tra- 
vail mais moins de métal (par exemple parce que le travail doit 
alors être accompli avec plus de soins, ce qui exige plus de temps). 
Quel procédé de production choisir ? 




ajoutera ce travail au travail dépensé dans la fabrication même de 
l'objet à produire. Le procédé qui exige peu de métal sera donc pré- 
féré si le métal lui-même exige beaucoup de travail pour être pro- 
duit ; inversement, 'le procédé qui exige beaucoup de métal sera pré- 
féré si la production du métal exige peu de travail. Ici, encore, « l'uni- 
té de compte » est constituée par le temps de travail. 

Prenons encore un exemple. Celui où un même objet peut être 
produit, à égalité de travail actuel et de résultat, soit avec un métal, 
Boit avec un autre ; on devra fabriquer cet objet avec le métal dont 
la production exige elle-même le moins de travail. 

En bref, chaque fois que plusieurs procédés ou plusieurs éléments 
peuvent être mis utilement en oeuvre pour obtenir un même résultat, 
il se pose un problème de choix économique. Ce choix ne peut s'opé- 
rer rationnellement que si l'on dispose d'une « unité de compte » per- 
mettant de calculer s'il est plus avantageux d'utiliser tel élément ou 
tel procédé ou tel autre. A un premier degré d'analyse cette « unité 
de compte > nous est apparue devoir être le temps de travail. Nous 
allons examiner les arguments que l'on peut donner en faveur de 
cette manière de voir, les critiques qu'elle a soulevées et les obser- 
vations que ces critiques suscitent. 



IL - Le temps de travail comme « unité de comp- 
te » dans une économie planifiée 

Tout d'abord, il faut dire que la solution que nous venons de 
proposer au problème du choix économique se rattache à la concep- 
tion objective de la valeur et, plus précisément, à la théorie de la 
valeur-travail. Toutefois, il faut bien 'le noter, ce que nous avons dit 
est loin de répondre au problème complexe de la valeur dans une 
économie à base de propriété privée et de concurrence. Ce qui est 
en cause ici pour le moment, c'est un aspect particulier, pratique, 
du concept de valeur. C'est, si on le veut, un « concept opérationnel > 
de valeur. La prise de position en faveur de ce concept opération- 
nel est motivée par des raisons que nous examinerons dans un instant, 
elle ne touche pas encore le problème au fond, elle ne résout pas, 
et ne suppose pas résoudre, la question des rapports entre l'utilité 
subjective et la valeur économique. 



' ' ' i M i ( i i i i i i i i 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I L 

58 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

configuration du terrain est telle qu'il n'est nécessaire de construire 
aucun ouvrage d'art (écluse par exemple) et que le seul travail à accom- 
plir soit un travail de terrassement. Dans une telle éventualité, un 
seul tracé est techniquement avantageux : celui qui réduit au minimum 
les travaux de terrassement. Autre exemple : on a décidé de fabriquer 
un objet déterminé ; cet objet, à égalité de travail et à égalité de résul- 
tat (solidité, utilité et caractère esthétique de l'objet), peut être produit 
en utilisant des quantités plus ou moins grandes d'un métal donné. Dans 
une telle hypothèse, un seul procédé de fabrication est techniquement 
avantageux, celui qui permet d'utiliser la plus faible quantité de métal. 
De tels cas sont rares. Presque toujours, la technique offre plusieurs 
procédés de production ou de fabrication entre lesquels le seul crité- 
rium technique ne permet pas de choisir. Dès lors, il faut se placer, 
pour choisir, au point de vue économique. Prenons des exemples. 



Y 



2. - Plusieurs procédés sont techniquement valables 

Revenons à l'hypothèse du canal à construire pour relier par voie 
d'eau deux points déterminés. On peut imaginer que la technique offre 
au moins deux possibilités. Un premier tracé réduit au minimum les 
travaux de terrassement, mais il passe à travers des terrains sablon- 
neux qui exigent d'importants travaux de bétonnage. Un autre tracé 
évite tout travail de bétonnage mais exige des travaux de terrassement 
plus considérables. Lequel choisir ? Dans une économie concurrentielle, 
la simple consultation des devis établis par les entrepreneurs, sur la 
base des prix du marché, offrira, en général, une réponse 1 . On choi- 
sira le tracé le moins cher à établir. Mais comment procédera-t-on 
dans une économie planifiée, où les prix eux-mêmes résultent du plan, 
si l'on ne veut pas se décider de façon irrationnelle et arbitraire ? 

A un premier degré d'analyse, le tracé économiquement le plus 
avantageux est celui qui exige la plus faible dépense de travail, le 
moins grand nombre d'heures de travail, « 'L'unité de 'compte » ser- 
vant de base au calcul économique sera donc l'heure de travail. Il fau- 
dra, bien entendu, ne pas établir ces calculs seulement sur la base 
des heures de travail passées au terrassement, mais aussi des heures 
de travail qui auront été nécessaires pour produire le béton utilisé 
et pour l'amener à pied d'oeuvre. En d'autres termes, il faudra tenir 
compte, non seulement du travail actuel, du travail dépensé présente- 
ment, mais il faudra tenir compte aussi du travail passé, du travail 
précédemment < incorporé » dans les différents matériaux, dans les 
différents instruments. 

Prenons un autre exemple. Un objet peut être fabriqué à égalité 
de résultat, soit en utilisant peu de travail actuel mais une quantité 



1. Réponse sans doute conforme à un certain nombre d'intérêts privés mais 
n»n nécessairement à ceux de la communauté économique. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I f I I I f I 

le choix dans le domaine de la production 59 

relativement importante de métal, soit en utilisant davantage de tra- 
vail mais moins de métal (par exemple parce que le travail doit 
alors être accompli avec plus de soins, ce qui exige plus de temps). 
Quel procédé de production choisir ? 

Ici, encore, on est finalement conduit à choisir comme plus éco- 




ajoutera ce travail au travail déper 
l'objet à produire. Le procédé qui exige peu de métal sera donc pré- 
féré si le métal lui-même exige beaucoup de travail pour être pro- 
duit ; inversement, le procédé qui exige beaucoup de métal sera pré- 
féré si la production du métal exige peu de travail. Ici, encore, « l'uni- 
té de compte » est constituée par le temps de travail. 

Prenons encore on exemple. Celui où un même objet peut être 
produit, à égalité de travail actuel et de résultat, soit avec un métal, 
soit avec un autre ; on devra fabriquer cet objet avec le métal dont 
la production exige elle-même le moins de travail. 

En bref, chaque fois que plusieurs procédés ou plusieurs éléments 
peuvent être mis utilement en oeuvre pour obtenir un même résultat, 
il se pose un problème de choix économique. Ce choix ne peut s'opé- 
rer rationnellement que si l'on dispose d'une « unité de compte » per- 
mettant de calculer s'il est plus avantageux d'utiliser tel élément ou 
tel procédé ou tel autre. A un premier degré d'analyse cette « unité 
de compte » nous est apparue devoir être le temps de travail. Nous 
allons examiner les arguments que l'on pent donner en faveur de 
cette manière de voir, les critiques qu'elle a soulevées et les obser- 
vations que ces critiques suscitent. 



IL - Le temps de travail comme « unité de comp- 
te » dans une économie planifiée 

Tout d'abord, il faut dire que la solution que nous venons de 
proposer au problème du choix économique se rattache à la concep- 
tion objective de la valeur et, plus précisément, à la théorie de la 
valeur-travail. Toutefois, il faut bien le noter, ce que nous avons dit 
est loin de répondre au problème complexe de la valeur dans une 
économie à base de propriété privée et de concurrence. Ce qui est 
en cause ici pour le moment, c'est un aspect particulier, pratique, 
du concept de valeur. C'est, si on le veut, un < concept opérationnel » 
de valeur. La prise de position en faveur de ce concept opération- 
nel est motivée par des raisons que nous examinerons dans un instant, 
elle ne touche pas encore le problème au fond, elle ne résout pas, 
et ne suppose pas résoudre, la question des rapports entre l'utilité 
subjective et la valeur économique. 



60 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

Venons-en aux arguments qui, du moins dans le domaine de la 
planification, conduisent à appuyer les calculs économiques sur une 
conception objective de la valeur, sur une « unité de compte » cons- 
tituée par le temps de travail. 

1. - Cas de l'expérience soviétique 

Un premier argument émane de la méthode inductive. En fait, 
on constate que la première tentative de planification intégrale, celle 
que représente la planification soviétique, s'appuie sur une concep- 
tion objective de la valeur. Et ceci d'une double façon. D'une part, 
la théorie de la planification soviétique est fondée sur le marxisme, 
elle repose donc sur la conception de la valeur travail. D'autre 
part, la pratique de la planification soviétique s'appuie de plus en 
plus nettement sur la conception objective de la valeur ; c'est ce que 
traduit la tendance toujours plus marquée en U.R.S.S., au cours des 
années d'avant-guerre, à planifier les prix de gros sur la base des prix 
de revient 

2. - Échec de la conception subjective de la valeur 

Un deuxième argument, qui conduit à conclure en faveur du 
temps de travail comme « unité de compte » dans un système d'éco- 
nomie planifiée, est fourni par l'échec qu'ont enregistré ceux qui ont 
essayé, en partant d'une conception subjective de la valeur, d'analy- 
ser le mécanisme d'une économie planifiée. 

A cet égard, on peut observer demx tendances. L'une hostile à 
l'économie planifiée, et voulant prouver l'impossibilité théorique ou 
pratique de faire fonctionner une telle économie, l'autre favorable 
à une conception particulière de l'économie planifiée, à celle qui 
laisse la plus large place aux « choix décentralisés ». 

En ce qui concerne la première tendance, il est très remarquable 
de voir que son argumentation se modifie avec le temps. Ainsi, les 
auteurs les plus représentatifs de cette façon de voir soutenaient 
encore pour la plupart, en 1938, qu'il était théoriquement impossible 
de concevoir qu'une économie planifiée puisse fonctionner ration- 
nellement. Le meilleur exemple dans 'ce sens est fourni par l'ouvrage 
collectif déjà cité à plusieurs reprises, intitulé L'économie dirigée en 
régime collectiviste. Tous les auteurs participant à cet ouvrage (sauf 
Enrico Barone qui, partisan de la théorie mathématique de l'équilibre, 
ne se situe pas sur le même plan), et en particulier Hayek déclarent 
théoriquement impossible une économie planifiée rationnelle. 

Or, depuis lors, les auteurs hostiles à l'économie planifiée ont dû 
se replier sur une position moins catégorique : ils acceptent désormais, 
pour la plupart, la possibilité théorique d'une économie rationnellement 
planifiée, mais ils arguent de l'impossibilité pratique de réaliser une 



| I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



le choix dans le domaine de la production 61 

telle économie 2 . Or il est très remarquable que toutes les difficultés 
théoriques ou pratiques invoquées par ces auteurs tournent autour des 
problèmes posés par un calcul économique a priori qui leur apparaît 
soit impossible, soit extrêmement difficile. Mais, précisément, toutes 
ces « difficultés » ou « impossibilités > n'apparaissent que si on se ré- 
fère à la conception subjective de la valeur ; elles disparaissent si on 
se réfère au fondement objectif de la valeur, au temps de travail. 

En ce qui concerne la seconde tendance, nous en avons traité au 
cours du premier chapitre de la II" Partie de cet ouvrage, et nous avons 
vu comment, en définitive, elle n'aboutit pas à proposer un système 
d'économie planifiée mais un système pseudo-concurrentiel, incompati- 
ble avec une économie socialisée et incapable de mettre fin à toute une 
partie des contradictions et des faiblesses du capitalisme. 

Ici, encore, la conception subjective de la valeur conduit à une 
impasse. Aussi, la seule conception qui puisse être mise utilement en 
oeuvre est celle qui se réfère au temps de travail comme « unité de 
compte >. Cest seulement de cette façon qu'on peut saisir le mécanisme 
d'une économie rationnellement planifiée. 

3. - Identification de l'effort et du sacrifice de travail 

Un troisième argument en faveur du temps de travail comme 
« unité de compte » est fourni par la notion même d'économie ration- 
nellement organisée. Du point de vue de la production — rappelons- 
nous que c'est seulement ce point de vue qui est actuellement en ques- 
tion — la rationalité économique n'est satisfaite que lorsque, pour pro- 
duire un bien donné, on emploie le procédé qui nécessite le moins d'ef- 
forts et de sacrifices (pour reprendre une formulation dont Mossé s'est 
servi dans son ouvrage sur l'Economie collectiviste, notamment page 
91). Or, le seul effort dont il puisse être question c'est, évidemment, 
'l'effort que constitue le travail humain. En moyenne, la mesure de 
cet effort est le temps de travail. 

Quant aux « sacrifices », c'est à leur propos que le maintien d'un 
point de vue subjectiviste a pu paraître le plus justifié. Pourtant, ici 
encore, le point de vue subjectiviste n'est pas applicable à la planifica- 
tion. Comment, en effet, comparer le sacrifice (sous forme de renoncia- 
tion de consommation) qu'implique, par exemple, l'utilisation d'une 
quantité égale d'un autre métal ? C'est là une tâche irréalisable, ne 
serait-ce que parce que l'étendue de 'ce € sacrifice » varie d'un individu 
à un autre et en fonction des quantités de métaux disponibles. Par con- 
tre, on peut donner à la notion de « sacrifice » une signification objec- 
tive et qui la rende commensurable à la notion d'effort. Ceci en dé- 
finissant le « sacrifice » que représente l'utilisation d'un objet comme 



2. Ainsi Hayek est passé d'une position i une autre dans son article : Socialiet 
calculation, Economica, mai 1940. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I | I I I I I | I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

62 — problèmes théoriques et pratiques de la planification 

égal au travail qu'il faut faire pour produire cet objet. Nous retrou- 
vons ainsi, avec les notions d'effort et de sacrifice, les notions de tra- 
vail actuel et de travail passé, qu'il faut totaliser pour pouvoir juger 
du coût réel d'un procédé de production. 



4. - Le coût en travail, seul coût réel 

Finalement, en effet, 'la production ne coûte rien d'autre que du 
travail. Aussi, à un premier degré d'analyse, la manière la plus € écono- 
mique » d'obtenir un résultat consiste à l'obtenir avec la plus faible dé- 
pense de travail. Le travail est la seule chose qui € coûte » à l'homme. 
Les produits (matières premières, outillages, machines) qu'il met en 
œuvre pour l'aider dans sa tâche ne lui coûtent qu'autant qu'ils ont 
exigé eux-mêmes de travail pour être produits. C'est en vain que l'on 
veut faire intervenir la € rareté » de certains produits pour affirmer 
que leur utilisation représente un € sacrifice » plus grand que l'utili- 
sation d'autres produits, car cette « rareté » n'est que le signe de la 
difficulté que présente l'obtention de ces produits, elle exprime seu- 
lement le travail que leur production exige. 

Aucun objet qui peut être le fruit de l'activité humaine n'est 
« rare » ; il n'est « rare » que parce que son obtention exige du travail. 
Il n'y a « rareté » indépendante du travail exigé que pour un objet ne 
pouvant plus être produit (un tableau de maître, un vin d'un certain 
cru, etc.), aucun autre n'est « rare » puisqu'il peut être multiplié par 
le travail de l'homme ; ce qui le rend relativement c rare », c'est le tra- 
vail même que sa production exige. C'est la « rareté » du temps de 
travail disponible par rapport aux besoins qui fait la « rareté » des 
biens économiques et donc leur valeur. 

Comme l'écrit Georg Halm, qui ne partage d'ailleurs pas cette opi- 
nion, même le capital, sous sa forme réelle, sous forme de « biens ca- 
pitaux », de machines et d'outillage, peut se ramener au travail et à sa 
rareté. Il écrit — résumant l'opinion des partisans de cette thèse : 
€ Les biens capitaux, déclarent-ils, peuvent être fabriqués à n'importe 
quel moment, en n'importe quelle quantité voulue ; rien d'autre, en 
effet, n'est nécessaire à leur production que, d'une part, du travail, et, 
'd'autre part, des matières premières qui sont, ou bien des dons de la 
nature ou bien eux aussi des produits du travail. Il apparaît ainsi, dit-on, 
que le seul facteur primaire de la production est le travail, car tous les 
moyens de production produits peuvent se réduire au travail nécessaire 
à leur production. La seule rareté que l'on puisse reconnaître aux biens 
capitaux, c'est donc la rareté du travail qui sert à les produire. » (G. 
Halm, € Réflexions complémentaires sur la possibilité d'un calcul éco- 
nomique adéquat dans une économie socialiste », Economie dirigée en 
régime collectiviste, p. 158-159). 

pect objectif, comme 'le seul élément de la rareté des produits, donc 
Autrement dit, à ce point de vue, le travail apparaît, sous son as- 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

le choix dans le domaine de la production 63 

comme le seul élément devant être soumis à un calcul économique, 
pour être utilisé de la façon la plus judicieuse possible. Sous son as- 
pect subjectif (pénibilité), le travail apparaît comme le seul élément 
du coût réel des produits 9 , donc comme devant être seul soumis au cal- 
cul économique. Qu'il s'agisse de l'aspect objectif ou de l'aspect sub- 
jectif, la mesure de cette rareté et de ce coût se trouve dans le temps de 
travail. 

Telle est la manière dont, au moins dans une économie planifiée, 
on peut poser le problème du calcul économique. Pourtant, même dans 
une telle économie, l'adoption du temps de travail comme « unité de 
compte », comme instrument de choix entre divers procédés de pro- 
duction, a suscité des critiques dont certaines méritent incontestable- 
ment examen. 



III. - Critiques adressées à l'adoption du temps 
de travail comme « unité de compte » 

Certaines des critiques adressées à l'adoption du temps de travail 
comme « unité de compte » sont, en quelque sorte, classiques. Elles 
n'en sont pas moins sans aucune valeur. De 'ces objections € classiques » 
nous en retiendrons trois : 

1. - Rareté intrinsèque 

La première consiste à souligner que le travail n'est pas le seul 
élément de rareté, qu'il existe une rareté intrinsèque propre à chaque 
produit et dont il faut tenir compte dans un calcul économique ration- 
nel. Ainsi, dira-t-on, deux métaux peuvent bien exiger le même travail 
d'extraction, il n'en reste pas moins qu'il serait économiquement irra- 
tionnel d'utiliser l'un aussi largement que l'autre, si l'un des deux est 
plus rare. 

2. • Qualité non homogène du travail 

Une deuxième objection consiste à dire que le temps de travail ne 
représente pas une unité qualitativement homogène, qu'il y a des tra- 



3. C'est en ce «ens que Smith écrit : € On peut dire qu'en font temps et en 
tont lien les mêmes quantités de travail ont la même valeur pour l'ouvrier... Le prix 
qu'il paie ne varie pas, quelle que soit la quantité de marchandises qu'il reçoive, 
qu'elle soit grande ou petite, c'est la valeur de la marchandise qui change et 
non pas celle du travail qui l'achète. Une chose se paie cher ou bon marché suivant 
qu'il est difficile ou facile de se la procurer, que la production en exige beaucoup 
ou peu de travail. Le travail, dont la valeur propre ne change jamais, est donc, 
en définitive, la seule mesure réelle permettant d'évaluer et de comparer la valeur 
de toutes les marchandises en tout temps et en tout lieu. » (Richesse des Nations, 
liv. I, chap. VI.) 



64 — problèmes théoriques et pratiques de la planification 

vaux plus ou moins difficiles à accomplir, des travaux pour lesquels 
il faut une qualification plus ou moins grande et qu'il est économique- 
ment irrationnel de les comptabiliser tous de la même façon. 

3. . Le travail n'est pas une donnée stable 

Une troisième objection insiste sur le fait que le temps de travail 
qu'exige la production d'un objet n'est pas une donnée stable. C'est, 
dit-on, une donnée essentiellement variable non seulement d'entreprise 
à entreprise mais aussi dans une même entreprise, en raison des modi- 
fications de la technique et de l'extension de la production. On sou- 
ligne, notamment, qu'en vertu de la loi des rendements non propor- 
tionnels la dépense en travail qu'exige une production donnée varie en 
fonction du volume de la production. De toutes les objections jusqu'ici 
émises, c'est certainement celle-ci qui devra retenir le plus notre at- 
tention. 

Il est encore deux autres objections, moins classiques que les pré- 
cédentes, mais qui méritent examen. 

4. - Qualité des biens non reproductibles 

En premier lieu, on fait remarquer qu'il est des biens qui à l'état 
naturel n'ont exigé aucun travail et dont la qualité doit pourtant être 
prise en considération dans une économie rationnellement planifiée. 
Pour expliciter cette objection, reprenons l'exemple du canal à creuser 
pour relier, par voie d'eau, deux points donnés. Supposons qu'on ait dé- 
terminé quel est le tracé apparemment le plus avantageux, celui qui 
exige la plus faible dépense de travail actuel et de travail passé ; or, 
dira-t-on, ce tracé peut fort bien n'être pas réellement le plus avanta- 
geux. En effet, il se peut que ce tracé passe dans des terres particuliè- 
rement fertiles qui seront donc perdues pour la culture, alors qu'en 
adoptant un autre tracé qui exige plus de travail actuel et passé, on 
traverserait des terres beaucoup moins fertiles. A quoi faudra-t-il se 
résoudre, faudra-t-il ou non détourner le tracé ? 

On pressent que la réponse est fonction, notamment, de l'impor- 
tance du détour (supplément de travail à dépenser) et de la différence 
de qualité des terrains à traverser, mais on ne voit pas comment mesu- 
rer cette différence de qualité. La comptabilité en temps de travail, 
inspirée du principe de l'économie de travail, ne semble pas susceptible 
de donner une réponse immédiate à cette question. 

Voici un autre exemple : il s'agit de la construction d'immeubles 
d'un certain nombre de pièces ; .admettons que pour construire ces im- 
meubles en surface, la dépense de travail soit beaucoup plus faible que 
pour les construire en 'hauteur. Par contre, cette construction utilise du 
terrain qui pourrait être consacré à la culture. En ne tenant compte que 
du travail dépensé, on devrait se décider à construire ces immeubles en 
surface, c'est-à-dire à gaspiller des superficies considérables de terrain ; 



• I < III 



le choix dans le domaine de la production 65 

on pressent encore qu'une telle solution peut être économiquement ir- 
rationnelle, mais en vertu de quels principes prendre une décision ? Le 
principe de l'économie de travail, la comptabilité en temps de travail 
semblent ici insuffisants. Nous sommes donc en présence d'une objec- 
tion qui apparaît comme très sérieuse. 



5. - L'économie de travail nécessite un travail préalable 

En second lieu, on fait remarquer que les procédés de production 
qui permettent la plus grande économie de travail sont, en général, ceux 
qui exigent les plus importants investissements, c'est-à-dire, les plus for- 
tes dépenses de travail préalable. Ainsi, en général, on peut produire 
un objet soit directement à la main, avec quelques outils très simples, 
ce qui exige beaucoup de temps de travail, ou on peut le produire pins 
rapidement, mais à condition de se consacrer au préalable à la cons- 
truction de machines et d'outillages complexes. Cependant, tant que 
l'on construira ces machines, on ne disposera pas de l'objet que l'on 
doit fabriquer avec elles. Autrement dit, plus on veut économiser de 
travail, plus il faut préalablement en dépenser ; plus il faut s'imposer 
une attente au cours de laquelle on consomme sans encore rien produire 
de consommable. 

Par conséquent, si, dans une économie planifiée, on voulait, dans 
tous les domaines, mettre en oeuvre les procédés de production les plus 
perfectionnés, on serait en quelque sorte condamné — au nom du 
principe de l'économie de' travail et ceci pendant une période plus ou 
moins longue — à renoncer à toute augmentation de la production des 
objets de consommation ; on serait peut-être même conduit à réduire 
cette production. Il en est ainsi, disent les adversaires d'une comptabilité 
en temps de travail, parce que cette comptabilité ne tient pas compte 
du c coût » que représente la renonciation aux satisfactions présentes au 
profit des satisfactions futures. Il y a là, disent-ils, un « sacrifice » qui 
n'est pas comptabilisé, alors que dans une économie reposant sur la 
propriété privée du capital, ce « sacrifice » se trouverait comptabilisé 
sous la forme de l'intérêt qui doit être servi à ceux qui avancent les 
capitaux nécessaires à l'acquisition ou à la production préalable des 
machines et de l'outillage. C'est en raison de la nécessité où sont les 
entrepreneurs de payer cet intérêt que certains procédés de production, 
qui permettraient une considérable économie de travail, ne sont pas 
mis en oeuvre, car en raison des forts investissements qu'exigerait la 
mise en oeuvre de ces procédés, la charge des intérêts à payer sur le ca- 
pital investi serait telle qu'elle dépasserait la réduction des prix de re- 
vient réalisée. 

A. — L'idée d'un c coût du capital » 

Les adversaires d'une comptabilité en temps de travail déclarent 

5 



■ I I « « « ( I I I I | I | | | | 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I i. 

66 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

donc que l'introduction d'un € coût > du capital 4 permet d'éviter que 
des efforts exagérés soient consacrés à la production de bien de produc- 
tion, ceci au détriment de la production immédiate d'objets de consom- 
mation. 

Ces théoriciens soutiennent par conséquent qu'à côté de la rareté du 
travail — qui est prise en considération dans la comptabilité en temps 
de travail — il existe une rareté du « capital », qui doit avoir son ex- 
pression dans un taux d'intérêt. A défaut d'un tel taux, qui pourrait 
d'ailleurs n'avoir qu'une signification comptable, on serait amené, 
disent-ils, à perfectionner sans cesse l'outillage au détriment de la pro- 
duction d'objets de consommation, ceci sous prétexte que tout accrois» 
sèment de l'outillage doit amener une économie à venir de travail, alors 
que le progrès technique permet d'envisager toujours des perfection- 
nements nouveaux, et donc une demande supplémentaire d'outillage 
de la part de l'industrie et de l'agriculture. 

'C'est ce que Ceorg Halm exprime dans les termes suivants, en em- 
ployant l'expression de « productivité du capital » pour désigner l'éco- 
nomie de travail qui permet de réaliser le développement du machi- 
nisme : c ... dès lors que la productivité du capital rend insatiable la 
demande de biens capitaux ; que l'agriculture et l'industrie pourraient 
continuer à investir toujours plus de capitaux sans aucune limite ; que 
d'innombrables inventions techniques déjà faites attendent encore d'être 
mises en application, tandis que chaque jour de nouveaux perfection- 
nements de l'appareil de production sont découverts ; dès lors qu'il 
existe de larges possibilités d'extension même des procédés de fabrica- 
tion déjà utilisés, l'offre de capital sera nécessairement toujours très 
petite en comparaison de l'énorme demande qui lui correspond » et 
Halm ajoute : « Il faudra toujours que soit limité de quelque façon le 
pouvoir de disposer des facteurs de la production pour produire des 
biens capitaux » (G. Halm, ouvrage cité, p. 161). 

B. — L'intérêt comme c coût du capital » 

Halm ne voit pas d'autre façon de limiter cette demande que l'in- 
troduction d'un taux d'intérêt, d'un € coût du capital ». Il en déduit, 
d'ailleurs, non seulement que la considération du seul coût en travail 
est insuffisante, mais encore que toute planification rationnelle est im- 
possible étant donné que, selon lui, on ne disposé d'aucun moyen, en 
l'absence d'un marché des capitaux — qui suppose la propriété privée 
des moyens de production et la libre disposition de ceux-ci — pour fixer 
un taux d'intérêt autre que parfaitement arbitraire, donc irrationnel. 
H écrit : « Malheureusement, cet intérêt du capital, dont la nécessité 



4. Disons tout de suite que la notion de « capital > ne peut s'appliquer i une 
économie socialiste. Le capital n'est pas une « chose > mais un rapport social qui 
oppose propriétaire et non propriétaires des moyens de production ; l'idée qui est 
avancée ici serait plus correctement exprimée par lea termes de « coût d'investisse- 
ment > ou de c coût d'immobilisation >. Nous reviendrons sur cette question. 



I l l l i l l l f l l l I l i l l l l l i i l i i i r i 

le choix dans le domaine de la production 67 

est dictée de façon si pressante par des considérations économiques, 
l'économie socialiste est incapable de l'adopter. » Il ajoute : c Peut- 
être tenons-nous ici la plus sérieuse objection que l'on puisse retenir 
contre le socialisme » (ibicf., p. 163)\ 

C'est là, sans doute, la critique la plus importante que l'on ait faite 
contre la comptabilité en temps de travail, critique d'autant plus grave 
qu'elle met en cause le mécanisme de la fixation des prix, et, par con- 
séquent, nous le verrons, l'estimation de l'importance relative des be- 
soins, estimation sans laquelle il n'est pas de planification rationnelle. 

Telles sont les principales critiques adressées à la comptabilité en 
temps de travail. Voyons maintenant quelles observations ces critiques 
suscitent. 



IV. - Observations sur les critiques précédentes 

1. • Critique de la notion de « rareté intrinsèque » 

Les trois premières critiques ne retiendront pas longuement notre 
attention. 

L'idée d'une rareté intrinsèque de chaque catégorie de produits ne 
tient pas si l'on considère que cette rareté, qui n'existe que pour les 
produits provenant de c réserves naturelles > (gisements minéraux, par 
exemple) a son expression dans la durée plus ou moins longue, en 
moyenne, des travaux de prospection (étant donné qu'il n'existe aucun 
métal, ni aucun métalloïde en c quantité limitée », les quantités dispo- 
nibles à un moment donné pouvant toujours être . ultérieurement ac- 
crues, grâce à des travaux de recherches et d'extraction) 8 . Les produits 
ne se distinguent pas par leur « rareté intrinsèque » mais par les quan- 
tités de travail que leur production exige, en entendant par quantité de 
travail la totalisation du travail de prospection (dont la durée varie en 
fonction de la « rareté » des gisements) et du travail d'extraction. Cette 



5. Nous avons dit que les partisans d'une c planification » décentralisée pensent 
qu'un taux d'intérêt € non arbitraire > pourrait se former dans une économie socia- 
lisée, mais nous avons vu que leurs conceptions ne résistent pas aux nombreuses 
critiques qu'on peut leur adresser. 

6. Si, cependant, il apparaissait qu'un produit naturel utilisé jusqu'ici existe en 
quantité définitivement limitée de telle sorte que l'on puisse prévoir l'épuisement 
des disponibilités de ce produit dans un tempe déterminé (étant donné un certain 
taux d'utilisation), la question qui se poserait serait non pas d'élever le « prix > 
de ce produit d'une façon plus ou moins arbitraire, mais, d'une part d'en rationner 
l'utilisation en fonction des considérations techniques, d'autre part, et surtout, 
de préparer des techniques de substitution. H y a là non un problème de planification 
des prix mais de planification de la production. (On notera que c'est là aussi l'opi- 
nion d'un économiste qui se place pourtant à un point de vue assez différent du 
nôtre : Edmond Heimann, cf. Developmental scbemes, planning and full em- 
ployaient, in Planning and Paying for full Employment, ouvrage collectif publié 
par A. P. Lhbne» et F. D. Gbaham, Princeton, 1946.) 



68 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

totalisation est facile à réaliser dans une économie dans laquelle les 
travaux de recherches et d'extractions sont assumés par un même or- 
ganisme. 

2. - L'hétérogénéité qualitative du temps de travail 

L'objection relative au fait que le temps de travail ne représente 
pas une unité qualitativement homogène est pleinement valable, mais 
elle ne suscite pas de difficultés réelles, car on peut voir dans les diffé- 
rences de taux de salaires — dans la mesure où ces différences provien- 
nent uniquement de considération économiques — une expression de la 
qualité relative des différents travaux. Une heure de travail qualifié, 
qui est rémunérée par exemple deux fois plus qu'une heure de travail 
simple, sera également comptabilisée comme équivalente à deux heures 
de travail simple. Dans le cas où, pour une raison ou pour une autre, les 
différences de salaires ne correspondraient pas aux différences de qua- 
lités des différents travaux, il sera toujours possible de tenir compte 
de ces différences sur une base technique. 

3. - Prise en considération de la variabilité du temps de 
travail nécessaire 

Reste, parmi les trois objections « classiques », l'objection relative 
à la variabilité du temps de travail nécessaire à la production d'un ob- 
jet. Comme nous l'avons vu, cette objection se situe sur trois plans. 

Premièrement, le temps de travail nécessaire varie d'entreprise à 
entreprise. 

A cela il est facile de répondre qu'il suffit de prendre la moyenne 
pondérée des différents temps de production nécessaires, on obtient 
ainsi ce qu'on peut appeler le « temps de travail socialement néces- 
saire », c'est précisément vers l'utilisation d'une moyenne pondérée 
que l'on s'oriente en UJt.S.S. en ce qui concerne les prix de gros — nous 
l'avons déjà dit. 

Deuxièmement, a-t-on dit, il faut tenir compte des modifications de 
la technique. Par exemple, un objet qui a coûté, il y a un certain temps, 
un mois à produire, peut, désormais, être produit en quinze jours. 
Devra-t-on le comptabiliser à son ancien coût ou au nouveau ? Certaine- 
ment au nouveau — du point de vue du calcul économique — puisque 
ce qui «et « sacrifié » en utilisant cet objet, c'est le temps de travail 
qu'il faudra consacrer pour le reproduire, car on le reproduira désor- 
mais avec la nouvelle technique et non avec l'ancienne. 

Quant au lien qui existe, du fait de la loi des rendements non pro- 
portionnels, entre le coût de production d'un objet et le volume de sa 
production, il ne suscite aucune difficulté du jour où, grâce au plan 
économique, se trouve justement déterminée l'importance de la produc- 
tion à fournir au cours d'une période donnée. Cest une autre question, 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



le choix dans le domaine de la production 69 

que nous examinerons ultérieurement, que celle de savoir comment 
déterminer cette importance. 

4. - Coût de la terre et coût du capital 

Passons maintenant aux deux critiques les plus importantes. Celle 
relative à ce que l'on peut appeler le prix de la terre et celle relative à 
ce que Ton peut appeler le coût du capital. H faut nous demander si ces 
deux critiques mettent en lumière l'impossibilité d'un calcul économi- 
que rationnel sur la base du temps de travail. A première vue il sem- 
blerait que oui. Mais si on examine la question de près, on s'aperçoit 
qu'il en est autrement. La démonstration, ici, est d'ailleurs longue et 
difficile, elle met en question l'ensemble des problèmes de comptabilité 
économique — dans un système qui ne connaît ni l'achat et la vente des 
terres, ni marché de capitaux — et donc, l'ensemble des problèmes fon- 
damentaux d'une économie planifiée. 

Nous examinerons ces problèmes au cours de plusieurs chapitres. 
Mais, dès maintenant, il est indispensable de donner les grandes lignes 
des solutions proposées, pour montrer que ces solutions ne sont nulle- 
ment en contradiction avec le principe d'une comptabilité en temps de 
travail, avec le principe de ^économie de travail. 

Si nous prenons le problème du « prix de la terre », nous voyons 
que ce prix n'a de sens, dans une économie planifiée, que dans la mesure 
où il exprime ^économie de travail que permet l'usage d'une terre par 
rapport à une autre. 

Quant au problème dn € coût du capital », ou plus exactement du 
< coût des investissements », nous verrons qu'il exprime en réalité tout 
autre chose que ce que pensent ceux qui veulent appuyer leur calcul 
sur un taux d'intérêt, même fictif. Ce problème, pas plus que le précé- 
dent, ne met en question le principe de l'économie de travail, mais sa 
solution exige certainement que l'on sache interpréter la signification 
concrète de ce principe 7 . 

Comme déjà dit, nous consacrerons plusieurs chapitres à ces ques- 
tions ; mais avant même de traiter de ces problèmes, il nous faut ex- 
poser la question du choix dans le domaine de la consommation. 



7. Cf. infra, pp. 119 «q., ehnp. VI : « Détermination de la technique la plu» 
avantageuse. » 



1 M f | | | | | | | | | | | | | | i | | | | | | | | 



i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i r, 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I f f f f f 



Le choix économique 

et la détermination des besoins 



Le plan, avo ns-nous dit an début de cet ouvrage, vise esaentiel le- 
ent à réaliser l'équilibre entre Ja production et les besoins sociaux , 
ous avons vu que les besoins sociaux portent non seulement sur des 
objets de consommation mais aussi sur des moyens de production. D'au- 
tre part, les besoins sociaux ont un caractère mouvant — ils changent 
au cours du temps — et, pourtant, ils sont quantitativement déterminés. 
C'est là le point essentiel. 

H est relativement facile, en effet, de dresser une liste des produc- 
tions nécessaires à la satisfaction des besoins sociaux, il est beaucoup 
plus difficile de déterminer Fétendue de chacun de ces besoins. Cette 
détermination est cependant indispensable pour établir un plan de 
production qui corresponde aux besoins réels de la consommation. 

C'est cet aspect du choix entre les diverses productions, de la dé- 
termination de leur importance respective — en fonction des besoins 
— qui retiendra d'abord notre attention. Nous traiterons successive- 
ment de la détermination des besoins en objets de consommation (sec- 
tion I), puis de la détermination des besoins en moyens de produc- 
tion (section II). 



I. - Détermination quantitative des besoins de 
consommation 

1. - Besoin social et économie de travail 

Le principe directeur du plan, celui d'une utilisation rationnelle 
des forces de production et de l'économie de travail, exige que la pro- 
duction de chaque branche soit maintenue dans les limites du besoin 



72 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

social, faute de quoi certaines forces de production auront été gaspil- 
lées à fournir des produits au-delà de la quantité nécessaire. 

Comme l'écrit Marx, le quantum du besoin à satisfaire < devient 
un facteur essentiel dès qu'il y a d'un côté le produit de toute une bran- 
che de la production, et de l'autre côté le besoin social > (Marx, Le ca- 
pital, t. X, p. 76). Et il ajoute que, de ce point de vue, on peut dire 
que < si la production d'une marchandise donnée dépasse le besoin so- 
cial... une fraction du temps de travail a été gaspillée » (ibid., p. 80). 

En définitive, maintenir la production de chaque catégorie de biens 
dans les limites des besoins sociaux qu'ils ont à satisfaire et suivre le 
principe de l'économie de travail apparaissent comme deux expressions 
équivalentes, la dernière ayant pour elle l'avantage d'être précise et 
d'offrir une possibilité de mesure objective. Ceci dit, une difficulté 
semble rester entière : comment mesurer le quantum de chaque besoin 
social ? 

2. • Estimation du quantum du besoin social et liberté de 
consommation 

Ce quantum, c'est l'expérience et Yexpérience seule qui permet de 
le connaître. Et cette expérience ne doit pas seulement être constituée 
par le recours aux < références » antérieures, mais elle doit être aussi, 
elle doit être surtout, une expérience présente, car les besoins sociaux 
évoluent. Cette connaissance expérimentale des besoins sociaux, on ne 
peut l'acquérir que si on laisse à chaque consommateur la liberté d'ex- 
primer ses besoins ; c'est pourquoi, dès le début de ce cours, nous avons 
dit qu'une planification rationnelle suppose la liberté de la consomma- 
tion. Ceci signifie, finalement, que, dans le domaine de la consomma- 
tion, il revient au consommateur lui-même de faire connaître ses be- 
soins ; il revient au consommateur d'opérer les choix économiques entre 
les objets de consommation. Le planificateur, par contre, doit recenser 
ces besoins et organiser la production en fonction de ceux-ci. 

Comment le consommateur peut-il exprimer ses besoins ? Con- 
crètement, il ne le peut qu'en demandant les différents objets de con- 
sommation 1 . 

1. De ceci, on tirera la conclusion que tant qu'une catégorie d'objets n'a pas 
encore été produite, il n'existe pas encore de besoin concret correspondant i cette 
catégorie d'objets. Ainsi, tant que l'on ne produisait pas d'appareils de télévision il 
n'existait pas de « besoin > d'appareils de télévision. 

L'apparition de nonveaux besoins n'est pas un phénomène qui résulte de 
changements dans la c conscience > ou dans la subjectivité des consommateurs (ou 
de modifications dans leurs c échelles de préférence >) mais c'est un phénomène qui 
résulte de décisions prises au niveau de la production. Au sein du capitalisme, ces 
décisions sont prises en fonction des perspectives de profit pouvant résulter de la 
création de nouveaux besoins (ainsi, le besoin de c coca-cola > a été créé et dévelop- 
pé en fonction des profits que pouvait rapporter la vente de cette boisson), au sein 
d'une société socialiste, ces décisions peuvent être prises en fonction de considéra- 
tions de bien-être, de santé, ete. (On lira avec intérêt, & ce propos, les remarques 
développées par M. Dobb dans Soviet Economie Development, op. cit., pp. 18-20.) 



| I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



le choix économique et la détermination des besoins 73 

A cet égard, il importe de distinguer deux catégories de demandes : 
d'une part, la demande des consommateurs individuels, demande qui 
exprime l'importance plus ou moins grande qu'ils attribuent à leurs 
propres besoins ; d'autre part, la demande émanant de collectivités ou 
de représentants de collectivités (que ces représentants soient des < corps 
constitués > ou des individus), demande qui exprime l'importance plus 
ou moins grande que ces collectivités ou leurs représentants attribuent 
à leurs besoins communs. Ainsi, l'utilité qu'il peut y avoir à aménager 
des jardins publics, des promenades, ou des maisons de repos, des mu- 
sées, etc., repose sur une estimation collective des besoins, et non sur 
des estimations individuelles. 

Les organes de planification ont évidemment à tenir compte, lors- 
qu'ils doivent mesurer l'ampleur des différents besoins, tant des besoins 
collectifs que des besoins individuels. On peut même penser que l'élé- 
vation du niveau de vie donne une place de plus en plus large aux be- 
soins collectifs par rapport aux besoins individuels 3 , ce qui ne signifie 
pas que ceux-ci diminuent en importance absolue, bien au contraire. 

La demande individuelle et la demande collective peuvent, l'une et 
l'autre, s'exercer dans deux conditions différentes : d'une part, elles 
peuvent s'exercer sur des produits ou des services qui sont livrés gra- 
tuitement, soit aux individus, soit aux collectivités (les exemples les 
plus typiques sont constitués par les soins médicaux gratuits, par les 
fournitures gratuites de produits pharmaceutiques, ou, encore, par la 
mise à la disposition des communes d'un certain nombre de services 
gratuits, notamment des services de renseignement du premier degré), 
d'autre part, elles peuvent s'exercer sur des produits ou des services 
vendus à un certain prix. 

Lorsque la demande s'exprime librement, sans limitation moné- 
taire, elle fait ressortir l'étendue absolue du besoin social auquel elle 
correspond. Dans une société dont les forces productives seraient suffi- 
samment développées pour faire face dans tous les domaines à une de- 
mande aussi importante que celle qui peut se manifester lorsque les li- 
vraisons sont effectuées à titre gratuit, l'on produirait vraiment selon 
les besoins de chacun et la formule de la société communiste : < à cha- 
cun selon ses besoins » serait en vigueur. On peut ajouter que la géné- 
ralisation des livraisons gratuites suppose sans doute que soit atteint un 
certain niveau d'auto-discipline sociale. 



2. On sait que la plupart des économistes libéraux raisonnent comme si les 
seuls consommateurs étaient des consommateurs individuels, effectuant leurs choix 
d'après leurs propres < échelles de préférence >. Un tel raisonnement ne corres- 
pond à aucune réalité. Même dans les sociétés les plus c libérales > la part des de- 
mandes collectives (c'est-à-dire émanant des différentes collectivités : communes, 
départements, Etat, associations, etc), est considérable. Plus encore : sans doute 
plus de la moitié des prétendues « demandes individuelles > sont en réalité des de- 
mandes collectives, à savoir des c demandes familiales » émanant des ménagères et 
mères de famille qui effectuent des achats non d'après leurs c échelles de préfé- 
rence > mais d'après ce qu'elles considèrent être les besoins familiaux. 



I I I I I I 1 I I I I I I I I I I I I I I I I I I I | 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

74 — problèmes théoriques et pratiques de la planification 

Lorsque la demande s'exerce sous forme d'achats, elle fait res- 
sortir l'importance relative des différents besoins. Tant que les forces 
productives ne sont pas suffisamment développées, ce n'est pas le quan- 
tum absolu des besoins que l'on peut satisfaire (tel qu'on pourrait 
le mesurer si les livraisons étaient gratuites) mais le quantum relatif. . 

Pour déterminer ce quantum relatif, il est nécessaire que les prix 
(dont le montant plus ou moins élevé contribue à restreindre la de- 
mande à un volume plus ou moins faible par rapport à l'étendue ab- 
solue du besoin social) soient fixés, autant que possible, selon une mé- 
thode unique, sans quoi l'ampleur plus ou moins grande de la demande 
de divers produits exprimerait moins l'importance relative des diffé- 
rents besoins que la diversité des méthodes de fixation des prix. 

Si l'on admet que faute de pouvoir assurer une répartition indi- 
viduelle de la production d'après la formnle : c à chacun selon ses be- 
soins », le mode de répartition qui s'impose est : < à chacun selon son 
travail », cela signifie qu'en principe les prix des différents produits 
doivent être fixés d'après la quantité du travail socialement nécessaire 
que leur production a exigée — c'est-à-dire d'après leur valeur-travail. 

Dans ces conditions, c'est le travail que chacun est disposé à payer 
(sous la forme de la monnaie qu'il a reçue en paiement du travail fourni 
par lui à la société) en échange d'un produit qui ramène le besoin ab- 
solu du consommateur individuel dans les limites du besoin social re- 
latif, c'est-à-dire du besoin que la société peut satisfaire. 

H est évident, d'ailleurs, que cet équilibre entre la part de travail 
fournie par chacun à la société et la part du produit du travail social 
qu'il peut acquérir ne peut se manifester que pour autant qu'il s'agit 
d'objets de consommation individuelle vendus à un certain prix à 
des travailleurs actnels. En d'autres termes, le principe < à chacun se- 
lon son travail » ne s'applique évidemment ni aux enfants qui ne tra- 
vaillent pas encore, ni aux malades, invalides, vieillards qui ne tra- 
vaillent plus', ni aux collectivités 4 . 

Cette dernière observation ne signifie pas qu'il y ait lieu de fixer 
les prix des objets destinés à ces catégories de consommateurs autre- 



3. La règle qui s'applique ici peut sans doute être énoncée sous la forme : < A 
chacun en proportion de l'importance de ses besoins », cette « importance > faisant 
elle-même l'objet d'une appréciation collective, aboutissant à l'établissement de 
pensions, retraites, indemnités, etc., plus ou moins importantes. En ce qui concerne 
la demande individuelle des différents objets de consommation, les organes du plan 
peuvent en estimer le quantum d'après la manière dont les consommateurs règlent 
leurs achats quelle que soit l'origine de leur revenu (salaire, retraite ou autre re- 
venu) et son montant. 

4. Les moyens financiers dont les collectivités disposent ne sont certes pas 
fonction du « travail > qu'elles ont pu fournir. L'importance de ces moyens finan- 
ciers et l'usage que les collectivités en font résultent des règles sociales dont l'étude 
déborde le cadre de cet ouvrage. Ce qu'il importe cependant de retenir, c'est que les 
collectivités effectuent des choix, compte tenu de leurs moyens financiers, des prix 
et des besoins dont la satisfaction est envisagée, et qu'il appartient aux organes du 
plan d'organiser la production de telle sorte que la demande collective puisse être 
satisfaite. 



I I I I I I I I 1 I I I I I I I I I I I I I I f f I f 

le choix économique et la détermination des besoins ? s 

ment que sur la base de la valeur-travail de ces objets. En effet, dans 
ce cas encore, seule la fixation des prix sur cette base permet d'orien- 
ter les choix des individus et des collectivités de manière à ce qu'à 
chaque degré de satisfaction de leurs besoins soit liée une dépense 
minimum de travail social — or ceci n'est possible qu'à la condition 
que toute augmentation ou réduction des dépenses monétaires ne soit 
que l'expression d'une augmentation ou d'une réduction du temps de 
travail incorporé dans les produits faisant l'objet de ces dépenses (la 
question des prix sera étudiée au chapitre V ci-dessous). 

3. - Le temps de travail « sacrifié », mesure du besoin 

L'importance relative de chaque catégorie de besoin, le quantum 
de chaque besoin social, se mesure ainsi par la quantité de travail que 
les consommateurs sont disposés à fournir respectivement pour la satis- 
faction des différents besoins. Comme il ne peut être question de^ de- 
mander à chaque consommateur de fournir lui-même le travail néces- 
saire à la production, car ce serait éliminer de la consommation les non- 
travailleurs que la communauté doit entretenir (enfants, malades, vieil- 
lards, invalides), ainsi que les collectivités, on est amené à répartir 
entre les divers consommateurs un pouvoir d'achat proportionnel à 
la quantité et à la qualité de leur travail, pour autant qu'il s'agit de 
travailleurs, et proportionnel à l'importance relative de leurs besoins' 
pour autant qu'il s'agit de non-travailleurs (individus ou collectivités). 
D'autre part, on est amené à exiger de chaque consommateur, en échan- 
ge du produit qu'il demande, la remise d'un pouvoir d'achat propor- 
tionnel au temps de travail que la production de cet objet a exigé. ^ 

Il faut d'ailleurs noter qu'aussi bien en ce qui concerne le paie- 
ment du travail qu'en ce qui concerne le paiement des produits, nous 
parlons de « pouvoir d'achat » proportionnel et non égal au temps 
de travail, car il doit nécessairement y avoir une différence entre la 
valeur fournie par chaque travailleur et la valeur qu'il perçoit sous 
forme de salaire. Cette différence est destinée à faire face d'une part 
aux nécessités de l'accumulation proprement dite, d'autre part au fonc- 
tionnement de divers services ou secteurs improductifs de recettes 
(c'est-à-dire, notamment, au fonctionnement des branches livrant gra- 
tuitement leur production aux consommateurs). Ainsi que nous le di- 
sons plus loin, la détermination du rythme d'accumnlation est du res- 
sort des décisions politiques ; il en est de même de la détermination 
des secteurs ou des branches appelés à écouler gratuitement leur pro- 
duction. 

On doit noter qu'il peut très bien se faire que, dans certaines 
branches, le quantum du besoin dont on s'assigne la satisfaction soit 
le quantum absolu, tandis que dans d'autres branches on s'assigne 
pour but la satisfaction du quantum relatif. 

5. Cette « importance > faisant l'objet d'une estimation collective. 



76 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

La décision politique qui est prise en faveur de la satisfaction du 
quantum absolu dépend de multiples facteurs : appréciation de l'im- 
portance, du point de vue du bien-être, de la santé publique, du pro- 
grès intellectuel et moral, etc., de certains besoins qui doivent, en 
conséquence, être satisfaits en priorité et d'une façon, aussi complète 
que possible ; capacité matérielle d'aboutir à une telle satisfaction sans 
immobiliser à cette fin des forces de production trop importantes et 
qui manqueraient ailleurs ; degré d'éducation civique et nature des 
contrôles sociaux pouvant être exercés en vue d'éviter le gaspillage des 
produits fournis gratuitement. 

En ce qui concerne la mesure du quantum absolu des besoins, cette 
mesure se trouve donnée par la demande qui s'exerce sur les produits 
fournis gratuitement. 

En ce qui concerne la mesure du quantum relatif du besoin, cette 
mesure se trouve donnée par la demande qui s'exerce sur les produits 
vendus à leur valeur. 

Dans les deux cas, le rôle des organes de planification est de 
prévoir, autant que possible, l'ampleur de cette demande, de manière 
à déterminer un volume de production qui lui corresponde. Les pré» 
visions relatives à l'importance de la demande s'appuieront notam- 
ment sur la connaissance de la demande passée, sur la connaissance de 
l'évolution démographique et sur celle du volume des revenus qui 
seront distribués au cours de la période de planification. 

Deux observations complémentaires sont nécessaires Ici : 

En premier lieu, il peut apparaître souhaitable, pour des raisons 
politiques ou sociales, de restreindre le degré de satisfaction de certains 
besoins. L'observation montre, en effet, que les besoins ont une origine 
historique mais qu'ils ont tendance à survivre aux circonstances qui 
les ont fait surgir ; lorsque l'autorité politique juge qu'il en est 
ainsi — ou lorsqu'elle juge que momentanément le degré de satisfac- 
tion de certains besoins doit être plus faible que le degré de satisfaction 
d'autres besoins, la possibilité existe de fixer les prix de produits dont 
la demande doit être restreinte à un niveau supérieur à celui qui corres- 
pondrait à leur valeur-travail. 

En second lieu, il peut apparaître souhaitable d'étendre le degré 
de satisfaction de certains besoins au-delà de leur quantum relatif. 
Ceci se présentera surtout pour les produits ou les services ayant une 
importance primordiale pour le bien-être, la santé publique ou le pro- 

frès intellectuel on moral — mais dont la production n'est pas assez 
éveloppée pour pouvoir être livrée gratuitement. Dans ce cas, le prix 
de ces produits devra être fixé à un niveau inférieur à celui qui cor- 
respondrait à leur valeur-travail. Si cela apparaît souhaitable, il sera 
possible de réduire le prix progressivement, au fur et à mesure que la 
production augmente, jusqu'au moment où le prix s'annule, la deman- 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I II 



le choix économique et la détermination des besoins 77 

de qui s'exprime à ce moment correspond alors au quantum absolu du 
besoin". 

On peut admettre, toutefois, qu'au cours des premières étapes du 
développement de l'économie planifiée, le quantum des besoins qu'il 
convient de satisfaire est celui qui s'exprime sous la forme de la de- 
mande des produits vendus à leur valeur. H nous faut donc préciser 
comment, dans Ce cas, doivent s'appliquer les notions précédentes. 

4. - Application des notions précédentes 

Pratiquement, l'estimation des besoins s'opérera de la façon sui- 
vante : si, au cours d'une période donnée, une branche déterminée 
de la production fournit, en vertu du plan, une production qui repré- 
sente le fruit d'un million d'heures de travail et que les consomma- 
teurs se révèlent, en fait, disposés à fournir en échange de l'ensemble 
des produits de cette branche un « pouvoir d'achat » correspondant 
à 1 200 000 heures 7 , cela signifie que le plan avait sous-estimé le quan- 
tum du besoin social auquel la production de cette branche devait ré- 
pondre. Le plan de la période suivante devra tenir compte de cette 
sous-estimation et opérer, en conséquence, un transfert proportionnel 
de forces productives au profit de cette branche c déficitaire ». Ce 
transfert devra, en définitive, s'opérer par prélèvement de forces pro- 
ductives sur une branche € excédentaire ». 

Une telle branche de production c excédentaire » existe certaine- 
ment, puisqu'à la production totale disponible pour la consommation 
payante correspond, en vertu même du plan, un c pouvoir d'achat » 
équivalent. H est donc évident que si une partie proportionnellement 
trop forte de c ce pouvoir d'achat » est orientée vers le résultat de la 
production d'une branche donnée, une partie proportionnellement trop 
faible sera disponible pour acquérir les produits d'autres branches. Ce 
qui s'exprimera par le fait que l'ensemble des consommateurs se révé- 
leront disposés à fournir en échange de l'ensemble des produits de ces 
branches, un c pouvoir d'achat » correspondant à un nombre d'heures 
de travail inférieur à celui que contient leur production. Au cours de 
chaque période, des ajustements momentanés devront avoir lieu pour 
réaliser les équilibres indispensables. 



6. D est bien évident que ce quantum « absolu > est lui aussi historiquement 
déterminé, et donc variable au cours du temps. Ainsi, lors de l'institution de la 
médecine gratuite, un besoin de produits pharmaceutiques peut se faire jour, qui 
soit plus considérable (en raison du mauvais état de santé initial) que celui qui se 
manifestera ultérieurement. En sens inverse, pour d'autres produits, la demande 
augmentera lentement, au fur et i mesure que prendront corps de nouvelles habi- 
tudes de consommation, etc. 

7. Nous verrons plus loin comment le mécanisme des prix de détail permet 
de mettre en lumière l'existence d'un tel écart entre le quantum du besoin et la 
quantité offerte. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



f I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

78 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

Nous aurons à examiner cet aspect de la question au cours des 
deux prochains chapitres, consacrés aux problèmes de la valeur, de 
la monnaie, des prix et des profits. Auparavant, il faut nous arrêter 
sur le problème de la détermination quantitative des besoins en moyens 
de production. 

II. - Détermination quantitative des besoins de 
production 

1. - Notion du « besoin de production » 

Une fois déterminés quantitativement les besoins de consomma- 
tion, c'est-à-dire, concrètement, une fois fixées les quantités des dif- 
férents objets de consommation qui doivent être fournis pour que 
soient satisfaits les différents besoins, il reste à déterminer les « besoins 
de production », c'est-à-dire les quantités de main-d'œuvre, d'une part, 
de moyens matériels de production (matières premières, matières auxi- 
liaires, outillages, machines, bâtiments, etc.), d'autre part, qui doivent 
être fournis, aux différentes branches productrices d'objets de consom- 
mation pour que celles-ci puissent satisfaire aux tâches de production 
qui leur incombent, et aux différentes branches productrices de moyens 
de production, pour qu'elles puissent satisfaire aux tâches qui leur 
sont ainsi imposées. Cette détermination peut avoir lieu, pour l'essen- 
tiel, grâce à l'utilisation des nombres proportionnels, des coefficients 
techniques. 

2. - Détermination quantitative des « besoins de production » 

A. — Rôle des coefficients techniques 

Les coefficients permettent d'abord de calculer, sur la basé d'un 
état donné de la technique 9 , d'une part, les quantités de main-d'œuvre, 
d'autre part, les quantités de matières premières et auxiliaires et de 
c biens instrumentaux » nécessaires à la production des différentes 
sortes d'objets de consommation. Ces coefficients permettent, ensuite, 
de calculer, par remontée, les quantités de main-d'œuvre, d'une 
part, de matières premières et auxiliaires et de € biens instrumen- 
taux », d'autre part, indispensables à la production des matières pre- 
mières et auxiliaires et des biens instrumentaux nécessaires eux-mêmes 



8. Que cet état de la technique soit celui qui existe au moment de l'élabora- 
tion du plan ou celui qui est prévu comme devant être atteint lorsque le plan se 
réalisera. En fait, c'est de ce dernier état de la technique qu'il conviendra de tenir 
compte ; nous examinerons ultérieurement selon quels principes peut être déter- 
minée, à on moment donné, la technique économiquement la plus avantageuse. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I f I I I 

le choix économique et la détermination des besoins 79 

à la production des objets de consommation. Par remontées succes- 
sives, on établira ainsi quelles doivent être les quantités de matières 
premières et auxiliaires produites, quelle doit être la répartition de 
ces matières ainsi que celle des forces de travail nécessaires à la produc- 
tion tant des objets de consommation que des moyens de production. 

En outre, sur la base des perspectives à long terme (de cinq ans, 
dix ans, quinze ans ou plus) concernant le développement économique 
et social, certaines productions devront être accrues, ou mises en place, 
indépendamment des besoins actuels. Ainsi, en prenant en considéra- 
tion les niveaux de consommation d'électricité, du charbon, d'acier, 
etc., atteints dans les régions économiquement les plus évoluées, on 
sera amené à prévoir des perspectives à long terme dans le domaine 
de l'électrification et de l'industrie lourde. Il y a là un problème de 
prévision des besoins à long terme que nous n'avons pas la place d'ap- 
profondir ici. 

B. — Rôle des moyens de production existants 

Pratiquement, le plan d'une période donnée trouve tout prêts, 
grâce à la réalisation du plan de la période antérieure, les moyens de 
production indispensables. H doit lui-même « mettre à la disposition » 
de la période suivante les moyens de production dont on prévoit, par 
la méthode ci-dessus décrite, que cette période aura c besoin ». Ceci 
signifie qu'on ne part jamais d'une € table rase » mais, au contraire, de 
stocks et de réserves de moyens de production disponibles, stocks sur 
lesquels on prélève ce dont on a besoin et que l'on augmente de ce dont 
on aura besoin au cours d'une période à venir. 

On part donc d'une situation concrète, que l'on modifie progres- 
sivement, en fonction des besoins de production. 

C. — Rôle des bilans 

Les bilans servent à vérifier, pour chaque catégorie de produits, 
si, au cours des périodes de planification successives, l'équilibre peut 
être réalisé, entre les possibilités de production dont on dispose et les 
besoins. S'il apparaît que l'équilibre ne peut être établi au cours de 
la période de planification la plus rapprochée, on doit, d'une part, 
pour Vimmédiat, réduire le degré de satisfaction prévu pour certains 
besoins (ceci en agissant de préférence sur les productions les moins 
urgentes ou sur celles pour lesquelles le déséquilibre est le moins 
grand entre l'étendue du besoin et les quantités produites — le c pour- 
centage de déficit » nous donne une mesure de ce déséquilibre) ; 
d'autre part, pour l'avenir, on doit prévoir qu'au cours des périodes 
de planification futures, les productions correspondantes devront être 
augmentées en conséquence. On doit donc, dès la période de planifi- 
cation en cours, prendre les mesures nécessaires pour que cela soit pos- 
sible. En outre, dans la pratique, le recours au commerce extérieur doit 



80 ■ problèmes théoriques et pratiquât de la planification 

donner beaucoup plus de souplesse au système, puisqu'il permet de 
transformer, par la voie des échanges internationaux, les produits des 
branches c excédentaires » en produits des branches déficitaires, que 
l'ou se procure à l'étranger. Le calcul, basé sur l'expérience, doit d'ail- 
leurs permettre d'établir dans quel cas cette solution a intérêt à être 
définitivement adoptée, comme étant plus avantageuse, parce qu'elle 
permet de réaliser l'économie maximum de travail. Nous avons déjà dit 
quelques mots de cette question — lorsque nous avons traité de la pla- 
nification soviétique du commerce extérieur — nous y reviendrons dans 
un chapitre ultérieur de cette seconde partie. 

3. - La variabilité des coefficients techniques et le problème 
du choix 

Une importante observation doit être formulée ici : elle est rela- 
tive aux nombres proportionnels. Si on suppose des conditions techni- 
ques et économiques stables (c'est-à-dire un état économique que le 
marxisme désigne du terme de reproduction extensive, simple ou élar- 
gie), l'utilisation des coefficients techniques (une fois qu'ils sont cal- 
culés sur la base de l'expérience) peut se faire aisément — puisque, 
par hypothèse, ce sont toujours les mêmes coefficients que l'on a à 
appliquer. 

Si on suppose, au contraire, des conditions techniques et écono- 
miques en évolution, pratiquement en progrès (c'est-à-dire un état éco- 
nomique que le marxisme désigne du terme de reproduction intensive, 
simple ou élargie), l'utilisation des coefficients techniques est beau- 
coup plus complexe. Dans l'hypothèse d'une économie dynamique, en 
effet, les coefficients techniques changent, puisqu'il est possible de 
mettre à la disposition des travailleurs un outillage différent de celui 
dont ils disposaient jusque-là, ce qui modifie les conditions de travail 
et les résultats obtenus. Dès lors, il s'agit de tenir compte de l'évolu- 
tion des coefficients techniques. Cette évolution est déterminée elle-mê- 
me par les choix qui doivent être opérés dans le domaine des investis- 
sements, problème dont nous traiterons sous le titre général : Déter- 
mination de la technique la plus avantageuse (injra, pp. 119 sq.). 



III. - Le choix économique, 

problème central de la planification 

D'une façon synthétique, on peut dire que la planification pose 
deux problèmes, étroitement liés d'ailleurs. Un problème de choix éco- 
nomique et un problème d'équilibre économique. Ce second problème 
sera abordé lorsque nous traiterons de la statique et de la dynamique ; 
pour le moment, nous voulons seulement formuler quelques observa- 
tions relativement au premier. 



1 I I I I I I I I I | I I I I I I I I I I I I I I I « I 



le choix économique et la détermination des besoins 81 

1. - Le choix économique au sein d'une économie capitaliste 
concurrentielle 

Dans l'économie capitaliste concurrentielle, les choix économiques 
sont le fait d'une multitude d'individus ; les consommateurs, d'une 
part, les entrepreneurs, de l'autre. Les consommateurs opèrent leurs 
choix en fonction de l'importance respective qu'ils attribuent à leurs 
différents besoins*, du niveau des prix des différents produits et du ni- 
veau de leurs revenus. En opérant ces choix d'une façon d'ailleurs pres- 
que toujours spontanée, non réfléchie, ils agissent sur les prix des ob- 
jets de consommation. Les entrepreneurs, acquéreurs d'objets de pro- 
duction, de leur côté, opèrent leurs choix, d'une part, en fonction des 
prix respectifs des différents moyens de production, ainsi que du ni- 
veau des salaires du taux du profit et du taux de l'intérêt, d'autre part, 
en fonction des prix de vente des objets qu'ils fabriquent. Eux aussi 
en opérant ces choix agissent sur les prix, tant des objets de consom- 
mation que des moyens de production. 

C'est en vertu de cette multiplicité de choix — dans lesquels les 
entrepreneurs sont dominés par les lois immanentes du régime de pro- 
duction — que se réalise une structure donnée de la production et de 
la consommation, un rythme donné du développement économique. Le 
fait que tous ces choix émanent non pas de la décision consciente d'un 
homme ou d'un organisme, mais de la décision le plus souvent spon- 
tanée d'une multiplicité d'individus, a pour conséquence que l'on 
n'aperçoit pas le rôle fondamental de ces choix, dont chacun dépend 
de tous les autres. 

2. - Le choix économique dans une économie planifiée 

Dans une économie planifiée, il en va autrement. Les consomma- 
teurs continuent bien à opérer des choix entre les divers objets de 
consommation, mais ces choix doivent servir de base au recensement 
des besoins et aux choix à venir qui seront faits de façon centrale par 
l'organe de planification. Comme l'écrit Hayek : « c'est... le fait qu'une 
autorité centrale doit résoudre le problème de la distribution d'un en- 
semble limité de ressources entre un nombre pratiquement illimité 
de fins concurrentes 10 qui constitue le problème du socialisme en tant 



9. L'importance attribuée par les consommateurs aux différents besoins ne 
jouit d'aucune « rationalité immanente >, elle est le fruit de l'éducation, des tradi- 
tions, des habitudes et des pressions exercées sur les consommateurs (notamment 
par la publicité), elle est une des variables de tout système économique. 

10. M. Dobb observe très justement qu'à chaque moment le nombre des fins 
(des projets) entre lesquelles on peut choisir est loin d'être illimité. Au contraire, 
ce qui caractérise l'économie réelle, c'est que le nombre des fins entre lesquelles 
on peut choisir est étroitement limité par l'équipement existant, les exigences de la 
technique, l'interdépendance des productions et des besoins, ce qui enlève toute si- 
gnification concrète an calcul à la marge. (Cf. M. Dobb, Soviet Economie Develop- 
ment..,, op. cil., pp. 4 à 8.) 



I I I I I I I I I I I I I I I I I 1 I I I I I I I I I 



I f I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

82 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

que méthode » (Hayek, L'économie dirigée en régime collectiviste, 
p. 26). Hayek ne croit d'ailleurs pas que ce problème puisse être résolu. 

3. - Les deux aspects du choix économique 

Comme nous l'avons vu, le problème du choix économique est 
double. Il apparaît soit comme choix entre les besoins à satisfaire 
(choix dans le domaine de la consommation), soit comme choix entre 
les moyens de satisfaction (choix dans le domaine de la production). 
Le premier problème est celui de plusieurs fins qui se disputent les 
mêmes moyens ; le second problème est celui de plusieurs moyens entre 
lesquels on peut choisir pour la réalisation d'une même fin. 

4. - Leur interdépendance 

A vrai dire, les deux problèmes sont étroitement liés, les solutions 
données à l'un réagissant directement sur les solutions données à 
l'autre. On ne peut les séparer que pour la commodité de l'exposé. 
Ainsi, à première vue, on peut penser que la détermination des fins, 
c'est-à-dire la détermination quantitative des besoins à satisfaire, con- 
duit en définitive à déterminer la structure de la production, l'impor- 
tance relative des différentes branches de production spécialisées dans 
la satisfaction des différents besoins, ce qui signifie également que l'on 
détermine ainsi la répartition des forces de travail entre les différentes 
branches de production. Réciproquement on peut penser que la dé- 
termination des moyens s'identifie à celle des combinaisons de produc- 
tion ou des coefficients techniques. 

En réalité, cette manière de voir serait exacte en statique, où 
les combinaisons de production sont des données invariables ; elle est 
fausse en dynamique où les combinaisons de production sont chan- 
geantes — or tout changement dans les combinaisons a deux consé- 
quences directes. 

Premièrement, elle modifie le temps de travail nécessaire à la 
production d'un objet, donc Vétendue relative du besoin que cet objet 
satisfait. Généralement ce temps de travail nécessaire diminuera avec 
le progrès technique, par conséquent, l'étendue relative du besoin s'ac- 
croîtra et, par voie de conséquence, la répartition des forces de travail 
entre les différentes branches de la production devra être modifiée. 

Deuxièmement, la modification des combinaisons de production 
réagit smr les besoins de chaque branche en moyens matériels de pro- 
duction, d'une part, en force de travail, d'autre part, c'est-à-dire encore 
sur la répartition des forces de travail entre les différentes branches 
de production. 

A leur tour, ces modifications dans la répartition des forces de tra- 
vail peuvent réagir smr l'étendue des différents besoins (les besoins 
d'un ouvrier de la métallurgie ne sont pas «eux d'un ouvrier agricole) 
et par conséquent smr les combinaisons de production, car on ne 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I f 1 f 

le choix économique et la détermination des besoins ■ 83 

satisfait pas avec les mêmes combinaisons de production un même be- 
soin selon qu'il est plus ou moins étendu. 

Au cours de l'élaboration des plans, il est nécessaire de tenir 
compte de tous ces éléments. 

5. - Choix économique et rationalité économique 

On voit donc comment sont étroitement liés les deux problèmes 
de choix économique et combien est étroite l'interaction du choix des 
fins et du choix des moyens. C'est pourquoi l'on peut dire que le pro- 
blème du choix économique est le problème central de la planification. 
Ceci non parce qu'une économie planifiée ne peut fonctionner sans que 
ce choix soit opéré rationnellement, mais parce que moins ce choix 
est opéré rationnellement, plus on s'éloigne de l'efficience économique. 
Ainsi, on peut bien décider d'autorité que l'on adoptera tels coeffi- 
cients techniques, soit parce qu'ils sont « tradionnels », soit parce que 
dans le domaine d'une branche particulière ils apparaissent comme 
les plus avantageux — mais alors on négligera soit les possibilités de 
satisfaction supplémentaire qu'offrent les progrès de la technique, soit 
le fait que les moyens matériels qu'exigent, par exemple, ces coeffi- 
cients pourraient être utilisés d'une façon encore plus avantageuse dans 
une autre branche de l'économie. 

De même, on peut bien décider d'autorité que les productions 
des différentes branches seront fixées à tel ou tel montant, d'où il 
résultera une répartition donnée des forces de travail — mais on né- 
glige alors le fait qu'avec une répartition différente de ces mêmes forces 
on satisferait davantage les besoins sociaux. 

Dans un cas comme dans l'autre (surtout dans le premier), il est 
fort possible que le système fonctionne et que l'on résolve de façon 
satisfaisante ce que nous avons dit être l'autre problème de l'économie 
planifiée, le problème de l'équilibre économique ; mais dans aucun de 
ces deux cas le système ne fonctionnera de la façon la plus satisfai- 
sante, la plus rationnelle, de la façon qui donnerait avec le mini- 
mum relatif d'efforts le maximum de satisfaction. C'est ainsi qu'un 
moteur peut bien tourner à des régimes différents et avec des réglages 
différents, mais, qu'il n'y a qu'un régime et qu'un réglage^ qui lui per- 
mettent de donner le maximum de puissance avec le mimimnm relatif 
de consommation de carburant. 

6. - Place de la méthode des approximations successives 

Dans la pratique, les ajustements qu'exige l'interaction des dif- 
férentes solutions données aux problèmes du choix des fins et du choix 
des moyens ne peuvent se faire que par la méthode des approximations 
successives. Ces approximations comportent nécessairement une part 
d'estimation a priori. Notamment, il est nécessaire d'estimer a priori 
quelles modifications subira l'étendue des différents besoins (étendue 



84 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

que Ton connaît par l'importance de la demande actuelle) lorsque le 
temps de travail nécessaire à la production des objets destinés à la sa- 
tisfaction de ces besoins aura subi une modification donnée et que les 
habitudes de consommation se seront modifiées. Cette estimation ne 
peut se faire avec quelque chance de succès que si l'on connaît des lois 
d'évolution des besoins sociaux" et le coefficient d'élasticité des diffé- 
rents besoins, coefficient dont l'élasticité de la demande fournit sans 
doute une mesure approximative. Seule l'expérience permettra, après 
coup, de vérifier dans quelle mesure les estimations a priori relatives 
à l'étendue des différents besoins qui ont servi à l'élaboration du plan 
étaient exactes. De même pour les coefficients techniques prévus. Les 
plans des périodes à venir devront être établis compte tenu de ces nou- 
velles indications de l'expérience. Ainsi on pourra s'approcher toujours 
de la rationalité économique, sans jamais l'atteindre, car il 7 a cons- 
tamment et forcément un décalage entre les prévisions et les réalisa- 
tions. 

Il n'est pas inutile d'ajouter que dans toute économie planifiée 
en voie de développement très rapide, comme c'est le cas en Union 
soviétique et dans les démocraties populaires, il est nécessaire de don- 
ner une large place aux besoins à long terme, c'est-à-dire de tenir 
amplement compte des besoins sociaux qui se manifesteront dans le 
cadre d'une économie plus développée que celle existant aujourd'hui 
— car les besoins sociaux actuels sont destinés à appartenir rapide- 
ment au passé. Si l'on n'agissait pas ainsi on risquerait d'effectuer des 
investissements qui, lorsqu'ils entreraient en fonction, ne correspon- 
draient plus à la nature ou à l'ampleur des besoins effectifs. 



Pour revenir plus précisément aux questions qui se posent dans 
une économie dans laquelle la répartition s'effectue principalement 
selon la formule : « à chacun selon son travail >, c'est-à-dire dans une 
économie de caractère monétaire, il nous faut consacrer quelques dé- 
veloppements aux problèmes de la monnaie et des prix. 



11. Ainsi, l'on aail que dana lea différents paya, on assiste, avec l'amélioration du 
niveau de vie, à un accroissemeut du besoin de viande et à une réduction du besoin 
de blé ; mais on sait aussi que sur la base d'un niveau de vie plus faible que celui 
auquel correspond cette c loi d'évolution >, toute amélioration du niveau de vie en- 
traîne un accroissement du besoin de blé et une réduction du besoin des autres fa- 
rines panifiables. Une planification rationnelle suppose une connaissance éteudue 
de telles < lois d'évolution des besoins ». Tant qu'existe une certaine différenciation 
des revenus, les besoins sociaux des consommateurs qui jouissent d'un revenu plus 
élevé donnent une indication sur ce que deviendront les besoins sociaux de ceux 
qui jouissent actuellement d'un revenu plus faible lorsque ce revenu sera augmenté. 



I | I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



Monnaie et calcul monétaire 



Lorsque nous avons posé le problème du choix économique, que 
ce soit dans le domaine de la production ou dans celui de la consom- 
mation, nous avons constaté la nécessité d'un calcul économique et 
nous avons vu que ce calcul n'était possible et justifié que s'il s'ap- 
puyait sur une « nnité de compte » objective et mesurable. Nous 
avons vu, aussi, qu'en dépit de certaines difficultés, sur lesquelles nous 
reviendrons ultérieurement, cette c unité de compte > devait être le 
temps de travail nécessaire à la production des différents objets. 
Comme nous l'avons déjà dit, cette conception — qui nous paraît la 
seule possible dans une économie rationnellement planifiée — se ratta- 
che à la théorie objective de la valeur, à la théorie de la valeur-travail. 

Dans une économie planifiée évoluant lentement et dans laquelle 
le travail fourni par les différents producteurs aurait une qualité 
homogène, il n'y aurait pas besoin d'une comptabilité en € prix » 
distincte de la comptabilité en temps de travail. 

D en est tout autrement dans une économie planifiée en voie 
d'évolution plus ou moins rapide, dans laquelle, notamment, la mu- 
tation constante des valeurs, le décalage entre la production et les 
besoins actuels, le caractère qualitativement non homogène du travail 
fourni, la diversité des problèmes d'accumulation et d'investissement 1 
exigent que soit tenue une comptabilité en prix, exprimant d'une fa- 
çon plus ou moins parfaite les valeurs d'échange. , 

Dans une telle économie, la monnaie doit remplir encore d'impor- 
tantes fonctions, et le calcul en monnaie constitue une nécessité absolue. 

I. - La fonction de la monnaie 

Ainsi que nous l'avons vu, une répartition non autoritaire des 
objets de consommation entre les consommateurs, alors que le niveau 
de développement des forces de production ne permet pas de satis- 



1. Cf. infra, pp. 95 sq. 



i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i a i 



' ■ I ■ I I I I I I I I 

86 ■ — problèmes théoriques et pratiques de la planification 

faire le quantum absolu des besoins, suppose la répartition préalable 
entre ces consommateurs d'nn pouvoir d'achat proportionnel à la 
part qui doit revenir à chacun sur le produit social disponible pour la 
consommation. La forme concrète prise par la répartition de ce 
pouvoir d'achat est la forme monétaire ; elle est constituée par la 
monnaie en tant que numéraire 2 . 

D'autre part, la répartition non autoritaire des moyens de produc- 
tion entre les entreprises utilisatrices* suppose que chaque entreprise } 
puisse se procurer les moyens de production dont elle a besoin auprès ' 
de telle ou telle autre entreprise, ce qui implique un « règlement » de ;J 
l'entreprise foumisseuse par l'entreprise acheteuse, règlement effectué 
sous une forme telle qu'il permette à l'entreprise foumisseuse de se 



2. Comme l'écrit K. Osthovitianov : « La forme marchandise-argent de rétri- 
bution du travail donne la possibilité : 1" D'appliquer d'une façon plus conséquente 
le principe socialiste de rétribution selon le travail ; et 2" De mieux satisfaire les 
besoins divers et croissants des travailleurs de la société socialiste » (K. Ostrovitu- 
nov, La planification socialiste et la loi de la valeur, Voprossy Ekonomiki, mars 1948, 
traduction in Etudes économiques, n° 12, citation p. 17 de la traduction). 

3. Les conditions qui rendent à la fois possible et nécessaire la circulation moné- 
taire entre les entreprises fonctionnant au sein d'une économie planifiée sont en 
réalité très complexes. Nous ne pouvons, ici, donner que des indications. La néces- 
sité d'une telle circulation repose tout d'abord sur la diversité des rapports de pro- 
priété qui caractérisent diverses entreprises : ainsi, la coexistence d'une propriété 
d'Etat et d'une propriété coopérative fait qu'il est nécessaire qu'un paiement inter- 
vienne lors du passage de marchandises d'une entreprise d'Etat à nne entreprise 
coopérative et vice versa, de même en est-il lors de la circulation des marchandises 
entre diverses coopératives. Cette circulation elle-même suppose l'eaistence d'une di- 
vision sociale du travail entre ces diverses entreprises. 

La nécessité d'une circulation monétaire entre les entreprises d'Etat repose, à la 
fois, sur l'existence d'une division sociale du travail entre entreprises et sur € la né; 
cessité de réserver aux entreprises d'Etat une autonomie propre « (K. Ostrovitia- 
nov, op. cit., p. 16), autonomie qui coïncide avec une répartition non autoritaire des 
moyens de production (« non autoritaire » ne signifiant évidemment pas « non 
planifiée >). 

L'autonomie propre des entreprises d'Etat s'exprime par la relative liberté de 
manœuvre laissée à chaque entreprise d'Etat, quant aux décisions courantes à pren- 
dre en vue de réaliser les tâches qui leur incombent, en vertu du plan. Cette auto- 
nomie entraîne la responsabilité de chaque dirigeant d'entreprise. Elle est rendue 
indispensable par la nécessité, pendant toute une phase du développement de l'éco- 
nomie planifiée, de faire jouer la responsabilité personnelle et l'intérêt matériel privé 
dans l'organisation de la production. L'expression juridique de la relative autonomie 
des entreprises est constituée par les contrats que les entreprises passent entre elles 
dans le cadre du plan* ; c'est pourquoi lorsqu'une répartition autoritaire des moyens 
de production entre les entreprises se trouve être nécessaire, les contrats entre ces 
entreprises perdent de leur importance**. 

* Sur le problème des contrats planifiés dans l'économie soviétique, voir la contri- 
bution de H. Bogorad au n» 1 de 1951 de Problèmes de Planification. 

" I. Bâbanov. dans un article Intitulé Le contrat d'affaires, Instrument de réalisation 
des plans d'Etat (Planovoe khoziatslvo, n" S de 1949) écrit : c Pendant la guerre la fonc- 
tion du contrat comme régulateur des relations entre les comités de production, de ravi- 
taillement et de vente a été quelque peu réduite. Pour certains types de biens, en raison 
de la centralisation absolue de la distribution, la relation contractuelle a été abolie 
(cbarbon et pétrole, et même plus lot pour les métaux). » (Cité d'après Soviet itudles, 
avril 1950, p. 386). 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I f I , I f , 

monnaie et calcul monétaire ■ 87 

rendre, à son tour, acheteuse -d'autres moyens de production. Ceci im- 
plique, entre les différentes entreprises, 'la circulation d'un moyen de 
paiement, d'une monnaie, qui peut d'ailleurs n'être qu'une monnaie de 
compte, une monnaie scripturale. 

La tenue des comptes en monnaie scripturale, et la transformation 
éventuelle de celle-ci en numéraire (ou la transformation inverse) im- 
pliquent l'existence d'organes chargés de ces opérations, c'est-à-dire 
d'organes bancaires. 

Les fonctions de la monnaie dans une économie planifiée, qu'il 
s'agisse du numéraire ou de la monnaie scripturale, sont extrêmement 
diverses. 

1. - La mesure de la valeur 

La fonction essentielle de la monnaie est d'être une mesure de la 
valeur 4 . Cette fonction est remplie lorsque les prix de vente des diffé- 
rentes marchandises produites sont proportionnels au temps de travail 
socialement nécessaire dépensé pour la production de ces marchandi- 
ses. Ainsi que nous le verrons au conrs du chapitre suivant, cette pro- 
portionnalité n'est pas toujours rigoureuse, car l'intérêt même de 
l'économie planifiée peut exiger des écarts entre prix et valeur, mais la 
proportionnalité n'en reste pas moins la règle générale — faute de quoi 
le calcul monétaire perdrait toute signification. 

La monnaie qui remplit la fonction de mesure de la valeur,, sans 
avoir elle-même de valeur propre, ainsi que c'est le cas d'un papier- 
monnaie, fonctionne comme un signe, un symbole de valeur 9 . 

2. - Moyen de circulation et de paiement 

La répartition du produit social entre les entreprises ou les unités 
économiques s'effectue grâce à la circulation monétaire : tandis que les 
éléments constitués du produit social circulent dans un sens, la monnaie 
chemine en sens inverse. En règle générale, la monnaie utilisée comme 
moyen de circulation entre les entreprises peut n'être qu'une monnaie 
scripturale. 

De la même façon, la répartition de la partie du produit social des- 
tiné à devenir la propriété personnelle des travailleurs, et qui est distri- 
buée en fonction du travail fourni, est assurée grâce à la circulation 
monétaire, circulation dont la dernière étape est constituée par le paie- 

4. C'est en ce sens que EL Ostrovitianov écrit : € La fonction fondamentale de 
la monnaie soviétique est la fonction de mesure de la valeur : la monnaie soviétique 
intervient comme instrument de calcul du travail social dépensé à la production de 
la marchandise dans la société socialiste. > (op. cit., p. 25). 

5. Le fait que l'unité monétaire est définie par un certain poids d'or ne modi- 
fie pas sa fonction. De pins, s'il n'y a pas de convertibilité de la monnaie en or, la 
valeur dont l'unité monétaire est le signe est déterminée par le niveau des prix et 
non par la valeur de l'or qui définit l'unité monétaire. 



88 — problèmes théoriques et pratiques de la planification 

ment, par les travailleurs, des objets de consommation qu'ils achètent. 
En règle générale, la monnaie utilisée à ce stade se présente sous forme 
de numéraire. 

Ce qu'il est important de souligner, c'est le rôle subordonné joué 
par la monnaie dans l'économie planifiée. En dernière analyse, la façon 
dont le produit social est distribué entre la production et la consom* 
mation, entre les différentes branches de la production, entre les dif- 
férentes catégories de consommations, etc., est déterminée par le plan. 
L'importance des moyens monétaires dont disposent les différentes 
unités économiques est elle-même fixée par le plan, qui doit s'imposer 
aussi bien aux organismes bancaires qu'aux organismes de production 
et aux organismes commerciaux. En conséquence, la monnaie, l'argent, 
cesse d'être une « force » indépendante, elle devient un des instru- 
ments, un des leviers, permettant la réalisation du plan économique. 

3. - Moyen de rétribution 

En tant que la monnaie est la forme la plus commode de rémuné- 
ration du travail fourni par chacun, elle est an moyen de rétribution. 
Les caractères mêmes de la monnaie, son homogénéité, sa divisibilité, 
permettent une gradation très poussée des rémunérations. La possibilité 
d'échanger la monnaie contre tout objet de consommation disponible 
pour la vente assure, dans le cadre du plan, une liberté de choix des 
consommateurs, que ne permettrait évidemment pas une rétribution 
en nature. 

La diversification des rémunérations et la liberté de choix des 
consommateurs, dans le cadre du plan, constituent des stimulants es- 
sentiels à l'effort individuel et, par conséquent, des moyens importants 
à mettre en œuvre en vue de l'élévation de la productivité du travail. 

4. • Moyen d'épargne et d'accumulation 

Enfin, la monnaie constitue un moyen d'épargne et d'accumula- 
tion. , ' 

Elle est un moyeu d'épargne pour les particuliers qui peuvent ne 
pas dépenser au cours de chaque période l'intégralité du revenu mo- 
nétaire qu'ils perçoivent. L'épargne ainsi constituée par les particuliers 
peut être conservée sous forme de numéraire ou sous forme de monnaie 
de compte (dépôts). Elle peut donner lieu à des souscriptions aux em- 
prunts, emprunts remboursables en monnaie au bout d'un certain temps. 

Selon les caractères propres à chaque période de planification, 
l'épargne des particuliers peut apparaître plus ou moins souhaitable. 
En tout cas, son ampleur est généralement prévisible et, dans une cer- 
taine mesure, modifiable par les € avantages (sous forme de taux d'in- 
térêt par exemple) plus ou moins grands accordés à l'épargne constituée 
sous une forme autre que le numéraire. Le plan économique peut donc 
tenir compte de la formation de cette épargne et de ses incidences sur la 



I I I I I I I 



1 I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



monnaie et calcul monétaire — — — — 89 

demande d'objets de consommation. H peut également en prévoix l'uti- 
lisation dans le cadre du financement des investissements. 

En effet, dans une économie monétaire, le développement des 
moyens de production, qui conditionne l'essor des forces productives, 
suppose la mise à la disposition préalable des entreprises des moyens 
monétaires qui leur permettront d'acquérir de nouveaux moyens de 
production. Pour que ce financement des investissements puisse être 
réalisé sans inflation, sans gonflement exagéré du volume monétaire, 
il est nécessaire que les sommes qui seront investies soient prélevées en 
majeure partie sur les disponibilités monétaires existantes ; il faut 
donc que se réalise une accumulation monétaire. Les sources de cette 
accumulation monétaire peuvent être diverses, il peut s'agir de l'accu- 
mulation réalisée dans le cadre des différentes entreprises, du pro- 
duit des impôts, des souscriptions aux emprunts publics (c'est-à-dire de 
l'utilisation de l'épargne des particuliers), etc. 8 . Dans tous ces cas, la 
monnaie sert de moyen d'accumulation. 

II. - Le calcul monétaire 

Non seulement la monnaie continue à remplir un ensemble de fonc- 
tions au sein de l'économie planifiée, mais, en outre, elle permet d'ap- 
puyer le calcul économique sur un calcul monétaire aisément maniable. 
H convient précisément de voir pourquoi, dans une première étape du 
développement de l'économie planifiée, le calcul monétaire est indis- 
pensable et quel rôle concret ce calcul peut remplir. 

1. - La nécessité du calcul monétaire 

Dans une économie planifiée reposant sur la propriété collective 
des moyens de production, le travail fourni par chacun est un travail 
directement social. La monnaie n'a donc plus pour rôle, comme c'est 
le cas sur la base de la propriété privée, de faire apparaître dans quelle 
mesure une production donnée est socialement utile'. 

Dans ces conditions, on peut se demander pourquoi il est néces- 
saire de développer le calcul économique en termes monétaires, et pour- 
quoi il n'est pas possible de développer ce calcul directement en heures 
de travail, les heures de travail dépensées étant toutes socialement 
utiles. 

Cette question a donné lieu à de nombreuses discussions, notam- 
ment parmi les économistes soviétiques. De ces discussions, D résulte 
que ce qui rend le calcul monétaire indispensable dans une première 



6. Nous laissons ici de côté la question de savoir quelles sont les modalités de 
financement les plus « favorables », car Ja réponse à une telle question ne peut être 
donnée en dehors des circonstances concrètes et de la prise en considération des tâ- 
ches qu'il convient de résoudre au moment où la question se pose. 

7. Cf. lupra, p. 20. 



i I I i I 1 I f i i l i l I l M i i I i i i i i i | 



I I I I I I I I I I I I I f I I | | | | f | | I ! 

90 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

étape du développement de l'économie planifiée 8 , c'est le caractère hé- 
térogène du travail dépensé. Comme dit Ostrovitianov : « Une telle 
hétérogénéité conduit à ce que l'heure de travail d'un ouvrier n'est pas 
égale à celle d'un autre ouvrier. C'est ainsi que le simple calcul du 
travail social, directement dans les unités de production, ou du temps 
de travail, est insuffisant, et que la conservation de la comptabilité mo- 
nétaire est indispensable, car elle règle les aspects différents, hétéro- 
gènes par leur caractère, du travail social, sur un travail abstrait 
unique'. » , .■*. 

L'hétérogénéité du travaiT senianifeste eoit sous la forme de diffé- 
rences entre le travail qualifié et non qualifié, entre le travail cérébral 
et le travail physique, soit sous la forme des différences de producti- 
vité résultant des conditions techniques différentes dans lesquelles un 
même type de travail peut être dépensé (diversité des outillages de dif- 
férentes entreprises dans une même branche de la production). 

2. - Le rôle concret du calcul monétaire 

Le rôle concret du calcul monétaire se manifeste dans la compta- 
bilité des prix de revient, dans la fixation des prix de vente, dans la 
comparaison des dépenses entraînées par une production donnée et des 
recettes que la vente de cette production permet de percevoir. C'est sur 
ces bases que peut s'édifier non seulement la comptabilité économique 
des entreprises, la mesure de leur efficience, mais encore le contrôle de 
leur activité et, surtout, une comptabilité économique nationale. 

Le bon fonctionnement des entreprises économiques peut ainsi se 
manif ester par le fait que les recettes monétaires de ces entreprises sont 
au moins égales à leurs dépenses et, généralement, supérieures. L'appa- 
rition d'un excédent des recettes sur les dépenses est conforme au prin- 
cipe de rentabilité, et la rentabilité est un moyen important d'accumu- 
lation financière. Toutefois, ainsi que nous l'avons déjà dit, et nous au- 
rons l'occasion d'y revenir, le but de la production n'étant plus l'obten- 
tion d'un profit, le fonctionnement non rentable de certaines entre- 
prises n'est nullement inconciliable avec une utilisation socialement 
satisfaisante des forces de production. 

Sur un autre plan, en ce qui concerne les objets de consommation, 
le fait que les consommateurs ne sont pas disposés à payer, pour une 
production donnée, une somme au moins égale à son coût monétaire, 
indique qu'au niveau où se trouvent ces dépenses et les revenus des con- 
sommateurs, cette production ne correspond pas aux besoins ressentis 
par ces derniers. Comme nous l'avons déjà dit, c'est là une indication 

8. K. Ostrovitianov écrit : « Le travail directement social est nne catégorie 
historique qui, dans son développement, traverse des stades différents. Au stade du 
socialisme, le travail directement social revêt des particularités qui rendent nécessaire 
la conservation de la comptabilité monétaire. > (K. Ostrovitianov, La planification 
socialiste et la loi de la valeur, op. cit., p. 18). 

9. K. Ostrovitianov, op. cit., p. 19. 



f i i i i i I I i i i i i i i i i i i i i i i t r i i 

monnaie et calcul monétaire 91 

importante, mais ce n'est évidemment pas la seule dont il convienne 
de tenir compte lors de la planification de la production. Il n'en reste 
pas moins que, par l'intermédiaire des achats des consommateurs, le 
plan de production des objets de consommation se trouve confronté 
avec les choix des consommateurs reposant sur les calculs monétaires 
de ces derniers. 



Le maintien des fonctions monétaires et du calcul en monnaie pen- 
dant toute une phase du développement de l'économie planifiée signifie 
évidemment que la loi de la valeur conclue à se manifester au sein de 
l'économie planifiée et que les produits, étant l'objet d'achats et de 
ventes se transforment en marchandises. Mais ce qu'il importe de sou- 
ligner, c'est que la loi de la valeur devient elle-même un des leviers de 
la planification, et que sa fonction essentielle est désormais de permettre 
la comptabilité du travail sous la forme monétaire. C'est ce que nous 
allons voir maintenant d'une façon plus précise en traitant des prix et 
des profits. 



I I I I I I 1 l t I I I I I I I I I I I I I I C I I I 1 



Les prix et les «profits» 



Dans une économie planifiée, les écarts entre les prix et les valeurs 
peuvent se situer à différents niveaux ; plus précisément, ces écarts se 
situent au niveau de la production (prix de revient), au niveau des 
échanges entre entreprises (prix de gros) et au niveau de la vente aux 
consommateurs individuels (prix de détail). 



I. - Valeur et prix de revient 

1. - Définition 

Le prix de revient d'un objet représente la somme des dépenses 
en monnaie qu'entraîne la production de cet objet. En règle générale, 
le prix de revient moyen d'un objet est inférieur à sa valeur exprimée 
en monnaie 1 . 

Pour comprendre pourquoi il en est ainsi, il faut examiner de plus 
près les éléments constitutifs du prix de revient. 

D'une façon synthétique, on peut dire que du point de vue de la 
comptabilité des entreprises — et c'est lui qui importe ici — le prix de 
revient d'une production correspond, d'une part, au paiement des sa- 
laires qui ont dû être versés pour que cette production puisse être ob- 
tenue, d'autre part au paiement des différents achats nécessaires à cette 
production, y compris, sous forme d'amortissements, l'achat de l'équi- 
pement et de l'outillage productifs. 



1. La valeur d'an produit étant constituée — d'après la conception développée au 
chapitre II ci-dessus — par le temps de travail socialement nécessaire à sa produc- 
tion, la comparaison entre valeur et prix de revient doit s'effectuer à l'échelle so- 
ciale, en prenant la moyenne pondérée des différents prix de revient d'un même pro- 
duit au cours d'une certaine période, faute de quoi aucune règle générale ne pourrait 
être énoncée, le prix de revient d'un prodnit fourni par une entreprise particulière 
pouvant, éventuellement, être supérieur i la valeur de ce prodnit 



I I I I I I I I I I I I I I I ((( 1 I I I | | | | | 



I ■ 1 ■ I I I I I I I I I I I I I I I lj 

94 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

Ainsi, si une production donnée a exigé une dépense de 100.000 
unités monétaires consacrées au paiement des salaires, et une dépense 
de 150.000 unités monétaires consacrées au paiement des matières pre- 
mières, de l'énergie, des matières -auxiliaires, etc., ainsi qu'à l'amortis- 
sement, on dira que le prix do revient de cette production s'élève à 
250.000 unités monétaires. 

L'écart entre la valeur et le prix de revient moyen provient en con- 
séquence, du jeu de deux facteurs : 

a) Le principal facteur de l'écart entre valeur et prix de revient 
est la nécessité pour toute économie en voie de développement ou dans 
toute économie comportant un secteur improductif (de recettes) de ne 
remettre à chaque travailleur productif qu'un salaire représentant une 
valeur inférieure à la valeur produite par son travail. La différence 
entre la valeur fournie par le travail productif et la valeur payée au 
travailleur productif sert précisément à financer les investissements nou- 
veaux et les dépenses improductives. Cette question étant étudiée en 
détail dans les chapitres consacrés au problème de l'équilibre économi- 
que nous ne l'examinerons pas ici ; 

b) Le second facteur qui peut entraîner un écart entre le prix de 
revient moyen d'une production et sa valeur est le fait que les prix aux- 
quels sont payées les matières premières, les matières auxiliaires, l'ou- 
tillage, etc., peuvent ne pas correspondre à la valeur exprimée en mon- 
naie de ces produits. Une raison pour laquelle il en est ainsi, est, préci- 
sément, que le prix doit, dans une économie planifiée, être un élément 
relativement stable de la comptabilité économique alors que, dans une 
économie dynamique, la valeur — qui dépend de la productivité du tra- 
vail social — se modifie constamment. Comme l'écrit M. W. Brejew : 
« le prix reste effectivement constant au cours de périodes relativement 
longues, alors que la valeur se modifie sans cesse » 2 . 

Illustrons cela en reprenant l'exemple précédent : 
Si le travail vivant, qui donne lieu à paiement des salaires, fournit 
une valeur supérieure de 25 ■% an montant des salaires, cela signifie 
qu'aux 100.000 unités monétaires payées pour les salaires correspond 
une création de valeur représentant 125.000 unités monétaires. D'autre 
part, si les matières premières et autres mises en œuvre pendant la pro- 
duction, ainsi que l'amortissement de l'outillage, représentent une va- 
leur de 140.000 unités monétaires (alors que le prix d'achat a été de 
150.000), il en résultera que la valeur de la production considérée sera 
de 125.000 -f 140.000 = 265.000, tandis que son prix de revient est de 
250.000 ; la différence est de 15.000. Ces 15.000 constitueront le « pro- 
fit » des entreprises productrices, si celles-ci vendent la production en 
question à la valeur, et si elles perçoivent intégralement la recette cor- ; 

respondante. '■ 



2. Cf. M. W. Bhejtbw, Zut Théorie der Planning der Selbstkosten der materiellen 
Praduklion in der U. S. S. R., die Arbeit, n* 1, 2, 3 et 4 de 1950, citation n° 1 de 
1950, p. 22. 



I I l l I l l l l l l l l l I I I l I i l I i i t r i 

les prix et les « profits » — 95 

L'existence d'un écart entre la valeur et le prix de revient fait que 
le prix de revient n'exprime pas le coût social réel d'une production (la 
dépense totale de travail que cette production a exigée) mais seule- 
ment son coût monétaire, pour une entreprise ou pour un ensemble d'en- 
treprises. En conséquence, la prise en considération du prix de revient, 
au lieu et place de la valeur, n'est pas suaceptible de guider des choix 
économiques rationnels. 

2. - Dynamique du prix de revient et dynamique de la valeur 

Il en est d'autant plus nettement ainsi qu'au cours du temps le prix 
de revient et la valeur d'un produit peuvent évoluer de façons tout à 
fait distinctes, et même dans des sens opposés. 

Cette différence d'évolution a sa racine dans les caractères propres 
de la dynamique de la productivité du travail, d'une part, et de la dyna- 
mique du salaire d'autre part. Il convient d'autant plus de souligner ce 
fait que celui-ci met en lumière une notion d'une importance théori- 
que fondamentale : alors que le prix de revient se situe au niveau de 
la production, il ne fait pas que refléter les conditions de la production, 
mais aussi celles de la répartition ; plus exactement, le mouvement du 
prix de revient par rapport à la valeur exprime les conditions de la ré- 
partition du revenu national entre la consommation individuelle 5 et 
l'accumulation. A son tour, cette répartition est elle-même l'expression 
des conditions de la production à l'échelle sociale, à savoir de la divi- 
sion sociale du travail entre les branches I (productrice de moyens de 
production) et II (productrice d'objets de consommation) de l'économie. 
Ce qui revient à dire que le mouvement des prix de revient n'est pas 
déterminé seulement par les conditions de la production intérieure à 
une entreprise ou à une branche, mais aussi par les conditions générales 
de la production. 

L'économiste soviétique précédemment cité, M. W. Brejew, a for- 
tement insisté sur ce caractère du prix de revient. Il a montré comment 
celui-ci était influencé à la fois par la dynamique de la productivité 
(ce qui est le cas de la valeur) et par la dynamique du salaire — cette 
dernière étant fonction, dans une économie planifiée, du mouvement 
de la production d'objets de consommation et du mouvement de leurs 
prix, au niveau de la vente au détail 

Ainsi, le 2» P. Q. prévoyait une augmentation de 129,5 % de la pro- 
duction d'objets de consommation (production estimée en prix fixes), 
une augmentation de 71 % du fonds des salaires, de 25 % des salaires 
moyens individuels et de 63 % de la productivité du travail. Du seul 
point de vue de l'équilibre entre la production d'objets de consom- 
mation et le pouvoir de consommation, il aurait pu paraître légitime 
d'accroître le fonds des salaires de 129,5 %, c'est-à-dire le salaire moyen 



3. Tout au moins de la consommation individuelle effectuée à titre onéreux. 



96 ■ problèmes théoriques et pratiques de la planification 

de 68 %. Mais, dans ce cas, les prix de revient auraient été augmentés, 
la rentabilité de certaines entreprises aurait été menacée, et le mouve- 
ment du prix de revient n'aurait plus du tout reflété celui de la produc- 
tivité. C'est pourquoi il a été décidé de n'accroître le salaire moyen que 
de 25 %, en assurant l'écoulement de la production d'objets de con- 
sommation grâce à une baisse de 35 % des prix, cette planification a 
permis de réduire de façon appréciable les prix de revient planifiés, 
soit d'environ 30 %. 

Ceci montre que le mouvement du prix de revient ne permet pas 
d'effectuer, tout au moins en longue période, de choix rationnels dans 
le domaine de la production, car ce mouvement est influencé par trop 
d'autres facteurs que la productivité du travail. Cependant, du point 
de vue de la comptabilité des différentes entreprises, et même du calcul 
économique de courte période, la prise en considération des prix de re- 
vient est indispensable, en particulier, le niveau des salaires étant 
donné, toute réduction du prix de revient — qui n'exige pas d'investis- 
sements supplémentaires 4 — constitue un progrès économique et doit 
être obtenue, chaque fois que cela est possible. En outre, la comparai- 
son des prix de revient de différentes entreprises appartenant à la même 
branche de l'économie, et, surtout, le rapprochement des prix de re- 
vient effectifs et des prix de revient prévus par le plan permet d'appré- 
cier l'efficience plus ou moins grande avec laquelle ces différentes en- 
treprises fonctionnent. 



II. - Valeur et prix de gros 

1. - Définition 

Le prix de gros, ou < prix de vente », est celui qui est pratiqué 
entre les entreprises et, plus spécialement entre les entreprises d'Etat. 
En principe ce prix est celui qui doit se rapprocher le plus de l'équi- 
valent monétaire de la valeur. En effet, c'est à cette condition que le 
calcul économique effectué sur la base des prix permet de prendre en 
considération le coût social réel des différents produits, c'est-à-dire, en 
définitive, le coût en travail socialement nécessaire. 

Dire que le prix de vente représente, en principe, l'équivalent mo- 
nétaire de la valeur signifie que le prix de vente est généralement su- 
périeur au prix de revient 3 . La différence entre prix de revient et prix 



4. Une réduction du prix de revient liée à un investissement supplémentaire ne 
constitue pas nécessairement un progrès économique, tout dépend de l'ampleur de 
cet investissement. C'est un point que nous examinerons plus loin, en traitant du 
problème du choix en matière d'investissements (cf. pp. 99 sq.). 

5. Nous examinerons dans la IV Section de ce chapitre les problèmes qui se 
posent lorsque certaines entreprises connaissent des prix de revient supérieurs aux 
prix de gros auxquels elles écoulent leur production. 



I I I I I t I I I I I I I I I I I I I I I I I | | I | | 



les prix et les € profits » 97 

de vente sert au « financement » de l'accumulation — ce dernier terme 
étant pris au sens large, c'est-à-dire recouvrant, à la fois, les investisse- 
ments en équipement ou en stocks et les différentes dépenses nécessaires 
au maintien et à l'élargissement du système social de production. 

Les formes concrètes que peut prendre, dans chaque entreprise, 
la différence entre prix de revient et prix de vente sont très variables. 
Ces formes sont fonction de la destination donnée par le plan à l'accu- 
mulation. Dans l'économie soviétique, par exemple, les principales de 
ces formes sont constituées par le profit de l'entreprise, l'impôt sur le 
chiffre d'affaires, l'impôt sur les bénéfices, les intérêts payés aux orga- 
nismes bancaires et les loyers. Quant à l'utilisation des ressources des- 
tinées à l'accumulation, il appartient au plan d'en décider, conformé- 
ment aux objectifs généraux du développement économique et social. 

Ainsi que nous l'avons déjà indiqué, le prix de vente est fixé pour 
une période plus ou moins longue, tandis que, dans une économie en 
voie de transformation, la valeur évolue sans cesse. C'est là une des sour- 
ces les plus importantes du décalage entre les valeurs et les prix, la va- 
leur de chaque produit tendant à être de plus en plus faible par rapport 
à son prix, au fur et à mesure que la productivité du travail progressé 
— ce qui est une source d'accumulation supplémentaire ; cette source 
ne peut être conservée indéfiniment en tant que telle, car le calcul éco- 
nomique se trouverait alors de plus en plus faussé par l'apparition 
d'écarts croissants, et d'ampleurs variables selon les branches de la pro- 
duction, entre les prix et les valeurs. 



2. - Rôle économique du prix de gros 

L'importance de la fixation des prix de vente sur la base des valeurs 
réside essentiellement en ceci qu'une telle fixation permet, dans le do- 
maine de l'organisation courante de la production, d'effectuer des choix 
économiques rationnels, car les décisions qui permettent de réduire au 
minimum les dépenses destinées aux acquisitions de produits néces- 
saires à la réalisation d'une production donnée sont alors assurées de 
coïncider avec une réduction au minimum de la quantité de travail dé- 
pensée pour l'obtention de ces produits. Au contraire, dans la mesure 
où certains prix s'écartent sensiblement des valeurs, des choix risquent 
d'être effectués qui représentent une réduction au minimum des dé- 
penses monétaires, sans coïncider avec une réduction au minimum des 
dépenses de travail. 

Il est clair que l'importance des besoins en différents moyens de 
production varie selon les combinaisons techniques mises en œuvre et 
que, par conséquent, dans la mesure où ces combinaisons techniques 
résultent de choix effectués à partir d'une certaine échelle des prix, 
la structure même de la production des moyens de production — struc- 
ture résultant de l'établissement de plans économiques établis en fonc- 
tion des besoins — dépend en partie de l'échelle des prix de gros. 



< I I I I I I I I I I I I I M l l ( I I I I | | | | 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



98 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



Ainsi, de l'existence d'un rapport donné entre le prix du kilo- 
gramme de charbon et le prix du kilowatt d'électricité résulteront (si 
les calculs économiques sont effectués à partir des prix) des besoins 
quantitativement déterminés, et correspondant à des fins productives, 
de charbon, d'une part, et d'énergie électrique, d'autre part. D'un rap- 
port de prix différents résulterait une ampleur relative différente des 
besoins de ces produits. Par conséquent, pour autant que l'adoption 
de combinaisons techniques données repose sur un calcul économique 
effectué à partir des prix et non des valeurs, la planification des prix 
de gros constitue une partie importante de la planification économique 
générale. 



3. • Aperçu sur quelques problèmes particuliers 

Il est nécessaire, ici, de formuler quelques observations complé- 
mentaires. 

A. — Evolution des conditions de production 

En premier lieu, il faut observer que dans la mesure où les prix 
servent à effectuer des calculs économiques relatifs non seulement à 
l'organisation courante de la production, mais aussi à son organisation 
à long terme, il peut être parfaitement justifié de fixer certains prix 
en fonction non des valeurs actuelles mais des valeurs futures. Ainsi, 
lorsqu'un plan d'électrification a été décidé, qui doit permettre d'ac- 
croître les quantités disponibles d'énergie électrique et de réduire le 
coût réel du kilowatt produit, il peut être justifié de fixer le prix de 
l'énergie électrique non à sa valeur actuelle mais à un niveau plus ou 
moins voisin de sa valeur future, le < plus » ou le < moins » résultant 
des conditions concrètes de fonctionnement de l'économie, et ne pou- 
vant donner lieu à des formulations générales. 

B. — Productions multiples 

En second lieu, on ne doit pas oublier que lorsqu'une grande di- 
versité de produits est fournie par un processus de production unique 
mais complexe (ce qui est souvent le cas dans l'industrie chimique, par 
exemple), le calcul de la valeur de chaque catégorie de produits soulève 
de nombreuses difficultés. Entrer dans l'étude détaillée des solutions à 
apporter à ces difficultés nous mènerait trop loin. Nous indiquerons 
donc simplement que chaque fois qu'un processus de production aboutit 
à l'obtention d'une multiplicité de produits, la fixation du prix sur la 
base de la valeur doit essentiellement signifier que le prix auquel la 
totalité de la production est vendue doit correspondre à sa valeur, le 
prix de chaque catégorie de produits étant fixé au niveau qui assure 
l'écoulement de la totalité de la production. 



I I I I I I I I I I I I I I I f I I I I | | f f | | I ( 

les prix et les « profits > ■ 99 

C — Existence d'une < surcapacité > 

Enfin, nous rappellerons les problèmes posés par l'existence dans 
certains secteurs d'une < surcapacité » de production, que celle-ci soit 
transitoire ou périodique". 

L — Définition de la € surcapacité » 

La notion même de « surcapacité » est une notion difficile à dé- 
finir. D'une façon générale, il semble que l'on puisse dire qu'il 7 a 
« surcapacité » dans un secteur donné lorsque l'utilisation technique 
optimum de la capacité de production existante aboutit à fournir un 
volume de production supérieur à celui dont le besoin existe, quand 
chaque unité du produit est vendue à un prix unique, correspondant à 
sa valeur. Cette définition de la « surcapacité » est liée à la notion 
< d'utilisation optimum de la capacité de production existante » ; cet 
optimum semble pouvoir lui-même se définir comme celui qui corres- 
pond à un volume de production tel que le prix de revient — et donc 
aussi la valeur — d'une unité de produit soit réduit au minimum. 

H. — Exemple hypothétique 

Illustrons la question par un exemple. Soit un équipement suscep- 
tible de fournir une certaine production dans les conditions suivantes : 
moyennant une production quotidienne de 1.500 unités, le coût social 
réel de chaque unité est de 15 (il peut s'agir de quinze heures de travail 
ou de 15 unités monétaires), ce coût étant le coût correspondant à l'op- 
timum, ce qui signifie que si l'on pousse la production à 1.600 unités, le 
coût s'élèvera et que si l'on réduit la production à 1.400 ou 1.300 il 
s'élèvera également, par exemple à 16 dans le premier cas (1.400 uni- 
tés) et à 17 dans le second (1.300 unités). 

On pourra dire qu'une « surcapacité » existe si au niveau optimum 
d'utilisation de l'équipement, soit 1.500 unités par jour, les entreprises 
qui acquièrent les produits à leur coût (c'est-à-dire à 15) n'ont d'intérêt 
à en acquérir que moins de 1.500, par exemple 1.400. Dans ce cas la 
c surcapacité » est de 100. 

in. — Les termes de Talternative 

Le problème qui se pose alors est le suivant : convient-il de réduire 
le prix au-dessous de la valeur (c'est-à-dire du coût social réel), afin 



6. Précisons que, dans le cadre d'une économie planifiée, l'existence d'une « sur- 
capacité > est un phénomène exceptionnel, sauf erreur d'appréciation concernant les 
besoins. Toutefois, dans certains cas, il peut être économiquement avantageux de faire 
apparaître une certaine surcapacité momentanée, c'est là un point que nous exami- 
nons plus loin (cf. infra, pp. 83 sq.). 



100 



problèmes théoriques et pratiques de la planifiaxtion 



d'assurer l'écoulement de la totalité de la production, ou convient-il de 
réduire la production au niveau où elle trouvera intégralement pre- 
neur, même si à ce niveau le coût de chaque unité de produit est plus 
élevé ? Ainsi, si en réduisant le volume de production à 1.300 unités 
par jour au coût unitaire de 17, et en vendant cette production à sa 
valeur, on peut assurer l'écoulement de 1.300 unités, convient-il de ré- 
duire la production à ce niveau, en faisant apparaître ainsi une « sur- 
capacité » relative de 200 ? 

Les deux termes de l'alternative ci-dessus nous paraissent reposer 
tous deux sur une vue dogmatique et abstraite du problème, et sur des 
conceptions qui ne dépassent pas l'horizon de l'entreprise ou de la 
branche, alors que, dans une économie planifiée, les problèmes doivent 
être examinés de façon concrète et en se plaçant au point de vue de 
l'économie nationale dans son ensemble. 

IV. — Esquisse d'une solution 

En adoptant ce dernier point de vue, il semble que l'analyse doive 
se développer de la façon suivante : on devra rechercher quel est le 
volume de production, obtenu à partir de l'équipement considéré, qui 
est le plus avantageux pour V économie nationale tout entière. 

A cet égard, il ne faut pas négliger le fait qu'en limitant la pro- 
duction à 1.300 unités par jour, on impose à l'économie nationale une 
dépense de 17 par unité produite au lieu d'une dépense de 15 si l'équi- 
pement était utilisé de façon optimum, soit, pour les 1.300 unités de 
produit, une dépense supplémentaire de 2.600. 

La question qui se pose est de savoir si, en portant le volume de 
la production obtenue à partir de l'équipement considéré de 1.300 à 
1.500 unités, c'est-à-dire en faisant passer le montant de la dépense im- 
posée à l'économie nationale par la production en question de 22.100 
( = 1.300 X 17) à 22.500 (= 1.500 X 15 )> on ne lui permet pas d'éco- 
nomiser par ailleurs plus que ce surcroît de dépenses. Si une économie 
plus considérable peut être ainsi réalisée, il y aura intérêt à pousser la 
production de manière à obtenir cette économie, quitte à adapter la 
politique des prix aux exigences de la situation. 

Si, par exemple, il s'agit d'un équipement électrique et que la four- 
niture de 1.500 unités de courant au lieu de 1.300, permet d'économiser 
une quantité de -charbon telle que sa production et son transport au- 
raient exigé une dépense sociale réelle de 2.400, alors que le passage 
d'une production de 1.300 unités de courant à une production de 1.500 
exige seulement une dépense supplémentaire de 400, il ne fait pas de 
doute que du point de vue de l'économie nationale on aura réalisé un 
gain net de 2.000 en portant la production à 1.500 unités. Et chaque fois 
que l'on se trouve dans une situation analogue, chaque fois qu'il est 
possible de faire réaliser à Féconomie nationale une économie réelle, en 
poussant le degré d'utilisation d'un équipement, il y a intérêt à le faire 
(dans certains cas d'ailleurs, il peut être avantageux pour l'économie na- 



I I I I I I I I I I I I I I I ( I I I I I I I I I C I I 



les prix et les « profits > ■ 101 

tionale de pousser le degré d'utilisation d'un équipement donné au- 
delà de l 'optimum) 7 . 

Les développements qui précèdent laissent entière la question de 
savoir à quel prix la production obtenue dans les conditions ci-dessus 
indiquées devra être écoulée. Ce qui fait la difficulté de cette question 
c'est, dans l'hypothèse que nous avons faite, que, si on fixe la produc- 
tion à son volume optimum et qu'on veuille écouler chaque unité pro- 
duite à son coût réel (c'est-à-dire au coût unitaire moyen de l'ensemble 
de la production), le débit sera inférieur à la production totale, tandis 
que, si on écoule cette production à un prix plus faible, les recettes ne 
couvriront pas l'intégralité des dépenses réelles. 

Quelle solution donner à une telle difficulté ? H semble bien qu'il 
y en ait plusieurs, mais, à notre avis, toutes ces solutions doivent repo- 
ser sur le même principe, à savoir que l'écoulement de la production 
globale doit être effectué dans des conditions telles que les recettes per- 
çues du fait de cet écoulement couvrent l'intégralité du coût réel. 

En d'autres termes, le prix de rensemble de la production doit être 
égal à sa valeur, mais, éventuellement, certaines unités produites peu- 
vent être vendues à un prix supérieur à leur valeur unitaire et, en com- 
pensation, d'autres unités seront vendues à un prix inférieur à leur va- 
leur unitaire (ce qui est la condition nécessaire pour assurer l'écoule- 
ment de ces unités)*. 

V. — ■ Exemple hypothétique d'application 

Pour illustrer ce dernier point, nous pouvons reprendre l'exemple 
précédent, afin de mettre en lumière quelques-uns des mécanismes tech- 
niques que l'on peut faire jouer. 

Un premier mécanisme peut être celui de la péréquation, qui joue- 
rait, par exemple, de la façon suivante : le volume de production étant 
fixé à l'optimum, au lieu d'être fixé au niveau auquel la totalité de la 
production s'écoulerait intégralement à son coût unitaire moyen, ce 
coût passe (d'après notre précédente hypothèse) de 17 à 15, tandis que 
le nombre d'unités fournies passe de 1.300 à 1.500. Chaque unité sera 
vendue à son coût moyen, c'est-à-dire à un prix équivalent à sa valeur, 
soit 15. Cependant, à ce prix, un certain nombre d'entreprises n'ont pas 
intérêt à acheter cette production, par exemple, s'il s'agit d'une pro- 



7. c L'optimum > an sens admis dans le texte correspond, en effet, à l'optimum 
de l'entreprise (rédaction an minimum dn coût unitaire) mais non nécessairement i 
l'optimum social. 

8. Cette solution est dn même type que celle qui intervient pour toute produc- 
tion complexe ; ainsi, la dépense en travail socialement nécessaire pour élever un 
bœuf pent bien s'élever à une certaine somme, cela ne signifie pas que le prix do 
kilo de viande de bœuf, quel qu'il eoit, doive représenter l'équivalent de la dépense 
totale divisée par le nombre de kilos fournis par un bœuf ; au contraire, on admet 
très facilement que certains c morceaux > soient plus chers que d'autres, précisément 
parce que cette différenciation de prix permet d'écouler, à sa valeur, l'ensemble de la 
viande fournie. 



I I I I I I I I I 1 I ( M M I 1 I I I I I I I I f 



• i i I I I I I I I I I I f I I I I I I I 

102 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

duction d'électricité, elles n'ont pas intérêt à substituer l'usage du cou- 
rant électrique à l'usage du charbon ; car, pour qu'elles aient intérêt à 
le faire, il faut, au minimum, que l'usage du courant électrique n'en- 
traîne pas une dépense plus forte que l'usage du charbon. D'après les 
chiffres que nous avons donnés (cf. p. 81), ces entreprises n'ont intérêt 
à acheter les 200 unités de courant supplémentaire qu'on peut leur four- 
nir que s'il ne leur en coûte qu'une dépense globale maxima de 2.400, 
soit une dépense moyenne de 12 par unité de courant, alors que celui- 
ci est vendu à 15. Il est donc nécessaire, si le prix du courant est fixé à 15, 
de faire jouer une subvention de 3, en moyenne, par unité de courant 
vendu à cette catégorie d'utilisateurs. Cette subvention pourra être fi- 
nancée par une taxe de péréquation payée par les entreprises qui au- 
raient acheté du courant à 17 et qui, grâce à l'utilisation optima de 
l'équipement, ne le paient que 15. Si la taxe de péréquation est payée 
par cette dernière catégorie d'utilisateurs au prorata de sa consomma- 
tion, cela revient à répartir la charge d'une subvention de 600 sur 1.300 

600 

unités de courant, soit une charge unitaire de = 0,46. Dans 

1.300 
ces conditions, le prix unitaire effectif auquel les utilisateurs des 1.300 
unités de courant paient celui-ci est de 15,46 tandis que les utilisateurs 
des 200 unités supplémentaires paient, pratiquement, ce courant à 12 
par unité. Grâce à la fixation d'un volume optimum de production, la 
première catégorie d'utilisateurs réalise donc une économie de 2.000, 
qui est égale à Véconomie effectivement réalisée par Véconomie natio- 
nale dans son ensemble. * 

Il est facile de voir que, du point de vue technique, rien n'empêche 
de substituer au système de la péréquation un système de différencia- 
tion des prix, soit par catégorie d'utilisateurs, soit par période d'utili- 
sation, etc. Le résultat pratique sera le même. 

VL — Origine possible des « surcapacités » 

Pour en terminer avec les problèmes posés du fait de l'existence 
d'une « surcapacité », il nous reste à préciser comment des phénomè- 
nes de c surcapacité » peuvent se manifester dans une économie pla- 
nifiée, autrement que de façon accidentelle, ou par suite d'erreurs de 
prévision. 

Ces phénomènes de « surcapacité » peuvent se présenter de deux 
façons : ils peuvent être soit transitoires, soit périodiques. 

Ils sont transitoires lorsque, pour une raison quelconque, il a pu pa- 
raître avantageux de mettre immédiatement en place un équipement qui 
ne servira normalement à plein rendement que dans un certain temps. 
Ainsi, lorsque entre deux régions le trafic ferroviaire est destiné à être 
très élevé, il peut y avoir intérêt, s'il est nécessaire de développer im- 
médiatement les possibilités de trafic, à porter celles-ci au niveau cor- 
respondant aux exigences qui se manifesteront quelques années plus 



1 I I I I I I I I I I I I I I I I I | | | | | | f | | ! 

les prix et les « profits » 103 

tard, et à créer ainsi une « surcapacité » transitoire. Tant que celle-ci 
existe, on doit envisager d'en tirer parti, si cela paraît présenter un 
avantage positif pour l'économie nationale dans son ensemble. Ainsi, 
pendant cette période, il pourra être avantageux d'utiliser la capacité 
de transport disponible pour acheminer d'une région à l'autre des ma- 
tières pondéreuses que, dans d'autres circonstances, l'on aura intérêt à 
faire venir d'une troisième région. 

Les phénomènes de « surcapacité » périodique sont, sans doute, i 

encore plus importants. L'exemple classique est fourni par l'industrie 
électrique qui doit être équipée pour satisfaire aux besoins qui se mani- 
festent aux heures de « pointe » et qui, aux autres heures, dispose d'un 
« excédent » de capacité, qu'il peut y avoir intérêt à utiliser, ce qui pose, 
éventuellement, des problèmes particuliers pour la fixation des prix*. 



Au total, pour revenir au problème de la fixation des prix auxquels 
doivent s'opérer les achats et les ventes entre les entreprises d'Etat, il 
nous semble que la règle énoncée au début de cette section (règle se- 
lon laquelle le prix de gros doit être fixé au niveau le plus proche de 
l'équivalent monétaire de la valeur) a une portée absolument générale. 
Le respect de- cette règle garantit la signification du calcul économique 
opéré à partir de prix fixés dans de telles conditions. En particulier, 
l'application de cette règle assure que les choix effectués par les diffé- 
rentes entreprises, en vue de réduire au minimum les dépenses moné- 
taires qu'elles doivent effectuer pour s'approvisionner en matières pre- 
mières, énergie, combustibles, etc., coïncident avec la réduction au mi- 
nimum du temps de travail nécessaire pour l'obtention d'une produc- 
tion donnée. 

Toutefois, comme nous l'avons vu, certains écarts par rapport à 
cette règle générale peuvent être justifiés, notamment lorsque les con- 
ditions de la production évoluent rapidement, ou lorsqu'on se trouve 
en face d'une production complexe ou, encore, lorsque existe une cer- 
taine « surcapacité » de production. Dans ces deux derniers cas, il 
semble, ainsi que nous l'avons dit, qu'il y ait intérêt à ce que, cepen- 
dant, la production globale soit écoulée à un prix aussi voisin que 
possible de sa valeur, c'est-à-dire de son coût social réel 10 . 



9. Il est bien évident que eea problèmes peuvent se poser aussi bien lorsqu'il 
s'agit des prix de détail — c'est-à-dire des prix auxquels les produits sont vendus aux 
consommateurs — que lorsqu'il s'agit des prix de gros. Si, toutefois, nous les avons 
examinés à propos des prix de gros, c'est parée que nous traitions d'abord de ceux-ci, 
et, aussi, parce qu'au niveau des prix de gros la fixation des prix a une importance 
décisive puisqu'elle oriente les choix entre les formulée courantes de production, et, 
par là, dans une certaine mesure, la structure même de la production. 

10. On a parfois essayé de justifier certaines déviations des prix par rapport à la 
valeur en évoquant la nécessité de favoriser une accumulation rapide dans telle ou 
telle branehe particulière. Ceci ne nous semble nullement être no argument valable 



104 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

III. - Valeur et prix de détail 

1. - Définition du prix de détail 

Par opposition au prix de gros, qui est celui pratiqué entre les 
entreprises, et plus spécialement entre les entreprises d'Etat, nous 
appellerons « prix de détail » le prix pratiqué lors de la vente au 
consommateur, que celui-ci soit un individu ou une collectivité. 

2. - Principe général 

Ainsi que nous Pavons vu déjà (cf. supra p. 56-57), il y a géné- 
ralement intérêt à ce que le prix de détail d'un produit soit fixé à 
l'équivalent monétaire de sa valeur. C'est là, à la fois, la base d'un 
calcul économique rationnel (toute réduction de dépense monétaire 
correspondant ainsi à une réduction de dépense de travail et vice versa) 
et la condition d'application — dans la sphère qui est la sienne — du 
principe « à chacun selon son travail ». Nous avons dit, d'ailleurs, 
que c'est à partir de la demande qui s'exerce sur des produits vendus 
à leur valeur qu'il est possible, pratiquement, d'estimer le quantum 
relatif des besoins de consommation. Ceci donne toute son importance 
à ce principe de fixation des prix de détail. 

L'application de ce principe signifie que les entreprises de distri- 
bution devront vendre les produits qu'elles sont chargées d'écouler 
aux prix qu'elles les ont achetés (pour autant que ce prix correspond 
a~ieur valeur) augmenté de l'équivalent des dépenses de travail so- 
cialement nécessaire auxquelles donne lieu la distribution de ces pro- 
duits. Il appartient évidemment aux instances économiques centrales 
de déterminer l'importance de ces dépenses de travail. 

Toutefois, 'ce principe général connaît nécessairement d'importan- 
tes exceptions. 

3. - Déséquilibre entre production et demande 

Lorsqu'il y a déséquilibre, en ce qui concerne un produit de 
consommation déterminé, entre le volume de sa production et la de- 
mande qui se manifeste quand ce produit est vendu à sa valeur, le pro- 
blème se pose d'une modification de son prix 11 . Cette modification 



dans une économie planifiée, oà le montant du fonda d'accumulation et aa répartition 
peuvent être fixéa de façon centrale, aana qu'il soit nécesaaire d'effectuer dea € mani. 
pulationa > de prix de cette aorte, qui ont l'inconvénient de fausser les basea du cal- 
cul économique. 

11. D eat possible aussi, si ce déséquilibre correspond i une inauffiaance de la 
production par rapport à la demande, de prendre dea mesures de rationnement ou de 
distribution autoritaire. Une telle décision peut être inévitable en cas de déséquilibre 
grave et général, mais chaque fois que possible il y a intérêt i éviter de la prendre, 
car l'abandon de la liberté de consommation retire aux organismes de planification 
la possibilité de mesurer le quantum des besoins. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



les prix et les « profits > — — 105 

interviendra dans le sens d'une hausse du prix au-dessus de la valeur 
si la production est insuffisante, dans le sens d'une réduction du prix 
au-dessous de la valeur si la production .figLJrop abondants- ~~~ 

La nécessité où l'on se trouve, en vue d'égaliser le rythme d'écou- 
lement d'un produit et le rythme de sa production, de faire dévier le 
prix de détail par rapport au niveau qui correspondrait à la quantité 
de travail incorporé dans ce produit, constitue l'un des signes révéla- 
teurs d'un déséquilibre particulier entre production et besoin social. 
Le sens et l'ampleur de ce déséquilibre sont mis en lumière par le sens 
et l'ampleur de la déviation des prix, compte tenu de l'élasticité plus 
ou moins grande de la demandé'/ On peut ajouter, d'ailleurs, que la 
déviation du prix par rapport au niveau qui correspondrait au temps 
de travail moyen ne représente pas toujours une déviation par rapport 
au temps de travail socialement nécessaire, car le temps de travail 
socialement nécessaire est, aussi, celui qui est juste nécessaire à la pro- 
duction d'une marchandise dans les limites du besoin social (cf. supra, 
P- 55). _ 

Il importe également de souligner qu'une déviation du prix par 
rapport au niveau qui correspondrait au temps de travail moyen n'a 
lieu d'intervenir que dans des cas particuliers. Parmi ces cas, on peut 
retenir notamment les suivants : 

A. — Le cas des denrées périssables 

L'arrivée sur le marché de denrées périssables en quantité excé- 
dant la demande susceptible de se manifester pendant la période où 
ces denrées peuvent être conservées, rend nécessaire une réduction du 
prix de détail des denrées en question à un niveau assez bas pour que 
la totalité des disponibilités puisse être écoulée à temps. 

Une économie socialisée et planifiée ne fonctionne pas pour le 
profit, nous l'avons déjà souligné. Elle n'a donc pas à mettre en 
œuvre les pratiques capitalistes de destruction d'une partie des dispo- 
nibilités (c'est-à-dire d'une partie du travail social) en vue de la vente 
avec profit des disponibilités restantes. L'apparition d'une perte éven- 
tuelle en monnaie n'est pas à mettre en balance avec la destruction de 
richesses réelles. Si besoin en est, le problème financier de la « perte > 
peut être résolu de diverses façons, soit par certaines déviations des 
prix du même produit, en sens inverse, lorsque les arrivages de ce pro- 
duit sont particulièrement faibles, soit par un mécanisme de compen- 
sation avec d'autres branches de distribution dont les disponibilités 
sont inférieures à ce qui est nécessaire pour couvrir la demande à un 
prix équivalent à la valeur, et pour lesquelles on est donc amené, pour 
éviter une pénurie ouverte, à fixer un prix plus élevé. 

B. — Déséquilibre durable 

Un second cas est constitué par l'existence d'un déséquilibre dura- 
ble entre la production et la demande d'un produit donné — telle que 



I I I I I I I I I I I I I I I I M 



M I I I I I I | 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



106 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



cette demande se manifesterait si le prix restait fixé au niveau de la 
valeur travail de ce produit 12 ; Un tel déséquilibre entraînerait soit un 
épuisement des stocks (si la production est insuffisante), soit un gonfle- 
ment exagéré des stocks (si la production est trop abondante). Dans 
la première hypothèse, le prix du produit considéré devra être suffi- 
samment augmenté, dans la seconde hypothèse le prix devra être suf- 
fisamment abaissé, pour que les stocks conservent une importance cor- 
respondant aux besoins courants de l'économie. 

Il est facile de comprendre que la manipulation des prix ne doit 
être mise en œuvre (sauf en ce qui concerne les denrées périssables), 
qu'en cas de déséquilibre durable dans l'offre d'une marchandise, car 
si le volume de production de cette marchandise peut être facilement 
modifié, il y a généralement intérêt à agir de préférence sur ce vo- 
lume, puisque l'existence d'un déséquilibre prouve que la production 
n'a pas été établie au niveau qui correspond au quantum du besoin 
social. 

On peut se demander quels sont les facteurs qui, dans une écono- 
mie planifiée, peuvent susciter un déséquilibre durable entre la pro- 
duction et la demande d'un produit de consommation. Deux facteurs 
fondamentaux peuvent intervenir ici : 

I. — Influence d'une erreur initiale 

Un premier facteur est constitué par une erreur initiale dans l'es- 
timation des besoins d'un produit donné, lorsque cette erreur initiale 
a suscité des conséquences relativement durables. Lorsque ce facteur 
joue, on peut être en présence, soit d'une c surcapacité » de produc- 
tion, soit d'une sous-capacité 1 '. 

Dans la première éventualité, il est souvent possible de faire 
tourner l'équipement existant au ralenti ;• mais dans certains cas ce 
procédé peut comporter plus d'inconvénients que d'avantages, si bien 
que l'utilisation de l'éqnipement à un taux supérieur à celui qu'exi- 
gerait l'équilibre entre la production et la demande doit être envisagé 
(cf. supra, pp. 80 et suivantes) ; lorsqu'il en est ainsi, une déviation 
du prix de détail c en baisse » peut être indispensable. 

Dans la seconde éventualité, une insuffisance de la production 
par rapport à la demande est inévitable, tant que la capacité de pro- 
duction n'aura pas été accrue. Aussi longtemps qu'il en est ainsi, une 
déviation du prix de détail c en hausse » est indispensable. 



12. Dans la suite de ce développement, nous désignerons cette situation par 
l'expression abrégée : c déséquilibre entre la prodnction et la demande >. 

13. Dans no pays dont l'économie commence seulement à être organisée selon 
un plan, le déséquilibre peut résnlter d'un « legs du passé » qui peut être plus ou 
moins difficile à liquider. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I f I I f 



les prix et les « profits > 



107 



H. — Appréciation collective 

Un second facteur, d'une importance théorique et pratique plus 
considérable, est constitué par la volonté délibérée des instances po- 
litiques et économiques (quelle que soit leur forme institutionnelle) de 
développer ou de restreindre certaines consommations. Par exemple, 
si ces instances considèrent souhaitable de voir la consommation d'une 
catégorie donnée de produits s'élever au-dessus du niveau qui serait 
atteint si ces produits étaient vendus à un prix équivalant à leur valeur 
(c'est-à-dire si ces instances désirent provoquer délibérément une 
expansion de la demande au-delà du niveau qu'elle atteindrait si le 
prix était fixé à l'équivalent de la valeur), il est nécessaire de provo- 
quer une déviation du prix « en baisse ». Inversement, si les instances 
politiques et économiques considèrent souhaitable de voir la consom- 
mation d'une catégorie de produits tomber au-dessous du niveau qui 
serait atteint si cette catégorie de produits était vendue à un prix équi- 
valant à sa valeur, il est nécessaire de provoquer une déviation du prix 
c en hausse ». 

Certains ne manqueront pas de qualifier de telles décisions 
d' c arbitraires ». En réalité, ces décisions ne font qu'exprimer l'exis- 
tence d'une divergence entre, d'une part, l'appréciation collective 
de l'utilité sociale de certaines consommations, et donc du quantum 
de la production qui doit être fournie, et, d'autre part, le quantum 
relatif du besoin social tel qu'il s'exprime en tant que somme des 
demandes individuelles et collectives (cf. supra, p. 56). Les sources 
de cette divergence peuvent être nombreuses : divorce entre l'opinion 
publique {qui, par exemple, condamne l'alcoolisme) et le comporte- 
ment privé ; prise en considération, à l'échelle collective, des voles 
de développement de la production et de la consommation 14 ; néces- 
sité, ponr des raisons politiques, morales ou culturelles, de pousser au 
développement de certaines consommations et d'en freiner d'autres, 
ceci soit momentanément 19 , soit durablement 1 ". 



14. Par exemple, si dans certaines branches le développement des forces produc- 
tives pent être tel qu'à échéance pins on moins rapprochée on pent envisager de pas- 
ser à la distribution gratuite des produits de cette branche, il est alors nécessaire de 
rédnire progressivement le prix de ces produits, afin qne la demande cesse pen à peu 
d'exprimer le quantum relatif du besoin des produits considérés et se rapproche en 
conséquence de l'expression du quantum absolu de ce besoin (cf. supra, p. 57). Ou 
encore, dans d'antres branches, le développement de la production pent être Insnffi- 
sant momentanément pour des raisons techniques, d'où la nécessité de réajuster les 
prix en hansse. 

15. D est possible que ai certaines demandes étaient intégralement satisfaites, eela 
absorberait de telles disponibilités de main-d'œuvre, d'énergie, de matières premiè- 
res, etc., qne la satisfaction d'antres besoins (faisant l'objet d'nne forte appréciation 
collective préférentielle) risquerait, étant donné le niveau momentanément atteint 
par les forces productives, d'être compromise. Dans ces conditions, il pent apparaî- 
tre souhaitable de restreindre plus ou moins la production destinée à satisfaire ces 
demandes, en faisant subir anx prix de détail des produits considérés une « dévia- 
tion > en hausse. Un cas typique, à cet égard, est constitué par les produits qui, à un 



108 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



H faudrait se placer à un point de vue entièrement a-historique et 
asociologique pour considérer comme « arbitraires » les appréciations 
collectives, et déclarer que, seules, ne sont pas € arbitraires » Isa appré- 
ciations individuelles. En réalité, la place qui, dans les divers systèmes 
économiques, revient aux appréciations collectives, est toujours con- 
sidérable ; mais les voies par lesquelles ces appréciations se font 
jour peuvent être fort variables". 

4. - Le mouvement des stocks 

Lorsqu'un niveau donné a été adapté pour le prix de détail d'un 
produit, et qu'il a été décidé de satisfaire la demande qui se manifeste 
à ce prix, les. autorités économiques disposent de la possibilité de con- 
naître, à chaque moment, de façon précise, le montant de cette de- 
mande, par l'observation du mouvement des stocks de ce produit. 
Cette observation se trouve être considérablement facilitée par le 
caractère planifié et socialisé de l'économie, caractère qui permet 
de suivre régulièrement et rapidement le mouvement des stocks à 
l'échelle sociale. Il est d'ailleurs évident que lors que l'interprétation 
de ce mouvement, il est nécessaire de tenir compte de l'influence possi- 
ble de facteurs saisonniers ou même occasionnels. 



- Prix de détail et prix de gros 



On n'aura pas manqué d'observer que le problème de la fixation 
des prix de détail se pose dans des termes sensiblement différents du 
problème de la fixation des prix de gros. 

stade donné dn développement économique, sont considérés comme des produits 
C de luxe >. La mise en route de la fabrication de tels produits peut être indispen- 
sable pour préparer la voie à leur fabrication ultérieure à grande échelle. Cepen- 
dant, une demande de ces produits, collectivement appréciée comme trop importante, 
étant donné le niveau de développement des forces productives, peut provenir, no- 
tamment, de l'existence d'un certain éventail de revenus, par ailleurs justifié par les 
nécessités du progrès économique et technique et par la haute productivité de cer- 
tains types d'activités, d'oà une action nécessaire sur les prix. 

." A nne certa ' ne étape du développement économique, et compte tenu des 
nécessités de l'accumulation, le niveau des revenus individuels peut être tel que cer- 
tains types de consommation (par exemple livres, revues, ou séjours en montagne, 
etc.), risquent d'être sacrifiés si le» produits sur lesquels cette consommation porte 
sont vendus à un prix équivalant à len-r valeur — ceci alors qu'au niveau des re- 
venus qui sera atteint ultérieurement ces types de consommation prendront une large 
place. Dans certains cas, il peut, d'un point de vue collectif, apparaître souhaitable, 
dès avapt que ce niveau des revenus soit atteint, de porter le volume de ces con- 
sommations à un chiffre voisin de celui qu'il atteindra plus tard sous le seul effet de 
la hausse des revenus. Dans ce cas, une déviation du prix de détail c en baisse > est 
indispensable. Il se peut, d'ailleurs, qu'au bout d'un certain temps cette réduction dn 
prix ait suscité une modification dans les habitudes de consommation, c'est-à-dire 
Idans le quantum relatif du besoin que le produit vendu à prix réduit doit satisfaire. 
17. D'un point de vue historique et sociologique, il est d'ailleurs évident que 
les appréciations « individuelles > ont, elles-mêmes, une origine sociale. 



I I I M I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



les prix et les € profits » — — 109 

En effet, ce qui caractérise le prix de détail, c'est que, d'une part, 
il doit être un élément du calcul économique général (et qu'à ce titre 
il doit exprimer aussi parfaitement que possible la valeur des dif- 
férents produits) et que, d'autre part, il peut, éventuellement, servir 
à orienter les calculs économiques des consommateurs individuels ou 
collectifs, dans un sens conforme à la volonté des instances politiques 
et économiques centrales (et, dans ce cas, il doit se situer à un niveau 
plus ou moins différent de celui qui correspondrait à la valeur des 
produits) . 

Ce second rôle du prix de détail est lié à la « liberté de la consom- 
mation », c'est-à-dire au fait que — en l'absence d'un déséquilibre éco- 
nomique ou monétaire rendant indispensable l'application de normes 
autoritaires de consommation — les consommateurs individuels ou 
collectifs ne sont pas limités dans les choix/qu'ils peuvent effectuer 
entre divers objets de consommation par des règles de répartition et de 
rationnement, mais qu'ils effectuent ces choix uniquement à partir de 
leurs disponibilités monétaires, de leurs « préférences » et du niveau 
des prix des produits entre lesquels ils ont à choisir. 

C'est cette liberté de consommation qui oblige, éventuellement, 
à pratiquer pour certains produits daa prix de détail plus ou moins 
différents de la valeur de ces produits, afin que la demande globale 
dont ces produits sont l'objet coïncide avec la production disponible^ 

Tout autre est la situation en ce qui concerne les prix de gros, 
c'est-à-dire principalement les prix pratiqués entre les entreprises 
d'Etat. Dans ce cas il n'y a pas, à proprement parler, de c liberté de 
consommation ». La nature et l'ampleur des productions des différentes 
entreprises, et, par conséquent, la nature et l'ampleur de leurs achats, 
sont fixés par le plan économique, et des fluctuations de prix ne 
doivent pas venir modifier les plans de production, d'achats et de 
ventes des différentes entreprises. 

Ces plans, eux-mêmes, résultent de calculs économiques effectués 
antérieurement à la période de planification en cours. Ils sont, en quel- 
que sorte, la synthèse des propositions faites par les différentes entre- 
prises (en application des directives par elles reçues des organes cen- 
traux de planification). Les propositions des entreprises résultent des 
calculs économiques effectués au sein de ces dernières, compte tenu des 
objectifs qui leur sont assignés et des prix auxquels elles peuvent ac- 
quérir les différents produits qui leurs serviront de moyens de pro- 
duction (matières premières, combustibles, etc.) ; comme nous l'avons 
dit, ces calculs n'ont une signification réelle qu'à condition que les 
prix à partir desquels ils sont établis soient l'expression du coût social 
réel des moyens de production. 

La synthèse des propositions des entreprises incombe aux organes 
de planification qui, compte tenu des bilans de production et de 
consommation, modifient ces propositions et fixent les plans de pro- 
duction, d'achats et de ventes des différentes branches de la production. 
C'est grâce à ces plana que la demande des différents produits est ajus- 



I I I I I I I I I I I I I I I I M l ( I I | I I I I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



110 — problème! théoriques et pratiques de la planification 

tée a priori aux disponibilités, cet ajustement a priori excluant toute 
déviation du prix par rapport à la valeur. Si, dans les faits, rajuste- 
ment prévu a priori se révèle irréalisable, il appartient en principe 
aux seuls organes de planification de modifier en conséquence les obli- 
gations imposées aux entreprises en vertu du plan 18 , mais ces modifi- 
cations s'effectuent à partir de calculs économiques reposant sur des 
prix qui continuent à exprimer des coûts sociaux réels, et non de prix 
plus ou moins déviés par rapport aux valeurs. C'est précisément parce 
que les prix de gros doivent servir à des calculs économiques ration- 
nels, qu'on ne peut admettre qu'ils soient soumis à des fluctuations 
dues à l'intensité momentanément plus ou moins grande de la deman- 
de (cf. supra, p. 34). 

On peut légitimement conclure des observations qui précèdent 
que, dans la mesure où subsistent certaines entreprises moins stric- 
tement soumises aux impératifs du plan (comme, par exemple, cer- 
taines coopératives), le problème de la fixation des prix des produits 
qui leur sont vendus se pose dans les mêmes termes que le problème 
de la fixation des prix de détail, en vue d'agir sur les conclusions aux- 
quelles les porteront leurs propres calculs économiques. Il est bien 
évident, cependant, que les exigences d'un calcul économique général 
rationnel rendent indispensable de limiter le plus possible le nombre 
des cas dans lesquels les prix de gros cesseraient d'être l'expression du 
coût social réel des différents produits. 



Les explications qui précèdent auront sans doute mis en lumière 
la place qui revient au calcul du prix, ainsi que les différences qui 
peuvent séparer les diverses sortes de prix de la simple expression mo- 
nétaire de la valeur. La diversité des prix, et, en particulier, la dif- 
férence entre prix de revient et prix de vente, fait surgir le problème 
du < profit », dont il nous faut maintenant traiter. 



IV. - Le profit 

Dans le cadre de chaque entreprise, le < profit » est constitué 
par la différence entre les recettes perçues par l'entreprise du fait 
de l'écoulement d'une certaine quantité de marchandises, et le coût 
monétaire de ces marchandises pour l'entreprise considérée. 



18. H ne faut d'ailleurs pas se représenter ces obligations comme étant nécessai- 
rement formulées d une façon détaillée par le plan économique ; au contraire, il 7 a 
intérêt i laisser aux différentes entreprises une certaine latitude dans le choix des 
modalités de réalisation de leurs obligations. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I t I I 

les prix et les « profits > ■ — ■ 111 

1. - Le fonds d'accumulation 

La somme des € profits » réalisés par l'ensemble des entreprises, 
moins les prélèvements effectués sur ces « profits > et destinés à finan- 
cer des dépenses de consommation individuelle (par exemple sous 
forme de primes distribuées aux travailleurs des entreprises), constitue 
un des éléments du fonds d'accumulation social. Les autres éléments 
de ce profit peuvent être représentés, notamment, par les sommes 
directement prélevées par l'Etat lors de la vente des produits (sous 
la forme, par exemple, d'un impôt sur le chiffre d'affaires), par les re- 
cettes provenant des impôts prélevés sur les revenus de la population et 
par les souscriptions de la population aux emprunts publics. 

Pour la simplicité du raisonnement, nous supposerons, dans la 
suite de cet exposé, que le fonds d'accumulation, grâce auquel est 
financé l'ensemble des investissements et le fonda de consommation 
collective, grâce auquel sont financées les dépenses improductives 
de recettes, sont constitués par la somme des < profits » et des impôts 
prélevés par l'Etat, lors de la vente des produits. 

Dans ces conditions, la production totale d'une certaine période 
étant vendue à sa valeur, le fonds d'accumulation et le fonds de con- 
sommation collective représentent la différence entre cette valeur et 
le coût monétaire de la production. / 

Soit une production dont la valeur est de 250 milliards et dont 
le prix de revient total est de 200 milliards, les fonds d'accumulation 
et de consommation collective s'élèveront à 50 milliards. 

La production totale d'une certaine période peut d'ailleurs se 
décomposer de la façon suivante : une partie sert à la reproduction 
des moyens de production consommés dans le procès du travail, 
tandis que l'autre partie constitue le. produit net de la période/ Une 
partie de ce produit net sert à la satisfaction des besoins personnels 
des travailleurs, c'est le fonds de consommation personnelle, tandis 
que l'autre partie constitue le surproduit destiné à alimenter d'une 
part le fonds d'accumulation, 'd'autre part, L le fonds de consommation 
collective. La répartition du produit net entre les différents usages 
résulte du plan économique ; elle est fonction du niveau atteint par 
les forces productives et des tâches concrètes que pose le dévelop- 
pement économique et social. Si le montant de la consommation est 
donné, le fonds d'accumulation ne peut être augmenté que par un 
accroissement du surproduit, jc'est-à-dire du produit net ; par contre, 
si ce dernier était donné, on ne pourrait modifier l'importance du 
surproduit qu'en agissant sur la consommation. 

Pratiquement, on agira sur le prix de revient de la production 
totale et sur le fonds de consommation personnelle, en modifiant le 
rapport entre la valeur produite par les travailleurs et la valeur qu'ils 
perçoivent comme revenus. Par exemple, la valeur de la production 
se montant à 250 milliards, dont 150 milliards provenant du tra- 
vail rivant dépensé au cours de la période considérée et 100 milliards 



112 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

représentant l'équivalent de la valeur du travail cristallisé consom- 
mé (sous forme de matières premières, d'outillages, etc.), le surpro- 
duit s'élèvera à 50 milliards si le fonds de consommation personnelle 
est de 100 milliards ; il s'élèvera à 60 milliards si le fonds de con- 
sommation personnelle est de 90 milliards, etc 10 . 

U n'est évidemment pas possible d'agir sur le montant du sur- 
produit en modifiant les prix auxquels les entreprises se vendent 
leur production, car ce qui est « gagné » par l'une est nécessairement 
« perdu » par l'autre. Les modifications de ces prix influencent la 
« localisation du surproduit, mais non son montant. 

Nous verrons, au cours des chapitres suivants, quels sont les 
problèmes essentiels que pose la détermination du fonds d'accumu- 
lation en tant que fraction du surproduit, mais pour le moment il 
nous faut voir comment se trouve déterminée la part du fonds d'ac- 
cumulation que représentent les « profits » des entreprises. 

Cette part est fonction de l'écart entre la valeur produite par le 
travail vivant et la valeur perçue par celui-ci, ainsi que du montant 
des impôts prélevés sur les recettes des entreprises. Ce dernier mon- 
tant doit nécessairement être important, car les dépenses d'accumu- 
lation s'étalent sur toute l'année, tandis que les « profits » des entre- 
prises n'apparaissent qu'en fin d'exercice. Ces « profits » peuvent 
d'ailleurs ou bien rester à la disposition des entreprises au sein des- 
quelles ils se sont formés, ou bien être incorporés aux recettes fiscales, 
sous forme d'un prélèvement sur les « profits ». Il faut encore ajou- 
ter que, dans une économie planifiée, même la partie des « profits » 
restant à leur disposition ne peut être utilisée à leur gré par les en- 
treprises. Cette utilisation doit également être déterminée par le 
plan économique. 



2. - Le « profit » à l'échelle d'une branche de la production 

Théoriquement, à l'échelle d'une branche de la production, on 
peut distinguer deux sortes de « profits » enregistrés par les entre- 
prises : un « profit de production » et un « profit de réalisation ». Le 
« profit de production » correspond à l'écart entre le prix de revient 
de la production et son prix de vente, lorsque ce prix est fixé à l'équi- 
valent monétaire de la valeurr'Le « profit de réalisation » (ou la 
« perte de réalisation ») est constitué par la recette en plus (ou en 
moins) provenant de la fixation du prix au-dessus (ou au-dessous) de 
la valeur. Il est clair que les « profits » ou les « pertes » de réalisa- 
tion ne modifient pas le montant du fonds d'accumulation, mais 



19. On peut distinguer un fonda d'accumulation nette — qui est celui considéré 
dans le texte — et un fonds d'accumulation brute, qni est représenté par l'accumu- 
lation nette plus le montant de l'amortissement courant (fonds d'amortissement). 



1 I I I I I I I I I I | | | | | | | | I I I I | | | | 1 



les prix et les « profits > 113 

seulement sa répartition entre les branches au sein desquelles il se 
forme 20 . 

En l'absence d'un prélèvement fiscal exercé sur les recettes, le 
montant du « profit de production » enregistré par une branche est 
fonction du nombre de travailleurs employés par cette branche et 
de l'écart moyen entre la valeur fournie par chaque travailleur et la 
valeur perçue par lui sous forme de revenu monétaire. Par consé- 
quent, en général, chaque branche enregistrerait un « profit > d'au- 
tant plus considérable, par rapport à son chiffre d'affaires, qu'une 
part plus importante de la valeur de sa production provient du 
travail vivant. Précisément, un des rôles possibles du prélèvement 
fiscal exercé sur les recettes des entreprises peut être d'introduire une 
certaine égalité entre les c profits » enregistrés par les différentes 
branches, encore qu'au sein d'une économie planifiée et socialisée 
l'importance du « profit » obtenu par telle ou telle branche particu- 
lière ne joue aucun rôle, ni dans la détermination du volume d'acti- 
vité de cette branche, ni dans la fraction du montant des investisse- 
ments dont elle peut être amenée à bénéficier. 



3. - Le « profit » à l'échelle d'une entreprise 

Au sein d'une même branche, le « profit » enregistré par une 
entreprise déterminée est fonction — si un prix de vente unique est 
adopté pour la production de la branche tout entière — du niveau 
auquel se situe le prix de revient de l'entreprise par rapport au prix 
de revient moyen de la branche. Par unité produite, le < profit » 
enregistré est d'autant plus élevé (ou plus faible) que le prix de re- 
vient de l'entreprise est plus bas (ou plus haut) par rapport au prix 
de revient moyen de la branche. L'importance du « profit » unitaire 
enregistré par les différentes entreprises ne peut être un critère ni 
de l'utilité de leur production, ni de l'efficience de leur direction. 

La production d'une entreprise donnée est socialement utile à 
partir du moment où cette production est nécessaire à la couverture 
des besoins sociaux, tels qu'ils ont été déterminés par le plan. Cela 
signifie que, même si une entreprise fonctionne à perte (son prix de 
revient étant supérieur au prix de vente), elle devra être maintenue 
en marche, du moment que l'on a besoin de sa production. Le pro- 
blème de son remplacement par une entreprise nouvelle, travail- 
lant à un prix de revient plus faible, ne peut être résolu en fonction 
du seul critère de rentabilité, comme c'est le cas dans le cadre du 
capitalisme. Le remplacement d'une entreprise ancienne par une en- 
treprise nouvelle pose un problème S investissement, et ce problème 



20. Cela est facile à comprendre, ainsi que nous l'avons déjà indiqué, pour au- 
tant qu'il s'agit des échanges entre entreprises ; nous verrons qu'il en est de même 
des ventes effectuées par les entreprises commerciales a la population. 

8 



M I I I I I I I I I I | | | | | | M I I I I I I I 



r i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i 

114 — — problèmes théoriques et pratiques de la planification 

ne peut être résolu qu'à l'aide des critères propres à déterminer l'ef- 
ficience plus ou moins grande des investissements, critères que nous 
examinerons au chapitre suivant. 

On notera que le fait que certaines entreprises soient en perte 
ne réduit en rien le montant du fonds d'accumulation, du moment 
que leur faible productivité était prévue par le plan. En effet, plus 
la productivité de certaines entreprises est faible par rapport à la 
productivité moyenne d'une branche, plus est, nécessairement, élevée 
la productivité d'autres entreprises par rapport à la moyenne. Ces 
dernières entreprises enregistreront donc un « profit » d'autant plus 
élevé que la « perte » enregistrée par les autres entreprises de la 
branche est plus considérable, et le « profit » global de la branche 
n'en sera pas affecté 21 . 

Le fait que certaines entreprises soient « en perte » n'en pose pas 
moins des problèmes d'organisation ; en particulier si les recettes 
de ces entreprises ne leur permettent pas de couvrir leurs dépenses* 
d'exploitation, il sera nécessaire de leur verser une subvention. Selon 
les cas, cette subvention pourra provenir soit des autres entreprises 
de la même branche (établissement d'un système de péréquation), 
soit du budget central. Il ne fait pas de doute que, du point de vue 
pratique, le fait, pour certaines entreprises, de recourir régulière- 
ment à des subventions peut n'être pas sans inconvénients, notam- 
ment en risquant de diminuer l'effort des dirigeants de ces entreprises 
en vue de réduire le plus possible leur prix de revient. 

On peut ajouter que certaines branches de la production peu- 
vent, dans leur ensemble fonctionner c à perte » si, pour une raison 
quelconque, le prix de vente de leur production a été fixé non seule- * 
ment au-dessous dé la valeur, mais même au-dessous du prix de re- 
vient. Une telle décision peut intervenir, notamment, lorsque le prix 
de revient d'une branche se trouve être momentanément et excep- 
tionnellement très élevé et que le niveau des prix pratiqués par cette 
branche peut avoir une influence décisive sur le niveau des prix de 
revient d'un grand nombre d'autres branches. Dans un tel cas, il peut 
être préférable de laisser la branche en question vendre « à perte >, 
plutôt que de bouleverser la structure d'un grand nombre de prix de 
revient. 

Comme nous l'avons dit, l'efficience avec laquelle une entre- 
prise donnée est dirigée ne peut être appréciée à partir du montant 
du c profit » réalisé par elle, car ce montant dépend, dans une large 
mesure, des conditions techniques dans lesquelles cette entreprise 
se trouve placée. Ce qui permet véritablement d'apprécier l'efficience 
avec laquelle une entreprise est dirigée, c'est le rapport entre le 



21. Noua avoua développé ce point en détail, et avec dea exemples numériques, 
dans notre article : On the problem of choice between alternative inveatment Pro- 
ject», in Soviet ttudies, n° 1 de 1950, pp. 22 à 42 (voir plus particulièrement, pp. 32- 
33). 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

les prix et les « profits > US 

prix de revient planifié de cette entreprise et son prix de revient 
effectif, à condition que la planification du prix de revient ait été 
faite correctement. On peut ajouter que toute réduction du prix de 
revient effectif d'une entreprise au-dessous de son prix de revient pla- 
nifié constitue une contribution réelle à l'augmentation du fonds 
d'accumulation. 

4. - Le cas des entreprises commerciales 

Les < profits > enregistrés par les entreprises commerciales sou- 
lèvent différents problèmes, notamment en raison de la faiblesse de 
la marge de « profit » qui peut généralement être enregistrée par 
les entreprises commerciales 33 , et en raison du rôle spécifique que 
jouent les prix de détail. C'est ce dernier point qui retiendra notre 
attention. 

Le problème qui est posé par la fixation des prix de détail et par 
les incidences de cette fixation sur le montant global des « profits » 
est le suivant : dans les achats et les ventes effectués entre entreprises, 
les déviations des prix par rapport aux valeurs ne modifient pas le 
montant total des « profits » enregistrés par l'ensemble des entre- 
prises, mais ceci à condition que lors de la vente des objets de con- 
sommation aux consommateurs, ces objets soient acquis à un prix 
global équivalant à leur valeur. 

Cela signifie qu'au niveau de la vente aux consommateurs, il 
faut que les « profits » de réalisation (ou surprofits) enregistrés par 
certaines entreprises commerciales 29 soient compensés par des 
« pertes > de réalisation d'un montant équivalent, • faute de quoi l'en- 
semble de la production n'aura pas été, en définitive, vendu à sa 
valeur. 

Or, dans cette dernière éventualité, un déséquilibre économique 
peut apparaître, étant donné qu'un des fondements de l'équilibre 
économique, dans le cadre de la planification est l'équivalence entre 
la valeur des objets de consommation destinés à la vente et le mon- 



22. Si des entreprises commerciales achètent effectivement à leur valeur les mar- 
chandises qu'elles doivent vendre aux consommateurs, et qu'elles les vendent éga- 
lement à leur valeur, c'est-à-dire en tenant compte seulement du temps de travail 
socialement nécessaire à leur activité, la marge de € profit > qu'elles peuvent enre- 
gistrer est nécessairement très faible, et ces entreprises peuvent très faeilement enre- 
gistrer des pertes, pour peu que la productivité effective du travail, dans ces entre- 
prises, soit légèrement moins élevée que celle qui avait été prévue par le plan. Cet 
inconvénient peut être éliminé, notamment, en laissant, si besoin est, les entreprises 
commerciales acheter les marchandises qu'elles doivent revendre à un prix un peu 
inférieur à leur valeur. Ceci ne suscite pas de difficultés particulières. 

23. Rappelons que ces « surprofits » apparaissent chaque fois que pour un pro- 
duit donné l'offre est inférieure à la demande (qui se manifesterait au cas où ce pro- 
duit serait vendu à sa valeur), cette insuffisance de l'offre étant due à l'affectation 
Par priorité des forces de production à d'autres objectifs que la fourniture du pro- 
duit considéré. 



116 



• problèmes théoriques et pratiques de la planification 



tant des revenus distribués et destinés à être dépensés en vue de 
couvrir les besoins personnels de ceux qui les perçoivent. 

Pour comprendre la nature du déséquilibre, qui apparaîtrait 
au cas où les objets de consommation ne seraient pas vendus globale- 
ment à leur valeur, nous pouvons prendre l'exemple hypothétique 
suivant. Soit une production d'objets de consommation destinés à la 
vente ayant une valeur de 100 milliards, et un volume de revenus 
distribués et destinés à être dépensés en vue de couvrir les besoins 
personnels de ceux qui les perçoivent se montant également à 
100 milliards. Dans ces conditions, l'équilibre est formellement réa- 
lisé. 

Pourtant, si certains objets de consommation ne sont pas pro- 
duits en quantités suffisantes pour satisfaire la demande qui se ma- 
nifesterait s'ils étaient vendus à leur valeur, il est nécessaire de les 
vendre à un prix plus élevé. Soit 30 milliards la valeur de ces objets 
de consommation, et 40 milliards le prix global auquel il est néces- 
saire de les vendre pour qu'il ne reste pas de demande insatisfaite. A 
ce prix de 40 milliards, les entreprises commerciales enregistrent un 

< profit » de réalisation de 10 milliards (en supposant que la re- 
cette supplémentaire ainsi obtenue ne soit pas directement absorbée 
par un impôt) ; mais, d'autre part, la population ne dispose plus, 
pour effectuer ses autres achats, que de 60 milliards, alors que la va- 
leur des objets de consommation restants est de 70 milliards. Par 
conséquent, il faut ou bien vendre avec une « perte » de réalisation 
de 10 milliards les objets de consommation restants, ou bien voir se * 
faire jour un déséquilibre se manifestant par la mévente d'un certain 
nombre d'objets de consommation, d'une valeur de 10 milliards. 

Ceci montre que les « profits > de réalisation ne peuvent pas 
concourir à la formation du fonds d'accumulation, et que seuls le 
peuvent les « profits » de production. Il est clair, d'ailleurs, que les 
ventes à la population ne peuvent jamais fournir un montant de re- 
cettes supérieur au montant des revenus versés à la population. 

Par contre, le risque existe de voir apparaître un décalage entre 
les dépenses de la population et ses recettes, sous la forme d'une insuf- 
fisance des premières par rapport aux secondes, d'où une possibilité de 
gonflement exagéré des disponibilités monétaires de la population". 
Ce risque apparaît surtout lorsqu'une partie des objets de consomma- 
tion est vendue au-dessous de sa valeur, c'est-à-dire moyennant une 

< perte » de réalisation. Dans ce cas, pour éviter un gonflement de la 
circulation, il est nécessaire de vendre une autre partie des objets de 



24. Dans la mesure où ces disponibilités ne sont pas fixées par les différentes 
formes de l'épargne. 



1 I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



lei prix et les « profita » : 117 

consommation à un prix supérieur à sa valeur, de façon à compenser la 
< perte > de réalisation par un < profit > équivalent 29 . 



Finalement, nous pouvons dire que l'équilibre économique plani- 
fié est caractérisé par le fait qu'il ne laisse place qu'à des < profits de 
production >, à des profits qui se réalisent non dans de l'argent, mais 
dans un surproduit. Il nous faudra voir, ensuite, de façon plus précise, 
comment on peut envisager l'apparition d'un tel surproduit, sans que 
cela entraîne une surproduction ; pour cela, il nous faudra traiter du 
problème général de Féquilibre économique, mais, avant, nous devons 
examiner deux autres questions importantes : celle de la détermination 
de la technique la plus avantageuse et celle de l'utilisation des richesses 
naturelles. 



25. Dans une certaine mesure, c'eat cette politique qui a été auivie en Union 
soviétique au cours de la guerre : les denrées rationnées ont été vendues au-dessous 
de leur valeur, tandis que les magasins c commerciaux > vendaient des marchan- 
dises à des prix supérieurs à leur valeur ; mais dans ce cas intervenait un facteur 
supplémentaire : l'excédent momentané du volume des revenus distribués par rap- 
port à la valeur totale des objets de consommation disponibles. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I 1 I I I I I I | I 



< I ■ I I I l i ï I I I I I I i i l l 



1,11 I I I < I I I I I I I I I I I I I I I I I ,, , 



Détermination de la technique 
la plus avantageuse 



An cours des développements qui précèdent, nous avons snpposé 
donner les procédés techniques à mettre en œuvre pour obtenir on 
certain volume et une certaine qualité de production. En effet, à tout 
moment, la majeure partie de la production provient d'un outillage déjà 
existant, ayant des caractères techniques déterminés, ce qui permet ef- 
fectivement de calculer quelles sont les quantités de matières premiè- 
res, d'énergie et de main-d'œuvre nécessaires à l'obtention d'une cer- 
taine production. 

Il n'en reste pas moins que dans une économie dynamique des chan- 
gements constants doivent être apportés à l'équipement existant, soit par 
adjonction d'un équipement supplémentaire, soit par la modification de 
telle ou telle technique, soit par abandon de tel ou tel outillage plus ou 
moins désuet et son remplacement par un autre. 

Les changements à apporter à l'équipement soulèvent d'importan- 
tes questions : sous quelle forme concrète doit se présenter l'équipement 
supplémentaire destiné à l'obtention d'une production donnée, dans 
qmels cas est-il économiquement avantageux de modifier ou de rempla- 
cer un outillage existant, où convient-il d'implanter une production 
nouvelle, etc. ? 

S'efforcer de résoudre ces questions, c'est rechercher quelle est, à 
un moment donné, la technique la plus avantageuse, celle qu'il convient 
de mettre en œuvre pour obtenir un certain résultat, dont la nature et 
l'ampleur ont été préalablement déterminées par un ensemble de choix 
antérieurs. 

Ce qui fait la complexité de ce problème, c'est qu'à tout moment 
il n'est économiquement possible de réaliser qu'un nombre limité de 
modifications techniques. En effet, le plan doit déterminer à l'avance 
la part du revenu national allant à la consommation et la part du re- 
venu national allant à l'investissement. Cette répartition résulte de dé- 
cisions prises centralement, sur la base de considérations d'équilibre 



120 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

économique et compte tenu du rythme de développement économique 
qu'il apparaît nécessaire de réaliser (c'est là an problème que nous 
examinerons au cours de chapitres ultérieurs). De même, la répartition 
des investissements entre le secteur productif et le secteur non productif 
(habitation, éducation, médecine, etc.) est déterminée par le plan, sur 
la base d'estimations globales des besoins et des ordres d'urgence. 

Par conséquent, au cours de chaque période, la production de 
moyens de production est limitée à un volume donné, ce qui, le plus 
souvent, exclut la possibilité de réaliser en même temps toutes les modi- 
fications et innovations techniques abstraitement souhaitables, et oblige 
à ne retenir chaque fois que les plus « efficientes > d'entre elles. 



I. - Notions fondamentales 

1. - Le principe de l'économie de travail 

Le principe qui, certainement, doit déterminer les choix à opérer 
entre différentes techniques, lorsque des raisons générales, sociales ou 
politiques, ne déterminent pas d'avance ces choix, est le principe de 
Véconomie du travail. 

Cela signifie que si plusieurs possibilités techniques s'offrent pour 
obtenir certains résultats, on retiendra, sauf si un motif politique ou 
social s'y oppose 1 , celles qui permettent d'obtenir ces résultats avec le 
minimum de dépenses de travail 3 . Cependant, les véritables difficultés 
commencent lorsqu'il s'agit d'appliquer concrètement ce principe gé- 
néral. 

2. - Le point de vue « technicien » 

Une certaine interprétation du principe de l'économie de travail, 
interprétation vers laquelle s'orientent facilement les techniciens des 
différentes branches de la production, consiste à considérer que les in- 
vestissements les plus avantageux sont ceux qui permettent d'obtenir 
un certain résultat dans leur propre branche, moyennant la plus faible 
dépense de travail. 



1. Par exemple, du point de vue de la localisation industrielle, il pourrait appa- 
raître souhaitable de grouper toute une série de productions dans une ville donnée, 
grâce à quoi de considérables économies de travail pourraient être réalisées, mais des 
raisons sociales (désir d'éviter la congestion urbaine) ou politiques (désir de déve- 
lopper économiquement de nouvelles régions) peuvent s'opposer â l'adoption d'une 
décision qui serait déterminée par la seule considération de l'économie de travail. 

2. L'importance des dépenses de travail doit être exprimée à la fois quantitative- 
ment et qualitativement (une heure de travail pénible ou complexe représentant un 
multiple d'une heure de travail simple). 






I I I I I I I » I I I I I I I I I I | | | | | | | 



détermination de la technique la plus avantageuse 



121 



Ainsi, si la production annuelle d'électricité doit être augmentée 
d'un certain nombre de centaines de milliers de kilowatts et que l'on 
puisse choisir entre différentes techniques permettant d'obtenir cette 
production moyennant des dépenses de travail plus ou moins importan- 
tes, on pourra avoir tendance à considérer que la technique la plus 
avantageuse est celle qui rend possible l'obtention du résultat souhaité 
moyennant la dépense de travail la plus faible, indépendamment du 
montant des investissements qui doivent être effectués à cette fin. 

Supposons que, pour obtenir une production de 100 unités d'un 
produit (par exemple de kilowatts ou de milliers de kilowatts d'élec- 
tricité) nous ayons à choisir entre différentes techniques ou « varian- 
tes » ayant les caractéristiques suivantes' : 



S 

1 


Montant de 

l'investi gsement 

(en unités 

de travail*) 


« 
Si 

? a 

** 9 

1 a 

Q— ' 


Prodoction 

(en unités 

de produit) 


Frais anuels bruts 
(en unités de travail*) 


•o 

a '3 
Si o 

Q, a 

.S e 

m 'V 


Economie 
cnuuelle pour les 

var. n, m 

(par rapport 

à la variante I) 


'u 

1 


•> 

3 


<3 m 

£'3 

a *• 


"3 

o 


I .. 

n .. 

m .. 


1.000 
2.000 
3.000 


20 
25 
30 


100 
100 
100 


50 
80 
100 


670 
580 
480 


720 s 

660 

580 


7,2 
6,6 
5,8 


60 
140 



* Les c unités de travail > peuvent être soit des heures, des journées ou 
des semaines de travail. Comme nous l'avons déjà indiqué, le problème est de 
ramener a une unité commune (homogène) des heures de travail hétérogènes. 
C'est également un problème auquel les économistes et statisticiens soviéti- 
ques se sont attaqués et pour lequel diverses solutions ont été proposées ; la 
solution la plus généralement admise consiste à considérer que le rapport 
dans lequel se trouvent les salaires horaires est le même que le rapport de 
productivité des différentes catégories de travaux. Cette solution n'est d'ail- 
leurs pas exempte de critiques. De toute façon, nous admettrons ici qu'une 
solution suffisamment correcte a été donnée à ce problème. 

Dans ces conditions, une interprétation étroite du principe de 
l'économie de travail aboutirait à adopter, en toutes circonstances, la 
variante III qui, moyennant la plus faible dépense annuelle de travail 
(travail courant, travail incorporé dans les équipements initiaux et 
travail incorporé dans les matières premières, combustibles, etc.) per- 
met d'obtenir le nombre voulu d'unités de produits. 

Or, cette interprétation du principe de l'économie de travail peut 



3. Ce tableau s'inspire d'un tableau analogue proposé par l'académicien sovié- 
tique G. Stroumo.ine, dans son article : Le facteur temps dans la planification des 
investissements capitaux, in Bulletin de V Académie des Sciences de VU. R. S. S. (Sé- 
rie Economie et Droit, n° 3 de 1946). 



■ ■ I I I I I I I I I I I I I I I I I | | | | | | 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

122 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

être tout à fait erronée. En effet, en investissant 3.000 unités de travail 
dans la production considérée — dans la production d'électricité — 
c'est-à-dire en investissant 2.000 de plus que le minimum indispensable 
'(un investissement de 1.000 est indispensable puisque, de toute façon, 
il est demandé, en vertu des objectifs généraux du plan, d'accroître de 
100 unités la production annuelle), il se peut qu'on soit obligé de re- 
noncer à un investissement plus avantageux ailleurs. On pourra con- 
sidérer qu'un tel investissement plus avantageux, plus efficient, est pos- 
sible ailleurs, si les 2.000 qui, dans la production d'électricité permet- 
tent d'économiser 140 unités de travail par an permettent, étant inves- 
tis dans une autre branche, d'économiser davantage de travail chaque . 
année. 

3. - La notion d'efficience des investissements 

On voit ainsi que la recherche de l'économie de travail maximum, 
dans une branche peut fort bien être en contradiction avec l'obtention 
de l'économie de travail maximum dans Vensemble de Véconomie. Or, 
dans une économie planifiée, ce qui doit être recherché c'est un résul- 
tat satisfaisant pour l'économie tout entière, et pas seulement pour une 
branche en particulier. 

C'est parce que, à chaque moment, les possibilités d'investissements 
sont limitées par l'importance du fonds d'accumulation qu'il n'est pas 
possible de pousser, dans chaque branche particulière, la productivité 
du travail au niveau le plus élevé techniquement possible sans risquer 
de faire obstacle à l'accroissement au maximum, économiquement réa- 
lisable, de la productivité du travail à l'échelle de la société tout en- 
tière. En effet, si on cherche à adopter dans certaines branches des va- 
riantes exigeant des investissements « exagérés », d'autres branches de- 
vront fonctionner sur la base d'investissements « trop faibles », si bien 
que l'on risque, du point de vue de la productivité sociale du travail, de 
perdre plus dans ces dernières branches que ce qu'on aura gagné dans 
les premières. 

Le véritable problème consiste à adopter dans chaque branche la 
ou les variantes qui, combinées aux variantes adoptées dans les autres 
branches, permettront, à l'échelle sociale, d'accroître au maximum, 
compte tenu de l'importance du fonds social d'investissements, la pro- 
ductivité du travail dans l'économie tout entière. H s'agit donc, à cha- 
que moment, de rechercher les investissements qui contribuent le plus 
à l'augmentation de la productivité du travail pour l'ensemble de l'éco- 
nomie. 

S'il en est ainsi, nous pouvons dire que Vefjicience d'un investis- 
sement dépend de la contribution à l'accroissement de la productivité 
sociale du travail. Cette définition générale admise, la question est de 
savoir comment mesurer la < contribution » qu'un investissement donné 
apporte à l'augmentation de la productivité sociale du travail. 

Précisément, sur le problème de la mesure de l'efficience des inves- 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

détermination de la technique la plus avantageuse ■ 123 

tissements, des points de vue très différents ont été développés, notam- 
ment par les économistes soviétiques. Ces points de vue se sont expri- 
més tantôt sous la forme d'une certaine pratique économique, tantôt 
sous la forme de conceptions théoriques systématiquement dévelop- 
pées 4 . Examiner chacun de ces points de vue ou de ces conceptions nous 
mènerait trop loin. Notre hut, ici, sera seulement de résumer les idées 
essentielles, et d'essayer de montrer dans quel sens il semble qu'une 
conclusion puisse être dégagée. Il nous paraît, en effet, prématuré de 
proposer une solution définitive, alors que la discussion sur cet impor- 
tant sujet est encore en cours en Union soviétique, pays dans lequel les 
recherches théoriques et pratiques sur cette question ont pu être menées 
le plus loin. 

Parmi les principaux points de vue qui, à notre avis, méritent d'être 
examinés, soit parce qu'ils doivent être rejetés, soit parce qu'ils peu- 
vent servir de base à une solution possible du problème, nous retiendrons 
le point de vue de la rentabilité et celui du taux d'économie, ainsi que 
les conceptions de Stroumiline, de Tchemomordik et de Mstislavaki 5 . 

II. - Le critère de la rentabilité 

1. - Rentabilité et efficience 

Devant les difficultés que soulève la mesure de l'efficience des in- 
vestissements, certains praticiens de l'économie planifiée ont cru pos- 
sible de retenir comme critère pratique de cette efficience la « renta- 
bilité » des investissements, transposant ainsi dans un cadre économique 
et social nouveau le critère capitaliste du profit — critère d'ailleurs 
désormais limité dans son application au choix entre diverses techni- 
ques, à l'exclusion du choix des branches de production ayant ou non 
à être développées. 

La mise en œuvre du critère de rentabilité semblerait pouvoir se 
justifier par différentes considérations. En particulier, si l'on exige un 
« rendement minimum » de tout investissement, on sera conduit, 
semble-t-il, à écarter des investissements qui portent sur des montants 
« exagérés > par rapport aux avantages qu'ils présentent. En outre, on 
s'assurera ainsi que les sommes c avancées » par l'ensemble de l'écono- 
mie à une branche de la production en vue d'être investies par elle 



4. Parmi les principales contributions relatives à cette question, citons : StbOU- 
milinb, article cité du B. A. S. de mars 1946 ; Tchernomorduc, L'efficience des in- 
vestissements capitaux et la théorie de la reproduction, in V '. £., n° 6 de 1949 ; P. 
Mstislavski, Quelques questions relatives à l'efficience des investissements capitaux 
dans l'économie soviétique, in V. £., n° 6 de 1949. — A. Emelyanov, Méthodes en 
vue de mesurer l'efficience de l'emploi des machines dsns l'économie soviétique, in 
V. E., n° 11 de 1949. On trouvera une traduction des trois premiers articles dans les 
Etudes économiques, et un résumé du dernier dana S. S., numéro d'avril 1950. 

5. Cf. la note ci-dessus. 



124 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



pourront être « remboursées » dans un délai « raisonnable ». C'est ainsi 
qu'a pris corps parmi les praticiens soviétiques chargés de déterminer 
les variantes d'investissements les plus avantageuses la notion de 
c norme de rendement » et celle de c délai de recouvrement ». 

Pour illustrer ce qui précède, nous reprendrons l'exemple du ta- 
bleau I. En appliquant une certaine c norme de rendement » aux in- 
vestissements, par exemple de 10 % par an, on sera conduit à adopter 
la variante qui, compte tenu de cette c charge d'intérêt fictif » permet- 
tra d'obtenir le c coût » le plus faible. Ainsi, on aurait les coûts unitai- 
res suivants : 



Variante I 
Variante II 
Variante III 



7,2 


+ 


1 


= 


8,2 


6,6 


+ 


2 


= 


8,6 


5,8 


+ 


3 


= 


8,8 



En conséquence, on retiendrait la variante I comme étant économi- 
quement la plus avantageuse. 

La notion de « délai de recouvrement » suppose connu, d'une part, 
le prix auquel se vendra la production considérée, prix qui dépend, en 
règle générale, du coût social moyen, et, d'autre part, le coût monétaire 
ou prix de revient de cette production. Le coût monétaire est inférieur 
an coût en travail parce que le travail vivant dépensé pour obtenir une 
production est nécessairement rémunéré par un salaire représentant une 
valeur inférieure à la valeur produite, ceci pour que se forme un fonds 
d'accumulation. Ainsi, en admettant que pour les variantes I, II et III, le 
nombre d'unités de travail vivant dépensées chaque année pour obtenir 
une production de 100, est, respectivement, de 300, 250 et 200, et que 
la rémunération monétaire de ce travail vivant est, respectivement de 
225, 187,5 et 150*, on obtient les coûts monétaires suivants, pour la pro- 
duction annuelle : 

Variante I 645 

Variante II 597,5 

Variante m 530 



Si le prix auquel cette production peut s'écouler est de 750, le 
profit annuel réalisé sera : 

Variante I : 105 Variante II : 152,5 Variante m : 220 



6. Ce qui implique que sur la valeur fournie par une heure de travail productif, 
75 % servent à la rémunération monétaire de ce travail et 25 % au financement des 
investissements et des dépenses improductives. 



I I I I I I I I I I 



I f I I I I I I 



détermination de la technique la plus avantageuse 125 

Ce qui donne les « délais de recouvrement » suivants : 

1.000 
Variante I = 9,5 ans 

105 

2.000 

Variante II = 13,2 — 

152,5 

3.000 

Variante m = 13,6 — 

220 

En conséquence, ici encore, on retiendrait la variante I, comme 
étant capable de c se rembourser elle-même » le plus rapidement. 

2. - Critique du critère de rentabilité 

L'utilisation du critère de rentabilité comme moyen d'apprécia- 
tion de l'efficience d'une variante a fait l'objet de critiques nombreuses 
et certainement justifiées. H ne peut être question de reprendre ici tou- 
tes ces critiques ; nous nous contenterons de résumer les principales 
d'entre elles. 

A. — Absence de base objective pour V adoption d'une norme de renta- 
bilité minimum 

Si l'on accepte l'idée selon laquelle l'application d'un « taux d'in- 
térêt fictif » permet d'éliminer les investissements « exagérés » par 
rapport aux avantages qu'ils présentent (c'est-à-dire les investissements 
qui ne sont pas assez efficients), on est amené à ee demander à quel 
taux il convient de fixer cette norme de rentabilité minimum. Fixera-t- 
on ce taux à 5 %, à 10 %, ou à un autre chiffre ? 

Dans le cadre de la société capitaliste, l'existence d'un marché des 
capitaux et d'un marché monétaire a pour conséquence la formation 
automatique d'un taux du profit et d'un taux de l'intérêt, à partir des- 
quels les capitalistes effectuent leurs calculs de rentabilité, mais une 
économie socialiste planifiée de façon centrale ne connaît rien de sem- 
blable et, en conséquence, la « norme de rentabilité » que l'on adoptera 
(ou le « délai de recouvrement » au-delà duquel on déclarera qu'il ne 
faut pas aller) sera purement arbitraire et dénuée de signification ob- 
jective. 

I. — Essais en vue de donner une base objective aux normes adoptées 

Il est vrai que l'on peut essayer de donner une base objective à de 
telles normes. C'est ce que nous avons essayé de faire lorsque, dans la 
première édition de ce livre, nous avons proposé que soit calculé un 
« taux moyen du profit » (sous forme d'un rapport entre l'accumulation 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I f I I I I I I | 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



126 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



courante et l'accumulation déjà réalisée) analogue à celui qui se 
forme spontanément dans le cadre du capitalisme et que, chaque 
fois que pour l'obtention d'un résultat donné plusieurs types d'in- 
vestissement sont possibles, l'on adopte celui qui permette de réa- 
liser le < prix de production » le plus faible (ce prix de production 
étant lui-même calculé en ajoutant au prix de revient une c charge 
d'intérêt fictif » obtenue par application du < taux moyen du pro- 
fit »). Nous pensions alors avoir trouvé une base objective, reflé- 
tant les conditions réelles de la production et de l'accumulation, au 
calcul d'une norme de rentabilité minimum. 

De même divers auteurs soviétiques ont proposé de calculer des 
coefficients d'efficience en partant des rapports de l'accumulation 
au produit social ou du rapport de l'accumulation au revenu natio- 
nal 7 . Egalement, il a été proposé par l'économiste soviétique Tcher- 
nomordik d'utiliser, à titre auxiliaire 8 , lors du choix entre plusieurs 
variantes, un taux d'intérêt fictif calculé en rapportant l'accroisse- 
ment de l'accumulation de l'année courante à la somme des investis- 
sements de l'année précédente*. L'auteur indique que des calculs ap- 
prochés effectués sur cette base font ressortir pour l'année 1932 un 
« coefficient d'efficience > des investissements industriels d'environ 
20 ■% et même un pourcentage plus élevé pour les années 1932 à 1937. 
C'est en appliquant ce taux d'intérêt fictif, d'une part au supplément 
d'investissement exigé par les variantes les plus onéreuses et, d'autre 
part, aux économies que ces variantes permettent de réaliser dans les 
frais d'exploitation que Tchemomordik calcule les « délais de re- 
couvrement » caractéristiques de chaque variante ; ce qui laisse d'ail- 
leurs ouverte la question de savoir quel sera le c délai de recouvre- 
ment optimum » 10 . 

H. — Critique de ces essais 

Ces différentes tentatives en vue de trouver une base objective 
à une norme minimum de rentabilité nous paraissent condamnées à 
l'échec. 'Ceci, d'une part, parce qu'il n'existe pas, dans une économie 



7. Cf. les indications données à ce sujet par Tchebnomobdck dans son article ci- 
dessus cité (p. 30 de la trad. allemande). 

8. c A titre auxiliaire > car, ainsi que nous le verrons, cet auteur se prononce 
contre une utilisation automatique et générale d'une norme de rentabilité. 

9. Tchebnomordik, art. cit., trad. allemande, p. 29. 

10. Cette méthode combine donc la mise en œuvre d'un taux d'intérêt fictif et la 
prise en considération d'un < délai de recouvrement >, calculé d'une façon parti- 
culière. Ainsi, si on a le choix pour obtenir un même résultat entre un investisse- 
ment de 2.000, entraînant un coût d'exploitation annuelle de 1.500 et un investisse- 
ment de 6.000 entraînant un coût d'exploitation annuelle de 400, on voit qu'au bout 
de cinq ans la différence entre les deux investissements, soit 4.000, augmenté de 20 % 
par an, soit 4.000 (total 8.000) est à peu près couverte par les économies annuelles de 
1.100 augmenté de 20 % par année écoulée depuis la réalisation de l'économie 
(7.700 en cinq ans). Le délai de recouvrement est donc ici d'un peu pins de cinq ans. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

détermination de la technique la plus avantageuse 127 

planifiée, de c taux » ou de « coefficient » ou de « délai » ayant une 
signification « objective » ; d'autre part, et surtout, parce que, ainsi 
que nous le verrons au cours du paragraphe suivant, il n'y a pas de 
corrélation, entre la « rentabilité » d'un investissement et son effi- 
cience du point de vue de Féconomie considérée dans son ensemble. 

Toutes les tentatives en vue de calculer une « norme objective » 
de rentabilité se réduisent à dégager certains rapports constatés à 
l'échelle de l'économie nationale entre le montant des investisse- 
ments courants ou de l'accumulation courante, avec l'accumulation 
passée, ou avec le revenu national, ou l'accroissement de l'accumula- 
tion, etc. Or, de deux choses l'une, ou bien ces rapports sont ceux du 
plan en cours, et par conséquent leur grandeur est déterminée par la 
nature des variantes elles-mêmes, et on tourne dans un cercle lors- 
qu'on prétend, à partir de ces rapports, déterminer les variantes à 
adopter ; ou bien, ces rapporte sont ceux constatés dans le passé, au 
cours d'une période déjà écoulée, et dans ce cas, d'une part, ces rap- 
ports résultent de l'adoption antérieure de variantes dont il faudrait 
être assuré qu'elles ont été les plus efficientes possibles, et, d'autre 
part, ces rapports sont ceux d'une période écoulée, sont ceux du 
passé, et rien ne garantit qu'ils soient significatifs dans les circons- 
tances nouvelles du présent et de l'avenir. 

Cependant, comme nous l'avons dit ci-dessus, la principale cri- 
tique que l'on puisse adresser à la mise en œuvre d'une « norme de 
rentabilité », que celle-ci soit fixée à partir de « données objectives » 
ou € arbitraires », c'est qu'il n'y a pas de rapport nécessaire entre la 
« rentabilité » d'un investissement et son efficience pour l'économie 
considérée dans son ensemble. 

B. — Divergences entre c rentabilité » et efficience 

Dans le cadre de l'économie capitaliste, la rentabilité a une si- 
gnification bien précise : elle indique la mesure dans laquelle un 
capitaliste peut, au moyen d'un capital donné, investi de telle ou 
telle façon, s'approprier la plus-value fournie par le travail salarié. Elle 
est une mesure de 1' < efficience » de son capital pour le capitaliste, 
cette € efficience » étant précisément constituée par la capacité d'un 
capital de rapporter un profit. Mais cette < efficience » là n'a rien à 
voir avec l'efficience d'un investissement pour l'économie nationale 
prise dans son ensemble. 

Si, comme nous l'avons dit au début, l'efficience d'un investisse- 
ment est constituée par sa contribution à l'accroissement de la produc- 
tivité du travail, il est facile de voir qu'efficience et rentabilité peuvent 
fort bien diverger. En effet, pour une variante donnée, la contribution 
qu'un investissement effectué selon cette variante peut apporter à la 
productivité du travail est une grandeur déterminée, alors que la ren- 
tabilité est une grandeur indéterminée, qui dépend de circonstances in- 
dépendantes de la productivité du travail. 



128 — problèmes théoriques et pratiques de la planification 

Dans l'exemple du tableau I, on constate que si on adopte la va- 
riante ME, l'investissement supplémentaire de 2.000 exigé par cette va- 
riante permet d'accroître la productivité du travail de 25 %, tandis 
que l'investissement supplémentaire de 1.000 exigé par la variante II 
contribue seulement à accroître la productivité du travail d'un peu plus 
de 9 %. 

Il est possible que, selon les circonstances, ces 25 % ou ces 9 % 
soient considérés comme suffisants ou non, c'est là un point smr lequel 
il y aura lieu de revenir, mais ce n'en sont pas moins des grandeurs 
déterminées par les caractéristiques propres des différentes variantes ;• 
il en est tout autrement de la « rentabilité » de chaque variante. 

Ainsi, pour commencer par la notion de « délai de recouvrement », 
telle qne nous l'avons exposée ci-dessus, nous avons vu que sur la base 
d'un prix de vente de 750 pour l'ensemble de la production annuelle, 
ce « délai de recouvrement » était le plus court pour la variante I, avec 
9,5 ans, tandis qu'il était le plus long pour la variante III, avec 13,6 ans. 
Ce qui fait apparaître la variante I comme plus < rentable » que la va- 
riante III, et ceci de 1,6 fois. 

Mais il suffit que le prix de vente soit un peu plus faible, par 
exemple de 690, pour que l'on aboutisse à des conclusions tout à fait 
différentes. Avec un tel prix, le profit annuel réalisé sur la variante I 
tombe à 45 et celui réalisé avec la variante IH à 160, ce qui donne un 
délai de recouvrement de 22,2 ans pour la variante I et de 18,7 ans pour 
la variante HI. Autrement dit, à ce nouveau prix, la variante HI appa- 
raît comme plus rentable que la variante I, et ceci de 1,2 fois. 

Ainsi, de faibles changements de prix modifient totalement le rap- 
port des rentabilités, qui apparaissent donc sans corrélation avec l'ef- 
ficience des investissements. D faut d'ailleurs ajouter que cette notion 
de rentabilité ne peut pas s'appliquer aux investissements qui ont lieu 
dans les branches d'activité qui ne vendent pas leurs produits ou leurs 
services à un certain prix (investissements culturels ou sociaux), alors 
que pour ces branches, aussi, un critère d'efficience est indispensable. 

Si la « rentabilité » est calculée à partir d'un taux d'intérêt fictif, 
il est facile de voir que, selon le taux adopté, tantôt une variante, tan- 
tôt une autre apparaît comme avantageuse. Ainsi, dans l'exemple de 
la page 226, un taux d'intérêt de 10 % faisait ressortir la variante I 
comme plus avantageuse que la variante IÏI, avec un « coût » de 8,2 
contre 8,8. Mais avec un taux de 5 %, la variante I fait ressortir un 
coût de 7,7, alors que la variante HI fait ressortir nn coût de 7,3. Dans 
ce cas, c'est la variante DU qui serait plus avantageuse que la variante I. 

C. — Conclusions sur le critère de la rentabilité 

Au total, dans une économie planifiée, le critère de la reutabilité 
d'un investissement ne s'identifie nullement avec celui de son efficience. 
Le critère de la rentabilité a un sens précis pour le capitaliste indivi- 
duel, qui a uniquement en vue le profit qn'il peut réaliser en effectuant 



I I I I I I I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I f I 



détermination de la technique la plus avantageuse — 129 

un Investissement. Dans l'économie planifiée le problème est tont 
autre, il s'agit de déterminer la < rentabilité » à l'échelle de l'écono- 
mie tout entière, ce qui laisse parfaitement indifférent le capitaliste 
individuel 11 . 

Comme le dit l'académicien soviétique Stroumiline, la notion 
d'une rentabilité inhérente aux investissements se rattache à < l'idée 
fausse de l'auto-accroissement dans le temps de la valeur des investis- 
sements capitaux » 12 , idée qui exprime le fait que, dans la société ca- 
pitaliste, les propriétaires des moyens de production ont la possibilité 
de prélever à leur profit une part du revenu national créé par le tra- 
vail vivant, part que les conditions de la société capitaliste leur font 
apparaître non pas comme le produit du travail vivant, mais comme 
le produit du travail mort, cristallisé dans les moyens de production. 
Le calcul de la rentabilité capitaliste exprime la préoccupation des 
propriétaires des moyens de production qui aspirent à s'approprier la 
part la plus importante possible du revenu national, pour une valenr 
donnée de leur capital. Ceci n'a aucun rapport avec un calcul visant 
à porter au plus haut niveau possible la productivité du travail. 

Ces remarques ne doivent évidemment pas nous amener à conclure 
que la notion de rentabilité n'a plus aucune place dans une économie 
planifiée. En effet, d'une part, on peut considérer que l'efficience des 
investissements, constitue, selon l'expression de Tcheraomordik, leur 
< rentabilité > à l'échelle de l'économie nationale. D'autre part, à 
l'échelle des différentes branches de la production, la notion de ren- 
tabilité a un sens précis, elle signifie que la plupart des branches de la 
production doivent être « rentables », c'est-à-dire qu'elles doivent con- 
courir à la formation du fonds social d'accumulation — mais c'est là 
un problème de planification des prix de vente et des prix de revient — 
et non au problème de choix entre différentes techniques. 

La notion de rentabilité conserve également une importance dans 
l'estimation, sur nne base comptable, de la gestion courante des diffé- 
rentes entreprises, les variations de leur < rentabilité » constituent en 
effet un indice commode de la manière dont elles fonctionnent. Mais 
ceci est du domaine de la réalisation du plan et du contrôle de son exé- 
cution, et non du domaine de l'élaboration du plan. 

Le critère de la rentabilité appliqué à l'échelle de l'entreprise sou- 
lève cependant encore une importante question, que nous devons exa- 
miner ici. Cette question est la suivante ; Dans quelle mesure convient- 
Il de laisser fonctionner une entreprise déficitaire, c'est-à-dire non ren- 
table, en supposant que le déficit que cette entreprise enregistre est dû 
non à une mauvaise gestion mais à des raisons techniques d'une nature 
et d'une importance telles que leur élimination équivaudrait au rempla- 
cement de l'entreprise existante par une entreprise nouvelle. Nous som- 
mes bien ici en présence d'un choix à opérer entre deux variantes ! l'nne 
représentée par l'entreprise existante, l'autre par une entreprise de 



11. Ci. TCHEBNOMORDIK, op. cit., p. 16. 

12. Stboumuhœ, op. cit., p. 201. 



1 ' « i " I • I ■ I " I ■ I I I I I I I 1 I I 1 I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



130 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



remplacement", problème posé, du moins apparemment, par la < non 
rentabilité » de l'entreprise existante. 

Comment convient-il de résoudre ce problème ? Pour répondre 
à cette question il faut examiner, d'une part, l'origine du déficit cons- 
taté, d'autre part, les conséquences de la fermeture de l'entreprise dé- 
ficitaire et de son remplacement par une autre entreprise. 

Le déficit d'une entreprise peut provenir soit des conditions mo- 
nétaires dans lesquelles fonctionne cette entreprise, soit des conditions 
techniques (soit, évidemment, d'une combinaison de ces deux facteurs) . 

L'action des conditions monétaires sera constituée, notamment, pax 
la fixation d'un prix de vente de la production inférieur à sa valeur 11 ; 
il est évident que, dans un tel cas, l'apparition d'un déficit n'a aucun 
rapport avec l'efficience de l'entreprise considérée et que ce déficit ne 
peut constituer, par lui-même, une raison pour fermer cette entreprise et 
la remplacer par une autre 13 . 



13. Il faut bien noter que le problème n'est pas seulement de supprimer l'entre- 
prise déficitaire, mais de la remplacer : En effet, si la production de cette entre- 
prise est nécessaire pour couvrir les besoins sociaux, il faudra bien la remplacer et, 
si elle n'est pas nécessaire, il convient de la fermer à plus ou moins brève échéance, 
qu'elle soit rentable ou déficitaire, le but de la production n'étant pas le « profit > 
mais la satisfaction des besoins. 

14. Ou, inversement, dans la fixation du prix d'achat de certaines matières pre- 
mières ou d'une partie de l'outillage, etc., à un niveau supérieur à celui qui corres- 
pondrait à leur valeur. La politique des prix n'étant pas déterminée seulement par 
des considérations étroitement économiques, de tels cas peuvent se produire. 

15. La question de savoir si c'est le facteur « prix de vente > qui est responsable 
du déficit se résout, en règle générale, de la façon suivante : 

Si l'entreprise considérée est seule dans toute l'économie à fournir le type de 
production qui est le sien, cette entreprise s'identifie avec une branche de la pro- 
duction et, donc, le temps de travail dépensé pour fournir sa production est le temps 
de travail socialement nécessaire* ; par conséquent, si le prix de vente fixé ne lui 
permet pas de couvrir ses frais et de participer à la formation du fonds d'accumula- 
tion sociale proportionnellement à l'importance des forces de travail productives qui 
se dépensent en son sein, c'est que ce prix de vente a été fixé à un niveau inférieur 
à celui qui correspondrait à la valeur sociale de la production. 

Si l'entreprise considérée n'est qu'une unité parmi d'autres entreprises fournis- 
sant le même type de production, c'est le temps de travail dépensé dans l'ensemble 
de la branche qui, pour autant que la gestion a été correcte, représente le temps de 
travail socialement nécessaire ; en conséquence, la conformité du prix de vente à la 
valeur sociale, ou les écarts de ce prix par rapport à la valeur, ressortiront de la pro- 
portionnalité, ou de la non-proportionnalité, par rapport aux forces de travail qu'elle 
met en œuvre, de la participation de la branche dans son ensemble à la formation du 
fonds d'accumulation** ; noue ne pouvons examiner ici ce point plus longuement, 

* Nous rappelons que ce qui est en examen, c'est le fonctionnement déficitaire d'une 
entreprise dû non a sa mauvaise gestion (et dans le cas de mauvaise gestion le temps 
de travail dépensé serait supérieur au temps de travail nécessaire), mais à des raisons 
techniques. Dans la pratique, la comparaison entre le prix de revient planifié (sur la 
base du temps de travail nécessaire) et le prix de revient effectif, permettra en principe, 
de faire la part des éléments de gestion et celle des éléments techniques. 

•• Au cours de discussions que nous avons eues avec des économistes partisans 
d'une € planification décentralisée » (cf. chap. I" ci-dessus), 11 nous est apparu que la 
principale objection que ces économistes opposaient a une comptabilité en temps de 
travail était non pas d'ordre théorique, mais d'ordre pratique. Ces économistes admet- 
taient qu'en longue période, même < dans leur système », les prix s'adapteraient au 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

détermination de la technique la plus avantageuse 131 

L'action des conditions techniques est plus complexe, il est donc 
nécessaire d'en préciser rapidement la nature. Cette action résulte es- 
sentiellement du fait que la productivité du travail dans l'entreprise 
déficitaire est sensiblement inférieure à la productivité moyenne du 
travail dans l'ensemble de la branche de production dont cette entre- 
prise fait partie 16 , si bien que même en vendant sa production à sa va- 
leur sociale l'entreprise considérée ne couvre pas ses frais et enregistre 
un déficit. C'est donc en raison d'une certaine dispersion des producti- 
vités du travail réalisées dans différentes entreprises, par rapport à la 
productivité moyenne de la branche, qu'un déficit apparaît dans les 
entreprises les moins productives. De ceci, nous pouvons conclure : 

1° Que l'apparition d'un déficit ayant son origine dans la disper- 
sion des productivités (dans la mesure où cette dispersion des produc- 
tivités est due à des raisons techniques, et a donc pu être prévue lors 
de la planification des prix de revient et des prix de vente) ne porte 
aucun préjudice direct à l'accumulation réalisée par la branche dont 
cette entreprise fait partie. La « basse » productivité de cette entreprise 
n'est que l'autre aspect de la « haute » productivité d'une ou plusieurs 
autres entreprises de la même branche et, en conséquence, le « déficit » 
enregistré par cette entreprise a sa contrepartie dans les profits plus 
élevés enregistrés dans les entreprises les plus productives 17 . Il y a là 
un phénomène de compensation qui joue dans nne économie sociali- 
sée mais qui n'a pas de signification dans une économie reposant sur la 
propriété privée ; 

2° Que l'apparition d'un tel déficit n'est pas, par elle-même, une 
raison suffisante de fermer l'entreprise qui l'enregistre et de la rem- 
placer par une autre 18 . Ce qui peut être une raison décisive, c'est la 
dispersion des productivités, et non Vapparition d'un déficit. La dis- 
tinction n'est pas purement formelle : elle signifie que dans certaines 



mais ces développements se rattachent à la notion € d'accumulation selon la norme > 
utilisée, notamment, par l'académicien soviétique Stroumiline et dont nous avons 
essayé de préciser la signification dons notre article : On the Problem of choice bet- 
ween Alternative Investment Projects, in Soviet studies, juillet 1950, pp. 2242, cf. 
en particulier pp. 30 eq. 

16. Le problème ne se pose donc évidemment pas lorsque € entreprise > et 
c branche > coïncident. 

17. Nous avons également traité cette question d'une façon plus détaillée dans 
l'article précédemment cité de Soviet studies, numéro de juillet 1950. 

18. C'est là un principe, que saisissent difficilement ceux qui n'envisagent les 
problèmes économiques que sous l'angle de l'entreprise privée, travaillant pour le 
profit ; pour eux, le critère suprême du bon fonctionnement de l'économie est, né- 
cessairement, la rentabilité générale des entreprises. 

coût en travail, mais 11 leur apparaissait Impossible de calculer d'avance le coût en tra- 
vail de chaque production. Or en fait, ce calcul n'a rien d'Insurmontable, comme le 
prouvent les calculs prévisionnels de prix de revient, calculs dont l'exactitude peut être 
vérifiée a court terme par la comparaison avec les prix de revient effectifs ; de même la 
conformité des prix de vente et des valeurs se trouve vérifiée a court terme par la prise 
en considération des proportions dans lesquelles les différentes branches participent a 
la formation du fonds d'accumulation social. 



132 — ■ problèmes théoriques et pratiques de la planification 

conditions la fermeture de l'entreprise déficitaire ne serait pas éco- 
nomiquement justifiée, tandis que, dans d'autres conditions, la fer- 
meture d'une entreprise, même c bénéficiaire », maïs dont la pro- 
ductivité est sensiblement inférieure à la moyenne, peut être justifiée 
du point de vue économique. 

En principe, on peut dire que la fermeture et le remplacement 
des entreprises ne doivent pas intervenir en vertu d'une règle formelle 
et mécanique (la règle de la rentabilité) 1 *, mais seulement dans la me- 
sure où cette fermeture et ce remplacement assurent un accroissement 
donné de la productivité sociale. Nous verrons, au cours d'un para' 
graphe ultérieur, comment on peut essayer d'effectuer concrètement 
cette mesure 20 . 

Au total, donc, la rentabilité ne peut être retenue comme critère 
du choix entre différentes variantes d'investissements, pour autant que 
ce choix doit s'appuyer sur la plus ou moins grande contribution des 
investissements à l'accroissement de la productivité du travail. Il sem- 
ble en être autrement de la notion de < taux d'économie » que nous 
allons examiner maintenant, et qui constitue un des éléments à prendre 
en considération lors du choix entre plusieurs variantes d'investisse- 
ments. 



III. - Le critère du taux d'économie 

1. - Définition 

Le taux d'économie est le rapport entre F économie de travail obte- 
nue grâce à un investissement et Vimportance de cet investissement. 
En principe, il permet donc de mesurer la contribution de cet inves- 
tissement à l'accroissement de la productivité du travail. Nous allons 
précisément essayer de voir dans quelle mesure il en est ainsi. Pour 
cela, il nous faut d'abord illustrer notre définition au moyen de quel- 
ques exemples numériques 21 . 



19. Dans la mesure où, à l'intérieur d'une même branche, les divers niveaux de 
rentabilité des différentes entreprises traduisent les niveaux plus ou moins élevée 
atteints par la productivité du travail dans ces entreprises, la prise en considération 
de ces rentabilités est une indication qui permet de déterminer la façon la plus ef- 
ficace de répartir un volume global donné de production entre les différentes en- 
treprises d'une même branche, mais ce n'est plus là un problème de choix entre des 
variantes d'investissements, c'est un problème de répartition de la production cou- 
rante d'une branche entre les unités productrices de la branche (il s'agit donc plu- 
tôt d'un problème de planification industrielle que d'un problème de planification 
économique). 

20. Cf. l'alinéa B du § 8 ci-dessous intitulé : Le problème de la désuétnde de 
l'équipement. 

21. Ce sont des notions assez voisines que l'économiste soviétique A. Emelya- 
nov propose de préciser numériquement dans son article : Méthodes d'estimation 
de l'efficience économique résultant de l'emploi de machines dans l'économie so- 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I | 



détermination de la technique la plus avantageuse 133 

Si nous reprenons les chiffres du tableau I (page 101), nous voyons 
que l'investissement supplémentaire de 1.000 exigé par la variante II 
par rapport à la variante I permet de réaliser, également par rapport 
à cette variante, une économie annuelle de 60 unités de travail. Nous 
pouvons donc dire que le taux annuel d'économie résultant de l'adop- 
tion de la variante II serait de 60 pour 1.000 on de 6 %. La variante HI, 
de son côté, fait ressortir par rapport à la variante I, une économie 
annuelle de travail de 140 par an, pour 2.000 d'investissements supplé- 
mentaires, soit un taux d'économie de 7 % M . En outre, si nous avions 
à juger de l'efficience d'une variante IV, exigeant pour l'obtention d'un 
coût annuel de 550 un investissement de 4.000, nous dirions que cette 
variante fait ressortir, par rapport à la variante I, un taux d'économie 
de 170 pour 3.000 ou de 5,66 %. 

Dans ces conditions, le taux d'économie le plus élevé est donné 
par la variante IQ, celle-ci est suivie par la variante H et celle-ci, à 
son tour, est suivie par la variante IV. 

Quelles conclusions pouvons-nous tirer de la prise en considé- 
ration de ces taux d'économie quant à l'efficience des différentes va- 
riantes ? 

Des conclusions encore assez limitées. Et cela pour diverses rai- 
sons. Résumons les principales d'entre elles : 

a) Un choix valable ne peut être opéré que compte tenu, d'une 
part, du montant disponible à l'échelle sociale pour les investissements 



viétiqne (V.E., n° 11 de 1949, pp. 104-114) (on trouvera un résumé de cet article dans 
Soviet Studies d'avril 1950, pp. 376-382). Cet auteur propose, notamment, de calcu- 
ler, pour les principales machines les grandeurs suivantes : Z = le nombre d'hommes- 
heures de travail social dépensé dans l'ensemble de l'économie pour produire et faire 
fonctionner pendant toute son existence la machine considérée. V = le nombre 
d'hommes-heures libérés par l'emploi de la machine pendant toute son existence. 
E = l'économie de travail social réalisée par la machine pendant toute son existence 



(E = V — Z). S = le degré de productivité de la machine 



M) 



I = l'intensité de l'économie de travail social obtenue par l'utilisation de la 
machine — cette intensité représentant le rapport de E au nombre d'heures de 
fonctionnement de la machine (c'est-à-dire le nombre d'heures de travail social éco- 
nomisé par heure de fonctionnement de la machine). Ch, = le nombre d'heures 
libérées chaque année dans l'ensemble de l'économie par l'usage de la machine 
(soit E divisé par le nombre d'années de fonctionnement de la machine). La gran- 
deur S d'Eaux yanov correspond à une notion très voisine du taux d'économie dont 
nous parlons dans le texte. Indiquons, cependant, que dans les calculs d'EMEiYANOv 
un point important nous parait être contestable : il semble considérer que < l'éco- 
nomie de travail > est une grandeur qui, en elle-même, est caractéristique d'une 
machine donnée, alors que cette économie eat nécessairement relative à la dépense 
de travail, qui doit avoir lieu dans d'autres conditions, conditions qu'il convient 
chaque fois de préciser, et qui ne sont pas forcément, comme il semble le suppo- 
ser, celles du travail simple manuel. 

22. De même, la comparaison de la variante HI et de la variante II ferait res- 
sortir que pour 1.000 d'investissements supplémentaires, la variante m permet nne 
économie annuelle de 80, soit un taux d'économie de 8 %. 



I I I I I I I I I I I I I I f I I I I I I I I I f I | 



r i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i 



134 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



et, d'autre part, des taux d'économie qui peuvent être réalisés dans les 
diverses branches de l'économie ; 

6) Les taux d'économie ne sont vraiment significatifs que s'il 
est tenu compte, dans leur calcul, du mouvement à travers le temps 
de la productivité du travail ; 

c) Le calcul de l'efficience des investissements à l'échelle de l'éco- 
nomie nationale ne peut être effectué abstraction faite ni du temps 
plus ou moins long, qui s'écoule entre le moment où un investissement 
est entrepris et celui auquel il entre en service (période de construc- 
tion), ni de la durée plus ou moins longue pendant laquelle les fonds, 
investis dans une entreprise s'y trouvent immobilisés. Ce dernier pro- 
blème est particulièrement complexe ; par son contenu même, il est 
lié à la notion de durée d'immobilisation ou de durée d'amortissement, 
à la notion de désuétude de certaines techniques, à la notion de mo- 
bilité technique et économique des différents moyens de production ; 

d) Lors de l'évaluation de l'efficience de certaines variantes, il est 
nécessaire de tenir compte aussi des investissements indirects plus ou 
moins considérables que pourrait entraîner l'adoption de telle ou 
telle d'entre elles. 

Ces indications font ressortir le caractère complexe du problème 
actuellement étudié. Nous ne pourrons consacrer que des dévelop- 
pements limités à chacun des points ci-dessus énumérés. Ces dévelop- 
pements seront d'ailleurs surtout destinés à faire ressortir les princi- 
paux aspects que comporte le problème en discussion et les voies par 
lesquelles on peut envisager d'atteindre une solution. Par contre, ces . 
développements ne prétendent pas, comme nous le disions au début 
du chapitre, apporter une réponse toute faite à une question qui est 
encore l'objet d'importantes recherches. 



2. - La place subordonnée du taux d'économie 

Pour comprendre, à la fois, l'importance des taux d'économie et 
la place relativement subordonnée qui leur revient dans l'estimation 
de l'efficience, du point de vue de l'économie nationale, des différentes 
variantes techniques — et ceci quels que soient les perfectionnements 
que l'on peut apporter au calcul de ces taux'* — il est nécessaire de 
se souvenir que le principe qui doit, en dernière analyse, déterminer le 
choix à opérer entre plusieurs variantes techniques, est le principe de 
l'économie maximum de travail social. 

Cela signifie, pratiquement, que pour déterminer l'efficience d'une 
variante il faut tenir compte des possibilités générales d'investisse- 



23. Ces perfectionnements sont constitnés par la prise en considération de l'évo- 
lution prévue de la productivité dn travail, des investissements indirects, etc. ; com- 
me nous l'avons dit, nous examinerons ces différents points dans un instant. 



I I I I I I I I 1 I I 1 I I I I I I I I I I I I I I I I 

détermination de la technique la plus avantageuse 135 

ments s * ainsi que les taux d'économie qui peuvent être réalisés dans 
les différents domaines. 

En conséquence, il ne serait pas justifié d'adopter systématique- 
ment les variantes techniques faisant ressortir les taux d'économie les 
plus élevés, car cela risquerait de conduire fort souvent à un gaspillage 
de travail social. 

Ainsi, en revenant à l'exemple numérique précédemment donné 
(page 101), la recherche du taux d'économie maximum conduirait à 
adopter la variante III, qui exige, pour obtention de la production dé- 
sirée, une dépense annuelle totale de travail de 580 ; par contre, on 
n'adopterait pas la variante IV, qui fait ressortir le taux d'économie 
le plus faible, à savoir 5,66 % (contre 7 % pour la variante III). Or, 
une telle décision peut n'être pas justifiée du point de vue du principe 
fondamental, celui de l'économie de travail. 

En effet, si l'on dispose des 4.000 nécessaires à la mise en oeuvre 
de la variante IV (ce qui doit signifier non seulement que le fonds des- 
tiné au financement de la reproduction élargie s'élève à une somme 
supérieure à celle nécessaire à la mise en oeuvre de la variante la 
plus productive — ce qui sera généralement le cas — mais ce qui doit 
signifier aussi, et surtout, qu'à l'échelle sociale il n'existe pas un usage 
plus productif du fonds d'investissement), se refuser à adopter celle-ci 
conduit à un gaspillage annuel de 580 — 550 = 30 unités de travail 
par an. Il est évident que si un gaspillage analogue se répétait à l'oc- 
casion des milliers d'investissements qui ont lieu chaque année, on 
aboutirait à une véritable déperdition du travail social. 

Ce qui précède signifie qu'on ne peut prétendre faire usage du 
taux d'économie qu'à titre comparatif, non pas dans le cadre étroit 
d'une branche particulière, mais dans le cadre de l'économie prise dans 
son ensemble. Ce que l'on doit rechercher, en faisant un usage compa- 
ratif du taux d'économie, c'est si les fonds nécessaires à la mise en 
oeuvre, dans une branche donnée d'une variante qui, pour cette bran- 
che, apparaît particulièrement efficiente ne contribueraient pas, s'ils 
étaient investis dans une autre branche, à accroître davantage encore 
la productivité sociale du travail. 

Par exemple, si en concentrant des investissements importants 
dans une certaine branche on peut y réaliser un taux d'économie de 
20 %, il y aura intérêt à réduire autant que possible {tout en obtenant 
les objectifs de production assignés) les investissements dans les bran- 
ches où il n'est pas possible de réaliser un tel taux d'économie et ceci 
en renonçant d'abord à ceux des investissements qui font ressortir les 
taux les plus faibles. Ainsi, dans la branche où il s'agit d'opter entre 
les variantes I, II, IQ et IV, il peut y avoir intérêt à n'investir que 



24. Le* possibilités générales d'investissements sont constituées par la somme dn 
fonds d'accumulation, an sens strict du mot, et du fonds de renouvellement ou 
d'amortissement ; il s'agit donc de ce qu'on peut appeler le fonds disponible pour la 
reproduction élargie. 



136 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



1.000 (variante I) plutôt que 4.000 (variante IV) car en procédant de 
la sorte, on renonce à un taux d'économie de 7 % pour obtenir (si la 
somme ainsi < dégagée » augmentée des sommes « dégagées > d'autres 
branches est suffisante pour cela) un taux d'économie de 20 %. De mê- 
me, si dans une certaine branche un investissement éventuel ne faisait 
ressortir qu'un taux d'économie de 4 %, c'est à cet investissement qu'il 
serait préférable de renoncer (si cela permettait de < dégager » une som- 
me suffisante sans nuire aux objectifs de production assignés) plutôt 
qu'à la variante qui assure on taux d'économie de 7 %. 

De ce point de vue, la règle générale peut s'énoncer de la. façon, 
suivante 23 : en principe, il convient d'adopter les variantes les plus pro- 
ductives (celles qui font ressortir les dépenses courantes de travail — ' 
vivant et cristallisé — les plus faibles) ; mais chaque fois que les 
fonds disponibles pour les investissements ne permettent pas une telle 
adoption simultanée, on doit renoncer d'abord aux variantes qui font 
ressortir les taux d'économie les plus faibles, par rapport aux va- 
riantes immédiatement antérieures au point de vue productivité". 

H est bien évident que cette utilisation comparative du taux d'éco- 
nomie ne peut pas être effectuée à l'échelle de chaque branche parti- 
culière ; cette utilisation ne peut être que le fait d'un organisme central 



25. Cet énoncé abstrait peut être illustré par un bref exemple. Soit des options, 
à effectuer entre les branches X et Y et, pour chacune de ces branches, entre les va- 
riantes I, II et m ayant les caractéristiques suivantes : 



Variantes 


Montant db 
l'invbstisskmbnt 

necessaire 


Dbpbnsbs 
annuelles 
db travail* 


Taux d'économie 

par rapport 
a la variante i 


Taux d'économie 

par rapport 
a la variante ii 




Branche 

500 
450 
430 


X 


5 % 

3,5 — 


a % 




1.000 

2.000 
3.000 


Branche 

500 
430 
380 


Y 


8 % 
6 — 


• % 


* Pour un même volume <i 


e production. 









Si on dispose de 6.000, la plus avantageuse est la combinaison de HI (X) et de 
m (Y), qui donne une dépense annuelle de 810. 

Si on dispose de 5.000, il faut renoncer à III (X), dont le taux d'économie est le 
plus faible et combiner II (X) et HI (Y), ce qui donne une D. A. de 830. 

Si on dispose de 4.000 il faut renoncer à HI (Y) et combiner II (X) et II (Y), 
ce qui donne D. A. = 870. 

Si on dispose de 3.000, il faut renoncer à II (X), ce qui donne I (X) + II (Y) = 
920. 

Ainsi, dans chaque ca.% on réduit au minimum, pour une même production, la 
dépense totale de travail social. 

26. Ce qui n'est pas du tout la même chose que d'adopter systématiquement les 
variantes qui font ressortir les taux d'économie les plus élevés. 



f | I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I | | 



détermination de la technique la plus avantageuse 137 

disposant de l'ensemble des données relatives à l'économie nationale. 
Cet organisme doit nécessairement être l'organe central de planifica- 
tion". 

Pour que celui-ci puisse, sur ce point, remplir efficacement son 
rôle, il est nécessaire que les différentes branches de l'économie — aux- 
quelles il a été demandé d'examiner dans quelles conditions elles peu- 
vent, dans un délai donné, porter leur production à un niveau déter- 
miné — soumettent à cet organe central des projets d'extension, ou de 
renouvellement, qui fassent ressortir les taux d'économie qui résultent 
de l'adoption des différentes variantes possibles (lorsque plusieurs va- 
riantes sont possibles) 28 . 

La mise en œuvre des calculs et des comparaisons ci-dessus indiqués 
peut paraître représenter une somme de travail écrasante. C'est là on 
point de vue simpliste. 

Toute la question (ici encore) est de savoir si cette somme de tra- 
vail vaut ou non la peine d'être dépensée, c'est-à-dire si elle permet 
d'économiser plus de travail qu'elle-même en représente. 

Dans les bureaux d'études et de recherches, on sait bien qu'on ga- 



27. A cet égard, l'organe central de planification doit jouer, en se plaçant du point 
de vue de l'efficience générale, un rôle analogue à celui que joue, dans le cadre du 
capitalisme, d'une façon nécessairement imparfaite et sur des bases hautement aléa- 
toires, le système bancaire, lorsqu'il intervient dans la répartition des capitaux, mais 
le système bancaire se place évidemment au point de vue de la rentabilité des capi- 
taux placés et non au point de vue de l'efficience des investissements. 

28. Une procédure inverse pourrait d'ailleurs intervenir : on pourrait demander 
aux différentes branches d'évaluer le montant des investissements dont elles anraient 
besoin pour adopter les variantes auxquelles correspondent les dépenses annuelles 
de travail les plus faibles et qui ne font pas ressortir, par rapport à la variante im- 
médiatement antérieure, un taux d'économie inférieur à un certain pourcentage. Ces 
évaluations seraient transmises à l'organe central de planification qui les totaliserait 
et qui comparerait ce total à celui du fonds disponible pour les investissements. Si 
les deux totaux coïncidaient, les variantes proposées seraient retenues ; si les deux 
totaux ne coïncidaient pas, il faudrait demander aux branches de nouvelles propo- 
sitions, faisant ressortir un taux d'économie différent. Ainsi, dans l'exemple de la 
note 25 de la page 136 si le taux minimum proposé est de 4 %> la branche X retien- 
dra la variante II et la branche Y, la variante m, ce qui exige un total de 5.000 
d'investissement ; si ce total excède le fonds d'accumulation — qui est par exemple 
de 4.000 — on demandera aux branches de faire de nouvelles propositions à partir 
d'un taux minimum de 5 %, ce qui conduit la branche X à s'arrêter à la varian- 
te II, le fonds total d'investissement nécessaire étant désormais de 4.000. La ques- 
tion de savoir s'il est préférable de procéder de cette façon ou d'effectuer directe- 
ment des comparaisons centralisées n'est pas une question théorique mais une 
question pratique que seule l'expérience peut résoudre. 

On peut ajouter que, dans tous les cas, les projets d'investissement des diffé- 
rentes branches doivent faire ressortir non seulement les besoins d'investissement et 
les économies de travail, mais aussi les quantités d'outillage, de matières premières 
et d'énergie requises pour la réalisation des différents projets et pour le fonctionne- 
ment des différentes variantes, ces quantités devront également être totalisées pour 
être confrontées avec les quantités dont la fourniture est prévue par le projet de 
plan initial, si ces quantités ne coïncident pas, il y aura lien soit de rejeter certaines 
variantes (parmi les moins efficientes), soit de réviser certains des objectifs initiaux, 
dans le domaine de la production de matières premières, d'énergie et d'outillage. De 
tels ajustements sont effectués dans le cadre des « bilans-matières ». 



I « I I i I I I I I I I I I I I I I I I I | | | I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

138 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

gne encore du temps à pousser très loin des calculs avant de mettre en 
route une fabrication qui immobilisera des investissements considéra- 
bles, mais on sait aussi que pour certains détails l'économie qui peut 
être réalisée par une recherche supplémentaire ne compenserait pas la 
peine que cette recherche exigerait. 

De même, en ce qui concerne les options à opérer entre diffé- 
rentes variantes et entre diverses branches de l'économie, il est clair 
que ces options ne méritent de donner lieu à des recherches longues 
et onéreuses que si elles portent sur des quantités considérables de tra- 
vail social et sont susceptibles d'aboutir à des économies également 
considérables — ce qui écarte d'un examen à l'échelon central un ' 
grand nombre de projets ou de variantes portant sur de faibles som- • 
mes. Le choix entre ces variantes peut être opéré à l'échelle des 
branches, sur la base de critères simplifiés, par exemple en faisant 
jouer un taux d'économie minimum au-dessous duquel il ne convient 
pas de descendre. 

En ce qui concerne les calculs, ceux-ci peuvent être considérable- 
ment abrégés si un certain nombre des coefficients exprimant le coût 
en travail des principales machines et les économies de travail qu'elles 
permettent d'effectuer sont calculés dès l'abord par les bureaux 
d'études des entreprises qui fournissent ces machines, ou qui auraient 
à les construire, et si ces coefficients sont communiqués aux entreprises 
et organisations qui ont des options à effectuer 1 *. 

Enfin, il faut souligner que, dans la pratique, le nombre des va- 
riantes entre lesquelles il peut y avoir à choisir est beaucoup plus ré- 
duit qu'on ne l'imagine en se plaçant à un point de vue théorique. En 
effet, toute une série de variantes sont à écarter indépendamment de 
la prise en considération des taux d'économie. Il en est ainsi de celles 
qui demandent des délais de construction trop longs par rapport aux 
délais exigés par le plan (en raison de l'urgence de certains besoins et 
de l'interconnexion des diverses productions), de celles qui ne peu- 
vent utilement fonctionner que pour un volume de production très 
éloigné de celui qui est nécessaire, de celles dont la mise en oeuvre se 
heurterait à tel ou tel « goulot d'étranglement >, de celles qui, sont à 
éliminer pour des raisons politiques ou sociales, etc. 

Aussi bien, pour chaque période de planification, le nombre de 
variantes suffisamment importantes, présentant l'ensemble des carac- 
téristiques concrètes de nature à en permettre l'adoption, et entre 
lesquelles il y a lieu d'hésiter avant de faire nn choix, de sorte qu'il est 
indispensable d'effectuer des calculs comparatifs complexes, est cer- 
tainement assez limité. 

Nous verrons, cependant, d'une part, que la prise en considération 
de la diversité des éléments concrets n'est pas toujours de nature à 
faciliter les choix, et que, d'autre part, certaines méthodes de calcul 



29. C'est ce qne propose Emelyanov dans son article cité. 



i a i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i 

détermination de la technique la plus avantageuse — — 139 

ont été proposées qui, si elles ouvraient effectivement la voie à des esti- 
mations significatives, simplifieraient considérablement la solution 
du problème en examen. 



Au cours de l'exposé qui précède, nous avons essayé de montrer 
comment le problème de l'efficience des investissements dans une 
économie socialiste planifiée se distingue, par sa nature même, du pro- 
blème de la rentabilité capitaliste, et comment on voit apparaître une 
notion nouvelle, la notion d'une c rentabilité » à l'échelle de l'économie 
nationale, « rentabilité » qui ne semesure pas d'après les profits réalisés, 
les valeurs d'échange accumulées, mais d'après les valeurs d'usage pro- 
duites dans les conditions les plus économiques possibles. 

Cependant, l'analyse que nous avons ainsi donnée des questions 
posées a été simplifiée afin d'essayer d'en clarifier l'exposé. Nous 
avons raisonné comme si la technique n'évoluait pas au cours du temps, 
ou comme s'il était impossible de prévoir cette évolution (ce qui n'est 
pas exact dans une économie planifiée) et qu'il pouvait, ou devait, par 
conséquent, en être fait abstraction au moment d'effectuer des choix 
entre plusieurs variantes. Or, ceci n'est évidemment pas conforme à la 
réalité. Dans la réalité, la technique évolue, la productivité du travail 
se modifie, et c'est un facteur dont il faut tenir compte dans l'évalua- 
tion de l'efficience d'un investissement à l'échelle de l'économie natio- 
nale. Comme le déclarait J. Staline dès 1933 : < La rentabilité ne doit 
pas être considérée du point de vue mercantile du boutiquier, du point 
de vue du moment présent. La rentabilité doit être considérée du 
point de vue de l'ensemble de l'économie nationale, dans la perspec- 
tive de plusieurs années 80 . » 

Précisément, il nous faut voir maintenant de quelle façon il est 
possible d'introduire dans le calcul économique « la perspective de 
plusieurs années ». 



IV. - Le mouvement de la productivité du travail 

- La prise en considération non seulement des données actuelles, 
mais aussi des données à venir, constitue une démarche indispensable 
du calcul économique, mais cette démarche soulève de multiples dif- 
ficultés. 

Ces difficultés ne tiennent pas tant au caractère aléatoire de toute 
prévision, car dans une économie planifiée les aléas, sans disparaître, 
sont réduits au minimum, qu'à la diversité des questions auxquelles 
il convient de répondre dès qu'on se place dans une perspective de 
plusieurs années. 



30. J. Staline, Questions du léninisme, 11* édiL rosse, p. 383. 



140 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

'Certaines de ces questions sont relatives au rythme d'utilisation 
des richesses naturelles, nous les examinerons au cours du prochain 
chapitre. D'autres concernent les mouvements relatifs des coûts dans 
le temps, la désuétude plus ou moins rapide qui risque de frapper cer- 
tains investissements et la « perte » qui peut en résulter pour l'écono- 
mie, le montant futur des disponibilités pouvant être accumulées, etc. 

Au cours du présent paragraphe, nous essayerons de résumer, aussi 
brièvement que possible, la manière dont, à notre avis, se posent les 
deux premières questions ci-dessus énoncées* 1 , cela dans l'état actuel 
des discussions sur ce sujet. Notre point de départ sera constitué par 
les conceptions que l'académicion Stroumiline a développées dans son 
article Le facteur-temps dans la planification des investissements ca- 
pitaux? 2 . Nous sommes d'ailleurs loin d'admettre tous les raisonne- 
ments que cet auteur développe dans cet article*', mais celui-ci a le 
mérite de faire ressortir ce qui constitue deux des aspects fondamen- 
taux des problèmes en examen, à savoir le mouvement des coûts et la 
désuétude de l'équipement. 

1. - Le mouvement des coûts 

Au cours du paragraphe précédent (pp. 132 et suiv.), nous avons 
développé notre raisonnement sur la base des coûts en travail de la 
« première année > de mise en service des différentes variantes, et 
nous avons ainsi dégagé une certaine notion de taux d'économie de 
travail. 

En fait, pour les différentes variantes, les coûts en travail sont 
appelés à évoluer au cours du temps, et à évoluer d'une façon diffé- 
rente selon les variantes, ce qui peut, dans une perspective de plusieurs 
années, modifier leur efficience relative. 

L'expérience montre que, dans une économie progressive, la pro- 

31. La troisième question sera évoquée à plusieurs reprises au cours de l'ex- 
posé qui suivra, mais elle ne fera pas l'objet d'une discussion systématique et par- 
ticulière. On peut résumer ainsi ce qui est l'essentiel de son contenu : si, au moment 
présent, compte tenu des disponibilités actuellement accumulablee, il semble ra- 
tionnel d'écarter certaines variantes qui font ressortir un taux d'économie trop fai- 
ble, ne convient-il pas de modifier cette conclusion si l'on sait que dans un délai 
déterminé on disposera d'une capacité d'accumulation suffieante ? En effet, si l'on 
agit autrement, c'est-à-dire si l'on procède à un investissement moins onéreux, on 
risque de ne pas pouvoir mettre en œuvre ultérieurement, au moins pendant un 
certain temps, les variantes plus productives, alors que les disponibilités nécessaires 
existeront, parce que cette mise en œuvre ferait double emploi avec les investisse- 
ments antérieurs non amortis. La solution de ce problème est liée, notamment, i un 
ensemble de questions relatives aux délais d'amortissement et de désuétude. 

32. Bulletin de l'Académie des Sciences de VU. R. S. S., Section Economie et 
Droit, n° 3 de 1946. 

33. Dans notre article, On tbe problem of choice between alternative investment 
Projects, Soviet studies, juillet 1950, nous avons exposé quelques-unes des réserves 
qu'à notre avis les conceptions de Stb.oumii.inb appellent 



I I I I I I I I I I I I ! I I I I I I I I I I I I ! I 



détermination de la technique la plus avantageuse 141 

ductivité du travail croît au cours du temps", mais les différentes 
variantes ne sont pas toutes susceptibles, au même degré de bénéficier 
des progrès de la productivité du travail, qui sont d'ailleurs variables 
selon les branches de la production. 

On sait que, d'une façon générale, les dépenses de travail néces- 
saires pour l'obtention d'une production donnée se présentent sous 
trois formes, à savoir : 

A) Comme amortissement de l'investissement initial : l'importan- 
ce de cet amortissement, par unité de production, est fonction de la dé- 
pense de travail incorporée dans cet investissement (dépense qui est 
donnée une fois pour toutes, qui ne varie pas au cours du temps et qui 
n'est donc pas susceptible de bénéficier des progrès ultérieurs de la 
productivité du travail", du nombre d'années pendant lequel cet inves- 
tissement est susceptible d'être utilisé 36 et du nombre d'unités de pro- 
duits pouvant être fournies chaque année grâce à cet investissement. 
La dépense de travail qui correspond à cet amortissement est donnée 
une fois pour toutes et n'est pas susceptible de varier du fait des pro- 
grès de la productivité du travail 3 ' ; 

B) -Comme travail incorporé dans les matières premières, combus- 
tibles, matières auxiliaires, petit outillage, etc., utilisés pour la pro- 
duction courante et pour l'entretien de l'équipement initial ; la quan- 
tité de travail qui correspond à ces différentes dépenses se réduit au 
fur et à mesure que la productivité du travail augmente. 

C) Comme travail vivant dépensé directement dans le processus 



34. Dans l'article ci-dessus cité, l'académicien Sthoumiline admet que depuis 
le début des plans quinquennaux la progression annuelle moyenne de la producti- 
vité est de 6 %. 

35. Si une machine coûte aujourd'hui, pour être produite, dix mille heures de 
travail social, ce n'est pas parce que dans cinq ans elle ne coûtera plue que sept mille 
heures à produire que cette machine, installée aujourd'hui, représentera moins de dix 
mille heures de travail ; par conséquent, si au cours de son existence utile elle per- 
met de fournir 10.000 unités d'un produit donné, chaque unité de produit compor- 
tera au titre de l'amortissement une dépense d'une heure de travail. Ce n'est qu'à 
condition de calculer de cette façon que l'on fera apparaitre l'avantage qu'il peut 
éventuellement y avoir à utiliser momentanément une machine moins perfectionnée 
et plus rapidement amortissable, afin de pouvoir bénéficier ultérieurement des pro- 
grès accomplis, au point de vue productivité, dans la production des machines ; cet 
avantage n'apparaîtrait pas si le coût d'un investissement était calculé non à aon 
montant effectif mais selon son coût de remplacement. La solution préconisée est 
évidemment distincte de celle qu'il convient d'adopter dans le calcul de la valeur et 
du prix d'une production donnée. 

36. Ce nombre d'années ne coïncide pas nécessairement avec la durabilité phy- 
sique de cet investissement, il peut être plus court, en raison de la désuétude de cet 
outillage, de ce que Marx appelle son c usure morale > ; c'est un point sur lequel 
nous revenons plus loin. 

37. Certes, une plus grande maîtrise de la technique de la pan des travailleurs 
est susceptible de prolonger la longévité d'un outillage donné et de lui faire fournir 
par unité de temps un plus grand nombre de produits ; mais cette maîtrise progres- 
sive àfi la technique doit être prise en considération dès l'origine pour le calcul du 
coût d'amortissement par unité de produit 



I î I I I I I I I I I I I I « I | I I i I I I | I I | 



i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i a i 



142 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



de production, afin de mettre en œuvre les moyens matériels de pro- 
duction qui correspondent à l'investissement initial (dans cette rubri- 
que faut faire entrer aussi le travail vivant dépensé pour l'entre- 
tien courant de l'appareil de production) ; ce type de dépenses de tra- 
vail, ramené à l'unité de production, reste le même tant que la variante 
d'investissement adoptée reste inchangée, elle constitue une des carac- 
téristiques de cette variante 88 . 

En partant des distinctions précédentes, on peut voir que le 
rapport entre les dépenses de travail exigées au cours de la « première 
année > par les différentes variantes peut ne représenter que très im- 
parfaitement le rapport entre les dépenses tel qu'il résulterait de la 
mise en œuvre de ces variantes pendant toute leur existence utile. 

D'une façon générale, les variantes dans lesquelles les dépenses de 
travail susceptibles d'être réduites au fur et à mesure que le temps 
s'écoule sont particulièrement importantes présentent une supério- 
rité sur les autres, supériorité qui ne ressort pas d'un calcul se limi- 
tant à la « première année » et dont il convient de tenir compte. 

Pour mettre en lumière de quelle façon la prise en considération 
de l'évolution dans le temps des dépenses de travail est susceptible de 
modifier le taux d'économie caractéristique d'un investissement, pre- 
nons un exemple numérique. Soient les variantes IH et IV, dont les 
caractéristiques, pour la « première année » sont les suivantes : 





Montant 
de l'inves- 
tissement 


Durée 

utile 

(années) 


Frais annuels 
(en unité de travail) 


Nombre 

d'unités 

produites 




Usure 


Autres 
frais 


Total 


m 

IV 


3.000 
4.000 


30 
30 


100 
133 


480 
417 


580 
550 


100 
100 



38. Cela ne signifie pas que, dans la pratique, la quantité de travail dépensée au 
cours de la première année de mise en œuvre d'une certaine variante ne puisse être 
progressivement réduite : l'expérience prouve au contraire qu'une même technique 
peut être de mieux en mieux assimilée au cours des années, réduisant ainsi la dé- 
pense de travail exigée pour obtenir une production donnée avec les mêmes moyens 
de production. Néanmoins, il y a à cette réduction une limite à partir de laquelle 
seule une modification des moyens matériels de production permet de réduire la 
dépense de travail nécessaire pour l'obtention d'une production donnée. Si, dans 
le courant du texte, nous considérons que la dépense de travail vivant reste inchan- 
gée tant que la variante adoptée reste elle-même inchangée, c'est que nous admet- 
tons an départ une assimilation complète des possibilités teehniques de chaque 
variante. Rien ne s'oppose, lors d'un calcul concret, à tenir compte d'une certaine 
période d'assimilation et même, à différencier les variantes selon la durée plus ou 
moins longue qui devra s'écouler avant qu'elles soient susceptibles de donner leur 
maximum, compte tenu de la qualification initiale de la main-d'œuvre. 



i i i i i i i i I i I i i i i i i I i I i i i i i i i i 



détermination de la technique la plus avantageuse 



143 



Sur cette base, la variante IV fait ressortir par rapport à la va- 
riante HI an faible taux d'économie, à savoir 3 %, ce qui risque de la 
faire écarter dans de nombreux cas. 

La situation peut se présenter fort différemment lorsqu'on tient 
compte de l'incidence sur certains éléments du coût de l'évolution de 
la productivité du travail. On distinguera alors parmi les dépenses 
autres que d'amortissement celles qui sont € invariables » (non in- 
fluencées par l'évolution de la productivité) et celles qui sont c va- 
riables ». Par exemple, dans la variante IH, les 480 peuvent se décom- 
poser en 400 « invariables » et 80 « variables », tandis que dans la 
variante IV, les 417 se décomposeraient en 100 < invariables » et 317 
c variables ». 

En outre, le rythme moyen de progression de la productivité dont 
les deux variantes bénéficient peut être différent (il en est ainsi si 
l'une des variantes utilise principalement des produits venant d'indus- 
tries où un rapide développement technique est prévu, tandis que 
l'autre utilise des produits venant d'industries dans lesquelles le déve- 
loppement technique sera plus lent). 

Si nous prenons un rythme moyen de 3 % par an pour la réduc- 
tion des dépenses « variables » de la variante III et de 6 % par an pour 
la réduction des dépenses « variables » de la variante IV, les dépenses 
totales de travail, pendant toute la période d'utilisation de chacune des 
deux variantes, se présentent comme suit': 



Vahian- 

TE3 


dépenses 

d'investis- 
sement 


Frais 

< INVARIA- 
BLES >* 


Frais 

< VARIA- 
BLES »•* 


DÉPENSES 

TOTALES DE 

TRAVAIL 


m 

rv 


3.000 
4.000 


12.000 

3.000 


740 
2.630 


15.74» 

9.530 



* Le total de» frais < invariables > est obtenu en multipliant les frais de la 
c première année > par le nombre d'années d'utilisation de l'investissement ; ainsi 
pour la variante IH on a 400 X 30 = 12.000. 

** Le total des frais c variables > peut être représenté, notamment, comme la 
somme des termes d'une progression géométrique dont le premier terme (a) est 
représenté par le montant des dépenses « variables > de la première année, dont le 
nombre du terme (n) correspond an nombre d'années d'utilisation de l'investisse- 
ment, et dont la raison (q) est représentée par le taux annuel de réduction des dé- 
penses < variables > due au progrès de la productivité. Cette somme s'obtient par 
application de la formule 



(1 — Q n \ 
— - pr — 1, soit, dans le cas de la 

\ 103 / 



variante III 



L 103 J 



c'est-à-dire Sn = 740 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 

La variante FV apparaît ici comme permettant une économie de 
6.110 unités de travail pour un investissement supplémentaire de 1.000. 
Cette économie étant réalisée en trente ans, elle correspond à une éco- 
nomie annuelle moyenne de 200, soit un taux d'économie de 20 %, 
taux élevé (alors que la € première année » faisait ressortir le faible 
taux de 3 %). 

11 est évident que l'exemple que nous avons adopté fait ressortir 
une différence d'autant plus grande entre le taux d'économie de la 
première année et le taux d'économie totale que la période d'utilisa- 
tion est^ très longue, trente ans ; nous avons choisi une telle période 
pour mieux faire ressortir la nature du raisonnement. Dans la prati- 
que, il sera généralement difficile de faire des prévisions solides quant 
au mouvement de la productivité au-delà d'une période de cinq à 
quinze ans. Mais rien n'empêche de limiter les calculs aux cinq ou aux 
dix premières années, de toute façon, ces calculs seront plus signifi- 
catifs que ceux relatifs à la seule première année. 

Nous ferons également remarquer que l'hypothèse de deux va- 
riantes ayant une même durée d'utilisation a été admise en vue de sim- 
plifier le raisonnement. Si les périodes d'utilisation sont différentes, il 
faudra soit recalculer les dépenses totales sur une base annuelle, soit 
effectuer les calculs sur une période commune plus courte que la pé- 
riode totale d'utilisation. 

Au cours des développements qui précèdent, nous avons consi- 
déré comme donnée la période d'utilisation propre à chaque variante. - 
En fait, cette période n'est donnée d'avance qui si elle coïncide avec 

I usure physique (qui est techniquement prévisible), mais dans bien 
des cas un investissement sera frappé de désuétude avant d'être usé. 

II nous faut donc examiner maintenant le problème de la désuétude 
ae i équipement, désuétude qui résulte aussi du progrès de la produc- 
tivité. 

2. - Le problème de la désuétude de l'équipement 

Le problème de la désuétude peut être examiné sous deux aspects : 
celui de la désuétude réalisée et celui de la désuétude prévue. Il est 
évidemment nécessaire de préciser d'abord dans quelles conditions 
on peut considérer un outillage comme étant déjà désuet, afin d'es- 
sayer de voir dans quelles conditions la désuétude future d'un outil- 
lage peut être prévue. 

A. — La désuétude réalisée 

Examiner le problème de la désuétude réalisée d'un certain équi- 
pement ou d Une certaine entreprise, ce n'est rien faire d'autre que 
d examiner, sous son aspect le plus général, la question de savoir à 
partir de quel moment il y a intérêt, du point de vue de l'économie 
nationale, à fermer une entreprise existante pour la remplacer par une 
entreprise disposant d'un meilleur outillage. Nous avons déjà abordé 



I ! I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I | 



détermination de la technique la plus avantageuse 145 

ce problème en traitant du critère de la rentabilité (cf. ci-dessus, 
p. 130 3g.)- 

Nous avons vu, alors, que l'absence de rentabilité d'une entreprise 
ne pouvait pas être considérée, du point de vue de l'économie natio- 
nale, comme le critère de la désuétude de cette entreprise, mais simple- 
i ment comme le signe d'une dispersion telle des productivités des dif- 
férentes entreprises fournissant un même produit que les entreprises 
(ou l'entreprise) situées au bas de l'échelle des productivités ne par- 
venaient plus, en vendant leur production à sa valeur sociale, à cou- 
vrir leurs frais monétaires. 

Précisément, ainsi que nous l'avons dit, c'est cette dispersion des 
productivités qui entraîne la désuétude des outillages ne permettant 
d'obtenir que les productivités les plus faibles, ceci même si, dans 
certaines conditions, cette dispersion n'a pas pour conséquence l'appa- 
rition d'un déficit dans la comptabilité des entreprises". 

Ce qui est décisif, c'est qu'à partir d'une certaine dispersion des 
productivités, la fermeture et le remplacement des entreprises dans 
lesquelles la productivité est la plus faible peuvent constituer une des 
utilisations les plus efficientes du fonds d'accumulation et de renou- 
vellement. Cette fermeture et ce remplacement peuvent d'ailleurs con- 
♦ tribuer, à leur tour, à accroître le fonds d'accumulation réelle, non par 
la réalisation de c profits » supplémentaires, mais grâce à l'accroisse- 
« ment de la productivité sociale du travail, qui permet dans un laps de 
temps donné, de fabriquer davantage de produits. 

I. — Conditions auxquelles la dispersion des productivités entraîne la 
désuétude de certains équipements 

Examinons maintenant dans quelles conditions une certaine dis- 
persion des productivités peut être considérée comme déterminant la 
désuétude d'une entreprise. Il semble que, pour cela, deux conditions 
doivent être réalisées : 

A) Il doit être techniquement possible de remplacer la produc- 
tion que fournit l'entreprise à bas rendement par la production d'une 
entreprise nouvelle (qui peut d'ailleurs être, géographiquement et juri- 
diquement, l'ancienne entreprise rénovée) dans laquelle le travail 
serait plus productif'"'. 



39. Nous considérons par conséquent qu'il n'y a pas de corrélation directe entre 
l'absence de rentabilité de certaines entreprises et leur désuétude ; nous ne parta- 
geons donc pas non plue le point de vue soutenu par Stboumiline, dans Bon article 
déjà cité, point de vue selon lequel une entreprise devrait être considérée comme 
désuète, du point de vue de l'économie nationale, lorsque le total cumulé de ses 
déficits annuels successifs, dus à son retard technique, compense les « accumulations 
supérieures à la norme > qu'elle a réalisées au début de son existence, lorsqu'elle 
bénéficiait, au contraire, d'une avance technique par rapport à la moyenne des 
entreprises de sa branche (cf. notre article du numéro de juillet, 1950 de Soviet 
studies, pp. 30 sq.). 

40. Il est évident que la situation est la même si plusieurs entreprises anciennes 
peuvent être remplacées par une seule entreprise nouvelle, ou vice versa. 

10 



1 ■ ■ M I I I I I I I I I l I l l l l l l i l i i | 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



146 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



Cette condition ne peut pas toujours être réalisée. Ainsi, dans 
l'industrie houillère par exemple, certaines mines peuvent avoir un 
très faible rendement, et d'autres un rendement beaucoup plus élevé, 
la dispersion des productivités peut ainsi être considérable 41 . Cepen- 
dant, s'il est techniquement impossible d'ouvrir de nouvelles mines à 
haut rendement, ou d'accroître la production des mines à rendement 
élevé, la production des mines dans lesquelles le travail est le moins 
productif est techniquement irremplaçable, et ces mines doivent être 
maintenues en activité aussi longtemps que cela est nécessaire à la 
satisfaction des besoins sociaux 42 . 

B) H doit être économiquement avantageux de remplacer la pro- 
duction des entreprises à faible rendement par la production d'entre- 
prises à rendement plus élevé. Mais quand pourra-t-on considérer qu'il 
en est ainsi ? 

La réponse à cette question semble devoir être la suivante : il en 
sera ainsi lorsque le rapport entre l'économie de travail réalisée de 
cette façon et le montant de l'investissement nécessaire pour réaliser 
cette économie de travail est assez élevé, c'est-à-dire lorsque le taux 
d'économie ainsi obtenu est un taux suffisant (compte tenu, ainsi que 
nous l'avons dit, des taux d'économie pouvant être obtenus ailleurs et 
du montant des fonds disponibles à des fins d'investissements). 

Lorsque ces deux conditions sont données, on peut dire que l'outil- 
lage de l'entreprise susceptible d'être avantageusement remplacé par 
un équipement fournissant un meilleur rendement est désuet. 

H. — Caractère particulier du problème 

Ce qui constitue une des particularités du problème en examen, 
c'est que l'abandon immédiat de l'utilisation d'un équipement ancien, 
encore techniquement susceptible de servir pendant un certain temps, 
peut apparaître comme une perte pour l'économie nationale. Ce- 
pendant, il faut dire que cette perte, si elle existe, a sa source non 
pas dans l'abandon actuel de l'outillage, mais dans la décision passée 
d'effectuer un investissement qui est devenu trop rapidement désuet 4 *. 



41. Celte dispersion peut même être telle que, si les différentes mines vendent 
la tonne de houille à sa valeur sociale moyenne, les mines dont le rendement est le 
plus faible soient constamment déficitaires. 

42. Nous faisons évidemment abstraction, pour le moment, du commerce exté- 
rieur, dont le rôle sera examiné dans un autre chapitre. 

43. Nous ne pouvons entrer ici dans la discussion des aspects monétaires et fi- 
nanciers du problème. Disons simplement que, du point de -rue des prix, il convient, 
chaque fois que l'on a prévu une période d'utilisation effective plus courte que la 
période d'utilisation techniquement possible, de calculer le coût d'amortissement 
(1 intégrer dans le prix de la production) sur la période d'utilisation effective. Si 
cette prévision n'a pas été faite correctement, il semble qu'il conviendra en cas de 
remplacement d'un outillage non encore entièrement amorti, d'ajouter au coût 
d'amortissement de l'outillage nouveau un coût correspondant i la fraction non 
encore amortie de l'outillage ancien, pour autant que cet outillage n'aura pu pu 
être utilisé ailleurs. 



I 1 I I 1 I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

détermination de la technique la plut avantageuse W7 

H faut dire, aussi, que si l'abandon de l'équipement désuet apparaît 
comme économiquement avantageux, c'est que la perte qui peut résul- 
ter de cet abandon est inférieure, du point de vue de l'économie na- 
tionale, à la perte qui résulterait de l'utilisation d'un outillage désuet. 
C'est précisément cela que le calcul économique devra faire ressortir. 
De quelle façon peut-on y parvenir ? 

m. — Calcul de Téconomie de travail résultant du remplacement d'un 
outillage désuet 

La réponse à cette question semble devoir être la suivante : 

En premier lieu, on calculera à combien reviendrait, avec l'ancien 
équipement, la production que celui-ci peut encore fournir, en effec- 
tuant ce calcul sur la base du coût d'exploitation, c'est-à-dire en éli- 
minant la charge d'amortissement de l'outillage qui serait abandonné. 
Pour fixer les idées, disons que cette production obtenue au cours 
des trois années suivantes reviendrait à 1.800 unités de travail, re- 
présentant le travail vivant dépensé à cette production et le travail 
incorporé dans les matières premières, le combustible, etc., également 
nécessaires à cette production. 

En second lieu, on calculera à combien reviendrait, pendant la 
même période, et cette fois-ci amortissement compris, la même pro- 
duction grâce à un nouvel équipement, plus efficient que l'ancien. 

Ce n'est que si le nombre d'unités de travail dépensé dans ce 
cas est plus faible que celui dépensé avec l'ancien équipement, que 
le remplacement de ce dernier peut, éventuellement, être avantageux. 
Disons que ce nombre serait de 1.200. 

En troisième lieu, on estimera le coût, en unités de travail, de 
l'équipement de remplacement et l'on calculera, à partir de ces trois 
données, le taux d'économie résultant de la substitution de l'outillage 
nouveau à l'outillage ancien. 

En reprenant les chiffres précédents, et en supposant que le coût 
de l'outillage nouveau serait de 2.000 unités de travail, on verrait que 
ces 2.000 unités de travail ainsi investies permettraient, au cours des 
trois années suivantes, de réaliser une économie de travail de 600, 
soit 200 par an en moyenne, ce qui fait ressortir un taux d'économie 
de 10 %, taux qui doit être comparé, dans les conditions précédem- 
ment indiquées, aux taux d'économie pouvant être obtenus par d'autres, 
investissements. Si, dans les limites du fonds d'investissement dis- 
ponible, le remplacement de l'ancien outillage apparaît économique- 
ment avantageux, on considérera qu'il est désuet. 

L'exposé qui précède repose sur une hypothèse volontairement 
simplifiée. Indiquons rapidement certains éléments importants dont 
il conviendra éventuellement de tenir compte : 

A) L'abandon de l'outillage existant peut n'être que partiel ; en 
ce cas, dans le premier calcul, on n'é limin era la charge d'amortisse- 
ment que pour la partie de l'outillage ayant éventuellement à être 
abandonnée. ! 



148 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

B) L'outillage qui aurait à être écarté de la production à laquelle 
il était initialement destiné, peut ne pas être perdu pour cela. D peut, 
par exemple, être mis utilement en œuvre dans le cadre d'une autre 
production pour laquelle il permet d'effectuer une certaine économie 
d'investissement (par exemple, une partie de l'outillage rendue inutile 
dans les mines, du fait de la mécanisation du travail, peut encore être 
utilisée pendant un certain temps dans les carrières). 

Dans ce cas, il convient de déduire du coût de l'investissement 
nouveau le coût des investissements qui, grâce à lui et du fait de la 
« libération » d'une partie de l'outillage ancien 44 , seront économisés 
ailleurs. Ce qui signifie que le coût de l'investissement nouveau doit 
être calculé net, et non pas brut. Dans l'exemple qui précède, si 
l'équipement « libéré » grâce à l'investissement de 2.000 permet d'éco- 
nomiser ailleurs un investissement de 1.000, le coût net d'investisse- 
ment est de 1.000 ; et le taux d'économie est de 20 % (et non pas de 
10 %). 

■C) Du fait du mouvement de la productivité dans le temps, il 
est possible que les économies de travail réalisées au cours d'une 
certaine période, grâce à un investissement nouveau, soient différentes 
d'une année à une autre. Lorsqu'il en est ainsi, et cela peut arriver 
fréquemment, il convient de calculer pour chaque année séparément 
l'économie de travail que permettrait d'obtenir le renouvellement de 
tel outillage existant ; il se peut qu'on s'aperçoive alors que, compte 
tenu de l'évolution de la productivité à prévoir dans les différentes 
branches qui ont à fournir les matières premières, l'énergie, etc., il y 
a intérêt à ne procéder au renouvellement de l'outillage considéré 
qu'à partir du moment où l'avantage économique devient véritable- 
ment suffisant 49 . 



44. A cet égard, quand on prévoit qu'un outillage ancien sera désuet avant 
d'être physiquement usé, il y a intérêt à donner à cet outillage une forme telle 
qu'il puisse être facilement utilisé dans une autre branche que celle à laquelle il 
est initialement destiné. C'est là un problème de mobilité des investissements sur 
lequel nous reviendrons plus loin. 

45. Ainsi dans l'exemple hypothétique précédent nous avions une dépense de tra- 
vail de 1.800 avec l'ancien équipement et une dépense de travail de 1.200 avec le nou- 
veau, pendant la période de trois ans au cours de laquelle l'ancien outillage serait 
encore utilisable. Or, il se peut que ces deux totaux représentent la somme des dé- 
penses annuelles suivantes, calculées comme il a été. précisé ci-dessus : 

Dépenses résultant de la mise en œuvre 

de l'ancien du nouvel Economie 

équipement équipement de l'année 

1'* année 500 500 

2* — 600 400 200 

3« — 700 300 400 

Dans ce cas, il sera avantageux de procéder au renouvellement de l'outillage 
seulement pour une des années ultérieures (le choix de celle-ci étant déterminé par 
les économies pouvant être réalisées dans l'ensemble de l'économie). 



I I I I ( f I I I I I I I I I I I I I I I I I I | | I 



détermination de la technique la plus avantageuse 149 

Il convient évidemment aussi d'examiner si l'évolution des coûts 
dans le temps est la même selon que le renouvellement a lieu immé- 
diatement ou plus tard. En outre, il faut tenir compte de l'évolution 
éventuelle du coût de l'investissement lui-même. Par exemple, si l'outil- 
lage qui représente aujourd'hui 2.000 unités de travail peut être four- 
ni un an plus tard, à la suite de l'ouverture d'une nouvelle usine, pour 
1.000 unités de travail, il peut y avoir intérêt à ne procéder au re- 
nouvellement d'un outillage ancien qu'une année plus tard (mais cette 
conclusion n'est pas vraie dans tous les cas ; en particulier, il faut te- 
nir compte du fait qu'à la suite de la réduction du coût d'un équi- 
pement donné, c'est toute une série de taux d'économie qui se trouve- 
ront accrus ; il faut tenir compte aussi du fait que l'économie d'inves- 
tissement, résultant de la mise en œuvre, à un usage nouveau, de 
l'ancien outillage diminuera à la fois avec le vieillissement de cet 
outillage et avec l'accroissement de la production du travail dans l'in- 
dustrie productrice de moyens de production, si bien que le coût 
net d'investissement diminue moins vite, en général, que le coût brut). 

IV. — Comment peut se présenter la dispersion des productivités 

Jusqu'ici, nous avons raisonné comme si seule la dispersion des 
productivités au sein dune même branche de la production était 
susceptible de susciter la désuétude d'un outillage. Ce raisonnement 
est évidemment trop simplifié. La dispersion des productivités entre 
les branches peut aussi susciter la désuétude de l'outillage des bran- 
ches dans lesquelles la productivité du travail est la plus faible, lors- 
que des investissements nouveaux peuvent accroître sensiblement la 
productivité dans ces branches. 

Ainsi, si dans une branche donnée, toutes les entreprises fonc- 
tionnent pratiquement au même niveau technique, il n'y a pas, au 
sein de cette branche, de dispersion des productivités ; néanmoins, 
la technique de la branche en question peut être désuète 48 . 

H en est ainsi, lorsque l'écart entre le niveau technique auquel 
cette branche se trouve et le niveau technique auquel elle peut attein- 
dre, à condition de renouveler son outillage, est tel que ce renouvelle- 
ment entraînerait une augmentation de la productivité du travail pro- 



46. Ce cas illustre parfaitement le fait que la rentabilité n'eut pas un critère 
d'efficience. Si, dans une branche donnée, les prix sont élevés, parce que les pro- 
duits fournis par les entreprises de cette branche résultent d'une technique arriérée, 
toutes les entreprises de la branche seront rentables malgré cette technique arriérée 
(ce qualificatif d'arriéré s'appliquant dans ce cas non pas à la technique de certaines 
entreprises de la branche par rapport à d'autres entreprises de la même branche, 
mais a la technique de la branche tout entière par rapport a la technique possible). 
Par contre si la technique se renouvelle dans un nombre assez grand d'entreprises 
pour que la valeur de la production de l'ensemble de la branche s'en trouve sensi- 
blement modifiée, les entreprises n'ayant pas modifié leur technique cesseront d'être 
rentables, mais dès avant ce moment leur technique était désuète. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I f | | I I I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

150 • problèmes théoriques et pratiques de la planification 

portionneHement plus important, par rapport aux investissements que 
ce renouvellement exige, que l'accroissement de la productivité du tra- 
vail que Ton pourrait obtenir dans la plupart des autres branches. 

Autrement dit, l'équipement d'une branche tout entière peut être 
désuet lorsque l'écart entre la productivité effectivement obtenue dans 
cette branche et la productivité techniquement possible est relative- 
ment beaucoup plus considérable dans cette branche que dans la plu- 
part des autres. Il y a là une notion particulière, applicable à l'ensem- 
ble de l'économie, de la dispersion des productivités. 

Ainsi, dans les branches où la productivité du travail est parti- 
culièrement faible par rapport à la productivité possible, on pourra 
obtenir, en cas de renouvellement de l'outillage de ces branches, des 
taux d'économie élevés, ceci en dépit du fait que, lorsqu'il s'agit du re- 
nouvellement d'un outillage non encore physiquement usé, le coût de 
la production obtenue à partir de celui-ci sera calculé, à des fins de 
comparaison, compte non tenu de l'amortissement de l'outillage désuet. 



Les développements qui précèdent font ressortir combien est com- 
plexe le problème de l'estimation de la désuétude d'un outillage exis- 
tant et, par conséquent, le problème du calcul de l'efficience des in- 
vestissements destinés à assurer un renouvellement de cet outillage 
avant son usure physique. Cependant, malgré leur complexité, ces 
problèmes sont parfaitement solubles, et ils doivent être scientifique- 
ment résolus chaque fois que les décisions à prendre portent sur des 
investissements importants. 

B. — La prévision de la désuétude à venir et la durée d'immobilisa- 
tion 

La prévision de la désuétude à venir, par exemple dans un délai 
de cinq ans, suppose, en principe, connues les différentes données né- 
cessaires au calcul de la désuétude réalisée, telles que ces données se 
présenteront au moment où ce délai de cinq ans sera écoulé. ' 

Dans une économie non planifiée, une telle prévision est impos- 
sible. Dans une économie planifiée, la prévision est évidemment dif- 
ficile, mais dans un certain nombre de cas elle est possible, et chaque 
fois qu'elle est possible, elle doit être effectuée, afin d'ajuster en con- 
séquence les différents calculs économiques. 

La prévision de la désuétude à venir des différentes variantes d'in- 
vpatîssements est particulièrement importante, en vue de déterminer, 
dans chaque cas, la durée d'immobilisation optimum. 

En effet, si le problème de l'efficience des investissements doit 
être étudié dans la perspective de plusieurs années, c'est notamment, 
parce qu'il convient de ne pas immobiliser des quantités excessives 
de travail dans des investissements qui peuvent paraître aujourd'hui 
très efficients mais qui seront désuets longtemps avant d'être usés, et 



I I 1 I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

détermination de la technique la plus avantageuse — ■ 151 

sans avoir contribué suffisamment, entre-temps, à t accroissement de 
la productivité du travail. 

De même, lorsqu'on considère les choses dans une perspective 
de plusieurs années, on s'aperçoit que dans une économie dans la- 
quelle la technique progresse rapidement, il y a intérêt à ne pas im- 
mobiliser trop longtemps le fonds d'accumulation dont on dispose 
sous forme d'équipements qui deviendront rapidement désuets, et 
qu'il peut y avoir intérêt à opter pour des variantes qui, grâce à une 
immobilisation moins longue, libéreront assez vite les fonds investis 
à un certain moment, pour qu'ils puissent être réinvestis sur la base 
d'une technique plus élevée. D y a là un problème de rythme de rota- 
tion optimum des fonds fixes, problème qui doit être résolu en se pla- 
çant au point de vue de l'économie nationale. 

Afin d'illustrer de quelle façon, semble-t-il, on peut essayer de 
résoudre ce problème, en utilisant la notion du taux d'économie, nous 
prendrons l'exemple suivant : soit, d'une part, une variante A, exigeant 
un investissement de 20.000 et permettant, pendant cinq ans, de four- 
nir 100 unités de produite par an au coût unitaire de 170, coût cons- 
titué à concurrence de 40 par l'amortissement de l'investissement ini- 
tial, et à concurrence de 130 par les autres dépenses de travail 47 ; soit, 
d'autre part, une variante B exigeant un investissement de 40.000 et per- 
mettant pendant dix ans de fournir 100 unités par un an au coût unitaire 
de 150, coût constitué à concurrence de 40 par l'amortissement de l'in- 
vestissement initial, et à concurrence de 110 par les autres dépenses de 
travail 48 . 

Le raisonnement précédemment développé fait ressortir que la 
variante B accroît la productivité du travail dans des proportions 
telles que les 20.000 d'investissements supplémentaires qu'elle exige 
permettent d'économiser 2.000 par an, soit un taux annuel d'économie 
de 10 %. 

Cependant, les conclusions précédentes doivent être modifiées 
si l'on dispose d'éléments de prévisions permettant de conclure que, 
dans un délai de cinq ans, la technique et la productivité du travail 
auront évolué de telle sorte que la variante B sera désuète. En effet, 
dans une telle éventualité, immobiliser 40.000 pendant dix ans au 
lieu de 20.000 pendant cinq ans aboutit à un gaspillage du travail so- 
cial et fait obstacle à une assimilation rapide du progrès technique — 
par adoption d'un rythme trop lent de rotation des fonds fixes. 

H est évident que, dans un tel cas, c'est-à-dire lorsque la désuétude 
est prévue, on doit adopter un rythme d'amortissement des fonds fixes 
qui est fonction de l'usure morale et non de l'usure physique de 



47. Pour simplifier le raisonnement, nons supposerons qne ces dépenses restent 
invariables tont an long de la période d'atilïMiion de l'investissement considéré. 



1S2 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



l'outillage. C'est précisément sur cette base que Ton pourra calculer 
les taux effectifs d'économie que permettent les différentes variantes. 

Ainsi, dans l'exemple que nous venons de prendre, la variante B 
amortie en cinq ans, comporte un coût unitaire d'amortissement de 
80 48 , ce qui fait ressortir le coût de l'unité de produit à 
80 -f- 110 = 190, coût supérieur de 20 à celui de la variante A, qui 
exige un investissement plus faible. D'où, dans un tel cas, la supériorité 
de la variante A. Cette supériorité est due au fait que la variante A 
permet, avec un amortissement de cinq ans, d'obtenir un coût plus 
faible que la variante B lorsque celle-ci doit être également amortie 
en cinq ans. 

H est facile de voir que la situation serait encore différente si la 
productivité obtenue dans le cadre de la variante A était plus faible, 
c'est-à-dire si la variante A était moins efficiente. Par exemple, si le 
coût unitaire résultant de la variante A était de 210, la variante B, 
même amortie en cinq ans, ferait encore ressortir un taux d'économie 
de 10 %, et mériterait donc d'être retenue si, compte tenu des divers 
investissements à réaliser, un taux d'économie de 10 % est un taux 
suffisant. 



Telles nous semblent pouvoir être quelques-unes des bases du 
calcul économique de l'avantage relatif de différentes variantes d'in- 
vestissement. Sur ces bases, des choix doivent pouvoir être opérés 
entre diverses techniques, pour autant que ces choix seront principale- 
ment déterminés par des considérations économiques, ce gui n'est pas 
nécessairement le cas. En effet, la maîtrise des forces de production 
qui caractérise l'économie planifiée se manifeste aussi par la possi- 
bilité d'effectuer des choix sur des hases plus larges que les seules 
bases économiques. 

Cependant, pour nous en tenir au calcul économique, il ne fait 
pas de doute que les développements qui précèdent ont encore laissé 
de côté différentes questions que soulève le choix entre diverses techni- 
ques. 

En particulier, la question se pose de savoir comment tenir compte 
des conséquences économiques, qui peuvent être fort importantes, des 
délais de construction plus ou moins longs exigés par diverses va- 
riantes, de la mobilité plus ou moins grande des éléments concrets 
mis en œuvre par diverses techniques et, enfin, de l'importance des 
investissements indirects qui peuvent être liés à tel ou tel choix. Ce 
sont ces différents problèmes qu'il nous faut examiner maintenant. 



40.000 
48. = 80. 



500 



' i t ' ■ i i ' i i i i i i i i i i i i i i i i i i 



détermination de la technique la plus avantageuse 153 

V. - La durée de la période de construction 

Lorsque l'adoption de plusieurs variantes peut être envisagée 
pour l'obtention d'un certain résultat, et qu'il y a des raisons d'hési- 
ter entre elles, il n'est pas possible de ne tenir compte que de l'impor- 
tance des investissements qu'elles exigent, et de la productivité du 
travail qu'elles permettent d'obtenir, il faut tenir compte aussi de la 
durée de construction propre à chaque variante, c'est-à-dire du temps 
plus ou moins considérable qui peut s'écouler entre le moment où 
des fonds commencent à être investis pour une variante donnée, et 
le moment où la production, que l'on veut obtenir grâce à ces inves- 
tissements, devient effectivement disponible. 

H est évident qu'on ne peut considérer comme une donnée né- 
gligeable du problème le fait de disposer au bout de six mois d'une 
certaine production, ou de n'en disposer qu'au bout de deux ans. H 
est clair aussi qu'on ne peut être amené à envisager d'attendre deux 
ans au lieu de six mois que si, grâce à cette attente, on obtient une pro- 
ductivité du travail plus élevée. Mais quel rapport doit-il y avoir 
entre l'accroissement de la productivité du travail et la prolongation 
de la durée de construction, pour qu'il vaille la peine d'envisager 
cette prolongation ? 

La question de la durée de construction peut se présenter encore 
sous un autre jour : le coût de la même variante technique peut être 
plus ou moins élevé selon qu'on envisage un délai plus ou moins long 
pour la réaliser. Ainsi, la construction d'une certaine entreprise 
peut exiger trois ans, dans certaines conditions, et n'en exiger que 
deux si l'on met en œuvre une technique plus perfectionnée et une 
mécanisation plus poussée du travail. Dans quelle mesure y a-t-il 
intérêt à engager davantage de frais pour raccourcir le délai de 
construction ? Ce qui fait la spécificité de cette question, c'est que 
le raccourcissement de la période de construction est lié ici à une 
plus faible productivité du travail, ce qui s'exprime par le coût plus 
élevé de la construction (en effet, si le délai de construction le plus 
bref était lié au coût de construction le plus faible, aucune question 
ne. se poserait). De même, du point de vue de l'entreprise achevée, 
il est clair que celle-ci n'est ni plus ni moins efficiente parce qu'elle a 
été construite en deux ans au lieu de trois. Le problème est donc de 
savoir : en quoi consiste l'avantage d'un délai de construction abrégé, 
et jusqu'à quel point cet avantage mérite-t-il d'être payé par un coût 
de construction plus élevé ? 

L'importance économique de la longueur du délai de construction 
est liée à an grand nombre de considérations : cette longueur est un 
aspect de la vitesse de rotation des fonds fixes (tout raccourcissement 
du délai de construction signifie une accélération de cette rotation) ; 
elle est susceptible d'agir sur la désuétude plus ou moins précoce d'un 



1 î ' I I I I I I I I I I I I I I I I I | I | | | t 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 1 I I 

154 — problèmes théoriques et pratiques de la planification 

investissement'' 9 ; elle peut être une source de rupture des équilibres 
économiques, du fait que la prolongation des délais de construction 
implique l'immobilisation de fonds sociaux sans que ces fonds pro- 
duisent d'effets socialement utiles, et elle peut réduire l'efficience éco- 
nomique d'un volume donné d'investissement. 

Il ne nous est pas possible d'étudier ici séparément chacun de ces 
problèmes ; l'ampleur même des questions soulevées nous en empêche. 
Nous nous bornerons donc à quelques indications, et à un examen rapi- 
de de quelques-unes des solutions possibles. 

1. - Délai de construction et risque de déséquilibre écono- 
mique 

Les risques de déséquilibre économique liés à la prolongation des 
délais de construction présentent deux aspects essentiels : 

a) Sur un plan général, le fait d'immobiliser pendant un temps 
plus ou moins long des forces de travail et des moyens de production 
dans des activités desquelles ne résultent pas d'effets utiles immé- 
diats peut être une source de déséquilibre économique, si l'on n'a 
pas maintenu suffisamment de forces de travail et de moyens de pro- 
duction dans les branches d'activité qui fournissent leurs produits au 
bout d'une courte période de travail. 

Le problème qui est posé est un problème d'équilibre économi- 
que général, de répétition des forces de travail entre les branches I et 
II de la production et, au sein de ces branches, entre les activités com- 
prenant des périodes de travail plus ou moins longues. Ce problème 
doit être résolu dans le cadre de la planification économique générale 
(nous l'examinerons lorsque nous traiterons des questions d'équilibre 
économique). Ce n'est pas directement un problème de choix en ma- 
tière d'investissement, mais par contre les solutions adoptées du point 
de vue de l'équilibre économique général, en déterminant, pour chaque 
période de planification, le fonds d'accumulation disponible, assignent 
par elles-mêmes des limites à l'ampleur des travaux de construction 
pouvant être entrepris en même temps 50 . 



49. Si nn .investissement doit être désuet an bout de six ans (à compter du mo- 
ment où la décision de construire a été prise) on ne peut évidemment pas négliger 
la question de savoir si cet investissement sera réalisé en six mois (ce qui laisse un 
délai d'amortissement de cinq ans et demi) ou s'il sera réalisé en deux ans (ce qui 
ne laisse plus qu'un délai d'amortissement de quatre ans). En fait, le coût des pro- 

dmtfl et flnnr 1 *»ffirî*ni»A mftrru» A» l'mvtftîuanunt m «_ nnn _~j:f:£ __1 i_ 




£.« .-*.£"#.. ■"* ~«»»i i»w uu uiuiua cicve uc i invesussemeni, consul 
une base suffisante pour opérer un choix économiquement justifié. 

50. Traitant de ce problème et parlant de la société socialiste, Mabx écrit : < La 
chose se ramène simplement i ceci que la société doit calculer à l'avance combien de 
travail, de moyens de production et d'objets de consommation elle peut utiliser, 
sans provoquer aucune rupture d'équilibre, dans des branches d'activité qui, comme 



i a i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i 

détermination de la technique la pUu avantageuse 

h) Sur un plan particulier, le problème des délais de construction 
est dominé par la manière dont les différentes branches de production 
se commandent les unes les autres : ainsi les décisions prises au niveau 
de l'industrie automobile détermineront les délais dans lesquels les 
industries métallurgiques, l'industrie du caoutchouc, etc., devront 
Sre prêtes à fournir leurs propres produits à l'industrie automobile. 
Inversement, les délais dans lesquels une nouvelle entreprise auto- 
mobile devra être prête à fonctionner seront en partie détermines 
par les délais dans lesquels elle pourra disposer des matières premières 
et des demi-produits dont elle aura besoin : il est inutile quelle soit 
construite trop tôt, il est économiquement désavantageux qu elle soit 
prête trop tard, laissant inutilisée une partie de la capacité de pro^ 
duction des industries qui devront la ravitailler. 

Cette observation montre que la liberté de choix entre des va- 
riantes comportant des délais de construction plus ou moins longs est 
assez limitée. Les conditions concrètes du fonctionnement de [éco- 
nomie imposent souvent des délais déterminés. D n'en reste pas moins 
que, même si la date à laquelle certains travaux doivent être achevés 
est donnée, la question du délai de construction déterminera la date 
à laquelle les travaux doivent être mis en route. Cest un point que 
nous examinerons à nouveau dans un instant. 

2. - Délai de construction et efficience économique 

L'allongement des délais de construction peut nuire à l'efficience 
économique du fonds d'accumulation de diverses façons. 

L'allongement des délais de construction signifie que des fonds 
fixes qui auraient été susceptibles de contribuer à l'accroissement de 
la productivité du travail, s'ils étaient déjà utilisés à une production 
donnée, ne contribuent pas encore à un tel accroissement, ce qui, a 
l'échelle nationale, réduit le rapport entre l'accroissement des inves- 
tissements et l'accroissement de la productivité. 

Inversement, le raccourcissement des délais de construction aboutit 
à libérer des moyens de production qui, sans cela, auraient été immo- 
bilisés ; aussi grâce à ce raccourcissement, il est possible soit d ac- 
croître la productivité du travail, soit d'accroître la production, c'est- 
à-dire d'accroître l'efficience économique du fonds d'accumulation. 

Toute la question est finalement de savoir comment mesurer la 
contribution d'un raccourcissement donné d'un délai de construction 
et du surcroît de travail que ce raccourcissement implique à l'accrois- 
sement de l'efficience du fonds d'accumulation. C'est le problème qui 
nous retiendra maintenant. 



la comitrncrion de chemin» de fer, par exemple, prélèvent pendant un temps pin» on 
moins long, «an» elles-mêmes fournir ni moyens de production, m d objets de con- 
sommation, ni aucun effet utile, du travail, des moyens de production et des objet» 
de consommation snr le produit social annuel » {.Dos Kapital, Band H S. 314J 



156 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

3. - Essai de mesure de l'influence du délai de construction 
sur l'efficience économique 

Pour poser correctement le problème, il fant se souvenir que ce 
qui doit nécessairement être recherché, c'est la réalisation de l'effi- 
cience économique la plus élevée possible dans un délai donné. La 
satisfaction des besoins sociaux exige, à chaque étape, que des quan- 
tités données de produits soient disponibles au cours d'une période 
déterminée. En conséquence les variantes qui, abstraitement, pour- 
raient être considérées comme les plus efficientes, mais qui comportent 
des délais de construction qui ne satisfont pas aux exigences du dé- 
veloppement économique général, se trouveront éliminées 31 . 

Ceci dit, comment effectuer un choix entre deux variantes com- 
portant des délais de construction différents, tout en satisfaisant au 
délai imposé par le plan économique ? 

Deux modes de calcul économique semblent pouvoir être mis 
ici en œuvre, l'un reposant sur la notion de taux d'économie, l'autre 
sur la notion d'efficience du fonds d'accumulation libéré grâce au rac- 
courcissement du délai de construction : , 

A. — Taux d'économie et délai de construction 

Deux cas typiques peuvent se présenter (les autres cas étant une 
combinaison de ces deux cas typiques) : ou bien le raccourcissement 
du délai de construction entraine un supplément de coût, ou bien il 
diminue l'efficience de l'investissement (par exemple en abrégeant sa 
durabilité, ou en rendant nécessaires, ultérieurement, des frais d'entre- 
tien plus élevés). 

Si le raccourcissement du délai de construction, ramené par exem- 
ple, de trois ans à deux ans, entraîne un accroissement du coût de la 
variante, la question est de savoir quel avantage économique effectif 
on tirera de ce raccourcissement. En principe, cet avantage ne consiste 
pas dans une mise en service plus rapide de l'entreprise dont la cons- 
truction est envisagée, car si on a besoin de cette entreprise dans trois 
ans, il est, en général, inutile qu'elle soit prête dans deux ans (d'autant 
plus qu'il faudrait raccourcir aussi les délais de construction des entre- 
prises qui auront à lui fournir des matières premières, de l'outillage, 
etc.). Cet avantage réside, par contre, dans le fait que, grâce à un dé- 
lai plus court, on pourra ne mettre la construction en train que plus 
tard, et disposer, en attendant, des fonds qui auraient sans cela dû être 
immobilisés dans une construction en cours. C'est cet avantage qu'il 



51. Il est évident que si aucune variante n'est susceptible d'être achevée dans 
le délai envisagé, on devra se contenter de la variante relativement la plus brève — 
les délaie prévus pour la réalisation d'autres investissements pourront être modifiés 
en conséquence. 



I I I I ( I I I I I I I I I I I I I I f I I I I I I I I 



détermination de la technique la plus avantageuse 157 

faut comptabiliser. Pour voir comme cela est possible, prenons un 
exemple" : 

Soit, pour aboutir à la construction de la même entreprise, pré- 
sentant les mêmes caractéristiques au point de vue efficience, deux 
variantes, l'une réalisable en trois ans, et dont le coût est de 300, 
l'autre réalisable en deux ans et dont le coût est de 350, avec l'éche- 
lonnement suivant des dépenses d'investissement : 





1" ANNÉE 


2* ANNÉE 


3* ANNÉE 


Total 




100 


100 

175 


100 

175 


300 




350 


Différence à l'avantage 


+ 100 


— 75 


- 75 


— 50 



On voit que si on adopte la variante H, on dépensera au total, 
50 de plus, mais qu'aura-t-on économisé par ailleurs ? Cela depena 
de l'usage qui peut être fait des 100 qui restent disponibles pendan 
la première année, ainsi que de l'usage qui peut être fait des 25 qui 
restent disponibles pendant la deuxième année. 

En outre, le fait de reculer la date de mise en route d'une cons- 
truction permet de réduire les frais de construction si la productivité 
du travail augmente avec le temps. En prenant ce dernier point en 
considération, P. Mstislavaki propose de modifier ainsi 1 exemple 
précédent : 



Variante I 

— n 



Différence à l'avantage 
de la variante II 



1" ANNÉE 



100 



2* ANNÉE 



90 

157,5 



+ 100 



— 67,5 



3' ANNÉE 


Total 


80 

140 


270 
297,5 


— 60 


— 27,5 



52 Non. empruntons cet exemple à l'article de P. Mst.slavsk.1 en le traitant 
d'une au ™fa S on «ne lui (cf. .on article cité L'ef/e^ j£ — ^SkS 
taux dans Véconomie soviétique); nous verrons d ailleurs plus »»»*"«' mo , 
caïcd cet auteur propose. (Les chiffres peuvent représenter soit des roubles, ou des 
millions de roubles, «oit des unités de travail.) 



I i I I I I I I I I I I I I I I | I ( f I I I I I I I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



158 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



Dans ce cas, la variante II permet de disposer de 100 pendant 
la première année et de 32,5 pendant la deuxième année. Si, en 
investissant ailleurs, pendant ce temps, les fonds ainsi laissés dispo- 
nibles, on réalise une économie de travail (par l'accroissement de pro- 
ductivité que ces investissements permettent) égale ou supérieure au 
supplément de dépenses que comporte la variante II, celle-ci est la 
plus avantageuse, sinon, c'est la variante I. Par exemple, si les 100 
libérés par la mise en oeuvre de la variante II permettent de réaliser, 
dans un autre domaine, une économie de 20, ces 20 étant réinvestis 
la deuxième année, et permettant à nouveau, avec les 32,5 encore 
laissés libres, une économie de 10,5 on aura réalisé, au total, pendant 
ces deux ans, une économie de 20 + 10,5 = 30,5, supérieure à la dé- 
pense supplémentaire de 27,5 entraînée par la variante II. Mais, si le 
taux d'économie réalisable ailleurs n'avait été que de 10 % du mon- 
tant de l'investissement, la variante I aurait été préférable. 

Supposons, maintenant, que le raccourcissement du délai de cons- 
truction n'entraîne pas un accroissement de coût mais entraîne une 
réduction de l'efficience de l'investissement. Le cboix entre la va- 
riante comportant le délai de construction le plus long et celle com- 
portant le délai le plus court sera déterminé, d'une part, par la perte . I 
d'efficience que suscite la dernière variante, d'autre part, par l'écono- | 
mie de travail pouvant résulter, à l'échelle de l'économie nationale, 
de l'utilisation des fonds libérés momentanément par cette deuxième 
variante. Le calcul pourra se faire comme dans le cas précédent. 

B. — Action sur le revenu national d un raccourcissement du délai de 
construction 

P. Mstislavski, à qui nous avons emprunté l'exemple numérique 
précédent, développe son raisonnement d'une façon différente. Il re- 
cherche, en effet, quel peut être le rapport entre le fonds d'accumula- 
tion libéré par une certaine variante et l'accroissement du revenu na- 
tional. 

Ainsi, considérant l'économie de 100 réalisée la première année du 
fait de la mise en oeuvre de la variante H, qui n'exige d'investissements 
qu'à partir de la deuxième année, il écrit : 

c L'efficience économique de ces 100 millions de roubles économi- 
sés sur la base de la variante II s'exprimera par un produit social sup- 
plémentaire et par un accroissement du revenu national — et donc, 
aussi, par une accumulation supplémentaire, ceci résultant de la repro- 
duction élargie supplémentaire réalisée grâce à l'investissement des 100 
millions de roubles »". 

Dans ce mode de calcul, il s'agit, finalement, de mesurer l'action 
sur le revenu national de l'accroissement de la productivité sociale du 
travail lié aux investissements rendus possibles par le raccourcisse- 
ment des délais de construction. 



53. P. Mstislavski, L'effet utile..., art. cit., trad., p. 41. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

icg 

détermination de la technique la plus avantageuse *" 

La difficulté semble être dans la mesure de cette action. P. Mstia- 
lavski pense que : « Cette ef Science économique peut être calculée, car 
le plan de l'économie nationale prescrit aussi bien ce que devra être 
l'accumulation que le revenu national et le produit social. Ainsi, ail 
cours du 2> P. Q., la part de l'accumulation dans le revenu national était 
d'environ 26 %, tandis que le revenu national devait s'accroître en 
moyenne de 17 % (par an). Cela signifie que chaque 26 roubles d ac- 
cumulation provoquait un accroissement du revenu national de 17 rou- 
bles, c'est-à-dire que 100 millions d'accumulation donnent lieu, dans ces 
conditions, à un accroissement de 65,5 millions du revenu national. Si 
l'on prend en considération que 26 % de ces 65,5 millions de roubles 
sont à nouveau accumulés, cela signifie que pour chaque 100 millions de 
roubles d'accumulation sociale se produit une accumulation supplémen- 
taire de 17 millions de roubles. Ce montant, à son tour, provoquera, 
l'année suivante, une nouvelle augmentation du revenu national de 11,1 
millions de roubles (17 X °' 655 = 11 ' 1 millions de roubles). De cette 
façon, le revenu national supplémentaire s'accroîtra d'année en année ». 

En calculant les accroissements successifs du revenu national re- 
sultant pour chaque variante des investissements supplémentaires qu elle 
permet d'effectuer, au cours de chacune des trois années, P. Mstislavski 
aboutit au tableau suivant, établi à partir des proportions ci-dessus in- 
diquées : 



Revenu national supplémentaire (en 


millions de roi 


ibles) 




1" ANNÉE 


2* ANNÉE 


3* ANNÉE 


Total 




65,5 


44,0 
76,6 


91,0 

89,9 


135,0 


n 


232,0 


Différence an profit de 


+ 65,5 


+ 32,6 


- 1,1 


+ 97,0 



P. Mstislavski en conclut que l'adoption de la variante II permet 
d'accroître, au cours des trois années considérées, le revenu national de 
près de 100 millions de roubles, et qu'elle est donc la plus efficiente du 
point de vue de l'économie nationale. 

Ce que l'on peut reprocher à ce mode de raisonnement, c'est son 
caractère abstrait. Ce n'est pas parce que les investissements, tels qu'ils 
ont été prévus par le plan économique permettent d'accroître le revenu 
national de 0,65 fois le montant de l'investissement" que n'importe quel 



54. Nous ne croyons pas inutile d'indiquer ici, par parenthèses, que ce raison- 
nement implique, comme le multiplicateur keynésien, un lien entre les variations 
de l'investissement et les variations du revenu national. Mais la nature de ce hen 
est profondément différente dans ehacune de ces conceptions. Pour Keymes, cest 



160 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

investissement supplémentaire aura nécessairement la même efficience. 
En réalité, si le plan a prévu que seront effectués les investissements les 
plus efficients, les investissements supplémentaires auront sans doute 
une efficience plus faible que l'efficience moyenne prévue par le plan, 
et cette efficience devra être calculée concrètement, d'après l'accroisse- 
ment de la productivité du travail pouvant résulter d'investissements 
supplémentaires"/ 3 '. 

4. - Le facteur temps et la capacité de production 

Les questions posées par le choix entre des délais de construction 
plus ou moins longs, ainsi que par le mouvement dans le temps de la 
productivité du travail, constituent les aspects essentiels de ce que les 
économistes soviétiques appellent < l'action du facteur temps ». Un 
autre aspect de cette action apparaît lorsqu'on se pose le problème sui- 
vant : « Soit deux variantes permettant d'obtenir un certain produit 
ou un certain service, l'une de ces variantes correspond à la capacité 
de production actuellement nécessaire, l'autre comporte une capacité 
de production supérieure à celle dont on a actuellement besoin, laquelle 
choisir » ? 

Le problème d'un choix entre ces deux variantes ne se pose évidem- 
ment qu'à deux conditions : 1 ° On prévoit que, dans un délai donné, le 
surplus de capacité fourni par la deuxième vari nte sera nécessaire ; 
2° La dépense de travail exigée par la deuxième variante est plus fai- 
ble que la somme des dépenses de travail qu'exigerait d'abord la réa- 
lisation de la première variante, puis, quelques années après, la réali- 
sation d'un investissement supplémentaire destiné à accroître à nou- 
veau la capacité de production. Il est clair que ce problème est très 
voisin de celui posé par des délais de construction différents : il s'agit 
de savoir quels avantages ou inconvénients peuvent résulter d'une im- 
mobilisation effectuée plus ou moins tôt. 

Eclairons ce point par un exemple 37 . Soit à relier deux villes par 



un supplément de dépense qui c engendre > un supplément de revenu ; pour Mstis- 
lavski c'est un supplément de capacité de production qui produit cet effet. D y 
aurait beaucoup à dire sur la signification de cette opposition ; mais cela nous mè- 
nerait trop loin. 

55. P. Mstislavski admet qu'on ne peut raisonner valablement eut des grandeurs 
abstraites et moyennes, lorsqu'il écrit : < Pour établir des relations réelles entre ces 
grandeurs (les grandeurs considérées ci-dessus), on doit étudier les chiffres corres- 
pondants à l'aide des plans perspectifs et des objets, conformément aux données 
concrètes de l'économie... > (Art. cit., p. 42.) 

56. Dans une note de M. Nien-Chinc Yao, publiée dans le numéro de janvier 
1951 de Soviet Studies, cet auteur fait, en outre, ressortir que les conclusions aux- 
quelles conduit la méthode de Mstislavski sont très différentes selon la durée de la 
période adoptée pour calculer le revenu national supplémentaire que l'adoption 
d'une variante permet d'obtenir. Ces conclusions risquent donc d'être fort arbitraires. 

57. Cet exemple est emprunté, dans sa conception générale, à l'article déjà cité 
de D. Tchebmomosdik (trad., p. 17). 



! I I I • I ■ ' ' ■ M 



161 

détermination de la technique la plus avantageuse 

une voie ferrée. Eb- P-^g^ ^T^T^ 
unique, ce qui suffit a absorber » «™" ÇJ^L» de 500.000 roubles ; 
à venir, et ce qui fait ressortir un ^f.J^^mière, que dans cinq 
on ne posera une seconde voie, parallel a ] ^^^ néeeuiâx e ce 

bles (800.000 — 500.000) pendant cinq ans. Quelle soiuu 

d ' ad S dépend évidemment de l'usage qui peut être fait £^£jj 
ioui aepç" roubles dont la variante 11 exigerait 

cinq ans considères des 300.000 »J?J£L""V. inveatia ailleurs per- 
l'investissement immédiat. Si ces 300.000 ^Jg ™, correa pondant 
mettent d'économiser en cinq ans des dépenses de tr * t 

à plus de 100.000 roubles , <« : que ^«^^KSi^^» V 
savoir en considérant les P/°^* * e * fo^ 8ap plémentaires), ou si, 
pourraient être mis sur P" d P^'^J^SS Railleurs permettent 
ce qui revient au même, ces 300.000 rout les mvesu *\ mm0 

de réaliser un accroissement du revenu "^VXlI, sinon il con- 
roubles, il y a évidemment intérêt a choisir la variante xx, 

"^J^^^^^n^ *■*• n C r rai-os 

cas, LTSonTun'e ^^^S^V^^S^' 
de production ultérieur (ici, le coût du transport P«*£»J .^ 

Cependant, bien souvent, lorsqu'on «ee une en trep « 8e P P int 

U en résultera un coût de production plus faible , et 
dont il faudra tenir compte. 




entre : I) la construction d une entreprise ^"" capacité, revenant 
cinq ans plus tard, d'une autre eW^^^P^ ^ nnitaiie 
à 40 millions, et fournissant, 1 une et 1 autre, du .«nom 
de 100 et H) la construction d'une entreprise unique, de capacue 

58. Dan. le c. où la création immédiat. .* h **££* "n^U.tux 
«ire, peu, être utile en permettant par ««g*, *J ™£ faire v enir de plu. 
ville, certain, produite que ^ une ""X^.S. devraient être mi.e. au compte 
loin, le. économie, qui pourraient être ainm reaU.ee. oevr 

de la variante H. . ! mesure où celui-ci comprend 

59. On, plutôt, M ne modifie ce coût que aanB « 

l'amortùsement de. inve.ÛMement» initiaux. ^ 



I I I j l I l l fl f I I l I M I I I > I I I I I l l I 



. , , i . i ■ I I I f I I ! I I I I < ' ' 

| I 1 ■ ïbj 3 — S — S — 2 problème! théoriques et pratiques de la planification 

ble de la première, dont le coût de construction sera de 80 millions, et 
qui fournira du courant au coût unitaire moyen de 90. 

Dans un tel cas, on raisonnera comme dans l'hypothèse précédente, 
mais on déduira des économies de travail réalisées au moyen des inves- 
tissements qui auront pu être effectués grâce aux 30 millions rendus dis- 
ponibles pendant cinq ans, la perte subie du fait de la production du 
courant à un coût unitaire plus élevé, perte qui se calcule en multipliant 
la différence des coûts unitaires (en l'occurrence 90 — 80 = 10) par le 
nombre d'unités produites pendant l'existence des deux entreprises. Ce 
n'est que si, même avec cette déduction, les économies de travail réali- 
sées grâce à la variante I dépassent la différence des deux coûts de 
construction que la variante I sera la plus avantageuse 60 . 

Il est clair, d'ailleurs, que ces différents calculs n'ont à intervenir 
que si, concrètement, le choix existe entre les différentes variantes, c'est- 
à-dire, par exemple, que s'il est possible, pratiquement, de disposer dans 
l'immédiat des rails nécessaires pour établir tout de suite une double 
voie ou du matériel nécessaire pour la construction de l'usine électrique 
la plus puissante. 

VI. - La mobilité des moyens de production 

Ainsi que nous l'avons vu, ce qui fait, au total, que ce ne sont pas 
toujours les variantes qui permettent d'obtenir, dans la branche où elles 
sont réalisées, la productivité du travail la plus élevée, qui sont écono- 
miquement les plus avantageuses, c'est, d'une part, que la mise en 
œuvre de ces variantes peut priver d'autres secteurs de l'économie de 
fonds d'investissements qui, dans ces secteurs, seraient encore plus effi- 
cients ; c'est, d'autre part, que ces variantes peuvent comporter une 
immobilisation trop longue des fonds investis. 

Parmi les différents inconvénients que comporte une longue immo- 
bilisation, celui de la désuétude n'est pas un des moindres. Que cette 
désuétude résulte des progrès de la technique et de la productivité du 
travail, ou qu'elle résulte de l'incapacité où une certaine variante se 
trouve, à partir d'un certain moment, à satisfaire les besoins sociaux, 
elle consiste toujours en ceci que des moyens de production qui auraient 
pu encore fonctionner pendant un certain temps deviennent désormais 
économiquement inutilisables, du moins pour leur destination initiale. 

Nous avons vu que lors du calcul de la désuétude d'un investisse- 
ment (cf., supra, p. 147), il convenait de déduire du coût de l'investis- 
sement nouveau (investissement de remplacement) l'économie réalisée 
par la mise en service ailleurs des moyens de production anciens, « libé- 



60. Dans le cas où ce aérait la variante II qu'il conviendrait d'adopter, des me- 
snres pourraient être priées dana le domaine des prix pour qne la surcapacité qui 
exîate momentanément aoit utilisée (cf. supra, p. 99), on pourra tenir compte, dana 
le calcul économique préalable, des économies de travail résultant de cette utilisa- 
tion. 



■ ■ i ttyMlll* ( ' ' 

détermination de In technique la plus avantageuse 

re8 , par l'investissement nouveau La posaibUi* pj- - «frSSU 
de modifier l'utilisation d'un outillage représente le degré 

d'investissements, dont certaines peuvent être plus £P£ en £ D moinfl 
J' a .,trps il conviendra aussi de tenir compte de la pius im 

entre la création de lignes d'autobus", de lign « de tra J t le 

lignes de métro. Abstraitement ces « variantes » « Jjgjg^, a P j 
coût d'investissement qu'elles exigent, ?« \ ^j££° l ervic e, par la 
elles fonctionnent, par le délai nécessaire a leur -mu ^en ser , P 
durée physique des investissements, par leur durée « m ° r " £ n . 

ïa mobUité économique des éléments qui les comptent. £*ggc^ 
crètement, ces variantes comportent «g. ^ane sene de -7^* 
qui peut conduire à rejeter certaines ^^f »J ' é d , acier exl . 
théoriques qu'elles présentent : par ex emple, lesquan t.te 
gées par tel moyen de transport sont ^^^""'e^oduction ac- 
besoins en acier de la période en ^^^J^^J de la ville en 
tuelle des aciéries ; ou, encore, le degr e d encomb rement le 
surface sera rapidement tel que l'utilisation des tramways 
bus devra être limitée, etc. j-.ff^ntB éléments d'appréciation, 

Supposons que compte tenu des d ^" n ™ U , e „"^2"de transport en 
on arrive à conclure que le métro représente le ™J e »£ e * J t 
commun économiquement le P-^f^;^^ bout d'un délai 
ce moyen ne pourra être mis * J»» 1 ""^ c ^ urt qu e les besoins 
de cinq ans, alors que c'est dans un délai plus coun q 
accrus de la population en moyens de transport devrom 

S £^S»™-- « aJ .. - - 

fonction de la situation du mome ° t ' . . . , popu i at ion les moyens 

En attendant ^^^^ZLvL de mettre en place, 

de transport dont elle a nesoin. "7 ,. „,.).,.. et j e tramways. 



61. Ou de trolleybus. 



*"* problèmes théoriques et pratiques de la planification 

supérieur à l'autobus» 2 , mais les lignes de tramways comportent des ins- 
tallations fixes que ne comportent pas les lignes d'autobus, en consé- 
quence, si au bout de cinq ans la plupart de ces lignes doivent être sup- 
primées, l'avantage revient aux autobus, qui pourront servir ultérieure- 
ment dans d'autres villes, c'est-à-dire qui bénéficient d'une plus grande 
mobilité économique. L'importance de cet avantage peut faire l'objet 
d'un calcul économique facile. 

VII. - Investissements directs et investissements 
indirects 

^ Comme on a pu le voir, la question que l'on doit se poser, lors- 
qu on examine le problème du choix entre plusieurs variantes techni- 
ques, est celle de savoir quelle est la variante qui contribuera le plus 
a 1 accroissement de la productivité du travail à V échelle sociale ? 

•C'est parce qu'il est nécessaire de s'élever au-dessus du point de vue 
étroit de l'entreprise particulière qu'on ne peut se contenter d'adopter 
la variante qui, dans le cadre d'une entreprise, donnerait la productivité 
du travail la plus élevée, si l'adoption de cette variante, en raison des 
fonds d investissements qu'elle exige, avait pour conséquence de ré-, 
duire les possibilités d'investissements dans d'autres secteurs, où la 
productivité du travail pourrait être accrue encore davantage. 

D'autre part, c'est parce qu'il est nécessaire de se placer au point 
de vue de la productivité sociale du travail, et non à celui du « rende- 
ment » de tel ou tel investissement particulier, que l'on ne peut se con- 
tenter d adopter les variantes qui font ressortir le taux d'économie le 
plus eleve. 

En d'autre termes, le calcul économique ne doit être effectué ni 
d un point de vue mercantile 83 , ni du point de vue étroit d'une entreprise 
ou d'une branche, mais il doit viser à l'obtention de l'efficience sociale 
maximum, dans la perspective de plusieurs années. 

C'est d'ailleurs parce que le choix entre plusieurs variantes doit être 
guide par la recherche de l'efficience sociale maximum que. ce choix 
est particulièrement complexe. 

Précisément, on peut se demander si le mode de calcul économique 
expose au cours des pages précédentes satisfait entièrement aux exigen- 
ces que nous venons de rappeler. 



62. D après les données soviétiques, le coût d'exploitation des tramways re- 
Pr fl! e 5' e î i? C " Pre8 le qU 5 rt du coût d'exploitation des autobus, alors que leur 
u°ad "lu 3 ) C8t tr °" P (cf- rarticle de Tcwhnomobdk, art., cit., 

63. U recherche d'une norme de < rendement > du travail cristallisé corres- 
pond à une conception mercantile, conception qui oppose le travail cristallisé au tra- 
vail vivant, et sacrifie 1 efficience de ce dernier au € rendement > du premier 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I | | | | 



détermination de la technique la plus avantageuse 165 

1. - Les différents types d'investissements 

Un point, en effet, a été laissé jusqu'ici dans l'ombre, c'est le fait 
que la réalisation des diverses variantes exige non seulement des inves- 
tissements directs (ceux dont nous avons traité jusqu'ici) , mais aussi des 
investissements indirects plus ou moins importants. 

Ces investissements indirects doivent être effectués, notamment, 
pour accroître le potentiel de production des branches qui auront à 
fournir les matières premières, l'énergie, les produits semi-finis, etc., 
aux nouvelles entreprises (ou aux nouveaux départements des entrepri- 
ses anciennes). Ce qui, dans une économie planifiée, rend ces investis- 
sements indirects presque toujours indispensables, c'est qu'en principe 
la capacité de production des différentes branches est utilisée à plein. 
Par conséquent, si on doit consommer davantage de produits de ces 
branches, il faut aussi accroître leur capacité de production, ce qui 
exige des investissements supplémentaires. 

Il est facile de comprendre que, selon les quantités de matières pre- 
mières, d'énergie, de semi-produits, etc., consommées dans le cadre de 
telle ou telle variante, le montant des investissements indirects exigés 
peut être plus ou moins important. L'importance de ces investissements 
indirects dépend non seulement des quantités consommées, mais aussi 
de ce qu'on peut appeler, avec l'économiste soviétique P. Mstislavski, 
« l'intensité en capital » des différentes branches de production (cf. ar- 
ticle cité, trad. p. 35) M . 

Parmi les investissements indirects, une place importante revient 
aussi aux investissements nécessaires pour « libérer » de la main-d'œuvre 
dans certaines branches de l'économie, afin de pouvoir disposer des 
forces de travail nécessaires dans les entreprises nouvellement créées 
(ou dans les nouveaux départements des entreprises anciennes). 

En effet, dans une économie de plein emploi, il n'existe pas (en 
dehors de l'accroissement naturel de la population active) une masse 
de chômeurs, une armée industrielle de réserve, dans laquelle il est pos- 
sible de puiser chaque fois que la production doit s'étendre. 

Par conséquent, pour pouvoir disposer de la main-d'œuvre néces- 
saire au fonctionnement de telle ou telle entreprise nouvelle, il faut que, 
dans certaines branches de l'économie, la productivité de travail s'élève 
suffisamment pour que, sans porter préjudice à la production de ces 
branches, il soit possible de réduire le nombre des travailleurs qu'elles 
emploient* 3 . Cet accroissement de la productivité du travail exige aussi 
des investissements indirects (« indirects > par rapport aux variantes qui 
les rendent nécessaires). Le montant de ces investissements dépend des 



64. D s'agit ici d'une certaine expression de ce que Marx appelle la c composi- 
tion organique du capital >. 

65. Dans cette catégorie d'investissements, destinée à accroître la productivité, 
entrent également les investissent ts qui peuvent être effectués dans le secteur do- 
mestique, en vue de libérer les femmes des travaux ménagers, ce qui permet 1 celles- 
ci d'entrer dans la population active. 



I f I I I I I I I I I I I I I I I | I I | | 



I I I I 

166 



i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i. 

problèmes théoriques et pratiques de la planification 



quantités de force de travail qui doivent être employées dans le ca- 
dre des différentes variantes et de « l'intensité en capital » des bran- 
ches dans lesquelles il faudra élever la productivité du travail (il 
s'agira, en règle générale, des branches ayant une intensité en capi- 
tal assez basse, si bien qu'avec des investissements relativement fai- 
bles, il sera possible de dégager un nombre de travailleurs impor- 
tant). Les investissements rendus nécessaires pour l'obtention de la 
main-d'œuvre indispensable au fonctionnement des entreprises nou- 
velles englobent également les dépenses de formation professionnelle 
de cette main-d'œuvre 8 ". 

En d'autres termes, tandis qu'un accroissement de la production 
strictement proportionnel à l'augmentation de la population active 
pourrait être obtenu sans progrès technique (sur la base d'investis- 
sements simples et élargis extensifs), toute augmentation du niveau 
de vie exige, au contraire, une combinaison des diverses formes d'in- 
vestissements : simples extensifs 9 ', simples intensifs 98 , élargis exten- 
sifs 99 , élargis intensifs 70 . 

Un des aspects du problème du choix entre différentes variantes 



66. Par contre, il n'y a pas lieu, ainsi que le note Mstislavski, de faire entrer • 
dans les investissements indirects le montant des investissements qui doivent être 
effectués dans les industries de consommation pour que celles-ci puissent fournir 
aux travailleurs embauchés dans le cadre d'une variante donnée les objets de con- 
sommation dont ceux-ci auront besoin (trad., p. 34). En effet, le plan économique 
devant pourvoir au plein emploi de l'ensemble des travailleurs et i l'élévation de 
leur niveau de vie, ceux-ci seront, de toute façon, des consommateurs. On notera, 
cependant, que si certaines variantes comportent des exigences particulières du 
point de vue de la localisation des entreprises nouvelles, il pourra en résulter cer- 
taines charges d'investissements indirects même dans les industries de consomma- 
tion. Nous examinerons, au chapitre suivant, certains aspects de ce problème. 

Par parenthèse soulignons, ici encore, que cette analyse des incidences des dif- 
férents investissements sur l'ensemble du système économique est fondamentalement 
différente de l'analyse keynésienne et post-keynésienne. En effet, cette dernière porte 
principalement sur l'accroissement de la demande d'objets de consommation pouvant 
résulter d'un montant donné d'investissement (jeu du multiplicateur) et sur les inves- 
tissements induits pouvant résulter d'un accroissement général de la demande (mo- 
dification de l'incitation i investir). 

67. Un investissement simple extensif correspond au renouvellement de l'outil- 
lage existant, sans modification technique ni accroissement de la capacité de produc- 
tion. 

68._Un investissement simple intensif correspond au renouvellement de l'outil- 
lage existant, avec une modification technique, permettant d'accroître la productivité 
du travail, sans accroissement de la capacité de production. Ce type d'investisse- 
ment permet de dégager des forces de travail des secteurs à € faible intensité du 
capital > par rapport i la main-d'œuvre. 

69. Un investissement élargi extensif permet d'accroître la capacité de produc- 
tion, sans augmenter la productivité du travail. L'accroissement de la capacité de 
production est, ici, proportionnelle, i la fois, au supplément de main-d'œuvre et au 
supplément d'investissement exigés. 

70. Un investissement élargi intensif permet d'accroître en même temps la 
capacité de production et la productivité du travail. L'accroissement de la capacité 
de production est, ici, plus que proportionnel ou supplément de main-d'œuvre em- 
ployé. 



i i i i i i i i i i i i i i i i 

^itermination de la technique la plus avantageuse 



I I I I I I I I I 

167 



consiste à déterminer, dans le cadre d'un rythme donné de reproduc- 
tion élargie intensive", la place qui doit revenir à chacun de ces ty- 
pes d'investissements. 

2. - Comment dégager les liens entre les différents inves- 
tissements ? 

Ce qui fait la complexité de cet aspect du problème des inves- 
tissements, c'est que sa solution exige que soient mis à jour les liens 
existant entre les différents investissements. Comment dégager ces 

liens ? 

P. Mstislavski, dans son article L'effet utile des investissements 
dans Véconomie soviétique, propose une méthode qui doit permettre 
de faire ressortir le montant total des investissements (directs et in- 
directs) exigés par différentes variantes d'investissements. De cette 
méthode de calcul, il pense pouvoir dégager aussi une méthode de 
choix entre les variantes ; c'est là une seconde démarche dont nous 
discuterons après avoir exposé la méthode de calcul de Mstislavski. 

Cette méthode consiste à passer du coût d'exploitation carac- 
téristique de chaque variante au montant des investissements indi- 
rects exigés par elle. Pour illustrer cette méthode, le plus simple est 
de reproduire un exemple emprunté à Mstislavski lui-même. 

Soit deux variantes, permettant d'obtenir la même capacité de 
production, et ayant les caractéristiques suivantes : 



Variante I 
Variante II 



Coût d'investissement 
(en millions de roubles) 



360 
240 



Coût d'exploitation 
annuelle poub une p«0- 

duciion donnée 
(en millions de roubles) 



180 
195 



D'après le raisonnement développé jusqu'ici, on pourrait dire 
que l'investissement supplémentaire de 120 permet une économie 
annuelle de 15", soit un taux d'économie de 12,5 %. 



71. Nous examinons plus loin (cf. infra, p. 154-156) comment se manifeste le 
lien existant entre le rythma de la reproduction élargie et la place de» différents 
types d'investissements. „ 

72. Ceci n'est vrai que ri le coût d'exploitation ainsi chiffré porte sur 1 en- 
semble des dépenses de travail (y compris le surtravail) et non eur les seules dépenses 
monétaires. Ce point a déjà été traité (cf. supra, p. 94-95). 



168 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



Mstislavski reproche, entre autres, à on tel calcul de rester en- 
core trop étroitement cantonné dans le cadre d'une entreprise parti- 
culière et il ajoute : 

« Si nous essayons de sortir du cadre de Ventreprise particulière, 
nous devons poser la question : quels effets exercent les frais de pro- 
duction et de circulation annuels d'une entreprise déterminée sur 
r ensemble de Péconomie ? » (art. cit., p. 32). 

Pour répondre à cette question, Mstislavski est conduit à décompo- 
ser les coûts d'exploitation dans leurs éléments concrets, afin de voir à 
quels investissements ces coûts eux-mêmes correspondent : 

Ainsi, dans l'exemple précédent, on aura : 



Nature des coûts 



Variante I 



Nature de la dé- 
pense 



Matière première A 
— — B 



Matériaux 

Combustible 

Energie électrique 

salaires 

Amortissements et 
réparations de 
l'outillage 

Amortissements et 
réparations des bâ- 
timents et instal- 
lations 

Coût des transports 

Totaux 



Produits chimiques 

Métaux non ferreux 

Bois 

Charbon 

Force hydraulique 



Chemins de fer .. 



W j D 



30 

20 
20 
20 
10 
15 



20 



10 
35 



180 



Variante II 



Nature de la dé- 
pense 



Produits agricoles 
Produits sidérurgi- 
ques 

Bois 

Charbon 

Centrale thermique 



Transport par eau 



S 



§9 



40 

30 
10 
10 
20 
30 



25 



15 
15 



195 



Pour passer des coûts d'exploitation ainsi décomposés aux inves- 
tissements qui leur correspondent, il est nécessaire de savoir quels in- 
vestissements sont nécessaires pour produire pour 20 millions de rou- 
bles de charbon, pour 30 millions de produits chimiques, etc. — ce qui 
suppose que l'on connaît « l'intensité en capital » des diverses produc- 
tions, c'est-à-dire que l'on sait combien de roubles doivent être investis 
(directement et indirectement) pour obtenir un rouble de production 
annuelle de tel ou tel produit. 

De même, il est nécessaire de savoir à combien doivent se monter 
les investissements nécessaires pour que l'entreprise considérée puisse 



I I I I { I I I I I I I I I I 



I I I I I I I I I I 



détermination de la technique la plus avantageuse 16' 

disposer des forces de travail (ayant la qualification voulue) dont elle 
a besoin pour fonctionner. 

Ainsi, Mstislavski estime qu'un investissement de 3 roubles par rou- 
ble de salaire annuel est nécessaire pour dégager des forces de travail 
non qualifié des branches dans lesquelles l'intensité du travail en ca- 
pital est faible (au moyen d'investissements simples intensifs) et qu un 
investissement de 4,5 roubles par ronble de salaire annuel est nécessaire 
pour dégager et former des forces de travail qualifié. 

Par ailleurs, une analyse du coût de production du bois fait ressor- 
tir que la production d'un rouble de bois exige 3,1 roubles d'investisse- 
ments directs et indirects. La production d'un rouble de minerai de fer 
exige, transporte compris, 9,54 roubles d'investissements directs et in- 
directs, etc. 

H est évident que seule une comptabilité sociale très poussée permet 
de réunir des données aussi nombreuses, et qui varient dans le temps. 

A partir de telles données, on peut passer de la connaissance des 
coûts d'exploitation au calcul du montant des investissements indirects 
qui leur correspondent. On aura, par exemple, le tableau suivant, qui 
correspond à l'analyse de Mstislavski (ce tableau est calculé sur des va- 
leurs approchées qui, selon les conditions concrètes locales dans lesquel- 
les on se trouve, dévient dans un sens ou dans l'autre des valeurs so- 
ciales moyennes) 73 . 

A partir de ce tableau, on voit que les investissements indirects liés 
à la variante I sont de 1.205 millions de roubles et que pour la variante 
II les investissements indirects se montent à 984,5 millions. 

Les investissements totaux exigés par chaque variante atteignent 
donc les chiffres suivants : 

Variante I 360 -\- 1.205 = 1.565 millions 

Variante II 240 + 984,5 = 1.224,5 millions 

Dans ces conditions, le taux d'économie que permet de réaliser la 
variante I n'est plus que de 15 millions par an, pour 340 millions de 
roubles d'investissements supplémentaires, soit un taux d'économie an- 
nuel de 4,7 %. 

Le taux d'économie est donc, évidemment, beaucoup plus faible 
que lorsqu'on ne tient compte que des investissements directs (dans 
l'exemple choisi il est alors de 12,5 #>), ce qui peut sérieusement mo- 
difier le choix que l'on est conduit à effectuer. Toutefois, il faut noter 
que si l'ensemble des choix a lieu en tenant compte à la fois des inves- 
tissements directe et indirects, l'ensemble des taux d'économie se trou- 



73. H est clair, en effet, que si, en moyenne, il fant nn certain nombre de rou- 
bles d'investissements pour 1 rouble de telle production, il est possible que pour nne 
production supplémentaire il (aille soit un investissement plus fort, soit un inves- 
tissement plus faible (par exemple s'il existe momentanément une réserve de capa- 
cité de production). 



I I I I I ( I I I f I I I I I I I I I I I | 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

170 ~~ Problèmes théorique* et pratiques de la planification 



Nature des coûts 



Matières premières 

A 

B 

Matériaux , 

Combustibles 

Energie électrique . 
Salaires : 
pour travailleurs 
bautement qua- 
lifiés et em- 
ployés 

pour les autres 
travailleur» .... 
Amortissements et 
réparations de 
l'outillage .... 
Amortissements et 
réparations des 
bâtiments et ins- 
tallations 

Coût des transports 
Totaux 




vera réduit, si bien qu'un taux de 4,7 % pourra ne pas être particulière- 
ment faible. 

H est évident que la méthode de calcul que nous venons d'exposer 
exige bien des mises au point, pour qu'elle ne soit pas un simple jeu 
de chiffres et pour qu'elle reflète l'ensemble des conditions concrètes 
dans lesquelles les investissements doivent se réaliser. En particulier, 
pour que cette méthode ait tout son sens, il faut qu'elle repose non sur 
des coefficients moyen* « d'intensité du capital », mais sur les coeffi- 
cients effectifs. 

En outre, en ce qtri concerne les économies de travail que les dif- 
ferentes variantes permettent d'obtenir, il semble qu'il serait nécessaire 
de tenir compte, pour rester dans la logique de cette méthode de cal- 
euh non seulement des économies directes de travail, mais aussi des éco- 
nomies indirectes. En particulier, il ne semble pas que l'on puisse con- 
«derer seulement comme une « charge » les investissements destinés à 

ZT>T 1 î?? ia ? ly t lt Z* u travail dan8 le8 bran <*«* où « l'intensité du 
capital , est la plus faible, afin d'en dégager des forces de travail, car 



■i 






I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I i I I 

détermination de la technique la plus avantageuse 171 

ces investissements permettent précisément d'importantes économies de 
travail, économies qu'il conviendrait de comptabiliser à l'avantage de 
la variante qui les provoque. Il y a là, sans aucun doute, un problème 
qu'il conviendrait de creuser et que P. Mstislavski ne soulève J>as. 

D'une façon générale, d'ailleurs, P. Mstislavski n'examine pas di- 
rectement les économies de travail que permettent de réaliser les diffé- 
rentes variantes. En effet, de sa méthode de calcul il croit pouvoir tirer 
un nouveau critère de choix entre les variantes d'investissements. 

3. - Le critère de l'économie d'inyestissements 

Ce nouveau critère serait celui de l'économie d'investissements. 
Son application conduirait à adopter (du moins en ce qui concerne les 
investissements élargis intensifs effectués de façon centralisée dans les 
entreprises de production des régions économiquement développées)'*, 
lorsque le choix s'offre entre plusieurs variantes, celle des variantes qui 
exige le minimum d'investissements, investissements indirects compris. 

Mstislavski avance les arguments suivants en faveur de ce nouveau 

critère ; 

I. — D considère qu'il n'est pas possible de comparer une dépense 
d'investissement à effectuer immédiatement avec des économies qui se- 
ront réalisées au cours de cinq ou de dix ans (ceci pas plus qu'on ne 
peut comparer, dit-il, « le moineau que l'on a dans la main » avec « le 
pigeon qui est sur le toit »). Une comparaison n'est possible, pensct-il, 
que, d'une part, entre les investissements d'une certaine période et, 
d'autre part, les coûts d'exploitation à supporter pendant la même pé- 
riode (art. cit n p. 32). 

Cet argument ne nous paraît pas décisif, car ce que l'on compare ce 
sont toujours des dépenses de travail social, et ce sont précisément ces 
dépenses que, pour l'obtention d'une production donnée, il faut réduire 
au minimum, en se plaçant non du point de vue de la seule situation 
présente, mais dans la perspective de plusieurs années, c'est-à-dire en 
tenant compte du progrès de la productivité du travail, du progrès de 
la technique, des durées de construction, d'immobilisation, etc. Nous 
avons vu, d'ailleurs, que lorsqu'il s'agit de calculer les avantages et les 
inconvénients de durées de construction différentes (cf. supra, p. 138), 
M. Mstislavski est obligé de comparer l'efficience économique d'un in- 
vestissement effectué immédiatement à celle d'un investissement ef- 
fectué seulement plus tard, grâce à une durée de construction phifl 
courte, et, précisément, cette comparaison repose sur l'accroissement de 
la productivité du travail (qui permet une certaine augmentation du 
revenu national et de l'accumulation). 

H. — En second lieu, à ceux qui critiquent le critère proposé par 
lui, en disant que ce critère est unilatéral (puisqu'il ne prend en consi* 



74. Noos verrons dans un instant la signification de cette parenthèse restrictive. 



172 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

dération que les investissements, en laissant de côté les coûts d'exploi- 
tation), P. Mstislavski pense pouvoir répondre en disant que le montant 
des investissements, tel qu'il le calcule, reflète aussi l'importance des 
coûts d'exploitation (art. cit., p. 39). 

P. Mstislavski souligne, en particulier, que le mode de calcul qu'il 
propose permet de dégager la signification économique de la réduction 
des dépenses en matières ou en combustibles rares, ou de la réduction 
des dépenses en travail qualifié, car ce sont précisément ces sortes de 
dépenses qui sont liées à des investissements importants. 

ni. — A cet argument, P. Mstislavski en ajoute un troisième, qui 
consiste à dire qu'en ayant obtenu les productions exigées par le plan 
avec le minimum de dépenses d'investissements, il restera d'autant plus 
de disponibilités, sur le fonds social d'accumulation (qui est fixé par le 
plan et qui n'a pas à être réduit) pour accélérer le rythme de la pro- 
duction élargie, en effectuant des investissements intensifs dans les 
branches où la productivité du travail peut être le plus facilement ac- 
crue. 

Ces deux derniers points suscitent les observations suivantes : 

D'une part, il ne semble pas possible de ramener indifféremment 
toutes les dépenses d'exploitation, quel que soit le temps pendant lequel 
elles doivent être effectuées, à ce dénominateur commun qui serait le 
montant des investissements indirects qui leur correspondent (s'il en 
était ainsi, d'ailleurs, on pourrait très facilement comparer des dépenses 
d'exploitation à des dépenses d'investissements). H est évident, en par- 
ticulier, que l'efficience d'un investissement donné n'est pas la même 
selon que cet investissement est susceptible de fonctionner pendant cinq 
ans ou pendant dix ans ; or, si l'on adoptait le critère proposé par Mstis- 
lavski, on perdrait de vue un tel aspect du problème. 

D'autre part, cependant, le critère proposé par Mstislavski semble 
avoir pour lui deux avantages considérables : 

a) Il permettrait d'éviter de recourir à des calculs et à des compa- 
raisons effectués centralement (comme ceux qui sont nécessaires lors- 
qu'on compare les taux d'économie pouvant être réalisés dans diverses 
branches), puisqu'à l'échelle de chaque entreprise ou ensemble d'entre- 
prises on pourrait effectuer des choix, en adoptant, entre diverses va- 
riantes, celle qui exige le minimum d'investissements directs et indirects. 

b) H permettrait, en effectuant un maximum d'économie en ce 
qui concerne les investissements à effectuer dans les secteurs où la 
production doit être augmentée, de conserver disponible un maxi- 
mum de fonds, pouvant être investis pour accroître la productivité du 
travail dans les branches où la productivité peut être le plus facile- 
ment accrue, ce qui permettrait, en définitive, de développer au maxi- 
mum la productivité sociale du travail. 

'En réalité, ces avantages sont illusoires. 

Précisément, une des supériorités d'une économie centralement • 
planifiée est de pouvoir effectuer des comparaisons entre les utilisa- 
tions diverses possibles du fonds d'accumulation, et il est difficile de 



I I I I I I I I f I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



détermination de la technique la plus avantageuse 173 

considérer que le fait de renoncer à tirer parti de cette possibilité 
soit un avantage. 

En outre, c'est justement en effectuant des comparaisons à l'éche- 
lon central que Ton pourra faire ressortir de quelle façon on accroîtra 
le plus la productivité sociale du travail. En effet, c'est dans le cadre 
de telles comparaisons que l'on sera conduit, par exemple, à rejeter 
une variante qui fait ressortir un taux d'économie trop bas, étant 
donné que des taux d'économie plus élevés peuvent être obtenus dans 
des branches de production où la productivité est encore relativement 
faible. 

Au total, du point de vue théorique, il n'est nullement démontré, 
comme l'a souligné l'économiste soviétique AL Prit 73 que le critère 
proposé par Mstislavski satisfasse toujours à l'exigence économique dé- 
cisive : l'accroissement maximum de la productivité du travail. 

La question qui reste posée est de savoir si, dans un certain nom- 
bre de cas, le critère proposé par Mstislavski ne fournit pas une solu- 
tion approchée, ce qui permettrait de le faire jouer chaque fois qu'il 
s'agit d'investissements portant sur des sommes relativement peu im- 
portantes ; ce qui permettrait, également, de dégager les instances 
centrales du poids de décisions relativement secondaires. Mais il n'est 
pas possible de répondre à cette question en s'appuyant sur des argu- 
ments théoriques car seule une série d'études concrètes permettrait de 
mettre en lumière dans quelle mesure les choix effectués à partir du 
critère du mimimum d'investissements directs et indirects pour un ré- 
sultat donné divergent des choix effectués en recherchant directement 
l'accroissement maximum de la productivité du travail, selon la mé- 
thode des taux d'économie comparés. 



Vue d'ensemble sur le problème des investissements 

Ce qui, semble-t-il, doit se dégager avant tout de l'analyse qui 
précède, c'est la nécessité d'examiner le problème des investissements 
de la façon la plus concrète possible, en tenant compte de toutes les 
caractéristiques des diverses variantes et de leurs incidences directes 
et indirectes sur l'ensemble de l'économie. 

A. — Place du critère économique en matière ^investissement 

On doit souligner, aussi, que le critère économique de l'efficience 
est loin d'être le seul à devoir être pris en considération. Comme 
nous l'avons dit à plusieurs reprises, si les conséquences politiques et 
sociales de la mise en œuvre de différentes variantes sont différentes, 



75. Cf. note du Bulletin de V Académie des Sciences de TV. R. S. S., n° 1 de 1950, 
pp. 59-61. 



I I f I I I I I I I I I I I I I ! I I I I I I I I I I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



174 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



zr 



il ne peut être question de faire abstraction de ces différences, bien 
qu'elles ne puissent être l'objet d'une mesure économique. Au con- 
traire, ces différences peuvent conduire à exclure d'avance certaines 
variantes dont la réalisation n'irait pas dans le sens de l'évolution so- 
ciale désirée 7 *. Même lorsque des considérations sociales et politiques 
n'excluent pas d'avance certaines variantes, ces considérations peuvent 
conduire à préférer telle ou telle variante, lorsqu'il apparaît que la 
€ perte » purement économique qui résultera de la mise en œuvre est 
minime par rapport à l'avantage social ou politique qui en découle. 

, Autrement dit, le prnr,l* m o Hffl j n v«» fl H a <,.>7T„^t. „ fL _ £ ^t_è t ^ 
.résolu en dehoja_di L cadre politique dans leq uel jWin^r» n io Ma ^7^ 
menllea investisse ments constituent ~uïï desliviers essen tiels de Tac- 
toon_pontjjjï&. C'est au moyen dWestiseements ayant ~5 n ca r actère 
donne quil a été possible, en U.R.S.S., de faire triompher les formes 
collectives dans l'agriculture, d'assurer la domination et le dévelop- 
pement de la propriété socialiste, d'éliminer peu à peu les différences 
entre les villes et les campagnes, etc.' 7 . 

De même, le critè re de l'accroissement <*» la r f MJfl£lixilf_±i_ 
travail ne peut être appliqué sans tenir_ cQmptede>. condi tion^ so-_ 
ciales de cet accroissement, conditions cpiCen demiérê~âjâTysëTânr<mt ~ 
aussi des répercussions .sur le développement économique lui-même. 
Ainsi, lorsqu'il s'est agi en Union soviétique d'accroître la producti- 
vité de l'agriculture, il ne pouvait être question de mettre sur le mê- 
me pied le développement d'exploitations capitalistes et le dévelop- 
pement des kolkhoz, même en supposant les premières momentané- 
ment plus productives que les secondes. Ceci, à la fois, parce que, po- 
litiquement, la présence devait être donnée au secteur socialiste 78 
et parce que, en définitive, les possibilités de développement de la 
productivité dans le cadre d'exploitations capitalistes sont nécessai- 
rement limitées. 

B. — Les caractères concrets de chaque période économique 

De ce qui précède il résulte évidemment que selon les caractéris- 
tiques concrètes, politiques, sociales et économiques de chaque pério- 



76. Ainsi, certaines variantes d'investissements qui aboutiraient à donner une 
place croissante au pur travail de force et i réduire la place du travail qualifié, 
pourront être exclues, en dépit de leurs éventuels avantages économiques, parce 
qu'un des objectifs de l'évolution de la société socialiste est de réduire, puis de faire 
disparaître, l'opposition entre travail manuel et travail intellectuel. 

77. Comme le note justement P. Mstislavskj, ce n'est pas seulement dans l'éco- 
nomie soviétique que les investissements ont un caractère politique, un caractère de 
classe, il en est de même dans les Etats capitalistes. Ainsi, la € Truman Doctrine >, 
le plan Marshall, les investissements américains en Allemagne, au Japon, en Grèce, 
en Turquie, ou dans tel ou tel pays capitaliste, ou dans telle ou telle colonie, visent 
à renforcer la propriété capitaliste et à combattre le mouvement révolutionnaire et 
les forces socialistes (cf. art. cit., trad., p. 24). 

78. Cf. la contribution de J. BÉNABrf au volume : Problèmes de Planification, 
n° 1 de 1951, p. 43. 






I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

détermination de la technique la plu* avantageuse 175 

de ce n'est pas la même solution qui sera apportée au problème* du 
choix entre plusieurs variantes. 

En effet, les données politiques et sociales ne sont pas les mêmes 
d'une période à une autre, les ordres d'urgence sont différents, l'im- 
portance du fonds d'accumulation et du renouvellement varie dans 
le temps, les possibilités d'accroître la productivité sociale du tra- 
vail dans les différentes branches se modifient avec l'importance des 
investissements déjà réalisés dans ces branches et avec l'évolution de 
la technique, etc. 

A cet égard, un point mérite particulièrement de retenir l'atten- 
tion : les choix en matière d'investissement sont nécessairement dif- 
férents selon que le plein emploi des forces de travail est déjà réalisé 
ou selon qu'il s'agit encore d'un objectif à atteindre. 

En règle générale, lorsqu'il existe encore des réserves de forces de 
travail, il semble que le rendement optimum des investissements 
ne puisse être atteint qu'à condition de laisser une place suffisante 
aux investissements élargis extensifs™ (qui permettent d'accroître 
l'emploi parallèlement au nombre d'unités de travail cristallisé in- 
vesties) par rapport aux investissements intensifs (qui sont caractérisés 
par la réduction du nombre de travailleurs employés relativement au 
nombre d'unités de travail cristallisé investies). En effet, en n'agissant 
pas de la sorte, on ne permet pas à l'ensemble des forces de travail dis- 
ponibles de s'intégrer à la production, si bien qu'au total le rapport 
« production-investissements » risque d'être moins favorable que si 
la productivité du travail s'était accrue moins vite, mais que l'intégra- 
lité des forces de travail ait été employée* . 



79. Cf. supra, p. 146. 

80. Citons ici ee qu'écrit D. Tchernomohdœ. à ce sujet : 

« Un rythme élevé de reproduction élargie est obtenu de deux façons : d'une 
façon intensive, c'est-à-dire par une modernisation technique, qui exige des inves- 
tissements capitaux considérables et qui rend une productivité du travail plus élevée, 
et d'une façon extensive, c'est-à-dire par une extension de l'activité, sur la base dn 
niveau technique déjà atteint... » et Tchehnomohdik ajoute qu'au stade actuel do 
développement de l'économie soviétique, où un haut niveau technique a été atteint, 
il convient de donner une plus large place aux investissements extensifs : « ..Ja 
construction d'entreprises qui exigent des investissements capitaux relativement élevés 
n'est rationnelle que si la production à obtenir en vertu du plan ne peut pas être 
fournie par des entreprises qui exigent moins de dépense» capitales... Dans ce cas 
se trouve réalisée une productivité sociale du travail plus élevée, parce que des ré- 
serves de travail et de matériaux sont incorporées à la production et utilisées à l'ac- 
croissement du profit social, qui, dans un autre cas, seraient restées inutilisées et en 
dehors de la sphère de la production » (art. cit., trad., p. 24). 
g^" Tchebnomosdh donne comme exemple d'une telle utilisation de réserves, la 
i/ construction individuelle de logements et le développement de l'industrie ^ locale, 
il H insiste également sur le fait que le» investissements extensifs ont une période de 
. /^Jconstruction plus courte que des investissements intensifs et que, par conséquent, en 
fvi^donnant une plus large place aux premiers on accélérerait le rythme de la reproduc- 
/ tion. El est évident que c'est là un autre problème et que cette conclusion n'est pas 

généralement valable, car, en définitive, dans une perspective de plusieurs années, lea 
investissements intensif» garantissent évidemment un rythme plus élevé de repro- 
duction élargie (cf. art. OU, de Mstislavski, trad, p. 29). 




176 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

Toutefois, il n'en est pas nécessairement ainsi, l'accroissement du 
produit social pouvant être plus considérable grâce à des investis- 
sements intensifs que grâce à des investissements extensifs. Dans ce cas, 
la place revenant à ces différents types d'investissements doit être 
déterminée à la fois par des considérations politiques et économiques. 
En particulier, il faudra tenir compte du fait que l'accroissement 
rapide du produit social, grâce à des investissements intensifs au 
cours d'une première période, permettra, au cours de la période sui- 
vante, d'assurer un volume d'investissements tel que l'intégralité des 
forces de travail pourra alors être employée dans les meilleures condi- 
tions possibles 81 . 

"Cela signifie que si on doit chercher à porter au maximum le 
ipport « production-investissement », la mesure dont cet objectif est 
atteint ne peut être estimée dans le cadre d'une courte période, mais 
doit être appréciée dans la perspective de plusieurs années. C'est 
seulement dans une telle perspective que l'on réalisera, à la fois, le 
plein emploi des réserves de production existantes et l'accroissement 
maximum de la productivité du travail, étant donné le fonds d'accu- 
mulation disponible, y 

De toute façon, une fois le plein emploi réalisé, il est nécessaire 
que la place respective des investissements intensifs et des investis- 
sements extensifs soit déterminée de telle façon que, sur la base du 
rythme adopté pour la reproduction élargie, toutes les forces de travail 
puissent être utilement employées. 

C. — Les différentes sortes d'investissements 

Pour en terminer avec le problème des investissements, il faut ïj 

encore souligner que la plupart des conclusions précédemment énon- 
cées ne s'appliquent vraiment qu'aux investissements importants et 
courants effectués centralement dans le secteur productif de l'écono- 
mie. 

Jr D'une part, il convient de distingue r pntrp 1p b inyfntiigrmrntfi 
e ffectués dans le secteur productif de l'économie e t ceux effectués 
da ns le secteur non productif (construction de log ements, construction 
igmmercialfi. maisons d e santé, école s et autres institutions publiques 
fgla sp b^rp. non prndnn tiye). Jbin ce qui concerne lu» invBslismmieilTg~ 
"effectués dans ce secteur, le critère de l'économie de travail ne jon 






81. Ainsi, dan» une première période, des investissements importants dans l'in- 
dustrie des machines peuvent ne fournir de l'emploi qu'à une partie des forces de 
travail disponibles, mais ces investissements peuvent, en même temps, être la con- , _ 

dition du plein emploi utile de la totalité des forces de travail disponibles au cours I ' 

de la période suivante. Il est d'ailleurs évident que, dans une telle situation, des 
mesures doivent être prises pour fournir une occupation provisoire à ceux qui ne 
peuvent encore être incorporés à la production. 



I f I I I I I I I I I I I I f I 1 I I I I I I I I I f 



détermination de la technique la plus avantageuse 177 

qu'un i rôle 8e co ndaire 82 T le critère essentiel étant c elu i de la satisfac, - 
uon Jes besoins auxquels ces investissements doivent~faire face. ,^ 
— " D'autre part, parmi les investissements productifs, il faut dis- 
tinguer entre les investissements centralisés et les investissements dé- 
centralisés. L'intérêt même du développement économique exige, en 
effet, qu'on laisse à certaines entreprises une autonomie plus ou moins 
grande, et, par conséquent, la possibilité d'effectuer leurs investis- 
sements d'une façon relativement autonome (tout en restant dans le 
cadre du plan). Cette décentralisation peut être d'ailleurs liée à un 
régime particulier de propriété (par exemple la propriété kolkho- 
zienne). Il est évident que les investissements décentralisés ne peuvent 
être effectués selon les mêmes critères que les investissements centra- 
lisés, le critère prédominant étant alors (sauf interdiction formelle 
d'origine centrale) l'obtention d'une efficience maxima dans le cadre 
de l'entreprise autonome (par exemple dans le cadre du kolkhoz) et 
non dans le cadre de la société tout entière. Dans la mesure, d'ailleurs, 
où l'entreprise autonome (ou relativement autonome) a un caractère 
socialiste, l'efficience dans le cadre de cette entreprise n'est pas néces- 
sairement en contradiction avec l'efficience à l'échelle de l'économie 
nationale 89 . 

Pour les investissements centralisés eux-mêmes, il convient de 
distinguer entre ceux qui portent sur de petites sommes, et ceux qui 
portent sur des sommes importantes (le contenu de ces deux notions 
étant à définir selon les situations concrètes). Comme nous l'avons 
déjà dit, seuls «es derniers appellent des décisions s'appuyant sur 
une étude poussée de leur efficience, pour les autres une estimation 
approximative peut être suffisante, le temps dépensé à une étude 
plus approfondie risquant sans cela d'être plus considérable que le 
çain d'efficience réalisé. 

Enfin, il est évident que les calculs économiques dont nous avons 
examiné les principes ne peuvent s'appliquer qu'à des investissements 
c courants », dont on peut prévoir d'avance les effets avec une cer- 
taine précision 84 et non à ce que l'économiste soviétique Mstislavski 



82. Le critère de l'économie de travail peut, par exemple, jouer un certain rôle 
lorsqu'il s'agit de décider de la place des différentes pièces dans une maison de 
santé, de façon à réduire au minimum les déplacements du personnel soignant et 
donc le nombre de personnes employées i soigner un nombre donné de malades ; 
mais il est évident que, dans un tel cas, ce ne peut être qu'une_ considération parmi 
d'autres (isolement des malades, réduction au minimum des risques de contagion, 
etc.). 

83. Il y a là un problème que nous n'avons pas la place d'aborder ici. 

84. Disons ici, par parenthèse, que si ces calculs peuvent sembler considérables, 
c'est parce que la société capitaliste a habitué i un gaspillage constant des forces 
productives (gaspillage qui se manifeste, entre autres, au cours des crises économi- 
ques) ; mais n'est-il pas logique d'effectuer de longs calculs avant d'effectuer des 
investissements, alors qu'avant de construire un pont ou un tunnel les ingénieurs 
se livrent i des études tout aussi minutieuses ? 

12 



I < f I f I I I I I I I I I I I I I I I I | f I I I | 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

— - problèmes théoriques et pratiques de la planification 

appelle les investissements de « pionnier ». Comme exemple de tels 
ÏÏSZ ? î M f alav f ki #■ *■ ^penses effectuées dans le T 
ZZLÎ U ■ " 8c . lentifi 2 ae8 ^ techniques, notamment dans le 

c'e^aue fiïïff . at0mi r e ' 9» ^ carabe ces investissement^ 
c est que leur efficience économique n'est pas connue d'avance et qu'elle 
ne se révélera qu au bout d'nn certain nombre d'années. ^ 

CnSnT^ «'f*»-*""»* effectués dans des régions encore 

non économiquement développées, notamment sous forme de routes 

appr^Tirï^ 0111 ™«***»» ^ " *«* être entiere-en 
nLr Avec L t^L V f« alement de * investissements de pion- 
problème \v*F fwvestiflsementa, nous abordons d'ailleurs le 




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dan. t différent, do iS i"? T '" PL "? "" f0nCtio,, de> °U Mit ' 4 «««"<>« 

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I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



Les richesses naturelles 
et le calcul économique 



Nous avons déjà signalé que, pour certains théoriciens, G. Hall 
notamment, il serait impossible d'établir une économie planifiée ra- 
tionnelle pour cette raison qu'une telle économie ne dispose pas d'un 
« marché des capitaux », donc d'un taux d'intérêt, et ne pourrait pas, 
par conséquent, limi ter de façon rationnelle ses « besoins » en moyens 
de production nouveaux. Au cours des pages qui précèdent, nous avons 
essayé de montrer que cette objection faite à la planification économi- 
que tombait si l'on tenait compte de l'efficience des investissements et 
des immobilisations. 

Mais l'objection que nous avons éliminée pour les moyens de pro- 
duction produits ne risque-t-elle pas de réapparaître pour les moyens 
de production naturels ? Et cette objection ne risque-t-elle pas, ici, 
d'être encore plus grave, étant donné que si — sur la base d'une con- 
ception objective de la valeur — on a la possibilité de calculer la va- 
leur des moyens de production produits, on ne possède, par contre, 
aucun moyen de calculer la valeur des moyens de production natu- 
rels, pour cette simple raison que — dans le cadre de cette concep- 
tion — ces moyens de production ne possèdent aucune valeur intrin- 
sèque pour autant qu'ils sont un « don gratuit de la nature ». 

Pour répondre, au moins rapidement à ces questions (une réponse 
détaillée exigerait de trop longs développements), il est nécessaire de 
distinguer entre les différents problèmes qui sont à résoudre, afin de 
dégager de l'examen de ces problèmes le principe des solutions qui 
semblent devoir être adoptées 1 . 



1. Comme on le verra, la discussion qui suit ne porte que sur les richesses na- 
turelle» qui ont à être utilisées « économiquement > dans la production. Far con- 
séquent, elle ne concerne pas les éléments naturels qui peuvent être utilisés < libre- 
ment », soit parce qu'ils existent en quantités pratiquement inépuisables, soit parce 



180 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

D'une façon générale, on pent distinguer deux catégories fonda- 
mentales de problèmes : d'une part, les problèmes relatifs au rythme 
d'utilisation des richesses naturelles, d'autre part, les problèmes re- 
latifs à la localisation des activités économiques. La première caté- 
gorie de problèmes constitue un aspect spécifique du facteur temps ; 
la seconde catégorie représente un aspect spécifique du facteur espace ; 
ces deux notions devant être prises, ainsi que nous allons le voir, dans 
un sens concret et non comme des notions abstraites, qualitativement 
vides. 

I. - Le problème des rythmes d'utilisation 

les dSeWs'nrnKlf «^«^e Panifiée, qui est capable d'aborder 
les différents problèmes du point de vue de la société tout entière et 

d'TtiluT pe ; 8Pe i*r de W- ^e, le problème des rythmes 
d uni sauon des richesses naturelles comporte deux aspects fondant 
taux . 1 A quel rythme convient-il d'utiliser telle ou telle sorte de 

autr etcT? 2' A «^ <****- --rai métallique, ftSlS 
frJÏ £' ? • u qUel rythme c °™ent-il d'utiliser telle ou telle 
fraction dune richesse naturelle particulière (telle mine, ou telle 

étrelrouvée?" 6 " 1 " 11, daD8 qUCl "^ "^ "P™ 6 à <*" «P"" 1 ™» P^ 
1. ■ Pour les différentes catégories de richesses naturelles 

• La ,, ré P? nse 1 g én frale qui paraît devoir être donnée est qu'il con- 
vient d utiliser les différentes catégories de richesses naturelles à un 
rythme qui permette de prolonger au maximum leur existence, pour 
autant que cela est conciliable avec les besoins actuels de la société. 

La formule est sans doute vague, mais c'est la seule qiù ait une 
généralité suffisante ; on ne peut essayer de la préciser qu'en opérant 
des distinctions selon les types de richesses naturelles et selon les 
situations concrètes. 

En ce qui concerne les types de richesses naturelles, on peut dis- 

ÏÏ.™*.» U ^i Par V ^" e8 ^ daD8 Certaines «"étions, restent tou- 
jours disponibles et, d'autre part, celles dont les disponibilités vont en 
diminuant avec le temps. Les premières peuvent être considérées 

qu'il, »e renouvellent .pontanément (tel l'oxygène atmo.phérique qui utilisé dan. 1» 
combu.tion, »e renouvelle dan. le cycle naturel de l'oxygène) 

La di.cu.s.on qui suit laU.e également de côté la que.tion de l'utili.ation à de. 
fin. de con.ommat.on de « riche..e. naturelle. >, telle qne le cWt d'une rérion 

ÏEÏÏSTa >n C0,e ' ,U • e,C - '"ST d ° nt P° n " on « ,en " comp^L pLniSon 
J%ZÏ: ! " b ? m8me .' elc - en J» e d » '««rver ce. avantage, naturda aux X« oui 
totalement, doivent être considéréa comme prioritaire.. * ' 



■ « I 1 I I I I I I I I I I I I I I I I I I | | | | | 



les richesses naturelles et le calcul économique ■ 181 

comme « renouvelables », les autres comme « non renouvelables », 
la différence entre les deux catégories de richesses étant une question 
de degré et offrant surtout une signification pratique. 

A. — Les richesses naturelles « renouvelables » 

Parmi les richesses naturelles qui, dans certaines conditions, peu- 
vent être considérées comme renouvelables, c'est-à-dire dont l'utilisa- 
tion actuelle ne compromet pas l'utilisation future, on peut citer, no- 
tamment, l'utilisation de la force motrice des chutes d'eau, l'exploita- 
tion des forêts, la fertilité des sols. 

Cette brève énumération fait déjà ressortir le caractère relatif de 
la notion de « richesses naturelles renouvelables »*. La plupart de 
ces richesses naturelles ne sont renouvelables que dans des conditions 
historiques et sociales données. Certes, la force motrice des chutes 
d'eau se renouvelle d'elle-même, sans effort social, et le problème que 
pose son utilisation est constitué, essentiellement, par les investis- 
sements préalables que l'utilisation de cette force exige' ; ' mais c'est 
là un cas-limite. Au contraire, les forêts, la fertilité du sol, etc., pour 
rester indéfiniment disponibles (c indéfiniment » à l'échelle de la 
société humaine) exigent un effort social constant, calculé et renou- 
velé. L'exploitation des forêts doit être compensée par un effort équi- 
valent de reboisement ; les cultures appauvrissant la fertilité du sol 
doivent être compensées par des efforts destinés à renouveler cette 
fertilité et, éventuellement, à l'accroître. 

En principe, les richesses naturelles qui, pour être renouvelées, 
exigent un effort social donné, doivent être utilisées à un rythme qui, 
tout en satisfaisant les besoins actuels, permette le maintien en état 
de ces richesses. Ce rythme ne doit donc pas exiger un effort de renou- 
vellement excessif, étant donné les forces sociales disponibles, et les 
divers autres besoins à la satisfaction desquels ces forces doivent 
également être employées. 

Cela signifie qu'en règle générale le plan doit fixer un rythme 
d'utilisation des richesses naturelles renouvelables tel que leur main- 
tien en état, et, éventuellement, leur expansion (si on prévoit que cette 
expansion sera nécessaire à la satisfaction des besoins) puissent être 
assurés. 

Le coût du renouvellement des forces naturelles fait d'ailleurs 
partie du coût social des objets à la production desquels ces < forces » 
sont utilisées et ce coût doit, en principe, être incorporé au prix de 
ces objets. Cest précisément cette incorporation qui, en faisant ressor- 



2. Elle fait également ressortir le caractère très relatif de la nation de richesse 
naturelle ; ainsi, dans tons les pays où la terre est cultivée depuis des siècles, la fer- 
tilité de la terre est tout autant produit de l'effort systématique des hommes (le ré- 
sultat d'investissements renouvelés) qu'un c don gratuit de la nature >. 

3. Ce problème des investissements ayant déjà été examiné sous ses aspects les 
plus généraux, nous n'y reviendrons pas ici. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I | III 



■ 1 III 

182 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

tir le caractère socialement onéreux de l'utilisation de telle ou telle 
richesse naturelle, conduira à en limiter le besoin social 4 . 

La prévision systématique des besoins futurs, et l'effort régulier 
pour assurer leur satisfaction découlent de l'exigence à laquelle doit 
se soumettre l'économie planifiée de rechercher une < rentabilité > 
à l'échelle de l'économie tout entière, et dans la perspective de nom- 
breuses années. Sur ce point, encore, l'économie planifiée s'oppose à 
l'économie capitaliste, qui fonctionne en vue du profit individuel et 
sans perspective à long terme 9 . 

Comme nous l'avons dit plus haut, le plan doit prévoir que l'effort 
de renouvellement des forces naturelles ne sera intégralement sou- 
tenu, à un moment donné, que pour autant que cela est conciliable 
avec les besoins actuels de la société. 

Ainsi, la société socialiste doit faire face à des besoins urgents, 
comme c'est le cas, par exemple, en temps de guerre, il ne peut être 
question pour elle de consacrer autant d'efforts au renouvellement de 
richesses naturelles (au reboisement par exemple) qu'en temps de 
paix 8 , ou de réduire le rythme d'utilisation de ces richesses, sous pré- 
texte qu'elles ne peuvent actuellement être renouvelées. Par contre, 
dès que les circonstances le permettent, il faut développer l'effort 
indispensable pour porter à nouveau les richesses naturelles renou- 
velables au niveau nécessaire à la satisfaction régulière des besoins 
sociaux. 

B. — Les richesses naturelles « non renouvelables » 

Ici, encore, il faut souligner le caractère très relatif de la distinc- 
tion entre richesses naturelles c renouvelables » et « non renouvela- 
bles >. En effet, théoriquement, l'on devrait considérer que tous les 
gisements minéraux constituent des richesses naturelles non renou- 



4. Cette limitation pourra résulter, notamment, du fait que les prix des produits 
fournis à partir, ou avec l'aide, de certaines richesses naturelles comportant le coût 
de renouvellement de ces richesses, l'utilisation des produits en question apparaî- 
tra relativement moins avantageuse que s'il n'était pas tenu compte de ce coût. 

5. Les exemples sont innombrables du gaspillage irrémédiable des richesses na- 
turelle! auquel s'est livré le capitalisme, d'immenses étendues fertiles, et qui 
auraient pu le rester indéfiniment, transformées aujourd'hui plus ou moins en dé- 
sert, notamment aux Etats-Unis, par des cultures appauvrissantes, des cultures 
c extractives >, des régions forestières ravagées, sans efforts complémentaires de 
reboisement, etc. Comme l'écrivait Engels : c Les planteurs espagnols de Cuba, qui 
brûlèrent les forêts sur les pentes et qui trouvèrent dans les cendres suffisamment 
d'engrais pour faire pousser, pendant une génération, des caféiers hautement renta- 
bles — en quoi se souciaient-ils qu'ensuite les pluies tropicales entraîneraient les 
terres fertiles désormais sans protection, ne laissant subsister que la roche nue ? 
Dans le mode de production actuel, ce qui est pris en considération, aussi bien par 
rapport à la nature que par rapport a la société, ce n'est que le résultat immédia- 
tement palpable... > Encbls, AnteU der Arbeit an der Mmschenioerdung des 
Allen*. Berlin, 1946, p. 19. 

6. Sauf, évidemment, si ce renouvellement est lui-même nécessaire à la continua- 
tion de l'effort de guerre. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

les richesses naturelles et le calcul économique ■ — ■ 183 

velables, car leur exploitation aboutit à leur épuisement. Pourtant, 
dans la pratique, les matières qui ne sont pas < rares » (c'est-à-dire 
dont on peut, sur la base des connaissances géologiques acquises ou 
prévisibles, poursuivre l'extraction au rythme des besoins, pendant 
plusieurs générations, sans que l'épuisement des gisement soit à pré- 
voir) pourront être utilisées comme des richesses naturelles renou- 
velables. Gela signifie qu'il faudra développer parallèlement à l'extrac- 
tion de ces matières un effort systématique de recherches de nou- 
veaux gisements et d'ouverture de nouveaux centres d'extraction. Cela 
signifie, aussi, que le coût de ces recherches et le coût des investisse- 
ments qu'exigent les nouveaux centres d'extraction devront être incor- 
porés au prix des produits couramment extraits, afin d'en limiter le 
besoin social. Dans le cas où le coût d'extraction doit s'élever assez 
rapidement, il pourra aussi être tenu compte de ce fait dans la fixa- 
tion du prix actuel. 

Quant aux matières c rares », c'est-à-dire celles dont on peut 
prévoir l'épuisement prochain des gisements pratiquement exploi- 
tables dans l'état actuel de la technique, leur rythme d'utilisation 
devra être maintenu au-dessous de celui qui correspondrait à la satis- 
faction courante des besoins, afin que cette utilisation puisse être pro- 
longée jusqu'au moment où pourront être fournis des produits de 
remplacement. L'utilisation limitée qui sera faite de ces matières 
« rares » devra être déterminée par le plan, en prenant notamment en 
considération les usages de ces matières c rares » où celles-ci sont le 
plus « efficientes >, c'est-à-dire permettent d'économiser un maximum 
de travail. 



2. - Pour les différentes « fractions » d'une richesse natu- 
relle donnée 

Nous abordons ici un problème dont les aspects sont multiples et 
dont la solution ne peut, le plus souvent, être donnée que compte 
tenu de nombreuses considérations techniques, nous nous bornerons 
donc à des indications générales. 

Tout d'abord, il semble que l'on doive rechercher une combinai- 
son des différentes sources d'une richesses naturelle donnée telle que 
le coût moyen d'utilisation de cette richesse naturelle soit maintenu 
le plus bas possible pendant une longue période. Cela signifie qu'en 
ce qui concerne l'exploitation des gisements, par exemple, il peut ne 
pas être économiquement avantageux de concentrer tous les efforts 
d'exploitation sur les gisements les plus « productifs » (ce qui don- 
nerait sans. doute le coût moyen actuel le plus bas, mais entraînerait 
une hausse ultérieure rapide de ce coût). Il semble qu'il puisse y avoir 
avantage à ■« pondérer > l'importance relative des différents gisements 
exploités en fonction de l'importance relative des différents gisements 



184 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 

qui, de tonte façon, devront être utilisés an cours d'une prochaine 
période 7 . 

Ce principe n'a évidemment qu'une portée générale. Par consé- 
quent, si on a des raisons de penser que, dans un certain délai, les 
progrès de la technique seront tels que les gisements dont l'exploita- 
tion est actuellement particulièrement onéreuse pourront être utilisés 
de façon avantageuse, il conviendra de remettre à plus tard l'utili- 
sation de ces gisements. De même, si dans la période actuelle il y 
a urgence a utiliser le maximum de forces de travail et de fonds 
d investissements pour la réalisation de tel ou tel objectif, par exem- 
pie la construction d'une puissante hase industrielle, il faudra, pen- 
dant la période de cette construction, utiliser de préférence les gise- 
ments les plus productifs. Le problème des rythmes de développement, 
avec sa signification politique, est à placer ici au premier plan. 

Mais, une fois déterminé, pour les différentes richesses naturelles, 
quelles seront les sources auxquelles on fera appel, les gisements que 
1 on exploitera, il conviendra encore de déterminer le rythme d'utili- 
sation de chacun de ces gisements particuliers. 

La solution de ce deuxième problème est fonction, d'une part, 
de 1 ampleur des besoins qu'il convient de satisfaire et, d'autre part, 
de l'utilisation rationnelle des investissements (directs ou indirects) 
liés à l'exploitation de chacun des gisements. A cet égard, on peut 
dire, d'une part, que le rythme d'extraction doit être tel qu'il per- 
mette, pour le gisement considéré sur la base de la technique mise 
en œuvre, de réaliser le coût d'extraction le plus faible possible. 
On peut dire, d autre part, que le caractère des investissements effectués 
doit être tel que la durée d'utilisation économiquement possible des 
moyens de production mis en œuvre coïncide, autant que faire se 
peut, avec la période pendant laquelle le gisement aura à être exploi- 
té", sauf si l'on prévoit un autre usage ultérieur de ces moyens de 
production. 

II. - Le problème de la localisation 9 

La répartition dans l'espace des activités économiques pose des 
problèmes tellement nombreux et complexes que nous ne pourrons, 
ici, qu en examiner certains aspects particulièrement importants. 

. 7- J, ci *" î™ nTen » Posées non seulement des questions relatives a la facilité tech- 
nique ^exploitation des différente gisements, maia aussi des questions reladvea a leur 
répartition géographique ; nous reviendrons sur ce point. 

8. Sur ce point, aussi, le capitalisme américain fournit des exemples typiques de 
gaspillages, par exemple sous la forme de vastes cités qui s'étaient constituées autour 
de gisements minéraux, cites aujourd'hui mortes, désertées, parce que les gisements 
sont épuisé», alors que toutes les maisons d'habitation, dont leur présence avait sus- 
cité la contraction, «sont encore debout Mais dans la comptabilité capitaliste ces in- 
vestissements indirect, n entrent pas en ligne de compte. La comptebilité socialiste, 
au contraire, doit les prendre en considération. 

9. Cf. P. Gbobck, Annales de Géographie, n' de nov.-dée. 1950, Sur quelques as- 
pects des études géographiques en économie planifiée. 



I > I I I I I I I I Il Ifl 



les richesses naturelles et le calcul économique 185 

1 . - Les terres cultivables 

Si nous considérons, tout d'abord, le problème de l'utilisation 
des terres cultivables, on peut dire que, dans le cadre d'une écono- 
mie planifiée, l'utilisation à rechercher est celle qui permet d'obte- 
nir l'ensemble des productions agricoles souhaitables en dépensant, 
au total, le minimum de travail, compte tenu des moyens de produc- 
tion disponibles. 

Ce principe signifie que l'on doit chercher, tout en respectant les 
exigences de la rotation des cultures, rotation nécessaire au maintien 
de la fertilité des sols, à affecter chaque terre à l'usage pour lequel 
elle est relativement la mieux placée. 

Ainsi, on «lassera l'ensemble des terres cultivables 10 d'après le 
nombre total d'unités de travail (directes ou indirectes) 11 qui doivent 
être dépensées sur elles, au niveau donné de la technique, pour l'ob- 
tention d'une quantité donnée des différentes sortes de produits, et 
on affectera chaqne unité de terre à l'usage pour lequel elle est re- 
lativement la meilleure 12 , compte tenu de Faction combinée des dif- 
férents usages 1 *. 

Le problème du classement des terres d'après leurs caractéris- 
tiques techniques et économiques (distances de ces terres des lieux 
d'utilisation de leurs produits, selon la nature de ceux-ci) et le pro- 



B 


C 


D 


E 


220 


240 


280 


300 


370 


400 


450 


470 



10. H s'agit évidemment d'un classement par grandes nnités de surface et non 
par petites parcelles. 

11. Y compris les dépenses de travail de transport nécessaire à l'acheminement 
du pronuit agricole jusqu'au lieu d'utilisation. 

12. Soit le classement suivant : 

Catégorie de la terre A 

Nombre d'unités de travail à dépenserjY . . . 200 
pour l'obtention d'une unité de produit IX . . . 350 

Si l'on doit obtenir 3 unités de X et 2 unités de Y, il y aura intérêt à affecter 
les terres A et B à la production de Y. pour lesquelles elles sont relativement le 
mieux placées, et à affecter C, D et E à la production de X. En effet, cette combi- 
naison permet d'obtenir la production globale voulue, moyennant une dépense de 
1.540 unités de travail, toute autre combinaison entraînant, par contre, une plus 
grande dépense totale de travail. 

13. La signification de ce dernier membre de phrase est particulièrement im- 
portante : il se peut, en effet, que du point de vue de la productivité à l'échelle so- 
ciale il y ait intérêt à € sacrifier > certaines terres en les utilisant à des fins direc- 
tement moins productives mais qui permettent d'accroître le rendement d'autres 
terres d'un montant supérieur à la perte ainsi enregistrée. Ainsi, il peut être sociale- 
ment utile de planter d'arbres (ou de transformer en étang) telle ou telle bonne terre, 
car le surcroît de récoltes que l'on obtiendra de ce fait sur les terres voisines sera 
plus important que la perte de récoltes enregistrée du fait de ce boisement (ou de 
cette mise sons eau). L'accroissement de la productivité sociale résulte ici d'une 
combinaison spatiale donnée et non d'une localisation particulière. Ce n'est que dans 
le cadre d'une économie socialiste planifiée qu'il est possible de tenir compte de 
la productivité 1 l'échelle sociale ; dans le cadre du capitalisme, au contraire, chaque 
propriétaire cherche à tirer le maximum de revenu de sa terre, même s'il en résulte 
an dommage considérable à l'échelle sociale. 



I I I I « I I I I I I | I | | | | | | | | 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

186 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

blême de la meilleure utilisation de ces terres fait d'ailleurs l'objet, 
en U.R.S.S. et dans les démocraties populaires, d'une science nouvelle, 
en plein développement, la géonomie. 

II est évident que l'on peut d'abord se contenter de résoudre le 
problème de la meilleure utilisation des terres par grandes régions 
agricoles, en fixant les quantités des diverses sortes de produits que 
chaque région doit fournir, en laissant ensuite aux unités d'exploita- 
tion fonctionnant dans chacune de ces régions le soin de répartir l'uti- 
lisation des terres dont elles ont la gestion ou l'usage, de manière à 
obtenir avec le minimum de dépenses totales de travail les produits 
que chacune d'entre elles doit fournir en vertu du plan régional". 

2. - Les usages concurrents d'une même terre 

La question de l'utilisation la meilleure des terres cultivables 
entre dans le cadre du problème des usages concurrents d'une même 
terre. Mais il s'agit encore d'un aspect relativement simple de ce 
problème, en ce sens que les différentes utilisations agricoles d'une 
même terre se traduisent essentiellement par des différences dans les 
dépenses courantes de travail et non pas principalement par des 
dépenses d'investissement plus ou moins importantes, comme c'est le 
cas lorsqu'on aborde le problème général des différents usages pos- 
sibles (agricoles ou non agricoles) d'une même terre. 

Prenons un exemple. Soit à construire un canal qui aura à tra- 
verser une région agricole mais pour lequel deux tracés peuvent 
être pris en considération, l'un, le plus court, passant par de bonnes 
terres, l'autre, le plus long, passant par des terres de moins bonne 
qualité, lequel des deux tracés adopter ? 

Pour répondre à cette question, il faudra, évidemment, tenir 
compte d'abord de la différence des frais d'exploitation résultant des 
deux tracés, différence due à la longueur accrue du parcours, et qui 
peut être calculée à partir des prévisions relatives au trafic auquel le 
canal est destiné. Il faudra tenir compte, d'autre part, de la différence 
à prévoir dans les frais d'exploitation agricoles, si de bonnes terres sont 
délaissées pour le canal et que les cultures qu'elles auraient dû porter 
doivent être fournies par d'autres terres moins fertiles, sur lesqnelles il 
faut dépenser davantage de travail. L'écart entre les différentes dépenses 
supplémentaires fera apparaître l'avantage relatif de tel ou tel tracé. 

Ainsi, en faisant passer le canal par le parcours le plus long, on peut 
avoir : 

Hypothèse I. — Un supplément annuel de dépenses d'exploitation 
du canal (transport et entretien) de 10.000, tandis que l'économie an- 
nuelle réalisée par l'exploitation des meilleures terres (conservées à 



14. C'est ainsi qu'en Union soviétique le problème de la meillenre utilisation 
des terre* a l'échelle d'un kolkhoz a donné lieu, aussi, è des études tris poussées. 



i « I i i i I l i i I i i I i l i i i i l i I i i i l 

le, richesses naturelles et le calcul économique _ 187 

l'agriculture grâce à ce tracé plus long) eat seulement de 5.000. Dans 
cette hypothèse, le tracé le plus long entraîne une perte annuelle nette 
de 5.000, ce tracé est à rejeter car, étant plus long, il représente un coût 
d'investissement plus considérable, et ceci pour aboutir, au total, a une 

perte et non à un gain. . „ i •» »• „ 

Hypothèse H. — Le supplément annuel de dépenses d exploitation 
du canal (au cas où le tracé adopté est le plus long) est inférieur a 
l'économie annuelle que l'on réalise en conservant à la culture Jles 
meilleures terres. Par exemple, ce supplément de dépenses est de 5.UUU, 
tandis que l'utilisation agricole des meilleures terres permet une eco- 
nomie annuelle de 10.000. Dans ce cas, on peut envisager d'adopter le 
tracé le plus long, puisqu'il permet d'effectuer, sur le total des dépen- 
ses annuelles d'exploitation, une économie nette de 5.000. Cependant, 
une décision dans ce sens ne semble devoir être prise que si le supplé- 
ment de dépenses d'investissement qu'exige le tracé le plus long peut 
être effectué sans nuire aux autres objectifs d'investissements et si, le 
montant nécessaire étant disponible, il ne peut, étant investi dans un 
autre usage, permettre une économie annuelle de plus de 5.000 par an. 
Ceci revient à dire que le tracé le plus long ne présente d'avantage que 
si le taux d'économie qui résulte de l'investissement supplémentaire 
que ce tracé exige est suffisamment élevé. 

Le problème qui est ici posé est donc, finalement, celui d'un choix 
entre plusieurs variantes d'investissement. Il est clair d'ailleurs qu'un 
problème de cette nature doit être étudié dans la perspective de très 
nombreuses années. Il ne faut donc pas se contenter d'effectuer des 
estimations sur la base des frais d'exploitation agricole et des frais de 
transports tels qu'ils se présenteront pendant les deux ou trois premiè- 
res années de mise en service du canal, mais il faut essayer de prévoir 
l'évolution de ces frais sur une longue période, car il est possible que 
ce qui est avantageux en courte période cesse de l'être en longue pé- 
riode. Ainsi, le supplément de dépenses annuelles de transport va en 
croissant avec l'importance du trafic, tandis que l'économie de travail 
que permettent les meilleures terres peut, éventuellement, se réduire 
avec l'augmentation de la productivité du travail. S'il en est ainsi, une 
perte annuelle nette peut se substituer au gain annuel net, si bien que 
l'investissement supplémentaire que l'on aura effectué pour réaliser 
un tracé plus long sera, en définitive, économiquement désavantageux. 

Le raisonnement qui vient d'être indiqué peut s'appliquer à tous 
les usages possibles d'une terre : construction de routes, de maisons on 
d'aérodromes. 

3. - La localisation des entreprises 

Le problème de la localisation des entreprises est, sans doute, à 
la fois un des plus compliqués à résoudre et un de ceux auxquels le 
capitalisme a apporté les solutions économiquement et humainement 
les moins favorables. 



188 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

H faut tout d'abord distinguer entre deux hypothèses extrêmes, à 
savoir, d'une part, le cas de la mise en valeur d'un territoire peu peuplé 
et faiblement outillé et, d'autre part, le cas du développement d'un ter- 
ritoire déjà peuplé et outillé. 

Dans le premier cas, on devra rechercher quelles sont les produc- 
tions que ce territoire peut fournir dans les meilleures conditions et 
comment ces productions doivent se répartir pour pouvoir être ob- 
tenues au moindre coût en travail. La répartition à donner aux en- 
treprises et, par conséquent, à la population, sera déterminée, à la fois, 
par l'emplacement des richesses naturelles et par les conditions géo- 
logiques et climatiques, les activités non directement liées au sol peu- 
vent être établies dans les parties du territoire les plus agréables à ha- 
biter. L'ensemble du réseau de transport devra être développé en fonc- 
tion de cette répartition de la population. 

Dans le second cas, on partira de la répartition donnée de la po- 
pulation et de l'outillage, mais on aura à résoudre deux catégories de 
tâches. 

D'abord, on devra réaliser une structure de plein emploi non seu- 
lement à l'échelle sociale mais aussi dans le cadre de chaque région. Ce 
qui signifie que l'ou devra combiner une implantation des entreprises 
déterminée par les facteurs « naturels » (gisements, nature des sols et 
des cultures, climat, etc.) à nne implantation déterminée par des fac- 
teurs historiques et sociaux : existence d'une certaine population, de 
certaines voies de communications, etc., dans les différentes régions. 
Les considérations proprement politiques joueront, à ce dernier point 
de vue, un rôle important ; il en sera ainsi, notamment, de l'objectif 
d'industrialisation des régions agraires ou, en cas d'encerclement capi- 
taliste, de l'industrialisation des régions stratégiquement abritées. 

D'une façon générale, les activités qui seront développées dans les 
différentes régions devront être celles pour lesquelles ces régions sont 
relativement les mieux placées, de sorte que le produit social global 
puisse être obtenu au moindre coût en travail total. 

Une fois la première tâche réalisée, ou parallèlement à elle, on 
devra viser, si cela est nécessaire, à impulser une répartition géographi- 
que des activités et de la population, économiquement, politiquement, et 
humainement plus satisfaisante que la répartition existante. Ici se po- 
sent les problèmes les plus divers : réduction progressive de la popula- 
tion des villes surpeuplées, regroupement des populations des localités 
trop petites pour pouvoir bénéficier pleinement des avantages de la 
vie urbaine, repeuplement de certaines régions présentant des avantages . 
de climat et dont les possibilités économiques pourraient être dévelop- 
pées, etc. 

Evidemment, dans la détermination des activités de chaque région, 
ou de chaque localité, on devra rechercher celles qui contribuent le plus 
à l'accroissement de la productivité sociale du travail. 

Un point particulier doit être noté : lors de l'évaluation de l'effi- 
cience d'un investissement selon le lieu où il est effectué, il est particu- 



I | I I I I I I ( I I I I f I I I I I < I I I I I I 



les richesses naturelle* et le calcul économique 

lièrement important de tenir compte des dépenses indirectes liées aux 
divers investissements, ce que ne fait pas le capitalisme. _ 

Ainsi, il pourrait paraître avantageux d'établir telle entreprise dans 
telle localité, parce qu'elle fonctionnerait alors avec un coût d exploi- 
tation particulièrement bas (et dans le cadre du capitalisme cette con- 
sidération aurait chance d'être décisive). Pourtant, bien souvent, si Ion 
tenait compte du supplément de main-d'œuvre qui devra venir s établir 
dans la localité, pour que l'entreprise considérée puisse fonctionner, 
«'est-à-dire, aussi, si l'on tenait compte de la nécessité d'investir des som- 
mes supplémentaires pour loger cette main-d'œuvre et sa famille, pour 
mettre à sa disposition les services collectifs (écoles, hôpitaux, cinémas, 
théâtres, etc.) dont elle aura besoin, alors que cette main-d'œuvre, ces 
logements et ces services collectifs existent dans une autre localité, ou 
n'auraient à y être accrus ou développés que faiblement, on verrait qu il 
n'y a aucun rapport entre la réduction du coût provenant d'une certaine 
localisation et le supplément total d'investissement que cette localisation 
entraîne. ,, 

Ici, encore, nous voyons clairement comment dans le cadre d une 
économie planifiée le problème de l'utilisation des richesses naturelles 
et de la localisation des entreprises doit être considéré sous 1 angle so- 
cial, en tenant compte de 1'enâemble des incidences économiques et hu- 
maines des différentes décisions. 

En abordant le problème général de l'équilibre économique, nous 
verrons combien il est nécessaire, dans le cadre d'une économie plani- 
fiée, de poser ce problème à l'échelle de la vie économique et sociale 
dans son ensemble. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I 1 I I I I I I I I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 1 I I 



I I I I i I I I I I I l I l I I I l I I i i I i l I I 



8 



Le problème général 
et l'équilibre économique 



Le problème d'un équilibre planifié de la production et de la con- 
sommation sera examiné dans un cadre théorique dont nous dégagerons 
d'abord les caractères essentiels. 



L - Exposé des cadres dans lesquels peut être 
posé le problème d'un équilibre économique 
planifié 

Le problème dont nous chercherons la solution, au cours de ce cha- 
pitre comme des chapitres à venir, est le problème de l'équilibre écono- 
mique général, les questions de la planification des prix et de la déter- 
mination des besoins étant supposées résolues, conformément aux indi- 
cations des chapitres précédents. 

Comme le montre l'analyse économique, la solution du problème de 
l'équilibre implique la prise en considération, d'une part, du volume 
des revenus et du volume des amortissements et des investissements, 
d'autre part, du volume de la production des moyens de production et 
du volume de la production d'objets de consommation caractéristiques 
de chaque période. 

Les théoriciens soviétiques de la planification ont mis en lumière 
la nécessité où l'on est, pour résoudre le problème général de l'équilibre 
économique, de recourir aux schémas économiques développés par Marx 
dans Le Capital. Il apparaît, en effet, que c'est dans le cadre de ces 
schémas que l'on parvient le mieux à saisir les données du problème 
général de l'équilibre économique. 



192 r problèmes théoriques et pratiques de la planification 

Ces schémas reposent sur un certain nombre de notions fondamen- 
tales, faute desquelles il semble impossible de résoudre le problème de 
l'équilibre général 1 , nous allons en dire quelques mots. 

1. - Les deux branches de la production 

La première de ces notions porte sur la distinction entre les deux 
branches de l'économie : branche productrice de moyens de production 
(ou branche I) et branche productrice d'objets de consommation (ou 
branche II). Cette distinction repose non sur la nature des produits mais 
sur leur destination. Ainsi, l'industrie houillère est productrice de 
moyens de production pour le pourcentage de sa production destiné à 
être utilisé par les différentes entreprises, elle est productrice d'objets 
de consommation pour le pourcentage de sa production destiné à être 
utilisé directement par les particuliers. La distinction entre les deux 
branches est à la base de la théorie et de la pratique de la planification 
soviétique. Il importe d'ailleurs d'ajouter que les théories économiques 
modernes, lorsqu'elles abordent le problème général de l'équilibre, sont 
la plupart amenées à prendre en considération la distinction entre ces 
deux branches de l'économie ; cela est vrai, en particulier, des théories 
des crises. 

2. - La période de production 

Une deuxième notion est la notion de période de production. Les 
calculs relatifs à la production et à la consommation doivent, en effet, 
être enfermés dans un cadre de temps. Il s'agit toujours dans de tels cal- 
culs de la production et de la consommation réalisées au cours d'une pé- 
riode donnée, période au cours de laquelle, en statique, l'équilibre éco- 
nomique doit se trouver obtenu, et à la fin de laquelle les conditions 
d'un nouvel équilibre — au cours d'une période nouvelle — doivent être 
données. Une telle période de production constitue, dans une économie 
planifiée, une période de planification. Nous avons vu que, pratique- 
ment, en U. R. S. S., on a été conduit à considérer une sorte de « super- 
position » de périodes de planification — les plus longues étant les pé- 
riodes quinquennales, les plus courtes (si on considère les plans de l'éco- 
nomie nationale) étant les périodes trimestrielles, les périodes moyen- 
nes, d'importance fondamentale, étant les périodes annuelles. 

A vrai dire, la période de production est toujours une période ab- 
straite, c'est la période pendant laquelle une production donnée peut 
être consommée dans une économie en équilibre. L'exemple type de la 
période de production est fourni par l'agriculture. Dans Fagriculture, 



1. Indépendamment du problème de l'équilibre général ae posent de nombreux 
problèmes d'équilibres partiels (pour les différentes productions) ; ces problèmes 
trouvent leur solution dans le cadre du chou économique et de la politique des prix. 



I I I I ( I I I I I I I I I I I I I I I I I I P I I I I 



le problème général et Véquilibre économique 193 

la période de production est l'année, puisque c'est pendant un an que 
les producteurs doivent vivre sut la récolte de la période précédente 
avant de disposer des résultats de leurs travaux de l'année en cours. 
Dans l'industrie, les périodes de production sont soit plus courtes, soit 
plus longues. Aussi bien, la réalité ne connaît-elle qu'un enchevêtre- 
ment de périodes de production. C'est précisément pour éviter les diffi- 
cultés insurmontables auxquelles on se heurterait si on voulait consi- 
dérer cet enchevêtrement que l'on est conduit à superposer les pério- 
des de planification. C'est surtout en dynamique que nous saisirons 
l'importance de cette manière de faire. 

Il est significatif de noter que la théorie moderne a été amenée à 
mettre en lumière, même indépendamment de toute préoccupation de 
planification, l'importance de la notion de période économique 2 (qui est 
à la base de nombre de théories des crises). Les théoriciens modernes 
ont été amenés à parler, notamment, de période de circulation (en ma- 
tière monétaire, cette notion a été développée par Keynes et par Ro- 
bertson) % de période de transaction*, etc. La notion de période de pro- 
duction a surtout été précisée par Alf Johanson dans son ouvrage 
Lonentvecklingen och arbetslosheten (Stockholm, 1931). Sa conception 
est d'ailleurs différente de la nôtre. 

Pour revenir à la notion de période de production, dans le cadre 
de la planification, il faut souligner, d'une part, l'importance de l'an- 
née comme période de planification (en raison du rôle que joue toujours 
la production agricole). Il faut souligner, d'autre part, que du point de 
vue de l'économie nationale, la période de production englobe aussi la 
période de circulation des produits finis, puisque c'est seulement à la 
fin de la période de circulation que les produits sont effectivement à la 
disposition de la société. La notion de période de production apparaît 
comme un des aspects de la prise en considération du facteur temps dans 
le travail de planification. 

3. - Bases de la comptabilité sociale 

Un troisième point extrêmement important est relatif à la compta- 
bilisation de la production et de la consommation dans le cadre des 
schémas que nous aurons à examiner. Pour les raisons déjà dévelop- 
pées, cette comptabilisation doit être effectuée en s'appuyant sur une 
conception objective de la valeur. 

La pratique, constituée par l'expérience soviétique, montre que le 
Gosplan a dû développer son travail de planification en éliminant les 



2. On consultera utilement sur ce point Erik Lunberc, Studies in the Theory of 
Economie Expansion, Londres, 1937, notamment la fin du chap. II et le chap. III. 

3. J. M. Keynes, The gênerai Theory of employmenl, Interest and Money, Lon- 
dres, 1936. D. H. Robebtson, Saving and Hoarding, Economie Journal, 1935. 

4. Voir sur ce point D. H. Robebtson (op. cit.) et E. F. Durbin, The Problem 
of crédit Policy, Londres, 1935. 

13 



i i i i i i i t i i i i i i i i i e i i i i i i i i i 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

194 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

fluctuations de prix que connaissait le marché réel. C'est la signification 
de la comptabilité et des statistiques soviétiques établies en prix-fixes 
de 1926-1927. 

L'analyse met en lumière qu'une comptabilisation de la production 
et de la consommation n'est possible que si l'on élimine les fluctuations 
des prix, surtout lorsqu'il faut établir un plan couvrant une période as- 
sez longue. Toutefois, l'élimination artificielle de fluctuations par une 
comptabilisation en « prix-fixes > comporte l'inconvénient de faire por- 
ter la comptabilité smr des rapports de prix qui n'avaient qu'une signifi- 
cation momentanée, signification qu'ils ont perdue depuis. Ceci est par- 
ticulièrement grave lorsqu'on assiste à d'importantes modifications dans 
la productivité du travail (puisque ces modifications peuvent agir sur 
la valeur relative des différente produits). 

La méthode la plus rationnelle consiste à établir la comptabilité 
directement en valeur, c'est-à-dire en temps de travail socialement né- 
cessaire ; mais tant que celle-ci n'est pas praticable, on peut lui substi- 
tuer une comptabilité en prix. 



Tels sont donc les cadres dans lesquels peut être posé le problème 
d'un équilibre économique planifié. Il nous faut dire maintenant, en 
quelques mots, comment sous son aspect le plus général se pose le pro- 
blème de l'équilibre économique. 

IL - Position générale du problème de l'équilibre 
économique 

Le problème de l'équilibre économique se pose à deux degrés. 

A un premier degré, il se pose sous l'aspect de Véquilibre entre la 
production et la consommation. Si l'on y réfléchit, on voit d'ailleurs 
que cet aspect est différent suivant que l'on se trouve en statique ou en 
dynamique. On voit, encore, que cet aspect n'est pas l'aspect le plus fon- 
damental du problème de l'équilibre économique. On aperçoit cet as- 
pect plus fondamental, à un second degré d'analyse, lorsqu'on considère 
Véquilibre entre la production et les besoins sociaux. 

En effet, on peut toujours, dans une économie planifiée, comme 
dans toute autre économie, réaliser l'équilibre entre la production et 
la consommation sans pour cela réaliser l'équilibre entre la production 
et les besoins sociaux. Et ceci, même si les différents produits sont ven- 
dus à leur valeur. Pour comprendre cette affirmation, il suffit d'ima- 
giner que des forces productives qui pourraient être utilisées ne le sont 
pas effectivement. 

Sous son aspect le plus général, le problème de l'équilibre économi- 
que se confond donc avec celui du plein emploi des forces productives. 
Tant que ce plein emploi n'est pas réalisé, les besoins sociaux ne sont 
pas satisfaite ; il ne sont pas satisfaits par définition, puisque les be- 






i i i l i l I I l l i i l l i i i i I i i i i I i l l 

le problème général et Véquilibre économique 195 

soins sociaux sont les besoins que la société peut satisfaire et qu'il est 
évident que tant que toutes les forces de production ne sont pas 
employées, l'économie ne satisfait les besoins que dans une mesure 
inférieure à celle que lui permettent les possibilités de production. 
Le plein emploi des forces productives n'est donc pas seulement la 
condition d'un équilibre du côté de la production, il est aussi la con- 
dition d'un équilibre économique au sens le plus profond du mot ; 
c'est donc cet aspect de l'équilibre économique qu'il nous faut exami- 
ner d'abord. Nous n'aborderons qu'ultérieurement le problème de 
l'équilibre entre la production et la consommation. 



III. - Le plein emploi et l'équilibre entre la pro- 
duction et les besoins sociaux 

A première vue, le problème du plein emploi se pose pour l'ensem- 
ble des c facteurs de production » : la force de travail, les moyens de 
production produits, les forces et les richesses naturelles. Pourtant, ce 
n'est là qu'une apparence. Ceci apparaît d'une façon particulièrement 
nette si on considère les forces et les richesses naturelles. 



1 . - Le problème du plein emploi des forces et des richesses 
naturelles 

Il ne peut y avoir de plein emploi des forces et des richesses natu- 
relles, étant donné que ces forces et ces richesses existent en quantité 
pratiquement illimitée alors que l'emploi de ces forces et de ces riches- 
ses est toujours limité par la quantité de force de travail et de moyens 
de travail dont on dispose à un moment donné (c'est d'ailleurs là mi 
aspect particulièrement important de la € rareté » du travail). 

A. — Les forces naturelles 

Si nous examinons plus spécialement les forces naturelles que les 
hommes peuvent utiliser, c'est-à-dire les sources d'énergie, nous voyons 




grâce 

la fermeture du cycle du carbone, la reconstitution d'atomes de carbone 
à partir du gaz carbonique, soit grâce aux phénomènes météorologiques 
qu'elle suscite. L'assimilation chlorophyllienne donne deux sources 
d'énergie : l'énergie qui se renouvelle chaque année par la végétation et 
qui se présente soit sous forme de bois, soit sous forme de produits di- 
vers, tels que les oléagineux, le sucre, l'alcool, etc. ; l'énergie c stockée » 
dans des gisements provenant de la décomposition de matières organi- 



196 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

ques remontant aux âges géologiques ('houille, lignite, pétrole, etc.)- Les 
phénomènes météorologiques sont utilisables, soit directement, c'est le 
cas du vent (moulins à vent, éoliennes), soit indirectement par les mou- 
vements d'eau qu'ils suscitent : pluies et chutes d'eau ; cette utilisation 
indirecte est maintenant la plus importante, c'est principalement l'uti- 
lisation de la houille blanche. 

La gravitation se manifeste pratiquement dans les marées, et l'on 
sait que l'on essaye d'utiliser la force des marées pour la production 
d'énergie électrique, c'est le système des marémotrices, source de la 
houille verte. 

Enfin, l'énergie atomique semble devoir être pour l'avenir une 
source d'énergie particulièrement importante. Ses applications pacifi- 
ques actuelles sont malheureusement encore fort limitées. L'Union so- 
viétique a cependant déjà montré la voie à une telle utilisation, en se 
servant de la puissance de l'explosion atomique, en vue de modifier le 
cours de certains fleuves, ce qui doit rendre cultivables et habitables des 
régions aujourd'hui désertiques. 

B. — Utilisation des forces et des richesses naturelles et dépense de 

travail 

L'utilisation des sources d'énergie suppose toujours une dépense de 
travail. Cette dépense de travail a lieu d'abord préalablement à l'utili- 
sation de ces sources d'énergie (sondage, installation de barrages et de 
turbines, fabrication d'outillage), ensuite parallèlement à leur utilisa- 
tion (travaux d'extraction, travaux de culture, travaux d'entretien, etc.). 
Autrement dit, quelles que soient les forces naturelles auxquelles on 
pense faire appel, l'utilisation de ces forces est toujours limitée par les 
quantités de travail dont on peut disposer. Le raisonnement est le même 
pour ce qu'on appelle les c richesses naturelles » : qualités des sols, gise- 
ments métalliques, etc. 

C. — Sens limité de la notion de plein emploi des forces et des riches' 

ses naturelles 

L'idée d'un plein emploi des forces et des richesses naturelles n'a 
donc aucun sens, la seule idée valable est celle d'un emploi rationnel 
de ces forces et de ces richesses. 'C'est là un problème limité, en partie 
technique, en partie économique. Il s'agit d'un aspect particulier de 
l'adoption de formules de production conformes à la rationalité écono- 
mique ; mais quelles que soient ces formules, il est évident qu'il y aura 
toujours des richesses et des forces naturelles inemployées. 

2. - Le problème du plein emploi des moyens de production 
produits 

Le problème du plein emploi des moyens matériels de travail se 
pose à la fois de façon analogue et de façon différente. 



I | | ( I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



le problème général et l'équilibre économique — 197 

A. — Analogie avec le problème précédent 

De façon analogue, en ce sens que l'emploi des moyens matériels de 
travail disponibles est, lui aussi, limité par la quantité de forces de tra- 
vail disponibles. Passée la limite du plein emploi des forces de travail, 
il ne peut être question d'utiliser des moyens de travail qui resteraient 
encore disponibles. Dans ces conditions, il peut se faire que de l'outil- 
lage et des machines restent inutilisés, faute de main-d'œuvre pour les 
mettre en mouvement. De «e point de vue, le problème du plein emploi 
des moyens matériels de travail n'a qu'un sens limité au plein emploi des 
forces de travail et à l'adoption de formules de production conformes à 
la réalité économique. Pourtant, nous venons de le dire, le problème du 
plein emploi des moyens matériels de production ne se pose pas exac- 
tement dans les mêmes termes que le plein emploi des forces et des ri- 
chesses naturelles. 

B. — Différences avec le problème précédent 

En effet, les moyens matériels de production sont des moyens pro- 
duits par le travail. Aussi bien, si au lieu de considérer les moyens de 
production disponibles à un moment donné, nous considérons une pé- 
riode de temps, il est facile de voir qu'il est toujours possible d'adapter 
la production de moyens de production à la quantité de forces de tra- 
vail pouvant les mettre en mouvement. Sous cet angle, le problème du 
plein emploi des moyens matériels de travail a un sens pratique. Ce sens 
est celui de l'adaptation de la production de ces moyens à ce que la so- 
ciété peut utiliser ou consommer. 

Le problème ici posé est celui d'un équilibre entre la production de 
moyens de production et la consommation productive, le problème 
d'une répartition rationnelle des forces de travail entre les branches I 
(moyens de production) et H (objets de consommation). Sans cette 
répartition rationnelle, il peut y avoir surproduction de moyens de 
production et inutilisation, au moins momentanée, d'une partie d'entre 



3. - Le plein emploi des forces du travail 

Finalement, il apparaît que le seul problème de plein emploi qui 
ait une signification réelle soit le problème du plein emploi des forces 
de travail. Cette proposition vient justifier d'une façon particulière 
la mise en oeuvre d'une comptabilité reposant sur le temps de travail ; 
l'idée que le travail est le seul élément de c rareté » économique. Pour- 
tant, quand on commence à se pencher sur la question, on a d'abord 
l'impression que ce problème n'est qu'un faux problème. 



I I I I I I I I M I I I I I I I I I I M I I I I I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

98 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

A. — Indétermination de la < quantité de travail disponible » 

En effet, rien n'apparaît comme pins hautement indéterminé que 
la quantité de travail indispensable. Cette quantité apparaît comme 
indéterminée pour deux raisons. D'une part, parce que, même avec une 
population stationnaire, le nombre de travailleurs de Fun et de Vau. 
tre sexe yane selon la durée de la période active de la vie, durée qui 
est fonction (si 1 on fart abstraction des incapacités de travail dues à 
des acddente ou a des maladies) de l'âge auquel les individus commen- 
cent à travailler et de l'âge auquel ils cessent de travailler. D'autre 
part, parce que, même avec un nombre donné de travailleurs, la quan- 
tue de travail disponible varie en fonction de la durée du travail ^ (du- 
rée quotidienne ou hebdomadaire). Ainsi, à première vue, la quantité 
detravail disponible serait une quantité éminemment variable, si bien 
qu on pourrait toujours obtenir — quel que soit le niveau de l'activité 
économique - un emploi plein des forces de travail. D. suffirait pour 
cela, chaque fois que besoin en est, de réduire la durée de la période 
active de la vie et la durée du travail. Le problème du plein emploi 
se transformerait ainsi en un simple problème d'ajustement des durées 
d activité et de travail aux possibilités d'emploi. Cest précisément de 
cette façon qu au lendemain de la crise de 1929 on a parfois cherché 
& xc rcsoucLrc. 

B. — Caractère superficiel de cette indétermination 

Toutefois, si on pousse plus loin l'examen de la question, on 
s aperçoit que cette façon de voir est superficielle. Elle est superfi- 
cielle, parce quil nest pas vrai que la durée de la période active de la 
vie soit une durée arbitraire. Celle-ci est fonction, dans une société 
donnée, du niveau de la technique et du niveau de civilisation». Aussi, 
vouloir .éliminer de force de l'activité économique par le maniement 
des limites d âge — sous prétexte de réaliser le plein emploi — des 
hommes on des femmes qui, en fait, sont capables et désireux de tra- 
vailler, n apparaît que comme une modification de forme du chômage, 
modification qui a finalement pour résultat de réduire la production 
au-dessous du niveau qu'elle pourrait sans cela atteindre. En d'autres 
termes, il n est pas vrai que le nombre des travailleurs possibles soit 
une grandeur indéterminée, c'est, au contraire, une grandeur déter- 
minée et susceptible d'être connue ; une statistique de l'emploi et des 
demande, d emploi fait connaître facilement le nombre des personnes 
désireuses de travailler, un examen médical élimine éventuellement 
celles qui en sont incapables. 

Cependant, il faut noter que si le nombre de personnes désireuses 
de travailler est une grandeur déterminée, cela ne veut pas dire que 
ce soit une grandeur invariable. 

sati.faîrI M, ' à ' dire *" VMlvAm de " be » oiM e « de « Possibilités teehniqnes de les 



I l I I I I I I I I I I I I I I I I l l i I I I I I I 

le problème général et Véquilibre économique 199 

C. — Caractère variable de la € propension » au travail 

La < propension an travail », an contraire, est éminemment va- 
riable. Elle varie, notamment, selon les conditions de vie faites aux 
non-travailleurs (montant des retraites, par exemple, avantages consentis 
aux femmes mariées ne travaillant pas, etc.). Elle varie selon les condi- 
tions faites anx travailleurs '(montant absolu des salaires, durée de la 
journée et de la semaine de travail, conditions matérielles et morales 
dans lesquelles s'accomplit le travail, écart entre les salaires et les re- 
traites, allocations diverses, etc.). Elle varie, enfin, selon les besoins des 
individus". Ce dernier point mériterait, à lui seul, de longs développe- 
ments, nous ne pouvons donner ici que des indications. 

En gros, on considère souvent qu'il existe deux catégories de besoins 
antagoniques 7 : les besoins de consommation et les besoins de loisir ou 
de repos. Plus les besoins de consommation sont considérables, plus il 
est nécessaire (à un niveau donné de la technique) de leur sacrifier le 
besoin de loisir. — ~«^ 

La c propension au travail » varie selon l'importance respective de 
ces deux catégories de besoins 3 . 

Ceci dit, il n'en reste pas moins qu'à un moment donné, les be- 
soins étant ce qu'ils sont, les conditions de vie des travailleurs et des 
non-travailleurs étant ce qu'elles sont, et ces conditions sont déterminées, 
dans une économie planifiée, par les exigences de l'équilibre économi- 
que, par les habitudes de consommation et par les conceptions dominan- 
tes en matière sociale, l'offre de main-d'oeuvre est une grandeur donnée 
et statistiquement -connaissable. 



6. Parmi ces besoins, une place doit être incontestablement faite au besoin d'ac- 
tivité et de travail que les individus peuvent ressentir indépendamment de la rému- 
nération qu'ils perçoivent pour leur travail. 

7. En général, tous les besoins apparaissent comme antagoniques, parce que la 
satisfaction des uns exclut la satisfaction des autres. Elle l'exclut, à la fois, en raison 
du facteur temps : dans un temps donné il n'est pratiquement possible (à un niveau 
donné de la technique) que de satisfaire un nombre déterminé de besoins — à l'ex- 
clusion des autres — et en raison de la limitation des possibilités de production : 
si on travaille pour satisfaire certains besoins, on ne peut travailler pour en satisfaire 
d'autres (c'est d'aillenra la un autre aspect de la < rareté > do travail et du facteur 
temps). 

8. Certaine auteurs ont fait de l'opposition entre ces deux catégories de besoins 
le fondement d'une opposition entre deux catégories de richesses ; d'une part, les 
richesses matérielles dont le développement suppose — à un niveau donné de la 
technique — l'accroissement du temps consacré à la production et au travail ; d'au- 
tre part, « le temps dont on dispose », le temps que l'on peut consacrer à ses loisirs, 
à sa libre activité, à son développement intellectuel et artistique, etc. Les auteurs 
qui font cette distinction tendent à considérer que la « véritable richesse > est « le 
tempe dont on dispose >. Ce sont surtout des auteurs anglais du début du nx" siècle 
qui, sur le plan économique, ont fait une telle distinction (voir, notamment, P. Ra- 
venstone, Thoughts on the funding System, Londres, 1824, et, d'un écrivain inconnu, 
The source and remedy of the national difficulties, Londres, 1821). 



200 



' problèmes théoriques et pratiques de la planification 



D. — Détermination de la durée du travail 

'Mais ce n'est pas seulement l'offre de main-d'œuvre qui, dans des 
conditions données, constitue une grandeur déterminée, c'est aussi 
la durée du travail. En effet, si la durée effective du travail est infé- 
rieure à ce qu'exige l'équilibre entre la production et les besoins so- 
ciaux, on constatera qu'une partie plus ou moins importante des tra- 
vailleurs cherchera soit à faire des heures supplémentaires, soit à 
faire un double travail (ce qui est possible si la journée de travail 
est particulièrement courte) ; c'est là un phénomène que l'on a par- 
fois constaté en U.R.S.S. 9 . Ce phénomène indique que la durée du 
travail en vigueur est insuffisante pour aboutir à la satisfaction de cer- 
tains besoins, étant donné le niveau des salaires qu'elle permet. 

Inversement, si la durée du travail est supérieure à ce qu'exige 
l'équilibre entre la production et les besoins sociaux, on constatera 
soit des faits fréquents d'absentéisme, soit, éventuellement, si on 
aboutit à une certaine saturation des besoins, des faits de thésau- 
risation qui rompront l'équilibre entre la production et la consom- 
mation et qui rendront nécessaire une réduction de la durée du tra- 
vail (si on veut rétablir l'équilibre). 

Dans une économie donnée, où il existe un niveau donné des 
besoins, où l'on doit pratiquer (pour réaliser l'équilibre économi- 
que) un taux donné du salaire horaire 10 , il y a donc une € durée du 
travail normale », celle qui est caractérisée par le mimimum de 
double travail et d'heures supplémentaires, d'une part, par le mini- 
mum d'absentéisme et de thésaurisation, d'autre part. Cette « durée 
normale » est celle qui correspond au niveau d'équilibre entre la pro- 
duction et les besoins sociaux. 



Finalement, si l'offre de main-d'œuvre et la durée du travail sont 
des grandeurs déterminées, toutes deux connaissables, celle-ci par 
tâtonnement, celle-là par voie statistique, il est évident que la notion 
du plein emploi des forces de travail disponibles est une notion qui 
a une signification. Il est évident, aussi, que l'équilibre entre la pro- 
duction et les besoins sociaux ne peut être réalisé que si le plan consi- 
dère comme une donnée la quantité de forces de travail disponibles 
et vise à l'utiliser en entier. C'est seulement à cette condition que 
sera mû en œuvre < le temps de travail socialement nécessaire » (et 



9. Un phénomène du même ordre apparaît lorsque des travailleurs bénéficiant 
d'une période de congé payé profitent de cette période pour aller travailler dans une 
autre entreprise. 

10. Même si le salaire n'est pas un salaire horaire, on peut toujours calculer le 
taux du salaire à l'heure. 



! | | | | | | I I I I I I I I I I I I I I « I I I I I 



201 

le problème génénd et Fêquilibre économique 

ceci dans une troisième signification de cette expression) et rien que 

06 ^lus' avons ainsi terminé l'examen de l'aspect le plus général 
du problème de l'équilibre économique. D nous faut yo ir , maintenant, 
comment se pose et se résout le problème de l'équilibre entre la pro- 
duction et la consommation. Ce problème, plus particulier, doit être 
examiné, successivement, dans le cadre de la statique et dans celui de 
la dynamique. 



| | | | I I I I I I I I I I I I I I I i I I 1 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



I i i i I I I I I I I I i i i i i i i i i i I i i I i 



L'équilibre entre la production 
et la consommation en statique 

1. - Caractéristiques d'une économie statique 

Ce qui caractérise une économie statique (qui ne correspond 
d'ailleurs qu'à une notion purement théorique), c'est qu'à la fin de 
chaque période de production, l'économie se retrouve dans les mêmes 
conditions que celles qui existaient au début de cette période de 
production. La société dispose, au début et à la fin de chaque période, 
d'une même valeur en stocks d'objets de consommation et en quantités 
de moyens de production. Un état statique de l'économie suppose 
que l'intégralité de la valeur des produits fournis au cours d'une 
période soit utilisée au cours de cette période. 

Cette utilisation totale implique, à son tour, deux choses : d'une 
part, que le montant des revenus distribués au cours d'une période de 
production soit égal à la valeur des objets de consommation dont la 
société peut disposer au cours de cette période ; d'autre part, que la 
valeur des moyens de production fournis au cours d'une période soit 
égale à la valeur des moyens de production consommés au cours de 
cette période. 

En outre, il faut noter que la statique suppose une population 
stationnaire. En effet, si la population va en augmentant, il faut pour 
pouvoir satisfaire les besoins d'une population accrue et pour four- 
nir du travail à des travailleurs nouveaux que l'on dispose, de période 
en période, de quantités supplémentaires d'objets de consommation et 
de moyens de production (ce qui ne se présente qu'en dynamique). Si 
on ne peut fournir ces quantités supplémentaires de produits, on s'éloi- 
gne de plus en plus de l'équilibre entre la production et les besoins so- 
ciaux — puisque la production reste stable alors que les besoins et 



204 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

les forces de travail disponibles augmentent. Nous supposerons donc, 
dans la suite du raisonnement, et tant qu'il s'agira de la statique, que 
la population reste stationnaire 1 . 

2. - Les deux problèmes de la statique 

Ainsi que nous l'avons souligné, deux problèmes apparaissent im- 
médiatement : celui de l'équilibre entre la production d'objets de 
consommation et la consommation de ces objets ; le problème de 
l'équilibre entre la production de moyens de production et la consom- 
mation de ces moyens de production. 

Le premier problème est celui de la consommation au sens cou- 
rant du mot, ou consommation destructive. Le second problème est 
celui de la consommation productive. 

A. — Principe de V amortissement 

La consommation productive est caractérisée par le fait que la 
valeur du moyen de production (matière première, outil, machine, etc.) 
utilisé productivement est incorporée à la valeur du produit. Elle est 
incorporée proportionnellement à l'usage qui peut être fait du moyen 
de production. Si celui-ci ne peut servir qu'à un acte de production, 
sa valeur sera intégralement incorporée au produit de cet acte de pro- 
duction. Si ce moyen de production peut servir à un certain nombre 
d'actes de production, à la production d'un certain nombre d'objets, 
sa valeur sera incorporée à chacun de ces objets pour une fraction de 
l'unité égale à ce nombre. Ainsi, si on a une machine qui peut servir, 
en moyenne, à fabriquer 10.000 objets, on devra, pour calculer la va- 
leur de chacun de ces objets, y incorporer 1/10.000 de la valeur de la 
machine (défalcation faite de la valeur en ferraille que représente la 
machine hors d'usage). C'est le principe de V amortissement. Ce n'est 
qu'en respectant ce principe qu'il est possible, une fois un moyen de 
production utilisé, de procéder à sa « reproduction » sans troubler 
l'équilibre entre la production et la consommation. Le seul point dé- 
licat est la détermination du nombre d'objets que l'on peut fabriquer 
avec un moyen de production donné ; en statique, cette détermination 
est purement empirique ; elle doit être enseignée par l'expérience : 
c'est une donnée physique. 

B. — Données du problème de réquilibre entre production et consom- 
mation 

Ceci dit, comment se présente le problème de l'équilibre entre la 
production et la consommation ? Les données du problème sont : les 



1. Il va de soi que pour que l'économie puisse rester dans un état statique, il faut 
que k» besoins sociaux restent les mêmes. Nous considérons que cette stabilité des 
besoins sociaux est assurée par la réalisation des conditions indiquées dans le texte. 



| | | | | | | | | I I I I I I I I I I I I « ' ' ■ ■ « ■ 



féquUibre entre la production et la consommation en statique 

auantités de forces productives disponibles (déterminées, en partie, 
en ce qui concerne les forces de travail, par l'étendue des besoins so- 
ciaux), les objets de consommation dont on pourra disposer au cours 
de la période de production et les conditions de leur utilisation, les 
moyens de production qu'il faudra utiliser pour la reproduction de 
ces objets de consommation et qu'il faudra donc également « repro- 
duire » pour maintenir au même niveau la capacité de production de 
la société, car le maintien est la condition même de la statique. 

Finalement, la question à résoudre, en présence de ces données, 
est celle d'une juste répartition des forces de travaille! des moyens 
de production entre les branches I et II de l'économie 2 . 

Pour voir les choses de plus près, nous allons raisonner sur quel- 
ques exemples numériques abstraits. Nous considérerons, d'abord 1 hy- 
pothèse d'un équilibre statique « purement économique », dans lequel 
la société ne connaît pas d'autres dépenses que des dépenses produc- 
tives' ; nous considérerons, ensuite, l'hypothèse d'un équilibre statique 
dans lequel la société assume la charge d'un certain nombre de dépen- 
ses improductives. 

I. - Hypothèse d'un équilibre statique « pure- 
ment économique » 

1. - Salaire et valeur du produit 

Nous supposerons d'abord, qu'au cours de la période de produc- 
tion qui s'ouvre la société disposera de 60 milliards d'heures de tra- 
vail. La société n'ayant, dans notre hypothèse « purement économi- 
que », à supporter aucune dépense improductive, le salaire d'une 
heure de travail pourra, en moyenne, être égal à la valeur produite par 
une heure de travail. Par exemple, pour fournir une illustration en 
termes de monnaie, si on définit le produit d'une heure de travail 
par 200 fr., le salaire horaire pourra et devra être de 200 fr. Par 
contre si on définit le produit d'une heure de travail par une unité 
monétaire, le salaire horaire pourra et devra être d'une seule unité 
monétaire. Dans ces dernières conditions, si la masse des salaires dis- 
tribués est de 60 milliards d'unités monétaires, la valeur des objets 
de consommation produits devra être également de ce montant et 
l'équilibre entre la production et la consommation se trouvera réalisé 
(à condition, toutefois, que les objets de consommation produits 
correspondent bien aux besoins des consommateurs). 

2. Voir plus haut le § 1 de la section I du chapitre précédent, p. 171. 

3. Au point de vue auquel nous nous plaçons ici, peuvent seules êtres considé- 
rées comme « productives » des dépenses qui permettent la perception de recettes 
qui leur sont au moins égale.. D faut donc entendre par dépenses « improductives » 
de. dépense, qui ne fournissent pas directement de recette, au moins égale. keUw- 
mêmes ; si les recettes sont inférieures au* dépends, on peut dire que ces dernière* 
■ont partiellement improductives. 



I I I I I I I t I I I I I I > I M I I I I I I ( I I 



I I I I I I I I 

206 



I I I I I I I I I I I I I I I I I 

problèmes théoriques et pratiques de la planification 



2. - Répartition des forces de travail 

Une question, cependant, n'apparaît pas résolue. C'est celle de la 
répartition des forces de travail entre les branches I et II, c'est-à-dire 
entre la branche productrice de moyens de production et la branche 
productrice d'objets de consommation. Cette répartition, en statique, 
est entièrement déterminée par la valeur des moyens de production 
consommés dans la branche II (c'est-à-dire par les formules de produc- 
tion), puisqu'il s'agit simplement de reproduire cette valeur. 

A. — Premier exemple numérique 

Si la société dispose de 60 milliards d'heures de travail et que l'on 
suppose que, dans la branche I comme dans la branche II, tout tra- 
vail c actuel » met en mouvement et consomme — sous forme de 
moyens de production — le produit d'une quantité de travail égale à 
elle-même, en raison des formules de production adoptées (et ces for- 
mules n'ont évidemment été adoptées que parce qu'existaient les 
moyens de production dont elles impliquent l'emploi), le schéma de 
l'équilibre statique ainsi réalisé se présente comme suit : 



(Schéma n" 1) 





Moyens 

de production 

utilises 


Salaires distribues 
(en milliards d'heures de 
travail ou d'unités monetai- 
res equivalentes a une heure 
de travail) 


Valeur 
des produits 


Branche II .... 


30 
30 


30 

30 


60 
60 




60 


60 


,120 



B. — Enseignements de ce schéma 

De ce schéma il résulte : 

1° Que la masse des salaires distribués est égale à la valeur des 
objets de consommation produits (production de la branche H), ce 
qui permet l'équilibre entre la production et la consommation ; 

2° Que la valeur des moyens de production utilisés est égale à 
la valeur des moyens de production produits (production de la bran- 
che I). 

Ce sont là les deux conditions d'un équilibre statique. Cet équi- 
libre est complet si les 60 milliards d'heures de travail représentent la 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



. 2(17 

réquilibre entre ta production et ta consommation en statique 

totaKté des forces de travail dont la société dispose ; s'il n'en était pas 
ainsi, le schéma devrait être modifié en conséquence ; nous y revien- 
drons. 

C. — Distinction entre valeur utilisée et valeur employée 

Rappelons, pour finir avec cet exemple numérique, qu'il ne faut 
pas confondre la valeur des moyens de production utilisés et la valeur 
des moyens de production employés. Cette dernière est d'autant plus 
grande par rapport à la première que la période de production est 
plus courte et que la vitesse de rotation des moyens de production est 
plus lente. Si une machine dure dix ans, elle peut bien être employée 
en entier, mais elle n'est utilisée chaque année que pour 1/10 de sa 
valeur ; nous rejoignons ici ce que nous avons dit à propos de l'amor- 
tissement 4 . 

D. — Deuxième exemple numérique 

Le schéma suivant fournit un autre exemple d'équilibre statique 
c purement économique », reposant sur une autre formule de pro- 
duction que le précédent et sur l'hypothèse selon laquelle la quantité 
de travail pouvant être fournie au cours d'une période n est que de 
30 millions d'heures. 

(Schéma n-i"") 





Moyens 

de production 

utilisés 


Saluées distribués 
(en milliards d'heures de 
travail ou d'unites monétai- 
res equivalentes a une heube 
de travail) 


Branche II 


40 
20 


20 
10 




60 


30 



Valeur 
des produits 



60 
30 



90 



On retrouve, ici encore, les conditions de l'équilibre statique : 
équivalence entre la valeur des salaires distribués et la valeur des ob- 
jets de consommation produits, équivalence entre la valeur des moyens 
de production utilisés et la valeur des moyens de production produits. 



4. Pratiquement, dans lea exemples donnés dans le texte, nous considérons une 
période de production de même durée que la période de rotation, si bien que va- 
leur € utilisée » et valeur < employée > se confondent. 



208 — ——— problèmes théoriques et pratiques de la planification 

E. — Transformation de la formule de production 

On notera que dans le deuxième exemple la « formule de pro- 
duction » n'étant pas la même que dans le schéma n° 1, le rapport entre 
le total des salaires distribués et la valeur des moyens de production 
utilisés n'est plus de 1 mais de 1/2. Il est d'ailleurs possible qu'une 
telle modification ait lieu sans qu'il y ait modification du rapport entre 
la valeur des moyens de production employés et la masse des salaires 
distribués (c'est-à-dire du rapport entre le travail « actuel » et le tra- 
vail < passé »). Ceci, notamment, si la vitesse de rotation des moyens 
de production est deux fois plus rapide ici que dans le schéma n° 1. 

F. — Répartition des forces du travail et formules de production 

On notera également, que, comme il a été indiqué, la répartition 
des forces de travail entre les branches I et II résulte directement du 
rapport existant dans la branche entre moyens de production utilisés 
(comptabilisés en temps de travail) et heures de travail < actuel » 
fournies. 



Il n'est pas difficile de passer du schéma de l'équilibre statique 
« purement économique » au schéma de l'équilibre statique avec fi- 
nancement de dépenses improductives. 

II. - Hypothèse d'un équilibre statique avec 
financement de dépenses improductives 5 

1. - Condition du maintien de l'équilibre 

Il résulte de tout ce qui précède, et cela apparaîtra encore plus 
nettement au cours des développements qui suivent, que des dépenses 
improductives (ou non directement productives, paiements de retraites, 
institution de services médicaux gratuits, dépenses en faveur de l'ensei- 
gnement gratuit, paiements éventuels de « service » d'une dette publi- 
que, paiements des fonctionnaires non économiques, dépenses d'arme- 
ments, etc.) ne peuvent être financées — avec maintien de l'équilibre 
économique — qu'en payant aux producteurs un salaire inférieur à la 
valeur du travail fourni par eux, la différence étant remise aux béné- 



S. Noub rappelons que, d'une façon générale, le terme de « dépenses improduc- 
tives y ne doit pas être pris dans un sens péjoratif. Nous savons qu'il faut entendre 
par là toutes les dépenses n'entraînant pas la possibilité de recueillir, en échange des 
services ou des produits que ces dépenses permettent de fournir, des recettes corres- 
pondantes ; en ce sens, il peut y avoir des dépenses plue ou moins « improductives > 
selon qu'elles donnent lien directement k des recettes plus ou moins importantes. 



| | | | ( | I I f f ( I I ! I I I I I I I I I I I I t 



^ 209 

Véquilibre entre la production et la consommation en statique 

f iciaires des dépenses improductives (retraités, rentiers, etc.) ou à ceux 
givrent de 8 P services ou des produits improductifs (fonctionnaires 
non économiques, travailleurs des services hospitaliers, etc.) C est a 
cette condition, seulement, qu'il peut y avoir équilibre : entre la masse 
des revenus distribués : salaires des travailleurs productifs salaires des 
travailleurs non productifs, retraites, rentes, etc., et la valeur des on- 
jets de consommation disponibles. 

2. - Procédés de réduction de salaires 

Peu importe, d'ailleurs, le procédé par lequel la € réduction » 
de salaires a lieu, que ce soit directement en remettant aux ] Produc- 
teurs un salaire inférieur à la valeur fournie par leur travaal ou que 
ce soit indirectement par la voie des impôts directs (prélèvement sur 
les salaires nominaux) ou des impôts indirects réduction des salaires 
réels). Les différents procédés, selon les cas, présentent des avantages 
techniques, politiques ou psychologiques. Economiquement le re.nl- 
tat est le même : le salaire est ramené à une fraction de la valeur four- 
nie par le producteur ou, plus généralement, la masse des salaires at- 
tribués aux producteurs est inférieure à la valeur produite. C est pré- 
cisément la différence entre les deux qui sert à financer, tout en main- 
tenant l'équilibre économique, les dépenses improductives. Aussi con- 
vient-il, pour prendre une vue synthétique des conditions de 1 équilibre, 
de ne pas se préoccuper des procédés par lesquels on peut opérer cette 
« réduction >, mais seulement du résultat, en tant que celui-ci est 1 ap- 
parition d'une fraction de travail productif « non paye >, fraction de 
travail dont le produit sert précisément à payer les « non-produc- 
teurs », que ceux-ci travaillent ou non". 

3. - Exemples 

Pour expliciter ce qui précède, le plus simple est de revenir à des 
exemples numériques. Reprenons l'hypothèse du schéma n° 1. Dans 
cette hypothèse, l'équilibre économique était réalise sur les bases sui- 
vantes : la production totale s'élevait à 120 milliards et le revenu na- 
tional (équivalent de la masse des salaires distribues ou de la ^aleurdu 
travail fourni - puisque l'une était égale à l'autre) s'élevait a 60 mil- 
liards. Ce dernier chiffre correspondait, en outre, à la valeur des ob- 
jete de consommation disponibles, ce qui en assurait 1 écoulement. 

Ce qu'il y avait de particulièrement caractéristique dans cette 
hypothèse, que nous avons qualifiée pour cela de « purement économi- 

6. D'aprè» ce qui a été dit dan. la note précédente, le terme de « non^d»- 
teur > ne comporte, évidemment, aucun .en. péjoratif. Dan. le gens de la note i pré- 
céderont /non-'produc.eur. > le. travailleur, qui fournirent de, .produit, oude. 
service, qui ne .ont pas de.tinà, a être vendu, à U population, notamment parce 
que ce» aervice* «ont rendu, gratuitement . 



I I I I I I I I I I I I I 1 I I I I I I I I 1 I I I I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



210 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

que », c'est non pas que le revenu distribué s'élevait au même montant 
que la valeur des objets de consommation (c'est là la condition de l'équi- 
libre, en statique), mais c'est que ce revenu était rigoureusement égal 
au montant des salaires payés aux producteurs, ce qui ne laissait au- 
cune place à une autre espèce particulière de revenu, à supposer, ce 
qui est notre hypothèse, que tous les travailleurs soient engagés au 
service du plan. Réciproquement, dès lors qu'il doit y avoir place 
dans le revenu national pour des revenus autres que ceux des produc- 
teurs, il faut, nécessairement, que le total de salaires de ces derniers 
soit inférieur au montant du revenu distribué ou, si l'on veut, qu'il 
n'en constitue qu'une fraction, fraction d'autant plus faible que la part 
des autres revenus est plus forte. 

A. — Conséquences de ^apparition des dépenses improductives 

Si, dans le cadre du schéma n° 1, on suppose que le total des 
dépenses improductives (qu'il s'agisse de dépenses d'armements ou 
de dépenses destinées au développement de la santé publique et 
de la culture, peu importe ici) se monte à 20 milliards, il en résulte 
qu'un tiers du revenu national (20 milliards sur 60 milliards) ne bé- 
néficie plus directement aux producteurs — ce qui ne signifie nul- 
lement que ceux-ci n'en bénéficient pas indirectement, notamment 
par les services gratuits qui peuvent être, de ce fait, mis à leur dis- 
position — mais à d'autres. Dans un tel cas, il faut bien que, comme 
nous l'avons dit, la masse des salaires payés aux producteurs ne re- 
présente plus qu'une fraction de revenu national, c'est-à-dire, prati- 
quement, que chaque salaire ne représente plus qu'une fraction de la 
valeur fournie par le travail qu'il rémunère. (Test ainsi, seulement, que 
peut se trouver résolu le problème du financement des dépenses im- 
productives. 

En effet, si l'on voulait financer ces dépenses — et le problème 
sera rigoureusement le même pour le financement des investisse- 
ments — par l'inflation, on créerait un déséquilibre entre le volume 
des revenus distribués et la valeur des produits et des services des- 
tinés à la vente. On pourrait, certes, pallier ce déséquilibre par une 
hausse des prix, mais on fausserait alors les bases du calcul écono- 
mique 7 . C'est pourquoi on est obligé de ne payer le travail fourni qu'à 
une fraction de la valeur qu'il produit, ce qui fait apparaître une dif- 
férence entre le prix de revient et la valeur. Ce sont les sommes qui 
correspondent à cette différence qui permettent de financer les dépen- 
ses improductives (et les investissements) sans fausser le mécanisme de 
prix. 

Pratiquement, lorsqu'il en est ainsi, la valeur de chaque produit 
peut se décomposer en : coût des matières, dépenses de salaires, im- 
pôts, profits et intérêts ; ces trois derniers postes correspondent à la 
fraction de la valeur produite par le travail « non payé ». 



7. Tout en réduisant le nlvean réel des salaires. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



211 



l'équilib™ entre to production et la consommation en statique 

B. — Modification du schéma n" 1 

Dans la présente hypothèse, le salaire des producteurs doit repré- 
senter les 2/3 de la valeur produite par le travail, 1/3 du travail re* 
tant « non payé ». Dans ces conditions, le schéma n° 1 de 1 équilibre 
économique général se trouve ainsi modifié 8 : 

(Schéma n° 2) 





Moyens 

de production 

utilisés 


Salaires 

distribués 

AUX 
PRODUCTEURS 


Tbava». 

« NON PATE » 


Valeuh 
des produits 


Branche II .... 


30 
30 


20 
20 


10 
10 


60 
60 




60 


40 


20 


120 



Ni le produit total, ni sa répartition entre les branches I et II ne 
se trouvent modifiés par rapport au schéma n° 1. Ce qui se trouve mo- 
difié, c'est le volume des salaires distribués aux producteurs, puisque 
ce volume est réduit à 40 milliards. Une telle réduction devra se 
trouver compensée par la distribution de 20 milliards de revenus a 
des « non-producteurs» » — c'est cette distribution qw se présente 
comme dépense improductive — pour que soit rétabli lequiliore 
entre la valeur des objets de consommation disponibles — qui reste de 
60 milliards — et le revenu national distribué. 

C. — Autres hypothèses 

Il est évident, pour prendre un nouvel exemple, que si les dé- 
penses improductives à financer passaient à 30 milliards, le revenu 
national restant le même, il faudrait réduire à 30 milliards le mon- 
tant des salaires distribués aux producteurs, ce qui signifie que le 
revenu national ne serait plus constitué que pour la moitié par des 
salaires distribués aux producteurs ou, encore, que le salaire de 
chaque producteur ne représenterait plus en moyenne que la moitié 
de la valeur fournie par le travail qu'il rémunère. 



8. En supposant que les dépense» improductives servent uniquement a financer 
les revenus de non-producteurs. _,_.„„4_ 

9. En supposant que les non-producteurs travaillent et que le taux de rémunéra- 
lion est le même pour les producteurs et les non-producteurs, ce schéma ,mpI»qoe 
qu'il est fourni quatre-vingt-dix milliards d'heures de travail : soixante par le. pro- 
ducteurs, trente par les non-producteurs. 



212 ■ ■ problèmes théoriques et pratiques de la planification 

Ainsi, si l'unité monétaire est équivalente à une heure de travail, 
on devra payer, en moyenne, pour chaque heure de travail productif 
fourni non une unité monétaire, mais une demi-unité monétaire. 
Pour nous exprimer autrement, et en prenant l'exemple de notre 
monnaie, si 200 fr. étaient considérés comme devant exprimer de 
façon comptable la valeur moyenne fournie par une heure de travail 
simple, le salaire d'une heure d'un tel travail simple devrait être de 
100 fr. 

D. — Déductions générales 

En d'autres termes, le plan doit fixer le montant absolu des 
revenus distribués de telle sorte que ceux-ci puissent permettre l'écou- 
lement de la totalité des objets de consommation. Il doit fixer le 
taux 10 des salaires des producteurs en fonction inverse de la part 
que prennent dans le revenu national les dépenses improductives 
(il s'agit là, évidemment, de la fixation d'un taux moyen des salaires, 
autour duquel sera fixé, comme nous l'avons vu à propos de la pla- 
nification soviétique, le taux des différents salaires professionnels — 
ceci qu'il s'agisse des salaires des producteurs ou des non-producteurs). 

4. - Conclusions 

L'analyse ci-dessus conduit aux conclusions suivantes : 

1° Au début de chaque période de production, il convient de 
fixer le montant total des revenus distribués en fonction de la valeur 
des objets de consommation fournis au cours de cette période ; 

2° Le montant des salaires des producteurs représente le solde 
du total précédent, une fois financé les revenus des non-producteurs ; 

3° Le rapport du montant total des salaires des producteurs 
au montant total des revenus distribués indique quel doit être le 
rapport entre le montant du salaire horaire et la valeur pour la- 
quelle en moyenne l'heure de travail est comptabilisée en monnaie 11 , 
donc quel doit être le taux moyen des salaires. Si ce taux est le mê- 
me pour les producteurs et les non-producteurs, le rapport des masses 
de salaires n'est que l'expression de la répartition de la population 
active ; 

4° Four que l'on soit en statique, il faut qu'il y ait équivalence 
non seulement entre le montant total des revenus distribués (revenu 
national) et la valeur des objets de consommation disponibles, mais 



10. Dans ce contexte, il faut entendre par c taux » le rapport entre la valeur 
produite et le salaire payé. 

11. Ceci en supposant, comme nous l'avons fait pour simplifier, que les dépen- 
ses improductives correspondent uniquement à une distribution de revenus à des 
non-travailleurs ; et non au financement d'une activité improductive entraînant l'uti- 
lisation de moyens de production. 



1 I f I I ' I I I I I I I I I I I I I I I I I | I | | | 



l'équilibre entre la production et la consommation en statique 213 

encore entre la valeur des moyens de production utilisés et la valeur 
des moyens de production produits ; 

5° L'affectation des moyens de production et des forces de travail 
au profit de la branche II — compte tenu des formules de produc- 
tion adoptées — doit être effectuée en conséquence ; 

6° Le rapport, qui résulte de cette affectation, entre le travail 
« actuel » fourni dans la branche II et le travail représenté par les 
moyens de production utilisés dans cette branche doit déterminer la 
répartition planifiée des forces de travail entre les branches I et II. 

Lors de la mise sur pied d'un plan économique, il est toujours 
possible, pour une période donnée, de réaliser un équilibre écono- 
mique en tenant compte des six conclusions ci-dessus. Mais une éco- 
nomie n'est en état d'équilibre statique que si, comme nous l'avons 
noté, elle peut fonctionner dans les mêmes conditions de période en 
période ; or, sur un certain nombre de périodes, des difficultés peuvent 
apparaître du côté des forces de travail disponibles. Si ces forces aug- 
mentent (ou diminuent), il n'est plus possible de continuer à main- 
tenir semblables à elles-mêmes toutes les conditions de l'équilibre 
entre la production et la consommation, sans rompre l'équilibre entre 
la production et les besoins sociaux. Précisons ce point qui nous con- 
duit aux limites de la statique et de la dynamique. 

5. - Limites de la statique et de la dynamique 

A. — Diminution de Voffre des forces de travail 

Tout d'abord, si l'offre des forces de travail (c'est-à-dire le nom- 
bre d'heures de travail qui peuvent être fournies) diminue, il est 
évident qu'en l'absence de dépenses improductives antérieures, l'on ne 
pourra maintenir la production au même niveau. Ainsi, dans le cas 
du schéma n° 1, si l'offre de force de travail tombe de 60 à 50 mil- 
liards, le revenu national tombera aussi de 60 à 50 milliards. Dans 
ce cas, les revenus individuels des producteurs pourront rester les 
mêmes, mais le revenu national diminuera proportionnellement aux 
forces de travail disponibles. 

L'hypothèse du schéma n° 2 diffère de celle du schéma n° 1 pour la 
raison suivante : dans le cas où existent des dépenses improductives, il 
est possible de comprimer certaines d'entre elles. Ceci a directement 
pour conséquence, dans une économie planifiée, une hausse du taux 
des salaires, hausse qui, à son tour, peut entraîner un accroissement, au 
moins relatif, de l'offre des forces de travail. Dans ces conditions, grâce 
à une répartition nouvelle du revenu national il est, éventuellement, 
possible de pallier le fléchissement initial de l'offre de forces de travail 
et, finalement, d'accroître absolument le taux des salaires tout en main- 
tenant le même revenu national, c'est-à-dire aussi, la même production 
d'objets de consommation et la même répartition des forces de travail 
à l'intérieur de la sphère productive — ceci au détriment de la sphère 



1 * I « ■ I ■ I I I I I I I I I I I I | ( I f I | | | 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



214 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



improductive. Enfin, en nous plaçant toujours dans le cadre du schéma 
n° 2 et en envisageant le cas où les dépenses improductives servent à 
rémunérer des travailleurs non productifs, il apparaît qu'il est égale- 
ment possible, en réduisant ces dépenses improductives, de compenser 
la réduction absolue de forces de travail par le transfert d'une partie 
de celles-ci de la sphère improductive à la sphère productive ; dans 
ce cas, encore, on pourra réaliser, en même temps, un accroissement 
absolu du taux des salaires, et le maintien au même niveau du revenu 
national. 

Autrement dit, tant qu'il existe une sphère improductive, on peut, 
dans les limites offertes par cette sphère, compenser la réduction de 
l'offre des forces de travail par une hausse des salaires, et, éventuelle- 
ment, par un transfert d'une partie des travailleurs vers la sphère pro- 
ductive. 

B. — Augmentation de V offre des forces de travail 

Lorsque l'offre des forces de travail augmente, il faut choisir entre 
différentes solutions, suivant qu'il existe ou non une sphère impro- 
ductive. 



I. — Cas où il n 'existe pas de sphère improductive 

S'il n'existe pas de sphère improductive (cas du schéma n° 1), on 
pourra, en maintenant toujours le salaire au même niveau, ou bien li- 
miter l'embauche au même volume qu'auparavant ou bien embaucher 
tous les travailleurs qui se présentent. 

a) Limitation de Vemploi au niveau antérieur. — Dans le premier 
cas, les conséquences seront les suivantes : d'une part, on sera en pré- 
sence d'une certaine masse de chômeurs, ce qui indique que la produc- 
tion est inférieure aux besoins sociaux, d'autre part, l'équilibre anté- 
rieur entre la production et la consommation sera maintenu, le taux 
des salaires sera le même qu'antérieurement (par définition) et le re- 
venu national restera au même niveau ; 

b) Accroissement de l'embauche et emploi total. — Dans le second 
cas, il n'y aura pas de chômeurs, l'équilibre pourra donc être réalisé 
entre la production et les besoins sociaux ; le taux des salaires restera 
le même qu'antérieurement (par définition), mais le revenu national 
sera accru, puisque le nombre de producteurs aura augmenté. D'autre 
'part, on observera une régression de la productivité du travail. 

En effet, un point essentiel doit être noté, le nombre des produc- 
teurs ayant augmenté alors que la masse des moyens, de production dont 
l'ensemble des producteurs dispose est restée la même, il en résulte que 
chaque producteur dispose de moins de moyens de production 12 . Plus 



12. Dans certaines limites, cette conséquence pourra être évitée en organisant 
certains travaux par équipes eucceseives. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

l'équilibre entre la production et la consommation en statique 21S 

généralement, cela signifie qu'il faudra adopter des formules de pro- 
duction moins perfectionnées que celles qui étaient antérieurement en 
usage. On assistera donc à une régression de la productivité du travail : 
le produit d'une heure de travail sera inférieur à ce qu'il était avant, 
ce qui signifie que la valeur et les prix des différents objets monteront, 
et, par conséquent, le taux des salaires restant le même, les salaires réels 
baisseront. Si l'offre de forces de travail continue à s'accroître et que 
l'on continue toujours à maintenir le même taux de salaires — taux 
qui implique l'impossibilité d'accroître la masse de moyens de produc- 
tion disponible — on assistera à une réduction progressive des salaires 
réels, et du niveau de vie 1 '. 

II. — Cas où il existe une sphère improductive 

S'il existe une sphère improductive, ou si on décide d'en créer une 
pour absorber la masse des chômeurs (développement des travaux pu- 
blics, par exemple) l'évolution pourra se présenter de façon différente. 

a) Développement de la sphère improductive. — En premier lieu 
on peut diriger vers la sphère improductive — en la développant en 
conséquence — les forces de travail supplémentaires. On sera donc . 
amené à prélever des moyens de travail sur la sphère productive, l'équi- 
libre antérieur sera rompu dans le domaine de la production ; on devra 
utiliser des formules de production faisant une part relative plus forte 
au travail actuel, ce qui entraînera une baisse de la productivité du tra- 
vail et une hausse des prix. D'autre part, si l'on veut réaliser l'orienta- 
tion d'une partie des forces de travail vers la sphère improductive sans 
mesure de contrainte, il faudra que les conditions de salaires dans la 
sphère improductive restent analogues à ce qu'elles sont dans la sphère 
productive. Il en résultera un accroissement des dépenses improductives. 
Le revenu national restant le même (puisqu'il n'y a aucune embauche 
supplémentaire dans la sphère productive), une fraction de plus en pins 
importante de ce revenu devra aller aux non-producteurs. Cela signifie 
que la fraction de travail « non payé » devra s'accroître, donc le taux 
des salaires baisser, dette solution permet par conséquent de réaliser 
l'équilibre dans la sphère productive, mais au prix d'une baisse générale 
du taux des salaires (donc d'une baisse des salaires réels) et d'une re- 
distribution d'un revenu national inchangé 14 dans son montant absolu, 
mais réduit par tête de travailleur. 



13. An contraire, en réduisant le taux des salaires, on pourrait provoquer l'ap- 
parition d'un surproduit qui permettrait d'éviter ultérieurement la régression des 
formules de production «t de la productivité du travail, donc de maintenir ensuite le 
salaire réel. 'Le revenu national ne se trouverait pas affecté par cette mesure, mais 
se présenterait, en partie, sous forme de moyens de production destinés à être in- 
vestis, c'est un cas type de dynamique que nous aurons à examiner au cours du cha- 
pitre suivant. 

14. Le revenu national est inchangé en valeur d'échange mais il représente un 
moins grand nombre d'objets puisque la productivité du travail a baissé. 



216 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



h) Réduction de la sphère improductive ou des dépenses impro- 
ductives. — En second lieu, on peut réduire Timportance des dépenses 
improductives, tout en maintenant la même fraction de travail « non 
payé » qu'auparavant. Dans ces conditions, on peut utiliser une partie 
de ce travail à la production de moyens de production supplémentaire, 
ce qui permettra, au cours des périodes suivantes, d'employer toutes les 
forces de travail disponibles sans mettre en œuvre des formules de pro- 
duction de moins en moins avantageuses. 



Au total, lorsque après une période de stabilité, la population tra- 
vailleuse augmente, on peut, soit maintenir le taux des salaires au 
même niveau, soit réduire le taux des salaires, soit comprimer les dé- 
penses improductives. Dans le premier cas, ou bien on laissera subsis- 
ter une masse de chômeurs, ou bien la productivité et les salaires réels 
baisseront. Dans le second cas, le travail « non payé » supplémentaire 
peut servir soit à financer des dépenses improductives supplémentaires, 
le niveau de vie des producteurs et des non-producteurs ira alors en 
s'abaissant, soit à financer une expansion de la production ; de toutes 
les possibilités examinées, c'est là la seule qui soit progressiste. Est éga- 
lement progressiste la solution qui consiste à réduire les dépenses im- 
productives, pour permettre un élargissement de la production. Cest 
donc l'une ou l'autre de ces solutions, qui sort précisément du cadre de 
la statique, qu'il nous faudra examiner en traitant des problèmes de 
l'équilibre en dynamique. • 



' I « ■ < I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



10 



L'équilibre entre la production 
et la consommation en dynamique 



Par opposition à une économie statique, une économie dynamique 
est caractérisée par le fait qu'à la fin de chaque période de production, 
l'économie se trouve dans des conditions différentes de celles qu'elle 
connaissait en début de période. Dans une économie dynamique, la so- 
ciété dispose, à la fin de chaque période, de plus (ou de moins) d'objets 
de consommation et de moyens de production qu'au début. En d'au- 
tres termes, si on fait la différence entre ce qu'est la « fortune natio- 
nale » à la fin d'une période et ce qu'elle était au début de cette pé- 
riode, on trouve, en dynamique, un solde, soit actif, soit passif (en sta- 
tique, au contraire, un tel solde n'existe pas). L'existence de ce solde 
suppose, en définitive, que la consommation a été inférieure (solde po- 
sitif) ou supérieure (solde négatif) à la production. Le solde implique 
donc — si on ne considère qu'une période isolément — '• un déséquilibre 
entre la production et la consommation. Mais l'équilibre peut se réta- 
blir d'une période sur Vautre, notamment, en cas de solde positif, par 
l'utilisation de ce solde au cours de la période suivante. 

Alors que la statique suppose simplement qu'au cours de cha- 
que période de production on reproduise ce qu'on avait fait au cours 
de la période précédente ( d'où le terme de « reproduction simple » em- 
ployé par Marx), la dynamique implique, lorsqu'une période de pro- 
duction laisse un solde positif — ce qui est le cas le plus intéressant — 
que l'on reprenne la production à une échelle élargie au cours de la 
période suivante (d'où le terme de c reproduction élargie > employé 
par Marx pour désigner la dynamique). 

Comme il est apparu en conclusion de notre analyse des conditions 
de l'équilibre statique, il est des cas où l'on ne peut rester en statique, 
parce que les conditions objectives s'y opposent. Nous examinerons 
d'abord cette hypothèse (en limitant d'ailleurs notre analyse au cas 
d'accroissement du nombre des travailleurs). Nous verrons, ensuite, 
dans quelle mesure, les conditions d'un équilibre statique étant réali- 



I I I I I I I I I I I I I I I | | I | | | 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



218 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



sées du point de vue de la population, il est possible de mettre quand 
même sur pied le plan d'une économie dynamique, et nous verrons ce 
que signifie un tel plan et quelles en sont les conséquences. Nous ter- 
minerons ce chapitre en essayant de dégager les enseignements géné- 
raux que nous fournit l'utilisation des schémas économiques que nous 
aurons mis en œuvre. 



I. - Equilibre dynamique avec accroissement du 
nombre des travailleurs et maintien des mê- 
mes formules de production 1 

Que le nombre des travailleurs s'accroisse en raison de l'augmen- 
tation de la population, en raison d'une transformation de la pyramide 
des âges, ou pour toutes autres raisons 2 , le résultat est toujours le 
même : si la production d'objets de consommation de la période de 
production qui s'ouvre ne peut s'accroître dans la même proportion que 
le nombre de travailleurs, il faudra bien, si l'on veut réaliser le plein 
emploi, remettre à chaque travailleur un salaire réel inférieur au sa- 
laire antérieur. Il y a là une nécessité mathématique. Cette nécessité, 
d'ailleurs, ne s'impose que dans la mesure où la société ne dispose ni 
de stocks de sécurité et de réserve, ni de possibilités d'importations 
pouvant être financées par des crédits commerciaux, ni, surtout, de dé- 
penses improductives pouvant être comprimées au profit des travail- 
leurs. Pour la rigueur et la clarté de l'analyse nous ferons abstraction 
de ces éventualités, et nous nous placerons même, tout d'abord, dans 
l'hypothèse d'une société n'ayant pas la charge de dépenses improduc- 
tives. 

Normalement, dans une économie régie par un plan, on doit pré- 
voir quel sera, au cours des périodes de planification à venir, l'accrois- 
sement futur de l'offre de forces de travail, et on doit aménager en 
conséquence la production des périodes antérieures à cet accroisse- 
ment, afin de permettre au moins le maintien d'un salaire réel stable. 
La prévision de l'offre future de forces de travail peut se faire, notam- 
ment, par l'e'tude de la pyramide des âges et par l'étude des tendances 
dominantes dans le domaine de révolution des besoins. 

Pour préciser les idées, nous allons reprendre des exemples numé- 
riques. Nous supposerons, d'abord, que nous sommes dans le cadre du 
schéma n° 1 (pas de dépenses improductives), puis dans le cadre du 
schéma n° 2 (avec des .dépenses improductives). 



1. Il s'agit là de ce que Marx appelle : reproduction élargie extensive. 

2. Par exemple, par unité de l'accroissement on de la réduction du nombre de 
personnes a la charge directe dea producteurs, ou du fait de la généralisation de cer- 
taines habitudes de consommation. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I f I I I 

l'équilibre entre la production et la consommation en dynamique 219 

1. - Dynamique sans dépenses improductives 

Nous supposerons que les forces de travail disponibles pour la 
période de production qui s'ouvre peuvent fournir, par exemple, comme 
dans le cas du schéma n° 1, 60 milliards d'heures de travail ; nous 
avons vu quelle répartition des forces de travail correspondait dans ces 
conditions à un équilibre statique, si l'on suppose que les formules de 
production correspondent, en moyenne, à un rapport égal à l'unité en- 
tre le travail « actuel » et le travail représenté par les moyens de pro- 
duction utilisés. Tant que l'on prévoit que les forces de travail dispo- 
nibles au cours des périodes à venir seront également de 60 milliards 
d'heures de travail, on pourra rester dans le cadre du schéma n° 1 (on 
pourra d'ailleurs en sortir si on le désire, nous le verrons au cours de 
la prochaine section). Par contre, si l'on prévoit que les forces de tra- 
vail disponibles augmenteront, il faudra, si Von veut réaliser le plein 
emploi avec maintien des mêmes formules de production (c'est-à-dire 
avec maintien de la même productivité du travail, donc stabilité des 
valeurs et des prix)' passer à un schéma dynamique, qui entraîne une 
nouvelle répartition (entre les branches I et II) des forces de travail 
et des moyens de production. Nous allons le voir en examinant des 
rythmes de développement et des formules de production diverses. 

A. — Rythme de développement des forces de travail égal à 1/3 

Par exemple, si l'on prévoit qu'au cours de la période de produc- 
tion suivante on disposera non plus de 60, mais de 80 milliards d'heu- 
res de travail, et qu'un accroissement du même ordre se présentera au 
cours des périodes suivantes, il faudra au cours de la première période 4 , 
réduire le volume des salaires distribués (donc aussi le taux des salai- 
res), afin de pouvoir, à la fois, l'un étant lié à l'autre, réduire la pro- 
duction d'objets de consommation et accroître la production de moyens 
de production. 



3. En réalité, la stabilité de» c formules de production » ne reflète la stabilité du 
rapport « forces de travail — moyens de production employés » que danB le cas ex- 
ceptionnel où la vitesse de rotation de l'ensemble des moyens de production coïn- 
ciderait avec la période de production ; pour ne pas compliquer le raisonnement 
nous nous sommes placés dans ce cas. Dans la pratique, la vitesse de rotation des 
machines, outils, etc., est toujours très inférieure à celle des matières premières, 
combustibles, etc. ; il en résulte que le rapport € forces de travail — moyen de pro- 
duction employés > (qui seul détermine la productivité du travail) peut rester sta- 
ble, en dépit de la régression du coefficient des formules de production, du fait du 
ralentissement de la rotation des moyens de production. 

4. Au cours des période» suivantes, le taux des salaires pourra rester identique si 
le taux d'accroissement de la population reste lui-même stable. Si ce taux se modifie, 
l'équilibre des schémas devra également être modifié. 



220 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



I. — Schéma de la € première période » 

Dans le cas particulier envisagé — très éloigné de ceux que pour- 
rait présenter la pratique, puisque l'accroissement des forces de tra- 
vail d'une période à une autre est très considérable (de 33,3 %) et 
que cet accroissement n'est prévu seulement qu'au moment où s'ouvre 
la période qui précède immédiatement celle où l'accroissement aura 
effectivement lieu — un équilibre dynamique pourra être réalisé 
dans les conditions que résume le schéma ci-dessous : 

(Schéma /i°3) 5 



Branche 1 . 
Branche II 



Moyens 

de production 

utilisés 



40 

20 



60 



Salaires 
distribués 



20 
10 



30 



Travail 
€ non payé >* 
(accumulation) 


Valeur 
des produits 


20 
10 


80 
40 


30 


120 



* La fraction de la valeur des différents produits qui correspond à du travail 
non payé est laissée pour partie k la disposition des différentes entreprises (pour 
autant qu'elles en ont besoin pour l'extension de leurs forces productives) — c'est 
l'équivalent du « profit soviétique > ; — une autre partie est prélevée par l'impôt 
et répartie aux entreprises en fonction de leurs besoins financiers, fixés par le plan. 

a) Taux des salaires et volume des salaires. — Le nombre 
d'heures de travail fournies est, on le voit, toujours de 60 milliards, 
mais le taux des salaires ayant été réduit de moitié, par rapport au 
schéma n° 1, le volume des salaires distribués n'est plus que de 30 mil- 
liards. 

b) Production d'objets de consommation et production de moyens 
de production. — Dans ces conditions, il est possible de réduire la va- 
leur de la production d'objets de consommation, ce qui a les consé- 
quences suivantes : « libération » dans la branche II de 10 milliards 
d'heures de travail qui peuvent être reportées vers la branche I ; « li- 
bération » dans la branche II également, de 10 milliards de moyens 
de production qui peuvent être reportés dans la branche I (ces trans- 
ferts n'offrent pas de difficultés pour la main-d'œuvre non spécialisée 
et pour une partie des moyens de production : combustibles, matières 
premières, etc. — pour une autre partie, il aura été nécessaire dès la 
période de planification antérieure de préparer ce transfert par la 



5. On rapprochera utilement les schémas n" 2 et 3, on notera alors que le fait 
que le travail .« non payé > sert a financer des investissements a pour conséquence 
une répartition nouvelle des forces de travail. 



; 



i I | | I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



réquilibre entre la production et la consommation en dynamique ■ 221 

voie de la sélection, de l'orientation et du reclassement professionnels, 
d'une part, en aménageant en conséquences certains programmes de 
fabrication, d'autre part). 

c) Apparition d'un surproduit et « surproduction » poten- 
tielle. — La réduction de la masse des revenus distribués et le transfert 
d'une partie de la main-d'œuvre et des moyens de production de la 
branche II à la branche I permettront d'obtenir un « surproduit » — 
c'est d'ailleurs ce surproduit qu'il s'agissait d'obtenir pour pouvoir 
réaliser ultérieurement une extension de la production. Ce surproduit 
est le suivant : dans la branche 1, il a été produit pour 80 milliards 
de moyens de production, or, comme il n'y a eu que 60 milliards de 
moyens de production utilisés dans l'ensemble de l'économie, le « sur- 
produit » en moyens de production est de 20 milliards. Dans la bran- 
che II, il a été produit pour 40 milliards d'objets de consommation, 
alors que les revenus distribués ne se montent qu'à 30 milliards, le 
surproduit en objets de consommation est donc de 10 milliards ; ce 
surproduit permettra, dès le début de la période suivante,^ de donner 
du travail à un plus grand nombre de producteurs, sans réduction de 
salaires. 

Au total, on voit que l'élargissement de la production implique 
une certaine surproduction préalable, qui a son corollaire dans l'écart 
existant entre revenus distribués et revenu national (ou revenu « pro- 
duit >). Dans notre exemple, les revenus distribués sont de 30 mil- 
liards, alors que le revenu national est de 60 milliards ; la différence 
de 30 milliards constitue précisément le surproduit, concrétisé par 
20 milliards de moyens de production et 10 milliards d'objets de 
consommation supplémentaires (quant au produit brut, il est toujours 
de 120 milliards). 

La surproduction qu'implique l'élargissement de la production 
reste d'ailleurs purement potentielle, si la production est effective- 
ment élargie au cours de la période suivante. Nous allons le voir en 
examinant comment se présentera le schéma de la production sociale 
au cours de cette nouvelle période (deuxième période), si l'on suppose 
que cette période-ci, à son tour, prépare un élargissement à venir de 
la production, par l'utilisation d'un nouveau supplément de forces 
de travail au cours d'une troisième période (nous supposons, encore, 
que de la deuxième à la troisième période l'accroissement des forces 
de travail disponibles sera de l'ordre du tiers). 



II. — Schéma de la € deuxième > période 

Dans ces conditions, le schéma de la deuxième période (schéma 
n° 4) devra se présenter comme suit : 

a) Résorption de la € surproduction » antérieure, plein emploi 
et maintien des formules de production. — On le voit, les 80 milliards 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I M I I I I I I I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



222 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 
(Schéma n" 4) 





Moyens 

de production 

utilisés 


Salaires 
distribués 


Travail 

« NON PAYÉ > 
(accumula- 
tion) 


Valeuh 
des produits 


— n 


53 1/3 

26 2/3 


26 2/3 
13 1/3 


26 2/3 
13 1/3 


106 2/3 
53 1/3 




80 


40 


40 


160 



de moyens de production produits au cours de la première période 
sont entièrement utilisés au cours de la deuxième période (la < sur- 
production » se trouve donc « résorbée ») et les 80 milliards d'heures 
de travail sont entièrement utilisés, tout en disposant, proportion- 
nellement, de la même masse de moyens de production qu'au cours 
des périodes antérieures". 

b) Taux des salaires, revenu national et masse des revenus. — Le 
taux des salaires reste le même qu'au cours de la première période, 
puisqu'il faudra faire face, au cours de la troisième période, à un 
nouvel accroissement des forces de travail disponibles. Par consé- 
quent, la masse des revenus distribués représentera, avec 40 milliards 
seulement, la moitié du travail fourni, ou de revenu national (soit 
80 milliards). Le fait que la masse des revenus distribués n'est que de 
40 milliards permet de n'utiliser qu'un tiers des forces de travail dis- 
ponibles à la production d'objets de consommation, les deux autres 
tiers peuvent être utilisés dans la branche I. 

c) Montant du surproduit. — Au total, on voit qu'en face d'une 
utilisation de 80 milliards de moyens de production, on a une produc- 
tion de 106 milliards 2/3 et qu'en face d'une consommation de 40 mil- 
liards d'objets de consommation, on a une production de 53 milliards 
1/3. Le surproduit de la période est donc de 26 milliards 1/3 d'ob- 
jets de consommation. 

d) Aspect nouveau de l'équilibre économique. — Nous devons 
placer ici une observation très importante. Alors que dans le cadre 
de la statique chaque période avait son équilibre en elle-même, dans le 
cadre de la dynamique chaque période ne réalise son équilibre qu'avec 



6. Ceci dans l'hypothèse énoncée dana la note 1 de la p. 306. Si la période 
moyenne de rotation est différente de la période de planification considérée, il en 
est autrement. Par exemple, si elle lui est 5 fois supérieure, il faudra pour chaque 
utilisation de 100 de moyens de productions, une accumulation préalable de 500 ; 
le rythme d'accumulation devra s'en trouver accru d'autant. C'est justement pour 
simplifier notre raisonnement que nous avons considéré comme étant égale la valeur 
des moyens de production employés et celle des moyens de production utilisés. 



I 



I I I I I I I I I I I I | | | | | | I | I I ! I I I 

Féquilibre entre la production et la consommation en dynamique 223 

la suivante. Ceci apparaît nettement si on rapproche les chiffres des 
schémas n°" 3 et 4. On voit alors, que les 40 milliards d'objets de 
consommation fournis par la branche II au cours de la première pé- 
riode trouvent l'équivalent de leurs débouchés dans les 40 mil- 
liards de revenus distribués au cours de la deuxième période ; de mê- 
me les 80 milliards de moyens de production fournis par la branche I 
au cours de la première période trouvent leur utilisation au cours de 
la deuxième période. Tout se passe donc, ici, comme si la totalité de 
la production d'une période n'était consommée qu'au cours de la 
période suivante ; en raisonnant comme s'il en était ainsi, on com- 
prend beaucoup plus facilement les possibilités et les conditions d'un 
équilibre dynamique. 

On voit tout de suite, alors, pourquoi la production d'objets de 
consommation de la première période (schéma n° 3) doit être de 
40 milliards, et la production de moyens de production de 80 mil- 
liards. En effet, l'on sait qu'au cours de la période suivante l'on dis- 
pose de 80 milliards d'heures de travail, et que, par conséquent, les 
travailleurs (si on conserve les mêmes formules de production) , devront 
pouvoir utiliser précisément 80 milliards de moyens de production et, 
si on conserve le même taux des salaires, devront disposer précisément 
de 40 milliards d'objets de consommation. 

De même, encore, si on sait qu'au cours d'une quatrième période 
le temps de travail dont on pourra disposer sera en augmentation d'un 
tiers sur les 80 milliards dont on dispose au cours de la troisième pé- 
riode — ce qui donne 106 milliards 2/3 d'heures de travail — il 
faudra (si l'on veut garder les mêmes formules de production), que 
l'on produise au cours de la deuxième période pour 106 milliards 2/3 
de moyens de production et (si l'on veut garder le même taux des sa- 
laires) que l'on produise au cours de la deuxième période pour 
53 milliards 1/3 d'objets de consommation. 

m. — Schéma de la € troisième » période 

Le schéma n° 5, relatif à la troisième période, montre qu'au cours 
de cette troisième période l'équilibre se trouvera réalisé avec la 
production de la deuxième période {ce schéma repose lui-même sur 
la prévision d'un accroissement d'un tiers du temps de travail dis- 
ponible au cours d'une quatrième période). 

D'après ce schéma l'équilibre se trouve bien réalisé, d'une part, 
entre les 106 milliards 2/3 de moyens de production fournis au 
cours de la deuxième période et les moyens de production utilisés au 
cours de la troisième période ; d'autre part, entre les 53 milliards 1/3 
d'objets de consommation produits au cours de la deuxième période 
et les revenus distribués au cours de la troisième période. On verrait, 
de même, que si au cours d'une quatrième p ériode le temps de travail 
disponible était de 142 milliards 2/9 (soit 1/3 de plus qu'au cours 



I I 



~~~~ problèmes théoriques et pratiques de la planification 

de la troisième période), les moyens de production qu'il faudrait uti- 
^f 1 — les formules de production restant les mêmes — représente- 
raient 142 milliards 2/9 et les revenus distribués — le taux des 
salaires restant le même — 71 milliards 1/9, ce qui re'aliserait l'équi- 
libre avec la production de la troisième période, telle qu'elle ressort 
du schéma n° 5. 



(Schéma n" S) 





Moyens 

">e production 

utilisés 


Salaires 
distribués 


Travail 
€ non payé > 
(accumula- 
tion) 


Valeur 
des produits 


Branche II 


71 1/9 
35 S/9 


35 5/9 
17 7/9 


35 5/9 
17 7/9 


142 2/9 
71 1/9 




106 2/3 


53 1/3 


53 1/3 


213 1/3 



**• — V ue d'ensemble sur révolution réalisée de la première à la qua- 
trième période 

a)^ Accroissement des moyens de production et des revenus. — Si 
nous jetons maintenant un coup d'oeil en arrière, nous voyons que 
de la première à la quatrième période, le temps de travail disponible 
est passé de 60 à 142 milliards 2/9, de même les moyens de production 
utilisables par période, tandis que les revenus distribués sont passés 
de 30 à 71 milliards 1/9 par période — ceci sans changement ni des 
formules de production ni du taux des salaires. 

b) Caractère extensif de la dynamique précédente. — Nous som- 
mes ici en présence d'une dynamique économique très voisine encore 
de la statique, d'une dynamique dont l'élément moteur se trouve du 
côté des forces de travail disponibles. Ce développement peut se 
poursuivre indéfiniment, à condition, d'une part, de planifier la pro- 
duction de la branche I de telle façon que les moyens de production 
fournis au cours d'une période représentent une valeur égale à celle 
des moyens de production utilisés au cours de la période suivante ; 
à condition, d'autre part, de planifier la production d'objets de 
consommation et la répartition des revenus de telle façon que la 
valeur de la production fournie par la branche II au cours d'une 
période soit égale au montant des revenus distribués au cours de la 
période suivante. 

c) Stabilité du taux des salaires. — Un des résultats obtenus par 
une telle planification est le maintien du taux des salaires à un même 



I | I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



l'équilibre entre la production et la consommation en dynamique 225 

niveau. Si la productivité du travail était déterminée uniquement par 
les formules de production exprimées par les schémas, cette produc- 
tivité resterait également au même niveau, donc, aussi, les prix et les 
salaires réels. En réalité, sauf progrès technique, la productivité du 
travail tend à diminuer, les formules de production restant ce qu'elles 
sont, au fur et à mesure que l'on exploite des terres moins fertiles 
ou des gisements moins productifs. Dans ces conditions, la valeur des 
produits et leurs prix augmenteront, donc les salaires réels baisseront. 
Seule une modification des formules de production ou des progrès 
techniques déterminés, empêcherait cette baisse, et pourrait mê- 
me renverser le mouvement. Nous examinerons au cours de la pro- 
chaine section les conditions dans lesquelles peut être obtenue une 
modification progressive des formules de production. 

Pour bien faire saisir quelles sont les conditions d'un équilibre 
général de l'économie en dynamique, donc les principes qui doivent 
dominer cet aspect de la planification, il est indispensable de prendre 
quelques autres exemples numériques. 



B. — Rythme de développement des forces de travail égal à 16 2/3 % 

Nous reprendrons, tout d'abord, l'hypothèse du schéma n° 1, 
hypothèse caractérisée par le fait que l'on dispose de 60 milliards 
d'heures de travail et de 60 milliards de moyens de production utili- 
sables (la manière dont ces moyens de production peuvent être utilisés 
dépend de leur nature et celle-ci résulte des programmes de fabrica- 
tion de la période antérieure). Par contre, nous supposerons, main- 
tenant, qu'au cours de la deuxième période l'on disposera de 70 mil- 
liards d'heures de travail (et non plus de 80 milliards comme dans 
l'exemple antérieur). 

I. _ Détermination du montant des moyens de production et des objets 
de consommation à produire, donc de la répartition des forces de 
travail 

De cette nouvelle hypothèse, il résulte qu'il faut produire, au 
cours de la première période, pour 70 milliards de moyens de produc- 
tion (si l'on veut maintenir les mêmes formules de production). Le 
rapport entre le travail € actuel » et le travail que représentent les 
moyens de production étant de 1, cela signifie qu'au cours de la 
première période, 35 milliards d'heures de travail devront être affec- 
tées dans la branche I ainsi que 35 milliards de moyens de production. 
Il restera donc 25 milliards de moyens de production disponibles pour 
la branche II qui fournira une production de 50 milliards d'objets de 

consommation. 

15 



I I I I I ( I I I I I I I I I I I I 1 I I I I I I I I I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

226 — — — ■ problèmes théoriques et pratiques de la planification 

II. — Détermination du montant des revenus et du taux des salaires 

La répartition des forces de travail et des moyens de production 
étant ainsi déterminée, il nous reste à déterminer le montant des re- 
venus à distribuer, c'est-à-dire aussi le taux des salaires. Visant à une 
certaine stabilité économique, nous devons fixer ce taux des salaires 
de telle sorte qu'en dépit de l'accroissement du nombre des travail- 
leurs sa stabilité soit garantie au cours de la deuxième période par 
rapport à la première. 

Ceci posé, nous avons deux moyens pour calculer quel doit être 
le taux des salaires. 

Un premier moyen consiste à partir de l'observation déjà faite 
relativement à l'équilibre nécessaire entre la production d'objets de 
consommation fournis au cours d'une période et le montant des reve- 
nus distribués au cours de la deuxième période. Cette observation per- 
met de faire le calcul suivant : au cours de la deuxième période, il fau- 
dra échanger 50 milliards d'objets de consommation contre 70 mil- 
liards d'heures de travail, ce qui fait qu'il faudra payer chaque 
heure de travail aux 5/7 de sa valeur. En appliquant le même taux 
à la première période, on trouve qu'aux 60 milliards d'heures de 
travail fournies au cours de cette période devra correspondre une 

60 X 5 

somme de salaires distribués de = 42 milliards 6/7, dont 

7 
25 milliards de salaires pour les 35 milliards d'heures de travail four- 
nies dans la branche I. 

Un second moyen permettant de calculer le taux d'équilibre des 
salaires consiste à considérer l'importance relative du surproduit dans 
les branches I et II. 

Le surproduit de la branche I se trouve déterminé par les condi- 
tions de la production. Dans le présent exemple, il est de 10 milliards 
sur une production de 70 milliards dans la branche I (puisqu'il est 
utilisé 60 milliards de moyens de production au cours de, la pre- 
mière période), ou de 1/7. La production de la branche II étant 
de 50 milliards, pour que le surproduit y représente également 1/7 
de la production, il faut que la masse des salaires représente 6/7 
de 50 milliards ou 42 milliards 6/7 1 . Les conditions étant les mêmes 
pour les 60 milliards d'heures de travail fournies, cela représente un 
salaire horaire d'un montant égal aux 5/7 de la valeur fournie en une 
heure de travail. 



7. Ce raisonnement suppose qne la prodnclion d'objets de consommation de 
chaque période ne peut parvenir aux consommalenrs qu'an cours de la période sui- 
vante. Par contre, si la production d'objets de consommation était disponible immé- 
diatement, l'équilibre pourrait être réalisé dans les conditions suivantes : 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

réquilibre entre la production et la consommation en dynamique 227 

m. — Nouveaux schémas 

Dans ces conditions, le schéma de la production et de la répar- 
tition au cours de la première période se présente comme suit : 

{Schéma n" 6) 





Moyens 

DE FBODUCriON 
UTILISÉS 


Salaires 

PAYÉS 


Tbavail 
« non paye > 

(accumula- 
tion) 


Valeur 
des produits 


— n 


35 
25 


25 
17 6/7 


10 
7 V7 


= 70 

= 50 




60 


42 <i/7 


17 1/7 


= 120 



Nous entrons ainsi dans une deuxième période de production. 
Au cours de cette période, les forces de travail devront être réparties 
de la façon suivante : si Ton prévoit que, pour la troisième période, 
le nombre des travailleurs se sera accru au même rythme (c'est-à-dire 
de 16 2/3 ■%), atteignant donc 81 milliards 2/3, et que l'on veuille 
maintenir le même taux des salaires (salaire horaire égal aux 5/7 de 
la valeur fournie en une heure) : 

(Schéma n° 7) 





Moyens 

de production 

utilisés 


Salai ses 

PAYÉS 


Travail 
« non payé > 
(accumula- 
tion) 


Valeur 
des produits 


n 


40 5/6 
29 1/6 


29 1/6 
20 5/6 


11 4/6 
8 V6 


= 81 2/3 
= 58 2/6 




70 


50 


20 


= 140 



(.Schéma n» 6 bis) 





MOTSNS 

DE PBODUCTIOXf 

UTILISÉS 


Salai »H* 

PATES 


ThAVAIL 
« MON PAYE » 

(ACCUMULATION)' 


Valette 
des phoduiti 




35 
25 


29 1/6 
20 5/6 






5 5/6 
4 1/6 


= 70 
= 50 




80 


50 


10 


= 120 



Dans ce cas, le salaire peut représenter les 5/6 de la valeur fournie par une 
heure de travail. C'est une conséquence de l'accélération de la rotation des fonds de 
roulement, 



228 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



TV. — Conséquences de la planification ci-dessus. 

La répartition ainsi réalisée des forces et des moyens de travail 
et la fixation ainsi obtenue du taux des salaires permettent : 

1° La coïncidence entre les valeurs consommées (en moyens de 
production et en objets de consommation) au cours de la deuxième 
période et les valeurs produites au cours de la première ; 

2° Le maintien du même taux des salaires et des mêmes formules 
de production au cours de la deuxième période de production qu'au 
cours de la première et, éventuellement, au cours de la troisième (si 
on prévoit qu'au cours de la quatrième période, les forces de travail 
disponibles s'accroîtront encore selon le même rythme). 

3° La coïncidence entre les valeurs produites (en moyens de 
production et en objets de consommation) au cours de la deuxième 
période et les valeurs qui pourront être consommées au cours de la 
troisième, les taux des salaires et les formules de production restant 
les mêmes. 

Pour compléter l'analyse précédente, nous allons, dans le cadre 
du schéma n° 1, prendre deux derniers exemples impliquant respec- 
tivement un accroissement de 50 % et de 75 % des forces de travail. 

C. — Rythme de développement des forces de travail égal à 50 % 

Un rythme de 50 '% a, ici, pour conséquence, que de la première 
période à la deuxième, le temps de travail disponible passera de 
60 à 90 milliards d'heures. Dans ces conditions, d'après tout ce que 
nous avons dit, le schéma de la production et de la répartition devra 
se présenter comme suit : 



(Schéma n° 8) 





Moyens 

de pboduction 

utilisés 


Salaires 

distribués 


Travail 
« non payé > 
(accumula- 
tion) 


Valeur 
des produits 


n 


45 
15 


15 
5 


30 
10 


90 
30 




60 


20 


40 


120 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



Vêquilibre entre la production et la consommation en dynamique 229 

Ce schéma implique que les 2/3 des forces productives sont 
groupés dans la branche I et que le salaire représente seulement 1/3 
de la valeur produite. 

D. — Rythme de développement des forces de travail égal à 75 % 

D'après ce qui précède, nous voyons que, dans ce cas (purement 
théorique), 12,5 % seulement des forces de travail pourraient être 
affectés à la branche II et que le salaire ne pourrait représenter que 
14 2/7 % de la valeur produite. 

Si nous voulons résumer les observations précédentes (en y en- 
globant celles relatives à la statique), observations toutes relatives 
à une même formule de production, celle dans laquelle le rapport du 
c travail actuel » à la valeur des moyens de production utilisés est de 
1 et doit rester de 1, nous faisons les constatations suivantes : 

1° Avec un accroissement de % des forces de travail, le salaire 
doit être égal à la valeur produite et 50 % des forces de travail doivent 
être affectés à la branche II. 

2° Avec un accroissement de 16 2/3 % des forces de travail, le 
salaire doit être égal aux 5/7 de la valeur produite et 41 4/6 % des 
forces de travail doivent être effectués à la branche II. 

3° Avec uq accroissement de 1/3 des forces de travail, le salaire 
doit être égal à 50 % de la valeur produite et 1/3 des forces de tra- 
vail doit être affecté à la branche II. 

4° Avec un accroissement de 50 % des forces de travail, le sa- 
laire doit être égal au 1/3 de la valeur produite et 1/4 des forces de 
travail doit être affecté à la branche II. 

5° Avec un accroissement de 75 % des forces de travail (hypo- 
thèse purement théorique), le salaire doit être égal à 14 2/7 % de 
la valeur produite et 12,5 % seulement des forces de travail doivent 
être affectés à la branche II. 

6° Avec un accroissement de 100 % des forces de travail (hypo- 
thèse purement théorique), le salaire devrait être égal à % de la 
valeur produite et % des forces de travail devrait être affecté 
à la branche II (ce qui est évidemment impossible). 

■Ces indications mettent en lumière les rapports existant entre le 
rythme d'accroissement des forces de travail d'une part, le taux des 
salaires et la répartition des forces et des moyens de travail, d'autre 
part. Les rapports ci-dessus indiqués supposent une formule de pro- 
duction égale à 1 ; tout changement dans les formules de production 
modifie ces rapports, ainsi que nous allons le voir. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I | | | | 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



230 



' problèmes théoriques et pratiques de la planification 



E. — Rythme de développement des forces de travail égal à 1/3 avec 
une formule de production égale à 2 

Jusqu'à maintenant, nous nous étions placés dans le cadre du 
schéma n° 1, nous allons nous placer maintenant dans le cadre du 
schéma n° 1 bis (formule de production égale à 2). Si, dans le cadre de 
ce schéma, nous prévoyons qu'au cours de la deuxième période de 
production les forces de travail auront augmenté de 1/3, passant à 
40 milliards d'heures, il faudra au cours de la première période pro- 
duire pour 80 milliards de moyens de production. Ceci suppose que 
l'on affecte à la branche I, 53 milliards 1/3 de moyens de pro- 
duction et 26 milliards 2/3 d'heures de travail. Dans ces conditions, 
il reste disponible seulement 6 milliards 2/3 de moyens de production 
et 3 milliards 1/3 d'heures de travail pour la branche H. Le produit 
de la branche II est donc de 10 milliards, contre 80 milliards pour 
la branche I. Par conséquent, le total des salaires distribués ne 
pourra être que de 7,5 milliards" (ce qui résulte aussi bien du calcul 
par la < méthode du surproduit » que du calcul par la méthode de 
l'équivalence avec les revenus distribués au cours de la deuxième 
période, en supposant qu'au cours d'une troisième période on assiste 
à un nouvel accroissement d'un tiers des forces de travail). Ces 
chiffres font ressortir que le taux du salaire doit être, ici, égal à 25 % 
de la valeur produite. 

En conséquence, le schéma de la production et de la répartition 
au cours de la première période se présente comme suit : 

(Schéma n" 2 bis) 





Moyens 

de production 

utilisés 


Salaires 
payés 


Travail 
c non payé » 

(accumula- 
tion) 


Valeur 
des produits 


— n 


53 1/3 
6 2/3 


6 2/3 
5/6 


20 

2,5 


= 80 
= 10 




60 


7,5 


22,5 


= 90 



._■,,. J5i l'on faisait des calculs analogues aux précédents pour des 
*M?!W®Li,4 e production correspondant aux coefficients de plus en 

> V | i , ii '1 l<li " ■ 

8.' 'fin -supposant que les objets de consommation produits pendant une période 
ne sont disponibles que pour la période suivante. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 

Véquilibre entre la production et la consommation en dynamique ■ 231 

plus élevés, on verrait que plus les coefficients des formules de produc- 
tion s'accroissent (ce qui correspond à une plus grande productivité 
du travail), plus le maintien du plein emploi exige, lorsque les lorces 
de travail augmentent, qu'une fraction importante des forces produc- 
tives soit affectée à la branche I, ce qui oblige à une réduction dau- 
tant plus forte du taux des salaires. Voici les résultats de calculs de ce 
genre, correspondant à un équilibre dynamique, lorsque d'une P«i ode 
à une autre les forces de travail disponibles s'accroissent de 1/3 : 



Coefficient de la for- 
mule DE PRODUCTION 



Part des forces de travail 
a ffectée a la branche lt 



Taux des salaires 
de la valeur produite 



Pour un accroissement de 1/3 des force» 
de travail disponibles 




Tous les développements précédents supposent l'absence de dé- 
penses improductives. C'est évidemment là une hypothèse abstraite ; 
c'est pourquoi, maintenant, nous devons voir comment se présente 
la recherche de l'équilibre planifié en dynamique, alors qu existent 
des dépenses improductives. 



2. - Dynamique ayec dépenses improductiyes 

Comme nous l'avons dit en conclusion du chapitre IX, deux 
solutions seulement permettent, en présence d'un accroissement de 
la population travailleuse, de maintenir, à la f ois* le plein emploi et 
les mêmes formules de production : soit, au départ, la réduction du 
salaire à une fraction donnée de la valeur produite, soit la réduc- 
tion des dépenses improductives. Ces deux solutions n'en font en 
réalité qu'une, étant donné que, comme nous l'avons vu, il ne peut 
y avoir de dépense» improductives que si une fraction du travail 
productif n'est pas payée. Pour illustrer ce point nous allons à 
nouveau prendre des exemples numériques. 

Nous considérons, d'abord, le cas où des dépenses^ improduc- 
tives sont destinées à assurer des revenus à des non-travailleurs, puis 
le cas où elles servent à financer des travaux improductifs. 



232 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



A. — Dépenses improductives destinées à des non-travailleurs 

Voici, pour commencer, le schéma statique dont nous allons 
partir : 

(Schéma n" 1 ter) 





Moyens 

de production 

consommés 


Saluées 

distribués 


Travail 

< NON PAYÉ > 


Valeur 
des produits 


— n 


60 
30 


20 
10 


10 
5 


90 
45 




90 


30 


1S 


135 



Nous supposons, dans ce schéma, que les dépenses improductives 
sont consacrées non à des travaux improductifs mais au paiement 
de revenus à des non-travailleurs (rentiers, retraités, etc.)* Dans ces 
conditions, comment va-t-on pouvoir faire face à un rythme d'ac- 
croissement de la population active* de 6 2/3 %, qui portera de 45 à 
48 milliards le nombre d'heures de travail de la période suivante. 

Deux procédés peuvent être envisagés, le premier est analogue 
à celui auquel on peut recourir en l'absence de dépenses impro- 
ductives : une réduction supplémentaire du salaire nominal (ou de 
la part des salaires distribués dans le revenu national) — ce qui 
correspond à un accroissement du surproduit — nous n'en dirons 
qu'un mot ; le second, est la réduction des dépenses improductives. 

I. — Expansion de la production et accroissement du surproduit 

Voici, tout d'abord, comment les choses se présentent avec le 
premier procédé : la formule de production correspond ici au coef- 
ficient 2, les 48 milliards d'heures de travail disponibles exigent 
96 milliards de moyens de production pouvant être utilisés au cours 
de la deuxième période. Il faut donc produire, au cours de la pre- 
mière période, 96 milliards de moyens de production. Ceci suppose 
que la branche I puisse utiliser au cours de cette période 32 mil- 
liards d'heures de travail et 64 milliards de moyens de production. 
Il ne reste donc plus de disponible pour la branche El que 13 mil- 
liards d'heures de travail et 26 milliards de moyens de production. 



9. Le cas de la prolongation de la durée du travail se présente de façon diffé- 
rente ; nons ne l'examinerons pas ici ; nous supposons, en effet, que cette durée — 
qui est une durée d'équilibre — reste stable. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



l'équilibre entre la production et la consommation en dynamique 



233 



Dans ces conditions, si les dépenses improductives restent les 
mêmes, il faut pour que l'accumulation des objets de consommation 
se fasse proportionnellement à l'accumulation des moyens de pro- 
duction que les salaires distribués atteignent 22,5 milliards. En consé- 
quence, le schéma de l'équilibre dynamique se présente comme suit : 

(Schéma n° 9) 





Moyens 
de produc- 
TION 

consommés 


Salaires 
distribues 


Travail « non payé > 

SERVANT 






aux dé- 
penses 
improduc- 
tives 


à l'accumu- 
lation 


DES 

produits 


— n 


64 
26 


16 
6,5 


10 2/3 
4 1/3 


5 1/3 
2 1/6 


= 96 
= 39 




90 


22,5 


15 


7,5 


= 135 



Comme on le voit, le produit brut est ici de 135 milliards. Le 
revenu produit, ou revenu national, est de 45 milliards, dont 37,5 mil- 
liards représentant des revenus distribués et 7,5 milliards de l'accu- 
mulation ; les salaires des producteurs ne représentant que 50 % du 
revenu national et 60 % des revenus distribués. 

II. — Extension de la production et compression des dépenses impro- 
ductives 

Très différentes sont les conséquences d'une extension de la 
production financée par la réduction des dépenses improductives. 

Quand les dépenses improductives sont assez importantes et corres- 
pondent à des besoins compressibles, il est en effet possible de finan- 
cer l'accumulation uniquement par réduction des dépenses improduc- 
tives. Dans le cas du schéma n° 1 ter, il faudra procéder de la façon sui- 
vante : sur le revenu national de 45 milliards, on continue à destiner 
30 milliards aux salaires, 8 milliards serviront à l'accumulation 10 , les 
dépenses improductives devront donc se trouver réduites à 7 milliards. 



10. Six milliards pour la branche I et 2 milliards pour la branche H. Les 3 mil- 
liards supplémentaires d'heures de travail de la période suivante correspondent ici 
a nn salaire de 2 milliards alors que dans le schéma précédent ils correspondaient 
1 un salaire de 1,5 milliard ce qui lait qu'il suffisait d'accumuler 1,5 milliard 
d'objets de consommation. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I { ( I I I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I f I I I I I l-l I 



234 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



Dans «es conditions, le schéma de l'équilibre dynamique se pré- 
sentera de la façon suivante : 



(Schéma n° 10) 





Moyens 
de produc- 

ÏION 
CONSOMMÉS 


Salaires 

DISTBIBUÉS 


TRAVAIL € NON PAYÉ » 
SERVANT 


V ai eu a 




aux dépen- 
ses impro- 
ductives 


à l'accumu- 
lai ion 


DES 
PRODUITS 


— n 


64 
26 


21 1/3 
8 2/3 


4 44/45 
2 1/45 


5 31/45 
2 14/45 


96 
39 




90 


30 


7 


8 


135 



On le voit, le volume des salaires distribués a pu être maintenu au 
même montant qu'en statique, mais uniquement par une compression 
de 8 milliards des dépenses improductives. Il est facile de comprendre 
que si les dépenses improductives avaient été plus faibles, il aurait 
fallu financer le complément d'accumulation encore nécessaire par une 
réduction du taux des salaires. C'est ce qui se produira au cours de la 
période suivante. 

En définitive, donc, c'est toujours par une réduction initiale du 
taux du salaire que l'accumulation peut être financée, si l'on part 
d'un schéma statique. Il semble d'ailleurs que tant que subsistent les 
dépenses improductives compressibles, la solution la plus ration- 
nelle consiste à réduire, à la fois, les salaires distribués et les dépenses 
improductives compressibles, dans une mesure qui dépendra des cas 
concrets. 

Nous avons supposé, jusqu'ici, que les dépenses improductives 
servaient à fournir des revenus à des non-producteurs ; nous allons 
voir comment les choses se présentent lorsque ces dépenses servent 
à financer des travaux improductifs. 

B. — Dépenses improductives destinées à des travaux improductifs. 

Lorsque des dépenses improductives sont destinées à des travaux 
improductifs, leur réduction en faveur de l'accumulation peut avoir 
pour résultat soit de « libérer » immédiatement des forces de travail 
et des moyens de travail (cas de la transformation d'usines d'arme- 
ments en usines travaillant pour les besoins civils), soit de libérer 
uniquement des forces de travail ^lorsque ces c moyens de travail » 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I f 



235 



réquilibre entre la production et la consommation en dynamique 

aont inutilisables dans la sphère productive : licenciement d'une 
armée). Ces deux cas doivent être soigneusement distingués. 

I. — Réduction de dépenses improductives libérant des moyens de tra- 

vail 

Dans le premier cas (voir annexe I) la réduction des dépenses 
improductives, corrélative à l'adoption d'une répartition des forces 
de travail permettant, avec maintien des formules de production et 
du taux des salaires, une extension ultérieure de la production, a pour 
conséquences : 

1° De faire passer le produit brut de 135 à 143 milliards ; 

2° De faire passer le revenu national de 45 à 47 milliards 2/3, 
ce qui représente un accroissement du revenu national par tête 
d'habitant (dû au transfert dans la sphère productive d'un certain 
nombre de travailleurs non productifs) ; 

3° De faire passer les salaires des producteurs de 30 à 31 mil- 
liards 7/9, le taux restant le même. 

De ces trois conséquences, la deuxième est certainement la plus 
importante. 

II. — Réduction de dépenses improductives sans libération de moyens 

de travail 

Tout autrement se présente la situation lorsque la réduction de 
dépenses improductives libère seulement de la main-d'œuvre et pas de 
moyens de travail (ou tout au moins une faible proportion de moyens 
de travail), ce qui est le cas le plus fréquent. 

Dans ce cas, sauf réduction momentanée de la durée du travail, au- 
cune offre d'emploi supplémentaire ne peut être faite dès la première 
période (à moins d'accepter une modification brutale des formules de 
production). Si l'on veut assurer ultérieurement le plein emploi avec 
maintien des formules de production, il faut, au cours de cette première 
période, modifier la répartition des forces productives de telle sorte que 
soient produits pour la deuxième période les moyens de production né- 
cessaires à la nouvelle main-d'œuvre. On est donc ramené à un cas par- 
ticulier d'accroissement de la population productive. Ce qu'il y a de 
spécial à ce cas, c'est que le supplément de forces de travail est dispo- 
nible dès la première période et peut être employé concurremment aux 
anciens producteurs, par réduction provisoire de la journée ou de la 
semaine de travail, ou, au contraire, par le travail d'équipes successi- 
ves ; ceci sans compter les cas où les formules de production n'ont pas 
la rigidité que nous leur avons attribuée et peuvent être momentané- 
ment modifiées. 



236 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

Telles sont les principales hypothèses où un équilibre économique 
dynamique est pour ainsi dire « imposé du dehors » au planificateur. 
Ce qui joue essentiellement un rôle moteur dans les cas étudiés jus- 
qu'ici, c'est le facteur démographique : l'accroissement de la population 
active. L'effort de planification, dans tous ces cas, vise essentiellement 
à ne pas laisser rétrograder les formules de production vers des formes 
plus primitives, à ne pas laisser se réduire la productivité du travail. 

C'est, là encore, un effort « passif > qui, par la stabilité des formu- 
les de production, rapproche cet aspect de la dynamique de la statique. 
Tout autre est l'effort de planification qui vise à modifier dans un sens 
progressif les formules de production. Cet effort implique que l'on met- 
te peu à peu à la disposition de chaque producteur davantage de moyens 
de production. Un tel effort peut s'accompagner d'un accroissement de 
la population active, il en est même pratiquement toujours ainsi. 

Toutefois, pour faire ressortir ce que cet effort a de spécifique, 
nous nous placerons dans le cas d'une population active stationnaire. 
Nous verrons ainsi à quelles conditions il est possible de modifier pro- 
gressivement les formules de production, sans troubler l'équilibre éco- 
nomique. 



II. - Equilibre dynamique avec état stationnaire 
de la population active et modification pro- 
gressive des formules de production 11 

Pour que puisse se réaliser un équilibre dynamique de l'économie, 
il faut, d'une part, réaliser une répartition des forces productives telle 
que la quantité de moyens de production produite soit supérieure à la 
quantité des moyens de production utilisée. Il faut, d'autre part, adapter 
le volume des revenus distribués à la réduction relative '(par rapport 
à la statique) de la masse des objets de consommation produits, réduc- 
tion qui résulte précisément de la répartition en question des forces pro- 
ductives. Ceci signifie, concrètement, que le salaire ne peut représenter 
en dynamique qu'une fraction de la valeur produite par le travail qu'il 
rémunère. Cette fraction sera d'autant plus faible que l'on décidera de 
procéder à une accumulation plus rapide de moyens de production, 
c'est-à-dire que l'on décidera d'affecter davantage de forces productives 
à la branche I. Cette fraction sera également d'autant plus faible que 
viendront s'ajouter aux exigences financières de l'accumulation les exi- 
gences des dépenses improductives. Comme nous avons déjà traité, au 
cours des pages précédentes, de l'incidence des dépenses improductives 
sur le taux des salaires, nous n'y reviendrons pas ici. Nous ne considé- 
rons donc que l'hypothèse d'une dynamique « purement économique >. 



11. Il s'agit ici de ce que Mabx appelle : < reproduction élargie intensive >. 



| I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 1 I 



rêquitibre entre la production et la consommation en dynamique 237 

1. - Exemples numériques 12 

Considérons, par exemple, une société qui dispose, pour une pé- 
riode de production donnée, de 60 milliards d'heures de travail et qui 
peut utiliser au cours de cette période des moyens de production ayant 
une valeur de 60 milliards ; dans ce cas, le schéma statique de la repro- 
duction sociale se présente, nous le savons déjà, de la façon suivante (la 
formule de production étant de 1) : 





{Schéma 


n" 1) 






Moyens 

de production 

utilisés 


Salaires 
distribués 


Valeur 
des produits 


— II 


30 
30 


30 
30 


60 
60 




60 


60 


120 



Si l'on décide de passer en dynamique, en accroissant d'un tiers, 
pour la prochaine période de planification, la quantité de moyens de 
production pouvant être utilisés, il faut organiser comme suit la répar- 
tition des forces de travail : 

(Schéma n" 3 bis) 





Moyens 

de production 

utilisés 


Salaires 
distribués 


Travail 

« NON PAYÉ > 

(accumula- 
tion) 


Valeur 
des produits 


— n 


40 
20 


26 2/3 
13 1/3 


13 1/3 
6 2/3 


= 80 
= 40 




60 


40 


20 


= 120 



Le volume des salaires distribués correspond donc à la production 
d'objets de consommation, contrairement à ce qui se passe dans le cas 
du schéma n° 3 car, ici, les forces de travail disponibles restant les mê- 
mes au cours de la période suivante, il n'est pas besoin de « snrpro- 



12. Pour une antre hypothèse, voir l'annexe IL 



I I 1 I I I I I I I I I I I I I I 1 I I I I I I I I I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



238 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



duit » dans le domaine des objets de consommation. Par contre, «n cours 
de la deuxième période on pourra utiliser 80 milliards de moyens de 
production au lieu de 60. 

Dans ces conditions, le schéma de la deuxième période se présen- 
tera comme suit, si on veut continuer à accroître, pour la période sui- 
vante, de 20 milliards la masse des moyens de production disponibles : 



{Schéma n° 11) 





Moyens 

de production 

utilisés 


Salaires 
distribues 


Travail 

« NON PAYÉ > 

(accumula- 
tion) 


Valeur 

des 
produits 


— n 


57 1/7 
22 6/7 


28 4/7 
11 3/7 


14 2/7 

5 5/7 


= 100 

= 40 




80 


40 


20 


= 140 



Ici, encore, l'équilibre est réalisé entre le volume des salaires dis- 
tribués et la valeur des objets de consommation produits. D'autre part, 
au cours de la troisième période, on pourra utiliser pour 100 milliards 
de moyens de production. Dans ces conditions, le schéma de la troisième 
période se présentera comme suit, si on veut continuer à accroître, pour 
la période suivante, de 20 milliards la masse des moyens de production 
disponibles : 



{Schéma n" 12) 





Moyens 

de production 

utilisés 


Salaires 

distribués 


Travail 

« NON PAYÉ > 

(accumulation) 


Valeur 
des produits 




75 
25 


30 
10 


15 

5 


= 120 
= 40 




100 


40 


20 


= 160 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



l'équilibre entre la production et la consommation en dynamique 



239 



Dans les mêmes conditions, le schéma de la quatrième période se 
présentera comme suit : 



(Schéma n° 13) 





Moyens 

de production 

utilisés 


Salaires 
distribués 


Travail 
c non pate > 

(accumulation) 


Valeur 
des produits 




93 3/9 
26 6/9 


32 1/9 

8 8/9 


15 5/9 
4 4/9 


= 140 

= 40 




120 


40 


20 


= 180 



2. - Équilibre entre salaires distribués et objets de consom- 

mation produits, accroissement des moyens de produc- 
tion disponibles 

On voit donc que, au cours de chaque période, l'équilibre est réa- 
lisé entre les salaires distribués et les objets de consommation produits 
et qu'à la fin de chaque période la société dispose de plus de moyens de 
production qu'elle n'en disposait an début. 

3. - Autres constatations 



Une série d'autres constatations importantes peuvent encore être 
faites : 

A. — Modification progressive de la répartition des forces de travail 

Pour que l'équilibre ci-dessus indiqué se trouve réalisé, une modi- 
fication progressive de la répartition des forces de travail entre les bran- 
ches I et II est nécessaire. 

Autrement dit, plus les périodes s'écoulent, plus il est possible, si 
on le veut, de consacrer une plus faible proportion des forces de travail 
à la production d'objets de consommation, ceci tout en continuant à 
produire toujours la même valeur d'objets de consommation. 

B. — Modification progressive de la répartition des moyens de produo 

tion 

La répartition des moyens de production utilisés subit une évolu- 
tion parallèle à celle des forces de travail. 



240 • problèmes théoriques et pratiques de la planification 

G — Modification progressive de la répartition de la production, cons- 
tance de la valeur de la production d'objets de consommation 

De même, suit une évolution parallèle : la répartition de la pro- 
duction. 

Pratiquement, ici, en raison des plans adoptés, la valeur de la pro- 
duction d'objets de consommation reste constante, tandis que la valeur 
de la production de moyens de production augmente régulièrement. 
On notera, en outre, que — toujours par suite des plans adoptés — la 
valeur dont s'accroît, au cours de chaque période, la masse des moyens 
de production utilisables est constante, elle représente donc une fraction 
décroissante des moyens de production utilisés. 

D. — Ecart croissant entre valeur produite et valeur des produits 

Si la valeur des moyens de production produits peut s'accroître 
alors que ne diminue pas la valeur des objets de consommation pro- 
duits et que les forces de travail disponibles restent les mêmes, cela tient 
à Técart croissant que Von constate entre, d'une part, la valeur pro- 
duite (ou revenu national) et, d'autre part, la valeur des produits (ou 
production brute). 

Dans les cas ci-dessus envisagés, la valeur produite au cours de cha- 
que période est de 60 milliards, la valeur des produits passe de 120 à 
180 milliards. 

E. — Modification des formules de production 

L'accroissement de la différence que nous venons d'indiquer, entre 
valeur produite et valeur des produits, tient au fait que les formules de 
production se modifient. Ceci revient à dire que, dans la valeur de cha- 
que produit, la part imputable au travail « actuel » diminue, tandis que 
la part imputable au travail < passé » augmente 13 . Le tableau (d) de 
l'annexe HI indique quelle est, dans les cas ci-dessus étudiés, l'évolu- 
tion, d'une part, des formules de production, d'autre part, de l'impor- 
tance respective du travail « actuel » et du travail « passé » dans la 
valeur des produits. La modification des formules a une double signi- 
fication : 

I. — Augmentation de la masse de l'outillage utilisé 

Pour autant que l'accroissement de la valeur des moyens de pro- 
duction utilisés en une beure de travail est dû à l'utilisation de machi- 
nes et d'outils plus perfectionnés — elle permet d'accroître la produc- 
tivité du travail et c'est là le but même de l'accumulation. D'ailleurs, 



13. II y a donc aussi nn écart croissant entre la valeur prodnite et la valeur re- 
produite. 



f | | I I I I I I I I I I I I I I I I 1 I I I I I I I I 



réquilibre entre la production et la consommation en dynamique 241 

l'accroissement '.de la valeur des moyens de production utilisés ne tra- 
duit qu'incomplètement l'accroissement de la masse des machines et ou- 
tils disponibles, non seulement en raison de la baisse éventuelle de la 
valeur et du prix de ceux-ci (nous reviendrons sur ce point dans un ins- 
tant) mais encore en raison du fait que la valeur utilisée n'est, pour 
cette partie des moyens de production, qu'une fraction de la valeur em- 
ployée. 'Cette fraction est d'autant plus faible qu'il s'agit de machines 
plus solides, plus durables, qu'il s'agit d'un capital dont la rotation est 
plus lente. Rappelons que, jusqu'ici, pour simplifier, nous avons consi- 
déré un temps de rotation unique coïncidant avec la période de pro- 
duction. Pour nous rapprocher de la pratique, nous considérons en an- 
nexe des vitesses de rotation différentes 14 . 

II. — Augmentation de la masse des matières traitées 

L'accroissement de la valeur des moyens de production utilisés en 
une heure de travail a encore une autre signification : cet accroissement 
indique qu'en une heure de travail il est traité davantage de matières 
ou de demi-produits. En ce sens, constater qu'en une heure de travail 
on traite une valeur accrue de matières premières et de demi-produits, 
c'est constater — sauf s'il y avait accroissement du gaspillage — que la 
productivité du travail a augmenté. 

En réalité, l'évolution de la productivité du travail — but de tout 
le processus d'accumulation actuellement étudié — est une question de 
fait ; elle dépend de l'état de la technique et du niveau technique dont 
on part (voir annexe IH, tableau e) . 

F. — Mouvement des prix et hausse des salaires réels 

Si l'on tenait compte de F accroissement de la productivité du tra- 
vail, qui a pour conséquence qu'une même valeur représente une masse 
accrue de produits (puisqu'en une heure de travail il est fabriqué da- 
vantage de produits), on serait amené à « tenir une comptabilité en 
prix-fixes », puisque aussi bien F accroissement de la productivité du 
travail a pour conséquence une baisse des valeurs et des prix unitaires. 
Ceci signifie, notamment, que de période en période, au fur et à mesure 
de la baisse des prix, les 40 milliards de salaires distribués correspondent 
à une masse croissante d'objets de consommation, donc à une hausse 
des salaires réels (voir annexe III, tableau e). 

C. — Liberté relative dans la fixation du taux d'accumulation 

Notons enfin, et ce peint est aussi d'une grande importance, que 
dans la fixation du rythme d'accumulation, donc du taux des salaires, 



14. Cf. Annexe IV. 

16 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I ! I I I 

242 ' problèmes théoriques et pratiques de la planification 

les organes de planification disposent d'une certaine < liberté »" (voir 
annexe II). Au point de vue économique, il est toujours possible — 
sous les réserves qui suivent — d'adopter un rythme donné d'accumu- 
lation. Néanmoins, les observations suivantes doivent être faites : 

I. — A un taux déterminé d'accumulation correspond un taux 
donné des salaires et inversement (si bien que si Von se donne un taux, 
Vautre s'impose obligatoirement). La démonstration de cette proposi- 
tion est facile ; il suffit de se rappeler que le revenu national est la 
somme des salaires distribués et de l'accumulation, si les premiers aug- 
mentent l'autre diminue, et vice versa. 

H. — De l'observation précédente, il résulte qu'il existe pratique- 
ment une limite physiologique à l'accroissement du taux d'accumulation, 
cette limite est atteinte lorsque le taux est tel qu'il fait tomber le taux 
du salaire au-dessous du minimum vital. 

m. — Mais surtout, avant que cette limite physiologique soit at- 
teinte, on trouve une limite sociale et politique, constituée par les ha- 
bitudes de consommation acquises et, plus encore, par la volonté d'ac- 
croître en même temps le niveau de vie et l'accumulation. 

IV. — Enfin, une limite se trouve assignée à l'accumulation par le 
progrès technique et le développement démographique, car, en défini- 
tive, l'élévation des formules de production suppose un changement 
possible de la technique, et une accumulation extensive suppose un ac- 
croissement de la population active. 



Pour en terminer avec les problèmes que nous venons d'examiner, 
il nous reste à dire quelques mots des enseignements généraux des sché- 



15. Sous les réserves indiquées dans le texte, la détermination du rythme d'ac- 
cumulation résulte d'une décision politique ; mais une fois cette décision prise le 
montant du fonds dee salaires se trouve déterminé ainsi que le montant du fonds 
d'accumulation (et par conséquent aussi les formules c économiquement les plus 
avantageuses >). On peut d'ailleurs imaginer qu'au lieu de prendre directement une 
décision sur le rythme d'accumulation on prenne une décision sur le volume du 
fonds des salaires ; dans ce cas le taux d'accumulation ae trouvera indirectement dé- 
terminé. Pour certains économistes (C. Halle notamment) 1' « indétermination > du 
taux d'accumulation constitue une des € faiblesses > de l'économie planiSée ; en 
réalité, elle marque un pas décisif vers la liberté économique et sociale. Dans une 
économie capitaliste, le taux d'accumulation se trouve déterminé par la répartition 
des revenus, qui résulte «Ile-même de la répartition des moyens de production, en 
particulier, de la répartition de la propriété des moyens matériels de production. Or 
cette dernière est un produit de l'histoire. 



I I I I I I I I I i i I I I I I i I I ■ I ■ ■ ■ ■ ■ « 

VêquiUbre entre la production et la consommation en dynamique 243 

III. - Les enseignements des schémas 

Les schémas que nous venons d'examiner constituent les cadres élé- 
mentaires de l'analyse préalable à l'élaboration d'un plan économique 
d'ensemble, d'un plan englobant à la fois la production, la répartition 
des revenus et les investissements. Pour qu'ils jouent un rôle qui dé- 
passe le domaine de l'analyse abstraite dans lequel nous nous sommes 
jusqu'à maintenant cantonnés, il faut, d'une part, diversifier les achemas 
en fonction des données économiques concrètes ; il faut, d autre part, 
remplir ces schémas avec des chiffres correspondant à des grandeurs 
réelles, à des valeurs que l'on empruntera à la statistique et à ht compta- 
bilité nationales, dans la mesure où celles-ci sont capables de fournir les 
indications nécessaires. 

A supposer les schémas remplis avec des données reflétant de fa- 
çon assez précise la situation économiquement réelle, quels enseigne- 
ments pourra-t-on en tirer ? Ces enseignements, nous avons pu le voir 
au passage, sont nombreux et importants. 

I. - Équilibre entre les branches I et II 

Tout d'abord, les schémas doivent nous renseigner sur les condi- 
tions de VêquiUbre général. Ils sont, sur le plan de la valeur, 1 équiva- 
lent des nombres proportionnels. De même que le . 8 ° ombre f P^™" 
tionnels mettent en lumière les conditions des équilibres pa™™™ 1 * 
des équilibres entre les différentes productions particulières, les sché- 
mas mettent en lumière les conditions de l'équilibre gênerai, de 1 équi- 
libre entre les branches I et H. De même, encore que les nombres pro- 
portionnels sont des instruments d'analyse auxquels ™" ea P°* de £J™ 
un plan synthétique les bilans-matières, ces schémas sont des instfu- 
ments d'analyse auxquels correspond sur le plan ^tnetique le bilan 
de l'économie nationale. Les problèmes que pose l'élaboration de ce 
bilan sont particulièrement importants et complexes, toutefois les abor- 
der ici nous conduirait à déborder le cadre que nous nous sommes nies. 

Lea schémas noua enseignent donc quelle répartition U faut donner 
aux forces productives pour obtenir VêquiUbre entre les branches 1 et 

II. Cet équilibre est, en fait, fonction des formules de production réel- 
les de rotation qui sont profondément différentes selon les branches de 
la vie économique. Pour la commodité de l'exposé, nous ayons, au cours 
des pages précédentes, considéré des formules de production et des du- 
rées de rotation homogènes ; dans les schémas destines a l'élaboration 
des plans économiques, il faut, au contraire, tenir compte de la diversité 
du réel, mais en l'exprimant, chaque fois que cela est possible, de façon 
synthétique par des moyennes. 



244 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



2. • Planification des salaires et planification de la consom- 
mation 

Les schémas nous fournissent un antre enseignement fondamental : 
ils nous apprennent quel volume du salaire, et donc quel taux moyen 
de salaires doivent être adoptés pour assurer Vécoulement de la pro- 
duction d'objets de consommation. A travers les schémas, la planifi- 
cation des salaires apparaît comme l'aspect fondamental de la planifi- 
cation de la consommation ; le salaire cesse de constituer un prix, il 
est, essentiellement, une part dans le produit social. 

Les schémas enseignent encore quel doit être le taux moyen des 
salaires pour que soit obtenu un € surproduit •» donné, que ce € surpro- 
duit » serve au financement des dépenses improductives ou à l'extension 
à venir de la production. De ce point de vue, les schémas mettent en 
lumière le lien qui existe entre taux des salaires et taux d'accumulation ; 
ils mettent en lumière quelles sont les répercussions d'un accroissement 
ou d'une réduction des dépenses improductives ; ils indiquent quel taux 
d'accumulation doit être adopté pour maintenir stables les formules de 
production en face des fluctuations démographiques ; ils indiquent quel 
taux d'accumulation il faut adopter pour obtenir une modification 
donnée des formules de production, et par conséquent, de la produc- 
tivité du travail, du niveau générai des prix et des salaires réels, etc. 



Les schémas nous renseignent en définitive sur les conditions de 
l'équilibre économique général, c'est dire qu'ils doivent tenir une place 
centrale dans l'élaboration des plans économiques. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I | | | | | 



11 



La planification 

du commerce extérieur 

et les problèmes de l'équilibre 

et des prix 



Jusqu'ici, nous avons raisonné comme si la société dont il s'agissait 
de planifier la vie économique constituait un tout indépendant, sans 
relations avec le monde extérieur. Nous avons donc raisonné comme si 
nous étions en présence soit d'une économie entièrement autarcique, 
soit d'une économie mondiale planifiée. Et on peut se demander si nos 
raisonnements restent valables pour un ensemble économique dépen- 
dant, pour une partie de ses approvisionnements et de ses débouchés, du 
monde extérieur. En d'autres termes, on peut se demander si une pla- 
nification intégrale est possible dans un pays particulier qui posséde- 
rait, par hypothèse, toutes les conditions sociales indispensables à un 
développement planifié — notamment la socialisation des secteurs dé- 
cisifs de l'économie — mais qui serait obligé de compter économique- 
ment avec d'autres pays. Qu'il ne s'agit pas là d'une hypothèse abstraite, 
le cas de l'U. R. S. S. suffit à le prouver. Mais c'est, en tout cas, une hy- 
pothèse qui soulève de nombreuses questions. En un sens, le problème 
posé à une économie planifiée par le commerce extérieur n'est rien 
d'autre que le problème posé par l'isolement d'une économie planifiée 
au sein d'une économie mondiale qui ne l'est pas, et qui est animée par 
d'autres tendances qu'elle-même 1 . 

A travers le problème de la planification du commerce extérieur, 
nous allons voir resurgir la plupart des questions que nous avons exa- 
minées jusqu'ici. C'est pourquoi ce problème ne pouvait être traité 
qu'une fois résolu l'ensemble de ces questions. Les difficultés théoriques 



1. Par exemple par des tendances an malthusianisme économique on par la 
course ans armements. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I M I I I I I 



I I I I I I l l I l 1 I I I I I I I I l I I I I I fl4il 

246 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

soulevées par la planification du commerce extérieur sont extrêmement 
nombreuses, nous allons le voir dans un instant ; mais les difficultés 
pratiques sont tout aussi graves. En effet, comme il apparaîtra au cours 
de^ l'analyse qui va suivre, la plupart des calculs que l'on est obligé de 
faire reposent sur une comparaison des prix intérieurs et des prix 
extérieurs ; or, ces derniers — comme l'expérience le montre — sont 
soumis, si l'on a affaire à une économie mondiale capitaliste, à des 
fluctuations brutales qui viennent sans cesse remettre en question la 
valeur des calculs et, par conséquent, la valeur des décisions prises 
(et c'est évidemment cela qui est le plus grave). 

Dans la mesure où par de tels calculs on vise non à un équilibre 
momentané, mais à un équilibre de longue durée, c'est toute la structure 
de la production qui risque ainsi d'être mise en question par les fluc- 
tuations mondiales des prix. On conçoit que, dans ces conditions, la 
mise sur pied d'un plan économique rationnel se heurte à des difficul- 
tés pratiques d'autant plus nombreuses que le commerce extérieur joue 
dans la vie économique d'un pays un rôle plus considérable, ce qui 
oblige plus ou moins tout pays à économie planifiée, à limiter ses 
échanges extérieurs tant que le marché mondial donne le spectacle d'un 
véritable chaos. 

D'une façon plus générale, on peut dire que des plans économiques 
ne peuvent être établis, avec quelque chance d'être effectivement réa- 
lisés, que dans le cadre d'une économie jouissant d'une autonomie suf- 
fisante, c est-à-dire soit dans le cadre d'une économie semi autarcique 2 , 
soit dans le cadre de l'économie mondiale. Toutes les autres solutions 
ne peuvent être que des solutions de compromis ou de transition. 



De même que la planification économique interne suppose au 
moins la socialisation des secteurs décisifs de l'économie, la planifica- 
tion du commerce extérieur suppose la nationalisation du commerce 
extérieur ; ici comme ailleurs, et peut-être plus qu'ailleurs le simple 
contrôle ne saurait être suffisant. Par le contrôle et les interdictions on 
peut bien empêcher certains mouvements de marchandises mais non en 
promouvoir. On ne peut mettre en œuvre une politique active du com- 
merce extérieur. 

Par rapport à une économie nationale planifiée, le commerce ex- 
térieur peut jouer deux rôlea distincts. D'une part, il peut servir à com- 
bler les lacunes — momentanées ou non — de la production par rapport 
aux besoins : il peut servir à combler les déficits et à écouler les excé- 
dents qui résultent d'un plan donné et de la consommation qui lui cor- 
respond ; dans la mesure où le commerce extérieur se borne à jouer ce 
rôle, il s'insère dans le plan d'une économie relativement autarcique. 



2. C'est-à-dire dane le cadre d'an ensemble économique suffisamment vaste ponr 
que le commerce extérienr pnisse ne joner ponr lni qn'nn râle secondaire. 



I 



I I I I I I I I 1 1 I I 1 I I I I f I I I I 

la planification du commerce extérieur »" 

D'autre part, le commerce extérieur peut servir à réaliser la spécialisa- 
tion du pays dans les productions pour lesquelles il est relativement le 
mieux placé ; dans ce cas, il faut tenir compte de l'influence du com- 
merce extérieur pour mettre sur pied la planification même de la pro- 
duction ; autrement dit, le commerce extérieur s'insère alors dans le 
plan d'une économie participant à la division mondiale du travail. La 
théorie se doit d'examiner de façon distincte ces deux éventualités à 
1' « état pur », étant entendu que la pratique ne pourra sans doute pré- 
senter que des réalisations intermédiaires — ce que l'on constate déjà 
dans le cas d e l'U. R. S. S. 

Nous examinerons, par conséquent, en deux sections successives, 
la planification du commerce extérieur dans le cas d'une économie re- 
lativement autarcique et la planification du commerce extérieur dans 
le cas d'une économie participant à la division mondiale du travail. Nous 
verrons à cette occasion que les problèmes d'équilibres partiels et le 
problème des changes se posent de façon différente dans chacun de ces 
cas. Nous les examinerons donc au cours des deux sections ci-dessus 
indiquées. Le problème des prix constitue, par contre, un aspect de la 
question de l'équilibre général, il doit donc être examiné à part. Il fera 
l'objet d'une troisième section. 

I. - La planification du commerce extérieur dans 
le cas d'une économie relativement autar- 
cique 

1. - Rôle du plan du commerce extérieur 

'Dans le cas d'une économie relativement autarcique 9 , le plan de 
production est établi sans tenir compte directement du rapport des 
coûts intérieurs et des prix extérieurs. A la limite (autarcie complète), 
la production nationale serait rigoureusement adaptée à la consomma- 
tion nationale, il n'y aurait pas alors de problème de commerce exté- 
rieur. Dans la mesure où l'on vise à l'autarcie, on vise à cette adaptation 
et tant qu'elle n'est pas réalisée le commerce extérieur sert seulement 
de « soupape de sûreté ■». 

Comme nous l'avons dit il y a un instant, dans un tel cas, le com- 
merce extérieur sert seulement à écouler les productions excédentaires 
et à se procurer les produits déficitaires. Il n'a pas d'action sur le plan 
de production. Ce dernier, au cours des périodes suivantes, décidera de 



3. Le problème d'une économie planifiée relativement autarcique a évidem- 
ment surtout mi intérêt théorique. Toutefois il est certain que tant qne les Etats a 
économie planifiée sont entourés d'nn monde hostile, dont ils ne peuvent escompter 
un approvisionnement régulier, ce serait pour eux nne illusion qne de se reposer 
sur les < avantages > de la division internationale du travail. 



248 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

la réduction des produits excédentaires et de l'accroissement des pro- 
ductions déficitaires, de façon à réduire au minimum la place du corn* 
merce extérieur — dont le rôle est, ici, essentiellement transitoire. 

Comment, dans ces conditions, se réalisera la planification du corn* 
merce extérieur ? De la façon suivante : le monopole du commerce ex- 
térieur achètera à l'intérieur les productions excédentaires (déséquili- 
bres partiels), il les écoulera sur le marché mondial, puis, à l'aide de la 
masse de devises qu'il se sera ainsi procurée, il achètera sur le marché 
mondial les produits déficitaires (à l'intérieur) qu'il écoulera sur le 
marché national afin d'y rétablir l'équilibre. 

L'ensemble des opérations ci-dessus suppose que l'on ait préalable- 
ment résolu deux questions, d'ailleurs de même nature : Quels sont les 
produits excédentaires ? Quels sont les produits déficitaires ? 

2. - Détermination des excédents et des déficits 

Pour répondre à ces deux questions, il faut distinguer selon qu'il 
s'agit de moyens de production ou d'objets de consommation. S'il s'agit 
de moyens de production, les bilans matières nous renseignent sur la 
nature excédentaire ou déficitaire, par rapport aux besoins, de la pro- 
duction qui peut être obtenue actuellement ; ils nous renseignent aussi 
sur le montant des excédents ou des déficits ; d'ailleurs, dans une écono- 
mie qui vise à l'autarcie, l'existence de tels excédents ou déficits est le 
signe qu'il n'a pas encore été possible d'adapter la production aux be- 
soins. Tant que, dans certains domaines, la production est encore in- 
suffisante, il faut faire apparaître dans d'autres domaines des excédents 
exportables, afin de financer les importations qui peuvent être néces- 
saires. 

S'il s'agit d'objets de consommation, la comparaison entre les va- 
leurs et les prix de détail fait ressortir le degré de satisfaction des dif- 
férentes demandes. 

De même que la planification de la production des périodes ulté- 
rieures doit éviter l'apparition d'excédents et de déficits éventuels, la 
planification courante du commerce extérieur doit résorber les excé- 
dents et les déficits actuels. 

3. • Balance commerciale et cours du change 

A première vue, on peut croire que le commerce doit permettre 
d'aboutir, de façon relativement facile, à la situation d'équilibre ci- 
dessus décrite. En effet, dans une économie convenablement planifiée, 
la somme des excédents est égale au montant des déficits puisque les 
sommes disponibles pour la consommation, les investissements et le re- 
nouvellement des moyens de production doivent coïncider avec la va- 
leur de la production. Il peut donc sembler qu'il suffise d'écouler sur 
le marché mondial la totalité des excédents intérieurs pour pouvoir s'y 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I | | | 



la planification du commerce extérieur — 249 

procurer les quantités de produits qui manquent précisément sur ce 
marché intérieur. Par exemple, si on est en présence, pour certains pro- 
duits, d'un déficit de production de 5 milliards d'unités monétaires in- 
térieures, cela signifie qu'il existe pour d'autres produits un excédent 
de 5 milliards d'unités monétaires intérieures. Rien ne peut donc pa- 
raître plus aisé que de convertir sur le marché mondial cet excédent 
de 5 milliards en une somme donnée de devises, disons en 500 millions 
de A 4 et à l'aide de ces 500 millions de A d'acheter sur le marché mon- 
dial les quantités nécessaires des différents produits déficitaires. 

Cette opération paraît capable : 

1° De résorber les excédents partiels ; 

2° De combler les déficits partiels ; 

3° D'assurer l'équilibre de la balance commerciale (importations et 
exportations étant égales entre elles) ; 

4° Accessoirement de calculer un cours du change qui ressort ici à : 
10 unités monétaires intérieures = 1 A (puisque 5 milliards d'expor- 
tations = 500 millions de A) 9 . 

Pourtant ces résultats ne pourront être obtenus que dans un cas ex- 
ceptionnel : dans le cas où la somme des prix mondiaux de l'ensemble 
des produits exportés est égale à la somme des prix mondiaux de l'en- 
semble des produits à importer. Die qu'il n'en est pas ainsi, on voit 
surgir un certain nombre de difficultés. Schématiquement, ces diffi- 
cultés peuvent se présenter comme suit : 

Ou bien, la somme des prix des produits à importer pour com- 
bler les déficits partiels de production est inférieure à la somme des 
prix de l'ensemble des produits exportés ; ou bien, la somme des prix 
des produits à importer est supérieure à la somme des prix de l'ensem- 
ble des produits exportés. 

A. — Excédent des exportations sur les importations 

Dans le premier cas, l'on pourra soit se contenter d'importer les 
quantités nécessaires pour combler les déficits intérieurs — l'on n'uti- 
lisera pas alors la totalité des devises disponibles, on sera donc en pré- 
sence d'un excédent de la balance commerciale — soit importer des 
quantités supérieures à celles nécessaires pour combler les déficits in- 
térieurs, mais se pose alors le problème de l'écoulement de ce nouvel 
excédent de produits, écoulement qui ne peut être assuré que moyen- 
nant une politique particulière des prix, soit n'exporter que les quan- 



4. A étant une unité monétaire servant de base aux cours mondiaux. 

5. Nous dirons que ce cours du change est obtenu par la « méthode du quo- 
tient >, car il est calculé en divisant la valeur extérieure des exportations par leur 
valeur intérieure. Lorsque la balance n'est pas en équilibre, la € méthode du quo- 
tient > peut s'appliquer aussi en faisant le rapport de la valeur extérieure soit des im- 
portations, soit des exportations, à leur valeur intérieure. Le c taux du change d'équi- 
libre > doit se trouver entre les deux. 



I I I I I I I I I I I t I l l l l | Ml 



t I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



250 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



tités nécessaires pour assurer les importations requises. La question 
qui se pose alors est «elle du choix des produits à importer en excé- 
dent ou du choix des produits à Vexportation desquels on renoncera, 

B. — Excédent des importations sur les exportations 

Dans le second cas, l'on devra soit accepter un déficit de la balance 
commerciale (ce qui suppose que l'on dispose d'un stock de devises ou 
que l'on obtienne des crédits commerciaux), soit importer des quantités 
inférieures à celles nécessaires pour combler les déficits intérieurs, soit 
exporter des quantités supérieures à celles en excédent, afin de pouvoir 
payer les importations. 

Du point de vue de l'équilibre économique, «'est certainement vers 
l'une de ces deux dernières solutions (ou à une solution intermédiaire 
entre elles) qu'il faut dans un tel cas s'orienter, mais la question qui sur- 
git alors est celle du choix des produits à l'importation desquels il fau- 
dra renoncer ou à Vexportation supplémentaire desquels il faudra se ré- 
soudre. 



C. — Problèmes posés par la réalisation de ^équilibre de la balance 
commerciale 

Comme on le voit, deux faits caractérisent la situation devant la- 
quelle on se trouve, dans le premier comme dans le second cas, à partir 
du moment où l'on veut réaliser Féquilibre de la balance commerciale. 
Le premier de ces faits est que subsiste soit un excédent résiduel 
de produits (premier cas), soit un déficit résiduel (deuxième cas). Le 
second est que se pose alors un problème de choix, qui n'a évidemment 
pas lieu lorsqu'on a pu convertir la totalité des produits excédentaires 
en la totalité des produits déficitaires. 

'Ce choix fait intervenir un point de vue qualitatif dans un pro- 
blème q»i jusqu'ici apparaissait comme purement quantitatif. Ce pro- 
blème de choix ne peut se résoudre que par la prise en considération 
du rapport entre les prix intérieurs et les prix mondiaux des différents 
produits à importer ou à exporter. 

Autrement dit, ici, un calcul économique doit intervenir. Ce calcul 
doit opérer sur les prix et sur un cours du change. Il doit faire appa- 
raître certaines exportations et certaines importations comme « avan- 
tageuses » ou c désavantageuses » — c'est sur cette base que des 
« choix » pourront avoir lieu. 

Pour résumer en quelques mots cette question, nous dirons que, 
dans le cadre du problème donné : 

1° Une exportation particulière sera considérée comme c avanta- 
geuse » lorsque le montant de devises obtenu sur le marché mondial en 
paiement de cette exportation est relativement élevé, par rapport à la 
dépense de travail social nécessaire pour fournir le produit exporté. 
Ainsi, entre divers produite qui ont exigé la même dépense de travail, 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



. . . 251 

la planification du commerce extérieur - — — — 

on considérera comme « avantageux > à exporter ceux dont l'exporta- 
tion nennettra d'obtenir le montant de devises le plus eleve. 11 s agit, 
TJSSX convertir le minimum de travail national en un maximum 
de pouvoir d'achat international. Cependant 1 économie P™«J 
n'était pas animée par la recherche du profit, mais par la volonté de 
satisfaire les besoins sociaux, on ne procédera à une exportation « : avan- 
tageuse » au sens limité ci-dessus défini, que s'il n en resuite pas de 
goulot d^étranglement à l'intérieur ou de non-satis action de besoms 
Considérés comme essentiels. Il s'agit ici d'appréciation qualitative, de 
caractère en partie social et politique ; 

2° Une importation particulière sera considérée comme « avan- 
taeeuse », compte tenu de sa nécessité, lorsque pour un même débours 
enTvles elle^ermet d'acquérir des produits qui auraient exige pour 
être fournis à l'intérieur une dépense de travail relativement élevée. U 
s'agit, en réalité, de faire économiser un maximum de travail national 
par un minimum de pouvoir d'achat international. Inversement, seront 
considérées comme particulièrement « désavantageuses » les "W>«*- 
tions qui économisent une faible quantité de travail national ou une 
forte dépense de devises. Bien entendu, ici encore, les critères purement 
quantitatifs sont insuffisants ; en particulier on devra tenu- compte du 
fait qu'un apport de l'extérieur apparemment onéreux, si on le consi- 
dère Vn lui-même, peut être socialement avantageux si on U ^compte 
de l'accroissement de productivité qu'il permet, ou de WcceleraUon 
qu'il rend possible du rythme de développement économique gênerai 
importation d'outillage et de machines). Les appréciations qualitatives, 
ae caractère social et politique, sont donc ici aussi indispensables 

En comparant la valeur intérieure des produits exportes et leur 
prix sur le marché intérieur, il est possible, selon le procède antérieure- 
ment indiqué, de calculer un « cours de change ». 

4. - Caractéristiques de la planification du commerce exté- 
rieur dans une économie relativement autarcique 

La planification du commerce extérieur que nous venons d'analy- 
ser accompagne une économie relativement autarcique, parce qu'elle se 
greffe sur un plan de production sur lequel elle n'a pas d'influence dé- 
cisive. 

D'une part, le plan économique est établi sans référence, ou du 
moins sans référence systématique, aux prix étrangers* ; d'autre part, 
le plan d'exportations et d'importations découle principalement des ex- 
cédents et des déficits qui résultent d'un tel plan. Les données qualita- 



6. Plus exactement, il n'est pas procédé & des investissements en fonction «Ton 
plan d'exportations ; par contre, en ce qui concerne la production courante, V ac- 
croissement des fournitures de produits dont l'exportation est € avantageuse » devra 
être prévu. - •' 



252 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

tives (comparaison des p ix) jouent ici un rôle tout à fait secondaire, 
les données quantitatives jouent un rôle essentiel. 

Dans ces conditions, le commerce extérieur n'intervient pas pour 
permettre une économie directe de travail, économie qui résulterait du 
fait que le pays se .spécialiserait dans les productions pour lesquelles il 
est relativement le plus avantagé. Le commerce extérieu intervient 
seulement pour permettre, d'une part, la réalisation d'une série d'équi- 
libres partiels, d'autre part, pour réaliser une économie indirecte de 
travail. 

5. - Commerce extérieur et équilibre intérieur 

Pratiquement, le commerce extérieur a ici pour rôle de combler 
certaines lacunes de la production intérieure ; c'est justement par là 
qu'il permet la réalisation de certains équilibres partiels. A ce titre, il 
peut même permettre de réaliser un équilibre entre les branches I et II, 
équilibre qu'ex'ge, par exemple, le rythme d'accumulation qui a été fixé 
par le plan et qui ne peut être obtenu directement étant donné la struc- 
ture de l'appareil de production. On assiste alors à la transformation 
d'une partie du fonds de consommation en fonds d'accumulation. C'est 
le rôle que le commerce extérieur a joué en U. R. S. S. au cours du 1" 
P. Q. Grâce au commerce extérieur, des céréales, du bois et des four- 
rures ont pu être transformés en outillage et en machines. H faut bien 
noter cependant que pour qne cette transformation puisse avoir lieu 
sans troubler -l'équilibre économique général, il faut que la condition 
de l'accumulation ait été réalisée, à savoir la réduction des revenus dis- 
tribués à une fraction seulement de la valeur nette produite. 

Aussi bien, si le commerce extérieur est capable d'aider à la réali- 
sation d'équilibres partiels, il est incapable d'aider à la réalisation de 
l'équilibre général lorsque les conditions de cet équilibre ne sont pas 
données à l'avance. 

6. - Plan de production et cours du change 

D'autre part, on notera que le cours du change qne l'on dégage sur 
la base de la planification actuellement cons'dérée du commerce exté- 
rieur est un cours du change extrêmement variable, étroitement dépen- 
dant de circonstances momentanées. Un exemple éclaircira ce point. 
Supposons qu'une année, en raison des nécessités intérieures de la pro- 
duction et de la situation du marché mondial, l'excédent porte sur des 
produits pou la production desquels le pays est relativement mal placé, 
concrétisons pa un produit unique, disons du cuivre ; sur la base de 
sa valeur, la masse de cuivre excédentaire vaut 100 millions à l'intérieur 
et sur le marché mondial, elle vaut 5 millions de A. On en tirera un 
cours du change de 20 unités monétaires pour 1 A. Au contraire, en 
vertu du plan de production et d'exportation d'une autre année, on est 



I M I I I I I I I I t I I I I I I I I I I I I I I I 



. . 253 

la planification du commerce extérieur 



blé. Il pourra en résulter qu'une masse de file, vaiam a i w««< vê- 
lement sur la base de sa valeur, 100 millions d'unités monetai es, vaille 
sur le marché mondial 20 millions de A. On en tirera un cours au 
change de : 5 unités monétaires pour 1 A, c'est-à-dire un cours 4 to s 
plus élevé, grâce auquel avec un excédent partiel de même valeur in- 
térieure, on pourra acheter 4 fois plus de produits sur le marche mon- 
dial. Précisément, ce qui caractérise la planification dans le cadre d une 
économie relativement autarcique, c'est son indifférence a l égard aes 
productivités relatives du travail, le fait qu'elle ne vise pas systémati- 
quement à développer les productions pour lesquelles le pays est le 

mieux placé. 

. • 

Tout autre est, nous allons le voir, la manière dont doit se réaliser 
la planification dans une économie participant à la division mondiale 
du travail. Il n'en reste pas moins que, même pour une telle écono- 
mie, les principes que nous venons de dégager restent valables au cours 
de chaque période comme manière de résorber le plus avantageusement 
les excédents et les déficits, tout en sauvegardant l'équilibre de la fia- 
lance commerciale. . ., 

Les différences essentielles apparaissent par contre si Ion consi- 
dère une série de périodes et le lien qui doit alors s'établir entre plani- 
fication de la production et planification du commerce exteneur. 

IL - La planification du commerce extérieur 
dans le cas d'une économie participant a 
la division internationale du travail 

Alors que dans le cas d'une économie relativement autarcique, 
la comparaison des prix intérieurs et des prix mondiaux n'intervient 
pas dans la fixation des plans d'investissements, maïs intervient seule- 
ment dans la détermination des quantités à exporter et à importer, il 
en est tout autrement dans le cas d'une économie participant à la di- 
vision internationale du travail. Dans ce cas, la comparaison des prix 
intérieurs et des prix mondiaux intervient, au contraire, de façon dé- 
cisive, tant dans la planification des investissements que dans celle du 
commerce extérieur. 

1. - Détermination des productions les plus avantageuses 

La première opération préalable à l'établissement d'un plan éco- 
nomique destiné à permettre la participation d'une économie nationale 
à la division internationale du travail doit consister à rechercher les 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 1 1 

254 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

productions les plus « avantageuses » du point de vue des exportations, 
c'est-à-dire celles qui permettent d'obtenir le maximum de pouvoir 
d'achat international pour le minimum de travail national. 

Une fois ces produits déterminés, par comparaison entre leur coût 
en travail social à l'intérieur et leur prix sur le marché mondial 7 , on 
établira le plan des investissements de telle sorte que la production de 
ces produits soit portée au maximum compatible avec les possibilités 
intérieures et le maintien de coûts intérieurs et de prix extérieurs avan- 
tageux. Cette augmentation de la production s'effectuera éventuelle- '. 
ment par prélèvement progressif de forces de production sur les bran- 
ches les moins « avantageuses » (au sens ci-dessus défini) ; les exporta- 
tions qui se développeront de cette façon devront précisément servir 
à financer les importations de produits dont la production intérieure 
sera ainsi réduite. 

Le résultat d'une telle planification de la production doit être de 
diminuer progressivement la quantité de travail social dépensée pour 
l'obtention d'un certain volume de produits. Ainsi, si l'économie na- 
tionale a besoin de 1.000 unités d'un produit A au coût unitaire inté- 
rieur de 100 heures de travail, et qui vaut 500 unités monétaires interna- 
tionales sur le marché mondial, et de 250 unités d'un produit B au 
coût unitaire intérieur de 400 heures de travail, et qui vaut 1.000 unités 
monétaires internationales, il faudra dépenser 1.000 X 100 -f- 250 
X 400 = 200.000 heures de travail si on ne recourt pas aux échanges 
internationaux, tandis qu'en recourant aux échanges internationaux 
on obtiendra le même volume de produits en dépensant seulement 
150.000 heures de travail à la production de A. 

En effet, de cette façon on obtient 1.500 unités de A, dont 1.000 
destinées à la consommation intérieure et 500 à l'exportation. Ces 500 
permettent d'obtenir les 250.000 unités monétaires internationales né- 
cessaires à l'importation des 250 unités de B dont on a besoin. De cette 
façon restent disponibles 50.000 heures de travail qui, selon les besoins, 
peuvent être consacrées à telle ou telle production (y compris éven- 
tuellement à la production de produits exportables destinés à financer 
d'autres importations). Aussi, dans une économie planifiée, le résultat 
effectif du recours aux échanges internationaux est-il d'accroître la 
masse des valeurs d'usage dont on peut disposer moyennant une dé- 
pense donnée de travail social. 

2. - Fixation du prix des produits importés et calcul d'un 
cours du change 

Dans la mesure où les prix intérieurs des différents produits doi- 
vent exprimer la dépense de travail socialement nécessaire exigée pour 

7. Nous supposons pour le moment qu'il s'agît uniquement de rapports écono- 
miques entre une économie planifiée et le marché mondial, et nou avec d'autres 
économies planifiées. Cette deuxième éventualité sera examinée au cours d'un pa- 
ragraphe ultérieur. 



f I 1 I I I f I I I I I I I 1 1 I I I I I I f I f I f 

la planification du commerce extérieur ■ — ■ 255 

leur obtention, il convient de calculer cette dépense également poux les 
produits faisant l'objet du commerce international, cette dépense repré- 
sente d'ailleurs le travail effectué par ^économie nationale pour obte- 
nir les produits importés* ; ceci revient tout d'abord à établir l'équi- 
valent d'un « cours de change ». 

L'application des principes antérieurement examinés conduit à 
la solution suivante : on prendra en considération, d'une part, l'en- 
semble des heures de travail dépensées dans la production de l'en- 
semble des produits exportés et, d'autre part, le nombre d'unités mo- 
nétaires obtenues lors de la vente de ces produits sur le marché inter- 
national, chacune de ces unités monétaires représentera ainsi l'équi- 
valent d'un montant déterminé de travail dépensé au sein de l'écono- 
mie nationale. Dans l'exemple ci-dessus, les 50.000 heures de travail 
exportées sous la forme du produit A permettant d'obtenir 250.000 unir 
tés monétaires internationales, ceci revient à dire que l'unité monétaire 
internationale représente, dans ces conditions, 0,2 heure de travail. 
Réciproquement, cela signifie que la dépense de travail fournie pour 
l'obtention, au prix de 1.000 unités monétaires internationales, du pro- 
duit B sur le marché mondial s'élève à 200 heures de travail national. 

Quant au prix auquel il convient de vendre à l'intérieur les 
produits importés, ce prix représentera, chaque fois que possible, 
l'équivalent monétaire de la quantité de travail socialement néces- 
saire à l'obtention de ces produits. Si certains produits importés sont 
également fournis par l'économie nationale, la dépense de travail dont 
il faudra tenir compte sera la dépense nécessaire en moyenne, compte 
tenu de l'importance relative pour les produits considérés de l'apport 
intérieur et de l'apport extérieur. 

3. - Fixation des quantités à exporter et à importer 

Les quantités à exporter, dans une économie orientée vers une 
participation aussi large que possible aux échanges internationaux, 
sont déterminées par les possibilités effectives de cette économie 
quant à sa capacité de fournir, au-delà de ses propres besoins, des 
produits dont l'exportation est pour elle économiquement « avan- 
tageuse »*. 



8. Sur le jeu de la loi de la valeur, du point de vue de la valeur-travail, dam le 
domaine du commerce extérieur, cf. P. M. Sweezy, The Theory of Capitalist Deve- 
lopment, New York, 1942, pp. 287 sq. 

9. Si les produits a exporter ne disposent que d'un marché relativement étroit 
et si leurs prix de vente sont particulièrement flexibles, il faudra également tenir 
compte de la baisse possible des prix mondiaux dans le cas d'un accroissement sen- 
sible des exportations. Au-delà d'une certaine limite, une telle baisse rendrait les 
exportations désavantageuses ; il y a là une autre donnée du problème de la fixation 
des quantités a exporter dont il faudra tenir compte et qui conduira, éventuellement, 
à fixer un quantum d'exportation inférieur aux possibilités effectives (ou a ne pu 



2S6 ■ problèmes théoriques et pratiques de la planification 

Les quantités à importer sont déterminées globalement par le 
montant des recettes en unités monétaires internationales perçues du 
fait des exportations, ces recettes n'ayant généralement pas lieu d'être 
accumulées (sauf dans la mesure où il s'agit de constituer un fonds 
de roulement), si bien que la balance commerciale devra, en longue 
période, être en équilibre. 

En ce qui concerne les quantités à importer de chaque catégorie 
de produits, ces quantités devront être fixées sur la base des besoins 
intérieurs de ces produits (besoins estimés selon les principes anté- 
rieurement exposés) en tenant compte des possibilités nationales de 
production 10 . 

Dans une économie qui serait entièrement orientée vers la divi- 
sion internationale du travail, ces possibilités nationales ne devraient 
être mises en oeuvre que dans la mesure où elles permettraient d'ob- 
tenir un produit donné moyennant une dépense de travail relativement 
plus faible que celle exigée dans le cas où l'on importerait ce produit 11 . 
Il est certain que tant que l'économie internationale est composée dans 
une forte proportion d'Etats capitalistes à l'économie instable et qui 
sont politiquement hostiles aux pays à économie planifiée, la division 
internationale du travail ne peut être poussée jusqu'à ce point. Dans les 
conditions de l'encerclement capitaliste, le recours au commerce exté- 
rieur doit être considéré essentiellement comme un moyen pour accé- 
lérer le développement des forces économiques intérieures, tout en as- 
surant la défense de l'économie socialiste en construction contre les 
manoeuvres des pays capitalistes. 



développer les possibilités techniques de production au-dessus d'un certain chiffre). 
Les calculs qui doivent intervenir ici sont de même nature que ceux qui sont mis en 
jeu dans le cas de fixation monopolistique des prix ; ces calculs n'ont évidemment 
leur place que dans les relations des paya à économie planifiée avec le monde capi- 
taliste et non dans les relations entre pays à économie planifiée. 

10. Dans certains cas, il peut également y avoir intérêt à limiter les importations 
de certains produits, afin de ne pas susciter une hausse de leurs prix mondiaux. Ce 
point devra aussi être pris en considération dans la planification du commerce ex- 
térieur. 

11. Il s'agit uniquement de tenir compte des dépenses relatives de travail à Vin- 
tèrieur de l'économie nationale, ces dépenses pouvant, en valeur absolue, être éven- 
tuellement toutes plus élevées qae dans le reste du monde. Ainsi, dans l'exemple 
que nous avons adopté dans le texte, le produit A est supposé exiger cent heures 
de travail et le produit B quatre cents heures de travail. Si sur le marché internatio- 
nal les rapports de prix de A et de B sont tels que nous les avons supposés, il y aura 
toujours intérêt & exporter le produit A et à importer le produit B, quelles que 
soient les dépenses de travail exigées à l'étranger pour leur obtention. Ces dépen- 
ses peuvent être, par exemple, de cinquante heures pour le produit A et de cent heu- 
res pour le produit B, c'est-à-dire inférieures en valeur absolue a ce qui est exigé 
au sein de l'économie nationale planifiée. Il en est ainsi parce qu'il s'agit d'une éco- 
nomie nationale indépendante de l'économie mondiale. Au contraire, si l'économie 
mondiale était entièrement planifiée, il pourrait y avoir intérêt a une redistribution 
complète des forces productives, redistribution telle que chaque région se spécia- 
lise dans les productions pour lesquelles elle est absolument (et non plus seulement 
relativement) la mieux placée. 



I I I I 1 t I I I I l ! | | | | | ( | I f I I I I | 



la planification du commerce extérieur 257 

4. - Les rapporte économiques entre pays à économie pla- 
nifiee 

Les rapports économiques entre pays à économie planifiée sont 
certainement appelés à passer par des phases successives dont il 
est difficile de prévoir le cours et les caractéristiques. Aussi bien, les 
développements que nous allons essayer de présenter sur ce point 
sont-ils fournis à titre indicatif et provisoire. 

Essentiellement, il semble que l'on doive distinguer deux phases 
successives. 

Dans une première phase, les rapports économiques sont essen- 
tiellement des rapports commerciaux, à fin non mercantile. Il s'agit 
de coordonner les échanges de telle sorte que ceux-ci contribuent au 
développement parallèle des différentes économies planifiées. La na- 
ture et l'ampleur des échanges sont alors déterminées par les différents 
plans économiques nationaux. Le commerce extérieur est un instrument 
de coordination et de c collaboration mutuelle dans le développement 
économique > u . La signification politique du commerce extérieur de- 
vient décisive. 'Cette signification peut se traduire, notamment, par 
les prix pratiqués, qui peuvent être des « prix de faveur », par les con- 
ditions de crédit, par les différentes formes d'aide technique réci- 
proques qui viennent s'ajouter aux relations purement commerciales. 

Dans une seconde phase, il semble que l'intégration des différents 
plans économiques doive aller en progressant, ce qui signifie que l'on 
sera amené à tenir compte de plus en plus des possibilités de redis- 
tribution de certaines forces productives entre les pays à économie pla- 
nifiée, en prenant en considération non seulement les économies rela- 
tives de travail, mais aussi les économies absolues 1 *. 



Tels sont quelques-uns des principes qui doivent déterminer la 
planification du commerce extérieur. Comme on le voit, ces principes 
se rattachent à deux ordres de préoccupations fondamentales : à des 
préoccupations d'équilibre entre les disponibilités et les besoins, d'une 
part, à des préoccupations d'économie de travail, d'autre part, la no- 
tion c d'économie de travail », pouvant selon les cas, avoir une signi- 
fication plus ou moins large. 



12. Mkoun, Bolchevik, 1949, n° 24, p. 50. 

13. Cf. fin de la note 11 de la page 234. 

17 



1 I I I I I I 1 I ! I I I I l I I I I I I | | | I | | 



f I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



f i I f I i i f i i f I I i i i f I f i i i i i i i i r 



Conclusion 



Au cours des pages précédentes, nous avons examiné quelques- 
uns des principaux problèmes que soulève la planification écono- 
mique. Nous n'avons pu que faire le tour de ces problèmes et non 
les étudier à fond, car le cadre du présent volume n'y aurait pas suffi. 
De même, nous avons dû laisser dans l'ombre — ou ne traiter qu'in- 
directement — des questions importantes, mais que nous avons con- 
sidérées comme moins fondamentales que celles que nous avons abor- 
dées. Pour limiter les inconvénients que présente l'existence de ces 
lacunes, nous pensons qu'il n'est pas inutile d'insister, en conclusion, 
sur les plus graves d'entre elles. Cela nous permettra justement de re- 
venir sur l'essentiel de nos développements, afin d'en dégager la portée 
et la signification. 

Parmi les questions que nous n'avons pu traiter et qui demandent 
à être abordées ici, on trouve le problème du taux de l'intérêt, le pro- 
blème des risques et celui de l'initiative, et, enfin, l'ensemble des pro- 
blèmes soulevés par la coexistence d'un secteur planifié et d'un secteur 
non planifié. 



1. - Le problème du taux de l'intérêt 

Dans une économie reposant sur l'appropriation privée des moyens 
de production, le taux d'intérêt se présente essentiellement sous deux 
formes : comme taux d'intérêt à court terme, qui rémunère les excé- 
dents de liquidité dont disposent les particuliers et les entreprises — 
lorsque ceux-ci consentent à se dessaisir momentanément de ces excé- 
dents — au profit de ceux dont les liquidités sont insuffisantes, moyen- 
nant justement ce taux d'intérêt ; comme taux d'intérêt à long terme, 
qui rémunère la partie du capital-argent des particuliers et des entre- 
prises, que ceux-ci consentent à prêter pour plus ou moins longtemps 
et généralement à des fins productives, à d'autres particuliers ou entre- 
prises. L'origine de ce capital-argent n'est plus un -excédent de liqui- 
dité mais l'accumulation par les entreprises ou les entrepreneurs d'une 
partie de leurs profits qu'ils n'utilisent pas ou l'accumulation par les 



260 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



particuliers d'une partie de leurs revenus qu'ils ne dépensent pas 
(épargne) 1 , 

a) Taux ^intérêt et marché. — La format'on de ces taux d*"ntérêt 
— pratiquement dépendant l'un de l'autre — suppose l'existence 
d'un marché pour les prêts à court terme (c'est le marché monétaire, 
ou « marché de l'argent >) et d'un marché pour les prêts à long terme 
(c'est le marché financier, ou « marché des capitaux »). Le fonction- 
nement de ces marchés implique que prêteurs et emprunteurs éven- 
tuels s'y fassent concurrence, les uns et les autres pouvant accroître ou 
réduire librement 2 leurs offres et leurs demandes en fonction non 
seulement de leurs disponibilités et de leurs besoins (qui ne sont pas 
des grandeurs absolues) mais encore des fluctuations des taux d'inté- 
rêt. En un mot, le fonctionnement de ces marchés suppose que prê- 
teurs et emprunteurs disposent librement de leurs fonds et prennent 
librement? leurs décisions de production, d'achat et de vente, ee fas- 
sent une concurrence effective. Ainsi, les uns accroissent ou réduisent 
leurs offres selon la hausse ou la baisse du taux de l'intérêt, les autres 
accroissent ou réduisent leur demande selon la baisse ou la hausse du 
taux de l'intérêt. Nous n'examinerons pas ici, car cela dépasserait le 
but que nous nous proposons, quels sont les motifs qui peuvent pousser 
prêteurs et emprunteurs à agir de telle ou telle façon ; nous retiendrons 
seulement que ce mécanisme a pour résultat d'ajuster l'une à l'autre 
l'offre et la demande qui s'expriment sur ces marchés ; 

la) Planification et marché monétaire ou financier. — Au demeu- 
rant, quels que soient ces motifs, il est clair que le mécanisme du 
marché monétaire et du marché financier ne peut jouer dans une 
économie intégralement planifiée comme il joue dans une économie 
reposant sur l'appropriation privée des moyens de production. D'une 
part, les demandes d'argent liquide et de capitaux d'investissement 
(dont la satisfaction conditionne les opérations de vente et de produc- 
tion) ne peuvent être subordonnées aux fluctuat'ons des taux de F'nté- 
rêt, puisqu'elles doivent être déterminées par le plan. D'autre part, 
les offres d'argent liquide et de capitaux d'investissement (dont l'em- 
ploi conditionne également les opérations de vente et de product'on), 
ne peuvent être subordonnées aux fluctuations du marché, puisqu'il 
faut qu'en toutes circonstances les entreprises disposent des moyens 
monétaires et financiers qui leur sont nécessaires pour satisfaire aux 
tâches productives ou commerciales que le plan leur impose. En 
d'autres termes, les demandes comme les « offres » d'argent liquide et 
de capitaux d'investissements devant être déterminées par le plan ne 
peuvent être déterminées en même temps par les fluctuations des 
taux de l'intérêt. 



1. Nous n'appelous ici « épargne > que ee qui provient des revenus distribués 
non dépensée, à l'exclusion de l'auto-financement. 

2. « Librement > signifie non pas sans motifs ou tans raisons (ee qui inpliquerait 
on indétenniniame économique) mais sans sabir de contrainte légale ou réglemen- 
taire. , : ■ 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 1 I 



conclusion 261 

c) Plan de trésorerie et plan financier. — Concrètement, nous 
savons que les demandes d'argent liquide et des capitaux d'investis- 
sements doivent être directement satisfaites par le plan financier qui 
oblige le système bancaire (dont les fonctions recouvrent entièrement 
celles qui incombent, au moins partiellement, dans les sociétés ca- 
pitalistes aux marchés monétaire et financier) à fournir aux entreprises 
les liquidités et les capitaux dont elles ont besoin pour satisfaire aux 
tâches du plan. Nous savons aussi que le système bancaire peut dispo- 
ser des moyens nécessaires à la satisfaction des obligations qui lui sont 
ainsi imposées. 

Le système bancaire peut disposer des moyens nécessaires, d'une 
part, grâce à l'obligation faite à toutes les entreprises de laisser leurs 
liquidités à sa disposition (le calcul pouvant faire connaître quelles 
seront, à chaque instant, ces liquidités, le plan doit ajuster les be- 
soins de l'ensemble des entreprises dont la trésorerie est momentané- 
ment insuffisante aux disponibilités de l'ensemble des entreprises dont 
la trésorerie est momentanément pléthorique : plus précisément, il 
s'agit d'élaborer et d'appliquer un plan de trésorerie unique pour l'en- 
semble de l'économie). 

D'autre part, le système bancaire peut disposer des moyens néces- 
saires grâce aux prélèvements effectués sur les profits des entreprises 
par le système fiscal ; prélèvements dont le produit est reversé au 
système bancaire — déduction faite des dépenses directement assu- 
mées par l'Etat. Le montant ainsi mis à la disposition du système ban- 
caire doit être égal aux besoins financiers des entreprises ; c'«st pré- 
cisément le rôle du plan de réaliser cette égalisation (c'est là l'aspect 
financier du problème de l'équilibre économique général) sous la 
forme du plan financier unique. 

Dans l'un et l'autre cas, les erreurs momentanées d'ajustement ou 
les défauts de réalisation du plan peuvent être compensés* par la créa- 
tion de monnaie scripturale — pour les règlements entre les entre- 
prises — et de monnaie fiduciaire — pour les règlements à effectuer 
par les entreprises aux particuliers. 

2. - Épargne et investissements 

A l'offre des disponibilités monétaires provenant des entreprises, 
vient s'ajouter l'offre provenant des particuliers. Cette offre a pour 
origine la différence entre le total des revenus distribués et le total 
des revenus consommés. Cette différence peut tenir, soit au fait qu'une 
partie des revenus distribués est destinée par les titulaires de ces re- 
venus à être dépensée seulement plus tard (sommes mises de côté 
pour des dépenses exceptionnelles : dépenses de voyage, acquisition 



3, H ne s'agit évidemment là que d'un palliatif permettant d'atténuer, dans le 
seul domaine financier, les erreurs du plan ou les conséquences de m mauvaise exé- 
cution. 



I I I I I I M I 1 I I I I I I I I I ( I I I I ! I I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 1 I I I I 



262 — problèmes théoriques et pratiques de la planification 

d'objets onéreux ne pouvant être payés sur les rentrées d'une seule pé- 
riode de revenu, etc.), soit au fait que leurs titulaires désirent trans- 
former une partie des revenus distribués en fonds accumulés (afin de 
répondre à des dépenses ultérieures éventuelles, risques de maladies, 
d'accidents, etc., ou afin . de percevoir un revenu sans contrepartie de 
travail). 

a) E par pie-réserve. — Il est évident que ces différentes offres ont 
chacune des caractéristiques propres. Les offres provenant du retard 
apporté à la dépense d'une partie des revenus correspondent à ce que 
l'on a appelé T épargne-réserve ; elles proviennent d'une répartition 
des besoins de liquidité des particuliers qui ne correspond pas à la ré- 
partition de leurs disponibilités monétaires entre les périodes de re- 
venus. Certaines périodes de revenus comportent des rentrées excé- 
dentaires, d'autres des rentrées insuffisantes. Si aucun intérêt n'est 
servi sur les sommes ayant cette origine (c'est-à-dire sur les sommes 
provenant d'une certaine structure et d'une certaine répartition des 
besoins à travers le temps) ces sommes n'en continueront pas moins 
à être accumulées puis dépensées selon le rythme qui leur est propre : 
il en est de même des sommes destinées à couvrir certains risques 
individuels. La seule conséquence de l'absence de taux d'intérêt pour- 
rait être que l'argent ainsi mis de côté sera peut-être thésaurisé pour 
une part plus importante — et donc qu'une part plus faible sera dé- 
posée en banque ou dans 'les caisses d'épargne. 

Cette conséquence n'apparaît guère préjudiciable puisque les be- 
soins de liquidité du système bancaire et des entreprises, qui en ré- 
sulteraient, peuvent fort bien être compensés par une création mo- 
mentanée de la monnaie bancaire ou fiduciaire, création destinée à 
être résorbée lors de la remise en circulation des sommes thésaurisées. 
Au demeurant, on peut éviter, par différents procédés, que la thésau- 
risation, ayant cette origine, prenne des proportions que l'on jugerait 
excessives. 

La généralisation de 1' « épargne à but déterminé » est un de ces 
procédés. Cette épargne se pratique dès maintenant à une assez large 
échelle dans les pays anglo-saxons et en Allemagne (Zwecksparen), 
notamment pour l'acquisition d'une maison particulière. Ceux qui 
pratiquent cette forme d'épargne versent les sommes qu'ils destinent 
à la constitution d'un « capital », qui doit leur servir à une acquisi- 
tion déterminée, à un organisme spécialisé qui, le moment venu, leur 
délivre l'objet qu'ils désirent. Supposons que cet objet soit une auto- 
mobile qui coûte 300.000 fr. et qu'un épargnant donné ne puisse mettre 
de côté pour cette acquisition que 10.000 fr. par mois. S'il devait at- 
tendre d'avoir accumulé l'argent nécessaire, il lui faudrait attendre 
trente mois, mais s'il verse chaque mois son épargne auprès d'une 
caisse spéciale, qui groupe les versements de nombreuses personnes, il 
pourra être satisfait plus tôt, la caisse achetant une automobile chaque 
fois .qu'elle a réuni une somme suffisante et la cédant aussitôt à ses 
adhérents, dans l'ordre de leur inscription, moyennant l'engagement 



i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i t r i f i 



conclusion r 2d3 

par eux de continuer leurs versements jusqu'au paiement intégral de 
leur dette. Ainsi, une caisse qui a 3.000 adhérents cotisant dans les 
conditions ci-dessus décrites peut acheter 100 automobiles par mois. 
Le système peut être appliqué à l'ensemble des marchandises dites 
« anomales » : meubles, appareils ménagers coûteux, etc. et permet 
de réduire au mimimum cette sorte de thésaurisation. Ce système 
permet, en outre, d'établir sur une base très sûre la planification de 
la production de toute une série d'objets de consommation. 

De même, la couverture des risques individuels se réalise sans 
thésaurisation à travers le mécanisme de l'assurance, que celle-ci fonc- 
tionne selon les principes de l'assurance mutuelle et de la répartition 
ou selon les principes de la « capitalisation » (car les recettes pro- 
venant de cette capitalisation ne sont évidemment pas thésaurîsées mais 
sont mises à la disposition de l'économie dans le cadre du plan de tré- 
sorerie). Nous reviendrons dans un instant sur le problème des risques. 

b) Epargne « définitive >. — Tandis que les épargnes examinées 
jusqu'à maintenant se constituent même si elles ne sont pas rému- 
nérées par un intérêt, il n'en est évidemment pas de même des épargnes 
constituées dans le but de percevoir un revenu sans contrepartie de 
travail. La question qui se pose est donc de savoir si ces épargnes, qui 
servent à financer des investissements et l'extension de la production, 
continuent à être nécessaires dans une économie entièrement planifiée 
(auquel cas il faudrait les rémunérer) ou si elles sont superflues. Cest 
là le fond de la question des rapports entre épargne et investissements 
au sein d'une économie planifiée. 

D'après tous nos développements antérieurs, il apparaît que dans 
une économie planifiée non seulement l'épargne « définitive » n'est 
pas indispensable, mais encore qu'elle peut être un élément de désé- 
quilibre économique. En effet, si le plan ajuste le montant des re- 
venus distribués au montant des objets de consommation disponibles, 
lorsqu'une partie des revenus distribués n'est pas convertie en objets 
de consommation mais est mise à la disposition de l'appareil bancaire 
pour servir à l'acquisition de moyens de production, on enregistrera 
une surproduction d'objets de consommation et une sous-production 
équivalente de moyens de production. Le plan peut cependant tenir 
compte de ce phénomène et réduire en conséquence la première sorte 
de production au profit de la seconde ; dans certains cas, il peut y 
avoir intérêt à agir ainsi, afin de laisser une place à l'initiative indivi- 
duelle dans l'accumulation sociale. Quand il en est ainsi on peut pré- 
voir le versement d'un intérêt, de primes ou de lots aux épargnants. 

Néanmoins, le mécanisme du « profit » provenant de l'écart entre 
valeur et prix de revient est un instrument autrement sûr de finance- 
ment des investissements que le recours à l'épargne individuelle. Cest 
un mécanisme grâce auquel on peut prévoir, avec certitude, le montant 
des sommes dont on disposera pour l'extension ultérieure de la pro- 
duction, ce qui permet un ajustement rigoureux de la production de 
moyens de production supplémentaire aux sommes en question. 



264 : problèmes théoriques et pratiques de la planification 

Il n'est pas sans intérêt de noter que, même dans l'économie ca- 
pitaliste, révolution tend précisément à subordonner de moins en 
moins le montant des investissements à celui des épargnes indivi- 
duelles ; c'est la signification du développement de l'auto-financement. 



La substitution du mécanisme du plan et de l'auto-financement 
au mécanisme du marché financier a pour conséquence que désormais 
le rythme de F accumulation se trouve déterminé en vertu d'une dé- -mg 

cision consciente et non plus en vertu des automatismes du marché. ■ 

•Cette transformation est, sans doute, une des plus importantes caracté- 
ristiques de l'économie planifiée, elle est liée à la socialisation des 
moyens de production et au fait, qui en résulte, que l'autorité centrale 
dispose désormais souverainement de l'ensemble des « fonds > et des 
c profits » sans avoir à les « marchander > à des propriétaires parti- 
culiers. 

Cest grâce à cette transformation que peut être assuré le 'plein 
emploi des forces productives, par une constante adaptation du rythme 
de renouvellement de l'outillage et du rythme de l'accumulation aux 
possibilités de production, et réciproquement (alors que dans l'écono- 
mie du marché cette adaptation ne se réalise jamais parfaitement, mais 
seulement à travers les fluctuations cycliques — car l'accumulation 
n'est pas déterminée par les possibilités de production mais par les 
possibilités de profit). 

Ainsi, dans une économie planifiée, le taux de l'intérêt ne joue, 
en principe, aucun rôle en ce qui concerne le calcul économique. 
Lorsqu'un taux d'intérêt existe, sa fonction est des plus Limitées. Dans 
les rapports entre l'appareil bancaire et les entreprises, cette fonction 
consiste essentiellement à couvrir les frais de fonctionnement des ban-* 
qnes. 



* 



? 



3. - Le risque dans l'économie planifiée 

Le risque économique peut se présenter sous différentes formes. 
Pour la facilité de l'exposé, on peut distinguer des risques indi- 
viduels et des risques collectifs, des risques naturels ou physiques et 
des risques sociaux. 

a) Les risques physiques et individuels. — Les risques physiques 
et individuels sont ceux qui frappent l'individu soit dans sa per- 
sonne (incapacité de travail, par exemple), soit dans ses biens. 

La réduction au minimum des conséquences de ces risques pour 
l'individu apparaît comme un des buts qu'il est souhaitable d'attein- 
dre ; de ce fait, elle apparaît comme devant être recherchée par une 
planification économique rationnelle. On notera, d'ailleurs, que l'évo- 
lution économique et sociale contemporaine va dans ce sens. On notera 
aussi que cette réduction au minimum est nécessaire pour que l'équi- 



i i I i i i i i i i i i i I I i I M I I I I i I I I I 



conclusion ■ 265 

libre économique général paisse effectivement se réaliser à travers le 
plan. 

Quant aux procédés grâce auxquels on peut parvenir à réduire 
au minimum, pour les individus, les conséquences des risques qu'ils 
peuvent encourir, ils sont les mêmes que l'on soit dans une économie 
planifiée ou non planifiée. Dans l'un comme dans l'autre cas, on peut, 
soit se fier aux décisions des individus eux-mêmes, en favorisant sim- 
plement leur affiliation à des organismes d'assurances ; soit rendre 
cette affiliation obligatoire, en prélevant d'autorité sur leurs revenus 
les sommes nécessaires à la couverture des risques ; soit garantir les 
individus contre les conséquences des risques qu'ils encourent à la 
fois par la création d'un ensemble d'institutions sociales et par la for- 
mation d'un fonds d'assurance constitué sur le revenu national. C'est 
sans doute ce dernier procédé qui est le plus conforme à la nature de 
l'économie planifiée. Pratiquement comme les mêmes risques se réali- 
sent à peu près avec la même ampleur chaque année, il est facile de 
prévoir quelle somme devra être prélevée pour couvrir les risques en 
question. Ces sommes font partie des dépenses improductives de la 
collectivité ; 

b) Les risques naturels collectifs. — Les risques naturels collec- 
tifs sont ceux qui frappent la société dans ses biens (destruction par 
incendie, inondation, ou autrement, d'une partie des propriétés pu- 
bliques). Ici, le mécanisme classique de l'assurance n'a pas, appa- 
remment, à jouer, puisque la société prélèverait sur son propre patri- 
moine les primes qui lui serviraient à se payer ses propres indemnités. 
Il semble donc qu'il suffise ici aussi de prévoir, en gros, quels peuvent 
être le montant et la nature des risques qu'il s'agira de couvrir au cours 
de l'année, pour prélever sur le revenu national les sommes nécessaires 
à cette fin (en prélevant parallèlement sur la production les objets 
nécessaires à la répartition effective des conséquences de ces risques). 
Pourtant, cette manière de faire représente un inconvénient majeur : 
elle fait apparaître le risque comme purement accidentel, ce qu'il est 
dans sa particularité mais non dans sa généralité. Dans sa généralité, 
au contraire, te risque est non un phénomène accidentel, mais un phé- 
nomène nécessaire. 

Pour autant qu'il frappe des entreprises productives, il doit 
donc entrer dans les frais de production, et les dépenses qu'engendre 
la réparation de ses conséquences, constituent des dépenses produc- 
tives, qu'il faut intégrer aux prix de revient. Précisément, poux que 
cette intégration puisse se faire rationnellement, sur chaque ' prix 
de revient, il faut que chaque entreprise — bien qu'elle soit une 
entreprise publique — soit assujettie à payer une prime d'assurance 
proportionnelle à l'importance des biens dont elle dispose et aux ris- 
ques auxquels ces biens sont sujets. Le montant de cette prime pourra 
ainsi être intégré à chaque prix de revient. Cest la solution qui pré- 
vaut en U.R.S.S. où les entreprises publiques sont obligatoirement as- 
surées auprès d'un organisme national d'assurances. 



I I I I I I I I | I I I I I I I I I I I I I I I I 



r i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i 

2 ** problèmes théoriques et pratiques de la planification 

c) Les risques sociaux. — Restent enfin les risques sociaux. Dans 
Péconomie capitaliste, ces risques sont représentés pour les individus, 
s'ils sont salariés, par le chômage involontaire, s'ils sont chefs d'entre- 
prise privée par l'impossibilité de couvrir leurs frais de production, 
s'ils sont prêteurs par l'impossibilité où ils sont de recouvrer leurs 
créances. 

Pour la garantie du premier et du dernier de ces risques, le déve- 
loppement de la société capitaliste a fait surgir des institutions parti- 
culières : 1 assurance-chômage et l'assurance-crédit ; seul le second 
risque ne peut être couvert, et cela va de soi, car le propre du chef d'en- 
treprise privée est précisément de courir des risques. 

. .*? P' emier et le second de ces risques ont leur répercussion sur la 
société elle-même : ils représentent, le premier, un emploi insuffisant 
des forces productives, le second un mauvais emploi des forces pro- 
ductives. Le fait d'indemniser le chômeur contre la perte de revenu 
qu'entraîne pour lui l'impossibilité de trouver un emploi lucratif laisse 
entière, pour la société, la perte que le chômage représente et aucun 
système d' c assurance » ne peut la garantir contre ce risque, pas plus 
que contre une mauvaise utilisation des forces productives. 

Plus précisément, la seule garantie effective contre le chômage et 
le gaspillage des forces productives, qui atteint son maximum au cours 
des crises cycliques (pour ne pas parler des guerres) est la mise sur pied 
d'un plan économique qui réalise à la fois le plein emploi et l'emploi 
rationnel des forces productives. Ce plan, d'ailleurs, a automatiquement 

pour conséquence de transférer le risque économique qui est soit 

un risque d'erreur, soit un risque d'exécution — des entreprises privées 
à la collectivité. Ce transfert implique évidemment celui de l'initiative 
et, avec elle, de la propriété (on ne peut véritablement risquer que ce 
qui vous appartient)*. C'est le problème de l'initiative qui retiendra 
maintenant notre attention. 



^ 



4. - Le problème de l'initiative 



("" Une des principales objections faites par ses adversaires à la plani- 
fication économique, c'est que celle-ci serait inconciliable avec l'initia- 
tive qu'exige la vie économique. La planification aboutirait, selon eux, 
à la routine, à la stagnation et même, comme un état purement station- 
naire est inconcevable, à la régression. 

Une telle manière de voir n'est nullement justifiée. L'expérience 
soviétique, à elle seule, prouve déjà de quelle force de renouvellement 
et d'initiative une économie planifiée est capable. Par contre, le dé- 
veloppement des monopoles sur la base de la propriété privée donne 
le spectacle de cet étouffement des initiatives que représente le malthu- 



4. Dans la mesure où l'économie capitaliste actuelle tend i limiter les risques des 
chefs d'entrepriee sur la base de la propriété privée, elle tend a supprimer toute ini- 
tiative et toute extension des forces productives, elle tend a la stagnation économique. 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I f f f 

conclusion : ■ — ■ *" 

sianisme économique. L'entrepreneur privé, lorsqu'il n'est pas contraint 
par la concurrence, ou poussé par les possibilités que lui offre une éco- 
nomie en voie de développement, non seulement ne fait pas preuve 
d'initiative, mais tend au contraire à réduire sa production afin de faire 
monter ses prix de vente et ses profits. 

a) Les sources de Finitiative. — Ce qu'il y a d'exact dans la crainte 
exprimée par ceux qui parlent de la disparition de l'initiative dans un 
régime de planification, c'est que dans un tel régime l'initiative a d'au- 
tres sources que dans un régime d'économie privée. Dans ce dernier, 
l'initiative privée a pour source, en principe, la recherche du plus grand 
gain monétaire*. Il en résulte que lorsqu'un accroissement de profit 
peut être réalisé par la voie de restrictionnisme économique (ce qui est 
de plus en plus fréquemment le cas avec la transformation de struc- 
ture de l'économie moderne), on constate que les < initiatives > vont 
dans le sens de la stabilisation de la technique et des conditions de tra- 
vail et non de leur perfectionnement. 

L'initiative publique, par contre, a pour source 1' « intérêt géné- 
ral », la question étant d'ailleurs de savoir quel est le contenu concret 
de cet intérêt général dans un système caractérisé par l'existence d'in- 
térêts privés opposés ; sur ce point, l'expérience montre que ce qu'on 
appelle l'intérêt général tend, en fait, à se confondre avec les intérêts 
privés les plus puissants*. 

Dans un régime d'économie planifiée, reposant sur la socialisation 
des moyens de production, il subsiste côte à côte une initiative publique 
et une initiative privée, mais la première prend le pas sur la seconde, 
car la première se situe sur le plan de la décision, la seconde sur le plan 
de l'exécution. L'initiative publique continue à avoir pour source 
1' c intérêt général », mais celui-ci change de contenu, car il existe dé- 
sormais un intérêt général nnivoque qui est celui de la société tout en- 
tière dans son présent et dans son devenir. 

b) Initiative privée et exécution. — L'initiative privée conserve 
dans un régime d'économie planifiée une grande importance dans le 
domaine de l'exécution du plan. Ici, tant que le comportement des in- 
dividus n'a pas été transformé profondément, la considération du gain 
monétaire conserve une place considérable, car c'est pour s assurer le 
maintien ou l'accroissement de leur gain monétaire que les différents 
travailleurs (qu'il s'agisse d'ouvriers, d'employés, de directeurs d'entre- 
prises, etc.) font les efforts nécessaires pour satisfaire aux obligations 
du plan. 



5. Nous disons c en principe > car il est évident que même dans une telle éco- 
nomie des initiatives peuvent être prises sur le plan économique indépendamment 
de toute considération de gain monétaire ; mais c'est là nne exception. 

6. C'est ainsi que depuis que les intérêts du grand capital industriel vont dans le 
sens du malthusianisme économique, la puissance publique, dans tous les pays, a 
pris des mesures favorables a ce malthusianisme (aux dépens de la grande masse 
des consommateurs), c'est de cette façon que s'explique notamment le développe- 
ment du c surprotectionniame » de l'époque moderne. 



268 problème! théoriques et pratiques de la planification 

Cependant, l'expérience montre qu'assez rapidement on assiste, 
après la disparition du capitalisme, à une transformation de l'attitude 
d'un grand nombre de travailleurs vis-à-vis de leur travail. Dès lors, une 
source nouvelle d'initiatives créatrices se fait jour. Le mouvement des 
brigades de choc et le stakhanovisme en U. R. S. S., les mouvements 
analogues qui se développent dans les démocraties populaires montrent 
l'importance que peut revêtir cette source d'initiatives, source autrement 
féconde que l'initiative des entrepreneurs animés par la recherche du 
profit. A une certaine étape, le problème qui se pose consiste à inté- 
grer toutes ces initiatives dans le plan économique général, ce qui est 
possible grâce au caractère collectif de ces mouvements. 

5. - Les « faux-frais » de la planification 

A côté de la question de l'initiative proprement dite, on a souvent 
soulevé celle du poids de l'appareil économique comptable et statisti- 
que que suppose la mise en œuvre d'une économie planifiée, poids dont 
l'importance serait telle qu'il aurait pour conséquence des dépenses ex- 
cessives, réalisées au détriment de l'ensemble de la population. Cette 
observation constitue une critique à l'égard des € faux-frais » qu'en- 
gendrerait une économie planifiée, ou, si l'on veut, à l'égard des dé- 
penses que représenterait la direction d'une telle économie. Il est vrai 
que la direction d'une économie planifiée implique des dépenses relati- 
vement considérables ; mais — indépendamment du fait, décisif, qu'une 
telle économie constitue sans doute une nécessité historique inélucta- 
ble 7 — la question est de savoir, d'une part, si ces frais sont plus élevés 
en valeur absolue que ceux qui résultent d'une économie concurren- 
tielle ; d'autre part, au cas où il en serait ainsi, si l'accroissement d'ef- 
ficience économique corrélatif à l'augmentation de frais, ne compen- 
serait pas largement celle-ci. Il est difficile de répondre à de telles ques- 
tions. 

Toutefois, il importe de se souvenir que l'économie concurrentielle 
comporte, elle aussi, des faux-frais considérables et difficiles à évaluer, 
dont les plus importants sont constitués par les crises cycliques, qui en- 
traînent un énorme gaspillage de richesses et de forces productives 8 . 
Quant à l'économie dirigée et à la € planification souple », elles com- 
portent des frais de < management » également considérables, d'autant 
plus considérables qu'elles impliquent (surtout la € planification sou- 
ple ») un lourd appareil de contrôle, alors qu'elles laissent subsister 
tous les faux-frais qu'implique la structure de l'économie concurren- 
tielle (bourse, appareils bancaire et commercial complexes, etc.) et 
qu'elles ne peuvent en fait, éviter des phénomènes de crise. 



7. Si le inonde doit être sauvé de la stagnation économique et des guerres. 

8. Le» guerres elles-mêmes sont, sans aucun doute, une des conséquences iné- 
luctables du régime capitaliste. 



I 1 I I I I 1 I I 1 I 1 I I I I I I I I I I I I I I I I 



conclusion — " 269 

Parmi les questions qu'il nous faut passer ici en revue, il en est en- 
core une qui doit retenir notre attention : la question de la coexistence 
éventuelle d'un secteur planifié et d'un secteur non planifié. 



De même que les points abordés jusqu'à maintenant au cours de 
cette conclusion ne constituent que des aperçus particuliers sur des dé- 
veloppements antérieurs, ou des compléments à ces développements, de 
même la compréhension des problèmes suscités par la coexistence d'un 
secteur planifié et d'un secteur non planifié (d'un secteur socialisé et 
d'un secteur privé) implique qu'aient été résolues l'ensemble des ques- 
tions que nous avons traitées jusqu'ici. C'est pourquoi, nous abordons 
ces problèmes en conclusion de notre exposé d'ensemble. 

6. - Les problèmes soulevés par la coexistence d'un secteur 
planifié et d'un secteur concurrentiel 

A la fin de la première partie de cet ouvrage, nous avons dit quel- 
ques mots de la planification < souple » et nous avons mis en lumière 
ce que nous considérons comme ses faiblesses essentielles. Nous avons 
insisté, notamment, sur les contradictions qui caractérisent inéluctable- 
ment la planification < souple » et sur la signification sociale de cette 
planification qui aboutit nécessairement au malthusianisme économi- 
que. La planification partielle qui, dans certaines circonstances histo- 
riques et politiques, peut être l'aboutissement de la planification 
c souple » — soulève des problèmes très différents. 

a) Conditions de la planification partielle. — La planification par- 
tielle suppose l'existence d'un secteur planifié, donc socialisé. Elle im- 
plique que ce secteur ait un poids spécifique suffisant pour pouvoir 
se développer selon un plan et indépendamment des fluctuations de 
conjoncture qui peuvent affecter le secteur privé. Elle implique, enfin, 
que soient réalisées des conditions politiques telles que l'existence du 
secteur socialisé n'apparaisse pas comme un palliatif momentané à des 
difficultés transitoires (c'est ainsi que la plupart des nationalisations 
apparaissent comme des opérations de renflouement de sociétés capi- 
talistes sur le bord de la faillite) mais comme une étape vers une socia- 
lisation et une planification de plus en plus larges ; 

b) Le cas delaN.E.P. — Dans de telles conditions, la planification 
partielle apparaît comme une simple étape vers la planification to- 
tale. La N. E. P., caractérisée par l'existence d'un important secteur so- 
cialisé, surtout dans l'industrie, et par l'idée d'une lutte consciente du 
secteur planifié contre les forces du marché, donne un exemple de ce 
que peut être une économie partiellement planifiée. La N. E. P. en ef- 
fet, était caractérisée par l'existence d'un secteur public, et par une 
surveillance constante exercée sur le secteur privé, au moyen des chif- 
fres de contrôle et par l'organisation du € capitalisme d'Etat » ; 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



270 problèmes théoriques et pratiques de la planification 

c) Justification d'une planification partielle. — La planification 
partielle semble s'imposer dans la mesure où le travail productif lui- 
même n'étant pas encore socialisé dans certaines branches de l'économie 
(chez les artisans et les paysans parcellaires, notamment), il paraît dif- 
ficile de procéder à la socialisation des moyens de production utilisés 
dans ces branches et plus difficile encore de prétendre régir par on 
plan une multiplicité de petites exploitations. Dans de telles conditions, 
le secteur planifié et socialisé doit être constitué, soit par l'ensemble 
des branches où domine la grande production socialisée, soit par l'en- 
semble des grandes entreprises, le secteur privé par les autres branches 
ou les autres entreprises ; 

d) Tâches obligatoires et objectifs prévisionnels. — Le plan doit 
prévoir, alors, des tâches obligatoires pour le secteur socialisé, et des 
objectifs simplement prévisionnels pour le secteur privé. Si le secteur 
socialisé a un poids spécifique suffisant, il peut influencer l'évolution 
de l'économie tout entière — qui peut alors être prévue de façon plus 
ou moins rigoureuse : c'est ce à quoi tendaient les chiffres de contrôle 
élaborés précisément au cours de la N. E. P., et même jusqu'en 1930. 
De même, et c'est là une condition essentielle d'une planification par- 
tielle valable, si le secteur socialisé a un poids spécifique suffisant, il 
peut permettre l'intégration graduelle du secteur privé au secteur so- 
cialisé, soit en concurrençant victorieusement le secteur privé, soit en 
le faisant entrer dans la voie de la coopération. 



H importe de noter que la coexistence d'un secteur privé concur- 
rentiel et d'un secteur socialisé planifié ne soulève pas de difficultés 
fondamentales, étant donné que les règles qui gouvernent la fixation des 
prix dans le secteur planifié sont précisément celles qui tendent à s'ap- 
pliquer, à travers les fluctuations du marché, dans le secteur concur- 
rentiel. D n'en serait pas de même si le secteur privé était constitué 
par des branches de l'économie où dominent les grandes entreprises 
disposant d'une situation de monopole de fait plus ou moins marquée. 

Ce dernier point de vue entraîne une condamnation de la concep- 
tion des « trois secteurs » : secteur nationalisé, secteur contrôlé et sec- 
teur libre. Toutes réserves faites sur le caractère des nationalisations 
qui seraient à la base de l'existence du secteur nationalisé, il est évident 
que le secteur contrôlé comprendrait encore des grandes entreprises, à 
l'égard desquelles on prétendrait appliquer les procédés de la planifi- 
cation « souple » (car il ne peut être question entre ces grandes entre- 
prises de concurrence effective). On retomberait, alors, non seulement 
dans les contradictions de la planification < souple.» mais encore dans 
les contradictions qui opposeraient la politique des prix et de la pro- ■ 
duction du premier et du troisième secteur à la politique des prix et de 
la production du second secteur. Cest pourquoi, seule la coexistence 
de deux secteurs paraît possible : le secteur socialisé et planifié, d'une 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I f 



conclusion 271 

part, le secteur privé et concurrentiel, d'autre part. Ceci ne signifie 
d'ailleurs nullement que le secteur privé ne serait soumis à aucun con- 
trôle, au contraire ; mais ce contrôle aurait essentiellement pour but 
de vérifier que la concurrence subsiste effectivement dans le secteur 
privé, et de vérifier si révolution de ce secteur se fait bien conformé- 
ment à la partie prévisionnelle du plan. 



Telles sont, dans leurs grandes lignes, les caractéristiques d'une 
économie de planification partielle. Précisément, on ne peut donner 
que les grandes lignes d'une telle économie, car son fonctionnement de 
fait dépend des circonstances dans lesquelles on se trouve. Avec la pla- 
nification partielle, nous abandonnons le terrain sur lequel nous nous 
sommes placés presque tout au long de ce livre, terrain qui était celui 
de l'observation et de la théorie. La planification partielle soulève toute 
une série de questions qui, à elles seules, forment un ensemble qui de- 
manderait à être examiné à part. H en est ainsi, notamment, de la ré- 
glementation qui peut être imposée au secteur privé, des questions de 
fiscalité, des questions soulevées par les rapports commerciaux entre 
le secteur planifié et le secteur privé, etc. Ces questions demande- 
raient de longs développements* ; c'est précisément parce que ceux-ci 
débordaient du cadre que nous nous étions tracé, que nous nous sommes 
contentés de les indiquer en conclusion du présent exposé. 



Nous pensons avoir évoqué ainsi les aspects principaux des pro- 
blèmes théoriques et pratiques de la planification. Nous insistons sur 
ce point que ce ne sont là que les « aspects principaux >, car nous sa- 
vons fort bien que la plupart des idées que nous avons énoncées ici de- 
manderaient à être beaucoup plus longuement développées. Les dimen- 
sions que nous avons données à notre exposé ne nous ont pas permis 
de le faire ; aussi est-ce ultérieurement à un effort d'approfondisse- 
ment des principes exposés dans cet ouvrage que nous devrons nous 
livrer". 



9. Ces développements devraient s'appuyer, notamment, sur une étude attentive 
de la politique économique suivie dans les démocraties populaires pendant les 
premières années de leur existence, avant que socialisation et planification aient 
atteint leur ampleur actuelle. 

10. C'est précisément à cet effort d'approfondissement que nous tendons en or- 
ganisant les travaux du groupe d'étude des problèmes de planification, groupe cons- 
titué dans le cadre de la VI' Section de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes et avec 
l'aide du Centre d'Etudes de Politique étrangère. Les résultats de ces travaux font 
désormais l'objet d'une publication régulière, sous le titre Problèmes de Planifi- 
cation. 



' 



• 



«I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



Incidence sur l'équilibre économique de la libé- 
ration de forces de'travail et de moyens de tra- 
vail utilisés dans le secteur improductif 



Nous supposons dans le texte 1 que le rapport entre les « moyens 
de travail > et le travail € actuel » est le même dans la sphère impro- 
ductive que dans la sphère productive (s'il était supérieur, il y aurait 
un processus d' « accumulation », s'il était inférieur, nous tomberions 
pour partie dans le second cas). En conséquence, toute réduction des 
dépenses improductives permettra le transfert (moyennant certains tra- 
vaux de transformation dont nous ferons abstraction) à la sphère pro- 
ductive des moyens de travail et des forces de travail qui se trouvent 
ainsi libérés. En nous reportant au schéma n° 1 ter 3 , nous voyons que 
le rythme d'accroissement des forces de travail de 6 2/3 % nécessite, 
si l'on veut maintenir les mêmes salaires que dans le schéma n° 1 ter et 
maintenir le plein emploi, une réduction de 7 milliards 1/9 des dépen- 
ses improductives. Si le taux des salaires et le rapport du travail « ac- 



1. Voir pp. 212 sq. 

2. Du point de vue théorique, c'est certainement le schéma n° 1 ter qui est exact. 
Economiquement, il convient d'assimiler les produits utilisés dans la sphère impro- 
ductive, quelle que soit leur nature, à des objets de consommation. En effet, tous ces 
produits se comportent comme des objets de consommation, étant donné que dans 
le processus de leur utilisation, leur valeur se trouve purement et simplement dé- 
truite ; au contraire, ce qui caractérise les produits de la branche I, c'est-à-dire de 
la branche productrice des moyens de production, c'est que lors de l'utilisation des 
produits de cette branche, leur valeur, loin de se trouver détruite, se trouve au con- 
traire transmise aux objets produits avec leur aide. Toutefois, pratiquement, il peut 
ne pas être sang intérêt d'assimiler du point de vue de l'analyse les moyens utilisés 
dans les travaux de la sphère improductive à des moyens de production, étant donné 
qu'ils peuvent précisément par leur nature mime, être transférés sans difficulté a 
l'autre sphère et donner lieu i un développement des forces prodnctivea. C'est ainsi 
que les naine* d'armement peuvent être transformées en usines produisant des trac- 



I I I I I I I I I 1 I I t I I I 1 l 1 l I I I I I I I 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



276 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



tuel » aux moyens de travail est le même dans la sphère improductive 
que dans la sphère productive, cela signifie que cette réduction de dé- 
penses porte à concurrence de 1 milliard 7/9 sur des salaires de tra- 
vailleurs non productifs et à concurrence de 5 milliards 3/9 sur les 
moyens de travail qui étaient à leur disposition. Pour que l'équilibre 
entre les branches I et II ne soit pas rompu, il faudra répartir les forces 
et les moyens de travail ainsi libérés entre les deux branches, confor- 
mément à la répartition déjà existante (pour autant que cela est tech- 
niquement possible). Dans ces conditions, le schéma de la production 
et de la répartition se présentera comme suit : 



Branche I . 
Branche II 



Moyens 

de production 

consommes 



63 11/43 
26 32/43 



90 



3,78 
1,55 



5 3/9 



Salaires 

distribués 

aux producteurs 



oi 



21 37/143 
8 1067143 



30 



1,26 
0,52 



17/9 



S4S 

g SE 



5,5 
2,30 



7 8/9 



o 



5 287/429 
2 142/429 



1011/3 
412/3 



143 



tenra on d'autres machines. C'est pour cette raison parement pratique qne, dans cer- 
tains cas, il y a intérêt à (aire entrer dans la branche I les produits consommés dans 
la sphère improductive. Si l'on agit de la sorte, le schéma 1 ter apparaîtra sous la 
forme suivante : 





MotSns 
de tbavail 
consommés 


Salaires 
distribuas 




67 1/2 
22 1/2 


22 1/2 
7 1/2 


Sphère Improdue- 


00 

11 1/4 


30 
3 3/4 






101 1/4 


33 3/4 



Travail 
non PATI 

AUX PBODUCTEUHS 



11 1/* 

3 3/4 



Valeur 
dbs produits 



101 1/4 

33 3/4 
135 






I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I f I I 



II 



Dynamique avec population stationnaire et 
maintien d'une même répartition des forces 
productives 



Dans l'exemple que nous avons pris, dans le texte, d'une dynamique 
< purement économique » avec population stationnaire, nous avons 
considéré que l'on s'était fixé pour but de maintenir stable la valeur du 
surprodnit. On pourrait imaginer que l'on se soit fixé pour but de main- 
tenir stable la répartition des forces productives. Dans ce cas, les sché- 
mas des quatre périodes successives se présenteraient comme suit : 



Moyens 

de production 

utilises 



Salaires 
distribués 



Travail 
< non payé > 
(accumulation) 



Branche I . 
Branche LT 

Branche I . 
Branche LT 

Branche I • 
Branche LT 

Branche I . 
Branche LT 



Première période 
40 26 2/3 

20 13 1/3 



60 



40 



13 1/3 
6 2/3 



20 



Troisième période 



Quatrième période 

68 4/27 34 2/27 5 25/27 

34 2/27 17 1/27 2 26/27 

102 2/9 511/9 ~ 8 8/9 



Valeur 
des produits 



= 80 
= 40 



= 120 



53 1/2 
26 2/3 


D« 


'-uxième pêriodt 
26 2/3 
13 1/3 


j 

13 1/3 
6 2/3 


= 93 1/3 

= 46 2/3 


80 




40 


20 


= 140 



62 2/9 
31 1/9 


31 1/9 
15 5/9 


8 8/9 
4 4/9 


= 102 2/9 
= 51 1/9 


93 1/3 


46 2/3 


13 1/3 


= 153 1/3 



= 108 4/27 
= 54 2/27 

= 162 2/9 



278 



• problème* théoriques et pratiqua de la planification 



Comme on le voit, on a ici — contrairement à ce qu'on a dans le 
texte — une hausse progressive du taux des salaires et une réduction 
progressive du surproduit. On notera, par contre, que les formules de 
production se modifient beaucoup plus lentement (au cours de la qua- 
trième période, on a une formule de production qui correspond au 
coefficient 1,7, au lieu de coefficient 2), donc que la baisse des prix, 
due à l'accroissement de la productivité, est plus lente. Dans le cas pré- 
sent, au même salaire nominal correspondrait donc un salaire réel plus 
faible. 



•I 



; 



t * I l l l I ( l l I I I l I I I I I I I I I I I 1 I I 



III 



Analyse de la dynamique avec population 
stationnaire 



A. — Pourcentage des forces de ^travail affectées à la branche II 

Si l'on considère, par exemple, le pourcentage des forces de travail 
affectées à la branche II, on voit que ce pourcentage évolue comme suit 
(d'après les schémas n° 3 bis, 11, 12 et 13) : 



1" période 
2* période ; 
3* période : 
4" période ; 



33 1/3 % 
28 4/7 % 
25 % 
22 2/9 % 



B. — Evolution de la production et de la répartition de la production 



1" période 

V ■■-— . 
3'. — 
»• — 



Val euh 

DE LA 

PRODUCTION 

DE MOYENS 

DE PRODUCTION 



80 
100 

120 
140 



En % 

DE LA 

DE LA VALEUB 

DE LA 

production 

d'objets de 

consommation 



200 

250 
! 300 
. 350 



Valeur 
dont s'accroît 

LA MASSE 

DES MOYENS 

DE PRODUCTION 

UTILISABLES 



20 
20 
20 
20 



En% 

de la valeub 

des moyens 

de production 

utilisés 



33 1/3 
25 
20 
16 2/3 



I I I I I I I I I I I I I I I I 1 1 l 1 I I I I I I I 



1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 I ' 



i i i i i i i i i < i < v 



280 



• problèmes théorique» et pratiques de ta planification 



C — Ecart entre valeur des produits et valeur produite 

L'écart entre la valeur des produits et la valeur produite évolue | 
comme suit : 



l'« période 
2- — 
3* — 
4* — 



En chjffhks 

ABSOLUS 



60 

80 
100 
120 



En % DE Là 
VALEUR PRODUITE 



100 

133 1/3 

166 2/3 
200 



E»% 

DE U VALEUR 
DES PRODUITS 



50 

57 1/7 
62 1/2 
66 2/3 



D. — Evolution des formules de production 





Formule 
de production 
(Valeur des 
moyens se 
production 
utilises en 1 heurs 
de travail) 


Part dans la valeur des produits 
du travail 




« ACTUEL » 


C PASSÉ > 




1 

1 1/3 

1 2/3 
2 


% 

50 

42 6/7 
37 1/5 
33 1/3 


% /. 

50 

57 1/7 
62 1/2 
66 2/3 



£. — Evolution de la production en c prix* fixes » 



En supposant que de la première à la quatrième période la pro- 
ductivité du travail ait augmenté de 50 % (c'est là une pure hypothèse, 
car cet accroissement ne peut être déduit des schémas, c'est une ques- 
tion de fait), on devrait exprimer ainsi, en € prix de la première pé- ' 
riode », le schéma de la quatrième période : 



inillllMlMIIIIIlIMMMI 



annexa 



281 



Schéma n" 13 réévalué en prix de la première période 



Branche I . 
Branche H 



Moyens 
de production 

UTILISA» 



140 
40 



180 



Salaires 
distribués 



46 2/3 
13 V3 



60 



TRAVAIL 
< NON PAYÉ » 

(Accumu- 
lation) 



23 1/3 
6 2/3 



30 



Valeur 
des produits 



= 210 
= 60 



= 270 



Ce schéma en « prix -fixes » fait ressortir l'accroissement effectif 
de bien-être que doit permettre la transformation progressive des for- 
mules de production. 



ii 



« « < i i < i i i i ( ( 



MI, MIIUU|| I(| 



IV 



Diversité des durées de rotation 



En fait, chaque catégorie de moyens de production on d'objets de 
consommation a nne dnrée de rotation qni lni est propre. 

Cependant, en faisant la moyenne pondérée de ces différentes pé- 
riodes de rotation, il est possible de considérer seulement quatre vi- 
tesses distinctes : la vitesse de rotation des objets de consommation, 
celle des matières premières et auxiliaires, celle des machines et de 
l'outillage et celle des constructions et bâtiments. 

Si nous partons du schéma n° 3 bis et que nous considérions une 
dynamique avec population stationnaire et une stabilité des salaires, 
nous voyons que le montant des objets de consommation produits au 
coure de chaque période doit être de 40 milliards. Si nous supposons 
que la période de rotation des objets de consommation n'est que de la 
moitié de la période globale de production, nous pouvons dire qu'à tout 
instant les stocka d'objets de consommation seront de 20 milliards. 
Cest, dans le cas considéré, une donnée fixe sur laquelle nous devrons 
compter. 

D'autre part, si nous considérons que la période de rotation des 
matières premières et auxiliaires se confond avec la période de pro- 
duction globale, que la période de rotation des machines et de l'outil- 
lage correspond à 6 périodes de production et que la période de rotation 
des immeubles et constructions correspond à 15 périodes de produc- 
tion, nous voyons que l'utilisation de 60 milliards de moyens de pro- 
duction du schéma n° 3 bis peut se présenter, par exemple, de la façon 
suivante ; 





Vaieuh 
utilisée 


Durée moyenne 
de rotation 


VaLEUI 

IMMOBILISÉE 


Matière» premières et auxi- 


40 
10 
10 


1 pér. de prod. 
6 — 
15 - 


40 


Machines et outillage» .... 
Construction» et bâtiment) . 


60 
150 



MM, '«nnu,,,, l( 



1 M I I | | 



I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



284 



problèmes théoriques et pratiques de la planification 



Si tel est le rythme d'utilisation des différents moyens de produc- 
tion et que nous supposions, ce qui est vraisemblable pour une période 
relativement courte, que ce rythme reste stable au cours des deux pé- 
riodes suivantes, nous devons répartir les 20 milliards de surproduit 
entre les différentes catégories de moyens de production proportion- 
nellement à leur valeur, si bien' que l'on aura pour l'utilisation du sur- 
produit, le tableau suivant : 



Répartition des investissements 






Valeur 
investie 


Valeur utilises 

AU COURS 
DE LA 2* PÉRIODE 




3,2 
4,8 

12 

20 


3,3 
0,8 
0,8 
4,8 



Ainsi, alors que le total des valeurs investies est de 20 milliards, 
le total des valeurs utilisées sur ces investissements est de 4,8 milliards. 
Plus généralement nous voyons que les valeurs immobilisées au cours 
de la première période étaient de 250 milliards auxquels correspon- 
daient 60 milliards de moyens de production utilisée, tandis qu'au cours 
de la deuxième période, le total des moyens de production immobi- 
lisés est de 270 milliards auxquels correspondent 64,8 milliards de 
moyens de production utilisés. 

An cours de la troisième période on aura, si les périodes de rota- 
tion restent les mêmes : en face de 290 milliards d'immobilisations, en 
moyens de production, une utilisation de 69,6 milliards de moyens de 
production. 

Dans ces conditions les schémas des périodes successives se présen- 
tent comme suit : , 



s 



Schéma de la première période 
(N° 3 bis) 





Moyens 

de production 

consommes 


Salaires 
distribués 


Travail 

< NON PATE > 

(accumu- 
lation) 


Valeur 
des produits 




40 

20 


26 2/3 
13 1/3 


13 1/3 
6 2/3 


=f 80 
= 40 




60 


40 


20 ., 


= 120 



i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i r 



285 



Schéma de la deuxième période 
(N° 11 bis) 





Moyens 

de production 

consommes 


Salai ses 

distribués 


Tbavail 

« NON PAYÉ > 

(accumu- 
lation) 


Valeur 

des produits 


Branche II .... 


44 12/390 
20 300/390 


27 7/39 
12 32/39 


13 23/39 
6 16/39 


84,8 
40 




64,8 


40 


20 


124,8 



Schéma de la troisième période 
(N° 12 bis) 





Moyens 

de production 

consommés 


Salaires 
"distribués 


Travail 

« NON PAYÉ > 

(accumu- 
lation) 


Valeur 
des produits 


Branche II .... 


48 32/270 
21 130/270 


27 53/81 
12 28/81 


13 67/71 
6 14/81 


89,6 
40 




69,6 


40 


20 


129,6 



En analysant l'évolution de la valeur de la production et de sa ré- 
partition, l'évolution de l'écart entre valeur produite et valeur des pro- 
duits, l'évolution des formules de production, etc., nous aboutirions à 
des conclusions semblables à celles que nous avons dégagées au cours 
de l'annexe III. Il est évidemment inutile, ici, de recommencer ces 
analyses, qui, avec d'autres chiffres nous amèneraient à des conclusions 
analogues. 



I t I ((((((((( I I I I I l I I I l I I I l 1 I 



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19 



I 



M 



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•(1) La présente note bibliographique vise seulement à éclairer, par quelques réfé- 
rences à des articles ou travaux récents, les développements qui figurent dans la pré- 
face à cette troisième édition. Comme on le verra, cette bibliographie Inclut un certain 
nombre de travaux élaborés en dehors' des pays socialistes, mais qui ont un Intérêt 
soit du point de vue méthodologique, soit du point de vue d'une discussion des opi- 
nions émises dans les pays socialistes eux-mêmes. 



I I I I 1 I I I 1 I 1 I 1 1 l I 1 l 1 l I I 1 l l I 1 



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I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



III 

2 e note bibliographique complémentaire 

Les réformes dans les méthodes de gestion 
et de planification O 



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veau système de planification et de gestion en R.D.A., en particulier les arti- 
cles snr : 

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— Industrialisation de l'agriculture. 

— Nonvean système de planification et de direction. 

— Place de l'entreprise privée. 

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trielle et le plan en U.R.S-S. 

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in Démocratie Nouvelle, n* 2, 1966. 

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duction de cet article a para dans Sotojettcissenschaft, n° 2 de 1963, p. 113 sq.). 

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fiée, in Démocratie Nouvelle, n° 2, 1966. 

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1962, en russe, traduit dans Soujetwissenschajt, n° 4 de 1963). 

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1965, dans Notes et Etudes Documentaires, 30 nov. 1965, Documentation Fran- 
çaise. 



(1) la présente note bibliographique vise seulement a éclairer, par quelque* réfé- 
rences a des articles on travaux récents, les développements qui figurent dans la pré- 
face à cette troisième édition. 



I I I I I I I I I I I I I I l I I I I I I I I 1 I I I 



« I I I I I I I I I I I I I I I I I I | | | | | | ! ! I 



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Recherches Internationales à la Lumière du Marxisme, mai-juin 1965, p. 123-128. 

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d'Economie, n° 5 de 1963, en russe, traduit dans Sotojekeissensehaft de sept 
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i 



,œ 



i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i i t i i i r 



Table 



Pages 
Préface à la 3" édition c 7 

Introduction 21 

Définition du plan 22 

Plan et directives .> 22 

Plan et conjoncture '. 23 

-- Plan et liberté 24 

Définition du plan économique 27 

Plan et adaptation de la production aux besoins sociaux 28 

Différents types d'adaptation dé la production aux besoins 

ou à la demande 30 

Signification d'une planification sociale et rôle de la monnaie. 36 
Planification de la production et planification de la réparti- 
tion 38 

1. Choix centralisé ou choix décentralisé 41 

I. La conception du choix décentralisé 42 

1. . Les hypothèses structurelles 42 

2. Les décisions i prendre 42 

A. Par le bureau central de planification. 

B. Par les entreprises. 

3. Les règles devant gouverner les décisions 43 

A. Le volume global des investissements. 

B. Le taux de l'intérêt. 

C. Les prix. 

D. Les quantités produites. 

E. Les investissements concrets. 

H. Critique de 'la conception du choix décentralisé 46 

1. L'illusion d'une pseudo-concurrence (4ûy 

2. Ajnstements a posteriori et gaspillages 47 

A. L'argument de la réduction des dépenses de direction de Téco~ 

nomie. 

B. L'argument de l'impossibilité d'un calcul économique i priori. !,, 



298 problèmes théorique* et pratiqua de la planification 

Pages 

3. L'irrationalité des décisions 49 

A. La charge d'un taux de Yintérêt. 

B. Les fluctuations de prix. 

C. Le rythme d'accumulation. 

4. Le caractère cumulatif des fluctuations économique! 53 

V m. Caractéristiques de la planification reposant sur des choix 

^centralisés 54 

^C J ^Limites de la centralisation 54 

2. Propositions et décisions 54 

3. Centralisation des choix et socialisation des décisions 54 

4. Structnrc sociale et ajustements économiques 55 

2. Le choix dans le domaine de la production au sein d'une 

économie planifiée et le pr o blèm e de la valeur . , 57 

I. Le choix dans le domaine de la product on 57 

1. Un seul procédé est techniquement valable 57 

2. Plusieurs procédés sont techniquement valables 58 

m H. Le temps de travail comme c unité de compte » dans une 

économ e planifiée 59 

1. Cas de l'expérience soviétique 60 

2. Echec de la conception subjective de la valeur 60 

3. Identification de l'effort et du sacrifice de travail 61 

4. Le coût en travail, seul coût réel 62 

• IH. ritiques adressées à l'adoption du temps de travail comme 

c unité de compte » 63 

1. Rareté intrinsèque 63 

2. Qualité non homogène du travail 63 

3. Letraya_U_iTe8t pas une donnée stable 64 

4. QuâlitedesTûens non reproductibles 64 

5. L'économie de travail nécessite un travail préalable 65 

A. L'idée d'un c coût du capital ». 

B. L'intérêt comme c coût du capital ». 

O IV. Observât ons sur les critiques précédentes 67 

1. Critique de la notion de c rareté intrinsèque > 67 

2. L'hétérogénéité qualitative du temps de travail 68 

3. Prise en considération de la variabilité du temps de travail nécessaire 68 

4. Le coût de la terre et le coût du capital 69 

O 3. Le choix économique et la détermination des besoins 71 

I. Déterm nat on quantitative des besoins de consommation .71 

1. Besoin social et économie de travail 71 

2. Estimation du quantum du besoin social et liberté de consommation 72 

3. Le temps de travail «sacrifié», mesure du besoin 75 

4. Application des notions précédentes 77 

O H. Détermination quantitative des besoins de production 78 

1. Notion du « besoin de production > 78 

2. Détermination quantitative des «besoins de production» 78 



I 1 I I I I 1 1 I t 1 I t I 1 I 1 I I I I I I I I I I I 



table 299 

Pages 

A. Rôle des coefficients techniques. 

B. Rôle des moyens de production existants. 

C. Rôle des bilans. 

3. La variabilité des coefficients techniques et le problème dn choix .... 80 

Ht. Le choix économique, problème central de la planification 80 

1. Le choix économique an sein d'une économie capitaliste concurrentielle • $1 

2. Le choix économique dans une économie planifiée MÎi^ 

3. Les deux aspects du choix économique 82 

4. Leur interdépendance 82 

5. Choix économique et rationalité économique 83 

6. Place de la méthode des approximations successives 83 

4. Monnaie et calcul monétaire 85 

I. La fonction de la monnaie 85 

1. La mesure de la valeur 87 

2. Moyen de circulation et de paiement 87 

3. Moyen de rétribution 88 

4. Moyen d'épargne et d'accumulation 88 

H. Le calcul monéta re 89 

1. La nécessité du calcul monétaire 89 

2. Le rôle concret du calcul monétaire 90 

5. Les prix et les « profits » 93 

I. Valeur et prix de revient 93 

1. Définition 93 

2. Dynamique du prix de revient et dynamique de la valeur 95 

H. Valeur et prix de gros 96 

1. Définition 96 

2. Rôle économique du prix de gros 97 

3. Aperçu sur quelques problèmes particuliers 98 

A. Evolution des conditions de production. 

B. Productions multiples. 

C. Existence d'une « surcapacité ». 

ni. Valeur et pr x de détail 104 

1. Définition du prix de détail 104 

2. Principe général 104 

3. Déséquilibre entre production et demande 104 

A. Le cas des denrées périssables. 

B. Déséquilibre durable. 

4. Le mouvement des stocks 108 

5. Prix de détail et prix de gros 108 

IV. Le profit 110 

1. Le fonds d'accumulation 111 

2. Le < profit » i l'échelle d'une branche de la production , 112 

3. Le «profit» i l'échelle d'une entreprise 113 

4. Le cas des entreprises commerciales ;.'....'....' 115 



I I I I 1 I l I I I I I l I I l l I I l II 1 I 1 I I 



f « I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I 



300 problèmes théoriques et pratiques de la plant firanon 

Pages 

6. Détermination de la technique la plus avantageuse 119 

I. Notions fondamentales 120 

1. Le principe de l'économie de travail 120 

2. Le point de vue « technicien > 120 

3. La notion d'efficience des investissements 122 

H. Le critère de la rentabilité 123 

1. Rentabilité et efficience 123 

2. Critique dn critère de rentabilité 125 

A. Absence de base objective pour Tadoption d'une norme de renta- 

bilité minimum. 

B. Divergences entre € rentabilité > et efficience. 

C. Conclusions sur le critère Je la rentabilité. 

HE. Le critère du taux d'économie 132 

1. Définition 132 

2. La place subordonnée dn taux d'économie 134 

IV. Le mouvement de la productivité dn travail 139 

1. Le mouvement des coûts 140 

2. Le problème de la désuétude de l'équipement 144 

A. La désuétude réalisée. 

B. La prévision de la désuétude à venir et la durée d'immobilisation. 

V. La durée de la période de construction 153 

1. Délai de construction et risque de déséquilibre économique 154 

2. Délai de construction et efficience économique 155 

3. Essai de mesure de l'influence du délai de construction sur l'efficience 

économique 156 

A. Taux d'économie et délai de construction. 

B. Action sur le revenu national d'un raccourcissement du délai de 

construction. 

4. Le facteur temps et la capacité de production 160 

VI. La mobilité des moyens de production '. 162 

VII. Investissements directs et investissements indirects 164 

1. Les différents types d'investissements 165 

2. Comment dégager les liens entre les différents investissements 167 

3. Le critère de l'économie d'investissement 171 

Vue d'ensemble sur le problème des investissements 173 

A. Place du critère économique en matière d'investissements. 

B. Les caractères concrets de chaque période économique. 
C Les différentes sortes d'investissements . 

7. Les richesses naturelles et le calcul économique .-. 179 

I. Le problème des rythmes d'utilisation 180 

1. Pour les différentes catégories de richesses naturelles 180 

A. Les richesses naturelles € renouvelables >. 

B. Les richesses naturelles € non renouvelables >. 

2. Pour les différentes c fractions > d'une richesse naturelle donnée .... 183 



i i i i i i i i i t i i i i i i i i i i i i i i r i i 



table 301 

Pages 
EL Le problème de la localisation 184 

1. Les terres cultivables 185 

2. Les usages concurrents d'une même terre 186 

3. La localisation des entreprises 187 

8. Le problème général de l'équilibre économique 191 

I. Exposé des cadres dans lesquels peut être posé le problème 

d'un équilibre économique planifié 191 

1. Les deux branches de la production 192 

2. La période de production 192 

3. Bases de la comptabilité sociale 193 

II. Position générale du problème de l'équilibre économique 194 

III. Le plein emploi et l'équilibre entre la production et les be- 
soins sociaux 195 

1. Le problème du plein emploi des forces et des richesses naturelles .... 195 

A. Les forces naturelles. 

B. Utilisation des forces et des richesses naturelles et dépense de 

travail. 

C. Sens limité de la notion de plein emploi des forces et des richesses 

naturelles. 

2. Le problème du plein emploi des moyens de production produits 196 

A. Analogie avec le problème précédent. 

B. Différences avec le problème précédent. 

3. Le plein emploi des forces de travail 197 

A. Indétermination de la c quantité de travail disponible >. 

B. Caractère superficiel de celte indétermination. 

C. Caractère variable de la € propension > au travail. 

D. Détermination de la durée du travail. 

9. L'équilibre entre la production et la consommation en sta- 

tique : 203 

1. Caractéristiques d'une économie statique 203 

2. Les deux problèmes de la statique 204 

A. Principe de l'amortissement. 

B. Données du problème de Véquilibre entre production et consom- 

mation. 

I. Hypothèse d'un équilibre statique c purement économique »... 205 

1. Salaire et valeur du produit 205 

2. Répartition des forces de travail 206 

H. Hypothèse d'un équilibre statique avec financement de dépen- 
ses improductives 208 

1. Conditions du maintien de l'équilibre • • • • 208 

2. Procédés de réduction des salaires 209 

3. Exemples 209 

4. Conclusions 212 

5. Limites de la statique et de la dynamique .... .................. 213 

A. Diminution de Voffre des forces de travail. ,, 

B. Augmentation de Voffre des forces de travail. 



302 problèmes théoriques et pratiqua de la planification 

Pages 
10. L'équilibre entre la production et la consommation en dyna- 
mique 217 

I. Equilibre dynamique avec accroissement du nombre des tra- 
vailleurs et maintien des mêmes formules de production 218 

1. Dynamique sans dépenses improductives 219 

A. Rythme de développement des forces de travail égal à un tiers. 

I. Schéma de la € première période >. 

a) Taux des salaires et volume des salaires. 

b) Production d'objets de consommation et production de 

moyens de production. 

c) Apparition d'un surproduit et c surproduction potentielle». 

IL Schéma de la € deuxième période >. 

a) Résorption de la « surproduction > antérieure, plein em- 

ploi et maintien des formules de production. 

b) Taux des salaires, revenu national et masse des revenus. 

c) Montant du surproduit. 

d) Aspect nouveau de l'équilibre économique. 
ni. Schéma de la € troisième période >. 

IV. Vue d'ensemble sur l'évolution réalisée de la première à la 
quatrième période. 

a) Accroissement des moyens de production et des revenus. 

b) Caractère extensif de la dynamique précédente. 

c) Stabilité du taux des salaires. 

B. Rythme de développement des forces de travail égal à 16 2/3 %. 

I. Détermination du montant des moyens de production et des 
objets de consommation a produire, donc de la répartition 
des forces de travail. 
H. Détermination do montant des revenus et du taux des salaires. 
ni. Nouveaux schémas. 
IV. Conséquences de la planification ci-dessus. 

C. Rythme de développement des forces de travail égal à 50 %. 

D. Rythme de développement des forces de travail égal à 75 %■ 

E. Rythme de développement des forces de travail égal à 1/3 avec 

une formule de production égale à 2. 

2. Dynamique avec dépenses improductives 231 

A. Dépenses improductives destinées à des non-travailleurs 232 

I. Expansion de la production et accroissement du surproduit. 

II. Extension de la production et compression des dépenses impro- 

ductives. 

B. Dépenses improductives destinées à des travaux improductifs. 

I. Réduction de dépenses improductives libérant des moyens de | 

travail. -i 

II. Réduction de dépenses improductives sans libération de J 

moyens de travail. 

H. Equilibre dynamique avec état stationnaire de la population 

active et modification progressive des formules de production... 236 

1. Exemples numériques '. 237 

2. Equilibre entre salaires distribués et objets de consommation produits, 

accroissement des moyens de prodnction disponibles '. 239 

3. Autres constatations 239 



| I I I I I I I t 1 I I 1 I I I I I I 1 I I I 1 I I t I 



table — ■ 303 

Pages 

A. Modification progressive de la répartition des forces de travail. 

B. Modification progressive de la répartition des moyens de produc- 

tion. 

C. Modification progressive de la répartition de la production, cons- 

tance de la valeur de la production d'objets de consommation. 

D. Ecart croissant entre valeur produite et valeur des produits. 

E. Modification des formules de production. 

I. Augmentation de la masse de l'outillage ntilisé. 
H. Augmentation de la masse des matières traitées. 

F. Mouvement des prix et hausse des salaires réels. 

G. « Liberté » relative dans la fixation du taux d'accumulation. 

UI. Les enseignements des schémas 243 

1. Equilibre entre les branches I et II '.' . '. 243 

2. Planification des salaires et planification de la consommation 244 

11. La planification du commerce extérieur et les problèmes 

de l'équilibre et des prix 245 

L La planification du commerce extérieur dans le cas d'une éco- 
nomie relativement autarcique 247 

1. Rôle du plan du commerce extérieur 247 

2. Détermination des excédents et des déficits 248 

3. Balance commerciale et cours du change 248 

A. Excédent des exportations sur les importations. 

B. Excédent des importations sur les exportations. 

C. Problèmes posés par la réalisation de Véquilibre de la balance 

commerciale. 

4. Caractéristiques de la planification du commerce extérieur dans une 

économie relativement autarcique 251 

5. Commerce extérieur et équilibre intérieur 252 

6. Plan de production et cours du change 252 

H. La planification du commerce extérieur dans le cas d'une éco- 
nomie participant à la division internationale du travail 253 

1. Détermination des productions les plus avantageuses 253 

2. Fixation du prix des produits importés et calcul d'un cours du change 254 

3. Fixation des quantités à exporter et à importer 255 

4. Les rapports économiques entre pays à économie planifiée 257 

Conclusion 259 

1. Le problème du taux de l'intérêt 259 

A. Taux d'intérêt et marché. 

B. Planification et marché monétaire ou financier. 

C. Plan de trésorerie et plan financier. 

2. Epargne et investissements 261 

A. Epargne-réserve. 

B. Epargne € définitive >. 

3. Le risque dans l'économie planifiée 264 

A Les risques physiques et individuels. 

B. Les risques naturels collectifs. , •'■ 

C. Les risques sociaux. 



I I I I I I I 1 I I I I I I l I I I I I I I I I I I I 



304 problèmes théoriques et pratique» de la planification 

Pages 

4. Le problème de l'initiative 266 

A. Les sources de l'initiative. 

B. Initiative privée et exécution. 

5. Les < faux-frais > de la planification 268 

6. Les problèmes soulevés par la coexistence d'un secteur planifié et d'un 

secteur concurrentiel 269 

A. Conditions de la planification partielle. 

B. Le cas de la N£.P. 

C. Justification d'une planification partielle. 

D. Tâches obligatoires et objectifs prévisionnels. 

Annexes 

Annexe I. — Incidence sur l'équilibre économique de la libé- 
ration DE FORCES DE TRAVAIL ET DE MOYENS DE TRAVAIL UTI- 
LISÉS DANS LE SECTEUR IMPRODUCTIF 275 

Annexe H. — Dynamique avec population stationnaire et - 

MAINTIEN D'UNE MÊME RÉPARTITION DES FORCES PRODUCTIVES 277 

Annexe ILT. — Analyse de la dynamique avec population sta- 
tionnaire 279 

A. Pourcentage des forces de travail affectées à la branche II. 

B. Evolution de la production et de la répartition de la production. 

C. Ecart entre valeur des produits et valeur produite. 

D. Evolution des formules de production. 

E. Evolution de la production en < prix-fixes ». 

Annexe IV. — Diversité des durées de rotation 283 

Bibliographies 

I. Sur la théorie de la planification 287 

II. 1" note bibliographique complémentaire (valeur, prix et calcul) 291 

m. 2* note bibliographique complémentaire (réformes dans les méthodes de 

gestion de la planification) 295 



i Imprimerie Clehc, Paris-Saint-Amand-Montrond (Cher). 
Dépôt légal 4* trimestre 1966. — Editeur N" 134. — Imprimeur N* 1367.